Skip to main content

Full text of "La pénétration francaise en Afrique: ses caractéristiques et ses résultats"

See other formats


This is a digital copy of a book that was preserved for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 
to make the world's books discoverable online. 

It bas survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover. 

Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the 
publisher to a library and finally to y ou. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying. 

We also ask that y ou: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
any where in the world. Copyright infringement liability can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web 

at http : //books . google . com/| 



Digitized by 



Google 



From the library of 

Lloyd Cabot 'Briggs 
1909 - 1975 



Tozzer Library 

PEABODY MUSEUM 
HARVARD UNIVERSITY 



r 



Digiti: ed by 



Google 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



1906 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



T^pTT.wr 



*,. ^'*» . 






Digitized by 



Google 



.# 



Digitized by 



Google 




Pénétration française 



en 



Afrique 



Digitized by 



Google 



Extrait de la Reçue coloniale 
Publication du Ministère des Colonies. 



Digitized by 



Google 



Lieutenant de la VERGNE de TRESSAN 



La 

Pénétration française 



en 



Afrique 



Ses caractéristiques et ses résultats 



1^ 

'^ ilBUOTHÈQUE" 



PARIS 

Augustin CHALLAMEL, Editeur 

Rue Jacob, 17 

Librairie Maritime et Coloniale 

1SK)6 




Digitized by 



Google 



/»/-//, ^/J»//, l/iV7^, 



I 



» 



■RËciivÊD 



I 



i 



Digitized by 



Google 



PRÉFACE 



Quiconque a suivi avec quelque peu d'attention le mouvement 
colonial de ces trente dernières années a pu être frappé de la pro- 
gression lente mais continue et acharnée avec laquelle s'est effectuée 
Texpansion française sur le sol africain. Sans se laisser rebuter 
par les obstacles matériels et humains, nos explorateurs, nos offi- 
ciers, nos administrateurs coloniaux ont sans cesse poussé de l'avant 
et ont réussi à créer notre splendide empire d'Afrique occidentale, 
en prolongeant toujours plus loin et en unissant sur les bords du 
Tchad, ces petits établissements côtiers du Sénégal, de la Guinée, du 
Gabon, que nous possédions seuls au milieu du siècle dernier. 

En réfléchissant à une pareille œuvre, on est naturellement amené 
à se demander quelle a été la genèse de cette pénétration française 
si tenace, sous quelles formes caractéristiques elle s'est produite, 
quelles ont été les difficultés rencontrées. 

Dans les pages qui vont suivre, on s'est proposé cette tâche com- 
prenant tout à la fois Vanalyse des milieux traversés et des moyens 
employés et la synthèse des résultats obtenus. 

N'est-il pas profitable, en effet, de jeter quelquefois un coup 
d'œil en arrière et de mesurer du regard le chemin parcouru avant 
de poursuivre sa route et de se proposer un nouveau but ? La cons- 
tatation des brillants avantages conquis est susceptible de donner 
du courage et de l'espérance, celle des erreurs inhérentes à tout 
apprentissage, de quelque genre qu'il soit, est le meilleur des en- 
seigpiements pour l'avenir... 



Digitized by 



Google 



— 6 — 

La scienQe géographique contemporaine repose essentiellement 
sur l'analyse des milieux climatologiques, physiques et ethnogra- 
phiques et sur l'influence réciproque qu'ils exercent les uns sur les 
autres. La situation politique, économique et sociale des peuples 
découle de là et, sans s'en apercevoir, on s'élève de l'étude de la 
nature à celle de l'homme. 

Chacune de nos grandes colonies du continent a donc été étudiée 
en elle-même et comme voie de pénétration vers le centre africain, 
en prenant pour bases les éléments fondamentaux que nous venons 
d'énumérer et qui caractérisent vraiment un pays. Si nos modestes 
forces n'ont pas été en rapport avec la grandeur de la tâche entre- 
prise, qu'il nous soit permis, du moins, de trouver une excuse dans 
le sincère désir de faire œuvre utile et patriotique. 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 










Digitized by 



Google 



tact 



La Pénétration française 

en Afrique 

Ses caractéristiques et ses résultats 



INTRODUCTION 

DE LA XECESSné DE l'eXPANSION COLONIALE POUB LES PEUPLES 
CONTEMPORAINS ET EN PARTICULIER POUR LA FRANCE 

C'est un fait historique qu'à chaque nouvelle civilisation éclose 
dans le monde a correspondu un mouvement d'expansion vers lé 
■dehors. 

Dans l'antiquité, la colonisation phénicienne est venue se gref- 
fer sur l'Egypte de l'époque la plus brillante; puis, la Grèce a jeté 
des colonies sur les rivages de la Méditerranée, Rome, enfin, a sub- 
mergé de son immense et lourde puissance tout le monde connu 
des anciens. Trouver des exemples analogues chez les peuples mo- 
dernes de toutes les époques serait aisé. 

Il faut en outre remarquer que ces mouvements d'expansion ont 
présenté chacun des caractères particuliers, images des civilisations 
qui les ont produits. Dans la colonisation hellénique, nous retrou- 
vons le souci artistique qui caractérise l'ancienne Grèce. L'expan- 
sion romaine s'offre à nous sous un jour plus solide et plus utili- 
taire, toute pleine de cette force et de ce grandiose composant 
l'essence même du génie romain. Le mysticisme et l'esprit batailleur 
du moyen âge se retrouvent dans les croisades. Les grandes entre- 
prises de la Renaissance sont rendues possibles par le développement 
scientifique et les découvertes de l'époque. 



Digitized by 



Google 



— 8 — 

La connaissance des temps écoulés nous fournit donc cette don- 
née qu'à toutes les époques brillantes de l'histoire a correspondu un 
mouvement d'expansion coloniale. 

Il est intéressant d'étudier la genèse de oet esprit colonial, tout 
au moins en ce qui concerne l'Europe moderne. 

Le premier élément qui ait influé sur son développement est, 
semble-t-il, la situation géographique de notre vieux continent. 

L'étendue des côtes de l'Europe est énorme, comparée à l'espace 
qu'elle occupe. Son littoral déchiqueté, creusé en une multitude de 
points, de baies et d'anses susceptibles de devenir des ports a dirigé 
ses aspirations vers la mer. Les habitants des rivages furent, de 
tout temps, naturellement portés à chercher leur nourriture dans 
la pêche, le long de la côte. Les progrès de la navigation leur per- 
mirent bientôt de s'aventurer plus loin en mer ; ils se lisquèrent 
enfin dans de grandes traversées. 

De l'autre côté des océans, on trouva de nouvelles côtes et la 
curiosité s'emparant des esprits, amena les découvertes de la He- 
naissance. Les aventuriers partis à la recherche de terres inconnues 
ne tardèrent pas à se proposer un but plus pratique que la gloire. 
La vue des richesses du Nouveau-Monde excita leurs convoitises, 
le commerce et le gain attirèrent leurs efforts. Ils en vinrent même 
à se substituer aux anciens possesseurs du sol, pour se réserver 
l'entière exploitation de ces pays merveilleux. Ce fut alors le règne 
de la colonisation espagnole par la violence et l'extermination de la 
race la plus faible. 

La métropole ne tarda pas d'ailleurs à employer vis-à-vis des 
colons les mêmes procédés despotiques que ceux-ci exerçaient en- 
vers les indigènes. Elle considéra la colonie comme une mine dont 
elle puisait sans cesse les richesses, sans chercher à favoriser en 
échange son développement propre. Elle voulut se. réserver les pro- 
duits de ses possessions à l'exclusion de toute autre puissance, ap- 
pliquant sans cesse le système protecteur dans sa plus étroite signi- 
fication. 

Il vint fatalement un jour où, suivant Texpression bien connue, 
« les colonies se détachèrent de la métropole comme les fruits trop 
mûrs se séparent de l'arbre qui les a produits ». 

Une autre conséquence de l'extension du commerce au delà 
des mers fut la naissance des guerres maritimes. On en vint à se 
disputer le trafic, puis bientôt les pays mêmes sources de ce trafic. 



Digitized by 



Google 



— 9 — 

Il fallut créer des ports de guerre et de relâche, jalonner les routes 
du ]K ou veau-Monde, organiser enfin d'une façon plus sérieuse 
les établissements coloniaux. Ainsi prit peu à peu naissance Tim* 
mense expansion contemporaine des peuples de l'Europe. 

Chaque jour, de plus en plus, « le mouvement d'expansion colo- 
niale apt>araît comme la manifestation fatale et nécessaire de la 
vie des nations » (1). 

Cette résultante provient de considérations dWdre agricole, éco- 
nomique, ethnographique, intellectuel même. 

Actuellement, dans bien des pays d'Europe (2), le paysan a 
souvent une pit>priété trop petite pour y déployer tout son potentiel 
d'activité et avoir la faculté de vivre de sa culture. On a pu faire 
remarquer (3), par exemple, qu'en France, l'agriculture manque 
aux bras autant que les bias manquent à l'agriculture et ceci en 
raison de la mauvaise répartition de la propriété. Les cultivateurs 
trop à l'étroit dans certaines régions ne pourraient-ils donc trouver 
aux colonies un champ d'action proportionné à leurs forces P 

Nombre de familles basques et normandes ont émigré dans 
l'Amérique du Sud. Il est malheureux de constater que nos colonies 
de peuplement n'ont pas profité de cet appoint de force vive. 
Il semble que de nos jours on commence à comprendre cette néces- 
sité d'expansion. Des enfants de :fomilles nombreuses créent des 
exploitations en Algérie et en Tunisie. Le sol de notre pay^ ai^>anvri 
par la culture intensive exige des engrais coûteux que seule la 
grande culture peut employer en quantité assez considérable. Or, 
le terrain presque vierge des régions intertropicales peut se suffire 
à lui-même. En bien des points, le labeur consiste uniquement à 
semer pour récolter. 

D'autre part, le mouvement incessant de la population de la 
campagne vers les villes a occasionné un développement excessif de 
l'industrie. Devant la concurrence sans cesse grandissante, c'est 
pour elle une question de vie ou de mort de trouver des débouchés. 
Les colonies sont susceptibles de les leur fournir (4). 



(1) De Lanessan, Ueœpanèion cêloniale de la France. 

(2) En bien des points de la France, notamment. 

(3) M. Rambaud, dans sa préface à la traduction de l'ouvrage de Seeloy : L'ea;- 
pansion coloniale de l'Angleterre. 

(4) Citons notamment l'extension immense prise par le commerce des cotonnades 
avec les colonies. Rouen en fabrique des quantités très considérables. 



Digitized by 



Google 



— 10 — 

Bien des pays de l'Europe et en particulier la France ne peu- 
vent suffire à leur propre nourriture. La quantité de blé importée 
annuellement de Hussie et des Etats-Unis est énorme. X'est-il donc 
pas plus profitable pour une nation d'aller chercher ce qui lui 
manque dans ses propres colonies plutôt que chez les autres ? 

On doit enfin prêter attention à une autre considérsttion non 
moins importante pour un i)euple. Nous voulons parler ici de situa- 
tion occupée par la race dans le monde. Au milieu du struggle for 
life général, il en est des races humaines comme des espèces végé- 
tales et animales : les plus faibles sont appelées à dispaïaître. 

En prenant le cas particulier de la France, celui qui nous inté- 
resse par-dessus tout, nous voyons qu'en demeurant enfermés dans 
nos frontières maritimes, tandis que toutes les autres nations s'éten- 
dent dans le monde, notre race finirait par ne plus occui)er qu'une 
place infime sur le globe. 

« Dans le débordement de populations anglo-saxonnes sur le 
Nouveau-Monde, de populations allemandes ou slaves sur l'Ancien, 
nous disparaîtrions (1). » 

Dilke (2) ne laisse-t-il pas échapper ce cri de triomphe : « Nul 
concours possible d'événements ne peut empêcher la race anglaise 
de compter, en 1970, 300 millions d'âmes, parlant la même langue, 
ayant le même caractère national. L'Italie, la France, l'Espagne ne 
seront plus que des pygmées en face d'un pareil peuple. » 

S'il était un pays appelé par sa situation géographique à devenir 
une puissance coloniale, c'était pourtant la France. Sa position de 
« grand continent de terre entre la mer Océane et Méditenanée » (3) 
lui indiquait clairement la voie à suivre. L'esprit d'aventure, puis 
le désir du gain ne poussait-il point ses marins dieppois sur la cote 
de Guinée dès le xiv® siècle ? Mais le malheur voulut que la monar- 
chie fût souvent distiaite de ses entreprises maritimes par les 
événements intérieurs ou continentaux. On se contenta longtemps 
d'échanges et de commerce, sans fonder d'établissement stable. 

On eut en vue le gain immédiat plutôt que le défrichement et 
la mise en valeur des richesses naturelles des terres découvertes. 

(1) Rambauo, préface de l'ouvrage déjà cité de Seeley... 

(2) Greater Britain, a record of tracel in engliêh speaking countries durlng : 
1866, acril J867. Londres, Mannillau, 1868. 

(3) Giiantereau-Lefèvre, Considératiom historiques sur la généalogie de la 
Maison de Lorraine^ 1642. 



Digitized by 



Google 



— n — 

En Amérique, comme en Afrique, un plan bien déterminé et la 
suite dans les idées firent défaut. L'ancien régime se préoccupa sur- 
tout de fonder des compagnies dont les privilèges étaient excessifs, 
embrassaient trop de choses et entravaient la liberté du trafic. 
L'organisation même des colonies était défectueuse et se contentait 
de reproduire les institutions de la mère patrie, sans tenir compte 
des conditions de lieux et de circonstances. Au Canada, par exem- 
ple, on constitua la propriété d'une façon toute féodale. 

Il était pourtant évident que « la réunion des terres en grandes 
propriétés réduisait la quantité et le bon marché des bonnes terres, 
principales sources de la prospérité rapide des colonies nouvel- 
les ». 

L'émigration n'était point suffisante pour peupler des étendues 
aussi immenses de terrain. On a pu même avancer que notre pre- 
mier empire colonial était disproportionné à nos forces de l'époque*. 

L'esprit de persévérance, enfin, faisait défaut aussi bien chez 
les particuliers que chez l'Etat. 

Et pourtant, malgré toutes ces causes de faiblesse, l'avance prise 
par la France sur l'Angleterre était si considérable « qu'un prophète 
politique comparant les chances d'avenir des deux puissances, au 
moment de la Révolution de 1688, aurait été certainement induit 
à prédire que, dans l'avenir, l'Amérique du Nord appartiendrait à la 
première plutôt qu'à la seconde ». M. Seeley, l'auteur de cet aveu, 
ajoute : « Dans l'Inde, les Français avaient en réalité l'avance sur 
nous plus décidément que dans TAmérique du Xord. » 

Par malheur, la France, embourbée dans sa politique tradition- 
nelle, s'occupa avant tout de ses frontières terrestres et oublia que, 
du côté de la mer, elle ne rencontrait aucune borne à ses ambitions 
légitimes. 

Le xviii* siècle s'ouvrait sur un nouvel état de choses créé par 
les traités d'Utrecht. La France n'avait plus à craindre d'être ab- 
sorbée par la maison d'Autriche. Elle avait acquis tout ce qu'elle 
pouvait attendre d'avantageux de la théorie des Limites naturelles. 

Hors la Lorraine, il ne lui restait plus rien à désirer vers l'est. 
Cette province acquise, son rôle aurait dû être de garder la neutra- 
lité dans les affaires du continent pour avoir les mains libres sur 
mer et par delà aux colonies. Mais elle tomba dans la faute immense 
de s'intéresser uniquement aux rivalités européennes au point de 
négliger le reste du monde, lorsque déjà le monde était entré dans 



Digitized by 



Google 



— i2 — 

l'histoire de l'Europe. Dans ce nouveau monde ouvert à Tactivité 
européenne, la France rencontrait partout la Grande-Bretagpie, 
c'était donc contre elle que toute notre énergie eût dû se diriger. 
Notre politique continentale serait demeurée subordonnée à notre 
expansion coloniale et ainsi € une plus grande Fiance » se serait 
élevée à la place de la « plus grande Bretagne » (1). 

Au lieu de cela, notre politique du xvin* siècle se contenta 
d'agir suivant les amitiés du moment : l'anglaise, la prussienne, ou 
rautrichienne, les deux dernières surtout néfastes (2) et aboutissant 
aux hontes de 1763. 

Le règne de Louis XVI nous releva pourtant quelque peu de 
nos désastres. La Fiance, grâce à sa marine reconstituée, à ses forces 
réparées, se vengea sur l'Angleterre de son expulsion du Nou- 
veau-Monde et avec tant de succès que le traité de Versailles effaça 
quelque peu de l'opprobre du traité de Paris. Il nous laissa des 
possessions bien petites il est vrai, mais qui devaient devenir au 
XIX® siècle le fondpment de notie pouvoir dans l'Afrique occiden- 
tale, l'un des plus beaux fleurons de notre empire colonial contem- 
porain. 

La Révolution eut à lutter d'abord pour l'existence devant la 
coalition des souverains, puis pour l'extension dans l'Europe des 
idées nouvelles. Napoléon n'eut pas le loisir d'appliquer ses projets 
coloniaux. Il est à remarquer que les divers gouvernements qui se 
succédèient pendant le reste du xix® siècle jusqu'en 1870, ne furent 
amenés à exécuter leurs conquêtes coloniales que fortuitement, pour 
ainsi dire. 

En s'emparant, par exemple, d'Alger, on n'envisagea point 
toutes les conséquences de cet événement. Le seul but fut de réparer 
une offense faite au nom français. 

Le souvenir des fautes commises dans le passé doit nous servir 
de leçon. Aujourd'hui plus que jamais, l'expansion coloniale est une 
nécessité pour la France. Les autres peuples s'en passeraient pins 
facilement qu'elle. La Russie possède des territoires immenses où 

(\) Expression employée pour la première fi»is par sir Charlc Dilke, loc. cit, 
i2) Il est maintenant prouvé qu'étant donnée la situation de la France à la mort 
de \jo\ny* XIV, l'alliance avec rAii/irl<'ioiTC s'imposait momentanément^ alliance 
d'ailkurs toute de circonstance. La Fiance aurait dû en proliu^r pour employer le 
mieux possible le répit laissé par la trêve conclue, en relevant sa marine et ses 
■financée. 



Digitized by 



Google 



— 13 — 

elle peut dépenser son activités La Grande-Bretagne, quand bien 
même elle perdrait ses colonies, conserverait dans les Etats-Unis 
un excellent débouché pour son commerce et son industrie. 

L'Allemagne peut encore se proposer pour but (1) d'englober 
touâ les éléments germains épars dans le reste de rEurope, et pour- 
tant, malgré son étendue et sa puissance, elle a compris la nécessité 
de pousser plus loin, d'aller jusqu'au delà des mers. 

Pour nous, bornés du côté de la terre par nos frontières, nous 
doTons chercher ailleurs l'air et l'espace nécessaires à notre T^ie, en 
cette époque où la politique du monde est coloniale. 

L'opinion publique, longtemps rebelle à toute idée de colonisa- 
tion^ commence enfin à voir plufi clairement le véritable intérêt de la 
Trance. Notre nouvel empire colonial nous fournit une revanche 
et une consolation des malheurs de 1870 et c'est une grande gloire 
pour la troisième république d'en avoir construft la charpente, après 
vingt années de luttes et de discussions opiniâtres au Parlement. 

Dans le passé, l'initiative individuelle avait souvent suppléé à 
Faction des gouvernements. De simples particidiers avaient par- 
fois réussi à conquérir des territoii'es immenses. Mais à l'époque 
actuelle, l'Etat a compris qu'il ne peut plus se désintéresser des en- 
tceprises coloniales. Sans son aide, aucun établissement n'est stable : 
la colonie a besoin de l'appui de la mère patrie contre l'étranger. 

Il serait intéressant d'étudier l'influence réciproque que doivent 
exercer l'une sur l'autre la métropole et la colonie. 

D'autres plumes plus autorisées en la matière se sont déjà prch> 
posé ce but. Contentons-nous donc d'esquisser les grandes direc- 
trices capables de mener à bien l'œuvre commencée. 

Il paraît tout d'abord fort naturel que notre expansion suive 
dans ses méthodes les tendances de l'esprit français. I^ous pouvons 
nous vanter de posséder des qualités éminemment propres à la co- 
lonisation. € Il n'est pas de peuple, a-t-on pu écrire (2), qui sache 
mieux se plier à tous les climats et à toutes les conditions d'exis- 
tence, qui soit plus sympathique aux races étrangères et primitives, 
qui sache mieux se fondre avec les aborigènes et s'approprier aux 
différents milieux, i L'énergie, l'audmce sont notre apanage. 

(1) Avec la question d'Orient, cette question du pangermanisme est actuelle- 
ment une des plus importantes de la politique continentale européenne. 

(2) Lbroy-Bkaulieu, La colonitation chejs le$ peuples modernes^ édition 
de 1902. 



Digitized by 



Google 



— U — 

Par malheur, nous avons parfois les défauts de nos qualités 
mêmes : une trop grande insouciance du lendemain, le manque de 
persévérance et d'ensemble dans les efforts déployés. Il faut, dans 
l'avenir, que nous sachions rassembler toutes nos forces sur des 
points bien déterminés, au lieu de les éparpiller parfois stérilement, 
que nous canalisions les sources îrop vives de notre imagination, que 
nous nous mettions, suivant l'expression vulgaire, du plomb dans la 
tête. 

Au point dé vue économique, la grandeur de notre empire colo- 
nial exige qu'aucune entrave ne soit apportée au développement 
du commerce entre la métropole et la colonie. Dans ce but, il semble 
nécessaire d'abaisser la barrière de douanes qui se dresse à l'entrée 
de la mère patrie devant les produits coloniaux et de ne pas consi- 
dérer comme un droit absolu pour cette dernière de faire pénétrer 
tous ses produits dans les colonies sans acquitter aucun droit de 
douane. 

Le temps ne doit plus être (à part de fort rares exceptions) où 
la colonie n'était considérée que comme une dépendance susceptible 
de recevoir en bloc les institutions de la métropole, sans qu'il soit 
tenu compte « ni des distances, ni des climats, ni de l'infinie va- 
riété de ce lointain domaine dispersé dans toutes les parties du 
monde, sous toutes les latitudes habitables » (1). 

Le meilleur moyen de rendre prospères le commerce et l'indus- 
trie de la France paraît être de répudier les pensées égoïstes en dé- 
veloppant les progrès de nos colonies en elles-mêmes. Ces dernières, 
reconnaissantes de leurs richesses et obéissant aux affinités de race 
et d'intérêt verront dans la métropole une source de débouchés pour 
leurs produits et cette dernière déversera chez elles, en échange, 
le trop plein de son industrie. Ainsi s'établira la réciprocité des inté- 
rêts commerciaux, lien d'une grande force et d'une grande effica- 
cité. 

Dans la mise en valeur de ses domaines coloniaux, la France 
devra se proposer un double but, matériel et moral tout à la foiss 
Il ne sera point suffisant de défricher, de percer des voies de com- 
munication pour drainer les produits tropicaux, d'assainir les pays 
possédés. Notre mission doit être plus haute et digne de notre passé 
de puissance civilisatrice. 

(1 Discours de M. Jules Ferry au Parlement, en 1892. 



Digitized by 



Google 



— 45 — 

Quelle œuvre plus belle que de régénérer les peuplades endor- 
mies dans leur manque de besoins, abruties par le fanatisme, les 
superstitions et l'alcool des premiers traitants, vouées à l'esclavage 
et à l'oppression du plus fort, de les gagner à la raison au lieu de 
se comporter en < race exterminatrice » (1), comme les Anglo- 
Saxons le font à l'égard des vaincus (2)v 



BIBLIOGRAPHIE DE L INTRODUCTION 

DuvAL, Les colonies et la politique coloniale de la France. Paris, 1864. 

Gaffarel, Les colonies françaises. Paris, 1880. 

A. Rambaud, La France coloniale. Paris, 1886. 

J. DE Lanessan, V expansion coloniale de la France. Paris, J. Filleau, 1886. 

Fallot, Lavenir colonial de la France. Paris, Ch. Delagrave, 1902. 

Leroy-Beauueu, La colonisation chez les peuples modernes. Paris, 
édit. de 1902. 

J. R. Seeley, Vexpansion de V Angleterre. Londres, 1884. 

Traduction du colonel Baille et préface de M. Rambaud. 1901. 

Sir Charle Dilke, Greater Britain, a record oftravel in english spea- 
king countries during 1866, and 1867. Londres, Macraillan, 1868. 

GoLDwiN Smith, The Empire. Oxford et Londres, Henri et Parker, 1863. 

Marcel Dubois, Systèmes coloniaux et peuples colonisateurs. Paris, 
Masse n. 

Die Kolonial Politik Frankreichs, du D' Alfred Zimmermann, Ber- 
lin, 1901. 

Au point de vue historique : 

L. G. Binger, Considérations sur la priorité des découvertes mari- 
times sur la côte occidentale d'Afrique aux xiv« et xv® siècles. (Supplé- 
ment au Bulletin du comité de V Afrique française y àe juin 1900). 

Bréard (Ch. et P.), Documents relatifs à la marine normande. 
Rouen, 1889. 

LiNANT DE Bkllefoxds (1666-1667), Remarques sur les côtes d'Afrique, 
et notamment sur la Côte d'Ivoire, pour justifier que les Français y ont 
été longtemps auparavant les autres nations. 

WiESENER, Le régent, l'abbé Dubois et les Anglais. 3 vol. Paris, Ha- 
chette, 1891-1896. 

Legrelle, L'Europe en 1713, après la guerre de la Succession d'Es- 
pagne. Braine le Comte, librairie Cerf et fils, 1897. 

(1) Expression employée par sir Charle Dilke lui-même, loc. cit. 

(2) Répondre ici aux objections bien connues contre la colonisation sortirai 
du cadre de celle étude. M. Rambaud Ta d'ailleurs fait victorieusement dans la 
préface de l'ouvrage de Seeley, loc, cit. 



Digitized by 



Google 



- 16 - 

HftMONT, Un eiscU d'empire français dans rinde. ParLs, 1881. 

DusNEiw» Le Canada sous la domination française . Paris, 1856. 

Malleson, Les Français dans Vlnde. Paris, 1874. 

Bancroft, History of America {ireid.\ Paris, 1874. 

Parlemann, France and England in America. Boston, 1884, 2 volumes 

DoNioL, Histoire de la participation de la France à lu UbértUion des 
États-Unis d'Amérique. 4 vol., Pariai, 1887-1889. 

Duc DE Broglie, Série d'ouvrages sur la politique extérieure du règne 
de Louis XV. 

A. Waddington, Le renversement des alliances, — La Guerre de 
Sept Ans, 



Digitized by 



Google 



CHAPITRE PREMIER 



APERÇU GÉNÉRAL DU CONTINENT AFRICAIN 



Avant d'entrer dans le sujet même de cette étude, il semble né- 
cessaire de tracer un rapide aperçu de l'Afrique. Au point de vue 
géologique, comme au point de vue physique, ce continent est en- 
core incomplètement connu. Néanmoins, on peut arriver à déduire 
quelques notions générales fort importantes des résultats acquis 
par les nombreuses missions qui Tont sillonné en tous sens depuis 
un certain nombre d'années. C'est ce que nous allons tenter d'en- 
treprendre dans les quelques pages qui suivent. 



Le continent africain, si on en retranche l'Atlas (1), appaiiient 
à l'ancien système indo-africain. A travers les vicissitudes de la for- 
mation du monde, la masse de ce plateau indo-africain resta fort 
longtemps sensiblement homogène. Il comprenait à la fin de la pé- 
riode carboniférienne (2) l'Afrique, réunie d'une paît à l'Amérique 



(l; A la fin de la période carboniférienne, la Méditerranée de l'époque séparait 
l'Atlas de l'Afrique. Ce dernier appartenait alors à TEurasie. 

{2i I^ période carboniférienne est un des étages supérieurs de l'ère primaire. 
Cette dernière comprenait les périodes précombrienne, silurienne, dévonienne, car- 
boniférienne et permicnnc.) La caractéristique de l'ère primaire consiste en ce que 
celle-ci manqua de vertébrés à respiration aérienne, jusque vers la fin des temps 
carbonifériens. 

LA PÉNÉTRATION FaAXÇAISE 2 



Digitized by 



Google 



— 18 — 

du Nord (l'Océan n'existait pas encore entre ces deux continents), 
de l'autre à l'Inde et à l'Australie. Ce fut ce que l'on a pu (1) appe- 
ler une unité stable. A cette même éiwque carboniférienne, une 
autre unité stable était composée des terres comprises entre l'Alaska 
et l'Oural. (Cette bande aujourd'hui très morcelée formait alors un 
tout continu.) Entre ces deux masses homogènes du nord et du 
sud s'étendait la zone faible de l'ancien monde, longtemps recou- 
verte par la mer que vint peu à peu assécher la sédimentation 
secondaire et tertiaire. 

L'ancienneté du plateau africain est prouvée par les nombreux 
affleurements de terrain archéen (2) éparpillés sur toute son étendue. 
Il présente le type d'une plate-forme longtemps « réfractaire à la 
sédimentation marine comme aux plissements, de sorte que son 
relief offre souvent une indécision que le seul tracé des cours d'eau 
suffit à mettre en lumière » (3). 

Il est à croire que c'était à l'origine une sorte de plateau pri- 
maire du genre pénéplaine. Lorsque la mer se fut complètement 
retirée, des sédiments de formation continentale le recouvrirent peu 
à peu. Mais la base archéenne fut par suite mise à jour sur bien 
des points par des efforts de dislocation produits par des causes 
internes. La surface perdit ainsi de la platitude originelle, des bas- 
sins déprimés naquirent et devinrent peu à peu déserts. La disloca- 
tion du continent eut une tendance à s'effectuer dans le sens linéaire 
nord-sud (Monts de la dorsale nord-ouest, sud-est et des grands 
lacs). 



II 



L'Afrique en vint ainsi à acquérir son aspect actuel d'immense 
plateau au relief mal défini, composé d'une série de terrasses s'éle- 
vant à mesure que l'on s'avance vers l'intérieur du continent. 

(1) et (3) M. DE Lapparent, Leçom de géographie phyiCque. 

(2) Le terrain archéeriy caractérisé par les schistes cristallins gneiss et micas- 
chistes existe à la base de la série sédimentaire. C'est une formation fondamentale 
Le terrain achéen est, soit l'écorce primitive terrestre, sorte de pellicule solide 
formée au moment du refroidissement superficiel de notre planète, soit au moins 
une sédimentation plus ancienne que toutes les autres, recristallisée par métamor- 
phisme, par l'action des agents intérieurs. 



Digitized by 



Google 



— i» — 

La bordure en est marquée : 

V* A Touest, par le Fouta-Diallon, le Cameroun, lea monts du 
Congo, du DaaEkara et du Namaqualaad ; 

2* A Test, par les terrasses successives du Cap et du Drakenberg, 
du Mozambique, les hauteurs de la Côte des Somalis, de TErythrée 
et des bords de la mer Bouge ; 

y Au nord, FAtlas n'est autre chose qu'une dépendance des 
plateaiLx de la péninsule ibérique autrefois séparée du reste de 
l'Afrique. 

Deux soulèvements caractérisent rorographie de l'intérieur de 
l'Afrique. 

1^ Une ligne de crêtes, sorte de dorsale du continent qui s'étend 
du sud du Maroc à la région des grands lacs et dont l'ossature est 
composée de massifs archéens et primaires. Elle comprend le pla- 
teau de Tademaïtf le Muydir (dévonien), le Ahaggar (archéen, 
primaire et volcanique), prolongé lui-même au nord-est par des 
plateaux ou tassili de grès dévonien ; les monts du Tummo et du 
Tibesti ; les hauteurs du Ouadaï et du Darfour. 

Cet alignement de hauteurs sert de sépaiation entre les eau i 
de la Méditerranée et de l'Océan. Au nord-est de cette ligne, le sol 
est formé par des sédiments crétacés, tertiaires et quaternaires ; au 
sud-ouest, on rencontre presque uniquement des couches primaires. 
La mer crétacée s'étendait très probablement jusqu'au pied de 
cette dorsale dans le sens nord-est, sud-ouest. 

2^ La grande dislocation de l'Afrique orientale, qui s'étend du 
Zambèze au littoral de la mer Bouge. 

L'effort s'est produit sensiblement dans une direction nord-sud. 
On peut supposer qu'un même soulèvement a donné naissance à la 
zone montagneuse des grands lacs, aux plateaux abyssins et éry- 
thréens, et, par contre, à l'ouverture des creux où se sont formés 
les grands lacs eux-mêmes. 

Une première ligne de fractures est très nettement marquée par 
la dépression du pays des Af&rs, située au pied de la falaise abys- 
sinienne, la vallée de l'Aouach et celle de TOmo, les lacs Rodolphe, 
Nakoura, Sebelin, Naïroqua, Naïwaska, Xatron, Manyara et, plus 
au sud, par le lac Nyassa. 

Elle est enserrée, de part et d'autre, par des montagnes qui se 



Digitized by 



Google 



— 20 — 

rapprochent parfois fort près. Les volcans (I) abondent sur les 
bords de cette cassure, quelques-uns encore en activité. 

Une seconde ligne de fracture, sorte d'embrancbement de la 
précédente, comprend les lacs Léopold, Tanganyka, Kivon, Albert- 
Edouard, Albert et la vallée du Nil, avec le massif archéen du 
Rouwenzori (5,000 mètres environ). 

Entre ces deux dislocations, s'étend la nappe du Victorîa- 
Nyanza, 

En résumé, il semble que toute la partie culminante de l'Afri- 
que, de la mer B-ouge au Zambèze, ait subi un immense effort, ca- 
pable de soulever le sol en forme de voûte. La partie médiane s'ef- 
fondra et les bords subsistèrent seuls. 

Les cassures produites donnèrent passage aux émanations vol- 
caniques et des lacs comblèrent les creux. 

Vers le nord, le système est prolongé par le massif éthiopien, 
limité par le Nil d'une part et la mer Rouge de l'autre. Cette der- 
nière est de formation récente, probablement pliocène. Sa dépres- 
sion semble même se continuer en Asie par la mer Morte et le lac 
de Tibériade* 

Le bord oriental du bourrelet qui s'étend du Zambèze à la mer 
Bouge semble avoir arrêté les mers secondaires et tertiaires. 

3** Nous avons dit précédemment que des bassins déprimés 
avaient pris naissance en Afrique, en raison du gauchissement de 
la surface originelle. Le centre des plateaux, en s'affaissant, amena, 
en effet, la formation de dépressions qui sont encore une des carac- 
téristiques du continent que nous étudions et qui a pu être appelé 
par Livingstone une « auge immense » aux bords relevés du côté de 
la mer. 

Ces bassins déprimés prirent peu à peu l'aspect désertique, les 
hauteurs qui les enserrent arrêtant la vapeur d'eau que peuvent 
contenir les souffles aériens. D'ailleurs, cette vapeur, rencontrant 
des régions de plus en plus chaudes, la condensation est de plus en 
plus difficile. 

Il est à remarquer que les déserts se succèdent de la Sibérie à la 
Côte occidentale de l'Afrique, présentant tous des caractères ana- 
logues. Les cours d'eau, mal alimentés et souvent desséchés, n'exer- 

(1) Le Do fané, près d'Ankober; le Telehl à rextrômilé du lac Rodolphe; le 
Kenia {5,800 m.), VEUjou, le Kilimandjaro près du lac Natronet le lioungoue au 
nord du lac Nvassa. 



Digitized by 



Google 



— -21 — 

cent aucune action sensible sur la surface. Ils ne trouvent inême pas 
de chemin vers la mer. 



III 

C^est là d'ailleurs un des principaux traits de Thydiographie de 
l'Afrique que ces rivières sans issue. 

En raison de Tindécision de la surface, les grands fleuves eux- 
mêmes cherchent longtemps leur direction et ne trouvent la mei 
qu'après bien des coudes et des détours. En s'approchant des océans, 
ils rencontrent successivement les diverses terrasses constitutives du 
plateau, les bords de t l'auge » et doivent les franchir comme de 
gigantesques degrés donnant ainsi naissance aux cascades, cata- 
ractes et rapides, obstacles à la navigation. Ils précipitent avec eux 
dans la mer les alluvions arrachés à leur lit et constituent de la 
sorte des lagvnes insalubres ou des barres d'approche difficile. 



IV 

La climatologie de l'Afrique n'est pas plus aisée à établir dans 
ses grandes lignes que l'orographie et l'hydrographie. 

L'Equateur coupe l'Afrique, presque en son milieu. Néanmoins, 
cette ligne n'est pas un axe de symétrie ; la répartition de la cha- 
leur ne se fait pas également des deux côtés. La partie terrestre 
étant beaucoup plus évasée au nord qu'au sud, la zone chaude 
boréale est, par suite, bien plus riche en territoires continentaux. 
En outre, les courants froids favorisés par les océans largement 
ouverts vers le sud remontent jusqu'à l'Equateur. L'expérience 
a prouvé que Vaire recevant le viaœimum de chaleur est située à peu 
près à cheval sur le 20® de latitude nord, de la mer Rouge au Sou- 
dan occidental. 

Enfin, l'espace compris entre la ligne équinoxiale et l'iso- 
therme (1) de 20** est, dans l'hémisphère boréal, supérieur d'un 
cinquième à ce qu'il est dans l'autre. 

Le Tnode de répartition de la chaleur agit sur la pression haro- 
métrique et sur la distribution des pluies. 

(1) Courbe unissant les points de même moyenne thermique annuelle. 



Digitized by 



Google 



La zone des basses pressions semble, en eSet^ être attirée paur 
l'aire de maximum thermique. L'étendue des pressions inférieures 
à 760 millimètres couvre une trentaine de degrés, sa limite australe 
étant un peu au-dessus du 10* de latitude sud et sa limite boréale 
au-dessus du 20* de latitude nord. 

Or, au minimum de pression, correspond sensiblement le maxi- 
mum de pluie, La courbe hypsométrique sud moyenne de 130 centi- 
mètres de pluie par an est presque tangente a l'Equateur vers le 
20* de longitude est et ne descend jamais plus loin que le 10* de 
latitude sud, tandis qu'au nord elle dépasse toujours le 10* de lati- 
tude boréale. 



La division de l'Afrique en zones naturelles découle de ces di- 
verses considérations. On peut distinguer la zone équatoriale ; de 
chaque côté de celle-ci, la zone tropicale^ puis la zone désertique et 
enfin les régions tempérées, de l'Algérie au nord, du Cap au sud. 

1* Au centre, la zone équatoriale, ovl les pluies tombent presque 
continuellement, apportées qu'elles sont par les vents d'ouest. Elle 
s'étend au nord jusqu'au 10* de latitude boréale environ, cette limite 
n'ayant pourtant rien d'absolu (1). 

Au sud, rirrégularité de ses points extrêmes est plus grande ; 
«1 certains x>oints, elle ne s'avance guère au sud de l'Equateur, en 
d'autres, elle va jusque vers le 10* de latitude australe. Les jours 
y sont égaux aux nuits, sans transition d'aurore ni de crépuscule». 
Le maximum de hauteur annuelle de pluie est atteint au pied du 
mont Cameroun où l'on a pu relever 9 mètres d'eau. 

La zone équatoriale est caractérisée par la forêt dite équatoriale 
ou dense. Les missions récentes ont pu fixer sa largeur moyenne dans 
l'Afrique occidentale. Elle semble être de 300 à 350 kilomètres (2) 
de la côte de Sierra-Leone au Bandama. Le capitaine d'Ollone, re- 
montant le Cavally, a trouvé sa limite septentrionale à une tren- 
taine de kilomètres au nord du 8* de latitude boréale. Plus à l'ouest, 
elle s'étend jusqu'aux sources du Niger, suivant une ligne singn- 

(1) I^ zone équatoriale proprement dite^ 8*élend surtout sur 2a moitié occiden- 
tale de l'Afrique; on a pu lui donner le nom de plaines équatoriales. 

(2) Mission Eysséric (de Toumodi à Elengué); mission Blondiaux (de Seguelaà 
Beyla) ; mission d*OUone (de la côte de Guinée au Soudan). 



Digitized by 



Google 



— 23 — 

lièrement parallèle à la côte. Dans la fourche formée par le Ban- 
dania et le Nzi, le ruban forestier s'amincit considérablement, lais- 
sant pénétrer comme un coin les savanes du Soudan dans la forêt 
qui ne s'avance guère plus loin que le 6® de latitude boréale en cette 
régioik 

 l'est du Bandama, vers le Comoe, elle reprend une épaisseur 
plus grande et atteint environ 280 kilomètres de largeur dans la 
Cdte-d'Or anglaise. 

Dans THinterland du Dahomey, la forêt vierge ne s'étend que 
jusque vers 6^-50* de latitude nord (1). 

Dans ces contrées, la forêt dense est séparée de la zone des steppes 
soudanaises par une bande de terrain parsemée de clairières d'une 
trentaine de kilomètres de largeur (2). 

Dans le Congo français, l'immense forêt de Mayomba s'étend 
de la côte jusqu'à 100 ou 150 kilomètres à l'est. 

Une grande partie de l'Etat indépendant du Congo (jusque vers 
le 5* de latitude boréale) est recouverte par la forêt vierge. Enfin, 
plus au nord encore, l'immense forêt de l'Arouhimi s'étend sur tout 
l'espace compris entre Stanleyville, le Haut-Oubanghi, Redjaf et le 
lac Albert-Edouard. 

L'impraticabilité est le caractère commun à toutes ces régions. 
Le soleil et la pluie elle-même traversent très difficilement le dôme 
épais formé par le feuillage. 

L'érosion pluviale est presque sans efficacité, elle ne peut désa- 
gréger les terres et les conduire à la mer. 

Les voies de communication font défaut, ou n'existent qu'à l'état 
de sentiers à peine marqués; les cours d'eau sont peu navigables (3). 

Dans l'est de l'Afrique équatorîale, la forêt dense ne se rencontre 
que le long des fleuves. 

Les plateaux du pays des lacs, malgré leur proximité de l'Equa- 
teur, appartiennent plutôt, par leur climat, aux régions tropicales. 
La zone équatoriale proprement dite s'étend donc surtout sur l'Afri- 
que occidentale. 



il) D*aprês le capitaine Plé et le commandant Toutt^e, 

(2) La mission d'Ollone a rencontré cette zone intermédiaire avant d'arriver au 
Soudan. 

(3) I^ culture n'existant pas, les habitants de la for^t vivent surtout de la chasse 
à laquelle ils ajoutent la cueillette de la banane. C'est h\ une des caract«:Tisti(jues de 
la zone équatoriale foreslit>re. 



Digitized by 



Google 



— 24 — 

2° De chaque côté de la zone équatoriale se trouvent les steppes 
de la zone tropicale caractérisées par un régime de pluies périodi- 
ques, dont la durée diminue à mesure que Ton s'éloigne de TEqua- 
teur. 

Au nord, cette zone s'étend jusqu'au Sahara et au sud jusqu'au 
Zambèze. Dans la partie boréale qui nous occupe ici plus particu- 
lièrement elle couvre le Soudan. 

Après la forêt équatoriale se trouvent les steppes de la zone tro- 
picale où la végétation devient moins puissante ; les vallées seules 
possèdent des forêts et les dépressions des bouquets d'arbres. Tout le 
reste du sol est couvert de cultures ou d'arbres fruitiers alternant 
avec la brousse. La culture du dourah ou sorgho, plante de la famille 
des graminées, principale nourriture des habitants du Soudan, ca- 
ractérise la région. Le pays prend un aspect de plus en plus nu et 
monotone à mesure que l'on approche du Sahara ; on ne rencontre 
plus guère que de maigres pâturages. Tomhouctou, par exemple, 
appartient à cette région de transition entre la zone tropicale et le 
désert, de même que le Tagama entre le Damergou et l'AiV. 

3"* La zone désertique est beaucoup plus large dans l'Afrique 
boréale que dans l'Afrique australe. Dans cette dernière région, les 
influences océaniques se font mieux sentir, en raison de la moindre 
épaisseur du continent. Le Kalàhari n'occupe qu'une bande de ter- 
ritoire relativement étroite. Le Sahara, au contraire, s'étend sur 
toute la largeur de l'Afrique, obstacle immense aux relations entre 
le Soudan et la Méditerranée. 

Il est composé d'énormes plateaux aux couches sensiblement 
horizontales, ayant pour limites de grandes lignes de falaises dé- 
coupées qui reçoivent le nom de djebel (ou montagnes) dès que leur 
relief devient quelque peu accentué. 

Leur composition géologique varie avec les différentes régions : 
le Sahara marocain est composé de terrain primaire, tandis que les 
hamada du Sahara central sont tantôt de calcaires^ tantôt de grès 
de couleur foncée, d'origine dévonienne. Le terrain nummulitique 
du tertiaire domine dans le désert lybique. 

L'action éolienne a accumulé les dunes en montagnes contre 
tous les obstacles tracés en travers de la direction du vent dominant 
(ergs) (1). 

(1) Voir plus loin le chapitre consacre à la pénétration saharienne. 



Digitized by 



Google 



— 23 — 

4** Les régions tempérées occupent enfin les deux extrémités de 
TAfrique. Elles sont caiactérisées par leur analogie climatologique 
avec les pays du sud de l'Europe. Les mêmes cultures se retrouvent 
de part et d'autre. Une même civilisation s'y est implantée. Nous 
aurons peu à parler de ces régions, envisageant surtout ici l'Al- 
gérie et la Tunisie à un point de vue particulier, comme bases de la 
pénétration française dans le centre de l'Afrique. 

Ces deux possessions sont d'ailleurs les seules colonies de peuple» 
ment que nous possédions sur le continent africain 

La colonie d^ exploitation sera le type rencontré généralement 
dans la présente étude. 



VI 



On distingue en Afrique deux races principales, la race blanche 
et la race noire. 

Les représentants de la race blanche appartiennent pour la plu- 
part à la famille sémitique. Leur peau est plus ou moins colorée 
par suite de l'influence du climat et de leur mode d'existence, mais 
en dehors de cela, leur anatomie, leur moral, leur état social, tout 
les sépare nettement du noir. L'Afrique du nord est peuplée par 
ces nations teintées mais se rattachant à la race blanche. Elles se 
sont infiltrées dans tout le Soudan où on les retrouve sous le nom 
de Mauies au nord du Sénégal, de Touareg aux environs de Tom- 
bouctou et de Zinder, de Foulbé dans le Fouta-Djallon, le Macina. 

Cette race blanche sémitique de l'Afrique septentrionale comme 
du pays somali est essentiellement pastorale et soumise au régime 
patriarcal. On a pu partager en quatre régions les territoires qu'elle 
occupe, d'après l'animal le plus répandu dans ses troupeaux. C'est 
ainsi qu'en allant du nord au sud, on rencontre le pasteur cavalier^ 
puis chamelier, chevrier et vacher, le premier s'étendant jusqu'à la 
Méditerranée, le dernier jusqu'à l'intérieur du Soudan. L'élevage et 
l'emploi de certains de ces animaux retiennent l'homme près des 
pâturages et de l'eau et en font un sédentaire ou tout au moins 
un demi-sédentaire ; certains autres, au contraire, comme le cha- 
meau et le méhari l'entraînent vers le désert et en font un nomade. 



Digitized by 



Google 



Il doif se livrer parfois à quelques occupations secondaires^ telles 
que la culture dans la région septentrionale, le tissage dans les 
oasis du Sahara, le commerce uiTpeu partout, mais les travaux ma- 
nuels lui répugnent, il les abandonne souvent à ses captifs et garde 
toujours le caractère pastoral et guerrier. 

Les Berbères proprement dits semblent seuls capables d'un tra- 
vail soutenu. Nous verrons plus loin que ce sont eux qui ont créé, 
pour ainsi dire, les oasis en assurant la répartition de l'eau. Ils ont 
bâti les Ksour et planté les dattiers. Quant à l'élément arahe no* 
Tnade, c'est le plus grand fléau que l'on puisse imaginer pour un 
pays. Il détruit toujours et ne crée jamais... Il en est de même du 
targui qui vit du sédentaire en le pressurant et en le razziant au 
moment de la récolte. 

Dans ]e désert, les conditions de la vie rendent nécessaire V orga- 
nisation patriarcale. C'est là une caractéristique essentielle de la 
race blancbe en Afrique. Au point de vue religieux, elle appartient 
en très grande majorité à Vislamisme, 

La race noire est beaucoup plus complexe et diverse. Certains 
caractères anatomiques la distinguent nettement de la race blanche. 
Ce sont, en outre de la nuance de la i)eau, la dépression prononcée 
du front, l'épatement du nez, le développement exagéré de la mâ- 
choire, etc. — Au point de vue social, les différences ne sont pas 
moindres. Le nègre n'est point pasteur, mais surtout cultivateur ou 
chasseur. On ne le trouve nulle part établi sous le régime patriarcal 
de la famille. Il vit plus généralement en tribus, sous l'autorfté d'un 
chef. La polygamie est beaucoup plus grande chez lui que chez le 
Berbère. Il est en général fétichiste, parfois même anthropophage. 
En embrassant l'islamisme, il n'a en vue que l'intérêt ou n'agit que 
sous l'influence de la contrainte. 

La question des origines des races africaines a donné lieu à 
bien des hypothèses. Toutes peuvent se ramener à deux systèmes 
principaux émanant du monogénisme et du polygénisme (1). 

En étudiant de près les peuplades pastorales du nord de l'Afri- 
que, du Sahara et du Soudan, on est frappé des points de ressem- 



(1) D'après la doctrine polygénigte^ Vhomme serait apparu sur plusieurs points à 
la fois, ou tout au moins à des époques différentes; d'après la doctrine monogéniste 
tous les hommes auraient la même origine géographique. 



Digitized by 



Google 



— 27 — 

blance qu'elles présentent avec celles des steppes asiatiques. Les 
quatre groupes (cavaliers, chameliers, chevriers, vachers) rencontrés 
de la Méditerranée au Soudan peuvent se rattacher à des groupes 
similaires habitant dans l'Arabie et l'Anie antérieure. 

Cette remarque a permis d'émettre l'hypothèse suivante : les 
diverses peuplades de pasteurs d'Asie et d'Afrique se sont peu à peu 
étendues dans le sens de la largeur de ces continents. Dans cette 
migration, ils ont parcouru les zones de terrain présentant des con- 
ditioiis de climat et d'existence analogues à celles de leur pays d'ori- 
gine, les animaux caractéristiques de leurs troupeaux ne pouvant 
pas vivre en dehors de ces zones. 

JReste à déterminer le sens des mouvements de migration. Or, 
les anthropologistes partisans de la doctrine monogéniste estiment 
que le type blanc eut pour grand centre ethnique l'ouest du Haut- 
Massif asiatique. Les peuplades pastorales suivirent donc, d'après 
eux, le sens de la marche du soleil, de l'orient vers l'occident. 

Quoi qu'il en soit, nous verrons plus loin, à propos du Sahara et 
du Soudan, que de nombreuses migrations eurent lieu de l'est vers 
l'ouest, en particulier celles des Touareg qui se disent venus de l'Ye- 
men et des Foulbé originaires de la vallée du Nil, Nubi-Berbèi^es, 
issus peut-être des mouvements de populationfiT qui se produisirent 
pendant les guerres de Kamsès II contre les Hittites. 

De même, beaucoup admettent que la race noire est venue d'Aate 
en Afrique. Au moment de cette migration, disent-ils, elle a dû 
éviter les déserts où elle n'aurait pu cxdtiver le soL Deux routes 
s'ouvraient à elle : la première traversant l'isthme de Suez, pui» 
suivant la vallée fertile du Nil, la seconde longeant les rivagei 
orientaux et méridionaux de l'Arabie, puis passant le détroit dr 
Bab-el-Mandeb où la mer n'offre pas un grand obstacle par sa lar^ 
geur. 

Les nègres, ou du moins une partie des nègres peuplant actuelle- 
ment l'Afrique seraient ainsi parvenus sur les pentes de la région 
montagneuse de l'est africain qui aurait joué le rôle de centre de 
dispersion pour eux. Devant la poussée de nouvelles invasions, celle 
par exemple de la race galla, tenant le milieu entre la sémite et la 
chamite qui s'étendit sur les plateaux abyssins et des grands Lacs, 
les peuplades nègres venues du Nil et appartenant au type Chillouk 
se dirigèrent vers l'occident et les tribus ayant suivi la route du sud 
de l'Arabie (du type Bontou) vers le sud. Les premières s'étendirent 



Digitized by 



Google 



— 28 — 

dans la zone tropicale boréale jusqu'à l'Atlantique, les secondes dans 
la région tropicale australe. 

S'il faut en croire les polygénistes, l'Afrique posséda au con- 
traire une race humaine fondamentale peu à peu modifiée par les 
invasions successives de peuples nouveaux. Il est fort douteux que 
Ton arrive de sitôt à trancher d'une manière définitive cette ques- 
tion si complexe de l'origine des races. 

Contentons-nous donc de constater les traces nombreuses de 
grandes migrations noires dans un sens sensiblement est-ouest. 

Les populations des bassins du Nil se sont étendues dans celui 
du Congo. Les missions Gentil (1), Bonnel de Mézières (2) et Po- 
nel (3) ont pu affirmer la présence de tribus d'origine nilotîque, les 
Bondos (N'Dys et N'Dérès par exemple), sur le Haut-Oubanghi, 
aux environs de la Kemo et jusque sur la Sangha. 

Des faits analogues se sont produits dans le Soudan oii le refou- 
lement des peuples vers l'ouest paraît un phénomène très ancien (4). 
Les tribus du littoral de la côte de Guinée semblent dues au remous 
d'une longue série d'invasions. Chez certains Achanti, on retrouve 
le type égyptien nettement prononcé. Dans l'Afrique équatoriale, 
enfin, on a pu trouver les traces d'une invasion effectuée dans un 
sens analogue, du pays de Mombouttou et des Niam-Niam vers le 
Dahomey et le Gabon. S'il faut en croire les traditions locales et les 
anciens historiens, une migration nombreuse se serait, en particu- 
lier, produite au cours du xvi* siècle* 

Les M'fans ou Pahouins du Congo ont sans cesse, eux aussi, 
marché de l'est vers l'ouest, renversant les tribus rencontrées sur 
leur route. 

Au point de vue ethnographique, la forêt équatoriale offre un 
trait caractéristique : la présence de peuplades naines dont la taille 
ne dépasse guère 1",20. 

D'après Schweinfûrth, elles s'étendent tout du long des 1** et 2? 
de latitude Nord. Stanley les a rencontrées sous le nom d'Akka dans 
la grande forêt de l'Arouhmii, Marche et Crampel dans les forêts du 
Congo, sous le nom d'A'Bango ou d'A'kona. La mission Van Ker- 

(1) Mission du Chari. 

(2) Dans les sultanats de RafaT, Zemio, etc. 

(3) Sur la Sangha. 

(4) Nous verrons dans Tétude du Soudan les mouvements fort étendus de la race 
Mafîdé, 



Digitized by 



Google 



— 2J -^ 

chhœven -et le capitaine Barrows ont trouvé les pygmées entre les 
2"* et 3"* de latitude Nord, sur rOuellé-Makoua et le Iloubi-Ouellé. 

Quelques-uns ont voulu voir, dans ces nains, les restes d'une race 
autochtone aujourd'hui presque toialement disparue, anéantie par 
les invasions successives et repoussées dans les ténèbres de la forêt 
dense. 

Etendre plus loin cet aperçu général nous exposerait à sortir du 
cadre de cette étude. îsous négligerons en particulier l'Afrique aus- 
trale qui ne rentre pas dans notre zone d'influence. A propos de 
chacune de nos voies de pénétration, nous aurons d'ailleurs l'occa- 
sion d'étudier d'une manière plus détaillée les races que notre 
marche vers le centre africain rencontre sur sa route. 



BIBLIOGRAPHIE DU CHAPITRE PREMIER 

Henri Lori.^, V Afrique à l'entrée du xx« siècle. Le pays et les indU 
gènes, La pénétration européenne, Paris, A. Cliallamel, 1901. 

Capitaine C. Châtelain, L Afrique et l'expansion coloniale, Paris, 
I^vauzelle, 1901. 

C. Leblond, Cours de géographie de V École supérieure de guerre, 

A. AiMONi, LAfrica degli Europei ed i commerci Africain, Est. d., 
DolL soc. esplor, comm, in Africa, Milano, 1896. 

D»" Hamy, Les Races nègres. Leçon d'ouverture du cours d'anthropo- 
logie du Muséum (V Anthropologie y VIII, 1897). 

A. De Quatrefages, Introduction à V Histoire des Races humaines, 
Hennuyer. 

Hovelaque, Les Nègres de V Afrique suséquatoriale, Lecrosnier et 
Rabé. 

A. De Préville, Les Sociétés africaines. Paris, Firmin-Didot, 1894. 

H. Sarrazin, Races humaines du Soudan français, 2 vol. Cliambéry, 
Imprimerie générale de Savoie, 190^. 

E. Demolins, Les grandes routes des peuples. Essai de géographie 
sociale. Paris, Firmin-Didot et C'«, 1901. 

Edgar Sandersox, A/WAra in the Nineteenth Century. London, Seclev 
and iy, 1898. 

Hahn, Afrika ziceite Aiifiage, Leipzig et Vienne, 1901. Climatology of 
Afrika (The), Tenth and Final Report of a Conimitce counsting of 
E. G. Ravenstein, H.-ll. Milh 

N. Dickson [Rep, Brit, Ass.), Adv. se. Glasgow, 1901). London, J. Mur- 
ray, 1901. 

H. Coutière, Histoire naturelle de la Mer Rouge (Rec, scient,- 
4« série, 1901). 



Digitized by 



Google 



— 30 — 

D' Paul Barbet, V Afrique occidentale, 
CHAiLLé-LoNG, L Afrique centrale. Pion, 18T7. 
Malte-Brun, Géographie universelle. Paris, Parentrbesbarres. 
E. Reclus, Nouvelle géographie universelle. Paris, Hachette. 
De Lapparent, Leçons de géographie physique, Paris, Masson et O^ 
lo96. 

Marcel Dubois, Cours de géographie, Paris, Masson et C". 
De Lapparbnt, Traité de géologie, Paris, Masson et €*•. 
SuEss, Anilitz der Erde L 



Digitized by 



Google 



CHAPITRE 11 



LA DIPLOMATIE ET LA PENETRATION FRANÇAISE EN AFRIQUE 



I. Historique de la pénétration française en Afrique jusqu'en 1890. 

«. La question Congo-Nil (1890-1899). 

m. La question de la boucle du Niger (1890-1905) (i;. 

Nous avons vu dans l'îiitroduction de la présente étude que^ dès 
le XIV* siècle, nos navigateurs atteignirent la côte de Guinée. 
En 1364, deux navires dieppois abordèrent au Cap Vert. Ils longè- 
rent ensuite la côte de Sierra-Leone et s'arrêtèrent dans une baie à 
laquelle ils donnèrent le nom de Petit-Dieppe (plus tard Rio-Sestro). 
Durant les années suivantes, des vaisseaux frétés par des commer- 
çants rouennais poussèrent juqu'à la Côte d'Or et fondèrent les 
postes d'Elmina, Fantin, Cormentin, etc. A cette époque, les grands 
peuples navigateurs de l'Europe, Génois, Portugais et Espagnols, 
n'avaient pas encore dépassé les Canaries (2). 

Jusqu'à la fin du xv* siècle, aucune expédition marquante ne 
fut plus entreprise. En 1488, le capitaine Cousin renoua nos rela- 
tions commerciales avec le Sénégal et la côte de Guinée». Ce mouve- 
ment d'exploration se continua durant tout le commencement du 
xvi* siècle. 

Jusque-là, les croisières faites n'avaient eu pour inspiratrice 
que l'initiative personnelle. François I" tenta d'associer la cou- 
ronne à l'œuvre des découvertes, mais bientôt les guerres de reli- 
gion vinrent détourner celle-ci des continents lointains et c'est seu- 
il) Le présent chapitre étant surtout destiné à retracer le râle joué par notre 
dipk>niatie en matière coloniale, les détails de notre prise de possession des diffé- 
rentes colonies françaises du continent seiont exposés dans les chapitres ayant 
trait à celles-ci. 

(2) Voir G. BiKGER. De la priorité de$ découcertes maritimes aux xiv» 
et xv« siècles. 



Digitized by 



Google 



— 32 — 

lement sous Henri IV qu'elle put y penser à nouveau (fondation 
de la Compagnie des Indes orientales en 1604). 

A partir de cette époque et durant tout l'ancien régime, on crut 
faire assez pour la cause coloniale en créant d'innombrables com- 
pagnies à monopoles qui enchaînaient le commerce et le livraient 
à des sortes de corporations privilégiées. 

Ce furent successivement, en nous en tenant seulement à celles 
qui concernaient l'Afrique : 

En 1633, la compagnie du Cap Vert ; 

En 1634, celle de la Guinée ; 

En 1642, une compagnie pour le commerce de l'Orient et de 
Madagascar. 

Et sous Colbert : 

En 1664, les compagnies des Indes occidentales et orientales ; 

En 1673, la compagnie du Sénégal qui se transforma en 1679 
en compagnie du Sénégal et de la Guinée ; 

En 1681, une troisième compagnie du Sénégal ; 

En 1685, une nouvelle compagnie de Guinée. 

Nous avons déjà signalé dans l'introduction de la présente 
étude les grands inconvénients de ce mode de colonisation. Notre 
diplomatie et notre politique tinrent d'ailleurs fort peu de compte 
des droits que nous avions pu acquérir de l'autre côté des mers. De 
nos colonies d'Afrique, le traité de Paris de 1763 ne nous laissa que 
rilot de G orée ; le traité de Versailles nous rendit heureusement le 
Sénégal et le traité de Paris de 1815 nous le conserva ainsi que 
quelques comptoirs fondés par la France sur la côte de Guinée, et 
ce fut là la base de notre empire futur dans l'Afrique occidentale 
Nous avons déjà eu l'occasion de faire remarquer que la prise de 
possession de l'Algérie par le gouvernement de Charles X ne fut 
pour ainsi dire qu'accidentelle. On n'eut d'abord en vue que la 
vengeance de l'affront fait à la France sans songer aux conséquences 
considérables que devait avoir cet acte de vigueur. Alger conquis, 
il fallut peu à peu soumettre les territoires voisins et bientôt colo- 
niser. Le gouvernement de Louis-Philippe et celui de Napoléon III 
suffirent à peine pour mener à bien cette tâche. 

On avait jusque-là fait peu de chose pour le Sénégal. Dès 1854, 
le général Faidherbe sut, par une habile et vigoureuse direction, 
lui donner une grande importance et nous établit solidement sur le 
fleuve, vraie voie de pénétration vers l'intérieur. 



Digitized by 



Google 



— 33 — 

Après la guerre de 1870, les colonels Borgnis-Desbordes, Gal- 
lieni, Archinard, Bonnier, Audeotid prolongèrent dans le Soudan 
Tœuvre commencée. 

Dès 1838, l'amiral Bouet-Willaumez avait passé avec les chefs 
indigènes de la Côte d'Ivoire des traités qui devinrent définitifs 
en 1842. Les postes d'Assinie, Grand-Bassam, Dabou furent fondés 
successivem ent . 

Durant la même année 1838, la France avait pris pied pour la 
première fois dans l'Afrique équatoriale en créant des comptoirs à 
Libreville ; le cours de l'Ogooué fut remonté. 

Les années qui suivirent la guerre de 1870 virent l'éclosion du 
grand mouvement des explorations africaines, par la fondation de 
l'Association internationale africaine. Celle-ci se proposa un double 
but : la répression de la traite des nègres et la découverte des régions 
inconnues du continent. 

La France se proposa comme but de ses efforts l'exploration de 
rOgooué. Stanley ayant découvert, pour ainsi dire, le fleuve du 
Congo dont on ne connaissait que l'embouchure, Savorgnan de 
Brazza l'atteignit en suivant TAlima (1880). La rivalité ne tarda 
pas à s'accentuer entre les deux explorateurs, le premier ayant fondé 
Léopoldville au nom du roi des Belges, et le second Brazzaville. — 
Pour trancher la question, la Conférence de Berlin (1885) fonda 
l'Etat Indépendant du Congo (1) qui reçut Léopold II pour souve- 
rain (2). En échange, la France eut les territoires de la rive droite 
du Congo. 

Du côté du î^iger, nous nous heurtions aux Anglais prétendant 
que leur compagnie commerciale de la Nigeria s'était étendue 
jusqu'à Boussa et sur la Bénoué. 

Notre diplomatie voulut profiter du traité de partage de l'Afrique 
orientale conclu entre l'Angleterre et l'Allemagne pendant l'été 
de 1890, pour obtenir une délimitation de l'Afrique occidentalew 

Mais nous nous étions laissés devancer sur ce terrain : la ligne 
Saï-Barroua limita vers le sud notre zone d'influence entre le Niger 
et le lac Tchad. 

(1) Les limites de l'Etat Indépendant du Congo furent définies par des traités 
notifiés à la Conférence de Berlin (traité avec T Allemagne, du 8 novembre 1884, 
avec la France, du 5 février 1885 ; avec le Portugal, du 14 février 1883). 

(2) L'Etat Indépendant du Congo est la propriété personnelle du roi Léopold IL 
Il a fait de la Belgique son héritière par un testament de 1889. La France avait le 
droit de préemption sur les autres puissances. 

LA PÉNÉTRATION FRANÇAISE 3 



Digitized by 



Google 



— 34 — 
II 

LA QUESTION CONGO-ITIL 

Ce n*était là qu'une première escarmouche. De 1890 à 1904, deux 
grandes questions : la pénétration française du bassin du Congo 
dans celui du Nil et Textension de notre domination dans la boucle 
du Niger mirent sans cesse aux prises les cabinets de Paris et de 
Londres. 

Ces deux sujets de contestations furent d'ailleurs connexes et eu- 
rent une influence réciproque Tun sur Tautre. Nos explorateurs, 
après avoir remonté le Congo inférieur et TOubanghi, étaient arri- 
vés jusqu'au bassin du M'Bomou. A la prétention de l'Angleterre 
d'étendre sa domination sur toute la vallée du Nil, notre diplomatie 
eut l'idée d'opposer la prise de possession du cours moyen de ce 
fleuve. De cette façon, le grand projet de jonction de l'Afrique bri- 
tannique du sud au nord, formé par Ms Cécil Bhodes, se serait vu 
pour ainsi dire coupé par le mouvement ouest-est de la France. 
C'était là tenter aussi de préparer pour l'avenir une solution de la 
question égyptienne et prendre d'avance une bonne position pour 
en retirer quelque profit. 

En 1890, M. Liotard fut chargé par le gouverneur du Congo, 
M. de Brazza, d'occuper progressivement les territoires réservés à 
notre action politique par le protocole du 29 avril 1887 (1), passé 
entre la France et l'Etat Indépendant. Il devait c en faire une ré- 
gion française ayant une porte ouverte sur le Nil » (2). 

Mais la mission Liotard se heurta aux agents belges qui avaient 
dépassé le 4** de latitude nord et occupé Bangassou, Rafaï, Sémio. La 
mission Nillis de la KéthuUe avait même poussé jusqu'à Katuaka 
et Hofra en Nahas. Plusieurs conférences tenues à Bruxelles ne 
parvinrent pas à régler le différend (1894). 

A ce moment, on apprit que l'Angleterre et l'Etat Indépendant 
avaient signé à Bruxelles, le 22 mai, un accord de la plus haute 
importance. La Grande-Bretagne cédait à bail au roi Léopold des 

(1) La délimitation fi'anco-belge était marquée par le thalweg de l'Oubanghi et 
ensuite par le 4° latitude nord. 

(2) Discours prononcé par M. Liotard, à son retour à Paris en octobre 1898. 



Digitized by 



Google 



— 3« — 

territoires circonscrits par une ligne partant de la rive occidentale 
du lac Albert, puis suivant la ligne de partage des eaux du îsil et 
du Congo jusqu'au 26** long, est de Greenwich et ce méridien jus- 
qu'à son intersection avec le 10** parallèle nord, longeant ensuite ce 
parallèle jusqu'au nord de Fachoda et enfin, se dirigeant vers le 
sud par le thalweg du Nil jusqu'au lac Albert. 

Les territoires situés à l'est du 30° long, est de Greenwich et 
touchant immédiatement au Nil étaient loués pour la durée du 
règne de Léopold II seulement. Par contre, le bail concernant les 
territoires cédés à l'ouest de ce même méridien, ainsi qu'une bande 
de 25 kilomètres en largeur, s'étendant de la ligne de partage Congo- 
Nil jusqu'à la rive occidentale du lac Albert, devait continuer ap^ès 
l'expiration du règne de Léopold II t tant que les possessions du 
Congo resteraient comme Etat indépendant ou comme colonie belge 
sous la souveraineté de Sa Majesté et des successeurs de Sa Ma- 
jesté ». 

Cette dernière clause visait manifestement le cas où la France 
aurait été à même de faire usage de son droit de préemption. En 
échange des concessions faites, la Grande-Bretagne obtenait une 
bande de territoire de 25 kilomètres de largeur, de la partie septen- 
trionale du lac Tanganika jusqu'au point le plus méridional du lac 
Albert-Edouard. Ce bail devait avoir la même durée que celui re- 
latif aux territoires situés à l'ouest du 30° long, est de Greenwich. 

En louant de la sorte les pays du Haut-Nil, l'Angleterre s'attri- 
buait leur possession, en vertu de ce principe qu'on ne peut louer 
que ce dont. on est propriétaire. 

Elle cherchait ainsi visiblement à entraver les progrès de la 
France dans sa marche vers l'est et à se servir de l'Etat du Congo 
comme d'un t tampon » entre nos possessions et la rive gauche du 
Nil. Le souverain belge devenait, pour ainsi dire, le gardien des 
territoires réclamés par la Grande-Bretagne. 

Le grand transafricain du Cap à Alexandrie ne rencontrait plus 
d'obstacle politique à son passage. 

Un pareil traité ne pouvait être admis sans conteste par notre 
diplomatie. Celle-ci pouvait d'abord objecter que l'Angleterre por- 
tait atteinte aux droits de l'Egypte et de la Turquie sur le Haut- 
Nil, droit que les sultans avaient conférés aux khédives (par les 
firmans du 13 février 1841 et du 14 avril 18ff2). La Grande-Bre- 
tagne avait reconnu la validité de ces firmans, dans l'espoir, sans 



Digitized by 



Google 



— 36 — 

doute, d^en faire son profit personnel. Or, une condition expresse 
posée par la Porte était que les khédives n'abandonneraient aucun 
territoire. Sans aucun respect pour cette exigence, le traité anglo- 
belge avait partagé des territoires revendiqués par TEgypte (1). 

En outre, l'Etat Indépendant du Congo étendait ainsi son in- 
fluence bien au delà des limites que lui avaient imposées les confé- 
rences de Berlin et le protocole du 29 avril 1887 passé avec la 
France. 

Le gouvernement français voulut agir énergiquement. Par un 
décret du 13 juillet 1894, le Haut-Oubanghi fut séparé adminis- 
tra tivement du Congo français, dans le but de rendre notre action 
plus rapide. Le commandant Monteil en reçut la direction. Devant 
cette attitude résolue, l'Etat Indépendant se montra moins intran- 
sigeant. 

Dès le 14 août 1894, un arrangement était conclu portant la 
frontière méridionale de nos possessions au thalweg du M'Bomou 
prolongé par une ligne allant jusqu'au faîte de paiiage des eau^ 
Congo-Nil et par cette ligne de partage jusqu^à sa rencontre avec 
le 30^ de longitude est de Greenwich (27*^40' de Paris). 

En outre, l'Etat Indépendant s'engageait à limiter son action 
vers le nord à une ligne marquée par la ligne de partage Congo- 
Nil jusqu'à son intersection avec le 30** long, est de Greenwich, par 
ce méridien jusqu'à sa rencontre avec le 5°3' de latitude nord, et 
enfin par ce parallèle jusqu'à sa rencontre avec le Nil. 

Antérieurement à cette convention, l'Allemagne avait obtenu 
l'abandon par l'Angleterre de la bande de 25 kilomètres consentie 
à son profit. 

Il s'agissait pour la France de prendre possession de ses do- 
maines. Le lieutenant-colonel Monteil, désigné pour commander 
une expédition contre Samory, fut remplacé par M. Liotard qui oc- 
cupa les sultanats de Bangassou, Rafaï et Sémio (1895), points d'ap- 
pui pour notre future occupation du Bahr-el-Ghazal. 

L'Angleterre se montra fort alarmée de ces mesures. Un des 
membres de la Chambre des Communes, sir E. Eittshmead Bartlett, 
déclara fort nettement que t l'avenir de l'Egypte serait aux mains 



(1) L'intégrité de l'Empire ottoman et par conséquent de l'Egypte et de ses 

épendances avait été reconnue par les puissances de l'Europe aux traités 

vu 30 mars 1836 ; de Londres, du 13 mars 1871 ; de Berlin, du 13 juillet 1878, etc. 



Digitized by 



Google 



— 37 — 

de la puissance qui réussirait la première à s'assurer la domination 
du cours (moyen) du Nil ». 

Le cabinet britannique appuya ces revendications. Sir Edward 
Grey, sous-secrétaire d'Etat, émit la prétention que t les spHères 
britannique et égyptienne d'influence couvraient toute la vallée du 
îîil » et que Tentrée d'une mission française dans cette dernière 
€ serait un acte peu amical et considéré comme tel par l'Angle- 
terre ». 

Cette puissance appuyait ses prétentions sur le traité qu'elle 
avait passé avec l'Allemagne en 1890 pour partager les Etats du sul- 
tan de Zanzibar. On avait introduit dans cette convention la recon- 
naissance de l'extension de l'influence anglaise sur la rive droite du 
Ni] € jusqu'aux confins de l'Egypte », en ne lui imposant aucune 
limite sur la rive gauche. 

M. Hanotaux, alors ministre des Affaires étrangères, protesta vi- 
vement contre ces prétentions. Pendant ce temps, Ms Liotard, pous- 
sant vers le nord-est, fondait un poste à Tamboura et la mission 
Marchand se formait. 

Les instructions qu'elle reçut lui recommandaient un essai de 
pénétration pacifique avec un rôle délicat à remplir, sans engagei 
la lutte contre les Mahdistes ni froisser, par une entente avec ces 
derniers, les sultans leurs ennemis, acquis à notre influence par 
M. Liotard. 

En juillet 1896, la mission Marchand débarquait au Congo. 

Le cabinet français se préoccupait en outre d'une diversion par 
l'Abyssinie. Durant la guerre soutenue par cette puissance contre 
l'Italie, Ménélick avait proposé à la France la signature d'un traité 
reconnaissant l'indépendance et l'intégrité de son empire et don- 
nant, en échange, à nos nationaux des avantages commerciaux. 

Dans la crainte de froisser l'Italie, aucune réponse n'avait été 
fournie à ces avances. La lutte terminée, les mêmes raisons de con- 
server une attitude aussi réservée n'existaient plus. M. Lagarde, 
gouverneur de Djibouti, fut envoyé en ambassade extraordinaire 
auprès du Négus. 

Le but le plus immédiat qu'il devait se proposer était d'obtenir 

un appui matériel et moral pour la mission Marchand. En janvier 

1897, il arrivait à Harrar et signait bientôt avec le ras Makonnen 

un traité fixant la frontière de nos possessions de la Côte des So- 

malis. 



Digitized by 



Google 



— SS- 
II obtînt ensuite du Négus des laissez-passer pour les missions 
Clochette et Bonvalot envoyées vers le Sobat. 

Ménélick se décida à revendiquer ses droits à la frontière du Nil, 
pour ses Etats, entre le 5** et le 14'' de latitude nord et à fonder des 
postes sur le fleuve. 

La mission de Bonchamp (1) partie en avant-garde fut fort 
éprouvée, sortit difficilement des marécages et arriva trop tôt pour- 
tant sur le Nil. Elle ne put y séjourner faute de vivres et d'embar- 
cations. Les Abyssins rencontrèrent les mêmes obstacles et ne réus- 
sirent pas mieux (2). 

La diversion orientale que Ton avait pu espérer ne fut donc 
d'aucun secours à la mission Marchand. Cette dernière avait atteint 
le Soueh et, après avoir fondé plusieurs postes (Kodjalé, les Ra- 
pides, Fort-Desaix) pris pour bases d'opérations, se dirigea sur Mes- 
chra-er-Rek et de là descendit le Bahr-el-Ghazal vers le Nil Bleu. 
Le 10 juillet, elle arrivait à Fachoda où elle repoussait le mois sui- 
vant un corps considérable de derviches et signait avec le sultan 
des Chillouks un traité de protectorat. 

En septembre, le sirdar Kitchener, vainqueur des Mahdistes, 
arrivait à son tour à Fachoda. Les deux chefs d'expédition ne pou- 
vant régler sur place le différend en référèrent à leurs gouverne- 
ments. L'AngleteiTe soutint violemment la thèse précédemment ex- 
posée, lord Salisbury déclarant ne pouvoir admettre t qu'on contes- 
tât son ("roit de revendiquer la possession des territoires ayant au- 
trefois appartenu à l'Egypte » (3). 

Les réponses de M. Delcassé et de M. de Courcel, notre ambas- 
sadeur à Londres, réfutèrent victorieusement la théorie britannique. 

L'Angleterre usa alors d'intimidation. En cas de maintien de 
la mission Marchand à Fachoda, la guerre paraissait inévitable. 

Or, la France n'était pas préparée à une guerre navale et il faut 

(1) M. do Bonchamp remplaça M. Bonvalot, renti^ en France, et M. Clochette 
mourut d'épuisement. 

(2) MM. Faivre et Potter de la mission de Bonchamp, avec Tarméc du Dedjas 
Tessama, arrivèrent au confluent du Sobat et du Nil Bleu le 22 juillet 1898. Ils 
plantèrent le drapeau français sur la rive gauche du Nil et le drapeau abyssin sur 
la rive droite, mais ils ne purent y séjourner faute de vivres et d'embarcations. La 
mission Marchand occupa Fachoda le 10 juillet, 18 jours après le passage de Faivre 
et de Potter. Le Faidherbe envoyé dans le Sobat ne put les rejoindre. 

(3) Dépèche du baron de Courcel, du 12 octobre 1898 {Liore jaune, de 



Digitized by 



Google 



-.30- 

bien^TOuer que nos forces maritimes étaient inférieiires en (nombre 
et en pnissanee à celles de notre rivale (1). 

Il fallut donc reculer. Il était impossible de ne pas rappeler ici 
ces douloureux souvenirs. L^évonement peut, du moins, servir de 
leçon. 

La diplomatie d'une puissance coloniale a besoin d'une flotte 
pour soutenir ses déclarations, comme il lui est nécessaire, dans sa 
politique continentale, d'avoir à sa disposition l'appui d'une solide 
armée. Beconnaissons donc franchement notre infériorité d'un 
moment et travaillons à éviter pour l'avenir que le retour de sem- 
blables circonstances nous trouve en une situation pareille. Malgré 
son échec final, indépendant d'elle-même, la mission Marchand 
demeurera un des plus beaux titres de gloire de la France coloniale 
du XIX* siècle. 

Fachoda évacué, le 21 mars 1899, fut signé un acte que l'on 
annexa à la convention du 14 juin 1898 (2). 

La zone d'influence française fut limitée par la ligne de par- 
tage des eaux du Congo-Nil, jusqu'à sa rencontre avec le 12^ de 
latitude boréale, puis séparant le Ouadaï du Darfour, son tracé 
devait se maintenir entre le 18**40' de longitude est de Paris et le 
20*40' est de Paris. Les commissaires délégués par les deux gouver- 
nements devaient reconnaître et établir sur place cette frontière 
(§ 2 de la convention). 

Au nord-ouest du lac Tchad, la délimitation était moins précise 
encore. En principe, la zone française était limitée par une ligne 
partant du point de rencontie du tropique du Cancer avec le 13*^40' 
de longitude est de Paris, descendait ensuite vers le sud-est jusqu'à 
sa rencontre avec le 21°40' de longitude est de Paris et suivait 
ensuite le 21°40' jusqu'à sa rencontre avec la frontière entre Ouadaï 
et Darfour (§ 3 de la convention). 

Rien dans ce paragraphe 3 de la convention n'indique que les 
gouvernements français et anglais s'interdisent d'exercer une action 
politique, le premier à l'est, le second à l'ouest, de la ligne tracée^ La 
France n'a donc point (3) reconnu t l'état de fait dérivant de l'oc- 
cupation anglaise dans les possessions khédiviales >. 

(1) Notre artillerie navale, par contre, était supérieure à celle de rAnglcterrc. 

(2) Voir au sujet do colle convention le parngrai)ho 3. 

(3) HouARD DK Cari). Les concentions front o-anfjlaisei et les territoires 
africains. 



Digitized by 



Google 



— 40 — 

Le paragraphe 4 de la déclaration donnait aux Français les 
mêmes avantages de navigation fluviale, de commerce et de douanes, 
qu'aux sujets britanniques dans les territoires situés sur la rive 
gauche du Nil entre le 14^20' de latitude nord et le 5** de latitude 
sud. 

III 

LA QUESTION DE LA BOUCLE DU NIGER (1890-1904) 

La seconde question à régler était celle de la boucle du Niger 
et de la région située entre ce fleuve et le lac Tchad. 

V Frontière anglo-française entre Niger et Tchad, — La décla- 
ration du 5 août 1890 donnait comme limite sud à la zone d'in- 
fluence française, entre Niger et Tchad, une ligne tracée de Say à 
Barroua t tracée de façon à comprendre dans la zone d'action de la 
compagnie du Niger tout ce qui appartient équitablement au 
royaume de Sokoto ». 

L'Angleterre avait revendiqué ce dernier, prétendant avoir passé 
plusieurs traités avec son sultan. 

Or, le capitaine Monteil (mission de 1890-1892), passant à 
Sokoto, y apprit que l'empire n'avait pris aucun engagement vis-à- 
vis de la Royale Niger Compagny. 

Il conclut donc un traité avec le Sokoto, le 27 octobre 1891. 

A Kouka, capitale du Bomou, il apprit l'expulsion d'un repré- 
sentant de la compagnie anglaise. 

Le commandant Mizon constata également que dans le Maouri 
et l'Adamaoua, l'influence anglaise n'était pas plus solidement éta- 
blie que dans le Sokoto et le Bornou. 

Le commandant Toutée, explorant le Bas-Niger, vit qu'au- 
dessus de Tgga, ne résidait aucun agent anglais. 

Les prétentions britanniques constituaient donc un véritable 
bluff. 

L'acte de 1890 laissait bien des questions non résolues. La 
France, tout en reconnaissant le Sokoto à l'Angleterre, revendi- 
quait le Bornou, l'Adamaoua et le Mori (1). 

(1) Ces deux derniers pays avaient passé des traités avec le lieutenant de 
vaisseau Mizon en 1891 et en 1893. 



Digitized by 



Google 



- 41 — 

La Grande-Bretagne préféra céder à TAUemagne la majeure 
partie de rAdamaoua, plutôt que de le voir tomber en nos mains 
(traité anglo-allemand du 15 novembre 1893). 

La commission anglo-française, chargée de tracer la frontière 
entre Niger et Tchad, résolut, après bien des discussions, de rem- 
placer par une ligne brisée, la ligné droite de Say à Barroua. 

Par la convention du 14 juin 1898 (1) la nouvelle frontière 
partait de Madecati sur le Niger, longeait le Dallol-Maouri, lais- 
sait le Sokoto à r Angleterre, Zinder à la France et venait aboutir 
près de Barroua sur le lac Tchad (2). 

Il était à souhaiter que la France obtînt un redressement de 
frontière vers le sud, entre Niger et Zinder. Pour aller du fleuve à 
ce centre important, nos missions et nos colonnes de ravitaillement 
étaient obligées, après s'être éloignées de 200 kilomètres du Niger, 
de parcourir dans le désert un trajet de 250 kilomètres environ. 
C'est ainsi que la mission Voulet-Chanoine dut passer par Matan- 
kari, Komi, Maradi, c'est-à-dire en territoire anglais. 

De même, entre Zinder et le lac Tchad, notre zone d'influence 
était repoussée trop haut vers le nord. 

Au moment où fut signée la convention de 1898, l'Angleterre 
n'occupait pourtant point le Bornou. 

Le rapprochement franco-anglais dont nous aurons l'occasion 
de parler à propos dn Maroc vint heureusement modifier cette 
situation. L'ai-ticle 8 de la Convention du 8 avril 1904 porte qu'à 
l'est du Niger, et sous réserve des modifications que pourront y 
comporter les stipulations insérées au dernier paragraphe du pré- 
sent article, le tracé suivant sera substitué à la délimitation éta- 
blie entre les possessions françaises et anglaises par la convention 
du 14 juin 1898 : 

€ Partant du point sur la rive gauche du Niger indiqué à l'ar- 
ticle 3 de la convention du 14 juin 1898, c'est-à-dire la ligne 
médiane du Dallol-Maouri, la frontière suivra cette ligne médiane 
jusqu'à sa rencontre avec la circonférence d'un cercle décrit du 



(1) Le capitaine Cazemajou avait pourtant signé le 19 janvier 1898 un traité avec 
le serky du Kabbi fixant les frontières entre Sokoto et Kabbi et nous donnant le 
protectorat de ce pays. La convention du 14 juin 1898 coupait en deux le Kabbi en 
laissant la moitié dans la zone d'influence anglaise ; Tautre dans celle de la France. 
(Voir à ce sujet le chapitre consacré au Soudan). 

(2) Coupant l'itinéraire du docteur allemand Grissier. 



Digitized by 



Google 



— 42 — 

centre de la ville de Sokoto avec un rayon de 160^932 mètres 
(100 milles). De ce point, elle suivra Tare septentrional de ce 
cercle jusqu'à un point situé à 6 kilomètres au sud du point d'in- 
tersection avec ledit arc de ce cercle de la route de Dosao à Matan- 
kari par Maourédé. 

c Elle gagnera de là, en ligne droite, un point situé à 20 kilo- 
mètres au nord de Kouni (Birni n'Kouni), puis de là, également 
en ligne droite, un point situé à 15 kilomètres au sud de Maradi, 
et rejoindra ensuite directement Tintersection du parallèle 13** 20' 
de latitude nord avec un méridieii passant à 70 milles à Fest de 
la seconde intersection du 14* degré de latitude nord avec l'arc 
septentrional du cercle précité. 

€ De là, la frontière suivra, vers l'est, le parallèle 13** 20' de lati- 
tude nord jusqu'à sa rencontre avec la rive gauche de la rivière 
Komadougou Ouabé (Komadugu Waube), dont elle suivra le 
thalweg jusqu'au lac Tchad. Mais si, avant de rencontrer cette 
rivière, la frontière arrive à une distance de 6 kilomètres de la 
route de caravane de Zinder à Yo, par Sona Kololua (Sua Kololua), 
Adeber et Kabi, la frontière sera tracée à une distance de 5 kilo- 
mètres au sud de cette route jusqu'à sa rencontre avec la rive 
gauche de la rivière Komadougou Ouobé, étant toutefois entendu 
que si la frontière ainsi tracée venait à traverser un village, ce 
village avec sns terrains, serait attribué au gouvernement auquel 
se rattacherait la majeui-e partie du village et de ses terrains. Elle 
suivra ensuite, comme ci-dessus, le thalweg de ladite rivière jus- 
qu'au lac Tchad. 

€ De là, elle suivra le degré de latitude passant par le thalweg 
de l'embouchure de ladite rivière jusqu'à son intersection avec le 
méridien passant à 35** est du centre de la ville de Kouka, puis ce 
méridien vers le sud jusqu'à son intersection avec la rive sud du 
lac Tchad. 

€ Il est convenu, cependant, que lorsque les commissaires des 
deux gouvernements qui procèdent en ce moment à la délimitation 
de la ligne établie dans l'article 4 de la convention du 14 juin 1898 
seront revenus et pourront être consultés, les deux gouvernements 
prendront en considération toute modification à la ligne frontière 
ci-dessus qui semblerait désirable pour déterminer la ligne de 
démarcation avec plus de précision. Afin d'éviter les inconvénients 
qui pourraient résulter de part et d'autre d'un tracé qui s'écarte- 



Digitized by 



Google 



— 43 — 

rait des frontières reconnues ci bien constatées, il est convenu que, 
dans la partie du tracé où la frontière n'est pas déterminée par 
des routes commerciales, il sera tenu compte des divisions poli- 
tiqu«ês actuelles des territoires, de façon à ce que les tribus rele- 
vant des territoires de Tessaoua-Maradi et Zinder soient, autant 
que possible, laissées à la France et celles relevant des territoires de 
la zone anglaise soient, autant que possible, laissées à la Grande- 
Bretagne (1). 

c II est, en outre, entendu que, sur le Tchad, la limite sera, s'il 
est besoin, modifiée de façon à assurer à la France une communica- 
tion en eau libre en toute saison entre ses possessions du nord- 
ouest et du nord-est du lac, et une partie de la superficie des eaux 
libres du lac au moins proportionnelle à celle qui lui était attri- 
buée par la carte formant l'annexe n® 2 de la convention du 
14 juin 1898. 

c Dans la partie commune de la rivière Komadougou, les popu- 
lations riveraines auront égalité de droits pour la pêche. » 

En outre, la France obtient en échange de son privilège de 
pêche à Terre-Neuve une rectification de la frontière franco- 
anglaise de la Gambie : ' 

2** Frontière franco-anglaise entre Dahomey et Niger. — La 
convention du 14 juin 1898 avait fixé les frontières longtemps con- 
testées entre Fhinterland du Dahomey et colui du Lagos. 

Durant sa mission (1890-1892), Monfeil avait placé le Liptako 
et le Tagha, sous le protectorat de la France (1891). 

Le commandant Decœur avait signé des traités (fin 1894 et 
commencement 1895) avec le Gambara, le Borgou et le Gourma. 
En 1897, M. Bretonnet, parti de Carnotville créait une série de 
postes dans le Borgou et le capitaine Garnier s'emparait de Nikki 
pour châtier les pillards Baribas. 

Les capitaines Baud et Vermecrsh entraient dans le Gourma ; 
plus à l'ouest, la mission Voulet-Chanoine occupait le Gourounsi, 
devançant la mission anglaise de sir Donald Stewart, puis le Mossi 
qui acceptait le protectorat de la France en janvier 1897. 

Le commandant Destenave avait rapidement achevé la tâche 
commencée» 

(1) C'est ainsi qu'on a jugé que la ligne droite du 13« 2(y doit être remplacée 
par une plus méridionale pour laisser à la France la totalité du Zinder. 



Digitized by 



Google 



— 44 — 

Les Anglais invoquaient de leur côté un traité que le capitaine 
Luggard avait passé à Xikki (en novembre 1894). 

Les itinéraires de tous ces explorateurs et les traités signés par 
eux s'enchevêtrèrent bientôt à un tel point qu'il devint fort diffi- 
cile d'en déduire des données précises. La France avait néanmoins 
pour elle, d'une manière générale, le droit de priorité et le nombre 
des itinéraires levés. 

Dans ces circonstances, la commission du Niger arrêta la déli- 
mitation nouvelle entre Dahomey et Lagos, par les articles 2 et 3 
de la convention du 14 juin 1898. 

Ceux-ci reconnaissaient à la France : le Borgou avec Nikki, 
pour capitale, le Tagha, le Liptako, ' le Gourma, le Tourodi, le 
royaume de Say. 

En revanche, ils cédaient à l'Angleterre Kitchi, Kagoma, Boussa 
et Arenberg (où le commandant Toutée avait pourtant fondé un 
poste dès 1894). 

Nous n'avions ainsi la possession d'aucun point sur le Niger, en 
aval des rapides de Boussa, ce qui nous obligeait à décharger nos 
marchandises en territoire anglais. Pour remédier à cette situation, 
l'article 8 de la convention nous louait pour trente ans un petit 
territoire d'un tenant de 10 et 50 hectares à cheval sur le confluent 
de la rivière Dolco (qui vient se jeter dans le Niger un peu au-des- 
sous de Badjibo). Une seconde enclave sur l'embouchure du Niger 
qui porte le nom de rivière Forcados était cédée à la France. Ces 
deux enclaves furent déterminées en 1900 par le commandant 
Toutée d'une part et, de l'autre, le capitaine Luggard, 

(Le capitaine Lenfaht a utilisé la voie du Niger en transpor- 
tant à Sorbo-Haoussa, le port du troisième territoire militaire, 
64 tonnes de matériel destinées à la colonne Péroz) ; 

3** Frontière anglo -française entre Côte d'7 voire-Soudan, Côte 
d'Or-Togo, — La frontière entre la Côte d'Ivoire française et la 
Côte d'Or anglaise a été le sujet de nombreuses contestations entre 
les deux puissances. 

Ces différends furent en partie réglés par VarrangeTnent du 
10 août 1889, celui du 26 juin 1891 et celui dit 12 juillet 1893, 

Cette dernière convention laissait indécise la possession de la 
lagune Tendo ; la frontière remontait ensuite le Tanoe, laissait 
Akouakrou à la France, puis obliquait vers l'ouest, remontait à 



Digitized by 



Google 



— 45 — 

nouveau vers le nord, abandonnait le Sauwi, le Bettié, Tlndénié, 
l'Arbôn, le Gaman, le Bouna à la France; le Broussa, le Sahué, le 
Bondonkou (en partie seulement) à T Angleterre; la ligne tracée 
remontait ensuite le thalweg de la Yolta Noire jusqu'au 9° de lati- 
tude nord. Au delà, rien n'était précis. 

Nous avons signalé les diverses missions qui parcoururent les 
régions au-dessus de ce parallèle depuis 1893. Une nouvelle délimi- 
tation, continuation de la précédente vers le nord, s'imposait donc. 
La commission du Niger régla la délimitation nouvelle de la façon 
suivante à partir du 9** de latitude nord. La frontière suit désormais 
le thalweg de la Volta Noire vers le nord, jusqu'à son intersection 
avec le IV de latitude nord, puis ce parallèle vers l'est, laissant à la 
France le Gourounsi ainsi que le Gourma. Maia nous cédions à 
l'Angleterre le pays de Oua qui avait signé un traité avec le lieu- 
tenant Baud (le l*' mai 1895). 

4"^ Frontière anglo-française de la Gambie, — La convention 
du 8 avril 1904 a rectifié la frontière franco -an glaise de la Gambie. 

c Article 5, — lia frontière existant entre la Sénégambie et la 
colonie anglaise de la Gambie sera modifiée de manière à assurer à 
la France la possession de Tarboutenda et des terrains et points d'at- 
terrissement appartenant à cette localité. Au cas où la navigation 
maritime ne pourrait s'exercer jusque là, un accès sera assuré en 
aval au gouvernement français sur un point de la rivière Gambie 
qui sera reconnu d'un commun accord comiïie étant accessible aux 
bâtiments marchands se livrant à la navigation maritime. Les 
conditions dans lesquelles seront réglés le transit sur la rivière 
Gambie et ses affluents, ainsi que le mode d'accès au point qui 
viendrait à être réservé à la France, en exécution du paragraphe 
précédent, feront l'objet d'arrangements à concerter entre les 
deux gouvernements. 

c 11 est dans tous les cas entendu que ces conditions seront du 
moins aussi favorables que celles du régime institué par l'applica- 
tion de l'acte général de la conférence africaine du 26 février 1885, 
et de la convention franco-anglaise du 14 juin 1898, dans la partie 
anglaise du Niger. > 

Enfin, l'article 7 nous a cédé les îles de Los situées en face de 
Konakry. 



Digitized by 



Google 



— 46 — 

Ces concussions sont fort appréciables et valçnt bien les quelques 
pêclieries que nous avions conservées sur la côte ^ançaise de Terre- 
Neuve. 



