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Full text of "La Provence du premier au douzième siècle, études d'histoire et de géographie politique"

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LA PROVENCE 

DU PREMIER AU DOUZIÈME SIÈCLE 



MAÇON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS 



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MÉMOIRES ET DOCUMENTS 

PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ DE l'ÉCOLE DES CHARTES 

VIII 



LA PROVENGE 



DU PREMIER AU DOUZIEME SIECLE 



ETUDES 

D'HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE POLITIQUE 



PAR 



Georges DE MANTEYER 

ANCIEN MEMBRE DE l'ÉCOLE FRANÇAISE DE ROME 




PARIS 
LIBRAIRIE ALPHONSE PICARD ET FILS 

Libraires des Archives nationales et de la Société de l'École des Chartes 
82 , Rue Bonaparte , 82 

1908 




A LA MÉMOIRE D'AUGUSTE MOLINIER 

MAÎTRE ET AMI TRÈS REGRETTÉ 

G. M. 



LA PROVENGE 

DU PREMIER AU XIP SIÈCLE 



CHAPITRE PREMIER 

LA PROVINCE ROMAINE 

(Vers 120 av. J.-C. — 536 apr. J.-G.) 



I 

La province proconsulaire et prétorienne 
(Vers 120 av. J.-G. — Vers 267 apr. J.-G.) 

La circonscription du pays de Provence résulte de plusieurs 
remaniements : il faut les énumérer. 

G'est aux environs de l'an 120 avant J.-G. que fut créée la 
province romaine de la Gaule ultérieure ou transalpine. Gette 
province, gouvernée par un proconsul, comprenait, en attendant 
les colonies à venir, des peuples fédérés et des peuples sujets. La 
métropole grecque, Marseille, et les Voconces étaient fédérés. De 
Marseille dépendaient les îles et les points du littoral ouverts au 
commerce. On y remarquait les villes grecques de Nice, sur le rivage 
des Vediantii\ et d'Antibes, sur le rivage des Deciates ; le port placé 
sous Voppidum à'jEffitna et sur le rivage des Oxybii (port Jouan 
sous la Gine ?) ; les comptoirs grecs de la Napoule, de Gavalaire, 
Mèm. et Doc. de l'École des Chartes. — VII. 1 



2 LA PROVENCE DU PRExMIER AU Xll^ SIÈCLE 

de Léoube, de Tarente, de Gey reste et de Cassis sur le rivage 
des Commoni, de Fos sur celui des Anatilii [1)^ la ville grecque 
d'Agde sur celui des Volcœ. A Marseille se rattachaient aussi 
plusieurs comptoirs dans Tintérieur, chez les Gavares : sur le 
Rhône, Avignon et sur la Durance, Gavaillon. Depuis la cam- 
pagne de 15 i, le territoire des Deciates et une partie de celui des 
Oxybii dépendaient des Grecs. Les principaux peuples sujets de 
la province étaient les Commoni, Alhici, Salluvii, Vulgientes-, 
Mernini, Cavarl, Tricastlni, Segovellauni^ Allobroges, Helvii, 
Volcse Arecomici, Volcse Tectosages et, en partie seulement, les 
Ruteni. La route d'Italie en Espagne, par le littoral, était ainsi 
assurée à Rome. La colonie romaine de Narbonne fut fondée en 
118, comme capitale de la province: elle était reliée à l'Italie par 
le poste dWix et couvert à l'ouest par celui de Toulouse. 

Survint Gésar qui, gouvernant la Transalpine avecTIUyrie et la 
Gisalpine, annexa par ses conquêtes le reste des Gaules barbares 
à la Transalpine (l^"" janvier 58- 15 mars 44). Avant de mourir, 
il avait uni la Transalpine à l'Espagne citérieure. Par les soins 
de son légat, le pontife Ti. Glaudius Nero (sept. 46-mars 44), 
il renforça la colonie de Narbonne avec des vétérans de la X® 
légion : il fonda les colonies nouvelles de Fréjus pour la VHP, 
d'Arles pour la VP, d'Orange pour la IP et de Vienne on ne sait 
pour laquelle ^ Le nouveau régime reposait désormais sur des 
bases inébranlables : toutefois, le dictateur n'eut pas le temps de 
préciser les détails de son organisation administrative. Ge fut 
Auguste qui accomplit cette œuvre. A la fin de 27 avant J.-G., 
séparant l'ancienne Transalpine à la fois de l'Espagne et des 
Gaules récemment conquises par Gésar, il la constitua province 
impériale prétorienne et ce fut la province narbonnaise. Il en dimi- 
nua quelque peu l'étendue primitive. D'une part, il unit les Helvii 
à l'Aquitaine ; de l'autre, il laissa à la Gisalpine Nice et Antibes, 
villes qui avaient dû y être annexées et enlevées à Marseille en 
49, lors de la chute de cette cité devant Gésar. En 22 avant J.-G., 
l'organisation de la Narbonnaise était considérée comme accom- 

1. Emile JuW'ien, La fondation de Lyon, Lyon, A. Storck, 1891, pp. 50-55. 



LA PROVINCE ROMAINE 3 

plie ; la province cessa d'être une province impériale pour deve- 
nir une province sénatoriale, mais elle resta de rang prétorien. 

La Narbonnaise et les trois Gaules ne se reliaient encore à la 
Cisalpine et à l'Italie que par la voie aurélienne, le long" delà mer ; 
Auguste chercha à multiplier les communications et à les assurer 
en soumettant les Alpes. En 14 avant J.-G.,un certain nombre 
de peuples ligures et gaulois, vaincus, perdirent leur indépen- 
dance : le principal d'entre eux paraît avoir été celui des Caturiges 
(Ghorges et Embrun), Leur énumération est donnée, d'ailleurs, 
par l'inscription placée sur l'arc triomphal qui formait le trophée 
de cette campagne et qui fut élevé à la Turbie (27 juin 7-26 juin 
6 av. J.-G.). Les Brodiontii (la Bléone, Digne), Nemaloni 
(l'Asse, Senez?), Gallitœ, Triullati, Vergunni (le moyen Verdon, 
Vergons), Equituri (l'Ysse, Thorame), Nematuri, Oratclli (la 
Vésubie,Utelle?),7Veru5/(Vence), Velanni (l'Estéron, Glandève?) 
et Suetri (Grasse, Sartoux ?) composèrent une province impé- 
riale dirigée par un préfet puis, à dater du second siècle, par un 
procureur. L'emplacement de ces divers petits peuples n'est pas, 
pour quelques-uns, déterminé d'une manière satisfaisante. Qu'il 
suffise de dire que la circonscription primitive de cette province, 
très restreinte, connue sous le nom d'Alpes Maritimes, embras- 
sait à peu près, sur le versant occidental des Alpes, le territoire 
des futures cités de Gimiez, Vence, Senez, Gastellane et Digne : 
le chef-lieu en était Gimiez. 

Un chef alpin, Donnus, s'était allié à Gésar en 58 pour lui per- 
mettre de gagner la Transalpine comme l'avait fait Pompée à tra- 
vers ses montagnes, par le mont Genèvre : en reconnaissance, Gésar 
lui avait octroyé le droit latin. Le fils de G. J. Donnus, M. J. Got- 
tius,dut soumettre son pays volontairement au protectorat d'Au- 
guste au moment delà guerre alpine. Mais, par faveur spéciale, en 
raison des souvenirs de Gésar, ce royaume fut laissé à vie à son chef 
soumis qui le gouverna désormais avec le titre romain de préfet. 
Gottius donna son nom au pays dont il était le chef : ce sont, dès 
lors, les Alpes Gottiennes dont la capitale est Suse. L'arc de Suse 
(27 juin 9-26 juin 8 av. J.-G.) en indique l'étendue. Il permet de 



4 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIECLE 

voir comment la soumission de Cottius à l'autorité romaine 
venait d'être récompensée. Sur cet arc figurent six ou sept peuples 
ég-alement mentionnés sur celui de la Turbie. Il en résulte que 
le roi Cottius joignait désormais aux états de son père, notam- 
ment aux Seffusini (Suse), Belaci, Tehavii, Savincates, Veni- 
sami^ lemerii et Quariates (Queyras), le territoire des peuples 
suivants, conquis en Tan 14, c'est-à-dire celui des Medulli 
(Maurienne), Caturiges (Embrun, Chorges) et, par conséquent, 
des Briglani (Briançon sur la Durance), ceux des Segovii, ou 
Sogiontii[\e Buëch, Sigottier, Sigoyer, Sisteron, Sigonce?), ^da- 
nates (le Bès, Ainac, et la Blanche, Seyne ?), Vesubiani^ ou 
Esuhiani (lUbaye?), Veaminii (Guillaumes?), Egdinii{\di Tinée ?). 
Sachant où passait la ligne des douanes qui séparaient des 
Gaules l'Italie et la Cisalpine, on connaît la limite tracée aux 
pays alpins sur le versant oriental des Alpes : du fait que cette 
ligne passait sur le versant oriental, on tire la conséquence 
logique que ces pays figuraient avec la Narbonnaise et les trois 
Gaules, hors de Tltalie et de la Cisalpine. Cette ligne traversait 
la Dora riparia à Malano vers Drubiaglio, la Varaita à Piasco, 
la Stura vers Borgo San Dalmazzo. Par contre, les Alpes Grées 
et Pennines, ou plutôt Pœnines, ne dépendaient pas des Gaules. 
Quelques rectifications de frontière se produisirent, avant la 
fin du i^^ siècle après J.-C, au profit de la Narbonnaise. Les 
Helviij qu'Auguste en avait détachés au profit de l'Aquitaine, 
lui firent retour ; de même Nice et Antibes que César en avait 
détachées au profit de la Ligurie Cisalpine. Galba, en 68 ou 69, 
lui annexa les Bodiontici (Digne) et les Avantici (la Vance, Gap, 
et le Vançon?) i, deux peuples limitrophes qu'il enleva à la pro- 

1. Pline, 1. III, § 37. L'emplacement des Avantici semble exactement 
correspondre à la partie orientale du diocèse de Gap. Il doit comprendre, 
au nord-est, le bassin de la Vance, petit cours d'eau qui a donné son nom à 
Avançonet qui sejette dans la Durance sur la rive droite à Malcol (commune 
de Jarjayes). Ausud-est, il doit comprendre également le bassin du Vançon, 
autre cours d'eau, affluent de la Durance, qui s'y jette sur la rive gauche et 
sur la commune de Volonne. Entre la Vance et le Vançon, se trouve la 
Sasse. Fait curieux, à proximité de la Vance se trouve la localité de 



LA PROVINCE ROMAINE O 

vince des Alpes maritimes. Dès 64, forcément, il en avait été de 
même des Socfiontii ou Segovii, placés plus à l'ouest. Avant 79, 
il en fut de même pour les S«e/W (Grasse?), au témoignage de 
Pline. Quant à Marcus Julius Gottius, ce prince avait eu son fils 
Gaius Julius pour successeur en 44, date à laquelle Glaude, 
selon Dion, augmente Tétendue de sa domination. En 64, le 
roi G. J. Gottius mourut ; au témoignage de Suétone, Néron 
annexa son royaume et, pour la plus grande partie, en fît une 
province spéciale. Bussullus, que l'inscription des Escoyères 
montre préfet des Capillati (Ubaye ?), Adanates (Ainac et 
Seyne?), Savincates, Quariates (Queyras) et Brigiani (Brian- 
çon), se trouvait à la tête de cette province. Elle paraît 
avoir quitté, pendant quelque temps au moins, le nom de 
Gottius pour s'appeler la province des Alpes Atrectiennes, du 
nom de la gens Alrectia. Vers 140, du temps de Ptolémée, les 
Suetri avaient fait retour aux Alpes Maritimes et, sans doute 
aussi, une partie tout au moins des Caturiges (Ghorges). Les 

Théus, tandis que sur le haut Vançon se rencontre le hameau de Théous 
(commune d'Authon). On peut en rapprocher, au nord-ouest du diocèse de 
Gap, la localité de Taoux, sur le terroir d'Aspremont. Au nord-est, le point 
frontière entre les Avantici et les Caturiges pourrait bien être marqué 
par le lieu dit Fein, un peu à l'est de Gapiau, sur la commune même de 
Ghorges. Au nord-ouest, le point frontière entre les Avantici et les 
Segovii (?) se trouvait, on le sait, sur la voie, à six milles de Gap. Le 
domaine de Quint marque encore aujourd'hui le 5^ mille où se terminait, 
vers Sauveterre, la banlieue de Gap ; près de là, sur l'ancienne voie 
romaine, subsiste une borne signée d'une croix (David Martin, Tumuli de 
Corréo et du Guïre, Bull, de la Soc. d'Etudes des Hautes-Alpes, 3*' série, 
n° 13, Gap, Jean et Peyrot, 1905, pp. 89-103 ; voir le plan hors texte 
entre les pages 96 et 97). Un mille plus loin, la station ad Fines devait se 
trouver sur la commune actuelle de La Roche-des-Arnauds, où existe « Le 
Clôt aux Fins », sur la rive droite du rif de l'Arc, selon M. F. NicoUet, 
professeur au lycée d Aix (lettre du 15 octobre 1905). Au sud, les limites 
des Avantici sont celles du diocèse de Gap entre Digne à l'est. Riez au 
sud et Sisteron à l'ouest. Les Segovii (Sigoyer-Malpoil, Sigoyer-sur-Tal- 
lard) ou Sogiontii (Sigottier, Sisteron, Sigonce) doivent correspondre à la 
partie occidentale du diocèse de Gap (vallée du Buëch) et au nord du 
diocèse de Sisteron. Quant aux Bodiontici, c'est la vallée de la Bléone. 
Les Edenates (Ainac ?) doivent comprendre la vallée du Bès et peut-être 
celle de la Blanche (Seyne). 



6 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl*^ SIÈCLE 

Alpes Gottiennes, gouvernées désormais par un procureur qui, 
vers le temps d'Antonin (138-161), fut à un moment donné 
L. Dudistius Novanus, se trouvaient groupées avec les Alpes 
Graies. Cinquante ans plus tard, sous Septime Sévère et Gara- 
calla (197-211), les Alpes Gottiennes sont, au contraire, unies 
avec les Alpes Maritimes. 



II 

La Narbonnaise et la Viennoise 
(Vers 267-4S0) 

La seconde moitié du iii^ siècle amena un remaniement com- 
plet de la Narbonnaise et son premier démembrement : cela se 
constate au concile d'Arles tenu en 31 4 ^ L'origine de ce 
démembrement, consacré par la réforme administrative de 
Dioclétien et de Maximien, doit remonter à Postume et aux 
empereurs gaulois (257-273). On sait que la Narbonnaise fut 
dévastée par les Alamans, descendus, depuis Avenches qu'ils 
ruinèrent, le long de la vallée du Rhône. La plupart franchirent 
les Alpes pour se jeter sur l'Italie et furent détruits par 
Gallien à Milan, après avoir été jusqu'à Ravenne; quelques- 
uns restèrent sur la rive gauche du Rhône où Postume les 
réduisit à merci, en s'emparant de leur chef, Grocus, prèsd'Arles^. 
Postume, qui défendit les Gaules (257-267), et ses successeurs 
(267-273) se séparèrent des empereurs italiens. Ils possédaient 
la rive gauche du Rhône, l'afPaire d'Arles suffît à le prouver; 
mais ils n'empiétèrent jamais sur l'Italie et on peut se demander 
môme s'ils occupèrent les Alpes. Il y a apparence pour la néga- 
tive ; les empereurs italiens durent posséder, non seulement 

i. L. Duchesne, Fastes episcopaux, t. T, p. 69. 

2. G. Bloch, Les origines ; la Gaule indépendante et la Gaule l'omaine, 
Paris, Hachette, 4901, pp. 256-257 (Ern. Lavisse, Histoire de France, t.h^, 
vol. II}. 



LA PROVINCE ROMAINE 7 

l'Italie, mais aussi les provinces alpines qui relevaient des Gaules. 
Les premiers documents, qui permettent de constater le démem- 
brement de la province Narbonnaise en deux provinces nouvelles, 
montrent que l'une continua à se dénommer province narbonnaise 
en conservant Narbonne comme métropole, tandis que l'autre, 
% démembrée de la première, recevait le nom de province vien- 
noise parce que Vienne devenait sa capitale. La Narbonnaise ainsi 
diminuée gardait le territoire de toutes les cités placées sur la rive 
droite du Rhône, sauf celui des He/vii [Aps ) . La Viennoise qu'on 
en démembrait comprenait^ sur la rive droiieAes Helv H (Aps), sur 
la rive gauche les Allobroges (Vienne avec les vici de Genève 
et de Cularo), les Voconces (Die et Vaison), les Segovellauni 
(Valence), les 7'ricas/mi(Saint-Paul),lesCaî;a7'i (Orange, Avignon, 
Cavaillon), les Memini (Garpentras), les Desuviates (Arles), 
les Commoni (Toulon) et Marseille, avec le port de Nice qui en 
dépendait : Vienne était la métropole de cette province. Le 
choix de cette cité, la plus septentrionale de toutes et la plus 
voisine de Lyon, s'explique par sa situation : elle était à 
portée du centre politique de l'empire gaulois. L'annexion des 
Helvii à la Viennoise s'explique par la proximité de Vienne et 
l'éloignement de Narbonne. Le territoire entier des Allobroges 
jusqu'à Genève dépendait de la Viennoise, tandis que celui 
des Voconces était scindé : cela s'explique encore par le 
fait de la proximité plus ou moins grande du pouvoir de l'empire 
gaulois, qui se basait sur la ligne du Rhin et abandonnait l'Ita- 
lie. Ainsi, plus on descend la vallée du Rhône, plus on se 
rapproche de la voie aurélienne qui gagnait l'Italie, plus la 
Viennoise diminue de largeur^. Cependant, elle arrivait jusqu'à 
la mer, puisqu'elle comprenait Arles et Marseille : ce fait est très 
important, car les cités de l'ancienne Narbonnaise placées sur 
la rive gauche, qui demeuraient en dehors de la Viennoise, se 
trouvaient ainsi séparées de la nouvelle province Narbonnaise 



1. Par Marseille et Toulon, elle s'étend un peu plus à l'est sur le littoral; 
mais le territoire exigu de ces ports ne. pénètre guère dans les terres. 



8 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

réduite. Cette séj)aration prouve clairement que ces cités orien- 
tales n'obéissaient pas aux empereurs gaulois et qu'elles dépen- 
daient des empereurs italiens. Si elles avaient obéi aux premiers, 
ces cités isolées de Narbonne auraient été incorporées dans la 
Viennoise : elles comprenaient le territoire des Avantici (Gap), 
celui des Segovii ou Sogiontii (fragment de la future cité 
de Gap placé à l'ouest des Avantici et future cité de Sisteron), 
le territoire des Vulgientes (Apt), celui des Salluvii (Aix), 
ceux des Albici (Riez), des Commoni (Fréjus) et d'An- 
tibes. Tel est le démembrement de la Narbonnaise en Vien- 
noise et Narbonnaise, survenu probablement dès le règne de 
Postume (257-267) et consacré par la réforme de Dioclétien. 
Après la réunion des Gaules au reste de l'Empire (273), il ne 
semble pas que les cités orientales de la Narbonnaise, séparées 
de Narbonne par la Viennoise, aient été rattachées alors à la 
Viennoise. Ces cités placées sur la rive gauche du Rhône 
paraissent avoir été remises sous la dépendance de Narbonne. 
En ce qui concerne les Alpes, sur le versant occidental, la 
province des Cottiennes était réduite presque à rien au profit des 
Maritimes. Dès Marc-Aurèle (161-180), la province des Alpes 
Pœnines avait été groupée avec la province des Alpes Grées 
(Tarentaise)i ; dès 140, la province des Alpes Cottiennes Tétait 
également avec celle-ci^. Si, au début du iii^ siècle, les Cottiennes 

1. L. Duchesne, Fastes, t. I, p. 70. 

2. L'itinéraire de 333 (Desjardins, Géographie de la Gaule, t. IV, p. 35) 
prouve que les Alpes Cottiennes étaient encore comprises alors dans 
les Gaules, puisque, se rendant en Italie, le voyageur marque seulement 
après Suse la mention : Inde incipit Italia. Cet itinéraire prouve aussi le 
rattachement des Alpes Cottiennes aux Alpes Pœnines ; car, entre Embrun 
et Rame, le manuscrit de Vérone du ix^ siècle donne : Inde incipiunt 
Alpes Penninœ et le manuscrit de Paris du x® siècle : Inde incipiunt Alpes 
Cottiœ. 

Précédemment, vers le milieu du ii® siècle, le texte de Ptolémée, tel 
qu'on le possède, attribuait Embrun, Briançon et Suse aux Alpes Grées. 
Mommsen a émis l'opinion que c'est là une erreur de copiste [Corpus 
Inscriptionum laiinaruni, t. V, p. 810). 11 est plus naturel de penser 
qu'on a le choix entre deux hypothèses : ou bien le groupement des 
Alpes Cottiennes avec les Alpes Grées était un fait accompli dès 



LA PROVINCE ROMAINE U 

abandonnent momentanément les Grées pour se grouper avec les 
Maritimes, cela ne dura pas. On les unit de nouveau avec les 
Grées et les Pœnines. Ce fut fait, en tout cas, avant la réforme 
de Dioclétien qui rattacha ce groupe des trois provinces Alpines 
au diocèse des Gaules, capitale Trêves. La province des Alpes 
Gottiennes ainsi groupée avec les précédentes ne comprenait 
plus, sur le versant occidental des Alpes, que le territoire de 
Briançon et la Maurlenne, comme dépendances de la cité de Suse. 
C'est sans doute sous Septime Sévère et Caracalla (197-211), quand 
l'union éphémère des Alpes Gottiennes avec les Alpes Maritimes 
cessa, que les Gottiennes abandonnèrent aux Maritimes ce qu'elles 
possédaient encore des Caturiges (Embrun) avec les Adanates^ 
les Egdinii, les Veaminii et les Vesubiani. C'est alors, probable- 
ment, que les Bodionticl [Digne) et les Avantici (Gap) firent retour 
de la Narbonnaise aux Alpes Maritimes, afin d'en compléter 
l'agrandissement. La cité de Cimiez restait toujours la métro- 
pole de cette province. 

Le versant occidental des Alpes échappe presque complète- 
mentaux Alpes Gottiennes; l'extension de cette province se porte 
sur le versant oriental. Ptolémée en fait dépendre, dès 140, les 
Lepontii avec Domodossola. Plus tard, au détriment de la Ligu- 
rie, cette province embrassera Pollenzo et Gênes. 

La préfecture des Gaules, organisée par Dioclétien et Maximien, 
se composait de quatre diocèses, dont deux pour les Gaules. Le 
préfet, résidant à Trêves, dirigeait lui-même le diocèse des 
Gaules dont dépendait la province des Alpes Pœnines, Grées et 
Gottiennes. Le diocèse, dit des Cinq Provinces, confié à un 
vicaire qui résidait à Vienne, se composait des provinces d'Aqui- 
taine^ de Novempopulanie démembrée de la précédente dans la 

l'époque de Ptolémée et Embrun en dépendait encore; ou bien ce 
groupement était chose faite, en tout cas, lorsque le copiste du texte 
de Ptolémée opéra son travail et cette correction qu'il y apporta 
fut faite par lui en connaissance de cause. Il ne faut pas parler d'erreur 
ici. Les Alpes Gottiennes existaient toujours ; seulement, elles étaient grou- 
pées avec les Grées et les Pœnines, de sorte qu'on les mentionnait, soit 
sous leur nom propre, soit sous la rubrique des Grées ou des Pœnines. 



10 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll'^ SIÈCLE 

première moitié du m* siècle, de Narbonnaise, de Viennoise, 
démembrée de la précédente au milieu du iii^ siècle, et des Alpes 
Maritimes ainsi agrandies aux dépens des Gottiennes. La Vien- 
noise devient alors une province consulaire; mais les autres, de 
rang prétorien,, sont gouvernées chacune par un simple prœses. 
Enfin, dans la seconde moitié du iv^ siècle, c'est-à-dire entre 
374 et 381, sous Gratien, se produisirent deux nouveaux 
démembrements : l'Aquitaine et la Narbonnaise furent dédou- 
blées, ce qui porta le diocèse de cinq à sept provinces^. La Nar- 
bonnaise n® se compose tout simplement des cités orientales de la 
Narbonnaise primitive séparées de Narbonne depuis le milieu 
du II'' siècle par la Viennoise : comme métropole, c'est Aix qui 
est la cité choisie. 

i. Mgr Duchesne a mis en lumière les faits suivants. En 358 le De syno- 
dis de saint Hilaire ne marque qu'une Narbonnaise ; pour 359 et 361, 
Ammien Marcellin n'en mentionne qu'une ; le 12 juillet 374, le concile de 
Valence s'adresse encore f'ratribus per G allias et V provincias. Le 5 sep- 
tembre 381 le concile d'Aquilée s'adresse episcopis provinc. Viennensis et 
Narhonensium primse et secundse;\e !«'' octobre 396,1e concile de Nîmes 
s'adresse à son tour episcopis per Gallias et VII provincias. La création 
des Aquitaine II et Narbonnaise II est donc circonscrite par ces docu- 
ments irréfutables entre le 12 juillet 374 et le 5 septembre 381 sous Gra- 
tien (L. Duchesne, Fastes épiscopaux, t. I, p. 69, note 1 ; J.-H. Albanès, 
Gallia Christiana novissiuia, Marseille, n° 10, col. 7-8). La liste de 
Vérone (297) cite déjà la II« Narbonnaise ; le bréviaire de Rufus 
Festus (369) cite de son côté la II® Aquitaine : ces deux compilations sont 
donc en contradiction avec les sources littéraires et la série des conciles. 
La conclusion qui s'impose, c'est que, sur ce point, la liste de Vérone et 
le bréviaire de Rufus Festus ont été interpolés après 374, pour être mis à 
jour; s'ils ne l'étaient pas, il en résulterait que le texte du concile de 
Valence a été corrompu, ce qui est moins vraisemblable, et en même 
temps que la II® Narbonnaise créée avant 297 aurait disparu avant 358 
pour reparaître avant 381, ce qui complique bien les choses. Mgr 
Duchesne, après avoir cité les textes décisifs (t. I, p. 69, note 1), tend 
cependant à suivre Rufus Festus (t. II, pp. 7-8). Le concile de Turin tenu 
le 22 septembre [398?] se composait sans doute surtout d'évêques lombards 
peu au courant des affaires de Provence. En effet, ils parlent des églises 
in secunda provincia Narbonensi positœ, mais ils déclarent qu'ils ignorent 
absolument la grandeur de la province d'Arles et ils s'adressent encore 
fratribus ... per Gallias et quinque provincias constitutis. Le protocole des 
évêques de ce concile était en retard (Fedele Savio, Gli antichi vescovi 
d'Italia, Torino, 1899, pp. 555-658 ; E.-Ch. Babut, Le concile de Tiirin^ Paris, 
Picard, 1904, pp. 223-225). 



LA PROVINCE ROMAINE 11 

A la même époque. Embrun^, devenu cité, remplace Cimiez 
comme métropole des Alpes Maritimes : la Notice constate ce 
changement. 

La province des Alpes Gottiennes cesse alors d'être groupée 
avec les Alpes Grées et Pœnines ; elle cesse de dépendre du diocèse 
des Gaules pour être rattachée, en même temps qu'Aoste et tout le 
versant oriental des Alpes, au diocèse d'Italie, capitale Milan : 
la Notice l'y fait figurer. 

Vers 392, en présence de l'invasion menaçante, le préfet des 
Gaules se replia du Rhin sur Arles, cité qui depuis Constantin 
(23 juillet 306, -|- 22 mai 337) était une résidence impériale ; 
il dirigea désormais par lui-même les VII provinces et paraît, si l'on 
en croit un texte du vi® siècle, la vie de saint Amator 
d'Auxerre (-j- 1®'' mai 418), avoir fait reporter son vicaire en 
avant, de Vienne sur Autun, pour surveiller les X provinces des 
Gaules. 

Cet événement - est la cause pour laquelle Arles est devenu 



i. En 333, ni Chorges,ni Embrun n'étaient des cités. Chorges Tétaitprécé- 
demment, jusque sous Dioclétien et Maximien (284-305), comme le 
prouvent deux inscriptions. C'est seulement au m® siècle que le nom du 
chef-lieu : Caturigomagus dut disparaître devant le nom du peuple, 
Caturiges, qui a donné le Charges actuel. En 333, Embrun n'était pas 
encore une cité ; cette localité le fut bientôt, et avant l'époque où Marcel- 
lin en devint le premier évêque (362-370). 

2. L'atelier monétaire d'Arles fut ouvert en 313. Constantin y séjourna 
et donna à cette cité, en septembre ou octobre 326, le surnom de Cons- 
tantina au moment où Constantin II devenait son fils aîné, par suite de 
la disparition de Crispus. Arles se para de ce titre jusqu'à la mort de 
Constantin II en 340 (J. Maurice, Communication à la Soc. des Antiq. de 
France, séance du 30 mars 1904, Bull, de la Soc. nat. des Antiq. de 
France, 2^ trimestre 1904. Paris, C. Klincksieck, pp. 169-172). Valenti- 
nien II est le dernier empereur qui ait résidé à Trêves, avec Arbogast; 
il abandonna Trêves pour les VII provinces et fut tué à Vienne (mai 392). 
C'est vers ce moment que la résidence du préfet dut être fixée à Arles. 
En tout cas, le fait était accompli avant le concile de Turin qui se tint le 
22 septembre [398 ?J, c'est-à-dire après la mort de saint Martin 
(f 8 novembre 397) et du vivant de Félix de Trêves, quand celui-ci allait 
abandonner son siège (voir E.-Ch. Babut. Le concile de Turin, Paris, 
Picard, 1904). L'opinion de M. Babut est que ce concile se tint seulement 



12 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

depuis la capitale de la Provence, au détriment de Vienne ; il 
influa bientôt, comme on peut s'y attendre, sur la hiérarchie ecclé- 
siastique qui, précisément alors, commence à s'org-aniser partout. 
A la fin du iv® siècle, Tépiscopat des Vil provinces avait pris 
l'habitude de soumettre ses affaires contentieuses à Milan, capi- 
tale de la préfecture. d'Italie et résidence impériale actuelle ^ ; 
Trêves était bien le chef-lieu de la préfecture des Gaules, mais 
dans une situation trop éloignée et excentrique pour l'épiscopat 
du diocèse méridional. Dès le concile de Turin, vers 398, Arles 
voulait supplanter Vienne. Pour y mieux arriver, Arles se mit à 
soutenir que son église avait été fondée avant toutes les autres 
dans les Gaules par Trophime, disciple immédiat de saint Pierre. 
De fait, Arles n'était pas, depuis vingt ans, devenu le siège 
métropolitain de la préfecture que, par privilège apostolique 
du 22 mars 417, son évêque Patrocle fut reconnu, non seulement 



en 417. Cette opinion a été contredite par Mgr Duchesne dans la Revue 
historique. La phrase : episcopis Galliaruni qui Felici communicant 
prouve, avec son contexte, que Félix de Trêves était encore en vie. Ce 
concile se préoccupe de régler la nouvelle situation de la Viennoise par 
une transaction entre les prétentions nouvelles de l'évêque d'Arles et les 
droits anciens de l'évoque de Vienne. Cette transaction suppose le préfet 
installé à Arles. La constitution du 17 avril 418 rendue sur la demande 
du préfet Agricola pour organiser à Arles l'assemblée annuelle des VII 
provinces, entre les ides d'août et les ides de septembre, ne fait que se 
conformer au précédent, créé entre 401 et 405 par le préfet Pétronius, 
précédent que le gouvernement arlésien de l'usurpateur Constantin (407- 
411) avait laissé tomber en désuétude. Le texte de cette constitution 
laisse bien entendre que Pétronius résidait déjà à Arles (L. Duchesne, 
Fastes, t. l,p. 103 et note 1). 

Dans la supplique des 19 évêques en faveur d'Arles, adressée au pape en 
450, il est fait mention de Constantin le Grand, qui donna son nom à cette 
cité où il résida ; puis on rappelle les privilèges accordés par Valentinien 
et Honorius (Migne, Patr. lat., t. LIV, p. 879). Or, Honorius est l'auteur 
de la constitution de 418; quanta Valentinien, étant donné son abandon 
de la résidence de Trêves pour la vallée du Rhône, il semble que le 
rappel de son nom, plus de cinquante ans après, dans ce mémoire arlésien, 
est bien un indice de plus qu'il faut lui attribuer le transfert de la pré- 
fecture des Gaules, laquelle actuellement y est fixée, comme les évêques 
le notent. 

1. L. Duchesne, Fastes, t. I, p. 90-91. 



LA PROVINCE ROMAINE 13 

primat des provinces de Viennoise, des deux Narbonnaises et des 
Alpes Maritimes, mais même vicaire du siège apostolique vis-à- 
vis de Tépiscopat entier des Gaules '. Il est clair que l'autorité 
ecclésiastique de Tévéque d'Arles était calquée à peu près sur 
l'autorité politique du préfet des Gaules qui y résidait désormais. 
Cette prééminence absolue et nouvelle était tellement con- 
traire aux traditions établies dans les églises des deux diocèses 
impériaux qu'elle ne put durer. Le pape Zosime qui l'avait établie 
mourut à la fin de 418; son successeur ne la ratifia pas. Celui-ci, 
par lettre du 13 juin 419, s'adresse à tous les évêques constitués 
dans les Gaules et dans les Vil provinces, sans passer par l'inter- 
médiaire de l'évêque d'Arles qu'il se borne à nommer le premier ^. 
Cela prouve que le vicariat général des Gaules, concédé en 417, 
venait de disparaître. Puis, par mandement du 9 février 422, le 
même pape soustrait expressément la province de Narbonnaise P® 
à toute ingérence ou prééminence du siège d'Arles '^. Ce mande- 
ment fut confirmé le 26 juillet 428 ^ ; toutefois, le siège d'Uzès qui 
faisait partie de la Narbonnaise P^ demeura soumis aux évêques 
d'Arles. En fait, on trouve, dans les conciles régionaux de 439 
(Riez), 441 (Orange) et 442 (Vaison), la preuve évidente de l'au- 
torité primatiale exercée par le siège d'Arles sur les pro- 
vinces de Viennoise, de Narbonnaise IP et des Alpes Maritimes. 
Seuls, les sièges de Marseille en Viennoise, d'Aix et de Nice 
en Narbonnaise IP, se prévalaient des traditions antérieures à 
417 et du nouvel esprit qui animait le saint-siège depuis 419 
pour s'abstenir d'y paraître : cet état de choses dura de 419 à 
44S. En 445, irrité contre Hilaire, évêque d'Arles, à qui il 
reprochait une activité dénuée de circonspection, le pape va, 

1. L. Duchesne, Fastes, t. W, pp. 84-85; Jaffé, n° 328. 

Ce privilège est fait au détriment de l'évêque de Vienne pour la Vien- 
noise sauf Marseille, au détriment de l'évoque de Marseille pour la Nar- 
bonnaise 11° et au détriment de l'évêque de Narbonne pour la Narbon- 
naise I'-^ (Ihid., pp. 101-102, 105). 

2. Duchesne, Fastes, t. I, pp. 107-109; Jaffé, n» 349. 

3. IbicL, p. 109; Jaffé, n° 362. 

4. Ibid., p. 110; Jaffé, n« 369. 



14 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl« SIÈCLE 

par une mesure personnelle, jusqu^ti dépouiller le siège d'Arles 
de toute autorité métropolitaine sur la Viennoise : il consti- 
tue alors les sièges métropolitains de Viennoise, de Narbon- 
naise II® et des Alpes Maritimes indépendants, en faveur des 
évêques de Vienne, d'Aix et d'Embrun ^, comme son prédéces- 
seur l'avait fait en 422 pour la Narbonnaise P*^. Cette déchéance de 
l'évêque Ililaire fut ratifiée par rescrit impérial du 8 juillet 445 2. 
Mais la mise à néant du siège d'Arles créait une situation 
encore plus excessive que celle résultant de son élévation subite en 
417 au-dessus de l'ensemble des Gaules : cela ne pouvait durer. 
Il fallait une solution moyenne, qui répondît à la réalité des 
faits, en satisfaisant les sentiments opposés des pays groupés, 
l'un autour d'Arles, l'autre autour de Vienne. 



III 

La Provence (jolhique et la Viennoise hou rr/uif/ nonne 

(450-536) 

On a vu plus haut que le démembrement, sur la rive gauche du 
Rhône, de la Narbonnaise en Viennoise et en Narbonnaise pro- 
prement dite, avait, au milieu du m® siècle, été amené très proba- 
blement par l'existence momentanée de deux dominations poli- 
tiques différentes. Ce fut encore, au milieu du v® siècle, un fait de 
cet ordre qui amena la solution souhaitée : seulement, à la place 
des empereurs, ce furent les barbares qui fournirent les éléments 
de la transaction. Leur marche se suit pas à pas en Viennoise. 

En 440, les Alains s'étaient installés dans le territoire de la 
cité de Valence ; en 443, les Burgondes avaient occupé à leur 

1. Duchesne, Fastes, t. I, pp. H4-H5 ; JafTé, n» 407. Pour Vienne, le 
mandement du 5 mai 450 le prouve (Jafîé, n° 450) ; pour Embrun, l'histoire 
d'Ingenuus exerçant ses droits à Nice le prouve aussi. 

2. Ihid., p. lie, donne la date du 6 juin. Voir Albanès, Gallia novis- 
sima, Arles, col. 33-34, n° 57. 



v: 



LA PROVINCE ROMAINE 15 

tour la Sapaudia ou Savoie ^, c'est-à-dire une partie du terri- 
toire des diocèses de Genève et de Grenoble. 

Telle était la situation lorsque l'évêque d'Arles Hilaire mou- 
rut le 5 mai 449 ; quelques semaines après, il était remplacé 
par Ravennius et celui-ci, jugeant que les mesures personnelles 
prises contre son prédécesseur ne pouvaient le concerner, saisit 
la première occasion pour exercer en Viennoise les droits de 
métropolitain en sacrant un évêque de Vaison. L'évêque de Vienne 
ayant protesté, dix-neuf évêques prirent parti pour Arles, soit 
sept de Viennoise, trois de Narbonnaise II'', quatre des Alpes 
Maritimes, un de Narbonnaise P® (Uzès) et quatre de sièges qui 
n'ont pu être identifiés : ils supplièrent le pape de reconnaître 
le privilège de 417. La décision de Léon, datée du 5 mai 450 2, 
fut que le siège de Vienne jouirait des droits métropolitains dans 
les cités viennoises de Valence, Grenoble, Genève et dans les 
Alpes Grées (Tarentaise) ; tout le surplus, c'est-à-dire le reste 
de la Viennoise, la Narbonnaise IP, Uzès et les Alpes-Maritimes, 
devra dépendre du siège d'Arles. Cette décision, on le voit, 
consacrait tout simplement la séparation en deux parties iné- 
gales de la Viennoise, telle quelle résultait de la situation poli- 
tique ; elle rattachait à Vienne les églises occupées par les bar- 
bares et à Arles celles plus nombreuses qui obéissaient encore aux 
fonctionnaires impériaux. A vrai dire, les VII provinces du dio- 
cèse existaient encore pour le protocole; l'intitulé du mande- 
ment de 419 s'adresse encore expressément à leur épiscopat 3. 

1. Chronique de 452 (Mon. Germ. hist., Auct. Ant.,t. IX, p. 660); 
L. Duchesne, Fasles, t. I, p. 78, note 4. 

2. L. Duchesne, Fastes, t. I, p. 121 ; JafTé, n** 450. 

3. Chacune des souscriptions épiscopales placées au bas des conciles 
d'Orange (8 nov. 441) et de Vaison (13 nov. 442) est précédée de l'indica- 
tion protocolaire, qui constate celle des VII provinces à laquelle la cité 
appartient. Cependant, en 441, au lieu d'être précédée de la mention régu- 
lière : Ex provincia Viennensi, ou Ex provincia ôs, la souscription de 
l'évêque de Voconces (Die) est précédée seulement de la mention abrégée : 
Ex provincia. De même, en 442, pour l'évêque de Carpentras. Soit deux 
exceptions sur 22 mentions de la province Viennoise (Duchesne, Fastes, 
t. I, pp. 347-349). Ces exceptions se produisent pourlaViennoise; elles ne se 



16 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl'' SIÈCLE 

Mais, en fait, les papes ne distinguaient plus nettement que la 
Narbonnaise P^ ', sur la rive droite, et la Viennoise ^ sur la rive 
gauche, parce qu'elles étaient les deux provinces principales. 
En ce qui concerne la rive gauche, dans la série des mande- 
ments qui ont été cités, la Narbonnaise II® est mentionnée pour 
la dernière fois en 417 ; en 419, 428, 445 et 450, elle paraît 
sous-entendue ou comprise dans la Viennoise. Il en est ainsi 
des Alpes Maritimes, dès 417, et, pareillement, des Alpes Grées 
en 450. Quelquefois, ligure seul le terme de provincia\ il 
paraît tout englober, comme celui plus explicite et équivalent de 
provincia Viennensis, et on pourrait déjà le traduire par le vocable 
moderne de Provence ^. Ce terme embrasse donc, en réalité, 
de 422 à 450, les trois provinces du diocèse, placées sur la rive 
gauche du Rhône ^, et, en plus, les Alpes Grées. Depuis 450, le 
terme de Provincia se restreint au territoire dépendant à la fois 

produisent jamais pour les autres provinces, ce qui est à remarquer. On peut 
donc en tirer un indice nouveau du langage alors courant, employé quel- 
quefois par inattention, au lieu des formules traditionnelles. Ces exceptions 
pourraient évidemment être le fait d'une erreur matérielle imputable soit au 
scribe du manuscrit, soit à l'éditeur; mais, dans ce cas, il est singulier 
qu'elles se produisent uniquement à propos de la Viennoise. 

1. Mandements de 417, 422 et 428. 

2. Mandements de 417, 428, 445 et 450. 

3. En raison de son apparence vague, ce terme de Provincia, dans les 
mandements de 419 et de 450, a naturellement embarrassé les historiens 
(Duchesne, t. I, pp. 108 et 122) :« On ne voit pas très bien ce que saintLéon 
entend ici par province ». Pourtant, si la chancellerie papale l'employait, 
c'est qu'il était clair et compris. Dans le premier mandement adressé 
suivantla terminologie officielle et traditionnelle à l'épiscopat des Gaules et 
des Vil provinces, le pape dit en langage courant que le jugement de l'évêque 
de Valence, jard/ai delà rive gauche, aura lieu intraprovinciam, ce qui équi- 
vaut à iNTRA PROviNCiAM [Viennensem] et cc qu'ou peut traduire, dès cette 
époque, par les mots : dans la Provence. Dans le second, se constate 
l'équivalence des termes provincia et provincia Viennensis, c'est-à-dire de 
la province Viennoise et de la Provence : le fait que ce substantif est 
devenu alors un nom propre de pays s'explique d'autant mieux qu'il carac- 
térise les dernières provinces conservées par Rome, au delà des Alpes. 

4. Il faut y joindre les dépendances de la Viennoise sur la rive droite 
c'est-à-dire une partie de Vienne, une partie de Valence et Aps ; il faut y 
joindre aussi Uzès dépendant de la Narbonnaise I'"'^. 



LA PROVINCE ROMAINE 17 

des fonctionnaires impériaux et de l'évêque d'Arles : le terme 
jusqu'alors équivalent de provincia Viennensis est réservé aux 
cités dépendant de Vienne. On a désormais d'un côté la Pro- 
vence et de l'autre la Viennoise. En même temps qu'il séparait 
ainsi la Provence de la Viennoise, le pape reprenait la tradition 
do 417 en employant l'évêque d'Arles, hors de Provence, comme 
intermédiaire vis-à-vis de l'épiscopat entier des Gaules. Il l'em- 
ploie, non seulement en matière de discipline, mais en matière 
de foi. Quarante-quatre évêques, réunis en concile pendant l'hiver 
de 450 à 451 , donnèrent au pape leur appui par cet intermédiaire et 
l'évêque de la métropole naissante d'Embrun, Ingenuus, placé par 
le privilège de 450, sous la primatie d'Arles, fut chargé de porter 
la réponse à Rome. Sur ces 44 adhésions, 18 au moins ne peuvent 
être identifiées : les 26 restantes en comprennent 8 de la pro- 
vince d'Arles, 4 des Alpes-Maritimes, 2 ou 3 de la Narbonnaise 11^, 
2 delà Narbonnaise P'^ (Narbonne et Uzès), 2 de l'Aquitaine I'"*' 
(Auvergne et Velay), 2 de l'Aquitaine 11^ (Bordeaux et Angou- 
lême), 2, semble-t-il, de laNovempopulanie(Gouseranset Béarn), 
1 de la Lyonnaise P® (Langres), 1 de la Lyonnaise IIP (Tours) 
et 1 de la Sénonaise (Auxerre). Les seules provinces qui ne soient 
pas représentées sont la Lyonnaise IP et la province de Vienne. 
Pour celle-ci, son abstention volontaire se comprendrait à la suite 
delà décision qui venait de la restreindre en faveur d'Arles ; quant 
à la Lyonnaise IP, son éloignement suffirait à expliquer l'absence 
de tout représentant. A un autre point de vue, il est remar- 
quable que tous les évêques identifiés appartiennent à des cités 
restées jusqu'alors romaines, exception faite pour ceux de l'Aqui- 
taine IP et de la Novempopulanie qui dépendaient déjà des Wisi- 
goths depuis 419. Aucun ne vient des pays occupés parles Bur- 
gondes ou par les Francs, ou parles Alamans ^. 

Peu après se produisit la dernière modification apportée à la 
circonscription des provinces qui gravitaient autour d'Arles^ sur 

1. Exception à faire, peut-être, pour Auxerre, en ce qui concerne ces 
derniers. Voir la liste des souscriptions dans Duchesne, Fastes, t. I, p. 350, 
qui n'en identifie que quatorze. 

Méiti. et Doc. de l École des Charles. — VII. 2 



18 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

la rive gauche. Jusqu'alors, Nice était une enclave qui dépendait 
de Marseille ; on sait que l'évêque de Marseille, comme celui 
d'Aix, s'abstenait généralement de paraître aux conciles arlésiens. 
Cette attitude de réserve devait être mal vue d'Arles et d'Em- 
brun. A la demande de l'évêque voisin de Vence et de ses com- 
provinciaux, le pape Léon consentit à unir le siège de Nice au 
siège de Cimiez, qui dépendait des Alpes-Maritimes. Sans doute, 
l'évêque d'Embrun Ingenuus obtint cette décision du pape quand 
il alla lui porter, en 451, le texte du concile des 44 évêques, 
tenu, sur sa demande, par les soins de son primat. L'évêque 
d'Aix, Auxonius i, soutenant l'évêque de Marseille ainsi lésé, 



1. Jusqu'à présent, personne ne paraît avoir clairement distingué Auxo- 
nius, évêque d'Aix (431-463), d'Auxanius, le dernier évêque d'Aps (463-475). 
Le premier figure en 431 au 4° rang, en 463 au 12*' : il ne figure pas aux con- 
ciles ordinaires. Le second figure en 463 au 10'' ranget en 474-475 au 8^, tan- 
dis que le nouvel évêque d'Aix, Basilius, y paraît au 17® rang. Mgr Duchesne 
{Fastes, t. 1, pp. 347, 350-351) omet Auxonius dans la liste d'Aix, p. 272, et 
déclare nepouvoiren déterminer le siège, p. 287. En réalité, si les évêques 
de Nice s'abstiennent d'aller aux conciles arlésiens, à l'exemple de ceux de 
Marseille, les évêques d'Aix en font tout autant. L'intervention de l'évêquç 
d'Aix, en faveur de Marseille, s'explique donc tout naturellement, soit parles 
liens anciens qui unissaient Aix à Marseille, soit par l'importance du siège 
d'Aix, métropole de la Narbonnaise IP. Albanès [Gallia Christiana novissima, 
t. I, col. 29-31) reconnaît fort bien un évêque d'Aix dans Auxonius; mais il le 
nomme Auxanius et le confond ainsi avec l'évêque d'Aps, ce qui lui fait 
prolonger à tort son épiscopat jusqu'en 475, du vivant de son successeur 
Basilius. Cette erreur l'oblige à croire que la souscription de Basilius au 
document de 475, y a été apposée postérieurement par cet évêque. L'abbé 
Albanès a été victime de la quasi-homonymie d'Auxonius et d'Auxanius. 
M. Babut(Le Concile de Turin, p. 235-242) propose avec raison de voir dans 
Remigius (396-408 et 412-419) le prédécesseur d'Auxonius sur le siège d'Aix, 
et sans doute le premier évêque de cette cité créé sous l'influence arlé- 
sienne au détriment de Marseille vers 392. Sous le règne de l'usurpateur 
Constantin, Remigius fut violemment remplacé par le fameux Lazare qui, 
de son vivant, n'était pas encore un saint, et qui était soutenu par Mar- 
seille. Le 3 octobre 417 (Jaffé, n" 337), Remigius se querellait pour des 
questions de limites avec Proculus de Marseille et Domnin. Ce Domnin, 
disciple de Marcellin et honoré à Digne, fut dès 381 le premier évoque de 
Grenoble et de Genève. La querelle prouve que le diocèse de Remigius 
s'étendait non seulement sur Aix, mais sur Sisteron et Gap, qui n'avaient 
pas encore d'évêques propres. Par suite, il est naturel que Remigius, ou 



LA PROVINCE ROMAINE 19 

Vénérius, ne manqua pas de protester. S'étant rendu à son tour à 
Rome en 462, il fît rapporter cette décision par Hilaire, succes- 
seur de Léon. Les deux sièges, marseillais de Nice et embrunais 
de Gimiez, étaient de nouveau séparés. L'évêque d'Embrun 
Ingenuus, ne voulant pas accepter ce revirement, ordonna, comme 
métropolitain des Alpes-Maritimes, un évêque à Nice ; puis il se 
rendit une seconde fois à Rome, en 465. Par un troisième man- 
dement, en date de 465, le pape restitue Nice à Embrun en lui 
unissant définitivement Gimiez K C'est que les absents ont géné- 
ralement tort^ à Rome comme ailleurs. De ces alternatives, on 
peut conclure que, si les deux métropolitains d'Aix et d'Embrun 
avaient eu possibilité de se trouver ensemble à Rome, au lieu d'y 
venir l'un après l'autre, Rome n'aurait jamais rien changé à 
l'état de choses existant. Cependant la série des mandements 
contradictoires n'aurait pu se prolonger sans tourner au ridicule 
pour le siège apostolique et il convenait de prendre un parti défi- 
nitif : le troisième fut le bon. 

Les barbares ne tardèrent pas à envahir ce qui restait des 
Gaules romaines et de la Provence. En 456 ou 457, les Bur- 
gondes progressaient de Grenoble et Genève sur Die et les cités 
voisines, avec l'appui des Goths, qui venaient d'occuper pacifi- 
quement Arles en 455. En 474, ils opérèrent leur dernière 
marche en avant sur Vaison et Avignon ; ils s'arrêtèrent à la 
limite formée par la Durance. En même temps, vers le nord, ils 
occupaient Lyon vers 470, Chalon en 474 au plus tard et Langres 
vers 479. D'autre part, les Wisigoths, cantonnés dans la Novem- 
populanie et l'Aquitaine II® dès 419, entrèrent momentanément 
à Arles en 455, s'emparèrent de la Narbonnaise P*" en 462, 
ravagèrent vers 470, sans s'y arrêter, Arles, Riez, Avignon, 
Orange, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Valence et Aps, s'empa- 
rèrent de l'Aquitaine P'' en 475. En 476, ils franchirent le Rhône 
pour pénétrer à demeure dans Arles, qu'ils n'avaient eu que 

Reinedius soit resté honoré de tout temps à Gap. Le martyrologe hierony- 
mien le marque au 3 février. 

1. Duchesne, t. I, pp. 287-288; JafTé, n» 562. 



20 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

momentanément en 455, et, vers 480, ils avaient fini d'occuper la 
rive droite de ce fleuve en emportant Viviers ^. A partir de 
486, moment où les Francs s'emparèrent du dernier pays gallo- 
romain occupé par Syagrius, il ne reste plus qu'une g-arnison 
impériale à Suse : elle y demeurera jusqu'en 575, ressortissant à 
l'Italie. 

La circonscription des métropolitains de Vienne avait été modelée 
en 450 sur l'étendue de la domination burgonde. Au fur et à 
mesure que cette domination progressait, les évêques de Vienne 

1. 419 (Hydatii chronicon ; Mon. Germ. hist. Auct. Antiquiss., t. XI, 
pp. 13-36. — Prosperi Epitoma Chronicon; ibid., t. IX, p. 469. — Cliro- 
nica Gallica, 452 ; ibid., t. IX, pp. 646-662). 

455. « Consule suprascripto levatus est Avitus imperator in Gallias. El 
ingressus est Theodoricus rex Gothorum Arelatum cum fratribus suis in 
pace » [Marii episcopi Aventicensis Chronica, 455-581 ; Mon. Germ. hist. 
Auct. Antiquiss., t. XI; Chi^onica minora, 1892, p. 232), 

456. « Eo anno Burgundiones partem Galliœ occupaverunt terrasque cum 
Gallis senatoribus diviserunt » [Marii episcopi Aventicensis Chronica ; 
ibid.,^. 232. Cet événement est rapporté en 457 seulement par un autre 
auteur (Prosperi continualio Havniensis ; ibid., t. IX, pp. 298-339). 

462. (Hydatii chronicon; Auct. Antiquiss., t. XI, pp. 13-36). 

Vers 470 (Duchesne, t. II, p. 156) ; pour les Goths en Provence [Sidonii 
Epist., lib. VI, n" XII; Mon. Germ. hist. Auct. Antiquiss., t. VIII, pp. 101- 
102). 

474 (Victorii Aquitani Cursus paschalis, ms. Gothanus, n° 75 ; Mon. 
Germ. hist. Auct. Antiquiss., t. IX, pp. 728-729). 

475. Duchesne, t. II, pp. 12-13 ; Yver, Euric, roi des Wisigoths (Études 
d'hist. du moyen-âge, dédiées à Gabriel Monod, Paris, Alcan, 1896, pp. 11-46). 

476. (Prosperi Continuatio Havniensis ; Mon. Germ. hist. Auct. Anti- 
quiss., t. IX, pp. 298-339). 

Vers 479 (Duchesne, t. II, pp. 156 et 185). 

Vers 480. En ce qui concerne le Vivarais, on sait qu'il appartenait en 496 
à Alaric II (Duchesne, 1. 1, p. 133, note 4) : le 2^ évoque de Viviers, Lucianus, 
qui mourut en 487 et avait siégé sept ans (480-487), passait pour avoir vécu 
sous Alaric II (484-507). Cette domination n'étant pas indiquée pour ses 
prédécesseurs, il y a lieu de croire qu'elle s'établit au moment o\x il était 
évêqueetcela cadre avec ce qu'on sait par ailleurs, l'Auvergne étant devenue 
wisigothique vers 475 et Arles sans doute en 476 (Yver, p. 39). Peut-être 
l'établissement des Wisigoths cadre-t-il avec l'abandon d'Aps pour Viviers: 
or, le dernier évêque d'Aps Auxanius, élu vers 455, mourut peu après 475. 

Vers 480. En ce qui concerne Arles et la Provence au sud de la Durance 
(Yver, Euric, roi des Wisigoths). 



LA PROVINCE ROMAINE 21 

cherchèrent donc à s'agrandir d'autant. Ainsi, Die ayant été 
occupée en 457, la première vacance du siège se produisit en 463 : 
aussitôt Mamert, de Vienne, accourut pour ordonner le nouvel 
élu. Mais, depuis 450, la papauté était redevenue favorable au 
siège d'Arles qui jouissait de la prééminence primatiale sur toute 
la Provence et d'une sorte de contrôle patriarcal sur toutes les 
Gaules, conformément au privilège de 417. Aussi, l'entreprise 
de Mamert fut-elle mal vue. Le pape voulut que Tordination faite 
par lui fût contirmée par le siège d'Arles et Mamert fut invité à 
ne pas récidiver. Un concile national fut tenu à Arles vers 474- 
475, comme celui de 450-451, sous l'autorité patriarcale de 
l'évêque qui occupait ce siège ; les évêques de Marseille et d'Aix 
y figurent. Saint Avit, plus heureux que Mamert, obtint d'Anas- 
tase II que sa province s'étendît jusqu'aux nouvelles limites de 
la domination burgonde, c'est-à-dire jusqu'à la Durance (496- 
498). Son succès ne fut pas de longue durée; dès l'an 500, Sym- 
maque revint à la délimitation de 450 ^. Quand les Ostrogoths 
eurent remplacé les Wisigoths au sud de la Durance, l'évêque 
d'Arles fit confirmer encore une fois cette délimitation; de plus, 
il fit reconnaître son droit patriarcal sur les Gaules et sur l'Es- 
pagne 2. Cependant, malgré ces dernières décisions qui lui étaient 
contraires, l'évêque de Vienne profita de l'état politique pour 
conserver ses droits métropolitains jusqu'aux frontières bur- 
gondes. En effet^ au concile wisigothique d'Agde, en 506^ les 
seules églises provençales représentées sont celles qui se trouvent 
situées au sud de la Durance. L'évêque de Viviers n'y figure pas, 
ce qui prouve que cette dernière cité avait passé des W^isigoths 
aux Burgondes, entre 496 et 506. Par suite, au concile burgonde 
d'Albon, en 517, figurent toutes les églises provençales placées au 
nord de ce même cours d'eau et, en plus. Viviers. A cette époque, 
de 480 à 523, la frontière politique coïncide pour la première 
fois à peu près avec la distinction naturelle de la Provence en 



1. Duchesne, t. I, p. 132; Jaffé,iio»753 et 754. 

2. Ibid., p. 132; Jaffé, no«764-7G5. 



22 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

Haute-Provence et Basse-Provence i : cette limite naturelle de la 
Durance servira plus tard de base aux partages du xii^ siècle et 
le comté de Provence proprement dit ne la dépassera pas. 

En o23, Tétat de choses fixé depuis 480 prit fin. Les Ostrogoths, 
alliés des Burgondes, obtinrent d'eux la cession de toute la 
Haute-Provence, sauf Die et Viviers. La Provence de 450 se 
trouvait donc reconstituée, à deux cités près. Les conciles tenus 
parTévêque d'Arles en 524, 527, 529 et 533 permettent de s'en 
rendre compte. La métropole de Vienne, qui avait progressé avec 
les Burgondes, recula ainsi avec eux, ne conservant que les 
cités de Viviers et de Die, comme l'indique le concile arlésien 
de 554. Ces deux cités, elle les conservait, en fait, comme elle 
avait conservé, en fait, de 500 à 523 les cités provençales au 
nord de la Durance; mais cette dépendance, conforme à la 
situation politique, était toujours contraire au droit. En effet, le 
mandement de 500 qui faisait revivre la délimitation de 450 
avait annulé expressément celui d'Anastase H favorable à 
Vienne. 

En droit, suivant les décisions de 450 et de 500, Viviers et 
Die relevaient donc toujours d'Arles. Au concile de 794, la 

1. La Provence se divisait jadis géographiquement en trois zones : 1° la 
Basse-Provence, le long du Httoral, avec Vence, Saint-Paul, Grasse, Antibes, 
Fréjus, Saint-Tropez, Brignoles, Hyères, Toulon, Marseille et Berre; 2° la 
campagne de Provence, entre le littoral et la Durance, puis le Verdon, 
avec Tarascon, Arles, Saint-Remy, Salon, Aix, Saint-Maximin, Barjols, 
Draguignan; 3° la Haute-Provence, au nord de la Durance et du Verdon. 
Telle est du moins la répartition adoptée par Gérard Valk [Provincia Supre- 
marum Gallise Prœfecturarum una : vulgariter Gouvernement de Pro- 
vence... [fin du XVII» siècle] carte in-folio). Suivant cette carte, les séné- 
chaussées de Castellane, de Digne et la partie de celle de Sisteron placée 
entre la Durance et le Verdon faisaient alors partie de la Haute-Provence ; 
mais Guillaume de ITsle (1675, -{- 1726) faisait de son côté remonter plus 
haut la campagne, au détriment de la Haute-Provence, en y comprenant la 
viguerie de Moustiers, qui dépendait de la sénéchaussée de Digne [Carte 
de Provence et des terres adjacentes a Amsterdam chez Jean Covens et 
Corneille Mortier... [1730 ?] carte in-folio). Anciennement, quand la Pro- 
vence était plus étendue au nord, la Durance jusqu'à Embrun et non pas le 
Verdon séparait la Provence en deux parties à peu près égales : cela cor- 
respondait alors à la Provence wisigothique et à la Provence burgonde. 



LA PROVINCE ROMAINE 23 

querelle reprit entre Vienne et Arles à ce sujet : les évêques 
présents ne purent que s'incliner devant les actes de 417, 450 
et 500, soigneusement conservés par l'église d'Arles au nombre 
de ses privilèges. En fait, l'influence de Vienne se faisait toujours 
sentir dans ces deux cités qui lui étaient voisines. Toutefois, au 
début du x^ siècle, elle reconnaîtra encore que ces cités étaient 
ariésiennes * ; c'est que Nicolas P^, le 12 mai 864, et Jean VllI, en 
mai 878, maintenaient encore la division de 450. 

Au concile de 794, les métropoles ariésiennes d'Embrun et d'Aix, 
comme la métropole viennoise de Tarentaise, demandèrent à être 
définitivement reconnues : on a vu que, dès le milieu du v*' siècle, 
celle d'Embrun, sous Ingenuus, avait donné des signes d'orga- 
nisation et que celle d'Aix, héritière des traditions de Marseille, 
se manifestait par son abstention aux conciles du primat. En 811, 
la Tarentaise et Embrun sont définitivement au nombre des 
métropoles; en 878, Aix aussi -. Bien entendu, le métropolitain 
d'Arles gardait sur Aix et Embrun une prééminence primatiale 



i. Bibl. nat., ms. lat. 1452. Ce manuscrit contient un exemplaire de la 
collection canonique offerte en 774 par le Pape Hadrien à Charlemag-ne : 
cet exemplaire a été transcrit avant 869 (f° 196 y°) et appartenait à cette 
époque à Téglise de Vienne. Il est suivi d'un exemplaire de la Notice qui 
certainement a été transcrit à Vienne, car il mentionne la sujétion à Vienne- 
de la province des Alpes Grées et Pœnines (Duchesne, t. I, pp. 208-209) 
Les Viennois y reconnaissent parfaitement que Viviers et Die font partie 
de la province d'Arles. Plus tard, vers 91.3, l'auteur de la première série 
des faux privilèges de Vienne y transcrivit ou fit transcrire (f° 202) une 
pseudo-auc^onïas destinée à prouver la sujétion de la Maurienne à Vienne. 
Suit, auf" 202 verso, l'"*' colonne, le début d'un précepte de Rodolphe, roi de 
Jurane, qui a certainement été écrit par Garnier, notaire de la chancellerie 
viennoise, originaire delà Bourgogne allemande (907-913) et dont on possède 
un précepte autographe (4 avril 913). On peut donc se demander si ce Gar- 
nier n'a pas été l'auteur ou le complice des faux destinés à faire de Vienne 
un siège primatial pour l'ancien diocèse des VII provinces, sauf celle d'Arles, 
et pour celle des Alpes Grées. Le manuscrit, peu après la confection des 
faux, fut donné à l'église du Puy par son évêque Adalard(f'> 2 recto). Le ms. 
nouv. acq. lat. 1460, un peu plus tardif, contient une nouvelle transcription 
viennoise de la Notice, qui se décide à séparer d'Arles les cités de Die et 
Viviers pour les annexer à Vienne (Duchesne, t. I, p. 210, note 2). 

2, Duchesne, t. I, pp. 135 et 136, 



24 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

qui se manifeste encore au xi® siècle et, dans les conciles des trois 
provinces provençales, au xiv*' siècle. Tant que ces sièges ont 
existé, celui d'Arles a gardé le premier rang. A la vérité, l'assem- 
blée générale des Etats de Provence se tenait dans les der- 
niers temps à Lambesc, en présence de l'homme du roi, c'est-à- 
dire de l'intendant, et sous la présidence de l'archevêque d'Aix, 
premier procureur-né du pays, qui jouissait de cette préroga- 
tive comme suppléant le souverain et le gouverneur absents^. 
Mais ce choix de l'archevêque d'Aix au lieu de l'archevêque 
d'Arles s'explique par des faits particuliers : la cité d'Arles 
étant ville impériale et le terroir d'Arles étant placé dans le 
district des terres adjacentes, c'était Aix, à son défaut, qui était 
devenue la capitale officielle du comté de Provence. 

Ce que les évêques métropolitains d'Arles, primats de Pro- 
vence, perdirent tout à fait, ce fut le patriarcat des Gaules. Ils 
le perdirent au milieu du vi® siècle. Les évêques métropolitains 
de Lyon, primats de l'ancien diocèse romain des Gaules, leur 
succédèrent dans ce rôle patriarcal qui mettait son titulaire au 
premier rang de l'épiscopat tout entier. Ce privilège était, d'ail- 
leurs, purement honorifique. Dès 549, l'évêque de Lyon souscrit 
le premier. En 552 c'est celui d'Arles qui reprend cet honneur : 
on voit que Lyon le disputait à Arles depuis peu. En 570, 
l'évêque Nizier paraît à Lyon avec le titre de patriarche : puis à 
Mâcon, de même, en 585 -, son successeur Priscus. L'évêque 
d'Arles perdait du terrain. Pour la dernière fois, Virgile reçut 
l'honneur traditionnel du vicariat dans les Gaules par mandement 
du J2 août 595 ^. Le premier rang passe décidément, après lui, à 
Lyon. 

C'est la domination franque, récemment établie en Provence, 
qui était la cause de ce changement d'influence. En 534, les fils de 
Clovis s'étaient emparé du royaume de Bourgogne qui, au sud, 
s'étendait sur la rive gauche, jusqu'à Valence, Die, Grenoble et 

d. Achard, Géographie de la Provence, i. I; Aix, Calmen, 1787, p. 241. 

2. Diichesne, t. 1, pp. 137-138. 

3. Duchesne, t. I, p. 252. 



LA PROVINCE ROMAINE 25 

jusqu'en Tarentaise '. Ce royaume survécut, d'ailleurs, aux Bur- 
goiides qui l'avaient créé : le mérovingien, qui le gouverna, 
régna comme roi de Bourgogne. Mais, sur la rive droite. Viviers 
en fut démembré : cette cité, au lieu de continuer à dépendre du 
royaume de Bourgogne, se trouva rattachée avec l'Auvergne au 
royaume franc d'Austrasie. 

1. 534. (( Regcs Francorum Childebertus, Chlotarius etTheudebertusBur- 
gundiam obtinuerunt et fugato Godomaro rege regnum ipsius diviserunt » 
[Marii episcopi Aventicensia Chronica ; Mon. Germ. hist. Auct. Antiqiiiss., 
t. XI; Chronica minora, 1893, p. 235). 



CHAPITRE II 

LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICES 

(536-751) 



I 

La Provence franco-auvergnate et la Provence franco- 
bourguignonne 

(561-679) 

En 536 ^, la Provence passa, à son tour, des Ostrogoths aux 
Francs : la répartition fut la même. Toute la rive gauche fut rat- 
tachée au royaume de Bourgogne; mais la cité d'Uzès, sur la rive 
droite, se trouva jointe à Viviers et à TAuvergne austrasienne. 
Contran, roi de Bourgogne (561-592), obtint en 576 de TEmpire 
et des Lombards la cession des pays alpins les plus rapprochés 
de son royaume. Il annexa ainsi Suse, Briançon et la Maurienne 
qui dépendaient des Alpes Cottiennes, Aoste qui complétait les 

1. Procopii Historiarum libri VIII ; I, c. 13; III, c. 33; Corp. script. Hist. 
Byz., t. XVI, pp. 71-73, 416-417. 

Marcellini Chronicon, 536; Mon.Germ. hist. Auct. Antiquiss.,i. XI, p. 104. 

539. « Theudebertus rex Francorum Italiam ingressus Liguriam yEmi- 
liamquedevastavit » [ibicl., p. 236), Puisque Théodebert pénètre par la Ligu- 
rie en Italie, c'est qu'il possédait depuis peu la Provence. 

539. « Theudibertus Francorum rex cum magno exercitu adveniens Ligu- 
riam totamque depraedat ^Emiliam Genuam oppidum in litus Tyrrheni maris 
situm evertit ac prsedat... paciscens cum Belisario ad Gallias revertitur » 
(Marcellini V. C. comitis chronicon. Addilamentmn 535-548; Mon. Germ, 
flist- Auct, Antiquiss., t.Xl', (^hronic^ minora, vol. II, 1893, p. 106). 



LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICES 27 

Alpes Pœnines déjà entre ses mains K Mais^ par contre, l'Aus- 
trasie, qui possédait Viviers et Uzès, voulait avoir un accès à la 
mer. Pour cela, dès le début de son règne, Contran avait dû lui 
céder les territoires d^Avignon, d'Aix et la moitié de celui de Mar- 
seille -. Désormais, il y eut une Provence bourguignonne et une 
Provence austrasienne : Grégoire de Tours nomme celle-ci la 
Provence marseillaise, par opposition à la Provence artésienne. 
Il serait plus exact de la dénommer auvergnate qu austrasienne, 
car cette part de la Provence se reliait directement à l'Au- 
vergne par Uzès et Viviers. L'Auvergne, de son côté, dépen- 
dait du royaume d'Austrasie ; mais elle en était séparée par la 
Bourgogne. L'Auvergne et la Provence auvergnate formaient donc 
un territoire d'un seul tenant dont le centre politique était forcé- 
ment l'Auvergne, pays plus considérable et plus rapproché de 
l'Austrasie : la partie de la Provence qui lui était jointe en for- 
mait la marche^ c'est-à-dire l'extrémité la plus éloignée ^. La 
Provence burgonde était gouvernée par un haut fonctionnaire 
auquel on donne soit le titre franc de duc, soit plutôt, en raison de 
l'empreinte romaine gardée par ce pays, le titre impérial de 
patrice. La Provence austrasienne en avait un de même rang. A 
l'égard de celle-ci, la prédominance auvergnate se révèle nette- 



d. «In compositione Aug-ustam et Secusiam civitates cum integro illorum 
territorio populo et partibus Guntechramno tradiderunt » (Fredegarii 
Chron.^ 1. IV, cap. 45 ; Mon. germ. hist. Script, rer. merov., t. II, p. 143). 

2. Duchesne, t. I, pp. 81 et 82, note l. 

3. 581. « Eo anno Mummolus patricius cum uxore et filiis et multitudine 
familiœ ac divitiis multis in marca Childiberti régis, id est Avinione, confu- 
git » [Marii episcopi Aventicensis chronica , 455-681; Mon. Germ. histor. 
Auctor Antiquiss.,t. XI; Chronica minora, 1893, p. 239). Mummole, patrice 
de la Provence bourguignonne, se réfugie ainsi dans la Provence auver- 
gnate et austrasienne, qualifiée de marca pour la première fois. La Pro- 
vence auvergnate était la marche de l'Auvergne et de l'Austrasie comme 
la Provence bourguignonne était la marche de la Bourgogne franque. 

585. « Igitur Guntchrammus rex... omnem ei provinciam Arelatensem 
commisit... Anno quoque duodecimo Childeberti régis [587], Nicecius 
Arvernis rectur Massiliensis provincie... est ordinatus. » (Greg. Tur., Hist, 
Franc, VIII, 30, 43 ; cf. II, 32 ; IV, 5, 44, IX, ^ ; X, 35). 



28 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII*^ SIÈCLE 

ment. Les patrices de la Provence marseillaise, Gontran-Boson 
en 582, Nizier en 587, venaient d'Auvergne. Saint Prix, évêque 
d'Auverg-ne, fut massacré à Volvic, le 25 janvier 676 ; il était 
allé célébrer avec Ghildéric II, roi d'Austrasie, les fêtes de Pâques 
à Autun l'année précédente K Son assassinat fut une vengeance 
provenant de ce que Ghildéric, peut-être sur l'avis de Févêque, 
avait mis à mort Hector, son patrice de Provence. L'évéque tué 
fut remplacé par Avitus II et le propre frère d'Avitus II, nommé 
Bonnet, fut nommé patrice de la Provence austrasienne. Ges 
faits suffisent à prouver l'influence auvergnate. 

La Provence austrasienne se composait ainsi de Viviers, 
d'Uzès, d'une part du terroir d'Avignon, de tout le pays d'Aix 
et de la moitié de celui de Marseille. Il est clair que le roi de 
Bourgogne avait tenu à se réserver le territoire du grand port 
d'Arles, capitale de la Provence. De plus, il n'avait voulu céder 
qu'une moitié de celui de Marseille, comme accès à la mer. 
Mais, pour relier à la rive droite du Rhône le littoral cédé, il 
avait dû donner la banlieue d'Avignon et Aix : Arles se trou- 
vait donc isolé du reste de la Provence bourguignonne. 



§ 1®^. — Les terres adjacentes^ enclaves de la Provence 

bourguignonne. 

Le territoire d'Arles, dans l'organisation administrative de la 
Provence, telle qu'elle dura jusqu'à la Révolution, faisait bien par- 
tie de la province de Provence, mais non pas du « pays et comté » 
de Provence. La province, dont la capitale était Arles, compre- 
nait non seulement le « pays et comté », dont le chef-lieu était 
Aix, mais encore les a terres adjacentes » 2. Or, à première vue 



1. Duchesne, t. II, p. 37. 

2. La province comprenait, au xiii^ siècle, les comtés deNice, de Dioiset de 
Forcalquier, le Comtat Venaissin, chef-lieu Carpentras, la principauté d'O- 
range, l'état d'Avignon, les terres adjacentes et le comté de Provence, chef- 
lieu Aix. Le Comtat, la principauté, Avignon et Nice ayant passé sous une 



LA PROVENCE PRANQUE ET SES PATRICES 29 

on ne distingue pas la raison pour laquelle, à l'époque moderne, 
les terroirs d'Arles, des Baux, de Salon et de Marseille faisaient 
partie de ces terres. L'origine et l'explication de cet état de choses 
doivent remonter à la séparation de la Provence en Provence 
bourguignonne et Provence austrasienne, c'est-à-dire au temps de 
Contran. En effet, les Baux, Salon et Arles étant désormais séparés 
du reste de la Provence bourguignonne, leur terroir se trouva dans 
la position d'une terre adjacente ; ainsi, plusieurs siècles plus tard 
Grignan et Mondragon le devinrent, en raison de la domination 
papale sur le Gomtat. Si donc le terroir de Marseille a été rangé 
comme celui d'Arles parmi les terres adjacentes, c'est qu'il était 
de même séparé par la Provence austrasienne du reste de la 
domination bourguignonne : on sait que le roi de Bourgogne en 
avait cédé la moitié. Pour se rendre compte des limites exactes 
de la Provence bourguignonne, il faut consulter une carte de 
la province dressée avant la Révolution. Celle qui est due 
à Cuillaume de Tlsle, plus détaillée que les précédentes, peut 
suffire 1 : elle donne à la fois les limites des diocèses provençaux 
et celles des circonscriptions administratives qui y correspon- 
daient plus ou moins. Les 21 diocèses du comté et des terres 

domination étrang^ère, le Diois et une partie du comté de Forcalquier ayant 
été annexés au Dauphiné ne firent plus partie de la province que de nom : 
elle continua à comprendre les terres adjacentes et le comté. Les terres 
adjacentes formaient trois groupes : 1" Arles, les Baux, Salon, Marseille et 
leur terroir; 2" le comté de Grignan, avec Chantemerle, Colonzelles, Mont- 
ségur, Réauville et Salles; la terre d'AUan; la baronnie de Mondragon; 
3° la préfecture de Barcelonnette et de sa vallée. Les terres adjacentes, 
comme le comté, ressortissaient au parlement de la province et à la géné- 
ralité; mais le comté était administré par les procureurs du pays, tandis 
que les terres adjacentes étaient administrées directement par l'intendant 
de la province. Si Barcelonnette fait partie des terres adjacentes, c'est en 
raison de sa longue dépendance des comtes de Savoie ; si Grignan, Allan 
et Mondragon en font également partie, c'est parce que le Gomtat Venaissin 
devenu étranger les séparait du Comté de Provence. 

1. Carte de Provence et des terres adjacentes. Par Guillaume de l'Isle 
de l'Académie Royale des sciences à Paris. Amsterdam, chez Jean Cdvens 
et Corneille Mortier. Géographes, 592 "^"^ de large et 471 ™°^ de haut. On peut 
contrôler les limites données aux vigueries dans cette carte par un document 
officiel : Affoiiarjeinent des villes et lieux du pays et comté de Provence 



30 LA PROVENCE DV PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

adjacentes 1 se répartissaient, dans le comté, en 10 sénéchausT 
sées^, 22 vigueries 3 et 2 vallées^; dans les terres adjacentes, 

suivant les Procédures faites en 1728, 1730, 1731 et 1733, et les Délibéra- 
tions prises dans les Assemblées générales des Communautés, et suivant, 
les réductions et suspensions de Feux accordées par les Assemblées sui- 
vantes, et notamment par l'Assemblée de Messieurs les Procureurs du Pays 
nés et joints des mois de Mai, Juin et Juillet 1776, ratifiée par l'Assemblée 
générale des Communautés publiée le 7 Décembre suivant. A Aix, Chez 
Esprit David, Imprimeur du Roi, du Pays et de la Ville, 1777, in-4 de 42 pp. 
La ville d'Arles était affouagée pour 200 feux ; celle d'Aix, capitale du pays 
et comté, était laissée à 93 feux en raison de ses privilèges. 

1 . Die (Grignan et Salles ; Rémuzat), Saint-Paul (AUan ; Réauville, Chante- 
merle, Golonzelle, Montségur), Orange (Mondragon) ; Carpentras (Aurel/Sault 
Monieux, Saint-Lambert, Bezaure, Murs) ; Cavaillon (Cordes, Goult, Beau- 
mettes, Mérindol) ; Avignon (rive gauche de la Durance) ; Arles (rive gauche 
du Rhône et Camargue); Marseille, Toulon, Aix, Fréjus, Grasse, Vence, 
(saufBouyon, «Château Faraon», c'est-à-dire le clos Martel, le Broc, Carros 
et Gattières), Senez, Glandèves (sauf Péone, Beuil, Rigaud, Puget-Théniers 
en partie, Ascros, Pierrefeu, Malaussène, Revest, Bonson, Gilette,Tourette, 
Toudon, les Ferres, Conségudes, les deux Roquestéron, Sigale, Aiglun et le 
Mas); Embrun (vallée de Barcelonnette et rive gauche de la Durance depuis 
Pontis, sauf Rochebrune et Beaufort), Digne, Riez, Gap (rive gauche de la 
Durance, sauf fraction de la commune de Tallard; en plus, sur la rive 
droite: Esparron, Barcillonnette et Vitrolles; fraction delà commune de 
Sisteron placée sur la rive gauche du Buëch et Mison ; Eygalayes,Sederon et 
Barret-de-Lioure, Lemps, La Charce, Pommerol, Cornillon et Cornillac), 
Sisteron (sauf Curel et le petit Diocèse, mais cependant Saint-May), Apt 
(sauf Bonnieux). Les diocèses de Viviers, d'Uzès et de Nice ne donnaient 
rien au comté ni aux terres adjacentes. Par l'art. X du traité du 24 mars 
1760, la Provence perdit, au diocèse de Glandèves, Guillaumes, Daluis, 
Auvare, Saint-Léger, la Croix et Puget-Rostang, la Penne, Saint-Antonin, 
Cuébris et Roquestéron (rive gauche). Elle acquit, au même diocèse, Aiglun, 
Roquestéron (rive droite), Conségudes, les Ferres et, au diocèse de Vence, 
Bouyon, le Broc, Carros, Gattières. 

2. Aix, Forcalquier, Draguignan, Digne (1535), Hyères (1542-1618, 1619- 
1642, 1665), Grasse (1574), Brignoles (1575-1575, 1578), Sisteron, Castel- 
lane (1639), Toulon (1618-1619, 1642). Sur les sénéchaussées, voir V^« de 
Gérin, Notice sur les sénéchaussées de Provence, suivie de la liste des 
sénéchaux et de celles des lieutenants généraux et particuliers. Avi- 
gnon, Seguin, 1889. Il y a eu d'abord un grand sénéchal, puis le 26 jan- 
vier 1307 trois sénéchaussées, six en mars 1535, sept en 1542, huit en 
1574, neuf en 1575, onze en 1639 et douze à partir de 1665. 

3. Aix, Tarascon, Forcalquier, Sisteron, Grasse, Hyères, Draguignan, 
Toulon, Digne, Saint-Paul, Moustiers, Caslellane, Apt, Saint-Maximin, 
Brignoles, Barjols, Annot, Colmars, Seyne, Lorgnes, Aups, Guillaumes. 

4. Val-de-Barreme et Val-de-Sault. La vallée de Sault contribuait avec 



LA PROVENCE FRANQLE ET SES PATRICES 31 

en 2 sénéchaussées, 2 vallées et 2 baronnies ^ Il a été dit que 
l'Austrasie avait reçu une part du territoire d'Avignon, celui d'Aix 
avec la moitié de celui de Marseille, afin d'accéder à la mer 2. 
Ceci posé, quand on a la carte de Guillaume de Tlsle sous les 
yeux, il devient à peu près évident que la Provence auvergnate 
a été exactement composée alors de l'Etat d'Avignon, sur la 
rive droite de la Durance, des vigueries de Tarascon et d'Aix, 
sur sa rive gauche, auxquelles il faut très probablement joindre 
celles de Saint-Maximin et de Brignoles. En effet, l'Etat d'Avi- 
gnon, placé hors du Gomtat Venaissin, ne comprenait sur la rive 
gauche du Rhône et la rive droite de la Durance que les terroirs 
d'Avignon et de Morières. Au nord de la Durance et à l'est du 
Rhône, le reste du territoire de l'ancienne cité, c'est-à-dire du dio- 
cèse d'Avignon encore existant à l'époque du géographe consulté, 
faisait expressément partie du Gomtat Venaissin. Les biens de l'ar- 
chevêché formaient seuls exception, en raison de ce que l'arche- 
vêque avait le privilège de l'immédiateté. Sur la rive gauche de la 
Durance, la viguerie de Tarascon comprenait la circonscription 
du diocèse d'Avignon, auquel se joignaient le surplus du ^terri- 
toire de la commune de Tarascon, les communes de Maillanne, 
du Masblanc et de MoUèges qui dépendaient du diocèse d'Arles. 
Deux enclaves extérieures se rattachaient à la viguerie de Taras- 
con : la première comprenait la commune actuelle de Gornillon, où 
se trouvent Gornillon proprement dit qui dépendait d'Arles, et 
Gomphoux qui dépendait d'Aix. La seconde comprenait le terroir 
d'Albaron, sur le petit Rhône et dans la Gamargue, qui dépendait 
du diocèse d'Arles. Quant à la viguerie d'Aix, elle ne comprenait 
qu'une partie du diocèse d'Aix : en effet, sur la rive droite de la 
Durance, seul le terroir de Pertuis en dépendait. Les vigueries 

la viguerie d'Apt ; la vallée de Gornillon, comme Lemps, Sederon, Eyga- 
layes eL Barret, dépendait de la viguerie de Sisteron ; Les Omerg-ues, de 
la viguerie de Forcalquier. 

1. Sénéchaussées d'Arles et de Marseille : vallées de Barcelonnette et 
d'Entraunes; baronnies de Grignan et de Mondragon. 

2. Duchesne, t. I, p. 82, note 1. — Gregorii Tur., IlisL Franc, ,YV, 44; VI, 
2, 11, 31 et 33; IV, 30; VI, 1, 43, 45; Gloria conf. 60. 



32 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

d'Apt et de Forcalquier se partageaient le reste, la première du 
Puget à Villelaure, la seconde de la Tour d'Aiguës i à Sainte- 
Tulle ~. Sur la rive gauche de la Durance, la viguerie d'Aix ne 
comprenait pas davantage tout le diocèse. Les vigueries de Bar- 
jols, de Brignoles et surtout de Saint-Maximin s'en parta- 
geaient une notable portion '^. Par suite, en quittant la Durance 
à l'est, les localités extrêmes englobées par la viguerie d'Aix 
du nord au sud étaient Saint-Paul^, Rians, Artigues, Puylou- 
bier et Trets ; là, sa limite rejoignait à angle droit la limite 
méridionale du diocèse. A Touest, au contraire, la viguerie d'Aix 
suivait exactement la frontière du diocèse du nord au sud par 
Mallemort, Atteins, Aurons, Pélissanne et Lançon. Elle englo- 
bait donc les enclaves du Vernègues, dépendant du diocèse 

1 . Les localités de la Tour d'Aiguës, Gabrières d'Aiguës et Peypin 
d'Aiguës tirent leur surnom du fait qu'elles dépendaient de la cité et du 
comté d'Aix. L'acte de Saint- Victor, n° 460, daté de 1060-1064, porte: Ego Ugo 
Fulconisde Tiirri de Aquis. Il nefaut donc pas écrire :1a Tour d'Aiguès, mais 
bien la Tour d'Aiguës. Le pays d'Aix, c'est l'Aixoiset non pas r« Aiguès », 
nom qui n'existe pas. Un acte de Montmajour daté à peu près de la même 
époque que celui de Saint- Victor, c'est-à-dire de mars 1032, suffît à le prou- 
ver : in comitatu Aquense seu Assuense (Chantelou, Hisl. de Montmajour, 
Rev. de Provence, 1'"^ année, p. 129). Dès le 24 juin 840, les chartes de 
Saint-Victor donnent in page Aquense seu Exuense [Cart. de Saint-Victor 
n« 28). 

2. Jusqu'au xii^ siècle, au moins, Sainte-Tulle a dépendu du diocèse 
d'Aix; plus tard, cette localité a été rattachée au diocèse de Sisteron. 

3. La viguerie de Barjols comprenait surtout des localités tirées des 
diocèses de Fréjus et de Riez ; d'Aix, elle n'avait que Gadarache, Vinon, 
Ginasservis, Brue-Auriac et Châteauvert. 

La viguerie de Brignoles était tirée des diocèses de Fréjus, Toulon 
et Marseille, mais surtout du diocèse d'Aix dont elle avait Correns, le Val, 
Brignoles, Gamps, Besse, Garéoult, La Roquebrussane et la Celle. A Mar- 
seille, elle empruntait Méounes, Signes. A Toulon, elle prenait Néoules. 
A Fréjus, Flassans, Gabasse, Garces, Montfort et Vins. Enfin la viguerie 
de Saint-Maximin était tirée presque entièrement du diocèse d'Aix, auquel 
elle joignait quelques localités du diocèse de Marseille. Aix lui fournissait 
Mazaugues, Rougiers, Tourves, Saint-Maximin, Bras, Seillons, Saint-Mar- 
tin, Esparron, OUières, Pourrières et Pourcieux. 

Marseille fournissait Saint-Zacharie, Nans, le Plan d'Aups et Riboux. 

4. En partie seulement, car la fraction de Gadarache sur cette commune 
appartenait, semble-t-il, à la viguerie de Barjols. 



LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICES 33 

d'Arles, et de Saint-Cannat dépendant du diocèse de Marseille. 
A partir de Lançon, se manifeste une tendance contraire à 
celle qu'on a observée au nord et à l'est de la viguerie : au lieu 
de laisser en dehors de ses limites une fraction notable du dio- 
cèse, elle empiète sur le diocèse voisin d'Arles, avec le but évi- 
dent d'embrasser l'étang- de Berre et d'atteindre le golfe de 
P'os, c'est-à-dire l'embouchure du grand Rhône. Pour cela, sa 
limite abandonne, à partir de Lançon, la direction nord-sud; elle 
tourne à l'ouest en suivant les terroirs de Grans, Miramas, 
Istres et Fos. La viguerie, entre Lançon, Grans, Miramas et 
Saint-Chamas, contenait, on l'a vu, une enclave de Tarascon qui 
comprenait Comphoux et Cornillon. 

Le terroir d'Istres dépendit finalement du diocèse d'Aix, mais la 
création de cette enclave doit remonter à 1054 seulement. De 
plus, au début du xii*^ siècle, Arles et Aix se contestaient Cornil- 
lon et Miramas * ; ces dernières prétentions d'Aix sont forcément 
postérieures à la création de l'enclave d'Istres. Avant 1054, toutes 
les localités qui bordent l'étang de Berre dépendaient du diocèse 
d'Arles, même Saint-Chamas. Cette paroisse dépendait tempo- 
reilement du comté d'Aix; au point de vue spirituel, elle rele- 
vait, comme les autres, de l'église d'Arles -. L'évêque d'Aix 
n'avait donc rien autour del'étang, à mi-chemin d'Aix et d'Arles : 
il s'en plaignit et c'est pour cela que l'archevêque d'Arles, en 
1054, lui concéda Istres. 

En somme, le diocèse d'Arles, si réduit qu'on le veuille, a 
toujours compris le littoral depuis Fos jusqu'à Carrj et, depuis 
1054, il s'est réservé le pourtour méridional de l'étang de 



1. Albaiiès, Gallia christiana novissima. Arles, n° 389, col. 164-165. 
Latran 7 avril [1123]. (( (>alistus... arcliiepiscopo Agiensi... occasione 

duarum ecclesiarum de Castro Miramas et de Cornelione... si aiitem prse- 
dictasduas ecclesias de tua esse diœcesi asscris, cum Arelateiisi archiepis- 
copo, qui easdem similiter vendicat, inde contendes... » (Chantelou, 
Hist. de Montmnjour, Rev. hislor. de Provence, l^"" année, p. 237). 

2. Arles, l*"" mars [969]. « castrum vetustissimum in comitatu Aquense... 
Sanctum Amantium...» [Gall. noviss. Arles, n*' 271, col. 116-117). Il dépen- 
dait dès lors de l'archevêque et de l'église d'Arles. 

Mém. et Doc. de VÉcole des Chartes. — VII. 3 



34 LA PROVENCE DÛ PREMIER AU Xll*^ SIÈCLE 

Berre, depuis Martigues jusqu'à Berre, en abandonnant, à litre 
d'enclave, le pourtour septentrional de cet étang au diocèse 
d'Aix. Ainsi la viguerie d'Aix empiétait sur le territoire arlé- 
sien pour obtenir l'accès de la mer et du Rhône. Au sud, cette 
tendance de la viguerie à empiéter hors du diocèse est encore 
plus manifeste : elle englobe, toujours pour accéder à la mer, les 
trois quarts du diocèse de Marseille. A l'occident, ce ne sont que 
quelques localités, pour lui permettre de voisiner avec la rade de 
Marseille : le Rove, sur le littoral, puis les Pennes, Saint-Victoret 
et Septèmes. Mais à l'orient, la viguerie d'Aix absorbe àr peu près 
tout le diocèse de Marseille, sauf les localités de Saint-Zacharie, 
Nans, le Plan d'Aups et Riboux qu'elle laisse à la viguerie de 
Saint-Maximin ; sauf aussi celles de Méounes et Signes qu'elle 
laisse à la viguerie de Brignoles. Elle empiète même sur le 
diocèse de Toulon à qui elle emprunte les localités d'Evenos, 
Ollioules, Sanary et Bandol. A partir de Trets, dernière 
localité du diocèse d'Aix, la limite de la viguerie passe en 
effet par Auriol, Gemenos, Cuges, le Castellet, le Bausset, 
dans le diocèse de Marseille, et Evenos, Ollioules, Sanary 
dans le diocèse de Toulon. Par Ollioules, elle voisinait avec la 
baie de la Seyne et Toulon à l'est; elle aboutissait à la mer par 
les baies de Sanary et de Bandol. 

Ainsi Marseille ne conserve que sa banlieue : seules les 
localités qui actuellement sont placées sur le territoire de sa 
commune continuent à en dépendre. La viguerie d'Aix s'éten- 
dait donc sur le littoral du golfe arlésien de Fos au port mar- 
seillais de Niolon i, puis du port marseillais de Cassis au port 
toulonnais de Bandol et Sanary. Par contre, elle abandonnait tout 
ce qui dépendait du diocèse au delà de la Durance, sauf Pertuis. 
Cette circonscription répond merveilleusement aux besoins qui 
firent se constituer la Provence auvergnate au profit de l'Aus- 
trasie. La banlieue d'Avignon, qui plus tard formera l'Etat pon- 
tifical d'Avignon, jointe à la partie de son diocèse placée sur la 

i. Sur la commune du Rove. 



LA PROVEiNCE FRANQUE ET SES PATRICES 35 

rive droite du Rhône, permettait aux Austrasiens de franchir 
ce fleuve et d'en dominer le cours. La viguerie deTarascon avec 
la station d'Albaron enclavée en Camargue leur permettait de 
descendre le Rhône jusqu'en face d'Arles, puis de relâcher 
le long- du petit Rhône, avant d'aboutir à la mer. La viguerie 
d Aix laissait de côté le territoire placé au delà de la Durance 
qui ne leur était d'aucune utilité, sauf la station de Pertuis placée 
sur ce cours d'eau ; elle faisait d'eux les maîtres absolus de 
l'étang de Berre, les voisins de l'embouchure du grand Rhône 
et du port de Marseille dont ils occupaient la rade en partie ; 
enfin, elle leur donnait la baie de la Giotat et le voisinage de 
Toulon. Les cités de Marseille et d'Arles devenaient des enclaves 
bourguignonnes, des « terres adjacentes » de la Provence qui 
demeurait à Contran K Pour bien apprécier ce partage de la 
Provence amené par le souci d'ouvrir à l'Austrasie la voie 
commerciale du Midi, il faut se rappeler que les principaux 
bureaux de douane étaient, pour le commerce, Toulon, Marseille, 
Fos, Arles, Avignon, Soyons, Valence, Vienne, Lyon etChalon -. 



§ 2. — Les postes militaires auvergnats aux frontières. 

La domination austrasienne, exercée par l'intermédiaire de l'Au- 
vergne, n'est pas sans avoir laissé des traces. Mont-de- Vergues, 
élévation placée à l'extrémité du terroir de l'Etat d'Avignon, vers 
l'orient, est le souvenir d'un montem Alvernicum '^. Plus bas, 
dans la viguerie d'Aix, à proximité de la terre adjacente la plus 
orientale, se trouve le Vernèguesqui répond à un castrum Alver- 



4. Le terroir de Salon n'est pas une enclave : il se relie directement entre 
Grans (viguerie d'Aix) et Eyguières (viguerie de Tarascon), au terroir de la 
commune d'Arles et autres terres adjacentes arlésiennes. 

2. Mavculû, Formularum supplementum,no i. — Mon. Germ. histor.Legum 
Sectio V. Foi^mulse., éd. Zeumer, 1886, p. 107. 

3. Guérard, Cart. de Saint- Victor^ n° 431. 



36 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl'' SIÈCLE 

nicum ^. Ce sont là, sans aucun doute, deux postes placés sur les 
frontières de la Provence austrasienne et chargés de veiller sur elles. 
L'un, sur la rive droite de la Durance en face de Gaumont et 
de Gavaillon, couvre Avignon et domine la voie de Milan à 
Arles. L'autre, sur la rive gauche en face de Salon et d'Arles, 
couvre Aix à l'occident et domine la voie aurélienne. Il serait 
nécessaire de reconnaître un troisième établissement de ce 
genre pour couvrir Aix à l'orient et à proximité de la même 
voie : le système défensif des voies de terre serait ainsi com- 
plet. La localité de Vauvenargues se trouve bien sur les limites 
de la viguerie à l'est : elle n'est pas trop éloignée de la voie en 
question. Mais son site n'est pas dominant et, phonétique- 
ment, elle répond à une vallis Veranica ^ ; il paraît impossible 
de dire que ce Veranica dérive de V Alvernica voulu. A défaut 
de Vauvenargues, une localité attire l'attention. Ce sont les 
Vernes, castr^am de Vernis, dans la commune d'Artigues, sur la 
frontière orientale de la viguerie d'Aix, au point où celles de 
Barjols et de Saint-Maximin y touchaient elles-mêmes, la pre- 
mière par Ginasservis et la seconde par Esparron. On pourrait y 
joindre le moulin de Vergue, dans la commune de Peyrolles et 
sur la rive gauche de la Durance, en face de la Bastidonne et 
de Mirabeau où aboutissait la viguerie de Forcalquier. On pour- 
rait, à ce compte, y joindre aussi la Verne, dans la commune de 
Collobrières et la viguerie d'Hyères, à l'extrémité du diocèse de 
Toulon, vers celui de Fréjus. Ces trois localités compléteraient 
le système, exactement sur les limites où elles se trouvent : 
mais, pour elles, il y a incertitude parce que ces trois derniers 
noms peuvent, au lieu de rappeler l'Auvergne, indiquer tout 
bonnement l'existence d'aulnes disséminés dans les quartiers 
humides du pays. 

La Provence auvergnate doit avoir embrassé les vigueries de 
Saint-Maximin et de Brignoles puisqu'elles étaient formées, en 



1. Guérard, Cart. de Saint-Victor, n° 219, 

2. Ibid., no« 230, 233, 950. 



LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICES 37 

majeure partie, de localités aixoises. Elle ne doit pas avoir 
embrassé celles de Toulon et d'Hyères. En effet, l'évêque de 
Toulon assista au concile de Paris en 573. Si ces dernières en 
ont fait partie, c'est qu'elles y ont été jointes après cette date. 
Ainsi, de la Durance à la mer, la frontière orientale de la 
Provence austrasienne a dû être formée, du nord au sud, dans 
la viguerie d'Aix, par les localités de Saint-Paul, Rians et 
Artigues, dans la viguerie de Saint-Maximin par celles d'Espar- 
ron, Saint-Martin, Seillons^ Saint-Maximin, Bras, dans la vigue- 
rie de Brignoles par celles du Val, de Gorrens, Montfort, Garces, 
Gabasse, Flassans, Besse, Gamps, Brignoles, Néoules, Méounes 
et Signes, dans la viguerie d'Aix, par celles d'Evenos, Ollioules 
et Sanary. Ges localités appartenaient au diocèse d'Aix, de Saint- 
Paul à Gorrens, à celui de Fréjus de Montfort à Flassans, à celui 
d'Aix de Besse à Brignoles, à celui de Toulon pour Néoules, h 
celui de Marseille pour Méounes et Signes, enfin à celui de 
Toulon d'Evenos à Sanary. 



§ 3. — Les saints auvergnats protecteurs des frontières et 
les légendes provençales. 

L'influence de l'Auvergne sur la Provence austrasienne ne fut 
pas toute militaire, cela va de soi. Mgr Duchesne, puis Dom Ger- 
main Morin se sont occupés des légendes saintes de Provence ^ 
que le martyrologe transcrit officiellement vers 1120 pour l'église 
cathédrale de Toulon ignorait encore ou voulait ignorer. 
On sait que ces légendes, dès 1190, groupaient Lazare le ressus- 
cité, ses sœurs Marthe et Marie de Béthanie, avec Marie de 

1. Duchesne, Fastes épiscopaux^ t. 1, 1894, pp. 310-344; Georges de 
Manteyer, Les légendes saintes de Provence et le martyrologe d\Arles- Toulon 
(vers 1120), Mél. d'arch. et d'hist., t. XVII, pp. 467-489.' Rome, Cuggiani, 
1897 ; Dom Germain Morin, Saint-Lazare et Saint-Maximin ; recherches 
nouvelles sur plusieurs personnages de la « tradition provençale » [Mém. de 
la Soc. nat. des Antiquaires de France, t. LVI, Paris, 1897, pp. 27-51. 



38 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

Magdala, Sidoine Taveugle-né, etc. K Elles confondaient les deux 
Maries. En réalité, ce groupement était récent : les provenances 
étaient diverses. La sépulture de Lazare, évêque d'Aix, ordonné 
vers 408, au détriment de Remj, par Proculus de Marseille, se 
trouvait à Saint- Victor de Marseille. Voici pourquoi : ayant 
dû se démettre, vers 412, de son évéché, il s'était rendu en Pales- 
tine où on le trouve en 415; puis il était venu se retirer auprès 
de son consécrateur et il était mort dans cette retraite -. Quand 
les bénédictins de l'abbaye firent dédier leur église par Benoît IX, 
le 15 octobre 1040, en présence de tout Tépiscopat provençal, ils 
déclarèrent que leur monastère, fondé près de Marseille à 
l'époque d'Antonin, était illustré non seulement par saint Victor 
et ses compagnons, mais encore d'une manière spéciale par Her- 
mès et Hadrien, auxquels il fallait joindre Lazare le ressuscité 3. 
Évidemment, l'épitaphe du Lazare, qui était venu de Palestine 
à Marseille vers 416 et dont ils possédaient la tombe, leur avait 
donné l'idée de l'identifier avec le ressuscité. Cette épitaphe note 
que Lazare avait été évêque; ils en firent le premier évêque de 
Marseille où il reposait ^. 

