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Full text of "La minorité de Louis XIII; Marie de Médicis et Sully (1610-1612)"

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Zeller* Berthold 

LA HINORITE DE LOUIS XIIIj 



DC 123.2 .25 1892 



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BiBUOTHECA 



LA 

MINORITÉ DE LOUIS XIII 

MARIE DE MÉDICIS ET SULLY 



COULOMMIERS 

Imprimerie Paul Brodard-, 



I 



LA MINORITE 

DE LOUIS XIII 



MARIE DE MÉDICIS ET SULLY 

(161O-1612) 



ETUDE NOUVELLE 



D'APRES LES DOCUMENTS FLORENTINS ET VENITIENS 



A 



PAR 



Berthold ZELLER, 

Maître de conférences d'histoire à la Fa:ulté des lettres de Paris 
Répétiteur à l'Ecole polytechnique 



^^** «^'Oft, 



i>E><î>a->- 



PARIS •'•^ 

LIBRAIRIE HACHETTE ET C^*^ 

79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 79 
1892 

Droits de traduction et de reproduction réservé». 





'75 



INDICATION PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE 

DES AUTEURS ET DES OUVRAGES CITÉS DANS LE PRÉSENT VOLUME 



Anqtjez (Léonce), Histoire des assemblas politiques des réformés de 
France. Paris, Durand, 1859, ^ ^^^' iii-8. 

Argon VILLE (Mme d'), Vie de Marie de Médicis, princesse de Toscane, 
reine de France et de Navarre. Paris, chez Ruault, libraire, rue de la 
Harpe, 1774, 2 vol. in-8. 

AuMALE (Duc d'), Histoire des princes de Condé. Paris, Calmann Lévy, 
1886, 4 vol. in-8. 

Barozzi et Berchet, Relaiioni degîi amhasciatori Veneti nel secolo 
decimosettimo. Série II, Francia, t. I; Venezia, 1847, ^^"^• 

Bassompierre (Maréchal de), Journal de ma vie. Première édition, 
conforme au manuscrit original, publié pour la Société de l'Histoire de 
France, par le Marquis de Chantérac. Paris, 1870-1877, 4 vol. in-8. 

Bazin (A.), Histoire de France sous XomjX//J. Paris, Chamerot, 1846, 
4 vol. in-i2, 

BiANCHi (Nicomede), le Materie politiche relative alVestero degli archivi 
di stato piemontesi. Roma, Torino, Firenze, 1876, i vol. in-8. 

Bouille (René de), Histoire des ducs de Guise. Paris, Amyot, 1850, 
4 vol. in-8, 

Carutti (Domenico), Storia délia diploma:(ia délia carte di Savoia. 
Roma, Torino, Firenze, fratelli Bocca, 1876, 2 vol. in-8. 

Daniel (Le rév. P.), Histoire de la milice française. Amsterdam, 
aux dépens de la Compagnie, 1724, 2 vol. in-4. 

Desjardins (Abel), Négociations diplomatiques de la France avec la Tos- 
cane. (Collection des Documents inédits relatifs à l'Histoire de France.) 
Paris, 1861, 5 vol. in-4. 

I>ORAT, la Nymphe rémoise au roy. Présenté à Sa Majesté par la 
Pucelle, en son entrée en la ville de Reims. A Paris, jouxte la copie 



VI OUVRAGES CITES. 

imprimée à Reims par Simon de Foigny, 1610, poème fait par le sieur 
Dorât, Limousin. Bibliothèque de l'Institut, Mélanges sur le règne de 
Louis XIII, 1610-1613, X a 455, n^ 4. 

DouARCHE (A.), r Université de Paris et les Jésuites. Paris, Hachette, 
1888, I vol. in-8. 

Fontenay-Mareuil (François Duval), Mémoires. (Coll. Michaud et 
Poujoulat, 11*^ série, t. V.) 

EsTRÉES (Maréchal d'), Mémoires. (Coll. Michaud et Poujoulat, 
11^ série, t. VI.) 

GiLLOT (Jacques), Relation de ce qui se passa au Parlement touchant la 
régence de Marie de Médicis. (Coll. Michaud et Poujoulat, f^ série, t. XI, 

p. 475-'^ 

Girard, Histoire de la vie du duc d'Epernon. Paris, 1730, 4 vol. 

in-i2. 

GisoRS (Alphonse dei, le Palais du Luxembourg fondé par Marie de 
Médicis régente. Paris, Pion, 1847, ^ ^'O^- gr^nd in-8. 

Griffet (Le père Henri, de la compagnie de Jésus), Histoire du règne 
de Louis XHI, roi de France et de Navarre. Paris, Libraires associés, 1757, 
3 vol. in-4. 

GuicHEXOX {SixmuQÏ), Histoire généalogique de la maison de Savoie , 1660, 
2 vol. in-f^. 

Henrard (Paul), Henri IV et la Princesse de Condé, 1609-1610. Précis 
historique suivi de la correspondance diplomatique de Pecquius et d'au- 
tres documents inédits. Bruxelles, Gand et Leipsig, 1870, i vol. in-8. 
— Cet ouvrage fait partie de la collection des Mémoires relatifs à l'his- 
toire de Belgique, xvii"^ siècle. 

HÉROARD {]Q2in), Journal sur V enfance et la jeunesse de Louis A7//( 1601- 
1628), extrait des manuscrits originaux et publié par MM. Eud. Soulié 
et Ed. de Barthélémy. Paris, Firmin-Didot, 2 vol. in-8. 

Girard, Histoire de la vie du duc d'Epernon. Paris, 1730, 4 vol. in- 12. 

L'EsTOiLE (Pierre de), Mémoires Journaux, édition pour la première 
fois complète et entièrement conforme aux manuscrits originaux. Paris, 
Jouault, Librairie des bibliophiles, 1875-188., 12 vol. in-8. 

Le Vassor (iMichel), Histoire de Louis XHI, roi de France et de Navarre. 
Amsterdam, 1757, 7 vol. in-4. 

L01SELEUR {] u\qs), Ravaillac et ses complices. Paris, Didier, 1873, ^ ^'O^- 
m-i2. 

Malherbe, Œuvres, recueillies et annotées par M. L. Lalanne. Paris, 
Hachette, 1862, 4 vol. in-8. 

Masselin (Jthan), Journal des Etats généraux de 1484, publié par 
Ad. Bernier. (Collection des Documents inédits relatifs à l'histoire de 
France.) Paris. 

Médicis (Catherine de). Lettres publiées par M. le comte Hector de 
la Perrière. (Documents inédits relatifs à l'Histoire de France.) Paris, 
Imprimerie nationale, 1880, 2 vol. in-4, en cours de pubHcation. 

MoRXAY (^Ph. Du Plessis-), Mémoires et Correspondance, 1 571-1623. 
LaFontenelle et Auguis. Paris, 1824-1825, 12 vol. in-8. 



OUVRAGES CITES. VII 

MoRNAY (Mme de), Mémoires et Lettres. Mme de Witt. Paris, 1868- 
1869, 2 vol. ia-8. Société hist. de Fr. 

Perrens, les Mariages espagnols sous le règne de Henri IV et la régence 
de Marie de Médicis. Paris, Didier, i vol. in-8. 

Perrens, VEglise et VEtat en France sous le règne de Henri IF et la 
régence de Marie de Médicis. Paris, Durand et Pedone, 1873, 2 vol. in-8. 

PoiRSON, Histoire du règne de Henri IV. Paris, Didier, 1865, 4 vol. 
in-i2. 

PoxTCHARTRAiN (P. Phelypeaux de), Mémoires concernant les affaires 
de France sous la régence de Marie de Médicis. (Coll. Michaud et Poujoulat, 
série II, t. V.) 

Richelieu (Cardinal de,), Mémoires. (Collection Michaud et Poujoulat, 
IP série, t. VII). 

RicoTTi (Ercole), Storia délia monarchia piemontese. Firenze, Barbera, 
4 vol. in-i2, 186$. 

Saint-Genis (De), Histoire de la Savoie. Paris, Didier, 1866, 3 vol. 
in-i2. 

Saint-Simon (Écrits inédits publiés par M. P. Faugère), Parallèle des 
trois premiers rois Bourbons. Paris, Hachette, 1880, i vol. in-8. 

SiRi (Vittorio), Memorie recondite del anno 1601 sino a 1640. Rome et 
Paris, 1676-1679, 8 vol. ir-). 

SoLARO DELLA Margherita, Traités publics de la maison de Savoie^ 
4 vol. in-4. Turin, 1836. 

Sully, Mémoires des sages et royales œconomies d'Estat de Henry le 
Grand. (Coll. Michaud et Poujoulat, Ile série, t. II et III.) 

Zkller (Bcrihold), Henri IV et Marie de Médicis. Paris, Didier, 1877, 
I vol. in-8. 

Zeller (Berthold), De dissolutione contracti apiid BrusoJum fœderis in ter 
Henricum IV et Carolum I Sabaudicv diicem (MDCX-MDCXII). Parisiis, 
apud bibliopolas Hachette et socios, MDCCCLXXX. 

anonymes 

Arrest de la cour pour la régence de la Royne pendant le bas âge du Roy. 
A Paris, chez P. Mettayer et P. L'huilhier, imprimeurs et libraires 
ordinaires du roy, iMDCX; 

Arrests de la cour pour la régence de la Royne pendant le bas âge du Roy, 
A Paris, par Fédéric Morel, imprimeur ordinaire du roy, MDCX ; — 
plaquettes in-i8. 

La conjuration de Conchine. A Paris, chez Pierre Rocolet, en la grande 
salle du Palais, joignant Ja chambre des consultations, 1618, i vol. 
in-i8. 

Mercure français^ par Cayet. Paris, 1619, 25 vol. in-12. 

Recueil de pièces concernant l'histoire de Louis XIII depuis 1610 jusqu'en 
Van 164^. A Paris, chez François Montalant, à l'entrée du quai des 
Augustins, proche le pont Saint-Michel, 1716, 4 vol. in-12. 



1 



INTRODUCTION 



Les catastrophes imprévues qui changent le cours des 
événements humains inspirent souvent aux historiens des 
hypothèses plus ou moins fondées sur ce qui aurait eu Heu 
dans le monde sans ces brusques surprises de la destinée. 
Rien, à cet égard, n'approche plus de la vérité que l'opinion 
où Ton est généralement de la certitude des triomphes 
réservés à Henri IV dans la grande entreprise miUtaire qu'il 
était à la veille de commencer aux Pays-Bas et en ItaUe 
contre la maison d'Autriche, quand il fut assassiné. 

Ce n'est pas uniquement la force de ses armées, ni la 
prospérité de ses finances, ni la valeur du commandement 
qu'il allait exercer en chef avec l'assistance d'habiles et vail- 
lants Ueutenants qui pouvaient donner cette assurance. L'état 
de l'Europe, troublée, divisée; le défaut d'entente entre les 
deux branches de la maison d'Autriche, l'espagnole et l'al- 
lemande; l'heureux choix des alliances de Henri IV, met- 
taient de son côté toutes les chances favorables. 

Mais il faut remarquer aussi que, parmi les souverains, 
ses contemporains, aucun n'était de taille à se mesurer avec 
lui. L'empereur alchimiste Rodolphe II vivait enfermé dans 
ses manoirs au miUeu de ses alambics; Philippe III, d'Es- 
pagne, le fils du redoutable Philippe II, d'une dévotion 



INTRODUCTION. 



encore plus étroiieque son père, n'avait ni sa sombre gran- 
deur, ni ses talents, ni son ambition politique; avec lui 
l'Espagne se repliait sur elle-même. Le théologien Jacques I", 
l'allié de Henri IV, caractère faible, irrésolu, se laissait 
facilement conduire sous l'énergique impulsion du roi de 
France, prêt à se retourner si cette main ferme ne le sou- 
tenait plus. En Espagne, comme en Angleterre, chez les 
deux puissances européennes qui comptaient à ce moment 
en face ou à côté de la France, c'est le règne des favoris. 
L'avare et prudent duc de Lerme est l'Atlas du monde espa- 
gnol. Le règne de Jacques I" est celui de ses favoris, disons 
plutôt de ses mignons, introduits auprès de lui par les soins 
mêmes de sa femme, Anne de Danemark : c'est Robert 
Karr, duc de Somerset, puis Georges Villiers, devenu duc 
de Buckingham, qui conservera les bonnes grâces du fils, 
après avoir eu celles du père, et sera le premier ministre 
de Charles I". Ennemis ou alliés, Henri IV les dominait 
tous de la supériorité de son génie et de l'ascendant d'une 
volonté maîtresse d'elle-même. 

Après lui, la France ne devait pas échapper à cette funeste 
contagion du favoritisme qui sévissait en Europe et qui 
étouffait les intérêts nationaux sous l'empire de mépri- 
sables préoccupations personnelles. Concino Concini fut 
le maître de la France sous le nom de Marie de Médicis. 
La faiblesse de nos voisins, qui avait fait une partie de la 
force de Henri IV, devait alors assurer le salut du pays. 
Qu'un Ferdinand II d'Autriche se fût dressé en face de la 
monarchie française pendant les sept années qui suivirent la 
mort du glorieux Béarnais, c'en était fait du grand rôle de 
la France au xvn^ siècle. Sa destinée lui fut réservée tout 
entière. Les vaines agitations intérieures, l'effacement exté- 
rieur dont la France donna le spectacle pendant la minorité 



INTRODUCTION. XI 

de Louis XIII, laissèrent les événements du dehors mûrir 
à son profit, l'esprit du jeune roi se former et le génie du 
grand homme qui devait être le continuateur de Henri IV 
s'exercer au maniement des affaires d'État. C'est par là sur- 
tout que cette époque intermédiaire est intéressante. 

On remarquera dans la suite de cette histoire que la 
veuve de Henri IV chercha toujours des points de rapport 
entre les événements de son temps et ceux auxquels avait 
présidé sa parente, la veuve de Henri IL Marie de Médicis 
sembla toujours préoccupée de modeler sa régence sur celle 
de Catherine; elle ne réussit qu'à en faire assez souvent 
une misérable parodie. En 1610, les circonstances sont beau- 
coup moins tragiques et moins graves qu'en 1560; les per- 
sonnages, à commencer par la reine elle-même, bien infé- 
rieurs presque à tous les égards. Ni le prince de Condé, ni 
le comte de Soissons ne valent leurs aïeux du temps de 
Catherine; Sully n'est point, comme Coligny, un audacieux 
chef de parti. Les guerres civiles n'ont plus pour excuses le 
fanatisme et les ardeurs de la foi persécutée ; elles ne se 
font plus que pour de vulgaires intérêts d'argent. C'est une 
époque de décadence, et cependant elle précède un temps 
de grandeur. Le gouvernement de Catherine de Médicis est 
l'avant-coureur de ces épouvantables guerres civiles qui, au 
xvi^ siècle, paralysèrent la France au dehors; la minorité de 
Louis XIII précède au contraire le glorieux épanouisse- 
ment de l'influence française en Europe, par suite de son 
intervention libératrice dans la guerre de Trente Ans. 

La minorité de Louis XIII, à proprement parler, ne dura 
que du 14 mai 1610 au i" octobre 1614, peu de temps 
avant la réunion des Etats généraux. Louis XIII est alors 



XII INTRODUCTION. 

déclaré majeur et laisse le pouvoir à sa mère, qui l'exer- 
cera comme un premier ministre jusqu'au moment où le 
coup d'État de 1617, en supprimant violemment Concini, 
brisera en même temps l'autorité de Marie de Médicis. Nous 
nous proposons de traiter cette histoire de la minorité de 
Louis XIII et du ministère de Marie de Médicis dans une 
série d'études dont nous présentons le premier volume au 
public. 

Il comprend les premiers temps de la minorité de Louis XIII 
et s'étend depuis la mort de Henri IV jusqu'au commen- 
cement de Tannée 1612. C'est la régence de Marie de 
Médicis qui s'établit, avec sa politique propre, son per- 
sonnel impopulaire, ses desseins dangereux. L'unité de 
cette première phase de la minorité réside dans la perma- 
nence du conflit qui, dès l'origine, divise la régente et le 
représentant des traditions du règne précédent, Sully. Le 
ministre de Henri IV disparaît définitivement de la scène 
à la fin de 161 1. C'est avec les princes du sang que Marie 
de Médicis doit surtout compter désormais. 

Dans ce volume comme dans les suivants, nous nous ap- 
pliquons à refaire en détail et avec une exactitude minutieuse 
cette histoire du commencement du règne de Louis XIII 
que la science historique n'a pas renouvelé d'ensemble 
depuis le xviu^ siècle. Les documents contemporains, 
mémoires imprimés, pièces d'archives, les histoires géné- 
rales qui existent sur cette époque et les travaux partiels de 
la critique moderne nous ont apporté leurs lumières, comme 
on pourra s'en convaincre en parcourant plus haut la liste 
des ouvrages mis par nous à contribution; de telle sorte que 
notre travail peut déterminer l'état actuel de la science his- 
torique sur l'époque à laquelle nous nous sommes attachés. 



INTRODUCTION. XIII 

Mais notre out est aussi de la faire avancer pour notre part 
et de faire connaître sur ce sujet des sources toutes nou- 
velles. 

En effet la base principale de notre étude se trouve dans 
les correspondances inédites des ambassadeurs vénitiens et 
surtout des ambassadeurs florentins. Notre bibliothèque 
nationale possède aujourd'hui presque intégralement les 
copies authentiques de toutes les dépêches adressées à leur 
gouvernement par les représentants de la République de 
Saint-Marc en France, trésor inestimable pour notre his- 
toire, malheureusement trop peu connu et auprès duquel 
les recueils imprimés d'Alberi, de Barozzi et Berchet n'ont 
plus qu'une importance secondaire. Nous avons eu souvent 
recours aux correspondants si fins et si avisés de la Sei- 
gneurie de Venise, qui sont, pendant les années 1610 
et 161 1, deux ambassadeurs ordinaires, d'abord Antonio Fos- 
carini, réservé plus tard à une destinée tragique, puisque, 
après avoir été ambassadeur à Paris et à Londres, il fut 
accusé dans son pays d'avoir révélé des secrets d'État, con- 
damné à mort et étranglé dans sa prison; après quoi son 
corps fut exposé entre les deux colonnes rouges de la galerie 
du Palais des Doges qui donne sur la pia^j^etta. RéhabiHté 
plus tard, il fut enterré au couvent des Frari. Il eut pour 
successeur Zorzi Giustinian, et se trouvait encore en fonc- 
tion en France quand Agostino Nani di Giorgio et Andréa 
Gussoni di Marco vinrent s'acquitter en France d'une mis- 
sion de congratulation à l'occasion de l'avènement de 
Louis XIIP. Le contrôle des emprunts que nous aurons 
à faire aux dépêches de ces diplomates n'offrira aucune 



I. Voir dans Barozzi et Berchet, série II, Francia, t. I, p. 18, 291 et 
uiv., 383 et suiv., 441 et suiv., 3o5 et^suiv., les notices relatives à 
ces divers ambassadeurs. 



XIV INTRODUCTION. 

difficulté, grâce aux indications que nous donnerons pour 
remonter au texte, devenu si aisément abordable aux cher- 
cheurs érudits. 

Il n'en est pas de même pour l'autre catégorie de diplo- 
mates italiens dont nous exploitons la correspondance : 
nous voulons dire les Florentins. Ils sont naturellement la 
source principale d'informations pour l'histoire du gouver- 
nement d'une régente et d'une reine mère florentine, l'ap- 
prochant plus facilement que les représentants d'autres 
puissances et se trouvant généralement plus nombreux 
autour d'elle. Les lettres écrites par Marie de Médicis, par 
Concini ou par sa femme Léonora Dori Galigaï, offrent, à 
côté des dépêches purement diplomatiques, un incontes- 
table intérêt de curiosité. 

De ce côté nous sommes moins favorisés que pour la 
correspondance des Vénitiens On n'a point tiré de VAr- 
chivio Mediceo un morceau qui serait non moins considérable 
pour notre histoire que celui dont il a été pris copie aux 
Archives des Frari. Nous avons, il est vrai, dans la Collection 
des Documents inédits relatifs à V Histoire de France la belle 
publication d'Ab. Desjardins sur les Négociations diplomati- 
ques de la France avec la Toscane\ mais ce n'est là qu'un 
recueil fragmentaire, incomplet, et après lequel il reste à 
glaner presque une moisson, bien qu'il se compose de cinq 
gros volumes; et il s'arrête à la mort de Henri IV, ce qui le 
place en dehors du cadre de notre étude. 

Nous avons entrepris de donner sous une forme plus 
maniable, plus accessible au grand public, une suite de ces 
intéressants documents, qui ne paraît pas devoir faire l'objet 
d'une publication, même partielle, dans la Collection des 
Documents inédits. Et voici la méthode, un peu nouvelle 



INTRODUCTION. XV 



dans les procédés de la science française, que nous avons 
adoptée pour donner à la fois satisfaction à l'amateur 
d'inédit, à l'érudit critique et au lecteur plus désireux de se 
trouver en présence de résultats acquis, de documents ana- 
lysés et utilisés, que curieux de trouver lui-même dans la 
lecture de pièces originales en langue étrangère, des faits 
ou des idées neuves sur un sujet qui l'intéresse. 

Notre ouvrage se compose d'abord de l'exposé métho- 
dique et critique des événements qui constituent l'histoire 
de la minorité de Louis XIII, et dans cet exposé on 
trouvera sous la forme de traductions, d'analyses, d'éclair- 
cissements, tout ce qu'il y a d'essentiel dans les papiers 
florentins, qu'un des objets principaux de ce livre est de faire 
connaître, le tout accompagné, au bas des pages, des réfé- 
rences les plus complètes et les plus exactes au document 
original. 

Mais comment remonter au document lui-même pour le 
contrôle de nos assertions, la critique de nos traductions, 
la satisfaction des chercheurs que nos indications ou la lec- 
ture des pièces peuvent mettre sur le chemin d'études paral- 
lèles ou différentes ? 

Il n'est pas possible de songer à une publication inté- 
grale, dans les proportions modestes que nous avons données 
à notre travail, puisqu'à une semblable entreprise suffi- 
raient à peine trois ou quatre des gros volumes de la CoU 
lection des Documents inédits. D'autre part, un choix d'extraits 
ne peut jamais avoir qu'une valeur scientifique relative. 

Le procédé que nous avons adopté consiste à dresser à 
la suite de notre composition personnelle un catalogue 
complet, jour par jour, de toutes les correspondances 
adressées de France au gouvernement de Florence par ses 
agents, ou par la reine mère, le roi et les époux Concini, 

b 



XVr INTRODUCTION. 

dont le rôle est pendant si longtemps prépondérant dans 
l'entourage de la régente. 

Ce catalogue, dans lequel on présente l'indication chro- 
nologique et bien ordonnée des documents renfermés à 
Florence dans des liasses distinctes, permet de retrouver 
immédiatement la place exacte, au milieu des autres cor- 
respondances, de toute citation ou analyse faite par nous 
dans le corps de notre ouvrage ; sans doute il ne fait, pour 
la plupart des pièces, que renvoyer au dépôt où sont 
entassés les originaux. Mais n'est-ce pas rendre à la science 
le seul service que puisse peut-être désormais comporter 
l'étude de ce genre de documents, dont il est évidemment 
impossible de laisser la masse énorme submerger nos biblio- 
thèques sous l'inondation de ces gros volumes imprimés 
dont nous avons entendu dire, d'une façon peut-être para- 
doxale, à des hommes éminents, qu'ils sont déjà trop nom- 
breux. 

Un catalogue exact rend les recherches faciles, qu'elles 
soient faites sur place ou au moyen de demandes de copies 
et d'extraits que l'organisation moderne des archives d'État, 
surtout en Italie, permet d''obtenir très aisément. Ce n'est sans 
doute que le très petit nombre auquel ce genre de facilités 
peut rendre service. Mais les autres lecteurs ne trouveront- 
ils pas, dans l'existence d'un catalogue ainsi établi, la garan- 
tie la plus évidente de l'exactitude minutieuse non seu- 
lement des recherches faites par l'auteur, mais encore 
de ses traductions et de ses interprétations historiques, 
puisque le contrôle en est ainsi offert à la critique des 
savants ? 

Nous ne pensons pas toutefois qu'un catalogue ne gagne 
pas à être quelque chose de plus encore. Des reproductions 
i?i extenso de documents importants, des extraits, quelques 



INTRODUCTION. XVII 

analyses même peuvent s'intercaler utilement dans la suite 
des numéros dont il se compose. C'est ainsi que nous avons 
compris celui qu'on trouvera à la fin de ce volume et qui 
comprend les années 1610 et 1611. 

Les citations qu'on y trouvera comprennent : 1° des 
dépêches de nature à faire connaître la manière d'être et 
d'écrire de chacun des correspondants, ou relatives à des 
faits dont l'importance ne nous a pas paru assez considé- 
rable pour faire lobjet de développements spéciaux dans le 
corps de l'ouvrage; 2° des passages caractéristiques, faisant 
preuve sur certains points douteux et trop étendus pouF 
être rapidement cités au bas des pages sous notre texte 
même; 3° des documents qui, à tort ou à raison, ont plus 
particulièrement le privilège d'attirer l'attention et d'être 
soigneusement recueillis, à savoir les lettres royales, c'est-à- 
dire ici les lettres de Marie de Médicis; 4° les lettres de 
Concini et de sa femme, parce que ce sont là des pièces 
curieuses en elles-mêmes et où l'on peut s'attendre à trouver 
des éclaircissements sur la psychologie de ces deux person- 
nages énigmatiques. 

Nous avons pensé que nous pourrions ainsi juxtaposer 
à notre travail un appendice d'un caractère plus impersonnel 
et d'un intérêt peut-être plus général, et répondre ainsi aux 
vues de la Direction de l'enseignement supérieur qui, après 
nous avoir facilité, il y a déjà un certain nombre d'années, 
les moyens de rassembler les éléments de cette publication, 
nous permettra de la placer, au moment où elle voit Iç JQur, 
sous son éminent patronage. ". :*.:^ 

Nous associons, dans l'expression de notre gratitude. pour 
ks Directeurs de l'enseignement supérieur^ à la mémoire 
d'Albert Dumont les noms également chers de MM. Du 
Mesnil et Liard. .î :.[ ::L i:r,:::; : 



XVIII INTRODUCTION. 

Il nous reste maintenant à faire connaître les principaux 
de ces diplomates dont les noms ne figurent pas seulement 
au bas des pages ou dans le catalogue à titre de correspon- 
dants et d'informateurs, mais qui, ayant pris une part active 
aux événements, jouent leur rôle dans notre récit. 

Au moment de la mort de Henri IV, la cour de Flo- 
rence tenait accrédités auprès du gouvernement de Paris, 
indépendamment d'agents subalternes, que nous rencon- 
trerons chemin faisant, trois personnages diplomatiques, 
dont deux de premier rang, Matteo Botti et Andréa Cioli, 
envoyés extraordinaires, et l'autre de second ordre, mais 
pourvu, en réalité, d'un emploi principal, ScipioneAmmirato, 
qui gérait la légation de Florence en qualité de premier 
secrétaire pendant un congé illimité accordé au titulaire de 
la fonction, le ministre résident Guidi. 

Quels sont les antécédents, le caractère et les principaux 
événements de la vie de chacun d'eux? 

Pendant l'absence de Guidi, en février 1610, arriva à 
Paris Matteo Botti, marquis de Campiglia et majordome du 
grand-duc; CQt agent, à l'occasion de la mort du grand-duc 
Ferdinand, avait été expédié comme ambassadeur extraor- 
dinaire au roi d'Espagne, puis à celui d'Angleterre, auprès 
duquel il se proposait de se rendre. Occupé, pendant son 
séjour à Madrid, à régler diverses affaires pendantes, Botti 
fit savoir à son gouvernement que le roi et la reine d'Es- 
pagne, par l'intermédiaire de leur confesseur, lui avaient 
fait commander de tenter, pendant qu'Userait à la cour de 
France, l'ouverture de négociations pour un double mariage 
entre la France et l'Espagne. Le grand-duc lui prescrivit 
alors de rester à Paris sous le prétexte d'attendre le couron- 
nement de la reine. L'assassinat de Henri IV ayant eu lieu 



INTRODUCTION. XIX 

le surlendemain de cette cérémonie, le marquis Matteo 
Botti fut accrédité à divers titres auprès de la régente et se 
donna pour mission principale de mener à bonne fin l'affaire 
des mariages espagnols, il gran nego^^io \ comme il disait, 
sans s'interdire cependant de mettre une main brouillonne 
dans tous les autres intérêts de la maison grand-ducale en 
France et d'aller, dans sa manie de toucher à tout ce qui 
ne le regardait pas, jusqu'à s'employer à la conversion au 
culte catholique d'un gentilhomme protestant, fort intelli- 
gent, qui était au service de la reine -. 

On verra le marquis Matteo Botti de Campiglia à l'œuvre 
dans la suite de notre récit. Voici comment le juge son col- 
lègue Andréa Cioli, qui se trouva pendant quelque temps 
côte à côte avec lui à Paris, chargé d'une mission différente 
dont Botti ne se fit pas faute de se mêler assez maladroite- 
ment, ce qui explique le caractère un peu acerbe des com- 
munications faites par Cioli sur le compte de Botti. 

« Je trouve toujours de plus en plus, écrit Andréa Cioli, 
que M. le marquis est un très grand sujet. Il sait beaucoup; 
il est gracieux, aimable, très capable de réussir; il a beau- 
coup d'esprit et une imagination merveilleuse quand il s'agit 
de persuader, il est très prompt dans l'argumentation et la 
réplique, au moins à ce qu'il raconte. Mais le fait d'expédier 
d'ici en Espagne des courriers suivant sa fantaisie et de 
traiter d'aussi grandes affaires avec les ministres de là-bas, 
en son nom, ne me plaît guère, et il me semble que, de 
cette façon, toute la gloire du succès sera pour lui et qu'il en 
reviendra très peu à notre sérénissime maître. Comme je 
pense qu'il a de très bonnes intentions, je ne puis, encore 
me résoudre à mal juger de lui. Toutefois son ambition 

I. Matteo Botti, i8 août 1610. 
- 2. Matteo Botti, 20 juillet 1611. . 



XX INTRODUCTION. 

n'est pas sans me causer de l'ennui; car elle est peut-être 
une des plus grandes qui se puisse trouver dans une cer- 
velle humaine; et maintenant qu'à la fin je me suis décidé à 
parler de cela, je ne parle pas sans fondement, puisque, 
outre que je l'ai jusqu'à cette heure minutieusement observé 
jusque dans ses gestes, je lui ai fait sortir de la bouche 
même quelle est la récompense qu'il prétend obtenir au 
moyen de cette négociation. Or c'est le cardinalat et de 
grasses pensions de-ci et de-là et surtout d'Espagne. Je lui 
tire facilement toutes choses du corps, quand je touche la 
corde de la louange. Finalement ses prétentions pour une 
récompense ne m'auraient point ému; mais de voir qu'il 
s'attribue toute la gloire, ne considérant pas que, sans le 
nom de son maître, son savoir, sa peine et son habileté 

ne vaudraient rien, cela me travaille le cœur Je vous 

envoie, pour vous donner cet avis, un courrier en cachette, 
parce qu'il veut savoir toutes choses, et je me ferais un 
ennemi de lui s'il savait que je lui cache quoi que ce soit. 
« Il use d'un artifice qui consiste à montrer toutes ses 
lettres, celles qu'il reçoit et celles qu'il écrit, et, à cet efi'et, 
il vient me trouver jusque dans ma chambre, afin que 
j'en fasse autant vis-à-vis de lui. Il faudra donc que V. S"% 
pour celles qu'il ne serait pas bon de lui laisser voir, fasse 
faire la suscription par Nenci ou par quelqu'un d'autre en 
dehors de la secrétairerie, afin que je puisse éviter de les 
ouvrir en sa présence, sous le prétexte qu'elles viennent de 
ma famille.... Je ne parle pas des erreurs minuscules com- 
mises par lui en se donnant par exemple le titre d'ambas- 
sadeur, au mépris du monde, ni du peu de secret gardé par 
lui dans la négociation de la grande affaire qui est mainte- 
nant connue de tous les gentilshommes de la maison, parce 
que à cela il n'y a point de remède. La cause n'en est pas 



INTRODUCTION. XXI 

autre que Texcès d'une allégresse qu'il ne peut cacher 
1 orsque viennent d'Espagne de bonnes nouvelles , ou 
lorsqu'il revient de chez la reine ou de chez Villeroy avec 
des renseignements favorables. Il ne peut se garder de cela, 
non plus que de montrer les lettres qu'on écrit d'Espagne, 
dans lesquelles, dit-il, le roi le remercie. Un matin il en a 
fait un tel étalage à table, et il y avait là des étrangers, 
que j'en faillis tomber à la renverse *. » 

Ailleurs ce peu indulgent collègue, qui supporte impa- 
tiemment que l'ambassadeur d'Espagne, don Junico de Car- 
denas, lui fasse le plus grand éloge du marquis Botti et que 
les ministres « en aient plein la bouche du marquis Botti et 
du marquis de Campiglia * », ne contient plus son fiel et 
traite Matteo « d'histrion qui veut n'en faire qu'à sa tête, qui 
retient les dépêches adressées aux membres de la mission 
grand-ducale, tandis que le crédencier, le dépensier, le 
cuisinier ont leurs lettres^ », et il finit par demander son 
propre rappel. Mais il se donne la satisfaction de montrer 
à Botti par le menu, dans une conversation à la fois per- 
fide, violente et doucereuse, ses fautes, ses illusions, son 
insuccès final dans la négociation des aâ"aires d'intérêt 
du grand-duc, remises plus particuHèrement à la sagacité 
d'Andréa Cioli *. 

Ce que Cioli insinue de la nature peu désintéressée des 
services du marquis Botti est amplement confirmé par la 
correspondance de ce dernier. Dès le 9 août 16 10, il 
demande à être récompensé de ses peines par le titre de 
conseiller d'État, représentant qu'il sert déjà depuis vingt- 

1. Andréa Cioli, 16 juillet 1610. 

2. Andréa Cioli, i5 septembre 1610. 

3. Andréa Cioli, 20 novembre 1610. 

4. Voir, à l'Appendice, les dépêches de Cioli en date des 21 et 22 no- 
vembre 1610. 



XXII INTRODUCTION. 

cinq ans. Il insiste dans une dépêche ultérieure et obtient 
d'abord une satisfaction pécuniaire : le grand-duc lui octroie 
une augmentation de i ooo écus de provision. Quant à la 
satisfaction honorifique, Botti reçoit la promesse qu'il sera 
fait conseiller d'État, mais sans titre, et qu'on l'appellera 
au Conseil suivant le besoin. L'ambassadeur se plaint natu- 
rellement de n'être pas traité comme il le désire *. 

Au fur et à mesure que les négociations pour les mariages 
d'Espagne s'avancent, on le voit devenir de plus en plus 
âpre au gain. Il ne cesse d'exposer qu'il fait d'énormes 
dépenses pour la réussite de la grande affaire, que sa rému- 
nération, même avec la récente augmentation, est insuffi- 
sante *. « Je supplie très humblement Votre Altesse^ écrit-il, 
de mettre à son compte la dépense des présents que j'ai faits 
aux ministres d'Espagne et à Villeroy, présents dont j'en- 
voie ci-joint la liste ^... » Mais le règlement de ces mémoires 
se fait bien attendre *. 

La tractation de ses intérêts particuliers, les recommanda- 
tions en faveur d'amis finissent par prendre dans ses dépê- 
ches presque autant de place que la manipulation du gran 
negoiio^ et il faut songer qu'à la fin de ïéii, époque à 
laquelle se termine le présent volume, on n'en est encore 
qu'aux préliminaires de la double union franco-espagnole. 

De cette catégorie de dépêches dont l'histoire n'a rien 
à tirer, nous ne faisons qu'une simple mention ici^ Il n'en 

1. Matteo Botti, g, 29 août, ig septembre 1610. — La filza 4 624 con- 
tient, à la date du 12 septembre, la copie d'un passage d'une lettre du 
grand-duc de Toscane. Le grand-duc y exprime tout son contente- 
ment à regard du marquis Botti et lui donne i 000 écus de provision 
en plus de ce qu'il avait auparavant. 

2. Matteo Botti, 10 juillet 16 11. 

3. Matteo Botti, 18 juillet 1611. 

4. Matteo Botti, 26 octobre, 3 décembre 1611. 

5. Matteo Botti, 16 janvier 1611, recommandation au nom de la reine, 
en faveur de Giovanni Venturi, pour être nommé quarantotto. — 2 mai, 



INTRODUCTION. XXIII 

va pas de même des dépêches politiques, où nous trouvons 
des renseignements précis, abondants, détaillés, qui, après 
avoir été soumis au rapprochement et au contrôle des docu- 
ments contemporains et notamment des informations paral- 
lèles d'autres diplomates, ont passé presque entièrement 
dans la trame de notre ouvrage. 

Andréa Cioli de Cortone était entré au service du grand- 
duc Ferdinand I" en octobre 1602 et fut placé par lui auprès 
du secrétaire d'État, Belisario Vinta, pour l'assister dans son 
office. A la mort de Ferdinand I", il resta attaché à la 
grande-duchesse Christine de Lorraine en qualité de pre- 
mier secrétaire. Cosme II l'envoya en 1610 à la cour de 
Marie de Médicis, où nous le verrons s'employer de son 
mieux pour diverses affaires concernant, les unes des intérêts 
financiers, les autres des projets de mariage. Cioli ne se mêle 
qu'incidemment à la négociation des mariages espagnols, 
tout en surveillant et en critiquant Matteo Botti. 

L'objet propre de sa mission est de trouver une occasion 
favorable pour placer l'une ou l'autre des sœurs du grand- 
duc de Toscane. Mais le marquis de Campiglia se jette à 
la traverse et, dans son zèle immodéré, se mêle à tort et à 
travers des négociations de Cioli, si bien que, la situation 
devenant intolérable entre les deux diplomates, Cioli se fait 
rappeler à Florence et obtient une nouvelle mission en 
Angleterre, où il devra poursuivre des pourparlers déjà 

recommandation pour Francesco Medici. — ii mai, recommandation 
en faveur du capitaine Horatio Tornabuoni, qui, après avoir bien 
servi la France et en avoir été peu récompensé, s'en retourne dans son 
pays. — 3o mai, recommandation en faveur d'un gentilhomme alle- 
mand Gio Gristofano d'Aespergh, au service du duc Albert de Bavière. 
— 3o mai, recommandation en faveur de Braccio Michelozzi. — 
21 juin, 18 août, 28 septembre, 11, 22, 25 octobre 1611, dépêches 
relatives à ses intérêts particuliers. 



XXIV INTRODUCTION. 

engagés par le secrétaire Lotti pour la conclusion d'un 
mariage entre une sœur de Cosme II et le prince de Galles 
Henri, fils de Jacques I". S'il ne trouve pas à Londres 
l'active et désordonnée concurrence de Botti, il se heurte en 
revanche à des négociations menées simultanément en vue du 
même objet par la cour de France et par la cour d'Espagne. 
La mort de ce premier prince de Galles lui fournit un fort 
honnête prétexte pour s'attribuer le mérite d'avoir com- 
plètement réussi dans une entreprise que la fatalité seule 
avait interrompue. 

Mais on sait qu'avec le second prince de Galles, Charles, 
c'est en définitive une princesse française qui devait entrer 
dans la maison d'Angleterre. C'est dès la minorité de 
Louis XIII que cette longue aventure commence. On en 
verra dans le courant de notre ouvrage les complications 
initiales. 

Andréa Cioli conserva la confiance de ses maîtres, dans 
la suite de sa carrière, pour des négociations du même 
genre, en Italie. Il fut secrétaire d'État des grands-ducs 
Cosme II et Ferdinand II et mourut en 1640. 

Il ne séjourna en France que quelques mois après la 
mort de Henri IV. Arrivé le 11 juin 1610, il repartit au 
milieu de janvier léii. 

A peine arrivé, il promet d'être exact et détaillé dans 
sa correspondance *. Voilà une promesse qui sera tenue 
avec une impitoyable rigueur. Quel verbeux et souvent 
insupportable correspondant que cet Andréa Cioli * ! Il écrit 
quatre, cinq dépêches par jour, souvent plus vides les unes 
que les autres, et toujours remplies de sa vaniteuse et sus- 



1. Andréa Cioli, 4 juin, détails sur son voyage. — Scip. Ammirato, 
12 juin. — Matteo Botii, 19 juin 1610. 

2. Andréa Cioli, 28, 3o juin 1610. 



INTRODUCTION. XXV 



ceptible personnalité, sur laquelle il prodigue des détails 
qui n'en finissent plus. C'est un travail énorme, auquel il a 
peine à suffire : 

« Je veille la nuit, écrit-il, et je ne me repose jamais le 
jour; aussi j'endure plus de fatigue que je ne faisais par 
delà, et je ne pourrai certes pas les supporter à la longue. 
Il est maintenant minuit et je n'ai pas dîné; mais de toute 
façon, cela ne me cause aucun ennui, et la bonne volonté 
ne me manque pas; je le dis avec plaisir, afin que V. S"* 
(le secrétaire d'État Vinta) me reconnaisse comme étant, en 
toute occasion, sa bonne créature *. » 

Il adresse au grand-duc des protestations analogues : 
« Je ne pourrai jamais être bref, dit-il, quand j'aurai à écrire 
à Votre Altesse Sérénissime ce que j'aurai négocié avec Sa 
Majesté la reine; car il me semblerait n'avoir rien fait, si 
je ne racontais pas tout par le menu ^ ». 

Du fatras de cette correspondance on tirera cependant 
quelques renseignements précieux, des détails piquants, 
des scènes pittoresques. Nous avons les dépêches de Cioli 
jusqu'au mois de janvier 1611; elles se terminent par un 
journal de son voyage de retour en Italie ^ Botti reste 
maître du terrain diplomatique. 

« M. le marquis écrivant et le sieur Cioli archi-écrivant, 
à moi pauvre, que reste-t-il à dire [Scrivente il s" marchese et 



1. Andréa Cioli, 16 juillet 1610. 

2. Andréa Cioli, 3i juillet 1610. 

3. Une analyse de ce document fera connaître les étapes et la durée 
de ce voyage : jeudi, 27 janvier, il a pris congé de Concini;le 28, du 
chancelier et de Puisieux; le 29, du roi : il reçoit un collier de 
5oo écus; le 3o, départ de Paris; le 3i, de Fontainebleau: il a visité le 
palais et le parc. — Le i*"" février, passage à Cosne; le 2, à Villeneuve, 
près de Moulins; le 4, à Lyon. — Le 7, arrivée en bateau à Avignon; 
le 9, à Aix; le 1 1, à Fréjus; le 12, à Nice. 



XXVI INTRODUCTION. 

arciscrivente il s^ CioJi, a me paver ino non resta da dire *) » ? 
Ainsi s'exprime Scipione Ammirato, le troisième des diplo- 
mates florentins que nous voyons accrédités ensemble à la 
cour de France à la fin de 1610. Celui-là est petit, modeste, 
humble; mais sa valeur professionnelle paraît de beaucoup 
supérieure à celle des deux autres. L'historien florentin 
Scipione Ammirato l'Ancien avait adopté un jeune homme 
d'obscure naissance, nommé Christoforo del Bianco, fils 
d'un simple maçon, pour le récompenser de l'avoir aidé 
dans ses recherches; en lui léguant son bien il lui fit prendre 
son nom. C'est ce Scipione Ammirato, dit le Jeune, qui, 
d'abord employé aux Archives de Florence, fut attaché 
comme secrétaire au chevalier Camillo Guidi et qui reçut 
l'ordre de se mettre à la disposition de Matteo Botti. 

Scipione Ammirato le Jeune n'a pas l'exubérance, la 
faconde, ni la prétention des deux autres diplomates floren- 
tins. Mais il a beaucoup plus qu'eux la pratique de la cour 
de France. Son sens est juste, ses informations paraissent 
bien prises; il sert d'heureux contrepoids aux fantaisies et 
aux excès de zèle des gros personnages de l'ambassade. Ses 
renseignements sont empreints d'un caractère de sincérité 
qui les fait lire avec plaisir et confiance. Ce bon serviteur 
se fit assez apprécier pendant sa résidence en France pour 
être définitivement attaché, lors de son retour dans la patrie, 
au service de la secrétairerie d'État. 

Tous ces personnages, jaloux les uns des autres, rivaux 
et ennemis, faisant assaut de zèle pour mériter les faveurs 
du maître qui règne à Florence, sont forcés de vivre côte à 
côte un peu pêle-mêle, à la mode itaUenne. 

I. Scip. Ammirato, 27 octobre 1610. 



INTRODUCTION. XXVII 

La régente avait assigné comme résidence au marquis 
Botti l'hôtel de Gondi, où s'installèrent à sa suite tous les 
autres Italiens de l'ambassade. Mais bientôt voilà que, pour 
se rendre favorable le prince de Condé, Marie de Médicis 
lui fit cadeau de cette riche demeure; aux Italiens d'en 
sortir. Car le prince ne perd pas de temps pour entrer en 
jouissance du don que lui a fait la reine : à deux reprises 
différentes il visite les appartements de nos infortunés 
diplomates, puis il revient accompagné de sa mère, la prin- 
cesse douairière, propriétaire encore plus avide et rapace 
que le prince lui-même : « Et nous, écrit Andréa Cioli, 
nous sommes à moitié désespérés, nous pleurons le jardin 
et mille commodités, tant en meubles qu'en ornen;ents; 
nous songeons qu'en outre ce sera pour Votre Altesse Séré- 
nissime un grand accroissement de dépense, à moins toute- 
fois que la reine, qui avait bien voulu assigner ce logement 
au marquis, ne consente à lui en faire donner un autre \ » 

Force leur est bientôt d'émigrer presque sans compen- 
sation; ils quittent le somptueux pavillon de Gondi, au 
faubourg Saint-Germain, pour aller loger dans la ville 
même, à l'hôtel de Lyon, dépendance de Farchevêché de 
Lyon, où la reine leur envoie quelques meubles ". 

Il faut croire que Cioli ne se trouve guère à Taise dans 
cette résidence; car ayant appris que l'ambassadeur de 
Savoie, M. Jacob, avait loué des chambres garnies dans 
le pavillon même où il avait auparavant les siennes au 
Petit Gondi, et qu'ainsi Mme la princesse douairière de 
Condé ne dédaignait pas les menus profits que pouvait 
encore lui rapporter la libéralité de la régente, il alla la 
trouver sans prendre conseil du marquis Botti, ce qui aurait 

1. Andréa Cioli, 3i juillet 1610. 

2. Andréa Cioli, 11 août 1610. 



XXVIII INTRODUCTION. 

été trop long, marchanda énergiquement avec la noble 
logeuse, fit les petites cérémonies usitées en pareil cas, 
jusqu'à feindre de rompre brusquement le marché et de 
partir, et obtint en fin de compte pour quinze écus par mois 
ces chambres qu'elle avait fait monter d'abord au prix de 
trente écus *. Cioli se trouvait là encore suffisamment près 
du marquis pour pouvoir facilement correspondre avec lui, 
sans avoir à subir constamment le contact d'un homme 
qu'il détestait. 

Ces gens sont besogneux, quémandeurs, profondément 
intéressés; la main du gouvernement grand-ducal ne 
s'ouvre pour eux qu'avec parcimonie. Les dettes les plus 
minimes contractées au service de leur maître ne leur sont 
payées qu'à force d'instances : « J'ai signé une petite lettre 
de change sur le seigneur Gondi, écrit Scipione Ammirato 
le 26 avril 161 1 ; elle est de 31 francs, montant des dépenses 
faites ici par moi en port de lettres, papier, etc., depuis le 
commencement de janvier dernier, comme vous pourrez 
voir par la note que je vous envoie avec la présente; que 
Votre Illustrissime Seigneurie ait la bonté de me la faire 
payer. Sur ce je lui baise les mains avec ma plus humble 
révérence en priant le Seigneur de lui accorder santé et 
longue vie. » Et ainsi du petit au grand, les besoins, les 
dettes, les ambitions, les instances croissent avec l'impor- 
tance des personnages. 

Et ce que nous disons là ne s'applique pas seulement aux 
représentants du gouvernement de Florence. Serait-ce que 
Topulente répubUque de Venise aime se faire servir à bon 
marché, ou que ses ambassadeurs se plaisent à tirer de 
leurs fonctions le plus large profit possible? Toujours est-il 

I. Andréa Cioli, 27 septembre 1610. 



INTRODUCTION. XXIX 

que les circonstances dans lesquelles eut lieu le départ du 
Vénitien Antonio Foscarini, au milieu de l'année 1611, alors 
qu'il fut envoyé par son gouvernement de Paris à Londres, 
ne font pas grand honneur à sa discrétion : 

« Enfin, lisons-nous dans la dépêche de Scipione Ammi- 
rato citée plus haut, est parti, il y a trois jours, pour son 
ambassade d'Angleterre, l'ambassadeur Foscarini; et trou- 
vant sans doute qu'il n'y avait pas encore assez à dire sur 
son compte, il a voulu encore en cette dernière occasion 
faire des siennes. Il avait pris congé de Sa Majesté et reçu 
un présent de deux mille écus; mais s'étant lamenté que 
le présent fût peu de chose et que l'argenterie ne pesât pas 
les deux mille écus, il voulait encore que Sa Majesté lui fît 
cadeau d'une tapisserie pour l'emporter avec lui, ou bien 
d'un beau diamant monté sur un anneau ; et la fantaisie de 
cet anneau lui était entrée d'autant plus en l'esprit, qu'il 
avait su que la femme de l'ambassadeur de Flandre, allant 
à Saint-Germain, prendre congé des princes et des prin- 
cesses, avait été régalée, par Madame la fille aînée, d''un 
diamant monté sur un anneau d'une valeur de deux mille 
écus, outre deux mille écus de vaisselle d'argent que Sa 
Majesté a fait présenter à l'ambassadeur son mari. Mais 
n'ayant pas réussi à obtenir ni tapisserie, ni anneau, et la 
preuve ayant été faite qu'à la valeur de son argenterie 
estimée à deux mille écus il n'en manquait que cinquante 
seulement, il s'en est allé, et sur ce, bon voyage ! » 

Par là, on voit avec quelle jalousie poussée jusqu'aux 
plus vils détails, s'observaient, s'épiaient, se déchiraient et 
les représentants d'une même puissance et ceux de puissances 
différentes. On en trouvera de nombreux exemples dans le 
cours de cet ouvrage. 

Ainsi, indépendamment du profit que l'histoire peut tirer 



XXX INTRODUCTION. 

du rapprochement de témoignages empruntés à des écrivains 
qui sont bien loin de s'entendre les uns avec les autres, on 
trouvera dans les petits incidents, les intrigues, les comédies 
auxquels sont mêlés nos diplomates, un élément d'intérêt 
secondaire, il est vrai, mais qui n'est pas dépourvu de 
piquant, au milieu des événements de l'ordre purement 
historique dont nous abordons maintenant directement le 
récit. 

Berthold Zeller. 



LA 

MINORITÉ DE LOUIS XIII 



MARIE DE MÉDICIS ET SULLY 



L'ÉTABLISSEMENT DE LA RÉGENCE 

Aspect de la cour et de l'entourage intime de la reine quelques 
semaines après la mort de Henri IV. — Retour sur les événements 
précédents. — Le couronnement de la reine à Saint-Denis. — La 
régence de Marie de Médicis instituée par deux arrêts du Parlement 
de Paris. — Lit de justice tenu par le roi Louis XIIL — Examen 
de la question de droit constitutionnel. — Nécessité d'agir promp- 
tement. — Prétentions des princes du sang déjouées. — Retour 
précipité du comte de Soissons. — Ses exigences. — Résistance de 
la reine; elle cède en partie. — Concession du gouvernement de la 
Normandie au comte de Soissons. — Imprudence de cette politique. 
— Déchaînement général des ambitions et des appétits succédant 
à l'union apparente des princes et des grands. 

i3 mai-i^r juillet 1610. 

Le 30 juillet 1610, dix semaines après l'assassinat de 
Henri IV, dans les appartements que les reines mères occu- 
paient "au rez-de-chaussée de la partie du Louvre moderne 
qui s'étend le long de la Seine, depuis le pavillon d'angle 
sud-ouest jusqu'à la porte centrale, se présentait, pour avoir 
une audience de Marie de Médicis, Andréa Cioli, représen- 

I 



2 LA MINORITÉ DE LOUIS XllI. 

tant du grand-duc de Florence Cosme IL Ce diplomate, 
envoyé moins pour apporter à la reine les condoléances de 
son gouvernement, à l'occasion de la mort du roi de 
France, que pour s'acquitter d'autres menues missions, ce 
jour-là, venait pour annoncer officiellement à la reine la 
naissance d'un petit prince de Toscane. La scène à laquelle 
il nous fait assister dans la relation de cette audience nous 
montre, pris sur le vif, l'intérieur, l'entourage, l'attitude, le 
langage abandonné et quelques-uns des traits caractéris- 
tiques de la femme qui devait, pendant sept années ora- 
geuses, présider aux destinées de la France. Ce récit, qui 
reproduit aussi en termes saisissants l'avant-dernière journée 
du règne de Henri IV, nous introduit de plain-pied dans 
l'histoire de la minorité du fils et de la régence de cette 
veuve d'un grand roi. 

(( Je trouvai très commodément l'occasion de parler à la 
reine, :fprès son déjeuner, écrit Andréa Cioli, lorsque le 
duc d'Épernon et après lui M. de Barrault (l'introducteur des 
ambassadeurs) eurent pris congé d'elle, et je m'exprimai dans 
les termes suivants : « Madame, je me réjouis en toute humi- 
« lité avec Votre Majesté de l'heureuse naissance de votre 
« petit-neveu; c'est un nou\'eau serviteur pour vous et pour 
(( S. M. le roi. » Elle me répondit qu'elle avait éprouvé un 
grand contentement et ajouta : « C'était bien vrai ce que tu 
« me disais ces jours-ci qu'ils devaient s'être trompés pour le 
<( temps. » Je la remerciai au nom de Votre Altesse sérénissime 
de la grâce et de l'honneur qu'elle m'avait faits en me vo3^ant 
et en m'écoutant avec tant de bonté; S. M. me répondit sim- 
plement d'un sourire et d'un geste gracieux. Il y avait autour 
d'elle trois ou quatre princesses qui se tenaient à ses côtés 
dans une grande fenêtre. Elle les quittait de temps à autre 
pour venir tantôt vers M. de Beaumont *, qui était resté en 
compagnie d'un autre cavalier, tantôt vers moi. Chaque fois 

I. Fils du premier président de Harlay, ambassadeur en Angleterre, 
très en faveur auprès de la reine. 



L ETABLISSEMENT DE LA REGENCE. 



qu'elle bougeait, je m'approchais d'elle pour Tentretenir 
successivement d'affaires différentes.... Sur ces entrefaites 
arriva le S'"Concini; il dit je ne sais quoi à l'oreille de S. M. 
et tous deux se tournèrent vers moi. La reine me fit signe de 
m'approcher et me parla ainsi : « Eh bien ! qui donc le grand- 
«. duc enverra-t-il ici comme secrétaire résident? — Celui 
u qui plaira à Sa Majesté, répondis-je; car S. A. n'a d'autre 
« désir que de complaire à Votre Majesté et sur ce point 
« et sur tous les autres et toujours; et je puis lui montrer un 
« ordre qui m'est tout récemment arrivé de S. A. et d'après 
u lequel je dois, en temps opportun, pressentir Votre Majesté 
(( à ce sujet. — Nous aurons à cœur, reprit-elle, de voir 
<( arriver le fils aîné de Bartolini, que nous savons très capable, 
« très intelligent et doué d'une certaine expérience, puisqu'il 
« est depuis assez longtemps déjà en Espagne. Écrivez donc 
« dans ce sens et de notre part au grand-duc. » Elle me tint 
ce discours en se promenant; et le S"" Concino, dès qu'elle 
se mit à parler de cette affaire avec moi, se retira. Je lui 
répondis que j'exécuterais immédiatement ses ordres et lui 
fis entendre que, sous la réserve de son bon plaisir, et pour 
que, dans les circonstances présentes, la place ne restât 
point vacante, Votre Altesse sérénissime voulait que je de- 
meurasse ici jusqu'après le couronnement du roi, parce que 
Votre Altesse désirait me voir assister à cette cérémonie. 
« Et la nôtre, reprit sur-le-champ S. M., je voudrais bien que 
« tu l'eusses vue, parce que ce fut une des plus belles choses 
« que l'on puisse faire en France. » Elle continua ainsi : 
« Nous étions placées sur dix-neuf gradins; sur trois degrés 
« au-dessous de nous étaient, à droite et à gauche, les prin- 
« cesses de France, puis celles du sang et les autres de proche 
« en proche, et puis les cardinaux, les évêques, les officiers 
« de la couronne et tous les princes du sang. Chacun fit son 
« office dans ces cérémonies, les uns pour porter la traîne, 
« ceux-ci pour une chose, ceux-là pour une autre — De telle 
« sorte, dis-je en interrompant, qu'un aussi merveilleux 



4 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

« théâtre devait ressembler au paradis avec toute la série des 
« chœurs des anges. — Oui, précisément, reprit la reine; 
« c'était comme le paradis » ; et, élevant la voix sur ce pro- 
pos, elle s'arrêta dans sa promenade pour dire au S' Concino 
et à M^"" de Beaumont qui étaient ensemble : « N'est-il pas 
« vrai, Messieurs, que la cérémonie de mon couronnement a 
« été semblable en beauté à l'ordre divin du paradis? Nous 
« disions à l'instant au secrétaire du grand-duc notre frère, 
(( qui veut rester pour voir le couronnement du roi, qu'il 
« lui aurait fallu voir le nôtre s'il avait voulu avoir du plaisir 
a et rester dans l'admiration. » Et les autres, répondant affir- 
mativement au dire de S. M., se mirent à décrire en détail la 
beauté, magnificence et les merveilles de cette cérémonie; 
et moi je dis que, sans aucun doute, j'aurais vu celle-là plus 
volontiers qu'une autre, non seulement à cause de ce qu'ils 
en racontaient, mais aussi parce que c'était un temps de plus 
grande et plus parfaite allégresse qu'aujourd'hui. « Mais il y 
« a bien eu, répliqua la reine, trois prodiges qui, à l'heure 
'( actuelle, et après coup, me bouleversent encore,, et l'on fit 
(( très bien de me cacher le premier, car cènes j'en aurais été 
« épouvantée; et ce premier fut que la pierre du sépulcre des 
« rois se fendit et s'ouvrit de telle sorte qu'il fallut y mettre 
« de la chaux pour la refermer. Voici quel fut le second 
« prodige : pendant que nous étions dans ce théâtre, la coû- 
te ronne, qui avait été mal placée par les princesses, faillit 
« me tomber de la tête, et il s'en manqua de fort peu, et 
« nous, vivement, et juste à temps, pûmes la retenir, et en 
« la touchant à peine d'une main nous la raff"ermîmes, je ne 
c< sais comment, mais de telle sorte qu'elle ne bougea plus 
« et qu'elle paraissait comme scellée; le troisième fut Ten- 
(( nuyeuse lamentation d'un de ces oiseaux de nuit dont je 
« ne me rappelle pas le nom en italien et qui se fit entendre 
« toute la nuit; il tournait au-dessus de notre toit, se posant 
« tantôt au-dessous d'une chambre, tantôt au-dessous d'une 
« autre et même jusque dans nos fenêtres. » La conversa- 



is 

\ 



L ETABLISSEMENT DE LA REGENCE. D 

tion étant générale au sujet de ces prodiges, on parla beau- 
coup plus du second que des autres; et comme S. M. s'éten- 
dait complaisamment sur cette action de retenir toute seule 
et d'arranger la couronne avec tant de prestesse et de faci- 
lité, le S"^ Concino dit à ce propos qu'il avait bien observé 
cet accident et qu'il avait vu S. M. retenir la couronne 
en un clin d'œil avec ses deux mains et la raffermir d'une 
façon vraiment miraculeuse, parce qu'elle était déjà presque 
sortie de sa tête. Pour ma part, je ne pus, sur le moment, 
me retenir d'exprimer la pensée qui me vint à l'esprit, à 
savoir que cela signifiait que, par la mort du roi, la cou- 
ronne devait presque choir, mais être bientôt soutenue et 
remise solidement en sa place par la prudence et le cou- 
rage de la reine. Ce langage plut à tous et S. M. en 
témoigna son contentement en me jetant un regard de gra- 
titude et d'assentiment. J'ai vu que j'ai également fait beau- 
coup de plaisir lorsque, m'apercevant que l'on en revenait 
encore à cette cérémonie, je dis avoir appris de bonne 
source que, pour la magnificence dans les cérémonies solen- 
nelles, les Français l'emportaient sur toutes les autres nations. 
Chacun m'approuva; la reine dit que c'était la pure vérité; et 
que si, très souvent, les Français paraissaient, dans la plupart 
de leurs actions, vivre d'une manière un peu désordonnée, 
ils étaient tout à fait remarquables dans les cérémonies de 
ce genre; et elle affirma que, dans celle dont il s'agissait, non 
seulement l'ordre fut merveilleux, mais qu'il y eut encore une 
attention et un silence incroyables. Pendant cette conversa- 
tion arrivèrent à quelques intervalles de temps quatre prin- 
cesses : Mme de Conti, la fille de M. le duc de Mayenne^ 
Mme de Bouillon et Mme de Montpensier ; et il y avait aupara- 
vant Mme de Mercœur, Mme de Vendôme, Mme de Sully et 
Mme d'Elbœuf. Le S' Concino partit et arriva M. le maréchal 
de Brissac, qui s'en alla tout de suite, et puis vint Ms"" Bonsi *. 

I. Evêque de Béziers, grand aumônier de la reine. 



LA MINORITE DE LOUIS XIII. 



La reine causait avec les princesses; et comme elles s'étaient 
assises près de la porte, de telle manière qu'il fallait, pour 
sortir, passer au milieu d'elles et en déranger quelqu'une, 
je ne pouvais me décider à m'en aller et je fis bien; car 
j'eus l'occasion de m'approcher à plusieurs reprises de 
l'oreille de S. M. et de l'entretenir sur différents sujets, 
lorsque je voyais que, la conversation languissant avec les 
princesses, elle se tournait de notre côté. S. M. était assise 
près de la susdite fenêtre qui est située à droite de la porte 
d'entrée où se tenaient les princesses; elle était près d'une 
petite table, en sorte qu'on pouvait lui parler de près sans 
être entendu. Je lui dis principalement que Votre Altesse 
sérénissime et Madame ne faisaient, dans toutes leurs 
lettres, que recommander au marquis Botti et à moi de 
rappeler à S. M. et de dire à M"" Concino, qui pouvait 
s'acquitter de ce soin beaucoup plus souvent que nous- 
mêmes, qu'EUe eût avant toutes choses à veiller sur sa vie 
et sur celle du roi, qu'elle fît la plus grande attention à ceux 
qui servaient dans la cuisine ou dans la chambre. Je lui parlai 
ensuite des continuelles prières que l'on disait à Florence et 
particulièrement à Monte-Senario pour l'âme du roi, pour la 
conservation et le bonheur d'elle-même et du roi vivant, et 
de tous les autres princes ses enfants, ce qui lui fut particu- 
Hèrement agréable. Enfin, je m'enhardis à lui demander s'il 
était vrai que l'on dût retarder le couronnement du roi jus- 
qu'au carême ; S. M. me dit que non et que le sacre aurait 
lieu pour sûr au mois de septembre prochain. Pour ter- 
miner, après deux bonnes heures, je me décidai à passer au 
milieu de ces princesses et je m'en allai \ » 

On peut se faire, par ce récit, une idée de la frivoUté de 
cette reine de trente-six ans, mère de six enfants, encore 

I. Andréa Cioli au grand-duc, 3i juillet 1610. — La dépêche ne se 
termine pas ici. Elle entre encore dans d'autres détails qu'il est 
inutile de relever. On ne s'étonnera pas si, écrivant le même jour 
au secrétaire d'État Vinta, le prolixe diplomate jette cette exclama- 
tion : Tutio hoggi ho scritto et sono stracco. 



< / 



L ETABLISSEMENT DE LA REGENCE. 7 

belle, quoique d'une beauté un peu commune, beaucoup plus 
préoccupée de sa personne et de l'effet théâtral à produire 
que des lourdes responsabilités dont l'avait accablée le plus 
grand des malheurs. Les affaires de la maison dont elle est 
issue semblent l'intéresser beaucoup plus vivement que celles 
du pays dont elle est devenue la reine et dont le roi main- 
tenant régnant est son fils. Le laisser aller, la gaieté même 
qui régnent dans les appartements que le souvenir de 
Henri IV semble avoir cessé de hanter, ne sont guère de 
saison. Enfin, qui voit-on autour d'elle? Ce ne sont pas ses 
enfants, ce ne sont pas de graves ministres, des hommes 
d'État; c'est un ambassadeur obséquieux et bavard comme 
Cioli, un vieux soldat galant, le duc d'Épernon, un prélat 
itaUen intrigant, Bonsi, un cercle de princesses et de dames 
appartenant aux partis les plus différents et dont la pré- 
sence au Louvre sert à masquer les intrigues politiques de 
leurs maris, et enfin, se mêlant avec assurance à tout ce 
monde, comme un homme qui a pied dans la maison, la 
figure de l'aventurier Concini. Marie de Médicis est bien là 
dans son véritable cadre. Après Vy avoir placée, nous repre- 
nons le fil des événements. 

Henri IV fut tué vers quatre heures, le 14 mai 1610 *; à 
cinq heures, le gouvernement nouveau fut installé. Le roi 
mort avait, à plusieurs reprises, manifesté d'une manière 
formelle son intention de déférer la régence à sa femme pen- 
dant la campagne qu'il allait entreprendre; et c'est évidem- 
ment pour la quaHfier encore plus complètement en vue de 
l'exercice de cette fonction, qu'il avait cédé aux instances 
de la reine en autorisant ce couronnement à Saint-Denis, 
qui lui avait causé tant de tourments et d'appréhensions. 
L'établissement d'une régence, entourée des garanties que 
la sagesse de Henri IV n'aurait pas manqué d'élever contre 
les tendances fâcheuses de sa femme et contre les dangers 



'o' 



I. B. Zeller, Henri IV et Marie de Médicis, p. 3o{) et suiv. 



8 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

que rambition ou le mécontentement des princes du sang 
pouvait faire courir à l'Etat, était une nécessité politique iné- 
luctable en face des éventualités que pouvait faire craindre 
la présence du roi à la tête de ses armées. Ce qui resta des 
intentions de Henri IV, ce fut Tidée simple : celle de recon- 
naître le droit de sa femme à porter le titre de régente ; ce 
qui manqua au nouvel ordre de choses, ce furent les garan- 
ties qui, sous la forme d'un testament ou de la constitution 
d'un conseil de régence, auraient imposé au gouverne- 
ment de la reine mère une direction politique et un per- 
sonnel de gouvernement à la hauteur des intérêts si graves 
laissés en suspens par la mort du roi de France. Nous ne 
croyons pas qu'il ait été nécessaire, et il n'est pas prouvé 
que le duc d'Épernon, colonel général de l'infanterie fran- 
çaise, témoin des derniers moments de Henri IV, ait été 
porter au sein du Parlement réuni dans le couvent des 
Augustins, en raison des préparatifs que Ton faisait au Palais 
pour l'entrée solennelle de la reine couronnée, les paroles 
menaçantes que lui prête son biographe *. Il ressort avec 
toute évidence de la relation de Gillot, non moins que du 
silence des auteurs contemporains, qu'il faut rejeter au rang 
des fables la harangue cavalière du duc d'Épernon pro- 
noncée la main sur la garde de l'épée à moitié sortie du 
fourreau. S'il tenait l'épée à la main, c'est qu'il était en 
train de faire œuvre de soldat : il plaçait et inspectait des 
postes. C'est en courant qu'il parut au Parlement vis-à-vis 
duquel il s'excusa du reste de son incivilité. Rappelons- 
nous qu'il y avait à peine trois quarts d'heure que Henri IV 
était mort. Avait-on le temps de faire des cérémonies? 
L'épée n'avait pas besoin de sortir du fourreau et tout car- 
nage était inutile pour engager des magistrats très jaloux 
de maintenir et au besoin d'étendre leurs privilèges, à 
donner sur l'heure une interprétation de la tradition consti- 

I. Girard, Vie du duc d'Epernon. — D'Arconville, Vie de Marie 
de Médicis, t. I, p. 548. 



» '. 



L ETABLISSEMENT DE LA REGENCE. 9 

tutionnelle, qui semblait conforme à la volonté suprême 
de Henri IV, mais qui établissait en faveur du Parlement un 
précédent destiné à devenir encore plus abusif par la suite, 
lorsqu'au lieu de consacrer les volontés supposées, la cour 
s'arrogea le droit de casser les volontés testamentaires des 
rois défunts, ce qui arriva, comme on le sait, à la mort de 
Louis XIII et de Louis XIV. En fait, depuis les origines de 
la monarchie capétienne, ce n'était jamais le Parlement qui 
avait institué le gouvernement des minorités : suivant les 
circonstances, à défaut d'un acte formel émané du roi pré- 
cédent, le concert des princes du sang ou l'autorité des 
États généraux avait pourvu à l'exercice du pouvoir. L'inno- 
vation qui fut proposée au Parlement était faite pour 
flatter les prétentions de ce corps ambitieux qui, en raison 
de sa composition, dans laquelle entraient des princes, des 
ducs et pairs, des prélats et conseillers d'Église et enfin 
des conseillers laïques, élite de la bourgeoisie, aimait à se 
faire considérer comme une représentation permanente et 
supérieure des trois ordres de la nation. Le rôle qu'avait 
à jouer d'Épernon fut beaucoup moins mélodramatique et 
arrogant qu'on ne le représente habituellement, et il faut 
s'en tenir sur ce point au témoignage très précis d'un des 
hommes qui s'employèrent le plus activement à prévenir 
tout désordre et à ramener le calme dans Paris, au moment 
de la mort de Henri IV : « M. d'Épernon, dit Bassompierre 
dans ses Mémoires, quy, après avoir mis l'ordre nécessaire 
aux gardes françaises devant le Louvre, estoit venu baiser la 
main du roy et de la reine sa^mère, fut envoyé par elle au 
Parlement, représenter que la reine avoit des lettres de 
régence expédiées du feu roy quy pensoit partir pour aller 
en AUemaigne ; que son intention avoit une autre fois esté, 
lorsqu'il fut sy mal à Fontainebleau \ de la déclarer régente 
après sa mort; qu'il lui appartenoyt plus tost qu'à tout autre; 

I. Voir, pour la contirmation de ce détail, B. Zeller, Henri IV et 
Marie de Médicis, p. i8o. 



10 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

que Turgence de l'affaire présente requeroit d'y pourvoir 
promptement, et qu'il estoit du bien de Testât qu'ils en déli- 
bérassent promptement, ce qu'ils firent, et la déclarèrent 
régente de France pendant la minorité du Roy *. » L'illustre 
président Harlay, malade de la goutte, s'était fait transporter 
aux Augustins et c'est sous sa présidence que fut rédigé 
l'arrêt qui non seulement conférait la régence à Marie de 
Médicis, « pour avoir l'administration du royaume pendant 
le bas âge dudit Seigneur son fils », mais qui constituait son 
pouvoir absolu en ajoutant que c'était « avec toute-puis- 
sance et autorité » '. 

Le lendemain 15 mai, ces dispositions prises avec autant 
de sûreté que de hâte en vue d'empêcher, suivant l'expres- 
sion de Richelieu, « que l'on aperçût un seul moment d'in- 
terruption dans Tautorité royale ^ », reçurent la sanction de 
celui qui s'appelait désormais Louis XIIL L'enfant, ainsi que 
ses frères et sœurs arrivés tout récemment de Saint-Germain 
pour la cérémonie du couronnement, avait laissé couler 
d'abondantes larmes quand on lui apprit que, à neuf ans, la 
mort de son père faisait de lui le roi de France *. Il s'écria 
ensuite, au dire du médecin Héroard : « Ha! si je y eusse 
été avec mon épée, je l'eusse tué ». Puis il dit qu'il ne vou- 
drait pas être roi, qu'il aimerait mieux que ce fût son frère 
le duc d'Orléans, parce qu'il avait peur d'être tué, comme 
son père. Cette appréhension le poursuit; il demande à son 
gouverneur, M. de Souvré, de coucher avec lui, car il a 
peur des songes ^. Le lendemain, le petit roi, réveillé à 
six heures et demie, ne sort pas du cauchemar qui l'oppresse, 
et qui l'obsédera encore longtemps ^ lorsque après l'avoir 



1. Bassompierre, Mémoires, t. I, p. 278. — Richelieu, Mémoires, 
p. 20. — L'EsToiLE, Mémoires, t. X, p. 220, 221. 

2. Mercure françois, t. I, p. 425 et suiv. — Recueil de pièces, 1. 1, p. i. 

3. Richelieu, Mémoires, p. 20. 

4. Scip. Ammirato, 19 juin 161 o. 

5. Héroard, t. I, p. 436. 

6. Le jeune roi paraît, en effet, être resté de longs jours sous cette 
impression d'étonnement, de terreur et de regret. Héroard nous 



l'établissement de la régence. I I 

mené à la messe et monté sur une petite haquenée blanche, 
on le conduit par le Pont-Neuf au couvent des Augustins. 
Il était accompagné d'un grand nombre de princes, ducs, 
pairs, seigneurs,, gentilshommes et officiers de la couronne, 
tant ecclésiastiques que laïques \ Le peuple criant sur son 
passage : « Vive le Roi ! » il se retourna vers un des siens et lui 
demanda : « Qui donc est le roi ^ ? » Arrivé dans la salle où 
était réuni le Parlement, Louis XIII séant en son lit de jus- 
tice entendit sa mère, qui était arrivée de son côté en grand 
deuil et voilée d'un crêpe, le recommander aux soins de la 
cour; puis il débita, non sans présence d'esprit, la courte et 
simple harangue dont le texte écrit lui avait été remis par 
M. de Souvré ^ : « Messieurs, dit-il, il a plu à Dieu appeler 
à soi notre bon roi,* mon seigneur et père. Je suis demeuré 
votre roi, comme son fils, par les lois du royaume. J'espère 
que Dieu me fera la grâce d'imiter ses vertus et suivre les 
bons conseils de mes bons serviteurs ainsi que vous dira 
M. le Chancelier. » L'arrêt de la veille fut solennelle- 
ment confirmé \ Le premier président, l'avocat général 



rapporte que le lundi 17 mai, sa nourrice, qui avait couché à côté 
de son lit, lui demanda ce qu'il avait à rêver- H répondit : « C'est que 
je songeais »; puis demeura longtemps pensif. Sa nourrice lui dit: 
« Mais que rêvez-vous.''» Il répondit : « Dondon, c'est que je voudrais 
bien que le roi mon père eût vécu encore vingt ans. Ha! le méchant 
qui l'a tué! » La veille il avait dit à sa gouvernante, Mme de Mont- 
glat : « Mamanga, je voudrais bien n'être pas sitôt roi et que le roi 
mon père fût encore en vie » (t. Il, p. 4). Le secrétaire Ammirato 
confirme ces indications : « L.e roi a dit en plusieurs occasions qu'il 
ne voudrait pas encore être roi, et qu'il voudrait que son père eût 
encore vécu cent ans ». (ig juin 1610. Ap. Ab. Desjardins, t. V, p. 636.) 
On lit aussi dans L'Estoile à la date du 17 mai 161 o : « Le roy songea 
ceste nuict qu'on le vouloit assassiner; si que, pour Tasseurer et 
relever de ceste peine, on fust contraint de le transporter de son lit 
en celui de la reine. « Gardez-moi bien, disait-il ordinairement à ses 
« gardes, de peur qu'on ne me tue comme on a fait du feu Roy mon 
« père. )' (T. X, p. 247.) 

1. L'Estoile, t. X, p. 235. 

2. Scip. Ammirato, 19 juin 1610. 

3. HÉROARD, t. II, p. 2. 

4. Mercure françois, t. I, p. 426 et suiv. — Recueil de pièces, t. I, 
p. 2. — Cf. Arrestz. (V'^oir noire bibliographie à l'article Anonymes.) 



12 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

Serviii et le chancelier Brûlart de Sillery firent assaut d'élo- 
quence et d'érudition, tandis qu'au sein de rassemblée l'esprit 
d'union et de concorde qui, depuis la catastrophe de la veille, 
semblait avoir pénétré tous les cœurs, poussait dans les bras 
Tun de l'autre le maréchal de Brissac et Mayenne, qui ne 
s'étaient point parlé depuis la reddition de Paris, d'Épernon 
et Sully qui avaient toujours vécu en mauvaise intelligence, 
et dictait au duc de Guise de hautes et solennelles protesta- 
tions de sa sincère affection au bien de l'État et de la cou- 
ronne, dont le premier président prit acte avec sa gravité 
accoutumée '. Le roi se rendit ensuite à Notre-Dame. « Il 
n'apparaît, écrit l'ambassadeur vénitien Foscarini, aucune 
trace de division parmi les grands; tout au contraire, par la 
grâce de Dieu, ils s'empressent à l'envi au service du roi; 
par toutes les rues où il passe, il entend les souhaits de lon- 
gue vie et de prospérité que font retentir autour de lui l'ac- 
clamation et la voix du peuple.... » (20 mai 1610.) 

L'affaire si prestement enlevée de la constitution du gou- 
vernement nouveau n'était pas un coup de main d'hommes 
d'épée, mais l'œuvre d'hommes de gouvernement. Vil- 
leroy, Jeannin et Sillery y eurent la part principale. Il n'y 
avait eu à redouter que l'opposition des princes du sang; 
mais les deux plus en vue, Henri de Bourbon, prince de 
Condé, et Charles de Bourbon, comte de Soissons, étaient 
absents ; le premier avait soustrait sa femme aux galanteries 
de Henri IV, en s'enfuyant avec elle en Belgique; le second, 
mécontent que Henri IV n'eût point permis à sa femme, 
l'orgueilleuse Anne de Montaffier ^, de porter au couronne- 
ment de la reine un manteau semé de fleurs de lis, s'était 
retiré dans ses terres. Chacun des deux princes paya cher 
son coup de tête. L'ambition, l'avidité, la jalousie les ren- 

I. L'ESTOILE, t. X, p. 236. 

!2. Andréa Cioli, qui alla lui faire visite quelque temps après son 
arrivée en cour, dépeint ainsi son attitude : A similitudine del marito 
se lie stette qiianto a gesti, in gravita grande, ma, quanto aile parole, 
si porto molto cortesamente. \b juin lôio. 



l'établissement de la régence. I 3 

daient redoutables; c'est pour les réduire à l'impuissance 
que les ministres avaient, avec tant de résolution, précipité 
les événements : « M' le Prince hors du royaume, M' le 
Comte hors de la cour mécontent, le prince de Conti, seul 
présent, mais comme absent, par sa surdité et par l'inca- 
pacité de son esprit, qui était connue de tout le monde, on 
n'avait pu faire, dit Richelieu, autre chose que ce qui s'était 
fait, étant impossible d'attendre le retour de ces princes sans 
un aussi manifeste péril pour l'Etat que celui d'un vaisseau 
qui serait longtemps à la mer sans gouvernail ' ». 

Le prince de Condé, porté par sa mauvaise humeur jus- 
qu'à Milan, était trop loin pour ne pas accepter le fait 
accompli; mais Soissons ne perdit pas de temps pour essayer 
de tirer parti de la situation. Un jour de retard de la part 
des ministres restés au timon des affaires aurait suffi à tout 
compromettre. Soissons arriva moins de trois jours après la 
mort de Henri IV; mais tout était terminé sans lui. Il fut 
quelques jours à se remettre de ce coup; mais ce chef d'une 
branche cadette de la famille royale, qui avait mal servi 
Henri IV, pendant qu'il recouvrait son royaume, et auquel 
Henri IV avait refusé la main de sa sœur Catherine, voulut 
se faire payer grassement son adhésion au nouvel ordre de 
choses et son désistement de prétentions insoutenables à la 
régence. Il fallut bientôt compter avec lui. « Le comte de Sois- 
sons, écrit l'ambassadeur Matteo Botti, aussitôt après son arri- 
vée, est allé rendre ses devoirs d'obéissance au nouveau roi 
et à la reine. Il a déclaré avec un flot de paroles et de larmes 
qu'il voulait toujours les servir et qu'il répandrait s'il le fal- 
lait jusqu'à la dernière petite goutte de son sang pour la con- 
servation de Sa Majesté". Mais peu après, poussé par d'autres 
ou obéissant à son propre naturel, il s'est démasqué et a 
dit à la reine qu'il voulait être fait lieutenant général du roi 
par toute la France, et, pour corroborer sa prétention, il a 

1. Richelieu, Mémoires, p. 21. 

2. Cf. L'EsToiLE, t. X, p. 242. 



T_j. LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

cité l'exemple du roi Antoine de Navarre *, qui au temps de 
la reine mère Catherine, eut, disait-il, le même rang; mais il 
ne paraît point que cela soit écrit en aucun endroit". — Sur 
ce, la reine, qui est maîtresse absolue, et qui n'a pas besoin 
de surintendants, lui a répondu qu'il eût à s'enlever cette 
fantaisie de la tête, parce qu'elle veut être la maîtresse et 
qu'elle ne veut pas devenir Mme de Montglat ^, qui a 
seulement à s'occuper de la personne du présent roi ; qu'au 
surplus, s'il veut s'abstenir de ces vaines prétentions, S. M. 
le fera la première personne du royaume après elle; on lui 
fera part de tout et il aura les premières charges. Le ton 
résolu de la reine et les conseils des serviteurs de S. M. 
l'ont amené à renoncer à ses visées; et il a dit à la reine 
qu'il fera tout ce qu'elle voudra et s'en trouvera satisfait ^. » 
L'ambassadeur vénitien, qui complète ces détails en disant 
que le prince éprouva en somme une mortification, « resta 
moriificato », nous montre la reine mettant le doigt sur le 
point faible des prétentions du comte de Soissons lors- 
qu'elle lui fit observer qu'il n'était que le troisième prince 



1. Le père de Elenri IV. 

2. L'ambassadeur ne paraît pas être très au courant ni des usages 
constitutionnels, ni de Thistoire de France. D'après les anciennes lois 
et coutumes du royaume, le droit des princes du sang à la direction 
des affaires était incontestable; c'est par suite d'un accord survenu, 
avant la mort de François II, entre Catherine de Médicis et Antoine 
de Bourbon, que celui-ci se contenta d'être déclaré lieutenant général 
et, comme tel, de représenter la personne du roi dans les pays de 
son obéissance. Ce point de droit et les tempéraments qu'une habile 
politique sut y apporter sont établis dans une lettre de Catherine de 
Médicis à sa fille la reine Isabelle d'Espagne : « Encore, dit-elle, que 
je suis contrainte d'avoir le roi de Navarre auprès de moi, d'autant 
que les lois de ce royaume le portent ainsi, quand le roi est en bas 
âge, que les princes du sang soient auprès de la mère, il m'est très 
obéissant et n'a nul commandement que celui que je lui permets ». 
19 décembre i56o. Lettres de Catherine de Médicis^ publiées par H. de 
la Ferrière. 

3. Françoise de Longuejoue, veuve de Pierre de Foissy et remariée 
à Robert de Harlay, baron de Montglat, premier maître d'hôtel du 
roi, « homme v. oient et fâcheux, dit L'Estoile, et sa femme encore 
plus », était gouvernante de Louis XIII. 

4. Matteo Botti, 3 juin 16 10. Ap. Ab. Desjardins, t. V, p. (324. 



l'établissement de la régence. I 5 

du sang '. Condé était en effet le chef de la branche aînée 
de sa famille; et Soissons n'était lui-même que le cadet de 
Conti. 

Matteo Botti a bien raison de suspecter la sincérité 
des sentiments exprimés en dernier lieu par le comte de 
Soissons : « Si Ton considère Thumeur de ce prince, dit-il, 
la reine aura fort à faire pour le maintenir eu état de con- 
tentement ». 

Il cherche en effet, sans tarder, à se rattraper en détail 
de sa déconvenue sur l'étendue de ses exigences. L'idée de 
la reine mère était de percevoir et de partager entre Sois- 
sons. Souvré et Concini le don de joyeux avènement; on 
estimait à 400 000 écus la somme à lever. Le comte réclama 
le tout, pour payer ses dettes, qui étaient considérables. La 
reine régente repoussa encore cette prétention du comte de 
Soissons ■; mais il déclara ne point se contenter, à moins 
d'être nommé chef du conseil, et gouverneur de la Nor- 
mandie, et d'obtenir en outre une somme de 200 000 écus 
comptant. On peut concevoir l'embarras de Marie de 
Médicis : d'une part elle désirait justifier Topinion que se 
faisaient d'elle ceux qui pensaient que l'art de gouverner 
consiste à satisfaire tout le monde. « La reine régente gou- 
verne en vérité toutes choses d'une façon exquise, écrit Scip. 
Ammirato; et Ton peut dire qu'elle fait des miracles pour 
contenter un chacun \ » D'autre part, la régente sentait la 
nécessité de donner à son pouvoir si récemment établi, si 
discutable pour quelques-uns, les apparences de la fermeté. 
Le gouverneur de Lyon, M. d'Alincourt, fils de Villeroy, 
disait à l'ambassadeur florentin Andréa Cioli, alors en route 
vers Paris : « La reine est devenue toute différente de ce 
qu'elle était; elle paraît bien être le roi. Elle est pleine de 
gravité, elle s'occupe perpétuellement des affaires, donne des 

1. Ambass. vénit. Foscarini, 2 juin 1610. 

2. Matteo Botti, ibidem. 

'5. Scip. Ammirato, 25 mai iGio. 



l6 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

audiences, et elle a tout de suite fermé Tentrée à toute pré- 
tention des princes '. » Il n'était pas possible de suivre à la 
fois ces deux lignes de conduite si opposées. Marie de Médicis 
crut trouver un moyen terme; elle résolut de donner d'am- 
ples satisfactions au comte de Soissons. Elle annonça qu'elle 
lui accorderait le gouvernement de la Normandie, celui 
du Dauphiné pour son fils, 15 000 écus d'accroissement 
de pension et une somme suffisante pour payer ses dettes '. 
La régente croyait s'attacher ainsi le comte, se faire de lui un 
appui contre les prétentions des autres grands, contre celles 
principalement du prince réfugié à Milan; elle avait pensé 
faire passer sous le couvert de ses largesses vis-à-vis de lui 
les prodigalités dont elle allait ' combler les gens de son 
entourage familier. On verra combien cette politique à 
courte vue lui réservait de déceptions. Pour le moment elle 
eut comme résultat immédiat de mettre fin à la trêve qui 
s'était jusqu'alors imposée aux inimitiés et aux rivalités 
de cour. La concession du gouvernement de la Normandie 
au comte de Soissons avait une gravité particulière : sui- 
vant une vieille tradition, il avait été dévolu pendant le 
règne de Henri IV au dauphin; l'avènement de Louis XIII 
le rendit vacant. De là des compétitions dont la régente pou- 
vait se tirer adroitement en reportant sur son second fils, 
alors héritier présomptif de la couronne, les anciens droits 
du nouveau roi. Son imprudence faillit amener des scènes 
violentes dans le Louvre même. Le frère aîné de Soissons, 
Conti, avait demandé le premier ce gouvernement; quand 
il le vit sur le point de passer à son remuant cadet, il entra 
en fureur; son beau-frère et ami le duc de Guise prit fait 
et cause pour lui. La maison de Lorraine s'était particuliè- 
rement distinguée par ses manifestations de dévouement au 
nouvel état de choses. Pendant que le duc de Bouillon, 
Henri de la Tour d'Auvergne, se rendait à Paris avec une 

1. Andréa Cioli, 7 juin 1610. 

2. Ambass. vénit., 21 juin 16 10. 



'7 

grande suite de noblesse pour offrir ses services à la Reine, 
le duc de Vaudemont y arrivait de son côté, et annonçait 
que le duc son frère comptait se rendre à la cérémonie du 
sacre. Ce prince fréquentait assidûment le Louvre, toujours 
suivi de quelques princes, et l'on y remarquait presque con- 
stamment le duc de Guise *. L'importance politique de ce 
dernier était beaucoup plus grande que celle de Conti; aussi 
la reine chercha-t-elle, à force de promesses, à Tapaiser et à 
l'engager à calmer son beau-frère. Guise affecta de ne vouloir 
rien entendre et de persister dans une colère que partageait 
avec lui toute la maison de Lorraine. La reine dut mettre 
la garde sous les armes pour éviter tout éclat fâcheux dans 
sa demeure. On vit un jour plus de cinq cents gentils- 
hommes à la fois dans le Louvre. Aux observations qui lui 
furent faites sur les inconvénients d'un pareil rassemble- 
ment, Marie de Médicis répondit qu'on pourrait, avec le 
temps, porter remède à cec état de choses; que pour le 
moment, elle ne croyait pas qu'il y eût grand danger, car 
il y avait 4 000 soldats de garde ^ 

Soissons se faisait encore d'autres ennemis que les Guises. 
Le maréchal de Fervaques, lieutenant général en Norman- 
die, et qui commandait en chef dans la province, protesta 
contre le choix de la régente. Il dut se soumettre, mais en 
maugréant ^ Le comte n'avait plus aucun ménagement 
pour les vieux serviteurs de la couronne. Affectant de vou- 
loir prendre la haute main dans le gouvernement, il avait 
voulu empêcher le maréchal de la Châtre d'être appelé au 
conseil; celui-ci se fâcha, eut une altercation avec Soissons et 
finit par déclarer que, si le comte avait pu, pour une heure 
seulement, déposer la qualité de prince du sang, il lui 
aurait parlé d'une autre façon \ Ainsi toutes les passions 



1. Matteo Botti, 3 juin 1610. 

2. Matteo Botti, 19 juin 1610. 

3. PoNTCHARTRAiN, p. 3oi. — Andréa Cioli, 19 juin 1610. 

4. Matteo Botti, 16 juin 1610. 



l8 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

commençaient à se déchaîner; car la reine découvrait déjà 
ses faiblesses de femme frivole et vaniteuse, hésitante à la 
fois et entêtée, plus soucieuse de conserver le pouvoir par 
tous les moyens que de l'exercer avec honneur et fermeté. 

Elle s'aperçut bientôt qu'il n'est pas possible de s'arrêter 
dans la voie des concessions imprudentes. A peine en pos- 
session du gouvernement de la Normandie, le comte de Sois- 
sons se mit en tête d'y changer les gouverneurs des places 
et d'en mettre d'autres à sa dévotion. La reine opposa à 
cette nouvelle prétention une vive résistance. « Elle voulait 
imiter, écrit Andréa Cioli, le style de son mari, qui donna 
au même Soissons le gouvernement du Dauphiné, mais en 
y mettant un lieutenant sur lequel le comte ne pouvait et 
n'a, en effet, jamais pu compter; et au duc de Guise il avait 
donné pareillement le gouvernement de la Provence; mais 
les gouverneurs des places l'y ont fort peu reconnu comme 
leur supérieur. Si la reine persiste dans ses intentions, on 
pourra revenir sur le blâme que jettent sur elle bien des 
gens pour avoir accordé le susdit gouvernement de Nor- 
mandie à Soissons, faute dont presque tout le monde fait 
remonter la responsabilité à Concino \ » 

Au bout de six semaines, on ne pouvait plus faire aucun 
fonds sur l'aptitude de la reine régente à opposer une résis- 
tance sérieuse aux assauts répétés dont elle était l'objet de 
la part des princes. Et le premier d'entre eux, Condé, n'était 
pas de retour! Le conflit des intérêts qui s'agitaient autour 
de Marie de Médicis, l'absence d'une main capable de tenir 
en bride les audacieux autorisaient les fâcheuses prévisions 
dont Matteo Botti fait part à sa cour dans la dépêche du 
30 juin 16 10 : « On ne sait trop encore, dit-il, quelle tour- 
nure prendront les affaires de ce royaume. L'on tient cepen- 
dant pour assuré, que toutes les cités et tous les Parlements, 
et tout le peuple sont tellement fatigués de la guerre civile, 

I. Andréa Cioli, 26 juin 1610. 



l'établissement de la régence. 19 

et désireux du repos que, n'étaient les hérétiques, lesquels 
vivent dans le soupçon et la crainte, il ne resterait à aucun 
de ces princes assez de puissance pour être bien redou- 
tables , à moins d'être énergiquement appuyés par des 
princes étrangers, ou de se liguer un grand nombre d'entre 
eux ensemble. Avec tout cela, ils ne laissent pas d'avoir 
tous des prétentions véritablement déshonnêtes et une si 
incroyable arrogance à les faire valoir, qu'on n'a ici aucune 
assurance de n'avoir point à rompre avec quelqu'un d'entre 
eux ou de ne pas avoir quelque jour à faire face à un sou- 
lèvement de mécontents \ Pour le moment, il n'a pas suffi 
au comte de Soissons d'avoir le gouvernement de la Nor- 
mandie, contre l'opinion de la majeure partie de ceux qui 
aiment le service de la reine et du royaume, et malgré la 
conséquence de tant d'autres inconvénients; il a encore été 
nécessaire de lui donner cinquante mille écus, et Dieu 
veuille que cela suffise! Le prince de Conti, qui est sourd 
et bègue, on le tient en repos, en lui faisant croire que le 
gouvernement de la Normandie n'a pas été enlevé au duc 
d'Orléans et donné à Soissons; mais on ne peut beaucoup 
tarder à lui accorder le gouvernement de Lyon ou quelque 
autre semblable, et de l'argent en quantité. Le ducdeNevers 
a off"ert à la reine son gouvernement de Champagne pour 
donner satisfaction à quelqu'un de ces impertinents; mais 
S. M. n'a pas voulu l'accepter. Loin de là, elle a envoyé 
hier le président Jeannin lui demander ce qu'il désirait 
d'elle. Mais Son Excellence lui a répondu qu'il ne désirait 
que sa bonne grâce. Ce n'est point ce qu'a fait d'Epernon, 
qui a retiré de Metz un gouverneur mis là par le roi, et 
qui l'a remplacé par un autre dépendant de lui; il en a fait 
de même à l'égard du commandant de la forteresse de cette 

I. Cf., dans notre appendice, la longue dépêche de Cioli en date 
du i3 juillet 1610. La situation de la France y est examinée en 
détail; le désir universel de la paix dans les trois ordres, l'esprit tur- 
bulent des princes, la lourdeur des impôts, les déprédations des gens 
de justice y sont l'objet d'intéressants développements. 



20 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 



ville, et, de plus, prétend, comme les hauts princes, disposer 
de tous les offices relevant de sa charge, ce qui serait, s'ils 
l'obtenaient, une notable diminution de l'autorité et de la 
puissance de la reine. » 

Le bon cardinal de Joyeuse, qui s'emplo3'ait avec zèle 
dans un rôle ingrat, devait avoir fort à faire pour tempérer 
toutes ces prétentions, « s'affatica assai in iemperar le pre- 
tensîoni di tutti ». 



II 



LA REINE. - LE GOUVERNEMENT. — LES JESUITES 
OBSÈQUES DE HENRI IV 



Dans sa conduite personnelle, Marie de Médicis si conforme pen- 
dant quelque temps aux sentiments de son mari. — Pardon 
accordé à la marquise de Verneuil. — Le comte d'Auvergne main- 
tenu à la Bastille. — • La reine se montre cependant impitoyable 
pour quelques personnes compromises dans les dernières galan- 
teries de Henri IV. — Faveur du médecin Durer. — Comment 
fonctionne le gouvernement. — Conseil d'État. — Conseil étroit. — 
Influence prépondérante du conseil intime. — Position délicate des 
anciens ministres et surtout de Villeroy. — Jugement et supplice 
de Ravaillac. — Négligences commises dans l'information dirigée 
par le chancelier Brùlart. — Affaire du prévôt des maréchaux de 
Pithiviers. — Déchaînement de Topinion contre les Jésuites. — 
Prédications contre eux dans les paroisses de Paris. — La reine 
les favorise. — Elle leur laisse emporter le cœur de Henri IV à la 
Flèche. — Censure de la Sorbonne et arrêts du Parlement contre 
le De rege et régis institutione. — La reine adresse une réprimande 
au Parlement. — Paroles et desseins coupables à rencontre du 
jeune roi Louis XIII. — Garde spéciale créée pour la reine. — Funé- 
railles de Henri IV précédées de celles de Henri III, i*"" juillet 1610. 



Pendant les premiers jours de son gouvernement, Marie 
de Médicis parut encore toute pleine du souvenir de 
Henri IV et disposée à conformer sa conduite non seule- 
ment aux volontés, mais aux sentiments mêmes du roi défunt. 
La mère du prince de Condé, Henri II de Bourbon, la trop 
célèbre Charlotte de la Trémouille, accusée, sous le règne 
de Henri III, d'avoir empoisonné son mari, le fils du vaincu 



22 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

et du mort de Jarnac, et retenue de ce chef dans une longue 
prison préventive que Henri IV avait fait cesser, ayant sup- 
plié la reine régente de laisser rentrer le fugitif en France \ 
Marie de Médicis répondit qu'elle ne pouvait pas l'empêcher 
de revenir, mais qu'elle n'avait aucune raison pour le voir 
d'un bon œil. Elle semblait ainsi relever pour son propre 
compte les griefs de Henri IV, alors qu'elle devait surtout 
redouter les entreprises d'un esprit turbulent et ambitieux et 
l'insatiable avidité d'un prince à demi ruiné. Par contre, la 
jeune princesse de Condé recevait de la régente une lettre 
affectueuse qui semblait l'absoudre des funestes coquetteries 
auxquelles était dû son enlèvement par un époux récalci- 
trant aux caprices d'un roi ridiculement amoureux. D'un 
autre côté, la marquise de Verneuil, la vindicative et dan- 
gereuse maîtresse du défunt, ayant fait demander, non sans 
une ironie fielleuse, si elle était en sûreté en France, la 
reine répondit que oui, et qu'elle serait même bien vue; car 
la veuve de Henri IV « entendait toujours faire estime de 
toutes les choses que son mari avait aimées ». Si le conné- 
table de Montmorency obtenait la permission de visiter à la 
Bastille * son gendre le comte d'Auvergne , ancien associé 
de la marquise dans ses complots contre le roi, la reine et 
leurs enfants, Marie de Médicis refusait cependant énergi- 
quement de donner aux parents du prisonnier l'espoir d'un 
élargissement prochain. En effet le connétable, l'amiral, 
Mme d'Angoulême, la comtesse d'Auvergne et son fils 
ayant imploré la clémence de la régente, elle répondit 
qu'elle désirait n'entendre traiter ce sujet qu'après le sacre 
du jeune roi. Montmorency furieux ne parlait de rien 
moins que de quitter le Louvre ". Les rigueurs de la prison 
s'adoucissaient cependant, à certains égards, en faveur des 



1. L'EsTOiLE, t. X, p. 279. 

2. Pour ce détail et ceux qui précèdent : ambass. vénit. Antonio 
Foscarini, 2 juin 1610. 

3. Scip. Ammirato, 24 juin. — Matteo Boiti, 3o juin 1610. 



LA REINE. — LE GOUVERNEMENT. 2 3 

deux époux dont la séparation irritait à ce point le cœur du 
père et du beau-père. Andréa Cioli nous rapporte en effet 
que, dans sa tournée officielle, après avoir successivement 
fait visite, au nom de la grande-duchesse, à la comtesse de 
Soissons, à Mme d'Angoulême, à Mme de Montpensier, 
à Mme de Sully, et, au nom du grand-duc, au marquis de 
Tresnel, au premier président de Harlay, au maréchal de 
Bouillon, après avoir porté àl'évêque de Paris une lettre de 
son souverain et obtenu une audience du président Jeannin, 
il se présenta chez la comtesse d'Auvergne; mais elle était 
absente *. «Je lui ai cependant, ajoute-t-il, fait ma visite, on 
peut bien le dire; car, ayant été, sous l'escorte d'un laquais 
de sa maison, la trouver à la Bastille, où elle doit se tenir 
la plupart du temps avec son mari, je n'ai pu la voir, il est 
vrai, parce qu'elle était toute déshabillée, à ce qu'est venu 
me dire, avec force excuses, une de ses demoiselles ; mais 
il a été convenu que je reviendrai jeudi matin; car demain, 
m'a-t-elle fait dire, elle doit aller à Saint-Denis ^ » 

Ce n'est pas, on le voit, sans difficulté, ni sans quelques 
réserves que la régente se défendait de céder aux ressen- 
timents qu'avait pu lui laisser la conduite parfois si cou- 
pable de Henri IV. En France, elle était tenue à certains 
ménagements vis-à-vis de l'opinion publique restée favo- 
rable à la mémoire du roi mort et indulgente à ses fai- 
blesses. Vis-à-vis de ses parents de Toscane, elle se contraint 
moins; ses véritables sentiments apparaissent dans la ma- 
nière impitoyable dont elle entend traiter les sujets de sa 
maison qui se sont compromis dans les intrigues amou- 
reuses de Henri IV. Un nommé Luigi Bracci était depuis 
plusieurs années détenu par son ordre dans les prisons du 
grand-duc pour cause d'intelligence trop étroite avec la 
marquise de Verneuil ^; à plusieurs reprises le malheureux 

1. Andréa Cioli, 21 juin 1610. 

2. Pour les obsèques du roi. Andréa Cioli, 22 juin 1610. 

3. Voir B. Zelle», Henri IV et Marie de Médicis^ p. ibz et suiv. 



24 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

implore sans succès la clémence de la reine; cet ancien 
ennemi n'était cependant plus dangereux. La reine se mon- 
tra également très dure vis-à-vis d'une jeune fille de Flo- 
rence qui avait joué un rôle équivoque et obscur dans une 
des dernières histoires galantes dont Henri IV avait donné 
le spectacle à sa cour. C'est ce que nous pouvons inférer de 
cette énigmatique dépêche de Scip. Ammirato : «J'ai parlé, 
écrit-il, à l'illustrissime Mme Concini de cette dame Ricasola; 
je lui ai dit toutes les recommandations qu'adresse en sa 
faveur à la reine Madame sérénissime; je lui ai dit que 
S. A. apprendrait volontiers qu'elle, Mme Concini, 
voulût bien s'intéresser aussi à cette cause. Elle m'a ré- 
pondu que la reine doit faire écrire à la mère de cette per- 
sonne, en partie sous l'influence de la colère qu'elle a 
éprouvée à l'occasion de cette autre dame qui est sortie du 
palais', que le roi était devenu amoureux de sa fille; il est 
probable que la Ricasola s'est simplement entremise entre 
le roi et cette dame, sans s'être mise en avant elle-même. 
Avec tout cela, a ajouté Mme Concini, on cherche à la 
marier et il est à croire qu'on n'aura pas à la renvoyer à 
Florence. C'est ce que m'a confirmé ensuite la pauvre 
enfant elle-même, en me disant qu'elle ne veut y retour- 

I. Il y a évidemment un rapport étroit entre l'histoire de la demoi- 
selle Ricasola et les faits suivants, qui sont relatés dans les Princi- 
paux Sujets de la mauvaise intelligence d'entre le feu Roi Henri IV et 
de la Reyyie mère du Roy, tirés des Af" de Be'thune 8 g44. Bibl. du 
roi. (Ap. d'Arconville, t. I, p. 327.) Voici ce qu'on y lit : « Sur le 
sujet de Tamour de Fontlebon, qui suivit après l'amour que le Roy 
eut pour madame la princesse, il est certain que, comme la Reyne 
faisoit plus la farouche que jamais, disant que, pour le dehors de sa 
maison, avec grand'peine elle prenoit patience, mais que, pour le 
dedans, elle mourroit plutost que de le souffrir, sur quoy elle se 
résolut de la faire sortir de sa maison et de la court, par le moyen 
d'un, auquel elle se confia par la voie de la feue marquise de Guer- 
cheville, pour faire venir sa mère et luy faire entendre que, si elle 
n'emmenoit sa tille, elle les ruineroit toutes deux, ce qu'étant sur 
l'exécution, le roi partit de colère, et, de Paris, alla à Fontainebleau, 
et lui manda par le comte de Grandmont que si elle faisoit sortir 
F'ontlebon de la court, il la feroit sortir aussi, et la renvoyeroit en 
Italie avec son Conchine. » 



LA REINE. — LE GOUVERNEMENT. 2 5 

ner pour rien au monde, et qu'elle aime mieux se faire 
religieuse \ » 

Cette dure extrémité fut évitée à la jeune fille, car c'est 
évidemment elle dont parle Héroard dans le passage suivant : 
« Le roi va chez la reine, le soir à six heures et demie; 
Mlle Ricassa, l'une des filles itaUennes de la reine, fut 
fiancée au sieur de Saint-Germain d'Apchon. Jeudi lo fé- 
vrier 1611. » Si la reine finit par se radoucir et même par 
trouver un mari à la pauvre enfant, on voit qu'au commen- 
cement de son pouvoir, ce n'est point à l'égard des faibles 
et de ses nationaux que la régente se montrait indulgente 
et généreuse. 

Ce que Ton put reprocher de plus grave à la régente 
comme manque d'égard pour la mémoire de Henri IV, c'est 
que le roi n'eut pas plus tôt la bouche fermée, qu'elle en- 
voya chercher le médecin Duret, qui était l'homme du 
monde que son mari aimait le moins. « Parmi les fautes que 
l'on a faites jusqu'à présent, écrit Andréa Cioli, il faut 
compter, outre la concession du gouvernement de la Nor- 
mandie donné à Soissons, le fait que la reine, aussitôt après 
la mort du roi, a pris pour médecin favori ce Duret; car, 
lorsque partit Guidi, il fut question de donner cette place à 
Duret. Le roi, l'ayant appris, dit immédiatement au sei- 
gneur Concino : « Nous entendons dire que ma femme a eu 
« idée de prendre pour médecin le Duret. Dites-lui qu'elle 
« n'en fasse rien ; car nous le ferions mettre dehors par la 
« fenêtre ^ » Duret devait rentrer au Louvre par la grande 
porte, pas pour longtemps, il est vrai. 

A considérer toutes ces faiblesses, ces variations et ces 
contradictions en face des questions politiques aussi bien 
que de celles qui intéressaient plus personnellement la reine, 
il paraît évident que la direction des aff"aires n'obéissait pas 
à une impulsion ferme et raisonnée. Il ne suffisait pas, à 

1. Scip. Ammirato, 2-12 juin 1610, 

2, Andréa Cioli, 2 juillet 1610. — Cf. L'Estoile, t. X, p. 22c. 



20 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

ce point de vue, que Ton eût institué une régence; il aurait 
fallu organiser un gouvernement, ou, mieux encore, laisser 
faire les vieux, expérimentés et prudents ministres de 
Henri IV. Mais la reine était déjà circonvenue par une 
funeste coterie qui battait en brèche Finfluence de ces der- 
niers. On monta bientôt de tous côtés à l'assaut du pouvoir. 
L'apparence d'un gouvernement normal subsiste cependant 
encore : « La reine, écrit le secrétaire Ammirato, n'a pas une 
heure de repos; car, outre le conseil d'État, qui a lieu trois 
fois par semaine, le mardi, le samedi et le jeudi, et auquel 
elle assiste toujours, il y a encore ceux de la guerre et des 
finances, où elle se trouve aussi quelquefois. Et le matin, 
elle est à peine levée, que sont déjà auprès d'elle les princes 
et les ministres. En somme, on peut dire qu'elle ne se 
repose que quand elle dort, ce qu'elle fait beaucoup moins 
qu'auparavant, et véritablement au grand étonnement de 
tous. Le chancelier et Villeroy sont stupéfaits de voir qu'il 
s'est accompli en elle un aussi grand changement, et ils 
la louent grandement, ce que font tous les autres*. » Mais 
ce fonctionnement régulier des rouages du gouvernement, 
auquel Marie de Médicis prêtait un concours actif, ne faisait 
point l'affaire des amateurs intéressés de nouveautés. Le 
maréchal d'Estrées explique fort bien que la première 
grosse affaire de la régence fut de « former un conseil par 
l'avis duquel la reine conduirait toutes choses, ce qui s'exé- 
cuta avec beaucoup de difficultés parce que la plupart des 
grands et des officiers de la couronne prétendaient y être 
admis ^ ». Richelieu dit également que « la reine ne se trouva 
pas peu en peine pour l'établissement des conseils néces- 
saires à la conduite de l'État. Si le petit nombre des con- 
seillers lui était utile pour pouvoir secrètement ménager les 
affaires importantes, le grand lui était nécessaire pour con- 
tenter tous les grands, qui désiraient tant y avoir entrée, la 

1. Scip. Ammirato, ig juin 1610. Ap. Ab. Desjardins, t. V, p. ôSy. 

2. Maréchal d'Estrées, Mémoires, p. 276. 



LA REINE. — LE GOUVERNEMENT. 2" 

condition du temple ne permettant pas d'en exclure aucun 
qui pût servir ou nuire *. » 

L'ambassadeur Matteo Botti entre plus avant dans le 
secret de ces intrigues et compétitions : « On a conseillé 
à la reine, dit-il, de créer un conseil où interviendraient les 
princes, les cardinaux et officiers de la couronne; et elle 
s'est résolue à le faire, à cause des grandes plaintes qu'elle 
entendait autour d'elle. N'allait-on pas jusqu'à dire qu'il 
serait nécessaire de convoquer les États afin de savoir s'il 
était conforme au devoir de se servir du conseil du duc de 
Sully pour cette raison qu'il n'est pas catholique, et qu'il 
aime trop les biens de S. M., et pour faire châtier Sillery à 
cause de sa rapacité et pour voir si Villeroy, qui a été autre- 
fois de la Ligue, est digne d'inspirer confiance, comme étant 
trop Espagnol. Malgré tout, S. M. ne laisse pas, après le grand 
conseil, de se renfermer avec eux et le président Jeannin, 
sans compter le comte de Soissons, qui prétend se joindre 
toujours à eux, comme premier prince du sang en état de 
le faire, et comme grand maître de la maison du roi; il 
affirme que, dans toutes les autres cours, celui qui remplit 
cet office de grand majordome est aussi du conseil intime 
d'État". » Il y eut donc d'abord « une sorte d'assemblée 
confuse plutôt qu'un conseil réglé » ^ ; les membres en 
furent : le prince de Conti, le comte de Soissons, le car- 
dinal de Joyeuse, les ducs de Guise, de Mayenne, de 
Nevers, le connétable de Montmorency; Sully, d'Épernon, 
l'amiral, le chancelier, les maréchaux de Brissac, de la 
Châtre et de Boisdauphin, le duc de Bourbon, le grand 
écuyer, Villeroy, secrétaire d'État, Jeannin, Châteauneuf, 
Poincarré, doyen du grand conseil, qu'on appelait autre- 
fois conseil d'État. Le cardinal Du Perron s'en fit mettre 
aussi, et l'on conserva la place du prince de Condé, du duc 

T. Richelieu, Mémoires, p. 27, col. i. 

2. Matteo Botti, 19 juin 1610. 

3. D'EsTRÉEs, Mémoires, ibidem. 



28 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

de Nemours, des maréchaux de Lesdiguières et Fervaques, 
absents; ce conseil prit le nom de conseil d'État. « On dit, 
écrit l'ambassadeur vénitien, qu'il a été formé pour traiter 
les affaires les plus importantes du dedans et du dehors, 
mais aussi pour donner satisfaction à tous, princes, maré- 
chaux et principaux seigneurs; mais la reine, suivant l'habi- 
tude du roi, résout les affaires urgentes avec le conseil de 
quelques-uns, qui sont le comte de Soissons, le chancelier, 
Sully, Villeroy, Mayenne, très souvent Jeannin et le car- 
dinal de Joyeuse \ » En dehors de ces deux conseils, d'Es- 
trées nous apprend que les ministres prenaient des heures 
particulières, selon les occasions, pour parler séparément à 
la reine et la préparer aux choses qui devaient être propo- 
sées en conseil et résolues après en la présence de tous. 
C'est ce que dit également Richelieu : « Les ministres, 
pour ne mécontenter personne, prenaient des heures par- 
ticulières pour parler séparément les uns après les autres à 
la reine, et l'instruire de ce qui devait venir à la connais- 
sance de tous ceux qui étaient admis au conseil du roi^ ». 
Tel était le mécanisme assez compliqué du gouvernement 
officiel. On sait que les conseils ou comités consultatifs, com- 
posés d'un grand nombre de personnes, sont généralement 
établis, surtout lorsqu'on les double et qu'on les superpose, 
pour dissimuler et faciliter sous les apparences trompeuses 
de l'indépendance et de la Uberté, l'action du pouvoir per- 
sonnel. Il en fut ainsi des deux conseils officiels de la 
régence. Où résidait donc, en réalité, la volonté dirigeante? 
Dans un troisième conseil, celui-là secret. Alatteo Botti 
nous apprend, dans sa dépêche du 19 juin, que les conseil- 
lers particuliers de Marie de Médicis étaient : le médecin de 
la reine Duretti ou Duret et son avocat Marescotti. Bientôt 
cette information se précise et prend corps sous la plume 
d'Andréa Cioli : « On tient, dit-il, que Villeroy est extrême- 

1. Ambass. vénit., lo juillet 1610. 

2. Richelieu, Mémoires, p. 27, col. 2. 



LA REINE. — LE GOUVERNEMENT. 29 

ment mécontent, parce que la reine, dit-on, chaque fois 
qu'elle sort du conseil, a une consultation sur les décisions 
qui y ont été prises, avec trois conseillers secrets, à savoir 
avec Concino, avec Duret, qui est un de ses médecins, et 
avec Dolé *, son procureur et avocat général; et bien 
souvent elle les change, ce dont beaucoup de gens la blâ- 
ment. On dit que ce Duret est une terrible cervelle, et que 
le roi défunt, quand mourut son premier médecin, le rebuta 
immédiatement de ses prétentions sur cette place, en disant: 
« Je ne veux pas de ce mauvais esprit autour de moi; car il 
ne se maintient pas dans les bornes de la médecine. Mais 
il a toujours eu, à ce qu'on affirme, la faveur de la reine, 
parce que le S"" Concino, qui s'en est toujours servi, 
l'aime et qu'il l'a dans sa dépendance particulière. — D'au- 
cuns disent qu'il est aussi fauteur des Jésuites"-. » Voilà de 
précieux renseignements à recueillir, surtout le dernier; ils 
nous expliquent les fluctuations du gouvernement et nous 
font connaître l'esprit qui l'anime. 

Combien devait être délicate, au milieu de tiraillements 
inévitables, la situation des ministres, dépositaires légaux 
de l'autorité I On en jugera par les détails suivants, relatifs 
au principal d'entre eux : (^ Villeroy , écrit Matteo Botti, 
à qui il ne manque rien pour être le meilleur de tous les 
ministres, suivant l'opinion commune et de l'avis même de 
la reine, éprouve souvent de notables désagréments. Je vous 
en ai déjà touché quelque chose. Depuis, le duc de Nevers 
ayant su que l'on avait pris des résolutions relatives à sa 
charge, sans lui en donner préalablement connaissance, en 
est venu jusqu'à le menacer de le traiter à coups de pied, en 
proférant les plus violentes paroles; il est vrai que ce n'a 

1. Louis Dolé, avocat célèbre, que Marie de Médicis avait choisi pour 
son procureur général. Elle le tira du barreau lorsqu'elle devint 
régente, pour lui donner une place dans le Conseil. Il eut bientôt la 
charge d'intendant des finances. C'était un homme de talent; il avait 
de Teloquence, du jugement et de la littérature. 

2. Andréa Cioli, 26 juin 1610. 



3o LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

pas été en présence de Villeroy même et que, de plus, il y 
a eu de la part de Nevers une reculade; car il a déclaré 
qu'il n'avait pas tout à fait dit ce qui s'est divulgué, mais 
quelque chose en moins; reculade aussi de la part du comte 
de Soissons, qui s'est défendu également d'avoir dit qu'il 
donnerait des coups de poignard à ce bon vieux, lequel met 
toute son industrie à tâcher de procurer satisfaction à 
chacun et en particulier au duc de Guise. En ce moment 
on traite pour donner à ce dernier vingt-cinq mille écus de 
pension et deux cent mille francs pour payer ses dettes \ » 
Ainsi le duc de Nevers aussi avait cessé de faire le bon 
apôtre; et la sécurité des ministres ne pouvait plus être 
garantie qu'à prix d'or. Le duc de Guise allait prendre 
fait et cause pour ces « barbons », épaves du ferme gouver- 
nement de Henri IV. Cette bonne entente du duc de Vil- 
leroy, l'ancien ligueur ralUé, et du duc Charles de Lorraine 
indique une orientation déjà manifeste de la poUtique de 
Marie de Médicis dans une direction moins nationale qu'es- 
pagnole et catholique. 