BIBUOGRAPHIB DU CHAPITRE II 

E. RouARD DE Gard. Les territoires africains et les contentions 
franco-anglaihes, Paris, A. Pedone, 1901. 

Victor Deville. Partage de V Afrique. Paris, 1898. 

Comte Ch. de Kinsky. Le continent africain. Manuel du diplomate, 
Paris, ChalJamel, i897. 

André Lebon. La politique française en Afrique (1896-1898). Paris, 
Plon-Nourrit, 1901. 

Robert de Caix. Fachoda, la France et r Angleterre, 

Paul Bourdarie. Fachoda, la mission Marchand. 

Paul Thirion. La France et l'Angleterre en Afrique {Correspondant, 
numéro du 25 janvier 1898). 

Lebon. La mission Marchand et le ministère Méline {Revue des 
Deux-Mondes, numéro du 15 mars 1900). 

Lieutenant-colonel Monteil. Les conventions franco-anglaises des 
A juin 1898 et 21 mars 1899 {Reçue hebdomadaire du 6 mai 1899). 

Silva Write. Le développement de V Afrique. 

Marcel Puisant. Les droits de la France au Niger {Revue générale 
du droit international public), 1898. 

Hertslet. The Map of Afriea by Treaty. 

De Martens. Recueil de traités. 

De Clercq. Recueil des traités de la France. Paris, A. Pedone. 

Livres jaunes, publiés en 1898-1899. 

Bulletin du comité de V Afrique française (1898-1890). 



Digitized by 



Google 



CHAPITRE III 



I. Morcellement de notre empire colonial africain, considéré des côtes, mais unité 
par rapport au centre du continent. 
II. Nos colonies africaines sont surtout des colonies d'exploitation. 

III. Obstacles rencontrés par notre pénétration en Afrique (climat* terrain). 

IV. Islamisme, fétichisme, anthropophagie» 



A un navigateur parcourant les côtes d'Afrique, nos posses- 
sions sur ce continent apparaissent étrangement morcelées. Les 
colonies des autres puissances européennes entrent partout dans les 
nôtres. 

Ce sont, à partir du détroit de Gibraltar : le Rio de Oro espa- 
gnol, puis la Gambie anglaise et la Guinée portugaise enclavées 
dans notre colonie du Sénégal ; le Sierra-Leone britannique et 
TEtat indépendant de Libéria, séparant la Guinée de la Côte 
d'Ivoire ; la Côte d'Or anglaise et le Togo allemand isolant le Daho- 
mey de cette dernière ; la Nigeria anglaise et le Cameroun alle- 
mand interposés entre le Soudan et le Congo français. 

Mais il faut remarquer que toutes ces colonies sont, pour ainsi 
dire, enclavées dans les nôtres qui les enserrent de toutes parts. 
C'est ainsi que, considéré du centre du continent, notre empire colo* 
niai apparaît, comme un tout immenses Du Tchad divergent dans 
tous les sens des avancées vers la mer. 

Notre expansion venant du nord, arrêtée par la limite fixée }i 
notre influence entre Niger et Tchad, s'est rejetée vers l'est et a 
trouvé une voie ouverte entre le lac et la dorsale montagneuse afri- 



Digitized by 



Google 



— 48 — 

De même, nos explorateurs partis du Congo sont naturellement 
passés du bassin de l'Oubanglii dans celui du Chari. 

Le Tchad a donc joué le rôle de centre attracteue et la pénétra- 
tion française en Afrique est caractérisée par un mouvement inces- 
sant vers ce centre. Les puissances étrangères croyant trouver dans 
celui-ci une véritable mer intérieure ont voulu posséder auss' 
quelque portion de son rivage. (Les explorations récentes semblent 
prouver, au contraire, que le lac Tchad présente en bien des points 
l'aspect marécageux. Loin de ses bords seulement, il s'étale en une 
vaste nappe d'eau présentant des fonds de 3 à 4 mètres.) 

Notre empire colonial en Afrique s'est trouvé véritablement 
fondé par le don d'unité, le jour où les trois missions : Saharienne, 
Afrique centrale et du Chari se trouvèrent réunies sur ce dernier 
fleuve, la première venant d'Algérie, la seconde du Soudan et la 
troisième du Congo. Cette jonction à travers le continent noir tient 
du prodige et eut un effet moral immense que vinrent encore aug- 
menter la défaite et la mort de B.abah. 

La construction du chemin de fer transsaharien et des autres 
voies ferrées projetées achèvera cette œuvre de réunion de nos poô- 
sessions continentales africaines. 



11 



Notre empire colonial d'Afrique, tel qu'il se trouve constitué, 
comprend surtout des colonies d^ exploitation. Il s'agit de bien dis- 
tinguer celles-ci des colonies de peuplement. Dans les premières, la 
race colonisatrice ne cherche pas à s'implanter sur le sol, elle se 
contente de lui donner l'aide de sa direction politique, de ses capi- 
taux, de tirer le parti le meilleur possible de ses ressources écono- 
miques. 

Les pays dans lesquels l'Européen ne peut pas séjourner long- 
temps, en raison de leur climat, les possessions françaises d'Afrique 
occidentale, par exemple, appartiennent à cette catégorie. Le blanc 
y sert surtout de guide au noir. Il ne peut, en effet, se livrer à aucun 
travail fatiguant, tel que le défrichement ou la culture ; l'épuise- 
ment le gagnerait bien vite. L' avenir des colonies d'exploitation 



Digitized by 



Google 



— 49 — 

semble donc résider dans Taméliobation des races préexistantes, 
dans leur éducation intellectuelle^ morale et sociale. 

La seconde catégorie de colonies est d'un tout autre genres Le 
colon y rencontrant des conditions climatologiques et économiques 
favorables, cherche à substituer sa race à celle du pays. Il prend 
possession des terres, s'empare du commerce et fonde bientôt une 
société nouvelle qu'il tâche de créer analogue à celle de la métro- 
pole. 

Non content d'évincer les naturels du sol, il les détruit parfois 
méthodiquement. La race saxonne a pu, par exemple, être qualifiée 
de race exterminatrice, t extirping race », a dit sir Charle Dilke. 

Partout où elle a pris racine, elle a anéanti les autres races : les 
Peaux-Bouges de l'Amérique du Nord sont maintenant bien rares 
et bientôt les Maoris auront disparu de la Nouvelle-Zélande. 

La race française remplace ce pouvoir meurtrier par la faculté 
d'assimilation. Nos colons prennent volontiers les goûts indigènes 
et adoptent facilement leurs mœurs au pays. Ils s'assimilent en 
quelque sorte les races étrangères en leur prêtant et en leur em- 
pruntant tout à la fois. 

Nous n'avons pas, sur le continent africain, de colonie qui appar- 
tienne franchement au genre dit de peuplement. 

L'Algérie elle-même semble tenir le milieu entre les deux caté- 
gories. On a pu soutenir, à juste raison, qu'elle est t une excep- 
tion » et que c si l'on respectait scrupuleusement tous les usages, 
toutes les coutumes des indigènes, si l'on évitait d'apporter aucun 
trouble dans leur mode de jouissance des terres ei dans leur exis- 
tence, on ne pourrait tirer du pays toutes les ressources qu'il con- 
tient ; que, d'autre part, si l'on voulait substituer complètement les 
Européens aux indigènes, on se priverait du concours précieux que 
peut offrir une population de 4 millions d'habitants déjà à demi- 
civilisés. » 

III 

Notre expansion coloniale en Afrique est caractérisée, avons- 
nous dit, par une pénétration lente et incessante vers l'intérieur du 
continent. 

Dans ce mouvement en avant, nous avons rencontré des obsta- 
cles d'ordre climatologique, topographique et ethnographique. Le 

LA PÉNÉTRATION FRANÇAISE 4 



Digitized by 



Google 



— 50 — 

climat des poye tropicaux «efit ti^iésÊarste pour rEuropéen qui y (fait m 
séjour de quelque durée, L'épukeuieiït le igsugne ^et le livre aaufi 
Jeree amx fièvres iiématurii|»es «ei InHeones dEmt il gnécit «lûfficile- 
ment. 

Les abstacles t0^BO|^pbiqueB vésictent piïin£:q>aieaAe]Kt dans le 
BMnque de Toies de oammimieation xm, ioat au snoins, duis Ibsct 
état TudimeiKtaire^ Au Soudan, elles con8kAe]i.t «n seiubes à peifi^ 
marquées au milieu de la brousse ou des savanes dénudées ; da&s 
la forêt équattoriale, la ^nétiaktian «est «olgoosb pins =di£âcîie .en raison 
de reBohevêtreinent des arfares ^et des iiaack&L 

L'explorateur en est souvent réduit à suivre le lit à d^ni dds- 
wéché des cours d'eau, ^s^ules parties dn boI rospecttées pasr d'exubé- 
Tance de la végétation, ou les ipistes traoées par les fau^'vsas «et les élé- 
phants. 

Cette difficulté des communications explique en rpartie la len- 
teur afvec laquelle les Ëitropéens ont pénétré -dans le ocmtinent noir. 
Ils ont d'abord suivi ks routes ouvertes vers rin^rieur j^ar les 
-grands fleuves, véritables brèckes pratiquées par la nature dans le 
plateau africain ; les rapides les obligèrent néanmoins à reprendoe 
'en »bien des points la voie terrestre. €'eflt ainsi que Stanley suivit 
le Congo, de Brazza l'Ogooné et l'ilima. 

Puis bientôt, les explorateurs s'aventurèrent dans les tiontrées 
«'étendant entre les fleuves, '«n «suivant les lignes de moindre lésis- 
tanoe offertes par le -terrain, 

G>e nos jsenTB enfin, ils n'ont pas craint d'affronter la traveraée 
-de la forêt -équatoriale. 



IV 

Et pourtant les obstacles opposés par le sol paraissent souvent 
bien peu de chose en comparaison de ceux qu'offre l'homme lui- 
même. 

L'islamisme, le fétichisme, l'anthropophagie et l'esclavage sem- 
T)lent les quatre formes principales sous lesquelles se manifeste 
cette résistance à la civilisation européenne. 

ïàislamisine couvre une étendue de pays immense, depuis les 
rivages de la Méditerranée jusqu'aux Etats du centre africain. Il 
faut remarquer néanmoins que les races Brabe et berbère sont plus 



Digitized by 



Google 



— 81 — 

|MiiticTilîà£emeii:t apteB .à reoeveir -et à 'oonaervar aes enfle^gattonMots. 
L'Arabe est idéaliste^ la solitude ^lu désert Je poorie AatuneMemeat 
aux loagues juédita^iektts -et riuLBrènçne de la notion de Tinfini. 
La oonatatation de rinutiMté <des efirai^s liiuaainB ccaokire Taridiié, 
le sable et le vent fait naître en lui le fatalismie. 

L'exaltation ^ sa loi Teligdeiuse «st assez semblable au mirage 
qm 4xSve au voyageur l'espoir de «ites enchanteurs. 

£n toutse^ rdslamisme est bien «ne religion de pasteurs nomades 
et ses prescriptions s'accommodent admirablement à l'o^gMiiflaiMn 
patriarcale. 

Ceux mêmes des repoésentants de la race noire qui se montrant 
disdf^les conTamcns du Prophète 8«nt des desoenidants de paaieurs 
«e Bouvenant d'une origiBe arabe ou berbère plus ou moins loin- 
taine. 

Cette exaltation religieuse apparaît nettement dans la itffwoA' 
tion des conîrérLes qui couyreai>t actuellemient le «demaine de l'Islam. 
Ayant perdu beaucoup de sa puissance i)oliiique9 la civilisatian 
mahométane eemble avoir touIu d^rcher «on salut dans un 'dâbor- 
deaaent de religion, et les noBabreuses associations créées ont pris 
pour devise essentielle t résistance à l'infidèle i. 

Nées du aouAsTne, doctrine (mystique reconnaissant la caste des 
êoimti, intermédiaii»s de l'iiomnie <et de la diviniité, ces «ocftéÉés Aut 
vu leur entier développement se produire au xix* siècle. 

Les plus importantes d'entre elles sont : 

1** Celle des Taïbya fondée veis la fin du xa® «iècle de rH^^re, 
leoonnaît pour grand saint Meuley Taïeb. Le 'cbef de l'offdre porte 
le ^itpe de Cherif (d'Ouezzan. Son influence s'étend en Tunisie, en 
Tripolitaine, dans les provinces d'Oran «t d'Alger, jusqu'en Egypte; 
enfin, clans ces dernières années, elle a beaucoup diminué au Touât 
en raison de lappui moral apporté à la France par les chérifs 
d'Ouefi!zan. 

Oei ordre ne paraît ^s irréductible ; 

2** L'ordre Kadrya, fondé par le saint Sidi Abdelkad-er Djelani 
ben Abousalah en l'an 561 de THégire (1165-1166 de noire ère). 
C«st un des plus populaires de l'Islam et son influence s'étend 
jusqu'à Tombouotou ; 

^*» L'ordre des Oulad Sidi Cheikh date de l'an 1203 de THégire 
(1615 de notre ère) et reconnaît pour grand saint Sidi Abdelkader 
ben Mohammed. Nous avons vu que son infliu^uje s'étend de 



Digitized by 



Google 



— 52 — 

rOranie jusqu'au Touât. Cette confrérie semble gagnée à la France 
pour les raisons exposées plus haul; ; 

4** Les Bàkhaya ont leur centre principal à Tombouctou et 
s'étendent jusqu'au Touât où ils possèdent Zaouïet-Kounta et chez 
les Touareg Aouellimiden ; 

5** L'ordre des Tedjaniya est d'origine plus récente que les pré- 
cédents (1196 de TH., 1781 de notre ère). Le nombre de ses adeptes 
est fort considérable, mais son influence semble actuellement 
décroître ; 

6" L'ordre des Senoussiya a été fondé en l'an 1250 de l'Hégire 
(1835 de notre ère) par Si Mohammed ben Ali ben Senoussiv Leurs 
zaouïa sont actuellement fort nombreuses et se montrent nos adver- 
saires acharnés. Leurs relations avec la religion officielle turque 
n-A sont pas meilleures et ils sont considérés d'un mauvais œil à la 
Mecque. 

Le cheikh Senoussi résida d'abord à Abou-Kobai, près de la 
Mecque (à partir de 1835), puis à Benghazi (1843) et enfin à 
Djaghboub. Son fils, le cheikh el Mahdi a quitté cette oasis en 1895 
et est venu résider à Koufra, puis vers la fin de 1899 à Gouro dans 
le Borkou. 

c L'influence de l'ordre s'est rapidement étendue vers le sud. 
Le pays des Tibbou, le Borkou et le £anem lui semblent acquis à 
l'heure actuelle de même que le Ouadaï. » 

Vers l'ouest, on ne rencontre guère de Senoussi qu'au Tidikelt 
et en Egypte ; ils ont peu de clientèle. 

Par contre, la Cyrénaïque et la Tripolitaine, bases de leur 
expansion, demeurent leur grand foyer de propagande. Le mys- 
ticisme tient moins de place dans leurs doctrines que dans celles 
des autres ordres. Vis-à-vis des puissances européennes, les Senous- 
sya ont longtemps gardé la neutralité, se contentant d'éviter leur 
contact en s'étendant vers le sud. De récents événements (les com- 
bats de novembre 1901 et janvier 1902 dans le Eanem, que nous 
avons dû leur livrer à l'est du lac Tchad) semblent indiquer de leur 
part les débuts d'une politique agressive. 

Les membres des confréries musulmanes sont heureusement 
disséminés dans toute l'Afrique et l'Asie et n'offrent guère la résis- 
tance due à la cohésion. Beaucoup de leurs chefs, d'ailleurs, obéis- 
sent surtout de nos jours à des mobiles d'ordre politique et per- 
sonnel et les gagner n'est point impossible. 



Digitized by 



Google 



— 53 — 

Les Senoussiya paraissent actuellement les plus irréductibles à 
notre influence. 

L'Islamisme offre un obstacle à notre pénétration en Afrique 
en ce qu'il nous oppose une civilisation déjà ancienne toute diffé- 
rente de la nôtre. Les musulmans sont iort difficilement assimi- 
lables. Aussi certains ont-ils pu conseiller de renoncer actuellement 
à cette tâche et de cbercher plutôt à satisfaire quelques-unes de 
leurs inspirations, à alléger quelques-unes de leurs charges. 

L'Islam s'est étendu de bonne heure sur la partie nord du Sou- 
dan occidental où sa base d'opérations fut le coude du Niger et le 
grand centre de Tombouctou fondé au v* siècle de l'Hégire. De là, 
la religion du Prophète s'étendit vers le pays de Kong au sud, à 
l'ouest sur le Segou et le Fouta-Djallon, à Test jusque vers le 
Haoussa. 

Dans la boucle du Niger, la pénétration française ne lui a pas 
laissé le temps d'établir des empires solides. Le Soudan attaqué de 
toutes parts jmr l'Islam n'a été sauvé que par notre arrivée, et le 
gros bloc de territoire constitué par le Yatenga, le Mossi, le Gou- 
rounsi, le Mampoursi est demeuré presque exclusivement fétichiste. 

Vers l'ouest, au contraire, l'influence musulmane a fait rapi- 
dement tache d'huile. Seule la forêt équatoriale a été capable d'ar- 
rêter les progrès de l'Islam, par sa masse immense et son impéné- 
trabilité. Samory a dû rétrograder devant les flèches des popula- 
tions anthropophages de la forêt dense et faute d'issue à sa retraite 
est venu se faire prendre par nos colonnes. 

Les conquêtes des grands fondateurs d'empires musulmans en 
pays noir semblent essentiellement caractérisées par l'arrêt de tout 
progrès, de toute culture, de tout commerce. Seuls les Mandé- 
Dioula de Kong dont la pénétration est toute pacifique font excep- 
tion à cette règle. 

Sans cesse sous le coup d'une razzia, le noir, déjà naturellement 
apathique, abandonne toute œuvre durable, se laisse aller à la non- 
chalance et vit au jour le jour. Les villages se dépeuplent, la famine 
sévit. 

Kong dévasté par Samory n'envoyait plus ses tissus teints vers 
le Niger ; les pays du Tchad pillés par Rabah avaient perdu leur 
prospérité ancienne. 

Il importe au plus haut point pour l'avenir de nos colonies sou- 
danaises, d'empêcher désormais l'élévation de pareilles puissances 



Digitized by 



Google 



— 54 — 

aenuoit partout la rtaie^ nécv de la -yidesbéi àlum Eomme et ne se 
soutenant que par les rapines et Vesclavage. 

iLescUaxig^ esb un de» pkra grand» fléaux de If Afxdqœ ; la ion- 
dation de nofiEft enq^rec doit amener sa disparition dans la partis 
occidentale de ce eontinent.. C'est pas Loi que Imi population se daîn- 
sème et s'émiette^ que le désert naîik^ 

D'une manière générale^ la rac» noire paoait moins irréduciiblee 
à notre influence que les peupladee soumises à Tlblam, On trouTFCi 
en elle une substance fruste^ susceptible de^ malléabilité parce 
qu'elle n'a pas enceve été rigidifiée pM? le fanatisme uLUSulman. 

Si l'Arabe) en effiet,. est idécdiste^ le nàgi^e^ est essentiellement 
matérialMÉtei Son culte: d'dxlinaire aseev Ta|fue- eat surtout^ fait dei 
superstitions yariant ajvec la liâu qufil habite» lm~ noir dea déserta 
du sud de l'Afrique^ manquant de Teau qui lui est nécessaire^ &it 
de la pluie une> divinité totélaire ; Ibs ministres da^ son eidta' sont 
des eonjurateura de pluie. 

Bans la région tropicale, le sorcier devient fabricant de filtme 
et d'amulettes destinés à procurer de» chasses heureuses. Le noie 
modifie donc en quelque sorte ses croyances d'après ses besoîne* 
Son culte tient du panthèuTne : c'est tantôt un arbre, tantôt une 
montagne, tantôt même l'objet le plus infime qu'il déclare fétiche, 
e'est^-dire inviolable*. 

Par contre, dès qu^on a|9ptx)che de la forêt équatoriale on ren- 
contre des idoles et plus on pénètre dans ses ténèbres, plus ces 
idoles deviennent nombreuses^ La terreur engendrée par robscurité 
semble favoriser la^ superstition, entretenue, d'ailleurs> avec soin 
par les griots qui en tirent leur» moyens d'existence. Le culte des 
peuples de cette région appartient donc à V anthropomorphisme^ 
earactérisé par la personnification» d'absteaction» très diverses, telles 
que la guerre, le mal, le tonnerre, etc., etc. 

Tous les cultes indigènes sont désignés sous le nom générique 
assez vague de Flh^icHisicB. 

La civilisation a encore à lutter en Afrique contre Vanthrap^" 
phagie fort répandue dans certaines régions, en particulier dans» le 
bassin du Congo et dans la fbrêt dense du nord de la oôt« de Ghuinée. 

La mission d'OIIone traversant cette dernière dans le bassin 
du Cavally a rencontré des systèmes différents d'anthropophagie: 
Gertainas peuplades nmngent leuis ennemis en matière' de ven- 
geance, pour absorber peut-être leurs âmes (qu'ils conndèrent^ 



Digitized by 



Google 



— 55 — 

sans doute, comme un élément matériel) et les empêcher de jouir 
d'une autre vie dont ils ont une notion assez vague ; d'autres man« 
gent indiSéremment tous les hommes qu'elles peuvent se procurer, 
parce qu'elles ont faim, La banane dont elles se nourrissent n'es» 
pas assez substantielle et, la viande faisant défaut, on mange IO0 
captifs. Chaillé Lang a cité cette réponse caractéristique d'une 
femme Akka cherchant à excuser le cannibalisme de sa nation : 
c C'est seulement quand la viande est rare, disait-elle, et que la 
nature exige une nourriture plus variée que le régime de bananes • 
que l'on mange de l'homme. 

Une troisième école d'anthropophagie mange ses morts, pour 
hériter de leurs vertus,. 



BIBLIOORAPUIE DU CHAPITRE III 

D' LiviNGSTONE, Exploration dans V Afrique australe, Paris, 1859. 

Stanley, A travers le Continent noir, Paris, Hachette, 1878. 

Dans les Ténèbres de l'Afrique, Hachette, 1890. 

D' ScHWEiNFURTH, Au Cœur de V Afrique^ Hachette, 1875. 

Chaillé-Lang, U Afrique australe. Pion, 1877. 

C*« d'Ollone, De la Côte-d'IvoIre au Soudan et la Guinée, Paris, 1901 

C. MoRGEN, Dùreh Kameroùn von Sud naeh {Nord), Leipzig, F. A. 
Brohkam, 1893. 

Cû« BiNGER, Du Niger au golfe de Guinée, Paris, Hachette, 1892. 

C. RiNN, Marabouts et Kouaiis, 

De Castries, VIslam. 

Les Senoussya, Supplément au Bulletin du Comité de V Afrique fran- 
çaise d*avril 1892. 

Défont et Coppolani, Les Confréries religieuses musulmanes^ Alger, 
1897. 

A. Le Chatelier, VIslam dans l'Afrique occidentale^ Paris, 1899. 

E. Reclus, Nouvelle Géographie universelle (Voir la carte des religions). 

D. Vidal de la Blache, V Education des Indigènes, {Revue scient,., 
4« série, Vn, 1897, p. 353-360). 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google/ 



LIVRE II 
La voie de pénétration du Sahara. 



CHAPITRE PREMIER 

HISTOBIQUE DE LA PÉNÉTRATION SAHARIENNE 

A. — Les voyages d' exploration. 

Il est assez singulier de remarquer que, malgré notre occupa- 
tion de l'Algérie, excellente base de pénétration vers le sud, nous 
iûmes longtemps devancés dans le Sahara par les étrangers. 

Ce fut là la première période de Texploration saharienne, époque 
de reconnaissances de grande envergure, de voyages longs et pé- 
nibles auxquels on dut les premiers renseignements sur le désert. 

De 1822 à 1824, les Anglais Denham, Oudeney et Clapperton le 
traversèrent de Tripoli au lac Tchad en passant par Mourzouk. 

En 1826, le major Laing paya de la vie sa tentative et son 
succès, et, en 1828, René Caillé, plus heureux, revint sain et sauf de 
Tombouctou. 

Sinaoun, Ohadamès et Ghât étaient visités par Richardson 
en 1845-1846. Enfin, quelques années plus tard, l'Allemand Barth 
entreprenait son immense voyage de Tripoli à Mourzouk et de 'là 
dans TAïr, au lac Tchad et à Tombouctou, fournissant ainsi les pre- 
mières données sur le centre africain. 

Au maréchal Randon appartient l'honneur d'avoir posé les pre- 
mières bases de notre expansion vers le sud. Vers la fin de l'an- 
née 1861, il créait le poste de Géryville et faisait occuper l'oasis 
de Laghouat. t Par sa position avancée, le poste, dont le colonel 
Géry avait eu le premier l'idée, constituait une véritable mainmise 
sur la confédération des Oulad-Sidi-Cheikh; situé à moins de 



Digitized by 



Google 



— 58 — 

100 kilomètres du Sahara^ il préparait une solide base d'opérations 
à nos futures colonnes (1). i Quant à Laghouat, située à l'extrémité 
des hauts plateaux, elle était susceptible de jouer dans la province 
d'Alger un rôle analogue à celui de Géryville dans celle d'Oran. 

Nous étions donc aux portes du Sahara et la continuation de la 
marche vers le sud semblait tout indiquée. Mais, durant de longues 
années, on espéra arriver à étendre peu à peu notre domination par 
des moyens pacifiques tels que traités signés avec les Touareg, mis- 
sions scientifiques trop faiblement escortées, essais de rétablisse- 
ment du commerce. On oubliait ainsi que la force seule a du pres- 
tige en pays musulman et qu'il faut d'abord soumettre avant d'en- 
treprendre toute autre chose. Comme conséquence, le temps perdu 
fut énorme. 

Dès 1854, on tenta d'accaparer en faveur de la France l'influence 
de l'ordre religieux d'Ouezzan. Un de ses chérifs fut inutilement 
envoyé au Touât (2). 

En 1859, H. Duveyrîer commença ses explorations dans la Tri- 
polîtiaine et le Fezzan. 

En 1860; Colonieu et Burin poussèrent jusqu^aii' Gk)UFara, en taw- 
versant la* partie la plte étroite de Verg occidental, mai» les hàbi^ 
tants de la région leuî» refusèrent le passage et ils durent rétrogra- 
der. Sans lift» crainte que leur avait inspirée- la venue de» Français^ 
ils avaient été jusqu^à demander un gouveaneur au Marefc. 

Plus à l'est, le commandant Mircher et le prince de Pblîgnac 
signaient avec les Touareg-Azdjer le traité de 1862 auquel nou9 
eûme» le tort de nous fier et qui, dans la pratique, demeura toujours 
lettre morte. 

La conclusion de cet acte diplomatique avait été en quelque 
sorte préparée par le voyage du capitaine de Bonnemain à Ghhadamès 
en Ï866 et celui de l'interprète militaire Bouderba à Bhât en' 18561 

Wous fûmes détournés durant quelques années de nos tentatives 
vers le sud par Tinsurrection des Oulad-sidi-Cheikh qui éclata 
en 1864. Son promoteur, Si-Sljman-ben-Hamza trouva la mort à 
Aouïnet-Bbubékeur, après avoir anéanti la colonne Beauprêtre, 
mais, durant dix années, ses successeur» Si-Mohammed, Sî-Ahmed> 

(1) C. Battisti. Conférence faite aux officiers de la garnison de 3aTdà 
le 17 févner 1900. 

(2) Nous aurons Toccasion d'insister sur l'ordre d'Ouezzan et sur les illusions, 
que Pon eût à son égard. 



Digitized by 



Google 



Si-Kaddonr et Si-Lalla jatère&t k- désordre danB tmtt le Sud-onmais 
et nous obligèrent à des lut4»s perpétuelles.. 

Durant ce- temps, T Allemand Bohlfs (1864-ld6&);, degjiisé en 
rnuBulman,. et peui-être ehAigé d'una mission secoèts hostile à la» 
France, parvint à se rendre de Fez au Tafilelt et de là dans le Tauâit 
et le Tidikelt, grâce à> 9a> connaissance de la langue et^ des usages 
arabes. Il gagna ensuite Ghiiadaimès en traversant le pkteoi àà 
Tinghert, puis Tripoli. 

Naehtigaly en 1868^- se rendait de Mourzouk an Tibesti àxmi il 
étudiait la population» encore fort peu connue de nos jovi». En lATO^ 
U se dirigeait p«r Tinamo* vecs le la» Tchad, pois le Ouadaï ponn 
atteindre le Nil à Ondurman. 

De ]f875 à 1877, noti^ compatriote Largevo, partant de Tongourt, 
poussait, à travers Terg oriental, jusqu'à G-hadomès.. 

Erwin de Bary (1876-1877), de Bhai^ fit deux rnoonDurissanoea 
dans le Tassili et dans TAïr et mourut mystémeusemaEit à BJifiifc^ 
très probablement assassiné. 

Rohlfs tenta vers cette époque la traversée du désert lybien, 
d'abord par Test, puis par Touest, mais il ne put réussir dons sfn^ 
entreprise. 

En 1880, la mission Flatters était chargée d^étudier la région 
située au sud d^Ouargia, pour ehoîsiF l'itinéraire futur d'un trans- 
saharien partant de cette oasis. 

Elle traversait l'erg oriental dans la région des gassis et^ lon- 
geant le bord du Tassili, ne pouvait dépasser* le lac Menghouk^ en 
raison des difficultés soulevées par les Âzdjer. 

L'année suivante, elle reprenait son projet de traversée du moseif 
Ahajg^ar, mais était trahie et anéantie par les Touareg-Hog^gar, près 
de Tadjenout. 

Depuis^ une dou^ne^ d'années, l'œuvre de pénétration a été 
reprise avec plu» de méthode. 

Dans ses neuf premières missions, M. Foureau explora la région 
de l'erg- oriental et la bordure du Tassili- Azdjer. 

En 1800, il longeait le rebord occidental du Grand-Erg et la 
partie de ce dernier située à l'ouest des gassis. 

En 1892-1893, il reconnaissait le Gassi-Touil, TOudje (1) nord 
du Grand-Erg et le Tinghert. 

(t Mot à mot «la joue» c'est-à-dire la bordure. 



Digitized by 



Google 



— 60 — 

En 1894, il traversait la région des d\ines située au sud-est de 
Temassinin et en atteignait la limite méridionale. 

En 1893-1894, la mission Bernard d'Attanoux avait également 
exploré la région des gassis et la bordure du Tassili-Âzdjer en pas- 
sant par Temassinin. 

De décembre 1895 à mars 1896, M. Foureau explorait le Grand- 
Erg entre les gassis et l'itinéraire de Largeau de Touggourt à Gha- 
damès, découvrant sur son passage des ruines fort anciennes. 

De mars à juin 1897, il entreprenait sa neuvième mission et rap- 
portait de précieux renseignements, signalant en particulier, la pré- 
sence d'anciens volcans dans le Tassili et constatant la formation 
de dunes récentes dans le Gassi-el-Ghazal. 

La mission transsaharienne qu'il demandait depuis si longtemps 
put enfin lui être accordée, grâce au legs Eenout des Orgeries et 
aux subventions du comité de l'Afrique française, du ministère de 
l'Instruction publique, etc. Sa traversée du Tassili et de l'Aïr, son 
arrivée à Zinder et sa réunion au sud du lac Tchad avec les missions 
Gentil et Joalland sont maintenant trop bien connues pour qu'il 
soit utile de les résumer. 



B. — La question de la frontière franco-marocaine et le Touât. 

Dans son mouvement d'expansion vers le sud, la France a été 
sans cesse gênée par le voisinage occidental du Maroc. 

Depuis quelques années, la question marocaine a suscité bien des 
polémiques. Au premier abord elle paraît, en effet, assez complexe. 
En l'examinant de plus près, on arrive facilement à constater que, 
pour nous autres Français, elle se présente sous deux aspects nette- 
ment distincts. Nous devons tout à la fois Tenvisager comme puis- 
sance européenne et coloniale et comme voisine appelée à avoir sou- 
vent des difficultés de frontière. 

En tant que puissance européenne, la France est intéressée à ne 
point voir la porte occidentale de la Méditerranée tomber com- 
plètement aux mains d'une rivale. En outre, notre situation pri- 
vilégiée dans le Nord de l'Afrique nous donne la légitime ambition 
d'exercer sur toute la Berbérie une suprématie intellectuelle, une 
hégémonie politique et commerciale. Ainsi que le constatait un 
auteur anglais : c Ce pays est tout d'abord une extension géogra- 



Digitized by 



Google 



— 61 — 

phique et morale des splendides possessions françaises dans le nord 
de l'Afrique. On ne peut sortir du Maroc par terre dans aucune 
direction sans marcher sur des territoires français ou placés dans 
la sphère de Tinfluence française. La France a des centaines de 
kilomètres de frontière sur lesquels elle verse constamment le sang 
de ses soldats en dépensant beaucoup d'argent. Son commerce — 
moins important sur mer que celui de l'Angleterre — pourrait être 
largement développé dans son ensemble par l'ouverture des routes 
de terre commerciales venant d'Algérie (1)... » 

De son côté, l'Espagne croit avoir acquis des droits réels sur le 
Maroc en raison des sanglants combats qu'elle y livra naguère. Elle 
considère ses possessions actuelles (2) du rivage comme de véri- 
tables têtes de x>ont susceptibles de lui ouvrir un jour l'actès du 
continent. Ne serait-ce point là prendre une lointaine et éclata u te 
revanche des invasions arabes du moyen âge? 

Les seuls intérêts de l'Angleterre au Maroc étaient d'y voir 
observer la liberté du commerce maritime et respecter la neutralité 
du détroit de Gibraltar. L'Allemagne et les Etats-Unis pouvaient 
formuler des demandes analogues. Quant à l'Italie ses destinées 
l'appelaient plutôt du côté de la Tripolitaine. 

Durant la période de rivalité coloniale de la France et de l'An- 
gleterre, cette dernière puissance chercha à se créer au Maroc une 
situation prépondérante. Ses instructeurs militaires, ses savants se 
mirent à la disposition du Maghzen, si bien que la révolte actuelle 
a pu prendre pour principal grief contre le sultan, cette intrusion 
étrangère dans le domaine de l'Islam. 

La situation troublée du pays, les brigandages de toute nature, 
le voisinage du prétendant, le peu de sécurité offert aux Européens 
devaient forcément amener une intervention des puissances. Le 
sultan, ne pouvant guère sortir de Fez, n'ayant qu'une armée peu 
nombreuse, mal équipée et mal payée, avait échoué dans ses tenta- 
tives de réformes et se trouvait sans argent. Les impôts établis et 
perçus de façon défectueuse lui donnaient à peine de quoi suffire à 
sa propre subsistance et le laissaient endetté vis-à-vis de l'Europe. 



(1) Lettre de M. Harris, correspondent de Tunis à Tanger, à M. René Moulin. 

(2) En somme rochers arides sur lesquels les garnisons espagnoles se cram- 
ponnent, ayant en face d'elles les guerrières et nombreuses populations du Rif qui 
ont voué à l'Espagnol une haine implacable. 



Digitized by 



Google 



— 62 — 

^Jne «lïteate .«Qrta»e les puiâftaoïceB devenait donc cbaque jour plus 
'néeeasaire. 

Dès la fin de Taimée 1908, les relations étaient devenues plus 
cordiales entre la France ^t l'Angleterre. M. Harris, correspondant 
du Tiines à Tan|^, n'hésitait pas à déclarer ^ue m la France avait 
non seulement tous les droits d'intervenir, mais enctwe que cette 
intermntion serait un bienfait pour le monde en génial 3 (1). 
Restait à déterminer le mode d'intervention qui serait employé. 

Nous lancer dans vm conquête à main armée du Maroc aurait 
pu susciter des complications européennes et nous entraîner dans 
une guerre' Ion Jfue et coûteuse. La momtagne et la plaine abandon- 
nant leurs luttes intestines :se seraient unies contre le t roumi » 
et nous aurions pu nous heurter à une nouvelle Espagne. 

M. de Segonzac a très nettement défini le rôle à jouer par la 
France : t Elle veut le maintietn de l'intégrité du Maroc, elle 
accepte la charge d'être l'éducatiice et la tutrice de son voisin bar- 
bare, elle revendique seulement la suprématie politique dans le 
nord de l'Afrique, de la Tripolitaine à l'Atlantique. En échange, 
elle s'engage. à ne porter aucun préjudice aux intérêts étrangers 
engagés au Maroc. » C'était là poser le principe de la pénétration 
pacifique. La grande majorité des hommes d'Etat français l'adopta. 

Mais avant de s'entendre à ce sujet avec le Maghzen, il fallait 
consulter les puissances intéressées. L'opinion anglaise avait eu le 
temps de se calmer depuis Fachoda. Elle voyait clairement que 
les intérêts de la Grande-Bretagne l'appelaient plutôt dans la partie 
orientale de l'Afrique où l'axe de sa politique est la voie ferrée 
qui doit un jour nuir le Caire au Cap. Elle était enfin plus inquiète 
de l'accroissement du commerce maritime de l'Allemagne que de 
celui de la France dans le Nord de l'Afrique. Un rapprochement 
était donc indiqué. 

Après de longs pourparlers, était signé, le 8 avril 1904, un nou- 
vel accord franco-anglais. Nous abandonnions les privilèges éta- 
blis à notre profit à Terre-Xeuve et obtenions en échange des avan- 
tages en Pénégambie et à l'est du Niger (2). La convention était 
enfin suivie d'une déclaration cov cernant V Egypte et le Maroc. 

Le gouvernement britannique y déclarait qu'il t n'avait pas 

(1) Lettre citée dans l'ouvrage de M. R«ié Moulin : Une année de politique 
«œtérienre. Paris, Pion Nourrit, 1906. 

(2) Voir ci-dessus. 



Digitized by 



Google 



— 63 — 

rmtentioii de changer Tétart politiqiie de TEgypte • . De ^on côté, 
le gwivememeiit français ne devait pas c entraver l'aetian de T An- 
g'ieterre dane ce pays ». 

Qxunrt aitx principaux articles conoemant le Maroc, nous 
croyons devoir les donner ici in ewtenso : 

€ Article 2, — Le gouvernement de la République française 
déclare qu'il n'a pas Tintention de changer Tétat politique du 
Maroc 

€ De SCSI côté, le gouvernement de Sa Majesté britannique recon- 
naît qu^il appartient à la France, notamment comme puissance 
limitrophe du Maroc sur une va^ «tendue, de veiller à la tran- 
quillité dans ce pays et de lui prêter son assistance pour toutes 
les ré&xmes administratives, économiques, financières et militaires 
dont il a besoin. Il déclare qu'il n'entravera pas l'action de la 
France à cet effet, sous réserve que cette action laissera intacts les 
droits dont, en vertu des traités, actions et usages, la Grande-Bre- 
ta^e jouit au Maroc, y compris le droit de cabotage entre les ports 
marocains dont bénéficient les navires anglais depuis 1901. 

« Article 4. — Les deux gouvernements, également attachés au 
principe de la liberté commerciale tant en Egypte qu'au Maroc, 
déclarent qu'ils ne s'y prêteront à aucune illégalité, pas plus dans 
l'établissement des droits de douanes ou autres taxes que dans 
l'établissement des tarifs de transport par chemin de fer. 

« Le commerce de l'une et de l'autre nation que le Maroc et avec 
l'Egypte jouira du même traitement pour le transit par les posses- 
sions françaises et britanniques en Afrique. Un accord entre les 
deux gouvernements réglera les conditions de ce transit et déter- 
minera les points de pénétration. Cet engagement réciproque est 
valable pour une période de trente ans. Paute de dénonciation 
expresse faite une année au moins à l'avance, cette période sera 
prolongée de cinq en cinq ans. 

€ Toutefois, le gouvernement de la République française a\i Ma- 
roc et le gouvernement de Sa Majesté britannique en Egypte, se ré- 
servent de Teiller à ce que les concessions de routes, chemins de fer, 
poste, etc., soient données dans des conditions telles que l'autorité de 
l'Etat sur ces grandes entreprises d'intérêt général demeure 
entière. 

€ Article 7. — Afin d'assurer le libre passage du détroit de GibraU 
tar, les deux gouvernements conviennent de ne pas laisser élever des 



Digitized by 



Google 



— 6i — 

fortifications ou des ouvrages stratégiques quelconques sur la par- 
tie de la côte marocaine comprise entre Melilla et les hauteiirs qui 
dominent la rive droite du Sebou exclusivement. Toutefois cette 
disposition ne s'applique pas aux points actuellement occupés par 
l'Espagne sur la rive marocaine de la Méditerranée. 

€ Article 8, — Les deux gouvernements, s'inspirant de leurs sen- 
timents sincèrement amicaux pour l'Espagne, prennent en parti- 
culière considération les intérêts qu'elle tient de sa position géo- 
graphique et de ses possessions territoriales sur la côte marocaine 
de la Méditerranée, et au sujet desquels le gouvernement français 
se concertera avec le gouvernement espagnol... » 

Il importait, en effet, de ne pas s'aliéner l'Espagne comme on 
l'avait fait de l'Italie au moment de rétablissement de notre pro- 
tectorat en Tunisie. Des négociations furent ouvertes et aboutirent 
le 7 octobre à la déclaration suivante : 

€ Le gouvernement de la République française et le gouver- 
nement de S. M. le roi d'Espagne s'étant mis d'accord pour fixer 
l'étendue des droits et la garantie des intérêts qui résultent pour la 
France de ses possessions algériennes et pour l'Espagne de ses pos- 
sessions sur la côte du Maroc, et le gouvernement de S. M. le roi 
d'Espagne ayant, en conséquence, donné son adhésion à la décla- 
ration franco-anglaise du 8 avril 1904 relative au Maroc et à 
l'Egypte dont communication lui avait été faite par le gouverne- 
ment de la République française, déclare qu'il demeure fermement 
attaché à l'intégrité de l'empire marocain sous la souveraineté du 
sultan. » 

Si dans le premier moment d'étonnement causé par l'accord 
franco-anglais quelques protestations se sont élevées en Espagne, la 
majorité de l'opinion semble depuis rassurée par les déclarations 
françaises et l'accord intervenu. 

D'autre part, la France se rapprochait de l'Italie et n'avait 
aucune crainte à avoir de ce côté. 

L'ambassadeur d'Allemagne connaissait les grandes lignes de 
l'accord même avant sa signature (1). Il savait en particulier que la 
France voulait « maintenir au Maroc l'état politique et territo- 

(1) Lettre de M. Delcassé à M. Bihourd, ambassadeur de France à Berlin, dans 
laquelle le ministre des affaires étrangères rapporte une conversation tenue avec 
le prince de Radolin, 27 mai^ 1901 (Livre jaune). 



Digitized by 



Google 



- 65 - 

rial actuel » (1) que toutes les puissances bénéficieraient de l'accord 
c notamment au point de vue des transactions commerciales que ne 
pourra que favoriser l'établissement de la sécurité, qui est un des 
premiers besoins du Maroc • (2). La presse d'outre-Rhin trouva 
l'accord franco-anglais naturel et sans danger pour l'Allemagne 
puisque t la France s'engageait à maintenir, durant une assez 
longue période, la liberté commerciale et se chargeait de faire 
régner en ce pays l'ordre, la sécurité et la régularité financière» (3). 

Elle se préparait à appliquer sans brusquerie comme aussi sans 
faiblesse l'accord d'avril 1904. Dans un article du Bulletin du 
Comité de V Afrique française, M. Robert de Caix disait fort juste- 
ment : € Nous n'allons pas faire la conquête du Maroc... Il faut que 
nous soyons pour le maghzen des collaborateurs s'offrant à l'aider 
à réformer ses finances, son armée, à réaliser peu à peu des tra- 
vaux publics, à faire vivre le Maroc d'une vie économique moins 
barbare. Mais, dans l'intérêt même d'une œuvre qui sera d'autant 
plus profitable qu'elle évitera davantage les violences coûteuses, 
toutes ces réfermes ne doivent pas être présentées au Maroc comme 
on présente une cuillerée d'huile de ricin à un enfant. Nous devons 
lui ménager les transitions, lui faire peu à peu parcourir les étapes 
par l'intermédiaire de ses gouvernants. » Dans un but de prospec- 
tion sagement comprise, une mission composée de MM. de Flotte 
de Roquevaire, Flamant, de Segonzac, partait pour le Maroc. 

Le maghzen, rassuré par le comte de Saint- Aula ire, envoyé en 
mission à Fez, sur l'objet de l'accord franco-anglais du 8 avril, 
acceptait des instructeurs français chargés de réorganiser la police 
de Tanger. 

Tout d'un coup, à partir de décembre, les dispositions du magh- 
zen à notre égard changent complètement. Il avertit M. Saint-René- 
Taillandier que € Sa Majesté chérifienne a décidé de congédier les 
instructeurs étrangers » (4) : seule, l'attitude énergique de notre en- 
voyé réussît à nous donner pour cette fois gain de cause. Mais, désor- 
mais, tout est prétexte à difficultés de la part du Maroc. 

En février 1905 se produisent les premières manifestations de 
l'opposition allemande et on peut deviner les raisons du change- 
ment d'attitude du sultan. L'Allemagne accuse la France de l'avoir 

(1) et (2) Lettre proccdemmcnl citée. 

(8) Dépêche de M. Bihourd à M. Delcassé du 12 avril IC'Oi (Livre jaune). 

(4) Livre jaune. 

LA PÉNÉTRATION l'RANÇAISK 5 



Digitized by 



Google 



— 66 — 

tenue à Pécart systématiquement. La suite des événements est trop 
présente à Tesprit de tous et la raconter sortirait du cadre de cet 
ouvrage qui se propose uniquement pour but de citer des faits et 
non de les apprécier. 

La conférence d'Algésiras doit en particulier régler la question 
des impôts et des douanes et celle de la police générale du Maroc. 
Celle-ci sera-t-elle confiée à une seule puissance ou à plusieurs Etats 
européens, c'est ce que la suite des événements nous apprendra. 
L'établissement du condominium aurait peut-être Finconvénient de 
transformer le Maroc en un nouvel t homme malade » dont la seule 
sauvegarde résiderait t dans les convoitises internationales qui se 
balancent et se neutralisent en cherchant à se dépasser » (1). 

Au point de vue de notre police sur la frontière de l'Algérie, tout 
le monde semble être du moins d'accord. Il est impossible que nous 
ne conservions pas son exercice. 

Le grand problème international que nous venons d'exposer 
sommairement, mis de côté, l'étude de nos rapports de voisinage 
avec le Maroc devient bien plus simple. 

La question de la frontière entre Oranie et Maroc n'apparaît plus 
que comme un épisode de notre expansion saharienne urgent à 
résoudre. 

Nombreux furent les incidents qu'elle souleva : expédition de 
rOued-Guir en 1870, opposition de la part du Maghzen à la con- 
quête du Touât, bombardement de Figuig, incursions sans cesse 
répétées des nomades sur notre territoire. 

Il faut chercher l'origine même de ces difficultés dans le traité 
défectueux de la Taffna, signé le 18 mars 1845. 

Celui-ci fut tout à la fois un marché de dupes et un acte incom- 
plet. 

Les diplomates marocains prétendaient donner à l'Algérie les 
limites qu'elle possédait à l'époque des Turcs. 

Or, la Melouïya avait de tout temps formé la frontière entre les 
deux empires. Tous les auteurs anciens sont unanimes à ce sujet, et 
Salluste qui nous dit : t Le royaume de Bocchus, roi des Massessy- 
liens, dont la capitale était Siga (Rachgoun), était séparé de celui 
de Jugurtha, roi des Maures, par le fleuve Mulucha », et Strabon 

(1) Auguste MouLiÉRAS, Le Maroc inconnu. 



Digitized by 



Google 



— 67 - 

qui cite le t Molochat » comme le cours d'eau mitoyen de la Maure- 
tânie césarienne et de la Tingitane. 

D'après Ibn-Khaldoun (1) lui-même : t Le Mag'rib el Akza (2) 
est bordé à Test par la Melouïya. » 

Cette Melouïya offrait Tavantage d'être une limite naturelle, 
facile à interdire aux pillards. 

Au lieu de la choisir pour frontière, le traité de 1845 la remplaça 
par une ligne toute fictive prenant son origine près de Tembouchure 
de rOued-Kin, se dirigeant d'abord au sud-ouest en suivant cette 
rivière, puis au sud à partir de Si-Zaher jusqu'au col de Teniet- 
Sassi. 

Au-dessous de ce point, le traité ne connaissait que le désert. A 
part quelques ksours reconnus à la France, tels que Sfissifa, Aïn- 
Sefra, Thyout, Asla et les Moghrar; Figuig et Ishe déclarés maro- 
cains, l'acte porte c qu'au Sahara il n'y a pas de limite territoriale 
à établir entre les deux pays, puisque la terre ne se laboure pas et 
qu'elle sert de pacage aux Arabes, des deux empires. > 

En outre, l'article 6 déclarait que c quant au pays qui est au sud 
des ksours des deux gouvernements, comme il n'y a pas d'eau, qu'il 
est inhabitable et que c'est le désert proprement dit, la délimitation 
serait superflue. > 

Le Touât, le Tidikelt, le Gourara se trouvaient donc pour ainsi 
dire escamotés par la diplomatie marocaine, dans cette seconde 
partie du traité. La première enlevait à l'ancienne Algérie l'ama- 
lat (3) d'Oudjda et le Zegdou, territoire des confédérations indépen- 
dantes des Oulad-Djerir, Beni-Guil, Douï-Menia, Berâber, etc., etc. 

Le Maghzen n'avait d'ailleurs jamais étendu en fait son autorité 
sur les oasis d'Ische et de Figuig. 

Le manque de frontière naturelle, la faiblesse du gouverne- 
ment marocain et l'humeur belliqueuse des tribus du Zegdou de- 
vaient sans cesse amener des difficultés et des conflits. 

(1) Auteur arabe du xiv siècle. 

(2) Il est assez piquant de constater que jamais indigène ne prononça le mot de 
Maroc. Les premiers exploratoura européens le firent très probablement dériver de 
Meri*ekach, Tune des trois capitales. Quant aux indigènes, ils désignent leur pays 
par le terme général d* a El Karb », a l'Occident ». Les auteurs arabes anciens 
dans leur langue plus savante, appellent le Maroc « El Mag'rib el Akra », « rExtrême- 
Occident », c'est-à-dire l'ultime terre rencontrée par les invasions berbères et arabes 
dans leur marche du levant vers le couchant. 

(3) Gouvernement. 



Digitized by 



Google 



— 68 — 

Malgré toutes ces raisons de revendications^ la politique de la 
France, de 1845 à nos jours, a toujours été empreinte d'une grande 
modération et, pas plus aujourd'hui que jamais, elle n'a pris pour 
but de ses efEorts de modifier le traité de 1845, de réclamer, par 
exemple, le territoire d'Oudjda. 

Mais s'appuyant sur l'histoire, elle a tenu à rendre à l'Algérie 
ses anciennes dépendances méridionales et elle a cherché, d'accord 
avec le maghzen, à fixer les points indécis du traité de la Taffna 

D'autre part, si l'impuissance du gouvernement du sultan nous 
a souvent obligés à intervenir et à faire œuvre de police, nous 
n'avons jamais cherché à tirer profit à ses dépens des avantages 
remportés sur les pillards et les dissidents. 

En 1870, nos colonnes dépassaient vers l'ouest Figuig sans pro- 
testation aucune du Maroc qui reconnaissait ainsi tacitement l'im- 
possibilité dans laquelle il se trouvait de maintenir l'ordre sur ses 
confins. 

Durant toute Tannée 1869, en effet, Si-Kaddour, les Oulad-sidi- 
Cheikh et plusieurs tribus (Douï-Menia et autres) n'avaient cessé 
d'opérer de hardis coups de main sur notre Sud-oranais. Le général 
de Wimpfen, commandant la province, avait obtenu l'autorisation 
d'une forte expédition, trop forte même en raison des difficultés de 
ravitaillement en eau que faisait prévoir la saison. Mais il lui fut 
bien recommandé d'éviter toute tentative contre Figuig et les autres 
ksours marocaines, t notre gouvernement ne voulant pas être en- 
traîné à des opérations de siège susceptibles d'amener des complica- 
tions qu'il importait d'éviter ». 

La colonne comprenant 4,000 hommes environ fut alourdie par 
un convoi énorme. 

Passant à plus de 60 kilomètres à l'ouest dé Figuig, elle 
s'avança jusqu'à l'Oued-Guir où elle rencontra et battit près d'Oum- 
Dribina, les Douï-Menia. Le général de Wimpfen remonta ensuite 
vers le nord, un détachement laissé à Bou-Kaïs y ayant été attaqué. 
Il espérait obtenir sans coup férir la soumission d'Aïn-Chaïr. Mais 
les habitants se montrèrent résolus à une énergique résistance et on 
dut se décider à un bombardement. 

Le lieutenant Bernadette, envoyé en reconnaissance, signala une 
porte ménagée dans le mur. L'artillerie la prit pour objectif, mais 
au moment où les zouaves furent lancés à l'assaut, on s'aperçut que 
cette soi-disant porte n'était que peinte sur le mur. Les obus s'étaient 



Digitized by 



Google j 



— 69 — 

enfoncés dans les remparts en terre du ksour, sans produire de dégâts 
considérables. Sa brèclie était insuffisante et les échelles apportées 
trop courtes : Tassant échoua. Une seconde tentative ne fut pas plus 
heureuse quelques jours après. Le général Chanzy, qui commandait 
en second la colonne, donna le conseil de couper les palmiers : on 
priverait ainsi les Figuiguiens de dattes et en même temps des 
récoltes qui ne peuvent pousser qu'à Tombre des arbres. 

Devant un commencement d'exécution de cette menace, les ksou- 
riens demandèrent Taman et apportèrent des cadeaux de gada. La 
colonne reprit la route de TOranie. Pendant ce retour, elle eut à 
subir de grandes privations et son arrière-garde dut sans cesse faire 
tête aux maraudeurs. En outre, la cavalerie beaucoup trop nom- 
breuse pour le but qu'on s'était proposé, trouva la plupart des mares 
taries et dut souvent doubler les étapes pour pouvoir boire. Devant 
Aïn-Chaïr, plusieurs officiers avaient été tués, parmi ces derniers 
le commandant Surtel des bureaux arabes et le commandant de 
l'artillerie de la colonne. On comptait en outre 13 hommes tués 
et 130 blessés, dont 4 officiers (1). 

En 1872, le capitaine Ben-Daoud, qui dirigeait l'annexe d'El- 
Aricha, réussit à conclure un traité avec les Douï-Menia, en se ser- 
vant de l'influence du marabout de Kenadsa. Mais il en fut de cet 
arrangement comme de tous ceux conclus avec les nomades, ses effets 
furent de peu de durée. 

En 1882, les tribus indépendantes prêtèrent leur concours à la 
révolte de Bou-Amama. Cette même année, les Beni-Guil, partis de 
Ras-el-Aïn venaient razzier nos sujets de Sebdou et d'El-Aricha, 
Le lieutenant-colonel Duchêne reçut le commandement d'une co- 
lonne destinée à châtier les pillards. Celle-ci suivit le versant nord 
du djebel El-Abed, en passant par Sidi-Salem. Le 18 mai, au moment 
où l'on arrivait à l'Oued-Charef, l'ennemi fut signalé et battu à 
plate couture dans la vaste plaine qui s'étend sur la rive gauche 
de ce cours d'eau. La cavalerie le poursuivit sur une étendue de 
17 kilomètres. 

En 1882, comme en 1870, on s'était donc contenté de punir les 
brigandages des nomades sans chercher à opérer une annexion quel- 
conque ; le Maroc s'en était d'ailleurs fort peu ému. 

La question du Touât fut plus ardue à résoudre. 

(1) Tous ces renseignements ont été communiqués à l'auteur de la présente 
étude par son père qui prit part à l'expédition de l'Oued-guir. 



Digitized by 



Google 



— 70 — 

En vertu de la théorie de Thinterland universellement admise 
par les puissances européennes, les trois groupes d'oasis compris 
sous ce nom générique (Touât, Gouiara et Tidikelt), relevaient 
indiscutablement de TAlgérie avec laquelle ils avaient d'ailleurs 
conservé des relations commerciales. 

Les uns et les autres se les étaient longtemps disputés. L'empire 
Songhay (1) du Soudan s'était étendu jusqu'au Touât dans la pre- 
mière moitié du xvi® siècle. Plus tard, vers la fin de celui-ci, les 
Marocains reconquirent le Touât en même temps que la majeure 
partie de l'ancien empire des Askia. 

Leur mauvaise administration, l'éloignement de leurs possessions 
et les brigandages des Touareg appauvrirent toute cette partie du 
Soudan et par contre-coup les oasis qui faisaient un grand commerce 
avec Tombouctou. 

C'est d'ailleurs dans le Touât que commencèrent les premières 
révoltes contre les Marocains. Es-Sadi (2) rapporte que t le pacha 
marocain, Ali-ben-Abd-el-Kader, quand il arriva dans ce pays, fut 
surpris par Filâli-ben-Isa-Er-E-liaman-el-Berbouchi qui, à la tête de 
ses partisans, fondit sur lui pendant la nuit dans le but de le tuer ». 

Devenues bientôt complètement indépendantes, les oasis refu- 
sèrent de se plier à toute domination étrangère quelle qu'elle fût et 
tinrent leur promesse. 

La diplomatie chérifienne avait, comme nous l'avons déjà fait 
remarquer, négligé de parler du Touât dans le traité de 1845 et, 
depuis cette époque, le Maroc n'avait jamais fait acte de souverai- 
neté sur lui. 

Dès 1850, notre représentant à Tanger, M. Bourée, avait ainsi 
résTimé la question : c Quoi que nous puissions faire dans le sud, en 
dehors de l'occupation de Figuig, nous resterons dans la lettre et 
l'esprit du traité (de 1845). » 

En 1864, Rohlfs, peu suspect de partialité en la matière, décla- 
rait que le Touât était t l'étape nécessaire entre l'Algérie et le 
Soudan ». « Au sud de la grande Algérie, écrivait Largeau quelques 
années plus tard, deux villes du Sahara sont admirablement placées 

(1) L'empire Songhay de Gao eut son apogée vers la fin du W siècle. Il 
s'étendait sur une grande partie du cours moyen du Niger, du Daidi à Tombouctou. 

(2) Auteur du Tarikh es Soudan, histoire du Soudan jusqu'en 1655. Traduction 
Houdas. 



Digitized by 



Google 



— 71 — 

pour relier les riches contrées de TAfrique centrale à la Méditer- 
ranée. Ces deux villes sont Ghadamès et In-Salah. > 

Or, dans la première de ceô deux oasis, nous avions été devancés 
par lee Turcs, il s'agissait de ne point laisser les Marocains nous 
enlever la seconde. 

Aux affirmations précédentes, Duveyrier ajoutait celle-ci (1879) : 
c Les Touâtiens reconnaissent le souverain marocain comme une 
espèce de pape si Ton veut, mais il n'a aucune autorité directe sur 
le pays. » 

En outre, les habitants et les nombreux dissidents qui avaient 
trouvé refuge au Touât ne cessaient de nous provoquer. En 1874, 
Soleillet envoyé en mission vers le Tidikelt, pouvait à peine y jeter 
un coup d'œil et devait rapidement s'éloigner. La même année, plus 
à Test, deux voyageurs Doumeaux-Duperré et Joubert étaient assas- 
sinés sur la route de Ghadamès à Ghât et en 1876, les Pères blancs 
Paulmier, Ménoret et Bouchard étaient tués avant même d'arriver 
à Hassi-Inifel. Les ordres d'assassinat étaient manifestement partis 
d'In-Salah devenu un grand centre d'agitation musulmane et de 
résistance à l'infidèle. Quelques années plus tard, le meurtre de Flat- 
ters eut le même point de départ. 

La colonne Galliffet, lancée de Batna sur El-Golea en 1873 
n'avait relevé que très momentanément notre prestige danp ces 
régions. L'assassinat du lieutenant Paleit près d'In-Salah et celui 
de Camille Douls entre l'Aoulef et l'Akabli (1886) mirent la mesure 
comble. 

Dès 1891, M. J. Cambon, gouverneur de l'Algerîe, fit tous ses 
efforts pour amener l'occupation du Touât. 

Le poste d'El-Golea fut créé, puis peu après ceux de Chebbâba 
(fort Miribel), d'Hassi-el-Homeur (fort Mac-Mahon) et enfin 
d'Hassi-Inifel (1892). La première de ces oasis était à cheval sur 
les routes du Gourara et du Tidikelt avec un poste avancé dans cha- 
cune de ces directions : Fort-Mac-Mahon vers Timimoun, Fort- 
Miribel vers In-Salah. 

Hassi-Inifel gardait en outre la route d'Ouargla à In-Salah, 
protégeant sur son flanc droit celle de l'Oued-Rihr à El-Biadh. 

En 1890, on avait renoncé à l'idée d'une conquête par la persua- 
sion et l'occupation d'In-Salah avec 600 hommes avait même été 
proposée. 

En 1892, M. Cambon se rendit à El-Golea avec le général Tho- 



Digitized by 



Google 



— 72 — 

massin et eut une entrevue avec Si-Kaddour-ben-Hamza, chef des 
Oulad-sidi-Cheikh, rallié à la France. Celui-ci s'offrait à faire la 
conquête des oasis du groupe touâtien avec 1,000 cavaliers indi* 
gènes, à la condition d'être sputenu par 600 fantassins. Dès 1891. 
une délégation venue du Gourara et réunie sous l'influence de ce 
même Si-Kaddour, avait signé à Géiyville une reconnaissance écrite 
de la souveraineté de la France sur les oasis. 

Il est intéressant de chercher à se rendre compte des motifs qu^' 
ont pu pousser les Oulad-sidi-Cheikh à se rapprocher de la France. 
Ayant perdu leur prestige dans le Sud-oranais, ils ont réussi depuis, 
grâce à leur caractère religieux, à se créer une zone d'influence 
plus au sud. Plusieurs de leurs tribus habitant, en effet, le Touât, 
ils ont des partisans dans tous les clans politiques de cette région. 
Il est fort probable que les propositions faites en 1892 par Si-Kad- 
dour étaient dictées par le désir d'établir sa propre autorité sur les 
oasis de l'extrême-sud en se servant du nom et de l'aide de la France, 
Il eût peut-être été fort dangereux pour nous de laisser se déve- 
lopper une telle influence. 

D'ailleurs, le fantôme marocain et la crainte des complications 
diplomatiques effrayaient. 

Le gouvernement chérifien avait protesté contre Toccupation 
d'El-Golea et avait même nommé des caïds dans les ksours de 
rOued-Saoura ; son autorité ne put néanmoins s'étendre sur la 
région àea oasis. 

Les années 1895 et 1896 virent une période fort troublée. Notre 
vieil ennemi Bou-Amama fomentait contre nous la révolte chez les 
Beni-Ghouni oii il ralliait nombre de dissidents. 

En avril 1895, un rezzou s'abattait sur El-Feidj, près d'El-Golea. 
En mai, un convoi à destination de Fort-Mac-Mahon était attaqué. 
En août 1896, des mehara étaient volés à ce même poste. Dans la 
nuit du 3 au 4 décembre, une bande de Châamba dissidents razzia 
les Larbaa à Bel-y-Adine-Tahtani, au sud de Laghouât. 

Le commandant Godron, commandant supérieur de Gér5rville, 
qui, dès 1895, avait poussé une pointe hardie sur Tabelkosa, se lança 
à la i)oursuite des fuyards. 

Ralliant sur l'Oued-Gharbi les cavaliers de Si-Kaddoùr, il fran- 
chit en onze jours l'espace d'environ 550 kilomètres qui sépare Géry- 
vill^ de Beni-Ghouni. Après avoir battu trois fois les dissidents, il 



Digitized by 



Google 



— Ta- 
ies poursuivit dans Terg et s'empara de 120 tentes à Hassî-Djedid- 
Oussani. 

Les Châamba implorèrent Taman et on leur donna comme cKefs 
des marabouts des Oulad-sidi-Cheikh pour les retenir dans Tobéis- 
sance. 

Des expéditions scientifiques étaient menées parallèlement aux 
colonnes répressives. 

En 1897, M. Flamant traversait Terg occidental de Hassi-bou- 
Zid à Hassi-Targui, recueillant des renseignements précieux sur la 
géologie de la région, le mouvement des caravanes annuelles de 
notre Sud-oranais vers le Gourara et la possibilité pour des piétons 
de faire dans les dunes des étapes de 20 à 25 kilomètres par jour sans 
trop de fatigue. 

En 1899, la question du Touât allait enfin être résolue; les capi- 
taines Qermain et Laperrine (1) auraient été à même de la tenter 
dès 1896, s'ils en avaient reçu Tautorisation. 

M. Flamant était à nouveau chargé d'une mission scientifique 
et, escorté par le goum du capitaine Pein, arrivait le 27 décembre 
en vue des palmeraies d'In-Salah. 

Attaquée infructueusement le 28 par les indigènes qui donnèrent 
ainsi un suffisant prétexte à l'offensive, et renforcée par les spahis 
du capitaine Germain, et du lieutenant Soudant, la mission s'em- 
parait du Ksar-el-Àrab'et s'y maintenait par le combat d'Igosten. 
Le 5 janvier, une nouvelle tentative des indigènes était repoussée 
à Deramcha. Il en fut de même les 24, 25 et 26 du même mois. Nos 
soldats avaient d'ailleurs reçu un renfort de 400 hommes sous les 
ordres du commandant Baumgarten. 

Le 26 février, un convoi de ravitaillement envoyé d'El-Golea, 
arrivait à In-Salah. 

Une autre colonne partie du même point et commandée par le 
lieutenant-colonel d'Eu s'était acheminée vers le Tidikelt. 

Sur ces entrefaites, on apprit qu'In-Salafi était devenu le point 
de concentration de contingents ennemis du Touât et du Maroc. Le 
lieutenant-colonel d'Eu arrivé à In-Salah le 15 mars et informé de 
ce rassemblement provoqué par El-Driss-ben-Naïsmi qui s'était, 
pour la circonstance, décoré du nom de t pacha de Timmi », se mit 

(1) Ils étaient arrivés à quelques kilomètres d'In Salah 



Digitized by 



Google 



— 74 — 

aussitôt en marche pour le disperser et s'empara du ksar El-Akhal 
où rennemi avait concentré sa résistance. 

Les Touâtiens perdirent beaucoup de monde dans cette ren- 
contre^ mais nous eûmes 9 tués et 12 blessés, dont 2 officiers de tirail- 
leurs. Une colonne légère poursuivit Tennemi dans la direction de 
rAoulif. 

Dès le début des opérations, une colonne commandée par le 
colonel Bertrand avait reçu la mission de marcher par Djenien- 
Bou-E-ezg sur Igli. 

Elle devait ainsi couper les communications entre le Maroc et 
les oasis touâtiennes et empêcher les nombreuses tribus nomades 
qui passent sans cesse d'un pays à Tautre de venir porter secours 
à leurs coreligionnaires. 

Igli fut occupé le 5 avril. 

D'autre part, le 12 mai, le lieutenant-colonel d'Eu revenait d'In- 
Salah à El-Golea par la route directe du Tademaït. 

Pendant ce temps, deux colonnes se dirigeant d'El-Golea, Tune 
par la dépression du Meguiden (colonel Ménestrel), l'autre de Gery- 
ville par l'erg vers le Gourara (commandant Letulle), faisaient leur 
jonction le 17 mai à Tahantas et occupaient le ksar de Fatis. La 
djemmâa de Timimoun envoya sa soumission au colonel Ménestrel : 
le Gourara tombait entre nos mains sans combat. 

Durant le cours de toutes ces opérations, le Tafilelt et Figuig 
s'étaient agités en pure perte, le gouvernement marocain n'osant 
pas prêcher ouvertement la guerre sainte. Son influence était d'ail- 
leurs bien faible dans la région. Rien de sérieux ne fut tenté contre 
nous. 

La colonne d'Igli, son rôle de couverture rempli, se retira en 
laissant derrière elle des garnisons à Igli, chez les Beni-GLouni et à 
Djenan-ed-Dar, en faoe de Figuig. 

Tin convoi destiné à ravitailler ces postes fut attaqué à Moungar 
par les Douï-Menia. La compagnie montée du 2* étrangers parvint 
à les repousser par une défense énergique. 

La campagne allait d'ailleurs se composer désormais d'actions 
isolées du même genre. 

Un poste avait été établi à Timimoun. 

De ce point, le capitaine Falconetti et le goum du capitaine 
Pein s'étaient dirigés, à la fin d'août, vers Deldoun où une cer- 
taine effervescence régnait depuis quelque temps. Ils se trouvèrent 



Digitized by 



Google 



— 78 — 

bientôt aux prises avec de nombreux Berâber à Sahela-Metarfa. 
La i)etite colonne renforcée par le capitaine Jacques se retira vers 
Timimoun après deux sanglants combats livrés à l'ennemi. Lo 
capitaine Jacques avait trouvé une mort glorieuse dans Tun de 
oes engagements. 

Cette attaque des Berâber ne fut pas soutenue par les ti^bus 
du sud-est marocain qui étaient rentrées sur leurs terres habi- 
tuelles. 

Sur ces entrefaites, le général Servière, revenant d'ime ins- 
pection dans le Tidikelt, accompagné d'un simple goum que com- 
mandait le capitaine Pein traversait le Touât et occupait Adrar 
sans coup férir. Il parcourut ainsi toute la région de Taourirt dans 
le Beggan jusqu'à Timimoun. 

De oe côté, on voulut empêcher le retour d'attaques dans le 
genre de celle de Sahela-Metarfa. Une résidence militaire fut 
créée dans la capitale du Gourara et elle fut confiée au colonel 
Cauchemez du 4*^ zouaves, bous la dépendance du général com- 
mandant à Laghouat. 

Vers la frontière du Maroc, le poste de Zoubia-Duveyrier fut 
attaqué à son tour par une bande de dissidents, dans la nuit du 
30 septembre. On lança contre eux une colonne légère qui battit 
les rebelles près de Nakhelat-ben-Germach, razzia les Beni-Smir 
et tua leur chef (le 3 octobre). 

Au commencement de 1901, des opérations combinées furent 
exécutées avec le Gourara pour point de départ, d'un côté, et de 
l'autre le Tidikelt. Elles devaient obtenir des résultats décisifs. 
Le général Servière pénétra dans les oasis du nord du Touât avec 
650 hommes seulement, pour descendre vers le sud et aller relever 
les garnisons du Tidikelt. Celles-ci, de leur côté, devaient remonter 
à sa rencontre. 

Il reçut la soumission de Sahela-Metarfa et entra à Brinkan 
et à Tsabit. 

Pendant ce temps, les Berâber, au nombre d'un millier, atta- 
quaient Timimoun le 18 février. 

Ils furent énergiquement repoussés par le commandant Rei- 
bell qui leur tua ou blessa 300 hommes. Mais nous avions 9 morts 
et 28 blessés (dont 2 officiers). 

Les dissidents avaient donc réussi à déjouer la surveillance 
des postes de l'oued Zousfana. 



Digitized by 



Google 



— 76 — 

En apprenant ces événements, le général Servière remonta 
vers le nord, dans le but de protéger les oasis du Touât contre les 
Berâber et de tenter de leur couper la retraite. 

Il livra le violent combat de Charouin à l'ennemi qui se retira. 
Ce dernier surpris le lendemain par une reconnaissance (dirigée 
par le capitaine Hamilton), à l'endroit même où il avait passé la 
nuit, se vit infliger une nouvelle défaite. La djemmâa de Cha- 
rouin vint faire sa soumission et on exigea d'elle cinq otages. Le 
5 mars, l'oasis était occupée. 

Telmin qui essaya de résister dut subir les mêmes conditions 
que Charouin. Un poste fut laissé à Adrar. Le général Servière 
remonta ensuite l'oued Saoura et fit sa jonction à £.sabi avec la 
colonne qui opérait au sud d'Igli. 

Le général Risbourg, commandant la division d'Oran, s'était 
en effet avancé le 2 mars jusqu'à Beni-Abbès, puis à El-Pittâtat, 
au centre de la palmeraie des Ghenâmma qui firent leur soumis- 
sion. La colonne rentra ensuite à Taghit. Le colonel Billet s'était 
rendu à Kerzaz dont le marabout était venu faire des avances au 
chef de la colonne. 

Malgré tous nos succès nous avions sans cesse à craindre une 
attaque sur notre flanc droit. La question de la frontière du Maroc 
venait de plus en plus se greffer sur celle de notre pénétration 
saharienne. 

On tenta d'arranger les choses diplomatiquement par le proto- 
cole du 20 juillet 1901, dont le texte n'a pas encore été publié. On 
en connaît néanmoins les clauses principales dans leurs grandes 
lignes. Le gouvernement chérifien cédait à la France partie des 
territoires des Douï-Menia et des Oulad-Djerir, les tribus étant 
mises en demeure d'opter pour la France ou le Maroc. Ce dernier 
établissait à poste fixe un représentant à Figuig. Enfin, il fut 
décidé qu'une commission mixte opérerait la délimitation de fron- 
tière sur le terrain même. On put donc croire un moment la ques- 
tion liquidée. C'était là reconnaître au gouvernement du sultan 
une autorité qu'il n'avait pas en ces régions lointaines. La députa- 
tion marocaine dut, pour plus de sûreté, passer par Alger, puis 
prendre la voie ferrée sud-oranaise. 

Le maghzen montrait bien par là qu'il n'était pas le maître 
sur son propre territoire et les fières tribus indépendantes ne virent 



Digitized by 



Google 



- 77 — 

pas sans un certain ctonnement les ambassadeurs du sultan pro- 
tégés par Tétranger. 

Néanmoins, tout parut d'ailleurs aller fort bien. Le 10 février 
1902, le général Cauchemez et Si-Mohammed el Guebbas, accom- 
pagnés des deux commissions, entraient à Zenaga, le ksour le plus 
important de Figuig où la diffa leur était offerte. Bou-Amama, 
réfugié dans Toasis depuis Toccupation du Gourara par nos troupes, 
se retira dans la direction d'Aïn-Chaïn. Il craignit même quelques 
jours un coup de main sur sa personne. 

Enfin, le représentant du Maroc à Figuig fit venir, toujours 
par la voie ferrée sud-oranaise, 160 soldats destinés à assurer la 
police et à percevoir les impôts, chose toute nouvelle en ces régions. 
Beni-Ounif fut en même temps occupé par un fort détachement 
français. 

En raison de la rectification de frontière opérée, le tracé du 
prolongement de la voie fériée sur Igli put être modifié et éviter 
les sables de Toued Zousfana par son passage près de Beni-Ounif 
et vers Bou-Tala. 

En outre, les tribus iii ^igènes auxquelles il était permis d'opter 
restèrent en grande majori è sur leur territoire et, par le fait même, 
acceptèrent la domination française. 

Elles auraient eu d'ailleurs beaucoup de mal à trouver à se 
caser au milieu des tribus marocaines peu disposées à céder la 
moindre partie de leurs pâturages. 

Par malheur, le bel édifice ébauché par le protocole de 1901 
s'affaissa subitement comme un château de cartes. La révolte 
marocaine vint tout bouleverser. 

En ranimant le fanatisme musulman, elle amena les pires com- 
plications. Bou-Amama qui, à un moment, avait songé à demander 
l'aman, ne tarda pas à reprendre en sous-main ses agissements 
dont on retrouve la trace dans tous les récents événements. La 
garnison marocaine de Figuig se vit réduite à l'impuissance devant 
l'exaltation sans cesse croissante des habitants de l'oasis, pactisa 
même peut-être avec eux. 

Il ne se passa plus guère de jour sans provocation des Zena- 
gîens, les plus acharnés de tous, à notre égard. Le guet-apens 
tendu au gouverneur de l'Algérie nous décida à un châtiment 
exemplaire : le bombardement de Zenaga amena la soumission 
tout au moins, momentanée de l'oasis. 



Digitized by 



Google 



— 78 — 

Il ne faut pas voir dans cette intervention d'absolue nécessité 
une nouvelle orientation de notre politique vis-à-vis du maghzen. 
Ce ne fut en somme qu'une opération de simple police sans arrière- 
pensée de conquête. 

Il serait fort dangereux, en effet, de s'aventurer de ce côté dans 
la voie des annexions, car, Figuig pris, il serait bien difficile de 
s'arrêter en chemin. 

Le protocole de 1901 a institué la réciprocité des bons offices 
entre le Maroc et la l'rance, en vue de maintenir chacune dans 
leur zone propre, d'une part notre autorité et de l'autre celle du 
sultan. Ce dernier, en raison de la crise actuellement traversée 
par son. empire, se trouve impuissant plus que jamais, dî^ns le 
sud-est. La tâche de maintenir l'ordre dans la région frontière 
nous incombe donc tout entière. C'est là un rôle fort ardu, le combat 
d'El-Morra servit à le prouver une fois de plus. 



C. — La région-tampon entre Sud-oraiiais et Maroc, 
Organisation de la frontière. 



Avant de chercher la manière de défendre une frontière, il 
semble de toute utilité de la connaître d'abord à fond. 

La région du Maroc voisine de la frontière algérienne, limitée 
à l'ouest par le cours de la Melouïya, se divise du nord au sud en 
cinq parties nettement distinctes. Ce sont les monts des Beni-Snas- 
sen, la plaine d'Angad, les djebel Bou-Zeggou et Zekkara, le Dahra 
et les hammadas du sud. 

Au sortir du rivage et de la plaine de Trifa, le sol s'élève et 
forme la chaîne des monts Iznaten ou Snassen. L'aspect général 
de ses hauteurs semble être celui d'un immense cirque d'où part 
dans tous les sens un fouillis inextricable de chaînons. 

€ Sur les sommets poussent le chêne vert, le lentisque, le chêne- 
liège, l'ormeau, le tremble. 

€ Dans les vallées, sur le flanc des coteaux, régnent d'innom- 
brables arbres fruitiers : figuiers, orangers, caroubiers, amandiers, 
noyers, jujubiers, grenadiers sur lesquels grimpe la vigne. Au pied 
des collines, dans les plaines, l'alfa et les figuiers de Barbarie 



Digitized by 



Google 



— 79 — 

sont les maîtres du sol. Toute cette belle contrée est arrosée par 
de nombreux ruisseaux (1). » 

On a pu la comparer à une petite Suisse. Elle est habitée par 
la tribu des Beni-Snassen, de langue et de race tamazirt (2). 

Ce sont d'excellents travailleurs qui se livrent à la culture du 
blé et de Torge et à l'élevage des troupeaux. Leur nombre s'élè- 
verait à 56,000 susceptibles de fournir plus de 11,000 guerriers 
d'un fanatisme excessif. 

Au sud de ces montagnes s'étend la plaine d'Angad, vaste 
désert qui touche d'une part à Marnia et de l'autre à la Melouïya. 
Vers le sud-ouest, elle est prolongée par la plaine de Tafrata, située 
sur la rive gauche de l'Oued-Za, L'une et l'autre font partie de 
cette longue trouée au sol uni et couvert de végétation au lende- 
main des pluies seulement, qui forme une voie naturelle entre 
l'Algérie et Fâz. 

Oudjda, ville entourée de vastes jardins d'oliviers et arrosée par 
des sources abondantes, est le centre le plus important de la région. 
Sa population s'élève à 5,000 ou 6,000 habitants. Elle fait un com- 
merce important avec Marnia. Diverses tribus nomades parcou- 
rent la plaine, ce sont les Mehaïa, les Ghedja et les Angad, tous 
d'origine arabe. 

La partie méridionale de l'Angad vient mourir contre les hau- 
teurs du djebel Bou-Zeggou et du djebel Zakkara, habitées par des 
peuples de race tamarzit. 

Au-dessous de ces montagnes commeiioe le Dahra marocain, de 
tous points analogue aux hauts-plateaux algériens, immense étendue 
déserte de sol uni et dur sans pourtant être pierreux, avec l'alfa pour 
toute végétation. 

L'eau ne s'y rencontre que dans des puits peu nombreux ou 
dans quelques redirs au moment de la saison des pluies. L'hori- 
zontalité du sol a permis la formation de grands chotts tels que le 
Gharbi et le Tigri, presque à sec une bonne partie de Tannée. 



(1) Aug. MouLiÉRAS, le Maroc inconnu, 

(2) Communément appelée Berbère. Voir plus loin les lignes consacrées à la 
race tamazirt. 



Digitized by 



Google 



/ 



— 80 — 

Le DaLra est le domaine par excellence des nomades : les Aït- 
Tserrouchen de race tamarzit et surout des Arabes : les Beni-Matar, 
les Oulad-sidi-bou-Chenafa, les Oulad-sidi-M'Ohammed-beni-Ha- 
mad, les Beni-Guil enfin, nos ennemis acharnés qui s'étendent jus- 
qu'à Aïn-Chaïr, ksar soumis à leur influence. 

Au sud-est, le Dahra est borné par une ligne de hauteurs com- 
mençant au-dessus d'Aïn-Sefra, puis formant le talus de droite du 
fossé de Toued Zousfana, jusqu'aux environs de Taghit. 

Elles comprennent le djebel Maïz et le djebel Grouy qui domi- 
nent Figuig, le djebel Antar et le djebel Bechar. Leurs plus hauts 
sommets atteignent 2,000 mètres environ. La région limitée par le 
Grand-Atlas au nord, l'oued Ziz à l'ouest et le djebel Bechar au sud- 
est, est formée de vastes hammadas au sol pierreux qui se continuent 
sur la rive gauche de l'oued Zousfana, de Taghit vers El-Abiodh- 
sidi-Cheikh. On y voit souvent paraître le grès dévonien sortant du 
sol sous la forme de larges dalles. 

Deux cours d'eau principaux, la Melouïya et l'oued Guir bai- 
gnent cette partie du Maroc limitrophe de l'Algérie que nous venons 
de décrire sommairement. 

La première de ces deux rivières reçoit ses eaux du djebel 
Aïachin, point de jonction entre le Moyen et le Grand- Atlas. Elle 
se déroule bientôt au milieu d'une grande plaine. 

A partir de Gçabi-ech-Cheurfa, le fleuve lui-même coule au 
fond d'une tranchée profonde d'environ 40 mètres et large de 1,500. 

De belles plantations et des jardins tapissent le fond de cette 
dépression sur une longueur de plus de 15 kilomètres. Au delà, les 
tamarins remplacent les cultures. Jusqu'à Oulad-Hamid, la vallée se 
maintient fort large et atteint parfois jusqu'à 30 kilomètres d'ampli- 
tude. Aux environs de ce point, elle traverse le Moyen- Atlas entre 
le djebel Aït-Tsegrouchen et le djebel Debdou. Les rives s'y couvrent 
à nouveau de cultures. Au sortir des montagnes, la Melouïya entre 
dans les plaines de Tafrata et d'Angad et roule heureuse et tran- 
quille jusqu'à la mer. 

Les principaux centres de la vallée sont : Gçabi-ech-Cheurfa, 
habité par des Haratins et des Cheurfa originaires du Tafilelt 
(560 fusils environ), Misour (plus de 800 fusils), Outat-el-Hadj, 
groupe d'environ trente ksours (850 fusils), Oulad-Hamid et Rc- 



Digitized by 



Google 



— 81 — 

foula. La population est un mélange de Berbères (Beni-Mgild, Aït- 
Aïach, Aït-Joussi, Aït-Tserrouchen) habitant surtout les dernières 
pentes des montagnes et d'Arabes semi-nomades (Oulad-Khaoua, 
Oulad-el-Hadj, Houara, Hollof et Beni-Oukil.) 

Le principal affluent de la Melouïya est Toued Charef. Il ne pos- 
sède pas d*eau et traverse un pays désert jusqu'à Ras-el-Aïn. A 
partir de cette localité, il prend le nom de Za et coule au milieu de 
riches cultures. 

Le pays montagneux de Dedbou, compris entre la Melouïya et 
l'oued Za dépend du caïd de Thaza. Il est surtout habité par des 
Chellah et des Juifs. 

L'oued Guir descend de l'extrémité orientale du Grand-Atlas, 
non loin du col de Tizi-N'Telremt qui met en communication Fâz, 
Debdou et Oudjda avec le Tafilelt. 

Les pluies d'hiver rendent parfois une partie de son cours à 
l'oued Guir qui, d'ordinaire, ne coule que souterrainement. Les rive- 
rains peuvent alors se livrer à la culture. Le pays est d'ailleurs assez 
riche : le nombre des palmiers de Toasis de Kenadsa a été évalué 
à 150,000. Cette appréciation est peut-être un peu exagérée. Ouakda 
et Béchar, localités voisines, n'en possèdent à elles deux que 40,000 
environ. Un peu avant Igli, la vallée s'élargit et forme comme la 
cuvette d'un lac : t El-Bahariat », t la petite mer ». 

L'oued Zousfana descend des montagnes du nord-ouest de Figuig. 
Cette oasis est abritée des vents par une couronne de hauteurs éle- 
vées, prolongements du djebel Grouz, du djebel Maïz et du djebel 
Bechar à l'ouest et au sud; du djebel Beni-Smir au nord, du djebel 
Tahtani à l'est. 

L'oasis offre la forme d'une terrasse sur la lisière septentrionale 
de laquelle sont placés sept des huit ksours qu'elle renferme et qui 
sont : El Abid, Oud'ar'ir, Oulad-Sliman, El Maïz, Foukani-et-Tah- 
tani, El-Hamman-Foukani-et-Tahtani. 

Le huitième Zenaga est dans un fond^ séparé d'Oudar'ir par un 
escarpement de 50 mètres. Il n'a point de source et était, en consé- 
quence, tributaire d'Oudar'ir avec lequel il partageait celle d'Aïn- 
Zeddert. 

Cette situation a amené bien des luttes, chacun voulant à tour 
de rôle accaparer l'eau. 

PÉNÉTRATION FRANÇAISE C 




^ ^ A 

■$XB!BLI0THÈQU^ 




Digitized by 



ZeBUga a fini par demeurer victacie«z «t a «xeseé depuis uaye 
grande inflttence politique sur les autres kseuxs. 

L'alimentation en eau de toute Toasis est exehisiyemeiit assurée 
par des sources. L'une d'entre elles est chaude et sulfureuse, 
c L'oasis contient de beaux jardins assez bien entretenus avec des 
orangers, des citronniers, des grenadiers, des figuiers et des pêchers» 
au-dessus desquels les hauts palmiers étalent leur couronne. » 
(Schaudt.) 

La répartition de l'eau assez bien assurée donne la vie à près 
de 400,000 palmiers. Le chiffre total de la population atteind^it 
20,000 âmes et serait susceptible de fournir 1,600 fusils. Figuig, 
grand centre d'agitation musulmane, a toujours servi de refuge à 
nos ennemis. La récente correction qu'elle a reçue changera-t-elle 
son caractère ombrageux et difficile ? Il est permis d'en douter et 
un jour ou l'autre, il faudra sans doute faire un nouvel exempte. 

La vallée de l'oued Zousfana, longtemps bordée par les mon- 
tagnes, entre dans la hammada aux environs de Taghit et enfin, un 
peu avant Igli, longe les sables de l'erg occidental. 

Dans le V que forment l'oued Guir et l'oued Zousfana, pénètre 
en quelque sorte une avancée du désert dont la monotonie n'est 
rompue que par les palmeraies des 'deux vallées. C'est là le domaine 
favori des nomades du Zegdou auxquels nous avons eu si souveut af- 
faire dans notre Sud-oranais. 

Les Ahmour habitent les montagnes escarpées à l'est de Moghrar 
et possèdent le ksar d'Iche. 

Les Oulad-Djerir sont éparpillés entre Figuig et l'oued Guir. 
Leur ksour principal est Kenadsa, situé au milieu d'une petite mer 
de sable et à la base d'un plateau isolé. Il possède une zaouïa de 
Sidi-bou-Zian qui date du xi* siècle. 

Les Douï-Meuia, beaucoup plus importants en raison de leur 
nombre (25,00G environ, pouvant fournir 3,500 fusils) et de kur 
audace, évoluent dans la partie la plus méridionale du V. Leurs 
ksours principaux sont ceux de Beni-Ghouni, Ali-ben-Noma, Oglat, 
Ladel, etc., etc. 

Les Berâber enfin, une des plus grandes tribus de race tama- 



Digitized by 



Google 



— 83 — 

tfirt (1)' An Maroer, ecieupeR4^ tr>ui Ve»pace de terrais s'étencfiant (te 
Toued Dra et du Tâdla d'une part, jusqu'à Foxted Ghiir <fe Fautre. 
Ub. certain nombre d'e&tire eux aent sédentaii»», mais la majorité 
est nomade. Leurs rezzous s'avanceiLt à Test jusque dansi le désect 
de la Feïdja qui sépare le Petit- Atlas du Bani, à moins de 200 kilo- 
mètres de Merrakech et sont, au sud, la terreur des caravanes du 
Sahara. 

Ils se divisent en deux grandes branche» : les Aït-Att» et les 
Aït-Inlelmau, elTeff-mêmes partagées en de nombreuses fractions. 
Celles-ci sont souvent livrées à des luttes intestines et ne se réu- 
nissent que quand il s'agit d'un bon coup à faire ou de courir 
sus à l'infidèle. Le» Berâber pourraient, prétend-on (2), mettre 
100,000 hommes sur pied. Ce chiffre semble exagéré; En tous les cas, 
leurs rezzoua lancés contre nos postes de L'oued Zousfana, du Gour 
rara et du Touât atteignent parfois plusieurs milliers de combai- 
tants. 

Ni Beni-Guil, ni DouïrMenia^ ni Berâber, ne reconnaissenet l'au- 
terité du. sultan. lia forment le Zegdou, mot amazir (3), qui sig^mfi» 
confédération,, aorte d'Etat4ampon placé entre. le &ud-oranai9 et le 
Maroc. 

Le centre d'Igli est placé au confluent de l'oued Zousfana et de 
l'oued Guir. C'était autrefois le point de passage des caravanes se 
rendant du Tafilelt au Touât, d'où son extrême importance. Depuis 
notre occupation du pays, le commerce semble s'en être détourné. — 
Igli est malheureusement entouré de dunes de sable, surtout du 
côté de l'est où vient mourir l'erg. C'est d'ailleurs une triste région 
où le sable envahit tout. C'est encore là un ennemi avec lequel nous 
aurons fort à compter. 

Telle est cette région si mal définie par le traité de 1845, qui 
sert en quelque sorte de transition entre nos territoires et ceux du 
Maroc. Tfous voyons, en résumé, que la vie humaine sédentaire s'y 
est concentrée seulement en quelques points, fort espacés le plus 
souvent les uns des autres. Tout le reste est le désert, le royaume du 
nomade. La notion de frontière ne peut entrer dans son esprit et 

(1) Le nom de Berâber, légèrement modifié a été à tort étendu à tous les peuples 
de race tamazirt. 

(2) Canai , Géographie générale du Maroc. 

(3) Masculin de tamazirt. 



Digitized by 



Google 



— 84 — 

sans cesse il passe d'un empiie à Tautre, suivant les pâturages et 
les rezzous du moment. 

Dans notre manque de frontière naturelle du côté du Maroc, il 
nous a fallu en créer une artificielle. 

Nous avons vu précédemment que la colonne Bertrand, après 
son départ d'Igli, avait laissé quelques garnisons. Leur insuffisance 
fut bientôt manifeste. On échelonna donc tout le long de Toued 
Saoura et de Toued Zousfana, sortes de fossés sans grande impor- 
tance défensive, les postes suivants : à Beni-Abbès, point de départ 
d'une route vers Abouam, capitale du Tafilelt, une compagnie ; à 
Igli, une autre compagnie de même qu'à Tagbit. 

En outre, des redoutes furent construites à Hadjerat M'Guil et 
à El-Morra. Duveyrier (ancien Zoubia) et Djenen-ed-dar, point 
extrême atteint par le chemin de fer sud-oranais, reçurent des gar- 
nisons. 

Cette ligne de postes avait pour but de protéger la région des 
Dasis contre les incursions des tribus pillardes Beni-Guil, Douï- 
Menia et Berâber de l'oued Guir, Ghenâmma de l'oued Saoura. Ils 
tenaient en effet les voies principales suivies par les caravanes : Igli 
et Beni-Abbès, par exemple, fermaient les routes du Tafilelt. 

On s'est, dans ces derniers temps, rendu compte que cette 
chaîne de postes ne procurait pas une zone de sécurité suffisante. 
TJn second rideau défensif a donc été projeté vers l'ouest : Bou-Aïech, 
Ben-Zireg et Bechar-Colomb gardent le massif du djebel Bechar, 
Aïn-Ben-Khelil protège Méchéria; enfin, un poste proche du chott 
Tigri défendra les cols du djebel Grouz. 

Mais les rezzous ne suivent pas forcément les itinéraires imposés 
par le terrain et les puits aux caravanes. L'absence de convois em- 
barrassants, la grande mobilité dont ils sont capables leur permet- 
tent de percer là où bon leur semble le réseau de postes forcément 
assez lâche qui leur est opposé. 

En un mot, si nous nous en tenons à l'occupation pure et simple 
de certains points de la frontière, nous ne pourrons jamais venir à 
bout des nomades marocains. En quelque pays que ce soit, la défen- 
sive passive est forcément vouée à l'insuccès final. A chaque rezzou, 
il faut donc opposer un contre-rezzou aussi mobile que lui. Le sys- 



Digitized by 



Google 



- 85 — 

tème a été appliqué au Touât contre les Touareg du sud et a fort 
bien réussi. 

Les raids audacieux des lieutenants Gottenest (1902), Requin^ 
Guillo-Lohan (octobre 1902), du commandant Laperrine (mai 1903), 
du lieutenant Besset (1903), du capitaine Pein (1903), ont amené 
la soumission des derniers Hoggar (1). 

Celle des Berâber et autres tribus de Test semble au premier 
abord ofFrir plus de difficultés. La crainte des complications diplo* 
matiques a souvent empêché les poursuites en territoire marocain. 
Cette appréhension ne semble plus exister actuellement et on est 
bien déterminé à châtier tous les brigandages. Les contre-rezzous y 
mettront fin rapidement. 

Chaque fois que nous avons employé oe procédé dans la région, 
nous avons obtenu d'excellents résultats. Qu'il nous suffise de rap- 
peler ici les opérations des deux colonnes volantes lancées dans le 
Zegdou au moment du bombardement de Figuig. 

La première, sous les ordres du commandant Pierron, compre- 
nant 700 cavaliers du goum des Hamyan, un escadron de chasseurs 
d'Afrique et un peloton d'infanterie légère, fut lancée au nord de 
Figuig vers Calloul, les Feratis, Oglat-Moussa et Mazzer. Elle em- 
pêcha les Beni-Guil et les gens de Bou-Amama, qui occupaient alors 
la sebkha de Bou-Grara, de faire le moindre mouvement. La seconde, 
composée d'un bataillon de tirailleurs, d'une compagnie montée de 
la légion, d'un demi-escadron de spahis, d'une section d'artillerie 
de montagne et du goum des Ahmour commandés par le colonel 
d'Eu, s'avança de Beni-Ounif sur Ouakda et Bahar. Le goum aux 
ordres du capitaine Susbielle, soutenu par un peloton monté de la 
légion, poursuivit les Oulad-Djerir par Kenadsa, enleva Bou-Kaïr 
et rentra à Bou-Zireg par Sfissifa. 

Figuig avait été aussi privé de tout secours extérieur susceptible 
de lui venir du nord ou du sud. 

Plus récemment encore, un détachement parti du poste de Beni- 
Abbès, commandé par le capitaine Begnault, a pu couper la route 
à une harka berâber au moment où elle allait repasser la frontière 

(l) Dès 1902, deux partis s'étaient formés chez les Hoggar. L*un partisan de la 
paix fit sa soumission. Le chef de Tautre parti, Tissi-ag>Chikat, dut se réfugier 
chez les Azdjer. — Le lieutenant Besset battit un rezzou qui s'était formé chez ces 
derniers (1903). 