1. Guy de Bazoches, chantre de la cathédrale de Châlons, en 1190, s'em- 
barqua pour aller en Terre-Sainte ; passant à Marseille il y recueillit la tra- 
dition : (( Adhanc urbem postascensionein Domini sub persecutione judaïca 
divina providentia transfretantes applicuisse leguntur beatus ex discipulo- 
rum numéro Maximinus, sanctus quoque Lazaruspost quatriduuma Domino 
suscitatus, sed et Maria Magdalena cum Martha venerande sorores ipsius 
et quem Dominus illuminavit ex sputo Cidonius nomine, cecus natus. E 
quii)us S. Maximinus primus Aquensis provincie metropolitanus. Sanctus 
Lazarus...» [Neues Archiv, 1890, t. XVI, p. 104). 

2. Lazare avait d'abord été condamné au concile de Turin vers 398, 
comme calomniateur de Tévêque de Tours Brice (Mandements du 21 et du 
22 septembre 417. — Migne, t. XX, col. 654, 661). 

Hic jacet bone memorie papa Lazarus qui vixit in timoré Dei plus minus 
annos LXX et requievit in pace. (Albanès, Gall. Christ, noviss., t. I, 1895. 
Aix, col. 27-29). 

3. Albanès, Gallia Christiana novissima. Marseille, col. 55, n° 104. 

4. A la suite de cette identification du Lazare de Saint-Victor avec le 
ressuscité, l'église cathédrale de Marseille ne manqua pas de demander à l'ab- 
baye une parcelle du corps. Cette parcelle jRgure au nombre des reliques 
que l'évêque Raimond renferma dans une châsse avec le corps de saint 



LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICES 39 

A la même époque, l'abbaye de Vézelay dans le diocèse d'Au- 
tun se restaurait sous la direction de Glunj. L'abbé Geoffroy, 
installé en 1037, et ses moines se persuadèrent de leur côté qu'ils 
possédaient sainte Marie Madeleine : la chose était reconnue dès 
le 27 avril 1050 K Mais il fallait expliquer comment ils avaient 
acquis des reliques aussi vénérables. L'Orient jusqu'alors en 
revendiquait la possession : en effet, elles avaient été transférées 
d'Ephèse à Gonstantinople en 899 par l'empereur Léon VI, en 
même temps que celles de son frère Lazare amenées de Larnaca 
en Ghypre -. Les moines de Vézelay n'ignoraient pas cette double 
translation assez gênante, mais ils se prévalurent de l'ignorance 
du public de leur pays assez naturelle sur ce point. L'alternative 
extrême qui s'offrait à eux était de prétendre qu'ils étaient aller 
chercher le corps de la sainte en Orient, ou bien que Marie- 
Madeleine était venue tout exprès de Palestine en Gaule pour 
mourir à Vézelay. L'un et l'autre leur parut excessif. Réflexion 
faite, ils s'arrêtèrent à un moyen terme moins compromettant en 
créant une tierce station sur la route intermédiaire ou en l'uti- 
lisant : ils se bornèrent à assurer que la sainte avait fait presque 
tout le chemin, jusqu'à Saint-Maximin en Provence où elle était 
morte, et qu'eux-mêmes avaient pu en faire opérer la translation 
de Provence à Vézelay, sous le roi Garloman et du temps de 
l'évêque d'Autun Augier. Qu'on veuille bien se rappeler ici que 
Garloman a régné de 879 à 884, que le pontife en question, sacré 
en 875, est mort en 893 ^ : à quinze ans près, cette prétendue 
translation coïncide avec la translation réelle d'Ephèse à Gons- 
tantinople. Evidemment, elle était calquée sur elle de manière 
à paraître quelque peu antérieure et, par conséquent, préférable. 

Cannai le 15 août 1122 (Albanès, Gall. Christ, novissima.' Marseille, n» 139, 
col. 64-65). 

1. Duchesne, t. I, p. 317. Ajouter le privilège d'Etienne IX pour Cluny 
du 6 mars 1058 : « Abbatiam Viziliacensem ubi sancta Maria Magdalene 
requiescit tibi concedimusin possidendum.))(Pa^r. /a^.,t.l43, col,883; Jaffé, 
2e édition, n° 4385). 

2. Duchesne, t. I, pp. 314-315 et note 1, 

3. Duchesne, t. II, p. 182, 



40 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

Les chanoines d'Autun étaient sans doute heureux de voir Made- 
leine dans leur diocèse ; mais ils eussent préféré la montrer chez 
eux plutôt que d'aller en pèlerinage à l'abbaye où on prétendait 
l'avoir. N'ayant pas Madeleine que l'on confondait avec Marie de 
Béthanie, l'église cathédrale ne pouvait moins faire que d'avoir le 
frère de celle-ci, c'est-à-dire Lazare. Par un heureux concours de 
circonstances, cette église était dédiée à saint Nazaire. C'était 
presque une homonymie : il était tout indiqué d'établir une confu- 
sion ou tout au moins un rapprochement entre les deux bienheu- 
reux. L'église, ayant été rebâtie, fut consacrée par Innocent II en 
1131 : finalement en 1147, le 13 des calendes de novembre ^, le 
corps d'un évêque d'Autun fut découvert et il servit à faire l'in- 
vention des reliques de saint Lazare, le patron ambitionné. Les 
chanoines d'Autun ne se souciaient guère du corps de Lazare 
transféré de Larnaca à Gonstantinople en 899 ; pour finir, avant 
i 190, les gens d'Avallon produisirent le leur, soi-disant transféré 
de Marseille à Avallon par le duc de Lyonnais Girard (853, •]■ 873) 
et dont quelque chose subsistait à Marseille, en 1190, selon 
Ricahrd Fitz Neal ~. Le ressuscité avait donc désormais quatre 
squelettes bien complets et bien distincts qui s'offraient à la 
vénération. En 1482, on dira à Autun que le corps de saint Lazare 
avait été apporté de Marseille par l'évêque Girard (968-976) et 
que les Provençaux en avaient conservé seulement la mâchoire •^. 
Il fallait une compensation à la Provence. Le sanctuaire de Made- 
leine à Vézelay ayant réussi à s'imposer, les Provençaux eurent 
connaissance des légendes bourguignonnes qui les concernaient. 
Puisqu'on leur affirmait que Madeleine était venue mourir chez 
eux et que son corps était resté parmi eux j usqu'à la fin du ix® siècle, 
ils devaient forcément regretter que des Bourguignons le leur 



1. Albanès, Gall. Christ, noufss., Marseille, col. 5-6, n<» 4, 

2. Ibid., col. 6, 11° 5 ; Mon. Germ. hist. Script., t. XXVII, p. 115. 

3. [F aillon], Monuments inédits sur V apostolat de sainte Marie-Madeleine 
en Provence, i. II, 1848, col. 1291-1292, n» 236 ; Hist. de l'église d'Autun 
Autun, Dejussieu, 1774, pp. 88-90, 



LA PROVENCE FRAKQUE ET SES PATRICÊS 41 

eussent enlevé K En 1190, ils croyaient encore à cet enlèvement. 
Guy de Bazoches, chantre de Ghâlons, passant à cette date par 
Marseille, déclare que les corps de Lazare et de Madeleine sa 
sœur avaient été transportés à Avallon par le duc Girard ^. Peu 
à peu, les Provençaux furent d'accord pour dire qu'ils possédaient 
toujours la sainte; enfin, le 9 décembre 1279, l'invention du corps 
de Madeleine fut faite à Saint-Maximin. Des squelettes, on en 
trouve toujours : cependant il manquait une jambe à celui-ci 3. Pris 
d'inquiétude devant la concurrence qui s'éveillait, les gens de 
Vézelay avaient fouillé de leur côté en 1265; leur squelette h eux, 
authentiqué par un pseudo-mandement de Charles le Chauve du 
style le plus extraordinaire, était accompagné de cheveux de 
femme et cela, pensaient-ils, devait lever tous les doutes en leur 
faveur. Cependant le cardinal-légat, qui, en 1267, assista à la 
translation solennelle de cette Madeleine de Vézelay, était devenu 
pape, sous le nom de Martin IV. Le 24 septembre 1281, il donna 
nettement tort aux Provençaux en approuvant le culte de 
Vézelay ^. Son successeur, Boniface VIII, par une attitude con- 
traire, prit ouvertement parti en faveur des Provençaux. Pen- 
dant près de cent cinquante ans, les papes avaient reconnu 
Madeleine à Vézelay ; désormais ils la reconnaîtront à la 
Sainte-Baume. L'influence politique des Angevins explique 
ce changement favorable à la Provence, comme l'influence 
de Cluny, jadis plus puissante, avait favorisé Vézelay. Le 
Il juin 1281, trois mois avant la décision défavorable de 
Martin IV, le prince de Salerne, à Aix, montrait le crâne de 
Madeleine et sa mâchoire aux archevêques d'Arles, d'Aix et 



1. Dès la seconde moitié du xi° siècle, il existe dans Avignon une église 
dédiée à sainte Marie-Madeleine : on ne peut dire si elle fut élevée avant 
ou après la propagation des légendes de Vézelay. 

2. « Sanctus Lazarus primus Massiliensium episcopus est effectus. Sed, 
post longa temporum spacia cum gloriosa sorore Maria per prefatum Bur- 
gundie principem Gerardum apud Avalonem castrum suum est inde 
transvectus. » [Neues Archiv, XVI, 104). 

3. Duchesne, t. I, p. 333. 

4. Paillon, t. II, col. 761-764, n° 63. 



42 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

d'Embrun ^. En avril 1295, après la mort de Martin IV, il se con- 
tenta de porter le crâne à Boniface VIII, pour gagner celui-ci à sa 
cause : le pape Gaetani s'empressa de prévenir le prince qu'on gar- 
dait au Latran, non pas la jambe qui manquait, mais la mâchoire 
de Madeleine. Au témoignage de Philippe de Cabassole, il la lui 
offrit et elle s'adapta fort bien-. A partir de ce moment, personne 
ne parle plus de la mâchoire provençale trouvée en 1279 el 
montrée en 1281. Si cette mâchoire du Latran avait été apportée 
de Vézelay par Martin IV, il faut avouer que Taventure est plai- 
sante. Elle pourrait provenir d'ailleurs encore : c'est ainsi qu'on 
prétendait, dans un monastère de Châlons, conserver la langue 
de Madeleine dans un excellent état de conservation ^. Les Pro- 
vençaux avançaient que le corps avait été transféré d'un sarco- 
phage précieux dans un autre plus ordinaire de la même crypte, 
par crainte des Sarrasins, sous le roi Eudes. Le procès-verbal, 
retrouvé le 9 décembre 1279, mal lu ou incorrect, notait l'an- 
née DCGX ^ et le 6 décembre, pour la date de cette translation 
primitive. Il serait exact de dire, peut-être, que les arrangements 
préparatoires et la rédaction de ce procès-verbal sur un parchemin 
tombant de vétusté avaient été opérés trois jours et non pas cinq 
siècles avant l'invention ménagée au prince de Salerne, c'est-à-dire 
le 6 décembre 1279 et non pas le 6 décembre 710. En Provence, 
l'évocation des Sarrasins s'imposait ; mais celle du roi Eudes 



1. « Noveritis quod... ipse princeps nobis ostendit... caput béate Mariae 
Magdalense cum mento seu mandibula inferiori ab invicem separata... » 
(Faillon, t. Il, col. 803-806, n° 85). La note a de la col. 804 rend bien compte 
de l'embarras où ce texte clair met l'éditeur. 

2. « Rex... Romam venit... cum.. occurreret... ut rex caput tune scriniis 
pontifex mandibulam in Lateranensi sacrario se liabere suis sermonibus 

affîrmarent... additur demum mandibula conformis capiti ipsam vero 

mandibulam... Bonifacius régi suscipienti hilariter et dévote liberaliter 
contulit. Et ipse... monasterio monialium de Prulhano eam... assignavit » 
(Ibid., t. II, col. 793-794). 

3. « Ac si nunc a vivente extracta ». (J. Ferrandi, Disquisitio reliquiaria, 
p. 148.) 

4. Il faut restituer évidemment DCCCXC ou quelque chose d'appro- 
chant ; les Sarrasins et Eudes réunis y obligent, 



LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICES 43 

révèle une main proprement angevine. Ce procès- verbal de 710 
vaut le certificat de Charles le Chauve, trouvé à Vézelay. Le 
5 mai 1280, jour fixé pour lelévation du corps, on mit au jour 
un second authentique moins compromettant mais plus vague. 
Celui-ci peut se comparer, comme valeur, à Fépitaphe sculptée, 
disait-on, de la main même de saint Pierre sur la tombe de sa 
fille Pétronille K On sait que le roi Eudes a régné, non pas en 
Provence, mais en France, de 888 k 898. Comment ne pas 
noter que cette pseudo-translation est ainsi reportée exactement 
à la même époque que la pseudo-translation de Marseille k 
Avallon, que la pseudo-translation de Saint-Max imin à Vézelay 
et que la translation authentique d'Ephèse à Constantinople; 
le synchronisme de ces quatre translations est criant. Les gens 
de Vézelay au xi® siècle prétendaient déjà que la translation 
orientale n'était pas authentique, puisque la leur, qui naturellement 
était la bonne, avait eu lieu au même moment et même un peu 
plus tôt, sous l'évêque d'Autun Augier. Au xii*' siècle, les 
gens d'Avallon confondent Vézelay par le même procédé en 
disant que la translation avait été faite de Marseille chez eux 
encore un peu plus tôt par le duc Girard. Au xiii® siècle main- 
tenant, ce sont les Provençaux qui rétorquent l'argument de 
Vézelay et d'Avallon en affirmant à leur tour que les translations 
à Vézelay et à Avallon sont un mythe pour la raison péremptoire 
que leurs ancêtres, au moment où elles auraient eu lieu, 
avaient soustrait la sainte aux Sarrasins. Sur Léon VI, s'étaient 
greffés l'un après l'autre, Carloman, Girard et Eudes. A malin, 
malin et demi. 

Ces déformations successives et semblables permettent à 
elles seules de rétablir la vérité. Selon le proverbe italien, le 
hugie hanno le gambe cor te. Quatre translations simultanées 
du même corps auraient donc eu lieu : d'Ephèse à Constantinople 

d. « Corpus S. Petronillae Pétri apostoli fîUœ... in cujus marmoreo sar- 
cophage ipsius apostoli Pétri manu sculptum legebatur : AVREyE PETRO- 
NILLAE DILEGTISSIMAE FILIAE » (J. Yerva^nàuDisquisitio relicjuiaria^ 
p. 205, d'après Sigebert, Chron., 767). 



44 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll'' SIÈCLE 

SOUS Léon VI, de Saint-Maximin à Vézelay sous Carloman, de 
Marseille à Avallon par Girard, à Saint-Maximin même d'un 
sarcophage dans l'autre sous Eudes. C'est trop de trois : une 
seule est possible, Or, celle d'Ephèse est mentionnée immédia- 
tement, dès le x^ siècle ; celle de Vézelay ne l'est pas avant la 
seconde moitié du xi'' siècle ; celle d'Avallon ne l'est pas avant la 
fin du xii^ siècle, celle de Saint-Maximin ne l'est pas avant le 
9 décembre 1279. La conclusion s'impose : seule, celle de Léon VI 
est acceptable. Quant aux gens de Vézelay, au xi® siècle ils connais- 
saient forcément cette translation authentique, puisqu'ils la visent 
sans la nommer. De même, ceux d'Avallon au xii^ siècle et de 
même ceux de Saint-Maximin en 1279 connaissaient la pseudo- 
translation de Vézelav. Donc, ni les uns ni les autres n'étaient 
sincères en calquant une nouvelle translation supposée sur la 
précédente. 

Jusqu'à présent, on n'a pas trouvé trace de l'Auvergne en 
tout cela ; mais l'invention de 1279 fait noter la présence dans la 
crypte de Saint-Maximin du corps de saint Sidoine. Son sarcophage 
serait devenu celui de Madeleine lors de la pseudo-translation pro- 
vençale du IX® siècle. Du moment où on a cru en Provence que 
Madeleine avait vécu à la Sainte-Baume et qu'elle était inhumée 
dans la crypte des saints Maximin et Sidoine, il avait paru tout 
naturel de reconnaître en Maximin, titulaire du lieu, le premier 
évêquedu diocèse où se trouvait cette crypte et le compagnon de 
Madeleine. Par suite, Sidoine, identifié avec Faveugle-né dès 1 1 90, 
était devenu, non moins naturellement, le successeur de Maxi- 
min et le deuxième évêque du même diocèse. C'est ainsi que 
Lazare, enseveli à Marseille, avait été pris pour le premier évêque 
de cette cité, du moment où on l'avait identifié avec le res- 
suscité. 

En réalité, saint Sidoine était titulaire de plusieurs églises en 
Provence dès le xi^ siècle tout au moins. La première est, au 
diocèse de Toulon, à peu de distance de celui d'Aix. Elle est 
placée dans la viguerie d'Hyères, mais dans une localité limi- 
trophe de la viguerie aixoise de Brignoles, et elle paraît par un 



LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICES 45 

acte de donation daté de 1060 K C'est l'église Saint-Sidoine du 
Puget dont une partie est alors donnée à Saint- Victor. La 
deuxième se trouvait sous le château de Barayol, dans le Val, à la 
limite du diocèse de Fréjus vers celui d'Aix et à la limite de la 
viguerie deBrignoles vers celle, bourguignonne, de Barjols. Elle 
était dédiée en l'honneur de N.-D., de Saint-Jean-Baptiste et de 
rÉvangéliste, de saint Etienne, premier martyr du Christ, et 
de saint Sidoine. Rebâtie par Balde, elle fut consacrée le 10 janvier 
1068/9 par Guillaume, évêque de Carpentras, et Guillaume, évêque 
de Toulon, au nom de Rostang, archevêque d'Aix '^. Enfin, Téglise 
de Saint-Maximin possédant deux autels secondaires, le premier 
était consacré à saint Michel, le second, c'est-à-dire probablement 
celui qui se trouvait du côté de l'épître, à saint Sidoine ^. Pierre, 
archevêque d'Aix, donna cette église à saint-Victor, le 5 juillet 
1093. Saint-Maximin se trouvait, on le sait, dans le diocèse d'Aix 
et dans la viguerie de ce nom, aux confins de la viguerie bour- 
guignonne de Barjols. Cette dédicace d'un autel secondaire à 
Sidoine est vraisemblablement la raison pour laquelle, en 1279, 



1 . 1060. « dono. . . partem meani. . . in VI ecclesiis. . .hoc est : in ecclesia sancte 
Marie de Descensa et in sancto Sidonio et sancto Laurentio et sancto Mar- 
tine ad Gateiras et sancto Johanne... que omnessuntin terri torio de Poieto 
et de Petrafoco... et in sancta Maria de Colobreria... » [Cart. de Saint-Vic- 
tor, t. I, p. 473, n° 470; cf. t. II, p. 923). Ce sont les églises N.-D. (com- 
mune de Carnoules ?), Saint-Sidoine (commune du Puget?), Saint-Laurent 
(commune Guers), Saint-Martin (commune Guers), Saint-Jean (commune 
Pierrefeu), N.-D. (commune Gollobrières), Puget-Ville, cant. Guers, arr. 
Toulon, Var; Pierrefeu, cant. Guers. 

2. lOjanv. 1068/9, ind 6. aDevota dei famula, nomine Balda...rehedifica- 
vit ecclesiam in comitatu Aquensi, sub castello... Paracollus... conditam 
in honorem Dei genitricis Marie vel S . Joannis Baptiste sive Evange- 
liste necnon et S. Stephani prothomartyris Ghristi atque sancti Sydonii...» 
(Ghantelou, Hist. de Montinajour. — Rev. hist. de Provence, l""® année, 
pp. 187-188). Barayol est sur le terroir de Carcès, au diocèse de Fréjus et 
dans la viguerie de Brignoles. Le Val (cant. et arr. Brignoles, Var), au 
diocèse d'Aix, dépendait de Barayol. 

3. 5 juillet 1093. « Item ecclesiam sancti Maximini cum altaribus sancti 
Micahelis et sancti Sedonii... in territorio castri Rodanis, in loco qui voca- 
tur Vallis sancti Maximini... » (Cart. de Saint-Victor, t. I, p. 247, n° 222). 
Saint-Maximin, arr. Brignoles, Var. 



46 LA PROVENCE BU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

on voulut reconnaître son corps dans un des sarcophages de la 
crypte; car, à celui de saint Michel il fallait bien renoncer. Si 
on voulait trouver le corps d'un saint dans toutes les églises 
qui lui sont consacrées, la multiplication serait un peu forte. On 
le lit pour saint Sidoine à Saint-Maximin en 1279, parce qu'il 
était titulaire d'un autel secondaire ; on aurait pu le faire aussi 
au Val et encore mieux au Puget où il figurait comme seul patron 
de Téglise i. Dom Germain Morin a démontré que ce saint 
Sidoine, honoré ainsi dans les diocèses d'Aix et de Toulon, 
n'est autre que Sidoine Apollinaire, devenu évêque d'Auvergne 
vers 470 après avoir été préfet de Rome et patrice en 468 -. 
L'identification s'impose absolument : le Propre du diocèse d'Aix 
et l'abbé Albanès sont témoins que la fête du Sidoine d'Aix se 
célèbre le 23 du mois d'août 3. Or, Sidoine Apollinaire est mort 
le 21 août 479, date fournie par son épitaphe. Son anniversaire, 
qui correspond sans doute à la date de son inhumation, est fêté 
le 23 août dans le martyrologe hiéronymien ^. 

Tout cela se corrobore du fait important que, parmi les 
cinq églises élevées sur le plateau du Vernègues ou dans le 
terroir qui en dépendait, la plus ancienne ou la plus importante 
après celle de N.-D. était celle dont il reste encore un tas de 
pierres appelé la chapelle de Saint-Sens. Saens, ou Sens, est 
une forme dérivée de Sidonius. Au xi® siècle, on avait déjà 

1. Dès le début du ix^ siècle, le pouillé de l'évêché de Marseille, rédigé 
en 813 et 814, permet de relever le nom de Sidonius porté par deux hommes 
et celui de Sidonia par deux femmes, soit un colon à Lambesc dans le dio- 
cèse d'Aix, une femme à Chaudoldans le diocèse de Digne et les deux autres 
dans le diocèse de P'réjus à Sillans [Cart. de Saint-Victor, t. II, pp. 634,647, 
654). 

2. Duchesne, t. II, p. 34. 

3. 23 août : « Sidonii archiepiscopi Aquensis duplex majus [Officia propria 
ecclesie et diœcesis Aquensis... Aquis Sextiis, apud loannem Tholosanum 
et Stephanum David MDCXXVII ; voir cette mention au Calendarium en tête 
et l'office, p. 85-89). Cf. Albanès, Gallia Christiana novissima, t. I, Aix, 
col. 25. Montbéliard, 1895. 

4. «XI. KL. Sept... ARVERNus Sci Sidonii epi... » (loh. Bapt. de Rossi et 
Ludov. Duchesne, Martyrologiuni hieronymianum,p. [109] : Cod. Bern.). Cf. 
Duchesne, t. II, pp. 34-35. 



LA PROVENCE FKANQUE ET SES PAïRICES 47 

oublié quel était le patron réel de cette chapelle, puisque le 
rédacteur arlésien d'un acte du xi'' siècle est réduit à en calquer 
le nom latin sur la forme vulgaire courante et Tattribue à un 
pseudo-martjr, saint Sinnius ^, par analogie probablement avec 
les Sisinnius cités hors des Gaules par le martyrologe hiérony- 
mien. Les tombes assez nombreuses creusées sur le plateau supé- 
rieur et recouvertes de dalles peuvent être de l'époque franque. 
La constatation qui s'impose est que le culte auvergnat de 
Sidoine fut transporté en Provence antérieurement au xi® siècle. 
Ce culte se rencontrant aux frontières sud-est du diocèse d'Aix 
et dans le poste auvergnat du Vernègues, poste placé entre les 
diocèses d'Avignon, d'Aix et d'Arles, il est tout indiqué que le 
transport de ce culte se soit fait dans la Provence austrasienne, 
pour protéger ses frontières, quand elle se trouvait sous l'in- 
fluence de l'Auvergne. Certes, les patrices austrasiens ne prove- 
naient pas tous d'Auvergne et ces grands personnages ne 
devaient pas tous s'intéresser personnellement à la diffusion du 
culte des saints. Mais cette probabilité même sert à préciser 
les choses : parmi les patrices de la Provence austrasienne, il y 
en a eu au moins un d'origine auvergnate incontestable, c'est le 
patrice Bonnet. Saint Prix, évêque d'Auvergne, ayant été assas- 
siné le 2o janvier 676, en représailles de la mort du patrice Hector, 
ce fut Avitus, 2^ du nom, frère de Bonnet, qui fut élu pour lui suc- 
céder sur le siège pontifical. De son côté, Bonnet, que le roi avait 
auprès de lui comme grand échanson, puis comme référendaire, ne 
tarda pas à être envoyé en Provence comme patrice. Ce Bonnet était 
lui-même un homme pieux. En effet, Avit étant mort en 691 après 
avoir fondé à Volvic un monastère sur le tombeau de saint Prix, 
ce fut lui qui, renonçant au monde, devint à son tour évêque 



1. Reynaud, Le Vernègues et la chapelle de Saint-Césaire (Congrès archéo- 
logique de France, XLIIP session : Arles. Tours, P. Bouserez, 1877, 
pp. 657-671, notamment p. 658, et pièce n» III, aux pp. 670-671). Il existe 
encore une chapelle Saint-Sidoine à l'extrémité du diocèse de Vaison, dans 
la commune de Beaumont sur le Ventoux : on ignore à quelle date elle 
remonte. 



48 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII*^ SIÈCLE 

d'Auvergne en remplacement de son frère. Qui plus est, ce ne 
fut pas un évêque de religion médiocre; car, ayant abandonné 
Tépiscopat vers 700 et ayant quitté l'Auvergne, il mourut à 
Lyon et se trouve vénéré comme saint le 15 janvier i. Que ce 
bienheureux se soit occupé, quand il était patrice de la Provence 
austrasienne, d'y introduire le culte de saint Sidoine Apollinaire, 
le fameux évêque d'Auvergne, ce fait paraît bien probable. 

Gela ne veut pas dire qu'il y ait opéré la translation de son 
corps. A cette époque, en Occident, on vénérait encore les saints 
au point qu'on n'osait guère toucher à leurs ossements. Le 
siège apostolique maintenait ce respect avec force contre les 
demandes indiscrètes des barbares et des princes orientaux ~. Ce 
n'était pas en Provence et en Auvergne, où l'empreinte romaine 
subsistait le plus fortement, qu'on aurait tenté d'y contrevenir. 
Si l'on laisse de côté les transports ordonnés chez eux par les 
Mérovingiens conquérants et quelques tentatives isolées ^^ c'est 

1. Duchesne, t. II, pp. 37-38; Acta Sanctorum Januarii,i. II, pp. 351-352. 

2. Lettre du pape saint Grégoire : « Cognoscat tranquillissima domina 
quia Romanis consuetudo non est, quando sanctorum reliquias dant ut 
quidquam tangere prœsumant de corpore; sed tantummodo, in pyxide 
brandeum mittitur atque ad sacra tissima corpora ponitur. Quod levatum in 
ecclesiâ quœ est dedicanda débita cum veneratione reconditur et tantae 
per hoc ibidem virtutes fiunt acsi illuc specialiter eorum corpora deferan- 

tur in Romanis namque vel totius Occidentis omnino intolerabile est 

atque sacrilegum si sanctorum corpora tangere quisquam fortasse prœsumat 
quod, si prsesumpserit, certum est quia hœc temeritas impunita nullomodo 
remanebit » (Joannis Ferrandi Aniciensis e Societate Jesu ih.eo\ogï, Disqui- 
sitio reliquiaria sive de suspicienda et suspecta earunidem numéro reliquia- 
rum quse in diversis ecclesiis servantur multitudine nunc primùin prodit. 
Lugduni, sumptibus Laurentii Anisson et Soc. MDC.XLVII, pp. 127, 128). 

3. Grégoire de Tours cite une femme de Maurienne qui voulut se pro- 
curer une partie du corps de saint Jean {Ihid., p. 292). Au sépulcre du 
saint, on lui dit que cela était impossible. Au bout d'une semaine de prières 
obstinées, un doigt se présenta à elle sur Fautel par miracle. Avec une 
foi touchante, elle l'emporta en Maurienne dans une boîte d'or. Trois 
évêques voisins voulant se le partager ne purent y réussir. Par un nou- 
veau miracle, ils en obtinrent chacun une goutte de sang. Enfin, ayant 
voulu enlever le doigt à la Maurienne pour le porter à Turin dont cette 
vallée dépendait, l'archidiacre de Turin eut à peine porté la main sur le 
reliquaire d'or qu'il fut saisi de la fièvre et expira, de sorte que personne 



LA PROVENCE FRANQLE ET SES PATRICES 49 

seulement à l'époque de Texpansion carolingienne en Italie que 
Rome fléchit devant les désirs de ses nouveaux maîtres ^ Les 
pays qui avaient trop de saints en donnèrent systématiquement à 
ceux qui, jusqu'alors, n'en avait pas eu assez. 

Au VI*' siècle, puisqu'on n'osait pas toucher aux corps saints, 
à plus forte raison aurait-on répugné à les dépecer. Quand on 
voulait dédier un autel, le propriétaire de l'église nouvellement 
construite s'adressait au pape pour qu'il enjoignît à l'ordinaire 
de lui procurer des reliques du saint en l'honneur de qui 
l'autel devait être dédié -. Mais, certainement, ces reliquise ou 

n'osa plus y toucher (Mgr Alexis Billiet, Mémoires sur lespremiers évêques 
du dioc. de Maurienne,pp.6-1 ; Greg.Tur., De Gloria Martyr., lib. I,ca|3.XIV). 

1. « Ex eo tempore quo Franci Longobardosbello victos exitalia deiece- 
runt. cœpit iiitroduci mos ut etiam per occidentem ossa et corpora marty- 
rum transferrentur aliô » (J. Ferrandi,p. 213; cf. Azor, Inst. mor., 1. 1, 1. 9, 
c. 8, q. 11, Romœ, 1600). 

2. «Domino sanctoet beatissimo patri patruni ill, pape ill. famulus ves- 
ter... Ad augmentum... in predio... juris mei basilicam sumpto proprio me 
suggero construxisse quam in honore sanctorum ill. et ill. martyrum desi- 
dero consecrari... Quapropter queso apostolatum vestrum ut, datis precep- 
ionibus vestris ad ill. virum venerabilem civitatis ill. antistitem quatenus 
supramemoratam basilicam debeat... consecrare... Pari prece deposco ut, 
datis aflatibus vestris ad ill. virum venerabilem ill. civitatis episcopum 
quatenus possit mihi reliquias supramemoratorum sanctorum solemniter 
contradere... (Th. E. ab Sickel, Liber diurnus romanorum pontificum... 
Vindobonse, apud C. Geroldifilium, 1889, pp. 9-10, n° X. Petitio dedica- 
tionis oratorii). — Par la formule XI, Responsum oratorii dedicandi, le 
pape donne ses instructions à l'évêque du diocèse pour dédier la basilique 
dont il s'agit. Il termine en disant lasanctuaria vero suscepta sui cum rcve- 
rentia collocabis » [ibid., pp. 10-11, n° XI). — La formule XII, Besponsum 
de speranda sanctuaria, est celle par laquelle le pape s'adresse à l'évêque 
dans le diocèse duquel se trouvent les tombeaux dont le constructeur a 
demandé des reliques : « 111. sanctuaria beati ill. oblata petitione sibi pos- 
tulat debere concedi quatenus in ejus nomine basilicam propriis constructam 
sumptibus possit sollemniter consecrari et ideo frater karissime.... te... 
convenit obœdire » {Ibid., p. 11, n» XII). — La formule, XIII, De dandis 
sanctuariis, a pour objet de faire déposer sous l'autel de la basilique les 
reliques reçues : «..in oratorio ab ill. constructo quod... in honore beato- 
rum ill. et ill. dicitur consecratum, beati martyris ill. accepta sanctuaria 
dilectio tua... constituât » {Ibid., p. 11, n° XIII). — La formule XIV, De 
danda bénéficia sancti angeli, prévoit le cas d'un autel dédié à l'archange . 
u ill. ut bénéficia beati archangeli oblata petitione sibi postulat debere con- 

Mém. et Doc. de VÉcole des Charles. — VIT. 4 



50 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

sanctuaria d'un saint ne doivent pas être confondues avec son 
corps. Les formules officielles du Liber Diurnus ne laissent 
aucun doute à cet égard. C'étaient, le plus souvent, des frag- 
ments d'étoffes de prix qu'on faisait venir du pays où le corps 
du saint reposait réellement. Ces étoffes, ou objets analogues, 
avaient été placées pendant quelque temps au-dessus de son tom- 
beau et cette proximité momentanée suffisait pour leur com- 
muniquer toutes les vertus que le corps lui-même -était capable 
de posséder. Quand l'autel devait être dédié à un saint ange, 
l'absence forcée de corps ne paraît pas avoir modifié essentiel- 
lement la procédure : ne pouvant avoir de reliques proprement 
dites, on se procurait par analogie des bénéficia qui rappelaient 
l'esprit céleste. Dès que ces reliqiiiœ ou ces bénéficia étaient en 
la possession du propriétaire de l'église nouvelle, Tévêque du 
diocèse, en qucilité de mandataire du pape, se trouvait tenu de 
les déposer sous l'autel et de consacrer l'église. Maintenant, 
dans les cas exceptionnels où un corps saint se révélait en quel- 
que pays, on bâtissait une église et on y élevait un autel pour 
le recevoir. Mais alors il va de soi que les reliquise ne sont 
plus en question et la formule parle nettement du corpus. De 
plus, dans ce cas, la disposition matérielle de l'autel se com- 

cedi, quateniis in ejus nomine oratorium...possiL..consecrari. Et ideo, fré- 
ter karissime...te...convenit obœdire [Ibid., p. 12, n° XIV). — La formule 
XXII, Item responsum, précise ce que sont les sanctuaria des apôtres : « basi- 
licam quam dilectio tua in honore beatorum apostolorum ill. et ill. nuper 
fabricasse commémorât facuUatemtribuimusdedicandi...in qua etiam bene- 
dictionem de sanctuariis apostolicis, id est palliola deeorum confessionibus 
providimus collocanda... » [Ibid.,p. 16, n° XXII). — La formule XXVI, De 
recondendo corpore sanctorum, règle enfin le cas exceptionnel où il s'agit 
d'une basilique qui contiendra un corps saint récemment trouvé dans les 
environs. Le Liber diurnus ne prévoit pas que ce cas puisse se produire 
pour un simple particulier ; sa formule s'adresse en effet à un prince : 
«m. filius noster... indicavit in partibus ill. corpus beati ill. noviter fuisse 
repertum et ill. gloriosus genitor ejus in basilicam quam noviter edificavit 
eundem corpus statuit coUocandum petiitque ut eadem ecclesia sollem- 
niter debeat consecrari. Ideoque, frater karissime, si... nullum... corpus 
ibidem constat humatum... eandem ecclesiam, convocatig aliis... coepisco- 
pis nostris tibi vicinantibus stude sollemniter dedicare... » {Ibid., pp. 18-19, 
n» XXVI). 



LA PROVENCE FKAISQUE ET SES PATRICES 51 

plique de la conslruclion du tombeau. Le corps est placé dans 
une crypte souterraine et close qui le protège réellement contre 
toute approche indiscrète. L'autel est disposé dans l'église 
ouverte, exactement au-dessus du sarcophage inaccessible où 
repose le corps. La crypte, ainsi mise à Tabri, communique verti- 
calement avec une chambre, ménagée sur le sol de l'église et 
sous l'autel, par un petit puits à ouverture circulaire dénommé 
umbilicus qui y débouche au niveau du sol. Une fois par an, on 
ouvrait l'orifice de ce puits et l'officiant y plaçait un encensoir 
dont les charbons ardents faisaient fumer l'encens ; cet encensoir 
y restait jusqu'à l'année suivante. Non loin de l'orifice de cet 
ombilic et à son niveau, dès le iv® siècle, on avait pris l'habitude 
de creuser dans la dalle horizontale du sol une niche rectangu- 
laire. Cette niche communiquait indirectement, par-dessous, 
avec le puits ; mais elle en était séparée par une grille ou cataracta 
et elle servait à recevoir les étoffes ou objets destinés à être dis- 
tribués plus tard comme reliques du saint. Ce dispositif de l'om- 
bilic dans la dalle subsiste encore maintenant à Rome dans les 
basiliques patriarcales de Saint-Pierre et de Saint-Paul où il 
remonte au début du iv® siècle : au lieu d'une seule cataracta, ces 
tombes illustres en supportent deux, qui durent y être creusées 
après coup, dans le courant du iv^ siècle, et c'était une grande 
faveur que de recevoir des reliques provenant de la grille la plus 
rapprochée de l'ombilic i. Ce dispositif s'est retrouvé en 1873 
dans l'église romaine des Saints-Apôtres, à l'autel des apôtres 
Philippe et Jacques (561-574) : il existait également à Rome 
dans l'église des Saints-Côme-et-Damien (526-530). A Ravenne, 
des autels, qui remontent au même siècle, offrent la même 
disposition; notamment, celui de saint Appollinaire in classe. 
Entre 1087 et 1089, se construit encore ainsi le tombeau de 



i . H. Grisar, Le tombe apostoliche al Vaticano ed alla via Osliense 
[Analecla romana, dissertazioni, testi, monumenti delV arte ricjuardanti 
principalmente^ la storia di Roma e dei papi nel inedio evo. Volume 
primo, Roma, Desclée Lefebvre e C\ 1899, n° VI, pp. 259-306, e tav. 
VII, VIII). 



52 LA PROVENCE DU PREMJER AU XIl^ SIÈCLE 

saint Nicolas, à Bari. Le puits et la grille placés sous l'autel 
étaient eux-mêmes protégés contre un accès trop facile. A cet 
effet, l'autel formait la table supérieure d'une arca^ ou chambre 
vide, dont les quatre parois se composaient de dalles verticales 
et dont la base coïncidait avec la dalle du sol percée par l'orifice 
du puits. L'ensemble de la chambre pouvait également se trou- 
ver taillé dans un monolithe. A la paroi antérieure et verticale, 
on se bornait à ménager une ouverture assez étroite et à ferme- 
ture mobile, par où les fidèles pouvaient prier en apercevant 
l'orifice du puits dans l'intérieur de la chambre ^ Si l'autel ne 
recouvrait qu'un cénotaphe, c'est-à-dire un simulacre de tombeau 
où se trouvaient, à défaut du corps, déposées de simples reliques, 
la crypte et le puits devenaient inutiles. On se bornait à déposer 
dans l'arca, sous l'autel, les linges qui étaient les reliques du 
saint, ou bien encore les bénéficia de Fange. Ces reliques possé- 
daient, selon la doctrine de l'Eglise, les mêmes vertus que le 
corps : quelquefois même, elles valaient davantage. On prati- 
quait donc une fenestella pour pouvoir prier en leur présence. 

Les textes font connaître deux exemples certains de cette 
coutume. 

Le corps de saint Etienne était enseveli à Jérusalem ; on en 
tirait naturellement des reliquise en grand nombre pour 
suffire à son culte très répandu. Le R. P. Ferrand observe à 
son sujet que, si ce grand saint faisait d'innoml^rables miracles 
dans les pays d'occident où se trouvaient de ses reliques, 
jamais il n'en avait fait à Jérusalem où cependant il était 
enterré. Cela, sans doute, pour justifier la parole que personne 
n'est prophète dans son propre pays -. Le R. P. Ferrand aurait 
pu dire, avec autant de justesse, que les miracles du Christ suffi- 
saient à Jérusalem. Il existait donc des reliques du premier mar- 
tyr un peu partout; il y en avait dans les Gaules et en Italie, 

1. H. Grisar, Il primitivo altare délia cliicsa romana dei santi (XII) 
Apostoli (^AiaZecia, n*' XIV. Vanastasis e l'apostoleioii cli Roma,pp. 595-626, 
§ 6, pp. 619-624). 

2. J. FeiTandi, DisquisUlo relifjiiaria, p. 448. 



LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICKS 53 

il y en avait dans l'île de Minorque, il y en avait en Afrique. 
La relique d'Ancône était particulièrement vénérable : c'était, 
selon saint Augustin, l'une des pierres qui avaient servi à lapider 
Etienne ^. A propos des reliques d'Afrique, Augustin note que 
les prières et les offrandes s'adressaient au saint per fenestellam 
mémorise ad interiora loca sanctarum reliquiariim. 2. Ce texte est 
aussi clair que possible, sachant le sens précis que le ternie de 
reliquiae possède 3, sens qu'il gardera encore à l'époque de 
la rédaction du Liber Diurnus. En même temps que saint 
Augustin^, Evodius, un autre évêque d'Afrique, parle de la 
vogue des reliques de saint Etienne •^. Or, saint Augustin, devenu 
évêque de Bône en 395, est mort le 28 août 430 : quant à saint 
Evodius, devenu évêque à'Uzal en 397, il est mort le 16 octobre 
42 i. On sait que l'invention du corps de saint Etienne se fît 
pour la première fois le 3 août 415 et qu'il fut transféré en 460 ^\ 
Ainsi, les écrits d'Augustin et d'Evodius relatifs à saint Etienne 
se placent entre 415 et 424. A cette époque, il existait donc des 
autels à fenestella sur de simples reliques. 

Un siècle plus tard, en 519, on voit le futur empereur Justinien 
demander au pape Hormisdas quelque parcelle du corps des saints 
apôtres Pierre et Paul destinés à l'autel d'une basilique nouvelle 
qu'il érigeait à Constantinople en leur honneur. Rome repousse, 
bien entendu, sa demande ; mais elle lui concède des reliques, c'est- 
à-dire des étoffes précieuses qui auront été déposées par grâce spé- 



1. J. Ferrandi, p. 112; d'après saint Augustin, Serin. 32 de divers. 

2. H. Grisar, Analecta, p. 273; d'après saint Augustin, De miraculis 
S. Stephani, 1. 2, c. 12 (Migne, t. 41, p. 840). 

3. (( Plerumque, in ipsis quoque patrociniis martyrum sic esse sentimus 
ut non tanta per corpora sua quanta bénéficia per reliquias ostendant alque 
illic majora signa faciant, ubi minime per semetipsos jacent ? » (S. Greg. 
magn., lib.2; Dialog., c. 38 ; J, Ferrandi, p. 448). 

4. J. Ferrandi, p. 313, d'après saint Augustin, Confess., lib. 9, cap. 7; De 
civit., \ib. 22, cap. 8; ibid., pp. 488-489, d'après saint Augustin, Serm. 29, 
30, 31. 

5. Ibid., p. 155, d'après Evodius, De mirac. S. Stephani, lib. 1, cap. 2. 

6. Ul. Chevalier, Répertoire des sources historiques du moyen-âge. Bio- 
bibliographie, 1903-1904, col. 871,1441, 1375. 



54 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

ciale, à cette intention, sur la grille la plus rapprochée du puits 
communiquant, sous l'autel, avec la confession des deux saints ^ 
Les reliques envoyées et la basilique dédiée, on voit trente ans plus 
tard, c'est-à-dire le 5 février 5o2, à propos d'une nouvelle affaire, 
le pape Vigile parler de faire déposer à l'autel de cette basilique 
byzantine et sur sa grille, comme à l'endroit le plus vénérable 
de Constantinople, un écrit qui l'intéressait-. 11 existait donc à 
Byzance sur le simulacre du tombeau des apôtres, exactement 
comme à Rome sur leur tombeau véritable, un autel* surmontant 
une chambre et, au fond de cette chambre, c'est-à-dire au 
niveau du sol, une niche grillée où se déposaient les objets à 
sanctifier au contact des reliques. Pour accéder à cette grille, il 
fallait bien une fenesiella à Byzance aussi bien qu'à Rome. 

La conclusion est que, si, -aux v^ et vi'' siècles, la fenesiella 
implique forcément un autel surmontant des reliques, seul Vom- 
bilic, faisant communiquer une crypte avec la chambre de l'autel, 
suppose l'existence forcée du corps saint lui-même. La grille peut 
exister avec de simples reliques comme avec le corps. 

Ceci dit, on peut examiner ce qui subsiste à l'heure actuelle de 
l'église primitive de Saint-Maximin. L'église basse est mainte- 
nant surmontée d'un édifice rebâti à la fin du xm^ siècle. On y a 
conservé quatre sarcophages qui paraissent remonter au iv® 
siècle et quatre dalles, de facture plus barbare, qui dénotent le 
VI® siècle environ par leur style •^. L'inscription qui décore Tune 
d'elles est manifestement en latin de basse époque. On peut penser 
qu'une église a été bâtie vers le vi® siècle dans cette localité et 
qu'on y a utilisé, soit immédiatement, soit successivement quatre 
sarcophages de l'école arlésienne déjà vieux de deux siècles. 

Deux de ces sarcophages mesurent, l'un, 2 •" 50 ^, et l'autre, 

1. H. Grisar, Analecta^ p. 271 ; d'après Epist. legatorum ad Ilorinisdam 
papam (Migne, t. 63, col. 474). 

2. Ihid., p. 284; d'après Migne, t. 69, col. 55, et Jaffé, n° 931. 

3. L. et Ph. Rostan, Monuments iconographiques de l'église de Saint- 
Maximin [Var] ; Monuments et sarcophages de la crypte. Chalon-sur-Saône, 
J. Dejussieu, 1862. 

4. ihid., pp. 8-H, pi. IV, V et VI. 



LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICKS 55 

2 mètres de long ^. Celui-ci est coiffé d'un couvercle légèrement 
débordant, long de 2 "^ 12, sur le milieu duquel est percée une 
fenestella. Avec ce couvercle, le sarcophage mesure 1 ™ 28 de 
haut. Le plus grand, dont la longueur est de 2 ™ 50, a perdu son 
couvercle : il est donc difficile de dire s'il avait jadis une fenes- 
tella. Récemment, on a cru cependant retrouver, sur l'une de ses 
parois, une fenestella bouchée ~. Quant aux deux derniers sarco- 
phages, mesurant l'un 2 mètres 3, et l'autre 2 "^ 20 ^ de long, ils 
sont encore coiffés de leur couvercle et ils paraissent ne jamais 
avoir eu de fenestella. Restent les quatre dalles '^. La première, 
large de 0™66, représente le sacrifice d'Abraham. Elle devait 
mesurer 4 mètre de haut ou un peu plus : mais le sommet en est 
cassé. La seconde représente Daniel, dans la fosse aux lions, 
élevant ses mains vers Dieu : elle a 1 •" 05 de haut et •" 85 de 
large. La troisième mesure ■" 80 de large et 1 "" 20 de haut, sans 
compter *" 30 engagés à la base dans la maçonnerie où elle 
est fixée : elle représente une jeune fille, les cheveux dénoués sur 
les épaules, en posture d'orante. Gomme le type eût été insuffi- 
sant à indiquer la pensée du sculpteur, celui-ci l'a surmonté d'une 
légende. C'est une représentation de la Vierge Marie, servant 
dans le temple de Jérusalem. Enfin la quatrième dalle, dont le 
sommet manque, représentait une orante ordinaire. De ces quatre 
dalles, l'une éveille l'idée du sacrifice et trois celle de la prière. 
Il est incontestable qu'il faut reconnaître en elles les quatre 
parois verticales de la chambre d'un autel, encastrées sans doute 
au début dans quatre colonnes d'angle. Cette chambre devait 
donc mesurer environ 1 mètre de long, ™ 80 de large et 
1 "' 20 de haut, sans compter la table supérieure de l'autel qui 
débordait. Au-dessus de l'une de ces parois, probablement sur celle 
du sacrifice d'Abraham, devait être ménagée muq fenestella. 

1. L. et Ph. Rostan, pp. 19-23, pi. X, XI, XII et XIII. 

2. Joseph Bérenger, Les traditions provençales. Réponse aux arguments 
de M. Vabbé Duchesne, membre de r Institut. Marseille, impr. Marseillaise, 
1904, pp. 144 et 190. 

3. L. et Ph. Rostan, Ihid., pp. 12-14, pl. VII. 

4. Ibid., pp. 15-18, pl. VIII et IX. 

5. Ibid., pp. 3-5, pl. I, II et III. 



S6 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

Gomme les deux sarcophagevS à fenestella ont été certainement 
aussi des autels, on voit qu'il reste dans l'église actuelle de Saint- 
Maximin trois autels mis en usage au vi^ siècle. Les deux sarco- 
phages sans fenestella ne peuvent être autre chose que des tom- 
beaux d'évêques d'Aix, sinon de grands fonctionnaires et pro- 
priétaires laïques, qui ont voulu se faire enterrer dans cette église. 
Le sol de la crypte a certainement servi de cimetière à des morts 
moins importants de la même époque, puisque, en 1859, on en a 
trouvé trois sous le pavé; deux en pierre et un- en grandes 
briques K 

En somme, le 5 juillet 1093, l'église de Saint-Maximin conte- 
nait trois autels : c'est-à-dire ceux de saint Michel et de saint 
Sidoine avec celui du patron principal -. Par conséquent, il ne 
faut pas être trop surpris de retrouver encore maintenant trois 
autels du vi® siècle dans cette église. Les plaques doivent prove- 
nir de l'autel de Saint-Maximin, le sarcophage dont la fenestella 
a été bouchée doit représenter celui de saint Michel, et le sarco- 
phage à fenestella ouverte doit représenter celui de saint Sidoine. 
Tous trois ont dû contenir les reliquise et les bénéficia qu'il était 
d'usage de placer alors sous les autels. 

A vingt kilomètres de là, le culte de la Madeleine s'était 
établi à la Sainte-Baume; il se peut que la plaque de la 
Vierge Marie ait fait penser que le tombeau de Marie-Madeleine 
se trouvait dans l'église où existaient ces sarcophages. De là à 
prétendre que son corps avait été transféré dans le sarcophage de 
l'autel dédié à saint Sidoine, il n'y avait qu'un pas. Mais en 1093, 
cela n'était pas encore admis. En somme, les prétentions du clergé 
de Provence furent tardives et modestes. Tardives, puisque 
l'église de Saint-Maximin, en 1093, ne prétendait pas encore 
avoir le tombeau de sainte Madeleine : qui dit tombeau de saint 
dit autel. Modestes, car, après tout, ce clergé n'avait qu'à se baser 
littéralement sur le témoignage des pierres pour dire que la 



4. L. et Ph. Rostan, p. 8, n. 2. 
2. Cari, de Saint-Victor, n« 222. 



LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICES 57 

Vierge Marie, mère du Sauveur, était venue mourir en Provence, 
pour ajouter que Lazare était pape à Marseille au moment où 
Pierre était pape à Rome. 

Ce n'est pas tout : en effet, outre les légendes saintes de Pro- 
vence qui viennent d'être passées en revue, il reste celle des saintes 
Maries et celle de sainte Marthe. Tout à Test de la Camargue, 
sur le bord de la mer, vers l'embouchure actuelle du petit 
Rhône ^ et à Touest de l'étang Impérial, il existe un village 
dont l'église, comme tant d'autres, était dédiée à Notre-Dame 2. 
Quand les légendes de Vézelay eurent reçu leur diffusion en 
Provence et qu'on y eut admis, par conséquent, la venue de 
Marie -Madeleine, on chercha à préciser l'endroit où elle avait 
pris pied. Tout d'abord, en raison de Lazare qu'on supposait 
évêque de Marseille, on pensa que Madeleine et ses compagnons 
avaient abordé à Marseille même. En 1190, Guy de Bazoches 
relève cette croyance. Puis les idées se modifièrent et, en 1212, 

1. Ce serait sous le règne de François I^"" que le petit Rhône aurait pris 
son écoulement actuel aboutissant aux Saintes-Mariés (Gautier-Descottes, 
Etude sur la formation de la Camargue, à propos de Vinscription des 
Saintes-Mariés, Congrès archéologique de France, XLIII® session : Arles. 
Tours, Bouserez, 1877, pp. 331-360, et 2 pi. hors texte. Voir p. 343). 

2, [920-961]. «Brève de terris quas Manasses archiepiscopus in dominio 
suo tenuit... omnes piscarias... fiscum de Ratis... silvam cum ecclesia sancte 
MariedeRatis. ..«(Albanès, Gall. Christ, novissima. Arles, col. 109-110, n"261). 

Février 1061/2. «Ego Raiambaldus archiepiscopus et Fulco frater meus... 
donamus... canonicis... aliquid de nostris beneficiis... in comitatu Arelatensi 
et in insula Camaricas, hoc est ecclesia sancte Dei genitricis semperque virgi- 
nis Marie de Ratis et ecclesiam sancti Martini (Chantelou, Hist. de Mont- 
majour, Rev. hist. de Provence, i^^ année, pp. 174-175). 

[Février 1061/2 ?].« Ego Bertrannus comes et mater mea Stéphanie simul- 
que conjux mea Matildis... reddimus.. . [ecclesiamj sanctœ Dei Genitricis 
virginisque MarisR de Rads... canonicis » [Ihid., p. 219). 

[1074?] « nos sanctse Arelatensis matris ecclesise filii donamus... beatse 
Mariœ et beato Petro Montismajoris... ecclesiam sanctœMarise de Ratis... tali 
conditione ul unoquoque anno, in festivitate omnium sanctorumtrigintasoli- 
dos Melgorienses... persolvant et duas candelas in consecralione ipsius 
ecclesiœ béate Mariée et alias duas in ejus Assumptione, videlicet melio- 
res » {ibid., pp. 217-218). Dès l'époque de l'archevêque Raimbaud, les moines 
de Montmajour réclamaient d'ailleurs des droits sur cette église [ibid., 
pp. 147 et 197). — Cf. le testament de saint Césaire (Albanès, Gall. noviss. 
Arles, n» 131). 



58 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll® STÈCLE 

Gervais de Tilbury s'en fait l'écho. On pensa dorénavant qu'elle 
avait dû remonter le Rhône vers Arles et Avignon : aussi, l'ég-lise 
de Notre-Dame, placée alors à l'entrée du Rhône de Saint- 
FerréoP, parut être le point où avait accosté la barque qui 
l'amenait d'Orient. Le bras du Rhône de Saint-Ferréol était navi- 
gable encore au xii® siècle. A dater du moment où cette identi- 
fication fut faite, le titre de l'église en question tendit à passer du 
singulier au pluriel : ce ne fut plus l'église de sainte Marie, mère 
du Christ, mais l'église des saintes Maries. Cette église est men- 
tionnée dès le milieu du vi® siècle sous le nom de Notre-Dame de 
Bâtis. Il faut remarquer que les étangs de Malagroy, de Monro, du 
Fournelet, de la Dame, du Lion et Impérial, lesquels dépendentdu 
grand étang du Valcarès, sont parsemés d'îles grandes ou petites. 
Quand l'île est grande, comme l'île de Mornes, il n'y a rien à 
remarquer; quand l'île est petite, un peu à l'écart et isolée, bien 
en vue, elle reçoit le nom imagé de radeau. Or, les « radeaux » 
sont surtout nombreux dans l'étang Impérial qui avoisine Notre- 
Dame de ratis : il est probable que le diminutif « radeau » a rem- 
placé dans l'usage le terme de « rad », « rau », conservé dans 
la dénomination de l'église Notre-Dame des « raus » 2. De tout 
temps, on a navigué par radeaux sur la Durance et il en a été 
de même sur le Rhône, plus spécialement peut-être sur le Rhône 

1. Le Rhône de Saint-Ferréol, ou brassière de la Cape, fui abandonné 
par le courant au milieu du xiii« siècle et fermé en 1440. Il est représenté 
actuellement parla roubine de la petite Montlong- qui part du grand Rhône 
sur la rive droite, à côté du Fort de Pâques, traverse la Camargue, entre la 
Grand' Mar et l'étang de Valcarès, puis tombe dans le lit encore apparent 
du Rhône de Saint-Ferréol, suivant la levée de terre. Il aboutissait à la 
mer tout près des Saintes-Mariés à l'est, au grau des Arts (Gautier-Descottes 
pp. 345-347). 

2. Radeaux Redonière, Besson, deMergues. Cf. Caries de V intérieur, xxi-34 
et xxi-35. Le latin ratis aura donné le bas latin *ratus, i, en vieux français 
râ, puis le diminutif *ratellus, qui est l'origine du provençal radelh, du 
français radeau (Gustav Kôrting, Lateinisch-romanisches Wôrterbuch. 
Paderborn, Ferd. Schôningh, 1891, col. 604, n» 6686, et col. 605, n^ 6691). 
— Cf. l'île des Rats, dans le Rhône, enface duconfluentdel'Aiguesfcommune 
Piolenc) et d'Orange. Si vadum a donné gué en français, gua dans l'Ar- 
dèche et l'Isère, gradus a donné gré en français, gras en provençal ordi- 



LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICES 59 

Saint-Ferréol : cela explique que le nom de radeau ait été donné 
aux petites îles de l'étang voisin et que le voisinage aussi ait servi 
à dénommer l'ég-lise. Cette église avait été bâtie sur une dépen- 
dance du fisc royal, elle avait été donnée par saint Césaire à l'ar- 
chevêché. Au x^ siècle encore, elle faisait partie de la mense archi- 
épiscopale d'Arles. En 1061, Tarchevêque Raimbaud en fît don à 
la mense du chapitre ; de son côté le comte de Provence aban- 
donna à cette mense ses droits sur l'église. Finalement, du 
temps de l'archevêque Aicard, le chapitre concéda Notre-Dame 
(( des raus » à Montmajour. 11 n'est jamais question jusque là 
que de Notre-Dame, et non pas des Saintes Maries : les pan- 
cartes confîrmatives d'Eugène III, d'Innocent III, d'Alexandre IV 
ne parleront jamais jusqu'au milieu du xiii^ siècle, en se répétant, 
que de l'église Notre-Dame de la mer ^. Mais, entre 1190 et 
1212, c'est-à-dire entre l'époque de Guy de Bazoches et celle de 
Gervais de Tilbury, la tradition s'était établie, aux dépens de 
Marseille, que Madeleine avec ses compagnons y avait débarqué, 
que six d'entre eux y avaient reçu leur sépulture, parmi lesquels 



naire et grado en italien ; on n'a qu'à consulter une carte pour voir qu'en 
basse Provence et spécialement à l'embouchure du Rhône, gradus a 
donné grau : donc, si *ratus s'était conservé et n'avait pas été remplacé 
par son diminutif *ra^eZ/ws, il y aurait donné rau. Voir de Fos à Palavas 
toutes les embouchures ou ouvertures dénommées les graus du Galejon, 
de Gloria, de Pégoulier, de Giraud, de la Dent, de Saint-Bequin, de Beau- 
duc, des Batayolles, du Rousty, des Arts, d'Orgon et du Roi. 

Groupant N.-D. de ratis avec l'Ile de Ré et le pays de Retz, M. Camille 
Jullian s'est demandé si ces noms n'indiqueraient pas des landes garnies 
de fougères. Il se peut bien que des fougères croissent dans ces loca- 
lités : mais, ce qui les caractérise avant tout, c'est leur proximité de la 
mer. D'ailleurs, la fougère se dénomme en latin ruta, en provençal rude : 
pour y répondre, il faudrait que les textes parlent de N.-D. de rutis et ce 
n'est pas le cas, puisqu'on a la forme de ratis (C. Jullian, Notes gallo- 
romaines, l^-e série, Bordeaux, Feret, pp. 336-337, 342-343). 

1. Avril 1152. « in Arelatensi parrochia... ecclesiam sancte Marie de Mari » 
(Chantelou, p. 250). — 29 novembre 1204. « in comitatu Arelatensi... eccle- 
siam sancte Marie de Mari cum omnibus pertinentiis suis » {ihid., p. 296). 
— 17 mars 1258. « ecclesiam sanctse Mariée de Mari cum omnibus perti- 
nentiis suis » [ibid., p. 355). 



60 LA PROVENCE DU PREMIER AU XTI^ SIÈCLE 

deux Maries K Comme il ne peut être question ni de la Vierg-e, 
ni de Madeleine, ces deux Maries sont Marie, fille de Jacques, et 
Marie Salomé -. Ce nouvel itinéraire, en remontant le Rhône, 
conduit vers Arles et vers Avignon ; il montre que la légende 
des saintes Maries dépend d'abord, comme celles de Saint- 
Maximin, des légendes de Vézelay relatives à Madeleine et aussi 
de celle plus tardive de sainte Marthe. L'église actuelle doit dater 
du XII® siècle et elle fut bâtie en pierres de Beaucaire^. A Tarascon, 
également sur le Rhône, se trouvait en effet une autre église destinée 
à devenir célèbre : c'est celle dédiée à sainte Marthe, Cette église 
était placée dans un bourg important, sur la voie de Milan en Espa- 
gne, au point où celle-ci franchissait le Rhône '• ; elle existait dès le 
X® siècle. Au xi®, elle figure parmi les biens de la mense du chapitre 
d'Avignon, et au premier rang "^ Vézelay et Autun ayant déclaré 
avoir Marie-Madeleine et Lazare, morts en Provence, les gens de 
Tarascon durent penser bientôt que, si la Bourgogne ne revendi- 
quait pas Marthe avec son frère et sa sœur, c'est que le corps de celle- 
ci était resté en terre de Provence. A ce compte, il devait forcément 
se retrouver dans l'église qui, chez eux, lui était dédiée. De fait, 
l'invention des reliques de Lazare ayant été faite à Autun le 
20 octobre 1147, celle des reliques de Marthe eut lieu en 1187, à 
Tarascon. A cette occasion, on rebâtit son église qui fut dédiée le 
l®"* juin 1197. Cette coïncidence d'une construction nouvelle et 
d'une invention de reliques locales est un fait fréquent et naturel : 
on l'observe à Tarascon, comme on l'a observé à Autun, à Vézelay 
et à Saint- Victor. La création d'un culte nouveau, ou la recrudes- 

1. Duchesne, 1. 1, p. 329, note 1. 

2. Dès le 22 octobre 109.3, les chartes de Saint-Victor donnent un exemple 
du nom de Salomé porté par la femme de Pons Mainier, à Ollières et Bel- 
codène, c'est-à-dire près de Saint-Maximin, dans le diocèse d'Aix [Cart. 
Saint- Victor, n» 138). 

3. Gautier-Descottes, Etude sur la formation de la Camargue, à propos 
de l'inscription des Saintes-Mariés (Congrès archéologique de France . 
XLIIIe session : Arles, p. 347). 

4. On doit noter que Saint-Maximin et le Val où se trouvaient un autel 
et une église dédiés à saint Sidoine sont deux localités situées également 
sur la voie aurélienne de Rome en Espagne. 

5. Avignon,15 septembre [1095]. Privilège d'Urbain II (Jafîé, 2» éd., n°5578). 



LA PROVENGE FRANQUE ET SES PATRICES 61 

cence d'un culte ancien, amène forcément un essort matériel: elle 
le seconde, s'il existe déjà. Sainte Marthe étant mise au jour, il 
fallut écrire sa vie pour la faire connaître aux fidèles qui venaient 
la vénérer. L'auteur de ce texte ne se contenta pas des légendes 
créées à Vézelay, répandues à Marseille et à Aix. Ce n'étaient plus 
seulement Lazare et ses deux sœurs, Maximin et Sidoine qui étaient 
venus d'Orient à Marseille : on leur adjoignit une vingtaine de 
personnes, parmi lesquels quatorze évêques, de manière à ratta- 
cher directement aux disciples du Christ l'origine des églises 
d'Arles, de Narbonne, de Toulouse, de Limoges, de Saintes, du 
Mans, de Bourges, de Tours, de Lyon, de Besançon, d'Orange, 
de Périgueux, du Puy et de Paris. Tout Capharnaiim se trans- 
portait en Provence. Comme le remarque Mgr Duchesne, ces 
divers évêques ont vécu réellement en divers siècles, du n® au 
vii*^*. Le but à atteindre, c'était que désormais les Gaules 
entières dussent s'intéresser à Tarascon, où reposait Marthe. Taras- 
con dépendait du diocèse d'Avignon : on pourrait être un peu sur, 
pris de ne pas voir le premier évêque du diocèse figurer au nombre 
de tous ces compagnons de la sainte. Voici pourquoi : c'est 
qu'elle-même se réserva de prêcher l'évangile dans Avignon, où 
elle fit des miracles. On raconta plus tard qu'elle bâtit l'église 
cathédrale sous les auspices de la Vierge encore vivante : à cette 
chaire il ne manquait qu'un évêque, la main de Dieu lui- 
même vint la consacrer. A force de l'entendre dire, les papes 
finirent par le croire : Sixte IV en est témoin -. Dans ces 
conditions, l'absence du premier évêque à côté de Marthe s'ex- 
plique bien clairement. C'est Marthe qui en tient lieu : elle vaut 
mieux. Quand elle mourut, le Christ lui-même vint l'ensevelir, 
avec l'aide du premier évêque de Périgueux. Grâce à ces prodiges, 

1. Duchesne, t. I, p. 327. 

2. 1475. (( Cum itaque, sicut accepimus, Ecclesia Avenionensis, ordinis 
sancti Augustini, quae inter cœteras cathédrales ecclesias illarum partiuni 
claret, a beata Martha Jesu Christi hospita, ad laudem ejus et gloriosœ vir- 
ginis, manu Dei, utfama est et antiquorum habet relatio et aliquorum roma- 
norum pontificum litterœ attestantur consecrata existit » (Fr. Nou- 
^uier, Hist. d'Avignon, pp. 7 et 11). 



62 LA PROVENCE DU PREMIER AU X1I« SIÈCLE 

le bourg de Tarascon pouvait traiter la cité d'Avignon comme une 
mère-église traite sa fille. Il n'en faut pas plus pour établir que 
l'auteur de la vie était avant tout un tarasconnais de Tarascon. Le 
culte de sainte Marthe se développe ainsi à dater de 1187. 
Cependant, quoique son église ne soit citée qu'à partir du x^ siècle, 
il est bien probable qu'elle existait sous ce titre dès le vu® siècle. 
En effet, le nom de Marthe figure sur l'épitaphe, conservée à 
Arles, d'une femme morte à Tage de trente-cinq a'ns, le 23 sep- 
tembre d'une année qui n'est datée que par la VP indiction. L'ab- 
sence du consulat ou du post-consulat permet de penser que cette 
épitaphe ne peut guère être antérieure au vn® siècle : d'autre 
part, sa rédaction doit être antérieure au viii^. Le nom de 
Marthe était porté au début du ix® dans le pays arlésien d'Ar- 
gence placé sur la rive droite du Rhône, en face de Tarascon K 

1. HIC IN PAGE REQVIESCIT.B.M.MAUTA QVvE VIXIT PL.MS. ANN. XXXV. OBIIT SVB 

D.vii.KAL. ocTOR. iND. VI (Musée d^Arles ; Joseph Bérenger. Les traditions 
provençales, p. 171). — 7 novembre 824. Echange entre Noton, archevêque 
d'Arles, et le comte Leybulfe : « in pago Arelatense, infra agro Argen- 
tea... Id similiter, infra Argentea, donat... Leybulfus... inter tria loca 
qui vocantur Gaugiaco, Evericus et Occisionem... et illa terra ad Occi- 
sionem est inter consortes... ab aHo fronte terra sancte Marie Ucetice. 
Et... Leybulfus... in... villa Campopuplico,.. inter consortes : ab une 
latere vineam... ecclesie sancti Pétri, ab alio latere Gondesindam, ab 
uno fronte meipsum donatorem et heredes Doda, ab alio fronte Martha 
et heredes Martinum vel ex agro commune (H. Moris, Edm. Blanc, 
Cart. de Lerins, pp. 256-258, n» 247). Le village de Campopuplico ne 
peut s'identifier ; il était placé dans le canton d'Argence. Aujourd'hui, 
le grand et le petit Argence sont simplement deux quartiers de la 
commune de Fourques, sur la rive droite du petit Rhône. Jadis, le 
canton de ce nom comprenait probablement tout le pays arlésien de 
la rive droite, de Fourques à Meynes, puisque les confronts d'Occisio- 
nem sont, d'autre part, les terres de N.-D. d'Uzès. Le nom de Marthe est 
donc celui d'une propriétaire de terrain en face de Tarascon, en 824. Ce 
nom étant peu répandu, on peut penser que, lors de sa naissance, elle l'avait 
tiré de la patronne de Tarascon. Le pouillé de l'évêché de Marseille, dressé 
en 813 et 814, indique cinq femmes portant ce nom : la première dans les 
dépendances de la villa de Lambesc, au diocèse d'Aix ; la seconde au diocèse 
d'Aix, dans une villa Virgonis {le Vergon, comm. Aix?) dont dépendaient 
ad Fonte (Fontrousse ?), i?uacinis (Rians?) et Canagohia (Garagoby, comm. 
Saint-Paul-lès-Durance?) ; les trois dernières au diocèse de Fréjus, dans 
les villas de Barjols(?) et de Sillans (?) (Cari, de Saint-Victor^ i. II, pp. 



LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICES 63 

Il Tétait aussi, d'ailleurs, dans les dépendances de l'évêché de 
Marseille. On serait porté à en trouver l'origine, comme pour 
celui de saint Sidoine, dans l'influence du patrice auvergnat 
Bonnet, alors qu'il gouvernait la Provence austrasienne. Son 
frère, l'évêque Avitus, deuxième du nom (676-691), avait fondé 
un monastère à Volvic sur le tombeau de son prédécesseur 
saint Prix {-l* 25 janvier 676) ^. Jusqu'alors saint Aus- 
tremoine, le premier évêque d'Auvergne, avait reposé à 
Issoire ~ : la troisième vie de ce saint, dont le texte se rencontre 
dans un manuscrit du xi® siècle ^, dit que l'évêque A vit le fît 
porter d'issoire à Volvic. Cette première translation ne peut être 
attribuée à A vit P"* qui siégeait pendant le dernier quart du 
vi^ siècle, mais forcément à Avit II puisque Volvic ne fut fondé 
que par celui-ci, après la mort de saint Prix. A la vérité, ni la 
première ni la deuxième vie d'Austremoine ne précisent ainsi la 
translation d'issoire à Volvic ; mais elle eut lieu forcément entre 
676 et 863. En efPet, k cette dernière date, Austremoine fut trans- 
féré une seconde fois et de Volvic à Mozac '* : d'autre part, Avit II® 

635, 649. 651, 652^ 653). Le Cartulaire de Saint-Victor mentionne aussi 
une Fons Marthœ,. près de Salernes, au diocèse de Fréjus(Car^. de Saint- 
Victor^ n"^* 508 et 520). Au diocèse d'Avignon, dans la commune d'Orgon, 
la carte indique le lieu dit Font-de-Marthe. Dès le x® siècle, le nom de 
Marthe se rencontre dans le comté d'Uzès (Chartes de Cluny, n** 817). 

1. Duchesne, t. II, p. 38. 

2. Ihid., p. 33; Greg. Tur., Franc. Hist.,l, 30; De Glor. confess., 29. 

3. Bibl. Vatic. Reg. 486. Il est facile de voir que ce manuscrit est du 
xi^ siècle et non pas du ix*', comme une erreur, probablement d'impression, 
l'a fait dire aux Bollandistes {Acta SS. Novenibris,t. I, p. 61). La 3*' vie de 
saint Austremoine qui y figure emprunte un exemple à la vie des saints : 
(( Quia vero exemplo Marthte in actuali vita diu Chris to régi libenti animo 
ministraverat, cœpit cordetenusmeditari de laudabili studio Marise...» [Ibid., 
p. 66, 2*' col.) et plus loin : « Imitari satagebat Martham ut nequaquam negli- 
geret Mariam » (Ibid., p. 179). Déjà, dans la vie de saint Amator, évêque 
d'Auxerre (fl'^'" mai 418), qui fut écrite à la fin du vi^ siècle par un évêque afri- 
cain du nom d'Etienne, sur la demande de son successeur Aunachaire 
(Duchesne, t. II, pp. 427 et 440), on invoque la résurrection de Lazare et 
on parle de Marthe {Acta SS. Mai, t. I, Palmé, p. 58) ; mais ce qui est sur- 
prenant, ce n'est pas de pouvoir noter ces allusions aux deux saints en 
question, c'est de ne pas en rencontrer bien davantage qui les concernent 
dans les textes hagiographiques. 

4. La translation eut lieu sous l'évêque Adebert et l'abbé de Mozac Lan- 



64 LA PROVENCE DU PREMIER AU XU^ SIÈCLE 

ayant fondé l'abbaye de Volvic, il est tout naturel qu'il ait eu 
aussitôt la pensée de réunir Austremoine et Prix. Quoi qu'il en 
soit, lors de la première translation opérée d'Issoire à Volvic, 
les porteurs du corps eurent la pensée de couper leur route en 
se reposant dans un couvent de religieuses dédié à Marie-Made- 
leine et à sa sœur Marthe i. Ils y furent, entre parenthèses, fort 
mal reçus et même mis à la porte; ce qui amène le moine de 
Mozac, auteur du récit, à faire le grincheux et à tracer de ses 
sœurs en religion un portrait peu flatteur. Ces malheureuses se 
virent, naturellement, punies de leur manque de respect envers l'il- 
lustre Austremoine : elles moururent de fièvres et de dysenteries 
opiniâtres. Quand bien même il ne faudrait voir dans le récit tardif 
de cette translation que l'écho de la situation existant, au plus 

frid. Le'Gallia Christiana (t. II, col. 351) relève deux abbés de ce nom, le 
premier en 764 au temps de la translation en question, le second connu 
en 864 par un acte du Cartulaire de Brioude. Il est évident qu'on a calqué 
le pseudo-Lanfrid de 764 sur celui de 864, ou réciproquement. Voir, sur 
Lanfrid, le Neues Archiv, t. XIX, p. 24, et t. XVIII, p. 572. Les trois vies 
d' Austremoine ont été composées à Mozac Tune après l'autre (Duchesne, 
t. II, p. 119). Ce monastère, dédié à saint Pierre et à saint Caprais [Gall. 
Christ., t. II, col. 351), aurait été fondé par Pépin le Bref el, avant 1095, il 
fut uni à Cluny. Dans saint Caprais, il faut reconnaître sans doute saint 
Caprais honoré à Agen (Duchesne, t. II, pp. 144-145). 

Mozac, cant. et arr. Riom. Puy-de-Dôme. Carte du service de Vinlérieur, 
xviii-25. Un récent mémoire de M. L. Levillain (La translation des reli- 
ques de saint Austremoine à Mozac et le diplôme de Pépin II d'Aquitaine, 
863 ; Le Moyen Age, 1904, pp. 281-337) prouve que le précepte attribué à 
Pépin, fils de Louis le Pieux (Gall. Christ., t. II, col. 108-109), est en 
réalité de Pépin, neveu de Charles le Chauve, et qu'il fut fait à Clermont le 
^cr février Sù-i, en présence d'Ado, ou Adebert, évêque de Clermont (862- 
864), chancelier de Pépin, du sous-diacre Joseph, notaire de la chancel- 
lerie royale, et de Lanfroi, abbé de Mozac. Selon les documents hagiogra- 
phiques, ces trois personnages ayant également assisté à la translation 
qui eut lieu à la fin de janvier, la translation de Volvic à Mozac se date 
donc de la fin de janvier 863. 

1. « Levantes itaque sancti martyris glebam...perveniunt, comitanteDeo, 
in quodam, non dicam puellarum sed pullarum, monasterio ; quia nigridinem 
quam habitu gestabant, comitante diabolo, in corde gerebant; ibique 
divertuntur hospitandi gratia. Ipsum quoque monasterium constructum 
fuerat in honore peccatricis Mariée et Marthœ sororis. Tum ille chelydrus 
qui Adam... depulerat... immittendo se in aliquarum sororum cordibus, lin- 
gua viperea... » {Acta SS. Novembr., t. I, p. 78). 



LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICES 65 

tard pendant le xi^ siècle, au moment où Austremoine reposait à 
Mozac, il n'en est pas moins établi qu'il existait alors entre 
Issoire et Volvic un monastère déjà ancien de filles dédié aux 
saintes revendiquées plus tard par Saint-Maximin et Tarascon. 
Probablement, il s'agit de l'abbaye de Chamalières * : si l'on par- 
court la liste des abbayes relevées par les auteurs du Gallia dans 
le diocèse de Glermont, celle de Chamalières est en effet la seule, 
soit comme ancienneté, soit comme situation topographique, qui 
puisse convenir. Elle fut fondée, paraît-il, vers 665, par Genesius, 
du conseil de l'évêque saint Prix (-j- 25 janvier 676), avec celle 
de Saint-Pierre-de-Beaumont, près de Glermont, sous la règle des 
saints Benoît, Césaire et Golomban -. L'évêque fondateur y ins- 
talla l'abbesse Gundilana. L'église de Ghamalières fut plus tard 
dédiée à Notre-Dame. Si elle l'était d'abord à une sainte Marie, 
on pourrait y reconnaître l'emplacement du couvent mal vu de 
Mozac. 

Ge doit donc bien être le patrice Bonnet qui a introduit dans 
la Provence austrasienne les cultes auvergnats de Sidoine 
Apollinaire, des sœurs Marie-Madeleine et Marthe, comme aussi 
ceux de Maximin, de Marcelle et des Innocents ^ : ces cultes se 

1. Issoire, Puy-de-Dôme. 

Volvic, cant. et arr. Riom, Puy-de-Dôme. 

Voir les Cartes du service de Vlntérieur^ xviii-25 et xviii-26. En passant de 
la première à la seconde de ces localités, les porteurs de saint Austremoine 
ont pu, en effet, s'arrêter à Chamalières (cant. et arr. Clermont-Ferrand). 
Dans cette commune se remarque le lieu dit Saint-Mart. Ce nom 
paraît provenir, selon M. A. Vernière, de Martius qui vivait au vi*^ siècle et 
qui était honoré en Auvergne (Lettre du 21 septembre 1905). 

2. Gall. Christ., t. Il, col. 321-324. On a la vie de saint Prix par un 
contemporain (Duchesne, t. II, p. 38 ; Acta SS. ianuarii, t. III, p. 243; 
Neues Archiv, XVIII, 629). 

3. Dom Morin a rencontré le culte de Sidoine et des deux Innocents à 
Aydat, celui de Maximin à Billom, celui de Marcelle à Chauriat; celui de 
Marthe et de Madeleine, qui a échappé à ses recherches, se rencontrant 
aussi à Chamalières, on voit bien que toutes ces localités sont dans l'ancien 
diocèse de Clermont ; on voit que le culte de Sidoine, en particulier, est 
forcément d'origine auvergnate et que les autres ont dû être propagés en 
Provence de la même manière que le sien. 

L'église de Billom honorait saint Cerneuf ou Sirénat, saint Juvénal et 

Mém. et Doc. de VÉcole des Chartes. — VII. 5 



66 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl° SIÈCLE 

trouvaient groupés à Aj^dat, à Ghamalières, à Billom et à Chau- 
riat, c'est-à-dire dans la vallée de l'Allier et à l'est de Glermont. 

A Tarascon s'élève une église dédiée à sainte Marthe, à Avi- 
gnon une église de la Madeleine. Dans le diocèse d'Aix, au Val, 
puis entre ce diocèse et celui de Toulon, au Puget, s'élèvent deux 
autres églises à Sidoine. Enfin, une chapelle est dédiée à ce 
saint au Vernègue, entre les diocèses d'Avignon, d'Aix et 
d'Arles. 

Dès le début du ix® siècle, au plus tard, ces noms de Sidoine 
et de Marthe commencent à se disséminer de la Provence aus- 
trasienne dans les dépendances marseillaises, aux diocèses d'Aix 
et de Fréjus. 

Quand Vezelay revendiqua le corps de Marie-Madeleine, cette 
abbaye prétendit l'avoir enlevé à la crypte de Saint-Maximin 
où était également honoré Sidoine : la raison peut en être que 
des traces réelles du culte de la pécheresse existaient en Pro- 
vence, traces dont l'origine serait auvergnate et remonterait à la 
fin du vi" siècle. L'existence d'une église à Avignon qui, dès 

saint Maximin. Claude Chastellain marque ce Maximin de Billom au 2 jan- 
vier; André du Saussay et Jean van BoUand, au 23 février (G. Morin, Saint- 
Lazare, pp. 19-20 de l'extrait). Si l'on se reporte au martyrologe hiéro- 
nymien, au 23 février, on n'y trouve pas de Maximin, mais seulement un 
saint de Pannonie dont quelques reliques pouvaient se trouver à Bil- 
lom: «Vil .KL. mar.In Pannoniis natalis sanctorumSeneroti... In Asia Sino- 
rus... Senertis... »(éd. Rossi et Duchesne, p. [24]). Au 2 janvier, à la suited'un 
saint évêque, de nom analogue, honoré à Antioclie, et qui a pu comme Sene- 
rotus donner naissance à Sirénat, se trouve un Maximien, dans lequel on peut 
reconnaître le Maximin dont les reliques voisinaient à Billom avec celles 

de Sirénat : « IIII .NON. lAN. Anthiochiâ Siridoni episcopi Maxi- 

miani Uitalis ))[Ihid., p. [4]). A Aix, c'est le 8 juin qu'on fêtera saint 

Maximin et le 8 avril, sa translation (Officia propina ecclesiae et diœcesi- 
Aquensis, Aquis Sextiis ap. loann. Tholosanum et Steph. Dauic/. MDCXXVII, 
pp. 1-2, 3-27). 

Aydat, cant. Saint- Amant-Tallende, arr. Clermont-Ferrand, Puy-de- 
Dôme. 

Billom, arr. Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme. 

Chamalières, cant. Vertaizon, arr. Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme. 

Chauriat, cant. Vertaizon, arr. Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme. 



LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRICES 67 

le xi^ siècle^ lui était dédiée, ne s'explique guère autrement : Tin- 
fluence de Yézelay ne peut avoir été si prompte dans le pays, à 
moins qu'elle n'y ait été propagée par Cluny et que la Madeleine 
d'Avignon ne soitl'œuvre des Glunisiens dans la seconde moitié du 
XI® siècle. Dès la fin du xi'' siècle aussi, on trouve le nom de 
Salomé porté près de Saint-Maximin où Vézelay venait de localiser 
la Madeleine : le culte des Maries a donc dû s'y éveiller, bien 
avant d'être transporté à l'église de la Camargue. 

Telles paraissent avoir été les influences auvergnates : aux fron- 
tières de la Provence austrasienne, a proximité des voies, se dres- 
sent le mont de Vergues et le Vcrnègue, postes militaires. Aux 
frontières également et à proximité des voies, s'établit le culte de 
sainte Marthe dans Tarascon, celui de saint Sidoine au Vernègue, 
dans le Val et au Puget : le premier au nord-ouest dans le dio- 
cèse d'Avignon, le second au sud-est et au nord- ouest du dio- 
cèse d'Aix. Si Arles et Marseille sont restées terres adja- 
centes hors du comté, c'est à leur séparation du reste de 
la Provence bourguignonne par la Provence austrasienne qu'elles 
le doivent. 

On ne saurait trop y insister : la seule tradition qui 
dominait en Provence au vi^ siècle, relativement aux origines 
du christianisme dans ce pays, c'est qu'il avait été évangélisé 
par Trophime venu de Rome comme disciple de Pierre. 

Le 19 mars 416, Rome déclare par l'organe du pape saint 
Innocent : « praesertim, cum sit manifestum in omnem Italiam, 
Gallias, Hispanias, Africam et insulas interjacentes neminem 
instituisse ecclesias nisi eos quos venerabilis apostolus Petrus 
aut ejus successores constituerunt sacerdotes i. » C'est dire que 
le patriarcat du siège apostolique s'étend réellement sur toutes 
les églises d'Occident, sans exception ; en ce qui concerne plus 
spécialement la Provence et les Gaules, dès le 22 mars 417, le 
pape saint Zosime précise : « sane^ quoniam metropolitanae 

1. Migne, t. XX, col. 552. 



68 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl*' SIÈCLE 

Arelatensium urbi vêtus privilegium minime derog-andum est ad 
quam primùm ex hac sede Trophimus summus antistes ex cujus 
fonte totœ Galliœ fidei rivulos acceperunt, directus est K » En 
4o0, la requête provençale au pape saint Léon exprime cette 
tradition comme bien connue de tous : « omnibus etenim regio- 
nibus Gallicanis notum est, sed nec sacrosanctœ ecclesiœ Romanœ 
habetur incognitum quod prima inter Gallias Arelatensis civitas 
missum a beatissimo Petro apostolo sanctum Trophimum habere 
meruit sacerdotem et exinde aliis paulatim regionibus bonum 
fîdei etreligionis infusum 2. » Marseille, Aix, Narbonne et Vienne 
s'abstiennent encore de souscrire : mais, dès 463, Marseille et 
Aix prennent parti pour Arles contre Vienne '^. En 524, 529 et 
533, Maxime d'Aix assiste aux conciles arlésiens dont le dernier 
se tint à Marseille même ^. Dès lors, au plus tard, la tradition 
arlésienne paraît admise de la Provence entière. Enfin, le 12 
août 595, le pape saint Grégoire écrit à son vicaire Vigile, 
évêque d'Arles : « quia cunctis liquet unde in Galliarum regioni- 
bus fides sancta prodierit, cum priscam consuetudinem sedis apos- 
tolicae fraternitas vestra repetit, quid aliud quam bona soboles ad 
sinum matris recurrit ^ ? » En résumé, Rome émet en 416 ses pré- 
tentions patriarcales sur tout l'Occident. Dès 417, Arles déclare 
avoir servi d'intermédiaire, par Trophime, entre Rome et toute 
la Provence. Dès 450, la province d'Embrun se rallie à cette 
tradition. Dès 524, celle d'Aix également. En 533, au plus tard, 
toute la Provence y obéit. Cette tradition arlésienne et romaine 
est incompatible avec l'apostolat de Lazare, Madeleine et Marthe. 
La résistance de Marseille et d'Aix prouve d'ailleurs qu'elle ne 
remonte pas aux temps primitifs. En réalité, le nom d'Eutychès, 
père de Volusianus, à Marseille '^, ceux de Trophime à Arles, de 

1. Migne, t. XX, col. 644-645; Albanès, Gall. Christ, noviss. Arles, n° 37. 

2. Ibid., t. LIV, col. 879 ; Albanès, ihid., n« 65. 

3. Duchesne, Fastes, t. I, p. 350. 

4. Ihid., p. 272. Le concile de Marseille est du 20 mai 533 {ibid., p. 35J). 

5. Migne, t. LXXVII, col. 785-787 ; Albanès, Gall. Christ, noviss. Arles, 
n» 164. 

6. Volusianus, fils d'Eutychès, et Fortunat souffrirent le martyre, sans 



LA PROVENCE FRANQUE ET SES PATRTCES 69 

Demetrius à Aix, à Sisteron et à Gap, de Pothin et d'Attale à 
Lyon, d'Aschandios et de Pectorios à Autun ^ parlent très clai- 
rement. Ils sont unanimes à indiquer que le christianisme vint 
aux Gaules d'Asie, en remontant le Rhône. Au second siècle, les 
Syriens et les Grecs ne manquaient d^ailleurs pas sur le siège 
apostolique : mais le pontife romain ne devait être, semble-t-il, 
en Provence et dans les Gaules, que l'ouvrier de la troisième 
heure. Attale était de Pergame; Irénée venait de Smyrne. Ces 
églises d'Asie étaient celles que Paul avait fondées en 56 et que 
Jean, après lui, développa. De Pergame à Smyrne, entre Lesbos 
et Chios, comme de Smyrne à Ephèse, entre Chios et Samos, 
s'étendait la côte lydienne d'Asie ~. Il ne faut pas être trop sur- 
pris, en somme, que. dès la fin de la première heure ou dès le 
début de la deuxième^ les ouvriers du Christ soient venus direc- 
tement à Marseille du pays de Phocée travailler la vigne du père 
de famille. Beaucoup plus effacée qu'à Lyon, la conscience de 
ces origines orientales demeurera pourtant à Marseille et à Aix ; 
à défaut du souvenir trop oublié de leurs premiers apôtres réels, 
les noms de Lazare et de Maximin, de Madeleine et de Marthe 
serviront à faire revivre les traditions propres de ces églises, 
quand elles pourront réagir contre la domination exclusive 
d'Arles. Lazare paraît à Marseille quand, au xi^ siècle, les 
vicomtes de cette cité obtiennent une autonomie presque com- 
plète. Maximin et Madeleine paraissent à Aix quand, à la fin du 
xii^ siècle, les comtes font de cette cité la capitale du pays de 

doute, à Marseille, sous Marc- Aurèle, en 177 ; leur épitaphe latine a été 
retrouvée en 1837 au bassin du Carénag-e où paraît avoir existé un cimetière 
chrétien. M. de Rossi a jugé que l'aspect de la pierre rappelle l'époque de 
Hadrien et des premiers Antonins (117-189). En voir le fac-similé dans 
Bérenger (Les traditions provençales, pi. hors texte entre les pp. 176 et 177). 

1. L'épitaplie grecque d'Aschandios due à Pectorios a été trouvée en 1839 
à Saint-Pierre-l'Estrier, près d'Autun. Elle peut être de la fin du second 
siècle (Otto Pohl, L'inscription autunoise de richthys, trad. par J. Déchelette. 
Autun, Dejussieu, 1901, avec fac-similé hors texte). 

2. M. Duchesne a dit de la province d'Asie: « Nul pays n'a plus d'impor- 
tance dans l'histoire chrétienne primitive jusqu'à la fin du second siècle » 
{Les origines chrétiennes. Leçons d'hist. ecclésiast. professées à l'Ec. super, 
de théologie de Paris, l"^*^ partie, nouv. éd., Paris, Blanc-Pascal, p. 39). 



70 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

Provence, laissant Arles, cité impériale, sous la garde de son 
primat. C'est ainsi que la politique fait évoluer les légendes : sous 
leurs aspects changeants, la vérité n'est plus nette. Celle-ci ne 
peut mieux plaire aux hommes, semble-t-il, qu'en demeurant 
sous les voiles dont le goût ou l'intérêt de chacun d'eux la pare. 



II 

La Provence franque et les derniers patrices 

(679-751) 

A partir de 679, la dualité des deux Provences s'effaça peu à 
peu : en effet, le même souverain fut désormais roi des Francs 
austrasiens et des Bourguignons. La Provence fut de nouveau 
administrée par un seulpatrice, comme avant la création de la Pro- 
vence austrasienne et suivant le système de l'empire romain trouvé 
en vigueur par les Barbares au v^ siècle. On connaît la plupart de 
ces patrices ^ Ils tendaient à s'arroger des prérogatives sou- 
veraines qui réduisaient, sur certains points, la domination 
franque à un simple protectorat. C'est ainsi que, pour le mon- 
nayage, on cessa de frapper au type impérial, sous Héraclius (610- 
641) et au moment précis où les traditions romaines faisaient place 
à Constantinople aux usages grecs. Alors, les patrices émirent l'or 
à leur effigie et l'argent à leur monogramme dans leur atelier de 
Marseille, concurremment avec les rois des Francs. Les monnaies 
impériales étaient remplacées par des monnaies royales et épisco- 
pales, ou frappées par de simples monétaires locaux, dans le 
royaume de France et de Bourgogne ; la Provence prouvait son 
autonomie relative en frappant des monnaies - qu'on peut appeler 

1. En voir rénumération dans Kiener [Ver fassungsgeschichie der Pro- 
vence, tableau annexé aux pp. 2')3-2o5 avec les textes réunis pp. 255-265). 

2. Voir le tiers de sou d'or à l'effig-ie de Sirus : la face porte le buste de 
profil du patrice lauré à senestre, avec son nom en lég-ende SlRVS;la pile 
porte, avec les lettres de l'atelier MA[ssilia], le type classique à la croix de 
VICTORIA AVGGV, qui, semble-t-il, est devenu VICTORIA PAT[ri.cii]. (Col- 
lection de feu M. le Marquis de C[lapiers]. Monnaies françaises, royales 



LA PROVENCE FRAiNQUE ET SES PATRICES 71 

patriciales. On connaît un tiers de sou d'or du patrice Sirus, sans 
doute de celui que les textes historiques appellent Siagrius 
(-j- 629). Cet état de choses prit fin au viii^ siècle: à cette époque^ 
les Provençaux hésitaient entre la demi-civilisation des Sarrasins 
d'Espagne et la brutalité franque. Le maire du palais, Charles- 
Martel, y mit bon ordre. Les Sarrasins étaient arrivés à Nîmes du 
19 mai 725 au 18 mai 726 ; le mercredi 22 août 731, ils entrèrent 
à Autun. Mais, en 732^ ils furent écrasés à Poitiers ^. De 733 
à 737, Charles passâtes dernières années de sa vie à assujettir la 
Provence, ce pays dont la splendeur ancienne attirait les con- 
voitises de ses bandes. Le sang, le feu et le pillage, voilà ce que 
les Francs apportèrent dans chaque cité pour l'empêcher de 
se donner aux Musulmans, qui n'auraient pu se faire haïr 
davantage. Les Francs se ressentaient encore trop de leur 
origine : après trois siècles écoulés, ces barbares gallo-ger- 
mains étaient dégrossis seulement à moitié par leur foi nouvelle 
et par le pays plus doux où ils étaient venus se fixer. L'occu- 
pation de Charles-Martel compte, en somme, au nombre des inva- 
sions dont la Provence gallo-romaine eut à souffrir : cette contrée 
avait eu moins à se plaindre des Goths ~. Piller ne suffisant 
pas à ses fidèles, Charles-Martel leur distribua les terres des églises 
dans la région, à titre de bénéfices. Le patrice provençal Mau- 
ronte, plutôt que de se soumettre, s'était enfui dans les hauteurs 
qui dominent le littoral-^. Les princes Francs, victorieux, ne 
devaient pas tarder à se revêtir du patriciat pour admi- 
nistrer plus directement le pays. Un Gallo-Romain, originaire 

et féodales. Vente... 29 avril... l^r mai 1901. Paris, J. Florange, in-8 de 
iv-34 pp. H- 2 pi. hors texte, n^ 73, et pi. I : vendu 50 francs. Cf. Belfort, 
n» 2729). 

1. A. Steyert, Nouv. hist. de Lyon, t. II. Lyon, Bernoux et Cumin, 1897, 
p. 86. 

2. 508. Lettre du roi Theodoric (Cassiodori senatoris Variœ, lib. III, 
n" XXXVIII; Mon. Gerni. Auct. Antiquiss., t. XII, p. 98, 1894). 

3. L'histoire des campagnes de Charles-Martel est décrite par un clerc 
placé dans l'entourage de son frère Childebrand et sur l'ordre de celui-ci 
[Chronicarum quse dicuntur Fredegarii scholastici continuationes ; Mon. 
Germ. hisior., Script, rer. merovlng., II, 1888, pp. 175-182). 



72 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

des Alpes Gottiennes et dont la famille était ralliée à la domi- 
nation franque, paraît avoir été muni le dernier de cette dignité. 
Ce grand propriétaire, Abon, portait un nom franc : il en était déjà 
ainsi, à la génération précédente, de son oncle Dodon qui tenait 
le sien sans doute de sa mère à lui, Dodina, grand'mère d'Abon. 
Mais le père et la mère d'Abon, nommés Félix et Rustique, son 
autre oncle Symphorien, sa cousine Honorée, son grand-père 
Morin prouvent tous ensemble, par leurs noms, que la famille était 
bien de souche gallo-romaine. D'ailleurs, le testament d'Abon 
indique qu'il suivait la loi romaine. En 726, le 30 janvier, assisté 
des évêques Walchun de Maurienne, Ragnomar de Grenoble, 
<^ochald de Vienne, Leonius et Eusthacius, Abon était simple gou- 
verneur de Maurienne et de Suse pour les Francs ^ ; mais il n'est 
pas douteux qu'il soit devenu patrice de Provence, avant ou 
après son testament daté du 5 mai 739. Les différents préceptes 
royaux, qui confirment ce testament jusqu'au xi® siècle, ne lui 
donnent pas cette qualité ; ils n'ont pas à la lui donner, parce 
qu'il ne l'y prend pas lui-même et que, sans doute, il ne la possé- 
dait pas alors ^. Malgré ce silence, il est certain qu'il l'eut à un 
moment donné : un plaid, étranger à la Novalaise et daté du 
23 février 780, rappelle un acte de l'administration d'Abon, en 
qualité de patrice, du temps de Gharles-Martel (f22 octobre741 )3. 

1. 30 janvier 726 ^C. CipoUa, Monumenta Novalicensia vetustiora, vol. I, 
Rome, 1898, pp. 7-13). 

2. 5 mai 739 [ibid., pp. 18-38)-26 juin 770. Précepte confirma tif de Car- 
loman {ibid., pp. 43-46). — 25 mars 773. Précepte confirmatif de Charle- 
magne(«7)if/.,pp. 49-51). — 21 avril 972. Privilège de Jean XIU [ibid., pp. 111- 
113). — Février 1014, Privilège de Benoît VIII. C'est le premier qui recon- 
naisse là qualité de patrice à Abon [ibid., pp. 135-140). 

3. Digne, 23 février 780. « missi domni nostri Karoli régis Francorum et 
Langobardorum seu et patricii Romanorum [Cari, de Saint-Victor, n» 31). 

D'ailleurs, il est bien possible que le monogramme crucigère d'un 
denier provençal frappé probablement à Arles doive se lire à la fois -j- A 
Relate et -|- ABbo (Pi'ou, Cat. des monnaies de la Bibl. nat. ; Monnaies 
mérovingiennes, p. 336, n°» 1613 et 1614, planche XXIV, n° 11) suivant 
l'exemple du monogramme également crucigère d'un autre denier qui se 
restitue -{- hEmfidius [ibid., pp. 320-321, n» 1479, et pi. XXIII, n» 29). 



CHAPITRE III 

LA. PROVENCE CAROLINGIENNE 

(751-879) 



I 

Le roi-pat rice et les comtes 

(751-840) 

En 780, il ne pouvait plus y avoir de patrice provençal en Pro- 
vence, car c'était le roi des Francs qui avait assumé personnellement 
cette dignité. Le pape, en 754, lui avait remis le titre de patrice des 
Romains, titre précurseur de l'empire. Dès 741, il l'avait offert à 
Charles-Martel peu avant que celui-ci ne mourût. G était le patriciat 
correspondant au duché de Rome qu'il lui offrait : mais l'occasion 
était bonne pour le roi d'y joindre le patriciat de Provence. Les 
lois étant encore personnelles et non pas territoriales, le titre de 
roi des Francs était bon pour gouverner les Francs ; mais il ne 
valait rien, légalement, pour gouverner les Provençaux. Cela va de 
soi. Charlemagne les gouvernait donc en qualité de patrice des 
Romains i, en attendant de gouverner tous ses sujets, quelle que 
fût leur nationalité, en qualité d'empereur. Le patrice-roi était 
représenté par des comtes dans la Provence, comme dans la Bour- 
gogne. Chacun d'eux, apparemment, administrait une importante 
cité et surveillait tout le groupe des cités moindres qui en dépen- 

1. 12mars 781, mars 790 {Saint- Victor, n°« 83 et 8). 



74 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

dail. C'est ainsi que Charles-Martel avait placé, en 733, à Autun, 
son frère Childebrand pour administrer cette cité et pour diriger 
de haut toute la partie de la Bourgogne rattachée directement au 
royaume des Francs : c'est-à-dire Mâcon, Chalon, Auxerre, etc. 
Childebrand ne porte cependant que le titre de comte. De même, 
en 753, le comte Theudoin administre" avec Vienne toute la Vien- 
noise ; son collègue Ferry, qui s'unit à lui pour arrêter en Mau- 
rienne Grifon, est comte de la Transjurane, c'est-à-dire de tous 
les comtés bourguignons placés, par rapport à la France, au delà 
du Jura K Les termes du chroniqueur indiquent qu'aucun autre 
grand commandement n'existait entre le sien et celui de Vienne : 
celui-ci par conséquent s'étendait bien à toute la Viennoise. En 
831, le comte Abon qui rend Albon à Saint-Maurice de Vienne 
devait être le successeur de Theudoin -. De même, il devait exister 
à Arles un comte chargé de l'administration du pays de Pro- 
vence. En 780, on trouve mentionné à Digne le comte Mar- 
cellin, sans savoir s'il était titulaire de cette autorité •^. Au début 
du ix'' siècle, ou à la fin du viii^, c'était le comte Loup, qui exis- 
tait à Arles. En 824, il était remplacé par Leyboux, fils de 
Gontieret mari d'Odda, qui était artésien de naissance. En 845 
et peut-être en 850, c'est le comte Albert qu'on verra paraître ^. 



1. 753. (c ad Theudoeno comité Viennense seu et Frederico Ultraiurano. 
comité... Maurienna urbem super fluvium Arboris interfectus »{Chronica- 
rum Fredegarii continuationes ; Mon. Germ. hist. SciHpt. rer. meroving., t. II, 
p. 183). Dès 603-604, on rencontre : « defuncto Wandalmaro duci, in pago 
Ultraiorano et Scotingorum, Protadius patriciiis ordenatur » (Fredeg., 
Chron., 1. IV, c. 24; Mon. Germ. hist. Script, rer. mer., t. II, pp. 130-131). 