Nous avons dit ailleurs ^ ce qu'il faut penser de l'assassin 
de Henri IV. Ni la justice, ni l'histoire n'ont pu lui trouver 
de complices. Il est toutefois hors de doute qu'affilié peut- 
être à l'ordre des Jésuites, il était imbu des doctrines régi- 
cides qui étaient préconisées dans les bruyantes et célèbres 
pubHcations de quelques-uns des plus illustres d'entre eux, 
notamment le fameux traité De rege et régis insiitutione du 
père Jean Mariana, de nation espagnole '^ A la suite d'une 
instruction vivement menée, d'interrogatoires et de con- 
frontations qui ne donnèrent pas plus que l'appUcation de la 
question par les brodequins, de résultats au point de vue de 
la révélation des compUces \ Ravaillac expia son forfait 

1. Matteo Botti, 3o juin 1610. 

2. B. Zeller, Henri IV et Marie de Médicis, p. 809. 

3. DouARCHE, l'Université de Paris et les Jésuites, p. igS. 

4. Mercure français, t. I, p. 440. — Recueil de pièces, p. 2. — 
L'EsToiLE, t. X, p. 25o et suiv. 



LE GOUVERNEMENT. — LES JESUITES. 3l 

dès le 27 mai, par rhorrible supplice dont le souvenir est 
gravé dans toutes les mémoires ^ Mais on trouva que la 
justice n'avait pas accompli toute son œuvre ou qu'elle 
l'avait accomplie précipitamment. Les magistrats de ce 
temps, le gouvernement, dont leur chef prenait sans doute 
le mot d'ordre, échapperont difficilement au reproche dont 
Andréa Cioli se fait l'écho, quand il dit : « Ce serait vrai- 
ment un grand malheur si Villeroy se retirait, d'autant plus 
que le chanceUer (Brûlart de Sillery) se montre, paraît-il, 
bien froid et bien peu reconnaissant pour la mémoire du 
roi qui l'a élevé si haut. On allègue en particulier la négli- 
gence dont il a fait preuve, en faisant si peu de cas de ce 
qu'avait dit le prévôt des maréchaux de Pluviers (Pithiviers), 
le jour même que le roi fut tué. Il était à regarder jouer 
aux boules dans cet endroit, et ayant vu un très beau coup 
fait par un des joueurs, il dit : « Il s'en fera aujourd'hui un 
« bien meilleur encore. » Peu après, il demanda l'heure qu'il 
était et ajouta : « Cela ne peut pas tarder beaucoup main- 
« tenant, si ce n'est déjà fait. » Ce propos ayant paru mériter 
considération à trois ou quatre de ceux qui l'avaient entendu, 
ils allèrent, d'un commun accord, accuser le prévôt. Le 
chancelier le fit appeler et interroger et puis le renvoya, 
sans autre forme de procès. Peu après il fut obligé de le 
faire rechercher et appréhender en corps, parce que étaient 
survenus d'autres graves accusateurs. Mais il ne pourvut pas 
à ce que, dans sa prison, il fût mis hors d'état de se tuer 
lui-même, ce qu'il a fait en se pendant avec ses lacets à une 
pièce de bois qui était en haut dans l'endroit de nécessité 
de cette prison. L'on en est maintenant à se rendre compte 
que ledit prévôt avait deux fils jésuites et qu'il était en rela- 
tions avec le barbier de M. d'Antraghes et du frère de la 
marquise de Verneuil, circonstances qui devaient particu- 
hèrement éveiller l'attention du chanceUer". «Ce fut évidem- 

1. L'EsToiLE, t. X, p. 255. — B. Zeller, op. cit., p. 3io et siiiv. 

2. Andréa Cioli, 26 juin 1610. 



32 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

ment là une faute très grave; était-elle préméditée ?L'Es- 
toile n'en doute pas : « Au bout, un homme mort ne parle 
point (qui estoit ce qu'on demandoit); car, s'il eût parlé, 
comme il avoit bien commencé, il en eust à la fin trop dit 
pour l'honneur et proufit de beaucoup que l'on n'avoir 
point envie de fâcher. C'est pourquoi on a eu opinion que 
d'autres gens que le diable avoient mis la main à ceste exé- 



cution '. » 



Peut-être était-il difficile d'ouvrir une enquête appro- 
fondie sur tous les faits singuliers que Richelieu nous rap- 
porte et dont il résulte que, en plusieurs endroits de France, 
la mort de Henri IV fut annoncée, presque sue, à l'heure 
même où frappait l'assassin. Mais le cas du prévôt de 
Pithiviers n'était pas celui d'un extatique; sa mort con- 
firme les soupçons dont l'ordre des Jésuites était l'objet. 
Ils ne trouvèrent point que des défenseurs dans les églises 
où avaient retenti naguère tant de sermons ligueurs. « Le 
dimanche 23 mai, dit L'Estoile, le père Portugais, corde- 
lier, avec quelques curés de Paris, entre autres celui de 
Barthélémy et Saint-Pol, prêchèrent et prônèrent les 
Jésuites, et, en paroles couvertes, mais non tant toutesfois 
qu'elles ne fussent intelligibles à beaucoup, les taxèrent 
comme fauteurs et complices de l'assassinat du feu roy, 
les arguant et convaincant par leurs propres escrits et 
livres, nommément de Mariana et Becanus ■. » Cette levée 
de boucliers contre les Jésuites, dans les chaires de la capi- 
tale, gagna de proche en proche toutes les paroisses où 
capucins, jacobins, cordeliers s'entendirent pour dénoncer 
avec violence la compUcité morale de l'ordre rival dans le 
crime du 14 mai. Parmi eux se distingua surtout Tabbé 
Du Bois, prédicateur de Saint-Eustache, ancien moine 
célestin devenu plus tard soldat et capitaine, puis retombé 
dans l'ordre de Cîteaux et pourvu de l'abbaye de Beau- 

1. L'Estoile, t. X, p. 283. — Richelieu, p. 23. 

2. L'Estoile, t. X, p. 264. 



LE GOUVERNEMENT. LES JÉSUITES. 33 

lieu '; Henri III l'appelait Tempereur des moines. En même 
temps s'abattait sur les Jésuites une nuée de pamphlets, 
de libelles et de factums. On vit paraître successivement 
\ Anti-Coton, le Fléau d'Aristogiton^ la Chemise sanglante de 
Henri le Grand ^ \q Jésuite Sicarius,\e Contre-assassin, le Credo 
des catholiques, le Remerciement des heurriéres ~. Les Jésuites 
eurent beaucoup àt peine à se défendre au milieu de ce 
déchaînement général, de ce débordement d'injures et de 
calomnies. Le père Cotton, le célèbre confesseur, le pro- 
vincial Armand et le général Acquaviva lui-même durent 
entrer en lice et désavouer les doctrines de Mariana. Il n'y 
en avait pas moins contre eux un incontestable mouvement 
d'opinion. 

Si peu de temps après la mort de Henri IV, il eût été 
décent de la part de Marie de Médicis et du gouvernement 
de ne point prendre parti en leur faveur; la régente ne 
perdit cependant pas une seule occasion de le faire. Elle 
s'empressa de leur confier le cœur de Henri IV, dont ce 
prince avait d'ailleurs disposé en faveur de leur maison de 
la Flèche. Ils l'y transportèrent avec ostentation, sous la 
conduite de M. de la Varenne, maître général des postes 
et messager ordinaire des épîtres galantes du feu roi ^ 
L'empressement de la reine à leur complaire semblait cal- 
culé pour les absoudre de tout soupçon; mais elle s'était, 
après tout, conformée à la volonté de son mari. La régente 
se laissa bientôt aller à une manifestation plus grave. 

Le jour même du supplice de Ravaillac, un arrêt du 
Parlement avait enjoint à la Faculté de théologie de se 
réunir et de renouveler, contre les erreurs qui conduisent 

1. L'abbé Du Bois était en bonne intelligence et en relations sui- 
vies avec le représentant du grand-duc de Toscane. On lit dans une 
dépêche d'Andréa Cioli qu'il a été voir avec Scip. Ammirato il padre 
abbate del Bosco, grande servitore de Sercnissimi padroni. Dans sa 
conversation, il exprima le plus vif mécontentement à l'égard du 
gouvernement, de Concini,des Jésuites. (Andréa Cioli, lo juillet iGio.) 

2. DouARCHE, l'Université de Paris et les Jésuites, p. igS. 

3. L'EsToiLE, t. X, p. 234 et 274. 

3 



34 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

au régicide, les condamnations et censures portées dans 
son décret du 13 décembre 141 3, rendu au sujet de Jean 
Petit et approuvé depuis pnr le concile de Constance. Le 
syndic de la Sorbonne, Richer, apporta bientôt au Parle- 
ment un décret rédigé conformément à cette indication, et 
il insinua en outre que l'on faisait lire au public des ou- 
vrages de Jean Mariana, « pleins de cette doctrine impie, 
dont le meurtre et le poison étaient les fruits odieux ». 
Le Parlement prononça aussitôt la condamnation du De 
rege ^ Comment la reine se conduisit-elle en face de cette 
satisfaction que le Parlement avait entendu donner à la 
conscience publique? L'Estoile « ne le sait qu'en gros ^ », 
dit-il. Dans ses Mémoires, on voit le Parlement appelé 
au Louvre dès le lendemain 9, et le premier président 
soutenant avec force et dignité l'arrêt de la cour, contre 
l'opposition de l'évèque de Paris et du nonce du pape. 
Nos Florentins sont mieux informés de l'attitude prise par 
la reine régente dans ce conflit : « Le Parlement, écrit 
Matteo Botti, a prohibé un livre d'un père jésuite, nommé 
Mariana, où l'on discute s'il est permis de tuer un tyran et 
si, dans ce cas, l'on peut être sauvé. Le livre a été aus- 
sitôt brûlé devant Notre-Dame par la main du bourreau. 
Leur arrêt a été jugé extrêmement rigoureux, peut-être 
trop; ils ont en outre ordonné aux évêques de tout le 
royaume de ne pas permettre que l'on conserve ce livre. 
La reine, à qui on a rendu compte de ce qui s'est passé, 
après le fait accompli, a dit aux magistrats de ne pas 
prendre une autre fois des résolutions semblables, à son 
insu ; et elle leur a montré qu'indépendamment de ce 
manque d'égards, ils ont encore à se reprocher d'avoir été 
contre leur propre intention en déclarant qu'un roi ne 
peut être tué par aucune personne privée, pour aucun 
motif; car on pourrait inférer de leurs paroles que le 

1. Richelieu, p. 25. — Mercure françois, p. 461. 

2. L'Estoile, t. X, p. 272. 



î 



LE GOUVERNEMENT. — LES JESUITES. 35 

public le peut; et il n'y a pas là un moindre inconvénient, 
vu que tel petit nombre que l'on voudra peut être pris 
pour le public; et ce petit nombre, il n'est pas difficile de 
le soulever dans ce pays \ » Le Parlement avait eu beau 
supprimer de son arrêt la mention nominative des Jésuites; 
les subtilités du langage de la reine prouvaient qu'elle 
avait l'intention de prendre fait et cause pour eux. Défense 
fut faite à la cour de publier son arrêt. 

Marie de Médicis ne s'apercevait pas que cette conduite, 
qui énervait l'action du premier corps judiciaire du royaume, 
n'allait à rien moins qu'à susciter des imitateurs de l'as- 
sassin de Henri IV; et, en effet, pour nous servir des éner- 
giques expressions de Richelieu, « la maladie de penser à 
la mort des rois était si pestilentielle, que plusieurs esprits 
furent, à l'égard du fils, touchés et saisis d'une fureur 
semblable à celle de Ravaillac au respect du père ». Il 
n'est presque pas une page des Mémoires de L'Estoile où 
il ne soit parlé de mots ou d'entreprises criminelles 
dans l'entourage le plus voisin de la reine ou du jeune 
Louis XIII. Le 29 mai, un maçon qui entretenait des corres- 
pondances suspectes avec l'archiduc des Pays-Bas et chez 
lequel on saisit, paraît-il, un couteau portant l'inscription 
suivante : Je le ferai à mon tour, fut arrêté par les soins du 
lieutenant criminel. La veille, on avait expédié d'Auxerre 
à Paris « un semblable garnement, qui avait loué tout haut 
Ravaillac du coup qu'il avait fait et dénigré publiquement 
le feu roy ». Ici encore, L'Estoile constate, à tort ou à raison. 
de surprenantes défaillances : « Les pièces et informations 
mises par devers M. le chancelier, dit-il, sont demeurées 
au sac comme celles du maçon; et l'on n'a depuis ouï 
parler de l'un ni de l'autre pour en faire justice ' ». Le 
25 juin, un individu habillé en frère cordelier priait M. de 
Vitry, un des capitaines des gardes, de le faire parler à la 

1. Matteo Botti, 19 juin iGio. 

2. L'Estoile, t. X, p. 261. 



36 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

reine, parce qu'il avait, d'inspiration divine, h lui faire 
des révélations extrêmement importantes : mais pendant 
qu'il lui tenait ce langage, Vitry fut averti que le faux 
frère avait été vu, peu de temps auparavant, en habit sécu- 
lier et on se saisit aussitôt de sa personne ^ 

Le 27 juillet, un des soldats de la garde qui étaient 
postés sur la place du Louvre, ayant perdu, en jouant, le 
peu d'argent qu'il avait, et se trouvant ainsi privé de toutes 
ressources, même pour manger, se mit à dire des folies, 
et, entre autres, déclara que celui qui avait tué le roi avait 
très bien fait, et que, s'il n'était pas mort, il voudrait lui 
voir planter dans le ventre un couteau qu'il avait au côté, 
ainsi que dans le ventre de la reine. L'entendant ainsi blas- 
phémer, son propre capitaine le fit saisir : « La justice 
suivra son cours, dit Scip. Ammirato. On ne cesse de 
découvrir ainsi quelque fou, qui fait aussi peu de cas de 
son corps et de son âme ^. » Ce malheureux, condamné 
à mort, reçut sa grâce; on l'envoya aux galères avec 
recommandation de le tenir sous bonne garde. « On n'a 
pas voulu le faire mourir, disait la reine mère à Andréa 
Cioli; on a préféré l'envoyer tout bonnement aux galères, 
afin que le peuple ait moins l'occasion de raisonner sur de 
semblables choses, et que de cette façon d'aussi diabo- 
liques pensées ne viennent pas à d'autres ^. » 

Cette persistance de mauvaises pensées, sinon de mauvais 
desseins judiciairement établis, donne encore lieu, le 27 août, 
à une mention d'Héroard qui nous rapporte que l'on s'empara, 
ce jour-là, d'un soldat aux gardes qui avait dit à l'un de ses 
compagnons, en lui montrant deux couteaux et le roi, qui 
sortait pour aller aux Célestins : « Je voudrais que l'un de ces 
deux couteaux fût au fond du cœur du dernier de la race^ ». 



1. Andréa Cioli, 26 juin 1610. 

2. Scip. Ammirato, 28 juillet 1610. 
. Andréa Cioli , 3i juillet 1610. 

4. HÉROARD, t. II, p. 14. 



LE GOUVERNEMENT. — LES JESUITES. 3/ 

Des faits de ce genre, qui se reproduiront encore dans 
la suite, nous expliquant l'insistance des représentants du 
grand-duc de Toscane à recommander à la reine régente 
de se bien garder, ainsi que son fils, et d'imiter le roi d'An- 
gleterre, qui, après la mort de Henri IV, avait doublé ses 
gardes. Marie de Médicis n'avait point paru d'abord très 
portée vers ce genre de précautions. Elle se décida cepen- 
dant, au commencement du mois de juin, à former une 
compagnie de cent hommes d'armes pour sa garde, et en 
donna le commandement au baron de la Châtaigneraye. Ce 
personnage avait particulièrement bien mérité de la reine. 
Au mois de juillet 1606, Henri IV et Marie de Médicis 
revenaient de Saint-Germain, lorsque leur carrosse chavira 
à Neuilly, du haut du bac qui les transportait d'une rive à 
l'autre de la Seine. La reine tomba à la rivière et en fut 
retirée, avec l'aide du roi, grâce à la présence d'esprit et à 
la vigoureuse poigne de ce gentilhomme ^ En s'acquittant 
noblement d'une ancienne dette de reconnaissance, la reine 
donna peut-être à son sauveur une importance qu'il ne 
tarda point à s'exagérer. Le service de sûreté fut cependant 
désormais mieux fait autour d'elle; c'est ce qui résulte d'un 
passage de la dépêche de Matteo Botti du 19 juin : « La 
reine partant pour la messe, dit-il, je la quittai, fort satisfait 
d'avoir trouvé ce matin la première chambre de S. M. 
pleine d'archers de sa nouvelle garde, alors qu'il ne s'en 
tenait d'ordinaire que quatre ou six. J'en eus un très grand 
contentement, parce que j'avais rappelé plusieurs fois à 
S. M. qu'elle n'avait point, vu les circonstances, une garde 
suffisante; en me réjouissant avec elle de cette résolution, 
je lui fis observer que cela n'était pas encore suffisant, si 
S. M. n'ordonnait pas que là où était sa personne, il y eût 
toujours au moins quatre ou six gentilshommes des officiers 
de sa garde. Elle me répondit qu'il y en avait, et je lui 

I. Voir, pour plus de détails, B. Zeller, op. cit., p. 256. 



38 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

répliquai que parfois il y en avait encore plus, mais que 
d'autres fois il n'y en avait pas du tout, et qu'il serait néces- 
saire d'y donner ordre. S. M. appela Concini et lui dit de 
faire savoir en son nom à leur chef de s'arranger de manière 
à ce qu'ils fussent toujours quatre ou six dans ses appar- 
tements, à toute heure. Ce sera peu, à la vérité, par rapport 
au grand nombre de princes et de gentilshommes qui y 
sont toujours; mais, de toute façon, ils seront sûrement un 
grand empêchement pour qui aurait de mauvais desseins,, 
d'autant plus que, sur ma recommandation encore, la reine 
a décidé que l'on tiendrait fermée la porte d'un escalier 
qui s'ouvre dans la propre chambre de S. M., ce qui don- 
nait l'occasion à toute sorte de gens d'aller et de venir dans 
la chambre, et par là on pouvait encore entrer et sortir 
sans passer au niiUcu des gardes. » 

Tous les incidents et événements de cour que nous 
venons de rapporter s'étaient accomplis sous le couvert des 
cérémonies officielles qui déjà commençaient à se dérouler 
dans le Louvre. Les ambassadeurs chargés de présenter les 
condoléances de leurs gouvernements, à l'occasion de la 
mort de Henri IV, commencèrent à être reçus en audience 
publique dès le 25 mai. Le nonce Ubaldini parut le pre- 
mier; puis le duc des Deux-Ponts, représentant des princes 
protestants d'Allemagne et l'ambassadeur des États-Géné- 
raux de Hollande. Dans ces occasions, la reine avait le roi 
près d'elle à sa main droite, et l'on admirait la patience et 
la gravité tranquille de l'enfant ^ On l'habituait ainsi peu à 
peu au rôle de parade qu'il allait avoir à jouer dans une 
cérémonie particulièrement émouvante, celle des funérailles 
de son père, que les usages de la monarchie française fixaient 
à quarante jours après la mort du roi. 

C'est par l'enterrement de Henri III que le gouvernement 
préluda à la solennité des obsèques de Henri IV. Le mépii- 

1. Scip. Ammirato, 25 et 28 juin 1610. — Héroard, t. II, p. 10. 



OBSÈQUES DE HENRI IV. Sq 

sable héros de tant de scandales, d'infamies et de tragédies 
sanglantes disparut sans bruit dans le sépulcre de ces rois 
dont il avait, malgré tout, par sa tardive réconciliation avec 
le roi de Navarre, assuré la continuation dans leur propre 
race. — Henri IV avait laissé plus de vingt ans séjourner 
dans les caveaux de Compiègne le corps de son prédéces- 
seur, moins par superstition que par négligence ou écono- 
mie. Le dernier des Valois ne descendit que quelques jours 
seulement avant le premier des Bourbons dans la nécropole 
royale. « M. d'Epernon, lisons-nous dans L'Estoile, partist 
le samedi 19 juin pour aller à Compiègne quérir le corps du 
feu roy Henri III, son bon maistre, et de là le conduire à 
Saint-Denis eti'y faire enterrer*. » Les moines de l'abbaye, 
que le caractère privé de la translation frustrait de la per- 
ception de certains droits, refusèrent d'aller prendre le corps 
à son arrivée dans leur ville; on le laissa au cabaret de 
VEspée royale et les valets qui durent aller l'y chercher, pour 
l'apporter à la basiHque, sortirent de cet endroit dans un tel 
état qu'ils le laissèrent tomber au milieu de l'église ■. Ces 
tristes reliques ne méritaient peut-être pas plus de respect. 
Mais que penser du conducteur de cette pompe funèbre, 
que penser de la veuve dans le palais de qui gisait encore 
la glorieuse dépouille bientôt prête à suivre le même 
chemin lugubre, lorsqu'on assiste à l'incroyable scène dont 
fut témoin l'ambassadeur Cioli? « M. d'Epernon, écrit-il, 
est revenu le 23 juin de Compiègne où il avait été, il y a 
quelques jours, avec d'autres seigneurs, pour ramener le 
corps de Henri ÎII. Il parut à la cour avec la barbe si bien 
coupée et accommodée à l'espagnole, lui qui la portait 
avant longue et large, qu'il paraissait un tout autre homme; 
ce qui fit que la reine, au sortir de son cabinet, prêta beau- 
coup à rire à tout le monde lorsque l'ayant regardé bien en 
fiice, elle lui dit en français avec une gracieuse risette : 

1. L'EsToiLE, t, X, p. 284. 

2. L'EsroiLE, t. X, p. 280. 



40 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

« Monsieur d'Épernon, qu'avez-vous donc fait? je ne vous 
« reconnaissais pas. » Et lui, répondit : «■ Madame, je me suis 
« fait jeune, afin de pouvoir mieux vous servir. » Assurément 
ce n'était ni le lieu ni le moment de provoquer et de ris- 
quer de semblables plaisanteries. On pourrait voir ici la 
suite d'on ne sait quelle entente criminelle qui aurait pré- 
paré, sans connivence effective avec l'assassin solitaire, le 
trépas du grand roi si brusquement déterminé par les coups 
de couteau de Ravaillac. La conscience de l'historien ne 
saurait adhérer sans réserve à la théorie si ingénieusement 
mais artificiellement élevée sans aucune preuve matérielle 
par M. Loiseleur ^ Il est certain toutefois que cet échange de 
propos trop joyeux ne peut contribuer à dissiper des soup- 
çons habilement échafaudés. Nous ne pouvons que cons- 
tater de la part de la reine et du duc d'Epernon une attitude 
malséante et la communauté de tendances trop affichées 
vers une politique espagnole , diamétralement opposée à 
celle que suivit jusqu'à son dernier soupir le roi, le mari, 
le maître encore étendu, à cette heure-là, sur son funèbre 
lit de parade. 

Le 21 juin, au bout du laps de temps accoutumé, la 
cérémonie traditionnelle qui consistait à servir le roi comme 
s'il était encore en vie, cessa d'avoir lieu ^ On enleva de la 
salle basse ^ du Louvre l'effigie et les riches parements de 
tapisseries et de draps d'or qu'on y avait tendus; et on la 
décora tout entière de serge noire avec de grandes bandes 
de velours noir, semées d'écussons aux armes de France et 
de Navarre. Le corps fut placé sur des tréteaux, sous un 
haut dais, le cercueil recouvert d'un drap d'or traversé 
d'une grande croix de satin blanc, et on plaça dessus deux 
coussins dont l'un supportait la couronne royale. Toute la 



1. Voir notre bibliographie au commencement du volume. 

2. Pour la description complète des funérailles, voir Mercure fran- 
cois, t. I, p. 474 et suiv. 

3 Lt salle des Cariatides. 



OBSEQUKS DE HENRI IV. 4I 

cour fut également tendue, ainsi que Tentrée du Louvre 
et la façade du bâtiment où reposaient les dépouilles du feu 
roi '. Le vendredi 15 juin, le jeune roi Louis XIII alla dès 
le matin entendre la messe dans la chapelle de l'hôtel de 
Bourbon, situé en face du Louvre, et déjeuna ensuite dans 
la maison du duc de Longueville^; de là, dans la journée, 
sortirent en forme de procession à la suite du grand prévôt, 
escorté de ses archers, qui ouvrait la marche, tous les gen- 
tilshommes servants du roi revêtus de longues robes noires 
à queue, la tête et le visage enveloppés de chaperons égale- 
ment noirs, et tenant à la main leurs becs de corbin; 
venaient ensuite les gentilshommes ordinaires , suivis de 
cinquante autres de la compagnie du vidame du Mans avec 
leurs masses; puis quelques seigneurs et cavaliers qui por- 
taient sur leurs longues robes le collier de l'ordre du Saint- 
Esprit. Après eux marchait, au milieu de la garde des 
Suisses, le roi vêtu de violet avec une grande robe qui avait 
cinq queues, lesquelles furent portées par le chevalier de 
Guise et le prince de Joinville, le duc de Guise et le comte 

1. « Pour cette heure le corps du roi est dans une bière de plomb 
en la chambre qui va des cabinets à la galerie, sur un lit couvert 
de drap d'or frisé, avec une croix de satin blanc; deux archers du 
hoqueton blanc, Tun d'un côté, l'autre de l'autre, sont au chevet du 
lit, et au pied deux hérauts d'armes avec leurs cottes, qui sont celles 
mêmes qu'ils portaient au couronnement. » (Malherbe à Peiresc, 
19 mai 1610.) — « Il se tit deux effigies par commandement; Du Pré 
(graveur en médailles du commencement du xvii^ siècle) en fit l'une, 
et Grenoble (sculpteur-valet de chambre, qui figure avec ce titre sur 
les états de la maison de Henri IV et de celle de Louis XIII), l'autre; 
il s'en fit une troisième par un Baudin, d'Orléans, qui le voulut faire 
de tête sans être prié. Celle de Grenoble l'emporta, pour ce qu"il 
eut des amis; elle ressemblait fort à la vérité, mais elle était trop 
l'ouge et était faite en poupée du palai'*. Celle de Du Pré, au gré de tout 
le monde, était parfaite, je fus pour la voir; mais elle était déjà ven- 
due. Je vis celle de Baudin, qui n'étut point mal. Cette effigie fut 
vêtue d'un pourpoint de satin cramoisi rouge, d'une robe de velours 
violet fieurdelisee et doublée d'hermine, et d'un manteau de même; 
un bonnet de satin cramoisi en tête, et une couronne par-dessus. 
Cette effigie du roi a été en vue pendant onze jours. ^) (Malherbe à 
Peiresc, 26 juin 1610.) 

2. Héroard rapporte que, pour s'occuper en attendant quatre heures, 
il fit « voler les papillons par une pie-grièche » (i. I, p. ii). 



42 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

de Soissons et celle du milieu par le prince de Conti. Deux 
cardinaux se tenaient aux côtés du roi, Sourdis et Joyeuse. 
Lorsque le roi fut arrivé à la porte de la salle, les maréchaux 
de Brissac, de Boisdauphin et de Lavardin, portant aussi 
sur leur habit, comme le roi lui-même, le collier du Saint- 
Esprit, s'avancèrent à sa rencontre. Devant le corps, le car- 
dinal Du Perron, en sa qualité de grand aumônier, présenta 
au jeune roi le goupillon ; il était assisté d'un grand nombre 
de prélats, tous revêtus de leurs habits pontificaux. Après 
avoir jeté de l'eau bénite, et fait une courte prière, 
Louis XIII se retira dans ses appartements et le cortège se 
dispersa. On remarqua que le roi ne versa pas une larme; 
mais ses frères les ducs d'Orléans et d'Anjou, effrayés de 
tout cet appareil funèbre, ne cessèrent de pousser des pleurs 
et des cris. 

Le samedi suivant , la cour du Parlement en robes 
rouges et les autres magistrats allèrent accomplir la céré- 
monie; après le déjeuner, ce fut le tour des ambassadeurs 
qui se rendirent au Louvre en robes noires et la tête cou- 
verte de bonnets de prêtres ^ Il ne restait plus qu'à trans- 
porter ce qui avait été Henri IV, du siège par excellence 
de la monarchie française, à la nécropole au sein de laquelle 
avaient déjà disparu tant de ses représentants. 

Cette dernière fonction s'accomplit comme d'ordinaire 
en trois actes solennels : le convoi et le service à Notre- 
Dame de Paris; le transport à Saint-Denis et enfin l'inhu- 
mation dans le caveau des rois. On trouve un peu partout, 
notamment dans la correspondance de Malherbe, les détails 
pittoresques et précis relatifs à cette pompe funèbre. Nous 
en relaterons quelques-uns, en nous attachant surtout à 
certains incidents qui, sous l'extérieur des formes voisines 
de l'apothéose, consacrées à la glorification du chef d'État 
mort 5 nous montrent toujours vivantes les passions de ce 

I. Scip. AmmiratJ, 28 juin 1610. Cf. Malherbe à Peiresc , lettre 
du 26 juin, t. lll, p. 177. — Bassom?ie:\re, t. I, p. 283. 



OBSÈQUES DE HENRI IV. ^3 

qui mourait beaucoup moins encore que la royauté, à savoir 
les corps constitués et les personnes privilégiées. 

Un usage assez antique donnait au Parlement le droit que 
personne ne se mêlât à ses rangs dans les cérémonies 
publiques où il assistait. Il prétendit donc interdire à 
l'évêque de Paris de se tenir près du corps du roi au milieu 
des magistrats \ L'évêque était cependant légalement le 
premier conseiller du Parlement; il pensait en outre avoir 
plus de droit que n'importe qui sur le corps du roi, parce 
qu'il était son diocésain. Le jour du transport des dépouilles 
de Henri IV à Notre-Dame, où le corps du roi, sorti du 
Louvre à 6 heures du soir, arriva à 9 heures et demie, 
l'évêque l'emporta de haute lutte, « vinse hravamente lapugna » . 
Mais le Parlement, piqué au vif, résolut d'employer les 
moyens les plus énergiques pour empêcher l'évêque de 
recommencer le lendemain, lors de la translation à Saint- 
Denis. L'exemple de la vigueur avait été donné aux magis- 
trats du premier corps judiciaire du royaume, non seule- 
ment par les cent gentilshommes de la chambre, qui avaient 
failli en venir aux mains avec les gardes du corps pour 
passer devant, mais aussi par leurs confrères des autres 
compagnies, qui « firent à coups de poing, principalement 
ceux des Aydes contre les Comptes, où les gourmades et 
les horions donnèrent la préséance à ceux qui surent mieux 
s'aider des pieds et des mains " ». Désireux de s'en tenir 
d'abord à des moyens plus parlementaires, les magistrats de 
la haute compagnie souveraine voulurent, pour couper 



1. « Le mardi 29 juin, l'on devait sortir le corps du défunt roi; il 
y eut grande dissension entre les cent gentilshommes et les gardes du 
corps, qui faillent à en venir aux mains. Li roi sort sur une avance 
qui va de la petite montée vers la grande salle, est plus d'une demi- 
heure à regarder ce qui se faisait en la cour; Ton avertit son guide, 
on le retire. M. de Gondi, évêque de Paris, débat le rang avec la cour 
de Parlement; la cour enfin le pousse devant; le corps sort du 
Louvre à six heures et demie, arrive à neuf heures à Notre-Dame. » 
(Hkuoard, t. II, p. 12.) 

2. L'EsTOiLE, t. X, p. 291. 



^4 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

court aux raisons de l'évêque, se rejeter sur une distinction 
tout à fait inusitée qu'ils prétendirent faire entre le corps 
et l'effigie. Le corps était placé dans un grand char couvert 
de velours, attelé de six chevaux, et l'effigie dans une litière. 
Les membres du Parlement disaient que puisque l'évêque 
avait des droits sur le corps, il n'avait qu'à prendre sa place 
à l'endroit qui lui plairait autour du char; mais qu'ils enten- 
daient rester entre eux auprès de l'effigie. L'évêque soute- 
nait qu'il devait accompagner l'effigie, puisque c'était à 
l'effigie qu'on rendait les honneurs et non pas au corps. 
Devant ces prétentions qui menaçaient de faire éclater un 
nouveau scandale autour de la dépouille du roi défunt, la 
reine mère donna au grand maître le comte de Soissons la 
mission, qui devait lui être particulièrement agréable, d'as- 
surer à l'évêque la place qu'il réclamait et de faire obéir le 
Parlement, même par la force. Les magistrats déclarèrent 
qu'ils aimaient mieux mourir que de céder. Cette héroïque 
résistance dura peu : une dernière sommation ayant été 
faite aux robes rouges, au commandement de Soissons, les 
gardes abaissèrent d'un trait les hallebardes et les arquebuses 
vers messieurs du Parlement; ceux-ci incontinent de se 
séparer et de fuir dans toutes les directions. Force leur fut 
ainsi d'en arriver à obéir. Mais déjà, dans leurs rangs, 
on taxait d'ingratitude la régente qu'ils prétendaient avoir 
faite \ 

Les questions de rang et de préséance ainsi réglées cava- 
lièrement, le cortège s'achemina, dans un ordre à peu près 
régulier, de Notre-Dame, où la dépouille royale avait reposé 
dans la nuit du 29 juin, vers Saint-Denis, en suivant la rue 
et le faubourg de ce nom. Les archers de la ville, divisés en 
trois compagnies, commencèrent la pompe, suivis de toutes 
sortes de religieux, pauvres, prêtres de paroisse, chanoines 
de Notre-Dam.e, de la Sainte-Chapelle et autres. Venaient 

I. Andréa Cioli, 5 juillet 1610. — Cf. L'Estoile, t. X, p. 291. 



OBSÈQUES DE HENRI IV. ^S 

ensuite l'Université et le Châtelet; puis les hautbois et 
douze tambours de la chambre du roi, la caisse couverte 
d'étamine, battant fort lugubrement; le maître de camp et 
les capitaines des gardes; le grand prévôt et les archers; les 
Suisses de la garde du corps; les deux compagnies des cent 
gentilshommes; les officiers de la maison du roi, en com- 
mençant par les moindres et finissant par les maîtres 
d'hôtel, qui se trouvaient les plus proches du char du côté 
droit de la rue, tandis que, au côté gauche, étaient mes- 
sieurs des Comptes, des Aides, des Monnaies, du Trésor et 
les autres officiers de finances. Immédiatement devant le 
char où se trouvait le corps du roi, et que Malherbe appelle 
le chariot d'armes, s'avançait à cheval M. de Rodes, por- 
tant la bannière ou pennon, qui était Tenseigne de la mai- 
son du roi. Derrière le char marchaient à pied les capitaines 
des gardes du corps; après venaient, tête nue, douze pages 
de la grande écurie du roi, vêtus de robes de velours noir 
et montés sur douze coursiers dont on ne voyait que les 
yeux; car ils étaient également couverts de housses de 
velours noir croisées de satin blanc. Suivaient les honneurs, 
à savoir les éperons^ les gantelets, Técu, la cotte d'armes, 
la heaume timbré à la royale; les quatre premiers portés 
par quatre écuyers de la grande écurie, et le dernier par 
M. de Liancourt, premier écuyer de la petite écurie. On 
voyait ensuite un grand nombre d'abbés et d'aumôniers 
du roi, quatorze évêques à pied, mitres; puis les ambas- 
sadeurs de Savoie, de Venise et d'Espagne, à cheval,, et 
vêtus de grandes robes à queues pendant à terre et portées 
par leurs estafiers. Les nonces du pape, l'ordinaire et l'ex- 
traordinaire, suivaient montés sur des mules et conduits 
par des archevêques, notamment ceux d'Aix et d'Embrun, 
avec des chapeaux bordés de vert. Après eux venaient les 
cardinaux de Joyeuse et de Sourdis, vêtus de robes vio- 
lettes avec des chapeaux rouges. Immédiatement après était 
conduit le cheval d'honneur, tout couvert d'une housse de 



46 LA MINORITÉ DK LOIIS XIII. 

velours violet, semé de fleurs de lis d'or; puis venait le 
grand écuyer à cheval, vêtu de deuil et sa queue portée; 
il tenait l'épée royale enfermée dans un fourreau de velours 
violet semé de fleurs de lis d*or, pendue à un baudrier de 
même couleur; les écuyers de la grande écurie le suivaient 
à pied avec les valets de pied du roi. C'est après que chemi- 
nait la cour de Parlement en robes rouges et au milieu d'eux 
était l'effigie du roi, telle qu'on l'avait vue dans la salle basse 
du Louvre; elle était confiée à des gens nommés hanouards, 
officiers du grenier à sel, qui, d'après les privilèges de 
leurs charges, avaient le droit sur les corps des rois jus- 
qu'à la première des croix qui se trouvaient autrefois sur I.1 
route de Paris à Saint-Denis; ils soutenaient la litière à 
l'aide de sangles couvertes de velours noir qu'ils portaient 
en écharpe. Les présidents tenaient les coins et côtés du 
drap d'or qui était sur l'effigie. Immédiatement devant 
elle étaient deux huissiers de la chambre du roi et devant 
eux, tout glorieux de son triompl^e, l'évêque de Paris, 
accompagné de Févêque d'Angers, représentant le grand 
aumônier. Après on voyait paraître un dais de drap d'or 
porté par les archers de la ville, puis les princes du sang et 
autres, à savoir Conti et Soissons, ce dernier portant la tête 
aussi haut que son cheval, au dire de L'Estoile, Guise, Join- 
ville, Elbœuf, à cheval, vêtus de robes de deuil à queues, 
portées par un grand nombre de gentilshommes. Après 
marchaient les ducs d'Épernon et de Montbazon, leurs 
queues portées à chacun par un gentilhomme seul. Après 
suivaient neuf ou dix chevaliers de l'ordre, à pied, avec des 
robes de deuil et environ quatre-vingts ou cent gentils- 
hommes de la cour, vêtus de même ; puis onze pages de la 
chambre avec des sayons et bonnets de velours noir, l'épée 
au côté. Enfin les quatre compagnies des gardes du :orps 
fermaient la marche. Les rues, depuis Notre-Dame jusqu'à 
la porte Saint-Denis, étaient tapissées de serge noire : devant 
chaque maison, une torche allumée, et de toise en toise, un 



OBSEQUES DE HENRI IV. 4J 

écusson uux armes de France ou de la ville'. La foule était 
si (grande à voir passer le cortège qu'on s'y entre-tuait, dit 
L'Estoile ". 

A Saint-Lazare, au bout du faubourg de la porte Saint- 
Denis, les restes de Henri IV furent remis aux moines de 
l'abbaye, qui l'y transportèrent, pendant que le cortège se 
dispersait. Les uns s'en revinrent à Paris; les autres allè- 
rent coucher à Saint-Denis, soit en carrosse, soit à cheval, 
chacun comme bon lui sembla. 

Le lendemain eut lieu l'enterrement; ce fut le mercredi, 
i" juillet. Cette cérémonie suprême, dont Malherbe ne nous 
donne point les détails, bien qu'il en signale l'intérêt, parla 
beaucoup à l'imagination du Florentin CioH, qui nous en a 
laissé la saisissante relation que voici ^ : 

« J'ai vu ce matin à Saint-Denis, dit il, la cérémonie des 
obsèques royales; elle m'a frappé, non moins que les autres, 
par son ordre, sa magnificence, par certains actes que j'ai 
vu accompHr et qui ont excité des larmes et de la terreur. 
M. le cardinal de Joyeuse a chanté la messe, et il y a eu 
une fort belle musique, celle de la chapelle du roi. Deux 
autres cardinaux ont pris part à la cérémonie, Du Perron et 
Sourdis; Gondi et Gèvres étaient absents. Il y avait en outre 
dix-huit évêques; celui d'Angers a fait Toraison funèbre \ 

1. Malherbe à Peiresc, p. 198. 

2. L'Estoile, t. X, p. 2qi. 

3. Andréa Cioli commence son récit en faisant allusion à une 
dépêche d'Ammirato relatant la cérémonie des obsèques royales à 
Notre-Dame. Cette dépêche n'existe plus aux Archives de Florence, 
au moins dans la Filze que nous avons dépouillée. Elle aura été pro- 
bablement communiquée, comme d'autres documents du même genre, 
à quelque curieux de la cour grand-ducale, qui ne l'aura point res- 
tituée. 

4. <« Cospéan, évcque d'Aire, le jour S'aint-Pierre, à Notre-Dame, où 
le corps du Roy fust apporté, tist son oraison funèbre avec apparat, 
hoc est beaucoup de monstre et peu de rapport; loua le Roy et les 
Jésuites, et prescha el pauco tn espagnol (disait Pun), duquel il a le 
visage, la carbe et la contenance. M. d'Angers finalement en ferma 
le pas à Saint-Denis, par celle qu'il y tist dans la grande église, le 
jour de l'enterrement, où, entre autres choses fort communes et tri- 
viales pour louer les Jésuites, dénigra et blasphéma ceux de la cour 



48 LA MINORITÉ DE LOUIS XllI. 

Après l'évangile et avant l'oraison allèrent à l'offertoire les 
princes et les ducs, et il m'a été dit qu'ils devaient mettre 
chacun cinq écus dans le bassin. La messe finie, eurent lieu 
les actes dont j'ai parlé. On ouvrit au milieu du chœur de 
l'égUse une tombe dans laquelle entra un héraut, aussitôt 
qu'on y eut mis le corps du roi; il appela successivement 
tous les insignes ro3'aux qui étaient là auprès entre les mains 
de ceux qui les avaient apportés hier et avant-hier en pro- 
cession et il les recevait, sans qu'on le vît, pendant que 
chacun de ces personnages les jetait à l'intérieur; il en était 
de même des masses et bâtons que portent tous les officiers 
de la maison royale et de la guerre. Et après, ledit héraut, 
suivant l'ordre que lui donna le comte de Saint-Pol, au lieu 
et place du comte de Soissons, à qui incombait principale- 
ment cette fonction, mais qui était assis avec les autres 
dans le choeur, cria du fond trois fois à haute, triste et 
lugubre voix : Le roi est mort ! le roi est mort ! Prie:;^ Dieu pour 
son âme! Cet appel arracha des larmes à presque tous les 
assistants et environnants. Et peu après , le même héraut 
cria trois fois d'une voix pleine d'allégresse : Vive le roi 
Louis XIII, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre! 
Et au répons d'une autre voix qui, du fond du chœur, jeta le 
même cri, tout à coup on entendit retentir les trompettes, 
les tambours, les fifres. Et ainsi se termina la cérémonie, à 
laquelle ont pris part les susdits évêques et cardinaux, les 
princes, tous les grands, les ambassadeurs, la cour du Parle- 
ment, tous ceux qui s'étaient rendus là en procession, les- 
quels ensuite ont tous déjeuné dans une grande salle de 
l'abbaye de Saint-D^nis, à des tables et places dûment sépa- 
rées suivant la qualité des personnes, et après manger, le 
grand maître, à ce que j'ai appris, a dû, suivant la cou- 



assistan% à leur nez. u Cette sainte compagnie, dit-il, parlant des 
Jésuites, qui a esté injustement condamnée, et maintenant est calom- 
niée, qui estoit leur donner droit à la visière. » (L'Esto.le, t. X, 
p. 295.) 



OBSEQUES DE HENRI IV. 49 

tume, dire à tous les officiers de la maison du roi : Mes- 
sieurs ^ que chacun se pourvoie, car nous avons perdu notre bon 
maître \ » 

Ces paroles étaient particulièrement bien placées dans la 
bouche du comte de Soissons. Il avait devancé les termes 
du cérémonial et déjà vigoureusement prêché d'exemple. 

I. Andréa Cioli, i*"" juillet 1610. 



4 



III 



LES EPOUX CONCIM. — LE DUC DE SULLY 



Retour rapide sur les antécédents de Concini et de Léonora Dori. — 
Concini rembarré par le premier président du Parlement. — Instal- 
lation du couple florentin dans le Louvre. — L'abbaye de Marmou- 
tiers donnée au frère de Mme Concini. — Ascendant mystérieux de 
cette femme sur la reine. — Ambition etlVénée de Concini. — 
Efforts de sa femme pour le modérer. — Mauvais procédés des deux 
époux à l'égard de leurs compatriotes, — Premières sorties de la 
reine hors du Louvre. — Abstention calculée de Concini. — Il est 
nommé membre du conseil d'Etat et du conseil des finances. — 
Dissentiments intérieurs du ménage Concini. — La médecine et la 
politique. — Renvoi du médecin Duret. — Origine de la disgrâce 
de Sully. — Difficulté d'élucider cette question. — Pourquoi Sully 
resta à l'Arsenal après la mort de Henri IW — Absence de sym- 
pathie entre la reine régente et Sully. — Des buits de revision de 
ses comptes commencent à circuler. — Nécessité pour la reine de 
ne pas s'aliéner les protestants. — Cabale montée par Bouillon 
contre Sully. — Opposition de Sully aux prétentions des princes 
du sang. — Il est appuyé par la maison de Lorraine. — Concini 
sert d'intermédiaire pour un rapprochement entre Sully et la reine. 

— Marie de Médicis limite les pouvoirs hnanciers du surintendant. 

— Scènes entre la reine et Sully. — Elle le conserve parce qu'elle 
ne peut encore s'en passer. — L'attente du retour de Condé tient 
tout en suspens. 



Dans les pages précédentes a été souvent prononcé déjà 
le nom de Tltalien Concino Concini. Il nous a paru tenir 
auprès de la régente une place exceptionnelle, encore assez 
difficile à définir, mais qui le mettait au premier rang de la 
faveur. Nous avons entrevu aussi la rude et austère figure 
du duc de Sully. Il est temps de montrer dans tout leur 



LES ÉPOUX coNciNi. 5r 

relief ces deux personnages dont l'un représente les goûts 
particuliers de la régente et les tendances nouvelles, dont 
Tautre incarne encore la pensée de Henri IV et cherche à 
maintenir dans toute leur rigueur ses principes de gouver- 
nement. Le conflit de leurs influences fondées sur des rai- 
sons si diff"érentes, des tentatives en vue d'un rapproche- 
ment chimérique entre deux esprits foncièrement antipa- 
thiques l'un à l'autre , les manœuvres employées par les 
deux rivaux pour trouver des points d'appui auprès de tel 
ou tel prince ou grand seigneur, voilà les éléments princi- 
paux de l'intérêt qui s'attache à cette première phase de 
l'administration de Marie de Médicis qui, suivant l'expres- 
sion de Richelieu, « conserva pour un temps des marques 
de la majesté que la vertu du grand Henri avait attachée 
à sa conduite, en tant que les mêmes ministres qui avaient, 
sous son autorité, supporté les charges de l'Etat durant sa 
vie, en continuèrent Tadministration, sans se séparer ouver- 
tement, ce qui dura jusqu'à la défaveur du duc de Sully ». 
On sait que Marie de Médicis avait emmené en France 
une fille de condition obscure, sa sœur de lait^ Léonora 
Dori \ qui devint sa dame d'atour. La reine favorisa les 
amours de cette personne qui exerçait déjà sur elle une 
influence extraordinaire, et d'un écuyer de sa suite, le fameux 
Concino Concini; Henri IV autorisa leur mariage, à la 
charge pour eux de s'en retourner en ItaHe; mais ils se 
cramponnèrent à la fortune de leur maîtresse avec une telle 
énergie, que le roi de France, malgré la plus violente aver- 
sion, dut les tolérer. Ils restèrent donc; ce fut cependant 
déjà pour le malheur de Marie de Médicis. Car le roi ne se 
gênait pas pour tirer prétexte de cette résistance de la reine 
à ses volontés bien connues pour excuser ses propres infrac- 
tions à ses devoirs conjugaux, dont l'observation lui était 
d'ailleurs particulièrement à charge. Henri IV avait au 

I, Voir B. Zeller. Henri IV et Mirie de Médicis, p. -jb. 



52 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

moins mis obstacle avec une invincible persévérance à 
l'avancement prodigieux dans les dignités du royaume de 
France que rêvait déjà l'ambitieux Florentin, et il avait con- 
tenu le flot des prodigalités dont la reine était prête à cou- 
vrir le ménage déjà devenu tout-puissant dans le gouverne- 
ment de ses affaires. Malgré les sages avertissements donnés 
par le roi à sa femme, l'inclination folle de Marie de Médicis 
pour deux aventuriers ses compatriotes devait être poussée 
jusqu'aux plus extrêmes et dangereuses limites. 

Le lendemain même de l'assassinat de Henri IV, Concini 
entrait dans son rôle équivoque d'homme de confiance de 
la reine mère et déjà une parole sévère et autorisée le re- 
mettait à sa place, non sans lui faire entendre, venant d'où 
elle sortait, qu'en France il trouverait peut-être un jour des 
juges impitoyables. L'Estoile, en effet, nous rapporte qu«, 
lors du lit de justice tenu par le jeune Louis XIII, le pre- 
mier président de Harlay « rembarra fort à propos l'audace 
du sieur Conchine, qui, sans respect de la cour, s'était 
ingéré de parler, et dit tout haut qu'il était temps de faire 
descendre la Roine : « Ce n'est pas à vous de parler ici », lui 
dit le premier président, censurant en deux mots Tindis- 
crète parole de cet homme qu'on disait n'avoir ni façon, ni 
grâce respondante au lieu et renc qu'il tenoit près Sa Ma- 
jesté * ». L'Italien ne perdit pas contenance; il n'en était 
pas à sa première avanie. Mais maintenant ce n'était pas la 
rebuffade hautaine d'un magistrat morose qui pouvait fliire 
obstacle à l'avenir plein de promesses qui s'ouvrait devant 
lui. (( Le seigneur Concino est plus grand et plus puissant 
que jamais, écrit Scip. Ammirato, et il ira continuellement 
en grandissant ^. » 

En effet, après la mort de Henri IV, la reine mère put 
disposer en maîtresse absolue du pouvoir souverain et 

1. L'Estoile, t. X, p. 287. 

2. // signor Concino e put grande e piiopiu che mai, et continua)r.ente 
cndra crescendo. (Scip. Ammirato, 25 mai 1610.) 



LES ÉPOUX CONCINI. 53 

répartir à son gré les fonctions et les faveurs. Comme il 
n'y avait plus une main ferme pour écarter rudement Con- 
cini du chemin périlleux où l'engageaient des convoitises 
sans frein et une ambition forcenée, le ménage florentin 
s'attacha de plus en plus à prendre sur Marie de Médicis 
une influence exclusive. La reine commença par établir ce 
couple avide en plein Louvre; ils y curent un appartement. 
De la part de la reine mère, c'était se mettre à leur discré- 
tion. Bientôt l'abbaye de Marmoutiers, possédée par l'ar- 
chevêque de Rouen, frère naturel du feu roi, étant sur le 
point de devenir vacante, fut donnée par Marie de Médicis, 
même avant que la mort du titulaire fût devenue certaine, 
à un frère de Mme Concini qui n'avait jusqu'alors fait 
d'autre apprentissage que celui de l'état de menuisier'; la 
veuve de Henri IV fit ainsi passer une riche prébende du 
frère de son mari au frère de sa favorite. « C'estoit un grand 
personnage, dit L'Estoile, lequel apprenant à lire depuis 
quatre ans, n'y pouvoit encore mordre '. » Concini et sa 
femme pouvaient se promettre beaucoup d'un pareil début 
de la régence. — « D'après ce que j'ai entendu de la reine 
elle-même, Sa Majesté aime la Léonora d'une façon extra- 
ordinaire; elle est comme énamourée d'elle », écrit l'am- 
bassadeur Matteo Botti ^. S'il était impossible à la reine de 
rien refuser à une personne douée d'un aussi puissant et 
mystérieux ascendant et qui était au courant de tous les se- 
crets de son existence, puisque c'était elle que Marie de 
Médicis chargeait du soin de démentir le bruit qu'elle fût 
enceinte \ Léonora de son côté n'était-elle pas contrainte 
de céder aux obsessions d'un mari qui ne voyait en elle que 

1. Matteo Botti, 19 juin 1610. 

2. L'Estoile, t. X, p. 3oo. 

3. // Concino si mantiene ml solito favore, ma piit corne favorito 
cortigiano che corne intimo consig^^. E qiianto alla ynoglie, pev quanto 
ho sentito dalla Regina stessa, si piio dire che S. M. Vami estraordi- 
narissimamente, e che sia corne innamovata di Ici. Matteo Botti, 
3o juin I 610. . 

4. Matteo Botti, 19 juin 1610. 



54 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

l'instrument de sa fortune ? La malheureuse femme n'était 
cependant pas dépourvue de clairvoyance; elle avait le 
pressentiment de la destinée funeste que lui préparait 
le parti pris par Concini de braver l'opinion de la cour et 
l'animadversion populaire. Celui-ci n'eut pas en effet 
longtemps la sagesse de se contenter de la situation fort 
avantageuse ainsi définie par le même diplomate floren- 
tin : « Le Concino se maintient dans sa faveur accoutumée, 
mais plus comme courtisan favori que comme conseiller 
intime ». L'aventurier avait de plus hautes visées. Sans 
aborder encore le rôle d'homme politique, il s'y préparait, 
soit en introduisant les ambassadeurs dans le cercle intime 
de la régente, soit en affectant de s'entremettre auprès d'elle 
en faveur de Sully déjà menacé de disgrâce pour sa résis- 
tance aux nouvelles façons de gouverner. Il faisait étalage 
de son importance et parlait de haut aux officiers des gardes. 
Ces façons d'agir ne pouvaient que le rendre encore plus 
odieux. Léonora, épouvantée de ces imprudences, cher- 
chait à modérer et à retenir son mari; mais elle ne parve- 
nait pas à lui faire partager le sentiment qu'elle avait, en 
femme déUcate et craintive, d'une situation déjà dangereuse. 
Les autres Italiens accrédités auprès de la régente ne s'y 
trompaient pas non plus. « Le seigneur Concini a des pré- 
tentions bien démesurées, écrit Andréa Cioli; il se montre 
trop à découvert, au risque de se faire massacrer. // Siguor 
Concino intra troppo alla scoperta , cou pericolo di far si a7nma:^are. »> 
Ce n'est pas sans une secrète satisfaction que se faisaient 
ainsi prophètes de malheur les trop clairvoyants compa- 
triotes souvent fort maltraités par le couple triomphant 
dont ils suivaient la fortune avec des yeux jaloux. On avait 
en effet pour eux peu de ménagements; il leur fallait at- 
tendre des heures entières à la porte de Léonora quand ils 
avaient à l'entretenir \ essuyer les dédains des deux vani- 

I. Andréa Cioli, lo juillet 1610. 



LES ÉPOUX CON'CINI. 55 

teux personnages, sans compter d'autres mésaventures du 
genre de celle que nous raconte avec un dépit et une indi- 
gnation si naïves l'envoyé Andréa Cioli : 

(( Figurez-vous, écrit-il, que le seigneur Hippolito Dei' non 
seulement a été logé et défrayé dans la maison du S"" Concini, 
mais qu'il a encore été convié par lui à un banquet dans ses 
chambres du Louvre, et cela a eu lieu hier matin. Et moi, il 
y a trois jours, comme j'entrai dans ces chambres, pour don- 
ner le bonjour au S' Concini et à la S" Léonora, juste au mo- 
ment où l'on se mettait à table, j'ai été congédié mieux qu'à 
la florentine. On me demanda si j'avais déjeuné, je répondis 
non, et voici ce qu'on me dit : « Va- t'en déjeuner, car c'est 
« Theure, et nous ne voulons pas t'inviter ». Et moi, avec un 
sourire qui ne vint point du cœur, je dis : « Mais je ne vous 
« le demande point »; et sur ce, lui tirai ma révérence". » 
On trouve toujours chez l'ItaUen un personnage de comédie. 

Concini était parfaitement étranger à toute courtoisie 
comme à toute délicatesse de sentiments, et ce qui est sur- 
prenant, c*e3t la grossièreté des procédés qui devaient le 
conduire à tout. Il avait des recettes pour venir à bout des 
hésitations et des résistances de sa femme, il usait à propos 
de la mauvaise humeur et se montrait passé maître dans 
Tart d'exploiter une passion que les années n'avaient ni 
refroidie ni rendue moins dévouée chez Léonora Dori. Le 
corps de Henri IV était à peine descendu dans les caveaux 
de Saint-Denis que la reine mère, faisant trêve aux larmes 
de convention et au souci des affaires, cherchait des dis- 
tractions hors du Louvre où elle s'était jusqu'alors confinée 
dans un deuil tout d'apparat. Le 3 juillet elle alla à Notre- 
Dame ^ dans un carrosse suivi de six autres, fort accompagnée 

1. C'était un Florentin de passage à Paris. 

2. Andréa Cioli, i6 juin 1610. 

3. Andréa Cioli parle d'une dépêche dans laquelle Ammirato racon- 
terait en détail la première sortie de la reine hors du Louvre, après 
quarante-neuf jours, pour aller entendre la messe en grande pompe à 
Notre-Dame. Cette dépêche n'existe plus dans le registre d'Ammirato. 



S6 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

et entourée de tous côtés de gardes, soldats et arquebu- 
siers sous le commandement du capitaine La Chàtaigne- 
raye. Tous les princes, hormis le comte de Soissons, entou- 
raient la voiture avec force noblesse au milieu de laquelle 
paraissait par-dessus tous M. d'Épernon, « rajeuni de plus 
de dix ans depuis la mort de son maître, dit L'Estoile, por- 
tant la tète aussi haute que celle de son cheval, sur lequel 
il monta, contre l'usage, dans la cour même du Louvre ». 
L'après-midi, la reine, continuant ses dévotions, alla à 
Saint-Victor au pèlerinage de Notre-Dame des Bonnes Nou- 
velles, qu'elle avait en grande vénération. Quelques jours 
après, le jeudi, au matin^ elle fit une promenade et une 
visite au château d'Issy, résidence de la reine Marguerite : 
la reine divorcée offrait une collation de confitures à la 
reine veuve. Marie de Médicis monta en carrosse dans la 
cour du Louvre et invita à l'accompagner Mme de Sois- 
sons, Mme de Guise, Mme de Conti, Mme de Montpensier 
et Mme Concini. Elle se plaça sur le siège, à côté du 
cocher ', se croyant plus en sûreté que dans l'intérieur, pré- 
caution qui aurait paru plus convenable de la part de 
Henri IV, et qui, un mois auparavant, Faurait peut-être 
sauvé. La voiture de la reine mère partit escortée d'un grand 
nombre d'autres carrosses et d'une brillante cavalcade de 
princes et de seigneurs. << Au sortir de là, S. M., dit L'Es- 
toile, monta sur un genêt d'Espagne qu'elle galopa brave- 
ment jusque à l'entrée du faubourg Saint -Germain, où 
elle rentra et se remit dans son carrosse entouré de force 
gardes. » Le premier écuyer de la régente ne parut point à 
cette partie de plaisir où il semblait appelé par ses fonctions 
mêmes. Il y avait, à ce moment, une brouille complète 
entre Léonora et son mari, et ce dernier, par contre-coup. 



I. s. J/'-' si messe dalla banda del coccliiero. su alto appresso di lui, 
corne in luogo piu securo, et fu poi seguitata da moite caro^^e di 
principi et di 55"; t7ia7îon vi viddemo gia il s^ Coricini. (Andréa Cioli, 
lo juillet 1610.) 



LES ÉPOUX CONCINI. 5 7 

tenait rigueur à la reine. Concini fit, à ce propos, de cu- 
rieuses confidences à l'ambassadeur Botti. « Dans les dé- 
mêlés que j'ai avec ma femme, lui dit-il, la reine me donne 
toujours tort. Mais ce que je ne puis surtout pardonner à 
Léonora, c'est qu'elle se soit mis en tête de faire obstacle 
à mon avancement. Ce qu'elle veut par là, c'est se faire 
valoir davantage et me forcer à reconnaître que tout me 
vient d'elle. Je serais bien heureux si je pouvais espérer me 
retrouver d'accord avec elle dans un grand nombre d'an- 
nées. » C'était avec des airs de désespoir que l'Italien se 
lamentait ainsi; il affichait l'intention de quitter la cour, de 
vendre sa charge, d'acheter une terre; il se targuait, par 
une accusation peut-être odieuse, d'un désintéressement 
dont rien ne prouve que l'occasion lui ait été donnée en 
affirmant que Sully lui avait off"ert trente mille écus comp- 
tants et cinquante mille par an pour obtenir ses bonnes grâces. 
C'était enfin à la reine qu'il s'en prenait de tout le mal en 
se plaignant amèrement qu'elle ne l'eût pas introduit au 
conseil d'État. Cette scène, fort bien jouée devant d'autres 
probablement que l'envoyé toscan, aboutit à un prompt 
dénouement. Matteo Botti, h qui nous devons ces détails, 
put, avant de fermer sa dépêche, en rehausser la saveur par 
cet amusant post-scriptum : « Concini a été fait du conseil 
des finances et s'est raccommodé avec sa femme* ». Quelques 
jours après, en eff"et, Concini prêtait serment entre les mains 
de la régente et du jeune roi pour avoir été fait du conseil 
d'État et des finances, et prenait officiellement séance dans 
la salle où auparavant il assistait déjà aux délibérations, mais 
comme serviteur de la reine et debout derrière son siège -. 
Ce n'était pas une simple satisfaction d'amour-propre 
qu'avait recherchée le nouveau dignitaire. Le conseil des 
finances, à ce moment, se réunissait souvent ; car on allait 
renouveler la ferme du sel. Les prétendants vinrent assiéger 

1. Matteo Botti, 12 juillet 1610. 

2. Scip. Ammirato, 28 juillet ibic. 



58 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

Concini et sa femme; et ces sollicitations furent pour eux 
la source de beaux profits. « Ce qu'ils auraient de mieux à 
faire et pour eux et pour la reine, écrit l'envoyé Cioli, 
c'est d'amasser du bien et des trésors '. » On voit qu'ils 
ne s'en faisaient pas faute. 

Au point de vue lucratif les deux époux étaient parfai- 
tement d'accord. Fanno e faranno hue i falti loro, écrit 
Andréa Cioli (i6 sept.). Mais il y avait entre eux des dis- 
sentiments d'une autre nature que ceux qui pouvaient 
résulter de l'outrecuidance des visées politiques de Concini. 
Le mari était joueur et la femme économe ; et, si grandes 
et inconsidérées que fussent les profusions de la reine en 
leur faveur, des pertes au jeu qui s'élevaient jusqu'à deux 
mille écus en une seule fois inquiétaient et irritaient la cir- 
conspecte et prévoyante Léonora. D'autres incartades la 
touchaient plus au vif, c II est bien difficile, écrit Cioli, 
d'être à la fois bien avec l'un et avec l'autre. Car, à l'oc- 
casion, il doit faire ce que sont tentés de faire les hommes 
qui ont une femme laide. Ses familiers l'}. incitent ou Vy 
aident et, par conséquent, sont mal vus d'elle; et les 
fiivoris de la femme sont regardés par le mari comme des 
espions ". » Ce n'est point que Léonora ne fût prête, même 
en matière si délicate, à se montrer de bonne composition. 
Mais il aurait fallu, au dire de l'ambassadeur, que, pour 
prix d'une condescendance peu commune, il eût consenti 
à se conduire toujours suivant la volonté de sa femme; 
à cette condition, il n'aurait pas été malheureux. « Mais 

1. Spesso hora detto consiglio si radiina, et in esso presentemente si 
traita del rinovare la fermeria o VappaVo del sale, et in sei anni 
che suol diirare ci è chi offerisce fino in 600 000 sciidi di augumento 
per il Re con alegeriniento di pre:^:{0 ancora pcr il popolo, et da 
questa niiova condoîta dicono che il si^'' Concino et la moglie ne cave- 
vanno buonissimo paragiianto , perche tutti H offerenti , che sono in 
gran numéro, et sempre se ne scu^prono delli altri, si raccomandano 
al lor favore. Se il sig"^ Concino si contentasse di far sen^a apparenta 
délia roba et del tesoro, meglio, dice alcuno, sarebbe per lui, et per la 
regina. Andréa Cioli, 8 août 1610. 

2. Andréa Cioli, 16 septembre i6ic. 



LES ÉPOUX CONCINI. 5 9 

cela ne sera pas, ajoute-t-il; car il faut que l'homme 
domine la femme; et il se résigne d'autant plus diffici- 
lement à lui céder qu'il est d'humeur hautaine et fièrc '. » 
La vie intime de ces deux êtres était bouleversée par 
des luttes terribles. On surprenait encore la trace des 
orages de leur intérieur sur le visage de Concini lorsqu'il 
se présentait au milieu des envieux que faisait sa faveur, la 
figure décomposée. On savait qu'il laissait souvent, après 
des scènes de ménage, sa femme malade, alitée, et qu'il ne 
consentait à la soigner ou à s'occuper d'elle que moj-en- 
nant la promesse d'avantages nouveaux. Malgré son 
audace, Concini lui-même n'était pas d'un tempérament 
assez bien trempé pour supporter sans inconvénient ces 
émoLions violentes. Son sang, déjà mauvais, s'échauffait 
et tournait; et ce n'est pas seulement aux eaux de Spa, 
fort en vogue à ce moment, qu'il avait recours pour se 
guérir. Les impitoyables écouteurs, qui tenaient la cour de 
Florence au fait de tout ce qui se passait autour de la 
régente, ne nous font grâce d'aucune des médecines et des 
saignées auxquelles il était obligé de se soumettre, soit 
pour se rétablir, soit, par un luxe de précautions qui fait 
sourire y ad prceservationem salutis, et non ad necessitatem~. 
Entre les deux époux, une créature innocente souffrait de 
ces discordes et de cette mauvaise hygiène. Ils avaient un 
fils « beau comme un ange, au visage tout souriant, mais 
délicat, maigre, sans couleurs ». On ne se faisait cepen- 
dant pas faute « de le tourmenter avec les médicaments, 
comme s'il eût été un vrai colosse ». C'était l'usage de la 
maison. L'abbé de Marmoutiers, en résidence chez sa sœur, 
s'y conformait avec zèle; si bien que l'envoyé florentin, 
pénétrantun jour dans cet hôpital, ne pouvait s'empêcher 
de s'écrier : « Mais, sous prétexte de santé, vous voulez 
donc ici vous détruire tous! » Or\ s'en prit au médecin de 

I. Andréa Cioli, 8 août 1610. 

9- Andréa Cioli, 18 septembre 1610. 



60 LA MINORITÉ DE LOUIS XIH. 

la mauvaise santé générale; et le sieur Duret fut prié de 
déguerpir; peut-être, à quelques mots vagues des envoyés 
florentins, faut-il comprendre que le personnage s'était 
mis, pour des raisons suspectes, en trop bons termes avec 
Concini. « Le médecin Duret, lisons-nous dans L'Estoile, 
deschu tout à coup de la grâce et de la faveur de la reine 
régente, eust son congé de la cour, en ce mois, avec com- 
mandement exprès de se retirer et de n'entrer dans le Louvre 
pour y exercer et pratiquer sa médecine. Ce revers si sou- 
dain estonna beaucoup de gens, pour ce que ledit Duret 
estoit des amis des dieux, favori de la déesse Conssine, et 
du Conseil de la petite escritoire. Un des plus grands, 
enquis sur celte mutation par un personnage de Paris, de 
grande qualité, qui estoit de ses amis, et qui désiroit d'en 
apprendre quelque chose de lui, n'en eust autre réponse, 
sinon que telle avoit esté la volonté des Dieux,' et que, par 
raison d Estât, ce qui avoit esté se devoit faire *. » Ainsi la 
médecine et les tripotages financiers, les manœuvres sou- 
terraines et les discussions domestiques se partageaient 
l'existence de l'égoïste et insolent favori. Malgré son désir 
de ne pas encore se compromettre, il allait être forcé de 
prendre parti dans les compétitions qui s'agitaient autour 
de la régente et qui visaient déjà la plus forte personnalité 
que Henri IV eût laissée derrière lui, le duc de Sully. 

La disgrâce du duc de Sully, dont il peut être question 
dès maintenant, est l'événement qui caractérise le mieux 
les débuts de l'époque de troubles et d'affaiblissement pour 
la monarchie française, qui succéda immédiatement au 
grand règne de Henri IV. Si le fait en lui-même est bien 
connu, les circonstances en sont restées assez obscures. 
Un administrateur et magistrat éminent, Claude Le Pel- 
letier, successeur de Colbert au contrôle général des 
finances, écrivant vers la fin de sa vie des biographies res- 

I. L'Estoile, t. X, p. 3 17. — Tall. des Réaux, t. If, p. 65. 



LE DUC DE SULLY. 6l 

tées manuscrites ^ de plusieurs hommes d'État du siècle, 
les chanceliers de Bellièvre et Le Tellier, les gardes des 
sceaux Du Vair et Mole, s'était senti attiré par la rude et 
parfois énigmatique figure du duc de Sully. Il lui consacre 
une notice qu'il veut faire porter particulièrement sur 
l'époque de sa retraite, et s'exprime à ce sujet en ces 
termes : « Dans la résolution de M. de Sully de remettre 
la démission de la charge de surintendant et de se retirer 
de la cour, il pratiqua une robuste vertu. J'eusse souhaité 
de trouver plus de circonstances de cette action, des motifs 
de M. de Sully et des procédés qui accompagnèrent cette 
grande et bonne action. J'en ramasserai les différentes cir- 
constances autant que je pourrai les tirer des mémoires que 
j'extrairai. » Les notes assez incohérentes recueillies par 
Le Pelletier n'offrent que peu d'intérêt; ses recherches 
ont été fort incomplètes, et son travail est dépourvu de 
critique, même dans les étroites limites où il a dû se ren- 
fermer. Après lui la question reste intacte. 

Les éléments, il faut le reconnaître, n'en sont pas très 
faciles à réunir. En effet, les chroniqueurs et historiens 
contemporains pèchent ou par la sécheresse et le décousu 
de leurs informations comme L'Estoile dans ses mémoires- 
journaux et Malherbe dans sa correspondance avec Pei- 
resc; par un esprit de dénigrement systématique, chez l'au- 
teur de l'Histoire de la mère et du fils^ à l'égard des hommes 
d'État qui Font précédé au pouvoir; par l'absence de con- 
sidérations politiques dans le journal du médecin Héroard, 
par les habitudes de réserve diplomatique dont s'inspire 
constamment Fontenay-Mareuil; ou enfin par la défiance 
que provoque naturellement un cas de suspicion légitime 
comme celui du témoignage personnel de l'homme dont il 
s'agit, de Sully lui-même, dans ses Mémoires ou Économies 
royales. Comment ne pas se décourager en présence de 

I. Bibl. nat., fonds fr., n" 9443. 



62 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

cette dernière source d'informations, que les secrétaires de 
Sully qualifient eux-mêmes de « discours et narrations 
lesquelles, soit par ignorance ou faute de mémoire, soit 
par crainte, circonspection et prudence, l'on omet ou 
retient beaucoup de choses à dire, ou que l'on déguise 
tout exprès ». Cependant, parmi les problèmes qui inté- 
ressent l'historien et le moraliste, les causes de la disgrâce 
du duc de Sully méritent d'attirer l'attention . 

Comment, en effet, un homme de cinquante ans, prin- 
cipal ministre d'un grand roi, encore en pleine possession 
de facultés puissantes, connaissant à fond toutes les parties 
de l'administration de l'État, supérieur à tous les hommes 
politiques de son temps, se jugeant lui-même et jugé par 
tous nécessaire à la bonne conduite des affaires dans un 
moment critique, a-t-il dû, au bout de huit mois, se rési- 
gner à une retraite qui devait durer les trente dernières 
années de sa vie? C'est là un fait grave en lui-même et 
plein de conséquences pour la suite des événements qui 
s'accomplirent sous la régence de Marie de Médicis. Il 
domine toute la fin de l'année 1610, le commencement de 
l'année 161 1, et il importe de ne point le perdre de vue 
pour comprendre et apprécier toutes les intrigues dont la 
cour est le théâtre. C'est pourquoi nous devons nous atta- 
cher à l'expliquer en détail. 

La conduite que tint le duc de Sully, au moment de 
l'assassinat de Henri IV, a donné lieu à des critiques sévères. 
Il attendait le roi à l'Arsenal^ dans le déshabillé d'un malade 
qui va recevoir la visite d'un ami plutôt que d'un maître, 
lorsque lui arriva la funeste nouvelle. Sa première pensée 
devait être de courir au Louvre; et en effet il monta à 
cheval, au plus vite qu'il put, et se dirigea vers la demeure 
du roi à la tête de quelques gentilshommes dont le nombre 
grossit en chemin. On s'est étonné qu'arrivé à la rue Saint- 
Antoine, il ait brusquement changé de résolution, tourné le 
dos au Louvre et qu'il se soit renfermé dans la forteresse 



LE DUC DE SULLY. G 3 

dont il avait la garde, après y avoir introduit des vivres 
enlevés aux boutiques du voisinage. C'est le lendemain seu- 
lement que, pressé par différents messages, il alla offrir sa 
personne et ses services à la veuve et aux orphelins que 
venait de faire le crime de Ravaillac. Aux yeux de Riche- 
lieu, ce sont Là « des marques de faiblesse, d'étonnement, 
d'irrésolution ». 

Sans doute, réduite à ces simples circonstances, l'attitude 
prise par Sully n'eut rien de chevaleresque. Mais il ne faut 
pas oublier, pour la juger en toute équité, qu'au moment 
où il rebroussa chemin, le capitaine de la Bastille avait reçu 
différents avis tendant à le détourner d'aller au Louvre ; 
qu'il venait d'être traité avec une menaçante hauteur par le 
jeune comte de Bassompierre, chargé, à la tête de quelques 
chcvau-légers, de « marcher par la ville pour apaiser le 
trouble et la sédition » ; et que la situation était en somme 
pleine de confusion. 

On peut s'expliquer par des appréhensions personnelles 
le retard que mit Sully à se rendre au Louvre, car il y 
comptait beaucoup d'ennemis. Mais aucune raison n'em- 
pêche d'admettre une cause d'un ordre plus élevé. On a 
dit récemment, non sans vraisemblance, qu'à côté du 
sanguinaire monomane qui tua le roi de France , sous 
l'empire d'une obsession toute subjective, la mort de 
Henri IV était préparée pour le même jour que l'atten- 
tat de Ravaillac et sans la moindre entente avec lui, par 
une mystérieuse conjuration qui groupait autour d'une 
maîtresse évincée, la marquise de Verneuil, de très hauts 
personnages, au nombre desquels il faudrait surtout impliquer 
le duc d'Épernon. Sans admettre comme prouvée l'hypothèse 
hardie de M. Loiseleur *, il est permis de penser que Sully 
pouvait avoir eu vent de quelque machination de ce genre^ 
et qu'en se retirant dans la forteresse de la Bastille, il pre- 

I. Jules Loiseleur, Ravaillac et ses complices. 



64 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

nait, en même temps que des précautions pour sa propre 
sécurité, une mesure de salut public; il voulait tenir la clef 
de Paris, dans le cas d'une révolution qui mettrait en péril 
les droits de la veuve et surtout du fils de Henri IV. 

Pour ne pas insister davantage sur la valeur de cette 
interprétation de la conduite du duc de Sully, il nous suffira 
de rappeler que le lendemain de l'assassinat du roi, le surin- 
tendant figura dans les cérémonies parlementaires qui éta- 
blirent, sur une base légale, la régence de Marie de Médicis. 
Sully reprit en même temps dans le gouvernement la place 
qu'il y occupait du temps du feu roi, le 17 mai 16 10. 

Au commencement de ses Mémoires, Richelieu affirme 
que Henri IV avait dit plusieurs fois à la reine qu'il ne 
pouvait plus souffrir les mauvaises humeurs du surintendant. 
« Les contradictions du duc de Sull}^, dit-il, et le soupçon 
qu'il avait non de la fidélité de son cœur, mais de la netteté 
de ses mains, faisaient qu'il avait peine à se résoudre à le 
supporter davantage. » Que Henri IV se soit souvent 
plaint des façons brusques du surintendant et de ses refus 
d'argent; qu'il ait donné à la reine la satisfaction de s'expri- 
mer avec vivacité sur le compte d'un serviteur chagrin; 
que le mot même de congé lui soit venu sur les lèvres, nous 
n'en pouvons douter. Mais Henri IV et Sully appréciaient 
trop leurs mutuelles qualités, ils étaient depuis trop long- 
temps habitués à la réciprocité de défauts incorrigibles 
dont le contraste et la lutte tournaient au bien général, 
pour en venir à une rupture. Jamais Henri IV n'aurait pu 
s'y résoudre. Sully savait bien qu'il n'avait rien à redouter 
de « son bon maître ». 

Mais ce qui n'avait été, de la part de Henri IV, que plai- 
santerie, boutade ou marque d'impatience, bien des gens 
étaient intéressés maintenant à le prendre au sérieux, et la 
reine tout d'abord. Au milieu de circonstances qui auraient 
dû plutôt la rapprocher que l'éloigner de Sully, Marie de 
Médicis ne s'était jamais sentie attirée vers le surintendant. 



LE DUC DE SULLY. 65 

Les vertes remontrances que Sully avait adressées au roi à 
propos de ses maîtresses n'avaient laissé à la reine qu'une 
impression : c'est qu'il tenait aussi serrés que possible les 
cordons de la bourse. Or la régente avait, elle aussi, des 
créatures à satisfaire, des adversaires à gagner. Élève dis- 
traite et ennuyée, elle savait que le maître de politique et 
de finances dont son mari lui avait fait prendre quelques 
leçons s'accommodait difficilement du rôle de complaisant. 
Elle était donc disposée à exagérer le sens des paroles de 
Henri IV et à laisser suspecter l'honnêteté des gains incon- 
testables, mais consentis et approuvés par le feu roi, qui 
avaient assuré au duc de Sully une fortune immense et 
enviée. 

Quelques jours s'étaient donc à peine écoulés depuis la 
mort de Henri IV que l'on sentit se produire une lourde 
agitation contre le surintendant. On parlait à mots couverts 
d'une revision de ses comptes, et lui-même pouvait s'aper- 
cevoir que son influence n'était plus aussi prépondérante 
qu'autrefois dans l'administration des finances. « Comment! 
M. de Sully pense donc encore gouverner les afi"aires de 
France, comme du temps du feu roi? » disait même haute- 
ment le favori Concini; « or c'est ce qu'il ne doit nullement 
espérer; car la reine, étant reine, c'est à elle de disposer de 
tout; et pour sûr je ne lui conseille pas de rien tenter contre 
sa volonté \ » Sully jugea prudent de continuer à prendre 
des précautions, et il envoya dans son gouvernement de 
Poitou un bateau chargé de poudre. C'était son droit de 
grand maître de l'artillerie ; on en trouva l'usage suspect, et 
les malveillants s'enhardirent ^. 

Parmi les conseillers auxquels Marie de Médicis prêtait le 
plus volontiers l'oreille, se trouvait le représentant officiel 
de ses parents de Toscane, l'ambassadeur Matteo Botti. 
Ce personnage remuant, intrigant, prenait à cœur, par 

1. Economies royales, p. Scji, col. 2. 

2. Matteo Botti, 3 juin 1610. 



66 I^A MINORITÉ dp: louis XIII. 

devoir et par intérêt, les affaires de ses maîtres, et avait des 
raisons toutes particulières d'être mal disposé à l'égard de 
Sully, car ce dernier s'était toujours montré un débiteur 
récalcitrant vis-à-vis du grand-duc de Toscane Cosme II, 
dont les prédécesseurs avaient prêté à la couronne de France 
des sommes considérables. Botti espérait sans doute que, 
si le maniement des finances passait en d'autres mains que 
celles du duc de Sully, la reine mère, devenue plus libre de 
ses mouvements, solderait les dettes dont son mari pensait 
bien, au fond, s'être acquitté en épousant la princesse 
florentine. Aussi Botti ne négligeait-il aucune occasion de 
glisser dans l'oreille de Marie de Médicis des insinuations 
perfides contre le surintendant. « J'ai trouvé, écrit-il Je 
19 juin, la reine très bien informée, parfaitement avertie 
sur le compte de M. de Sully; cela m'a causé une très 
grande satisfiction et m'a prouvé sa vigilance et sa capa- 
cité ^ » 

On n'avait pas seulement à faire valoir contre Sully le 
grief « d'être trop ami des biens de Sa Majesté {troppo 
amico délia roha di S. M.), on représentait aussi à la reine 
qu'ayant besoin, pour affermir son autorité, de la faveur du 
pape , elle ne pouvait maintenir à la tête de plusieurs 
2;randes administrations de l'Etat un réformé. 

Cette considération n'était pas sans valeur aux yeux d'une 
reine italienne déjà prête à renouer avec l'Espagne. Il était 
évident toutefois qu'il ne fallait pas s'aliéner les protestants, 
auxquels on avait jugé prudent, dès le 22 mai 16 10, 
d'accorder la confirmation de Tédit de Nantes. Eloigner 
brutalement Sully, c'était encourager leurs défiances, peut- 
être même leur mettre les armes à la main; car le surin- 
tendant passait à juste titre pour être dans le gouvernement 
leur représentant, leur appui, leur organe; il valait à lui 
seul toutes leurs places de sûreté. Une disgrâce qui aurait 

I. Matteo Botti, 19 juin 1610. 



LE DUC DE SULLY. bj 

eu la religion pour prétexte apparent ou caché devait donner 
immédiatement à Sully le prestige et la force de chef d'un 
parti toujours redoutable. Il était cependant possible d'affai- 
bHr l'influence de l'opinion protestante dans le conseil, en 
la divisant. C'est la raison qui détermina la reine à appeler 
auprès d'elle Henri de la Tour d'Auvergne, duc de 
Bouillon, et à lui demander ses avis. Prince à moitié fran- 
çais seulement, soldat intrigant, compromis dans les con- 
spirations de la fin du règne de Henri IV, Bouillon était, 
depuis le commencement même de sa carrière militaire et 
politique, en mauvaise intelligence avec Sully. Il ne fut pas 
difficile d'exciter Henri de la Tour d'Auvergne contre un 
coreligionnaire qui était en même temps un adversaire 
politique, on fit appel à ses ressentiments, on lui promit des 
avantages présents, et il entrevit la possibiUté prochaine de 
remplacer le duc de Sully dans la direction des aff'aires du 
parti protestant, sans perdre les bonnes grâces de la cour. 
Il fut fait du conseil, et cette faveur le consola de n'avoir 
pas obtenu le commandement du petit corps d'armée que, 
par un reste d'égards pour les derniers desseins de 
Henri IV, le gouvernement dirigeait sur la place de Juliers, 
occupée par les forces impériales. A la cour, Bouillon joua 
immédiatement le rôle qui lui avait été destiné, mais avec 
une exagération qui en compromit le succès. Un jour, en 
plein conseil, il chercha chicane à Sully, à propos des 
dépenses pour Tartillerie; les adversaires échangèrent 
des propos si offensants, qu'on les crut sur le point d'en 
venir aux mains. Le duc d'Epernon, cet autre homme 
d'intrigues, puissant par ses charges et ses richesses, protec- 
teur attitré de la régente, passa du côté de Bouillon; le duc 
Charles de Guise, fils du Balafré \ du côté de Sully. Il 
fallut l'intervention de la reine elle-même pour calmer ces 
furieux avant leur sortie de la salle du conseil. Des ministres 

I. Giiisa suo strettissimo et obligatissimo amico. Matteo Botti, 
19 juin 1610. 



68 LA MINORITK DE LOUIS XIII. 

du culte réformé, voyant quelle partie se jouait, agirent sur 
l'esprit du duc de Bouillon et l'amenèrent à faire une visite 
d'excuses à l'Arsenal : « Tout s'est passé en douceur, 
écrit l'ambassadeur de Florence; mais on ne peut aucune- 
ment croire qu'ils se soient réconciliés sincèrement * ». 

Sully, semant une partie de l'autorité qu'il avait exercée 
si despotiquement lui échapper, eut la volonté de quitter 
immédiatement la cour. Mais ses amis lui conseillèrent de 
tenir bon, et il resta. Sa situation se raffermit grâce à l'appui 
de la maison de Lorraine dont le chef se déclarait son ami 
intime, son obligé, et qui prenait fait et cause pour lui en 
même temps que pour les anciens ministres de Henri IV. La 
maison de Lorraine était un élément nécessaire à la poli- 
tique de bascule qui semblait déjà devoir être adoptée par 
Marie de Médicis. Or l'équilibre des partis se trouvait, à ce 
moment, déjà compromis par les exorbitantes faveurs accor- 
dées à la maison de Soissons, et auxquelles Sully avait fait 
une rude opposition quand il avait dit à la reine, à propos 
du gouvernement de la Normandie : « Je ne puis con- 
seiller à Votre Majesté d'ôter cette charge aux enfants de 
mon maître pour la donner à un autre - ». Sully ne fut pas 
écouté; rien cependant ne pouvait satisfaire l'ambition et 
l'avidité de ce prince. Il était donc naturel que la reine, 
pour contenir ces dangereux appétits, se rejetât du côté de 
la maison de Lorraine. Les princes de cette famille, déjà 
mécontents, étaient prêts à soutenir les revendications que 
le prince de Conti, frère de Soissons, mais beau-frère du 
duc de Guise, conduit par l'intelligente et impérieuse Louise- 
Marguerite de Lorraine, sa femme, faisait valoir sur la 
Normandie; car il prétendait s'être inscrit le premier pour le 
gouvernement de cette province. 

La régente ne voulut point pousser les Lorrains à bout; 
et Sully, leur ami, profita de cette disposition. Il sut faire 

1. Matteo Botii, 19 juin 161 o. Cf. Economies royales, p. 398, col. 2. 

2. Economies royales, p. 388. 



LE DUC DE SULLY. 6g 

d'ailleurs, pour rester au pouvoir où sa présence était plus 
nécessaire au bien de l'État qu'à lui-même, des sacrifices 
personnels et politiques dont on peut juger Tétendue par la 
dépêche suivante de l'ambassadeur Botti : « Le duc de Sully 
ne paraît pas avoir l'intention de changer de religion, comme 
on espérait, mais bien de changer d'air, et particulièrement 
depuis que l'on annonce le retour du prince de Condé. En 
attendant, il a changé ses procédés, parce que, contrairement 
à ses habitudes, il est plein de courtoisie avec chacun. On 
remarque qu'il est en étroite intelligence avec le duc de 
Guise. Quant au prince de Condé, il lui a fait offrir en 
Flandre 150000 écus. Faisant en sorte de se réconcilier 
avec tous ses ennemis, il a voulu avoir une entrevue avec 
Concini à Saint-Cloud pour se justifier vis-à-vis de lui des 
offenses et des griefs passés, pour s'en laver et pour con- 
tracter avec le favori une grande amitié et alliance. Concini 
a accepté le projet d'union, mais non l'entrevue à Saint- 
Cloud; et l'intérêt commun sera facilement cause qu'ils se 
tiendront unis au moins en apparence *. » 

Ainsi lorsque les relations parurent, un moment, devenir 
meilleures entre la reine et Sully, ce fut grâce à l'entremise 
de l'outrecuidant et incapable Concini ^ déjà devenu le 
pivot et l'âme de toutes les intrigues de la régence. Au 
milieu des cabales qui se formaient, Marie de Médicis ne 
se sentait pas assez forte pour aller jusqu'au bout de ses 
mauvaises intentions à l'égard du surintendant; mais ce 
qui le maintenait surtout, c'est qu'il était nécessaire. « La 
reine estime qu'il est du bien de son service, écrit Matteo 
Botti, de ne pas exaspérer ce grand ministre. Sans doute il 
a toujours été contraire à la reine, bien que Sa Majesté l'ait 
remis deux fois en grâce auprès de son mari; mais elle 
le tient en haute estime parce qu'il a beaucoup de crédit 
vis-à-vis des hérétiques, parce qu'il est au courant mieux 

1. Matteo Botti, 3o juin 1610. 

2. Scipione Ammirato, 24 juin 1610. 



LA MINORITE DE LOUIS XIII. 



que personne des finances, parce qu'il a une connaissance 
approfondie des affaires du royaume, et que son propre 
intérêt se confond avec celui de l'Etat, en raison dos 
gouvernements et de toutes les charges importantes qu'il 
possède. Ajoutez à cela une tête dont chacun pense qu'il 
n'y a pas en France une seconde qui la vaille V » La 
régente conserva donc Sully pour gagner du temps et pour 
permettre à la coterie florentine de faire à son école une 
sorte d'apprentissage du gouvernement. Sully, qui aimait 
le pouvoir et les profits qu'il peut assurer, accepta cette 
situation équivoque, espérant bien la faire tourner à son 
avantage. Mécontent, redoutant une disgrâce éclatante, il 
n'avait peut-être pas la puissance, ni, à coup sûr, la volonté 
de prévenir ce coup ou d'y tenir tête en faisant appel 
aux ressources du parti protestant. D'autre part, si on le 
contraignait à résigner toutes ses charges, cet homme d'une 
activité si puissante ne voyait plus devant lui que la perspec- 
tive décourageante d'aller jouir, dans la retraite, de ces 
grands biens dont il était impossible, malgré les rancunes et 
les convoitises, de contester la légitime possession. Or c'est 
à la dernière extrémité seulement qu'il voulait se résigner à 
cette existence. 

Aussi chercha-t-il à se faire accepter de la nouvelle cour 
et à s'apprivoiser à l'égard de tous, sachant qu'il ne pouvait 
plus traiter les grands d'aussi haut que sous le règne précé- 
dent. De son côté, la reine dissimula ses véritables senti- 
ments et se mit à combler Sully de marques de prévenances. 
Il était cependant impossible que se maintînt cette union 
apparente, où d'aucun côté les concessions n'étaient sin- 
cères. 

Sully, habitué sous le règne de Henri IV à traiter les 
affaires en tête à tête avec le roi, pensait que cette manière 
de procéder arriverait à le rendre maître de l'esprit de la 

I. Matteo Botti, 3o juin i(Jio. 



LE Dl'C DE SULLY. J\ 

reine. Marie de Médicis était fort ignorante et d'un esprit 
peu ouvert. Ses conseillers intimes, Concini, sa femme, 
l'avocat Dolé, tous ceux qui composaient ce que L'Estoile 
appelle le ^ conseil de la petite écritoire '», par opposition 
au « conseil de faste et de mine », comme dit Sully, 
redoutèrent les artifices de Fhabile surintendant. C'est dans 
leurs manœuvres pour les déjouer qu'il faut chercher 
l'explication d'une scène qui n'a laissé de traces que dans la 
dépêche d'Andréa Cioli du 2 juillet 1610. La veille de ce 
jour, Sully demanda à la régente si elle voulait qu'il lui rendit 
ses comptes. La reine fronça le sourcil et lui répondit : « Ce 
n'est pas le moment ». Peu de temps après, Sully s'étant 
trouvé devant elle en présence des principaux ministres et du 
cardinal de Joyeuse, la reine lui dit d'un air sévère : « xMon- 
sieur de Sully, voici le moment de parler de comptes, et non 
pas quand je suis seule. — Madame, reprit le surintendant, 
pardonnez-moi; je ne suis pas venu préparé, mais je vien- 
drai une autre fois au premier signe de Votre Majesté '. » 

Confiné dans l'exercice officiel et public de ses fonctions, 
Sully allait-il les conserver dans leur intégralité? C'est une 
question qui ne tarda pas à se poser. Le trésorier de l'épargne 
ayant informé la reine qu'il avait en caisse 200000 écus, 
demanda s'il devait, suivant l'usage, les déposer à la Bas- 
tille. La reine lui répondit négativement et ajouta qu'elle 
lui ferait savoir ses intentions. Ainsi Marie de Médicis et 
son entourage n'étaient pas fâchés de mettre à profit l'expé- 
rience et la dextérité de Sully, mais à la condition qu'il ne 
fût plus qu'un simple agent et que la reine demeurât libre 
de disposer à son gré de ces réserves de la Bastille, que 
Henri IV avait toujours laissé protéger par le surintendant 
capitaine de la forteresse contre ses propres tentations sou- 
vent si violentes. La reine s'enhardit peu à peu dans cette 
voie. Peu de jours après la première scène, le cardinal 

I. Andréa Cioli, 2 juillet 1610. 



■Jl LA MINORITE DE LOUIS XIII, 



Gondi, évoque de Paris, et l'ambassadeur florentin Cioli 
se réjouirent en commun que les paroles de la reine et la 
première manifestation de sa volonté eussent abattu l'or- 
gueil de Sully. Le cardinal se plut même à raconter une 
nouvelle explication dont il avait été le témoin : Sully se 
trouvait dans le cabinet de la reine avec les autres ministres ; 
la régente fît venir le trésorier de l'épargne et, se tournant 
vers le surintendant: « Monsieur de Sully, lui dit-elle, vous 
trouverez bon qu'à l'avenir le trésorier ne fasse plus aucun 
paiement sans mon ordonnancement ou celui des ministres, 
comme c'était autrefois l'habitude; et j'entends que, du 
haut en bas, vous obéissiez, comme il convient de le faire. 
— Madame, lui répondit Sully, jusqu'à cette heure j'ai eu 
plutôt l'occasion de causer des mécontentements, et main- 
tenant je n'aurai plus les moyens de faire plaisir à personne ; 
de la sorte j'endosserai toutes les haines sans qu'il me reste 
aucun espoir de me faire des amis; et sans doute, en m'en- 
levant l'autorité, Votre Majesté a l'intention de me signifier 
mon congé. — Nous ne vous donnons pas votre congé, 
reprit la reine; nous ne voulons pas non plus que vous 
serviez par force; mais il est bien juste que l'intérêt de notre 
fils et du royaume passe avant le vôtre ^ >» 

Sully n'était pas aussi orgueilleux qu'on l'a prétendu; dans 
cette circonstance au moins il étouffa, en considération de 
l'intérêt public, le juste ressentiment qu'il aurait pu con- 
cevoir d'être ainsi traité par la veuve de Henri IV. Quoi 
qu'il en eût dit d'ailleurs, le surintendant ne manquait pas 
d'amis. Le duc de Guise s'interposa et Ton adopta un com- 
promis qui ménagea l'amour-propre de Sully. On avait 
voulu donner comme cosisinataires des mandats aux tré- 
soriers le secrétaire d'État Villeroy et le duc de Bouillon. 
Ce projet fut écarté, grâce à l'influence du duc de Guise. 
Il fut décidé que Bouillon et Villeroy assisteraient la reine 

1. Andréa Cioli, 5 juillet 1610. 



LK DUC DE SULLY. /S 

quand on traiterait de finances au conseil. La reine ordon- 
nerait, Sully signerait seul les actes *. 

Rétabli à peu près dans la môme situation que sous le règ[ie 
précédent, Sully, plein de cette activité et de cet esprit de 
prévoyance qu'il possédait au plus haut degré, mit sous les 
yeux de la reine un état des finances, où il présentait les 
revenus du royaume comme s'élevant à la somme de dix mil- 
lions d'écusd'or; il indiquait le projet de racheter dans quel- 
ques années des terres aliénées du domaine royal et d'élever 
ainsi les revenus à quatorze millions ^ 

Promettre de rétablir l'ordre dans les finances, laisser 
entrevoir à Marie de Médicis un accroissement dans les 
revenus de l'Etat, c'était de la part de Sully faire entendre 
qu'il continuait à prendre au sérieux ses fonctions et qu'il 
comptait sur l'avenir. Mais pouvait-il compter sur la reine ? 

Les difficultés de tout genre auxquelles la régente se 
trouvait en butte deux mois à peine après la mort de 
Henri IV font l'objet d'une dépêche vive et piquante de 
l'ambassadeur Cioli '\ Nous y trouvons des renseignements 
fort utiles sur la situation respective de la reine et de Sully. 
Le matin du ii juillet il alla voir la reine. Marie de Médicis 
se promena avec lui, en causant d'affaires, dans son petit 
cabinet; il y faisait une chaleur torride et la reine se plai- 
gnait d'un fort mal de tête. Elle fit descendre l'envoyé 
florentin dans les chambres d'en bas et lui demanda des 
nouvelles de sa famille. Cioli lui remit une longue lettre 
de ce malheureux Luigi Bracci, qui implorait de loin sa 
clémence. La reine la lut tout entière et ne répondit rien 
sur son contenu. Cioli désirait évidemment avoir un entre- 



1. Scip. Ammirato, i5 juillet iGio. Sully fait allusion à cette déci- 
sion, quand il dit : « Il avait été advisé que jusqu'à ce qu'autrement 
en eust été ordonné, vous continueriez à faire votre charge des 
finances, comme vous aviez nccoustumé du temps du feu roi ». {Éco- 
nomies royales, p. Sgj, col i.) 

2. Scip. Ammirato, i5 juillet 1610. 

3. Andréa Cioli, i3 juillet 1610. 



7_j. LA MINORITE DK LOUIS XIII. 

tien politique avec la régente. Il rentra chez lui déjeuner, 
se reposa un peu et sortit de nouveau, quoiqu'il fût déjà 
presque le soir, pour aller une autre fois au Louvre. Près 
du Pont-Neuf, il rencontra le jeune lieutenant aux chevau- 
légers d Elbène, qui était en carrosse avec quelques amis. 
Cet officier, d'origine italienne et qui était fort bien en cour, 
dit à l'ambassadeur que s'il allait au Louvre, il n'y trou- 
verait personne, parce que la reine était sortie; mais s'il 
voulait se promener avec lui, le lieutenant offrait de l'ac- 
compagner aussi à cheval, car sa monture suivait. Cioli 
accepte: les deux cavaliers prennent la route des faubourgs, 
et quittent la région habitée afin de pouvoir causer plus 
à l'aise. D'Elbène dit à son compagnon qu'il sortait de la 
maison du président Jeannin, et Cioli se met en demeure 
de recueillir ses confidences : « C'est avec beaucoup de 
plaisir, lui dit, pour commencer, le lieutenant, que j'ai vu 
la satisfaction que la reine et toi vous êtes mutuellement 
donnée aujourd'hui. C'est qu'en vérité, dans tout ce qu'elle 
entend, la pauvre princesse, il n'y a que sujets d'ennuis et 
de mécontentements. Tous ces princes la crucifient petit à 
petit; ils voudraient lui enlever l'autorité et se rendre maî- 
tres chacun des gouvernements qu'elle a ; dans leurs immo- 
dérées et indéUcates demandes et de charges et de pen- 
sions, ils ne se rassasient jamais. Tu sais ce que, dès le 
commencement, a fait Soissons, lui qui s'était d'abord, 
lorsqu'il revint du dehors, après la mort du roi, montré si 
plein d'humilité; lui qui avait fait mine de n'avoir d'autre 
intérêt, ni d'autre pensée que le service et la satisfaction 
de la reine! Sa Majesté s'est pendant quelque temps tenue 
très ferme sur la négative, lorsque d'un seul coup il a 
demandé tant et de si grandes choses; car elle a répondu à 
un gentilhomme du comte qui lui en parlait, que celui-ci 
aurait plutôt son propre sang que tout ce qu'il deman- 
dait sans aucune mesure. Et malgré tout, ensuite, je ne 
sais comment, ni par linfluence de qui, il a fallu que la 



LE DUC DE SULLY. 7 3 

reine en vînt à lui concéder des choses exorbitantes et qui lui 
donneront bien du fil à retordre. Tu verras maintenant quelles 
seront les prétentions du prince de Condé, premier prince du 
sang, qui, non sans raison, doit avoir plus que les autres. 
Et Guise aussi veut des choses extravagantes. Vois-tu, nous 
autres Français, nous avons laissé se gâter, depuis nos der- 
nières guerres intestines, la bonté prim.itive de notre nature ; 
nous sommes devenus incontentables et insolents. Si on nous 
tend un doigt, nous voulons peu après la main, et puis le 
bras, l'épaule, la tête, et enfin la personne entière; d'où il 
s'ensuit que, plus la reine donnera, et plus elle sera moles- 
tée par les demandes. Si elle n'avait rien donné, elle aurait 
mal fait; car elle n'aurait pu se maintenir; aussi est-il néces- 
saire qu'elle trouve un moyen terme, qu'elle fasse des con- 
cessions qui n'aillent pas trop loin et qu'elle ne se lasse pas 
de donner de bonnes paroles. » La conversation tomba 
ensuite sur le surintendant, et c'est ici que nous saisissons 
les motifs qui avaient décidé la régente à battre une seconde 
fois en retraite devant le duc de Sully. 

D'Elbène rapporta que d'importantes considérations 
avaient contraint la reine à se calmer pour le moment rela- 
tivement à la limitation des pouvoirs de Sully. « Le surin- 
tendant était résolu, dit-il, à n'y consentir en aucune façon, 
et il y était déterminé par les conseils de puissants auxi- 
liaires. Sa Majesté a dû tenir compte, non seulement de 
cette difficulté, mais de ce fait qu'il a pendant de si longues 
années manié les finances, c'est-à-dire une somme d'en- 
viron douze ou quatorze millions d'écus d'or par an, sans 
avoir jamais eu l'obligation de rendre compte d'un sou. 
C'est une chose inouïe, qui n'a jamais été accordée à per- 
sonne. M. de Sully a tellement modifié et bouleversé les 
pratiques anciennes que le plus habile homme du monde 
ne parviendrait pas en deux années à débrouiller l'éche- 
veau. » D'Elbène insinua de plus que le surintendant n'avait 
pas amassé moins de deux millions d'écus d'or et dit que, 



^6 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

si on lui enlevait l'autorité et le maniement des finances, 
il courrait grand risque de voir ceux qu'il avait mécon- 
tentés, découvrir ses malversations et ses extorsions, et 
que, par conséquent, il aimerait mieux perdre la vie que de 
se laisser retrancher quoi que ce fût dans l'administration 
des deniers publics. « Il a tous les hérétiques pour lui, dit- 
il en terminant; car il s'est remis avec le duc de Bouillon ', 
dès qu'il a su ce dont il était question contre lui. Il aura 
Guise et tous les princes; car c'est lui qui leur règle leurs 
pensions. En donnant à l'un ou à l'autre un peu plus qu'il 
ne leur devait, il se les est obligés; et maintenant il pourrait 
les obliger eux et d'autres bien plus et mieux encore en 
agissant de la même façon, parce qu'il fait, de sa propre 
autorité, tout ce qu'il veut et qu'il n'y a pas moyen d'ob- 
tenir la revision de ses comptes. » 

Le duc de Guise servait en effet résolument d'appui au 
surintendant; un jour que la reine se promenait dans le 
jardin des Tuileries, s'appuyant sur M. de Châteauvieux, 
son chevalier d'honneur, et sur Concini, Guise pria ce der- 
nier de lui céder sa place. Châteauvieux resta de l'autre 
côté, jusqu'au moment où il sentit que le duc allait aborder 
de graves sujets; il s'écarta alors, mais pas assez pour ne pas 
très bien entendre tout ce qui fut dit, de manière à le rap- 
porter à son ami d'Elbène, si expansif à son tour vis-à-vis de 
notre ambassadeur, auquel nous devons le dernier écho'de ces 
indiscrétions : <( Madame, dit le duc de Guise à la reine, en 
échange de tout ce que j'ai fait, et de tout ce que je serai 
toujours prêt à faire pour le service de Votre Majesté et du 
roi son fils, mon seigneur, en exposant, au besoin, mille 
fois le jour, ma vie pour eux, je me laisserais facilement 
aller à croire, considérant surtout son extrême bonté, que 

I. Cf. Lettres de Malherbe à Peiresc : « M. de Bouillon doit donner 
demain le nom à un fils de M, de Sully. Ils avaient été brouillés, mais 
les ministres, pour l'intérêt de leurs églises, les ont si bien récon- 
cilies qu'ils ne furent jamais si bien. » — Œuvres de Malherbe, édit. 
Lalanne, t. III, p. 194. — L'Estoile, t. X, p. 277. 



LE DUC DE SULLY. 'J'J 

Votre Majesté me sait gré de cet absolu dévouement et 
qu'elle est disposée \\ m'en donner des signes effectifs, ce qui 
est certainement son intention; mais je sais tout le tort que 
me font auprès d'elle Soissons, le chancelier et Villeroi. Or 
je déclare que, s'ils continuent, comme je ne suis pas d'hu- 
meur à supporter longuement une aussi grave injure, je me 
verrai, en fin de compte, forcé d'en montrer mon ressenti- 
ment d'une autre façon que je ne le fais en ce moment vis- 
à-vis de Votre Majesté. Il est bien vrai qu'en ce qui touche 
le premier, comme il est prince du sang, je dois lui porter 
quelque respect; quant aux deux autres, je ne puis pro- 
mettre de me comporter vis-à-vis d'eux de la même façon. 
Peut-être cependant serais-je homme à dissimuler avec une 
plus longue patience mon légitime mécontentement, pour 
ne pas être désagréable à Votre Majesté, si en définitive 
il n'y avait en jeu que ma personne. Mais, comme j'ai 
l'habitude de prendre plus à cœur les intérêts de mes amis 
que les miens, je ne supporterai jamais, quoi qu'il puisse 
arriver, qu'il soit fait le moindre déplaisir à Sully, qui est 
mon ami, et auquel j'ai les plus grandes obligations. » 

La reine cacha son embarras sous des paroles évasives; 
elle assura le duc de Guise qu'aucun de ceux qu'il avait 
nommés ne lui avait rendu de mauvais services. Elle garda 
le silence à propos de Sully qui n'avait point réussi, paraît-il, 
à gagner la bienveillance de Concini. L'annonce du retour du 
prince de Condé, motif d'espoir pour quelques-uns, et d'in- 
quiétude pour beaucoup d'autres, tenait en suspens toutes 
les décisions et rendait incertain le groupement des partis *. 

I. lo so clie prima, per alciine parole gravi dette da S. 3/" a Sougli, 
che credo di havere scritte con altre, egli diibitando che ne fosse 
cagione il sig^ Concino mandi ter^^e persone che per via del Sig' Fi- 
lippo Gondi cercassino di rendergli benevolo detto sig"" Concino, et 
perché poi doveite veder procedersi a maggior rigore, ecco le armi 
contrarie che prese; ma è ben vero che hora ogni cosa con tutti et 
frà tutti sta impiastrata,et ad altro non si attende hora che alla venuta 
del sig^ Principe di Condè, che deve entrare in questa Città venerdi 
prossimo. — Andréa Cioli, i3 juillet 1610. 



IV 



LE PRINCE HEiNRI II DE CONDE 



Inimitié ancienne de Sully et du prince de Condé. — Le prince 
demande à rentrer en France. — Sa mère négocie avec la reine. — 
Difficultés que rencontrent les tentatives de réconciliation entre 
Conde et si femme. — La reine fait passer de l'argent au prince. 

— Rentrée de Condé dans Paris au milieu d'un grand concours 
de noblesse. — Son attitude humble et soumise au Louvre. — Agi- 
tation dans Paris. — Craintes mal fondées d'une nouvelle Saint- 
Barthélémy. — Scandale du cortège fait aux princes et de l'isole- 
ment du roi. — Avertissements sévères donnes par la régente. — 
Elle remet sur pied les deux compagnies de gentilshommes au 
bec de corbin. — Rapprochement de Sully et du prince de Condé. 

— Conférence de l'Arsenal. — Modération relative des exi?;ences de 
Conde. — Sa reconciliation avec sa femme. — Attitude nouvelle 
du prince de Condé dans le conseil. — Reprise de la mésintelli- 
gence entre le prince de Condé et le comte de Soissons, à propos 
de l'adjudication de la terre de Nogent-le-Rotrou. — Nouvelles 
faveurs accordées au comte de Soissons. — Progrès des exigences 
et de l'avidité de Condé. — Marche envahissante du favori Concini. — 
Mécontentement de Villeroy qui s'absente de la cour. — Le déjeuner 
de Contians. — Concini achète le marquisat d'Ancre, les gouver- 
nements de Péronne, Roye et Montdidier et une charge de premier 
gentilhomme de la chambre. — Rôle de Sully dans ces tripotages 
politiques et financiers. — Le prince de Condé tenu en échec. 



La rentrée en scène de l'exilé volontaire, dont la fuite avec 
sa femme à l'étranger n'avait pas été sans excuses, mais qui 
avait compromis sa cause par une entente coupable avec 
les Espagnols et par les éclats odieux de sa joie à la nou- 
velle du crime de Ravaillac, reçue à Milan au milieu d'of- 



LE PRINCE HENRI II DE CONDE. 79 

ficiers du roi Philippe III , ne semblait pas de nature à 
servir les intérêts du surintendant Sully. En effet, dans un 
manifeste que le prince avait lancé de l'étranger pour expli- 
quer les causes de son éloignement, il avait pris vivement 
à partie le duc de Sully ^ Quelle part allait-il revendiquer 
dans le gouvernement? Quelle conduite allait-il tenir vis-à- 
vis de celui qu'il traitait la veille en ennemi personnel? 
C'est ce que l'on se demandait pour des raisons très 
diverses, à la cour de France, au commencement de 
juillet 1610. 

L'absence du prince de Condé, au moment de l'assas- 
sinat de Henri IV, avait été une bonne fortune pour la 
reine mère. Lui seul aurait été assez qualifié comme pre- 
mier prince du sang pour faire opposition à l'établissement 
de la régence, telle qu'elle avait été instituée. Sa position 
de rebelle, réfugié chez les ennemis de la France, lui inter- 
disait toute protestation, à moins qu'il ne voulût ou prêter 
les mains à la guerre étrangère, ou se voir définitivement 
fermer les portes de son pays. La situation internationale, 
non moins que le souci bien entendu de son intérêt, ren- 
gagea à regagner par habileté une partie des avantages que 
son éloignement lui avait fait perdre. 

Le prince de Condé écrivit à la reine qu'il désirait venir 
reconnaître son autorité et lui rendre obéissance comme à 
sa maîtresse. L'intermédiaire de ce rapprochement désiré 
avec la reine régente était la vieille princesse de Condé, 
qui portait à Marie de Médicis les lettres de son fils et les 
commentait avec passion et humilité '. La reine prit la réso- 
lution de laisser revenir le prince. Parti de Milan, il était 
arrivé en Flandre et de là écrivit à ses parents pour leur 
demander ce qu'il devait faire; en même temps il prenait 

1. Lettre en forme de manifeste de M. de Condé à tous les princes, 
prélats, seigneurs et gentilshommes de France sur son absence et éloi- 
gnement de la cour, 1609, publiée dans la Revue rétrospective de 1 833, 
t. I, p. 304. 

2. Matteo Botti, 19 juin 16 10. 



8o LA MINORITK DE LOUIS XIM. 

conseil du duc de Bouillon. L'ambassadeur d'Espagne en 
France offrit d'écrire à son collègue des Pays-Bas pour le 
prier de s'entremettre en vue du rapatriement de Condé. 
Marie de Médicis, consultée à cet égard par l'ambassadeur 
Botti, repoussa la proposition. Cette protection d'un prince 
français insoumis, s'étendant jusqu'en France même, lui 
parut à juste titre inadmissible; elle n'en était pas encore 
arrivée à suivre aveuglément la politique tout ultramontaine 
de l'agent Botti. La question du retour de M. le prince 
n'allait pas d'autre part sans quelque complication relative 
à ses rapports avec la princesse. Or Charlotte de la Tré- 
mouille, fort empressée de rapprocher la reine régente et le 
premier prince du sang, montrait beaucoup moins de zèle 
pour amener la réconciliation du mari et de la femme. Elle 
prenait plaisir à envenimer une situation déjà grave en écri- 
vant à son fils que, jusqu'au dernier moment, la princesse 
s'était prêtée aux désirs du roi *. Elle répandait à Paris le 
bruit du prochain divorce de son fils et d'un projet de 
convoi avec une fille du duc du Maine ou de Mayenne. 
C'était, en somme, une belle-mère très désireuse de re- 
prendre son fils pour elle seule. Mais la jalousie maternelle 
n'était pas seule à l'inspirer : des intérêts plus positifs dic- 
taient sa conduite. 

Le prince de Condé arriva à Bruxelles le soir du 
19 juin léio; il alla le lendemain à la résidence de Mari- 
mont présenter ses hommages à l'archiduc Albert et à l'in- 
fante Isabelle-Claire-Eugénie, et s'en retourna le soir même 
à Bruxelles sans vouloir voir sa femme, qui était chez l'ar- 
chiduc et l'archiduchesse. Il avait cependant écrit au con- 
nétable « qu'il protestait d'oublier entièrement la simplicité 
d'esprit de sa femme à se laisser surprendre jusqu'aux 
termes où elle avait été ». Dans une autre lettre à la 
duchesse d'Angoulême il avait déclaré « qu'il n'en donnait 

I. D'AuMALE, Hist. des princes de Condéf t. H, p. 34C. 



LE PRINCE HENRI II DK CONDÉ. 8l 

la faute à personne qu'à ceux et à celles qui si méchamment 
avaient circonvenu sa jeunesse », et ajoutait : « Une saincte 
Thérèse et les plus relligieuses vierges du monde eussent 
succombé à tant de persuasions; ce qui faict que je pardonne 
librement à sa simplicité, et ne veux laisser pour cella de 
Taymer et chérir comme Dieu et la raison me commandent. 
J'espère qu'ayant esté une heure avec elle de lui remettre 
sy bien l'esprit qu'elle et moy en demeurerons contens ^ » 
Pourquoi ce brusque revirement dans les sentiments et 
la conduite du prince? «■ La cause de cette attitude, écrit 
Scipione Ammirato, est, affîrme-t-on, celle-ci : pendant 
que le prince était en Italie, elle a introduit auprès de Leurs 
Altesses des Pays-Bas une requête dans laquelle elle se 
plaignait de la façon dont elle était traitée par son mari, 
et demandait que l'on prononçât le divorce entre eux. 
Dieu sait par qui ou par quoi elle a été poussée à cette 
démarche ^! » Malherbe paraît mieux savoir à quoi s'en 
tenir sur ce dernier point. « L'on dit que c'a été par com- 
mandement du père, écrit-il à Peiresc ; le père dit qu'il l'a 
fait, de la peur qu'il avait que sa fille n'allât en Espagne. 
Voilà comme l'on en parle; ce sont choses de grands où les 
petits n'ont que voir; ils s'accorderont et nous demeurerons 
leurs serviteurs '. » Les choses n'étaient pas encore aussi 
avancées, bien que, de tojs les côtés, on cherchât à aplanir 
la voie d'une réconciliation désirable. « On croit bien, écrit 
Matteo Botti, que le prince finira par se raccommoder avec 
sa femme, bien que jusqu'à présent il n'ait pas voulu la voir; 
mais le marquis Spinola, dont il est Thôte, s'emploie très 
activement à cette œuvre. La reine, qui sait que le marquis 
est amoureux de la princesse, m'a dit qu'elle ne pensait pas 
que cela fût vrai, à cause de cette considération *. » 

1. D'AuMALE, Histoire des princes de Condé, t. II, p. Syô. 

2. Scip. Ammirato, 24 juin 1610. 

3. Malherbe, t. III, p. 184. 

4. 5i crede bene che si habbia a riconciliar cou la mogîie, se ben 
fin a hora non l lu voluta vedere; ma il marchese Spinola che Vallogia 

6 



8'2 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

Qiioi qu'il en soit, l'insistance des gouvernants des Pays-Bas, 
celles du connétable, ne produisirent pour le moment aucun 
effet sur le prince de Condé. Avant de quitter la Flandre, 
il déclara à l'archiduc que non seulement il ne voulait pas 
voir la princesse, mais qu'il lui refusait la permission de 
venir le retrouver. « Il espérait bien, dit-il, que ni le roi 
d'Espagne, dont il pensait être l'obligé, ni Son Altesse, ni 
davantage en France Sa Majesté, ne le violenteraient pour 
retourner avec la princesse, affirmant qu'il ne se réconcilie- 
rait jamais avec elle et qu'il ne la voulait plus pour femme \ » 
D'où il était facile de conclure avec le secrétaire Scip. 
Ammirato qu'ils ne se réconcilieraient point ou qu'il faudrait 
pour y arriver « suer sang et eau ». La princesse de Condé 
dut se décider à revenir « séparément Qt per aliam viam ' ». 

Quant au prince, il put voir quelle importance on atta- 
chait à son retour, dès que la nouvelle en devint officielle. 
Le comte de Soissons envoya immédiatement un de ses 
gentilshommes à Bruxelles pour inviter Condé à venir loger 
dans sa maison ^, qui était l'ancien hôtel de Catherine de 
Médicis et qu'il avait eue, disait-on, « pour un morceau de 
pain ». D'un autre côté, le prince de Conti et le duc de 
Guise lui écrivirent qu'ils se porteraient à sa rencontre pour 
lui offrir leurs services jusqu'à la frontière, entre Péronne 
et Cambrai. Le gouvernement fit tous ses efforts pour 
empêcher le prince de « se partiaHser ». On lui envoya 
sous main de l'argent *. Sully avait en effet reçu Tordre de 

dicono ci faccia buonissimi ufiz'i, seben la regina che sa che egli e ina- 
morato di lei, mi ha detto che non lo crede per qiiesto rispetto. — Matteo 
Botti, 3o juin 1610. 

1. Scip. Ammirato, 10 juillet 1610. 

2. Ibidem. 

3. L'hôtel de Soissons, devenu plus tard la Halle aux blés et aujour- 
d'hui la Bourse du travail. 

4. A Conde ancora si e mandata de danari sotto mano, accio si 
habbia a obligar meno a altri, essendoci molti che gl'hanno fatti gran- 
dissime offerte e che gli sono andati incontro un pe:^:^o innan:^i, e fra 
cutti si stima che sieno piu di dugento gentilhiiomini^ si come si 
tonosce che hara un grandissimo concorso di nobilta alla sua venuta, 



LE PRINCE HENRI II DE CONDÉ. 83 

lui offrir loo ooo écus pour payer ses dettes et parer à ses 
premiers besoins ^ Condé se tint alors sur la réserve. Il 
refusa l'offre de Soissons et fit louer pour le prix de 
4000 francs l'hôtel de Gondi au faubourg Saint-Germain, 
bien que la reine eût préféré qu'il établît sa résidence dans 
l'intérieur des murs ". Quant au duc de Guise, Condé se 
retrancha, pour décliner l'honneur qu'il voulait lui faire, 
derrière l'inimitié ancienne qui existait entre la maison de 
Lorraine et celle du connétable, beau-père du prince. 

A peine Condé eut-il mis le pied sur le sol français 
(12 juillet) qu'il envoya un secrétaire à la reine pour lui 
dire en toute humilité qu'il ne venait en France qu'avec la 
pensée d'obéir à Sa Majesté et de la servir et qu'il n'avait 
l'intention de s'attacher à aucune autre union, à aucun autre 
parti que celui vis-à-vis duquel l'engageaient son devoir et 
sa fidélité à la reine. Ce compliment achevé, le secrétaire 
de Condé se rendit chez Mme Concini pour faire vis-à-vis 
d'elle une démarche de courtoisie qui dut être sen- 
sible à la régente. 11 s'agissait de savoir s'il tiendrait ses 
promesses. 

Condé, sûr de pouvoir rentrer, se fit attendre. On avait 
retardé, pour lui permettre d'arriver, la cérémonie des fu- 
nérailles de Henri IV. On peut admettre qu'il se soit abs- 
tenu, vu la nature de ses griefs contre le roi défunt; mais il 
ne perdait pas pour cela son temps : il eut à Saint-Leu une 
entrevue avec le connétable et traita avec lui de la survi- 
vance de sa charge. C'était peut-être le prix dont il fallait 
payer le rapprochement des deux époux. Mais les intérêts 
domestiques en jeu pouvaient-ils s'accorder avec ceux de la 
couronne, dont la tradition exigeait qu'il ne fût point 

la quale non si crede che sia innan^^i aU'essequie, perche se bene si son 
trattenute qualche poco per aspettarlo, si cominceranno lioggi, e non 
si crede che ci si habbia a voler trovare, per lo sdegno che ha con il 
Re morto. — Matteo Boiti, 3o juin 1610. 

[. Scip. Ammirato, 2 juillet 1610. 

2, Andréa Cioli, 26 juin. — Scip. Ammirato, 28 juin i6to. 



84 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

pourvu aux grands offices en temps de minorité et, à plus 
forte raison, du vivant des titulaires? 

A Paris on était dans l'attente et l'anxiété; partout se 
répandaient des rumeurs et de sinistres prophéties. « Un 
diable d'astrologue, rapporte Andréa Cioli, a dit que le jour 
de l'entrée du prince, c'est-à-dire vendredi, il y aura du 
sang versé dans Paris; sans doute il faut entendre que ce 
sera dans les boucheries, où chaque vendredi on tue un 
grand nombre de bêtes ^ » 

La reine dut prendre quelques précautions : elle fit mettre 
les bourgeois sous les armes, afin qu'ils fussent en mesure 
de se protéger eux-mêmes si des troubles se produisaient, 
et elle interdit aux princes d'aller au-devant de Condé, 
pour éviter le désordre que susciterait au milieu de la popu- 
lation l'entrée d'une troupe aussi considérable. On disait 
en efi"et que le prince arrivait avec 2000 chevaux; en réa- 
lité, il en avait à peine 200 -. 