Les Ifoghas de l'Adrar se soumirent à cette époque. 



Digitized by 



Google 



— 86 — 

et lui repremlœ toTct ikt hnim dont elle s'était empaatée (1). Mauki il 
est de toute évidence que des fractions prélevées sur les ganxiMms^deB 
postes ne peuvent s'aventurer bien loin en raison «de leur faible 
effectif. 

Il faut doue avoir toujours sous la nasÉin des contingents toirt 
préparés et en nombre respectable. On a prépose, pour TempHr »cet 
of&œ, les goams indigènes qui se déplacent avec une remarquable 
Quittance, diaque cavalier pouvant vivre avec les quelques ipeignéès 
de iaxine et de riz qu'il emporte sur son cheval. Mais il est de toute 
nécessité que ces indigènes soient fortement encadrés. Ils ont, en 
effet, les défauts comme ies qualités arabes. 

Excessivement impressionnables, ils sont assez enclins à des 
paniques subites. Combien de fois, par exemple, n'a-t-on pas vu 
des goums chargés d'éclairer la marche d'une colonne se rabattre 
tout d'un coup sur l'avant-garde et y semer le désordre ! 

D'autre part, une cavalerie non appœ^e par de Tinf anterie ^eet 
parfois bien en l'air. 

La meilleure solution semble donc résider dans la constitution 
de colonnes très légètnes composées d'infanterie montée, d'un peu 
d'iartUlerie au besoin et de goums indigènes autant que possible sou- 
tenus par des fractions de cavalerie régulière. 

La partie la plus omobile est au moment -favorable lancée très 
en avant à la (poursuite de l'ennemi, pendant que le reste de la 
colonne occupe un point important, oasis ou défilé par exemple. 

La direction de ces opérations revient tout naturellement aux 
officiers «des affaires indigènes. 

En r^umé, maintien d'éléments défensifs gardant les roxrtes 
principales, mais surtout emploi fréquent d'éléments mobiles sus- 
ceptibles d'aller poursuivre les pillards jusque chez eux. 

Cbi pourra ainsi suppléer à l'absence de limites naturelles. La 
frontière de l'oued Melouïya, comme nous avons pu le constater 
au cours de cette étude, vaudrait certes mieux, mais il faut «avoir 
au besoin se contenter de ce que l'on possède et résoudre le pro- 
blème suivant : étant donné un terrain quelconque, l'employer le 
mieux possible dans un but déterminé qui est ici de l'interdire 
aux nomades des hai^a. 



(1) A la suite de cet événement, un décret en date du 13 octobre 1903 =a xsféé à 
Beni-Abbès une compagnie ramatée. 



Digitized by 



Google 



— 87 — 

C'«8t ce qu'a fait de façon si toilîaftte M. le général Lyautey. 

Ajoutons enfin que Ton ne doit se lancer à l'attaque des fesoui^B 
qu'avec une grande prudence. Le moyen le meilleur d'obtenir leur 
■oumissîoii semble être de les bombarder à distan<5e avec des pièces 
de gros calibre permettant seules d'obtenir des résultats appré- 
ciables contre les murs en ter^. Un autre procédé, mais qui ne 
peut être employé qu'a la dernière extrémité ea raison du «mal 
immense qu'il produit, «st celui mis en ceuvre à Aïn-Chaïr^n 1870 : 
raser les palmiers (I). En général, les ksouriens demanderont Tamail 
en voyant un commencement d'exécution de cette menace. 

Se laisser entraîner dans la voie des annexions serait dange- 
reux. D'après le principe de la goutte d'huile qui a toujours teu- 
dafioe à s*élargir, il ^st parfois fort difficile de s'arrêter en chemin. 
L'oued Melouïya atteint, peut-être serait-il bien tentant de le 
dépasser. Lorsqu'il s'agirait de poursuivre des rezzous au delà de 
cette frontière naturelle, on devrait d'ailleurs pénétrer dans une 
région beaucoup plus difficile d'accès. 

Il semble donc que îa question marocaine ne doit pas être 
entamée par l'est. 



D. — Organisation administrative des territoires du Sied. 

Nos nouvelles conquêtes du sud : Gourara, Touât et Tidikelt 
réclamaient une organisation. Le 25 mars 1901, la Chambre votait 
un projet élaboré par le gouverneur créant les « Territoires dv 
sud ». 

Son premier article était ainsi conçu : 

€ Les fractions des territoires militaires situés au sud des cir- 
conscriptions suivantes : cercle de Marnia, annexe d'El-Aricha, 
annexe de Saïda, cercle de Tiaret, annexe d'Aflou, cercle de Boghar> 
annexe de Chellala, annexe de Sidi-Aïssa, cercle de Bou-Saada, 
annexe de Barcha, poste de Ikont, cercle de Biskra, cercle de Ken- 
khella, cercle de Tebessa, constituent un groupe spécial dénommé 



(1) En raison de l'exaspération qu'il produit, ce procédé peut conduire les 
ksouriens aux résolutions désespérées parfois dangereuses. 



Digitized by 



Google 



— 88 — 

territoire du sud dont l'administration et le budget sont distincts 
de ceux de TAlgérie. 

c Art. 2. Les territoires du sud sont dotés de la personnalité civile^ 
Ils peuvent posséder des biens, concéder des chemins de fer ou 
autres grands travaux publics, contracter des emprunts. Le gou- 
verneur de l'Algérie représente les territoires du sud dans les 
actes de la vie civile, il ne peut contracter d'emprunt ou concéder 
de chemins de fer ou autres travaux publics sans y être autorisé 
par une loi. 

c Art, 3. A partir du 1*' janvier 1903, il sera établi pour les 
territoires du sud un budget autonome et distinct de celui de l'Al- 
gérie. 



c Art, S, Il pourra être accordé aux territoires du sud sur le 
budget de la métropole une subvention dont le montant sera fixé 
chaque année par la loi de finances. » 

Le 6 décembre 1902, avant de se séparer, le Sénat votait le 
projet de loi du 25 mars 1901. 

Au point de vue militaire, les territoires du Sud ont été rati4i- 
chés : Igli, Toued Saoura, le Gourara, le Touât, TAoulef et TAkabli 
à Aïn-Sefra, le Tidikelt à Ouargla. La région du Tademaït cen- 
tral et d'El-Golea, fort Mac-Mahon, fort Miribel, Hassi-Mifel lelè- 
vent de Laghouât. 



Digitized by 



Google 



CHAPITRE II 

LE FBOBLÈHE DES ORIGINES DU SAHAAA 
SA CONSTITUTION GÉOLOGIQUE 



Le Sahara n'est antre chose que la continuation des déserts 
qui traversent TAsie du nord-est au sud-ouest (déserts de Gobi, 
de Turkestan, de la Perse et de T Arabie). 

Il couvre à lui seul près du quart de T Afrique et s'interpose 
entre la zone fertile du littoral méditerranéen et le Soudan. Cette 
importance de sa superficie et de sa situation expliquent l'ardeux 
qui a été apportée à Tétude de ses origines. Au sujet de cellea-ci, 
les opinions les plus diverses ont été émises. On a voulu longtemps 
en faire le fond d'une mer aujourd'hui desséchée et relativement 
peu ancienne, mais actuellement il est généralement admis que 
cette hypothèse est dénuée de fondement, t La question de la sub- 
mersion à Tépoque quaternaire paraît devoir être tranchée con- 
formément aux vues de M. Pomel, dans le sens de la négative (1). » 

Il est beaucoup plus probable que le Sahara suivit la loi géné- 
rale de formation des bassins déprimés. 

La surface du continent, présentant à l'origine l'aspect d'une 
pénéplaine, se souleva bientôt sous l'effet des agents internes. Un 
massif central, nœud du système (Ahaggar) se forma et se pro- 
longea (Mouydir, Tummo, Tibesti, etc.) dans le sens nord-ouest — 
sud-ouest, formant la dorsale africaine dont noua avons déjà parlé. 

De ce massif jaillirent des sources nombreuses qui alimentè- 
rent des rivières en quantité très grande. Celles-ci « fouillant le 
sol, s'y creusèrent des lits sinueux, larges et profonds à travers des 
plaines unies et faiblement inclinées. » Mais le gauchissement de 
la surface originelle de l'Afrique donna en même temps naissance 

(1) De Lapparknt, Traité de géologie. 



Digitized by 



Google 



— 90 — 

au bassin déprimé du Sahara. Il prit peu à peu l'aspect désertique, 
les hauteurs qui Tenserraient arrêtant la vapeur d'eau que pou- 
vaient contenir les souffles aériens. D'ailleurs, cette vapeur d'eau 
rencontrant des régions de plus en plus chaudes, sa condensation 
«n éprouve une difficulté d'autant plus grande à se produire. 

L'action desséchante des veaite en vint à faire disparaître la cara- 
pace argileuse qui recouvrait les couches sédimentaires du Sahara. 
Les eaux filtrèrent au travers de ces dernières jusqu'à la rencontre 
d'une nouvelle couche argileuse, des nappes liquides s'étendirent 
ainsi sous le sol à des profondeurs variables et les rivières prirent 
un cours souterrain. 

A ces causes d'aridité, ajoutons encore le déboisement subi par 
le Sahara, par le fait des pasteurs nomades. 

L'action éolienne, continuant son œuvre de destruction, s'attaqua 
aux roches et parvint à leur arracher des parcelles infimes trans- 
portées par les courants aériens, elles vinrent s'accumuler peu à peu 
en dunes contre les obstacles rencontrés sur leur route, normalement 
au vent dominant de la r^ion. 

Le problème des origines du Sahara se complique encore si l'on 
veut assigner à sa transformation finale en désert, une date si appro- 
chée soît-elle. 

Quelques-uns ont été jusqu'à prétendre que le Sahara possédait, 
à une date relativement récente, la fertilité qui lui fait actuellement 
défaut. Et pourtant si l'on se reporte aux plus anciens écrivains, à 
Hérodote, par exemple, qui écrivait cinq siècles avant notre ère, 
on voit qu'il existait déjà du sable à cette époque à l'ouest de 
l'Egypte et c de distance en di&tanoe dans ces sables, des oasis et 
même des groupes d'oasis considérables avec de nombreux habi- 
tants », mais le pays était probablement plus accessible qu'aujour- 
d'hui. Hérodote parle, en effet, des troupeaux de bœufs des pasteurs 
nomades : ces animaux ne se seraient pas contentés du drinn ou du 
m'rrokha dont se nourrissent actuellement les chameaux. 

Des tufs pléistocènes trouvés dans le Sahara jusqu'au 33** de 
latitude nord et dans le désert de Tripoli, indices de sources puis- 
samment alimentées, attestent l'iiumidité ancienne du climat à 
l'époque quaternaire. Le Sahara arriva peu à peu à acquérir son 
aspect désertique, après avoir subi une série de transformations suc- 
cessives. 

S'il faut en croire les témoignages locaux, voilà une centaine 



Digitized by 



Google 



— M — 

â'aamées Benlemeirt, TiDre plaine f^ilD^onnmiBe couverte de végétaticm 
s'étendait entre Onargla et Bhadamès et en ce même endroit s'élè- 
T^wrt maintenant de hantes dunes. 

L'erg est-il actuellement établi d'une manière stable ? Il ^semfble 
cfue, d'une façon générale, on peut Tépond^e par l'affirmative 
Cepeoi^dant, M. J^oureau a pu oonstotar la formation de j^ouveUes 
dunes dan^ l'ondje (la joue) Bud-ouest de l'eiïg oriental, entre Me&- 
ieb-Souf et Gnern-el-MesBeyed. 

« Les chaînes nouvelles oamespondeoMt toutes aux cours des j:»- 
vières du Màadar et elles oemmenoent juste au point où ces xivièmfl 
S'étalent en hsEgeur. En outre, daais l'erg, ces chaînes sont s^Mtrées 
par de larges gassis dont le sol est le même que celui de la iiammada 
de l'oudje, et «qui, visiblement, cesrtiiËuent oette hammada au loin 
vers le nord, jusqu'au point qui constitue le delta anmmun de knrtes 
ces rivièxes et qui est alors encombré d'oghroud, sans solution de 
dâsoontimiité. Au oontraiie, dans la hammada Dra-el-Atohan, les 
dunes se forment en enseveUssant peu à peu, sous son masctoaa de 
saible, une ossature cstétacée. » 

Etudier ies laos qui ont pxésidé à l'élévation des «dîmes dépasse- 
rait le cadre de oette éiude« 

Les causes de dessèchement du Sahara variant jieu, les pessi- 
mistes affirment que son aridité ira toujours en s'accentuant. Les plus 
optimistes croient possible de lui rendre son ancienne fertilité. La 
vérité semble «e ienir ici dans un jfuste milieu. A l'aide du Teboise- 
ment et aussi d'une bonne utilisation des eaux souterraines, on peut 
enrayer quelque peu le mal et même améliorer sensiblement T'état 
des oasis, saoïfi pmir joela es^^er de Jamais donner au désert l'aspect 
des jégioaus tropicales. 

4^oi qu'il en soit de cette question, les différentes miesiims «d'ex- 
ploration qui ont parcouru le Sahara ont rapporté des rensej^s^ne- 
ments euffisants pouT se faire une idée générale de sa constitution 
géologique. 

U «e divise en deux zones séparées par la dorsale montagneuse 
qui s'étend du sud du Maroc à la région des grands laos : le Sahara 
du nord^est (algérien, tunisien, tripolitain et égyptien) et le Sahara 
du sud-ouest (mav»cain et soudanais). 

Le ligne de crête d'ossature archéenne et primaire qui ooupe 
l'Afrique en diagonale comprend le plateau de Muydir formé de 
terrain dévonien, le plateau de Ahaggar (ou Hoggar) d'origine 



Digitized by 



Google 



— 92-^ 

archéeune et volcanique prolongé au nord par les plateaux c tassili » 
de grès dévonîen des Azdjer (ou Azguer)^ au sud-est par les monts de 
Tumma et du Tibesti également primaires, les hauteurs du Ouadaï 
et du Darf our. 

Au nord-est de cet alignement montagneux^ le fond de la région 
est d'abord formé de sédiments crétacés qui viennent s'appuyer au 
flanc du massif central saharien ; tels sont le plateau crétacé du 
Tademaït, le Tinghert qui appartient aux étages turonien et céno- 
manien, les hammadas qui s'étendent d'El-Golea au M'Zab, la 
hammada El-Atchan, située sur la bordure occidentale du Oranderg. 

Ces plateaux crétacés sont séparés du massif central saharien 
par des vallées d'alluvions. 

Dans la direction du nord-est, les terrains quaternaires de la 
région des Oantara leur font suite, l'oued Rihr et Ouâgla marquant 
le fond d'une cuvette qui appartient à la même époque géologique. 

Du côté de l'est, « dans le désert lybique, l'éocène succède sans 
discordance ni discontinuité au crétacé supérieur (1) » (étage 
lybien). — Au sud-ouest de l'alignement montagneux qui forme 
la dorsale africaine, on ne rencontre que du terrain primaire repré- 
senté par les étages dévonien (dévonien moyen du Gourara et anti- 
clinal du dévonien inférieur de l'Aoulef), carboniférien inférieur 
(oued Zousfana), etc., etc. 

Néanmoins, il est à croire que les sebkhas qui fournissent le sel 
au Sahara et au Soudan sont d'origine secondaire (trias). 

Toutes ces observations ont permis d'arriver aux conclusion? 
suivantes : 

Il est très probable que la mer de l'époque dinantienne (premier 
étage du terrain carboniférien) occupait une partie du Sahara. 

Durant l'époque triasique, la mer subit un mouvement de refou- 
lement vers le nord, laissant quelques dépôts qui formèrent les seb- 
khas (P). — La mer albienne (premier étage de l'infracrétacé) 
regagna du terrain au sud; enfin, la mer supracrétacée (de l'étage 
emschérien) venait mourir au pied de la grande dorsale africaine, 
dans le sens nord-est, sud-ouest. 

Durant l'époque tertiaire, la mer se retira progressivement vers 
le nord, pour venir sensiblement occuper son emplacement actuel, 
durant l'époque quaternaire. 

(1) De Lapparent, loc. cit. 



Digitized by 



Google 



— 93 — 

On rencontre dans le massif central saharien de nombreuses 
traces éruptives, tel est le massif de TAttakor-N'Ahaggar. Les laves 
scoriacées projetées par cet ancien volcan se retrouvent dans les val- 
lées de l'oued Igharghar et de ses tributaires. 

M. Foureau a émis l'hypothèse que le Tassili Azdjer a dû égale 
ment posséder des volcans, de même TAïr. 

Des couches de basalte se rencontrent enfin dans le lit de certains 
oueds, c Leur position dans le fond des vallées, nous dit M. Roche (1), 
montre clairement que l'éruption basaltique a eu lieu à une époque 
où le Sahara possédait déjà don système orographique et hydrogra- 
phique actuel. » 

(1) Rapport au sujet de la première mission Flatters (1880). 



Digitized by 



Google 



CHAPITKE III 



QBOGrB^JPHIBu B37 HISBBJD6&^FH£B — BJBGIM2 VEWVIAL — VLQ3UC 
BICHESSES MINÉBALES 



C'est bien à tort que ron a longtemps représenté le Sahara 
comme une étendue immense de sable, sans relief bien marqué et 
sans aucune stabilité dans ses formes. 

A partir de Tépoque carboniférienne, il semble qu'aucun mouve- 
ment orogénique ne soit venu modifier le continent africain au sud 
de l'Atlas. « Les grès, comme le fait constater M. de Lapparent, s'y 
succèdent en assises sensiblement horizontales. » 

Le seul soulèvement de nature orogénique subi par le Sahara 
paraît être la dorsale archéo-primaire dont nous avons déjà parlé à 
plusieurs reprises. Il résulte de ces considérations que les accidents 
topographiques du Sahara sont dus pour la plupart à des phéno- 
mènes d'érosion successifs qui se sont prolongés au delà de la période 
quaternaire. 

La majeure partie du désert se compose de roc et de terrain dur. 
Telles sont, par exemple, les hammadas, les regs couverts de pierres 
et de gravier, les plateaux du massif central saharien, etc., etc. 

Le sable s'étend seulement sur des zones relativement étroites et 
sous la forme d'erg ou dunes parvenues aujourd'hui à la stabilité 
presque complète. 

Au sud de nos possessions algériennes, l'erg occidental et l'erg 
oriental au Grand-Erg appartiennent à ce genre. Les dunes s'éten- 
dent en rangées de hauteur variable suivant la région. Celles de l'erg 
occidental ne s'élèvent guère à plus de 60 ou 80 mètres (d'après 
M. Flamant); dans l'erg oriental, elles vont parfois jusqu'à dépasser 
200 mètres. 



Digitized by 



Google 



EMtie ces raagées de duAes^ ser penteat de» dépreaâicmft (ouad ou 
&ïdj), souvenV elka aussi, sablonneiises. Enfin, en certains painiU 
de Verg, existent des passages en sol ferme appelés gaosis (Griyid- 
Erg^). 

Les dîmes s'offrent encore sous la forme d'og&roud (au singulier 
gourd), c'est-à-dire de montagnes de sable isolées (par exemple, 
dans la région située entre Ouargla et la lisière septentrionale du 
Grand-Erg). 

Toute la surface du Sahara est sillonnée d'oued, vallées ou 
dépressions, vestiges des rivières disparues ou coulant à de très^ rares 
moments. Leur cours est devenu souterrain et leur lit est parsemé 
de gour ou masses de roches demeurées isolées dans le fond desséché, 
véritables témoins du sol primitif d^alltrvions de l'époque quater- 
naire. Au sud d'Ouargla, toute une région est recouverte de ces 
gour qui s^* élèvent parfois à une assez grande hauteur. 

En certains points, les oued s'élargissent jusqu'à former des 
chatt desséchés ou renfermant encore de vastes nappes d'eau (cela 
seulement dans la région des chotts). 

Cette question de l'eau a une importance capitale au Sahara. 

Après le dessèchement superficiel de ce bassin déprimé, les oued, 
avons-nous dit, prirent un cours souterrain, lorsqu'ils eurent la 
bonne fortune de rencontrer dans le sous-sol mhb couche argileuse 
Les oasis dites de rivière situées dans le lit même ou sur le bord des 
dépressions tirent leur eau de ces oued souterrains. 

De grandes nappes d'eau existent en bien des points du sous-sol, 
en particulier à la base du terrain quaternaire (d'Ouargla à Aïn- 
Taïba, par exemple). Ces nappes aquifères sont les vestiges de 
l'kujaLidité saharienne à l'époque pléiotocène, humidité produite et 
entretenue par les nombreux cours d'eau existant alors, et par le 
régime des pluies abondantes qui atteignit son maximum à la limite 
entre le pliocène et le quaternaire (1). 

Quelques oued ont d'ailleurs un cours intermittent. L'oued Guir 
a eu parfois de l'eau en hiver et Rohlfs signale même des déborde- 
ment de l'oued Ziz à cette même époque de Tannée. On a vu couler 
l'oued M'Zab et l'oued Mya. Par contre, la grande majorité des 



(1) D'après M. Rolland. Certains auteurs ont appelé cette période de transition 
le tertiftire et le quaternaire a étage sahaïuen ». 



Digitized by 



Google 



— 96 — 

oued, l'oued Igharghar, par exemple, malgré son nom qui signifie 
en arabe t fleuve qui gargouille », n'a eu d'eau depuis bien long- 
temps que dans les légendes arabes. 

Des sources assez nombreuses existent dans les fissures des ham- 
madas et sur la lisière des grandes dunes. Leur jaillissement produit 
les oasis dites c à sources naturelles ». 

Les pointa d'eau sont d'ailleurs plus fréquents dans le Sahara 
qu'on ne se l'imagine généralement. On trouve une preuve de cette 
assertion dans les nombreux noms de localités ou de dépressions ren- 
fermant les préfixes : <nn (qui veut dire source) et hit (qui signifie 
puits). 

Après les pluies, on rencontre des mechera et des rhedirs, petites 
mares ou flaques d'eau, prenant parfois l'aspect de lacs en minia- 
ture, tels le Menghough dans la vallée de l'Igharghar, le Gamreh au 
sud de l'Aïr, le Taksouri près d'Inara. A Temassin, l'eau arrive à 
fleur du sol. 

Mais les véritables points d'eau sont marqués par des puits dont 
nous étudierons le forage et le fonctionnement à propos des oasis. 

Quant aux pluies, elles sont moins rares au Sahara que certains 
géographes semblent le prétendre. Flatters en observa sept journées 
du 1" avril au 2 mai 1880. 

Dans le récit de son voyage, M. Foureau signale assez fréquem- 
ment leur chute, même dans la région située entre le 2V et le 22* de 
latitude nord, qui comprend pourtant la partie la plus aride du 
désert et durant les mois d'octobre et de décembre, alors que la saison 
des pluies régulières est en septembre. 

L'aïr et le Tibesti reçoivent des pluies d'été apportées par le 
mousson du golfe de Guinée. 

La végétation, bien qu'assez clairsemée, ne fait pas défaut durant 
de très grandes étendues, sauf en certaines régions bien connues, 
telles que le Tanezrouft au sud-ouest de l'Adrar-Ahnet et la région 
comprise entre Tamassin et Bir-Assiou (Tiniri). 

Partout où l'eau apparaît, même en quantité très minime, la 
végétation devient plus vivace, par exemple dans les dayar (ou 
dépressions humides et herbeuses). Le lac Gamrek déjà signalé, est 
entouré d'une végétation luxuriante, bien que situé dans une des 
régions les plus pauvres du Sahara. M. Foureau signale, dans le Tin- 
desset, t la flore de TAurès augmentée de gommiers ». 

Un fait assez digne de remarque consiste en ce que, dès que l'on 



Digitized by 



Google^ 



— 97 — 

pénètre dans Terg, la flore s'améliore. € Contrairement aux idées 
généralement reçues, la région du sable n'est point celle du vrai 
désert essentiellement aride, c'est au contraire, le plus souvent, 
comme Ta dit M. Pomel, la providence des caravanes (1). » 

Par contre, la hammada mérite bien sa signification arabe t lieu 
brûlé ». 

M. Foureau a localisé très nettement les espèces végétales dans 
le Gr^nd-Erg : arish sur les hautes dunes, azel dans les replis bas 
des chaînes de sable, alenda sur les dunes moyennes et les plateaux 
sableux, gommiers dans les oued au sud de l'erg, etc., etc. 

On a pu remarquer que sur un fond crayeux ne se développe, 
au contraire, aucune végétation et que le drinn s'arrête exactement 
au même point que le sable. 

Les principales espèces fourragères du Sahara sont : le drinn, le 
m'roka, le nessin, le sbat. Elles poussent principalement dans les 
dépressions sableuses et les ravins. 

On y rencontre aussi fréquemment d'autres plantes et des 
arbustes (le laurier rose, par exemple). 

L'Adrar nourrit des troupeaux de bœufs, TAïr possède des pâtu- 
rages presque ininterrompus. Les gommiers poussent sur le plateau 
du Tassili et sur ses pentes. A mesure qu'on avance vers le sud, les 
arbres grandisssent. Barth signale dans TAïr des thalas c d'une taille 
extraordinaire ». A Iferouane, M. Foureau a vu « de très beaux 
gommiers qui donnent une ombre bienfaisante » et des danias de 
huit à dix mètres de haut. Ajoutons à cela le palmier doum et le 
korunka. 

Plus au sud encore, dans le Tagama, on trouve de véritables 
taillis et avec le Damergou, on arrive à la zone de transition entre 
le Sahara et le Soudan. 

c Tous les végétaux du Sahara ont ceci de particulier que leurs 
racines sont d'une longueur énorme, afin d'avoir une plus grande 
surface pour puiser l'humidité contenue dans le sol : souvent une 
broussaille de 20 centimètres de haut est munie de racines de 5 à 
6 mètres de longueur; les racines de drinn ont jusqu'à 25 et 
30 mètres (2). » 

(1) M. Flamant. 

(2) Foureau, Ma mission au Tademalt en 1890. 

PÉNÉTRATION FRANÇAISE 7 



Digitized by 



Google 



— 08 — 

Dans l'étude des oasis, nous verrons leurs productions spéciales, 
leur végétation étant toute exceptionnelle, au milieu de Taridité 
générale. 

La faune du Sahara est assez variée. L'Adrar élève quelques 
bœufs, les Touareg possèdent des troupeaux de chèvres et de mou- 
tons. L'Aïr possède des bœufs, des ânes et des moutons. 

Les principales bêtes de proie sont le lion, la hyène et le chacal 
et parmi les oiseaux, diverses variétés de vautours. 

L'antilope et la gazelle sont répandus un peu partout. La girafe 
fréquente le Tagama. Ce pays est d'ailleurs fort giboyeux (perro- 
quets, perdrix, cailles). Les petits oiseaux sont nombreux. La gent 
reptile foisonne ainsi que les iguanes. 

Les richesses minérales du Sahara sont encore assez mal con- 
nues. 

La houille n'a encore été trouvée nulle part. Tout récemment 
pourtant, on a signalé la présence du terrain carboniférien dans le 
bassin de l'oued Zousfana. 

Le fer est exploité dans le Touât et dans l' Adrar. Barth a signalé, 
d'après des renseignements indigènes, les anciennes mines de cuivre 
d'Imgal à sept journées de marche au sud-ouest d'Agadez; Ibn- 
Batouta (xiv* siècle) parle des mines de Tekkeda, mais on ne sait 
aujourd'hui quel fut leur emplacement. 

Il est très probable que l' Adrar et Atmar possède du quartz 
aurifère. 

Les mines de pierres précieuses à l'existence desquelles croyaient 
certains auteurs sont, jusqu'à ce jour, demeurées introuvables 
M, Flamand pense même que celles qui s'échangent sur les marchés 
d^Afrique proviennent des Indes en passant par l'Yemen et la 
Mecque. 

Le nitrate de potasse existe en assez grande quantité dans la 
région touâtienne. 

L'endroit oii il paraît être le plus important est la seT)kha des 
Ouled-Mahmoud (1). 

Enfin, le sel gemme se trouve dans les dépôts, très probablement 



(1) Voir à ce sujet : « Sur Texistenee do gisements de nitrate dans Tarchipcl 
touàiien » Alger, Jourdan, 1902, par M. Flamand. 



Digitized by 



Google 



- 99 - 

d'origine triasique d'Idjil (au nord de TAdrar), de Teghezza (près 
de Taodeni) et de Bilma. Les bas fonds du Touât, du Gourara, de 
TAdrar en renferment de nombreux gîtes et la mission Foureau en 
a rencontré d'assez grandes quantités dans VAïr, La sebkha d'Amad- 
ghor n'est plus exploitée actuellement. 

A Akabli, dans le Tidikelt, se trouvent des mines d'alun. 



Digitized by 



Google 






CHAPITRE IV 



ÉTUDE PHYSIQUE DES DIVERSES REGIONS DU SAHARA 



Trouver une division logique du Sahara est chose fort difficile. 

En tenant compte de la géographie politique et des anciennes 
zones de pénétration commerciales, on peut le partager en trois 
régions : 

1** Le Sahara oriental ou égyptien et tripolitain ayant pour limite 
extrême à l'ouest, la ligne Ghadamès, Ghât, lac Tchad ; 

2° Le Sahara cential ou sud-algérien, compris entre cette dernière 
limite et une ligne courbe suivant Toued Zousfana, Toued Saoura, 
puis se dirigeant sur Tombouctou ; 

3° Le Sahara occidental ou sud-marocain, à Touest du précédent. 

Cette division a seulement pour but de fournir quelques points 
de repère car elle ne peut avoir rien d'absolu. 

Nous ne dirons ici que peu de choses du Sahara oriental qui ne 
rentre point dans notre zone d'influence, tout au moins jusqu'à la 
dorsale montagneuse qui limite celle-ci au nord-est. 

Le désert lybique s'étend sur la plus grande partie du Sahara 
égyptien. Il est à remarquer que les routes de caravanes le con- 
tournent sans le traverser. A l'est, elles suivent une ligne d'oasis 
marquée par Siouah, Farafrah, Kargueh, Selimah, pour aboutir à 
El-Fâcher et au Darfour. A Touest, elles passent par Djerboud, 
Aoudjilah, Tahita, pour gagner le Ouadaï, ou, plus souvent, rejoi- 
gnent la route des caravanes de la Tripolitaine du Fezzan, véritable 
nœud des communications transsahariennes de la région. 

Eemarquons d'ailleurs que la vraie voie de pénétration de 
l'Egypte vers le Soudan n'est autre que le Nil doublé par le chemin 
de fer anglais en construction. 






y 



Digitized by 



Google 



— m 



Sahara central ou sud-algérien. 

Physiquement, le Sahara central peut se diviser en quatre 
régions distinctes : 

V Le Sahara algérien occidental compris entre l'Atlas saharien, 
Toued Zousfana, Toued Saoura, la dépression de Toued Massin et la 
ligne Ghardaïa, El-Golea, Hassi-Inifel, Hassi-Messeguem ; 

2** Le Sahara algérien oriental comprenant le bassin de l'Igha- 
rghar et s'étendant ^ Test jusqu'à la ligne Ghât-Ghadamès ; 

3° Le massif central saharien, sur le flanc nord duquel viennent 
s'appuyer les deilx régions ci-dessus mentionnées. Il comprend le 
plateau de Muwir, l'Adrar-Ahnet, le Tassili des Azdjer, le plateau 
du Ahaggar ; / 

4** Le Sahara méridional s'étendant entre le massif central saha- 
rien et la limite septentrionale du Soudan, vaste étendue parsemée 
çà et là de massifs montagneux tels que l'Aïr, le plateau d'Ad- 
ghag, etc., etc. 



V Sahara algérien occidental. 

Un explorateur partant de l'Atlas saharien et se dirigeant vers 
le sud rencontre successivement : 

a) Des hammadas entaillées de larges gouttières par de nombreux 
oueds (Zergoun, Segaguer, Gharbi, Namous, etc., etc.) ; 

b) La région appelée par M. Flamand t zone d'épandage des 
grands oueds » qui ne présente point encore franchement les carac- 
tères du véritable erg. C'est t une succession ininterrompue de 
cirques, couloirs, dépressions de toutes sortes, creusées, nous dit 
M. Flamand, sous l'action des crues puissantes qui se sont produites 
depuis les temps reculés des périodes quaternaires b. Cette région a 
été ainsi décrite par M. l'ingénieur en chef des mines Jacob : o Le 
sable n'y recouvre qu'imparfaitement la surface du sol, on i>eut y 
faire plusieurs kilomètres de dunes pour retrouver ensuite la ham- 
mada ou les dépressions à fond gypsum dépourvues de sable. C'est 
l'oudjh ou la bordure de l'erg, véritable zone de transition » ; 

c) L'erg occidental s'étend au sud de cette lisière jusqu'à la 




5' 
h$>C|fBLIOTHÉC)Uf 

Digitized by ^wOBlC ^ 



— 102 — 

dépression de Toued Meguiden. Sa limite occidentale est constituée 
par Toued Saoura, à Test, il s'arrête à El-Golea. 

Ses lisières du nord et du midi sont inclinées sur le méridien, sa 
longueur dans ce sens n'excède pas 60 kilomètres, sa largeur est 
d'environ 90 kilomètres. Les dunes s'y élèvent sur un fond de daya 
à GO ou 80 mètres au maximum. 

Il renferme de nombreux oued ou feïdj recouverts de végétation. 
Par malheur, les puits sont peu nombreux et mal entretenus. 

Les routes de l'erg consistent en medjebed ou pistes tracées par 
les gâfla, caravanes indigènes qui, chaque année, se rendent de 
potre sud-marocain au Gourara et au Touât ; 

d) La pénéplaine de Meguiden s'étend de la sebkha du Gourara 
aux environs d'El-Golea. Elle est coupée suivant la direction est- 
ouest par des vallées à végétation herborescente vigoureuse où l'eau 
se trouve très près du sol. Les goût y sont fréquents. 

Le terrain qui forme cette pénéplaine est composé de t plis arasés 
de couches de grès et un remplissement d'alluvions quaternaires ». 
(Flamand.) Ses gours appartiennent au miocène du tertiaire. Sur 
une partie de cette région s'étend le groupe important des oasis du 
Gourara ; 

e) Le plateau de Tademaït est formé de terrain crétacé couvert 
de chebkha (réseaux de ravins), tourmenté, difficile. L'oued Mya le 
traverse en diagonale dans sa partie orientale, servant de liaison 
entre les deux parties du Sahara algérien. En son centre, le Tade- 
maït possède une dorsale montagneuse portant le nom d'El-Baten 
(flanc de montagne, en arabe). Il se termine du côté de l'oued 
Massin par des falaises telles que l'Ang-el-Mehari (la mâchoire du 
chameau) et le djebel Abiodh. Vers le nord-est, il vient mourir en 
pente douce dans les hammadas situées au sud d'El-Golea ; 

f) La dépression dite de l'oued Massin qui vient se souder, 
presque à angle droit à celle de l'oued Saoura vers la sebkha de 
Tanezroiift. Elle est limitée vers le sud par les terrasses qui conti- 
nuent à l'ouest celle du plateau dévonien de Muydir ; 

g) Toute cette région est bornée à l'ouest par l'oued Zousfana et 
l'oued Saoura le long desquels s'étendent des chapelets d'oasis. Nous 
avons dé; à eu l'occasion de parler de l'oued Zousfana. 

La dépression de l'oued Saoura formée par la jonction de celui-ci 
avec l'oued Guir est bordée d'un assez grand nombre de palmiers, 



Digitized by 



Google 



— 103 — 

si bien que les indigènes ont donné le nom de Ghâba t la forêt » à 
une partie du lit de la rivière. 

Le principal centre de Toued Saoura est Kerzaz. La Zaouïa-el- 
Eebira, voisine de cette oasis, est habitée par des cheurfa tirant leur 
origine d'Ouezzan. 

L'oued Saoura prenant le nom de Messaoud s'en va se perdre 
dans la sebkha de Tanezrouft. 

La vallée a été longtemps dévastée par les pillages des Ghenâ- 
mma, Berâber, etc., etc. 



2^ Sahara algérien oriental. 

Il est séparé du Sahara algérien occidental par des hammadas 
qui 8*étendent le ll'Zab et El-Golea et, plus au sud, par la hammada 
El-Atchan. Cet ensemble de terrains solides s'étend en forme 
d'isthme entre les deux ergs. 

Le Sahara algérien oriental comprend, en allant du nord dans la 
direction du sud-est : 

a) Une région de daïa (ou dépressions souvent humides) et de 
chebkha (ravins) ; 

b) La région quaternaire de l'oued Rihr, des Gantara et 
d'Ouargla, prolongée vers le nord-est par le Souf. 

La contrée d'Ouargla forme une véritable cuvette quaternaire 
(terrain de grès à élément quartzeux) « dont les bords vont reposer en 
stratification concordante sur des hammadas crétacées de 350 mètres 
environ à Test et au sud et de 400 à 660 mètres à l'ouest, depuis 
El-Golea jusqu'au M'Zab » (1). 

Le Souf est une étroite vallée qui se bifurque à partir d'El-Ouad 
en deux branches se dirigeant, l'une vers le nord et l'autre vers le 
nord- est. On a voulu voir dans cette vallée t la partie inférieure du 
fleuve Triton (2) » des géographes de l'antiquité ; 

c) La dépression de l'oued Mya parsemée de nombreux gour met 
en communication la région d'Ouargla et le plateau de Tademaït ; 

d) La région des Oghroud ou grandes dunes isolées, qui attei- 
gnent jusqu'à 200 mètres de hauteur, prolongée au sud-ouest par la 
hammada El-Atchan ; 

(1) M. RocHR, loc. cit. 

(2) Largeau. 



Digitized by 



Google 



— 104 — 

e) L'erg oriental. Celui-ci possède une étendue plus considé- 
rable que Terg occidental, surtout dans le sens de la largeur 
(150 kilomètres sur environ 250) d'où son nom de Grand-Erg. 

Les dunes dépassent l'altitude de 200 mètres (1) dans la région 
dite Ez-Zemoul-el-Akbar (les plus grandes dunes, en arabe). 

Il est limité à l'ouest par la région de hammada qui rejoint au 
sud le plateau de Tademaït, à l'est par les hammada et chebka du 
Fezzan ; au sud-est par la hammada El-Homra (rouge). 

Sa direction générale est inclinée sur le méridien dans un sens 
nord-est, sud-ouest, comme celle de l'erg occidental. 

Dans sa partie ouest, il renferme plusieurs lignes de gassis ou 
passages en sol dur entre des dunes isolées ou des chaînes de dunes 
orientées sensiblement nord-sud. 

Le principal a environ 200 kilomètres de longueur, sur une lar- 
geur variant entre 500 mètres et 4 kilomètres. En suivant le ghassi 
El-Ghessal, on réduit à 60 kilomètres environ la traversée de l'erg 
proprement dit. 

A l'est de ces ghassis s'étend la vallée de Toued Igharghar, c lit 
sans berges marqué par des fragments de lave roulée et par quelques 
coquilles d'eau douce », d'après Roche. Les dunes sont parallèles à 
ses bords dans leur alignement. La partie de Terg située entre 
Aïn-Taïba et la hammada de l'oudje occidentale porte le nom d'El- 
Ouar, c'est-à-dire t l'endroit difficile » ou de Guelb-el-Erg, « le 
cœur de Terg » et est composé d'un énorme amas de dunes. 

€ Les arêtes des Oghroud (dunes isolées) brillent au soleil d'un 
beau ton d'or et dégagent comme une sorte de fumée blonde. C'est le 
vent qui, travailleur incessant, écrète les sommets et transporte au 
loin une fine poussière de sable (2). » 

La partie occidentale du Grand-Erg doit être « un vaste delta 
recouvert par le sable et où les rivières du Mâader viennent re- 
joindre righarghar ; 

f) Au sud de Terg occidental, le plateau de Tinghert s'étend à 
cheval sur l'Igharghar, entre El-Biodh et Temassini. Il est d'ori- 
gine crétacée (turonien et cénomanien). - - Les Arabes lui donnent 
le nom de Djebel-Kilial, celui de Tinghert vient des Touareg. 

c Les flancs et le sommet des plateaux sont en silex noir à cas- 



Ci) Au-dessus du sol avoisinant. 

(2) FouREAU, Ma mission au Tademaït en 1890. 



Digitized by 



Google 



— 105 - 

sure grise et en calcaire dur. Les fonds des rivières laissent à nu le 
calcaire dolomitique 3 aune en grandes dalles plates (Sfa, des Arabes), 
et les kefs élevés sont, pour la plupart, formés de grès jaune excessi- 
vement dur et aj^ant la sonorité du cuivre. » 

g) La Hammada El-Atchan, qui forme la bordure occidentale de 
l'erg, se compose, d'après M. Foureau : 

€ D'un élément de grès friable rougeâtre peu homogène qui cons- 
titue le sous-sol et que les pluies ont mis à nu dans tous les petits 
ravins. — Le sommet des gours et les flancs des cuvettes sont formés 
généralement de calcaires gris compacts. — Enfin, au milieu de 
nombreux éléments noyés dans du sable qui forment la plaine, on 
recueille du quartz, des calcaires noirs et des calcaires blancs. » 



3** Le massif central saharien. 

Il est constitué de terrains arcbéens et primaires, parsemés eu 
certains endroits de roches volcaniques et comprend : 

a) Le plateau de Muydir. 

La bordure septentrionale du Muydir est formée de cbaînes mul- 
tiples et découpées, séparées du lit de l'oued El-Botha par 8 ou 
10 kilomètres de reg caillouteux. Vers l'occident, il est limité par 
une muraille à pic de hauteur sensiblement constante. La crête de 
rifetessen constitue la bordure orientale du plateau. 

L'intérieur est un vrai chaos, t Des crêtes rocheuses et désor- 
données courent à sa surface et le couvrent de leurs débris. En cer- 
tains endroits, on ne compte pas moins de 13 crêtes semblables s'éta- 
geant les unes au-dessus des autres. Là où ces crêtes ont été brisées, 
les blocs, en s'écroulant, se sont équilibrés dans leur chute pour 
former de singuliers paysages où on a l'impression de parcourir des 
ruines. » 

Entre l'oued El-Abiad au sud et au nord la haute chaîne appelée 
Tigat-N'Tarlamt, s^étend un plateau de hammada noire sillonnée 
de ravins et de lignes rocheuses. 

Dans de multiples et profondes cassures, coulent de nombreux 
oueds entre des parois verticales de 200 à 300 mètres. Le fond en est 
constitué tantôt par du sable, tantôt encore par des cailloux roulés 
et des débris rocheux. La végétation du Mouydir est assez belle. 
L'oued Tihouriren t a de l'eau de redirs et de très jolis pâtu- 



Digitized by 



Google 



- 106 — 

rages » (1) ; la vallée de l'oued Tifirin est t pleine de végétation et 
possède de très grands redirs » (2). Dans la région boisée du Mâader 
Tegant, « les arbres atteignent de très hautes dimensions et les 
pâturages sont inépuisables » (3). 

L'ancienne oasis de Djoghraf compte environ 200 palmiers et 
de nombreux ruisseaux coulent tout à côté c d'une source chaude 
ayant une température de 45** » (4). Ses vallées couvertes de pâtu- 
rages permettent l'élevage de gros troui)eaux et l'eau est abondante. 
Tout cela explique aisément les nombreuses traces d'habitations ren- 
contrées à l'intérieur du Mouydir. Les indigènes ont probablement 
fui au moment de notre occupation du Tîdikelt ; 

b) L'Atakor N'Ahaggar (ou Hoggar) a été érigé par un soulève- 
ment volcanique. Le pays est formé d'un effroyable chaos de gours 
et de collines rocheuses de médiocre altitude relative vers le sud et 
l'ouest, les hauts sommets occupant le nord-est du massif. 

Le lieutenant Guillo-Lohan a accompli, en octobre 1902, un raid 
à travers la Koudia (1) Ahaggar qu'il a parcourue du nord au sud. 
Il a reconnu le sommet de l'Illamane (2,600 mètres) dominé par 
une aiguille inaccessible de 400 à 500 mètres. 

La région est pauvre. Néanmoins, en quelques points et en par- 
ticulier sur la bordure du Ahaggar, les Touareg avaient attiré des 
Harâtin et ceux-ci se livraient à une maigre culture ; 

c) L'Adrar-Ahnet s'étend sur le flanc sud-ouest du plateau de 
Muydir. Il est séparé du Ahaggar par de longues et profondes cas- 
sures, anciens lits d'oued aujourd'hui desséchés. Le pays est encore 
plus pauvre que le massif précédemment étudié et ne renferme 
pas de terrain de culture. Des troupeaux y trouvent néanmoins, 
paraît-il, leur existence. Enfin, l'Adrar commande la route des oasis 
sahariennes à Tombouctou ; 

d) Le Tassili des Azdjer (ou Azguer) est en général formé de 
terrain dévonien ; en quelques-unes de ses parties, par exemple dans 
l'Eguéré, situé au nord-ouest, on rencontre des affleurements de ter- 
rain archéen caractérisés par le gneiss. 

En sa partie nord, il porte le nom de Tindesset et offre des alti- 



(1), (2), (3), (4). Lieutenant Béguin, Trente jours au Muydir {Supplément au 
Bulletin du Comité de V Afrique française de décembre ll!02). 

(5) Massif central du Ahaggar où les Touareg se réfugient en cas de danger. 



Digitized by 



Google 



— 107 — 

tudes de 400 à 1,400 mètres. Il t repose sur une épaisse couche de 
schiste et les grès se maintiennent à la partie supérieure » (1). Des 
roches volcaniques parsèment certaines parties de sa surface. Ses 
gorges de descente sont fort escarpées et sur leurs flancs, cachant la 
base de la falaise sud, vient s'appuyer l'erg de Tihodayen, 

Au sud-ouest de celui-ci, la longue falaise d'Aghagar s'en va 
rejoindre les monts de Tummo. M. Foureau la compare « à la puis- 
sante muraille d'enceinte d'une ville géante au-dessus de laquelle 
émergent des monuments grandioses affectant toutes les formes ». 

Plus au sud, on rencontie quelques monts isolés, tels que l'Ounan 
et rintéhounte et enfin le massif des monts Anahef comprenant une 
chaîne et « une plaine élevée de rez de granit, parsemée de grandes 
olaques de même roche presque polies, légèrement convexes ». 

La région montagneuse prolonge ses contreforts sur les deux 
rives de l'oued Tadent, large dépression bordée à droite par les 
monts Adar et vers l'est par le massif d'Atzerhiou et celui a Abra- 
khonnate et s'étendant jusqu'à la cuvette d'In-Azaoua ; 

e) Entre Tadent et In-Azaoua, la région porte le nom de Tiniri. 
Elle est parsemée de gravier noir et gris sur lequel affleurent des 
dalles de grès. Cette plaine immense est « la contrée désolée, par 
excellence », c une mer de rochers », comme l'a si excellemment 
nommée Barth. 

Elle est entièrement dépourvue de végétation. L'eau et le bois 
y font défaut durant sept journées de marche, du nord au sud. 

Quant à la dépression d'In-Azaoua, elle comptait autrefois, 
d'après la légende, 101 puits. Barth en trouva encore deux lors de 
son passage à Bir-Assiou. Actuellement l'eau ne se rencontre qu'à 
In-Azaoua. 



4® Le Sahara méridional, 

A la suite de la dépression d'In-Azaoua, t cuvette immense qui 
est plutôt un lit de rivière », a dit M. Foureau, le Sahara méridional 
comprend : 

aj L'Aïr, région montagneuse parsemée de ravins et présentant 
des pâturages d'une façon presque continue, boisée en certains 

(1) M. Foureau. 



Digitized by 



Google 



— 108 — 

points. Elle est formée de terrain primaire et archéen, parfois aussi 
volcanique. La végétation n'approche pas encore, même de loin, de 
celle des tropiques, mais elle est suffisante pour nourrir des trou- 
peaux et les points d'eau existent en nombre assez grand. 

€ Outre le groupe de palmiers qui poussent dans la rivière, on 
trouve dans la vallée d'Irhazar une forte végétation composée de 
gommiers de plusieurs espèces, de très nombreuses touffes d'abisga 
et de véritables forêts de korunkas. Les dattiers produisent peu et 
seulement des fruits de médiocre qualité et de faible groâseur. Sous 
les dattiers et autour des dattiers, on voit de petits jardins bien 
entretenus entourés de haies où poussent de Torge, un peu de blé, 
de mil, de sorgho, quelques légumes, quelques plantes alimentaires 
de la région et que domine de temps en temps aussi un grand gom- 
mier ou un jujubier. Les jardins sont arrosés par des puits peu pro- 
fonds (1). » Cette description paraît s'appliquer à toutes les dépres- 
sions de l'Aïr. Il faut remarquer néanmoins que le pays ne produit 
pas une quantité de mil suffisante et doit en importer du Damergou, 
son véritable grenier. 

Les principaux centres de TAïr sont Iferouane, Aguellal, Aou- 
déras et Agadez, la capitale ; 

b) Au-dessous de TAïr s'étend sur une assez courte étendue un 
plateau désertique d'environ 600 mètres d'altitude d'après Barth. 
Les puits y sont peu nombreux ; 

cj Le Tagama ne tarde pas à lui succéder. C'est « un plateau 
ondulé où se rencontrent quelques emplacements de gravier, mais 
dont le sol est en général de sable ferme sur du terrain argileux ». 
La végétation des graminées y est luxuriante et touffue et les arbres 
abondent, c On a l'impression d'un taillis immense. » Les cultures 
de mil se rencontrent par endroits. Puis le pays se couvre bientôt 
d'une brousse de 2 mètres à 2",50 de haut formée de gambba et 
annonçant l'approche du Soudan ; 

dj Le Damergou en est comme la porte d'entrée. C'est une véri- 
table région de transition. Le capitaine Cazema^ou nous dit : t A 
partir de Mellamaoua, on rencontre dans toutes les dépressions des 
dattiers, à l'ombre desquels poussent des légumes. » 

Le capitaine Joalland signale la région de Toukouri comme 
« un pays de mil splendide b, « qu'il me suffise de dire, ajoute-t-il, 

(1) FOUREAU. 



Digitized by 



Google 



— 109 — 

que le pays de Zinder est riche en blé ; le citronnier, le mil, le maïs, 
le riz, les dattiers, en un mot, tous les produits soudanais poussent 
en abondance ». — Le grand nombre des objets en cuivre fabriqués 
à Zinder permettent de croire qu'il existe dans la région des mines 
de ce métal ; 

e) A Touest de Bir-Assiou et de Toued Tafassasset, s'étend le 
Tassili du sud, pays encore assez peu connu ; 

f) Le plateau d'Aghag est situé au nord-est du coude du Niger. 
Il n'a pas encore été exploré. Depuis une époque très reculée, il sert 
de refuge aux Touareg Aouellimiden ; 

g) La région de Tombouctou sera étudiée dans les chapitres con- 
sacrés au Soudan. 



Digitized by 



Google 



CHAPITRE V 



LES BACES DU SAHABA 



La majeure partie des habitants du Sahara appartient à la race 
blanche représentée par les famillea arabe, berbère et juive (1). 

Les quelques noirs qu'on y rencontre sont d'origine soudanaise, 
importés du Berr el Abid (la terie des esclaves), comme les Arabes 
appellent le Soudan. 

Enfin, les. Harrâtins ou Attrias des oasis tiennent le milieu 
entre les Berbères et les nègres. Ce sont peut-être les anciens pos- 
sesseurs du sol, descendants des fameux Garamantes, dépossédés et 
asservis par de nouvelles couches de populations qui se sont super- 
posées à la leur. Ils ne se distinguent, d'ailleurs, des Berbères que 
par une nuance plus foncée et tirent peut-être leur origine de la 
même souche lybienne. 

On appelle, assez improprement, Berbères, les représentants de 
la race tamazirt. Ceux-ci sont actuellement essaimes de Test à 
l'ouest sur tout le parcours de leurs anciennes migrations. Ils se 
sont plus volontiers arrêtés dans les régions montagneuses, dans 
notre Kabylie et au Maroc. 

Dans ce dernier pays, la race tamazirt est représentée par les 
Gebaïl qui sont les Imaziren (pluriel d'Amazir, masculin de Tama- 
zirt) du Rif, les Chellaha de l'Atlas et du sud et les Berâber. Ces 
derniers sont descendus de la montagne dans la plaine. Nous avons 
déjà pu constater l'étendue de leur zone d'habitat. Leur nom légè- 
rement déformé a été étendu bien à tort à tous les peuples de langue 
tamazirt. 

Des tribus tamazirt ont été probablement rejetées dans le Sahara 
vers le ix® siècle, c'est-à-dire au moment de la conquête arabe. Les 
Touareg et les Maures qui se rattachent à la famille dite berbère 



Digitized by 



Google 



— 111 — 

furent repoussés vers le centre du désert d'où ils s'étendirent jus- 
qu'au Soudan. 

Les Berbères, Arabes, Maures et Harrâtins habitent les oasis 
et leurs envirora. Le véritable maître du désert est le Targui (1). 



l** Tribus arabes. 



Les tribus arabes habitent le nord et le sud du Sahara, où elles 
vivent à l'état de semi-nomades. 

Citons au premier rang les Ouled-Sidi-Cheikh. Ils joignent à 
leur nombre un caractère religieux qui augmente leur influence. 
Ils s'étendent du Sud-Oranais jusqu'au Touât et au Tidikelt, une 
de leurs fractions, celle des Oulad el Hadj-Hamed, occupant les 
districts de Eoggaret-ez-Zoua et d'Igosten. 

Les principales autres tribus arabes du groupe tanâtien sont les 
Oulad Ba Hamou (fraction des Oulad-Amed-Mellouch), les Oulad 
Zenan et les Oulad Mokhtar. 

Deux groupes de la noble tribu arabe des Saïd, les Saïd-Otha et 
les Mekhadena nomadisent aux environs d'Ouargla. 

Les Bérabichea (2), venus de l'Oued Draa (Maroc), occupent 
tout l'Azaouad et s'étendent depuis Tombouctou jusqu'à trois ou 
quatre journées de marche au nord d'Araouan. Ils sont maîtres des 
principales routes de caravanes du Sahara occidental. Jusqu'à ces 
derniers temps, ils étaient alliés aux Touareg. Ils se livrent sur- 
tout au commerce. 

Les Oulad M'Barek et les Tanoazirt habitent le nord de notre 
Soudan, au-dessus de Baghena et du Kingui. Ce sont des pasteurs. 

Les Oulad- AUouch ont poussé leur émigration jusqu'aux envi- 
rons de Sakola. 

Les Keguibat, originaires du Maroc, vivent campés aux environs 
de Taodeni, côte à côte avec les Oulad-Mouïlet. 

Les Oulad-Delmi et les Tekna fréquentent l'Adrar occidental et 
l'Oued Nona. 

(1) Singulier de Touareg. 

(2) Peut-être les Bérabiches proviennent-ils d'une ancienne source tamazirt el 
or.t-ils parents du Beraber. En tous les cas, ils seraient fortement niétissés. 



Digitized by 



Google 



— 112 — 

2^ Tribus viaures. 

Les Maures sont d'origine berbère, mais plus ou moins profon- 
dément modifiée par suite d'alliances avec les Arabes et les nègres. 

Les Trarza s'étendent dans toute la région comprise entre 
l'Adrar occidental et le Sénégal. Ils se livrent à un impoi-tant trafic 
de gomme. > 

Les Brakna occupent également la rive droite du Sénégal. 

Les Zenaga ou Idao-Aïch, venus du Maroc dès le v® siècle, se 
sont répandus entre Bakel et le Tagant où ils occupent surtout les 
hauts plateaux. 

La tribu des Tadjakant habite le pays du même nom. 

La tribu maure la plus puissante du Sahara est celle des 
Kounta. Ils peuplent le Sahara marocain, l'Aghaz où ils se trouvent 
mêlés aux Aouellimiden, le Hodde, s'étendant au sud jusqu'au 
Niger et au nord dans le Touât où une de leurs fractions, les Oulad 
Bou Naama occupent l'Akabli. 

La tribu belliqueuse et pillarde des Oulad Nacer nomadise aux 
environs de Tichit et Ouâlata. Les Oulad-Sîdi-Mahmoud et les 
ïenouadjou fréquentent la même région. 

Les Oulad Yahia ben Atman, de parenté marocaine, habitent 
l'Adrar occidental et Idjil. 



3** Le groupe CJiâambâ. 

Ce groupe mérite une mention spéciale. On a évalué le nombre 
de ses représentants à 8,000 environ dont 2,000 guerriers. Leurs 
tribus sont celles des Bou-Rouba, nomadisant aux alentours 
d'Ouangla et se divisant en Châamba Oulad Smaïl et Guebala 
(2,500 individus environ), les Berazga de Metlili (3,900 environ) ; 
les Mouadhi venus à El Golea au xvii® siècle (1,580 représentants). 

Par leur très grande mobilité, ils tiennent le milieu entre les 
Touareg et les Arabes. Leurs courses s'étendent du Touât à la Tri- 
politaine. Longtemps ennemi du Targui, le Châamba devient un 
de nos meilleurs auxiliaires dans la pénétration vers le sud et les 
dissidents de ses tribus rebelles à la domination française dimi- 
nuent de jour en jour. 



Digitized by 



Google 



- 413 



4** Les Touareg, 

Ils tirent probablement leur origine d'une source berbère très 
ancienne ; leurs caractères anthropologiques prouvent cette asser- 
tion. 

D'après la tradition, ils habitaient primitivement le Yemen ou 
Arabie heureuse d'oii ils furent chassés par t une invasion d'infi- 
dèles » eï allèrent s'établir dans le Mag'rib el Aksa, c'est-à-dire 
l'ouest extrême. Ils conservèrent le voile ou litam qu'ils avaient 
mis sur leur visage pendant leur fuite d'Arabie « pour n'être point 
distingués des femmes et éviter ainsi le massacre ». Cette légende 
est rapportée par l'historien arabe du Soudan Es'Sadi. 

Ils se vantent de descendre des Cenhadjiem (1) qui sont des 
Hamira et furent probablement chassés du nord du Mag'rib el 
Aksa par des guerres civiles et des invasions nouvelles. 

S'étant peu à peu répandus dans le Sahara du Nord, ils for- 
mèrent de nombreuses tribus : les Lemtouna, les Lamta, les Targa 
(d'où très probablement le mot Targui tire son origine). 

Ibn-Khaldoun nous apprend qu'ils habitaient entre l'océan envi- 
ronnant (l'Atlantique), du côté de l'occident et Ghadamès vers l'est. 
A l'instar des Berbères du Mag'rib, ils professaient l'idolâtrie et 
embrassèrent l'islamisme quelque temps après la conquête de l'Es- 
pagne par les Arabes. Il semble que la religion nouvelle, qui fai- 
sait accomplir de si grandes choses, ait, à cette époque, frappé d'ad- 
miration les anciens habitants du pays. 

Depuis, les Touareg ont abandonné beaucoup de pratiques de 
l'Islam et sont considérés comme de mauvais croyants par les autres 
fidèles. « Quand les Lemtana (1), composant leur principale tribu, 
eurent soumis les déserts du nord, ils portèrent la guerre chez les 
nations nègres, pour les contraindre à devenir musulmanes », et 
surtout les opprimer et les piller, ajouterons-nous. 

(1) Les Marocains actuels, arabes et berbères croient descendre de deux souches 
dififérentes, celle des Cenhadjiem et celle des R'maricns — et l'origine des deux 
grands groupements serait, semble-t-il, purement berbère. — De nos jours K'mora 
est presque complètement arabisée. Chaque tribu marocaine se rattacherait à l'une 
de ces deux origines. — Inutile de dire que cette classification est purement légen- 
daire. 

(2) Lemtana veu dire « les voilés ». 

PÉNÉTRATION FRANÇAISE 8 



Digitized by 



Google 



— 114 — 

Le Rondh-el-Kartas (2), histoire des souverains du Mag'rib 
écrite en 1326 par Abou Mohamed Salah ben Abd-el-Halim, de 
Grenade, nous fournit de nombreux renseignements sur les dynas- 
ties de leurs rois et sur leur puissance, qui couvrit à un moment 
tout le Sahara et le nord du Soudan. « Plus de 20 rois de cette 
contrée leur payaient tribut. » 

Telle fut l'origine des Touareg. 

On les a souvent divisés en Touareg du nord et Touareg du sud. 



a) Touareg du nord. 



Ceux-ci furent soumis au X* siècle par la dynastie almoravide, 
d'origine cenhadjienne, qui étendit son autorité sur tout le Sahara 
et sur une partie du Soudan, puis, à la décadence de cette dynastie 
reprirent leur indépendance. 

Les Touareg du nord se divisent de nos jours en Azdjer (ou 
Azguer) et Hoggar (ou Ahaggar)% Ils ont été longtemps livres a 
des luttes intestines et à des guerres contre les Châamba. 

Chacun de ces deux grands groupes comprend des tribus nobles 
ou djouad et des tribus serves ou imrhâd. Chaque Targui jwssède 
en outre plusieurs esclaves. 

Le pouvoir est exercé par les nobles qui désignant un chef, 
généralement le plus brave d'entre eux, mais celui-ci ne ^'ouit, en 
général, que d'une autorité assez illusoire, ce qui explique l'inanité 
des traités qu'il peut passer. 

Les tribus serves paient aux nobles des redevances et leur four- 
nissent des auxiliaires en cas de guerre. Ils sont pasteurs, mais 
avant tout guerriers. A certaines époques de l'année, ils viennent 
dans les oasis échanger des dattes et du grain contre du gibier et 
des moutons. Ils se rendent, par exemple, au Tidikelt en automne. 
Voilà une cinquantaine d'années, les Azdjer comptaient, d'après 
Hanoteau, 9 tribus nobles et 22 serves. Flatters recueillit sur eux 
d'autres renseignements. D'après lui, leurs tribus nobles seraient 
celles des Ifoghas, des Oulad-Sidi-Moussa et des Azdjer propre- 

(1) Mot à mot « le jardin des feuillets ». 



Digitized by 



Google 



— lis — 

ment dits. Il semble que leur nombre ait considérablement diminué 
actuellement. 

Les Hoggar (ou Ahaggar) auraient compris naguère, toujours 
d'après Hanoteau, 14 tribus nobles et 31 serres. Flattera nous 
apprend que les Hoggar proprement dits auraient 120 tentes djoual 
ou nobles, leurs autres fractions étant les Magasaten, Idanaouen, etc. 

Au sujet de leur origine, Ibn Khaldoun dit qu'en outre des 
Cenhadjas, d'autres tribus furent chassées du littoral de Barka par 
les Arabes. Parmi celles-ci étaient les Ilhouarra. « Une de leurs 
tribus alla se fixer à côté des Lemta, porteurs de Toiles et leur nom 
devint, par altération, Hoggar. » 

Xa limite de leur territoire est marquée par une ligne allant 
d'In Azaoua à Timissao; de là à Hassi-Intofinabi, Hassi el Khenig, 
Temassinin, Amadghor et Tadent. Ils s'étendent donc sur le 
Hoggar, le Muydir, le Baten, Amguid, l'Eguéré, le Tassili de l'est 
et celui du sud. 

Leurs fractions nobles se sont établies dans le soulèvement de 
l'Atakar !N''AJiaggar, d'où ils peuvent facilement rayonner dans 
toutes les directions et où ils trouvèrent longtemps un asile inviolé. 

Les Ihaggaren ou nobles sont à la tête du pays et leur ame- 
nokal ou chef ne jouit que d'une autorité très minime parmi les 
siens. 

A l'heure actuelle, ces nobles ne compteraient plus que 110 ou 
120 guerriers, presque tous de la tribu des Kel Ghela qui a fini par 
absorber les autres (leurs femmes étant seules jugées capables de 
donner naissance aux chefs et évitant généralement de se mésallier 
en épousant des guerriers d'autres tribus). 

Par suite des alliances entre proches parents, le nombre des 
Ihaggaren décroît chaque jour. Leurs autres fractions portent le 
nom d'Inemha, Ikadeen, Ibaguelan, Ikerreman et ne comptent plus 
que quelques individus ; citons, par exemple, les Tedjeké Melloui 
qui seraient au nombre d'une vingtaine. 

Au-dessous de ces tribus nobles, sont les tribus d'imrads (ou 
serfs) et d'Isakkamaren (serfs affranchis d'origine arabe). 

La plus puissante des tribus serves est celle des Dag-Raly, puis 
viennent les Leaken et les Dag-el-Mesh, qui ont toutes été fort 
éprouvées dans la défaite que leur a faite subir le lieutenant Cotte- 
nest à Tit. 



Digitized by 



Google 



— il6 — 

Les Hoggar (1) ne pourraient mettre actuellement sur pied 
plus de 500 hommes; et depuis le déclin de leur prestige, les nom- 
breuses tribus Kountas et Bérabiches de TAdrar et de TÂzzaouaà 
qui reconnaissaient leur suprématie, tendent à secouer le joug. 

Ils tirent leur mil du Soudan et les dattes du Tidikelt. On peut 
donc les affamer en tenant ces pays qui sont leurs véritables gre- 
niers. 

L'Adrar Alinet est habité par des tribus Touareg auxquelles on 
a donné quelquefois le nom de Touareg de Touest. Ce n'est là, en 
somme, qu'une fraction des Hoggar : les Kel-Ahnet (2). Les Taï- 
toqs, familles nobles qui les commandaient, ont perdu beaucoup de 
leur influence et ne comptent plus guère qu'une dizaine de tentes 
dans l'Âdrar. 

Ikadeen, Ihrekhchammen, louaramen, Ikeurkonnen se fondent 
chaque jour de plus en plus avec les Kel Ahnet et tous ces Touareg 
réuniraient une centaine de combattants seulement. Des 21 tribus 
de l'Adrar citées par Bissuel, il en reste donc actuellement bien 
peu. Leur amenokal est d'ailleurs venu faire sa soumission à In 
Salah en 1902. Les Rohali d'Akabli sont leurs parents. 



b) Touareg du sud. 

Les Touareg ont joué de bonne heure un rôle important dans 
le Soudan septentrional. Vers la fin du v* siècle de l'hégire, la tribu 
des Makcharen fonda la ville de Tombouctou ; depuis cette époque, 
ils n'ont cessé d'évoluer dans la région. Soumis par les Berbères, 
ils reprirent leur indépendance lorsque la domination de ceux-ci 
sur le Soudan eut cessé. Pendant les brillantes périodes des empires 
de Melli et Songhay, ils jouèrent un rôle assez effacé, mais, dès la 
fin du xvn* siècle, ils profitèrent de l'affaiblissement de la puissance 
marocaine sur le coude du Niger. Celle-ci dut leur céder la place 
et ils purent piller et rançonner tout à leur aise de Dienné à Tom- 
bouctou et d'Araouan jusqu'aux pays noirs de la boucle du fleuve. 
Seule notre arrivée dans le pays a pu mettre fin à leurs brigandages. 

Les Touareg du sud se fractionnent en de nombreuses tribus : 

(1) D'après le lieutenant Cottenest. — Les Hoggar ont été soumis en 1902-190 . 

(2) Les Hoghar de l'Adrar ont également fait leur soumission en 1903. 



Digitized by 



Google 



— 117 — 

Les Ihneden ou Aouallimiden occupeirt le plateau Aghay et la 
région située au nord-est du coude du Niger. En cas de guerre, ils 
pourraient mettre sur pied de GOO à 800 cavaliers ou méharistes et 
plusieurs milliers de fantassins. Ils ont été autrefois en lutte avec 
la puissante confédération des Tademekett. 

Les Igouadaren sont répandus sur les deux rives du coude du 
Niger. 

La confédération des Tademekett a été autrefois très puissante. 
Elle occupe les environs de Tombouctou et se divise elle-même en 
plusieurs fractions. Une de celles-ci, les Tengeriguif, a fait sa sou- 
mission au général de Trentinian en 1896 ; les Irregenaten ont été 
aussi en lutte avec nous dans cette région : les Kel Temoulai se sont 
soumis. 

Les Iguellade arrivèrent vers le milieu du xi* siècle dans la 
région située entre Tombouctou et Âraouan et y introduisirent 
d'une façon complète Tislamisme. 

Les Kel-Antassar, une de leurs tribus susceptible de fournir 
2,000 combattants, mit une grande opposition à notre occupation 
de Tombouctou. 

Les autres groupes touareg principaux sont : 

Les Kel-es-Souk, habitant TAdgliag. 

Les Imededghen qui nomadisent entre Tombouctou et Goundam. 

Les Kel Incheria habitent la même région et sont venus les pre- 
miers faire leur soumission. 

Les Kel Nekounder sont religieux, nomades et pasteurs paci- 
fiques. 

Les Keloui occupent la région de TAïr et en oppriment la popu- 
lation naturellement douce et travailleuse. Les Kel Guerez et les 
Kel Ferouane fréquentent également Agadès. 

Telles sont les fractions principales des Touareg, véritables 
oiseaux de proie qui s'abattaient, avant notre venue, sur les oasis 
sahariennes. 



Digitized by 



Google 



CHAPI7FIE VI 



LES OASIS DU SAIIABA SEPTENTRIONAL 



V Taûlet (1). 

Le Tafilet est un grand centre d'agitation musulmane voisin 
de notre frontière. Il semble donc difficile de n'en point parler bien 
qu'il ne rentre pas dans notre xone d'influence. 

Dès les temps les plus reculés son nom et celui de son ancienne 
capitale Seldjemessa sont intimement liés à l'histoire berbère. 

En 1009, l'émir fatimide Moëz ben Zyri ben Atbya s'empara 
de Seldjemessa et rattacha le Tafilet à son empire. 

Au commencement du xvi° siècle, les tribus de ce pays élurent 
pour chef Moulay-Ali, chérif venu de la Mecque. Celui-ci ne tarda 
pas à s'emparer de Fâs et de Merrakech, fondant ainsi le Maroc 
actuel par la jonction des trois royaumes. De nos jours, le Tafilet 
a presque complètement reconquis son ancienne indépendance et 
ne reconnaît au Sultan que l'autorité religieuse. 

Ses habitants ne paient aucun impôt et à chaque demande ae 
contribution, ils répondent aux envoyés du Makhzen « qu'ils n'ont 
que de la poudre à leur donner s'ils veulent venir la chercher » (2). 

Le Tafilet est le don de l'O-Ziz et de ses affluents le long des- 
quels la vie humaine sédentaire s'est concentrée comme d'ailleurs 
la végétatron. 

L'O-Ziz descend du revers méridional du Grand Atlas et coule 

'''**^'^^d entre de hautes montagnes. Il ne possède un cours appa- 

régulier que dans sa partie supérieure avant Tiallalin et coule 



!S auteurs arabes écrivent souvent Tafilet ou Tafilalct . 
Canal. — Le Maroc. 



Digitized by 



Google 



— 119 — 

ensuite souterrainement donnant naissance aux nombreuses^ oasis 
de rivière qui couvrent son ancien lit. 

Les districts qu'il fertilise sont au nombre de 9 (Ait Heddidou, 
Aït Izdeg, Guers, Tiallalin, El Kheneg, Kzar es Souk, Metrara, 
Reteb, Tafilet) (1). 

Son principal affluent est TO-Todra qui descend du Mont Aqqa 
Tizgi « muraille rocheuse du pied de laquelle jaillissent des sources 
abondantes ». Il ne possède d'eau que dans sa partie monta- 
gneuse (2). 

Le Todra et le Ferkla sont les deux grands groupes d'oasis 
auxquels il donne naissance. Ses rives sont incultes à partir du 
confluent de rO'Gheris. Ce dernier également ne possède de végé 
tation que dans sa vallée supérieure (groupe d'oasis de Beris). 

Après avoir pris le nom d'ouad Tafilet, le Ziz va se perdre dan» 
la grande Sebkha de Dayat el Daoura ; sur ses bords s'élèvent près 
de 600 ksours. 

La population se compose de tribus Chellaha, Berâber, de 
Clieurfa, d'Harâtin et de Juifs. 

Les Chellaha habitent les districts de Gers, de Metrara et de 
Reteb (3), le long de l'O-Ziz ; le Tadra où ils se divisent en Aït 
Caleh et Aït Genad et une partie du Reris (4)s 

Les Berâber du bassin de l'O-Ziz appartiennent à la grande 
fraction Aït lafelman, Aït Heddidou du Haut-0-Ziz et de l'O-Sidi- 
Hanya ; Aït Izdeg du Gers, du Tiallalin, d'El Kheneg, de Ksar es 
Souk, de rO-Nezala; Aït Melrad du Ferkla et du Reris; Aït 
lahia de l'Oued de ce nom. 

Les Cheurfa abondent surtout dans les districts de Metrara, 
Ksar as Souk et dans le Reris. 

Quant aux Harâtin, ils sont répandus un peu partout. 

D'après M. de Foucauld, 650 familles juives environ habiteraieni 
la région. 

Le pays pourrait fournir près de 20.000 fusils, sans comprendre 
dans ce nombre les guerriers des 360 ksours du Tafilet proprement 
dit 



(1) Ch. DE Foucauld, Reconnaissance du Maroc. 

(2) D'une façon régulière tout au moins. 

(3) Souvent ta l'état de gebala, c'est-à-dire à -emi asservi — tandis qu'au con- 
traire dans le Todra et le Reris, les Chellaha 3:)it complètement indépendants. 

(4) Où ils portent le nom d'Ahel Ferk»a. 



Digitized by 



Google 



— 120 — 

€ Le sol, généralement formé d*un sable gris cendré, est très 
fertile (1). » Il produit d'innombrables dattiers, du blé « toutes 
sortes de légumes et tous les fruits du midi de TEurope. Les indi- 
gènes élèvent des moutons, dont la laine, très Blanche, est tissée et 
employée à confectionner des couvertures, des haïks, des bur- 
nous, etc., travail dans lequel les femmes du Tafilet excellent » (2). 

Les habitants d'Abouam, la capitale, sont très habiles dans 
Tart de travailler le cuir. Leurs ouvrages sont fort estimés sur le 
marché de Fâs qui leur envoie en échange du thé et du sucre de 
provenance anglaise, de la coutellerie, des soieries, etc., etc. 

Les caravanes passent par le col de Tizi N'Telremt, pour des- 
cendre ensuite la vallée de Toued Ziz. 

La majeure partie de l'ancien commerce de la région avec le 
Soudan subissait l'intermédiaire de notre Touât. Notre présence a 
refoulé les routes commerciales du Maroc vers l'ouest. 



2^ Groupe touât i en. 

Il comprend le Gourara, le Touât proprement dit et le Tidikelt. 

Cette région est célèbre depuis une haute antiquité. 

L'historien arabe Es'Sadi nous racontant dans son t Tarikh 
es Soudan » le pèlerinage du roi de Melli Kankan Moussa, se ren- 
dant à la Mecque au ix* siècle de l'hégire, nous dit textuellement : 
« Le roi fit route vers Ouâlata et arriva vers l'emplacement actuel (3) 
du Touât. Là il laissa un grand nombre de ses compagnons qui 
avaient été atteints, au cours du voyage, d'une maladie de pied que, 
dans leur langue, ils appelaient « touât ». La localité où cette sépa- 
ration eut lieu et où les malades se fixèrent à demeure prit le nom 
ue leur maladie. » 

L'empire Songhay s'étendit, comme nous avons déjà eu Toc- 
casion de le faire remarquer, jusqu'au Touât. Ibn Kaldoun parle 
de 200 ksours existant alors et de « rois -vêtus de soie et d'or ». Tout 
en faisant la part de la brillante imagination orientale, il paraît 
certain que la région connut des temps très prospères. La domina- 
tion marocaine lorsqu'elle s'étendit sur le Niger, à la chute de l'em- 



(1) et (2) J. Canal, 

(2) Es* Sadi écrivait au milieu du xviP siècle. 



Digitized by 



Google 



-^ 121 — 

pire Songhay, appauvrit toute cette région du Soudan. Or, le Touât 
faisait, sous la dynastie A skia, un grand commerce avec Tom- 
bouctou. L'appauvrissement de cette ville amena celui du Touât» 
l'insécurité devenant en outre générale. 

C'est, du reste, dans le Touât que commencèrent les premières 
révoltes contre les Marocains. Depuis, les oasis conservèrent leur 
indépendance jusqu'au ^our oii elles tombèrent entre nos mains. 

La première question à se poser au sujet de celles-ci a trait aux 
nappes aquifères qui les ont produites. 

On a cru tout d'abord que « le Touât était physiquement le 
don des grands oued qui, issus de la chaîne saharienne des hauts 
plateaux de l'Algérie et du Maroc oriental, poursuivaient à travers 
une partie du Sahara leur cours souterrain en filtrant peu à peu 
vers le sud sous l'épaisseur des grandes dunes de l'erg, puis tout à 
coup arrêtés par le plateau de Tademaït, s'accumulaient à une 
faible profondeur et donnaient la vie à tout l'archipel d'oasis du 
Gourara et du Touât » (1). 

Or, l'étude des travaux d'adduction de l'eau par les feggaguir, 
semble au contraire prouver que les eaux du Touât viennent de 
l'est. Quant au Tidikelt, reçoit-il ses eaux de la partie méridionale 
du plateau de Tademaït, du nord du massif touareg, ou de ces deux 
directions à la fois ? M. Flamand a observé que la température des 
drains souterrains à In Salah (26° 9) autorise plutôt à croire à une 
nappe artésienne venant du sud (2). 

Toutes ces eaux s'épandent-elles ensuite dans le sous-sol vers 
le sud ou bien s'arrêtent^elles dans la Sebkha de Tanezrouft, c'est 
li encore un problème qui n'a pas encore été résolu. 

Quoi qu'il en soit, les renseignements en possession desquels 
nous sommes actuellement n'ont encore qu'une valeur approxima- 
tive. Ils sont dus à l'allemand Rohlfs, au commandant Déporter, à 
M. Flamand, au rapport du général Servière, au retour de son pre- 
mier raid à travers le Touât, aux documents pour servir à l'étude 
du nord-ouest africain réunis et rédigés par ordre de M. J. Cambon, 
gouverneur général de l'Algérie en 1896, enfin à divers renseigne- 
Il) M. Robert de Caix, Bulletin du Comité de VA/rigue française de 
février 1900. 

(2) M. Flamand, Sur le régime hydrographique du Tidikelt. — (C. R. trad 
se. XXXV 1902) — (signalé par la bibliographie da 1902 des Annales degéographiéj^ 



Digitized by 



Google 



— 122 — 

ments recueillis par les officiers de nos postes extrêmes, depuis 
notre prise de possession des oasis. 



a) Touât proprement dit. 

La largeur moyenne de l'ensemble des vallées composant le 
Touât proprement dit serait de quelques kilomètres seulement. (La 
largeur moyenne des palmeraies ne dépasse guère 3 kilomètres) 
et sa longueur de Bouda au Reggan d'environ 200 kilomètres. C'est 
en somme la vallée de Toued Saoura (au Messaoud), y compris les 
vallées intermédiaires qui viennent y aboutir vers Test. D'après le 
rapport de M. le général Servière, on rencontre « dans le Touât une 
succession ininterrompue d'oasis très peuplées et bien cultivées, où 
le ravitaillement est facile pour les hommes et pour les chevaux ». 

Il comprend dix districts : 

Bouda, Timisi, Tamentit, Oulad-El-ïïadj, Tasfaout, Fenourin, 
Tamest, Oued si Hamou, Ben el Hadj, In Zegmir, Sali, Reggan. 

In Zegmir cultive le henné, Sali le tabac. Le nord du Touât 
produit l'opium qui jouit d'une grande vogue dans la contrée. Les 
principales cultures sont d'une manière générale : les palmiers en 
quantité trop faible pour approvisionner de dattes tout le pays, Je 
blé, l'orge, le millet, le bischna (ou sorgho) que l'on sème en août 
et que l'on récolte en octobre. Les légumes sont : la betterave, le 
navet, le chou, la citrouille, les oignons, l'ail, les haricots, les len- 
tilles, les aubergines. 

Les arbres fruitiers sont représentés par des figuiers, des gre- 
nadiers, des amandiers et quelques vignes. Enfin, le coton croît 
assez bien. 

Le Touât produit plus de grains qu'il n'en consomme, la nour- 
riture principale de ses habitants étant la datte à laquelle il adjoint 
quelquefois le « tam » (plat fait avec de la farine de bechna et de 
tafsaut, rarement de blé ou d'orge). 

Les arbres fruitiers n'existent qu'en petit nombre et ne reçoi- 
vent pas de soins spéciaux. Ils se développent sur les bords des 
madjen (bassins-réservoirs). 

La superficie cultivée du Touât est d'environ 6,000 hectares 
chaque année, les Touâtiens n'exploitant seulement que la moitié 
de§ terres pour les laisser se reposer. Cet état de choses tient encore 



Digitized by 



Google 



— 123 — 

au manque d'eau beaucoup plus qu'au manque de bras. Les habi- 
tants des oasis se servent comme engrais de l'ougnid (excrément 
du chameau) et à défaut d'un peu d'argile. 

Les récoltes poussent à l'ombre des palmiers. « Une partie des 
palmeraies est cultivée et forme une série de jardins enserrés dans 
une enceinte extérieure (murs ou haies), parfois protégés au nord 
et à l'est, par des dunes dites de protection. Pour obtenir ces dunes, 
les Touâtiens procèdent de la façon suivante : on dresse du côté 
jienacé, à 300 mètres environ en avant des jardins, une afraz (sorte 
de haie, sans épaisseur, faite de branches de palmiers reliées entre 
elles par des cordes en crin végétal). Cette haie arrête le sable et 
forme bientôt une dune de 2°*,50 environ. Le travail de Tafra^ est 
répété deux fois, trois fois, sur le sommet de cette dune qui finit 
par atteindre de 20 à 50 mètres (1). » 

« En réalité, il n'existe au Touât qu'une grande route, celle qui 
suit la ligne des oasis du nord au sud, laissant ces dernières vers 
Touest. De chemins^ il n'existe que ceux de l'intérieur des oasis (2) 
coupant les palmeraies d'artères parallèles. 

Tavientit est un des plu» anciens centres de population qui, 
d'après Rohlfs, aurait eu à lui seul 6,000 habitants, 5 mosquées et 
i kasbah. « Adrar, nous dit M. le général Servière, est une agglo- 
mération de 24 ksours, défendus chacun par une kasbah et possé- 
dant de nombreuses ressources. » 

Le commandant Déporter évaluait la population du Touât pro- 
prement dit à 120,000 habitants avec 18,000 fusils et 3,500,000 pal- 
miers. Nous verrons, un peu plus loin, que ce chitïre émanant de 
renseignements indigènes était quelque peu exagéré. 



b) Gourara. 

La pénéplaine formant le Gourara s'étend du nord-est au sud- 
ouest sur une superficie d'environ 500 kilomètres carrés. Dans son 
ensemble, elle est aride et nue, couverte même en partie par des 
dunes. La pente est dirigée dans un sens sensiblement est-ouest. 

Les oasis et les ksours de la région sont situés dans des bas- 

(1) Le Touât, Renseignements communiqués au Bulletin du Comité de 
V Afrique françaiêe (supplément de juillet 1904), parle lieutenant Nieger (daté 
A<kirar. FéTrier 1903) . 



Digitized by 



Google 



— 12i — 

fonds ou dans des vallées transversales où Teau se trouve très près 
du sol* 

Le Qourara comprend 12 districts : Aouguerout, Tin-Erkouk 
(avec Tabelkosa), El Djereïfet, Teganet, El Haïha, Charouin, Zoua- 
el-Deldoun, Tsabit, Deremcha, Iba. 

Timmimoun est le centre principal de la région. Oulad Saïd 
fabrique du charbon de bois, et à Iba on trouve du salpêtre. 

Rohlfs attribuait à Brinkan, principale oasis de Tsabit, 
3,000 âmes. Ce district a été parfois considéré comme le plus sep- 
tentrional du Touât proprement dit. 

Les productions du Gourara sont sensiblement les mêmes que 
celles du Touât. Les dattes en sont très recherchées. 



c) Tidikelt. 

Le Tidikelt semble être le plus pauvre des trois grands groupes 
d'oasis. Le plateau qui le forme s'étend entre la falaise méridio- 
nale du Tademaït et la dépression de l'O-Botha. Plusieurs vallées 
nées dans le Tademaït viennent; le couper dans un sens nord-est, 
sud-ouest. 

Il se compose de six districts : 

Aoulef, Akabli, Tit, In Rhar, In Salah, Foggaret-ez-Zoua. 

Aoulef et Akabli sont deux districts fort importants. A Akabli 
se réunissaient naguère les caravanes du Tafilet, du Gourara, du 
Touât et du Tidikelt à destination du Soudan. 

L'oasis possède, en outre, des mines d'alun. Le Ksar el Arab est 
la principale localité de la région d'In Salah. 

La plaine qui s'étend entre Tit et In Rhar est riche en fourrages 
pour les chameaux. Les cultures sont assez analogues à celles du 
Touât et du Gourara, mais plus pauvres. 

Le tabac et l'opium n'y sont pas cultivés, les dattes suffisent 
avec peine à nourrir les habitants. 

L'industrie locale produit quelques tissus de laine. 

D'après le commandant Déporter, le Tidikelt aurait 25,000 âmes 
avec 4,000 fusils et 1,500,000 palmiers. 

D'une façon générale, les appréciations qu'on avait faites sur 
le nombre d'habitants du groupe touâtien étaient très exagérées. 
D'après les derniers renseignements, la population de tout l'en- 



Digitized by 



Google 



semble des oasis ne s'élèverait qu'à 90,000 habitants seulement, cul- 
tivant environ 3 millions de palmiers. 

Le Tidikelt ne posséderait que 9,000 habitants. 

La région semble avoir été habitée par les Haratins, probable- 
ment d'origine berbère très ancienne et descendants des Garamantes. 
C'est la race berbère qui a bâti les ksours, planté les dattiers et 
creusé les puits et feggaguir. 

Ibn Kaldoun, qui écrivait en 1392, nous dit : « Les Béni Talde, 
descendant de la tribu de Magraoua, occupent, depuis un temps 
immémorial, le pays situé derrière l'Areg, ils y ont bâti des forts, 
construit des bourgades et planté des jardins où Ton trouve des 
dattiers, des vignes et des arbres fruitiers. » 

Au moment de l'invasion arabe, les Makil vinrent du Mag'reb 
avec la tribu des Hillal et devinrent maîtres des ksours du Touât. 

C'est probablement de l'époque de l'envahissement de la région 
par les Arabes que date le commencement du dépérissement du 
pays. On ne peut, en effet, imaginer de plus grand fléau pour un 
pays que l'élément arabe nomade. « 11 détruit toujours, a-t-on pu 
dire, et ne crée jamais. » 

Avec les Arabes, ou à leur suite, sont venus les Cheurfa et les 
marabouts, en grande partie originaires du Maroc, cette terre de 
prédilection des zaounjas et des confréries religieuses. 

Ils sont considérés comme deux fois nobles et jouissent dans le 
pays d'une autorité considérable. 

Leurs zaouias ou communautés vivent des aumônes des fidèles; 
ne point laisser se perdre leur influence est donc, pour elles, une 
question très importante. C'est là un point faible par lequel on 
peut espérer avoir quelque prise sur elles. 

Les unes sont affiliées à l'ordre d'Ouezzan, les autres aux 
Kadriyas, aux Derb'aouas, aux Senoussiyas. 

Il semble que l'on ait beaucoup exagéré l'importance de ces 
congrégations musulmanes. A l'origine, elles ne paraissent avoir 
eti qu'un but : rendre à la religion sa pureté primitive et rappro- 
cher ses initiés de la divinité. 

Mais en affirmant que « quiconque n'a pas de directeur spiri- 
tuel a Satan pour chef », elles se sont peu à peu laissées aller à des 
visées plus ambitieuses. Grouper le plus grand nombre de khouans 
possible pour augmenter leur domination, telle est devenue leur 
tâche. 



Digitized by 



Google 



— 126 — 

L'ordre d'Ouezzaa nous est depuis longtemps favorable, proba- 
blement dans le but de conserver son indépendance vis-à-vis du 
sultan. Depuis un assez grand nombre d'années, son influence au 
Maroc va en décroissant. El Hadj-Abd-Es-Salam, en se ralliant trop 
ouvertement à la civilisation et en se montrant favorable à la 
France et à l'Angleterre, lui a tait perdre beaucoup de son prestige. 
La confrérie Taibiya (1) est actuellement en butte aux attaques 
des autres associations religieuses marocaines. Elle a espéré 
retrouver de la popularité et de l'argent en s'étendant du côté de 
notre Sud-oranais. 

Beaucoup de musulmans, et du Maroc, en Tmrticulier, semblent 
las des agissements des confréries. Les étudiants djebalien» (2) ne 
chantent-ils pas cet étrange dicton satirique cité par M. Mouliéras : 
€ Le chien et le Derk'aoui ne font qu'un. La fréquentation des 
congréganistes est inutile. Ils ont la barbe longue, pendante, sem- 
blable à un torchon qu'on a jeté au fumier. Le chapelet aux grains 
énormes, le bâton et les haillons sont sans contredit (les maïques) 
d'une impiété dissimulée. » L'ordre Senoussiya doit être mis à part. 
Par sa haine de l'infidèle, ses visées politiques, il offre de sérieux 
dangers. De récents événements l'ont d'ailleurs prouvé iîsous le 
constaterons dans l'étude du Soudan. 

En résumé, la population du groupe touâtien se compose d^a- 
ratins cultivant le sol, de Berbères et d'Arabes. Ajoutons à cela 
quelques israélites et les nègres du Soudan. 

Dans ce singulier mélange de races, on rencontre jusqu'à des 
Maures Kountas du Xiger et des Foulani. 

Certains districts du Touât sont habités par des Maures Zenatas 
et aussi des Kountas, des Cheurfa ; le Gourara par des Zenaïa, des 
Oulad Sidi-Cheikh-Cheraga, etc., etc. 

Toutes ces tribus, par suite de leur enchevêtrement, forment des 
groupes mal cimentés t comme les pierres d'un mur de l'Islam •, 
a-t-on pu dire. Les influences religieuses les distinguent et les 
luttes des partis politiques les divisent. Chacun d'entre eux se vante 



(1} Au Maroc, on n'appelle guère cette confrérie qu'El-Touhami^ui, du nom de 
Moulay El-Touhami Ibn' Moh'ammed qui est considéré comme le grand réorgani- 
sateur de la confrérie. — Il vécut de 1G49 à 1715. 

(2) I^ province do Djebala comprend la pointe occidentale du Maroc jusqu'à 
rOued sebou. 



Digitized by 



Google 



— 127 — 

d'appartenir à \in sof ou parti, et les batailles sont fréquentes entre 
ces guelfes et gibelins d'un mauvais genre. 

La tradition a conservé le souvenir de la guerre qui éclata 
en 1848 entre les oasis àe Temassinin, du Tidikelt et du Touât du 
sud d'une part, celle de Tsabit de Tautre. 

Tous ces ksouriens étaient, en outre, très fréquemment pillés 
par les nomades passant sans cesse du Maroc dans la région du 
Touât et inversement. 

Une autre cause du dépérissement résidait dans le mauvais 
emploi de l'eau. 

Les feggaguirs ou canalisations creusées dans Targile remontent 
à une très haute antiquité. 

Ibn Khaldoun décrit déjà le forage des puit& On en perce un 
premier sur un point élevé, t Dans ce but, on creuse le sol jusqu'à 
ce qu'on atteigne une couche de pierre très dure. On entame cette 
couche pour l'amincir, puis on jette au fond de l'excavation une 
masse de fer ; le roc se brise et laisse monter les eaux qu'il recou- 
vrait, le puits se remplit et l'eau déborde en formant un ruisseau 
sur le sol. » 

D'autres puits sont ensuite creusés en des points moins élevés 
d'après la même méthode. Ils sont enfin réunis vers leur base par 
des feggaguirs. 

De la foggara (citerne) mère descendent ainsi de nombreux 
petitfi aqueducs qui drainent l'eau à travers les oasis. Les habitants 
actuels semblent avoir oublié les anciennes méthodes de construc- 
tion de ses canalisations. Beaucoup d'eau est, d'ailleurs, perdue en 
raison de leur mauvais état. En' outre, la pluie est très rare dans la 
région : on y a vu la sécheresse régner pendant douze années. 

Les oasis jouissent pourtant d'une sorte d'administration. A la 
tête de celle-ci se trouvent les chefs de district exerçant un certain 
ascendant par leurs richesses ou leur caractère religieux. 

L'autorité judiciaire est représentée par le cadi qui se charge 
de l'application de l'usage local ou kanoum. 

Dans chaque ksar, la djemmâa ou assemblée des dhoman (ou 
notables) est l'autorité dirigeante. Son président (nommé par les 
autres dhoman), porte le titre de cheikh ou d'amin. 

Les oasis possèdent en outre quelques employés, s'il est permis 
d'appeler de ce nom bureaucratique : Vouakaf, sorte de garde tout 
à la fois champêtre et civique, chargé de la garde des portes et 



Digitized by 



Google 



— 128 — 

d*éclairer les abords du ksar pour le préserver des attaques de Ten- 
nemi ; le kiel el via (mot à mot, mesureur de l'eau), personnage très 
important, chargé de répartir Teau des feggaguir entre les familles 
«t de réparer les puits et les canalisations ; Voukil ou intendant des 
domaines appartenant en propre à la mosquée ; Vimam chargé du 
service du culte et de renseignement coranique à donner aux jeunes 
touâtiens. 

Ces divers fonctionnaires reçoivent pour prix de leurs services 
certaines redevances en nature, telles qu'un régime de dattes et un 
peu de blé et d'orge de chaque jardin, un morceau de chaque 
mouton égorgé dans le ksar, et, en outre, le droit de faire des quêtes 
certains jours de l'année. 

Le Touât fait un certain commerce avec les autres oasis. 

Du Tafilet il recevait, avant notre occupation des peaux tan- 
nées, de la laine, des cotonnades, du thé et du sucre (1), ces der- 
nières venant en grande partie d'Angleterre. Le commerce a actuel- 
lement un peu repris. Les gens de l'ouest procèdent par vente et 
non plus par échange. En outre, la plupart des caravanes allant 
du Maroc au Soudan passaient par l'O-Saoura et Akabli. 

Tous les ans des caravanes comprenant, d'après M. Flamand, 
jusqu'à 1,200 individus, se rendent de notre Tell au Gourara, appor- 
tant à ce pays le blé et le beurre qui lui font défaut, des cotonnades, 
du sucre et des objets manufacturés, rapportant en échange les 
excellentes dattes des oasis gourariennes. Ces caravanes suivent les 
medjebed ou pistes de caravanes de Terg occidental. Timmimoun, 
Adrar et Tamentit sont les principaux marchés de la région. 

Les Tadjakant et Mradiu du Sahel apportent des cotonnades et 
vêtements du Draa. 

Les Doui-Menia, à l'époque des dattes et quelquefois au prin- 
temps apportent de l'orge, du blé, de la laine, du beurre, quelques 
moutons et achètent des dattes. 

Toute l'année, les Ghenamma viennent vendre à Bouda des 
cotonnades et des grains. 

En outre, à l'intérieur même du groupe touâtien, existe un cer- 
tain commerce d'échange. Le Touât proprement dit fournit au 
Tidikelt le tabac et l'opium qui lui font défaut. Le Tidikelt a 

(l) Les indi^'^ènes et en particulier les Marocains aiment boire lo thé très sucré. 



Digitized by 



Google 



— 129 — 

imi)orté du 1*^ au 30 juin 1901 (1) 800 kilogrammes de tabac. Il a 
reçu en outre 38 charges de blé, 9,140 kilogrammes de thé, 113 quin- 
taux de sucre, 69 charges de chameau de laines et de cotonnades, ces 
importations proviennent d'origines diverses. 