2. Aix, 3 mars [831]. Précepte de Louis le Pieux : « Abbo comes qui et 
vicum qui dicitur Eppaonis qui erat ex ratione sancti Mauricii, ex episcopatu 
Viennensi ubi nunc... Bernardus archiepiscopus prsesul... beneficiario 
munere et nostra largitione habebat » [Cart. de Saint-Maurice de Vienne, 
n» U;Histor. de France, VI, 570). 

3. Digne, 23 février 780. « Comes Marcellinus firmavit » {Cart. de Saint- 
Victor, n» 31). 

4. Arles, 7 novembre 824. Échange entre l'archevêque d'Arles et « illus- 
trem virum Leybulfum comitem » (Moris et Blanc, Cart. de Lérins, 
noCCXLVII). — 3 janvier [825]. Aix-la-Chapelle. Précepte confirmatif [ibid., 



LA PROVENCE CAROLINGIENNE 75 

Leyboux, ayant opéré un échange avec l'archevêque d'Arles en 
824, le fait confirmer par l'empereur en 825, grâce à l'entremise 
directe de l'archichapelain. Rien n'indique alors, entre lui et le 
souverain, l'existence d'un fonctionnaire supérieur chargé de la 
Provence avec un titre autre que celui de comte. Le comte pou- 
vait être suppléé par un vicarius^ viguier, pour la présidence du 
tribunal de chaque cité, comme précédemment le patrice l'était 
par un vidame i. Bermond, que le langage littéraire de Nithard ^ 
dénomme préfet de la province de Lyon, gouvernait en 8J 7 la 
région de Lyon, exactement comme Theudoin en 753 ou Abon en 
831 gouvernaient celle de Vienne, comme Leyboux en 824 gou- 
vernait le pays d'Arles. 



II 

Les duchés carolingiens de Provence et de Lyonnais 

(840 ?-879) 

Avec Louis le Pieux, l'aristocratie gagne du terrain. Depuis 
Charles-Martel jusqu'à lui, on a vu quatre comtes prééminents 
placés, le premier à Autun, le second au delà du Jura, le 
troisième à Vienne, puis à Lyon, le quatrième à Arles. Cette 
répartition répondait à la division réelle de l'ancien royaume 

n» GCXLVIII). — 16 mars [829], l'an 15. Donation par le comte Leybulf qui 
parle des biens de son père à Arles et du comte Loup {ihid., n» CCXLIX). 
2 juillet 845. « ante Rothbertum vicarium de viro illustri Adalberto 
comité et tam scavinis tam romanis quam salicis... temporibus Leibulfi comi- 
tis... absque blandimento de comitibus vel vicariis Arelatensibus » [Saint- 
.Fic/or,no 26). — [850] « ind. 13. Eldebertus comes » {ibid., n° 291). 

1. 23 février 780. « Ansemundo vicedomino Massiliense... Ansemundus 
vicedominus per ordinationem Abbonis patricii condam » [Saint- Victor ^ 
n« 31). 

2. Nithardl Histor., 1. I, cap. 2 [Mon. Germ. in usum schol., p. 2). 



76 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

des Bourguignons en quatre régions bien distinctes. Mais 
ce n'était plus un patrice ou un comte qui se trouvait à la tête de 
chacune. La première, avec Autun, correspondait à la région 
nord-ouest rattachée au royaume des Francs ; la seconde se com- 
posait principalement, au nord-est, du pays bourguignon où la 
langue germanique restait dominante, par suite de l'irruption 
des Alamans qui avait précédé la chute de Rome. La troisième 
correspondait à la région bourguignonne de langue latine, restée 
entre les deux précédentes : la quatrième enfin se trouvait 
formée delà Provence plus particulièrement romaine. Si l'on con- 
sidère ces quatre régions bourguignonnes, on voit que chacune 
offrait sa physionomie spéciale et formaitun peuple distinct : Bour- 
gogne franque, Bourgogne bourguignonne, Bourgogne allemande 
et Provence. Dans la décadence carolingienne, de deux choses 
l'une : ou bien un peuple est indépendant et il a son propre roi, 
ou bien il est assujetti à un autre peuple et le roi de celui-ci 
le gouverne par l'intermédiaire d'un duc. Ce duc, d'ail- 
leurs, possède souvent par lui-même un comté — et le 
plus important de tous — dans son duché, de sorte que la plupart 
des actes le qualifient simplement comte. De plus, si son duché 
se trouve sur les frontières du royaume, il porte également le 
titre spécial de marquis. Chacun de ces trois titres, que peut 
réunir le même homme, a sa raison spéciale d'être et on aurait 
tort de les croire identiques. En 841, on voit mentionner 
Guérin comme duc de Provence K Ce duc paraît avoir eu 
d'abord la Bourgogne franque, car on le voit à Mâcon en 825, à 
Chalon en 834 ; puis il y joint la Bourgogne bourguignonne et la 
Provence qu'il gouvernait en 841 . Le traité de 843 lui fut défavo- 
rable ; cela n'est pas surprenant, puisqu'il avait battu Lothaire à 
Fontenoy. Il dut se retirer dans la Bourgogne franque, son 
pays d'origine, où il mourut en 853, abbé de Flavigny 2. En 845, 

1. 841. Chronicon Aquitanicum; Mon. Gerni. hist. Script., t. II, p. 253* 
Cf. Poupardin, Le royaume de Provence, p. 339, note 4. 

2. 825. Echange avec l'évêque de Mâcon, en Maçonnais, Nivernais et 
Auvergne; le comte reçoit Gluny [GalL Christ., t. IV, instr. col. 265- 



LA PROVENCE CAROLINGIENNE 77 

paraît un nouveau duc d'Arles, c'est-à-dire de Provence, Fourrât 
ou Fourras, qui cette année-là, se met à la tête d'un mouvement 
de révolte contre Lothaire : la Provence cherchait à reconquérir 
une autonomie plus complète, mais elle dut y renoncer K Fourrât 
resta d'ailleurs à sa tête et se retrouve en 862 2. Le comte 
d'Arles, Albert, en 845 et 80O était donc son subordonné, comme 
le comte Aldric en 862. En même temps que Fourrât paraît en 
Provence^ on voit Girard paraître, dès 846, comme duc de Lyon- 
nais, c'est-à-dire de la Bourgogne romane : il y reste jusqu'en 
870 •^. Peut-être le comte Archimbaud, qui paraît le 17 août 842 
et le 3 avril 844 en Viennois, avait-il été son prédéces- 
seur : en tout cas, le comte Guierry, qui paraît en 853 égale- 
ment en Viennois, a dû lui être subordonné ^. En 855, 
le comte Hubert est nommé duc de la Bourgogne jurane, c'est- 
à-dire de la Bourgogne allemande : en 864, il y sera remplacé 
par Conrad ou Gondré II, comte d'Auxerre, dont la dynastie y 
restera jusqu'à la fin ^ Enfin, dans la Bourgogne franque, la 
dynastie carolingienne de Ghildebrand se maintient, après 
Guérin, jusqu'en 879, malgré quelques dépossessions momen- 
tanées. 

Vers la fin du règne de Charles le Chauve, Boson arriva à 
réunir trois des duchés sur quatre. En 870, il reçoit le duché de 

266). — Quierzy, 24 février 852 {Bibl. de VÉc. des Ch., t. I, pp. 212-213). 
Il avait épousé Aubaine. — 853. « obiit Warinus comis » {Ann. Flavinia- 
censes; Script., t. III, p. 152). 

1. 845. « Fulcradus cornes et ceteri Provinciales ab Hlothario defî- 
ciunt sibique potestatem tocius Provinciœ usurpant » (Ann. Bertin). — 
« Hlutharius Folcratum ducem Arelatensem et reliquos comités illarum 
partium rebellare molientes in deditionem accepit et prout voluit Provin- 
ciam ordinavit » [Ann. Fuld.). 

2. 25 août 862. Précepte pour Orang-e {Bibl. de VÉc. des Ch., t. I, p. 495). 
Cf. Poupardin, p. 6, note 8. 

3. 846. Capitulare Lotarii {Mon. Germ. hist., t. II, p. 67), Cf. Poupardin, 
p. 12, note 7. — 870 [Ann. Bertin). 

4. 17 août 842 {CaiH. de Saint-Maurice de Vienne, n» 126). — 3 avril 844 
[ibid., n° 57). — 853/8 [ibid., n° 99). 

5. 855 [Reginonis chron., 859). — 864 [Ann. Bertin; Mon. Germ. hist. 
Script., l. I, pp. 466-467). 



78 LA PROVEiNCE DU PREIVIIER AU XU^ SIÈCLE 

Lyonnais, conquis sur Girard ; en 875, il reçoit par surcroît la 
Provence ; enfin en 879 il succède aux cadets des Carolingiens 
dans la Bourgogne franque i. Seule, la Jurane lui échappait. 
Possesseur de trois duchés, Boson cherchait comment il pouvait 
bien définir la grandeur nouvelle et imprévue de son pouvoir : 
ce pouvoir, il le tenait de la grâce divine, mais quel pouvoir était- 
ce au juste ? Ego Boso, Dei gratia^ id quod sum 2. Sa femme ne 
fut pas longtemps à le persuader que, sans doute, avec un cercle 
ducal d'or pur en tête et deux de rechange en mains, il possé- 
dait assez de métal pour se fabriquer un diadème royal. 

Ainsi, vers 840 et à la fin du règne de Louis le Pieux, on a vu 
les comtes placés à la tête des quatre régions bourguignonnes 
recevoir simultanément, à défaut du titre de patrice, celui de 
duc, que leur attribuent dès lors les sources narratives. Un demi- 
siècle plus tard, nouveau progrès : les Carolingiens perdent tout 
à fait pied en Bourgogne après la mort de Charles le Chauve et 
les ducs montent sur le trône. Le 14 octobre 879, c'est Boson, duc 
de Provence et de Lyonnais, qui est élu roi de Bourgogne-Pro- 
vence '^. En 888, c'est Rodolphe, duc de Jurane, qui est élu à 
son tour roi de Bourgogne jurane ^. Boson aurait voulu joindre 
à sa couronne la Bourgogne franque; mais les Carolingiens lui 
firent lâcher prise et il ne put que la passer à son frère Richard. 
Celui-ci continua à la gouverner comme duc, sous l'autorité des 
rois de France. Les Carolingiens vinrent même à bout d'enlever le 
Lyonnais et presque toute la Provence à Boson : mais l'évolution 
survenue était plus forte qu'eux. Le royaume de Provence était 
bien perdu désormais pour leur race. Leur défaut était d'être res- 



1. 870 [Ann. Berlin). — 875 {Reginon). — 879 {Ann. Berlin). 

2. 25 juillet 879 (André Diichesne, //«s^. de Vergy, Preuves, p. 12). Auxvi^ 
siècle, Henri d'Albret, roi de Navarre (1516-1555), et ses successeurs por- 
teront sur leurs monnaies la devise analogue : -j- gratia dei svm id qvod svm 
(F. Poey d'Avant, Monnaies féodales de France, 2'^ vol. Paris, Rollin, 1860, 
pp. 186-202, n«« 3405- 3522). 

3. Mantaille, 15 octobre 879 (Mon. Gerni. hisL, Capilularia, t. II, p. 365). 

4. Saint-Maurice, 888 [Ann. Fiildenses et Ann. Vedaslini; Mon. Germ. 
hisl. Scripl., t. I, pp. 405 et 525). 



LA PROVENCE CAROLINGIENNE 79 

tés étrangers à ce pays dont l'individualité était assez forte pour 
aspirer à se gouverner lui-même. Quant au royaume de Bour- 
gogne jurane, plus éloigné, il ne fut même pas atteint momenta- 
nément par les Carolingiens évincés. 

En résumé, Autun, capitale du duché de Bourgogne franque, a 
appartenu à la branche cadette des Carolingiens, sauf quelques 
exceptions, de 733 avec Childebrand jusqu'en 879 avec Thierry ; 
puis, de 879 à 960, à Boson et à ses collatéraux. C'est en 960 
que les Capétiens y prirent pied par alliance ^ . Le duché de Bour- 
gogne jurane a appartenu de 855 à 864 à Hubert, puis de 864 à 
1032 aux descendants de Conrad ou Gondré, comte d'Auxerre, 
qui se faisaient couronner à Lausanne en terre romande ^. C'est au 
partage de Prûm, en 855, que le duché de Lyonnais et celui de Pro- 

\ Autun était la capitale de ce duché, comme Arles celle de Provence. 
Ce fut le simple château de Dijon qui remplaça Autun comme capitale 
quand les Capétiens eurent le duché. Jusqu'alors Autun était resté, 
semble-t-il, la capitale traditionnelle du duché de Bourgogne franque. Le 
point de départ de cet ancien état de choses pourrait remonter à l'époque 
gallo-romaine. Quand le préfet du prétoire des Gaules s'était replié de 
Trêves sur Arles, le vicaire des Vil provinces s'était porté peut-être de 
Vienne à Autun dont l'enceinte avait à peu près la même étendue que 
celle de Milan. — 878. « dux Augustodunensium » [Ann. Vedastini). — 
[xi« siècle]. <( Igitur, quoniam liac tempestate capud ducatus Burgundiœ 
castrum Divionense reputatur et capud Divionis Ecclesia beatissimi pro- 
tomartyris Stephani fore perhibetur... [Vita doinni Garnerii praepositi 
sancti Stephani Divionensis ; Pérard, Pièces curieuses, p. 125). 

1172. Précepte de Hugues, duc de Bourgogne : <( Ego Hugo dux Burgun- 
diœ... promisi me constructurum in mea curte apud Divionem ecclesiam... 
in villa Divionensi... quoniam igitur ecclesiam istam ad honorem Dei et ad 
tutamen animarum ducum Burgundige et ad illustrationem domus illorum 
nondubito pertinere ipsam tanquam ducatus caput et turrim salutis ducum 
cupio erigere... » (Jules d'Arbaumont, Essai historique sur la Sainte-Cha- 
pelle de Dijon. Dijon, Lamarche, 1863. Pièces justificatives, n° II, pp. 105- 
108). 

2. Vevey, 25 août 1011. Précepte de Rodolphe donnant le comté de 
Vaud à l'évêché de Lausanne : « ob... loci... Lausannensis honorifîcentiam 
ubi pater noster nosque post eum regalem electionem et benedictionem 
adepti sumus... » (Fred. de Gingins-la-Sarra et Fr. Forel, Recueil de chartes, 
statuts et documents concernant Vancien évêché de Lausanne. Lausanne, 
G. Bridel, 1846, pp. 1-2. ; Coll. des méni. et doc. publiés par la Soc. d'hist. 
de la Suisse romande, t. VII.) 



80 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

vence avaient été unis pour la première fois, formant ainsi le 
royaume de Provence K Le duché de Lyonnais enveloppait la Pro- 
vence au nord et à l'ouest. Primitivement, au sud de Lyon, il englo- 
bait deux régions. D'abord, la région bourguignonne de Viennoise 
telle qu'elle avait été délimitée par la constitution apostolique du 
5 mai 450 -, sauf Genève et la Tarentaise rattachées àla Jurane. 
En même temps, sur la rive droite du Rhône, les pays qui avaient 
formé depuis le vi® siècle la Provence austrasienne. Dans la Vien- 
noise, rentraient donc Vienne, Valence et Grenoble: en 858, on y 
joignit la Tarentaise qui représentait l'ancienne province des Alpes 
Grées, déclarée, en 450, annexe de la Viennoise. La Maurienne, 
les vallées du Briançonnais et de Suse, qui représentaient une 
partie des Alpes Gottiennes, avaient été enlevées à l'Italie et unies 
àla Bourgogne par Gontran: or, avant d'être rattachées à l'Italie, 
les Alpes Gottiennes étaient, en dernier lieu, unies aux Grées. 
Rien de plus naturel, par conséquent, que de voir joindre 
ces pays au duché de Lyonnais en même temps que la Taren- 
taise, plutôt qu'à celui de Provence^. Dans la Provence austra- 

1. 856. « Karlo... Provinciam et ducatum Lugdunensem » [Ann. Berlin). 

2. Le partage de 863 donne, outre la Provence, à Louis II en Viennoise les 
comtés bourguignons de Grenoble (moins Sermorens), Valence (rive gauche), 
Tullins?, Maurienne et Tarentaise, ; il attribue à Lothaire II le reste du 
duché de Lyonnais. Mais ce partage, évidemment, dépèce la Viennoise pri- 
mitive pour augmenter la part de Louis II qui aurait été jugée insuffisante 
si elle n'avait compris que la Provence. Puisque la cité de Grenoble et pro- 
bablement celle de Vienne même sont partagées entre les deux souverains, 
cela prouve bien que les limites adoptées pour le partage ne sont pas celles 
du duché de Lyonnais et de la Provence :1e comté restreint de Grenoble fut 
d'abord du môme duché, évidemment, que son démembrement formé du 
pays de Sermorens ; le comté viennois de Tullins, démembré de Vienne 
entre le 22 octobre [843?] {Descr. du Cari, de Saint-Maurice de Vienne, n° 6; 
Hist. de Fr., VIII, 379) et le 16 janvier 858 {Descr. Sainl-Maurice, n° 188; 
Hisl. de Fr., VIII, 397), fut aussi d'abord du même duché que le comté 
restreint de Vienne. Dans le nouvel état de choses, on crée le démembre- 
ment viennois de Tullins pour la même raison que le démembrement 
grenoblois de Sermorens ; c'est afin que la frontière nouvelle entre Vienne et 
Grenoble ne passe trop près ni de l'une ni de l'autre de ces deux villes. 
Le possesseur de Vienne doit donc avoir Sermorens comme le possesseur 
de Grenoble doit avoir Tullins. 

3. Déjà en 753, ce sont les comtes de la Viennoise et de la Jurane qui 



LA PROVENCE CAROLINGIENNE 81 

sienne, rive droite, figuraient Viviers et Uzès avec ce qui s'y 
trouvait du territoire d'iVvignon et d'Arles ^ Telles étaient 
les dépendances méridionales du duché de Lyonnais ^. 

Il ne faut pas être surpris si Lyon fut choisi de préférence à 
Vienne comme capitale du duché ; on a vu la prééminence 
reconnue dès la fin du vi^ siècle par les Francs et l'Église 
à cette cité, ancienne capitale des Gaules romaines. Mais, après 
la mort du roi de Provence, Charles, survenue le 25 janvier 
863, la résidence du duc de Bourgogne bourguignonne ou de 
Lyonnais paraît transférée de Lyon à Vienne. C'est par suite de 
ce fait que, plus tard, Boson et Louis l'Aveugle résidèrent à Vienne, 
même quand ils possédèrent Lyon. L'assemblée de Mantaille où 
fut élu Boson et celle de Valence où fut élu son fils se tinrent 
également dans le Viennois, et non en Lyonnais ou en Provence. 
C'est, d'ailleurs, Farchevêque de Vienne, Audran, qui semble avoir 
pris l'initiative de l'élection de Boson et qui, pour réussir, feignit 
d'y être autorisé parle pape Jean VIII. Celui-ci ne manqua pas de 
le lui reprocher 3, mais le fait était accompli. 

s'unissent en Maurienne, pour arrêter Grifon : cela suppose que la Taren- 
taise appartenait à la Jurane, comme Genève. Cela suppose aussi que Gre- 
noble appartenait à la Viennoise. Il n'est pas question du comte d'Arles : 
donc la Maurienne était bourguig-nonne et non pas provençale. 

1. 22 décembre 862. Précepte de Charles, roi de Provence, pour Viviers : 
c'est le duc de Lyonnais qui intervient [Hist. de Lang., t. II, Preuves, n» 162, 
col. 336). 

2. Saint-Etienne-de-Lugdarès, en Vivarais et, par conséquent, dans le 
duché de Lyonnais, ne tire pas son nom de Lyon, mais probablement de 
la localité dite Huédour. Le pays d'Huédour a pu être dénommé l'Huéda- 
rès, d'où Saint-Etienne-de-l'Huédarès, par opposition à Saint-Etienne-de- 
Vigan. 

3. « Sanctam nostram Romanam ecclesiam infamare non dubitas quod... 
ipsius autoritatem habere te certifices » [Patr. lat., t. CXXVI, col. 917; cf. 
Jaffé, 2« éd., n^^ 3374 et 3375). . 



Mém. et Doc. de L'École des Chartes. — VIL 



CHAPITRE IV 

LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 

(879-948) 



Lutte de Vienne contre Arlespour la primauté. 

La cité d'Arles, devenue capitale du diocèse des Gaules à la fin 
du iv*^ siècle, avait naturellement obtenu la primatie au détriment 
de Vienne, capitale de la Viennoise et du diocèse des VII provinces. 
L'heure de la revanche allait sonner pour Vienne. 

Depuis 863, sous son archevêque Adon, qui avait vécu en 
Lyonnais comme moine, Vienne avait enlevé le duc à Lyon. 
Maintenant, Vienne, grâce à son archevêque Audran, possédait 
un roi de Provence. Après s'être fait désavouer par Jean 
VIII, Audran, trouvant insuffisante cette situation de fait, fît 
fabriquer, ou fabriqua, entre 878 et 885, des textes favorables à 
Vienne aux dépens du siège primatial d'Arles et du siège métro- 
politain de Tarentaise K Après Audran, Alexandre, qui fut chan- 
celier de Louis l'Aveugle, en compléta la série vers 912. On 
peut dire que , corrompue par les visées politiques et la 
proximité du pouvoir, Téglise de Vienne sous Boson et Louis 

1. Voir le mémoire de Dom Alexandre Grospeliier, bibliothécaire 
de Saint-Antoine en Viennois, intitulé : Mélanges d'hagiographie dau- 
phinoise, notamment le paragraphe intitulé : Chronologie épiscopale et faux 
privilèges de Vienne ( Extrait du Bulletin d'histoire ecclésiastique des dio- 
cèses de Valence, Gap, Grenoble et Viviers, t. XX et XXI, 1900-1901 ; 
in-8 de 80 pp. Voir les pp. 44-74). 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 83 

l'AA^eugle n'est plus qu'une officine de faussaires : les arche- 
vêques Audran et Alexandre la personnifient et doivent donc en 
porter la responsabilité peu honorable. La vérité se déforme 
entre leurs mains : le passé de leur église devient méconnais- 
sable. Avant eux, le savant Adon avait cherché à en reconsti- 
tuer l'histoire, mais il l'avait fait honnêtement. Pour contre- 
balancer Trophime, disciple de Pierre, ils interpolent leur liste 
épiscopale en imposant à sa tête les noms du disciple de saint 
Paul, Grescent, et de Zacharie ; ils essayent de la faire 
remonter au i*^** siècle, alors qu'elle remontait tout simplement 
à Martin et à la fin du m® siècle, c'est-à-dire à la création de 
la province viennoise. Ils falsifient un exemplaire de la Notice 
officielle des Gaules, de manière à s'arroger la primatie sur 
tout l'ancien diocèse des Vil provinces, celle d'Arles exceptée, 
qu'ils n'osent encore réclamer, et aussi sur la province des Alpes 
Grées et Pœnines K Ils forgent enfin une suite de privilèges aposto- 
liques de Pie I à Serge III (908), conformes à leurs prétentions. 
Ils composent une notice spéciale pour prouver que la Maurienne 
dépendait directement de Vienne et non de la Tarentaise ~. Ils 
vont jusqu'à se déclarer métropolitains d'Arles ^ et peut-être de 
Lyon ^. En somme, ces archevêques, qui se rendent coupables du 
crime de faux en écritures publiques, ont d'aussi grandes ambitions 
au point de vue ecclésiastique que Boson au point de vue politi- 
tique. S'il est une excuse possible à leur faute, on la verra sans 
doute dans la connivence de leur souverain qui y trouvait son 
propre avantage. Ses ambitions à lui, Boson fut loin de les réali- 
ser; il ne régna pas sur la Provence entière, puisque la province 
des Alpes-Maritimes fut soumise, seulement après lui, à 
son fils. L'église de Vienne demeura longtemps, de son côté, à 
profiter des faux qu'elle venait de fabriquer. Vienne était incon- 
testablement la résidence des rois de Provence, après être 

1. Duchesne, Fastes, t. I, p. 209. 

2. Mgr Alexis Billiet, Mémoire sur les premiers évêques du diocèse de 
Maurienne, pp. 14-15. 

3. Grospellier, p. 72, note 6. 

4. Ibid., pp. 66-67. 



84 LA PROVENCE DL PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

devenue la résidence du duc de Lyonnais; mais c'était tout. 
Lyon restait la capitale du Lyonnais ; Arles restait la capitale 
non seulement du duché de Provence, mais de tout le rovaume : 
son évêque était le premier de tous. Dès que Louis l'Aveugle 
eut disparu, c'est une vérité traditionnelle que proclament, eux- 
mêmes, les archevêques de Lyon et de Vienne, Amblard et Thi- 
baud. Celui-ci, il faut se hâter de le dire, était un saint homme 
différent de ses prédécesseurs K Le souverain, qui résidait dans 
la cité de Vienne, résidait aussi quelquefois dans Neuchâtel, 
comme dans Aix-les-Bains et dans d'autres localités'^; mais, 
depuis le xii*^ siècle jusqu'à la fîn^ les empereurs iront encore 
prendre à Arles la couronne de Provence à laquelle se sera jointe, 
depuis 949, celle de Bourgogne. Les faux composés sous Audran 
et Alexandre n'avaient donc pas encore été pris au sérieux à la 
fin du x^ siècle. Les trois provinces d'Arles, d'Aix et d'Embrun, 
telles qu'elles composent le duché de Provence, donnent alors lieu 
à des conciles de leurs évêques sous la présidence du primat 
d'Arles. De même, les trois provinces de Lyon, de Vienne et de 
Tarentaise, telles qu'elles composent le duché de Lyonnais, donnent 

1. 956. <( Summorum sunimo, primorum primo domno Manassœ metro- 
politanœ sedis Arelatensis archiepiscopo cum cœteris coepiscopis Lan- 
drico Avenionensi, Odolberto Vallensi et aliis Provinciae episcopis, 
Emblardus Lugdunensis sedis archiepiscopus... )^ (J. H. Albanès et Ul. 
Chevalier, Gall. Christ, noviss. : Arles. Valence, MCM, col. 108, n"^ 258). 

[970-978]. « Aimo Valentinensis sedis... ante... prsesentiam Gondrandi 
régis senioris nostri... quoniam Arelas caput est et esse débet istius 
Galliœ... ante prsesentiam rectoris ejus déferre decrevimus » ; Thibaud, 
arch. de Vienne ; Amblard, arch. de Lyon ; Wido, év. du Puy ; Isarn, év. 
de Grenoble ; Géraud, év. de Genève {Gall. Christ., t. XVI, Instr., 
col. 101-102. — Cart. de Saint-Hugues..., p. 59. A xxv). 

Bâle, 21 novembre 1214. Précepte de Frédéric II : «... Cum urbs Arelaten- 
sis caput Provincie et imperii principalis sedes existât... » (Albanès, Gall., 
Christ, noviss., Arles, n» 826). 

2. 24 avril 1011. Précepte de Rodolphe: « ... Viennammetropolinse civi- 
tatem » [Cibrario e Pi-omis. Documenti, pp. 15-16). 

24 avril 1011. Autre précepte de Rodolphe :« ... Aquis villam, sedem 
regalem... Novum Castellum regalissimam sedem... » [ibid., pp. 17-18). 

Bâle, 23 novembre 1214. Précepte de Frédéric II : « ...Viennensis eccle- 
sia... metropolitanus ejus..., quia princeps nostri consiliiest et archicancel- 
lariusinregno Burgundiae... » ([Valbonnais],/f/s^. de Dauphiné, t. II, p.. 46, 
n°XLII). 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 85 

lieu de leur côté à des conciles correspondants. Si fort peu ont 
laissé des traces, l'institution en paraît bien établie. Gomme les 
diocèses d'Uzès et de Viviers se trouvaient compris dans le Lyon- 
nais, leurs évêques prennent part aux conciles du duché septen- 
trional et non à ceux du duché méridional. Cependant, en droit, 
pour les faussaires eux-mêmes de Vienne, Viviers dépendait tou- 
jours d'Arles ; le premier exemplaire viennois de la Notice en 
donne la preuve. 

Louis d'Outremer reçut, du royaume de Provence, Uzès et 
Viviers: ces deux diocèses, rattachés à la France, cessèrent donc 
de relever du Lyonnais. Pour le Vivarais, ce ne fut qu'un acci- 
dent momentané ; mais, pour l'Uzège, la chose fut définitive K 
Malgré cela, les évêques d'Uzès, tout comme ceux de Valence, de 
Grenoble et de Maurienne, continuent à prendre part aux con- 
ciles du Lyonnais tenus à la fin du x® siècle et jusqu'en 1025. Y pre- 
naient part, de même, les suffragants de Lyon, c'est-à-dire les 
évêques de Mâcon, de Chalon et d'Autun, quoique leurs diocèses 
fussent placés dans le duché de Bourgogne franque 2. Par contre, 
ceux de Viviers, suffragants d'Arles, bien que placés en Lyonnais, 
paraissent s'en abstenir : s'en abstiennent aussi, tout naturelle- 
ment, ceux de Die, puisqu'ils sont à la fois sufPragants d'Arles 

1. Poupardin, p. 233, et notes 2, 3. Ajouter aux textes cités par Tauteur 
la concession en précaire faite à Arles le 20 décembre [967] par l'archevêque 
Itier. Le donateur concède des terres qui sont placées, les unes in comitaiu 
Ucetico, les autres in regno Provincie, in comitatu Arelatensi {Gall. Christ, 
noviss. Arles, col. 114-115, n° 268). Uzès ne faisaitdonc plus partie de duché 
de Lyonnais et du royaume de Provence. — En ce qui concerne le Vivarais, 
rendu au royaume de Provence avant la fin du x*" siècle, il redevint, bien 
entendu, comme le Valentinois, partie intégrante du duché de Lyon- 
nais, quoique son évêque continuât à dépendre, en droit, de l'archevêque 
d'Arles. [20 octobre-31 décembre 998] : précepte de Rodolphe, confirmant 
à Cluny ses biens, placés les uns in episcopatu Lugdunensi... in episcnpatu 
Viennensi... in episcopatu Valentinensi... in episcopatu Vivariensi, les 
autres... in Proventia (Bruel, Ch. de Cluny, n° 2466). 

2. [19 octobre] 994-[24 mars 995]. Concile de Saint-Romain-d'Anse 
(Bruel, Ch. de Cluny, n" 2255 ; Cart. de Romans, nouv. éd., n" 55). — 1025. 
Autre concile (M. C.Ragut, Cart. de Saint-Vincent de Maco/i. Mâcon, Protat, 
1864, pp. 304-305, n° DXVIII. — G. de Manteyer, La paix en Viennois, 
Grenoble, 1904). 



86 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll^ SIÈCLE 

et placés dans le duché de Provence. En 1037, pour la première 
fois, perce l'influence des faux de Vienne. On sait que dans un 
second exemplaire delà Notice, revu et amélioré, les Viennois, plus 
audacieux que dans le premier, s'adjugeaient Viviers et Die. La 
proximité aidant, l'évêque de Die finit par se laisser persuader. 
Le 2 octobre 1037, à Romans, on voit donc figurer Gonon, titu- 
laire de ce siège, dans une assemblée publique des comtes et des 
princes de Viennois et de Valentinois : il y figure à côté des 
évêques de Maurienne, de Grenoble, de Valence, de Belley et de 
Sion, sous la présidence des archevêques de Vienne et de Taren- 
taise 1. Ce qui se produisait à Die venait de se produire à 
Belley: ces sièges, suffragants d'Arles et de Besançon, entraient 
ensemble dans l'orbite de Vienne. Les Viennois ne pouvaient son- 
ger à faire ratifier par Rome la collection de faux qu'ils avaient for- 
gée vers 912. Gertes, il est possible de surprendre la bonne foi du 
siège apostolique et on n'a pas manqué de le faire souvent ; mais, si 
le stratagème avait réussi, les archevêques d'Arles n'auraient pas 
manqué de protester avec éclat en produisant leurs archives authen- 
tiques et la chose eût fait scandale. Ne pouvant agir à Rome, 
les Viennois ne devaient pas se faire faute de répandre autour 
d'eux les textes sur lesquels ils s'appuyaient : le seul étonnement 
qu'on aurait pu manifester dans leur région, c'est que, le temps 
marchant et les papes se succédant, aucune confirmation ne fût 
venue de Rome depuis le ix^ siècle. Gette objection n'auraitpaslaissé 
que d'être embarrassante. Et, comme une faute initiale en entraîne 
trop généralement d'autres, les successeurs des premiers faussaires 
se trouvaient dans le cas de le devenir à leur tour. Pour cette 
cause, Léger, vers 1060, mit leur œuvre à jour par un pseudo- 
privilège de Léon IX (1048-1050) 2. En 1088, Guy de Bourgogne 

1. Cart. de Romans, nouv.éd. [1897], pp. 89-94, n» 79. 

2. 11 mai [1048-1050] (loh.a Bosco, Floriacensis velus bibliotheca^Lsevum 
xyston, p. 68; Duchesne, Fastes épiscopaux, t. I, p. 175). Dom Gros- 
pellier croit que ce faux de Léon IX n'est pas dû à Léger, mais à Guy de 
Bourgogne comme les suivants : mais, s'il l'avait fait, Guy de Bourgogne 
l'aurait attribué, probablement, à un pape plus rapproché de son pontificat 
pour donner une valeur plus actuelle à la confirmation. 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 87 

s'assit, à son tour, sur la chaire d'Avit et d'Adon : il renchérit 
encore sur la trinité de faussaires qui l'avaient précédé. Tous les 
procès qu'on sait avoir été soutenus ou provoqués par lui, il se mit 
en devoir de les gagner, en produisant des privilèg-es apostoliques 
où le bon droit de Vienne apparaissait aux yeux des juges les 
plus mal disposés. La chose se passa ainsi pour les difficultés 
relatives à l'abbaye de Saint-Barnard ; il en fut de même pour 
le débat relatif au pays de Sermorens, contre l'église de Gre- 
noble et l'évêque saint Hugues. Ce n'étaient pas des privilèges 
d'une antiquité vénérable que Guy forgeait ou interpolait: 
c'étaient des décisions contemporaines de Grégoire VII et d'Ur- 
bain II, voire de Pascal II ^ Le faussaire ne manquait pas 
d'audace. Vis-à-vis de la chancellerie impériale, il paraît s'être 
montré plus réservé : voulant affermir à nouveau la dépendance 
directe de la Maurienne aux dépens de la Tarentaise, c'est un 
pseudo-précepte de Boson, assez gauche d'allure, qu'il inventa 2. 
Du temps de Guy, se produisit une véritable révolution écono- 
mique. Jusqu'alors la monnaie, à S/6 de fin comme aloi, se com- 
posait de deniers dont on taillait, semble-t-il, 240 au poids de la 
livre d'origine romaine. Tout d'un coup, ou en peu du temps, le titre 
s'abaissa à 2/3 de fin, en même temps qu'on se mit à tailler, 
semble-t-il, 360 deniers au même poids que jadis. Par suite, le nou- 
veau denier viennois ne valait plus que les 5/9, soit environ la moitié 
de l'ancien. Cette ((conversion» formidable se produisit à Vienne 
après 1075 et, probablement, avant 1092; elle se produisit ailleurs. 
Or, les derniers deniers de l'ancien système font déjà suivre les 
mots traditionnels de la légende VRBS VIENNA par ceux de 
PRIMA GALLIARUM, puis par ceux de CAPUT GALLIE K 
Ainsi, se décèlent les ambitions de Vienne, qui cherche à supplanter 

1. Pseudo-privilège de Grégoire VII, 6 mars 1077 : Cum ex apostolicœ 
(loh. a Bosco, Lsevum Xyston, pp. 71-73). — Pseudo-privilège d'Urbain II : 
Nolumus latere {ibid., pp. 74-75). — Pseudo-privilège de Pascal II : 
Potestatem ligandi [ibid., pp. 76-78). 

2. Bibl. de Carpeniras, ms. 74, f^s 48 v°-49 v° (Lambert, Catal. , 1. 1, pp. 40-41 ). 

3. H. Morin, Numismatique féodale du Dauphiné. Paris, RoUin, 
MDCCCLIV, pp. 16-17, n^^ 6 et 7. 



88 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl'' SIÈCLE 

Arles et Lyon. On connaît le type monétaire de Léger, ou du moins 
le premier employé par lui du temps de l'empereur Conrad, et il 
était plus modeste. Ces derniers deniers du système ancien sont 
donc, au plus tôt, de la fin du pontificat deLéger. Précisément, vers 
1060, Léger avait forgé un privilège de Léon IX, ratifiant les pré- 
tentions de son église, et ces derniers deniers en dérivent. Ils sont, 
au plus tard, du début du pontificat de Guy (1088), puisque les 
deniers du nouveau système paraissent à ce moment. Quand la 
réforme monétaire se produisit, c'est-à-dire au plus tard vers 1092, 
se présente une modification encore plus exorbitante de la légende. 
C'est alors que paraît le fameux VIENNA MAXIM A GALLIA- 
RUM ^. Le module des deniers diminuant, il faut se résoudre à des 
sous-entendus, à des abréviations. Le motVRBS disparaît comme 
inutile, on abrège GALLiarum; mais, s'il est un mot qu'on 
n'abrège pas, c'est le superlatif. Cette légende, dans sa prétention de 
suprématie sur Lyon et Arles, montre que les Viennois entendaient 
enfin recueillir ouvertement le fruit des faux élaborés par leurs 
archevêques Audran, Alexandre et Léger -. Leur pontife actuel, 
Guy, était bien l'homme voulu pour cela : puisqu'il occupait, à 
son dire, le premier siège des Gaules, celui de Pierre seul pou- 
vait lui faire envie. L'avenir récompensa cet ambitieux sans 
scrupules. Il devint pape, pour sa satisfaction personnelle et 
pour la plus grande gloire de Vienne. Il est surprenant que le 

1. Morin, pp. 21-27, n"» 8-24. 

2. En ce qui concerne Lyon, les prétentions de Vienne pouvaient s'au- 
toriser de son origine romaine : les colons romains qui fondèrent la cité 
de Lyon avaient été destinés à Vienne. Ils remontèrent le Rhône jusqu'au 
confluent de la Saône par suite de l'hostilité des AUobroges. Les Viennois 
purent donc se consoler plus tard en disant que Lyon devait sa naissance 
aux colons de Vienne. Mais, au point de vue des origines chrétiennes, c'était 
l'église de Lyon qui avait fondé l'église de Vienne. Les prétentions vien- 
noises s'autorisaient surtout du fait que la résidence du duc de Lyonnais, 
en 863, avait passé de Lyon à Vienne. Cette cité, par suite, avait possédé 
un roi et un empereur,au détriment de Lyon et d'Arles. En ce qui concerne 
Arles, les prétentions de Vienne pouvaient s'autoriser de l'organisation 
primitive de la Viennoise : Arles en dépendait alors et, avec Arles, les 
autres provinces du diocèse gallo-romain des VII provinces. Mais, du jour 
où le préfet des Gaules était venu à Arles, cela avait changé. 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 89 

Sacré Collège n'ait pu mieux choisir: mais il fallait tenir compte 
de la situation politique. Gluny était un puissant avocat pour cet 
archevêque bourguignon qui avait su se mettre en valeur au concile 
devienne (1112). L'élu, couronné à Vienne le 9 février 1119, 
s'empressa de ratifier suivant toutes les règles, comme pape, 
les faux qu'il avait commis et ceux plus anciens dont 
il avait usé comme archevêque : le privilège qu'il expédia à 
ce sujet est du 28 juin 1119. Gomme s'il ne suffisait pas, il le 
réédita le 25 février 1120 ^ Ces actes chargent gravement 
sa mémoire. L'église d'Arles n'avait plus qu'à attendre des temps 
meilleurs : il ne s^agissait d'ailleurs que d'une prééminence honori- 
fique et purement nominale. Par ces privilèges, Calixte 11 compléta 
ses largesses en détachant les diocèses de Viviers et de Valence 
de la province d'Arles, celui de Maurienne de la province 
de Tarentaise ; il les unit à la province de Vienne. Cela, il 
avait le droit de le faire ; mais, moralement, il eût mieux 
valu pour Vienne tenir cet avantage d'un autre pape. Ces 
diverses décisions prises, Calixte gagna l'Italie au milieu des 
encensoirs. 11 eut soin de passer par la voie assez pénible 
de Gap et de Turin plutôt que par la voie tout indiquée d'Arles et 
Marseille : sans doute , il y eût été fraîchement accueilli et on 
y eût brûlé moins d'encens. 

La bulle du 28 juin 1119 enlevait à l'archevêque d'Arles 
son autorité métropolitaine sur Viviers, au duché de Lyonnais, et 
sur Die, au duché de Provence. Au point de vue politique, cela 
ne changea rien. Viviers n'était plus provençal depuis qu'il 
dépendait de Lyon. Die ne cessa pas de rester en Provence : 



1. Maguelonne, 28 juin 1119. Bulle Etsi ecclesiarum omnium:.... «que per 
autentica predecessorum nostrorum Silvestri, Nykolai, Leonis, Gregorii et 
ceterorum pontificum romanorum privilégia... eidem ecclesie concessa est, 
nos quoque, auctore Deo, concedimus et presentis privilegii pagina confir- 
mamus ut videlicet super septem provincias primatum obtineat... » (UI. 
Robert, Bullaire du pape Calixte II, t. I*"", pp. 36-38, n" 25), — Valence, 
25 février 1120. Texte identique {ibid., pp. 214-216, n» 145). 



90 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

Calixte II n'y pouvait rien. Le comté de Diois dépendait et con- 
tinua à dépendre du marquisat de Provence K 



II 

Le comte Thibert^ vicaire du roi dans le duché de Provence 

(879-908) 

Il importe de déterminer, autant que faire se pourra, la suc- 
cession des ducs de Provence et des comtes qui possédèrent 
Arles depuis la fin du ix® siècle jusqu'au milieu du x®. Malgré 
l'obscurité de cette époque, les préceptes royaux et les donations 
des fidèles aux églises commencent à se présenter en assez 
grand nombre pour ajouter une série de dates et quelques faits 
précis aux rares renseignements épars dans les sources narra- 
tives. 

A l'exemple de Vienne et de Lyon, la Provence avait élu à 
Mantaille, le 15 octobre 879, son duc Boson comme roi 2. Une 
nouvelle génération tentait ce que le duc Fourrât avait essayé de 
faire trente-quatre ans plus tôt. Ce qui avait échoué en 845 
réussit en 879. Dans la décomposition carolingienne qui s'avançait, 
ce fait était à prévoir. Depuis 870, l'élu était duc de la Bourgogne 
bourguignonne (Vienne et Lyon) ; depuis 875, il Tétait de Provence. 
Enfin, depuis quelques mois à peine, il avait joint à ces deux 



1. Saint-Saturnin, juillet 1189. Concession en fief par Raymond, mar- 
quis de Provence, à Aymar de Poitiers de la domination du comté de Diois, 
à charge de fidélité et d'hommage (Jules Chevalier, Essai sur Die, t. I, 
pp.;468-469). 

1195. Traité entre Raymond, marquis de Provence, et le comte de For- 
calquier : le marquisat s'étend au nord jusqu'à l'Isère et à l'est jusqu'au 
col de Cabre, ce qui comprend le Diois (Arch. départ, des Bouches-du- 
Rhône, B. 297). 

2. Mantaille, 15 octobre 879 [Mon. Germ. hist. Legum sect. II. Capitu- 
laria, t. II, n« 284, pp. 365-369). 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 91 

duchés celui de Bourgogne française (Autun) K II voulut régner 
sur ses duchés. Cette ambition hardie n'eut pas, cependant, tout le 
succès qu'il pouvait espérer. En fait, il dut passer immédiatement 
le duché de Bourgogne française à son frère Richard plutôt que 
de se le voir enlever par un étranger. Quant à la Provence, seules 
les provinces d'Arles et d'Aix se rallièrent à l'usurpateur : celle 
d'Embrun demeura fidèle aux Carolingiens 2. Ceux-ci, mis subi- 
tement d'accord par les événements, parvinrent au bout de deux 
ans à le chasser de Vienne ^ et réduisirent son royaume à peu 
de chose. Par suite d'un jeu de bascule bien équilibré, pen- 
dant que Boson tentait cette expérience, son frère restait 
soumis aux souverains légitimes : ce fut Richard qui se trouvait 
chargé par eux de mettre Boson à la raison. Ainsi les succès du 
cadet compensaient, autant que possible, pour sa famille, les 
insuccès de l'aîné. Pourchassé, Boson s'était réfugié dans la 
région montagneuse entre le Viennois ^ et la Provence, et, grâce 

1. Voir cUdessus, p. 78. II est intéressant de noter que dans la Legatio 
officielle des grands qui précéda le sacre et le couronnement, on assimile 
encore l'élu aux anciens patrices. 

2. Aucun évêque de la province des Alpes Maritimes ne figure à Man- 
taille. Les sièges de Senez, de Glandèves, de Nice n'étaient probablement 
pas occupés ; mais, ceux d'Embrun, de Digne, deVence l'étaient sûrement, 
le premier par Albert, le dernier par Utifred(Duchesne, Fasses, t. I, pp. 282- 
288). Cette abstention totale est une preuve. Dans la province d'Aix, les 
évêques d'Antibes, de Fréjus et de Sisteron n'y assistent pas davantage ; 
mais ces sièges devaient être inoccupés. En tout cas, la présence d^Edoldus 
évoque de Riez, de Birico évêque de Gap, enlève toute signification politique 
au manque des évêques de Sisteron et, probablement de Fréjus, puisque 
Riez et Gap se trouvent au delà de Sisteron. 

3. 15 novembre 883, la 2^ année de la destruction de Vienne (Chevalier, 
Descr. du Cart. de Saint-Maurice, n» 108; Gall. Christ., t. XVI, instr., 
col. 9, n°XII). 

4. On possède un don fait par Odilon, comte deDiois, à Savenne (com- 
mune Pont-de-Barret) daté d'un jeudi de mars [886] indictione XII, anno VII 
régnante domino nostro Bosone rege [Cart. de Saint-Cha/fre, n° LXI). L in- 
diction est erronée. — Il existe un Pey-Boson, Po(/f«m Bosonis, sur la com- 
mune Saint-Jean d'Herans {Cart. de Domina, n°=* 5, 6) : on ne doit rien en 
conclure, car de nombreux Boson ont pu donner leur nom à ce lieu-dit. 

A la même époque, de l'autre côté du Rhône, en Valentinois, Boson 
n'était plus reconnu: voir l'acte relatif à Cornas, dans la vigueriede Soyons, 
sur la rive droite, du samedi 26 mars [886] : « régnante Carolo rege anno 111° » 
[Cart. de Saint-Chaffre, n° CCCXXXIX). 



92 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

à des partisans fidèles, il mourut roi (11 janvier 887). En droit, 
la Provence avait passé de Charles le Chauve (f 6 octobre 877) 
à son fils Louis II (-[- 10 avril 879) ; après la mort de ce dernier, 
le partage du mois d'avril 880 l'avait attribuée au second de ses 
enfants, Garloman (-|- 12 décembre 884). 

De ce jeune roi, mort lui-même à dix-huit ans, on a quelques 
deniers frappés à Arles, où Boson n'a d'ailleurs jamais frappé mon- 
naie que l'on sache K Le seul survivant des Carolingiens français 
était son frère cadet, Charles, c'est-à-dire un enfant de cinq ans ; 
les grands reconnurent comme héritier son oncle au cinquième 
degré, Charles III le Gros, dans la branche allemande. De ce nou- 
veau roi, on possède aussi de nombreux deniers frappés à Arles 2. 
Fait remarquable, les derniers deniers carolingiens, frappés à 
Vienne et connus, sont plus anciens : ils portent le nom de Charles 
le Chauve. Malgré l'expulsion de Boson et la prise de Vienne, 
Charles le Gros paraît donc avoir concentré son monnayage à Arles^. 
Plus tard, Louis l'Aveugle frappera bien monnaie à Arles et à Avi- 
gnon^ après les Carolingiens, mais il y conservera comme type le 
monogramme de Charles le Gros, son père adoptif, ce qui n'aura pas 
lieu d'une manière nette à Vienne où il avait le précédent créé par 
son père ^. De ces détails, ténus mais certains, on infère la preuve 
que les Carolingiens vainqueurs de Boson étaient mieux vus en 
Provence qu'en Viennois. C'est naturel : presque toute la Pro- 
vence avait élu Boson, heureuse d'être autonome. Mais le roi 
de Bourgogne-Provence était viennois plutôt que provençal. 
Vienne, héritière de Lyon en 863, cherchait à usurper le 
passé d'Arles et sa prééminence. Dans ces conditions, le mécon- 
tentement dut naître bien vite en Provence et les troupes 

1. M. Prou, Catalogue des monnaies françaises de la Bibliothèque natio- 
nale. Les monnaies carolingiennes, Paris, 1896, p. 120, n°* 863 à 868. 

2. Ibid., pp. 119-122, n°« 862, 869-881. — Cf. Cart. de Saint-Maurice, 
n° 108, pour l'indication de son règne à Vienne, le 15 novembre 883. 

3. Ibid., p. 117, n°« 844-845. 

4. André Steyert, Nouv. hist. de Lyon, t. II, p. 174. 

5. Prou, p. 122, n°« 882-883; pp. 117-118, n°« 847-850. A Vienne, on 
brouille le nionogramme après Charles le Gros, 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 93 

de Garloman durent y être relativement bien accueillies. Boson 
étant mort le H janvier 887^, on s'arrangea bien vite pour 
transiger. Précisément, Charles le Gros était sans enfant légitime; 
la veuve de Boson lui amena son fils Louis quatre ou cinq mois 
après et l'empereur en fît son fils adoptif ^. Cet acte de condes- 
cendance du souverain était rendu possible par le fait que la veuve 
de Boson était princesse impériale, nièce au cinquième degré 
de Charles le Gros. Les conséquences en étaient claires : dès la 
mort de l'empereur, Louis devait représenter à la fois les droits 
de son père naturel et ceux de son père adoptif. Il était appelé 
légitimement au royaume de Bourgogne-Provence, avec l'expec- 
tative de l'empire. Mais, Charles le Gros étant tombé gravement 
malade, les peuples germaniques, mécontents, notamment on 
peut le croire, de cette adoption d'un prince bourguignon, l'aban- 
donnèrent à la fin de novembre pour son neveu Arnulf de Carin- 
thie. Le vieil empereur, dépouillé de tout, mourut à Neidin- 
gen sur le Danube le 13 janvier 888 ^. L'empire manquait de 
direct et légitime héritier, selon l'expression de Réginon. En 
effet, Louis n'était que fils adoptif et Bernard fils naturel. 
Chaque royaume s'occupa de se choisir un roi tiré de son 
sein : la tête manquant, les membres se séparent. 

Arnulf garde la Germanie, avec la suprématie ^, comme 
successeur de Charles le Gros ; Bérenger devient roi de Lombar- 
die, Rodolphe roi de Bourgogne jurane, Eudes roi d'Aquitaine 

1. Pierre-François Chifïlet, Hist. de Touimus, Dijon, 1664. Preuves, 
pp. 234-235 ; Gustav Richter, H. Kohi, Annalen der deutschen Geschichle, 
II, 1, Halle, 1885, p. 496, note a. — Juin 887 : « anno primo post obitum 
Bosone et régnante Karolo imperatore » [Ch. de Cluny, n° 30) . 

2. Kirchheim, pendant l'été de 887: « mortuo itaque Buosone, parvulus 
erat ei fîlius de filia Hludowici italici régis : obviam quem imperator ad 
Hrenum villa Chirihheim veniens honorifice ad hominem sibi quasi adopti- 
vum filium eum injunxit » {Ann. Fuld. continuatio Ratisbonensis 887, éd. in 
asum scholarum, 1891, p. 115). 

3. Ann. Fuld. contin. Ratisbon. 887 [ibid., p. 116). 

Pour l'interrègne en Bourgogne-Provence, voir Ch. de Cluny, n°^ 32, 36, 
37; Cart. de Saint-Barnard, 2« éd., n» 4. 

4. Eudes lui prête serment de fidélité en 888 (Favre, Eudes, p. 110) ; 
Hermengarde, pour Louis, en mai 889 (Poupardin, p. 155). 



94 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll" SIÈCLE 

et de France-Neustrie, Guj roi en Bourgogne française. Il s'agis- 
sait de savoir qui obtiendrait la France d'Austrasie. Guy s'ap- 
puvait sur la Bourgogne française et comptait sur l'archevêque 
de Reims, Eudes s'appuyait sur la Neustrie et sur l'archevêque 
de Sens, métropolitain de Paris : ce dernier prétendant l'em- 
porta. Boson avait vécu dix ans trop tôt : l'époque est bien venue 
maintenant où sur les couronnes ducales éclosent les lys royaux. 
Pendant toute cette agitation, il s'écoula deux ans et demi entre 
la mort de Charles le Gros et l'élection de Louis par les grands 
de Bourgogne-Provence, suivie de son sacre : en effet, la céré- 
monie eut lieu à Valence entre le 6 et le 22 juin 890 *. Vienne 
restait le centre du gouvernement et avait pris l'initiative de l'élec- 
tion comme en 879. Les évêques, qui font rédiger le procès- 
verbal de l'élection , s'appesantissent sur lesmalheurs causés au pays 
par l'absence de souverain et les invasions des Sarrasins. Il est 
difficile d'admettre que ces invasions aient été la seule cause d'un 
interrègne aussi long. Probablement, il fallut d'abord liquider 
l'aventure de Guy qui intéressait le duc de Bourgogne Richard ; 
puis la querelle d'Arles et de Vienne avait dû amener un 
certain antagonisme de la Provence, de manière à retarder 
l'entente nécessaire ^. De plus, il fallut le temps de se procurer 
l'assentiment du pape et l'investiture de l'empereur ; enfin, 
l'établissement des Sarrasins au Freinet l'aura déterminée. 
Tout cela, les grands ne le disent pas, naturellement; les 
protocoles ne disent jamais tout. L'assemblée reconnaît à 
la jeunesse du souverain deux tuteurs : éclairé par les conseils 
de sa mère, il trouvera sa force dans l'appui de son oncle, le 
duc de Bourgogne française Richard. Ce n'était plus un oncle 
ennemi, mais un oncle protecteur : tels sont les retours de la 

1. Valence [6-22 juin] 890 {Mon. Germ. hist., Capitularia, t. II, n» 289, 
pp. 376-377). Cf. Chartes de Cluny, n°« 42, 45, 46. 48, 49, 57, 59, 61, 70, 
78, etc.. 

2. Dès le milieu de 889, Ermengarde possède l'investiture d'Arnulf et Tar- 
chevêque de Vienne obtient l'encyclique papale adressée à répiscopat(Pou- 
pardin, p. 155). Il s'écoule encore plus d'un an, cependant, avant l'élec- 
tion. 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 95 

politique. Entre temps, les Carolingiens avaient ratifié les faits 
accomplis : l'oncle les ratifiait aussi. Le plaid de Varennes 
montre comment fonctionnait le nouvel état de choses à la veille 
de l'élection et du sacre K C'est la reine régente qui gouverne 
avec l'assistance des princes ecclésiastiques et laïques, pendant la 
minorité de son fils. Tandis que l'archevêque de Vienne était allé 
solliciter l'appui du pape, l'archevêque d'Arles accompagnait la 
reine-mère à la cour du roi de Germanie, pour lever tous les 
obstacles à l'élection du jeune roi. 

Dans cette assemblée de Varennes figure, à côté de l'arche- 
vêque d'Arles, le comte Thibert, Teutberius. Sa souscription fut 
apposée au plaid l'avant-dernière 2. Aucun acte connu ne lui 

1. Le plaid concerne Gigny (cant. Saint-Julien, arr. Lons-le-Saunier), 
et Baume, sa dépendance (cant. Voiteur, arr. Lons-le-Saunier). Il est 
donc probable que la localité où il fut tenu se trouve actuellement dans 
le département voisin de Saône-et-Loire; car, dans celui du Jura, aucune 
ne porte ce nom. Mais en Saône-et-Loire, on en rencontre trop : ce dépar- 
tement renferme une quinzaine de localités dénommées Varenne ou 
Varennes. M. Steyert [Nouv. hist. de Lyon, t. Il, p. 180) dit qu'il s'agit 
de Varennes-Saint-Sauveur (Saône-et-Loire, cant. Cuiseaux, arr. Louhans), 
localité placée à l'extrémité septentrionale du Lyonnais. 

Le plaid est certainement antérieur à la date où Louis devint empereur : 
il faut donc l'attribuer à l'an 890 qui correspond à l'indiction VIII. C'est la 
seule date possible. Si l'on trouve dans le texte mention d'actes postérieurs, 
cela prouve tout simplement que ce texte a été remanié après coup pour 
former une notice destinée à figurer dans le Cartulaire de Gigny. Pareil 
fait se rencontre fréquemment. Si la date du plaid est dans le style pisan, 
elle flotterait entre le 25 mars 890/889 et le 24 mars 890; probablement, il 
aurait été tenu par la reine en revenant de la cour d'Arnulf à Vienne. Ce 
qui le confirme, c'est que Louis n'y est pas encore qualifié roi. La reine est 
accompagnée de l'archevêque d'Arles ; celui de Vienne était à Rome. 

2. Les souscriptions du plaid de Varennes sont les suivantes : 

S. Ermengardis reginse Richardusgloriosus cornes f. 

Uindo {sic) comes f. 

Vigo [sic) comes f. 

Ratterius comes f. 
S. Rostagnus archiepiscopus Arelatensis Teubertus comes f. 
S. Andradus (sic) sanctse Cabilonensis eccle- 
siae episcopus Ragenardus comes f. 

S. Isac Gratianopolicensis episcopus. 



96 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl** SIÈCLE 

donne le titre de duc et, cependant, son importance est prédomi- 
nante. Plusieurs préceptes du jeune roi sont, de 896 à 900, obte- 
nus par les évêques ou les abbés provençaux, par l'intermédiaire 
de ce personnage. En 896 i, son intervention concerne le comté 
d'Apt. En 904 et le 21 avril 2, le souverain se trouvant à Arles, 

(S. Guichenon, Bibl. Sebus. Lugduni, M. DC. LX. Cent.I, cap. XXVI, 
pp. 60-61 ; Ilist. de Fr., IX, 663.) 

D'une part les souscriptions épiscopales, de l'autre les comtales. Il s'agit 
de Rostaing, archevêque d'Arles, et d'Ardre, évêque de Chalon, dont le 
prédécesseur Etienne siégeait encore le 18 mai 887 (Duchesne, Fastes épis- 
copaux, t. II, p. 195). On ne saurait y voir un évêque de Cavaillon 
(Poupardin, p. 153, note 2). Le comte correspondant. Renard, doit être 
le comte de Chalon : dans ce cas, ce serait le père de Manassès I 
comte de Chalon (894-918), de Renard vicomte d'Auxerre (909-925), 
de Walon évêque d'Autun (894-918) et de Mannon (910). 

Si cette correspondance entre Ardre et Renard était établie — et elle 
est probable, — on n'aurait pas de peine à admettre que le comte Thibert 
correspond, dès 890, à l'archevêque d'Arles, comme on le constatera plus 
tard. 

Toutes les probabilités portent à rétablir Vcgo, au lieu de Vigo ; c'est 
ce qu'on est obligé de faire pour l'acte passé à Vienne en août [912] 
[Descr. du Cart. de Saint-Maurice, n» 94; Gall. Christ., t. XVI, Instr.,col. 13, 
n° XVII) et Gingins-la-Sarraz a eu raison de le reconnaître {Les Hugonides, 
p. 34, note 194). Cette restitution faite, on voit ici la première mention du 
jeune comte de Viennois Hugues, dont le père, Thibaud, est mentionné on 
juin 887 pour la dernière fois(G/i. de Cluny, n° 30) et qui, sans doute, venait 
de mourir. Poupardin en convient (p. 205), mais alors il faut renoncer au 
comte Guigue hypothétique proposé par M. de Terrebasse (Poupardin, 
p. 202, note 2). Quant à Vindo, c'est Vuido qu'il faut lire. 

1. 896. u industrissimus quidam fidelis noster nomine Teutbertus illustris 
comes «(Bouquet, IX, p. 676). Cet acte prouve que Thibert remplissait les 
fonctions de comte d'Apt. 

2. Arles, 21 avril 904. « Rostagnus metropolita et Teubertus comes, nos- 
tram adeuntes excellentiam ... postulaverunt quatinus fideli nostro Magno, 
abbati ecclesie... Marie et... Victoris... in Massilia... concederemus jure 
perpetuo... fiscum... Pinus... conjacentem in comitatu Massilicnsi... una 
cum terra comitali que ante portam castri fore videtur » [Cart. de Saint- 
Victor, n» 10 ; Hist de Fr., IX, p. 682). Il résulte de cet acte que Thibert 
remplit les fonctions de comte de Marseille, puisqu'on dispose de la terre 
comtale sur sa demande et que cette terre ne dépend pas d'un comté 
étranger : du fait que l'archevêque se l'associe pour intervenir dans 
Arles auprès du roi, il résulte aussi qu'il remplissait les fonctions de 
comte d'Arles. Mais, puisqu'il remplissait les fonctions comtales à Arles, à 
Marseille, à Apt, à Avignon et ailleurs, il faut bien qu'il tienne lieu de 
duc en Provence. 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 97 

c'est Thibert, conjointement avec l'archevêque d'Arles, qui inter- 
vient afin d'obtenir pour l'abbé de Saint-Victor une concession dans 
le comté de Marseille. Le 17 septembre 903 ^, il obtient pour 
révêqued'Uzès une concession dans le comté d'Avignon ; dans ce 
même comté, il obtient un précepte en faveur de l'évêque d'Avi- 
gnon le 19 octobre 907 -. Ce dernier fait se renouvelle encore le 
16 mai 908 -K En dehors de Provence, il se trouve avec Tarche- 
vêque d'Arles, soit à Varennes en 890, soit parmi les grands qui 
procurent en 903 au comte de Valentinois Alleaume, Adalelmus^ 
la possession de ses biens à titre héréditaire ^. Cette interven- 
tion répétée de Thibert dans plusieurs des comtés les plus impor- 
tants de Provence, comme intermédiaire entre les évêques et le 
roi, enfin sa présence à Arles en 904, à côté de l'archevêque et 
auprès du souverain, sont des indices assez sûrs qu'il tint lieu de 
duc en Provence, depuis 890 jusqu'en 908. En raison du fait que 
Vienne était devenu le centre politique du royaume à partir de 
863, il est tout naturel que les ducs de Provence soient 
dès lors choisis à Vienne dans l'entourage du souverain. Pour 
Thibert, en particulier, on sait qu'il avait été l'un des fidèles de 
Boson et qu'il en avait reçu la terre de Mantaille en Vien- 
nois, où l'usurpateur avait été élu roi ^. L'existence de ce 



1. Lyon, 17 septembre 903. « Teiitbertus cornes et Walo vir strenuus, 
nostri dilectissimi fidèles » {Ilisi. de Fr., IX, G82). 

2. Vienne, 19 octobre [907]. « sub introductu cujusdam fidelis nostri ïeud- 
berti comitis » (Arcli. de Vaucluse, G. 6, f° 5; Ilisi. cleFr., IX, 683). 

3. Vienne, 16 mai [908J. « quidam spectabilis vir et propincus noster nec- 
non et carissimus nobis omnium Ilugo comes atque eciam Teubertus fide- 
lis noster » (Arch. de Vaucluse G. 6, f» 6 ; Ilist. de Fr., IX, 684). 

4. 6 juin 903. « fidèles nostri Rostagnus... venerabilis archiepiscopus, 
Berne episcopus, Liutfridus, Hugo atque Teutbertus comités illustri (Che- 
valier, Cart. de Saint-André-le-Bas, Appendix, n» 12, p. 221 ; Descr. du 
Cart. de Saint-Maurice de Vienne, n° 19.j, p. 43). 

5. [886-899]. « villani Mantulam quamgloriosus rex Bosopiissimus senior 
meus... prœcepto... magnitudinis suse mihi quondam contulerat ad possi- 
dendum, pro anima régis Bosonis... praîstantissimo filio ejus Hludovico 
domino et seniori meo, mihi quoque et uxori meœ prœdictam villam a rec- 
toribus ecclesiye Viennensis possidere volo sœclusis hasredibus meis » 
(d'Achery, Spicil., t. III, pp. 362-363, in-folio). 

Mém. et Doc. de l'École des Charles. — VII. 7 



98 lA PROVENCE DU PREMIER AU Xll^ SIÈCLE 

lien entre Boson et Thibert invite à penser qu'il n'a pas dû 
être duc de Provence tant que ce pays resta carolingien ; en 
conséquence, il était bien possessionné en Viennois avant d'ad- 
ministrer la Provence. Du temps de l'archevêque Bernoin (886- 
•}* 16 janvier 899), Thibert transféra Mantaille à l'ég-lise de 
Vienne et celle-ci lui en laissa l'usufruit en y joignant Albon, 
Tortilianum et Genissieux. Comme accroissement de bénéfice, 
Thibert reçut en 902, conjointement avec Bernard, labbaye 
d'Ambierle i. Louis accorda cette faveur à la demande de son 
beau-frère Guillaume, marquis d'Auvergne, comte de Mâcon, 
palatin de Bourgogne, dont cette localité dépendait. Peu à peu, 
Thibert vieilli s'efface devant la personnalité grandissante du 
comte Hugues, qui lui succédera en Provence : il y paraît pour 
la dernière fois le 16 mai 908 et il dut mourir bientôt après. Un 
acte du cartulaire de Saint-Maurice, daté du 13 avril [925], 
montre le comte Siboud ou Sibeud, souscrivant la donation, con- 
sentie par son frère Thibert, de biens à Mons et à « Gien » 
en Viennois, faite à leur proche le prévôt Sobon -. La qualifica- 
tion de comte donnée à l'un de ces deux frères, qui devait être 
l'aîné, et l'homonymie de l'autre, c'est-à-dire du cadet, avec le 
comte Thibert tendent à prouver qu'ils étaient ses enfants. 
Ils étaient apparentés ou alliés à la famille des vicomtes de 
Vienne dont Sobon faisait partie. On doit sans doute reconnaître 
le donateur de 925 dans Thibert, qui approuve, le 28 septembre 
[942], une concession émanée de Sobon devenu archevêque de 
Vienne -^ ; cette concession concerne l'église Saint-Nazaire de 
Four. Ce Thibert, possessionné ainsi en Viennois de 925 à 942, 
eut lui-même pour fils, de sa femme Aunenrada^ Arlulfus, ou 

1. Vienne, 11 novembre [902]. « Wilelmus inclytus dux et marchio... 
postulavit... fidelibus nostris Bernardo... ac Teutberto... de comitatu Luc- 
dunensi... in pago Rodanensi » (C/i. de Cliiny, n° 78 ; Hist. de Fr., IX, 681- 
682). Ambierle, cant. Saint-Haon-le-Châtel, arr. Roanne, Loire. 

2. Ul. Chevalier, Descr. du Cart. de Saint-Maurice de Vienne, p. 35, 
n° 139. — Cart. Saint-André-le-Bas, Appendix n° 19*. 

3. Ibid., p. 31, n° 110. — Cart. de Saini-André-le-Bas, Appendix n° 
23*. — Four, cant. La Verpillière, arr. Vienne, Isère. 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 99 

Erlulfus, et Sigibodus, Siboud i. Le premier, Arliilfiis^ pourrait 
être la souche des vicomtes de Marseille '^. En tout cas, lui et 
son frère sont propriétaires en Viennois, spécialement dans les 
environs d'Annonay. Le nom Erlulfus^ d'ailleurs, rappelle celui 
d'Arloux, existant à Vienne en 883 et fils du vicomte Angelboud 
(870-882) ^. Cette homonymie indique que le comte de Provence, 
Thibert, pourrait être le fils de ce vicomte viennois. Quant au comte 
Siboud, fils aîné de Thibert, on ne lui connaît pas de postérité à 
moins qu'il ne faille lui rattacher le comte Geilin (956-961), mari, 



1. Mercredi de mai [954?], Fan 15. « Ego... Arlulfus... pro remedio anime 
genitoris mei Teodbert et genitricis mee Aimenradane et germanis mei 
Sigibodo... de rébus meis, in pago Vienense, in agro Annonacense in villa 
...Vinonia... Signum Arlulfi... Signum Isarni. Signum Wagoni. Signum 
Poncioni. Signum alii Isarni...» [Cart. de Saint-Barnard de Romans, nouv. 
éd., n« 27; § CVIII). 

« Filio nostro... Anscherico... Siibodus genitor tuus et Agnes genitrix tua 

... donamus hereditate nostra... in pago Viennensi... ecclesia... sancti 

Marcelli... et in Solencinatis... in Varriona... in Aticiago... in Pradolatis... 
et ultra fluvium Rodani quidquid Deus mihi concessit... Signum Siibodi et 
uxoris sue Agnes... Et ego Adalsenna... dono ad nepotemmeum Ascherium 
... Vernatis...» [Cart. de Saint-Maurice, n° 87. — (^art. de Saint- André-le- 
Bas, Appendix, n° 116*). Il s'agit notamment de Saint-Marcel-lès-Annonay 
et Atticieux (commune Saint-Jacques d'Atticieux) dans l'arr. de Tournon, de 
Véranne dans Tarr. de Saint-Etienne. Il faut restituer Siibodus au lieu de 
Subodus. 

« In agro Annonacensi, in villa... Monasteriolum Sancti Marcelli... ad 
portum... Sarreria... ego Aschericus, Sancti Mauricii canonicus... Signum 
Siebodi... » [Cart. de Saint- Maurice, n° 87. — Cart. de Saint- André-le-Bas. 
Appendix n° 115*). Il s'agit de Saint-Marcel et de Serrières, dans l'arr. de 
Tournon. 

2. 18 août [955] l'an 14^. Précepte de Conrad pour Arlulfus (Saint-Victor, 
n» 1041.) 

3. Vienne, avril 870. Plaid devant le comte Girard, l'archevêque Adon 
et Angilbotone vicecomite et Judices et vicariis (Ch. de Cluny, n°15). — Juin 
882 : S. Ingelbodo [Ibid., n» 26). — 15 novembre 883, l'an second de la des- 
truction de Vienne. Don parErlulfeet sa femme Adoara, en mémoire de son 
père Angelboton et de sa mère Anne... <c in pago Viennense, in agro 
Ebbaonense, in villa... Anarionis... [Cart. Saint-Maurice de Vienne, n" 108, 
Gall. Christ., XVI,9). Anneyron (Drôme, arr. Valence, cant. Saint- Vallier), 
dans le pays d'Albon, en Viennois. 



100 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

de Goteline et de Raimodis ^, puis le comte Paton (968), dont 
l'autorité, à tous deux, paraît s'être exercée principalement dans 

1. [940-950?] « Diligendo et valde amabili seniori meo nomine Gillino 

comiti et filio suo Ainerio nomine in pa^o Viennensi, in agro Clarense, 

in villa... Santiniaco ^{Cart. de Saint-Barnard de Romans, nouv. édit.,no 21). 
Il s'agit d'une donation faite au comte Geilin et à l'un de ses fils, de biens 
sis en Viennois, dans le pays de Clérieux, par un de leurs vassaux. 

30 juin 956: « inpago Valentinensi, in vicaria Subdionense, in aice... Cor- 
natis, sive Calliario, vir inclytus nomine Geilinus comes cum conjuge sua 
Gothelina (Ul. Chevalier, Cart. de Saint-Chafjfre, n° 330). Il s'agit d'une 
donation à Cornas, dans la viguerie de Soyons et le comté de Valentinois. 
Cette localité, sur la rive droite du Rhône, est à proximité du Viennois. 
— Cornas, cant. Saint-Péray, arr. Tournon, Ardèche. 

mars 961 : « in pàgo quondam Lugdunensi quod nunc est in episcopatu 
Valentinensi Geilinus nobilissimus vir et potens... cum sua conjuge... Rai- 
modi in loco qui dicitur Manso Caviliano... Canilis [ibid., n° 345). Manso 
Caviliano n'est autre que Mâche ville (comm. Lamastre, arr. Tournon ). 

Au 7 décembre, est marque l'obit d'un comte Geilin, inhumé dans le mur 
du cloître de Saint-Maurice de Vienne, après avoir donné à la communauté 
du chapitre villas Cassagnetum et Marciaciim (Obituaire de l'église de 
Vienne. — Poupardin, p. 366). La villa Marciaco se trouvait près du cas- 
trum Pineti [Cari, de Saint-André, n° 266) et de l'église Saint-Marcel [ibid., 
n° 271). Or le castrum Pineti est sans aucun doute Pinet (commune Eyzin- 
Pinet), puisqu'on trouve le lieu de Saint-Marcel dans la même commune. Il 
faut donc chercher Marciacum dans ces parages rapprochés de Vienne et 
non pas, comme on l'a fait, à Marcieu, cant. de la Mure, c'est-à-dire à Tex- 
Lrcmité opposée du diocèse de Grenoble, D'autre part, Cassagnetum doit être 
dans les environs de Gênas (cant. Meyzieux) et de Mure (commune Saint- 
Bonnet-de-Mure, cant. Heyrieux), selon les indications fournies par le Cart. 
de Saint-André-le-Bas [n.°^ 30 et 241). Cet obit se rapporte, non pas au comte 
Geilin de 956, mais au comte Geilin mari d'Ava, père de l'évêque Odon, qui 
vivait le 18 mars 1058 (Car/, de Saint-Chafjfre, n"" 349 et 350). A cette date, 
il donne à Saint-ChaffreSaint-Barthélemy-de-Vals, Marnas et Buisson (cant. 
Saint-Barthélémy), sur la rive gauche de la Galaure. L'obit de ce comte Geilin, 
qui vivait en 1058, se trouve au 5 décembre, dans l'obituaire de Saint-Paul de 
Lyon (M.-C. Guigue, Obituarium ecclesise Sancti Pauli Lugdunensis, Bourg", 
Gromier, 1872, p. 51) et au 7 décembre dans l'obituaire de la Primatiaïe 
de Lyon (M.-C. Guigue, Obituarium Lugdunensis ecclesise, Lyon, Scheuring, 
1867, pp. 165-166; M.-C. Guigue et G. Guigue, Obituaire de Véglise pri- 
matiaïe de Lyon, Lyon, Vitte, 1902, p. 100.) La première date est celle de 
la mort ; la seconde, celle de l'enterrement. Ce comte dominait la rive 
droite du Rhône entre Lyon et Vienne. Il laissa à Lyon ses éperons dorés 
qui valaient 1000 sous et un vase d'argent de 160 sous : mais ce n'était pas 
un comte de Forez, car il fut inhumé à Vienne où il laissa, avec deux vil- 
lages, un manteau de drap d'or orné de perles et vraiment splendide. Les 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 101 

le Vienaois, sur la rive droite du Rhône ^ Dans la descendance 
plus ou moins certaine du fidèle de Boson, cette branche aînée 
et comtale paraît bien être devenue étrangère à la Provence. Elle 
est fixée dans le Viennois de la rive droite, dans le pays même 
d'où seront originaires les comtes d'Albon; mais ces deux 
races voisines, peut-être alliées, sont certainement distinctes. 
Tout au plus, la branche cadette de cette descendance, par 
Arlulf, fils de Thibert, pourrait être revenue en Provence avec 
le roi Conrad, au milieu du x*' siècle, pour y occuper un rang 
secondaire. 



III 

Hugues duc de Provence et marquis de Viennoise 
(911-928). 

Thibert fut remplacé en Provence par Hugues. Celui-ci est 
aussi connu que son prédécesseur l'est peu. Fils de Thibaud, qui 
était devenu comte de Viennois sur ses vieux jours -, et petit-fils 

actes qui pourraient concerner le comte Guillaume placé en 956 et 964 sur 
la rive droite du Rhône sont les suivants : 28 mars 944. Plaid du marquis 
Hugues pour Lyon [Cluny, 656) ; [956-957] (/Ait/. 4016; [42nov. -984-44 nov. 
982] [Ibid., 4580). 

Il faut ajouter que le marquis Geilin nommé par l'évêque du Velay 
Gotescalc en 937-938 n'est pas davantage le comte viennois de 956, mais 
Guillaume, marquis d'Auvergne et comte de Mâcon, fils (ÏAcfrediis [Cart. 
de Saint-Chaffre, n° 53) : c'est ce marquis dont l'obit figure probablement 
à Lyon au 28 juin (Guigue, Obiluaire de Lyon, 4867, p. 56; 4902, p. 44). On 
sait que Geilinus n'est qu'une forme de Guillelmus : le comte de Provence, 
Guillaume est ainsi nommé dans un acte de Montmajour (Chantelou, Hist. 
de Montmajour, Rev. de Provence, 4'"*^ année. Appendice, pp. 73-75). 

4. Mardi 44 mars [968] l'an 27. Précepte de Conrad concédant en précaire 
des terres de l'abbaye de Saint-André-le-Bas, in comitatu Viennensi, in 
agro Bogiacensi, in villa Sataratis et in Colonicas... signum Elerado, 
signuni Patoni comité... (Cart. de Saint-André-le-Bas, n^ 95). Il s'agit de 
Sarras, cant. et arr. de Tournon, ou de Sécheras, dans le même canton ; 
dans ce cas, il y aurait lieu de restituer: Sacaratis. 

2. Juin 887. « inluster vir Teutbolt comité » [Ch. de Cluny, n° 30). — Cf. 
Anr\. Bertiniani et Ann, Fuldenses, 880, 



102 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

du fameux duc de Bourgog-ne jurane Hubert, sa mère Berthe — 
une carolingienne ^ — dut lui donner l'ambition de suivre 
l'exemple laissé par son parent Boson et d'être roi quelque part, 
quand il le pourrait. Son père, qui vivait encore au mois de 
juin 887, ne tarda pas à mourir : dès 890, au plaid de Varennes, 
on voit paraître Hugues qui avait dû lui succéder comme comte 
de Viennois 2. Cette situation, la naissance de sa mère, sa 
parenté avec Louis le nouveau roi, dont il était cousin au 
sixième degré, tout cela réuni présageait à sa jeunesse un grand 
avenir. Pour le moment, c'étaient le duc Richard et le comte 
Thibert qui jouaient les premiers rôles ; mais il était destiné à 
leur succéder. Louis, ne se contentant pas d'être roi comme 
son père Boson, voulut ceindre la couronne impériale à Rome 
en héritier réel de son père adoptif, Charles le Gros. L'apothéose 
fut courte : jamais la dignité de l'Empire rénové ne se trouva 
si bas. Chassé d'Italie, Louis voulut y revenir malgré sa promesse ; 
on vit alors un bourreau mettre la main sur l'empereur pour 
lui faire subir un supplice infamant. Sa nouvelle tentative sur 
l'Italie manquée, Louis fut ramené dans Vienne aveugle ; le 
comte Hugues, en qui il retrouvait sans doute le compagnon 
de sa jeunesse, reçoit les marques de sa confiance et de son affec- 
tion. Le jour de Pâques 1 7 avril 902/3, ce comte intervient avec l'ar- 
chevêque de Vienne pourjjrocurerau vicomte de Vienne ^ des biens 

1. Fille de Lothaire II et de Waldrade, née de 852 à 855 ou vers 860, 
elle épousa Thibaud avant 880 ; elle en eut Hugues, Boson et Thiberge. 
Elle épousa ensuite, avant 906, Albert le Riche, marquis de Toscane, 
dont elle eut Guy, Lambert et Ermengarde. Elle gouverna Fltalie par 
l'amour, dit Liutprand, et mourut à Lucques le 8 mars 925 [Hist. de Fr., 
IX, p. 105 : Liudprandi Antapodosis, Lib. III, § 18). Son épitaphe a été 
publiée de bonne heure (F. Contelorio, Mathildis comitissœ genealogia. 
Interamnœ MDLVII, pp. 37-38). 

2. Varennes [890]. « cuncti principes Ludovici... Ugo comes... » [Hist. 
de Fr.^ IX, pp. 663-664). Il est le 3" des six laïques. 

3. Vienne, 17 avril 902/3. « Ragamfredus venerabilis Viennensium archie- 
piscopus necnon et sacri palatii nostri notariorum nostrorum summus 
atque illustris comes Hugo nosterque propinquus... in pago Viennensi... » 
(Ul. Chevalier, Descr. du Cart. de Saint-Maurice, n° 193. — Ed. Cart, Saint- 
André, App. 11*). 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 103 

en Viennois. Deux mois plus tard, le 6 juin, il ne paraît être 
encore officiellement que comte de Viennois, quand il inter- 
vient avec d'autres personnages en faveur du comte de Valen- 
tinois ^ ; de même en avril 907 et vers 908, quand Farchevêque de 
Vienne déclare agir de son conseil et avec son aide 2. Mais sa puis- 
sance dans le royaume entier ne tarde pas à se manifester : pour la 
première fois, le 16 mai 908, il sert avec Thibert d'intermédiaire 
entre un évêque provençal et l'empereur 3. H s'agit de l'église 
d'Avignon. Hugues ne reçoit que le titre de comte dans ce 
précepte, — tout comme Thibert — ; mais celui-ci, dont on 
appréciait jadis l'activité et le mérite par les termes élogieux 
dindustj'issimus et d'illustris cornes, ou encore par celui de 
dilectissimus, se voit fort sèchement traité de fidelis nos- 
ter, sans plus. Le contraste est d'autant plus vif que le notaire 
Garnier, rédacteur du précepte, ne trouve pas d'épithètes assez 
flatteuses pour honorer le favori dont la puissance commence à 
dominer, soit qu'il les ait recueillies réellement de la bouche 
impériale, soit qu'il cherche à les amplifier lui-même. Selon son 
témoignage, Hugues, cet homme respectable, ce proche de l'em- 
pereur, est chéri entre tous par le souverain. Dès lors, évidem- 
ment, Hugues est le premier personnage du royaume : son 
influence a remplacé celle du duc de Bourgogne Richard, oncle 
du roi, et celle de Thibert. C'est fort naturel : comte de Vien- 
nois, il se trouvait constamment auprès de la personne du, sou- 

1. 6 juin 903. «fidèles nostri Rostagnus... venerabilis archiepiscopus, 
Berno episcopus, Liutfridus, Hugo atque Teutbertus, comités illustri » 
(Ul. Clievalier, Descr. du Cart. de Saint-Maurice, n" 195. — Éd. Cart. Sainl- 
André-le-Bas, Appendix n° 12). Thibert répond à Rostaing d'Arles, et Liut- 
frid à l'évêque Bernon. 

2. [30 avril 907-novembre 908]. <; ego Alexander sacre sedis Viennensis 
archiepiscopus... cum consilio et auxilio Ugonis incliti comitis... » ([Ul. Che- 
valier], Cart. de Saint-Barnard de Romans, nouv. éd., n» 6). — Jeudi, avril 
[907] (Ul. Chevalier, Descr. du Cart. de Saint-Maurice, n^ ^0; en extrait, 
dans Cart de Saint- André-le-Bas. Appendice, n° 104*, §3). 

3. Vienne, 16 mai [908]. « quidam spectabilis vir et propincus noster 
necnon et carissimus nobis omnium Hugo comes atque eciam Teubertus 
fidelis noster » (Arch. de Vaucluse, G. 6, f« 6 : Hist. deFr., IX, 684). 



i04 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

verain dont il avait la garde. Hugues était homme à profiter de 
la situation. Peu à peu, le comte de Viennois devint, dans Tordre 
laïque, ce qu'était déjà l'archevêque de Vienne dans l'ordre 
ecclésiastique. Celui-ci était placé à la tête de la chancellerie du 
royaume; Hugues assuma la direction du pouvoir militaire. Cette 
première intervention du comte de Viennois, hors du Viennois, 
en 908, s'explique par le fait que la Provence venait, en 907, de 
perdre son autonomie administrative. Les affaires de ce pays 
étaient désormais sous le contrôle de l'archichancelier et du 
comte. Quand il eut atteint cette situation prééminente, il lui 
fallut un titre légal qui y correspondît. Il l'eut bientôt : 
pour la dernière fois, il paraît à Vienne en août [912?] avec 
la simple qualification de comte ^ Dès le début de cette 
année 912 ou la fin de 91i, il est cité à un plaid impérial par 
l'évêque de Valence, en qualité de duc et marquis. Le duc est 
condamné par V ordre de l'empereur, du conseil desévêques et sur 
le jugement des comtes qu'assistent les autres fidèles. Ces 
termes précis et juridiques du plaid sont à noter : mais le 
rédacteur de l'acte a soin de montrer, avant tout, le duc touché 
par sa piété envers l'église. Bientôt, le 4 avril [912J, interve- 
nant en faveur de Téglise d'Avignon, en compagnie de l'arche- 
vêque d'Arles, il est qualifié de duc pour la seconde fois dans un 
précepte royal ^. Cette intervention simultanée de l'archevêque 
et de Hugues, en faveur d'une église de Provence, prouve évi- 

1. Vienne, dimanche [2, 9, 16, 23 ou 30] août [912], Tan 12«. «ego in Dei 
nomine Vego(stc r=: Vcgo)gratia Dei cornes... in comitatu Viennensi, in villa... 
Trecihanus... Signiim Vegoni (sic = Vcgoni) gratia Dei comitis... »(U1. Che- 
valier, Descr. du Cart. de Saint-Maurice, n° 94. — Gall. Christ., t. XVI, 
Instr.,col. 13, n« XVII). 

2. Vienne [septembre 912/1,22 février] 912, indiclion XV, l'an XI. « veniens 
vir venerabilis Remegarius sanctae Valentinensis ecclesiœ prsesul... procla- 
mans... Villam Novam... Hugo inclytus dux et marchio... Villam Novam 
malo ordine tenebat... » {Gall. Christ., XVI, Instr. eccl. Valentinensis, col. 
101, n° I). Présents : les archevêques de Vienne et d'Embrun, l'évêque de 
Grenoble, les comtes d'Arles et de Valence. Le texte du jugement est 
rédigé sur l'ordre, non de l'empereur, mais de son archichancelier, c'est-à- 
dire de l'archevêque de Vienne. 

[Vienne], 4 avril [912]. « Ugo dux et ^loriosus çomes nçcnooçt Boso fra- 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS lOS 

demment que le comte de Viennois remplissait désormais les 
fonctions de duc ou marquis de Provence. Thibert dont on ne 
parle plus était, sans doute, mort dans l'intervalle, c'est-à-dire 
entre le 16 mai 908 et le 4 avril 912, et le favori Hugues lui 
avait succédé. Il est très probable que la concession du titre de 
duc à Hug-ues coïncide avec cette mort. 

Quand on examine tous les actes qui le concernent depuis 
cette époque, si peu nombreux qu'ils soient, il semble bien s'en 
dégager certains faits. On voit que les actes royaux le qualifient 
tantôt comte et duc, tantôt duc et marquis, tantôt comte et 
marquis ^ Les actes émanés des archevêques de Vienne le qua- 
lifient tantôt duc, tantôt comte et marquis 2. L'acte passé à Arles 

ter suus sive domnus Rothstagniis archiepiscopus... » (Arch. de Vaucluse, 
G. 6, f° 7. — Hist. de Fr., IX, 685, n» XVI). 

A propos de la date des trois actes précédents, voir plus loin l'Appendice 
spécialement consacré au mode de dater les actes du règne de Louis 
l'Aveugle. 

1. 4 avril [9121. « Ugo dux et gloriosus comes... » pour Avignon... {Hist. 
deFr., IX, 685, n« XVI). 

920. « Hugo inclitus comes et marchio nosterque fidelis et propinquus... 
aliquid ex rébus de comitatu ipsius que pertinent ad vicecomitatum... » en 
Viennois... (Bruel, Ch. de Clany, n» 223). 

[22 janv. 919-9 juillet 9261. «Hugo inclitus comes et marchio nosterque 
fidelis et consanguineus... » en Viennois... (Ul. Chevalier, Descr. du Cart. 
de Saint-Maurice, n° 197. — Cart. de Saint-André-le-Bas, App. n° 13*). Ce 
précepte est postérieur au 22 janvier 919 : cf. Descr. du Cart. de Saint- 
Maurice, n° 40. — Saint-André-le-Bas, App. n° 104*, § 5). 

[s. d.]. « inclyti ducis ac marchionis nostri Hugonis videlicet propinqui 
nostri... » pour Valence (Hist. deFr., IX, p. 685, n» XVII). 

2. 23 juillet [922]. « Alexander... domnus Hugo comes et marchio nostram 
expetit et mansuetudinem... » en Viennois... « S. Hugonis ducis ob cuj[us] 
deprecatione[m] presens factaest prestarie conlacio... » [Descr. du Cart. de 
Saint- Maurice, n<» 121. — Cart. Saint-André-le-Bas, App. 18*). 

[22 janvier 919 ?-9 juillet 926]. « Alexander... ad deprecationem et 
salubrem ammonitionem domni Hugonis gloriosi ducis...» en Viennois... 
(Ul. Chevalier, Descr. du Cart. de Saint-Maurice, n° 95. — Cart. Saint- 
André-le-Bas, Xpp. 15*). 

A ces deux textes émanés de l'archevêque, on en peut joindre un troi- 
sième de l'abbé de Saint-Barnard : 

Romans, 14 juin [917]... « Fortunius abbas... consensu domni Ugonis 
incliti ducis... » (Cart. de Saint-Barnard de Bomans, nouv. éd., n^ 9). 

Il y en a un quatrième émané d'Aymon, abbé de Saint-Martin d'Autun, 



106 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll® SIÈCLE 

par un particulier et relatif à des biens sis dans le comté d'Arles 
le qualifie d'abord duc et marquis, puis comte et marquise Quant 
à Hugues lui-même, il se qualifie comte et marquis dans le dispositif 
de ses actes relatifs au Viennois ; mais sa souscription porte, de 
préférence, la seule qualité de duc 2. H s'agit de déterminer la 
valeur propre des titres de duc et de marquis donnés ainsi 
désormais au comte. A ne considérer que les actes émanés de 
la chancellerie pontificale de Vienne, il semblerait que ces qua- 
lités de duc et de marquis étaient considérées comme équivalentes 
en fait, puisque le comte de Viennois les y reçoit l'une ou l'autre 
alternativement. Ces actes ne les lui donnent jamais toutes deux 
ensemble et cela tendrait encore à prouver l'équivalence de 
fait, car il y aurait une redite inutile à les donner Tune et 
l'autre dans le même acte, si l'équivalence est admise. Hugues 
lui-même, dans l'un de ses actes personnels, se fait qualifier comte 
et marquis dans le dispositif, mais il y souscrit avec la qualité 
de duc : ce serait là un autre indice apparent que les qualités de 



et relatif au Viennois : mercredi, 2 mars 926 : (( Aimo... abbas... per consen- 
sum et suasionem nobilis principis et marchionis Hugonis... accesserunt 
Viennensis ecclesiae filii et legati... missi a domino Alexandro archiepiscopo 
et canonicis ejus... ut villam Tortilianum... permutarent... )) [Cart. de Saint- 
Maurice de Vienne, n° 29 ; Mabillon, Diplom., S66 ; G. Rivoire de 
la Bâtie, Albon et le concile d'Epaone ; Revue du Dauphiné et du Viva- 
rais, t. I, pp. 135-136, Vienne, 1877, in-8). 

1. Arles, 3 octobre 921. « ego Ripertus banc cartam commutationis 
cum domno Ugone duce et marchione facere volui... in commitatu Arela- 
tensi, in valle Saxollica, in terminio de villa Juncarias mansiones très et 
casales dirutos... donat Ugo comes et marchio Riperto molinum qui est 
de comitatu Arelatensi, in loco... a la Fossa in fluvio Alsini... » (Authen- 
tique d'Arles, f° xxviii, n» XXVI ; Bibl. de Carpentras, ms. n° 1836, f° 
220 r» iPeiresc, Reg., LXXIV, vol. 1). 

2. [Vienne], 25 décembre [920]. <( ego... Hugo comes et marchio... » (en 
Viennois). « Signum Hugonis ducis... » (Ul. Chevalier, Car^. de Saint- André- 
le-Bas, n» 124). 

[25 octobre 912-mai 924]. « Ego in Dei nomine domnus Ugo venerabilis 
comes et marchio... pro remedio anime uxoris mee nomine Ville regine... » 
en Viennois... u Signum domni Ugonis comitis et marchionis... » [Cart. 
de Saint-Pierre de Vienne^ n° 96, — Ul. Chevalier, Cart, de Saint-André- 
le-Bas, App. n» 14*), 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 107 

marquis et de duc étaient équivalentes de fait. Mais, dans un autre 
acte, il reçoit dans la suscription et prend dans la souscription 
les deux qualités à la fois. Donc, il est bien évident que, si ces 
qualités étaient à peu près équivalentes, elles n'étaient pas iden- 
tiques. L'autorité du marquis dans sa marche s'étendait sur 
plusieurs comtés, comme celle du duc dans son duché : mais une 
marche était moins importante qu'un duché et elle était autre 
chose. Ainsi la qualité de duc, plus éminente, était forcément celle 
des deux que Hugues devait joindre de préférence à son nom ^ en 
faisant apposer sa souscription aux actes. Le protocole de l'arche- 
vêque de Vienne et celui de Hugues examinés, reste à considérer 
la chancellerie impériale : c'est là évidemment que doit se rencon- 
trer le stjle officiel le plus rigoureusement précis. Puisque l'un 
des préceptes et le plaid impérial donnent à Hugues les deux 
qualités de duc et de marquis à la fois, c'est une confirmation de 
l'indice qu'elles avaient chacune leur valeur propre. Cette valeur 
propre à chacune se précise clairement quand on forme trois 
séries des actes impériaux suivant qu'ils donnent au comte de 
Viennois le titre de duc, le titre de marquis ou les deux à la 
fois. L'examen du dispositif révèle que la première de ces séries 
se compose de préceptes relatifs au pays de Provence. La 
deuxième se compose de préceptes relatifs à la région vien- 
noise ; la troisième enfin se compose d'un précepte et d'un plaid 
relatifs au Valentinois, région intermédiaire entre les deux pré- 
cédentes. Se reportant à la chancellerie du comte lui-même et 
opérant un tri analogue des actes qui en émanent, il résulte de 
cet examen que les actes, dont la suscription annonce le marquis, 
concernent le Viennois. Le protocole officiel de la chancellerie 
impériale et le protocole personnel du comte observent donc la 
même règle. Quant à la chancellerie archiépiscopale de Vienne, 
elle donne en Viennois au comte, tantôt son titre régulier de mar- 

4. On a deux exemples d'actes où la souscription porte la qualité de 
duc, quand le dispositif annonce le marquis ; par contre, on n'en a aucun 
où la souscription porte la qualité de marquis, quand le dispositif annonce 
le duc. 



108 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xlî'^ SIÈCLE 

quis, tantôt son titre préféré de duc : cette chancellerie est donc 
moins stricte de forme. L'acte artésien qualifie Hugues : duc [de 
Provence] et marquis [de Viennoise]. Puis, comme Hugues 
dispose d'un bien du comté d'Arles qu'il possédait personnelle- 
ment sur la rive droite du Rhône, l'acte le qualifie : comte 
[d'Arles] et marquis [de Viennoise]. C'est là un simple acte 
privé où il faut encore moins, en principe, chercher les 
formes strictes. L'accord des deux premières chancelleries 
suffît à mettre en lumière le fait que le comte de Viennois 
Hugues jouissait, depuis 911 ou 912, du titre de duc pour la 
Provence et du titre de marquis pour la Viennoise. Les actes offi- 
ciels qui concernent le Valentinois annoncent la double qualité, 
c'est-à-dire le duc [de Provence] et le marquis [de Viennoise]. Le 
Valentinois, placé entre la Provence et la Viennoise, relevait donc 
de l'un et de l'autre. Il s'agit de préciser dans quelle mesure. 

On sait que, depuis la division de la province romaine en Pro- 
vence et en Viennoise, le Valentinois se trouvait être une partie 
intégrante de la Viennoise, comme le Diois l'était de la Provence. 
Mais, le partage de 863 ayant ajouté une fraction de la Viennoise à 
la Provence pour former le lot de Louis H, cette fraction se com- 
posa des comtés de Tarentaise, de Maurienne, de Graisivaudan 
(diminué de la Savoie et du Sermorens), de Tullins (démembré 
de Vienne) et du Valentinois (moins celui de la rive droite). 
Depuis lors le Valentinois de la rive gauche, sans cesser d'être une 
terre viennoise, fut pratiquement uni à la Provence. Le précepte 
de 903, en faveur du comte de Valentinois, n'est pas délivré Jussii 
imperiali; le plaid royal de 912, en faveur de l'évêque de Valence, 
est dicté par le notaire viennois Thion, plutôt que par Garnier. 
Ces deux faits semblent prouver que, de 899 à 907, ce Valenti- 
nois, en droit, ne relevait pas directement de l'empereur, comme 
en relevait la Provence, et que ses affaires passaient alors, comme 
celles du Viennois, par l'intermédiaire de l'archichancelier. 
Mais, puisque la chancellerie viennoise donne à Hugues la double 
qualité de duc et de marquis dans les actes administratifs qui 
concernent le Valentinois, ce fait prouve que la tradition créée 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 109 

par les partages carolingiens était toujours vivante. Quand le 
duché de Provence et la marche de Viennoise furent créés en 
91 1 pour le comte Hugues, le Valentinois de la rive droite resta 
partie intégrante de la marche de Viennoise, tandis que celui de 
la rive gauche demeura joint au duché de Provence. Ce duché 
comprenait donc la Provence proprement dite, dont la chancel- 
lerie de 899 à 907 relevait directement du souverain, et, déplus 
la terre viennoise du Valentinois de rive gauche dont l'adminis- 
tration passait toujours par l'intermédiaire viennois de 1 archi- 
chancelier. Les préceptes adressés à l'évêque de Valence, dont 
le diocèse comprenait les deux Valentinois, devaient donc bien, 
pour se conformer à la réalité, qualifier Hugues à la fois duc pour 
la rive gauche et marquis pour la rive droite. Ces préceptes 
devaient aussi, comme ceux du Viennois, passer par la voie 
hiérarchique de l'archichancelier. 

L'acte artésien de 92J qualifie Hugues à la fois duc et mar- 
quis, pour la même raison que les actes officiels relatifs au 
Valentinois. En effet, cet acte concerne un immeuble dépen- 
dant du comté d'Arles, à Jonquières, et Jonquières se trouve sur 
la rive droite du Rhône. Si donc la Provence de la rive gauche 
et le Valentinois de la rive gauche formaient le duché, la partie 
des comtés d'Arles et d'Avignon sise sur la rive droite devait, 
comme l'Uzège, le Vivarais et le Valentinois de la rive droite, 
dépendre de la marche. En cela, les traditions du duché de 
Lyonnais persistent. 

Il est probable que les comtés de TuUins, de Graisivaudan, 
de Maurienne et de Tarentaise, ces autres terres viennoises 
jointes à la Provence en 863, ont fait partie de la marche de 
Viennoise en 91 1, au lieu de suivre le sort du Valentinois de rive 
gauche. Aucun précepte de la chancellerie impériale ne concerne 
ces contrées à cette date et, ainsi, la preuve de ce fait manque. 
Cependant, en raison de la prépondérance de plus en plus marquée 
de Vienne sur Arles, la probabilité en est assez forte : dans 
le cas contraire, la marche de Viennoise eût été bien restreinte. 