C'est le vendredi 16 juillet, deux mois après la mort de 
Henri IV, que le piince de Condé fit sa rentrée dans Paris; 
il comptait évidemment mettre à haut prix son adhésion de 
premier prince du sang aux faits accompUs depuis ce tra- 
gique événement; et ses prétentions allaient nécessairement 
faire de lui le centre de ralliement de tous les mécontents. 
Aussi vit-il une grande foule se porter au-devant de lui bien 
que la reine eût intimé défense aux princes qui se trouvaient 
à la cour d'aller en personne à la rencontre de Cojidé; les 
ordres de la régente furent, sinon enfreints, du moins élu- 
dés : le maréchal de Bouillon alla rejoindre, à deux journées 
de marche de Paris, à Senlis, le premier prince du sang 
et il ne s'en retourna que quelques heures avant la rentrée de 
Condé daiis la capitale; les ducs d'Epernon, de Montbazon 
et de Bellegarde se portèrent aussi à la rencontre du prince. 

1. Andréa Cioli, i3 juillet 1610. 

2. Malherbe à Peiresc, t. 111, p. 189. — Andréa Cioli, 16 juillet 161 o, 
2C dépêche. 



LE PRINCE HENRI II DE CONDÉ. 85 

Sully, qui avait eu soin de faire tenir à Condé, conformé- 
ment d'ailleurs aux instructions de Henri IV, les arrérages 
de sa pension, et qui venait d'être l'intermédiaire des libé- 
ralités plus récentes de la reine, crut devoir demander 
l'autorisation de se rendre au-devant de Condé. Marie s'en 
remit d'assez mauvaise grâce à sa discrétion . Sully fit 
comme les autres et sortit de la ville. D'Épernon et Mont- 
bazon étaient accompagnés de plus de 500 chevaux; mais, 
connaissant l'état d'esprit de la reine, ils rentrèrent dans 
Paris un peu avant le prince. 

Condé coucha à Louvres en Parisis ^ Il se transporta de 
là à Saint-Denis où il jeta de l'eau bénite sur la pierre qui 
venait de recouvrir les restes d'un grand homme, pardon 
solennel des dernières et coupables faiblesses de celui que 
la France pleurait! Le prince fit ensuite son entrée dans 
Paris, accompagné de 800 chevaux. Le prince d'Orange, 
Philippe-Guillaume de Nassau, son beau-frère, et le fils du 
comte d'Auvergne, qui expiait encore dans la Bastille la 
part prise aux conspirations de Biron et d'Henriette d'En- 
tragues, étaient à ses côtés. Il y avait dans les rues une foule 
immense assez mal disposée pour cette cohue de grands 
seigneurs et d'estafiers dont on redoutait les désordres et les 
exactions. On avait ordonné au prince de se tenir sur ses 
gardes. Mais ce qui l'inquiétait, ce n'était pas cette agitation 
d'un peuple attiré surtout par la curiosité. Quel accueil 
allait-il trouver dans la demeure royale? Voilà ce qui le 
préoccupai: surtout. 

Malgré toutes les promesses faites et en dépit des mani- 
festations d'amitié et de dévouement dont les auteurs se ran- 
geaient à la même heure autour du jeune roi et de sa mère, 
ne pouvait-il pas être traité en déserteur, en rebelle? Le pré- 
sident de Thou lui fit donner avis qu'il pouvait venir en toute 
sûreté, <( ce qui le rassura un petit «, rapporte L'Estoile. 

I. L'Estoile, t. X, p. 029 et suiv. 



86 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

Le prince de Condé, monté sur une haquenée pie, tout 
habillé de noir, fort triste, se jouait tantôt au collet de sa 
chemise, puis à ses gants qu'il mordait, après à sa barbe 
et à son menton '. Il arriva enfin au Louvre. Ce n'est pas 
sans peine qu'il y entra, tant était grande la multitude qui 
obstruait le passage. On ne laissa pénétrer avec lui que 
vingt personnes, et la porte se referma. Alors il pâlit, et 
ceux qui étaient avec lui s'aperçurent qu'il tremblait ". Mais 
le temps était encore loin où Marie de Médicis aurait assez 
d'énergie pour oser mettre la main sur le premier prince 
du sang. La régente était dans sa chambre avec le roi, 
entourée du comte de Soissons, de tous les princes et prin- 
cesses présents à Paris, des cardinaux de Joyeuse et de 
Sourdis. Marie de Médicis et Louis XIII se tenaient assis. 
« Leurs Majestés étaient au pied du lit sous le balustre, au 
droit de la portière ^. « Comme la chambre était trop pleine 
pour que l'on fît des cérémonies, dès que le prince arriva, 
le roi et la reine se levèrent et s'avancèrent d'un pas; le 
prince de Condé mit un genou en terre et embrassa celui 
du roi. L'enfant le releva et le serra contre lui. Ce fut ensuite 
à la reine mère de recevoir ces témoignages de soumission 
du prince; elle lui fit bonne mine et répondit par des paroles 
affectueuses à ses humbles protestations de dévouement. 
L'entrevue ne dura pas plus d'un quart d'heure. Le prince 
alla ensuite prendre logis près de la porte de Bucy dans 
l'hôtel de Gondi que lui avait assigné la régente, dont elle 
lui fit bientôt cadeau, et qui prit dès lors, ainsi que la rue 
du faubourg où il était situé, le nom de Condé *. 

Il y fut accompagné d'un grand nombre de cavaliers; et 
peu après il reçut la visite du duc de Guise et du chevalier 
son frère qui, n'ayant pu aller à sa rencontre en personne, 

1. L'EsToiLE, t. X, p. 33 I. 

2. Ambass. vénit. Foscarini, 8 juillet lôio. — Malherbe à Peiresc, ^ 
17 juillet, p. 189 et suiv. — L'Estoile, p. 33i. 

3. Héroard, t. II, p. i3. 

4. Scip. Ainmirato, 18 juillet iGio. 



LE PRINCE HENRI II DE CONDE. 87 

comme ils Tavaient désiré, avaient envoyé presque tous leurs 
familiers. Tous les seigneurs et cavaliers de la cour s'y 
rendirent également , notamment le comte de Soissons, 
« fort accompagné, ayant comme un bataillon dressé de 
trois hocqs de cavalerie * ». Le prince termina cette jour- 
née en allant « sur les neuf heures du soir au Louvre, en 
grande compagnie, pour se trouver au coucher du roi, lequel 
il desguilleta, lui tira ses chausses et ne s'en partit qu'il ne 
l'eût mis dans son lit^ ». Le secrétaire Ammirato ne s'étonne 
pas de la brillante réception faite au prince. « Mais on croit 
bien, ajoute-t-il, que cela ne durera pas. Aussi bien, en 
allant au Louvre, où il s'était rendu le vendredi soir, il 
n'avait pas plus de 50 chevaux, tandis que Soissons dépas- 
sait le nombre de 150. » 

Après cette rentrée du prince, on peut se croire revenu 
au temps néfaste de la minorité de Charles VI, alors que les 
allées et venues des princes du sang et de leurs bandes étaient 
une cause de troubles dans Paris et contraignaient les bour- 
geois à prendre les armes. Les astrologues et devins tenaient 
Paris sous la menace de quelque catastrophe épouvantable. 
A chaque instant, comme à Rome au moment de l'élection 
des papes, quelque prophétie parcourait la ville. La reine 
dut autoriser les seize colonels de la milice parisienne et 
leurs capitaines à mettre sur pied leurs forces, afin de pour- 
voir à la sécurité des habitants; ces mesures de précaution 
rappelaient malheureusement le souvenir des mauvais jours 
de la Ligue et du délire des passions catholiques. 

Le prince de Condé, qui n'avait pas donné, dans les cir- 
constances précédentes, une bien haute idée de sa bravoure, 
en revint à ses appréhensions du premier jour. Le duc de 
Bouillon se rendit le 24 juillet au soir à l'hôtel de Gondi 
pour y coucher en sûreté et fit part au prince de ses craintes 
relativement à cette prise d'armes des bourgeois de Paris. 

1. L'EsToiLE, p. 33 1. 

2. L'ESTOILE, p. 332. 



88 Î.A MINORITE DK LOUIS XIII. 

A minuit on fait venir le prévôt des marchands; le prince 
lui demande s'il est en sûreté, s'enquiert de la cause de tout 
ce bruit, de tout ce mouvement. Le prévôt répond qu'il n'y 
a rien et que c'est sans raison que le prince s'inquiète. Pour 
le rassurer davantage, le prévôt se rend au Louvre accom- 
pagné de quelques-uns des gentilshommes de Condé; la 
reine leur donne l'assurance que le prince ne court aucun 
danger; elle envoie même Concini à la demeure de Condé 
pour l'engager à être sans crainte et sans soupçon. Néan- 
moins, toute la nuit, des hommes en armes veillèrent dans 
la cour de l'hôtel deGondi, et des chevaux tout sellés étaient 
tenus à la disposition du prince en cas d'alerte. 

Au milieu de cette panique, on voit Sully lui-même, le 
capitaine de la Bastille, le chef de l'Arsenal, donner des 
marques d'inquiétude. Il tint cette nuit-là sur pied 300 
hommes et il envoya demander au duc de Guise des expli- 
cations sur ce qui se passait. Le duc de Guise répondit qu'il 
n'y avait rien, au moins à sa connaissance ^ 

Quel était donc le motif de ce trouble? Depuis quelques 
nuits la garde du Louvre était doublée; pendant la nuit, on 
changeait le mot d'ordre et le duc d'Épernon tenait ses 
troupes sur pied dans son hôtel; car le bruit courait qu'on 
allait recommencer la Saint-Barthélémy. Des huguenots 
quittaient Paris pour se réfugier dans leurs places de sûreté. 
C'était là une crainte qu'expUquait la tournure toute espa- 
gnole que prenait la politique du gouvernement et Tétat 
de suspicion dans lequel on paraissait tenir le duc de Sully. 
Mais en réaUté rien de semblable n'était à redouter : ni 
Marie de Médicis, ni Louis XIII, ni le duc de Guise d'alors 
n'avaient le caractère audacieux et perfide des principaux 
auteurs de l'abominable forfait du 24 août i 572. Sully était 
d'ailleurs, comme on vient de le voir, un Coligny qui savait 
fort bien se garder. Quant au prince de Condé, l'hôte et 

I. Scip. Ammirato, 23 juillet. — Andréa Cioli, 23 juillet 1610. — 
L'EsToiLE, t. X, p. 333. 



LE PRINCE HENRI II DE CONDÉ. 89 

Tami récent des Espagnols, on ne pouvait supposer à ce 
moment, chez ce petit- fils du prince tombé à Jarnac, 
aucune tendance à faire cause commune avec le parti pro- 
testant; le fanatisme catholique avait bien baissé d'ailleurs 
depuis que toutes les classes de la nation avaient pu goûter 
les bienfaits de la paix religieuse. Ce que le peuple de Paris 
voulait, c'était la tranquillité, et l'on entendait dire par les 
maisons et les boutiques que si les princes et les grands, 
perturbateurs du repos public, faisaient aucun mouvement, 
on tomberait sur eux à l'aveuglette {alla cieca) ^ 

« Quant à cette émotion dont je vous ai parlé la semaine 
dernière, écrit Scip. Ammirato, et à la retraite de Bouillon 
dans la maison de Condé, tout cela vient, m'a-t-on dit, du 
même duc de Bouillon, qui, en sa qualité d'ami et de parent 
du prince de Condé, est fort écouté de Son Excellence et 
qui, sur le soupçon qu'on le voulait tuer lui avec tous les 
autres huguenots, a jeté le prince également dans une 
grande appréhension. La reine les a mis en toute sécurité 
de ce chef. Mais en revanche ils ont pu reconnaître fort 
clairement que cette ville tout entière est tellement dévouée 
et convertie au service et à la conservation du roi et de la 
reine, qu'aucune considération n'empêcherait les bourgeois 
de mettre en péril leur propre vie pour défendre celles de 
Leurs Majestés contre n'importe quel prince ou personne. 
Et certes ce n'est pas un petit acquit que d'avoir rendu évident 
et fait voir à ces princes le bon esprit de cette population ". » 

Le gouvernement profita, non sans présence d'esprit, de 
cette situation favorable. La reine après avoir fait rétablir 
les seize colonels du peuple de Paris, avec des capitaines 
sous leurs ordres, les chargea de garder la capitale pendant 
le vo3^age du sacre auquel on se préparait déjà; il y avait 
eu dans le conseil une assez vive opposition. Les colonels 
prêtèrent serment à la reine vers la fin de juillet. 

1. Andréa Cioli, 23 juilletiGio. — L'Estoile, MémoiresA. X, p. 340. 

2. Scip. Ammirato, 28 juillet 1610. 



QO LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

« Par cette preuve de confiance , écrit Tambassadeur 
vénitien, la reine a voulu s'attacher cette ville '. » El!e y 
réussit assez heureusement. 

Dès lors Marie de Médicis crut pouvoir se retourner 
cixQC autorité vers le monde encombrant et bruyant des 
gens de cour et lui imposer vis-à-vis de la personne royale, 
des devoirs de convenance auxquels s'étaient soustraits un 
trop grand nombre de nobles personnages. Les gentilshommes 
et cavaliers qui se trouvaient à Paris s'étaient mis presque 
tous à f:iire cortège aux princes et aux ducs; et ce n'étaient 
pas seulement ceux qui étaient libres de toute attache, mais 
les pensionnaires mêmes du roi, dételle sorte que, lorsque 
le jeune prince sortait, il n'avait guère autour de lui que ses 
gardes, en fort grand nombre, il est vrai, et ceux qui, en 
raison de leurs fonctions, ne devaient jamais s'écarter de 
sa personne. Marie de Médicis, très mécontente de cet état 
de choses, laissa fort vivement entendre à son déjeuner, le 
24 juillet, qu'elle ferait enlever leur position à ceux qui, 
étant pensionnés de la couronne, iraient faire cortège à 
d'autres; et sur-le-champ, elle ordonna que l'on mît sur 
pied la compagnie du roi, qui se composait de 200 gen- 
tilshommes, afin qu'ils pussent accompagner et servir le 
roi. Mais la menace de la reine avait produit immédiate- 
ment son effet; les gentilshommes visés revinrent sans 
tarder : « Le roi commence à avoir plus de cortège que 
d'habitude, écrit l'ambassadeur vénitien le 24 juillet. 
Dimanche particulièrement, il avait plus de 300 gen- 
tilshommes avec lui '. » Le prince de Condé lui-même 



1. Ambass. vénit., 28 juillet 1610. 

2. Depuis Louis XI les troupes de la maison du roi avaient à leur 
tête deux compagnies de cent lances exclusivement composées de 
gentilshommes. Ils portaient, dans les cérémonies solennelles, l'épéc 
au côté et en mains la hache d'armes en bec de corbin: de là leur 
désignation de gentilshommes au bec de corbin. Ils constituaient ce 
qu'on appelait la grande garde du corps. Les guerres civiles et parti- 
culièrement la Ligue désorganisèrent cette troupe si brillante. Henri I\', 
tout en conservant leurs titres de capit.iinesà Louis de la Trémouille, 



LE PRINCE HENRI II DE CONDE. QI 

s'empressa de complaire à la régente; en effet, après cette 
algarade, il déclara à ceux qui arrivaient pour lui faire cor- 
tège qu'il les remerciait de leurs bonnes intentions, mais 
que, s'ils ne venaient pas pour une autre raison que celle de 
lui faire une chose agréable, il les priait de vouloir bien ne 
pas le suivre; car il avait assez de ses gentilshommes ordi- 
naires. « En somme, conclut Ammirato, jusqu'à présent, 
ce prince montre n'avoir pas d'autre fin, ni d'autres inten- 
tions que le service de Leurs Majestés *. » 

Il est particulièrement intéressant pour nous de constater, 
au milieu des événements dont il vient d'être parlé, qu'indé- 
pendamment de ces manifestations de déférence vis-à-vis 
de la reine, le prince de Condé et le duc de Sully étaient 
déjà liés d'une intelligence assez étroite pour que l'un ne 
crût pas sa sécurité menacée sans que l'autre partageât ses 
craintes. Et en effet il n'est pas douteux que l'on remarquait 
un rapprochement très apparent entre le prince et le surin- 
tendant : « J'ai vu, écrit Andréa Cioli, dans l'appartement 
de la reine, le prince de Condé en conversation intime avec 
Sully, autrefois son grand ennemi; le prince tenait même 
la o;auche de Sullv. Ainsi va le monde ". » 

Il y eut en effet un échange de vues politiques et un essai 
d'alliance entre ces deux hommes passionnés pour l'exercice 
du pouvoir et qui, en faisant valoir, dans une redoutable 
association, l'un son rang dynastique, l'autre son expérience 
consommée des aff^iires de l'Etat et sa puissance personnelle, 
se fussent peut-être aisément rendus maîtres du gouverne- 
ment. Sully nous donne lui-même, à ce sujet, d'abondants 
renseignements ^ 11 aurait eu à l'Arsenal avec le prince de 



marquis de Royan, et à Charles d'Angennes, vidame du Mans, n'avait 
point remis sur pied et rétabli dans leurs fonctions ordinaires les 
deux compagnies. C'est ce que fit au contraire Marie de Médicis. \'oir 
Daniel, Hist. de la milice française, t. II, p. 71. 

1. Scip. Ammirato, i8 juillet 1610. 

2. Andréa Cioli, 19 juillet I^3IO. 

3. Economies royales, p. ^qS, col. 2 et suiv. 



Q2 LA MINORITK DE LOUIS XIII. 

Condé une longue conférence dans laquelle il lui traça un 
véritable programme qui peut se réduire aux termes suivants : 
en premier lieu, avoir pour but principal la vertu et l'estime 
des hommes vertueux, être à tous un exemple de bien faire 
à l'État, servir loyalement le roi; en second lieu, essayer 
de gagner les bonnes îirâces de la reine, et se réconcilier 
sincèrement avec les princes de Conti et de Soissons, ses 
oncles, et rester indissolublement uni avec eux; en troisième 
lieu, préférer le repos de l'Etat, le soulagement du peuple, 
le ménacrement des finances et l'amélioration des revenus 
du royaume, à tous intérêts particuliers, et ne rien demander 
pour soi personnellement. Sully ne doutait pas qu'en s'atta- 
chant strictement à ces principes et en suivant celte ligne 
de conduite, les princes n'arrivassent à mettre la reine de 
leur côté et, par conséquent, à la séparer de sa cabale; ou 
bien à discréditer si profondément le gouvernement de la 
régente que rien de conséquent ne pourrait plus s'exécuter 
sans leur intervention. Il était sous entendu que cette poli- 
tique fondée sur la vertu et le désintéressement devait avoir 
pour agent principal celui qui l'inspirait en ce moment. Par 
là Sully se maintenait dans ce qu'on appelait « son excessif 
pouvoir et autorité » et dans son rôle préféré d'épouvantail 
pour les solliciteurs. 

Les Économies royales nous apprennent que le prince de 
Condé écouta fort attentivement ce discours et qu'il se trouva 
ébranlé à suivre les avis du Sully : puis, sans transition, 
nous voyons qu'il « se laissa derechef emporter aux persua- 
sions, qui lui furent données, de vouloir profiter du temps 
et de l'occasion pour s'élever en biens et en honneurs dans 
la dissipation et ruine du royaume et des affaires du roi ». 
Quelques lignes plus loin, M. le prince est franchement 
rangé dans le camp des ennemis du surintendant, de ceux 
qui veulent l'éloigner entièrement des affaires. Entre ces 
deux situations extrêmes, il y a des faits intermédiaires que 
Sully omet et qu'il n'est pas impossible de rétablir. 



LE PRINCE HENRI II DE CONDK. 93 

De la conversation de Sully, dont le fond ne paraît guère 
contestable , tant elle est conforme au caractère et aux 
manières du surintendant , le prince de Condé retint les 
conseils pratiques. Mais il ne tarda pas à faire bon marché 
de ce qu'il y avait de noble et d'élevé dans la politique 
peut-être chimérique dont Sully revendique l'honneur d'avoir 
été le conseiller. 

Ainsi, vers l'époque où doit nécessairement se placer 
Tentrevue de l'Arsenal, Condé fait tous ses efforts pour se 
maintenir en bons termes avec la reine. Marie de Médicis 
obtient de lui qu'il aille voir Conti. Celui-ci continuait à faire 
le mécontent à Dampierre; Condé réussit à le ramener à la 
cour. Le 22 juillet les deux princes reviennent à Paris à la 
tête d'une brillante cavalcade \ et Conti se réconcilie avec 
Soissons. 

Ce n'est cependant point par la réciprocité du désinté- 
ressement que les princes devaient cimenter ce commence- 
ment d'union, bien au contraire. Une augmentation de 
24000 écus sur sa pension, qui se trouvait ainsi portée à 
50000 écus, et la promesse du premier gouvernement 
vacnnt, avaient été les conditions du retour du prince de 
Conti. Voilà des concessions qui ne pouvaient guère être 
du goût de Sully. 

Le prince de Condé fit une autre démarche qui devait 
également plaire à la reine mère, car elle imphquait une 
adhésion complète à l'ordre des choses établi depuis la mort 
de Henri IV. Il se rendit solennellement au Parlement, y 
prit sa place de premier prince du sang et, après quelques 
mots de condoléance relatifs à la perte que la France avait 
faite, il déclara à la cour, qu'à cette douloureuse nouvelle 
il était revenu immédiatement pour servir Leurs Majestés et 
leur obéir en tout, et aussi pour offrir ses services à la cour 
de Parlement dont il connaissait le dévouement aux inté- 

I. Andréa Cioli, i3 juillet 1610. 



94 I A MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

rets du roi et de la reine. Cette manifestation ne pouvait 
qu'avoir l'approbation de Sully; il n'en fut à coup sûr pas 
de même du prix dont la reine s'empressa de la payer. Le 
prince vivait avec sa mère. Marie de Médicis donna à la 
mère et au fils une pension de 80000 écus par an. Condé 
n'avait-il pas dit à Tarchiduc Albert, en quittant les Pays- 
Bas, « qu'il désirait retourner en France pour servir le roi 
et la reine, comme c'était son devoir, mais qu'il voulait 
être bien sûr d'avoir de quoi vivre et de ne pas mendier son 
pain, comme il l'avait fait par le passé ))?La reine mère 
avait fourni le logis; elle y ajoutait le couvert et l'entretien. 
Elle chercha aussi à dissiper les soupçons que le prince avait 
pu concevoir, notamment à l'égard de Soissons et du duc 
d'Épernon que l'on accusait auprès du prince d'avoir voulu 
le faire arrêter, lors de son retour à Paris. 

Condé montra une certaine satisfaction; za situation 
grandissait par suite même de la modération de ses deman- 
des. Il se trouvait bien, en somme, des conseils de Sully. 
Pour effacer tout reste de prévention dans l'esprit de la 
reine, il consentit à faire cesser une situation dont le scan- 
dale pesait sur la mémoire de Henri IV et causait des embar- 
ras au gouvernement de la régente. 

Il reprit sa femme. 

Plus humiliée qu'elle n'avait été coupable, la princesse 
était revenue àChantill}^ chez son père le connétable. Mont- 
morency souffrait dans sa dignité; Condé s'entêtait dans sa 
farouche rancune. Marie de Médicis, ayant besoin de l'appui 
dévoué du chef de l'armée, rapprocha Condé et les Mont- 
morency. Le prince et sa femme finirent par avoir une pre- 
mière entrevue à Écouen. Comment Condé n'aurait-il point 
pardonné à la belle repentie qui désavouait hautement les 
lettres que feu le roi avait montrées, où il était appelé « mon 
tout et mon chevalier » ? Le prince prit facilement l'habi- 
tude de la revoir. Après Écouen, ce fut à Montmorency 
qu'ils se rencontrèrent. Condé emmena ensuite sa femme 



LE PRINCE HENRI II DE CONDE. qS 

des domaines du connétable dans les siens; et le couple 
réuni alla s'établir en haute Bourgogne, dans la magnifique 
résidence de Valéry, que l'aïeul de l'époux réconcilié avait 
dû à l'amoureuse et princière libéralité de la maréchale de 
Saint-André, la femme du triumvir de 1568 '. C'est là que 
le prince mit sa femme en sûreté, avec l'intention de ne pas 
la laisser reparaître à la cour avant que la reine mère eût 
sollicité elle-même le retour de la princesse et se fût ainsi 
créé une nouvelle obligation vis-à-vis de Condé ". 

Ces rapprochements, que la politique n'était pas seule à 
déterminer, affermirent la situation du prince et lui rendi- 
rent une confiance en lui-même qui bientôt ne sut plus 
se maintenir dans de justes limites. Il se mit à assister à 
tous les conseils, même à celui des finances, qui passait 
pour ennuyeux, mais où se traitaient des matières qui 
étaient loin de lui être indifférentes, et il faisait valoir ses 
opinions avec véhémence. L'intervention du prince dans les 
délibérations du gouvernement ne tarda pas à devenir fort 
encombrante. « Lui qui, jusqu'à présent, s'était montré si 
modeste, dit l'envoyé CioH, a déjà commencé, dans le con- 

1. Pare che il principe suo marito non sia tanto ostinato in non la 
volere ripigliare^ corn' e stato per il passato, onde si comincia a cre- 
dere che habbia da seguire col me:{:{0 di S. M. V accommodamento ; 
S. E. sin hora apparisce di voler in tutto et per tutto dipendere dalla 
regina, dalla qiiale si trova favorito délia casa del baron Gondi. (Scip. 
Ammirato, 22 juillet 1610.) — // s"" principe di Conde che e tutto sodis- 
fatto di S. M.torna questa sera in casa del s"" baron Gondi; et doviani 
deve andarea trovare la principessa sua moglie a Alemoransi, et far la 
pace attualmente^ corne întendo l'ha fatio qui con promessa. ^Scip. 
Ammirato, 3 août 1610.) — Le différencie tra il principe di Conde et 
principessa sua moglie si sono tutte accommodate et sabato andera il 
principe à Equan [Ecouen) ore verra la principessa che si trova a Sant 
Igli {^Chantilly) et il giorno seguente saranno tutti a Parigi unita- 
mente. (Ambass. vénit., 2 août 1610.) — Il principe di Conde che si e 
pacijîcato davero con la moglie commincia a potere stare poco lontano 
da Ici, et cosi se ne e andato a San Valeri, dove ella si ritrova^a passar 
quai he giorno. (Matteo Botti, 18 août 16 10.) 

2. Sua Eccellen^a torno hieri da Memoransi dalla principessa sua 
moglie, la quale par che non voglia far venir cosi hora alla corte, ma 
tenerla fuori aile sue terre; forse deve volere che la regina V habbia a 
ricercare anco di questo. (Scip. Ammirato, 11 août 1610.) 



96 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

seil, à devenir par trop arrogant et insolent : il prend le 
contre-pied de toutes les opinions et les combat gaillar- 
demment comme s'il était le plus vieux, le plus sage et le 
plus pruJent de tous *. » 

C'est bien cette attitude nouvelle que le sage Fontenay- 
Mareuil caractérise tout en Fatténuant, et dont la cause ne 
lui échappe point quand il dit : « M. le Prince grondait un 
peu, mais ce n'était que pour se faire mieux acheter, s'apai- 
sant aussitôt qu'on lui avait donné quelque argent, car il 
fut longtemps qu'il ne pensait qu'à en avoir - ». 

En effet on ne tarda pas à voir de nouveau le prince de 
Condé et le comte de Soissons en mésintelligence pour des 
affaires d'intérêt. Depuis fort longtemps la terre de Nogent- 
le-Rotrou dans le Perche, bien de la famille de Condé, était 
en gage dans les mains du comte de Soissons pour répon- 
dre des dettes de son père, qui était aussi le grand-père de 
Condé, et dont Soissons avait payé une partie. Le comte 
voulut se faire adjuger ce domaine par voie de justice, 
moyennant la somme de 50000 écus à payer en tout 
et pour tout aux créanciers de son père. Il comptait que 
personne ne serait assez hardi pour enchérir et qu'il pren- 
drait ainsi possession de cette terre; il ne pensait pas que le 
prince de Condé agirait autrement. Mais celui-ci considéra 
que cette affaire le discréditerait beaucoup ; car en sa qualité 
de chef de la branche ainée des Condé, c'était plutôt à lui 
qu'à Soissons de dégager ce bien patrimonial. Le dernier 
jour et au moment où l'on attendait que la dernière heure 
expirât pour l'adjuger à Soissons, le prince de Condé envoya 
faire monter le prix de la terre jusqu'à 80000 écus, et se 
la fit attribuer. Soissons, qui n'avait pour son neveu qu'une 
très médiocre considération, et qui lui en témoignait seule- 
ment en apparence, se vo3Mnt ainsi joué, entra en fureur; et 
le prince, bien que resté victorieux, ayant appris le peu de 

1. Andréa Cioli, 8 août 1610. 

2. Fontenay-Mareuil, p. 35, col. 2. 



LE PRINCE HENRI II DE CONDÉ. 97 

cas fait de lui par son oncle, demeura exaspéré. La dis- 
corde était de nouveau dans les rangs des princes du sang. 
« Mais, dit Ammirato, ces différends, dans l'intérêt de ce 
royaume et dans celui de la reine, sont jugés fort utiles; 
parce que si tous les princes étaient d'accord ils tourmente- 
raient d'autant plus Sa Majesté qui ne leur en donne véri- 
tablement aucun motif, si ce n'est qu'elle les traite trop 
bien \ » 

A peu près au moment où Condé réglait à son avantage 
l'affaire de Nogent-le-Rotrou, la reine fit au comte de Sois- 
sons un don de 500 000 francs pour l'indemniser de pré- 
tentions qu'il avait du chef de sa femme sur le comté de 
Montaffier en Piémont, qui était occupé par le duc de Savoie. 
Moyennant ce prix, Soissons céda ses droits au roi. Mais, lors- 
que la cour des comptes eut à contrôler ce présent, les offi- 
ciers du roi refusèrent de l'enregistrer et suspendirent Teffet 
des libéralités inconsidérées de la reine par ce motif qu'il 
n'était pas raisonnable que Sa Majesté achetât à un si haut 
prix les litiges des autres ". Il devait en être de cette résis- 
tance, comme de celle du Parlement de Rouen, qui avait 
refusé de reconnaître le comte de Soissons comme gou- 
verneur de la Normandie, alléguant que le gouverneur 
légitime était le duc d'Orléans et que l'on n'en voulait 
point d'autres , et qui , de guerre lasse , avait fini par 
l'admettre tout de même. « Ils lui ont donné ce gouverne- 
ment, écrit Scip. Ammirato, pour obéir et complaire à la 
reine ; et ces magistrats et tous les autres donneraient en 
somme tout ce que l'on voudra par égard pour Sa Majesté 

1. Scip. Ammirato, i8 août 1610. 

2. Cf. Sully, Économies royales, p. 387, col, 2, et 588, col. i. Sully 
affirme que Henri IV avait refusé de consentir à ce marché que lui 
avait proposé le comte de Soissons; et qu'après sa mort, ce dernier 
a sut si bien mettre Conchine de son côté, et pratiquer le seing et 
sceau du feu roi, que l'on a gardé plus de trois ans à pareil dessein, 
qu'il en fit passer un contrat de vente, comme fait du vivant du 
feu roy ». Sully aurait été nommé dans cet acte; il déclare qu'il refusa 
sa signature. Ces assertions échappent à tout contrôle. 



q8 LA MINORITK DE LOUIS XIII. 

et surtout parce que Ton doit croire qu'elle n'a point fait ce 
présent sans de sérieuses considérations, dont la principale 
est de maintenir fermes dans leur fidélité ces princes pour 
lesquels, en toute occasion, elle se montre pleine d'amabi- 
lité (ai quali in ogni occasione eJla si mostra amorewlissima). » 
Marie de Médicis met tous ses efforts à tenir égale la 
balance des générosités. Deux cavaliers s'étant battus en 
duel, à trente lieues de Paris, restèrent sur le terrain \ La 
reine, des deux abbayes que possédait l'un d'eux, donna la 
première au chevalier de Vendôme et l'autre au prince de 
Condé. Ce dernier la passa à son favori Rochefort, qui 
revenait précisément d'Espagne où il avait été envoyé par le 
prince, quand il était hors du royaume, pour remercier le roi 
du bon accueil qui lui avait été fait en Flandre. Rochefort 
rapportait des offres nouvelles de service de la cour dEspa- 
gne au prince de Condé". « Ce favori, dit Scip. Ammirato, 
est du même âge que le prince, et il est si aimé de Son 
Excellence qu'il n'est pas possible de l'être davantage. C'est 
celui dont le roi mort parlait avec tant de mépris, quand le 
prince passa à l'étranger. » Voilà, en vérité, un étrange abbé. 
Quant à l'autre duelliste, il avait une galère de Sa Majesté 
que la reine donna immédiatement à Concino. « Qu'il la 
garde pour lui ou qu'il la donne à un autre, ce qui est plus 
probable, nous dit encore à ce propos Scip. Ammirato, il en 
tirera bien quelque millier d'écus, et ainsi l'on voit à beau- 
coup de signes évidents que Sa Majesté tient grand compte 
de ce sien serviteur, et qu'elle lui veut du bien ^. » 

1. Scip. Ammirato, ii août lôio. Cf. le passage suivant : « En ce 
temps, le chevalier Desmarais avec ses deux frères démesièrent en la 
campagne une querelle qu'ils avaient avec M. de Dunes, fils de 
M. de Dunes, qu'on apeloit Antrjguet, qui tua Quélus, mignon du 
feu roy Henri 111, sous le régne duquel ne se parloit que de lui. 
Ledit de Dunes fut tue; aussi fust le chevalier Desmarais, avec un 
de ses frères. Les duels, du feu Roy prohibés, tournés en batailles 
rangées, permises et auctorisées par connivences, traîneront avec soi 
une dangereuse queue, si on n'y pourvoit. » (L'Estoile, t. X, p. 384.) 

2. Ambass. venit., 11 août 1610. 

3. Scip. Ammirato, 11 août 1610. 



LE PRINCE HENRI II DE CONDE. gg 

On peut suivre à la trace dans les dépêches des ambassa- 
deurs italiens, le progrès des exigences et de la cupidité du 
prince de Condé, en même temps que la marche envahis- 
sante du favori Concini. 

Le prince, ayant ouï dire qu'était mort le gouverneur de 
la Capelle, place frontière de Picardie, fit tant auprès de la 
reine qu'elle donna ce gouvernement à Rochefort. Ce 
n'était pas une place de grande importance en elle-même: 
mais la situation près des Espagnols n'en rendait pas la pos- 
session absolument dépourvue de conséquences, alors que 
le prince de Condé venait tout récemment de recevoir l'hos- 
pitalité à la cour de Bruxelles et qu'il continuait à être en 
relations avec le cabinet de Madrid; de plus, la situation de 
gouverneur y rapportait 2 ooo écus. Mais on s'était trop 
pressé; le gouverneur n'était pas mort. Rochefort dut 
attendre une meilleure occasion. 

Le désir de se concilier les chefs de l'autre parti qui 
briguait la faveur de la régente poussa bientôt Condé à une 
démarche non moins inconsidérée que celle dont il vient 
d'être question. A la mort du lieutenant que le roi Henri IV 
avait mis en Provence, Condé demanda à la reine de lui 
donner pour successeur le chevalier de Guise; mais comime 
c'était le duc de Guise qui était gouverneur de la province, 
on répondit au prince qu'il était impossible de donner au 
duc son frère pour lieutenant \ La maison de Guise avait, 
d'ailleurs, à ce moment, certaines visées matrimoniales qui 
ne lui permettaient pas de répondre franchement aux 
avances du premier prince du sang. 

On était donc en pleine curée. L'homme dont l'insa- 
tiable avidité n'aurait pu être refrénée qu'au moyen de 
l'accord suggéré par Sully au prince de Condé, lors de son 
retour, celui qui allait devenir le fléau de la Régence, Con- 
cini, s'était mis sans tarder à l'édification de cette fortune 



I. Scip. Ammirato. 24 août 1610. 



BIBLIOTHECA 



100 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

insensée qui devait s'écrouler avec lui d'une si épouvantable 
chute. (< Il faut croire, écrit Cioli, qu'il sait plus ce qui se fait 
que ce que l'on dit. Comme il est, en considération de sa 
femme, le plus favorisé de la reine, on pourrait dire qu'il 
donne certainement à sa femme l'occasion de le faire filer 
à ses pieds. Chacun a Tœil sur lui, et tous lui taillent du 
bois sur le dos '. » 

Cependant il se faisait l'illusion qu'à l'exception des princes 
et des grands qui ne l'honoraient que par intérêt à cause 
de la faveur de la régente, il était universellement et sincè- 
rement aimé. Cette aveugle confiance l'enhardit à vouloir 
prendre plus profondément racine dans le pays où Henri IV 
n'avait jamais voulu le considérer que comme un hôte de 
passage. Son nom italien sonnait mal aux oreilles françaises. 
Mais ne serait-ce pas acquérir le droit de cité que de se 
parer d'un beau titre français de noblesse? Et ne pourrait-il 
point se faire respecter, le jour où il aurait entre les mains 
des places fortes? Les générosités de la reine, les dons de 
Sully peut-être, ses propres spéculations lui fournissaient les 
moyens de se procurer tous ces avantages. Dès le commen- 
cement du mois d'août, le bruit se répandait qu'il avait 
engagé des négociations pour l'acquisition du gouvernement 
de Péronne auquel était attaché le titre de lieutenant du roi 
dans une partie de la Picardie '. Bientôt il jeta ses vues sur 
la place de Calais dont le gouverneur, M. de Vie, « bon et 
fidèle serviteur du roi et de son État », dit L'Estoile, était 
mort le 15 août. Mais il trouva en face de lui, non seule- 
ment le prince de Condé qui voulait cette place pour son 
favori Rochefort, mais un brave gentilhomme, M. d'Arquien, 
auquel avait été promis le premier gouvernement qui vien- 

1. Hormai bisogna credere che piu sappia egli quello che si faccia 
che dire quello che si dichino, et perché egli è, per rispetto délia moglie, 
il piu favorito délia regina, percio direbbe alcuno, ha la moglie qualche 
cagione di pretendere di dovere farlo Jîlare ; ognuno ha l'occhio a lui, et 
tutti gli tagliono le legne adosso. (Andréa Cioli, 8 août 1610.) 

2. Andréa Cioli, 11 août 1610. 



1 



LE PRINCE HENRI II DE CONDE. 10 I 

(irait à vaquer, parce qu'il avait été dépouillé de la citadelle 
de Metz par le duc d'Epernon. Entre Metz, la porte des 
Allemands en France, et Calais, celle des Anglais, Thumble 
officier pouvait trouver l'échange honorable. Abandonner 
la vaillante cité victorieusement défendue jadis par le grand 
François de Guise à un homme d'intrigues et suspect d'in- 
telligences avec l'Espagnol, comme le duc d'Epernon, pou- 
vait être pénible, mais le duc était après tout le colonel 
général de l'infanterie française; Concini n'était qu'un étran- 
ger déjà odieux, presque sans titre encore. D'Arquien ne 
supporta pas la pensée de laisser tomber en sa garde la pré- 
cieuse conquête de 1557, cette autre gloire du grand Lor- 
rain; il déclara tout haut « qu'il allait faire ses Pâques et 
qu'au sortir de là, il irait tuer Concini, fût-il entre les bras 
de la reine, ne lui étant possible de survivre à une si 
grande supercherie ^ ». Cette parole d'un bon Français fut 
entendue. La reine dépêcha Concini à Conflans. 

C'était là qu'était située la maison de plaisance de Vil- 
leroy. Le ministre venait de s'y réfugier sous le coup d'un 
accès de mauvaise humeur causé par le dépit de voir la 
direction réelle des affaires lui échapper. « Villeroy, écrit 
Andréa CioU, le 8 août, s'est en allé, sous le prétexte qu'il 
a besoin de prendre les eaux de Spa; d'aucuns affirment 
qu'il s'est retiré à cause de son indignation contre Concini, 
qui aurait mal parlé de lui; d'autres disent que c'est à cause 
de son mécontentement des procédés de la reine. Il ne 
peut en effet supporter que, lorsque Sa Majesté lui demande 
conseil sur quelque affaire et qu'elle a eu son avis, non 
seulement elle ne s'y conforme pas, ce qui, dit-il, lui importe 
peu, car il appartient à Sa Majesté d'agir à son gré et à lui 
de donner bon conseil; mais qu'elle fasse pire encore, à 
savoir qu'elle dise à ceux du Conseil ou même à d'autres 
que Villeroy l'a conseillée de telle ou telle façon, confi- 

1. L'EsTciLE, t. X, p. 371 et 372. 



102 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

dence souvent faite même à ceux contre qui le conseil est 
dirigé. De la part de Sa Majesté, Villeroy pense que c'est à 
la fois montrer peu d'estime pour lui, et lui faire des enne- 
mis dans sa vieillesse. On donne aussi comme autre raison 
de cette retraite que Sa Majesté ayant voulu faire signer 
quelque chose, Villeroy s'y était refusé, alléguant que ce 
n'était point une chose juste, ni raisonnable, et qu'il en 
reviendrait à Sa Majesté fort peu de réputation et point 
d'utilité, et à lui, comme ministre, le blâme le plus fondé '. 
Quelques paroles vives ayant été échangées avec la reine, 
Villeroy en aurait pris prétexte pour se retirer dans sa maison 
de campagne^. » Cette dernière allusion se rapporte évidem- 
ment au f:iit que relate L'Estoile en ces termes : « M. de Vil- 
leroy, en ce temps, sort mal content de la cour et de la reine, 
à laquelle il refuse signer un acquit de 40000 escus pour 
Conssine pour acheter le gouvernement de Montdidier, 
Roye et Péronne, que M. de Créquy lui avait vendu ». 
Villeroy, mandé par la reine, revint à Paris le 9 août. Nous 
ne savons rien de l'entretien que Marie de Médicis et le 
ministre durent avoir ensemble; ce qui est certain, c'est 
qu'un assez notable changement dans la situation respec- 
tive des ministres et du favori se produisit presque immé- 
diatement après. Le dimanche 16 août, M. de Villeroy 
était de retour à Conflans et recevait à déjeuner MM. de 
Bouillon et de Sully, qui sortaient du prêche à Charenton. 
C'est au milieu de cette réunion que tomba Concini, lorsque 
la reine l'envoya trouver M. de Villeroy pour l'affaire du 
remplacement de M. de Vie. 

Le vieux ministre d'État et ses convives firent entendre 
raison à l'Italien; il lâcha prise, et Ton n'entendit plus parler 
non plus de Rochefort pour ce poste. D'Arquien fut installé 
à Calais par le comte de Saint-Pol, qui, n'ayant aucune 
place dans son gouvernement de Picardie, était entré 

1. Andréa Cioli, 8 et i i août 1610. 

2. L'Estoile, t. X, p. 366. 



LE PRINCE HENRI II DE CONDÉ. 103 

dans la ville, sans doute parce qu'il craignait qu'elle ne fût 
donnée à Concini, un étranger \ 

Il est impossible de passer sous silence une insinuation, 
qui est sans preuves, assurément, mais qui acquiert, par le 
rapprochement des dates, une certaine gravité. Le 12 août, 
l'envoyé Cioli écrit que Sully, pour se faire bien venir de 
Concini, lui a fait des dons considérables et qu'on tient 
pour certain que ce personnage est en situation d'arriver à 
toutes les grandeurs. La prophétie ne tarde pas à s'accom- 
plir : à la fin du mois d'août, Concini s'offre à lui-même une 
large compensation du gouvernement de Calais, où s'est 
définitivement installé d'Arquien. Il achète le marquisat 
d'Ancre pour une somme de no 000 écus, et se fait céder 
par M. de Créquy le gouvernement de Péronne, Roye et 
Montdidier moyennant 40000 écus'; le 23 septembre, il 
prêta au roi serment de fidélité pour ses gouvernements, 
« lui baisant la main et à k reine aussi », dit Héroard. 

L'entrée du duc de Feria, ambassadeur extraordinaire 
d'Espagne, chargé de présenter au nom de son gouverne- 
ment les condoléances officielles à l'occasion de la mort de 
Henri IV, cérémonies dont on lira plus loin les détails, 
permit à Marie de Médicis de témoigner pubHquement au 
marquis d'Ancre une faveur résolue à ne plus tenir aucun 
compte des protestations qu'elle soulevait. C'est en effet 
Concini qui fut chargé d'aller en son nom souhaiter la bien- 
venue au duc de Feria. Mais au milieu de si grands honneurs 
la préoccupation de ses petits intérêts continuait à pour- 
suivre le nouveau marquis. Au sortir du logis de l'ambassa- 
deur d'Espagne, il fit appeler secrètement auprès de lui dans 
sa voiture le marquis Matteo Botti pour lui demander des 
nouvelles d'une vieille créance qu'il possédait sur la grande 
famille florentine des Corsini et dont il poursuivait avec 
acharnement le recouvrement par l'intermédiaire de la cour 

1. Scip. Ammirato, 24 août 1610. 

2. Andréa Cioli, 18 septembre lôio. 



104 lA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

de Florence. Botti lui annonça que le grand-duc avait 
donné des ordres pour lui faire payer « ce bienheureux 
argent ». Concini n'avait pas perdu sa journée ^ 

Le lendemain, lorsque Andréa Cioli, qui avait trouvé 
moyen de se remettre en excellents termes avec Concini, 
se présenta au cercle de la reine, le marquis d'Ancre se 
porta vivement à sa rencontre. « Tu sais, lui dit-il, que Son 
Altesse m'a fait la grâce de m'accorder cet argent. Q.uelle 
joie pour moi! — Je vous avais dit bien souvent qu'il en 
serait ainsi, répond le diplomate. — Eh bien, maintenant, 
toi aussi veux-tu quelque chose? reprend Concini. Adieu, 
nous nous reverrons à loisir! » Et il laissa sur cette explo- 
sion de facile générosité, un interlocuteur qui, nous le 
savons, n'aimait guère à se nourrir de viande creuse. 

La bonne nouvelle arrivait fort à point. Le nouveau 
marquis d'Ancre trouva facilement 64000 écus pour acheter 
du maréchal de Bouillon la charge de premier gentilhomme 
de la chambre du roi malgré les représentations du prési- 
dent Jeannin, qui lui avait dit qu'il se ferait des ennemis 
de la plupart des gentilshommes et qu'avant de parvenir 
il fallait mériter -. Il vendit ensuite la charge de premier 
écuyer de la reine mère, dont il était titulaire, au chevaher 
de Sillery, frère du chancelier. D'un bond, le Florentin s'éle- 
vait à une dignité essentiellement nationale, il prenait un 
des premiers rangs dans la maison du roi; ce ne fut pas la 
moindre de ses imprudences. Le jour même où il prêta ser- 
ment pour cette nouvelle charge, Louis XIII entrait dans 
sa dixième année. 

Désormais, suivant l'expression des secrétaires de Sully 
dans les Economies royales, «■ il pouvait se dire en quelque 
sorte compagnon de M. de Bellegarde avec lequel il n'avait 
jamais été guère bien, mais il y avait toujours eu entre 
eux des envies, émulations et jalousies, pour de certaines 

I. Andréa Cioli, i3 septembre lûio. 
•2. L'EsToiLE, t. X, p. 37?. 



LE PRINXE HENRI II DE CONDE. lOD 

causes que vous savez mieux que nous et que nous laisse- 
rons deviner aux autres ». Ce passage énigmatique semble 
viser quelque rivalité amoureuse et vouloir faire monter le 
soupçon jusqu'à la reine mère elle-même. On ne peut 
guère s'arrêter à cette idée, lorsque Ton sait que nos médi- 
sants diplomates florentins s'entendent unanimement sur 
ce point que le maréchal d'Ancre n'obtenait rien de la reine 
qu'en considération de sa femme. Nous verrons bientôt 
qu'entre les deux gentilshommes de la chambre s'agitaient 
des questions d'une nature moins sentimentale. 

Jusqu'à ce moment Concini n'avait pas été pris bien au 
sérieux par la cour de Florence. Cet homme, qui se plai- 
gnait toujours, et pour des affaires d'argent, avait été peu 
écouté. On connaissait son origine, on savait ce qu'il 
valait. Quelle revanche pour Concini, le jour où il put 
mander devant lui le représentant de « son seigneur 
naturel » le grand-duc de Florence et faire connaître à Cioli 
qu'en raison de toutes les dignités qu'il venait d'accumuler, 
il recevait à la cour de France des honneurs é2:aux à ceux 
des princes! Il demandait donc une amplification de titre et 
désirait être traité désormais d'Illustrissime, comme AI. le 
Grand, après lequel il prenait rang. Si on lui donnait cette 
satisfaction, Son Altesse pouvait compter sur lui. Cioli était 
prié d'ailleurs de présenter cette demande comme venant de 
lui-même et non pas de Concini, le marquis étant disposé à 
priser davantage un pareil honneur si on le lui accordait 
sans qu'il eût l'air de l'avoir demandé. Concini prit toute- 
fois la précaution de remettre à l'ambassadeur la ronflante 
suscription sous laquelle il désirait que désormais lui fût 
adressée sa correspondance. Elle était libellée en ces 
termes : Al Signor Concino Concini de conli délia Fenna, mar- 
chesc d'Ancre, governatore e luogoîenente del re in Perona et 
primo gentilhuofno délia caméra di Sua Maesta. Andréa Cioli 
transmit la formule et pensa qu'il était de bonne politique 
d'entrer encore plus à fond dans les bonnes grâces du 



I06 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

favori et même de faire sa cour à l'abbé de Marmoutiers 
pour avoir Foreille de sa sœur, Mme Concini. Il réussit à 
merveille dans ce rôle nouveau : lors d'une de ses visites au 
marquis d'Ancre, celui-ci poussa la confiance et la fami- 
liarité jusqu'à vouloir lui montrer, mais à la condition de ne 
révéler le secret à personne, la manière dont il s'y prenait 
pour contrefaire les sceaux des lettres. L'arrivée de la reine, 
qui venait voir une litière nouvelle qu'on lui avait faite pour 
le voyage du sacre, coupa court à cette étonnante confi- 
dence '. Voilà l'homme dont on disait à ce moment-là 
même qu'il allait être appelé à remplacer Sully ! 

Les renseignements et les faits dont il vient d'être ques- 
tion dans les pages précédentes ne sont évidemment pas 
sans quelque rapport avec le dîner de Conflans, dont il est 
parlé plus haut et qui eut lieu le i6 août. D'après le rensei- 
gnement que donne L'Estoile en passant, deux des contrac- 
tants dans les trafics de gouvernements et offices qui eurent 
lieu aussitôt après y assistaient : Concini et le duc de 
Bouillon. Le maître de la maison, Villeroy, le principal 
conseiller de plume de la régente, qui venait de se retirer 
dans sa terre, avait des intérêts conformes à ceux du chan- 
celier, frère du troisième des personnages engagés dans les 
négociations qui aboutirent à la fin du mois. Il n'est pas 
vraisemblable qu'il n'ait pas été question à Conflans de 
tous ces arrangements. Le succès dépendait évidemment de 
Sully qui, tout récemment, à la suite du refus fait par Vil- 
leroy de signer l'acquit de 40 000 écus au bénéfice de Con- 
cini pour faciliter ses acquisitions, avait déclaré à son tour 
qu'il n'y avait pas moyen de trouver cette somme, sans 



I. lo con la p3:^ien:{a et la destre^^^a hofatto tanto clie sono diventato 
tutto suo, et iiîsin'' ogf^i, se non arrivava a casa sua la regina a vedere 
iina lettiga nuova fatta per il prossimo viaggio, voleva insegnarmi, ma 
con pyomessa di non mostrarlo mai ad allri, a scontrafare i sigilli 
délie lettere; spero di havermi a giiadagnare anco la moglie, perche 
sono diventato tutto del s^ abbate suo fratello, teneramente amato da 
lei. (Andréa Cioli, 16 septembre 1610.) 



LE PRINCE HENRI II DE CONDE. 1 07 

toucher à l'argent de TArsenal. L'opposition du surinten- 
dant fut moins absolue après l'entrevue de Conflans; Con- 
cini avait eu les fonds qui lui faisaient défaut. 

« Ainsi, dit L'Estoile, se vidait petit à petit l'argent de notre 
Arsenal que le pauvre prince défunt avec tant de peine y 
avait amassé et fait serrer par son confident Sully, auquel 
il en faisait assez de mal au cœur, mais lequel n'en eût osé 
parler qu'à demi-bouche. •> Le même écrivain constate le 
bruit « qu'on avait tiré 7 millions de livres de l'Arsenal 
depuis la mort du roi jusqu'au 15 de ce présent mois 
d'août' ». 

Il est certain que les coffres de la Bastille s'étaient ouverts, 
et largement. La rigidité de Sully avait singulièrement fléchi 
depuis son entretien avec Condé. C'est que, n'ayant pu 
s'entendre avec le prince et n'espérant pas que le ferme et 
honnête langage qu'il lui avait tenu serait mieux écouté par 
d'autres, il s'était décidé sans doute à faire la part du feu. 
Désireux de conserver le pouvoir, il chercha un point 
d'appui du côté où la faveur de la régente s'attachait, et fit 
les concessions nécessaires. 

On observa, tous les témoignages s'accordent sur ce point, 
pendant quelques semaines, un rapprochement très osten- 
sible entre le surintendant et les familiers de la régente. 
Sully reçoit des marques publiques de faveur : le 20 août, 
le jeune roi allait à Vincennes poser la première pierre de 
bâtiments nouveaux ', pour l'édification desquels des mar- 
chés avaient été tout récemment passés par Sully ^; le 29, 
une cérémonie semblable avait lieu pour le collège de Cam- 
brai; le surintendant accompagna le roi et c'est lui qui 
présenta à Sa Majesté la truelle d'argent avec laquelle il 
maçonna la pierre *. Voilà des circonstances notées comme 

1. L'EsToiLE, t. X, p. 366, 347, 384. 

2. « Corps de logis qui est du côté du parc. « [Journal d'Héroard, 
t.II, p. 17.) 

3. Malherbe, p. icjb. 

4. L'EsTOiLE, t. X, p. 378. 



Io8 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

importantes par les annalistes contemporains, Héroard , 
Malherbe, L'Estoile; ajoutons-y un renseignement qui a sa 
valeur, malgré son insignifiance apparente : Andréa Cioli, 
qui, pendant près de trois semaines, avait été tenu éloigné 
de la cour par une maladie, constate comme un fait digne 
de remarque dans sa dépêche du 26 août que lorsqu'il alla 
pour la première fois revoir la reine, il la trouva s'entrete- 
nant familièrement avec Villeroy et Sully. On peut inférer 
de ces divers témoignages que, moyennant les satisfactions 
données à Concini, le surintendant avait réussi, dans une 
certaine mesure, à grouper autour de la reine régente un 
parti de gouvernement dirigé par des hommes sérieux sinon 
complètement désintéressés. 

C'était là une combinaison politique suggérée par l'idée 
de tenir en échec le prince de Condé. Ce dernier ne se con- 
tentait plus maintenant des satisfactions pécuniaires qui 
lui avaient été accordées, et visait au rôle de lieutenant 
général ou de connétable : chef de la branche cadette des 
Bourbons, il s'inspirait des souvenirs de l'histoire équivoque 
du roi Antoine de Navarre, son grand-oncle, et faisait des 
avances au parti protestant. Mais celui qui tenait véritable- 
ment en main cette force politique était Sully, et si l'on 
s'explique par le désir de le faire servir à ses propres inté- 
rêts les coquetteries du prince vis-à-vis du surintendant, on 
ne peut que louer ce dernier de n'avoir point voulu mettre 
son influence au service de machinations si contraires à 
l'œuvre historique et politique de Henri IV. Ces considé- 
rations suffisent à justifier le surintendant de s'être porté 
du côté des adversaires de Condé. Le marquis d'Ancre ne 
paraissait pas encore à ce moment un homme politique- 
ment dangereux. Sully crut pouvoir se servir de lui. Mais 
il ne tarda pas à être désabusé. Concini n'entendait tra- 
vailler que pour lui-même. 

Sully eut le sentiment de ce que cette situation avait 
d'irrémédiable, et c'est alors que, se voyant impuissant à 



LE PRINCP: HENRI II DE CONDÉ. IO() 

arrêter le débordement des appétits, à défendre le trésor de 
l'État et la dignité même du gouvernement, il demanda le 
congé de la reine pour se retirer dans ses terres. Cette 
marque de découragement laissait déjà percer l'idée d'une 
retraite définitive. La reine régente n'accéda pas im.média- 
tement au désir du surintendant. Sully resta au poste où 
il était indispensable, en attendant le jour du sacre de 
Louis XIIL 

La situation intérieure redevenait a ce moment fort 
inquiétante pour la reine. <■< Sully dit ne vouloir rester chez 
lui qu'un mois, lisons-nous à la suite de l'information 
donnée plus haut par Scipione Ammirato; mais on pense 
que ce sera pour plus longtemps; et cette détermination est 
fort blâmée. Le maréchal de Bouillon doit aller à Sedan; le 
prince de Condé se trouve dans ses terres de Normandie, 
d'où il se rendra à Valéry; le duc d'Aiguillon est à Sois- 
sons; et l'on croit de plus que le duc de Guise se rendra 
en Provence. On est universellement mécontent de voir 
s'éloigner tous ces princes de la cour où ils ne peuvent rien 
faire de mal sans qu'on puisse y remédier promptement, 
tandis que lorsqu'ils seront dehors dans leur gouvernement 
et leurs terres, on ne pourra ni si bien ni si vite régler leur 
compte. Le duc de Nevers, qui est dans son gouvernement 
de Champagne, demande, paraît-il, à Sa Majesté, une bonne 
sommxe d'argent pour payer ses dettes; on ne sait si on 
la lui donnera. Mais il n'est pas étonnant qu'il s'émeuve 
à ce sujet; car il n'a rien eu et Ton a donné à tout le 
miOnde V » 

Le vide se faisait donc autour de la régente au moment 
même où il importait d'assurer à la cérémonie du sacre de 
Louis XIII l'éclat qui devait résulter du concours unanime 
des princes et des grands personnages de l'État. Le mois 
de septembre fut employé à frapper les imaginations 

I. Scip. Ammirato, 3o août i(3io. 



IIO LA MINORITE DK LOUIS XIII. 

populaires par de pompeuses réceptions d'ambassadeurs, 
à négocier pour ramener les absents, à récompenser la 
fidélité de ceux qui ne s'étaient pas encore éloignés, 
à faire taire les velléités d'opposition, à désarmer les 
résistances. 



SCÈNES INTIMES. — AMBASSADES EXTRAORDINAIRES 
LE ROI. — LES GUISES ET LES BOURBONS 



Menus détails de l'existence privée de la régente. — Chaleur de l'été 
en 1610. — Marie de Médicis commande à la fabrique de Monte- 
lupo en Toscane un carrelage artistique pour ses appartements. — 
Ses promenades de dévotion. — Revue de sa compagnie d'hommes 
d'armes. — Scènes intimes. — Le dentiste Tornabuoni. — Ambas- 
sades du comte de Bucquoy, du comte de CoUalto, du duc de Deux- 
Ponts, du duc de Feria, du comte de Hampton. — Dignité précoce, 
esprit d'à-propos du jeune roi. — Son portrait d'après les ambassa- 
deurs florentins. — Anecdotes diverses. — Faveur éphémère 
du tireur d'arbalète Zanobi Spini. — Projet d'union entre le duc de 
Guise et la douairière de Montpensier favorisé par la reine mère. — 
Opposition de la marquise de Verneuil. — La régente intervient. 
— La marquise capitule. — Satisfaction de Marie de Médicis. — Le 
prince de Gondé revient à la cour pour le voyage du sacre. 



Il n'est pas sans intérêt de recueillir çà et là dans nos 
ambassadeurs quelques traits de la vie familière de la régente 
ou du jeune roi. S'ils ne sont pas l'histoire même, ils en 
forment l'accompagnement naturel et reposent Tesprit du 
lecteur au milieu de la trame compliquée des événements 
politiques et des intrigues de cour. C'est pourquoi, avant de 
poursuivre l'exposé des faits de l'ordre purement historique, 
nous grouperons un certain nombre d'épisodes qui ont 
échappé à la curiosité des auteurs de mémoires contempo- 
rains ou qui n'ont été vus par eux qu'imparfaitement. 



112 LA MINORITE DE TOUIS XIII. 

L'été de 1610 fut particulièrement chaud. Marie de 
Médicis aimait beaucoup ses aises et souffrait de l'inhabileté 
où l'on est dans nos pays tempérés à se défendre contre les 
excès de la chaleur ou du froid. Ses plaintes à cet égard 
furent la cause de modifications dans les aménagements 
intérieurs de son habitation. 

« L'autre soir, parlant de la grande chaleur que l'on res- 
sent, écrit Matteo Botti, la reine me dit que, par un temps 
pareil, elle trouvait extrêmement désagréables les parquets 
de bois dont on fait usage ici, et elle dit qu'elle avait l'in- 
tention de faire venir des carreaux qu'on ne sait pas fabri- 
quer à Paris. Je répondis à Sa Majesté que ce qui vaudrait 
le mieux, ce seraient de ces briques peintes et vernies que 
Ton fait à Montelupo, quelquefois exprès, et qui sont très 
belles quand on les commande avec un joli dessin. On s'en 
sert beaucoup en Espagne comme carrelage et ornement. 
Sa Majesté répondit que cette idée lui allait à merveille. De 
toute notre conversation, il résulte que, si Votre Altesse en 
faisait faire pour une ou deux chambres et les envoyait ici 
le plus tôt possible, elle pourrait offrir, à peu de frais, un 
présent extrêmement agréable à Sa Majesté \ » 

Marie de Médicis se montra en effet très désireuse d'avoir 
bientôt l'occasion de faire cette innovation. Elle demanda 
qu'on lui fît parvenir ces fameux mattoni avant la fin des 
chaleurs ", mais la fabrication ne put s'en faire aussi promp- 
tement qu'elle le voulait. Cette affaire devint désormais 
une de ses préoccupations. 

La haute température de la saison n'empêcha point la 
régente de mener une vie extérieure fort active. On la voit 
souvent dehors; le but de ses promenades nous est un 
indice assez frappant de sa tournure d'esprit et de la direc- 
tion de ses pensées. 

La reine aimait beaucoup à faire, comme on le sait déjà, 

1. Matteo Botti, 3 juin 1610. 

2. Matteo Botti. 2 juillet 1610. 



SCKNES INTIMES. 1 I 3 

des promenades de dévotion. Le i6 juillet, Andréa Cioli 
nous signale une visite de Marie de Médicis au couvent des 
Carnàélites où elle se rend en voiture, assiste à complies et 
se promène dans le jardin avec les nonnes de l'endroit '. 
Deux jours après, c'est au monastère de Saint-Victor que 
la reine se rend en cavalcade. Cioli tombe de cheval ce 
jour-là et fait part de cet accident à son gouvernement 
d'une manière assez comique ". Au moment des fausses ter- 
reurs répandues à Paris et du bruit d'une nouvelle Saint- 
Barthélémy, on voit la reine, après une conférence avec 
le duc de Mayenne qu'elle avait fait appeler, se rendre à 
Saint-Cloud en carrosse, accompagnée des dames de sa 
suite ordinaire; elle prend dans sa voiture même le car- 
dinal de Joyeuse ^. 

Un autre jour elle va voir la litière qu'on lui avait pré- 
parée pour cette entrée solennelle à Paris dont le regret 
paraissait plus durable chez elle que le deuil de son époux; 
elle allait ensuite se promener dans les jardins de l'hôtel 
du duc de Piney-Luxembourg, dont elle songeait à faire 
l'acquisition pour y établir plus tard sa résidence particu- 
lière*. Le 14 août, veille de la fête de la Vierge, sa patronne, 
la régente se rend au faubourg Saint- Victor, et après avoir 
fait ses dévotions ordinaires à la madone du couvent, elle 
va sur la colline qui s'élevait hors du faubourg passer avec 
le roi et toute sa cour la revue de la compagnie de cent 
gentilshommes commandée par M. de la Châtaigneraye, qui 
lui servait de gardes. Ils étaient tous admirablement montés, 
armés de pied en cap d'armes toutes noires et portant des 
plumes également noires au morion; ils avaient l'épée au 
côté, l'arquebuse courte à la main. Après s'être mis en 
ordre de bataille, ils firent des manœuvres d'attaque et de 



1. Andréa Cioli, lô juillet 1610. 

2. Andréa Cioli, 18 juillet 1610. 

3. Andréa Cioli, 23 juillet 161 o. 

4. Andréa Cioli, 28 juillet 1610^ 



114 ^-^ MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

retraite et d'autres actions de guerre, et terminèrent par 
une salve d'arquebusades. Cette parade réussit fort bien; la 
reine mère et le jeune roi y prirent beaucoup de plaisir '. 
La reine se retire après avoir entendu vêpres et complies à 
l'abbaye de Saint-Victor et salut dans la chapelle souter- 
raine de la vierge miraculeuse des Bonnes Nouvelles, qui 
existait dans l'église des moines. 

De ces manifestations extérieures de militarisme et de 
piété, convient-il d'en revenir à des scènes intérieures d'un 
ordre plus vulgaire? La vie humaine est pleine de con- 
trastes. Pourquoi l'histoire la supprimerait-elle de Texistence 
des grands de la terre? Cioli nous rapporte une amusante 
anecdote qui se passa au Louvre vers la fin du mois 
d'août. 

(( La reine, écrit-il, voulait, ce matin, se faire ôter une 
dent qui l'a fait souffrir plusieurs fois, ces jours-ci. C'est 
pourquoi, me trouvant là, je dis à laForzona ' qu'avant de se 
résoudre à ce martyre, Sa Majesté ne risquerait rien d'es- 
sayer un remède du capitaine Horatio Tornabuoni, lequel, 
en un clin d'œil, avait fait merveille pour quelqu'un d'autre. 
La Forzona le dit à Sa Majesté qui voulut m'entendre et 
me manda exprès dans sa chambre pendant qu'elle se 
faisait coiffer. L'on envoya aussitôt chercher Tornabuoni, 
qui se mit à lui appliquer son onguent aux tempes et puis 
dans les oreilles, de ses propres mains, lui donnant aussi 
des soins, au grand scandale de deux médecins qui compa- 
rurent à ce moment. Et ainsi est restée en suspens l'opéra- 
tion de l'extraction de la dent, pour laquelle on avait fait 
venir un maître de Toulouse. Celui-ci, pour se faire la main 
et prouver son talent, en avait ôté une à un valet de la 
cour, qui s'évanouit presque de douleur. Pour rendre cou- 
rage à la reine, le maître de Toulouse affirmait que c'était 
la peur et non la douleur qui l'avait ainsi anéanti, ce que 

1. Matteo Botti, iSaoûtiôio. 

2. C'était la première femme de chambre de la reine mère. 



SCENES INTIMES. — AMBASSADES EXTRAORDINAIRES. I I D 

le pauvre diable était contraint d'affirmer. » Le succès 
d'Horatio Tornabuoni fut complet. Il devint un des fami- 
liers de la cour, au grand désespoir de l'arracheur de dents '. 

Les allées et venues, les réceptions d'ambassadeurs, pen- 
dant les premiers mois du règne de Louis XIII, tout en 
appartenant à la vie officielle de la famille royale, ne nous 
en fournissent pas moins l'occasion de relever quelques 
détails d'ordre intime qui ne sont pas hors de place dans ce 
chapitre où nous voulons laisser de côté, les réservant pour 
plus tard, les questions de pure diplomatie. Les envoyés flo- 
rentins ne voient pas seulement le côté extérieur des choses, 
le cérémonial qui cependant les intéresse beaucoup; ils 
vivifient par des observations personnelles ce que les docu- 
ments officiels qui rapportent ce genre de curiosité ont 
généralement de froid et d'inanimé. Nous trouverons dans 
leurs dépêches de fort intéressants renseignements. 

Le 17 juillet, le comte de Bucquoy, ambassadeur extraor- 
dinaire de Flandre, fut reçu en audience solennelle de con- 
doléances. Le maréchal de Boisdauphin alla, au nom de 
Leurs Majestés, le chercher dans un carrosse de la cour. Il 
fut fort bien accompagné, ayant neuf voitures, et fut reçu 
par le roi et la reine, avec lesquels se trouvait encore la fille 
aînée de Henri IV, dans la chambre de la régente, en 
présence de Conti, de Soissons et des autres princes et 
princesses. A son arrivée au Louvre, la garde était sous les 
armes, ce qu'on n'avait pas fait pour l'ambassadeur de 
Savoie; car on voulait réserver cet honneur aux ambassa- 
deurs royaux. Il avait paru fort étrange que cet envoyé 
n'eût pas voulu aller loger dans la maison qui lui avait été 
destinée par la cour, mais qu'il y eût seulement fait aller 
tous les siens; on les y fournissait de pain, de vin, de viande 
et de toutes sortes de victuailles {et altre cose mangiative)\ 
quant à lui il était resté dans la maison du résident ordi- 

I. Andréa Cioli, 4 et 8 septembre 1610. 



Il6 LA MINORITÉ DE LOUIS XIIJ. 

naire. Il s'excusa en disant qu'étant par ses parents et pour 
d'autres raisons, très Français, et ayant été honoré par 
l'archiduc de cette mission, il voulait rester constamment 
avec la personne de l'ambassadeur résident, afin que Leurs 
Altesses fussent complètement assurées de ses bons services. 
Cette honorable excuse fut acceptée. 

Un autre ambassadeur de la maison d'Autriche, le comte 
de Collalto, représentant de l'archiduc Ferdinand de Gratz, 
était arrivé dans le même temps et était descendu dans une 
hôtellerie. On ne l'y découvrit qu'au bout de quelques jours ; 
la reine l'envoya alors visiter par M. de Bonneuil, introduc- 
teur des ambassadeurs, et ordonna qu'on lui envoyât tous 
les jours un ordinaire pour douze personnes \ 

Pendant que ces ambassadeurs de princes catholiques 
s'établissaient pour quelque temps à la cour de France, un 
des premiers arrivés parmi les représentants étrangers ne se 
décidait point à partir. C'était le duc de Deux-Ponts, fondé 
de pouvoirs des princes protestants d'Allemagne; on le 
prétendait amoureux de Mme de la Trémouille. La pro- 
longation de son séjour s'explique mieux encore par la 
nécessité de surveiller les menées de ses collègues de Tautre 
parti. La reine, qui ne voulait pas être gênée dans l'élabo- 
ration d'une politique étrangère sur laquelle nous nous 
étendrons, se débarrassa des deux Allemands en leur offrant 
en guise de congé de riches présents : « Le duc de Deux- 
Ponts, à son départ, dit Scip. Ammirato, a reçu comme 
cadeau de Leurs Majestés une crédence d'argenterie dorée de 
3 000 écus; et l'ambassadeur du Sérénissime de Griitz un 
collier de 800 écus; mais en substance la valeur de ce der- 
nier objet sera beaucoup moindre, ainsi qu'il en a été du 
collier du Sérénissime prince d'L'rbin que l'on donnait pour 
500 écus et qui n'arrivait pas à 300 ". » Le comte de Bucquoy 
partit dans le même temps, le 8 août; il reçut comme pré- 

1. Scip. Ammirato, i8 juillet 1610. 

2. Scip. Ammirato, 3 août 1610. 



i 



SCÈNES INTIMES. — AMBASSADES EXTRAORDINAIRES. II7 

sent de la reine mère une enseigne * de diamants de la 
valeur d'environ .i 500 écus ^ Au sortir de la cour de 
France le comte de Bucquoy s'empressa d'aller prendre le 
commandement de l'artillerie catholique dans la place de 
Juliers assiégée par les forces françaises combinées avec 
celles des protestants. Peut-être avait-il été, lui aussi, trompé 
sur la qualité de la marchandise. 

Bientôt après arrivèrent encore deux Allemands, repré- 
sentant chacun aussi l'un des deux partis en présence. Ce 
furent l'ambassadeur de l'archiduc Maximilien et celui de 
l'électeur marquis de Brandebourg ^ Mais leur présence fut 
complètement éclipsée par celle d'un personnage dont 
l'arrivée fut le gros événement du commencement de sep- 
tembre : le duc de Feria, ambassadeur extraordinaire du roi 
d'Espagne. « C'était, dit L'Estoile, le fils du duc de Feria, 
qui, pendant la Ligue, régenta si bien Paris, avec ses gar- 
nisons espagnoles, et y estoit encores, quant la ville fust 
réduitte sous l'obéissance de Sa Majesté, laquelle le con- 
traignist d'en sortir ^. » PhiHppe III ne s'était pas pressé 
d'accomplir par l'envoi de Feria une démarche de cour- 
toisie internationale que la mort de Henri IV avait rendue 
nécessaire. Mais on savait ce diplomate porteur d'instruc- 
tions secrètes, peut-être d'un projet d'alliance. C'est au 
milieu de sentiments très divers qu'il allait faire son appari- 
tion dans Tancienne capitale de la Ligue. Par un renver- 
sement bien remarquable des situations, si, dans le monde 
de la cour, dans l'entourage de la reine particuUèrement, 
on s'apprêtait à l'accueillir avec satisfaction, c'est avec 
défiance que le peuple et la bourgeoisie voyaient revenir 
avec lui comme le spectre des mauvais jours que le génie 
bienfaisant de Henri IV avait su faire disparaître. C'est l'im- 

1. On appelait de ce nom un ornement qui se mettait à la coiffure 
des hommes, chapeau ou bonnet. 

2. Scip. Ammirato, ii août 1610. 

3. Matteo Botti, 18 août 1610. 

4. L'Estoile, t. XI, p. 3. 



Il8 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

pression qui dominait et que traduisit en jeux de mots fort 
bien tournés, une pièce de vers latins que les amateurs, 
comme L'Estoile, se passaient de main en main : 

Cur, quondam maie feriatus. isiuc 
Redit Feria? Filiusne captam 
Amissamque patri reposcit Urbem:' 
Legatus venit, an superbus hostis:* 
Mitte qua;rere plura, namque cœso 
Dira proditione quem timebant 
Henrico. et misère gemente Gallo, 
Agunt undique ferlas Iberi. 

Au sujet de cette entrée, nous citerons dans presque 
toute sa teneur la dépêche envoyée à son gouvernement 
par Andréa Cioli. Elle offre un intérêt tout particulier 
parce que, dans un récit dont nous ne trouvons pas ailleurs 
l'équivalent, le Florentin fait défiler devant nous, dans des 
scènes vives et curieuses, la plupart des personnages dont 
il a été question dans les pages qui précèdent et notam- 
ment le jeune roi. 

« Dans ma dernière lettre de mercredi dernier 8 septem- 
bre, je faisais savoir à Votre Sérénité, si je m'en souviens 
bien, que, ce jour même, devait faire son entrée M. le duc 
de Feria, ambassadeur extraordinaire d'Espagne. J'ai main- 
tenant à vous rendre compte de cet événement, et je puis le 
faire en connaissance de cause; car étant montés à cheval 
l'Ammirato et moi, nous allâmes si avant en dehors de la 
porte que nous vîmes tout, à partir du moment où se ren- 
contrèrent à une lieue de distance de la ville le duc de Feria 
et le duc de Montbazon envoyé là par S. M. le roi à la 
place du maréchal de Brissac, lequel avait été d'abord dési- 
gné. Montbazon fut accompagné jusque-là par environ 
deux cents cavaliers; mais, après la rencontre, le nombre 
s'en accrut tellement le long de la route qu'ils étaient plus 
de cinq cents lorsqu'on arriva à la ville. L'ambassadeur 
avait avec lui environ deux cents personnes; je ne puis dire 
qu'elles étaient au nombre de tant de chevaux ou de cava* 



SCENES INTIMES. AMBASSADES EXTRAORDINAIRES. I I 9 

liers, parce qu'elles étaient toutes montées sur de bons petits 
mulets; tous ces gens avaient leurs fraises bien arrangées. 
Devant marchait toute la cavalerie française et derrière sui- 
vaient les Espagnols si bien serrés ensemble qu'ils avaient 
Tair d'un escadron qui parade. Pendant qu'on marchait en 
cet ordre, on vit tout à coup venir de la cité, bride abattue, 
une troupe de soixante chevaux, qui dépassant, mais en 
dehors de la route à travers champs, toute la cavalcade, 
enveloppaient d'une partie de leur troupe l'escadron des 
Espagnols; et puis tous, ne cessant de courir ou de trotter, 
revinrent en arrière. Cette démonstration ne fut pas le fait 
d'un jeune inconsidéré, mais d'un homme âgé, tenu pour 
prudent, le duc d'Epernon. Comme il alla enveloppé dans 
son manteau, ainsi que le font, pendant l'hiver, ceux qui 
ont froid, il voulut peut-être donner à entendre qu'il vou- 
lait garder l'incognito. En somme l'entrée a été fort belle, 
favorisée par le ciel, à cause de sa sérénité, et par la terre, à 
cause du concours de presque tout le peuple, qui reçut 
avec applaudissement les Espagnols, sans que personne les 
tournât en dérision ou s'en moquât, soit par paroles, soit 
par gestes, ce qui, in'affirme-t-on, est toujours arrivé les 
autres fois. De là, grand étonnement chez ceux qui ne savent 
pas, et grande joie chez ceux qui savent *.... M. le marquis 
Botti envoya à la rencontre de l'ambassadeur dans un car- 
rosse, M. le cardinal François de Médicis, qui s'acquitta de 
la manière la plus accomplie de ce devoir de courtoisie 
vis-à-vis de Son Excellence, et qui fut reçu de la manière 
la plus gracieuse par l'ambassadeur. M'"''' le nonce y envoya 
le S' Ottaviano Ubaldini, son frère, lequel se trouvant, 
avant l'arrivée de M. de Montbazon, dans le même carrosse 
que M. le duc de Feria, et se tenant par hasard à la portière 
du côté où nous nous trouvions arrêtés au milieu d'autres, 

I. Il y a ici dans la dépêche originale un passage chiffré qui n'est 
pas traduit. Il y est évidemment question des négociations déjà 
entamées pour les mariages d'Espagne. 



I20 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

le S"" Ammirato et moi, nous salua, quand il nous vit, de 
telle sorte que, pour nous voir, l'ambassadeur, lui aussi, qui 
était bien au fond de son carrosse, sortit la tête. Il nous 
honora en plus d'un geste plein de courtoisie, parce que le 
S"" Ottaviano, autant que nous pûmes nous en apercevoir, 
lui dit qui nous étions, circonstance qui nous décidera très 
facilement à aller lui faire notre révérence. Son logement, 
très richement aménagé, est dans le faubourg Saint-Ger- 
main, près de Thôtel de la reine Marguerite. Comme la 
cavalcade devait passer devant la maison du S^ Concini, 
S. M. la reine régente prit plaisir à se trouver là pour la 
voir, sans être vue. Une heure avant l'arrivée de M. l'am- 
bassadeur entra le convoi des bagages, composé de soixante- 
douze mules, dont quarante-deux avec des couvertures de 
drap bleu ornées des armes de l'ambassadeur, et trente avec 
des couvertures de velours rouge également ornées de ces 
armes. Le plus grand nombre des trente mules avaient les 
garnitures de tête en argent. 

« M. le marquis, lequel a de grandes relations d'amitié 
avec le duc de Feria, a eu beaucoup de peine à s'empêcher 
d'aller lui souhaiter la bienvenue le soir même de son arri- 
vée, encore qu'il fût déjà nuit; il y alla le jour d'après et 
eut pour cortège presque tous les Italiens qui sont ici, les- 
quels remplissaient trois carrosses; il n'est pas d'ambassa- 
deur qui puisse aller beaucoup mieux accompagné. M. le 
duc de Feria le traita fort honorablement, car d'abord vint 
en son nom jusqu'au milieu de l'escalier à la rencontre du 
marquis Botti, le S"" don Innigo, ambassadeur résident, puis 
en haut de l'escalier M. le duc lui-même, qui le fit passer 
devant lui à l'entrée de la porte de la chambre. Ils y étaient 
à peine que Ton annonça l'arrivée de M. le Grand, qui 
venait faire visite à l'ambassadeur au nom du roi. Le 
marquis Botti passa alors dans une autre chambre. Le 
duc alla à la rencontre de M. le Grand en haut de l'es- 
calier jusqu'au pied duquel s'était déjà avancé le S*" don 



SCENES INTIMES. — AMBASSADES EXTRAORDINAIRES. 12 1 

Innigo; puis quand il s'en alla, M. le duc l'accompagna 
jusqu'au pied de l'escalier et le S' don Innigo l'emporta de 
haute lutte dans son désir de rester pour le voir monter à 
cheval à l'intérieur de la cour de la maison. La compagnie 
de M. le Grand était aussi nombreuse que noble; et je fis 
l'observation que les Espagnols auprès des Français parais- 
saient des nains, qu'ils étaient presque des nègres et fort 
laids. On ne peut pas dire que la cause en fût ou la chaleur 
éprouvée pendant le voyage ou la différence des habits, ni 
rien de semblable; car M. le duc, lequel est grand, fort et 
beau, ne perdait aucun de ses avantages. M. le marquis, 
après le départ de M. le Grand, resta près d'une heure 
auprès du duc de Feria et, pendant ce temps, le S"" don 
Innigo s'étant arrêté dans la salle près d'une fenêtre, l'Am- 
mirato et moi nous approchâmes de lui, ce qui parut lui 
faire plaisir; il insista pour nous faire prendre des sièges à 
côté de lui, et nous nous mîmes à causer des affaires d'Itahe 
et de différents sujets. 

« On attendait le S' Concino, qui devait venir visiter 
M. le Duc au nom de S. M. la reine, et comme, à cette 
occasion, on parlait de lui en présence d'un autre cavalier 
espagnol qui était survenu, ce dernier demanda qui était le 
S" Concino. Le S"" don Innigo répondit gracieusement : 
« C'est le majordome de la reine, son premier courtisan, 
« celui qu'elle favorise et qu'elle comble le plus de bienfaits. 
« En somme, c'est son duc de Lerme. Q.ue puis-je dire de 
« plus? » 

« Le cavalier ne répondit pas, et le S"" don Innigo reprit 
en ces termes : « La reine, assurément, ne pouvait nous 
<( faire une plus grande faveur que de l'envoyer, lui; aussi 
« faudra-t-il l'accompagner jusqu'à la rue, et non pas seule- 
« ment jusqu'au pied de l'escalier ». Le marquis Botti fut 
ensuite accompagné par Feria jusqu'en haut de l'escalier et 
par le S"" don Innigo jusqu'à son carrosse. Peu après notre 
départ, je sais qu'arriva le S"" Concino avec une très belle 



122 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

escorte. On usa avec lui des mêmes termes qu'avec M. le 
Grand; mais il ne voulut en aucune façon que ledit duc 
descendît Tescalier; comme il était déjà nuit quand il partit, 
on vit paraître un grand nombre de torches. 

« Hier Leurs Majestés ont donné la première audience à 
M. le duc; nous allâmes la voir, le S"" Ammirato et moi; 
mais il y avait tant de seigneurs et cavaliers que nous ne 
pûmes y trouver grand plaisir; il nous fut particulièrement 
désagréable de ne pouvoir entendre les paroles du roi, qui 
se comporta admirablement, en raison de son âge. M. le 
duc fit trois révérences, le genou presque en terre, et, 
quand il se couvrit, les princes se couvrirent aussi ; mais il 
n'y avait que ceux de Guise, les trois frères séculiers, et le 
duc d'Aiguillon, qui conduisit Feria à l'audience; quant 
aux princes du sang, Condé est dehors, Soissons souffre 
de la goutte, et Conti est, comme toujours, fort empêché à 
cause de l'imperfection de ses sens. Tous les gentilshommes 
qui sont avec le duc de Feria, une fois l'ambassade ter- 
minée, baisèrent la main à l'une et à l'autre Majesté ^ » 

Héroard confirme et complète ce récit d'une manière 
fort intéressante en ce qui concerne le roi : « Il se sur- 
passa, dit-il, en contenance et prolation de paroles; les 
paroles furent : « Je remercie le roi d'Espagne, mon frère, 
<( de la souvenance qu'il a de moi et le prie de s'asseurer que 
« j'aurai envers lui la même affection qu'a eue le feu Roi, 
<' mon père » ; en telle sorte que les Espagnols en étaient tous 
en admiration, faisant le signe de la croix ; deux d'entre 
eux qui étaient Navarrais se traînèrent de bien loin les 
genoux en terre, lui allant faire la révérence et ne pou- 
vaient lâcher sa cuisse qu'ils tenaient embrassée ". » 

Nous ne savons point s'il ne s'était pas glissé quelque 
pointe d'ironie dans les paroles adressées par le roi à l'am- 
bassadeur. Le jeune Louis XIII était très au fait des sen- 

1. Andréa Cioli, 12 septembre 1610. 

2. HÉROARD, t. IF, p. 21. 



SCÈNES INTIMES. AMBASSADES EXTRAORDINAIRES. 123 

timents de son père à l'égard des Espagnols et il est par- 
faitement vrai qu'il les partageait et s'en inspirait. L'enfant 
royal sut, en tout cas, se comporter avec une dignité froide 
qui en imposa à tout le monde. Cette cérémonie fit une 
impression très vive sur tous ceux qui en furent les témoins. 
On se répétait avec admiration que, peu avant l'arrivée de 
l'ambassadeur, le roi étant sur son trône et la chambre pleine 
de seigneurs et de grands, comme on parlait assez haut, le 
roi demanda que l'on fît moins de bruit, et rendit ainsi 
muets tous les assistants (et fece ammutolire ogn' uno). Après 
le départ de Feria on vit le chancelier, qui avait assisté le 
roi, rapporter avec les signes de l'émerveillement le plus 
extraordinaire, les paroles que le roi avait dites; et bien 
qu'il les eût d'abord enseignées, disait-il, c'était pur miracle 
que de les avoir retenues par cœur et d'avoir su les pro- 
noncer à temps et d'une manière aussi parfaite \ 

Bientôt, c'est l'ambassadeur extraordinaire d'Angleterre 
qui arrive à Paris. On avait annoncé d'abord le duc de 
Lennox; mais ce fut milord Watton qui fut chargé de cette 
mission. Il apportait au roi l'ordre de la Jarretière. On le 
logea au Luxembourg; c'est de là que les envoyés floren- 
tins le virent se rendre à l'audience royale. Le prince de 
Joinville alla avec deux cents chevaux le chercher ainsi que 
l'ambassadeur ordinaire ; treize carrosses suivaient le pre- 
mier qui était tiré par six chevaux. Le comte de Soissons, à 
peine remis d'une violente attaque de goutte, assista à la 
réception. Lui et les princes de la maison de Guise se cou- 
vrirent lorsque l'ambassadeur prit la parole et qu'il se cou- 
vrit, ce qu'il ne fit ni avant, ni après. L'ambassadeur fit 
trois révérences, et à la troisième il toucha presque la terre 
du genou. « Je crois qu'il a parlé en langue anglaise, dit à 
ce propos Andréa CioH, parce que l'ambassadeur résident 
lui a servi d'interprète; c'est vraiment une chose stupéfiante 

I. Andréa Cioli, i2 septembre 1610. 



124 ^-^ MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

de voir comment le roi se tient et comme il a le sentiment 
de sa dignité, qu'il soutient avec une autorité et une gravité 
merveilleuse '. » A propos de cette ambassade, nous savons 
encore par L'Estoile que (( la cérémonie de la jarretière se 
fit le jour de Sainte-Croix, à vespres, en l'église des Feuil- 
lans, après que Sa Majesté eut donné à dîner magnifiquement 
audit milord dans sa maison des Tuilleries. Il ne traita 
point le duc de Feria, ce qui fut remarqué. Mais le roy 
avait plus d'occasion d'aimer et se fier de l'un que non pas 
de l'autre, joint que son inclination ne l'a jamais porté à 
aimer l'Espagnol, duquel avec le laict et la mammelle, il 
semble avoir succé la haine ". » 

L'ambassadeur extraordinaire d'Angleterre ne fit pas un 
long séjour. Milord Watton, comte de Hampton, après 
avoir été reçu dans trois audiences ", fut gratifié d'un cadeau 
de 4500 écus et fit ses préparatifs de départe II avait déclaré 
qu'il voulait mettre fin à sa mission avant le voyage de 
Leurs Majestés pour Reims, et repartit porteur de la signa- 
ture du jeune roi au pied d'un traité de renouvellement 
d'alliance ^ 

La cérémonie du sacre ne comportait évidemment pas 
la présence de l'ambassadeur extraordinaire d'un roi pro- 
testant. Il n'en était pas de même du représentant de 
Sa Majesté Très Catholique. Le duc de Feria annonça 
donc son intention d'y assister. Mais deux difficultés se 
présentaient, la première d'ordre tout matériel : Reims 
n'offrant que peu de ressources pour le logement de la 
suite nombreuse du roi de France dans une circonstance 
aussi solennelle, Feria dut faire chercher une maison avant 

1. Andréa Cioli, 19 septembre 1610. 

2. L'Estoile, t. XI, p. 40. 

3. Andréa Cioli, 27 septembre 16 10. 

4. Scip. Ammirato, 19 septembre 161 o. 

5. Héroard, t. II, p. 25. « Mardi 21 septembre. Le comte de Hamîon 
vient trouver le roi.... Il va aux Feuillants à vêpres, y mène les 
ambassadeurs, qui ont juré Talliance offensive et défensive; à leur 
requête il signa les articles; ce sont les premiers qu'il a signés. » 



SCENES INTIMES. — AMBASSADES EXTRAORDINAIRES. I2D 

de prendre une résolution définitive; Tautre difficulté, 
d'ordre diplomatique, tirait son origine de la scène scan- 
daleuse qui s'était passée au couronnement de la reine à 
Saint-Denis. L'ambassadeur d'Espagne, offusqué de n'avoir 
été salué par le représentant de Venise que du titre de mon- 
sieur l'ambassadeur, lui avait appliqué son chapeau à tra- 
vers la- figure : il entendait qu'on lui donnât de l'Excel- 
lence *. On ne pouvait tolérer le renouvellement d'une 
pareille scène. Deux ambassadeurs extraordinaires de la 
république de Saint-Marc s'acheminaient vers Paris au 
milieu de septembre. C'étaient les Excellentissimes Nani et 
Gussoni. « On attend dans un bref délai, écrit Andréa Cioli, 
les ambassadeurs de Venise; il en est cependant qui pensent 
qu'ils doivent s'arrêter en route, afin de s'acquitter de leur 
mission seulement après le retour de Leurs Majestés de 
Reims. S'ils arrivaient maintenant, outre qu'ils ne pourraient 
être reçus., ils tomberaient dans la même irrésolution que 
le duc de Feria relativement au voyage de Reims, où, dans 
le cas de leur allée, ils se trouveraient fort mal au point de 
vue des logements ^ » Cette raison n'était sans doute pas 
la seule. Les représentants de la république voulaient être 
assurés d'un salut plus cordial de la part de l'ambassadeur 
d'Espagne que celui dont avait été gratifié naguère leur col- 
lègue. On s'efforça de vider cet incident diplomatique et d'en 
prévenir le retour. L'ambassadeur ordinaire du roi d'Es- 
pagne avait demandé qu'on évitât au sacre du roi la possibi- 
lité d'un conflit entre lui et l'ambassadeur de Venise; il avait 
proposé ou que ce dernier lui donnât le titre d'Excellence et 
qu'il se contentât d'être appelé Illustrissime Seigneurie, 
ou bien qu'il s'abstînt soit de parler à l'ambassadeur d'Es- 
pagne, soit de venir où il serait ^ Le duc d'Épernon finit 
par trouver une base d'accommodement. 11 fut convenu que 



1. Cf. B. Zeller, Henri IV et Marie de AJédicis, p. 3o8. 

2. Andréa Cioli, 27 septembre 1610. 

3. Matteo Botti, 20 juin 1610. 



Il'b LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

les ambassadeurs des deux puissances se salueraient sans se 
parler. Les Vénitiens ne se fiaient pas trop à cette conven- 
tion : telle était la raison de leur marche prudente. En 
attendant, le duc de Feria continuait à parader brillamment 
dans Paris. Le 24 septembre il se rendait au Louvre précédé 
de l'ambassadeur ordinaire dans un carrosse à six chevaux 
suivi de cinq autres, pour avoir sa seconde audience '. Bien- 
tôt arrivait M. Jacob, ambassadeur de Savoie *, chargé 
d'une mission qui n'était pas de simple apparat et qui allait 
bientôt donner, comme on dit, du fil à retordre au gouver- 
nement ^ 

Toutes ces circonstances avaient attiré sur le jeune roi 
l'attention générale. On commençait à concevoir de lui et 
de ses destinées une opinion favorable. Aussi le représentant 
du grand-duc, Andréa Cioli, s'empresse-t-il d'adresser à son 
gouvernement sur le compte du fils de Marie de Médicis une 
longue dépêche dont beaucoup de traits peuvent être utile- 
ment rapprochés de renseignem.ents presque identiques 
donnés par le consciencieux Héroard et par Malherbe. Nous 
citons dans toute sa teneur cet intéressant document. 

« Je dois dire à Votre Altesse sérénissime pour sa satis- 
faction que Sa Majesté le roi son neveu, en donnant hier 
audience h M. le duc de Feria, a rendu stupéfait tout le 
monde, tant il s'est remarquablement comporté. On a 
admiré la gravité de son visage et de ses gestes, et l'à-propos 
de ses paroles. C'est le moment de m'acquitter de ce que 
j'ai déjà dans plusieurs lettres promis de vous faire savoir 
relativement aux grandes espérances qu'il donne d'un bril- 
lant avenir. Il se montre jusqu'à présent, non pas de figure, 
car, de ce côté, il tient plutôt de sa mhrQ (piu tosto matngia), 
mais de caractère, d'inclination et d'habitudes, très sem- 

1. Matteo Botti, 5 juillet 1610. 

2. Andréa Cioli, 27 septembre 1610. 

3. Scip. Ammirato, 3o septembre 1610. 



LE ROI. I 27 

blable à son glorieux père; car il est fier, ardent, très agile; 
il aime déjà particulièrement les armes et les chevaux, et 
parle très souvent de guerre, de capitaines, de soldats et de 
forteresses *. Son intelligence est admirable, sa mémoire 
excellente; il est si avancé dans la langue latine qu'il a déjà 
commencé à traduire en français; il s'applique au dessin 
d'une façon remarquable " et l'on affirme qu'à cette heure, 
il sait par cœur l'office de la Vierge. Il dépasse encore les 
bornes de son âge en ce qui est du jugement, comme Votre 
Altesse pourra s'en rendre compte, d'après ce qu'elle 
apprendra dans les Hgnes qui suivent. Le jour de l'entrée 
du duc de Feria, alla faire révérence à Sa Majesté le S"" don 
Alonso Pimentel, fils du comte de Bénevent, vice-roi de 
Naples, qui était venu exprès de Flandre en toute diligence 
pour voir le susdit duc, son parent; et comme il pensait que 
Sa Majesté ne pouvait pas encore avoir une capacité suffi- 
sante, dès qu'il eut présenté ses hommages au roi, il fit 
mine de vouloir s'éloigner de sa vue. Mais le roi le retint 
gracieusement et lui demanda des nouvelles de Flandre en 
lui disant : « Avez-vous vu que mon armée a pris Juliers? >> 
Il avait auprès de lui sur une petite table des espèces de 
cailloux noirs et blancs et il dit à l'Espagnol : « Regardez, 
« je vais former un escadron ^ ». Enfin, au moment de pren- 
dre congé de lui, il lui dit qu'il voulait aller aux Tuileries 
pour s'exercer à conduire de petits chevaux de carrosse ^. Le 

1. Voir HÉROARD, passim. 

2. « 2 octobre 16 lo. Il s'amuse dans son cabinet à peindre, fait lui- 
même les couleurs sur le cuivre, peint sur la toile l'Avarice et la 
Prudence, vêtues, assez bien, y est attentif, fait toutes les actions que 
saurait faire un peintre, à la fin serre lui-même ses couleurs et ses 
pinceaux. » (Héroard, t. II, p. 26.) 

3. « Un seigneur espagnol venu avec le duc de Feria lui vient faire 
la révérence; tout aussitôt qu'il l'eut accueilli, le roi lui dit pour 
l'entretenir : a Tenez, velà le plan de Juliers », qui venoit d'être prins, 
et lui montre par là même les particularités du siège : « Voilà ceci, 
« voilà cela, voilà les Français, voilà les Flamands, etc. » (Héroard, 
t. II, p. 21.) 

4. Il est très souvent question dans Héroard de cette distraction 
favorite du jeune prince. Voir t. II, p. 16, 22. 



128 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

S"" don Alonso resta profondément étonné, et, au sortir de 
l'audience, il ne tarissait point au sujet d'une semblable mer- 
veille. Le roi voulant une fois, pendant qu'il déjeunait, faire 
appeler je ne sais plus quelle personne, le dit à un des cava- 
liers qui se tiennent autour de lui; et comme celui-ci lui 
demandait s'il lui ordonnait d'y aller lui même : « Non! 
« répondit Sa Majesté, envoyez-y de grâce votre portrait » ; 
et il le fit bien rougir ' ; mais une autre fois il rendit encore 
bien plus honteux M. le cardinal de Sourdis. Celui-ci étant 
arrivé devant la reine, pendant que dans la même chambre 
se trouvait aussi le roi, s'inclina profondément devant elle 
et non devant lui; et le roi, non content de dire à ceux 
qui étaient auprès de lui : « Regardez M. le cardinal de 
(( Sourdis, qui ne me considère que comme un enfant », 
s'approcha du cardinal encore plus indigné parce qu'il s'était 
placé entre la reine et lui de telle façon qu'il en était venu 
à lui tourner l'échiné, et il lui dit à haute voix : « Eh! bien, 
« monsieur le cardinal de Sourdis, vous me considérez donc 
(( comme un enfant? » Sur ce propos qu'il ne veut pas être 
traité comme un bébé (putto), je vous dirai qu'ayant été 
une fois battu par son maître, de telle sorte qu'il ne put 
s'empêcher de pleurer, il s'essuya tout de suite après les 
yeux avec soin, et demanda avec beaucoup d'anxiété aux 
petits jeunes gens qui le servent si on l'avait vu pleurer. 
On lui demandait une autre fois lequel il aimait le plus de 
Vendôme ou du chevalier, tous deux fils bâtards du roi 
défunt, dont l'un s'appelle César et l'autre Alexandre; il 
répondit qu'Alexandre venait avant César, voulant faire allu- 
sion à Alexandre le Grand et à César Auguste ^ On se répète 
une infinité de mots semblables; en somme, rien n'est plus 
clair que ce que l'on affirme, à savoir qu'à cet âge de 
neuf ans, il dépasse en capacité et en jugement, non seule- 
ment ceux de son âge, mais encore ceux de quinze et 

1. Anecdote inédite. 

2. Anecdotes inédites. 



LE ROI. 129 

seize ans. Il est très curieux de connaître ce qu'il voit, et se 
montre très grand ami des pauvres. On rapporte entre 
autres preuves de ce fait que, passant un jour par la porte 
Saint-Honoré, où a l'habitude de se tenir toujours un 
pauvre qui vend des baguettes pour les chevaux, il entra en 
une grande colère contre quelqu'un qui le frappa, parce 
qu'il voulait présentera Sa Majesté une de ces baguettes; il 
lui fit donner l'aumône, comme il le fait toujours depuis 
chaque fois qu'il passe là '. » 

Les preuves de la sensibilité native de Louis XIII, de sa 
tendance à se rapprocher des petits et des humbles, de sa 
compassion pour les misérables, sont très fréquentes dans 
les relevés quotidiens de ses faits et gestes. Il ordonne un 
jour de porter sa grâce à un malheureux soldat qui allait, à 
sa vue, sur le rempart du faubourg Saint-Jacques -, subir le 
suppHce de l'estrapade ^ Une autre fois, deux soldats des 
gardes ayant mangé du raisin dans les vignes et se trouvant 
condamnés pour ce fait à être dégradés et bannis pour deux 
ans, il n'eut point de repos jusqu'à ce qu'il eût tant fait 
auprès de la reine qu'ils s'en trouvèrent quittes pour un an 
de bannissement *. Son bon cœur, son horreur de la cruauté 
inutile se manifestent encore dans d'autres circonstances. 
La banlieue de Paris était hantée par des Bohémiens ou 
Egyptiens, comme on disait alors, qui allaient gagnant leur 
misérable vie en exhibant des animaux féroces. Un jour 
qu'après une course dans la campagne il revenait à cheval 
vers les Tuileries, le roi vit près d'un campement de ces 
malheureux un lion attaché contre un arbre. (Quelqu'un de 
sa suite jeta un chien au fauve qui l'étrangla incontinent. 
« Cela lui déplut tant, dit Héroard, qu'il s'en mit en colère 

1. Anecdote inédite; Andréa Cioli au grand-duc, 12 septembre 1610. 

2. C'était l'endroit destiné à ce genre d'exécution, comme en fait 
encore foi aujourd'hui le nom de la rue située sur l'emplacement de 
cette partie des anciens murs de Paris. 

3. HÉROARD, t. II, p. i5. 

4. HÉROARD, t. II, p. 18. 



l30 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

et commanda que celui qui l'avait jeté fût châtié \ » Peu 
après, comme on voulait mettre aux prises avec un lion, 
peut-être le même, un sanglier destiné à être forcé par des 
chiens, le roi refusa, craignant que le sangUer ne tuât le 
lion, en disant : « Ce serait dommage; car ces pauvres gens 
y gagnent leur vie " ». 

11 est difficile de savoir jusqu'à quel point les sentiments 
et les aptitudes naturelles du jeune Louis XIII furent com- 
promis ou modifiés par l'éducation qu'il reçut. On a cer- 
tainement beaucoup exagéré à cet égard les torts de la 
reine mère et Saint-Simon va jusqu'à l'extrême limite de 
l'invraisemblable et même du faux lorsqu'il dit : <( On le laissa 
croupir dansToisiveté, dans l'inutilité et dans une ignorance 
si parfaite de tout, qu'il s'est souvent plaint à mon père 
dans la suite, en parlant de son éducation, qu'on ne lui avait 
même pas appris à lire " ». Sans doute entre les gourmades 
d'un gouverneur assez morose, M. de Souvré, la fréquente 
administration par ses soins du châtiment en vigueur à cette 
époque, même pour les rois, le fouet, et les assez pauvres 
leçons du très médiocre M. des Yveteaux, son précepteur \ 
Louis XIII ne trouva qu'une matière insuffisante pour le 
développement d'une intelligence naturellement bien 
douée. L'enfant avait le sentiment de l'infériorité de son 
maître en face d'une tâche faite pour des hommes émi- 
nents et le malheureux des Yveteaux dut s'en excuser un 
jour d'une manière assez piteuse en disant à son élève, à 
propos d'une réflexion qui n'est pas venue jusqu'à nous, 
(( qu'il n'était sans doute pas des plus savants, mais toute- 
fois qu'il n'était pas un homme du commun ni du vulgaire; 
car on ne l'eût pas mis auprès de Sa Majesté ^ ». Louis XIII 
fut à coup sûr moins favorisé que son père, à propos duquel 

1. HÉROARD, t. II, p. 9, II juin lôio. 

2. HÉROARD, t. II, p. 10, 24 juin 1610. 

3. Saint-Simon, Parallèle des trois premiers }'ois Bourbons, p. 7. 

4. Tallemant des Réaux, Historiettes, t. II. p. g. 

5. HÉROARD, t. II, p. 57. 



LE ROI. l3 I 

Saint-Simon fait une réflexion, celle-là fort juste, en disant 
que sa mère l'instruisit et le fit instruire par ce qu'il y avait 
de meilleur dans son parti. Autant qu'on en peut juger par 
les renseignements que donne Héroard, le caractère des 
exercices intellectuels qui sont prescrits au jeune roi est 
assez puéril et incohérent. Mais il ne se passe pas de jours 
sans qu'il ait à fournir sa besogne. « Levé, déjeuné, étudié, 
écrit », tel est Femploi régulier de toutes ses matinées, 
même en voyage. La formule est presque toujours la même 
chez Héroard, sauf parfois cette variante : « Éveillé, fouetté, 
étudié * ». L'élève n'est pas toujours, il est vrai, fort zélé ^. 
Si on ne lui octroie guère de congés, il sait fort bien en 
réclamer et traiter pour en obtenir. Il demandera à ne point 
travailler le mardi gras, parce que c'est fête, et ne voudra qu'à 
cette condition se laisser faire les cheveux, opération qui lui 
était parfaitement désagréable et qui, si elle valut au coiffeur 
Renard maints horions de l'enfant royal, ne manqua pas d'at- 
tirer sur ce dernier les représailles ordinaires du terrible M. de 
Souvré '\ Reconnaissons toutefois qu'en matière de chô- 
mage des études le jeune roi pouvait encore servir d'exemple 
à la gent écolière. Un jour qu'il avait été visiter le collège de 
Navarre, les jeunes gens voulant exploiter cette bonne aubaine 
demandèrent un mois de vacances. Le jeune roi leur en donna 
pour trois jours *; c'était encore se montrer généreux. 

Louis XIII n'était jamais oisif. A vrai dire, quelques-unes 
de ses occupations ne laissent pas d'être enfantines. Mais, 
pour être roi, faut-il renoncer à jouer, comme le font tous 
les enfants de dix ans, à ranger en bataille des soldats de 
plomb % à commander d'autres enfants armés tant bien que 

1. Saint-Simon, p. 3. 

2. HÉROARD, t. II, p. 56. — « Il dit qu'il a rêvé en dormant et songé 
que M. de Souvré le fouettait. » {Ibidem, p. b-j.) 

3. HÉROARD, t. II, p. 54. 

4. HÉROARD, t. Il, p. ig. 

5. 26 septembre. « A 7 heures et demie, déjeuné : il envoie quérir 
ses petits hommes de plomb; en dresse des escadrons sur la table 
percée. » (Héroard, t. II, p. 24.) 



l32 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

mal, à se mettre soi-même en faction? N'était-ce pas là, au 
contraire, l'amusement qui convenait le mieux au chef d'une 
nation guerrière, au fils d'un grand capitaine? Il ne nous 
semble pas qu'il y ait là une raison suffisante pour qualifier 
d'enfant enfantissùne un prince d'un sérieux fort au-dessus 
de son âge en général et dont les enfantillages ne font 
que rendre plus intéressante la physionomie très vive et 
très humaine. 

On aura peine à considérer comme des distractions pu- 
rement enfantines les exercices extraordinairement violents 
auxquels était consacrée une partie de l'existence du jeune 
roi. Il n'est point de jour qu'on ne le voie achevai par tous 
temps courir le marcassin ou le sanglier avec ses bassets, le 
lièvre avec ses lévriers dans le parc du Luxembourg ou celui 
des Tuileries, le cerf avec ses chiens courants dans la plaine 
de Grenelle, le renard chez la reine Marguerite, le loup à 
Colombes; il va jusqu'à forcer lui-même des chats à cheval. 
Dans les bois de Meudon il enfonça d'un demi-pied son 
arme au corps d'un sangHer, c'est son premier coup d'épée. 
Et ce n'est pas une seule, c'est quelquefois plusieurs de ces 
chasses qui l'occupent successivement pendant un après- 
midi \ Il aime aussi à lancer ses émerillons sur les per- 
dreaux dans les plaines de Grenelle, à la Roquette, à Picpus. 
Rentré au Louvre, il fait des armes, se plaît moins à la 
danse, car « il n'est pas damoiseau », dit-il, et y trouve 
encore, lorsqu'il ne peut sortir, à satisfaire la passion chasse- 
resse qui le dévore, en faisant voler des papillons par des 
pies-grièches. Certes, voilà une large place donnée à l'en- 
traînement physique. L'on aurait cependant peine à com- 
prendre aujourd'hui qu'un corps d'enfant pût résister à de 
pareilles fatigues. 

Si l'éducation de Louis XIII fut tournée, on peut le dire 
sans exagération, vers le développement de ses aptitudes 

I. HÉROARD, t. II, p. 7, 9, etc. 



LE ROI. l33 

physiques, plutôt que de ses facultés intellectuelles, Tex- 
pansion naturelle de son humeur fut certainement contra- 
riée dans une direction où d'ailleurs les précautions prises 
contre Tenfant devaient tourner à la plus entière déception de 
leurs auteurs. Louis XIII était né avec l'âme aimante et 
susceptible d'attachements profonds. Ceux qui gouvernaient 
l'esprit de sa mère et qui espéraient aussi maintenir le jeune 
roi dans leur dépendance virent dans cette propension un 
danger redoutable pour la situation qu'ils s'étaient faite, et 
leur jalousie sur ce point fut à tel point et si durement exclu- 
sive que l'on peut accorder sans difficulté à Saint-Simon 
« qu'ils ne songèrent qu'à resserrer la prison du roi qu'ils 
rendirent de plus en plus inaccessible * ». 

Leur système de rigueur commença au lendemain même 
de la mort de Henri IV! « On veut le faire devenir un 
homme, Hsons-nous dans une dépêche de Scipione Ammi- 
rato du 25 mai 16 10; et comme il a en sa compagnie beau- 
coup de petits enfants de son âge, on veut les enlever d'au- 
tour de lui; ce qui, au commencement, lui paraîtra fort 
déplaisant, étant accoutumé à s'amuser avec eux. » 

C'est à cet ordre de sentiments contrariés chez le roi que 
se rapporte une touchante anecdote. Au commencement de 
septembre arriva de Saint-Germain un enfant de l'âge du 
roi, qui, pendant que celui-ci était petit et qu'on l'élevait à 
Saint-Germain, avait obtenu la permission de devenir un 
famiUer du fils de Henri IV. Il apportait un nid de passe- 
reaux. Cet enfant entra au Louvre et commença tout de 
suite à demander « monsieur le dauphin ». On finit, mais non 
sans peine, par l'amener devant le roi; alors il lui dit plein 
de joie : « Monsieur le dauphin, comment vous portez- 
vous? Je suis venu pour vous voir, parce qu'il y a un bout 
de temps que je ne vous ai vu et que j'en avais grand désir; 
je vous ai apporté ce nid de passereaux; mais je ne puis vous 

r. Saint-Simon, p. 8. 



l34 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

les donner tous; car j'en veux vendre une partie, afin de 
pouvoir payer la barque dans laquelle on m'a passé quatre 
fois; et je n'ai jamais, jusqu'à présent, rien donné au brave 
homme qui la conduit. » Le roi fit grandTète à cet enfant 
et après avoir, pendant quelque temps, devisé avec lui, non 
sans grand plaisir, il voulut lui faire donner un écu ; mais il 
ne fut pas possible de le lui faire accepter, car il ne cessa de 
répéter qu'il avait seulement besoin de quatre sous. Ce trait 
plut tellement au roi qu'il donna l'ordre de garder à la cour 
son ancien petit compagnon, et de le vêtir immédiatement 
d'un de ses habits; on lui fit observer qu'il n'était pas con- 
venable qu'un fils de paysan portât ses habillements. « Eh 
bien! donc, qu'on lui en fasse un, reprit le roi, et qu'on se 
dépêche! » C'est ce qui fut exécuté. 

« Ainsi, dit en manière de conclusion le rapporteur de 
cet épisode, Andréa Cioli, le vil petit contadin pourrait 
devenir un grand seigneur \ » Ce pronostic ne devait point 
se réaliser. Le pauvre garçon de Saint-Germain n'a même 
pas laissé à l'histoire son véritable nom : Georget ou 
Pierrot, L'Estoile ne sait trop laquelle des deux appellations 
est la véritable, ne figure point sur la liste des favoris de 
Louis XIIL « Il estoit plus content de sa fortune que le pre- 
mier de la cour du roy ". » Pierrot s'en retourna; il avait 
peur d'être battu, parce que son père et sa mère ne vou- 
laient point qu'il vînt à Paris voir M. le dauphin. Il en aurait 
sans doute été empêché d'ailleurs par une garde désormais 
plus sévère faite autour de Louis XIII. 

L'aventure du jeune Pierrot de Saint-Germain fut, pour 
la coterie des ItaUens familiers de la reine, un avertissement 
dont ils jugèrent prudent de tenir compte. Le roi cherchait 
à qui s'attacher. Pourquoi ne dériverait-on pas sur quelque 



1. Andréa Cioli, iq septembre i6ro. 

2. L'EsToiLE, t. X, p. 383. — Le récit de Cioli, qui entre dans tous 
les détails naïfs de cette charmante petite aventure, est beaucoup plus 
complet et exact que celui de L'Estoile. 



LE ROI. [35 

obscure créature des Concini ce besoin d'affection que le 
jeune roi paraît avoir si vivement ressenti? 

Le 13 septembre, le roi ayant appris de plusieurs gentils- 
hommes qu'un jeune Florentin nommé Zanobi Spini tirait 
merveilleusement de l'arbalète et faisait de vrais massacres 
d'oiseaux avec autant d'adresse que de rapidité, l'envoya 
chercher par tout Paris pour lui voir montrer son talent dans 
le jardin des Tuileries. Zanobi vint, non seulement avec 
son arbalète, mais avec une chouette, manières tout à fait 
nouvelles en France de chasser aux oiseaux. En se servant 
de l'oiseau de nuit pour attirer ses victimes et de son arme 
pour les frapper, l'Italien amusa tellement le roi qu'il voulut 
le garder toute la journée auprès de lui. Zanobi se mit à 
lui apprendre le tir de l'arbalète. Pour comble de bonne for- 
tune, ayant dit au roi qu'il attendait d'Italie de ces filets à 
prendre les oiseaux qui n'étaient pas non plus encore en usage 
de ce côté-ci des Alpes, il les trouva en rentrant à son 
logement, et le lendemain matin il alla les apporter au 
roi. Le jeune prince l'accueilUt fort bien et lui renouvela 
le commandement qu'il lui avait déjà fait la veille, de 
le suivre à Monceaux et à Reims. « Le tout a eu lieu et 
se poursuit, dit Andréa Cioli, grâce à l'introduction et à 
la faveur de Concini d'accord avec madame sa femme. Il 
aime beaucoup, et à juste- titre, ce gentil garçon, devenu 
déjà, suivant l'habitude, l'objet de l'envie des autres Ita- 
liens qui sont ici. M"" et Mme Concini s'en servent en 
plus d'une occasion, et il réussit fort bien en toutes 
choses; car il est intelligent et bien tourné. Je tiens pour 
certain qu'ils lui feront du bien ^ » Concini et sa femme 
avaient eu, dans cette circonstance, une inspiration plus 
heureuse que de coutume. Ils connaissaient Tattrait qu'exer- 
çait sur le jeune roi le plaisir de la chasse et le soin qu'il 
aimait à prendre des instruments matériels ou animés de 

I. Andréa Cioli, 24 septembre 1610. 



i36 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

cette distraction qui dégénère si facilement chez ceux qui 
s'y adonnent de bonne heure en passion exclusive et enva- 
hissante. Avaient-ils deviné la concurrence terrible que déjà 
peut-être commençait à faire à leur influence le lauconnier 
Luynes ? Cherchaient-ils à le diminuer dans l'esprit de l'en- 
fant par la comparaison des méthodes anciennes de chasse 
avec les procédés ingénieux et plus nouveaux de Zanobi? 
C'est une supposition qui ne manque pas de vraisemblance. 
Si les Concini firent ce calcul, l'avenir les trompa. Zanobi 
Spini était depuis longtemps oublié que le maître des 
oiseaux du cabinet du roi, Charles d'Albert de Luynes, tenait 
déjà dans sa main la destinée des Concini et le sort de la 
France, grâce à l'empire qu'il exerçait sur Louis XIIL 

On n'a pas été sans remarquer l'attitude à la fois loyale 
et circonspecte de la maison de Lorraine au milieu des 
luttes d'influence et d'intérêt, dont la cour était devenue le 
théâtre. Les Guises constituaient traditionnellement un parti 
opposé à celui des princes de Bourbon; mais ils avaient eu 
l'habileté de ne point accentuer, et même d'atténuer, jusqu'à 
le faire entièrement disparaître, le vieil antagonisme des 
familles. Toutes leurs visées paraissaient tournées vers le 
bien de l'État, et si le duc Charles de Guise était sorti de 
sa réserve une fois, c'avait été, l'on s'en souvient, pour 
prendre la défense du duc de Sully, menacé dans son pou- 
voir et dans sa réputation. Quelque louable que fût cette 
conduite, il ne faut pas croire qu'elle fût absolument désin- 
téressée. Marie de Médicis en effet tenait le chef de la 
maison de Lorraine par un appât des plus séduisants : 
Charles de Guise était épris de la beauté et de la richesse de 
Mme Henriette-Catherine de Joyeuse : c'était la fille de Henri 
de Joyeuse, frère du mignon de Henri III, tué à Coutras. 
Henri de Joyeuse, comte du Bouchage, puis duc de Joyeuse, 
était, après la mort de sa femme, entré en religion et fut 
connu, comme capucin, sous le nom de Père Ange. Sorti 



LES GUISES ET LES BOURBONS. iSj 

du couvent pour reprendre les armes en faveur de la Ligue, 
il se soumit assez tardivement à Henri IV, dont il reçut le 
bâton de maréchal de France; il reprit l'habit de bure en 
1599 et mourut en 1608. Sa fille avait épousé Henri de 
Bourbon, duc de Montpensier, qui fut le dernier représen- 
tant de cette branche de la famille royale et qui mourut éga- 
lement en 1608, laissant une fortune immense et une fille 
qui en était l'héritière. Bassompierre nous rapporte que 
« M. le duc de Guise, dès le vivant du feu roy, avait com- 
mencé fort secrètement la recherche de Mme de Mont- 
pensier; mais il ne s'osait descouvrir, parce le roy y eût 
difficilement consenty. Après sa mort, cette affaire se res- 
chauffa \ » 

Ce projet d'union qui intéressait à plusieurs titres la 
famille royale ne pouvait être poursuivi qu'avec l'assenti- 
ment de la régente. Le duc de Guise ne négligea rien 
pour l'obtenir. 