Les Touareg (Isokamaren des Hoggar) approvisionnent le Tidi- 
kelt de viande et de laitages. Toujours du 1*" au 30 juin 1901, ils 
ont importé à In Salah : 531 moutons, 188 chèvres, 400 kilo- 
grammes de viande boucanée de gazelle ou de moufflon, quelques 
chameaux de boucherie, 782 kilogrammes de beurre. Ils ont acheté 
par contre dans l'oasis : 473 charges de dattes et plus de 6,000 mètres 
de toile blanche dont ils se servent pour leurs vêtements. 

D'après ces chiffres atteints peu après notre conquête d'In Salah 
tt certainement augmentés depuis, nous nous rendons compte faci- 
lement de la possibilité d'un certain commerce entre les oasis du 
Sahara septentrional et entre celles-ci et les nomades. 

Le Touât est enfin en relations avec Ouargla (importation de 
produits manufacturés, ancres, cotonnades, etc.) et avec Ohadamès. 
Cette oasis exporte des cotonnades d'Europe, du thé, des bijoux 
fabriqués à Tripoli et importe, en échange, les dattes qui lui font 
défaut. Le Touât paraît, en outre, avoir été le point de passage 
d'un certain nombre de caravanes se rendant de Ghadamès à Tom- 
bouctou. Rohlfs estimait 20,000 francs par an le trafic des plumes 
d'autruche d'In Salah à Ghadamès. 

En résumé, au moment où nous en avons fait la conquête, trois 
choses manquaient à la région du Touât : la sécurité, l'eau et les 
datt«8. 

Toutes trois sont, d'ailleurs, intimement liées l'une à l'autre. 

Nos colonies ont rétabli la sécurité en purgeant la contrée ; nos 
postes de l'O-Zousfana et de FO-Saoura servent de couverture aux 
oasis dans la direction du Maroc avec l'avant ligne des postes situés 
de l'autre côté du Bechar. Plus en arrière, le poste d'Adrar, choisi 
par le général Servière dès son premier raid à travers le Touât, 
protège directement les oasis d'Aoulef et d'Akabli, points si impor- 
tants, à la jonction des routes se dirigeant vers le Tafilet, le Gourar, 
le Touât, le Tidikelt et le Soudan. 

Le système sera efficacement complété par les colonnes volantes 
dont nous avons parlé plus haut. 

(l) Renseignements fournis pcr le supplément du Bulletin du Comité de 
V Afrique française de décembre 1901. 

PÉNÉTRATION FRANÇAISE 9 



Digitized by 



Google 



— 130 — 

Le calme et la paix rendus aux oasis, il nous faudra assurer 
un meilleur emploi de l'eau et pour cela restaurer les milliers de 
feggaguirs abandonnés ou en mauvais état. (In Salah en possède 
à elle seule 104 kilomètres pour 1,200 habitants.) Nos soldats ont 
déjà entrepris la construction de nombreux puits sur toute la lon- 
gueur du Tidikelt. 

L'eau étant suffisante, les habitants pourront cultiver un plus 
grand nombre de palmiers et, par contre coup, leurs récoltes qui 
poussent à l'ombre de ces arbres, augmenteront d'étendue et de 
rapport. 

Le pays se suffira à lui-même et pourra exporter un certain 
nombre de dattes. 

Le commerce local sera rétabli. Des villages de commerçants 
algériens se créent en ce moment à Timmimoun et à Âdrar, sous 
la protection de nos postes. La monnaie française est introduite 
dans le pays et les indigènes la jugent fort commode. 

Le commerce d'échange entre les oasis se développera. N'allons 
pas nous figurer que le Sahara est capable d'un très gros commerce, 
ce serait fort exagéré, mais il peut tout au moins avoir un com- 
merce suffisant. Le gouverneur de l'Algérie, M. Hevoil, a eu une 
phrase heureuse pour exprimer ce desideratum : t II reste à appli- 
quer demain à ces régions un système d'occupation économique 
approprié. » Au point de vue militaire comme au point de vue 
commercial la création de routes s'imposaient. Dans de tels pays, les 
routes sont essentiellement constituées par l'échelonnement de bons 
points d'eau et d'abris pour la nuit. L'autorité militaire a appliqué 
le système dans la vallée de TO-Zonsfana par la création de 4 cara- 
vansérails entre Djenan ed Dar et Taghit (Ksar el Azoudj, Hassi- 
El-Mir, El-Morra, Moungar) et par le forage de 14 puits dont 
9 maçonnés. Cet exemple sera à suivre partout. 



3" Ouargla, 

Les premiers habitants de l'oasis, ces Garamantes mystérieux 
dont on a si souvent parlé sans les connaître exactement ont percé 
de plus de 1,000 puits la plaine d'Ouargla. Au moment de la con- 
quête musulmane, des Berbères se firent place à côté des premiers 
habitants; des Berbères Kharedjitew, chassés par leurs ennemis 



Digitized by 



Google 



- 131 — 

acharnés, les Chiites du khalifat de ITchdia, vinrent s'y établir au 
X* siècle. L'oasis connut une grande prospérité : les marchandises 
du Soudan affluèrent à Sedrata, sa capitale. Mais vers la fin du 
XI" siècle, le seigneur de la Kalaa, Mansour bel El-Caïd ben 
Hammad vint à nouveau troubler la tianquillité des liéiétiques et 
ruiner Sedrata. Ouargla ne tarda pas à la remplacer. 

En 1534, les Turcs campèrent sous ses murs. Enfin, au commen- 
cement du xvii* siècle, le Maroc y envoya son gouverneur et une 
garnison. Ces invasions successives ont donné naissance au bizarre 
mélange de races que Ton trouve ue nos jours à Ouargla. La popu- 
lation actuelle comprend parmi les sédentaires des Hâratins, des 
Berbères, des Soudanais ; tous ces gens se désignant eux-mêmes 
sous le nom de Madaniya (gens de la ville). 

L'élément nomade est représenté par des Béni Thour venus du 
Djerir, des Saïd Otba et des Mekhadma, des Châamba Bou Rouba 
et Bou Saïd. Toutes ces tribus se sont établies dans le pays pendant 
la première moitié du xvii® siècle. Un troisième élément peut être 
désigné sous le nom de parasite : il comprend les M'Zabites et les 
Israélites qui, en prêtant à de gros intérêts, ont peu à peu acquis 
une partie des jardins de l'oasis. 

A notre arrivée dans celle-ci, sa ruine semblait prochaine, plus 
de 700 puits étaient déjà morts et le niveau de la nappe aquifère 
baissait sans cesse. 

De 1883 à 1898, 54 sondages furent opérés sous notre direction et 
donnèrent de très bons résultats. Le puits de Balagh Sghira, qui 
jaillit en 1898, donne 1,600 litres d'eau par minute. 

Ouargla nourrit de dattes tout le Sahara central. A Tombre des 
palmiers, on cultive un peu de blé, d'orge, quelques légumes, des 
figuiers, abricotiers et grenadiers. 

Néanmoins, la situation économique n'est pas encore très bril- 
lante à Ouargla. Le commerce de l'oasis avec le sud a beaucoup 
diminué. 

4° Le Fezzan. 

Le Fezzan est un grand carrefour de routes interposé entre 
l'Egypte et la Tripolitaine d*une part, le Soudan de l'autre. C'est 
un des deux pôles du fanatisme musulman, l'autie étant constitué 
par le Maroc. 



Digitized by 



Google 



— 132 — 

Bien que ne rentrant pas dans notre zone d'influence, son étude 
tiès sommaire tout au moins s'impose, car actuellement la inajeure 
partie, pour ne pas dire la presque totalité du commerce transaha- 
rien, passe par ses oasis de Mourzouk, Ohât et Ohadamès à desti- 
nation de Tripoli. 

Ghadamès est très probablement l'ancien Cydamus des Romains. 
L'oasis fut peuplée d'une façon analogue à celles que nous avons 
étudiées jusqu'ici. Aux Hâratins. vinrent se superposer des Berbères 
et des Arabes. La conversion de Gliadamès à l'islamisme eut lieu 
vers la même époque que celle de la Tripolitaine, c'est-à-dire vers 
le vn* siècle de notre ère. 

Les palmeraies de l'oasis sont insuffisantes. Ghadamès est donc 
surtout un centre commercial. On y rencontre des négociants venus 
de tous les points de l'Afrique : du Touât, de la Tripolitaine, de 
TEgypte, du Soudan même. Les Touareg y viennent fréquemment 
et paraissent s'y trouver fort à leur aise. 

Ils tiennent, d'ailleurs, les routes des caravanes et savent com- 
bien grande est la crainte qu'ils inspirent. 

Ghadamès et Ghât possèdent une garnison turque. A plusieurs 
reprises, on a fait courir le bruit d'une marche des Turcs sur Bilma, 
mais ces nouvelles sont absolument dénuées de fondement. Une 
telle entreprise enfieindrait d'ailleurs formellement la convention 
conclue avec TAnfi^leterro en 1899, qui laisse à notre influence le 
Kawar. 



Digitized by 



Google 



CHAPITRE VII 



LES VOIES COMMERCIALES DU SAHAKA 



On peut distinguer quatre groupes principaux de routes unis- 
sant le sud du Mag'rib au Soudan. 

1** Routes directes du Maroc à Tombouctou ; 
2** Routes du Touât à Tombouctou ; 
3* Route d'Ouargla au Soudan ; 
4** Routes du Fezzan au Soudan. 



V Routes directes du Maroc au Soudan, 

a) La route principale et directe du Maroc à Tombouctou part 
de Tindouf et passe à Taodeni et à Araouan. 

Leng, dans le récit de son voyage à Tombouctou, nous parle de la 
Geffla el Kebir (la grande caravane), qui t part chaque année de 
Tindouf en décembre ou en janvier et retourne en mai ou juin et 
compte souvent plusieurs milliers de chameaux et quelques cen- 
taines de conducteurs ». 

L'oasis de Taodeni est très riche en eau, des puits fort nom- 
breux creusés dans le lit de l'O-Teli la lui fournissent en grande 
quantité. 

Près de Taodeni, à Teghâzza, existe une mine de sel gemme 
en exploitation depuis plusieurs siècles. Le Tarikh es Soudan, par- 
lant du Dienné, nous dit que t là se rencontraient les marchands 
de sel provenant des mines de Teghâzza et ceux qui rapportent l'or 
des mines de Bitou ». Or, Dienné fut ruiné par la fondation de sa 
rivale Tombouctou, qui eut lieu au v* siècle de l'hégire (ix* de 
notre ère). La connaissance des mines de Teghâzza remonte donc 
à une haute antiquité. 



DigitizedbyOOOgle 



- 134 — 

Araouan semble être de fondation aussi ancienne que Taodeni. 
Diaprés Es'Sadi, « les Touareg Magheharen (fondateurs de Tom- 
bouctou) se mettaient en route à l'automne, partant des rives du 
Niger et gagnaient Araouan où ils demeuraient ». 

Les Marocains, au moment de leur domination sur le Soudan, se 
rendaient à Tombouctou en passant presque toujours par Araouan. 
Leng a visité cette localité « oii le sable est dans Tair, dans les 
maisons, dans les chambres ». C'est « le point d'eau le plus riche 
de tout le Sahara occidental », mais la végétation fait néanmoins 
presque défaut. 

Quant au point d'aboutissement de la route, l'illustre Tom- 
bouctou, nous en parlerons dans le chapitre consacré au Soudan. 

Les caravanes marocaines y apportent les produits manufac- 
turés de l'Europe, les cotonnades, le sel de Taodeni et, en échange, 
y achètent des plumes d'autruche, de l'ivoire et de la poudre d'or 
en petite quantité. Le commerce des esclaves se joignait autrefois à 
ce trafic. 

La route de Tindouf-Araouan tiaverse les déserts d'El-Djouf 
et d'Iguidi. Pour les éviter, les caravanes suivaient quelquefois : 

b) La seconde route qui part de Tindouf et atteint successive- 
ment TAdrar Et Tmar, Tichit et Ouâlata. 

La mine de sel d'Idjil, située au nord de l'Adrar, fournit les 
marchés de cette région et celui de Tombouctou. 

€ Tichit, nous dit Es-Sadi, est la patrie d'origine des gens du 
Macina. » Cette oasis est donc connue de longue date. 

Quant au nom de Ouâlata, sans cesse il revient sous la plume 
des chroniqueurs arabes. On a même émis l'hypothèse, jusqu'ici 
insuffisamment justifiée, que cette localité avait autrefois la capi- 
tale du royaume de ^felli dont la prospérité précéda celle de l'em- 
pire songhay. 

Cette oasis qui, sous les dynasties songhays, portait le nom de 
Biro, fut le théâtre de plusieurs guerres. En 1804, le roi du Mossi 
s'en empara après un siège d'un mois (1). 

Le Tedzldret en Nùian, comme le Tarikh es-Scniâan, parle en 
maints endroits de Ouâlata (2X 



(1) Tnrikhcit-Soudan, Trad-Houdas, p. 112. 

(2) Tcil:lnrét en Nisinn, par AkhbarMolouk es-Soudan. Trad-Houdas: Paris, 
1901. 



Digitized by 



Google 



— 135 — 

La voie Tindouf-Ouâlata-Tombouctou fut donc autrefois très 
fréquentée. 

Le chiffre total du trafic annuel entre Tindouf et Tombouctou 
a été évalué, en 1890, à 1,700,000 francs par an. 



2° Routes du Touât à Tombouctou, 

Le Touât a été autrefois un grand carrefour de routes vers le 
Soudan. Les auteurs arabes parlent dans leurs ouvrages des rela- 
tions qui existaient constamment entre le Touât et Tombouctou. 
Une mosquée de cette ville portait même le nom de t mosquée des 
Touâtiens ». 

Actuellement, ou du moins au moment de notre conquête des 
oasis, une partie du commerce du Maroc se faisait avec le Soudan 
par l'intermédiaire de celles-ci. 

Le district d'Akabli servait de point de réunion aux caravanes 
du Tafilet, du Goumra, du Touât et du Tidikelt. 

D'après les renseignements recueillis en 1890 par le comman- 
dant Déporter, ces caravanes partaient deux fois Tan à destination 
de Tombouctou. Elles auraient employé 9,000 chameaux et fait un 
trafic d'au moins 2 millions. 

Deux routes principales directes conduisent du Touât à Tom- 
bouctou : 

a) Celle qui longe la lisière occidentale de TAdrar-Ahnet, passe 
à Ouallen, Aïn-Bennan et Mobrouk ; 

b) La route plus longue qui suit la bordure occidentale du 
massif Ahaggar, passe à Arrem-Tit, Timissao et Hassi-Infernam. 
D'après le lieutenant Cottenest qui Ta parcourue au retour de son 
raid, à partir du sud du plateau Ahaggar, cette route serait la meil- 
leure. « D'après un ancien caravanier du Tidikelt, cette piste est 
encore plus facile au sud d'Arrem-Tit (1). » 

Il semble donc qu'il faille rechercher dans les pillages des 
Touareg la cause de son abandon par les caravanes. 

Celles-ci se faisaient escorter par des convoyeurs religieux appar- 
tenant à la Zaouiya Cheïkh-bon-Naama (ainsi appelée du nom 
d'un pèlerin tué par les Berâber au cours d'un voyage qu'il accom- 

(1) Bulletin du Comité de V Afrique française d*août 1902. 



Digitized by 



Google 



— 136 — 

plissait de l'Azaouad au Tafilet), dans le but de s'assurer le pas- 
sage. 

c) Elles suivaient souvent une sorte d'itinéraire circulaire. 
Emportant du Tidikelt des vêtements de laine et des cotonnades, 
elles allaient acheter de la poudre d'or et des plumes d'autruche dans 
TAdrar. De là, elles passaient par Taodeni où elles prenaient du sel 
qu'elles convertissaient, à Tombouctou, en esclaves et en coton- 
nades brillantes du Soudan, très appréciées au Tidikelt. Elles reve- 
naient ensuite par Ghât et Ghadamès oii elles échangeaient la 
poudre d'or et les plumes d'autruche de l'Adrar contre des coton- 
nades importées par Tripoli, du thé et du sucre, denrées qu'elles 
vendaient dans leurs oasis originaires à la fin de ce long périple 
saharien (1). » 

Il semble que notre occupation du Touât ait encore amoindri 
ce trafic déjà fort diminué à notre arrivée dans le pays. . 

Le colonel Rébillet estimait à 700,000 francs le montant du 
trafic de Tombouctou au Touât. 

Nous devons tenter par tous les moyens possibles de restaurer 
ce commerce sur le point de disparaître. 



3** Route d'Ouargla à Kano, 

Duveyrier a prétendu que cette route avait été autrefois la plus 
suivie. Les auteurs arabes et soudanais ne parlent pourtant point 
de cette voie d'échange transsaharienne, dans leurs ouvrages. Au 
temps de la prospérité de l'antique Seddrata, puis d'Ouargla, cette 
oasis fut surtout un grand centre de culture et ses dattes se répan- 
dirent dans toutes les régions voisines, en même temps qu'elle fai- 
sait avec celles-ci un certain commerce d'échange. 

Les caravanes se rendaient à Amadghor oii se tenait une foire 
annuelle. A cette époque, le sel de la Sebkha approvisionnait le 
Soudan au même titie que celui d'Idjil, de Teghâzza et de Bibna. 

Aujourd'hui, cette mine n'est plus exploitée. Duveyrier attri- 
buait l'abandon de la voie Ouargla-Amadghor aux luttes qui divi- 
sèrent les Touareg et au régime établi par le gouvernement turc. 
Il proposait de tenter le rétablissement de la foire d'Amadghor. 

(1) Bulletin du Comité de l'Afrique française de décembre 1901. — Article de 
M. Robert de Caix. 



Digitized by 



Google 



— 137 — 

Quoi qu'il en soit, la route la plus directe d'Ouargla à Kano 
suit sensiblement l'itinéraire de M. Foureau. 

Elle traverse plusieurs zones fort différentes. 

D'Ouargla à Aïn-Taïba, l'eau et les pâturages sont abondants. 
Entre Aïn-Taïba et El Biodh, le parcours du Ghassi el Ghessal 
dans le grand erg est assez facile. 

Après le puits d'El Biodh, la route entre dans la hammada de 
Tinghert, plateau en général fort sec, au sol do reg pierreux. La 
mission Foureau y signale à plusieurs reprises le manque de nour- 
riture pour les chameaux. 

Entre Timissao et Tabalbalet s'étend la pointe occidentale de 
l'erg d'Isaouan. Les dunes alternent avec le reg. t L^oasis de 
Timissao, nous dit M. Foureau, est appelée par sa situation, par la 
nature de son sol et par la proximité d'une nappe artésienne, à se 
transformer en une oasis importante entre l'Algérie et le grand 
désert et en une «orte d'entrepôt des marchandises à écouler au 
milieu des populations touareg du Nord. » Les environs ren- 
ferment de la végétation verte et du had. 

A partir d'Aïn el Hadjadj, la route traverse la région difficile 
du Tassili. Les pâturages ne comportent plus que le druin sea et 
de rares touffes d'azal et de harta. La route dans le chaos rocheux 
qu'elle a à traverser en est réduite à suivre les dépressions des oued. 
Les principaux puits de la région nord du Tassili, nommée Tin- 
desset, sont ceux d'Infounaen et d'Inara. 

On s'élève peu à peu dans la montagne, puis on doit descendre 
des gorges difficiles jusqu'à Tighamman. 

Ce point d'eau est le lieu de rendez-vous des caravanes char- 
gées de mil revenant du Soudan. 

La route rencontre ensuite successivement l'erg de Tihodayen 
et les derniers contreforts du Tassili. Les principaux puits sont 
ceux de Tidndi et de Tadouhaout. 

La ligne de partage des eaux entre la Méditerranée et l'Atlan- 
tique est franchie par 1,3G0 mèties d'altitude environ. 

Ensuite s'effectue la traversée de l'Anahef comprenant une 
chaîne de montagnes et « une plaine élevée de reg de granit, par- 
semée de grandes plaques de même roche presque polies, légère- 
ment convexes ». 

De Tadent à In-Azaoua (près d'Assiou), la route descend la 
large • dépression de la vallée de TaHent. C'est la contrée désolée 



Digitized by 



Google 



— 138 — 

par excellence qui porte en langue touareg le nom de Tiniri. C'est, 
avons-nous déjà dit, t une mer de rochers ». Elle est entièrement 
dépourvue de végétation. La mission Foureau perdit 160 chameaux 
dans cette région. Pendant sept jours de marche, Teau fait défaut 
ainsi que le bois. 

La dépression d'Assiou comptait autrefois, d'après la légende, 
102 puits ; Barth en trouva encore deux lors de son passage. Actuel- 
lement, Teau n'existe qu'à In-Azaoua. 

D'In-Azaoua à Iferouane s'étend une région assez mal définie 
offrant d'abord une immense plaine de sable et de gravier fin avec 
quelques pâturages de had assez clairsemés et un peu de m'rokha 
vert ; puis le massif d'Igharghatané et le commencement de la 
zone montagneuse. 

Le puits de Taghazzi est le plus fréquenté de la contrée. La nour- 
riture devient t relativement très abondante » pour les chameaux et 
les chevaux, t Le sol est couvert d'espaces en espaces par des touffes 
épaisses d'alinga. » 

Avec Iferouane commence l'Aïr que nous avons décrit dans 
l'étude du Sahara méridional. Les obstacles qu'on y rencontre 
'consistent plutôt dans l'hostilité des habitants que dans le manque 
i'eau et de pâturages qui sont assez nombreux. 

L'Aïr retient au passage une partie des objets d'échange venant 
du Soudan, en particulier des cotonnades, du tabac, des arachides, 
quelques noix de kola, etc. 

Nous avons vu, en outre, que ses richesses agricoles ne lui suf- 
fisent pas. 

Le Damergou est véritablement son grenier à mil et lorsque 
les communications viennent à être interrompues avec ce pays, la 
famine sévit. 

Les caravanes de ravitaillement venant du Soudan sont d'or- 
dinaire peu considérables et appartiennent chacune à un des grou- 
pements du pays. Il y a ainsi la caravane d'Iferouane, celle d'Aguel- 
lal, celle d'Agadez, etc* 

Les animaux porteurs qui les composent sont souvent des ânes 
et des bœufs. 

En outre, chaque année se forme la grande caravane portant le 
nom d'Aïria. C'est, en réalité, t une sorte d'exode et de transhu- 
mance par petites fractions de toute une population, transhumance 
du nord au sud, vers novembre, avec des chargements de sel et de 



Digitized by 



Google 



— 139 — 
tous les articles provenant d'Europe à destination du Soudan ; 
transhumance du sud au nord, vers juin-juillet, avec des charge- 
ments de blé, riz, mil, cuirs tannés, arachides, tabac et produits du 
Soudan à destination des côtes méditerranéennes ou des villes du 
Sahara du nord (1) ». 

L'Aïr reçoit du sel de Bilma, ainsi que quelques régimes de 
dattes. En outre, les indigènes ont affirmé à M. Foureau que, pen- 
dant quatre mois de Tannée, on pouvait trouver de Teau, soit en 
ghederi pleine, soit sous la forme de tilmas, sur la route de Tom- 
bouctou à Agadez et qu'il existe un va-et-vient régulier sur cette 
voie. Agadez est constamment visitée par des Ahaggar qui vien- 
nent s'y ravitailler en mil. En échange, les Touareg apportent du 
laitage et conduisent des troupeaux assez nombreux. 

Au sud d'Agadez, la route est très nettement tracée, chose assez 
rare au Sahara. 

Elle remonte d'abord un court espace désertique avec des gra- 
minées sèches seulement, puis entre dans le Tagama. 

La végétation devient plus dense et les points d'eau se rappro- 
chent. 

Le pays se couvre bientôt d'une haute brousse qui annonce l'ap- 
proche du Soudan, dont le Damergou est, avons-nous dit, comme 
la porte d'entrée. 

Durant sa mission, M. Foureau n'a constaté le passage que d'un 
petit nombre de caravanes transsahariennes. La plupart de celles 
qu'il a vues ou dont il a entendu parler suivaient la route de l'Aïr 
vers Ghât. L'ancienne voie vers Ouargla est donc à peu près aban- 
donnée. Elle s'est rejetée vers la Tripolitaine. 

La route est difficile dans le Tassili ; nous avons vu, en outre, 
qu'il y a sept jours de marche sans eau entre Tadent et In Azaoua. 
Xous livrons ces constatations aux réflexions du lecteur. 



4** Les rôtîtes du Fezzan vers le Soudan, 

Le Fezzan, avec ses prolongements Ghât et Ghadamès, est 
devenu le principal intermédiaire du commerce transsaharien qui 
semble s'être réfugié en territoire purement islamique. Tripoli et 



(1) Fourra u, loc, cit. 



Digitized by 



Google 



— 140 — 

Benghazi en sont les deux principaux débouchés sur la Méditer- 
ranée. Le colonel llébillet évaluait, en 1890, à 3 millions de francs 
lo commerce entre Ghât et Tripoli, soit par la voie directe, soit par 
rirtermédiaire de Ghadamés. 

Les routes principales partant de la région du Fezzan et se diri- 
geant vers le Soudan sont au nombre de trois : 



a) Rojite de Ghadamés à Kano par VAïr, 

Kano est un grand centre commercial du Soudan. Le capitaine 
Cazemajou évaluait son trafic à 1,500,000 francs (exportation 
800,000, importation 700,000 francs). L'industrie des vêtements et 
du cuir y est fort développé. Monteil, dans le récit de son voyage de 
Saint-Louis à Tripoli, a pu dire que t cette ville vêt les deux tiers 
du Soudan et presque tout le Sahara central et oriental ». 

M. Foureau a constaté que les Touareg de l'Aïr portent presque 
tous des gandourah provenant de Kano. 

Zinder est la porte par où passe le commerce de Kano avec le 
Sahara. 

Le capitaine Cazemajou a pu évaluer à 500,000 francs le chiffre 
de ses transactions. .\ux étoffes, ajoutons les plumes d'autruche, 
les cuirs, la gomme, comme principaux articles d'exportation de 
cette région. 



b) Route de Ghât ou Mourzouk à Kouka. 

Cette route passe par l'importante oasis de Bilma qui fournit 
de sel tout le Sahara oriental. D'après Nachtigal, 70,000 cliameaux 
y viendraient prendre chargement chaque année. M. Foureau a 
trouvé d'assez grandes quantités de barres de sel dé Bilma à Ife- 
rouane et à Agadez. L'oasis produit, en outre, quelques dattes. 

La route passe ensuite à Agadez. Son ancien point d'aboutis- 
sement, Kouka, se trouve actuellement ruiné par les brigandages 
de Rabah. Son impoi tance égalait autrefois celle de Kano. Les 
articles d'exportation étaient analogues. Ajoutons-y l'ivoire et un 
peu de poudre d'or 



Digitized by 



Google 



— Ul — 

Tripoli y importait les draps^ les étoJffes de soie, la quincaillerie, 
1.3 sucre, les épices, les objets manufacturés, la bijouterie, les coton- 
nades. 



c) Route de Tripoli au Ouadaî, 

Cette route passe par Koufra et Djada, puis à Test du Tibesti 
et du Borkou. Yod et Arada sont les principales oasis qu'elle ren- 
contre avant d'arriver à Abeclier dans le Ouadaî, son point d'abou- 
tissement. Du Ouadaî on exporte une assez giande quantité d'ivoire 
et de plumes d'autruche. Les objets reçus en échange de Tripoli 
sont les mêmes que ceux déjà cités ci-dessus. 

Le commerce de Tripoli avec le Sahara et le Soudan a été évalué 
en 1891, par M. Méry, à 20 millions ; par le colonel Rebillet, à 
5 millions. Il semble que ce dernier chiffre se rapproche de la réa- 
lité beaucoup plus que le premier. 



Moyens propres à ramener vers nos possessions 
le courant commercial. 

Nous pouvons finalement résumer en ces quelques lignes la 
situation actuelle du commerce transsaharien. 

Les anciennes routes des caravanes entre l'Algérie et le Soudan 
sont aujourd'hui abandonnées. Les conditions dans lesquelles s'est 
accomplie cette décadence commerciale des ksours de notre sud- 
algérien semblent être d'ordre politique et social, en premier lieu 
l'anarchie permanente d'une partie de la contrée, la substitution 
des nomades Chaâmbas aux Berbères du sud comme convoyeurs et, 
plus récemment, la conquête française, enfin la suppression de la 
traite et de la contrebande de guerre qui en ont été la conséquence. 

Le commerce du Touât avec le Soudan paraît actuellement lui- 
même en décadence. Les caravanes se sont détournées en territoire 
purement islamique vers Ghât et Ghadamès. 

Nous avons déjà exposé, à propos du Touât, les moyens de 
rendre la sécurité et, partant, la prospérité aux oasis de l'extrême 
sud, de ramener le courant d'affaires entre le M'Zab et le Touât. 

Pour rendre la vie à nos comptoirs de l'extrême sud, pour en 



Digitized by 



Google 



— 142 — 

créer dans nos nouvelles possessions, il semble nécessaire de dimi- 
nuer le prix de revient de nos articles d'exportation beaucoup plus 
élevé que celui des produits similaires venant du Maroc et de la 
Tripolitaine. 

Dans ce but, on a créé un certain nombre de postes de sortie 
délivrés des droits de douane. Primitivement au nombre de 7, ils 
ont été réduits à 4 par un décret du 30 juillet 1900 : Tougourt, 
Gbardaïa, Aïn Sefra, Lalla-Marnia pour rendre la surveillance de 
la contrebande plus facile. 



Les produits ainsi libérés des droits de douane sont : 

V Les sucres bruts ou raffinés originaires des colonies françaises, 
les sucres bruts exportés directement des fabriques de la métropole ; 

2° Les cafés, thés, épices importés directement en France ou en 
Algérie d'un pays hors d'Europe ; 

3** L'alcool destiné aux parfumeries et à la pharmacie. 

En raison de l'expansion récente de notre domination dans le 
sud, il serait peut-être utile de reporter plus loin ces postes de 
sortie ou d'en créer de nouveaux. Cette question mériterait une 
étude très approfondie. 

L'avenir de notre commerce dans le Sahara résidera surtout 
dans l'importation des articles énumérés ci-dessus et, en outre, des 
draps, lainages, cotonnades, étoffes de soie, chéchias rouges, outils 
de tous genres, quincaillerie, verroterie, etc., etc. 

Ajoutons enfin à tout cela les produits mêmes de notre Algérie 
et de nos oasis extrêmes : tabac du Touât, dattes de l'O-Rihr, etc. 

Pour l'exportation, le mouvement des affaires sera beaucoup 
plus limité. Les produits tirés du Soudan peuvent consister seule- 
ment en ivoire et plumes d'autruche, peaux tannées et teintes, cire 
et gomme, or en petite quantité. 

Des maisons de commerce ou des comptoirs pourront être créés 
à In-Salah, Akabli, Timimoun, etc. 

Avant même notre occupation du Touât, quelques Châamba de 
Metlili s'étaient établis dans certaines oasis, mais ils étaient en 
butte aux vexations et ne pouvaient donner à leur commerce une 
envergure suffisante. 

Les produits similaires venant du Maroc ou de Ghadamès ne 
pourront lutter avec nos produits dégagés du droit de douane. 



Digitized by 



Google 



— 143 — 

Pour ce qui est de rancienne route d'Ouargla vers le Soudan, 
l'œuvre sera difficile en raison de l'abandon qu'en ont fait les cara- 
vanes depuis longtemps. 

Par contre, il sera peut-être possible de rétablir Tancienne voie 
du Touât vers le Soudan par l'Aïr, parallèlement à la route 
d'Akabli à Tombouctou. 

Enfin, n'oublions pas que les routes des caravanes du Fezzan à 
Kano, au Tchad et au Ouadaï, rentrent par leur partie sud dans 
notre zone d'influence. 

Il se pourrait que les caravanes de la Tripolitaine se détournent 
vers le Darfour et le Kordofan. Il n'y aurait là que demi-mal, car 
nous pourrions les remplacer par notre propre commerce, soit en 
employant la voie Congo-Oubanghi-Chari, soit la voie transsaha- 
rienne par l'Aïr et le Tchad. 

En résumé, il semble qu'il y a beaucoup à faire dans la voie du 
rétablissement du commerce du Sahara. 



Digitized by 



Google 



CHAPITRE VIII 



LA QUESTION DU TRANSSAHARIEN 



L'idée transsaharienne a toute une histoire, elle a soulevé des 
polémiques ardentes. Il semble que Duponchel ait droit à sa pater- 
nité, en raison de ses travaux de 1874. 

Dès sa fondation en 1878, la société de géographie d'Oran fit 
du chemin de fer transsaharien son objectif principal. 

Le 27 novembre 1879, M. de Freycinet déposait à la Chambre 
son projet de loi ayant pour objet d'afiecter un3 somme de 600,000 fr. 
aux explorations et études nécessaires pour piéparer la mise en 
communication par voie ferrée de l'Algérie avec Fintérieur du 
Sahara. De là naquiient les missions Choisy, Flatters et Pouyanne. 
En même temps, Soleillet devait chercher à gagner ïombouctou 
par le Sénégal et FAdrar. 

Après le massacre de la seconde mission Flatters en 1881, ces 
tentatives se trouvèrent abandonnées durant une dizaine d'années. 
Elles étaient prématurées, car on ne peut songer à construire avant 
do* posséder complètement le terrain de construction. 

En 1890, une conférence faite par M. l'ingénieur Rolland à la 
Société de géographie, rendit à l'idée un nouveau lustre. Dès lors, 
les projets de transsahariens devinrent fort nombreux. 

Les principaux sont les suivants : 

1** UOran à Tombouctou, 

Cette ligne est actuellement la plus avancée vers le sud. Son 
premier tronçon long de 550 kilomètres de Djenen-bou-Rezg à la 
mer a été inauguré le 1"" février 1900 et elle atteint actuellement 
les environ^ de Beni-Ounif, en face de Figuig. Les travaux sont 
poussés dans la direction d'Igli, pour, de là, descendre dans la 
vallée de l'O-Saoura vers le Touât et Taourirt. 



Digitized by 



Google 



— 145 — 

A partir de ce point, plusieurs projets ont été proposés : 
a) La ligne la plus directe passerait à l'ouest de rAdrar-Alinet, 
puis par Ouallen et Mobrouk. Elle présente Tinconvénient de tra- 
verser le Tanezrouft où l'eau est très peu abondante, entre un 
point situé un peu au sud d'Ouallen et Mobrouk, cette région s'éten- 
dant sur plus de 400 kilomètres ; 

h) Le second itinéraire possible partirait de Taourirt ou d'In- 
Salah, passerait entre l'Adrar-Abnet et le Muydir, puis à Arrem- 
Tit, Timissao, Inchoudherit, Taberrichet et de là atteindrait 
Tombouctou. Il aurait l'avantage d'éviter la région déserty^ue du 
Tanezrouft, sa section comprise en dehors de la région des puits 
rapprochés ne dépassant guère 200 kilomètres. 

En outre, le lieutenant Cottenest a reconnu, dans son raid sur 
l'Ahaggar, que la route entre In-Salah et Arrem-Tit est très facile. 
Elle suit partout un reg solide n'ayant que des pentes à peine sen- 
sibles. D'après des renseignements indigènes, cette piste serait 
encore plus facile au sud d' Arrem-Tit, dajis la direction du Soudan. 
Toutes ces considérations pourront entrer en ligne de compte 
lorsque l'on aura à déterminer le tracé définitif de la voie ferrée. 

Remarquons enfin que le transsaharien Oran-Tombouctou pas- 
serait par le centre de gravité de notre Sahara dont la masse la 
plus considérable est située à l'ouest. 

En raison de notre occupation du Touât, le prolongement de la 
ligne jusqu'à, Taourirt est de toute urgence. 

Ce saharien une fois construit, il resterait à le transformer on . 
transsaharien si le besoin s'en faisait sentir. 

Il aurait alors, d'une manière approximative, les longueurs sui- 
vantes : 

DOran à Djenen Bou Rezg (tronçon construit) : 550 kilomètres. 

De Djenen Bou Bezg à ïgli (tronçon en construction) : 250 kilo- 
mètres. 

D'Igli au Touât : 460 kilomètres. 

Du Touât au Niger ; 1,140 kilomètres. 

Soit un TOTAL d'environ 2,400 kilomètres. 

2° U Alger à Tombouctou. 

Les promoteurs de ce projet proposent de mettre en communi- 
cation le centre administratif et économique de l'Algérie avec le 
grand centre du Soudan occidental. 

PÉNÉTRATION FRANVAISE 10 



Digitized by 



Google 



— 146 — 

La mission Choisy a étudié le terrain de Laghouât à £l-Golea. 
De ce point, la voie ferrée atteindrait In-Salah. A partir du Tidi- 
kelt, le tracé se confondrait avec un des précédents jusqu^à Tom- 
bouctou. Un autre projet consisterait à la diriger en ligne droite 
d'El Golea sur Arrem-Tit, Timissao, etc., etc. 

Elle aurait alors à traverser le Muydir, effroyable chaos de gara 
et de collines rocheuses, d'après le lieutenant Cottenest. 

Elle pourrait enfin prendre sa direction vers le Soudan central 
par l'itinéraire de la seconde mission Flatters, c'est-à-dire Hassi- 
Inifel et Amguid, se confondant, à partir de ce point, avec le projet 
Ouargla-Zinder. 

Quoi qu'il en soit, sa prolongation, au moins jusqu'à El Golea, 
s'impose dans un bref délai. Elle diminuerait beaucoup les frais de 
transport de nos troupes vers l'Extrême-Sud. 

Cette ligne est actuellement la plus en retard. Elle atteint seu- 
lement Berrouaghia à 135 kilomètres de la mer. Pour réunir ce 
X)oint à Laghouât, on a commencé à construire une route, future 
base de la voie ferrée. 

La ligne aurait pour longueur : 

D'Alger à Berrouaghia (tronçon construit) : 135 kilomètres. 

De Berrouaghia à Laghouât : 128 kilomètres. 

De Laghouât aux environs de Ghardaïa : 175 kilomètres. 

Des environs de Ghardaïa à El Golea : 242 kilomètres. 

D'El Golea à In-Salah (route reconnue par M. Foureau 
en 1893) : 400 kilomètres environ. 

Soit au ix)TAL : 1,080 kilomètres environ. 



3° De Biskra au Soudan central par Ouargla, 

Ce tracé possède de nombreux et chauds partisans. Citons parmi 
eux : MM. les ingénieurs Rolland et Fok, le général Philibert, le 
colonel de Polignac, Ferdinand de Béhagle, Paul Leroy-Beaulieu. 

Il aurait pour direction générale : Tougourt-Ouargla, le Ghassi 
el Mouilah, El Biodh, Amguid, le Tassili, l'Aïr. 

De là, la voie ferrée se dirigerait vers Zinder et le lac Tchad 
avec, au besoin, un embranchement partant d'Agadès ou de Zinder 
vers le Niger. 

Ce projet suit sensiblement l'itinéraire de la mission Foureau- 



Digitized by 



Google 



— 147 — 

Lamy et, dans un paragraphe précédent, nous avons assez longue- 
ment décrit ks régions diverses qu'il parcourt. 

Nous avons noté, en particulier, les difficultés de terrain du 
Tassili et le manque .d'eau, de pâturages et de bois, durant sept 
journées entre Tadent et In Azaoua. 

Au point de vue pubbment matéeiel, la voie ferrée serait donc 
moins aisée à établir et plus coûteuse que celle du Touât à Tom- 
bouctou. 

Les i>artisans du transsaharien Biskra-Zinder répondent à cette 
objection en faisant remarquer que le seuil le plus élevé à franchir 
ne dépasserait pas 1,400 mètres et que des hauteurs semblables ont 
été traversées par les voies ferrées algériennes ; que, d'ailleurs, les 
chemins de fer de TAfrique centrale montent aux environs de 
2,000 mètres. Des puits pourraient être creusés aux endroits privés 
d'eau ou remplacés par des canalisations artificielles. 

En somme, aucun obstacle matériel insurmontable ne s'oppose 
à la construction du c grand central africain ». 

Sa longueur totale, y compris l'embranchement vers le Tchad, 
serait d'environ 3,200 kilomètres. 



4** De Gabès à BÛTna et au Tchad. 

Ce projet passe par Qhadamès et Ghât qui rentrent, ne l'ou- 
blions pas, dans la zone d'influence turque. Il aurait le mérite 
d'être un des plus courts et de nous établir solidement sur notre 
frontière orientale. Mais il est, en somme, excentrique et, en outre, 
les difficultés politiques qu'il occasionnerait semblent devoir le con- 
damner. 

5** Nous signalerons seulement pour mémoire le projet Rohlfs 
passant par Tripoli, Mourzouk, Bilma, et aboutissant au lac Tchad 
cet itinéraire échappant par son point septentrional d'aboutisse- 
ment et une grande partie de son parcours à notre zone d'influence. 

Raisons d* établissement du transsaharien. 

Après cet exposé rapide des divers projets de transsaharien 
proposés à l'étude et la constatation de leur plus ou moins grande 



Digitized by 



Google 



— 148 -- 

facilité de construction, il s'agit de voir quel pourra être le rôle de 
semblables voies ferrées. 

Il est tout d'abord nécessaire de distinguer nettement deux 
points de vue bien différents : Teconomie et la politique. 

Le point de vue économique renferme lui-même deux éléments 
distincts : l'importation et l'exportation. Il faut enfin tenir compte 
du trafic possible d'un transsaharien dans le Sahara lui-même et 
au Soudan. 



l** Traûc SAHAHEEN suscejjtible d^être accompli par une voie ferrée. 



Les explorations récentes semblent prouver que l'on ne peut 
espérer tirer grand parti du Sahara lui-même. 

Entre Timassinin et l'Aïr, on ne trouve que des points d'eau et 
non des oasis susceptibles dé quelque commerce. L'Aïr est lui-même 
un pays peu riche, suffisant difficilement à sa propre nourriture. 

Vers l'ouest, Ouâlata et Araouan (voie ferrée du Touât à Tom- 
bouctou à proximité) et plus loin l'Adrar, vers l'est le Kawar avec 
Bilma, sont les seuls groupements de quelque importance. 

Les richesses minières du Sahara sont encore, il est vrai, assez 
mal connues, comme nous l'avons déjà constate. 

L'importation du sel, soit d'origine africaine, soit d'origine fran- 
çaise dans les pays du désert qui en manquent, pourra être un 
trafic assez rémunérateur d'une voie ferrée dans le Sahara. Ajou- 
tons à cela le café, le thé, le sucre, les étoffes de laine et de soie, 
les cotonnades dont les gens de l'Aïr se montrent très désireux, la 
quincaillerie, les outils de toutes sortes. 

Enfin, dans la direction du sud au nord, une voie ferrée pas- 
sant par l'Aïr pourra y rapporter du Damergou le grain qui lui fait 
défaut et assurer son ravitaillement régulier, ainsi que celui des 
diverses tribus touareg. 

Quant à l'exportation saharienne proprement dite, elle semble 
devoir être peu considérable. Espérons que la découverte de mines 
importantes dans tous oes terrains de granit et de quartz viendra 
lodîfier cette appréciation. 



Digitized by 



Google 



— 149 - 

2* Trafic transsaharien susceptible d'être accompli 
par une voie ferrée unissant le Maghreb au Soudan. 

Dans un paragraphe précédent,' nous avons énuméré les pro- 
duits principaux d'importation et d'exportation entre le Maghreb i.*t 
1? Soudan. Ces produits seront-ils en quantité assez grande pour 
couvrir les frais d'établissement et de construction d'un transsaha- 
rien ? 

Le grand central africain viendrait jusqu'au Tchad en traver- 
sant le Damergou. Ce dernier pays paraît être assez riche, d'après 
Barth, Foureau, les capitaines Cazemajou et Joallaud. Le coton y 
pousse bien, le grain y est très abondant, surtout le mil, enfin le 
nombre considérable d'objets en cuivre que l'on trouve à Zinder 
font croire à l'existence de mines dans cette région. 

Le Bornou a été ruiné par les ravages de B-abah ainsi que le 
Baguirmi et les autres pays voisins du Tchad, mais ils sont suscep- 
tibles de recouvrer leur ancienne prospérité. On a pu comparer 
cette région à l'Egypte. Elle possède un climat analogue et les inon- 
dations du lac, comme celles du Nil, s'étendent au loin et fertilisent 
les terres. 

Un des principaux articles d'exportation du transsaharien du 
Tchad à Ouargla serait donc le coton qui pousse fort bien dans la 
région, t Or, nous dit M. Paul Leroy-Beaulieu, la demande du 
coton sur le marché universel tend toujours à excéder L'ofPre. » Le 
débouché en serait donc assuré. 

Ajoutons à cela quelques étoffes tissées provenant de Kouka, le 
grand centre dont nous avons déjà parlé, les cuirs tannés et teints, 
rivoire, les plumes d'autruche, un peu de poudre d'or et enfin... 
les voyageurs. 

Dans l'état présent de nos connaissances, il est encore difficile 
d'assurer que ces produits couvriraient les dépenses effectuées dans 
une proportion suffisante. 

L'importation paraît devoir être plus considérable. Elle consis- 
terait en sel, sucre, café, thé, épices, cotonnades, étoffes de laine et 
de soie, quincaillerie, outils, etc., etc. 

3® Si, maintenant, du domaine économique nous passons au 
DOMAINE POLITIQUE, l'hésitation n'est plus permise cette fois. En 
diminuant les distances, le transsaharien rapprochera notre puis- 



Digitized by 



Google 



— <5Û — 

sance et étendra, par conséquent, la zone de notre domination et 
de notre influence. 

Le transsaliarien, a-t-on pu dire, sera avant tout « une (BUYRR 
IMPÉRIALE », permettant, en cas de besoin, de transporter des 
troupes au point nécessaire, en cas de conflit avec une puissance 
coloniale limitrophe, par exemple. 

c Au point de vue straté^que et politique, pour la défense de 
notre empire africain, Texécution de cette entreprise s'impose de 
la façon la plus évidente (1). » 

CONCLUSION 

De cette étude du Sahara semblent se dégager les conclusions 
suivantes : 

Un premier et grand pas a été fait dans la voie de la pénétra- 
tion vers le sud par Toccupation du Touât, il faut que ce pas en 
avant soit décisif et marque une nouvelle phase de notre expan- 
sion. 

Xotre conquête ne doit pas demeurer inutile. Nous avons rapi- 
dement énuméré, à propos du groupe touâtien, les moyens d'ac- 
croître la prospérité des oasis, d'y rétablir la sécurité, de déve- 
lopper le commerce. Dans ce but, il egt de toute nécessité de 
terminer nos trois lignes : d'Oran au Touât, d'Alger à El Golea, 
de Constantine à Ouargla. 

Ce premier objepti^ atteint, il paraît indiqué de réunir nos oasis 
entre elles par une voie ferrée. M. Huguet a appelé ce projet 
« Fanse saharienne » unissant le sud de l'Oranie, Laghouât, Ouargla 
et la Tunisie méridionale. On lui donnera avantageusement un 
tracé plus méridional passant par In Salah, El Golea, Ouargla, 
EJ-Dued, Gabèfl. 

J)e cette façon, un trafic sérieux pourra s'établir entre nos oasis 
et nos troupes seront rapidement transportées d'un point à un 
autre, dans la direction est-ouest comme dans celle du nord au 
sud, lorsque le besoin vien(^ra à s'en faire sentir. 

Notre véritable base d'opérations vers le sud sepa le Touât. De 
ce point presque central du Sahara soumis ^ notre influence, il sera 
loisible de lancer des colonnes volantes très mobiles destinées à 

(1) Leroy-Beaulieu, La Colonisation chez le$ Peuples modernes. 



Digitized by 



Google 



— 181 — 

rétablir la sécurité dans le Sahara et à réprimer les brigandages 
touareg. Le lieutenant Cottenest a donné l'exemple en faisant 
tout le tour du massif Ahaggar et en infligeant une sanglante 
défaite aux Touareg à Tit. 

Plus récemment (octobre 1902), le lieutenant Guillo-Lohan, 
parti à la poursuite d'un rezzou qui avait opéré dans la dépres- 
sion de l'oued Botha, a traversé du sud au nord la Koudia, massif 
central du Ahaggar, jusque-là inviolé. 

Du Touât aussi, comme de nos autres oasis extrêmes du Sud 
algérien, devront partir des explorations nouvelles pour achever la 
reconnaissance du désert dans ses parties encore mal connues. 

La prospection de ces régions amènera peut-être la découverte 
de mines susceptibles de donner à un transsaharien un trafic rému- 
itoérateur. 

En même temps que ce mouvement du nord vers le sud pour- 
ront s'effectuer des reconnaissances en sens inverse, ayant pour 
points de départ le Sénégal, Tombouctou, Zinder. 

Il sera peut-être même utile d'occuper Tichit ou Ouâlata situés 
au débouché du couloir Maroc- Adrar, ou Araouan, tout en conti- 
nuant à tenir solidement Zinder, car qui est maître de ce point 
domine facilement le Damergou et par conséquent l'Aïr dont il 
est le grenier à mil. 

Nos oasis extrêmes du Sud algérien seront, en outre, mises en 
communication avec les postes avancés du Soudan par des lignes 
télégraphiques. 

La question a déjà été étudiée entre le Touât et le coude du 
Niger. L'itinéraire le plus commode, en raison du plus grand 
nombre de puits de son tracé, semble être celui qui passe par 
In-Salah, In-Ziz, Indchoudherite, Taberrichet, Arguebech et abou- 
tissant à Gao (1). 

Quant au transsaharien avant d'entreprendre sa construction, 
il semble nécessaire de rétablir le commerce entre le Maghreb et le 
Soudan et t d'essayer d'établir à notre profit un service de cara- 
vanes. Une action combinée du gouvernement de l'Algérie et de 
celui du Soudan suffirait probablement à résoudre le problème. 
Des caravanes algériennes peuvent être envoyées à mi-chemin du 

(1) La jonction de l'Algérie au Soudan est aujourd'hui chose faite. Le comman- 
dant Laperrine, passant par Ait el Kra Timissao, a atteint Timiaouine, où il a ren- 
contré le 18 avril 1904 le capitaine"Théveniaut venant de^la région deyrombouctou. 



Digitized by 



Google 



— 1.^2 — 

Soudan, pendant que d'autres soudanaises viendront au même point 
prendre charge 

Le commerce rétabli permettra de payer au moins une grande 
partie des frais de la voie ferrée. Les explorateurs du Sahara auront 
à choisir entre les tracés proposés. La voie du Touât à Tombouctou 
paraît dès à présent indiquée en raison de sa moindre longueur et 
du peu d'ouvrages d'art et de travaux de terrassement qu'elle néces- 
sitera. Il est également fort probable qu'elle devra être doublée par 
la construction du grand central africain réunissant Ouargla à 
Zinder et au lac Tchad. « Cette œuvre est stratégique et nationale 
tout autant que commerciale >, a pu écrire M. Paul Leroy-Beau- 
lieu. Nous dirons même plus : elle est avant tout une nécessité 
d^ordre impérial, « Le transâaharien, sous ce point de vue spécial, 
serait alors une œuvre splendide, supprimant bien des obstacles, 
aplanissant bien des difficultés. » 

Mais encore une fois, ce serait folie de se lancer dans l'inconnu 
et dans le vide en entreprenant sa construction avant d'avoir exploré 
complètement le Sahara et occupé solidement les points qui per- 
mettront de le dominer et serviront d'appui à la voie ferrée (Agadez, 
par exemple). 

Ne soyons pas seulement des imaginatifs, mais des gens pra- 
tiques, tout en allant vite et en poursuivant sans relâche l'œuvre 
entreprise. 



BIBLIOGRAPHIE DU LIVRE II 



1. Au point de Diœ historique. 

Tarlkh-eS'Soudan (Histoire du Soudan jusqu'en 1655), par Abderrahman 
BEN Abdallah-ben-Imran BEN Amir Es'Sadi. Traduit par M. O. Houdas 
des manuscrits arabes n** 5147 de la Bibliothèque nationale et n* 5256 
rapportés, le premier par le colonel Archinard, le second par M. Félix 
Dubois, de Tombouctou. Librairie Ernest Leroux, Paris, 1900. 

Tedzkiret-en Nisian (Biographies des pasteurs marocains du Soudan 
de 1590 à 1750), traduit d'ÀKHBAR Molouk-Es-Soudan, par M. O. Houdas, 
du manuscrit arabe rapporté du Soudan par le capitaine Gaden. Librairie 
Ernest Leroux, Paris, 1901. 

Roudh et Kariaa (Jardin des Feuillets). Histoire des souverains du 
Maghreb et Annales de la ville de Fez. Traduction de M, A. Beauvoir, 
Paris, Imprimerie nationale. 



Digitized by 



Google 



— 158 — 

Nozhet el Hadi. Histoire de la dynastie saâdienne du Maroc (1541- 
1670), par Mohamed-Ksseghir ben el Hadj be\ Abdallah Elloufrani. Tra- 
duit par M. O. HouDAS, Paris, Ernest Leroux. 

Le Maroc de 1621 à 1812, Extrait de l'ouvrage intitulé : Ettordjemân 
Elmo'arib an douel Elma ihriy oWl Maghreb^ de Aboulgasem bkn 
Ahmed Ezzlkni. Traduit par M. O. Houdas. Paris, Ernest Leroux. 

Ibn-Khaldoun (auteur arabe du xiv® siècle de notre ère). Histoire des 
Berbères. Traduction de Slane. Paris, Challamel aîné. 

Ibn-Batouta. Voyages. Traduction de M. de Slane. Paris, Challamel 
aîné. 

El Bekri. Description de V Afrique, Traduction de Slane, 1859. 

Edrisi. Paris, 1837-1839. Traduction de A. Joubert. 

Ibn Hamal. Description de V Afrique (970 de notre ère). Traduction de 
Slane. Les Prairies d'or. 

Ibn Saïd. Traduction de Slank. 

Aboulféda (xiv° siècle). Vraie situation rfespa^s. Traduction deRENiAUD 
et de Slane. 1848. 

Ali Beker el Ayashi (1662). Voyage au Touât (Bulletin de la Société 
de géographie d'Oran de 1880). 

Mannerï. Géographie ancienne des Etats barbaresques, 

Sbdillot. Histoire des Arabes, 

Kasimirski. Mahomet; le Coran, 

E. Rouard de Card. Le Protocole franco^marocain de 1901, Paris. 
A. Pedone, 1902. 

P. VuiLLOT. Les Explorations du Sahara. Paris, 1895. 

P. Bernard et Lacroix. Historique de la pénétration saharienne , 
Alger, 1900. 

II. Au point de vue géologique et physique. 

Flamand (G. B. M.). Aperçu général sur la géologie et les productions 
minérales de l'OSaoura et des régions limitrophes, Alger, 1897. 

— Sur le régime hydrographique du Tidikelt (archipel touâtien) 
(C. R. Acad, se, CXXXV, 1902, p. 212-214). 

— Sur la présence du déoonlen dans le Sahara occidental (Gourâra, 
archipel touâtien) (C^ R. Acad. se, CXXXV, 1932, p. 25-28). 

— Sur la présence du dévonien inférieur dans le Sahara occidental 
(Bas Touàt et Tidikelt, ar^ihipel touâtien) (G. R, Acad. se, CXXXIV, 
1902, p. 1322-1324). 

— Sur la présence du terrain carboniférien dans le Tidikelt 
(archipel touâtien), Sahara, C. R. Acad, se, CXXXIV p. 1533-1536). 

E. Reclus. Géographie universelle, tome XI : L'Afrique septentrionale. 
Paris, Hachette. 

E. JouRDY. Ea^cursion géologique ù la lisière septentrionale du Sahara 
algérien (décembre 1901). {Bulletin Société géographique de France, 
4« série, II, 1902, p. 214-224)] 



Digitized by 



Google 



— 184 — 

E. SuBSs. Antlitz der Erde, 

Roche. Rapport de M. l'ingénieur RoehCy de la mission Flaiters, sur 
la géologie des régions explorées par eeUe-ei, 
FouREAU. Ses diverses missions (Voir plus loin). 
A. PoMBL. Le Sahara, Alger, 1893. 
A. BissuEL. Le Sahara français, Alger, 1891. 
H. Shirmer. Le Sahara. Paris, 1893. 
Général Dumas, Le Sahara algérien. Paris, 1815. 



III. Au point de vue économique^ commercial et agricole. 

Paul Leroy-Beaulieu. La Colonisation chez les peuples modernes. 

J. de Grozals. Le Commerce du sel du Sahara au Soudan. Grenoble, 
1896. 

C Rebillet. Les Belations commerciales avec le Sahara et le Soudan. 
Paris, 1896. 

Yves Henry. La Culture ducoton dans les colonies françaises. (V Agri- 
culture pratique des pays chauds^ 1'® année, 1901^1902). 

H. Jumelle. Les Cultures coloniales. Psivis (1900 et 1901), 2 volumes. 

H. Lecomte. La Culture du café dans le monde. 

L. Peloton. Les Richesses minérales des colonies françaises, Liège- 
Paris, H. Le Soudier, 1901. 

D'Attanoux. Tripoli et les voies commerciales {Annales de Géographie^ 
V, 1895-1896). 

A. Lacau. Situation commerciale de la Tripolitaine au point de vue 
français (Moniteur officiel du commerce, 1897). 

L. BricchettiRoberchi. // Commercia de Tripoli {Mémoires, Société 
de Géographie italienne^ VI, 1896). 

G. Rolland. Les Progrès récents de Vagriculture au Sahara, (Extr. 
Bulletin de Icç Société nationale d'Agriculture de France), Paris, Cha- 
merot et Renouard, 1898. 

— La Culture du palmier dans le sud algérien (supplément au 
Bulletin du Comité de V Afrique française, novembre 1902). 



IV. Au point de vue religieux. 

Les ^enoussiga (supplément au Bulletin du Comité de U Afrique fran- 
çaise, nwW, 1902), 

A. Le ChateliiîIr. L Islam dans V Afrique occidentale. Paris, 1899. 

Depont et Coppolani. Les Confréries religieuses musulmanes. Alger, 
1897. 

O RiNN. Marabouts et Khouam, Paris, 1884. 

A MouLii^RAs. Ses ouvrages sur le Maroc. (Voir plus loin.) 



Digitized by 



Google 



— 186-^ 

V. Récita de Missions et d* Explorations, — Ouvrages généraux. 

Barth. Reisen und Entdekungen im Nord und Central Afrika, Justus 
Pbrthbs. 

BissuEL. Les Touareg de P Ouest, 

Blanchet {Tour du Monde de 1900, A travers le Monde, p. 389). 

René Caillé. Voyage^ 3 volumes. Paris, 1889. 

CoppoLANi. Chez les Maures. Paris, 1899. 

Dumas et Chaumel. Le grand désert. Paris, t848. 

DeNHAM, Clapperton et Oudenay. Voyages et découvertes dans le Nord 
et dans les parties centrales de V Afrique au travers dii grand désert. 
Paris, 1886. 

DuvEYRiER (H.), Les Touareg du Nord, Paris, Challamel aîné. 

Erwin DE Bary, Le dernier rapport cFun Européen sur Ghât et les 
Touareg de VAîr. Traduit par H. Schirmer, 1898. 

D|SRR^CAGAix (L*-Cpl.), Les deux missions flatters. {Extrait du, bul- 
letin de la Société de géographie du !•'' trimestre 1882). 

Flamand (G. 3. M.), De l'Oranie au Gaurara, Paris 1896. 

— La traversée de l'Erg central. {Annales de géographie, numéro 
du 15 mai 1899). 

Foureau (F.), Mes missions dans le Sahara, de 1876 à 1895, 1897. 

— Au Sahara, mes missions de 1892-1893. (1897.) 

— Ma mission du Tademait en 1890. 

— Rapport sur ma mission au Sahara chez les Touareg Azdjer, 
octobre i893-mar8 1894, Paris, 1894. 

— Mission chez les Touareg, Mes deux itinéraires sahariens 
d'octobre 1894 à mai 1895. 

— Dans le grat^d Erg. Afes itinéraires sahariens de décembre 1894 
à mars 1896. Paris, 1896. 

— Mon P« voyqgé au Sahara et au pays touareg, Parjs, 1898. ' 
Foureau (F.), Mission saharienne, IX Alger au Congo par le lac Tchad. 

Paris, Masson, 1902. 

Hess (Jean), UExtrême sud-algérien* {Annales de géographie, numéro 
du 15 mars 1897). 

JoALLAND, Mission, {Bulletin du Comité de VAfriq\jke française de 
juiïv 1902). 

Journal de route du capitaine Cazkmbjou. {Bulletin du Comité de 
l'Afrique française de 1900). 

Laroeau, Le pays de Rirha-Ouargla, Voyage à Ghadamès, Paris, 
1879, Hachette et C'«. 

• — Le Sahara algérien. Les déserts de l'Erg. 2« édition, Paris, 1881, 
Hachette et C'«. 

Leroy-Beaulieu (Paul), Le Sahara, le Soudan central, {Revue des 
. Deux-Mondes du l®»" octobre et du l*"" novembre 1902). 

Pein (C"®), Rapport. {Bulletin du Comblé de l'Afrique française de 
^uin 1899). 



Digitized by 



Google 



— 136 — 

Pkin (G"«). Rapport {Bulletin du Comité de V Afrique française^ sup- 
plément de mars 1904). 

Nachtigal, Sahara und Sûdan. Leipzig, 187D. 

Lenz (Oscar), Tombouetou, 2 vol. traduit^ par Pierre Lehalxourt. 
Paris, 1886. 

RoHLFs, Résumé de ses explorations, par Malte-Brun. Paris. 

Rejou (C^), 8 mois à Tombouetou et dans la région Nord. (Le Tour 
du Monde, 1898). 

Réguin (U Ed.), Trente jours au Mouydir. (Bulletin du Comité de 
l'Afrique française, supplément 1902). 

Besset (L*), Rapport, 1903. (Bulletin du Comité de l'Afrique fran- 
çaise, supplément mars 1904). 

F/» Au sujet de la région touâtienne : 

Battisti (Em.) Conférence faite aux officiers de la garnison de 
Salda le 19 février 1900. 

Déporter (O), Le Touât, le Sahara et le Titifeld. 1892. 

— Conférences, 

Martinière (H.-M. de la) et Lacroix (N.), Documents pour servir à 
r étude du N.-O. africain, réunis par ordre de M. J. Cambon, gouverneur 
général de l'Algérie, 4 vol., atlas, 1896. 

Sabatier^ Touât'Sahara. Soudan, 1892. 

Schirmer (H.), Le Touât. (Annales de géographie, numéro du 15 juil- 
let 1892. 

Malher (L»-C'), La question du Touât. Paris, 1896. 

VivAREz (Mario), Au sujet du Touât. 1896. 

Laquière (L» E.), Les reconnaissances du général Seroière dans les 
oasis» 

Castries(H. de), La politique du Sud en Algérie. (Bulletin du Comité 
de l'Afrique française, n*» d'août 1902). 

Caix (Robert de), La marche vers le Touât, (Bulletin du Comité 
de r Afrique française, n<» d'avril 1900). 

— La Pénétration saharienne. (Bulletin du Comité de l'Afrique 
française, n* d'octobre 1900). 

— La Pénétration de V Extréme-Sud. Les possibilités de noire 
politique saharienne. (Bulletin du Comité de l'Afrique française^ 
supplément, bulletin, décembre 1901). 

Vaissiére (O). Le Touât. (Revue de géographie, L. 1902, p. 27-35, lOG- 
126). 

VII'' Au sujet du Maroc. 

Berbrugger (A.), Excursion à Tanger. 

MouLiERAs, Le Maroc inconnu, 2 vol. (l**" vol. : Le Rif, 2*'vol. : Les 
Djebala,lS9ô). Paris, Augustin Challamel, 1899. 

— Fez. Paris, Augustin Challamel, 1902. 



Digitized by 



Google 



— 157 — 

Meakin (Budgett), The Maorlsh Empire. New- Yorek The Macmillan 
O. London Sonnenschen, 2 C% 1899-1901-1902, 3 voL 

Fischer, Meine dritte Forsehungs relse im Atlas Vorlande Von 
Marokko, Hambourg, L. Friederichsen and c*», 1902. 

Canal (Joseph), Géographie générale du Maroc, Paris, A. Cliallamel, 
1902. 

— * Voyagea Oudjda. 

ScHAUDT (Jacob), Voyage au Maroc, 

Hœfer (Ferdinand), Empire du Maroc. 

M'hammed BEN Rahhal. A travers les Beni-Snassen, 

Wbissgerber, Etudes géographiques sur le Maroc. {Reçue générale 
des sciences, 1903). 

FoucAULD (Ch. de), Reconnaissances au Maroc. Pslvïs, A. Cliallamel, 
1888. 

Ganniers (Arthur de). Le Maroc. 

Cotte (Narcisse), Le Maroc contemporain, 
Amici (Edmondo de). Le Maroc. 

Machat (M. J.). La géographie physique du Maroc. (Reçue générale 
des sciences, n*» du 15 janvier 1903). 

Caix (Robert de), Les affaires du Maroc, {Bulletin du Comité 
de l'Afrique française, n*» de septembre 1901). 

NiEssEL (Capit. A.), Le Maroc. Chapelot, Paris, 1901). 

Berriau (L*), Notes sur l'Oued Ziz. {Supplément du Bulletin du 
Comité de V Afrique française de mai 1904). 

Aubin (E.), Le Maroc d'aujourd'hui. Paris, 1904. 
VIIl"*. Au point de eue des Communications et du Transsaharien. 

Aymé (Victor), U Afrique française et le Transsaharien, Paris, 1891. 

Avril (baron d*), Pénétration du Sahara. {Reçue française de V Etran- 
ger et des Colonies, Tome XII, 1890.) 

Bêdibr, Notre empire africain et le Transafricain. 1890. 

Bernard (Aug.), La question du Transsaharien, Alger, 1899. 

BoNNARD (P.), La lutte pour le grand central africain. Le Transafri- 
cain BoU'Grara-Loango. Paris, 1900. 

BoNNEFAN, Le Transsaharien par la main-dœucre militaire. Paris, 
lUOO. 

BourY, Note sur les dioers tracés du chemin de fer Transsaharien en 
étude en Algérie, 1899. 

Choisy (A.), Le Sahara. Soucenirs d'une mission à El-Golea. 1881. 

— Chemin de fer transsaharien. Imprimerie nationale, 1890. 
Déporter (C*), Sahara algérien, Caravanes et Transsaharien. Alger, 

1891. 

DupoNCHEL (A.), Projet de chemin de fer dans l'Afrique centrale. 
Exploration géographique et commerciale. 1875. 

— U Afrique centrale et le Transsaharien. (Extrait du Bulletin de la 
Société languedocienne de géographie. Montpellier, 1882. 

Flatters, Chemin de fer transsaharien. Paria. 



Digitized by VjOOQIC 



- 488 — 

FocK (A.), Algérie^ Sahara^ Touât, réponse à M* Camille Sabatier, 
Paris, 1891. 

Hbnnebbrt, Le chemin de fer irarissaharien. {Le Correspondant^ n» 
du 25 octobre 1889.) 

Leroy-Beauueu, Le chemin de fer transsaharien, {Revue des Deux 
MondeSy n» du 1^ juillet 1899.) 

Mao^arthy (O.), Le transsaharien, {Bulletin de la Société de géogra- 
phie d: Alger, 1880.) 

— Philebert (Gén.), Le Transsaharién, {Bulletin du Comité de 
V Afrique française d'octobre 1899). 

PouYANNE. Chemin de fer transsaharien. (Ministère des Travaux pu- 
blics, 1886). 

Leroy-Beaulieu (Pierre), La France et le Sahara français, {L Econo- 
miste français, n« du 13 novembre 1900). 

Rolland (G.) Mission de M, Choisy, 1880. 

— Le Transsaharien. Un an après, Paris, 1893. 
Sabatier (Camille), Touât, Sahara, Soudan, 1891. 

Tchihatchef (de), Le Sahara, {Revue des Deux Mondes, n^ du 1«' jan- 
vier 1889.) 



Digitized by 



Google 



LIVRE III 



1. Histoire du Soudan des origines à la formation de l'Empire d'El-Hadj-Omar. 
(Ghana- Melli-Songhaï. Domination marocaine. Royaume de Segou. 
Macina)/ 
II. Historique de la Pénétration française au Sénégal et au Soudan. 
m. Organisation de l'Afrique occidentale française. 
IV. Aperçu ethnographique de l'Afrique occidentale française. 
V. Climatologie. Partage en régions naturelles. 

VI. Aperçu géologique et orographique. 

VII. Hydrographie. 

VIII. Aperçu économique. Centres commerciaux. Voies commerciales. 
IX. Voies de pénétration française. 



CHAPITEE PREMIER 

Il est aujourd'hui démontré que le Soudan possède une histoire 
qui lui appartient en propre et qu'il eut autrefois une civilisation 
indépendante des influonoe» berbère et arabe. L'étude, tout au 
moins sommaire, des grandes lignes de cette histoire s'impose. Elle 
nous prouve que des populations trop souvent considérées comme 
dénuées d'initiative et rétives à tout progrès ont été autrefois capa- 
bles de grandes choses. 

Nous pouvons espérer que toute vitalité n'est pas éteinte en elles 
et que sous notre influence, elles se réveilleront de leur torpeur et 
retrouveront l'activité ancienne. 

Il nous faudra diriger cette activité dans une voie profitable à 
tout le pays en évitant qu'elle engendre seulement des luttes intes- 
tines et des discordes trop fréquentes dans l'histoire du Soudan. 

Cette dernière est intimement liée aux migrations des peuples 
nombreux qui sillonnèrent en tous sens les bassins du Niger et du 
Sénégal. En la résumant, nous apprendrons donc quelles sont les 
origines, les gloires et les aspirations possibles de toutes ces races 
et nous en déduirons ce que nous sommes en droit d'attendre de 
chacune d'elles. 



Digitized by 



Google 



— 160 — 

Les renseignements fournis par les auteurs arabes sur les pre- 
miers temps de l'histoire soudanienne sont assez vagues. Le plus sou- 
vent, en effet, ils ont dû s'en rapporter à la tradition orale et 
compter avec l'imagination orientale. 

Le royaume le plus ancien dont ils nous aient conservé le sou- 
venir est celui de Ghânata. D'après Es-Sâdi, auteur du Tarikh-Es- 
Soudan, c'était c une contrée très vaste et à l'extrême occident du 
côté de l'océan Atlantique ». Sut l'antique ville de Ghana, sa capi- 
tale, les avis sont demeurés fort partagés. Quelques-uns l'ont placée 
sur le Niger, d'après certains auteurs arabes. El Edrisi nous dit 
que : c Ghana est composée de deux villes situées sur les deux 
rives du Nil des Noirs, à douze jours de Melle et à quatorze jours 
de Sidjihuessa, la capitale du Tafilet. » Ibn-El-Ouardi et Ibn-Khal- 
doun répètent des affirmations analogues, mais les indications de 
distances ci-dessus mentionnées p^rouvent bien par leur fantaisie 
que ces écrivains ont dû être assez mal renseignés. El Bekri qui leur 
est antérieur nous dit au contraire : c Lorsqu'on part de Ghana en 
se dirigeant vers le lever du soleil, on arrive à Aougham et quatre 
journées plus loin, on rencontre le Ras-El-Ma où le Nil sort du 
pays des Noirs ». Ces données coïncident avec celles d'Es-Sâdi qui 
place Ghana dans le Baghena, c'est-à-dire, d'après Binger, dans le 
Bakhounou actuel. Barth s'est également rangé à cette opinion. 

On a cru devoir préciser davantage et identifier Ghana et 
Oualâta. Il semble que dans l'état actuel des connaissances, on 
doive encore en être réduit aux hypothèses sur l'emplacement exact 
de la ville des légendes soudanaises. 

Oualâta est au nord-ouest et non à l'ouest de Ras-El-Ma et à 
beaucoup plus de cinq jours de marche de ce point. 

Quoi qu'il en soit, le Tarikh-Es-Soudun nous assure que le 
royaume de Ghana c existait avant l'hégire, que vingt-deux princes 
y régnèrent avant cette époque et qu'il y en eut également vingt- 
deux qui régnèrent ensuite ». Il ajoute qu' c ils étaient de race 
blanche » et que le premier d'entre eux portait le nom de Quaïa- 
Magha. Or, le mot magha signifie « grand » en peuL II est donc 
probable que cette première dynastie appartenait à la race peule 
aujourd'hui éparse dans toutçs nos possessions. 

Les premières migrations des Foulbé vers l'Afrique occidentale 
remontent à des temps reculés. 

Par le type et par la langue, ce sont des Nubi-Berbères, des 



Digitized by 



Google 



— 161 — 

gémites, par conséquent. De nos jours encore, ils ont conservé la 
tradition d'une patrie d'origine située vers le nord-est et qu'ils 
nomment Diabalgangdéga. 

Ils vinrent probablement de la vallée du Nil et semblent être 
apparentés aux Eellah& Ils se désignent d'ailleurs souvent entre 
eux sous le nom de Foulah ou Fellatah. Poussant devant eux leurs 
troupeaux, ils traversèrent lentement l'Afrique tropicale de l'est 
à l'ouest et arrivèrent jusqu'à la boucle du Niger* Il est probable 
qu'en ce point, ils se fractionnèrent en deux branches dont l'une 
poussa vers l'occident jusqu'au Bagbena où nous la trouvons sur le 
trône de Ghana et dont l'autre s'étendit jusqu'au nord du pays 
haoussa et de là jusque dans le Gourma (1), de l'autre côté du 
fleuve. 

La dynastie blanche de Ghana avait pour sujets des Ouakoré (2). 
Les Senhadjas (3) s'emparèrent du Ghânata en 1076. Leur puis- 
sance très affaiblie sous ses derniers souverains tomba vers 1203, 
aux mains des Sousou, « tribus parentes des Wankoré r. S'il faut en 
croire Ibn-Khaldoun, ces Sousou ou Seuseu étaient depuis long- 
temps les voisins du Ghânata, du côté de l'orient. 

D'un autre côté, Es-Sâdi nous apprend que la première dynastie 
de oe royaume fut remplacée à sa dispersion c par celle de Melli 
dont les princes étaient de race noire >. 

Un royaume primitif de Melli (4) existait donc bien avant le 
xni* siècle à côté de celui de Ghana. 

D'après El Bekri, le premier roi musulman des Mandés portait 
le nom de Baraminda et régna sur le Melli de 1213 à 1235. Son fils 
Mari Diara I«^ (1235-1260) subjugua le Ghânata. 

La race mandé semble donc, comme l'a fait constater Binger, 
avoir joué dès l'origine un rôle important dans ces régions. 

Vers l'ouest, un troisième royaume, le Songhaï avait pour 
centre principal Koukiya (nom orthographié parfois Kâgho, Kou- 
kan, Kaokao), probablement le Gao actuel, situé sur le Niger. Son 
premier souverain fut, d'après Es-Sâdi, Za-Al-Ayaman. Au cours 
d'un voyage, celui-ci serait arrivé à Koukiya avec son frère et 

(1) D'après le Tarikh-es Soudan le roi songhay Souni Ali se noya en 1492, en 
revenant d'une expédition contre les Foulbé du gourma. 

(2) Ou Vangaray c'est-à-dire des Mandés. 

(3) Ou berbères. 

(4) Ce mot est écrit tantôt Melli, tantôt Mali. 

PÉNÉTRATION FRANÇAISE 11 



Digitized by 



Google 



— 162 - 

cemme on lui demandait le nom de son pays, Tamé aurait répoifadii z 
€ Il vient du Yemen » (Dja-men-^l-Yemen). Des lors, on ne rappela 
plus que Za-Âl-Âyaman^ en altérant la proikon^iatian de la plirase 
qui avait été dite (1) et sa postérité oonierva oe titre de Za. Le 
quinzième souverain Za, Za-£osoï embrassa l'islamisme, «a Tao. 
400 de rtégire (1009-1010 de l'ère chrétienne). Binger a fait remaiv 
quer qu'à partir de la fin du xi"^ siècle, les rois Songhay portent 
noms mandés et que cette race dut l'emporter sur les Son^^iay au- 
tochtones dans le courant du xui** siècle. 

Za-£osoï eut encore seize successeurs, mais vers la fin de la 
dynastie (entre 1311 et 1331), le roi de Mali Mansa-Mouça I", 
(souvent appelé Xankan Mouça), conquit le Songhay et en fit son 
tributaire. Sous le règne de ce prince, le Mali atteignit son apogée. 
Il s'étendit à l'ouest vers l'océan Atlantique et à l'est, jusqu'au 
delà du Niger. Le T arikhr^s-Sovdan nous dit textuellement : 
« Xankan Mouça prit la route de Tombouctou, il s'en empara et fut 
le premier souverain qui s'en rendit maître. > (1336-1337.) Le 
célèbre auteur Ibn-Batoutah passa dans cette ville en 754 (1353) et 
fut presque le témoin oculaire de ces faits. Seule, Djenné semble 
ne pas avoir été conquise par le Mali : « Au temps où la puissance 
de la dynastie de Mali était prépondérante, nous apprend Es-Sâdi, 
elle avait cherché à soumettre les gens de Djenné, mais ceux-ci 
avaient toujours résisté. » 

A Kankan Mouça succéda son fils Mansa-Magha I"*. Sous son 
règne, le Mali perdit de sa grandeur. Deux jeunes Songhay, fils de 
Za-Yabissoï et appartenant, par conséquent à la dynastie déchue, 
conservés comme otages par le roi de Melli, parvinrent à s'enfuir 
et à gagner leur pays. L'un d'entre eux, Ali-Kolon, monta sur le 
trône songhaï et prit le nom de Sonni. Binger a émis l'hypothèse 
que de cette époque, date l'appellation de Sonninké, donnée aux 
partisans du nouveau roi (Sonni-nké, hommes de Sonni). 

Sonni-Ali affranchit son pays de la suzeraineté du Melli, mais 
c les limites du royaume songhay ne dépassèrent guère pendant 
longtemps les environs de sa capitale » Gao. 

A partir de cette époque et jusque vers 1540, deux puissances se 
disputèrent donc la suprématie du Soudan : le Songhay et le Melli. 
Entre eux, Djenné demeurait indépendante. Dans le Melli, Mansa 

(l) Tnri/ih-es Soudan. 



Digitized by 



Google 



— i«3 — 

Slimea avait «uooédé à Marna Magha I" (1839-1359) et avait relevé 
son prestige en décadence sous le précédent règne. 

Au Mali étaient alors rattachées trois principautés, nous dit 
£s-Sâdi et elles portaient le nom de Kala, de Bindoxigou de 
SilKTÎdougou. L'emplacement «le l'ancienne capitale du Kala est 
probablement le Sokolo actuel, le Bendougou a conservé son nom et 
est situé sur la rive droite du Mayel-Balevdi, au-dessus du 13^ de 
latitude nord. 

Quant au Sibridougo* : € Il était en arrière des deux premiers 
et avoisinait le territoire de Melli. » « Chacune de ces principautés 
avait douze sultans. • Les noms de ceux-ci sont d'ailleurs encore en 
partie d'origine mandé. 

Parmi ceux de Kala, nous trouvons, en effet, le Kama-Koy 
(Eama veut dire grue couronnée, oiseau fétiche chee les Malinkés) 
et le Kao ou Kawa Koy (nom de famille sonninké). Huit d'en+re 
eux résidaient dans l'île de Kala, c'est-A-dire entre le Niger et le 
Mayel-Balevel et les quatre autres « de l'autre côté du fleuve, dans 
la direction du nord (1); quant aux sultans du Bindougou, ils habi- 
taient tous en arrière du fleuve du côté du sud. 

Le xv® siècle vit la décadence du Mali. Le sultan du Mossi sac- 
cagea Tombouctou que c les gens de Melli saisis d'effroi avaient 
abandonnée. » En l'an 837 (1433-1434), les Touareg Maghchaien, 
sous les ordres du sultan Akil, s'en emparèrent à leur tour et y 
demeurèrent quarante ans. 

Sonni-Ali II, roi du Songhay l'enleva aux Touareg au mois de 
Redjeb de l'année 873 (janvier 1469), « il exerça dans cette ville 
de grands, d'immenses et terribles ravages ». Le « tyran » le 
« libertin », comme l'appelle Es-Sadi s'empressa « de faire périr ou 
d'humilier les savants qui étaient demeurés à Tombouctou ». 

Il s'empara de Djenné par la famine, conquit Djaud^a, puis le 
Baro, le territoire des Senhajas Manou et le pays des Kounta. Il 
lutta ensuite contre le sultan de Mossi qui avait passé le Niger 
et s'était emparé de Biro (nom songhay de Oualâta), le vainquit et 
le poursuivit jusque dans ses états. Il mourut en 898 (1492-1493), 
en revenant d'une expédition contre les Zaghrani et les Foulani du 

(1) Le mot arabe qui signifie le Nord, désigne aussi la gauche. Le point car- 
dinal initial des Arabes serait donc l'Est, direction de La Mecque; en regardant d© 
ce côté, ils auraient, en effet, le Nord à leur gauche et le Sud à leur droite (le Sud 
est également désigné par le nvêm* mot que la droite). 



Digitized by 



Google 



— 164 — 

Oourma. Un des généraux du prince défunt s'empara du pouvoir 
sur le fils de Sonni-Âli et prit le nom d'Askia Mohammed, fondant 
aussi la troisième dynastie songhaï. 

Il s'empara de tout le pays de Kounta, battit le Baghenâ-Farî 
en 1499 et en 1501, le Gâma-Fitiqalli, caïd du sultan de Melli à 
Zallen, saccagea cette ville et pilla le palais du souverain lui-même. 
En 1507 c il s'empara de Killaubout qui est Melli >. Il combattit 
encore le sultan d'Agadez et celui du Mossi. 

Les successeurs d'Askia-Mohammed accablèrent le Melli qui finit 
par succomber. 

c Alors, dit Es-Sadi, la population de l'empire de Melli se divisa 
en trois groupes, chacun d'eux eut à sa tête un prétendu sultan, 
mais les deux caïds (que le roi de Melli avait nommés, l'un pour 
gouverner la partie méridionale de ses possessions, l'autre la partie 
septentrionale, le Sangarzouma et le Faran-Sourâ) méconnurent 
l'autorité de ces souverains et se déclarèrent également indépen- 
dants, chacun dans son domaine respectif. » 

Suivant les recherches de Binger, les cinq nouveaux groupe- 
ments ainsi formés auraient été ceux des Bambara, des Malinké, 
des Sousou, des Sonninké et des Dioula. 

Le chute du Melli eut sa répercussion dans tout le Soudan. Beau- 
coup de peuples qui en avaient fait partie s'en détachèrent, tels les 
Siéné-Ré, les Tagoua, etc., etc. 

L'empire Songhaï demeura seul maître du Nord du Soudan. Il 
atteignit le fait de sa puissance sous cet Askia-El-Hadj -Mohammed 
ben Abou-Beqr « dont, dit Es-Sadi, la justice, la fermeté s'éten- 
daient partout, en sorte que ses ordres accomplis sans peine dans 
son palais, s'exécutaient avec autant de facilité sur tous les points 
les plus éloignés de l'empire, des frontières du pays de Dendî à 
celles de celui d'Hamdiya, des confins du pays de Bindoko, à Teg- 
hazza et au Touât, ainsi que dans toutes leurs dépendances ». 

Ses successeurs firent de nombreuses guerres contre le Mossi, 
le Gourma et le Baghena, dernier reste du Melli. En 1564, Askia- 
Daoud envoya une expédition jusque dans le pays de Barka (la 
Tripolitaine). 

Par malheur, les Askia se livrèrent à des luttes intestines et fami- 
liales qui affaiblirent peu à peu le Songhay jusqu'au jour où les Maro- 
cains, profitant de leur décadence envoyèrent au Soudan le pacha 
Djouder, pour appuyer les prétentions du sultan Moulay Ahmed qui 



Digitized by 



Google 



— 16S — 

réclamait les mines de sel de Teghazza. Passant à Test d'Araouan, 
il arriva à Karankara sur le Niger, puis marcha sur Gao et battit 
Askia Ishâq près de Toubodi (1). Le souverain songhay s'enfuit 
dans le Gourma et fut encore une fois battu à Zallen. Les Maro- 
cains luttèrent longtemps contre son successeur Askia Nouh et 
finirent par se trouver maître c du parti songhaï et de tous ses 
adhérents ». Tombouctou tomba en leur pouvoir, ainsi que Djenné. 

Ces deux villes ne tardèrent pas à se révolter et ne furent sou- 
mises définitivement qu'au bout de plusieurs mois. Les Marocains 
appliquèrent à leurs conquêtes le système du protectorat. Ils nom- 
mèrent TAskia (2) du Dendi, les sultans des tribus touareg voi- 
sines de Tombouctou, le cadi, Timam et le hâkem (3) de cette ville, 
le Kabara-farma (4), le gouverneur de Djenné, mais la population 
conserva ses lois et ses coutumes. 

Le sultan du Maroc nomma bientôt, à côté du pacha qui com- 
mandait aux troupes, un amin chargé des affaires financières. Il 
y eut donc deux pouvoirs l'un en face de l'autre. 

Peu à peu Téloignement du Maroc permit aux pachas de se 
rendre indépendants. Le pacha n'intervint même plus dans leur 
élection qui fut faite par les troupes. La cour marocaine cherchait 
néanmoins à laisser croire que le pacha était son vassal et, dans ce 
but, lui envoyait de temps en temps des messagers, mais cette pré- 
tention était fort illusoire. A Moulai* Abdallah, propre fils du sultan 
venu à Dienné en 1736, les habitants de cette ville répondaient : 
c Nous ne vous connaissons pas, nous ne reconnaissons que les 
pachas et leurs enfants, quant à vous, nous ne vous reconnaissons 
aucune autorité, nous ne savons qui vous êtes et ne faisons aucun 
cas de vous (5) ». 

Quatre-vingt-dix-sept pachas se succédèrent à la tête de Tadmi- 
nistration marocaine de 1590 à 1750 (6). 

Quelques uns d'entre eux gouvernèrent très despotiquement, tel 

(!) Peut-ôtro le mont Tondibi au Nord de Gao. 

(2) Il y eut 16 Askias nommés par les Marocains. 

(3) Fonctionnaire analogue à nos maires. 

(4) Gouverneur du port de Kabara. 

(5) Tedzkiret en Nisian. 

(6) 157 en comptant ceux qui furent réélus. 

Les derniers amins étaient nommés parles pachas. 

La fonction s'éteignit en 1689 avec Ahmed ben Ali El-Tezerkin. 



Digitized by 



Google 



— t66 — 

Mansour-ben Me8a'0ud-1>eii Mansour-Ez-Zaeri (1712-1719), dont 
la tyrannie effrayante ne se termina qu'avec une réycdie. Les 
« legha » an esclaves noirs de ce pacha c allaient jusqu'à détrousser 
sur les routes tous ceux qui se rendaient au marcké ou à la mos- 
quée. » 

D'autres, par contre, n'exercèrent qu'un pouvoir éphémère, cer- 
tain, par exemple, ne resta au pouvoir que vingt jours, tel autre 
quatre seulement l 

L'armée qui les nommait était partagée en trois grands groupes 
réunissant chacun des gens de la même région. Il y avait aussi urne 
division de Fez, une de Merrakech et une dé Cherragua. Chacune 
d'entre elles jouissait d'une certaine autonomie et élisait à tour de 
rôle le pacha. Celui-ci, dès sa nomination, imposait aux négociants 
de Tombouctou des contributions de 2,000 à 4,000 mitzakels d'or et 
les distribuait aux soldats, puis faisait occuper les divers emplois 
par ses protégés. 

De ce régime à l'anarchie, il y avait bien près. Dès la fin du 
xvn* siècle et durant le commencement du xvm*, elle ne cessa de 
régner. Les divisions en vinrent souvent aux mains à propos de 
l'élection, les favoris du pacha se crurent tout permis, le commerce 
assez prospère au début de la domination marocaine périclita. 

En 1741, Tombouctou subit une épouvantable famine. Les caïds, 
pour se faire nommer pachas, implorèrent jusqu'à Tappui des 
Touareg. Ceux-ci devinrent bientôt tout-puissants dans le pays. Ils 
furent bientôt maîtres du Tekrour, du Haoussa, d'une partie du 
Gourma, tandis que les Foulani s'emparèrent du reste de cette 
région. « Ils avaient détruit toute autorité des soldats marocains 
à ce point que ceux-ci payaient impôt à eux Touareg. » 

En 1743, les Tademekket exerçaient leurs brigandages jusque 
sur la route qui mène de Kabara à Tombouctou. La domination 
marocaine finit, en quelque sorte, par disparaître devant la har- 
diesse et le nombre des Touareg. Un grand nombre de tribus noires 
s'étaient d'ailleurs déclarées indépendantes. En 1739, les Ouankore 
(Mandé) étaient venus assiéger les faubourgs de Djenné ayant à 
leur tête le chef Famâgh. Le Dendi se révolta plusieurs fois et cela 
dès la fin du xvii® siècle. 

Des cendres de la puissance marocaine naquirent un grand nom- 
bre de royaumes noirs. 



Digitized by 



Google 



— 167 



Royaume de Segou. 

Les Bambaras ou plus exactement Bl9immana6> peuple d'oTigme 
mandé, tentèrent, dès le xvn* siècle d© reconstituer à leur pr^t 
l'ancien royaume de Mali. Les auteurs soudaniens nous rappor- 
tent leurs fréquents soulèvements. En 1645 « les fétichistes du 
Bambara attaquèrent Chibla, la population tout entière s'enfuit 
de la ville comme les autres, tout fut détruit pierre à pierre. Peu 
après, ils agireni de même vis-à-vis du ¥arka-Koï et de façon plus 
vive encore (1) ». 

Le pacha Mansour (1712-17t9) c penniant Ite première de ses 
expéditions dirigée sur Bora, attaqua Deba, ville des païens de 
Bambara b. Enfin, en Tannée 1731, le Têdzkiret en Nisian signale 
« une lutte entre les Haoussa et les Gtjurma d'une part et les païens 
du Bambara de l'autre (2) ». 

Le premier roi de ces Bambaras aurait été un certain Eala- 
dian Kouroubari dont la dynastie s'éteignit en 1740 et fut rem>- 
placée par celle des Siara. La capitale du royaume était à l'origine 
Ségou-Koro. 

Bambara et Sonninké (3) entrèrent souvent en lutte, pour con- 
quérir le pouvoir et les guerres^ civiles furent nombreuses. La plus 
longue- dont l'histoire ait conservé le souvenir est celle qui éclata 
à la mort de Kafiadougou (1748) entre deux frères Dabo et Sagoné 
pour la conquête du trône. Elle dura jusqu'en 1754 et s'étendit sur 
le Segou, le Béloudougou, le Bakhounan et le Nioro. 

A la mort de son rival, Dabo (souvent aussi appelé Ngolo) pFrit en 
mains le pouvoir et alla résider à Segou Sikoro (1754-1787). S'il 
faut en croire les traditions, il établit son autorité de Bammafeo à 
Tombouctou et fit longtemps la guerre aux Foulbés du Kalari. 

La lutte du Segou contre le Macina peulE commença^ sou» fe 
règne de Da Biara (1808^1830) et eut une issue heureuse. 

Le Macina demeura suzerain du Segou; 

De 1859 à 1861, Aly Diara lutta bravement contre EL-Hadj- 

(1) Tarikh es-Soudan. 

(2) Tedzkiret en Nisian. 

(3) Les Sonninkés semblent avoir occupé le Segou antérieurement aux Bambara 
qui y vinrent seulement vor5»>le milieu du.x.vii» siècle. 



Digitized by 



Google 



— 168 — 

Omar, mais ce dernier parvint à s'emparer de Sansanding après 
avoir battu Tarmée bambara-macinienne et donna le gouvernement 
du Segou à son fils Ahmadou. Ce dernier, battu en 1890 par le 
colonel Archinard, se réfugia dans le Kaarta et Segou tomba en 
nos mains. Ainsi finit ce royaume. 

Royaume du Macina. 

D'après le Tarikh-Es-Soudan c les rois du Macina sont origi- 
naires de Koma, nom d'une localité du pays de Qayâka (1) qu'on 
appelle encore Tao et Tirmisi ». 

Le premier d'entre eux, Magban, ne tarda pas à être rejoint par 
des « Foulâni, les uns appartenant à la même tribu que lui, les 
autres provenant de la tribu de Sangâr qui, à cette époque, noma- 
disait sur le territoire compris entre les bords du fieuve (le Niger) 
et Mîma ». 

Dès l'origine, le pays reçut donc les Foulbé, mais le fond de la 
population était formé de Tombes, indigènes de race mandé. Vers 
la fin du XVI* siècle, des guerres civiles fréquentes divisèrent le 
pays, dans lesquelles intervinrent les souverains sopghays Askia- 
el-Hadj-Mohammvid et Askia Ishây. 

En 1633, le roi du Macina Hammedi-Anima entra en lutte avec 
les Marocains et ne fut vaincu par ceux-ci qu'en 1644. Ils le dépo- 
sèrent et le remplacèrent par Hammedi Eatima. 

Le TedzJciret en Nisian nous apprend qu'en 1716 c mourut le 
Foudako Djelàdji, seigneur du Macina » et qu'il fut remplacé par 
Kidado dont le règne dura une quarantaine d'années. A cette 
époque, le Macina était, semble-t-il, en bons termes avec Tom- 
bouctou. 

Vers 1741, il reprit la lutte contre les Marocains. « Hammedi 
Foulâni, fils du foudoka du Macina, résolut d'attaquer l'armée maro- 
caine. A la tête de nombreux soldats il l'assaillit, mais il fut mis 
en déroute complète et ses forces furent dispersées de tous côtés. » 
Cette tentative semble d'ailleurs n'avoir été que partielle, au milieu 
de l'anarchie générale qui désolait la région. 

En 1790, le Peuhl Ahmadou Amat Lalo s'empara du pouvoir et 
restaura le royaume de Macina, sous la suzeraineté du Segou. A 

(1) Qâyâka était un pays voisin de Kala, situé par conséquent à Touest du Niger. 



Digitized by 



Google 



— 169 — 

cette époque eut lieu yers le Macîna un nouvel exode de Foulbé. 
L'union de ces derniers avec la race nègre autochtone produisit une 
population assez considérable de Toucouleurs. 

Les Foulbé étaient venus de l'ouest. Le nouveau souverain fit la 
guerre au Segou, mais sans remporter aucun avantage marqué. 
Néanmoins, en 1828, son fils s'empara de Dienné. 

En 1861, Ahmadou Cheikbou s'unit à Aly Diara, roi de Segou, 
contre El-Hadj-Omar, mais, comme nous l'avons vu, l'armée bam- 
bara-macinienne fut vaincue. Alpha Oumar, lieutenant d'El-Hadj, 
s'empara de la i)ersonne d'Ahmadou et le fit décapiter. El-Hadj- 
Omar donna le gouvernement du Macina à Tidiani, son neveu, qui 
soumit à son pouvoir Dienné et Tombouctou. 

Le Macina, comme les autres dépendances de l'empire toucou- 
leur, tomba en nos mains. 



Digitized by 



Google 



CHAPITEE II 



HISTORIQTTE DE LA ram&TRATIOW* PHAITÇAISB DANS 
l'aPETOTUB OeCIDENTALE 



Notre empire d'Afrique* occidentale devait se créer au milieu 
du chaos de royaumes issus en quelque sosto* im» rmimss de la domi- 
nation marocaine. Mais près de trois siècles furent nécessaires à 
rinfluenoe française pour s'étendre jusqu'au coude du Niger. A 
l'époque dç la création de nos premiers comptoirs sur la côte, les 
pachas régnaient en maîtres absolus à Tombouctou. Leur ligne de 
communication naturelle était le désert qui les reliait au Maroc ; 
la voie du Sénégal ne conduisait qu'à la mer où ils n'avaient aucun 
intérêt. Ils négligèrent donc d'occuper les pays du Sénégal et, en 
suivant cette route, la pénétration française parvint au Niger, un 
siècle après leur chute. 