Personne ne sera surpris de voir restaurer le duché de 



110 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll*^ SIÈCLE 

Provence en faveur du comte de Viennois, mais l'érection en 
marche de la Viennoise elle-même, à la place du duché de Lyon- 
nais, est une nouveauté. La marche est une frontière organisée 
militairement contre les attaques possibles de l'étranger qui l'en- 
toure au dehors. Il importerait de dire si cette organisation du 
royaume de Provence était dirigée contre le royaume de France, 
contre celui de Lombardie, ou contre celui de Bourgogne jurane. 
L'excellent travail de Desimoni donne des informations nettes 
et précises sur l'organisation du royaume de Lombardie K Tant que 
l'unité de l'empire d'Occident a subsisté, tant que ce royaume a fait 
corps avec lui, les seules marches dont on constate l'existence 
sont celles qui garnissaient les frontières de l'empire. Ce sont 
celles du Frioul à l'est contre les Slaves, de Spolète au sud 
contre les dépendances plus ou moins directes de l'empire 
d'Orient, de Toscane à l'ouest contre la mer et les Sarrasins. Ce 
sont là, proprement, les trois marches impériales de Lombardie : 
elles forment un système complet et continu, si l'on prend 
garde à un fait évident que Desimoni ne paraît pas avoir songé 
à mettre en relief. Le duché papal de Rome est, en réalité, une 
marché ecclésiastique dépendant de l'empire d'Occident entre 
Spolète et la Toscane. Dans ce système, le royaume de Lombar- 
die faisant corps avec l'empire, il ne pouvait y avoir de marche 
au nord de ce royaume contre la frontière de Germanie. Le sys- 
tème se raccordait au nord-est avec les marches germaniques et 
au nord-ouest avec les marches romanes de Provence, de Gothie et 
d'Espagne. L'empire d'Occident se disloque à la mort de Charles 
le Gros et le royaume de Lombardie se choisit un roi dont la 
dépendance, vis-à-vis du roi de Germanie, n'est plus que nomi- 
nale. Les marches d'empire deviennent marches royales : 
elles subsistent, mais la dislocation qui vient d'avoir lieu rend 



1. Cornelio Desimoni. Sulle marche (Tllalia e sulle loro diramazioni 
in marchesati. Lettere cinque al comm. Domenico Promis. Seconda 
edizione accresciuta di altri studi dello stesso autore e corredata di alcune 
tavole genealogiche (estratto dagli Atti délia Società Ligure di Storia 
palria^ vol. XXVIII, fasc. 1, série terza), pp. 141-130. 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 111 

leur système incomplet. Désormais, le royaume de Lombardie 
doit se couvrir au nord comme il l'est déjà sur ses autres fronts : 
il doit se couvrir contre la Germanie et contre la Bourgogne. 
Voilà pourquoi Desimoni constate la création de deux marches 
septentrionales dont les titulaires paraissent en 891 et en 892. 
La première, qui est celle d'Ivrée, couvre le royaume contre 
la Bourgogne jurane et Aoste ; la seconde, qui est celle de Brescia- 
Modène le couvre contre la Germanie et Coire. Ce n'est pas tout. 
Les rapports entre la Lombardie et la Provence étaient alors 
fréquents ; si les tentatives de la Bourgogne jurane pour 
dominer la Lombardie furent de courte durée et peu heureuses, 
en revanche celles de la Provence réussirent mieux. Après la 
catastrophe de Louis l'Aveugle, Hugues demeura plus de vingt 
ans roi de Lombardie. Aussi, la marche d'Ivrée faisait tête 
directement à Aoste et non pas à la Provence, quoique son 
étendue englobât, paraît-il, tout le Piémont. Dès que l'intluence 
provençale disparaît avec Hugues (-j- Arles, 10 avril 947) et son 
fils Lothaire (-j- 22 novembre 950), la préoccupation nouvelle de 
se couvrir mieux contre la Provence et la Viennoise se fait jour. 
Ivrée reste en sentinelle devant Aoste : quant au Piémont et 
à la Ligurie, face aux Alpes jusqu'à la mer, leur territoire s'or- 
ganise en trois marches serrées l'une derrière l'autre, de manière 
à s'opposer, par trois lignes successives, aux Provençaux qui 
descendraient des Alpes ou à l'ennemi qu'amènerait la mer. Ces 
trois marches appuyées l'une sur l'autre sont celles de Gênes- 
Milan, de Savone-Montferrat et d'Albenga-Turin. Voilà pourquoi 
Desimoni en constate l'existence dès l'avènement de Bérenger, à 
la fin de 950. Désormais les Alpes étaient bien gardées : les 
hommes les plus prévoyants ne pouvaient se douter que quatre- 
vingts ans plus tard, la Provence et la Lombardie seraient placées 
sous le même sceptre et que, aussitôt après, les deux revers des 
Alpes se trouveraient unis parle mariage imprévu, avec un comte 
viennois, d'Adélaïde deTurin, deux fois veuve sans enfants d'époux 
tirés de la Germanie. Ce qu'il faut retenir de tout cela, c'est que 
le système défensif de la Lombardie contre la Provence n'a été 
créé qu'en 950, à l'avènement de Bérenger. 



112 LA PROVENCE DU PREMIER AL' XIl^ SIÈCLE 

Si le royaume de Provence a constitué lui-même une marche 
contre la Lombardie, il ne l'a fait, évidemment, qu'après avoir 
perdu tout espoir de la dominer, ou bien pour répondre à une créa- 
tion correspondante de la Lombardie contre lui-même. Il aurait 
pu la créer en 90o après la catastrophe de Louis l'Aveugle, 
mais on sait qu'il ne l'a pas fait : la raison en est sans doute 
que les Viennois ne renonçaient pas encore à passer les Alpes. Ne 
l'ayant pas fait en 905 , on voit moins encore pourquoi cette marche 
viennoise contre la Lombardie aurait été créée en 911. Si elle 
l'avaitété alors, laLombardien'aurait pas attendu 9o0, de son côté, 
pour organiser la marche de Turin. En conséquence, ce n'est pas 
contre la Lombardie que la Viennoise paraît être devenue une 
marche en 911 sous l'autorité du futur roi de Lombardie. 

Ce ne doit pas être davantage contre le royaume de Bourgo- 
gne jurane : car, à cette époque qui répond à la fin du règne de 
Rodolphe P"", les relations entre les deux royaumes paraissent 
avoir été bonnes. C'est l'époque où le notaire Garnier, d'origine 
probablement jurane, dirigeait la chancellerie viennoise : la sœur 
du roi de Jurane, Adélaïde, était d'ailleurs la tante par alliance 
de Louis l'Aveugle. Enfin le marquis de Viennoise, Hugues, allait 
bientôt épouser la veuve du roi de Jurane. 

Reste le royaume de France. On sait que Louis l'Enfant, 
roi de France orientale et le dernier des Carolingiens de l'est, 
était mort en 911 i, probablement le 2i septembre. La Lor- 
raine passa entre le 10 octobre et le 20 décembre à Charles le 
Simple, roi de France occidentale -. Pendant que Conrad de Fran- 
conie, élu comme roi au delà du Rhin, cherchait à reprendre la 
Lorraineet se trouvait en Alsace, on voit le roi de Bourgogne jurane 
Rodolphe venir à Baie en 912, sans doute pour avoir une entre- 
vue avec lui ^. Il est donc probable que la Bourgogne penchait alors, 

1. Entre le 16 juin et le 10 novembre, peut-être le 24 septembre 
(G. Richter, Annalen der Deutschen Geschichte im mittelalter II Abtei- 
lunj^, zweite halfte. Halle, 1887, pp. 538-539 : 911, note a). 

2. Ibid.^ p. 540, note c; Robert Parisot. Le royaume de Lorraine, Paris, 
1899, p. 583. 

3. Richter, p. 542, note a. 



Le tiOYAUME DE PROVENCE VIENNOIS li3 

plutôt du côté de la Germanie que vers Charles le Simple. Ainsi, 
que le royaume de Provence se soit mis en g-arde lui-même contre 
le royaume de France occidentale à la fin de 911, cela n'aurait 
rien de surprenant, en raison de l'expansion récente de ce voisin. 
Depuis la dislocation de l'empire, on observe d'ailleurs dans le 
royaume de France occidentale ce qui s'était produit dans celui de 
Lombardie. Le réseau des marches impériales se complète par des 
marches nouvelles contre la Bourgogne et la Lorraine. Contre la 
Lorraine, il suffît de nommer ici le comté de Flandre, à partir 
de Baudouin II (879, -J- 10 septembre 918) \ et les marches 
ecclésiastiques des évêques-comtes -. Contre la Bourgogne, 
la partie orientale du duché de Guyenne, c'est-à-dire le comté 
d'Auvergne, obéit désormais à un marquis; de même, le 
comte d'Autun, qui remplit les fonctions de duc dans le duché 
de Bourgogne française, est dénommé marquis, en raison de sa 
situation. Le comte d'Auvergne Guillaume paraît avec la qualité 
de marquis dès le H novembre 902 •^. Le comte d'Autun, 
Richard, de même, le 30 juin 90S^. 

Le système se complétera par les marches ecclésiastiques des 
deux évêques-comtes de Gévaudan et du Puy, de sorte que la 
ceinture du royaume de France sera formée par les anciennes 
marches impériales d'Espag-ne et de Gothie, auxquelles se join- 
dront celles de Gévaudan, de Velay, d'Auvergne et d'Autun, 
pour aboutir, par Langres, Chalon, Reims, Laon, Noyon et Beau- 

1. Baudouin II, dit le Chauve, succéda à son père en 879 (Léon Van- 
derkindere, La formation territoriale des principautés belges au moyen 
âge, t. I®"", seconde édition, Bruxelles, H. Lamertin, 1902, p. 45 ; cf. pp. 42- 
44). Il mourut le 10 septembre 918, au témoignage de Folcuin qui écri- 
vait vers 960 et qui l'appelle inclitus jnarchisus (Chronique de Folcuin, 
dans Guérard, Cart. de Saint-Bertin, Paris, 1841, pp. 139-140, n"^ LXXIII). 
Markamvero ejus filii ejus inter se diviserunt {Ibid., p. 140, n° LXXIII). 

2. Ces marches ecclésiastiques ne s'organiseront définitivement qu'à 
dater du moment où elles deviendront nécessaires : c'est-à-dire, 
à partir du moment où la France occidentale devra renoncer définitive- 
ment à la Lorraine et se couvrir contre elle. 

3. Bruel, Rec. des Ch. de Clumj, n» 78. 

4. J. Munier, Cl.Thiroux, Recherches d'Autun, Dijon, 1660, pp. 86-88. 

Mém. et Doc. de VEcole des Chartes. — VU. H 



114 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll^ SIÈCLE 

vais^ à la Flandre. Gela n'empêche pas Richard, marquis de 
Bourgogne française, d'être le propre oncle du roi de Provence : 
d'ailleurs, sa marche est dirigée plutôt contre le royaume de 
Jurane. Gela n'empêche pas davantage Guillaume, marquis d'Au- 
vergne, d'être le beau-frère dudit roi de Provence et de posséder 
le comté palatin de Bourgogne, hors du royaume de France. 
Puisque ces relations personnelles n'ont pas empêché Richard et 
Guillaume de gouverner des marches créées en principe contre la 
Provence et la Bourgogne, elles n'ont pas dû empêcher davan- 
tage le royaume de Provence de constituer la marche de Vien- 
noise à la fin de 911, à un moment où l'expansion de la France 
occidentale se faisait sentir dans l'ancien royaume de Lotha- 
ringie. 

La marche de Viennoise, créée ainsi entre le 24 septembre 91 1(?) 
et le 22 février 912, comprenait sans doute tous les pays du 
royaume de Provence placés hors du duché de Provence. A 
peine le comte de Viennois Hugues était-il ainsi devenu duc de 
Provence et marquis de Viennoise, c'est-à-dire, par le fait, une 
sorte de vice-roi du royaume de Provence, que Rodolphe roi de 
Bourgogne jurane vint à mourir le dimanche 25 octobre 912. 
Hugues profita sans tarder de sa nouvelle et éminente situation 
pour conclure son premier mariage politique : en attendant 
d'être roi, il épousa une reine. Il était né, semble-t-il, vers 875 : 
le roi de Jurane, élu en 888, avait dû naître lui-même après 
850 ^, car son fils Rodolphe II ne se maria qu'en 922. Il n'y 
avait donc pas de disproportion d'âge choquante entre Hugues 
et la reine Wille, veuve de Rodolphe P^' et mère de Rodolphe II, 
en ce sens que, si elle était plus âgée que le duc, elle ne pouvait 
l'être beaucoup plus. G'est en raison de cette union que Wille 
vint mourir à Vienne et fut inhumée dans l'abbaye de Saint- 
Pierre : le duc fait alors un don à cette abbaye, pour le repos 
de son âme, et le rédacteur de l'acte n'a garde d'oublier 

1. Son oncle Hugues l'abbé est mort à Orléans le 12 mai 886 ; ses 
oncles au 5^ degré, Guelfe, abbé de Saint-Riquier, et Conrad, comte de 
Sens, sont morts le 14 novembre 882 et le 22 mars 882/3. 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 115 

son titre de reine i. Ce mariage n'empêchera pas, plus tard, cet 
homme avisé d'épouser pour la même raison politique la propre 
belle-fille de Wille, c'est-à-dire Berthe, devenue veuve, le 11 juin 
937, de Rodolphe IL Personne ne semble avoir pratiqué avec 
plus d'esprit de suite des mariages de raison, qui n'appor- 
taient, d'ailleurs, aucune gêne aux exigences de son cœur: la mai- 
son de Hugues offre des analogies incontestables avec le harem 
bien organisé d'un riche pacha à trois queues. Il s'y trouve toujours 
une épouse et plusieurs femmes de choix 2. Les épouses contri- 
buaient l'une après l'autre, par leur origine, à la grandeur de la 
maison et elles se succédaient rapidement : on en compte au moins 
cinq et chacune d'elles répond à l'influence politique prépondé- 
rante du moment. 

Par un changement bien naturel, à partir de l'instant où le 
comte de Yieanois Hugues devient duc de Provence et marquis 
de Viennoise, ce n'est plus Vienne qui est son centre d'action, 
mais la Provence et Arles. Dans Vienne, il n'était après tout 
que le second ; dans Arles, il est le premier et c'est là ce qu'il 
lui faut. Quand l'Italie se tournera vers lui, ce n'est pas le mar- 
quis de Viennoise qu'elle verra en lui, mais le maître incontesté 
de la Provence "^. Gomme tous les ducs, Hugues possède et 
retient personnellement le comté ou les comtés les plus impor- 
tants de son duché : suivant ce principe, le duc de Provence 



1. Voir ci-dessus, p. 106, n. 2. Poupardin, p. 224, n. 6, donne, entraîné 
par l'abbé Ul. Chevalier, la date approximative de 910 à cet acte et c'est 
une erreur certaine, puisque Rodolphe est mort le 25 octobre 912. Il ne 
réfléchit pas que Wille est forcément la veuve de Rodolphe, en raison de 
son titre de regina. Le rédacteur de l'acte, en le lui donnant, n'a commis 
aucune confusion et savait ce qu'il disait. En mai 924, Wille sera morte et 
Hugues remarié avec Ermengarde (Cluny, n" 241). Plus tard, il aura Hilda, 
puis Berthe. 

2. Liudprandi Antapod., lib. IV, § 14. Il n'y a que des analogies, car, 
selon Liudprand, Hugues ne tenait pas à la fidélité de ses nombreuses 
maîtresses. 

3. 925. « Hugoni potentissimo et sapientissimo Provincialium comiti » 
(Liudprandi Antapodosîs, lib. III, § 12). — 926. « Hugo Arelatensium seu 
Provincialium comes » {ibid., lib. III, § 16). 



H 6 LA PROVENCE DU PïlEMlEft AU Xll^ SIECLE 

est aussi comte d'Arles, comme avant lui Thibert *. De même, 
marquis de Viennoise, il retient personnellement le comté de 
Viennois ~. Auprès de Hugues paraît son frère Boson, assez tar- 
divement, ce qui implique une différence d'âge sensible. Tous 
deux avaient d'abord dans Vienne des biens contigus ^ et si, là, 
leurs intérêts privés étaient placés côte à côte, au fur et à 
mesure que la fortune de Hugues s'affirme, il est clair que la 
situation politique du cadet complète et soutient celle de l'aîné. 
Dès 907 ou 908, ce Boson est comte comme Hugues ^ : on peut 
se demander de quel comté. Dans l'acte important où il figure 
paraissent quatre évêques et trois comtes : les évêques sont ceux 
devienne, de Valence, de Grenoble et de Belley, les comtes sont 
ceux de Viennois, de Valentinois et Boson. Ce n'est pas le seul 
exemple d'acte où paraisse un nombre à peu près égal d'évêques 
et de coQites, de sorte que les comtes semblent être titulaires des 
mêmes cités que les évêques présents. A cette époque où le 
pouvoir était partagé, pour ainsi dire, en commun dans chaque 
cité parFévêque et le comte associés, il n'y arienladesurprenant.il 
faut donc que Boson ait été comte de Graisivaudan,de Savoie et 
de Bugey pendant que son frère aîné possédait le Viennois et 
peut-être le Lyonnais. Cette situation de Boson ressort nette- 
ment de l'acte : de plus, elle répond admirablement à ce qui 
vient d'être dit et à ce qui se vérifiera deux fois encore en Pro- 

1. Le texte de Liudprand est assez clair : cependant il écrivait plus tard 
et le précepte du l*"" février 921 est délivré directement à Manassès, arche- 
vêque d'Arles, sans l'intermédiaire du duc (Gall. noviss. Arles, n° 243). Une 
partie des biens confirmés à l'église d'Arles se trouvaient hors du duché. 

2. 920. « Hugo inclitus cornes et marchio... aliquid ex rébus de comitatu 
ipsius que pertinent ad vicecomitatum » (Bruel, Rec. des Ch. de Cluny, 
n° 223). 

3. Mai 924. « Domno magnifico Ugone et uxore sua Ermengert... domno 
Ugone comité... domnus Bosus comes.., » [Ibid., n° 241). 

4. [30 avril 907-novembre 908]... « Ego Alexander sancte Viennensis 
ecclesie humilis episcopus... Romegarius sancte Valentinensis ecclesie 
humilis episcopus... Isaac sancte Gratianopolitane ecclesie humilis episco- 
pus... Elisachar, humilis episcopus Belicensis ecclesie... Signum -j- Hugo- 
nis incliti comitis. Signum + Bosonis comitis fratris sui, Signum -\- alii 
Bosonis comitis... » [Cart. de Saint-Barnard, 2^ éd., n** 6). 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 117 

vence et en Italie. Elle répond dès lors à la préoccupation de 
Hugues qui complétera toujours sa situation personnelle par 
celle de son cadet. A eux deux, ils tenaient ainsi la région vien- 
noise, comme plus tard ils tiendront la Provence et la Lom- 
bardie. 

Dès que le comte de Viennois devient duc de Provence, il y 
établit son frère à côté de lui. Le testament de Fouquier évêque 
d'Avignon, daté du 2 mai 916, donne des indications précieuses 
sur l'organisation du duché. Quand un siège épiscopal vient à 
vaquer, l'élu, sur l'invitation du comte de sa cité, se rend h 
Arles : il y est sacré par le primat qui le prépose ainsi au dio- 
cèse vacant. Puis, d'accord avec le duc, celui-ci fait admettre 
le nouveau pontife à l'audience impériale. Le souverain donne 
alors ordre de mettre l'évêque en possession de son évêché. Ce 
mécanisme montre bien l'évêque et le comte, puis, au-dessus 
d'eux, le primat et le duc exerçant d'accord leurs prérogatives 
propres, au spirituel et au temporel, sous le contrôle du souve- 
rain et, éventuellement, du pape. Ce testament montre que le comte 
de la région d'Avignon n'était autre que Boson : sa souscription y 
figure. Le premier précepte connu, depuis la constitution du duché, 
est précisément un précepte du 4 avril 912 concédé à cet évêque 
Fouquier sur la commune intervention du duc Hugues, du 
comte Boson son frère et de l'archevêque d'Arles Rostaing. On 
y voit réunis tous les personnages mentionnés dans le testament, 
chacun d'eux dans l'exercice de ses prérogatives personnelles 
auprès du souverain : il est probable que ce précepte a été écrit 
au moment précis où l'évêque nouvellement sacré venait 
demander l'investiture royale par l'intermédiaire du duc et de 
l'archevêque ^. 

1. 4 avril [912]. « Ugo dux et gloriosus cornes necnon Boso frater suus, 
sive domnus Rothstagnus archiepiscopus pecierunt... ut quibusdam de 
fidelibus nostris Falcherium videlicet Advenionensis episcopum... auge- 
remus... » (Vaucluse, G. 6, f» 7). 

Avignon, 2 mai 916. « Fulcherius humilis Ihesu Xpisti episcopus... siigge- 
rente augustalis prosapie principe Bosone, adii Arelatensem primatem 
illustrem Rodhstagnum ut,., clero et populo... expostulantibus,... sedi pas- 



118 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

Le précepte de 912 et le testament de 916, rapprochés, 
prouvent donc que le duc de Provence Hugues, retenant pour 
lui le comté d'Arles, donna aussitôt installé à son frère Boson 
le comté d'Avignon. Ils occupaient donc, en Provence, par eux- 
mêmes la vallée du Rhône : c'est-à-dire les comtés les plus 
importants. Des préceptes ultérieurs du 18 août 918/7 et du 
14 mai 919 i montrent encore Boson, frère du duc, dans ses 
fonctions de comte d'Avignon. Le duc et le primat de Provence 
ne se dérangent plus pour intervenir dans ces préceptes, comme 
ils l'ont fait en 912, au point de départ du pontificat. 

Quoique la Provence obéît à un duc, les évêques et les comtes 
qui dépendaient de son autorité, continuaient à être directement 
les fidèles de l'empereur au moins en théorie : ce fait important 
est prouvé par le protocole usité dans la rédaction des préceptes. 
Mais, d'autre part, les Miracles de saint Apollinaire indiquent 
que le duc avait droit à l'escorte personnelle des évêques et des 
comtes, quand il se rendait de Vienne vers Arles, ou d'Arles à 
Vienne. L'évêque et le comte de chaque cité où il devait passer 
l'accompagnaient avec leurs milices jusqu'à la cité suivante ^. 

torem preficeret... Tandem, communi voto, sociato sibi Hugone clarissimo 
procere, impérial! sum exhibitus presentie. Gujus jussu... Avinionensi 
subnisus cathedre... tam spiritualiter quam corporaliter... -f" F^^cherius 
episcopus... firmavi... Boso comes firmavit. » (Vaucluse, G. 119, f° 39). 

1. Vienne, 18 août 918/7. « Boso venerabilis comes nosterque propin- 
quus necnon et Folcherius presul Avenionensis obtimus » (Vaucluse, G. 6, 
f° 11). 

Vienne, 14 mai [919]. « Boso inclitus comes nosterque fidelis et propin- 
quus » [Ibid., G. 6, f» 9). 

2. « Anno igitur Incarnationis Dominice DCCCC.XI, defuncto sancte 
Valentinensis ecclesiae episcopo, Remeg-arius, natione Francus, in eadem 
ecclesia rogatur episcopus... Anno itaque revol vente ordinationis ipsius 
presulis, Ugo inclitus marchio, qui tune rem publicam sub Ludovico impe- 
ratore regebat, Italiam provehebatur. Hic namque in suo auxilio episcopos 
atque comités habebat, inter quos prefatus episcopus fidelitate necnon et 
servicioassiduus habebatur. Proficiscens igiturjamdictus episcopus Viennam 
ut cum predicto duce deduceretur atque sic ad Valenciam remearet, contin- 
git ut mutus qui ab illo per triennium pascebatur... ante ipsum veniret... 
timens ne in abstinencia ejus... periret. Quod utvidit inclitus dux,.., postu- 
lavit ut ipse episcopus ad domum sancti Apollinaris illuiii deduceret... 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 119 

Le duché de Provence devait permettre à Hugues de réaliser 
à nouveau le rêve duroi Boson. Depuis la dislocation de l'empire, 
rinfluence bourguignonne basée sur la marche d'Ivrée disputait 
à l'influence germanique, qui s'appuyait sur la marche de Frioul, 
la domination du royaume de Lombardie. Ces marches italiennes 
avaient été bien vite occupées par ceux qu'elles auraient dû arrêter. 
Quoique les tentatives de Louis l'Aveugle eussent misérablement 
échoué par son inintelligence, elles pouvaient être reprises par un 
homme avisé. Le duc n'était pas seul, dans sa famille, à faire 
des mariages politiques : sa mère s'était remariée avec Albert 
marquis de Toscane, ce qui était un excellent point d'appui. Cette 
mère prépara les voies à son fils. Dès 912, selon les Miracles de 
saint Apollinaire, le duc essaya d'entrer en Italie. Constantin 
Porphyrogénète et Liudprand ont gardé souvenir de cette expé- 
dition où le duc était accompagné par son frère Boson et 
par Hugues fils de Taillefer. Mais l'échec fut complet : 
Bérenger s'empara du duc et ne consentit à le relâcher 
que moyennant le serment de ne plus remettre les pieds en 
Italie de son vivant ^ . Hugues savait ce qu'il en avait coûté à 

Benedictione autem accepta prefatus dux ab episcopo, discessitab eo ; pre- 
libatusque presul reversas est... Valentiam, deducens secum quod postu- 
latum fuerat a principe. Mox enim ut episcopus ingressus est secclesiam 
beatiStephani... in quabeatus... Apollinarisquiescebat...mutusqui nunquam 
locutus fuerat... proseculus est Alléluia... Revertente domino principe ab 
Arelatense, ipse ei permediam civitatem occurreret ac diceret: « quia quic- 
quid volo, gratias Deo loqui possum». Unde... tintinnabulumquodcollo ejus 
appensum fuerat ante sepulchrum beati ApoUinaris dépendit... » (Ul. Che- 
valier, Vies de saints dauphinois : Miracula sancti AppoUinaris; Bull, d'hist. 
eccl. et d'arch. relig., J5^ année, 103® liv., pp. 38-40). Ce texte contient cer- 
tainement des erreurs de date ; mais, le fond du récit paraît sincère. Remé- 
gaire était déjà évêque en 908 {Cart. de Saint-Barnard, 2« éd., n° 6). Peut- 
être faudrait-il donc lire 906 au lieu de 912, pour la date de son élection. 
Mais, dans ce cas, anno revolvente ordinationis correspondrait à 907 et non 
plus à 912. Or, en 907, Hugues n'était pas encore duc et marquis. Il faut 
donc s'en tenir à 912 pour la date du miracle, plutôt qu'à 907. 

1. Joindre, au texte de la note précédente, Liudprandi, Antapod., lib. III, 
§ 12, et Constantin Porphyrogénète, De administr. imper., c. 26. Poupardin, 
p. 219, n.I, dit que le voyage de 912 en Italie peut être un voyage pacifique: 
ce n'est guère probable 



w-^ 



120 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll® SIÈCLE 

Louis l'Aveugle, de ne pas tenir sa promesse dans une circon- 
stance identique, et^ plutôt que d'entendre le Quousque tandem... 
de Bérenger i, il se le tint pour dit. L'attente fut longue : 
Bérenger ne devait mourir que le 7 avril 924 2. Mais, si le duc 
de Provence avait promis de ne plus venir le combattre, rien ne 
l'empêchait de lui susciter d'autres concurrents plus ou moins 
éphémères. Il y avait un prétendant bourguignon tout indiqué : 
c'était le roi de Bourgogne jurane Rodolphe II, dont Hugues 
avait épousé la mère. Entre un roi et un duc, la Lombardie 
devait d'ailleurs jeter les yeux plus volontiers sur le roi '^. Le 
duc devait être bien aise de voir s'user avant lui ce concurrent 
éventuel qui lui tenait de près et devant lequel il se voyait 
obligé de s'effacer tout d'abord. La tentative de Rodolphe n'eut 
guère plus de succès que celle de Louis l'Aveugle : ses préceptes 
en Lombardie vont du 4 février 922 au 28 février 924 ^. Il 
semble que la mort de Béranger aurait dû asseoir définitivement 
son règne en Lombardie : c'est exactement le contraire qui se 
produit. A peine Bérenger meurt, Rodolphe disparaît et c'est le 
duc de Provence qui l'élimine. Gela se comprend : Bérenger 
mort, aucun serment n'arrêtait plus le duc de Provence, il lui suf- 
fisait d'éloigner Rodolphe. On peut bien s'imaginer que la vieille 
marquise de Toscane Berthe ne fut pas étrangère à ce change- 
ment imprévu ; mais elle était hors d'âge à sortir de la cou- 
lisse et, ne pouvantplus agir elle-même, elle dirigeait les événe- 
ments. Elle avait eu soin de marier sa fille Ermengarde avec 

1. Liudprandi Antapod., lib. II, §41. 

2. Ernst Dûmmler, Gesta Berengarii iniperatoris. Halle, 1871, p. 10 et 
n«>3. 

3. <( Quo tempore Rodulfus rex superbissiniis Burgundionibus imperabat. 
Cui in augmentum potentise hoc accessit ut potentissimi Suevorum ducis 
Bruchardi filiam nomine Bërtam sibi conjugio copularet. Igitur Italienses, 
nuntiis directis, hune venire, Berengarium vero expellere petunt » (Liud- 
prandi Antapod., lib. II, § 60, éd. in us. schol., pp. 48-49). 

4. Ibid., pp. 182-185. En 924, le marquis de Viennoise et le roi de Jurane 
agissent encore de concert pour traquer les Hongrois... « ab Hugone de 
Vienna... Rodulfus Cisalpinœ rex Galliœ et Hugo Viennensis... praedicti 
duces... » (Flod., Ann,, 924; Script., t. III, pp. 373^374), 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 121 

Albert marquis d'Ivrée, devenu veuf fort à propos, et elle tenait 
ainsi dans sa main la moitié du royaume. L'amour alors menait 
l'Italie ; Ermengarde gouvernait adroitement par sa beauté. Ce 
fut elle qui joua le malheureux Rodolphe et le fît disparaître une 
nuit au profit du duc de Provence, son frère utérin à elle K Au 
moment où elle allait triompher, la vieille marquise de Toscane 
mourut, le 8 mars 925, à Lucques -, quelques mois trop tôt pour 
voir enfin son fils ceindre la couronne de fer à Milan, le dimanche 
9 juillet 926 3. Liudprand trace le portrait du nouveau roi de Lom- 
bardie ^ : intelligent et sensuel, Hugues était fait pour gouverner 



1. « Defuncto Adelberto Eporegiae civitatis marchione, uxor ejus Her 
mengarda Adelberti prepotentis Tuscie marchionis et Bertse filia totius 
Italias principatum obtinebat. Causa autem potentiœ hujus bec erat, quo- 
niam... carnale cum omnibus... commercium exercebat » (Liudprandi, lib. 
III, §7, cf. § 8-12). 

2. Liudprandi Antapod., lib III, § 18. Bouquet, IX, p. 105. Voir son épi- 
taphe dans F. Contelorio, Mathildis comitissœ genealogia. Interamnae 
MDLVII, pp. 37-38. 

3. « Die sabati quod est decimo diemensisapreliis et fuit in eo diesecun- 
dum Pasce, civitate Arlenda, migravit ab bac die... domnus Ugo rex ; abeap 
regnatum annos. XX. expletos et menses. VIIII. et dies. III. (Cipolla, 
Monum. Novalic, I, p. 415 : L'éditeur introduit à tort dans le texte la leçon 
annos XXI, alors que Tunité finale a été ajoutée après coup, comme il le 
reconnaît lui-même dans la note c). Le 9 juillet 926, ayant été un dimanche, 
est la date certaine. Les vingt ans se sont écoulés du 9 juillet 926 au 
8 juillet 946, les neuf mois du 9 juillet 947 au 8 avril 947 (sans tenir 
compte de la longueur moindre de février) et les trois jours, du 9 au 11 
avril. L'erreur est d'un jour dans le calcul du scribe. Il faut noter que, 
dans le calendrier, la date initiale du 9 juillet tombe le VII des ides et la 
date finale du 10 avril, le IV des ides : du VII au IV, il y a un écart de 
trois unités, et c'est là peut-être la raison de l'erreur commise. 

4. u Fuit autem rex Hugo non minoris scientise quam audatiae, nec 
infirmioris fortitudinis quam calliditatis : Dei etiam cultor sanctœque reli- 
gionis amatorum amator ; in pauperum necessitatibus curiosus ; erga secle- 
sias valde sollicitus; religiosos phylosophosque viros non solum amabat, 
verum etiam fortiter honorabat. Qui etsi tôt virtutibus clarebat, mulierum 
tamen illecebris eas fedabat... sicut vir prudentissimus, ubiubi terrarum 
cepit nuntios suos dirigere, multorumque regum seu principum amicitiam 
quaerere » (Liudprandi Antapod., lib. III, § 19, 21). Les Miracles de Saini- 
ApolUnaire le montrent recueillant un petit sourd-muet de cinq ans et le 
gardant trois années auprès de lui. 



122 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

ce pays ^ Son règne fut de vingt ans et, mieux encore que 
Boson, il mourut roi. 

Lors de l'avènement du duc au trône de Lombardie, son frère 
Boson paraît être resté tout d'abord en Provence pour l'admi- 
nistrer en son nom. Cela dura jusqu'en 931, date à laquelle le 
roi jugea bon d'appeler Boson en Lombardie et de lui donner la 
marche de Toscane, en remplacement de leur frère utérin Lam- 
bert, dont il n'était plus sûr et à qui il fît crever les yeux -. 
L'entente entre les deux frères ne tarda pas à s'altérer : Boson se 
livra, paraît-il, à des intrigues qui le firent emprisonner et dispa- 
raître en 936 ^. Wille, sa femme, qui l'y avait poussé, était 
sœur de Rodolphe II, roi de Bourgogne : on comprend donc 
bien que l'initiative de ces intrigues soit venue d'elle. Probable- 
ment, elle eût été heureuse de voir Rodolphe succéder à Hugues 
en Lombardie. Le trait dominant de son caractère était la cupi- 
dité : nue, elle trouvait encore moyen de dissimuler, aux agents 
du fisc chargés de la dépouiller, l'objet le plus précieux de son 
trésor, une ceinture rouge garnie d'or et de gemmes, à laquelle 
le roi Hugues tenait par-dessus tout. Ces fonctionnaires étaient 
des gens honnêtes qui détournaient les yeux ; dans les vête- 
ments, ils ne trouvaient rien. Le regard effronté d'un valet put seul 
surprendre au dernier moment le secret de la princesse en fixant 
sa cachette inattendue ^. Boson n'avait eu d'elle que quatre filles : 
seule, l'aînée, Berthe, mariée deux fois, intéresse la Provence 

4. Cette manière de voir date de 1897 et, depuis lors, Poupardin, p. 22:\ 
Ta exactement adoptée en 4901. Elle ne pouvait trouver meilleuiti 
fortune. 

2. [931]. (( Bosoni fratri suo Tuscise marcam contradidit et non multo post 
Lambertum lumine privavit » (Liudprandi A/iiapor/., lib. III, §47). Il paraît 
pour la première fois avec le titre de marquis dans un précepte du 
17 octobre 931 [Forschungen, t. X, p. 300 ; cf. Poupardin, p. 230). 

3. [936]. <.( Per id tempus régis Hugonis frater Boso, Willa uxore sua cupi- 
dissima stimulante, adversus regem nova quœdam et perversa molitus est 
agere. Quod Hugonem non latuit. Qua ex re captus, custodiœ est continuo 
traditus... » (Liudprandi Antapod., lib. IV, § 11 ; cf, Flodoardi, Annales^ 
936). 

4. Ibid., lib. IV, § 14 et 12. 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 123 

Elle ne devait pas être atteinte par la disgrâce de ses parents 
dont elle était sans doute alors déjà séparée : c'est elle à qui le 
roi donnera la Provence, non seulement le comté d'Avignon 
possédé par son père Boson, mais aussi le comté d'Arles retenu 
par lui-même. Finalement, c'est auprès d'elle qu'il se retirera à 
Arles en 946. C'est à cette nièce préférée qu'il léguera son tré- 
sor 1 et son domaine privé soit en Gothie, soit en Provence 2. 
D'ailleurs, malgré l'ignominieux renvoi de Wille en Bourgogne 
au roi Rodolphe II dont elle était la sœur, ce roi étant mort un 
an après (-|- 11 juillet 937), Hugues par un double mariage poli- 
tique épousera fort bien la reine Berthe, sa veuve, comme il 
avait épousé sa mère Wille, et il donnera leur fille Adélaïde de 
Bourgogne à son fils à lui Lothaire, associé au trône de Lom- 
bardie ^. Ces mariages prouvent que Hugues tenait à voir subsis- 
ter de bons rapports entre les deux royaumes et à dominer la 
Jurane ; il reste fidèle aux lois de sa politique matrimoniale et, 
s'il eût assez vécu, comme jadis vivaient les patriarches de la 
Bible, on peut croire qu'il eût épousé quelque jour, à vingt- 
cinq lustres accomplis pour le moins, la veuve du roi de Bour- 

1. Liudprandi, lib. V, § 31. 

2. 26 février [960]. Donation par Berthe à Montmajour de l'héritage de 
son oncle : « ex rébus quœ mihi legibus obvenerunt ex parte avunculi 
mei Ugonis régis [1°] in regno Gociae, in cornitatu Sustantionensi,... villam 
... Candianicas... villam.. Bernatis... villam Porcianus... [2°] In regno 
Provincise, in comitatu Friuliensi, curtem Valignatis... in cornitatu Regensi, 
villas Crocium et Vermilium... in comitatu Vapinchis, villas... Molion, 
Dianovam, Callulus, Lunateis et Caricampus... Marnenno... vallem Cor- 
trinciam... in comitatu Vasionensi, curtem Cavegondis... in comitatu 
Atensi, in pago Albionense,... in loco Sagatello... Monteaureo... villa... 
Leuca, in comitatu Orisionense, in villa Asclannis... in comitatu Tracense 
dimidiam ecclesiam... villœ Trexiani, villas Paternam et Calesonem et 
Macesonem vallem... in comitatu Diense, in valle Salavanis... [Ilist. de 
Languedoc, 2^ éd., t. 5, n° 107, col. 233-23i). Les éditeurs ne savent pas 
qui est le roi Hugues, car ils le gratifient du nom Ubonis et l'identifient 
dubitativement par leur note 2 avec Boson. Ils sont également inquiets de 
la signification qu'il faut attribuer à regnum Goclœ et ne pensent pas au 
marquisat de Gothie, car ils font suivre Gociae d'un point d'interrogation 
inattendu. Ils se disent que Tracense est peut-être la forme vulgaire de 

Tricastinense : c'est même sûr. 

3. Liudprandi, lib. IV, § 13. ' 



124 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll^ SIÈCLE 

gogne Conrad, exactement comme il avait épousé les veuves du père 
et du grand-père de celui-ci. Pour posséder Rome, il n'avait pas 
hésité à épouser sa propre belle-sœur, Maruccia : cette maîtresse 
et mère de papes voulait être femme de roi. Evidemment, l'épis- 
copat aurait dû frémir d'unions aussi enchevêtrées. Le pape 
lui-même, fils de pape, ne pouvait que garder le silence devant 
sa mère : mais il aurait pu fuir ^ Jamais TEglise catho- 
lique, apostolique et romaine, n'a été plus romaine et moins 
apostolique qu'à ce moment : la tiare s'égarait sur des têtes d'en- 
fants, entre le château Saint-Ange elle Latran, dans les grandes 
ruines désertes et beaucoup trop près de la cloaca massima. 
Effrontément, le roi s'en tirait en prétendant que le pré- 
cédent époux delà romaine, Guy, marquis de Toscane, n'était vrai- 
ment pas son frère utérin à lui. Beaucoup ne demandaient qu'à le 
croire ; mais Dieu, par un duel judiciaire, prouva son mensonge '^, 



IV 

Le roi Hugues, duc de Provence, et le trône vacant 

(928-934) 

Trois ans auparavant, le 5 juin 928, était mort Louis l'Aveu- 
gle à Vienne : il faut voir ce que devient alors le royaume 
de Provence. 

Ce royaume se composait, on l'a vu, du duché de Provence et 
de la marche de Viennoise depuis la fin de 911 ; le roi de Lom- 

1. « Ipsius Marotise filium lohannem nomine, quem ex Sergio papa mere- 
trix ipsa genuerat. papam conslituunt. Wido verô non multopost moritur... 
Marozia... post Widonis mariti sui mortem Hugoni régi dirigit eumque 
invitât ut se adeat Romamque nobilissimam civitatem sibi adsuinat. Hoc 
autem non aliter posse fieri testabatur, nisi eam rex Hugo sibi maritam 
faceret... » [Ibid., lib III, § 43, 44). 

2. Ibid., lib. III, § 47. 



LÉ ROtAUME DE JPROVENCE VIENNOIS 125 

hardie, en montant sur le trône, était toujours resté duc de Pro- 
vence et marquis de Viennoise. Il paraît à ce moment avoir 
concentré de plus en plus la réalité de son pouvoir dans la Pro- 
vence. En effet, Hugues conserve en 926, soit par lui, soit par 
son frère Boson, les comtés d'Arles et d'Avignon : par contre, 
tout en restant marquis de Viennois, c'est alors qu'il paraît céder 
le comté proprement dit de Viennois à Charles-Constantin fils 
devenu adulte de l'empereur K C'est sans doute aussi en partant 
pour l'Italie, c'est-à-dire en 926, que le frère de Hugues, Boson, 
doit ahandonner les comtés de Graisivaudan, de Savoie et de 
Bugey dont en 907 il était titulaire. En effet d'autres raisons 
amènent à fixer aux environs de 925 la date à laquelle Hugues 
fils du comte de Troyes Garnier était devenu comte de Savoie 2. 
Le roi et son frère ne se démunissent d'ailleurs qu'en faveur de 
parents ou de clients sûrs; car, par sa mère Thiherge, cet Hugues 
qui reçoit la Savoie était leur propre neveu. Comme la Savoie 
est, ainsi que le pays de Sermorens,un démemhrementdu Graisi- 
vaudan et que Boson devait être comte de Graisivaudan, il se 
pourrait que Hugues fils de Garnier ait succédé à son oncle Boson, 
non seulement dans la Savoie, mais aussi dans le Graisivaudan et 
dans le pays de Sermorens. C'est là une simple hypothèse, mais 
elle expliquerait fort bien la possession des grands biens de Hugues 
fils de Garnier dans le pays de Sermorens-^. Déjà, quelques années 
auparavant, c'était sûrement le duc de Provence qui avait pro- 
curé l'archevêché d'Arles à son autre neveu Manassès ^ ; plus tard, 

1. En effet, Charles-Constantin est comte déjà du vivant de son père 
(Ch. de Cluny, n» 247). Il ne l'était pas encore le 3 juin 923 [Clumj, 242); il 
l'était déjà le 25 décembre 927 (Gall. Christ. ,i.X\\; Instr. eccl. Vienn. XX, 
col. 15-16). 

2. G. de Manteyer, Les origines de la maison de Savoie, Rome, 1899, 
p. 515 : (c II faudrait admettre que, entre le 25 décembre 920 et le mois 
d'avril 927, il [Hugues fils de Garnier, lequel était mort le 6 décembre 
925) avait obtenu de Louis l'Aveugle la concession de la Savoie, sous l'in- 
fluence toute-puissante de son oncle Hugues, qui devint roi de Lombardie 
le 9 juillet 926. » 

3. Ibid., p. 491. 

4. Ibid., notes additionnelles, Paris, 1901, pp. 266, 272, etc.. 



126 LA PROVENCE DU PREiMlER AU XII<^ SIÈCLE 

le 24 juin 936, il cédera encore au nouveau comte de Savoie 
son domaine d'Octavion en Viennois K En somme, le roi de Lom- 
bardie constitue héritier particulier en Viennois son neveu Hugues 
fils de sa sœur Thiberge, comme il constitue héritière en Provence 
sa nièce Berthe, fille de son frère Boson. Le parallélisme des deux 
situations est frappant. 

Au moment de la mort de rempereuT* en 928, le roi de Lom- 
bardie était donc surtout duc de Provence, pays dont il possédait 
les principaux comtés ; il gardait encore un contrôle sur le reste 
du royaume en qualité de marquis de Viennoise, avec des comtes 
à sa dévotion comme son neveu le comte de Savoie. 

De toute manière, il était l'arbitre de la situation. Mais 
il avait à compter avec ses voisins, c'est-à-dire avec Raoul, roi 
de France, et avec Rodolphe, roi de Jurane. Il accourut en Bour- 
gogne et, probablement par l'intermédiaire de la vieille comtesse 
Adélaïde, mère du roi de France et tante du roi de Jurane qui le 
14 juin se trouvait à Bougy, à moitié chemin entre eux, il eut 
une entrevue avec Raoul. Les deux augures conclurent un par- 
tage équitable. 

Louis laissait au moins deux fils, Charles-Constantin et 
Rodolphe. Le premier était comte de Viennois depuis 926; le 
second, qui se trouve à Bougy auprès de sa grand'tante dans ces 
conjonctures, avait une situation personnelle encore moins brillante 
que Charles puisqu'il n'est même pas comte. Comme René Pou- 
pardin vient de le conjecturer avec beaucoup de raison, le second 
nom du comte de Viennois, Constantin, qui est un surnom de bap- 
tême, paraît prouver que sa mère était une viennoise de rang ordi- 
naire 2. Par conséquent, il était bâtard ^ ou, tout au plus, en- 

1. G. deManteyer, Les origines de la maison de Savoie, Rome, 1899, p. 489. 

2. Poupardin, p. 210. 

3. Richer disait : Concubinali stemmate usque ad tritavuni sordebat (Hist., 
lib. II, c. 98). Il est impossible de se fier, sans contrôle, aux racontars 
légendaires de cet auteur, qui ressemble si peu à son prédécesseur Flo- 
doard par sa méthode. Tritavus, c'est l'ascendant au 6'' degré : Charles- 
Constantin étant mort vers 960, cela reporte, pour le moins, au début du 
IX® siècle. Comment aurait-on pu connaître une généalogie qui se serait 
perpétuée hors mariage régulier pendant deux siècles? Richer se fait l'écho 
des potins qui couraient autour de lui et qui ne valaient pas cher. 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 127 

fant d'une union pareille aux mariag-es morganatiques modernes. 
Par suite, il ne pouvait régner, à moins d'un concours de circon- 
stances très favorables. Si son frère Rodolphe eût été lui-même 
issu d'un mariage régulier de l'empereur avec une princesse de 
maison royale, il aurait certainement succédé à son père; mais, 
comme on vient de le dire, la forme de sa souscription paraît 
prouver qu'il n'était pas d'un rang supérieur à celui de Charles- 
Constantin et qu'il n'avait même pas reçu de comté, alors que 
le neveu de Hugues, étranger au Viennois, en était cependant 
pourvu. 

Dans ces conditions, c'était évidemment le plus proche agnat, 
Raoul roi de France, qui était, comme cousin germain de Louis 
l'Aveugle, l'héritier naturel de lacouronne de Provence. Toutefois, 
il ne pouvait convenir au roideLombardie, qui, en réalité, possé- 
dait le pouvoir dans le royaume de Provence, de reconnaître le 
roi de France comme roi de Provence et comme son suzerain. De 
là, transaction. En premier lieu, les fils de Louis l'Aveugle sont 
exclus du trône comme inhabiles à lui succéder et, par conséquent, 
le trône de Provence reste vacant. En second lieu, le roi deLom- 
bardie cède au roi de France, plus proche héritier, la marche de 
Viennoise et il garde pour lui le duché de Provence ^. 

Que le trône reste vacant, cela est prouvé par tous les acteâ 
privés qui continuent à mentionner le règne de Louis en Viennoise 
jusqu'au 2 juillet 932 et en Provence jusqu'au 18 juin 934 2. Que 
le roi de Lombardie ait cédé au roi de France la marche de Vien- 



1. Aussitôt après le traité qui laissait le trône vacant et qui cédait la 
marche de Viennoise au roi de P'rance, on voit Hugues exercer les préro- 
gatives de l'autorité royale dans le royaume de Provence, exactement 
comme s'il était le successeur de Louis l'Aveugle, et, cela, de préférence au 
roi de France. En dehors des préceptes où il agit plutôt comme proprié- 
taire que comme souverain, il renouvelle en effet nostra regali auctorilate, 
sur la demande de l'archevêque Anchier et de l'abbé Gipier, la pancarte 
générale de l'abbaye de Saint-Claude. Ce précepte daté de Vienne, du [14 au 
23] novembre [928], est un véritable acte souverain relatif au royaume de 
Provence (D.-P. Benoît. Hist. de Vabbaye et de la terre de Saint-Claude, 
t. 1, Montreuil, 1890, pp. 639-640). 

2. Voir plus loin la preuve de ce fait. 



l28 LA PROVENCE DtJ PREMIER AtJ Xll^ SIÈGLEl 

noise créée pour lui en 911, cela ressort expressément du texte 
de Flodoard i. La Provincia Viennensis^ ce n'est pas le comté de 
Viennois seul, c'est toute la région viennoise, c'est la marche 
de Viennoise, c'est-à-dire le Vivarais et le Lyonnais comme le 
Viennois proprement dit et le Graisivaudan. Cela n'empêchait 
donc pas Charles-Constantin de rester comte du comté de Viennois : 
mais, cessant de l'être sous l'autorité du marquis de Viennoise 
Hugues, il le sera désormais sous l'autorité du marquis désigné 
par le roi de France. En effet, si le roi de Lombardie ne pouvait 
permettre au roi de France de devenir roi de Provence, le roi de 
France ne pouvait s'abaisser à être personnellement un marquis 
de Viennoise. Raoul venait k ce moment de se réconcilier avec 
Herbert de Vermandois en lui donnant, pour son fils Hugues 
l'archevêché de Reims. Herbert qui accompagnait le roi en Bour- 
gogne, afin de prendre part à l'entrevue avec le roi de Lombardie, 
avait encore d'autres enfants à caser. Pour achever de contenter ce 
puissant vassal, alors maître de la France proprement dite, Raoul 
obtint du roi de Lombardie qu'il lui cédât la marche de Viennoise 
pour Eudes fils aîné d'Herbert. On sait que les Sarrasins rava- 
geaient depuis longtemps la Provence : les évêques dont les dio- 
cèses étaient ruinés erraient et cherchaient à se faire héberger 
ailleurs. Comme, d'autre part, le petit archevêque de Reims, 
frère du nouveau marquis de Viennoise, n'avait que sept ans, il 
fallait lui procurer un vicaire pour ses fonctions spirituelles. Son 
père lui donna l'évêque d'Aix Odalric, à titre de coadjuteur : sur 
la recommandation du roi de Lombardie, cela s'entend. Celui-ci 
pratiquait le do ut des. Mais arrivé à Reims, l'évêque vagabond 
dut se contenter d'une véritable portion congrue -. Cet évêque 

1. 928. « Heribertus... cum Rodulfo proficiscitur in Burgundiam obviam 
Hugoni Italise régi... Hugo rex liabens colloquium cum Rodulfo dédit Heri- 
berto comitiprovintiam Viennensem vice filii sui Odonis » (Flodoard, Ann., 
928). 

2. 928. « Odalricus Aquensis quidam episcopus in secclesia Remensi reci- 
pitur ab Heriberto comité ad celebrandum episcopale dumtaxat ministe- 
rium vice Hugonis ipsius comitis filiiadhucparvuliconcediturque ipsi Odal- 
rico abbatia tantum sancti Timothei cum praebenda canonica » [Ibid.]. 



LE ROYAUME t)E PROVENCE VIENnOIS 1^9 

Odalric est, comme l'archevêque d'Arles Manassès, un exemple 
de l'installation en Provence, au début du x® siècle, des familles 
lorraines et bourguignonnes. D'origine lorraine, il était fils du 
comte de Chaumontois Hugues et d'Eve, laquelle était parente 
ou alliée de l'évêque de Metz Adalbéron. Il devait être jeune en 
928, car sa mère vivait encore le 16 août 965 K Son frère, le 
comte Arnoul, mourut prématurément, tué par les ennemis de 
l'église, et fut inhumé à Saint-Arnoul de Metz. 

Quand la Viennoise échappa aux princes de Vermandois, Odalric 
revint en Provence : il souscrit à Arles en juin 933, en sa qualité 
d'évêque d'Aix, un acte de l'archevêque d'Arles 2. Faute de mieux, 
assis sur son siège provençal, il ne renonçait pas à l'espoir de 
monter un jour en maître sur celui de Reims et il s'était ménagé 
des relations dans cette métropole, car, le 31 mai 942, il j est 
élu abbé ^. Il figure encore au concile de Verdun en 947 comme 
archevêque d'Aix ^ ; dès 949, il est remplacé sur ce siège par 
Israël 5. Enfin, à force d'attendre et après avoir vu éliminer les 
princes de Vermandois, il parvient à être élu archevêque de Reims. 
Il est intronisé à Saint-Remy entre le 8 septembre et le 14 octobre 
962 ; il souscrit triomphalement en cette qualité la donation de 
sa mère datée du 46 août 96S et il meurt le 6 novembre 969 ^. 



1. Sur le père d'Odalric, Hugues, comte de Chaumontois, propriétaire à 
Einville-au-Jard, voir les actes du 15 octobre 910, l*"" février 918 et 922 
(Parisot, Le i^otjaume de Lorraine, pp. 690, n° 6, 571-573 ; //is^. de Metz, 
t. m, pp. 57-58; Hisl. S. Arnulfi Mettensis: Script., t. XXIV, p. 530). Sur la 
mère d'Odalric, Eve qui donne à Saint-Arnulf Laye en Meurthe-et-Moselle, 
voir l'acte du 16 août 965 [Gall. Christ, t. X, Instr., col. 17-18). 

2. Arles, juin [933] et non pas 923 (Albanès, Gall. novissima, t. I, col. 42, 
t. III : Arles, n» 244). 

3. Ann. Bened., III, 463, 489, 507, 522. 

4. Verdun, vers le 15 novembre 947 {Gall. Christ., t. I, 304; Albanès, 
Gall. Christ., noviss., t. I, col. 45, n. 3; Mansi, Conc, 1773, t. XVIII, 417). 

5. Arles, 7 octobre [949J' Tan XII. (Chantelou, //is^ de Montinajoiir ; 
Rev. hist. de Prov., l^^^' année, App, pp. 25-27). 

6. VIII . idus [nouembris]. Decessit domnus Odalricus archiepiscopus 
qui dédit nobis Vindenissam (A^ec/'oZogr. écoles. Remensis ; Pierre Varin, 
Aî^ch. législat. de la ville de Reims, Seconde partie : statuts^ premier volume, 
Paris, Crapelet, 1844, p. 98). 

Mém. et Doc. de VÉcole des Chiites. — \'II. 9 



130 LA PROVENCE DU PREMIER AU XTl® SIÈCLE 

Le traité de 928, entre les rois de Lombardie et de France, avait 
été passé entre le 14 juin et le 12 novembre ^, probablement au 
mois d'août -. Le roi de Lombardie était rentré à l'automne en 
Italie, par Vienne où il se trouve le 12 et Valence où il se 
trouve le 25 novembre ^. Mais, avec ce gros homme remuant 
et hardi qu'était le comte Herbert de Vermandois ^, les 
choses ne pouvaient rester longtemps sur le pied où elles se 
trouvaient. Dès l'année suivante, ce comte attaque Boson, frère 
du roi Raoul; en 930, le roi rétablit la paix entre son frère et 
Herbert. En 931, nouveau revirement. Le roi de France et son 
frère pour en finir, tentent un grand effort : ils s'unissent, 
enlèvent Reims à Herbert et l'assiègent dans Laon, de manière 
à lui arracher des mains la France carolingienne. En 932, le comte 
de Vermandois perd encore Saint-Médard de Soissons et voit 
capituler son propre donjon de Saint-Quentin. Réduit à merci, 
il se hâte d'aller chercher un abri et des secours en Germanie 
contre le roi de France bourguignon qui venait de le mater ^. 
Dès qu'il fut maître de Reims, Raoul, bien entendu, fit élire un 
nouvel archevêque sur lequel il pût compter et l'évêque-coadju- 
teur Odalric rentra à Aix. Cette année-là, avant même d'aller 
s'emparer de Reims, le roi met en demeure les comtes de la 
marche viennoise et, à leur tête, le comte de Vienne Charles- 
Constantin de ne plus reconnaître Herbert, ou son fils Eudes, 
comme marquis de Viennoise. Ce fut, en somme, le premier acte 
d'hostilité du roi qui entrait en campagne contre Herbert. Il vint 
à Vienne, lui-même, avant le 24 mars ^^ pour ce motif et Charles- 
Constantin promit de lui être fidèle '^. Il lui fallait aussi 

1. Hîsi. de France, IX, 690. 

2. Flodoard, Ann., 928 (éd. Lauer, pp. 45-54). 

3. Car/. Saint-Barnard, 2« éd., n° 11. 

4. « Erat enim crassitudinis nimise » (Guérard, Cart. de Saint-Bertin, 
noLXXII, p. 139). 

5. Flodoard, Ann., 930-932. 

6. Hist. de France, IX, 573. 

7. 931. « Rodulfus rex Viennam profectus, Karlo Constantino Lucdowici 
orbi fîlio qui eam tenebat subjectionem pollicitante, revertitur etTuronum... 
proficiscitur » (Flod., Ann., 931 ; éd. Lauer, p. 46). 



LE ROYAUMK DE PROVENCE VIENNOIS I3i 

compter avec le roi de Lombardie : celui-ci, en 928, lui avait 
cédé la marche de Viennoise pour un de ses vassaux, à condi- 
tion que le trône restât vacant : il ne lui avait pas cédé le 
royaume de Provence, c'est-à-dire la souveraineté. Dans l'entente 
de 931, entre Raoul et Charles-Constantin, Raoul n'est donc pas 
reconnu formellement comme roi. Herbert se trouve écarté de 
la marche et les comtes de la marche promettent de reconnaître 
le roi de France dès que les circonstances le permettront ; plus 
précisément, dès que le roi de Lombardie, auteur du traité de 928, 
consentira par un traité nouveau et régulier à laisser le roi de 
France s'établir comme roi de Viennoise. En attendant, les actes 
privés continuent, sous le régime provisoire de cette entente de 
931, comme sous celui du traité de 928, à mentionner le règne tou- 
jours florissant de Louis l'Aveugle. Le dernier en date de ces 
actes, pour le Viennois proprement dit, est du 2 juillet 932 •. Raoul 
aurait pu attendre longtemps la bonne volonté du roi de Lombar- 
die, car celui-ci n'avait aucun intérêt à modifier en faveur de la 
France l'état de choses créé par lui en 928. Le roi de France 
profita alors des embarras qui vinrent fondre sur le roi de Lombar- 
die en 932 et 933 pour s'emparer par un coup de force de la marche 
de Viennoise. Dès 932, il se rend maître du Lyonnais; puis, du 
Viennoisproprementdit en933,aprèsle 15 mars ^.Eneffet, Hugues 
qui était entré en roi à Rome, avec l'idée probable de recevoir 
la couronne impériale du fils de Maruccia, s'était vu obligé de 
quitter un peu vivement le château Saint-Ange et sa maîtresse en 
sautant du mur d'enceinte vers les prati^ dans un filet tendu, pour 
fuir la révolte des Romains excités dans leur orgueil par le jeune 
Albéric imprudemment souffleté. Quand Hugues rentra chez lui, 

1. « Uboldus rogatus scripsit... datavit VI nonas julii, anno XXXII impe- 
rii domni Ludovici imperatoris » [Cart. Saint-Barnàrd de Romanfi, 2" éd., 
n° 12). Il s'agit là de l'ancien notaire de la chancellerie impériale, cha- 
noine de Saint-Maurice de Vienne. 

2, 933. « Vienna Rodulfo regi,tradentibuseam hisqui eam tenebant, dedi- 
tur» (Flod., 933; éd. Lauer, p. 55). Poupardin, p. 231, n. 2, observe que ce 
fait est placé par Flodoard après la bataille de Mersebourg, c'est-à-dire après 
le 15 mars. Pour le Lyonnais, Ch. de Cluny, no«239, 255, 257, 258, 442, 411. 



132 LA PROVENCE DU PREMIEfe AU XII^ SIÈCLE 

ses fidèles Lombards avaient profité de cette aventure pour con- 
vier son prédécesseur Rodolphe II de Jurane à venir reprendre 
le royaume et il s'agissait de parer aux événements ^ Ce fut le 
moment choisi par le roi Raoul pour s'installer en Viennois, par 
trahison. Au milieu de ces difficultés, Hugues ne pouvait, semble- 
t-il, qu'accepter le fait accompli. Désormais, le nom de Louis 
l'Aveugle disparaît des actes du Viennois : le trône cesse de 
vaquer et Raoul l'occupe jusqu'à sa mort ( -|- 15 janvier 936). Par 
suite, les actes y mentionnent son règne, non pas bien entendu 
comme roi de France, mais comme roi de la marche viennoise, 
à dater de sa prise de possession en 933 2. 



Le duché de Provence au royaume de Bourgogne et en pos- 
session du roi Hugues 

(934-947) 

Dès que le roi de Lombardie fut menacé de la concurrence du 
roi de Jurane, il se hâta de le désintéresser d'une entreprise 
aléatoire en lui donnant un gain immédiat et assuré : il dut 
sacrifier le royaume de Provence où la marche de Viennoise 
venait de lui échapper définitivement. L'expression dont se sert 
Liudprand pour faire connaître la substance du traité offre la 
plus grande précision : le roi de Lombardie cède, dit-il, à celui 
de Jurane a toute la terre «qu'il possédait au delà des Alpes avant 

1. Liudprand, Antapocl., lib. III, §45, 46, 48. 

2. [mai 933]. ..« annoll régnante Radulfo rege Vienense » {Clun}/, n°437). 
[octobre 933]... « anno II régnante Radulfo rege Viennense » (C/any, n» 

439). Cf. Poupardin, p. 234, note 4. Ces deux actes proviennent du Viennois 
proprement dit ; on en a aussi pour le Lyonnais, quidépendait de la marche 
Viennoise et qui paraît avoir été occupé dès 932 effectivement par Raoul 
{Cliiny, n^8 239, 233, 237, 238, 411, 442.) 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 133 

de ceindre la couronne de fer K Si l'on se reporte à la période de 
912 à 926 ainsi rappelée, on sait que Hugues était alors 
duc de Provence et marquis de Viennoise : suivant le nouveau 
traité dont parle Liudprand, le roi de Lombardie cède donc le 
duché de Provence qu'il possédait encore et la marche de Vien- 
noise qu'il ne possédait plus. Il ne la possédait plus, puis- 
qu'il l'avait concédée en 928 quand le trône de Provence 
était vacant, et puisque le roi de France venait d'y inaugurer 
son règne. Hugues mettait donc aux prises, en bon politique, le 
roi de France qui venait de l'occuper sans son aveu et le roi de 
Jurane à qui il la cédait. En cédant le duché de Provence et la 
marche de Viennoise, le roi de Lombardie ne cédait rien 
des biens si considérables qui constituaient son domaine parti- 
culier et privé en Provence et en Viennoise. On en connaît l'exis- 
tence aux comtés de Fréjus, de Riez, de Gap, de Vaison, d'Apt, 
d'Orange, de Saint-Paul, de Die, de Vienne et de Lyon. Ce domaine 
privé, composé de nombreuses villes et églises rurales, il continue à 
en disposer, à titre de propriétaire. Selon une détermination déjà 
constatée plus haut à propos des comtés qui lui appartenaient en 
Viennois et en Provence , dans la Viennoise il distribuera ce domaine 
par des libéralités entre-vifs, soit en faveur de ses parents de Savoie, 
soit en faveur des églises 2; mais, en Provence, il le conservera jus- 

1. «His temporibus Itahenses in Burgundiam ob Rodulfum, ut adveniat, 
mittunt.QuodHugo rex ut agnovit, nuntiis ad eundem directis, omnem ter- 
rain quam in Gallia ante regni susceptionem tenuit Rodulfo dédit, atque 
ab eo jusjurandum, nealiquando in ItaUam veniret, accepit. » (Liudprand, 
Antapod.,]ih. III, § 48). 

2. Pavie, 8 mars 934. « Hugo et Lotharius gratia Dei reges... pro amore 
Dei... remedioque animarum nostrarum seu patris et matris nostre Teu- 
baldi scilicet et Berte... » donnent à Cluny, dans le comté de Lyon, « duas 
curtes JURE pnopmETATis nostre... » [Cluny, n° 417). Cette donation d'un 
domaine privé tenu par les rois de Lombardie comme propriétaires fut 
approuvée régulièrement par le pape Léon VII en 937 [Ibid., n° 478) et par 
le roi de France Louis d'Outremer le 20 juin 939 [Ibid., n° 499). 

Cet acte est antérieur au traité de 934, comme les donations en faveur de 
Saint-Chef du 12 novembre 928 {Hist. deFr., IX, 690) et en faveur de Saint- 
Barnard du 25 novembre 928 (Car^. de Saint-Barnard, 2® éd., n^ 11); mais 
le suivant est postérieur. 

Pavie, 24 juin 936. « Hugo et Lotharius gratia Dei reges... Hugoni comiti 



134 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

qu'à sa mort pour le transmettre par testament à sa nièce, Berte '. 
En cédant le duché et la marche, le roi deLombardienecède même 
pas les comtés particuliers que ses proches continuaient à y pos- 
séder. Ce domaine public, ses parents le conservent. En 
somme, l'abandon fait à la Jurane avait uniquement pour 
objet le duché et la marche, qui réunis formaient le royaume 
de Provence. Elle avait donc uniquement pour objet, en fait, 
l'autorité royale vacante depuis 928 et tous les droits découlant 
de la souveraineté : notamment, le domaine public du fisc, la 
g-arde des églises principales et la disposition des offices ou des 
fiefs vacants. Les comtes, qui, dans les pays cédés, étaient en 
possession d'un comté, changeaient de seigneur et retrouvaient 
un souverain. 

Désormais, les rois de Bourgogne jurane étaient également rois 
de Provence. 

Il importe de déterminer à quelle époque intervient ce traité 
entre Rodolphe II et Hugues. Précédemment on a constaté, 
grâce aux actes privés du Lyonnais et du Viennois, que la 
vacance du trône dans la marche prend fin au moment où le 
roi de France se fait reconnaître comme roi de Viennoise, 
soit en Lyonnais en 932, soit dans le Viennois propre- 
ment dit en 933. Par les actes privés du duché de Provence, 
on saura donc à quelle date le royaume de Provence a été cédé 
par le roi de Lombardie à celui de Jurane, ou plutôt à quelle 
date celui-ci en a pris possession. En fait, les deux derniers actes 
connus qui soient délivrés, le trône vacant, sont datés d'Arles en 
juin 933 et le 18 juin 934 2, Après eux, on connaît un acte du 

et karissimo nostro nepoti quandam cortem nostram, infra reg-num Bur- 
gundie atque in comitatu Viennense adjacentem que nominatur Eltevense,. 
DE NOSTRO JURE ET DOMiNio... [Cd/'t. Sâint-Maurice, n^ 31. — Saint- And ré-le- 
Bas, Appendix 22*). 

1. Voir plus haut, p. 123, n. 2. 

2. Arles, juin [933], l'an XXXIII de Louis l'Aveugle : « Facta... in Arelate 
civitate, publiée, in mense junio, anno XXXllI, régnante Ludoico rege et 
imperatore, filio Bosoni régis » [Gall. Christ, noviss. : Arles, n° 244, col. 
99-100). L'éditeur date à tort de 923, le texte est explicite. 

Arles, 18 juin [934], l'an XXXIV de Louis l'Aveugle: «Facta... in Arelate 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 135 

Diois daté du samedi l®"* août et du règne de Rodolphe ^ : à sup- 
poser que cet acte concerne Rodolphe II, et non Rodolphe III, 
on peut le restituer au 1^'' août [93o]. Le traité intervenu entre 
les rois de Lombardie et de Jurane, portant la cession du 
royaume de Provence à ce dernier et la mise en possession du 
duché de Provence, serait intervenu entre le 18 juin 934 et le 
1«^ août 935, plutôt en 934 qu en 935. A titre de contrôle, on 
peut observer que Liudprand groupe, dans le même paragraphe, 
ce traité avec l'annonce du fait que le roi de Germanie Henri, 
ami de Hugues, jouissait alors en Italie de la plus grande répu- 
tation parce que, guerroyant seul contre les Danois, il venait de 
les soumettre à un tribut '^. Or, la campagne de Henri contre 

civitate, publiée, XIV Kalendas julii, anno XXXIIII reg-nante et imperante 
Hludovico, filio Bosoni régis » [Cart. de Saint-Victor, n° 1040. — Gall. 
noviss., Marseille, n° 64). Les éditeurs datent à tort de 924 ce texte, qui est 
cependant bien explicite comme le précédent. 

1. Dono ad ecclesiam S. Marise... in episcopatu Uzetico, in loco... 
Casanova... unum mansum... in loco... Montemcalvi in episcopatuDiense... 
Facta in feria III, kal. augusti luna prima, régnante Rodulfo rege (Dom 
Vaissete, Uist. du Languedoc, 2« éd., t. IV, n» XII, p. 54, et t. V, 158, n« 55, 
§ IV. Cf. Poupardin, p. 231, note 4. Poupardin rétablit /erta VII, au lieu 
de feria III). 

Le samedi l®"" août répond à la lettre dominicale D qui concorde avec les 

années 918, 929, 935, 940, 996, 1002, 1013, 1019, 1024, 1030. D'autre 

part, la lune, nouvelle au 1®*" août, répond au nombre d'or 8 qui ne concorde 
avec aucune de ces années. Etant donnée cette difficulté, il faut s'en tenir 
à la concordance certaine du jour de la semaine avec le quantième, ce qui 
pour Rodolphe II suppose forcément l'an 935. Le nombre d'or 8 concorde 
avec 919, 938, 957, 976, 995, 1014 et 1033. L'erreur dans le calcul de la lune 
s'observe fréquemment dans les actes de cette époque : le nombre d'or 19 
répondrait à une lune nouvelle le 30 juillet, le nombre d'or 16 à une lune nou- 
velle le 2 août et le nombre d'or 5 à une lune nouvelle le 3. Comme l'erreur 
peut aller facilement jusqu'à deux jours, il convient de voir quelles années 
tombent ces nombres d'or qui sont les plus approchants pour la lune nou- 
velle au l«r août. Le nombre d'or 19 tombe en 930, 949... 987, 1006, 1025 ; 
le nombre d'or 16, en 927, 946,... 984, 1003, 1022 ; le nombre d'or 5, en 
916, 935, 954... 992, 1011, 1030. Parmi toutes ces possibilités, les seules qui 
coïncident avec les années où tombe la lettre D sont celles du nombre d'or 
5 en 935 et 1030. L'acte est donc du samedi l^"" août [935] s'il s'agit de 
Rodolphe II, ou du samedi 1^'' août [1030], s'il s'agit de Rodolphe III. 

2. Conrad avait non seulement deux sœurs, Judith et Adélaïde, mais 
encore un frère, Rodolphe (Précepte du 8 avril 962; Cluny, 1127). 



136 LA PROVENCE DU PREMIER AU XU® STÈCLE 

Gorm, roi des Danois, qui S3 termina par la victoire de Schles- 
w^ig, le baptême des vaincus et la constitution de la marche ger- 
manique du Schleswig eut lieu précisément en 934 : la nouvelle 
de cette campag-ne retentissante et la gloire qu'elle acquit au 
vainqueur ne purent se répandre pleinement en Lombardie avant 
l'été ou l'automne en 934 ^ Il y a pour Liudprand coïncidence 
absolue avec la date du traité relatif à la Provence : c'est seule- 
ment dans le paragraphe suivant qu'il parle de la tentative d'Ar- 
nulf duc de Bavière pour enlever la Lombardie à Hugues et 
cette tentative se produisit en 935. 

Moyennant la cession du royaume de Provence, Hugues exi- 
geait de Rodolphe II ce que Béranger avait jadis exigé de Louis 
l'Aveugle et de lui-même avec succès, c'est-à-dire le serment de 
ne jamais plus venir en Lombardie. Le roi de Jurane tint ce 
solennel engagement et il ne tarda pas à mourir [j 1 1 juillet 937), 
ce qui était encore plus sûr pour Hugues. Fidèle à sa méthode, 
le roi de Lombardie se hâtait en Jurane pour épouser la reine- 
veuve à laquelle il ne laissait pas le loisir de pleurer son premier 
époux et par surcroît il en donnait lafîlleà son fils (12 décembre 
937) 2. Son but n'était évidemment pas d'avoir une femme de 
plus, mais de dominer la Jurane et de mettre la main sur l'héri- 
tier du royaume, Conrad, un enfant qui ne pouvait avoir plus 
d'une dizaine d'années, puisque son père s'était marié en 912 3. 

1. (( ... Heinricum... regem fortissimum... cujus ex hoc apud Italos 
maxime tunc clarebat, quod Danos... solus ipse debellaret ac tribu- 
tarios faceret...» (Liudprand, Antapod., lib. III, § 48). L'emploi des mots 
TUNC clarebat et l'emploi de debellaret... faceret^ à l'imparfait du subjonctif 
au lieu du plus-que-parfait, indique très clairement qu'il s'agit d'un fait 
contemporain et non pas antérieur à l'époque du traité que concerne le 
récit de l'historien. Au paragraphe suivant, il passe à l'arrivée d'Arnaud 
[sic) duc de Bavière et de Carinthie qui date de 935. 

2. Voir les textes relatifs à la campagne contre les Danois dans Rich- 
ter, Annale/1 des deustchen Reichs. III abteilung, ester band, Halle, 1890, 
p. 20, note a, 

3. Colombier, 12 décembre 938. Préceptes de constitution de dot pour 
Berte, veuve de Rodolphe II, et leur fille Adélaïde (Forschungen z. d. 
Gesch., t. IX, p. 305 ; Cod. dipl. Langob., n^ DLII. — Cf. Poupardin, p. 238, 
note 3). — Colombier-sur-Morges, canton de Vaud {Dict. postal de la 
Suisse, Bern, 1896, p. 86). 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 137 

Depuis le traité de 934 qui unissait le royaume de Provence à 
la Jurane, cette mainmise était encore plus désirable pour 
Hugues ;• si, par malheur, les petits Conrad et Rodolphe venaient 
d'ailleurs à disparaître, le mariage du fils de Hugues avec la fille 
de Rodolphe II ne pouvait manquer de faire rentrer la Provence 
et même de faire passer la Jurane par surcroît entre les mains 
du roi de Lombardie. Par malheur, cette fois-ci, le politique fut 
joué malgré toutes ses précautions. Cette union de la Provence, 
de la Lombardie et de la Jurane pouvait être menaçante pour la 
Germanie. Otton P^, qui venait de monter sur le trône (2 juillet 
936), laissa la veuve à Hugues ; mais il parvint à se faire ame- 
ner par surprise le jeune Conrad et il le garda auprès de lui ^ 
C'était donc le roi de Germanie et non celui de Lombardie qui 
jouait le rôle de régent du royaume de Jurane et de tuteur du 
jeune roi. Il va de soi que, cependant, cette régence ne pouvait 
s'étendre au delà de la Bourgogne jurane proprement dite. La 
marche de Viennoise était restée au roi de France, Raoul, jusqu'à 
sa mort (-j- lo janvier 936). Après lui, Louis IV d'Outremer fut 
sacré roi de France le 19 juin 936 : on observe alors la même 
différence que, de 932 à 933, entre le Lyonnais et le Viennois 
proprement dit. De suite, le Lyonnais reconnaît Louis d'Outre- 
mer -, comme le montre un acte du Cartulaire de Savigny : 
quant au Viennois proprement dit, le trône y demeure vacant^. 



1. «... in Burgundiam proficiscitur habens secum Conradum filium 
Rodulfi régis Jurensis quem jamdudum dolo captum sibique adductum 
retinebat... » (Flodoard, A/i/i.,940; Sert/)/., III, p. 387). — « Rex autem dédie 
in diem proficiens paterno regno nequaquam est contentus, sed abiit 
Burgundiam, regem cum regno in suam accepit potestatem. Ilugonem 
alterum armis edomuit, sibi subjectum fecit ; cujus fibulam auream régi 
dono concessam gemmarum varietate mirabilem videmus in altari proto- 
martiris Stephani rutilantem » (Widukind, lies gestse saxonicœ, 1. II, c. 35; 
Script., III, 447 ; Patr. Ut., t. 137, vol. 176). 

2. C/t. c/e CZun?/, n°s 463, 482, 491 (938), 518, 531, 564, 701. — Cart. 
de Savigny, n° 68 (mardi, 3 janvier [937] : quando Ludovicus rex Francorum 
cœpit regnare), n» 33. 

3. Vienne, juillet 937. « Deum regnantem, regem espitantem » [Cluny, 
n» 476). 



138 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

On doit probablement en dire autant du Valentinois de rive droite 
et duVivarais. Il fallut que le roi de France vînt de sa personne à 
Vienne en 941 pour s'y faire reconnaître par les comtes et par 
Charles-Constantin à leur tête K Pendant ce temps, il est évi- 
dent que le duché de Provence, depuis la mort de Rodolphe II, 
se trouvait dans les mains du roi de Lombardie, au même titre 
que la Jurane dépendait du roi de Germanie, c'est-à-dire au nom 
du jeune Conrad. Mais le roi de Germanie ne se contenta pas 
long-temps de dominer la Jurane seule au nom de son protégé. 

Pendant Tété de 940, accompagné précisément de Conrad -, 
il vient soumettre la Bourgogne, se porte jusqu'à la Seine et 
réduit Hugues le Noir à l'obéissance ^. Hugues le Noir était à 
la fois duc de Bourgogne française dans le royaume de France, 
comte de Lyonnais dans la marche de Viennoise et marquis de 
Bourgogne (Besançon) dans la Jurane : il est certain que de 937 
à 940, il avait été, partout où il l'avait pu, ouvertement favorable 
au roi de France et contraire au roi de Jurane que couvrait Tégide 
de la Germanie. A dater de 940, il est obligé de rester soumis à 
Conrad dans son comté de Bourgogne, comme il l'était dans son 
duché et en Lyonnais au roi de France : sa situation était com- 
plexe, le roi de Germanie l'oblige simplement à la neutralité. 

Après avoir fait reconnaître Conrad en 940 dans le bassin 
du Doubs, c'est-à-dire dans le comté de Bourgogne dépendant de 
Hugues le Noir, le roi Otton complète son œuvre en 942. Cette 
année, en septembre ou octobre ^, il se rencontra sur la Meuse, 
probablement à Voyse, avec le roi de France, et les deux sou- 

1. 941. « Ludovicus rex a Karlo Constantino inVienna recipitur et Aqui- 
tani ad eum veniunt illumque suscipiunt » (Flodoard, Annales, 941). 

2. Entre le 13 juillet et le 15 septembre (Richter, p. 45, note de 940). 

3. 940. « Et postea Ilug, filius Richardi venit » {Ann. Einsidl., 9iO). — 
« Hug-onem alterum armis edomuit ac sibi subiectum fecit » ( Widuk., II, 35). 
— u Castraque metatus supra Sequanam, obsides ab Hugone nigro accepit 
cumjuramentoneesset nocumento Hugoni vel Heriberto qui se subdiderant 
eidem Othonis ))(Flod., Ajin., 940). Cf. Richter, p. 44, note. 

4. Richter, p. 47, n. de 942. 

942. « Ludowicus rex Othoni régi obviam proficiscitur et amicabiliter 
se mutuo suscipientes amicitiam suam firmant conditionibus » (Flod., Ann.). 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 139 

verains réglèrent leurs différends par un traité durable. Le 
royaume de France occidentale abandonnait la Lorraine au 
royaume de France orientale, c'est-à-dire à la Germanie, et, de 
plus, la marche de Viennoise au royaume de Bourgogne jurane *. 
En retour, celui-ci laissait au royaume de France les comtés 
d'Uzège et de Vivarais, sur la rive droite du Rhône. Ces clauses 
qui concernent le royaume de Bourgogne et de Provence, on les 
chercherait vainement dans les annales ; elles ressortent du 
mode de dater les actes privés. L'histoire de cette époque s'écrit 
en utilisant les sources diplomatiques qui précisent et complètent 
les indications générales données par les sources narratives. 

En Lyonnais, donc, le dernier acte qui conserve l'indication du 
règne de Louis d'Outremer émane du comte Hugues, c'est-à-dire 
du prince qui était duc de Bourgogne française et marquis de Bour- 
gogne en Jurane : cet acte est daté du jeudi 21 avril [942] , Tan VP de 
Louis -. Le premier acte émané du même comte, qui innove en 
Lyonnais, le règne de Conrad, date du 23 avril 943 ^. En Vien- 
nois, le premier acte qui mentionne le règne de Conrad émane 
du vicomte de Vienne Ratburn, et se trouve daté du samedi 
l*'^ octobre [942], l'an IV« du règne ^. 

Dans le Valentinois de la rive droite, le dernier acte mention- 
nant le règne de Louis d'Outremer est de l'an VII^, c'est-à-dire 



1. C'est-à-dire le Lyonnais, le Viennois, le Graisivaudan, le Valentinois 
de la rive droite et le Vivarais. 

2. Cluny, n° 544... a ego Hugo Dei nutu cornes Domini nostri Jesu 
Christi et servus... in pago Lugdunense... » Don de Romans, Ain, arr. 
Trévoux. Dans cet acte. Fan de règne est donc compté à dater, non pas de 
l'avènement (15 janvier 936) mais du sacre (19 juin 936) de Louis d'Outre- 
mer : M. Giry n'avait pas eu occasion de le remarquer (Manuel de dipL, 
p. 729). Le 8 décembre [942], on ne mentionne plus le règne de Louis 
[Cart. de Savigny, n° 100). 

3. Cluny, n»» 427, 628. Don de Bouligneux, Ain, cant. Villars, arr. 
Trévoux. 

Cf. Cart. de Savigny, n^^ 40, 46, 55, 57, 62, 65. 

4. Samedi, l^'' octobre [942].. . « in pago Vienense in villa... Landadis... 

die sabatokalendisoctubris annos IIll régnante Gonrado rege » (Cluny, 

n» 546). 



140 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

d'un mardi d'avril 942 ou 943 i. Le Lyonnais et le Viennois 
venaient, sur la rive gauche, de passer du roi de France au roi de 
Jurane : mais les comtés d'Uzège et de Vivarais, sur la rive 
droite, restaient au premier d'entre eux. On a des actes pas- 
sés dans ces deux comtés et datés de son règne, puis de celui 
de Lothaire ~. Le Valentinois et le Viennois de rive droite ont suivi 

1. Mardi d'avril [942]. « in villa... Chaliano, in vicaria Subdionense... in 
mense aprili, feria III^, annoVII™", régnante Ludovico rege... » [Cart. Saint- 
Chaffre, n° CCCXXVIII). Cette date est comptée à partir de l'avènement 
au 15 janvier 936; si elle l'était à dater du sacre, au 19 juin, il faudrait 
rétablir avril [943]. Le n° CCCXXX porte, de son côté,.. « in pago Valenti- 
nensi, in vicaria Subdionensi, in aice de villa Cornatis sive Calliario... » 
L'identification de Chaliano ou Calliario (?) s'impose donc avec le hameau 
de Chalian (commune Saint-Romain de l'Air), limitrophe au terroir de Cor- 
nas ; dans la commune de Cornas elle-même coule le ruisseau de Chaliac (?), 
qui provient du hameau (Feuilles xxi-29 et xxii-29, qui donnent la forme 
Chaban pour le hameau et Chaliac pour le ruisseau). Ces localités se trou- 
vaient bien dans la viguerie de Soyons (cant. Saint-Péray, arr. Tournon, 
Ardèche) et, par conséquent, en Valentinois. 

2. Pour rUzège, il suffit de citer : [951-952]... « in pago Uzetico, in valle 
Vuarnense in villa Alberna... Actum Uzetico civitate, anno XVI, régnante 
Hludovico rege » (Clunt/y n° 817). Ce pays reste désormais acquis au royaume 
de France. L'acte relatif à rUzcge, passé à Arles au mois d'août l'an XLVIII 
du règne de Conrad, mentionne ce règne, parce qu'il est écrit en Provence 
{Gall. noviss., Arles, n» 290). 

Pour le Vivarais, on possède deux actes datés du règne de Conrad : 
c'est exceptionnel. Le premier, du 27 septembre l'an XXXI, concerne la 
donation à Cruas de biens sis à Baix. Cette donation eut lieu à Cruas, 
c'est-à-dire en Vivarais : elle fut écrite en présence de l'archevêque 
d'Arles par le moine arlésien Nortald, qui reparaît h Arles le 26 novembre, 
l'année suivante ( Albanès, Ga//. noviss., Arles, n°273). Le second concerne 
Rompon placé entre le ruisseau de Monteillet au nord, le Rhône à l'est 
et rOuvèze au sud ; cette localité, avec Lavoulte, forme la limite du 
Vivarais au nord sur le Rhône et elle est limitrophe des localités valen- 
tinoises de Saint-Laurent-du-Pape, Beauchastel sur la rive droite, Livron 
et Loriol sur la rive gauche. Peut-être cette situation sur les confins est- 
elle cause qu'on a mentionné le règne du roi de Bourgogne et non pas 
celui du roi de France. Les donateurs, Silvion et sa femme Wille, sont 
d'ailleurs des Viennois et les plus anciens représentants de la maison de 
Clérieu. [976, 979 ou 981J. « Silvius et uxor mea Guuilis... et filius noster... 
Willelmus... in pago Vivariensi in agro Albanense, in monte... Rumpone.., 
a solis ortu... Rodano, a solis occasu rivo... Cambaico, ab aquilone rivo... 
Montelisio de alio latus ad vento aqua... Obvisio... régnante Chonrado 
rege annoXL» (C/uny, noi434). Tous les autres actes paraissent unanimes 



Le royaume de Provence viennois 141 

à ce moment le sort du Valentinois et du Viemioisde rive gauche. 
Par contre, le Lyonnais de rive droite a suivi le sort de l'Uzège 
et du Vivarais i. 

à indiquer le règne des rois de France, jusqu'au début du xi" siècle : [945- 
946). « in pago Vivariensi in villa Albanense... anno X régnante Ludovico » 
[Cart. de Saint-Chaffre, n'^ CCCV). [948-949]. — «in pago Vivariense, seu 
Albense, in aice Legernatense... anno XIII régnante Ludovico rege » [Cluny, 
n°725). — Mardi, de juillet[956], « in villa Arlis,in pago Vivariensi, in vicaria 
Mariatensi... mense julio, feria III, régnante Lothario rege anno II » (Cart. 
de Sainl-Chafjfre, n'^ CCLXXVII). — Jeudi de janvier [963]. « in pago Viva- 
riensi, in vicaria Pratelliensi,in villa... Escolenco... feria V, mense januario 
[anno] IX régnante Lothario rege » {Ihid.,n^ CCCXII). — 985... « Anno ab 
incarnatione... DCCCCLXXXVindictione XIII, régnante Lothario... Beceto... 
in pago Vivariensi...» [Ibid., n° CCCLXXVIII). — Cf. Ibid., n°^ CLXI et 
CCCIII. — mercredi de juin [979 ou plutôt 986]. « in pago Vivariense, via- 
cecasto Sancti Albane, in villa... Crecxlago... feria IIII, mense junio, anno 
quando Loiccus cepit regnare... » [Cart. Saint-Barnard, 2^ éd., n° 46). — 
Creyssac, samedi [18] février 1021. « in pago Vivariensi... ad Capellam... 
mense februario, die sabbathi, luna II, anno dominicse incarnationis millesimo 
XXI régnante Roberto Francorum rege [Cart. Saint-Chaffre, n° CCCLXXXII). 
Au début du xi® siècle, certains actes ne mentionnent plus le règne : 
« in pago Vivariensi, in agro Calanconensi, in villa... Ciliacho.,. Ego Pon- 
cius presbiter scripsi [Cart. Saint-Barnard, 2® éd., n» 70 :cf. n°» 189, 190) ; 
il s'agit de Silhac. — De même les n°* 66, 67 relatifs à Saint-Félicien. 
Enfin, le Vivarais fut rattaché au royaume de Bourgogne dont il dépendra 

au XII® siècle : — juin [vers 1020]. « in pago Vivariensi, in villa Meissano 

mense junio régnante Rodulfo rege »... (Cluny, n° 2745. — Cf. le 1998 qui 
ne peut être cité parce qu'il concerne, non seulement le Vivarais, mais aussi 
Saint-Paul-Trois-Châteaux. [12 août 1052] : « ecclesia sancti Feliciani... Data 
per manus Patri sanctematris ecclesie Vienensis cancellarii, mense augusto, 
feria IIII, luna XII, Heinrico secundo augusto [Ibid., n° 103). — Vendredi 
22 février [1073]. « in villa de Commoraz et in mandamento de Rocha 
Maura... Data per manus Villelmi, ad vicem cancellarii, feria VI, octavo 
kalendas martii, luna XI, régnante Heinrico rege II nondum imperatore » 
[Cart. de Saint-Bar nard, 2^ éd., n° 161). Il s'agit sans doute de Rochemaure 
en Vivarais, quoi qu'en pense M. Mazon (A. Mazon, Quelques notes sur 
l'origine des églises du Vivarais, t. I, Privas, 1891, p. 203), et non pas de 
Roquemaure au diocèse d'Avignon. 

1. Pour le Viennois de rive droite, les actes suivants, relatifs au pays 
d'Arras et d'Annonay qui en dépendaient, suffisent à le prouver. 

Mardi d'août [943]. « ego Boso inclitus comes... in pago Viennensi, in 
agro Aradicense, in villa Arratica... anno primo régnante Gondrado rege 
[Cart. Saint-Barnard, 2® éd., n°14).Il s'agit d'Arras. 11 mars [943 ou 945?]. 
— (( ego Ismido... in pago Viennense, in agro Arratico, in villa Limanno... 
anno IIII. régnante Gondrado rege » [Ibid., n°18). — Mercredide mai [954.?] 



142 LA PROVENGE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

Des actes privés du Lyonnais et du Viennois qui précèdent, il 
ressort que la transmission de ces pays consentie par le roi de 

« in pago Vienense, in agro Annonacense, in villa... Vinonia... anno XV 
régnante Gondrado rege » {Ibid., n° 27). — 22 mars [1062] : k in pago 
Viennensi, in agro Anoniacensi, in villa... Navaz... Domino régnante 
et rege expectante » {Ibid., n» 121). A cette époque, Henri n'était pas 
encore reconnu comme roi de Bourgogne (G. de Manteyer, Les orig. de la 
Maison de Savoie, 1899, p. 409, note 3). 

Il en est de même pour le Pailharès. Samedi de janvier [954 ?] : « in 
pago Viennensi... Mizosco... anno XV régnante Corrado rege » (Ibid.,n° 26). 
— Mardi 23 février [958]. « in pago Viennensi, in agro Paliaracense, in 
villa... Mizosco... régnante Gondrado rege » {Ibid., n° 33). — Vendredi 
1er avril [959]. u in pago Viennense, in agro Palliarense, in villa Gevi- 
niano... régnante Guntardo [sic) rege » {Ibid., n° 34). 

Il en est de même pour la partie du pays de Tournon qui dépendait du 
Viennois et non pas du Valentinois. Vendredi 29 janvier [997] : « in pago 
Viennense, Tornonense in agro, in villa... Medullo... régnante Rodulfo rege» 
{Ibid., n» 61). Il s'agit de Muzols (?). 

Pour le Valentinois dérive droite. Lundi 30 juin [956 ou 962] : u in pago 
Valentinensi, in vicaria Subdionense, in aice de villa... Cornatis sive Cal- 
liario {ou Caliano)... Geilinus cornes... rivulo Cerano... régnante Conrado 
rege» {Cart. Saint-Chaffre,n° CCCXXX). Cf. ci-dessus, p. 140, n. 1. — Samedi 
25 avril [974]. u in villa Planis, in arce Soionensi... régnante Conrado 
rege anno XXXVI » {Ibid., n» CCCXXXIV). — [999-100]. « supradicta 
vicaria... villa Belmente... régnante Radulpho rege anno VII » [Ibid.,n° 
CCCXXXVI, cf. n° CCCXXXVII). 

Pour le Lyonnais de rive droite. Lundi de mars [961] : « in pago quon- 
dam Lugdunensi quod nunc est in episcopalu Valentinensi, Geilinus,.. 
manso Caviliano... régnante Lothario » {Ibid., n° CCCXLV). Il s'agit de 
Macheville qui, placé dans Tévêché de Valence, dépendait cependant du 
Lyonnais; c'est sans doute en raison de cette dépendance politique que le 
règne de Lothaire est mentionné. Le Carlulaire de Chamalières men- 
tionne régulièrement le règne de Lothaire pour les localités de la pro- 
vincia Lucdunensis et celui de Conrad pour celles de la provincia Vien- 
nensis {Carlulaire de Chamalières-sur-Loire en Velay, prieuré conventuel 
dépendant de l'abbaye de Saint- Chaffre, publié par A. Chassaing, avec 
introduction ' et tables par A. Jacotin, Paris, 1895, in-8° de xiv-204 pp.)- 
Voir Ibid., no \2Q: dimanche de septembre [969 ?J « anno XXX regni régis 
Conradi... in territorio Viannensi, in villa... Mons Cornaton )^ — Ibid., 
n» 127: mercredi de mai [968]. « anno XIIII regni régis Loterii... in 
quodam pago Lucdunensis proviricie... Aurigum ». — Ibid.,n° 128 [967-978]. 
« Anno XllII regni régis predicti... in provincia Lucdunensi, in territorio 
de Jares, in... villa... Chalmis. » La communication de cette édition 
récente du Carlulaire de Chamalières est due à la bonne amitié de M. 
Noël ThioUier. 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 143 

France au roi de Jurane s'est opérée entre le 21 avril et le 
l^"" octobre 942. On savait déjà que le traité entre Louis d'Ou- 
tremer et Otton était intervenu en septembre ou octobre : désor- 
mais, on pourra préciser et dire qu'il fut passé probablement au 
début de septembre 942. L'acte du samedi 1®'' octobre 942 
prouve aussi qu'un scribe de Vienne faisait remonter le rè^ne 
de Conrad, non pas à Tépoque tout à fait récente où il avait 
reçu effectivement le Viennois, mais au moment de son accession 
au trône en 937. C'était conforme à l'esprit du traité de 934 
intervenu entre le roi de Jurane et le roi de Lombardie. Cette 
ère du 11 juillet 937, il faut le dire, est exceptionnelle en Vien- 
nois. D'autres scribes prennent le début de l'ère du règne en 
940, c'est-à-dire à Tépoque où Otton avait soumis Hug-ues le 
Noir au jeune Conrad ^ La plupart, se conformant au fait réel 

1. Il ne peut s'agir de citer ici que les seuls actes où existe la concor- 
dance certaine entre le jour de la semaine et le quantième: les autres 
n'offrent aucune base positive : 

1» Ère de 940 : « Ego Islenus presbiter rogitus scripsi die veneris XIII 
kalendas madias, anno XI. régnante Gondrado rege » {Cart. Saint-Barnard, 
2^ éd., n° 23). Cet acte remonte au vendredi 19 avril [950], an XI"; il 
suppose que Conrad était le 19 avril 940 dans l'an P"" de son règne. — Ego 
Vuillelmus subscripsi, dadavi die sabato .VI. idus k. (sic) julii anno 
XXX™° régnante Gonrado rege » [Ibid., n^ 38). Cet acte est du samedi 10 
juillet [969], an XXX« : il suppose que Conrad était le 10 juillet 940 
dans l'an P»" de son règne. 

2° Ère de 942 : «Factadonacione istaferia IIII. /ii. nonasjanuarii annoXIIII. 
régnante Gondrado rege... Ego Ebo presbiter scripsi » (/Z)iJ.,n°2o). Cet acte, 
du mercredi 3 janvier [955], anXIV^, suppose que le roi étaitle 3 janvier 942 
dans l'an l^^ de son règne. 

Dans ces deux ères, comme point de départ, il ne faut tenir compte 
que du millésime : on ignorait, au bout de quelque temps, à Vienne, 
le jour et le mois de la prise de possession de Besançon en 940 et 
du Viennois en 942. En réalité, dans l'ère de 940, il aurait fallu faire 
tomber le 18 avril de l'an I*''" en 941 et, dans l'ère de 942, il aurait 
fallu faire tomber le 3 janvier de l'an I®'' en 943. Se rattachent à l'ère des 
942, forcément, les actes suivants. — « Ego Boso diaconus hancprestariam 
scripsi, datavi IIII kalendas octobris. anno II vocato rege Gondrado {Cart. 
Saint-Maurice de Vienne, n° 110. — Ed. Cart. Saint-André-le-Bas, Appen- 
dix no 23*). Cet acte est du 28 septembre [943] et non pas de 938 comme le 
dit l'éditeur. — «Anno II régnante Chuonradorege Viennense» (Car/. Ssmf- 
André-le-Bas, n° 98). Cet acte est de la fin de 943 ou du début de 944 et 



d44 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

et non pas au droit, ne le prennent qu'en 942, c'est-à-dire au 
moment où le Viennois fut effectivement cédé à Conrad. 

A peine la marche de Viennoise lui eut-elle été cédée par le 
roi de France qu'on le voit quitter la Germanie et le roi Otton 
son protecteur pour venir se montrer à ses nouveaux sujets. 
Sans doute, il atteignait alors sa majorité. On le voit tenir une 
assemblée générale où assistent, non seulement les évêques et 
les comtes, mais tous les vassaux de la couronne, grands et 
petits ^ Il semble que les fonctions de marquis de Viennoise 
soient remplies désormais par le comte de Lyonnais Hugues le 
Noir, également duc de Bourgogne : les comtes de Maçonnais, 
de Viennois et de Forez l'entourent dans une affaire concernant 
le vicomte de Lyon -. En tout cas, Charles-Constantin demeure 
toujours, au rang des simples comtes, comme comte de Vien- 
nois. Il est peu probable que le roi de Bourgogne, après avoir 
reçu l'hommage du Viennois, soit également en 943 venu tenir 
sa cour en Provence. Sans doute, il y régnait depuis qu'il était 
roi; mais il n'y pouvait guère paraître tant que le roi de Lombar- 
die vivait. Celui-ci avait bien abandonné le duché en 934 ; mais 
ses proches tenaient toujours le siège primatial d'Arles, les 
comtés d'Arles et d'Avignon. Du moment que le roi de Bour- 
gogne s'appuyait sur la Germanie, celui-ci ne pouvait compter 
sur le bon vouloir de la Provence. 

non pas de 938-939. On y voit que le roi de Bourgogne jurane est qualifié 
roi de Viennoise, comme précédemment l'était de 933 à 942, le roi de 
France. Cf. ci-dessus, p. 132, n. 2.(( Adalardus presbiter scripsit, dictavit, 
die martis mense augusti, anno primo régnante Gondrado veg;e » [Cart. 
Saint-Barnard, 2« éd., n» 14). Cet acte est d'un mardi d'août [943]. 

1. 28 mars (?) 943. Plaid royal en faveur deCluny : « Chuonradus... rex... 
in pago Viennense... Carolus consanguineus noster... 

Humbertus prœsens fuit ac omnes vassi dominici majores et minores » 
[Cluny, n»622}. Cf. n» 631. 

2. 28 mars 944. « ante... domni Hugonis gloriosissimi marchionis... de 
Ademaro Lugdunensi vicecomite ex Tosciaco... S. Hugonis comitis et 
marchionis. S. Ademari vicecomitis. S. Leotaldi comitis. S. Caroli comitis. 
S. Vuilelmi comitis... » [CL, 656). Pour sa qualité de duc de Bourgogne fran- 
çaise, voir le précepte de Louis d'Outremer, du l'''" juillet 946 (ibid., 688 
et 689). 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 148 

Voyant que son règne déclinait et que le pouvoir passait peu 
à peu au marquis d'Ivrée Déranger, le roi de Lombardie Hugues 
se décida en 946 à quitter la Lombardie avec tous ses trésors 
pour venir finir ses jours en Provence, auprès de sa nièce, Berthe ^. 
Il laissait en Italie, sous la direction de Béranger, son fils 
Lothaire, associé à la couronne depuis 931. Cette retraite prouve 
bien qu'il restait le maître de la Provence. Le roi Hugues devait 
être alors septuagénaire et fatigué de sa vie bien remplie. La 
mort pouvait venir : elle vint le prendre à Arles le samedi 
saint 10 avril 947 2. Il léguait à sa nièce son trésor et 
son domaine privé en Gothie et en Provence ^. Son fils, Lothaire, 
ne tarda pas à mourir lui-même à Turin le vendredi 22 
novembre 950 ^. Le marquis Béranger se saisit de sa veuve 
Adélaïde et, comme Lothaire ne laissait d'elle qu'une fille, il se 
fit couronner roi de Lombardie, le dimanche 15 décembre, avec 
son fils Albert ^ Adélaïde était cette sœur du roi de Bourgogne 
Conrad, que Hugues avait fait épouser à son fils le 12 décembre 
937. Comme Béranger la maltraitait, le roi de France orientale, 
Otton, résolut de descendre en Italie pour la délivrer, l'épouser 

1. « Rex Hugo... relicto Lothario et, simulata pace, Berengarii fidei tra- 
dito, in Provinciam omni cum pecunia properavit... (Liudprand, lib. V, 

2. « Die sabati, quod est decimo die mensis aprelis et fuit in eo die secun- 
dum Pasce, civitate Arlenda, migravit ab hac die domnus Ugo rex ; abead 
regnatum annos XX expletos et menses VIIII et dies III (CipoUa, Monum- 
Novalic, I, p. 415). 

3. « Vocante Domino brevi rex Hugo viam est carnis universœ ingressus, 
Bertse hepti suaî Bosonis Arelatensis comitis viduœ pecunia derelicta » 
(Liudpr., lib. V, § 31). Cf. Donation du 26 février 960 par Berthe de l'héri- 
tage qui lui venait de son oncle {Hist. Lang., 2« éd., t. V, n» 107), col. 233- 
234). Cf. ci-dessus p. 123, n. 2. Les villas du roi Hugues, qui se trou- 
vaient réparties, au royaume de Provence, dans les comtés de Fréjus (1), 
Riez (2), Gap (7), Vaison (1), Apt (3), Orange (1), Trois-Châteaux (4) et Die (1), 
étaient surtout nombreuses dans celui de Gap : on croit y reconnaître Méol- 
lion (comm. Champoléon), Molion ; Chaillol, Callulus ; les Lunels, Lunateis, 
et le Champsaur, Caricampus. En effet, pour ce dernier vocable. Cari 
donne «Tsaur» dans le dialecte local ; d'où « Tsantsaur », Champsaur. 