« C'est une belle princesse que Mme de Montpensier; et 
c'est péché qu'elle soit veuve », écrit Scipione Ammirato 
dès le 15 juillet 1610. Il ajoute que l'on ne croit pas beau- 
coup à la réalisation d'un mariage projeté entre elle et le 
duc de Guise. Il en donne pour raison que l'on songeait 
à marier la petite héritière de Montpensier avec le duc 
d'Orléans, frère du roi; et que, le premier mariage, celui de 
la mère avec le duc de Guise, se faisant, il n'était pas pro- 
bable que le second pût s'accomplir. En attendant le jour 
lointain où ce second mariage, considéré par Henri IV lui- 
même comme exigé par l'intérêt de la couronne, en raison 
de l'immensité des biens de la princesse, sera imposé au 
duc d'Orléans par la main de fer de Richelieu, le premier 
parut être en assez bonne voie dès que la reine sentit com- 
bien l'isolement dans lequel semblaient vouloir la tenir les 
princes du sang dès le commencement de septembre, lui 

I. Bassompierre, t. I, p. 286. 



l38 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

rendait nécessaire l'appui d'une famille restée malgré tout 
redoutable. « On dit que le mariage du duc de Guise et de 
Mme de Montpensier aura lieu », écrit Scipione Ammirato 
le 5 septembre 1610; et quelques jours après, dans sa 
dépêche du 14 septembre, Andréa Cioli déduit en parfaite 
connaissance de cause les raisons dont la régente s'inspirait 
dans le développement de cet épisode romanesque, con- 
sidéré à juste titre comme une affaire d'État. Après avoir 
constaté qu'il règne partout une grande tranquillité et qu'il 
n'est plus question de querelles entre les princes et les 
grands , l'envoyé florentin se fait l'écho de bruits d'après 
lesquels le prince de Condé aurait formé à Nancy une ligue 
de mécontents ou même aurait engagé des négociations 
avec les hérétiques pour les faire entrer dans son jeu ; Cioli 
ne croit pas beaucoup à ces arrangements. « Mais ce qui 
est bien vrai, ajoute-t-il, c'est que cette cour est divisée en 
deux partis, et il y aurait là une situation dangereuse, s'il 
naissait quelque trouble, ce dont plaise à Dieu nous garder. 
Avec une prudence consommée, Sa Majesté s'est proposé 
comme but d'affaiblir celui des deux partis qui est le 
moins pour elle. C'est pour cette raison qu'elle favorise le 
mariage de Guise avec Mme de Montpensier, sans regarder 
au préjudice qui pourrait en résulter pour M. le duc 
d'Orléans, lequel préjudice, au dire de quelques-uns, ne 
saurait exister. Car la fille de Mme de Montpensier possède 
à l'heure actuelle, sans tenir compte de Théritage de sa 
mère, une dot telle, qu'avec l'accroissement qui s'ensuivra 
dans l'intervalle du temps nécessaire pour faire les publica- 
tions de ce mariage, l'alUance, de toute façon, serait pro- 
portionnée. On dit qu'il n'en serait pas de même si la veuve 
y ajoutait encore; dans ce cas, en effet, l'enfant arriverait à 
une condition telle qu'elle pourrait plutôt aspirer à être la 
reine que la belle-sœur du roi. Mais ceci je l'ai appris du 
secrétaire de Guise, qui parle selon l'humeur de son maître, 
lequel désire infiniment cette union. Sully s'est en allé dans 



LES GUISES ET LES BOURBONS. I Sg 

ses terres, et ses affaires vont toujours en baissant, de sorte 
qu'à l'heure actuelle on parle d'annuler un grand nombre 
de ses résolutions, relativement à des contrats et adjudi- 
cations faits de sa propre et usurpée autorité et passés 
non conformément aux anciens us et coutumes.... Il me 
paraît extrêmement heureux que l'on n'entende plus ce 
Sully faire du bruit, ni d'autres pour lui, comme naguère, 
et on peut voir combien la négociation du susdit mariage 
est utile à ce point de vue, parce que Guise, non seulement 
ne parle plus en faveur de Sully, mais paraît n'avoir plus 
d'autre préoccupation que celle de servir Sa Majesté la 
reine, si bien que nul ne fréquente la cour plus que lui. Et 
je ne vais jamais au Louvre, moi qui m'y rends deux fois 
par jour, sans l'y trouver ou sans le voir arriver presque 



aussitôt '. » 



On voit quelle était l'importance du mariage de Mont- 
pensier dans le jeu de la politique intérieure. Il n'y a pas 
lieu de croire à la prétendue Ligue de Nancy qui aurait 
groupé dans une pensée de révolte autour du prince de 
Condé presque tous les autres princes, y compris les Guises 
et par-dessus le marché les Protestants '. Ce n'était là 
qu'une fable forgée de toutes pièces dans l'imagination du 
trop zélé marquis Botti, au dire de ses collègues Andréa 
Cioli et Scipione Ammirato. Mais il est certain qu'il n'était 
pas le conseiller d'une mauvaise politique lorsqu'il disait : 
(' Il faut que la reine ait pour agréable que la princesse de 
Montpensier se remarie avec le duc de Guise, malgré la 
promesse qu'elle avait faite au roi mort, lorsqu'il conclut 
le mariage entre la toute petite fille de cette dame et le duc 
d'Orléans ; et il faut que le duc de Guise soit secondé de 

1. Andréa Cioli, 14 septembre 1610. 

2. Voir à la fin du volume, au catalogue des dépêches des ambas- 
sadeurs florentins, les extraits de la dépêche de Matteo Botti du 
19 septembre 1610, relatant cette information très douteuse et taxée 
d'erronée dans une dépêche ultérieure de Cioli en date du 20 no- 
vembre. Nous donnons ces passages à titre de curiosité. 



140 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

Sa Majesté dans son dessein d'avoir pour femme celle qu'il 
a toujours désirée non moins pour sa grande richesse que 
pour sa grâce, sa modestie et sa beauté plus qu'ordinaire. 
Un si notable bienfait aura certainement pour résultat de 
détacher ledit duc et toute sa suite de Condé et des autres; 
et c'est ce qui arrivera, le mariage s'accomplissant, ce dont 
je suis assuré, moyennant cette condition expresse, parce 
que la reine non seulement n'y est pas opposée, mais y 
travaille de toutes ses forces. Le duc et la princesse se plai- 
sent; et on les voit ensemble maintenant plus que jamais. 
Le cardinal de Joyeuse, oncle de la dame, qui est son 
héritière, est particulièrement favorable au projet en ques- 
tion. » 

Ainsi tout semblait sourire aux vœux du duc de Guise, 
lorsqu'il se trouva en présence d'une difficulté qui ne 
prenait point son origine dans la politique. Le duc Charles 
de Guise n'avait pas été pour Henri IV un adversaire qui 
pût compter sur le terrain diplomatique ou miHtaire, mais 
il paraît avoir été moins malheureux dans un genre de 
rivalité où la jeunesse lui assurait d'incontestables avan- 
tages. On sait toutes les tribulations dont Henri IV avait 
souffert à cause de la fameuse promesse de mariage dont il 
avait gratifié Henriette d'Entragues pour venir à bout de sa 
résistance. La marquise de Verneuil avait pu apprécier le 
peu de valeur d'un semblable papier ; elle s'en était cepen- 
dant fait donner un tout pareil par le duc de Guise; mais 
l'idée fixe du mariage poursuivi par tous les moyens ne lui 
réussit guère. Le duc, pas plus que le roi, ne se soucia de 
faire honneur à une promesse écrite dont les conséquences 
à cette époque n'étaient pas sans gravité, mais qui n'avait, 
au fond, pas plus de sérieux que ces fragiles serments devant 
lesquels ont, de tout temps, capitulé, parmi les femmes, les 
«âmes trop aimantes, les consciences faibles ou les esprits 
dominés par l'am.bition et l'avidité. Ces faiblesses ou ces 
marchés n'ont presque jamais fait que des dupes. La mar- 



LES GUISES ET LES BOURBONS. 14! 

quise de Verncuil en fit par deux fois au moins la pénible 
expérience : « Dans le mariage du duc de Guise dont il est 
parlé ci-dessus, écrit Matteo Botti, il se produit une diffi- 
culté qui n'est pas petite : c'est que la marquise de VerneuiL 
veut faire la preuve que le duc s'est engagé à se marier avec 
elle. On fait étudier la cause \ » Mme de Verneuil se 
montra de meilleure composition que lorsqu'il s'était agi 
de la promesse de Henri IV. L'enjeu en valait évidemment 
moins la peine, et la marquise, moins jeune et moins 
ardente, était lasse d'un genre de lutte qui lui avait si mal 
tourné. Mais ce qu'il y a de piquant dans l'aventure, c'est 
que c'est la reine elle-même, si directement et violemment 
menacée sous le règne de Henri IV par les revendications 
criminelles de la marquise de Verneuil, qui négocia cette 
nouvelle et délicate affaire. Elle n'eut pas besoin de recourir 
à voie de justice. 

La marquise de Verneuil promit à la reine de brûler 
solennellement les écrits qu'elle avait du duc de Guise; 
mais elle ne voulut pas s'engager encore à ne pas faire des 
protestations qui risquaient de gâter toute l'afîaire ". Pour- 
suivie dans ce dernier retranchement, la marquise n'opposa 
qu'une faible et courte défense ; mais elle prétendit ne 
sortir de ce réduit de sa vertu qu'aux termes d'une hono- 
rable capitulation. « Le mariage de M. le duc de Guise avec 
Mme de Montpensier, lisons-nous dans la dépêche d'Andréa 
Cioli du 20 septembre, est si avancé que l'on dit qu'il se 
conclurait avant le couronnement, si l'on n'était déjà en 
mouvement pour aller à Reims. Mme la marquise de Ver- 
neuil a finalement brûlé tous les papiers sur lesquels elle 
fondait ses prétentions à l'encontre dudit seigneur duc, 
moyennant la condition qu'il lui fasse une attestation qu'il 
n'a jamais reçu d'elle aucune satisfaction de nature à enta- 
cher son honneur; et ainsi se trouve écartée la majeure dif- 

1. Matteo Botti, 19 septembre 1610. 

2. Matteo Botti, 19 septembre 161 o. 



142 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

ficulté qui se posât dans la négociation de ce mariage \ )> 
Par le bruit fliit encore autour de son nom, beaucoup plus 
que par la déclaration d'innocence qui résultait pour elle de 
ce nouveau papier du duc de Guise, la marquise de Ver- 
neuil trouva moyen de s'assurer une satisfaction d'amour- 
propre aux dépens de la vanité de son ancien amant. Cette 
manière de vengeance ne manquait pas d'esprit. 

La reine, à ce moment, se montra fort satisfaite de la 
façon dont elle était sortie de toutes les difficultés qui 
s'étaient présentées dans le cours de cette première étape 
de sa régence. Sa joie naïve s'exprime avec une volubilité 
incohérente qui déroule à nos yeux tous ses sujets de con- 
tentement dans la dépêche suivante de Matteo Botti : « Il 
me paraît, dit-il, que cette grande princesse prend tous les 
jours un très véritable accroissement de prudence. Et Sa 
Majesté elle-même m'a confié, en discourant avec moi, 
comme elle le fait souvent longuement, qu'elle commence 
maintenant à entendre son métier, et que dans peu de 
temps elle pense en savoir encore davantage. Elle m'a dit 
qu'il n'est pas vrai que le roi son mari eût pris à cœur de 
l'initier aux affaires; qu'il est vrai qu'actuellement toute 
chose consiste dans la garde de sa propre vie, et qu'on y 
veille, bien qu'elle n'ait pas peur. Elle a une extrême 
confiance, en cas de besoin, dit-elle, dans les forces de sa 
propre personne; car lorsque le roi son mari se mit à se 
promener en tête à tête avec Biron, elle lui dit qu'elle 
voulait être auprès de lui pour se jeter par derrière sur le 
maréchal, si elle avait vu qu'il voulût faire le moindre mou- 
vement. Elle connaît, a-t-elle ajouté, quels sont ceux d'ici 
qui ont un mauvais esprit. Outre le soin de se garder et de 
s'assurer au moyen de puissants appuis, elle a pour but de 
confondre et de s'attacher un chacun à force de prévenances 
et de bienfaits. Elle a éprouvé beaucoup de satisfaction de 

r. Andréa Cioli, 20 septembre 1610. 



LES GUISES ET LES BOURBONS. 148 

l'issue des affaires de Juliers, de la tranquillité qui règne en 
Allemagne, du désarmement qui s'opère en Lombardie; 
elle est enchantée que le prince Philibert aille en Espagne; 
que don Innico de Cardenas continue à lui témoigner une 
aussi grande bonne volonté ; que le duc de Feria se montre 
plein de satisfaction; que le Concino soit content; que ses 
briques de Montelupo se fassent et que, puisqu'il y en a 
pour douze chambres, on puisse encore en arranger quel- 
ques-unes à Monceaux. Elle est heureuse que soit arrivée la 
grande lunette de Galilée, bien que l'on ne voie pas beau- 
coup plus qu'avec les autres; que le roi son fils se montre 
si obéissant malgré toute sa vivacité; que Souvré soit un si 
excellent gouverneur, bien qu'un peu trop complaisant \ » 

Il y avait cependant quelques ombres au tableau enchan- 
teur que la reine se plaisait à faire de sa féUcité présente. 
Le prince de Condé s'était absenté de la cour. Pour gou- 
verner on pouvait aisément se passer de lui. Mais son 
abstention, lorsqu'il s'agissait d'assister à une cérémonie 
publique aussi importante que le couronnement du roi, ne 
pouvait être envisagée que comme une manifestation d'hos- 
tihté, on pourrait même dire un acte de rébeUion. Marie de 
Médicis n'était pas sans inquiétude à ce sujet. 

« Voilà déjà plusieurs jours, écrit Andréa Cioli, que le 
prince de Condé est dehors; le bruit de la cour veut que ce 
soit pour rendre d'autant meilleure sa situation au point de 
vue de ses espérances et de ses prétentions sur la dignité 
de connétable. Mais le Père Dubois, que j'ai été voir 
aujourd'hui, m'a dit comme une chose certaine qu'il n'est 
parti, et son départ a eu lieu seulement quand on annonça 
la prochaine arrivée du duc de Feria, que pour éviter de 
donner à redire, en faisant à l'égard de cet ambassadeur 
certaines démonstrations auxquelles il se serait cru obligé 
par devoir de gratitude envers l'Espagne. Le Père Dubois 

I. Matieo Botti, 19 septembre 1610. 



144 ^^ MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

m'a affirmé qu'il tenait cette raison de Condé lui-même; en 
conséquence il ne croit point qu'il soit pour venir d'un 
jour à l'autre, comme le bruit en court, bien qu'il ait été 
rappelé par la reine, laquelle, si elle ne l'a pas su, saura la 
cause légitime de son absence et l'excusera. Le duc de 
Nevers, lui aussi, reste absent de la cour; il est mal satisfait 
parce qu'il n'a point, comme les autres, été gratifié soit 
d'une pension,, soit de toute autre chose. Bien qu'il n'eût 
rien demandé, comme on avait fait généralement, il avait 
cependant laissé entendre qu'il avait des dettes, et pensait 
que cela devait suffire. On dit que le duc d'Aiguillon, son 
beau-frère, ira le trouver pour lui faire savoir, de la part de 
la reine, qu'on lui donnera satisfaction *. » 

Ces incertitudes ne furent pas de longue durée. Un coup 
de théâtre vint rassurer la régente : « Hier au soir, à la nuit, 
est arrivé M. le prince de Condé; et, ce matin, il a été se 
présenter à la reine; par là on voit que Sa Majesté a voulu 
qu'il revienne pour de bon non obstantihus quihuscunque \ et 
le fait d'être arrivé ici deux jours seulement avant le départ 
pour Reims suffit à affranchir la reine de ces préoccupations 
qui, au dire du Père Dubois, lui causaient de l'ennui ^ » 

Le duc de Nevers ne se fit pas non plus attendre. La cour 
pouvait se mettre en marche. Les habitants de la Cham- 
pagne, déjà foulés par le séjour de l'armée, avaient demandé 
que le voyage à Reims fût différé après les récoltes; elles 
étaient rentrées depuis longtemps. 

1. Andréa Cioli, 27 septembre 1610. 

2. Andréa Cioli, 28 septembre 1610. 



VI 



LE SACRE DU ROI. — LA POLITIQUE DU MARQUIS D'ANCRE 



Apaisement et bonne entente générale au moment du sacre de 
Reims. — Distribution des rôles officiels. — Départ de la cour. — 
Séjour à Monceaux. — Les cérémonies du sacre. — Attitude pro- 
vocatrice de Concini. — Insuccès de ses prétentions. — Faveur 
croissante du marquis d'Ancre. — Renouvellement des intrigues 
des princes du sang. — Rappel de Sully. — Rentrée du roi à 
Paris. — Réconciliation du prince de Condé et du comte de Sois- 
sons. — Coalition des princes du sang. — Condé vise à la lieute- 
nance générale du royaume. — L'idée d'une convocation des Etats 
généraux mise en avant. — Conversation politique du favori Con- 
cini à ce sujet. — La reine essaye de tenir la balance égale entre 
les Guises et les Bourbons. — Esclandre suscité par le duc d'Eper- 
non. — Le prince de Condé et le comte de Soissons quittent la 
cour. — La présence de Sully aux affaires est nécessaire pour l'éta- 
blissement de l'état des recettes et des dépenses. - Inimitiés aux- 
quelles il est en butte. — Sa brouille avec Villeroy. — Raisons 
financières et motifs tires de la politique étrangère. — La régente 
cherche à s'entendre avec les princes et les fait revenir pour la 
clôture de l'année 1610. 

Septembre-Décembre i6io. 



La cérémonie du sacre du jeune roi laissa en suspens 
les dissentiments qui s'agitaient à la cour, et montra la 
maison de France presque complètement unie en appa- 
rence autour de Tenfant espiègle mais déjà réfléchi, vif et 
taciturne, docile et quelquefois cependant impérieux, dont 
cet acte solennel inaugurait le tragique et glorieux règne. 

10 



1^6 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

Le prince de Condé devait représenter à cette cérémonie le 
duc de Bourgogne; les princes de Conti et de Soissons y 
figurer pour les ducs de Normandie et d'Aquitaine; les 
ducs de Nevers, d'Elbœuf et d'Épernon y tenir la place 
des comtes de Flandre, de Champagne et de Toulouse. 
Tous ces hauts personnages, Bourbons, Guises ou grands 
seigneurs, allaient rendre un éclatant hommage aux tradi- 
tions de la monarchie française en reconnaissant dans le 
fils de l'homme qui avait tant fait pour réconcilier les 
partis et pacifier les esprits, le roi désormais incontestable 
devenu la base solide de l'édifice fragile de la régence. 

Ceux des princes ou des grands officiers de la couronne 
qui furent absents ne pouvaient être soupçonnés de mé- 
contentement ou de réserve inquiétante, vu la nature des 
excuses qu'ils avaient à faire valoir. En effet les chefs de la 
maison de Guise ne se rendirent pas au sacre à cause d'une 
vieille et insoluble question de préséance avec la maison de 
Nevers, d'où il était résulté que, par une convention tacite, 
chacune des deux familles allait à son tour aux cérémonies 
publiques; et cette fois-là, c'était le tour des Nevers. Le 
connétable de Montmorency, de son côté, dut rester à Paris; 
il vint en effet prendre le commandement supérieur de la 
capitale, pendant l'absence de la cour, pour trancher un 
autre genre de différend qui se fût produit pour le gou- 
vernement de la place entre le duc de Mayenne, gouver- 
neur de l'Ile-de-France, et monseigneur de Liancourt, 
premier écuyer du roi, gouverneur en titre de Paris \ Le 
grand maître de l'artillerie, Sully, s'était, il est vrai, rendu 
dans ses terres au château de Montrond, mais il trouvait 
dans sa qualité de protestant une dispense légitime. La 
population parisienne apporta aussi au nouveau règne une 
adhésion qui n'était pas sans valeur, quand on se rappelle 
quelle guerre acharnée elle avait faite au père de Louis XIII. 

I. Scip. Ammirato, 20 octobre 1610. 



LE SACRE DU ROI. I47 

« Il .ne reste plus à Paris que les boutiquiers, écrit le secré- 
taire Scipione Ammirato; tout le reste est allé aux fêtes de 
Reims \ » 

Le départ de la cour pour le sacre eut lieu le 2 octobre. 
La superstitieuse régente avait choisi exprès ce jour qui 
était l'anniversaire de celui où elle partit de Florence pour 
se marier ^ Aussi attendit-elle, sous prétexte de la pluie, le 
retour de cette date de bon augure; car la mise en route 
avait été primitivement fixée au jeudi 30 septembre. Les 
bagages furent envoyés en avant ^. La régente, au moment 
de partir, crut devoir, dans des circonstances qui invitaient 
plutôt à la clémence qu'à la rigueur, faire montre, en matière 
de justice, d'une inflexibilité qui n'était guère dans ses 
habitudes politiques. Elle résista aux instances du comte 
de Soissons, du duc d'Épernon et de beaucoup d'autres 
seigneurs qui la suppliaient d'accorder sa grâce à un jeune 
homme de vingt ans, neveu d'un procureur au parlement 
de Grenoble, qui, venu à Paris pour étudier, volait la nuit 
dans les maisons, avec deux autres compagnons. Tous. les 
trois furent pendus \ 

Louis XIII, « éveillé à cinq heures, se leva avec allégresse 
et impatience d'aller à son sacre ». Il est intéressant de se 
faire une idée de l'incroyable activité physique exigée d'un 
enfant aussi jeune et de la part énorme qu'elle prenait 
dans l'éducation destinée à former un roi, par quelques 
détails de l'emploi de son temps pendant les premières 
journées de voyage. Le jour du départ, au rapport d'Hé- 
roard, « à six heures et demie, il déjeune. Botté à sept 
heures, il entend la messe en Bourbon. A sept heures trois 
quarts, il entre en carrosse et part de Paris. Dîné à dix 
heures à Livry, peu après il monte à cheval, est allé à la 



1. Scip. Ammirato, i5 octobre 1610. 

2. Andréa Cioli, 7 octobre 1610. 

3. Andréa Cioli, 28 et 3o septembre, 2 octobre 1610. 

4. Andréa Cioli, 3o septembre 1610. 



148 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

chasse. A trois heures goûté à la campagne; arrivé à 
Fresne par les allées, il se promène à pied et îi cheval. La 
reine, qui avait dîné à Bondy, arrive à cinq heures et 
demie. A sept heures soupe; et s'amuse en son cabinet à 
peindre, fait lui-même ses couleurs sur le cuivre, peint sur 
la toile l'Avarice et la Prudence, assez bien, y est attentif, 
fait toutes les actions que saurait faire un peintre, à la fin 
serre lui-même ses couleurs et ses pinceaux. Le dimanche 3, 
à sept heures trois quarts, il part de Fresne en carrosse et 
va à Meaux. Peu après il monte à cheval, vient chassant 
par Trie-le-Port et arrive à quatre heures à Monceaux. » 

C'est dans cette résidence que la régente résolut de 
s'arrêter quelques jours, en raison de bruits fâcheux qui 
couraient sur l'état sanitaire dans la ville de Reims*. Elle tint 
une cour brillante dans l'endroit délicieux où jadis avait 
rêvé de la couronne Gabrielle d'Estrées. L'ambassadeur 
florentin CioH, qui suivait la cour dans la même voiture 
que le marquis d'Ancre, vint y rendre visite à Marie de 
Médicis, qui l'accueillit avec les éclats ordinaires de sa vani- 
teuse bonne humeur : « Tu verras, lui dit-elle, ce que tu 
n'as jamais vu et ce que je ne me soucie plus de voir ». 
Cette réflexion véritablement singulière semblait évoquer, 
comme le souvenir d'événements dont le retour ne parais- 
sait pas impossible à la régente, l'image des trois sacres 
auxquels avait assisté comme reine, épouse et comme reine 
mère Catherine de Médicis. L'agent florentin répondit, non 
sans à-propos : « Et je désire également que mes enfants, 
si j'en ai jamais, ne voient- jamais ce spectacle; car je 
souhaite que le présent roi vive de très longues années, ce 
pourquoi je prie Dieu et le prierai continuellement ». 

Le 4 octobre la reine se promena dans le jardin et le 
parc; elle allait tantôt à pied, tantôt dans le petit carrosse 
à six bidets dont le roi aimait à se servir, en conduisant 

1 . Héroard, t. II, p. 26. 



LE SACRE DU ROI. I49 

lui-même les petites montures; la reine était accompagnée 
de la princesse de Conti. Derrière suivait dans un véhicule 
plus grand, mais sans coussin ni fermeture, la marquise 
Concino avec plusieurs dames de haute qualité. La reine 
alla entendre la messe dans la galerie, parce que la cha- 
pelle n'était pas encore terminée. Le marquis de Tresnel, 
le vidame du Mans, le maréchal de Lavardin l'escortaient. 
Le roi avait appris la veille dans la conversation du soir 
que, pendant la route, l'Italien Spini avait fait merveille 
avec son arbalète. Il le fit venir ce matin-là dans le parc 
avec son arme et sa chouette; la reine, invitée par son fils 
à la séance, y prit beaucoup de plaisir ainsi que toute la 
cour. Chacun voulut s'essayer îi tirer, mais sans succès. 
On était stupéfait de voir Spini abattre une tête d'épingle, 
et atteindre d'une balle de son arbalète une seconde balle 
tirée par une autre personne pendant que le projectile rou- 
lait à terre '. 

La faveur de Mme Concini se manifesta d'une manière 
éclatante pendant tout le cours du voyage. A Monceaux 
notamment, où la reine se promenait dans le parc, dans le 
jardin, tantôt à pied, tantôt dans un petit carrosse où elle 
avait fait asseoir à côté d'elle la princesse de Conti, on 
voyait la marquise d'Ancre se pavaner dans un autre car- 
rosse, mais plus grand et sans coussin ni couverture, 
accompagnée de deux des plus grandes dames de la cour. 

Quant au marquis d'Ancre, il ne fit qu'une assez maigre 
figure pendant ce voyage où tant de haute noblesse devait 
naturellement éclipser l'étranger et le parvenu. Il se rabattit 
sur les ItaUens, objets de son mépris quand il se sentait le 
vent en poupe, et confidents de ses heures de décourage- 



I. Andréa CioH, 4 octobre iGio. Seul parmi les contemporains, 
Héroard fait dans les lignes suivantes une allusion à cette distraction 
dont s'éprit si vivement le roi : « 11 disait à M. de Bellegarde, grand 
écuyer, qu'il avait une arbalète : « Sire dit-il, vous en tirez bien. — 
« Non je ne tire pas bienj mais peu à peu nous apprendrons. » (T. II, 
p. 27.) 



I 5o LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

ment. Il offrit à Cioli une place dans son carrosse pour se 
rendre à Monceaux, puis à Reims et occupa les loisirs de la 
route en racontant à son compagnon toutes ses mésaven- 
tures sous le feu roi. Sans doute il en croyait le retour 
impossible ; cette pensée Fobsédait néanmoins : Louis XIII 
avait pour la mémoire de son père un culte profond et les 
antipathies paternelles s'étaient comme transfusées dans 
sa jeune âme. Q.u'adviendrait-il de Concini quand le roi 
serait devenu grand? On ne peut s'empêcher de croire que 
l'Italien y songeait, lorsqu'il rapporta dans la voiture à son 
compatriote ce mot de Fenfant royal qui a échappé à 
Héroard : un soir, comme le roi se mettait au lit, la reine 
mère, qui dormait dans la même chambre que son fils, lui 
dit : (( Je veux vous faire tirer par les bras et par les jambes. 
— Et pourquoi, madame? demanda le roi. — Afin que vous 
grandissiez plus vite, répliqua-t-elle. — A quoi bon? reprit 
vivement Louis XIII, puisque je n'aurais pas en même 
temps la capacité de l'esprit. » Elle devait venir plus tôt que 
ne sut le prévoirie marquis d'Ancre. 

Le Florentin croyait en son étoile. A Reims où les céré- 
monies officielles se passèrent suivant les formes accoutu- 
mées \ du 14 au 19 octobre, il n'hésita pas à attirer l'atten- 
tion sur lui en faisant du scandale. Il chercha querelle pour 
des questions de préséance à de vieux serviteurs de la cou- 
ronne. M. d'Aiguillon, un fils de Mayenne, grand cham- 
bellan, et le duc d'Épernon en vinrent aux injures et 
menaces à l'égard de l'outrecuidant personnage; et le duc 
de Bellegarde dut l'emporter de haute lutte pour figurer à 
la cérémonie comme premier gentilhomme de la chambre 

I. Mercure français, t. I, p. 53o et suiv. — Dorât, la Xymphe ré- 
moise au roi. — Bassompierre, Mémoires, t. I, p. 284. Les dépêches 
des Florentins relatives à la cérémonie du sacre ont disparu; il n'en 
existe plus qu'une, celle dans laquelle Scip. Ammirato, s'en remettant 
sur Botti du soin de donner les détails, se plaint du froid très vif qui 
régnait dans la basilique à cause des vitraux brisés par la foule de 
ceux qui s'étaient hissés jusqu'aux fenêtres pour voir le spectacle. 
(20 oct. 1610.) 



LE SACRE DU ROI. l5 I 

en fonction. Ce qu'il y eut de plus fflcheux dans cette con- 
duite audacieuse, c'est qu'elle révéla toute la faiblesse de 
cette main de reine qui n'avait d'énergie que pour soutenir 
le favori. 

Le gouvernement de la régente sortit en effet de cette 
solennité du sacre compromis et ébranlé. Des mécontente- 
ments légitimes cherchèrent l'occasion de se manifester, et, 
pendant que le roi était ramené dans sa capitale, des con- 
ciliabules se tenaient derrière lui. Le duc de Bouillon , un 
vieux conspirateur, cherchait à nouer une coalition entre 
tous les princes du sang et les grands du royaume attachés 
à leurs intérêts. Les ducs de Longueville, de Nevers, le 
marquis de Cœuvres et quelques autres le suivirent à Sedan 
où « il estreignit, dit RicheHeu, la nouvelle liaison qu'il 
avait faite, par un second nœud, pour la rendre indissoluble » . 

Dans la détresse où commençait à se trouver le gouver- 
nement de la régente, il fallut rappeler le pilote expérimenté 
qui avait récemment quitté le gouvernail. Le départ du 
surintendant Sully avait cependant laissé beau jeu à ses 
ennemis. 

« Le duc de Sully reste loin de la cour, écrit le Vénitien 
Foscarini. C'est assurément avec la permission de la reine; 
mais cette absence a donné, à ceux qui lui veulent peu de 
bien, matière de s'unir et d'essayer de l'abaisser autant que 
possible, ce qui n'est pas sans leur réussir en quelque façon; 
car ses ennemis sont en faveur auprès de la reine et de ceux 
qui ont une grande part au gouvernement *. » 

Sully, cette fois encore, n'était point parti sans esprit 
de retour. Comme le dit pittoresquement L'Estoile : « Les 
pensées des grands ne les laissent jamais guères reposer sur 
telles affaires. C'est la plaie des mouches très importunes 
d'Egypte; vous avez beau les chasser, elles reviennent tou- 
jours. » La pensée d'être désormais condamné à l'inaction 

I. Ambas. vénit. Foscarini, 6 octobre iGio. Filza 42. 



l52 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

politique, le chagrin que lui avaient causé tant d'événe- 
ments douloureux survenus dans l'espace de quelques 
semaines, les efforts f^iits sur lui-même pour s'accommoder 
au nouveau régime, produisirent chez le surintendant une 
réaction violente. Il tomba si dangereusement malade au 
château de Montrond, qu'on le crut perdu. Le bruit courut 
même à Paris qu'il était mort après avoir reçu les sacre- 



ments V 



C'est ce moment de la narration que l'auteur des Écoiio- 
mies royales choisit pour y intercaler deux grandes compo- 
sitions poétiques de sa fiiçon. L'une est un Parallèle 
de Henri IV et de César, où les rapprochements ingénieux 
ne manquent pas, mais dont l'inspiration lourde et le ton 
monotone rendent la lecture peu attrayante. L'autre con- 
tient les Adieux de Sully à la cour', l'homme s'y peint bien 
lui-même, avec son âpre amour du pouvoir et son dévoue- 
ment à la patrie, ses rancunes personnelles et ses vues 
prophétiques. Il y parle en termes indignés au jeune roi 

De ceux qui m'ont ravi estais et récompense, 
Tous lesquels abusant de la minorité 
Et du seing et du sceau de \'otre Majesté 
Profaneront honneur, dissiperont richesses, 
Changeront alliés, raseront forteresses, 
Banniront de la cour les meilleurs serviteurs 
De la France et de vous, et pour nos conducteurs 
Mettront des gens de rien qui n'osaient comparaître 
Ni se faire nommer du vivant de mon maître. 

Il est facile de s'apercevoir, à certains détails, que la 
rédaction de ces œuvres poétiques doit être de beaucoup 
postérieure à Tannée 1610; et c'est bien plus en vue de 
l'effet à produire sur le lecteur que par respect pour l'ordre 
chronologique des pensées du surintendant qu'elles se trou- 
vent à cette place. En proie à la maladie, aux regrets, soutenu 
par un vague espoir que son rôle n'était pas fini, Sully ne 

^i. Scipione Ammirato et Matteo Botti, 12 et i3 octobre lôio. — Cf. 
Economies royales^ p. 400, col. 2. 



LE SACRE DU ROI. I 53 

nous paraît guère avoir été dans l'état d'esprit favorable à 
cette échappée d'une Muse longuement plaintive et maus- 
sade. Les transpositions ne manquent pas dans l'œuvre 
historique de Sully : le ministre vieilli tenait à tous ses 
papiers et ne s'est pas toujours suffisamment gêné pour les 
placer un peu au hasard ou suivant les besoins de la cause. 
Mais comme nous ne faisons pas ici la critique de la com- 
position des Economies royales^ nous n'insisterons pas davan- 
tage sur cette observation, pour en venir immédiatement 
aux dernières semaines de la vie ministérielle de Sully. 

Les mémoires contemporains sont d'accord sur ce point : 
la reine, voyant bien que le sacre du roi apporterait seule- 
ment une courte trêve aux hostilités des princes et des 
grands entre eux et à leurs exigences vis-à-vis de la cou- 
ronne, fit de Reims même un appel à Sully, pour l'engager 
à revenir au plus tôt. Elle lui écrivit à ce sujet une lettre 
que reproduisent les Economies royales. D'après RicheUeu, 
la reine fit plus encore. « Le conseiller d'État BuUion eut 
ordre de s'avancer pour le trouver à Paris au retour de ses 
maisons, et lui faire entendre la bonne volonté de la reine, 
qui voulait avoir en lui pareille confiance qu'avait eue le feu 
roi *. » En face de pareils engagements, Sully se retrouva 
sur pied. Il regagna Paris, fit placer des pièces de canon sur 
les murailles de l'Arsenal et de la Bastille, et attendit le fils 
de Henri IV '. 

Le roi revint à Paris le 30 octobre 16 10 à la tombée de 
la nuit. La reine mère, arrivée dès le matin, s'arrêta pour 
déjeuner dans la maison du banquier florentin Zamet, d'où 
elle voulait voir passer le jeune roi. Louis XIII ne fit point 
une entrée solennelle, puisqu'on ne le reçut point sous un 
dais et que la cour de Parlement et les autres magistrats ne 
se portèrent point à sa rencontre. Le prévôt des marchands 
et les officiers de la ville furent seuls au-devant de lui. Cette 

1. Economies royales, p. 405. — Richelieu, Mémoires, p. 33. 

2. Andréa Cioli, 29 octobre 1610. 



l54 LA MINORITK DE LOUIS XIII. 

entrée n'en fut pas moins imposante. Hors de la porte 
Saint- Antoine une foule considérable accueillit Louis XIII 
aux cris de : « Vive le roi ! » Le grand maître fit entendre 
au milieu des acclamations populaires le tonnerre de son 
artillerie, « cent canonnades de cent canons», dit Héroard. 
« Le roi, ajoute L'Estoile, regarda d'un œil gai et attentif 
tirer les bouches à feu, à quoi il montra grand plaisir. » 
Louis XIII, tout vêtu de rouge, avec de larges garnitures 
d'or sur tous ses habits, montant un grand cheval blanc et 
entouré de princes et de seigneurs, s'achemina à la lueur 
des torches vers le Louvre, « l'air altier et hardi, suivant son 
habitude {seconda il solito^ iuît' alîiero et haldan:^so) * ». 

Le jeune roi donnait de lui la meilleure opinion. De 
bouche en bouche on se répétait le joli mot qu'il avait dit 
à l'issue du sacre. La reine lui ayant dit de se reposer 
parce qu'il devait être fatigué et lui demandant s'il voudrait 
accomplir une autre fois le même acte : " Oui, madame, 
répondit-il, pour un autre royaume ! » La repartie n'était 
pas indigne du fils de Henri IV. Il fît également une vive 
impression sur des ambassadeurs hongrois venus pour 
saluer le nouveau roi. « Ces bonshommes, lisons-nous dans 
les dépêches de Cioli, ne font que louer Leurs Majestés 
et restent émerveillés du roi qui, dans un âge si tendre, 
donne des preuves manifestes qu'il ne veut pas être infé- 
rieur à son père ; car dans ses actes et ses paroles, il ne 
se conduit pas comme un entant, mais comme un homme, 
et ils ont dit mais n'ont pas été les premiers à le faire, que 
le seigneur Dieu, voulant rendre parfait cet enfant, lui avait 
donné la beauté et la bonté de sa mère, et la vivacité 
d'esprit et de corps de son père -. » 

Il manquait cependant à l'entourage du jeune roi quel- 
ques-uns de ceux dont la présence eût été de nature à 
rehausser encore aux yeux de tous la dignité ro3'ale. Le 

1. Andréa Cioli, 29 octobre 1610. 

2. Andréa Cioli, g novembre 1610. 



LE SACRE DU ROI. I DO 

prince de Condé, que le roi avait fait seul chevalier de 
l'ordre le lendemain de son sacre, après avoir été visiter le 
duc de Bouillon à Sedan et le duc d'Épernon à Metz, s'était 
dérobé sous un fort honnête prétexte : celui d'aller retrouver 
sa femme ^ à Valéry; mais on ne pouvait guère se tromper 
sur la signification de son attitude. « Il ne montre pas, écrit 
Matteo Batti, le calme et la satisfaction que Ton désirerait. » 
La retraite du duc d'Épernon à Metz était également un 
signe non équivoque de mécontentement. Quant au comte 
de Soissons, il demandait à s'en aller pour quinze jours 
dans ce magnifique gouvernement de Normandie que la 
reine avait commis l'imprudence de lui concéder pour faire 
taire ses prétentions au partage de la régence -. Cette 
désertion de quelques-uns des personnages les plus en vue 
de l'État inquiéta le gouvernement; et le Conseil intime de 
la régente essaya, par divers moyens, de déjouer les com- 
binaisons hostiles qui semblaient se préparer. 

Le maréchal de Bouillon et le duc d'Épernon ne pou- 
vaient faire aboutir leur plan de coalition qu'à la condition 
de rapprocher les princes de Condé et de Soissons, divisés 
par la rivalité politique et par des afi'aires d'intérêt. Le 
connétable de Montmorency, tout en conformant sa con- 
duite à ses hauts devoirs de grand officier de la couronne, 
n'était pas fâché de témoigner de la mauvaise humeur 
contre la princesse qui, parmi tant de faiblesses, n'avait 
pas encore consenti à celle qui eût été un acte de clémence 
vraiment politique : l'élargissement du comte d'Auvergne, 
gendre du connétable, toujours captif à la Bastille. Mont- 
morency s'employait donc activement à la réconciliation 
des deux cousins. Ne pouvant empêcher leur réunion, la 
reine voulut s'en attribuer le mérite et crut habile de pres- 
crire au connétable d'amener un accommodement chez les 
deux princes. Soissons et Condé se virent donc à l'hôtel de 

1. Scipione Ammirato, 3i octobre 1610. 

2. Scipione Ammirato, 17 novembre 1610. 



l56 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

Montmorency, firent leur accord, et, le lendemain, Sois- 
sons alla voir Condé et resta avec lui plus de trois heures. 
Quelles avaient été les bases de leur entente? On allait 
bientôt connaître à leurs exigences vis-à-vis de la cour que 
la reine mère n'avait rien gagné à favoriser leur réconciliation. 
En face du parti des princes, des Bourbons, qui commen- 
çaient à dessiner un jeu hostile à la reine étrangère, Marie 
de Médicis, par calcul, non moins que par inclination, 
s'était, comme on le sait, ménagé un appui éventuel dans 
la maison de Guise. Cette grande famille, sincèrement ral- 
liée à la dynastie, attendait de son loyalisme des bénéfices 
réels. Les po urparlers en vue du mariage du duc de Guise 
et de Mme de Montpensier furent repris vivement après les 
fêtes du sacre. Or le comte de Soissons s'était toujours 
montré fort hostile à un projet qui faisait entrer dans une 
famille autre que la sienne une des plus grosses fortunes de 
France et qui soumettait à l'influence des Guises l'enfant 
qui en était alors l'héritière. Remis en bons termes avec 
le comte de Soissons, Condé n'hésita pas à l'appuyer dans 
ses protestations, sans rompre ouvertement avec le duc de 
Guise qui alla déjeuner chez lui vers la fin de novembre. 
Néanmoins la vieille inimitié entre la maison de Guise et la 
maison de Bourbon risquait fort de se réveiller par refl"et 
de ces nouvelles intrigues '. 

Ce n'est pas la seule cause d'embarras que la coalition 
se proposait de susciter à la régente. Le bruit que les prin- 
ces allaient demander à se rendre dans leurs gouvernements 
ne tarda pas à se répandre. On pensait bien que c'était 
pour s'y ménager la faveur des habitants, exploiter les 
causes de mécontentement, et présenter des réclamations 
qui, si elles étaient favorablement accueillies, grandiraient 
le prestige des intermédiaires, et, dans le cas contraire, 
indisposeraient contre la régence. 

I. Andréa Gioli, 23 novembre 1610. 



LA POLITIQUE DU MARQUIS d'aN'CRK. iS/ 

L'idée d'une réunion des États généraux commençait 
aussi à se faire jour \ C'était la ressource suprême des 
temps de minorité ou d'incapacité du pouvoir royal : on 
pouvait en espérer ou le bien public ou la satisfaction d'in- 
térêts particuliers. Pour le moment, les promoteurs de l'idée 
leur assignaient comme tâche principale la remise de l'ad- 
ministration du royaume entre les mains du prince de 
Condé, qui serait nommé lieutenant général. 

Ainsi se trouvait préparé le terrain d'une opposition dont 
les premiers symptômes jetèrent dans le trouble le cercle 
intime de la reine mère. « On remarque une extraordinaire 
mélancolie chez le seigneur Concino, écrit Andréa Cioli le 
25 novembre léio. Quelques paroles qui lui sont échap- 
pées dénotent chez lui une véritable consternation. Le 
S*" Filippo Gondi lui ayant demandé ce qu'on pensait de 
cette réunion des princes lui a entendu dire : « Oh! pauvre 
« reine! Je ne sais plus que devenir maintenant ! » — Dieu 
garde la reine, ajoute le secrétaire florentin, de toute occa- 
sion de troubles! Elle peut bien dire qu'elle est seule et 
presque abandonnée; car le S"" Concino, avec son assis- 
tance, lui fera désormais plus de tort qu'il ne lui apportera 
d'aide, pour s'être mis à dos, non seulement la jalousie, 
mais on peut dire la haine de tous les princes et grands 
d'ici, en voulant trop se mettre en avant. Sa mauvaise 
intelligence avec Épernon est, de l'avis général, la plus per- 
nicieuse chose qu'il ait jamais pu faire, vu que ce personr 
nage serait un grand et utile ami pour la reine. Il a de la 
valeur et dispose de grandes forces, en raison de sa charge 
et de son étroite intelligence avec Soissons et d'autres. Le 
seigneur Concino m'a dit une fois qu'il connaissait fort 
bien la conduite à tenir avec les Français et que c'était un 
procédé fort sûr que de se jeter successivement tantôt dans 
un parti, tantôt dans l'autre. Si l'on en juge par les appa- 

I. Scip. Ammirato^ 21 décembre 1610. 



l58 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

rences, voilà qui ne lui réussit guère pour le moment. 
Quand il me parla ainsi, je lui répondis : « Il ne faut pas s'y 
« fier ». Et maintenant je lui dirais : « Personne ne voudra 
« se fier à vous y . Voyons toujours combien de temps durera 
son entente avec la maison de Guise. » 

Cet entretien nous prouve avec quelle sûreté l'auteur des 
Économies royales juge l'intrigant qui, au milieu de jan- 
vier i6i I, parviendra à Tévincer du pouvoir, quand il dit : 
« Le marquis d'Ancre, qui possédait la faveur, tenait les 
grands en division, afin qu'ils ne s'accordassent à empêcher 
son élévation, balançant les partis de telle sorte que nul ne 
se pût rendre supérieur, en nourrissant l'envie et la jalousie 
entre eux, afin qu'ils ne se pussent accorder à son dom- 
mage ». Il fallait être, pour jouer un pareil jeu, bien habile 
ou bien puissant. 

Un instant décontenancé, le marquis d'Ancre reprit bien 
vite son audacieuse confiance en lui-même. Il affecta de 
n'attacher aucune importance à la coalition des princes. A 
ceux qui remarquaient l'air inquiet de la reine, il répondit 
sans sourciller : « Tranquillisez-vous! La reine ne manque 
pas de cœur *. » Pour lui, il affecta de pencher ouverte- 
ment du côté des Guises. Pendant que la régente se dépen- 
sait auprès du duc d'Epernon en efibrts que ne désespérait 
pas la hauteur du colonel général, pour amener un rappro- 
chement entre ce dernier et Concini, le marquis prenait 
médecine et faisait défendre sa porte par les Suisses de 
garde aux visiteurs indiscrets ". Il ne sortit de sa retraite 
que pour offrir le 7 décembre 16 10 un banquet solennel au 
duc de Guise, en l'honneur du mariage projeté dont l'an- 
nonce devenait désormais officielle ^ On ne devait plus 

1. Andréa Cioli, 26 novembre 1610. 

2. Andréa Cioli, 25-27 novembre 1610. 

3. Alla casa Guisa la Regina fa gran care:^^e et verra hora a obbli- 
gare il Sig"^ Duca mediante il matrimonio con Sladama di Montpensiero 
tenendosi oggi per concluso affatto corne ha affermato questa mat- 
tina ne Cordielleri Mons. délie Fonte che sta in casa del Sig^ Principe 



LA POLITIQUE DU MARQUIS d'aNCRE. I Sq 

attendre que la fin de Favent pour le terminer de toute 
façon, ominnamenîe\ Pendant ce temps, le comte de Soissons 
était en Normandie ^ et le prince de Condé, resté dans la 
place, faisait valoir celles de ses prétentions auxquelles il 
pensait qu'un gouvernement sans souci du lendemain don- 
nerait le plus facilement satisfaction. Ce qu'il lui fallait avant 
tout, c'était de l'argent; or il déclarait que son père et son 
aïeul avaient dépensé tout leur avoir pendant les guerres 
civiles au service du roi Henri IV, et qu'il lui restait à 
peine trois ou quatre mille livres de rentes; la couronne 
lui devait, disait-il, au moins huit cent mille francs. Bien 
qu'il eût déjà reçu de larges gratifications, il réclamait cette 
somme immédiatement et, de plus, la survivance du conné- 
table, et, en sa qualité de gouverneur de la Guienne, le 
commandement direct d'un certain nombre de places dans 
cette province, notamment Bordeaux, avec le droit de 
nommer dans tout le gouvernement des officiers de son 
choix \ Ces demandes étaient exorbitantes : le prince 
réclamait en fait une véritable souveraineté dans un pays 
sur lequel Henri IV, étant roi de Navarre et gouver- 
neur de Guienne, n'avait jamais revendiqué de pareils 
droits. « Le prince de Condé ne peut se tenir tran- 
quille, écrit Scip. Ammirato. Plus on lui donne, plus il en 
voudrait *. » 

Des réclamations directes ou indirectes, le prince de 
Condé ne tarda pas à passer aux actes de mécontentement. 

di Janville; ma il Sig' Cardinale di Gioiosa die è :^io di Madama, et 
tiitto di Siiisson et d'Espernon et per amicitia et per parentela tra 
loro, et tutti tre questi vogliono maie di morte alSig^ Concino et contro 
di esso si racontano parole de Suisson che insin minacciano nella vita 
et potrebbono tirar casa Guisa dalla loro, et i Ministri per mantenersi 
nella loro autorita atterranno da che vince. (Andréa Cioli, 25 novem- 
bre 1610.) 

1. Scip. Ammirato, 7 décembre 1610. 

2. Andréa Cioli, 4 décembre 1610. 

3. Ambass. vénit., 29 décembre. — Scipione Ammirato, 7 décem- 
bre 1610. 

4. Scip. Ammirato, 7 décembre 1610. 



l6o LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

Le mardi 7 décembre 16 10, le prince était allé au Louvre 
au Conseil des finances, auquel n'assista point la reine. 
Comme chacun sortait et que le prince prenait le chemin 
de la porte, le chancelier lui dit en manière de demande : 
« Votre Excellence ne veut pas venir chez Sa Majesté au 
Conseil d'État? » 11 lui fut répondu non. Le chancelier 
reprit : « Il est cependant bon que Votre Excellence y 
vienne; car on doit traiter des affaires militaires. » Condé 
répliqua encore qu'il ne se souciait pas d'y assister. Le 
chancelier monta alors chez la reine; et celle-ci lui demanda 
si Condé était en bas et s'il voulait venir; ayant appris du 
chancelier les réponses qui avaient été faites à ce dernier, 
elle envoya La Varenne dire au prince que s'il voulait venir 
au Conseil, elle l'attendait. Condé fit à ce message les mêmes 
réponses qu'aux paroles du chancelier, en ajoutant que, le 
comte de Soissons n'étant pas là, il ne voulait pas aller au 
Conseil : et c'est ce qu'il fit. Les amateurs de spéculations 
politiques prirent texte de ces dernières paroles pour dire que 
Condé avait voulu laisser entendre que la reine et les ministres 
ne pouvaient rien faire sans l'intervention de l'un ou l'autre 
des deux princes. Mais comme il retourna depuis au Conseil, 
il devint évident qu'il s'était plutôt laissé aller à un mouve- 
ment de mauvaise humeur que livré à une manœuvre poli- 
tique, et qu'il avait voulu manifester son mécontentement 
de n'avoir reçu satisfaction pour aucune de ses demandes. 
On disait aussi que, par ses impertinences, le prince voulait 
mettre la reine en demeure de lui céder, parti fort impru- 
dent, si elle s'y résolvait; car le prince pourrait alors se dire 
le maître de la Guienne; puis, outre l'autorité qu'a d'ordi- 
naire un premier prince du sang, celle qui s'y ajouterait par 
la survivance de la connétablie, le porterait à une grandeur 
excessive, et encore ne se serait-il pas contenté; car on le 
verrait aussitôt prétendre sinon à la régence, au moins, à la 
lieutenance générale du royaume. Les mieux avisés des 
discoureurs auraient voulu que la régente n'accordât rien et 



LA POLITIQUE DU MARQUIS d'aNXRE. i6i 

laissât le prince ronger son frein, puisqu'il n'était possible 
de le satisfaire qu'au prix de la ruine du gouvernement et 
de la réputation de la reine. Il était bien certain toutefois 
que lorsque Condé se verrait exclu de ses prétentions, il ne 
serait plus possible de le retenir à la cour et de l'empêcher 
d'aller dans son gouvernement où il pourrait faire du mal; 
car, en raison de son titre seul de gouverneur, les com- 
mandants et lieutenants particuliers des forteresses de la 
province ne pouvaient lui refuser l'entrée de chacune de 
leurs places, avec le nombre de gens qu'il voudrait, s'il se 
présentait pour les visiter, et peut-être ainsi pourrait-il, si 
bon lui semblait, s'en rendre le maître. On répondait à cette 
objection que la reine, dans le cas où elle concevrait à ce 
sujet les craintes qu'elle devait avoir en effet, pouvait remé- 
dier à la situation en écrivant à ces gouverneurs parti- 
culiers des lettres leur enjoignant ou de ne pas laisser 
le prince entrer dans leurs forteresses, ou de ne lui en 
permettre la visite qu'avec un petit nombre de gens; de 
manière à ce qu'ils n'eussent à craindre aucun mau- 
vais tour. Ainsi le prince de Condé resterait en proie à 
sa rage. (Et cosi il principe di Conde rimarra nella sua 
rahhia '.) 

Cette politique était la meilleure à suivre et la force des 
choses devait y amener le gouvernement. Il eût été plus 
simple de commencer par où l'on devait fatalement finir. 

Déjà éclatait comme une menace dans la bouche du prince 
de Condé l'annonce d'un appel aux États généraux pour 
régler constitutionnellement la question de gouvernement. 
Cette éventualité, dont il n'avait pas été possible que l'on 
écartât complètement l'idée, au commencement de la 
Régence, devint l'objet des préoccupations universelles. La 
réunion des trois ordres parut bientôt ne pouvoir être 
évitée. Quels furent les sentiments et l'opinion de la 

I. Andréa Cioli, lo décembre 1610, 2° dépêche. 

II 



102 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

régente au début de ce mouvement qui devait aboutir à 
la convocation de la dernière des assemblées parlementaires 
qui aient fonctionné conformément au droit de l'ancienne 
monarchie? Contrairement à l'opinion généralement admise, 
Marie de Médicis ne manifesta aucune opposition, quant au 
fond, au projet que mettait en avant le prince de Condé; et 
il est certain qu'en fin de compte, le gouvernement de la 
reine sut fort habilement retourner contre le premier 
prince du sang Tarme dont il entendait se servir contre la 
régente : « J'ai appris de quelqu'un qui dit l'avoir entendu 
de la bouche même de la reine, écrit Andréa Cioli, que Sa 
Majesté n'a aucune inquiétude, et même qu'elle donnera son 
consentement à la réunion des Etats, dès que des instances 
lui auront été faites à ce sujet. Car ne voulant que le bien 
de ce royaume et du roi son fils, elle tient pour certain que 
les États, de leur côté, n'auront point d'autre but. Comme 
jusqu'à présent Sa Majesté n'a rien fait qui soit domma- 
geable à l'État, il ne paraît pas qu'elle ait rien à redouter en 
ce qui est du maintien de sa régence. Que si les États lui 
donnent une ou plusieurs personnes, comme on en donna 
douze, à ce que j'entends dire, à la reine mère de Charles VI ' 
sans 1 intervention desquelles elle ne pouvait rien faire de 
valable. Sa Majesté a dit qu'elle y consentirait, parce que, 
tout en étant Hbre, à cette heure, elle n'ose rien faire, de 
peur que ses décisions soient sans valeur, tandis qu'alors elle 
pourra opérer plus franchement; elle aura moins d'occasions 
de suspecter les conseils de ces personnes, alors que main- 
tenant elle vit à leur égard dans un état de défiance perpé- 



I. Les connaissances historiques de l'agent florentin ou de ceux qui 
le renseignaient sont sur ce point fort en défaut. La mère de Char- 
les VI était morte, quand ce prince arriva au trône, et tout le monde 
sait que ses oncles exercèrent le gouvernement à sa place. — Cioli 
veut évidemment parler de la sœur de Charles VII, Anne de Beau- 
jeu, à laquelle fut adjoint ou plutôt subordonné un conseil de douze 
membres. — Voir Jehan Masselin, Journal des États généraux de 



LA POLITIQUE DU MARQUIS d'aNCRE. i63 

tuelle. Le personnage de qui je tiens tous ces détails croit 
que, les États venant à se réunir et le prince y étant con- 
voqué, celui-ci ne voudra certainement pas 3^ assister; et il 
en donne cette raison que, dans ces occasions, les Majestés 
royales ont un plus grand nombre de soldatesque pour leur 
garde que d'habitude, tandis qu'un autre personnage ne 
peut en tenir sur pied. Or, comme le prince de Condé est 
fâché avec la reine et qu'il redoute quelque affront de sa 
part, il se tiendra certainement éloigné. Cette considération, 
placée sous les yeux de la reine, contribuera à lui faire 
accepter plus facilement la réunion des États '. » 

L'embarras général de la situation et cette grave ques- 
tion des États généraux, qui allait prendre la première place 
dans le développement de la politique intérieure, donnèrent 
lieu, de la part du marquis d'Ancre, à un entretien dont les 
détails nous ont été conservés par le même agent du grand- 
duc de Toscane et où nous pouvons voir Concini s'essayer 
dans le rôle d'homme d'État. 

Malade le lendemain du banquet du 7 décembre, Concini 
envoya le médecin qui avait pris la place de Duret, le doc- 
teur Carosio, prier Andréa Cioli de passer chez lui. Le Flo- 
rentin trouva le marquis d'Ancre au lit, souffrant d'un mal 
de gorge auquel il était sujet. Le malade commença par se 
faire exposer les différentes phases d'une indisposition ana- 
logue dont Cioli avait été atteint, les remèdes qu'on lui 
avait appliqués, les tourments qu'il avait endurés. La con- 
versation passant ensuite de la médecine à la politique, on 
en vint à parler des prétentions du prince de Condé. L'en- 
voyé du grand-duc exprima l'opinion qu'elles n'avaient 
d'autre but que de forcer la reine à faire réunir les États 
généraux. Concini avoua que les affaires étaient en très 
mauvaise voie. 11 ajouta, tout à fait en confidence, que la 
reine, par son excessive bonté, s'en était réduite à un état 

I. Andréa Cioli, 10 décembre 161 o, 2*^ dépêche. 



164 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

tel que, si elle ne se résolvait au suprême remède pro- 
posé par ses véritables serviteurs, le royaume était, avant 
six mois, complètement ruiné. On connaissait si bien, 
disait-il, le caractère de Sa Majesté que les ministres et les 
princes avaient trouvé plus qu'eux-mêmes, c'est-à-dire lui 
et sa femme, le moyen de la circonvenir et, trop sincère 
aveu dans une pareille bouche, de lui en faire accroire, 
di aggirarla et ingannarla. La reine suspectait tout son 
entourage et n'avait confiance dans le conseil de personne : 
« Moi-même, disait-il, je ne compte plus. Comme au 
temps du feu roi, je suis tenu tout à fait à l'écart. Je suis 
désespéré. » Concini parlait d'un ton grave et convaincu, que 
son interlocuteur ne sait trop s'il doit prendre au sérieux. 
Interrogé sur le grand remède, et poussé dans ses derniers 
retranchements, le marquis d'Ancre consent enfin à le 
révéler, sous le sceau du plus grand secret. « Sa Majesté, 
dit-il, doit se résoudre à convoquer les États; et moi, je 
suis un de ceux qui cherchent à le lui persuader. » Et il le 
jure en se lamentant de n'être pas considéré comme un 
homme de bien qu'il est. Andréa Cioli, qui savait que son 
gouvernement n'était pas favorable à la décision dont Con- 
cini se déclarait le partisan, se souvient à propos qu'au com- 
mencement de la Régence, la reine mère lui avait dit que 
cette réunion des États était dirigée contre elle-même; il 
le rappela à Concini et affirmant que c'était encore l'opi- 
nion générale, traita de paradoxe l'opinion du marquis 
d'Ancre. Celui-ci répondit que l'utilité et même la néces- 
sité d'un pareil remède étaient reconnues par d'autres bons, 
fidèles et expérimentés serviteurs du bien public; et il fit le 
raisonnement suivant par lequel il cherchait à justifier des 
dilapidations au bout desquelles il n'y avait évidemment 
plus d'autre expédient pour rétablir les finances de l'État, 
qu'un appel à la nation. Un bon payeur, toujours prêt à 
payer, disait-il, peut quelquefois se trouver gêné par la mul- 
tipUcité de ses obligations. Il en était de même de la reine. 



LA POLITIQUE DU MARQUIS d'aNCRE. i65 

N'ayant pendant sa régence d'autres devoirs, elle ne pou- 
vait avoir d'autre but, ni d'autre intérêt à cœur que le salut 
de son fils et celui du royaume. C'est pourquoi elle n'avait 
ni à s'inquiéter, ni à se soumettre à aucune règle lorsqu'il 
s'agissait de satisfaire en bonne payeuse ceux qui pouvaient 
concourir à pareille fin. Quant au repos personnel de la 
reine, seuls, les Etats, qui réformeraient toutes ces choses, 
étaient capables de la délivrer des demandes impertinentes, 
des perfidies, des désordres qui faisaient comme une lèpre 
dans l'État. Le marquis d'Ancre déclara ensuite, non sans 
franchise, qu'il était l'une des trois sortes de personnes à 
qui devait déplaire la réunion des Etats; car il pouvait 
craindre, attendu le mécontentement causé par l'achat de 
ses dignités, qu'on ne vînt à lui demander des comptes; 
et néanmoins il désirait infiniment cette convocation des 
trois ordres, comme véritable serviteur de la reine et du 
roi, à la conservation de la grandeur desquels il était prêt 
à sacrifier son intérêt et sa vie. Les deux autres sortes de 
personnes à qui ce remède pouvait causer de l'ennui, 
étaient, d'après lui, Sully, qui courait le risque d'une revi- 
sion de ses comptes, puis Villeroy, le chancelier, et les 
autres ministres, qui pouvaient redouter qu'on leur retirât 
l'autorité, pour le maintien de laquelle ils n'hésiteraient pas 
à trahir la reine, non par méchanceté, mais par bassesse; 
car les princes avaient commencé à les intimider à force de 
bravades et de menaces, quand ils avaient, à l'occasion, vu, 
su ou même pensé que quelqu'un d'entre eux s'opposait à 
un de leurs désirs ou de leurs demandes. Puis il qualifia 
'Villeroy d'ambitieux, Sillery de corruptible; et Cioli ajoute 
que ces bruits fâcheux lui étaient revenus de plusieurs 
autres côtés. 

Une fois en train de faire parler Concini, le Florentin 
ne s'arrêta pas. Il fit au marquis d'Ancre cette objection 
que les États donneraient sûrement à la reine un lieute- 
nant, c'est-à-dire un compagnon de sa régence, ce qui 



l66 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

serait pour elle une sorte de déchéance; Condé, disait-il, 
n'avait pas d'autre but en présentant ses fameuses réclama- 
tions. Concini, après avoir hésité un instant, n'abandonna 
rien de sa précédente opinion et déclara, au grand étonne- 
ment de Cioli, que M. de Condé n'avait pas ces idées, que 
c'était un bon prince et son ami. Devant cette déclaration 
inattendue, Cioli passa à un autre sujet. Il dit au marquis 
que, pour tous ceux qui désiraient son bien et sa grandeur, 
il paraissait avoir commis une grosse erreur en rompant 
avec le duc d'Épernon; car l'amitié de ce seigneur ne pou- 
vait que lui être utile, et son inimitié lui serait sûrement 
nuisible; il devait en conséquence faire la paix avec lui \ 
Concini accorda le premier point : quant au second, il 
répondit que, n'a3\int rien fait d'indigne, il ne consentirait à 
aucun rapprochement si son honneur et sa réputation ne 
restaient pas absolument intacts. Cioli lui fit observer que 
les voies et moyens seraient faciles à trouver, à la condition 
qu'il y eût de la bonne volonté de part et d'autre; et il 
ajouta savoir de bonne source que le duc d'Épernon éprou- 
vait du regret de n'être pas son ami. Il interrogea ensuite 
le marquis sur son intimité présente avec la maison de 
Guise en lui rappelant le banquet du mardi 7. Concini 
répondit qu'il n'était l'ami de celui-ci ou de celui-là qu'au- 
tant que le demandait l'intérêt de la reine et du royaume; 
et comme Cioli faisait cette réflexion qu'il y avait un grand 
avantage pour la reine dans l'instabiUté des cervelles de la 

I. Cette affaire de la réconciliation du marquis d'Ancre et du duc 
d'Épernon préoccupait vivement la reine. Scipione Ammirato en 
parle aussi à son gouvernement. // segretario Cioli et io credevamo 
che il marchese d'Anchre si fusse accordato cou Mous- d'ÉpernoJi 
pev opéra di S. M. che lo procura, et a me era stato detto di si, da 
chi di dovere lo doveva sapere, ma ritroviamo che non evero essendosi 
ancora su le pratiche, et forse questo Espernon come huomo molto 
superbo, et che in queste congiunture che corrono si conosce necessario 
a S. 3/'-' ne dcve volere troppo ; tuttavia quei che amano la quiète et 
desidcrano bcne al sig. marchese d'Ancre, vorrebbero questo accorda 
in ogni maniera, et si crede da tutti che sen:{a dubbo seguira, metten- 
doci S. Af'"* le tnani da vero. (Scip. Ammirato, 7 déc. 1610.) 



LA POLITIQUE DU MARQUIS d'aN'CRE. 1 67 

nation française, puisque, toutes les amitiés et unions se 
formant contre elle, il en résulterait de bien pires effets, si 
elles étaient durables, le marquis en convint et termina 
l'entretien en disant qu'en vérité les cervelles de ce peuple 
étaient comme le ciel même du pays qui présente plus de 
cent variations dans une même journée. 

Parmi les réflexions personnelles dont le diplomate flo- 
rentin fait suivre le récit de cette curieuse conversation, 
il en est qui méritent d'être relevées '. Ainsi, pour Cioli, la 
ténacité avec laquelle Concini adhérait à l'idée de la réunion 
des États n'était point l'effet d'une opinion personnelle et 
raisonnée sur la question ; elle était due à l'influence de ses 
conseillers ordinaires, l'avocat Dolet et le vidame du Mans; 
ceux-ci lui auraient en effet persuadé qu'il avait tout à 
gagner en déroutant l'opinion et en se montrant bien diffé- 
rent de ce qu'on le croyait. Quant à cette prétendue amitié 
pour le prince de Condé, Cioli n'y croit pas le moins du 
monde. Mais ce qui l'inquiète, c'est que le marquis ait l'air 
de prendre le prince pour un maladroit et un incapable, 
opinion fausse assurément; car, en admettant même qu'elle 
eût quelque fondement, Condé avait parmi les siens des 
homiTies fort habiles pour le guider, ne fût-ce que le duc 
de Bouillon, dont on attendait le retour. Médiocre comé- 
dien et pauvre politique : telle était l'opinion que se faisait 
du favori tout-puissant le représentant même du grand-duc. 

Comme la grosse difficulté du moment était la réponse 
à faire aux réclamations du prince de Condé, la régente 
essaya de s'en tirer par une manifestation de fermeté qui 
lui parut avoir la vertu de mettre fin aux jalousies et aux 
divisions. Le 1 1 décembre, le duc de Guise ayant, avec 
beaucoup de déférence, adressé à la reine une double 
demande : la charge de lieutenant de la Provence pour un 
de ses frères, et le gouvernement de Toulon pour un de 

I. Andréa Cioli, 10 décembre 1610. 



l68 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

ses capitaines, Marie de M édicis refusa d'accéder à ses désirs 
et profita de roccasion pour déclarer dans le grand cabinet 
en présence des princes et d'un grand nombre de seigneurs 
qu'elle avait été trop faible par le passé, mais qu'il n'en 
serait plus de même à Tavenir *. 

L'accord pouvait-il être rétabli au moyen d'un mécon- 
tentement général? Les amis de la reine eurent un instant 
cette illusion. « Toutes les mutations et du ciel et de la terre 
se voient dans cette cour, écrit Cioli : tantôt des nuages, 
tantôt le ciel serein; de furieuses tempêtes, des averses, 
l'ouragan, et puis après la bonace; des orages terribles et 
le calme plat. Tout s'est apaisé en un clin d'œil en même 
temps que la furie des demandes et prétentions de Condé ; 
tout, les rumeurs et les craintes; de telle sorte que l'on 
n'en parle même plus; et tandis qu'auparavant, on semblait 
cheminer vers l'abaissement complet de l'autorité de la 
régente, on court maintenant à son exaltation. » Pronostic 
enthousiaste et trop prompt d'un ami sincère, qu'allait 
démentir le jour même de la déclaration du grand cabinet, 
l'incurable faiblesse d'une reine mal conseillée. 

En effet, le vendredi lo décembre, le duc d'Épernon 
voulut entrer en carrosse dans la cour du Louvre, privilège 
réservé aux princes. La garde s'y opposa et le duc mit pied 
à terre, sans proférer une parole. Le lendemain, pensant 
que la reine, sachant ce qui avait eu lieu, aurait donné des 
ordres contraires, il prescrivit à son cocher de pénétrer de 
force dans la demeure royale. Les gardes refusèrent encore 
l'entrée; et comme la consigne allait être violée, ils mirent 
la pointe de leurs hallebardes à la poitrine des chevaux; et 
la voiture dut rester dehors. Le duc descendit de voiture, 
accabla d'injures les soldats, particulièrement l'officier qui 
les commandait, et monta à l'appartement de la reine. Il ne 
voulait demander rien moins que le licenciement des. 

I. Andréa Cioli, 12 décembre 1610. 



LA POLITIQUE DU MARQUIS d'aNCRE. 1 69. 

hommes qui composaient le poste. On lui fit observer 
qu'obéir à une consigne ne méritait pas punition. Il parla 
cependant du fait à la reine; et celle-ci, apprenant que le 
roi Henri avait accordé au duc d'Épernon, par faveur et en 
raison des rhumatismes dont il souffrait, la permission de 
faire entrer son carrosse dans le Louvre pendant la nuit, lui 
confirma ce privilège et Tétendit même à la durée de la 
journée, mais sous cette condition qu'il ne saurait pas mau- 
vais gré aux gardes de ce qu'ils avaient fait '. Ainsi parut 
apaisé ce scandale par une concession qu'arracha sans doute 
à la reine le désir de ne pas envenimer les rapports du 
colonel général et du marquis Concini. Mais la faiblesse ne 
peut qu'encourager l'audace; et le duc d'Épernon s'en remit 
à ses gens du soin de montrer son mépris pour la cour où 
«trônait son rival. Cinq jours après l'affaire, un écuyer du 
duc d'Épernon, rencontrant le sous-ofticier qui avait barré 
le chemin à son maître, suscita une querelle frivole en se 
faisant heurter par lui, et lui asséna de son épée un formi- 
dable coup sur la tête. Le soldat se jette sur son agresseur 
pour se venger; à ce moment accourent des laquais du 
duc d'Épernon, qui tombent à coups de bâton sur le 
malheureux et le laissent pour mort. La reine, à la nouvelle 
de cette violence dont l'odieux remontait jusqu'à elle- 
même, entra dans une colère qui ne remédiait à rien. L'opi- 
nion fut justement sévère pour la régente : on lui reprocha 
non seulement d'avoir admis les prétentions du duc 
d'Épernon, mais surtout d'avoir présenté des excuses pour 
ce malheureux soldat qui n'avait mérité que des éloges en 
faisant son devoir, et qui, s'il était vrai, comme on le 
rapportait, que le colonel général l'eût pris par la barbe pen- 
dant la scène du lo, méritait d'être puni pour ne lui avoir 
point passé sa pertuisane au travers du corps ". 



1. Andréa Cioli, i3 décembre 1610. 

2. Andréa Cioli, 17 décembre i6io. 



IJO LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

Oa pouvait donc braver impunément la régente. Le 
prince de Condé se le tint pour dit. Voyant qu'il ne pou- 
vait obtenir aucune des satisfactions qu'il avait demandées, 
il partit le vendredi 17 décembre après déjeuner, sans dire 
un mot à la reine. Sa femme le suivit le lendemain; ils se 
rendirent à Valéry. Ce départ précipité avait été concerté 
sans nul doute avec le comte de Soissons. En effet, celui-ci, 
après avoir annoncé à la reine par un de ses gentilshommes 
son prochain retour, avait fait savoir ensuite qu'il ne lui 
serait pas possible de revenir avant la fin des fêtes de Noël. 
La régente ne dissimula pas sa vive et légitime contrariété; 
elle ne pouvait voir sans inquiétude le gouverneur de la 
Normandie inspecter toutes les forteresses de cette pro- 
vince et se diriger vers le Havre de Grâce. Elle prit sur elle 
de lui ordonner, par l'intermédiaire de la comtesse de Sois- 
sons, restée à Paris, d'avoir à prendre garde qu'aucun désordre 
ne se produisît. « Tous ceux qui veulent du bien à la reine, 
écrit Scipione Ammirato, ne peuvent désirer en elle qu'une 
chose : c'est que le courage qu'elle a dans le cœur, elle le 
manifeste davantage extérieurement. Il faut qu'elle dénonce 
hardiment le cas fâcheux dans lequel se mettent les princes. » 

Marie de Médicis eût certainement été encouragée dans 
cette voie par la puissante famille vers laquelle son propre 
penchant l'entraînait d'ailleurs. Le vénérable et loyal doyen 
de la maison de Lorraine, le duc de Mayenne, disait le 
lendemain même du départ de la princesse de Condé, le 
dimanche 19 décembre, à un des familiers de la reine? 
venu pour le visiter, qu'il était prêt, en toute occurrence 
et besoin, à se faire porter dans sa chaise auprès de Sa 
Majesté puisqu'il ne pouvait pas fiiire autrement étant 
malade, afin de la défendre et se faire tuer sur la place. 
Il ajouta, non sans une exagération attribuable peut-être 
au rapporteur et non à l'auteur de cette conversation, que 
son fils était prêt à en faire autant et que si lui, le père, 
en doutait le moins du monde, il serait le premier à vou- 



LA POLITIQUE DU MARQUIS d'aNCRE. I7I 

loir le frapper d'un coup de poignard. Mayenne dit encore 
avec justesse que, si la reine saisissait l'occasion qui lui 
était offerte d'agir vigoureusement, Condé et Soissons prou- 
veraient qu'ils étaient plus capables de faire peur que de 
causer du mal. D'autres, et en grand nombre, allaient plus 
loin : « Si Condé veut faire le fou, disaient-ils, et que 
Sa Majesté se résolve à le mettre en compagnie du comte 
d'Auvergne, cela se fera sans trop de peine et il y aura peut- 
être moins de gens que l'on ne pense à s'en émouvoir 
et à faire du tapage ». Marie de Médicis ne sut pas écouter 
à temps ces bons conseils qui arrivaient jusqu'à elle. « Il 
paraît, écrit Scipione Ammirato, que la reine sait tout ce 
qui se passe et ce qui se dit. La plus grande peine qu'elle 
ait, c'est de n'avoir personne qui la conseille dans son propre 
intérêt. On m'a rapporté qu'elle dit elle-même : « Chacun 
« tire Teau à son moulin. Tous cherchent non seulement à 
« conserver l'autorité qu'ils avaient, mais à en ajouter tou- 
« jours davantage \ » 

Ces lamentations, si justes qu'elles fussent, ne tiraient pas 
d'affaire la régente. La situation était cependant bien favo- 
rable pour déployer un peu d'énergie. En réalité, Condé ne 
savait pas lui-même ce qu'il voulait faire; il redoutait, non 
sans raison, que, s'il paraissait en Guienne, la population 
de la province ne voulût point le reconnaître comme gou- 
verneur. Les manœuvres de Soissons en Normandie ne 
rencontraient pas non plus grand succès. Il ne fut pas difti- 
cile à la régente de ramener ce dernier à la cour. Elle 
réexpédia le gentilhomme qui était venu lui dire que Sois- 
sons reviendrait seulement après les fêtes, avec l'ordre de 
lui prescrire de retourner immédiatement, toute affaire 
cessante. Le 23 décembre au soir, le compte de Soissons 
rentra dans Paris. La reine était dans une église des capu- 
cins située au faubourg Saint-Honoré et devant laquelle 

I. Scipione Ammirato, 21 décembre iôig. 



1-2 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

devait passer le comte. Arrivé là, il mit pied à terre, entra 
dans l'église, fit sa révérence à la reine, et sur son invita- 
tion, entra dans son carrosse et l'accompagna jusqu'au 
Louvre où il demeura pendant quelque temps avec elle 
dans le petit cabinet. Peu de temps après y arriva le roi. 
Les causes du mécontentement du comte de Soissons furent 
l'objet de ces premières conversations. « La reine, inquiète 
du rapprochement de Condé et de Soissons, écrit Scipione 
Ammirato, a fait revenir ce dernier à la cour. Ils ont eu 
ensemble un long entretien particulier, dans lequel le 
comte lui a exposé ses griefs et lui a déclaré que la cause 
de sa réconciliation avec le prince de Condé, c'étaient les 
faveurs prodiguées par la reine aux Guises. Sa Majesté, a 
dit le comte, l'avait sans aucun doute généreusement traité 
en lui donnant le gouvernement de la Normandie et à son 
fils celui de la Gascogne. Mais depuis, on avait, en plusieurs 
occasions, manqué d'égards pour lui. La reine l'assura de ses 
bonnes grâces et lui promit que les Guises ne seraient pas plus 
favorisés que lui-même * . » Ainsi la reine faiblissait de nouveau. 
Marie de Médicis avait cru nécessaire de rappeler le 
comte de Soissons parce que l'on se trouvait à la fin de 
l'année, à Tépoque oia l'on établissait l'état des finances 
pour l'année suivante. Comme il y avait beaucoup de ques- 
tions à résoudre, la reine tenait à ce que les princes fussent 
présents, par considération pour eux et en vue de sa propre 
sauvegarde, afin que jamais, en aucune occasion, quelqu'un 
pût lui faire un reproche d'avoir pris à elle seule une résolu- 
tion d'importance pour TEtat. Il y avait, dans ces déclara- 
tions de la régente, beaucoup plus d'ostentation que de sin- 
cérité. Elle entendait bien, au fond, ne faire que ce qu'elle- 
même ou les gens de son entourage intime voulaient; mais 
elle prétendait faire endosser la responsabilité de ses actes 
par les conseillers-nés de la couronne tombée en minorité. 

I. Scip. Ammirato, 3 janvier 1611. - 



LA POLITIQUE DU MARQUIS DANCRE. Ij3 

Ce résultat ne pouvait être obtenu sans de nouveaux sacri- 
fices, puisque la régente s'écartait de la voie de rigueur. 

C'est ce qui donne une importance toute particulière au 
rôle du surintendant des finances, le duc de Sully, pendant 
les dernières semaines de la funeste année 1610. 

Depuis le retour de Reims, au milieu de tant d'intrigues 
et de complications, Sully avait été l'objet d'attentions 
toutes particulières dans la famille royale; mais il ne put 
prendre sur lui de faire des avances au favori Concini. Le 
marquis d'Ancre ne pardonna pas au duc de Sully de n'avoir 
pas voulu paraître devoir à sa déplorable influence un rappel 
que les embarras politiques et financiers de la régente ren- 
daient nécessaire. A la suite d'une froide entrevue dont le 
marquis dut prendre l'initiative, ils se séparèrent « assez 
mal édifiés l'un de l'autre ». La reine essaya cependant de 
faire croire à la solidité de ce replâtrage des affaires, lors- 
qu'elle donna au surintendant « sa foi et sa parole, jusqu'à 
ôter son gant pour lui toucher la main, qu'elle .l'assisterait 
de son autorité, comme faisait le feu roi ^ ». 

Si l'on jugeait la présence de Sully indispensable, c'est 
pour la même raison qui rendait la régente si désireuse de 
ramener à la cour les princes du sang. C'était l'époque de 
l'année où il devenait urgent d'établir l'état financier. Le 
surintendant était seul en mesure de dresser promptement 
le budget, qui était fort en retard, et de défendre les finances 
de l'État contre les assauts répétés de la foule des protec- 
teurs et des protégés de Marie de Médicis. Ce rôle utile, 
cette situation ingrate, furent encore acceptés courageu- 
sement, patriotiquement, par le duc de Sully. C'est sans 
illusion qu'il se mit à la tâche, pour ne l'abandonner que le 
jour où il fut pleinement convaincu de l'impossibilité de 
Taccomplir sans s'abaisser à de lâches complaisances et à 
une indigne servilité, non seulement dans l'administration 

I. Economies royales, p. 407, col. i. 



1 -_j. L\ MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

financière, mais dans la direction de la politique géné- 
rale. 

u M. de Sully, écrit Scipione Ammirato le 17 novembre 
16 10, a recommencé à être ce qu'il était auparavant, parce 
que, outre qu'il n'est pas mort, comme on l'avait dit, il a 
conservé toutes ses charges intégralement, et les exerce 
comme de coutume, quoique avec moins de rigueur. » 

C'était le moment où le cortège qui s'était formé autour 
du jeune roi, pour la cérémonie du sacre, s'était presque 
complètement dissous et où la maison de Guise semblait 
seule ne pas vouloir se départir d'une attitude fidèle et bien- 
veillante pour le gouvernement. Resté en assez bons termes 
avec les princes lorrains, le surintendant était peut-être 
encore de taille à tenir tète à tous les mécontentements des 
autres, à leur refuser au moins en partie les augmentations 
de pension, les doublements de gages, les paiements de 
dettes et les concessions de forteresses dont la longue énu- 
mération tient toute une colonne des Economies royales. Mais 
il était nécessaire, pour réussir, qu'il fut secondé dans le 
conseil par les anciens ministres de Henri IV, par les 
hommes de gouvernement dont l'influence reposait sur de 
longs et grands services. Si à l'unanimité de vues se substi- 
tuait parmi eux le désaccord, au souci de l'intérêt public 
celui des intérêts particuliers, au service du royaume celui 
de la régente et de sa coterie, tout était perdu; et c'est ce 
qui arriva. Sully pouvait lutter contre une ligue de princes; 
il succomba sous une coalition de ministres et de favoris. 

Dès que l'on se mit à l'établissement du budget, des 
conflits latents, de sourdes animosités éclatèrent dans le 
conseil. « La reine et le conseil, écrit le Vénitien Foscarini 
à la date du 21 décembre 16 10, ont commencé à dresser 
Tétat des dépenses que l'on doit faire l'année prochaine. La 
besogne avance, mais bien souvent avec une grande diver- 
sité d'opinions sur des points essentiels. On a résolu de 
remettre les compagnies françaises des gardes du roi sur le 



LA politiquj: du marqi'is d'ancre. 173 

pied de cent vingt liommes par compagnie, contrairement 
à l'avis du duc d'Épernon, colonel général de l'infanterie, 
qui voulait les maintenir à l'effectif actuel de deux cents 
hommes. On mettra à Lyon trois cents Suisses. Sully s'y 
est opposé, M. de Villcroy a cependant donné l'ordre de 
faire la levée. Quelques mots vifs ont été échangés entre 
eux, sur la question de savoir à qui appartient ce droit. Le 
duc de Rohan y prétend, comme général des milices de 
cette nation ; et, d'autre part, M. d'Alincourt aussi, comme 
gouverneur de Lyon. Le premier a pour lui Sully, son beau- 
père, et l'autre, Villeroy, son père. Ce qui s'est passé entre 
les deux ministres n'est pas de grande conséquence; car du 
temps du feu roi, il y avait ordinairement entre eux des 
conflits beaucoup plus graves. » 

La querelle devait cependant avoir des conséquences 
sérieuses. L'objet en paraît par lui-même assez mesquin; 
Sully donne toutefois à l'affaire des proportions plus impor- 
tantes lorsqu'il rapporte que « le sieur d'Alincourt, porté 
du chancelier et de son. père, sans se souvenir de son 
extraction, voulut non seulement faire le seigneur d'illustre 
maison, mais le prince; et, pour se fortifier contre ceux de 
la ville de Lyon, qui s'opposaient à l'usurpation de leurs 
droits, privilèges et prérogatives anciennes, poursuivait le 
dessein de mettre garnison dans la ville de Lyon et, pour 
l'entretenir et fournir aux dépenses de prince qu'il voulait 
faire, d'obtenir la révocation d'un traité conclu pour le 
rachat, au profit de la couronne, du domaine de Lyon ». 

Il faut avouer qu*on aimerait mieux ne pas voir se mêler 
à ces combinaisons financières, sur lesquelles Sully s'étend 
longuement, des préoccupations d'un ordre personnel dont 
il ne souffle mot dans son récit; la façon dont il traite 
Villeroy, « ce petit esprit fier, vague et hautain », dit-il, y 
gagnerait certainement en autorité. 

Mais le vrai Sully de ce moment ne fut pas l'homme 
qui prfend plaisir à rapetisser son propre rôle quand il se 



IjG L\ MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

montre chicanant avec âpreté sur l'étendue des attributions 
du marquis d'Alincourt et toisant dédaigneusement les 
ambitions de ce personnage. Cet incident démesurément 
grossi dans les Économies royales, et que Sully veut faire 
prendre pour la cause déterminante de son éloignement 
définitif, doit être rejeté au second plan. Des questions d'un 
ordre bien plus élevé s'agitaient entre Sully et Villeroy. Ce 
ne sont pas en effet les rivalités de deux hommes, de deux 
pères qu'il faut envisager; c'est la lutte de deux politiques 
opposées longtemps menées parallè'ement et se démas- 
quant subitement. 

Écoutons l'ambassadeur vénitien dans sa dépêche du 
26 décembre : 

(< Le duc d'Epernon et M. de Villeroy, dit-il, ont con- 
seillé à la reine de Hcencier les 4000 fantassins et les com- 
pagnies de cavaliers, que l'on continue encore, depuis la mort 
du roi, à payer aux États de Hollande. Le duc de Sully s'y 
est opposé avec beaucoup de chaleur, et, élevant la voix, 
il a dit que l'on conseille à la reine d'abandonner les bons 
et anciens amis de la couronne et de se porter entièrement 
dans les bras de l'Espagne pour la perdre elle et pour ruiner 
le royaume; il a ajouté à ces paroles d'autres propos très 
vifs dans le même sens. Sur le moment on n'a pris aucune 
résolution, mais Villeroy ayant fait une absence de trois 
jours, la reine a, vendredi dernier, donné sa parole de con- 
tinuer l'allocation, qui a été mise sur l'état des dépenses 
pour l'année prochaine et imputée sur un fonds déterminé. 
Cependant les mécontentements réciproques de Sully et de 
Villeroy ont toujours la même vivacité. Ce dernier demande 
la permission de laisser sa charge à M. de Puisieux, qui doit 
lui succéder; mais il rencontre des difficultés, parce que la 
reine, au commencement de sa régence, reconnaît combien 
ses services lui sont nécessaires et ne veut pas confier une 
charge aussi importante à un homme jeune et, par consé- 
quent, de peu d'expérience. Sully fait de grands progrès dans 



LA POLITIQUE DU MARQUIS D ANCRE. I77 

les bonnes grâces de la régente; sa valeur le rend souverai- 
nement nécessaire. Sa Majesté montre qu'elle le tient plus 
en estime que jamais. Lundi on commencera à travailler à 
cette partie de l'état des dépenses pour l'année prochaine 
qui concerne le règlement des pensions que l'on estime 
devoir s'élever à un chiffre beaucoup plus considérable qu'à 
présent \ » 

Sully venait d'engager un combat suprême, et sur un 
tout autre terrain que celui de l'administration financière, 
du gaspillage et du déficit. Nous ne l'avions pas vu jusqu'à 
présent se départir d'une attitude assez effacée en ce qui 
concernait la direction donnée à la politique extérieure. 
Mieux que personne il avait compris qu'une minorité n'était 
pas un temps propice à la réalisation de grands desseins. 
Une politique de temporisation et d'expectative lui semblait 
conforme à la situation et indiquée par la prudence la plus 
élémentaire. Il n'était cependant pas sans ignorer que, dès 
les premiers jours du gouvernement de Marie de Médicis, 
des négociations secrètes avaient été engagées entre la 
cour d'Espagne et celle de Florence, la curie romaine et le 
conseil intime de la reine, pour constituer un système 
d'alliances tout nouveau, et qui devait reposer sur une 
double union matrimoniale entre la France et l'Espagne. 
Ce projet, qui détruisait toutes les combinaisons de 
Henri IV, portait évidemment atteinte aux intérêts de 
puissances que le roi défunt avait fait entrer dans son jeu, 
notamment la répubUque des Provinces-Unies, sa vieille 
aUiée, et le duché de Savoie dont l'amitié plus récente avait 
été achetée au prix d'une promesse formelle de mariage 
entre une fille de France et le prince héritier Victor-Amé- 
dée, fils de Charles-Emmanuel. Les pourparlers en vue 
des mariages espagnols, engagés et menés secrètement, 
échappaient à la compétence officielle du conseil régulier, 

I. Ambass. vénit. Foscarini, 29 décembre 1610. Filza 42. 

12 



IjS LA MINORITÉ DE LOUIS XIIl. 

et Sully, qui se tenait strictement dans la limite de ses attri- 
butions, ne crut pas devoir s'en mêler tant qu'ils restèrent 
à l'état de spéculation et qu'ils ne sortirent point du cercle 
de la coterie florentine. Mais le jour où il sut qu'un des 
ministres d'État, Villeroy, revenant à ses inclinations de 
jeunesse et revêtant de nouveau la peau du ligueur, était 
gagné à l'établissement d'un système politique, manifeste- 
ment contraire aux intérêts du pays et dans les liens duquel 
la France fut bientôt engagée pour de trop longues années, 
Sully n'hésita plus. Il saisit avec habileté l'occasion qui lui 
était offerte dans la discussion du budget des dépenses, 
pour rappeler énergiquement le conseil au respect des 
anciennes alliances et des engagements pris sous le règne 
précédent. Cette véhémente sortie fit une telle impression 
sur l'esprit de la reine que l'on put croire la partie gagnée 
pour le surintendant. « De différents côtés, écrit l'ambas- 
sadeur vénitien le 29 décembre, on a mis sous les yeux de 
la reine tout ce qui peut miUter pour la rupture de ces 
négociations. Sully, en particulier, pendant les quelques 
jours que Villeroy est resté absent, a fait beaucoup, et il 
paraît que Sa Majesté a dit très clairement qu'elle ne vou- 
lait pas continuer ces pourparlers. » 

En effet, pendant quelques jours Sully put tenir en res- 
pect ses adversaires ; mais la reine était trop obstinée pour 
renoncer à sa politique personnelle, et Villeroy, dans sa 
retraite momentanée, ne perdit pas son temps : il prépara 
une trame serrée dans laquelle ne tarda pas à se trouver 
enveloppé celui qui n'était plus pour lui qu'un rival poli- 
tique et un ennemi personnel. 

Il fallait d'abord priver le surintendant de tous ses 
appuis éventuels. Le prince de Condé n'envisageait que son 
intérêt personnel et préparait déjà l'opposition violente 
qu'il fera plus tard aux mariages espagnols; il pouvait se 
porter en faveur de Sully avec autant de facilité qu'il s'était 
précédemment séparé de lui. Retiré à Valéry, il continuait 



LA POLITIQUE DU MARQUIS d'aNCRE. 1 79 

à observer le cours du marché; sachant que Ton avait besoin 
de lui pour donner plus d'autorité aux décisions que le 
conseil prenait en matière de finances, il laissait marchander 
son retour à Paris. Il fit rappeler une fois de plus à la reine 
que, pour servir le roi défunt, le prince son père avait con- 
sumé tout son bien et ne lui avait laissé à lui, son fils, que 
3 000 ou 4 000 écus de rente et une créance inattaquable 
de plus de 800 000 francs sur la couronne. Puisque 
Sa Majesté était en veine de libéraUté à l'égard de tous 
par pure courtoisie, elle ne devait pas oubUer ce qui était 
un dû, mais satisfaire à des obligations qui s'imposent 
même à de grands rois. On ajoutait que le prince se con- 
tenterait, au lieu des 800 000 francs, de 400 000 ; on en 
verserait la moitié entre les mains du gouverneur du Châ- 
teau-Trompette, à Bordeaux, et le reste au gouverneur 
d'une autre place de la Guienne, lesquels renonceraient à 
leurs charges, ce qui permettrait à la reine de donner au 
prince au moins l'une de ces deux forteresses comme place 
de sûreté. 

A cette communication d'une ironie qui frisait Tinso- 
lence, la reine fit une réponse qui, tout en ne manquant pas 
de dignité, prouvait qu'elle tenait à faire sortir le prince du 
camp des mécontents. Elle déclara qu'en ce qui concernait 
le payement de la somme indiquée, comme c'était là une 
demande fort raisonnable, elle donnerait satisfaction au 
prince; quant aux places de sûreté, elle ne voulait pas en 
entendre parler, car, ni à lui ni à d'autres, elle ne ferait 
jamais une pareille concession. Elle estimait que, pour les 
princes du sang royal, toute la France était une place de 
sûreté, ainsi que le palais du roi dans lequel ils pouvaient 
et devaient être comme les enfants de la maison; elle le 
Verrait donc toujours volontiers et l'accueillerait comme le 
prince du sang le plus rapproché du roi *. 

1. Ambass. vénit. Foscarini, 2() décembre 1610. 



l8o LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

Condé jugea que ce que lui offrait la reine était toujours 
bon à prendre. Il rentra à Paris le 29 décembre et le lende- 
main se rendit au Parlement pour assister à la réception de 
Tamiral, frère du connétable de Montmorency, en qualité 
de duc d'Anville et de pair. Il ne put débattre immédiate- 
ment ses « intérêts avec la reine », car elle tomba malade 
et lui-même fut atteint de la fièvre tierce '. Marie de 
Médicis ne le laissa pas trop languir dans l'attente des satis- 
factions nouvelles qui devaient être le prix de sa rentrée en 
cour. 

I. Scip. Ammirato, 4 janvier 1611. 



VII 



DÉBUTS ORAGKUX DE L'ANNÉE 1611 
RETRAITE DE SULLY 



Commenceraents de l'cinnce iGii. — Conflit violent de deux gentils- 
hommes de la chambre, le marquis d'Ancre et le duc de Bellegarde. 
— Satisfactions accordées au prince de Condé. — Mariage du duc 
Charles de Guise et de la douairière de Montpensier. — Prétentions 
du comte de Soissons sur la main de l'héritière de Montpensier 
pour son fils. — Opposition du cardinal de Joyeuse et de la maison 
de Guise, — La régente accusée d'abandonner les intérêts de la 
couronne. — Affaire entre le comte de Soissons et le prince de 
Condé transformée en conflit aigu entre le comte de Soissons et le 
duc de Guise, la maison de Bourbon et la maison de Lorraine. — 
Difficiles négociations en vue d'un arrangement. — Explications 
données en présence de la régente. — Noble et loyale attitude du 
duc de Mayenne. — Nouveaux événements de cour. — L'influence 
du duc d'Epernon battue en brèche. — Episode judiciaire des révé- 
lations de la Descomans. — Querelle du baron de la Châtaigneraie 
et du duc d'Epernon. — Faiblesse de Marie de Médicis. — Mécon- 
tentement du duc d'Epernon. — La reine tient cependant à le 
ménager. — Concini entremetteur de toutes les réconciliations et 
syndic des mécontentements. — Son alliance avec le ministre Vil- 
leroy et les princes mécontents détermine la disgrâce définitive de 
Sully. — Circonstances détaillées de cet événement. — Revirement 
de l'opinion populaire en faveur de Sully. — Le roi regrette son 
départ. 



. L*année 1611 commença par une série de querelles au 
milieu desquelles continua à s'amoindrir la dignité de Marie 
de Médicis, tandis que le marquis d'Ancre, mêlé directement 



l82 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

OU indirectement à ces altercations et à leurs conséquences, 
cherchait à les faire tourner au profit de son influence. 

Le 3 janvier, au soir, une violente dispute éclata dans le 
cabinet même du roi entre M. de Bellegarde et le marquis 
d'Ancre. Il s'agissait de savoir lequel des deux coucherait 
dans une chambre voisine de celle du roi. Avec la nouvelle 
année commençait le tour de service de Concini, devenu, 
comme on le sait, premier gentilhomme de la Chambre. Le 
grand écuyer refusa de laisser l'étranger prendre possession 
de ce poste de confiance et d'honneur. Concini ne pouvait 
céder. Il lança une parole de défi à l'oreille de M. de Belle- 
garde et réussit à sortir du Louvre par les couloirs et les 
escaliers dérobés qu'il connaissait. Il prévoyait ce qui allait 
arriver : la reine, immédiatement prévenue de l'incident, 
fit arrêter M. le Grand dans le cabinet du roi; les gardes 
se transportèrent ensuite dans une autre partie du Louvre 
pour exécuter le même ordre à l'égard du maréchal d'Ancre. 
Mais celui-ci avait déjà su, par une fuite habile, mettre hors 
de doute son désir de se battre, puisque c'était seulement 
en dehors du Louvre et clandestinement qu'un pareil des- 
sein pouvait s'exécuter. Une vive émotion se produisit, à 
cette nouvelle, dans les appartements de la reine mère. 
Mme Concini, au comble de l'anxiété, mit tout son monde 
sur pied pour aller à la recherche de son mari, fuyard par 
bravoure; et jusqu'à une heure du matin, gentilshommes, 
seigneurs et sergents fouillèrent tout Paris. Le secrétaire 
CioU, après avoir mis ordre à sa correspondance toujours 
longue, « car, dit-il, quand je prends la plume en main, 
je ne puis plus trouver moyen de la laisser », venait de se 
mettre à table à minuit pour souper avec les courriers qui 
portaient ses dépêches et qui étaient ses commensaux 
habituels, Pietro Capacci, Sciorina et Piero Lacche; la 
compagnie se demandait ce qui pouvait bien être arrivé, 
car on avait entendu toute la soirée aller et venir de-ci et 
de-là des hommes à cheval, en troupe ou isolément, lors- 



DÉBUTS ORAGEUX DE l'aNNT^E i6iI. i83 

que entra brusquement un personnage que Cioli ne con- 
naissait que de vue, et qui vint tout droit lui demander à 
Toreille s'il savait ce qu'était devenu le marquis d'Ancre, 
sans même lui dire s'il s'était enfui ou égaré. Très étonné 
de la question, Fagcnt du grand-duc restait immobile et 
n'avait pas encore ouvert la bouche, lorsque arriva le sieur 
Giovanni degli Effetti, Romain, un des gentilshommes 
ordinaires du roi. Il fit à Cioli la même question, en le 
mettant sommairement au courant de ce qui s'était passé. 
Dix minutes après, entre un nouvel émissaire qui vient 
conjurer Cioli de découvrir la cachette du marquis, afin 
d'obliger Mme Concini et la reine elle-même. 

Cioli, craignant de s'être attiré quelque mauvaise affaire, 
laisse là le souper, se précipite hors de chez lui, saute à 
cheval, et suivi de ses convives désappointés, arrive au 
Louvre où il monte à l'antichambre de la reine pour se 
justifier du soupçon d'avoir donné asile au fugitif. Il atten- 
dait là que Mme Concini voulût bien entendre ses explica- 
tions, lorsque arrivèrent enfin des nouvelles du marquis. 
La marquise d'Ancre remercia le porteur de l'heureux mes- 
sage, ainsi que le timoré diplomate; mais elle s'emporta en 
âpres et menaçantes paroles contre ceux qui avaient accom- 
pagné son mari sans lui rien envoyer dire. « Ces malheu- 
reux, écrit Andréa Cioli, sont le sieur Antonio Miniati, 
Mariotto, employé de la garde-robe, et le fameux Zanobi 
Spini : le premier est détesté de la marquise; le second 
l'est du marquis; le troisième était d'abord le favori de tout 
le monde et le voici en passe de tomber dans la plus pro- 
fonde disgrâce, si Madame ne s'apaise pas. Il ne manquerait 
plus que cela au pauvre diable après cinq années de male- 
chance et au sortir d'une grave maladie qui l'a mis au plus 
bas et dont il est à peine relevé. » 

Concini avait été assez adroit pour rester introuvable jus- 
qu'au moment où il put être sûr de l'arrestation de son 
adversaire. Il se laissa alors reconduire au Louvre. Le len- 



184 LA MINORITI^ DE LOUIS XIII. 

demain matin, en l'hôtel du comte de Soissons, juge naturel 
comme grand maître de la maison du roi, d'un conflit advenu 
dans le Louvre même, eut lieu une réconciliation honorable 
pour les deux rivaux ^ Presque tous les seigneurs de la cour 
y assistaient. Le marquis d'Ancre avait joué avec dextérité 
une partie sérieuse et l'avait gagnée. Cette affaire servit à 
merveille son talent d'équilibriste. 11 avait pu voir qu'il 
n'aurait pas été isolé dans le conflit armé qui avait failli se 
produire. Le duc d'Aiguillon, le duc de Nevers, le duc de 
Longueville, le comte de Bassompierre ^ lui avaient ofl"ert 
leurs épées. Si de l'autre côté s'étaient portés les trois frères 
de Guise, le duc d'Épernon et ce qu'il y avait de plus con- 
sidérable à Paris en fait de princes et de seigneurs, ce n'en 
était pas moins, pour le petit-fils du notaire de Florence, un 
signalé succès que d'avoir pu diviser en deux camps cette 
cour dont il avait été le mépris et la risée. 

Il n'y avait pas seulement, dans cette aff"aire, une question 
d'amour-propre en jeu. L'intrigant et ambitieux Florentin 
espérait tirer parti pour sa fortune de l'accès intime que lui 
assurait auprès du roi l'exercice de ses fonctions, et il comp- 
tait captiver l'esprit de son maître par un genre de séduction 
auquel un enfant qui devient jeune homme résiste rarement, 
celui des paroles légères, et peut-être même des mauvais 
exemples. Le marquis d'Ancre sut vite à quoi s'en tenir sur 
le peu de succès qui attendait ces agréments trop faciles. La 
piquante anecdote que raconte Héroard en fait foi : «Un soir 
de la fin du mois de mars léii, comme on mettait au lit le 
jeune roi, M. d'Aiguillon et le marquis d'Ancre y étaient, 
la nourrice aussi; M. le marquis d'Ancre lui dit, mettant 



1. Andréa Cioli, 4 janvier 1611. — Malherbe, Lettres à Peircsc, 
p. 2i5. — D'EsTRÉES, Mémoires^ p. 382 et suiv. — Pontchartrain, 
Mémoires, p. 807. — Richelieu, Mémoires, p. 33. — Bassompierre, 
Journal, p. 284. 

2. «La reine me commanda d'assister ledit marquis d'Ancre, ce que 
je fis avec nombre d'amis qui me voulurent accompagner. » Bassom- 
pierre, Journal, p. 284. 



DÉBUTS ORAGEUX DE l' ANNEE 161I. l85 

la main sur sa nourrice : « Sire, il faut que les femmes qui 
«■ sont à votre coucher couchent avec M. d'Aiguillon, qui 
« est grand chambellan, et avec moi, qui suis premier gentil- 
« homme de votre chambre »; le roi le regarde avec colère 
et lui tourne le dos, disant ces mots : « Oh! les vilaines! » 
Le bon Héroard souligne deux fois ces mots et les com- 
mente par cette indication marginale qui nous montre au vif 
l'enfant rougissant de honte devant ces malséantes insinua- 
tions : Nota, nota serium et pudicum responsum. La fameuse 
chambre qui avait fait l'objet de la contestation entre Concini 
et Bellegarde avait été heureusement attribuée à ce dernier par 
cette raison que le marquis d'Ancre était déjà pourvu d'un 
appartement au Louvre. C'était une décision fort prudente. 

L'incident clos, Marie de Médicis, dans la crainte de trou- 
bles qu'il était facile de susciter à tout propos, résolut de 
gagner le prince de Condé. Huit jours après son retour, le 
mercredi 5 janvie.r 161 1, elle lui fit savoir qu'elle avait tou- 
jours désiré la satisfaction des princes du sang et particu- 
lièrement celle du prince de Condé; que lui, au contraire, 
en présentant des demandes peu raisonnables et inspirées 
par de mauvais conseils, avait insisté sur des prétentions 
qu'il ne pouvait ni ne devait soutenir. En témoignage de sa 
bonne volonté, elle lui assignait toutefois une somme de 
200 000 écus, qui lui seraient payés en trois ans à raison 
de 200000 francs par an, pour lui donner satisfaction 
relativement à ses prétendues créances vis-à-vis de la cou- 
ronne. En outre, elle lui faisait cadeau du comté de Cler- 
mont qui avait été engagé par Charles IX au duc de Lor- 
raine et que le roi défunt n'avait pas entièrement libéré; 
la reine promit d'ajouter la somme due. Enfin elle concéda 
au prince le commjandement de deux compagnies soldées 
en tout temps par la couronne, l'une de cent hommes 
d'armes et l'autre d'autant de chevau-légers. 

C'est au favori du prince, Rochefort, que la reine fit part 
de ses intentions; pour gagner ce personnage, elle lui con- 



l86 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

fera sur-le-champ le titre de lieutenant avec autorité de capi- 
taine dans la compagnie de chevau-légers qui venait d'être 
donnée au prince. Rochefort rapporta ces nouvelles à son 
maître et sut si bien faire valoir la bonne grâce de Sa Majesté^ 
que le prince de Condé se montra l'homme le plus heureux 
du monde. « En quelques heures, dit l'ambassadeur vénitien, 
il se trouva délivré d'une petite indisposition pour laquelle on 
lui avait tiré du sang et administré une médecine, et il s'en 
fut baiser les mains de la reine, lui rendre grâce et lui donner 
avec ostentation l'assurance d'un dévouement sincère et 
d'une éternelle soumission *. » 

Les largesses de la reine formaient, à vrai dire, la contre- 
partie de la condescendance avec laquelle, presque à la 
même heure où elle envoyait prévenir le prince de Condé 
de ses résolutions, elle venait de laisser s'accomplir sous ses 
auspices le grand mariage dont la célébration paraissait depuis 
quelques jours imminente. « Dès que l'on pourra se feront 
les noces de Mme de Montpensier et de M. le duc de Guise, 
écrivait Scip. Ammirato, dès le commencement de janvier. 
On voulait, paraît-il, qu'elles eussent lieu d'une façon tout à 
fait retirée, à Gaillon. Mais M. le cardinal de Joyeuse étant 
revenu delà, elles se feront maintenant ici. On dit encore 
que S. M. la reine veut retirer à la cour la fille de Mme de 
Montpensier, laquelle est extrêmement recherchée par le 
comte de Soissons pour son fils. Il paraîtrait que Sa Majesté 
veut se servir d'elle comme d'un appeau pour obtenir que 
Soissons, entretenu dans cette espérance, serve bien la reine, 
qu'il s'abstienne de toute nouveauté fâcheuse et qu'il en 
détourne même le prince de Condé. Cette politique 
pourrait, dit-on, réussir, à la condition que la régente 
ne lui abandonne point la petite princesse pour de vrai ". 
Car le comte de Soissons deviendrait alors assez puissant 

1. Ambass. vénit. Foscarini, ii janvier. — Andréa Cioli, lo jan- 
vier iGii. 

2. Scip. Ammirato, 4 janvier lôii. 



DÉBUTS ORAGEUX DE l'aNNÉE i6iI. 187 

pour susciter les plus grands embarras à la maison de 
Guise. » 

On alla au plus pressé : le lendemain du jour où cette 
dépêche était écrite, le mercredi 5 janvier, à quatre heures 
du matin, le cardinal de Joyeuse donnait, en la chapelle de 
l'hôtel de Montpensier, la bénédiction nuptiale au duc de 
Guise et à sa fiancée \ Le comte de Soissons fit immé- 
diatement grand bruit des compensations vraiment illu- 
soires dont il prétendait avoir l'assurance. On affirmait que 
la reine lui avait décidément promis pour son fils la fille 
de la nouvelle duchesse de Guise, mais d'autre part on 
disait aussi que la reine la lui avait promise, sous la réserve 
qu'il faudrait d'abord voir si le duc d'Orléans la voulait 
pour lui. Les deux prétendants n'ayant alors qu'environ 
quatre ans l'un et l'autre, la question de préférence devait 
être forcément remise à beaucoup plus tard; et c'est là ce 
qui inquiétait ceux qui jugeaient imprudents les engage- 
ments de la reine, même pris dans des termes aussi vagues 
et dilatoires. Car on ne voyait pas bien comment la reine 
parviendrait à se soustraire à de plus pressantes instances 
du comte de Soissons, lorsqu'il lui susciterait de nouveaux 
embarras pour faire un pas de plus en avant. « Il est fort 
à croire qu'il ne démordra pas de son dessein, écrit Andréa 
Cioli, jusqu'à ce qu'il ait des assurances fermes, cette fille 
ayant, comme je l'ai déjà plusieurs fois écrit, plus de 
70000 florins de rentes en duchés_, marquisats et autres 
terres nobles, dot suffisante pour n'importe quel grand 
prince ^ » 

Le cardinal de Joyeuse et le duc d'Épernon se montraient 
parmi les adversaires les plus déterminés des ambitions de 
la maison de Soissons et ne cachaient point leur méconten- 
tement de ce que la reine se fût laissé aller à donner de si 
grandes espérances au comte de Soissons, qui, tout en étant 

1. L'ESTOILE, t. X[, p. 62. — Bassompierre, t. I, p. 28G. 

2. Andréa Cioli, 10 janvier 1611. 



l88 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

prince du sang, en avait d'autres devant lui, et, de plus, 
était fort pauvre. Le cardinal pouvait alléguer, non sans 
raison, qu'il s'était dépouillé d'une grande partie de ses 
biens, lorsque le défunt roi avait fait promettre la main de 
l'héritière de Montpensier pour le duc d'Orléans. 

Q.uant au duc de Guise, une fois son mariage avec la 
duchesse de Montpensier consommé, il se montra beaucoup 
moins disposé qu'auparavant à entendre parler de cette pro- 
messe. Il y inclinait d'autant moins que l'on pensait Marie de 
Médicis décidée à poursuivre son idée d'enlever la petite 
princesse des mains de sa mère pour la prendre à la cour. 
Cette éventualité ne devait pas plaire aux Guises; car ils 
pouvaient penser que, l'enfant étant élevée par sa mère, il 
n'y avait pas lieu de perdre toute espérance d'arriver, avec 
le temps, à la marier avec un prince de leur maison et 
d'avoir ainsi le tout. 

D'autres raisonnaient d'une façon plus haute et plus désin- 
téressée. « Combien, disaient-ils, quand il sera en âge, le 
duc d'Orléans n'aura-t-il pas à se plaindre de la reine sa 
mère, qui, non contente de lui avoir enlevé le gouverne- 
ment de la Normandie pour le donner à Soissons, lui aura 
aussi enlevé sa femme pour la donner au fils du même 
prince! De même, ajoutaient-ils, qu'il n'était pas possible 
d'avoir un plus beau gouvernement en France, ainsi ne 
peut-on savoir où il pourrait trouver une autre femme qui 
lui fût mieux assortie, étant aussi du sang de France et 
pourvue d'une dot telle que bien certainement il ne pourrait 
en trouver une autre pareille ^ » 

Au fond, on pensait généralement que la reine y regar- 
derait à deux fois avant d'aggraver des promesses faites au 
détriment de l'intérêt de son fils et du sien propre. Mais on 
pense bien aussi que le comte de Soissons entendait battre 
le fer pendant qu'il était chaud. De là vient la tournure tout 

I. Andréa Cioli, lo janvier i'hi. 



DÉBUTS ORAGEUX DE L ANNEE lôll. 189 

à fait imprévue que prit une querelle survenue seulement 
quelques jours après l'émotion causée par l'affaire des gen- 
tilshommes de la chambre ^ Le mardi ii janvier 1611, le 
prince de Conti et le comte de Soissons, les deux frères, 
étant par la cité en carrosse, se trouvèrent dans la rue Saint- 
Honoré près de la croix du Trahoir ". Le comte de Soissons 
était en avant et Conti venait par derrière. Le cocher de ce 
dernier voulut passer devant celui de Soissons et se faire 
place. Mais l'écuyer du comte de Soissons, qui était à cheval 
ainsi que beaucoup d'autres gentilshommes, soit qu'il n'eût 
pas reconnu la voiture du prince de Conti, soit qu'il y eût 
une autre raison, mit la main sur les guides des chevaux de 
la voiture et l'empêcha de passer devant son maître. A cette 
vue, le prince de Conti, qui était fort irritable, entra dans 
une furieuse colère; bègue et sourd, il se mit à vociférer et 
demanda qui s'était permis cette violence. Sa colère ne 
connut plus de bornes quand il sut que c'était son frère, car 
il était en mauvaise intelligence avec lui, et, connaissant son 
humeur hautaine et querelleuse, il prenait tout ce que ce 
dernier faisait à son égard comme des marques de mépris. 
Le comte de Soissons s'était cependant empressé de des- 
cendre et d'excuser son écuyer en disant qu'il n'avait pas 
reconnu le prince. Pour toute réponse Conti se contenta de 
crier par la portière de son carrosse : « A demain, pourpoint 
bas! » 

Sur ce, chacun des deux frères s'en revint à son hôtel. 
Soissons n'attacha pas grande importance au défi de son 
frère. Il crut cependant devoir prévenir la reine. Marie de 
Médicis donna l'ordre au duc de Guise de faire entendre 
raison au prince de Conti, son beau-frère; car elle craignait 

1. Voir Bassompierre, Journal, t. I, p. 286 et suiv, — Richelieu, 
Mémoires, p. 36. — Pontchartrain, Mémoires, p. 807 et suiv. — D'Es- 
TRÉES, Mémoires^ p. 287 et suiv. — Sully, Econ. roy^ales, p. 388. 

2. L'ancien emplacement de la croix du Trahoir est occupé actuel- 
lement par un petit édifice qui sert de fontaine, situé à l'un des 
angles de la rue Saint-Honoré et de la rue de l'Arbre-Sec. 



IQO LA MINORITE DE LOUIS XlII. 

que la princesse de Conti, Tintelligente et impérieuse Louise- 
Marguerite de Lorraine, dont la haine contre le comte de 
Soissons était bien connue, n'exaspérât davantage son mari. 
Le lendemain matin donc, le duc de Guise monta à cheval 
avec ses frères et une suite d'environ soixante gentilshommes 
pour aller trouver Conti. En partant il dit à sa femme, dans 
la maison de laquelle il avait passé la nuit : « Vous verrez 
que Soissons dira que je lui fais un affront ». Puis il sortit 
et passa par la rue Saint-Honoré, qui était très voisine de 
l'hôtel de Soissons. Guise étant ainsi passé à cheval et en 
nombreuse compagnie, Soissons, au bruit de cette cavalcade, 
sentit se réveiller toute la haine d'un Bourbon contre un 
Lorrain; et il se mit en fureur, jurant que le duc de Guise 
se conduisait ainsi afin de le déshonorer et de montrer qu'il 
prenait fait et cause pour Conti. Grefiant une querelle sur 
une autre, il fit immédiatement part de l'incident au prince 
de Condé et à ses amis qui montèrent à cheval au nombre 
de plus de deux cents, parmi lesquels se trouvait le duc de 
Longueville. Après s'être promenés quelque temps par la 
ville pour rencontrer Guise, qui était chez le prince de 
Conti, ils se rendirent au Louvre, où le comte se plaignit 
amèrement à la reine, en répétant ce qu'il avait déjà dit 
plusieurs fois, à savoir que les Guises dépassaient la mesure 
et qu'il était impossible de supporter qu'ils voulussent mar- 
cher de pair avec les princes du sang et même s'attaquer à 
eux. Condé renchérit et cria plus fort encore que son cousin. 
Dès que l'on eut appris la scène faite par le comte de 
Soissons à propos de la chevauchée du duc de Guise, la 
cour se divisa en deux factions : d'une part le prince 
de Condé, le comte de Soissons et le duc de Longueville; de 
ce côté, faisant l'application de ses principes politiques, se 
rangea également le marquis d'Ancre, qui, trouvant que 
le duc de Guise ne l'avait pas suffisamment appuyé dans sa 
récente querelle avec M. le Grand, avait opéré une conver- 
sion facile à prévoir vers le prince de Condé et le comte de 



DÉBUTS ORAGEUX DE l'aNNÉE IÔII. IQI 

Soissons; d'autre part on vit adhérer au duc de Guise, outre 
ses frères, le duc de Mayenne et son fils, le prince de Vau- 
demont, le duc de Nevers, le duc de Vendôme, puis Sully et 
le duc de Rohan, les deux chefs du parti huguenot, enfin les 
ducs de Bellegarde et d'Epernon, le premier parce que Con- 
cini était dans le camp contraire, le second pour le même 
motif et en outre parce qu'il était hostile aux visées du comte 
de Soissons j en faveur de son fils, sur l'héritière de Mont- 
pensier. Le duc de Bouillon eut l'air de pencher vers les 
Guises; il désirait au fond rester neutre, car il ne voulait 
mécontenter ni Condé, ni les Guises, ni les huguenots. 
Cette attitude équivoque avait en outre l'avantage de le faire 
considérer presque comme le seul grand seigneur qui, 
n'ayant pas pris parti, s'attachait uniquement à l'intérêt de 
la couronne. Le connétable de Montmorency et son fils pri- 
rent une contenance analogue. 

Au premier moment, le roi et la reine mère se trouvèrent 
complètement isolés; car non seulement les princes et les 
grands seigneurs, mais les gentilshommes, ceux mêmes qui 
étaient pensionnés par la couronne, quittèrent le Louvre 
pour courir vers les quartiers généraux des deux factions en 
présence, due d'étrangeté et d'incohérence dans cette situa- 
tion! Les princes du sang prenant pour associé Concini; la 
catholique maison des Guises donnant la main aux chefs du 
parti protestant, c'était le complet renversement de la com- 
position ordinaire des partis. Quelle direction sûre la régente 
pouvait-elle adopter au milieu d'une pareille confusion? Le 
conseil pourvut au plus pressé; comme on craignait une 
rencontre entre le duc de Guise et le comte de Soissons, 
défense fut faite à chacun d'eux de sortir de sa maison. On 
doubla la garde du Louvre; ordre fut donné aux Parisiens 
de prendre les armes et de tendre les chaînes par les rues, 
afin que la ville ne fût point à la merci des belligérants, si 
des troubles éclataient. 

Ces précautions prises, il fallait tâcher d'arranger raff"aire 



192 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

elle-même, non pas celle du prince de Conti et de son 
frère, car on remarquera qu'elle passait complètement au 
second plan, mais celle de la cavalcade jugée offensante par 
le comte de Soissons. Celui-ci n'avait-il pas été jusqu'à dire, 
au milieu de ses récriminations en face de la reine, qu'il fallait 
que sortît de France ou la maison de Lorraine ou la maison 
de Bourbon*? Le conseil se réunit de nouveau. « La reine 
était en son petit cabinet, nous dit Héroard, en peine pour 
accommoder la querelle de M. le comte de Soissons avec 
M. de Guise; M. le prince de Condé y entre brusquement, 
sans aucun respect et se couvre tout aussitôt, sans saluer le 
roi autrement, et s'assied; il parle assis à M. de Bouillon. 
Le roi va à M. de Souvré, son gouverneur : Mousseu de 
Souvré, voyez, voyez Mousseu le prince . Il est assis devant moi ; 
il est insolent. — Sire, c'est qu'il parle à M. de Bouillon et ne 
vous voit pas. — Je m'en vas mettre près de lui, pour voir 
s'il se lèvera. — Il s'approche près, puis encore plus près, 
et, ne se levant point, il va à M. de Souvré : Mousseu de 
Souvré, a vous pas vu qu'il s'est pas levé : il est bien 
insolent. )> Héroard ne nous a conservé sur ce conseil que 
les détails de cette petite scène si intéressante à relever, 
quand on songe qu'à la même page, le fidèle médecin dit de 
son jeune maître : « Il écoute tout, retient tout, sait tout, 
n'en fait pas semblant ». Nous trouvons dans les dépêches 
de Scipione Ammirato le complément de cet épisode : la 
délibération du conseil. Le maréchal de Bouillon s'exprima 
vis-à-vis de Condé avec une franchise et une fermeté dignes 
d'un soldat plus fidèle qu'il ne se montra souvent. Il lui dit 
en termes excellents que « le devoir du premier prince du 
sang était de se trouver toujours avec Leurs Majestés afin de 
prendre les mesures nécessaires en cas de besoin. Au lieu 
de courir au Louvre prendre les ordres de la reine, il avait 
été faire acte d'adhésion au comte de Soissons; il s'était 

î. Ambass. vénit., 19 janvier 1611. 