La formation de notre empire passa par plusieurs phases bien 
distinctes. L'étude de ces périodes diverses met clairement en 
lumière la grande caractéristique de notre expansion en Afrique : 
l'infiltration lente, laborieuse, due d'abord à l'initiative privée et 
vers la fin du xix° siècle seulement à l'action gouvernementale, 
avec le centre du continent pour but de ses efforts. 

La domination française a pris naissance sur la côte du Sénégal. 
De 1626 jusque vers le milieu du xix* siècle, on ne songea guère 
qu'à créer de nouveaux comptoirs de l'embouchure de la Mellacorée 
à celle du Sénégal. A ces époques où les colonies étaient presque 
toujours livrées à leurs propres forces, ce fut d'ailleurs une tâche 
ardue de conserver nos possessions successivement convoitées par 
les Hollandais et les Anglais. De 1626 à 1814, le Sénégal dut subir 
les vicissitudes les plus diverses, passant sans cesse aux mains de 
compagnies commerciales nouvelles, tantôt pris par l'ennemi, tan- 
tôt restitué par des traités souvent même inefficaces. Les posses- 



Digitized by 



Google 



— 171 — 

sioiis des puissanoeft Mra d' Europe {ormaient alors comme bu 
monde à part et les hostilités continoaieiLt ans ccdouies même après 
la signature de la paix par leurs métropoles. 

Yers le milieu du xix* siècle^ on put songer seulement à s'étendre 
le long des rives du fleuve, véritable vwie conduisant au Scmdttn. 

Dès lors on eut à lutter contre de nouveaux ennemis : au nord- 
ouest les Maures qui voulaient conserver le monopole du trafic de 
la gomme, au sud ks Toucowleurs fanatiques; 

Le Sénégal solidemient occupé, les tribus avoisinantes mainte- 
nues par une ligne de postes s'étendant de Saint-Louis à Médine, 
il nous restait à étendre notre influence sur le Soudan. 

La troisième période de notre conquête, de 1863 à nos jours, 
vit les efforts successifs tentés pour atteindre le Niger, Segou, 
Dieftné et Tomboucti^u. Le fleuve conquis n'était en quelque sorte 
qu'une route, une voie de pénétration politique et commerciale. 
Il s'agissait désormais d'entrer en relations avec les pays sources 
mêmes du trafic. On entreprit, dans ce but, une œuvre dans laquelle 
l'antique empire de Mali et le Songhay avaient naguère échjovté et 
que les Marocains n'avaient même point tentée : la pénétration 
dans ces pays Dafina, Mossi, Gourounsi, Gourma, Bariba jusque-là 
rebelles à toute domination et étendant leur masse dans la boucle 
du Niger, eut pour point de départ une triple base : le fleuve même, 
la Côte d^Ivoire et le Dahomey. 

1^ Période. — C'est en 1G26, avec la Compagnie normande, asso- 
ciation de marchands de Eouen et de Dieppe, que naît le Sénégal 
comme colonie française. A cette époque où les Hollandais tenaient 
Arguîn, Gorée et Rufisque, elle fonda le comptoir de Saint-Louis. 

En 1664, la Compagnie normande vendit ses établissements à la 
Compagnie des Indes occidentales créée par Colbert. En 1672, cette 
dernière à son tour cédait ses droits à une Compagnie dite d» 
SénégaL L'année 1674 vit la réunion aux domaines de la Couronne 
des € terres et comptoirs de la côte d'Afrique ». 

Pendant la guerre de Hollande, Arguin, Portudal, Joal, Rufis- 
que et Gorée tombèrent en nos mains et le traité de Nimègue nous 
laissa ces conquêtes (1678). 

La paix rétablie, une nouvelle Compagnie du Sénégal reçut les 
privilèges précédemment supprimés* 

Durant les années 1692 et 16^3^ aos colonies eurent à lutter 



Digitized by 



Google 



— 172 — 

contre les Anglais. Saint-Louis et Gorée furent pris par le gouver- 
neur de la Gambie, puis repris par nos troupes quelques mois plus 
tard. 

En 1694, une nouvelle compagnie fut fondée sous le nom de 
Compagnie royale du Sénégal, Cap Nord et Côte d'Afrique. Son 
directeur André Bricé entra en relations avec les chefs indigènes 
du Cayor, des Maures Braknas, du Dinar Dmari, du Toro et du 
Fouta ; il remonta ensuite le cours de la Ealémé. 

La Compagnie des Indes établie par Law en 1718 racheta les 
privilèges de la Compagnie royale. 

Le XVIII® siècle n'amena point des jours meilleurs pour nos 
possessions. En 1758, elles tombèrent au pouvoir des Anglais et la 
Compagnie royale britannique d'Afrique reprit tout le commerce 
de la région. Le traité de Paris (1763) ne nous rendit que l'îlot de 
Gorée. 

La Compagnie royale de la Guyane reçut de Louis XV, en 
1776, le privilège exclusif du trafic des nègres à Gorée et sur toute 
la côte. 

En 1779, le duc de Lauzun reprit Saint-Louis aux Anglais. 

La paix signée, le 3 septembre 1783, avec l'Angleterre nous 
laissa notre conquête et le trafic des noirs prit une extension consi- 
dérable avec une nouvelle Compagnie du Sénégal. Celle-ci fut 
remplacée en 1785 par une nouvelle association commerciale dite 
de la Gomme qui passa des conventions avec les Maures Trarza et 
Brakna. 

Les guerres de la Révolution et de FEmpire eurent leur contre- 
coup en Afrique. 

Après plusieurs attaques infructueuses, les Anglais &'empa- 
rèrent de Gorée (1800). En 1807, Saint-Louis bloquée résista victo- 
rieusement pendant sept mois, mais, moins heureuse en 1809, elle 
tomba aux mains de l'ennemi. 

L'article 8 du traité de Paris (1814) nous rendit la colonie du 
Sénégal en l'état où elle était au l*' janvier 1792. 

La Restauration tenta la création de centres agricoles et, à ce 
propos, notre colonie entra en lutte avec les Foulbé du Toro et les 
Maures Trarzas. Ces derniers durent reconnaître nos droits par le 
traité de juin 1821. 

En 1837, les chefs de la Casamance se soumirent à notre domi- 
nation et le poste de Sedhiou fut créé. 



Digitized by 



Google 



— 173 — 

L'amiral Bouët-Willaïunez reçut le gouvernement de la colonie 
en 1843. Il envoya une mission reconnaître la Falémé. Elle remonta 
le cours de cette rivière et revint par la Gambie. 

En 1835, Gorée fut déclaré port franc. 

2^ Période. — Resserrées entre la côte et les royaumes indigènes, 
nos possessions manquaient d'air et voyaient leur développement 
entravé. C'était pour elles une question capitale d'élargir leur zone 
d'influence. Au nord du Sénégal s'étendait un pays peu riche ne 
possédant que de la gomme et habité par des tribus puissantes et 
belliqueuses, au sud les régions quasi désertiques du Fouta et du 
Ferlo s'interposaient entre la mer et les fertiles contrées de la 
Falémé et du Bafing. 

La voie naturelle de pénétration était donc sans conteste le 
fleuve lui-même. Occuper solidement ses rives s'imposait. 

Dans le but de mettre fin aux pillages des Ouolofs et des Tou- 
couleurs, le capitaine de frégate Protêt, alors gouverneur du Sénégal, 
renforça le poste de Dagana, fit construire celui de Podor et s'em- 
para de Dialmath, capital du Dinar (1854). 

Cette même année vit la nomination au gouvernement du com- 
mandant Faidherbe. Il eut d'abord à lutter contre les Maures. 
Ceux-ci furent battus en plusieurs rencontres. En 1857, les Idao- 
Aich (parfois improprement appelés Douaïch) durent signer la paix 
et en 1858 les Trarza et les Brakna suivirent leur exemple. 

La lutte contre El-Hadj-Omar fut plus pénible. 

Le fondateur du grand empire toucouleur était originaire des 
environs de Podor. Après un pèlerinage à la Mecque, il réussit à 
rallier autour de lui de nombreux partisans dans le Dinguiray. De 
là, il envahit le Bambouk, le Kaarta, le Bondoù, le Fouta central. 

Devant le danger d'un pareil voisinage, Faidherbe fit mettre 
en état nos postes de Bakel et de Sénoudébou et créa le fort de 
Médine, dans le but d'étendre le cercle de nos relations commer- 
ciales et de s'assurer une base d'opérations éventuelle contre le 
marabout. 

El-Hadj-Omar entra bientôt en contact avec nos postes extrêmes 
et s'avança contre celui de Médine, alors commandé par un 
traitant mulâtre Paul Hall ayant sous ses ordres sept Européens et 
une cinquantaine de noirs. Le blocus dura quatre-vingt-dix-se 
joura. 




Digitized 



— 174 — 

Avec ÔOO hommes seulement, JPaidiierbe £t leT«r le siège et El- 
Hadj-Omar dut se retirer dans le Dinguiray. Cet épisode est 
demeuré un des plus fameux de notre épopée ooloniale. 

En 1858, le marabout tenta de reprendre l'afEensive, mais il fut 
repoussé, et le tata de Guemou, susceptible de couper la navigation 
du fleuTe, fut ^nporté par nos troupes. 

Le capitaine de vaisseau Jauréguiberry, q«i remplaça q^ques 
mois Faidherbe tombé malade, battit en plusieurs rencontres les 
Touoouleurs dissidents. 

De ret'our en juillet 1863, Faidherbe, désormais général, pacifia 
le Sine, le Saloun et le Cayor, 

Le colomel Pinet-Laprède qui lui succéda établit notre protec- 
torat sur les rivières du Sud et fonda les postes de Bobé et de 
Benty. 

«3* Période. — Nous étions solidement établis sur le Sénégal à 
la fois base de pénétration et voie commerciale, il restait dès lors 
à entrer en relations avec les populations du Soudan. 

B.ené Caillé avait été le premier Européen qui, parti de la côte 
occidentale d'Afrique, avait réussi à atteindre Tombouctou. Du Rio- 
Nunez, il s'était dirigé sur le Fouta-Djallon, avait atteint le Niger 
à Kouroussa après la traversée du Bafing et du Tankisso, gagné 
Kankan, Djenné et enfin Tombouctou. 

En 1860, un sous-lieutenant indigène de l'escadron sénégalais, 
Aliousi-Sal, visita le Tagant, le pays des Oulad Embarck et des 
Oulad-Xacer, Oualata, la contrée sablonneuse d'El-Meniïa (le 
miroir) et atteignit Araouan. 

Mais, c'est en 1863 seulement que la pensée de la liaison à opérer 
entre le cours supérieur du Sénégtil et celui du Niger fut nettement 
posée. « 

Au lieutenant de vaisseau Mage partant en mission à Segou, 
le général Faidherbe disait textuellement : t Le but serait d'arriver 
à créer une ligne de postes distants d'une trentaine de lieues entre 
Médine et Bammako ou tout autre point voisin sur le Haut-Niger 
qui paraîtrait le plus convenable pour y créer un point commercial 
sur le fleuve. Si nous pouvions créer une voie commerciale entre le 
Sénégal et le Haut-Niger, n'aurions-nous pas lieu par là d'espérer 
de supplanter le commerce du Maroc avec le Soudan? » 

Le lieutenant Mage et le chirurgien Quintîn, partis de Médine 



Digitized by 



Google- 



— 17S — 

eu noT^embie 1863, remontèrent le Sénégal jusqu'à Bafoulabé, pas- 
sèrent à Kotindiaii, £ita, Nyami&a et -arrivèpemi à Segcm à la fin du 
mois de février 1864. 

Keçiis dans cette ville par Âhmadau, £ls d'Ël-Hadj-Omax, ik 
y furent seienus pendant plus d'un an en demi-captivité. Sur les 
instances de Faidherbe, le sultan se décida enfin à leur remdn la 
liberté. 

Soleillet tenta, en 1878, de f^agner Segou et de là Tombouctou 
ei l'Algérie. Il ïut arrêté comme ses prédéoesseurs •et dut revenir à 
Bakel en mars 1879. 

Vers la même époque, Zweifel et Moustier, partis de la côte de 
Sierra— Leone, parvenaient à Falaba et découvraient la source du 
Falï-EJio, branche occidentale du Haut-Niger. 

En 1880, le capitaine Gklliéni était chargé de reconnaître le 
tracé possible d'une voie ferrée entre Hédine et le Niger. 

Partie de Saint- Louis, la mission passa à Bakel et à Bafoulabé, 
traversa le Fouladougou, et parvint à Kita dont le chef signa un 
traité plaçant tout le pays sous le protectorat de la France. 

De Kita, Galliéni marcha sur Koundou et Bammako. Attaqué 
daoïLfi sa marche par les Bambaras, il réussit à leur échapper. Mais, 
comme MsLge, nos compatriotes restèrent pendant plus de dix mois 
prisonniers à Nanga. Seule, la nouvelle de la marche de la colonne 
Borgnis-Desbordes parvint ù les faire sortir de cette demi-captivité. 
Dès ce jour, il parut évident que la pénétration pacifique ne 
pouvait suffire à soumettre à notre influence les débris de l'empire 
•d'El-Hadj-Omar. Nous devions tout d'abord nous frayer un pas- 
sage les armes à la main et faire preuve de cette force qui seule en 
impose aux peuples primitifs. 

1881, — La première campagne entreprise eut pour but d'assurer 
l'occupation du pays entre Médine et Kita. Le colonel Borgnis-Des- 
bordes marcha de Bafoulabé sur Kita, s'empara du village de Gou- 
banko coupable de brigandages, et fit commencer la construction du 
fort de Kit<i, 

18S2. — Le colonel Borgnis-Desbordes, apprenant l'approche de 
Samory qui se disposait à envahir le Bouré, se dirigea sur Kéniéra 
dont l'almamy refusait de lever k siè^. Le camp retranché de 
Samory fut enlevé. A son retour, la colonne construisit le fort de 
BadouTohé, 



Digitized by 



Google 



— 176 — 

1883, — On se proposa de s'établir à Bammaka et de relier ce 
point au poste de Kita. Dans sa marche, la colonne s'empara des 
foyers d'agitation de Mourgoula et de Daba. Samory envoya deux 
armées contre BammaJco où l'on construisait un fort. Elles furent 
battues en plusieurs rencontres (à Oueya-Ka, Bankomnana, Kou- 
makbana, Maréna). 

1884, — Durant cette année, Âbmadou, roi de Segou, alla s'éta- 
blir à Nyaminâ, laissant le commandement à l'un de ses fils, 
Madané. On construisit le fort de Koundou, 

1885. — Le lieutenant-colonel Combes fit construire le poste de 
Niagassola et celui de Nafadié, Samory vint bloquer oe dernier, 
mais ne put s'en emparer grâce à la défense héroïque de la compa- 
gnie de tirailleurs du capitaine Louvel. Combes fit lever le siège 
après une dizaine de combats acharnés dont le plus important fut 
celui du marigot de Kokoro (le 13 juin 1886). Samory battit en 
retraite vers le sud. 

1886. — Samory a envahi le Birgo, le Gadougou et le Dafing ; 
une de ses armées est campée à Gale et menace Niagassola. Frey 
marche contre celle-ci et contraint l'ennemi à la retraite, lui livrant 
le combat du marigot de Fataka-Djuigo. 

Samory effrayé demanda alors la paix. Un traité fut signé, mais 
non ratifié comme trop favorable à l'almamy. 

Pendant ce temps on reçut des nouvelles fort graves de la 
Falémé. Le marabout sarakoUé Mahmadou-Lamine avait soulevé 
le Boundou et pris traîtreusement le poste de Sénoudébou. 

Grâce aux négociations entamées avec Samory, le lieutenant- 
colonel Frey put tourner ses efforts contre le nouveau fondateur 
d'empire. Ce dernier, après une tentative infructueuse sur Bakel, 
fut battu à Tamboukhané, puis à Kydîra et dut se réfugier dans le 
Diaka sur la limite de la Gambie anglaise. Au mois de septembre, 
il tenta de reprendre Sénoudébou tombé en notre pouvoir, mais ne 
réussit pas davantage. 

1887, — Le lieutenant-colonel Gallieni dirigea contre Mah- 
madou-Lamine trois colonnes. L'une d'entre elles partie de Saint- 
Louis s'avança sur le Saloun où elle battit à Gounbaf Saër Maty 



Digitized by 



Google 



— 177 — 

souverain du Rip et allié flu marabout, les deux autres conver- 
gèrent de Médine et de Diamou sur Diani qu'elles brûlèrent. 

Mabmadou-Lamine dut se réfugier dans le Niani-Ouli. Les 
pays situés entre le Bondou et la Gambie furent alors placés sous 
notre protectorat. 

Cette même année vit la conclusion d'un traité (7nai 1887) avec 
Abmadou. En mars, Samory s'était décidé à accepter les condi- 
tions posées par le capitaine Peroz envoyé en ambassade auprès 
de lui : le Niger servit de frontière entre nos possessions et les 
Etats de Talmamy jusqu'à Tiguiberi, à partir de ce point le Tin- 
kisso fut pris comme ligne de délimitation. 

On put alors songer à organiser le terrain conquis. Au tour de 
chaque poste furent créés des villages dits de liberté, la culture fut 
favorisée^ 

En outre, la question de la navigabilité du Niger fut mise à 
l'ordre du jour par la mission du lieutenant Caron qui remonta le 
fleuve jusqu'à Koriumé port de Tombouctou. 

En même temps, le docteur Tautin et le lieutenant Quiquandon 
parcouraient le Beledougou, puis visitaient Segala, Sokoto et 
Goumbou. 

1888, — Dans le but d'en finir avec Mahmadou-Lamine, le 
lieutenant-colonel Gallieni donna l'ordre au capitaine Fortin, qui 
occupait Bani, de marcher sur Tamba-Kounda. Le tata fut emporté 
et le marabout, mis en fuite, fut tué à Lamen-!£otta. 

Du côté du Niger, on construisit le poste de Kangaba, puis celui 
de Siguiri. Au nord du fleuve, deux traités signés l'un avec l'Etat 
bambara de Sokola, l'autre avec les Oulad-Embark, placèrent ces 
pays sous notre domination. 

1889, — Le commandant Arcbinard fit bombarder Koundian. 
Deux canonnières remontèrent ù nouveau le Niger. Dès le 18 juin 
1888, Tiéba, roi du Kenedougou et rival de Samory, avait placé ses 
Etats sous notre protectorat. 

1890, — La duplicité d'Alimadou se montrait sans cesse dans 
des actes hostiles : le G avril, Segou fut emporté d'assaut. Pendant 
ITiivemage, l'ennemi tenta de s'emparer du poste de Koniakry, 
mais il fut repoussé. 

1891, — Le V^ janvier 1891, le colonel Archinard s'empara de 

PÉNÉ'l RATION FRANÇAISE 12 



Digitized by 



Google 



— 178 — 

Nioro où Akmadoa avait fixé le lieu de sa résidence et contraignit 
ce dernier à chercher un refuge dans le désert. U tourna ensuite ses 
efforts contre Samory qui avait violé sans cesse un second traité 
signé avec lui en 1889 (1) et s'empara de Eankan, puis de Bissaa- 
dougou. 

1892. — On pouvait craindre une entente de l'almamy avec les 
Anglais de Sierra-Lone, en raison de son rapprochement de leur 
hinterland. Le lieutenant-colonel Humbert, envoyé sur le Haut- 
Milo, prit Kérouané et Toutoukourou. 

1893. — Le lieutenant-colonel Combes lança trois colonnes 
contre Samory. Deux d'entre elles marchèrent sur le Haut-Niger et 
battirent Tarmée de Bilahi le Vieux, lieutenant de Samory ; la 
troisième remonta la vallée du Haut-Milo et s'empara du réduit de 
Guéleba. 

Bejeté vers le Libéria, Samoiy ne tarda point à se diriger vers 
Test, menaçant Kong. 

Des lors, le Sierra-Leone anglais se trouva coupé du Haut- 
Niger et le traité signé avec TAngleterre, le 21 janvier 1895, recon- 
nut nos conquêtes. (Cet arrangement précisa deux actes précédents 
signés le 10 août 1889 et le 26 juin 1891. U confirma nos droits sur 
tout le bassin du Haut-Niger avec ses deux sources le Fati-Kho et 
le Timbi-Kho. En outre, il nous abandonna la route d'Ouelia à 
Ouossou par Lucenia, utile au ravitaillement de nos postes.) 

Du côté du Moyen-Niger, le colonel Archinard, ayant appris 
des tentatives d'insurrection fomentées par Ahmadou devenu roi 
du Macina a la mort de son frère Mounirou, se porta sur San et de là 
sur Dienné et Bandiagara dont il s'empara. 

Le Soudan fut alors divisé en trois régions : région nord, chef- 
lieu Nioro ; région est, chef -lieu Bammako ; région sud, chef -lieu 
Siguiri. 

1894. — La colonne Bonnier marcha sur Tombouctou où elle 
entra le 10 janvier, mais le 14, elle fut surprise et massacrée à 
Tacoubao, près de Goundam par les Touareg. La colonne Joffre 
vengea l'anéanti esement de celle-ci et occupa à nouveau Tombouc- 
tou le 12 février. 

(1) Ce traité avait reporté notre frontière méridionale du Tinkisso au HautrNiger. 



Digitized by 



Google 



— 179 — 

Nous tenions désormais solidement le cours du Haut et du 
Moyen-Niger. 

1895. — Le commandant Béjou pacifia les environs de Tom- 
bouctou et contraignit à la soumission les différentes tribus touareg 
qui nomadisent aux alentours de la ville. En même temps» le lieu- 
tenant de vaisseau Hourst demandait le Niger* 

4^ Période, — Mais il ne suffisait point d'occuper Tartère com- 
merciale du Niger, il fallait encore entrer en relations avec les 
peuples susceptibles de trafic et surtout relier entre elles nos colo- 
nies du Soudan, de la Côte d^ Ivoire et du Dahomey, 

Nos premiers établissements de la* Côte dTvoire (Assi^ie) 
dataient de 1701 et notre installation définitive dans ce pays de 
1842-1843. La fin du xvn* siècle avait vu notre prise de possession 
de Ouidab sur la côte du Dahomey ; le royaume de Porto-No vo 
s'était rangé sous notre irrotectorat (1862-1883) et des actes passés 
en 1868 et 1878 nous avaient cédé Kotonou. 

Le gouvernement français se dérida alors à faire occuper nos 
possessions de Kotonou et de Porto-Novo qui reçurent un réeident 
militaire. 

Dès 1887, le capitaine Bingcr avait conçu le projet de relier 
entre elles nos possessions du Soudan et de la Côte du golfe de 
Guinée. Parti de Bammako et entré inutilement en relation avec 
Samory, il s'était dirigée sur Tengrèla et Kong. Dans cette dernière 
ville, il avait préparé la signature d'un traité de protectorat avec 
Karamokbo Oulé-Ouattara, souverain du pays mandé-dioula, puis, 
remontant vers Le nord, s'était vu arrêter dans le Mossi^ était redes- 
cendu à travers le Gourousi et le Mampoursi (binterland anglais 
a;ctuel) et était parvenu à Bondoukou. Bevenu à Kong, il signait 
avec Karamokbo le traité du 10 janvier 1889, puis faisait sa jonc- 
tion avec M. Treicb-Laplène envc^é à sa rencontre de la côte de 
Guinée. 

Les deux explorateurs redescendirent par le Djimini et l'Anno, 
vers Grand-Bassam où ils arrivèrent en mars 1889, rapportant plu- 
sieurs autres traités de protectorat passés : le 13 novembre 1888 
avec Adjimini, roi de TAbron et du Bondoukou, le 26 janvier 1889 
avec Massa Dombo Ouattara, chef du Djimini, et le 8 février ae la 
même année avec Komona Gouni, cbef de TAnno. Précédera inent, 



Digitized by 



Google 



— 180 - 

durant Taniiée 1887, Treich-Laplène avait réussi à placer sous notre 
pcotiîciorat le Bettié (13 mai), Tlndénié (25 juin), TAlangoua 
(13 juillet), le Yacassé (21 juillet et le Cattakrou (21 juillet). 

Enfin, le 24 juin 1892 (chargé de délimiter, de concert avec 
une mission britannique, la frontière entre la Côte d'Ivoire et la 
Côte d'Or et ayant échoué dans cette tentative) put, du moins, 
signer un traité "flfe protection avec Kongondi-Ouattara, roi du 
Diammalaw 

Par la signature de ces différents actes, nos possessions de la 
Côte d'Ivoire se trouvaient réunies aux Etats de la rive droite du 
Niger placés sous notre protectorat. 

Par malheur, l'arrivée des bandes de Samory dans la région 
de Kong allait couper nos communications pour plusieurs années. 

Du côté du Dahomey, l'attitude arrogante et les razzias inces- 
santes du roi Glé'Qlé et de son fils Behanzin nous avait contraints 
à une expédition, M. Eayal, envoyé en mission à Abomey, ayant 
échoué dans plusieurs tentatives de conciliation. 

L'armée dahoméenne se porta à l'attaque de Kotonou vers la 
fin de février 1890, mais échoua devant l'énergique résistance du 
commandant Terrillon. Elle se rejeta alors vers Porto-Novo où 
elle subit une sanglante défaite à quelques kilomètres de la ville. 
Whydah fut bombardé par nos troupes et Behanzin signa la con- 
vention, du 3 octobre 1890 par laquelle il s'engagea à reconnaître 
le protectorat français de Porto-Novo et notre occupation de Koto- 
nou ; il recevait en échange une indemnité de 20,000 francs, payable 
chaque année. 

Mais, dès la fin de 1891, les Dahoméens recommencèrent leurs 
incursions et une campagne sérieuse dut être entreprise. La 
colonne se mit en marche remontant la rive droite de l'Ouémé^en 
septembre 1892). Le 2 octobre, elle traversait le fleuve et, après des 
engagements meurtriers à Adéjan, Oumbouémédi et Kotopa, elle 
arrivait à Cana (6 novembre) et le 17 novembre entrait à Abomey. 
Le colonel Dodds, commandant l'expédition, déclara le roi Behanzin 
déchu du trône et banni. Durant l'année 1893, des colonnes volantes 
sillonnèrent le pays en tous sens et forcèrent les chefs à la sou- 
mission. 

Une déclaration du 5 janvier 1894 constitua les royaumes d' Abo- 
mey et d'Allada, tous deux soumis au protectorat de la France. Le 



Digitized by 



Google 



— 181 — 

fils de Glé-Glé fut reconnu roi d'Abomey, sous le nom de Ago-li- 



Le 25 janvier, Béhanzin avait dû se rendre sans conditions. 

Il s'agissait désormais d'étendre, le plus rapidement possible, 
notre hinterland jusqu'au Niger. 

Dès 1893, le commandant Decœur avait remonté le Mono jusqu'à 
Athiémé, puis gagné Togoda et Tado et, reconnaissant que l'Ouémé 
et son affluent le Zou s'avançaient vers l'intérieur beaucoup plus 
loin que l'on ne croyait, était parvenu à Begbera. Mais le manque 'de 
vivres le força au retour vers la côte. 

En août 1894, il repartit de Porto-No vo, remonta l'Ouémé jus- 
qu'à Agony, visita Savé, Ouessé, Dadjo, Agbana bientôt baptisé 
CarnotviUe par M. Ballot qui l'avait rejoint. A Nikki, il signa avec 
le roi du Bariba un traité plaçant sous notre protectorat les terri- 
toires de ce monarque. Marchant ensuite vers l'ouest, il arriva à 
Pâma dont le chef reconnut notre influence, le 14 janvier 1895. 
Devançant le commandant allemand de Carnap, il conclut un autre 
traité avec le roi du Gourma (20 janvier 1895). De Vada N'gourma, 
il gagna enfin Matiacouali, Boti et le Niger oii le lieutenant Baud 
l'avait devancé de deux jours, renouvelant le traité signé à Say par 
Monteil. Redescendant la vallée du Niger, il put constater que, 
jusqu'à Léba, on ne rencontrait aucun agent anglais. 

Le résultat heureux de la mission Decœur entraînait pour nous 
des conséquences fort importantes. Notre colonie du Dahomey, 
privée d'air, pouvait désormais s'étendre vers l'intérieur et les 
traités de protectorat conclus coupaient la route du Niger aux 
Allemands du Togo. 

Dans l'hinterland de la Côte-d' Ivoire, notre situation était loin 
d'être aussi bonne. 

Dès 1891 pourtant. Marchand avait tenté de mettre en pratique 
les idées de jonction entre notre Soudan et 1» Côte-d' Ivoire, émises 
par Binger. 

Parti de Sikasso, il remonta le Bani (ou Mayel-Balevel) et décou- 
vrit les sources d'un fleuve qu'il crut être le Cavally. Il tenta de le 
descendre jusqu'au golfe de Guinée, mais arrêté par la mort du 
capitaine Ménard tué à Ségué, il dut rétrograder. 

Cette première exploration lui avait permis d'affirmer la navi- 
gabilité du Bani et il croyait à celle du fleuve qu'il pensait être le 
Cavally et qui n'était autre que la Sassandra. Il entrevit, en consé- 



Digitized by 



Google 



— IHâ — 

quence, la poBâibilité de rétablissement d'une voie de communica- 
tion fluviale sur sa plus grande étendue, unissant la Côte-d'Ivoire 
au bassin du Niger. 

En mars 1893, il tenta une nouvelle reconnaissance. 

Parti cette fois de Grand-Lahou, il remonta le Bandama. Les 
gens de Tiassalé tentèrent de l'arrêter, mais il réussit à les battre à 
Koundomissou avec l'aide des milices indigènes et fit construire un 
fort. Il passa ensuite à Toumodi, Kokoumbo, Bokobo, et de Bouaké 
se "dirigea vers le grand marché de Sahalu. Mais il ne tarda point à 
se heurter sur le Bandama aux avant-gardes de Samory, battant en 
retraite devant nos colonnes du Haut-Niger. Se rejetant alors vers 
le Djimini, le Tagara et le Follona, il parvint en février 1894 à 
Tengréla. Son second voyage lui avait permis de reconnaître une 
seconde ligne fluviale transnigérienne, constituée par le Bandama 
et le Bani. Ce but atteint, il descendit la vallée du Bandama, puis 
remonta jusqu'à Kong où il renoua les bonnes relations commen- 
cées par Binger. 300 Dioulas l'accompagnèrent même jusqu'à Tias- 
salé ; la jonction commerciale semblçiit donc chose faite. L'arrivée 
de Samory dans le pays de Kong vint arrêter tout progrès de ce côté. 

Colonne Monteil (1894-1895). — En août 1894, M. Delcassé 
décida Penvoi d'une colonne au secours de Kong ; le colonel Mon- 
t«il en reçut le commandement. Par malheur, ses troupes durent 
d'abord être employées à soumettre l'Akapless révolté et, lorsqu'il 
put se remettre en marche veis le nord, Kong était tombé aux mains 
de Samory et le Djimini était vaincu. Il fallut encore combattre 
le Baoulé et, en février 1895 seulement, le colonel Monteil put songer 
au premier objectif de son expédition. A Kouadiakofikrou il opéra 
sa jonction avec Marchand et entra à Satama le 28 février. 

L'avant-garde battit un des corps de Samory à Lafi.boro. Puis, 
après les rencontres de Bé, de Kosengana, de Diélissa et de Kadioli, 
le camp de Samory fut enlevé par une surprise de nuit sur Sokola- 
Dioulassou. Malgré sa victoire, la petite colonne du colonel Marchand 
se vit bientôt entourée par 12,000 sofas et elle dait songer à se frayer 
un chemin le plus rapidement possible. Elle y parvint par le combat 
de Sokola et battit en retraite sur Kouadiakofikrou. 

Notre prestige dans la région avait ainsi reçu une sensible 
atteinte. 



Digitized by 



Google 



— 183 — 

Mission Toutée. — Dans Thinterland du Dahomey, le comman- 
dant Toutée s'était avancé de Begbera jusqu'au Niger où il avait 
fondé le poste d'Ârenberg, malheureusement évacué peu de temps 
après, et d'Arenberg avait remonté le fleuve jusqu'au Tibi-Farka 
en amont du Zinder. 

Mission Hourst, — Le lieutenant Hourst partit de Koulikoro 
en décembre 1895 et descendit le Niger, reliant ainsi le Haut-Niger 
à Say. 

Mission Destenave. — Dans le nord de la boucle du Niger, le 
commandant Destenave qui commandait le cercle de Bandiagara 
avait pénétré dans le Mossi et poussé jusqu'à Ouagadougou, puis 
renouvelé à Dori, le traité passé par le commandant Monteil avec 
l'émir du Liptako. Le naba du Yatenga ainsi que les chefs de VAri^ 
binda et du Djilgodji signèrent également des traités de protectorat. 

Mission Alhy, — De son côté, M. Alby, parti de Carnotville, 
explorait le Tchabé, le Djougou, le Kouandé, les monts de l'Atacora, 
le Pâma, reliant ainsi les itinéraires de Binger à l'hinterland daho- 
méen et coupant dès lors les routes du nord aux Allemands du Togo. 

Mission Deville. — M. Deville, parcourant la région située entre 
le Borgou, le Gourma et le Niger traitait avec les chefs de Boucfjf 
et de Kandi. 

Durant sa mission, le commandant Toutée avait signé des 
-traités de protectorat avec le roi de Kitchi (le 7 février 1896), avec 
le roi du Kayoma (le 11 février 1895), avec le chef du Gomba 
(le 3 mai 1895) et avec le roi de Boussa (le 3 juin 1895). 

Notre hinterland dahoméen s'avançait donc désormais jusqu'au 
Niger et les pénétmtions allemande du Togo et anglaise de la Côte- 
d'Or se trouvaient arrêtées vers le nord. Mais la masse compacte 
des pays du Mossi, du Yatenga, du Gourma, etc., etc., bien que 
soumise à notre protectorat, n'était point occupée d'une manière 
effective. Il fallut encore, en quelque sorte, en faire la conquête et 
réprimer de nombreux actes de brigandages. Telle fut l'œuvre de» 
campagnes et des missions qui eurent lieu de 1896 jusqu'à nos jours. 
Nous parlerons seulement ici des plus importantes. 

Mission Baud'Wermeersch. — En janvier 1897, les capitaines 
Baud et Wermeersch entrèrent dans le Gourma et soutinrent Bot- 



Digitized by 



Google 



— 184 — 

cliandi, souverain de ce pays, contre une révolution d'une partie de 
ses sujets. Les rebelles furent battus à Barga, Tibga, Bélanga et 
l'autorité du roi légitime consolidée. 

Le capitaine Wermeersch rentra alors à Porto-Novo et le capi- 
taine Baud se dirigea sur Say, puis à Boti (ou Botou) et Kodjar 
(ou Kotchari). Ce dernier franchit ensuite le Mekrou et alla fonder 
un poste à Karimama sur le Niger. Il dut lutter contre les gens de 
Madecali, puis redescendit à Ilo dont il reconnut la grande impor- 
tance, n rentra enfin à Porto-Novo en traversant le Borgou. 

Mission Bretonnet, — Dès le début de Tannée, le lieutenant 
de vaisseau Bretonnet s'était dirigé de Parakou vers le Niger et 
avait fondé des postes à Bori, Saoré, Bouay, Kandi et Ilo, Le 4 fé- 
vrier, il était même parvenu à Boussa qu'il occupa avec l'assenti- 
ment du roi. 

CaTnpagne Wermeersch-Ganier dans le Borgou. — En juillet, 
les Baribas attaquèrent le poste de Kandi. On apprenait en même 
temps l'envoi de nombreuses troupes régulières anglaises dans le 
Lagos et le Bas-Niger. Il importait de soumettre d'une façon défi- 
nitive le Borgou. Le capitaine Wermeersch y fut nommé résident. 
Il dégagea Kouandé et rejeta les bandes Baribas au delà du Mekrou. 
Le capitaine Ganier vint le renforcer et battit l'ennemi à Begourou, 
Guinagouiou, puis s'empara de Nikki. Le 19 novembre, le souverain 
Tourou se soumettait. 

Le commandement supérieur du Haut-Dahomey fut alors confié 
au chef de bataillon Ricour qui eut sous ses ordres quatre compa- 
gnies de tirailleurs. 

L'autorité militaire, dans toutes ces opérations, avait reçu 
l'excellent concours de M. Ballot, gouverneur du Dahomey, dont 
l'initiative avait été l'une des premières causes des résultats bril- 
lants obtenus. 

Plus au nord, le commandant Destenave avait créé une granJe 
résidence à Dori et établi une forte garnison à Say où le capitaine 
Detbeder était entré le 19 mai sans rencontrer aucune résistan^'e de 
la part du roi Ahmadou, qui avait peu à peu reculé dans cette 
région. 

Mission Cazemajou (1897-1898). — A la fin de 1897, Je capitaine 
Cazemajou était envoyé sur la rive gauche du Niger pour entrer eu 



Digitized by 



Google 



— 185 — 

négociations avec les chefs indigènes . Parti de Karimama en 
décembre, il parvenait à Argonngou et y signait avec le sultan du 
Kahhi un traité de protectorat (le 19 janvier 1898). 

Cet acte délimitait les frontières du Kabbi s'étendant vers Test 
bien au delà du Dallol Maouri. Ce traité ne nous donna malheureu- 
sement pas gain de cause dans les négociations conduites par la 
commission anglo-française de délimitation entre Niger et Tchad 
et la convention du 14 juin 1898 nous fixa comme limite orientale 
le Dallol-Maouri, séparant ainsi en deux tronçons Tantique royaume 
de Kabbi, d'une façon tout arbitraire. 

Le capitaine Cazemajou, effleurant le nord du Sokoto, arriva à 
Zinder où il fut assassiné. 

Mission V oulet-Chanoine (1897). — Vers l'ouest, les lieutenants 
Voulet et Chanoine avaient pénétré dans le Gourounsi et fait triom- 
pher la cause du roi légitime du pays contre son compétiteur, chef 
des Zabermabes, par la victoire de Gadiaga. 

De Léo, capitale du Gourounsi, ils se dirigèrent vers Liaba (ou 
Tarba) où ils rencontrèrent le capitaine Stewart, résident du Cou- 
massie anglais. D'un commun accord, ils prirent pour délimitation 
provisoire la Volta blanche. Peu auparavant, ils avaient recueilli 
les capitaines anglais Cramer et Harlewood dont la mission avait 
été détruite par Samory. 

A Diebedougou, jonction fut faite avec le capitaine Cazemajou. 

Campagne Valet-Gazemajou, — Le colonel de Trentinian avait, 
en effet, formé une colonne destinée à occuper les pays de la boucle 
du Niger et en avait donné le commandement au commandant 
Valet, assisté du capitaine Hugot. 

La colonne partie de Segou passa à San et Lanfiera, battit les 
populations hostiles des Somos à Sono, Diedou et Tegueré. Le capi- 
taine Hugot battit ensuite les Bobos à Mansara et le commandant 
Caudrelier, succédant au commandant Valet tombé malade, fixa son 
quartier général à Boromo, sur la Volta 

Le capitaine Hugot, nommé résident du Gourounsi, occupa Léo 
et repoussa une nouvelle tentative du prétendant Zabermabé. L'al- 
mamy de Oua renouvela un traité précédemment signé avec le capi- 
taine Baud. Le capitaine Braulot et le lieutenant Bunar s'étaient 
portés sur Diebougou et étaient entrés en relation avec Samory. Ce 



Digitized by 



Google 



— 186 — 

dernier les attira jusqu'à Bouna et les fit assassiner dans un odieux 
guet-apens. 

Durant cette même année 1897, plusieurs missions se proposèrent 
la reconnaissance des parties inconnues de l'hinterland de la Côte- 
d'Ivoire. 

Dès le mois de novembre 1896, M. Ëysséric s'était mis en marche 
de Grand-Bassam sur Toumodi et avait pris i)our but principal 
l'exploration de la région comprise entre le Bandama et le Cavally. 
Il longea la lisière septentrionale de la forêt équatoriale, traversant 
le pays des Gouros, mais ne put déjmsser Elengué où il fut retenu 
captif du 18 février au 7 mars 1897. Il revint ensuite à son point de 
départ par le pays des Ya-Oures, celui des Atoutos et Kouadiokofi, 
siuvant la lisière septentrionale du Baoulé. 

Mission Blondiaux (1897). — A la même époque, le lieutenant 
Blondiaux, parti de Touba, descendait vers le sud-est et arrivait à 
Buounsira à une journée de marche d'Elengué, le 10 avriL La lisière 
nord de la forêt dense se trouvait donc presque complètement 
explorée. En outre, le lieutenant Blondiaux acquit la certitude que 
le Tienba et la Férédogouba ne portaient pas leurs eaux au Cavally, 
mais au Sassandra et que le Bandama Houge était formé p^r la 
réunion de deux rivières : le Marahoué et le Yani, ayant leur 
source vers le 9* parallèle, ce qui reculait la limite du bassin du 
Niger, jusque-là adoptée, d'un demi-degré vers le nord. Enfin, les 
deux missions reconnurent les difficultés de navigation du Ban- 
dama que Marchand avait cru navigable et les principaux marchés 
de ^ola de la lisière nord de la forêt équatoriale. 



Mi 



fission Pohéguin (1896). 1" Mission Thomann (1897-1898). 
Mission Gendre (1897). — Plusieurs tentatives avaient été faites 
pour traverser celle-ci du sud au nord ou inversement. Citons seule- 
ment celles de M. Pobéguin, puis de M. Thomann qui essayèrent 
de remonter la Sassandra, celle de M. Gendre par San Pedro. Toutes 
échouèrent par suite des rapides et de l'hostilité des indigènes. 

Mission Hostains'd'Ollone (1898-1900). — En février 1898, 
MM. Hostains et d'OUone se proposèrent le même but, mais cette 
fois en remontant le cours du Cavally. Ils reconnurent que oe fleuve 
est formé de deux branches, le Douché et le Douo (ou Youbou), 



Digitized by 



Google 



— 187 — 

cette dernière faisant un coude très prononcé vers l'ouest. Attaqués 
par les peuplades belliqueuses d^ Gans, puis des Nguérés, ils durent 
se frayer un passage en s'emparant de nombreux villages et sortirent 
de la forêt dense en décembre 1899. 

Capture de Saviory (29 septembre 1898). — Pendant la durée 
de cette mission, la capture de Samory avait assuré notre domi- 
nation dans le bassin du Haut-Niger. L'almamy, traqué de toutes 
parts par les colonnes françaises et manquant de vivres dans les 
pays qu'il avait dévastés, s'était remis en marche vers l'ouest lon- 
geant la lisière septentrionale de la forêt dense. Son armée, sans 
cesse attaquée par les peuplades habitant la bordure de celle-ci, 
s'était peu à peu désorganisée. Au moment oii elle franchissait le 
Oavally à Tiafesso, le lieutenant Wœlffel, arrivant de N'zo, se jeta 
audacieusement sur son avant-garde avec 150 tirailleurs et fit 
20,000 prisonniers, hommes ou femmes. Ce désastre ferma la route 
de l'ouest à Samory et amena sa capture à Guélèmou par Gouraud 
et de Lartigue (29 septembre 1898). 

Mission WœlfeU-Mangin (1899). — En mars 1899, le lieute- 
nant Wœlfell, le lieutenant Mangin ayant avec eux le sergent 
Van-Cassel, 100 tirailleurs et 150 porteurs armés furent envoyés 
de Beyla au-devant de la mission Hostains d'OUone. Cette missioiL 
dut livrer de nombreux combats aux habitants de la forêt, en 
particulier à Dainné et à Ninéné. Elle avait eu 65 tués ou blessés ; 
le ministre la rappela, elle rentra à Touba et se disloqua. 

Deuxième mission Thom^inn (1902). — Dans sa première mis- 
sion, M. Thomann n'avait pu remonter le Sassandra qu'un peu 
au-dessus du parallèle 6** 30'. En janvier 1902, il se mit de nouveau 
en route et, cette fois, réussit dans sa tentative de pénétration, joi- 
gnant par un nouvel itinéraire la côte de Guinée au Soudan. 

U occupation du pays Zaberm^ (1898-1899). — Vers l'est. Tan- 
née 1898 avait vu se dérouler des événements importants. La 
colonie du Dahomey, qui avait pris une part si active à la conquête 
du Niger, s'était préoccupée de prendre possession des territoires 
que la convention franco-anglaise du 14 juin 1898 nous avait 
reconnus sur la rive gauche du fleuve. 



Digitized by 



Google 



— 188 — 

Le capitaine Lorho avait fondé un poste à Kirtachi contribuant 
à tenir le Niger avec ceux de Karimama et de Say. Le lieutenant 
Laussu, cliargé d'occuper le pays Zaberma, arriva le 19 novembre 
à Dosso et y construisit un fortin. 

En décembre, le capitaine Lorho, désireux d'affirmer notre force 
et de ramener la sécurité dans le pays, marcha sur le groupe de 
villages de Tagazza et brûla Sandiré dont les habitants venaient 
sans cesse razzier ceux de Dosso. Le pays de Tagazza se soumit 
définitivement en février. Le 15 mars, le lieutenant Cornu châtiait 
le village Satie, coupable de l'assassinat de deux tirailleurs et 
l'ordre était rétabli. 

Le 5 août 1899, le capitaine Angeli du Soudan prit possession 
du poste de Dosso au nom de la colonie à laquelle le Zaberma 
était rattaché. 

Mission soudanaise, Afrique centrale, Klohh-J oalland (1899). 
— En 1898, une mission placée sous les ordres du capitaine Voulet 
quittait la France ayant pour objectif le Tchad par la route de 
l'ouest. Elle devait étudier la limite fixée par la convention franco- 
anglaise du 14 juin 1898, atteindre le Tchad, soumettre le Kanem. 
Longeant lo Dallol Maouri, elle passa à Matankari, puis à Kankori. 
Tout le monde connaît maintenant le douloureux récit de la 
révolte qui égara les capitaines Voulet et Chanoine, leur fit perdre 
toute notion du devoirs 

La mission fut reconstituée avec les restes de la colonne Klobb 
et placée sous les ordres du lieutenant Pallier, puis du capitaine 
Joalland. Le 29 juillet, le combat de Tyrmeni lui donnait l'entrée 
à Zinder et le 15 septembre, l'ancien serki Âhmadou, assassin du 
capitaine Cazemajou. était tué dans une reconnaissance ; le pays 
se trouvait pacifié. Le capitaine Joalland i-eprenait bientôt la 
marche vers l'est (en octobre) et se dirigeait vers le Eanem, pour 
se joindre à la mission saharienne Foureau-Lamy. 

Colonne Péroz (1901). — En 1901, le colonel Péroz fut chargé 
d'aller faire, en quelque sorte, l'inventaire du 3* territoire mili- 
taire créé à Zinder. Sa colonne fut ravitaillée avant son départ par 
le capitaine Lenfant qui remonta heureusement le Niger de notre 
enclave de Forcados à Sorbo-Haoussa, franchissant heureusement 
les rapides de Boussa. L'expédition eut à surmonter de grandes diffi- 



Digitized by 



Google 



— 189 — 

cultes provoquées par rhostilité des Touareg indépendamment du 
manque d'eau et de l'insuffisance des transports, en suivant la route- 
Niger, Taoua, Zinder qui longeait la frontière franco-anglaise 
et parcourait plusieurs centaines de kilomètres de désert. Le 12 avril, 
un combat dut être livré aux Touareg entre Taoua et Tessaoua à Zan« 
guebé et à la suite de cette affaire, les Kel-Gress firent leur soumis- 
sion. 

Soulèvement du Baoulé (1901). — Durant cette aiême année 
1901, des troubles éclatèrent dans le Baoulé. Ils furent rapidement 
étouffés et le 14 juillet, le commandant Golonna d'Istria, comman- 
dant de la région, pouvait annoncer la soumission des chefs révoltés 
et la pacification du pays due au général Combes. La prise de 
Eokumbo, centre important des Fafoués du sud, avait consterné les 
rebelles. 

Baoulé 1902. — En 1902, une nouvelle campagne dut cepen-- 
dant être entreprise contre les tribus des Âgbas, des Ouarebas et des 
Codés par le commandant Golonna d'Istria. Celui-ci remporta la 
victoire de Sakassou et pacifia toute la région comprise entre le 
Bandama et le Nzi. Les voies commerciales se trouvèrent ouvertes k 
nouveau. 



Digitized by 



Google 



CHAPITRE III 

OEGAïaSATION DE L^AFBIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE 



En 1899, le Soudan français qui formait auparavant une colonie 
autonome avait été réjwirti entre les 4 divisions côtières du Sénégal, 
de la Guinée, de la Côte d'Ivoire et du Dahomey. (Décret du 17 oc- 
tobre 1899.) 

Un décret du 1^ Octobre 1902 vint fortifier Tautorité et les 
pouvoirs du gouverneur général. Le gouvernement général com- 
prend actuellement : le Sénégal, la Guinée française, la Côte d'I- 
voire, les pays de protectorat et dépendant du Sénégal et les terri- 
toires du Haut-Sénégal et du Haut-Niger groupés en une. unité 
nouvelle sous le nom de Sénégambie. 

Dorénavant» toutes les affaires intéressant lea cinq colonies de 
l'Afrique Occidentale doivent être traitées par le gouverneur géné- 
ral, sous sa responsabilité et sur ses ordres. Un budget spécial au 
gouvernement général a été créé et sera alimenté enti*e autres 
sources, par des contributions que chaque colonie versera annuelle- 
ment. Le siège du gouvernement général est fixé à Dakar. Le gou- 
verneur général nomme à toutes les fonctions civiles à l'exception 
des magistrats et est assisté d'un conseil du gouvernement. Un 
décret du 15 octobre 1902, fixe la composition et les attributions 
de ce dernier. 

Les colonies conservent leur autonomie administrative et finan- 
cière. 

L'autorité militaire conserve trois territoires dont le premier a 
son siège à Tombouctou et comprend les pays Touareg et Foubbé. 
le Tatenga, le Liptako, le cours du Niger entre le lac Dhebo et 
Sorbo Haoussa et enfin, au nord du fleuve, Araouan et Taodeni. 

Le second territoire militaire embrasse le Mossi, le Gourounsi, 
le Dafina, le Kenedougou, le pays Bobo, le Labi. 

Le troisième s'étend sur le Zaberma, le pays de Zinder, l'Aïr 
et Bilma. 



Digitized by 



Google 



CHAPITRE IV 

APBBÇU ETHlfOORAPHIQUE DE l' AFRIQUE OCCIDENTAIiK FRANÇAISE 



Le Soudan offre la plus bicarré mosaïque ethnograpLique. Ou y 
rencontre tontes les nuances, depuis le blanc bistré jusqu'au plus 
beau noir. 

Le peuplement de TAirique occidentale est la résultante d'in- 
yasions qui sont venues se superposer les unes aux autres, se péné- 
trant parfois et donnant ainsi naissance à des types intermédiaires. 

1* Race blanche. — La race blanche est représentée par des 
Arabes en petit nombre, des Maures, des Berbères plus ou moins 
colorés par suite d'alliances arabes ou nègres, des Touareg et des 
Foulbé. 

A. Maures. — Les Maures habitent le sud du Sahara aux portes 
de notre Sénégal et le nord de la région sahélienne qui s'étend entre 
ce dernier fleuve et le Niger. 

Leurs principales tribus sont celles des Oulad Bou-Sebou (Adrar 
occidental), des Oulad Yahia (habitant la même région), des Mesh- 
douf (entre Ooumbou et Oualata), des Oulad Kaceur (au nord du 
Kaarta), des Oukd Mahmoud (au nord du Ealari), des Tadjakant 
(au nord de Tagant), des Trarza, Brakna et Zenaga (ou Idao-Aïch) 
au nord du SénégaL Ces derniers font le commerce de la gomme 
sur une très grande échelle. 

Les tribus Eountas méritent une mention spéciale. Elles ont 
poussé jusqu'aux environs de Tombouctou et ont joué un très grand 
rôle dans l'histoire du pays. Après avoir soumis une partie du 
Sahara septentrional à l'Islam, ils émigrèrent vers le sud. Au 
xn* siècle de l'hégire (xviii* siècle), leur grand saint, Sidi-El-Mokh- 
tar bou Ahmed ben Ali Bakeur, acquit une influence religieuse 
considérable sur les Touareg. Dans une lutte qu'Us soutinrent 



Digitized by 



Google 



— 19-2 — 

contre les Foulbé du Macina, les Kountas perdirent beaucoup de 
leur prestige. Lors de Tinvasion d'El-Hadj-Omar, ils se réconci- 
lièrent avec leurs anciens ennemis, et leur chef Sidi-Hamet-Bec- 
kay, puis son gendre Beckay-Ould-Ama-Lamine opposèrent une 
énergique résistance aux bandes toucouleures. Assiégé dans Ham- 
dallay, El-Hadj-Omar tomba mortellement frappé. 

Actuellement, disséminés du Hodh à TAdrar et dans TAribinda, 
ils forment deux groupes distincts : Tun sur la rive droite du Niger 
sous Alouata, l'autre dans TAdrar sous Hamadi. En outre, quelques 
petites fractions indépendantes, telles que celles des Brczagda, Ouled 
Sidi-Mochtar, etc., subissent Tinfluence de ces chefs religieux. Pas- 
teurs et commerçants, ils rayonnent de Taodeni sur tout le fleuve et 
leurs caravanes parcourent les routes de la boucle du Niger et vont 
porter le sel jusqu'à Dori. Marabouts écoutés jusque chez les Kel- 
Es-Souk, ils savent aussi se faire respecter par les armes et n'hési- 
tent pas à marcher contre les pillards touareg. 

On leur a fait un très bon accueil dans nos postes et, apprenant 
à nous connaître, ils ont vite compris qu'avec notre aide ils pour- 
raient vivre et coni_nercer en paix, grâce à quelques faveurs qui 
leur ont été accordées, ils semblent s'être inféodés à notre cause. 
Leurs principaux chefs, Alouata, Hamadi, Zemi sont venus succes- 
sivement à Tombouctou dès 1899 et ont fourni d'utiles renseigne- 
ments sur nos ennemis qu^ls regardaient désormais comme les leurs. 

Au premier appel, ils ont lancé, en septembre, puis en no- 
vembre 1899, des courriers vers l'Aïr pour porter à la mission Fou- 
reau-Lamy les messages qui lui étaient destinés. Le mouvement du 
sel s'étant trouvé arrêté pendant les hostilités contre les Bérabiches, 
les convoyeurs habituels, les Kountas ont, sur notre demande, orga- 
nisé des caravanes et fait affluer à nouveau le sel vers Tombouctou. 

Ces preuves incontestables d'amitié sont peut-être intéressées. 
Les Kountas n'en ont pas moins le mérite de s'être franchement 
tournés de notre côté et ne se sont pas ménagés pour nous rendre 
service. Ils se rendent exactement compte avec quelle facilité les 
agressions des Aouellimiden peuvent être repoussées. 

Ils nous ont enfin servi d'intermédiaires auprès des Kel-es- 
Souk (1). 

(1) Ces renseignements ainsi que ceux qui vont suivre sont dus en partie à 
M. le lieutenant de Troiîimonts, du €• chasseurs à cheval, qui fut longtemps chef 
de poste au Soudan. 



Digitized by 



Google 



— 193 — 

B. Arabes, — Ils sont représentés par les tribus des Oulad 
Mbarek, des Oulad Allouch et des Bérabiches. Ces derniers nous 
ont donné assez de mal. En paix de fait avec nous depuis Toccupa- 
tion de Tombouctou, les Bérabiches conserraient toujours à notre 
égard une attitude hésitante. 

Dans le courant d'août 1899, leur chef 0-Mahomet, profitant du 
départ d'une partie de la garnison de Tombouctou vers l'est, nous 
déclarait ouvertement la guerre. 

L'arrêt de l'exportation des grains vers le nord qui leur coupa 
les vivres, la marche du commandant de la région sur Bandjebiha 
avec deux reconnaissances parties de Tombouctou et de Bomba, la 
prise de plusieurs campements et de nombreux chameaux, eurent 
pour résultat immédiat de détacher de leur chef plusieurs fractions 
importantes qui vinrent faire leur soumission. 0-Mahomet, aban- 
donné des siens à l'exception de quelques rares fidèles, dut implorer 
la paix dans la crainte où il était de se voir supplanter par quelque 
personnage infiuent de sa famille. 

Les Bérabiches ont compris que, maîtres des grains à Tombouc- 
tou, nous étions maîtres aussi de leur existence et par conséquent 
les plus forts, que, sans cesse menacés de rezzous Allouch ou Hog- 
gar, ils avaient intérêt à se rapprocher de nous pour nous demander 
protection au besoin. 

C. Touareg, — Partout où s'étend la région désertique, on ren- 
contre le Targui. Sa présence dans le nord du Soudan remonte à 
des temps fort lointains. Es-Sadi, auteur du Tarikh- es -Soudan, 
nous apprend, en effet, que Tombouctou fut fondée à la fin du 
v" siècle de l'hégire par les Touareg Maghcharen (1) (fin du 
XI* siècle de notre ère) et le texte de son ouvrage nous permet de 
supposer qu'ils occupaient le pays à une époque fort antérieure. Au 
moment de la décadence du royaume de Melli, ils reconquirent Tom- 
bouctou et y dominèrent de 737 à 837 (1336 à 1Ï33 de notre ère). 

Nous avons vu que le Songhay Sonni Ali (1468-1492) leur reprit 
Tombouctou. Soumis un moment à la domination marocaine, ils ne 
tardèrent pas à se rendre de nouveau indépendants et, dès le milieu 

(l) On n'a jamais retrouvé trace de celte tribu. Ce mol est probablement un 
dérivé formé par contraction du nom d'Imochar, que se donnent souvent les 
Touareg. 

péni^:tration françaisk 13 



Digitized by 



Google 



— 194 — 

du XTii^ siècle, commencèrent leurs brigandages qui ne connurent 
plus de bornes un siècle plus tard. Ils nomadisent actuellement sur 
les deux rives du Niger au nord d'une ligne paspant par le lac 
Dhebo, Aribinda et Zinder. 

Durant la saison sèche, de décembre à mars, alors que la stéri- 
lité et le manque d'eau régnent dans le haut pays, toutes leurs 
tribus descendent vers le fleuve. Les excellents pâturages qui 
s'étendent sur ses bords nourrissent leurs troupeaux. A cette époque, 
les noirs leur payaient naguère un impôt de grain et de tabac. Au 
moment des grandes pluies, les nomades abandonnent les rives du 
Niger et vont s'établir dans leurs campements d'hivernage. Ceux de 
la rive droite vont jusque vers Dori, ceux de la rive gauche dans 
l'Azaouad, l'Adghagh, le nord du pays Zaberma, etc. 

Les mœurs des Touareg du sud sont assez analogues à celles des 
Touareg du nord. Leurs serfs font paître les troupeaux et les esclaves 
noirs cultivent le sol. Quant au Targui noble, il se réserve la guerre. 
Son caractère est parfois chevaleresque, toujours fort brave, mais, 
trop souvent aussi, fourbe, méfiant, batailleur. 

Les Touareg du sud se répartissent en de nombreux groupe- 
ments. Nous allons passer rapidement en revue les principaux : 

1° Igouadaren, — Ils se disent venus de l'Oued Droa marocain 
et sont actuellement répandus sur les deux rives du Niger aux envi- 
rons du coude de Tosaye. 

Leurs principales tribus nobles sont celles des Kel-Tabenkourt 
(entre Marzaful-Krachioun, Tabellet au nord du Niger) ; 

Des Aal'Gogui ; 

Des Tarhdnassen et Kel-Chaoni (rive droite du Niger, au sud 
de Tosaye). 

Les tribus serves Idenan nomadisent sur la rive gauche du 
Niger, non loin de Tosaye. 

Les Kel'Tabenkourt et leurs serfs les Idenan comprennent 
ensemble environ 200 tentes. Pillards invétérés, ils vivent autour des 
puits à trois ou quatre jours de marche au nord-est de Bamba. C'est 
de là qu'ils partaient pour commettre leurs dépradations sur le 
fleuve. 

Les Igouadaren se sont montrés très rebelles à notre influence. 



Digitized by 



Google 



— 195 — 

2® KeUEs'Souk (1). — Ce sont les descendants des anciens habi- 
tants de TAghagh. En raison de leur caractère maraboutique, leur 
influence se fait sentir tout le long du fleuve, aussi bien chez les 
populations Galibis, Armas et Songhays, que chez les Touareg. Par 
petits groupes, dans les villages qui leur appartiennent, ou comme 
secrétaires des chefs des tribus qu'ils exploitent, ils entretinrent 
longtemps contre nous l'esprit de haine et d'inimitié. Il existe en 
outre de nombreuses fractions indépendantes possédant des trou- 
peaux assez considérables et vivant du commerce du sel qu'ils 
portent jusqu'à Dori. La plupart ont actuellement fait leur soumis- 
sion, par l'intermédiaire des Eountas, mais on doit encore se méfier 
beaucoup d'eux. 

Leurs principales fractions sont les suivantes : 

Les Kelguerit (vers Taberrichet) ; 

Les Kel Tinankassar (vers In-Tassit) ; 

Les Kel Tiguiditi (vers Diamant) ; 

Les Kel Tagrielelt (entre Argabesh et Taguéliet) ; 

Les Kel Tamokasser-et-Ederen (entre Tassekort et Sanut) ; 

Les Kel Gonnoho (au nord de Menaka) ; 

Les Kel Erguedesch (au nord de Menaka) ; 

Les Etelett AVHarrici (au noid de Menaka) ; 

3® Oulmiden ou Aouellimiden, — Ils sont aussi appelés Ihneden 
du nom d'un certain Ouar Ihned, d'origine arabe et commerçant 
de profession qui, d'après la légende, aida les Aal Djardjir, ancêtres 
des Oulmiden, à repousser un rezzou ennemi et se fixa dans la tribu. 

Les Ihneden furent longtemps en guerre avec la confédération 
Tademaket. 

A la mort de Madidou, les Oulmiden se sont divisés en trois 
grandes fractions : 

a) Les Oulmiden proprement dits ayant pour chef Fihroune, suc- 
cesseur de Madidou (nomadisant vers Menaka et l'Adrar) : 



(1) Ainsi nommés parce qu*ils habitaient autrefois le pays du Souk (au marché) 
du centre de l'Aghagk. 



Digitized by 



Google 



— 196 - 

1. Tribus nobles : Kel Agaïs, Tareïtamant, Tabanaten, Idra- 
guaguen, Kel Tabonen, Ifoghas ; 

2. Tribus serveà : Kel Elguetti, Kel Samit ; 

b) Les Taguiouelt (chef, Rillou, nomadisent au sud de Taber- 
richet) : 

1. Tribus nobles : Ibaouene, Kel Taboukort, Kel Teibou, Kel 
Taïas ; 

2. Tribus serves : Chem Anama, Daoura, Chenadoharane ; 

c) Les Kel-Ahara (chef, El-Gashane, nomadisent vers Inienas 
et Tassekort) : 

1. Tribus nobles : Ibelraouane, Karabessen ; 

2. Tribus serves : Irouenane ; El Rerh, El Barkaten, N'Bach, 
Adamaschut. 

Les Mididayen, tribu oulmiden serve, s'avancent jusque dans la 
boucle du Niger au nord de l'Aribinda. 

Les Oulmiden ont actuellement beaucoup perdu de leur ancienne 
puissance. Disséminés pendant Thivernage dans leur zone de puits 
habituelle, de TAdrar à Menaka, Samit et Taberrichet, ils sont 
incapables de réunir sur un même point de grands rassemblements. 

Ils nous ont néanmoins causé bien des ennuis au moment de 
notre prise de possession de la région. Ils opéraient généralement 
par bandes d'une cinquantaine de cavaliers poussant leurs incur- 
sions jusqu'à Gao. Les noirs sédentaires réfiigiés dans les îles du 
exiger ne pouvaient faire pâturer sur la rive gauche, ni la cultiver 
sans risque de voir leurs troupeaux enlevés et leurs récoltes rava- 
gées. 

Les Oulmiden sont très souvent en lutte avec les Touareg de 
r Aïr ; 

4° Cheurûs. — Cette fort petite fraction targui nomadise entre 
et Argabesh sur la rive gauche du Niger. En 1899, ils s'unirent 
>s ennemis les Kel Ahara (Oulmiden), dans un rezzou dirigé 
re Gao ; 

"* Iguellade, — Ils sont venus très probablement de la région 
'ouât vers le xi® siècle. Vers le milieu du xix® siècle, ils ont été 
temps en lutte avec les Kountas. 



/Google 



Digitized by ^ 



— 197 — 

Ce sont eux qui ont mis le plus d'opposition à notre occupation 
de Tombouctou (surtout les Kel Antassar de Touest). 

Ils n'ont fait leur soumission qu'en 1895. 

Leurs principales tribus sont les suivantes : 

Aal-Sidi-AU (au sud d'Araouan) ; 

Kel Antassar de Vest (ou Tilia) (entre les précédents et Rhergo); 

Kel Antassar de Vouest (ou Guéhélia) (dans la région du lac 
Paguibine) ; 

Kel Nehounder (vers Bassikounou) ; 

Kel Incheria (à l'ouest de Raz-el-Ma) ; 



6** Confédération Tademeket. — Elle comprend : les Tengueri- 
guif, les Kel Temoulaï et les Irregenaten : 

a) Tengueriguif, — Ils nomadisent sur la rive gauche du Niger 
entre Bassikounou et le lac Faguibine, et forment une tribu très 
forte et belliqueuse qui fut longtemps en lutte contre les Foulbé de 
la région. Ils ont fait leur soumission au général de Trentinian 
en 1896. 

Leurs tribus nobles sont au nombre de cinq et leurs tribus serves 
au nombre de huit (Instcha, Zenaten, Eel-Ticheghaï, Ikome- 
dane^ etc.) ; 

h) Kel Temoulaï. — Ils occupent la partie nord de la boucle du 
Niger et sont divisés en quatre fractions nobles et deux serves. 
L'une de ces dernières, celle des Kel Gossis, poiisse jusque vois 
Hombori. 

Les Kel Temoulaï sont peu nombreux ; 

cj Irregenaten. — Ils habitent également la bouche du Niger, 
dans la région des mares qui s'étend au nord-est d'Ilombari. 

Six fractions nobles : Kel Houa, Kel Taguioualet, Kel Brow, 
Irreganaten Onanjéri, Kel Nafes, Kel Insafaten et huit tribus 
serves ; 

7° Iviededghen, — Leur terrain de parcours s'étend entre le lac 
Faguibine et Rhergo. Ils poussent même parfois jusqu'au sud de 
cette localité, sur la rive droite du Niger. 

Leurs trois tribus nobles nous ont toujours été favorables ; 



Digitized by 



Google 



— 198 — 

8** Les Touareg Daghobés et Logomaten sont nos voisins immé- 
diats du nord de TAribinda et de Dori. Ils viennent acheter du mil 
en grande quantité dans les x>6tits villages de la région et personne 
n'a plus à s'en plaindre. 

D. Foulhé, — Nous avons déjà eu l'occasion de parler des Foulbé, 
nubi-berbères venus, à une époque déjà reculée, de la région du 
Nil. Le coude du Nil semble avoir partagé leurs invasions succes- 
sives en deux courants dont l'un s'étendit vers le Baghena et l'autre 
vers les pays haoussa. Le premier peupla le Macina oii il vint se 
superposer aux Songhays. Les Marocains durent souvent entrer en 
lutte contre eux. Vers 1800, un marabout peulE du nom d'Oihman- 
dou-Fadia (1) s'était taillé un empire entre le lac Tchad et le Niger 
avec Sokoto pour centre (deuxième courant d'invasion peulhe). — 
En 1826, les Foulbé du Macina étaient assez puissants pour s'em- 
parer de Tombouctou. 

Leur présence dans le nord de la boucle du Niger, dans le Lip- 
toko et le Qourma, remonte à une haute antiquité. Le Tarikh-es- 
Sovdan nous parle sans cesse des expéditions que durent entre- 
prendre contre eux les souverains songhay. Ils servaient ainsi, en 
quelque sorte, de trait d'union entre leurs frères du Sokoto et ceux 
du Macina et du Baghena. 

Les Foulbé de ces dernières contrées se portèrent vers le Fouta- 
Toro et le Bondou, puis dans le Fouta-D gallon où ils pénétrèrent 
peu à peu l'élément mandé diallonké (xvni® siècle) et poussèrent 
quelques-unes de leurs colonies dans le Ouassoulou. 

Généralement, l'invasion peule se produisit pacifiquement. Dans 
plusieurs des pays où ils se sont fixés, ils vivent même dans une 
demi- vassalité. Ce sont avant tout des pasteurs, s'adonnant peu à 
la culture et au commerce. Leur religion n'est point faite de fana- 
tisme. Par contre, leur union avec les noirs donna naissance aux 
Toucouleurs qui déclarèrent si souvent la guerre sainte. C'est ainsi 
que le conquérant du Fouta-Djallon qui se mit à la tête de l'élément 
peulh en 1760 était toucouleur. Les Foulbé parlent un idiome ber- 
bère. Leur état social n'est que le portrait fidèle de la famille 
connue chez la grande majorité des peuples pasteurs. Ils forment 



(1) Ou Othman-ben-Mohamed-ben-Foudi (d'après Hadj-Saïd, Auteur cC un frag- 
ment de V histoire du Sokoto). 



Digitized by 



Google 



- 199 - 

un ensemble de familles se régissant d'après les mêmes coutumes et 
ne se réunissant qu'en cas de circonstances graves et rares, plutôt 
qu'un peuple bien coordonné et obéissant à une autorité unique. 

Le sort de la femme peulhe est bien supérieur à celui des autres 
femmes du Soudan et la polygamie n'est point pour une épouse 
une règle générale. 

Bien que les Foulbé (1) suivent assez exactement les préceptes 
de rislam, on retrouve chez eux des croyances et des coutumes 
antérieures à cette religion, probablement d'origine égyptienne. 

II. Métisses, — Les Toi coi leurs, avons-nous dit, occupent une 
place à part entre les Foulbé et les nègres proprement dit*. Ils 
sont répandus un peu partout dans les régions du nord de notre 
colonie. Leur point de départ semble avoir été le Fout a Toro et le 
Bondou. A la suite des Foulbé, ils se sont introduits dans le Fouta- 
DjaUon, puis, avec El-Hadj Omar, ils se sont étendus dans le 
Dînguiray, le Kaarta, le Kingui, le Bagbena, le Ouagadougou, le 
Kalari et jusque dans le Macina. 

Seule, notre présence dans le pays semble avoir empêché sa 
submersion par l'élément toucouleur très batailleur et fanatique. 
L'esclavage est jjartout en pratique chez eux. Grâce à leur intelli- 
gence, ils avaient réduit à la captivité un grand nombre de peu- 
plades voisines. 

La société toucouleure se rattache encore à l'état patriarcal, mais 
la cohésion est plus grande, l'autorité du chef est plus respectée. 
lies Toucouleurs sont plus industrieux que les Foulbé et les tisse- 
rands et forgerons sont assez répandus parmi eux. 

Les OuASSOULONKA forment une race bien distincte créée par 
l'alliance du sang peulh et du sang mali'nka. Leur langue se rap- 
proche plutôt de celle des Mali'nké. 

Ils habitent le Ouassoulou, entre le Niger, le Milo et le Baoulé 
(celui qui vient former le Bani ou Mayel Balevel, avec le Bagoe), 
contrée ruinée par Samory. Avant les ravages de l'almany, le pays 
était assez bien cultivé, en outre> les Ouassoulonka possèdent de 
grands troupeaux de moutons. Leur état social a pour base l'or- 
ganisation familiale. 

Les Kassonka ou Kassonkés tirent également leur origine de 

(1) Poulh fait au pluriel Foulbé. 



Digitized by 



Google 



— 200 — 

Tunion de peulhs et de mali'nka. Ils habitent la région située entre 
le 14** et le 15** latitude nord, sur les bords du Sénégal, du Bakhoy 
et du Bafing. Ils sont actuellement sous notre domination directe 
à Kayes et Bafoulabé. 

Avec les Dialonka, nous nous rapprochons d'un degré du type 
nègre pur. Ils tirent leur origine du mélange du sang toucôuleur 
avec le sang malinka. 

Les Dialonka habitent le sud du Bambouk et le Fouta-Djallon. 
Ils ont embrassé Tlslamisme mais sans grand enthousiasme et 
ont couseiTé bien des superstitions et les animaux totémiques, 
d'origine mandé, appelés tenues. 



III. Race noire proprement dite, — L'étude des différents repré- 
sentants de la race noire au Soudan, où elle forme la majeure 
partie de la population, présente une complication plus grande 
encore que celle de la race blanche et des familles métissées. 

1° Peuplades du Sénégal et du Soudan. — Les nombreuses mis- 
sions qui ont sillonné en tous sens le Soudan français ont permis 
de déterminer l'existence d'un élément ethnographique fort impor- 
tant, auquel a été appliqué le nom de Mandé (1). Cette déno- 
mination a suscité de vives discussions. Les uns ont objecté qu'elle 
était inconnue en Afrique, d'autres lui ont préféié le nom de Man- 
dinké (Mandé-N'ké, hommes du Mandé). Quoi qu'il en soit, l'étude 
des peuples du Soudan occidental a montré les ressemblances 
anthropologiques et linguistiques existant entre un certain nombre 
de familles noires qui ont pu être ramenées à cinq principales : 

1° Les Bammana ou Bambara (ceux-ci étant fétichistes, les 
peuples musulmans du Soudan ont donné, par extension, le nom 
de Bambaras à tous les infidèles), ayant pour tenné (2) le caïman 
(Bammana) ; 

2° Les Malinkés (3) (ou hommes du Mali). Tenné : l'hippopo- 
tame (Mali) ; 

3* Les Sousou ou mieux Soso ; 



(1) De Ma, le lamentin (adoré autrefois dans le Sonray) et Nde, nom du pays 
d'origine du Mandé. 

(2) Tenné, sorte de symbole fétiche. 

(3) Aux Malinkés se rattachent les Kogoros et les Tagouaras. 



Digitized by 



Google 



— 201 — 

4** Les Sonin-nkés ou (Saracollé) ; 

5"* Les Mandé-Dioula. 

D'après Binger, oes cinq branches différentes se seraient for- 
mées à la chute de Tempire de Mali. 

Les auteurs arabes anciens désignent les Mandés sous les noms 
génériques de t Wakoré » ou t Wangara ». Comme nous l'avons 
vu, ils jouèrent un rôle important dans les antiques royaumes de 
Ghana (Soso), de Mali (Malinké) et Sonray (Sonninké, Dioula). 

Sousous, — El-Bekri nous apprend qu'en Tan 600 de l'hégire 
(1203-1204 de notre ère), t le Ghânata, très affaibli, fut pris par 
les Sousous, tribus parentes des Wakorés. » 

Mari-Diara I", roi de Mali (1235-1260 de notre ère), conquit 
le Ghânata. Il est très probable que la plupart des Sousous qui 
l'habitaient alors furent absorbés du même coup. C'est peut-être 
à cette époque que coraniencèrnt les migrations de quelques-unes 
de leurs tribus. Ils se portèrent d'abord vers le Haut-Sénégal, puis, 
devant de nouvelles invasions, traversèrent successivement le 
Bondou, le Bambouk, pour parvenir sur la Haute-Gambie et la 
Casatnance. D'autres se dirigèrent du Haut-Niger vers les rivières 
du sud où on les retrouve de nos jours entre la Mellacorée et le 
Rio-Nunez. 

Les Sousous sont paisibles et très sédentaires. Ils sont assez 
industrieux. Leurs ouvriers du cuir et du bois arrivent à une 
grande perfection. 

Mali-nké, — Ce sont les anciens habitants du royaume de Mali. 
Ils sont actuellement dispersés un peu partout : au nord de la 
Gambie, dans les environs de Kita (Toiingaras), dans le Bania- 
hadougou où sont venus se réfugier des Malinkés Taraorés, chassés 
du sud par une invasion peulhe partie du Fouta (ayant à sa tête 
Kalidian). I^ur chef, Tira-Makhou-Taraoré, se fixa dans le pays, 
tandis que ses frères poussaient vers le Belédougou, Dans le 
Gadougou, on trouve des Malinkés Kamissokhos. 

Suivant le docteur Rançon, les Bassorés et Coniagués de la 
Haute-Gambie seraient également d'origine Malinké et auraient 
été repoussés des rives du Niger par l'invasion peulhe de Koli- 
Ten grêla. 

Ce seraient, en tous les cas, des Malinkés fort peu civilisés. Le 



Digitized by 



Google 



même explorateur a pu, en effet, les définir : c des primates ne se 
distinguant du singe que par le langage articula » 

On trouve enfin les Malinkés dans tout le bassin du Haut-Niger 
et aux sources de la Sassandra. Leurs villages sont facilement 
reconnaissables à la forme ronde qu'affectent les cases. 

Bammanas ou Bambaras, — Ils occupent actuellement une 
grande partie du pays situé entre Bafoulabé et Nyamina {Kaarta, 
Dianghirté, Markadoiigou, SoJcholo, etc., etc.). A la fin du 
xvii* siècle, un de leurs chefs, Kaladian Kouroubari, remontant 
le Niger et profitant de la décadence marocaine, pénétra chez les 
Sonninkés et reconstitua, en partie, à Segou, Tantique royaume de 
Mali. Le royaume de Segou dura jusqu'en 1862, époque de sa 
conquête par El-Hadj-Omar. 

Les Bambaras se sont étendus dans le Ouassoulou et jusque 
dans les vallées du Bagoe et de la Haute-Sassandra où Ton retrouve 
leurs villages aux cases carrées. 

Sonninkés, — D'après Binger, ils tireraient leur origine des 
premiers souverains de la dynastie vSonni du Sonray (Sonni-nké, 
hommes, partisans de Sonni). 

Quoi qu'il en soit, de Saint-Louis au Macina, et de Ouâlaia et 
Tombouctou à la forêt équatoriale, on rencontre des Sonninkés. 
Ce sont de remarquables agriculteurs, s'adonnant également au 
commerce et presque toujours soumis à d'autres peuples plus guer- 
riers. Durant les luttes célèbres qui divisèrent les Bambaras, par- 
tisans de Daba (ou Diawa) et ceux de Sagone (1748-1754), ils 
essayèrent de pêcher en eau trouble et d'arriver ainsi au pouvoir. 
Ils existent encore actuellement en groupes compacts sur la rive 
gauche du Niger, au nord de Segou ; dans certaines parties du 
Kaarta, du Bambouk et du Bondou. Ils ont poussé leurs migrations 
jusque dans la Haute-Gambie et la Gasamanoe. Nous avons vu, 
en 1885-1886, un des leurs, Mahmadou Lamine, tenter de recons- 
tituer un empire Sonninké sur la rive gauche du Sénégal. 

Les Sonninkés sont mahométans, tandis que les Bambaras sont 
fétichistes. 

Mandé-Dioula, — Ceux-ci méritent une mention spéciale. 
D'après Binger, leur nom de Dioula (ce qui veut dire : qui est 



Digitized by 



Google 



— 203 — 

du trône, de la souche), viendrait de leur fidélité à Tancienne 
dynastie Za du Songhaï, en opposition avec les partisans de la 
dynastie Sonni. Habitant les environs de Dienné, ils se sont, de 
bonne heure, convertis à Tislamisme. Peu à peu, ils se répandirent 
jusqu'à Tengrèla et aux environs de Kong. Un des leurs, Sehou, 
appartenant à la tribu des Ouattara, s'empara de cette dernière 
ville sur les Falaf allas à la fin du xvin® siècle (vers 1790). A partir 
de cette époque, ils n'ont pas cessé de rayonner dans toutes les 
directions, convertissant à l'islamisme les autres populations par 
la prédication et surtout accaparant le commerce et occupant les 
nœuds de communication importants, les routes de Bobo-Diou- 
lassou, du Djimini, du Bodoukou. 

On trouve des colonies de Mandé-Dioula isolées dans le Mossi, 
le Kenedougou, le Diammara, etc., etc. 

Le groupe ethnique que nous avons désigné sous le nom géné- 
rique de Mandé, couvre donc toute la partie occidentale de notre 
Soudan, du Sénégal et du Niger à la forêt équatoriale. La limite 
de leur extension vers le sud est sensiblement marquée par le 8® 
(en réalité, un peu plus au sud) de latitude nord, de la frontière 
Lbérienne au Diammala. Le Bondoukou est une région de transi- 
tion où l'on rencontre des Ton (d'origine achanti) et des Mandés. 

Races autochtones, — Les peuplades primitives occupant toute 
cette immense région et qui ont été peu à peu subjuguées ou tout 
au moins pénétrées par l'élément Mandé sont fort nombreuses. Un 
de leurs groupements, très important et très dense, s'étend sur le 
bassin de la Haute- Volta et comprend : les Mo^ros ou Mossi, les 
habitants du Gourounsi, les Monomnas ; au nord-est de Kong, les 
Khomonos, DoJchozie ; dans la région du Dafina, les Daûng, 
Kipirris et Sommos ; près du fleuve, les Youlsi, Talenti et Kas- 
sangas. 

En outre, dans le Djimini, on retrouve des Sié-né-ré (1) comme 
dans le Kenedougou, où habitent aussi. les WBounig ou Gounig. 

Toutes ces peuplades paraissent avoir été refoulées (en particu- 
lier dans le Gouroumi) dans les régions difficiles ou boisées. 

Les Ouolofs (musulmans) de notre colonie du Sénégal se rap- 
prochent assez des habitants du Mossi et ont dû être autrefois 
leurs voisins. 

(1) Appelés plus souvent Senouf C9. 



Digitized by 



Google 



— 204 — 

Les Sérères (fétichistes) du Sine et du Saloum sont etlinique- 
ment proches des Oulofs. Ils habitent le Baol et les rives du Saloum. 

Le bassin de la Casamance est peuplé de Diobas (fétichistes), 
de Banioukas (fétichistes et musulmans) et de Balantes. 

Le long des rives du Niger, de Djenné au pays zaberma vivent 
les derniers représentants de l'ancienne race Songhay, apparte- 
nant à un type nègre fort beau, mais actuellement courbé sous 
la domination Touareg. 

Le pays zaberma situé sur la rive gauche du Niger entre le 
12° et le 14° de latitude nord, présente une ethnographie spéciale. 
Il est habité par des Haoussas originaires du Kano et venus du 
Gando (Sokoto) et des Zabermas. Ces derniers se disent émigrés 
d'une contrée de l'occident qu'ils appellent Malé, Ils sont proba- 
blement issus d'un mélange de sang malinké et songhay. 

Zahernas et Haoussas ont fait longtemps la guerre aux Foulbé 
du Sokoto (1860). Ahmadou Cheïkou, notre vieil ennemi, chassé 
de la rive droite du Niger par nos colonnes, vint chercher un 
refuge dans le pays. Bien accueilli par les Foulbé, il ne tarda pas 
à battre les Zabermas et commença à se créer un nouvel empire. 
Notre arrivée dans la région l'a sauvée de sa domination. 

A-, - A Vest du Bandama. 

2^ Peuples de la Côte d'Ivoire. 

Si maintenant nous portons nos regards sur la région située au 
sud du 8° de latitude nord, nous trouvons d'abord : 

1. Une épaisse couche de peuplades chez lesquelles l'élément 
prédominant est la lace agni. Ces tribus, venues à des époques 
plus ou moins reculées de l'Achanti occupent, d'après le capitaine 
CrossoU; une sorte de zone hémicirculaire compr^^nant les rives 
du Bandama, le Baoulé (où la reine conquérante Aradokou, amena 
d'après la tradition locale son peuple achanti), le Morenou, 
l'Anno, l'Abron, Tlndénié, le Sanwi, le Sahué, l'Akapless. Ces 
peuplades se distinguent par leur humeur batailleuse et nous avons 
vu le mal que nous a donné leur pacification (1). 

(1) Les Cannes méritent une mention spéciale. Ils habitent donc l'Anno, tout 
du long de la frontière du Baoulé, marquée par le Handama blanc. On les i-eti^ouve 
également dans le Morenou. 



Digitized by 



Google 



— 205 — 

2. A l'intérieur de cette zone se trouvent de nombreuses tribus 
fort différentes les unes des autres : les Attiés, les Ebriés, puis 
les habitants de la lagune et de la côte : Boubourys, Fanti, Jack- 
Jack. Ces peuplades paraissent avoir été re jetées de l'intérieur vers 
la côte par les invasions achanti ou auti-es qui se sont produites 
vers le nord. Elles ont plus ou moins dégénéré au contact des 
Européens et se distinguent par leur cupidité. 



B. — A rovesi du Bandama, 

1. A l'ouest du Bandama, habitant les rivages du golfe de Guinée, 
et s'étendant assez loin dans l'intérieur de la forêt équatoriale, 
se trouve le groupe désigné sous le nom générique de Kroumen 
que M. Thomann suppose appartenir à la race bakoué. 

Le capitaine d'Ollone a limité leur zone d'extension : au sud, 
à la côte ; au nord, au 7° de latitude N^ ; à l'ouest, au 12° et à Test, 
vers le 9** de longitude ouest. Elle comprend donc une partie du 
bassin du Sassandra et celui du Cavally jusqu'à la branche nord 
du coude important qu'il fait vers Touest. Les tribus du groupe 
kroumen sont fort nombreuses et portent les noms de Tepos, 
Sapos, Kopos, Perobos, Bétés, Légrés, Godiés, Inayas, etc., etc. 

2. Le bassin inférieur de la Sassandra est habité par les Neyaus 
du Nihiri qui ont joué un rôle assez important dans l'histoire de 
la région. 

3. Au nord du 7° de latitude N, s'étend une couche de popula- 
tions fort dens-es : Gons du bassin supérieur du Cavally, Dans et 
Blolos du Haut-Zô, Ouobés et Los du Haut-Sassandra. Ces tribus 
diverses semblent présenter des caractères analogues. Dans cette 
région, les villages sont fort rapprochés et établis généralement 
dans des clairières couvertes de rochers. Ces indigènes sont anthro- 
pophages par goût, tandis que les Kroumen ne mangent que leurs 
ennemis et cela seulement en manière de vengeance. 

4. Enfin, dans la zone mêlée de bois et de clairières qui annonce 
la limite septentrionale de la forêt dense, habitent des peuples qui 
se sont quelque peu mêlés aux Mandé (pour la plupart Malinké) 
qui vivent dans leurs villages à l'état de colonies isolées. Leurs 
tribus : Guerzés du Haut-Cavally, Gouros de la rive droite du 



Digitized by 



Google 



— 206 — 

Bandama-Rouge, etc., etc., présentent donc des caractères intermé- 
diaires entre les gens de la forêt et ceux de la brousse. 

Tous les gens de la forêt se distinguent par leur amour de 
Tombre et du mystère. Ils ont probablement reculé peu à peu 
devant des invasions successives venues du nord, peut-être aussi 
devant le déboisement mandé. Ceci peut expliquer leur grande den- 
sité aux environs de la lisière de la forêt dense. Ces peuplades sont, 
en général, fort belliqueuses. La chasse leur fournit la principale 
nourriture. GuerzeSy Los et Gouros se livrent au commerce de la kola 
qui vient alimenter les marchés de Sakhala, etc., etc. 

3** Peuples du Dahomey et de son hinterland. — Notre colonie 
du Dahomey et son hinterland renferment quatre races principales. 
La race djége est celle du Dahoméen pur. Elle est essentiellement 
guerrière et offre une réelle supériorité. Les expéditions daho- 
méennes ont autrefois poussé jusqu^au Niger. Délivrée de ses pra- 
tiques sanguinaires, la race djége semble appelée à un bel avenir. 

Les populations Nagos et Mahis, soumises autrefois à sa domina- 
tion, sont très douces et très hospitalières. Le pays Nago s'étend 
entre TOuémé et son affluent TOcparo, et au delà, vers le sud, jus- 
qu'à Ketou, au nord jusqu'à Tchaourou, à l'est sur le territoire 
anglais. Une de ses colonies peuple même la ville de Porto-Novo. 

Le pays Mahi est compris entre l'Ouémé et le Zou qu'il déborde 
légèrement vers l'ouest. 

Au nord de ces populations tranquilles, se trouve le territoire 
des BarihaSy belliqueux et pillards, avec lesquels nous avons dû sou- 
vent entrer en lutte depuis notre prise de possession du pays. 



Digitized by 



Google 



CLIMATOLOGIE — PABTAGE EN RÉGIONS NATURELLES — FLORE 



Du Niger au golfe de Guinée, nos possessions sont soumises à 
trois climats différents à chacun desquels correspond une région 
spéciale : 

1** Zone saharienne. — Dans un chapitre précédent, nous avons 
donné les principales caractéristiques de cette zone. Elle s'étend 
jusqu'aux portes du Soudan occidental, prononçant des avancées 
dans le Fouta et le Ferlo, dans la partie septentrionale de la boucle 
du Niger et entre ce fleuve et le Sénégal sur le Kaarta et le 
Baghena. 

Cette région reçoit peu d'eau et ne possède guère que la flore 
désertique. Ses cours d'eau sont des oueds au lit généralement sec, 
parfois rempli pourtant par des trombes diluviennes. Entre Sénégal 
et Niger, la limite septentrionale des eaux permanentes est sensi- 
blement marquée par une ligne marquée de Segou à Koniakary, au 
nord de Kayes. 

Dans la boucle du Niger, la région désertique s'étend jusqu'au- 
dessous du 15°. Au delà de ce parallèle, le fleuve pousse une large 
oasis à végétation exceptionnelle pour la contrée, véritable Egypte 
de l'ouest. Les steppes de l'ouest sont également traversées par le 
Sénégal dont les inondations fécondent la vallée. Tout le reste du 
pays est très pauvre, sauf une mince bande de terrain que l'agricul- 
ture a réussi à transformer et qui s'étend le long de la Côte dans le 
Cayor et le Baol. 

La partie du Soudan qui confine au désert est marquée par une 
zone de transition, plaine immense couverte de hautes herbes et 
parsemée d'arbres rabougris. Elle contient les pâturages à transhu- 



Digitized by 



Google 



— 208 — 

mance du sud du Kaarta, du Macina, du Liptako, du Yatenga, du 
Songhay, nourrissant de nombreux troupeaux. On peut y cultiver 
le blé et on y rencontre quelques dattiers ; 

2^ Aux environs du 14** commence la région tropicale souda- 
nienne proprement dite, jouissant de deux saisons principales. De 
juillet à novembre, elle est arrosée par des pluies venant du sud et 
du sud-ouest, qui se déversent en quantité plus grande dans les 
zones montagneuses. 

Dès octobre, les chutes d'eau sont moins abondantes, de fortes 
rosées subsistent seules. Jusqu'en novembre, les indigènes se livrent 
à la récolte. En décembre et en janvier, la température fraîchit et 
en février et mars tombent quelques nouvelles pluies. 

Les plus hautes chaleurs sont constatées en avril et en mai 
(maximum de 40 à 42** à l'ombre). Enfin, juin est l'époque des 
semailles. 

La région subit, en résumé, cinq mois de pluie environ contre 
sept de sécheresse. 

Dans le bassin de la Haute-Volta, le climat semble moins bien 
réglé. En juillet et août, les pluies sont encore rares et la saison a 
du mal à s'établir. L'hivernage comprend les mois de septembre et 
d'octobre. 

D'une manière générale, la zone tropicale est marquée par la 
permanence de la chaleur humide et la grande tension de la vapeur 
d'eau contenue dans les courants aériens. 

Du nord au sud, la couche d'humus croît sensiblement et les cul- 
tures sont de plus en plus abondantes et variées. Au-dessous du 14** 
de latitude nord, les mimosas de la brousse désertique font place 
aux graminées. Les arbustes se transforment en arbres : fromagers, 
caïlcédrats, rôniers parsèment la savane. 

Dans bien des régions, le bassin de la Haute-Falémé, par 
exemple, on trouve des lianes à caoutchouc. 

Entre les 13° et 9° environ, s'étend le domaine du karité ou arbre 
à beurre. Quant aux dattiers, ils descendent sporadiquement jus- 
qu'au sud du 11° de latitude nord. 

La végétation des plateaux ferrugineux comporte le mil et le 
sorgho, tandis que le riz et le maïs poussent dans les fonds sableux. 

Entre les 11° et 7°30' se cultive l'igname et le 9° marque la limite 
méridionale des céréales. 

La Guinée française qui est comprise dans la zone tropicale et 



Digitized by 



Google 



en offre les caractéristiques essentielles jouit pourtant d'un climat 
quelque peu spécial en raison de son rapprochement de la mer et de 
la masse montagneuse du Fouta Djallon qui s'étend sur le haut 
pays. 

Les conditions climatériques y sont, en conséquence, intermé- 
diaires entre celles des régions tropicales et tempérées. La tempéra- 
ture offre des minima plus prononcés et des maxima moins élevés. 
Ces circonstances font du Fouta Djallon une région salubre pour 
les Européens, sorte de sanatorium au milieu du royaume de la 
fièvre et de la dysenterie. 

De novembre à avril, les vents alizés du nord et du nord-est 
viennent assécher la région, mais, dès le mois de mars, le manque 
d'humidité est beaucoup moins absolu que dans les autres régions 
tropicales du Soudan et, en toutes saisons, les brises de mer, les 
orages et les averses sont fréquents. 

Les bassins des rivières du sud sont caractérisés par une végéta- 
tion spéciale très touffue comprenant des baobabs, des caïlcédrats, 
des légumineuses gigantesques, du café poussant à l'état sauvage. 
On y récolte la gomme copale et les lianes fournissent un latex 
caoutchouteux. 

La région possède deux zones boisées sensiblement parallèles à 
la côte, dont l'une est voisine de celle-ci ; quant à la seconde, elle 
s'étend sur le haut pays, au-dessus de 500 mètres d'altitude. 

Cette dernière renferme des arbres méditerranéens tels que 
figuiers, orangers et citronniers. 

Entre les deux bandes de forêts, on trouve la savane parsemée 
çà et là de cultures et de galeries à végétation dense bordant les 
rives du cours d'eau. 

On a pu donner le nom de « parc » à cette zone typique de la 
région tropicale ; 

3** Entre le 8** et le 7% commence la région de la forêt éqtuito- 
riale. 

La durée des pluies tend dès lors à l'emporter sur celle de la 
sécheresse. Quand on descend vers le sud, on remarque une accalmie 
dans les chutes d'eau pendant les mois de juillet et d'août et le début 
de la saison pluvieuse se trouve reporté au printemps. 

Entre le S" et le 7°, la saison des pluies commence en mai et la 
belle saison revient en octobre. 

PÉNÉTRATION FRANÇAISE 14 



Digitized by 



Google 



- 210 — 

Sur la côte de Guinée, enfin, on observe deux saisons principales 
et deux secondaires : 

a) Du l'*" juillet au 1" septembre, petite saison sèche ; 

h) Du V^ septembre jusqu'à fin novembre, petite saison des 
pluies ; 

c) De fin novembre au 1" mars, grande saison sèche ; 

d) Du 1" mars au 1" juillet, grande saison des pluies, 

La région côtière doit donc supporter environ sept mois d'eau 
contre cinq de sécheresse. 

Les hauteurs annuelles de pluie observée montent jusqu'à 
2 mètres. 

La région du Cavally est marquée par un maximum de chutes 
d'eau probablement dû aux mouvements de terrain assez nombreux 
dont elle est parsemée. Il y pleut presque toute Tannée : les mois de 
novembre, décembre, janvier et février sont seuls quelque peu secs. 
Pendant le reste du temps, on compte en moyenne deux jours de 
pluie sur trois. 