4. Cipolla, t. I, p. 145. 

5. Ibid. 

Mém. et Doc. de i École des Charles — VII. 10 



146 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll^ SIÈCLE 

et devenir ainsi, lui-même, roi de Lombardie. Il accomplit ce 
projet pendant l'été de 951, après le 28 juillet, et se trouve à 
Pavie le 23 septembre ^. En décembre, il épouse Adélaïde ^ et 
retourne en Germanie au printemps de 952, de manière à célé- 
brer Pâques en Saxe : le H février, il est encore à Pavie, le 
15 à Corne, le 1^^ mars à Ziirich, le 12 à Erstein, près Strasbourg, 
et le 29 avril à Mag-debourg-. 

Ces dates précises de l'expédition d'Otton en Lombardie sont 
à noter ; car, pendant qu'il était ainsi occupé en Italie et que son 
protégé le roi de Bourgogne ne pouvait compter sur son appui, 
le roi de France occidentale ne restait pas inactif. Avec le pro- 
jet déclaré de se rendre en Guyenne, Louis d'Outremer, au début 
de l'année 951 3, se mit hâtivement à la tête de son armée : il 
descendit sur la frontière méridionale du duché de Bourgogne, qui 
relevait de lui, c'est-à-dire vers Mâcon. A son approche, se pré- 

1. Richter, p. 61, note. 

2. En tout cas, avant le 6 février 952 [Ibid., p. 62, note). 

3. 951. « Ludowicus rex Aquitaniam cum exercitu petiit ; sed, antequam 
eandem ingrederetur provintiam, Karlus Constantinus Viennœ princeps et 
Stephanus Arvernorum prœsul ad eum venientes sui efficiiintur» (Flodoard, 
Annales, 951). — 951. « Jussus ergo ab rege, in Aquitaniam exercitum régi 
parât. Quo in brevi collecto, causis rerum exigentibus ad interiores Bur- 
gundiœ partes rex secum exercitum dirigit. Cum ergo in agro Matisco- 
nensium castra figeret, occurrit ei Karolus Constantinus Viennœ civitatis 
princeps ejusque efficitur fidem jurejurando pactus. Hic ex regio quidem 
génère natus erat, sed concubinali stemmate usque ad tritavum sordebat, 
vir grandevus et multis bellorum casibus ssepissime attritus et qui in 
superioribus juratarum tumultibus felici congressu insignis multoties eni- 
tuit. Afîuit etiam Stephanus Arvernorum presul ac régi sese commisit. Nec- 
non et a Willelmo Aquitanorum principe legati industrii afîuere pro suo 
principe ex fide habenda sacramenta daturi. Quibus postquam jussa regalia 
data sunt, rex in urbem Vesontium... cum duce exercitum deducit. Atque 
ibi Letoldus ejusdem urbis princeps ad ejus militiam sacramento transit. 
Quibus féliciter alque utiliter habitis, cum autumno maturante... rex... in 
acutam febrem decidit... dux ab eo jussus exercitum reducit. Letoldus 
vero princeps... régi famulatur. At... convaluit. Transactisque diebus tri- 
ginta post corporis reparationem cum Letoldo principe in Franciam redit » 
(Richer, Hisioriarum, lib. II, § 98, 99). La qualité de princeps Viennœ civi- 
tatis pour Charles-Constantin, comme celle de (Vesontii) urbis princeps 
pour Liétaud, équivaut, dans la langue de l'historien, à celle de cornes. 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 147 

sentèrent devant lui les ambassadeurs du duc de Guyenne, qui 
se déclarèrent prêts à lui donner satisfaction : mais la Guyenne 
n'était pas le seul but de l'expédition royale. Louis d'Outremer 
tentait de regagner ce que le roi Otton lui avait fait perdre dans 
le royaume de Bourgogne, soit en 940 avec Besançon, soit en 
942 avec la marche de Viennoise. En effet, à Mâcon se présente 
le comtede Viennois, Charles-Constantin, qui, trahissant Conrad, 
se déclare le vassal de Louis d'Outremer. Puis, le roi, au lieu de 
rentrer en France, se dirige par la Bourgogne sur Besançon, où le 
comte Liétaud, suivant l'exemple de Charles-Constantin, aban- 
donne Conrad pour passer au service du roi de France. Il faut 
noter que Liétaud était à la fois comte de Maçonnais dans le 
duché français et comte de Besançon dans le royaume de Bour- 
gogne : en ces deux qualités, il était vassal du duc de Bourgogne 
Hugues le Noir, qui allait mourir le 18 décembre 952. On com- 
prend maintenant pourquoi Louis passe par Mâcon avant de se 
rendre à Besançon : il ne s'y rendait qu'à coup sûr, assuré de 
l'éloignement d'Otton et de l'impuissance de Conrad. A l'au- 
tomne, le roi Louis prend la fièvre à Besançon : le duc ramène 
l'armée en France ; puis le roi lui-même, gardé par Liétaud, se 
rétablit. Un mois après son rétablissement, il regagne la France 
avec Liétaud. S'il regagne la France à ce moment et si Liétaud 
juge utile d'abandonner Besançon pour l'accompagner, ce n'est 
pas uniquement parce que ce dernier veut faire honneur au roi ; 
c'est parce que tous deux avaient vent du prochain retour 
d'Otton en Germanie et que ce retour devait inquiéter le comte 
félon. En effet, au lieu de gagner directement la Germanie au 
printemps de 952, Otton va se détourner par Zurich et l'Alsace, 
en plein hiver, aux mois de février et de mars. 

Il est évident que cette expédition avait été préparée sur les 
conseils du duc de Bourgogne française Hugues le Noir. Un 
acte passé à Lyon, en 944, fait penser qu'il occupait alors le Lyon- 
nais comme marquis de Viennoise : en cette qualité, il dut 
déterminer le comte de Viennois Charles-Constantin à trahir 
Conrad. De plus, il était certainement seigneur du comte de 



148 LA PROVENCE DÛ PRÉMtER AU XIl^ SIÈCLE 

Besançon et son marquisat, dans le royaume de Bourgog-ne, 
s'étendait sans doute jusqu'au Doubs : en cette qualité, il dut 
avoir encore moins de peine à persuader le comte de Mâcon et de 
Besançon de se joindre à lui contre Conrad ^ Mais cette 
revanche de Louis d'Outremer contre les événements de 940 et 
de 942 fut éphémère. Il resta maître de Besançon pendant 
quelques mois en 951, Charles-Constantin l'y accompagna et, 
pendant ce même temps, le règne de Conrad dut subir une éclipse 

1. Hugues le Noir était duc de Bourgogne française : voir le précepte de 
Louis d'Outremer du i^^ juillet 946 [Cluny, n^s 688 et 689). Il fut également 
comte, puis marquis, en Lyonnais dans le royaume de Bourgogne : voir le 
précepte de Louis l'Aveugle daté de Vienne en 900 : a quidam inclitus 
comes nomine Hugo filius Ricardi comitis. . . de comitatu Lugdunensi » [Cl. , 70) . 
Voir aussi le plaid du 28 mars 944 [Cluny, n° 656). Enfin il était marquis à 
Besançon, dans ce même royaume : voir l'obit du 18 décembre 952 dans le 
Kalendarium Vesontionense (Dunod, Hist. de Véglise de Besançon, t. I, 
Besançon, 1750, Preuves, p. xxxi). Sa domination à Besançon résulte tout 
aussi bien des textes qui concernent l'expédition d'Otton en 970 : si Olton 
se le soumit alors, ce ne pouvait être comme duc de la Bourgogne fran- 
çaise, mais comme maître de Besançon (Cf. Cluny, n°^ 397, 398, 408, 499, 
544, 627, 628). Le comte de Vienne Charles-Constantin paraît soumis à 
Hugues le Noir dans le plaid du 28 mars 944 {Cluny, n» 656), exactement 
comme l'étaient les comtes de Forez, au royaume, et de Maçonnais, au 
duché de Bourgogne. 

Liétaud, fils d'Aubry, était comte de Maçonnais, dans le duché de Bour- 
gogne française, et à ce titre vassal de Hugues le Noir (Cluny, n» 976 ; cf. 
n«« 432, 622, 625, 644, 655, 656, 680, 688, 689, 728, 729, 753, 764, 768, 797. 
980, 1037, 1044. Munier, Thiroux, Dijon, 1660, pp. 125-127). Il était aussi 
comte de Besançon, dans le royaume de Bourgogne, et à ce titre égale- 
ment vassal de Hugues le Noir: voir, indépendamment de Richter, l'acte 
de février 944 passé à Besançon [Cluny, 655) ; voir l'acte de [968], l'an XII 
de Conrad, où le comte de Mâcon donne à l'église de Besançon « pro remédie 
animée meœ atque senioris mei incliti Hugonis archicomitis necnon et 
genitoris mei Alberici et genitricis meœ Avelanœ » (Dunod, Hist. du second 
royaume de Bourgogne, t. II, Dijon, 1737, p. 107). Après sa défection 
de 951, il juge prudent de rester en France quelque temps: il figure à 
Laon le 20 octobre 955, sous le titre de L. Burgundise comes qui rappelle 
sa domination à Besançon [Cluny, n° 980). Puis, il paraît avoir fait sa paix 
avec Otton et Conrad, si on en croit l'acte où il figure avec l'appellation : 
domni Leuioldi imperatorii comitis [Gall. Christ., t. IV, Instr., n° XXI, 
col. 279). Il ne tarda d'ailleurs pas à mourir. Son frère Humbert est la 
tige des sires de Salins (Ga^/. Christ., IV, Instr., col. 275, n»» XVI, XVII; 
Guichenon, Bibl. Sebus, cent. I, cap. XXIII, pp. 53-54 ; Cluny, 655). 



\ 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 149 

en Viennois. Les actes privés prouvent que, si elle eut lieu, elle 
fut aussi courte que l'occupation de Besançon. Charles-Constan- 
tin, qui s'était réfugié en France, rentra finalement à Vienne 
avant 958, sous la domination de Conrad qui demeura définitive*. 
Tel avait donc été le sort de la marche de Viennoise depuis la 
mort du roi de Provence Louis l'Aveugle jusqu'à l'établissement 
définitif de l'autorité du roi de Bourgogne jurane Conrad, c'est- 
à-dire de 928 à 952. Le trône était demeuré vacant de 928 à 933, 
entre la Lombardie et la France ; la marche s'était trouvée dans la 
dépendance des princes de Vermandois de 928 à 931 , puis du roi de 
France de 931 à 933, pendant que le duché de Provence obéissait 
au roi de Lombardie. Le roi de France avait été roi de Viennoise, de 



1. On a un acte de Charles-Constantin, daté du règne de Louis d'Ou- 
tremer et approuvé par ce souverain, par lequel il donne à Cluny Commu- 
nay en Viennois: « data... in mense januario régnante Ludovico rege anno 
XVI qui... preceptum jussit fieri et sigillo suo insigniri » (Cluny, n° 797) 
Si l'on compte l'ère de Louis à dater de son avènement le 15 janvier 936, 
l'acte en question est du [15-31] janvier [951] et c'est l'opinion de 
M. Bruel. Si l'on compte l'ère du règne à dater seulement du sacre le 
19 juin 936, l'acte sera du [1-31] janvier [952]. Cette seconde opinion est 
la bonne, car Louis d'Outremer était encore à Pouilly-sur-Loire le 
3 février {Cluny, n° 763) et Charles-Constantin ne vint se soumettre à 
lui qu'à son arrivée à Mâcon. Liétaud était lui-même à Mâcon le 
12 février et le 2 avril (Cluny, n° 799). La date de janvier [952] s'impose, 
en prenant l'ère au sacre. L'acte prouve que le comte de Viennois accom- 
pagna le roi de Mâcon à Besançon ; puis, il rentra avec lui et Liétaud de 
Besançon en France à l'automne de 951 et il y passa l'hiver. On a vu 
que Liétaud était encore à Laon le 20 octobre 955 : l'entreprise du roi 
ayant échoué, il est naturel que Charles-Constantin ait suivi l'exemple de 
Liétaud et ait attendu de négocier sa grâce avant d'oser revenir chez lui. 
Il était rentré avant mai 958 (Cluny, n° 1047). 

On a en Viennois des actes avec le règne de Conrad, du vendredi 
19 avril [950] l'an XI (Cart. Saint-Barnard, n° 23), puis d'un vendredi de 
juin l'an XII (Ibid., n° 24) et enfin du mercredi 3 janvier [955] l'an XIV 
(Ibid., n° 25). Le premier, écrit par le scribe Islenus, suit l'ère de 940 ; le 
troisième, parEbon, suit l'ère de 942. Le second, écrit par Eldrade, peut donc 
être de juin [951] ou de juin [953], suivant le système suivi. Dans le pre- 
mier cas, il n'y aurait eu aucune interruption du règne de Conrad en 
Viennois, malgré la défection de Charles-Constantin : c'est peu probable. 
L'acte doit être de juin [953] : il prouve au moins que le règne de Conrad 
était rétabli alors. 



150 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

933 à 942, sans l'aveu du roi de Lombardie ; celui-ci, en 934, avait 
cédé par représailles au roi de Bourgogne jurane tout le royaume 
de Provence, c'est-à-dire la marche de Viennoise avec le duché de 
Provence. En 942, finalement, le roi de Bourgogne jurane avait 
pu prendre possession, grâce au roi de Germanie, de la marche 
de Viennoise. Endehors d'un retour momentané delà France, sur- 
venu du printemps de 951 au printemps de 952, cette marche avait 
formé désorm.ais le royaume de Viennoise sous le sceptre de Con- 
rad. Mais, Conrad ayant passé sous la main d'Otton en 938, le 
roi de Lombardie ne paraît pas lui avoir jamais livré le duché 
de Provence qu'il avait promis à son père en 934. 11 paraît bien 
l'avoir gardé, sinon comme roi, du moins comme duc, jusqu'à sa 
mort survenue à Arles le 10 avril 947. 

Ainsi, à partir du moment oii disparaît le règne de Louis 
l'Aveugle, en 933, le Viennois obéit désormais au roi de France 
(933-942, 951), ou bien au roi de Jurane (942-951, 952-1032), 
c'est-à-dire à un souverain étranger. Ce pays a cependant toujours 
l'ambition de constituer le royaume particulier de Viennoise ^. 



VI 

Les comtes d'Arles ■ 
(926-948) 

Ces vingt ans écoulés, de la mort de Louis l'Aveugle à celle 
de Hugues, sont une période de silence tragique où la Provence 
tout entière, épuisée, se tait. Les Sarrasins, qui s'étaient fixés au 
Freinet à la fin du règne de Charles le Gros, Pavaient peu à peu 

1. Ci-dessus, pp. 132, n. 2, pour Raoul, et 143, n. 1, § 2, pour Conrad. 
Y joindre les actes suivants : Cluny, 998, 1005, 1006, 1009, 1013; Saint- 
André-le-Bas, n»« 17, 43, 49, 57, 64, 98, 102, 113, 116, 122. 

Les derniers actes connus de Charles-Constantin sont les Chartes de 
Cluny, nos 656, 797, 1047, 1084, 1094, 1122, datées de mai 958, avril 960 
et janvier 962. Le n» 1094 est sans date d'année. 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 151 

dépouillée et réduite à rieni. C'était un désert, où restaient 
quelques cités isolées comme des oasis, et, personne n'ayant plus 
de quoi donner aux églises, tout paraît aboli. Si le roi de Lom- 
bardie s'en était donné la peine, il est certain qu'il aurait pu y 
porter remède : mais l'Italie l'absorbait et il ne gardait la Pro- 
vence que comme une ligne de retraite où il lui suffirait de 
trouver, le long du Rhône, Arles et Avignon bien munies de 
murs, àTabri de leurs marais. Dans ce cas, la zone de Fréjus et 
du littoral désolée par les Sarrasins lui servirait plutôt de cou- 
verture, entre les Alpes et le Rhône. Les Sarrasins pouvaient 
devenir des auxiliaires, pour un prince bien muni d'or, et il 
l'était. Les petits et les grands payaient fort cher la politique du 
prince. Le primat d'Arles, l'archevêque d'Aix quittaient le pays 
comme le duc : seuls y restaient ceux qui ne pouvaient faire 
autrement. 

Il faut bien, cependant, qu'il y ait eu un comte d'Arles à cette 
triste époque. On sait déjà que, lors de la restauration du duché, 
en 911, le duc avait installé comme comte d'Avignon son frère 
Boson, en conservant pour lui-même le comté d'Arles 2. Lorsque le 
duc était devenu roi de Lombardie en 926 , il avait dû céder le comté 
d'Arles à Boson et celui-ci dut administrer, dès lors, toute la 
Provence au nom du roi. Mais, en 931, Boson avait été appelé 
en Lombardie et était devenu marquis de Toscane, dignité dont 
il jouit dès le 17 octobre. Boson ne pouvait remplir deux postes 
de confiance à la fois, avec les Alpes entre eux: du moment où il pas- 
sait en Toscane, il fallait un comte qui le remplaçât en Pro- 
vence. Alors seulement se pose le problème consistant à dire qui 
devient comte d'Arles. 

C'est encore un Boson : mais, si le nom ne change pas, la 
personne a changé. Il serait impossible deconfondre ce Boson avec 

1. 936. « Sed et Saraceni qui... Fraxenetum inhabitabant, post labefac- 
tionem Provincialium quasdam summas Italiœ partes sibi vicinas non 

mediocriterlaniabant (Liudprand, Antapod,, lib. II, § 43 . — cf. lib. IV, 

4). 

2. Voir ci-dessus, pp. 117-118. 



152 LA PROVENCE DU PREMIER AU XI1<^ SIÈCLE 

le comte précédent devenu marquis de Toscane ; car la femme du 
nouveau comte est précisément Berthe, fille aînée de son prédé- 
cesseur^. En conséquence, l'hypothèse la plus naturelle est que le 
nouveau Boson tient le comté d'Arles de sa femme : celle-ci le 
tenait elle-même de son père qui le lui avait remis en 931 et 
son père l'avait forcément reçu en 926 du duc. Il est, en effet, peu 
probable que le duc ait directement transmis le comté d'Arles 
en 926 à sa nièce, alors que le père de celle-ci serait resté simple 
comte d'Avignon jusqu'en 931. 

La fortune qui fît monter sur le trône de Provence l'élu 
de 879 suscita, comme on le voit, parmi ses parents et ses 
compatriotes de nombreux Boson : ils encombrent l'histoire 
régionale et l'une des difficultés de cette époque consiste à les 
distinguer clairement. 

Le roi de Provence Boson portait le nom de son oncle mater- 
nel, le comte lombard Boson, mari d'Engeltrude. Durant la pre- 
mière moitié du x® siècle, on peut citer dans sa famille les princes 
suivants. 

1" Au deuxième degré, par sa fille Engelberge, son petit-fîls 
Boson, fils de Guillaume, marquis d'Auvergne, comte de Mâcon. 
Ce Boson mourut, on le présume, avant le 8 avril 936 2. 



4. 946. « Rex Hugo... in Provinciam... properavit. Quo audito Raimun- 
dus Aquetaniorum princeps eum adiit, cul et pro minis mille se in militem 
dédit, fidemque sibi servaturum juramento adfirmavit... Vocante Domino, 
brevi rex Hugo viam est carnis universœ ingressus, Bertae nepti suae, 
Bosonis Arelatensis comitis viduœ, pecunia derelicta.Quam etiam brevi 
spatio intercedente, memoratus Raimundus inpurlssimœ gentis princeps 
inpurior sibi maritam effecerat ; cujus non solum concubitu, verum etiam 
osculo indignum élégantes formarum inspectores etiam atque etiam con- 
firmant » (Liudprand, Antapodosis, \ih. V, §31) . — 936. « ... régis Hugonis fra- 
terBoso... marcam Tusciœ obtineret... conjux sua Willa.., cum prolem non 
haberet virilem quattuor habuit natas, Bertam, Willam, Richildamet Gis- 
lam...))(7i)ic/.,lib. 1V,§11). 

2. [Vienne], 25 décembre [920] u Signum Bosoni filio Villelmi » [Cart. 
Saint-André-le-Bas, n° 124). — 8 avril 936. « ego... Gauzfredus... cornes et 
uxor mea Ava... pro anima... senioris mei Wilelmi ac filii ejus Bosonis... 

in pago Eduense [Ch. de Cluny, n°446). Boson est mort avant son père, 

c'est-à-dire avant le mois de mai 92Q {Cluny, n°s 214, 269). 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 153 

2'^ Au troisième degré, par son frère Richard, duc de Bourgogne, 
son neveu Boson qui mourut en 935 et fut inhumé à Saint-Remy 
de Reims ^ 

3° Au cinquième degré, par son oncle maternelle duc de Jurane 
Hubert et le comte de Viennois Thibaud, fils de celui-ci, son 
neveu par alliance Boson comte d'Avignon (9H-931), d'Arles 
(926-931) et marquis de Toscane (931-936) 2. 

4° Au sixième degré, par la même voie et le roi Hugues fils 
du comte Thibaud, son petit neveu naturel, par alliance, Boson, 
fils de Pezola et évêque de Plaisance en 946*^. 

5^ Au septième degré, par la même voie, c'est-à-dire par le 
comte de Viennois Thibaud, sa fille Thiberge et le fils de celle-ci 
Hugues comte de Savoie, son arrière-petit-neveu Boson qui se 
trouve à Montiéramey en 927 et qui meurt avant septembre 948 ^ 

6*^ Boson, fils du comte de Valentinois de rive gauche Ada- 
lelme ^. 

1. 5 sept. 918. « Clarissimus cornes [Hisi. génér. de Bourgogne, t. I, 
pr., n° XIX). — 923. « Boso filius Richardi )>... 929... « Heribertus et Hugo» 
comités contra Bosonem Rodulfi régis fratrem proficiscuntur...; 931... 
« pacato Bosone cum Heriberto »..; 935... «interea Bosofrater régis Rodulfi 
in expeditione obsidionis castri sanctiQuintini moritur et delatus ad Sanc- 
tum Remigium sepelitur » (Flodoard, Ann.y 923, 929, 931, 935 ; éd. Lauer, 
pp. 12, 43, 48, 62). 

2. Voir ci-dessus, pp. 151-152. 

3. Liudprand, Antapodosis, lib. IV, § 14 ; lib. V, §30. 

4. Montiéramey, avril [927]. a ego Hugo comes et conjux mea Wila necnon 

et filius Boso S. Hugonis comitis... S. Wilœ uxoris ejus. S. Bosonis 

filii ejus. S. Warnerii ipsorum filii » (Giry, Etudes carolingiennes, § V, 
n» 27 ; dans Etudes d'hist., Gabr. Monod, Paris, 1896, p. 135). — [Arles] 
sept. [948]. « Manasses indignus episcopus... pro anima patris et matris 
mee Teutberge et fratrum meorum, Hugonis videlicet atque Richardi, 
Bosonis quoque et ceterorum omnium parentum meorum » [Cluny, n» 726). 

5. Adalelme, comte de Valentinois et mari de Rotlinde, vivait encore le 
6 juin 903, date à laquelle le roi de Provence lui permet de tester pour les 
biens qu'il avait reçus à titre viager par préceptes [Cart. Saint-Maurice, 
n» 195; Cart. Saint-André-le-Bas, Appendix n° 12*). II mourut après 
911. Son fils Boson, devenu comte de Valentinois, paraît dans les actes sui- 
vants : [30 avril 907-novembre 908]... « Remegarius sancte Valentinensis 
ecclesie humilis episcopus in Xpisti nomine firmavi et subscripsi... Signum 
alii Bosonis comitis n[Cart. Saint-Barnard, 2° éd., n°6). — 912... « Signum 



154 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

7" Le fils de Roubaud, Boson, qui deviendra comte d'Arles en 
949 K 

8^ Boson, marquis delà Marche ~. 

Voilà les huit Boson que font connaître les textes, en Provence 
ou dans les environs, comme membres de familles princières pen- 
dant la première moitié du x® siècle. 

lia pu y en avoir d'autres; mais, puisqu'ils sont ig-norés, ils 
devaient, par conséquent, avoir moins d'importance. Or, le roi 
Hug-ues n'avait certainement marié l'aînée et la préférée de ses 
nièces qu'à quelqu'un de considérable et de digne d'elle. 11 est 
donc moralement certain que Boson, mari de Berthe et comte 
d'Arles dès 931, se trouve parmi ces huit Boson connus ; mais 
il faut choisir. Ce sont les dates de la vie de sa femme qui 
permettront d'arriver à le déterminer. Le 10 avril 947 quand le 
roi de Lombardie Hugues mourut à Arles léguant à sa nièce 
Berthe tous ses trésors, celle-ci était déjà veuve et remariée, 
après un très court veuvage, à Raymond, prince aquitain. 
Liudprand dit que ce second époux n'avait rien pour elle de flat- 
teur et qu'il était indigne de sa beauté : ainsi, le premier avait 
mieux valu. Ce Raymond, pour préciser, n'est pas, comme 
beaucoup l'ont cru, Raymond-Pons, comte palatin de Toulouse, 
marquis de Gothie et même, un moment, duc de Guyenne ; c'est 
son cousin germain Raymond, simple comte de Rouergue ^. En 

Adalelmi comitis. Signum Bosonis filii ejus » {Gallia Christ., t. XVI, 
Instr., col. 101, n» I). — mardi d'août [943], l'an l^r de Conrad. « Dilectoatque 
amabili filiolo meo Udalbertoabbati, ego Bosoinclitus cornes... in pagoVien- 
nensi, in agro Aradicense... [Cart. Saint-Barnard, n° 14). Le comte était 
alors fort âgé, puisque son père était mort depuis trente ans, et que l'abbé 
Udalbert est son filleul. 

1. Voir ci-dessous, p. 201, n. 1. — Arles, 7 octobre 949. « Boso comes» 
(Chantelou, Hist. de Montmajour, pp. 25-27). 

2. 8 août 958. «Signum Bosonis marchionis (Gall. Christ., t. Il, instr. col. 
168-169. — Robert de Lasteyrie, Etudes sur les comtes et vicomtes de 
Limoges, Paris , 1874, p. 122, n° XV). — « Bosonem vetulum de Marca » (Ade- 
mari C/iro/iicon, lib. III, § 29, éd. Chavanon, p. 150). Boson avait épousé 
Emma, fille d'Albert, et nièce deHélie, comte de Périgord. Il était seigneur 
du vicomte de Limoges Archambaud. Il eut pour fils Boson et Albert. 

3. Raymond-Pons, fils de Raymond, petit-fils d'Eudes, avait épousé Gar- 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 155 

946, quand le roi de Lombardie se retire en Provence, le comte 
de Rouergue, à cause de sa femme, s'empresse de venir s'enga- 
ger à la solde de Hugues pour reconquérir son royaume et cette aide 
divertit fort les Italiens, en raison de la piètre estime où ils tenaient 
les Languedociens. Si, déjà, l'arrogance et la gloutonnerie des 
Bourguignons de Viennoise agaçaient la majestueuse sobriété de 
Rome, le savoir-vivre des patriciens qui vivaient dans les ruines 
de la capitale antique se choquait bien davantage des mœurs et 
de l'éducation, paraît-il, déplorables que personnifiaient pour eux 
les gens de Guyenne *. 

Un fait bien certain, c'est que Boson comte d'Arles et 
premier mari de Berthe était mort dès avant 946 et, en tout cas, 
avant le 10 avril 947. On ne peut donc l'identifier avec Boson 
fils de Roubaud, ni avec Boson marquis de Limousin en Guyenne, 
qui vivaient après cette date. Il faut écarter Boson, fils du mar- 
quis d'Auvergne Guillaume, pour une raison inverse. En effet, 
ce prince est mort entre le 25 décembre 920 et le mois de mai 
926, avant son père. Sa mort est trop hâtive pour qu'il ait pu être 
comte d'Arles à partir de 931. Il a suffi d'ailleurs de constater 
que Boson marquis de Toscane est le père de Berthe, que Boson 
évêque de Plaisance est le fils de Hugues pour qu'il ne puisse être 
question d'eux. En voilà déjà cinq sur huit d'écartés au préa- 

sinde et fut père de Guillaume {Hist. de Languedoc^ 2® éd., t. V, n°^ 12, 
21, 37, 42,43, 50, 57,109, 117, 126). Son cousin Raymond, fils d'Armen- 
gaud, petit-fils du même Eudes, épousa Berthe dont il eut Raymond et 
Hugues. Il avait été marié, en premières noces, à une fille d'Odoin dont 
il avait eu d'autres enfants {Ibid., n^^ 47, 59, 63, 107, 108, 109, 111, 112, 
114). Garsinde, veuve de Raymond-Pons, vivait encore en969{Ibid., n°117, 
col. 259-260). Berthe, veuve de son côté, vivait encore le 18 août 965 
{Ibid., n» IH*^, col. 253-225). Raymond, mari de Berthe, ne peut donc être 
confondu avec Raymond-Pons. 

1. « An Burgundionum voracitatem et superbiamignoratis? Ceterùm 

secundum naturale nomen Galli Allébrogi nuncupantur. Ego, secundum 
mihi traditam fronesin. . . Burgundiones eos quasi gurguliones apello, 
vel quod ob superbiam toto gutture loquantur vel, quodveriùs est, edacitati 
quœ per gulam exercetur nimis indulgeant. » (Liudprand, lib. III, § 45). 

« Raimundus Aquetaniorum princeps inpurissimae gentis princeps inpu- 

rior »... {Ibid., Hb. V, § 31). 



156 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

lable. Restent à examiner Boson fils du comte de Savoie Hugues, 
Boson fils du comte de Valentinois Adalelme et Boson fils du 
duc de Bourgogne Richard. 

Huorues, fîls du comte de Troves Garnier, était né vers 
la fin du ix^ ou le début du x® siècle : on le trouve à Vienne, 
pour la première fois, le 25 décembre 920 et il devient 
comte de Savoie probablement en 926, au moment où son 
oncle maternel Hugues est élu roi de Lombardie. Proprié- 
taire en Troiesin, il paraît à Montiéramey en avril 927 avec sa 
femme Wille, fille du duc Richard, et avec son fîls Boson. Les sou- 
scriptions spécifient qu'il avait dès lors deux fîls, Boson et Gar- 
nier, et que le second seul était issu de sa femme actuelle K 

1. Montiéramey, avril [927] «ego Hugo comes et conjux mea Wila nec- 

non et filius Boso donavimus S. Hugonis comitis S. Wilae uxoris 

ejus. S. Bosonis fîlii ejus. S. Warnerii ipsorum filii [A. Giry, Eludes 

carolingiennes, ^Y. Doc. carolingiens de Montiéramey, n° 27 ; Etudes d'his- 
toire, Gabriel Monod,p. 135). Les termes de cet acte sont formels. D'abord, 
dans le dispositif, le comte paraît avec sa femme et Boson ; puis, le scribe 
qui écrit les souscriptions place, après celle du comte, celle de sa femme 
et celle de son fils Boson. Dans filii ejus, comme uxoris ejus, le mot 
ejus répété se rapporte toujours à Hugonis comitis et non pas à Wilœ. 
En traçant la souscription suivante de Garnier, le scribe l'accompagne 
des mots ipsorum filii, parce que celui-ci était fils de tous deux. Dans 
les Origines de la Maison de Savoie, 1899, pp. 436, 489, (235), (250), 
(279), et 1901, p. 300, il a été dit que Boson était le fils, non pas d'un 
premier lit de Hugues comte de Savoie, mais d'un premier lit de sa 
femme Wille. Cette assertion ne s'explique que par une inattention 
fâcheuse. Quand la comtesse Wille, à Fouchères [août 967-2 mars 986], 
donnera pour l'âme de son mari et de ses trois fils Garnier, Thibaud et 
Hubert, elle ne nommera pas Boson, parce qu'elle n'en était pas la mère 
et ce sera tout naturel. Si elle avait été sa mère, même d'un premier lit 
ce silence serait surprenant (Giry, n° 31, p. 136). Boson était mort dès 
septembre 948 : en efi'et, à cette époque, l'archevêque d'Arles Manassès 
fait lui aussi une donation pour les âmes de son père et de sa mère, pour 
celles de ses frères Hugues et Richard, pour celles de Boson et de tous 
ses autres parents [Cluny, n» 726). Les quatre premiers étant morts, il 
est presque certain que, si le cinquième, Boson, est nommé explicitement, 
c'est parce qu'il est mort lui aussi. Dans les Origines de la Maison de Savoie, 
1899, p. 441, 492, il a été dit que ce Boson devait être le marquis de Toscane 
emprisonné en 936, oncle maternel de Manassès : c'est une erreur. Le 
Boson, que Manassès adjoint en 948 à ses frères Hugues et Richard, 



LE ROYÀtME DE PROVENCE VtENNOlS 15Ï 

Deux autres enfants, Thibaud et Hubert, devaient venir au 
monde les années suivantes. Par conséquent, Hugues avait dû 
épouser en secondes noces Wille, fille du duc Richard, vers 924 ; 
auparavant, vers 920, il avait dû contracter avec une inconnue 
un premiermariage dont était issu son fils aîné Boson. CeBoson, 
né ainsi de 920 à 925, est mort avant 948. Son frère cadet con- 
sanguin, Thibaud, archevêque de Vienne, né peu après 927, est 
mort le 21 mai 1001. Boson appartient donc à la génération qui 
suivit celle de Berthe, fille du marquis de Toscane, Celle-ci, 
par le fait, était sa tante, par alliance, au cinquième degré : elle a 
dû se marier au moment où il naissait et la date de cette nais- 
sance vers 925 empêche absolument de l'identifier avec le Boson 
qui devint comte d'Arles en 931 par son mariage avec Berthe. 
Il faut passer à Boson, comte de Valentinois. Son père, 
Adalelme, avant d'être comte de Valentinois sous le sceptre de 
Louis l'Aveugle, avait été le fidèle de Charles le Chauve et de 
Boson. C'était donc un homme âgé quand, le 6 juin 903, le roi 
lui permit de transmettre à ses héritiers les biens qu'il avait reçus 
à titre viager par divers préceptes des précédents souverains. 
De sa femme Rotlinde, il avait eu Boson. Son âge avancé se con- 
firme du fait qu'on voit son fils muni du titre de comte dès 907 
ou 908 dans un acte où celui-ci figure à côte de l'évêque de 
Valence. Cependant, il vivait encore en 912. Son fils lui succéda 
certainement, peu après. Le nouveau comte de Valentinois pos- 
sédait dans le Viennois de la rive droite des biens sis au pays 
d'Arras i, c'est-à-dire tout près de son comté. Boson tint le Valen- 
tinois sous toutes les dominations qui se succédèrent dépuis 
Louis l'Aveugle jusqu'à Conrad roi de Jurane : il paraît encore 
en août 943, quand le Viennois venait d'être cédé par le roi de 
France à ce dernier. Boson devait être alors parvenu lui-même 
à un certain âge et c'est la dernière mention qu'on ait gardée de 

est son propre neveu Boson, fils dudit Hugues, comte de Savoie, et d'un pre- 
mier lit. En raison de la mort prématurée de ce Boson, c'est le fds du 
second lit, Hubert, qui a succédé à Hugues, comme comte de Savoie. 
1. Arras, Ardèche, arr. et cant. Tournon. 



158 LA PROVENCE DU PREMIER AU XTI^ SIÈCLE 

lui. Le nom de sa femme est inconnu: les dates de sa vie, étant 
ainsi déterminées, n'offrent pas, on le voit, d'écart qui empêche 
de croire que, par son âge, il aurait pu être marié avec Berthe. 
Gela le disting-ue des autres Boson et c'est quelque chose : 
mais celui-ci est un comte dont la famille possédait sim- 
plement le Valentinois. Sa mère, en 903, reçoit du roi la qualifica- 
tion de nobilissima\ peut-être était-elle de race royale ou ducale. 
"Cependant, Boson lui-même, en Valentinois, paraît être sans 
relations directes avec l'une quelconque de ces maisons ducales, 
soit avec celle de Provence, soit avee celle de Bourgogne, soit 
avec celle de Guyenne. Quelle que fût la naissance de sa mère, ni 
elle ni Adalelme ne reçoivent du souverain la qualité de propin- 
quus. Autant qu'on peut en juger, Boson est un personnage de 
race comtale estimée qui vit au second rang dans le royaume, en 
dehors du cercle restreint de ceux qui le dominaient. A ce 
compte, il n'était pas davantage que le comte de Rouergue 
Raymond et rien ne le désignait au duc de Provence pour lui 
donner sa nièce. S'il l'avait eue et qu'il fût devenu par là comte 
d'Arles, il y aurait gros à parier qu'on ne le rencontrerait pas 
uniquement dans le Valentinois et le Viennois. 

Bien différente était la situation de Boson, fils du duc de Bour- 
gogne Richard, neveu du roi de Provence dont il portait le 
nom. Son père, Richard, avait été avant Hugues de Viennois le 
maître du pouvoir dans le royaume de Provence. D'autre part 
par sa mère Alix, Boson était également le neveu de Rodolphe P*", 
roi de Jurane, dont son frère Raoul portait le nom. Au moment où 
le duc de Provence devint roi de Lombardie, Boson fils de 
Richard se trouvait ainsi être à la fois le frère du roi de France, 
le cousin germain des deux rois de Provence et de Jurane. Rien 
n'est plus naturel que de voir offrir par Hugues l'aînée de ses 
nièces au roi de France pour son frère Boson. De même, à la 
mort de Louis l'Aveugle en 928, Hugues, afin d'être agréable au 
roi de France, disposera de la marche de Viennoise en faveur du 
fils aîné de Herbert, comte de Vermandois. L'année suivante, 
Herbert part en guerre contre Boson et lui enlève Vitry en 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 159 

Pertois, sur les limites de la France et de la Bourgogne où ils 
voisinaient. Dès 930, le roi de France s'entremet pour amener 
la paix entre Herbert et Boson. Mais c'est une courte trêve. En 
931, le roi de Lombardie donne la marche de Toscane à son 
frère qui abandonne désormais à sa fille et à son gendre les 
comtés provençaux d'Arles et d'Avignon. Le frère du roi de 
France devenait le voisin du comte de Vermandois, non seule- 
ment au nord du duché de Bourgogne, mais au nord de la Pro- 
vence. Aussitôt, le roi de France et lui s'entendent pour se débar- 
rasser définitivement de ce voisin gênant : ils lui enlèvent, dès 
931, à la fois la marche de Viennoise et la France carolingienne. 
En fait, Boson possédant, par sa femme, les comtés de Provence 
et Raoul la marche de Viennoise, tout le royaume de Provence 
appartient à leur maison, à condition de respecter les droits du 
roi de Lombardie. Ces événements se groupent. On sait com- 
ment, le roi de France ayant voulu en 932 et 933 se faire 
reconnaître non plus comme marquis mais comme roi de Vien- 
noise en éliminant Hugues, celui-ci en 934 céda le royaume 
de Provence à Rodolphe de Jurane. La situation de Boson, mari 
de Berthe, devait devenir difficile en Provence. On le voit alors 
dans le duché de Bourgogne : il meurt en 935 dans un combat 
hors de Provence et, frère du roi de France, il est inhumé à 
Saint-Remy de Reims. Il ne laissait pas de fils, car on n'en connaît 
pas et, s'il en avait eu un, cet enfant lui aurait succédé comme 
comte d'Arles. Sa veuve, on le sait, presque aussitôt se remaria 
avec Raymond comte de Rouergue, cousin germain du marquis 
et comte Raymond-Pons. Berthe conserve, d'ailleurs, Arles et 
Avignon après la mort de son premier mari jusqu'à celle de son 
oncle en 947. En effet, c^est auprès d'elle qu'il vint se retirer en 
946 avec sestrésors et c'est là que Raymond vintse mettreà sa solde, 
pour le cas où le roi voudrait lever une armée contre la Lombardie. 
Liudprand ne parle que de Hugues, de Berthe et de Raymond: s'il 
y avait eu un autre comte qui fût comte d'Arles, celui-ci paraîtrait. 
Même après la mort de Hugues, en septembre 948, Berthe con- 
firme, évidemment en qualité de comtesse d'Arles, une donation 



"160 LA PROVENCE DÛ PREMIER AU Xll^ SÎÈCLE 

faite par l'archevêque d'Arles Manassès. Toutes les souscriptions 
de cet acte émanent de Provençaux ; par conséquent il a très pro- 
bablement été passé à Arles. Mais les biens donnés par l'arche- 
vêque se trouvent dans le Chaunois et le scribe mentionne, 
peut-être, pour cette raison, le règ-ne du roi de France au lieu 
de celui du roi de Bourgog-ne et Provence. Il est plus probable 
aussi que la comtesse d'Arles, après la mort de Hugues, reconnut 
en Provence le règne du roi de France. Si Berthe était encore 
comtesse d'Arles en septembre 948 i, elle ne l'était certainement 
plus le 7 octobre 949 2. Certes, elle garda la propriété du 
domaine privé à elle légué par l'ancien duc de Provence son oncle. 
Elle le garda jusqu'au jour où elle le transmit à l'abbaye de Mont- 
majour ^. Mais la fin de sa vie se passa en Guyenne, dans le 
comté de son second mari dont elle eut au moins deux fils, l'un 
d'eux nommé Hugues comme le roi de Lombardie. Veuve pour la 
seconde fois en 960 ou 961, le dernier acte où elle figure est daté 
du 18 août 965 ^ 

Voilà donc établie la succession des derniers ducs de Provence : 
Boson (875-13 octobre 879) et Hugues (fin91i-10 avril 947), entre 
lesquels Thibert (890-908) remplit des fonctions analogues sans 
avoir d'autre titre que celui de comte. En raison de la prépon- 
dérance récente de Vienne, c'est le Viennois qui fournit les ducs 
à dater du moment où se constitue le royaume de Provence. 
Thibert, propriétaire en Viennois, pourrait être fils du vicomte de 
Vienne Arlulf; Hugues est le fils du comte de Viennois Thibaud. 
Toutefois, à dater du moment où Hugues devient duc de Pro- 
vence, il tend à se cantonner dans ce pays et à abandonner pro- 
gressivement le Viennois. 

1. Septembre 948, « Signum Berte comitisse )^ [Cluny^ n<> 726). 

2. Arles, 7 octobre 949 [Hist. de Montmajour, éd. du Roure, pp. 25-27). 

3. 26 février 960. « régnante Lothario rege Francorum, S. Bertha comi- 
tissa » {Ilist. Lang., 2« éd., t. V, col. 233-234, n» 107). Bien entendu, la 
Provence ne reconnaissait plus le roi de France ; mais la donation a été 
passée en Guyenne, dans un pays, par conséquent, qui dépendait de lui. 

4. 7 septembre 961. « Signum Bertane comitisse » [Ibid., n° 112). — 
18 août 965 {Ibid., no 114, col. 253-255). — Cf. n° 111, col. 248-250. 



LE ROYAUME DE PROVENCE VIENNOIS 161 

Le duché avait déjjendu successivement du royaume de 
Charles le Chauve (-[- 6 octobre 877), de Louis II son 
fds (-[- 10 avril 879), de Boson, sauf les Alpes Mari- 
times (15 octobre 879-880), de Carloman (avril 880 f 12 
décembre 884), de Charles III le Gros, qui déjà avait les Alpes 
Maritimes (-j- 13 janvier 888), de Louis fils de Boson (juin 890, 
-j- 5 juin 928). Jusqu'à l'automne de 934, le trône demeura vacant. 
Depuis lors, le duché dépendit des rois de Bourgogne juranc 
Rodolphe II (fin 934 f 11 juillet 937) et Conrad. Mais celui-ci 
ne put en prendre possession qu'après la mort du duc (10 avril 
947). Probablement, la Provence reconnut après la mort de 
Hugues le règne de Louis d'Outremer (947-948). 

Le duché se composait de deux douzaines de cités comtales et 
épiscopales ; mais, s'il comprenait forcément deux douzaines 
d'évêques sous l'autorité primatiale de l'archevêque d'Arles, il était 
loin déposséder deux douzaines de comtessous le gouvernement du 
duc. Dans la région la plus voisine du Rhône existaient les cités 
de Saint-Paul, Vaison, Orange, Carpentras, Avignon, Cavaillon, 
Arles, Aix et Marseille. Cesontcelles qui durent le mieux échap- 
per aux ravages des Sarrasins et à la désorganisation qui suivit 
ces ravages. On n'y rencontre d'abord que Thibert. Puis, 
on y trouve deux titulaires à dater de 907 : Tun en deçà, l'autre 
au delà de la Durance. Pendant que Thibert continue à tenir 
les comtés d'Arles, Marseille et Aix, Hugues paraît à Avignon, 
au delà de ce cours d'eau. Quand le duché est reconstitué pour 
Hugues en 911, celui-ci se réserve le groupe d'Arles et place son 
frère à Avignon au delàdelaDurance. Si l'on en juge par l'exemple 
de cette région du Rhône et de la Durance, le duché tout entier devait 
comprendre quatre groupements régionaux, ou environ, composés 
chacun de plusieurs comtés particuliers ou cités. Chacun de ces 
groupements n'avait qu'un seul comte à sa tête, celui du comté 
principal. 11 en était ainsi pour les pays d'Arles, d'Avignon, de Die 
et, sans doute, pour celui de Glandèves. Les comtes placés à la 
tête de ces gouvernements dépendaient, bien entendu, du duc 

Mém. et Doc, de VÉcole des Chartes. — VII. H 



162 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

qui se réservait personnellement le groupe des cités unies à 
Arles, capitale du duché. 

La série des comtes d'Arles se confond donc avec la série des 
ducs, mais jusqu'en 926 seulement. Le duc étant devenu roi de 
Lombardie, désormais le comté d'Arles appartient à son frère 
Boson (926-931), puis à la fille de celui-ci, Berthe, mariée d'abord 
à un second Boson (931-935), puis peu après à Raymond comte de 
Rouergue. Berthe était encore comtesse d'Arles en septembre 
948 : elle avait cessé de l'être en octobre 949. 

La série des comtes d'Avignon comprend, pendant la même 
période de temps^ Thibert( 890-907), Hugues de Viennois (908- 
911), son frère Boson (911-931) et, sans doute, la fille de celui-ci, 
Berthe (931-948). 

Enfin, on connaît Odilon comte de Diois*. 

1. [mai 957-juillet 974]. Le comte Odilon, mort à cette époque, avait vécn 
du temps de l'évêque de Die Achideus (Ul. Chevalier, Cartulaire de Saint- 
Chafjfre, pp. 108-110, n° CCCXXII ; cf. G. de Manteyer, Les origines de la 
maison de Savoie, Rome, 1899, pp. 415-417. 



CHAPITRE V 

LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 

(949-1032) 

ET LA MARCHE DE PROVENCE 

(979-1150) 



Limites de la Provence médiévale. 

Si l'on recherche quelles étaient les limites de la Provence du 
x*' au XII® siècle, il y a lieu de reconnaître qu'elles coïncidaient 
avec la délimitation établie par le privilège apostolique du 5 mai 
450, restreinte à la rive gauche du Rhône depuis la création du 
duché de Lyonnais. Parmi tant de modifications successives, 
c'est donc la dernière organisation décrétée régulièrement avant 
la chute de l'Empire d'Occident qui donne, somme toute, sa phy- 
sionomie au pays jusqu'aux temps modernes. 

Le duché de Provence, avec Arles comme capitale, se composait 
donc, au milieu du ix® siècle, de vingt-trois cités, réparties 
en trois provinces ecclésiastiques, qui, toutes trois, ressortis- 
saient à la primatie du siège artésien. D'Arles, relevaient 
Toulon, Marseille, Avignon, Gavaillon, Garpentras, Orange, 
Saint- Paul-Trois-Ghâteaux, Vaisonet Die. D'Aix relevaient Apt, 
Sisteron, Gap, Riez, Fréjus et Antibes. D'Embrun, relevaient 
Nice, Vence, Glandèves, Senez et Digne. Une partie des diocèses 



164 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

d'Arles, Avignon et Embrun se trouvait hors de Provence, 
comme le diocèse de Viviers tout entier. 

Les cartulaires renferment une certaine quantité d'actes qui 
suffiront pour établir la généalogie de la première maison des 
comtes issus de Roubaud. Sans vouloir produire un relevé 
absolument complet, sur cette quantité il s'en trouvé au moins 
quatre-vingt-cinq où paraissent l'un ou l'autre des membres de 
cette maison dans un comté explicitement indiqué. Ces quatre- 
vingt-cinq actes donnent lieu à la répartition suivante : 

Arles 8 Aix 10 Embrun ... 2 Uzès 1 

Toulon ... 1 Apt 1 Nice 3 

Marseille.. 5 Sisteron. . . 12 Vence . . . . 1 

Avignon . . 20 Gap 3 Glandèves . 

Gavaillon . . 2 Riez 4 Senez 1 

Garpentras. 2 Fréjus. ... 4 Digne .... 1 

Oj ange ... 2 Antibes . . 
Sdint-Paul. 1 
Vaison. ... 1 

Die 

42 34 8 1 

En résumé, 5/10^^ des mentions concernent la province d'Arles, 
4/10^% celle d'Aix, et 1/lO^celle d'Embrun. Ge nombre pourrait 
être augmenté, la répartition proportionnelle ne changerait guère. 
Plusieurs cartulaires d'églises cathédrales, il est vrai, semblent 
égarés, notamment ceux de Fréjus et de Vaison; de plus, quelques- 
unes de ces églises peuvent n'en avoir jamais eu. Mais, si onles con- 
naissait tous, il faut répéter que la répartition ne varierait guère. 
Ainsi, les mentions dans les comtés d'Avignon, de Sisteron, d'Aix 
et d'Arles sont les plus nombreuses. A Nice et à Apt, dont on pos- 
sède cependant les cartulaires, elles sont très rares. Aucune 
mention n'a été relevée pour Die ^, Antibes et Glandèves, soit 

1. Il ne s'agit bien entendu ici que des mentions concernant les mem- 
bres de la première maison : à Die, les membres de la maison de Tou- 
louse, son héritière, paraissent plusieurs fois. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 165 

dans trois comtés sur vingt-trois. Ces comtés n'en faisaient pas 
moins partie de la marche de Provence comme les autres ; mais, 
soit en raison de l'excentricité, soit en raison de la pauvreté 
relative de ces trois comtés, les comtes y possédaient des biens 
personnels moins considérables et avaient moins l'occasion de 
donner à des églises. Pour les comtés de Glandèves et de Die, une 
dernière raison est qu'ils appartenaient tout d'abord à un comte 
étranger à la maison d'Arles. 

Par contre, deux des mentions relevées concernent, l'une des 
biens particuliers dans le comté d'Uzès, la seconde d'autres 
biens placés dans le comté d'Avignon, sur la rive droite du 
Rhône. Pour la première, son interprétation ne souffre aucun 
doute : à ce moment, le comté d'Uzès avait certainement cessé 
de faire partie de la marche de Viennoise et de relever du royaume 
de Provence. Les biens que les comtes de Provence y possèdent 
sontdoncdes biens personnels et rien ne les empêche d'en posséder 
ainsi dans les pays voisins placés hors de leur marche. Mais 
la question est de savoir si la seconde de ces mentions doit 
être interprétée de même : en d'autres termes, les parties 
des comtés d'Arles et d'Avignon situées sur la rive droite 
du Rhône étaient-elles, depuis le traité de 942, rattachées à la 
France ou à la Provence? Par ce traité, une partie de la rive 
droite du Rhône qui avait dépendu successivement de la Provence 
austrasienne, du duché de Lyonnais et de la marche de Vien- 
noise fut cédée au royaume de France : c'étaient les comtés de 
Vivarais et d'Uzège. Mais la partie des diocèses de Lyon, de 
Vienne et de Valence placée sur cette rive, au nord du Vivarais, 
restait au royaume de Bourgogne. Par analogie, il est fort pro- 
bable que la partie des diocèses d'Arles et d'Avignon, placée sur 
la rive droite, au sud du Vivarais, resta bourguignonne. Quand le 
Vivarais lui-même, au xi"^ siècle, redeviendra bourguignon, il 
sera, bien entendu, uni à la Viennoise. Mais, séparées du Viva- 
rais par rUzège devenu français, les terres artésiennes et avi- 
gnonnaises de la rive droite sont forcément, depuis 942, incor- 
porées à la Provence. De là, il résulte que l'intervention des 



166 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

comtes de Provence, dans le pays d'Avignon placé sur la rive 
droite, ne peut être interprétée depuis cette date pareillement 
à leur intervention dans l'ITzège. Dans l'Avignonnais, comme 
dans rUzège, ils disposent de biens particuliers ; mais l'Avi- 
gnonnais entier relève de leur marche : l'Uzège n'en relève 
pas. 



1. — Limites occidentales. 



Cet éclaircissement donné, les limites du duché de Provence 
étaient les suivantes. 

Jusqu'à Louis d'Outremer, la Provence étaitséparée simplement 
des dépendances du Lyonnais à l'ouest par le cours du Rhône et lui 
laissait vraisemblablement la Camargue. A partir de Louis d'Outre- 
mer, la limite exacte du duché partait, au sud-ouest, de l'embou- 
chure du Rhône vif*; elle remontait successivement le Rhône vif, 
le Rhône mort et le petit Rhône. C'est encore la limite actuelle 
des Bouches-du-Rhône et du Gard. Mais, après avoir passé 
devant Saint-Gilles, la limite du diocèse d'Arles et, par consé- 
quent, du duché englobait le territoire des localités placées 
sur la rive droite du Rhône, jusqu'à Beaucaire. Le duché de 
Provence, en remontant de la mer, occupait, comme le diocèse 
d'Arles et en guise de limites, le terroir des communes actuelles 

1. Feuilles XX-35, XX-34, XXI-34. La direction du Rhône vif en 
remontant de la mer à Peccais, du Rhône mort de Peccais à Sylveréal, du 
petit Rhône de Sylveréal à Fourques n'a pas changé depuis l'antiquité 
(Gautier-Descottes, Etude sur la formation de la Camargue. — Congrès 
archéol. Arles, carte hors texte entre les pp. 336-337). La sylve Godesque, 
d'Aigues-Mortes à Sylveréal, marque la limite du regnum Cotise qui lais- 
sait la Camargue au regnum Provincise. Plus tard, on aura Sylveréal sur 
la rive droite du petit Rhône et l'étang impérial dans la Camargue : royaume 
de France d'une part, royaume de Bourgogne uni à l'Empire de l'autre. La 
pinède de Sylveréal dans la Camargue est une simple dépendance de 
Sylveréal. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 167 

des Saintes-Mariés et d'Arles en Camargue ^, de Fourques et 
Beaucaire sur la rive droite du Rhône 2, de Jonquières-Saint- 
Vincent, Meyneset Comps sur la rive droite du Gardon '^. Passant 
de Beaucaire sur la rive gauche du Rhône et dans le diocèse 
d'Avignon, le duché y laissait Vallabrègues à l'Uzège et 
remontait le long du fleuve en occupant les communes actuelles 
de Tarascon, Mezoargues et Boulbon ^. Au point où les terroirs 
de Boulbon et de Barbentane se joignent sur la rive gauche, la 
limite franchissait perpendiculairement le Rhône en laissant le 
terroir d'Aramon proprement dit à l'Uzège, mais en distrayant 
de ce terroir celui de Saint-Pierre-du-Terme qu'elle englobait. 
Ainsi, cette limite rejoignait en ligne droite le point où se joignent 
les terroirs de Domazan,Saze etAramon. Au delà de la rive droite, 
le duché occupait donc la localité de Saint-Pierre-du-Terme, puis 
le terroir des communes de Saze,Rochefort, Tavel, Lirac, Saint- 
Laurent-des- Arbres, Saint-Geniès-de-Gomolas et Montfaucon, où 
sa limite rejoignait la rive droite du fleuve ^. Désormais, elle en 
remontait le cours. Quittant le diocèse d'Avignon à Montfaucon, 
elle passait dans celui d'Orange où elle occupait les terroirs de 
Gaderousse, Piolenc, Mornaset Mondragon ^. Là, elle pénétrait 
dans le diocèse de Saint-Paul-Trois-Ghâteaux, où elle occupait, 
toujours en remontant le Rhône, les terroirs de Lamotte, Lapa- 



1. Les quartiers d'Albaron et de Saliers forment les confins de la com- 
mune d'Arles, sur ce point extrême. — Feuilles XX-35, XX-34, XXI-34. Voir 
la liste des paroisses de l'archevêché d'Arles dans Achard, Géographie delà 
Provence, t. I, Aix, Calmen, 1787, pp. 23y-236. 

2. Feuilles XXI-34, XXI-33. 

3. Feuilles XXI-33. 

4. Même feuille. 

5. Feuilles XXI-33 et XXI-32. Voir la liste des paroisses du diocèse d'Avi- 
gnon, sauf celles du Languedoc, dans Achard, t. I, p. 264. 

6. Feuilles XXI-32 et XXI-31. Voir la liste des paroisses du diocèse 
d'Orange dans Achard, t. II, 1788, pp. 193-194, et dans J. Bastet, Essai 
historique sur les évêques du diocèse d'Orange, mêlé de documents histo- 
riques et chronologiques sur la ville d'Orange et ses princes. Orange, 
J. Escoffîer, 1837, pp. 29, 107, note l,et 115-116. 



168 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

lud, Pierrelatte, Donzère et Ghâteauneuf-du-Rhône i. Placée en 
face de Viviers et contiguë à Montélimar qui dépendait du dio- 
cèse de Valence, cette localité de Ghâteauneuf était la plus sep- 
tentrionale du duché sur le Rhône. Abandonnant le fleuve, 
la limite du duché remonte de l'ouest à l'est la vallée de 
son affluent le Jabron. Toujours dans le diocèse de Saint-Paul, 
le duché occupe ainsi les localités extrêmes de Chàteauneuf- 
du-Rhône, Alan, Espeluche, Puygiron, la Touche et Portes -. 
Changeant en ce point de direction et passant du diocèse de 
Saint-Paul dans celui de Die, la limite du duché quitte le 
Jabron à quinze ou seize kilomètres du Rhône: elle repart à angle 
droit du sud au nord et englobe Châteauneuf-de-Mazenc, Gharols 
sur le Roubion, Pont-de-Barret, Soyans, Divajeu etCrest où elle 
franchit la Drôme à dix-huit kilomètres environ de son confluent 
avec le Rhône, puis Cobonne, Gigors, Le Chaffal, Léoncel, Oriol- 
en-Royans, Saint-Jean-en-Royans et Saint-Laurent-en-Royans ^; 
là, elle atteint la Bourne à cinq kilomètres environ de son con- 
fluent avec l'Isère, c'est-à-dire à environ quarante kilomètres du 
Rhône. Le confluent de la Lyonne et de la Bourne est, au nord- 
ouest, avec Saint-Laurent-en-Royans, le point extrême du 
duché; arrivé à ce point, le tracé de la limite abandonne la direc- 
tion générale du sud au nord qu'il suivait depuis l'embouchure du 
Rhône vif aux Saintes-Mariés et qui forme le front occidental du 
duché appuyé sur la ligne du Rhône. 



1. Feuilles XXI-31, XXI-30. 

2. Feuilles XXI-30 et XXII-30. Voir la liste des paroisses dauphinoises 
du diocèse de Saint-Paul, dans J. Brun-Durand. Dict. de la Drôme, p. xviir, 
et celle des autres dans Achard, t. II, p. 434. 

3. Feuilles XXII-30, XXII-29, XXII-28. Voir la liste des paroisses du 
diocèse de Die dans J. Brun-Durand, Pouillé historique de Die en 4419 
et iâoO, Grenoble, Maisonville, 1876, in-8 de 48 pp. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 169 



§ 2. — Limites septentrionales. 

De ce point, le tracé de la limite prend la direction générale 
de l'ouest à Test qui forme le front septentrional du duché. 
Tout d'abord, remontant la rive gauche de la Bourne, la fron- 
tière englobe, de l'ouest à l'est, Saint- Laurent-en-Royans, Sainte- 
Eulalie-en-Rojans, Châtelus, Saint-Julien-en-Vercors ^ Puis, 
descendant du nord au sud, elle gagne la ligne de crêtes qui 
séparent le Vercors du Trièves, en gardant Saint-Julien, Saint- 
Martin et la Chapelle-en- Vercors -, De là, elle franchit cette 
ligne au rocher du Pleynet et elle plonge, parla rive droite de la 
Gresse, vers le Drac, de l'ouest à l'est, en suivant Saint-Andéol, 
Saint-Guillaume, Saint-Paul-lès-Monestier, Sinardet Avignonet^. 
Parvenue ainsi au Drac, elle le franchit et en remonte la rive 
droite du nord au sud par Avignonet, Sinard, Treffort. A ce 
coude, elle revient sur la rive gauche qu'elle remonte de l'ouest 
à l'est par Lavars, Cornillon-en-Trièves et Saint-Jean-d'Hérans ^. 
Cette localité est la dernière du diocèse de Die : elle est limitée 
au nord par le confluent du Drac et de la Bonne qui s'unit à lui 
sur la rive droite. Continuant à se diriger de l'ouest à l'est, la 
frontière passe à ce confluent sur la rive droite de la Bonne et 
abandonne le Drac. Elle suit désormais les limites du diocèse 
de Gap et gagne les sommets des Alpes par Saint-Pierre-de-Méa- 
roz, Saint-Laurent-en-Beaumont, Saint-Michel-en-Beaumont, la 
Salette-Fallavaux, Aspres-lès-Corps, Saint-Firmin, Saint-Mau- 
rice, Villar-Loubière, Clémence-d'Ambelet Guillaume-Peyrouse. 
Elle englobe ainsi la haute vallée du Drac et celle de son 
affluent la Séveraisse, en aboutissant au sommet des Bans ^. Ce 



1. Feuilles XXII-28, XXIII-28. 

2. Feuilles XXIlI-28, XXIII-29. 

3. Feuille XXIII-29. 

4. Même feuille. 

5. Feuilles XXllI-29, XXIV-29. Voir la liste des paroisses du diocèse de 
Gap, d'après les visites épiscopales, et l'indication complète de ses confins 



170 LA PROVENCE DU PREMIER AU XI1« SIÈCLE 

sommet était le point de contact de trois diocèses : celui de 
Grenoble se trouvait au nord avec Saint-Ghristophe-en-Oisans ; 
celui de Gap, à l'ouest avec Guillaume-Pejrouse ; le Briançon- 
nais, à l'est avec la Vallouise. 



§ 3. — Limites successives de VEmbrunais. 

Avant d'aller plus loin, il faut déterminer quelles ont été les 
limites successives entre l'Embrunais et le Briançonnais. La 
province des Alpes Cottiennes avait subi, sous l'Empire, deux 
démembrements qui l'avaient réduite au Briançonnais et à la 
Maurienne sur le versant occidental des Alpes. Ainsi diminuée, 
elle avait été unie, comme les Alpes Pœnines, à la province des 
Alpes Grées ^ et par conséquent au diocèse des Gaules. A la fin 
du iv^ siècle, tout le versant oriental des Alpes et la province 
entière des Cottiennes avaient été rattachés au diocèse d'Italie ^. 
Enfin, le roi de Bourgogne Gontran avait obtenu de l'Empire 
la rétrocession d'Aoste (Alpes Pœnines), de la Maurienne, du 
Briançonnais et de Suse (Alpes Cottiennes) 3, peu après l'invasion 

dans Paul Guillaume, Inventaire-sommaire des Archives départementales, 
t. III, série G, t. II, Gap, Eug. Jouglard, 1895, Introduction, pp. v-vi et 
vii-viii. — Cf. J. Roman, Dict. topogr. du dép. des Hautes-Alpes, Paris 
1884, Intr., pp. xxvii-xxxii. 

1. Voir ci-dessus, p. 8. 

2. Ibid., p. 11. 

3. Ibid., p. 26. 

Procope, 1. III, § 33; Greg. de Tours, IV, § 45; Paul Diacre, III, § 8; 
Fredegaire, Chron., cap. 45. 

Le but de Gontran était sans doute de posséder les clefs des Alpes pour 
parer aux invasions des Lombards. Il dut établir des forts d'arrêt sur le 
versant oriental de chaque col ainsi acquis. On a le fort de Bard, dans la 
vallée d'Aoste, qui domine la route. Au pied du mont Cenis, le hameau 
de Bard (commune de Venaus) sur la route. Au pied du col moins 
important de Fréjus, Bardonnêche. Sur le versant occidental, on 
remarque de même Montbardon (commune Château-Ville-Vieille), au-des- 
sus du Guil, assez bas pour couper toutes les vallées du Ilaut-Queyras. 
Enfin Bard (commune Viuz-en-Salla/,) et Bardonnache (commune La Tour, 
canton Saint-Geoire, arr. Bonneville) : ces deux dernières localités en Fau- 
cigny. Toutefois, il serait bien difficile de dire si ces noms rappellent 
réellement les Bardi ou Langobardi. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 1 71 

lombarde de574;le surplus de la province des Alpes Gottiennes, 
s'étendant sur le versant oriental jusqu'à Turin et Gênes, demeu- 
rait, bien entendu, à l'Italie et aux Lombards. En 574, à la veille de 
la rétrocession obtenue par Gontran, c'était le maître de la milice 
Sisinnius qui tenait encore Suse pour l'empereur Justin II. Au 
point de vue ecclésiastique, la Maurienne dépendait du diocèse 
de Turin et il en était forcément de même du Briançonnais. Au 
moment où écrivait Grégoire de Tours, vers 587, les choses 
avaient changé *. Le roi de Bourgogne n'avait pas voulu 
que les territoires acquis par lui continuassent à dépendre 
d'une autorité ecclésiastique étrangère. Il paraît avoir supprimé 
le siège d'Aoste existant depuis le milieu du v*' siècle et qui 
dépendait de la province de Milan ; en effet, ce siège est resté 
sans titulaire jusqu'à la deuxième moitié du ix® siècle. Probable- 
ment, il le rattacha au diocèse de Tarentaise qui dépendait de 
Vienne 2. En même temps, il créa un nouveau diocèse composé 
de la partie des Alpes Gottiennes qu'il possédait, c'est-à-dire de 
la Maurienne, du Briançonnais et de Suse. Le premier évêque 
certain de ce diocèse, Hvconius, paraît au concile de Mâcon, le l®*" 
novembre 583 ^. Après la mort de Gontran, le pape saint Grégoire 
protesta en juillet 599 contre ce démembrement du diocèse de 
Turin et cette diminution de la province de Milan ^ ; mais le 
nouvel état de choses était stable. Maintenant, le dialecte du Val 
d'Aoste se rapproche de celui de la Tarentaise, ceux de Suse 
et de Fenestrelle se rapprochent de celui du Briançonnais ; 
ils se sont formés définitivement à partir de cette rétrocession 
à la Bourgogne et ces vallées sont restées sujettes politique- 
ment des Etats bourguignons ou de la France jusqu'à une date 
très récente : les vallées jusqu'en 1713, le Val d'Aoste jusqu'en 

Dans les vallées de Suse et de Fenestrelle, au pied du mont Genèvre, on 
devrait en trouver d'équivalents pour compléter le système défensif. 

d. « Et quia locus ille Mauriennensis ad Taurinensem quondam urbem 
pertinebat ))(Greg. Turon., Z)e G/oWa mar^î/r., lib. I, chap. XIV). 

2. Privilège du 13 juin 867 (Savio, Gli antichi vescovi d' Italia, p. 82, note 1). 

3. Maassen, Concilia, t. I, p. 161. 

4. Jaffé, 2e éd., n» 1754. 



172 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

4860. Aussi, non seulement les dialectes y sont bourguignons, 
mais la langue officielle qui y a succédé au latin est le français. 
La question est de savoir quelle était exactement la limite 
entre le Briançonnais dépendant de la Maurienne bourguignonne 
et TEmbrunais dépendant de la Provence. Par le testament 
d'Abon, gouverneur de Maurienne, fait le 5 mai 739, il paraît 
certain qu'on joignait au Briançonnais proprement dit, aux vallées 
de la Guisane et de Névâche, la vallée de la Gyronde et le 
Quej'^ras K Par contre, à l'Embrunais se joignaient naturellement 
la vallée de Mons (Barcelonnette) et le pays de Chorges 2. 

1. 5 mai 739. « similiter et in pago Briantino et Aquisiana et Annevas- 

ca... similiter et inGerenlonnis similiter curte meaSalliaris..., Venda- 

num, Mullina, [A]ricus(?), VuillaVitole ...et... in valle Gerentonica...invalle 
Aquisiana seu et in ipso pago Briantino »(C.CipolIa,il/on»m. Novalic. vetus- 
tiora,\o\. I, Roma, 1898, n» 2, p. 24). 'L'éditeur lit Mullinaricus ; cependant 
la séparation 3/«Zma, Molines et de ricus{'^) ou vicus paraît nécessaire. 
Ville- Vieille, commune Château-Ville- Vieille ; Molines, canton Aiguilles, 
arr. Briançon. 

2. « emmo... in pago Ebredunense et valle Occense... et in ipsa valle 
Moccense... et... in ipso pago Ebredunense... necnon et... in pago 
Rigomagense... item in ipsum pago Ebredunense... quicquid in ipsum 
pago Ebredunense seu et in valle Moccense et Rigomagense... /'(t/)ic/., p. 25). 
C'est Moccense qu'il faut lire partout. 

28 avril 1127. Donation à l'église d'Embrun, par Guillaume comte et 
marquis de Provence, de la moitié de la terre sise aux Orres, sauf trente 
mas qu'il se réserve. Les confronts de cette terre sont, à Test le tor- 
rent de Crévoux, à l'ouest le torrent des Vachères et le quartier de la 
Mazelière, au nord la Durance, au midi colles et alpes de valle de Miicio 
(Fournier, Histoire des Alpes Cotliennes, éd. P. Guillaume, t. III, pp. 205-207). 
Il résulte des termes précis et explicites de cet acte que la terre citée 
correspond aux communes actuelles de Saint-Sauveur et des Orres, aux- 
quelles il faut probablement joindre celle de Crévoux : le comte en donne 
la moitié, peut-être indivise, sauf trente maisons. Le pape Eugène III a 
confirmé cette donation : elle prouve, sans réplique possible, que la vallis 
Moccensis de 739, appelée vallis Mucio en 1127, est identique avec la vallée 
de Barcelonnette : en effet les colles et alpes en question s'identifient 
forcément avec les cols de l'Eyssalette, de l'Opillon et des Orres, entre la 
pointe de Mazelière et le sommet de Sonaille ; ces cols font communi- 
quer la commune des Orres avec les communes de Revel, des Thuiles et 
de Saint-Pons, c'est-à-dire la vallée de la Durance avec la vallée de Bar- 
celonnette. 

Puisque la vallis Moccensis n'est autre que la vallée de Barcelonnette, le 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 173 

Le Queyras, il est vrai, n'est pas nommé ; mais le legs de Molines 
et Ville-vieille ne laisse aucun doute sur sa dépendance du 
Briançonnais. L'énumération du testateur, répartie en para- 
graphes distincts, forme sur le terrain un va-et-vient en circuit. 
11 descend de la Guisane en passant par la Gyronde pour 
aboutir au Guil et au Queyras ; puis, il remonte du Queyras en 
passant encore par la Gyronde pour revenir à la Guisane. Ensuite 
seulement, il aborde l'Embruiiais avec ses dépendances. 

Le Queyras se rattachait donc bien au Briançonnais. A l'époque 
la plus moderne, il comptait encore au nombre des cinq écartons 
qui s'en partageaient l'étendue ^ ; il comprenait alors le can- 
ton actuel d'Aiguilles, c'est-à-dire les communes de Saint-Véran, 
Molines-en- Queyras, Ghâteau-Ville-Vieille, Arvieux, Aiguilles, 
Abriès et Ristolas -. Mais cette étendue ne correspond qu'au bas- 
sin supérieur du Guil ; il est impossible qu'un pareil état de 
choses remonte très haut. En effet, le Queyras, c'est le pays des 
Quariates et un peuple, si restreint fût-il, ne pouvait occuper un 
territoire aussi exigu. Les Quariates devaient s'étendre dans tout 
le bassin du Guil et peut-être plus loin. Si la curtis Salliaris (?) 
de 739 correspondait à Ceillac, comme tout le fait croire, ce serait 
une preuve de ce fait; en effet, Geillac, dans le bassin inférieur du 

pagus Rigomagensis est forcément le pays de Chorges; c'est que M. Joseph 
Roman a reconnu depuis longtemps. 

Les Orres, canton et arr. Embrun, Hautes-Alpes, Crévoux, canton et 
arr. Embrun ; torrent de ce nom, affluent de la Durance. La Mazelière, 
montagne' et bois, commune des Orres. Les Vachères, montagne, com- 
mune des Orres; torrent de ce nom, affluent de la Durance. — Feuille XXV-30. 

1. Sur le versant occidental, on en comptait deux ; sur le versant oriental, 
trois. C'étaient les écartons de Briançon, d'Oulx, de Valclusonou Pragelas, du 
Queyras et de Château-Dauphin. Chaque écarton se composait d'un certain 
nombre de communautés ; l'ensemble des cinq écartons formait le grand 
écarton. Chacun des cinq envoyait des députés au grand qui se réunissait 
deux fois l'an à Briançon afin de délibérer sur les affaires du pays. Dans ces 
réunions, on répartissaitou « escartait » les contributions entre chaque com- 
munauté :1a quote-part ainsi répartie, de chacune n'estait autre que l'aescart» 
L'opération de répartition par l'assemblée entre chacune était F» escarto- 
nement ». 

2. J. Roman, Dict. topogr. des Ilautes-Alpes, p. 124. 



174 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

Guil, dépend de Guillestre et non pas d' Aiguilles ^ . Or, de 
son côté, l'Embrunais, à l'époque la plus récente, se subdivi- 
sait en trois écartons ou étappes ^. Parmi eux, le plus rap- 
proché du Briançonnais avait pour chef-lieu Guillestre et pour 
centre le bassin inférieur du Guil : il comprenait treize commu- 
nautés qui correspondent à quinze communes actuelles, soit, sur 
la rive gauche de la Durance, La Roche-de-Rame, Saint-Grépin, 
Eygliers, Montdauphin, Guillestre, Geillac, Vars, Risoul et Gré- 
voux; sur la rive droite, Ghâteauroux, Saint-Glément, Réotier, 
Ghancella, Freissinières et l'Argentière. Gela étant, il y a tout 
lieu de croire que les écartons réunis de Guillestre et de Quej- 
ras correspondent au territoire ancien du peuple des Quariates ; 
il est probable, aussi, que cet état de choses subsistait encore en 
739, puisque la eu r^fs *SaZ/faWs paraît correspondre à Geillac. Par 
suite, les limites premières de la Provence et des Alpes Got- 
tiennes étaient identiques aux limites qui séparaient les Catu- 
riges des Quariates. A partir des Bans et du pic Jocelme, l'extrême 
Provence occupait les localités qui correspondaient aux communes 
actuelles de Guillaume-Peyrouse, Ghampoléon et Orcières dans 
le diocèse de Gap ; puis, dans le diocèse d'Embrun, à celles de 

1. Les fautes de transcription, dans le texte du testament, sont nom- 
breuses pour les noms de lieu : Salliaris n'est donc pas absolument sûr. Si 
la forme de ce nom n'avait subi aucune mutilation, il faudrait, pour abou- 
tir à Geillac, admettre l'assourdissement du r posttonique et l'adjonction du 
c final par suite d'une analogie erronée avec les composés en-acum. De fait, 
ce qui est bien naturel dans un pays aussi pauvre, Cœli-acum serait le seul 
exemple prouvé en Briançonnais avec Oréac d'une exploitation pastorale 
ou agricole ayant reçu le nom de son propriétaire au moment de la confec- 
tion du cadastre romain. 

2. C'étaient les écartons d'Embrun, Guillestre et Chorges. On ne compte 
pas, bien entendu, la vallée de Barcelonnette séparée du baillage d'Embru- 
nais et unie au domaine des ducs de Savoie. Voir la requête du 16 septembre 
1628 adressée au parlement par les consuls de Guillestre : elle indique cette 
division de l'Embrunais en trois écartons et énumère les communautés qui 
composaient celui de Guillestre : c'étaient Guillestre, Ghâteauroux, Freis- 
sinières, L'Argentière, Saint-Grépin. Vars, Réotier, Ghancella, Saint- 
Glément, Grévoux, La Roche-de-Rame, Risoul et Geillac (P. Guillaume, 
Les escartons de VEmbrunais avant 4628 ) Annales des Alpes, 5® année, 
2« livraison, sept.-oct. 1901, Gap, P^eyrot, pp. 92-95). 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 175 

Réallon, Embrun, Saint -André -d'Embrun, Saint-Sauveur, les 
Orres, Gondamine-Châtelard, Saint-Paul K La frontière passait 
ainsi du nord au sud jusqu'à Réallon ; puis, elle traversait le bassin 
delà Durance de l'ouest à l'est à partir d'Embrun jusqu'aux Orres 
et, finalement, elle remontait la haute vallée de Barcelonnette 
du sud-ouest au nord-est depuis Gondamine pour arriver k la 
chaîne maîtresse des Alpes. La métropole d'Embrun se trou- 
vait ainsi sur la frontière même. C'est un indice de plus de la 
réalité de ce tracé ; souvent, les chefs-lieux étaient placés ainsi 
sur les limites de leur territoire et non pas au centre comme 
on pourrait l'imag^iner 2. 

Cet état de choses ancien fut modifié plus tard. On sait par une 
notice dont la substance fut insérée intentionnellement dans la 
vie de sainte Thècle ^. 

(( Post hœc, designavit ^ certos terminos inter parochiam Mau- 
rianensem et episcopatus circumjacentes... Est autem unus ter- 
minus in partibus Italiae, in loco qui dicitur Vologia, usque in pari 
tes Provinciae, uno distante miliario a civitatula, nomen sib- 
impositum Rama. Qui terminus constitutus est propter alterca- 
tionem Ebredunensis archiepiscopi et domini Leporii Maurianen- 
sis episcopi... Ex supradicto autem termino, uno miliario distante 
a civitatula, usque ad flumen quod dicitur Baydra. Est autem aliud 
a flumine Baydra quod intrat in Isaram flumen usque ad Brian- 

tinum castrum quod Sabaudia vocatur. » 

• 

1. Feuilles XXIV-29, XXV-29, XXV-30, XXV-31, XXV-30, XXVI-30. 

2. Dès 333, la frontière passait ainsi aux portes d'Embrun, entre les 
Caturiges et les Quariates : 

Mansio Catoricas XII. 

Mansio Ebroduno XVI. Inde incipiunt Alpes Penninœ. 

Mutatio Rame XVII. 

Etc., etc. (Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, t. IV, p. 35). 

3. Acta SS., junii, t. V, pp. 72-75; t. VII, 1867, pp. 63-68. —Mgr Billiet, 
Mémoire sur les premiers évêques de Maurienne, pp. 31-32. Besson publie 
la notice isolée, comme provenant des archives de l'évêché de Maurienne 
(Besson, Mémoires pour l'histoire ecclésiastique ;Freu\es,n° 109, pp. 47, 80, 
94). 

4. Il s'agit du roi Contran. 



176 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll® SIÈCLE 

Cette notice a pour but de préciser les limites du diocèse de 
Maurienne, créé par Contran dans la partie des Alpes Cottiennes 
qu'il s'était fait rétrocéder : elle en désigne quatre. La première, 
au sud-est, versTItalie et le diocèse de Turin ; la seconde, au sud- 
ouest, vers la Provence et le diocèse d'Embrun; la troisième, au 
nord-ouest, vers le diocèse de Crenoble ; la quatrième, au nord- 
est, vers le diocèse de Tarentaise. 

En ce qui concerne la première, qui séparait de l'Italie la vallée 
bourguignonne de Suse, il est certain que la nature l'avait placée 
à la Chiusa ^ ; car cette localité, comme son nom l'indique, ferme 
la vallée. Mais il est bien rare qu'une frontière politique coïn- 
cide absolument avec les indications de la nature. Le plus fort 
empiète; il tient à posséder complètement le défilé de la vallée ou 
le col de la montagne qui commande les abords. Contran, qui, 
en vertu de cette tendance, possédait déjà la vallée de Suse au 
delà des Alpes, s'assura également l'entrée de cette vallée en 
occupant tout le défilé de la Cluse. En effet, les localités de Moc- 
chie, Chiavrie et Almese sur la rive gauche delaDoire, celles de 
Chiusa-San-Michele et de Sant' Ambrogio sur sa rive droite rele- 
vaient de la vallée, au delà du défilé '^. La limite passait au pont de 
Volovia, c'est-à-dire de Valgioje, comme on peut s'en assurer 
par la donation du 30 avril 1065 et par la visite épiscopale 
du21 septembre 12623. Or, ce Valgioje est précisément le Vologia 
indiqué comme limite au sud-est parla vie de sainte Thècle. Cette 
Vie indique comme limite au nord-ouest le Baydra, affluent de 



1. Chiusa-San-Michele, sur la rive droite de la Dora riparia en face de 
Condove et de Chiavrie. Feuille XXVI-28. 

2. Mgr Alexis Billiet, Mémoire sur les premiers évêques du diocèse de 
Maurienne, pp. 59-65. 

3. Ibid., pp. 57et63-64. — [Turin], 30avrill065. « Secusia quasi sedes est 
episcopalis antiqua cujus plebanatus seu archipresbyteratus a pallo (sic) 
Bonitionis ad pontem usque Volvucise (sic) fluminis extenditur [Ulciensi 
ecclesiœ Chartarium, n» XXIV, p. 27 et note 11). La vallée de Suse, qu'elle 
fût soumise à la Maurienne comme auparavant, ou qu'elle le fût à Turin 
comme en 1065, formait donc un archiprêtré qui s'étendait depuis le pré 
de Bonizon jusqu'au pont de Valgioje. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 177 

l'Isère, qu'on retrouve aisément dans le Bréda, cours d'eau sur 
lequel est bâti Pontcharra. L'exactitude de cette assertion est 
presque aussi grande, puisque c'étaient les terroirs de Laissaud, 
des Mollettes, de Villaroux, la Chapelle-Blanche, Détrier et Arvil- 
lard, placés sur la rive droite duBréda, qui formaient les paroisses 
du diocèse de Grenoble, limitrophes du diocèse de Maurienne K 
Enfin, la vie indique, comme limite au nord-est, le Briantinum 
castrum quod Sabaudia foca/ur. Le territoire de Briançon, dans 
le bassin supérieur de l'Isère, était fort étendu : un cours d'eau 
qui se jette sur la rive droite de cette rivière porte ce nom et, à 
côté, se trouve la localité de Feissons-sous-Briançon'-. Presque en 
face, sur la rivegauche, une autre localité porte le nom deNotre- 
Dame-de-Briançon ^. La Vie ayant soin de spécifier que le châ- 
teau de Briançon portait le nom de Sabaudia, il est aisé de préciser 
l'emplacement de la limite recherchée. C'est actuellement le lieu dit 
Savoye sur la commune de Saint-Paul, un peu plus bas, sur la rive 
gauche^. Cette localité se trouvait encore en Tarentaise ; mais le 
diocèse de Maurienne, qui occupait la vallée de l'Arc, remontait 
le long de l'Isère jusqu'à Sainte-Hélène-sur-Isère et Notre- 
Dame-des-Millières^. La localité de Savoye était donc bien limi- 
trophe de la Maurienne au nord-est comme le Bréda au nord- 
ouest. 

L'exactitude de la notice insérée dans la Vie de sainte Thècle 
se vérifiaijt ainsi pour trois des limites qu'elle indique au diocèse 
Maurienne, on ne peut douter que ce texte soit aussi bien digne 
de foi en ce qui concerne la limite sud-ouest placée entre le Brian- 
çonnais bourguignon et la Provence. D'après lui, le diocèse de 
Maurienne s'étendait « vers la Provence, jusqu'à la distance d'un 

i. Feuille XXI V-27. — DeBeaurain, Carie du diocèse de Grenoble, divisée 
en ses quatre archipretré (sic), dédié à Monseigneur Jean de Caulet. A Paris, 
1741, feuille in-plano. 

2. Canton et arrondissement de Moûtiers, Savoie. 

3. Canton et arrondissement de Moûtiers, Savoie. 

4. Canton et arrondissement d'Alberville, Savoie. 

5. Mgr Al. Billiet, Mémoire, p. 61. 

Mém. et Doc. de l'École des Chartes. — VII. 12 



178 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll^ SIÈCLE 

mille au delà de la petite ville qui porte le nom de Rame » K 
On ne peut être plus précis; Fauteur plaçait donc la limite à 
1500 mètres environ en aval de Rame. Cette localité a dis- 
paru '^; toutefois, il en reste des traces sur les rives droite de 
la Durance et g-auche de la Biaysse, au confluent de ces deux 
cours d'eau ; une chapelle notamment, placée là et dédiée à 
saint Laurent, en conserve le nom. Aujourd'hui, cette chapelle 
se trouve sur le terroir et à la limite septentrionale de la com- 
mune de Chancella. L'erreur, en tout cas, ne sera pas g-rande 
d'admettre que l'emplacement de la petite ville disparue coïn- 
cidait avec celui de la chapelle qui subsiste. M. Joseph Roman a 
rappelé plusieurs fois que le Pertuis-Rostan, où passe la route 
sur la rive gauche de la Durance, placé vers la Haute-Bessée et 
à la limite des communes de FArgentière et de Saint-Martin-de- 
Queyrières, formait la frontière du Briançonnais et de FEmbru- 
nais au moyen-âge. Que le Pertuis-Rostan fût une limite naturelle 
entre la partie la plus élevéedu bassindela Durance et la suivante, 
c'est ce que personne ne niera. Mais l'exemple de la vallée de 
Suse, rattachée à la Bourgogne, suffirait à prouver qu'une frontière 
politique ne coïncide pas toujours avec la frontière naturelle. 
Ce qui le démontre une seconde fois, toutes proportions gardées, 
c'est que le Pertuis-Rostan est au moins à sept kilomètres, à 
vol d'oiseau, au nord de la chapelle de Rame ; cela correspond 
à quatre où cinq mille romains. De plus, il se trouve sur la rive 
opposée et en amont, au lieu de se rencontrer en aval. Ces cons- 

1. « iisque in partes Provinciœ, uno distante miliario a civitatula, nomen 
sibi impositum Rama. » 

L'auteur ne dit pas ad civitatulanif mais bien a civitatula. Une s'agit donc 
pas d'un terminus ad quem, mais d'un terminus a quo : cette limite était 
donc placée au delà de la localité et non pas en avant, par rapport à Fau- 
teur. Or, celui-ci est manifestement un Viennois ou un clerc de Maurienne 
qui écrit en faveur de Vienne : par conséquent, la limite doit être cherchée 
en aval de Rame. 

2. Cette disparition est probablement postérieure au milieu du xi*' siècle, 
date à laquelle les noms de terre ont fait leur apparition ; car la famille 
chevaleresque de Rame aurait dû, dans le cas contraire, prendre une autre 
dénomination. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE- PROVENCE 179 

tatations prouvent que la borne placée d'une manière si pré- 
cise, entre la Maurienne et la Provence ne peut l'avoir été au 
Pertuis-Rostan : ou bien alors, le texte de la vie serait très 
inexact, ce qui est improbable. De plus, il aurait été superflu de 
planter une borne coïncidant absolument avec un accident de ter- 
rain qui forme, par lui-même, une limite beaucoup plus visible 
et connue. Laissant le Pertuis-Rostan, il faut descendre la 
Durance, à partir de la chapelle de Rame, et chercher à environ 
1500 mètres de cette chapelle les vestiges de la délimitation. Pré- 
cisément, à deux kilomètres, soit environ un mille et demi au sud 
de la chapelle, la Durance est coupée à angle droit par une limite : 
c'est la limite méridionale de l'arrondissement de Briançon. 
En atteignant la rive droite, elle y rencontre la limite également 
méridionale de la commune de Ghancella et celle-ci s'éloigne 
dans la même direction perpendiculaire au cours de l'eau. L'exa- 
men du tracé de la limite commune aux deux terroirs de Saint- 
Crépin et de Ghancella, surtout vers l'ouest, prouve, que, très 
vraisemblablement, le terroir de Saint-Crépin a été démembré 
de celui de Ghancella ou réciproquement. D'ailleurs, le nom 
même de Ghancella qui, par étymologie, est [via ou vallis) Can- 
cellata^ c'est-à-dire voie sur vallée barrée, clôturée, correspond 
d'une manière inattendue et précise à l'objet de la recherche. Le 
barrage naturel n'existant pas k cet endroit, mais plus haut à 
laBessée, il s'agit donc d'un barrage idéal et d'une frontière poli- 
tique. 

Selon le texte conservé par la Vie de sainte Thècle, il y avait 
eu désaccord entre les évêques d'Embrun et de Maurienne au 
sujet de la limite respective de leurs diocèses sur la Durance. 
Ce désaccord est très probable en soi, sachant que le Queyras 
primitif, dépendant de Maurienne, s'étendait jusqu'aux portes 
d'Embrun ; ce dut être l'archevêque d'Embrun qui le fît naître, 
pour reporter un peu plus haut la frontière du diocèse dont le 
chef-lieu, à Maurienne, se trouvait assez éloigné du litige et par 
conséquent moins porté à résister au métropolitain des Alpes- 
Maritimes. Le diocèse d'Embrun joignit ainsi à l'ancien territoire 



180 LA PROVENCE DÛ PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

des Caturiges une partie du pays des Quariates composée des 
terroirs actuels de Ghâteauroux, Saint-Glément et Réotier sur la 
rive droite, de Grévoux, Vars, Risoul, Geillac, Guillestre, 
Eygliers, Montdauphiii et Saint-Grépin. Ge dernier village fut 
démembré probablement alors du pays de Rame, de manière à 
ne laisser au diocèse deMaurienne, que la banlieue à un mille de 
cette agglomération principale. La borne fut placée à cette dis- 
tance, sur la route, en aval de Rame, au point où la limite nou- 
velle se dirigeait à angle droit sur la Durance, et cette limite 
existe encore. 

En raison de ce nouvel état de choses, les communautés pro- 
vençales qui formèrent la frontière, à partir des Bans et du pic 
Jocelme, furent celles qui correspondaient dans le diocèse de 
Gap aux terroirs actuels de Guillaume-Peyrouse, Ghampoléon 
et Orcières, puis dans le diocèse d'Embrun à ceux de Ghâteau- 
roux^ Réotier, Saint-Grépin, Eygliers, Guillestre, Geillac et Saint- 
Paul 1. 

Mais, si l'exactitude de la Vie de sainte Thècle est reconnue 
en ce qui concerne l'emplacement des limites du diocèse de 
Maurienne, il faut savoir à quelle époque existaient ces limites. 
La Vie, c'est évident, pèche par l'énumération hasardée des per- 
sonnages à qui, réunis, elle attribue cette délimitation. Le roi de 
Bourgogne Gontran est mort le 28 mars 593 ; Tévêque de Mau- 
rienne Leporius, à qui est attribuée cette querelle avec l'arche- 
vêque d'Embrun, assistait au concile de Ghalon le 24 octobre 650 -\ 
quant à l'archevêque d'Embrun, il n'est pas nommé, ce qui est 
fort bien. Toutefois, puisque l'auteur de la Vie lui donne le titre 
explicite d'archevêque, il est bon de rappeler que les évêques 
métropolitains de la province des Alj3es Maritimes n'ont pu pré- 
tendre à ce titre d'archevêque avant le ix^ siècle. Jusqu'alors le 
titre d'archevêque était supérieur à celui de métropolitain et, au 
concile de Francfort, le siège d'Embrun en est encore à revendi- 
quer son autorité métropolitaine. L'auteur de la Vie commet donc 

1. Feuilles XXIV-29, XXV-29, XXV-30, XXV-29, XXV-30 et XXVI-30. 

2. Duehesne, Fastes, t. I, pp. 234, 352-353. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 181 

des confusions de personnes et de temps, tout en notant des faits 
exacts. Certainement, le roi Contran a dû avoir soin au vi* siècle de 
faire délimiter la partie des Alpes Cottiennes acquise par lui et, 
par conséquent, le diocèse de Maurienne créé par lui dans ce terri- 
toire. Rien n'empêche Tévêque Leporius d'avoir eu au milieu du. 
vii^ siècle des difficultés avec son voisin d'Embrun à propos de ces 
limites. Enfin, l'auteur de la Vie fait connaître certainement les 
limites du diocèse telles qu'elles ont existé à un certain moment. 
Mais, cette délimitation sur la Durance faite à un mille au sud 
de Rame, qui existait ainsi, ne doit pas plus remonter à l'époque 
de Leporius qu'elle ne doit remonter à celle de Contran : le texte 
du testament d'Abon paraît s'y opposer. Elle est donc postérieure 
à 739. Quand à la limite sud-est qui suppose la dépendance de la 
vallée de Suse, il faut reconnaître que cette vallée annexée à la 
Bourgogne par Contran en dépendait encore le 25 mars 773 K 
Mais les plaideurs à Turin en 799, 857 et 880 prouvent que cette 
vallée fut réunie à la Lombardie quand Charlemagne en devint le 
souverain ^ ; par le fait, elledépendit désormais du diocèse de Turin. 
C'est auprès des marquis de Turin que se réfugient les moines 
de la Novalaise dans le premier tiers du x*^ siècle ^. Enfin, c'est 
la domination de ces marquis qui s'étend sur la vallée de Suse, 
comme le prouve encore la fondation de Saint-Just de Suse le 
9 juillet 1029 ^. Bientôt même, l'évêché de Maurienne fut rattaché 
entièrement à celui de Turin par précepte impérial du 16 mars 
1039 : les choses se trouvaient ainsi remises en l'état où elles 
se trouvaient avant l'annexion par Contran à la Bourgogne. Cet 
acte souverain favorable à l'Italie lésait, non seulement l'évêque 

i. Quiersy, 25 mars 773. Précepte de Charlemagne pour la Novalaise lui 
confirmant ses biens : tam in ipsa valle Sigusina quam et Brientina, Aquinse 
seo in Mauriennati vel in Burgundia aut ubicumque inregno nos^ro (CipoUa, 
t. I, n«XI, p. 50). 

2. [Turin], 799? ; Turin, mai 827; Turin, avril-nov. 880 (CipoUa, t. I, n°» 
XV, XXVIII, XXXII, pp. 61-62, 75-80, 88-94). 

3. Ibid., no« XXXII, XXXIV, XXXV, XXXVI. 

4. Cipolla, Le più antiche carte diplomatiche del monastero di S. Giusto 
di Susa [Bullettino delV Instituto storico italiano, n° 18, Roma, 1897, p. 61). 



182 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

de Maurienne, mais aussi Tarchevêque de Vienne qui prétendait 
être son métropolitain direct et l'archevêque de Tarentaise qui 
l'était de droit. La Bourgogne ne pouvait laisser se perpétuer cet 
amoindrissement. Entre le 4 juin 1039 i et le 14 juin 1043 2, après 
la mort de l'empereur une transaction intervint. La Maurienne 
recouvrait son évêque sous la dépendance de Tarentaise et de 
Vienne, mais son diocèse était restreint. Le diocèse de Turin gar- 
dait la vallée de Suse, cela va de soi; de plus, le diocèse d'Em- 
brun gagnait le Briançonnais jusqu'aux Alpes. Le caractère 
transactionnel de l'acte amenait enfin les frontières à coïncider 
avec la nature, au point de vue ecclésiastique tout au moins. De 
cela, il résulte que, depuis 774, époque à laquelle Charlemagne 
devint roi des Lombards, les limites du diocèse de Maurienne 
indiquées dans la Vie de sainte Thècle ne correspondaient plus 
avec la réalité, puisque la vallée de Suse en était séparée. Par 
conséquent, si chacune de ces quatre limites a été jugée exacte, 
il serait peu probable d'en conclure qu'elles ont existé réelle- 
ment toutes les quatre ensemble à un moment donné entre 
739 et 775. Cet examen fortifie la croyance que la Vie fait par- 
tie sans aucun doute, du groupe des faux composés à Vienne. 
La question est de savoir s'il faut la rattacher aux faux d'Au- 
dran (878-885), à ceux d'Alexandre (vers 912), à ceux de Léger 
(vers 1060) ou bien aux derniers en date, c'est-à-dire à ceux de 
Guy de Bourgogne. Dès 912, l'église de Vienne réclamait la 
suprématie immédiate sur la Maurienne aux dépens de la Taren- 
taise et rappelait que la vallée de Suse avait été unie à la Mau- 
rienne par Gontran ^ : mais elle se gardait bien de dire que cette 

1. Wiponis, Gesta Chuonradi irnperatoris, cap. 39; Gustav Richter. 
Annalen der deutschen Geschichte ini mittelalter, III abteilung^, ester band, 
Halle, i890,p. 326. 

2. G. de Manteyer, Les origines de la Maison de Savoie en Bourgogne [Mél. 
d'archéol. et d'hist., 1899, p. 405). 

3. En ef^et.VAuctoritas du ms. lat. 1452 remonte certainement à cette 
époque: «In diebusprecellentissimi régis Gontramni,mulier quedam, Tygris 
nomine... Audiens autem gloriosus Gontramnus rex... legatos suos Morien- 
nam direxit... et civitati Viennensi ipsam Moriennam ecclesiam cum con- 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 483 

vallée de Suse n'en dépendait plus. Elle cherchait même à faire 
croire qu'elle en dépendait encore. Dès le moment de la transac- 
tion de 1039-1043, il semble bien que l'autorité dominante en 
Maurienne soit exercée directement par Vienne. C'est Vienne, 
en effet, et non la Tarentaise, qui tire profit de la transaction, 
Deux princes se partageaient alors le comté de Viennois et cela, 
très probablement, en tant que vassaux de Tarchevêque-comte ; 
ce sont eux qui gagnent le plus à cette transaction sollicitée en 
faveur de l'évêque de Maurienne. Le premier d'entre eux était 
le comte de Savoie, qui occupait au moins la moitié de l'étendue 
du Viennois ; le second était le comte d' Albon qui en occupait le 
restant ^ A cette transaction, le comte de Savoie gagna la sei- 
gneurie de la Maurienne où il s'installe et dont l'évêque dépen- 
dra désormais de lui. Le Briançonnais est perdu désormais pour 
le diocèse de Maurienne, puisqu'il s'en trouve séparé pour devenir 
partie intégrante du diocèse d'Embrun ; mais il n'est pas perdu 
pour les Viennois. C'est le comte d' Albon qui y est installé. En 
Maurienne, le comte de Savoie devient vassal immédiat de l'em- 
pereur ; en Briançonnais, le comte d' Albon aussi. La situation 
est identique pour tous deux : le développement parallèle et voi- 
sin de leur domaine est une extension viennoise jusqu'aux Alpes. 
Le comte de Savoie se trouve désormais en sentinelle sur le Mont- 
Cenis, le comte d'Albon sur le mont Genèvre. Le 14 juin 1043, 
on voit pour la première fois le comte de Savoie faire acte de 
juridiction suzeraine en Maurienne -. Le premier acte indiquant 
que le comte d'Albon en fait autant en Briançonnais est de 1033 •^. 
Tout l'ancien diocèse de Maurienne passe donc sous la domina- 
tion temporelle des Viennois en 1039-1043; mais cette transac- 

sensu episcoporum subjectam fecit. Atquam ecclesiarriMoriginensem., Seu- 
siam civitatem jamdudum hab Italis acceptam cum omnibus pagensisipsius 
loci subjectam fecit... » (Ms. lat. 1452, f° 202, ro-v°). 

1. G. de Manteyer, Les origines de la Maison de Savoie en Bourgogne. 
Notes additionnelles (Le Moyen-Age, 1901, pp. 294-295). 

2. Ibid. [Mél. d'arch. et d'hist., Rome, 1899, pp. 400-406). 

3. Ulciensis ecclesise Chartarium, n" GLU, p. 135. 



18 i LA PROVENCE DE PREMIER AU XII® SIÈCLE 

tion ne fut pas un succès complet pour Farchevêque au point de 
vue ecclésiastique, puisque la vallée de Suse restait dépendante de 
Turin ^ et que celle de Briançon était soumise à Embrun -. A 
partir de ce moment, les Viennois et les clercs de Maurienne 

1. Les actes de juridiction et de donation des évêques de Turin, datés du 
30 avril 1063 {Ulciensis eccL Chart., n° XXIV, du 20 septembre 1098 {ihid., 
n° XXVI) et ensuite jusqu'au 16 février i'^26iibid., n° XXV), prouvent que 
la vallée de Suse resta sous la dépendance de Turin au moins jusqu'au 
XIII® siècle. 