DÉBUTS ORAGEUX DE l'aNNÉE i6iI. IqS 

constitué partie, quand son rôle était celui d'arbitre. » Condé 
n'en renouvela pas moins ses exigences démesurées. Il alla 
si loin que la reine se mit à éclater de rire en l'entendant, 
et le maréchal dut imposer silence aux clameurs du prince. 

Les fauteurs du comte de Soissons, s'appuyant sur la 
nécessité de faire respecter les princes du sang, dressèrent 
un projet d'accord par écrit, aux termes duquel Guise devait 
déclarer qu'il était le très humble serviteur du comte de 
Soissons (le mot très humble fut effacé) et qu'il n'avait 
jamais eu la pensée de l'offenser; que, le reconnaissant pour 
un prince du sang, il savait par là même la grande distance 
qui existait entre eux. Cet écrit devait être lu en présence 
de Leurs Majestés, et la reine répondrait en substance au duc 
de Guise que, si elle avait pu supposer un instant de sa part 
l'intention de déplaire au comte de Soissons ou de l'offenser, 
quand il y avait tant de différence entre le duc et un prince 
du sang, non seulement elle ne l'aurait pas supporté, mais 
elle aurait chassé Guise de la cour, on voulait même qu'elle 
ajoutât « du royaume », vu que, offenser le comte, c'était 
offenser le roi lui-même. 

Une pareille forme d'accommodement ne pouvait être 
adoptée par la maison de Guise; elle ne fut approuvée au 
conseil qu'après une très orageuse discussion. Il était facile 
de comprendre qu'elle mettait complètement à la merci de 
Condé et de Soissons la reine mère, qui avait cependant, à 
l'origine de cet imbrogUo, sollicité l'intervention du duc de 
Guise auprès du prince de Conti. Le comte de Soissons 
s'empressa d'adhérer aux termes de l'accord. Mais lorsqu'ils 
furent communiqués aux Guises, une légitime indignation 
s'empara d'eux. On avait tout récemment répandu le bruit 
que le duc de Mayenne était peu satisfait du duc de Guise, 
parce que celui-ci voulait que son oncle usât vis-à-vis de 
lui de déférence en sa qualité de chef de la branche aînée, 
tandis que Mayenne prétendait que le duc de Guise devait 
lui céder à lui, le plus vieux, le plus expérimenté de la 

13 



]Q4 ^-^ MiNOUTÉ DG uocns xm. 

Eunille, le plus profiDodëmcot attaché an bien CTonwnnn *. 
Quoi qu^il en fôt, dans les drcanstanccs dffîcatcs où Ton 
se trouvait, le duc de Mayenne agpt et paria en Sgpc dicf 
de la maison. Inébranlable dans sa fidélité, mais aussi dans le 
sentiment de llionnenr des sens, il dédara qnH était 
impossible de laisser raflBôie prendre ce ooorsy quand bien 
m^ne il en coûtciait la vie à diaam dTeux; car Guise n^'avait 
offensé Scnssons ni en paroles, ni même en apparence. La 
ionnule d'accommodement (ai reponssèe. 

Les choses restèrent en Fétat pendant deux jouis, le mer- 
credi et le jeudi, Soissons ne voulant pas entendre raison. 
U s'ouvrit même à un de ses amis et confidents, coiwfilky 
au Pariement, du pnqet quH avait Ibnné de £ûre intervenir 
cette assemUée pour abaisser Foigoeil de la maison de Gmse. 
n rappdait un précédent du temps de la rône Catherine : 
le Parlement, k Fépoque du voyage de Bayonne, avaôt, en 
cffiEt, interdit au cardinal de Guise dTaller dans Paris avec un 
nombre de chevaux qui passerait un dnffine d éte r min é. 
Mais on Êôsait observer au comte qu'alors les pnnocsdnsaiig 
étaient d'accord avec le Parlement; mab qu'il n'en était plus 
de même, cette cour étant au c ont r aire on ne peut plus mé- 
contente de leurs procédés. 

Le conseil finit par décider que le duc de Guise dédare- 
lait seulement qu^ n'avait eu ni la vdmité, ni Fintention 
dTofenser en aucune manière le comte de Soissons- En 
OMisèquence, le lendemain lundi après d^euner, on vit se 
diriger vers le Louvre le duc de Guise avec ses trais Ibères, 
le prince de Vaudemont, le duc de Mayeime etson fils, les 
ducs de Nevers, de Vendôme, d'Ëpemon et le grand écuycr 
de BeEegarde. Le duc de Guise était à cfaevalavec une demi- 
douzaine de oivafiersyksautres en carrosse. Quand ils fisrent 
arrivés en présence du rm, de la rdne, du prince de Condé, 
du prince de Conti, lequd s'était, sans autre cérémonie, 

I. Andréa Cioli, lo jainiTâËr o^ai. 



DÉBUTS ORAGEUX DE L*ANNÉE 161I. 196 

réconcilié avec son frère en acceptant ses excuses, du con- 
nétable, des maréchaux et des ministres, le duc de Mayenne, 
doyen de la famille, prit la parole en s'adressant à Leurs 
Majestés au nom du duc de Guise; celui-ci, en effet, ne pro- 
nonça pas un mot. Mayenne déclara en substance que le 
duc de Guise n'avait pas voulu offenser le comte de Sois- 
sons. La reine répondit qu'elle se tenait pour satisfaite de 
cette déclaration. Le comte de Soissons, voyant qu'il avait 
perdu la partie, s'était abstenu de paraître. Quant au prince 
de Condé, à peine eut-il entendu les paroles prononcées 
de part et d'autre, qu'il tourna les talons. L'assistance ne 
bougea presque pas, dans l'attente de ce qui allait se passer. 
Alors, avec une remarquable présence d'esprit, Mayenne 
se tourna vers le seul des princes du sang qui restât présent, 
celui-là même qui avait été la cause de tout l'esclandre 
et pour lequel son neveu s'était employé, le prince de 
Conti, et s'adressant à lui, l'assura que le duc de Guise et 
toute leur maison honoreraient les princes du sang et 
seraient leurs serviteurs, s'ils voulaient bien vivre avec eux. 
Parlant ensuite à la reine, ce vieillard en la personne de qui 
s'incarnait toute la grande et dramatique histoire des Guises, 
lui dit en versant des larmes que tous ensemble ils n'avaient 
qu'une seule volonté, celle de servir sincèrement le roi et 
S. M. la reine, et qu'ils ne demandaient qu'une chose, 
c'était d'avoir l'occasion de le prouver *. 

Cette scène émouvante et si heureusement improvisée 
acheva de faire tourner l'événement à la complète confusion 
des princes du sang. L'affaire produisait, en somme, des 
résultats avantageux pour le gouvernement. La reine put 
se convaincre qu'elle avait peu de chose à redouter des 
princes, puisqu'ils étaient restés dans un isolement à peine 
croyable. D'autre part, le peuple de Paris, qui avait les 
armes en mains, ne bougea pas; il ne se prononça ni pour 

I. Scip. Ammirato, 17 janvier 1611. --1 



ig6 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

les princes du sang, ni pour les Guises, bien qu'il inclinât 
plutôt vers la maison de Lorraine. Cette attitude apportait 
une incontestable force à la régente et au jeune roi. 

L'orgueilleux Soissons, qui avait saisi l'occasion de cette 
querelle pour essayer de mettre à bas la maison de Lorraine, 
se trouva ainsi bien loin de compte. Au lieu d'avoir gagné, 
il perdit beaucoup en considération. Il avait pu se con- 
vaincre que le duc d'Epernon lui-même, au mépris de tant 
de protestations de dévouement, lui échappait, et qu'il ne 
pouvait compter sur personne. En effet, si le prince de 
Condé n'avait point pris fait et cause en sa faveur, il restait 
seul de son parti. « Les princes du sang voudraient bien, 
en somme, s'être abstenus d'être ainsi entrés en danse, écrit 
Scip. Ammirato. Ils savent maintenant qu'ils sont uni- 
versellement peu aimés. » 

La vieille duchesse de Guise, la veuve du Balafré, pou- 
vait avec juste raison triompher dans le cabinet de la reine 
en disant que le comte de Soissons, en voulant humilier 
ses fils, les avait au contraire grandis, parce qu'ils avaient 
pu voir de combien d'amis ils disposaient, tous, comme 
eux-mêmes, bons serviteurs de Leurs Majestés. 

Il y avait dans cette famille, revenue de ses ambitions 
d'autrefois et sincèrement ralliée au gouvernement étabU, 
un contrepoids soUde à opposer aux ambitions désordon- 
nées des princes du sang. Mais le gouvernement de la 
régente ne savait prendre aucun point d'appui fixe, croyant 
habile d'en changer à tous propos. Elle chargea de regagner 
le comte de Soissons, l'homme qui personnifiait cette poli- 
tique sans suite. Le comte faisait de bruyants préparatifs 
de départ, et il allait quitter la cour avec éclat. Marie de 
Médicis lui dépêcha Concini, dont on n'est pas sans avoir 
remarqué le rôle en apparence effacé, au milieu des inci- 
dents qui précèdent. Le marquis sortit de la coulisse et 
persuada au comte de Soissons de renoncer à cette mani- 
festation tapageuse. 



DÉBUTS ORAGEUX DE l'aNNÉE i6iI. 1 97 

A la suite de ces événements, la régente crut devoir 
prendre des mesures de sécurité devenues indispensables. 
Elle édicta que tous les gentilshommes et pensionnaires de 
Leurs Majestés qui feraient suite et cortège à tout autre 
prince, seraient ipso facto privés de leurs pensions et pro- 
visions. Elle défendit aussi, sous peine de mort, que l'on 
portât des pistolets. Cette prohibition était rendue néces- 
saire par ce fait que lorsque Soissons et Condé vinrent au 
Louvre, ils avaient avec eux une infinité de gens armés de 
pistolets, et qu'un grand nombre d'entre eux avaient pénétré 
dans la chambre et le cabinet de la reine. Marie de Médicis 
commanda en outre que l'on fît stationner aux environs de 
Paris, à deux ou trois lieues, huit compagnies d'hommes 
d'armes, celle du roi, la sienne et celles de ses autres fils, 
afin qu'elles se trouvassent prêtes à agir dans le cas où se 
produiraient des incidents semblables à celui qui venait 
d'avoir lieu, crainte qui ne devait pas tarder à être justi- 
fiée. 

Il faut rattacher à tout un ensemble d'intrigues destinées 
à abaisser et à relever alternativement les principaux per- 
sonnages en vue, au profit de l'importance croissante du 
favori Concini, les événements de cour assez graves qui 
firent suite aux précédents. 

Parmi les hommes dont l'influence personnelle sur la 
reine devait porter ombrage au perfide Italien, l'un des 
plus considérables était assurément le duc d'Épernon. 
Marie de Médicis avait en lui une grande confiance et lui 
était particulièrement attachée pour le sang-froid et l'éner- 
gie qu'il avait déployés dans l'aff'aire de la proclamation de 
la régence. Leur bonne intelligence, assaisonnée de la part 
du duc d'Épernon d'une pointe de galanterie au moins 
extérieure, n'était généralement pas vue d'un très bon œil; 
mais il y a de fort bonnes raisons de croire qu'elle déplai- 
sait plus spécialement à ceux qui pouvaient redouter de 



198 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

sa part tout au moins une rivalité d'influence. Ce n'est cer- 
tainement pas l'expression anonyme de l'opinion populaire 
ou des appréhensions de quelque politique avisé qu'il faut 
découvrir dans le fait suivant que nous rapporte Scip. Ammi- 
rato, mais bien plutôt une basse manifestation de jalousie. 

« Le duc d'Épernon n'est pas seulement extrêmement 
favorisé de Sa Majesté; mais il le paraît encore davantage 
au dehors, et il ne manque pas de gens qui, ou par envie 
ou parce qu'il leur paraît être trop puissant, voudraient le 
voir un peu plus bas; et c'est à cet eff"et que tendait un 
billet trouvé la semaine dernière dans la voiture de la reine 
et où il était écrit qu'elle ne devait pas se fier autant à cet 
homme *. » 

11 était imprudent d'attaquer en face le duc d'Épernon, 
mais il n'était pas impossible de l'abattre par des moyens 
détournés. C'est le point de vue auquel il faut se placer, 
croyons-nous, pour apprécier à sa juste valeur la significa- 
tion d'un événement qui agita fortement l'opinion et sur 
lequel s'est exercée depuis la sagacité des historiens, préoc- 
cupés de dissiper le sombre mystère dans lequel resteront 
sans doute à jamais ensevelies les complicités vraies ou sup- 
posées qu'a toujours paru comporter le crime de Ravaillac. 

Au milieu de janvier 161 1 sort tout à coup de l'ombre 
une femme de mauvaise vie, Jacqueline Le Voyer, femme 
d'un soldat aux gardes nommé Descomans, dont elle était 
d'ailleurs séparée pour cause d'adultère. Poussée par la 
misère, cédant peut être à des instigations puissantes, elle 
prétend avoir à faire des révélations sur la mort de Henri IV 
et sur les promoteurs de l'assassinat. Mise entre les mains 
de la justice, elle est minutieusement interrogée et prise en 
flagrant délit d'erreur sur des points essentiels, notamment 
sur la personne de l'assassin qu'elle disait connaître et 
qu'elle déclara ressembler à un personnage dont aucun trait 

i.^Scip. Ammirato, 28 juillet i6io. 



DÉBUTS ORAGEUX DE l'aNNÉE i6iI. 1 99 

n'avait rapport avec ceux du meurtrier. Ses bavardages, ses 
déclarations entachées d'évidente fausseté, l'interprétation 
abusive des documents sans importance qu'elle pouvait avoir 
entre les mains, ne pouvaient servir qu'à corroborer des 
faits bien connus, tels que les mauvais desseins de la mar- 
quise de Verneuil à l'égard du roi et ses trahisons non 
moins avérées en matière amoureuse qu'en matière poli- 
tique. Les écrivains contemporains \ sauf le soupçonneux 
L'Estoile, ne semblent pas, quant au fond des choses, atta- 
cher grande importance à cette histoire. Richelieu la passe 
presque sous silence, et le Mercure français, qui donne de 
l'instruction et du procès un compte rendu presque officiel, 
tend à démontrer le néant des accusations de la Des- 
comans. Nous ne reviendrons pas sur une discussion épuisée 
après la curieuse étude, si souvent signalée ici, de M. Loi- 
seleur. Nous nous contenterons d'apporter à l'appui de 
l'opinion qui tend à ne voir dans cette affaire qu'un coup 
monté contre des personnages dont il s'agissait de battre en 
brèche l'influence, les documents suivants, où se trouvent 
reproduites avec une vérité saisissante les impressions res- 
senties presque au jour par les personnes les plus directe- 
ment intéressées dans les dénonciations de la Descomans. 
Ce sont les dépêches ou extraits de dépèches du très per- 
spicace et intelligent secrétaire d'ambassade Scipione Ammi- 
rato. Voici la première communication importante qu'il 
fait à ce sujet au gouvernement du grand-duc : 

«Je vous ai écrit il y a huit jours, dit-il, que l'on avait 
mis en prison une femme qui disait savoir qui avait fait tuer 
le roi Henri IV. N'ayant alors recueilli aucune particularité 
sur ce sujet, je n'ai pu vous en parler. Je puis vous dire 
aujourd'hui ce qui est advenu jusqu'à présent. 



I. Mercure français, t. II, p. 14. — Pontchartrain, Mémoires^ p. 3io, 
col. 2. — L'Estoile, Mémoires, t. XI, p. 64, 68, 85. — D'Estrées, Me- 
moires, p. 385, col. 2. — Richelieu, Mémoires, p. 43. — Loiseleur, 
Ravaillac et ses complices. 



200 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

<( Cette femme a servi de demoiselle à Mme Du Tillet \ 
et a servi, il y a longtemps, la marquise de Verneuil en la 
même qualité. Pendant la vie même du roi Henri IV, on 
dit qu'elle voulut parler à la reine de choses qui lui impor- 
taient; mais, comme elle ne put jamais en avoir la facilité, 
elle dit à une femme de chambre de la reine que la mar- 
quise de Verneuil voulait empoisonner Sa Majesté et que le 
duc d'Epernon prêtait les mains à ce dessein, qui n'avait 
d'autre objet que de permettre, en cas de succès, à la Ver- 
neuil, de se marier avec le roi. 

« La reine, ayant été informée de ces dires, fit en sorte 
de tirer la chose au clair, et particulièrement en ce qui tou- 
chait le duc d'Épernon, qui lui fournit des justifications 
telles qu'elle ne tint aucun compte des propos de cette 
femme. Épernon avait fait toucher du doigt à la reine que 
non seulement il n'y avait aucune entente entre lui et la 
Verneuil sur le fait en question, mais que, le roi ayant voulu 
lui faire abandonner le gouvernement de Metz au fils de la 
marquise, moyennant un dédommagement de cent mille 
écus, il avait refusé son consentement. 

« Cette femme a ensuite, et depuis quelques mois, 
cherché à parler de nouveau à la reine et, entre autres fois, 
à ce que j'ai oui dire, au retour de Reims; mais comme on 
ne lui a jamais donné accès auprès de Sa Majesté, elle s'est 
finalement adressée à la reine Marguerite, laquelle ayant 
écouté le tout, l'a menée auprès de la régente le 15 de ce 
mois, et lui a fait raconter ce qu'elle dit savoir. Il en 
résulte qu'elle accuse monseigneur d'Épernon, la Verneuil 
et le duc de Guise de la mort du roi, et elle déclare vou- 
loir maintenir et justifier son dire. 

« Elle a été immédiatement mise entre les mains de la 

I. Charlotte Du Tillet, personne d'assez haute condition, puisqu'elle 
était la belle-sœur du président Séguier, passait pour la maîtresse 
du duc d'Épernon. Elleet la Descomans, confrontées en pleineaudience, 
se gourmèrent fort plaisamment, paraît-il, au sujet de leur mauvaise 
vie. 



DÉBUTS ORAGEUX DE l'aNNÉE i6iI. 201 

justice et s'y trouve encore actuellement; et bien que, dans 
ses interrogatoires, elle ait maintenu les mêmes déclara- 
tions avec beaucoup de constance, elle n'a cependant pas 
apporté les témoignages et justifications qui pourraient la 
rendre digne de foi. Elle a bien fait voir quelques lettres en 
chiffres de la Verneuil au duc de Guise et du duc de Guise 
à Mme de Verneuil; elle croit y trouver beaucoup de force 
pour ses accusations; mais on n'a pu en tirer autre chose 
que la preuve de l'amour qui existait entre eux deux et des 
recommandations mutuelles de garder le secret, afin que le 
roi ne s'aperçût pas de leurs relations. Aussi croit-on que 
cette pauvre femme ne fera du mal qu'à elle-même; et le 
fait que les Guises et le duc d'Epernon étaient, il y a encore 
quatre jours,, ennemis comme au temps de la mort du roi 
rend encore moins croyable ce que dit cette femme. 

« Néanmoins le peuple s'est fait sur ces choses une opi- 
nion telle qu'il estime que d'Epernon n'est pas sans culpa- 
bilité et on voit bien, par les conversations, qu'on lui en 
veut grand mal. L'opinion de la cour est que cette femme a 
été suscitée par quelqu'un, et on dit très tranquillement que 
c'est le prince de Condé, afin de donner un croc-en-jambe 
à Guise. 

« On parlait, il y a deux soirs, de tout cela, dans le 
cabinet de la reine et Sa Majesté elle-même y mettait beau- 
coup de passion, en présence de beaucoup de personnes, 
parmi lesquelles le duc d'Aiguillon, le prince de Joinville, 
le chevalier de Guise, le duc de Rohan, la princesse de 
Conti, Mme de Guise, la nouvelle épouse, Mme de Ven- 
dôme, Mme de Sully et d'autres. J'entendis la princesse de 
Conti dire que cettefemme, dans ses interrogatoires, s'était 
montrée si constante que, non seulement elle n'avait pas 
varié dans la substance de ses relations, mais pas même 
dans les paroles; et que, par là, on pouvait bien se rendre 
compte que c'était là une trame tissue par quelque malin- 
tentionné. 



202 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

« Les personnages accusés, et d'Épernon en particulier, 
voudraient, à ce que l'on m'a dit, que Sa Majesté ordonnât 
qu'elle fût soumise à la torture; ils espèrent qu'au milieu 
des tourments, non seulement elle se dédira, mais qu'elle 
désignera même celui qui lui a fait faire cela ; ils voudraient 
enfin qu'elle fût exécutée, mais qu'auparavant on la fît 
parler en public, afin que la vérité fût entendue de tous. 

(( Il paraît que Sa Majesté ne veut ni l'un ni l'autre, 
parce que, les dires de cette femme ne présentant rien de 
substantiel, Sa Majesté ne veut point qu'elle découvre 
Condé ou d'autres, et qu'ainsi les parties en présence en 
viennent à une telle haine l'un de l'autre que quelqu'un 
soit forcé d'en venir aux armes et, comme la cour est 
divisée, fasse quelque fâcheuse extravagance; car Sa Majesté 
trouve bien son compte à ce que les princes ne soient pas 
d'accord, mais non à ce qu'ils en viennent aux armes. 
Aussi pense-t-on que cette femme ne sera pas torturée, 
mais qu'on la laissera tout bonnement mourir dans une 
prison ; et ainsi verrons-nous bientôt la fin de cette affaire '. » 

Les choses devaient en eff"et suivre le cours que semblait 
indiquer à l'avance la façon de faire habituelle à Marie de 
Médicis, toujours prudente ou cauteleuse dans sa politique, 
mais que la violence et l'échaufî'ement des passions en pré- 
sence eussent assurément rendue impuissante, si les accusa- 
tions de la Descomans avaient eu quelque fondement 
sérieux, à briser l'action de la justice par une prévarication 
criminelle. Il y a beaucoup de naturel et de vraisemblance 
dans la façon dont le Florentin nous montre le développe- 
ment et le dénouement de cette obscure intrigue. 

« Cette femme, qui a été mise en prison et qui accuse le 
duc d'Épernon et le duc de Guise dont on ne fait plus 
mention, la marquise de Verneuil et Mlle Du Tillet, aurait 
aussi dit quel était celui qui allait et venait pour parler à ce 

I. Scip. Ammirato, 23 janvier 1611. 



DÉBUTS ORAGEUX DE L ANNEE 161I. 2o3 

scélérat de Ravaillac. La Verneuil a été interrogée sur une 
grande quantité d'articles dans la maison du premier prési- 
dent, comme Mlle Du Tillet. M. d'Épernon ayant été parler 
audit premier président, et lui ayant exposé tout ce qui lui 
paraissait occurrent, celui-ci lui répondit avec une grande 
gravité que l'on ferait justice à chacun, ce à quoi d'Épernon 
répondit qu'il lui parlait comme un bon juge et non pas 
comme un ami : « — Dans une pareille affaire, aurait riposté 
« le premier président, je ne puis répondre autrement ». 

«■ On dit encore que cette femme a nommé un jésuite 
qui est mort, auquel étant allée se confesser, du vivant du 
roi Henri, et lui ayant dit qu'elle connaissait la conjuration, 
le jésuite aurait, affirme-t-elle, répondu qu'il ne fallait en 
rien dire ; car elle mettrait en peine trop de gens. Cette 
particularité, la reine l'a dite à table, il y a huit jours; et le 
secrétaire Cioli l'a aussi entendue. 

« Mais, à cette heure, quiconque veut du mal à cet ordre, 
et véritablement, ici en France, on n'a pas de peine à 
trouver des gens de cette sorte, peut facilement inventer \ » 

Il est important de faire observer ici en passant de quelle 
imperturbable audace il faudrait supposer que Marie de 
Médicis ait été douée, pour s'exprimer avec autant de liberté 
au sujet de toutes les personnes que pouvaient mettre en 
peine les révélations d'une intrigante, si elle avait pu, à 
aucun degré, s'y croire comprise elle-même dans une hor- 
rible complicité avec le duc d'Épernon. Quant à celui-ci, 
on ne saurait inférer aucune preuve à sa charge des 
paroles échangées, au dire du secrétaire florentin, entre 
lui et le premier président de Harlay, ni même de celles 
beaucoup plus vives que relate L'Estoile ". La première ver- 

1. Scip. Ammirato, 4 février 1611. 

2. M. Desparnon en mesme temps, qui avoit le plus d'intérêt en 
ceste affaire, et lequel poursuivoit animeusement contre ceste damoi- 
selle, pour la faire mourir, allant ordinairement au conseil pour 
cela à M. le président Séguier, vinst voir M. le premier président en 
son logis, pour tascher à en apprendre des nouvelles. Mais ce per- 



204 ^^ MINORITE DE LOUIS XIII. 

sien nous montre un juge, la seconde un magistrat suscep- 
tible : aucune des deux ne peut nous faire trouver un accu- 
sateur dans le président Harlay. 

En effet l'accusation devait succomber sous son inanité 
même encore plus que par l'absence de preuves matérielles 
ou même morales; et l'on put, sans causer de scandale, 
s'abstenir d'appliquer à la Descomans rigueur de justice en 
lui infligeant la peine suprême qu'elle faisait encourir aux 
personnages dénoncés par elle. « On avait dit, écrit Scip. 
Ammirato le 19 février, que cette femme, qui est prison- 
nière, avait été empoisonnée; mais ce n'était pas vrai. On se 
doute bien, comme on n'en parle plus, que cette affaire se 
terminera tout tranquillement par sa mort, et il paraît qu'elle- 
même le croit déjà. » 

On n'en vint pas à cette extrémité. L'affaire se termina 
par une ordonnance d'élargissement en faveur de quelques 
inculpés secondaires et par un arrêt de réclusion pris contre 
la Descomans. ancienne habituée de la prison et dont l'in- 
ternement entre quatre murs n'est guère digne de pitié. 



sonnage avec sa gravité accoustumée, et maintien assez rébarbatif, à 
l'endroit principalement de ceux qui ne lui plaisoient pas, le rebuta 
fort, lui dit qu'il n'estoit pas son rapporteur, mais son juge. Et comme 
le dit sieur Desparnon lui eust répliqué que ce qu'il lui en deman- 
doit estoit en ami, et qu'en ceste qualité il en avoit pris la hardiesse : 
« Je n'ay point d'amis, lui respondit le premier Président; je vous 
ferai justice; contentez-vous de cela '>. Duquel rebut M. Desparnon 
s'en estant retourné fort mal content, et en aiant fait sa plainte à la 
Reine, Sa Majesté lui dépescha aussitôt un des siens, avec charge de 
lui dire de sa part, qu'elle avoit entendu qu'il traictoit mal M. Des- 
parnon, mais qu'elle le prioit de le vouloir, en sa faveur, traicter à 
l'avenir plus doucement et gracieusement, comme un seigneur de la 
qualité et mérite qu'il estoit. A quoy M. le premier Président fit res- 
ponse en ces mots : • Vous direz à la Roine, qu'il y a cinquante ans 
que je suis juge, et trente que j'ay cest honneur d'estre chef de la 
Cour souveraine des Pairs de ce Roiaume: mais que je n'ay jamais 
veu homme ni seingneur, de quelque grande qualité qu'il fust, ni duc 
ni pair, accusé et déféré sur un crime de leze-majesté, comme est 
M. Desparnon, qui vînt voir ses juges, tout botté et esperonné, avec 
une espée à son costé. Ne faillez de le dire à la Roine. • C'est parler 
en premier Président, cela; que je n'eusse enregistré ici, si je ne 
l'eusse sceu bien et certainement. (L'Estoile, t. XI, p. 69.) 



DÉBUTS ORAGEUX DE l'aNNÉE i6iI. 2o5 

« M. Marescotti m'a dit, écrit Scip. Ammirato le 15 mars 
161 1, que cette femme qui accusait la Verneuil et les autres 
de la mort du roi, et était en prison, en a été retirée pour 
être mise dans un monastère * et que ce serviteur de Mme Du 
Tillet est sorti lui aussi de prison et qu'ainsi la cause est 
restée pendante, sans qu'intervienne de jugement. » Le fait 
même que ne furent supprimés ni Fauteur des révélations 
suspectes ni les malheureux impliqués dans le procès nous 
semble une présomption très grande que Thistoire ne doit, 
pas plus que la justice du temps, tenir compte d'un épisode 
judiciaire insignifiant en lui-même. On le comprendra sans 
doute mieux en le rapprochant de faits voisins, simultanés 
et peut-être connexes, au milieu desquels il semble que 
l'importante personnalité du duc d'Epernon ait été l'objet 
d'audacieuses et multiples tentatives de renversement. Telle 
fut la fameuse affaire du baron de la Châtaigneraie. 

M. de la Châtaigneraie, capitaine des gardes de la reine, 
son sauveur au bac de Neuilly, passait pour être amoureux 
de la fille du secrétaire d'État Loménie, dame d'honneur 
de Marie de Médicis, que le comte de Rebat recherchait 
également. Le samedi soir 5 février, après que la reine 
se fut retirée, ainsi que tous les courtisans, il ne resta plus 
dans le grand cabinet que les deux rivaux et les dames de 
la reine. Rebat s'entretenait avec la fille de Loménie, lorsque 
sortit du petit cabinet une des femmes de chambre de la 
reine pour dire que chacun eût à se retirer, car la reine 
allait se coucher. La Châtaigneraie, poussé soit par la 
jalousie, soit par son caractère un peu altier, se tourna vers 
Rebat et lui dit de sortir. 

Celui-ci répondit aussitôt qu'il sortirait, parce que la reine 
le commandait et que cette femme de chambre l'avait dit, et 
non parce que La Châtaigneraie le lui ordonnait; car cela 

I. L'arrêt qui la condamne définitivement à l'emmurement est du 
3o juiHet 1611. 



206 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

ne le regardait pas pour le moment, et il devait s'en aller 
aussi, ni plus ni moins que lui. La Châtaigneraie répondit 
avec plus de hauteur, sans cependant faire de bruit, que 
Rebat devait sortir, parce qu'il le disait, vu que c'était son 
office, et que, s'il ne voulait pas sortir, il l'y contraindrait 
par la force. 

Le comte Rebat partit en grommelant, mais ne se fit pas 
faute, le soir même et le lendemain matin, de raconter 
l'aventure à d'autres, et de se plaindre de La Châtaigneraie. 
Ses doléances, encore amplifiées, revinrent aux oreilles du 
capitaine des gardes de la reine. Marie de Médicis, ce 
dimanche matin-là, se mit à table dans son antichambre, où, 
pour la seconde fois, elle déjeuna en public. Dans le grand 
cabinet étaient restés plusieurs seigneurs et gentilshommes, 
entre autres La Châtaigneraie, Rebat, M. le Grand et son 
frère, M. de Thermes S lesquels étaient tant soit peu parents 
de Rebat. La Châtaigneraie, se trouvant tout près des deux 
frères, prit un prétexte quelconque pour dire que certaines 
personnes avaient dit du mal de lui, et toute espèce de 
choses, mais qu'il les défiait bien d'oser répéter leurs propos 
en sa présence; car il saurait les en empêcher. Cette sortie 
ridicule fut endurée avec assez de patience par M. de Belle- 
garde; mais son homme continuant à marmotter entre ses 
dents, il se leva tout à coup et lui demanda pourquoi il 
faisait un pareil abattage en cet endroit et en sa présence 
(perche ci faceva quivi quelle tagliate alla sua presen:(a)\ car 
il ne pouvait le prendre pour lui et ne croyait pas davan- 
tage que, dans cette compagnie, se trouvât quelqu'un qui, 
s'il Teût blâmé en quoi que ce fût, ne sût fort bien main- 
tenir son propos. Mais La Châtaigneraie, continuant sur le 
même ton à crier que ceux-là en avaient menti, M. le Grand 



I. Le maréchal de Bellegarde, père du grand écuyer, avait épousé 
Marguerite de Saluces, la veuve de son oncle et collègue le maréchal 
de Thermes, célèbre dans les guerres de Henri II. — Thermes et Bel- 
legarde dont il est question ici étaient frères utérins. 



DÉBUTS ORAGEUX DE l'aNNÉE i6iI. 207 

et de Thermes se tournèrent vers les assistants qui s'étaient 
formés en cercle : « Eh bien! messieurs, crièrent-ils, est-il 
quelqu'un de vous qui ait parlé de La Châtaigneraie? s'il en 
est un, qu'il vienne ici faire face et qu'il parle! » Aucun 
d'eux ne se présenta : « C'est bien, dit La Châtaigneraie, qui 
a la gale se gratte et ne s'en vante pas! » — M. d'Épernon, 
qui se trouvait aussi là, voyant et entendant les bravades 
hors de propos que se permettait le capitaine, s'approcha 
de lui pour lui dire qu'il eût à porter respect à M. le Grand, 
qui était si fort au-dessus de lui. Alors, La Châtaigneraie, 
ne se possédant plus, répondit au duc d'Epernon avec une 
solennité superbe que, dans cette cour, il ne connaissait 
personne qui dût passer avant lui; et que céans il ne cédait 
le pas qu'aux princes et aux maréchaux. D'Epernon recevait 
là un coup droit, car il n'était ni l'un ni l'autre, quoique 
fort grand et très considéré personnage. Pris de fureur, il 
riposta que de cette prétention il saurait bien lui-même le 
désabuser, et, se reculant de quelques pas, il mit l'épée 
à la main en même temps que le grand écuyer et 
d'autres. 

Les fers allaient se croiser, lorsque le duc de Guise, qui 
se trouvait aussi là, parut tout à coup au milieu des épées, 
en disant que l'on portât respect à l'endroit où l'on se 
trouvait, si l'on ne voulait le faire pour lui-même. Le fils 
du premier président, M. de Beaumont, pris d'un zèle 
inconsidéré, se précipita avec une telle furie pour annoncer 
le tout à la reine, qu'arrivé auprès d'elle, peu de temps 
après qu'elle s'était mise à table, il ne s'avisa même pas de 
retirer son chapeau, et conservant l'épée sous le bras, lui 
dit : « Que Votre Majesté coure dans le cabinet, on s'y 
tue! » La malheureuse reine, affolée, craignant pour le roi, 
se leva immédiatement de table et accourut; en un instant 
le tumulte s'apaisa. La régente s'enquit des circonstances de 
l'événement et s'étant convaincue que la responsabilité de 
la querelle incombait à La Châtaigneraie, qui s'était laissé 



208 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

aller à d'impudentes provocations, lui ordonna de déposer 
son épée et son bâton de capitaine, et le fit enfermer dans 
la chambre qu'il avait au Louvre. Elle se remit ensuite à 
déjeuner. 

Le soir, Marie de Médicis fit mener La Châtaigneraie à 
la Bastille, en prison. Mais on pensait bien qu'elle ne tar- 
derait pas à lui faire faire sa paix avec le duc d'Épernon et 
M. le Grand et à lui rendre sa charge, en même temps 
que la liberté. Épernon disait que, le tout étant arrivé 
dans le cabinet de Sa Majesté, c'était à elle à en tenir 
compte, et non pas à lui. Ce propos n'était en réalité qu'une 
échappatoire destinée à donner le change sur une situation 
qui n'était pas aussi indifférente au duc d'Épernon qu'il 
voulait bien le dire. En effet, le lendemain même de la 
scène, comme on discutait sur ce sujet dans l'endroit 
même où elle s'était passée, et en présence du maréchal de 
Bouillon, le duc d'Epernon dit à la reine que lorsqu'elle 
aurait fait faire à la Châtaigneraie ce qui lui paraîtrait con- 
venable, elle devrait encore l'obliger à donner satisfaction 
à M. le Grand et à lui-même; et que, sur ce point, il s'en 
remettait au connétable et aux maréchaux de France. La 
régente répondit que La Châtaigneraie était son serviteur, 
et qu'elle ne voulait pas qu'il fût maltraité. Épernon reprit 
qu'il croyait être aussi bon serviteur de Sa Majesté que La 
Châtaigneraie; qu'il lui en avait donné et pouvait lui en 
donner des preuves telles que l'autre serait certainement 
bien embarrassé d'en faire autant durant toute sa vie; qu'au 
demeurant si Sa Majesté voulait avoir de la sorte des servi- 
teurs en particulier, elle en aurait moins en général. Telles 
sont les confidences que d'Épernon lui-miême fit à ses amis 
tandis qu'il tenait pour le public le langage que nous avons 
rapporté plus haut, lorsqu'il vit qu'il ne pourrait obtenir de 
satisfactions convenables. 

En effet La Châtaigneraie ne tarda pas à être tiré de la 
Bastille; il demanda pardon à la reine de ce qu'il avait dit 



DÉBUTS ORAGEUX DE l'aNNÉE i6iI. 209 

et fait; son bâton de capitaine lui fut immédiatement rendu 
et il reprit son service comme auparavant ^ 

Le duc d'Epernon ne put dissimuler longtemps son 
mécontentement, et, lui aussi, fit mine de vouloir sortir de 
la cour, comme ces princes auxquels La Châtaigneraie lui 
avait irrévérencieusement interdit de se comparer. Ainsi 
un premier mécontentement causé par le projet de mariage 
entre Mlle de Montpensier et le fils du comte de Soissons 
l'avait rangé du côté des Guises; maintenant l'affaire de La 
Châtaigneraie allait lui faire quitter Paris bruyamment. Il 
se ravisa toutefois, et voulut sans doute prouver au capi- 
taine des gardes de la reine qu'il ne lui était pas besoin 
d'être prince pour se faire acheter aussi son obéissance et sa 
soumission. 

Il ht valoir qu'il avait été premier gentilhomme de la 
chambre, du temps de Henri III, pour demander que cette 
charge fût donnée à son second fils. Cette réclamation sus- 
cita une vive opposition. On objecta que, si, à la vérité, il 
avait été sous Henri III premier gentilhomme de la chambre, 
pendant plus de vingt ans qu'avait duré le règne de Henri IV 
il n'en avait jamais exercé les fonctions. Mais d'Epernon 
rétorquait l'argument en disant que ses brevets dataient du 
temps de Henri III, et que, comme Henri IV ne l'en avait 
jamais privé, encore qu'il n'eût pas exercé sa charge, il en 
restait néanmoins le possesseur. « Mais Sa Majesté, qui con- 
naît l'homme, dit Scip. Ammirato, et qui veut le tenir aussi 
satisfait que possible, lui donnera, dit-on, quelque chose en 
échange. Le marquis Concino est celui qui traite l'affiire 
avec Epernon. Celui-ci est considéré comme démesurément 
astucieux, ambitieux et superbe; il voudrait que Sa Majesté 
l'estimât plus que n'importe quelle autre personne, lui com- 
muniquât toutes les affaires et lui donnât en quelque sorte 
une place à part, comme à un personnage considéré encore 

I. Scip. Ammirato, i5 février 1611. 

14 



2IO I^A MINORITE DE LOUIS XIII. 

comme très puissant. Malgré tout, ceux qui le connaissent 
de longue main et qui en usent avec lui familièrement, ne 
pensent pas qu'il soit jamais pour mettre en train quelque 
nouveauté contre l'état de choses actuel. Car étant arrivé 
maintenant à l'âge de cinquante-sept ans et ayant des fils 
auxquels il prétend laisser toutes ses charges, et les établir 
ainsi, lui-même dit qu'il ne saurait mieux atteindre son but 
que par la conservation du pouvoir de la reine, dont il peut 
attendre beaucoup plus que des princes. Mais avec tout cela, 
et bien qu'il se soit réduit à mener une vie toute spiri- 
tuelle, en se retirant assez souvent dans un de ces couvents 
de frères mendiants, où il passe son temps à se confesser et 
à communier, il est bien peu de gens qui ne le considèrent 
comme fort dangereux '. » 

Ainsi se maintenait au-dessus des accusations, des atta- 
ques et des intrigues, l'ancien compagnon des folies dévotes 
du roi Henri III, l'adversaire des Guises maintenant con- 
fondu avec eux dans une accusation que ce rapprochement 
même suffit à rendre invraisemblable, trop habile et trop 
puissant pour se laisser entamer au fer de la calomnie. 
Concini n'était pas de taille à se mesurer avec un tel adver- 
saire. Il valait mieux traiter. C'est ce qu'il entreprit, suivant 
son habitude. 

Si Ton réfléchit que tous les auteurs de mémoires contem- 
porains placent immédiatement à la suite des divers incidents 
que nous venons de mentionner et sans en expliquer le 
rapport évident qu'elle eut avec eux, une crise depuis long- 
temps menaçante, celle qui amena la retraite définitive du 
duc de Sully, on ne peut s'empêcher de penser que le per- 
sonnage toujours prêt à tout dénouer était celui qui avait le 
talent de troubler tout, à son profit. Le marquis d'Ancre fut 
le syndic de tous les mécontentements à éteindre, de toutes 

I. Scip. Ammirato, 26 février 1611. 



RETRAITE DE SULLY. 2 F I 

les satisfactions à faire espérer, lorsqu'il finit par donner le 
coup de grâce à la victime expiatoire dont l'immolation, au 
détriment de l'intérêt public, sembla devoir être le gage du 
rassasiement à offrir aux appétits les plus discordants. 

De tous les mécontents le plus acharné après l'existence 
ministérielle du duc de Sully était le comte de Soissons. 
Lorsqu'il s'était agi du mariage de son fils avec la demoi- 
selle de Montpensier, Sully n'avait pu, sans protestation,' 
laisser passer de telles espérances dans une branche colla- 
térale et remuante de la famille royale. Il ne fut donc pas 
difficile d'attirer Soissons dans le camp des ennemis du 
surintendant, du côté de ces ministres jaloux et hostiles 
dont il s'évertuait à gagner les bonnes grâces \ Marie de 
Médicis, conseillée par eux, avait répondu aux avances du 
comte de Soissons par des engagements que le jeune âge 
de la promise rendait bien illusoires, mais qui mettaient ce 
prince à la discrétion de Villeroy ". 

Quant au prince de Condé, nous ne savons pas positive- 
ment si le surintendant des finances mit obstacle aux géné- 
rosités de la régente à son égard. On pourrait peut-être l'in- 
férer de ce passage où Sully met le prince de Condé en tête 
de tous ceux qui, disent les Economies royales, « avaient fait 
et expressément dressé la partie, ou pour ruiner toutes les 
affaires du roi et lui faire recevoir un blâme à jamais, s'il ne 
s'y opposait absolument, ou pour l'accabler de malveillances 
s'il faisait son devoir ». Nous avons un renseignement bien 
plus grave que cette vague indication, une imputation for- 
mulée en termes précis et qui ne peut laisser aucun doute 
sur la duplicité du prince de Condé et sur les motifs secrets 
qui l'entraînèrent, lui aussi, dans la conjuration formée 

1. « Il a commencé à servir la reine d'une manière extraordinaire. 
Il manœuvre en même temps de façon à rendre siens, plus qu'aupa- 
ravant, les ministres qui la conseillent et qui paraissent le plus aimés 
d'elle et qui sont considérés comme lui étant chers. » (Ambass. vénit. 
Foscarini, ii janvier 1611.) 

2. Richelieu, Mémoires, p. 36, col. i. 



212 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

contre le duc de Sully; ce renseignement se trouve dans un 
passage chiffré de la dépêche du Vénitien Foscarini déjà 
citée : « Avant que le prince de Condé reçût les dernières 
faveurs de la reine, dit-il, il a fait l'offre de sa personne aux 
huguenots de ce royaume, pour être leur chef; mais comme 
il y a chez eux la résolution et le ferme désir de se tenir en 
repos, ils se sont montrés tout à fait contraires à cette pro- 
position, et ils ont fait répondre qu'ils ne veulent pas d'autre 
chef que le roi. Le duc de Sully, qui est sans doute celui 
qui a porté la parole en leur nom, n'est plus en bons termes 
avec le prince, et précisément pour cette raison. » A la 
veille de l'assemblée que les huguenots, conformément aux 
clauses de l'édit de Nantes, allaient tenir, et dans la situation 
précaire du surintendant, cette déclaration était aussi hono- 
rable pour lui que fâcheuse pour le prince de Condé. 

Le cercle d'investissement se resserra donc bientôt 
autour de SuU}^; on s'en aperçut lorsqu'après un court éloi- 
gnement Villeroy reparut. « Les conflits entre Sully et Vil- 
leroy continuent, dit l'ambassadeur vénitien; on a résolu de 
tirer du conseil d'État un conseil des finances et de s'arranger 
de manière à diminuer l'autorité de SuU}-. Mais il menace 
de renoncer à sa charge, sachant qu'il est nécessaire, et que, 
lui parti, la confusion se mettrait dans l'administration des 
finances. » On n'en était plus à s'arrêter à une pareille baga- 
telle. Villeroy s'empara d'ailleurs avec habileté de la position. 
Dans les querelles de cour qui s'étaient élevées au com- 
mencement de janvier et avaient mis aux prises la maison 
de Bourbon et la maison de Guise, Concini se rangea du 
côté des Bourbons; Sully se trouva constamment dans le 
cas contraire. 

Le moment était venu « de mettre, suivant l'énergique 
expression de Richelieu, les fers au feu pour éloigner le duc 
de Sully ». On laissa se répandre autour du vaniteux et 
avide Florentin le bruit qu'il serait appelé à prendre la suc- 
cession du surintendant. Devant cette union des ennemis 



RETRAITE DE SULLY. 21 3 

politiques, des mécontents, des ambitieux et des incapables, 
en face de cette ligue de princes du sang, de ministres et 
de courtisans, Sully n'avait plus qu'à opérer sa retraite en 
bon ordre. Il le fit en temps utile et, ne pouvant plus rien 
pour la chose publique, ne voulut point laisser en péril sa 
chose particulière. 

« Ily a quelques jours, écrit Foscarini le 27 janvier 161 1, 
le duc de Sully est allé trouver la reine et lui a dit que, vu 
la multiplication des demandes qui se produisaient de toutes 
parts, la très grande libéralité de la reine et l'impossibilité où 
il se trouvait, lui, de résister aux exigences des princes du 
sang et autres, n'ayant plus l'appui qui lui venait autrefois 
du roi, il préférait renoncer à sa charge. » La reine décon- 
certée insista vivement auprès de Sully pour qu'il continuât 
d'exercer seul ses fonctions. Le surintendant parut rester 
inébranlable dans sa résolution de partir, mais au milieu 
des puissants ennemis qui le battaient en brèche, il se tint 
encore à son poste, fier, inflexible, n'abandonnant rien 
de son autorité, jusqu'au moment où il serait formellement 
relevé de ses charges. Dès ce moment commencent les 
innombrables et interminables écritures que Sully, en 
homme d'affaires très formaliste, crut devoir établir dans 
la forme authentique, pour la sauvegarde de son honneur, 
de ses intérêts, de sa sécurité et de son renom dans l'his- 
toire. Il a versé quelques-uns de ces papiers dans les Écono- 
mies royales; d'autres encore plus étendus se retrouvent dans 
les archives et les collections de documents. 

Sully commença par présenter au chancelier un écrit par 
lequel il requérait instamment que deux millions d'écus d'or 
qui se trouvaient encore à la Bastille et qui formaient le res~ 
tant de l'épargne amassée par l'industrie du feu roi et la 
sienne fussent laissés intacts jusqu'à la majorité du roi. Le 
chancelier en référa à la reine, qui, au premier moment, ne 
parut pas prendre mal cette requête inattendue; elle 
s'abstint toutefois de répondre. Sully, voyant qu'il ne pou- 



2 14 ^^ MINORITE DE LOUIS XIII. 

vait tirer du chancelier aucune résolution, s'adressa au pre- 
mier président. Celui-ci, vu la gravité de l'affaire, réunit le 
Parlement, qui se montra peu disposé à y donner suite. Mais 
Sully exigea qu'en tout état de cause sa requête fût couchée 
sur les registres de la cour, et que copie lui en fût délivrée *. 

Cette manifestation, qui impliquait un blâme évident 
pour Tadministration passée de la régente et une défiance 
formelle pour l'avenir, devait être prise de la part de--5ully 
comme une rupture définitive : « La reine, écrit l'ambassa- 
deur vénitien, qui avait témoigné désirer avec tant de pas- 
sion le maintien du duc de Sully dans la charge des 
finances, a changé en un instant et manœuvré d'une tout 
autre façon. Sully a donc remis ses fonctions en même 
temps que la Bastille entre les mains de Sa Majesté ". » 

Telles furent les manifestations extérieures de la crise 
qui aboutit au renversement de Sully. Mais si nous voulons 
en reconnaître les causes intimes et décisives, nous les 
trouverons dans une dépêche que l'ambassadeur vénitien, 
après avoir recueilli les informations les plus sûres, écrivit 
à la Sérénissime Seigneurie. Foscarini s'exprime dans les 
termes suivants quelques jours après l'événement : « A la 
suite de ces démêlés qui ont eu lieu entre le duc de Sully 
et M. de Villeroy, celui-ci s'éloigna pour quelques jours 
de la cour et demanda son congé à la reine. Sully prit alors 
sur lui beaucoup d'avantage; mais Villeroy employa tout 
son esprit et redoubla tous ses efforts pour abaisser son 
rival. Reconnaissant l'insuffisance de ses forces, même 
unies à celles du chancelier, il s'est mis à machiner et à 
gagner ceux qu'il a jugés être en faveur et en autorité 
auprès de la reine mère, ce qui n'a pas été très difficile à un 
homme d'une expérience aussi vieille, qui connaît les pas- 
sions d'un chacun et qui sait frapper juste. Le fait que le 
duc de Sully, dans les récents démêlés entre le comte de 

1. Ambass. vénit. Foscarini, 26 janvier 1611. 

2. Ambass. vénit. Foscarini, 9 février 1611. 



RETRAITE DE SULLY. 2 I 5 

Soissons et le duc de Guise, s'est déclaré contre le comte, 
a accru chez ce dernier d'anciens mécontentements, des 
mésintelligences que Villeroy a fort gentiment fomentées. 
Le prince de Condé, depuis quelque temps, règle complè- 
tement sa conduite d'après les conseils de Soissons. A 
Bullion, à Jeannin et à d'autres, Villeroy a fait croire que 
la chute de Sully tournerait à leur exaltation et il a fait 
valoir dans ce sens des considérations accommodées à leur 
intérêt personnel. Cela fait, pour être sûr de son coup et 
pour donner le dernier branle, il a gagné le Concini, favori 
de la reine, qui s'appelle maintenant le marquis d'Ancre et 
dont le crédit auprès de Sa Majesté grandit de jour en jour. 
Ce personnage se montre, et les effets le prouvent bien, 
entièrement dépendant du grand-duc et de la grande- 
duchesse mère. De là vient qu'il a fait encore tout ce qu'il 
peut auprès de la reine pour la porter en faveur des 
mariages avec l'Espagne, exaltant la bonté du roi de cette 
nation, multipliant en ce sens les raisonnements, sans la 
moindre réserve ni circonspection. Le bruit court mainte- 
nant, et plusieurs princes me l'ont confirmé, que Villeroy, 
pour se venger de Sully, a fait à Concini la promesse de 
porter la reine à favoriser ses désirs en cette matière; et, en 
effet, il n'y manque pas. Concini, d'autre part, qui est d'une 
force presque omnipotente, avec l'assistance de sa femme, 
a décidé Sa Majesté à priver la couronne de France du plus 
digne et du plus utile ministre qu'elle eut jamais. Comme 
on craignait du mécontentement de la part des huguenots 
qni pouvaient prendre pour une offense publique et une 
marque de défiance le fait d'enlever à un homme de leur 
rehgion le gouvernemeut absolu de la Bastille et des 
finances, on a publié que Sully a renoncé à ces charges de 
lui-miême et non par le commandement de la reine, ce qui 
est d'ailleurs conforme à la vérité \ » 

I. Ambass. vénit. Foscarini, 17 février 1611. 



2i6 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

Voici en effet ce que nous lisons dans le document offi- 
ciel que vise l'ambassadeur vénitien, et dont une copie 
manuscrite, insérée dans la collection Dupuy, permet de 
combler une lacune importante dans cette partie des 
Économies royales où Sully accumule les preuves relatives 
aux formalités de son départ, aux décharges et compensa- 
tions qu'il se fit octroyer ^ 

« Aujourd'hui, vingt-sixième jour de janvier 1611, le roi 
étant à Paris, M. le duc de Sully s'est présenté à Sa Majesté 
et l'a très humblement suppliée d'avoir pour agréable qu'il 
déposât et remît entre ses mains les charges de superinten- 
dant des finances et de capitaine de la Bastille audit Paris; 
lesquelles remises et démissions Sa Majesté a plusieurs fois 
refusées et prié ledit sieur duc de Sully de vouloir servir en 
icelles charges, tout ainsi qu'il avait accoutumé de faire ci- 
devant. Mais voyant sa volonté en être du tout aliénée, 
Sa Majesté a reçu et accepté lesdites remises et démissions 
des charges de superintendant des finances et de capitaine 
de la Bastille. » 

Sully résigna, avec beaucoup plus de dignité que ne le 
laisse entendre Richelieu, les hautes fonctions qui lui étaient 
retirées. « Bien que ce coup ne le surprît pas à l'imprévu, et 
qu'il le vît venir de loin, dit le cardinal dans ses Mémoires-, 
il ne put toutefois composer son esprit en sorte qu'il ne le 
reçût avec faiblesse. Il céda parce qu'il fallait obéir, mais ce 
fut avec plaintes. » Le cardinal fait sans doute ici allusion à 
la lettre fameuse insérée dans le Mercure françois ^ par 
laquelle Sully présente à la reine un résumé des services 
qu'il a rendus à la couronne et semble vouloir se donner 

1. Biblioth. nationale, mss, coll. Dupuy, t. XL, f» 204. 

2. Richelieu, Mémoires^ p. 38, col. i. 

3. Mercure frayiçois, t. II, f°' 6 et suiv. « Si mon affection première, 
lit-on dans ce document, n'a reçu autre changement que de s être rendue 
ardente et plus forte, permettez-moi, Madame, pour ma plus digne 
satisfaction, de souffrir le mal que vous me faites, sans accepter le 
bien que vous m'offrez. Retirez mes charges sans cette dure charge. » 



RETRAITE DE SULLY. 217 

Tair de repousser les compensations de toute nature qui 
lui étaient offertes. Nous ne trouvons aucune mention 
de cette mauvaise humeur, de ces manifestations de dépit 
dans les informations que les ambassadeurs étrangers adres- 
sèrent à leurs gouvernements. 

Sully trouva plus d'une occasion d'exprimer les senti- 
ments qui l'animaient. Au moment où il allait prendre le 
chemin de ses maisons de campagne, quelques-unes de ces 
conversations ont été recueillies; elles mettent dans leur 
vrai jour le caractère et les dispositions du grand ministre 
qui allait s'éloigner des affaires. Le 2 février 161 1, il se 
présenta au Louvre pour prendre congé de la reine. Elle ne 
le reçut pas et il revint le lendemain; Sully ne paraît pas 
avoir été ce jour-là plus heureux que la veille. L'entrevue 
était embarrassante pour la reine, elle s'en dispensa. 

En revanche, l' ex-surintendant reçut la visite du lieute- 
nant d'Elbène, premier maître d'hôtel de Marie de Médicis. 
Cet homme de confiance de la régente n'approuvait pas en 
tout la révolution ministérielle qui venait de s'accomplir. Il 
avait déclaré à Scipione Ammirato que la confusion ne 
tarderait pas à se mettre dans l'administration, ajoutant avec 
une rudesse toute militaire que Sully était sans doute una 
hestia, mais que, de toute manière, il avait admirablement 
fait le service du roi *. Dans son entretien avec d'Elbène, 
Sully, loin de laisser échapper des paroles amères, écarta 
d'abord toute idée d'un mécontentement personnel à l'égard 
de la reine. Il jura au lieutenant qu'il remerciait Dieu 
d'être sorti de sa charge, parce qu'il voyait très bien qu'il 
ne pouvait plus y suffire avec des façons d'agir si diffé- 
rentes de ce qu'elles étaient sous le roi Henri. On avait 
placé trop haut le point de mire, disait-il, en élevant les 
dépenses et les pensions; et il était persuadé que les revenus 
de l'État n'y pourraient suffire; si dans une année on 

I. Scip. Ammirato, 3 février 1611. 



2l8 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

ne mettait pas la main sur les coffres de la Bastille, il 
serait bien trompé : « J'ai servi le feu roi, dit-il en termi- 
nant, du mieux que je l'ai pu et su faire; je suis prêt à 
agir de même à Tégard du roi d'aujourd'hui et de la reine, 
pour peu qu'ils daignent me le commander. J'espère qu'on 
reconnaîtra mes services et qu'on en saura gré à ma per- 
sonne, car je ne sais aucun homme qui puisse faire ce que 
j'ai fait *. » 

Le surintendant estimait à leur valeur et savait taxer, au 
besoin, ses éminents services. Ses dernières paroles à 
d'Elbène avaient une signification plus positive que senti- 
mentale. On le comprit fort bien. « Il est vrai, dit Riche- 
lieu, qu'on n'avait autre intention que de lui faire un pont 
d'or. » Déjà en effet étaient signés des brevets qui, après 
avoir constaté la satisfaction et contentement qu'avait 
Sa Majesté des grands, signalés et recommandables ser- 
vices que Sully avait rendus au défunt roi, lui constituaient 
en don la somme de trois cent mille livres; et sous les 
formes les plus explicites le confirmaient et continuaient 
tant lui que ses enfants en toutes autres charges (exception 
faite de la surintendance des finances et capitainerie de la Bas- 
tille), dans tous leurs états, offices, commissions, pouvoirs, 
dignités, bienfaits et récompenses qu'ils possédaient ". 

Si Ton met en regard de ce don de J03^eux congé, fixé à 
trois cent mille Uvres, les sommes énormes que le sieur 
Concini puisait à cette époque dans le trésor de l'État pour 
payer son marquisat d'Ancre, acheter les châtellenies de 
Péronne, Roye et Montdidier, ainsi que le gouvernement 
d'Amiens, on peut bien reconnaître avec Richelieu que 
Sully, en faisant bien les affaires du roi, n'avait pas oubUé 
les siennes ^; mais, pour être équitable, on ajoutera qu'il 
avait encore mieux fait que les siennes les affaires du roi. 

1. Scip. Ammirato, 4 février 1611. 

2. Sully, Économies royales, t. II, p. 410. 

3. Richelieu, Mémoires, p. Sy, col. 2. 



RETRAITE DE SULLY. 2ig 

Kous trouvons un dernier témoignage de la manière 
honorable, digne aux yeux de tous, dont Sully, au grand 
préjudice du pays, quitta le pouvoir, dans la dépêche sui- 
vante de l'ambassadeur Foscarini, en date du 12 février : 

<( Trois jours avant le départ de Sully, dit le Vénitien, je 
fus lui rendre visite. Je le trouvai en compagnie d'un grand 
nombre de seigneurs. Peu avant, étaient partis en même 
temps d'auprès de lui les ducs de Nevers, de Guise, de 
Bouillon, et le prince de Joinville avec lequel le duc de 
Sully avait eu une grande conférence. Je lui tins le langage 
qui me parut convenir à la circonstance en lui disant que sa 
retraite me causait un déplaisir particulier, parce qu'il avait 
toujours montré dans les affaires de la République une bien- 
veillance toute spéciale et appuyé ses ministres auprès du 
feu roi, ce qui nous donnait l'assurance qu'il en aurait fait 
de même dans l'avenir, auprès de la reine pour le moment, 
et auprès du roi quand le temps serait venu. Il me répondit 
que je devais assurer Vos Seigneuries de son parfait et inal- 
térable dévouement; il ajouta qu'il avait volontiers accédé 
au désir de la reine, déclarant qu'après la mort du roi le 
désordre s'était mis dans les finances et que l'on avait 
dépensé plus de la moitié de l'or que le roi et lui avaient 
mis de côté ; il me laissa entendre qu'il voulait conserver sa 
propre réputation, et que les derniers actes d'un homme 
politique sont toujours ceux auxquels on regarde le plus; il 
m'indiqua qu'il aurait bien pu se maintenir dans une situa- 
tion supérieure. Mais Dieu le préservait, disait-il, d'être le 
premier à troubler la paix intérieure. Enfin il me fit remar- 
quer que plus tard on aurait pu lui demander compte de 
l'argent qui se trouvait à la Bastille au moment de la mort 
du roi et qui ne tardera pas à être épuisé, le restant se mon- 
tant seulement à la somme de un million six cent soixante 
mille écus, tandis que dès maintenant il avait des lettres 
patentées fort détaillées, qui le garantissaient à jamais contre 
toute recherche; que la reine lui avait en outre assigné un 



220 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

dédommagement de cent mille écus, et la première dignité 
de maréchal vacante. Il me fit connaître aussi qu'indépen- 
damment de ces considérations, il avait sans cesse des occa- 
sions de mécontentements et de contestations, parce que 
l'on voulait jeter ce royaume dans les bras de l'Espagne et 
l'éloigner de ses anciens et vrais amis, de ceux qui ne son- 
gent qu'à sa conservation et à sa prospérité. Après divers 
propos dans le même sens, tenus avec la plus vive 
éloquence, Sully me dit observer qu'il lui restait encore la 
charge de grand maître de l'artillerie et deux autres égale- 
ment importantes, et en plus le gouvernement du Poitou, 
province qu'il avait la certitude de bien gouverner jusqu'à la 
majorité du roi, parce que toutes les forteresses y étaient à 
sa dévotion, la noblesse et le peuple, presque en totalité, 
fidèles à la religion réformée. Un peu avant le départ de 
Sully, le duc de Rohan s'en est allé par la même occasion 
fort mécontent. Tous les deux se trouveront à l'assemblée 
générale que vont tenir les huguenots \ « 

L'auteur des Économies royales ne néglige pas de nous dire 
que M. de Sully « sortit de la cour avec la plus grande 
gloire d'honneur et réputation que remporta jamais favori 
ni ministre de prince ; qu'il fut accompagné de plus de trois 
cents chevaux en sortant de Paris, et d'une infinité de 
larmes des Parisiens ^ ». Sully avait servi les intérêts du 
peuple; mais il était trop grand seigneur pour faire étalage 
d'une popularité qu'il n'avait d'ailleurs jamais recherchée ni 
gagnée. Cette allusion à l'émotion du peuple de Paris, jetée 
à la fin de la phrase, comme une marque de reconnaissance 
dédaigneuse, peut donc surprendre d'autant plus que ces 
larmes n'ont guère laissé de traces dans les récits contem- 
porains. Il fut cependant réel et sincère ce revirement subit 
de la conscience populaire en faveur de l'impuissant gardien 
des trésors de la Bastille. 

1. Ambass. vénit. Foscarini, 12 février 1611. (F'ilza 42.) 
•2. Économies royales, p, 410. 



RETRAITE DE SULLY. 22 1 

« Quelle folle bête est le peuple! écrit le secrétaire Sci- 
pione Ammirato. Du temps du roi Henri, il haïssait à mort 
M. de Sully, l'appelant chien, assassin, lui donnant de pires 
noms encore que je ne puis répéter. Aujourd'hui qu'on lui 
a enlevé la Bastille et les finances, il dit tout ému de com- 
passion : « Il est vrai que c'était un superbe, mais il est vrai 
« aussi qu'il a bien servi le roi et le royaume, qu'il a été un 
« excellent serviteur de Sa Majesté, puisque pour le servir il 
« s'est fait tant d'ennemis. Sans doute il en a retiré honneur 
« et profit; mais, ne pouvait-il pas en faire tout autant et se 
« créer, par-dessus le marché, des amis avec le bien de Sa 
(( Majesté PPourquoi donc l'avoir privé de sa charge au lieu de 
« le garder et de le récompenser? Après tout, ses brutalités, 
« les mauvais traitements qu'on lui reproche, n'avaient-ils 
« pas l'approbation du roi^? » 

L'instinct de la foule, si malveillante à l'égard des grands 
qui tombent, avait été juste cette fois; et ces regrets mêlés 
de restrictions qui accompagnaient Sully à son départ étaient 
plus honorables et le protégeaient plus sûrement contre ses 
ennemis que les trois cents cavaliers qui lui avaient été 
donnés comme escorte et dont quelques-uns, tout prêts à 
tourner bride, avaient entendu murmurer autour d'eux par 
les partisans de la disgrâce du ministre : « Dans l'adminis- 
tration des finances, il n'a fait du bien qu'à lui-même, car il 
s'est enrichi de telle sorte qu'aucun prince ne peut s'égaler 
avec lui. S'il a mis de l'argent dans la Bastille, tout autre 
l'eût fait à sa place. Il n'y avait peut-être que la ferme du 
sel dans laquelle il n'eût aucune part. On pouvait juger par 
là de la quantité d'écus qu'il avait dû amasser ainsi et d'autre 
façon encore. Pour le moment, ce qui importait, c'était de 
mettre les finances entre les mains des cathoHques et au 
pouvoir de la reine. » 

Ces propos de cour exprimaient bien la pensée intime du 

I. Scip. Ammirato, 4 février 1611. 



LA MINORITE DE LOUIS XIII. 



frivole entourage de la reine. Mais la preuve allait être 
bientôt faite qu'il était plus facile de faire sortir les fameux 
écus de la Bastille que de les y amasser. La lettre qui don- 
nait décharge au duc de Sully de la garde du château avait 
été accompagnée d'une autre qui instituait comme lieutenant 
dans la place le conseiller d'Etat de Châteauvieux, chevalier 
d'honneur de la reine mère, laquelle se réservait pour 
elle-même le gouvernement en titre de la Bastille (27 et 
28 janvier 161 1) *. Le pont d'or, suivant le mot de Riche- 
lieu, que l'on avait fait pour Sully et par lequel il était sorti 
de la Bastille, était le même qui devait y donner accès à la 
reine et à ses avides favoris. Châteauneuf à la Bastille; Châ- 
teauvieux, de Thou et Jeannin aux finances sous la haute 
direction du chancelier et avec l'assistance des intendants 
Arnault, Maupeou et d'Attici, tel est le personnel auquel fut 
remise la lourde succession du duc de Sully -. 

C'est ici le lieu de préciser le chiffre des retraits qui, 
depuis le commencement de la régence, avaient été opérés sur 
l'épargne de la Bastille. Nous pouvons le faire à l'aide d'un 
document qui ne se trouve pas dans les Economies royales, 
mais que nous fournissent les papiers de Dupuy. C'est la 
décharge en bonne et due forme, que Sully se fit dresser, 
des sommes confiées à sa garde. Cette pièce, qui fait l'his- 
torique de la fameuse épargne jusqu'au moment où elle est 
à la veille de sombrer, étabUt qu'en l'année 1602 Henri IV 
avait décidé que chaque année, une fois toutes les dépenses 
acquittées, le surplus des sommes encaissées par l'État serait 
versé « en coffres qu'à cet effet Sa Majesté fit transmettre à 
la Bastille ». Les trésoriers de l'épargne, entre lesquels était 
établi un roulement annuel, se transmettaient de main en 
main, à la fin de leur exercice, un bordereau portant men- 
tion des sommes ainsi accumulées. Du vivant de Henri IV, 
il ne fut touché qu'une fois à ce trésor, dont seuls avaient 

1. Economies royales, p. 410 et 411. 

2. Scip. Ammirato, 3,4,8, ib février 1611. 



RETRAITE DE SULLY. 22 3 

chacun une clef le surintendant des finances, le contrôleur 
général et le trésorier de l'épargne en exercice. En 1606 
on en tira douze cent mille livres; ce fut tout pendant l'es- 
pace de huit années. Or, pendant les huit mois que la 
régence avait duré jusqu'en janvier 161 1, Sully avait dû 
laisser partir deux millions de livres. Le reste de l'épargne 
se montait à cinq millions *; on voit que, du train dont 
marchaient les dépenses , il n'y en avait plus en effet 
pour longtemps, comme Sully l'avait dit à l'ambassadeur 
florentin. 

Ces diverses constatations faites et dressées, une des clefs 
du Trésor fut officiellement remise à la reine. C'était les 
avoir toutes. 

La reine pouvait donc enfin prendre possession des tré- 
sors dont elle-même et ses conseillers convoitaient depuis si 
longtemps la libre disposition. Un de ses premiers soins, 
après le départ du surintendant disgracié, fut d'aller visiter 
ces richesses amassées avec tant de prévoyance en vue de la 
grandeur du pays. Elle se rendit à la Bastille le 25 février. 
Le comte d'Auvergne, qui expiait là, depuis quatre années, 
sa complicité dans les tentatives criminelles du maréchal de 
Biron et de sa sœur la marquise de Verneuil, crut l'occasion 
favorable pour se jeter aux pieds de la régente et implorer 
sa clémence. Marie de Médicis, informée à temps, dépêcha 
en avant le nouveau capitaine M. de Châteauvieux, pour 
signifier au prince de ne pas se montrer; car cela ne servirait 
à rien, vu qu'elle ne pouvait, pour le moment, lui donner 
satisfaction ^. La fille des banquiers de Florence ne voulait 
être distraite par aucune importunité de son avide contem- 
plation des sacs d'or amoncelés. Ce jour-là, Marie de Médicis 
mit la main sur de puissants ressorts dont elle n'allait pas 
tarder à faire l'usage le plus maladroit et le plus funeste. 

1. T. XL, fo 2o5. 

2. Scip. Ammirato, 26 février 1611. 

r. 



224 LV MINORITE DE LOUIS XIII. 

Sullv ne se rendit pas immédivitement dans son gouver- 
nement du Poitou. Il alla passer quelques jours à Rosny et 
fit un court séjour à Paris, à son retour de cette résidence. 
Il parut alors tout transformé à ceux qui le virent : « M. de 
Sully est en ce moment ici, écrit Scipione Ammirato le 
15 février 161 1; il ne va que fort peu à la cour. On dit 
qu'il est devenu l'homme le plus courtois du monde; et 
quand les cavaliers et les seigneurs ses amis vont le visiter, 
il les traite chacun selon son mérite et il 3^ a plutôt chez lui 
surabondance que manque de courtoisie. Il leur dit de ne 
point s'étonner de cette manière d'agir, parce que, tapt qu'il 
a eu la charge des finances, il savait bien que chacun ne 
Fallait voir que par intérêt et parce qu'on avait besoin de 
lui; et conséquemment le service de Sa Majesté demandait 
qu'il se comportât comme il le faisait. Mais sachant que main- 
nant, lorsqu'on va chez lui, c'est uniquement pour le visiter 
et lui faire honneur, il donne également à tous des marques 
d'honneur et d'estime. Et il se montre en effet envers tous 
plein de courtoisie et d'amabilité. ^> 

Voilà une impression que donne rarement le personnage 
de Sully et sous laquelle, en le laissant au seuil de sa 
retraite, on aimera peut-être à rester. Xous n'y ajouterons 
qu'un mot, mais il a son prix; car il est de l'enfant qui déjà 
semblait juger les hommes avec sagacité et qui à tout le 
moins s'inspirait avec une passion contenue, mais profond, 
des sentiments de son père. A la date du samedi 29 janvier 
161 1, on lit dans le journal d'Héroard : « M. de Sully fut 
aujourd'hui démis de la garde de la Bastille et de la surin- 
tendance des finances; le roi dit à M. de Souvré : « L'on 
(( a ôté M. de Sully des finances ? — Oui. Sire. — Pourquoi ? 
<c demanda-t-il avec contenance d'étonnement. — Je n'en 
(( sais pas les raisons, mais la reine ne l'a pas fait sans beau- 
« coup de sujet, comme elle fait toutes choses avec grande 
« considération. En êtes-vous marri? — Oui. » 

La France avait parlé par la bouche de son petit roi de 



RETRAITE DE SULLY 225 

dix ans. Oui, le roi fut marri, et la France pâtit de la dis- 
grâce de Sully. 

Louis XIII n'oublia jamais le principal ministre de son 
père. Aux heures de crise de son règne, quand il fut 
devenu le maître, il est toujours question du retour aux 
affaires du solitaire de Villebon. Après avoir combattu 
Concini, élevé Luynes, toléré impatiemment les fantômes 
de ministres qui s'agitent dans l'interrègne de 1621 
à 1624, Louis XIII un jour prit la détermination d'en 
finir avec la politique espagnole et ultramontaine qu'il haïs- 
sait. C'est au duc de Sully qu'il songea; c'est lui qu'on s'at- 
tendait à voir prendre le timon des affaires. Mais une stra- 
tégie d'une habileté consommée avait fait tomber toutes les 
avenues du pouvoir entre les mains d'un homme qui mettra 
au service des mêmes idées que Sully un génie plus haut, 
une âme encore plus énergique. Où l'on pensait voir revenir 
ce serviteur alors vieilli de Henri IV, dont LouisXIII n'avait 
cessé de regretter l'absence, apparut, dans toute la maturité de 
l'âge, de l'ambition et du génie, le véritable continuateur du 
glorieux Béarnais, celui que le jeune roi n'aimait point, quoi 
qu'on en ait dit, le cardinal de Richelieu. L'exclusivisme 
jaloux de son orgueilleuse et triomphante personnalité n'a 
point permis à Richelieu de rendre au duc de Sully, dans ses 
Mémoires, toute la justice qui lui est due. Et ce n'est pas une 
compensation suffisante que le cardinal ait tardivement 
acquitté une promesse formelle que la régente avait faite au 
surintendant démissionnaire quand elle se sépara de lui. En 
1634, ^^^ moment où la guerre contre les deux branches de 
la maison d'Autriche allait recommencer, le premier ministre 
de Louis XIII envoya au duc de Sully, alors âgé de soixante- 
quatorze ans, ce brevet dont la reine régente, au mépris 
de la parole donnée, allait disposer au profit de celui 
que l'histoire aura bientôt à rougir d'appeler le maréchal 
d'Ancre. 



15 



VIII 



POLITIQUE EXTÉRIEURE. — RENVERSEMENT DES PLANS 
DE HENRI IV. — RAPPROCHEMENT AVEC L'ESPAGNE 



Longue inimitié du duc de Savoie Charles-Emmanuel I" et de 
Henri IV. — Projets de politique extérieure du roi de France à la 
tin de son règne. — Rapprochement avec la Savoie. — Double 
convention de Brusol. — Alliance politique, militaire et matrimo- 
niale. — Après la mort de Henri IV, bonnes dispositions de Marie 
de Médicis à l'égard du duc de Savoie. — Manœuvres de l'ambas- 
sadeur extraordinaire du duc de Florence, Matteo Botti, pour 
faire incliner la régente du côté de TEspagne. — Changement 
opéré dans les dispositions de Marie de Medicis par les factions 
des princes et des grands. — Elle pense pouvoir marier une de ses 
filles en Espagne et l'autre en Savoie. — Point de vue du cabinet 
de Madrid, qui veut la rupture de toute alliance politique et matri- 
moniale avec la Savoie. — Propositions d'accord entre la cour de 
France et la cour de Madrid subordonnées à l'acceptation d'un 
accommodement pour les affaires de Clèves, Berg et Juliers. — 
Expédition conduite sous les murs de Juliers par le maréchal de 
la Châtre. — Prise de la place. — Retraite des troupes fran- 
çaises à travers les Pays-Bas. — Le roi d'Espagne Philippe III et 
la régente conviennent d'offrir au duc de Savoie pour son fils une 
des sœurs du grand-duc de Toscane. — Protestations de Charles- 
Emmanuel. — Duplicité de la diplomatie des cabinets de Madrid 
et de Turin. — Le duc de Savoie cherche à rentrer en grâce auprès 
de l'Espagne. — Marie de Médicis persuadée que les princes ont 
noué des intelligences avec les Espagnols pour exciter des troubles 
dans le royaume. — La régente prend définitivement parti en faveur 
des mariages espagnols. — Le roi d'Espagne consent à donner en 
mariage au roi de France l'aînée de ses filles. — Communication 
faite aux princes à ce sujet. — Leur opposition. — La notification 
officielle des mariages est remise après la prochaine assemblée des 
Huguenots. — Démonstration armée du duc de Savoie. — Il menace 
Genève et réclame l'exécution de la promesse de Henri IV. — Pré- 
paratifs d'une expédition contre la Savoie. — Instructions énergiques 



POLITIQUE EXTERIEURE. 2 27 

données au maréchal de Lesdiguières. — Défaite des troupes de 
Charles-Emmanuel au pont de Gresin. — Mission diplomatique 
confiée à M. de la Varenne. — Il réussit à faire signer au duc de 
Savoie un traité de désarmement et de garantie. 



Nous avons à montrer l'étroite corrélation qui existe 
entre les révolutions intérieures qui aboutissent à la chute 
de Sully et les modifications essentielles survenues dans la 
direction de la politique extérieure pendant la première 
année du gouvernement de Marie de Médicis. C'est parti- 
culièrement dans les rapports de la France avec l'Espagne 
et avec la Savoie que se manifeste un changement de front 
qui aura les conséquences les plus graves. Quant aux autres 
questions, ou bien elles se rattachent subsidiairement à ces 
deux principales, ou elles n'ont par elles-mêmes qu'un 
intérêt secondaire. 

Comment fut détruite l'alliance qui, dans les derniers 
temps de la vie de Henri IV, avait été choisie par lui comme 
le pivot de sa politique future? C'est ce que nous avons 
d'abord à nous demander. Il est nécessaire, pour l'intelli- 
gence de cette affaire, de revenir quelque peu en arrière. 

Charles-Emmanuel P"", duc de Savoie, avait été tour à 
tour pour Henri IV un ennemi dangereux et un ami per- 
fide. Après le traité de Vervins, qui stipulait la restitution 
par ce prince du marquisat de Saluces, occupé contre tout 
droit à la faveur des troubles civils de la France, il avait 
fallu recourir de nouveau à la force des armes pour décider 
le duc à s'exécuter. On sait qu'à la suite d'une courte 
guerre qui coïncide avec le second mariage du roi de France, 
Charles-Emmanuel, délogé par Tartillerie de Sully de ses 
forteresses du côié occidental des Alpes, avait dû venir à 
résipiscence et consentir, par le traité de Lyon, à l'échange 
du marquisat de Saluces qu'il gardait dans la vallée du Pô, 
contre la Bresse et le Bugey qu'il cédait à Henri IV dans la 
vallée du Rhône (1601). Il n'en continua pas moins, durant 



22 8 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

la paix qui suivit, à tremper dans les criminelles intrigues du 
maréchal de Biron et de la marquise de Verneuil. Mais le 
supplice du maréchal ayant été pour les fauteurs d'agita- 
tion un avertissement salutaire, la paix intérieure sembla 
définitivement rétablie en France, et Henri IV put songer à 
établir sur des bases durables ses combinaisons de politique 
étrangère. 

Le premier point à obtenir, c'était de mettre à tout 
jamais la France à l'abri des entreprises des deux branches 
de la maison d'Autriche. Tel fut l'objet réel des derniers 
projets de Henri IV, amplifiés et idéalisés par Sully jusqu'à 
en faire ce fameux grand dessein que l'histoire doit -ranger 
au nombre des conceptions chimériques et généreuses qui 
peuvent se produire dans le cerveau d'un grand homme, 
mais qui ne sont pas appelées à entrer dans le domaine de 
la réalité. 

Pour la sécurité de la France, il était indispensable que 
la domination de l'Espagne fût complètement anéantie et 
dans les Pays-Bas et dans la péninsule itafienne. En vue 
d'assurer la déUvrance de l'Italie, le roi de France résolut 
de conclure une alliance solide avec le duc de Savoie et de 
lui faire abandonner le parti des Espagnols, auquel celui-ci 
était attaché par les liens du sang, par la crainte que lui 
inspirait leur voisinage dans le duché de Milan et par des 
dettes d'argent que lui ou ses fils avaient contractées vis-à- 
vis de la cour de Madrid. Depuis l'année 1605, Henri IV 
adopta vis-à-vis de la Savoie une pofitique de rapprochement 
intime. Il commença par promettre au duc la restitution 
de la Bresse et du Bugey, s'il conservait la neutralité dans 
le cas où la guerre éclaterait entre la France et l'Espagne; 
bientôt ses promesses devinrent plus alléchantes. Henri IV 
s'engagea à donner sa fille Elisabeth au fils du duc de 
Savoie * et à lui attribuer la Lombardie en échange de la 

I. Charles-Emmanuel eut de sa femme Catherine, sœur de Phi- 
lippe m, cinq fiis : Philippe, Victor-Amédée, Philibert, Maurice et 



POLITIQUE EXTÉRIEURE. 229 

Savoie, s'il prenait les armes contre l'Espagne. Pour ses 
autres fils, il fit brillera leurs yeux de riches possessions en 
France et de larges pensions, afin de se les concilier et de 
les arracher aux avances flatteuses des Espagnols. 

Charles-Emmanuel, de son côté, désirait s'affranchir de 
la tutelle et de la domination des Espagnols; il prêta donc 
facilement l'oreille aux propositions de Henri IV. Mais 
comme il ne voulait pas être complètement à la merci du 
roi de France, il essaya de former une alliance entre toutes 
les cités et les peuples qui désiraient ardemment se sous- 
traire au joug des Espagnols. Ce projet, contrarié par le 
saint-siège et par le duc de Mantoue, ne réussit pas. 

Quant à l'Espagne, à ce moment même elle faisait son- 
der le roi de France relativement à l'éventualité d'une 
alliance matrimoniale entre les deux couronnes. C'est en vue 
d'une combinaison semblable qu'avait été envoyé à Fon- 
tainebleau l'ambassadeur don Pedro de Tolède. Mais cet 
envoyé convenait si peu à la mission dont il était chargé 
que la manière dont il s'en acquitta aurait suffi à la faire 
échouer, même s'il avait trouvé Henri IV favorablement 
disposé '. Cependant le duc de Savoie prit ombrage de ces 
ouvertures et il se hâta d'envoyer à la cour de France 
M. Jacob, qui avait déjà représenté Charles-Emmanuel au 
moment des négociations de la paix de Vervins, et qui fut 
chargé cette fois-ci d'amener un rapprochement complet 
entre les cabinets de Paris et de Turin. Henri IV ne répondit 
aux premières démarches de M. Jacob que par des paroles 
évasives, jusqu'au moment où l'ouverture de la succession 
de Clèves, Berg et Juliers mit le trouble dans presque toute 
l'Europe. Henri IV fit alors savoir au duc de Savoie que 
le moment d'agir était venu et il lui envoya, pour poser les 
bases d'une alliance étroite, un prince moitié savoyard, 

Thomas,— et quatre filles : Marguerite, Isabelle, Marie et Catherine. 
Marguerite épousa François de Gonzague; Isabelle, Alphonse d'Esté. 
1. B. Zeller, Henri IV et Marie de Médicis, chap. xiv. 



23o LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

moitié français, le duc Henri de Nemours \ et un conseiller 
d'État fort expert dans les choses de la diplomatie : M. de 
Bullion. Des instructions très précises furent remises aux 
négociateurs à la date du 13 octobre 1609 ". 

Le 28 décembre 1609, une des filles de Henri IV fut for- 
mellement promise au prince héritier de Savoie Victor- 
Amédée; quelques jours après, le 13 janvier léio furent 
ébauchées les conditions de l'alliance franco-savoisienne ; et 
malgré les menaces de l'Espagne, tenue au courant des pro- 
grès de la négociation, le duc de Savoie, dans une entrevue 
au château de Rivoli, une de ses résidences, avec le maré- 
chal de Lesdiguières, gouverneur du Dauphiné, et le con- 
seiller d'Etat Bullion, traita lui-même la question. 

Comme il lui répugnait de céder au roi de France le 
duché de Savoie en totalité, le maréchal demanda pour son 
maître au moins le droit d'occuper militairement Montmé- 
lian et Pignerol. Charles-Emmanuel se refusa encore à 
cette concession. On rechercha une autre combinaison pour 
donner satisfaction au roi de France. Enfin, le 25 avril 1610, 
à Brusol, près de Suze, furent dressées deux conventions 
par lesquelles une alliance étroite était conclue entre la 
France et la Savoie en vue d'une guerre prochaine contre 
l'Espagne. 

1. Ces Nemours descendaient du deuxième des enfants de Philippe, 
duc de Savoie, et. de Claudine de Brosses de Bretagne, sa seconde 
femme. Philippe accompagna Louis XII en Italie et François I" lui 
donna en France le duché de Nemours. Henri de Savoie, duc de 
Nemours, de Genevois, de Chartres et d'Aumale; marquis de Saint- 
Sorlin et de Saint-Rambert, comte de Gisors, de Maulevrier et de 
Saint- Vallier; vicomte de Lyonne, de Vernon et d'Andeley; baron de 
Faucigny et de Beaufort; seigneur de Poncin, de Cerdon, de Verneuil, 
d'Ussé, Nogent, Pons et Bray-sur-Seine, de l'Estoile et de la Vache, 
chevalier de l'ordre de l'Annonciade, était né le 2 novembre 1572 et 
s'appela le marquis de Saint-Sorlin tant que vécut son frère aîné. Il 
prit part à la Ligue et fit sa paix avec Henri IV à Folembray. Pendant 
la guerre entre la France et Charles-Emmanuel, il s'abstint de prendre 
les armes. Le choix du négociateur de l'alliance franco-savoisienne 
était excellent. 

2. Voir le texte de ces instructions ap. B. Zeller, De dissolutione 
contracti apud Brusolum fœderis, appendice I. 



POLITIQUE EXTÉRIEURE. 23 I 

Par la première, il était convenu que le roi de France et 
le duc de Savoie, voulant resserrer leurs liens d'étroite 
amitié et de bon voisinage, principalement en raison du 
mariage décidé entre Mme Elisabeth, fille aînée du roi de 
France, et le prince de Savoie Victor-Amédée, contractaient 
une alliance offensive et défensive. Cette alliance ne devait 
.pas durer seulement pendant la vie des deux princes con- 
tractants, mais elle aurait son effet pendant six mois encore 
après la mort de leurs successeurs immédiats. Devaient 
être invités à se confédérer avec les deux alliés les princes 
et cités intéressés à la liberté des peuples chrétiens, de 
l'Église elle-même et de l'Italie, menacée par l'insatiable 
esprit de domination de l'Espagne. Dans le plus bref délai, 
les alliés devaient prendre les armes contre le roi catholique 
et attaquer les pays qui lui étaient soumis, quels qu'ils fus- 
sent, et en particulier le duché de Milan. Aucune des deux 
parties contractantes ne devait conclure paix ou trêve 
qu'avec le consentement de l'autre. 

La seconde convention fixait le nombre d'hommes qui 
entreraient en campagne sous le commandement du maré- 
chal de Lesdiguières et du duc de Savoie. Elle stipulait 
qu'en compensation de l'annexion du duché de Milan, des- 
tiné au duc de Savoie, dès que celui-ci aurait occupé la ville 
et la citadelle de Milan, les murailles de la forteresse de 
MontméUan seraient rasées. En attendant, seraient remises 
entre les mains du roi de France les places de Valence et 
d'Alexandrie, alors encore possédées par les Espagnols, ou 
deux autres places de même importance. Le 25 juin 1610 
devait être dressé dans la forme authentique le contrat de 
mariage entre Victor-Amédée et la princesse Elisabeth \ 

I. Voir SoLARO DELLA Margherita, Traïtés publics de la maison de 
Savoie. — Guichenon, Histoire généalogique de la maison de Savoie. — 
Carutti, Storia délia diploma^ia délia corte di Savoia, — Ricotti, 
Storia délia monarchia piemontese. — De Saint-Genis, Histoire de la 
Savoie. — Bianchi, la Materie politiche relative all'estero degli 
archivi di stato piemontesi. De nombreuses dépêches de Jacob ont été 



232 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

Ainsi la double convention de Brusol, tout en réservant 
certains points sur lesquels n'étaient pas complètement 
d'accord les deux princes, décidait en principe l'extension 
de la France jusqu'aux crêtes des Alpes du côté de la Savoie 
et celle du Piémont jusqu'aux cantons de la république de 
Venise. Une alliance de famille cimentait Talliance politique 
et militaire. Les conventions conclues entre Henri IV et 
Charles-Emmanuel ne devaient pas être exécutées; mais il 
semble que ce soit le programme même de Brusol qui, deux 
siècles et demi après, fut repris en 1859 par l'empereur 
Nnpoléon III et par le roi de Sardaigne Victor-Emmanuel II, 
et qui, poursuivi contre la maison d'Autriche jusque dans 
ses dernières conséquences, devait assurer à l'Italie cette 
prodigieuse fortune dont notre âge a été le témoin. 

Dans ses dernières conversations familières, Henri IV 
s'était plusieurs fois ouvert sur ses projets relativement à 
l'Italie, et l'ambassadeur vénitien Antoine Foscarini pouvait 
écrire à son gouvernement, quelque temps après la mort du 
roi : « Tout a été convenu de la façon la plus certaine 
entre le roi et le duc. Sa Majesté Très Chrétienne a, en effet, 
promis par écrit que lorsque l'archiduc Albert* des Pays-Bas 
lui aurait accordé le libre passage en Allemagne, qu'il lui 
aurait remis l'épouse fugitive du prince de Condé et; qu'il 
aurait cessé d'assister l'archiduc Léopold ", archevêque de 

insérées dans le Memorie recoyidite de Vittorio Siri. — Voir aussi aux 
archives de Turin : Lettere del duca al conte Chabo Jacob di San 
Maurizio, 1608-1612, Carteggio diplomatico. Francia. — Domande del 
duca di Savoia al re di Frayicia per etitrare nella futura lega contra 
gli Spagnoli (1609). — Nuove proyoste del duca, risposte e sentimenti 
manifestation dalla corte di Francia pej- una lega contro la Spagna e 
per Vacquisto del Milanese (i6o(.). — Preliminari del trattato di Bru- 
solo del 2 5 aprile 16 10. — Pratiche di matrimonio délia primogenita 
del Re di Francia col principe di Piemonte (1609), Categoria nego- 

ZIAZIONI. 

1. L'archiduc Albert, le plus jeune des frères de l'empereur Ro- 
dolphe II, d'abord archevêque de Tolède et cardinal, quitta Tétat ecclé- 
siastique en 1698 pour épouser Tinfante Isabelle-Claire-Eui^énie, fille de 
Philippe II, et gouverna conjointement avec elle les Pays-Bas espagnols. 

2. L'archiduc Léopold était cousin de l'empereur Rodolphe II et 



POLITIQUE EXTÉRIEURE. 233 

Strasbourg et de Passau, toute cause de guerre ayant cessé 
de ce côté, il se rabattrait avec toutes ses forces au delà des 
Alpes, afin de chasser les Espagnols non seulement de 
Milan, mais encore de toute la péninsule, les diversions et 
les secours de l'Angleterre et du Danemark n'étant pas suf- 
fisants pour réduire cette puissance. Les conquêtes en Italie 
seraient ensuite partagées entre les princes italiens qui se 
seraient joints aux deux principaux alliés ^ » 

Un commencement d'exécution de ces desseins eut lieu 
du vivant de Henri IV. En effet, le duc Charles de Guise, 
gouverneur de la Provence, reçut l'ordre de reconnaître les 
côtes de l'Italie et de l'Espagne, et il s'acquitta de cette mis- 
sion sous le prétexte de donner la chasse aux pirates. Il 
releva le plan des défenses de Barcelone, de Gênes et 
d'autres villes et se déclara prêt à s'en emparer ^ 

Telles étaient les conventions faites par Henri IV; tels 
étaient ses projets. Délivrer Tltalie, l'affranchir de la lourde 
domination espagnole qui pesait sur elle depuis plus de 
cent ans ; rendre les différents Etats à leur ancienne indépen- 
dance sous le patronage du royaume national de Lombardie 
interposé entre les Allemands ou les Français et le reste de 
l'Italie, la proie toujours convoitée, c'était assurément là un 
grand et généreux dessein. Henri IV, après avoir congédié 
en termes brusques l'ambassadeur d'Espagne ^, allait prendre 

frère de Ferdinand de Styrie, ce dernier bientôt empereur sous le 
nom de Ferdinand II. 

1. // re et duca havevano stabilito certamente tutte le cose et 
S. M. christianissime havea promesso in scrittura che quando l'arci- 
duca havesse conceduto il passo, restituita la principessa, lasciato di 
assistere Leopoldo, ceduto in tutte le cose et levato ogni pretesto di 
moversi contro di lui, non potendo travagliar Spagna con la diver- 
sione et ajuti di Inghilterra et Danimarca, si sarebbe spinto con tutte 
le sue for:^e in persona verso Italia, per scacciar Spagnoli non solo da 
Milano, ma anco da tutta quella provincia, dividendo H acquisti tra 
i principi di essa che /ossero stati seco. Cio so io benissimo da persona 
sicura, et signor di Trogliu non me llia saputo negare. — Ambass. 
vénit., 2 juin 1610. 

2. Ambass. vénit. Foscarini, 19 août 1610. 

3. Voir B. Zeller, De dissolutione..., appendice III. 



234 ^-^ MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

le commandement de l'armée qui avait Clèves pour objectif, 
tandis que le maréchal de Lesdiguières s'acheminerait du 
Dauphiné vers les confins de la Savoie, lorsqu'il tomba 
frappé aux ides sanglantes de mai 1610. 

Comme nous l'avons constaté dans l'évolution de la poli- 
tique intérieure, le gouvernement de Marie de Médicis, pour 
la politique extérieure, ne renonça pas brusquement aux plans 
arrêtés par Henri IV, notamment en ce qui concernait les 
relations nouvelles de la France et de la Savoie. Pendant les 
premiers jours de la régence, le maréchal Bonne de Lesdi- 
guières reçut l'ordre de tenir prête son armée composée de 
8 000 hommes d'infanterie. Le duc de Savoie demanda 
en outre l'adjonction d'un corps de 4 000 hommes à ses 
troupes, afin de pouvoir tenir tête au duc de Fuentès, gou- 
verneur de Milan, un vieil ennemi de la France, qui prenait 
à ce moment une attitude menaçante *. La reine déclara 
virilement qu'elle se porterait au secours du duc de Savoie, 
s'il était attaqué ". Il n'est pas douteux qu'à ce moment 
Marie de Médicis témoigna vis-à-vis des espérances de 
Charles-Emmanuel des dispositions plus bienveillantes que 
plus tard. Elle désirait en effet encore l'accomplissement du 
mariage décidé par Henri IV, n'osant pas répudier sitôt les 
suprêmes volontés de son mari. Mais un parti contraire à 
cette politique se trouvait déjà tout formé; il se composait 
de ceux qui, par intérêt personnel, espéraient que la reine 
inclinerait plutôt du côté de ces mariages espagnols qu'elle 
avait préconisés sous le règne précédent, et pour lesquels 
Henri IV n'avait pu cacher son aversion. Le fameux Matteo 
Botti, marquis de Campiglia, qui avait été envoyé en France 
en 1610 à l'occasion de la mort du grand-duc Ferdinand, 
et qui de là s'était rendu en Espagne pour s'y acquitter du 
même office de condoléances, y avait été sollicité au nom 
du roi et de la reine par le confesseur de la cour de renou- 

1. Andréa Cioli, 26 juin 1610. 

2. Ambass. vénit., 7 juillet 1610. 



POLITIQUE EXTÉRIEURE. 235 

vêler en France les ouvertures déjà faites en vue d'un double 
mariage entre les deux couronnes. Henri IV, à son retour, 
lui avait déclaré qu'il n'avait pas de temps à perdre à de 
pareilles billevesées. 

La mort du roi de France rendit toutes ses espérances à 
la ténacité intéressée du marquis de Campiglia. Il put 
croire toutefois, pendant quelques jours, que ses efforts 
resteraient aussi vains qu'auparavant. C'est pourquoi il 
s'attacha à ébranler par des paroles perfides, par des plaisan- 
teries de mauvais goût, l'esprit très hésitant de la reine, et 
la sollicita vivement de donner une réponse formelle aux 
ouvertures dont il était chargé. Ayant appris que le conseiller 
Bullion avait été appelé à conférer plusieurs fois avec le 
chancelier Sillery, le cardinal de Joyeuse et le président 
Jeannin, le marquis de CampigUa eut l'audace de dire à la 
régente qu'on lui avait mandé de Milan qu'elle avait l'inten- 
tion de convoler avec le duc de Savoie. La reine se mit à 
rire et déclara « que ce serait pour une reine de France un 
fâcheux changement de condition ; qu'elle ne se remarierait 
du reste jamais, fût-ce avec le roi d'Espagne ». Botti ainsi 
éconduit assez spirituellement n'en revint pas moins à la 
charge quelques jours après. Il avait reçu des lettres de la 
reine d'Espagne Marguerite, et, d'après leur contenu, il s'en 
alla trouver la régente pour lui demander si elle n'avait pas 
appris que le duc de Savoie disait partout tenir d'un très 
véridique astrologue que le roi de France ne tarderait pas à 
mourir et que lui deviendrait le mari de la reine de France 
et l'administrateur du royaume. Ce propos prêta également 
à rire à Marie de Médicis; il semblait qu'il eût dû exciter 
chez elle plutôt l'indignation que la gaieté. 

Sa poUtique ne semblait pas encore favorable aux desseins 
de l'Espagne, vis-à-vis de laquelle, pendant les premiers 
temps, elle manifesta une certaine défiance; nous relèverons, 
à ce propos, un fait qui a échappé aux historiens et qui, 
tout sujet qu'il puisse être à des interprétations diverses, 



236 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

prouve que Marie de Médicis entendait se tenir sur la 
réserve à Tégard du cabinet de Madrid. Quand elle reçut 
l'ambassadeur d'Espagne, quelques jours après la mort de 
Henri IV, don Innigo de Cardenas crut devoir insister lon- 
guement sur la protestation que le roi son maître n'avait eu 
aucune part dans l'assassinat. « La reine, dit l'ambassadeur 
vénitien, de qui nous tenon s ces importants détails, a changé 
de couleur et répondu brièvement *. » 

Ce n'était pas non plus un gage d'inclination irrésistible 
vers la politique matrimoniale du gouvernement espagnol 
que la recommandation faite par la régente à l'ambassa- 
deur ordinaire qu'on ne lui envoyât point pour s'acquitter 
de l'office de condoléances à propos de la mort de Henri IV 
un homme u fêlé » comme don Pierre de Tolède, un huomo 
roîîo corne fu D. Pidrodi Toledo'. C'était répondre à la pensée 
de Henri IV qui appelait le même personnage « un idiot 
solennel ». Pendant quelques semaines, cette fidélité au sou- 
venir de Henri IV ne se démentit guère dans la direction 
de la politique étrangère. 

Les intérêts de l'Espagne étaient ardemment soutenus par 
les deux nonces du saint-siège apostolique, Ubaldini et 
l'évêque de Nazareth, nonce extraordinaire. Ils demandaient 
que l'on renonçât à secourir Clèves et à protéger la Savoie. 
On leur répondit, en ce qui concernait Clèves, que » c'était 
là une guerre politique et non religieuse ». Villeroy se 
montra très ferme vis-à-vis d'eux. Les nonces lui ayant dit 
que les conseils que recevait le roi n'étaient pas bons, le 
vieux ministre leur répondit en engaillardissant ses paroles 
et sa voix : « On dit qu'il est question de proposer des 
mariages entre les enfants de France et ceux d'Espagne 
pour nous endormir, mais tenez pour certain que cela ne 
plaira pas et que ce sera peine perdue ^ ». 

1. Ambass. vénit., 2 juin 1610. 

2. Matteo Botti, 19 juin 1610. 

3. Di che offesosi^ ingagliardi le parole et la voce : vien dette che 



POLITIQUE EXTÉRIEURE. 23 7 

Cependant l'ambassadeur d'Espagne ne se découragea pas. 
Il protesta officiellement contre l'envoi de locoo hommes 
de troupes françaises sur Clèves; et, voyant que les deux 
nonces n'avaient pas réussi dans leur mission, il s'adressa à 
l'ambassadeur florentin Botti pour le prier de s'entremettre 
afin d'obtenir que l'ordre de départ du secours fût sus- 
pendu. Le Florentin fit observer que cette décision du gou- 
vernement firançais provenait de ce que Tarchiduc Albert 
avait mis sur pied toutes ses forces. La reine et Villeroy 
accordèrent toutefois que le secours ne se mettrait pas en 
marche avant le retour d'un courrier envoyé à l'archiduc; et 
Matteo Botti obtint aussi que le gouvernement français 
agirait auprès des Hollandais pour retarder l'ouverture des 
hostilités. C'était déjà là une imprudente faiblesse sur 
laquelle on ne tarda pas à revenir. « Le fait que l'on a appris 
ici, écrit Matteo Botti, qu'à la cour de l'empereur on a 
changé d'idée, après la mort du roi, en ce qui est d'un 
projet d'accord relativement aux afl[aires de Clèves, puis- 
qu'on a, en fin de compte, retenu un ambassadeur qui devait 
venir à cette cour, a modifié également les résolutions de 
ce côté-ci. Sa Majesté a résolu d'envoyer au secours des 
prétendants de Clèves 15 000 fantassins et 2000 cavaliers. 
Alors sont venus de nouveau me trouver l'ambassadeur 
d'Espagne et celui de Flandre pour me demander d'agir 
auprès de la reine et des ministres, afin que, s'il n'est pas 
possible de les détourner d'envoyer ces forces, on tâche au 
moins de faire quelque convention entre la reine et l'ar- 
chiduc Albert à l'eff^et d'éviter autant que possible que l'on 
en vienne à une rupture et à une guerre ouverte, ce qui per- 
mettrait de tous côtés de traiter d'un accord avec toute 
l'ardeur désirable. J'ai accompli cet office auprès de la reine 
et de Villeroy fort longuement et à plusieurs reprises. 

sia per proporre matriniomi tra questi figliuoli et quelli di Spagna per 
addormentare, ma si tiene die non harra gusto et sara spesa get- 
tata. — Ambass. vénit. Foscarin', 18 juin 1610. 



2 38 l-A MINORITE DE LOUIS XIII. 

Comme ils n'ont pas voulu passer une écriture que j'avais 
dressée dans ma maison, d'accord avec l'ambassadeur d'Es- 
pagne et celui de Flandre, j'en ai fait accepter à ceux-ci une 
autre, sur laquelle nous sommes tombés d'accord avec Vil- 
leroy et ils m'ont promis de l'envoyer par courrier à l'ar- 
chiduc Albert, afin qu'il la signe, ce que ferait ensuite la 
reine. Je n'en chercherai pas moins de nouveau à obtenir que 
ces forces ne s'ébranlent pas ou qu'elles ne dépassent pas 
Metz, si l'on peut trouver moyen de le faire avec honneur et 
sécurité pour la reine et avec toute garantie pour ses amis 
et confédérés '. » 

En somme, dans ces semblants de négociations, il y 
avait plus de zèle de la part de Matteo Botti que d'intentions 
sérieuses de la part du gouvernement français ; et l'ambas- 
sadeur vénitien pouvait à ce moment écrire avec une con- 
fiance qui ne paraissait pas exagérée : « Dans la résolution 
prise d'envoyer le secours à Clèves sans mettre en considé- 
ration toutes les protestations de l'Espagne, et les offices 
répétés d'autres puissances, la reine a montré un esprit 
viril, comme elle a fait preuve de magnanimité dans sa 
déclaration de vouloir soutenir et assister le duc de Savoie, 
s'il est attaqué par n'importe qui. Elle se montre constante 
dans sa volonté d'effectuer ce qu'elle résout, et dans l'avenir 
on peut croire qu'elle est femme à le faire encore plus fran- 
chement ^ )) 

Comment la situation se modifia-t-elle au point que, quel- 
ques mois après, le mariage de Savoie était abandonné et 
ceux d'Espagne en voie de se conclure ? Il est certain que 
ce qui détermina l'évolution du gouvernement de Marie de 
Médicis, ce fut la crainte des menées et des factions des 
princes. « Elle a regardé, écrit Botti, comme une parole 
venue du ciel l'assurance qui lui a été donnée par l'ambas- 
sadeur d'Espagne que le roi se trouve dans la même dispo- 

1. Matteo Botii, 19 juin, 5 juillet 1610. 

2. Ambass.vénii,,i8 juin 1610. Voir B. Z.,De dissolutione..., append. V. 



POLITIQUE EXTÉRIEURE. 289 

sition à l'égard des mariages que du temps de Henri IV '. 
Botti écrit encore le 12 juillet que la reine désirait établir le 
plus tôt possible cette union d'où elle estimait que dépen- 
daient sa sûreté et sa délivrance complète des insolences de 
beaucoup de gens. » Botti dénonçait ensuite avec terreur la 
fameuse ligue formée à Nancy entre les princes de Condé et 
de Conti, les princes de la maison de Lorraine, les ducs de 
Nevers, de Nemours, Lesdiguières, Sully, Bouillon, les 
hérétiques unis à ces derniers et tous ceux qui avaient tou- 
jours considéré comme sans valeur le mariage de la reine. 
Il ne paraît pas, comme nous le savons déjà, que ce pacte 
qui aurait uni tant d'éléments hétérogènes et discordants ait 
existé ailleurs que dans l'imagination inventive du sieur 
Botti; c'est ce que pensaient les deux collègues de ce diplo- 
mate agité, Scipione Ammirato et Andréa Cioli. Il n'en est 
pas moins vrai que la terreur imprimée par ce trop habile 
homme dans l'âme de Marie de Médicis contribua beaucoup 
à la détourner de ses engagements vis-à-vis de la Savoie. 

C'est l'excuse dont elle se prévalut, lorsque, au milieu 
d'un conseil où Sully, cherchant à faire adopter une poli- 
tique étrangère assurément prudente, mais conforme aux 
idées de Henri IV et s'efforçant notamment de faire main- 
tenir vis-à-vis de la cour de Savoie et de son ancien ennemi 
le duc Charles-Emmanuel des engagements auxquels on ne 
pouvait se soustraire sans la plus manifeste mauvaise foi, 
la reine fit cette vive sortie : a M. de Sully, nous sommes 
ici pour parler des affaires de M. de Savoye; mais il y a 
d'autres affaires autant ou plus importantes que celles-là, où 
il est besoin de pourvoir; car vous voyez les brouilleries qui 
se préparent dans cet État par la plupart des grands du 
royaume, que vous m'avez dit vous-même avoir des ambi- 
tions et cupidités déréglées ^ .» 

C'est pourquoi, au moment précis où le prince de 

1. Matteo Botti, 19 juin 1610. 

2. Sully, Économies royales, t. III, p. 389, col. 2. 



240 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

Condé rentrait en France pour y agir comme l'on sait, 
Marie de Médicis commença à tourner vers le roi d'Espagne 
des regards d'espérance, tandis que, par un étrange renver- 
sement des situations, le prince de Condé, l'hôte et l'obligé 
de Philippe III, allait suivre une ligne de conduite diamétra- 
lement opposée aux intentions du cabinet de Madrid. 

Marie de Médicis n'avait point alors l'idée de rompre 
complètement avec la Savoie. Il lui semblait possible de 
marier deux de ses filles, l'une en Savoie, l'autre en Espagne, 
et de se ménager ainsi des appuis de l'autre côté des Alpes 
et de l'autre côté des Pyrénées. Elle était même encore 
si hésitante que le nonce de Sa Sainteté ayant fait de 
nouvelles ouvertures en faveur du mariage espagnol, n'y 
trouva pas la reine suffisamment disposée ^ Le roi d'Espagne 
se gardait bien d'ailleurs de faire des avances de nature à 
l'engager complètement. Il laissait la conduite de l'affaire à 
l'agent Botti, très imprudent, très infatué de lui-même, très 
indiscret, qui se faisait l'illusion de croire qu'il était l'arbitre 
de la négociation, mais qui pouvait être désavoué au pre- 
mier besoin. Philippe Ht le mettait en avant, le poussait par 
des lettres de féUcitations et d'exhortations; mais son 
ambassadeur don Innigo de Cardenas restait sur la réserve 
la plus complète. Cette habile tactique réussit. On avait fait 
renaître chez la régente un désir qu'on ne semblait plus 
pressé de satisfaire. Etant femme, elle s'y attacha d'autant 
plus passionnément. 

La cour d'Espagne tira un parti fort habile de l'avantage 
qui résultait pour ses desseins de cet état d'esprit. Elle 
résolut de dissoudre à la fois et le projet de mariage et 
l'alliance conclue par Henri IV avec la Savoie. Le 
10 août 16 10, le courrier Piero Comparini revenant auprès 



I. Cette affaire était menée fort secrètement. L'ambassadeur vénitien 
en eut vent cependant. Le 29 juillet il écrivait à son gouvernement : 
Ho saputo a buona parte che ha Sua Santita fatto qui tener propo- 
sito di matrimonio con Spagna, ma non ha trovalo inclinationc. 



POLITIQUE EXTÉRIEURE. 24 I 

du marquis de Campiglia avec des lettres de la cour de 
Madrid, faisait savoir que le roi Philippe III était tout disposé 
à accepter comme femme pour son fils, le prince des 
Asturies, la fille aînée de la reine de France Elisabeth 
et, en retour, à donner sa seconde fille au roi Louis XIIL 
Le roi d'Espagne faisait savoir formellement qu'il ne voulait 
pas que le prince de Piémont eût la première fille de France 
et le prince héritier d'Espagne la seconde '. Car c'était là 
une combinaison que le gouvernement français pouvait 
proposer pour ne pas rompre ses engagements antérieurs. 
Mais cette rupture était précisément ce que voulait le gou- 
vernement espagnol; et il est certain que se dédire de la 
promesse faite au duc Charles-Emmanuel de réserver pour 
son fils la fille aînée de Henri IV était un acheminement 
vers l'anéantissement complet des hautes espérances matri- 
moniales de la maison de Savoie. Il est à remarquer que si 
le roi d'Espagne proposait pour le roi de France la seconde 
de ses filles et non l'aînée, c'est que la cadette pouvait être 
dispensée de ces renonciations obligatoires aux États pater- 
nels, dont la cour de France ne voulait point entendre parler. 
Ces propositions qui, en elles-mêmes, contenaient bien des 
difficultés, semblaient être subordonnées en outre à l'accep- 
tation pour les aftaires de Juliers d^un accord que Botti con- 
tinuait à préconiser avec sa ténacité ordinaire, au prix même 
d'un abandon complet des aUiés de la France ^ « Et il va 
toujours, écrit Andréa Cioli, négociant avec la reine, avec 
Villeroy, avec l'Espagne et avec la Flandre, et il est en train 
de devenir Thomme le plus glorieux du monde, si, comme 
il le dit, le diable ne s'en rnêle ^. » 

Pour nous rendre compte de la situation où Ton en était 

1. Matteo Botti, 10 août i6io. 

2. Matteo Botti, 5, 6 juillet 1610. 

3. Va tuttavia negotiando con la regiiia, con Villeroi, con Spagna 
et con Fiandra et e in un corso da divcntare il pin glorioso huomo 
del monJo, se, corne egli dice, il diavolo non ci s'interpone. Andréa Cioli, 
18 juillet 1610. 

16 



242 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

relativement à la succession de Clèves, Berg et Juliers, nous 
trouvons dans l'ambassadeur vénitien des renseignements plus 
précis et plus détaillés que dans les dépêches florentines. 

Au point de vue militaire, Antonio Foscarini donne, le 
29 juillet, les indications suivantes : le prince d'Anbalt, un 
des membres de l'Union protestante alliée à la France, 
bloquait Juliers; le comte Maurice de Nassau, fils de Guil- 
laume le Taciturne, « capitaine général des princes et Etats 
unis pour l'hérédité et la succession de Clèves », ayant établi 
son quartier général à Dusseldorf, s'était porté à quatre 
lieues de la place et sollicitait la marche en avant du secours 
français. Le maréchal de la Châtre se préparait à opérer sa 
jonction avec lui. 

Au point de vue politique, l'ambassadeur vénitien signale 
le mécontentement des nonces, en présence de la décision 
de Tcmpereur Rodolphe II qui avait conféré l'investiture de 
Clèves au duc de Saxe, un des candidats à la succession sou- 
tenus par le parti contraire à celui des alliés de la France; 
et il parle dans les termes suivants d'une tentative faite par 
les Impériaux en vue d'amener une suspension d'armes : 
« Samedi est arrivé un courrier des princes réunis à Prague ' 
avec des lettres dans lesquelles ils font trois demandes à 
Sa Majesté Très Chrétienne : la première pour obtenir le 
rappel du secours envoyé aux princes; la seconde pour 
qu'Elle intervienne auprès de l'électeur palatin en vue de le 
faire consentir à la restitution de ce qu'il a pris dans l'évêché 
de l'archiduc Léopold "; et la troisième pour qu'EUe amène 
à l'acceptation d'une suspension d'armes de deux mois les 
princes qui sont réunis à Dusseldorf. En retour, on enverra 
trois ambassadeurs avec des instructions de nature à donner 
à toutes les parties entière et complète satisfaction. La reine 



1. Les princes de la Ligue catholique, dont le chef e'tait Maximilien 
de Bavière, et qui étaient alors en armes contre ceux de VUnion pro- 
testante . 

2. Strasbourg. 



POLITIQUE EXTÉRIEURE. 248 

a répondu qu'elle ne manquerait pas d'y employer ses bons 
offices. » Ces propositions n'avaient évidemment d'autre 
but que de gagner du temps afin d'énerver l'action du gou- 
vernement français au dehors. Dans une dépêche suivante, 
Antonio Foscarini se loue de la mort du gouverneur de 
Milan, Fuentès, qui menaçait de s'emparer des passages des 
Grisons pour tendre la main aux forces impériales agissant 
sur le bas Rhin; et il caractérise en quelques mots éner- 
giques la faiblesse de TEspagne et l'inanité de ses menaces 
(3 août). « Parmi ceux qui connaissent bien les forces de 
l'Espagne, il n'en est aucun, dit-il, qui croie qu'ils soyent 
en état de s'imaginer pouvoir s'ébranler. Tout leur nerf 
est, sans doute, en Flandre, où pendant tant d'années a été 
le siège de la guerre; mais on connaît assez bien toutes leurs 
faiblesses pour savoir que s'ébranler ce serait pour eux courir 
à leur perte. Aussi toutes leurs protestations belliqueuses ne 
sont-elles que des bruits pour épouvanter; et ces clameurs ne 
produisent aucun effet là où l'on sait mesurer les choses. » 

Le gouvernement pouvait donc, dans la limite des efforts 
restreints qu'il s'était assignés du côté de Juliers, aller har- 
diment de l'avant. Le projet d'accord suggéré par Botti prit 
cependant une certaine consistance. 

Le comte de Bassompierre, que sa qualité de Lorrain, 
son éducation moitié française, moitié allemande, sa loyale 
et heureuse humeur rendaient particuUèrement propre à 
une mission conciliante, parut pouvoir être désigné pour 
occuper le duché de Juliers au nom des puissances consen- 
tantes, jusqu'à ce que la diplomatie eût décidé de l'attribu- 
tion définitive des territoires en litige. « Ce Bassompierre, 
dit Cioli, est un cavalier accompli et plein de grâce, un 
excellent serviteur de la reine, et qui fut très ami du roi 
défunt *. » Voici en quels termes Bassompierre s'explique 

i. Bassompiere,i:avaliere complitissinio, et pieno di gratia, et ser- 
vitore délia regina, et clie fu amatissimo dal Re defunto. Andréa 
Cioli, 18 juillet 1610. 



244 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

sur ce projet auquel aucune suite ne fut donnée : « Le mar- 
quis Botti," qui traittait l'accommodement, eut pouvoir 
d'offrir^ à la reine que l'on mettrait entre mes mains, en 
dépost, le duché de Juliers, dont je ferais serment à 
l'empereur, au roy, au roy d'Espaigne, à celuy d'Angle- 
terre ^et aux Estats; et que je ne m'en dessaisirois point 
qu'avesques leur général consentement, et après que l'on 
auroit décidé à qu}^ il devroit appartenir. La reine mère fut 
très ayse'qu'une sy noble chose luy fût arrivée au commen- 
cement de sa régence, qu'un sien particulier serviteur (car, 
après la] mort du roy, elle me retint avec 4 000 escus 
de pension), fût choisy pour lui confier le depost, et en 
voulut avoir le consentement du roy d'Angleterre et des 
Estats de Hollande : celuy là y consentit volontiers; mais 
les Hollandais ne le voulurent faire et privèrent ma bonne 
fortune d'un tel advantage qui m'estoit sy important '. » 

La question se trouva d'ailleurs tranchée par les armes 
avant que les efforts du marquis de CampigUa eussent 
abouti, Botti multipliant en effet ses importunités pour 
obtenir une suspension d'armes autour de Juliers, malgré 
les résistances qu'il rencontrait dans le conseil. Il agit cepen- 
dant] assez fortement sur l'esprit de la reine pour que 
celle-ci' se décidât à demander à ses alliés d'Angleterre et 
de Hollande d'accepter l'accord proposé par la Toscane, 
quand même le siège de JuHers serait commencé ^. La réponse 
des alliés fut négative. Botti le constate dans une première 
dépêche du 18 août, et, le 29 août, il écrit : 

« Quant à l'accord, le roi d'Angleterre et les États de 
Hollande disent qu'il est trop tard, la place étant sur le 



1. Bassompierre, Mémoires, t. I, p. 282. Cf. l'ambassadeur vénitien : 
« Botti a proposé la semaine dernière à la reine, et le comte de Buc- 
quoy a tenu un langage conforme, que Juliers et autres lieux du pays 
soient remis au maréchal de la Châtre. On donnera ensuite comme 
gouverneur à ce pays, Bassompierre, un des favoris du feu roi jusqu'à 
la décision]^de l'affaire. » (12 août 1610.) 

2. Matteo Botii, 10 août 1610. 



POLITIQUE EXTERIEURE. 24? 

point d'être prise. On ne peut l'accepter que lorsqu'elle sera 
entre les mains des alliés. » 

Les affaires de Juliers allaient en effet très mal pour les 
catholiques. Dans la dépèche du 14 août, l'ambassadeur véni- 
tien signale les premières attaques dirigées contre Juliers, sous 
le commandement en chef du prince Maurice de Nassau. 
Bientôt, le prince s'empare d'une demi-lune qui défendait 
les approches de la place *. A la fin du mois d'août, arrivait 
en vue de la ville le contingent français du maréchal de la 
Châtre et, le 3 septembre, Juliers succombait; mais le corps 
français fut immédiatement rappelé ^ Le fait qu'il obtint un 
sauf-conduit à travers les États de l'archiduc Albertjprouve 
que le gouvernement français se désintéressait^désormais de 
la question \ En effet, cette courte démonstration militaire 
paraît avoir satisfait la conscience de Marie de Médicis en ce 
qui concernait les égards dus à la mémoire de son mari. 

Il est certain que désormais la politique de la régente 
pencha décidément du côté de l'Espagne et prit notamment 
une tournure contraire aux intérêts et aux désirs de la Savoie. 
Le gouverneur de Milan, Fuentès, étant mort, Marie de Mé- 
dicis saisit cette occasion d'enlever tout ombrage au gouver- 
nement espagnol en donnant au maréchal de Lesdiguières 
l'ordre de désarmer. La négociation pour les mariages suivie 
fort secrètement et à l'exclusion du nonce, tournait complè- 
tement au détriment de la Savoie. L'inévitable Botti poussait 
naturellement à la roue et engageait vivement le grand-duc 
à faire de riches présents à Villeroy pour le bien disposer *. 