D'après le capitaine d'Ollone, la température est très suppor- 
table et s'abaisse sans brusquerie la nuit. La forêt dense proprement 
dite est précédée d'une zone intermédiaire où s'entremêlent les clai- 
rières et les bois. Les mouvements de terrain, un tant soit peu mar- 
qués, restent couverts de leur dôme de verdure. 

Dans le chapitre préliminaire de la présente étude, nous avons 
déjà eu l'occasion de parler des limites de la forêt équatoriale. Son 
épaisseur semble être avons-nous dit, de 300 à 350 kilomètres, du 
Sierra-Leoné au Bandama-Bouge. Le capitaine d'Ollone, remontant 
le Cavally, a trouvé sa limite septentcionale aux environs du 8** de 
latitude nord. Plus à l'ouest, elle s'étend jusqu'aux sources du Niger, 
en suivant une ligne sensiblement parallèle à la Côte. Dans la fourche 
formée par le Bandama et le Nzi, la bande forestière s'amincit con- 
sidérablement, laissant pénétrer comme un coin les savanes du 
Soudan dans la forêt qui, en cette région, ne s'avance guère au nord 
du 6° de latitude boréale. 

A l'est du Bandama, vers le Comoe, elle reprend une épaisseur 
plus grande et atteint environ 280 kilomètres de largeur dans la 
Côte-d'Or anglaise. Dans l'hinterland du Dahomey, elle est sensi- 
blement limitée au 7** de latitude nord. 

D'une manière générale, la forêt dense est formée d'un foidUis 



Digitized by 



Google 



— 211 — 

de grands arbres servant de points d'appui à des fourrés de lianes et 
à des taillis impénétrables. Le caractère luxuriant et bumide qu'ello 
présente s'explique et par les conditions météorologiques et par le 
reUef . Il faut remarquer en outre que la forêt vierge, par son épais- 
seur, est presque impénétrable aux rayons du soleil et aux vents. 
Ses feuilles arrêtent les gouttes de pluie, empêchant ainsi l'action 
érosive des eaux de s'exercer sur la couche d'humus de la surface 
du sol. 

La forêt renferme les essences les plus variées (1). C'est, en par- 
ticulier, une immense réserve de bois tïéhénisterie, 

La limite nord de culture du palmier à huile s'étend un peu au 
delà de celle de la forêt dense. Le kolatier est surtout abondant 
au-dessus du 6^30'. 

Toutes les cultures semblent, en outre, devoir réussir dans ce sol 
essentiellement riche. Les légumes d'Europe y viennent bien : le 
riz, le maïs et le manioc poussent facilement dans tous les endroits 
débroussaillés, de même que les citronniers, orangers, etc., etc. 
Citons enfin les arachides, piments et haricots. Dans le pays des Lai, 
on cultive plusieurs variétés de poivre. 



(1) M. Thomann a signalé dans le bassin de la Sassandra : 

!• Une énorme quantité d*arbres ot de lianes donnant du caoutchouc. 

2' Trois variété» de palmiers (palmier à huile, cocotier, et palmier à vin). 

3» Une variété infinie de bois précieux 

4» L'indigotier et le cotonnier. 

5' 3 espèces de bananiers. 



Digitized by 



Google 



CHAPITRE ^T 



APERÇU GÉOLOGIQUE ET OROGBAPHIQUE 



L'état des connaissances actuelles sur l'Afrique occidentale fran- 
çaise ne permettent de se rendre compte de sa constitution géolo- 
gique que d'une manière assez approchée. D'observations particu- 
lières faites en des points souvent fort éloignés les uns des autres, 
il est, en effet, difficile de déduire des données générales précises. 

Un point important paraît pourtant acquis : le sol des diffé- 
rentes contrées qui composent notre empire est d'origine primaire, 
déchiré en outre, çà et là, d'affleurements archéens et éruptifs. 

Quant à l'orographie, elle n'est pas, en général, fort nettement 
marquée ; les reliefs sont peu accusés, l'aspect offert est celui d'un 
plateau parsemé de rides d'altitude relative assez faible. 

Au point de vue géologique comme au point de vue orogra- 
phique, on peut étudier successivement : 

1** La région comprise entre le Sénégal (de son embouchure à 
Bakel), la Gambie et la côte (de l'embouchure du Sénégal à celle 
de la Gambie), c'est-à-dire la Sénégambie proprement dite ; 

2^ La région comprise au nord, entre le Sénégal et le Niger 
(Kaarta, région de Kita) ; 

3** La Guinée française, comprenant les rivières du sud, le Fouta- 
Djallon et ses prolongements (Dinguiray, Bambouk) ; 

4** Les plateaux de la boucle du Niger ; 

5** La Côte d'Ivoire avec la forêt équatoriale ; 

6** Le Dahomey et son hinterland. 

1** Sénégambie. — Cette région s'offre sous l'aspect d'une plaine 
immense de caractère quasi-désertique, sauf sur une étroite bande 
de terrain le long de la côte. 



Digitized by 



Google 



— 213 — 

La zone d'inondation du Sénégal et le rivagpe océanique sont 
recouverts d'alluvions récentes. L'île de G orée et le cap Vert ren- 
ferment quelques roches volcaniques. Tout le reste de la contrée est 
composé de terrain ardoisier ou latéritique. 

La latérite (1) s'étend le long d'un arc de cercle comprenant le 
Dimar, le Oualo, le Cayor, le Baol, le Sine, le Saloun, le Kip, le 
Niani Ouli. Elle est en général, recouverte d'une couche de sable 
très fin. 

Le schiste (2) domine dans les pays situés au centre de cette 
zone hémicirculaire (Ferlo, Toro, Fouta, ouest du Damga et du 
Bondou). Au-dessus du schiste s'étend une couche d'argile compacte 
(surtout dans le Bondou). Ce terrain se prolonge au sud de la 
Haute-Gambie. « La rivière Grey coule au milieu de vastes plaines 
argilo-schisteuses stériles i)endant la saison sèche et inondées pen- 
dant l'hivernage » (3). 

Par contre, le sol latéHtique est susceptible d'une grande fer- 
tilité. 

2^ Région comprise entre le Sénégal et le Niger. — Cette région 
confine au désert dont elle n'est, en somme, qu'une avancée entre 
les deux vallées fertiles du Sénégal et du Niger. 

Dans sa partie septentrionale s'étendent les plaines sablonneuses 
du Ka/irtay parsemées en de rares endroits de roches schisteuses. 
Leur altitude est de 300 mètres en moyenne. 

Au centre, Kita et les pays environnants (Gangaran, Baniaka- 
dougou, Fouladougou) offrent des caractères mixtes entre la plaine 
et la montagne. D'un plateau généralement argileux émergent, en 
hauteurs étagées, des masses rocheuses de granité et de grès. 

Plus au sud, dans le Birgo, en particulier, le terrain devient de 
plus en plus accidenté, les montagnes se rapprochent et les vallées 
se font sinueuses et profondes. 

Le sol, peu fertile dans le Kaarta, est de plus en plus riche à 



(1) La latérite est une argile ferrugineuse (silicate d'alumine hydraté mélangé 
de quartz, et associé à de l'oxyde de fer) de couleur rouge brique. 

(2) Les schistes sont des roches dures et fossiles formées d'argile et d'éléments 
cristallins créés par métamorphisme {quarts y dans le cas présent). 

(3) D' Ranson. Dans la Haute Gambie. 



Digitized by 



Google 



— 214 — 

mesure que Ton se rapproche du sud, les pluies exerçant leur action 
bienfaisante et la proportion de sable diminuant. La brousse se 
parsème d'arbres et les cours d'eau se parent d'une gakrie de ver- 
dure, quelques mamelons seuls possédant une couronne de bois 
continus ; 

3® Guinée française, — Elle comprend la région dite t des 
rivières du sud », le Fouta-Djallon et ses dépendances. 

La zone des rivières du sud est, en général, formée de terrain 
gréso-ferrugineux (1) d'origine détritique. Nous avons vu, dans un 
paragraphe précédent, les cultures nombreuses et variées que per- 
met un tel sol. 

Celui du Fouta-Djallon est composé tout à la fois de roches 
endogènes (2) (granitiques) et détritiques (grès et schistes). 

Des phénomènes éruptifs ont donné naissance à ce nœud orogra- 
phique de l'Afrique occidentale. En son centre, on trouve donc des 
granités (3) formant un noyau sur lequel viennent s'appuyer des 
contreforts de grès au nord et à l'est, de schistes et de grès, au sud 
et à l'ouest. 

La direction de l'axe du soulèvement est assez indécise. Elle 
semble être celle du nord-nord-ouest, sud-sud-est. Le massif n'est 
que très légèrement surélevé au-dessus de la plaine nigérienne 
(200 mètres en moyenne de hauteur relative). Par contre^ du côté 
de la mer, les pentes sont plus abruptes, offrant des différences de 
niveau qui approchent souvent de 500 mètres. 

Labé est à l'altitude absolue de 1,142 mètres et le docteur 
Maclcmi estime celle des monts de Diaguina à 1,470 mètres. 

Les eaux ont exercé une action très marquée sur le soulèvement, 
en raison de la friabilité de ses éléments géologiques. Elles ont 
modelé la surface primitive, creusant de profondes vallées. 

En certains points, au contraire, où l'hydrographie n'est pas 



(1) Le grès résulte de Tagglutination d'un sable par un ciment quelconque. 
Dans le cas présent, ses grains sont agglutinés par de l'oxyde de fer, générale- 
ment hydraté. 

(2) Les rochet endogènes sont d'origine interne et dues soit à la consolidation 
de la croûte primitive terrestre, soit à des épanchements en dehors de cette croûte; 
les dépôts détritiques sont dus à l'action des g.gents externes sur les roches pré- 
existantes (mer, fleures, vents, pluies). 

(3) Agrégat de cristaux de quartz, feldspath, micA, etc., ete. 



Digitized by 



Google 



— 215 — 

encore dessinée) s'étendent des paliers au sol inculte et analogue 
aux hamadas sahariennes, appelés baowrals, parsemés de scories 
volcaniques projetées d'anciens cratères. 

Le Fouta-Djallon est, en outre, un centre hydrographique 
important d'où rayonnent la Haute-Gambie et ses affluents, les 
rios Grande et Konkore, le Bafing sénégalais et le Tinkîsso nigérien. 

C'est un fait digne de remarque que les montagnes ne forment 
pas une ligne de partage des eaux : les cours d'eau d'un versant les 
pénètrent, en effet, fréquemment et empiètent sur le domaine des 
fleuves du versant opposé. 

Nous avons assez longuement insisté sur la richesse du Fouta- 
Djallon, en étudiant les régions naturelles du Soudan français. 
Autour de ce massif sont disposés en couronne les pays accidentés 
du Dinguiray, du Bambouk et du Bondou. 

Le Dinguiray, d'aspect assez mouvementé, a une altitude 
moyenne de 500 mètres. Les hauteurs qui prolongent vers le nord 
le Fouta-Djallon et séparent la Falémé du Sénégal atteignent par- 
fois de 700 à 800 mètres ; 

4° Les plateaux de la boucle du Niger, — La région de la boucle 
du Niger est formée de plateaux d'origine archéenne et primaire 
étages comme les marches d'un gigantesque escalier. Mais les pentes 
réunissant ces divers degrés sont, la plupart du temps, très douces 
et le passage de l'un à l'autre se fait presque insensiblement. 

La partie la plus élevée est constituée par le Mossi, plaine d'une 
altitude de 700 à 800 mètres, au sol uniformément plat, de compo- 
sition argilo-siliceuse d'où émergent des blocs de granité (1) et de 
quartz. 

Autour du Mossi s'étendent des plateaux de moindre altitude : 
à l'est, le Gourma (de 300 à 400 m.), puis la plaine du Niger 
(de 150 à 200 m.) ; au sud, le Gourounsi (de 600 à 700 m.). Ce der- 
nier présente une constitution géologique fort variée dans ses élé- 
ments : aux abords de la Volta noire, on trouve du quartz ferrugi- 
neux et des sables aurifères ; ailleurs, des éléments détritiques 
recouvrent un sous-sol de gneiss ou de granité. * 

La végétation y est plus luxuriante que dans les contrées voi- 
sines et les cultures sont abondantes, tandis que, vers le nord, le 

(1) M. DB Lapparbnt a adopté Torthographe : granité. 



Digitized by 



Google 



— 216 — 

Mossi, le Tatenga et le Gourma sont surtout des pays de pâturages^ 
élevant des ânes ou des chevaux. 

Vers le sud-ouest, le Bobo et le pays de Kong n'ofErent plus 
qu'une altitude moyenne de 400 à 500 mètres (1), de même que le 
Kenedougou ; le Ouassoulou, le Baoulé et T^no de 200 à 300 ; le 
Bondoukou, Tlndénié et le Morenou de 100 à 200. 

Les éléments géologiques dominants sont tantôt le granité, 
tantôt le quartz et le grès recouverts d'argiles schisteuses ou ferru- 
gineuses. 

Les plateaux sont, çà et là, ridés de soulèvements dirigés géné- 
ralement du nord-est au sud-ouest. Les principaux sont : 

a) Le plissement qui s'étend entre le Bagoe et le Banifing, à 
l'ouest de Sikasso (de 400 à 900 m.) et est constitué de grès gris 
et d'argile sablonneux ; 

h) L'alignement situé entre la Haute-Comoe et la Haute-Volta 
noire, flanqué à l'une de ses extrémités par le pic des Komonos 
(1,450 m.) et à l'autre par le plateau de Bobo-Dioulasso (800 m.). 

Le sous-sol en est granitique et recouvert de grès stratifié ; 

c) Dans Tarrière Dahomey, la ride de l'Atacora prolonge vers 
le nord-est les chaînes de la Côte d'Or et du Togo. 

Si l'altitude moyenne des plateaux de la boucle du Niger décroît 
dans la direction du pays Bobo, de Kong et du Baoulé pour aller 
mourir en pente douce sur la Côte-d'Ivoire, elle augmente, au con- 
traire, vers le sud-ouest dans la région de la Férédogouba, du Bafing 
et des sources du Niger, après avoir passé par un minimum (entre 
300 et 400 mètres) dans le Haut-Bandama rouge ; 

5° Côte-d^ Ivoire. Bassins côtiers et forêt êquatoriale, — Dans la 
région des affluents de la Haute-Sassandra et du Haut-Niger (1) 
s'élève, en effet, un nœud oiographique fort important, situé dans 
le Konian et l'arrière-pays libérien (mont Kou, 1,400 m.). 

A ce noyau central se rattachent plusieurs alignements monta- 
gneux dont les principaux sont : 

a) Entre Feredogouba et Gouan (ou Bafing Sassaudrien), un 
soulèvement de direction nord-ouest-ouest, sud-est-est prenant nais- 
sance près du mont Fondani (de 1,400 m. à 1,500 m.) et s'étendani 

(1) RéiuUatê des missions Blondiaux^ Wœlffel et Hoitainê-ctOllone. 



Digitized by 



Google 



— 217 — 

jusqu'à la Feredogouba, sous le nom de monts Bookoulou et du 
Touradougou ; 

b) Plus au sud, dans la boucle du Cavally, les monts Nimba 
(2,000 m.?) piolongés par les mots de Drouplé auxquels Wœlfifel 
attribue 3,000 mètres d'altitude ; 

c) Le nœud orograpliique du Xonian (Beyla) envoie vers le 
nord l'importante ramification des monts de Gayfé (1,600 mètres 
environ) entre Diou et Milo. 

La région de Beyla est en même temps un centre orographique 
de premier ordre où viennent prendre leurs sources le Milo et le 
Diou, affluents du Niger, le fleuve Saint-Paul, le Cavally, la Fere- 
dogouba, le Bafing et le Zo, ces trois derniers tributaires de la Sas- 
sandra. 

Là aussi commence la forêt équatoriale qui s'annonce par une 
zone de clairières et de bois. Les monts Nimba et de Drouplé sont 
en pleine forêt dense. 

En se dirigeant vers le sud, les alignements montagneux devien- 
nent plus rares et leur altitude diminue. 

La chaîne située au sud du Douobé (monts Niété, Bladro, etc.) 
n'a plus que 700 mètres de hauteur. 

Tous ces soulèvements offrent la particularité d'un sensible 
parallélisme à la côte correspondante. 

Enfin, le Cavally est séparé des autres fleuves côtiers par les 
monts Kédio et Niénokané (de 300 à 400 mètres d'altitude seule- 
ment). 

Le bassin de la Sassandra (1) est également fort accidenté, 
mais ses hauteurs ne sont, en réalité, que des mamelons de 100 à 
200 mètres d'élévation (mont Guiroutou, 200 mètres; colline Dagba, 
125 m.). Les tertres rocheux et les ravins abondent dans cette 
région. Le sol du Haut-Bandama ne possède que quelques collines 
peu importantes. 

Au point de vue géologique, les hauts massifs du nord (monts 
Nimbo, par exemple) sont d'énormes blocs de granité. Dans cette 
zone septentrionale, le sol se recouvre fréquemment d'une couche 
de latérite. 

Plus au sud, l'argile silico-ferrugineux s'étend presque unifor- 

(1) Missions Thomann. 



Digitized by 



Google 



— 218 — 

mément sur un sous-sol granitique ; les flancs des ravins se char- 
gent, par place, de blocs de quartz et de grès. 

De Tautre côté du Bandama, la constitution du sol (1) semble 
différer quelque peu. Son ossature est surtout formée de roches cris- 
tallophylliennes (gneiss et mica-schistes), affleurements de terrain 
archéen (Baoulé, par exemple). Des éruptions fort anciennes sont 
venues les disloquer et ont donné passage à des roches cristallines 
(granité). La partie côtière est constituée par des sables marins 
quartzeux et des argiles qu'ont charriées les fleuves. 

Dans l'intérieur de la région, on rencontre parfois des plateaux 
d'argile ferrugineuse compacte. A proximité du Comoe, l'Anno pos- 
sède un terrain de quartz et de grès. Dans le Bondoiikou et sur la 
rive droite du Nzi, les roches volcaniques anciennes sont très fré- 
quentes. 

Des filons aurifères existent aux environs d'Assikano (partie 
méridionale du Bondoukou), aux environs de Pirikrou (Comoe) et 
vers les sources de l'Agueby. Sur la rive gauche du Bandama rouge 
ont été signalés les gisements importants de Eami et de Kokombo. 
Enfin, TAttié en possède, paraît-il, un assez grand nombre. 

Au point de vue orographique, la région est dépourvue de mon- 
tagnes. Elle est formée d'une suite de plateaux présentant une super- 
ficie de plus en plus grande à mesure qu'on remonte vers le nord 
(100 à 200 mètres d'altitude au maximum) ; 

6° Dahoviey et son hinterland, — Aux sables de la côte du Daho- 
mey (2) font suite des terrains d'argile ferrugineuse dans laquelle 
viennent s'intercaler des couches de grès et dont l'altitude aug- 
mente à mesure que l'on pénètre dans l'intérieur (hauteur relative 
de Porto-Novo, 40 m., et d'Abomey, 80 m.). Le fer oolithique est 
très fréquent. 

Dans l'arrière-pays apparaissent des roches archéennes, gneiss 
et micaschistes, à côté du granité. 

Des dépôts détritiques de grès et d'argiles ferrugineuses les 
recouvrent par place. Les roches volcaniques renferment des filoM 



(1) Missions Houdaille, Eysséric. 

(2) Missions d'Albéca, Toutée. 



Digitized by 



Google 



— 219 — 

quartzifères et pourtant ni Tor, ni l'argent, ni le cuivre n'ont encore 
été signalés dans l'arrière Dahomey. 

Le passage du bassin de TOuémé dans celui du Niger ne ren- 
contre pas d'obstacle orographique important. La diflférence de hau- 
teur relative n'est, en efEet, que de 150 à 200 mètres. C'est au nord- 
ouest des sources de l'Ouémé, dans le Djougou que l'on rencontre les 
altitudes les plus considérables (Ouangara, 450 mètres), annonçant 
les terrains qui s'étagent jusqu'au Mossi. 



Digitized by 



Google 



CHAPITRE VII 



HYDEOGRAPHIE 



I. — Bassin du Niger. 

Le bassin du Niger, large de plus de 400 kilomètres dans sa 
partie inférieure, va sans cesse en se rétrécissant à mesure que Ton 
avance vers le nord-est et la Volta pénètre jusqu'aux environs 
du 14** de latitude noid, dans la boucle que forme le Niger. 

Cette particularité est probablement due à la présence entre 
les 13° et 14° des plateaux du Mossi, étage supérieur des plaines 
nigériennes. On a (1) d'ailleurs émis l'iiypothcse que le fleuve supé- 
rieur se perdait autrefois dans les lacs voisins de Tombouctou : 
c'était l'ancien Djoliba. La branche orientale du Niger, le Kouarro 
ne se serait formée que postérieurement par suite d'une dislocation 
qui aurait occasionné une faille immense dans le plateau soudanais. 
Elle se serait produite sans doute à la même époque et sous l'efFort 
des mêmes agents internes que le soulèvement du Cameroun situé 
dans le prolongement du cours du Kouarro (du coude de Tosaye à 
Lokodja). Les îles volcaniques du golfe de Guinée (Fernando-Po, 
Acolan) se rattachaient au même système. 

Le Niger porte donc trois noms différents : 

1. De Kouroussa à Diafarabé, celui de Djoliba, C'est la t rivière 
des chansonniers i, nom d'origine mandé ; 

2. De Diafarabé à Ilo, s'étend VIssar Ber sonraï ; 

3. D'Ilo à la mer, les indigènes nomment le fleuve Kouarro, 

\X) De Lapparent. 



Digitized by 



Google 



— 241 — 

1** Régime du Aeuve, — Deux circonstances physiques spéciales 
au Niger influent sensiblement sur son régime. 

C'est tout d'abord la forme recourbée de son parcours. En raison 
de celle-ci, la section du fleuve, de ses sources aux environs de Mopti 
et celle qui s'étend au sud de Gaogao, reçoivent les pluies tropi- 
cales, dont seule la partie supérieure du coude du Niger est 
dépourvue. 

D'autre part, les lacs-réservoirs de la région Dhebo-Tombouctou 
jouent un rôle régulateur fort important, comme nous allons pou- 
voir nous en rendre compte. 

A la fin d'avril, les eaux du Djoliba s'élèvent sous l'influence 
des pluies ; la crue se propage au delà de Eoulikoro et atteint, en 
août, le lac Dhebo. Elle s'étend alors jusqu'à 150 kilomètres à l'ouest 
du Niger, entre les 14° et 16° de latitude nord et emplit les lacs de 
la région de Tombouctou (Faguibine, Tele, Fati, Horo). 

Sur la rive droite, les inondations du Bani viennent s'ajouter à 
celles du Niger. 

Tout cet ensemble aquatique forme cette petite Egypte que les 
auteurs arabes du moyen âge appelaient du nom fort bien choisi 
de Ras-el-Ma, c'est-à-dire la t tête des eaux i. 

A la fin d'octobre (1), la crue cesse en amont du lac Dhebo. 
En fin fanvier, le Niger n'est plus qu'une rivière, à Koulikoro. C'est 
alors que les lacs jouent leur rôle distributeur. Ils dégorgent l'eau 
qu'ils ont absorbée en trop grande quantité et l'envoient dans la 
direction de Gao-Gao et de Say, où la crue atteint son maximum en 
janvier. 

Le lieutenant de vaisseau Hourst, bloqué à Say par les basses 
eaux, signala, dès le 18 juillet, une hausse du niveau du fleuve. Elle 
était due aux pluies de la région qui durent de juillet à novembre 
et donnent de l'eau au fleuve avant que celui-ci n'ait reçu l'apport 
venu d'amont. D'avril à mi- juillet, le Niger subit la période des 
basses eaux (2). 

(1) Aux environs de Koulikoro, le maximum d'élévation des eaux est atteint 
entre le 15 et le 30 septembre. 

(2) Le bief de Kouroa48a k Bammaho est navigable de mai à septembre (ce mois 
compris). 

La section KoulikoroMopti est navigable de juin à octobre. 
La section Mopti-Kabara, d'octobre à fin janvier. 
La section Kahara^AnsongOy d'octobre à février. 
La section Artêongo-Say de décembre à février. 



Digitized by 



Google 



— Trz — 

Donc, tandis que le Djoliba ne possède qu'une seule crue occi- 
dentale, la branche orientale du fleuve en a deux : l'une lui appar- 
tenant en propre et l'autre originaire de l'ouest ; 

2** Cours du ûeuve, — Le Xiger comprend plusieurs sections 
principales fort différentes les unes des autres : 

a) Des sources à Kourmissa (ou plus exactement Kardamana) 
(section non navigable). 

La source du Niger est à 940 mètres d'altitude, dans le massif 
du mont Daro (1,126 m.), qui fait partie du soulèvement de l'ar- 
rière-pays sierra-leonain et comprend les monts Bouti, Koukourou 
(760 m.), Birioua, etc., etc. 

De ce nœud, tout à la fois orographique et hydrographique, des- 
cendent le Fali-Kho et le Tembi-Kho, dont l'union forme le Niger, 
le Mafou et le Sankaran qui lui offrent l'apport de leurs eaux ; la 
Koka, affluent d^ la petite Scaicie, la Rokelle, le Bagoué et le Melli 
qui vont se jeter dans l'Océan. 

Torrentueux à ses sources, le Niger ne tarde pas à prendre \m 
cours plus régulier. Il s'embarrasse néanmoins des rapides de Bao- 
norama, de Soïa-Moreïa et de Bafara. La forêt tropicale couvre ses 
bords qu'enserrent des collines ; 

h) De Kouroussa à Bammàkoy la navigation ne rencontre plus 
d'obstacle important. 

Ses affluents de droite aux vallées d'ordinaire larges et à fond 
plat coulent dans les régions fertiles de la zone tropicale dont nous 
avons énuméré les productions multiples. Les principales de ces 
rivières sont le Sankaran, le Milo et le Sankarani. Les indigènes 
habitant les rives du Sankarani lavent les alluvions pour en extraire 
l'or en quantité minime. 

A Bammako, la falaise du plateau nigérien domine encore le 
fleuve de 126 à 130 mètres. En aval de ce village, les roches de 
Sotouba viennent obstruer le cours du fleuve ; 

e) De Koulikoro à Ansongo s'étend le second bief navigable du 
Niger. 

Koulikoro est le point d'attache d'une flottille. La falaise rive- 
raine s'y présente sous la forme de trois blocs de grès rose de 
80 mètres environ de hauteur. 

Les points importants sont ensuite : NyamTtia^ auprès laquelle 
s'élèvent les ruines de l'antique Niani-Madonga que l'on a voulu 



Digitized by 



Google 



— 223 — 

identifier sans raison sérieuse à la capitale du Mali, Segousihoro, 
Tancienne capitale des Bambaras Kouroubani, Sansanding, où la 
profondeur du fleuve augmente considérablement, ce qui explique 
Tancienne importance de cette localité. 

Le Beledougou qui s'étend sur la rive gauche du fleuve est un 
pays riche et bien peuplé, se livrant à la culture du riz, du mil, du 
maïs, des patates, des arachides, du piment, du coton indigène. 

Les habitants des rives du Niger sont, dans cette région, les 
Somonos, provenant de croisements entre Bambaras et Kamlaris 
(des environs de Bouna). 

Auprès de Diafarabé, le Niger se partage en plusieurs bras dont 
le principal est grossi à Mopti du Bani ou ilayel-Balevel. 

Le Bagoe et le Baoulé, qui concourent à la formation de ce der- 
nier, étalent leurs larges vallées dans des plaines couvertes de 
hautes herbes qu'ils inondent Thiver. Les indigènes utilisent fort 
peu ces cours d'eau comme moyens de transport, en raison de la 
difficulté de leurs abords souvent marécageux. 

Avec le Macina, les rives du fleuve ont changé d'aspect. Les 
berges se sont abaissées et la plaine s'étend au loin, steppe her- 
beuse nourrissant de nombreux troupeaux et souvent noyée sous 
les inondations. A la sortie du lac Dhebo, le Niger se partage à 
nouveau en trois bras principaux. L'un d'entre eux, le Kolikoli, est 
fort marécageux. Le second, le Baia Issa, se réunit au Kolikoli 
auprès de Saraféré, port d'attente de nombreuses pirogues transpor- 
tant le riz et le mil à Djenné, Segou, Kabara. Le bras le plus occi- 
dental, l'Issa Ber rejoint le précédent en amont d'El-Oualedji. 

Vers le nord s'étend la région des lacs dont le plus important 
est le Faguibine, mesurant plus de 100 kilomètres de longueur 
sur 20 de largeur. Il se prolonge au sud par le lac Tele. Celui-ci est 
dominé, sur sa rive droite, de collines s'élevant jusqu'à 120 mètres. 
Le marigot de Itibobo met en communication le lac Tele avec le 
Niger. Goundam est le principal centre de la région. Les deux lacs 
Daouna sont tributaires du Faguibine. Le Fati se relie étroitement 
au Niger et au lac Horo. 

Ttymhouctou est distant du fleuve d'une quinzaine de kilomètres. 
Au moment des hautes eaux, la crue atteint d'aboi d Koriumé, puis 
ensuite Kabara. 

Nous aurons l'occasion de reparler plus loin de l'antique cité 
islamique. 



Digitized by 



Google 



— 224 — 

Près de ses rives, le fleuve est embarrassé d'immenses touffes de 
bourgou. Il passe successivement à Rhergo, très ancien centre qui 
a eu, un moment, la prétention de remplacer Tombouctou en acca- 
parant son commerce, à Bemba et à Bô, restes de cités importantes. 

Les masses rocheuses de Babor et Chabor marquent le défilé 
de Tosaye. « C'est une faille rocheuse (1) dans laquelle le Niger 
s'écoule posément i entre de hautes falaises noires. Bientôt, les 
berges s'abaissent et deviennent verdoyantes. Le fleuve enserre les 
îles de BouTTOuTTi et des lignes de dunes marquent ses rîves. Le 
mont Tondibi possède une altitude d'une centaine de mètres. 

De l'antique Gaogao naguère capitale de l'empire songhay, il ne 
reste plus que des ruines de mosquée. 

A Ansongo cesse le fleuve calme qui, jusque-là, s'étalait sur une 
grande largeur atteignant par endroits de 8 à 12 kilomètres ; 

d) W Ansongo à Boubo s'étend une première zone de rapides que 
le capitaine Lenfant a nommés rapides du nord. 

Les premiers de ces rapides sont ceux de Fafa, Le fleuve ren- 
contre ensuite ceux de Labbezanga, dont l'importance semble avoir 
été fort exagérée. « Il y a partout des brèches capables de livrer 
passage à des embarcations de la taille de nos grands chalands 
énoncés (2). i 

Puis viennent les seuils de Firkou et de Dounzou, les rapides 
de Kendadi. En ce point, le plateau nigérien commence à dominer 
le fleuve : le mont Ouarba possède 200 mètres d'altitude. Le fleuve 
est boidé sur chaque rive par des roches granitiques et de grès 
rose, puis traverse les rapides de Tomré et de Tibi-Farca. 

Jusqu'à Zinder, la région est peu peuplée. A partir de ce point, 
au contraire, elle devient très peuplée et produit en abondance le 
riz, le mil, le coton, l'indigo, les gommes, les arachides, le manioc 
et les patates. De nombreux troupeaux paissent dans ses pâturages. 

Zinder est situé dans une île que les Touareg ne pouvaient 
atteindre dans leurs razzias, avant notre occupation du pays et le 
rétablissement de la sécurité. 

Sorbo'Aoussa est un centre très riche. 

Sur la rive gauche du fleuve habitent les Courtébés, provenant 



(1) Capitaine Lenfant. Le Niger, voie ouverte à notre empire africain. Tour 
du monde de 1903. 

(2) Capitaine Lenfant. 



Digitized by 



Google 



— 2âS — 

ct'un croisement entre Mandés et Sonraïs, analogue à celui qui a 
produit les Somonos ; mais tandis que chez ceux-ci le type bambara 
domine, le iype sonraï est plus prononcé chez les Courtébés. La 
rive droite est peuplée de Ouagohés, de Foulbés et de Sonraïs. 

La région fertile s'étend jusqu'en aval de Say. A partir de 
Bouba, le Niger s'apaise et s'élargit ; 

e) De Bouba à Yelloua, la navigation est assez facile, mais la 
vaUée est devenue inculte, les rives du fleuve sont bordées tantôt 
de roches, tantôt de marécages, à partir de Say, Cette localité ne 
possède plus que 2,500 habitants environ, appartenant aux races 
toucouleure, peulhe et sonraï. 

En amont de Yellagoué, le fleuve s'engage dans une étroite passe 
jonchée de dalles granitiques, puis bientôt décrit une suite de sinuo- 
sités dont l'ensemble présente la forme d'un W, Les rives du fleuve 
sr>nt alors dominées de collines s'élevant à pic à une hauteur moyenne 
de 30 à 40 mètres. 

Les seuils rocheux de Boumha et de Kompn présentent peu de 
difficultés. 

A Madékali cesse le territoire nigérien dévolu à la France. 

Ilo est un grand marché situé au point de croisement des routes 
menant au Dahomey, d'une part, et de l'autre au Sokoto et dans 
les Etats haoussas, dont le port est Guiris, Les rives sont peuplées 
de Haoussas, de Noupés et de Foulbés. Elles sont souvent maréca- 
geuses ; 

f) De Yelloua à Badjibo s'étend une seconde zone de rapides 
dont les principaux sont ceux de Saviaré, de Tsoulou et, en aval 
de Boussa, ceux de Lalo, de Garafin et de Ouourou, 

Boussa est une agglomération de vingt villages. Les piroguiers 
de la région sont les Kambaris, venus probablement du Kanem, il y 
a quelque deux ou trois cents ans. 

En face de Badjibo, sur la rive gauche du Doko et à 200 mètres 
du Niger, est située l'enclave d'Arenberg, cédée à bail à la France 
par l'Angleterre. 

En amont de Geba s'élève, en plein fleuve, le Djou-Djou, 
immense bloc de granité et de grès rose ; 

g) A partir de Badjibo, le fleuve redevient calme et s'étale lar- 
gement pendant 1,200 kilomètres jusqu'à son embouchure dans le 
golfe de Guinée. 

La région située entre Geba et Lokodja produit le karité, les 

PÉNéTRATlON FRANÇAISE 15 



Digitized by 



Google 



gommée et le cubèbe ; à mesure que l'on approcke vers le sud, la 
végétation devient plus fournie jusqu'au moment où elle prend le 
caractère dense de la forêt équatoriale. Les palmiers à huile pous- 
sent dans cette contrée jusque vers le 9° de latitude nord, mais 
abondent surtout entre le 6** et la mer. 

Si nous voulons résumer cet aperçu du cours du Niger, neuf 
voyons qu'il possède les biefs navigables suivants : 

P Bief de Kouroussa à Bammudco (navigable de mai à sep- 
tembre, ce dernier mois compris) ; 

2^ Bief de Koulikoro à Ansongo comprenant les sections de : 

a) Koulikoro à Mopti (navigable de juin à octobre) ; 

b) Mopti à Kahara (navigable d'octobre à fin janvier) ; 

c) Kahara à Ansongo (navigable d'octobre à février) ; 

3^ Le bief à^ Ansongo à Say ne présente pas de difficultés insur- 
montables. Il peut être parcouru par de grands chalands de 
décembre à février ; 

4® Les vapeurs peuvent remonter de la mer jusqu'à Badjibo (des 
vapeurs anglais sont venus jusqu'à ce point approvisionner le capi- 
taine Lenfant). 

Nous voyons donc que la seule partie du Niger vraiment très dif- 
ficile est celle qui s'étend entre Yelloua et Badjibo (rapides du sud 
de Boussa) (1). 



II. — Bassin du Sénégal. 

1° Régime du Aeuve, — La crue produite par les pluies tombées 
dans le bassin du Haut-Sénégal commence en juin. Elle s'étend de 
proche en proche jusqu'aux marigots et lacs du bas fleuve qui jouent 
un rôle assez analogue à celui des nappes aquatiques des environs 
de Tombouctou. L'inondation s'étend peu à peu sur les rives. Le 
maximum d'élévation des eaxtx n'est atteint à Saint-Louis qu'à la 
fin d'octobre. 

Durant l'hivernage (du l*' juillet à la fin de novembre), Kayes 
est le point extrême de la navigation. Les navires ne peuvent remon- 
ter que jusqu'à Podor en saison sèche ; 



(1) Le capitaine Lenfant a pu néanmoins la remonter et transporter un convoi 
de ravitaillement à Sorbo-Haoussa. 



Digitized by 



Google 



— 2*7 — 

2** Cours du Aeuve. — Le Sénégal est formé par la réunion du 
Bafing et du Bakhay (1), le premier descendant du Fouta-Djallon, 
au sud-ouest de Timbo, le second venant du nord du Bouré, qui 
s'effectue à Bafoulàbé, 

Le Bakhoy passe à une trentaine de kilomètres à Touest du 
centre important de Kita et arrose Badoumhé par oii passe le chemin 
de fer de jonction entre le bief navigable du Sénégal et le bief navi- 
gable du îsiger moyen. Il est grossi sur sa rive droite du Ba-Oulé 
au cours sinueux. 

Le Bafing arrose le centre de KendÀwian et passe près de celui 
de Koundian, 

En aval de Bafoulàbé^ le Sénégal franchit plusieurs rapides : 
chute de Gouvia, chutes du Felou. Au-dessous de Médine, on ren- 
contre les barrages de Kayes et des Kippéi qu'on a évités lors de 
la construction du chemin de fer en portant la tête de la ligne 
ferrée à Kayes même, en aval des barrages. 

Le principal affluent de gauche du Sénégal est la Falémé formée 
de la Kounda, du Duila-Kho et du Baling-Kho qui prennent leur 
source à Touest du Fouta-Djallon et au sud du 12° de latitude nord. 

Elle est navigable jusqu'à 140 kilomètres environ de son embou- 
chure et arrose le centre important de Sénoudébou. 

A partir de Bakel (2) (68 mètres d'altitude), les rives du Sénégal 
sont moins accidentées ; le fleuve coule généralement en plaine, la 
rive droite offre seule quelques mouvements de terrain. 

Avec Matam, les berges du fleuve deviennent plus escarpées ; 
son cours est assez sinueux et forme de grandes îles dont la princi- 
pale est celle dite des Bas-Fonds. 

Un peu avant Soldé, le Sénégal se divise en deux bras qui 
forment l'île à Morfil. Le bras du sud porte le nom de marigot de 
Doué, celui du nord franchit le barrage de Mafou et arrose Podor. 

En face de Dagana, se déversent dans le fleuve les eaux du lac 
Cayar par le marigot de Guédayo et le petit lac Yalana. Les rives 
s'affaissent progressivement et sont très boisées. 

A partir de Dagana commencent les cultures de mil. A Richard- 
Toll, la rivière de la Taouey déverse dans le Sénégal les eaux du 
marigot de Bounoun et du lac de Guier. 

(1) Bajlng veut dire rivière noire et Bakhoy, rivière blanche. 

(2) Entre Mafou et Bakel, la navigation remonte plusieurs points difficiles. 



Digitized by 



Google 



^i> 



A son embouchure^ le Sénégal forme un delta très étendu dont 
les principales branches sont : le marigot des MaringouiTis, prolon- 
geant le cours du fleuve dans le sens est-ouest, le marigot de Ûua- 
lolam, le Sénégal proprement dit, qui se dirige du nord-nord-ouest 
au sud-sud-est, et le marigot de Djoss, plus méridional. 

En tournant vers le sud, le Sénégal coule assez longtemps paral- 
lèlement à la côte, ne laissant vers l'ouest qu'une presqu'île large 
de quelques centaines de mètres qui porte le nom de t langue de 
Barbarie ». A l'extrémité méridionale de celle-ci est située la barre 
que Ton doit franchir pour entrer dans le fleuve, sorte de boiirrelet 
de terrain sous-marin produit par le mouvement alternatif des eaux 
du Sénégal et des vagues de la mer. 

La ville de Saint-Louis est bâtie sur une île placée au milieu du 
fleuve, en arrière de la langue de Barbarie. 

III. — Fleuves côtiers se déversant dans Vocéan Atlantique, 

Le Saloum est navigable jusqu'à Kaolakh, 

La Gambie offre une excellente voie de pénétration vers l'inté- 
rieur ; par malheur, la plus grande partie de son cours est en terri- 
toire anglai?. 

La Casamancc prend sa source vers le 16" de longitude ouest et 
arrose Sedhiou, Zighinchor et Carabane, Elle est navigable jusqu'à 
Mandina, en amont de Sedhiou, et son affluent, le Sangrogou, jusqu'à 
Bona, à une cinquantaine de kilomètres de son confluent. 

La région comprise entre la Guinée portugaise et le Sierra-Leone 
britannique est arrosée par un grand nombre de rivières dont les 
principales sont : le Compony^ le Nunez que les grands navires peu- 
vent remonter jusqu'à Victoria situé à une soixantaine de kilomètres 
de son embouchure, et qui passe à Bohé ; le rio Pongo, vaste embou- 
chure (avec Boffa) où viennent se déverser les eaux de la Fatalla ; 
le Konkoré qui prend sa source dans le Fouta-Djallon, à 717 mètres 
d'altitude et reçoit le Gamiguery et le KaJcrima ; la DubréJca à 
l'embouchure de laquelle est située la localité du même nom ; enfin, 
la Mellacorée qui passe à Benty et est navigable jusqu'à ce point 

IV. — Fleuves de la Côte d'Ivoire. 

V Le cours du Cavally n'est connu d'une manière complète 
que jusqu'à Gléoulo, un peu en amont du confluent du Dotjaoé. Il 






Digitized by 



Google 



— 229 — 

est formé par la réunion de cette rivière et du Goubou qui décrit 
une courbe très prononcée vers l'ouest, cette courbe ayant son 
sommet aux environs du 7** de latitude nord. Le cours du Cavally 
est coupé de plusieurs rapides dont le principal est celui de Baïro. 
Le Youhou prend sa source dans le massif montagneux Nimba- 
Drouplé et le Dotcobé vers le mont Bô signalé par les indigènes au 
capitaine d'OUone ; 

2^ Le San Pedro prend sa source dans les monts Nienokoué 
(800 m.) et Qao. Son cours a plus de 100 kilomètres ; 

3" La Sassandka a été reconnue par MM. Arago, Pobéguin et 
Thomann et dans sa partie supérieure par Marchand. 

Elle est formée par la jonction du Tien-Ba et du Sien qui pren- 
nent leur source vers 9°30* de latitude nord. Ses affluents princi- 
paux sont, à gauche, la Feredogouba et le Gouan ou Baûng, puis, 
plus au sud, le Zô reconnu par Woelffel. Au-dessous du confluent 
de cette rivière, les rapides abondent. Ce sont d'abord ceux de 
Baâlat/y puis les chutes de Nahoua où le fleuve doit franchir des 
blocs énormes de granité, les rapides de Soubré, de Bidaga^ de Bou- 
toubréy de Bide, de Sougou, de Zaébré, de KeJcero, de Brandé et de 
Doulé. Cette voie de pénétration n'est donc que difficilement prati- 
cable et cela seulement aux pirogues indigènes. 

En amont de Boutoubré, les rapides deviennent très mauvais. 
Un poste a été installé à Boutoubré par M. l'administrateur Tho- 
mann. Sassandra est bâti à l'embouchure du fleuve ; 

4" Le Daguiré qui a son embouchure près de Freno est encore 
fort peu connu ; 

5® Le Bandaha est formé par la réunion du Bandama-Rouge, du 
Bandama- Blanc et du N'zi. 

Le Bandama-Rouge prend sa source un peu au nord du 9® de 
latitude boréale. Il est lui-même le produit de deux cours d'eau : 
le Marahoué et le Yani. 

M. Eysséric a reconnu le Bandama-Rouge et prouvé son défaut 
de navigabilité. Près de Zoukrou, en particulier, le fleuve est embar- 
rassé d'un véritable chaos d'écueils granitiques. 

Le Bandama-Rouge a été reconnu par le capitaine Marchand. Il 
prend sa source un peu au sud du 10** de latitude noid dans le Fol- 
loua, et traverse le Tagara, le Gounisoro, le Kouradougou et la 
région aurifère de Kami. Il est lui-même grossi du Bêlé qui descend 
des environs de SaJcala. TJn peu au-dessous du 7° de latitude nord, 




^^>>5QlBUOTHÈÇ)U 

F 

Digitized by VriOOl^C 



— 280 — 

le Bandama entre dans la forêt dense qui s'étend au loin sur sa rive 
droite et borde seulement sa rive gauche d'une bande boisée, peu 
épaisse, à la lisière de laquelle se trouve le centre d'extraction auri- 
fère de Kokomho. 

Vers le G** de latitude nord, le Nzi vient lui offrir l'apport de ses 
eaux. Cette rivière borde la lisière occidentale du Djimini et du 
Diamala, puis décrit une courbe assez prononcée vers l'est. Il est 
grossi de la Poulara. 

Le fleuve inférieur Bandama arrose Tiassalé oti a été établi un 
poste ; puis, entre Ahoua et Bouroubourou, se parsème de rapides 
qui interrompent vers ce dernier point sa navigabilité. 

Grand'Lahou est construit à l'emboucliure du Bandama ; 
6** La rivière Agueby arrose à ses sources une contrée aurifère, 
traverse l'A gui et l'Ebrié et vient se jeter dans la lagune auprès de 
Dabou ; 

7** La rivière MÉ arrose la région de Bouapé et VAttié occidental; 
8** Le CoMOE est le fleuve côtier de nos possessions qui pénètre 
le plus avant vers le nord. 

Il descend en effet des environs du mont Mina, dans le Kene- 
dougou. Grossi sur sa rive droite du Léraba, il traverse une région 
assez accidentée dont le principal soulèvement est celui des Xomonos 
(1,450 m.), que borde à Test le Dokhozie-Kho, un autre de ses tri- 
butaires. 

Le Comoe passe ensuite au centre important de Mango (ou Grou- 
mania), grand marché de kolas de la région et contourne l'Anno. 

Dans son cours inférieur, il arrose Attahrou et Bettié, puis Petit- 
Alepé, hnpérié et Grand-Bassam, 

Le Comoe traverse de nombreux rapides dont les principaux 
spnt : entre AJchiékrou et Ebohoué, entre Assémoane et Daron, à 
Kabrankou, à AmanguaJcourou, entre Koummokourou et Ahmikou- 
rou, à Dabiaba^sou, à Bouadikadjoukrou, à Amenva, entre Tonia et 
Malamalasso, après Cottokrou. 

Le Comoe n'est navigable pour les vapeurs (d'un faible tirant 
d'eau) que jusqu'à Petit- Alépé. Au delà, les indigènes le remontent, 
pendant environ 200 kilomètres, en pirogues ; 

9° La rivière Bia n'appartient à nos possessions que par son cours 

inférieur. Elle arrose Krinjabo et vient se jeter dans la lagune Aby ; 

10° La Haute-Volta noire coule en territoire français. Elle est 



Digitized by 



Google 



— 231 — 

formée de deux rivières, le Baniûng et le Baoulé qui prennent leur 
source à Touest du soulèvement de Bobo-Dioulasso, 

De Sanlarany à rembouchure du Bougouri Ba^ la Volta noire 
est navigable et elle est employée par une flottille (créée en 1898) 
pour ravitailler nos postes de Bobo-Dioulasso^ BoroTnOy Diebougou, 
Lokhosso, Léo, etc., etc. 

La Haute-Volta blanche pénètre jusqu'au 14** de latitude nord. 
Elle est grossie du Kougouri et du Kassimi sur sa rive droite, du 
Nouahou sur sa rive gauche. 

Enfin YOti prend sa source dans le Gourma qu'arrosent ses deus 
bras, la Yanga et le Yerboué. 



V. — Fleuves du Dahomey, 

V Le Mono forme frontière entre le Dahomey et le Togo alle- 
mand. Il est navigable jusqu'au barrage de Togodou, à 80 kilo- 
mètres dans l'intérieur ; 

2® Le KoxTFFO ou Ao est navigable jusqu'à Sorti à environ 40 kilo- 
mètres de l'embouchure de la rivière ; 

3® L'OrrÉMÉ est le grand fleuve du Dahomey. Il prend sa source 
vers le 10** de latitude nord, sépare le Djougou du Borgouy arrose 
Camotville. Sur sa rive gauche, il est grossi de VOcpara qui, pen- 
dant une partie de son cours, sert de frontière entre le Dahomey et 
les territoires du Niger anglais et sur sa rive droite du Zou. Un peu 
en aval de Dogba, l'Ouémé se sépare en deux bras qui, tous les 
deux, vont se jeter dans la lagune. 



Digitized by 



Google 



CHAPITRE VIII 



AP£RÇn £CONOMIQllK 



I. — Productions naturelles. 

Flore, — Dans l'étude climatologique de TAfrique occidentale 
française, nous avons partagé celle-ci en trois régions naturelles 
différentes : la première prolongement du Sahara, la seconde consti- 
tuant à proprement i)arler la steppe soudanaise, la troisième carac- 
térisée par la forêt équatoriale. 

En étudiant de plus près la flore de nos possessions, nous sommes 
amenés à distinguer, en outre, des zones intermédiaires. 

C'est ainsi que nous rencontrons successivement : 

V La région saharienne proprement dite ne possédant que la 
flore désertique ; 

2** La zone sahelienne s'étendant sur la rive droite du Sénégal et 
entre le Niger et ce fleuve, au-dessus du 14**, qui fournit de la 
gomme en très grande quantité et peut nourrir quelques troupeaux; 

S*' La vallée du Niger est comme une immense oasis au milieu 
du désert. La région lac Dhebo-Tombouctou, fertilisée par les inon- 
dations, a souvent reçu le nom de t Nil français b. Elle produit le 
blé et le riz en abondance et est appelée à devenir le grenier de 
toute la partie septentrionale de la boucle du Niger. En outre, ses 
pâturages nourrissent de nombreux troupeaux. Les crues du Bani 
donnent la même fertilité aux environs de Dienné. 

La zone de terrain qui s'étend sur les rives du fleuve entre 
Zinder et Say est une seconde exception aux portes du désert. Le 
riz, le coton, le mil, les arachides, l'indigo y poussent admirable- 
ment ; 



Digitized by 



Google 



— 233 — 

4** Entre la région du sable et la steppe soudanienne existe une 
zone de transition caractérisée par d'abondants pâturages. Elle com- 
prend le Bourgou couvert de verdure toute Tannée, le Macina, le 
Tatenga élevant des chevaux, des bœufs et des moutons, le Dafina, 
le nord du Mossi renommé pour ses ânes et, plus à Test, le Gourma. 
Le blé et Torge peuvent être cultivés dans ces pays ; 

6** La région soudanienne proprement dite est limitée au nord 
par le 13** et au sud par une ligne sensiblement parallèle à la côte, 
passant par Kouroussa, Bissandougou, Odienné, Mango et par le 8** 
de latitude boréale à Touest de ce point. 

C'est la steppe immense, çà et là parsemée d'arbres et de cul- 
tures. Celles-ci deviennent de plus en plus riches à mesure que Ton 
avance vers le sud. Les plateaux produisent du mil et du sorgho et, 
les fonds plus humides, le riz et le maïs. 

Le karité ou arbre à beurre pousse entre les 13** et 9** (1). On le 
rencontre dès le sud du Beledougou et les environs de Kita. Au 
Dahomey, son habitat commence au nord du 8**. 

Le coton (2) se trouve presque partout : dans la région de Say, 
dans le Mossi, aux environs de Kong, dans le Djiminî, à Bouna, 
sur la moyenne Gambie et, plus au nord, autour de Kita et dans le 
Beledougou. Le coton soudanais a les soies courtes, ce qui en 
diminue le prix marchand, mais il serait très probablement amé- 
liorable (3). 



(1) « Le karité est très répandu dans le Segou. Les moyens employés pour en 
extraire la graisse sont des plus primitifs. Débarrassées de leur pulpe, les noix 
sont mises dans une fosse de 2 mètres de profondeur environ sur 0",80 de diamètixî. 
Elles restent ainsi pendant un ou deux mois, puis elles sont grillées, passées, 
pilées et bouillies. Les indigènes mangent la pulpe qui a un goût assez agréable. 
— Nous pensons que le chiffre des arbres du cercle est supérieur à 60,000. {San- 
sanding en possède environ 2,000.) — La récolte commence vers la fin du mois de 
juin. Les prix sont les suivants : noix de 6 à 10 francs les 100 kilogrammes. — 
Bourre : de fr. 25 à fr. 35 le kilogramme. » — (Rapport du capitaine Lambert, 
commandant le cercle do Segou, au lieutenant gouverneur sur le karité, 1899). 

(2) Un groupe vient de se former à Paris sous le nom « d'Association coton- 
nière coloniale pour développer la culture du colon dans les colonies françaises ». 
Le développement de cette culture parerait au trust américain. 

(3) « Le coton se cultive beaucoup dans le cercle de Segou; le spécialiste chargé 
au Soudan de cette question a déclaré que sa soie était fine et nerveuse et qu'en 
général elle avait de 27 à 28 millimètres de largeur. Mais l'indigène le cultive sou- 
vent sans grande précaution, le laisse exposé trop longtemps au soleil après Téclo- 
sion du cocon, ce qui le change en amadou et dessèche les graines qui se brisent 
au moindre toucher. » (Rapport commercial et politique du cercle de Segou en 1899.) 



Digitized by 



Google 



— 234 — 

Les gommiers s'étendent à Tétat isolé jusqu'au 0^6' de latitude 
nord (1). 

Le tabac vient bien au-dessus du 8°30' de latitude boréale. 

La culture des arachides et de Vindigotier est fort répandue. 

Uigname apparaît dès le sud du IP et les céréales peuvent être 
cultivées jusqu'au 9°. 

6** Au-dessous de la zone soudanienne proprement dite, on ren- 
contre une région intermédiaire entre la steppe et la forêt dense. 
Elle s'étend sur les rivières du sud et le Fouta-Djallon et au sud de 
la ligne. Kouroussa, Odienné, Manga. Elle est caractérisée par la 
présence de nombreuses lianes à caoutchouc et par une exubérance 
plus grande de la végétation. 

Les rivières du sud et le Fouta-Djallon produisent, en outre, 
des baobabs, caïlcédrats, fromagers et légumineuses gigantesques, 
des arachides, du riz dans les régions basses. Le rio Pongo et la 
Haute-Fatallah donnent du café, le rio Nunez de l'indigo, la Mella- 
corée et la Dubréka de la gomme copale. Les premières pentes du 
Fouta-Djallon portent des arbres fruitiers méditerranéens tels que 
figuiers, orangers et citronniers. Ses plateaux possèdent de nom- 
breux pâturages qui nourrissent les troupeaux foulbé. 

Les pays voisins de la forêt dense, le Mahou (2), par exemple, 
cultivent l'igname, le riz, le coton et les arachides ; 

7° La forêt équatoriale est caractérisée par la présence du pal- 
mier à huile, qui ne dépasse guère ses limites. 

Dans la partie occidentale de la Côte d'Ivoire, sa culture s'étend 
sur plus de 300 kilomètres de largeur, tandis que dans le bassin du 
Bandama il n'existe qu'entre la côte et le 6° de latitude boréale et 
dans le Dahomey, au sud du 7**. 

Le kolatier est surtout abondant au nord du 6^*30' de latitude et 
couvre une zone sensiblement parallèle à la lisière de la forêt dençe. 

Le cocotier vient facilement aux environs de la côte; dans le 
Dahomey, son habitat est limité à une cinquantaine de kilomètres 
de celle-ci. 

Le palmier à vin existe dans tout le bassin de la Sassandra et 
le bananier presque partout. 

Jj indigotier et le cotonnier poussent à l'état sauvage ou cultivée 

(!) On on rencontre à cette latitade à Beria, dans le Haut-Dahomey. (Mission 
Toutée.) 

(2) Mission Blondiaux. 



Digitized by 



Google 



Enfin, M. Thomann a signalé la présence d'une énorme quantité 
d'arbres et de lianes donnant du caoutchouc et d^essences précieuses 
du genre acajou. 

Autour des villages, on cultive du riz de inontagne, du Tnanioc, 
de rares ignames, du maïs, des haricots et un tabac assez agréable (1). 

Richesses minérales. — La principale richesse minérale de 
l'Afrique occidentale française est le fer que Ton trouve presque 
partout. 

Jj or existe soit en poudre dans les alluvions déposées par les 
cours d'eau, soit dans des filons quartzifères ; 

1. Sur les rives de la Hauie-Falémé (Bambouk-Sekolo-Mouralia- 
Gatera) (2) ; 

2. Les rivières du Fouta-Djallon roulent de l'or en petite quan- 
tité ; 

3. Dans le cercle de Siguiri, le Bouré et, à l'est, la région rive- 
raine du Sankarani (Silouba-Sekou) ; 

4. Dans la vallée du Bandama- Rouge, gisements de l<ami et de 
koTioumho ; 

6. Dans le Lohi, sur la rive droite de la Haute-Volta noire ; 

6. Dans le BondouJiou (Sapia-Zaranou), rivière Megan, sur la 
Comoe entre Alépé et Malomolosso. Dans VAttié, 

Ij or n'a pas encore été trouvé au Dahomey. Le salpêtre est 
assez rare et le carbonate de chaux presque introuvable. 

Industrie. — La principale industrie est le tissage. Les étoffes 
obtenues n'ont, en général, qu'une très faible largeur (de 15 à 
20 centimèti-es). 

Les principaux centres de production sont : Kong, Dienné, Bon- 
douJcou, Segou, le Fouta sénégalais. 

Le fer est exploité sur un grand nombre de points, en particulier 
à Bobo'Dioulasso, aux environs de Kita. Les Sarakollés du Fouta- 
Djallon ont une grande réputation d'habiles forgerons. 

L'industrie du cuir est, en général, assez développée (chez- les 
Maures, dans le Mossi, chez les Soussous, à Dienné). 

(1) Mission Hastains-d'Ollone. 

(2) Dans le Bondou et le Bambouk, les principaux centres aurifères sont : le 
Kamanau (dans les sables de la Falemé), le Tambaoura (pépites de 2, 3 grammes 
et plus), le Niagalla^ le Maeamano, le Sinikana. L'argent se trouve mêlé à Tor 
en quantité très faible. 



Digitized by 



Google 



Le lavage de l'or est, en général, pratiqué d'une façon fort rudi- 
mentaire. Les indigènes exploitent fort peu les filons contenus dans 
le quartz. 

Commerce intérieur de VAfriq^ie occidentale française, 

V Dans la boucle du Niger existe un grand courant commercial 
qui s'efEectue du nord au sud et réciproquement. 

Le désert, la région sahelienne et les pays de pâturage du nord 
envoient, vers le sud, du sel, de la gomme et des chevaux qui sont 
échangés dans les pays voisins de la forêt équatoriale contre des 
noix de kola et des bananes. En outre, ï)endant leur voyage entre 
ces deux zones commerciales, les caravanes se chargent de beurre 
de karité, d'étofEes fabriquées à Kong, etc., etc. 

Les grands marchés du nord. — Les grands marchés du nord 
sont : Bammako, Segou, Dienné et Tombouctou. 

D'après le Tarikh-es-Soudan, Dienné c a été fondée par les 
païens au milieu du ii* siècle de Thégire du Prophète ; les habitants 
ne se convertirent à Tislamisme que vers la fin du vi* siècle de 
rhégire » (vers Tan 1200 de Tère chrétienne) et son auteur ajoute : 
c Cette ville est un des grands marchés du monde musulman. Là se 
rencontrent les marchands de sel provenant de Teghazza (1) et ceux 
qui apportent Tor des mines de Bitou. » c Pour moi, disait naguère 
le colonel Archinard, c'est la ville la plus riche et la plus commer- 
çante que j'aie vue au Soudan. » 

Dienné compte environ 8,000 âmes. Les tisserands y sont nom- 
breux et fabriquent des bandes de toile, des pagnes où domine la 
nuance bkue et des couvertures de couleur chaudron. La peau de 
mouton tannée sert à faire des bottes, babouches, fourreaux de 
sabre, selles, etc., etc. 

Dienné se livre, par voie dVau, à un commerce très important 
avec Tombouctou, par l'intermédiaire de laquelle elle reçoit le sel 
et la gomme. En outre de ces deux derniers produits, elle exporte 
vers le sud du mil, du riz, des étoffes, du bétail et reçoit en échange 
le beurre de karité de la région soudanaise, les étoffes de Kong, les 
kolas, les instruments en cuivre du Mossi et les bijour fabriqués 

(1) Mines de sel de Teghassu^ près de Taodine, 

Le Bitou correspond sans doute au Bondoukou actuel. 



Digitized by 



Google 



— 237 — 

dans ce pays. (Un million de francs environ de mouyement com- 
mercial annuel.) 

Tomhouctou est bâtie sur un promontoire de la falaise saha- 
rienne, à 245 mètres d'altitude. Nous avons déjà eu l'occasion de 
parler de sa fondation par les Touareg Maghcharen à la fin du 
V* siècle de l'hégire. EUe ne tarda point à remplacer l'ancien centre 
commercial de Biro (Oualâta actuel), c Ce fut à la fin du ix* siècle 
que la prospérité de la ville prit définitivement son essor b (1) 
(vers 1500). 

Tomboùctou est, aux basses eaux, à environ 15 kilomètres du 
Niger. De novembre à février, les pirogues peuvent venir accoster à 
Kabara (à 9 kilomètres de la ville), c Tous les sept ans à x)eu 
près (2), la crue monte jusqu'aux murs de la ville, par les vestiges 
d'anciens canaux artificiels, aujourd'hui comblés. » 

De la ville sainte qui c jamais n'a été souillée par le culte des 
idoles » (3), est partie naguère la conquête musulmane. Tombée 
successivement, comme nous l'avons vu, au pouvoir du Mali, du 
Sonraï et des pachas marocains, elle a commencé à entrer en déca- 
dence vers le milieu du xviii* siècle, en raison des déprédations 
touareg. 

C'est une cité cosmopolite. Le Tarikh-es-Soudan nous parle déjà 
des gens du Tafilet et du Touât qui y habitaient en grand nombre 
et de la mosquée des Ghadamésiens. Touareg, Foulbé, Arabes, 
Maures, Marocains, Sonraïs, gens du Macina et du Mossi, Mandé- 
Dioula se pressent sur son marché. 

On trouve sur celui-ci les articles importés d'Europe, le sel de 
Taodeni, la gomme des pays maures, les produits locaux : grains, 
bestiaux et étoffes, les denrées soudaniennes (4). Le chiffre de son 
mouvement commercial est évalué à 1,500,000 francs. 

Segou est l'ancienne capitale du royaume bambara du Kourou- 
bari (xviii* siècle) (5). C'est plutôt une agglomération de plusieurs 
centres (Segou-Koro, ou vieux Segou ; Segou-Koura, ou Segou 
neuf, Segou-Bougou et Segou-Sikoro), qu'une ville dans la véritable 
acception du mot. Elle offre une grande importance commerciale 

(1) Tarikheê'Soudan d'Es-Sàdi. 

(2) Capitaine Lenfant. 

(3) Tarikh-es-Soudan, 

(4) La population de Tomboùctou ne selève guère acluellement au delà de 
6,000 âmes. 

(5) Puis d'Ahmadou fils d'El Hadj-Omar, fondateur de l'empire toucouleur. 



Digitized by 



Google 



— 238 — 

(un million de francs de mouvement commercial annuel). C'est un 
entrepôt de sel venu surtout de Tichit, car la ban^ de sel de Tao- 
deni, qui coûte de 12 à 18 francs à Tombouctou, en vaut environ 
35 à Segou. 

Le sel de Taodeni ne descend donc le Niger guère plus loin que 
Dienné. 

Les tisserands sonninkés de Segou fabriquent différentes étoffes 
de cotonnade et des dampés, sortes de tapis ornés de dessins formée 
par le tissage même (1). 

Des ouvriers en cuir préparent les i)eaux, les tannent et les trans- 
forment en équipements et harnais. 

On fabrique également beaucoup de vannerie. Les centres com- 
merciaux du sud sont surtout des marchés à kolas. Les missions 
Wœlffel, Blondiaux et Eysséric ont permis de déterminer Texis- 
tenoe d'un double alignement de marchés à kolas entre les 11** et 8* 
de longitude ouest. 

La PREMiÈBE ZONE Commerciale occupe les environs du 9** de 
latitude boréale. Ses principaux centres sont : Beyla (poste fran- 
çais), Koro, Toté, Kani et Sakala, le plus important de tous. La 
population y est composée en grande partie, tantôt de Malinkés, 
tantôt de Bambaras. Ils reçoivent les kolas et l'huile de palme des 
villages de la seconde zone situés à la lisière méridionale de la 
forêt ou dans la forêt même, tels que Gouake, Lola, N'zo, Gueasa, 
Lautin, Gangouali, Touna, Seguela, Massala et Danhatogo (ces 
deux derniers près du Bandama-Rouge). Le trafic des localités de 
la première zone est de beaucoup le plus considérable. Ce double 
alignement peut s'expliquer par la sauvagerie et l'humeur méfiante 
des gens de la forêt qui craignent le contact immédiat et continu 
des Bambaras et Malinkés (2). 

Les kolas sont échangés contre des étoffes, de la poudre, du sel, 
de la verroterie, etc., etc. 

Plus à l'est, YAnno et le Bondoukou sont les deux grands centres 
d'exportation des noix de kola et des bananes. Mango, capitale de 

(J) «< Les colonnades dites de Se^ou sont la base du commerce et de la richesse 
du cercle, les tissus prennent un grand prix en s'éloignant du cercle. C'est ainsi 
qu'à Siguiri elles valent de 15 à 20 francs, tandis qu'à Tombouctou^ elles attei- 
gnent jusqu'à 30 et 35 francs. » (Rapport commercial agricole du chef de cercle de 
Segou, 1899.) 

(2) Néanmoins plusieurs villages de la lisière de la forêt ont accepté des chefs 
mandés. — L'élément mandé est un élément dévastateur de forêts. 



Digitized by 



Google 



— Î39 — 

rAnno, possède quelques tisserands. Elle reçoit les étoffes de Kong, 
le sel venu de Djenné, le beurre de Ce, la ferronnerie, etc., etc. 

Bondoukouy Tantique Bitou, paraît être de fondation antérieure 
à 1042. C'est un centre de commerce et un nœud de communication 
de premier ordre, en relation, d'une part, avec TAchanti et Grand- 
Bassam qui lui fournissent les articles d'Europe et de l'autre avec 
Kong et le Soudan central. Le pays produit quelques étoffes tissées 
avec du coton venu de Boima. Bondoukou échange ses kolas contre 
du sel et des étoffes de Kong. 

Citons enfin le grand marché de Salaga situé plus à l'est, en 
territoire anglais. 

Voies coTnviercicdes réunissant les marchés du nord et ceux du sud. 

V Route Toiïibouctou'HoTnhori'Dori, — Le sel transporté en 
pirogues de Kabara à Saraféré, port fluvial du Bara-Issa, est porté 
par les caravanes jusqu'à Hombori et Dori ; 

2° Route Vienne (ou Bandiagara), Ouaghadougou, Salaga, — 
Les caravanes venues de Dienné apportent à Ouaghadougou du 
sel, des étoffes, des chevaux du Macina et du Yatenga, qu'elles y 
échangent contre des ustensiles de cuivre, des bijoux fabriqués dans 
le Mossi, du beurre de Ce, des ânes élevés dans la région en grande 
quantité. 

Le Mossi reçoit des noix de kola de Salaga, par le Mampoursi 
et le Dagomba ; 

3® Route Dienné, Boho-DiolassoUy Kong et Mango (ou Bondou- 
kou). — Cette route est parcourue par les Mandé-Dioulas de Kong. 

D'après la tradition locale, Kong aurait été fondée à la même 
époque que Djenné. Les auteurs arabes ne parlent pourtant point 
de cette ville dans leurs ouvrages. 

Quoi qu'il en soit, les Mandés-Dioulas s'infiltrèrent i)eu à peu 
dans la région et, lorsqu'ils furent en assez grand nombre, substi- 
tuèrent leur pouvoir à celui des autochtones. Sekou Ouattara accom- 
plit ce coup de main vers 1790. 

En 1888, Binger estimait la population de Kong à 15,000 âmes. 
Aujourd'hui, les ravages exercés par Samory jusqu'en 1898 ont à 
demi ruiné la ville. Il faut espérer que, grâce au rétablissement de 
la paix et aux qualités éminemment commerciales de ses habitants, 



Digitized by 



Google 



— 240 — 

elle ne tardera pas à se relever et à reprendre son ancienne place 
de grand marché soudanais. 

Kong fabrique des tissus de coton de couleur rouge et blanche. 
Les indigènes ne savent pas teindre le coton, ils en sont donc 
réduits à acheter à Bondoukou le fil de coton rouge qu'ils entre- 
mêlent au fil blanc. Les femmes font de la vannerie. 

Les Dioulas se rendent à Bondoukou et Groumania (Mango) et 
échangent le sel et les étoffes venus de Dienné, les tissus de Kong, 
la ferronnerie de Bobo-Diolassou contre des kolas blancs de l'Anno 
ou des kolas rouges originaires de TAchanti et des étoffes grossières 
fabriquées à Mango. A Dienné, ils portent diflerents tissus venant 
de Kong ou de Salaga, des noix de kola, du piment rouge et du 
poivre. Sur leur route, ils se livrent à quelques échanges avec les 
gens de Bobo-Diolassou, fort habiles forgerons. 

Les relations de Kong avec le Mossi sont ihoins suivies. 

Le sel qui circule sur la route Dienné-Kong provient exclusive- 
ment de Taodeni ; 

4® Route Segou-Sikasso-Tengrâla-Sakhald, — Sihasso, capitale 
du Kenedougou, est admirablement située, au point de vue commer- 
cial, à la tête de vallées qui vont rayonner dans tous les sens. L'in- 
dustrie du fer y est très développée. Son mouvement commercial 
annuel est évalué à près d'un million de francs. 

Tengrela était autrefois un des centres les plus riches du Fol- 
lona. Sa prise de possession en 1885, par Samory, l'a conduite à la 
ruine. 

Les commerçants du nord viennent vendre dans le Kenedougou 
des chevaux, du bétail, du sel (d'Idjil). A Sakhala et dans les mar- 
chés environnants, ils échangent le sel, les étoffes, etc., etc., contre 
les kolas et les bananes provenant de la forêt dense, qu'ils rapportent 
à Segou avec du beurre de Ce acheté sur leur route ; 

5** Route BammaJcO'Tenetou-OuassouloU'Kani. — Cette route esl 
analogue et parallèle à la précédente. Les objets d'échange sont 
identiques (étoffes, sel d'Idjil, bétail contre kolas, bananes, ara- 
chides, beurre de Ce (1) ; 

(1) « Baniniako so développe de jour en jour. La roule de ravilaillomcnl yacon 
sidérablemcnt aidé. Bammako est également un des points importants du pas- 
sage du sel. — De là les Dioulas se répandent dans la partie de la boucle qui se 



Digitized by 



Google 



— 241 — 

6** Ttoute de Kita-Bissandougou-Beyla, — Kita est un nœud de 
routes fort important, étape nécessaire entre le Haut-Sénégal et le 
Niger-Moyen ; entre le Kaarta et le Haut-Niger. Dans la ville et 
ses environs, on fabrique des étoffes, partie en coton blanc du pays, 
partie en coton de couleur d'origine européenne. Les bandes ainsi 
obtenues n'ont que de 10 à 15 centimètres de largeur. A cette indus- 
trie s'ajoutent celles des cuirs, de la teinture des étoffes surtout en 
bleu). Le fer est assez habilement travaillé à Kita. 

Siguiri, sur le Niger, est devenu un centre important d'achat 
de caoutchouc. 

Kankan, qui se trouve sur la même route commerciale, était 
autrefois un marché très fréquenté (karité, gutta-percha, ara- 
chides, etc., etc.). 

Le commerce est fait par les Malinkés qui se répandent jusqu'à 
la lisière de la forêt dense. A Beyla, ils s'approvisionnent de kola 
et de bananes en échange du sel d'Idjil et des produits du nord et 
du centre ; 

7** Dans l'est de la boucle du Niger, il existe enfin une route 
commerciale de direction est-ouest. Elle a pour point de départ 
Kano, centre économique très important du Soudan anglais, passe 
par le Sokoto, franchit le Niger à llo et se dirige vers le Borgou, 
le Djougou et Salaga, Les Haoussas qui la fréquentent apportent 
de Kano des étoffes mesurant jusqu'à 60 centimètres de largeur de 
fabrication locale ou d'origine anglaise, des selles et autres objets 
en cuir, du sel provenant de Bilma (venu par l'Aïr et Zinder). Ils 
jouent un rôle assez analogue à celui des Mandé-Dioula sur la route 
Kong-Dienné. En échange, ils rapportent des noix de kola, du 
karité, etc., etc. 



II. — Voie du Sénégal. 

Par la voie du Sénégal remontent les produits d'Europe, étoffes, 
ustensiles de tous genres, verroterie, etc., etc., qui sont échangés 

trouve comprise au sud, dans un triangle dont un côté serait le Niger et un autre 
côté une ligne passant par Sikasso. » (E. Baillaud. — Sur les routes du Sou- 
dan). A Bammako, le mouvement commercial atteint annuellement 500,000 francs. 

PÉNÉTRATION I-RANÇAISE 16 



Digitized by 



Google 



— 242 — 

contre la gomme de la région sahélienne, les arachides, du 
bétail, etc, etc. (1). 

Le Saloum et la Casamance se livrent au même trafic. 

III. — Voie des rivières du sud. 

Des rivières du sud partent plusieurs routes vers le Fouta^Djal- 
lon. On peut exporter principalement de ce pays le caoutchouc, 
YindigOy les fruits qui y poussent en grande quantité, les arachides, 
la gomme dite t copale b, le bétail élevé sur les plateaux par les 
Foulbé, 

ly. — Voies de la Côte-d' Ivoire. 

De ce côté, la forêt vierge interpose une barrière difficilement 
pénétrable. Les principales routes sont celles qui suivent le cours 
des fleuves, moitié par eau, moitié par terre. 

Celle du Bandama présente le grand avantage de traverser la 
forêt dense dans sa partie la plus étroite. Elle aboutit au iiaoulé, 
pays belliqueux et difficile à assimiler. Le capitaine Marchand, 
revenant de Kong, ramena avec lui plusieurs centaines de Dioulas, 
leur montrant ainsi la route à suivre, pour venir chercher à Grand- 
Lahou les articles européens (étoffes, sel, ustensiles, etc., etc.). Par 
malheur, la prise de Kong et du Djimini par Samory vint entraver 
ces généreux efforts. Il n'est point douteux qu'avec la sécurité, les 
relations seront reprises. 

Le CoMOE pénètre très avant dans le Soudan ; malheureusement, 
sa navigation est difficile en raison des nombreux rapides qui par- 
sèment son cours. Il traverse des régions aurifères très importantes. 

V. — Dahomey. 

L'arrière-pays du Dahomey est exploité, comme nous L'avons vu, 
par les commerçants haoussas. Les comptoirs 3e la côte tirent, de 
l'intérieur, l'huile de palme, principale richesse du pays, les noix 

(1) Le Sénégal se livre aussi à un certain commerce dans la région de Tom- 
bouctou. Par le fleuve les marchands apportent du mil, du karité, du kola et de la 
guinée. — Ces derniers sont échangés contre les bœufs des Songhays. Ces bœufs 
sont ramenés par la voie du Sahcl dans la vallée du Sénégal pour être vendus à 
Médine et à Saint-Louis. (Bulletin. Comité A fr. fr. 1900.) 



Digitized by 



Google 



— 243 — 

de coco venant tles régions voisines de la mer, quelques arachides, 
rhuile de coco ou coprah. 



Commerce extérieur des colonies de l'Afrique occidentale française. 

I. — Sénégal, 

Le Sénégal est notre plus ancienne colonie d'Afrique occiden- 
tale, ce qui explique le chiffre élevé de ses transactions avec les 
puissances européennes, n a de tous temps exporté des gommes en 
quantité très considérable, des arachides, un peu de caoutchouc, 
quelques amandes de palme, des y eaux et cuirs. 

Les importations consistent surtout en. beurres, larine, huile, riz, 
guinées et tissus, vins, tabac, verroterie, spiritueux, conserves. 

En 1887, le commerce s'élevait à : 

Importations 25,812,676 fr. . 

Exportations 13,944,042 

Au total 39,756,718 fr. 

Et, en 1899, à : 

Importations 50,059,834 fr. 

Exportations 23,546,425 

Au total 73,606,259 fr. 

De 1887 à 1899, le commerce avait donc augmenté de 
33,849,541 francs. 

Pour les années 1901, 1902 et 1903, les chiffres exprimant le 
tnouvement commercial ont été les suivants : 

Importation. Exportation. 

1901 64,073,960 fr. 38,205,361 fr. 

1902 42,734,929 32,001,279 

1903 58,847,911 43,709,663 

L'année 1902 a donc été marquée par un léger fléchissement oui 
ne s'est heureusement pas répercuté sur 1903. 



Digitized by 



Google 



— 244 — 

Les principaux produits d'exportations ont été les suivants : 



Arachides. Gommes. Caoulchoucs. 



1902 20,524 fr. 1,647 fr. 2,195 fr. 

1903 34,574 996 3,268 



II. — Guinée française. 

Elle exporte du caoutchouc en granae quantité, puis des pal- 
mistes, de la gomme copale, des arachides et des fruits divers. 

Les importations consistent en : comestibles et conserves, maté* 
riaux de construction, boissons, machines, etc., etc. 

En 1898, le commerce s'élevait à : 

Importations 9,019,871 fr. 

Exportations 7,799,968 



Soit au total 16,819,839 fr. 



Puis, en 1899 



Importations 15,441,710 f r. 

Exportations 9,461,496 



Au total 24,903,206 fr. 



Et en 1900 



Importations 14,275,452 fr. 

Exportations 9,779,772 

Au total 24,055,224 fr. 

En 1900, il s'est produit une baisse et une mévente du caout- 
chouc. Elle est attribuable à un ralentissement de consommation en 
Europe, la quantité de caoutchouc extraite continuant au contraire 
à grandir. En outre, les caoutchoucs guinéens contenaient un grand 
nombre d'impuretés qui ont fait refuser l'achat de stocks considé- 
rables. En conséquence, l'administration s'est préoccupée, en 1901, 
d'améliorer les produits reçus des indigènes en les soumettant à un 
contrôle sévère. 



Digitized by 



Google 



— 245 — 

Au mois d'octobre 1901 seulement, les cours du caoutchouc se 
sont relevés en Europe et, par contre-coup, les affaires ont repris 
en Guinée avec un nouvel entrain. 

Néanmoins, la crise de 1900 a encore agi sur les chiffres du 
commerce de 1901. Ceux-ci s'élèvent à : 

Importations. 7,744,587 fr. Part de la France. 3,185,093 fr. 

Part de l'étranger. 4,559,484 

Exportations. 7,982,599 Part de la France. 1,424,330 fr. 

Part de l'étranger. 6,558,269 

Au total... 15,727,186 fr 

Soit un fléchissement de plus de S millions de francs sur 1900. 

En 1902, les exportations se sont élevées à 11,374,389 francs, et 
en 1903 à 16,468,794 francs. 

De 1890 à 1903, les exportations de caoutchouc en poids se sont 
élevées de 829,244 kilogrammes à 1,467,722 (1). 



III. — Côte-d' Ivoire. 

La Côte-d'Ivoire exporte de I'huile et des amandes de palme 
en très grande quantité, des fruits et graines, des bois. 

Elle importe, en échange, des denrées coloniales de consomma- 
tion, du bois, des boissons, des produits chimiques, des tissus et des 
vêtements, des ouvrages, métaux, etc., etc. 

Son commerce a subi également un sensible fléchissement 
en 1901, comme le montrent les chiffres suivants : 

1898. iOOO. 1ÎK)1. 

Importations... 5,598,942 fr. 9,080,873 fr. 7,285,993 fr. 

Exportations. . . 5,647,156 8,074,589 6,542,703 



Au total. 10,645,898 fr. 17,155,462 fr. 13,828,696 fr. 

Cette sensible diminution est imputable à des causes analogues à 
<?elle du commerce de la Guinée. Elle se fait moins sentir en raison 

fl) Rapport d'ensemble sur la situation générale de la Guinée française en 1902. 
Paris, Firmin Didot. 



Digitized by 



Google 



— 246 — 

de la moins grande quantité de caoutchouc qu'exporte la Côte- 
d'Ivoire. 



IV. — Dahomey, 

Les exportations consistent surtout en huile (1) et amandes de 
PALME (2), kolas, cocos et coprah en petite quantité, du caout- 
chouc (3), des poissons secs et fumés, quelques dents d'éléphants. 

Les importations consistent en saindoux, tabacs, sels, tissus (4) 
(qui ont diminué) ; farines, beurre, riz, sucre, bois, boissons, savons, 
ciments, parfumerie, fils, ouvrages en fer et en bois (qui ont aug- 
menté). 

Les chiffres suivants permettent d'apprécier la situation : 

1898. 1900. imi. 

Importations... 9,994,567 fr. 15,221,419 fr. 15,752,650 fr. 
Exportations. . . 7,538,759 12,755,894 10,178,916 



Au total. 17,533,326 fr. 27,977,313 fr. 26,231,566 fr. 

En 1902 et en 1903, le mouvement commercial du Dahomey a été 
le suivant : 

190->. 1903. 

Importations 17,090,386 fr. 11,264,258 fr. 

Exportations 13,669,216 9,540,066 

Au total... 30,659,602 fr. 20,804,324 fr. 

Donc baisse de plus de 9,955,000 francs provenant de la durée 
de rhormattau et de la sécheresse qui ont amené une mauvaise 
récolte du gros régime des palmiers. 

Il ne faut donc pas attribuer à cette baisse plus de portée qu'elle 
n'en a en réalité, étant toute fortuite et accidentelle. 

(1) L'huile de palme entre pour : 4. 74"^. 191 francs dans l'exportation . 

(2) Et les amandes pour : 4.842.324 francs. 
i3) Le caoutchouc pour 29.15H francs. 

(4) Une partie de ceux-ci viennent de Manchester. 



Digitized by 



Google 



CHAPITEE IX 



LES VOIES DE PÉNÉTRATION FRANÇAISES DANS l' AFRIQUE OCCIDENTALE. 



La question capitale que doit désoimais «e poser et résoudre la 
politique française dans Touest africain est celle des voies de com- 
munication. 

Le précédent paragraphe a distingué à dessein, dans notre empire 
colonial, deux courants commerciaux différents, Tun intérieur qui 
s'épanche dans la direction du nord au sud et réciproquement des 
marchés du Niger à ceux de la lisière de la forêt équatoriale, l'autre 
qui draine vers la côte les productions de nos divers hinterlands. 

Le premier n'a pas influé jusqu'à nos jours sur le développement 
économique de nos colonies et a, d'ailleurs, été longtemps entravé 
par les luttes soutenues contre Samory ; le second n'a pour origine 
que des pays relativement très rapprochés de la côte. 

Il s'agit donc de créer de grands collecteurs capables de les 
capter l'un et l'autre et de les diriger vers la mer, de fournir en 
un mot des débouchés aux grands centres de production de la 
boucle du Niger. 

Le gouvernement de l'Afrique occidentale a fort bien compris 
cette nécessité et l'emprunt de 65 millions qu'il va contracter sera 
attribué en majeure partie à rétablissement des voies de communi- 
cation (1). 

Le plan formé comporte, dans ses lignes générales, la jonction à 
la côte de chacun des biefs navigables du Niger: 



(1; 500.000 francs doivent être consacrés à l'étude du chemin de ft*r à construire 
entre Thiés et Kayes; 5.000.000 serviront ù améliorer les tîeuves Sénégal et Niger; 
17.000.000 seront afiectés à rachévement de la voie ferrée de Guinée et 10.000.000 à 
celle de la Côte-d'Ivoire. 



Digitized by 



Google 



— 248 — 

1** Réunion du bief Eouroussa-Bammako à la mer par la voie 
ferrée de la Guinée française ; 

2** Réunion du bief Koulikoro-Anongo-Say à la mer par le 
chemin de fer du Soudan français de Kayes à Koulikoro, et par le 
cours du Sénégal régularisé ; 

3** Jonction du îsiger inférieur au Dahomey par la voie ferrée 
Cotonou-Parakou ; 

4** La récente mission du capitaine Lenfant a prouvé qu'il était 
possible de remonter le Niger avec des chalands pesamment chargés 
de notre enclave de Forcados jusqu'à celle d'Arenberg et de cette 
dernière jusqu'à Say, les vapeurs poussant d'ailleurs facilement 
jusqu'à Arenberg. 

Enfin, la Côte-d'Ivoire doit être mise en relations avec les Etats 
du centre de la boucle du Niger par une voie ferrée dont le tracé 
est à l'étude. 

L'exécution d'une telle œuvre présentera tout à la fois des avan- 
tages économiques et politiques. En raccourcissant les distances, le 
rail rendra notre action plus rapide et plus efficace. Il permettra 
de porter promptement des renforts sur tel ou tel point, de ravi- 
tailler nos colonnes et nos postes, en même temps que d'exploiter 
les ressources naturelles des pays traversés : 

V Voie de pénétration du Sénégal. — Cette voie de pénétration 
se compose de deux parties : le fleuve et le chemin de fer Kayes- 
Koulikoro. 

a) Le fleuve, — Nous avons vu qu'aux hautes eaux, le Sénégal 
est navigable jusqu'à Kayes. Par malheur, même à cette époque, la 
navigation est difficile en bien des points. On s'est donc préoccupé 
d'améliorer le cours du fleuve. Le lieutenant de vaisseau Mazeran, 
chargé d'une mission d'étude hydrographique, en est arrivé aux 
conclusions suivantes : nettoyage du fleuve et enlèvement des troncs 
d'aibies qui encombrent le chenal, balisage du Sénégal, réglemen- 
tation sévère pour arrêter le déboisement des rives et mesures 
propres à assurer le plus rapidement possible le reboisement, cons- 
truction d'un chemin de halage pour les chalands du commerce, 
création d'un service de la navigation qui serait chargé de tout ce 
qui concerne le fleuve, etc., etc. 

De la mer à Kayes, le Sénégal décrit une courbe prononcée, ce 



Digitized by 



Google 



— 249 — 

n'est donc point la voie la plus directe de pénétration, mais c'était, 
jusqu'à nos jours, la plus praticable. 

Le développement de notre colonie du Sénégal, dans ces d-er- 
nières années, permet d'envisager actuellement la possibilité d'une 
seconde solution susceptible de doubler tout au moins la première, 
sinon de la remplacer. Nous voulons parler ici de la voie ferrée pro- 
jetée entre Thiés sur la ligne Dakar-Saint-Louis et Kayes sur le 
Sénégal (1). L'avantage qu'elle offrirait serait celui de la ligne 
droite sur la ligne courbe. Une mission chargée de faire les études 
relatives au tracé de ce chemin de fer a été confiée récemment au 
colonel du génie Rougier ; 

b) La voie ferrée Kayes-KouliJcoro, — La construction du che- 
min de fer de jonction entre Sénégal et Niger a commencé dès 1881. 
En 1889, il atteignait Bafoulabé. Actuellement, la locomotive va 
jusqu'à Kita (309 kil.), et dans c deux ou trois ans au plus elle 
parviendra au Niger » (1). Une route praticable aux voitures 
Lefèvre et aux automobiles l'a d'ailleurs précédée. La longueur 
totale de la voie ferrée sera d'environ 550 kilomètres ; 

2® Voie de pénétration de la Guinée, — Cette voie de pénétiation 
doit réunir, avons-nous dit, la côte de l'Océan au bief navigable du 
Niger : Xouroussa-Bammako. Elle transportera en outre, vers la 
côte, les riches productions du Fouta-Djallon et du Haut-Niger. 
Dès 1881, M. de Sanderval proposait un chemin de fer qui partirait 
de Boké sur le rio Nunez. A son projet, on a préféré celui du capi- 
taine Salesses joignant Konakry à la région de Timbo et à Kou- 
roussa. Une route a précédé la voie ferrée suivant cette direction 
générale. En mai 1902, les travaux de terrassement ont atteint le 
kilomètre 149 et le village de Kindia, 

Le 30 novembre, la plate-forme de la ligne se développait sur 
100 kilomèties et la voie était posée jusqu'au 18^ kilomètre. On 
espère qu'en octobre 1903 la voie sera complètement achevée juci- 
qu'à Kindia (150 kilomètres). La longueur totale jusqu'au Niger 
sera d'environ 600 kilomètres ; 

3** Voies de pénétration de la Côte d'Ivoire. — Les cours d'eau, 
ces routes qui marchent, ont longtemps paru les seules voies de 
pénétration possibles à travers l'opacité de la forêt équatoriale. 

(1) Cette voie ferrée desservirait le Baoule, pays très riche en arachides. — Le 
grand port du Sénégal sera alors Dakar, comme la nature semble l'avoir voulu. 



Digitized by 



Google 



— 250 ~ 

De ses diverses missions exécutées de 1892 à 1894, le capitaine 
Marchand avait cru pouvoir conclure à la possibilité de rétablisse- 
ment d'une voie commerciale tournant les rapides du Bandama à 
Tiassalé par 45 kilomètres de route, puis suivant le cours du Ban- 
dama. Une autre route d'une centaine de kQomètres aurait réuni le 
dernier point navigable du Haut-Bandama à Torotieri, tête de la 
navigation du Bagoe coulant en sens inverse du Bandama et dans 
une vallée très rapprochée. Les missions Blondiaux et Eysséric ont 
prouvé que le bief moyen du Bandama, que le capitaine Marchand 
supposait navigable en amont d'Amondou, comporte des obstacles 
sérieux et, en particulier, les écueils de Zumou-£rou et les rs^ides 
de Zou-Xrou. Des difficultés analogues ont été reconnues sur le 
Bandama-Blanc aux environs de Laossou. 

Le premier projet de transnigérien formé devenait donc irréa- 
lisable. 

D'autre part, on savait depuis plusieurs années que le Comoe 
était coupé de nombreux rapides. Les missions Hostains, Pobéguin 
et Thomann acquirent la même conviction relativement au Cavally 
et au Sassandra. 

Les voies fluviales furent donc abandonnées et, en 1898-1899, 
la mission Houdaille reconnut le tracé possible d'une voie ferrée 
réunissant d'une part Abidjan sur la lagune, de l'autre Petit- 
Alépé, point oii le Comoe cesse d'être navigable pour les vapeurs, 
à Memni, Bouapé et Kouadiokofi. 

On se décida à créer un port à Abidjan. Le principe en avait 
été adopté par la mission Houdaille. Mais celle-ci avait projeté de 
percer le cordon littoral à Petit-Bassam par un canal mettant en 
communication la lagune avec la mer, ce canal devant permettre 
l'entiée de navires de 6 mètres de tirant d'eau. On s'est arrêté 
récemment à des travaux moins coûteux. On se contentera d'un 
canal d'une vingtaine de mètres de largeur et de 3 mètres de pro- 
fondeur permettant à des petits vapeurs d'aller chercher le charge- 
ment des navires mouillés devant Petit-Bassam. 

Ce futur port d'Abidjan a été pris pour base d'un nouveau 
tracé de voie ferrée reconnu par le capitaine du génie Crosson- 
Duplessis et passant par Ery Macougnié pour se diriger ensuite sur 
Kouadiokofi. Ce tracé est beaucoup plus court que celui étudié 
en 1899 et son établissement rencontrera peu de difficultés dans la 
nature du terrain traversé. 



Digitized by 



Google 



— 251 — 

Cette voie ferrée sera probablement prolongée vers JKong et de 
là vers Sikasso, point terminus de la navigation du Baniông, sous- 
affiuent du Niger ; 

4** Voie de pénétration du Dahomey, — Une voie ferrée unissant 
le Dahomey au Niger a été étudiée. De Kotonou au grand fleuve 
soudanais, son développement sera d'environ 700 kilomètres. L'exé- 
cution activement poussée a permis d'inaugurer, le 3 septembre 1902, 
les 100 premiers kilomètres entre Kotonou et Attagou et, le 30 oc- 
tobre, les 23 kilomètres suivants entre Attagou et Taffa. De là, 
la voie ferrée gagnera Cana, Paouignan, Thaourou, Paral-ou^ tra- 
versera le Borgou et atteindra le Niger (peut-être à Garou), 

Elle pourra ainsi détourner à notre profit le commerce d'Ilo et 
traversera, en outre, des régions éminemment propres aux cultures 
tropicales comme celle d'AUada. 

Elle maintiendra enfin sous notre domination le pays Bariba 
dont la soumission a été difficile. Sa proximité du Soudan anglais 
lui donne une importance capitale ; 

5** Voie SikassO'Say. — Ces diverses voies de communication 
établies, il sera peut-être utile de les relier en quelque sorte par un 
chemin de fer coupant sensiblement en ligne droite la boucle du 
Niger de Sikasso à Say ou un point voisin du Niger. Son établisse- 
ment serait facile en raison de l'absence de soulèvement orogra- 
phique important dans cette région. On pourrait la joindre au grand 
central africain à Zinder (Damergou). Le ;our oii ces divers projets 
seront réalisés, notre empire d'Afrique occidentale possédera vrai- 
ment l'unité. 

Le fil télégraphique a d'ailleurs précédé le rail entre Sikasso et 
Say, Une mission spéciale a exécuté cette tâche en onze mois. Elle 
a dû constamment éviter le voisinage des indigènes, ceux-ci cou- 
pant les fils pour s'en fabriquer des bracelets. Dans le même but, la 
ligne a été établie souterrainement à une profondeur de 1",50 
environ. Sur plusieurs points, la présence de marais ou de cours 
d*eau a permis d'éviter ce surcroît de travail : on s'est alors contenté 
de noyer le fil. La ligne télégraphique est actuellement prolongée 
du Niger au Dahomey (1). 

(1) Ces renseignements m'ont été communiqués par un membre de la mission 
faisant actuellement son service en France comme simple soldat. — Les fatigues 
subies pour mener à bien une pareille tâche ont été énormes. 



Digitized by 



Google 



— 252 — 

Le dispositif total du système de nos voies de pénétration se 
composera finalement des quatre grandes routes ferrées : Dakar- 
Koulikoro ; Konakry-Kouroussa ; Côte-d'Ivoire-Sikasso ; Kotonou- 
Niger ; ayant chacune un grand port à leur extrémité côtière et 
réunies entre elles à leur autre extrémité par la ligne Sikasso-Say. 



Conclusions, 

De toute cette étude de l'Afrique occidentale française, il semble 
possible de déduire quelques conclusions : 

1** Au point de vue politique, nos missions d'exploration et nos 
colonnes ont fait pénétrer notre influence dans la majeure partie 
des contrées réservées à notre extension. Il s'agit désormais de nous 
établir solidement dans nos conquêtes. Dans ce but, il semble pré- 
férable de tenir les points importants avec des forces respectables, 
plutôt que de disséminer nos troui)es dans vine foule de postes secon- 
daires. Il est également nécessaire que chaque souverain nègre un 
tant soit peu puissant ait auprès de lui un résident français. C'est là 
un système bien vieux, mais qui a toujours donné d'excellents résul- 
tats. Il faut par-dessus tout éviter la formation de grosses agglomé- 
rations soumises au même individu. Comme le disait avec tant de 
raison Binger : « Qu'un chef se fasse appeler Damel, Brack, Bour, 
Bassa, Almamy, Xaba, dès qu'il commande à une population do 
plus de 25,000 âmes, il doit être supprimé, sans quoi il dévaste au 
lieu d'organiser et de régénérer. » Les exemples des Samory et des 
Rabah sont là pour prouver la vérité de cette assertion. 