Par contre, l'acte du 17 février 1081, par lequel Humbert comte de 
Savoie confirme à la Novalaise des droits depuis le mont Cenis jusqu'à 
Monpantero paraît indiquer que l'évêque et le chapitre de Maurienne, en 
donnant leur consilium, entendaient exercer encore leur juridiction dans 
la vallée de la Genischia; cet affluent de la Doire, qui descend du mont 
Cenis, la jointà Suse (C. CipoUa, Monum. Novalic. vetustiora, t. I, pp. 223- 
226 , n° LXXXX). Ce qui confirmerait cette indication, c'est le fait que 
l'évêque de Maurienne se réservait même l'église N.-D. de Suse ; mais 
Calixte II, dont les sympathies pour Vienne sont cependant bien connues 
le contraignit à l'abandonner par mandement du 28 mars 1120, salva Mo- 
riennensis ecclesiasj'ustitia, siquaesi (Ulciensis eccl. Chant., n° CXIII, p. 108). 
Cette réserve n'est qu'une clause de style : si l'évêque de Maurienne avait 
eu des droits réels à la juridiction, il les aurait fait valoir. En fait, le 14 
mai 1129, confirmant à la Novalaise toutes les églises que cette abbaye 
possédait dans l'évêché de Maurienne, l'évêque Conon ne nomme que des 
localités placées à l'ouest des x\lpes : il n'en indique aucune dans la vallée 
de Suse ou dans la vallée même de la Genischia. La pancarte papale du 9. 
février 115 1/2, en faveur de cette abbaye, énumère d'abord les églises placées 
dans l'évêché de Turin et y met la Novalaise; puis, elle passe aux églises 
placées dans celui de Maurienne et n'y indique que des églises à l'ouest des 
Alpes. L'ensemble de ces actes, émanant soit des papes, soit des évèques 
de Turin, soit des évêquesde Maurienne, prouve que, depuis 1039 jusqu'au 
XIII® siècle, la vallée de Suse dépendit de Turin, malgré quelques préten- 
tions contraire des évêques de Maurienne sur les localités limitrophes du 
Val Genischia, prétentions que Calixte II lui-même paraît ne pas avoir 
accueillies (G. Cipolla, Monum. Novalic. vetustiora, 1. 1, pp. 247-249 : 14 mai 
1129, et pp. 250-257 : 9 février 1151/2). 

2. C'est en 1053, on Fa vu, que le comte d'Albonfait acte de juridiction 
pour la première fois en Briançonnais, muni du conseil du châtelain de 
Briançon. L'époque à laquelle on y voit paraître, de son côté, l'archevêque 
d'Embrun Guinimand doit être la même. L'acte qui l'indique n'est pas 
daté, mais c'est le même châtelain de Briançon qui lui donne son consilium ; 
de plus, le comte et son fils, au nom de qui était fait l'acte précédent, 
paraissent comme témoins à celui-ci (Ulciensis eccl. Chart. ^ n°* CLII et 
CLXXIV, pp. 135 et 151). 



LE R0YAU3IE DE BOURGOGNE-PROVENCE 185 

peuvent être préoccupés de faire rendre au diocèse ses limités 
anciennes, qui comportaient le val de Suse et le Briançonnais : 
ces limites anciennes, il importait de les connaître exactement et 
de n'en pas laisser perdre le souvenir. La Vie de sainte Thècle 
répond à cette préoccupation : tout porte donc à croire que son 
texte est postérieur à la transaction de 1039-1043. Elle se rat- 
tache ainsi, soit aux faux de Léger commis vers 1060, soit à ceux 
de Guy de Bourgogne commis avant son élévation au Saint-Siège ; 
plus probablement, à ceux de Léger comme le pseudo-privilège 
de Léon IX. La Vie, datant de 1060 environ, fait connaître les 
limites du diocèse telles qu'elles avaient existé au sud-est jus- 
qu'en 774, date de la séparation de Suse, telles qu'elles avaient 
existé au sud-ouest depuis une époque postérieure à Abon jus- 
qu'en 1039-1043, date de la séparation du Briançonnais, telles 
qu'elles existaient encore au nord-ouest et au nord-est. Cette indi- 
cation des limites delà Maurienna maxima dans le texte d'une Vie 
de sainte Thècle a donc le caractère d'une revendication. La Vie 
en elle-même est bien d'origine viennoise; en effet, son texte 
est le développement de V Auctoritas composée à Vienne 
vers 912, avec insertion de détails plus précis. Pour cette raison, 
en particulier, la Vie ne peut être plus ancienne que la série des 
faux immédiatement postérieure à cette date: or, il ne paraît pas 
y en avoir eu entre 912 et 1060. La Vie a donc bien dû être com- 
posée vers 1060 : on sait par ailleurs que les Viennois, soit à cette 
date, soit même du temps plus tardif de Guy de Bour- 
gogne, se préoccupaient réellement de revendiquer Suse pour 
le diocèse de Maurienne. Le pseudo-précepte de Boson relatif 
à la Maurienne n'a été forgé que pour cela : à l'en croire, 
Suse en dépendait encore à la fin du ix® siècle ^. 

Finalement, au bas moyen-âge, les limites de l'Embrunais et 
du Briançonnais subirent une seconde modification, plus favo- 

1. Pseudo-précepte de Boson pour la Maurienne à la demande de Asmun- 
dus Secusine civitatis vel Maurianorum episcopus (Bibl. de Carpentras. 
Catal. Lambert, n° 74; Catal. des mss. Départements, t- XXXIV: Carpentras. 
t. I, 1901, n° 65; Ms. d'origine viennoise qui a servi de pontifical à la 
métropole d'Aix depuis le xii^ siècle jusqu'au xvi% f" 48 verso-49 verso). 



186 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

rable encore à Embrun que la première. Ces dernières limites 
sont précisées par le fait que l'écarton du Queyras restait brian- 
çonnais, tandis que celui de Guillestre relevait de FEmbrunais. 
La frontière de l'Embrunais englobait donc les localités corres- 
pondant aux terroirs actuels de l'A.rg-entière, la Roche-de-Rame, 
Saint-Grépin, Ejgliers, Guillestre, Geillac, en partant du Pas 
de la Cavale qui le séparait de la localité gapençaise de Cham- 
poléon, pour aboutir à la Tête de Longet, qui le séparait de 
Saint-Paul et, par conséquent, de la vallée de Barcelonnette K 
Cette nouvelle frontière faisait donc remonter l'Embrunais jus- 
qu'au confluent de la Gyronde et de la Durance : elle coïncidait 
enfin avec la limite naturelle indiquée par le Pertuis-Rostan. 
L'adoption de cette frontière est certainement de date posté- 
rieure au 13 janvier 1155/6 -; à cette date, le comte d'Albon 
reçoit par concession impériale une mine d'argent à Rame 
avec le droit d'ouvrir un atelier monétaire à Césane. En effet 
cet acte souverain n'est possible qu'à une condition : les localités 
de Rame et de Césane doivent, au moment de son obtention, 
se trouver dans le Briançonnais, reçu par les comtes d'Albon en 
1039-1043 et par conséquent hors de Provence 3. Dans le 



1. Feuilles XXV-29, XXV-30, XXVI-30. 

2. G. de Manteyer, Les origines de la Maison de Savoie en Bourgogne. 
Notes additionnelles {Le Moyen Age, 1901, p. 282 et note 1). 

3. La mine d'argent concédée sur le territoire de Rame est évidemment 
celle qui a donné son nom à la commune actuelle de l'Argentière. Le terri- 
toire de Rame était donc assez étendu pour comprendre au moins les 
communes actuelles de l'Argentière, de Freissinières, de Chancella, de 
Saint-Crépin et de la Roche-de-Rame. Il a été dit plus haut que Rame 
n'avait pu disparaître avant le milieu du xi^ siècle : le précepte de 1136 
permet d'avancer maintenant que probablement sa disparition est posté- 
rieure au milieu du xii® siècle. Une fois cette localité disparue, ce sont 
les quartiers les plus importants de son territoire dont les noms ont 
remplïtcé le sien. L'exploitation industrielle de la mine d'argent et de 
plomb a donné l'Argentière ; l'emplacement de la limite du pays a donné 
Chancella ; une localité caractérisée par ses bois a donné Freissinières. 
La Roche-de-Rame seule a retenu l'indice de son ancienne dépendance 
et dénomme l'accident de terrain qui caractérise le pays. Quant à Saint- 
Grépin, ce démembrement du territoire de Rame, survenu lors de la délimi- 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 187 

Briançonnais, ils ne dépendaient que de Tempereur et celui-ci 
y pouvait leur déléguer ses droits souverains. En Viennois, ils 
n'étaient pas vassaux directs de la couronne et en Provence ils 
n'auraient pu Têtre davantage. Mais l'adoption de cette dernière 
frontière est antérieure au 21 décembre 11 7i K Plus tard, les 
comtes d'Albon étendirent progressivement leur pouvoir du 
Briançonnais sur l'Embrunais, grâce aux archevêques : peu à 
peu, la suzeraineté des comtes de Provence s'effaça dans l'Em- 
brunais au-dessus d'eux. Alors seulement les comtes d'Albon, 
étant bien établis à Embrun, purent favoriser sans inconvénient 
la dernière extension de l'Embrunais, de Chancella à l'Argen- 
lière. Cette extension n'a donc pu se produire avant le xiu® siècle. 
On n'a pas à en tenir compte davantage ici. 

La limite de l'Embrunais provençal et du Briançonnais vien- 
nois, ainsi reconnue, a donc coupé la Durance, dès 333, entre 
Embrun et Châteauroux sur la rive droite, entre Saint- André- 
d'Embrun et Saint-Clément sur la rive gauche. Puis, à partir 
d'une époque postérieure à 739 et jusqu'au xii*^ siècle, entre 
Saint-Crépin et Chancella sur la rive droite, entre Saint-Cré- 
pin et la Roche-de-Rame sur la rive gauche. Enfin, au bas 
mojen-âge, entre l'Argentière elles Vigneaux sur la rive droite, 
entre l'Argentière et Saint-Martin-de-Queyrières sur la rive 
gauche. Pour le haut moyen-âge, il convient de répéter que 
l'extrême Provence occupait, à partir de la Séveraisse, les 
localités du diocèse de Gap correspondant aux terroirs actuels 
de Guillaume-Peyrouse, Champoléon et Orcières - ; puis, dans le 
diocèse d'Embrun, l'équivalent des terroirs actuels de Château- 
roux, Réotier, Saint-Crépin, Eygliers, Guillestre, Ceillac et Saint- 
Paul- de-Barcelonnette. 

talion établie à Chancella, a retenu le nom du saint titulaire de la paroisse 
embrunaise formée avec lui : on a pris le nom de la nouvelle église, parce 
qu'on n'en avait pas d'autre plus ancien. 

1. Arch. desB.-du-Rh., B. 237. 

2. Le hameau des Marches, dans la commune d'Orcières, peut marquer 
les limites de l'ancien diocèse de Gap et de la Provence, avant d'arriver 
à Freissinières et, par conséquent, au Briançonnais. 



188 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 



§4. — Limites orientales. 

Il faut maintenant noter quelle était la frontière orientale du 
duché, depuis la vallée de Barcelonnette jusqu'à la mer. 
Cette frontière englobait, dans la vallée de Barcelonnette, les 
localités actuelles de Saint-Paul, MeyronnesetLarche i. Arrivant 
au pic des Trois-Evêques, elle abandonnait la vallée de Barce- 
lonnette et le diocèse d'Embrun pour passer dans la vallée de 
la Tinée et dans le diocèse de Nice. Là elle englobait d'abord la 
commune actuelle de Saint-Etienne ; mais, à partir du passage 
de Gollalunga, au point d'altitude coté 2600, elle dépassait la 
frontière française actuelle. En 1860, la France a jugé à pro- 
pos de laisser par courtoisie à l'Italie, pour les chasses royales, 
toutes les hautes vallées niçoises, situées au sud-ouest de la 
ligne séparative des Alpes. Ces hautes vallées, relevant de la 
Tinée et de la Vésubie, ont donc été démembrées des communes 
niçoises qui les possédaient naturellement, pour être rattachées 
aux communes piémontaises placées de l'autre côté et au nord- 
est. C'est un exemple récent du fait que les frontières politiques 
coïncident rarement avec les frontières naturelles. La frontière 
du duché, qui, elle, coïncidait sur ce point avec les sommets, 
embrassait donc les parties placées sur le versant sud-ouest des 
communes actuelles de Vinadio, Valdieri et Entraque 2. Arrivée 
au mont Clapier, qui séparait le diocèse provençal de Nice à 
l'ouest, du diocèse ligurien de Vintimille à l'est et du diocèse pié- 
montais d'Asti au nord, la frontière abandonnait la ligne sépa- 

1. Feuilles XXV-30, XXVI-30, XXVI-31. 

2. Feuilles XXVI-31, XXVI-32, XXVlI-32.Les communes niçoises limi- 
trophes et réduites sont celles de Saint-Etienne, Isola, Roure, Saint-Sau- 
veur, Rimplas, Val-de-Blore, Saint-Martin- Vésubie et Belvédère. La fron- 
tière passait par les têtes et les cimes de l'Autaret et Rognosa, de Sespoul 
et Moravacciera, d'André de Paris, de la Lombarda et de Vermeil Malin- 
vern, de Clans, de la Portette, de Tablasses, des Dresses, Fremamorta, 
Pagari, Naucetas, Leccia, Mercantour, Mallariva, Cocourda, Caisses, di Tré 
Colpas, délie Finestre, dei Gelas, pour arriver au mont Clapier. 



Le royaume de bourgogne-proVénc:ec:e l8d 

rative des grands sommets qu'elle suivait en dernier lieu de 
l'ouest à l'est, pour gagner la mer du nord au sud. Elle englo- 
bait donc le haut de la vallée de la Gordolasque, rattaché main- 
tenant à Entraque, et rejoignait la frontière actuelle à la cime 
du Diable ; mais, comme cette frontière actuelle continue à se 
diriger de l'ouest à l'est, afin d'englober une partie de la vallée 
ligurienne de la Roya, la frontière ancienne du duché la 
coupait simplement et s'en séparait à la cime du Capelet. Elle 
englobait seulement les communes actuelles de Belvédère, la 
Bollène, Lantosque, Luceram, Peille et la Turbie, auxquelles il 
faut joindre la principauté actuelle de Monaco K Cette dernière 
localité qu'on nommait volontiers Mourgues en français est, en 
effet, une ancienne dépendance des paroisses de la Turbie et de 
Peille 2. Depuis la fin du xii*^ siècle, elle fut occupée par les Génois, 

1. Feuilles XXVII-32, XXVII-33, XXVII-34. 

2. Vers 1075, les gens de la Turbie élèvent l'église N.-D. du port de 
Monaco et la donnent à la cathédrale de Nice. En 1174, le comte de For- 
calquier, s'alliant avec Gênes, concède à cette république la moitié de Nice, 
le château de la Turbie, le mont de Monaco et les salines de Bouc. Le 
30 mai 1191, l'empereur confirme à Gênes la Rivière, depuis Porto Venere 
jusqu'à Monaco, avec la faculté d'élever un château dans ce dernier lieu, 
sous réserve des droits des marquis et des comtes de Provence. Le 2 juillet 
1191, Gênes prend possession de Monaco. Le 10 juin 1245, les Génois com- 
mencent à yélever le château (E. Gais de Pierlas, Documents inédits sur 
les Grimaldi de Monaco, Turin, Bocca, 1885, in-8, pp. 4-5, 7, 13-14). 

Pour la circonscription du diocèse de Nice au xii*' siècle, voir E. Gais de 
Pierlas, Cartulaire de l^ ancienne cathédrale de Nice, Turin, Paravia, 1888, 
notamment les n°» 37, 38 et 46. 

Pour la circonscription ancienne du diocèse ligurien de Vintimille, voir 
Sigismondo Alberti, Isloria délia città di Sospello, contessadi Molineto e di 
Castiglione. Torino, MDCCXXVIII, Gio. Franc. Mairesse, pp. 537-538. 

A la suite des remaniements modernes, le diocèse de Vintimille a dû 
abandonner au diocèse actuel de Cuneo les localités de Briga Marittima et 
Tenda ; il a abandonné aussi au diocèse actuel de Nice les localités de 
Castellar, Menton, Cabbé-Roquebrune, Gorbio, Sainte-Agnès, Gastillon, 
Sospel, Moulinet, Breil, Saorge et Fontan. Par contre, il s'est étendu 
à l'est ( Circoscrizioni ecclesiastiche in relazione colle circoscrizioni ammi- 
nistrative seconda il censiinento del 3i dicemhre 1881, Roma, stabil. 
tipogr. deirOpinione 1885, gr. in-8 de xxiii-305 pp. et carte hors texte 
Publication officielle du Ministère di agricoltura, industria e commercio : 
direzione générale délia statistioa; voir pp. 297 et 183). 



190 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

SOUS la suzeraineté fort vague des marquis de Provence ; au 
xiii^ siècle, par contre, se produisit l'expansion de la Provence 
en Ligurie, dont il n'y a pas à parler ici. 



§ 5. — Limites méridionales. 

Il reste à indiquer les localités qui, le long de la mer, for- 
maient les limites méridionales du duché de Provence. Dans 
le diocèse de Nice, c'étaient les communes actuelles de Monaco, 
la Turbie, Eze, Beaulieu, Villefranche et Nice ^ ; puis, à partir du 
Var, dans le diocèse de Vence, Saint-Laurent, Gagnes et Ville- 
neuve-Loubet '^ ; puis, dans celui d'Antibes, à partir de l'étang de 
Vaugrenier, la cité elle-même d'Antibes, avec les terroirs de Val- 
lauris, de Cannes ^ et les îles de Lérins. Passant laSiagne,le duché 
englobait le diocèse de Fréjus, avec Mandelieu sur le terroir duquel 
se trouve maintenant la Napoule ; après Mandelieu, suivaient 
Saint-Raphaël, Fréjus, Roquebrune, Saint-Maxime, Grimaud, 
Gogolin, Gassin, Saint-Tropez, Ramatuelle, Gassin et la Môle '*. 
Dans le diocèse de Toulon, suivaient, le long du littoral, 
Bormes, la Londe-des-Maures, Hyères, Carqueiranne, le Pradet, 
la (îarde, Toulon, la Seyne, Six-Fours, Sanary et Bandol ^. Dans 
le diocèse de Marseille, suivaient les terroirs de Saint-Gyr, la 
Giotat, Gassis, Marseille et le Rove ^. Finalement, dans le dio- 
cèse d'Arles, ceux de Garry, Martigues, Port-de-Bouc, Fos, 
Arles et les Saintes-Mariés, jusqu'à l'embouchure du Rhône-vif '^. 

1. Feuilles XXVII-34, XXVI-34. 

2. Feuilles XXVI-34. 

3. Feuille XXVI-34. Voir rénumération des paroisses du diocèse d'An- 
tibes, dont le siège fut transporté à Grasse le 19 juillet 1244, dans Achard, 
1. 1, pp. 585-586. 

4. Feuilles XXVI-34, XXVI-35, XXV-35, XXV-36. Voirl enumération des 
paroisses du diocèse de Fréjus dans Achard, t. I, p. 554. 

5. Feuilles XXV-36, XXlV-36, XXIlI-36. Voir l'énumération des paroisses 
du diocèse de Toulon dans Achard, t. II, pp. 506-507. 

6. Feuilles XXlII-36, XXIII-35, XXII-35. Voir l'énumération des paroisses 
du diocèse de Marseille dans Achard, t. Il, pp. 101-102. 

7. Feuilles XXII-35, XXI-35 et XX-35. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 191 

Telles sont les frontières précises de la Provence, depuis 
le début du x^ jusqu'à la fin du xii'' siècle, c'est-à-dire entre 
le moment où Louis d'Outremer annexe l'Uzège au royaume 
de France et le moment où se produit l'expansion de la Pro- 
vence en Ligurie. 

En résumé, cette frontière suivait, dans la province d'Arles, les 
limites des diocèses de Toulon, Marseille, Arles, au sud, depuis 
Bormes jusqu'aux Saintes-Mariés; celles des diocèses d'Arles, 
d'Avignon^ d'Orange, Saint-Paul et Die, à l'ouest, depuis les 
Sain tes-Maries jusqu'à Saint-Laurent-en-Royans ; celles du diocèse 
de Die au nord, depuis Saint-Laurent-en-Royans jusqu'à Saint- 
Jean-d'Hérans. Passant dans la province d'Aix, la frontière du 
duché suivait encore au nord les limites du diocèse de Gap, 
depuis Saint- Pierre- de -Méaroz jusqu'à Guillaume -Peyro use, 
puis à l'est, depuis Guillaume-Peyrouse jusqu'à Orcières. Parve- 
nant à la province d'Embrun, la frontière suivait, encore à l'est, 
les limites des diocèses d'Embrun et de Nice, depuis Châteauroux 
jusqu'à Monaco; au sud, elle suivait celles des diocèses de Nice et 
de Vence, depuis Monaco jusqu'à Villeneuve-Loubet. Revenant 
par la province d'Aix, elle suivait encore au sud, sur le littoral, 
les limites des diocèses d'Antibes et Fréjus, depuis Antibes jus- 
qu'à la Môle. 



§ 6. — Les limites des trois provinces. 

Pour être complet, on peut ajouter que la frontière orientale de 
la province d'Arles, depuis Bormes jusqu'à Saint-Jean-d'Hérans, 
suivait les limites successives du diocèse de Toulon, par Bormes, 
CoUobrières, Puget- Ville, Carnoules, Puget-Ville, Sainte-Anasta- 
sie, Forcalqueiret, Rocbaron et Néoules^ ; du diocèse de Marseille, 
parMéounes, Signes, Plan d'Aups, Nans, Saint-Zacharie, Auriol, 
la Bourine, Peypin, Allauch, Marseille, Septèmes et les Pennes-; 

1. Feuilles XXV-36, XXV-S"), XXIV-3o. 

2. Feuilles XXIV-3o, XXIII-35, XXII-35. 



192 LA PROVENCE i)U PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

du diocèse d'Arles^, par Vitrolles, Rognac, Velaux, Berre, Saint- 
Ghamas, la partie occidentale de Gornillon (Cornillon et le Pont 
du Rhaudj, Grans et Salon ^ ; du diocèse d'Avignon, par Lama- 
non et Sénas 2. Puis, traversant la Durance, elle suivait les limites 
du diocèse de Gavaillon, par Gheval-Blanc, Mérindol, Ménerbes, 
Goult et Gordes •^, en côtoyant le Limergue, flumen Liminicus. Elle 
suivait celles du diocèse de Garpentras, par Murs, la partie septen- 
trionale de Lioux (Bezaure et Saint-Lambert), Monieux, Sault, 
Aurel, Monieux et Bedoin, ces trois dernières localités sur les 
pentes méridionales du mont Ventoux ^. Elle suivait celles du dio- 
cèse deVaison,en passant au nord du Ventoux, par Beaumont, 
Saint-Léger, Buis-les-Baronnies (sauf Ubrieux), Beauvoisin, 
Ollon et Ghâteauneuf-de-Bordette '\ Enfm, elle suivait celles du 
diocèse de Die, par Aubres sur l'Eygues, Gondorcet, Saint-Fer- 
réol, Villeperdrix, Arnayon, la Motte-Chalancon, Bottier, Esta- 
blet, Saint-Dizier, Valdrôme, la Bâtie-des-Fonds, les Prés, 
Beaurières sur le versant occidental du col de Cabre, la Bâtie- 
Gremezin, le Pilhon, Bonneval, Glandage, Lus-la-Groix-Haute, 
Tréminis, Pellafol, Gordéac, Saint-Sébastien et Saint-Jean-d'Hé- 
rans, ces quatre dernières localités sur le Drac ^\ En outre, de la 
province d'Arles relevaient Fenclave arlésienne de Vernègues 
dans le diocèse d'Aix, l'enclave marseillaise de Saint-Gannat 
dans le diocèse d'Aix, et l'enclave dioise deRémuzat dansle dio- 
cèse de Gap. Par contre, de la province d'Aix relevait dans le 
diocèse d'Arles l'enclave aixoise d'Istres. 

La frontière occidentale de la province d'Aix, de la Môle à 

1. F'euilles XXII-3o, XXII-34. 

2. Feuilles XXII-3i et XXII-33. 

3. Feuilles XXII-33. Voir Fénumération des paroisses du diocèse de 
Cavaillon dans Achard, l, I, p. 435. 

4. Feuilles XXII-33, XXII-32, XXIII-32, XXIII-33, XXIII-32 et XXII-32. 
Voir rénumération des paroisses du diocèse de Garpentras dans Achard, 
t. I, p. 421. 

b. Feuilles XXII-32, XXIl-3i. Voir Fénumération des paroisses dauphi- 
noises du diocèse de Vaison dans J. Brun-Durand. Dict. de la Drôme, 
p. XIX et des autres dans Achard, t. II, p. 546. 

6. Feuilles XXII-3I, XXIII-31, XXIII-30, XXIII-29, XXIV-29, XXIII-29. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE ^93 

Saint-Pierre-de-Méaroz, suivait, en conséquence, les limites suc- 
cessives du diocèse de Fréjus, par la Môle, Grimaud, la Garde- 
Freinet, les Mayons-du-Luc, Gonfaron et Pignans ^ ; elle suivait 
celles du diocèse d'Aix, parBesse, Camps, Brignoles, Garéoult, la 
Roquebrussanne, Mazaugues, Rougiers, Saint-Maximin, Pour- 
cieux, Pourrières, Trets, Peynier, Belcodène, Gréasque, Saint- 
Savournin, Mimet, Simiane, Bouc, Cabriès, Aix, Ventabren, la 
Fare, Lançon, Comphoux (commune de Cornillon), Lançon, Pelis- 
sanne. Aurons, Alleins, Mallemort, Gharleval, la Roque-d'Anthé- 
ron et, franchissant la Durance, du Puget, de Lauris sur la pente 
méridionale du Luberon -. La frontière de la province suivait 
ensuite, au delà du Luberon, les limites du diocèse d'Apt, par Bon- 
nieux, Lacoste, Bonnieux, Roussillon, Joucas, Saint-Saturnin- 
d'Apt, Lioux (moins Bezaure et Saint-Lambert), Saint-Saturnin- 
lès-Apt, Villars et Saint-Christol ^, Elle suivait celles du diocèse 
de Sisteron, par Saint-Trinit et Ferrassières au sud du Ventoux'*. 
La frontière suivait ensuite les limites du diocèse de Gap, par Mont- 
brun, Reilhanette, Savoillans, Brantes, localités qui se trouvent 
sur le Toulourenc au nord du Ventoux, puis par Plaisians^ Eyga- 
liers et la Roche-sur-le-Buis \ Elle suivait ensuite les limites de 
l'ancien territoire, jadis contesté entre Vaison et Gap, maintenant 
placé sous la garde de Sisteron , par Ubrieux sur l'Ouvèze (commune 
du Buis), Rochebrune, Montaulieu, les Pilles sur l'Eygues, 
Ey rôles, Sahuneet Saint-May f^. Enfin, elle suivait de nouveau les 

1. Feuilles XXV-36, XXV-35, XXIV-3o. 

2. Feuilles XXIV-3o, XXlII-35, XXII-35, XXII-34, XXII-33, XXII-34, 
XXII-33. Voir l'énumération des paroisses du diocèse d'Aix dans Achard, 
i. I, pp. 201-202. 

3. Feuilles XXII-33, XXIII-33, XXIlI-32, XXIlI-33, XXIll-32. 

4. Feuille XXIIl-32. Voir l'énumération des paroisses du diocèse de 
Sisteron dans Achard, t. II, pp. 382-383, et dans Brun-Durand, Dict. delà 
Drôme, pp. xx. 

5. Feuilles XXIII-32, XXII-32, XXII-31. 

6. Feuille XXII-31. Eyroles dépendait de l'évêché de Die au temporel 
(L. Fillet, Etat des revenus de Vévêché de Die vers 1A7A, Paris, Leroux, 1890. 
Extrait du Bull, hisior. etphilol. du comité des travaux hist., p. 10) ; mais son 
terroir ne faisait pas partie du diocèse de Die, car il ne figure pas dans les v isites 

Mém. et Doc. de l'École des Chartes. — VII. 13 



194 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl** SIÈCLE 

limites du diocèse de Gap, par Cornillon, Cornillac, la Charce, 
Sainte-Marie, Bruis, Montmorin, l'Épine, la Piarre, Aspremont, 
Saint-Pierre-d'Argençon, la Baume sur le versant oriental du col 
de Cabre, la Haute-Baume, Montbrand, Saint-Julien-en-Beau- 
chêne, la Cluse, Ag-nières, Saint-Disdier-en-Dévoluj, Monestier- 
d'Ambel, Ambel, Corps, Quet-en-Beaumont, la Salle et Saint- 
Pierre-de-Méaroz K 

La frontière orientale de la province d'Aix, d'Antibes k Orcières, 
avant le rattachement d'Antibes à la province d'Embrun, suivait 
les limites du diocèse d'Antibes, parles îles de Sainte-Marg-uerite, 
Antibes, Biot, Valbonne, Roquefort, le Bar, Gourdon, Cipières, 
Caussols et Saint-Vallier - ; du diocèse de Fréjus, par Escra- 
gnolles, Séranon, Val de Roure, Séranon, Châteauvieux, Brenon 
et Comps ^ ; du diocèse de Riez, par Trigance, Rougon, 
Châteauneuf-lès-Moustiers, Levens, Majastre, Le Poil, Greisset, 
Beynes, Châteauredon^ Mézel, Saint-Jeannet et Espinouse 
sur la Bléone ^. A partir de ce cours d'eau, la frontière suivait 
les limites du diocèse de Gap par Mirabeau, Barras, la par- 
tie de Thoard sur la rive droite de l'Esduye, Saint-Estève, 
Auribeau, Feissal, Authon, Esparron-la-Bâtie, Bayons, Clamen- 

épiscopales de 1509 (L. Fillet, Etat des diocèses de Die et de Valence en 
4 509, d'après un document original inédit. Valence, Céas, 1882, pp. 24 et 
39). Il ne figure pas davantage dans le compte des visites par le com- 
missaire épiscopal dans le diocèse en 1449-1450 (Brun-Durand, Pouillé 
historique du diocèse de Die, Grenoble, Maisonville, 1876, in-8). 

1. Feuilles XXIl-31, XXIIl-31, XXIII-30, XXIII-29, XXIV-29, XXIII-29. 
Beauchêne n'indique pas la présence de beaux chênes. Le cours d'eau 

qui porte le nom de Buëch, [rivuni] *Beduclum, ou Bedactuni{'l) coule dans 
une vallée qui par suite s'appelait [vallem] *Beductanam, d'où Biochane, 
puis Beochane et Beochaine, d'où Beauchaine. C'est ainsi que les ruisseaux, 
descendant du col de Cabre, s'appellent les ruisseaux de Chaurane, c'est-à- 
dire : [vallem] Cauranam. Le col, appelé de Cabre par suite d'une pronon- 
ciation étrangère au pays où il se trouve, a pris le nom du ruisseau qui coule 
dans la vallée. Le hameau de Chaures, dans la commune de la Baume, 
retient le nom primitif du cours d'eau sur lequel il a été bâti. 

2. Feuilles XXVl-34, XXVI-33, XXVI-34. 

3. Feuilles XXVl-34, XXV-34, XXV-33, XXV-34. 

4. Feuilles XXV-34, XXV-33, XXlV-33, XXlV-32, XXlV-33, XXlV-32. 
Voir rénumération des paroisses du diocèse de Riez dans Achard, t. II, pp. 
284-285. 



LE ROYAUME DE BOUKGOGNE-PRO VENGE 195 

sane sur la Sasse, le Caire, Gurbans sur la Durance, Urtis, Ven- 
terol, Piégut sur la rive gauche, Valserres sur la rive droite de la 
Durance, Jarjajes, Rambaud, la Bâtie-vieille, la BAtie-Neuve, 
Ancelle et Orcières ^. 

La frontière occidentale de la province d'Embrun, limitrophe 
de la précédente de Villeneuve-Loubet à Ghâteauroux, suivait les 
limites du diocèse de Vence par Villeneuve-Loubet, la Colle, Tour- 
rettes-sur-Loup, Courmes, Gréolières, Andon, Caille et Andon^; 
du diocèse de Senez-Castellane par Saint-Auban, Peyroules, la 
Garde, Eoulx, le Bourguet, Taloire, Chasteui), Blieux, Barrême 
et Ghaudon^; du diocèse de Digne, par Bédejun, Entrages, Gau- 
bert, Saint-Jurson, Le ChalTaut, Lagremuse sur la rive gauche, 
Malemoissonsur la rive droite delaBléone, Aiglun,Ghamptercier, 
la partie de Thoard placée sur larivegauche de l'Esduye, la Robine, 
Ainac, Lambert et Barles ^; finalement du diocèse d'Embrun, par 
Selonnet, Saint-Martin-lès-Seyne, Bréziers, BellafTaire, Astoin, 
Faucon, Gigors, Rochebrune sur la rive gauche et Remollon sur 
la rive droite delà Durance, Saint-Etienne d'Avançon, Avançon, 
Montgardin, Chorges, Réallon et Ghâteauroux 5. 

Ce sont là, au x^ siècle, les frontières du duché de Provence et 
de chacune des trois provinces antiques qui en forment l'étendue; 
au xii^ siècle, ce seront les mêmes. 

Il suffît d'ajouter que les partages comtaux du xii^ siècle 
provoqueront une nouvelle répartition de la marche qui aura 
succédé au duché ; elle se divise alors en trois marqui- 
sats. Cette répartition ne bouleverse pas le cadre existant : elle 
en utilise tous les éléments traditionnels. Il y avait trois 

1. Feuilles XXIV-32, XXIV-31, XXlV-30, XXV-30. 

2. Feuilles XXVI-34, XXVI-33, XXV-33. 

3. Feuilles XXV-33, XXIV-33, XXIV-32. Voir l'énumération des paroisses 
du diocèse de Senez dans Achard, t. II, pp. 358-359. 

4. Feuilles XXIV-32, XXI V-31. Voir l'énumération des paroisses du dio- 
cèse de Digne dans Achard, t. I, p. 501. 

5. 'Feuilles XXIV-31, XXIV-30, XXV-30. Voir l'énumération des paroisses 
provençales du diocèse d'Embrun dans Achard, t. I, pp. 512-514, et des 
dauphinoises dans Roman, Dict. topogr. des Hautes-Alpes, pp. xxv-xxvi. 



196 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

copartageants et ils auraient pu s'adjuger à chacun l'une 
des trois provinces : mais ce n'est pas ce qu'ils font. Ils tiennent 
compte à la fois du cadre romain, existant en 450 lors de l'arrivée 
des barbares, et de l'exemple donné par l'occupation des barbares 
eux-mêmes de 480 à 523: la Durance était d'ailleurs une limite 
intermédiaire et naturelle tout indiquée. Le premier lot se compose 
delà partie des trois provinces située au sud delà Durance, c'est-à- 
dire de la Provence gothique, et ce lot se dénomme « le Comté de 
Provence ^ ». Le second lot se compose du restant de la province 
d'Arles situé au nord de la Durance et ce lot, auquel les historiens 
modernes réservent à tort le nom de « Marquisat de Provence », 
se dénomme, semble -t-il, le « comté de Venisse ou Venaissin ». 
Le troisième lot se compose du restant des provinces d'Aix et 
d'Embrun situé au nord de la Durance, et ce lot se dénomme 
« le comté de Forcalquier». Ces deux derniers lots réunis ne sont 
autre chose que l'ancienne Provence bourguignonne, dans sa plus 
grande extension. L'union était plus intime entre les comtes de 
Venaissin et les comtes de Forcalquier qu'elle ne l'était entre les 
comtes de Venaissin ou les comtes de Forcalquier et les comtes 
de Provence : c'est tout naturel. La limite, entre les comtés de 
Forcalquier et de Venaissin, partait du Vernègues de Cavaillon, 
exactement comme jadis la frontière entre les Provences 
bourguignonne restreinte et auvergnate. La cité d'Avignon 
et risle, dans le diocèse de Cavaillon, restèrent indivis 2. 

1. Le précepte royal d'inféodation de la Provence, émané de Rodolphe en 
faveur de Charles d'Anjou roi de Sicile et daté de Vienne le 28 mars 1280, 
emploie les expressions suivantes très précises : <( comitatum et marchiona- 
tum Provincie, intendentes hec duo nomina scilicet comitatum et marchio- 
natum esse sinonima et unum non diversa supponere, et comitatum Folkal- 
kerie. . . acomnia que infra comitatus ipsos consistentia Romanorum impe- 
ra tores . . .quondam domino RaymundoBerengariocomitiet marchioni Pro- 
vincie ac comiti Folkalkerii . . .donaverunt, presenti privilegio confirma- 
mus. . . vobis. . . » [LesRegislres de Martin IV, Paris, Fontemoing, avril 1901, 
pp. 5-6, n^ 11_, § 1). Ce précepte, qui ne peut concerner le marquisat de la 
rive droite de la Durance et le comtat, prouve que le marquisat englobait 
le comté de Provence sur la rive gauche, tout aussi bien que le comté de 
Venaissin sur la rive droite. 

2. 1195; limites des comtés Venaissin et Diois : sicut comitatus extenditur 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 197 

Il semble en avoir été de même pour la cité de Nice 
dans le comté de Provence ^. De plus, en amont de la vallée de 
Barcelonnette et en dehors de cette vallée, la rive gauche de la 
Durance fut jointe au comté de Forcalquier dont les limites, sur 
cette rive gauche, étaient, à peu de choses près, celles du dépar- 
tement actuel des Hautes-Alpes -. 

Tels ont été les divers remaniements subis par les limites de 
la Provence, depuis la création de la province romaine de la Gaule 
Transalpine vers 120 avant J.-C. jusqu'à la fin du xii^ siècle. 
Dans son ensemble, la Provence était ainsi formée des trois pro- 
vinces, telles quelles avaient été constituées du temps de l'em- 
pire gaulois (267-273), Ces provinces portèrent dès le début du 
V® siècle le nom global de Provence ; réduites au nord le 5 mai 4S0 
lors de l'arrivée des barbares, réduites à l'ouest lors de la consti- 
tution du duché de Lyonnais dans la seconde moitié du vin® ou la 
première du ix® siècle, ces provinces regagnèrent par la dispari- 
tion du Lyonnais, du temps de Louis d'Outremer, une part de ce 
qu'elles avaient perdu sur la rive droite du Rhône. 

et clauditur a monte Alavernico Juxta Cavillionem usque ad Rodanum et 
usque ad Durentiam et fluvium Isare et . . .medietatem Insuie et Avinionis. 

Limites du comté de Forcalquier: sicutcomitatus tuiis extenditur et clau- 
ditur a monte Alavernico usque ad montem Genevum et usque ad Pontem 
Altum etcollum Câpre . . . et medietatem Insuie et Avinionis et quod habeset 
tenes in villa de Germannanicis (Arch. des Bouches-du-Rhône, B. 297). 

En réalité les comtés de Venaissin et de Diois ne s'étendaient pas jus- 
qu'à l'Isère, maisjusqu'à la Bourne, affluent del'Isère, et à cinq kilomètres de 
l'Isère. De même, le comté de Forcalquier ne remontait pas la Durance jusqu'à 
sa source au mont Genèvre, mais jusqu'à Chancella, placé à trente kilo- 
mètres environ en aval. Les deux comtes se font, dirait-on, la politesse 
réciproque d'étendre la domination de son voisin un peu plus loin qu'elle 
n'atteignait en réalité, mais du côté qui ne gênait pas celui des deux qui 
porte la parole. En ce qui concerne leurs limites communes, elles sont 
indiquées au contraire d'une manière aussi rigoureuse que possible. Au 
sud, le Vernègues, sur le terroir de Lagnes, est presque à la limite du dio- 
cèse de Cavaillon vers celui d'Apt. Au nord, Pont-Haut, sur la Bonne, est 
à la limite du diocèse de Gâp, très près du diocèse de Die. Enfin, entre ces 
deux points extrêmes, le col de Cabre est exactement à la limite entre Die 
et Gap. Germignargues était sur le Thor, vers Monclar et l'Espacet. 

1. 1174. Voir ci-dessus, p. 189, note 2. 

2. 28 avril 1127. Voir ci-dessus, p. 172, note 2. 



198 LA PROVEKCE DU PREMIER AU Xll^ SIÈCLE 

Le partage des trois provinces en Provence bourguignonne et 
Provence gothique, une fois le sol entièrement soumis aux bar- 
bares (480-523), correspond à la Haute et à la Basse-Provence, 
séparées par la Durance. Cette séparation naturelle sera reprise 
comme base au xu^ siècle par les comtes co-partageants, qui 
créeront le comté de Provence, le comté Venaissin et le comté de 
Forcalquier : ils combineront cette division naturelle avec la divi- 
sion antique des trois provinces gallo-romaines. 

La création d'une Provence austrasienne, du temps de Con- 
tran, peut expliquer l'origine des terres adjacentes et faire prévoir 
l'effacement progressif d'Arles devant Aix; elle explique aussi la 
diffusion des cultes auvergnats de Sidoine, Maximin, Marthe et 
Madeleine, opérée par le patrice Bonnet aux frontières de cette Pro- 
vence, dans les postes militaires établis à proximité des routes. 



II 

Les comtes d'Avignon^ d^ Arles et de Glandèves 

(949-970). 

Il se peut que la comtesse d'Arles Berthe, influencée par son 
mariage avec le comte de Rouergue, ait fait reconnaître le roi de 
France en Provence après la mort du roi deLombardie(10avril947); 
cette tentative n'eut pas de succès. Par suite de diverses circon- 
stances politiques, le roi de Jurane, souverain légitime de la Provence 
depuis 934, avait vu reculer peu à peu le moment où ce pays lui serait 
soumis. Maître du Viennois depuis 942, l'occasion offerte par la 
mort du roi de Lombardie devait être saisie par lui pour se faire 
reconnaître dans le duché, ou bien alors il fallait y renoncer 
définitivement. De fait, les actes privés les plus anciens qui men- 
tionnent son règnesont datés des ans XII, XIII et XIV de l'ère. La 
question est de savoir quel est le point de départ adopté alors par 
les scribes artésiens pour Tère en question^ Sous le pontificat de 

1. Il est absolument indispensable de s'en tenir aux actes offrant une 
concordance entre le jour de la semaine et le quantième du mois 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 199 

Manassès, avec le prêtre Odilon, il semble que le point de départ 
adopté ait été l'an 938 ; c'est-à-dire, en somme, le début du règne 
en Jurane, puisque Rodolphe II était mort en 937. Dans ces con- 
ditions, le premier acte qui mentionne à Arles le règne de Con- 
rad est du 7 octobre 949. Le roi de Jurane a donc établi son auto- 
rité sur la Provence entre le mois de septembre 948 et le mois 
d'octobre de l'année suivante. On a vu que la marche de Viennoise, 
en obéissant soit au roi de France, soit au roi de Jurane, à dater 
de 933, avait l'ambition de former un royaume à elle seule et 
dénommait son souverain roi de Viennoise. Cette ambition, le 
duché de Provence se devait de l'avoir à plus forte raison : il 



pour déterminer avec certitude le point de départ de l'ère. L'indiction 
n'est pas sûre. 

A Arles, on a les actes suivants, sous le pontificat de Manassès : 

« Facta. . . in Arelate ci vitale publiée, nonis octobris, anno XII régnante 
Conrado reg-e Alamannorum vel Provincie. . . Hodilus humilis presbyter 
rogatus scripsit ))(Chantelou, Hisl.de Montmajour, éd. du Roure, pp. 25-27). 

K Facta... ad sanctum Petrum XVI kal. februarii anno XIII régnante 
Conrado rege Alamanorum sive Provincie... presbiter... scripsit... » 
{Ibid., pp. 29-30). 

<( Data permanumRoberti dyaconi pridie idus decembris, notato die vene- 
ris XIIII anno régnante Gondradorege. n[GalL Christ, noviss., Arles, n° 252). 

«Facta... in Arelate civita te publiée XVIIII kal. septembris anno XV 

régnante Gonrato Hodilus humilis populo (!) rogatus scripsit... » 

{Ibid., n« 255). 

« Facta. . . IlIIidusdecembris anno XV régnante Conrado rege, . . Odilus 
presbiter scripsit » (n° 256). 

(( Facta. .. in Arela civitate publiée, in mense novembris anno XXII 
régnante Conrado rege Alamannorum, vel Provinciarum . , . Odilus presbi- 
ter firmavit et scripsit » [Ibid., n° 260). 

Le notaire usuel était alors le prêtre Odilon; il est suppléé, dans le troi- 
sième de ces actes, par le diacre Robert et celui-ci note le jour delà semaine, 
ce que ne faisait pas Odilon. Or l'acte de Robert est du vendredi 42 
décembre [951] l'an XIV : comme ce diacre suppléant ne devait pas obser- 
ver un style différent que celui du prêtre Odilon pour le début du règne, il 
est presque certain que le style employé alors à Arles était le style de 938. 
Les actes d'Odilon doivent donc avoir été passés à Arles le [dimanche] 7 
octobre [949] l'an XII, à Montmajourle 17 janvier [950] Tan XIII, à Arles le 
14 août [952] l'an XV, le 10 décembre [952] Fan XV,et à Arles en nov. [959] 
l'an XXII. Quand Manassès mourut, Odilon fut remplacé dans ses fonctions 
et le style put changer. Voir ci-dessous, p. 217, n. 4. 



200 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl" SIÈCLE 

dénommera son souverain roi des Provences ou roi de Provence. 
A Arles, le roi de Jurane sera donc qualifié roi d'Allemagne et 
de Provence, pendant qu'à Vienne il était qualifié roi de Bour- 
gogne et de Viennoise. Les Provençaux entendaient par Alle- 
magne le pays que les Viennois dénommaient Bourgogne, c'est- 
à-dire le royaume de Bourgogne jurane dont une partie était de 
langue germanique. 

Le premier soin du nouveau roi de Provence fut d'y renouveler 
le personnel comtal et vicomtal. L'acte du 7 octobre 949 prouve 
qu'il avait déjà institué un nouveau comte d'Arles en remplace- 
ment de Berthe. Un précepte du 18 août [950], l'an XIV, fait 
paraître bientôt Arlulf. Le roi ne qualifie pas ce quidam, il lui 
concède simplement une dépendance de la mense comtale de Mar- 
seille sise au comté d'Aix, c'est-à-dire le domaine deTrets, avec 
la tour et tout ce qui en dépendait ^. On sait cependant que cet 
Arlulf est le premier des vicomtes de Marseille, delà maison féo- 
dale; puisqu'il reçoit à cette date les dépendances du comté de 
Marseille sises au dehors, on peut être assuré qu'il avait déjà 
recule comté de Marseille proprement dit. En fait, Marseille fai- 
sait partie, on l'a dit, du groupe de cités dépendant du comte 
d'Arles : il résulte de là qu'Arlulf tenait le comté de Marseille 
sous l'autorité du comte d'Arles avec la qualité propre de vicomte. 
Et, en effet, il est remarquable que le précepte royal ne donne 
pas à Arlulf la qualité de fidelis : la raison en est sans doute que, 
dans le groupe des cités dépendant d'Arles, seul le comte 
d'Arles était fidelis direct du roi parmi les laïcs. Le vicomte, qui 
tenait du comte un ou plusieurs des autres comtés du groupe uni à 

1. 18 août [930]. <( Chuonradus gratia Dei rex, . . nolum sit omnibus fide- 
libus qualiter quidam homo nomine Arlulfus petiit. . .incurie de Tresia que 
est pertinens ex comitatu Marsiliacense et jacet in comitatu Aqueuse. . . » 
{Cart. de Saint-Victor, n» 1041). 

Arlulf devait être déjà d'un certain âge, car il était mort dès 965 [Ibid., 
n° 29) : son nom sera porté encore par l'un de ses petits-enfants [Ibid., n" 77). 

Il fut le père de Guillaume et d'Aicard. Cf. l'acte du 12 août 1060 : « fuit 
miles nobilissimus nomine Arlulfus pater Willelmi et Aicardi. . . » (Chan- 
telou, Hist, de Montmajour, éd. du Roure, p. 130). 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 201 

Arles, était non pas le féal du roi, mais son féal à lui. Ce pré- 
cepte prouve aussi que le roi avait choisi comme chancelier, non 
pas l'archevêque d'Arles ou son rival l'archevêque de Vienne, mais 
l'évêque de Valence dont le sièg^e était placé entre la Provence et le 
Viennois. 

Les actes émanés du nouveau comte d'Arles, du 7 octobre 949 au 
mois de mars 965^, sont datés d'Arles: là était sa résidence ordi- 
naire, pendant que son vicomte résidait à Marseille. Ces actes, où 

1. Arles, 7 octobre [949]. Échange entre Tarchevêque Manassès et Teu- 
cinde :« in comiLatu Arelatensi,insolamsancti Pétri que nominatur aMonte- 
majori. . . quod pertinet ad prepositum. . . Facta commutatione. . . in Are- 
late civitate publiée, nonis octobris, anno XII régnante Conrado rege Ala- 
mannorum vel Provincie, Israël Aquensis archiepiscospus, Manassès archi- 
episcopus firmavit, Contarus Forojuliensis firmavit, Honoratus episcopus 
firmavit. . . Lambertus prcsens fuit. Boso cornes firmavit. . . Ilodilus. , . scrip- 
sit ))(ChanteIou, Hist. de Montmajour, éd. du Roure, pp. 25-27). 

Arles, 14 août [952]. Echange entre Teucinde et l'archevêque : ((incomitatu 
Arelatense,in villa. . . Barcianicus. . . Facta. . , in Arelate civitate. . . XVIIII 
kal. septembris anno XV régnante Gonrat'o rege. Boso cornes firmavit. Lan- 
bertus judices firmavit. Hodilus. . , scripsit. . . » (Albanès, Gall. noviss., 
Arles, n" 255). 

15 septembre 958. « Chuonradus. , rex. . . Boso comes intimavit.. . abba- 
tiam Sancti Amantii... Data VII. X. Kalendas octobris anno ab incarnatione 
Domini Jesu Christi DCGCCLVIIl, anno XXI régnante Chuonrado rege » 
[Rec. des Ch. de Cluny,n° 1052). 

Arles, mai [961]. « ego Gencius. . . pro seniore meo Bosone et uxor sua 
quondam. . . in pago Aqueuse superiore, ad castrum. , . Ansoyse. . . Facta.. . 
in Arelate civitate, . . in mense maii, anno XXIV régnante Conrado rege 
Alamannorum vel Provinciarum. . . Boso comes et uxor sua Constantia fir- 
maverunt. Illorum filii similiter Willelmus comes. Rotbaldus comes. ... n 
[Montmajour, pp. 37-38). Les souscriptions des fils sont postérieures. 

Arles, 9[6]4. Election de Pons, évoque d'Orange, en remplacement 
d'Ebrseus : « déficiente metropolitano Arelatensi, consensu augustalium 
principum et régis nostri Conradi necnon et Bosonis comitis et episcopo- 
rum comprovincialium... ecclesiœ Arelatensis agressi magnificentiam... 
imperialem adierunt prœsentiam.. . ; commotus igitur Cœsar Conradus rex, 
immo suadente Bosone comité, obsecrantibus etiam prœlibatis principibus, 
annuit illis imperiali licentia providere quem vellent... » [Gall. Christ., t. I, 
instr. eccl. Arausicanœ, n° 1, p. 131). La date, corrompue, estDCCCGXIV: 
il faut la restituer. L'acte est postérieur à 948, en raison de la présence de 
Conrad: il est antérieur au 1^1- mars 982, date à laquelle Pons est déjà 
évêaue d'Orange {Gall. Christ., 1. 1, instr. eccl. Carpent., n» ll,p. 148. Dans 



202 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

paraît le comte d'Arles, sont relatifs à des localités sises aux com- 
tés d'Arles, de Marseille, d'Aix, de Fréjus, d'Antibes, d'Avignon, 
d'Orange, de Vaison, de Saint-Paul-Trois-Ghâteaux et de Gap. 
Gela ne veut pas dire que tous ces comtés fissent partie du groupe 
de cités dépendant de lui en raison de ses fonctions : dans quelques- 
unes d'entre elles, il ne possédait évidemment que des biens par- 
ticuliers. Il paraît bien certain, toutefois, que les cités de Marseille, 
d'Aix et de Fréjus rentraient dans le groupe en question. Le 
nouveau comte d'Arles institué par Gonrad porte le même nom 
que ses deux derniers prédécesseurs : c'est encore un Boson. 
11 est impossible de le confondre avec eux; car son père, dont on 
n'a que le nom, s'appelait lui-même Roubaud; sa mère est 
inconnue. Sa femme s'appelle Gonstance; il en eut deux fils, Rou- 
baud et Guillaume. Le dernier acte où figure le comte Boson est 
daté d'Arles au mois de mars 965 : c'est un plaid comtal dont la 
rédaction offre beaucoup d'intérêt. Le jugement, prononcé par le 
comte, obtient l'assentiment de son fils Roubaud et de son frère 
le comte Guillaume. 11 résulte de là tout d'abord que Roubaud 
est l'aîné des deux fils du comte et on pourrait déjà s'en dou- 



cet intervalle, le siège d'Arles n'a été vacant qu'une fois, entre Manassès 
et Itier : de là, la restitution de DCCCLXIV. 

Vienne, 8 décembre 966/4. a Chuonradus. . . rex. . , hoc quod Boso Arela- 
tensis cornes nobis reddidit ut de terra sanctiRemigii deFrancia. . . insula 
maris. . . Lirinis. . . in comitatu Vuapinco. . . in comitatu Aquense... sancte 
Marie Antibolensis » [Ibid., pp. 44-45). 

Arles, mars 96.J. Plaid « in conspectu Bosoni comitis fdii Rothboldi 
quondam. . . inpago Massiliense. . . consentiente ejusfilio Rothboldo et fra^ 
treejus Wilelmo comité. . . annoig-itur incarnationisdominice DCCCCLXV, 
inditione Vil mense martio, régnante Rodulfo (sic) rege Alamannorum seu 
Provenciarum. . . Ego... cornes Boso... scribi et manu mea robarare 
curavi. Lambertus judexfirmavit. Cornes W^ilelmus firmavit. . . n {Saint- Vic- 
tor, n° 29). Cet acte n'est pas le seul de Conrad passé à Arles oii le nom du 
roi ait été lemplacé parceluide son fils Rodolphe (cf. Gall. Christ, noviss., 
Arles, n" 281, acte du 31 décembre l'an XLII). 

Dans l'expression ejus filio, le mot ejus se rapporte au comte Rou- 
baud ; dans fratre ejus qui suit, le mot ejus répété à dessein parle scribe se 
rapporte encore au comte Roubaud. A moins d'en méconnaître le sens 
naturel, on ne peut expliquer autrement ce texte très clair. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 203 

ter en constatant que, selon l'habituelle transmission du 
nom de l'aïeul au petit-fils, c'est lui qui porte le nom de son 
grand-père paternel; puisque son père le consulte seul, le cadet 
n'était probablement pas encore majeur. Il résulte aussi de ce texte 
formel que le comte d'Arles avait un frère, également comte, 
nommé Guillaume : non seulement le comte d'Arles en parle dans 
le dispositif pour noter son consentement, mais ce frère appose 
sa souscription après le juge arlésien, en indiquant de nouveau 
sa qualité de comte. Cette part approbative prise à un plaid arlésien 
prouve que Guillaume est lui-même comte en Provence : l'au- 
torité des deux frères s'exerce par indivis. Se rappelant l'analogue 
situation qui existait de 911 à 926, l'attention se porte du côté 
d'Avignon pour retrouver le siège du groupe de comtés proven- 
çaux confié à Guillaume. Précisément, en 962, à Avignon même, un 
comte Guillaume donne certains biens à son fils le clerc Archimbaud 
qui, en retour, devra prier pour son âme. Ces biens sont situés 
dans le comté d'Avignon et le donataire devra lui-même, quand il 
mourra, les léguer aux chanoines de Saint-Etienne d'Avignon^. 
Le prince, qui fait cette donation, sent approcher la mort : ce n'est 
pas un homme jeune, mais un père de famille déjà âgé. Impos- 
sible, bien entendu, de l'identifier avec Guillaume fils du comte 
d'Arles : en 965, Roubaud fils aîné de ce comte ne sera pas encore 
comte, son frère cadet Guillaume l'était encore moins en 962 et 
tous deux ne le deviendront qu'à la mort de leur père. Il est tout 
indiqué, par contre, devoir dans le comte d'Avignon Guillaume, 

1. Avignon, 962. « ego Wilelmus gracia Dei cornes. . . eo quod ego te gêne- 
ra vi. . . cedo tibi Archimbalde filius meus clericus. . . in comitatu Avenio- 
nense. . . Actum Avenione civitateannoincarnationis dominice DCCCCLXÏI, 
indictione IIII. Boso, cornes ad vicem patris sui Wilelmi conscribere fecit 
et firmare rogavit manu sua firma. . , » (Arch. de Vaucluse G,, cliap. métr., 
art. 27 provisoire, IT. 30 v°-31 r"). Ou bien l'acte n'a été rédigé qu'après la 
mort du comte Guillaume, sur l'initiative de son fils Boson, devenu comte 
par cette mort, ou bien si l'acte a été ré lige du vivant de Guillaume, on 
serait tenté de lire ad vicein fratris sui Wilelmi. Dans ce cas, le comte Guil- 
laume n'aurait eu qu'un fils, le clerc Archimbaud, et le comte Boson rédac- 
teur de l'acte, serait le comte d'Arles. La première hypothèse est cependant 
la plus probable. 



204 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll^ SIÈCLE 

donateur de biens en 962, le frère de ce nom que le comte d'Arles 
consulte en 9()5 et qui souscrit le plaid arlésien, à titre conflrma- 
tif. Tous deux, Boson et Guillaume, appartiennent bien à la même 
génération : Boson, Taîné, meurt entre 965 et 967, sa femme Con- 
stance entre 961 et 965; Guillaume le cadet se sentait vieillir en 
962 et ne devait guère survivre au plaid de 965. Quant à sa femme, 
si elle n'est pas connue, c'est que probablement elle devait être 
déjà morte en 962. De plus, la situation de Guillaume à Avignon 
complète bien celle de Boson à Arles. Tout cela concorde. 

Le clerc Archimbaud, donataire du comte Guillaume en 962, 
ne fut pas son seul enfant. L^acte est rédigé au nom du donateur 
par les soins de son autre fils, le comte Boson, qui dut lui suc- 
céder après le mois de mars 965 et qui dut mourir lui-même, sans 
enfants mâles, avant le i^'' avril 976 K A cette dernière date, en 
effet, on voit figurer à Avignon, non pas ce comte Boson fils de 
Guillaume, mais les comtes Guillaume et Roubaud d'Arles ses 
cousins germains, qui avaient dû recueillir sa succession en qua- 
lité d'héritiers collatéraux les plus proches. 

Les archives de l'église d'Avignon renferment un acte émané 
d'un comte Boson, daté d'octobre 942 et de la IX^ indiction'-. Ce 

1. Avignon, le avril 976. « Landricus gratia Dei episcopus. . . reddo ca- 
nonicis sancti Stephani nostre sedis, . . in nostri diocesi. . . Facta carta 
ista in Avennione, fuit kalendis aprilis anno ab incarnatione Domini 
DCCCCLXXVI. S. Walchaudiis sancte ecclesie Cabilicensis episcopus 
firmavi manu propria. Silvester episcopus firmavit. Guilelnius firmavit. 
Rotbaldus cornes firmavit. Signum Landrici presulis. . . Durandus presbiter 
scripsit » (Vaucluse G., chap. métrop., n° 27, f° 26). Le Gallia, t. I, instr. 
eccl. Avenion,, p. 139, n° VII, a publié cet acte, mais sans donner, on ne sait 
pourquoi, les souscriptions comtales. 

2. Avignon, 9[66?]. « Auctoritas enim jubet ecclesiastica et lex consistit 
romana ut quicquid in hoc seculo vivere cupit terrena débet despicere et 
amare celestia utillud adimplere valeat quod Dominus discipulis suis pre- 
dixit : (( Operamini non cibum qui périt sed qui permanet in vitam eter- 
nam. «IdeoqueegoBoso cornes. . . casufragilitatiscorporismei etpro redemp- 
tione. . . anime genitoris mei. . . villam. . . Agello. . . ultra fluvium Duren- 
tia quam pater meus ex comparatione adquisivit. . , transfundo ad ecclesiam 
sancte Marie et sancti Stephani Avinionensis. . . » (Arch. de Vaucluse G. lo, 
f. 101^ dans Tacte du 24 nov. 1209). Il existe dans la commune de Noves 
un lieu dit Agel et une porte du bourg est dite : Porte d'Agel. C'est tout 



Lé royaume de BOURGOGNE-PROVENCE 20S 

comte déclare donner, pour le repos de l'âme de son père et pour 
la sienne, à l'église N.-D. et Saint-Etienne d'Avignon le village 
d'Agel, au delà delaDurance : son père en avait acquis une part 
et lui-même, depuis la mort de son père, en a agrandi la consis- 
tance par sespropres acquêts. La date dit expressément que l'acte 
a été dressé à Avignon : elle ne le dirait pas qu'on le saurait 
quand même, d'abord parce que la donation s'adresse à l'église 
d'Avignon et surtout parce que le scribe place Agel ultra flu- 
vium Durentia. Si la date de Tannée était exacte, il faudrait for- 
cément admettre que Berthe, après la mort de son premier mari, 
en 935, avait conservé seulement Arles en Provence et que le 
comté d'Avignon avait été donné alors à un autre comte Boson. 
Ce Boson, comte d'Avignon, devrait dans ce cas être identifîéavec 
le fils deRoubaud qui, en 949, succéda dans Arles même à Berthe. 
Passant d'Avignon à Arles, il aurait été remplacé lui-même à Avi- 
gnon par son frère cadet Guillaume qu'on y rencontrera en 962. 
De plus, cet acte présumé de 942 ferait connaître que Roubaud, le 
père mystérieux de Boson et de Guillaume, avait acquis Agel 
avant 933 et ce serait là le premier renseignement positif donné 
sur lui. Mais la date de 942 ne concorde avec l'indiction IX° ni 
de près ni de loin; cette année correspond en effet à la XV^ et 
on ne peut passer de IX à XV d'aucune manière vraiseml)lable 
en supposant l'erreur coutumière d'un X pris pour un V, d'un 
V pour II, ou réciproquement. Des critiques peuvent observer 
que l'indiction est généralement inexacte dans le calcul des dates 
à cette époque : mais ces critiques doivent observer aussi que 
les inexactitudes les plus fréquentes sont des inexactitudes qui 
coudoient la vérité. L'inexactitude absolue, comme celle de IX 
pour XV, est une exception rare. Cet acte de 942 n'est pas con- 
servé en original : car son original était en fort mauvais état dès le 
début du xiii^ siècle. Il faut donc, on le constate à regret, que 
l'un de ses copistes plus ou moins modernes ait fait erreur, en 
transcrivant soit la date d'années, soit l'indiction. Gomme la date 

ce qui reste d'Agelluin ; dans la môme commune se trouve Villargelle qu'il 
ne faut pas confondre avec Agel et dont le nom est moderne. 



206 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

d'année est le groupe de chiffres le plus long", l'erreur doit porter 
sur elle. Ce qui le confirme, c'est d'abord que le préambule est 
conçu selon le type d'une formule qui sera employée à Avignon, 
avec des variantes, vers 964, par le prêtre Lambert, tandis qu'on 
n'en connaît pas d'exemples dans la première moitié du x^ siècle, 
émanant de Provence. Ce qui le confirme tout à fait, c'est que la 
comparaison de l'acte attribué à 942 avec l'acte de 962 amène un 
rapprochement décisif. L'acte de 962, dont la date est certaine, 
nomme 25 témoins : l'acte de la IX^ indiction en a 19. Or, sur ces 
19, près de la moitié figurent également parmi les 25 de 962. 
Pour préciser, ce sont les 2«, 3% 5% 6% 7% 8% 9% 10« etl2« témoins 
qui, en 962, sont respectivement les 3% 1«^ 4% 8% 10% 13% 2% 
5^ et 11*^. Pour l'un d'eux, le 1^^ de 962, il peut y avoir doute; 
mais l'ensemble est frappant. Une alternative s^impose : l'acte de 
la IX^ indiction est un faux, ou bien sa date a été mal transcrite et 
il faut le restituer à une date très rapprochée de 962. L'examen 
de la formule initiale de l'acte de la IX*^ indiction amène exacte- 
ment au même résultat, puisqu'on la retrouve, plus développée 
cependant, dans un acte écrit à Avignon par le prêtre Lambert 
vers 964 K L'acte examiné pourrait être rendu suspect parce que 
Guillaume, évêque d'Avignon, le produisit, comme titre de pro- 
priété, dans un procès : l'original étant en mauvais état, il fallut en 
faire un vidimus à Noves le 24 novembre 1209 -. Ce ne serait pas 
la seule fois, malheureusement, qu'on rencontrerait ainsi un acte 
forgé comme titre à produire dans un procès. Malgré cela, l'acte 
paraît bien authentique : le faussaire, qui l'aurait rédigé en 1209 



1. « . , .qui vult dimittere cupiditate terrena et mereare celestia. . . ut. .. 
valeat pervenire. .. [operamini non cibum qui peritj set qui permanet in 
vitam eternam. . . » (Chantelou, Hist. de Montmajour^ éd. du Roure, p. 39). 

2. Noves, 24 novembre 1209. « prefatus dominus Guillelmus episcopus 
quoddam instrumentum antiquissimum vetustatefere consumptum in causa 
predicta introduxit, cujusinstrumenti ténor hec erat. . . » (Vaucluse G. 15,f°s 
100 v°-i02 r°). Cet acte de 1209 est lui-même en copie dans le cartulaire 
des hommages de Févêché, intitulé Homagia diversorum 1157 (G. 15, reg. 
vélin de 139 ff), transcrit après le 21 novembre 1287 (f» 22 v°), probable- 
ment sur Tordre de Tévêque Jacques d'Uzech. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE- PROVENCE 207 

pour l'évêque, aurait pu sans doute emprunter une partie des 
souscriptions à Tacte authentique de 962 qui existait dans le car- 
tulaire du xii® siècle aux archives du chapitre. Mais ce serait bien 
invraisemblable que le faussaire eût eu connaissance de l'acte 
avig-nonnais des environs de 964 auquel il aurait emprunté la for- 
mule initiale du faux commis par lui : cet acte de 964 était, en 
effet, déposé aux archives de Montmajour et non pas à celles de 
l'église d'Avignon ovi n'existe, croit-on, aucun modèle pareil 
de cette époque. De plus, ce faussaire se serait trahi par quelque 
inexpérience dans la rédaction de la pièce destinée au jjrocès, alors 
que la lecture et l'examen de ce texte ne permet de relever aucune 
irrégularité choquante. Tout considéré, l'acte de la IX'' indiction 
produit en 1209 paraît bien être authentiqué. Il ne peut ainsi 
émaner que du comte Boson fils du comte d'Avignon Guillaume 
et, par suite, comme l'indiction doit être à peu près exacte, cet 
acte doit être de 966 ou des années voisines. C'est la seule date 
possible ; car, en mars 965, Guillaume père de Boson vivait 
encore et en 976 Bosonlui-même était déjà mort. Ainsi le groupe 
dcccc.xlll indictione VIII" doit être restitué dcccclxv, par une in- 
terposition du / avant le xei le changement de // en f , ou bien en 
dcccclxvi on bien encore en dcccclxvil. L'acte émané de Boson 
remonte donc au mois d'octobre 965, 966 ou 967. 

Voilà ce que les archives de l'église d'Avignon permettent 
de savoir au sujet de Guillaume, comte d'Avignon (949 ?-965), de 
ses deux fils, le comte Boson (966 ?, -f av. 970) et le clerc 
Archambaud, morts sans héritiers directs au profit de leurs 
cousins les comtes d'Arles. L'existence de cette branche de la 
maison de Provence est désormais fixée. 

En dehors des comtes d'Arles et d'Avignon, les textes indiquent 
un comte, Grifon, qui avait dû être installé en même temps 
qu'eux, probablement comme comte de Glandèves et qui avait 
des rapports avec Apt K Ce sont les trois seuls connus. 



1. Apt. 19 février [955], l'an XIII, ind. 5. « Crifo, cornes et nepos meus 
Rothstagnus clarissimus episcopus... in comitatu Atense... villa .. Vallis... 



208 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl*^ SIECLE 

III 

Vorigine de Boubaud, père des comtes d'Arles et d'Avignon. 

Le seul point qui reste obscur, c'est l'origine de Roubaud, le 
père des comtes d'Arles Boson et d'Avignon Guillaume installés 
par le roi de Jurane Conrad quand il mit la main sur la Provence 
en 949. Si la comtesse Berthe avait reconnu le roi de France en 
948, il est probable que Conrad a dû la remplacer par des titu- 
laires nouveaux, n'ayant aucun rapport personnel avec elle. Il 
faudrait trouver, de préférence en Viennois, ou en Bourgogne, 
un pays où le nom de Roubaud ait existé dans le dernier quart 
du IX® siècle, et dans le premier quart du x'' : on pourrait penser 
que le père des comtes en provenait. 

Roubaud n'est pas un nom fort répandu. Au milieu du 
X® siècle, mais pas avant, on le rencontre à Vienne, porté par des 
gens quelconques dans l'entourage du comte de Viennois Charles- 
Constantin, notamment par un de ses écuyers ou valets. C'est 
déjà un peu tard comme temps pour l'objet de la recherche, 
toutefois l'indication est à retenir ^ 

pro remedio genitoris mei Crifonis et genitricis meœ Theviarda et matris 
nepotis mei episcopi nomine Ermengarda... ecclesiam... Sancti Albani... 
Signiim Grifoni comitis... » {Hist. de Mont/najour, pp. 30-31). 

1. Mai 958. Rotholdus et Grimardus ensraorent des biens dans le Vieil- 
nois, en présence de Charles-Constantin {Cluny, n° 10i7). 

Avril 960. Grimardus engage encore des biens dans le Viennois en pré- 
sence de Charles-Constintin. Sijnum Rolholdi et alio Rotboldi [Ibid., 
n» 1084). 

19 mai vers 960 : (( ego Karolus cornes, .. quidam serviens noster nomine 
Rotboldus rogavit... in pago Viennensi.... S. Karoli comitis... S. Teutbergi 
comitisse. S. Richard! et Uperti filiorum suorum. S. Rotboldi » [Ihid., 
n° 1094). 

Le Cartulaire de Saint-André-le-Bas indique dans la seconde moitié du 
X''' siècle un Roubaud marié à Ponce (n° 108 ;cf. n° 239) ; puis, dans la pre- 
mière moitié du xi*' siècle, un autre Roubaud marié à Adalgudis {\Y>^ 3, 28, 
32; cf. n^* 26, 33, 80); enfin, un scribe de ce nom depuis la fin du x^ siècle 
jusqu'en 1033 (n°s 32, 142; cf. n» 186). Le Cartulaire de Saint-Maurice de 



Le BOYAtMÈ DE BOURGOGNE-PROVENCE 209 

Dans la première moitié du x® siècle, le nom de Roubaud se 
rencontre dans le royaume de Bourgogne, c'est-à-dire en Varais, 
dans le duché français de Bourgogne, de même en Autunois et sur- 
tout en Maçonnais, à proximité par conséquent du royaume de Pro- 
vence. En février 912, on voit Roubaud et sa femme Odile acquérir 
des biens en Maçonnais : en 922, on le retrouve avec sa femme 
dans les mêmes localités. En 917, une donatrice, Berneldis, 
nomme un Roubaud parmi ses enfants. Ces trois actes concernent 
le Maçonnais *. A la même époque, la souscription d'un Rou- 
baud figure dans un acte qui concerne l' Autunois 2. Enfin, en 
934, il en est de même dans un acte relatif au comté de Varais ^. 

Qu'on prenne garde^ d'autre part, à ce fait que le comté de 
Varais et le comté de Maçonnais appartiennent à la fois à Aubry, 
puis à son fils Liétaud (933-958), comme vassal du duc de 
Bourgogne Hugues le Noir^. De 893 à 920, ce n'est pas encore 
Hugues qui détient cette haute situation ; c'est le marquis d'Au- 
vergne Guillaume, puis encore, en 926 et 927, c'est son neveu de 

Vienne montre le même scribe dès 996 {n° 112 : Saint-André, Appendix 
n° 37 ; 11° 153 : Saint-André App., n° 26);- enfin, au milieu du xi^ siècle, 
deux autres Roubaud, dont un marié à Laiverta (n° 60 : Saint-André^ 
App., n° 58) et un clerc (n" 17 : Saint-André, App., n° 119). Le Cartulaire de 
Domène présente un chevalier de ce nom qui n'est pas antérieur au 
xi-î siècle (nos 81, 89,219; cf. 233, § 99). 

1. Aciago villa, février [912]: « Rotbal et uxor sua Otelia emtores,... in 
pago Matisconense, in agro Maciacense, in villa Crossiago vel in villa 
Saciago... » {Cliiny, n° 188). 

Suriago [917]: <( Ego... Berneldisfemina et iufantibus suis... Ratbolt, Ber- 
tigo, Bernolt... in pago Matisconense in agro Galoniacense, in villa Buidon, 
in loco.., Vineolas... » [Ibid., n° 206). 

29 septembre [922] : « Rotbaldo et vxori suse Odile, Odila genetrice tua... 
in pago Matisconense, in villa... Crusciacus... » [Ibid., n° 231). 

Galoniacum est Jalogny, Saône-et-Loire, arr. de Mâcon, cant. Cluny ; 

Cf. le n° 133. 

2. [910-922] : « ... S. Beralti,.. Robaldi, Wigonis... » [Ibid., n° 114 ; cf. 
n» 169). 

3. Alta Petra, 7 juin [934]: « ...in comitatu Warascorum, in centena Neu- 
dentense in villa Warneriofontana... S. Rotboldo teste... S.Ugocomes... » 
[Ibid., n° 419). 

4. Voir ci-dessus, p. 148, n. 1. 

Mém. et Doc. de VÉcole des Chartes. — VII. 14 



210 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

même nom qui dominent à la fois le comté de Maçonnais et, sem- 
ble-t-il, le Varais ^. Puisque le nom de Roubaud paraît plus 
répandu en Maçonnais qu'en Varais ou enAutunois, il peut s'être 
propagé de Mâcon à Besançon ou à Autun, en raison des liens 
étroits qui existaient entre ces diverses cités. D'autre part, Guil- 
laume d Auvergne avait épousé la sœur de Louis l'Aveugle et, 
en raison de ce lien, le nom en question a pu plus facilement se 
propager de Mâcon, où on le trouve d'abord, à Vienne, où on 
constate son existence, à partir du milieu du x® siècle. 

Le nom de Roubaud a été porté fréquemment par les membres 
d'une maison féodale qui dominait les environs deConi : le premier 
d'entre eux, de ce nom, est connu par sa souscription à un 
acte du 13 avril 944 et il était mort le 5 mars 984 -. 11 eut 
pour fils Anselme 11 et Alineo 11, qui le 5 mars 984 reçoivent 
du marquis de Turin les localités de Caraglio et Cervere. 
Alineo 11 lui-même mourut avant le 5 février 101 8 et il eut pour 
fils Roubaud 11. Celui-ci, par une coïncidence curieuse, épousa 
une femme, nommée Odile, comme le Roubaud qui vivait cent 
ans auparavant en Maçonnais. Le 5 février 1018, lui, sa femme 
et leurs cinq fds, tous de race et de loi salique, donnent, 
à l'abbaye Saint-Ghaffre en Velay, quinze manses de Gervere, 
Fontane, Marene, Villamairana, Quaranta et Garaglio 3. Le JO 

1. Mâcon, 29 novembre [901J. « Signum Willelmi principis et comitipala- 
tio » {Cluny, n» 74). 

Décembre [926] : « Domno Guilelmo illustrissimo marchione Alvernorum 
et comité Matisconense » [Cluny, n° 276). 

2. Ferclinando Gabotto. Il comune a Cuneo nel secolo xiii e le origini 
comunali in Piemonte [Bollettino storico-bibliografico Subalpino, anno V, 
n°^ i-ii, Torino, 1900, pp. 47-48). Cf. Adriani. Degli antichi signori di 
Sarmatorio, Manzano e Monfalcone. Torino, 1853, p. 52. 

M. Gabotto distingue le Roubaud vivant en 944 du Roubaud mort avant 
984 : le premier serait Toncle du second. Il est plus simple de croire que 
les deux ne font qu'un. Ce Roubaud, frère d'Anselme I, a été le père d'Ali- 
neo II et d'Anselme II. On a ainsi trois générations : Alineo I, mort avant 
944, représente la première; ses fils Roubaud I et Anselme 1, vivants en 
944, représentent la deuxième ; ses petits-fils Anselme II et Alineo II, 
vivants en 984, représentent la troisième. 

3. Février [1018] : « Monasterio S. Theotfredi... in regno Aquitaniae, in 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 211 

mai 1023^ Roubaud augmente sa première donation et il meurt 
avant le l'^'' juillet K 

La concession de 984 prouve que cette famille était sous 
la dépendance des marquis de Turin : d'autre part, Roubaud II 
[■f 1023) était fils d'Alineo (984), comme celui-ci était fils de 
Roubaud I (944). Étant donnée cette alternance régulière, il est 
permis de se demander si Roubaud I n'aurait pas été fils, lui- 
même, d'un Alineo I. Enfin, la donation inattendue de 1018 
laisserait supposer que la famille était originaire du Velay. 

Précisément, quand, au xi® siècle, le chroniqueur de la Nova- 
laise raconte l'origine de la maison des marquis de Turin, il dit 
que ses fondateurs, les deux frères Roger et Ardouin, étaient 
venus en Italie, dénués de tout, suivis d'un certain Alineus : ils 
avaient quitté des montagnes stériles pour s'établir en Piémont 2. 
L'époque de cette immigration est fixée par le fait que Roger 
devint comte d'Oriate en remplacement de Rodolphe : or celui-ci 
vivait encore le 21 avril 902 3. D'autre part, Alineo, compagnon de 

comitatu Vallavense, ego Rotbaldus, filius quondam Alinei, et Mainardus 
seu Aubertus atque Aicardus necnon Willelmus et Alineus, qui et Elezo, 
qui professi sumus omnes ex natione nostra lege salica vivere, ipso geni- 
tore nostro consentiente... donamus... res juris nostri... in locis... Colum- 
berio, villa Calbiana. Saxeto, Insula, Prata Saxadasca, Sancto Juliano... 
Insuper... in locis... Cervariaî, Fontanis, Marenis, villa Magrana,Quaranta, 
Quadralio... » {Cart. Saint-Chaffre, n° CCCLXVII). Cervere, prov. Cuneo, 
cire. Saluzzo; Marene, prov. Cuneo, cire. Saluzzo ; Caraglio, prov. et cire. 
Cuneo. 

Fedele Savio. Il monastero di San Teofredo di Cervere, Torino, 1897 
[Miscell. di storia ital., t. V). 

1. «Fuerunt duo fratres Rogerius et Arduinus et unus corum cliens 
nomine Alineus. Hii ergoprodigi et exuti omnibus rébus ad Italiam veniunt 
de sterilibus montibus» [Chronicon Novaliciense^lih. V, cap. VIII; CipoUa, 
Monum. Novalic.vetustiora, t. II, p. 249). 

2. Hist. Pair. Mon., Chart., t. I, col. 103. 

3. De bonne heure aussi le nom de Roubaud existait dans le pays de 
Nîmes : mais, évidemment, ce n'est pas là que le roi Conrad en 949 pou- 
vait aller prendre ses comtes pour la Provence. 

Nîmes, 23 mai [898] : « judices id est... Rotbaldo » (Eug. Germer-Durand, 
Cartulaire du chapitre de l'église cathédrale de Nîmes, Nîmes, 1874, n° VIII). 
— 25 mai [912]: u Signum Rodbaldus » {Ibid., n° XIII). — 31 juillet [921]: 
« Rotbaldo... sacerdotum.. » [Ibid., n° XX). — Octobre [941]... « de infantes 



212 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xtl® SIÈCLE! 

Rog"er, étaitmort avant 944. Il est fort probable, ainsi, que les frères 
Roger et Ardouin avec leur vassal Alineus vinrent d'Auverg"ne en 
Italie à l'époque où Louis l'Aveugle j descendit, c'est-à-dire à la 
fin de 900. 11 n'est pas surprenantque le souverain ait trouvé des 
chevaliers en Auvergne prêts à le suivre : c'était son beau-frère 
Guillaume qui en était le marquis. 

Mais Guillaume était également comte de Maçonnais et on 
aboutit encore ainsi à Mâcon, où on remarquait le nom de Rou- 
baud en 912 et en 922. La diffusion de ce nom à Autun, à 
Besançon, à Vienne et à Goni paraît donc bien être partie du 
Maçonnais *. 

Fait remarquable, le nom d'Alineo a été également introduit 
en Provence avec celui de Roubaud : mais, tandis que celui de 
Roubaud est porté dans la maison comtale, celui d'Alineo 
n'est porté que par de simples chevaliers -. 

D'ailleurs, il y a moyen de préciser la provenance de Roubaud 
dont les fils devinrent comtes en Provence au cours de 949. Si 
Ton unit sa génération aux deux suivantes, on rencontre dans sa 
famille deux titulaires du nom de Roubaud, deux titulaires du 
nom de Boson, deux titulaires du nom de Guillaume et un titu- 
laire du nom d'Archambaud. Ces trois générations ont vécu et se 
sont succédé depuis le début du x® siècle jusqu'au début du xi®. 

Rotbaldocondam » (/i)ic/.,n°XLIII). — 21 janvier[973].« S. Rotbaldo »(//)«(/., 
no LXX). — Cf. no« LXXIX, LXXXI, CXII, CXX, GLVII, CLXXI. 

1. Arles, novembre [961] : « infantes Elleneo » (Albanès, Gall. noviss., 
Arles, n" 260). — Nice, 20 janvier [1002] : *< AUineu testis » [Cart. de Nice, 
n» 12). — 15 sept. [1003] : « S. Allineus testes » {Ibid., n° 19). — [Nice] 
mars [1018] « Aleneo testis » [Cart de Nice, n» 11). — lOSir : « in comitatu 
Forojuliensi, in Castro Salernis.., Allineus firmat » [Saint- Victor, n*» 502. — 
« Alineus et uxor meain territorio... Salernas » [Ibid., 517). — « Aileneus 
f. » [Ibid., 629). — « Alienuset nepotes sui » {Ibid, 765). — « Petrus Ali- 
neus f. » [Ibid., 326). Le M'^ Pietro Brayda di Soleto a porté son atten- 
tion sur le problème soulevé par cette origine des Roubaud et des Alineo. 

2. Guillaume, né le 29 novembre 826, fils de Bernard et de Doddane, 
décapité en 850. Le frère cadet de Guillaume, Bernard, marquis d'Auvergne, 
était né le 22 mars 841 : il devint comte de Mâcon et ne mourut qu'après 
880. G'est ce Bernard Plantapilosa qui fut le père de Guillaume, comme 
lui marquis d'Auvergne et comte de Mâcon. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 213 

Il s'agit donc de trouver une autre famille, royale ou ducale de 
préférence, où ces quatre noms se trouvent réunis pour la plupart 
au début du x*' siècle et dans l'entourage de laquelle se ren- 
contrent les autres. Cette dernière recherche aboutit au même 
résultat qne la précédente. Seule, la famille de Guillaume mar- 
quis d'Auvergne répond aux conditions du problème. 

Guillaume (893-920) porte le nom de son oncle * et de son 
bisaïeul paternel ^ : ce nom sera recueilli après lui par le fils de 
sa sœur Adalinde, qui lui succédera comme marquis d'Auvergne 
et comte de Maçonnais ^. Guillaume s'étant marié à Engilberge, 
fille du roi Boson, en eut un fils auquel il donna le nom de son 
beau-père ^. Les noms de Roubaud et d'Archambaud ne se ren- 
contrent pas dans la famille du marquis d'Auvergne : mais, 
en ce qui concerne le premier, on vient de voir suffisamment 
qu'il se rencontre au début du x® siècle en Maçonnais, comté 
dépendant du marquis. En ce qui concerne le second, il sulfit de 
rappeler qu'il est porté dans la maison des sires de Bourbon. Le 
premier qui le fasse connaître est Archambaud, lequel, vivant en 
920 et en 950, mourut avant 954 ^. Cet Archambaud était fils 
d'Aymar et d'Ermengarde, son frère Aymon eut, à son tour, un 
fils de ce nom ^ : les possessions de sa famille se trouvaient à 
Souvigny, dans la viguerie de Deneuvre qui dépendait, on le 



1. Guillaume, fils de Thierry et d'Aldane, marquis de Gothie et moine à 
Gellone. 

2. Guillaume, fils d'Acfred et d'Adalinde. Bourges, 11 septembre [910] 
{Cluny, n» 112). Cf. Ibid., n»» 214, 276, 286. 

3. Vienne, 25 décembre [920] {Cart. Saint- André-le-B as, n» 124). — Cf. 
Cluny, n° 446. 

4. Mars [920] Cluny n» 217). — Novembre [950] [Ibid., n° 782). — Bour- 
bon, janvier [954] {Ibid., n» 871). 

5. Bourges, 11 septembre [910]. « Signum Aimardi « {Cluny, n° 112). — 
Mars [920] : Aymar donne « curtem Silviniaci, in vicaria Donobrensi » (Ibid. 
n^' 217). Pour sa femme, voir le n° 871. 

6. Bourbon, janvier [954] : « in pago Alvernico, in vicaria Donobrense, 
villa Salviniaco » (Cluny, n» 871). Souvigny, Allier, arr. de Moulins; 
Châtel-de-Neuvre [sic]^ Allier, arr. Moulins, cant. Le Montet. 



214 LA PROVENCE DU PKEMIER AU XII® SIÈCLE 

sait, de l'Auvergne i. Aymar était par conséquent l'un des vas- 
saux de Guillaume, marquis d'Auverg-ne : en tout cas, il évoluait 
dans son orbite. On reconnaît probablement sa souscription 
dans l'acte célèbre du marquis qui fonde Clunj, daté de Bourges 
le H septembre 910. 

Au milieu du x*^ siècle, le marquis de la marche limousine 
Boson aura comme vassal Archambaud, vicomte de Limoges ~ : 
mais, à supposer que les noms de Guillaume et de Roubaud se 
trouvent aussi à Limoges, le Limousin est bien loin de la Pro- 
vence et de la Jurane. L'époque à laquelle cette coïncidence se 
produit est, de plus, trop tardive. 

En somme, tout invite à croire que Roubaud, père de Boson et 
de Guillaume, était originaire du Maçonnais et, en tout cas, qu'il 
vivait dans la dépendance du marquis d'Auvergne Guillaume, 
gendre du roi Boson. Ses deux fils ont dû naître à l'époque où 
vivait ce marquis, c'est-à-dire de 893 à 920 : l'aîné a reçu le 
même nom que le fils du marquis et le cadet celui du marquis lui- 
même. Roubaudneparaît pas avoir été comte : son rang était donc 
relativement modeste, mais il devait être uni au marquis par un 
lien assez étroit qu'il est impossible de déterminer. Boson ^ et 
Guillaume étant nés ainsi vers 900 ou 910, la durée de leur vie 
a été normale puisqu'ils sont morts tous deux vers 966. 

1. Pour le surplus, voir M. A. Chazaud, Etude sur la chronologie des sires 
de Bourbon iX^-XIH^ siècles). Moulins. G. Desrosiers. MDCCGLXV, in-8 
(public, de la Soc. d'émulation de l'Allier). 

2. 8 août 958 (GaZZ. Christ., t. II, Instr., col. 168-169 ; R. de Lasteyrie, 
Etude sur les comtes et vicomtes de, Limoges. Paris, 1874, p. 122, n'> XV). 

3. Parmi les chartesde Cluny, se trouve la suivante : (cego in Dei nomen 
Betsonus et uxor sua Constantia dono... in locum sépulture mee ad locum 
Cavariaco, très sexlaradas de terra arabile... Ipse terra est sita in pago 
Lucdunensi, in villa Corpetro... S. Bosonis et uxor sua Constantia.., Data 
per manu Vuitaldi sub die lunis, mensi junio, régnante Radulfo rege... ». 
Au dos : '( Bosonis in villa Corpetro» [Cluny, n° 2283). Si cette acte datait, 
non pas de Rodolphe III, comme le veut l'éditeur, mais de Raoul (932; 
•fis janvier 936), on serait bien tenté d'identifier ce Boson et sa femme 
Constance avec le fils de Roubaud qui devait devenir en 949 comte d'Arles. 
On connaîtrait donc le lieu exact d'origine de la famille. Cavariaco serait 
Chaveyriat, Ain, arr. Trévoux, cant. Châtillon-sur-Chalaronne ? La forme 
Cavaniaco donnerait Chavagneux. 



LE ROYAUME DE BOURGOCtNE-PROVENCE 215 

Si Roubaud est orig-inaire du Maçonnais, on comprend mieux 
pourquoi Mayeul, en quittant la Provence devait passer tout 
d'abord quelques années à Mâcon ; les relations de famille, 
qui le firent s'y diriger, s'étaient nouées aisément, puisque 
les comtes de Provence en étaient eux-mêmes originaires. 

Ces rapports entre la Provence et le Maçonnais n'ont pas dû 
attendre, pour se former, l'installation en 949 des fils de Rou- 
baud comme comtes. Dès 933 ^ et, par conséquent, du temps de 
Hugues roi de Lombardie, on rencontre dans le pays d'Avignon 
le nom de Roubaud porté par un propriétaire qui reçoit avec sa 
femme, de l'archevêque d'Arles Manassès et du chapitre pri- 
matial de Saint-Etienne, environ un demi-hectare de vignes entre 
Laurade et Ofiano. Cette concession leur est faite en via- 
ger et à mi-fruits. L'objet en est modique et les termes 
du contrat sont tels qu'il y a lieu de se demander s'il concerne 
des agriculteurs cultivant de leurs mains ou de riches proprié- 
taires adjoignant ainsi une vigne à leur domaine 2. Malgré le 

1 . Arles, juin [933] : u Convenit inter virum venerabilem dominum nostrum 
Manassen, sancte Arelatensis secclesise arcliiepiscopum etquemdam homi- 
nem nomine Rotbaldum et uxorem suam Dominicain, una per consensum 
et voluntatem congregationis Sancti Stephani protomartiris... de vineas 
que sunt de ratione canonicis... in pago Avennico, inter Ofiano et Laurata, 
hoc sunt modiate IIII.. dum Deus Rotbaldo et uxori sue vitam concesserit 
ipsas vineas cum bono studio fodere et propaginare studeant et ipsum fruc- 
tum quem Deus ibi dederit usque ad Arelatem civitatem salvum venire 
faciant ; medietatem unam recipiant canonici et decimum : aliam labora- 
tores accipiant. Post obitum vero illorum, ipsas vineas... ecclesie... rever- 
tantur... Facta est cunvenientia ista in Arelate civitate publiée in mense 
junio, anno XXXIII régnante Ludoico rege et imperatore, filio Bosoni régis. 
Signum Drogo episcopus, Odolricus humilis episcopus, Raiambaldus abbas 
atque levita. Isti et alteri XXIII firmaverunt » (Albanès, Gall. Christ, 
novissima, Arles, n. 244). La modiata, de vigne doit, en principe, produire un 
inodius de vin : le muid de Languedoc équivalait à 7 hectolitres et celui de 
Dauphiné à 5 hectolitres (Fréd. Mistral, Dict. proo.- français, t. II, p. 385). 

2. Cette opinion ne se basera pas sur la qualification de quemdam 
hominem attribuée, simplement, à Roubaud. Tous les bénéficiaires qui ne 
remplissent pas personnellement des fonctions de comte ou de vicomte 
peuvent se voir appliquer cette formule un peu dédaigneuse ; elle ne 
signifie donc pas forcément que le bénéficiaire soit un simple manant. 
Ainsi, l'ancêtre de la maison de Baux, Pons, mari de Blismodis, dans un 
échange avec le même archevêque le 10 décembre [954 ?], se voit qualifié 



216 LA PROVENCE DU PREIMIER AU XIl^ SIÈCLE 

peu de relief de Tacte, deux évêques le souscrivent : ceux de 
Marseille et d'Aix. Ce détail laisserait croire que Roubaud, le 
concessionnaire, est un personnag'e plus important qu'il n'en a 
l'air et, de là à l'identifier avec le père des deux futurs comtes, 
il n'y a qu'un pas. Le franchira qui voudra i. Dans ce cas, Rou- 
baud, en 933, serait déjà venu se fixer de Maçonnais en Pro- 
vence, et il aurait eu des propriétés près de Tarascon. La 
femme de ce Roubaud s'appelle Dominique. Une autre Domi- 
nique se rencontrera dans ce même pays d'Avignon, l'an XL VI 
du règne de Conrad ~. Ce peut être une parente de la précé- 
dente qui était alors certainement morte, puisque le bail de 
933 était caduc dès l'an XLII. 

Rencontrant ainsi le nom de Roubaud dans les environs de 
Tarascon dès 933, il est tout naturel de trouver celui de Boson 



lui aussi de aliquem hominew [GalL noviss., Arles, n<* 256). C'était cepen- 
dant déjà un propriétaire riche. Ses enfants le 16 juin [983] seront viri 
honorabiles nostrique fidèles [Ibid., n^ 283); il y a progrès, mais c'est bien 
le moins, puisque l'un deux, évêque, est le propre prévôt d'Arles. L'opi- 
nion que Roubaud pourrait être un cultivateur se baserait sur les termes 
énonçant l'obligation qui lui incombe de s'appliquer à bien travailler et, 
par contre, le droit qui lui appartient de garder la moitié des fruits : 
medietatem aliam laboratores accipiant. Le rédacteur de l'acte ne distingue 
pas entre les bénéficiaires et les travailleurs du sol : il en résulte l'impres- 
sion que le bénéficaire travaille lui-même. 

1. Boson et sa femme Dominique étaient morts le 31 décembre [981 ?J, 
l'an XLII du règne : à cette date, l'archevêque d'Arles Itier renouvelle en 
efîet la concession viagère de 933 en faveur d'un nouveau titulaire. Selon 
les mœurs de cette époque, le lecteur s'attend à y trouver le nom du fils 
de Roubaud et de Dominique. Cette attente est déçue : le nouveau bail 
est en blanc {Gall. noviss., Arles, n° 281). Ce nouveau bail ne peut con- 
cerner personnellement un comte de Provence, cela est évident. Mais se 
hâter d'en conclure que celui de 933 ne concernait donc pas le père des 
comtes serait aller trop vite. En efïet, le père des comtes pourrait prendre 
personnellement à bail un demi-hectare de vigne; les comtes, ses enfants ou 
petits-enfants, peuvent se faire renouveler ce bail eh blanc pour en faire 
bénéficier un de leurs tenanciers. Cette hypothèse est même la seule qui 
explique assez bien la lacune du nom. 

2. Avril [985?] l'an 46 : « ego Dominica... de res proprias meas... ex 
comparatione,.. in pago Avenico ubi dicitur Lanairata... » (Chantelou, 
Hist. de Montmajour, éd. du Roure, p. 55). 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE- PROVENCE 217 

porté dans le voisinage, car le nom de Boson devait être plus répan- 
du que le nom de Roubaud. Boson et sa femme Folcoara, Fou- 
quière, étaient propriétaires dans ce canton méridional du comté 
d' Avignon dénommé le pays Roubian ^, qui comprenait Laurade 
et Tarascon. Le l^'' mars [969 ?], l'an XXX, ils font un échange 
avec l'église d'Arles : les biens, que Boson donne à l'archevêque 
Itier, provenaient des parents de sa femme. C'étaient six champs 
placés notamment à MoUières 2 et à Tarascon. En retour, Boson 
reçoit de l'église d'Arles le terroir tout entier du vieux château 
de Saint-Chamas, au comté d'Aix ^. Trois ans après, le 14 mai 
971 , les mêmes époux donnaient à Montmajour deux églises 
dédiées la première h Saint-Vincent, la seconde à Saint-Julien 
et à Saint-Jean, avec les terres qui en dépendaient, dans la 
vallée Ulieria ^. Le tout provenait de l'héritage de leurs parents. 

1. Roubian n'est plus qu'un quartier de la commune de Tarascon. — 
Yo'ir Saint- Victor, n° 170 : septembre [976], Tan 37. « in comitatu Avinionense, 
/n agro Rupiano, in terminio de villa Tarascone, in loquo qui dicitur Vir- 
las... » n** 169 : 5 février 1000 : « in comitatu Avenionense, in agro Rupiano, 
in terminio de Villa Laurata, in locoque dicunt Basellano. » 

2. Mollières, comm. de Boulbon, au point où se joignent les communes 
deBoulbon, Mezoargues, Vallabrègues et Tarascon. 

3. Arles, l^^" mars [969], Fan XXX : « Ego, in Xpisti nomine, Boso etconjux 
mea Folcoara comutamus ad ecclesiam S. Stephani sedis Arelatensis... 
aliquas res que michi Bosoni ex parte conjugis mee Folcoare et ei ex pro- 
jenieparentorum suorum legibus obvenit in comitatu Avenionensi, in agro 
Rubiano... in loco itaque super Marignano campum unum que consortat... 
terram Sancti Nazari... In alio vero loco, campum unumadipsos Quatrones 
et consortat... terram sancti Cesarii... In alio vero loco campum unum ad 
Molleriam et consortat... terram communem. Et quartus campus in villa... 
Tharascone et consortat... terram sancte Marthe, Et in alio loco... inter 
Saignonem et Aurignana campum unum et consortat... terram Sancti 
Genesii... In ipso loco, alium campum... Ista omnia... transfundimus... et 
accipimus pro his... castrum vetustissimum in comitatu Aqueuse qui voca- 
tur... Sanctum Amantium... » [Gall. Christ, noviss., Arles, n° 271). 

4. Arles, 14 mai 971, l'an 33. « ego, in Dei nomen, Boso et uxor mea 
Folcoara... cedimus... Montmajore res quasdam nostri juris que nodis ex 
progenie parentum nostrorum legibus obvenerunt... in comitatu Arelatense, 
in termino in valle Ulieria, ecclesia sancti Vincentii et ecclesia sancti 
Juliani et sancti Johannis cum territorio ad easdem... pertinente... ab 
oriente... ab occidente via publica supra mare, a septentrione ipso Bosone 
donatore cum via publica ; a meridie et parte occidental! Thetberti terra 



218 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl'' SIÈCLE 

Cette vallée, au comté d'Arles, se trouvait à l'est et à proxi- 
mité de la mer, de l'étang de Berre ou du Rhône i. Peut-être, dès 
le mois de mai [961], voit-on figurer les souscriptions de Boson 
et de Folcoara dans un acte passé à Arles. Mais celle de Boson, 
venant au 14® rang, n'est pas immédiatement suivie de celle de 
i^o/coara qui figure seulement au 21®. Les souscriptions féminines 
d'Astrude et de Folcoara sont, en effet, dans cet acte rejetées au 
dernier rang 2. On se demandait si le Roubaud, marié à 
Dominique et propriétaire en 933 dans le canton Roubian, ne 
doit pas être identifié avec le père des comtes institués en 949. 
Pour le Boson, mari de Folcoara en 968 et 971, il est bien 
évident qu'aucun doute analogue ne peut être soulevé. 11 ne 
peut être identifié avec le comte d'Arles Boson, époux de Cons- 
tance et mort vers 966 ; il ne peut l'être davantage avec le comte 
d'Avignon Boson, mortentre 965 et 976. Ce Boson, mari de Fol- 
coara^ n'était pas comte. La donation de 971 le spécifie en 
termes exprès et fort clairs : les terrains qu'il cède sont bornés, 
en effet, au nord par une terre que se réserve Boson, le dona- 
teur et la voie publique, au midi par la terre de Thibert et d'Ar- 
chier d'une part, par la terre comtale de l'autre. Boson, le dona- 
teur, n'est pas comte, puisque ses terres ne sont pas des terres 
comtales.Les deux actes qui précèdent le montrent possédant six 
champs dans le canton Roubian et deux églises dans la vallée 

et Archerii et terra Comitale... Acta... in monasterio Monte majore publiée 
anno incarnationis dominice DCCCCLXXI, II idus maii anno XXXIII 
régnante Conrado reg-e Alamannorum sive Provincie, indictione I... (Chan- 
telou, Hist. de Montmajour, éd. du Roure, pp. 46-47). 

Cet acte prouve qu'alors Tère adoptée à Montmajour pour le règne 
était celle de 939. 

1. Que le Rhône ait pu être dénommé mare, ce fait est prouvé parl'ile de 
Miémar dans la commune de Roquemaure. 

Les pouillés du diocèse d'Arles mentionnent plusieurs églises sous le 
titre de Saint-Vincent, dont une dans Arles même ; ils n'en mentionnent 
qu'une seule portant le nom de Saint-Julien et elle était également dans 
Arles. Cela indiquerait que la vallée Ulieria se trouvait dans la banlieue de 
la ville, à l'est du Rhône, entre Arles et Montmajour [Gall. noviss., Arles, 
n°« 865, 1491, 1588). 