1. Scip. Ammirato, 24 août iGio. 

2. « Aussitôt après la prise de Juliers, Tambassadeur de l'archiduc 
Albert a présenté à la reine un sauf-conduit à travers les États de ce 
prince pour l'armée du maréchal de la Châtre. On a expédié en con- 
séquence à celui-ci Tordre de revenir par le Luxembourg. » Ambass. 
vénit., 16 sept. 1610. 

3. Voir Correspondance relative aux araires de Clèves, Berg et 
Juliers, notamment avec le résident français Hotmann de VillierSy 
àe i6o3 à 161 g. (Bib. nat., anc. fonds, n" 4 o3o.) 

4. Matteo Botti, 29 août 1610. 



246 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

Le courrier Piero Comparini, renvoyé en Espagne, en 
revint à la fin d'août avec des lettres du roi et des ministres. 
Des promesses verbales furent échangées entre la reine et 
l'ambassadeur d'Espagne : Marie de Médicis consentait à 
marier son fils avec la seconde infante. Il était en outre for- 
mellement convenu qu'aucune des deux couronnes ne s'allie- 
rait par mariage avec le duc de Savoie ; le roi d'Espagne serait 
le premier à agir auprès de Son Altesse pour que l'on ne 
parlât plus de ce projet, afin de ne pas troubler l'union 
parfiite qu'on voulait faire régner entre les deux cou- 
ronnes. On proposerait au duc la sœur du grand-duc de 
Toscane. 

Il fcUit insister sur cette dernière stipulation; elle était 
fort habile. On sait combien Marie de Médicis était restée 
Florentine. Le mariage d'une de ses parentes avec le futur 
duc de Savoie devait être pour la maison dont elle était sortie 
un accroissement d'influence en Italie et aurait l'avantage de 
rendre libre une de ses propres filles pour une alliance plus 
haute à laquelle on songeait aussi. Mais le troc ne devait 
pas être facile à faire accepter au duc de Savoie. On lui avait 
envoyé, pour le préparer au revirement déjà décidé à la cour 
de France, le même Bullion qui avait été l'intermédiaire de son 
rapprochement avec Henri IV. Il avait reçu pour instructions 
de prévenir le duc Charles-Emmanuel que la situation de la 
France ne permettait plus de continuer l'alliance avec la Sa- 
voie dans les conditions où elle avait été conclue ; car il n'était 
pas possible à la régente de maintenir une armée sur le pied 
de guerre; c'est pourquoi le subside promis au duc ne pou- 
vait être prolongé au delà du mois de juillet. Le maréchal 
de Lesdiguières avait cependant reçu l'ordre d'assister le 
duc par la force des armes, s'il en était besoin. Mais cette 
éventualité ne paraissait guère probable, étant donné que 
les Espagnols recherchaient l'amitié du duc de Savoie. Quant 
au mariage, les temps ne semblaient guère favorables à sa 
conclusion; c'est pourquoi le gouvernement de la régente 



POLllIQUE EXTÉRIEURE. 247 

aurait beaucoup d'obligation au duc de Savoie s'il modifiait 
ses intentions et, se tournant du côté de l'Espagne, deman- 
dait à Philippe ÏII l'une de ses filles *. En même temps, la 
reine mandait par lettre au duc de Nemours d'appuyer le 
conseiller Bullion dans la négociation délicate de cette pali- 
nodie politique ^ 

Pendant que se nouait cette trame, le duc de Savoie, mis 
en éveil, et qui, depuis la mort de Henri IV, faisait montre 
d'un grand dévouement pour les intérêts français (car lui, 
l'ancien complice des Biron et des Entragues, avait fait pro- 
tester devant le Parlement de Paris qu'il voulait tirer ven- 
geance des assassins du roi ^), chargea M. Trogliu, secré- 
taire de l'ambassadeur de Savoie, du message suivant. Il 
tenait commission du duc de Savoie, devait-il dire, d'assurer 
Leurs Majestés de son dévouement et de leur faire savoir qu'à 
tout besoin et au premier signe, il se porterait de sa personne 
et avec toutes ses forces pour les assister. Il devait ajouter 
que le duc tenait à grand honneur l'assurance que Sa 
Majesté continuait à vouloir que le mariage projeté s'ac- 
complît. Mais TrogUu était chargé aussi d'exprimer ses 
plaintes relativement au désarmement que Lesdiguières avait 
reçu l'ordre d'effectuer \ M. de Brèves, ambassadeur du roi 
à Rome, écrivait à ce propos que plus que tout le reste ce 
qui avait saisi au cœur le duc de Savoie, c'était de voir Sa 
Majesté lui manquer et défaillir en un temps que le duché 
de Milan était tout plein de soldats qui le menaçaient d'aller 
fondre sur ses États ^ » 

1. Archives de la maison de Savoie à Turin. Istru^^ione al Bullion, 
3ojuin 1610. NEGOztAZioNi. Francia. 

2. B. Z., De dissolutione..., append. VI. 

3. Archives de la maison de Savoie : Istru:^ione del Ditca al siio 
ambasciatore straordinario in Francia per condolersi délia morte del 
re Enrico IV {~ giugno i(3io). Cerimoniale. — Dicliiara^ioni del Duca 
Carlo Emmanuele al Parlamento di voler trattar vendetta dclV assas- 
sinio del re. Negoziazioni. Francia. 

4. Ambass. vénit., 5 sept. iGio. 

5. Correspondance de Louis XIII avec M. de Brèves. (Bib. nat., 
fonds fr,, n"' 3 790, 3 791, 3 792, 3 793.) 



248 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

La cour d'Espagne, ayant ainsi jeté la méfiance entre la 
France et la Savoie, se garda bien de précipiter les événe- 
ments par des offres formelles. Le duc de Feria, nous l'avons 
vu, avait été envoyé tardivement en France pour 3^ présenter 
les compliments de condoléances à l'occasion de la mort de 
Henri IV; et dès le commencement de sa mission, il laissa 
douteuse la question de savoir s'il assisterait au sacre du 
jeune roi. Était-ce une réserve conforme à cette politique 
odieuse du cabinet de Madrid, qui avait toujours cherché à 
se ménager un moyen de contester la légitimité du mariage 
de Marie de Médicis et par conséquent les droits du jeune 
roi? On pouvait le croire. Il était sans doute habile de ne 
laisser d'autre ressource à Marie de Médicis pour obtenir la 
tranquillité sur une question essentielle et dont on avait tou- 
jours fait pour elle un sujet d'inquiétude que d'obtenir, en 
se mettant à la merci de l'Espagne, une consécration défi- 
nitive de sa situation de reine-régente. Mais c'était en même 
temps un spectacle digne de méditation que celui des per- 
fidies anciennes du duc de Savoie se retournant contre lui- 
même, au moment où sa politique semblait être devenue 
franche et loyale et orientée vers un objectif bien déterminé. 
Entre les deux grandes puissances qui cherchaient à se mettre 
d'accord, l'inconstante alliée qui avait été de l'une à l'autre 
devait être sacrifiée. Le cabinet de Madrid poursuivit sans 
pitié son humiliation. Voici en effet ce qu'écrit l'ambassa- 
deur vénitien Foscarini à la date du 6 octobre : « On con- 
tinue sous main à traiter du mariage entre la couronne de 
France et la couronne d'Espagne; mais jusqu'à cette heure, 
le duc de Feria n'a donné aucune parole formelle. Il va 
disant qu'il attend un courrier d'Espagne avec une commis- 
sion à cet effet. Mais la véritable raison de son silence est 
qu'il ne veut pas demander cette princesse avant d'avoir vu 
rompre le mariage avec la Savoie, ce à quoi il travaille tant 
et plus, en faisant considérer sous main la disproportion 
qui existe entre la grandeur de l'Espagne et celle de la Savoie; 



POLITIQUE EXTÉRIEURE. 249 

et les ambassadeurs d'Angleterre * qui aspirent à la princesse 
pour leur prince, secondent, dans leur propre intérêt, autant 
qu'ils peuvent, le jeu qui tend à ce but. Ainsi cette princesse 
est désirée de chacun. » 

Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, que l'ambassa- 
deur ordinaire de Savoie, M. Jacob, retournant en France 
après son fils, Chabot de la Dragonnière, qui avait été 
chargé de porter les compliments de condoléances de la 
cour de Savoie, ait eu la mission d'avoir l'œil ouvert sur les 
actions du duc de Feria. Il en était de même de l'ambassa- 
deur d'Angleterre; car une union entre la France et l'Es- 
pagne, amenant une entente politique, devait annuler par 
suite la confédération contractée par Henri IV avec la 
Grande-Bretagne. Mais le jeu de Feria était fort serré et 
discret. Botti lui-même, ne voyant point venir de courrier 
d'Espagne, ne pouvant rien obtenir de cet impassible ambas- 
sadeur, écrivait au roi d'Espagne « qu'il convenait à Sa 
Majesté sacrée d'en revenir au point où l'on était sous Henri IV 
de glorieuse mémoire et de tourner ses pensées d'un autre 
côté ». 

C'est à ce point qu'aurait certainement réduit Philippe III 
un gouvernement moins aveugle et plus soucieux de sa 
dignité que celui de la régente. Les procédés du roi d'Es- 
pagne étaient en effet des plus contraires à l'esprit des négo- 
ciations engagées sous main. Aucun des deux ambassadeurs 
présents à Paris ne se trouva au sacre du jeune roi qui eut 
lieu le 25 octobre 1610 et, dans le même temps, le gouver- 
nement espagnol se préparait à attaquer la Savoie. Des 
troupes étaient en effet concentrées sur la frontière du 
Milanais au moment même où le maréchal de Lesdiguières 
diminuait les forces tenues sur pied pour porter secours au 
duc en cas de besoin. 

I. Rappelons-nous que cette dépêche est écrite au moment où l'am- 
bassadeur extraordinaire d'Angleterre, M. W'uotton, est encore en 
France. Voir plus haut, p. i23. 



2 DO LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

La politique française n*avait guère sujet d'être fièrc à 
ce moment : la faiblesse et la duplicité dont elle faisait 
preuve à l'égard d'un allié prenaient les apparences d'une 
trahison et d'autre part n'étaient payées d'aucun progrès 
dans les négociations du mariage. La reine sembla' sentir ce 
qu'il y avait d'humiliant et presque de déshonorant pour 
elle dans ce rôle et lorsque, à son retour de Reims, Botti 
voulut, dans de longs entretiens avec elle sur la question du 
mariage, l'amener à donner en Espagne sa fille aînée et à 
recevoir pour son fils la seconde infante, si la renonciation 
de la première ne paraissait pas suffisante, tout cela, disait-il, 
afin d'éviter la guerre en Italie, les dispositions de la reine 
lui parurent beaucoup moins favorables qu'auparavant '. Le 
duc de Feria prit congé de Marie de Médicis le 1 1 novembre 
sans que rien de nouveau eût été convenu *. Ni lui ni les 
siens n'eurent à se plaindre de la générosité de la reine; 
car un de ses valets ayant porté de sa part à la régente une 
boîte renfermant des gants parfumés à l'ambre [alcuni guanti 
d^ ambra) reçut en présent, pour la commission, une chaîne 
de trois cents écus. Quant à l'ambassadeur, il reçut une 
u enseigne de diam.ants « de la valeur d'environ 5 000 écus 
et un anneau avec un diamant enchâssé estimé à 3 000 écus ^. 

L'un des historiens itahens qui se sont occupés le plus 
récemment de ces questions, M. Ricotti, ne nous paraît pas 
avoir tenu un compte suffisant de ces fluctuations de la ré- 
gente, et il se montre trop sévère à son égard lorsqu'il nous la 
représente comme ayant, dès le commencement de la régence, 
adhéré sans hésitation et de la façon la plus constante aux 
mariages espagnols. Les choses, comme on le voit, ne se 
passèrent point ainsi ; sans doute l'écrivain italien a exagéré 
les torts réels de Marie de Médicis, afin de pouvoir plus 
facilement excuser le duc de Savoie, qui, dès ce moment, 

1. Matteo Botti, i<>r nov. 1610. 

2. Andréa Cioli, 12 nov. 1610. 

3. Scip. Ammiralo, 17, 21 nov. 1610. 



POLITIQUE EXTÉRIEURE. 25 I 

ne songeait plus qu'à rentrer en grâce auprès de la cour 
d'Espagne. 

L'incertitude et l'obscurité de la situation amenèrent natu- 
rellement le duc de Savoie à demander des éclaircissements 
formels. C'est pourquoi M. Jacob insista vivement auprès de 
la reine pour qu'elle autorisât la publication officielle du 
projet de mariage piémontais. La régente répondit qu'elle 
persistait dans son dessein de satisfaire le duc de Savoie rela- 
tivement au mariage et pour tout le reste également. L'en- 
voyé du duc de Savoie alla ensuite trouver M. de Villeroy. 
Celui-ci lui dit qu'il pouvait tenir le tout pour conclu, mais 
qu'on ne pouvait effectuer le mariage quant à présent, à 
cause de l'âge très tendre de la princesse. Jacob visita ensuite 
tous les personnages qui pouvaient avoir quelque influence 
sur les décisions de la régente. Il protesta que le duc ne 
pouvait se maintenir avec la dépense qu'il faisait et dans la 
situation où il se trouvait, même pour peu de temps. Dans 
le cas où il ne serait pas assuré de la protection du gou- 
vernement français, en même temps que du mariage de son 
fils, il se jetterait absolument dans les bras de l'Espagne, 
ne pouvant faire autrement. Jacob ajouta que, bien que, à 
Rome, l'ambassadeur d'Espagne, don Francesco de Castro, 
n'eût point voulu se trouver avec l'ambassadeur du duc, 
celui-ci avait, par un autre moyen, ouvert les voies à des 
négociations et à un accommodement : « Si cela réussit, 
disait-il, le duc deviendra forcément tout espagnol, tandis 
que, si le mariage se fait, il faudra que l'Espagne rabatte 
beaucoup de ce qu'elle prétend pour l'heure ». Jacob 
insista auprès du gouvernement français sur ce fait qu'il 
était venu, à l'invitation de la reine, pour terminer l'afi'aire 
et la publier. Il représenta que Marie de Médicis avait 
toujours dit qu'elle voulait faire honneur à l'écrit signé par 
le feu roi et par Son Altesse. 

Deux opinions divisaient le conseil de la régente. Tandis 
que Villeroy et le chancelier parlaient désormais contre la 



252 LA MINORITÉ DE LOUIS XlIF. 

conclusion du mariage de Savoie, Condé, Conti, Soissons, 
le cardinal de Joyeuse et le connétable affirmaient qu'on ne 
pouvait se dispenser de Taccomplir. Quant à Jacob, il 
déclara qu'il partirait, si on n'en faisait pas immédiatement 
la publication '. 

Au moment où, par une singulière interversion des rôles 
que nous avons déjà signalée, le prince de Condé revenait 
à la politique de Henri IV et que les ministres s'en écar- 
taient, l'ambassadeur d'Espagne et le marquis Botti recou- 
rurent, pour en finir avec les hésitations de la reine, à 
de perfides procédés d'intimidation. Ils représentèrent à 
Marie de Médicis que le prince qui, à ce moment, récla- 
mait la convocation des Etats généraux et pour lui-même 
de fortes sommes d'argent et des provinces, avait noué des 
intelligences avec les Espagnols. Concini, qui révéla ce détail 
à l'ambassadeur Cioli, lui déclara fort imprudemment que 
c'étaient là des artifices de Cardenas et de Botti pour 
prouver à la reine que son intérêt était de s'apparenter avec 
l'Espagne. Concini ne cacha point d'ailleurs qu'il n'était pas 
opposé à ce mariage qui lui paraissait un meilleur moyen que 
les Etats généraux pour rétablir l'autorité de la reine ^ Botti 
affirme qu'à ce moment la reine prit définitivement son parti 
en faveur du mariage espagnol. Ainsi, la crainte inspirée 
par des princes français à l'intérieur avait été le ciment de 
l'alliance espagnole. Il ne restait plus qu'à rendre compte 
aux princes du sang des décisions de la reine ^. 

Le mariage espagnol une fois bien décidé dans l'esprit de 
Marie de Médicis, elle déclara cependant qu'elle attendrait 

1. Pour tous ces détails, ambass. venir. F^oscarini, 17 nov. 1610, cité 
ap. B. Z., De dissolutione..., append. VIII. 

2. Andréa Cioli, 10 déc. 1610; B. Z., De dissolutione..., append. IX. 

3. Con tutto cio essendo inverno non possiamo fidarci del sereno, se 
gia non venga, il che piaccia a Dio, la desiderata tramontana délia 
conclusione dei parentadi con la Spagna^ intorno alli qiiali afferyna il 
marchese Botti che la regina ha gia dichiavata per resoluta la sua 
volonta corrispondente a quella di Spagna e che altro yion manchi che 
il darne conto a principi del regno. Andréa Cioli, 12 déc. 1610. 



POLITIQUE EXTÉRIEURE. 253 

pour se prononcer publiquement le retour du comte de 
Soissons, qui s'était retiré en Normandie, affectant un 
grand mécontentement de ce qui se passait autour de la 
reine. La négociation parut toutefois suffisamment avancée 
au conseil d'Espagne; car le roi donna Tordre de désar- 
mer au nouveau gouverneur de Milan, le connétable de 
Castille \ 

L'Espagne fit cette concession afin de rendre moins hon- 
teux pour la reine de France le mépris des conventions arrê- 
tées à Brusol. Il est bon d'ajouter que, dans le même temps, 
Charles-Emmanuel n'avait pas hésité à faire vis-à-vis de la 
cour de Madrid les démarches les plus humiliantes pour 
détourner de ses Etats la menace des armes espagnoles. Il 
avait envoyé son fils Philibert à Madrid. Le jeune prince, 
admis en présence du roi, s'était mis à genoux pour tendre 
à son oncle un papier non signé, oia il était écrit que le duc 
de Savoie se déclarait entièrement soumis aux volontés du 
roi d'Espagne et le suppliait de s'abstenir de dévaster ses 
frontières. Alors Philippe III déchira le papier et répondit 
que, en raison de ce que disait ce jeune homme et à cause 
de l'intercession du Saint-Siège, il ne songeait plus à faire 
la guerre au duc de Savoie. Telle fut, pour le duc Charles- 
Emmanuel, la dure expiation du traité de Brusol ^. 

Se retournant alors du côté du gouvernement français, 
le duc de Lerme fit savoir aux ministres de la reine que le 
cabinet de Madrid serait disposé à envisager la question du 
mariage au point de vue de l'union de Louis XIII et de 
l'aînée des infantes, la princesse Anne. Cette nouvelle fit, 
à proprement parler, bondir de joie Marie de Médicis ; elle 
se montra profondément surprise que Ton se fût résolu, à 
Madrid, à lui donner l'aînée, et elle déclara à l'ambassadeur 
Botti qu'elle en avait toujours été comme amoureuse et que, 

1. Brèves, 22 décembre; ambass. vénit., 29 dcc. 1610. 

2. Archives de la maison de Savoie. Filiberto al diica, 22 gennaio 
16 1 1 . Lettere principiy ma:^^o XIV. 



254 ^^ MINORITÉ Di: LOUIS XIII. 

pour cette raison, elle avait le portrait de la jeune fille dans 
son cabinet. 

Les événements marchaient plus vite que Marie de 
Médicis ne le désirait peut-être. Il était évident qu'en se pré- 
cipitant, ils allaient mettre aux prises la régente et les princes, 
en défiance desquels un rapprochement avec l'Espagne lui 
avait paru la seule voie de salut. Elle saisit toutes sortes 
de prétextes pour refuser aux instances de Botii une résolu- 
tion définitive qui lui semblait encore prématurée. Elle se fit 
invisible, eut mal aux dents, refusa de se prononcer avant 
le retour des princes à la cour, et ces atermoiements parurent 
un instant inquiétants à l'agent Botti. 

Enfin, Soissons et le prince de Condé, qui s'était également 
retiré, ayant consenti à revenir auprès de Marie de Médicis, 
la reine leur fit part du projet de mariage avec l'Espagne. Ils 
furent unanimes à lui répondre : qu'elle avait imprudemment 
publié son intention, de manière à s'aliéner tous ses amis et 
en France et hors de France, qu'il ne leur semblait pas que 
la reine, dans le temps présent, eût pouvoir de ce faire, sans 
réunir les Etats généraux; que les Espagnols ne cherchaient 
que des alliances, au besoin avec la Savoie, pour arriver à 
la destruction de ce royaume; qu'ils cherchaient à abuser et 
à aveugler Sa Majesté en l'alléchant par la promesse de la 
première infante, alors que tout récemment encore ils ne 
voulaient même pas lui donner la cadette. La reine fut émue 
de ces représentations, pour combattre l'effet desquelles 
Botti dut solUciter de la cour d'Espagne l'autorisation pour 
Cardenas de passer au besoin une écriture secrète en vue 
du mariage, avec la promesse qu'elle serait ratifiée dans un 
temps déterminé. Cet ordre vint; mais la reine, pour plus 
de sûreté, demianda que l'acceptation du mariage eût pour 
corollaire la formation d'une ligue défensive entre la France 
et l'Espagne *. 

I. Matteo Bolti, 2Ô janvier iGii. 



POLITIQUE EXTÉRIEURE. 255 

On s'expliquera maintenant, par les raisons tirées de la 
politique étrangère de la régente, non moins que par celles 
que nous avons déduites delà politique intérieure, pourquoi, 
au moment où nous en sommes arrivés, le duc de Sully, 
abreuvé d'ennuis et de dégoûts, se retira des affaires. 

On ne pouvait assez compter sur les huguenots, qui retrou- 
vaient en lui un chef, pour juger prudent de conclure avec 
l'Espagne avant l'assemblce générale qu'ils devaient tenir 
en l'année 1611. Le gouvernement de la régente remit donc, 
sur la proposition de Villeroy, les résolutions dernières 
après cette assemblée ^ 

Une nouvelle difficulté venait de se produire. Le duc de 
Savoie, passant des plaintes, relativement au mariage d'Es- 
pagne, à des démonstrations effectives, faisait passer les Alpes 
à ses troupes. Les soldats de Savoie, après avoir franchi le 
Saint-Bernard, s'arrêtèrent dans la direction de Genève, et le 
maréchal de Lesdiguières écrivait qu'il ne savait si c'était 
cette ville ou une autre place que le duc voulait attaquer. 

C'est évidemment Genève que visait Charles-Emmanuel; 
à plusieurs reprises, il avait tenté de s'emparer de cette 
ville par surprise, en 1582, en 1588 et enfin le 23 dé- 
cembre 1602, bien qu'elle eût été déclarée comprise dans le 
traité de Vervins et que le traité de Lyon plus récent fût 
encore pour cette petite république une garantie nouvelle. 
Mais le duc avait coutume de dire qu'aucun prince ne pou- 
vait se considérer comme maître de la Savoie, s'il n'avait 
point Genève. Les arguments de droit sur lesquels il fondait 
ses prétentions sont résumés dans un écrit conservé à la 
Bibliothèque nationale dont voici le sens : « Le comté de 
Genève est un fief impérial dépendant de l'ancien royaume 
de Bourgogne. Les comtes de Genevois y ayant renoncé, 
les évêques de la ville voulurent s'arroger le titre de princes 
et souverains de Genève. Mais cette prétention ne s'appuie 

I. Matteo Bottj, 25 janvier, 16 février 1611. 



2:»0 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

sur aucune bulle impériale ou ne s'appuie que sur des bulles 
fausses. Ce sont d'ailleurs les ducs de Savoie qui nomment 
les évêques de Genève; ceux-ci ne peuvent être comtes au 
détriment de celui qui les nomme. Q.ue si on invoque le 
droit de la commune, ce n'est, au vu et au su de toute la 
chrétienté, qu'un ramassis de rebelles et de païens. Le 
comté de Genève appartient en droit aux ducs de Savoie qui 
en ont été investis par une bulle impériale de 1077; ils en 
ont eu la continuelle possession, y ont entretenu des baillis 
et fait battre monnaie. Les citoyens et habitants de Genève 
les reconnaissent pour leurs princes; et Louis XI, dans un 
édit du 20 octobre 1462, appelle le duc de Savoie naturel 
seigneur de Genève '. » 

Quels que fussent les desseins du duc de Savoie, il est 
certain que cette manifestation armée était une protestation 
contre le mariage d'Espagne. Il y eut grand émoi à la cour. 
Les compagnies de chevau-légers entretenues à l'effectif de 
90 hommes reçurent Tordre d'être rendues le 18 mars en 
Bourgogne aux confins de la Bresse. Le baron de Luz, 
lieutenant en cette province, dut partir immédiatement. Le 
duc d'Épernon ayant été parler de l'affaire à M.Jacob, celui- 
ci répondit << que le duc son maître n'avait aucune intention 
mauvaise, et qu'il en était tellement sûr, qu'il consentait à 
perdre la tête et l'honneur, si le contraire arrivait ». La reine, 
raisonnant le soir sur cette conversation, déclara « que le duc 
trompait ce bon vieux, afin de la tromper elle plus facilement " » . 

Ce qui, en toute cette affaire, était évidemment fort grave, 
c est que l'on soupçonnait l'Espagne d'être de connivence 
avec la Savoie dans cette entreprise dirigée contre la capitale 
des hérétiques et pour laquelle on disait que le pape avait 
donné de l'argent ". Villeroy alla trouver don Innico pour lui 



1. Sommaire des droits et raisons de Son Altesse Sérénissime le duc 
de Savoie sur la ville de Genève (n° 3 804, fonds français). 

2. Scip. Ammirato, 28 février 1611. 

3. Matteo Botti, 5 mars 1611. 



POLITIQUE EXTERIEURE. 2D7 

déclarer que, si le duc poussait plus avant. Sa Majesté vou- 
lait aller à Lyon avec le roi son fils et qu'elle faisait prier 
l'ambassadeur de vouloir bien l'accompagner. Don Innico 
répondit qu'il suivrait la reine et la servirait en toutes 
choses *. 

Etant admis que le but de l'Espagne était de brouiller 
complètement la Savoie avec la France, il faut avouer qu'elle 
réussissait admirablement en engageant le duc de Savoie 
dans cette fâcheuse prise d'armes. Les esprits étaient si 
montés à la cour de France, que le jeune roi, pris d'une 
ardeur belliqueuse, déclarait, comme en se redressant sur 
ses ergots, dans le cabinet de la reine, devant de nom- 
breux témoins, que jusqu'au moment de monter à cheval 
le temps lui semblerait durer plus de mille ans; et, courant 
à une glace, après s'y être regardé, il se tourna vers les 
assistants en disant qu'il se croyait deux fois plus grand 
depuis que l'on parlait de cette guerre'. Le gouvernement 
dépêcha en toute hâte auprès du duC; Barrault, ancien secré- 
taire à Madrid, et l'ambassadeur savoisien lui envoya TrogUu 
pour l'avertir des conséquences de sa démonstration. En 
même temps des huguenots prenaient les armes pour aller 
au secours de Genève. Les Suisses concentrèrent 10000 hom- 
mes. Lesdiguières se rapprochait de la ville menacée ". 

La question du départ de la reine et du roi pour la fron- 
tière fut sérieusement agitée. Ceux qui s'y opposaient faisaient 

I. Scip. Ammirato, 82 février 1611. B. Z., De dissolutione..., append. X. 

•2. Mons II Clero (La Ville-aux-Clercs) mi racconto una vivacita del 
Re in queste nuove di giierra. che è stata, che rasçionandone nel suo 
gabinetto alla presen:{a di molti siguori, sua maesta galla^:jando mos- 
trava desiderio; et che gli paresse mille anni di essere a cavallo, et 
che andato correndo alla volta di uno specchio, et riguardatosi, si volto 
a circostanti con dir loro, che gli pareva di poi che se ne era com- 
minciato a ra'^ionare, di essere cresciuto il doppio di quel che era 
prima. Scip. Ammirato, 3 mars 1611. 

3. Ha ben detto sua Maesta discorrendo che duca de Savoia haveva 
una bella fatica a pigliar Ginevra poichè li Svi:^:^eri si mettevano 
alVordine per andarla a soccorrere et che saranno in numéro di dieci 
mila, et che ella ha ordinato alVAldighicra che pigli un passo vicino 
a quella citta per impedirlo a Savoia. Scip. Ammirato, 4 mars 1611. 

17 



2 58 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

valoir que, si le duc de Savoie s'obstinait, c'était un signe ou 
que l'Espngne le secondait, ou qu'il avait des intelligences en 
France. Dans l'un et l'autre cas, il ne convenait pas que 
Leurs Majestés sortissent de la capitale qui leur était si affec- 
tionnée. Car, en dehors d'elle, il serait moins difficile à des 
gens malintentionnés de mettre à exécution de mauvais des- 
seins contre leurs personnes. Dans le cas où les princes 
feraient cause commune avec le duc de Savoie, ils pourraient 
plus aisément soulever Paris en l'absence de Leurs Majestés 
que si elles y restaient. Il importait autant de conserver cette 
ville que le reste du royaume; car toutes les cités « suivent le 
mouvement donné par elle, par ce grand chaos ». De plus, 
l'Espagne étant de connivence avec la Savoie, elle jetterait 
peut-être la Flandre sur la Picardie; à Paris on serait plus à 
proximité que partout ailleurs pour la défendre. 

Ceux qui soutenaient l'idée du départ de la reine et du 
roi pour l'armée disaient qu'il fallait à tout prix empêcher 
un prince de prendre le commandement de Tarmée * et par- 
ticulièrement le prince de Condé, qui l'avait revendiqué et 
dont on connaissait la nature perfide et les dispositions équi- 
voques. Personne ne commandant en la présence du roi, on 
pourrait, s'il allait à Lyon, nommer comme lieutenant un 
brave serviteur tel que le maréchal de la Châtre. Avec un 
bon gouverneur, Paris, qui était une ville si fidèle, ne bou- 
gerait pas -. 

Telles étaient les opinions en présence : Jacob, effaré, 
renvoyait son fils à Turin, tout en se lamentant de ce que 
la reine manquât à]sa parole; en ce qui concernait le mariage, 
il affirmait que le duc ne voudrait point troubler par les 
armes la paix du royaume. Mais il ne se gênait pas pour dire 
que, si Son Altesse avait écouté les avis qui lui venaient de 



1. Questo importa conservarlo quanto il resto del Regno, poichè tutte 
le citta si governono seconda il vioto di questa, di questo gran caos^ 
— Scip. Ammirato, 4 mars 161 1. 

2. Scip. Ammirato, 4 mars 161 1. 



J 



POLITIQUE EXTÉRIEURE. 2 59 

Rome et de Florence, il n'aurait point été trompé par Sa 
Majesté; car on lui écrivait d'un côté et de l'autre que la 
reine de France se moquait de lui '. 

Le mercredi 2 mars fut tenu un conseil en présence du 
roi. On y résolut une levée de 6 000 Suisses et commission 
à cet effet fut envoyée à M. de Refuge, ambassadeur en 
Suisse, mais avec la réserve d'attendre de nouveaux ordres 
pour y procéder. Un courrier exprès fut envoyé au maré- 
chal de Lesdiguières, pour lui enjoindre de tenir prêts 
3 000 hommes, qu'on jetterait au besoin dans Genève. Pour 
ne donner à la ville aucune appréhension, ces hommes seraient 
tous protestants ^ D'Alincourt et le grand écuyer de Belle- 
garde allèrent rejoindre leurs postes : le premier à Lyon, dont 
il était gouverneur; et le second dans sa province. Le départ 
du roi fut donc tout au moins ajourné. . i 

Sur ces entrefaites, passa à Paris un ambassadeur de 
Savoie se rendant en Angleterre, le comte de Ruffia; nous 
verrons plus tard à quelle intention. L''ambassadeur vénitien, 
qui ne paraît pas bien informé sur ce point, prétend qu'il 
fut bien reçu de la reine. Ammirato raconte bien différem- 
ment cet épisode. D'après lui, le comte de Ruffia fut reçu 
en audience au moment où la cour allait se transporter à 
Saint-Germain; il exprima son étonnement de ce que Sa 
Majesté pût croire que son maître nourrissait de mauvaises 
intentions contre le royaume de France, et voulait venir les 
armes à la main. La reine répliqua qu'il n'y avait pas Héu 
de s'étonner; car c'était une chose visible à l'œil nu. L'am- 
bassadeur ayant insisté en disant que Sa Majesté ne pouvait 
pas croire cela, étant données surtout les assurances for- 
melles de Jacob, la reine éleva la voix en disant que le duc 
trompait l'ambassadeur afin de la tromper elle, comme il 
l'avait déjà fait si souvent. Ces paroles furent entendues de 
l'assistance et répétées après par Marie de Médicis:;e.lje- 

.uôt 

1. Scip. Ammirato, 4 mars 1611. '. ,'■ 

2. Ambass. vénit. Foscarini, 9 mars 1611. 



26o LA MINORITi: DE LOUIS XIII. 

même. Le comte de Ruffia ne nia point d'ailleurs, dans ses 
entretiens avec les autres ambassadeurs, que des troupes du 
duc de Savoie eussent passé les Alpes; mais il déclara que ce 
n'était pas à une fin plutôt qu'à une autre, et il ne se cacha 
pas pour dire que la meilleure intelligence régnait entre la 
Savoie et TEspagne et que les Espagnols qui se trouvaient 
en Savoie seraient les premiers à marcher avec le duc *. 

Le duc de Savoie ne fut pas heureux dans une tentative 
dont le but, quel qu'il fût, ne pouvait être atteint sans porter 
préjudice aux intérêts ou à la tranquillité de la France. La 
nature lui fit obstacle : car les neiges du mont Cenis, hautes 
de dix pieds, retardèrent le passage de ses troupes et don- 
nèrent ainsi au gouvernement français le temps d'aviser. 
Puis, quand cette petite armée, péniblement concentrée, 
se présenta au pont de Gresin pour se porter sur le terri- 
toire de Genève et du Valesan, le baron de Luz leur fit 
rebrousser chemin par la force ". Voyant l'afiairc manquée, 
Charles-Emmanuel donna l'assurance que tout s'arrangerait 
pacifiquement. 

En efi'et, Jacob reçut l'ordre de rester à Paris, et le duc 
de Savoie fit annoncer qu'il commençait à désarmer. Cepen- 
dant le baron de Luz, qui ne le perdait pas de vue, faisait 
savoir que le pont de Gresin continuait à être menacé et 
que les cavaliers bourguignons, licenciés pour la forme par 
Son Altesse, continuaient à recevoir sous main leur solde. 
On n'ignorait pas non plus que des levées de gens de pied 
et de cheval se faisaient dans le Luxembourg au compte de 
Charles-Emmanuel. L'ambassadeur d'Espagne et celui des 
Pays-Bas déclaraient que le duc ne recevrait d'eux aucun 
appui et le baron de Luz, auquel on envoyait des renforts, 
répondait de tout ^ Mais la reine tenait surtout à ce que le 



1. Scip. Ammirato, 7 mars 1611. — Ambass. vénit. Foscarini, 2 mars 
lOii. 

2. Ambass. vénit. Foscarini, 2 mars 1611. 

3. Ambass. vénit. Foscarini, 22 mars 1611. 



POLITIQUE EXTÉRIEURE. 20 I 

duc accomplît entièrement sa promesse avant l'assemblée 
des protestants. Elle lui adressa, pour cet objet, M. de la 
Varenne, muni d'arguments de toute nature : il portait à 
Charles-Emmanuel la confirmation de sa pension de 
100 000 écus par an; quant au mariage, il devait dire que 
l'intention du gouvernement français était d'accomplir tout 
ce qu'avait promis le roi mort; mais qu'il fallait attendre 
que le nouveau roi fût en âge. On pouvait ainsi espérer 
que le duc en arriverait de lui-même à renoncer à cette 
espérance subordonnée à une si longue attente. La reine 
parla très rigoureusement à Jacob relativement au désarme- 
ment, en faveur duquel le nonce et l'ambassadeur d'Espagne 
lui offrirent plus ou moins sincèrement ses bons offices 
et, au besoin, des manifestations plus énergiques de leurs 
gouvernements *. 

Mais les promesses du Savoyard n'étaient encore qu'un 
leurre. Un avis authentique fit connaître à Marie de Médicis 
que Charles-Emmanuel restait en armes, dans la croyance 
qu'à l'occasion de leur assemblée, les huguenots devaient 
très prochainement faire naître des troubles dans le royaume. 
Dans cette hypothèse, la reine étant forcée de réprimer 
leur insolence par les armes, le moment serait favorable au 
duc pour attaquer Genève sans attirer sur lui les foudres de 
la France. Jacob s'efforça de démentir ce bruit et de dissiper 
ce soupçon. Il se rendit à Fontainebleau, où s'était trans- 
portée la cour vers le milieu d'avril. Dans ses conversations 
avec Villeroy et avec la reine il affirma que son maître 
désarmerait complètement quand l'exemple en aurait été 
donné par les Bernois, alors sur le qui-vive pour la protec- 
tion de la liberté helvétique menacée à Genève ; il s'efforça de 
justifier les intentions du duc et attaqua de nouveau, contre 
toute espérance, la question des mariages, se berçant de 
l'illusion qu'il pouvait encore y avoir à la cour de France 

I. Ambass. vénit, Foscatini, 20 avril 161 1. Cf. B. Z., De dissolutione..., 
append, XII. — Scip. Ammirato, 26 avril 1611. 



202 I.A .MINORITE DE LOUIS XIII. 

quelque prince pour soutenir le parti de Savoie. La reine 
continuait à faire la sourde oreille sur cette matière, mais 
insistait avec plus de force que jamais sur le désarmement 
du duc, voulant ôter aux huguenots tout sujet de plainte 
ou de suspicion, et elle commanda expressément à M. de la 
Varenne de ne point retourner à Paris avant d'avoir con- 
staté que Charles-Emmanuel s'était exécuté; pour plus de 
sûreté, elle lui prescrivit de voir en passant le maréchal de 
Lesdiguières et de s'entendre avec lui. En même temps la 
reine donna l'ordre à Villeroy de s'aboucher avec Jacob et 
de faire en sorte que le duc et les Bernois en arrivassent à 
déposer simultanément et complètement les armes *. 

La mission de la Varenne réussit. Le 29 mai il était de 
retour de Turin. La cour, qui était revenue à Paris pour le 
jour anniversaire de la mort de Henri IV, était déjà repartie 
pour Fontainebleau. Sans mettre pied à terre La Varenne 
l'y suivit. Il fut immédiatement introduit auprès de la reine, 
et, en entrant, lui dit à haute voix, de manière à être 
entendu de tous : « Madame, j'ai pleinement exécuté vos 
commandements; le duc a désarmé et s'est conformé au 
désir de Votre Majesté ». Puis il s'approcha d'elle et lui 
raconta les particularités de sa négociation. Il lui exposa les 
plaintes que le duc de Savoie lui avait confiées en le priant 
d'en faire part à la régente. Charles -Emmanuel lui avait 
rappelé le passé, les dépenses et les périls auxquels il s'était 
exposé pour avoir adhéré aux idées du feu roi. Il s'en était 
dédommagé pour une grande part, disait-il, par l'espérance 
d'un mariage qui lui avait paru devoir affermir sa situation 
et garantir sa sécurité; mais maintenant, n'ayant à se repaître 
que d'illusions d'une part, et se trouvant en révolte ouverte 
contre l'Espagne^, il priait la reine de prendre en considération 
son état et d'envisager la nécessité qui le contraindrait fina- 
lement à prendre une résolution de nature à l'assurer contre 

I. Ambass. vénit. Zeni, 4 mai 1611. 



POLITIQUE EXTÉRIEURE. 203 

tout danger. Sa Majesté n'avait qu'à mettre en balance les 
bons ou les mauvais effets qui pouvaient résulter de l'adhé- 
sion d'un duc de Savoie à un parti plutôt qu'à un autre; 
aussi la priait-il de vouloir bien, en tenant compte de sa 
bonne volonté si complète, le consoler par des effets con- 
formes à des promesses solennelles et dignes de son âme 
royale. 

La pointe de la menace était à peine déguisée sous 
l'abondance de ces protestations, et l'on pouvait bien 
reconnaître, aux allusions faites à la situation intérieure du 
royaume et à la mention même de ces forces que le duc 
pouvait, disait-il, mettre en quelques heures, ainsi que sa 
personne, au service de Sa Majesté, le vieux conspirateur 
toujours prêt à susciter des troubles chez ses voisins pour en 
tirer profit. M. de la Varenne eut beau assurer la régente 
qu'il avait remarqué chez le duc la volonté bien arrêtée de 
rester étroitement uni avec la couronne de France, Marie 
de Médicis, qui se souvenait des tristes jours des conspira- 
tions de Biron et d'Entragues, se contenta de féliciter son 
envoyé sur l'heureux accomplissement de sa mission., 
La Varenne rapportait en effet un traité en due forme, aux 
termes duquel le duc de Savoie s'engageait à désarmer, 
tandis que d'autre part la régente lui garantissait sa sûreté 
personnelle, ainsi que l'intégrité de ses possessions \ 

Dans la pensée de la régente, c'était déjà Textrême limite 
des concessions qu'elle entendait faire à l'allié de la der- 
nière heure du roi Henri IV. Pour Charles-Emmanuel, ce 
n'était qu'une nouvelle base d'opérations qui lui permettait 
de reprendre la campagne matrimoniale dont il envisageait 
encore le succès comme possible. La Varenne avait été 
suivi de près par un courrier qui remit à l'ambassadeur 
Jacob, de la part du duc de Savoie, l'ordre de renouveler 
ses instances en faveur du mariage autrefois projeté, si La 

I. Sol. della Marguerita, Traités publics de la Maison de Savoie^ 
t. I, p. 288. — Ambass. vénit. Nani, 14 juin ibii. 



264 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

Varenne jugeait qu'une nouvelle ouverture dans ce sens fur 
opportune ; et, dans le cas contraire, de demander au moins 
quelque honnête satisfaction pour les excessives dépenses 
auxquelles il avait été entraîné. La Varenne dissuada Jacob 
de remettre en avant, pour le moment, la question de 
mariage, connaissant la résolution prise par Marie de Médicis 
de ne s'engager à rien et de gagner du temps; quant à 
l'indemnité réclamée par Charles-Emmanuel, on ne pouvait 
en prendre la demande au sérieux; ce n'était pas au gou- 
vernement français de payer les frais d'armements en face 
desquels il avait été contraint de mettre sur pied ses propres 
forces. 

Le résultat le plus clair et le plus avantageux que la 
régente pouvait tirer de ses négociations avec Turin était 
de la placer en face des protestants, les mains libres en 
apparence de tout engagement, et sous le coup d'un succès 
diplomatique favorable à leur situation en Europe. Elle 
espérait, par ce moyen, leur montrer l'inanité de leurs 
inquiétudes et apaiser leurs griefs. Mais ce n'était, en somme^ 
qu'un expédient pour masquer le but que s'assignait désor- 
mais d'une manière inébranlable sa politique : le rappro- 
chement intime avec l'Espagne. 



IX 



L'ASSEMBLEE DE SAUMUR 



Pendant le séjour de la cour à Fontainebleau, le gouvernement fran- 
çais se rapproche visiblement de celui de Madrid. — Concurrence 
de Matteo Botti et de l'ambassadeur espagnol don Inigo de Cardenas 
pour la réussite de l'alliance franco-espagnole. — Célébration mes- 
quine de l'anniversaire du décès de Henri IV. — L'hôtel du mar- 
quis d'Ancre au milieu de l'année 1611 paraît être le centre des 
affaires et de la faveur. — Nature de l'influence de Concini à cette 
époque. — Les deux époux semblent se désintéresser complètement 
de l'affaire des mariages espagnols. — Le gouvernement d'Amiens 
donné par la reine au marquis d'Ancre. — Il n'est pas l'auteur 
principal de la chute de Sully. — Nécessité de calmer les protes- 
tants irrités de la disgrâce du principal d'entre eux. — Affaire de 
M. de Boisse, gouverneur de Bourg en Bresse, et de M. le Grand, 
gouverneur de la province. — Convocation de l'assemblée triennale 
des protestants. — Malgré les imprudences de Botti, il faut laisser 
sommeiller l'affaire des mariages espagnols pendant la durée de 
cette assemblée. — Sully demande à s'y rendre. — La cour le fait 
secrètement menacer d'une revision de ses comptes. — L'assemblée 
se réunit à Saumur. — Sully s'y présente. — La cour lui oppose 
l'influence du duc de Bouillon. — La présidence est déférée à 
Du Plessis-Mornay. — Aigres doléances de Sully. — Requêtes de 
l'assemblée à la couronne. — La question des intérêts particuliers 
de Sully est tenue en réserve. Les commissaires du gouvernement 
insistent pour que l'assemblée procède à l'élection de ses députés. 
— L'assemblée envoie à Pans une délégation chargée de présenter 
ses cahiers. — Convocation des princes et membres du conseil 
absents. — Réponse dilatoire faite par la reine aux délégués. — 
Leur retour à Saumur. — Messages comminatoires et mesures 
prises pour amener la dissolution de l'assemblée. — Résistance de 
Sully. — Il est abandonné. — L'assemblée se sépare le 12 septembre 
après l'élection de ses députés. — Le jeu des intérêts particuliers 
toujours actif pendant la tenue de l'assemblée. — Dispersion des 



2 66 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

princes et grands seigneurs dans leurs gouvernements au milieu 
de Tannée lôii. — Le duc de Guise en Provence. — Voyage du 
prince de Condé dans le centre et en Guienne. — Ses démêlés et 
sa reconciliation avec le duc d'Épernon. — Son attitude hostile aux 
huguenots. — A Bordeaux il cause des enibarras au gouvernement. 

— Contiit du duc de Guise et du duc d'Epernon revenus à la cour. 

— Intervention conciliante du duc de Mayenne. — Ferme déclara- 
tion de la reine aux députés huguenots. — L'édit de Nantes main- 
tenu et améliore. — Dernières manifestations d'opposition de Sully. 

— Sa cause ne trouve plus de défenseurs. — Il rentre dans 
l'ombre. — Rôle familier du marquis d'Ancre. — Ses démêlés avec 
le comte de Saint-Pol à propos de la possession de la citadelle 
d'Amiens. — lerminaison de l'affaire de Bourg en Bresse. 



Le séjour de la cour à Fontainebleau pendant les fêtes de 
Pâques de l'année 1611 ne fut pas une retraite assez silen- 
cieuse et discrète pour que rien ne transpirât au dehors des 
secrets desseins de Marie de Médicis. Elle avait cependant eu 
soin de n'emmener avec elle qu'un très petit nombre de 
princes et de courtisans *. 

Le marquis d'Ancre et sa femme étaient eux-mêmes restés 
à Paris. Il ne s'en produisit pas moins une manifestation 
significative. Le général de Philippe III aux Pays-Bas, le 
marquis Spinola, passant par la France pour s'en retourner 
en Espagne, se rendit à Fontainebleau pour baiser la main 
de la reine et du jeune roi, après avoir accepté l'hospitalité 
du prince de Condé dans son domaine de Clermont-sur- 
Oise et s'être vu, à Paris, l'objet d'une magnifique réception 
de la mère et de la femme du prince ■. Cette démarche, qui 
ôtait aux prévenances de la maison de Condé pour le général 
espagnol ce qu'elles avaient de légèrement offensant pour 
la régente, pouvait être considérée comme l'indice du rap- 
prochement intime qui s'opérait entre le gouvernement 
français et celui de Madrid, au grand déplaisir, à ce moment, 
du prince de Condé lui-même. 

L'ostentation que mit l'ambassadeur extraordinaire Matteo 



1. Scip. Ammirato, 21, 29 mars 16 n. 

2. Scip. Ammirato. — Ambass. vénit., 6 avril 161 1. 



l'assemblée de saumur. 267 

Botti à s'acquitter, avant son départ, de la cérémonie si long- 
temps retardée par le gouvernement de Florence des con- 
doléances pour la mort de Henri IV *, et l'empressement trop 
marqué avec lequel il suivit Marie de Médicis dans la direc- 
tion de Fontainebleau accompagné de toute sa suite, cou- 
chant à Essonne, s'installant à Moret et réussissant enfin à 
déterminer la régente à dépêcher M. Girault pour lui offrir 
un logis à Fontainebleau même ^, indiquaient par tout ce 
tapage d'un homme habitué à faire plus de bruit que de 
besogne, l'intention de profiter de circonstances jugées 
par lui favorables pour se démener en faveur de ses des- 
seins. On lui donne tout un appartement dans le palais entre 
la cour du Cheval-Blanc et la cour du Lac ^, il va à l'audience 
de la reine, la suit à la chasse du sanglier, qui ne vient pas 
en scène; car les chasseurs ^ le tuent en voulant le faire 
sortir des fourrés, et s'en retourne le 13 avril à Paris avec le 
train fastueux qu'il jugeait devoir donner un caractère plus 
auguste aux diverses missions pour lesquelles il se faisait 
accréditer à grands frais auprès de la régente. 

Ce n'est pas sans en prendre de l'ombrage que l'envoyé 
florentin, qui comptait s'aboucher avec l'ambassadeur d'Es- 
pagne, don Inigo de Cardenas, avait appris que celui-ci s'était 
établi dans une maison de campagne aux environs de Fon- 
tainebleau, que de là il venait à la cour et s'en était absenté 
précisément pendant le séjour de la mission itahenne. « Son 
Excellence, M. l'ambassadeur d'Espagne, écrit Scip. Ammi- 
rato, a trouvé dans cet endroit une source d'eau merveil- 
leuse, et, comme il ne boit pas de vin, il s'est installé là 
à sa grandissime satisfaction, et, en très bon connaisseur qu'il 
est, jugeant cette eau bien préférable à n'importe quelle pré- 
cieuse liqueur de Bacchus, il en a envoyé à la reine dans 



1. Matteo Botti, 6, 9 avril 161 1; voir les extraits. 

2. Scip. Ammirato, 9 avril 161 1. 

3. Scip. Ammirato, Matteo Botti, 11 avril 161 1. 

4. Scip. Ammirato, 14 avril 161 1. 



208 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

deux bouteilles d'argent. Sa Majesté a accepté et agréé le 
cadeau, et a fait donner ensuite au gentilhomme qui le lui a 
apporté, une chaîne de cent écus. De là Son Excellence s'en 
est allée à Melun, localité qui se trouve aussi à trois lieues 
de la cour, et j'apprends de M. Girault que, de deux jours 
Tun, il va voir M. de Villeroy et négocier avec lui *. » 

De toutes ces circonstances, Ammirato tirait assez mécham- 
ment pour son chef de file des conclusions fort inquiétantes 
au point de vue de l'amour-propre florentin : <' Tout cela, dit- 
il, met fort en doute relativement à ce que m'a dit le mar- 
quis Concino et à ce que, d'autre part, a écrit d'Espagne le 
comte Orso, à savoir que l'ambassadeur veut traiter lui-même 
cette affaire des mariages. Je. n'ai pas manqué de faire part 
de mes appréhensions à M. l'ambassadeur Botti; il m'a 
répondu que Son Excellence n'est pas là pour cette affaire, 
mais seulement pour savoir ce que Sa Majesté veut décider 
relativement aux affaires de Savoie. Si cela était vrai, il n'y 
auraitpasdemal. Mais ce n'est pasabsolument vraisemblable. » 

Botti devenait de plus en plus la mouche du coche impor- 
tune, et pour avoir voulu se réserver à lui seul toute la 
négociation, elle commençait à lui échapper entièrement. 
Le nonce du pape se plaignait de lui avec vivacité. « Contre 
les ordres qu'il a reçus de là-bas, disait-il à Scip. Ammirato, 
il me tient à l'écart avec une incroyable rigueur, et certes 
s'il m'avait fait des communications, on aurait commis 
moins d'erreurs, et les choses seraient sans doute en meil- 
leurs termes. Suivant mon opinion, il n'y a rien de fait, et 
certes il faut qu'à Florence ils soient de bien facile créance ^ » 
Le sieur Botti disait cependant à qui voulait l'entendre que 
tout était fini et qu'il comptait bien partir la première 
semaine de juin. Il était sans doute fort loin de compte; 
mais la question des mariages espagnols avait évidemment 
été remise sur le tapis à Fontainebleau, et les renseigne- 

1. Scip. Ammirato, 26 avril 161 1. 

2. Ibidem. 



l'assemblée de saumur. 269 

ments indirects que Botti recueillit de côté et d'autre après 
son voyage lui permirent d'affirmer que les résolutions défi- 
nitives seraient remises après la session de l'assemblée des 
huguenots *. 

En attendant, la cour, dès le commencement de m.ai, se 
prépara à revenir à Paris pour la célébration du triste anni- 
versaire de la mort de Henri IV, et le conseil, la précédant, 
se transporta dans la capitale. La reine se fit désirer ". 
Le 1 1 mai on l'attendait à Paris pour l'heure du déjeuner. 
« Mais, écrit Scip. Ammirato, comme il fait très froid, elle 
n'aura pas voulu se lever dès l'aube, d'autant plus qu'elle 
s'est purgée la semaine dernière ^ » Elle n'arriva que le 
mercredi 11 au soir. Le samedi 14, le roi et la reine mère 
allèrent aux Feuillants, où le bout de Tan fut célébré. De 
nombreuses messes furent dites ; chaque ordre religieux avait 
envoyé à cet eff"et un certain nombre de prêtres. La reine, 
qui assista à tout l'office avec les princesses et presque toute la 
cour, se trouva mal pendant la cérémonie et versa des larmes. 
Revenue au Louvre, elle s'enferma dans ses appartements 
pendant la matinée. 

L'impression générale fut cependant que la solennité 
n'avait pas été à la hauteur du grand et déplorable souvenir 
qu'elle rappelait. Que venait faire l'ombre de Henri IV, que 
pouvait désormais l'exemple de son gouvernement si vigi- 
lant, si ferme, si profondément national, au milieu d'une 
cour divisée, privée d'une direction sûre et où tous les inté- 
rêts, grands et petits, s'orientaient dans la direction d'une 
faveur que recevait seulement par ricochet un homme 
indigne, égoïste et incapable? Si l'on voulait savoir où était 
l'influence prédominante, était-ce même au Louvre qu'il 
fallait s'adresser? N'était-ce pas plutôt en l'hôtel du faubourg 
Saint-Germain où demeurait le marquis d'Ancre? 

1. Matteo Botti, i"" mai 161 1. 

2. Matteo Botti, lo mai ibii. 

3. Scip. Ammirato, 10, 11 mai 161 1. 



LA MINORITE DE LOUIS XIII 



Le spectacle que nous y présente Scipione Ammirato est 
digne de nous arrêter un instant au milieu de cette année 
1611, entre les deux séjours de la cour à Fontainebleau. Non 
seulement Mme Concini est depuis longtemps malade ; mais 
son mari lui-même, qui s'est foulé le pied, est aussi forcé 
de garder le lit. La reine va voir la marquise qui semble aller 
mieux, la reine Marguerite en fait de même; et le roi qui 
est dressé à s'acquitter ponctuellement de ses obligations 
charitables, après avoir touché les malades des écrouelles 
dans la cour du Louvre, « au milieu d'un grand concours 
de peuple et avec beaucoup de grâces, comme il sait 
faire toutes choses », dit l'ambassadeur vénitien, se trans- 
porte au chevet de Concini \ Tout semble graviter autour 
des impudents favoris. « Mme Concina, dit Scipione Am- 
mirato, n'est pas encore guérie du mal qui la tient depuis 
plusieurs semaines; car ses évanouissements se reproduisent 
encore fréquemment », et bien qu'il n'y ait pas un danger 
manifeste, sa mauvaise complexion ne laisse aucune sécurité, 
et, comme le disait le marquis Concino, qui m'a fait l'hon- 
neur de m'inviter à déjeuner samedi, cette pauvre femme 
est la martyre des médecins. Son Excellence ne l'abandonne 
presque jamais. Aussi le Louvre le voit-il fort peu; il n'y 
va que le matin pendant deux heures, et le reste du jour et 
de la nuit il reste ici au faubourg, où l'on peut se rendre 
bien nettement compte de la grandeur de ce seigneur. Car, 
à quelque heure que Ton arrive à cette maison, elle est tou- 
jours pleine de cavaliers et de grands seigieurs, et les princes 
eux-mêmes ne dédaignent pas d'y venir faire visite; parmi 
eux on remarque surtout le comte de Soissons. En somme, 
il n'est pas, dans cette cour, quelqu'un qui ait plus de crédit 
et de cortège ". » 

On se méprendrait cependant si Ton voulait attribuer à 
Concini une aptitude quelconque, et, à ce moment-là, une 

1. Ambass. vénit., 6 juin. — Scip. Ammirato, 23 mai 161 1. 

2. Scip. Ammirato, io mai 1611. 



l'assemblée de SAUMUR. 27 1 



'/ 

prétention soutenue à diriger les affliires de l'Etat, au sens 
élevé de cette expression. Il ne fallait lui demander rien de 
ce qui exige du travail, de Tapplication, des connaissances 
et de la prévoyance. De graves questions de politique étran- 
gère, des crises intérieures qui allaient à une bien autre pro- 
fondeur que les agitations superficielles des intérêts de cour 
avaient été résolues, non pas en dehors, mais à côté de lui. 
Le renversement du système politique de Henri IV par la 
double alliance matrimoniale avec l'Espagne, combinaison 
étudiée même avant la régence de Marie de Médicis, et alors 
évidemment sur le point d'aboutir, n'est pas une conception 
qui lui ait appartenu en propre, bien qu'il s'y soit énergi- 
quement rallié pour complaire à la régente et s'associer à 
l'œuvre de réaction contre le gouvernement précédent. 

Cette politique, après tout défendable, résultait des incli- 
nations personnelles de Marie de Médicis et de la direction 
qu'imprimait visiblement à la conduite des affaires extérieures 
l'influence très puissante des conseils venus de Florence. 
Pour la suivre avec efficacité et pour en atténuer les incon- 
vénients, il fallait des ministres expérimentés tels que le vieux 
Villeroy. Concini était au courant de la négociation; il n'en 
tenait pas les fils. D'ailleurs, lui et la marquise n'attachaient 
qu'une importance médiocre à tout ce qui ne concernait pas 
directement leurs intérêts personnels. Pendant le premier 
séjour que la cour fit à Fontainebleau au mois d'avril léii, 
alors que la marquise était restée à Paris per purgarsi et 
bagnarsi, le secrétaire Scip. Ammirato, dont nous connais- 
sons les informations relatives aux fréquentes entrevues de 
l'ambassadeur d'Espagne, don Inigo de Cardenas et de Vil- 
leroy, s'imaginant non sans raison que les négociations rela- 
tives aux mariages espagnols se poursuivaient en dehors 
de l'envoyé spécial du grand-duc, Matteo Botti, alla rendre 
visite à la marquise et lui fit part de ses soupçons. 
Mme Concini eut l'air fort étonnée de cette confidence et 
répondit en personne peu au courant de cette aff'aire : qu'il 



272 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

n'y avait pas d'inquiétude à avoir; que la reine, dans ses 
conversations, s'était toujours montrée disposée à conserver 
son rang au grand-duc, si l'on en venait à la conclusion des 
choses; que, du reste, elle parlerait à la reine quand celle-ci 
serait de retour à Paris *. 

Cette courte indication et une autre dont il résulte que 
le marquis d'Ancre vantait à tout propos les avantages de 
l'alliance avec Philippe III, sont à peu près les seules traces 
que nous trouvions, dans les dépêches florentines, d'une 
intervention des deux époux dans les négociations des 
mariages espagnols. En revanche, Concini se payait grasse- 
ment des petits services qu'il avait rendus, par de nouveaux 
accroissements d'honneurs et de puissance. Il acheta les 
gouvernements de Péronne, Roye et Montdidier en Picardie, 
se fit nommer lieutenant du roi dans cette province, et, 
pour s'y implanter plus solidement encore, il négocia l'achat 
du gouvernement d'Amiens avec M. de Trigny, qui en était 
titulaire. Concini offrait 125 000 francs; il n'eut pas même à 
les débourser, car M. de Trigny mourut, et la reine donna 
gratuitement la charge au marquis Concino. « D'où l'on peut 
conclure que Dieu protège ce seigneur, écrit Scip. Ammi- 
rato, puisque n'ayant pas acheté ce gouvernement pour je 
ne sais quels motifs un de ces derniers mois, il l'a eu main- 
tenant pour rien. Comme Amiens est la cité et forteresse 
principale de la Picardie, on peut dire que le sieur marquis, 
en étant lieutenant royal de cette province et en y détenant, 
outre son marquisat, d'autres places, est maître de tout, et, 
à l'occasion, peut faire la barbe au gouverneur de la pro- 
vince '. » 

En considérant la direction donnée aux affaires intérieures 
on reconnaîtra que Concini sans doute ne fut pas étranger 
à la retraite du surintendant des finances; mais on sait qu'il 
se serait fort volontiers entendu avec lui et qu'il aurait 

1. Scip. Ammirato, 26 avril iGii. 

2. Scip. Ammirato, 19 février. 22 juin lôii. 



l'assemblée de SAUMCR. 2/3 

usé de son crédit pour le maintenir aux affaires, si l'ami de 
Henri IV avait consenti à une association qui répugnait 
à sa conscience. Le marquis d'Ancre ne lui fit pas une 
guerre ouverte; il le ménagea au contraire le plus longtemps 
possible. A lui seul, d'ailleurs, il n'eût pas réussi à le renver- 
ser, et il fallut une entente générale de la reine, des princes, 
des ministres, unis par le commun désir d'avoir les coudées 
franches dans le maniement des finances et la direction des 
aff"aires politiques, pour que le marquis se décidât, par une 
intervention d'ailleurs tardive, à lui donner le coup de grâce. 

Si le marquis d'Ancre ne joua en réalité qu'un rôle secon- 
daire dans cette révolution ministérielle, il faut dire aussi 
qu'il ne prit aucune part aux manœuvres assez délicates par 
lesquelles il fallut en atténuer les inconvénients pendant tout 
le cours de l'année léii. 

Privé de la surintendance des finances, du gouvernement 
de la Bastille, Sully restait encore gouverneur du Poitou, 
grand maître de l'anillerie; et sa chute avait produit un tel 
efi"et sur le parti protestant, qu'il en redevint naturellement 
le chef, à un moment où le monde réformé s'agitait en 
France. Il n'était pas possible de tenir complètement secrètes 
les négociations engagées en vue des mariages espagnols, 
surtout avec un intermédiaire aussi indiscret que Botti, dont 
le zèle exagéré retardait et compliquait les choses, au lieu 
de les avancer '. Il avait encore trouvé moyen, pendant que 
la cour était à Paris, de se mettre imprudemment en vue, 
malgré la mort toute récente de sa mère ", au sujet de 
laquelle Marie de Médicis lui faisait porter par Bonneuil de 
justes condoléances dont il se vanta et qui étaient comme 
une invitation déguisée à se tenir un peu à Técart. Il n'en 
fut rien. Non seulement il allait lui-même offrir à la reine 
en grand apparat une caisse qu'il avait reçue de Florence et 
qui contenait deux habits pour le roi, en drap léger et garnis 

1. Scip. Ammirato, 3o mai 1611. 

2. Matteo Botti, i" mai iGii. 

18 



274 ^-^ MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

d'or, dont la reine se plaisait ensuite à faire l'étalage dans le 
grand salon; mais il sollicitait, avec tant d'instance qu'il 
était impossible de la lui refuser, la permission de faire faire 
les portraits du roi et de madame sa sœur, les commandait à 
un peintre <( plus estimé, disait-il, que Scipione Gaetano », 
peintre dont il a oublié de dire le nom, sans négliger cepen- 
dant de préciser que ces portraits lui avaient coûté cinquante 
écus pièce, et, après en avoir fait faire l'exposiiion au Louvre , 
tout comme celle des beaux habits, en envoyait deux au 
duc de Lerme et deux au comte Orso. Ils étaient si bien 
réussis, paraît-il, qu'on en détruisit un certain nombre 
d'autres qui auraient donné une idée moins flatteuse des 
enfants royaux. Quelque temps après^ le courrier Bissi reve- 
nait après avoir porté les portraits, qui furent, dit-il, reçus 
avec plaisir et en échange desquels on avait promis d'envoyer 
ceux des infants espagnols ' . L'ambassadeur d'Espagne n'avait- 
il pas raison de se plaindre que le secret fût mal gardé ' ? 

Or ces mariages espagnols et ce projet d'alliance avec la 
fille de Philippe III semblaient une menace dirigée contre 
les protestants. La sortie du conseil d'un des leurs, et du 
plus considéré, les laissait sans appui dans le gouvernement. 
Depuis longtemps ils s'inquiétaient de voir la cour pencher 
de plus en plus ostensiblement du côté des Jésuites. 
Lorsque, à la tin de l'année 1610, parut ce livre du cardinal 
Bellarmin " qui fut immédiatement supprimé par un arrêt du 
Parlement, et dont le premier président de Harlay avait 
flétri les doctrines ultramontaines en disant que « c'était un 
nouveau couteau pour assassiner le roi ^ », la reine et son 
conseil privé, ne voulant pas s'opposer ouvertement à l'arrêt 
qui venait d'être rendu, avaient trouvé cet expédient d'auto- 
riser la vente du livre par un privilège ou permission quel- 



1. Matteo Botti, 3o mai. 3 et 4 juin, 11 juillet 16 11. 

2. Scip. Ammirato, 6 juin 1611. 

3. Tractatus de potestate summi pontificis in rébus temporalibus. 

4. Andréa Cioli, 4 décembre 1610. 



l'assemblée de saumur. 273 

conque, sans faire mention de la décision contraire des 
juges; puis un arrêt du conseil avait suspendu la publication 
et l'exécution de Tarrèt du Parlement \ C'était pour le 
nonce un triomphe qui ne pouvait manquer de froisser le 
parti protestant. 

On attribua non sans raison à ces inquiétudes et à ces 
susceptibilités un incident fort grave qui eut lieu à la fin 
du mois de mars 161 1. Le grand écuyer, M. de Belle- 
garde, faisant une tournée dans son gouvernement, après 
en avoir visité toutes les places, parut devant la principale, 
Bourg en Bresse, qui avait pour gouverneur un huguenot, 
M. de Boisse. M. le Grand était à peine arrivé avec son 
escorte sur la contrescarpe de la forteresse que force coups 
de mousquets furent tirés par la garnison ; quatre morts, 
plusieurs blessés restèrent sur le terrain. M. de Boisse était 
le seul des gouverneurs particuliers qui ne se fût pas porté 
à la rencontre du gouverneur général de la province; il 
avait prétexté une indisposition, et lorsque Bellegarde 
l'envoya prévenir de sa venue, il essaya de faire comprendre 
à son envoyé qu'il ferait mieux de renoncer à ce dessein. 
N'ayant pas réussi de cette manière, il s'y opposa par la 
force. L'affaire causa beaucoup d'émotion à la cour. On 
ne douta point que de Boisse, en proie aux soupçons 
dans lesquels étaient depuis quelque temps tombés tous ceux 
de sa religion, ne se fût porté à cette extrémité par crainte 
de se voir enlever sa forteresse. Il y avait là un symptôme 
grave. D'autres gouverneurs protestants de forteresses, 
n'ayant pas encore l'occasion de résister ouvertement aux 
représentants de l'autorité royale, se fortifiaient. On citait 
notamment celui de Châtillon sur Indre, que l'on disait 
avoir été épaulé et renforcé par Du Plessis-Mornay ^ 
L'affaire de Bourg en Bresse tourna plus en douceur 

r. Scip. Ammirato, 7, 10 décembre 1610. 

2. Ambass. vénit., 6 avril. — Scip. Ammirato, 29 mars. — Botti, 
9 avril 1611 (voir le catalogue). 



276 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

qu'on n'aurait pu le croire, après un pareil éclat, et reçut 
bientôt une solution au moins provisoire. La régente 
envoya sur les lieux l'homme des situations délicates, 
M. de la Varenne; grâce à son habileté, M. de Boisse con- 
sentit à se conformer aux ordres de la reine : il laissa 
pénétrer dans sa forteresse M. le Grand et lui jura mênie 
fidélité comme au gouverneur de la province '. 

Il y avait donc dans les cinq cents églises réformées une 
certaine effervescence, quand, sur l'invitation même de la 
cour, fut convoquée d'abord à Chàtellerault une assemblée 
régulière des députés de la religion réformée, à TefFet de 
renouveler leur députation permanente de trois délégués qui 
résidaient pendant trois ans auprès du gouvernement pour 
servir d'intermédiaires entre leur parti et la couronne. En 
attendant la réunion de cette assemblée, le gouvernement 
ne voulait arriver à aucune conclusion formelle relative- 
ment aux mariages espagnols, car il avait peur des protes- 
tants -. Sully, appelé à l'assemblée par ses coreligionnaires, 
pouvait facilement y prendre une influence prépondérante 
et susciter des embarras à la régente. Les ministres de la 
reine crurent parer à ce danger en tenant le duc de Sully 
sous la menace discrète, mais assez persistante, d'une revi- 
sion de ses comptes. « Ce qui donne le plus d'ennuis à 
Sully, écrit Scip. Ammirato, peu de temps après la chute 
du ministre, c'est de savoir qu'il y a ici des gens de finances 
qui ne font autre chose que de rechercher de quelle façon 
les finances ont été administrées depuis dix ans qu'il en a 
été le chef. Il a augmenté son bien d'un million et demi, 
et davantage, et si l'on trouve des voleries, comme chacun 
le dit, on s'arrangera de manière à lui faire son procès et à 
le mettre en tout et pour tout à bas, ce qui n'est pas estimé 
chose bien difficile ; car il parait que les ministres qui gou- 
vernent actuellement, non seulement prendraient plaisir à 

1. Scip. Ammirato, 26 avril 1611. 

2. Matteo Botti, 16 février, 2 mars iCii. 



l'assemblée de saumur. 277 

une pareille ruine, mais seraient disposés à la favoriser et à 
la fomenter, ainsi que les princes. Le comte de Soissons 
s'acharne de tout son pouvoir après lui; et voilà ce que 
retirera Sully d'avoir voulu trop dominer et tyranniser *. » 

Sully ne se laissa cependant pas intimider, pensant trouver 
au sein de ses coreligionnaires un abri assuré contre la tem- 
pête; la reine hésitant à décider si elle lui permettrait ou 
lui défendrait d'assister à l'assemblée, adopta le moyen 
terme de le mander à la cour pour s'expHquer avec lui. 
« M. l'abbé du Bois, lisons-nous dans une dépêche de 
Scip. Ammirato, qui est venu hier matin chez moi, m'a dit 
qu'il avait appris que la reine avait envoyé mander monsei- 
gneur de Sully, et hier, étant allé visiter M. de Beaune, il 
m'a confirmé la nouvelle, en ajoutant que ce n'était pas 
pour une autre raison que celle-ci, à savoir que cet homme, 
désespéré du mal qui lui a été fait, et désespéré à la pensée 
qu'il en peut recevoir encore davantage, ses ennemis ne 
cessant de s'acharner après lui, ne manquait pas de nouer 
des trames avec les hérétiques pour tenter quelque nou- 
veauté dans leur assemblée, ce qui pourrait peut-être lui 
réussir; parce que, outre l'autorité qu'il a, il possède encore 
beaucoup d'argent, ayant, à ce qu'on dit, un million d'or 
comptant avec lequel il peut leur donner toute espérance 
d'aide, en cas de besoin. M. de Beaune m'a encore dit qu'il 
pense que Sully n'a d'autre but, en s'attachant à ces trames, 
que de montrer qu'il peut faire du mal et s'arranger ainsi 
de manière à être estimé davantage en cour, ayant lui- 
même connu par expérience que, dans ce pays, on ne tient 
compte que de ce qui peut nuire. Et Sa Majesté l'ayant 
appelé, il ne manquera pas de venir, et il lui sera ainsi très 
facile d'améliorer sa condition ". » 

Ce n'est sans doute pas ce qu'espérait Sully et comme il 
ne cachait pas son intention de ne reparaître à la cour 

1. Scip. Ammirato, 26 feviier 16 11. 

2. Scip. Ammirato, 26 avril 1611. 



278 LA MINORITÉ DK LOUIS XIII. 

qu'une fois l'assemblée terminée ', la reine se décida à auto- 
riser son départ pour Chatellerault; mais le messager porteur 
de cette résolution n'était pas encore parti, qu'arriva une 
lettre de Sully. Enumérant non sans hauteur les services 
qu'il avait rendus à la couronne, il faisait à la reine les 
plus chaudes instances pour qu'il lui fût permis de se 
trouver à cette assemblée qui sollicitait instamment sa pré- 
sence. Le ton de la lettre, Tardeur que Sully mettait à for- 
muler sa demande inquiétèrent. Marie de Médicis retint le 
courrier prêt à partir, convoqua le conseil et finalement on 
décida que l'assemblée ne se tiendrait plus à Chatellerault, 
qui était dans le gouvernement du duc de Sully, mais à 
Saumur. L'ordre de transfert fut signé à Fontainebleau le 
2 mai 161 1 ^ Cela fait, la reine répondit à Sully qu'elle 
tenait de ses services passés le plus grand compte ; quant à 
intervenir à l'assemblée, elle s'en remettait sur ce point à 
sa discrétion. L'ambassadeur vénitien à qui nous devons ces 
détails, qui ne sont pas relatés ailleurs, ajoute : 

« Le messager a rapporté qu'au reçu de cette réponse et 
de cet avis, le duc resta tout sens dessus dessous et ne pro- 
féra aucune parole. Ira-t-il ou n'ira-t-il pas? Sa décision sur 
ce point reste en suspens. Mais quelle que soit la résolution 
qu'il lui plaise de prendre, la reine a pris des précautions 
telles que, s'il y va, il ne pourrait, quand même il le vou- 
drait, rien faire de nuisible. 

« Le duc d'Épernon, général de Tinfanterie française, 
envoyé par la reine en Guienne, était d'avis de répandre 
dans des endroits bien choisis un bon nombre de troupes, 
avec lesquelles on pourrait tenir en bride les résolutions de 
cette assemblée. Le duc du Maine s'y opposa, en montrant 
qu'une pareille mesure ne ferait qu'éveiller les soupçons et 
empirer les choses, et cet avis prévalut. A cet égard, tcfus 
les princes se montrent d'une seule pièce : ils parlent fort 

1. Ambass. vénit., i5 juin 1611. 

2. Mercure françois, t. II, p. yS. 



l'assemblée de saumur. 279 

gaillardement à la reine en l'engageant à tenir bon et à 
n'accorder rien de plus à ceux de la religion. Le nonce 
l'encourage par ses représentations, et l'ambassadeur d'Es- 
pagne répète l'offre déjà faite de mettre en branle, s'il en est 
besoin, toutes les forces et la puissance de son roi. M. de 
Vitry affirme dans ses dépêches du 4 qu'il a constaté chez 
le roi d'Angleterre la résolution de les contenir dans de 
justes limites, de telle sorte que la reine, engaillardie de 
tous les côtés, se trouve très réconfortée et que ceux de la 
religion se montrent depuis quelques jours beaucoup plus 
humbles. Aussi chacun se promet-il une bonne issue de 
cette affaire, qui est considérée comme le plus périlleux 
écueil de la présente minorité *. » 

Le gouvernement de la régente était trop circonspect 
pour aborder de front l'écueil qu'il redoutait : il essaya de le 
tourner. Opposer à l'influence menaçante de Sully l'autorité 
d'un coreligionnaire considérable non moins par sa situa- 
tion de prince indépendant que par son crédit à la cour, et 
par ce moyen diviser l'assemblée, tel fut le but des ministres 
de Marie de Médicis. Le duc de Bouillon, sur le point de 
partir à la fin du mois d'août pour sa principauté de Sedan, 
avait reçu la visite de Matteo Botti et lui avait donné l'as- 
surance qu'on n'entreprendrait dans cette assemblée aucune 
nouveauté fâcheuse : « Vous pouvez vous tenir l'esprit en 
repos, lui avait-il dit; car dans les assemblées particulières 
on n'entend parler de rien. » En effet, l'agitation n'était pas 
très vive dans ces assemblées préparatoires, mais elle tendait 
à s'accroître en raison des intrigues des partisans d'un 
retour aux affaires du duc de Sully. Bien que les faveurs 
signalées de la reine pour le duc de Bouillon l'eussent rendu 
quelque peu suspect aux huguenots ", il était cependant 
capable de tenir Sully en échec sur le terrain politique. Son 
voyage à Sedan n'était qu'une feinte habile pour se faire 

1. Ambass. vénit., 17 mai 161 1. 

2. Scip. Ammirato, 2Ô avril i6ii. 



28o LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

rappeler; la régente n'y manqua point. Le duc revint à la 
cour au milieu du mois de mai; il en repartit le 15 pour se 
rendre à Saumur, « sous une si bonne impression et avec 
une telle satisfliction de la reine, dit l'ambassadeur vénitien, 
qu'il a promiis de faire de grandes choses et de se déclarer 
contre quiconque tenterait à l'assemblée quelque nou- 
veauté. Le duc de Sully, mû plus par esprit d'émulation à 
l'égard de Bouillon que par toute autre considération, a pris 
la résolution d'aller à l'assemblée, et la guerre née entre 
eux produira un excellent effet, en tenant Bouillon d'autant 
plus ferme dans ses résolutions. On a quelque idée de revoir 
les comptes de l'administration de Sully, ce qui serait lui 
rogner les ongles de telle sorte qu'en aucun temps il ne 
pourrait plus jamais nuire *. » 

L'envoi du duc de Bouillon à Saumur pouvait, plus que 
la divulgation d'intentions malveillantes à l'égard de Sully, 
servir les intérêts du gouvernement. Peut-être n'était-il pas 
prudent de mettre à une trop rude épreuve le loyalisme 
de l'ex-surintendant. Son ressentiment pouvait l'entraîner à 
céder aux suggestions des ambitieux et des fanatiques de son 
parti et à confondre ses intérêts personnels avec la cause de 
la religion réform.ée. Jusqu'à quel point le grand ministre de 
Henri IV sut-il résister à cette tentation et s'abstenir de 
rechercher dans les clameurs et les revendications d'une 
assemblée poUtico-religieuse non seulement une protection 
contre des menaces plus feintes que réelles, mais encore 
une force d'opposition capable de le ramener à la direction 
des affaires? c'est là qu'est, à vrai dire, l'intérêt principal de 
l'assemblée de Saumur. Sur ce point les dépêches diploma- 
tiques nous donnent des renseignements plus circonstan- 
ciés, plus vivants, plus impartiaux que les pièces officielles 
et les Mémoires du temps ". 

1. Ambass. vénit., i"' juin iGii. Cf. Matteo Botti, 21 juin 161 1. 
D'EsTRÉES, Mémoires. 

2. Voir surtout pour cette assemblée le Mercure français^ recueil 



l'assemblée de saumur. 281 

Les assemblées provinciales, en délibérant sur le choix de 
leurs députés à l'assemblée générale, avaient rédigé des 
cahiers de réclamations pour la satisfaction desquelles la 
présence des grands personnages du parti protestant, tels 
que Sully, Bouillon, Lesdiguières, invités par leurs coreli- 
gionnaires à se rendre à Saumur, à côté et pour ainsi dire 
au-dessus des délégations régulières, semblait être un gage 
des plus sérieux. On s'était largement donné carrière dans 
la voie des exigences. Les Réformés ne demandaient pas 
seulement la prorogation de l'édit de 98, l'augmentation du 
nombre de leurs places de sûreté et du chiffre des subven- 
tions qui leur avaient été accordées pour les frais de leur 
culte; ils voulaient une participation encore plus large aux 
fonctions publiques et émettaient la prétention de disposer 
des charges et offices qui se trouvaient pour le moment en 
la possession des Réformés, dans la crainte qu'après leur 
mort on ne les transférât à des catholiques. « C'eût été là, 
fait justement observer l'ambassadeur vénitien, partager 
avec le roi l'empire et la majesté \ » 

Les préoccupations des églises protestantes n'étaient pas 
sans quelque rapport avec la situation qui avait été faite à 
Sully par la privation d'une partie de ses charges et leur 
répartition entre des personnages catholiques. Il était cer- 
tain que c'était sur ce point que porteraient les efforts de 
leur agitation. 

En attendant l'arrivée des deux conseillers d'État que la 
cour envoya comme commissaires du gouvernement, 
M. de Boissise, catholique, et M. de BuUion, protestant, 

ofticiel, qui ne donne que des documents choisis et atténués, t. II, 
p. 73 et suiv.; les Mémoires de Rohan, gendre de Sully, dignes de con- 
tiance quoique naturellement favorables à l'ancien surintendant; les 
Mémoires de Richelieu, entachés de partialité contre Sully et de pas- 
sion contre le parti protestant; Levassor {Histoire de Louis XIII), 
écrivain anticatholique, mais bien informé, t. I, p. 73 ; et une étude 
spéciale sur la question dans Anquez, Histoire des assemblées politi- 
ques des Réformés de France^ p, 227 et suiv. 
I. Ambass. vénit., i^' juin 1611 . 



282 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

rassemblée s'ouvrit le 27 mai et constitua son bureau. 
L'antagonisme déclaré de Sully et du duc de Bouillon, qui 
se manifesta de prime abord par des querelles de préséance 
et dont on eut de la peine à faire cesser les éclats, non sans 
laisser leurs esprits fortement aigris, rendait impossible le 
choix de l'un ou de l'autre pour la présidence de l'assem- 
blée. Le duc de Rohan, pour servir de couverture à son 
beau-père, se mit sur les rangs; mais il fut écarté. 
L'assemblée tint à prouver qu'elle ne voulait, en commen- 
çant, prendre parti ni pour ni contre la cour, « en déférant 
à une grande majorité la présidence à Du Plessis-Mornay, 
gouverneur de la place de Saumur, avec des démonstra- 
tions manifestes d'une confiance médiocre à l'égard de 
Sully et d'une défiance marquée contre Bouillon, comme 
étant trop disposé à donner satisfaction à la reine, et gagné 
par elle * ». 

Dévoué corps et âme à son parti, irréductible et intransi- 
geant sur les questions de doctrine, mais étranger aux pas- 
sions de la cour loin de laquelle il vivait, et serviteur désin- 
téressé de la couronne, l'ancien ministre et compagnon 
d'armes de Henri IV pendant les années mauvaises, était 
vraiment digne d'exercer les fonctions de modérateur qui lui 
furent confiées. 

Dans la première séance, les soixante-seize députés prê- 
tèrent solennellement le triple serment d'union, de discré- 
tion et d'inébranlable constance à poursuivre la confirma- 
tion de leurs droits. On y parla avec une grande véhémence 
contre les moyens de corruption que l'on savait avoir été 
préparés et mis dans la main d'un personnage qui montrait 
faire plus de cas de son intérêt que de la religion. Le duc 
de Bouillon laissa glisser prudemment ces paroles proférées 
pour le piquer au vif. Elles enflammèrent cependant les 
esprits et donnèrent occasion à Sully de faire une longue 

I. Ambass. vénit., 14 juin 161 1. Il résume le premier rapport 
envoyé par Boissise et Bullion. 



l'assemblée de SAUMUR. 283 

doléance à propos de la récompense qui avait été réservée à 
ses services passés; il ajouta que son exemple devait servir 
de miroir à tous les autres; car il n'avait pas été déposé de 
ses charges pour d'autres raisons que sa religion et la 
méchanceté de ses ennemis dont il attendait un traitement 
pire encore, si on ne lui donnait protection. L'assemblée 
s'émut à ces paroles et affirma sa volonté de ne point 
l'abandonner '. 

Bien différent est le ton de Sully dans l'équivoque et pré- 
cautionneuse harangue que donna au public le Mercure fran- 
çois. Là, en effet, c'est à l'instigation des députés lui deman- 
dant d'insister pour avoir la récompense de ses charges 
plutôt en sûreté et honneur qu'en profit et utilité, et déclarant 
l'intérêt du sieur duc de Sully conjoint avec celui des 
égHses, que l'ancien surintendant prend la parole pour 
s'excuser, demander conseil, s'interroger sur le point de 
savoir si à son intérêt particulier est bien réellement joint 
celui du public, disculper la reine et enfin terminer par 
ces paroles : « Je proteste ici devant Dieu et cette assemblée 
que je suis tout résolu, s'il est trouvé bon et jugez utile au 
public, de ne faire jamais instance aucune de mon rétablis- 
sement, ni de ma récompense, pourvu que je sois assuré 
d'être laissé en repos et que l'on ne m'empêchera en la 
libre et entière fonction et exercice des charges qui sont 
restées à mon fils et à moi, ni privé des gratifications que 
j'ai obtenues de mes rois par leurs libéraUtés et par mes 
services ». 

On sent dans ce discours l'arrangement après coup, les 
atténuations qui, dans une publication presque officielle, 
parue plusieurs mois après l'assemblée, furent apportées au 
langage réel de Sully, probablement d'un commun accord 
avec lui, lorsqu'il eut pris le parti de se tenir tranquille. 
« J'ai vu couchée 4)ar écrit, dit l'ambassadeur vénitien, la 

I. Ambass. vénit., 14 juin. Il dit, en donnant ces détails, analyser 
le second rapport de Boissise et Bullion. Cf. Matteo Botti, 21 juin 161 1. 



284 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

substance de sa démonstration et la réponse qui lui a été 
faite par l'assemblée : la première séditieuse et imprudente, 
l'autre très modérée et de nature à lui enlever l'espérance 
qu'il avait peut-être de se faire remettre en place par l'auto- 
rité de ladite assemblée '. » C'est exactement l'inverse de la 
manière dont les faits sont présentés dans le Mercure françois^ 
qui met les intentions violentes dans les actes de l'assemblée 
et les paroles modérées dans la bouche de Sully, tandis que, 
en réalité, ce fut Sully qui s'emporta et l'assemblée qui se 
conduisit prudemment ". 

Les commissaires du gouvernement, introduits dans 
l'assemblée le 6 juin, assurèrent les députés de la bienveil- 
lance de la reine, dont elle avait déjà donné des preuves 
nombreuses à l'égard des Réformés; et ils engagèrent 
l'assemblée à procéder dans le plus bref délai à l'élection 
des délégués chargés de porter à la reine leurs requêtes, et 
à se dissoudre ensuite. Les membres de l'Assemblée répon- 
dirent en rendant, pour sa bienveillance, de très humbles 
grâces à Sa Majesté, vis-à-vis de laquelle ainsi que du roi 
ils seraient toujours très dévoués et très fidèles. Ils ajou- 
tèrent qu'ils feraient en sorte de lui complaire en se sépa- 
rant le plus tôt possible; mais les affaires étaient impor- 
tantes et ne pouvaient s'expédier avec la rapidité qu'ils 
souhaitaient eux-mêmes. Ils allaient se consulter pour la 
nomination de leurs députés et feraient tout ce qu'ils pour- 
raient pour lui donner satisfaction en toutes choses ^ 

Cette réponse dilatoire fut tout ce que purent obtenir les 
conseillers d'État Boissise et BuUion, revenus à la charge 
pour obtenir la dissolution de l'assemblée dans les séances 
des 17 et 18 juin. Les députés continuaient imperturbable- 

1. Ambass. vénit., ii juillet 1611. 

2. « Le lundi 20 (juin), on m'a donné la proposition faite par le 
duc de Sully à l'assemblée de Saumur. Rien de si vain ni de si mal 
pour un homme d'esprit et d'Estat comme il est. » L'Estoile, t. XI^ 
p. 124. 

3. Ambass. vénit., 11 juin 1611. 



lVssemblée de saumur. 285 

ment l'élaboration de leur cahier général et décidèrent le 
23 juin que ce document serait porté à Paris par une 
délégation spéciale. Les commissaires du gouvernement, 
qui en avaient reçu copie, s'empressèrent de devancer les 
envoyés de l'assemblée pour rendre compte verbalement 
de leur mission. 

Ils exposèrent à la reine qu'ils avaient trouvé des dis- 
cordes et des dissensions chez les chefs, et chez les autres 
un grand désir de paix et de repos. Ils chargèrent grave- 
ment le duc de Sully qui, par ses harangues et ses démons- 
trations séditieuses, avait fait son possible pour soulever les 
esprits et montré la pire volonté (che con renghe et uffttii 
seditiosi hahhia procurato di concitare et mostrato pessima 
volunta) *. 

Ils ne se louèrent naturellement point de Rohan, mais 
vantèrent hautement la prudence de Bouillon et sa fidéUté à 
l'égard de la reine. Ils ajoutèrent que dans les environs 
de Saumur s'était fait un rassemblement assez considérable 
de gens de la religion et de la suite des membres de 
.l'assemblée, comme pour épauler ces derniers et garantir leur 
sécurité; mais que, depuis la fin des délibérations, ils allaient 
se séparant, en même temps que diminuait le nombre des 
députés. La reine écouta attentivement le rapport, lut sur- 
le-champ le résumé des instances de l'Assemblée et le 
remit entre les mains de Villeroy, en lui ordonnant de se 
trouver sans perdre de temps avec les autres membres du 
conseil, afin de leur communiquer cette pièce ainsi que les 
faits exposés par Boissise et Bullion. 

Villeroy se rendit immédiatement avec Jeannin auprès 
du comte de Soissons, puis du duc de Mayenne, qui se 
trouvaient un peu indisposés. Pour le moment, la seule 
décision prise fut que la reine enverrait des courriers aux 
princes et ministres absents, et particulièrement à Condé, 

I. Ambass. vénit., i3 juillet i6:i. 



286 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

pour leur faire part des requêtes de rassemblée de Saumur 
et leur exprimer le désir, quand les affaires de leurs gou- 
vernements le permettraient, de les voir assister à la déli- 
bération relative aux réponses à faire, ce dont elle désirait 
s'acquitter le plus tôt possible. A cet effet, Villeroy adressa 
le 2 juillet des dépêches au prince de Condé, au conné- 
table, au duc de Guise, au duc dEpernon, à quelques 
autres. Le 5, le connétable fut à Paris, le duc de Nevers s'y 
rendit aussi; mais les autres se trouvaient à de trop grandes 
distances pour venir en temps opportun. Le Conseil se mit 
à l'œuvre sans plus tarder. 

La reine déclara aux ambassadeurs qu'elle était résolue 
à ne rien accorder qui pût porter préjudice à son fils, ce 
qu'elle avait laissé entendre d'assez bonne heure pour qu'on 
ne le trouvât pas étrange. « Je sais bien, disait-elle encore 
à Matteo Botti, que ces hérétiques ont de mauvaises inten- 
tions; mais ils sont hors d'état de faire le mal qu'ils vou- 
draient ; car, sans compter tous les princes, leurs voisins 
veulent la paix dans leurs propres villes *. » 

Les requêtes des huguenots se réduisaient en somme à 
réclamer l'exécution de l'édit de 98 , en vertu duquel ils 
demandaient principalement : la restitution des places qui 
leur étaient sorties des mains , leurs gouverneurs s'étant 
faits catholiques ; la liberté d'exercer toute charge et office 
dans toute l'étendue du royaume; le payement intégral de 
la somme à eux accordée par les articles secrets signés 
du feu roi, ainsi que de tout l'arriéré; la continuation des 
places qui leur avaient été assignées au delà du terme 
préfixé, qui devait échoir dans un peu plus d'une année; 
l'institution, dans les principales villes d'étude, de collèges 
pour l'éducation de leurs enfants, avec les moyens d'entre- 
tenir ces établissements. 

Disposé à céder sur des points secondaires, le gouver- 

I. Ambass. vénit., i3 juillet. — Matteo Botti. ii juillet 1611. 



l'assemblée de saumur. 287 

nement avait des objections graves à élever contre un grand 
nombre de ces demandes. La première ne pouvait causer de 
difficulté, car les places en question n'avaient pas grande 
importance ; la seconde devait être repoussée par cette con- 
sidération caractéristique, à savoir que, tous les offices étant 
vénaux en France, les réformés feraient une bourse com- 
mune et finiraient à la longue par s'emparer de toutes les 
charges; pour la troisième, on trouverait moyen de s'arran- 
ger; à la quatrième la reine pouvait faire une réponse facile 
en disant qu'elle n'avait pas le pouvoir de disposer de places 
fortes au delà du temps de sa régence; quant à la cinquième, 
on ne pouvait y faire droit que dans une mesure très restreinte, 
et seulement dans les endroits où s'exerçait la religion 
réformée *. 

Le 4 juillet, les délégués, au nombre de cinq, arrivèrent 
à Paris pour soutenir en forme les requêtes de l'assemblée. 
« C'était, dit Scip. Ammirato, une cabale mixte composée 
de ministres, de gentilshommes et de bourgeois. » Ils se 
présentèrent à la reine et lui adressèrent une harangue pleine 
de révérence ^ Voyant leur attitude soumise, et réfléchissant 
au peu de place que le personnage de Sully tenait dans les 
revendications écrites de l'assemblée de Saumur, les ennemis 
de Sully s'enhardirent, et s'indignant de ce que Boissise et 
Bullion avaient rapporté à son sujet, ne parlaient de rien 
moins que de le mettre en jugement sous l'accusation de 
lèse-majesté. « Il n'a point paru bon à la reine, dit à ce 
propos l'ambassadeur vénitien, d'entrer dans ces vues; mais, 
dans un autre temps, il pourra peut-être en coûter cher au 
duc d'avoir parlé ^. » 

Scip. Ammirato écrivait peu de temps après à son gouver- 
nement qu'il avait vu la copie d'une seconde harangue de 
M. de Sully à l'assemblée « dans laquelle, dit-il, se découvrent 

1. Ambass. vénit.. i3 juillet 1611. 

2. Scip. Ammirato, 3 juillet 161 1. 
i. Ambass. vénit., i3 juillet 1611. 



288 



LA MINORITE DE LOUIS XIII. 



sa passion et en même temps sa crainte, qui se manifeste 
de plus en plus, s'il faut croire ce que j'ai vu dans une lettre 
de quelqu'un qui se dit son serviteur à un huguenot et 
dans laquelle il est rapporté qu'il s'est retiré à la Rochelle 
avec quarante charrettes remplies des meilleurs meubles 
qu'il avait à Sully. Son fils est à Poitiers, au siège de son 
gouvernement *. » La seconde harangue de Sully, telle 
qu'elle est insérée dans le Mercure français^ paraît certes plus 
timorée que passionnée. Quant à cette retraite, qui aurait 
été presque un acte de rébellion, si le bruit qui en courut 
est une indication certaine de la tension des rapports entre 
Sully et le gouvernement, il est juste de dire que nous ne 
trouvons nulle part qu'elle ait reçu même un commence- 
ment d'exécution. 

Cependant le Conseil avait travaillé à la réponse à faire 
aux délégués et, le 24 juillet, le chancelier, les ayant réunis, 
leur déclara que S. M. la reine les maintiendrait dans 
le même état et les mêmes termes que le feu roi; qu'en 
outre, à l'effet de les gratifier , elle prorogerait pour 
cinq années encore l'occupation des places qu'ils possé- 
daient, et accroîtrait de 15000 écus (50000 francs) la 
pension destinée à leurs ministres, à la condition qu'ils fus- 
sent soumis au choix et à la nomination de Sa Majesté. Le 
chancelier n'ayant rien ajouté d'autre, un des délégués prit 
la parole pour dire que l'assemblée les avait envoyés por- 
teurs de diverses instances relatives aux intérêts publics et 
particuliers, et formulées par écrit pour être placées sous 
les yeux de la reine; en conséquence ils suppliaient qu'il 
leur fût fait réponse non pas d'une manière générale, mais 
article par article. Le chanceUer répondit que l'Assemblée 
avait été demandée et accordée uniquement pour l'élection 
des députés qui devaient résider pour leurs affaires auprès 
de Sa Majesté. L'élection faite et l'assemblée dissoute, on 



I. Scip. Ammirato, 2 août 161 1. 



l\ssemblée de saumur. 289 

ferait à ces derniers une réponse en forme et point par 
point. Toutefois, quant aux instances des particuliers, il 
n'appartenait pas à l'assemblée de les présenter. Ils n'avaient 
qu'à venir eux-mêmes les exposer à la reine et seraient 
écoutés avec bénignité. Brûlart conclut en déclarant aux 
délégués, que n'ayant rien d'autre à leur dire, pour le 
moment, il les engageait cependant à rapporter ce peu de 
paroles à l'assemblée, comme témoignage de la bonne 
volonté de Sa Majesté à leur égard. 

Les délégués durent partir, « assez mal satisfaits, dit 
l'ambassadeur vénitien, de la réponse qui leur avait été 
faite au nom de la reine, comme étant trop générale et peu 
carrée (mollo générale et poco quadrata) », — <( contents 
cependant, dit d'autre part Scipione Ammirato, au moins 
pour leur particulier; car ils ont eu de bonnes pensions * ». 
Ce dernier détail concorde fort bien avec la mauvaise 
impression qu'à leur retour à Saumur les délégués donnè- 
rent d'eux-mêmes à l'assemblée où on les reg arda comme 
suspects de trahison et d'apostasie ^, et avec la démarche 
pressante que la reine, partie pour Saint-Germain le 
26 juillet, fit faire auprès du duc de Bouillon aussitôt après 
le départ des délégués. 

Le duc était malade à Brunoy; la reine lui dépêcha 
M. de la Varenne sous prétexte de le visiter, mais avec des 
instructions secrètes et de l'argent pour le répandre parmi 
les membres de l'assemblée. Elle ordonna en même temps 
à M. de Bjuillon de se disposer à partir pour Saumur avec 
charge d'obtenir le plus tôt possible la dissolution de ces 
Etats généraux du protestantisme. 

Il y avait eu dans le Conseil des avis très divers sur la 
nature de la réponse faite aux délégués : les uns la trou- 
vaient trop sèche et offrant trop de matière aux récrimina- 
tions; d'autres, comme le connétable, s'étaient opposés 

1. Ambass. vénit., 10 août. — Scip. Ammirato, 2 août 161 1. 

2. Anquez, op. cit., p. 2 38. 

19 



LA MINORITE DE LOUIS XIII. 



290 

avec beaucoup de chaleur au changement des gouverneurs 
catholiques dans les places de sûreté. Il fallait, coûte que 
coûte, obtenir que la prolongation de rassemblée n'enve- 
nimât pas la discussion des questions pendantes. On n'igno- 
rait pas à la cour que, malgré Tattitude assez humble et 
effacée des délégués de l'assemblée, ils avaient, sous main, 
donné communication des résolutions prises à l'ambassadeur 
d'Angleterre et à celui des Etats-Généraux de Hollande, 
se plaignant particulièrement que la prorogation des places 
de sûreté pour cinq années fût trop courte; car ils l'avaient 
demandée pour dix ans, afin de ne pas être forcés d'en 
demander le renouvellement dans un temps où, à cause du 
jeune âge du roi qui serait à peine sorti de minorité, les 
controverses sur ce point présenteraient plus de danger. 
Bien que l'ambassadeur d'Angleterre assurât les ministres 
de la ferme résolution qu'avait prise le roi son maître 
de ne pas troubler la paix du royaume, on pouvait craindre 
à la cour que des complications étrangères ne vinssent 
encore s'ajouter aux préoccupations causées par la situation 
intérieure \ 

Ce n'est pas sans grande difficulté que le gouvernement 
obtint de l'assemblée qu'elle voulût bien se dissoudre. Les 
opposants demandaient que BuUion leur donnât lecture des 
réponses à leurs cahiers avant de procéder à l'élection des 
six candidats parmi lesquels la reine aurait à choisir les 
deux députés généraux qui résideraient auprès d'elle; Bul- 
lion faisait de l'élection la condition préalable de toute 
communication ultérieure. 

Les députés s'obstinant à ne pas se séparer, la reine dut 
écrire (27 août) une lettre comminatoire pour leur enjoindre 
de se conformer à ses ordres, sous peine d'être déclarés 
rebelles au roi et poursuivis comme tels. Par une autre 
lettre adressée dans toutes les provinces aux églises des 

I. Ambass. vénit., ii août i(3ii. 



l'assemblée de saumur. 291 

huguenots, elle faisait connaître ses intentions en même 
temps que son commandement, disant qu'elle voulait leur 
conserver tous leurs avantages et leur accorder même 
quelque chose en plus, mais que si l'assemblée ne se sépa- 
rait pas, elle les considérerait comme rebelles ^ Enfin, pour 
en finir avec l'opposition, la régente fit savoir qu'elle recon- 
naîtrait comme légitime l'élection qui serait faite même 
par la minorité favorable aux vues du gouvernement et 
dont les chefs étaient Bouillon et La Force, lesquels décla- 
rèrent ne vouloir pas faire autre chose que ce que Leurs 
Majestés commandaient. 

On ne saurait douter que le chef de la majorité oppo- 
sante ait été le duc de Sully. « Parmi tous les huguenots, 
écrit Scipione Ammirato, il ne doit guère y avoir que Sully 
qui ait exhorté à ne pas obéir à Leurs Majestés. » Et l'am- 
bassadeur vénitien, plus positif encore, dit de son côté : 
« Le duc de Sully, au lieu d'obéir à la dernière lettre écrite 
par la reine à ceux de l'assemblée de Saumur, lettre 
dans laquelle Sa Majesté leur commandait de se séparer 
sous peine d'être tenus pour rebelles à la couronne, 
voulait mettre la chose en délibération; mais M. de Châ- 
tillon, La Trémouille, La Noue et tous les autres, dirent 
que là où il s'agissait de leur fidélité à l'égard de Sa Ma- 
jesté, ils ne voulaient pas qu'elle fût mise en doute " ». 

En même temps que la majorité semblait abandonner 
Sully, des manifestations extérieures contribuaient encore 
à la rendre moins indocile aux ordres de la régente. Au 
reçu de la lettre adressée par la reine aux églises réformées, 
celle de Charenton, qui, représentant la communauté pari- 
sienne, jouissait d'une grande influence dans le parti, 
envoya un courrier à ses députés pour leur ordonner 
d'obéir à la reine ^. La même injonction était faite en 

1. Scip. Ammirato, 3o août 161 1. 

2. Scip. Ammirato, i3 sept. — Ambass. vénit., 21 septembre i6ii. 

3. Scip. Ammirato, 3o août 1611. 



2q2 LA MINORITÉ DE LOUIS XIl 

même temps par un des chefs les plus aui 
tants, qui s'était tenu, par politique, éloig] 
le maréchal de Lesdiguières, au nom des égl 

L'assemblée nomma donc ses six cane 
le 12 septembre, lorsqu'elle eut reçu le 
duquel de Rouvray, beau-frère de Tur 
Du Plessis, et La Milletière étaient nomr 
raux ". Mais l'agitation ne se trouva point 
Les mandataires de l'assemblée se char 
tenir en portant la controverse avec la 
des intérêts généraux dans celui des intéi 
des ambitions personnelles. On peut en ju 
de l'ambassadeur vénitien : 

(( Les députés de l'assemblée de Saun 
les instances qu'ils ont faites à la cour 
accorde tous les privilèges qu'ils prétenden 
gaillardement sur deux points en particu 
tion de Sully dans ses charges et la prom 
de la connétablie pour le duc de Bouillon 
tentative il n'y a aucun espoir de succèî 
pour tâcher d'empêcher le procès qu'on pr 
et parer de la sorte à sa ruine totale; car il 
que, si l'on poursuit l'affaire, elle tourn 
contre lui les ministres, la cour, les gens ( 
dans un autre temps, il a tous traités de 
dernière assemblée, entamés et offensés 
tion. L'autre prétention a également beau 
et parce que le duc de Bouillon est de h 
que cette charge est également ambitionn 



l'assemblée de sa u mur. 



prise en considération de ces deux demandes auprè 
reine. Or comme elles sont absolument contraires à la 
de Sa Majesté, elles lui donnent beaucoup de toi 
ainsi qu'à ces messieurs de son conseil; car ces ne 
instances font craindre que les mauvais offices di 
n'aillent prenant pied et que leur parti ne vienne 
fomenté par quelque prince mal content de ce goi 
ment et par quelque autre de la religion, et qu'avec k 
il ne sorte de là quelque nouveau trouble. Ces inqu 
ne sont pas sans fondement, puisque, après la diss 
de cette assemblée, alors que Ton croyait que tou 
prétentions seraient assoupies, on voit que les ( 
parlent plus vivement que jamais. On attend dei 
Fontainebleau le prince de Condé, de retour de son ^ 
nement de Guienne; samedi doit y arriver le duc d'É 
et M. le Grand \ » 

Cette dépêche est instructive à plus d'un titre; c 
nous montre le double jeu du duc de Bouillon qui, 
vant la politique de la cour, avait également réussi à 
au service de son ambition l'actif mécontentement d 
protestant; et elle révèle, en même temps que la pers 
des craintes ou des efforts du duc de Sully pour se i 
cher au pouvoir, le jeu des intérêts d'un certain non 
personnages qui, pour être restés à l'écart du confti 
avaient pas moins surveillé fort attentivement les 
ments, pour en tirer parti. 

Lorsque la régente adressa aux princes et aux plus 



294 L'^ MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

arrière-pensée que les tuteurs plus ou moins bien inten- 
tionnés de la couronne laissaient la régente se débrouiller 
elle-même au milieu des embarras d'une situation difficile. 
Ils évitaient ainsi de se compromettre, de s'associer aux 
fautes que Ton pourrait commettre, tout en se réservant le 
droit de les signaler et de s'en plaindre au besoin. Marie de 
Médicis, pour qui cette tactique n'était déjà plus nouvelle, 
avait fait tout son possible pour la contrecarrer. 

Dès le commencement de Tannée léii, le prince de 
Condé avait pris dans le Conseil une attitude hautaine et 
désagréable, cherchant noise à tout propos et contredisant un 
chacun. La reine, pour le tenir en respect, avait pris l'habi- 
tude de se lever de bonne heure et d'assister aux séances 
du Conseil. La mauvaise humeur de Condé redoubla ^ S'ima- 
ginant alors que la province fournirait plus ample matière à 
son besoin d'intrigues et de domination, il manifesta le 
désir de se rendre dans son gouvernement. La reine déclara 
qu'elle ne voulait point qu'il y allât. « Q.u'il y aille ou qu'il 
reste, écrit Scip. Ammirato, on croit que ce prince est plus 
capable de montrer sa mauvaise volonté que de faire aucun 
mal '. » 

Dans le même temps, le duc de Guise demandait à partir 
pour la Provence; le duc de Nevers solUcitait la permission 
d'armer ses navires et d'aller faire, on ne savait trop où, 
quelque entreprise contre les Infidèles, et il annonçait l'inten- 
tion de consacrer à cette œuvre une somme de 300 000 écus ^ ; 
le prince de Vaudemont, qui avait fait un séjour auprès de 
la régente, regagnait la cour de Lorraine; le duc de Bouillon 
demandait à se rendre à Sedan, et le duc d'Épernon à 
Angoulême. Dans l'impossibilité d'empêcher cette désertion 
générale des princes et grands seigneurs dans leurs gouver- 
nements, la régente prit le parti de l'autoriser. 

1. Scip. Ammirato, 4 février 161 1. 

2. Scip, Ammirato, 21 mars 1611. 

3. Scip. Ammirato, ibidem. 



L^SSEMBLKE DE SAUMUR. 295 

« Lundi se rendit à la cour le prince de Condé, écrit 
l'ambassadeur vénitien le 4 mai léii. Il exprima si chau- 
dement à la reine son désir de se transporter dans son 
gouvernement de Guienne, que Sa Majesté, voyant qu'Elle 
ne pouvait plus, sans le mécontenter gravement, lui refuser 
cette autorisation comme elle avait fait jusqu'à présent, la 
lui a donnée, à la condition pour lui d'être de retour au 
bout de trois mois. Le départ du prince pour cette province 
donne bien à réfléchir, d'autant plus qu'il n'y va point, 
paraît-il, complètement satisfait; mais comme la plus 
grande partie de ces peuples-là sont huguenots et qu'il se 
montre de plus en plus contraire à leur parti, il ne pourra 
pas acquérir auprès d'eux grand crédit. D'autres ne man- 
quent pas de faire, à propos des choses qui se sont fraîche- 
ment passées, quelques considérations sur le voisinage de 
ce pays et de TEspagne; mais je ne trouve pas à cela grand 
fondement. De même le duc d'Épernon a obtenu la per- 
mission d'aller à sa maison dans sa province. Guise, à cette 
heure, doit être à Marseille. Soissons ne bouge pas et croît 
chaque jour en grâce et en autorité auprès de la reine. 
Nevers est en Champagne, mais sera bientôt ici. Avant le 
départ des princes, la reine leur a fait toucher du doigt 
qu'en raison de l'accroissement des pensions elle restait 
chaque année découverte de 200 000 écus, d'où la néces- 
sité de les réduire. Celles des princes leur seront main- 
tenues : quant aux autres, elles seront réduites, les 
unes d'un quart, les autres de moins *. » Cet appel in- 
direct fait au désintéressement avait peu de chance d'être 
écouté. 

La bride lâchée à tous ces princes généralement animés 
d'intentions peu favorables pour les huguenots n'avait pas 
été sans inquiéter les députés réunis à Saumur et sans con- 
tribuer à rendre leurs déUbérations moins calmes. On ne 

I. Ambass. vénit , 14 mai. — Cf. Scip. Ammirato, 3o avril 161 1. 



296 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

savait pas trop à quoi s'en tenir sur les intentions du prince 
de Condé. La cour pouvait se demander s'il ne lui prendrait 
pas fantaisie de se rapprocher des huguenots pour jouer le 
rôle des anciens Condés, mais c'est une illusion qu'on n'eut 
guère du côté des réformés. Au commencement de son 
voyage vers le Midi, le prince manifesta l'intention d'entrer 
dans Saint-Jean-d'Angély, occupé par les huguenots, sous 
le prétexte d'exhumer le cadavre de son père demeuré là 
au sépulcre depuis sa mort en 1588. A cette nouvelle, 
l'assemblée expédia immédiatement le gouverneur de la 
ville, qui était au nombre de ses membres, afin qu'il fût 
présent pour veiller à la sûreté de la place \ Condé ne par- 
donna pas aux huguenots ce manque de confiance; mais il 
n'avait pas lieu d'être beaucoup plus satisfait de la cour à 
cet égard, si l'on en juge par le second incident qui se pro- 
duisit sur son passage. Le duc d'Épernon avait invité le 
prince , qui traversait son gouvernement , à passer par 
Angoulême. Condé accepta, et le duc se mit en devoir de 
réunir un grand nombre de cavaUers pour aller à sa ren- 
contre, mais dans l'intervalle M. le Prince apprit que d'Éper- 
non avait été envoyé en Angoumois pour le mieux surveiller 
et qu'il ne servait à autre chose qu'à lui faire la garde 
{che non serviva ad altro che afargli la guardia); alors, quand 
il fut près d'Angoulême, il se fit excuser auprès du duc 
d'Epernon de ne point passer par là et prit plus au large le 
chemin de Bordeaux ^ En route il faillit périr après s'être 
baigné tout en sueur dans une rivière. Il avait déjà, pendant 
cette marche accidentée, tâché de se remettre bien en cour, 
en écrivant à la reine des lettres remplies de témoignages 
de dévouement et de soumission^ lui rendant compte du 
progrès de son voyage et se déclarant prêt à revenir au pre- 
mier signe d'elle. La reine se montra tellement satisfaite de 
ces démonstrations que, voulant couper court au bruit que 

1. Ambass. vénit., ii juin 1611. 

2. Scip. Ammirato, i5 juillet 1611. 



l'assemblée de saumur. 297 

le prince n'était pas très bien disposé à son égard, elle 
montra ces lettres à plusieurs personnes pour que le contenu 
en fût divulgué '. 

Averti sans doute de la bonne impression produite par 
sa correspondance ", Condé pensa pouvoir se venger agréa- 
blement du duc d'Épernon. Le 2 juillet il écrivit de nouveau 
à la reine pour lui annoncer son arrivée à Bordeaux où il 
avait été reçu avec beaucoup d'honneur, et, après avoir 
encore enchéri sur ses précédentes protestations, il dénonça 
le gouverneur de TAngoumois comme faisant sous de mau- 
vais prétextes une réunion de noblesse et de gentilshommes 
plus nombreuse que ne le comportait le service de Sa Majesté. 
Ces insinuations firent quelque impression sur l'esprit tou- 
jours soupçonneux de la reine, et elle eut un instant la pensée 
de rappeler d'Épernon. Mais promptement rassurée sur ses 
intentions et informée du mécontentement de Condé à son 
égard, elle se contenta d'envoyer de nouveaux ordres aux 
gouverneurs des places de la province pour augmenter 
leurs garnisons et redoubler de vigilance ^ 

Condé eut bientôt l'occasion de prouver qu'il était aussi 
peu tenace dans ses inimitiés que médiocrement attaché à 
ses résolutions. Le duc d'Epernon ayant à se rendre dans 
une de ses maisons situées au delà de Bordeaux, voulut 
passer par cette ville. Condé lui envoya dire qu'il ferait 
fermer les portes devant lui ; d'Épernon répondit avec beau- 
coup de flegme « qu'à des serviteurs du roi comme lui on 
ne fermait pas les portes, et que, au surplus, c'était avec sa 
maison seulement qu'il voulait passer par Bordeaux ». Il ne 
fallait que savoir tenir tête au prince pour le faire plier. Un 
ami commun s'entremit et non seulement d'Épernon passa 
par Bordeaux, mais, sous le prétexte d'une partie de chasse, 
Condé s'arrangea de manière à revenir par la route que 

1. Ambass. vénit., 29 juin 161 1. 

2. Matteo Botti au grand-duc, 11 juillet iGii. 

3. Ambass. vénit., i3 juillet 1611. 



298 I''^ MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

devait suivre le duc. Ils se virent et dînèrent même 
ensemble *. 

Ce rapprochement et cette réconciliation de personnages 
qu'elle avait voulu tenir désunis ne furent sans doute pas du 
goût de la reine. D'ailleurs le prince de Condé ne se fit 
pas faute de laisser entendre au gouvernement qu'il fallait 
toujours compter avec lui. Peu de temps après son arrivée 
à Bordeaux, il voulut visiter le Château-Trompette et y entra 
avec un grand nombre des siens, puis il donna l'ordre au 
lieutenant royal de faire sortir la garnison. Cet officier n'osa 
pas désobéir au gouverneur de la province, premier prince 
du sang; et, l'ordre ayant été exécuté, le prince se tourna 
vers ceux qui l'accompagnaient et leur dit : « Vous voyez 
que je suis le maître de la place. Mais Dieu me garde de la 
tenir contre le vouloir de la reine. Ce que j'en ai fait, c'est 
pour confondre mes ennemis et donner à Sa Majesté la 
preuve de ma fidélité ^ » Alors il fit rentrer la garnison et 
sortit incontinent. La régente s'efforça d'étouffer le scandale 
de cette insolente bravade, et le prince ne s'en vanta pas 
non plus dans les nouvelles lettres qu'il écrivit à la cour au 
sujet de la consultation que Marie de Médicis avait demandée 
pour la réponse à faire aux huguenots de Saumur. 

Condé leur en voulait sans doute beaucoup de l'affaire de 
Saint- Jean-d'Angély; car, à leur égard, il se montra sans 
aucun ménagement. Ne pouvant ou ne voulant pas revenir 
à Paris, il répondit à la communication qui lui fut faite des 
requêtes de l'Assemblée par une lettre adressée à M. de 
Beaumont et qui contenait son vote, à savoir, qu'il ne fallait 
accorder aux huguenots rien de plus que ce qu'ils avaient 
du temps du roi Henri IV. Le commentaire dont il accom- 
pagnait son dire était encore plus significatif. Au rapport du 
nonce, à qui M. de Beaumont fit part de la lettre, le prince 
avait écrit que « si les huguenots voulaient tenter quoi que 

1. Scip. Ammirato, 2 août 161 1. 

2. Ambass. vénit., 27 juillet iGii. 



l'assemblée de saumur. 299 

ce fût contre Sa Majesté, il serait le premier à leur mettre 
le couteau à la gorge » ; l'ambassadeur vénitien confirme 
cette information, en ajoutant que la menace concernait 
aussi « tout autre qui voudrait troubler le présent repos * ». 

Pouvait-on se fier à ces démonstrations plus bruyantes 
que sincères? Il est permis d'en douter lorsqu'on voit le 
prince de Condé faire naître à Bordeaux même une agita- 
tion au moins inutile en se portant candidat au titre de 
maire. Il avait pour concurrent dans cette brigue assez 
excentrique M. de Roquelaure ^, maréchal de France. La 
reine réussit à faire élire M. Barrault, qui avait été ambassa- 
deur en Espagne, connaissait le pays, et ne pouvait porter 
aucun ombrage au gouvernement ^ Quant au prince de 
Condé, il se rendit jusqu'à l'extrémité même de sa pro- 
vince, à Rayonne ^ C'est là que les princesses, sa mère et 
sa femme, le quittèrent pour se rendre à Cadillac où, avant 
de retourner vers le Nord, elles furent festoyées par le duc 
d'Épernon % remis décidément dans les meilleurs termes 
avec toute la maison de Condé. 

Pendant que le prince continuait encore à se faire attendre, 
sa femme arriva à Paris le 30 aoùt^ au moment où des 
discussions d'intérêts de famille survenues entre son père 
le connétable et le duc de Guise et auxquelles se trouvèrent 

1. Mons. Nun:{io mi ha detto che Condé ha mandata qui il suo voto 
per 7ne:j^o di Mous, di Beaumont, che è, che non si concéda alli iigo- 
notti cosa nessuna di piii di quel che havevano a tempo del Re 
Avrigo IV. Et sua Signoria lUustrissima mi dice che ha visto la 
lettera che Condé scrive a Beaumont, dove è che egli sara il primo 
quando gli ugonotti vorranno far nulla contra S. M. che mettera 
loro il cottello alla gola. (Scip. Ammirato, i3 juillet 1611.) Poi 
scrisse qui (Condé) al Sig^ Beumont lettere piene di devotione et osse- 
quio verso la Regina, et simili alValtre, nelle quali sen^a parola di 
tal fatto si esibisce il primo à moversi contra ugonotti^ et ogn' altro 
che volesse turbare la quiète présente. (Ambass. vénit., 27 juillet 1611.) 

2. Voir sur ce personnage Tallemant des Réaux, Historiettes, t. I, 

3. Ambass. vénit., lo août. — Scip. Ammirato, 16 août iGio. 

4. Scip. Ammirato, 16 août 1611. 

5. Malherbe à Peiresc, 14 août 161 1, p. 249. 

6. Scip. Ammirato, 3o août 161 1. 



300 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

mêlés des princes de la maison de Bourbon, jetaient de nou- 
veau la perturbation au milieu de la cour et mettaient Marie 
de Médicis dans le cas de se demander s'il ne valait pas 
encore mieux tenir les grands éloignés d'elle que de les rap- 
peler ou de les retenir à ses côtés. 