Il importe enfin de laisser le pouvoir aux mains de Tautorité 
militaire jusqu'à la pacification complète d'un pays, mais sous la 
direction supérieure du gouvernement général pour conserver Vuni^^ 
de vues et d'action ; 

2° Au point de vue social, nous devons nous faire une haute idée 
de notre rôle civilisateur. La force brutale a une grande puissance 
sur les peuples primitifs, mais c'est en somme un moyen négatif. 
L'affection et la communauté des intérêts sont seules capables de 
créer de grandes choses. Tout en inspirant le respect, il faut donc 
provoquer l'attachement. 

Certaines races, par leurs qualités intellectuelles et morales, sont 
plus particulièrement aptes à recevoir la bonne semence et à nous 



Digitized by 



Google 



— 2^)3 — 

aider dans cette œuvre sociale de régénération. L'excellente race 
des agriculteurs bambaras et, d'une manière générale, l'élément 
mandé si vivace et si répandu dans nos possessions, qu'il se livre à 
la culture ou au commerce, peuvent nous rendre des services signalés. 
Plusieurs chefs indigènes sont déjà devenus nos fidèles collabora- 
teurs, c Entre tous se distingue Mademba-Saye, fama de Sansan- 
ding, qui a multiplié dans sa circonscription les essais agricoles 
(tabac, coton, caoutchouc) » (1). 

D'une manière générale, le nègre aime la culture, il s'agit donc, 
par tous les moyens possibles, de l'attacher à son sol. La race blanche 
soudanaise est, au contraire, essentiellement pastorale. Maures et 
Foulbé peuvent donner un grand essor à l'élevage dans nos posses- 
sions. Tout se résume en ce principe général : utiliser chacun sui- 
vant ses aptitudes ; 

3° Il est de toute nécessité d'enseigner aux indigènes des 
méthodes de culture et d'exploitation. Habitant un sol privilégié, 
ils ne sont que trop enclins à se contenter du nécessaire sans cher- 
cher à développer leur bien-être propre ou celui de leur pays (1). 
Ils devront apprendre à éviter le gaspillage tout en utilisant la 
totalité des ressources de leur région. Ils peuvent, par exemple, 
extraire le latex caoutchouteux d'une foule de lianes différentes au 
lieu de se contenter de toujours exploiter les mêmes espèces. La 
façon dont ils cultivent le café est fort rudimentaire, etc., etc. 

Nos colonies possèdent d'ailleurs certaines ressources demeurées 
inexploitées. Citons seulement ici le T)anc d'Arguin très riche en 
poissons comestibles et capable de remplacer un jour Terre-Neuve, 
Le Gourounsi possède de la soie sauvage que les indigènes utilisent 
fort mal dans leur ignorance de l'élevage des vers à soie. 

Au point de vue minier, une prospection complète des diverses 
régions aurifères s'impose. Il s'agit de déterminer le rendement pos- 
sible de chacune de celles-ci (soit en pépites, soit en poudre d'or). 

Il est nécessaire que chacune de nos colonies ne se spécialise pas 

(1) Nos chefs de poste se sont mis à cette tâche. C'est ainsi que dans le cercle de 
Segou on a montré aux indigènes le défaut capital du métier à tisser le coton 
qu'ils emploient, lequel défaut consiste dans l'étroitesse. — Il ne permet donc de 
fabriquer qu'une très petite bande d'étoffe à la fois. « Il paraît nécessaire, à moins 
de rester stationnaires et dans la routine, de leur donner des métiers plus grands 
mais aussi simples que les leurs. Les métiers dont se servent les paysans de la 
Basse-Normandie et de la Mayenne paraissent tout indiqués. » (Rapport politique et 
commercial du commandant du cercle de Segou en 1809.) 



Digitized by 



Google 



— 254 — 

trop dans tel ou tel genre d^exploitation. Nous avons eu l'occasion, 
à ce propos, de citer la crise de la Guinée française en 1900, causée 
par la mévente du caoutchouc, sa production essentielle. 

Enfin, il a déjà été suffisamment insisté sur les avantages d'une 
ouverture rapide de débouchés vers la mer, qu'ils soient obtenus par 
Tamélioration des voies fluviales, par la construction de routes on 
par celle de voies ferrées. Dans le même ordre d^dées rentre l'agran- 
dissement de nos ports et en particulier de Dàkcer, étape entre l'Eu- 
rope et l'Amérique et point d'appui de notre flotte en même temps 
que centre d'aboutissement futur du courant commercial sénégalien. 

C« dernier sera encore accru par la soumission définitive de la 
région maure. L'échec récent de la mission Blanchet montre la 
grande nécessité de l'établissement de notre domination sur cette 
contrée. 

L'importation augmentera parallèlement à l'exportation. Il suf- 
fira pour cela de faire naître chez les indigènes des besoins qui leur 
étaient jusque-là inconnus. On pourra profiter de leur goût pour 
les étoffes brillantes, pour les bijoux. Les instruments et machines 
agricoles leur deviendront, en outre, de plus en plus nécessaires 
chaque jour. Ajoutons enfin à ces différents articles l'importation 
du sel qu'ils sont obligés d'aller chercher si loin. 



BIBLIOGRAPHIE DU LIVRE Ul 

(Afrique occidentale française) 

Au point de vue historique : 

Auteurs arabes elles dans la bibliographie du chapitre III et en parti- 
culier : 

Ta rikh-es- Soudan (Histoire du Soudan jusqu'en 1655), par Es-SAoï. 
Traduction Houdas. Ernest Leroux, Paris, 1900. > 

Tedzkiret-en-Nisian (Biographie des pachas marocains du Soudan de 
1590 à 1750), par Akb\r-Moi.ouk-es-Soudan. Traduction Houdas. Ernest 
Leroux, Paris, 1901. 

E. RouARD DE Card. Lcs traltès de protectorat conclus par la France 
en Afrique de 1870 à 1895. Paris et Pedone, 1897. 

Au point de vue et/mofjraphique : 

H. Sarrazin. Les races du Soudan français, 2 vol. Chanibéry, 1902. 
De Crozals. Les Peuls^ étude d'cthnoloyie africaine. Paris, 1883. 



Digitized by 



Google 



— 255 - 

D'' Tautain. Etude critique sur Vethnologie et Veihnofjraphie des 
peuples du Sénégal. Paris, 1885. 

C°^ Crosson. Lethnographie de la Côte-d'IvoIre. 

Au point de vue religieux : 

M. Marchand. La religion musulmane au Soudan français . 

A. Le Ghatelier. L Islam dans l'Afrique occidentale. Paris, 1899. 

Sénégal : 

M. CouRTET. Etude sur le Sénégal. Cliallamei Paris, 1903. 

D»" Bayol. Voyage en Sénégambie Haut-Niger^ Bambouek, Fouta- 
Djallon et Grand-Beledougou. Paris, 1888. 

KiTA. Etude soudanaise^ Paris, 1902. 

D^ Colin. Exploration sur la Falémê. Rev. française de l'étranger et 
colonie, I (1885). 

Galliexi. Une colonne au Soudan français. 
Nombreux articles du Bulletin du Comité de l'Afrique française sur 
la navigabilité du Sénégal, le chemin de fer du Soudan et le chemin de 
fer projeté de Thiés à Kayes. 

Baillaud. ^exploitation du coton en Afrique occidentale. Bulletin du 
Comité de l'Afrique française, 1903. 
C*^* J. Avalle. Les Français au Sénégal. (La Géographie^ 1883, tome I). 

Guinée française et Fouta-Djallon : 

G. MoLLiEN. Voyage dans Fintérieur de l'Afrique aux sources du 
Sénégal et de la Gambie, 2 vol. in-8°, Paris, 1820, 2« édition, in-16. Paris, 
1889. 

Eyrier et Larexaudière. Voyage dans le Tfcriance, le Kourauko et le 
Soulimana, fait en 1822 par le major Gordox-Lamy, trad. de l'anglais, 
in-8% Paris, 1826. 

Hecquard. Voyage sur la côte et dans l'intérieur de l'Afrique occi- 
dentale, in-4*», Paris, 1853. 

Lambert (U) Voyage dans le Fouta-Djallon, Tour du Monde, 1861, 

De Sanderval. De C Atlantique au Niger par le Fouta-Djallon. Paris, 
1883. 

NoiROT. A travers le Fouta-Djallon et le Bambouck, Paris, 1885. 

D^ Frat. Les résultats scientifiques de la mission du Fouta-Djallon, 
(1887-1888). 

D*" Colin. Voyage au Fouta-Djallon et au pays de Bambouck. B. Soc, 
de géogr. de Paris, 1889. 

Madrolle. Notes d'un voyage en Afrique occidentale de la Casamanie. 
en Guinée par le Fouta-Djallon, Paris, 1891. 

J. Machat. Esi-^ai sur la géographie du Fouta-Djallon. Bull, corn. 
Afr. française^ août 1900. 



Digitized by 



Google 



— 236 — 

Parosise. De Konakry au houta-Djallon. Bull, soc gèogr. de Paris^ 
1893. 

C"° Salesses. Le chemin de fer de Konakri/ au Niger navigable. 

D"" Mailand. Voyage au Fouia-Djallon. Bull. Comité Afrique fran- 
çaise (sept. 1890). 

D^ André Rançox. Dans la Haute-Gambie (1891-1892), Paris. 1895. 

C"* Broselard Faidherbe. Casamance et Mellaeorée : Pénétration au 
Soudan. Paris, 1893. 

P. Gaffarel. Riciére du Sud et Fouta-Djallon. Bull. Soc. géogr. de 
Lyon, 1888. 

ViGNÉ. (D^ Paul d'Octon). Le Fouta-Djallon^ d'après les dernières 
explorations. Rec. Se. 1892. 

E. M. Laumann. a la Côte occidentale d'Afrique. Paris, Firmin-Didot, 
1894. 

D^ Bayol. Voyage en Sénégambie. Rec. maritime et coloniale 1887 et 
1888. 

Rapport d'ensemble sur la situation générale de la Guinée en 1902. 
Paris, Firmin-Didot. 



Côte-d'Ivoire et son Hinterland. 

H. ScHiRMER. Principaux résultats géographiques des explorations 
récentes dans la Boucle du Niger. Annales de géographie du 15 niai 
1898. 

J. Eysseric. Côte-d' Ivoire. Exploration du Baudama. Annales de géo- 
graphie du 15 mai 1898. 

M. ZiMMERMANN. Résultats dcs missions Blondiaux et Eysseric. Annales 
de géographie du 15 mai 1899. 

Van-Cassel. La Haute-Côte-d Ivoire occidentale (Mission Wœlffel). 
Bull. Corn. A fr. française 1901. 

C°« d'OLLONE. De la Côte-d' Ivoire au Soudan et à la Guinée. Paris 
1902 (Mission Hostains d'Ollonei. 

Thomann. (Mission Thomann). A la Côte d'ivoire, la Sassambra» {Bull. 
Corn, Afr. française 1901.) 

Thomann. De la Côte-d Ivoire au Soudan français. Bull. Com. Afr. 
française 1903. 

C"" HouDAiLLE et Thomasset. La Côte-dlvoire : Etude de géographie 
physique. Annales de géographie du Ib mars 1900. 

C. Dreyfus. Six mois dans VAttié. 

Marcel Monnier. France Noire (Mission Bruyer 1892). 

L*-colonel Monteil. La Colonne de Kong. Paris 1902. 

C"« Braulot. Notes sur le Baoulé. Tour du Monde, 1896. (A travers 
le Monde). 

A. Nebout. Notes sur le Baoulé. Tour du Monde. 1900 (A travers le 
Monde}. 

R. Villamlr. La Côte-d' Ivoire. Bail. Com. Afr.fr., 1903. 



Digitized by 



Google 



— 257 — 

Ned Noll. La mission du lieutenant Dromard, La Géographie III, 
1901. Moyen Cawally et ses affluents. 



Niger, Boucle du Niger. 

O. Lenz. TombouctoUy 2 vol. (déjà cité). 

C Rejou. Huit mois dans la région de Tombouctou. Tour du Monde 
de 1898. 

Mission Hourst. 

L' TouTÉE. Dahomeg, Touareg^ Niger. 

C"® Lenfant. Mission, Tour du Monde^ 1903. 

A. T. Le pays zaberma, Bull. Com. Afr. française , 1903. 

C"*» Cazemajou. Journal de rouie. Du Niger vers le lac Tchad. Bull. 
Com. Afr. française 1900. 

C"« BiNOER. Du Niger au golfe de Guinée (1887-1888). 2 vol. Paris, 
1889. 

MoNTEiL. De Saint-Louis à Tripoli par le lac Tchad. Paris. 

C"' HuGOT. Journal d'un Soudanien. Bull. Com. Afr. française^ 1901. 
Mission Voulet au Mossi. Tour du Monde de 1897 (A travers le 
monde). 

Mission Voulet-Chanoine au Gourouxsi. Tour du Monde de 1898 {A 
travers le monde). 

Mission Braulot et Bunas au Soudan. Tour du Monde de 1898 (A 
travers le monde). 

Mission Baud. Tour du Monde de 1898 (A travers le monde). 

E. Baillaud. Sur les Routes du Soudan. Paris, 1902. 

Rapport commercial et politique du chef de cercle de Segou en 1899. 

Rapport du chef de cercle de Segou sur l'exploitation du Karité, 1899. 

L* de Troismonts. Papiers du chef du poste d*Aribinda, 1899. 

Dahomey et Hinterland. 

La population indigène du bas Dahomey. Tour du Monde de 1901. 
D'Albeca. Voyage au pays des Ecoués. Tour du Monde de 1895. 

— Au Dahomey. Tour du Monde de 1895. 
Mission Decoeur. {Haut Dahomey). Tour du Monde de 1895 (A tra- 
vers le monde). 

O TouTÉE. Dahomey, Touareg, Niger {dé'}k cité). Principaux résultats 

la mine ou Toutée. Ann. de géogr. du 15 mars 1897. 

C"° V. Nicolas. L'Expédition du Dahomey en 1890. Paris, 1893. 



PÈNKTRATION I'RANÇaISK 17 



Digitized by 



Google 



LIVRE IV 
La voie de pénétration du Congo. 



I. Historique de la pénétration française du Congo. 

II. Aperçu climatologique. — Partage en régions naturelles. 

III. Constitution géologique. 

IV. Étude de la région Chari-Tchad : l- physique ; 2» ethnographique et poli- 

tique; 3« économique. 
V. Étude de la région du Haut-Oubangui et du M'Bomou : !• physique; 2« ethno- 
graphique ; 3* économique. 
VI. La Sanga. 

VII. La région équatoriale (Mouni, Gabon, Quelle, Niari, Congo). 
VIII. Le commerce du Congo français. 
IX. Les voies de pénétration. — Conclusions. 



CHAPITRE PREMIER 

HISTOEIQUE DE LA PÉNÉTRATION FRANÇAISE AU CONGO 



Au Congo comme au Soudan, Textension de notre influence a 
subi une marche lente et progressive. Les obstacles opposés par les 
milieux ethnographiques ont été pourtant moindres. Là, la civilisa- 
tion de rislam n'avait pas devancé la nôtre et nous n'avons pas eu 
à y combattre des fondateurs d'empire tels que Samory ou Rabah. 
Nos grands ennemis ont été le climat et l'impénétrabilité de la forêt 
équatoriale. 

Le désir de réprimer la traite des noirs, puis l'espoir d'un com- 



Digitized by 



Google 



meroe lucratif nous conduisirent à occuper la côte du Gabon. On 
voulut bientôt nouer des relations avec Tintérieur du pays et 
atteindre les sources mêmes du trafic. Comme il arrive toujours en 
pareil cas, on fut amené par la force des choses à pousser sans cesse 
de l'avant. Le centre africain devint le but de nos efforts et, pour 
Tatteindre, nos explorateurs crurent longtemps qu'il suffisait de 
remonter rOgôoué. Lorsque la fausseté de cette hypothèse eut été 
reconnue par Stanley et de Brazza, nos espérances se reportèrent 
vers le Congo, voie naturelle de pénétration équatoriale. 

Mais les compétitions européennes s'y livraient de rudes assauts 
et notre colonie, resserrée entre le Cameroun allemand au nord et 
l'Etat indépendant au sud-est, pouvait craindre de se voir coupée 
du centre africain. 

Notre diplomatie, s'appuyant sur de nombreux droits préexis- 
tants, réussit à lui ménager un couloir de 250 kilomètres de largeur 
entre Sangha et Oubangui, porte ouverte vers les régions du Haut- 
Nil et du Tchad. 

Une dernière période d'expansion vit l'utilisation des voies de la 
Sangha et de l'Oubangui pour gagner la mer intérieure, objet de 
nos efforts convergeant du Sahara, du Soudan et du Congo*. 

L'échec de notre tentative sur le Haut-Nil nous engagea plus 
avant encore dans cette entreprise et la jonction des trois missions 
sur les rives du Tchad fonda vraiment l'unité de notre empire. 

!*• L'établissement sur la côte du Gabon, — Les Portugais par- 
vinrent aux côtes du Gabon dès la fin du xv* siècle et, au xvii* seu- 
lement, les Hollandais vinrent leur faire concurrence. 

En 1828-1830, le Français Banville parcourt le littoral et, s'il 
faut s'en rapporter à lui, pénètre à l'intérieur, ce que nid autre blanc 
n'avait fait avant lui. Quoi qu'il en soit, en 1840, le Gabon était 
encore fort mal connu et on ne savait trop s'il devait être considéré 
comme l'embouchure d'un grand fleuve ou simplement comme une 
baie profondément creusée dans la côte africaine. 

En 1848, plusieurs maisons commerciales françaises tentèrent 
de fonder quelques comptoirs sur ses rives, mais ces tentatives 
échouèrent en raison de l'insalubrité du pays, du manque de tra- 
vailleurs et de l'insuffisance des capitaux engagés. 

Dès l'année 1839, le capitaine de vaisseau Bouët-Willaumez, par 



Digitized by 



Google 



— 260 — 

un traité signé avec le roi Denis, avait obtenu pour les Français 
le droit de s'établir sur la rive gauche du Gabon. Mais cette région 
était fort insalubre. Une nouvelle convention signée en 1842 avec le 
roi Louis nous céda le littoral sud de l'estuaire dont nous prîmes 
possession en 1843. 

L'année 1849 vit la fondation de Libreville. 

En 1842, on traita avec le roi du Muny, en 1852 avec les chefs 
du cap Esteiras et en 1862 avec ceux du cap Lopez. Toute la côte 
entre le V de latitude sud et le cap Saint- Jean était donc tombée 
sous notre influence ; 

2^ La "pénétration dans Vhinterland, — L'idée de pénétrer dans 
l'intérieur naquit dans l'esprit des commerçants européens du désir 
d'échapper au courtage des peuplades gabonaises intermédiaires 
entre les nations du haut pays et la cote. 

Vers 1848, les navires européens venaient chercher sur la côte 
du Gabon : le bois d'ébène, le santal, la cire, la gomme copal et 
l'ivoire, sur celle de Loango, l'ivoire et la gomme, et enfin sur celle 
du Congo les bois précieux, l'huile de palme. Ils apportaient, en 
échange des cotonnades, du tabac, des fusils, de la poudre. 

On voulut d'abord reconnaître les rivières qui se jettent dans 
l'estuaire du Gabon. 

Dès 1846, Pigeard avait signalé l'existence du Komo. Ce fleuve 
avait plusieurs milles de large à son embouchure et de 700 à 
800 mètres au confluent du Bogoe. On pouvait donc espérer qu'il 
pénétrait assez bien dans l'intérieur. 

En 1849, Ploix acheva la reconnaissance des côtes du Gabon. 
En 1853, Baudin et Bouët parvinrent jusqu'aux premiers contre- 
forts des monts de Cristal. Enfin, en 1857, Révérend du Mesnil 
compléta l'exploration du Komo et prouva que ce fleuve ne possédait 
que peu de longueur. 

Dans un voyage dont l'authenticité fut très discutée, du Chailiu 
remonta le Muny, puis le Temboni et constata que ces cours d'eau 
n'étaient que des rivières côtières de peu d'importance. 

On dut donc admettre que ni le Muny, ni l'échancrure de Monda, 
ni le Komo n'étaient des voies de pénétration dans l'intérieur. 

Les explorateurs portèrent dès lors leurs efEorts vers l'Ogôoué. 
Du Chailiu avait révélé son existence (1857-1859) ; en janvier 1862, 



Digitized by 



Google 



— 261 — 

le commandant Carpentier reconnut la région de son emboucliure, 
le Fernan-Vaz. 

Servalet et Griffon (1862) remontèrent TOgôoné jusqu'à Damba 
et visitèrent les lacs Zonangué, Niogé et Azingo, puis durent revenir 
au Gabon en raison de l'hostilité des populations. Dans un seconc^ 
voyage, Serval voulut tourner la difficulté par le Ramboe et parvint 
par cette voie jusqu'à l'Ogôoué. 

Walker (1866), jeune négociant anglais, atteignit le confluent 
de rOkouo, puis les environs de Lopé (1873). 

Dans une première expédition, le lieutenant de vaisseau Aymès 
(1867) poussa avec le Piannier jusqu'à la Pointe Fétiche et signa un 
traité de protectorat avec le roi de M'Goumbi. Dans un second 
voyage, il explora le Fernan-Vaz et passa des conventions avec les 
rois du Kamma et du Bemba. En 1873, l'amiral du Quilio traitait 
avec le roi Niombé. L'année 1873 vit enfin l'arrivée de Marche et 
Compicgne à l'embouchure de l'Ivindo. Mais, parvenus en ce point, 
ils se virent abandonnés par les Gallois et les Inengas qui les avaient 
jusqu'alors escortés. Ils durent donc reculer. En 1876, le docteur 
allemand Len ne put dépasser Doumé. De Brazza et Marche (1877) 
remontèrent le fleuve jusqu'à la chute de Poubara en amont de 
laquelle l'Ogôoué i)erd l'importance de son débit. 

En 1878, de Brazza, continuant son exploration, traversa les pays 
Oudoumbas et Batékés, puis gagna l'Alima, affluent de droite du 
Congo. Se rejetant vers le nord, il découvrit la Likoua, autre tribu- 
taire du grand fleuve équatorial. 

Jusqu'à cette époque, le problème de l'Ogôoué n'avait pu être 
résolu. Griffon du Bellay avait émis l'hypothèse qu'il descendait du 
nord-est où devait exister un centre hydrographique important ; 
après lui, Walker avait cru qu'il venait de la région des grands lacs, 
du Tanganika, peut-être ; enfin, en 1877, Marche pensait que 
l'Ogôoué était un bras du Congo. Les explorations de Stanley et de 
Brazza vinrent lever toutes les incertitudes et démontrer : 

1® Que l'Ogôoué et le Congo avaient deux vallées parfaitement 
distinctes ; 

2^ Que l'Ogôoué prenait sa source dans le plateau qui s'étend de 
son cours supérieur jusqu'au Congo ; 

3*^ Qu'en raison des nombreux rapides qui obstruent son cours, 
l'Ogôoué ne peut servir de voie de communication vers l'arrière- 
pays, ni de route pour gagner le Congo, par l'A 1 un a- 



Digitized by 



Google 



— 262 — 

c Jamais, pouvait dire Mizon, les produits du Goi^ Hke desoen- 
dront de Franceville à la mer par TOgôeué. » Le transport d'uni? 
tonne de marchandises de Franceville à la mer s'élevant à 500 francs, 
Tivoire et le caoutchouc pouvaient seuls supporter de pareils frais. 

A cette époque, l'Association internationale africaine était à ses 
plus beaux jours et l'importance du Congo apparaissait nettement 
aux nations colonisatrices. Par malheur, le fleuve était embarrassé 
de cataractes de Ntamo à 500 kilomètres de la cote jusqu'à Vivi, 
à 200 kilomètres de celle-ci. Stanley songea d'abord à doubler le 
fleuve par une route, dans sa partie non navigable, mais, les rives 
étant très accidentées, les difficultés de construction apparaissaient 
fort grandes. M. de Brazza se proposa de résoudre le problème et de 
trouver une voie fluviale ou terrestre conduisant de la côte française 
du Congo, plus courte et plus praticable que celle de l'Ogôeué- 
Alima. 

En 1879, il partait de Franceville qu'il venait de fonder sur la 
Passa, affluent du Haut-Ogôoué, puis gagnait le Lefini, tributaire du 
Congo et le grand fleuve lui-même. Le roi des Batékés, Makoko, ne 
tardait point à signer avec lui deux conventions (1880), cédant à la 
France la rive droite du Stanley-Pool ; Brazzaville était fondée et, 
en novembre 1882, le Parlement ratifiait les traités de 1880. 

Le Congo français naquit donc en quelque sorte de la rivalité 
des deux grands explorateurs de Brazza et Stanley. 

Cherchant toujours un débouché vers l'Atlantique, le fondateur 
de notre colonie parvint (1882) au Niari-Kouiliou. Ce fleuve pou- 
vait être remonté jusqu'à Mazambe-Ntouca, par des vapeurs ne 
calant pas plus de 2 mètres. Au delà commençaient les rapides. 
Mais de Loudima à Biélé, le Niari devenait de nouveau navigable. 

En conséquence, dès 1886, MM. Dolizie et Jacoh proposèrent 
d'établir une voie ferrée entre Mandji et Loudima. De la sorte, la 
voie de pénétration établie se serait composée des sections suivantes : 

1** De la côte h. Mandji, le cours inférieur navigable du Kouilou ; 

2® De Mandji à Loudima, route ou voie ferrée d'environ 100 kilo- 
mètres de développement ; 

3® De Loudima à Biédi, le cours supérieur navigable du Niari ; 

4** De Biédi à Brazzaville, route ou voie ferrée dont la longueur 
ne dépasserait pas 130 kilomètres^ 

La nouvelle route découverte paraissait offrir tant d'avantages 
qu'elle fut de suite l'objet des convoitises des puissances euro- 



Digitized by 



Google 



— 263 — 

péeimes. Les Portugais inToqu^re&t le principe de la priorité des 
découvertes ; le comité belge d'étude du Haut-Congo envoya en 1882 
le capitaine Grant Elliott et le lieutenant Van de Velde opérer 
l'exploration de la vallée du Niari. Aussi, dès 1883, le gouverne- 
ment français envoya dans ses eaux la canonnière le Sagittaire sous 
les ordres de M. Cordier. Ce dernier conclut un traité de protectorat 
avec le Loango, coupant ainsi la route aux autres puissances. 

En 188â, l'Association internationale du Congo laissa à la France 
la vallée du Kouilou-Niari en échange de la rétrocession de la rive 
gauche du Stanley-Pool (Acte additionnel à la convention de Paris). 

Le Congo français était désormais fondé. Il ne restait plus qu'à 
achever son exploration et à l'exploiter d'une façon méthodique et 
rationnelle. 

En 1888-1889, Crampel, parti de LastourviUe, coupa l'Ivindo 
près de Kandjama, parvint près des sources de cet affluent de 
rOgôoué et redescendit vers l'ouest, le N'Tem. Devant l'hostilité 
(fes Pahouins, il dut couper à travers la forêt équatoriale et ne par- 
vint à la cote qu'après une retraite très pénible et périlleuse. 

De 1887 à 1890, Jacob, Cholet, Dclisie reconnurent le cours et le 
bassin du Niari. 

Enfin, en 1890, Thoiré se rendit de Franceville à Loudima, en 
suivant un nouvel itinéraire à travers le pays Batéké (1); 

3° La pénétration vers la région du Haut-Oubanghi, le Tchad et 
le Haut-Nil. — Notre pénétration vers le centre africain se fit par 
deux voies principales : VOubangui d'une part et, de l'autre, la 
Sanja : 

a) Voie de pénétration de VOubangui. — Rouvier remonta 
r'Oubangui dès 1886. Cet affluent du Congo fut ensuite exploré 
jusqu'à Bangui par Van Gèle, Gfrenfell et Dunod (1888). 

En 1890, M. Ponel franchissait les rapides de Bangui où il fon- 
dait un poste, reconnaissait l'Oubangui jusqu'au 5° de latitude nord 
et relevait le coude qu'elle décrit vers l'est jusqu'au Kouango. 

Durant le cours de cette même année, Crampel formait son projet 

(1) A ces différentes explorations, on peut encore ajouter : ks explorations de 
DuTREUiL DE Rhins et de PoBÉGUiN dans l'Ogoôué : celles de MM. Dechavannes 
etRouMER (Alima, 1880) ; celles de MM. Guillau et Nicolas, puis Berton (N*gooué 
1886 et 1890) ;Comber et Ponkl (Rivières Nkenié et N'Kéni, 1886); Guiral et de Oca 
(rivières Muny et Benito, 1884-1886), 



Digitized by 



Google 



— 264 — 

grandiose consistant à unir à travers le Soudan central nos posses- 
sions africaines. De Bangui, il atteignit Bembe et remonta vers le 
nord, se proposant d'atteindre le Baguirmi ou le Ouadaï. Abusé par 
les promesses des musulmans d'El-£outi, accompagné par une 
escorte insuffisante et manquant de vivres, il tomba sous les coups 
des gens de Senoussi en 1891. 

M. Gaillard (1891) remonta le cours de TOubangui en amont de 
la rivière Kouango jusqu'à Takoma et fonda les postes de Mobaye 
et des Abiras. MM. Ponel et Bruna^he effectuèrent diverses autres 
reconnaissanoes dans la même région. 

Le Comité de l'Afrique française avait confié à M. Dybowsli la 
iiission d'aller rejoindre et soutenir Crampel, Arrivé à Brazzaville 
durant l'été de l'année 1891, il y apprit la mort du vaillant explora- 
teur et résolut de le venger. Remontant l'Oubangui et ralliant 
Mv Nebout, seul survivant de la mission détruite, il explora la Kemo 
3t réussit à surprendre et à battre les assassins. 

En 1892, M. Maistre, chargé de reprendre les missions Crampel 
Pakourou, les Boubous le massacrent. La reconnaissance de la 
rivière M'Bomou est opérée par M. Liotard. 

En 1892, M. Maistre, chargé de reprendre les missions Crampel 
et DybowsJci, part du poste des Ouaddas, suit la Kemo, oblique à 
l'ouest vers le Tomi, coupe droit au nord vers le Gribingui qu'il 
atteint aux environs de Tagoussou, le remonte jusqu'aux environs 
du 8** 30', oblique à l'ouest et atteint la Benoué qu'il suit jusqu'à 
Tola et Ibi. Il rentre par la voie du Niger, 

Du côté de l'Oubangui (1894), M. Liotard est en butte aux agis- 
sements de l'Etat indépendant du Congo qui a dépassé, malgré les 
conventions conclues (1887), le 5** de latitude nords 

Le commandant Decazes dirige du poste des Abiras une expédi- 
tion contre les Boubous, meurtriers de Poumayrac que la mission 
du duc d^Uzès avait déjà battus précédemment (1892-1893). Le 
commandant français reconnaît la Kotto inférieure. 

Le commandant Julien remonte en chaland la rivière Kotto jus- 
qu'à Magha (1894) et le lieutenant Vermot reconnaît une partie du 
Schinko. M. Bobichon explore la région de la rivière Bangui. 

Le conflit franco-belge est alors apaisé par la signature du traité 
de 1895 et M. Liotard établit sur le M'Bomou les postes de Ban- 
gasso, Eafaï et Semio. 

En 189/Î-1898, M. Gentil, parti de Bangui, remonte la Tomi, puis 



Digitized by 



Google 



— 205 — 

atteint la Tfana, aifluent du Gribingui, et suit son cours jusqu'au 
point où il forme le Chari par l'adjonction du Ba-Mingui. Le Chari 
est remonté jusqu'au lac Tchad et a la gloiie de conduire dans les 
eaux de oelui-ci le vapeur Léon-Blot 

M. Prins, adjoint à la mission, se rend de Fort-Crampel, sur le 
Gribingui, au campement de Senoussi, vers 8**30' de latitude boréale. 
En l'année 1895 se posait le grand problème de la pénétration 
dans la vallée du Haut-Nil, par le M'Bomou et le Soueh. Dans un 
chapitre précédent, nous avons assez longuement exposé l'origine 
de cette question, son importance diplomatique et la douloureuse 
solution du conflit de Fachoda. Il semble donc inutile d'insister 
davantage sur ce pénible sujet. Qu'il nous soit permis néanmoins 
d'adresser un profond témoignage d'admiration au capitaine aujour- 
d'hui colonel Marchand et à ses intrépides auxiliaires, MM. Liotard, 
Baratier, Germain, Simon, Largeau, Mangin, Fouque, Emily, Dyé, 
Landeroni, de Prat, aux sergents Dat, Bernard et Venail. 

La convention franco-anglaise du 21 mars 1899 vint délimiter à 
l'ouest notre zone d'influence^ 

M. de Béhagle ayant atteint la région voisine du Tchad fut fait 
prisonnier par Babah et l'administrateur Bretonnet succombait dans 
un combat que lui livra ce sultan à Niellim avec le lieutenant 
Braun et le maréchal des logis Martin (juillet 1899). 

La seconde mission Gentil eut pour objectif le lac Tchad, aux 
environs duquel on espérait sa jonction avec la mission Voulet- 
Chanoine partie du Soudan. La mission Foureau-Lamy prit le même 
objectif après son arrivée à Zinder. 

Tout le monde connaît actuellement le triste épisode qui se 
passa à l'ouest de cette localité. Le lieutenant Pallier, après la mort 
du colonel Klobb, rallia les tirailleurs demeurés fidèles et, après 
s'être concerté avec les officiers survivants, décida de marcher sur 
la capitale de l'assassin du capitaine Cazemajou. Celui-ci, le serki 
Ahmadou fut battu et Zinder tomba en nos mains le 30 juillet. 
Quelques jours plus tard, le serki était tué dans une reconnaissance. 
Le 3 octobre, le lieutenant Joalland prenait la route du Tchad, tra- 
versait le Eanem et se portait sur Goulfeî, en suivant la route de 
l'est du Tchad. 

Le commandant Meynier, qui commandait son avant-garde, opé- 
rait bientôt sa jonction avec le capitaine de Cointet, de la mission 
du Chari. En mars, cette dernière remonte le cours du fleuve après 



Digitized by 



Google 



— 266 — 

son départ de Fort-Archambault et, d'autre part, la missioa Fou- 
reau-Lamy se joint à Goulfeï au gros de la mission Afrique cen- 
trale. (Joalland.) 

Le 3 mars, le commandant Lamy enlève d'assaut Koussouri. 
Fad-el-Allah est battu au sud-est de cette ville par une forte recon- 
naissance des lieutenants Rondet et de Thézillat. 

La jonction des trois missions s'opère à Mile, à Test de Karnak- 
Logone. Elles traînent à leur suite les auxiliaires baguirmiens du 
sultan Gaourang. 

Rabah s'était porté de Dikoa sur Koussouri. Le 22 avril, le com- 
mandant Lamy marche contre lui. 

Le camp de Kabah, entouré d'une levée de terre de 70 centi- 
mètres, est enlevé après une lutte acharnée sous les efforts concen- 
triques des tioupes des trois missions. Dans un retour offensif du 
sultan, le commandant Lamy tombe glorieusement en pleine vic- 
toire, le capitaine de Cointet est tué, les lieutenants de Chambrun 
et Galland sont blessés. Eabah est frappé d'une balle dans la tête 
au moment où il fuyait, par un tirailleur de la mission Afrique cen- 
trale, lui-même ancien soldat du sultan. Le lendemain, Reibell 
s'empare de Logone sur Fad-el-Allah. Dikoa est emportée par une 
marche forcée de 60 kilomètres*. Le gros des forces de Fad-el-Allah 
est anéanti à Dégueviba et, dans la poursuite, 7,000 à 8,000 prison- 
niers tombent en notre pouvoir. Les chefs rabistes font leur sou- 
mission. 

Une nouvelle tentative de Fad-el-Allah fut repoussée par le com- 
mandant EobUlot. Le capitaine Dangeville l'atteignit dans le Bor- 
nou, le battit et ses troupes durent se rendre après sa mort. 

MM. Bernard et Huot de la mission Gentil avaient reconnu la 
rivière Ouahm et avaient pu Tidentifier au Bahr-Sara, affluent de 
gauche très important du Chari. 

De 1898 à 1900, la mission Bonnel de Mézières explora la région 
des sultanats de Bangasso, Eafaï, Semio et Tamboura et recueillit 
des renseignements précieux sur toute cette zone frontière de nos 
possession s. 

M. Bobichon, assisté du commandant Roulety du capitaine 
Mahieu, du lieutenant Bos mettait en valeur nos domaines du Haut- 
Oubangui. 

L'administrateur Superville reconnaissait, en particulier, la 



Digitized by 



Google 



— 267 — 

Haute-Kotto. M. Seg^in^ d« la société du Kouango, explorait le 
cours de cette rivière. 

En 1901, le capitaine LôAer, parti de Cainot sur la Sangha, 
gagna le Chari par la vallée de la Baria, affluent du BaLx-Sara, puis 
par le Logone et le Toubouri-Kabbi rejoignit la Benoué et revint 
enfln à Carnot en longeant la frontière du Camerouiu 

Le capitaine Lenfant a prouvé par sa dernière mission que Ton 
pouvait suivre en bateau la voie Niger-Bénoué, Mayo-Kabbi, Tou- 
bouri. 

Au commencement de 1902, enfin, une mission fut organisée par 
les ministères de T Instruction publique et des Colonies et confiée 
à M. Chevalier, assisté de MM. Courtet, Decorse et Martret. 

Elle remonta le Congo, TOubangui et parvint au fort de Possel. 
A Fort-Sibut fut installé un jardin d'essai. La mission reconnut 
ensuite les Etats du sultan Snoussi, le Dar Fertit, une partie du Dar 
Eounga et du Dar El-Kouti, la région du lac Iro, le sud du Déka- 
kiré, le Baguirmi et la région située entre le Fittri et le Bahr-el- 
Ghazal. La mission est rentrée à Bordeaux le 21 février 1904, rap- 
portant une énorme quantité de documents, fruit de la prospection 
des terrains parcourus. 

La question ouadaïenne, — Vers l'extrême est, nous nous trou- 
verons prochainement en contact avec le Ouadaï. Il importe donc 
de tâcher de se rendre compte de la situation actuelle de ce pays. 

Du Dar Maba qu'occupaient au xvin® siècle les quatre tribus 
primitives Ouadaïennes, celles-ci se sont peu à peu étendues d'une 
part jusqu'au Darfour, de l'autre jusqu'aux environs des rives du 
lac Tchad, sous la dynastie Sennaouiyé. 

Mohammed- A'bdel Kerim Sabonne soumit à l'est le Dar Tama 
(1828)^. En 1830, il se fit reconnaître par le Dar Bandala et le Dar 
Sila (au sud). En 1831, il s'imposa au sultan des Boulolos, dont 
l'autorité s'étendait sur le Kouka, le Fitri, les Arabes Debabas, les 
Oulad-Hamed, etc. En 1832, le sultan du Baguirmi vint faire acte 
de vassalité. 

Mohammed-Cherif (1836-1858) s*empara du royaume des Tound- 
jour sur la Haute-Bat'ha, le Dar Hoda, le Kanem, le Dagana, etc. 

En 1871, le sultan Ali (1858-1874) s'empara de Massenia rebelle. 
Avec lui, la puissance ouadaïenne vit son apogée. 

L'apparition de Ilabah devait lui porter un coup sensible. 



Digitized by 



Google 



— 268 — 

En 1893, ce dernier battait le sultan du Baguirmi qui s'empressait 
de réclamer le secours de son suzerain. Le général Ouadazen, envoyé 
contre Rabah, éprouva un sérieux échec. Le Baguirmi ne tarda pas 
à tomber entièrement au pouvoir de l'ennemi. 

En outre, à partir de la mort de Toussef (1898), les dissensions 
intestines commencèrent au Ouadaï : 

Ibrahim est battu et tué par Chefeddine qui donne le pouvoir à 
son neveu Ahmed-Abou-Ghazali (1900 à décembre 1901), puis ce 
souverain est renversé par le djerma Othman. Doude-Mourra est 
nommé roi par celui-ci au lieu d'Assyl qui s'était compromis en 
entrant en relations avec le commissaire du gouvernement des pays 
et protectorats du Tchad. 

En avril 1901, Ahmed-Abou-Ghazali et Cherfeddine tentent de 
marcher sur Abèche, mais, abandonnés par la grande majorité de 
leurs soldats, ils ne tardent pas à être entourés^ Ahmed-Abou-Gha- 
zali est pris. 

Depuis plusieurs années, les Senoussyas sont représentés aux 
Ouadaï par le Fakir Sidi-Ahmed-El-Sunni-El-Soufi qui a su garder 
la neutralité dans toutes les guerres civiles. Il s'en réjouit très pro- 
bablement, poursuivant peut-être en secret le but de donner le trône 
du Ouadaï à Si-Cheickh-el-Mahdi. 

Le Ouadaï se trouve donc pris entre les Senoussis à l'est et les 
Français à l'ouest. 

Ce pays peut, dit-on, mettre sur pied en temps de paix 
25,000 hommes dont 10,000 cavaliers et 15,000 fantassins et ces 
forces pourraient être portées à 75,000 hommes en temps de guerre. 

Mais, dans de pareils calculs, on doit nécessairement faire la 
part de l'imagination orientale. 

Quoi qu'il en soit, la France devra suivre à l'égard du Oudaï une 
politique prudente. 

Le capitaine Julien dit en matière de conclusion à une fort 
intéressante étude écrite sur la région et à laquelle nous avons 
emprunté la plus grande partie de ces détails : 

€ Tous les renseignements recueillis sont unanimes à montrer 
le peuple ouadaïen, comme étant le peuple le plus farouche, le plus 
orgueilleux, le plus insolent, le plus ivrogne, le plus difficile à gou- 
verner de l'Afrique centrale. 

€ Mais à quel résultat ne peut atteindre une bonne politique de 
longue haleine, patiente, uniforme, ferme, éveillée, appuyée suivant 



Digitized by 



Google 



— 269 — 
une ligne de conduite bien déterminée une fois pour toutes, ne se 
laissant pas dominer par les détails, prenant les gens comme ils 
sont et non comme ils devraient être, pour les amener tout douce- 
ment et sans à-coup à révolution désirée en s'appuyant sur ce Koran 
qu'ils opposent pour nous combattre ? i 

b) Voie de pénétration de la Sanga. — C'est seulement en 1890 
qu'eut lieu la première exploration de la Sanga. Il importait pour- 
tant au plus Haut point de limiter l'extension des Allemands vers 
l'est. 

M. Cholet remonta la Sanga, puis le Ngoko, sur le vapeur Ballay. 
Parti d'Ouessa oii il était arrivé après avoir traversé le territoire 
pabouin à l'est de l'Ivinda, M. Fourneau suivit la Sanga puis le 
Ngoko jusqu'à N'Gama, prit la direction du nord, obliqua à l'est 
vers la rivière qu'il retrouva à Malonga et reconnut le bassin supé- 
rieur de la Sanga jusqu'au 5** de latitude nord. Il e£Eectua son retour 
par la Mambéré après avoir été contraint à lutter contre les indi- 
gènes (1890-1891). 

De son côté, M. Gaillard avait remonté la Sanga jusqu'aux 
rapides de Bania. 

Mizon, parti à la fin de 1899 de l'embouchure du Niger, opéra son 
retour par le Congo en traversant l'Adamaoua et en descendant le 
Liboumbi et la Sanga (1892). 

En 1892, MM. Ponel et Fredon poussèrent jusqu'à Madigali sur 
la rivière Ouahm, en coupant le Bali et le Baoni, affluents du Lobaï. 
M.Gentil explore la Haute-Sanga et M. de Brazza, parvenu à 
Koundé, négocie avec les sultans de Ngaoundéré et de Tola, par 
l'intermédiaire de PoneL 

En 1894, M. Clozel remonte la Mambéré jusqu'à Tendira et fonde 
le poste de Carnot, puis atteint le Wan, le suit jusqu'à Ousékongo 
et revient à Tendira. 

De 1895 à 1898, M. Perdrizet prend pour tâche l'exploration de 
la même région. A l'ouest, il pousse jusqu'à Kounde et à l'est 
remonte la rivière Ouahm (ou Wan) jusqu'au delà du 15° de longi- 
tude est. 

Les missions Bernard et Huot et Lôfler mirent en communica- 
tion, comme nous l'avons vu ci-dessus, les bassins de la Sanga et du 
Chari (1) ; 

(1) En mars 1902, des troubles ont éclaté sur la Haute-Sanga par suite du départ 
du capitaine Lofler commandant le cercle. Plusieurs factoreries ont été pillées, 
deux agents de Compagnies commerciales ont été tués. L'ordre a été depuis rétabli. 



Digitized by 



Google 



— 270 — 

4** U organisation du Congo français, — Dès 1886 , le Gabon 
avait été disjoint des établissements français du golfe de Guinée et 
joint à nos nouvelles possessions de l'Ogôoué et du Kouilou-Niari 
avait formé la colonie du Congo sous l'administration d'un lieute- 
nant gouverneur et sous l'autorité d'un commissaire général du gou- 
vernement. 

Cette organisation se trouva complétée par un décret du 11 dé- 
cembre 1888, modifié bientôt lui-même par celui du 30 avril 1891. 

Le décret du 13 juillet 1894 sépara nos établissements du Haut- 
Oubangui, au point de vue administratif et politique, de la colonie 
du Congo français. On se proposait ainsi de donner à notre action 
une impulsion plus prompte et de partager en quelque sorte la tâcbe 
à effectuer. 

Diaprés le décret du 28 septembre 1897, la colonie est administrée 
par un commissaire général du gouvernement qui a sous ses ordres 
un lieutenant gouverneur du Congo, un lieutenant gouverneur de 
rOubangui et des administrateurs, dont celui du Chari, portant le 
titre de commissaire du gouvernement. 

Le siège du gouvernement est à Libreville où le commissaiie 
général est assisté d'un conseil d'administration. 

Après la défaite et la mort de Rabah, les territoires du bassin du 
Chari furent organisés en territoire militaire, en raison de l'insécu- 
rité régnante. Le lieutenant-colonel Destenave en reçut le comman- 
dement, ainsi que la surveillance du Eanem et du Ouadaï. (Décret 
du 5 septembre 1900,) 

Par le décret du 5 juillet 1902, la région du Tchad cessa de cons- 
tituer un territoire militaire et fut directement rattachée à la colonie 
du CongOk Elle gardait cependant l'autonomie de son budget dont 
le commissaire général devait être l'ordonnateur tout en pouvant au 
besoin déléguer ses pouvoirs à l'administrateur politique de la 
région. 

Les troupes stationnées dans les divers territoires dépendant du 
Congo étaient placées sous les ordres d'un commandant supérieur 
résidant à Libreville. L'administration du Chari fut confiée à 
M. Fourneau. Le lieutenant gouverneur du Congo français fut 
M. Gentil qui fixa sa résidence à Brazzaville. 

Enfin, le décret du 29 décembre 1903 a mis fin à cette extrême 
centralisation: Il a séparé l'énorme groupement congolais en quatre 
parties : Gabon, Moyen-Congo, Oubangui, Chari et Tchad. Chacune 



Digitized by 



Google 



— 271 — 

d'entre elles possède un gouverneur et un budget particuliers. Mais 
le gouverneur du Moyen-Congo a en même temps le titre de com- 
missaire général de la colonie entière. Le budget du Moyen-Congo 
a une section spéciale où seront inscrites les recettes et les dépenses 
communes à Tensemble de nos possessions du Congo. Donc, unité 
financière grâce à cette section spéciale et unité politique, grâce 
aux pouvoirs du commissaire général ; 

5° La question du rio MounL — L'Espagne possédait depuis de 
longues années quelques établissements sur les petites îles de Corino 
et d'Elobey. Par suite de quelques traités' passés avec des chefs de 
la côte, elle prétendait y posséder des droits sérieux. En outre, par 
application fort exagérée du principe de Thinterland, elle n'hésitait 
pas à revendiquer tout le pays situé en arrière de la partie du lit- 
toral comprise entre le cap Esteiras et la frontière du Cameroun 
allemand, jusqu'au 15° longitude est de Paris. Ces territoires avaient 
pourtant été reconnus par nos explorateurs, par Crampel et Four- 
neau, en particulier. Crampel avait signé les traités dans toute la 
vallée du Temboni et dès 1890 nous avions aocupé la région de la 
Sanga. 

La convention franco-espagnole du 27 juin 1900 est venue 
remettre les choses au point. L'enclave espagnole se trouve désor- 
mais délimitée au sud par une ligne tirée de l'embouchure du rio 
Mouni jusqu'au 9° de longitude est de Paris, à l'est par ce méridien 
et au nord par la frontière allemande. Le droit de préemption nous 
est en outre réservé sur cette enclave espagnole. 

Le même accord a réglé la question également discutée depuis 
fort longtemps de l'enclave espagnole saharienne du rio de Ora. 

En 1901, M. Bonnel de Mézières a été désigné pour diriger la 
section française de délimitation de la possession espagnole du rio 
Mouni. Le capitaine du génie Roche et le sous-lieutenant Duboc, 
de l'artillerie, accompagnent sa mission ; 

6° La question du Cabinda. — La frontière séparant le Congo 
français de l'enclave portugaise du CaBinda avait été déterminée 
par la convention du 12 mai 1886, conclue entre la France et le 
Portugal. 

Dans la pratique, la commission de délimitation rencontra cer- 
taines difficultés, résultant de la connaissance incomplète de la 



Digitized by 



Google 



— 272 — 

région frontière au moment de la signature de l'acte du 12 mai 1886. 
En conséquence, un nouvel accord est intervenu le 23 janvier 
1901, entre la France et le Portugal ; M. Fourneau a été chargé de 
diriger la commission française de délimitation ; 

7** La question de la frontière du Cameroun, — La frontière 
franco-allemande du Cameroun a été fixée par la convention du 
15 Tuars 1894. 

En 1900, un différend a éclaté entre les agents français de la 
société du Ngoko et les commerçants allemands établis dans trois 
factoreries sur cette rivière au mépris de l'acte de 1894 qui nous 
céda sa possession du parallèle 2**10' jusqu'à son embouchure dans 
la Sanga. Des observations du capitaine Jobit (1899-1900) il devrait 
même résulter une rectification de frontière en notre faveur. 

Le lieutenant allemand de Stein, administrateur du territoire 
de Sangha-Tfgoko, déclara. se conformer aux observations contraires 
du docteur allemand Plehn et laissa établir des factoreries sur le 
Ngoko, violant ainsi formellement l'acte de 1894. 

Une commission mixte de délimitation franco-allemande a 
reporté notre frontière légèrement plus au nord, suivant le paral- 
lèle 2n2'60" au lieu du parallèle 2°10'. 



Digitized by 



Google 



CHAPITBE II 

APERÇU CLIMATOLOGIQUE — PARTAGE EN RÉGIONS NATURELLES 



Du lac Tchad à la côte congolaise de TAtlantique, on rencontre 
successivement : 

V Une région de transition entre le désert et la zone tropicale. 
Cette région est celle du Damergou, du Ouadaï, du Darfour. Au 
point de vue climatologique, elle est caractérisée par le peu de durée 
des pluies et par l'élévation de la température, Taire de maximum 
thermique commençant vers la latitude de 12** pour s'étendre au 
nord jusque vers le 20* parallèle. 

En conséquence, les cours d'eau du nord du Ouadaï ne possèdent 
qu'un cours souterrain, offrant ainsi le type de l'oued saharien, 
tandis qu'au sud ce pays a des eaux permanentes^ 

La région de Zinder reçoit des pluies de juin à septembre (2). 
La végétation offre un aspect quasi-désertique. Les acacias, les 
mimosées et le palmier doum sont surtout abondants. Aux alentours 
de lieux habités, on trouve en outre quelques baobabs, de grands 
gommiers, des tamariniers, des ficus. Le Damergou produit une 
grande quantité de mil. Certaines parties de ces régions de transi- 
tion offrent pourtant une extrême aridité, tel est le désert Amberkey 
à Pouest d'Abecher. 

En descendant vers le sud, les pluies d'été deviennent rapide- 
ment plus importantes. Il tombe annuellement dans le Baguirmi 
1 mètre d'eau ; 

2* La région tropicale, — Cette région offre, d'une manière géné- 
rale, les caractères de la steppe soudanienne. Deux saisons princi- 
pales s'y partagent l'année : celle des pluies et celle de la séche- 

(!) FouREAU, D'Alger au Congo par le lac Tchad, 

PÉNÉTRATION FRANÇAISE IS 



Digitized by 



Google 



_ 274 — 

resse. La température moyenne oscille entre 20*^ et 30°. L'aspect de 
cette zone est assez analogue à celui des plaines nigériennes. La 
brousse s'étend presque partout, dominée çà et là d'arbustes et par- 
fois de grands arbres. Le karité pousse jusque vers le 8** de latitude 
boréale ; le sud du Ouadaï produit quelque cotons Les plantations 
se composent surtout de sorgho et de mil. 

En descendant vers l'équateur, les rives des cours d'eau se rap- 
procbent de plus en plus du type forêt galerie, ofiFrant une végéta- 
tion vigoureuse d'arbres et de lianes dont plusieurs espèces donnent 
du caoutchouc. En outre, on rencontre assez fréquemment, à partir 
du 8® parallèle, des bois assez toufEus, parsemant çà et là les steppes. 
Le bambou y domine avec quelques cycadées. Les bas-fonds pro- 
duisent des palmiers. Entre les 5° et 6**, les borassus font leur appa- 
rition formant de véritables forêts, anciens restes peut-être de la 
partie septentrionale de la forêt dense, aujouid'hui disparue. 

Dans la région tropicale, l'Adamaoua jouit d'une situation par- 
ticulière en raison de son caractère montagneux. Il est, sous ce rap- 
port, comparable à notre Fouta-Djallon. L'été y est très pluvieuse 
et la sécheresse commence dès la fin de l'automne. Cette période de 
Tannée subit le souffle de l'harmattan, vent venu du nord comme 
le sirocco. 

En hiver, on y constate des températures relativement très 
rigoureuses descendant au-dessous de 6"* (1). 

Les sommets sont le plus souvent boisés et les plateaux couverts 
de pâturages». Dans les fonds s'étale une végétation quasi équato- 
riale de bananiers et de papyrus ; 

3** La région équatoriale. — La forêt dense ne commence guèi«, 
dans le bassin du Congo, qu'aux environs du 5** de latitude nord. 
Dans l'Etat belge, sa lisière ne dépasse guère le 4* parallèle et décrit 
une courbe sensiblement semblable à celle du fleuve. 

Son approche est annoncée par la présence du palmier à huile 
poussant à l'état isolé au delà du 5** et par celle des bananiers appa- 
raissant dès le 6\ La culture de l'igname et du manioc remplace 
celle du mil. 

Les essences de la forêt congolaise sont les mêmes que celles de 

(1) MizoN, Voyage dant VAdamaoua. 



Digitized by 



Google 



— 275 — 

la forêt guinéenne et nous avons suffisamment insisté sur oelles-ci 
dans un chapitre précédent. 

Dans la région comprise entre Ouesso sur la Sanga et les monts 
de Cristal, on rencontre fréquemment de grands espaces défrichés. 
Les chaînes montagneuses que doivent traverser rOgôoué et le 
Kouilou Niari avant de parvenir à la mer sont le plus souvent cou- 
vertes de brousse. Au sud, une ligne tirée de Loango au Congo et 
à peu près parallèle au 5° de latitude méridionale marque la limite 
extrême de la forêt dense. 

Aux environs de Téquateur, au Gabon et dans le bassin de 
rOgôoué, on distingue deux saisons pluvieuses et deux saisons 



1** De janvier à Tnaiy grande saison des pluies. Le thermomètre 
atteint 35° ; 

2** De mai à septembre, grande saison sèche, la température 
moyenne est d'environ 24° ; 

3° De septembre à décembre, petite saison des pluies ; 

4° De décembre au 15 janvier, petite saison sèche, subissant 
pourtant de fréquents orages, annonçant déjà la grande saison des 
pluies. 

Au sud de Téquateur, Tordre de succession des saisons change. 
A la grande époque des pluies succède sans transition nettement 
marquée la grande saison sèche, puis viennent la petite saison des 
pluies et la petite saison sèche». 

La hauteur d'eau observée annuellement est de 2",40 à Libre- 
ville ; près de l'embouchure du Congo, à Banana, elle n'est plus 
que de 0",72. 



Digitized by 



Google 



CHAPITRE III 



CONSTITUTION GEOLOGIQUE 



Le sol charien et congolais, comme la presque totalité de 
l'Afrique, est constitué de terrains archéens et primaires. 

Les terrains alluvionnaires, sablonneux et argileux se partagent 
la cuvette du Tchad et le Bas-Chari (1), mais à mesure que 
Ton remonte le fleuve, les roches font leur apparition. Le bassin du 
Gribingui et la zone à larges ondulations qui sépare les eaux du 
Tchad de celles du Congo possèdent un sous-sol ferrugineux recou- 
vert d'une argile rougeâtre susceptible de produire une végétation 
plus ou moins vigoureuse suivant son épaisseur (2). 

Entre les 5** et 7® de latitude boréale, existe un soulèvement gra- 
nitique (3) qui s'étend du plateau de Bani et des monts Karé dans 
la région de la Haute-Sanga et du Haut-Ouahme, aux Eagos du 
Haut-Gribingui. Les rapides de ce cours d'eau sont eux-mêmes 
dallés de granité et de gneiss. 

Le bassin du M'Bomou a un sous-sol de mica, de gneiss, de 
micaschiste parsemé d'olignite et d'hématite rouge et recouvert de 
couches argileuses. 

Les pays baignés par la Kotto (ou Kouto) et le Kouango con- 
tiennent de grands plateaux ferrugineux (3), l'action des eaux 
ayant érodé la couche superficielle d'humus qui les recouvrait. Des 
pyrites cuivreuses accompagnent parfois la limonite, en particuliei 
dans l'Etat belge sur la rive gauche du M'Bomou. 

On a signalé sur la ligne de partage des eaux de cette rivièI^e et 
du Bahr-el-Ghazal des blocs erratiques contenant du manganèse 

(1) Missions Gentil, Fcureau, Maistro, Lofler. 

(2) Missions Maistre et Gentil. 

(3) Mission Lofler. 



Digitized by 



Google 



— 277 — 

et des traces de houilles schisteuses, seuls vestiges carbonifériens 
que possède TAfrique. 

La région des hauts plateaux qui s'étend du Cameroun allemand 
au Haut-Ogôoué et au Congo, est recouverte de grès et de sable 
quartzeux reposant sur un fond paléozoïque. Aux environs de l'em- 
bouchure de la Léfini, le terrain possède un filon de quartzite veiné. 

Le Haut-Ogôoué coule d'abord entre des rives au sol gréseux 
recouvert d'argile rougeâtre^ Près du confluent de la rivière Sébé, 
le quartzite veiné fait son apparition. Le cour€ moyen du fleuve est 
parsemé de rapides produits par des affleurements schisteux. Dans 
la région des monts de Cristal, il traverse des gneiss, des micas- 
chistes et des granités. Sur ces contreforts archéens viennent s'ap- 
puyer les terrains récents d'alluvions qui forment son delta. 

Les bancs de calcaire du littoral gabonais sont recouverts 
d'épaisses couches de limonite. Les terrains qui bordent le Como 
sont également d'origine alluviale (argile grise recouverte de 
couches marneuses blanches et de dépôts d'argile limoneuse). 

Plus au sud, le Kouilou-Niari, de sa source à la mer, pénètre un 
sol de calcaire gris, puis de granité et de quartzite veiné. Le Lou- 
dima à la côte reparaît le grès quartzeux des hauts plateaux. 

La caractéristique générale de la minéralogie de notre colonie 
du Congo est la grande abondance de fer qu'elle renferme. Il se pré- 
sente sous la forme d'hématite, d'olignite, de magnétite ou de 
limonite (1) suivant l'ancienneté du terrain qui le contient. 

Le cuivre est exploité dans la région de M'Boka-Sanga, sur la 
rive gauche du Niari moyen. L'existence de l'or dans le bassin con- 
golais est encore problématique. Du zinc, du plomb, de Y argent en 
petite quantité se rencontrent dans les gisements de fer. 

(l) La limonite est du sesquioxyde de fer hydraté ; résultat de l'action violenta 
des eaux sur l'oligiste ou l'hématite rouge (sesquioxyde de fier anhydre). 



^XBIBLrOTHÉQU'- 



Digitized by 



Google 



CHAPITEE IV 



ÉTUDE DE LA RÉGION DU TCHAD CHAHI 



I. — Etude physique. 

Nos possessions du Tchad-Congo se partagent, comme nous 
l'avons vu, en trois grandes régions naturelles détei minées par le 
climat et la végétation spéciale qui appartiennent en propre à cha- 
cune d'elles. 

Au point de vue physique, l'une quelconque de ces régions n'est 
point, dans toute son étendue, identique à elle-même. C'est ainsi 
qu'aux confins du désert la dépression du Tchad apparaît comme 
une exception assez analogue à la petite Egypte formée par le Niger 
entre Zinder et Say et située à une latitude analogue à celle du 
giand lac. 

Dans l'étude du bassin du Chari, nous distinguerons donc : 

A. La région tchadienne, comprenant elle-même : 
1° La dépression du Tchad ; 

2° Les plateaux sur lesquels s'appuie cette dépression, à l'ouest : 
région du Damergou-Zinder, à Test : Kanem et Ouadaï ; 

'3° Le bas Chari, région souvent recouverte par les eaux et pro- 
longeant vers le sud la dépression du Tchad et comprenant sur la 
rive droite du fleuve le Baguirmi et sur la rive gauche la zone du 
Ba-Ili et du Logone. 

B. Le Haut-Chari et les pays arrosés par le Bahr-Sara-Ouahme, 
le Gribingui et le Ba-Mingui, ceinture méridionale de la dépression 
Tchad-Bas-Charî, formée de plateaux d'une altitude moyenne de 
400 mètres. 

G. Le soulèvement granitique à larges ondulations situé entre 
les 5"* et 7° de latitude boréale, dan» la zone de partage des eaux 



Digitized by 



Google 



— 279 — 

entre Chari et Sanga, s'étendant des monts Dés et Karés aux monts 
Bola et aux Kagas du Haut-Gribingui et de la Haute-Tomi (alti- 
tude de 500 à 900 mètres). 



A. La région tchadienne, 

V La dépression du Tchad. — Le lac Tchad occupe la partie 
centrale d'une dépression bornée à Test par les terrasses du Ouadaï, 
au nord par les monts du Tibesti et de l'Air, à l'ouest par les pla- 
teaux du Damergou, au sud-ouest par la région montagneuse de 
TAdamaoua, au sud par les plateaux du Haut-Chari. 

Son altitude ne dépasse guère 250 mètres, alors que Zinder est 
à une élévation de 470 mètres, celle d'Agadès, un des points les 
plus bas de l'Aïr, étant de 474 mètres et celle de l'oasis d'Agadem 
de 370 mètres. Au nord-est, les monts du Tibesti offrent des altitudes 
variant entre 2,000 et 2,700 mètres ; à l'est, les terrasses du Ouadaï 
dépassent 400 mètres ; au sud, le confluent du Chari et du Gribingui 
est à environ 380 mètres. 

La dépression tchadienne est donc très nettement marquée : 
elle occupe peut-être l'emplacement d'une mer peu à peu disparue 
en raison de l'assèchement général dû aux courants aériens et à la 
perméabilité du sol. 

Le lac lui-même est une immense nappe d'eau de 300 kilomètres 
de longueur sur 130 de large (1). Sa profondeur est loin d'être 
constante. En certains points, elle atteint en effet de 7 à 8 mètres 
et en d'autres 1 mètre seulement. La partie ouest du Tchad présente 
les plus grands fonds, les eaux se déplaçant dans cette direction. La 
partie orientale est par contre encombrée de bancs de sable. 

Lorsque les premiers explorateurs atteignirent le lac, ils fui-ent 
très étonnés de se voir arrêtés par des marécages, au lieu de trouver 
la mer intérieure que les nations européennes avaient voulu con- 
quérir. 

Les bords du lac sont, en effet, fort vaseux et encombrés de véri- 
tables forêts de roseaux, de joncs et de cyperus de plus de 3 mètres 
de hauteur, séjour d'élection des hippopotames et des éléphants. La 
rive septentrionale est recouverte de mares et de lagunes, « sortes 

(1) 200 de longueur sur 180 de largeur, d'après le lieutenant-colonel Destenave 



Digitized by 



Google 



— 280 — 

de tentacules du Tchad dont les méandres capricieux et difficiles 
s'avancent fort loin dans les terres et qui sont les caractéristiques 
très particulières de tout ce côté du grand lac » (1). Leurs eaux 
sont souvent natroneuses et communiquent avec le Tchad, au 
moment de la crue tout au moins. Celle-ci atteint sa plus grande 
extension à la fin de septembre. Dans sa partie nord-est, le lac 
s'avance alors d'environ 100 kilomètres à l'intérieur des terres ; 
au sud, il recouvre les environs de Dagana, de Goulfeï et de Koussri; 
par contre, ses empiétements vers l'ouest sont peu considérables. 

Il existe un courant important dans la partie orientale du lac 
Tchad : 

« A son embouchure dans le Tchad, le Chari s'étale sur des bancs 
argileux à peine recouverts en saison sèche de 60 à 80 centimètres 
d'eau. 

« Dès qu'on veut marcher vers l'est, à hauteur d'Hadjer-el- 
Hamir, on est arrêté par une suite ininterrompue de marécages (2). 

« Au delà d'Hadjer-el-Hamir, et dès qu'on s'élève vers le nord- 
est, on tombe dans le sillon du Bahr-el-Ghazal, qui présente l'as- 
pect d'un véritable fleuve de 6 kilomètres de largeur, dont les rives 
sont nettement marquées. A hauteur du Dar Kessaguer, le fleuve 
se divise : le véritable fleuve remonte au nord, tandis que la branche 
orientale continue vers l'est et va se perdre dans la plaine basse de 
Kiour-kiour, vaste marécage coupé d'îlots de vase noire (3). 

« Au nord de Mishilèla, une branche secondaire semble se diriger 
actuellement vers Massa-Kari et vers la dépression du Bahr-el-Gha- 
zal : le courant aux hautes eaux s'y fait encore sentir (4). 

« La branche principale du Bahr-el-Ghazal dont les bras ont 
une profondeur de 3",60 à 4™,50 court à travers les îles sablonneuses 
des Kouris, parallèlement à la côte du Kanem et s' infléchissant de 
plus en plus vers Test jusqu'à la convexité de Kindill. Il en est ainsi 
jusqu'à Matakeh, où le Bahr-el-Ghazal paraît s'infléchir au sud- 
ouest et s'infléchir de plus en plus (5). 

a Le Bahr-el-Ghazal, conclut M. le lieutenant-colonel Deste- 
ll) FouREAU, D'Alger au Congo par le lac Tchad 

(2) Lieutenant-colonel Destenave, Le Lac Tchad, Revue générale deê êciences, 
juin 1903. 

(3) Capitaine Dubois, ReconnaUsance du Bahr-el-Ghazal. 

(4) Capitaine Truffert, Le Bahr-eUGhasal et l archipel Kouri. 

(5) Lieutenant D'Huart, Relation inédite citée par le lieutenant-colonel Destenave. 



Digitized by 



Google 



— 281 — 

nave, semble donc être la continuation dans le Tchad du cours du 
Chari, dont les débordements alluvionnaires sur ses deux rives ont 
déterminé la formation de ces plateaux vaseux qui augmentent 
chaque année par suite de la diminution de la crue du fleuve et de 
la force de son courant. 

< La convexité de Kindill semble attester par sa forme si accen- 
tuée que le Bahr-el-Ghazal, parvenu au terminus de son cours, a 
perdu sa puissance d'érosion devant ce vaste promontoire » (1). 

Certaines années voient des crues assez considérables pour donner 
un cours momentané au Bahr-el-Ghazal, oued dont le lit d'ordinaire 
desséché s'étend jusqu'au Tibesti. Cet oued a pu être qualifié 
d' « effluent » en raison de cette particularité (2). 

Immédiatement après la saison des pluies, Nachtigal Ta vu 
couler « dans une rigole entourée d'une épaisse végétation ». 

Le Bahr-el-Ghazal met le Tchad en communication avec la 
dépression de Bodelé qui est comprise entre le plateau de Egheï et 
les premières terrasses du Borkou. Sur sa rive occidentale, le lac 
reçoit la Kouradougou qui seri)ente entre deux berges très boisées 
présentant les caractères de la forêt galerie, possédant de 4 à 5 mètres 
d'élévation et distantes l'une de l'autre de 40 à 50 mètres. 

Ce cours d'eau, formé par la réunion de la rivière de Thaba et 
du Ouaoubé, baigne, par son cours supérieur, la région de Kano. 
Son bassin est d'ailleurs entièrement compris dans la zone d'in- 
fluence anglaise. 

Le Tchad est parsemé d'îles (3) nombreuses, 80 environ appar- 
tenant à trois genres différents. 

Les unes, fort basses, ne sont que des bancs de sable émergeant 
de la surface liquide ; d'autres sont recouvertes de plantureux her- 
bages ; les troisièmes enfin sont plus étendues et possèdent une sta- 
bilité plus grande. Celles-ci produisent de belles plantations de mil 
et de nombreux villages habités par une j)opulation de Bondoumas 
et de Kouris, pirates aujourd'hui soumis à notre autorité, que l'on a 
évaluée à 50,000 âmes et dont nous reparlerons plus loin. 

(1) Lieutenant-colonel Destenave. Le lac Tchad, Revue générale des sciencei. 
juin 1903. 

(2) LoRiN, L'Afrique à Ventrée du XX» siècle. 

(3) « Les deux principaux agents de formation des îles du Tchad sont : !• le 
Chari et les tributaires du lac ; 2*» Les vents du nord et du nord-est ; lieutenant-co- 
lonel Destenave, loc. cit. 



Digitized by 



Google 



— 282 — 

La navigation est souvent difficile snr le Tchad en raison de 
véritables lames fort redoutables produites par de fréquentes tem- 
pêtes ; 

2" La dépression du Tchad est bornée à l'ouest par les plateaux 
du Damer gou et de Zinder. 

Le Damergou offre l'aspect d'une plaine couverte de cultures de 
mil. « La campagne est riante et semble une plaine cidtivée de 
France (1). » Elle est pai semée çà et là de gommiers, de tadent, 
de kologo et de korunka. C'est bien là le commencement de la nature 
soudaniennek. De nombreuses mares conservent l'eau des pluies et, 
avec les puits des lieux habités, assurent un arrosage suffisant. Des 
jardins entourant les villages produisent des dattes, du tabac, du 
piment, des oignons, des potirons, des pastèques, du coton. M. Fou- 
reau parle de jujubiers énormes « sous l'ombre desquels plus 
de 100 chevaux pourraient tenir à l'aise ». 

A quelques kilomètres à l'ouest de Zinder se trouvent une série 
de cuvettes « dans lesquelles croissent des palmiers-dattiers dont le 
nombre n'est pas inférieur à 100,000, mais dont la culture est mal 
faite » (2). 

Le capitaine Joalland dépeint la région sous des couleurs très 
séduisantes : « Qu'il me suffise de dire que le pays de Zinder est un 
pays riche où le blé, le citronnier, le mil, le maïs, le riz, les dattes, 
en un mot tous les produits soudanais poussent en abondance. > 
Ajoutons à cela que le climat est très sain en raison de la longue 
durée de la sécheresse, la saison des pluies ne comprenant que les 
mois de juin, juillet, août et septembre. 

Au nord-est de Zinder, le pays d'Elalhous est surtout une région 
de pâturages où paissent les troupeaux des Touareg du Damergou 
consistant en chevaux, moutons, bœufs et chameaux. Le Damergou 
est, en effet, la zone de transition entre les pasteurs chameliers et 
les pasteurs vachers. Zinder possède en outre des autruches privées. 

A l'est s'étend le Manga dont les cultures sont peu importantes, 
les indigènes se contentant d'exploiter le sel des lacs et de se pro- 
curer, par son échange, les denrées nécessaires à leur existence. 

D'une manière générale, la végétation est beaucoup moins abon- 
dante dans la contrée qui sépare le pays de Zinder du Bornou. 

(1) FOURÊAU, loC. cit. 

(2) Lieutenant Métain. 



Digitized by 



Google 



— :283 — 

Celle-ci se déroule en steppe ondulée, la plupart du temps recou- 
verte de brousse, les arbres sont moins nombreux et ne recouvrent 
quelque puissance que dans les fonds humides^ 

Le sol est de sable blanc argileux et parfois accidenté de col- 
lines n'atteignant pas une cinquantaine de mètres d'élévation. 

A mesure qu'on se rapproche du Tchad, les mares deviennent 
plus fréquentes. Ce sont successivement : le grand lac d'eau douce 
de Guezafa, la dépression de Kouaounsi recouverte par les eaux 
durant la saison des pluies, la mare de Dessaoua, le marigot de 
Denkka. A partir de Kakara, dernier village avant le Tchad, s'étend 
un long espace sans eau, d*environ 100 kilomètres. Aux abords 
mêmes du lac, on rencontre des plantations de coton. 

La rive septentrionale du Tchad qui porte le nom de Chitati est 
peu cultivée ; par contre, à l'est de colui-ci, on retrouve à la lati- 
tude de Zinder un pays analogue dont la fertilité est encore accrue 
par les inondations des hautes eaux. C'est le Kanem. < Au sud du 
Chitati jusqu'à cette grande zone déserte qui sépare le Ouadaï du 
Kanem existe un pays riche en grains, en dattes, en bétail (1). » 
Le Kanem, ruiné par les déprédations de Babah, ne tardera pas a 
reconquérir son ancienne prospérité avec le rétablissement de la 
paix dans ces régions si longtemps troublées. 

En s'éloignant vers l'ouest, on trouve successivement un sol noir 
et crevassé par le séjour des hautes eaux, puis un plateau de peu 
d'élévation séparant le Chari du lac Fitri. Des marais annoncent 
l'approche de oelui-ci, nappe d'eau dont il faut < environ deux 
jours de marche pour faire le tour » (2). 

Dans le Fitri vient se jeter le Batha impuissant à atteindre le 
Tchad, sorte d'oued auquel la saison des pluies donne de l'eau chaque 
année. Un filet liquide coule toute l'année sous le sable à une pro- 
fondeur de 0™,50 à 1 mètre et une végétation arborescente couvre 
ses rives^ 

Au delà commence la région des steppes qui s'étend jusqu'à la 
lisière du Ouadaï et qui renferme le désert d'Amberkei où ne pous- 
sent plus que des acacias, des mimosées et quelques arbres à bois 
d'ébène et où il faut aller chercher l'eau jusqu'à 75 mètres de pro- 
fondeur. A celui-ci succède le Dar Ziyoud, pays plus élevé. On arrive 

(1) Relation du capitaine Joalland à la Société de géographie de Paris en mai 
1901 (Bulletin du comité de V Afrique française,^ de juin 1901). 

(2) Capitaine Nachtigal. 



Digitized by 



Google 



— 234 — 

enfin au Dar Maba qui fut au Ouadaï ce que rile-de-France avec 
Paris était à la vieille France. 

Vers la fin du xviii* siècle, la famille ouadaïenne, formée de 
quatre tribus, était concentrée dans cette région accidentée. « Géo- 
graphiquement, le Dar Maba immédiatement au nord des dépres- 
sions les plus septentrionales de la Bat'ha, se compose de deux 
chaînes granitiques en certains points, gréseuses en d'autres, orien- 
tées généralement nord-est-sud-ouest, distantes l'une de l'autre 
de 30 à 60 kilomètres, mais reliées entre elles par des chaînons 
secondaires, séparant des vallées latitudinales. La plus onaiatale de 
ces deux chaînes débute dans le nord-nord-est par les monts Matba 
et Malanga, puis le massif de Abou-Sénonne ou Ab-Senane ou 
Kodoï ou encore Korraj, pour finir par celui de Kalinego ou Kelin- 
guen. La plus occidentale commence au mont Chibi, se prolonge au 
massif de Dabou, pour se continuer par celui de Koudougo. Les 
massifs de Kalmégo ou Keliguen et de Koudougo détachent, au sud, 
leurs derniers contreforts sur les « Oudianes > (pluriel de Ouadi, 
vallon, vallée), naissant de la Bat'ha septentrionale, à l'est et à 
l'ouest d'Abeché. Entre les monts Matha au nord-nord-est et le 
mont Chibi à l'ouest s'ouvre une large trouée nord-nord-ouest, sur 
le pays des Arabes Mohamides, par conséquent sur la partie supé- 
rieure du Bahr-el-Ghazal vers le Borkou et le Dar Gor-âne. ITn 
peu en arrière de cette trouée, placées i)our ainsi dire en sentinelle 
à 15 kilomètres environ à l'est et sur la latitude du mont Chibi, se 
dressent en un demi-cercle, face au nord-ouest, les montagnes de 
Ouara. Celles-ci abritent dans un étroit vallon, toujours face au 
nord-ouest, entre elles et le mont sacré Torega, la capitale Ouara- 
Kebir. 

Les montagnes de Ouara servent de trait d'union entre le massif 
Koudougo et les monts Matba, c'est-à-dire sud-ouest-nord-nord-est, 
et entre le mont Chibi et le massif de Abou-Senone, c'est-à-dire 
ouest-est. 

« L'altitude la plus élevée au-dessus du sol paraît être de 400 à 
500 mètres. 

« Pendant la saison des pluies (trois niois sur douze), les lits à 
sec se transforment en d'impétueux torrents roulant sur la Bat'ha, 
qui est l'altération du mot arabe « batihat », qui veut dire lit très 
vaste d'un torrent ; tandis qu'en saison sèche, le Dar Maba étant 
pauvre en eau, les puits creusés dans chaque village vont chercher 



Digitized by 



Google 



— 285 — 

le précieux liquide jusqu u ^* 80 longueurs d'homme, soit de 100 
à 160 mètres (1). » 

Les productions du Ouadaï sont assez analogues à celles du 
Damergou. Ses pentes méridionales sont susceptibles de produire du 
coton. Vers le nord-est se trouvent le plateau d'Egheï, la dépression 
du Bodelé, les contreforts du Borkou et les monts du Tibesti. Ces 
derniers font partie de la longue dorsale montagneuse qui s'étend 
du massif central saharien jusqu'à la région des grands lacs. Leurs 
deux sommets culminants sont le Tousiddé (2,700 mètres) et le 
Tarso (2,400 mètres). Au nord-est, les monts Tummo ne dépassent 
guère 900 mètres. Vers le sud-ouest, le Ouadaï est réuni au Baguirmi 
par une série presque ininterrompue de cultures ; 

3"* Le Bas'Chari est en quelque sorte le prolongement de la 
dépression du Tchad auquel il fournit assez d'eau pour lui i)er- 
mettre de lutter contre la sécheresse environnante. Le fleuve a un 
cours relativement lent dans un terrain presque horizontal. Il ren- 
ferme beaucoup de hauts-fonds et de fréquents bancs d'huîtres. 

Aux basses eaux, sa largeur est d'environ 300 mètres au point 
où il se jette dans le lac Tchad. 

Chose assez particulière, « plus on remonte le Chari et plus il 
est beau et majestueux i (2). 

Après Koussri, il prend une largeur de 400 à 500 mètres et, plus 
loin, de 500 à 1,200 mètres. Enti'e Niellim et Gaoura, il se partage 
en de nombreux bras et couvre près de 12 kilomètres d'ouest à esU 
Au confluent du Bahr-Sara, sa largeur n'est plus que de 120 à 
160 mètres. 

Les berges, d'abord assez boisées près du confluent, s'élèvent 
bientôt jusqu'à 5 et 8 mè'tres et se couvrent d'une végétation tro- 
picale. 

Près de Togbao, les monts de Niellim culminent à une centaine 
de mètres. Avant Fort-Archambault, le Chari traverse l'amas 
rocheux de Thâlibé. 

Le principal affluent de gauche du Bas-Chari est le Logone que 
le lieutenant Kieffer a reconnu navigable jusqu'à Laï. Le capitaine 
Lôfler a prouvé l'existence d'une dépression soupçonnée depuis 

il) Le Dar-Ouaclaï. — Capitaine Julien: Supplément du bulletin du comité de 
V Afrique française do février, mars, avril, mai 1904, d'après les renseignemenls 
recueillis dans sa mission auprès de Senoussi, sultaa de Dar-el-Kouti. 

2; FouriRAU, loc. cit. 



Digitized by 



Google 



— 28 i — 
quelque temps déjà et mettant en communication la vallée du 
Logone et celle du Mayo-Kebbi, affluent de la Bénoué. Cette dépres- 
sion s'embranche sur le Logone, près de Saf oussou, et descend d'abord 
veis le sud-ouest. Large de plus de 2 kilomètres, à son origine, elle 
se rétrécit bientôt et pénètre dans le lac de Toubouri. Celui-ci 
mesure environ 1,500 mètres de largeur sur 25 kilomètres de lon- 
gueur, dans la dir<^ction du sud-ouest. 

Il est dominé par « les trois montagnes Daoua dont le relief 
imposant sur la plaine e!<t de 250 mètres environ ». 

Après le lac de Toubouri, les mares se succèdent et parmi 
celles-ci Tétang de Tikem de 8 kilomètres de longueur. Enfin, le lao 
de Léré n'a pas moins de 75 kilomètres de long sur 3 de large. 
A partir de là commence le cours du Mayo-Kebbi qui sort du Tou- 
bouri par trois cascades de 10, 12 et 60 mètres (capitaine Lenfant). 

A la saison des pluies, la dépression s'emplit d'eau sur toute son 
étendue et les pirogues mettent en communication Bénoué et 
Logone. Entre? cette dernière livière et le Chari s'étend la région du 
Ba-Ili, couverte de maiéeages aux hautes eaux. 

Du Babo au Chari, la plaine est souvent sillonnée de landes 
dénudées de 300 à 400 mètres de largeur « dont le fond craquelé 
couvert d'empreintes d'animaux » (1) de grande taille indique le 
caractère aquatique au moment de la crue. 

Plusieurs de œs sillons deviennent alors de véritables rivières 
que les indigènes parcourent sur leurs pirogues. Bahr-Sara, Bo-Bo 
et Baria inférieurs sont alors réunis par une nappe liquide presque 
ininterrompue. Maistre a suivi un de ces sillons de Daï à Laï. 

Durant la saison sèche, au contraire, Teau est peu abondante en 
dehors des puits. 

Sur la rive gauche du Logone, le sol s'élève peu à peu, marquant 
le commencement des plateaux locheux qui séparent le bassin du 
Chari de celui de la Bénoué. 

A Palla (406 m.) et Lamé viennent mourir les derniers contre- 
forts de l'Adamaoua. La brousse s'épaissit et la végétation devient 
plus puissante. Palla est entourée d'une véritable forêt de palmiers. 

Le principal affluent de droite du Chari inférieur est le Ba-Ir 
ou Bahar-Er-Reguig (la petite rivière, en arabe), sorte de bras sep- 
tentrional du fleuve qui traverse le Baguirmi. 

(1) Capitaine Lofi.kr. 



Digitized by 



Google 



— 287 — 

Celui-ci reçoit annuellement 1 mètre d'eau. Les cultures du 
Bagnirmi, comme celles de la moyenne partie de la région traversée 
par le Bas-Chari et ses affluents, sont : le sorgho, les haricots ara- 
chides, les oignons, Tindigo, le coton. Le riz sauvage pousse dans 
tous les marigots au moment de la saison des pluies. Le karité 
abonde. 

Les pâtuiages du Baguiimi nourrissent d'assez bons chevaux 
que Ton exporte vers le sud jusqu'à Daï. La région des marais est 
pernicieuse au bétail en raison des taons innombrables que produit 
rhumidité. On ne rencontre plus de bœufs au-dessous de Laï. 

B. Haut'Chari, 

Le Haut-Chari est formé par la réunion de trois rivières : le 
Ba-Mingui, le Gribingui et le Bahr-Sara-Oua. On s'est fort préoc- 
cupé ces derniers temps de savoir lequel de ces trois cours d'eau 
est véritablement le bras supérieur du fleuve. 

Le Bahr-Sara-Oua a environ 600 kilomètres de développement 
et de 300 à 400 mètres de largeur près de son confluent, tandis que 
le Ba-Mingui n'a que 500 kilomètres de longueur au maximum 
avec une largeur d'une centaine de mètres au point où il se jette 
dans le Gribingui. Quant à ce dernier, sa largeur maxima ne 
dépasse pas 80 mètres, et sa longueur 400 kilomètre*. On a donc pu 
émettre l'hypothèse que le Bahr-Sara-Oua est le vrai Chari supé- 
rieur. Pour régler d'une façon définitive cette question, il faudrait 
connaître l'importance relative du volume d'eau apporté par cha- 
cune de ces trois rivières. 

Le Ba-Mingui n'a guère été exploré que dans la partie de son 
cours parallèle au Gribingui, du confluent du N'Délé à son embou- 
chure. Sa source est probablement située vers le point de rencontre 
du 8* parallèle et du 20** de longitude est. 

Le Gribingui descend de la légion de hauts plateaux qui marque 
la zone de séparation entre le bassin du Chari et celui du Congo. Il 
est formé par la réunion à Fort-Crampel du Gribingui propre- 
ment dit, de la Nana et de la Koddo. 

Pendant cette première partie de son cours, il traverse des pla- 
teaux légèrement ondulés, au sol ferrugineux, tantôt recouverts de 
brousse, tantôt boisés. Ses rives, ainsi que celles de ses affluents, 
sont du type forêt-galerie. 



Digitized by 



Google 



— 288 — 

Des bananiers, ananas, papayers, des arbres et des lianes à caout- 
chouc annoncent déjà de loin Tapproche de la région équatoriale. 
Avant d'arriver à Tagoussa, le Gribingui qui, depuis Fort- 
Crampel, coulait en terrain sensiblement plat, laisse sur sa rive 
gauche une petite chaîne de collines d'une trentaine de mètres d'élé- 
vation. Il x>ossède en ce point 45 mètres environ de largeur. Avant 
de recevoir le Ba-Mingui, il se rétrécit ; les parois rocheuses for- 
mant ses rives se rapprochent parfois et ne laissent entre elles qu'un 
étroit espace pour le passage des eaux qui s'y engouffrent avec vio- 
lence. En outre, le Gribingui qui est embarrassé de six rapides 
formés de grandes dalles de gneiss et de granité qui émergent aux 
basses eaux^ 

La Ouahme ou plutôt Oua prend sa source entre les 12* et 13** de 
longitude est près des derniers contreforts du sud-est de l'Ada- 
maoua. 

EUe reçoit bientôt l'apport des eaux de plusieurs rivières des- 
cendant des plateaux qui forment la zone de partage entre le bassin 
du Chari et celui de la Sanga. Elle remonte ensuite vers le nord, 
laissant sur sa rive gauche les monts Karés, puis à Bobo, point, 
marqué par un rapide, s'incline brusquement de nouveau vers l'est 
Non loin de Bengey, la Oua est grossie sur sa droite par la rivière 
Ba qui possède environ 35 mètres de largeur. 

Jusqu'aux environs de Garao, la Oua est encaissée et encombrée 
de rapides. En aval de l'île Goba, elle devient navigable pour les 
vapeurs fluviaux aux hautes eaux. Les pirogues seules peuvent 
remonter en amont. Sur sa rive gauche, près de Bougodji, elle est 
dominée par le Kaga-Bokro, colline d environ 200 mètres et sur sa 
rive droite, à une vingtaine de kilomètres en amont de Devo par le 
Kaga Nioro, d'une altitude analogue. 

La Oua traverse de vastes plaines herbeuses produisant du mil, 
du manioc, du tabac, de la sésame, des patates, des courges. Ses 
rives sont en général peu boisées. Il n'en est pas de même de son 
affluent la Fafa. Celle-ci vient du sud où elle prend sa source vers 
le e** parallèle et est bordée de forêts profondes, riches en caout- 
chouc. Elle est navigable en aval du confluent de la KoumL 

Peu après Deva, la Oua prend le nom de Bahr-Sara et remonte 
vers le nord en décrivant un ooude assez brusque, traverse la région 
de Daï inondée aux hautes eaux et reçoit la Baria grossie du Ba-bo 
dont on a fait longtemps un affluent du Logone. Le capitaine 



Digitized by 



Google 



— 289 — 

LôRer a démontré réoemment la fausseté très probable de cette hypo- 
thèse. Le Bahr-Sara vient enfin confluer avec le Gribingui, un peu 
en aval de Fort-Archambault. 

C. Zone de partage des eaux entre Chari et Congo. 

Elle est constituée par un soulèvement granitique qui s'étend 
entre les 5® et 7° parallèles et sur lequel viennent s'appuyer les 
plaines de moindre altitude composant la région supérieure de la 
Oua et du Gribingui. 

A Touest, ce soulèvement prend naissance dans les monts Dé 
situés entre le Lim, affluent du Logone et le Ba-Bo, affluent de la 
Baria. Il se prolonge au sud-est par les monts Karés, d'une altitude 
d'environ 860 mètres sépaiant la Baria de la Oua. 

Le nœud du système est marqué par le plateau de Bam (835 m.), 
centre hydrographique très important d'oii divergent la Bolé, le 
Kouri et le Paré, affluents de droite de la Oua, la Bali qui est très 
probablement la Haute-Lobaï congolaise et la Baoni ou Baé, 
affluent de la Bali. Il faut bien remarquer que ces difféi'ents pla- 
teaux ne possèdent qu'une altitude relative très faible et que les 
Kagas et même les montagnes culminent à des hauteurs peu consi- 
dérables. 

Entre la Bali et les eaux du bassin charien, se trouve un cirque 
mamelonné formé par les Kagas Bogali, Dogari, Goriama et 
Bakajuta. 

Le kaga Gofone sépare la vallée de la Bali de celle do la Sanga. 

Dans cette région de la ligne de partage des eaux (1), les rivières 
sont bordées de forêts-galeries touffues oii abondent les arbres et 
lianes à caoutchouc et les bananiers. La culture principale est celle 
du manioc et des ignames. 

Le soulèvement se prolonge à Test de la Bali par dos plateaux à 
larges ondulations de 600 à 700 mètres parsemés çà et là de kagas 
(Kaga Tonguéla entre Bali et M'Bi 700 mètres, Kaga Bokaro, Kaga 
Bola et Kaga Tchan^apa entre M'Poko et Tomi). 

Les monts Bolo, entix? Ombolla et Tomi, n'en sont que la conti- 
nuation. Entre Tomi et M'Bembi, le plateau 'le Mandabaré atteint 

(Ij Clozei., Lofi.kr, Hernaud et Hl'Ot. 

PÉNÉTRATION ERANÇAISE 10 



Digitized by 



Google 



— 290 — 

700 mètrres. En remontant plus au nord, les altitudes descendent 
entre 500 et 600 mètres vers les sources de la N ana et Ghribingui. 

Dans cette région, le pays est monotone et uniformément acci- 
denté, coupé de nombreux ruisseaux coulant généralement dans un 
lit encaissé (1). La végétation est abondante et se ressent de l'ap- 
proche de l'Equateur. De grandes herbes à larges feuilles s'élèvent 
à 3 et 4 mètres ; les forêts galeries renferment des arbres géants : 
fromagers, palmiers, arbres et lianes à caoutchouc. 

Les plateaux formant la ligne de séparation même des eaux 
offrent l'aspect « de tables rondes presque unies où la végétation 
est moins abondante (2) ». 

IL — Ethnographie de la région Tchad-Chari, 

Les vagues de l'Islam sont venues déferler de la Tripolitaine au 
Tchad, de l'Arabie et l'Egypte au Darfour et au Ouadaï étendant 
leurs remous extrêmes jusqu'au Moyen-Chari, jusqu'aux sources des 
affluents du Haut-Oubangui et du M'Bomou. 

Devant leur submersion, les populations noires que l'on ren- 
contre de nos jours au Ouadaï, au Kanem et au Bomou ont reculé 
progressivement vers les régions du grand lac, laissant seulement 
dans les oasis quelques-unes de leurs fractions vouées dès lors à 
l'oppression des tribus nomades. 

Il semble d'autre part que les migrations foulbés, dans leur 
marche du nord-est vers l'Adamaoua, le Sokoto et le Soudan occi- 
dental, ont semé sur leur route quelques traînards que l'on ren- 
contre aujourd'hui dans le bassin du Tchad comme dans tous les 
pays de pâturages. Tels sont les Chouas, indigènes de couleur très 
peu foncée, répandus par petits groupes sur tout le Bomou et sur la 
rive est du Chari (3). 

Enfin, des peuples d'origine nilotique (groupe banda), fuyant 
les razzias musulmanes, se sont peu à peu étendus sur la région de 
M^Bomou, du Haut-Oubangui et du Haut-Gribingui, subjuguant 
ou repoussant devant elles les autochtones (groupe mandjia). Ces 
derniers se sont par contre-coup éloignés vers l'ouest couvrant les 
vallées de la Eafa, de la Oua, d^ la Bali et de la Mambéré. 

(1^ Maistre, Gentil, FouREAr. 
i;:^) Maistre. 
(8) Four EAU. 



Digitized by 



Google 



— 291 — 

Tous ces mouvements de migration ont donné naissance à 
rethnographie aujourd'hui si embrouillée du pays du Tchad et du 
Chari, comme à celle du M'Bomou et du Haut-Oubangui. 

a) Domaine de VIslam. — Le Damergou et le pays de Zinder (1) 
sont i)euplés de Béribéri, de sédentaires Haoussas et Bornouans. 
Zinder était autrefois, en effet, tributaire de Tempire du Bornou. 
Les Haoussas se sont implantés dans la région par suite de ses rela- 
tions fréquentes avec le Sokoto et le Kano. 

Toute la région située au nord du Damergou et du Tchad est 
parcourue par des tribus touareg qui peuvent être ramenées à trois 
groupements principaux : 

1** Des tribus indépendantes des grandes confédérations touareg. 
Ce sont les Kel-Gharoug, les Cheurfeu, les Imersanten, les Ikaska- 
gen, les Izagaguen, les Kel-Tammat, les Ibandaren, les Kel- 
Azaoua, etc. ; 

2* Les Keloui qui s'étendent entre TAïr et Zinder et se divisent 
en Air Zeggaren et en Air Kewalen. La première de ces deux 
fractions est de race plus pure que la seconde fortement métissée et 
semi-sédentaire. 

Kel Azouiareg et Kel Tafidest sont les principales tribus keloui 
fréquentant le Damergou ; 

3** Les Aouellimiden de Vouest et, parmi eux, les Kelgress par- 
courent la région située entre TAdrar, TAïr et Zinder. 

Le Chitati, situé sur la rive nord du lac Tchad, est habité par 
des Oulad-Sliman, Arabes blancs et métissés. Ce sont des pasteurs 
aux mœurs vagabondes et pillardes qui ont ruiné le Eanem par leur 
venue. Elément parasite, ils oppriment la population noire des 
KanemhouSy très travailleuse et de mœurs douces. 

En outre, entre la région de Zinder et celle du Darfour, entre 
le Tchad et le Tibesti, on rencontre partout des Tebbous, peuplade 
nomade, farouche et difficilement abordable. 

Enfin, le sud du Eanem est habité par diverses tribus arabes 
dont les principales sont celles des Hammadios, des Oulad Bokhters 
et des Bohalios. Ces derniers sont autrefois venus de ifédine. 

Le Kanem a été pacifié par le colonel Destenave en 1901 et 
en 1902, à la suite du premier combat de Bir-Alali, du combat de 

(1) Capitaine Jonllan, capitaine Moll. 



Digitized by 



Google 



— 292 — 

Mondo et du deuxième engagement de Bir-Alali (20 janvier 1902), 
livré aux Touareg et aux Senoussistes. TJne dernière tentative de ces 
derniers sur Fort-Pradié a été repoussée en 1902. La question 
senoussite apparaît comme un. point noir à l'horizon. Jusque-là, en 
effet, le Madhi, s'en tenant à la propagande islamique, ne s'était 
livré à aucun acte d'hostilité contre nous. Il occuperait actuelle- 
ment Toasis El-Gueroo à trois jours à Test du Borkou d'où il diri- 
gerait ses intiigues au Ouadaï, tentant de constituer contre nous 
une véritable confédération musulmane. 