2. Chantelou, pp. 37-38 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 219 

Ulieria : conclure de là qu'il possédait tout le canton Roubian, 
dont retendue vaut au moins celle de la commune actuelle de 
Tarascon, et toute la vallée Ulieria^ ce ne serait pas sensé. De 
nombreuses personnes se partageaient le canton Roubian en 
alleux ou en fîefs : il en était forcément de même de la vallis 
Ulieria. Pour le Roubian, les chartes deMontmajour et de Saint- 
Victor font connaître quelques-uns de ces propriétaires ^ : pour la 
vallée, l'étendue considérable de terrain que ce vocable géogra- 
phique suppose ne permet pas d'en douter. Bien entendu, ce 
canton et cette vallée, comme les comtés d'Avignon et d'Arles 
dont ils faisaient partie, se trouvaient sous la puissance des 
comtes; mais il ne faut pas confondre les tenanciers féodaux plus 
ou moins riches et nombreux, qui se partagent l'usage du sol, 
avec le comte dont le domaine supérieur plane au-dessus de toutes 
leurs terres 2. 

Les comtes avaient cette seigneurie qui dominait le pays : 
ils possédaient dans le pays directement des propriétés dis- 
séminées parmi celles de leurs vassaux et parmi les alleux. 
C'est ainsi qu'on verra à Arles, le 17 avril [979j, le marquis 
Guillaume donner à un de ses serviteurs, dans le canton Roubian 
et près de la roubine des Lônes, une condamine mesurant 
249 dextres de long sur 130 de large : elle contenait ainsi plus de 
25 hectares ^, Les actes étaient rédigés alors en mauvais latin. 



1. Arles, novembre [970], l'an XLIII : « ego... Vuilelmus... in agro 
Rupiano... ubi vocant Becis, condamina unaobdima... » (Chantelou, éd. du 
Roure, pp. 54-55). 

1002... « ego... Otbertus et uxor mea Laviarda.., in terminio da villa Lau- 
rata vel in Rupiano...» (i7)i(/., p. 72). — Arles, septembre [974]... « egoAran- 
trudes... in agro Rupiano, in terminio de villa Tarascone, in loquo... 
Vidas... de vinea culta... » {Saint-Victor, n° 170). — Cf. n»169. 

2. 23avril 1040: ((egoBertrannuscomes...cedo...aliquid de meo honore... 
in regno Provincise. , . in comitatu Avenionense, in castro... Tarascone, 
mea dominicatura, . . . in villa Laurata meam dominicaturam, in villa Gra- 
visonis meam dominicaturam. , . » [Ihid., pp. 136-137). 

3. Le dextre carré valait en ares à Arles : 0,2619, à Marseille 0,1424, à 
Maussane 0,1368, à Saint- Rémy, Graveson et Châteaurenard 0,0876. Cette 
superficie équivalait pour Arles à 6 cannes carrées 1/4, pour Marseille à un 



220 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

mais avec beaucoup de précision. Le rédacteur de celui-ci déclare 
nettement qu'il s'agit d'une propriété du comte, proprietas : ce n'est 
donc pas une seigneurie, dominicatura ^. C'est ainsi encore 
qu'on verra, en août 1002, la comtesse Alix donner à Mont- 
majour, dans la vallée Ollieria et, plus précisément, au lieu dit 
Scuarias de cette vallée, ce que le chevalier Otbert y tenait : les 
termes de cet acte montrent que la comtesse donne à Tabbaye 
non pas la terre elle-même, mais la seigneurie du fief possédé 
par le chevalier en question - ; de plus,- elle ne fait pas ce don 
directement à l'abbaye, mais aux églises Saint-Julien et Saint- 
Vincent qui, placées dans cette vallée, étaient unies à l'abbaye 
depuis 971. 

Boson et Fouquière abandonnèrent donc en 968 à l'église 
d'Arles six champs disséminés dans le canton Roubian, notam- 



carré de 15 pans, Pour Maussane à 1/8 de civadier, pour Saint-Remy, 
Graveson et Châteaurenard à 1/100 d'éminée (Tableau de comparaison 
entre les mesures anciennes et celles qui les remplacent dans le nouveau 
système métrique, avec leurs explications et leur usage pour le départe- 
ment des Bouches-du-Rhône, publiées par ordre du Ministre de l'Intérieur. 
Marseille, imprimerie du Commerce de Corentin Carnaud, an X, p. 13). 
L'indication de ces chiffres précis est due à la cordiale obligeance de 
M. J. Fournier archiviste-adjoint des Bouches-du-Rhône. 

1. Arles, 17 avril [979] l'an 42 : a ego... Vuilelmus... cedo... tibi aliquid de 
proprietatem meam, qui milii legibus obvenit, in comitatu Avinionense, 
in agro Rupiano, in loco que nominanta la lona... condamina I, qui habet 
per longo dextros de ambos latus CCXLVIIII et, in queque frontes, dextros 
CXXX. Consortes : de uno latus, lona aquarum ; de alio latus et uno 
fronte, terra vicinabile ; de alio vero fronte, terra sancti Pétri etVuilelmo... 
{Cart. Saint-Victor, n° 1042). La roubine des lônes, lagunarum, dans la 
commune actuelle de Tarascon, descend le long de la Montagnette, de 
Rognonas sur Tarascon en passant par Graveson. 

2. août [1001?] : «Sacrosancte Dei ecclesiae, quae constructaesse vide- 
tur in honore béate... Marie, sanctique Pétri... et sancti Vincenti et sancti 
Juliani, in loco... Monsmajor, ego... Adalax... donamus in terminiis de val- 
libus que nominatur Ollieria quantum ibi Otbertus miles tenet. Habet 
ipsa terra consortes, videlicet terras que... vocantur Scuarias, et etiam ter- 
ras vicinabiles... «(Chantelou, éd. du Roure, pp. 70-71.) 

septembre 1002 : «ego... Otbertus et uxor... Laviarda donamus... 
progenie parentum meorum legibus obvenit... in comitatu Arelatensi ad 
arces piscatorias... »{Ibid., p. 72.) 



Le royaume de BOtRGOGNE-PROVENCE 22l 

ment à Mollières et à Tarascon ; ils donnèrent en 971 à Mont- 
majour deux églises placées dans la vallée Ulieria. 

D'autre part, en 979, le marquis Guillaume cède une conda- 
mine placée dans le canton Roubian, auxLônes; en 1001, la 
comtesse Alix cède elle-même sa seigneurie sur les biens 
possédés par le chevalier Otbert dans la vallée Ulieria et au lieu 
dit Scuarias. 

La lecture des textes suffît pour montrer à l'évidence que les 
six champs de 968, à Mollières et à Tarascon, ne peuvent être 
confondus avec la condamine de 979 aux Lônes . Cette simple lecture 
prouve aussi que la mense immobilière existant en 971 des deux 
églises Saint- Vincent et Saint-Julien ne pouvait alors comprendre 
le domaine du chevalier Otbert^ au lieu dit Scuarias, puisque ce 
domaine vint en augmenter la consistance en 1001 seulement. 
Certes, les biens donnés en 968 existent dans le canton 
Roubian comme ceux donnés en 979 ; ceux donnés en 971 
existent dans la vallée Ulieria comme ceux donnés en 1001 : 
ces immeubles sont rapprochés les uns des autres, mais ce 
voisinage dans la même région est le seul rapport qu'ils aient 
visiblement entre eux. Tirer de ce voisinage relatif la conclu- 
sion que le donateur de 979 est l'ayant droit, qui mieux est, le 
fils des donateurs de 968, en tirer la conclusion analogue que la 
donatrice de 1001 est la belle-fîUe des donateurs de 971, cela 
revient à dire que le voisinage suppose la parenté. Le proprié- 
taire du 52 de la rue de Rivoli en 1901 serait, sûrement le fils 
ou le gendre de celui qui possédait le 47 en 1871 ^ 



1. « Par ces chartes, Boson et Folcoare donnent à Montmajour des biens 
« patrimoniaux sis, les uns inagro Rubiano, dans le comté d'Avignon, et 
« les autres in valle Ulierie, dans le comté d'Arles. 

« Or, l'an 42 du règne de Conrad, le comte Guillaume mari d'Adélaïde 
« donne à l{ug;ues Blave {Cart. Saint-Victor, n° i0^2) une partie de ses biens 
K propres, sise in agro Rubiano et, l'an 1001, Adélaïde et son fils Guil- 
« laume donnent à Montmajour, pour le repos de l'âme de leurs parents, un 
« bien sis in valle Olieria. Le comte Guillaume et sa femme Adélaïde pos- 
« sédaient donc les biens patrimoniaux de Boson et Folcoare. Or, com- 
« ment et pourquoi auraient-ils possédé ces biens, s'ils n'avaient été les 



222 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 



IV 

Guillaume, comte de Provence et premier m,arquis 

(970-994) 

§ 1. — Guillaume comte de Provence 

(970-979) 

Après avoir ainsi fait entrevoir quelle fut Torigine probable du 
père des deux comtes installés en 949 dans Arles et dans Avignon, 
après avoir montré le nom de Roubaud porté en Provence dès 
933, après avoir montré celui de Boson porté lui-même en 968 
et 971 par un propriétaire voisin des propriétés comtales, il 
importe de poursuivre l'histoire des comtes, à partir du moment 
où, le comte d'Avignon Boson, fils de Guillaume, venant à dis- 
paraître, seuls demeurent les deux fils du comte d'Arles Boson 
et de Constance, c'est-à-dire Roubaud et Guillaume. Le dernier 
acte rédigé du vivant de ce comte d'Arles au mois de mars 965 
avait permis de dire que Roubaud était, sans doute, Taîné des deux. 

Roubaud est, en effet, le seul de ses deux fils dont le comte 

a héritiers de Boson et Folcoare, s'il n'y avait eu entre eux, par conséquent, 
(( le lien de la parenté, de la filiation ? » (Louis Blancard, De Vexistence 
simultanée de Guillaume, mari d'Arsinde, et Guillaume, mari d'Adélaïde, 
comtes de Provence au X^ siècle, tirage à part, pp. 7-8). 

Cela revient bien à assurer que le propriétaire du 52 est, cela va de 
soi, fils de celui qui possédait le 47 trente ans avant ; mais, chose plus 
grave, c'est confondre le 52 avec le 47. Ces deux maisons sont toutes deux 
dans la rue de Rivoli, mais ce sont cependant deux maisons bien dis- 
tinctes. Il faut encore moins confondre Mollières et Tarascon avec les 
Lônes, quoique ces localités soient dans le canton Roubian, toutes trois. 

Autre erreur : il semblerait que d'après la charte n° 1042 de Saint-Vic- 
tor, « le comte Guillaume» était « mari d'Adélaïde ». Cet acte cependant 
n'en souffle motdans son dispositif. Quant aux souscriptions elles portent: 
« Signum Vuilelmus, qui hanc cartula scribere et firmare rogavi, manu sua 
firma. Signum Arsinda comitissa firmavit. » 



LE ROYALME DE BOURGOGNE-PROVENCE 223 

d'Arles requière l'avis favorable, après celui de son frère le comte 
d'Avignon. Si cette approbation du plaid résultait seulement de 
la souscription de Roubaud, le fait serait moins probant. A cette 
époque, il était fréquent de voir confirmer un titre déjà existant, 
par la simple apposition, au bas de ce titre plus ou moins ancien, 
des souscriptions nouvelles destinées à le valider. Dans ce cas, il 
il est évident que le dispositif de l'acte au moment où on le 
rédige ne put annoncer les souscriptions que les possesseurs 
futurs de cet acte jugeront bon dans l'avenir d'y faire adjoindre 
pour le maintien de leurs droits. Quand l'historien n'a pas sous 
lesyeux le titre original, il ne peut déterminerpaléographiquement 
si toutes les souscriptions de ce titre ont bien été apposées lors de 
la rédaction primitive du texte. Il ne garde à sa disposition que 
les procédés de critique, indépendants des apparences paléogra- 
phiques que l'original est seul à pouvoir lui fournir, et, forcément, 
il peut toujours supposer que, parmi les souscriptions, il s'en 
trouve d'ajoutées après coup. La preuve que les souscriptions 
datent de la rédaction de l'acte ou qu'elles sont postérieures 
résultera de divers indices, suivant qu'elles sont annoncées ou 
non par le dispositif, suivant qu'elles forment un ou plusieurs 
groupes distincts, suivant que la coexistence de ces groupes à l'ins- 
tant de la rédaction est probable ou non, suivant que deux des 
souscriptions annoncent la même fonction qu'une seule personne 
peut remplir à la fois dans la même localité, de sorte que la pre- 
mière d'entre elles empêche l'existence de la seconde au même 
moment. Le critique doit relever, en cas de besoin, tous ces 
indices et en établir la concordance ou la discordance, afin d'éta- 
blir son opinion, dune manière sérieuse et réfléchie, sur le fait de 
savoir si les souscriptions d'un acte de cette époque datent du 
moment de sa rédaction ou lui sont, en partie, postérieures. 

En ce qui concerne le plaid comtal de 965, on constate que ce 
document porte quatorze souscriptions : celle du comte d'Arles 
de qui émane le document, celle du juge arlésien Lambert qui 
l'assiste, celle du comte d'Avignon qui l'approuve sont placées 
en tête du groupe. Suivent celles d'un second juge, Ray- 



â24 LA PROVENCE DÛ PREMIER AU XII® SIÈCLE 

nouard, du vicomte Pons et de neuf autres conseillers ou notables 
arlésiens. Le groupe s'ordonne donc par rangs hiérarchiques*. Si 
l'on rapproche de ce groupe de souscriptions le dispositif, on y 
trouve annoncées comme étant présentes au plaid les quatorze 
personnes dont les souscriptions sont notées après la date. Il est 
donc certain que le groupe des quatorze souscriptions date bien 
de la rédaction de l'acte. Le dispositif annonce même davan- 
tage d'assistants qu'il n'y a eu de souscriptions : les notables Gui- 
bert, Tassilon, David, Amalric, Pons et Jossaud, soit six sur 
quinze présents, ne souscrivent pas. Ce sont les 6®, 9^, 10®, 11® 
12^ et 14® de la liste d'ensemble des simples conseillers annoncée 
par le dispositif. De plus, l'acte annonce le consentement de 
Roubaud, fils du comte d'Arles, et la souscription de ce person- 
nage consulté ne figure pas dans le groupe qui suit la date. On 
ne peut s'en montrer surpris, puisque six conseillers notables 
s'abstiennent également de le faire ^. Cette mention de Roubaud 
dans le texte lui-même établit la certitude : on y voit que, du 
vivant de son père, il ne portait pas encore le titre de comte et, 
si son père le consulte, c'est qu'il est son fils aîné. 



1. Le juge Lambert précède le comte Guillaume ; c'est que celui-ci 
intervient seulement pour confirmer le jugement rendu par le comte 
d'Arles assisté du juge. 

2. « in conspectu Bosoni comitis, filii Rothboldi quondam atque in pre- 
sentia omnium virorum Arelatensium judicumque ac principum, scilicet 
omnibus his nominibus : Raynoardo judice Lamberto judice, Pontio vice- 
comitis, Arlulfo, Rostagno, Archimberto, Bonefacio, Rajamberto, Widberto, 
Ingelmare, Wicheranno, Tassilone, David, Amaliico, Pontio, Widone, 
Walchaudo, Hildoardo... Placuit itaque... comiti excellentissimi hanc 
notitiam diffînitionis conscribi facere, consentiente ejus filio Rothboldo et 
fratre ejus Wilelmo comité, omnibusque consiliantibus Arelatensium 
principibus 

Ego igitur cornes Boso hanc notitiam concessionis scribi et manu mea 
roborare curavi. 

Lambertus judex firmavit. Comes Wilelmus fîrmavit. Raynoardus 
firmavit. Pontius firmavit. Bonefacius fîrmavit. Rostagnus firmavit, Wiche- 
rannus firmavit. Raymbertus firmavit. Hildoardus firmavit. Arlulfus firmavit. 
Ingelradus firmavit. Archimbertus firmavit. Wido fîrmavit » {Cart. de 
Saint- Victor j n» 29). 



LE ËOYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 225 

La preuve, que le comte d'Arles Boson a eu de sa femme Cons- 
tance deux fils nommés Roubaud et Guillaume, est fournie posi- 
tivement parla donation à Montmajour de biens situés à Ansouis, 
dans la partie du pays d'Aix qualifiée de supérieure parce qu'elle 
s'étendait dans la région montagneuse au delà de la Durance ^ . Cette 
donation est datée d'Arles au mois de mai [963] l'an XXIV®. 
On est surpris de voir Guillaume y figurer comme Roubaud, 
alors qu'en 965, deuxansplus tard, celui-ci sera seul appelé à four- 
nir son consentement ; on est surpris encore davantage de les voir 
tousdeuxporterle titre de comte à côté de leur père, quand deuxans 
plus tard Roubaud ne le recevra pas encore. Ces anomalies n'ont 
qu'une explication possible : il faut reconnaître que les souscriptions 
des deux fils de Boson ont été apposées à l'acte pour le confirmer, 
de leur autorité, après 965. c'est-à-dire après la mort de leur père. 
Il doit en être de même pour la souscription de Pons des Baux, 
le jeune, qui suit la leur. D'abord, elle est placée, en dehors des 
règles hiérarchiques, avant celle des deux juges Béranger et War- 
bidus. Puis, ce Pons III le jeune, fils d'Ison, appartient à la généra- 
tion qui disparut vers 1030 : son oncle Pons II l'ancien est connu 
de 966 à 990, son grand-père Pons I vivait encore en 954. En 
962, si Pons III le jeune était déjà né, il était encore tout enfant 
et l'insertion de sa souscription avant celle des juges n'est pas 
rationnelle. Par conséquent, les souscriptions de Guillaume, de 
Roubaud et de Pons ont dû être apposées après 965 pour con- 

1. Arles, mai [963], Tan XXIV : « Ego Genciuset uxor mea Aiburga... pro 
seniore meo Bosone et uxor sua quondam... in pago Aqueuse superiore ad 
castrum... Ansoyse. SignumGencius etuxor suaAyburga qui hanc chartam 
scribere et firmare rogaverunt,manus illorum firma. Boso cornes et uxor sua 
Constantia ûrm-A\ernni. Illorum filii siiniliter Willelmus cornes, Rotbaldus 
cornes. Pontius juvenis fîrrnavit. Berengarius judex fîrmavit. Warbidus 
judex. Rostagnus fîrmavit. Lambertus firmavit. Rainaldus firmavit. Vibal- 
dus fîrmavit. Item Boso firmavit. Ingilrannus fîrmavit. Item lugilrannus 
firmavit. Wilfredus firmavit. Dodo firmavit. Anno voluit et consensit et 
firmavit. Astrus firmavit. Fulcoara firmavit. Fulcardus, imperante Odilone 
rogatus scripsit » (Cliantelou, Ilist. de MontrnaJoiu% éd. du Roure, 
pp. 37-38). — Le donateur et sa femme souscrivent les premiers. Puis, 
par ordre hiérarchique, le comte, les juges, les vassaux et simples témoins 
finalement deux femmes. C'est le scribe qui clôt le groupe. 

Mém. et doc. de V École des Charles. — VII. 15 



226 LA PROVENCE DU PREMIER AU XTl^ SIÈCLE 

fi rmer la donation d'Ansouis. Les deux fils du comte d'Arles 
se retrouvent ensemble au mois d'avril [972?], l'an 33, à Arles, 
le l^'- avril 976 à Avignon, le 24 novembre [979?], entre 977 et 985 
comme maîtres indivis et seig'neurs d'une terre fiscale au comté 
d'Arles, le 1^^ mars 982 à Garpentras, le 6 mars [990] à Arles, 
en 992 également à Arles, le 28 août vers 990, le 29 août [993] 

1. Arles, avril [972], an XXXIII : « Ego, in Dei nomine, Wilelmiis, cornes 
Provincie et conjux mea Arsinnie... aliquid de proprietate mea... in comi- 
tatu Forojulieîise... in comitatu Sisterico... Signum domnus Wilelmus 
commes et uxor sua Arsinna... Signum domnus Rotbaldus commes voluit 
et consensit et firmavit... » [Cart. de Saint-Victor, n° 598). — Avignon, 
l^i" avril 976 : « Landricus gracia Dei episcopus... Signum Vualchaudus 
sancte ecclesie Cabilicensis episcopus firmavi manu propria. Silvester epis- 
copus firmavit. Guilelmus comes firmavit. Rotbaldus comes firmavit. 
Signum Landrici presulis qui hanc cartam fieri jussit... Bermundus vice- 
comis f. Eldebertus f. Adalelmus f. Leutfredus presens fuit. Ridfredus f. 
Isnardus presens fuit. Item Isnardus. Vuernerius hiimilis episcopus Aven- 
nionensis. Durandus presbiter scripsit. » (Vaucluse G., chap. métr. 27, 
f" 26). Les comtes signent après les évêques : cependant Tévêque donateur 
ne souscrit lui-même qu'après eux. Suit le groupe hiérarchique du vicomte, 
des juges et des témoins. La souscription de Garnier, successeur du dona- 
teur, a évidemment été intercalée, dans l'espace resté libre entre les 
simples témoins et le scribe, pour confirmer l'acte après la mort de Landry. 

— 24 novembre [979?J, l'an XL : a ...Rodbaldus cornes et Guillelmus frater 
meus., donamus... Psalmodiensi... de alodem... [in pago Aqu]ense, in villa... 
[Vergerio]...ecclesias sanctœ Mariœ cum cimiterio vel medietatem de déci- 
mas... Signum Rodbalbus comes... Signum Guillelmus. S. Aldebertus. S. 
Bonifilio. S. Amico. S. Poncio » (Arch. du Gard: H. 106, ff. 21 v°-22 r"). — 

— Garpentras, 1®'' mars 982 : « cum consilio et voluntate... hujus 

Provintia3 principis necne fralris ejus Rothboldi comitis... » [Gall. Christ., 
t. I, instr., p. 148). — [977-985] : «ego Lambertus et uxor mea Walbnrgis... 
donamus... aliquid de fisco quod tenemus pro seniore nostro Guillelmo 
comité et fratre suo Rotbaldo, paludesvidelicet. . Signum domini Guillelmi 
comitis... S. Rotbaldi, comitis. S. Arsenniscomitisse... » (Chantelou, pp.49- 
oO). — Arles, 6 mars [990 ?], ind. 3 : « ... ante presentiam domini Willelmi 
Provincie comitis... civitas Forojuliensis... igitur nunc, inclyte comes, tibi 
est a Domino facultas concessa ut expelleres Agarenos a pristinis finibus... 
princeps consilium ad suam conjugem vel ad judices suos Aldebertum 
atque ad Adelelmium necnon et adceteros fidèles suos... quesivit... Signum 
Willelmi comitis et uxoris sue Adalays... Rotbaldus comes voluit et con- 
cessit et manu propria firmavit... » (Chantelou, Hist. de Montmajour, 

éd. du Roure, pp. 66-68). — Arles, 992 : « dominus princeps et marchio 

istius Provinciœ bonse indolis Willelmus, conjuge sua Adalaix et filio suo 
nomine Willelmo... adstante domno Annone archiepiscopo... Rotbaldus 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 227 

peut-être à Arles. Chose remarquable, dans tous ces actes 
postérieurs à la mort de leur père, c'est la souscription de Guil- 
laume qui précède, à deux exceptions près, celle de son frère aîné 
Roubaud. Il faudrait en connaître la raison. L'acte de 97i, relatif 
à des biens situés dans les comtés de Fréj us et de Sisteron, est une 
donation qui émane de Guillaume lui-même : il est donc naturel 
que le donateur souscrive le premier. Son frère aîné Roubaud 
nintervientque pour la confirmer. L'actede 976émane de l'évêque 
d'Avignon : il est souscrit par les évêques de Gavaillon, d'Aix, les 
deux comtes et le donateur. L'acte de 982 émane de l'évêque de 
Garpentras, qui déclare agir du conseil et de la volonté des deux 
frères : les expressions employées par lui sont à noter. 11 voit 
en Guillaume, qu'il nomme le premier, le « prince de cette pro- 
vince » et, en Roubaud, simplement un comte. L'esprit se 
reporte au protocole des actes privés de cette époque qui 
voyait en Conrad, assez fréquemment, non pas le roi de Pro- 
vence, mais le roi « des Provences ». Une de ces a Provences », 
sinon toutes, évidemment, obéissait à Guillaume. Enfin, l'acte de 
990 mentionne des faits qui se passent successivement à 
Manosque, dans le comté de Sisteron et à Arles. Il est relatif à 
Fréjus et il émane directement de Guillaume : comme en 972, on 
ne peut donc être surpris de voir l'auteur de l'acte souscrire le 

cornes voluit atque firmavit. Stephanus episcopus... Pontius episcopus fir- 
mavit. Alius Pontius arcliiepiscopus firmavit. Udolricus firmavit episco- 
pus...» (Bouche, t. II, p. 47). — 28 août [vers 990] : a ego Willelmus iiicli- 
tus cornes... in pago Regense, in agro Variacense, hoc est villa... Valeri- 
ciola... aut de fîsco, aut de alode... de illa mea medietate... Rodbaldus 
cornes firmavit- Adalaix comitissa firmavit. Wilelmus cornes firmavit, et 
filius ejus Wilelmus firmavit » [Cluny, n° 1837). — 29 août [993] : « ego 
Guillelmus cornes et uxor mea Adalaiz et germanus meus Rodbaldus et 
filius meus Guillelmus... donamus... ecclesiam.. S. Cosmœ et S. Damiaiii 
et alia... Sanctse Mariœ... in territorio civitatis Magalonensis, in suburbio 
castri Substantionensis... de villa Caldisianicas... S. Guillelmus comes et 
uxor mea Adalaiz et frater meus Rotbaldus et filius meus Wilelmus... » 
(Arch. du Gard : H. 106, Cart. de Psalmody, f° 15). Louis V étant mort le 
22 mai 987, Hugues Capet fut élu le l^r juin (Richer, lib. Illl, cap. 5 et 12). 
Psalmody, entre le vieux Vistre et le Vidourle, comm. Saint-Laurent 
d'Aigouze, Gard, arr. Nimes, canton Ai gues-M or tes; Candillargues, Hérault, 
canton Mauguio, arr. Montpellier. 



228 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

premier et de voir son frère Roubaud figurer seulement au second 
rang pourle confirmer. En résumé, deux constatations s'imposent. 
D'abord, les actes où paraissent ensemble les deux frères, avec 
Guillaume au premier rang, concernent le comté d'Arles, la 
partie du comté d'Aix placée sur la rive droite de la Durance, 
les comtés de Fréjus, de Sisteron, d'Avignon, de Garpentras. 
Geux que Roubaud souscrit le premier sont relatifs à Riez et à 
Aix. Deux actes ont été rédigés à Arles (976 et 990), comme 
l'avaient été auparavant tous ceux émanés de leur père ; deux 
autres ont été rédigés à Avignon et à Garpentras. Un seul con- 
cerne le domaine fiscal au comté d'Arles. 11 semble ressortir 
clairement de laque Guillaume, après la mort de son père Boson 
comte d'Arles et de son cousin germain Boson comte d'Avignon, 
laissa le comté d'Arles à son frère aîné Roubaud, en prenant pour 
lui le comté d'Avignon, c'est-à-dire la région comprenant les 
cités d'Avignon, Garpentras, Gavaillon, Aix sur la rive droite, 
Sisteron, et qu'il y joignit sans doute Fréjus sur la rive gauche. 
Dans les actes qui concernaient ces cités, la souscription de 
Guillaume dès 972 passait la première : mais il lui fallait tou- 
jours l'approbation de son frère aîné Roubaud. La Provence res- 
tait indivise entre eux deux : ils s'en partageaient la jouissance. 
Ge cantonnement de Guillaume sur la rive droite, que l'on croit 
entrevoir, explique seul, d'ailleurs, pourquoi il y choisira le lieu 
de sa sépulture, au lieu de se faire enterrer dans Arles. Si ce can- 
tonnement était admis, on devrait observer que les actes, émanés 
de l'aîné Roubaud personnellement, sont surtout relatifs à Arles : 
fait remarquable, il n'en existe point qui soient antérieurs à la 
mort de Guillaume. Ge silence paraît prouver que la personnalité 
de l'aîné était abolument effacée. Après avoir constaté que 
presque tous les actes concernent la rive droite, il faut constater 
en second lieu un fait absolument certain. Toute l'initiative 
appartient au cadet, non seulement sur la rive droite, mais 
encore sur la rive gauche de la Durance. L'acte relatif aux marais 
de Montmajour est sans réplique. Get effacement de Roubaud 
est vraiment extraordinaire, puisqu'il n'a pas fait la moindre 
donation à Montmajour de son propre mouvement. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 229 

Après avoir parlé des actes où les deux frères paraissent 
ensemble, il faut passer en revue ceux, plus nombreux, qui 
émanent seulement de Guillaume ou qui le concernent ; on en 
compte au moins seize K Sur ce nombre, cinq ont été passés à 

1. Arles, 20 août [970?], l'an XXXI : « antedomno Willemmo, inlustrissimo 
comité et anle vassos dominicos, tam romanos quam salicos, unà cum plu- 
rimarum personarum diversis legibus viventibus... in comitatu Aquense... 
de villa Stavello... cornes prefatus et judex Bercngarius judicaverunt... » 
(Cart. de Saint-Victor^ n*^ 290). Les souscriptions de ce plaid ont disparu. 

Arles, mai [972 ?], l'an XXXIII: «...Hicterius sancte sedis Arelatensis 

venerabilis archimandrita favente viro illustrissimo Guillelmo comité .. 

abbatiam Sancti Vincentii Sanctique Ferreoli... nuncupatam Nionis, que 

est in comitatu Vasionensi, territorio Provincie Statuentes... nulli, 

licere... magne parveque persone tam duxsive marchiosive etiam cujusque 

dignitatis sit preditus homo Signum archiepiscopus Hicterius... Signum 

Guillelmus comes fîrmavit. Airardo episcopo firmavit, Garnerius abba... » 
(Biblioth. d'Arles, ms. 168, n'' 44 ; tiré des Arch. de Saint-Césaire). 

Arles, 17 août 977, l'an XXXVIII : « Ego... Teucinda... cedo... insulam... 
Monte majore... in comitatu Arelatense... Signum Teucinde... Riculfusepis- 
copus voluit et consensit. Vuillelmus comes firmavit. Lanbertus f. Poncius 
firmavit... Archinricus levita atque indignus monachus scripsit » (Chan- 
telou, pp. 52, 53). Cette charte prouve que le moine Archinric de Mont- 
majour prenait alors l'ère à 940. 

Marseille, mercredi 31 octobre [977] : « ego... Honoratus episcopus... 
in comitatu Massiliense... incomitatu Aquense... in comitatu Senescience... 
in comitatu Forojuliense... incomitatu Ucetico... Signum domni Honora ti... 
Domnus Guillelmus comes fîrmavit » (Car^. Sam^-Fic^or, n° 23). La sous- 
cription du comte figure la dernière, après celles du donateur, des simples 
témoins et de la famille vicomtale. Il est donc certain qu'il n'était pas pré- 
sent à la rédaction de l'acte et qu'on l'a prié ensuite'de la confirmer. 

Le mercredi tombe le 31 octobre en 966, 977, 983 et 988. L'acte est pro- 
bablement postérieur au mois de mars 965, date â laquelle Guillaume 
n'était pas encore comte ; il est antérieur à la date du 6 mars, l'an XL de 
Conrad, où paraît, comme évêque de Marseille, Pons, neveu et successeur 
d'Honorat [Saint-Victor, n° 72). Pour déterminer la date complète de ce 
dies adquem, il faut observer que l'ère a pu être prise, au plus tôt en 937 et 
au plus tard en 942 ; par conséquent, il s'agit d'un 6 mars flottant entre 
976 et 981. Les dates de 983 et 988 sont éliminées pour le mercredi 
31 octobre : il reste comme possibles les années 966 et 977. Il y a lieu main- 
tenant d'observer que l'acte du 6 mars [976-981] donne les souscriptions 
de six témoins : Déodat, Marin, Dominique, Thierry, Nizier et Autard. 
Cinq de ces témoins sur six se retrouvent parmi les six témoins assistant 
le 31 octobre à l'acte d'Honorat, à la suite de l'évêque de Fréjus, de la 
famille vicomtale et du comte. C'est une très grande probabilité que les 



230 LA PROVENGE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

Arles, trois à Avignon, un à Marseille, un à Apt, un à Manosque 
et cinq dans des localités indéterminées : soit, six actes dressés sur 

deux actes du 31 octobre et du 6 mars ont été passés à des dates rap- 
prochées, le premier â la fin du pontificat d'Honorat, le second au début 
de celui de son successeur. La date de 966 est donc écartée et il reste le 
mercredi, 31 octobre [977] : pour le second acte, reste possible le 6 mars 
[978-981] avec probabilité pour 978 ou 979. 

Avignon, 12 mai 979, ind. 7 : « ... cum consilio senioris mei Chuonradi 
régis atque incliti marchionis Wilelmi... Signum Vualcaudi episcopi... 

Dodo firmavit Ricardus firmavit... Durandus presbiter Signum 

Silvestri archiepiscopi Aquensis ecclesiœ. Signum Vuarnerii Avenionis 
ecclesiœ. Signum Vuilelmi comitis [Saint- Victor, n° 1043). Le groupe 
final des deux évêques et du comte paraît former une confirmation posté- 
rieure à la rédaction de l'acte. L'acte concerne le pays de Cavaillon. 

Arles, 17 avril [981?], l'an 42... «ego, in Dei nomen, Vuilelmus, marchius 
Arelatense Provintie.., cedo... aliquid de proprietatem meam... in comitatu 
Avinionense, in agro Rupiano... Signum Vuilelmus... Signum Arsinda 
comitissa firmavit. Signum Eldebertus et Vuarbidus et Bonfilius judices... 
Signum Bonfilius vicarius firmavit.... Aimericus presbiter rogitusscripsit » 
[Saint- Victor, n» 1042). 

juin [981], l'an 42 : « Willelmus comes et conjux mea Arsindis... cedi- 
mus... in regno Provincie, in pago Aquensi, villam... Pertusum... que 
michi ex donatione Ingilranni Cavallicensis episcopi et fratris sui Novi- 
longi legibus obvenit... Signum Willelmi inclytus comes et uxor sua Arsin- 
dis... Archinricus monachus... mandante Willelmo comité scripsit » 
(Chantelou, pp. 56-57). La date est fixée par l'acte précédent du 10 août 
977 émané du même scribe. 

Avignon, 6 mai 982, ind. 10^ : « e^o Warnerius Avenionensis ecclesiœ 

O 7 7 O 

episcopus... in agro Fretensi... S. Warnerii humilis episcopi... S. War- 
nerii, Durandi et aliorum canonicorum. S. Theodorici episcopi Vasionensis, 
Willelmus voluit, consentiit et firmavit. Eldebertus, Adalelmus, Lam- 
bertus Dodonus. Hugo presbyter firmavit » (Deloche, Saint-Remy de 
Provence, pp. 56-60). La souscription comtale, suivie de celle des juges, 
a pu être apposée après coup. 

Manosque, mercredi 2 janvier [984], l'an 44 : u in placito générale... in 
presentiaGuilelmo comité et Heldeberto judice et Garbido iuâice...» [Saint- 
Victor, n° 654). Il s'agit d'un jugement entre l'évêque de Marseille et celuide 
Sisteron :1e groupe des souscriptions est incomplet. Le mercredi 2 janvier 
tombe en 967, 978, 984, 989; d'autre part, l'ère ayant pu être prise de 937 à 
942, la date de l'an 44 flotte entre le 2 janvier [980] et le 2 janvier [985] : 
c'est donc le mercredi 2 janvier [984J dont il s'agit et l'ère était prise, dans 
cet acte, en 941. 

Avignon 986, ind. 14« : « ego Vuillelmus comes, inclitus marchio, et uxor 
mea Adalaix comitissa donamus .. in comitatu Avenionense, lacum Bul- 
bonum et brachium Mairanicarum... Sig-num Vuillehni incliti marchionis et 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 231 

la rive gauche et cinq sur la rive droite. C'est la même propor- 
tion que celle déjà observée pour les neuf actes où paraissent les deux 
frères, puisqu'il en est trois qui sont datés d'Arles, un d'Avignon, 
un de Garpentras et deux d'une localité inconnue. Les actes, où 
Guillaume paraît seul, sont deux fois plus nombreux que ceux où 
figure l'approbation de son frère. Observant quels sont les comtés 
intéressés par ces seize actes sur lesquels porte l'examen actuel, on 
voit nommer Avignon trois fois, Aix quatre fois, dont une à propos 
de Pertuis sur la rive droite, Arles deux fois, Fréjus deux fois, 
Apt deux fois, Vaison une fois, Gavaillon une fois, Marseille une 
fois, Senez une fois, Riez une fois et Sisteron une fois. La pré- 
pondérance d'Avignon et d'Aix est intéressante ; elle est 
souvent fournie par des titres qui concernent Saint- Victor ou 

uxoris suœ x\dalaix comitissœ... » (Ruffi, Dissertations historiques, 1712, 
p. 16; d'après le Cart. de Saint-André d'Avignon, p. 34). 

989, ind. i^^ : «antepresentiam domniAnnonissancte Arelatensisecclesie 
archipresulis... subtuscastrus...Fossas, secusmare... Signum domni Annonis 
archiepiscopi... Willelmus cornes firmavit. Ymbertus prepositus f. Poncius 
Massiliensisepiscopus f. Riculfusepiscopus firmavit » (Albanès, Gall. Christ, 
noviss., Arles, n° 291). 

Arles, mai [988?], l'an 49 : « ego... Silvester dono... per remedium anime 
mee... etper remedium anime Vuillelmi Provintie marchioni... Lonicus, 
in comitatu Forojuliensi... » (Chantelou, pp. 57-58). La date flotte entre 
985 et 990, avec probabilité plus grande pour 989, si l'ère est prise à 940. 
Arles, juin [989], l'an 49 : « ...inter domno Vuillelmo comité et uxor sua 
Adalax apud... Aicardo... de villa... Segalarias... in comitatu Aquense... 
S. domnus Vuilelmus et uxor sua Adalax... S. Teutbaldus vicarius... » [Mém. 
de VAc. de Marseille, 1887, pp. 252-253). 

Apt, 5 août 991, ind. 4'' : « Teudericus sedis Aptensis... episcopus... 
cum consilio et voluntate Vuillelmi totius Provinciœ principis... » [Gall. 
Christ., t. I, instr., col. 74-75 ; Cart. d'Apt, n° 3). 

Arles, juillet [993?], l'an 54... « ego Rostagnus et frater meus Vuala... 
in comitatu Atense... S. Rostagnus et Vuala... Vitburga et Insingarda et 
infantes illorum Gontardus et Hoda et Vuilla et Billiilde... Domnus Vuillel- 
mus comes firmavit. S. Pontius juvenis firmavit Aimericus presbyter, nota- 
rius,rogatus scripsil » (Chantelou, pp. 71-72). La date flotte entre juillet 990 
et juillet 995, suivant qu'on prend le début de l'ère en 937 ou en 942: le roi 
étant mort le 19 octobre 993, cela réduit le début possible de 937 à 940. 
Le scribe arlésien Aimeric se rencontre le 17 avril [981 ?], l'an 42 (Saint- 
Victor, n° 1042), et en novembre [982?], Tan 43 (Chantelou, pp. 54-55) : la 
date de 993 est la plus probable, avec le point de départde l'ère en 940. 

[993-1000] : « comes Willelmus... in terra de Valentiola et de Archin- 
zosco... » {Cluny, n° 1290). 



232 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

Montmajour, abbayes marseillaise et arlésienne. Sur dix-huit 
mentions, neuf concernent les localités dépendant d'Avignon et 
de la rive droite, neuf des localités placées sur la rive gauche. 
Parmi ces seize actes, il se présente deux plaids comtaux : 
l'un est tenu en janvier àManosque, l'autre en août à Arles. Dans 
ce plaid d'août, on voit les vassaux de loi romaine passer avant 
ceux de loi salique ; en Provence, c'est naturel ^ Quant au comte, 
il n'indique pas quelle est sa loi personnelle. En somme, la série 
d'actes, où Guillaume paraît seul, permet de maintenir l'opinion 
qui désignait Avignon comme le centre probable de ses biens 
personnels. Il est évident que le comte habite tantôt Arles et 
tantôt Avignon : toutefois sur la rive droite, il choisit comme 
résidence, hors de toute cité, le château de Manosque formé par 
la paroisse Saint- Sauveur et à la sortie duquel se forme déjà un 
bourg avec l'église Notre-Dame. C'est une innovation. Dans les 
cités, les comtes commençaient à n'être plus tout à fait chez eux. 
Quelquefois, Guillaume passait Noël à Manosque et Pâques à A ries. 

On a vu qu'à Arles même, Roubaud était relégué par Guil- 
laume au second plan. Si l'on passe en revue les actes privés, 
émanés, non plus de Guillaume, mais des primats d'Arles, du 
temps d'itier et d'Annon, de 963 à 996, on voit que, parmi une 
vingtaine de pièces, deux seules sont soumises àl'approbation com- 
tale, parce qu'il s'agit dans ce cas, non pas d'une simple donation 
ou d'un échange de terres ecclésiastiques, mais d'une fondation 
d'abbaye. L'approbation demandée alors est celle de Guillaume 
et non pas celle de Roubaud ^. 

Il est difficile de dire à quoi exactement est dû cet effacement 
de Roubaud, depuis la mort de son père. S'il était bien l'aîné de 
Guillaume, il dut abdiquer les droits de prééminence qu'il tenait 
de sa naissance. Jusqu'alors, il y avait eu des comtes en Provence, 
résidant dans Arles, dans Avignon, dans Senez et ailleurs. Celui 

1. Il en était ainsi déjà en 845 : « ante Rothbertum vicarium de viro 
illustri Adalberto comité et tam scavinis tam romanis quam salicis... » 
{Saint- Victor, n" 26). 

2. Gall. noviss,, Arles, nos265 à 296. Voir les n^^ 291 et 276(Bibl. d'Arles, 
ms. 168, n» 44). 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 233 

d'Arles avait plus d'importance que les autres, parce qu'il rési- 
dait dans la capitale de la Provence : c'était donc le seul dont 
le titre, dans les actes, fût suivi quelquefois de l'indication de sa 
résidence. Le précepte du 8 décembre 966 qualifiait encore 
ainsi Boson comte d'Arles. Avec l'avènement de ses fds, l'un dans 
Arles, l'autre dans Avignon, une transformation se produit. Le 
plaid du 20 août 970 ne permet pas encore de la saisir : la dona- 
tion d'avril 972, émanée de Guillaume et approuvée par Rou- 
baud, en témoigne pour la première fois. Guillaume n'est plus 
un simple comte d'Avignon, Roubaud n'est plus, de son côté, 
un simple comte d'Arles : tous deux ne sont plus de simples 
comtes en Provence. Guillaume s'intitule comte de Provence : 
ceci suppose que tous les autres comtes en Provence, existant pré- 
cédemment à Senez et ailleurs, avaient disparu. Seul Guillaume 
demeurait et son frère Roubaud auprès de lui : Roubaud ne 
prend d'ailleurs pas le titre nouveau, il le laisse à Guillaume 
seul en signe de prééminence. L'approbation qu'il donne à 
quelques-uns de ses actes, soit sur la rive gauche, soit sur la 
rive droite, prouve que la propriété de la Provence était légale- 
ment indivise entre eux deux. Par le fait, Roubaud jouissait sur- 
tout d'Arles et Guillaume d'Avignon. Mais Guillaume était le 
chef unique. Ce titre éminent que Guillaume assume en 972 est 
celui que commentera l'évêque de Carpentras en 982, en disant 
que Guillaume est le prince de cette Provence et en passant 
sous silence son frère le comte Roubaud. L'évêque d'Apt préci- 
sera, en 991, en déclarant que Guillaume est le prince de 
toute la Provence. 



§ 2. — L'érection de la marche de Provence 

(979) 

Au moment où la Provence retrouvait son unité, sous l'au- 
torité d'un seul chef, le titre de comte parut insuffisant pour 
définir cette autorité. Dans des circonstances analogues, 



234 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

en 911, le comte d'Arles, Hugues, était devenu duc de Pro- 
vence. Guillaume n'était pas de race assez illustre, semble-t-il, 
pour ceindre à son tour la couronne ducale. Le roi de Bourgogne 
ne devait pas, d'ailleurs, tenir beaucoup à élever un duc dans son 
royaume. Tout le monde reçut bientôt satisfaction par un moyen 
terme. Le 12 mai 979, un évêque, celui de Gavaillon, déclare 
avoir pris le conseil de son seigneur le roi Conrad et de 
Guillaume, l'illustre marquis. Guillaume lui-même^ le 17 avril 
981, se qualifie marquis de la Provence artésienne. Avec ce 
titre de marquis, il reparaît en 986 à Avignon ; de même, à 
Arles en 992, il agit comme seigneur, prince et marquis de cette 
Provence ; finalement, en mai 993^ un des vassaux de Guillaume 
précise encore que ce prince est marquis de Provence. Ainsi Guil- 
laume reçoit, entre 972 et 979, le titre de marquis de Provence 
comme Hugues, en 911, était devenu marquis de Viennoise. 
Il aurait pu dire : « duc ne puis, marquis suis. » Par tradition, 
la Provence était mieux qu'une marche et elle constituait un 
duché. En mai 972, le style de l'archevêque d'Arles prévoit 
l'existence possible d'un duc ou d'un marquis. Après la mort de 
Guillaume, on le traitera par inadvertance de duc^ et on n'aura 
pas tout à fait tort, puisque ce personnage avait été, en somme, 
marquis d'un duché. Les autres actes continuent h donner son 
titre ancien de comte à Guillaume et ce n'est pas irrégulier, car ce 
titre n'est pas incompatible avec le nouveau. Dans chaque duché, 
dans chaque marche, le duc ou le marquis possède personnel- 
lement un ou plusieurs comtés : en Provence, le marquis les 
possédait tous, c'est vrai, mais il les possédait par indivis avec 
son frère, de sorte qu'en droit le marquis de Provence était 
propriétaire de la moitié seulement des comtés placés dans la 
marche. 

A quoi convient-il d'attribuer ce nouvel état de choses dont 
profita Guillaume en devenant comte, puis marquis de Provence ? 



l. « Willelmusquondam dux et Provinciae pater patrise » (C/uaii/, n°2866). 
« Willelmus Arelatensis dux » (Raoul Glaber, lib. I, cap. IV, § 9). 



LE ROYAUME DE nOUHGOGNE-PROVENCE 235 

L'institution d'un marquis revient à organiser la défense d'un 
pays frontière sous l'autorité miltaire d'un seul chef. Si l'orga- 
nisation de la Provence en marche était dirigée contre le 
royaume de Lombardie, elle ne tarderait pas jusqu'en 979 à 
se faire jour. On a vu que la marche d'Ivrée avait été renforcée 
contre les Alpes en trois zones à l'avènement de Béranger, le 
15 décembre 950. Le roi de Bourgogne venait précisément d'ins- 
taller les fils de lloubaud comme comtes d'Arles et d'Avignon 
en 949 : s'il avait eu la préoccupation d'organiser la Provence 
contre la Lombardie, il aurait fait de Boson un marquis, au lieu 
de le laisser simple comte d'Arles toute sa vie. 

L'organisation de la Provenceen 979 serait-elle dirigée contre le 
royaume de France? C'est fort probable. En effet, le roi de France 
Lothaire s'associa son fils Louis V et le fit sacrer à Gompiègne 
le 8 juin 979. Aussitôt, il l'expédie à Brioude, auprès d'Alix 
d'Anjou, veuve d'Etienne, comte deGévaudan, pour l'épouser et 
se faire reconnaître comme roi de Guyenne. Malheureusement, les 
caractères des deux nouveaux époux étaient aussi mal assortis que 
leur âge respectif : le jeune roi ne tarda pas à haïr sa femme. 
L'union dura à peine deux ans, dit Richer, et un divorce survint. 
Le roi de France, fâché de la tournure que prenaient les événe- 
ments, rappela son fils auprès de lui. Alix, peinée de son 
abandon et craignant pis encore, se réfugia en Provence : elle y 
épousa Guillaume d'Arles. 

Richer place le récit des affaires de Guyenne (979-981), c'est- 
à-dire le sacre de Louis V, son séjour à Brioude, son mariage 
avec Alix, après le récit des alTaires contemporaines de Ger- 
manie (978-981) K II est facile de rétablir les dates : le sacre de 

1. Richer, Illstoriarum, lib. III, § 91 : « Promotio Ludovici in regnum 
Francorum. — §92. Ilem promotio Ludovici in reg-num Aquitaniae eiusque 
uxoratio. — §94: Adelaidis at Ludovico reginœ in Aquitania promolio 
eorumque divortium » (éd. in usum scholarum, pp. 119-421). 

Les paragraphes consacrés à la guerre de Germanie et au traité qui inter 
vintsont les § 68 à 81. Cette guerre ayant débuté avant le sacre de Louis, 
l'historien, pour ne pas couper son développement, en fait la narration com- 
plète jusqu'au traité de 981 et y ajoute le voyage du duc de France auprès 



236 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl*^ SIÈCLE 

Louis V a été célébré le 8 juin 979. Son séjour en Guyenne et 
son union, qui y dura près de deux ans, doivent donc être reportés 
de 979 à 981 . Précisément, on a deux préceptes de Lothaire, 
datés du 9 juillet 981, où, par exception, il mentionne le règne de 
son fils à côté du sien. Ces préceptes marquent le moment pré- 
cis où Louis V rentrait de Guyenne en France. C'est peu après 
que la reine Alix, abandonnée à Brioude, dut se décider à se 
mettre en Provence à l'abri de toute vexation. 

11 y a vraiment une coïncidence remarquable entre les événe- 
ments de Guyenne et l'époque où se constate l'organisation de la 
Provence en marche. Le premier acte, qui mentionne le titre de 
marquis porté par Guillaume mari d'Arsinde, est du 12 mai 979 : 
le sacre de Louis que son père allait envoyer pour régner en 
Guyenne est du 8 juin. Il paraît évident que le roi de Bourgogne 
organisa la Provence en marche contre le royaume de France, ou 
plus exactement contre le royaume de Guyenne, dès qu'il eut 
vent des événements qui se préparaient et de la prochaine expan- 
sion française sur ses frontières. Ce n'était pas un acte d'hosti- 
lité proprement dite : c'était une mesure de prudence. La France 
était alors en guerre contre la Germanie et Conrad paraît avoir 
gardé une neutralité complète dans la querelle. En 981, Lothaire 
pourra donc lui écrire en invoquant la satisfaction qu'il res- 
sentait d'avoir maintenu fermement les relations amicales déjà 
anciennes entre la France eT la Bourgogne ^. Mais, on le devine, 
Lothaire avait alors à demander un service important au roi de 
Bourgogne : deux ans auparavant, celui-ci n'était sans doute pas 
si bien rassuré sur les intentions cordiales de Lothaire. 



du roi de Germanie, sous les§ 81 à 90, en raison de ses rapports étroits avec 
cette guerre. Alors seulement, il passe, § 91 à 95, aux événements contem- 
porains de Guyenne qui débutent en 979 et s'achèvent eux-mêmes en 981. 
Cette méthode se comprend. 

1. « Lotharius Francorum, gratia Dei, rex Conrado Alemannorum régi, 
quicquid sibi. Amicitiam inter nos a multo tempore constitutam inviolabi- 
liter conservare semper mihi gratum fuit.... »(Richer, Historiarum, lib. III, 
§86). 



tE ROYAUME DE BOURGOGNE -PROVENCE 237 

§ 3. — L'expulsion des Sarrasins 

(983) 

La marche de Provence, constituée en 979 contre une menace 
éventuelle de la France, rendit au moins le service aux Proven- 
çaux de les débarrasser des Sarrasins. Cet événement vaut la 
peine qu'on s'y arrête, après avoir dit quelques mots de l'occu 
pation désastreuse et prolongée qui le précéda. On sait déjà 
comment ^ vingt d'entre eux, venus d'Espagne sur une barque 
légère pour aborder probablement en Gothie, furent portés sans 
le vouloir à la dérive par le vent du sud-ouest sur les côtes de 
Provence. Ils débarquent la nuit, entrent par surprise dans le 
village voisin, en massacrent les habitants, prennent le parti de 
s'établir dans les hauteurs peu accessibles de la chaîne des Maures, 
tout près du village surpris et de la mer, se retranchent contre 
les gens du pays qui voudraient venger les leurs. Ils se terrent 
dans des buissons épineux, qui rendent par leur épaisseur tous les 
abords infranchissables, et ne ménagent qu'un seul sentier d'ac- 
cès, de manière à jouir d'une entière sécurité. Trouvant ce repaire 
à leur goût, ils envoient chercher du renfort en Espagne avec la 
promesse de gagner sans peine tout le pays. Leurs compatriotes 
peuvent à peine croire à unepareille aubaine. Gentautres seulement 

1. « Opidum vocabulo Fraxinetum quod in Italicorum Provintialiumque 
confiniostare manifestum est... mari uno exlatere cingitur, cœteris densis- 
sima spinarum silva munitur... XX tantum Saraceni lintre parvula ex His- 
pania egressi, villamque clàm ingressi, christicolas... jugulant... mon- 
temque Maurum villulaîcoherentem contra vicinas gentes refugium parant;., 
spineam silvam... spissioremsua pro tuitione fatientes... Loci... asperitate 
confisi, vicinas gentes clàm circumquaque perlustrant... in Hispaniam 
nuntios dirigunt vicinasque gentes nichili se habere promittunt. Centum 
denique tantummodo mox Saracenos reducunt... Interea... Provincialium... 
invidia cepit inter se dissidere, alius alium jugulare, substantiam rapere... 
pars... hos... Saracenos, non minus callidos quam perfidos, in auxilium 
rogat; cumque his una proximum conterit... trucidare... terram fructife- 
ram in solitudinem reddere... » (Liudprand, Antapodosis, lib. I, cap. 1-4). 

Voir la feuille XXV-35, sur la carte du service vicinal. 



238 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

se décident à rejoindre les premiers arrivés. Précisément à cette 
époque, les Provençaux, envieux les uns des autres, ne pensaient 
qu'à se tuer et à se voler réciproquement. Ne pouvant se faire 
assez de mal à eux-mêmes, il en est qui, pour venir à bout de 
leurs adversaires, appellent à leur aide les pirates étrangers. Bref, 
ce que les Sarrasins peu nombreux n'auraient pu faire de leurs 
propres forces contre les Provençaux unis, ils arrivent à le faire 
grâce à la guerre civile qui rongeait ce malheureux pays. Les Sar- 
rasins augmentent leur nombre peu à peu, grâce à l'aveuglement 
des habitants divisés qui les laissent faire : le moment vient où 
ils peuvent impunément ravager les campagnes et piller les 
habitants qu'ils mettent finalement d'accord en les exterminant 
sans acception de parti. 

Ce récit, qui est celui de Liudprand, offre toutes les apparences 
de la vérité : on n'a aucune raison de le suspecter. Selon lui, le 
Freinet, où débarquèrent les Sarrasins, se trouvait aux confins 
de l'Italie et de la Provence. En réalité, d'après les textes du 
XI*' siècle, ce n'était pas un simple château qui portait ce nom, 
mais toute une région du comté de Fréjus bordée par la mer au 
sud, protégée au nord par les montagnes boisées qu'on appelle 
les Maures et où, selon Liudprand, les Sarrasins cherchèrent leur 
refuge après le sac du premier village pris par eux. Le golfe de 
Grimaud était le mouillage naturel de cette région. Elle compre- 
nait notamment les châteaux de Saint-Tropez, de Grimaud, de 
Miramas, le village de la Mole, le revest de la Moure.La Garde- 
Freinet est le seul lieu qui ait retenu le nom générique du can- 
ton ;mais ce n'était, commel'indique son qualificatif, qu'un poste 
d'observation placé à la limite du Freinet^ Le canton du 

1. Cart. de Saint-Victor, n°« 18, 110, 551, 590, 591, 592, 595. La forme 
latine est : Fraxenetum, Fraxinitum, Fraxanetum. Le seul texte qui révèle 
la forme vulgaire Fragnetum est le n° 592 : c'est bien l'équivalent de la 
forme actuelle Freinet. 

La Môle, Var, arr. Draguignan, cant. Saint-Tropez. — Grimaud, Var, arr. 
Draguignan. — La Garde-Freinet, Var, arr. Draguignan, cant. Grimaud. — 
N.-D. de Miramas, chapelle sur une colline, dans la commune précédente. 
— La Moure, hameau dans la même commune. — Saint-Tropez, Var, arr. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 239 

Freinet formait donc l'extrémité du diocèse de Fréjus sur la 
côte, vers Toulon, en remontant la frontière de ce diocèse par la 
Môle, Grimaud, la Garde et la Moure. Le diocèse de Fréjus 
dépendait de la province d'Aixet celui de Toulon de la province 
d'Arles. Pour admettre l'expression dont se sert Liudprand, en 
disant que le canton du Freinet se trouve sur les limites de la 
Provence et de l'Italie, il faut croire que les Sarrasins vinrent 
s'y établir au moment où la province d'Embrun était rattachée 
à l'Italie, c'est-à-dire sous le règne de Charles le Gros : Fréjus 
et Antibes formaient la frontière de la Provence ; Vence et 
Nice celle de l'Italie. De fait, par le texte du concile de Valence 
réuni pour l'élection de Louis l'Aveugle, on voit que l'événe- 
ment s'était produit avant 890 K 

La période d'anarchie et de guerre civile, qui favorisa l'instal- 
lation des pillards, doit coïncider avec le règne de Boson, com- 
battu par les Carolingiens. Quand Hugues devint duc de Pro- 
vence, les Sarrasins devaient être déjà assez forts pour ne plus 
ménager personne : au fur et à mesure que leur nombre devient 
plus grand et que le temps passe, l'aire de leurs dévastations 
s'étend plus loin du Freinet, soit parce que leur audace 
croît, soit parce que les environs immédiats sont déjà rava- 
gés. En 936, ils vont piller Acqui, pendant que leurs compa- 
triotes d'Afrique venaient par mer s'emparer de Gènes -. En 
941, ils interceptent les passages des Alpes à l'ouest et au nord 
de la Lombardie : le roi Hugues se voit contraint d'intervenir. 
N'ayant pas de flotte, il traite avec le hasileus : en 942, les 
Grecs viennent bloquer le Freinet par mer pour l'empêcher 
de se ravitailler. Ils jettent leur feu grégeois qui détruit 



Dragiiig-nan. — La chaîne des Maures s'étend parallèlement à la mer, entre 
le Gapeau du côté de Toulon et l'Argens du côté de Fréjus, entre la rade 
d'Hyères et le g-olfe de Fréjus. 
Feuilles XXV, 35 et 36. 

1. <( Sarrazeni, Provinciam depopulantes, terram in solitudinem redig-e- 
bant » {Mon. Germ. hist. ; Capitularia, t. II, 1893, p. 377). 

2. Liutprand, Aniapod., lib. 11, cap 43; lib. IV, cap. 4. 



246 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII« SIÈCLE 

les barques arabes, pendant que les Lombards et les Pro- 
vençaux s'emparent par terre du Freinet et obligent les Sarra- 
sins à s'enfuir dans les bois des Maures. Une diversion, amenée 
par Déranger en Lombardie, empêche malheureusement de venir 
à bout définitivement de l'ennemi. Hugues trouve bon de ren- 
voyer la flotte grecque et de s'allier avec les Sarrasins, qu'il venait 
de battre, pour chasser Béranger de Lombardie K Pour prix de ce 
service, les Sarrasins continuèrent à occuper tranquillement le 
Freinet. C'est l'époque où la Provence paraît être tout à fait 
épuisée. Lavènement du roi de Bourgogne, en 949, marque le 
début d une ère de restauration, lente à se dessiner. Le roi, 
menacé à la fois des Hongrois et des Sarrasins, trouve moyen de 
lancer les premiers, qui ne faisaient que passer, sur les seconds 
qui étaient fixés à demeure. Cette tactique valait mieux que celle 
de Hugues : les Provençaux, de leur côté, devaient être guéris de 
leur aveuglement fratricide. On vendit des Sarrasins prisonniers 
sur le marché d'Arles ". Mais, en 963, leur repaire n'était pas 
encore détruit 3. C'était chose faite avant 990 ^. Pour se faire 
une idée du désert qu'étaient à ce moment les cités de Fréjus et 
de Toulon voisines, il suffît de lire les textes : ils sont élo- 

1. Liutprand, Antapod., lib. V, § 9, 16, 17. 

2. Ekkehard, Casus {Script., t. îl, pp. 110-111), 

3. Liudprand, De rébus gestis Ottonis, § 4, 7. 

4. Arles, 6 mars [990 ?] : « Riculfus Forojuhensis episcopus, in villa 
Manoasca ante presentiam domini Willelmi Provincie comitis et genibus 
ejus provolutus rogavit eum.., civitas Forojulierisis... acerbitate Saraceno- 
rum destructa atque in solitudinem fuit redacta ; habitatores quoqiie ojus 
interfecti seu timoré longius fuerunt efîugati. Non superest aliquis qui 
sciât vel predia vel possessiones... ecclesie... ; non sunt cartarum pagine, 
dcsunt regalia precepta. Privilégia quoque seu alla testimonia aut velus- 
tate consumpta aut igné perierunt, nihil aliud nisi tantum solo episcopa- 
tus nomine permanente. Igitur, nunc, inclyte cornes, tibi est a Domino 
facultas concessa ut expelleres Agarenos a pristinis fînibus... » (Chantelou, 
éd. du Roure, pp. 66-68). 

« Cum gens pagana fuisset e finibus suis, videlicet de Fraxeneto expulsa 
et terra Tolonensis cepisset vestiri et a cultoribus coli, unusquisque 
secundum propriam virtutem rapiebat terram... : Domine cornes, ecce 
terra, soluta a vinculo pagane gentis tradita est in manu tua, donatione 
régis... » [Cart. de Saint- Victor, n° 11). 



Le royaume de BOURGOGNE-PROVENCE 24l 

quents. Les Sarrasins étaient donc demeurés un siècle dans leur 
poste du Freinet. L'importance de leur disparition finale est telle 
qu'il convient d'en fixer la date avec précision. 

L'arrestation armée de l'abbé de Gluny saint Majeul, origi- 
naire d'Avignon, fut la cause immédiate de l'événement. La vie 
du saint, faite par Gyr et terminée par Arbaud, est le meilleur 
texte à consulter * : mais les faits dont elle donne le récit sont 
présentés sans le souci d'une chronologie constante et rétablir 
leur ordre réel ne va pas sans difficultés. 

La lecture des livres 2 et 3 de cette vie peut se résumer ainsi. 

1** Souvent Mayeul se rendit auprès des empereurs et des rois 
(Lib. II, § 23). 

2^ Il réforma la vie religieuse non seulement en France, mais 
en Italie; en Germanie même, il ne resta pas inconnu (§ 26). 

3° Il fut en pèlerinage au sanctuaire de N.-D. du Puy (§ 27). 

4** Il guérit un aveugle en Viennois (§ 29). 

S** Une autre fois, en passant à Goire, il guérit l'évêque Albert 
au moment des fêtes de Pâques (§ 32) . 

6^ Se trouvant à Rome et dénué d'argent, il put miraculeuse- 
ment faire une aumône à saint Paul (§ 33). 

7° Sa renommée venant à l'empereur Otton, celui-ci désira le 
voir et le chargea de missions profitables à l'Eglise (§ 35). 

8® Il réforma, près de Ravenne, Saint-Appollinaire in classe, 

9** Pour être agréable à l'impératrice, il s'occupa de la con- 
struction de Saint-Sauveur de Pavie. 

10° Depuis longtemps absent et voulant rentrer à Gluny, 
comme il descendait le col et approchait de la Dranse, après 
avoir traversé le village d'Orsières et le torrent qui y passe, il 
est surpris par les Sarrasins dans les défilés de la route, lui et 
ses compagnons. Geux-ci prennent la fuite à grands cris, mais les 
Sarrasins les gagnent et les saisissent. Le saint est atteint à la 
main d'un trait envoyé du haut d'un rocher sur un de ses fami- 
liers proche de lui et dont il voulut parer le coup. Mû de com- 
passion pour ses compagnons, il renonce à fuir alors que, peut- 

1. Acta Sanctorum^ mai, t. II, pp. 667-683. 
Mém. et doc. de iÉcole des Charles. — VII. • 16 



242 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII*' SIÈCLE 

être, il l'eût pu. Personne n'est tué: les Sarrasins, ramenant leurs 
prisonniers, aperçoivent de loin le saint, assis seul sur une 
pierre ; ils s'emparent de lui. Gomme ils se moquent des chré- 
tiens et de leur religion, le saint en prend vivement la défense. 
On lui met les fers aux pieds et on l'enferme dans un trou de 
rocher. Pendant la nuit qui survient, le pape lui apparaît : se 
réveillant en sursaut, il augure de là qu'il sera délivré. Tous ses 
livres lui avaient été volés, cependant il sent sur lui le livre de saint 
Jérôme sur l'Assomption de la Vierge dont il ne se séparait 
presque jamais. Alors, calculant mentalement le nombre de jours 
qui restaient jusqu'à la fête prochaine de l'Assomption, il trouve 
qu'il V en a vingt-quatre. S 'adressant à Dieu, il le prie de le déli- 
vrer auparavant ; puis il s'assoupit sur le rocher. En se réveillant 
de nouveau, peu après, il s'aperçoit que les chaînes de ses pieds 
avaient disparu. Le jour arrivant sur ces entrefaites, les Sarra- 
sins sont frappés de stupeur à la vue de Mayeul délivré de ses 
entraves et, cessant de le tourner en dérision, ils commencent 
à le vénérer. De leur consentement, Mayeul adresse à Cluny 
quelques mots pressants afin d'annoncer son malheur en deman- 
dant qu'on envoie la rançon réclamée pour lui et ses compa- 
gnons. Quand elle arrive, il est mis en liberté : ses compa- 
gnons et lui peuvent fêter l'Assomption, puis il rentre enfin 
à Clunj. 

11^ Chargés des dépouilles du saint, les Sarrasins prennent 
leur route habituelle, en toute sécurité, pour se replier sur le 
Freinet. Mais les chrétiens, l'ayant reconnue, font tomber les 
Sarrasins dans une embuscade au milieu d'une forêt des Alpes 
dont leurs trompettes font soudain retentir les échos. Pris de 
panique à ce bruit imprévu, les pillards s'enfuient : poursuivis, 
beaucoup d'entre eux sont tués. Le reste gagne, du seul côté qui 
soit accessible, une croupe rocheuse escarpée pour pouvoir s'y 
retrancher. Les chrétiens en barrent l'entrée et la nuit arrive. 
Voulant en profiter pour s'échapper, les Sarrasins essaient de 
descendre; par un pas difficile, ils glissent au bas de la corniche 
escarpée. Ils se tuent en y tombant les uns après les autres toute 



V 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 243 

la nuit. Au matin, les chrétiens n'en trouvent plus que quelques- 
uns de cachés dans lesanfractuosités qui, pour avoir la vie sauve, 
demandent le baptême. Ils s'emparent de tout le butin qu'ils se 
partagent également. Attribuant leur succès aux mérites du 
saint, ils lui rendent, pour sa part de butin, les livres qui lui 
avaient été pris (Lib. III, pars !»,§ 38-42). 

12° Peu après, le pape meurt. Mayeul, sur la demande de 
l'empereur Otton II et de sa mère l'impératrice Alix, repart 
pour l'Italie : un désaccord surgit entre l'empereur et lui (§ 45). 

13** Revenant de Rome, un songe lui révèle la mort de l'empe- 
reur Otton I qui devait survenir dans Tannée courante. De retour 
et se reposant en Provence, un messager de Germanie ne tarde 
pas, effectivement, à lui en apprendre la nouvelle. 

C'est encore ainsi que, plus tard, se trouvant à Vérone, il 
prédit à l'empereur Otton II sa fin prochaine (§ 47). 

14° Quand Guillaume prince de Provence sent approcher 
son heure dernière, il appelle Mayeul pour soulager son âme. 
Celui-ci se rend en conséquence pour le voir à Avignon ; mais, 
désireux d'éviter la foule, il fait dresser sa tente dans l'île du 
Rhône, à côté de la ville. Le comte lui fait porter six pains et 
tant de monde veut prendre place sur le bac vermoulu que 
celui-ci coule dans le fleuve. Le saint, à cette vue, se met en 
prière à l'église ancienne de Saint-Martin et tous sont sauvés 

(§ 83). _ _ 

Ce récit fut composé après la mort de Mayeul, évidemment 
pour faire ressortir les miracles dont il était l'auteur et obtenir 
sa béatification : les faits intéressants qu'il renferme sont énu- 
mérés avec beaucoup de précision par un témoin très informé. 
Le récit de la nuit qui suivit la capture du saint est tellement 
naturel et détaillé que l'auteur devait le tenir de la bouche même 
de l'abbé. 

Mais l'auteur, en faisant connaître les mérites de Mayeul, ne 
suit pas un ordre chronologique rigoureux. Ainsi, quand le saint 
se trouve à Coire, au plus tard le 31 mars 9671, il est sur le 

1. Arpertus, évêque dé Coire depuis 949, mourut le 6 janvier 968 (Gams). 



244 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

chemin de Germanie en Italie. Il se rend donc en Germanie ou 
bien il en revient : l'appel qu'Otton I lui avait adressé est forcé- 
ment antérieur. Cependant, l'auteur ne le mentionne que trois 
paragraphes plus bas. Le 16 juillet 967-, on voit Mayeul s'occuper, 
sous les auspices d'Otton, de l'érection d'un cloître de bénédictins 
à Pavie ^ et cela confirme ce fait. 

En dehors de la date de son passage à Coire, il y a d'autres 
éléments chronologiques à recueillir. D'abord le songe, qui lui 
révéla la fin prochaine d'Otton I, n'a pu avoir lieu qu'après le 
7 mai 972 : à cette date, le saint se trouvait donc en Italie, mais 
il revint bientôt et apprit la nouvelle de la mort en Provence 
où il se reposait de son voyage vers la fin de mai 973. Un pré- 
cepte impérial confirme précisément cette conclusion. Daté de 
Ravenne le 25 mai 972, il est relatif à Saint-Apollinaire in 
classe ^. Mayeul était alors auprès de l'empereur et ce pré- 
cepte se rapporte à la réforme de cette église, mentionnée par 
la Vie dans un paragraphe différent de celui qui relate Tan- 



Otlon I, couronné empereur à Rome le 2 février 962, mourut le 7 mai 973. 

II passa les années 962, 963 et 964 en Italie, qu'il quitta en janvier 965 pour la 
Germanie. Le 13 janvier, il est à Coire ; le 18, à Saint-Gall ; le 23, à Reiche- 
nau. Il revint en Italie en septembre 966, passant encore par Coire, et y 
demeura jusqu'après la mort de l'évêque en question. Par conséquent, s'il 
se trouvait en Germanie quand Mayeul y va ou en vient, le passage de 
Mayeul à Coire se trouve fixé à Pâques de 965 ou 966, c'est-à-dire le 26 
mars 965 ouïe 15 avril 966 (G. Kichter, Annalen der deutschen Geschichte... 

III abteilung, ester band, pp. 88-115). 

1. Mabillon, Acta SS. ord. S. Bened. éd. Venet., sec. V, 747; Stumpf, 
Reichskanzler, t. II, p. 38. 

2. Stumpf, pp. 45 et 508, Ce précepte relatif à Saint-Apollinaire in classe, 
accordé le 25 mai 972 en présence de Mayeul, n'empêche pas que la réforme 
elle-même doive remonter au printemps de 967. Le pape et l'empereur 
étaient alors tous deux à Ravenne (Jaffé, 2« éd., n»» 3712-3718). Mayeul 
devait y être aussi ; quelque temps après, il obtint personnellement une 
bulle (Jafîé, 2« éd., n° 3744) et, le 16 juillet, survient l'acte relatif aux béné- 
dictins de Pavie. A propos de Saint-Sauveur de Pavie, Mayeul a pu s'en 
occuper aussi au printemps de 972 (Jafîé, 2^ éd., no» 3764). L'empereur se 
trouve à Ravenne le 1*^'' décembre 971 et le 8 janvier 972, à Rome du 
14 avril au l*"* mai, à Ravenne le 25 mai, à Pavie le 28, à Brescia le 
11 juillet, à Pavie le l^"^ août, à Constance le 18. . 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 245 

nonce de la mort du souverain. En second lieu, Titinéraire 
d'Otton II fait connaître que cet empereur, depuis la mort de son 
père, ne se rendit pas en Italie avant la fin de Tannée 980. Le 
24 octobre, il est encore à Constance; le 5 décembre, il est à 
Pavie avec sa mère Alix. Du 28 décembre 980 au 22 jan- 
vier 981, il séjourne à Ravenne ; le 3 février, on le trouve k 
Arezzo ; enfin, le 30 mars, il esta Rome où il demeure jusqu'au 
5 mai. Le 11 avril, il y célèbre Pâques avec sa mère, sa femme, 
le roi et la reine de Bourgogne, le duc de France Hugues Gapet. 
De là, l'empereur part pour le sud et il ne revient de Salerne 
à Rome qu'à la fin de décembre 982. Puis, il va rejoindre sa 
mère à Pavie et, du 7 mai au 18 juin 983, se trouve à Vérone où il 
tient un plaid général. Le 20 juin, il passe à Mantoue, du 14 au 
16 juillet à Ravenne, le 24 août sur le Trigno, le 27 à Larino. 
Enfin, Benoît VII étant mort en octobre, l'empereur se rend à 
Rome où il meurt lui-même le 7 décembre ^ La vie prouve 
que saint Mayeul se trouva à l'assemblée de Vérone en mai ou 
en juin 983 : c'est à cette date seulement qu'il put y prédire à 
l'empereur sa mort prochaine. Gomme, d'autre part, Benoît Vil 
est le seul pape qui soit mort pendant le séjour d'Otton II en 
Italie et que sa mort date du mois d'octobre 983, il résulte de là 
que le saint était revenu d'Italie en Bourgogne après le plaid de 
Vérone et avant cette mort. Dès que la nouvelle lui en parvint, 
c'est-à-dire vers la fin d'octobre ou au début de novembre, sur 
la demande de l'impératrice Alix et d'Otton II, il se hâta de 
regagner l'Italie où il retrouva l'empereur, quelques semaines 
avant la mort de ce prince, et où il eut des difficultés avec lui. 
De tout ce qui précède, il ressort que la capture de saint Mayeul 
par les Sarrasins vingt-cinq jours avant l'Assomption, c'est-à- 
dire le 21 juillet, sa mise en liberté, rançon payée, avant le 
15 août, son arrivée à Cluny, passé le 15 août, la victoire rem- 
portée par les Provençaux sur les Sarrasins qui ne tardent pas 
à se replier du Valais sur le Freinet, se placent forcément entre 

1. Richter, AnnaZen, ïAîf/., pp. 133-141. 



246 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII*' SIÈCLE 

l'assemblée de Vérone et la mort de Benoît VII. Cette assem- 
blée eut lieu entre le 7 mai et le 18 juin 983 ; la mort du pape 
survint en octobre 983. Par conséquent, saint Mayeul fut capturé 
le samedi 21 juillet 983. 

La localité, où se produisit cette surprise, est facile à identifier. 
Il faudrait manquer de réflexion pour penser à la Durance et à 
OrcièressurleDrac^. En effet, dans cette hypothèse, le saint aurait 
quitté la Durance pour gagner le Drac. La Vie dit formellement qu'il 
approchait de la Dranse, après avoir traversé Orcières et le tor- 
rent qui y passe. C'est le contraire. Déplus, le messager de Mayeul, 
parti le 22 juillet pour Cluny, se trouvait de retour avant le 
15 août avec la rançon demandée ; le trajet, aller et retour, 
d'Orcières à Cluny, représenterait plus de cinq cents kilomètres. 
En trois semaines, pour un messager seul, ce serait très faisable, 
mais il fallut forcément du temps à Tabbaye, pour réunir une 
somme aussi considérable que celle demandée, et cette somme ne 
put voyager aussi rapidement qu'un courrier chevauchant sans 
bagages. Enfin, rentrant d'Italie à Cluny, la route naturelle de 
Mayeul était le Grand Saint-Bernard. 

Quand on part d'Aoste de très grand matin, on peut parvenir 
au col par Saint-Remy vers le milieu de la journée. Dans l'après- 
midi, on peut descendre par Liddes sur Orsières, jusqu'à Martigny 
et Saint-Maurice. C'est une forte journée à dos de mulet. La route 
actuelle prend des lacets que ne suivait pas la voie romaine. A 
Orsières-, comme le dit la Vie, le voyageur passe de la rive droite 
sur la gauche du cours d'eau. Mayeul a certainement été arrêté 
entre Orsières et Martigny. Avant d'arriver à Sembrancher 3, 

1. La Durance. affluent du Rhône, descend de la cime du Gondran et du 
Montgenèvre en Briançonnnais. 

La voie d'Italie en Espag-ne la suivait par Briançon, Embrun et Gap. 

Orcières, Hautes-Alpes, arr. Embrun, se trouve non pas sur la Durance, 
mais sur le haut Drac et dans le diocèse de Gap. La vallée du Drac et celle 
de la Durance communiquaient par Chorges et le col de Manse. 

2. Orsières, à la jonction du val de Perret et du val d'Entremont, Valais. 

3. Sembrancher, à la jonction du val d'Entremont et de la vallée de 
Bagnes, Valais. 

La Dranse, affluent du Rhône, sur la rive gauche, à Martigny. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 247 

la route est encaissée entre la rivière, à droite, trop large et 
trop impétueuse pour être franchie, et les hauteurs à gauche qui 
descendent quelquefois jusqu'à la rive du torrent. On est à la limite 
inférieure des arbres d'essence résineuse et on traverse des vergers 
de pommiers. D'après la Vie, il semblerait que la rencontre se soit 
produite dans cette région entre Orsières et Sembrancher ; car, à 
Sembrancher la Dranse d'Entremont, suivie jusqu'alors, joint la 
Dranse de Bagnes : or l'auteur de la Vie qualifie de simple torrent le 
premier de ces deux cours d'eau et paraît réserver le nom de Dranse 
au second en déclarant que le saint en approchait au moment 
où il fut surpris. Gela est probable : toutefois, si l'on note que, 
d'après la Vie, les Sarrasins s'étaient embusqués dans des rochers 
inaccessiblesduhautdesquelsilsparurent subitement, il fautpenser 
que l'attaque a eu lieu un peu plus loin et après le confluent des 
Dranses à Sembrancher. La rivière est naturellement plus large, 
la route actuelle passe un moment sur la rive droite. Le défilé est 
sauvage : il y a là des éboulis de rochers énormes sur une pente 
rapide et dénudée qui soutientune cime àpic, la route est resserrée 
entre cettepente qui la domineet la rivière. Les Sarrasins s'étaient 
certainement embusqués à ce passage, le plus favorable pour eux 
entre le col et le Rhône. En tout cas, c'est là que Mayeul dut 
passer lanuit du 21 au 22 juillet 983, frémissant de douleuraufond 
d'un trou de rocher, sous la corniche, dormant d'un sommeil agité 
par les rêves de la fièvre. De là à Gluny, la distance dépassait 
encore quatre cents kilomètres aller et retour. Le messager du 
captif et les moines de l'abbaye durent avoir fort à faire pour 
mettre aussitôt à sa disposition l'énorme rançon demandée : mille 
livres d'argent. 

On voit que les Sarrasins du Freinet étendaient loin l'aire 
de leurs razzias dans les derniers temps de leur séjour en Pro- 
vence : on voit combien leur nombre avait augmenté, puisqu'ils 
étaient un millier à bénéficier de cette expédition. 

Cette capture d'un compatriote puissant et respecté , alors 
intermédiaire entre le pape et l'empereur, produisit en Pro- 
vence l'élan nécessaire à l'effort qui s'imposait. La victoire 



248 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

du marquis, qui anéantit les Sarrasins à leur retour par les 
Alpes, doit donc bien être fixée au mois de septembre 983. En effet, 
munis de leur butin, ceux-ci ne durent pas tarder à rentrer vers 
la fin d'août pour le mettre à l'abri. La Vie de Mayeul par Gyr 
n'indique pas le nom du vainqueur : celle qui fut faite par 
Odilon nomme Guillaume. Le marquis rendit à l'abbé ses livres, 
mais il ne lui rendit pas son argent : il se payait de sa peine. On 
ne peut dire où se produisit la rencontre. Les textes bour- 
guignons, émanant de l'entourage de Mayeul, ne sont pas les 
seuls. La chronique de Novalaise, qui est un texte piémontais, 
ne parle pas de cette défaite des Sarrasins survenue pendant 
leur retour de Valais en Provence ; par contre, elle donne 
des détails sur la prise de leur réduit du Freinet et elle attribue 
ce fait d'armes, non pas à Guillaume, mais à son frère Roubaud, 
aidé par Ardoin, marquis de Turin, qui possédait la vallée de 
Suse. Quelques-uns des prisonniers, faits par ce dernier au Freinet, 
furent emmenés à Turin^. Ce témoignage est irrécusable. 

Tout porte à croire que la prise du Freinet , par Roubaud et Ardoin , 
est un fait contemporain de la victoire remportée par Guillaume 
sur les Sarrasins qui revenaient de Valais avec leur butin. En effet, 
la mention de Roubaud au lieu de Guillaume est significative : 

d. (( Eodem tempore quo Fusci morabantur in Castro Frascenedello et 
undique difïluentes per climata mundi tollunt et predantur omnia, quidam 
eorum fuit nomine Aimo... Vadit quippe ad comitem Robaldum Provincie 
finibus et adjurât eum ut nemini prodat secretum quod cupiebat illi fari 
nec etiam proprise uxori. Ipse autem testatur nemini prodere. Ille ait : 
Ecce trado vobis inimicos vestros perpetratores nequiciœ. Qui gavisus 
est valde et spopondit ei tribuere omnia si hoc opus exercuisset. Mandat 
idcirco omnibus Arduinoque ut adjuvent eum in quodam negocium. Omnes 
dinique occurrunt hostiliter ei. Litigantes vero inter se homines nescii 
quo tenderent, at ipse hortatur illos ut sequantur illum. Dum itaque veni- 
rent ad castrum, ortans eos Robaldus ait : fratres, pugnate pro anima- 
bus vestris quia in terra estis Saracenorum ! Illi vero fortes adhelete dimi- 
cantet depopulantur locum illum...» — « In his... temporibus, eum vallis 
Segusina inermem et inhabitatam permaneret, Ardoinus vir potens eripit 
illam et nobis tulit Tempore illo quo capti fuerant Sarraceni ex Frasce- 
nedello, duo eorum constricti tenebantur nodis in civitate Taurinis ab 
Arduino... » [Chron. Novalic. ,lih. V, § 18, 19, 1 ;Cipolla, Monum. Novalic. 
Vetustiora, t. II, pp. 260, 262, 243). 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 249 

étant donné refl'acement habituel de ce comte devant son frère, 
c'est celui-ci qui serait nommé comme chef d'expédition s'il 
avait été présent. Pendant que les Sarrasins, forts d'un millier 
d'hommes, étaient séparés en deux groupes, l'un qui revenait de 
Valais, l'autre qui gardait le Freinet, les marquis de Provence et 
de Turin s'entendirent pour une action commune. Les Proven- 
çaux, guidés par le traître Aymon, combinèrent leur expédition 
dans le plus grand secret. Tandis que le marquis de Provence 
Guillaume dressait, dans un défilé des Alpes, l'embuscade où devait 
tomber le premier groupe, son frère Roubaud, avec le marquis de 
Turin , se rendait maître du repaire . Plus tard, ces deux faits d'armes 
simultanés se confondirent dans la mémoire des nouvelles géné- 
rations : Raoul Glaber en est la preuve. Pour lui, l'armée du 
marquis Guillaume vint à bout des Sarrasins, en s'emparant du 
Freinet après l'aventure de saint Mayeul, et ce fait mémorable 
eut lieu vers l'époque de la mort d'Otton le Grand. Raoul, qui n'est 
pas un modèle de précision, écrivait plus de cinquante ans après 
l'événement, d'après les traditions bourguignonnes K Les termes 
employés par lui ne sont d'ailleurs pas absolument inexacts. Il ne 
dit pas que Guillaume ait pris le Freinet : il dit que ce fut son armée. 
Toutes les forces militaires de la Provence relevaient en effet du 
marquis. Mais, Guillaume étant absent, c'était Roubaud qui com- 
mandait le corps provençal envoyé au Freinet. Les traditions du 
Piémont avaient gardé fidèlement la mémoire de l'appui prêté par 
Ardoin à Roubaud : Raoul place, à la mort d'Otton le Grand, ce 
qui se passa en réalité trois mois avant celle d'Otton IL 

Ainsi disparut ce fléau des pillards mahométans que la Provence 



i. « Contigit ergo eodem tempore ut beatus pater Maiolus... Ipsi denique 
Sarraceni paulo post in loco qui Fraxinetus dicitur circumacti ab exercitu 
Willelmi Arelalensis ducis omnesque in brevi perierunt... Ipso igitur 
in tempore mortuus est predictus Otto imperator suscepitque filius ejus, 
secundus videlicet Otto, eundem imperium » (Raoul Glaber, Hisioriae, 
lib. I, cap. IV, § 9 et 10). Raoul donne trois détails intéressants : le mon- 
tant de la rançon, le nombre des Sarrasins qui prirent Mayeul et l'épisode 
du livre foulé aux pieds par l'un d'eux. 



250 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

avait laissé d'abord s'établir chez elle avec indifférence et même, 
qui pis est, avec indulgence, absorbée qu'elle était par ses dissen- 
sions intestines. Qu'un grand pays ait subi longtemps cette 
honte, la faute en est à ses gouvernants et à ce pays lui-même, 
insouciant de s'unir pour chasser les étrangers qui le dépouillaient. 
Le triste Louis, Hugues l'avisé laissèrent cette plaie s'étendre : 
les Hongrois seuls paraissent avoir aidé passagèrement le jeune 
Conrad. Toujours les Provençaux se laissaient tondre : les divi- 
sions locales et l'anarchie générale avaient produit leur œuvre. 
Ce fut une impuissance telle que, pendant un siècle, un millier de 
pillards résolus purent tranquillement, sans arriver à être un contre 
cent, exploiter et terrifier la Provence à demeure. Peu à peu, 
cependant, l'excès des maux subis en commun dut amener un 
rapprochement nécessaire entre les victimes. Restait à attendre 
des circonstances favorables. Le comte Guillaume surgit : il se 
met au premier rang avant Roubaud, unit sous son autorité dès 
971 tous les comtés de Provence, se fait décerner le titre régulier 
de marquis en 979 à l'occasion d'un mouvement de la France 
en Guvenne. La Provence a désormais un chef effectif, bien à elle. 
Plus d'influences viennoises, comme de 861 à 926 ; l'autorité royale 
elle-même, exercée par une dynastie étrangère, s'éloigne et s'anni- 
hilera peu à peu. Rien ne manquait plus qu'une occasion pour faire 
disparaître les Sarrasins : le 21 juillet 983, ils saisissent Mayeul et 
le rançonnent durement. Cette provocation cause leur perte aussi- 
tôt. On peut mesurer la profondeur de la plaie à laquellele marquis 
venait de porter remède, en voyant quels souvenirs puissants et 
vivaces se lient dans le souvenir du peuple de Provence au nom sar- 
rasin. Cette occupation destructrice ne dura qu'un siècle et, depuis 
lors, mille ans vont passer sans que personne puisse l'oublier. 
La Provence date volontiers ses vieux monuments de cette 
époque lamentable; les Sarrasins, qui ont tout fait pour la détruire 
en un siècle, précèdent dans sa mémoire les Romains qui en 
avaient passé cinq à la développer. 



LE ROYAUME DE BOURGOG^'E-PROVENCE 251 



§ 4. — Le rôle administratif du marquis. 

Le rôle du marquis n'est pas tout à la guerre : après la vic- 
toire, les terres conquises ou abandonnées lui appartiennent et il 
les cède au premier occupant. Chacun s'y précipite et s'empare 
de ce qu'il a la force de prendre ; mais l'anarchie n'est plus, comme 
jadis, souveraine. C'est le marquis qui règle les conflits naissants 
et les gens font appel à son autorité. Il y a le droit au-dessus de 
la force : le marquis lui-même ne se contente pas de son 
droit propre de conquête. Le roi reste la source du droit régu- 
lier et sert surtout à ratifier, à légaliser ce qui se passe en fait : 
de même que, quatre ans auparavant, il avait concédé à Guil- 
laume la marche, de même maintenant il concède au mar- 
quis victorieux le domaine du fisc royal à tenir en alleu * et ce 
fisc royal sera désormais le fisc comtal. En même temps, sans 
doute, il lui délègue tous ses droits régaliens : notamment la 
garde et la protection des églises cathédrales avec la tutelle des 
juifs 2 • les évêques, cessant de reconnaître le roi comme sei- 

1. « Notitia conventionum ville Cathedre... Ig-itur, cum gens pagana 
fuisset e finibus suis, videlicet de Fraxeneto, expulsa et terra Tolonensis 
cepisset vestiri et a cultoribus coli, unusquisque secundum propriam vir- 
tutem rapiebat terram, transgrediens terminos ad suam possessionem. Qua- 
propter illi qui potentiores videbantur esse, altercatione facta,impingebant 
se ad invieem rapientes terrain ad posse, videlicet Wilelmus vicecomes 
et Pontius de Fossis. Qui Pontius, pergens ad comitem, dixit ei : Domine 
cornes, ecce terra soluta a vînculo pagane gentis tradita est in manu tua, 
donatione régis. Ideo rogamus ut pergas illuc et mittas terminos inter 
oppida et castra et terram sanctuariam nain tue potestatis est eam terni i- 
nare et unicuique distrihuere quantum tibi placitum fuerit. Quod ille, 
ut audivit, concessit et continue ascendens in suis equis perrexit. Cumqne 
fuisset intra fines Catedre ville, cepit inquirere nomina montium et concava 
vallium et aquarum et foncium. Que cum audisset, misit terminos in terra 
sanctuaria qui sunt in carta que est in cartulario sancti Vicloris, ita 
dicendo : Quantum ego habeo infra istos terminos donatione régis, hoc est 
fiscum regalem, dono Sancto Vicforietmonachis ibi excubanfibus... )) (Saint- 
Victor, n» 77). Le caractère allodial du domaine fiscal concédé ressort du 
n» 106i de ce recueil. — La Cadière, Var, arr. Toulon, cant. Le Beausset. 

2. Arles, 29 décembr,e [1008 ?]. Le prévôt d'Arles, pour faire un échange 



âo2 LA PROVENQE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

gneur direct, deviennent les sujets du marquis dont ils reçoivent 
des alleux : ils sont médiatisés ^ 

Dans toute la Provence, le marquis possède en dernier ressort 
le pouvoir judiciaire qu'il exerce parle ministère de ses deux juges 
laïques, éclairés eux-mêmes par le conseil des « bons hommes » 
chevaliers ou agriculteurs ; quand bien même les deux parties en 
cause sont des évêques, cette composition entièrement laïque du 
tribunal ne varie pas 2. 

La potestas^ c'est-à-dire le pouvoir, est entre les mains du 
marquis; on ne dispose de rien sans sa voluntas. Le roi n'est 
plus qu'un suzerain et manifeste de plus en plus rarement son 
existence. Quand il parle, il ne se hasarderait plus à exprimer des 
ordres impératifs. Il fait connaître simplement son consensus que 
l'on reçoit en Provence avec respect, mais ce n'est plus là qu'une 
formalité^ .La Provence avait parfaitement conscience de former un 

avec les Juifs, prend le consentement du comte [Gall. noviss., Arles, 
no305). — 27 janvier 1040 : « ego Josfredus cornes et uxor mea donamus et 
firmanus donationem terrarum judaycarum... propter precium quam inter 
nos et ipsos convenit » [Saint- Victor, n°il9). Cf., n» 194: 8 décembre 1045. 

1. Le 12 mai 979, l'évêque de Cavaillon déclare encore que le roi est 
son seigneur, mais il ne donne pas ce titre au marquis : « Ego Walcaudus... 
Cavellicensis... prœsul... cum consilio senioris mei Chuonradi régis atque 
incliti marchionis Willelmi... » [Cart. Saint-Victor, n° 1043; Bibl. d'Avi- 
gnon, ms., n» 2399, f° 30, n«21). 

La médiatisation dut se produire bientôt. Le l^'' mars 982, l'évêque deCar- 
pentras n'invoque plus le roi ; en 990, à Manosque, l'évêque de Fréjus se 
présente devant le marquis genibus ejus provolutus. 

27 et 28 avril 1051. « ego Raimundus episcopus... pro pâtre meo ac 
matre, fratribus sive sororibus meis et avunculo meo domno Wilelmo et 
seniore meo comité qui ipsum alodem mihi dédit... y) (Saint- Victor, n° 606). 

2. Manosque, 2 janvier 984. « In placito générale Wilielmo comité... 
venit episcopus Pontius... Massiliensis... et abbas sancti Victoris... recla- 
maverunt se de Rodulfo episcopo... Fuit Heldebertus judices, Garbedus 
judices... in presentiaGuilelmo comité etHeldeberto judice etGarbidojudice 
et Aicardo et Guilelmo... et aliis plures bonis hominibus, tam satellites 
quam pagenses... Si quis ante principe per judicium judicis fuerit defini- 
tum nec poterit immutari sed postea temptare voluerit X libras auri esse 
dampnandum » [Saint- Victor, n° 654). 

3. 1005« Igitur ego Pontius... Massiliensis ecclesie pontifex... una cum 
consensu domni Rodulfi régis Alamannorum et Provincie seu etiam cum 
precepto et conibentia domni apostolici pape urbis Rome, cum voluntate 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 25â 

pays distinct, un royaume entre la Gothie, la Viennoise, la Lombar- 
dié et la mer. Le marquis gouverne ce royaume comme une sorte 
de vice-roi : le roi de Bourgogne, dans sonéloignement, se rend 
compte lui-même de cet état de choses et qualifie quelquefois 
duc le marquis. Quand il s'adresse à ce pays, c'est volentibus et 
nolentibus : on n'est pas plus détaché. L'historien allemand 
Thietmar constatera fort bien l'indépendance de la Provence 
dans le royaume de Bourgogne K 

Cette parenthèse close, il est établi que Guillaume, devenu mar- 
quis de Provence en 979, anéantit les Sarrasins dans l'automne 
de 983. 

etiam domni Rodhbaldi comitis et domne Adalaizis comitisse domnique 
Guillelmi comitis filii ejus, consentiente etiam pariterque rog-ante clero ac 
populo sancte ecclesie Massiliensis, facio.., » [Saint- Victor, n° 15). 

[1018-1032J : « In nomine domini Dei et Salvatoris nostri Jhesu Christi. 
Rodulfus rex Alamandorum divine ordinante providentia omnibus fidelibus 
parentibus et amicis, volentibus et nolentibus, vel cunctis ministrantibus, 
rempublicam ordinantibus, cunctis civilibus Aralatensis audientibus, duci- 
bus, viscommitibus, scavinos, judices et vicarios seu varvassuris atque 
ceteris omnibus tam presentibus quam et futuris, notum esse volumus 
vestre industrie qualiter vir venerabilis Jausfredus commis Aralate volente 
et consenciente fratre suo Bertramno...dat... ad proprium alode.., quicquid 
fiscusregius vel commitalis exinde exigere débet... quapropter... nostram 
exorant clementiam... ut., mea etiam auctoritate... hos nostros apices... 
de Massilia in Aralate fieri jussimus » (Saint-Victor, 1061). 

En 1037, le comte Bertrand donnera encore in regno Provincie, in pago 
Sisterico (Chantelou, p. 134). 

1. 1016. Le roi Rodolphe III, se rencontrant à Strasbourg avec son neveu 
l'empereur Henri II, lui présente sa femme et les deux fils qu'elle avait eus 
d'un précédent mariage. L'empereur leur concède en fief, éventuellement, 
tout ce que son oncle avait promis de lui laisser en mourant et, de plus, 
tout ce que Guillaume de Poitiers tenait delà munificence royale : « et quod 
Willehelmus Pictaviensis hactenus habuit regio munereprestitum.» L'em- 
pereur fait donner un évêché à un homme dévoué, mais Guillaume de Poi- 
tiers chasse ce nouvel évêque. L'historien ajoute : « Ob hoc solum talis 
rector inter eos dominatur ut eo... et ne lex nova alterius régis ibi adveniat 
qua inolitam consuetudinem rumpat. Wuillehemus comes, de quo predixi, 
miles est régis in nomine etdominus inre; et, in his partibus,nullus vocatur 
comes nisi is qui ducis honorem possidet cine illius potcstasin hac regione 
paulo minus minueretur consilio et actu,imperaloriœ majestati sicut predixi 
reluctatur» (Thietmar, Chronicon ;Migne, i. i 39, col.1377). Au lieude Wuil- 
lehemus Pictaviensis, il faut restituer Wuillehemus Provincialisila maison de 



254 LA PROVENCE DU PREMIER AU XI1<^ SIÈCLE 



§ 5. — Les deux femmes du marquis Guillaume. 

Le marquis Guillaume se maria deux fois. Arsinde fut sa pre- 
mière femme : l'acte, passé à Arles en avril 972, où Guillaume 
prend le titre de comte de Provence, est rédigé au nom des deux 
époux 1. De même, Tactede donation de Pertuis passé en juin 981 ~. 
Le second acte, où paraît le titre de marquis, passé à Arles le 
17 avril 981, est la donation, consentie à Hugues Blavie, d'une 
condamine aux Lônes dans le canton Roubian. Cet acte est rédigé 
au nom seul de Guillaume, mais il est souscrit également par sa 
femme Arsinde ^. Conformément à une règle, qui est constante à 
cette époque, le titre militaire de marquis ne peut être porté par une 
femme ; Arsinde prend donc simplement sa qualité de comtesse. 

Arsinde, si l'on juge par son nom, devait être originaire de 
Languedoc ^. L'acte du 29 août 993"' prouve que le frère de Rou- 

Poitiers ne possédait aucun des grands pays qui composaient le royaume 
de Bourgogne : pas plus le Viennois que la Provence. La maison de Poi- 
tiers étant plus connue en Allemagne que la maison de Provence, Thietmar 
lui a attribué ce qui convenait à cette dernière. 

Par une erreur opposée, en 1042 les Annales Altahenses font d'Agnès, 
femme de Henri III, la fille de Guillaume, comte de Provence, alors qu'elle 
était fille de Guillaume duc de Guyenne : « Brunonem episcopum cum viris 
et feminis misit ad desponsandam sibi Wilelmi comitis Provinciœ filiam. » 
(G. Ricliter, Annalen der Deutschen geschichte; III abteilung, ester band, 
Halle, 1890, p. 345, note d). 

1. Arles, avril [972]. « ego in Dei nomine Wilelmus comes Provincie et 
conjux mea Arsinna » [Saint-Victor , 598). 

2. juin [981j : « Willelmus comes et conjux mea Arsindis » (Chantelou, 
pp. 56-57), 

3. Arles, 17 avril [981] : « ego in Dei nomen Vuilelmus, marchius Arela- 
lense Provintie... Signum Vuilelmus... Signum Arsinda comitissa firma- 
vit... » [Saint-Victor, n» 1042). 

4. [Vers 959]. « Arsindis comitissa cum filiis suis Odo et Raimundo... in 
comitatu Narbonense... prœdictus Raymundus comes... » [Y aissète ,11 ist.de 
Languedoc, t. V, 2^ éd., col. 232-233, n» 106-XCI). Cf. n» 79, 89. 

5. [Avignon ?] 29 août [993] : «■ ego Guillelmus comes et uxormea Adalaizct 
germanus meus Rodbaldus et filius meus Guillelmus... hune testamentum 
nostrum... fieri eligimus... donamus ad... Psalmodium... in pago Nemau- 
sensi, ubi Rodanus vel Vitusalus Visterque [iter] faciunt... ecclesiam... 



LE ROYAUME DE BOL'RGOGNE-PROVENCE 255 

baud, Guillaume, se remaria avec Alix et qu'il en eut un fils 
nommé Guillaume comme lui. Cet acte est en effet rédigé en 
commun, au nom de Guillaume, de sa femme Alix, de son fils 
Guillaume et de son frère Roubaud K Dès 986, Alix était la femme 
du marquis - : elle était sœur de Drogon, évêque du Puy, et, par 
conséquent, fille du comte d'Anjou Foulques et de Gerberge, 
comme le prouve un acte de septembre 994 ^. Il s'agit donc bien 
d'Alix, veuve du comte de Gévaudan Etienne I ; elle avait eu de 
de ce premier mariage Pons, Bertrand, Guillaume et Ermen- 
garde. En 979, elle s'était remariée avec Louis V. Pendant 
près de deux ans elle avait été reine de Guyenne ; mais, divorcée 
en 981 et délaissée à Brioude, elle s'était réfugiée en Provence 

Sancti Cosma3 et Sancti Damiani et alia ecclesia,.. Sanctae Maria3... in terri- 
torio civitatis Magalonensis, in suburbio castri Substantionensis in termi- 
nium de villa Caldisianicas, cum cellulis... Facta donatione ista IIII calen- 
das septembris anno septimo quod usurpavit Ugo ad Carolum filium Ludo- 
vici regem... » (Gard, H. 106, Cart. Psalmocly, f° 15). 