Le connétable de Montmorency était, on s'en souvient, 
accouru, ainsi que le duc de Xevers, au premier appel de 
la reine quand le Conseil avait dû s'occuper de la réponse à 
faire à l'assemblée de Saumur. Le duc de Guise revint aussi 
de Provence à la fin de juillet; mais c'était moins pour 
assister la régente que pour lui chercher une querelle assez 
motivée d'ailleurs. Le duc de Guise avait, depuis quelque 
temps déjà, obtenu de la reine, en faveur de son frère le 
chevalier, des lettres pour le grand maître de Malte, à l'effet 
de réservera ce jeune homme le premier des priorats vacants 
dans le royaume. L'ordre de Malte était une admirable 
école pour les jeunes gens de la haute noblesse qui vou- 
laient devenir les chefs de la marine française. Presque aus- 
sitôt après le départ du duc pour Marseille, le connétable 
sollicita de la reine des lettres de même teneur pour son 
petit-fils, fils du comte d'Auvergne. La reine, au commen- 
cement, s'excusa, en disant qu'elle s'était déjà occupée pour 
le même objet du frère du duc de Guise et aussi du cheva- 
lier de Vendôme, frère du roi, en faveur desquels elle avait 
écrit. Le connétable ayant insisté, la reine donna Tordre 
d'écrire aussi, pour lui être agréable, mais en forme telle 
qu'il ne fût point porté préjudice à ses dem.andes anté- 
rieures. Le secrétaire qui fut chargé de porter ce message 
prit en outre avec lui des lettres et recommandations par- 
ticulières du connétable, tout ce qui, en somme, pouvait 
servir la cause de ce dernier, aux dépens de celle des autres 
intéressés. Le duc de Guise n'était pas sans quelque soupçon 
de l'aventure, et il interrogea le courrier à son passage. 
Celui-ci nia complètement son fait. Mais le gouverneur avait 
donné l'ordre de surveiller son embarquement, et fit visiter 



l'assemblée de saumur. 3oi 

ses bagages, sous prétexte de contrebande. On saisit ses 
lettres. Le messager étant venu se plaindre, le duc, en sa 
présence, jeta au feu celles du connétable. Quant à celles 
qui étaient signées de la reine, le duc étant le jour suivant 
monté en poste, les porta lui-même à Sa Majesté vis-à-vis 
de laquelle, en entrant, il se plaignit vivement que la grâce 
faite à lui d'abord eût été révoquée en vue de complaire à 
d'autres. La reine ayant dit qu'elle n'avait donné aucun ordre 
à son préjudice, le duc lui présenta ses propres lettres, et, 
comme il s'excusa humblement de les avoir interceptées, 
Marie parut se tenir pour satisfaite. 

Le jour suivant. Guise retourna auprès de la reine et, la 
trouvant en conférence avec le comte de Soissons et le 
chancelier, sans qu'il eût été, comme d'habitude, convoqué 
par elle, il se monta la tête à la pensée qu'il était sans doute 
question de ce qui s'était passé, et se mit, parlant à d'au- 
tres seigneurs qui étaient dans la même chambre, à se 
plaindre en termes très vifs que la reine, dans ses affaires 
à lui, prît conseil de ses propres ennemis. Marie s'aperce- 
vant de la colère de Guise, congédia le comte et le chan- 
celier et appela le duc auprès d'elle, et, sur un ton tout dif- 
férent de celui qu'elle avait pris le jour d'avant, elle lui 
manifesta un très vif ressentiment pour avoir, en osant 
retenir ses lettres, montré si peu de respect pour elle. Le 
duc s'exprima toujours en termes remplis d'humilité à 
l'égard de la reine, mais avec des paroles fort vives et 
pleines de feu contre le comte de Soissons aux insinuations 
duquel il fallait, disait-il, attribuer cette indignation de la 
reine dont l'esprit était fort calme avant d'avoir parlé avec 
lui; et il ajouta que, lorsqu'il s'agissait des affaires du comte 
de Soissons, il se récusait toujours, ne voulant pas s'y 
ingérer, et qu'ainsi le comte devait-il faire de son côté, sinon 
qu'il en arriverait malheur. 

Le comte de Soissons, averti de ces propos, envoya 
immédiatement mettre au service du connétable, qui se 



3o2 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

trouvait à Chantilly, toute sa puissance et celle de ses amis 
contre le duc de Guise. Mais le vieil et prudent duc de 
Mayenne, redoutant les désordres qui pouvaient naître 
d'une rupture entre sa maison et celle du connétable, 
prit aussitôt l'affaire en main, apaisa le connétable et 
obtint du duc son neveu qu'il allât en personne le trouver. 
L'entrevue se passa à Chantill}^, et les différends s'accom- 
modèrent, à la satisfaction des deux parties '. 

u Les querelles entre la maison de Bourbon et la maison 
de Lorraine, dit l'ambassadeur vénitien, vont, on le voit 
malheureusement, pullulant de jour en jour et, bien que 
les villes et les Parlements soient fermement attachés à la 
conservation de la paix, si on ne parvient pas à trouver 
quelque moyen de les apaiser, elles pourront causer de 
sérieux embarras, parce que, au plus petit mot, au moindre 
soupçon, on fait de part et d'autre des rassemblements, 
des escortes, ce qui sert d'aliment aux humeurs mauvaises 
et peut donner occasion de pire encore. J'ai eu l'occasion 
de voir le duc de Guise, qui parle très haut, et aussi le duc 
du Maine, qui, bien que plus modéré, n'a pu me dissi- 
muler qu'il craignait que, si la reine prend confiance dans 
le conseil de certaines personnes, les choses ne puissent 
certainement pas durer dans le même état de tranquiUité ". » 

L'un et l'autre des prétendants à la commanderie avaient 
dû s'effacer devant la candidature du jeune chevalier de 
Vendôme que la reine avait, dès le mois de juin ^, résolu 
d'éloigner de la cour, sous le prétexte de l'envoyer à Malte 
gagner son grade supérieur dans Tordre. La tendre affec- 
tion du jeune roi pour son frère bâtard offusquait la reine, 
et comme sa politique maternelle, égoïste et imprudente, 
s'appliquait à écarter de son fils toutes les influences capa- 
bles d'agir sur lui en dehors de sa propre direction, le 

1. Ambass. vénit., 24. — Scip, Ammirato, 3o août 1611. 

2. Ambass. vénit., ibidem. 

3. Ambass. venir., 29 juin 1611. 



L'ASSEMBLÉE DE SAUMUR. 3o3 

départ de Vendôme fut décidé, dans le temps même où, 
cédant à des considérations analogues, Marie de Médicis 
enlevait au roi son premier précepteur, M. des Yvetaux, 
que le roi aimait, pour mettre à sa place M. Le Fèvre '. 
Le départ du chevalier fut un peu retardé ■; mais Taîné des 
Vendôme ayant fait du tapage dans Paris et, pour une 
cause futile, provoqué en duel AL de Montbazon, la 
régente, après avoir renouvelé les édits de Henri IV contre 
les combats singuliers ^ saisit l'occasion qui s'offrait de se 
débarrasser momentanément d'un aussi turbulent person- 
nage, pressa le départ du chevalier pour Malte et engagea 
son frère à l'accompagner. Le roi pleura abondamment 
quand le jeune Alexandre prit congé de lui à Saint-Germain. 
Il l'aimait de toutes ses entrailles {svisceramenté) *. 

Les incidents récents qui avaient failli mettre aux prises 
les Bourbons et les Guises et que le prochain retour du 
premier prince du sang pouvait aggraver rendaient la reine 
désireuse d'en finir avec la fâcheuse affaire qu'elle avait sur 
les bras depuis près de six mois : celle des réclamations de 
l'assemblée de Saumur auxquelles s'étaient si âprement 
attachés les députés triennaux. 

Du Plessis-Mornay n'avait pas attendu la dissolution de 
l'assemblée qu'il avait présidée avec sagesse au point de 
vue poHtique pour montrer qu'en ce qui concernait la doc- 
trine et les fondements mêmes du protestantisme, il n'enten- 
dait pas renoncer à une attitude énergiquement militante. 

« Du Plessis-Mornay, celui qui est président dans l'As- 
semblée, écrit Scipione Ammirato le 2 août 161 1, vient 

1. Fu dimesso improvisamente il S. d'Ifito (Des Yvetaux) dal carico 
di precettore del Re per ombra presa di lui in tvateria di religione, 
et dato al signor di Fevro (Le Fcvre), gra)i litterato et bonissimo cat- 
tolico,et al Re che Vamava se fatto creder altro. (Ambass. vénit., 27 
juillet 1611.) — Cf. L'EsToiLE, t. XI, p. i33; Héroard, t. II, p. 71. 

2. Scip. Ammirato, 2 août 161 1. 

3. Ambass. vénit., i3 juillet. — Maiteo Botti, 20 juillet 1611. 

4. Scip. Ammirato, 16 août 161 1. 



304 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

encore de publier un grand livre in-folio qui est intitulé 
le Mystère de V iniquité; ce livre ne contient pas autre chose 
que les méfaits et les paroles mauvaises, que l'on a pu ras- 
sembler dans des auteurs dignes de foi ou apocryphes, de 
tous les souverains pontifes jusqu'à Alexandre VI; et en 
démontrant leur accumulation, on en tire cette conséquence 
que les papes sont l'Antéchrist, livre scélérat et pernicieux 
au dernier degré par le temps qui court. On ne le vend pas 
pubHquement; mais, de toute manière, en peut avoir qui 
veut. Et ainsi, dans ce pays, non seulement il y a la liberté 
de la conscience, mais encore celle de la langue et de la 
plume *. » 

Au regard de notre époque, il serait sans doute excessif 
de prendre au pied de la lettre cette dernière réflexion, 
bien qu'au même moment, le livre d'un protestant, nommé 
Turquet, intitulé De la monarchie aristo-démocratique et 
dirigé contre le gouvernement des reines et surtout des 
étrangers, saisi, confisqué et étroitement défendu, con- 
tinuât néanmoins à se vendre sans valoir à son auteur 
d'autre désagrément qu'un court séjour à la Bastille, bientôt 
suivi du pardon de la reine ". L'étonnement de notre diplo- 
mate ne montre-t-il pas combien, même alors, la France 
était en avance dans les voies de la liberté? 

La reine avait bien obtenu du Parlement la suppression du 
livre de Du Plessis-Mornay; mais sur ces entrefaites la popu- 
lace de Rome insulta la maison du cardinal de Joyeuse parti 
pour l'Italie dès le mois de février, assez mécontent du gou- 
vernement qui promettait au fils du comte de Soissons la 
main de son héritière Mlle de Montpensier^; pour manifester 
son mécontentement à la cour de Rome le Parlem.ent leva 
son arrêt, et le Mystère d'iniquité se propagea rapidement. 



1. Scip. Ammirato, 2 août 161 1. 

2. Mercure françois^ t. II, p. 87. — Richelieu, Mémoires, p. 41. — 
L'EsToiLE, t. XI, p. 126, i3i, i33. — Malherbe à Peiresc, t. III, p. 232. 

3. Scip. Ammirato, 17 janvier, i5, 19 février 161 1. 



l'assemblée de saumur. 3o5 

Pour prévenir tout redoublement d'agitation de la part 
des huguenots, la régente et son Conseil prirent la résolu- 
tion de fiiire connaître ofticiellement la réponse du gou- 
vernement aux demandes des huguenots. Marie de Médicis 
fit venir les députés et leur déclara qu'elle conserverait les 
réformés dans le même état que du temps du feu roi et 
que aux quatre-vingt mille écus alloués pour le maintien 
de leurs églises et l'entretien de leurs ministres, elle en 
ajoutait quinze mille autres. Puis elle les congédia, laissant 
ainsi tomber les autres demandes. Aussitôt après on expédia 
MM. de Vie, Caumartin et Boissise dans les provinces, le 
premier en Poitou, l'autre en Languedoc et le troisième en 
Guienne, pour publier la déclaration de la reine touchant 
le maintien des huguenots dans tous leurs privilèges; ces 
commissaires avaient en outre mission d'envoyer d'autres 
personnes dans tous les endroits où il serait nécessaire de 
faire cette publication. 

Les députés, qui s'étaient leurrés de l'espoir de recevoir 
satisfaction sur un grand nombre de points et qui parais- 
sent avoir été également déçus quant au chapitre des avan- 
tages personnels, ne cachèrent point leur mécontentement, 
et déclarèrent qu'ils rapporteraient la réponse à messieurs 
de l'assemblée, non plus réunis dans un lieu déterminé, 
mais à chacun dans sa province. « Et ainsi, dit l'ambassa- 
deur vénitien, on espère que sera terminée cette affaire *. » 

Les garanties apportées officiellement jusqu'au fond des 
provinces à la masse du parti qui n'avait pas, à vrai dire, 
d'autre souci que de jouir en paix des précieuses conquêtes 
de l'année 1598, ne laissaient plus évidemment aucun pré- 
texte à la continuation du mouvement. La reine devait 
avoir désormais facilement raison des hommes politiques, 
seuls intéressés à entretenir le mécontentement. 

Le maréchal de Lesdiguières était en route pour venir à 

I. Ambass. vcnit., 20 novembre iGii. 

20 



3oÔ LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

la cour, où, depuis la fin du mois d'août, son gendre, le 
duc de Créquy, faisait préparer ses logements ' ; il comptait 
se poser en médiateur et en défenseur de la cause de Sully, 
lorsque la reine fit connaître sa réponse aux huguenots. 
Lesdiguières suspendit immédiatement son voyage. Mais la 
régente, pour étouffer cette opposition nouvelle, envoya 
immédiatement dire au maréchal qu'il pouvait venir allè- 
grement et lui fit savoir que, ra3'ant toujours connu comme 
un fidèle et bon serviteur de la couronne, elle voulait 
reconnaître ses services en l'honorant du titre de duc et 
pair de France. Ainsi le gouvernement réussissait fort habi- 
lement à isoler Sully. 

Ce n'étaient pas seulement les chefs qui l'abandonnaient. 
S'étant retiré à Chàtellerault, il voulut y fortifier son hôtel 
pour s'y trouver plus en sûreté; mais les bourgeois l'en 
empêchèrent en lui signifiant très librement qu'il eût à se 
désister d'entreprendre une semblable fortification, parce 
qu'ils ne voulaient pas donner leur consentement à une 
entreprise qui pouvait causer du mécontentement et du 
préjudice à leur roi. Sull}- prit alors la résolution d'aller à 
la Rochelle, et, pour se faire bien venir, avant d'entrer dans 
la place, il prêta 600000 écus à la commune. Si ces faits 
que rapporte l'anibassadeur vénitien sont entièrement vrais, 
on se persuadera aisément avec lui que « Sully pouvait 
reconnaître combien peu de place il tenait dans les préoc- 
cupations et l'estime de ceux mêmes de sa religion ». 

Un fait certain, c'est que tout le bruit fait autour de lui 
s'apaisa comme par enchantement, non seulement du côté 
des huguenots, mais aussi du côté de la cour, et on ne s'ex- 
pliquerait guère que la régente ait désarmé vis-à-vis de 
celui qui l'avait tenue presque sous la menace d'un soulè- 
vement des protestants, si l'on ne savait ce gouvernement 
très opposé aux mesures de rigueur et si l'on n'admettait 

I. Scip. Ammirato, 3i août 161 1. 



l'assemblée de saumur. 3 07 

en outre une raison fort plausible donnée par Tambassadeur 
vénitien : 

« Les affaires de Sully, dit-il, restant dans le plus grand 
péril, à cause de la ruine qui est suspendue sur sa tcte, sa 
préoccupation principale est d'y remédier dans la mesure 
du possible. C'est pourquoi il en est venu à la résolution 
de se recommander à la protection du prince de Condé, du 
duc de Guise et du marquis d'Ancre, à tous lesquels il a fait 
présent d'une bonne somme d'argent à cet effet ^ » 

Le rôle politique de Sully était désormais bien fini. Le 
côté patriotique et libéral de son opposition disparaît trop 
devant le souci de ses affaires personnelles. Il ne sut évi- 
demment pas supporter la disgrâce avec la hauteur d'âme 
qui, en face même de maîtres ingrats, sied aux grands ser- 
viteurs de la chose publique. 

Ainsi, on n'en vint aux extrémités ni de l'un ni l'autre 
côté : après cinq mois de délibérations, d'allées et de venues 
entre Saumur et Paris, on commença à se faire, du côté des 
protestants, à l'idée de l'alliance espagnole ; on s'y contenta 
aussi d'une retraite entourée sinon d'honneurs, au moins 
de sécurité pour le duc de Sully, tandis que la régente, les 
délégués triennaux une fois nommés, s'engageait à faire 
de l'édit de Nantes formellement maintenu, une applica- 
tion plutôt extensive que restrictive. Toute cette affaire 
avait été conduite par des mains évidemment habiles. 

Ce n'étaient toutefois pas celles du favori, qui, plus 
impudent écumeur de mer qu'habile pilote , recueillait 
sur les flots agités les épaves à sa convenance. D'autres 
soucis que la politique générale préoccupaient son esprit. 
Sa correspondance, généralement banale et futile, nous le 
montre comme l'homme de confiance de la reine dans les 
petites affaires. C'est lui qui est auprès du grand-duc de 
Toscane ou du secrétaire d'État Belisario Vinta l'intermé- 

I. Ambass. vénit., 2 novembre i6ir. 



3o8 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

diaire des petites recommandations que la reine ne se 
charge pas elle-même d'introduire en faveur de ses pro- 
tégés italiens *; c'est encore lui qui, dans un post-scriptum 
autographe (car il écrivait peu par lui-même) du 6 juillet, 
remercie le gouvernement grand-ducal qui venait de faire 
fondre la statue équestre de Henri IV destinée à figurer sur 
le Pont-Neuf, et qui, au nom de Marie de Médicis, prescrit 
d'embarquer l'œuvre de maître Jean Bologne sur un des 
bateaux de Dieppe ou de Cannes qui se rendront à Livourne ^ 
Ce rôle familier du marquis d'Ancre ne l'empêchait pas 
de consolider du mieux qu'il pouvait son établissement en 
Picardie. Après la mort de M. de Trigny, gouverneur 
d'Amiens, les habitants de la ville envoyèrent une dépu- 
tation à la reine pour la prier instamment de faire démolir 
la citadelle et de rétablir les choses en Tétat d'autrefois, 
offrant une grosse somme d'argent comme don et une garde 
bourgeoise suffisante pour garantir la sécurité et la tranquil- 
lité de la ville. A ces bourgeois qui s'étaient jadis laissé sur- 
prendre par l'Espagnol et qui depuis ont toujours consi- 
déré d'un fort mauvais œil une citadelle plutôt dirigée 
contre la ville que contre l'ennemi du dehors, la reine 
répondit que, durant la minorité de son fils, elle ne se 
croyait pas en droit d'innover à cet égard, et que ce serait 
au roi, quand il serait devenu majeur, de leur donner cette 
satisfaction; et elle confia, comme on le sait, le gouverne- 
ment d'Amiens au marquis d'Ancre ^ Le comte de Saint- 
Paul, qui exerçait le gouvernement de la province au nom 
de son neveu mineur, le duc de Longueville, déclara qu'il 
y avait là une atteinte à la situation et aux droits de son 
pupille, et, soutenu d'ailleurs par l'opinion publique mécon- 

1. Voir, à l'Appendice, lettres de la reine mère en date des 4, 3o août, 
18, 22 novembre ibio; 27 janvier, i3, 28 février; 7, 14, 21, 23 mars; 14, 
24 avril, 21, 23 mai; 18, 3o août; i3 septembre; 8, 21, 22 octobre; 
6, 22 novembre; 3o décembre 161 1. 

2. Concini, 4 juillet 1611. 

3. Ambass. vénit., 29 juin 1611. 



L'ASSEMBLÉE DE SAUMUR. SOQ 

tente de voir confier une place aussi importante, Tune des 
clefs de la France, à un étranger sans aucune expérience de 
la guerre, gagna le lieutenant et plusieurs autres, s'intro- 
duisit dans la place et manifesta l'intention de s'opposer 
par la force à l'entrée du marquis d'Ancre. La reine voulut 
être obéie, mais sans que son autorité courût aucun risque. 
Elle dépêcha successivement au comte de Saint-Paul le con- 
seiller d'État Caumartin et M. de Montigny pour lui faire 
entendre raison. 

Pendant ce temps, le marquis d'Ancre, qui venait d'acheter 
le bailliage d'Amiens, prêtait serment devant le parlement 
de Paris comme titulaire de cette juridiction secondaire ' ; 
il traitait avec le commandant et la garnison de la citadelle 
d'Amiens, et gagnait les autres gouverneurs des places fortes 
de la province. Le comte de Saint-Paul se décida alors à 
venir en personne exposer ses prétentions à la régente. Le 
marquis d'Ancre se porta à cheval à sa rencontre; au bout 
de deux jours les deux rivaux étaient devenus les meilleurs 
amis du monde. On avait promis au comte de Saint-Paul 
de lui donner le premier gouvernement vacant, et il est 
permis de croire que les libéralités de la régente et le ver- 
sement enfin accompli de la fameuse créance Corsini, dont 
le marquis d'Ancre remercie avec effusion le grand-duc, 
facilitèrent la terminaison amiable de ce conflit \ Pen- 
dant que la. marquise allait prendre les eaux de Forges en 
Normandie, « ce qui, sans doute, écrit Scipione, lui ser- 
vira de médicaments et la remettra d'avoir été si longtemps 
renfermée ^ », Concini partait pour Amiens avec une suite 
de plus de cent chevaux et y était reçu avec de grands hon- 
neurs. Sa femme revint au commencement du mois d'août, 
se portant à merveille ''\ 

1. Ambass. vénit., i3 juillet. — Scip. Ammirato, i5 juillet 1611. 

2. Ambass. vénit., 27 juillet. — Scip. Ammirato, 2 juillet iGio, 3o avril, 
19 juillet, 2 août 1611. 

3. Scip. Ammirato, 18 juillet 1611. 

4. Scip. Ammirato, 16, 18 août 1611. 



3lO LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

Lui-même rentra à Paris le 31 du même mois \ lorsque, 
Tapaisement commençant à se faire du côté des protestants, 
et le gouvernement ayant pris des résolutions fermes , il 
devenait encore plus aisé pour le marquis d'Ancre de tirer 
non sans profit son épingle du jeu. On apprenait, avec 
étonnement, au milieu de septembre, que l'affaire de Bourg 
en Bresse par laquelle avaient débuté les grosses difficultés 
avec les protestants, et qu'on avait depuis laissée dormir, 
recevait une solution imprévue, quoique très conforme aux 
habitudes et aux tendances de la régente. M. de la Varenne 
avait acheté, sans regarder au prix, le gouvernement de 
Bourg, à M. de Boisse ". « On dit, écrit l'ambassadeur 
vénitien, que l'achat a été fait sous main par le marquis 
d'Ancre en faveur duquel sera faite une renonciation du 
possesseur; car, dans la bonne fortune qu'il éprouve main- 
tenant, il ne pense à autre chose qu'à s'établir et à s'affermir 
bien le pied en France ^. « 

Le scandale eût été cependant trop violent; la reine en 
redouta les suites et manifesta l'intention de donner à l'acqui- 
sition de La Varenne une autre destination qui pût paraître 
une générosité mieux placée. « L'achat du gouvernement de 
Bourg en Bresse fait par M. de la Varenne au sieur de Boisse, 
que l'on croyait conclu à l'instance du marquis d'Ancre, écrit 
l'ambassadeur vénitien quelques semaines après la dépêche 
précédente, se trouve avoir été passé au compte de la reine, 
laquelle a pris la résolution de faire démolir la forteresse, et 
de ce qu'on pourra tirer des démolitions, à savoir environ 
trente mille écus, elle en a fait présent au président Jeannin \ » 

De toutes façons, la place échappait aux protestants. Ne 
fallait-il pas maintenant pouvoir se retourner du côté des 
ultra-cathoUques avec des gages dans les mains ? 

1. Scip. Ammirato. 3i août 1611. 

2. Scip. Ammirato, i3 septembre. — Matteo Botii au grand-duc^ 
15 septembre 1611. 

3. Ambass. vénit., 21 septembre 1611. 

4. Ambass. vér.it., 2 novembre i6n. 



X 



LES ENTREPRISES MATRIMONIALES ET LES DEUILS 
DE LA FIN DE i6i i 



Entrevue du prince de Condé et du comte de Soissons. — Leur rap- 
prochement. — La régente voudrait faire approuver en bloc sa 
politique au prince. — Entreprises matrimoniales. — La reine veut 
marier le fils du connétable Henri de Montmorency, avec une 
princesse de Mantoue, puis avec une princesse de Toscane. — Pour- 
parlers engagés avec l'Angleterre pour faire épouser au prince de 
Galles une seconde fille de Marie de Médicis. — Le duc de Savoie 
recherche pour son fils la main de la princesse d'Angleterre. — 
Marie de Médicis voudrait le marier avec une de ses cousines de 
Toscane. — Opposition violente de la cour de Madrid au mariage 
accordé entre le duc de Nemours et une princesse de Savoie. — Les 
négociations pour les mariages espagnols continuent quoique avec 
lenteur. — Marie de Médicis a le loisir de s'abandonner à ses goûts 
artistiques. — Arrivée des viattoni de Montelupo. — Projet d'édifi- 
cation du palais du Luxembourg. — Catastrophes de la fin de l'année 
1611. — Mort de la duchesse de Mantoue, du duc de Mayenne, de la 
reine d'Espagne, du duc d'Orléans. — La régente relancée à Fon- 
tainebleau par Matteo Botti, qui veut la remarier avec le roi d'Es- 
pagne. — Voyage de la duchesse de Lorraine en France. — Rapides 
progrès dans les négociations pour les mariages espagnols. — La 
cour d'Angleterre ayant demandé la main de l'infante pour le prince 
de Galles, le gouvernement de Philippe III répond qu'elle est pro- 
mise au roi de France. — Jacques I^r manifeste son mécontente- 
ment à l'ambassadeur et à la cour de France. — Entrevue de Suze 
entre le duc de Savoie et le maréchal de Lesdiguières. — Désespoir 
de Charles-Emmanuel. — Rébellion de M. de Vatan. — Réunion des 
princes et des grands officiers de la couronne à la cour pour les 
derniers jours de 1611. 

Les précautions que Marie de Médicis crut devoir prendre 
pour ménager les susceptibilités du prince de Condé au 



3l2 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

moment de son retour ne laissent guère de doute sur l'inquié- 
tude que causaient à la reine les hardiesses d'une politique 
personnelle- qui n'avait pas eu la sanction du premier prince 
du sang, bien que celui-ci eût hautement déclaré qu'il vou- 
lait être entièrement à la reine. Marie envova au-devant de 
lui le comte de Soissons jusqu'à une maison de campagne 
de M. de Beaumont, située à dix lieues de Fontainebleau, 
avec l'ordre de rendre compte au prince de beaucoup 
de choses qui s'étaient passées pendant son absence. Il 
devait surtout l'informer que le grand-duc de Toscane 
avait mis en avant un projet de mariage entre les couronnes 
de France et d'Espagne et qu'à ce sujet il y avait eu force 
allées et venues de courriers, que des deux parts on rencon- 
trait des dispositions extrêmement favorables, et que, selon 
toute apparence, cette grande affaire serait menée à bonne 
fin K 

Comment le comte de Soissons s'acquitta-t-il de sa mis- 
sion? Que se passa-t-il dans l'entrevue entre les princes du 
sang? Il y a lieu de croire que la confiance de la reine fut 
complètement trompée , malgré la présence du marquis 
d'Ancre qui avait, au dire de Richelieu, « persuadé à la 
reine qu'il prendrait bien garde qu'il ne se passât rien entre 
ces princes au préjudice de son autorité ». Il réussit d'étrange 
façon; car les deux princes entrèrent en une si étroite union 
« qu'ils se promirent réciproquement de ne recevoir aucun 
contentement de la cour Fun sans Tautre , et que, si l'un 
d'eux était forcé par quelque mauvais événement à s'en 
retirer, l'autre en partirait en même temps, et n'y retour- 
neraient qu'ensemble " ». Les deux princes, malheureu- 
sement pour le gouvernement de la reine, devaient se 
garder inviolablement la foi jurée. 

La cause ou plutôt le prétexte de cette association évi- 
demment dirigée contre la politique de la régente, c'étaient 

1. Matteo Botti, 25 octobre 1611. 

2. Richelieu, Mémoires, p. 44, 45. 



LES ENTREPRISES MATRIMONIALES ET LES DEUILS. 3l3 

précisément ces choses qui s'étaient passées pendant l'absence 
du prince et pour lesquelles Marie de Médicis essayait, mais 
vainement, d'obtenir son assentiment en bloc. Ce n'était 
pas seulement vis-à-vis de l'Espagne, mais d'autres États 
encore qu'en mère ambitieuse et en marieuse politique 
acharnée, la régente s'était lancée dans des négociations 
aventureuses que devaient forcément désapprouver les per- 
sonnages en dehors desquels on les avait engagées. 

Marie de Médicis était particulièrement férue de l'idée 
d'établir avantageusement le fils du connétable de Montmo- 
rency , Henri, celui dont Richelieu devait un jour faire 
tomber la tête à l'hôtel de ville de Toulouse. C'était alors 
un jeune homme de seize ans, d'une belle prestance et 
d'une vive inteUigence. Il avait le titre de gouverneur de 
Languedoc et l'expectative de celui d'amiral. Henri IV avait 
voulu lui faire épouser une fille de Gabrielle; puis on Favait 
marié pour la forme à une demoiselle de Scépeaux, mariage 
qui fut plus tard déclaré nul. RempHe aussi de bonnes inten- 
tions à l'égard de ce jeune homme, et désireuse de pourvoir 
à l'établissement des filles de sa propre maison, la reine 
avait, dès la fin de 1610, jeté les yeux sur la troisième sœur 
du grand-duc de Toscane, Cosnie II; elle voulait la faire 
venir à sa cour, l'adopter et la marier au fils du connétable. 
Ce fut pendant quelque temps une véritable obsession; 
et Marie recommandait de tenir au moins en espérance 
le connétable dans le cas où la cour grand-ducale ne serait 
pas bien disposée en faveur de ce mariage. Ce projet fut 
abandonné*; la reine ne tarda pas à se tourner d'un autre 
cote. 

Sa famille était nombreuse. Vincent P"" de Gonzague, duc 
de Mantoue, avait épousé, en secondes noces, sa sœur 
Éléonor de Médicis; de ce mariage étaient nées deux filles, 
dont la première avait épousé le duc de Bar, veuf de Cathe- 

I. Matteo Botti, 6, 10, i3 octobre. — Andréa Cioli, 8 novembre iGio. 



3 14 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

rine, sœur de Henri IV, qui était devenu depuis duc de 
Lorraine sous le nom de Henri IL Marie de Médicis voulut 
donner la seconde des princesses de ALintoue au jeune 
Montmorency. Mais le nonce fit observer, au nom de la 
cour ducale, que le duc de Mantoue hésitait à approuver 
ce mariage, parce que, dans le cas où le fils du connétable 
viendrait à mourir , sa veuve marcherait non seulement 
derrière les princesses du sang, mais encore derrière toutes 
les autres'. Les choses traînant encore en longueur, et le con- 
nétable s'impatientant, se désolant même de ne pouvoir obte- 
nir pour son fils la princesse de Mantoue -, la reine demanda 
à son autre nièce, la duchesse de Lorraine, de venir faire 
un séjour à la cour de France, espérant qu'elle pourrait 
contribuer efficacement à la conclusion de cette union, et, 
en attendant, pour amadouer la cour de Mantoue, on donna 
au cardinal de Gonzague, frère du duc, la comprotection 
de France à Rome avec une pension de 15 000 écus, dont 
on lui servit le premier quartier ^. 

Des pourparlers d'une nature beaucoup plus grave étaient 
entamés à la même époque en vue de contre-balancer, par 
une alliance diamétralement opposée, les inconvénients de 
l'union avec l'Espagne. Marie de Médicis songeait à donner 
sa seconde fille Christine au prince de Galles, fils aîné de 
Jacques I". Cette idée semble lui avoir été inspirée par le 
désir de s'opposer à une revanche que le duc de Savoie 
cherchait à prendre vis-à-vis d'elle. La régente parla en 
effet avec indignation au marquis Botti de la découverte 
qu'elle avait faite, qu'un ambassadeur de Savoie avait pro- 
posé au roi d'Angleterre de prendre une fille de Savoie pour 
le prince de Galles et de donner une de ses filles pour le 
prince de Savoie. Ces ouvertures faites par le comte de 
Ruffia trouvèrent chez le roi d'Angleterre les plus fâcheuses 

1. Scip. Ammirato, 25 mai lôii. 

2. Scip. Ammirato, 3i août 1611. 

3. Ambass. vénit., 1^' juin, 27 juillet 1611. 



LES ENTREPRISES MATRIMONIALES ET LES DEUILS. 3 I 5 

dispositions. Marie de Médicis en profita pour entamer 
immédiatement avec le malheureux duc de Savoie, déjà si 
maltraité par elle, une nouvelle lutte à Teffet de lui barrer 
le chemin. La passion qu'elle y mit provenait non seule- 
ment de ce qu'elle recherchait le prince de Galles pour une 
de ses filles, mais aussi de ce qu'elle destinait in petto au 
fils du duc de Savoie une de ses nombreuses cousines, sœur 
du grand-duc Cosme II, celle-là même peut-être à laquelle 
Marie de Médicis avait songé pour Henri de Montmo- 
rency \ 

Les premiers échanges de vues qui eurent lieu à propos de 
cette union matrimoniale de la France avec la couronne 
d'Angleterre prouvèrent que la cour de Londres n'était pas 
éloignée de se prêter à ce dessein; mais elle le trouvait en 
somme peu compatible avec les projets de mariages espa- 
o;nols dont le secret commençait à s'ébruiter. Botti suo:oréra 
un expédient très commode en apparence. Puisqu'il y avait 
en France, disait-il à l'ambassadeur d'Angleterre, deux prin- 
cesses à marier, les deux puissances ne pouvaient-elles pas 
s'arranger, l'Angleterre en prenant l'aînée pour le prince 
de Galles, qui était plus âgé, et l'Espagne en jetant son 
dévolu sur la cadette? et l'ambassadeur, avec une réserve 
toute diplomatique, avait répondu que ce serait là un bon 



arrangement 



Le roi d'Angleterre était plus pressé de marier sa fille 
que son fils. Les prétendants ne manquaient point. La main 
de la princesse Elisabeth Stuart était demandée à la fois par 
le comte Maurice de Nassau, par le comte palatin Frédéric 
et par le prince de Savoie. Des trois candidats celui qui 
paraissait avoir le plus de chances était le second, prince 
encore tout jeune, qui avait pour tuteurs le duc de Deux- 
Ponts, le prince d'Anhalt, le comte Maurice et le comte 

1. Les sœurs du grand-duc de Toscane s'appelaient Leonora, Cathe- 
rine, Claudia, Magdalena. 

2. Mi disse il medesimo ambasciator liaver risposto che qiiesio saria 
buon temperamento, (Ambass. vénit., i3 juillet lôii.) 



3l6 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

Jean de Nassau. Celui qui en avait le moins était le Savoyard, 
dont on disait avec raison qu'il recherchait deux femmes à 
fois : une Française et une Anglaise *. 

Qjuelque minces que fussent les chances de cette ambition 
matrimoniale, le duc de Savoie se montra fort scandalisé 
des propositions qui lui furent faites pour marier son fils 
avec une Médicis, d'autant plus que cette union, qu'il con- 
sidérait comme au-dessous de lui, bien que Henri IV ne 
l'eût point dédaignée, lui enlevait ses dernières espérances 
d'une alliance avec la France '. 

En effet, M. Jacob, l'ambassadeur de Savoie, ayant été 
trouver Villeroy après la dissolution de l'assemblée de 
Saumur, pour lui déclarer que le moment était venu d'ar- 
river à une conclusion pour l'exécution de la parole donnée 
par la reine à son maître, puisque Fobstacle derrière lequel 
s'était retranchée Sa Majesté pour ne pas terminer l'affaire 
était levé, Villeroy s'efforça de persuader Jacob de la bonne 
volonté de la reine à faire plaisir au duc, mais en ajoutant 
qu'il n'était pas conforme à l'intérêt et désirable pour le 
repos du royaume que le mariage avec le duc de Savoie fût 
entièrement terminé pendant la minorité du roi. Jacob ayant 
insisté sur la parole donnée par le feu roi et ne pouvant tirer 
autre chose de Villeroy que des généralités fort éloignées 
des termes précis de ses représentations, envoya à Turin 
son secrétaire pour informer le duc de la situation et 
demanda son rappel ^ 

L'ambitieux Charles-Emmanuel se trouvait à ce moment 
dans une situation des plus humiHantes. Évincé par la 
France, il voyait la cour d'Espagne contrecarrer même le 
projet de mariage avec une princesse de Toscane, qu'il ne 
regardait que comme un pis aller. Mais le gouvernement 
de Philippe III ne s'en tenait pas là : il faisait en même 

1. Matteo Botti, 12, i3 août 1611. 

2. Matteo Botti, 12, i3 septembre 1611. 

3. Ambass. vénit., 3 octobre 1611. Ap. B. T.., De dissolutio)W..., p. 40. 



LES ENTREPRISES MATRIMONIALES ET LES DEUILS. 3lJ 

temps opposition à un mariage déjà presque conclu entre 
Henri de Nemours, ce chef d'une branche cadette de la 
maison de Savoie établie en France, et Catherine, fille 
du duc Charles-Emmanuel. Ainsi de quelque côté qu'il 
voulût placer ses enfants, le duc de Savoie trouvait porte 
close. 

Philippe III notifia son opposition formelle au mariage 
du duc de Nemours, par une lettre adressée à son ministre 
auprès de Charles-Emmanuel. Le ministre, en la commen- 
tant, représenta au duc de Savoie que le roi son maître était 
grandement mécontent qu'il prétendît marier une de ses 
filles à Nemours, qui n'était pas prince libre, mais son sujet 
et celui de la France, et cela au grand déplaisir du souverain 
pontife, des princes voisins, et même des sujets du duc, et 
que Sa Majesté voulait, en conséquence, que Son Altesse 
mît de côté ce projet, et envoyât sa fille en Espagne où le 
roi la marierait comme il convenait. Le duc répondit que 
la chose était déjà tellement avancée qu'il ne pouvait recu- 
ler; qu'il enverrait le comte de la Motte en Espagne exposer 
au roi ses raisons, persuadé qu'après s'en être pénétré il se 
tiendrait pour satisfait et donnerait son approbation à cette 
alUance. Quant à la satisfaction du pape, il n'en pouvait 
douter, puisque, à la première requête, Sa Sainteté avait 
accordé les dispenses nécessaires. En ce qui était des ducs 
de Modène et de Mantoue, ses voisins, il savait que ce 
mariage était à leur goût. Quant au reste, il n'en avait cure 
et encore qu'il n'eût pas à tenir compte de ses sujets, il 
avait cependant constaté chez eux un grand contentement 
et des manifestations de réjouissance. Nemours n'était sans 
doute pas un prince indépendant, mais il était son parent 
et appartenait à la même maison que lui-même. Que si 
Sa Majesté voulait lui faire l'honneur en même temps que 
le bien de marier une de ses filles, il était prêt à envoyer 
en Espagne ce qui lui restait . Le ministre d'Espagne 
répondit que la princesse que voulait son maître était celle-là 



3l8 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

même que le duc avait le dessein de marier à Nemours et 
qu'il eut en conséquence à l'envoyer sans faute. 

Cette impérieuse communication fut immédiatement 
portée à la connaissance du duc de Nemours, qui entra 
dans une furieuse colère. L'un de ses gentilshommes, 
nommé M. de la Grange, courut à la maison du résident 
espagnol, et entrant brusquement, lui dit avoir appris qu'il 
se permettait de mal parler de son maître le duc de Nemours 
et qu'il eût à bien prendre garde à ses paroles, s'il ne vou- 
lait pas recevoir des coups de pistolet, et il sortit. 

Le résident jeta les hauts cris, clamant que la foi publique 
avait été violée. A tout ce bruit s'émurent le nonce, l'am- 
bassadeur de Venise et le secrétaire de France pour faire 
donner une satisfaction à l'Espagnol; et ils avaient déjà 
décidé que La Grange irait apporter des excuses. Mais le 
représentant de Philippe III fit savoir que pour lui il n'avait 
aucun besoin de réparation; mais qu'il était nécessaire d'en 
donner une au roi et à son Conseil, qu'il avait déjà informés 
du fait. 

Le duc de Savoie, trouvant fort mauvais le procédé de 
La Grange, voulait le jeter au fond d'un cachot. Mais le 
secrétaire de France, en ayant été informé, courut immé- 
diatement faire opposition à cette mesure, disant que le 
coupable était un gentilhomme français, et que c'était au 
roi de France et non à Son Atesse de le châtier, qu'il fallait 
par conséquent le renvoyer en France. Le duc voulait néan- 
moins le punir, disant que sans doute il était Français, mais 
que le méfait avait été commis chez lui et qu'il lui appar- 
tenait d'en faire justice. Le ministre français mit fin à l'inci- 
dent en déclarant que si on mettait La Grange au fond 
d'une tour, il entendait partager sa captivité. 

Le fils de Jacob fut envoyé à la cour de France pour 
rendre compte à la régente de ces événements et savoir si 
elle entendait qu'il fût donné suite, malgré l'opposition de 
l'Espagne, au mariage de Nemours. Au fond, le cabinet de 



LES ENTREPRISES MATRIMONIALES ET LES DEUILS. SlQ 

Turin eût été enchanté de provoquer sur cette question un 
désaccord entre la cour de Paris et celle de Madrid. La 
reine aurait bien voulu rester neutre; mais pressée par le 
gouvernement de Philippe III de joindre sa défense à celle 
de l'Espagne, elle écrivit au duc de Nemours pour l'engager 
à se désister de ses prétentions et fit subir à Lyon un court 
emprisonnement au sieur de la Grange '. 

Cest qu'en somme elle songeait avant tout à son objectif 
principal qui était en Espagne, et en vue duquel n'avaient 
cessé d'être entretenues officieusement et en dehors de l'am- 
bassadeur de France en Espagne, M. de Vaucelas, parent de 
Sully, de patientes négociations. Botti avait été charge par la 
reine d'écrire au duc de Lerme pour lui donner l'assurance 
que l'affaire serait conclue aussitôt après la fin de l'assemblée 
des huguenots, et le mettre au courant de quelqu'une des 
belles réponses du roi lorsque, en présence de l'ambassadeur, 
la reine faisait à ce dernier la grâce de plaisanter avec son fils 
en matière de mariage et de femmes ■. La correspondance 
des Florentins au sujet de ces mariages est loin de rester 
inactive ^ L'ambassadeur d'Espagne se plaignait cependant 
de voir les choses traîner en langueur \ C'était bien à 
dessein. 

Le souci de ces grandes affaires laissées en suspens 
n'empêchait pas Marie de Médicis de poursuivre la satisfac- 
tion de son goût très vif pour les bâtisses, les objets d'art, 
les instruments de science. Au milieu du mois d'août, Botti 
veut lui faire une surprise : il a reçu de Florence le dessin 
des carreaux de fliïence de Montelupo qu'on destine à la 
reine de France ^ et en même temps un télescope ou, pour 

1. Matteo Botti, 24 octobre. — Scip. Aininirato, 23, 26 octobre lôii. 
— B. Z., De dissolutione..., appendice, p. 92. 

2. Matteo Botti, 14, i3 juillet 1611. 

3. Matteo Botti, i'" septembre, 28 septembre (i"" dép.). — Scip. Am- 
mirato, 22, 26 septembre, 11 octobre 1611. 

4. Matteo Botti, 4 août 1611. 

5. Matteo Botti, 12 janvier 1611. 



320 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

parler le langage du temps, une grande lunette à la Galilée '. 
Il se rend au Louvre au moment où Marie de Médicis 
venait de rentrer de promenade. Pendant qu'elle est encore 
dans ses appartements privés, le marquis Botti place sur la 
table du grand cabinet les deux objets. L'évêque Bonsi, qui, 
deux mois plus tard, allait être promu cardinal et recevoir du 
roi la barrette rouge dans la chapelle de Fontainebleau -, 
était présent. La reine entre, accompagnée de la marquise 
de Guerche ville et, regardant du côté de la table, s'écrie 
en parlant à Botti : « Q.uelles sont ces belles choses ? 
Vous avez toujours quelque plaisir à me faire! » Le mar- 
quis lui montre le dessin du carrelage; elle fait asseoir tout 
le monde et se répand en extase et en admiration au point 
qu'elle n'aurait pu, au dire de Botti, qui invoque d'ailleurs 
sur ce point le témoignage de Bonsi, montrer plus de joie 
si les carreaux eux-mêmes étaient arrivés et s'ils avaient été 
tout de diamants, de rubis et d'émeraudes. Marie de Médicis 
alors ne tarit plus sur ses projets; il lui faut de ces car- 
reaux non pas pour deux chambres seulement, mais pour 
un beaucoup plus grand nombre; elle veut acheter une 
maison à Zamet, faire bâtir, et il lui faudra non seulement 
de ces carreaux artistiques, mais d'autres plus communs, 
pour parer des salles et chambres ordinaires. Puis Sa Majesté 
se lève, prend la grande lunette, se dirige vers la fenêtre et 
met un genou en terre pour mieux voir la lune; elle trouve 
l'instrument excellent, bien meilleur que celui qu'on lui 
avait précédemment envoyé. La reine se redresse et se met 
à se promener dans son cabinet jusqu'à l'arrivée du roi et 
d'une foule de seigneurs ^. 

Elle n'a désormais plus de repos que ces fameux carreaux 
de briques ne soient arrivés; elle en parle tous les jours à 



1. On lui en avait déjà envoyé un Tannée précédente. Voir Andréa 
Gioli, l'j septembre lOio. 

2. Scip. Amniirato, 20 octobre 1611. 

3. Matteo Botti, 18 août i6ir. 



LES ENTREPRISES MATRIMONIALES ET LES DEUILS. 32 i 

Botti et à d'autres, s'informant en même temps de ce que 
devient la statue équestre de Henri IV, qu'elle faisait fondre 
à Florence et que le marquis d'Ancre avait déjà réclamée 
en son nom par une lettre du 4 juillet 161 1 \ Quant aux 
briques, Botti répond qu'elles ont été embarquées il y a déjà 
quelque temps, qu'elles sont en route et ne tarderont sans 
doute pas à arriver; mais le cheval {il cavallo) ne pourra 
partir de Florence que s'il survient une grosse pluie pour 
grossir l'Arno ". 

Enfin la reine va être satisfaite en partie. Le bateau qui 
porte les carreaux est arrivé par Rouen à Paris vers le 
10 septembre. Botti fait immédiatement dresser chez lui 
avec ces carreaux un carré de huit brasses qu'il donne 
l'ordre de transporter le lendemain dans le grand cabinet 
de la régente. 

Marie se montra aussi joyeuse et charmée que « s'il lui 
était arrivé la flotte des Indes et la caravane d'Egypte ». 
Elle ne voulut pas qu'on enlevât le cadre avant que tous les 
seigneurs de la cour l'eussent admiré; elle envoya dire à 
la reine Marguerite et au comte de Soissons de venir le 
matin suivant voir une si belle chose et faisait elle-même 
aux arrivants les honneurs de ce remarquable morceau; 
dans son enthousiasme, elle en vint à dire que des oiseaux 
en incrustation de marbre, qui servaient à la décoration du 
parquet de la pièce où elle se trouvait, n'étaient pas aussi 
beaux. Elle chargea l'ambassadeur de remercier chaude- 
ment le grand-duc et renouvela l'expression de son désir 
d'en avoir encore pour six ou douze chambres ^ 

Marie de Médicis pensait, en obtenant de l'assemblée 
de Saumur sa séparation, avoir assuré pour longtemps la 
paix du royaume, et déjà accompli de grandes actions \ 



1. Voir l'Appendice, p. SyS. 

2. Matteo Botti, i" septembre ibir, 

3. Matteo Botti, i5 scpte:iibre 1611. 

4. S. M., a quel c'ie io sento, si inghilfera a murare assai lungamente 

21 



32 2 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

L'idée de bâtir lui vient naturellement. Son choix se fixe 
décidément sur le terrain de l'hôtel du Luxembourg; elle 
veut V élever un palais, soit pour ses fils cadets, soit pour 
elle-même après sa régence. L'endroit est en très bon air; 
il y a de vastes terrains, on pourra très commodément y 
bâtir et faire des jardins. C'est à une reproduction du palais 
Pitti de Florence qu'elle songe, elle veut en faire venir un 
modèle et demande à l'ambassadeur s'il court le risque 
d'être abîmé en le faisant venir par la poste. Puis elle se 
décide, ce qui était plus sûr, à envo3'er au delà des Alpes 
M. de Métezeau, architecte du roi, pour prendre exacte- 
ment le plan de cet édifice dont l'aspect au moins sur les 
jardins devait être en eflfet assez fidèlement reproduit par 
la façade du palais du Luxembourg qui donne aussi sur les 
jardins. Métezeau reçut l'ordre de partir de Fontainebleau 
en toute hâte et d'être de retour dans un petit nombre de 
semaines. Marie de Médicis voulait finir quesia inacchina en 
quatre ans et y faire venir une très belle eau. 200 000 écus 
étaient prêts pour commencer les travaux*. 

Au milieu d'une parfaite quiétude, Marie de Médicis était 
plongée dans ces pensées qui reléguaient les affaires d'État 
au second plan, lorsque une série de deuils, qui la touchè- 
rent comme reine, comme femme et comme mère, vinrent 
jeter la perturbation dans ses desseins politiques en même 
temps que la consternation dans son âme. Eléonore de 
Médicis, duchesse de Mantoue, sa sœur, mourut au milieu 

parendoglî d'aver doppo questa assemblea stabilita la quiète di questo 
regno et discorre con gran gusto di questa et d'altre grandi a^ioni 
che gli pare d'aver Jatte. {Ibidem.) — La Maesta délia Regina ha 
compro Yhostel de Luxembourgh nel foborgo di San Germano, per 
3o 000 scudi, et essendo in bnoni^sima aria, et essendo anco in luogo 
motto largo, et cosi con granJissima commodita di fabbricare et di 
fare dei giardini, la Maesta sua ha detto chc vi vuole spendere fino a 
40 000 scudi et farlo un palay:{0 regio. ;Scip. Amaiirato, 28 sep- 
tembre 1611.) 

I. Matteo Bolti, 11. — Scip. Ammirato, 20 octobre lôii. — De Gisors» 
le Palais du Luxembourg. 



LES ENTREPRISES MATRIMONIALES ET LES DEUILS. 323 

de septembre 1611. La nouvelle en fut apportée le soir du 
20 septembre; Mme Concini ne l'apprit à la reine que le 
matin du 22. Marie de Médicis se mit à fondre en larmes, 
disant qu'en trois années elle avait perdu les personnes qui 
lui étaient les plus chères : le grand-duc Ferdinand, le roi 
son mari, et sa sœur '. On fit à la duchesse un service public 
à Notre-Dame, un service privé aux Feuillants le i" octo- 
bre et la cour se transporta aussitôt après à Fontainebleau. 
A peine y était-elle installée que l'on apprit coup sur coup 
la mort du duc de Mayenne, à qui sa femme Henriette de 
Savoie ne survécut que quelques jours et celle de la reine 
d'Espagne, Marguerite d'Autriche, à la suite de couches, le 
13 octobre ". 

Le premier de ces événements faisait disparaître de la 
scène un modérateur habile entre les partis et fut généra- 
lement déploré ^. La reine, pour montrer combien elle 
aimait et estimait le feu duc, fit venir son fils, et, après lui 
avoir adressé des paroles pleines de courtoisie et empreintes 
d'une singulière affection pour sa maison, lui confirma la 
totalité de la pension annuelle de 30000 écus dont jouis- 
sait son père *. 

Le second de ces événements funestes laissait vacante 
une place de reine. 

On aurait pu croire que, sous l'impression de tant de 
funèbres nouvelles, se ralentirait un peu l'activité des entre- 
prises matrimoniales de la reine et de son entourage. Mais 
ne donnaient-elles pas matière à de nouvelles combinaisons 
pour l'inventif et inévitable Botti? L'ambassadeur d'Espagne 
à Paris venait à peine de recevoir de son maître une lettre 
« à faire pleurer les pierres » % que le marquis de Campi- 
glia songeait à remarier Philippe IIL 

1. Scip. Ammirato, 28 septembre. — Ambass. vénit., 5 octobre 1611. 

2. Scip. Ammirato, 20, 2b oct.. — Maiteo Botti, 24, 25 octobre 1611. 

3. Matteo Botti, 11 octobre 1611. 

4. Ambass. vénit., 2 novembre 1611. 

5. Matteo Botti, 25 octobre 1611. 



324 I^-^ MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

« Il résulte d'avis très certains, écrit-il au grand-duc de 
Toscane, que, si le roi d'Espagne veut reprendre femme, 
il ne serait point opposé à l'idée de choisir la princesse 
d'Angleterre. Quant à la reine de France, je rappelle à 
Votre Altesse ce que je lui ai écrit une autre fois, à savoir 
qu'elle ne se remarierait point, même pas avec le roi d'Es- 
pagne, si la reine venait à mourir. Mais les occasions font 
quelquefois changer d'opinion, bien qu'en l'espèce, je ne 
le croie point. Je suis même d'avis que Sa Majesté ferait 
volontiers quelque démarche en faveur d'une des sœurs de 
Votre Altesse. Mais il faut toujours songer que le tout 
dépend entièrement de Villeroy \ » Une fois lancé sur 
cette piste nouvelle, Botti ne s'arrêtera pas facilement en 
chemin. 

Malgré la perte récente qui la frappait plus directement 
encore que la régente, la duchesse de Lorraine, fille de la 
feue duchesse de Mantoue, ne remit point la visite qu'elle 
devait faire à la cour de France. Elle arriva à Fontainebleau 
le 29 octobre au soir. La reine alla au-devant d'elle en 
carrosse et le roi à cheval jusqu'à plus d'une lieue du châ- 
teau. A quarante pas environ de la reine, la duchesse mit 
pied à terre, ce que firent de leur côté la régente et le jeune 
Louis XIIL Après s'être embrassées cinq ou six fois, Marie 
de Médicis et sa nièce remontèrent en carrosse et rentrèrent 
à Fontainebleau où la duchesse accompagna la reine jusqu'à 
sa chambre, se rendit ensuite à son appartement; après 
s'y être reposée une demi-heure, le moment du dîner étant 
arrivé, elle alla donner la serviette à la reine et rentra elle- 
même dîner dans son appartement; elle avait avec elle le 
comte de Vaudemont^ et quelques autres cavaliers; trois 
jours après, arriva le cardinal de Gonzague. La reine 
mena sa nièce à la chasse et chercha à lui rendre aussi 



1. Matteo Botti, 24 octobre 1611. 

2. François de Lorraine, comte de Vaudemont, fils de Charles III, 
duc de Lorraine, et de Claude de France. 



LES ENTREPRISES MATRIMONIALES ET LES DEUILS, 325 

agréable que possible le court séjour qu'elle fit à Fontaine- 
bleau *. 

L'opinion de la cour ne pouvait attribuer à cette réunion 
de famille d'autre objet que la continuation de ces pourpar- 
lers de mariage engagés depuis quelque temps déjà pour la 
jeune princesse de Mantoue. Déjà il ne s'agissait plus pour 
elle, paraît-il, du fils du connétable, mais du nouveau duc 
de Mayenne; ce bruit, si inconsistant qu'il fût, n'en inécon- 
tentait pas moins le vieux Montmorency, qui était déjà tout 
prêt à se tourner vers le comte de Soissons et à lui deman- 
der sa fille pour son fils. 

Botti ne tenait plus en place à Paris. On parlerait de 
mariages à Fontainebleau et il n'y serait pas! Voilà qui 
n'était point à faire. Aussi, sans être invité, sous prétexte de 
présenter ses condoléances à l'occasion de la mort de la 
duchesse de Mantoue, le marquis de Campiglia, escorté 
du résident Ammirato et accompagné du sous-introduc- 
teur des ambassadeurs ", M. Girault, se rend-il à Fontai- 
nebleau avec tout son train ordinaire, à savoir deux litières, 
un carrosse à six chevaux, un autre à quatre et un à deux, 
plus quatre chevaux de selle, « en y comprenant, écrit 
mélancoUquement Scip. Ammirato, le mien qui n'est pas 
à moi ^ ». 

A l'annonce de cet arrivage la régente fait dire au per- 
sonnage de venir comme marquis Botti et non comme 
ambassadeur et de remettre à son retour à Paris les condo- 
léances, vu qu'elle n'a aucun ministre auprès d'elle, et lui 



1. Scip. Ammirato, 3 novembre i3ir. — Bassompierre, Mémoires, 
t. I, p. 298. 

2. L'introducteur en titrj était M. de Bonneuil. 

3. Voir, à l'Appendice, la curieuse dépêche de Scio. Ammirato en 
date du 3 août 1611 au secrétaire d'Etat, dans laquelle, après des ren- 
seignements détaillés sur les affaires de la cour et particulièrement 
sur les petites commissions dont il s'est chargé pour le secrétaire 
d'Etat Vinta, il termine en priant ce dernier d'avoir l'inspiration de 
vouloir bien lui faire payer une bonne fois son cheval qui n'est pas 
à lui. 



320 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

assigne pour logement le palais du connétable. Marie de 
Médicis lui fait très bonne mine, lui ordonne de se couvrir 
et parle pendant une demi-heure avec lui. Le soir, Tam- 
bassadeur prend part au jeu de la reine avec la princesse de 
Conti, le cardinal de Gonzague, le marquis Concino et 
Bassompierre; il lui présente galamment une bonne pro- 
vision de gants d'Espagne et des pastilles, et le marquis 
Concini l'emmène souper avec lui. Ainsi aucun bonheur 
n'a manqué à Botti. Cependant Scip. Ammirato, qui relate 
ces détails officiels, n'omet pas de raconter, mais en chiffres, 
qu'à la nouvelle de la venue de Botti, la régente, à ce que 
lui avait rapporté M. Girault, s'était mise dans une furieuse 
colère en criant qu'il n'avait pas d'affaires si pressantes qu'il 
ne pût bien attendre deux jours \ 

On comprendra encore mieux le sentiment de Marie de 
Médicis, quand on saura que Botti, en venant, n'avait pas 
d'autre idée que de relancer la malheureuse reine sur le 
chapitre du futur mariage du roi d'Espagne. C'est ce qu'il fit 
pendant la demi-heure de conversation qui lui fut accordée. 
A ses insinuations indiscrètes et pressantes, la régente 
répondit qu'elle se trouvait trop bien dans sa condition 
présente pour penser à en changer; qu'une fois la minorité 
du roi terminée, elle serait encore pendant de longues 
années maîtresse plus absolue que jamais et que, plus tard, 
elle serait si vieille que ce serait folie de songer à se rema- 
rier, et qu'ainsi l'occasion se trouverait perdue. La régente 
se moquait agréablement de l'ambassadeur; mais lui ne 
perdait pas le fil de ses malices et, par le chemin détourné 
de ses finasseries, suggérant successivement à la reine l'idée 
d'un convoi du roi d'Espagne soit avec une princesse 
anglaise, soit avec la princesse de Savoie que Philippe III 
réclamait à sa cour, en arrivait à conclure que le meilleur 
des mariages pour le roi veuf serait avec une des sœurs du 

I. Ammirato, 8 novembre iGii. — Matteo liotti, lo novembre 1611. 



LES ENTREPRISES MATRIMONIALES ET LES DEUILS. Zl'] 

grand-duc, « les personnes de ces princesses étant extrê- 
mement désirables pour être belles, vertueuses et admira- 
blement élevées ». Marie de Médicis ne pouvait qu'ap- 
prouver un pareil langage, tout en répondant non sans 
ironie à l'ambassadeur « que ce serait là une très grande 
et très belle aventure pour qui saurait y réussir * ». 

Le roi était reparti pour Paris ainsi que la duchesse 
de Lorraine et le prince de Vaudemont le jour même de 
l'arrivée de Botti à Fontainebleau. La reine mère les suivit 
de près. La duchesse sembla vouloir prouver qu'elle n'était 
pas venue pour un autre motif que celui de faire une 
visite à sa tante, en demandant presque aussitôt à repartir, 
Marie de Médicis la retint. A cause de ce retard, la 
duchesse put être témoin d'un nouveau malheur qui, en 
frappant la famille royale, ébranla du même coup la tran- 
quillité de l'État. 

Le jeune roi venait d'être un peu malade; il avait eu 
un assez violent mal de gorge, et la reine n'avait pas voulu 
qu'il revînt à Paris pour la Toussaint toucher les écrouelles 
suivant l'usage des rois de France, de peur que le froid 
et la fatigue n'aggravassent le mal *; la régente n'était pas 
contente de la santé de ses autres enfants, qui étaient à 
Saint-Germain, et notamment de celle du duc d'Orléans. 
Pour les avoir plus près d'elle et les mettre dans un air 
moins vif, elle avait résolu de les établir à l'ancien palais 
du Luxembourg et était partie les chercher avec le cardinal 
de Gonzague et la duchesse de Lorraine, lorsque éclata 
comme un coup de foudre la triste nouvelle qu'Ammiraîo 
relate en ces termes : 

« Dieu nous soit en aide à tous ! Cette nuit, trois heures 
avant le jour, est mort le duc d'Orléans à Saint-Germain; 
Leurs Majestés, Mme la duchesse de Lorraine et AL le 

1. Matteo Botti, lo novembre 1611. — Voir cette dépêche in extenso 
à l'Appendice, p. 384 

2. Ambass. vénit., 2 novembre iGii. 



328 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

cardinal de Gonzague étaient là. Ainsi la pauvre reine, 
qui était toute joyeuse d'être avec ses enfants et ses 
neveux, s'est trouvée assister à la mort de son second enfant 
mâle, lequel, bien qu'il ait été continuellement mal por- 
tant, ne paraissait cependant pas destiné à une vie aussi 
courte. 

u Sa Majesté sera ici ce soir, et à quel point inconsolable, 
Dieu le sait, quoiqu'elle soit raisonnable et prudente, et 
il faut considérer que cette perte est aussi de grande consé- 
quence pour l'Etat. 

« On dit que la maladie a été une convulsion des mem- 
bres avec de très grands accidents qui le tenaient comme 
mort \ » 

La reine envoya M. de Bonneuil à tous les ambassa- 
deurs pour leur faire part de la mort du duc d'Orléans, et 
le roi fut ramené à Paris. Le 22 novembre on emporta 
sans pompe à Saint-Denis le corps du second fils légitime 
de Henri IV. La duchesse de Lorraine et le duc de Vau- 
demont restèrent encore un peu pour consoler la reine 
qui resta plusieurs jours sans se laisser voir. « Nous 
sommes en deuil jusqu'à la gorge, écrit Scipione Ammirato ;. 
aussi bien me semble-t-il que depuis que je suis en France 
je n'ai jamais été que vêtu de noir -. » 

La duchesse de Lorraine partit le 29 novembre, après 
avoir reçu de la reine en cadeau un diamant de la valeur 
d'environ 10 000 écus, et laissant toutes les dames de la 
cour enchantées de sa personne, de sa bonne grâce, de 
ses façons libres et familières, beaucoup plus françaises 
qu'italiennes ^. 

1. Scip. Ammirato, 17 novembre 1611. — Cf. Héroard, t. II, p. 88. 

2. Matteo Botti ; Scip. Ammirato, 22 novembre 1611. 

3. Tiitte queste dame son rimaste innamorate delV humanita e cor- 
tesia di S. A., essendo riuscita nel procédera liberamente et con gran 
familiarita molto piii fran:^ese che i'.aliana. (Scip. Ammirato, 29 no- 
vembre 16 II.) 



LES ENTREPRISES MATRIMONIALES ET LES DEUILS. 829 

La reine se trouvait isolée des siens en face des diffi- 
cultés nouvelles de la situation. Elles la préoccupaient 
vivement; car la mort du duc d'Orléans, en rapprochant 
encore du trône les princes du sang, devait naturellement 
grandir leur importance et aviver leurs prétentions. Le 
prince de Condé avait fait une courte apparition à la cour 
le 16 octobre et s'était ensuite retiré à Valéry pour aller 
de là passer la revue de sa compagnie de gens d'armes, 
pendant que le comte de Soissons se rendait en Normandie 
pour y tenir les États de la province \ Depuis, les événe- 
ments l'avaient rappelé à Paris où Ton attendait aussi, 
non sans appréhension, le retour de Soissons. On remar- 
quait que le cortège du prince de Condé grossissait de jour 
en jour et il était à craindre qu'il ne se liguât prochaine- 
ment avec Soissons pour avoir plus de part au gouver- 
nement. L'un et l'autre étaient en effet très jaloux des 
ministres, qui leur paraissaient en faire un peu trop à 
leur fantaisie, et Soissons avait une antipathie particulière 
contre le chanceUer. 

Nevers était déjà de retour à la cour. Marie de Médicis 
envoya dire au duc d'Epernon d'y revenir également pour 
tenir le comte de Soissons en respect. On ne doutait point 
que, le duc d'Orléans mort, le comte ne recommençât à 
importuner la reine pour qu'elle donnât à son fils la fille 
du duc de Montpensier. « On croit bien, écrit Scipione 
Ammirato, qu'il ne pourra l'obtenir; car cela ne ferait guère 
le compte de Sa Majesté d'augmenter la puissance de 
Soissons de 72000 écus de rentes en duchés, marquisats, 
comtés; Guise et d'Epernon s'opposeront de tout leur pou- 
voir à ce mariage. On pense que la reine veut la marier 
au duc d'Anjou ^ ». 

1. Ambass. vénit., 2 novembre 1611. 

2. Scip. Ammirato, 22 novembre i6ir. — Le duc d'Anjou, Gaston, 
bientôt duc d'Orléans, épousera en etlét un jour, après bien des 
vicissitudes, et contraint par Richelieu, cette riche et désirable héritière 
qui mourra en donnant le jour à la célèbre Grande Mademoiselle. 



33o LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

La politique étrangère et matrimoniale de la reine allait 
offrir aux princes mécontents un terrain d'opposition fort 
commode. 

Les négociations pour les mariages d'Espagne, qui s'étaient 
toute cette année traînées en longueur et n'avaient abouti 
qu'à la souscription de part et d'autre et à la ratification de 
promesses secrètes, firent tout à coup un progrès considé- 
rable, u Le roi est malade, la reine est morte, le duc de 
Lerme n'a pas été et n'est pas encore bien », écrivait Scip. 
Ammirato pour expliquer qu'il fallait encore prendre 
patience, lorsqu'on apprit tout à coup par un courrier qui 
passait en Flandre que le roi et le duc de Lerme étaient 
guéris, et que, sous très peu de jours, arriverait en France 
une réponse relative aux mariages, à l'alliance, et au temps 
où l'on enverrait les épouses à leurs maris. 

Une intervention imprévue avait déterminé ces décisions 
rapides. Depuis quelque temps le roi d'Angletetre s'inquiétait 
des bruits persistants qui circulaient relativement à des pro- 
jets de mariage entre les couronnes de France et d'Espagne, 
et il avait donné Tordre à son ambassadeur en France de 
(( bien ouvrir l'œil « {che stasse molto ben oculato) et de faire 
toutes les investigations possibles pour s'assurer de la vérité. 
L'ambassadeur y mit beaucoup de zèle; on l'appréciait 
beaucoup à la cour de France où, à la fin de septembre, le 
jeune roi et la reine mère avaient consenti à être parrain et 
marraine d'un enfant que l'ambassadrice lui avait donné 
sur le sol français. Ses relations familières nuisaient peut- 
être à la clairvoyance politique de l'ambassadeur, mais 
facilitaient ses entretiens avec Marie de Médicis *. Il s'en- 
quit à plusieurs reprises auprès de la reine et des 
ministres qui l'assurèrent toujours du contraire, en disant 

I. VAmbasciatore di lughilterra ha havuto un bambino et avendo 
pregato il Re di essere compare, et la Regina comare, loro Maesta 
r/ianno fatto tenere a battesimo et domenica furno in casa dell. 
ambasciatove, che fece iina superbissima cola^ione. (Scip. Ammi- 
rato, 28 septembre iGii.) 



LES ENTREPRISES MATRIMONIALES ET LES DEUILS. 33 I 

que ces pratiques n'avaient pas d'autre objet que de 
gagner du temps et d'amener tranquillement le roi hors de 
sa minorité. 

Ces assurances n'ayant pas complètement satisfait Jac- 
ques P"", ce prince résolut d'éclaircir le mystère par un 
autre moyen; et, se rappelant l'offre qui lui avait été suc- 
cessivement faite par les deux ambassadeurs d'Espagne qui 
avaient résidé auprès de lui, de l'infante d'Espagne pour le 
prince son fils, il donna l'ordre à M. de Digby, son ambas- 
sadeur à la cour de Madrid, non seulement de manifester 
le désir qu'on en vînt à l'effectuation de ces avances, mais 
d'en faire une instance en forme et de lui expédier immé- 
diatement la réponse. Digby exécuta les ordres de son 
maître vis-à-vis du duc de Lerme et du roi lui-même; mais 
il ne put cacher à Jacques P% dans sa réponse, qu'il avait, 
après avoir exposé l'objet de sa mission, découvert une 
grande hésitation dans l'esprit du roi et du duc; on lui 
répondit que, sans doute, telle avait toujours été l'intention 
de Sa Majesté; mais que, pour l'effectuer, il était néces- 
saire, à cause de la religion, d'obtenir le placet du pape; 
il fallait donc différer la réponse. Pendant ce délai, on 
essaya à la cour d'Espagne d'amuser l'ambassadeur au 
moyen d'autres négociations ; force fut néanmoins d'en 
venir à lui dire que, le roi d'Angleterre n'ayant pas prêté 
roreille aux premières offres qui lui avaient été faites, on 
avait pris des engagements pour l'infante en France; mais 
que, si le roi voulait se contenter de la seconde infante, 
on la lui donnerait, sans aucun désavantage au regard de 
l'aînée, à laquelle on ferait faire une renonciation de tous 
■ses droits de succession à la couronne. 

Jacques P"", sur le coup de cette réponse, tint un lan- 
gage acerbe à l'ambassadeur d'Espagne et se plaignit 
amèrement à celui de France que la régente n'eût répondu 
à tout ce qu'il avait fait, lui, depuis la mort du roi son 
mari, pour le service de son fils et la tranquillité du 



332 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

royaume, qu'en poussant aussi loin ses pratiques avec 
l'Espagne, sans lui en rien communiquer, en affirmant 
toujours à son ambassadeur le contraire de la vérité et 
en faisant tout pour la lui cacher. L'ambassadeur d'Angle- 
terre tint à Villeroy, avec beaucoup de véhémence, un lan- 
gage semblable. Le vieux ministre continua à nier, mais 
avec moins de fermeté qu'auparavant et en entrant dans 
des considérations qui équivalaient à un aveu, disant que, 
quand bien même on contracterait avec l'Espagne des Hens 
de parenté, ils ne prévaudraient jamais sur la raison d'État 
qui tenait la France unie à l'Angleterre; qu'il y avait d'autres 
filles de France, et que la reine tenait le plus grand compte 
des démonstrations amicales faites par le roi d'Angleterre 
pendant la minorité de son fils et lui en avait la plus grande 
obligation. 

Ces bonnes paroles ne calmèrent pas le ressentiment 
du roi Jacques I". Son ambassadeur eut Tordre de revenir 
à la charge et de déclarer que, puisque la régente lui 
témoignait si peu de confiance, il ne voulait plus que son 
fils, le duc d'York, continuât d'avoir la charge de capitaine 
de la compagnie de gens d'armes écossais entretenus par 
la couronne de France. 

Les représentations si vives du roi d'Angleterre firent 
beaucoup d'impression sur l'esprit de la reine. Elle en 
craignait les suites pour l'autre projet de mariage qu'elle 
avait en tête, et pensait avec raison que le mécontentement 
du roi d'Angleterre pourrait ranimer l'opposition du parti 
protestant toujours puissant et inquiet et fournir des armes 
à la ligue des princes du sang, sans compter qu'au point 
de vue extérieur, un refroidissement avec l'Angleterre et 
par suite l'inévitable relâchement des liens d'amitié avec 
les Etats-Généraux, qui se montraient déjà peu satisfaits de 
la politique suivie par la France à leur égard depuis la mort 
de Henri IV, amèneraient dans la situation internationale 
de la France un afFaibHssement que les inclinations espa- 



LES ENTREPRISES MATRIMONIALES ET LES DEUILS. 333 

gnoles de la régente ne l'empêchaient cependant pas de 
considérer comme très grave \ 

Mais les résolutions décisives étaient déjà prises. Après 
avo r enfin accompli à Paris l'office de condoléances à 
propos de la mort de la duchesse de Mantoue -, Botti alla 
voir l'ambassadeur d'Espagne, qui lui dit avoir reçu des 
ordres suffisants pour conclure le mariage de la première 
fille de France avec le prince d'Espagne \ C'était au 
moment où l'on célébrait à Paris un service mortuaire en 
l'honneur de[la reine d'Espagne, mère de la jeune fiancée. 
Botti, qui avait encore été chargé de remettre à la reine une 
nouvelle lettre de condoléances à propos de cet autre événe- 
ment funèbre, alla se promener à Saint-Germain et à Saint- 
Cloud, ne voulant pas, pour des raisons de préséance, assister 
au service, abstention qui dut lui être fort pénible \ Ce n'est 
pas à dire qu'il perdit son temps pour cela; car il écrivit à 
différents cardinaux pour leur donner avis de la conclusion 
définitive des mariages ^ et mêlant, suivant son habitude, 
à la négociation des grandes affaires le souci des petites 
attentions pour la régente, il écrivait au grand-duc pour 
lui demander « un peu de cette quintessence d'ambre que 
Ton fait dans sa galerie , ce qui serait sans doute fort 
agréable à Sa Majesté, non seulement à cause du goût 
très vif qu'elle a pour les odeurs, mais parce qu'elle se 
ferait honneur de cette nouvelle invention auprès des 
princes et des princesses de la cour ^ ». 

Toute cette politique à l'eau de rose avait cependant 
abouti à ce résultat qu'il ne restait plus à régler qu'une ques- 
tion entre la cour de France et celle d'Espagne, celle de 



1. Matteo Botti, 24 octobre, 22, 23 novembre. — Ambass. véiiit., 
iG novembre 1611. 

2. Matteo Botti au grand-duc, 26 novembre l'Jii. 

3. Matteo Botti, 6 décembre 1611. 

4. Scip. Ammirato, 20 décembre; Matteo Botti, 23 décembre i6ir. 

5. Scip. Ammirato, 23 décembre 1611. 

6. Matteo Botti, 20 décembre 1611. 



334 ^^ MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

l'époque ii laquelle viendrait en France la princesse espa- 
gnole. La régente voulait abréger les délais, et comme on 
lui objectait qu'à cause de la mort de la reine, le roi vou- 
drait sans doute garder plus longtemps sa fille auprès de lui, 
Marie de Médicis déclarait que c'était une raison de plus 
pour la lui envoyer; car elle lui tiendrait lieu de mère *. 

La cour d'Espagne fit connaître sa résolution au milieu de 
décembre. Elle demandait que la reine voulût bien admettre 
que l'on n'enverrait les jeunes épouses qu'après les treize ans 
ou au moins les douze ans accomplis de l'infante, ce qui 
remettait à deux années plus tard l'échange des princesses ^. 
A ce moment la reine avait déjà parlé de ces mariages à 
tant de personnes que la nouvelle était devenue publique ^. 

Il avait fallu faire tomber les dernières illusions du duc 
de Savoie. Cette mission incomba au maréchal de Lesdi- 
guières. Ce fut une scène tragi-comique. Au commence- 
ment de l'entrevue que le prince et le gouverneur du Dau- 
phiné eurent à Suze, Charles-Emmanuel n'avait pas encore 
perdu tout espoir. Lesdiguières lui ayant dit de ne pas 
compter pour son fils Victor-Amédée sur un mariage avec 
la fille aînée de France, car on voulait la marier en Espagne, 
et l'ayant pressé de marier le prince ailleurs, Charles- 
Emmanuel répondit qu'il ne marierait pas son fils tant que 
la première fille de France ne serait pas la femme du prince 
d'Espagne \ Il rappela que, pour marier son fils à une fille 
de France, il avait perdu l'amitié du roi d'Espagne; il offrait 
de liguer toute l'Italie avec la couronne de France; il 
demandait qu'au moins on n'en vînt pas à la conclusion 
dernière sans l'avoir entendu, offrant de venir en poste à 
Paris et de faire tout ce que la reine voudrait. Devant ces 
instances et ces supplications, Lesdiguières, qui avait des 



1. Matieo Botti, lo novembre 1611. Voir l'Appendice. 

2. Matteo Botti, 23 décembre 1611. (2" dépêche.) 

3. Matteo Botti, 23 décembre i6ir. ^3" dépêche.) 

4. Matteo Botti, 4 décembre 1611. 



LES ENTREPRISES MATRIMONIALES ET LES DEUILS. 335 

ordres formels, dut, pour en finir avec le duc qui le pres- 
sait terriblement, se résoudre à lui dire que <' puisque ni 
ce que la reine avait dit à son ambassadeur, ni ce qu'il disait 
en ce moment à Son Altesse ne suffisait à le désabuser, il 
se demandait s'il se rendrait à l'évidence même en voyant 
couchés ensemble dans le même lit le prince d'Espagne et 
Madame de France ». A cette ironie toute militaire, mais 
décisive, le duc se mit à pousser des hurlements, à s'arra- 
cher la barbe et à pleurer de rage \ Quand il se fut un peu 
calmé et que, de nouvelles lamentations à propos de l'inter- 
diction faite au duc de Nemours d'épouser une de ses filles 
ayant pris fin, le maréchal de Lesdiguières put continuer 
l'entretien en se rabattant sur le chapitre des compensa- 
tions, il trouva naturellement chez son interlocuteur de très 
fâcheuses dispositions à l'égard du projet de mariage de 
son fils avec une princesse de Toscane ^ Mais le vieux rou- 
tier dressa l'oreille quand le duc lui parla d'une princesse 
de Mantoue et de la possibilité d'arrondir le Piémont par 
des emprunts au Montferrat, possession de la maison de 
Gonzague, et qu'un envoyé du duc de Mantoue se trouva 
là fort à point pour lui faire des propositions dans ce sens 
et lui montrer des écritures. 

L'afi"aire n'eut aucune suite; mais elle inquiéta beaucoup 
le marquis de Campiglia, qui, préoccupé avant tout de 
placer les filles de son maître, avait vu dans cette combi- 
naison nouvelle une petite perfidie de la régente. Mais il ne 
désespérait pas de la ramener elle et le gouvernement à de 
meilleurs sentiments. 

« Je crains bien que Votre Altesse, écrit-il au grand-duc, 
n'ait jamais trop en sa faveur pour chose que ce soit, M. de 
Villeroy, sans un beau diamant, ou tout autre présent; car, 
dans ce pays, c'est plus que jamais l'usage, et cela ne se fait 
pas au poids d'une once; si bien qu'à ce point de vue, c'est 

1. MatteoBotti, 20 décembre 1611. — Ap. B.Z., De dissoliitione..., p.qS. 

2. Cf. Scip. Ammirato, 3o décembre iGii. 



336 LA MINORITE DE LOUIS XIII. 

peu de chose que la cour ottomane. Les occasions se trou- 
vent et peuvent être fréquentes; et l'autorité de cet homme 
me paraît être plus grande que jamais, et pour bien des 
choses, il me semble ne lui manquer de roi que le nom. Et 
quant à moi, je crois que dans les matières dont je parle, 
à savoir celles d'État, la reine croirait plus ce que lui dirait 
Villeroy que ce qu'elle verrait de ses propres yeux *. » 

La reine aurait pu faire et fera bientôt plus mal. Car 
c'est évidemment grâce à la dextérité de cet homme d'État 
que la complication de tant d'événements et l'enchevêtre- 
ment des manifestations d'une politique contradictoire 
n'avaient abouti h aucun éclat dangereux. 

L'année 1611 se serait terminée dans le plus grand calme 
sans un acte de rébellion tout local qui ne prit d'impor- 
tance qu'en raison même de la tranquillité générale. Un 
gentilhomme protestant du Berri, nommé M. de Vatan 
(Florimond Du Puy), donnait asile à des gens qui volaient du 
sel aux entrepositaires de la gabelle, et qui le revendaient 
ensuite à bon compte. M. Robin, créature de Concini, à 
qui avait été adjugée, au milieu de l'année, la ferme du sel, 
fit mettre la main sur quelques-uns de ces larrons, et obtint 
des aveux complets : ils révélèrent l'appui qu'ils trouvaient 
auprès de M. de Vatan. Mais celui-ci fit forcer une maison 
de campagne appartenant à Robin et enlever son fils, qui 
était âgé de dix ans, en déclarant que l'enfant subirait le 
même sort que les prisonniers ". Alors (( cette brute de 
M. de Vatan (questa bestia di quel mons. Vatan) se fortifia 
dans son donjon et annonça qu'il attendrait le canon ^. Le 
Conseil envoya un exempt avec des lettres royales pour 
faire rendre l'enfant; l'exempt fut menacé du bâton. On 
décida alors d'envoyer le grand prévôt avec cinquante 

1. Matteo Botti, ibidem, et 3o décembre iGii. 

2. Scip. Animirato, 22 novembre 1611. 

3. Scip. Ammirato. 7 décembre iGii. 



LES ENTREPRISES MATRIMONIALES ET LES DEUILS. 33/ 

archers, quatre compagnies des gardes et du canon devant 
le château; et, comme M. de Vatan ne voulait le rendre 
qu'avec la vie sauve pour la petite garnison, Tassant fut 
donné. M. de Vatan se fit prendre, s'en remettant à la misé- 
ricorde du roi. On pendit sur-le-champ vingt-deux ou vingt- 
neuf des siens. Quant à lui, bien qu'il n'eût pas exécuté 
son horrible menace et que Ton eût essayé de le sauver en 
le faisant passer pour fou, il devait être décapité en place 
de Grève le 2 janvier 16 12, par arrêt du Parlement '. 

L'horizon n'était pas absolument dégagé de nuages en 
ces derniers jours de l'année léii. Les princes du sang ne 
cachaient point leur mécontentement de voir que des 
affaires de la plus haute gravité eussent été traitées en leur 
absence. Le prince de Condé continuait à faire profession 
d'obéissance et de dévouement absolu à la reine, mais sa 
sincérité était plus que douteuse; le comte de Soissons, qui 
était parti dans son gouvernement, assez mécontent que la 
reine lui eût refusé deux cent mille écus qu'il réclamait 
pour le payement de dettes contractées par son père au ser- 
vice du Tiers-Parti % trouvait à son retour une autre cause 
de désappointement. Lorsque, après la mort du duc d'Or- 
léans, Mlle de Montpensier alla voir la reine avec tout le 
grand deuil et l'équipage ordinaire des veuves, la reine tout 
émue se couvrit le visage de son mouchoir et la dispensa 
de porter cet habillement : « Tant y a, écrit Malherbe à 
son correspondant Peiresc, qu'elle est de nouveau promise 
à Monseigneur qui est à cette heure. De quoi la reine l'as- 
sui"a qu'elle ne seroit pas tant respectée qu'elle l'étoit de 
feu Monsieur, d'autant qu'il ne la baisoit jamais sans lui 
demander son congé , et que cettui-ci n'en feroit pas de 



I. Scip. Ammirato, 28 décembre i6ii. — Cf. Mercure français, t. II, 
p 298; Bassompierre, Mémoires, t. f, p. 299; Héroard, Journal^ t. II, 
p. 94; Malherbe à Peiresc, t. Ill, p. 254, 25 novembre 1611. 



2. Celui du cardinal de Bourbon sous la Ligue. 



22 



338 LA MINORITÉ DE LOUIS XIII. 

même. )^ (25 novembre.) Le connétable était également très 
peu satisfait d'avoir vu s'évanouir ses espérances d'un 
mariage de son fils avec une princesse de Mantoue, sans 
compter que la question de l'élargissement du comte d'Au- 
vergne, son gendre, n'avait pas fliit un pas, bien que la 
reine lui eût iécemment promis de traiter cette affaire en 
Conseil. Le duc de Savoie, Soissons, Montmorency, ces 
trois pères désappointés, pouvaient se donner la main. 

D'autre part, on ne savait pas jusqu'à quel point la mort 
du sage duc de Mayenne ne modifierait pas l'attitude jus- 
qu'alors très conciliante de la maison de Guise, en laissant 
la bride sur le col aux jeunes fous de la famille. 

Toutes ces raisons déterminèrent la régente à faire venir 
auprès d'elle les maréchaux et les officiers de la couronne 
par l'autorité desquels elle avait le dessein de faire valider 
ses résolutions, et particulièrement celles qui étaient rela- 
tives aux mariages espagnols; dans le cas où elle se heurte- 
rait à Topposition des princes, elle voulait donner par la 
présence de ces deux personnages du poids et de la force au 
conseil des ministres qui gouvernaient alors. 

Tous les grands dignitaires de l'Etat se trouvèrent donc 
réunis à Paris au moment où se faisait l'état des finances, 
c'est-à-dire l'établissement du budget des recettes et des 
dépenses, la répartition des pensions et gratifications, et à 
la veille du jour où le gouvernement de la régente allait être 
dans la nécessité de montrer au soleil les résultats de sa 
politique étrangère. 



APPENDICE 



CATALOGUE 



CITATIONS, EXTRAITS 

DES CORRESPONDANCES RELATIVES A LA MINORITÉ DE LOUIS XIII 
EXISTANT A l'(( ARCHIVIO MEDICEO » 

Ces documents sont classés à Florence sous les rubriques 
et cotes ci-dessous indiquées. 

Dispacci del Segretario Scipione Ammirato il gtovine rimasto 
in Francia a supplire al résidente cav^^ Camillo Guidi che per 
causa di sainte era dovuto tornare a Firenxe-dal di j décembre 
i6op. (Legazione di Francia, Fil:(a 4622.) 

Dispacci di Matteo Botti marchesc di Cajnpiglia résidente in 
Francia pel grand-duca Cosimo II di Medici, diretli alla Segre- 
tario di Stato in Firen^e. (Legazione di Francia, Fil:(a 4624.) 

Lettere del s'' Cavalière Andréa Cioli scritte di Francia dal di 
4 di Giugno 16 10 a tutto Gennajo 161 1. {Fil^a 4626.^ 

Lettere délia Regina Maria di Francia alla famiglia Gran 
Ducale di Toscana di Lug. 16 10 — )o Giug. 161 j. (Le- 
gazione DI Francia, Fil:(a 472^.) 

Lettere del Marescial d'Anchre e sua tnoglie al Gran Duca e 
Cor te di Toscana. {Fil^a 4J48,) 



340 APPENDICE. 

1. BoTTi AU GRAND-DUC DE ToscANE. Paris, 15 mai 1610.(4624.) • 

2. BoTTI — — 16 — — — 

I. Ammirato au secrétaire d'État 



V IN TA. 




— 


15 


— 


— 


(4622.) 


2. Ammirato 


— 


— 


2 


juin 


— 


— 


3. BOTTI AU GRAND-DUC. 




— 


3 


— 


— 


(4624.) 


I. ClOLI — 




Turin 


, 4 


— 


— 


(4626.) 


2. ClOLI — 




Lyon 


7 


— 


— 


— 


3. Ammirato au secret. 


d'État. 


Paris, 


12 


— 


— 


(4622.) 


3. ClOLI AU grand-duc. 




— 


15 


— 


— 


{4626.) 


4. ClOLI AU SECRET. d'ÉtAT. 


— 


19 


— 


— 


1 


4. Ammirato — 




— 


19 


— 


— 


(4622.) 


4. BoTTI : — 




— 


19 


— 


— 


(4624.) 


5. BOTTI AU GRAND-DUC. 




— 


19 


— 


— 


— 


6. BoTTI AU SECRET. dÉ'tAT. 


— 


20 


— 


— 


— 


$. ClOLI — 




— 


21 


— 


— 


(4626.) 


6. ClOLI — 




— 


22 


— 


— 


— 


7. BoTTI — 




— 


22 


— 


— 


— 


5. Ammirato — 




— 


24 


— 


— 


(4622.) 


7. ClOLI — 




— 


24 


— 


— 


(4626.) 


8. CiOLi — 




— 


26 


— 


— 


— 


9. ClOLI — 




— 


28 


— 


— 


— 


6. Ammirato — 




— 


28 


— 


— 


(4622.) 


8. BoTTI AU GRAND-DUC. 




— 


30 


— 


— 


(4624.) 


10. ClOLI AU SECRÉTAIRE d'ÉtAT. 


— 


30 


— 


— 


(4626.) 


II. ClOLI — 




— 


ler 


juillet 


— 


— 


9. BOTTI — 




— 


2 


— 


— 


(4624.) 


12. ClOLI — 




— 


2 


— 


— 


(4626.) 


7. Ammirato — 




— 


2 


— 


— 


(4622.) 


13. ClOLI — 




— 


5 


— 


— 


(4626.) 


14. ClOLI AU GRAND-DUC. 




— 


5 


— 


— 


— 


10. BOTTI AU DUC DE LeRME. 


— 


5 


— 


— 


(4624.) 


8. Ammirato au secret. 


d'État. 


— 


10 


— 


— 


— 


1$. ClOLI — 




— 


10 


— 


— 


(4626.) 



I. Le premier chiffre à gauche est un numéro d'ordre pour les 
dépêches de chaque correspondant; le dernier à droite indique la 
filza ou liasse où se trouve à l'Archivio de Florence le document 
cité. 



APPENDICE. 341 

I. Marie de Médicis a la grande-duchesse Marie-Madeleine de 
Toscane. Paris, 11 juillet 1610. (4729.) 

Ma cousine, vous avez grande raison de croire que en la perte 
incroiable que j'ay faicte, je ne pouvois recepvoir consolation que de 
Dieu. C'est à Luy que je faiz mon addresse en ceste mienne affliction, 
car sans la grâce et assistance de sa divine bonté, je ne pourrois sup- 
porter la doulleur que j'endure de ce funeste et misérable accident. Je 
vous remercye de l'office de condoléance que vous m'avez voulu 
rendre sur ce subject, qui m'est ung tesmoignage de l'amitié et bienveil- 
lance que vous m'avez tousiours portée, dont vous m'avez tousiours 
rendu des effectz. Je vous prie de la continuer cy après a l'endroict du 
Roy monsieur mon filz et de moy, et faire estât de la mienne, de 
laquelle vous prendrez une entière asseurance par celle cy. Je ne feray 
plus longue lettre que pour prier Dieu, ma cousine, qu'il vous ayt en 
sa sainte et digne garde. 

Escrit à Paris le ii°^« jour de juillet 1610. 
Votre bien bonne cousine ^ 

Marie * . 



II. BoTTi AU grand-duc. Paris, 12 juillet 1610. (4624.) 

9. Ammir.\to AU SECRÉTAIRE d'État. — 13 — — — 



16. CiOLi AU GRAND-DUC. Paris, 13 juillet 1610. (4626.) 

Relation sur l'état de la France. 

Serenissimo mio Signore et Padrone unico, 

Se ben' hora in questo Regno che puo render conto de danni délia 
guerra et degli utili délia pace^ pone maggiori le speranze di duratione 
di pace che i pericoli di rottura di guerra, dovendosi nondimeno rime- 
diare sempre al maie perché tanto più si possa godere il bene, et 
essendo la pace il fine di ogni buon governo, va pensando la Maesta di 
questa prudentissima Regina al rimedio dei pericoli, per sempre più 
assicurarsi nelle speranze, et per conseguenza nel quieto possesso délia 
pace. In queste tre parti, clero, nobiltà et popolo, par che si possa 
dividere la Francia. Il clero che è in numéro considerabile, oltre alla 
ripugnanza délia sua professione, non puo, ne per interesse délie loro 
comraodità, ne per zelo délie religione, voler guerra, perche in essa 

I. Nous mettons en italique ce qui, dans les lettres de la reine, 
est de la main de Marie de Médicis. 



342 APPENDICE. 

non sarebbon padroni délie entrate délie lor Badie et Benefitii; et per 
essa hanno più volte et frescamente provato che la religione in 
cambio di crescere, si va più losto in diversi modi sminuendo. La nobiltà 
si distingue in due parti, cioe ne' benestanti et ne' malestanti. I primi, per 
non metiere il loro in compromesso et per non esser disagiati et privi 
de loro commodi, ne anche loro posson volerla; ma bene si puo dubi- 
tare che i malestanti c' inclinino per migliorar conditione, et per non 
essere in tanto molestati dai lor creditori, che in tempo di guerra non 
ardiscono di farlo. Il Popolo ancora si suddivide in quello délie città et 
Terre, et in quello délia campagna ; et e ben vero che il primo, si puo 
tener per fermo che ami la pace perche i Parlamenti, i Giudici, et i 
Procuratori, che ascendono a numéro incredibile, per la guerra non 
possono tirare innanzi i guadagni del loro essercitio, perche mancano 
in tal tempo le liti civili, che gliene somministrano; et i faccendieri, 
artisti et bottegari che hanno in questo tempo di pace ben' avviate le 
cose loro, hanno anch' essi cagione di desiderarne la continuatione per 
non perdere i loro avviamenti. Ma del secondo non puo già esserci tanta 
sicurezza, perché avvezzi i contadini a tribolar sempre per la campagna 
ed oppressi dalle gravezze et dalle essecutioni, che per causa di esse 
contro loro si fanno, si puo dubitare che facilmente si lasciassino 
tirare. Et benche la seconda parte del primo popolo, cioé i faccendieri, 
gli artisti et i bottegari sentino più degli altri l'incommodo délie grosse 
gravezze che sopportano, sanno perô che tornerebbe loro più grave il 
danno délia guerra ; onde neanche per questo possono applicarci 
l'animo. Da i Principi del Regno, che considerati come transcendenti 
non son compresi in questa divisione, ma, come motori son ben 
cagione di questi pensieri, hanno a nascere i garbugli che potrebbono, se 
non ci si provvedesse, disturbar la pace. Hor per rimedii salutari ven- 
gono in campo questi : 

Il primo, che risguarda la nobiltà, sarà il moderare le concession! ai 
Principi, et di quella parte di augumento di pensioni che ragionevol- 
mente si puo loro negare, coma irragionevolmente la pretendono et 
chieggono, servirsi per distribuirla per le provincie alla seconda parte 
délia nobiltà, cioé à malestanti, et non già a tutti, che sarebbe irapos- 
sibile, ma a quelli Duchi, Marchesi, Conti et altri signorotti che sono 
sparsi per tutto il Regno, et hanno qualche seguito di Gentilhuomini 
malestanti come loro; ma questo bisogna ben' applicarlo, con moite 
avvenenze et non a un tratto. 

Il secondo : il ievar qualche gravezza à popoli, et massime a quelli 
délia campagna, perché, mediante questo loro alleggerimento, vende- 
rebbero men care le loro fatiche, et i frutti che raccolgono, da che ver- 
rebbero anche sgravati quelli délie Città et Terre, etc. 

Il terzo , che insieme con il secondo , risguarda il Popolo, sara le 
scemare il numéro eccessivo degli essecutori di Giustitia chiamati Ser- 
genti, che sono per tutto il Regno, perche d'un essecutione che faccino a 
un pover'huomo per due scudi se ne vengono a loroquattro; et questo, 
dicono che saia un notabilissimo alleggerimento, et le cose del publico 



APPENDICE. 343 

non ne riceverebbono un pregiuditio al mondo, perché il numéro di 
costoro e grande fuor di modo; et cosi resterebbe questo governo 
libero da ogni sospetto di perturbatione, con félicita et gloria délia 
maesta délia Regina. Et queste o altre provisioni riusciranno tutte giove- 
voli perche il Principe di Spagna non ha mal' animo egli; che se fosse 
il contrario, che Iddio ce ne guardi, ne queste, ne altre basterebbono. 
Se a quest' hora sarà comparso costà, corne si puo qui credere, Hippo- 
lito Dei., V. A, Sereniss» haverà sentito, per le lettere che mandai per 
sua mano, un' altro discorso, et dall' uno et dall' altro vedra che si 
puo fare buon giuditio délia tranquillità del présente Governo. Ma 
l'universale par che dubiti dell' opposito, dando une gran noia la pros- 
sima venuta di questo Principe di Condé, per il gran partito che 
sempre piu si afferma essere stabilito di esso, di casa Guisa et delli 
Eretici. Et a V. A. S^a con humilissima rcverenza, etc. Di Parigi li 
13 di Luglio 1610. 

Andréa Ciolï. 



17. CiOLi AU GRAND-DUC DE Toscane. Paris, 13 juillet 1610. (4626.) 



18. ClOLI AU SECRÉTAIRE D'EtAT ViNTA. — 


13 


— 


— 


— 


19. ClOLI 


— — 


13 


— 


— 


— 


20. ClOLI 


— — 


16 


— 


— 


— 


21. ClOLI 


— — 


16 


— 


— 


— 


10. Ammirato 


— — 


18 


— 


— 


(4622.) 


22. ClOLI 


— — 


18 


— 


— 


(4626.) 


II. Ammirato 


— — 


18 


— 


— 


(4622.) 


23. ClOLI 


— — 


19 


— 


— 


(4626.) 


12. Ammirato 


— — 


22 


— 


— 


(4622.) 


24. ClOLI 


— — 


23 


— 


— 


(4626.) 


25. ClOLI AU GRAND-DUC. — 


28 


^"^ 


— 


— 



13. Ammirato AU SECRÉTAIRE d'État. Paris, 28 juillet 1610. (4622.) 

.... In verita fin hora, Condé mostra d'essere soddisfattissimo di Sua 
Maestà et non si sente che faccia le domande impertinenti che fece 
Soissone, et si crede che la Regina con levarsi certi sospetti et ombre 
che ha havutô, se lo renderà tutto suo; et l'ombre sono con Soissone et 
Espernone, dei quali non si fîda, et cosi vederli tanto favoriti, gli si 
accresce il sospetto et non mancono di quelli che fanno ogni opéra per 
nutrirglielo nell' animo, perché oltre allô essere stato avvertito quando 
ritornô, che nello entrare suo in Parigi, questi due, con consenso délia 



344 APPENDICE. 

Regina, lo volevano fare prigione, et ci devono essere ancora altri che 
vorrebbero vedere novità che li mettono paura con dire che non sià 
sicuro. 

.... Conti pare che, per essere egli sordo, et nella maniera che è, et cosi 
quasi inhabile a g'Overnare, nondimeno con un buon luogotenente, ei 
potrà cosi essere bene atto, corne sia Condè, et altri che nei governa- 
menti, non si impacciono di nulla, o di poco; et il consiglio che harà 
sempre di casa Guisa senza la quale ei non sarebbe che un huomo col- 
lerico, lo farà sempre stimare per quello che è, et farà apparire le sue 
azioni fatte con discorso et ragione, come deve essere stato questo dis- 
sentimento con Soissone per il Governo di Normandia. 



26. Andréa Cioli au grand-duc de Toscane. Paris, 3 1 juillet 1610(4626). 



I. Marie de Médicis au grand-duc. Paris, i« août 1610. (4729.) 

Mon cousin, 

Le seigneur Don Antonio De Medicis * mon frère m'attouche de si 
près, que J'ay tout subiect de le favoriser et aider en ce qui regarde le 
bien de ses affaires. J'ay appris comme feu mon oncle le Grand-Duc 
ayant ordonné qu'il fust satisfaict de cent mil escuz qu'il luy debvoit, 
vous aviez depuis sa mort commencé à les luy faire paier par mois, ce 
a esté discontinué depuis quelque temps en çà. Je vous ay bien voulu 
faire celle cy en sa recommandation pour vous prier de commander 
qu'il reçoive entièrement la dicte somme dont il a bien besoing pour la 
commodité de ses affaires particulières. J'ay tant pris d'asseurance en 
l'amitié et affection que vous m'avez tousiours portée et faict paroistre 
en tout ce que j'ay désiré de vous que je me promectz que vous aurez 
agréable la prière que je vous en faiz, et d'aultant plus que la chose me 
semble juste et raisonnable. Je tiendray en mon particuHer et singulier 
plaisir le secours qu'il en recepvra de vous. Sur ce je prie Dieu, mon 
cousin, qu'il vous tienne en sa sainte et digne garde. Escrit a Paris le 
premier jour d'aoust 1610. 

Vous savei come je affectionne mon frère Don Antonio. Je vous prie de Luy 
donner contentement de ce qui luy est deuh. 

Votre bone cousine, 
Marie. 



I. Frère bâtard de la reine. 



APPENDICE. 

14. Ammirato au secrétaire d'État. Paris, 

27. ClOLI — — 

27 bis. CiOLi — — 

12. BOTTI — — 

1 3 . BOTTI — — ' 

14. BoTTi au grand-duc. — 

15. Ammirato au secrétaire d'État. — 

28. ClOLI — — 

29. ClOLI — — 

30. ClOLI — — 

15. Botti — — 

31. ClOLI — — 

16. Ammirato — — 

16. Botti au grand-duc. — 

32. CiOLi AU secrétaire d'État. — 

17. Ammirato — — 

18. Ammirato — — 

19. Ammirato — — 

17. Botti au grand-duc. — 

33. CiOLi au secrétaire d'État. — 

18. Botti — — 

20. Ammirato — — 









345 


3 


août 


1610 


. (4622.) 


3 


— 


— 


(4626.) 


3 

9 

10 


— 


— 


(4624.} 


II 
II 


— ~ 


— 


(4622.) 


II 
II 


——" 


___ 


(4626.) 


12 
12 


— 


— 


(4624.) 


14 


— 


— 


(4626.) 


18 


— 


— 


(4622.) 


18 


— 


— 


(4624.) 


24 


— 


— 


(4626.) 


24 


— 


— 


(4622.) 


25 


— 


— 


— 


29 


— 


— 


— 


29 


— 


— 


(4624.) 


29 


— 


— 


(4627.) 


29 


— 


— 


(4624.) 


30 


— 


— 


(4622.) 



3. Marie de Médicis au grand-duc. Paris, 31 août 1610. (4729.) 

Mon cousin, 

Comme la nouvelle que vous m'avez donnée par votre courier de 
l'heureux accouchement de ma cousine votre femme ', m'a esté plus 
agréable qu'aucun autre bon succez qui vous aist peu arriver, j'ay bien 
voulu m'en conjouir avec vous par ceste lettre en vous renouvelîant les 
assurances de la continuation de la bonne volonté que je vous porte, 
et à tout ce qui vous appartient. Vous priant croire que je désire la vous 
tesmoigner par effect, ainsy que vous cognoistrez aux occasions qui 
se présenteront. Je prie Dieu, mon cousin, qu'il vous ayt en sa très 
sainte et digne garde. Escript à Paris le 31™^ jour d'aoust 16 10. 

Votre bonne cousine^ 
Marie Régente. 
Brulart. 

I. Marie-Magdeleine. 



346 APPENDICE. 

34. CioLi AU SECRET. d'État Vinta. Paiis, 4 septembre 16 10. (4626.) 
21. Ammirato — — 5 — — (4622.) 

35. CioLi — — 8 — — (4626.) 

36. ClOLI — — 12 — — — 

37. CioLi au GRAND-DUC DE Toscane. — 12 — — — 

38. CiOLi AU secrétaire d'État. — 13 — — — 

39. CiOLi — — 14 — — — 

40. ClOLI AU grand-duc. — I 5 — — — 

41. ClOLI — — 16 — — — 

42. ClOLI au secrétaire d'État. — i8 — — — 

43. ClOLI au GRAND-DUC. — I9 — — — 
19. BOTTI — — 19 — — (4624.) 



20. BoTTi AU GRAND-DUC DE ToscANE. Paris, I9septembre 1610.(4624.) 

Le trince de Condé a été à Nancy où les princes lui ont envoyé des 
lettres, des messages; ils ont fait par écrit la convention de rester unis 
ensemble. La reine redoute cette ligue secrète qui a pour but de le faire agir 
au gré des princes . Soissons et d' Epernon forment bande à part. Le roi d^ An- 
gleterre a écrit à Guise, son parent, pour lui recommander les hérétiques. — 
Conde vuol ancora in questo la preeminenza et ha affirmato a piu 
d'une che e necessario che tutti questi eretici habbino un capo di- 
chiarato, et che sia cattohco. 

Il duca de Nivers non entrô in questa unione per disgusto, ma 
per esser genero del duca di Umena, et il contestabile suocero ; il 
principe di Conti per esser cognato del duca di Guisa et Sugli suo 
grande amico; et il duca de Buglione per esser parente et amico 
grande del prince di Conde, et TAldighiera tirato da Buglione che 
si imparenta seco, e da Sugli, corne ancora da Crechi suo genero, 
perche doppo la prima unione di questi principi hanno procurato di 
tirare ancora molti sig" principali et uno di questi e stato Crechi et 
infin nella soldatesca che si mando a Giuliers, procurorno d'havere 
dal la loro tutti i capi principali. 

Il miglior modo da romper questa lega ho stimato che sia il pro- 
curar di levarne il duca di Guisa, che si tira dietro, oltre a tutti i 
principi Loreni, Conti, Nivers, e Sugli, come ho detto di sopra. Il 
mezzo da conseguir questo fine, ho creduto che sia che la Regina si 
contenti che la principessa di Montpensiero si possa rimaritare contro 
la promessa che haveva fatta al re morto, quando concluse il matri- 
monio tra la sua figliuolina et il duca d'Orliens, et che il duca di 
Guisa sia aiutato da S. M^-^ a haverla per moglie, come ha sempre desi- 



APPENDICE. 347 

derato, cosi per la sua gran richezza corne per la sua gratia, modestia, 
e bellezza piu che ordinaria et con questo notabil benefizio, il detto 
duca si faccia spiccare con tutto il suo seguito da Conde et altri colle- 
gati, come sara, seguendo questo parentado, che tengo per certo che 
seguira et con questa conditione espressa, perche la Regina non sola- 
mente si contenta, ma ne fa ogni opéra. 

.... Il duca e la principessa si piacciono et si trattengono insieme piu 
hora che mai et il cardinal di Gioiosa suo zio e del quale ella e e herede, 
quando io ce l'ho consigliato, ha mostro di compiacersene particolar- 
mente per liberar la regina dal pericolo di questa lega. 

L'altro miglior modo di romperla e stato di obbligarsi Sugli, che 
puo assai con l'Aldighiera, con Buglione, e con tutti gl'altri eretici, e 
con Guisa ancora; et l'occ^^ di poterlo farc ci e stata grandissima, 
perche essendo in prigione un cassiere d'uno appaltatore, ha scoperto 
per difendersi a un di questi tribunal! che Sugli havessi havute gran 
somme di denari dal suo Padrone; la Regina gli ha potuto salvare la 
roba e la riputazione con fare intendere al detto tribunale che questi 
danari havevono servito per servitio del Re suo marito, e che S. M** 
lo sapeva benissimo, e pero comandava che non si ricercassi altro. 



19 sept. 1610. (4622.) 
— — (4626.) 



22. 


Ammirato au secrétaire d'État Vinta. 


19 


44. 


ClOLI — 






20 


45. 


ClOLI — 






24 


46. 


ClOLI AU GRAND-DUC. 






27 


47- 


ClOLI AU SECRÉTAIRE d'ÉtAT. 




28 


48. 


ClOLI — 






30 


23. 


Ammirato — 






30 


49- 


ClOLI — 






2 


50. 


ClOLI — 




Monceaux 


•: 4 


24. 


Ammirato — 




Paris, 


4 


21. 


BOTTI AU GRAND-DUC. 




Monceaux 


:, 6 


25- 


Ammirato au secret. 


d'État. 


Paris, 


7 


51- 


ClOLI — 




Monceaux 


-. 7 


52. 


ClOLI — 




— 


9 


22. 


BoTTI au GRAND-DUC. 




— 


10 


23. 


BoTTI — 


(2edép.) — 


10 


26. 


Ammirato au secret. 


d'État. 


Paris, 


10 


26 bis. Ammirato — 




— 


II 


27. 


Ammirato — 




— 


12 


24. 


BOTTI — 




— 


13 



— — (4622.) 
2 octobre 1610. (4626.) 

— (4622.) 

— (4624.) 

— (4622.) 

— (4626.) 

— (4624.) 

— (4622.) 

— (4624.) 



348 APPENDICE. 

25. BoTTi AU SECRET. d'État. Monccaux, 13 octobre 16 10 (4624.) 



26. BOTTI AU GRAND-DUC. 




— 


15 — 


— 


— 


28. Ammirato AU 


SECRET. 


d'État. 


Paris, 


I) — 


— 


(4622.) 


29. Ammirato 


— 




— 


20 — 


— 


— 


53. ClOLI 


— 




— 


27 - 


— 


(4626.) 


30. Ammirato 


— 




— 


27 — 


— 


(4622.) 


54. ClOLI 


— 




— 


29 - 


— 


(4626.) 


31. Ammirato 


— 




— 


31 — 


— 


(4622.) 


27. BoTTI au GRAND-DUC. 




Paris, 


ler novembre 


— 


(4624.) 


5 5 . ClOLI AU SECRET. d'ÉtAT. 


— 


2 — 


— 


(4626.) 


56. ClOLI 


— 




— 


9 — 


— 


— 


S7. CioLi 


— 




— 


12 — 


— 


— 


58. ClOLI 


— 




— 


16 — 


— 


— 


59 bis. CiOLi 


— 




— 


17 — 


— 


— 


32. Ammirato 


— 




— 


17 - 


— 


(4622.) 


59. ClOLI 


— 




— 


18 — 


— 


(4626.) 


60. ClOLI 


— 




-— 


20 — 


— 


— 



61. ClOLI AU SECRET. d'État ViNTA. Paris, 21 novembre 1610. (4626.) 

Questa mattina, conforme alla resolutione che hieri accennai nella 
4a lettera, ho parlato al Sig"" Marchese alla presenza dell' Ammirato 
nella maniera che segue per l'appunto. 

« Sigr Marchese, io voglio dir quattro parole a V. S. 111^^ non come 
Andréa Cioli, ma come segretario del Gran Duca mio signore, il cui 
interesse mi muove; et perô Ella mi concédera che per servizio di 
S. A. Serenissa io parli liberissimamente, come son tenuto, et come 
intendo di fare, acciô in un medesimo tempo Ella mi riconosca per 
altrettanto huomo da bene, quanto son vero et fedel servidore dell' 
A. S. )) Et rispostomi egli ch' io gli farei servizio a procéder seco nel 
modo che dicevo, poiché più caro suole haver questo che il parlarsi 
in sua assenza, etc., seguitai di dirgli che essendomi finalmente 
chiarito sopra quali negotii fondava S. S. 111™^ il far riscuotere a 
S. A. il suo credito et il fare anche pagare Zamet, trovavo che i suoi 
trattamenti o erano irriuscibili, o molti lunghi se riuscibili, o poco 
honorevoli se riuscibili et lunghi, et gliele provai con il discorrer 
sopra la vana proposta del Fabbroni ', et sopra il suo negotiare con 

I. Dans ses dépêches du 16, du 17 et du 18 novembre 1610, Andréa 
Cioli avait fait part au secrétaire d'État des mystérieuses propositions 
d'un certain Lcrenzo Fabbroni da Marradi, qui se faisait fort de pro- 



APPENDICE. 349 

Mosset, huomo vile di nascita, et fino a un certo tempo di profes- 
sione ancora, perché é stato sarto et si chiamava prima Montalbano, 
et non tanto stimato per il mestiero che egli fa hora di Partisante; 
che l'andarlo a trovare a casa di notte et di giorno non convenisse 
a un ambasciadore. Et poi anche entrai in ponderargli una buona par- 
tita degli errori et leggerezze commesse da lui nei negotii principali 
et da me scritti nel puro modo che di mano in mano parte ne li intesi 
et parte veduti ; concludendogli infine che con gran detrimento délia 
sua fama, et per conseguenza con pericolo di grave pregiudizio délia 
dignità del Serenissimo Padrone, che più importa, si era gia incomin- 
ciato a parlar contro di lui, et in Corte, et per le case degli Ambas- 
ciadori, et che pero Tavvertivo a pensare a casi suoi, perché io ero in 
obbligo di pensare ai rimedii, et gliene protestavo alla presenza dell' 
Ammirato acciô non potesse mai con ragione dolersi di me in conto 
veruno. Il m.archese, tutto cambiato di colore et di giovialità di volto, 
come V. S. puô credere, quanto ai negotii impresi da lui per far pagare 
il Grand Duca et Zamet, rispose, prima, ch' io ne havevo saputo parte 
ma non tutto; e poi tutto negô et disse che io non havevo potuto 
intendere il vero, perché di giâ la sua proposta era accordata, haven- 
dola concessa la Regina, et approvata Villeroy, il Cancelliere, il Car- 
dinale di Gioiosa, monsign. d'Alincourt, et Monsig. di Piseulx; et 
qui, dicendo io sempre che non havevo punto di fede in quel che 
egli a 19 soldi per lira et a sette ottavi, come egli diceva, teneva per 
fermo, et che ben presto si vedrebbe chi di noi rimarrebbe ingannato, 
perché io non parlavo senza fondamento, occorsero moite repliche dall' 
una banda e l'altra da rimanerne ciascuno piccato, et io fui costretto, 
perché egli mi domando (non voglio uscire dalle parole proprie), se le 
tenevo per « coglione », a dirgli che non Io tenevo per coglione ma per 
huomo da poter fare délie coglionerie quanto un' altro, perché tutti 
gli huomini sono sottoposti a farne, et più si conoscono quelle degli 
altri che le proprie, et che io non mi arrogavo di conoscer le sue, 
ma sentivo che da altri erano state pur troppo conosciute, e almeno 
per tali reputate; et egli punse bravemente me con dire di essersi 
avvisto che, o per invidia, o per malignità, io havessi per maie ch' egli 
tirasse a porto cosi buon negotio. Nel che io riscaldatomi, seben mi 
astenni dal dargli mentita formata, perché non mi si possa mai dire 
che in maniera veruna io habbia nociuto al servizio del Padrone, mentre 
per quello mi metto a fare ciô che forse altro non farebbe, rispon- 
dendogli perô ch' egU era stato il primo ad haver questa opinione di 
me, et ch' ell'era falsissima, gli provai per discarico mio questa falsita 
di sorte che gli convenne in ultimo confessarla, et domandarmene, 
con sommessione, perdono; che tali proprie parole furono le sue. 
Et quanto agli errori et leggerezze nei negotii principali, dette moite 

curer au roi d'Espagne et à la cour de France les moyens de grossir 
leurs revenus. 11 avait remis à Cioli des écritures qui, après examen, 
parurent à ce dernier sans aucune importance. 



350 APPENDICE. 

risposte che per brevità le lascio, et vorrei che altri le raccontasse, 
et solamente questo é necessario ch' io dica, che in scusa di non 
haver servata la segretezza, il che non ha potuto negarrai, per haver- 
gliene io provato con la commemoratione dei suoi ragionamenti a 
tavob et in carrozza, senza guardare che vi fussino foresiieri, corne 
l'Alciati et aliri, disse allora, et anche poi dopo che fummo tornati 
dalla messa, che non a caso, ma per interesse del Sereniss» Padrone 
haveva tenuto quel ragionamenti, perché non voleva che altri, et par- 
ticularmente i Nuntii, si attribuiscono parte délia gloria. Et mi fa 
hora stupire a mostrar di non conoscere l'error gravissimo dell' avcr 
pubblicato per fatte cosi gran cose non fatte; anzi, sempre dicendo che 
egli sa molto bene quel che si fà, voleva che io gli credessi ch' egli 
havesse santificato. Et eccone anche un altra piu grossa : per provarmi 
che non sia stato maie il non tener guardata la segretezza, mi fece 
leggere il decifrato délia lettera scirittagli uhimamente da S. A. con la 
venuta di Silvio, et senza voler far caso délie chiare parole che contro 
di lui vi sono in questo proposito, dove si dice • cosi fosse costà servata 
la segretezza, e simili, si attacca a quelle che nel medesimo periodo 
seguono, dove si tocca (pare a me) la poca fede che ha il Papa nella 
conclusione et altri; et quasi rigettando la colpa addosso a S. A. fa 
questo bello argomento : u Io proposi a S. A. esser bene che per il sud- 
detto rispetto anche nelle Gazzette se ne parlasse, et ciô segui : 
adunque S. A. Io fece fare perché le piacque il mio consiglio. » Oh! 
Dio, voletene più? Io non voglio raccontar' altro perché cerio c'impaz- 
zirei. Et dove é ita la prudenza et la gravita délie negotiationi délia 
serenississima casa de Medicis! Oh sigr Caval« hora so che più che 
mai conosco la perfezzione délia dottrina di V. S. et credono loro 
Altezze di oriovare al lor servitio con il tenerraene lontano? non Io 
credo già io, et perô replico a buona cera che innanzi voglio darmi ad 
altro mestiero, che acconsentire a questo, et fin da hora chieggo 
liceniia. 

Ho fatto la sopra narrata passata con il Sign»" marchese, per conto 
délia quale starô parecchi giorni per la mala via, et per le cagioni spie- 
gate a lui, et anche tocche hieri a V. S. nel fine délia suddetta 4a let- 
tera, et soprattutto perche Loro Altezze non havessino a restar mal 
sodisffatte di me quando io havessi solamente atteso a scrivere senza 
cercare nel medesimo tempo di procurarvi quel remedii che fussino 
stati quà possibili. Et perche questa mira et questo pensiero io Tho 
sempre maggiore, havendo visto che tal mia diligenza non é stata 
bastante perche non ho mai potuto con le mie ragioni convincere il 
sigr marchese inebriatosi nella speranza délia riuscita di quel che 
tratta in questa benedetta materia pecuniaria, che sia bene esseguire 
intanto, per rispetto del tempo che passa, le commissioni reiteratedi S. A. 
come cose che non repugnano aile sue trattationi. Sono stato questa 
sera dal sigr marché Concino per veder se le piaceva di finir di dirmi 
quanto mi accennô hier mattina. et havendomi confidentemente detto 
di haver saputo dalla Regina propria che il signr marchese Botti va 



APPENDICE. 35 r 

hora trattando di far pagare il gran duca sopra le partite casuali, et la 
Poletta, ma che la medesima Regina ha poi anche soggiunto che non 
si puô fare : et anche confermatomi quel che un' altra voira mi disse, 
et che io scrissi costà, se maie non mi ricordo, cioe che il sig"" mar- 
chese non conosce gli humori de Franzesi, et de ministri in partico- 
lare, et molto meno quello délia Regina, mi ha saggiunto hora. Et in 
uliimo rispostomi che io farô bene a parlar di nuovo a S. M^ poiche 
gliene ho chiesto parère per haverne anche 1' aiuto, io son resoluto di 
farlo con il medesimo pretesto pero che Taltra volta feci, che non 
intendo di pregiudicare a quel che meglio per servizio di S. A., et per 
sodisfazzione di S. M^ il signr marchese habbia proposto et tratti, et 
la supplichero a non permettere che hora, nel tempo del suo governo, 
questo servidore di S. A. vada peggio che non e andato fin' hora, 
s'Ella non si compiaccia che vadia meglio. Ma Iddio sa quanto io sia 
travagliaio dal timoré del non errare, et V. S. di gratia habbia pietà di 
me con il levarmi da questo pericolo. Et mi ha detto anche il sigr 
Concino di havere interrogato la Regina sopra la lega con Spagna, et 
che sua maestà gli ha detto che il signr Botti glie ne ha parlato sei 
giorni sono, et non prima, et che non é tempo hora di trattar di 
leghe. Et il signore Iddio ci aiuti. Di Parigi li 21 novembre 1610, etc. 