Des lettres très compromettantes ont été trouvées sur un de ses 
lieutenants tué au deuxième combat de Bïr-Alali. Elles prouvaient 
la complicité de Gaourang, roi du Baguirmi et notre protégé qui, 
délivré par nous de Rabah ne demanderait pas mieux de nous 
chasser de la région pour en demeurer seul maître. 

Xous avons tenté de reconstituer le royaume de Kanem en met- 
tant à sa tête le chef Halifa Djeraba. 

Du côté du Ouadaï, nos postes extrêmes s'avancent jusqu'au lac 
ritri. 

Le pays de Fitri est habité par des Boulalos d'origine arabe et 
parents de la tribu des Oulad-Hamed fort réjmndue dans toute la 
région par des Abou-Simmins et des noirs autochtones. 

Le Ouadaï i^nferme de nombreuses tribus arabes : Djeradinas, 
Oulad Hamed, Khozzams, Zebedos, Naoulinas, Salamats, des Mis- 
«iryas au teint rougeâtre et des Koukas autochtones (1). 

Durant ces dernières années, ce pays a été agité par de nom- 
bieuses révolutions. Le sultan Ahmed-Gliazali, chef du parti 
national, a été récemment détrôné et remplacé par Doud-Mourra, 
représentant du parti sonoussiste^ 

Les peuplades musulmanes occupent plus au sud le Dar-Rounga 
et le pays de Kouti, siège de la puissance de Snoussi qu'il ne faut 
pas confondre avec le Mahdi d'El-Gueroo. 

Snoussi est venu faire sa soumission au colonel Destenave. 
Xéanmoins, on ne doit lui accorder qu'une confiance très relative. 
Il conserve la responsabilité du meurtre de Crampel, bien qu'il ait 
prétendu pouvoir la rejeter sur Rabah. 

Les musulmans n'ont pas dépassé au sud le 7° de latitude boréale. 
Leur influence sur le Chari s'arrête aux environs de Fort-Archam- 

(1) NACilTlGAU 



Digitized by 



Google j 



— 293 - 

bault. Les Smoiissous, lors de notre arrivée dans le pays, faisaient 
de fréquentes incursions sur la rive gauche du fleuve, rançonnant et 
pillant les noirs. 

Les îles du Tchad sont habitées par une population de Boudou- 
mas et de Kouris comprenant environ 50,000 âmes. Pour les sou- 
mettre et les contraindre à cesser leurs brigandages, on a dû aller 
les attaquer dans leur domaine insulaire et leur livrer plusieurs 
combats sanglants. Le colonel Destenave, parcourant le lac sur le 
Léon-Blot, a reçu leur soumission. 

Du lac Tchad jusqu'aux environs de Fort-Archambault, à 
mesure qu'on avance vers le sud, on rencontre des tribus nègres de 
moins en moins influencées par l'Islam. 

Les Baguirmiens diffèrent physiquement des peuples avoisi- 
nants. La couleur de leur peau est très foncée et leur visage, d'une 
grande largeur, est sensiblement aplatie 

Les Bouas qui s'étendent sur la rive droite du Chari de Milton 
à Fort-Archambault ne sont pas encore complètement convertis 
à l'islamisme. 

b) Domaine fétichiste, — Il semble que l'on peut ranger en 
trois grands groupes les différentes tribus noires qui habitent le 
bassin du Moyen-Chari et du Gribingui. 

Ces groupes correspondent aux migrations dont nous avons 
indiqué les directions générales : 

V Groupe Sara. — Les Saras occupent le Gribingui et le Bahr- 
Sara inférieur. Ce sont de très beaux hommes, presque des géants 
aux membres bien musclés, particularité assez rare chez les nègres 
et de couleur noire assez foncée. 

Les Daghas et les N'Gamas, habitant un peu plus à l'ouest, 
semblent être ethniquement leurs parents, ainsi que les Tummoks 
et les AretouSy ceux-ci représentant un étage inférieur de la race. 

Aux Saras, on peut rattacher les Lakas rencontrés sur la Baria 
par le capitaine Lôfler et par Maistre dans la région de Palla. t Les 
Lakas sont une race superbe, leur stature est très haute ; les hommes 
faits dépassent tous 1"*,80. Leurs épaules sont larges, leurs bras ner- 
veux, leurs jambes musculeuses. Admirables de forme, ils repré- 
sentent le plus beau type d'homme qu'il m'ait été donné de ren- 
contrer. • 

Ce sont d'excellents cavaliers, comme d'ailleurs les Saras et les 
Gaheris. Ces derniers s'étendent sur la région de Laï. Ils sont éga- 



Digitized by 



Google 



— 294 — 

lement fort bien bâtis et possèdent des traits réguliers. De mœurs 
guerrières et pillardes, ils font de fréquentes expéditions contre 
leurs voisins. Maistre les a vus réunis en petites armées dépassant 
2,000 hommes ; 

2* Groupe Mandjia. — Les Mandjùis possèdent une haute sta- 
ture, mais des membres grêles. Ils sont d'ailleurs assez mal faits et 
possèdent une physionomie bestiale. De la région de la Haute-Nana 
et du Haut-Gribingui qu'ils habitent, ils se sont percé un chemin 
par la vallée de la Koiuni et celle de la Fafa jusqu'à la Oua dont ils 
occupent la rive gauche. Ils enserrent de toutes parts les popula- 
tions bandas (1). 

Les Bakotos de la Bali, les Akahas et, d'une manière générale, 
les Bagas de la Haute-Membéré semblent appartenir à la même 
race que les Mandjias, 

Toutes ces peuplades sont anthropophages. 

Les OuiaS'Ouias et les Aoukas (2) du Gribingui ressemblent aux 
Mandjias, mais avec des traits plus réguliers et des mœurs moins 
farouches. 

Les Mandjias se livrent à une culture très étendue et sont de 
grands producteurs de manioc, ignames, etc., etc. 

3** On a réuni (3) sous le nom de Bandas diflférentes tribus en 
grande partie d'origine nilotique qui s'étendent entre les 5^ et 7* de 
latitude nord. 

Leurs principales tribus sont, dans le bassin du Chari : les 
Fngourras, les N'Gaos, M'Bis et M'Brés du Haut-Gribingui, les 
Badas, Gaboukos, Bourouas, Boosas, Mangos, de la rivière Oua. 
Toutes ces peuplades manquent de cohésion et résistent difficilement 
aux efforts des Mandjias. Certaines d'entre elles sont pourtant fort 
braves et guerrières. Tels sont les N'Oaos, très intelligents et musul- 
mans convaincus (4). 

4® Les îles du Tchad sont habitées au sud-est par les Kouris qui 
appartiennent à la race kanembou et au nord-est par les Boudou- 
mas, très probablement d'origine foulbé. 

Les Kouris sont fort noirs de teint, c Us sont venus de Test et 
conservent d'étroites relations avec les villages du Eanem ; ceux de 

(1) Bernahd et HuoT. 

(2) Gentil-Maistre. 
(3. Gentil. 

(1) Gentil. 



Digitized by 



Google 



— 29» — 

la partie sud émigrf^nt peu à peu dans les îles (1). • « Les Kouiis 
sont sédentaires et habitent des villages construits en roseaux. 
Cependant, les pasteurs suivent leurs troupeaux qui sont obligés 
d'aller d'île en île quand rherbe d'une île est tondue : mais ces 
petites migrations ne s'étendent pas à plus d'une journée ou deux 
de marche du village^ Ils sont guerriers, braves et aiment assee à 
razzÎAT Iwirs voisins pour capturer des troupeaux, des chevaux et 
des femmes. Ils sont adroits conducteurs de pirogues, mais ne 
s'écaitent jamais des rives (2). • 

Ils cultivent du petit mil et, en plus grande quantité^ le gros 
mil ou sorgho, le maïs, les pastèques. Us i)ossèdiMit aussi quelques 
plantations de coton. 

Les Boudoumas c disent être venus du Sokoto voilà environ 
trois siècles i (3). C^ sont surtout des pasteurs- se nourrissant exclu- 
sivement de mil et de lait. Leur nombre va chaque jour en dimi- 
nuant et ils seront finalement submergés par les £ouri& 

Les Boudoumas c filent et savent tisser le coton » (4). Leur prin- 
cipale culture est le mil. 

III. — Etude économique de la région T chad-Chari, 

a) Zinder est un centie économique d'une assez grande impor- 
tance. C'est une ville d'environ 12,000 à 15,000 habitants, partagée 
en deux parties : la ville proprement dite et le village de Zengou, 
ce dernier comptant à lui seul de 4,000 à 5,000 âmes. On rencontre 
à Zinder des Touareg, des Arabes, des Haoussas, des Tripolitains for- 
mant une colonie nombreuse. 

Les tisserands du pays fabriquent des cotonnades dont la largeur 
ne dépasse pas 8 centimètres. Leur coloration est obtenue à l'aide 
de l'indigo avec le natron comme mordant. L'industrie des cuirs 
produit de la sellerie, des grandes bottes haoussas en filali souple. 
Les forgerons, potiers et bijoutiers possèdent une assez grande 
habileté. 

Zinder est en communication avec Kano qui lui fournit les 
étoffes, du café, du sucre, du thé. Les Anglais, après avoir opéré 
l'investissement économique de Kano par l'affluence de leurs pro- 

(1) Lieutenant-colonel Destenave, loc. cit. 

(2) Capitaine Truffert, le Bahr el Ghcual et l'archipel Koari. 

(3) Lieutenant-colonel Destenave, loc. cit. 

(4) Lieutenant-colonel Destenave, loc. cit. 



Digitized by 



Google 



— 29G — 

duits sur son marché, s'en sont récemment emparés. Avaikt la ruine 
de Kouka, les caravanes de Zinder se rendaient également au 
Bornou. 

Les Tebbou apportent le sel de Bilma et les Touareg approvi- 
sionnent la ville en gibier et en viande sécbée. 

Nous avons déjà assez longuement parlé des relations commer- 
ciales qui unissent le Damergou à l'Aïr dont il est véritablement 
le grenier à mil. Le marché de Zinder est très animé. On y trouve, 
en outre des produits énumérés ci-dessus, des haricots, des ara- 
chides, du riz, des piments, des oignons, du tabac, des peaux tan- 
nées, des noix de kola venues du sud et on y vend des bœufs, des 
chevaux, des ânes et des moutons ; 

b) Le Kanem a été ruiné par les brigandages de Rabah, mais 
on peut espérer qu'avec la sécurité renaîtra son ancienne prospérité. 
La région, fertilisée par les crues du lac Tchad, est susceptible de 
produire des céréales, du riz et du coton en grande quantité. Le 
bétail y est très abondant, ainsi qu'au Baguirmi ; 

c) Les commerçants de ce dernier pays s'avancent assez loin vers 
le sud. La mission Maistre a trouvé à partir de chez les Saras, les 
étoffes composées de bandes de diverses couleurs que produit 
Massenya et a rencontré les premiers commerçants baguirmiens à 
Garenki, sur le Bahr-Sara inférieur ; 

cl) Abescher, capitale du Ouadal, est en communication, d'une 
part, avec le Darfour, Khartoum et Dongola; de l'autre, avec le 
Tibesti,. le Fezzan et la Tripolitaine (1) ; 

e) Dans la partie occidentale du bassin du Chari, les caravanes 
de VAdamaoua s'avancent jusqu'à Palla et Laï, venant du grand 
centre de Tola (2). Elles vendent les troupeaux élevés sur les pla- 
teaux de l'Adamaoua par les pasteurs foulbé et échangent les diffé- 
rents produits soudaniens habituels ; 

f) Plus au sud, Koiindé, ville foulani, est un grand marché 
d'ivoire. Elle se trouve sur la route des caravanes haoussas venant 
de Sokoto et de Kano par Yola et poussant jusqu'à Gaza sur la 
Libombi, affluent de la Kadeï (3). 

Telles sont les principales voies commerciales de la région Tchad- 
Cbari. 

(1) Voira ce sujet le chapitre consacré au Sahara. 

(2) Yola a été pris par les Anglais et son Émir mis en fuite. 

(3) MizoN. 



Digitized by 



Google 



^ 297 — 

D'une manière générale, le bassin du Chari produit donc : 

1° Autour du Tchad et dans le Damergou : du bétail, du grain, 
des plumes d'autruche, du riz, du coton ; 

2° Dans la région du Moyen-Ciiabi : du grain (sorgho, mil), du 
harité (qui s'étend jusqu'au-dessous du 8**), des piments, des ara- 
chides ; 

S*" Dans la région du Geibingui : du caoutchouc, du manioc, des 
ignames, des arachides, 

La plupart de ces productions ne peuvent donner lieu qu'à un 
commerce local. Mais il ne faut pas oublier que le développement 
de ce commerce local augmentera la prospérité de notre nouvelle 
colonie. En outre, le coton, les plumes d'autruche, le caoutchouc sont 
des produits susceptibles de supporter le transport en Europe. 

Enfin, le grain et le bétail, si abondants dans le bassin du Chari, 
peuvent avantageusement ravitailler notre Congo. 

Les belles populations du Chari (Saras, Lakas, etc.) sont suscep- 
tibles de nous fournir d'EXCELLENTS auxiliaires. 



Digitized by 



Google 



CHAPITEE V 

ÉTUDE DE LA RÉGION — HAUT-OUBANGUI m'bOMOX7 



L'immense régiom qui s'étend sur la rive droite du M'Bomou et 
du Haut-Oubangui offre d'une manière générale l'aspect de la 
steppe soudanienne couverte de graminées de 3 à 4 mètres de haut 
s'étendant à perte de vue. Elle est parsemée, par places, d'arbustes 
de petite taille tels que gommiers, eupliorbes, acacias, etc., etc., 

Seuls, les bords des cours d'eau sont couverts d'une épaisse végé- 
tation d'arbres et de lianes encbevêtrés, du type forêt-galerie. Ces 
rivières sont d'ailleurs très rapprochées les unes des autres^ Des 
plateaux ferrugineux les séparent souvent. 

La région de la Kemo-Tomi et du Kouango inférieur renferme 
quelques bois interrompant de loin en loin la monotonie de la 
steppe. Les essences qui les composent sont surtout des borassus 
au-dessous du parallèle o"30' et des bambous et cycladées au delà 
de cette latitude. 

A l'approche de la ligne de partage des eaux entre Chari et 
Oubangui, le sol s'élève et s'accidente de mouvements de terrain à 
grande amplitude évitant les brusques transitions. 

Maistre a passé d'un bassin à l'autre en traversant t de vastes 
plateaux formant une série de tables rocheuses presque unies où la 
végétation est moins abondante », d'une altitude moyenne d'en- 
viron 500 mètres. 

Dybowski a rencontré la même ligne de faîte aux environs de 
Yabanda à une hauteur de 600 mètres. 

Le bassin de la Haute-Kotto est séparé de celui du Ba-ilingui 
par des Kagas (Kartza, Lelé, seuil rocheux de Béré-Béré, mont 
Dambou), ayant également une altitude d'environ 600 mètres. 

Les plateaux de transition qui leur servent d'assises vont se sou- 



Digitized by 



Google 



— 299 — 

der vers Test aux monts Marpa et de Manga partageant les eaux 
entre M'Bomou et Chari d'une part, Nil de Tautre. 

Les principaux cours d'eau de la région sont : 

1** 1j Ouhangui formé par la réunion de TOuellé et du M'Bomou. 

1. Le Haut-M'Bomou est navigable de Temboucliure de M'Bokou 
•aux cataractes de Baguené près de Rafaï ; — 2, De ces cataractes à 
celles de WGouiourou (bief de Rafaï) ; — 3. Des cataractes de 
N'Goufourou à celles de Bozégui (bief de Bangassa) ; — 4. Le 
M'Bomou inférieur est navigable entre les cataractes de Bozégui et 
les chutes Hausses (près de Ouango) ; — 5. Le bief navigable sui- 
vant s'étend des chutes Hausses au rapide de Sétéma (Oubangui). 
Aux hautes eaux, les vapeurs peuvent atteindre Ouango, mais ne 
dépassent pas ce point. Au delà, on ne peut employer que des cha- 
lands ou des pirogues pour gagner la région des sultanats par le 
M'Bomou ; — 6. L'Oubangui offre im autre bief navigable des 
rapides de Mohaye à celui de Sétéma; — 7. Du rapide de VEléphant 
situé au-dessous de Ouadda aux rapides de Mohaye. Le rapide de 
l'Eléphant fait partie d'une série de rapides interrompant la navi- 
gation en amont de Bangui pendant une soixantaine de kilomètres. 

En dehors des rapides, l'Oubangui est un cours d'eau majestueux 
et large aux eaux calmes. Dans son cours supérieur, il est, en résumé, 
navigable par vapeurs sans rompre charge du rapide de VEléphant 
à Ouango. La navigation n'est difficile dans cette zone qu'aux mois 
de mars et d^avril ; 

2** Le M'BoJ^ou, affluent de droite du M'Bomou, est navigable 
pendant la majeure partie de son cours des chutes de Zaoua à son 
conûuent ; 

3* La Ouarra est encore peu connue^ Elle arrose, dans son cours 
supérieur, des plateaux de près de 700 mètres d'altitude, derniers 
contreforts de la chaîne de partage M'Bomou-Nil ; 

4® La ChinJco a un cours important formé par l'apport des eaux 
de nombreuses rivières descendant des monts de Manga. Elle est 
assez longtemps navigable ; 

5® Il en est de même de la Bali que l'on remonte sans peine jus- 
qu'au delà de Basso ; 

6** La Kotto, ou mieux Kouta, affluent de droite de l'Oubangui, a 
été explorée par M. Superville. 

Cette rivière est une importante voie de communication vers le 
Darfour et le Ouadaï. 



Digitized by 



Google 



- 300 - 

Elle est navigable depuis son emboucliure jusqu'à Foro (Baran 
Bokia), p<»ndant 420 kilomètres environ avec les biefs suivants : 

a) De V embouchure au rapide de Kamho, 61 kilomètres acces- 
sibles aux petits vapeurs ; 

h) De Kamho à la chute de Ceiembela, 31 kilomètres dont 
impraticables par eau ; 

c) De Ceremhola à la cbute de Boutou, 141 kilomètres sans obs- 
tacle sérieux. A la chute de Bouton, 4 kilomètres doivent être faits 
par la voie de terre ; 

d) De la chute Bouton à la chute Gourou, où Feau tombe d'une 
hauteur de 5 mètres, 52 kilomètres ; 

e) De la chute Gourou à Foro (Baian Bakia), 130 kilomèties 
navigables (1). 

La Kotto est grossie de la Kouinou et de la Boungou ; celle-ci 
est navigable aux hautes eaux pendant trois journées. 

Le bief de la Kotto, qui est compris entre le confluent de la 
Koumou et celui de la Boungou, est navigable en toutes saisons pour 
les pirogues. 

A Tembouchure de la Koumou, elle possède encore 80 mètres de 
large, elle en a 90 à Baran-Bakia (Foro) et 200 dans son coui-s 
inférieur. 

De Baldas-Hongojo, sur la Koumou, part la route des caravanes 
du Ouadaï et du Darfour (2). 

La Haute-Kouta renferme des plateaux boisés et sablonneux 
contenant fréquemment des roches ferrugineuses ; 

7° Le Kouango a été reconnu récemment par M. vSeguin. Sa lar- 
geur moyenne est de 150 à 200 mètres. Son lit est souvent parsemé 
d'îles, de roches et de bancs de sable qui rendent la navigation assez 
pénible. La rivière peut néanmoins être remontée en pirogue jusqu'à 
la chute de B'rrou. Ses affluents ne sont guère que des torrents ; 

8** La Kcmo est navigable en pirogue jusqu'à 165 kilomètres 
environ de son confluent avec l'Oubangui (3). Son affluent, la 
ToMi, peut être remontée aux hautes eaux jusqu'au Krebedje (4). 
Elle est actuellement employée comme voie d'accès au Chaki ; 

(1) Mission Superville (1901). 

(2) Mission du lieutenant Bos (1901). 

(3) Mission Dybowski (1891'. 

(I) Mission Gentil ilS97). —Navigable aux hautes eaux pour les vapeurs et aux 
basses eaux pour les pirogues. 



Digitized by 



Google 



— 301 — 

9° La rivière Ombella descend de la région des Kagas de la 
ligne de partage des eaux. Elle est navigable pendant une partie 
de son cours (70 kilomètres). Le plateau dit des monts Bolo la 
séparent de la Tomi ; 

10° La M'Poko a été reconnue par MM. Bernard et Rousset. Sa 
largeur est de 40 à 50 mètres dans son cours inférieur. Elle a été 
reconnue navigable jusqu'à Abengou à 90 kilomètres de son affluent 
avec rOubangui. 

En résumé, toute la région de la rive droite du M'Bomou et du 
Haut-Oubangui est fort bien arrosée et possède des voies de péné- 
tration fluviale nombreuses. 



II. — Ethnographie. 

L'ethnographie du M'Bomou et du Haut-Oubangui résulte de la 
superposition de peuplades venues à des époques différentes de la 
vallée du Nil et du Bahr-el-Ghazal. Ces peuplades, dans leur mou- 
vement de Test à Touest, ont peu à peu subjugué ou repoussé les 
autochtones. C'est ainsi que les N'Dys (ou N'Dris, ou N'Dérés), qui 
conservent encore aujouid'hui le souvenir de leur ancien pays situé 
sur les bords d'un grand fleuve du nord-est, sont d'abord parvenus 
dans la région du coude de l'Oubangui et de là se sont étendus jus- 
qu'à la Kadeï, affluent de la Haute-Sanga. 

D'une manière générale, toutes ces populations peuvent se rame- 
ner aux grands gioupes suivants : 

1° Les A^zandés des sultanats de Semio et de Rafaï ; 

2® Les N'Sal-arras du pays de Bangassa ; 

3** Le groupe Banda, dont nous avons déjà parlé à propos de 
l'ethnographie du bassin du Chaii, qui s'étend sur la Haute-Kouta, 
le Kouango, la K-emo et la Tomi, l'Onibella et le M'Poko. 

Au milieu de ces populations d'origine nilotique sont noyés les 
restes des autochtones d'un degré très inférieur : 

1° Groupe Azandé, — Ce groupe porte aussi le nom de Niam- 
Niam. Originaires de la vallée du Nil, les A'zandés se sont étendus 
sur toute la région des sultanats do Rafaï, Semio et Tamboura. Ils 
sont intelligents et susceptibles de profiter d'une influence civi- 
lisatrice. 



Digitized by 



Google 



— S02 — 

Leur race tendrait malheureusement à disparaître (1). La cou- 
leur de leur peau est le brun rougeâtre et leur figure n'est pas désa- 
gréable malgré un nez très large et des lèvres lippues. Ils ne sont 
€ anthropophages que par occasion » et ont t une vague croyance 
à un« vie d'au-delà • . 

Le pays de Rafaï est, en outre, habité par des Gabous et des 
M'Biris et celui de Semio par des A^Karei très primitifs vivant 
dans la brousse, des Sérês, Pombios, Bellandos et Gallos, 

Les sultans sont des souverains puissants possédant chacun une 
armée de 4,000 fusils environ. Le degré de leur civilisation est assez 
avancé comparativement à celui de leurs voisins ; 

2** Groupe N^Sàkarra. — Les N'SaJcarras ont des mœurs beau- 
coup plus sauvages et sanguinaires. Ils ont la passion de la chair 
humaine au même degré que les Bondjos du Moyen-Oubangui. Leur 
coiffure en forme de casque et la forme de leurs armes attestent 
leur origine nilotique. 

Venus de Test, ils ont peu à peu repoussé les autochtones sur la 
rive droite de la Kouta et vers ses sources bien que ceux-ci soient 
bien supérieurs en nombre (2). 

Ces derniers, Patris, Vidris, Tombagos, Oudssos, M'BelUs, 
appartiennent au groupe banda (3). 

3® Groupe Banda. — Ce groupe contient de foit nombreuses peu- 
plades possédant entre elles des différences plus ou moins accen- 
tuées. Ils comprennent des tribus habitant dans Tintérieur dee 
terres et se livrant à la culture et des tribus de pêcheurs* et piro- 
guiers répandues le long de TOubangui. 

Certaines d'entre elles offrent d'ailleurs ce double caractère : 

a) Les tribus de l'intérieur comprennent, en allant de l'est à 
l'ouest : 

Les Vidris, Tombagos, Ouassos, M'Bellés de la Haute-Kouta. 

Les Boubous (ou Bougbos, ou Âlangbos) occupent le pays situé 
entre la Kouta et le Bangui^ Ils sont essentiellement agriculteurs et 
assez farouches. 

(1) Mission Bonnel de Mézièrcs. 

('^) I.a population N'Sakarrà a él6 évaluée à 120,000 individus. Les Patris auto- 
chtones ont à eux seuls 200, OiX) représentants. 

(3) Ces peuples ont été visités par M. Charles Pierre. 



Digitized by 



Google 



— 303 — 

Les Langouassis du Kouango sont de fort beaux hommes élancés 
et bien faits, mais possédant une figure rendue hideuse par les jnuti- 
lations qu'ils pratiquent dans leurs lèvres et dans leur nez pour y 
introduire des blocs d'étain ou de cuivre «il manière d'ornement. 

Ce sont de grands producteurs de grains et d'ignames. 

On doit considérer les Fouros, Yacous, Lindos et Dakoas comme 
leurs proches parents, mais ces derniers sont d'un abord plus facile. 
Les N'Gapons du Haut-Kouango et du Haut-Gribingui sont des 
hommes trapus et solidement musclés. Ils se livrent à la culture et 
ne mangent pas leurs ennemis tués au combat. Ils sont des forge- 
rons habiles. Ils font usage des mêmes couteaux de jet que les 
Niam-Niam. 

Toutes ces peuplades parlent la langue banda. 

Les N'Dris (ou N'Dis, ou N'Dérés) dont nous avons déjà parlé 
occupent la région située entre la rivière M'Poka et l'Ombella, les 
plateaux de la zone de partage des eaux entre Oubangui et Chari 
et le bassin de la Kadei. Ils sont anthropophages et mangent leurs 
morts. La chasse et quelques cultures leur fournissent la nourriture 
nécessaire. Leur industrie est peu développée et ils ne savent pas 
travailler le fer. 

Les Togbos qui habitent la région de la Tomi ont avec eux beau- 
coup de points de ressemblance, mais sont ouvriers plus habiles ; 

b) Les bords de l'Oubangui sont peuplés par : 

Les YakoTTUis, commerçants, pêcheurs et habiles forgerons. Ils 
fabriquent leurs armes avec le mimerai de fer provenant de la 
rivière, traité par la méthode catalane. Ils se montrent très hostiles 
aux Européenfli. 

Les Dendis sont des métis de Yakomas et de N'SaJcarras, sorte 
de peuple tampon voué aux pillages et aux incursions de ces der- 
niers. 

Les Sangas se rapprochent assez des Yakomas et des Banziris, 
mais sont plus guerriers que ces derniers. Ils mangent leurs 
ennemis. 

Les Banziris appartiennent à une race vraiment remarquable, 
robuste, saine et de belle apparence. Leur profil est droit sans pro- 
gnathisme et ils ne sont pas lippus. Leur teint est plutôt cuivré que 
noir. Leurs femmes sont t gentilles, gaies et admirablement 



Digitized by 



Google 



- 304 — 

faites » (1). Ils se civiliseront facilement et pourront fournir 
(Vexcellents auxiliaires. Ce sont les grands piroguiers de l'Ou- 
bangui. 

Les Sabangas des bords de la rivière Ombella possèdent égale- 
ment des traits fort réguliers et un caractère très fier. Ils ont dû 
être repousses vers TOubangui par des invasions musulmanes. La 
forme recourbée de leurs sabres et de leurs poignards atteste, en 
effet, leur contact ancien avec des populations adonnées à Tisla- 
misme* 

Les Ouaddas, cultivateurs et commerçants d'ivoire, sont anthro- 
pophages. 

Les Bouzerous, Bondjos d'un degré inférieur, sont chétifs et laids. 
Ils vivent du fleuve. 

Les Bond j os sont d'excellents piroguiers. Leurs barques attei- 
gnent parfois une longueur de 20 mètres. Ils font beaucoup de com- 
merce, mais leur humeur belliqueuse et indépendante les rend diffi- 
cilement maniables. Ils se nourrissent de poisson fumé, d'hippopo- 
tames, d'huile de palme, mais préfèrent par-dessus tout la chair 
humaine. Ils s'étendent sur tout le Moyen-Oubangui de l'Ibenga à 
Bangui. 



III. — Etude économique. 

Dans ces pays d'accès difficile, habités en outre par des popula- 
tions farouches, le mouvement commercial a eu peu d'envergure 
jusqu'à nos jours. Les échanges n'avaient lieu que de tribu à tribu 
dans des villages frontières, les indigènes n'osant accomplir de longs 
parcouis en pays étranger, dans la crainte d'être gardés en escla- 
vage ou même mangé». 

Certaines peuplades détenaient en quelque sortes le monopole du 
commerce par la facilité qu*ils avaient d'interrompre les communi- 
cations fluviales. Tels étaient les Bondjos du Moyen-Oubangui et 
les Ouatldas habitant les rives du coude de ce cours d'eau. 

Le seul trafic d'extension plus grande avait lieu dans l'arrièie- 
pays des sultanats. 

Actuellement encore, les Ouadaïens viennent acheter des esclaves 

(1) BoNNEL DF. Mkzii.hes. Mtssîon par Colrat de Montroziek, Paris, Pion, 1902. 



Digitized by 



Google 



— 808 — 

et de rivoire dans la région de la Haute-Kotto où ils importent en 
échange des chevaux, des ânes et de Tétain (1). 

De même, les habitants du Darfour sont en relations avec le pays 
de Ziber et de la Haute-Chinko. 

Il est à craindre que les Anglais, établis dans la vallée du Bahr- 
el-Ghazal, ne tentent de détourner le commerce à leur profit vers le 
Nil et la voie ferrée appelée à doubler ce fleuve. 

Le plus grand obstacle que nous rencontrions dans la région est 
en effet, la giande distance séparant les pays de production des 
débouchés maritimes. La durée totale du voyage fluvial de Brazza- 
ville à Bangasso est d'environ trente-un à trente-quatre iours et 
Brazzaville est à plus de 400 kilomètres de Loango. Les frais de 
transport de France à Banghi dépassent 130 0/0 et le kilogramme 
de marchandises subit un supplément de 60 centimes pour parvenir 
sur le Haut-M'Bomou. Dans Tétude des voies de pénétration pro- 
posées, nous reviendrons sur cette question capitale pour notio 
colonie. 

Productions, — Les cultures de la rive droite de FOubangui 
consistent en mil, sorgho, manioc (celui-ci dans les régions les plus 
méridionales), patates, ignames, sésame, choux caraïbes, tabac, maïs. 
Le café pousse à Tétat sauvage et serait susceptible d'amélioration. 

D'une manière générale, ces produits ne peuvent donner lieu 
qu'à un commerce local, leur valeur ne leur permettant pas de subir 
les frais nécessités par le transport. 

Sont seuls exportables vers la côte : l'ivoire, le caoutchouc, la 
gutta-percha peut-être, les plumes d'autruches et d'aigrettes : 

V On a pu dire que c les éléphants et les noirs furent les pre- 
miers habitants i du continent africain (2). Devant les invasions, 
les uns et les autres se sont peu à peu rapprochés de la forêt équa- 
toriale. Les éléphants vivent d'ordinaire par bandes de 15 à 20. Ils 
tendent manifestement à disparaître. L'ivoire n'est donc qu'un pro- 
duit à* exploitation momentanée. 

Les dents du Congo sont d'ordinaire de plus grande taille que 
celles de la région du Tchad. L'ivoire vaut de 12 à 20 francs le kilo- 
gramme en Europe et ses frais d'achat et de transport doivent 
s'élever en moyenne à 5 francs ; 

(1) Mission Superville. 

(2) CoLRAT DE MoNTROZiER. MUiion Donnel de Méslèreê. 

PÉNÉTRATION FRANÇAISE 20 



Digitized by 



Google 



— 806 — 

2** Le caoutchouc provient de lianes grimpantes telles que la 
Landolphia lavigeria, ou rampantes comme la Landa ou enfin 
d'arbres de grande taille : le Hknia africana, par exemple. Le caout- 
chouc est le produit de l'avenir^ lies indigènes ont besoin d'ap- 
prendre des bons procédés de récolte, évitant le mélange des impu- 
retés au latex obtenu. 

Le caoutchouc peut se vendre 9 francs le kilogramme ; 

3® Les belles plumes d'autruche valent à Paris de 10 à 12 francs 
la pièce (de 400 à 600 francs le kilogramme) et coûtent au Soudan 
de 40 à 50 francs le kilogramme. 

Les autruches abondent, surtout dans le Ouadaï ; on en trouve 
encore à Zinder. 

L'arrière-pays des sultanats pourrait peut-être en élever. 

Enfin, le pays produit certaines autres denrées susceptibles de 
donner lieu à des transactions locales telles que la gomme arabique 
fournie par l'acacia ethica, le copal (trichylobicmn hornemannium), 
la gutta-percha. 

Le coton vient bien ainsi que l'arbre à étoffe (urastigma 
Wogelia), Les indigènes font des vêtements avec son écorce battue 
et travaillée. 

Citons enfin Vindigo et Vorseille, plantes tinctoriales, la vanille^ 
le café. 

Les épices ne poussent qu'en petite quantité. 

Il est à remarquer que les lianes et arbres à caoutchouc qui, 
d'ordinaire, abondent dan^s les forêts-galeries des rives des cours 
d'eau, poussent au contraire en dehors de ces fourrés, dans la région 
du £ouango (1). 

(1) Mission Seguin. 



Digitized by 



Google 



CHAPITEE VI 



BASSIN DE LA SANGA 



Le bassin de la Sanga appartient à la fois à la zone tropicale 
par son cours supérieur et à la zone équatoriale par son cours moyen 
et inférieur^ 

Cette rivière descend des plateaux de la ligne de partage des 
eaux entre Ghari et Gongo^ prolongements des terrasses extrêmes 
de l'Adamaoua. Elle est formée par la réunion de la Mambéré et de 
la Kadeï. La Mambéré est navigable des rapides de Bossom, près 
de Tendira, à ceux de Djoumbé en aval de Bania. De ce point à 
Ouesso, elle redevient navigable aux pirogues pendant la plus grande 
partie de Tannée. Aux basses eaux^ les vapeurs calant de 0°^^70 
à 0°*,80 remontent la Sanga jusqu'à Ouesso et aux hautes eaux jus- 
qu'à Bayanga (pendant huit mois) et jusqu'à Bania pendant quatre 
mois seulement. 

La Mambéré est grossie de la Nana. La rive gauche de cette 
rivière est couverte de mamelons tantôt boisés^ tantôt herbeux, 
d'une altitude variant entre 500 et 600 mètres, séparés les uns des 
autres par des nombreux ruisseaux aux allures torrentielles qui 
vont grossir la Nana. La vallée même de oelle-ci est très peu 
boisée et forme une vaste savane. C'est un cours d'eau peu pro- 
fond, mais au courant très rapide. Quant à la Mambéré, elle a dans 
son cours moyen une largeur de 60 à 80 mètres. La région qui 
s'étend entre sa vallée et celle de la Nana est très accidentée et 
habitée par des Bagas, proches parents des Mandjias de la Oua. 

De la Mambéré à la Kadeï, les mouvements du terrain prennent 
une amplitude plus grande et les arbres deviennent rares : c'est le 
domaine de la steppe herbeuse. Le pays est très bien cultivé par les 
Bagandas dont les villages sont très nombreux. 



Digitized by 



Google 



- 308 — 

La Kadeï prend sa source non loin de Eoundi, ville foolani ; 
son cours est encore peu connu. Il n'en est pas de même de son 
affluent, la Libombi qui a été explorée par MM. Ponel, Clozel et 
Perdrizet. 

Aux environs de Oaza, on retrouve des K'Dérés de même race 
que les N'Dys (ou X'Dris) de TOubangui. 

Dans tout ce pays se sont infiltrés des Foulbé de TAdamaoua. 
C'est une zone de transition entre Tislamisme et le fétichisme. 

La Sanga prop^ement dite réunissant à Nola les eaux des nom- 
breuses rivières qui s'étalent en éventail entre le 3*30' et le 6^ de 
latitude boréale, entre dans la légion équatoriale et ses rives se 
bordent de l'épaisse végétation qui est sa caractéristique, celle-ci 
s'étendant au loin dans l'intérieur de la contrée. Elle traverse néces- 
sairement le pays des M'Fan-Zem, fraction de la grande race 
pahouine, celui des Basangas et des Bousindés et le plateau Bafou- 
rou inférieur. 

Son principal affluent de droite est la N'Goko dont nous possé- 
dons le cours moyen et inférieur où ont été établies plusieurs facto- 
reries (1). Cette rivière est accessible aux vapeurs durant 80 kilo- 
mètres. 

La Sanga ouvre une voie de communication fort utile, permet- 
tant de drainer vers le Congo les produits des régions qu'elle tra- 
verse. 

Au point de vue de la pénétration vers le Tchad, son importance 
est moins grande. Bania, point extrême de la navigation pour les 
vapeurs (et cela pendant quatre mois de l'année seulement) est, en 
effet, à plus de 350 kilomètres en ligne droite de Oarao où com- 
mence la navigabilité de la Oua par vapeurs fluviaux. 

Les productions du bassin de la Sanga sont, dans son cours 
supérieur, analogues à celles du Haut-Oubangui et dans son cours 
inférieur, à celles de la région équatoriale que nous allons étudier. 

(1) En particulier la factorerie Emile Loubct, dont rétablissement est une pro- 
testation contre les agissements des coir.mcrçants allemands, 



Digitized by 



Google 



CHAPITRE VII 



LA REGION ÉQUATORIALE (gABON, OGOOUÉ, NIARI, CONGO) 



I. — Etude physique, 

La région du Congo proprement dit qui s'étend de chaque côté 
de Téquateur entre le 2** de latitude boréale et le 4**30' de latitude 
australe est actuellement bien mieux connue que celles du Haut- 
Oubangui et du Chari. Nous nous contenterons donc d'en décrire la 
physionomie générale. 

En allant de Test à Touest, on rencontre successivement à partir 
du 14* de longitude est : 

V La vallée même du Congo ; 

2* Des plateaux de 300 à 400 mètres ; 

3^ Les hauts plateaux de la zone do partage des eaux entre 
Kouilou-Niari et Ogôoué d'une part, Congo de l'autre ; 

4® Des terrasses successives descendant vers la mer, parsemées 
de rides nombreuses sensiblement parallèles à la côte, dont les plus 
occidentales ne sont autres que les fameux monts de Cristal ; 

5* Une bande forestière entrecoupée de clairières herbeuses ; 

6^ La zone maritime. 

V Vcdlée du Congo, — La vallée du Congo inférieur est le pro- 
longement de celle de l'Oubangui ; de Zongo à son confluent, ce 
dernier roule ses eaux majestueuses sur une largeur moyenne 
de 3 kilomètres. 

A l'époque de la crue, sa profondeur dépasse 5 mètres, mais aux 
basses eaux la rivière est obstruée par de nombreux bancs de sable 
et n'a plus guère qu'un mètre de fond. 



Digitized by 



Google 



— :jio — 

Près du confluent de TOubangui, la largeur du Congo est d'en- 
viron 6 à 6 kilomètres. Il est parsemé d*îles très nombreuses et 
après avoir reçu la Sanga et la Likuala atteint sa largeur maxima 
qui dépasse 18 kilomètres. Elle ne tarde pas à diminuer et» près de 
la Léflni, le Congo ne mesure plus que 3 kilomètres d'une rive à 
l'autre. 

Au-dessous du 4^ de latitude australe» il s'étale largement dans 
le Stanley Pool dont la partie centrale est occupée par une grande 
île. Plus bas, commencent les nombreux rapides qui obstruent son 
cours pendant 450 kilomètres, entre le confluent du Djoué et Vivi 
(rapide N'gouloufi, rapides de Tchoumbou, chute Itounznia, chutes 
d'Tellala). 

Ces chutes sont produites par des barrages de rochers, prolon- 
gements dans le lit du fleuve des monts de Cristal. Avant de par- 
venir à la mer, le Congo a donc à accomplir une pénible tache. Il 
redevient calme et navigable à partir de Matadi. 

On peut supposer que toute la région qu'il baigne était autre- 
fois une vaste mer intérieure. Les eaux ont réussi, peu à peu, à se 
creuser des passages vers l'océan à travers les rebords des différentes 
terrasses qui avaient réussi jusque-là à les contenir et s'écoulèrent 
surtout par le large sillon du Congo. 

Les grands lacs Toumba et Léopold-II qui s'étendent entre 
Téquateur et le 3® de latitude australe ne seraient que les restes de 
l'ancienne mer intérieure. 

Les principaux affluents du Congo inférieur sont, sur sa rive 
droite : la Sanga dont nous avons étudié le cours ; la Likouala-Mos- 
soka, navigable sur 140 kilomètres aux vapeurs et sur près de 300 
aux pirogues ; l'Alima, reconnue navigable sur 350 kilomètres par 
Ballay, et la Léfini sur 150 (de Brazza) ; 

2** A partir de la vallée du Congo, la plaine adjacente s'élève peu 
à peu, par des paliers successifs, de l'altitude de 350 mètres (1) à 
celle de 500 mètres 

Ces plateaux sont recouverts de prairies verdoyantes, parsemées 
çà et là de bois, les rives des cours d'eau étant en outre bordées de 
forêts-galeries touffues ; 

3** La zone de partage des eaux entre Ogôoué et Kouilou Niarî, 

(1) Loukolila, un peu en amont du confluent de la Sanga et du Conjç osur laHve 
belge du Congo, est à une altitude de?30 mètres; lô coude de l'Alima à 352 mètres. 



Digitized by 



Google 



- 311 — 

d'une part, Congo de Tautre, est formée de plateaux d'une altitude 
de 700 à 800 mètres de hauteur. Ceux-ci consistent en longues 
plaines sablonneuses reposant sur un fond de grès quartzeux et ne 
I>ossédant qu'une végétation clairsemée. Ils sont coupés de grands 
vallonnements où prennent naissance les cours d'eau des deux 
versants 

C'est ainsi que la Likouala-Mossaka descend du plateau pahouin 
où elle prend sa source à une altitude d'environ 550 mètres, la 
Lékéti dans le plateau des Achicouya à plus de 800 mètres, le Niari 
dans le plateau Batéké à 625 mètres ; 

4® A la région des hauts-plateaux succède une zone de plaines' 
élevées dont l'altitude s'abaisse progressivement de 450 à 300 mètres 
et dont le sous-sol est formé de grès stratifié recouvert d'argile. Ils 
sont parsemés de rides nombreuses, collines couvertes de verdure 
séparées par des ruisseaux aux rives boisées ou montagnes alignées 
parallèlement à la côte. La végétation est beaucoup plus puissante 
que sur les hauts-plateaux. A partir du 11** de longitude orientale, 
la forêt s'étend presque uniformément sur tout le pays avec une 
densité toujours plus grande aux abords immédiats des cours d'eau. 

Aux collines boisées succèdent les rides montagneuses désignées 
sous le nom générique de monts de Cristal. 

Dans cette zone nouvelle, la broussaille remplace presque par- 
tout la forêt ; seuls, les ravins sont couverts d'une épaisse végétation, 
tandis que les ravins apparaissent dénudés. 

Les monts de Cristal sont formés par des chaînes parallèles pré- 
sentant une altitude variant entre 800 et 1,500 mètres. 

La première de ces chaînes est constituée par le mont Moheko 
(1,000 m.), sur la rive droite de l'Ogôoué, le Bikoutchi sur sa rive 
gauche et, plus au sud, les monts Dessoua (800 m.), Liboundji, 
Birogou (784 m.). 

Le Birogou est un centre hydrographique important d*où des- 
cendent la Likoko, affluent de l'Ogôoué, la Lolo et l'Ofoué égale- 
ment ses tributaires, le N'Gouné, le fleuve Nyanga et la rivière 
Louété, affluent du Niari. 

Une seconde chaîne est marquée par le mont Soumbo d'où des- 
cendent le Komo et le Temboni, le mont Mekié (800 m.), le mont 
Obombi situé sur la rive gauche de l'Ogôoué, le mont Loumandjogo 
et les monts Moukandé qui longent la rive gauche de l'Ofoué. 

Enfin, les monts de Cristal proprement dits entre Temboni et 



Digitized by 



Google 



— 312 - 

Ogôoué, prolongés au sud par lc3 monts Issogué forment une troi- 
sième chaîne. En avant de celle-ci s'étend sur la rive gauche de 
rOgôoué, et toujours parallèle à la mer, le contrefort des monts 
Achankolo, Ofoubou-Oréré et Igoumbi-Andélé ; 

5** Avec les derniers contreforts occidentaux des monts de Cristal 
apparaît à nouveau la forêt dense. 

Les collines sont désormais entièrement boisées à leur sommet 
comme sur leurs flancs. 

De loin en loin apparaissent quelques clairières herbeuses. 

Cette bande forestière est particulièrement dense entre le Koui • 
lou-Niari et le 5*30' de latitude australe, où elle porte le nom de 
Mayombe et s'étend sur une largeur d'environ 150 kilomètres (1) ; 

6* Le sol s'abaisse peu à peu et la forêt s'éclaircit, la zone marû 
time commence. A la végétation dense succède une bande de terrain 
couverte de grandes herbes et de papyrus, parsemée çà et là de pal- 
miers isolés et enfin le sable annonçant le rivaga. 

Le littoral présente deux aspects différents : 

aj Au nord du cap Esteiras, les monts de Cristal envoient des 
prolongements jusqu'à la côte : tels sont les Sept-Monts situés entre 
le Benito et le Carapo, tel est encore le mont de la Mître qui culmine 
à 1,200 mètres, au nord du rio Mouni. Dans cette région, la côte est 
donc assez élevée et forme un nombre considérable d'estuaires (rio 
Campo, rio Mouni, rio Benito, Monda) ; 

b) Après le cap Esteiras, l'aspect du littoral change complète- 
ment. C'est ainsi que la rive gauche du Gabon est fort basse, con- 
trairement à la rive droite où a été bâtie Libreville pour cette raison. 

Le rivage devient sablonneux, souvent marécageux. Les man- 
gliers et les palétuviers couvrent de grands espaces. L'eau séjourne 
dans de nombreuses lagunes qui rendent la contrée fort malsaine. 

Le Fernan-Vaz et le pays de Kamma jouissent, sous ce rapport, 
d'une situation déplorable. 

Ils sont formés de larges plaines à demi submergées où viennent 
aboutir quantité d'embouchures obstruées par des bancs de vase. 

Plus au sud, on rencontre encore de fréquentes lagunes qui 
8*étranglent en approchant de la mer. Telles sont les lagunes N'Gteue, 
N'Dogo, et M'Banio. Dans leurs marécages viennent se perdre de 

(1) Les itinéraires du capitaine Jobit et du capitaine Lôfler ont noté la limite Est 
de la forêt qui, dans l'intervalle compris entre 1* et 3* lat-sud se tient à peu près 
entre !()• 30* et 11- long. Est. 



Digitized by 



Google 



— 313 — 

petits fleuves côtiers issus des premiers contreforts des monts de 
Cristal. 



L — Hydrographie. 

V Fleuves côtiers du Nord. — Les principaux de ces fleuves 
côtiers sont : le Campo ou N*Tcm qui descend du mont Mitshue, 
centre hydrographique important d'oii sortent également le Djah et 
rivindo. 

Le rio Benito, qui porte le nom de Wpleu dans son cours supé- 
rieur. Il prend sa source dans de vastes marais par 9*^0' de longitude 
est et 1**10' environ de latitude nord et a environ 250 kilomètres de 
parcours. Ses 150 kilomètres sont navigables aux pirogues, les 
100 kilomètres suivants sont coupés de chutes nombreuses, enfin les 
50 derniers sont accessibles aux vapeurs (1). 

Le Benito se trouve compris dans les territoires que nous avons 
cédés à l'Espagne. 

Le rio Moùni est un large estuaire oii viennent déboucher le 
Banié et le Temboni. Le cours supérieur de ce fleuve ne nous appar- 
tient plus. 

La Monda s'offre sous la forme d'un golfe s'avançant profondé- 
ment dans l'intérieur des terres dans un sens peipendiculaire à 
l'estuaire du Gabon ; 

2* Ce dernier s'ouvre entre la pointe Pongara et la pointe Santa- 
Clara et s'enfonce de 70 kilomètres dans le continent. L'île Coinquet 
et l'île aux Perroquets le divisent en deux parties : le bassin exté- 
rieur a un fond variant entre 9 et 10 mètres, tandis que le bassin 
intérieur ne peut convenir qu'aux bâtiments calant moins de 
4 mètres. 

Dans le fond de l'estuaire du Gabon, se jette le Komo. Ce i)etit 
fleuve descend de la région du mont Soumbo. Il n'est navigable aux 
vapeurs qu'à partir de l'île Ningué-Ningué. 

Le Rhamhone prend sa source dans les derniers contreforts des 
monts de Cristal et possède une assez grande profondeur ; 

3** UOgôoué, — L'Ogôoué prend sa source dans le plateau des 
Achicouya et traverse successivement les différentes régions que 
nous avons étudiées. 

a) Mission Lesieur-Foret. (Nov. 1899-1900) 



Digitized by 



Google 



— 314 — 

Son premier affluent important, la Passa, est une belle rivière 
navigable à 15 kilomètres de son confluent. Franceville a été fondée 
sur ses rives. 

Un peu en amont, TOgôoné est coupé par la chute Poubara et, 
en aval, par les rapides Mopaka et Bangania. 

Jusqu'à la rivière N'Koni, il coule entre des rives découvertes 
ondulées par des collines couvertes de villages et de cultures. A 
partir du confluent du N*Koni, ses bords se couvrent de végétation 
et conservent cet aspect jusqu'à la région des montagnes. 

La chute de Doumé, en aval de l'embouchure de la rivière Sébé, 
est formée par des blocs de quartz et de grès qui obstruent le fleuvft. 

Celui-ci possède dans ces parages une largeur d'environ 
1,200 mètres. 

A partir de Doumé, les rapides deviennent moins fréquents et 
un bief navigable toute l'année s'étend du rapide de Boundji, en 
aval de Lastoursville, au confluent de l'Ivindo. Jusqu'à celui-ci, 
rOgôoué suit une direction sensiblement parallèle à la côte ; en 
amont, il coule au contraire presque perpendiculairement à celle-ci. 
Dans cette partie de son cours, il possède aux hautes eaux une lar- 
geur d'environ 300 mètres qui est réduite des deux tiers pendant la 
sécheresse. 

Après la chute de Booué et les rapides N'Jégo et Paghé, il entre 
dans des gorges souvent fort resserrées marquant la traversée de la 
région montagneuse. C'est ainsi qu'il n'a plus qu'une cinquantaine 
de mètres d'une berge à l'autre dans son passage entre le Mokeko 
et la Bikoutchi. Ce défilé a reçu dans le pays le nom de porte de 
rOkanda. 

TJn peu après avoir longé les contreforts méridionaux des monts 
Obombi, il doit franchir le rapide des Apingisw Ses berges sont 
broussailleuses jusqu'au confluant de la rivière Okouo, au delà eUes 
se boisent à nouveau. 

A partir de N*Djolé, l'Ogôoué devient navigable pour les vapeurs 
et s'étale majestueux entre des rives élevées. Au delà de Lambaréné, 
son cours d'eau est souvent obstrué par des îles sablonneuses. Il 
coule alors paresseusement en terrain plat jusqu'au commencement 
de son delta. La forêt qui couvrait ses bords fait place à de hautes 
herbes parsemées par endroit de palmiers et de papyrus qui font 
bientôt place aux palétuviers et aux mangliers^ 

Avant d'arriver à la mer, le fleuve se partage en de nombreux 



Digitized by 



Google 



— ai5 — 

bras et reçoit leê eaux de plusieurs lacs (Azinga, Zîlé, Zonan- 
gué, etc., etc.). 

Les principaux affluents de TOgôeué sont : sur sa rive gauche, 
la Lolo navigable sur 150 kilomètres et le N'Gounié praticable aux 
Tapeurs jusqu'à la chute Samba. 

Sur sa rive droite, il reçoit VIvindo, navigable jusqu'aux envi- 
rons de Kaudjama, qui descend du centre hydrographique du mont 
Mitshue. 

Le Djah est probablement l'affluent le plus important de 
rOgôoué ; 

4** Le Kouilou'Niari. — Le Kouilou-Niari prend sa source dans 
le plateau Batéké. Son cours est difficile jusqu'à Komba ; à partir 
de ce point, il devient navigable jusqu'à Loudima, Les monts Livin- 
dou le rejettent alors vers le nord jusqu'à Makabana, puis il redes- 
cend suivant une direction sensiblement perpendiculaire à la côte. 
De son embouchure à Kàkamoëka, il est navigable pour les petits 
vapeurs. 

Son développement total est d'environ 600 kilomètres. 



II. — Etvde eihnogra/phique, 

La mer seule a pu arrêter les migrations des peuples africains. 
C'est ainsi qu'aux approches de l'Océan on observe un entassement 
singulier de populations superposées les unes aux autres. 

On a voulu voir dans les A'Koas ou Okoas, ces nains répandus 
tout du long de l'équateur, dans les ténèbres de la forêt dense, les 
premiers occupants de la région. Sont-ce vraiment les autochtones ? 
La question est assez difficile à résoudra Quoi qu'il en soit, ils ont 
dû être considérablement décimés, probablement par le contact des 
autres populations. Ils ne vivent que de chasse, ne faisant aucune 
culture et souvent tenus en sujétion par leurs voisins. 

Les Boubous, dont la taille ne dépasse pas 1°,50, semblent être 
les intermédiaires entre les A'Koas et les autres tribus. Ce sont les 
premiers habitants des rives de l'Ogôoué. 

OeB groupements primitifs ont été traversés par les Ombékés 
comprenant les M'Pougnés et Schekianis qui entourent l'estuaire 
du Gabon, les Ouroungous de la rive droite du Bas-Ogôoué et les 
N^Komis ou Kamas de la rive gauche. 



Digitized by 



Google 



— 316 — 

Tous ces Gabonais sont de giands et beaux Hommes, trop sou- 
vent corrompus par le voisinage des premiers traitants. Ils ont le 
goût des choses brillantes, des belles étoffes, des bijoux et trafiquent 
de tout, même de leurs femmes. 

Les Galois et Inengas qui leur succèdent de chaque côté de 
rOgôoulé appartiennent à la même origine, de même que les 
Apindjis. Les Galois sont les grands piroguiers du fleuve sur lequel 
ils s'aventurent assez loin de leur pays. Ils sont remarquables par 
l'élégance de leurs formes et la petitesse des extrémités. 

Tous ces indigènes sont de purs nègres ; 

3® En arrière de ceux-ci s'étendent les BaJcalais, grands chas- 
seurs et à demi nomades^ Ils ont été peu à peu repoussés sur la rive 
gauche de l'Ogôoué par l'invasion pahouine. 

Aux Bakalais paraissent se rattacher les Chebos (1) des envi- 
rons de Bandji, les Chakés et les OkotaSy ces derniers, habitant la 
rive gauche du fleuve, à hauteur du confluent de la rivière Okoua 
et au nord-est de Lastoursville. 

Ces diverses tribus parlent une même langue. Les Bokotos (2) 
de rivindo (rive gauche) sont doux et travailleurs. Ils entretien- 
nent de belles cultures ; 

4** Sur toute la région du nord de l'Ogôoué est venue s'étendre 
l'invasion pahouine. C'est le peuple migrateur moderne presque 
contemporain. Il est originaire du nord-est et diffère profondément 
des peuplades avoisinantes. Les Pahouins se divisent en Ossyebai 
habitant la rive droite du Bas-Ivinda et celle de l'Ogôoué entre 
Booué et N'Djolé ; en M^Fan Botchis ou Pahouins proprement dits, 
occupant tout le pays de la mer à la Sanga, entre le P de latitude 
boréale et la frontière du Cameroun et en M* Fan Dzem ou Djima 
s'étendant entre N'Goko et Sanga. Ils sont, en général, de faille 
moyenne. Leur teint est assez clair et rapi>elle celui des Niam-Niam. 
Leur nez est droit, leur chevelure crépue et leur barbe longue, par- 
tagée en plusieurs tresses. Ils se taillent les dents en pointe et }e 
font des tatouages peints en rouge sur le corps. 

Ce sont surtout des chasseurs et des commerçants, se livrant peu 
à la culture. Ils travaillent assez bien le fer. Les peuples voisins ont 

(1) P. DE Brazza, Voyagea dans V Ouest africain. 

(2) Crampel, i^ mission. 



Digitized by 



Google 



- 317 — 

une grande peur des Pahouins anthropophages et se sont peu à 
peu retirés sur la rive gauche de TOgeoué ; 

5* La rive gauche du Niari est occupée par les Bassoundis culti- 
vateurs et la rive droite par les Babembés ; 

&* Entre les sources du Niari et celles de l'Ogôoué, habitent les 
Batékés, population de mœurs très douces utilisant la fertilité dos 
plateaux. A la même langue se rattachent les Obambds ou Ombétés 
de l'intérieur des teries, au nord do Franceville. Ils sont originaires 
des forêts et ont une haine invétérée des riverains de TOgôoné. 

Les Adoumas s'étendent sur les bords de ce fleuve, entre Doumé 
et Bandji Très industrieux, ils paraissent posséder Tinstinct du 
négoce. Ils font des paniers, des filets et des nattes et se livrent 
aussi à la culture ; 

7** La population des Loangos est dégénérée. Au contact des 
Européens, ils ont pris tous les vices. Leur constitution physique 
semble s'en être ressentie elle-même. Ils sont chétifs, laids et mal 
faits. 

Aux Bassoundis et aux Batéhés succèdent sur la rive droite du 
Congo les Balalis essentiellement commerçants. 

Les Afourous, souvent aussi appelés Boubanguis, bordent le 
fleuve jusqu'au delà du confluent de TOubangui. Ils sont grands et 
solides, mais ont un visage fort laid. Des tatouages, en forme de 
bourrelets, couvrent leurs tempes. Ils vivent sur le fleuve et du 
fleuve, servant d'intermédiaires commerciaux. 

Les Baloîs de l'Oubangui possèdent des traits assez réguliers, un 
nez presque droit et des lèvres peu épaisses, ne se joignant pas. Leur 
front est tatoué de rayures longitudinales. 

Enfln, les Bonjos anthropophages et farouches s'étendent jus- 
qu'aux environs de la Lobaï. Leur prognathisme est fort accentué. 



III. — Etude éconorrUque. 

1" Pioductions. — a) Littoral. — La rive droite de l'estuaire du 
Oabon est plus riche que la rive gauche malsaine et i>eu habitée. 
Les plantations de la région produisent des bananes, des arachides, 
des ignames, du maïs, du café, du cacao, de la vanille. Les indigènes 
cultivent le manioa 



Digitized by 



Google 



— 318 — 

Le cocotier introduit depuis longtemps déjà dans la colonie 
pousse très bien à proximité de la mer. On rencontre la liane à 
caoutchouc dès que l'on s'avance quelque peu dans les terres. 

Les principales plantations de la côte sont celles de Ponia-Mina, 
de Batavia, du Lazaret, de Sibangue, le jardin d'essai de Libreville, 
dans la région du Oabon. Dans celle du Feman-Yaz, les plantations 
de la mission catholique et de Ningué-Sika. Dans celle de Loango, 
enfin, la plantation du Cayo ; 

b) Région de la forêt dense, — La région des forêts produit : de 
nombreux bois d'ébénisteetb, en particulier dans le Mayombe. Les 
principaux sont : Yébène, Vûkoumé (Boswellia Elanieana), le boû 
rouge, le Ngonsho ou bais de fer, Voba assez analogue au teck, etc. 

Des PLANTES OLEAGINEUSES : le palmier à huile ou Elœis Gui- 
neensis dont le sarcocarpe et l'amande fournissent l'huile de palme ; 
Vàrctchide. 

Des PLANTES TEXTILES : le cotonnier poussant près des villages et 
V arbre à ouate. 

Le CAOUTCHOUC fourni i>ar des arbres ou des lianes du genre 
Landolphia. 

Les EÉsiNEs et le copal dans la forêt de Mayumbe. 

La GUTTA. 

Des FBuns tels que : Vananas, la banane, nourriture des indi- 
gènes de la forêt, Vobo ; le citronnier et Yoranger ont pu s'accli- 
mater. 

Les populations de la région se nourrissent de patates douces, 
dHgnames, de manioc. 

Les Bassoundis de la rive gauche du Kouilou-Niari ont des 
champs de bananiers hauts parfois de 5 à 6 mètres. Us cultivent 
en outre le palmier à huile, le manioc, le raphia ; 

c) Région Tnontagneuse, — Dans le pays des Apindjis comme 
dans celui des Okandas et des Bakàlais, on retrouve les mêmes 
plantes alimentaires et, en outre, du chanvre, des cannes à sucre, 
des courges, des champignons, etc., etc. ; 

d) Région des hauts-plateauœ, — La fertilité des hauts-plateaux 
sablonneux est moins grande que celle des terrains boisés et argi- 
leux. On y récolte du mais, de la sésame, des arachides et le n^jou^ 
sCrie de fève* 

' Au delà du 12** de longitude orientale, on cultive du mil en assez 
grande quantité ; 



Digitized by 



Google 



- S19- 

e) Vallée du Congo. — Dans la forêt-galerie qui borde le Congo 
poussent une partie des essences de la forêt dense : palmiers à huile, 
rotangs, raphias. Les indigènes cultivent la banane, le maïs, les 
ignames, et, sur VOubangui, le sorgho. 

Faune. — Ivoire. — L'éléphant devient assez rare et n'existe 
plus guère que dans la forêt dense pahouine. Aux environs de Braz- 
zaville, on ne le rencontre que fort exceptionnellement. 

Les singes existent en grande quantité et sont susceptibles de 
fournir d'assez belles fourrures. 

Les riverains du cours d'eau ont de grandes ressources dans la 
pêche. Quant au gibier, il se compose d'antilopes, de buffles, de 
cailles, de perdrix grises. La bécassine et les oiseaux d'eau peuplent 
la région du littoral Les oiseaux de proie sont fort nombreux ainsi 
que les panthères, léopards et chats-tigres ; 

2^ Relations commerciales. — Les transactions commerciales ont 
eu lieu fort longtemps par l'intermédiaire des tribus voisines de la 
côte. Sur les cours d'eau, seules voies de pénétration vers l'intérieur, 
certaines peuplades s'arrogeaient le droit d'entraver, suivant leur 
volonté, tout trafic et de prélever des droits sur les produits 
d'échange. En 1868, les traitants ne pouvaient dépasser la tribu des 
Inengas et nous avons vu que les premiers voyages d'exploration 
furent entrepris dans le but de s'affranchir de cette tutelle gênante. 
Les Oalois tenaient le cours inférieur du fleuve ; les Pahouins, par 
leur arrivée sur l'Ogôoué, coupaient les communications avec l'est ; 
enfin, les Adoumas accaparaient le négoce du haut-fleuve. Il en 
était de même dans la région du Como où les M'Fans se faisaient 
les intermédiaires de tout trafic et en particulier de celui de l'ivoire 
et dans celle du Kouilou-Niari. 

Les traitants de Brazzaville étaient obligés de se servir des 
Batékés qui étaient en relations avec les tribus en amont et celles 
de l'intérieur. 

Jusque vers 1848, les négriers se livraient à la traite d'une façon 
fort étendue. On a calculé que, vers 1840, 160,000 esclaves étaient 
importés de la côte d'Afrique à destination du Brésil, de Cuba, des 
petites Antilles. 

A ce <f bois noir •, on ajoutait dans l'exportation les essences 
précieuses, le copal, l'ivoire, la gomme et l'huile de palme. 



Digitized by 



Google 



— 320 — 

Il semble qu'actuellement les principaux produits susceptibles 
d'un commerce rémunérateur sont en premier lieu : 

Le caoutchouc, dont la quantité x)eut s'accroître ; 

Les hoi$ JPéhénitierie ; 

Jj ivoire, ressource provisoire, en raison de la grande diminution 
des éléphants ; 

Jj huile de palvie. 

En outre, de nombreux produits qui ne pourraient, par exemple, 
s'exporter du Haut-Oubangui en raison de son éloignement. 

Tels sont les anancts, la vanilley le cacao, les arachides, les résines, 
le copal, le café, les noix de coco, les bananes, la gutta, la gomme, etc. 

Les principaux articles d'importation sont : les étoffes et coton- 
nades, les perles, les conserves servant à la nourriture des colons, 
les machines agricoles, les ustensUes de tout genre, les farineux ali- 
mentaires, les denrées coloniales, les boissons et spiritueux. 

Les chefs de la région des sultanats de TOubangui et du 
M'Bomou n'acceptent guère que des armes (surtout à tir rapide), 
de la poudre, surtctut en paiement de l'ivoire. Dans cette contrée, 
on peut échanger 200 kilogrammes de caoutchouc contre tin fusil 
(mission Bonnel de Mézières). 

La main-d'œuvre indigène est payée à l'aide de perles baîakas 
blanches et rouges, de chapeaux, d'étoffes de médiocre qualité, etc. 



Digitized by 



Google 



CHAPITRE VIII 



COMHEBCE DE LA COLONIE DU CONGO 



En 1894, k chiffre des importations s'élevait à 4,604,953 francs, 
celui des exportations à 5,592,699 francs; au total, 10,597,650 francs. 

En 1899, le chiffre des importations est monté à 6,690,263 francs 
et celui des exportations à 6,625,041 francs, c'est-à-dire, au total, 
13,315,304 francs. 

Soit près de 3 millions de francs d'augmentation en cinq ans. 
Sur le chiffre des exportations, le caoutchouc était représenté par 
3,015,195 francs, Tivoire par 1,878,000 francs et les essences pré- 
cieuses d'ébénisterie par 1,150,600 francs. 

En 1900, on a pu relever : 

Importations. Exportations. 

De France 4.862.922 2.608.212 

Des colonies 15.620 1.586 

Del'étranger 5.676.321 4.929.687 

10.554.863 7.539.515 
18.094.378 " 

En 1901, la crise des caoutchoucs sur le marché d'Europe a pro* 
duit une légère diminution dans ces chiffres, mais cette diminution 
n'a été que temporaire et Tannée 1902 a donné, paraît-il, un nouvel 
essor au négoce. 

Les chiffres de 1901 étaient : 

Importations. Exportations. 

De France 4.037.125 2. 405. .599 

Des colonies 16.515 770 

De l'étranger 3.387.582 4 . 115.811 

7.441.252 6.522.180 

13.963.432 

PÉNÉTRATION l'RANÇAlSE 21 



Digitized by 



Google 



— 322 — 

Soit un peu plus que le chiffre de 1899. 

En 1902, les exportations se sont élevées à 8,428,000 francs, mais 
les importations ont un peu baissé (5,687,000 francs). 

Exploitations et concessions. — TJn décret du 28 mars 1899 a 
réglementé l'exploitation des forêts au Congo français^ Nul ne peut 
entreprendre une exploitation dans les bois du domaine s'il n'est 
muni d'un permis du commissaire général ou de son délégué. Il eet 
fait réserve des droits dont jouissent actuellement les indigènes et 
qu'ils devront pouvoir continuer à exercer. 

Le domaine public a été organisé par un décret du 8 février 1899. 

Le reste de la colonie a été réparti entre 37 concessionnaires ou 
groupes de concessionnaires. 

La question des concessions est actuellement à l'ordre du jour. 
Il semble que les compagnies se soient laissées aller à un mouve- 
ment d'emballement. Elles comptaient trouver une végétation ana- 
logue à celle de l'Etat belge du Congo. Or, celui-ci est presque entiè- 
rement recouvert par la forêt dense, alors que seule une partie assez 
petite de notre colonie i^mplit cette condition excellente pour la 
production de l'huile de palme, du caoutchouc et des bois précieux. 
Nous avons vu en outre que l'ivoire tend de plus en plus à dispa- 
raître. 

En£n, les cahiers des charges sont très minutieux et assez 
durs (1)^ Néanmoins, les concessionnaires se sont mis résolument 
à l'œuvre et ont commencé la reconnaissance et la mise en exploita- 
tion de leurs domaines. 

Jjélevage sera peut-être également susceptible de donner de 
bons résultats dans certaines régions. 

On a réussi à acclimater du gros bétail à Loudima et à Bras^za- 
ville (races bovines de l'Adamswua). 

Les indigènes du Congo-Inférieur possèdent déjà des chèvres et 
des moutons. Des essais heureux ont été faits dans ce sens à Lou- 
dima où d<»s ânes ont été également importés et se sont multipliés. 

Enfin, le cheval semble pouvoir être élevé au Congo. 

(1) M. Paul Leroy -Beauliea a consacré des pages fort intéressantes à celte ques- 
tion des concessions. (De la Colonisation ches les Peuples modernes.) Consulter 
en outre d€ nombreux articles du Bulletin du Comité de V Afrique française année 
1901-1902. 



Digitized by VjOO^IC 



CHAPITEE IX 



LES VOIES DE PBNÉTttATION 



Nous avons déjà observé que la question capitale est actuelle- 
ment celle des voies de communication. Il importe que le8 produits 
de notre Haut-Oubangui, du M'Bomou, du Chari puissent parvenir, 
dans le temps minimum et au prix de transport le moins cher pos- 
sible, aux débouchés maritimes. Il en est d'ailleurs de même pour 
nos articles d'importation. 

Or, il faut actuellement de trente-un à trente-quatre jours pour 
se rendre de Brazzaville à Bangasso et le prix de transport des 
marchandises de France à Banghi s'élève à 130 0/0 de leur valeur. 
Ces chiffres sont plus éloquents que toute discussion. 

Nous avons vu que, dès l'origine de notre colonisation, on s'est 
préoccupé de résoudre oe problème^ On a d'abord songé à utiliser 
les voies fluviales, mais on a bien vite reconnu qu'aucune des 
rivières de l'embouchure du Gabon ne pénétrait assez loin dans l'in- 
térieur des terres, puis, après les belles explorations de M. de Brazza, 
que l'Ogôoué ne possédait pas toute l'étendue désirable et, en outre, 
ne présentait que quelques biefs navigables. 

La voie Ogôoué-Alima n'était pas assez directe pour atteindre 
le Congo découvert pour ainsi dire par Stanley, et la seule route de 
pénétration naturelle vers l'intérieur. 

Mais le cours inférieur du Congo ne coulait pas en territoire 
français et d'ailleurs était impraticable à la navigation : les Belges 
avaient entrepris la construction de leur voie ferrée de N'Dola, près 
Léopoldville à Matadi. On ne pouvait éternellement rester à la 
merci de l'étranger et subir ses conditions de transport. C'est alors 
que nos explorateurs et, en particulier M. de Brazza, cherchèrent 
à joindre Brazzaville à la côte de notre colonie : 



Digitized by 



Google 



— 324 — 

a) Dès 1886^ MM. Dolizie et Jacob proposèrent d'établir une 
voie ferrée entre Mandji et Loudima. 

De la sorte, on aurait obtenu une voie de communication, pré- 
sentant les sections suivantes : 

1** De la côte à Mandji, le bief navigable du Kouilou inférieur ; 

2** De Mandji à Loudima, une route ou une voie ferrée d'environ 
100 kilomètres de développement ; 

3^ De Loudima à Biédi, le cours navigable du Niari moyen ; 

4** De Biédi à Brazzaville une route ou une voie ferrée dont la 
longueur ne dépasserait pas 130 kilomètres. 

Par malheur, la région qu'aurait à parcourir la voie ferrée de 
Loango à Loudima présente des difficultés tenant à son caractère 
montagneux. En outre, de i)etits vapeurs peuvent seuls employer le 
bief Loudima-Biédi. Enfin, de Brazzaville à Bangbi, il y a environ 
vingt-sept jours de voyage^ Il y aurait donc intérêt à reporter plus 
haut, sur le Congo, le point d'aboutissement de la voie ferrée le 
reliant à la mer ; 

b) La mission Oswald, chargée par la société du Haut-Ogôoué 
de l'étude d'une route muletière, a déduit des conclusions montrant 
la possibilité de l'établissement d'une voie ferrée réunissant Libre- 
ville ou le confluent de l'Alima. M. Bourdarie s'est fait l'apôtre 
actif et convaincu de ce projet qui offre les avantages suivants : 

1^ Traverser des régions de collines mamelonnées et de plateaux 
ne présentant aucune difficulté importante pour la construction 
d'une voie ferrée ; 

2** Desservir l'ensemble de la colonie du Congo et en outre 
l'unir (1) à la région du Tchad en adjoignant à la voie Gabon- 
Alima-cours du Congo et de l'Oubangui : la ligne Bangui-Fort- 
Crampel (le Gribingui devenant navigable en ce point) ; 

3** Offrir le moindre développement de voie ferrée. 

Son seul désavantage semble tenir à ce qu'il n'est point la voie 
la plus courte ni la plus rapide pour se rendre de Libreville à 
Bangui. 

La voie Libreville, confluent de l'Alima-Congo, Oubangui suit, 
en effet, sensiblement les deux côtés d'un angle droit. En outre, 
personne ne peut mettre en doute que remonter un fleuve est plus 
long que parcourir la même distance en chemin de fer ; 

(1) Par la voie la plus courte. 



Digitized by 



Google 



— 325 — 

c) M. Fourneau a étudié, dans sa mission de 1899, un autre tracé 
marqué par Libreville, Kandjama (sur l'Ivindo), Ouesso. De là, la 
voie ferrée pourrait atteindre Bangui, parcourant à peu près l'hypo- 
tliénuse du triangle rectangle de la voie Bourdarie. Une voie secon- 
daire mettrait en communication Ouesso à Carnot et à la OuaLm 
(ou Oua), affluent du Chari* 

L'inconvénient de ce projet réside dans le grand développement 
à donner à la voie ferrée (1,230 kilomètres de Libreville à Bangui). 

En outre, cette voie serait quelque peu excentrique '(surtout en 
»e contentant de joindre Ouesso à Carnot et à la Oua sans cons- 
truire la voie Ouesso-Bangui). 

La route de jonction du bassin du Congo à celui du Tchad serait 
beaucoup plus longue que la voie Bangui-Fort-Crampel, 

Enfin, M. Fourneau lui-même a constaté Texistence de maré- 
cages sur le parcours de son tracé. 

L'avantage de son projet réside, encore une fois, dans l'économie 
de temps et de distance entre Libreville et Bangui ; 

d) Enfin, M. Paul Leroy-Beaulieu prône la construction du 
Grand-Central africain de Philippeville à Alger, au Tcbad et à 
rOubangui. Au point de vue impérial, cette voie de communication 
présenterait d'énormes avantages, mais, au point de vue commercial, 
elle semble insuffisante, ne desservant qu'indirectement et par Tad- 
jonction du système fluvial de l'Oubangui les rives de cours d'eau 
et le Congo lui-même. 

Que conclure de l'analyse sommaire de ces différents projets ? 

Il est surtout nécessaire de ne pas perdre de temps et de se 
décider pour un des projets proposés, l'établissement d'une bonne 
voie de pénétration s'imposant pour les raisons déjà énoncées. 

Le projet Libreville-Ouesso-Bangui-Fort-Crampel serait le plus 
direct et le moins long. 

Le projet Libreville, confluent de l'Alima, Congo, Oubangui, 
Bangui-Fort-Crampel exigerait des dépenses moins considérables. 

La voie lac Tchad-Cbari-Oubangui est surtout d'ordre politique ; 

e) La mission LeiiTant, utilisant les renseignements rapportés par 
le capitaine Lôfler, a prouvé qu'il existait une autre voie de pénétra- 
tion vers le Tchad. Elle est constituée par le Niger, prolongé par la 
Bénoué. On entre ensuite dans le Mayokabi, affluent de cette der- 
nière rivière : t Le Mayokabi circule dans une plaine bordée de 
hauteurs uniformes d'une altitude moyenne de 110 à 115 mètres. Cet 



Digitized by 



Google 



— 326 — 

aspect, quand on remonte la rivière, dure jusqu'au village de Lata, 
à 80 kilomètres de Léré. De Lata, il faut faire une vingtaina de kilo- 
mètres pour gagner le Toubouri... 

c ... Le Toubouri est à 110 mètres d'altitude au-dessus du Kabi/ 
La rivière sortant du Toubouri s'engage dans des gorges semées de 
rapides, puis, près de Lata, elle tombe brusquement par trois cas- 
cades successives formant un gigantesque escalier dont le spectacle 
est terrifiant et inoubliable. La cascade supérieure a une dizaine de 
mètres de hauteur et la cascade inférieure 50 à 60 mètres. De Lata 
à Gouroiinsi, il ne peut donc être question de navigation, il y a une 
journée de portage. 

€ ... A partir de Gourounsi commence le Toubouri et a recom- 
mencé notre navigation. Le Toubouri est un marais large et pro- 
fond dont les rives ont à peine 6 mètres de hauteur et qui a 100 kilo- 
mètres de long. Il présente une série de mares et de plaines herbeuses 
qui constitueraient des rizières splendides entre les marais des 
Peulhs. La communication entre le Toubouri et le Logone est xcne 
dépression de terrain de 2 à 3 kilomètres de large et d'une vingtaine 
de kilomètres de long ressemblant à un parc étroit avec des pelouses, 
des arbres et des villages. Du côté gauche (en montant) existe une 
rivière mal tracée à travers des herbes assez espacées, et reliant des 
étangs et des trous d'eau... Durant la période du maximum de la 
crue (du 15 août au 1*' octobre), des vapeurs calant 3 pieds d*eau 
y circuleraient à l'aise. Et du 20 juillet au 25 octobre, la navigation 
y est possible pour des chalands calant 2 pieds... Par cette route, on 
peut aller de Bordeaux au Tchad en soixante-dix jours au lieu de 
cinq mois qu'on met par le Congo. Le prix de transport de la tonne 
ne paraît pas devoir revenir à plus de 500 francs au lieu de 
2,000 francs, i (Capitaine Lenfant.) 



BIBLIOGRAPHIE DU LIVRE IV 

Marcel Dubois et Auguste Terrier. Un siècle dexpansion coloniale. 
Paris, 1902, Challamel in-8<». 

Leroy-Beaulieu Paul. De la colonisation chez les peuples modernes. 
Paris, 1902, tome second. 

Les antres ouvrages généraux cités dans la bibliographie des quatre 
premiers chapitres. 



Digitized by 



Google 



— 327 



Sur le Gabon. 

Ricard. Notes sur le Gabon (Rev. eoL, 2« série, tome XIV, 1855). 

Catteloup. Notes sur le Gabon (Rec. mar. et eoLy tome XLIII, 
octobre-décembre 1874). 

Reçue maritime et coloniale. Les colonies françaises, le Gabon, 
tome LXXVII, avril-juin 1883, p. 417-424. 

Fleuriot de Lksgle, Aperçu historique sur les reconnaissances faites 
par les officiers de la marine française au Gabon et dans les pays voi- 
sinSj de 1843 à 1868 (Nouvelles Annales des Voyages^ 1868, tome III, 
p. 257-270). 

Darrican. Le Gabon {Rec, col. y ,tome IV, septembre-décembre 1844). 

PiGBARD. Exploration du Gabon effectuée en août et septembre 1846 
{Rec, col, y tome XI, janvier-avril 1847). 

ï>v Chaillu. Voyages et aventures dans V Afrique équatoriale. Paris, 
1863, in-8o. 

Du Chaillu. L'Afrique sauvage, Paris, 1863, in-8*». 

— Résumé des voyages effectués de 1858 à 1859 dans r Afrique 

équatoriale (Bull. Soc, géogr., 5« série, tome III, janvier-juin 1862). 

Révérend du Mesnil. Le premier explorateur du Haut-Como. Lyon, 
1882, in-8° {Congrès nationalistes ^ sociétés françaises de géographie, — 
Extrait). 

Serval. Le Gabon, Description de la ricière Rhamboë et de ses 
affluents {Rec, mar. et col,, tome III, octobre-décembre 1861). 

Serval. Notice sur la rivière Moondah {Annales hydrographiques , 
tome XXII, 1862). 

Brousseau (Georges). Noie sur la géologie du Gabon et des mon- 
tagnes de Cristal {La Géogr.y tome III, 1901). 

Sur rOgôoué. 

Griffon du Bellay. Excursion dans l'Ogo-Wad, 

Walker. Relation d'une tentative d'exploration^ en 1866, de la 
rivière de VOgôoué et de la recherche d'un grand lac devant se diriger 
dans V Afrique centrale {Annales des Voyages, 1870, tome I). 

Du Quilio. Voyage dans VOgovcay {Rev. mar, et coloniale, tome XLI, 
avril-juin, 1874). 

Aymés. Résumé du voyage d'exploration entrepris par Pionnier en 
1867 et 1868 {BulL Soc, géog,, 5* série, tome XVII, janviei^juin 1872). 

Exploration de l'Ogoway {Afrique occidentale). Recherches géogra- 
phiques et ethnographiques sur le bassin du Gabon {Rev, mar, et col., 
tome XXVIII, janvier-avril 1870). 

De CoMPiÈGNE. L'Afrique équatoriale. Paris, 1875, 2 vol. in-12. 

Marche. Voyage au Gabon et sur le fleuve Ogôoué (1875-1877) {Le 
Tour du Monde, tome XXXVI, juillet-décembre 1878). 



Digitized by 



Google 



— 328 — 

Marche. Trois voyages dans l'Afrique occ. Paris, 1879, in-12. 

Lev^'. Reise auf dem Okande in West-Afrika* (Petermannt inittheil- 
migen, 1875). 

Expédition dans VOgoway {Rev, mar, et col., tome LIV, juillet-sep- 
tembre 1877). 

Savorgnan de Brazza. Voyages dans l'Ouest africain (Le Tour du 
Monde, tomes LIV et LVI). 

Conférences et lettres sur ses trois explorations dans l* Ouest afri^ 
cain de 1875 à 1886, Texte publié et coordonné par Napoléon Ney. Paris, 
1887. 

Rabaud. VOgôoué {Bulletin de la société de géograp. de Marseille, 
tome II, 1878). 

Ballay. VOgôoué {Afrique équatoriale occidentale). Paris, 1880. 

De Montagnac. VOgôoué, ses populations, et son avenir commercial. 
{Revue des Deux-Mondes, l*^*" novembre 1884). 

Fourneau. De VOgôoué au Campo (1889) (Bull, socgéog., 1891). 

Berton. De Lasioursville sur VOgôoué à Sambo sur le n'Gounié (1890) 
{Bull. soc. géogr., 1895). 

BuRRAT. Ogôoué et Como. De Franceville à Libreville (1893) {Bull, 
soc. géogr., 1896). 

CuNY. De Libreville au Cameroun. Itinéraire, 1894 {Bulletin soc. 
géogr., 1897). 

Mission Gendron. Explorations Jobit et Lôfler {La Géographie, III, 
'l901). 

Sur le Kouilou-Niari. 

Jacob. Reconnaissances préliminaires pour Vétude des voies de com^ 
munication entre la côte du Loango et Brazzaville par la côte du Koui- 
lou Niari (1887-1888) {Bull. soc. géog. 1894). 

Danzanvilliers. Les reconnaissances géologiques de R. ThoLon dans 
les vallées du Djoué et du Niari {Bull. soc. géog. 1897). 

Mizon. Les Routes du Congo {Revue mar, et col., tome LXXXVII, 
octobre-décembre 1885). 

Jacques Amel. La formation de la colonie du Congo français (1843 
1882) (Rens. coloniaux du Bulletin du Comité de l'Afrique française, 
1902). 

Voulgre. Le Congo français. Le Loango et la vallée du Kouilou 
(1897). Paris. 

Sur la région de la Sanga. 

Mizon. Résultats scientifiques de ses voyages (1890-1893) itinéraires 
entre la rivière Bénoue et Sanga (1891-1892) {Bull. soc. géog., 1895). 
Ponel. Haute-Sanga, 1895. 
— La Haute-Sanga (1892-1893) {Ann. de géograph., oct. 1895), 



Digitized by 



Google 



— 329 — 

Maistre. a travers P Afrique centrale du Congo au Niger (1892-1893), 
Paris, 1895. 

Herr. Mission Clozel dans le Nord du Congo français (1894-1895) 
(Ann. de géograph., n° 21, 1896). 

Fourneau. Sanga, Gabon, Ouesso; 14 février 1899, 4 juin 1899 (Reoue 
colonialCy déc. 1899). 

C"« LôFLER. De la Sanga au Chari et à la Dénoué {Rens, col, du Bul- 
letin du Comité de r Afrique française, d'août 1902). 

Sur rOubangui et le M'Bomou. 

Haruy-Alis. a la conquête du Tchad. 

Nebou r. Mission Crampel ( Tour du Monde, 18). 

Dybow SKI. La route du Tchad, Paris, 1891. 

FouREAU. D'Alger au lac Tchad par le Congo, Paris, 1902. 

Maistre. Loc, cit. 

CoLRAT DE MoNTROziER. Dcux ans chcz les Cannibales (Mission Bon- 
nel de Mézières, à Paris, Pion, 1902). 

Gentil. La Chute de Rabah. Pans, 1902. 

La mission Super cille dans la Hautê-Kotto {Bull, du comité de VAfr. 
française, 1901, o 295). 

La région du Kouango (mission Seguin) {Rens, col. du BulL du comité 
de rAfr. française, janvier, 1903). 

Mission de Lamothe dans VOubangui (BulL com. Afr. fr., 1900, 
p 213). 

C»« Julien. De Ouango à Mobaye(lSm) (La Géographie, III, 1901). 

Sur la région du Tchad et le Chari. 

Maistre. Loc, cit. 

Gentil. Loc. cit. 

C*»* LôFLER. Loc, cit. 

La question du Wam (Bull. com. Afr. fr., 1900, p. 122. Rens, col.). 

Bernard et Huot. La mission Chari- Sanga {Bull. com. Afr.fr., 1901, 
p. 105;. 

La mission Joalland Meynier au lac Tchad (Bull. com. Afr. fr., 1900, 
p. 113). 

Autour du lac Tchad (ibid,, p. 239). 

La séparation du Congo et du Chari {ibid., p. 372). 

Le Voyage de Nachtigal au Ouadai (Rens. col, du BulL du com, de 
VAfr. fr., 1903, mars). 

Le Bahr-Sara, par M. C. Maistre (BulL com. Afr, fr,, août 1902). 

Les territoires du Tchad. Organisation et mise en valeur (Bull com. 
Afr. fr., février, 1903). 

La Jonction du Territoire du Chari et de Zinder (BulL com, Afr. 
fr., déc. 1902;. 

Prins. Vers le Tchad. Une année de résidence auprès de Mohammed 



Digitized by 



Google 



— 330 — 

Abd-er-Rhaman Gaourang, sultan de Baguirmi (Avril 1898 — mai 1899). 
— Voyage au Dar Rounga. Résultats scieniihqnes (La géographie, 1, 1900). 

Sur le Congo. 

L* Demars. Étude du plateau du Congo français. Région dite des 
Monts Brogen (La Géograp,, IV, 1902). 

D' A. CuREAU. Notes sur V Afrique équatoriale, (Reo. gén.y tome XII, 
1901. Région entre le M*Bomou et le Soueb). 

E. Gentil. Occupation et organisation du Territoire du Tchad (La 
Géographie, 111, 1901). 

C"* Meynier. Un raid au Chari (22 déc. 1899. — 18 fév. 1900) (Rev, 
fr,, XXVI, 1901). 

C*^« Lenfant. Correspondance de sa récente mission, publiée par 
le Temps. 

L*-C«* Destenave. Le lac Tchad (Revue générale des sciences^ juin et 
juillet 1902). 

C" Dubois. Reconnaissance du Bahr-^l-Ghazal. 

C"« Truffert. Le Bahr-el-Ghazal et V archipel Kouri. 

€»• Julien. Le Dar-Ouadaî (Suppléments au Bulletin du Comité de 
r Afrique française de février, mars, avril et mai 1904). 

C*»® Lenfant. Communication au Comité de l'Afrique française (25 tnai 
1904). 



Digitized by 



Google 



TABLE DES MATIÈRES 



LIVRE I 



Préface 5 

La pénétration française en Afrique. — Ses caractéristiques, ses résul- 
tats 7 

Introduction : De la nécessité de Texpansion coloniale pour les peuples 

contemporains et en particulier, pour la France 7 

Chapitre 1. — Aperçu général du continent africain 17 

Bibliographie du chapitre 1 29 

CHAPfTRB II. — La diplomatie et la pénétration française en Afrique ... 31 

L — Historique de la pénétration française en Afrique 

jusqu*en 1890 31 

IL — La question Congo-Nil 34 

III. — La question de la boucle du Niger 1890-1904. . . 40 

Bibliographie du chapitre II 46 

Chapitre III. — I. — Morcellement de notre empire colonial africain con- 
sidéré des côtes, mais unité par rapport au centre 

du continent . 46 

II. — Nos colonies africaines sont surtout des colonies 

' d'exploitation 48 

III. — Obstacles rencontrés par notre pénétration en 

Afrique (climat, terrain) 49 

IV. — Islamisme, fétichisme, anthropopliagie 50 

Bibliographie du chapitre III 55 



Digitized by 



Google 



— 332 — 

LIVRE II 

LA VOIE DE PÉNÉTRATION DU SAHARA 

Chapitre I. — Historique de la pénétration saharienne o7 

A. — Les voyages d'exploration 57 

B. — La question de la frontière franco-marocaine et le 
Touàt . .* 60 

C. — La région-tampon entre sud-oranais et Maroc. Organi- 
sation de la frontière 78 

D. — Organisation administrative des territoires du Sud. 87 

Chapitre II. — Le problème des origines du Sahara, sa constitution géolo- 
gique 89 

Chapitre III. — Orographie et Hydrographie. — Régime pluvial. — Floi*e. 

— Richesses minérales 94 

Chapitre IV. — Étude physique des diverses régions du Sahara 100 

Sahara central ou sud-algérien lOi 

1° Sahara algérien occidental ICI 

2" Sahara algérien oriental 103 

3 *> Le massif central saharien 105 

4** Le Sahara méridional 107 

Chapitre V. — Les races du Sahara . 110 

1*> Tribus arabes 111 

i*» — maures .'. . 112 

3*» Le groupe chàambà 112 

4*» Les Touareg 113 

a — Touareg du Norvl 114 

b — Touareg du SnJ 116 

Chapitre VI. — Les oasis du Sahara septentrional 118 

1« Tafilcl. ....... ^ 118 

2" (Jroupe loualieii 120 

a — TouJll proprement dit 122 

b — Gourara 123 

c — Tidikcll. . . . ' 124 

3" Ouargla 130 

t" Le Fezzan 131 

CuAprrRE VII. — Les voies commerciales du Sahara 133 

l** Routes directes du Maroc au Soudan 133 

2'^ Routes du Touàt à Tombouctou. 135 



Digitized by 



Google 



— 333 — 

3** Roule d'Ouargla à Kano 136 

A** Les routes du Fezzan vers lo Soudan 139 

a — route de Ghadamès àKano parTAïr 140 

b . — roule do G liai ou Mourzouk fi Kouka 140 

c — roule de Tripoli au Ouadai 141 

Moyens propres à ramener vois nos possessions le courant commercial. 141 

Chapitre VIH. — La question du Transsaharion 144 

1° d*Oran à Tombouctou 144 

2° D'Alger à Tombouctou 145 

3'» De Biskra au Soudan central par Ouargla 146 

4«> De Gabès à Bilma et au Tchad . 147 

Raisons d'établissement du transsaharien 147 

1° Trafic saharien susceptible aélre accompli par une 

voie ferrée 148 

V Trafic saharien susceptible d'ôli-e accompli par une voie 

ferrée unissant le Maghreb au Soudan 149 

Conclusion 150 

Bibliographie du Livre H 152 

LIVRE III 

Chapitre L — Histoire du Soudan, des origines à la formation de Tempire 
d'El-Hadj-Omar (Ghana-Melli-Songhaï). Domination maro- 
caine. Royaume de Segou. Macina 159 

Royaume do Segou • 167 

Royaume du Macina 168 

Chapitrb 11. — Historique de la pénétration française dans TAfrique Occi- 
dentale 170 

— IIL — Organisation de l'Afrique Occidentale française 190 

— IV. — Aperçu ethnographique de l'Afrique Occidentale française . 191 

— V. — Climatologie. Partage en régions naturelles. Flore 207 

— VI. — Aperçu géologique et orographique 212 

— VII. — Hydrogi-aphie 220 

I. — Bassin du Niger 220 

IL — Bassin du Sénégal 226 

III. — Fleuves côtiers se déversant dans l'Océan Atlantique. 228 

IV. — Fleuves de la Côte d'Ivoire 228 

V. — Fleuves du Dahomey 231 

Chapitre VIIL — Aperçu économi([ue 232 

I. — Productions naturelles 232 

H. — Voie du Sénégal 241 



Digitized by 



Google 



— Sal- 
in. — Voie des rivières du Sud %it 

IV. — Voies de la Côte d'Ivoire 242 

V. — Dahomey U3 

Chapitre IX. — Les voies de pénétration françaises dans TAfrique Ceci- 

dentale 247 

Bibliographie du Livre III 254 



LIVRE IV 

LA VOIE DE PÉNÉTRATION DD CONGO. 

Chapifre 1. — Historique de la pénétration française an Congo 258 

— n. — Aperçu climatologique. Partage en régions naturelles. ... 273 

— III. — Constitution géologique 276 

— IV. — Élude de la région du Tchad. Chari 278 

^ V. — Étude de la région Haut Oubanghi. M'Bomou 298 

-^ VI. — Bassin de la Sanga 307 

— VII. — La région équatoriale (Gabon, Ogooué, Niari, Congo). . . 309 

— VIII. — Commerce de la colonie du Congo 32i 

— IX. — Les voies de pénétration 323 

Bibliographie du Livre IV 326 



Paria. — Irap. Paul Dupont, lié, rue Monlmarlre. 00.6.1906. 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



Digitized by VriOO^lC 



z:^-^ 



Librairie Maritime et Coloniale 



AUGUSTIN CHALLAMEL, KDUrEUR 

17, rue Jacob, Paris 



OUVRAGES SUR LES COLONIES 
L'Algérie « L'Orîejit 

Cartes d-es Colonies françaises 



Publications du Ministère des Colonies à l'occasion 
de l'Exposition de 1900 



Ouvrages de l'Institut colonial international de Bruxelles 
et de la Société d'études coloniales de Belirique 



Publications de l'Exposition nationale coloniale de Marseille 
BIBLIOTHÈQUE D'AGRICULTURE TROPICALE 



Publications périodiques 



La Revue Coloniale 

Explorations — Missions — études géographiques et historiques 

(Publication du Minislcn' dct» Colonies) 
Un numéro de 68 pages tous les mois 

Abonnement annuel 15 fr. 



L'Agriculture pratique des pays chauds 

BULLETIN MENSUEL 

du Jardin Colonial et des Jardins d'essai des Colonies 

l/n numéro de 88 pages aoec illastrations tous les mets 

Al)ontionient annuel.- 20 fr. 



M CATALOr.lJR i:ST ENVOYi: IKANCO suu dpjmandï: 



TT^ ow ' P 7041 c,i„««^Google 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google 



AfVtSAH. V M? p 

Lj p citc Uati o n fiancMC ca AfnqMC 

Tootr Uwwy AXW7870 




3 2044 043 499 193 



Digitized by 



Google 



Digitized by 



Google