Andréa Cioli. 



62. Cioli AU secret. d'État Vinta. Paris, 21 novembre 1610. (4626.) 

lUmo mio Signore, 

Habbia, di gratia, pacienza V, S. et supplichi per me i sereniss» Padroni 
ad haverla ancor loro nel sentire per complimento deH'historia quel 
che mi è occorso questo giorno di piu con il signr marchese, con 
il quale perô tuttavia riraango in pace, perché sempre faccio riparo 
alla rottura con il replicare che gli parlo corne Segretario, etc., et che 
come Andréa Cioli gli son servidore. Questa mattina, poco innanzi 
air hora del desinare, arrivati da lui l'Ammirato et io, Io trovammo 
che ei stava aspettando con una lettera in mano del signr Segretario 
Picchena, portata, per quanto afFermô. nella sua venuta, dal Padre 
Stefano. Lesse in essa queste, o poco difïerenii parole : « Vien costa 
il Padre, etc., raandato da madama Serenissima nostra Padrona per 
servizio délia sua causa con Zamet, délia quale porta tutte le scritture, 
et tiene ordine da S. A. di governarsi nello esseguire le sue commes- 
sioni in tutto, et per tutto, secondo il parère di V. S. Illn^^ et non 
altrimenti. » — u Non son gran parole queste (soggiunse poi il Sign"" Mar- 
chese). — Grandissime (risposi io) et in virtù di esse dico hora ch'ella ha 
ragione a farli fare quel che a Lei pare, ma egli, che ha la sua instrut- 
tione di molto diverso tenore, non ha già il torto a mostrar dispia- 
cere che V. S. Illma gl'impedisca le sue operationi, et mérita Iode di 



352 APPENDICE. 

modesto nell' averla obbedito senza aver visto cotesta lettera, si corne 
forse meriterebbe biasimo se doppo haverla veduta non havesse volute 
conformarsi con la volontà di Lei . » Et cosi valsosi il Signr Marchese 
di questa occasione, disse che hieri non si era finito di lavare il bucato, 
et che perô siccome egli voleva per la parte sua finir di dire liberamente 
tutto quel piu che gli occorreva, che cosi desiderava che facessi io, 
acciô non restasse alcuna macchia ne dall' una, ne dalF altra banda : 
<< Io non ho che dir' altro (risposi io) per la parte mia et non ho 
bisogno di far bucato, perché corne Andréa Cioli sono nel medesimo 
grado di suo servidore di prima, et corne segretario del nostro Prin- 
cipe ho detto tutto quello che m'è parso potere importare ail' intente 
di S. A. nel quale, corne taie, dirô anche di mano in mano tutto quel 
più che bisogni, ma confido che non bisognerà, perché V. S. lUm^ farà 
capitale di quanto ho detto. — No, no (soggiunse egli); io so che voi 
direte anchè altro quando haverete sentito me. Has-erei creduto per 
l'amicitia che é fra noi, et per l'affezzione che sapete che vi ho portata 
sempre, per il quai riguardo potete ricordarvi che S. A. scrisse di 
haver mandate quà più volentieri voi, che altri, che voi haveste dovute 
procéder meco d'ahra maniera che non havete fatto, et nondimeno io 
per il medesimo rispetto, et perche ho cara la vostra grandezza, non 
ho volute scrivere a S. A. quel che havrei scritto senz' altro, se altra per- 
sena che voi fosse stata » ; et qui fermosi. — « le non ho che rispondere 
a V. S. lUma^ dissi io, s'Ella non si dichiari meglie »; onde egli dichia- 
randosi soggiunse, « che io havevo mostro seco una peca confidenza, 
et che non essendogli costa celate nulla, io non doveve ciô fare, et che 
se con altri che meco egli havesse havuto a trattare, haverebbe scritto 
a S. A. o che mi desse altr' ordine, e che richiamasse lui; ma che non 
haveva volute farlo per la sudetta censideratione dell' amicitia nostra. — 
Ringratie V. S. Illma délia sua certesissima volontà (risposi ie), ma non 
già deir effetto, perché se ciô EU' havesse scritto, sarebbe stata causa 
del mie ritorno tante da me desiderate; et di gratia facciale, già che 
non l'ha fatto. — Non le veglio fare (diss' egli) perché vi replice che vi 
porto affezzione, et che desidero egni vostro augumento ; et se che 
dalla vostra dimora ve ne potrà venire; et io, per procurarvele, et in 
questa certe et nella nostra, farô per voi tutti gli effitii che vorrete. » 
Anche in questo io le ringraziai délia buena volentà, ma quanto ail' 
efïetto, gli dissi, che non voleve che si affaticasse punto, perché qui 
io non pretendeve nulla, et cestà le mie azzioni havevane a parlar 
per me : « Et prego Iddio (seggiunsi) che viva il Signr Cavalière 
Vinta mie benefattere, perché in tutte le cose ha sempre da essere 
egli il mie unice intercessore et non altri, come infine ad hora e stato. 
— Almene ricenoscete il buen' anime mie (diss' egli). — le Ihe già 
ricenoscinte (risposi), poiché ne ho ringratiataV. S. lUma^ et di nuevo ne 
la ringratie. — Her facciame a dire il vere (soggiunse di pei), non e egli 
devere che un' Ambasciadere, senza père toccare le commessieni del 
segretario, le sappia tutte, non tante per sua reputatiene, quanto per 
peter rimediare a egni disordine che ne potesse nascere, avvenendo che 



APPENDICE. 353 

ciascano di loro s'imbattesse a parlare d'un medesimo negotio ? — Signor, 
no (risposi io), nego questo in tutto e per tuito; ma V. S Illni-^ non si 
affatichi a provarmelo, perche noi non sia'mo in questo caso : Ella non 
e Ambasciadore, o s'EU'è, non è résidente et io non sono segretario 
deir Ambasciata. » Et qui facemmo una buona mischia, perché ad ogni 
modo eg'i volse provarmi la sua proposiiione et con ragioni et con 
essempi, et io sempre a tutto risposi in contrario, ma sempre con 
piacevolezza, sebben talvolta fuor dei termini délia modestia, perché 
sarei stato l'oca se da questi non mi fossi in qualche proposito assai ben 
discostato. « Hor guardate (disse poi egli) se per servizio del Principe 
è ben che TAmbasciadore sempre sappia ogni cosa : se io non havessi 
saputo quell'offerta fatta alla Regina da S. A., sarebbe stato errore. — 
Et io dubito (risposi) che error sia stato che V. S. 111. l'habbia saputa, 
perché attendendo ai negotii gravi, Ella non si sarebbe forse messa a 
imprese irriuscibili con pregiudiiio del servitio, et forse délia dignità del 
serenissimo Padrone. » Per queste parole egli s'incolleri oltre modo, e 
lasciando le lusinghe mi disse aspramente che troppo eroentrato innanzi 
in più cose, et infin neir haver parlato alla Regina sopra quel.... et io 
allora mi sentii tanto alterare che fui quasi per dolermi délia Regina, 
e, confesso il mio peccato, infin mi cadde nell' animo di montare a 
cavallo, et venirmene costà volando, et questo Io dissi a lui con parole 
alte di turbidissimo stomaco, mentre gli risposi che sopra tal particolare 
io non havevo che dirgli, se non che non doveva andar cercando quel 
che mi occorreva dire per servitio del mio Signore a sua maestà, et che 
trattasse d'altro, et che per non sentirlo, mi sarei partito da lui. Ma 
ad ogni modo egli, rasserenando il volto, et raddolcendo le parole 
volse, giucando, raccontarmi in che modo egli havesse inteso quelle 
dalla maestà sua, perché Ella, parlandole esso ultimamente per altri 
affari, gli disse, quasi scusandosi : « Marchese, io non dicevo che.... 
ma che fosse bene per quel mio servitio scriverne a S. A. per trattener 
quel vecchio. » Et perché egli le domando a che eflfetto la M. S. ciô 
gli dicesse, disse che gli rispose : « Perché il Cioli mi ha detto quesio e 
questo. » Et cosi voleva pur farmi confessare che io havessi di tal pro- 
posito parlato alla Regina; ma altro da me non potette mai cavere, 
se non ch' io non volevo rispondergli nuUa sopra di ciô ; et qui fini 
per allora il ragionamento, al quale fu insino ail' ultimo présente l'Ara- 
mirato, comme all'altro; et al principio si trovô ancora il Sign"" Brac- 
cio Michelozzi, che era seco quando noi arrivammo. Et ce ne andammo 
a desinare doppo che la vivanda era staia più di mezz' hora in tavola. 
Et vi fu anche un'altra cosa di notabile, quando egli disse che a lui 
costà non si celava nulla, perché, entrato nella fede, voleva provarmi 
di haverne più di me : et io gli dissi che scambiava i termini, perché 
maggior confidenza ché in me potevano ben' havere in lui i Serenissimi 
Padroni, et che ciô era dovere; ma che quanto alla fede, né egli, né 
huomo poteva già haverla maggiore di me nel servitio loro, et che io 
mici farei ammazzare; il che alla fine accordô senza haver potuto far 
sossistere le ragioni chè mi addusse délia sua più lunga servitù, et 

23 



354 APPENDICE. 

deir esser nato per madré de Mcdici. Mi chiamô poi doppo desinare da 

una finestra del suo più segreto gabinetto, montre io volevo nel 

cortile montare a cavallo per andare a Lovere, et a solo solo, con 

una bellissima arte piena di lusinghe, con le quali mi trattenne due 

lîore, pensô di stirarmi dalla sua, ma non gli riusci, perché sempre io 

tornavo sulla medesinia distintione di come Segretario et corne Andréa; 

et lodando detta sua arte, gli andavo dicendo che Tammiravo, ma che 

non credesse già di vincermi con essa, perché la conoscevo, et potetti 

accorgermi che il suo fine era di cavarnil di bocca in che maniera, con 

che ordine, et con quale spirito io havessi parlato alla Regina per conto 

del...., et se io dovessi dir'altro sopra di ciô a S. M» : ma io sempre 

dissi di non potergli risponder nulla sopra tal proposho, et in fine 

tagliai il filo a ogni sua lusinga d'offerte et di promesse, et Io chiarii 

aff^atto in questa maniera, perché dettomi egli che io potevo ricever 

più giovamento per la mia grandezza dalle sue relationi in scritto 

et in voce, che dallo stare in sul rigore délie azzioni, io gli risposi, 

che piuttosto haverei eletto infin di perdere la servitù di loro Altezze 

con il non allontanarmi punto dal mio debito, che diventare il primo 

di cotesta Corte in virtù délia sue relationi, sempre che non havessi 

havuto a servir come dovevo : ma che le sue relationi non harebbono 

mai potuto se non giovarmi, perché, stante la sua bontà, egli non 

harebbe mai referito se non il vero, et io haverei procurato che il vero 

fosse stato sempre buono ; et cosi farà al certo. Et con questo mi licen- 

tiai, lasciandolo poco sodisfatto, et molto sospeso, ancorchè per levar- 

migli d'attorno mi convenisse promettergli di non scriver nulla costà 

di questi avvenimenti, che neanche egli ne haverebbe scritto : la quai 

promessa mi da ben molto pensiero. Et a V. S. faccio reverenza, mentre 

humilissimamente me inchino, etc. 

Di Parizi, li 22 novembre 1610. 

Humil., etc. 

Andréa Cioli. 



33. Ammirato AU SECRÉTAIRE d'État. Paris, 21 novembre 16 10. (4622.) 



4. Marie de Médicis au grand-duc. Paris, 22 novembre 1610. (4729.) 

Mon cousin. 
Le désir que mon frère, le S'' Don Antonio de Medicis a tousiours 
eu de demeurer auprès de vous a esté plus tost la cause de ce qu'il 
n'aie pas accepte le gouvernement de Sienne avec la qualité de vice 
Duc, que non par aucun manquement de respect, et du service qu'il 
vous doibt. Vous me mandez par la lettre que vous m'avez escritte, en 
reponce de cel^e que je vous avois auparavant faicte en sa recomman- 



APPENDICE. 



35 



DD 



dation, l'ordre que vous avez donné pour estre entièrement paie de 
tout son revenu qui peult monter par an environ quarante mil escus. 
Je vous faiz ceile-cy pour vous en remercier de sa part et de la mienne, 
et vous prie en continuant ceste bonne volonté en son endroict de luy 
faire raison du reste de cent mil escus qui luy sont légitimement deubz 
par feu mon oncle le grand-duc de Toscane. Vous sçavez combien en 
cela sa demande est juste et considérable pour les advantages qu'il a 
volontairement faictz a vostre maison. C'est pourquoy je m'asseure 
qu'y joignant si estroictement mes prière et recommandation envers 
vous comme je faiz, vous luy donnerez contentement en ceste affaire. 
Sur ce, etc. 
Escrit à Paris le 22'^ jour de novembre 1610. 

Votre bonne cousine, 
Marie. 



63. 

64. 
65. 
66. 
67. 

34. 
68. 
69. 

70. 

71- 
72. 

73- 
35- 
36. 

74- 
37- 
75- 

38. 

76. 

77- 
78. 

28. 

39- 
40. 



CiOLi AU SECRÉTAIRE d'État. Paris, 25 novembre 1610.(4626. 



ClOLI 

ClOLI 

ClOLI 

ClOLI 

A.MMIRATO 

ClOLI 

ClOLI 

ClOLI 

ClOLI 

ClOLI 

ClOLI 

Ammirato 
Ammirato 

ClOLI 

Ammirato 

ClOLI 

Ammirato 

ClOLI 
ClOLI 
ClOLI 
BOTTI 

Ammirato 
Ammirato 



25 — — 

26 — — 

27 — — 
4 décembre — 

7 — — 

10 — — 

10 — — 

12 — — 

13 — — 
16 — — 



(4622.) 
(4626.^ 



17 
21 

25 — - 

31 — - 

3 janvier 161 1 

4 — - 
4 — — 
6 — — 

9 — — 

10 — — 

16 — — 

17 — — 
23 — — 



— — (4622. 



(4626.) 
(4622.) 
(4626.) 

(4622.) 
(4626.) 



(4624.) 
(4622.) 



356 APPENDICE. 



BoTTi AU GRAND-DUC DE ToscANE. Paris, 29 janvier 1611. (4624.) 

.... Quando vennono le lettere di Spagna che le Maesta Cattoliche 
avrebbon data la primogenita Infanta per questo Re, la Maesta délia 
Regina ne fece tanta festa, che io restai stupito, et mostro di maravi- 
gliarsi assai, che risolvessero a dare la primogenita Infanta, et mi 
disse S. M. che ne era stata sempre come innamorata, et che perô la 
teneva ritratta nel suo gabinetto come iô haveva visto. Nondimeno poi 
quando io ho fatto instanza délia resoluta risposta di S. M. da mandarsi 
in Spagna, et da stabilire, per quanto si possa hora, la effettuazione di 
questi reciprochi matrimoni m'e stata differita con dirmi che bisogna 
aspettare che Suisson torni di Normandia, et Condc da Valéry et che 
questo si riconcilii con la Regina et poi guarisca. Et poi essendosi la 
Maesta délia Regina sentita maie per dolor dei denti è stata per molti 
giorni invisibile et poi ci e stata la scusa di vedere prima accomodate 
le discordie fra questi Principi et ho sempre dubitato, et dubito che 
questi Principi medesimi et altri loro aderenti che non senton volentieri 
questa unione con Spagna ci habbiano interposti malignissimi offizi. 

Altre et simiH malignita havevano di maniera spaventato la Regina, 
et questi ministri che io ho avuto a perdere la patienza a ridurre questo 
negozio nel buon terlnine di prima, et se non fussino state certe avver- 
tenze, che Iddio mi inspiro non mi sarebbe riuscito almeno per un 
pezzo, et forse mai perché non si poteva andare innanzi, ma si sarebbe 
tornato adietro, senza assicurare questi sospetti, et non si potevano 
assicurare, se non con queste avvertenze, una délie quale fu, che havendo 
io tentato l'Ambasciatore di Spagna se sottoscriverebbe la scrittura 
segreta se fusse bisognato, senza altro ordine di Spagna, et avendomi 
detto di no, mi risolvei nello scrivere al duca di Lerma per accennare 
in che termine stava il negozio, accio non si sdegnasseno di dire 
ancora a S. E. che sarebbe stato bene per ogni caso, che potesse succe- 
dere, che quando io havessi ottenuta faculta dalla Regina per V. A. di 
poter domandar l'Infanta, che fusse qui una dichiarazione a Don 
Innico di poter ricevere questa domanda in nome del Re di Spagna, et 
sottoscrivere, bisognando la scrittura segreta, in nome di sua Maesta 
cattolica, con promessa che sarebbe ratificata in termine di tanti giorni, 
et essendo venuto questo ordine a Don Innico, ne detti conto a Villeroi 
che ne fece gran festa, e mi disse che io farei bene a dirlo subito alla 
Regina siccome feci, et repilogando a Sua Maesta tutte le ragioni délie 
altre volte. 

Mi parve di iasciare sua Maesta molto ben persuasa, ma non ne 

cavai astra risoluzione se non che io facessi il medesimo discorso con 
Villeroy e poi darebbero risposta, la quale fu che senza una lega defensiva 
non si poteva trattare di... in questi tempi, et questa fu l'altra avver- 
tenza che mi er". sovvenita. Questa unione, mi pare con la mia patienza, 



APPENDICE. 357 

et in sustanza di avère ridotto il negozio nel buon termine di prima, 
et di vedere la Maestà délia Rcgina più disposta che mai, se non 
m' inganno, a non si lasciar più prolungar da questi ministri, et che 
si venga alla stipulaziône del contralto almeno segretamente. Solo 
Villeroy propone pcr ultimo, che non si debba passar più avanti con 
obblighi finchè non sia stata fatta l'asscmblea delli Eretici, che si ha 
a fare ora di corto, per non somministrare loro occasionc, et materia 
di maggior sospetti, et di maggiore macbinatione, et opposizione. 
29 janvier 161 1. 

Matteo Botti. 



5. Marie de Médicis au grand-duc. Paris, 27 janvier 1611. (4729.) 

Mon cousin, 

Je n'ay pas voulu que le seigneur Andréa Cioli votre secrétaire soit 
retourné vers vous sans porter nouvelles assurances de la bonne 
volonté du Roy monsieur mon filz, et de la mienne, de la continua- 
tion de laquelle je vous prie faire auctant d'estat comme nous 
avons de confiance en la votre ainsy que j'auray plaisir de vous faire 
cognoistre par effect aux occasions qui s'en présenteront : priant Dieu, 
mon cousin, etc. 

Escript à Paris, ce 27°^^ jour de janvier 16 11. 

Votre bien bonne cousine, 

Marie, Régente. 

Brulart. 



30. Botti AU grand-duc. Paris, 29 janvier 1611. (4624.) 

41. Ammirato AU secrétaire d'État. — — — (4622.) 

42. Ammirato — — i«'" février — — 

43. Ammirato — — 3 — — 

44. Ammirato — — 4 — — — 

45. Ammirato — — 8 — — — 



6. Marie de Médicis AU grand-duc. — 13 février 1 611. (4729.) 

Mon cousin, 

J'ay par plusieurs fois escrit a ma tante la Grande-Duchesse de Tos- 
cane pour la prier de s'emploier avec affection a ce que mon frère le 
Seigneur Don Antonio de Médicis fust paie et satisfaict tant de ce qui 



358 APPKNDICE. 

luy reste deu des cent mil escus qui auroient esse mis a son proffict en 
la trésorerie par feu mon oncle le Grand Duc de Toscane, que de trois 
mil escus qui luy doibuent estre baillez, sa vie durant, par chacun an 
suivant la donnation qui luy en auroit este faicte : et d'autant que Je 
me promectois en ses affaires là quelque bonne issue a son contente- 
ment, dont n'ayant jusques icy recongneu (a mon grand desplaisir) que 
des paroles sans aucun effect, j'ay eu recours pour vous prier qu'en ma 
recommandation, et usant envers mon dit frère de votre bonté et bien- 
veillance accouttumee, vous l'assistiez et gratiffiez en caste occasion, 
le faisant sortir entièrement de ce qui luy est deub si légitimement, 
tant du reste des dicts cent mil escus, que de sa dicte donnation de 
trois mil escus par an, luy faisant aussi ordonner la récompense qui luy 
a esté îousiours promise pour ses deux pallais de Pise que vous déte- 
nez, et qui luy appartiennent, vous assurant que comme j'ay tout 
subiect de procurer et embrasser la commodité de mon dict frère, et 
l'avandcement de ses affaires particulières (m'attouchant de près comme 
il faict), je ne puis recevoir chose plus agréable que le plaisir du 
secours et du bien qu'il espère en cela de votre faveur, lequel outre ce 
qu'il y a beaucoup de justice et de considération pour son regard, je le 
recognoistray en toutes occasions par toute sorte d'amitié et de bien- 
veillance. Sur ce je prie Dieu, etc. 

Escrit a Paris le 13*^ jour de febvrier 161 1 . 

Votre bonne cousine^ 
Marie. 



46. Ammirato AU SECRÉTAIRE d'État. Paris, 15 février 161 1. (4622.) 

31. BOTTI AU GRAND-DUC. — l6 — — (4624.) 

47. Ammirato AU SECRÉTAIRE d'État. — 19 — — (4622.) 

48. Ammirato — — 26 — — — 

49. Ammirato au grand-duc. — 28 — — — 



7. Marie de Médicis au grand-duc. Paris, 28 février 161 1. (4729.) 

Mon cousin, 

Je vous escris celle cy en faveur du Sr Jehan Vectori gentil- 
homme florentin le quel s'estant acquis une grande expérience aux 
affaires publiques, et d'ailleurs estant d'une bonne et ancienne maison 
et famille, mérite estre emploie en l'une des meilleures et principalles 
charges de votre Estât, vous priant pour cest effect le vouloir promou- 
voir et honorer de la dignité de sénateur Florentin a la première occa- 
sion ou s'en présentera. Et voulant croire qu'il s'acquittera bref digne- 



APPENDICE. 359 

ment de ceste charge pour le bien de vostre service, et a vostre conten- 
tement, c'est pourquoy je le vous recommande d'autant plus volontiers 
tant pour sa considération particulière, que pour les bons services que 
les siens ont cy devant rendus a cest Etat. Sur ce Je prie Dieu, etc. 
Escrit a Paris le dernier jour de febvrier 161 1. 

Votre bien bonne cousine, 
Marie. 



8. Marie de Médicis au grand-duc. Paris, 2 mars 1611. (4529.) 

Mon cousin, 

Sur la prière qui m'a esté faicte par aucun de mes serviteurs que 
j'affectionne grandement en faveur de Cezar de Medicis de Milan Flo- 
rentin, je vous faiz celle cy pour vous prier de l'avoir en toute bonne 
et favorable recommandation et luy despartir de vos grâces et faveurs 
aux occasions qui se présenteront de delà pour son advancement. Il est 
homme de mérite lequel se rendra digne par ses services de participper 
a vos bonnes grâces, ce qu'en mon particulier, je recevray de vous a 
singulier plaisir. Priant Dieu, mon cousin, qu'il vous ayt, etc. 

Escrit de Paris le 2*^ jour de mars 161 1. 

Voire bien bonne cousine^ 
Marie. 



32. BoTTi AU grand-duc. Paris, 2 mars 1611. (4624.) 

50. Ammirato au secrétaire d'État. — 3 — — — 

51. Ammirato — — 4 — — — 

33. Botti au grand-duc. — 5 — — (4624.) 

52. Ammirato au secrétaire d'État. — 7 — — (4622.) 



I, Léonora Galigaï Concini a Cioli, secrétaire du grand-duc. 

Paris, 10 mars 1611. (4622.) 

La lettre débute par quelques formules de compliments et poursuit ainsi : 

Sono più mesi ch' io pregai il Sig. Cav. Vinta di fare ufficio caldis- 
simo con Loro AA. Sereniss. in mio nome affine che si contentassero 
diprovedere di alcuno buono benefizio ecclesiastico Prête G. B. Fioretti 
fratello d'un'Ulivieri ail' hora mio servitore, et so che per questa mia 
instanza il detto prête haveva quasi che havuto promessa che sarebbe 
stato gratificato del primo benefizio vacante," sino allô sperare un cano- 



360 APPENDICE. 

nicato di Santo Lorenzo. Hora essendo uscito di casa mia il detto Oli- 
vieri, ricompensato più che sufficientcmente délia servitù che m' ha 
reso, ho giudicato che cessando la causa di questa mia raccomandatione 
era molto giusto l'impedirne anche l'effetto. Pero ho voluto pregare 
V. S. corne faccio con la présente, adiré al Sigr. Cav. Vinta in mio nome, 
che mi fara molto favore a non parlare più a loro A. A. per questo 
rispetto in bénéficie di detto prête, ma operare che egli non habbia 
punto più d'avantaggio per la passata mia raccomandatione che s'io 
non gliene havessi mai scritto cosa alcuna, essendo molto ben ragio- 
nevole che s'io devo importunare li Patroni per servitio d'altri, lo faccia 
per quelli ch' io affettiono, non per quelli che non ho causa particolare 
di amare, e che non m'appartengono più in conto alcuno. Ho voluto 
fare questi due versi anco a V. S. per maggior sicurezza perché certo 
haverei dispiacere che costoro m'impedissero di poter supplicare Loro 
A. A. per qualche altra persona che mi fosse più accetta. 



9. Marie de Médicis au grand-duc. Paris, 14 mars 1611. (4729.) 

Mon cousin. 
Le S»" de Freschines qui m'est recommandé pour plusieurs bonnes 
considérations ayant besoing de votre auctorité et permission pour 
former action, saisir es mains de vos trésoriers, et poursuivre partout 
ailleurs en justice les prétentions qu'il a contre feu Auduin de Thurin 
son débiteur, tant sur les deniers consignés sur le mont de Florence 
qu'ez mains de votre dépositaire au bourg St Sepulchre provenuz des 
biens et succession du dit Thurin, Je vous prie luy accorder ce qui 
dépendra de vous en cest endroit, comme j'aurai tousjours à plaisir 
de tenir la main que le Roy monsieur mon fils fasse en faveur de vos 
subjetz qui me seront recommandez en pareils cas. Je prie Dieu, etc. 
Hscript à Paris le 14* jour de mars 161 1. 

Votre bonne cousine. 

Marte, Régente. 

Brulart. 



53. Ammirato au secrétaire d'État. Paris, 15 mars 1611. (4622.) 



10. Marie de Médicis au grand-duc. Paris, 21 mars 1611. (4729.) 

Mon cousin. 

J'ai tant de satisfaction et de contentement des bons services que 
S"" Attilio Guerini a renduz depuis longtemps près de moy en la charge 



APPENDICE. 



36l 



de l'ung de mes chappelains, que je vous ay bien voulu faire celle-cy 
en sa faveur par l'occasion de son retour à Florence où il est appelé 
pour pourvoier à quelques siennes affaires particuliers qui lui importent 
de delà, pour vous prier de l'avoir en toute bonne et favorable recom- 
mandation, et le vouUoir en ma considération gratiffier de la première 
chanoinie et prébende qui viendra à vaquer en l'église de St-Laurent 
du dit Florence, m'asseurant que comme il est personne remply de 
piété et bonne vie, il scaura dignement desservir ceste charge, et outre 
l'obligation qu'il vous aura de ceste grâce, vous ferez en cela chose 
qui me sera fort agréable. Priant Dieu, etc. 
Esaript de Paris le 21^ jour de'mars 161 1. 

Votre bien bonne cousine, 
Marie. 



54. Ammirato au secrétaire d'État. Paris, 21 mars 161 1. (4622.) 

55. Ammirato — — 23 — — — 



II. Marie de Médicis au grand-duc. Paris, 13 mars 161 1. (4729.) 



Mon cousin, 

Les bons et signalés services qu'ont cy-devant rendus a votre estât 
ceulx de la maison de Bardi et l'affection particulière que le S"" Alberto 
de Bardi leur nepveu à l'imitation de ses prédécesseurs vous a en par- 
ticulier et a tous ceulx de notre nom, me donnent avec la recomman- 
dation qui m'en a este faite par aucuns de mes plus spéciaux serviteurs 
en sa considération tout subject de le porter au juste désir et a l'in- 
clination qu'il a d'estre appuyé, et emploie auprès de vous. C'est 
pourquoi je vous escris celle-cy en sa faveur pour vous prier de le 
vouloir grattifier et honorer de la charge de premier escuyer qui est 
maintenant a pourvoir en votre maison, et outre que vous ne pouvez 
faire choix de personne qui ayt plus de congnoissance et de capacité 
pour l'exercice que luy, je sçai qu'il s'en acquittera avec tout l'honneur 
et la satisfaction que vous pouvez en cela demander d'ung bon et fidel 
serviteur, lequel et les siens vous obligerez de recognoistre cette grâce 
avec tout le respect et l'obéissance qu'ilz doivent; et moy je la tiendray 
comme faicte à moy mesme, avec une entière volonté de m'en revan- 
cher aux occasions ou vous me voudrez employer pour votre contente- 
ment. Sur ce je prie Dieu, etc. 

Escript de Paris, le 23*^ jour de mars 161 1. 

Mon cousin, je vous recommande le 5'' Bardi : il est homme que faffec- 
tienne grandement et qui fera dignement la charge chi vi demande. 

Votre bien bonne cousine, 
Marie. 



362 APPENDICE. 



I. Orso d'Elci au grand-duc. Madrid, 25 mars 161 1 •. (4624.) 

La regina chrisiianissima mi ordinava che io procurassi tre cose : 
la prima che al Sig"" don Innico de Cardenas si confirmasse il potere 
che gia haveva di sottoscrivere quelle scrittura segreta subito ché S. M. 
Crisiianissima havesse fatto domandare questa Sig-^ Infanta per il re 
suc figliuolo ; la seconda che S. M^ Cattolica si contentasse di con- 
cludere una lega defensiva solamente per dieci o dodici anni, con 
l'obbligo che l'una Corona difendesse li stati dell' altra con seimila 
fanti et mille dugento cavalli pagati; et la terza, che da questa banda 
et da quella di Francia unitamente, si procurasse che il Sigr. Duca di 
Savoia licentiasse le armi che tiene. Con queste lettere del Marchese 
fui subito a visitare tutto il consiglio di Stato, et pariicolarmente il 
Sigr Duca di Lerma, al quale meglio che seppi rappresentai la conve- 
nienza di tutti tre quesii punti, et trovai che S. E. era informata 
d'ogni cosa minutamente per il corriero ch'era arrivato il giorno 
innanzi, spedito da Don Innico. Quanto al primo articolo restammo 
facilmente d'accordo, dicendomi il Sig"" Duca che la poca constanza, et 
le moite difficultà trovate dalla parte di Francia, havevano obbligato 
S. M. Cattolica a sospendere il potere a Don Innico, ma che hora, 
vista la buona dispositione délia Regina, et la resolutione di conclu- 
dere questi matrimonii , si tornerebbe a confermargliene di nuovo. 
Quanto al secondo délia lega, mi disse come per moite ragioni desi- 
derava S. M. Cattolica, che fusse anco offensiva; ma replicando io a 
S. E. che in questo non poteva venire la Regina di Francia per essere 
una dichiaratione troppo pericolosa nel tempo présente, et che non si 
doveva richiedere a S. M. Cristianiss^ cosa che non la potesse conce- 
dere senza vedersi in travagli , gli soggiunsi ancora che nemmeno 
al Re Cattolico conveniva per adesso fare altra lega che defensiva per 
alcuni respetti che rappresentai ail' hora a S. E. de quali mostro di 
restare cosi sodisfatto , che mi promesse volerne parlare con il Re, 
dandomi assai buona intentione del successo; sopra il terzo, di far 
disarmare il Sigr Duca di Savoia, et di assicurare i Franzesi dal sospetto 
che quel Duca fusse per havere Tassistenza di Spagna, mi disse S. E. 
che io certificassi la Regina Cristianissima da parte sua, che Savoia 
non solo non haverebbe mai aiuto, ne fomento alcuno da questa parte, 
ma che se gli ordinerebbe ancora che disarmasse et vivesse come con- 
viene. Doppo questo, diedi conto al Sig"" Duca di quello che V. A. 
mi haveva scritto con l'ultime sue lettere de 25 di febbraio, et di quel 
ch' Ella haveva operato con la Regina di Francia per indurla a effetuare 
questi matrimonii con soUicitudine, afferraando a S. E. che questo era 
stato il terzo corriero che V. A. haveva spedito a Parigi per rimos- 

I. La copie de cette dépêche avait été envoyée à Matteo Botti, à titre 
de renseignement; on y trouve des détails très complets sur la négo- 
ciation des mar'ages espagnols à Madrid. 



APPENDICE. 363 

trare a quella Regina il frutto di questa santa unione et il pericolo 
dello indugio; del quale offitio di V. A. et del suo cordialissimo zelo 
verso il ben pubblico resté il Sig»" Duca di Lerma edificato assai; et 
mostrô S. E. et il Sig^ Don Giovanni Idiaches di riconoscere in buona 
parte da questi ricordi dell' A. V. la resolutione che haveva presa 
S. Ma Cristianissa di concludere fïnalmente questi matrimonii. Nelli 
altri Signori di stato veddi la medesima inclinatione di soddisfare alla 
Regina in quel che S. M^ domandava, et specialmente li lasciai ben 
persuasi, corne la lega non convenisse a nessuna délie Corone farla 
altro che defensiva, per hora, et sopra ognuno di questi tre casi. 



2" Il Sigr Arostichi et altri del Consiglio mi scopersono liberamente 
la resolutione del Re, et quel che si fusse ordinato a Don Innico, che 
in sustanza e, che de casamenti si faccino due scritture segrete, con la 
firma di Don Innico et di Villeroi, rimettendosi quanto aile condi- 
tioni matrimoniali a quel che si accordera nelle capitulationi pubbliche : 
che intorno al nominarsi nelle suddette scritture, prima il Re Cristia- 
niss. o il Cattolico, si osservi che in quella che haverà a venire in 
Spagna si ponga prima il Cattolico, et in quella che doverra restare 
in Francia il Cristianissimo ; che sopra certi scrupoli et puntigli che 
nascivano tra il sigr Don Innico et i Ministri di Francia intorno a 
queste scritture, si dia soddisfattione alla Regina; che, accordato il 
disteso délie scritture segrete, et firmato corne si è detto, dispacci Don 
Innico unitamente et di concerto con la Regina Cristianissimà un 
corriere in Italia a darne conto al Papa, perché insieme con V, A. 
intervenga nelle capitulationi, come già stà concertato che le suddette 
capitulationi si faccino per maggior contento délie parti, una in Madrid 
et l'altra in Parigi, con l'intervento dei Nuntii et ambasciadori di 
V, A. et che, quanto al tempo, piacerebbe a S. M^ CattoHca, che 
seguisse quanto più presto. 

Che in proposito délia lega si contenta il Re di Spagna che si faccia 
defensiva come desidera la Regina; et che quanto al Duca di Savoia, 
S. M. Cattolica ha deputato Don Diego de Acugna che vadia a Turino 
a portar lettera et ambasciata di S. Ma per quel Duca, in che gli 
ricorda l'obbligo che tiene in virtù delli accordi, et capitulationi, che 
ha con Francia, di non molestare quel che tocchi direttamente o indi- 
rettamente a quella Corona; et che facendo altrimenti, S. M. Cattolica 
si dichiara di volere essere dalla banda del giusto, et contro chi volesse 
innovare et inquietare la pace publica; et finalmente ammonisce il 
Sigr Duca sudetto a tenere tanto rispetto aile cose di Francia quanto 
a quelle di questa Corona. Nel medesimo tempo ha scritto anco il re 
Cattolico di sua propria mano alla Regina Cristianissimà assicuran- 
dola del buono animo suo et del desiderio che tiene di vivere in 
buona pace et unione con la Regina di Francia; et che il Duca di 



304 APPENDICE. 

Savoia non havera mai da questa parte assistenza alcuna, che possa 
arrecar noia o dispiacere a S. M* Cristianiss*. Et quella lettera mi 
dicono essere stata scritta con fine, che, volendo, la Regina la possa 
anco mostrare al suo consiglio, o a chi altri bisogni, per farli certi 
délia certa intentione con che si cammina dalla banda di Spagna. 
Qjaesta è tinta la somma délia resolutione presa dal Re Cattolico, 
et data a Don Innico perche la significhi a S. M^ Cristianis^, délia 
quale, per quel che rimira il benefitio publico, doviamo dare gratie 
a Iddio, et rallegrarcene con tutta la Cristianità, che per mezzo 
di questa congiuntione potrebbe godere una pace di molti anni; ma 
quel che tocca al particolare interesse nostro, et alla reputatione 
di V. A. poteva bene S. M^ Cristianiss-'», a mio parère, honorarci un 
poco più, constituendo V. A. suo procuratore a domandare questa 
Infanta a essempio del Re Cattolico, et non insistere, come ha fatto, 
che si mandi faculta a Don Innico di sottoscrivere subito la scrittura 
segreia de matrimonii, perché, spedito questo, sarebbe poi cosa vana 
il domandare in parola al Re Cattolico, quel che già la M. S. havesse 
conceduto, et promesso per scrittura. Et io l'ho avvisato al marchese 
perché vi stia avvertito. 

A quel che io ho scritto altre volte a V. A. havera potuto com- 
prendere come di questa lega che si tratta trà le due Corone non 
toccava a me di essere il primo avvisarla ail' ambasciadore, poichè fu 
proposta fin del mese di dicembre dalla parte di Francia, et di qua si 
rispose che si entrerebbe in lega offensiva et non altrimenti; et per 
questo si mando ordine a Don Innico di firmarla. Il che non sodisfa- 
cendo a S. M. Cristianissiraa pose di mezzo il Nuntio apostolico, perché 
il Papa si affaticasse a persuadere una lega solamente defensiva, et alla 
fine ne dovette parlare anco col marchese Botti perché da tutte le parti 
si facesse quel medesimo offitio. L'ho voluto dire a V. A. perché veda 
che li avvisi primi ne dovevano venire da Parigi, etc., etc. 



5$. Ammirato au secrétaire d'État. Paris, 29 mars 161 1. (4622.) 

34. Botti au grand-duc. — 5 avril — (4624.) 
56. Ammirato au secrétaire d'État. — 6 — — (4622.) 

35. Botti AU grand-duc. — 6 — — (4624.) 

36. Botti au secrétaipe d'État. — 6 — — — 



37. Botti au grand-duc. Moret, 9 mars 1611. (4624.) 

Ottenuta la resolutione de parentadi, et fatta la speditione di S. 
Romanino in Spagna, et di Berto in Italia, cominciai a procurare che 
non si allungasse il complimento, che fino alla consecratione del re si 



APPENDICE. 365 

era trattenuto per servitio di V, A., et di poi per gusto délia Regina, 
et perche Villeroy si prese cura di farmi sapere quando la Regina si 
risolvesse à questo, me ne stetti à bada sua fino appresso al tempo délia 
partenzz.i di S. M. per Fontanableo, con ricordargliene ogni tanti giorni; 
et perche neU'uhimo mi disse, che sarebbe stato molto meglio di aspet- 
tare al ritorno di Fontanableo, non ci haverei fatto altro, se non havessi 
visto, che V. A. haveva caro, che si facesse quanto prima, parendole 
forse ancora, ch'io havessi gusto nel difFerire, come se lindugio mi fosse 
stato di qualche profitto, ô come se io non havessi supplicato V. A. piu 
d'una volta à comandare, che ci fussino le lettere, et la commissione 
subito doppo la consecratione del re. Perô feci un pô di diligenza con 
S. M., et con Villeroy, come sa in parte l'Ammirati, acciô che questo 
complimento si facesse innanzi che lor MM.partissino, et si ridusse questa 
resolutione tanto ail' estremo, che se Bonoglio, à chi fu rimesso il 
pigliarne Tultima commessione non fosse stato molto amorevole et 
diligente, non sarebbe forte riuscito, come avvenne Tultimo giorno innanzi 
alla partenza di lor M. M. per Fontanableo, ma certo che l'indugio fu ri- 
compensato dall' honorevolezza, poi che fui ricevuto separatamentedel re 
et dalla regina con tutte le guardie spiegate fino a canti fuor del Lovere 
et fu data commissione al cavalière d'honoré délia regina che mi venne 
a levar di casa et a raccompagnare d'ordine di S. M, et a tutti gli altri, 
che mi dessino dell' Ecc^», cose che non si son fatte sin' ad'hora doppo la 
morte del re, se non ad Amb" regii. Le udienze furono nobilissime, poi 
che furono piene di principi,et principesse, et d'infinito numéro di dame, 
et di cavalieri; quella del re con amorevoli abbracciamenti et con esser 
fatto coprir subito secondo il solito, se bene con privilegio d'essere il 
primo ricevuto da S. M^a senza l'assistenza di nessuno, che gli aiutasse 
à rispondere, et lo fece in tal maniera, che fece stupire ogn'uno, et me 
in parfe^ che pure gli ho parlato tante volte. S. M^a ancora se ne com- 
piacque assai, poi che mentre che io calai abbasso in certe stanze, per 
ritornar poi dalla regina, corse da lei à pregarla, che s'informasse, come 
si era portato, mostrando di esserne molto allegro. L'arrivo alla corte 
fu honorevolissima. per essere stato con moite carrozze, et molti Gentil' 
huomini, fra i quali ci fu il marchese di Trinello, et il Conte del Frescio, 
che un pezzo prima havevano procurato d'esserne avvisati tutti i gen- 
til'huomini délia natione, quelli che sono in mia compagnia, et quelli, 
che sono al mio servitio, oltre a venti fra paggi, staffieri, et lacche, 
tutti vestiti à bruno di panni fini, quando vennero le lettere et in parte 
rinovati hora, accio che paressino interamente nuovi ; et la regina ha 
havuto tanto gusto di questa gran magnificenza che ne hà parlato piu 
volte à piu persone, e à me in particolare, mostrandone notabil sodis- 
fazzione, et contento, et da ogn'i uno sene e fatto rumore et applauso, 
et particolarmente da Mons^^ nuntio, et dalT Ambr»^ di Spagna, che son 
venuti subito à visitarmi. L'udienza délia Regina fu ancora molto da 
piacere, perche doppo poche parole ma piene d'aff'eto verso V. A. et verso 
la sua Sma Madré, et consorte, si passo à discorrere con la solita con- 
fidenza, et familiarita di diverse cose, particolarmente délia risposta 



366 APPENDICE. 

havuta S. M^=^ di Turino da Mons''^" di Barro, che fu, che quel duca 
diceva di non haver disarmato, per sospetto delli Spagni» che son nello 
stato di Milano, si corne haveva detto agli Svizzcri di voler ricuperare 
il paese di Vo, et rimettere in possesso i vescovi di Gineva et di Losana, 
et perche gli altri discorsi non importano hora à V. A., seguitero di 
dire in questo proposito, corne all'arrivo di San Romanino in Spagna, 
si rispedi indietro due corrieri in ire hore, uno qui, perche si facesse 
sapere alla Regina che non solamente il re Cattolico non haveva intelli- 
genza nessuna col Duca di Savoia corne si era dubitato, ma che deside- 
rava dare ogni gusto alla regina Chr^^i, et che nel medesimo tempo 
haveva spedito un'altro corriero al contestabile di Castiglia, acciô che 
procurasse di far disarmarc il duca di Savoia in ogni maniera, et io 
ho poi visto la copia di una lettcra, che scrive il contestabile à detto 
Duca, che cerio è mirabile; et intanto in Spagna havevano destinato 
D. Diego de Acugna, perche vadia à Turino à far intender meglio l'in- 
tentione del Re Catt*-'^, la quale è, che si disarmi in ogni modo, et intanto 
mi ha detto Villeroy che se bene il Parlamento di Dola nella Borgogna 
Contea haueva prohibito d'ordine dell Arciduca, che nessuno di quella 
provincia potcsse andare a servire altri Principi, in ogni modo vi era 
tre gentil'huomini de quel paese, che facevano gente per il duca di 
Savoia, et che per questo dubitando il Baron di Luz luog^c (jel re nella 
Borgogna Ducca. che 500 cavalli borgognoni, che dicevano d'esser licen- 
tiati dal duca, non volessimo andare in quella provincia, per condurre 
in Savoia le genti assoldate da quel tre gentiriiuomini, non volse dar loro 
il passo, et gli ributto indietro. In questo mentre ha dato da discorrere 
assai la resisienza, che V. A. havera inteso haver fatto il Govr° di 
Borgo in Bressa di ammetter dentro Mons'"'-' lo Grande governatore délia 
provincia. et non si puo dubitare, che questo non potesse esser prin- 
cipio di qualche gran maie; ma il cancelliere m' ha detto, che ha questo 
per accidente che dependa da interessi particolari tra Alons. lo Grande, 
et questo governatore et che havera per facile, che si accommodasse 
ogni cosa; mi ha confirmato il medo Villeroy, soggiugnendomi che 
questo governatore è huomo bravissimo et honoratissimo, et de piu con- 
fidenti che havesse Enrico quarto, et perche haveva scritto innanzi alla 
Regina di haver sospetto, che Mons. lo Grande volesse fare à lui quel 
che fece il duca di Pernon al castallano di Metz, stima che Mons. lo 
Grande facesse grand' errore ad andarvi et che questo Gov^ non habbia 
altra intentione che di assicurarsi che questo governo non gli sia levato. 
Hebbi dal cont'Orso unalettera,chemi rimettevaaquelche mi direbbe 
D. Innico, dal quale mi e poi stato mostrato il fine d'una lettera del re, 
dove gli comanda che mi dica moite parole amorevoli, et tra le altre 
che 5. Mta è mtiy agradecida di quel, che io ho trattatto et tratto, et che mi 
dara una buona vierccd; perô la staro aspettando, insieme con la licenza 
di poterla ricevere con buona gratia di V. A. per honorarne il suo 
servitio in piu modi, corne ho detto altre volte; et quanto al negotio di 
parentadi m'ha detto, che non mi ha che dir' altro senon che à me tocca 
di avanzare il negotio. 



APPENDICE. 367 

E'passato di poi un corriere di Fiandra per Spagna, ctD. Innico, et il 
Marchese Spinola, che è qui, l'iianno trattenuto, et io ho scritto al duca 
di Lerma, et a tutti ministri, prcgandoli, et persuadendoli con moite 
ragioni à far venire il potere, et la commcssione à D. Innico, per che 
senza questo non si puo far niente, essendo qua resolutissimi di voler 
far'insicme lo scoppio, et il baleno. 

Jo ho cominciato a render le visite, ma comparisce poco, per esser 
fuori quasi ogn'uno, et Mons. nuntio, che ringratia V. A. infinitamente, 
et sele ricorda servitore cordialissimo, mi disse, in materia di parentadi, 
che non bisognava tardar piu à riscaldar questa pratica, motrandosene 
molto adietro, et domandandomi infino, se io hav'evo per possibile che 
li Spagnuoli have^sino data l'Infanta. Io, conforme al comandamento 
di V. A., l'informai bene di principii, gli accennai qualcosa dcl mezzo, 
et non gli dissi niente dal fine, parendomi, che fosse assai, che s'egli era 
adietro dieci usanze, restasse solamente quattro. 

Essendo partiti di qua per la posta un gentilhuomo per Lione, dove il 
cardie di Gioiosa fara la Pasqua, gli ho mandata la lettera de V. A. et ho 
fatto con una lettera il complimento, che io dovevo fare in voce con 
S. Sria Illma^ la quale visitandomi, com' io scrissi a V. A. non 
m'haveva detto, senon che pensava di vederla à Livorno ô à Pisa, ma 
havendo io penetrato poi, che la regina gli dava lettere per V. A., ho 
procurato d'intendere, se queste fussino state risposte del mio compli- 
mento, et tanto piu havendogli mandato dietro lettere doppo detto 
complimento, et Villeroy mi disse all'hora che le lettere non erano 
ancor fatte, che credeva di no, et io voLi, che mi dichiarasse se doveva 
esser ricevuto da V. A. come ministro regio, et mi disse che si, ma non 
per risposta al complimento fatto da me, et che di quesio non mi poteva 
ancor dir niente in proposito del marchese di Trinello, et io mi risolvo 
à non ritener piu San Romano, perche arrivi innanzi al cardie di Gioiosa, 
et perche io credo, che questa udienza m' habbia à dar pochissima materia 
di scrivere, et lo credo per moite ragioni. 



57. Ammirato au secret. d'État. Moret, 9 avril 161 1. (4622.) 



1 1 . Léonora Galigaï Concini au secrétaire d'État. 

Moret, 9 avril 1611. (4748. j 

Lettre qui débute par des compliments pleins de banalité. Elle se termine 
par de nouvelles recommandations « contro il prête fratello di quel Oli- 
viere che gia stava in casa mia ». 



368 APPENDICE. 

58. Ammirato AU SECRET. d'État. Moret, 11 avril 161 1.(4622.) 
38. BoTTi AU GRAND-DUC. Fontainebleau, 11 — — (4624.) 

59. Ammirato AU SECRET. d'État. Paris, 14 — — (4622.) 



II. Marie DE Médicis AU GRAND-DUC. Fontainebleau, i4avril 1611.(4729.) 

Mon cousin, 

Vous entendrez de mon cousin le cardinal duc de Joieuse les raisons 
et considérations pour lesquelles le Roy monsieur mon filz et moy 
avons différé vous avertir jusques a présent de la réception des vôtres 
qui nous ont esté cy devant présentées par le marquis de Campille votre 
ambassadeur extraordinaire, et ne laisserez de croire que nous avons 
bien gousté et receu les ouvertures que vous nous avez faites par 
icelles, et non moins agréé et loué l'affection avec laquelle vous avez 
embrassé ceste occasion comme vous aura mandé votre Seig^ ambas- 
sadeur, et vous exposera encores plus particulièrement monseigr cousin 
le cardinal, comme celuy qui est plainement informé de tout ce qui 
s'est passé et auquel le Roy mon seigneur et filz, et moy avons entière 
confiance; vous le croirez doncques comme moy mesmes. Je prie 
Dieu, etc. 

Escrit de Fontainebleau, le 14*^ jour d'avril 1611. 

Votre bien tonne cousine, 
Marie Régente. 

Brulart. 



12. MariedeMédicisau GRAND-DUC. Fontainebleau, 24 avril 1611 .(4729.) 

Mon cousin, 

Je vous faiz celle cy en faveur du sieur Francesco Doni gentilhomme 
Florentin, pour vous prier en considération de ses mérites et de l'affec- 
tion particulière qu'il a tousiours tesmoignée au service de tous ceux 
de vosire maison, de le vouloir admectre et luy octroyer la mesme 
place et dignité des quarante huict qui sont du magistrat de la ville de 
Florence, a la première eslection qui en sera faicte soubs votre aucto- 
rité, que tenoit le feu Sr Mario Doni son cousin. Il est homme, outre 
ce qu'il appartient a aucuns de mes plus spéciaux serviteurs, remply de 
si bonnes qualitez, et tellement désireux de vous servir, que je m'as- 
seure qu'il s'acquittera dignement de ceste charge, et que vous en rece- 
vrez du contentement. Ce qui me fera croire que en ceste occasion vous 



I 



APPENDICE. 369 

ferez quelque chose pour luy, et recevrez en bonne part ceste mienne 
prière en sa recommandation. Sur ce, je prie Dieu, mon cousin qu'il 
vous ayt en sa sainte, etc. 

Escrit a Fontainebleau le 24e d'avril 161 1. 

Votre bien bonne cousine, 
Marie. 



60. Ammirato au secret. d'État. 



Paris, 26 avril 161 1. (4622.) 



13. Marie DE Médicis AU GRAND-DUC. Fontainebleau, 3oavril 1611. (4729.) 

Mon cousin. 

Le Sr Francesco Medici qui a demeuré longtems par deçà près du 
marquis de Botti votre Ambassadeur, s'estant tousiours vertueusement 
comporté, je vous ay bien voulu tesmoigner par ceste lettre que j'en ay 
tout contentement et auray a plaisir que vous l'ayez en bonne et favo- 
rable recommandation aux occasions qui se présenteront de le gratiffier 
chomme je vous en prie, et notre Seigneur qu'il vous ayt, mon cousin, 
€n sa sainte, etc. 

Escrit a Fontainebleau le 30^ jour d'avril 1611. 

Votre bonne cousine, 
Marie Régente. 

Brulart. 



•61. Ammirato au secret. d'État. Paris, 

39. Botti au grand-duc. — 

40. Botti au secrétaire d'État. — 
.41. Botti au grand-duc. — 



30 avril 161 1. (4622.) 
1er niai — (4624.) 



04. Marie de Médicis a don Antonio de Médicis. 

Fontainebleau, 10 mai 1611. (4729.) 

Mon fière, 

Je n'ay voulu laisser partir le Sr Lodovic Marsi s'en retournant de de 
là, sans vous escrire celle cy pour vous donner une nouvelle assurance 
4e l'amitié et bienveillance que j'ay en vostre endroit et pour vous 
4ire que je suis fort marrie du peu d'advancement que apporte mon 

24 



3jO APPENDICE. ' 

cousin le Grand Duc pour ce qu'il vous doibt dont j'auray désormais 
occasion de me plaindre, et de ma tante la Grande Duchesse pour le 
peu de conte quilz ont faict de ma recommandation en une affiure si 
juste et pour une personne qui m'attouche de si près comme vous 
ùictes. J'ai donné charge au dit Marsi de vous représenter l'instance 
que j'en ay faicte de deçà au S^ Marquis Botti pour leur en escrire, 
outre les lettres que je leur en ay particulièrement faictes pour cest 
effect. Je leur en ay faict de nagueres une nouvelle recharge ensuite des 
précédentes que vous recepvrez par ses mains dont vous vous aiderez 
ainsi que vous le trouverez a propos. Il vous informera aussi de toutes 
nouvelles de deçà et de la bonne santé du Roy monsieur mon filz et 
de la mienne, dont me remettant sur luy, et pour toutes autres occur- 
rences qui se présentent en ceste court, Je prie Dieu, mon frère, qu'il 
vous ayt en sa saincte et digne garde. 
Escrit a Fontainebeau le lo^ jour de may 1611. 

Votre bonne scur, 
Marie, 



62. Ammirato AU SECRÉTAIRE d'État. Paris, 10 mai 161 1. (4624.) 

63. Ammirato — — 10 — — — 

42. Botti au grand-duc. — 10 — — — 

64. Ammirato au secrétaire d'État. — 11 — — — 

43. Botti au GRAND-DUC. — 11 — — — 

65. Ammirato au secrétaire d'État. — 17 — — — 

66. Ammirato — — 18 — — — 



15. Marie de Médicis a don Antonio. — 19 mai 161 1. (4729.) 

Mon frère, 

J'ay encores recogneu par vostre dernière lettre le subiect que 
vous avez de vous formaliser de mon cousin le Grand Duc, et de ma 
tante la Grande Duchesse de Toscane pour le peu de satisfaction qu'ilz 
vous donnent en vostre affaire. Ne pouvant comme vous recepvoir en 
bonne part les excuses quilz en font sur l'incommodité de leurs affaires 
et par le peu de nécessité que vous en avez pour le présent. Je suis 
marrie que ma recommandation en leur endroict n'y aye apporté davan- 
tage pour vostre contentement. Je me souviendray pour tant, ainsi que 
vous le desirez, de donner charge a l'Ambassadeur che le Roy monsieur 
mon filz et moy envoyerons de par delà pour en faire de ma part 
insistance avecq affection, vous priant de croire que en ceste occasion, 



APPENDICE, 371 

et en toutes autres, ou vous aurez besoing de mon amitié et assistance, 
je m'y emploieray de bien bon cœur. Sur ce, je prie Dieu, mon frère, 
qu'il vous ayt en sa sainte et digne garde. 
Escrit a Paris le 19^ jour de may 161 1. 

Fotre bonne seur, 
Marie, 



16. Marie de Médicis au grand-duc. Paris, 21 mai 16 11. (4729. j 

Mon cousin, 

Je vous escris celle cy en faveur du S^ Camille Scappi Gentil- 
homme Boulonnois, Chevalier de l'ordre de Saint Estienne, pour vous 
prier de le vouloir gratiffier de la première commanderie de grâce du 
dit ordre qui viendra a vaquer dans l'étendue de vos estats; et parce 
que ceux du nom du Scappi ont tousiours aimé et affectionné le bien 
et service de vostre maison, et qu'il est personnage considérable de soy 
et doué de bonnes qualitez, outre la prière particulière qui m'en a esté 
faicte en sa faveur par le |nunce de notre Saint Père le Pappe résident 
près le Roy monsieur mon filz, Je vous prie d'avoir d'aultant plus 
agréable ceste mienne recommandation pour son regard, et luy vouloir 
despartir la grâce et le bien qu'il expere de vous en ceste occasion, que 
je recevray a singulier plaisir. Priant Dieu, etc. 

Escrit a Paris le 24® jour de may 1611. 

Votre bonne cousine, 
Marie. 



17. Marie de Médicis au grand-duc, Paris, 23 mai 1611. (4729.) 

Mon cousin, 

J'aurois assez de subiect de demeurer mal contente du peu de 
conte que vous tenez de ce que vous est recommandé de ma part, si 
après vous avoir escrit par plusieurs fois en faveur de mon frère le 
Seigneur Don Antonio de Médicis, et n'avoir rien advancé en ses 
affaires. Je n'esperois tant en l'amitié et bienveillance que vous me 
portez que vous mcctiez ordre de luy donner quelque contentement 
de ce que vous luy devrez. Ce qui me fait vous en escrire encores celle 
cy pour vous en prier vous assurant que vous ne me pourriez faire plus 
grand plaisir, me sentant obligée par l'affection particulière qu'il me 
porte, et par la consanguinité dont il m'attouche de si près, de luy pro- 
curer tout le bien et advancement que je pourray en ses affaires. Faictes 
luy donc, je vous prie, ressentir les effects des parolles et promesses 



372 APPENDICE. 

que vous m'en avez données, et vous asseurez en recompense que en 
lous les endroicts ou j'auray le moien de vous tesmoigner ma bonne 
volonté je le feray d'aussi bon cœur que je prie Dieu, mon cousin, 
qu'il vous ayt, etc. 

Escrit a Paris le 29e jour de may 161 1. 

Votre bonne cousine^ 
Marie, 



I. CoNCiNi AU GRAND-DUC. Paris, 23 mai 161 1. (4748.) 

Serenissimo mio Signore, In essecutione di quanto é piaciuto ail 
A. V. di commettermi con le sue due ultime lettere circa li due negotii 
(H Napoli et di Siena^ io non ho mancato di parlarne con ogni efficacia 
al Padre Rei'^^o Générale delVOrdine di San Domenico, il quale s'é lasciato 
persuadere facilmente a soddisfare all'uno et all'altro desiderio deir 
A. V. havendomi dato parola che farà quanto Ella vuole, anchor ché 
per quello di Siena particolarmente egli havesse digià risoluto in se 
stesso di fare il contrario. Di tutto l'A. V. n'haverà più distinto raggua- 
glio dal Sigr Segretario Ammirati al quale io mi rimetto. 



67. Ammirato au secrétaire d'État. Paris, 25 mai 1611. (4624.) 

68. Ammirato — — 30 — — — 

44. BoTTi au grand-duc. — 30 — — — 

45. BoTTi AU secrétaire d'État. — 30 — — — 

46. Botti — — 30 — — — 

47. BoTTi AU grand-duc. — 3 juin — — 

48. BoTTi — • — 4 — — — 

69. Ammirato au secrétaire d'État. — s — — — 

70. Ammirato — — 6 — — — 

49. BoiTi — — 6 1 — — — 
)0. Botti AU grand-duc. — 21 — — — 
50 bis. Botti — — 21 — — — 

71. Ammirato au secrétaire d'État. — 22 — — — 

72. Ammirato — — 29 — — — 

73. Ammirato — — 5 juillet — — 

I. Du G au 21 juin il y a une lacune dans la correspondance des 
envoyés fiorentins. 



APPENDICE. 373 



2. Le MARauis d'Ancre au grand-duc. 4 juillet 161 1. (4748.) 

// remercie le grand-duc de lui avoir donné satisfaction pour sa créance 
contre le Signore Cammillo Corsini et il promet de s'employer en faveur de 
Signore Ottavio Stroni per il suo merito et per il buon' animo ch'egli 
ha sempre mostraio verso di me; ma nell'avvenire tanto più avidamente 
io desiderarô et cercaro le occasioni di rendergli servitio, quantoché V. A. 
medesima me lo raccomanda con sua lettere particolare, alla quale, et 
in quella, et in ogni altra occorrenza, io procurarô di fare apparire con 
l'opère la potenza dell' ossequio, et devoiione mia verso la sua per- 
sona, etc. 



3. Le MARQUIS d'Ancre AU SECRET. d'État. Paris, 4 juillet 1611.(4748.) 

Il répond à la recommandation en faveur d'Ottavio Stro^^xj ''^ continue : 
Ho fatto sapere alla regina quanto V. S. 111. mi ha scriito in proposito 
del cavallo e statua del Re defunto, sopra che S. M. ha subito dato 
ordine che la prima nave di Dieppe che passera per costà imbarchi 
detto cavallo per questa volta, essendo la maestà sua rimasta soddis- 
fattissima d'intendere che riesca opéra tanto bella, ed attendendo con 
molto desiderio di vederla, etc. 



P. S. autografo. 

La Regina ha commandato che le navi che partiranno di Dieppe 
di Canne e che arriveranno a Livorno, carichino il cavallo di bronzo 
con la statua del Re, corne V. S. ha visto di sopra, ma gli dire d'avan- 
taggio che ha sentito con extremo contento délia perfectione dell' 
opéra ^ 



I. Nous croyons devoir reproduire ici, quoique sortant du cadre 
chronologique de notre ouvrage, une curieuse lettre de Marie de 
Médicis, antérieure de quelques mois à la mort de son mari et se 
rapportant au même objet de l'érection d'une statue à Henri W sur 
le Pont-Neuf. Elle est entièrement autographe et tirée, comme les 
autres, des archives de Florence : 

Mon oncle, le S^ Ottavio Rinucini me dist il y a quelque temps que 
sur ce que vous avies sceu que il desiroit faire faire Vcff^igie du Roy 
monseigneur à cheval, en bron:^e, pour mettre en une place de la ville 
de Paris, vous avies intention de faire faire par delà ladite effigie par 
les mains de Jan Boulongne et me Vanvoyer. Cela me donne suget 
maintenant de vous escrire celle-ci pour vous prier che puis che vous 
me voules faire ceste courtoisie et craignant que ledict Jan Boulongne 
ne tienne cet ouvrage en longueur ou che mesme il ne la rande en per- 



374 APPENDICE. 

50. BoTTi AU SECRÉTAIRE d'État. Paris, 10 juillet 161 1. (4624. 

51. BOTTI AU GRAND-DUC. — 10 — — — 

52. BoTTi AU SECRÉTAIRE d'État. — 14 — — — 

53. BOTTI — — 15 — — — 

54. BOTTI — — 15 — — — 

74. Ammirato — — 19 — — — 

55. botti au grand-duc. — 20 — — — 

56. Botti AU SECRÉTAIRE d'État. — 20 — — — 

75. Ammirato ' — — 25 — — — 

76. Ammirato — — 2 août — — 
76 bis. Ammirato — — 2 — — — 



77. Ammirato au secrétaire d'État. Paris, 3 août 1611. (4624.} 

Illustrissimo signor mio onoratissimo, 

Il giorno de 23 doppo desinare arrivô qui Berto corriere et da esso 
hebbi la scatola con la lettera di V. S. de 4 del passato, et il non haver 
havuto certa misura e'stato cagione che gli astucci fussero riusciti 
troppo grandi, et del lavoro havendomi ella detto, ch'io gli facessi 
fare a quel suo maestro, fu ventura che ci fussero quegli altri due ben 



fcîtion à cause de sa vieillesse, ayant aussi besoin d'avoir le plus tost 
che faire se pourra ladicte eff^igie pour la faire poser sur une place que 
Von fait accommoder espres sur le Pont-Neuf de Paris lequel sen va estre 
parfait, vous me ferie^ ceste grâce particulière de me faire bailler le 
cheval de bron-^e que vous aves ci-devant fait faire pour vous par ledict 
Jan Boulongne et sur lequel est de pj-esent votre effigie et au lieu 
d'icelle faire depescher par luy mesme celle du Roy, affin che par ce 
moyen, je puisse avoir le tout promptement et que le presant che ien 
désire faire à la ville de Paris y soit d'autant mieux receu qu'il sera 
faict plus a propos. Vous accroistre^ an ce faisant grandement l'obli- 
gation que ie vous en auray sans che vous an recevie:^ beaucoup d'in- 
comodité, car vous poure^ faire faire tout a loisir par le mesme ouvrier 
un autre cheval au lieu de celuy que vous m'aure^ anvoyé. Je vous prie 
donc de rechef de me faire ce plaisir, et sur ce, me raccomandant affec- 
tueusement à vos bonnes grâces, ie prie Dieu, mon oncle, qu'il vous 
conserve en parfaite santé. 
De Fontainebleau le 2g d'^april. 

Votre bien bonne et affectionnée niepce, 
Marie. 

I. Dépêche égarée parmi celles de Tannée 161 2. 



APPENDICE. 375 

lavorati, ma hora che V. S. mi ha mandato le misure, il modello, et 
scrittomi che si vogUono più belli che sia possibile, puo'esserc che corne 
saranno fatii questi che mi hanno ordinati, che non dispiaceranno ; et 
quel Nerone che faceva ballar l'asino, la capra, et l'orso non é in 
questo paese, et si credeva universalmente, che fusse costi; puô essere 
che essendo vecchio si sara lassato morire senza dir 6 mandar a dire 
altro ; al Pitimondo ho dato l'ordine per fare i ferramenti per li 24 
astucci, et a tutti ho detto, che mi faccia il compasso, gli ho dato 
anco la misura délie quattro para di cesoie, et de quattro rasoi, et tutto 
si va facendo. Ho anco dato Tastuccio da tirare et vedere da lontano à 
quel maestro de due astucci, che è il migliore di Parigi et allievo del 
Nerone, et mi ha promesso di far miracoli; ma nel raffinare l'inventione 
non lo credo, almanco non la peggiorerà, et il lavoro sarà simile à quel 
del libriccino, come anco quello degli altri astucci; et si faranno i tre 
per sorte d'ambra et il resto di diversi colori. Sopra tutto non bisogna 
haver fretta, perche questo è un huomo che vuol esser ben pagato et 
fare à bell' agio; questo è il primo fratto {sic) che fà con chi s'impaccia 
seco.V.S.creda ch'io gli sarô una febre terzana, cioè che per lo manco 
un di si, et un di nô sarô alla sua casa per fargli fretta, ma non fo già 
che abborracci. Mi ha mostrato un bellissimo calamaio lavorato da lui 
in tempi di disoccupaggine; è molto ricco per esser di ivoro, ma ne 
vuol troppo per non esser d'oro, domandandone ottanta scudi, et questo 
quanto à astucci. Il P^e stefano hebbe il suo oriuolo. 

Nella sua de 5 mi diceva délia sua andata magistrale à Cortona, che 
mené rallegro, come farô sempre d'ogni sua contentezza et spero che 
à quest' hora sia ritornata à Firenze. Harei voluto che à quel mio inserto 
si fusse risposto qualcosa mostrabile al l'Ambre di Spagna et hora ne 
prego l'illrao sigr Cardin, perche egli mi domanda se ne ho risposta, et 
io per me credo che mi habbia parlato sempre da vero, et perch'io lo 
scrivessi , come mi ha sempre detto professandosi servitore del Ser^io 
nostro Padrone. 

Il Pre Stefano è tutto allegro havendo parlato alla Isl^^ délia Regina 
per la causa di Zametto, et ne ha riportato quanto desiderava, haven- 
dolo S. Mta oltre ail' haverlo ascoltato, et datoU buonissime parole, 
rimesso per il resto con una sua lettera al S"" Presid" di Thou et infine 
S. M. gli disse, per quanto ei mi ha detto, che in causa pecuniara il 
Botti traita di cose irriuscibili, et glielo dovette replicare più d'una 
volta, et egli si da ad intendere, ô, vuol dare ad intendere di far 
miracoli, et hora ha lassato da parte quel sensale Dancer, et ha 
intorno il Grassi, che è un povero fiorentino invecchiato qua, che dopo 
haver consummato la sua vita dietro à questi partiti si da anco à credere 
d'havere à diventar ricco, et deve mettere innanzi all'amico gran cose, 
et cosi ci passiamo il tempo ; et il sigr Filippo sene ride. 

Il sigr Lodovico Strozzi tornô qui, et io gli detii la lettera di V. S., 
et aspetto che il sigf Oratio venga ancor esso per dargli la sua. 

La corte è à San Germano, che è stato causa che il negotio del sig"* 
capno Bracci non si è potuto terminare, non havendolo anco approvato 



376 APPENDICE. 

la Mt-i délia Regina et il sig»" marchese Concino mi ha detto di nuovo 
che farà che, corne segua, V. S. ne sarà avvisata. 

Il sigr Monti e servitore à V. S. et la ringratia del buon ricapitato 
del pacchettone per la monaca sua sorella, et se V. S. non li fa havere 
una volta quella copia del testamento tante volte domandato, farô io, 
per la disperazione, testamento, et mi morrô per non ne sentir più par- 
lare. Se e possibile fargli questo servizio, di gratia V. S. glielo faccia, se 
no dicagliene liberamente, et levi questo rompimento di testa à me, et 
à lei, perche egli non restera mai. dandosi ad intendere. che venga per 
trascurrataggione di quel che ne devono cercare ail' Archivio. 

Il sigr Abate di Marmotiere baccia à V. S. le mani, et le raccom- 
manda la sua per il suo fratello, che vorrebbe fusse data in propria 
mano. 

Bisogna hora che venga à fatti miei : la settimana passata non scrissi 
perche appunto quando dovevo, essendo andato, corne fo ogni sera in 
casa del sign^ Amb^i^ et messomi à spasseggiare nella corte col sig^ 
Altoviti, dopo alquante promenate, sentite se e'bella, cascô da quell' 
appartamento dove alloggia il sigr marchese un buon pezzo di cammino, 
et non havendo fatto maie a nessuno, io dissi ail' Altoviti : Tiriamoci un 
po da quest'altra banda, perche se cascasse di nuovo, il diavolo non si 
ridesse di noi. Non eramo stati quarto d'ora sotto le finestre del signor 
Braccio, 6, quest'e brutta, che il signor Castellani chi era aile finestre, 
délia sala gridô che fuggissimo se non volevamo morire. Canchero, io 
che ho voglia d'ogni altra cosa, mi messi subito ail' ordine, ma non 
sapendo quelch'io mi fuggivo, mi allargai verso il mezzo délia corte, et 
appena havevo fatto quattro passi, che mi senti un gran romore su la 
spalla manca, et mancô poco che non mi messe in terra; rimasi mezzo 
sbalordito non sapendo che cosa si fusse quella, ma ben presto mi av- 
viddi che era un pezzo di cammino che era cascato di sul tetto del 
sigr Braccio et di quegli altri sig", et sovvenendomi subito ch'io ero 
fuggito dal primo pericolo, et havevo dato dove non credevo cominciai 
à ridere, et volsi dare' ad intendere che non mi haveva fatto maie, et 
cosi stetti per mezza hora, ma essendomene venuto a casa bisognà spo- 
gliarsi, medicarsi, et mettersi il braccio al collo, dove l'ho di continuo, 
ma non è stato per gratia di Dio gran maie non ci essendo rotto nulla, 
ma tuito pesto, et i nervi patiti un po, che è causa ch'io ho la mano 
mezza indormita; V. S. vegga la mia disgratia, et poi la mia ventura, 
che dovendomi cascare quel pezzo di cammino addosso, non mi da su 
la testa com'era più ragionevole per esser più alta, et dandomi su un 
braccio, non mi coglie in maniera che me Io rompa; V. S. dica il vero 
quando io la cominciai à contare le credeva che fusse qualche miracolo ; 
scusimi la pena, poi che io med» ho scusato quel cammino. Stamattina 
à buon hora volevo serrare il mio pacchetto, ma l'haver io da hieri in 
qua havuto un gran dolore di testa, e cagione ch'io sono andato più à 
bell'agio con Io scrivere, et cosi questa sara de 3 dove l'altre sono de 2. 
Conservimi V. S. per suo serve, et come taie le bacio le mani et le 
prego dal Sigr<- ogni maggiore contento, et un inspirazione à far mi 



APPENDICE. 377 

una volta havere da pagare il cavallo che non è mio. Da Parigi, li 5 
d'Augusto. 

Di V. S"^ Illustrissima. 

Svisceratissimo et obedientissimo servitore, 
SciPiONE Ammirato. 



57. BOTTI AU GRAND -DUC. 




Paris, 


. 4 


août 


1611. (4624.) 


58. BOTTI — 




— 


12 


— 


— — 


59. BOTTI AU SECRÉTAIRE D 


'État. 


— 


13 


— 


— — 


78. Ammirato — 




— 


15 


— 


- (4622.) 


79. Ammirato — 




— 


16 


— 


— (4624.) 


60. BOTTI — 




— 


16 


— 


— — 


61. BOTTI — 




— 


18 


— 


— — 


62. BOTTI — 




— 


18 


— 


— — 


80. Ammirato — 




— 


18 


— 


— — 


63. BoTTi au grand-duc. 




— 


18 


— 


— — 



18. Marie de Médicis a l'archiduchesse grande-duchesse de 
Toscane. Paris, 18 août 1611. (4729.) 

Ma cousine, 

Le chevalier Guidi s'est si sagement et prudemment conduit en la 
charge qu'il a desservi par deçà que nous en avons eu tout contentement. 
Car il n'a rien obmis pour votre service, non plus que pour l'entretè- 
nement de votre bonne amitié. Et cela l'ayant rendu digne de votre 
bonne grâce, je le vous recommande en vous asseurant qu'il mérite estre 
assisté de vostre intercession et bonne volonté près de mon cousin le 
Grand Duc aux occasions qui se présenteront de favoriser son bien et 
advantage, chomme je vous en prie, et notre Seigneur qu'il vous 
ayt, etc. 
Escript a Paris le 18° jour d'aoust 161 1. 

Votre bonne cousine, 

Marie Régente. 

Brulart. 



19. Marie de Médicis a la grande-duchesse douairière de 
Toscane. Paris, 30 août 161 1 . (4729.) 

Ma tante. 

Sur ce qui m'a esté représenté que mon frère le S"" Don Antonio- 
de Médicis n'a point encore esté satisfait de ce que mon cousin le grand 



378 APPENDICE. 

duc de Toscane luy doibt, J'ay encores recours a vous pour vous ramen- 
tevoir ses justes prétentions, et vous dire que je me suis tousiours 
promis tant d'amitié et d'aflfection de vous en mon endroit et au sien 
que je veux experer que si mon dict cousin et vous avez difteré de l'en 
faire paier, vous vous y emploierez cy après avec tant d'affection, et y 
donnerez si bon ordre que sans plus de retardement vous l'en ferez 
sortir. C'est ce dont je vous ay voulu prier par celle cy come je faiz 
bien affectueusement, et de croire qu'outre l'obligation particulière que 
mon dit frère vous aura de ce plaisir, je le reputeray faict a moy mesme 
pour m'en revancher en toutes occasions qui s'offriront pour vostre 
contentement. Sur ce, je prie Dieu, ma tante, etc. 
Escrit a Paris le 21^ jour d'aoust 161 1. 

Vostre bien bonne et affectionnée niepce, 
Marie. 

Ma tante, je vous recommande encore les affaires de mon frere^ vous priant 
de luy en donar bien tost une bonne fin a son contentement. 



20. Marie de Médicis au graxd-duc de Toscane. 

Paris, 30 août 161 1. (4729.) 

Mon cousin, 

J'ay tant d'occasion d'affectioner tous ceux de la maison de Spini, 
pour les services que leurs prédécesseurs ont rendus en plusieurs occa- 
sions ou ils ont esté emploiez pour le service de feu mon oncle le 
grand Duc de Toscane, dont ils ont toujours remporté de l'honneur et 
du mérite, et pour ceux que le chevallier Jacomo Spini et le Sr Spini 
son frère rendent encores a présent avec la mesme affection a l'endroict 
du Roy monsieur mon fîlz, et de vous, que je ne puis leur desnier 
ceste lettre de recommandation en faveur du dict chevallier Jacomo 
Spini, pour vous prier de l'avoir avec tous ceux de sa famille en 
bonne et favorable protection, et d'avoir soing et souvenance de luy 
pour aux occasions qui se présenteront par de la pour son avance- 
ment, et celuy de ses enfans vous y emploier en sorte qu'il se puisse 
par vostre grâce et bienveillance ressentir de quelque fruict de ceste 
mienne intercession en vostre endroit, ce que recevrai de vous a sin- 
guher plaisir, priant Dieu, mon cousin, qu'il, etc. 

Escrit à Paris le 30' jour d'aoust 161 1. 

Votre bien bonne cousine, 
Marie. 



81. Ammirato au secret. o'ÉT.vr. Paris, 30 août 161 1. (4622.) 

64. BoTTi AU grand-duc. — i'^'" Septembre — (4624.) 

65. BOTTI — — — — — 



APPENDICE. 379 

82. Ammirato AU SECRÉTAIRE d'État. Paris, 5 septembre 161 1. (4622.) 

66. BoTTi — — I- — — (4624.) 

83. Ammirato — — 13 — — (4622.) 

67. BOTTI — — 13 — — {4624.) 



21. Marie de Médicis a la grande-duchesse de Toscane. 

Paris, 13 septembre 1611. (4729.) 
Mon cousin, 

Je ne veulx laisser passer aucune occasion de vous confirmer la 
bonne volonté que je vous porte et a toute vosire maison. C'est 
pourquoi envoyant a Rome î'abbe Du Bois, je lui ay commandé de 
vous visiter pour vous en faire nouvelles déclarations, et vous asseurer 
que j'auray a plaisir de vous en tesmoigner les effectz en tout ce qui 
s'offrira, ainsy que vous dira plus particulièrement le dit abbé. Priant 
Dieu, mon cousin, qu'il vous ayt en sa sainte et digne garde. 
Escript à Paris le 13*^ jour de septembre 161 1. 

Votre honnc cousine, 

Marie Régente. 

Brulart. 



22. Marie de Médicis a la grande-duchesse douairière. 

Paris, 13 septembre 16 11. 

Ma tante. 

J'affectionne si fort toute vostre maison, que je n'ay pas voulu 
envoyer à Rome l'abbé Du Bois sans charge expresse de vous visiter 
en passant pour me mander des nouvelles de votre disposition en vous 
disant Testât de la nostre, et vous confirmer les assurances de la bonne 
volonté que je vous porte et a tous vos infans : désirant qu'il s'offre 
occasion de la vous faire paroistre a vostre contentement particulier, et 
au bien et advantage de tout ce qui vous appartient. De quoy vous 
croirez le dit abbé comme moy mesmes qui prie Dieu, ma tante, vous 
avoir en sa très sainte et digne garde. 

Escript à Paris le 13*^ jour de septembre 16 11. 

Vostre bien bonne et affectionnée niepce, 
Marie Régente. 
Brulart. 



68. Botti au grand-duc. Paris, 15 septembre 1611. (4624. 
84. Ammirato au secret. d'État. — 26 — — — 

69. Botti — — 28 — — — 



38o APPENDICE. 

70. BoTTi AU GRAND-DUC. Paris, 28 septembre 161 1. (4624.) 

71. BOTTI — — 28 — — — 
85. Ammirato AU SECRÉTAIRE d'État. — 28 — — (4622.) 
S6. Ammirato — — II octobre — (4624.) 

72. BOTTI — — II — — — 



73. BoTTi AU GRAND-DUC. Paris, II octobre 161 1. (4624.) 

Quanto al negotio de parentadi trà le due corone siamo nel mede- 
simo termine, che io scrissi con rultimo ordinario, et cosi staremo fin 
tanto, che venga risposta di Spagna. 

Del parentado di V. A. con Savoia, posso dir più qualcosa di buono, 
perché finalmente, riuscito di far risolvere la Regina, et Villeroe à 
farne trattare in Spagna liberamente. 

Credo che V. A. tenga per certo, che io sia staio, et sia per stare 
in questo negotio con tuito Io spirito, come io devo, et con ogni occa- 
sione daro avviso, come ho fatto fin qui, et sempre con la cifra dettata 
da me, et poi rivista, come e questa; et hô potuto considerare che questo 
Ambre di Spagna va sempre procurando d'appartarme dal maggior 
negotio, come se fusse già si puô dire finito, et ne so molti particolari; 
et poiche doppo la sottoscrizione et raiificatione gli pare di baver 
fatto qualche cosa,et di haverci hora la mano, cerca anco di allungare, 
parendogli, che possa occorrere di haverne à scrivere intorno à qualche 
particolare, cosa che non ha mai fatta per adietro, et cosi pretendere 
poi d'haver fatto gran facende; veggo bene che va con paura in questa 
malignità, dubitando di qualche rabuflfo, et tanto più vedendo che quà 
voghono il contrario. Jo non gli hô mai dato disgusto alcuno, et manco 
glieni darô. Hora hà dimostro di non sapere niente, ancorché io sappia 
certi particolari, et V. A. non dubiti che quando il negotio non fusse 
finito, come si puô dire che sia, che questo havesse à guastar nienie. 

Quanto alla lega trà le due corone, credo che si concluderà, essendo- 
cene voglia da tutte, et due le parti; in Spagna hanno voluto vedere la 
copia di queila domanda, et à quello, che io scrissi à V. A. d'haver 
accordato,habbiamo fatto qualche aggiunta,o più mostro dichiaratione, 
cioè, ché il pagamento délia soldatesca debba esser solamente per sei 
mesi, et per sei mesi più domandandolo l'altra parte, che debba esser di 
sudditi di chi la mandera, et che non si debba publicare la lega innanzi 
à parentadi. 

Quanto à Nemurs hô visto, che questo Amb^^ di Spagna hà ordine 
d'interrompere il suo parentado, quanto potrà, sotto colore di favorire 
Humala che gli haveva maritata la figliuola; ma questo e per coperta, 
perche in Spagna, per quanto si dice, ha grandissimo disgusto questo 
parentado. 



APPENDICE. 38 1 

87. Ammirato au secret. d'État. Paris, 11 octobre 161 1. (4622.) 



88. Ammirato au secret. d'État. Paris, 13 octobre 161 1. (4622.) 

Il a tiré des lettres de change sur le secrétaire d'Etat pour Vor de la montre 
et « la Camicio d'oro et d\ir(rento de Chiastre * ». 



23. Marie DE Médicis au grand-duc. Paris, 18 octobre 161 1. (4729.) 

Mon cousin, 

Vous recepvrez la présente par les mains du S"" de Marillac, gen- 
tilhomme de la chambre du Roy monsieur mon filz, lequel s'en allant 
par delà, a commandement du Roy mon dict sieur et filz et de moy de 
vous veoir de sa part et de la mienne, et de vous dire en nostre nom, 
que comme nous faisons estât certain de vostre affection et bienveil- 
lance en vostre èndroict, vous vous debvez aussi asseurer de nostre 
sincère amitié envers vous et les vôtres. J'ay avec cela donné charge au 
dit S"" de Marillac de vous rementevoir ce qui est de l'affaire de mon 
frère, le S'' Don Antonio de Medicis, dont je vous prie encore pareie- 
ment d'avoir soing et d'aggreer l'instance et les sollicitations qu'il vous 
en fera, faisant en sorte pour l'amour de moy que mondict frère se 
puisse aider et prevalloir de ce que luy est deub comme estant chose 
que j'ay bien a cœur, ainsi que le dict S"" de Marillac le vous repré- 
sentera de ma part. Sur lequel me remectant pour ceste effet et pour 
toutes autres nouvelles de ces quartiers, Je prieray Dieu, mon cousin, 
qu'il vous ayt, etc. 

A Fontainebleau le 18 d'octobre 1611. 

Votre bien bonne cousine, 
Marie. 



89. Ammirato au secret. d'État. Paris, 20 octobre 1611. (4622.) 
89 bis. Ammirato. ~ — — — — — 



I. Le sanctuaire de Notre-Dame de Chartres passe pour conserver 
le dépôt d'une tunique ou chemise de la Vierge Marie. Les marchands 
d'objets de dévotion vendent aujourd'hui encore autour de l'église 
de petites chemises d'étoffes plus ou moins précieuses, faites sur le 
modèle de la relique vénérée des fidèles. On attribuait à la possession 
de ces objets différentes vertus miraculeuses. Il est probable que la 
grande-duchesse en avait demandé au représentant du grand-duc à 
Paris. 



382 APPENDICE. 

24. Marie de Médicis au grand-duc. Paris, 21 octobre 161 1. (4729.) 

Mon cousin, 

Je vous ay ci-devant escrit en faveur du S'" cavallier Scappi pour 
vous prier de le gratiffier de la première commanderie de grâce de 
l'ordre de Saint-Estienne qui viendra à vaquer en vos Estatz mais pour 
ce qu'il est personnage lequel outre ses bonnes qualitez qui sont en luy 
m'est recommandé de fort bon lieu, je vous faiz encore celle-cy par ce 
gentilhomme présent porteur pour vous dire que vous me ferez ung 
singulier plaisir de vous souvenir de luy quand l'occasion s'en présen- 
tera, et que la grâce et f^iveur que vous luy despartirez en cela, Je la 
reputeray a tesmoignage bien particulier de votre affection et bonne 
volonté en mon endroict. Priant Dieu, etc. 

Paris 2 1« jour d'octobre 161 1. 

Voire bien bonne cousine, 
Marie. 



25. Marie de Médicis au grand-duc. Paris, 21 octobre 1611. (4729.) 

Mon cousin, 

Encore que je vous aie il y a quelque temps écrit pour vous prier de 
vouloir accorder au chevallier Francesco Arrighi, chevallier de l'Ordre 
de Sainct Estienne, l'une des dix commanderies de grâce du dict ordre 
dont vous avez la réservation, neantmoings la particulière recomman- 
dation qui m'a esté faite en sa faveur m'occasionne de vous faire 
celle-cy derechef pour vous dire que n'ayant peu le dit chevallier 
Arrighi obtenir de vous l'une des dites commanderies a cause que vous 
en aviez disposé avant la réception de ma lettre, vous le veuillez gra- 
tifier de la première des dites commanderies de grâce qui viendra a 
vaquer, vous asseurant que outre ce qu'il vous aura de ce bien fait une 
particulière obligation, je le reputeray de vous a tesmoignage singulier 
de la bonne volonté que vous avez en mon endroict dont je me ressen- 
îiray aux occasions qui s'en présenteront. Sur ce je prie Dieu, mon 
cousin, qu'il vous ayt en sa saincte et digne garde. 

Escrit a Fontainebleau le 21® jour d'octobre 1611. 

Votre bien bonne cousine^ 
Marie. 



74. BoTTi AU secret. d'État. Paris, 22 oc. 1611. (4622.) 



APPENDICE. 383 

26. Marie DE Mhdicis AU GRAND-DUC. Fontainebleau, 22 oct. 1611.(4729.) 
Mon cousin, 

Vous recevrez encore celle cy avec les depesches quejevousayfaictes 
par l'occasion de ce gentilhomme, pour vous prier d'avoir en toute 
bonne recommandation les affaires que le sieur Octavio Benci peult 
avoir a cause de quelques querelles qu'il a faictes de de là, et pour 
ce que j'ay donné charge au porteur de vous faire entendre particu- 
lièrement tout ce qui en est, et de vous représenter le subiect que j'ay 
d'affectionner ledict Benci, Je ne la feray poinct plus longue que 
pour vous dire que vous me ferez ung singulier plaisir de vous 
emploier, et interposer vostre auctorité pour accorder les différens 
qu'il a, et mesmes si vous trouvez qu'il y ayt de sa faulte en vostre 
endroit de la luy vouloir remectre et pardonner en ma considération, 
Priant Dieu, mon cousin, qu'il vous ayt en sa saincte, etc. 

Escrit a Fontainebleau le 22^^ jour d'octobre 161 1. 

Votre bien bonne cousine, 
Marie. 



7. Le marquis d'Ancre au secrétaire d'État. 

Fontainebleau, 22 oct. 161 1. (4748.) 

Lettre de présentation pour le sieur MarilJac, ambassadeur de France près 
le duc de Mantoue, qui doit aller à I-lorence recommander à L. A. pour le 
compte de S. M. le cap^^ Ottavio Benci. Nouvelles instances en faveur de ce 
personnage. 



8. Le marquis d'Ancre au grand-duc. 
Lettre obséquieuse pour présenter le 5'" de Marillac. 



90. Ammirato au secret. d'État. Paris, 25 octobre 1611.(4624.) 

75. Botti — — 25 — — (4624.) 

76. Botti — — 25 — — — 

91. Ammirato au SECRET. d'État. — 26 — — — 

77. Botti — — 26 — — — 

92. Ammiil\to — — 3 novembre — (4622.) 



384 appendice. 

27. Marie de Médicis au grand-duc de Toscane. 

Fontamebleau, 6 novembre 1611. (4729.) 

Mon cousin, 

Encores que les mérites et bonnes qualitez qui sont en la personne 
du Sieur Phillippes Mannelli Gentilhomme Florentin le rendent assez 
recommandable en vostre endroict, neantmoings ayant esté informée de 
l'affection qu'il a vostre service, et d'estre par vostre bienveillance 
honoré de quelque charge de là, je vous ay voulu faire celle cy en sa 
faveur pour vous prier d'avoir souvenance de luy lorsque vous ferez 
la distribution des charges et dignitez de sénateurs en la ville de Flo- 
rence qui sont vacantes, et de le gratiffier et faire pourveoir de l'une d'i 
celles, m'asseurant qu'il s'en acquittera très dignement et avec la mesme 
fidellité et affection qu'il la faict paroistre a présent en ce qui est du 
service de nostre maison, et particulièrement a l'endroict de monsieur 
le Sieur Don Antonio de Medicis, auprès duquel il est fort honora- 
blement emploie et outre qu'en ce bon office vous obligerez entière- 
ment le dict Mannelli, mon dict frère vous en aura aussi de l'obligation 
€n la quelle je participperay avec ung vray tesmoignage de vostre 
bonne volonté en mon endroict, dont je me revancheray aux occa- 
sions qui se présenteront pour vostre contentement. Sur ce je prie, etc. 

Escript a Fontainebleau le 6'- jour de novembre 161 1. 

Votre bien bontie cousine^ 
Marie. 



93. Ammirato au secret. d'État. Paris, 8 novembre 1611. 14624.) 

94. Ammirato — 



78. BoTTi au secrétaire d'État. Paris, 10 novembre 16 11. (4624.) 

Jo ho havuto grandissirao desiderio di peneirare per gusto, et 
servitio di V. A., quai sarebbe l'intentione di questa Regina, quando 
il Re di Spagna si volesse rimaritare, et é riuscito felicissimamente nel 
primo abboccamento, che ho fatto con S. M. doppo la morte délia Regina 
di Spagna, perche essendo durato più d'un hora il discorso fatto sopra 
questa materia, et sue circonstanze, hô havuta molta commodita di 
far venir' in proposito tutto quello che io desideravo, et ho ritratto 
che S. M. Christianissiraa tien per certo che il Re di Spagna si debba 
rimaritare, fondata principalraente nella gioventu, sanità, et buona 
conscienza di S. M" cattolica et che S. M** Christianissima é molto aliéna 
da rimaritarsi, parendole di star troppo bene cosi, et di non poter haver 
ne maggior' honore, ne magg'"^ autorità et sebene io detti occasione à 



APPENDICE. 385 

S. M^^ di replicar questo più di una volta, si corne fece, affirmando 
sempre il medesimo molto chiaramente, nondimeno per scoprir tanto 
più l'animo di S. M^^, gli replicai che quando fosse finita la Reggenza, 
le ragioni, che ella adduceva, non harebbono tanla forza, et il Re Catt^o, 
che fin air hora potrebb' esser ritenuto da gran dolore délia Regina 
morta, si potrebbe risentire con l'occasione délie nozze de figliuoli, et 
stimular tanlo S. M^^ Chr"'*, che la facesse mutare d'opinione. Mi ris- 
pose à questo, che finita la minorità del Ré, sarebbe per molti anniancor 
più assoluta che non é hora, et che poi sarebbe cosi vechia, che sarebbe 
pazzia il rimaritarsi, et che intanto l'occn»^ sarebbe passata. lo le lodai 
sempre questa opinione, et procurai à tutti i propositi di confirmar- 
cela, ma se bene mi pareva che S, M^^ mi si dichiarasse con gran re- 
solutione, nondimeno mi harebbe dato qualche poco di sospetto il 
parermi che S. M^^ discorresse di queste materie con troppo fasto, 
senon le havessi cavato di bocca quel che sarà qui disotto. Vista la reso- 
lutione di S. M" in questo particolare, procurai di condurrai a quello 
di piu, che mi ero presupposto, et pero cominciai a dire che io tenevo 
per certo, che il Re di Spagna piglierebbe la figliuola del Rè d'Inghil- 
terra et dissi le ragioni ; mi risposi che non lo credeva per rispetto délia 
religione, et per non esser bella quella Principessa. Passarono alcune 
repliche et doppo, per tentar S. M^a à dir qualche cosa délia sorella di 
V. A., 6 à dare occasione di parlarne à me, soggiunsi à S. M^^ che 
quanto alla Principessa di Savoia non era credibile che il Re di Spagna 
la pigliasse volentieri, et ne dissi moite ragioni, che furono approvate da 
S. Mta Chrn^a, dicendomi : « Non ci sarebbe meglio d'una délie sorelledel 
Gran Duca? » et io replicai à S. M'^ che con l'autorità et favore suo harei 
havuto questo negotio per facilissimo, perche qui non ci era oppositione 
alcuna, et le persone di queste Principesse sono desiderabilissime, per 
essere molto belle, et virtuose, et mirabilmente allevate, et che quando 
S. Mta ci havesse messo le mani con quello effetto che io credevo, sarebbe 
importato assaissimo et mi pareva di poier dire il tutto, havendo tocco 
con mano moltissime volte che il Re di Spagna haveva grandissime 
desiderio di dar gusto a S. M^^Chr^a, et di abbraciare tutte le occasioni 
da perfezzionare, stabilire la bella unione cominciata, et poi mostrai 
à S. M^a quanto sarebbe importato alF interesse di questo Regno et di 
Madama sua figliuola, et quanta reputaiione sarebbe venuta à S. M^^ 
et alla sua casa et tutto fu confirmato da lei interamente, et di qui 
per non passar più innanzi non sapendo io l'animo di V. A.,et per sen- 
tire il parer di S. M" ancora in questo, voltai il discorso à conside- 
rare quanto fosse desiderabile questo parentado con Spagna essendoci 
quattro figlie et S. M^^ Chr^a si dicharo che gli sarebbe parsa in ogoi 
modo una grandissima et bellissima ventura per chi l'havesse potuta 
havere. 

Quanto al parentado di Savoia, mi disse S. M'a Chr^a che la morte dalla 
Regina di Spagna non lascerebbe promettere la Principessa di Inghilterra 
fin che non si vegga la resolutione di Spagna, quanto al rimaritarsi, et che 
intanto si potrebbe disporre il Duca di Savoia alla sorella di V. A. Di 

25 



386 



APPENDICE. 



Spagna non ci e ne di questo ne d'altro, senon quel che V. A. vedrà nella 
lettera in chiaro. Procurai di svoltare S. M^ Christianissima à concédera 
quell anno di retentione dell'Infanta, che si disputa; non mi riusci, 
se bene le dissi, corne Rodrigo Calderone rai scrisse a giorni passaii, corne 
da se, che credeva che il Re ci havesse hora à esser più duro, peressere 
morta la moglie, et la Regina mi rispose subito, che per questa ragione 
bisognava mandar quanto prima à lei, che le sarebbe in luogo di madré, 
et finalmente è necessario aspettar questa risposta di Spagna, et ail' 
hora far tutti li sforzi possibili. Mi è venuta ancora per la solita via 
segreta la copia d'una lettera de 24 d'ottobre scriita à questo ambas- 
ciatore in proposito de negotii correnti. lo trovo che egli ha passione 
che io habbia fatto qui ogni cosa in materia de parentadi, et délia lega, 
et per romper questa apparenza, vorrebbe intrometterci il Papa più che 
potesse, anche innanzi al fine, et dice, che quando ha scritto in Spagna, 
lo desidera, et che si scriva costa, et procura ancora, che si mandi di 
quà et di là personnagio espresso, per questi contrati publici; ma quà 
non ci adheriscono, non son già sicuro che non habbino fatto pregare 
il Papa che cerchi di disporre il Re di Spagna à contentarsi che si anti- 
cipi l'anno che si disputa di mandare le spose à i mariti ; ma questo è 
tutta mia imaginatione, senza altro fondamento, o indiiio, che di haver 
visto spedire à questo Nuntio un corriere in Avignone forse, per man- 
darne un altro àRoraa,senza vederne la causa et fu appunto nel tempo 
che nacque la disputa di questa missione délie. spose. 



79. BoTTi AU GRAND-DUC. Paris, 10 novembre 1611. 14624. 

94. Ammirato AU SECRET. d'État. — 17 — — — 



95. Ammirato AU SECRET. d"État. Paris. 22 novembre 1611. (4622.) 
On travaille à « VOriuolo et acrV astitcci », 



80. BOTTI — 

81. BOTTI AU GRAND-DUC. 



22 



— — (4624. 



28. Marie DE Médicis. Paris, 22 novembre 1611. (4729.) 

Mon Cousin, 
Le sieur de Brèves ambassadeur du Roy monsieur mon filz a Rome, 
vous a faict savoir ce qui estoit du désir de nostre tr€s sainct Père le 



APPENDICE. 387 

Pape touchant les offenses et irrévérences commises contre sa per- 
sonne par l'abbé Dubois. Et maintenant le nonce de sa Saincteté 
m'ayant faicte particulière instance pour luy en faire avoir la satisfaction 
qu'elle se promet respectivement de notre auctorité, je vous prie y 
déférer ceste fois pour le contentement de la dicte Saincteté, et l'inte- 
rest que nous avons a le favoriser et procurer, car je veoy que c'est 
chose qu'Eir a a cœur pour bonnes considérations ainsy que vous avez 
peu cognoistre parce que le dit Sieur de Breuves vous en a escript 
dont je ne vous feray redicte. Priant Dieu, etc. 
Escript a Paris le 12^ jour de novembre 161 1. 

Voln 'bien hontte cousine^ 
Marie, 
Brulart. 



82. BOTTI AU SECRET. d'ÉtAT. 

83. BOTTI AU GRAND-DUC. 

96. AmMIRATO au SECRET. D'ÉtAT. 

84. Botti — 

85. Botti — 

97. Ammirato — 

98. Ammirato — 

86. Botti au grand-duc. 

87. Botti au secrétaire d'État. 

99. Ammirato — 
88-90. Botti au grand-duc. 

100. Ammirato — 
loi. Ammirato — 



Paris, 25 novembre 161 1. (4624.) 

_ 29 — — (4624.) 

— 4 décembre — — 

— 20 — — — 

— 20 — — — 

— 23 — — — 
_ 28 — — — 



20. Marie DE Médicis AU grand-duc. Paris, 30 décembre 1611. (4729-) 

Mon cousin, 

Je scay combien vous avez aymée la maison de ma seur la Duchesse 
de Mantoue, et que pour la proximité qui est entre nous, ceste perte 
vous aura intéressé a la mienne comme me le mandez par vostre lettre 
du ne septembre; mais puisqu'il a pieu a Dieu l'appeler a soy, je me 
console en cest accident par la resolution que j'ay prise d'affectionner 
ce qu'elle a laissé, comme s'il etoit a moy, et en veux avoir le soing 



388 APPENDICE. 

que mérite l'aminé qui estoit entre nous deux, vous remerciant des 
déclarations et asseurances que vous me donnez de voulioir aussi con- 
tinuer la mesme bonne volonté a ses enfants que vous m'avez recom- 
mandez : ce que je ay pris en très bonne part comme je vous tesmoi- 
gneray etaeulx en toutes occasions. Priant Dieu, etc. 
Escrit a Paris le 30'^ jour de Décembre 161 1. 

Votre bien bonne cousinCy 
Marie Régente. 
Brulart. 



FIN 



\ 



TABLE DES MATIÈRES 



Auteurs et ouvrages cités dans le présent volume v 

Introduction ix 



L ETABLISSEMENT DE LA REGENCE 

Aspect de la cour et de l'entourage intime de la reine quelques 
semaines après la mort de Henri IV, — Retour sur les événements 
précédents, — Le couronnement de la reine à Saint-Denis. — La 
régence de Marie de Médicis instituée par deux arrêts du Parlement 
de Paris. — Lit de justice tenu par le roi Louis XIII. — Examen 
de la question de droit constitutionnel. — Nécessité d'agir promp- 
tement. — Prétentions des princes du sang déjouées. — Retour 
précipité du comte de Soissons. — Ses exigences. — Résistance de 
la reine; elle cède en partie. — Concession du gouvernement de la 
Normandie au comte de Soissons. — Imprudence de cette politique. 
— Déchaînement général des ambitions et des appétits succédant 
à l'union apparente des princes et des grands i 

II 

LA REINE. — LE GOUVERNEMENT. — LES JESUITES 
OBSÈQUES DE HENRI IV 

Dans sa conduite personnelle, Marie de Médicis se conforme pen- 
dant quelque temps aux sentiments de son mari. — Pardon 
accorde à la marquise de Verneuil. — Le comte d'Auvergne main- 
tenu à la Bastille. — La reine se montre cependant impitoyable 
pour quelques personnes compromises dans les dernières galan- 
teries de Henri IV. — Faveur du médecin Duret. — Comment 
fonctionne le gouvernement. — Conseil d'Etat. — Conseil étroit. — 
Influence prépondérante du conseil intime. — Position délicate des 
anciens ministres et surtout de Villeroy. — Jugement et supplice 
de Ravaillac. — Négligences commises dans l'information dirigée 
par le chancelier Brûlart. — Affaire du prévôt des maréchaux de 
Pithiviers. — Déchaînement de l'opinion contre les Jésuites. — 
Prédications contre eux dans les paroisses de Paris. — La reine 
les favorise. — Elle leur laisse emporter le cœur de Henri IV à la 
Flèche. — Censure de la Sorbonne et arrêts du Parlement contre 
le De rege et régis institutione. — La reine adresse une répri- 
mande au Parlement. — Paroles et desseins coupables à rencontre 



390 TABLE DES MATIERES. 

du jeune roi Louis XIII. — Garde spéciale créée pour la reine. — 
Funérailles de Henri IV précédées de celles de Henri Fil, i^' juil- 
let lÔlO 2 1 

III 
LES ÉPOUX COXCINI. — LE DUC DE SULLV 

• 

Retour rapide sur les antécédents de Concini et de Léonora Dori. — 
Concini rembarre par le premier président du Parlement. — Instal- 
lation du couple florentin dans le Louvre. — L'abbaye de Marmou- 
tiers donnée au frère de Mme Concini. — Ascendant mystérieux de 
cette femme sur la reine. — Ambition effrénée de Concini. — 
Efforts de sa femme pour le modérer. — Mauvais procédés des deux 
époux à l'égard de leurs compatriotes. — Premières sorties de la 
reine hors du Louvre. — Abstention calculée de Concini. — Il est 
nommé membre du conseil d'État et du conseil des finances. — 
Dissentiments intérieurs du ménage Concini. — La médecine et la 
politique. — Renvoi du médecin Duret. — Origine de la disgrâce 
de Sully. — Difficulté d'élucider cette question. — Pourquoi Sully 
resta à l'Arsenal après la mort de Henri I\'. — Absence de sym- 
pathie entre la reine régente et Sully. — Des bruits de revision de 
ses comptes commencent à circuler. — Nécessité pour la reine de 
ne pas s'aliéner les protestants. — Cabale montée par Bouillon 
contre Sully. — Opposition de Sully aux prétentions des princes 
du sang. — Il est appuyé par la maison de Lorraine. — Concini 
sert d'intermédiaire pour un rapprochement entre Sully et la reine. 

— Marie de Medicis limite les pouvoirs financiers du surintendant. 

— Scènes entre la reine et Sully. — Elle le conserve parce qu'elle 
ne peut encore s'en passer. — L'attente du retour de Condé tient 
tout en suspens bo 

LE PRINCE HENRI II DE CONDE 

Inimitié ancienne de Sully et du prince de Condé. — Le prince 
demande à rentrer en France. — Sa mère négocie avec la reine. — 
Difficultés que rencontrent les tentatives de réconciliation entre 
Conde et sa femme. — La reine fait passer de l'argent au prince. 

— Rentrée de Condé dans Paris au milieu d'un grand concours 
de noblesse. — Son attitude humble et soumise au Louvre. — Agi- 
tation dans Paris. — Craintes mal fondées d'une nouvelle Saint- 
Barthélémy. — Scandale du cortège fait aux princes et de l'isole- 
ment du roi. — Avertissements sévères donnés par la régente. — 
Elle remet sur pied les deux compagnies de gentilshommes au 
bec de corbin. — Rapprochement de Sully et du prince de Condé. 

— Conférence de l'Arsenal. — Modération relative des exigences de 
Condé. — Sa réconciliation avec sa femme. — Attitude nouvelle 
du prince de Condé dans le conseil. — Reprise de la mésintelli- 
gence entre le prince de Condé et le comte de Soissons, à propos 
de l'adjudication de la terre de Nogent-le-Rotrou. — Nouvelles 
faveurs accordées au comte de Soissons. — Progrès des exigences 
€t de l'avidité de Condé. — Marche envahissante du favori Concini. — 



TABLE DES MATIERES. 89 I 

Mécontentement de Villeroy qui s'absente de la cour. — Le déjeuner 
de Confians. — Concini achète le marquisat d'Ancre, les gouver- 
nements de Péronne, Roye et Montdidier et une charge de premier 
gentilhomme de la chambre. — Rôle de Sully dans ces tripotages 
politiques et financiers. — Le prince de Condé tenu en échec. 78 

V 

SCÈNES INTIMES. — AMBASSADES EXTRAORDINAIRES. — LE ROI 
LES GUISES ET LES BOURBONS 

Menus détails de l'existence privée de la régente. — Chaleur de l'été 
en 1610. — Marie de Médicis commande à la fabrique de Monle- 
lupo en Toscane un carrelage artistique pour ses appartements. — 
Ses promenades de dévotion. — Revue de sa compagnie d'hommes 
d'armes. — Scènes intimes. — Le dentiste Tornabuoni. — Ambas- 
sades du comte de Bucquoy, du comte de Collalto, du duc de Deux- 
Ponts, du duc de Feria, du comte de Hampton. — Dignité précoce, 
esprit d'à-propos du jeune roi. — Son portrait d'après les ambas- 
sadeurs florentins. — Anecdotes diverses. — Faveur éphémère 
du tireur d'arbalète Zanobi Spini. — Projet d'union entre le duc de 
Guise et la douairière de Montpensier favorisé par la reine mère. — 
Opposition de la marquise de Verneuil. — La régente intervient. 

— La marquise capitule. — Satisfaction de Marie de Médicis. — Le 
prince de Condé revient à la cour pour le voyage du sacre... m 

VI 

LE SACRE DU ROI. — LA POLITIQUE DU MARQUIS d'aNCRE 

Apaisement et bonne entente générale au moment du sacre de 
Reims. — Distribution des rôles ofticiels. — Départ de la cour. 

— Séjour à Monceaux. — Les cérémonies du sacre. — Attitude 
provocatrice de Concini. — Insuccès de ses prétentions. — Faveur 
croissante du marquis d'Ancre. — Renouvellement des intrigues 
des prmces du sang. — Rappel de Sully. — Rentrée du roi à Paris. 

— Reconciliation du prince de Condé et du comte de Soissons. — 
Coalition des princes du sang. — Condé vise à la lieutenance géné- 
rale du royaume. — L'idée d'une convocation des États généraux 
mise en avant. — Conversation politique du favori Concini à ce 
sujet. — La reine essaye de tenir la balance égale entre les Guises 
et les Bourbons. — Esclandre suscité par le duc d'Epernon. — Le 
prince de Condé et le comte de Soissons quittent la cour. — La 
présence de Sully aux affaires est nécessaire pour l'établissement 
de l'état des recettes et des dépenses. — Inimitiés auxquelles il est 
en butte. — Sa brouille avec Villeroy. — Raisons financières et 
motifs tirés de la politique étrangère. — La régente cherche à s'en- 
tendre avec les princes et les fait revenir pour la clôture de 
Tannée 16 10 146 

VII 

DÉBUTS ORAGEUX DE l' ANNEE 161I. — RETRAITE DE SULLY 

Commencements de l'année 161 1. — Conflit violent de deux gentils- 
hommes de la chambre, le marquis d'Ancre et le duc de Bellegarde. 



:>92 TABLE DES MATIERES. 

— Satisfaciions accordées au prince de Condé. — Mariage du duc 
Charles de Guise et de la douairière de Montpensier. — Prétentions 
du comte de Soissons sur la main de l'héritière de Montpensier 
pour son hls. — Opposition du cardinal de Joyeuse et de la maison 
de Guise. — La régente accusée d'abandonner les intérêts de la 
couronne. — Affaire entre le comte de Soissons et le prince de 
Condé transformée en conflit aigu entre le comte de Soissons et le 
duc de Guise, la maison de Bourbon et la maison de Lorraine. — 
Dithciles négociations en vue d'un arrangement. — Explications 
données en présence de la régente. — Noble et loyale attitude du 
duc de Mayenne. — Nouveaux événements de cour. — L'influence 
du duc d'Epernon battue en brèche. — Episode judiciaire des révé- 
lations de la Descomans. — Querelle du baron de la Châtaigneraie 
et du duc d'Epernon. — Faiblesse de Marie de xMédicis. — Mécon- 
tentement du duc d'Epernon. — La reine tient cependant à le 
ménager. — Concini entremetteur de toutes les réconciliations et 
syndic des mécontentements. — Son alliance avec le ministre Vil- 
leroy et les princes mécontents détermine la disgrâce définitive de 
Sully. — Circonstances détaillées de cet événement. — Revirement 
de l'opinion populaire en faveur de Sully. — Le roi regrette son 
départ 1 8 1 

VIII 

POLITIQUE EXTÉRIEURE. — RENVERSEMENT DES PLANS DE HENRI IV 
— RAPPROCHEMENT AVEC LESPAGNE 

Longue inimitié du duc de Savoie Charles-Emmanuel I"^ et de 
Henri IV. — Projets de politique extérieure du roi de France à la 
fin de son règne. — Rapprochement avec la Savoie. — Double 
convention de Brusol. — Alliance politique, militaire et matrimo- 
niale. — Après la mort de Henri I\', bonnes dispositions de Marie 
de Médicis à l'égard du duc de Savoie. — Manœuvres de l'ambas- 
sadeur extraordinaire du duc de Florence, Matteo Botti, pour 
faire incliner la régente du côté de TEspagne. — Changement 
opéré dans les dispositions de Marie de Medicis par les factions 
des princes et des grands. — Elle pense pouvoir marier une de ses 
lilles en Espagne et l'autre en Savoie. — Point de vue du cabinet 
de Madrid, qui veut la rupture de toute alliance politique et matri- 
moniale avec la Savoie. — Propositions d'accord entre la cour de 
France et la cour de Madrid subordonnées à l'acceptation d'un 
accommodement pour les affaires de Clèves, Berg et Juliers. — 
Expédition conduite sous les murs de Juliers par le maréchal de 
la Châtre. — Prise de la place. — Retraite des troupes françaises 
à travers les Pays-Bas. — Le roi d'Espagne Philippe III et la régente 
conviennent d'offrir au duc de Savoie pour son hls une des sœurs 
du grand-duc de Toscane. — Protestations de Charles-Emmanuel. 

— Duplicité de la diplomatie des cabinets de Madrid et de Turin. — 
Le duc de Sivoie cherche à rentrer en grâce auprès de TEspagne. 

— Marie de Medicis persuadée que les princes ont noué des intel- 
ligences avec les Espagnols pour exciter des troubles dans le 
royaume. — La régente prend derinitivement parti en faveur des 
mariages espagnols. — Le roi d'Espagne consent à donner en 



TABLE DES MATIERES. 893 

mariage au roi de France l'aînée de ses filles. — Communication 
faite aux princes à ce sujet. — Leur opposition. — La notirication 
officielle des mariages est remise après la prochaine assemblée des 
Huguenots. — Démonstration armée du duc de Savoie. — Il menace 
Genève et réclame l'exécution de la promesse de Henri IV. — Pré- 
paratifs d'une expédition contre la Savoie. — Instructions énergi- 
ques données au maréchal de I^esdiguières. — Défaite des troupes 
de Charles-Emmanuel au pont de Gresin. — Mission diplomatique 
confiée à M. de la Varenne. — 11 réussit à faire signer au duc de 
Savoie un traité de désarmement et de garantie 226 

IX 

l'assemblée de saumur 

Pendant le séjour de la cour à Fontainebleau, le gouvernement fran- 
çais se rapproche visiblement de celui de Madrid. — Concurrence 
de Matteo Botti et de l'ambassadeur espagnol don Inigo de Cardenas 
pour la réussite de l'alliance franco-espagnole. — Célébration mes- 
quine de l'anniversaire du décès de Henri IV. — L'hôtel du mar- 
quis d'Ancre au milieu de l'année 161 1 paraît être le centre des 
affaires et de la faveur. — Nature de l'influence de Concini à cette 
époque. — Les deux époux semblent se désintéresser complètement 
de l'affaire des mariages espagnols. — Le gouvernement d'Amiens 
donné par la reine au marquis d'Ancre. — Il n'est pas l'auteur prin- 
cipal de la chute de Sully. — Nécessité de calmer les protestants 
irrite's de la disgrâce du principal d'entre eux. — Affaire de \L de 
Boisse, gouverneur de Bourg en Bresse, et de M. le Grand, gou- 
verneur de la province. — Convocation de l'assemblée triennale des 
protestants. — Malgré les imprudences de Botti, il faut laisser som- 
meiller l'affaire des mariages espagnols pendant la durée de cette 
assemblée. — Sully demande à s'y rendre. — La cour le fait secrè- 
tement menacer d'une revision de ses comptes. — L'assemblée se 
réunit à Saumur. — Sully s'y présente. — La cour lui oppose 
l'influence du duc de Bouillon. — La présidence est déférée à Du 
Plessis-Mornay. — Aigres doléances de Sully. — Requêtes de l'assem- 
blée à la couronne. — La question des intérêts particuliers de Sully 
est tenue en réserve. — Les commissaires du gouvernement insis- 
tent pour que l'assemblée procède à l'élection de ses députés. — 
L'assemblée envoie à Paris une délégation chargée de présenter ses 
cahiers. — Convocation des princes et membres du conseil absents. 
— Réponse dilatoire faite par la reine aux délégués. — Leur retour 
à Saumur. — Messages comminatoires et mesures prises pour amener 
la dissolution de l'assemblée. — Résistance de Sully. — Il est aban- 
donné. — L'assemblée se sépare le 12 septembre après l'élection 
de ses députés. — Le jeu des intérêts particuliers toujours actif 
pendant la tenue de l'assemblée. — Dispersion des princes et grands 
seigneurs dans leurs gouvernements au milieu de l'année 161 1. — 
Le duc de Guise en Provence. — V^oyage du prince de Condé dans 
le centre et en Guienne. — Ses démêlés et sa réconciliation avec le 
duc d'Épernon. — Son attitude hostile aux huguenots. — A Bor- 
deaux il cause des embarras au gouvernement. — Conflit du duc de 
Guise et du duc d'Épernon revenus à la cour. — Intervention con- 



394 TABLE DES MATIÈRES. 

cillante du duc de Mayenne. — Ferme déclaration de la reine aux 
députés huguenots. — L'édit de Nantes maintenu et amélioré. — 
Dernières .manifestations d'opposition de Sully. — Sa cause ne 
trouve plus de défenseurs. — Il rentre dans Tombre. — Rôle fami- 
lier du marquis d'Ancre. — Ses démêlés avec le comte de Saint-Pol 
à propos de la possession de la citadelle d'Amiens. — Terminaison 
de Taffaire de Bourg en Bresse 265 



X 

LES ENTREPRISES .MATRIMONIALES ET LES DEUILS DE LA FIN DE 161I 

Entrevue du prince de Condé et du comte de Soissons. — Leur rap- 
prochement. — La régente voudrait faire approuver en bloc sa 
politique au prince. — Entreprises matrimoniales. — La reine veut 
marier le tils du connétable Henri de Montmorency, avec une prin- 
cesse de Mantoue, puis avec une princesse de Toscane. — Pourpar- 
lers engagés avec rAnjzleterre pour faire épouser au prince de Galles 
une seconde tille de Marie de Médicis. — Le duc de Savoie recherche 
pour son hls la main de la princesse d'Angleterre. — Marie de 
Médicis voudrait le marier avec une de ses cousines de Toscane. — 
Opposition violente de la cour de Madrid au mariage accordé entre 
le duc de Nemours et une princesse de Savoie. — Les négociations 
pour les mariages espagnols continuent quoique avec lenteur. — 
Marie de Médicis a le loisir de s'abandonner à ses goûts artistiques. 

— Arrivée des mattoni de Montelupo. — Projet d'édification du 
palais de Luxembourg. — Catastrophes de la fin de l'année 1611. 

— Mort de la duchesse de Mantoue, du duc de Mayenne, de la reine 
d'Espagne, du duc d'Orléans. — La régente relancée à Fontainebleau 
par Matteo Botti, qui veut la remarier avec le roi d'Espagne. — 
Voyage de la duchesse de Lorraine en France. — Rapides progrès 
dans les négociations pour les mariages espagnols. — La cour 
d'Angleterre ayant demandé la main de l'infante pour le prince de 
Galles, le gouvernement de Philippe lll répond qu'elle est promise 
au roi de France. — Jacques l" manifeste son mécontentement à 
l'ambassadeur et à la cour de France. — Entrevue de Suze entre 
le duc de Savoie et le maréchal de Lesdiguières. — Désespoir de 
Charles-Emmanuel. — Rébellion de M. de Vatan. — Réunion des 
princes et des grands officiers de la couronne à la cour pour les der- 
niers jours de 1611 3i r 

Appendice 33q 



CooLOMMiERS. — Imp. P. BRODARD. 



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