1. M. Blancard a parlé des actes, tirés des archives de Psalmody,qui con- 
cernent Guillaume et sa femme Alix. Ces actes lui paraissent décisifs et 
à bon droit ; mais le fait qu'ils prouvent péremptoirement est exactement 
le contraire de ce que M. Blancard croyait pouvoir avancer. La cause de 
cette erreur regrettable de M. Blancard est bien simple : il parle de ces 
actes, non d'après leur texte, mais d'après l'analyse qu'en faisait Mabillon. 
Celui-ci se trompait en disant : « Ad hsec eidem Warnerio Guillelmus 
comes et uxor ejus Adelais ac cognatus ejus Rotbaldus comes ac Guillel- 
mus frater ejus dimiserunt ecclesiam de Bergen... » {Annales Ordinis S, 
Benedicti... t. IV, Lucœ MDCCXXXIX, pp. 162-163). L'erreur consistait à 
à dire que, d'après ces actes, Guillaume mari d'Alix était différent du 
frère de Roubaud, Guillaume. Mabillon aurait dû imprimer : <( ac cognatus 
ejus Rotbaldus comes ac Guillelmus filius ejus. » M. Blancard répète Ter- 
reur échappée par inadvertance à Mabillon et il ne l'aurait certainement 
pas répétée s'il avait pris la peine de lire les textes de Psalmody avant d'en 
parler (L. Blancard, De Vexistence simultanée de Guillaume mari d'Ar- 
sinde et Guillaume mari d'Adélaïde, comtes de Provence au A'® siècle, p. 9). 

Nice, 30 décembre [1000-1032] : « ego Odila... per remedium animarum 
Willelmo magnifico comité... in comitatu Nicensis, in terri torio, prope civi- 

tate, Cimela >y (C^e E. Cais de Pierlas et Gust. Saige, Chartrier de 

Saint-Pons, Monaco, 1903, p. 5, n» III). 

2. Avignon, 986 : « ego Vuillelmus comes, inclilus marchio et uxor mea 
Adalaix comitissa... » (Ruffi, Dissert, hist., 1712, p. 16). 

3. Le Puy, septembre [994] : « ego Drogo gratia Dei episcopus Anicien- 



256 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

et s'y était unie à Guillaume, comme le raconte Richer K Guil- 
laume venait précisément d'être revêtu du titre de marquis, en 
raison de la venue de Louis V en Guyenne : c'est peut-être la 
raison pour laquelle la reine divorcée et désireuse de vengeance 
vint se donner à lui plutôt qu'à un autre. Malgré Tissue mal- 
heureuse de son bref mariage avec Louis V, Alix, après tout^ 
avait été reine. Pour un marquis, la mariée était encore belle : 
cette union dut être pour lui à peu près ce qu'avait été vers 913 
pour le duc de Provence Hugues son mariage avec la veuve du 
roi de Jurane. Les deux actes de 986 et de 993 ne sont pas 
les seuls où Alix paraisse à côté du marquis : il y en a 
quatre autres et ce sont ceux de juin [989], du 6 mars 990, de 
992 et du 28 août [993 ?] 2. L'acte du mois d'août 1001 prouve 



sis, filius Fulconis comitis et Gerbergœ dedi et concessi Willelmo comit 
Provinciœ filio Willelmi quondam comitis et Adalasiae sororis meœ cas- 
trum de Chalanconio cum omnibus pertinentiis suis quod heredes Alberti 
mihi nuper vendiderunt. -j-Signum Drogonis episcopi. Actum apud Podium 
mense septembris anno VIII regnantibus Hugone et Roberto regibus » 
(Bibl. nat. Dom Housseau, I, n° 256; tiré des Arch. de Barcelone parmi les 
titres des comtés d'Aragon et de Provence). La communication de ce texte 
est due à l'obligeance de M. Guy de Puybaudet, ancien membre de l'École 
de Rome. 

1. (( Regina,sese viduatam dolens et verita maioris incommodi iniuriam, 
Willelmum Arelatensem adiit eique nupsit. Et sic ex divortio adulterium 
publicum operatum est » (Richeri Ilistor., lib. III, § 95). 

2. Arles, juin [989] : « ...inter domno Yuilelmo comité et uxor sua 
Adalax apud heum hominem nomine Aicardo. . . de villa. . . Segalarias. . . 
in comitatu Aquense. . . de castrum quod edificari potuerit... donamus 
tibiunam medietatem. . . Signum domnus Vuilelmus et uxor sua Adalax... 
Signum Teutbaldus, vicarius. » (Bouches-du-Rhônc, II. Saint-Victor, I, 
n« 17 ; Mém. de VAc. de Marseille, 1887, pp. 252-iD3). M. Blancard a iden- 
tifié Segalarias avec Saint-Zacharie. 

Arles, 6 mars [990]: » Signum Willelmi comitis et uxoris sue Adalays... 
Rotbaldus comes voluit et concessit » (Chantelou, pp. 66-68). — 28 août 
[993 ?] : « Rodbaldus comes f. Adalaix comitissa f. Wilelmus comes f. et 
filius ejus Wilelmus f. » {Cluny, n° 1837). — Arles, 992 : « domnus princeps 
et marchio istius Provinciœ bonœ indolis Vuillelmus conjuge sua nomine 
Adalaix et filio suo nomine Vuillelmo veniens. . . Factum hoc testamentum 
in ipso monasterio per preceptum domini Vuillelmi principis consentiente 



LE ROYAUME DE ËOtJRGOGNE- PROVENCE 



2^1 



qu'Alix eut de Guillaume non seulement un fils, mais une fille 
nommée Constance * ; cette fille portait ainsi le nom de sa grand' 
mère paternelle. A peine les Carolingiens disparus, la femme 
répudiée de Louis V prit sa revanche : elle maria sa fille avec le roi 
de France Robert II. Cet événement se produisit entre le mois 
d'août 1001 et le 25 août 1003 : Constance reçut en dot de l'or 
qu'elle ne gaspilla pas ~. A sa suite, les modes de Provence 
envahirent la France. Elle devait mourir à Melun en juillet 1032. 
Les derniers actes que l'on ait du marquis sont de 992 en 
faveur de Saint-Césaire d'Arles, du 29 août 993 en faveur de 
Psalmody et du 28 août vers 990 en faveur de Cluny. Etant 
donné que le frère, la femme et le fils de Guillaume souscrivent 
celui-ci comme celui du 29 août, étant donné qu'il s'agit égale- 
ment d'une libéralité en faveur d'une abbaye, on est porté à croire 
que cet acte fut passé le 28 août 993, la veille de celui relatif à 
Psalmody. Ce sont là, en somme, les dernières dispositions prises 
par le marquis à la veille de sa mort. On sait que, quand Guil- 
laume sentit approcher son heure dernière, il demanda l'assistance 
spirituelle de saint Mayeul et celui-ci, malgré son grand âge, vint, 
pour le voir, planter sa tente dans l'île sise sous Avignon. Il est 
bien évident que le marquis se devait de témoigner sa recon- 
naissance à l'abbé : cette donation du 28 août en est un sou- 
venir. Par conséquent les actes du 28 et du 29 août 993 ont dû 



conjuge ejus simul cum filio in praesenti adstante domno Annone archiepiscopo 
(jui voluerunt et fîrmarunt simul cum canonicis. Domnus Rotbaldus comes 
voluit atque firmavit. Stephanus episcopus firmavit. . . Pontius episcopus 
firmavit. Alius Pontius archiepiscopus firmavit. Udolricus episcopus firma- 
vit. Vuillelmus vicecomes firmavit. » (Bibl. nat. de Madrid, ms. Ee. 45, fî. 
24 v°-25 r°; Bouche, Hist. de Provence, t. II, p. 47). 

1. Août [1001] : « ego in Dei nomen Adalax comitissa et filius suusVil- 
lelmus comes etfilia sua Constantia... Signum Adalax comitisse et filii sui 
Villelmi comitis et filiœ sue Constantie. . » (Chantelou, pp. 70-71). 

2. 1029: ((ego Robertusgratia Dei Francorum rexet Constantia divino nutu 
regina. Me et conjugem meam Constanciam jocunda conversatione mihi 
admodum dilectam et in administratione rerum ad se pertinentium satis 
utilem et strenuam predium... quod de auro apatris sui domo asportato... 
emerat. . . » (Bibl. nat., ms. lat. 17048, p. 424). 

Mém. el Doc. de V École des Charles. — VII. 17 



258 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl*^ SIÈCLE 

être passés à Avignon et Guillaume a dû mourir dans cette cité 
peu après. Il donna de plus, à Cluny, Sarrians pour y élever une 
église à la sainte Croix, en souvenir de sa victoire, et il déclara 
sa volonté d'y être inhumé ^ Sa mort survint avant le mois de 
septembre 994 et ces derniers faits confirment bien l'opinion 
que le marquis occupait spécialement la région d'Avignon. 

§ 6. — L'époux d'Arsinde n est pas différent de celui d'Alix. 

Malgré la clarté des textes passés en revue, il est impossible 
de quitter Guillaume, marquis de Provence, sans parler d'une 
petite difficulté qui a fait commettre une grande erreur. 

L'opinion qu'il y a lieu de considérer à ce sujet se base fonda- 
mentalement sur l'interprétation de deux actes : le premier, qui 
serait de septembre 980, et le second qui remonte au mois de 
juin 981 2. 

Cette opinion émet les deux propositions suivantes : 

1° Etant donné que la comtesse Alix et son fils Guillaume 

1. [4031-1048] : « . , .in villa Sarrianisquam Wilelmus quondam dux Pro- 
vintiaî etpaterpatrise. . . monasterioCluniensi etlocoinquo se sepeliri roga- 
vit. . . moriensdonando. . . œcclesiam construere studuit et eam coiisecrare 
et dedicare rogavit a. . . Regimbaldo Arelatensium archyepiscopo ad hono- 

rem Dei et memoriam dominice et victoriosissime crucis ac Domini 

> » 

genitricis et. . , Pétri et Pauli et. . . Marcelli. . . et. . . Saturnini. . . » [Cluny y 
n° 2866). 

2. Louis Blancard, Noie sur l'origine des comtes de Provence^ Aix, 
typogr. Remondet-Aubin, sur le Cours, 53, 4868, in-8 de 8 pp. (Extrait 
du Congrès scientifique de France, 33® session tenue à Aix en décembre 
i 866, t. II, pp. 382-386). — Sur les terres, comtes et vicomtes en Pro- 
vence, au x*' siècle, d'après la charte de donation de Ségalarie à Aicard, 
fils d'Arlulfe (989) : communication faite à la séance du 34 mars 4887. 
(Extrait des Mémoires de V Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts 
de Mai'seille, années 4885-4887, Marseille, Barlatier-Feissat, 4887, pp. 233- 
255). — La charte de Gibellin de Grimaut : lecture faite à la séance du 
47 juillet 4887. Marseille, 4887, in-8 de 23 pp. (Extrait des Mémoires de 
l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Marseille, années 4885- 
4887, pp. 349-344). — De l'existence simultanée de Guillaume mari d'Ar- 
sinde et Guillaume mari d'Adélaïde, comtes de Provence au x^ siècle. S. 1. 
n. d., in-8 de 40 pp. (Extrait des Mémoires de r Académie de Marseille, 
années 4893-4896, pp. 497-206). 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 259 

souscrivent la donation de Pertuis à Montmajour, émanée en juin 
981 du comte Guillaume et de sa femme Arsinde, le comte Guil- 
laume mari d' Arsinde alors vivant ne peut être le même que le 
comte Guillaume mari d'Alix, père de Guillaume et souche 
de la maison des comtes de Provence; en effet, il est bien cer- 
tain qu'un homme ne peut avoir deux femmes côte à côte dans 
le même acte, c'est-à-dire à la fois. 

2^ Etant donné le texte de la donation de Saint-Tropez en 
septembre 980, cette nécessité de distinguer deux comtes Guil- 
laume, l'un mari d'Arsinde, l'autre mari d'Alix, se trouve con- 
firmée d'une manière éclatante. Il était acquis que le premier est 
fils de JBoson et de Constance ; ce texte prouve désormais que le 
second est fils de Boson et de Folcoare. 

Ne pas accepter les conséquences, qui découlent de proposi- 
tions d'un aspect aussi décisif, semble marquer la volonté de s'in- 
surger contre l'évidence. Il faut cependant avoir ce courage pour 
deux raisons bien simples: le premier acte est mal interprété, le 
second est apocryphe, au point qu'il n'en subsiste rien. 

En ce qui concerne le premier, par lequel, en juin 981 , le 
comte Guillaume et sa femme Arsinde donnent à Montmajour 
ce qu'ils possèdent à Pertuis en vertu d'une cession de l'évêque 
de Gavaillon Engilran et de son frère Nivelon,'la seule difficulté 
provient des souscriptions. Il importe d'étudier l'ordre dans 
laquelle elles se présentent. On en rencontre quatre groupes 
distincts. 1^ La souscription du comte donateur et celle de sa 
femme ; 2^ les souscriptions de neuf notables artésiens ou autres 
qui, sans exprimer leur qualité, confirment la donation ou en 
témoignent; S** la souscription de la comtesse Alix et celle de 
son fils Guillaume ; 4^ les souscriptions des trois fils du Nivelon 
mentionné dans le texte de la donation et celle d'une quatrième 
personne qui la confirme également; 5^ enfin la souscription du 
scribe, le moine de Montmajour Archinric. Il est impossible de 
ne pas être frappé de ce fait que la souscription d'Alix , au 
lieu de suivre celle du comte et de sa femme, ne vient qu'en troi- 
sième rang, après celles des témoins. Cela est contraire aux règles 



260 LA PROVENCE bU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

strictes de la préséance : immédiatement, il y a lieu de pré- 
sumer que les 3^ et 4® séries de souscriptions ont été intercalées 
après coup entre les souscriptions des témoins et celle du scribe. 
Chacun sait que, dans les orig-inaux, souvent il existe un vide 
entre le texte et la souscription du scribe : celui-ci Ta laissé 
pour les témoins, dont il ne connaît pas d'avance exactement le 
nombre, et les témoins, en y faisant apposer leurs souscriptions, 
peuvent ne pas le remplir complètement. Chacun sait aussi 
combien il est fréquent — sans qu'on s'en soit toujours aperçu — 
que les actes soient suivis de souscriptions plus récentes, mises 
plus ou moins longtemps après leur rédaction pour les approuver. 
S'il faut citer des exemples, celui du i®'" avril 976, fourni par le 
cartulaire d'Avignon, suffira comme indéniable ^. Les souscrip- 
tions se présentent à cet acte de la manière suivante. 1° Trois 
souscriptions d'évêques voisins ; 2^ les deux souscriptions des 
comtes; 3^ la souscription de l'évêque d'Avignon Landry, auteur 
de la donation ; 4'' la souscription du vicomte ; 5** six souscrip- 
tions de témoins ; 6** la souscription de Garnier, évêque d'Avi- 
gnon, successeur de Landry ; 7** la souscription du scribe. Il 
est évident que Garnier a mis sa souscription au bas de cet 
acte, après la date de sa rédaction, dahs l'espace resté vide entre 
celle du dernier témoin et celle du scribe. Cela est évident pour 
la raison péremptoire qu'un évêque, s'il est présent au moment 
de l'acte, peut bien souffrir à la rigueur la préséance du comte de 
sa cité, mais ne saurait souscrire après les simples témoins. D'ail- 
leurs, une église ne peut avoir deux évêques titulaires à la fois, 
pas plus qu'un comte ne peut avoir deux femmes légitimes. Ce 
qui s'est passé pour l'acte de 976 d'Avignon, c'est exactement ce 
qui a dû se passer pour la donation de 981 à Montmajour. 

Le critique a donc une présomption très grave : mais il peut 
aller plus loin et donner les dates exactes auxquelles les 3® et 
i^ séries de souscriptions ont été, l'une après l'autre, ajoutées à 



i. Avignon, avril 976 (Arch.de Vaucluse, G., chap. métrop., n° 27 prov., 
f» 26). 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 261 

cet acte dans le vide restant, sur le parchemin, entre le dernier 
témoin et le scribe. Cette donation de Pertuis par Guillaume et 
Arsinde était pour Montmajour un accroissement considérable 
de temporel que les héritiers des donateurs devaient chercher à 
reprendre et que, par contre, Tabbaye devait chercher à se faire 
confirmer par la juridiction spirituelle de Fordinaire, ainsi que par 
les ayants droit des donateurs après la mort de ceux-ci. C'est ce 
qui se produisit. Les archives de Montmajour ne renfermaient 
pas moins de trente actes relatifs à cette affaire, depuis 981 jus- 
qu'en 1286 1. 

Le 25 septembre de l'an 1000, à Avignon 2, la comtesse 
Alix et son fils Guillaume d'une part, l'abbé de Montmajour 
Archinric de l'autre, se présentent devant l'archevêque d'Aix 
dans le diocèse duquel se trouvait Pertuis : ils lui demandent 
instamment d'approuver le don de Pertuis fait jadis à Montma- 
jour par le comte Boson et celui fait ensuite par le comte Guil- 
laume, ce que l'archevêque accorde. Sans aucun doute, Alix 
et son fils Guillaume qui paraissent ici sont les mêmes personnes 
que celles dont les souscriptions forment le troisième groupe au 
bas delà donation de 981. 11 paraît certain aussi que, s'ils 
demandent l'approbation de ce don, ce ne peut être qu'en qualité 
d'ayants droit du comte Guillaume rappelé par eux à l'ar- 
chevêque : la donation de ce Guillaume qu'ils citent ainsi est 
sans contredit celle de 981. Quant au don du comte Boson qui 
paraît avoir été antérieur, sa date et sa teneur sont inconnues : 
il peut s'agir de Boson, le père du Guillaume de 981, c'est-à-dire 
de Boson fils de Roubaud, mort, on l'a .vu, vers 966. 11 peut s'a- 
gir aussi du comte d'Avignon Boson fils de Guillaume, dont, 
avant 976, le Guillaume fils de Boson et petit-fils de Roubaud 
s'était trouvé lui-même l'ayant droit. De son côté, l'abbé Archin- 
ric, qui s adresse à l'archevêque d'Aix en 1000, paraît être la 

1. Chantelou, éd. du Roure, pp. 56-57, 72-73, 90-91, 124-126, 127-128 
134-135, 135-136, 140-142, 153-154, 154-155, 190-191, 234, 239, 239 240. 
304-305, 305-307, 307, 308, 332-333, 333-334, 334, 334-343, 343-344, 348-350, 
354-355, 364-365, 365. 

2. Ibid., pp. 90-91. 



262 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII*' SIÈCLE 

même personne que le scribe Archinric de 981 , alors simple 
moine dans l'abbaye. 

Cette approbation de Tarchevêque d'Aix obtenue, l'abbé de 
Montmajour ne s'en tint pas là. Deux ans après, en 1002, le 
comte Roubaud, frère du comte Guillaume de 981, et sa femme 
Ermengarde approuvent à leur tour la donation de juin 981 et 
abandonnent toutes les prétentions qu'ils pourraient avoir en 
qualité d'ayants droit du donateur K Le préambule de cette con- 
firmation — point k noter — n'est guère que la copie de celui de 
981 : cela prouve que les parties l'avaient sous les yeux. Or, 
voici l'ordre des souscriptions de l'acte de 1002. 1** Les deux 
souscriptions du comte Roubaud et d'Ermengarde ; 2^ les deux 
souscriptions de Guillaume, neveu de Roubaud, et d'Alix, 
mère de ce Guillaume ; 3^ la souscription d'un vicomte ; 4° onze 
souscriptions confirmatives ou simplement testimoniales de per- 
sonnes sans qualité énoncée ; 5** les quatre souscriptions des trois 
fils de Nivelon et d'une quatrième personne. 

Tandis qu'Alix et l'abbé ont recours à l'autorité de l'ar- 
chevêque en 1000 pour confirmer l'acte de 981, maintenant 
Roubaud, en 1002, confirme cet acte de lui-même. On peut infé- 
rer de cette différence de forme que Guillaume fils d'Alix 
était encore mineur en septembre 1000 et que l'intervention de 
l'archevêque est sollicitée par l'abbé ad majorem cautelam pour 
remédier à ce défaut d'âge. 

Les Guillaume et Alix qui souscrivent la confirmation de 
1002 sont, à n'en pas douter, les mêmes personnes que les auteurs 
delà confirmation précédente du 15 septembre 1000, dont les 
souscriptions figuraient aussi à la suite de l'acte de 981. Seule- 
ment, ici, en 1002, le fils passe avant sa mère : on peut croire 
qu'il est devenu majeur. En 1002, leurs souscriptions sont bien 
de la même date que la rédaction de l'acte : on les trouve à leur 
place régulière après celles des donateurs, avant celles du 
vicomte et des témoins. Quant à la 5® série de souscriptions pla- 

1. Chantelou, éd. du Roure, pp. 72-73. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 263 

céeau bas de la confirmation de 1002, rien ne dit qu'elles soient 
de la date de l'acte. Il y a présomption qu'elles soient posté- 
rieures, car le rang de la famille qui, jadis, avait donné Pertuis 
aux comtes de Provence et l'intérêt qu'il y avait pour Montma- 
jour à s'assurer son consentement persistant auraient dû, si ses 
membres avaient souscrit au moment de l'acte confîrmatif, la 
faire passer avant les témoins ordinaires. 

Ce n'est pas tout : le 4 août 1018 i, Montmajour obtint 
encore, des trois frères qui composaient alors cette famille, le don 
de la moitié de Pertuis qu ils retenaient à titre viager et dont 
les confronts sont les mêmes que ceux indiqués en 1002. On 
remarque que cette donation émane précisément des trois frères 
dont les souscriptions avaient été mises à la fin des actes de 981 
et de 1002. 

Désormais, tout se présente clairement à l'esprit et il suffit de 
produire côte à côte les quatre actes de juin 981, de 1000, de 
1002 et de 1018 pour faire jaillir la vérité. 

Les souscriptions qui accompagnent la donation de juin 981 
sont de trois époques différentes. Au fur et à mesure qu'un acte 
confirmatif de cette donation intervenait, les auteurs de cet acte 
nouveau ne se bornaient pas à le souscrire : ils souscrivaient 
en même temps l'acte primitif de 981. Ainsi, les 1*^^, 2® et 
5® groupes de souscriptions ont seuls été apposés en juin 981 , 
lors de la rédaction de l'acte. Le 3® groupe y a été joint le 25 
septembre 1000 et le 4"^ y a été joint seulement le 4 août 1018. 
De même, en ce qui concerne l'acte de 1002, les quatre premiers 
groupes de souscriptions qui y figurent sont seuls contempo- 
rains de cet acte ; le 5*^ y a été joint le 4 août 1018. 

11 résulte de cet éclaircissement que, si le Guillaume auteur 
de l'acte de juin 981 n'a jamais pu avoir deux femmes à la fois, 
rien n'empêche qu'il les ait eues successivement. Ce fut d'abord 
Arsinde, d'avril 972 jusqu'en juin 981 ; ce fut ensuite Alix qui 
sera sa veuve. 

1. Chantelou,pp. 127-128. 



264 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

En 1002, au bas de l'acte où Roubaud confirme la donation de 
981, la souscription de Guillaume, fils d'Alix, précise qu'il est 
le neveu de ce Roubaud. L'acte du 29 août 993 avait déjà eu soin 
de dire à plusieurs reprises que Guillaume mari d^Alix était frère 
de Roubaud. Les souscriptions, mises après coup sous l'acte 
de mai 961, disaient que les frères Guillaume et Roubaud 
étaient fils de Boson et de Constance. Ces frères paraissaient, 
entre 977 et 985, comme seigneurs du fisc possédé par Lambert 
près de Montmajour : au bas de ce dernier acte, figuraient leurs 
deux souscriptions et celle d'Arsinde. Il est donc bien évident, 
même, semble-t-il, pour les aveugles, que Guillaume mari d'Ar- 
sinde, auteur du don de 981, est le propre frère de Roubaud con- 
firmateur de ce don en 1002. Il est évident que, sa femme Arsinde 
étant morte, Guillaume frère de Roubaud se remaria avec Alix, 
dont il eut Guillaume, désigné en 1002 comme le neveu de Rou- 
baud. L'acte de 981, produit par l'opinion qu'on examine, se 
trouvant ainsi clairement expliqué, la première proposition que 
les adeptes de cette opinion en faisaient découler ne s'étaie plus 
sur rien . 

La confirmation de l'acte de 981 par Roubaud en 1002 n'est 
d'ailleurs pas la seule : en mars [1032-1054], les deux frères Ber- 
trand et Geoffroy, comtes de Provence, confirment à Montma- 
jour^ ce que leur aïeul Guillaume avait donné à cette abbaye. 
Bertrand et Geoffroy étaient fils de Guillaume et de Gerberge : 
puisqu'ils parlent du mari d'Arsinde comme de leur grand-père, 
cela prouve encore une fois que celui-ci épousa Alix leur 
grand'mère après la mort d'Arsinde. Le même Geoffroy en 1057 
confirmera à Saint-Victor la condamine donnée jadis à Hugues 

1. Mars [1032-1054]: « ego Gaufridus Dei ordinatione cornes... depreca- 
tione mei fratris Bertranni..., Pertusum... abavo nostro Guillelmo data... » 
(Chantelou, pp. 135-136). — 1057 : « ego Gausfredus... et uxor mea Stefa- 
nia,.. donamus... in Rubiano... condaminam... quam dédit avus meus 
Wuilelmus marchio sive cornes Provincie et avia mea Adalax comitissa... 
Ugoni... Blavie... » [Saint- Victor, n° 184). — ITavril [981]. « Dilecto Ugone, 
ego... Vuilelmus marchius... in... Rupiano... condamina. Signum Vuilel- 
mus... Signum Arsinda comitissa »... (/jôîg?., 1042). 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 265 

Blavie par son grand-père Guillaume et sa grand'mère Alix. Or, 
en réalité, ce don avait été fait par Guillaume et sa première femme 
Arsinde. 

En ce qui concerne le second acte sur lequel se base cette opi- 
nion et par lequel, en septembre 980, le comte Guillaume, fils 
de Boson et de Folcoare, mari d'Alix et père de Guillaume, aurait 
donné Saint-Tjopez et le golfe de Grimaud à Gebelin de Gri- 
maldi, il faut en distinguer Je fond et la forme. 

La substance est en contradiction avec les chartes authentiques 
du Cartulaire de Saint-Victor qui témoignent que toute cette 
région, et en particulier Grimaud, dut être concédée par le mar- 
quis aux vicomtes de Marseille K La date de 980 est impossible; 
alors, les Sarrasins occupaient encore les localités qui auraient fait 
l'objet de la donation. Ils furent expulsés seulement en 983. En 
990, l'évêque de Fréjus, dans le diocèse de qui ces localités 
existent, venait déclarer au marquis que son évêché se trouvait 
absolument dévasté, que tous les titres de propriétés avaient dis- 
paru, que personne ne savait plus ce qu'il possédait au juste ; 
c'est alors seulement que le marquis, ému de cet état de choses, 
songea à reconstituer Févêché de Fréjus. Si l'acte de 980 était 
authentique, le marquis aurait songé à doter le soi-disant Gebelin 
de Grimaldi dix ans avant de régler l'état bien plus important de 
l'église cathédrale. Il aurait songé à garnir Saint-Tropez dix ans 
avant de restaurer Fréjus. 

Quant à la forme de l'acte et à sa rédaction, elle dénote un 
apocryphe qui ne tromperait guère un diplomatiste novice. 
M. Blancard, certes, n'a jamais pris la forme de la donation de 
980 comme authentique : avec un rare bonheur, il est même par- 
venu à établir d'une manière convaincante que cette rédaction 
fut l'œuvre de Guillaume de Grimaldi, moine de Lérins et prieur 
de Puget-lès-Fréjus, à la fin du xv^ siècle, qui trouvait ainsi le 
moyen d'augmenter la série de ses ancêtres et qui, pour bien 
placer son faux de manière à en imposer, le transcrivit à la fin 

1. 1069 {Saint-Victor, n» 589). 



266 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

du Cartulaire de Fréjus sur un feuillet resté blanc ^ En réalité, 
ses ancêtres, lesGrimaldi de Gênes, avaient été bannis de Ligurie 
en 1270 et c'est alors seulement qu'ils étaient venus se fixer en 
Provence. 

Après cela, il semble inutile d'insister sur cet acte : M. Blan- 
card, cependant, abusé par les souscriptions de l'acte de 981 qu'il 
croit toutes d'une même teneur, n'abandonne pas absolument le 
faux de 980. Il lui sait gré de l'appui apparent 'qu'en retire sa 
conception des deux Guillaumes, maris, l'un d'Arsinde et l'autre 
d'Alix. Il persiste à croire que Guillaume de Grimaldi se permit 
sur l'acte de 980 de simples interpolations avec quelques retouches 
et que le fond en reste authentique. En admettant cette hypo- 
thèse peu séduisante, l'acte du 29 août 993, rapproché des actes 
de mai 961 et de [977-985], fait un devoir strict de reconnaître 
que les quatre mots placés ici en italiques, « nos Guillelmus 
comes Bosonis et Folcoarse filius, in Arelate civitate consis- 
tentes... », constituent l'une des interpolations fâcheuses dues à 
Guillaume de Grimaldi. C'est un devoir cruel mais strict. Lais- 
sant là cette hypothèse, il faut dire que l'acte de 980 est apo- 
cryphe, de fond comme de forme. Il n'y a aucun compte à en 
tenir : le faussaire n'inventait pas tous ses personnages, mais il 
les groupait mal, quand il ne les inventait pas. 



' Boubaud, marquis de Provence. 

(994-vers 1010) 

Quand le marquis Guillaume, mari d'Alix, mourut, le titre de 
marquis ne passa pas à son fils ; sans doute à cause du bas âge 

i. L. Blancard, La charte de Gibellin de Grimant. 

Cf. E. Gais de Pierlas, Doc. inédits sur les Grimaldi et Monaco et leurs 
relations avec les ducs de Savoie, suivis des statuts de Menton, Turin, Bocca, 
1885, in-8, pp. 18-19. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 267 

de ce dernier, qui avait tout au plus une dizaine d'années, ce fut 
le comte Roubaud qui en hérita. 

Ce comte, qui, du vivant de son frère Guillaume, avait été 
réduit à un rôle effacé, commence à agir de lui-même une fois 
demeuré seul. Le^ actes, qui émanent de lui désormais, le 
montrent dans les comtés d'Orange, de Marseille, surtout d'Aix et 
de Nice 1. Il fut marié avec Ermengarde, dite aussi Eimildis^ qui 

1. [993-1002] : « ego Rotbaldus marchio et conjux mea... Eimildis in 

comitatu Aurasico. , . castrum. . . Podium Odoliimm Rtobaldus cornes 

et uxor sua Eimildis. Adalax comitissa et filius suus Willelmus. Poncius. 
Leotgerius. Rostagnus de Sabran. Amelius. Slephanus. Aicardus. Willel- 
mus vicecomes... » [Cluny, n° 1987) 

22 août [1002]: « ...in comitato Nicensis prope civitatis... qui mihi 
advenit propter donacionem domni Wilielmi incliti comiti qui fuit condam 
et domni Rodbaldi comiti necnon et domni Mironi. . . » (E. Gais de Pier- 
las, Cartulaire de Vancienne cathédrale de Nice. Turin, J.-B. Paravia, 1888, 
pp. 23-24, n» 18). 

Arles, 7 décembre 1002 : « ego Balda.,. Correns... Signum Rotbaldus 
cornes firmavit. Signum Adalax comitissa fîrmavit. Signum Vuilielmus 
cornes firmavit » (Chantelou, pp, 98-100). 

1002 : « ego in Christi nomine Rotbaldus comes et conjux mea Ermen- 
garda.,. villam... Pertusus,... in regno Provincise, in pago Aquense... qui 
michi ex prœcepto régis legibus obvenit... Signum Rotbaldus comes et uxor 
sua Ermengarda... Willelmus nepos suus firmavit. Adalax comitissa firma- 
vit. Adalelmus judex firmavit... » [Ibid., pp. 72-73). 

ir> septembre [1003] : » in comitato Nicensis subtus monte Calve- 

roles qui mihi advenit per donacione Wilielmi et Rotbaldi comitis nec- 
non et Mironi vel uxore sua Odila. Et habet consortes de uno latere in 
terra comitare... » [Cartul. de Nice, pp. 25-26, n° 19). 

Saint- Pons, 11 mai lOOi: élection de l'abbé Jean par sept moines et quatre 
autres personnes, « coram... antistitum Bernardum Niciensis et alium Ber- 
nardum Antipolensis ceterorumque priorum hominum necnon et mulie. 
rum... hune monachum nomine Joannem, vultu decorem, illustrum sensu, 
stemma sublimem, moribusque insignem... Rodbaldus inclitus comes firma- 
vit. Ermengarda comitissa firmavit. Willelmus de Nicia firmavit»,.. [Cart. 
Saint-Pons, n° II). 

1005 : « ego Pontius... Massiliensis... pontifex... cum consensu domni 
Rodulfi régis Alamannorum et Provincie, seu eciam cum precepto... 
domni apostolici pape urbis Rome, cum voluntate etiam domni Rodhbaldi 
comitis et domne Adalaizis comitisse, domnique Guillelmi comitis filii 
ejus... Rodballus gratia Dei comes firmavit, voluit et consensit et manu pro- 
pria roboravit. f Signum Poncius episcopus manu propria firmavit. Adalax 
inclita comitissa assensum prebuit et manu sua fîrmavit. Guillelmus comes 



268 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl*^ SIÈCLE 

paraît jusqu'en lOOo. Lui vivait encore en 1008, mais mourut 
avant le 22 avril 1015. Il eut un fils et une fille, comme son 
frère. 



VI 

Guillaume^ marquis de Provence et les comtes indivis. 
(Vers 1010- vers 1040) 

Le fils, nommé Guillaume comme son oncle, est connu de 1024 
à 1037 : il fut marquis après son père. L'acte du 9 mai 1031 en 
donne la preuve. Guillaume, filsde Roubaud, paraît dans les com- 
tés d'Aix, Venasque, Riez, Sisteron et Gap. S'il eut des enfants 
de sa femme Lucie, qui paraît de 1030 à 1037, ces enfants ne lui 
survécurent pas i. Il paraît avoir été le cadet de sa sœur Emma; 

Provincie fîlius ejus firmavit. Guillelmus Tholose urbis cornes fîrmavit. 
Ermeng-ardis uxor Rodballi comitis manu propria firmavit... Rado episco- 
pus f. Elmeradus episcopus f. Domnus Poncius Arelatensis archiepiscopus 
f. Amalricus Aquensis episcopus f. » {Saint-Victor, n° 15). 

Arles, 29 décembre [1008 ?]: « ego Petrus, prepositus... Arelatensi, comuta- 
mus .ad Hebreos... consenciente domna Adalaix •comitissa et filio suo Gui- 
lelmo comité. Signum Adalaix comitissa. Wilelmus cornes [Gall. noviss., 
Arles, n° 305). 

Arles, 1008 : « ego Aicardus...in terminio Aquensi, sive Avenionensi, vel 
Arelatensi... Bolcodena... Signum Aicardi. Signum Leutgarde ejus uxoris. 
Signum Rotbaldi comitis... » (Chantelou, pp. 121-122). 

1. 1024 : « ego Vuilelmus filius Rodbaldi... in comitatu Aquense... 
Signum ego Wilelmus... Adalaiz comitissa f. Vuilelmus comes filius Rod- 
baldi firmavit » {Saint-Victor, n» 225). 

1030 : « ego Willelmus comes Provincie et uxor mea nomine Lucia...in 
comitatu Sisterico... Ego Willelmus comes banc cartam scribi mandavi et 
manu propria firmavi, testibusque subnixis firmari rogavi. Poncius comes 
filius Tolosani firmavit. Bertrannus f rater ejus firma\it... » {Saint- Victor, 
n« 682). 

Gap, 9 mai 1030 : « Willelmus marcliio ejusque conjux Lucia comi- 
tissa... prope mœnia civitatis » (Paul Guillaume, Notice historique et docu- 
ments inédits sur le prieuré de Saint-André de Gap, p. 10, § 5). 

[1008-1032] : « de seniore nostro Willelmo comité et uxore sua Lucia^ 

comitissa , in comitatu Vandascense in territorio de Dîmone » {Cluny, 

n» 1994). 

Piolenc, mai 1037 : « ego Willelmus nobilissimus comes et uxor mea 



LE ROYAUME DE BOURGOGN'E-PROVeNCE 269 

en effet, celle-ci, mariée dès 998, avait k cette date au moins trois 
fils. Elle fîg-ura, jusqu'en 1024, du vivant de son frère, dans des 
documents qui intéressent les comtés de Fréjus et de Sisteron K 
Elle épousa Guillaume, comte palatin de Toulouse, fils de Ray- 
mond-Pons et déjà veuf d'une première femme qui lui avait donné 
un fils aîné nommé Raimond. Des trois fils de Guillaume et de 
sa seconde femme Emma, Henri, Pons et Bertrand, les deux 
derniers recueillirent la quote-part indivise de la Provence à 
laquelle ils avaient droit comme ses représentants à elle. Cela 

nomine Lucia... Diliada... et Septem Fontes... in episcopatu Regensi... 
Sig-num Willelmi et uxoris sue Lucie... ». Au dos de Pacte : « de Wil- 
lelmi comitis filii Rodbaldi » [Cluny, n° 2917). 

Guillaume et sa femme Lucie confirmèrent l'acte émané en 992 du premier 
marquis pour Saint-Ccsaire : de même, sa sœuret son beau-frère. [1010-1030] : 
« Willelmus comesfilius Rotbaldiet uxor sua Dulcia (stc). Willelmus comes 
Tolosanus etuxor sua Ema firmaverunt... » (Ruffî, Z)tsser^a^toAis, 1712, p. 45). 
1. 998, ind. XII : « clementia Dei ordinante Wilelmus comes Tholose 
praecellentissimus, presidens amplissima terrarum régna, inter alia possi- 
det Nemausensem comitatum, ubi... Psalmodiacum Beati Pétri conobium... 
ptefatus Wilelmus etuxor ejus. . , quartam partem Beati Juliani non longe 
ipsi monasterio adiacentem et justicias jamdicte ville sancti Juliani... 
prebuerunt. . . ad ipsum cçnobium et ad abbatem Warnerium. . , Pro hac... 
donatione. . . donaverunt. . , Warnerius abbas. . . et cuncta congregatio. . . 
ad Wilelmum comitem et ad Emam uxorem eius et ad filios eorum videli- 
cet Raimundum et Aialricum et Pontium et Bertrannum mille septingentos 
solidos. . . Facla carta. . . régnante Roberto rege. Signum Wilelmo comité 
et uxore sua Ema... Signum Raimundo filio Wilelmi. Signum Aianrico. 
Signum Pontio. Signum Bertranno. Isti omnes sunt filii Wilelmi » (Arcb. 
du Gard IL 142; cf. Ibid., H. 106, f« 81 r°-v°). 

1005 {Saint- Victor, 15). — Dimanche 22 avril 1015/6 : « ego Ema comi- 
tissa, filia Robaldi comitis et Ermengarde uxoris ejus, matris mee... in 
comitatu Forojuliensi... Ema comitissa... » (Chantelou, pp. 126-127). 

Octobre [1021] : ind. IV: « Adalaiz comitissa... in villa... Manoasca... in 
comitatu Sisterico... Signum Adalaiz comitissa... Emma comitissa firma- 
vit... Wilelmus comes firmavit » {Saint- Victor, n° 653). 

1024, ind. VII : « ego Wilelmus comes Tolosanus et uxor mca Ema... 
pro remedio... filiorum filiarumque... nostrorum in comitatu Sisterico... 
Manoasca... Signum ego Vilelmus comes et uxor mea Ema... » (Saint-Victor, 
n° 652). Le Guillaume qui. en 1024, souscrit avec le marquis fils de Rou- 
baud le n° 225, doit être Guillaume de Toulouse. — novembre 1024 : « ego 
Ema comitissa et filius meusPontius...mansum unumin Advenione civitate.. 
Signum Emma commitissa firmaviL Signum Pontii, Signum Bertranni. h 
(Bibl. d'Avignon, ms. 2466, f» 191 r"). 



270 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

prouve que, vraisemblablement, elle n'avait pas été dotée : elle 
mourut entre 1024 et 1030 ^, c'est-à-dire avant son frère, le 
marquis Guillaume, qui disparaît seulement entre 1037 et 1040 -. 
Comme on le verra, la Maison de Toulouse n'a jamais possédé 
que le quart indivis de la Provence : il est donc certain que, si 
Emma, n'étant pas dotée, a transmis ce quart à ses fils Pons et 
Bertrand, ceux-ci n'ont pas hérité de leur oncle le marquis Guil- 
laume mort sans enfants. 

Laissant là, pour l'instant, la Maison de Toulouse qui entre 
ainsi en Provence, il y a lieu de se reporter à la branche cadette de 
la Maison des comtes de Provence. On a déjà dit que le premier 
marquis Guillaume avait eu de sa seconde femme, Alix d'Anjou, 
un fils nommé comme lui qui lui succéda en bas-âge. En 1002, 
ce fils était encore mineur, semble-t-il, quand Alix fait approuver 
par l'archevêque d'Aix sa confirmation du don de Pertuis, jadis 
émané du marquis en 981. Les actes le qualifient, comme son 
père, comte de Provence et il partage ce titre avec son oncle 
Roubaud. Jamais il ne reçoit le titre de titre de marquis qui est 
dévolu à celui-ci. 

Du vivant de son père, Guillaume figure dans trois actes en 
992 et les 28, 29 août 993 ^. En septembre 994, devenu comte 
de Provence par la mort du marquis, il reçoit de son oncle mater- 
nel Drogon, évêque du Puy, une localité hors de Provence, qui 
représente sans doute une partie des biens dotaux de sa mère 
Alix ^. Guillaume est appelé à confirmer les actes de son oncle 
Roubaud dans les comtés d'Aix, de Marseille et d'Orange, ce qui 
prouve la possession toujours indivise de la Provence par les 
comtes de Provence. Ses actes personnels concernent le comté 
de Sisteron. Il y a apparence que les biens dont il jouissait, 

1. 1030 {Saint-Victor, 682). Ses fils seuls souscrivent. 

2. 25 mai 1042 (Sami-Ftc^or, n° 375). C'est Geoffroy qui est alors mar- 
quis. Il l'était sans doute dès le 15 octobre 1040 [Saint-Victor, 14); car, si le 
pape ne mentionne pas alors le consentement du marquis Guillaume, c'est 
qu'il était mort. 

3. Voir, ci-dessus, pp. 226, n. i, et 229, n. 1. 

4. Voir, ci-dessus, p. 255, n. 3. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 271 

comme ceux de son père, se trouvaient surtout sur la rive droite 
de la Durance. Beau-frère du roi de France, il épousa Gerberge, 
fille d'Ermentrude et d'Otte-Guillaume, comte de Bourgogne et 
de Maçonnais. De son temps, ce qui confirme les paroles de 
Thietmar, les actes privés commencent à supprimer couram- 
ment l'indication du règne du roi de Bourgogne ^. Gerberge paraît 

1. Avignon, 25 septembre 1000 : «in presentia domini Amalrici, Aquensis 
sedis archiepiscopi, domina comitissa Adalax et filius suus Willelmus et 
serviis omnium servorum Dei Archinricus... abbas... villam... Pertusus... » 
(Chantelou, pp. 90-91). 

Août [1001 J, ind. XIV: «ego... Adalax comitissa et filius suus Villelmus 
cornes et fîlia sua Constantia... vallibus... Ollieria... Signum Adalax comi- 
tisse et filii sui Villelmi comitis et filie sue Constantie... Rado episcopus 
firmavit, Eldebertus judex firmavit» [Ibid., pp. 70-71). 

[993-1002] {Clumj, n° 1987). Cf. ci-dessus, p. 267, n» 1. —Arles, 7 dé- 
cembre 1002 (Chantelou, pp. 98-100). —1002 [ibid.,Y>V- 72-73). Cf. ci-dessus, 
p. 267, n. 1. 

1005 {Saint- Victor, n^lS). Cf. ci-dessus, p. 267, n. 1.— Arles, 29 décembre 
[1008?] {Gall. noviss. Arles, n» 305), Cf, p. 267, n. 1. 

1013, sans date de règne : «ego Wilelmus comes Provincie,conjuxque mea 
Girberga una cum fîlio nostro nomine Wilelmo... donamus... ad proprium 
alodem... in comitatuSisterico... de villa... Manuasca... ecclesia sancti Mar- 
tini... non longe a fluvio Durentia... Ego Willelmus comes Provincie, 
annuente Domino,.., manu mea firmavi... Domna Guiberga, inclita comi- 
tissa firmavit. Domnus Wilelmus eorum preclara soboles firmavit » 

{Saint- Victor, n» 646). 

Mercredi de mars [1013-1018] : « Walpertus presbiter... pro redemptione 
anime comiti Wilelmo et uxore sua Adalais... et pro redemptione filium 
suum domno Wilelmo comité et uxore sua Wirberga... ad Sanctum Satur- 
ninum... » {Saint- Victor, n° 133). Il s'agit de Saint-Savournin dans le comté 
d'Aix. 

Décembre [1013-»1018] : « ecclesiam S. Saturnini... in loco... Voraginis, 
in comitatu Aqueuse, ego... Bonefatius... Facta hec donatio... in mense 

decimbri régnante Domino nostro Jhesu Christo féliciter, amen 

Guilelmus comes firmavit et uxor ejus Girberga et omnes filii eorum fir- 
maverunt. Domnus archiepiscopus Amalricus firmavit » (Chantelou, pp. 
100-101). C'est le premier exemple du règne du Christ remplaçant celui du 
roi de Bourgogne. 

Saint-André-lès-Avignon. 1018 : « ego Vuillelmus comes et uxor mea 
Gisberga donamus... in comitatu Sistarico, in monte... Lura, locum Sancti 
Donati... Signum Vuillelmi comitis et uxoris ejus Gisbergœ manus illorum 
firma. Jofredus comes firmavit. Bertrannus comes firmavit. Arnulfus scripsit. 
(Ruffi, Dissertations, p. 20 ; d'après le Cart. deSaint-André, p. 41). 



272 LA PROVENCE i>Û PREMIER AU Xll'' SIÈCLE 

depuis 1013 jusqu'en 1019 : elle lui donna trois fils, Guillaume, 
Foulques-Bertrand et Geoffroy. Le comte de Provence Guil- 
laume IV mourut âgé de trente à trente-cinq ans, en 1018 et 
après le 30 mai. Au lieu de se faire enterrer à Sarrians auprès du 
marquis Guillaume II son père, sa sépulture fut creusée dans le 
rocher de Montmajour, à côté des fondations de l'église dont la 
construction venait d'être entreprise le 30 mai 1016 et au niveau 
du sol de la crypte K Sa veuve, Gerherge, ne lui survécut pas 
longtemps, semble-t-il : elle paraît dans quatre actes, les deux 
premiers de 1018 et les deux derniers de 1019, en faveur de 
Saint- Victor de Marseille et de Saint-André-lès-Avignon. Sa 
mort doit être antérieure à 1024 2. 



!. Mercredi, 30 mai 1016: « anno ab incariiatione Christi MXVI, fuit in- 
choata basilica in honore sancte Mariée matrisDomini,seu omnium sancto- 
rum, indictione XIV, III kalendas junii, feria IV«, régnante Roberto rege. 
In tertio anno fundalionis hujus basilicœ, obiit Guillelmus inclitus cornes 
Adelaidis et honorifice sepultus est in fundamento hujus ecclesiœ » (Chan- 
telou, éd. du Roure, p. 114; cf. p. 119 pour la description de la tombe). Il 
suit de là que Guillaume mourut entre le 30 mai 1018 et le 29 mai 1019. 
Les chartes de Saint-Victor, n°^ 226 et 630, précisent que ce fut avant le 
début de l'an 1019.. 

2. 1018. «Ego Geiriberga comitissima etfilii mei Vuilelmuset Fulco sive 
Josfredus.,. in comitatu Aqueuse... Ego comitissima Geiriberga, annuente 
Domino, hanc donationem dedi et manu mea firmavi... » [Saint-Victor^ 
n» 226). 

1018, règne de Rodolphe ; « ego Adalax, illustrissima comitissa, mater Vil- 
lelmi, quondam Provintie comitis et ego Geriberga, Çque comitissa, ejus- 
dem principis olim uxor, una cum consensu filiorum optimatumque nos- 
trorum... in pago Provincie, in comitatu Regense... Ego Adalax et ego 
Girberga, una cum fdiis et nepotibus nostris... W^ilelmus, filius Vilelmi 
comitis lirmat. Fulco fraterejus. Gosfredusfirraat... » (Sai/î^Vic/or, n» 630). 

1019, règne de Rodolphe : « ego Geriberga comitissa, una cum consensu 
filiorum optimatumque nostrorum propter remedium anime senioris mei 
Guilelmi comitis Provincie et mee filiorumque nostrorum quorum hec sunt 
nomina : Wilelmus, Fulcho, Josfredus... in comitatu Sisterico, in villa... 
Manoascha... Ego Girberga, una cum filiis,... Wilielmus filius comitis 
Vilielmi firmavit. Fulco frater ejus fîrmavit. Josfredus frater firmavit.,. » 
[Saint- Victor, n° 649). 

1019 « Ego Gisberga comitissa una cum filiis meis Willelmo, Fulcone 
Bertranno, Gaufredo donamus... planitiem... ad radicem montium... » (Ruffi, 
Dissertations, p. 21, d'après le Cart. de Saint-André-lès-Avignon, p. 32). 



Le royaume de bourgogne-provènce 273 

Les fils de Guillaume IV ne portèrent pas immédiatement 
après la mort de leur père le titre de comte de Provence ; ils 
étaient sans doute encore trop jeunes pour le recevoir. L'aîné 
d'entre eux fut Guillaume V, que Guillaume IV nommait dès 
1013 dans une donation ; il eut une vie encore plus brève 
que son père. Il paraît en 1018 et 1019 aux côtés de sa mère 
dans des actes relatifs aux comtés d'Aix, Riez, Sisteron et Avi- 
gnon ^ Il disparaît depuis et était certainement mort en 1030 -, 
à vingt ans tout au plus, sans avoir été marié. La veuve du 
premier marquis Guillaume II survécut ainsi à son mari, àson fils 
et peut-être même à l'aîné de ses petits-fils. En dehors des actes 
où on l'a vue figurer avec son mari, puis avec son fils, il faut 
noter qu'en 1015 elle avait complété la donation de l'église Saint- 
Martin de Manosque à Saint-Victor, émanée en 1013 de son fils 3, 
en abandonnant la part de cette église qui lui appartenait ^. En 
1018, elle agit de concert avec sa belle-fille devenue veuve •''. 
Enfin, on connaît deux actes plus récents, de 1021 et 1024, 
qu'elle souscrit : le premier avec la comtesse Emma à propos de 
Manosque ^, le second avec le marquis Guillaume III, fils de 
Roubaud, à propos du comté d'Aix ^. Gomme Fatteste Arnoux, 
moine de Saint- André-lès- Avignon, là vieille douairière mourut 
en 1026 ^. On voit que, très probablement, la veuve du vainqueur 

Il s'ag-it du comté d'Avignon, sur la rive droite du Rhône. Peut-être est-ce 
Guillaume V, qui en 1025 figure encore dans un acte approuvé par les 
vicomtes : ce serait sa dernière mention [Saint- Victor, n^ 456). 

1. Le Guillaume qui souscrit en 1024 une charte avec Guillaume fils de 
Roubaud doit être le comte de Toulouse et non pas Guillaume V [Saint- 
Victor, n° 225). Voir ci-dessus, p. 268, n. 1. 

2. Saint- Victor, n» 681. 

3. Ibid., n° 646. 

4. 1015: (( ego comitissa Adalaiz, annuente Domino...- dedi... » [Saint- 
Victor, n» 648). 

5. Saint-Victor, no 630. 

6. Ibid., no6b3. 

7. Saint- Victor, n» 225. 

8. 1026 :« ...Aquibusannisusque ad presentem annum...quo felix Adalax 
comitissa dormivit in pace... qui... a natiuitate Xpisti millesimum vicesi- 
mum sextum presentem annum efficiunt in ([uo iste libellus cons( riptus 

Mém. et Doc. de t'École des Chartes. — VII. 18 



274 LA PROVENCE DU PREMIER AU XU^ SIÈCLE 

des Sarrasins passa la fin de sa vie à Avignon et, en tout cas 
sur la rive droite de la Durance, où on pensait déjà que son mari 
possédait la plupart de ses biens : c'est la meilleure explication 
du fait que sa mort est notée par un moine voisin d'Avignon. 
Elle devait être fort âgée, car le comte d'Anjou Foulques, son 
père, était mort lui-même vers 958. En 979, quand elle avait 
épousé Louis V, elle était déjà mère de quatre enfants d'un pre- 
mier mariage : ces indications prouvent qu'elle dut mourir octo- 
génaire. Elle fut inhumée à Montmajour. 

Guillaume V, fils de Gerberge, étant mort, ses deux frères cadets 
recueillirent tout Théritage du comte de Provence Guillaume IV. 

Ici se présente une difficulté qu'il faut résoudre. En 1013, 
d'abord, Guillaume IV et sa femme Gerberge avaient mentionné 
seulement leur fils Guillaume V. Puis, dans trois actes successifs, 
datés de 1018 et 1019, Gerberge nomme ses trois fils Guillaume, 
Foulques et Geoffroy. Une première conclusion à tirer delà, c'est 
que Guillaume est manifestement l'aîné des trois. En effet, il 
porte héréditairement le nom de son père et de son grand-père 
paternel; de plus, dans le premier acte, il est le seul nommé et, 
dans les suivants, il est toujours nommé le premier. Ses frères 
cadets Foulques et Geoffroy portent évidemment les noms de 
Foulques le Bon et de Geoffroy Grisegonelle, c'est-à-dire du père 
et du frère de leur grand'mère paternelle Alix. 

En second lieu, l'acte de 1019, tiré des archives de Saint- 
Victor, indique nettement par sa rédaction que ces trois fils, Guil- 
laume, Foulques et Geofïroy, sont les seuls issus du mariage de 
Gerberge et de Guillaume IV. 

est a quodamfragilimonacho Arnulfo nomine... »(Bibl. nat. de Madrid, ms. 
Ee 40, f" 118 v°), — Voir l'enquête du 2 janvier 1215 : « comitissa Blanca 
quœ sepulta est apud Montem Majorera dédit monasterio illi onmejusquod 
ipsa habebat in tota villa et territorio de Lagozes...» (Biblioth. Méjanes 
ms. 812 : recueil Bbuquier, t. I, pp. 145-146; Catal.des mss. Départements, 
t.XVI, Aix, 1894 ms. 915). Parun mandement de Benoît VIII, du l^^" sept. 1010, 
on sait que Alix a porté le surnom de Blanche : « Omni etiam reverentia et 
veneratione dignissimœ domnse Adeleidi comitissœ cognomento Blanchaj 
nuruique ejus domnœ Gerbergse comitissa^. y)(ï{uïii, Dissertations, 1712, p. 19; 
cf. Duchesne,//is^ Franc. Script., t. IV, pp. 169-171 ; Jafîé, 2^ éd., n» 4013). 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 275 

A partir de 10 J 9, les noms de Guillaume V et de Foulques ne 
paraissent plus : quant à Geoffroy, on le rencontre jusqu'en 1060. 
Chose singulière, il n'est pas seul cependant: Bertrand, comme lui 
comte de Provence, se trouve joint à lui à dater de 1030 et ce Ber- 
trand est déclaré son frère. Tous deux sont petits-fils du premier 
marquis Guillaume: un acte de Montmajourle dit e:x'pressément. 
La nécessité veut donc que Bertrand soit, comme Geoffroy, fils du 
comte Guillaume IV, mort en 1018. Mais il faut expliquer com- 
ment il se fait que, du vivant de son père, il ne paraît jamais. 
Puisqu'il ne paraît jamais avant 1030, ce n'est pas un quatrième 
enfant de ce comte mort en 1018. On a dit que deux des fils de 
Guillaume IV cessent précisément de paraître après 1019 : ce 
sont Guillaume V et Foulques. Il faut donc que Bertrand, sur- 
gissant après leur disparition, soit à identifier avec l'un d'eux. Les 
probabilités sont pour quïl faille l'identifier avec Foulques de 
préférence. En effet, si l'un des deux frères connus jusqu'en 1019 
change de nom, ce ne doit pas être l'aîné, porteur du nom héré- 
ditaire illustré par le premier marquis. Ces probabilités se 
changent en certitude à la lecture de l'acte de 1019, tiré des 
archives de Sain t-André-lès- Avignon. Cet acte n'indique pas que 
Guillaume IV ait eu quatre fils : Guillaume, Foulques, Bertrand 
et Geoffroy, ce qui serait contraire aux constatations tirées des 
actes de 1018. Il montre simplement que le second, des trois fils 
énumérés par les actes de 1018, est en train de changer de nom : il 
porte à la fois celui de Foulques, sous lequel il était jusqu'alors 
connu, et celui de Bertrand qu'il préférera désormais. 

Si cet exemple d'un enfant, ayant successivement deux noms, 
était unique, il surprendrait. Mais ce fait est fréquent jusqu'au 
XII® siècle. Dès sa naissance, l'enfant était nommé |)ar ses parents, 
et, surtout s'il était l'aîné, son nom lui venait généralement du 
côté paternel : ce nom était, à partir du xi*' siècle, prévu pour ainsi 
dire d'avance par la coutume établie, dans les familles princières. 
C'est ainsi que, depuis le vainqueur des Sarrasins, l'aîné à 
chaque génération, chez les comtes de Provence, s'appellait Guil- 
laume. Cela dura jusqu'à l'extinction de la Maison. Chez les 



276 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

comtes d'Albon, ce n'était pas seulement l'aîné, mais les deux 
premiers, dont le nom était coutumier: l'aîné recevait le nom de 
Guigues, le second celui de Humbert. Une tradition analogue exis- 
tait dans la plupart des familles baronales. Les sires de Mévouillon 
tenaient tellement à leur coutume particulière, qui était, dès le 
XII*' siècle, de s'appeler Raymond, que, par précaution et pour 
prévenir le cas où, l'aîné venant à mourir sans enfants, leur terre 
passerait au puîné, les deuxpremiers enfants mâles, k chaque géné- 
ration, recevaient toujours le nom héréditaire : le second pouvait 
ainsi à l'occasion remplacer l'aîné, sahs changer le nom du maître 
de la terre i, et il en fut ainsi pendant tout le xiii^ siècle, c'est-à- 
dire pendant quatre générations, jusqu'à l'extinction de la famille. 
De même les sires de Castellane avaient deux Boniface à chaque 
génération : on se rend compte que le second était de rechange. 
Ces exemples sont pris en Provence et en Dauphiné : en Langue- 
doc, il en était de même. Tout le monde sait que les ducs de 
Guyenne avaient pris l'habitude de s'appeler Guillaume : à l'une 
de leurs générations, les deux aînés s'étant succédé et étant morts 
sans enfants, le troisième, déjà possesseur des deux noms Guy et 
Geoffroy, n'hésita pas un instant à en prendre un troisième, 
c'est-à-dire à relever le nom coutumier de Guillaume, quand il 
devint duc. 

Tandis que l'aîné tirait ainsi son nom, selon la coutume, de la 
ligne paternelle, la ligne maternelle se dédommageait en fournis- 
sant fréquemment celui des cadets. 

En outre, il arrivait quelquefois que l'enfant, ainsi nommé à 
sa naissance, recevait un surnom, co(/nomentum, c'est-à-dire un 

1. Avignon, 28 juin 1263. Testament de Raymond l'aîné, baron de 
Mévouillon : « Item, volo et precipio... quod semper sit unicus hères uni- 
versalis in terra mea, licet forte sint plures liberi. Et ille hères universalis 
vocetur Raymundus ex quo erit hères, licet ante aliud nomen haberet et 
ille hères teneatur providere aliis liberis utriusque sexus. , . » (Arch. de 
risèrc, R. 3642, cahier de parchemin, f° o r°). Ce testament est libellé 
comme un véritable statut de famille : si les deux premiers enfants 
n'avaient pas suffi, le troisième aurait donc eu l'oblig-ation de quitter son 
nom de naissance ou de baptême pour prendre celui de Raymond en 
héritant de la baronnie. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 277 

second nom, àToccasion de son baptême; en effet, le baptême est 
considéré par TÉglise comme mie renaissance ^ . Une certaine quan- 
tité d'exemples du xi® siècle prouvent que généralement, quand 
le nom de naissance vient du côté paternel pour l'aîné, par 
contre le surnom de baptême vient du côté maternel, par l'in- 
termédiaire du parrain et de la marraine. Gomme un chrétien fait 
du baptême le principal, c'est le surnom de baptême qui, une 
fois reçu, devient pour chacun peu à peu d'un usage plus fréquent 
que le nom de naissance. En iait, quand ce surnom ne remplace 
pas tout à fait le nom, du moins il prédomine et, dès lors, il n'est 
plus possible de dire que la personne dont il s'agit a un nom de 
naissance et un surnom de baptême, mais bien un nom de bap- 
tême et un prénom de naissance. Les textes donnent l'épithète de 
co(/nomentum, non pas au plus récent, mais à celui des deux qui, 
présentement, est le moins employé des deux. Ce n'est pas le 
lieu de produire ici les exemples nombreux de surnoms de bap- 
tême dont les exemples peuvent s'emprunter aux maisons prin- 
cières depuis le x^ jusqu'au xii^ siècle. Leur connaissance fait 
comprendre comment Foulques, fils puîné du comte Guillaume IV 
et deGerberge, peut ne plus être connu à partir de 1019 que 
sous le surnom de Bertrand. Auxi® siècle, la chose était fréquente: 
elle cessera de l'être au xii'^ siècle quand on prendra l'habitude de 
célébrer le baptême aussitôt après la naissance. Les noms de nais- 
sance disparaîtront alors par le fait, ou plutôt ils se confondront 
désormais avec les surnoms de baptême jusqu'alors éventuels. 
On reconnaît un surnom de baptême, quand il est joint, dans le 
même texte, au nom de naissance, à ce fait qu'il s'énonce 
grammaticalement au même cas que lui, si le texte est correct : 
Fulcone Bertranno^ dit la donation de 1019 faite à Saint- André. 
S'il s'agissait d'un surnom patronymique rappelant le nom du 
père, on aurait : Fulcone Bertranni. Il s'agit donc de Foulques- 

1. 7 avril [907]. « Notum sit omnibus in Christo renatis quia ego Geral- 
dus. . . » {Cluny, n° 95). 

1062 : (( recolentes nos secunda generatione ad vitam renatos perpe- 
tuam. . . » [Saint- Victor, n° 546). 



278 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

Bertrand et non pas de Foulques Bertrand. En l'espèce, Foulques, 
n'étant pas l'aîné de sa génération peut avoir reçu son nom de 
naissance du côté maternel : on peut dire plus sûrement encore 
que son surnom de baptême en vient aussi. Cela ne suppose 
pas qu'il vienne de la mère elle-même forcément; car Adélaïde, la 
grand'mère paternelle, vivait encore au moment du baptême et, 
en pareil cas, la mère s'efface naturellement devant l'aïeule. Elle 
respecte le privilège de l'âge. On a dit que Foulques porte le 
nom du père de sa grand'mère paternelle. Cette grand'mère, en 
premières noces, avait épousé le comte de Gévaudan Etienne, fils 
de Bertrand : elle en avait eu trois fils, dont un également nommé 
Bertrand. C'est le surnom qu'elle donna à son petit-fils à son 
baptême, ou qu'elle lui fit donner par le parrain. 

Ce fils puîné du comte Guillaume IV est donc connu sous le 
nom de Foulques en 1018, sous ceux de Foulques-Bertrand en 
1019 et sous celui de Bertrand, depuis 1030 jusqu'à la date de 
sa mort vers 1050 K Geoffroy, frère de Foulques-Bertrand, ne 
devait mourir, on le répète, que vers 1060; quant à l'aîné des 
trois, Guillaume V, il était mort tout jeune, peu après 1019. 

VII 

Foulques-Bertrand et Geoffroy, marquis de Provence. 
(Vers 1040- vers 1060) 

Les deux frères restants paraissent étroitement unis : l'un ne 
paraît guère sans l'autre -. Ils se qualifient, par indivis, comtes 

\. Bertrand n'était pas le nom héréditaire que les Provençaux étaient 
accoutumés à voir porter parleurs comtes. Aussi, après sa mort, un acte de 
Montmajour joint par habitude le nom de Guillaume à celui de Bertrand : 
« ego Guillelmus et ego Gaufredus comités et fratres, filii Guillelmi III 
cognomento Bertrani Arelatensis comitis et ante euin e vivis crepti, nostrorum 
gravedinem recolentes... de una medietate quam pater noster Bertrannus 
dédit... » [Chantelou, éd. du Roure, pp. 190-191). La phrase, qui attire l'at- 
tention, paraît, d'ailleurs, interpolée. 

2. Pour les actes antérieurs à la mort de leur père et de leur mère, de 
1013 à 1019, voir ci-dessus, pp. 271, n. 1; 272, n.2. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 279 

de Provence, à la suite de leur père. Gomme leur aïeul, le pre- 
mier marquis, ils affirment même en 1034 qu'ils sont princes de 

1030 : « ego Isoardus... in comitatu Gapicense... Bertrannus cornes fir- 
mavit, . . » [Saint-Victor, n° 713). 

1030 : « ego Bertrannus cornes Provincie... unum... mansum ab integro 
quem excoluit homo nomine Rothbaldus in villa Ausonivis, in comitatu 
Sisterico... ego Bertrannus cornes... » (Saint-Victor, n° 681). 

La même année, le marquis Guillaume donne « unum mansum ab inte- 
gro, quem excoluit homo nomine Isimbardus, in villa Ausonivis, in 
comitatu Sisterico » (Ibid., n° 682). Il résulte de là que Bertrand était co- 
propriétaire avec le marquis d'un domaine dans le comté de Sisteron : 
mais les mas qui composaient ce domaine comtal n'étaient pas indivis. 
Chacun de ces mas était attribué soit à l'un, soit à l'autre des deux comtes 
copropriétaires du domaine. 

Marseille, samedi d'août 1031. « Ego... Bertrandus, miseratione Dei 
omnipotentis comes vel gubernator Provintie regionis, dono duos mansos... 
propter malum quod ego feci cum meo hoste... juxta Marignane. Idcirco 
consuluimeos fidèles quid facere debuimus... et dederunt michi consilium, 
ex parte meliori, ut... secundum consilium eorum, diffînitvim est ut... est 
unus mansus in villa Petra Foco... est alius... in villa Foro Calcherio... in 
comitatu Tolonense... Bertrannus comes... Feraldus episcopus testis... 
Raimbaldus archiepiscopus testis. . , » (Saint-Victor, n° 455). 

[1018-1032] : <c Rodulfus rex Alamandorum... omnibus fidelibus... cunctis 
civilibus Aralatensis audientibus, ducibus, viscommitibus, scavinos, judices 
et vicarios... vir venerabilis Jausfredus commis Aralate, volente et con- 
senciente fratre suo Bertrammo... totam partem commitalem que ad com- 
mitem aut ad fiscocommitale vel regale... de... Madalgas. .. » [Saint- Victor, 
n'^ 1061). Mazaugues, du diocèse d'Aix, aux limites de Marseille et Toulon. 

[1018-1032] : « ego Bertrannus comes... in comitatu Sisterico, in Castro 
Furnocalcario... Signum Bertrannus comes... Signum Beringarius vice 
comes. Signum vescoFrodo. Signum Amiens. . . » [Saint- Victor, n° 666). 

1034 : « ego Bertrannus comes et princeps totius Provinciœ do quartam 
partem villœ... Gaisela... ecclesiœ S. Perpétuée » (Bibl. nat., ms. lat. 13915, 
f" 363 r°). 

1034 : <( ego Josfredus et ego Bertrannus comités ac principes tocius Pro- 
vincie... in comitatu Aquense... Gaufredus firmavit. Bertrannus firmavit. 
Raiambaldus archiepiscopus firmavit... » [Saint-Victor, n» 333). 

12 avril [1033-1036], règne du Christ :« ego Bertrannus comes... in comi- 
tatu Avenionense, in territorio castri... Tarascone,.. consentiente tamen 
episcopo Senioreto de Avinione etcanonicis et judice Berengario... Signum 
Bertranni cômitis. Gaufredus comes voluit et consensit » (Chantelou, 
pp. 137-138). 

Sarrians, jeudi [19 mai 1037] : h nos duo fratres comités Provincie 
Gausfredus atque Bertrannus quandam terram aliquando sancti Maioli 
hereditatem actenus vero possessam a nostris antecessoribus, Diliadam et 



280 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

toute la Provence. Mais, tant que vécut leur oncle au 5® degré, 
Guillaume fils de Roubaud, on ne trouve aucun acte où ils 

septem Fontes... Actum pubblice apud Serrianum villam feria V. Ascen- 
sionis Domini régnante Chonone imperatore anno X regni sui... Testes 
Raymbaldus archiepiscopus, Feraldus episcopus, Petrus episcopus, Petrus 
episcopus Sextericensis, Franco episcopus... » {Cluny, n° 2916). L'éditeur 
date à tort cet acte du 26 mai : le scribe des deux comtes de Provence ne 
dit pas: « feria VpostAscensionein», mais bien (( feriaV Ascencionis.» Quant 
au marquis Guillaume, il se trouvait aussi à ce plaid général comme ses 
deux cousins, car on le trouve à 20 kilomètres de là, à Piolenc, en dessus 
d'Orange, faisant la même donation qu'eux cette même année. C'est d'ail- 
leurs l'avis de l'éditeur (C/Mmy, n" 2917). Ces deux donations prouvent que 
le domaine des trois princes était indivis dans le comté de Riez. 

1037: « régnante Cono imperatore, ego Guidbertus... in comitatu Tho- 
lonensi... Josfredus comes firmavit... » {Saint- Victor^ n° 380). 

1037 : «... Bertrannus comes... cedo... in regno Provincia?, in pago Sis- 
tergico... Manuasca, seu Podium Bosoni... Signum Bertranni comitis... 
Josfredus comes frater ejus voluit et firmavit... » (Chantelou, p. 134\ 

1038 :« régnante Cona imperatore, ego Josfredus comes Provintie...dono... 
fideli meo Fulchoni vicecomiti Massilie et uxori sue Odile aliquid de alode 
meo... in comitatu Tolonense... Ego Josfredus comes Provintie. .. » [Saint- 
Victor, n« 447). 

1038 : (( ego Bertrannus comes Provincie... firmavi... » {Saint-Victor, 
n° 448). Confirmation de la donation de son frère. 

16 janvier 1040 : « ego... Jodfredus et frater meus Bertrannus comités Pro- 
ventie... in comitatu Arelatense... Tripontio... Signum Godfredi et Bertranni 
comités... Roborata hec carta octabis sancti Laurentii, in manu archiepis- 
copidomni Raimbaldi-... » {Saint- Victor, n° 172). 

27 janvier 1040. «... Nos... Abamari... in comitatu Arelalensi... Ego Josfre- 
dus comes et uxor mea donamus et firmamus donationem terrarum juday- 
carum... >■> {Sainte Victor, n° 179). 

Mercredi 23 avril 1040, règne du Christ : « ego Bertrannus comes... in 
regno Provincial... in comitatu Avenionense in castro Tarascone... in comi- 
tatu Arausico... in comitatu Cavellico... in comitatu Aqueuse... in comitatu 
Tolonense... Bertrannus comes... libentissime dédit... Eldejarda Eveza 
uxor ejus firmavit. Josfredus comes firmavit... » (Chantelou, pp. 136-137), 

Marseille, mercredi 15 octobre 1040 : «... assensum prebentibus princi- 
pibus Gausfredo et Bertranno, cum totius Provintie nobilibus... » {Saint- 
Victor, n" 14). Il s'agit de l'église de Saint- Victor de Marseille. 

Montmajour, 1040: « ego Bertrandus comes... in comitate Avenionense... 
accepi precium solidatas octoginta... accepi pretium solidatas octoginta... 
Signum Bertrannus comes... Josfredus comes... Berangarius comes {sic)... » 
(Chantelou, pp. 138). 

Montmajour, 1040 : a ego Gaufredus comes... in comitatu Avenionense... 
accepi pretium solides centum... S. Gaufredus comes... Bertrannus inclytus 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 281 

assument le titre de marquis. Après sa mort, survenue entre 1037 
et 1040, c'est différent. Non seulement ils héritent de lui un 

cornes firmavit... Rostagniis episcopus Avenionensis firmavit. Stephania comi- 
tissa firmavit » (Chantelou, pp. 138-139). 

Avignon, janvier 1041 : « egoGaufredus et fratermeus Bertrannus comités 
AvenionenseSjCLimconsilio etvoluntatefidelium nostrorum... Mairanicas... » 
(Polycarpe de la Rivière, Annales, pp. 626-627); Columbi, a De rébus gestis 
epîscoporum Vasionensiuni », 1656, p. 60. — Cnrt. Saint-André). 

Arles, mardi 25 mai 1042. « Ego Guido... in comitatu Aquense... Acta 
publiée apud Arelatem, in presentia domni Raimbaldi presulis atque Jos- 
fredi marchionis Provincie et ceterorum nobilium... Josfredus cornes sive 
marchio Provincie firmavit {Saint-Victor, n" 375). 

Arles, avril 1043 : a ego... Raiambaldus archiepiscopus dono... aliquid de 
alode... ecclesiaî... in comitatu sancte Arelatensis a^cclesiaî, in castello... 
Salone... Acta est... in civitate Arelato, in mense aprilis, anno ab Incarna- 
tione Domini millesimo XLIII, regnantibus principibus in Galliis Gauz- 
fredo et Bertranno... » {Gall. Christ, noviss., Arles, n» 369). 

Mars [1040-10i-4], règne du Christ : « ego Bertrannus comes^.. in comi- 
tatu Aquense... Pertusus... Bertrannus comes f. ... » (Chantelou, pp. 134- 
135). — [1040-1044] : « ego Gaufridus Dei ordinatione comes... depreca- 
tione mei fratris Bertranni nostrorumque nobilium militum laudatione... 
Pertusum... quaî olim ab'avo nostro Guillelmo data... Signum Gausfredi... 
Bertrannus comes frater ejus f. . . . » [Ibid, pp. 135-136). 

Marseille, samedi 29 juillet 1044 : « régnante Heienrico rege. Ego Gau- 
fredus marchio sive comes Provintie... hereditatis paterne quedam con- 
cedo... interritorio comitatus Massiliensis » (Saint- Victor, n» 34). 

[10 iO-1044] : « ego Rahimbaldus, gratia Dei, pr5sulatus honore sublima- 
tus... donamus... consentientibus totius Provintie principibus seu comiti- 
bus Josfredo atque Bertranno... Gauzfredus comes f. Bertrannus frater 
ejus f » {Saint-Victor, n» 151. — Gall. Christ, noviss., Arles, n» 363). 

1044. règne de Henri : a ego Bertrannus, auctore Deo, marchio sive comes 
Provincie... in comitatu Sigisterico... territorio castelli... Forcalcherium... 
pro remedio anime mee, uxoris ac fdiorum et genitoris mei Willelmi 
sive genitricis mee... jure paterne hereditatis... Bertrannus marchio sive 
comes... firmavit, Raiambaldus Arelatensis arciepiscopus f. Hismido Hebre- 
dunensis archiepiscopus f. Petrus archiepiscopus Aquensis f. Stepha- 
nus episcopus Aptensis f. Franco episcopus Carpentoracensis f. Petrus 
episcopus Vasensis f. Udulricus Tricastrensis episcopus f, » {Saint-Victor, 
no 659). 

8 décembre 1045 :«. . . de convenientia terra rum...Judeorum... Gosfredus 
comes Provincie... » {Saint- Victor, n° 194). 

1045: «... Guillelmus vicecomes Massiliensis... in territorio Massiliensi... 
Ego Gauzfredus marchio sive comes Provincie... firme... » {Saint-Victor ; 
n» 24). 

1048. « Ego Gosfredus et Bertrannus frater meus, utrique Provinciales 



282 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII*' SIÈCLE 

quart indivis de la Provence qu'ils joignent à leur moitié, mais 
la branche qu'ils représentent recueille le marquisat. 

Par une innovation jusqu'alors sans exemple, les deux frères 
prennent ensemble le titre de marquis. Les actes de 1042, de 
1044, de 1048 et de 1050 en donnent la preuve. Un autre fait est 
àsignaler: les actes antérieurs à la mort de leurpère paraissaient 
prouver que Foulques-Bertrand était l'aîné de Geoffroy. Par 
contre, les actes postérieurs à cette mort indiquent que Geoffroy 
aie premier rang". H y a là, en somme, une répétition de ce qui 
s'était produit deux générations auparavant. Des deux fils du 
comte d'Arles Boson, c'était, de son vivant, son fils Roubaud 
qui était cité comme Faîne. Après la mort du père, Guillaume, le 
cadet, prit le premier rang au détriment de Roubaud. 

Les actes, où figurent les deux comtes de Provence Geoffroy 
et Bertrand, concernent les comtés d'Arles, Marseille, Aix, Tou- 
lon, Riez, Digne, Embrun, Gap, Sisteron, Vaison, Orange? 
Cavaillon et Avignon. Il est bien rare qu'un acte émané de l'un 
d'eux ne soit pas confirmé par l'autre : évidemment, la Provence 
était encore indivise entre eux. Ils n'ont pas à approuver les 

raarchiones sive comités. . . » [Saint- Victor, n° 737). Il s^agii de Chaudol 
comm. La Javie, au diocèse de Digne. 

Mars 1048: «... egoRaiambaldus Arelatensium archiepiscopus, in presentia 
Jausfredi comitis et Stéphanie uxori sue et in presentia episcoporum... 
Heldebertus Antibolensis, Elifantus Aptensis, Durantus Venciensis... in 
comitatu Arelatense »... [Gall. Christ, noviss., Arles, n'^ 381). 

[1040-1048 ?] : « Vasensis civitatis medietas quam beatî?? Mariœ... ecclesia 
ex antiquo jure possederat et altéra medietas quam Gaufridus Provinciœ 
cornes cum fratre suo Bertramno per manum Pétri... episcopi eidem eccle- 
siœ tradidit... » (Bulle de Pascal II du 27 avril 1108 ; Louis-Anselme 
Boyer, Hist. de V église de Vaison... Avignon, Chave, 1731. Livre second, 
pp!^ 22-23), 

[Vers 1050] : « ...in villa Fligtingnagna et alia villa .. Sujuno... in manus 
potestates comités, id est Jofredus sive Bertrannus... et Bertrannus 
cornes vel Jofredus donaverunt... Signum ipsi comités... Signum Baran- 
guerius vicecomes et uxor sua... » (Saint- Victor, n° 675). 11 s'agit du 
comté de Sisteron. 

1050 : <( ego Bertrannus comes sive marcliio Provinciœ... in comitatu Sis- 
tarico, in villa... Manuasca.. , » (Ruffi, Dissert., p. 64 : cet acte n'est pas 
dans le Cari, de Saint- Victor publié). Cf. Cart. deOellone, n° VII. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 283 

actes concernant la mense archiépiscopale ou capitulaire d'Arles : 
par contre, l'archevêque d'Arles ratifie des actes comtaux relatifs 
à des biens sis dans le comté d'Arles ^. Cet archevêque se sert 
d'ailleurs, une fois, pour désigner le comté d'Arles, du terme in 
comitalu sancte Arelatensis ecclesie : cela tendrait à prouver 
que le comté d'Arles venait d'être inféodé à son église -. Par 
contre, les comtes possèdent toujours la garde des Juifs ^. En 990, 
on le sait, le premier marquis avait concédé en fief à l'église de 
Fréjus la moitié de la cité de Fréjus ; ce fait n'est pas isolé. On 
constate que l'église de Vaison avait reçu une concession iden- 
tique. Les deux comtes actuels allèrent plus loin : ils abandon- 
nèrent à l'évêque de Vaison l'autre moitié de sa cité. L'évolu- 
tion qui pousse les comtes hors des cités arrive alors à son terme. 
Sous le premier marquis, on avait vu paraître le château de 
Manosque comme résidence comtale : maintenant paraissent celui 
de 'Forcalquier, dans le même diocèse de Si.steron, et celui de 
Tarascon dans le diocèse d'Avignon. Les actes comtaux datés 
d'Arles deviennent rares et l'archevêque y tient le premier 
rang ^. Deux actes de 1040 offrent beaucoup d'intérêt : Geoffroy 
et son frère Bertrand, chacun à part, font la même donation à 
Montmajour ^. Au lieu de recevoir chacun le même prix, Geof- 
froy reçoit 100 sous et Bertrand la valeur de 80 sous seule- 
ment. Gela revient à dire que le comte auquel appartient tou- 
jours le premier rang reçoit un prix supérieur d'un quart à celui 
reçu par le comte sur lequel il a la préséance. Ce quart, hors part, 
représente une sorte de préciput qui égale le 1 /9 du prix global 
dont chacun reçoit les 4/9 pour sa part ordinaire. 

La femme de Foulques-Bertrand, Hildegarde « Eveza », n'est 
connue que par un seul acte de 1040 ^ : il en eut deux fils, Guil- 

\. Saint-Victor, n° 172. 

2. Gall. noviss., Arles, n° 369. 

3. Saint-Victor, n^s 179, 194. 

4. Saint-Victor, n" 375. 

o. Chantelou, pp. 138, 138-139. 

6. Ihid., pp. 136-137. Les dates ne permettent pas de l'identifier avec 
la fille de Ramire, roi d'Aragon, et d'Ermessinde-Gisberge, Thérèse qui 



284 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

laume Bertrand et Geoffroy. De son côté, Geoffroy fut marié à 
Stéphanie, surnommée Douce qui paraît dès 1040 i et vivra encore 
en 1095 - : il en eut un fils, Bertrand, et une fille, Gerberge, 
nommée régulièrement comme sa grand'mère paternelle. 

Bertrand eut donc un fils nommé Guillaume, tandis que Geof- 
froy donne au sien le nom de Bertrand, : ce fait confirme l'opi- 
nion que Bertrand est bien l'aîné, quoique Geoffroy ait la pré- 
séance. Guillaume, en effet, était le nom héréditaire. 

Du temps de ces deux comtes de Provence, certaines chartes 
de donation à l'abbaye de Cluny et à celle de Saint- Victor sont 
faites pour attirer l'attention. 

1^ Le mercredi 22 mai 1023, veille de l'Ascension, sous le 
règne de Rodolphe ou Rouph, se trouvent réunis à Saint-Privat, 
dans le terroir du château de Sarrians, un concile d'évêques et une 
assemblée de princes — seigneurs et dames — de Provence. Les 
évêques de Gap et de Sisteron sont, entre autres, présents ^. 

2^ Le jeudi 19 mai 1037, jour même de l'Ascension, sous le 
règne de Conrad, ou Gonon, se trouvent encore à Sarrians des pré- 
lats et des seigneurs dont Fun est acconipagné de sa femme. On 
remarque à cette assemblée le primat d'Arles, les évêques de Gap, 
Sisteron, Vaison et Garpentras. Tous ces personnages entourent le 
marquis et les deux comtes de Provence réunis '*. 

aurait épousé un comte de Provence (J. Pistori, Hispanise illustratse... 
Franconofurti, 1606, t. 3, pp. 623-624). En effet, Ramire épousa Ermes- 
sinde le 22 août 1036. 

1. Gall. Christ, noviss., Arles, n° 381. La souscription de la comtesse 
à l'acte de 1040 (Chantelou, pp. 138-139) paraît être postérieure, mais son 
mari était marié dès le 27 janvier 1040 [Saint- Victor, n° 179). 

2. 11 septembre 1095 : « Stephania cog-nomento Dulcis » [Saint- Victor, 
no220). 

3. Saint-Privat, 22 mai 1023. « Facta est autem hec carta anno ab incar- 
natione Domini millesimo XXIII, indictione VI, feria IIII, ante Domini 
Ascensa, in concilio quod fuit apud Sanctum Privatum in territorio Sar- 
rianis castri ubi fuit diversorum episcoporum cseterorumque nobilium 
utriusque sexus religiosa congregatio régnante piissimo rege Rodulfo » 
[Cluny, n» 2779). 

4. Sarrians, 19 mai 1037. « Actum publiée apud Serrianum villam, feria 
V Ascensionis Domini régnante Chonone imperatore anno X regni sui « 
{Cluny, n» 2916). 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 285 

3*^ En l'année 1044, sous le règne de Henri, se tient un con- 
cile où figurent le primat d'Arles, les archevêques d'Embrun et 
d'Aix, les évêques d'Apt, Garpentras, Vaison et Saint-Paul. Ces 
évêques souscrivent une donation du marquis Bertrand ' . 

4** Une vingtaine d'années plus tard, cette dernière donation 
est approuvée dans un nouveau concile et une nouvelle assemblée 
où se trouvait réunis les évêques, les vicomtes, les seigneurs 
de Provence, c'est-k-dire tous les vassaux directs, ecclésiastiques 
ou laïcs, des marquis et comtes du pays : ce concile se réunit à 
Barbara, dans le terroir de Gourthézon, vers 1064 -. 

1. 1044 [Saint-Victor, n" 659). Cette donation offre de l'intérêt à un 
point de vue spécial. Le marquis donateur déclare que tout contrevenant 
doit encourir « legem sacrilegi, id est DCLXX solidos et eversores pacis 
incurrat, idestut exiliumsubeat ». Le droit romain punissaitles vols sacri- 
lèges, commis la nuit, de l'exposition aux bêtes et ceux commis le jour de 
la déportation pour les honeatiores, des mines pour les humiliores [Jus- 
tiniani codicis, lib. IX, tit. XXIX, 1. 1,2, 3, 4; Digestorum, lib. XLVIII, 
tit. XIII; Pauli sententiarum, lib. V, tit. XXI : De sacrilegis, ce dernier sur- 
tout). La lex romana Wisigothorum, ne contenant pas de peine pécuniaire 
applicable aux sacrilèges, sur la demande des évêques de la première Narbon- 
naise, le pape Jean VIII, au concile de Troyes, après avoir compulsé les lois 
impériales, en trouva une de Justinien qui, outre l'exil, condamnait à une 
composition de 5 livres d'or et, d'autre part, un capitulaire de Charle- 
magne qui punissait, d'une composition de 600 sous, tout dommage apporté • 
aux immunistes. Cette loi de Justinien n'est pas connue, mais le Capitulaire 
en question est la Capitulare legihus additum de 803, § 2. Le pape, se fon- 
dant sur l'autorité de Justinien, mais modérant la composition, ordonna de 
s'en tenir au chiffre établi par Charlemagne et de joindre à la Lex Romana 
Wisigothoriini cette disposition du capitulaire carolingien (Troyes, août 878 : 
Jaffé, 2« éd., n° 3180). Cette décrétale passa dans Ives de Chartres et dans 
Gratien. Ici le marquis, conformément à l'esprit du droit romain^ spécifie 
bien la peine de l'exil et une réparation pécuniaire. Cependant cette compo- 
sition, au lieu d'être fixée à 600 sous, l'està 670, c'est-à-dire qu'il l'augmente 
de 70 sous. Peut-être convient-il de lire 560 sous au lieu 670 : dans ce cas, 
cette somme pourrait se décomposer en 600 de composition et 60 sous de 
ban que le marquis abandonne éventuellement. Mais c'est peu probable, 
car, dans un autre acte du 25 octobre 1055, on lit encore un autre chiffre : 
« propter sacrilegium quod comiserat, emendare deberet DCG solidos » 
(Saint-Victor, n° 739). Sans doute faut-il tenir compte des différences 
successives de valeur des monnaies : en raison de la baisse de l'aloi ou du 
poids, les 700 sous de 1055 équivaudraient aux 670 de 1044 etaux 600de 803. 
2. [14 février 1063/4-1^1" mai 1065]. « Acta puplice in concilio apud Bar- 
bararas » [Saint-Victor, n° 659). 



286 LA PROVElNCE du premier au XI l^ SIÈCLE 

Sous le principat du vainqueur des Sarrasins, on a noté des 
assemblées tenues à Manosque aux fêtes de Noël ; le marquis se 
rendait ensuite à Arles pour Pâques avec les juges de Provence. 
Maintenant, auxi® siècle, la coutume existe donc, en Provence, de 
tenir chaque année pendant la semaine de l'Ascension un con- 
cile des trois provinces, sous la présidence du primat, et une 
assemblée générale des grands vassaux sous la présidence du 
marquis et des comtes. C'est une cour plénière annuelle. 

Elle ne se tient pas dans une cité, mais en plein champ, près 
d'une chapelle ou d'un village. De plus, le lieu de réunion, en 
fait, est toujours le même. Quoique séparés par l'Ouvèze 
qui descend sur Bédarrides pour se jeter dans la Sorgue,les loca- 
lités de Gourthézon et Sarrians, toutes deux en Vaucluse, ne 
sont distantes que de huit kilomètres. L'Ouvèze est à mi-chemin: 
Barbara sur sa rive droite ^ et Saint-Privat sursa rive gauche '^ se 
touchent, pour ainsi dire. Barbara est dans le diocèse d'Avignon, 
Saint-Privat dans celui d'Orange, à quatre ou cinq kilomètres des 
lieux dits « les Confines » et « le Pont des Trois-Evêchés », où se 
joignent les diocèses d'Avignon, d'Orange et de Carpentras. 

Ce n'est pas seulement à cause de la commodité de ce pays de 
plaine et de sa situation centrale que ce lieu de réunion était 
choisi volontiers pour la tenue des cours plénières annuelles de 
de la Provence. Sarrians était le domaine que le premier marquis 
Guillaume, vainqueur des Sarrasins, avait, avant de mourir, 
donné à saint Mayeul pour le salut de son âme, prescrivant d'y 
élever une église et de la dédier à Dieu, en mémoire de la très 
victorieuse croix du Seigneur, à la Vierge sa mère, aux saints 

1 . Le nom de Barbara ne se trouve pas indiqué sur la carte du Service 
vicinal : il s'est perpétué dans la chapelle Saint-Laurent de Barbara 
dépendant de la paroisse de Gourthézon et par conséquent du diocèse 
d'Avignon, à une demi-lieue de Bédarrides. Lors de la visite pastorale de 
1707-1708, c'était le fermier delà Coucourde qui en avait la clef (Bibl. 
d'Avignon, ms. 2392, ff. 20-23). La Coucourde esta moins de 2 kilomètres 
de Saint-Privat. 

2. Saint-Privat, comm. de Sarrians, près de l'Ouvèze, sur la limite de 
la commune, à l'ouest du château Tourreau. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 287 

apôtres Pierre et Paul, au bienheureux Marcel pape et martyr, au 
bienheureux Saturnin, martyr illustre, et généralement à tous les 
Saints ^ Ce n'est évidemment pas à Sarrians que la rencontre de 
Guillaume avec les Sarrasins revenant du Valais au Freinet, 
avait pu avoir lieu en 983. Cette dédicace à la croix divine qui 
donne la victoire était certainement, dans la pensée du prince 
mourant, un souvenir de reconnaissance en même temps qu'un 
espoir de salut. 11 voulut être enterré là où s'élevait l'église 
offerte par lui. Quant au choix du titre de cette église, on sait 
que partout où trois diocèses se joignaient, on plaçait ancienne- 
ment une église dédiée à saint Christophe, qui porta le Christ, 
c'est-à-dire du saint qui, par son nom, personnifiait la croix 
elle-même, parce que la croix doit marquer les limites d'un ter- 
ritoire consacré à Dieu -. De même, on dédiait à saint Michel les 
églises placées sur les hauteurs ; quelquefois à saint Barthélémy 
celles placées dans une île ou un bas-fond. Au xi*' siècle, on pré- 
férait dédier l'église des confins, non plus à un saint, mais à la 
croix elle-mêmje. Guillaume, voulant reposer dans une église pla- 
cée sous le patronage de la croix victorieuse, devait donc choisir 
de préférence une localité placée aux confins de trois diocèses : 
il choisit Sarrians comme étant la localité, la plus rapprochée 
d'Avignon où il se trouvait, répondant aux conditions voulues. 
Cette église s'éleva lentement : le marquis étant mort en 993, 
elle ne fut dédiée que quarante ou cinquante ans plus tard, du 

1. [1033-1054] : « in villa que vocatur Sarrianisquam Willelmus quondam 
dux Provintise et pater patrie sanctorum apostolorum Pétri et Pauli et 
monasterio Cluniensi et loco in quo se sepeliri rogavit et beato Majolo 
adhuc in carne vivente et vivens delegavit et moriens donando attribuit 
œcclesiam construere studuit et eam consecrare et dedicare rogavit a 
domno et venerabili Regimbaldo Arelatensium archyepiscopo ad honorem 
Dei et memoriam dominice et victoriosissime crucis ac Domini genitricis 
et sanctorum apostolorum Pétri et Pauli et beati Marcelli pape et marti- 
ris et beati Saturnini martiris incliti et omnium sanctorum » {Cluny, 
n^ 2866). Cette charte date du jour de la consécration de l'église : elle est 
peut-être du 19 mai 1037, jeudi de l'Ascension, comme le n° 2916. 

2. G. de Manteyer, Les origines de la Maison de Savoie, la paix en Vien- 
nois. Grenoble, Descotes, 1904, p. 32, n. 2. (Extrait du Bull, de la Soc.de 
statistique de Vlsère, 4" série, t. VII, p. 118.) 



288 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

temps de ses petit s-fîls Foulques-Bertrand et Geoffroy, par l'ar- 
chevêque d'Arles Raimbaud. Rien de plus naturel que le fait de 
tenir les cours plénières annuelles dans le voisinage du lieu où 
reposait, suivant sa volonté, le héros de la race et le sauveur de 
la Provence. On n'attendit pas pour cela que l'église fût achevée-. 
Cette église paraît subsister en partie : c'est l'église paroissiale 
actuelle de Sarrians dédiée aux saints Pierre et Paul. L'absidiole 
du nord a été agrandie, puis la nef a été, assez tard, augmentée 
de deux bas côtés ; tout le reste peut parfaitement dater de la 
dédicace. C'était le plan crucial : la travée, surmontée d'une 
coupole grossière, était accostée de deux collatéraux en berceau, 
étroits mais débordants sur la nef. L'abside et les deux absidioles 
en cul de four s'ouvraient sur la travée et les collatéraux par 
l'intermédiaire d'un grand arc très large, formant berceau, sous 
lequel se trouve chacun des autres. L'ensemble, porté sur d'épais 
piliers quadrangidaires, est d'un aspect très lourd. Deux marches 
élèvent le sol de la coupole sur les collatéraux : au pied de ces 
marches, l'une des pierres, dans le pavé du collatéral méri- 
dional, porte les deux lettres suivantes, paléographiquement 
antérieures au xiu'' siècle : 



PC 



La nef est d'ailleurs remplie de sépultures modernes. 

Le concile, tenu à Barbara vers 1065, est le dernier exemple 
connu des grandes assemblées de Sarrians : avant 1067, les deux 
frères Guillaume Bertrand et Geoffroy étaient morts sans enfants 
mâles; leur cousin Bertrand, fils de Geoffroy, le dernier de la 
race des comtes de Provence, n'était qu'un enfant, sous la tutelle 
de sa mère. Il est bien possible que la tradition des cours 
plénières se soit perdue à ce moment. Il n'y avait plus de roi, de 



Le tlOYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 289 

duc ni de marquis pour faire droite justice, constatent le pri- 
mat d'Arles et les moines de Montmajour K Le pays de Pro- 
vence devait commencer à perdre conscience de son unité, jadis 
reconstituée par le vainqueur des Sarrasins. Le chef manquait : 
la justice faisait défaut. 

C'est pendant la vie du marquis Guillaume, fils de Roubaud, et 
de ses neveux, les comtes Geoffroy et Foulques-Bertrand, qu'était 
mort, le 6 septembre 1032, sans enfants, le dernier roi de Bour- 
gogne. Malgré la désignation, faite dès 1027 parce souverain, de 
l'empereur Conon son neveu, comme héritier présomptif du 
royaume en l'associant à sa couronne ^, malgré l'envoi qu'il lui fit, 
au moment de sa mort, de sa couronne et de la lance ajourée de 
saint Maurice, les Provençaux paraissent avoir préféré recon- 
naître pour son successeur Eudes, comte de Champagne, 
son autre neveu •^. A dater de l'expédition de Conon à Lyon 
et à Genève où, pour la seconde fois, il se fît couronner roi 
de Bourgogne le 1^^' août 1034^*, les comtes de Provence se 
soumirent, tardivement et plus ou moins, à sa royauté éloignée ■^. 
Le plaid général de mai 1037 mentionne son règne et le fait même 

1. Septembre 1061 : « que et incuria majoruin principum et pigritia suo- 
rum pastorum... née rex, née dux marchiove est, ei porrigens manum. 
Quapropter ego Raiambaldus arcliiepiscopus... » {Gall. Christ, noviss., 
Arles, n° 414; Chantelou, pp. 174-175). 

1067 : a tune temporis non erat dux neque marchio qui rectam justiciam 
faceret sed a minimo usque ad maximum laicalis ordo quotidianam injus- 
titiam exercebat » (Chantelou, p. 179). 

1082 (Gall. Christ, noviss., Arles, n° 441). Môme formule qu'en sep- 
tembre 1061 ; le même préambule était, paraît-il, toujours de saison. 

2. 1027 : « regnoque Burgundiœimperatori tradito ^> {'Wipon, GestaChuon- 
radi,^ 21). 

3. Arles, 18 février [1033] : « anno primo quod Odo rex cepit regnare » 
{Saint- Victor, n» 176). 

Arles, l®»" mars [1033] : « anno primo quod Odo rex regnare cepit » 
{Saint- Victor, n° 183). 

janvier [1033/4] : « régnante Odone rege Alamannorum sive Provincie, 
annoab incarna tione Domini millesimo XXXIII » [Ibid., n» 101). 

janvier [1033/4] : « régnante Odone rege Alamannorum sive Provincie » 
[Ibid., no64). 

4. 1034 (Wipon, Gesta Chuonradi, § 32). 

5. 8 juin 1035: « régnante Cona imperatore » {Saint- Victor, n*^ 556). 
Mém. et Doc. de VÉcole des Chartes — VII. 19 



2 90 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE 

dater de sa désignation en 1027. Gonon reconnu vint bientôt à 
mourir le 4 juin 1039. Près d'un an auparavant, il avait transmis 
le royaume de Bourgogne à son fils Henri dans une cour plénière 
tenue à Soleure K Cependant, lui mort, certaines chartes de Pro- 
vence déclarent que le trône est vacant ' ; d'autres, par habitude, 
continuent à mentionner le règne de Conon, bien qu'il soit mort ^. 
Cela témoigne d'une indifférence assez grande : car il était impos- 
sible que sa mort ne fût pas connue au bout de quatre ans. A ce 
point, l'archevêque d'Arles ne craignit pas de déclarer l'indépen- 
dance de la Provence, vis-à-vis de ces souverains étrangers et 
problématiques, en disant que les marquis de Provence régnaient 
sur le royaume de Provence ^. Cette tentative n'aboutit pas : 
à dater de 1044, le règne du germain Henri est mentionné d'une 
manière générale ^. 

Le marquis Foulques-Bertrand étant mort entre 1050 et 1054, 



1. Wipon, Gesta Chuonradi, § 38 et 39. 

2. Saint-Genis, 21 mars 1040/1 : « régnante nullo rege Provincie atque 
Burgundie » {Saint-Victor, n^ 188). Cet acte date de 1040, indiction VIII, 
la veille de Pâques, le XII des calendes de mars; il est précieux au point de 
vue de la chronologie. Il prouve que l'année commençait à Pâques, que l'in- 
diction ne changeait qu'avec l'année, que les scribes confondaient facile- 
ment avec le mois courant les calendes du suivant. L'acte du 18 juillet 
1048 en offre un autre exemple {Saint- Victor, n° 384). 

3. 24 octobre 1040 : « régnante Cona regem Alamannorum » (/Aie/., n° 318). 
— 1043 : « régnante Chono imperatore romano » {Ibid., n° 531). 

4. Arles, avril 1043 : « ego... Raiambaldus archiepiscopus... regnantibus 
principibusin Galliis Gauzfredo etBertranno »{Gall. noviss., Arles, n° 369). 

5. Gap, 7 avril 1044 : u rege Henrico régnante » (B.-du-Rh. B. 1373). — 
Marseille, 29 juillet 1044. « régnante Heienrico rege» [Saint-Victor, n° 34). 
— 1044 : « Heienrico rege régnante » {Saint- Victor, n°659). 

[1045-1047?] : « in comitatu Sisterico... Facta donatio hec anno incarna- 
tionis dominice millesimo XLV indictione XIII, epacta nulla, régnante 
Anrigo imperatore Alamannorum et Romanorum Burgundionumque atque 
Provincialium » [Saint-Victor, n** 657). Henri III devint patrice des Romains 
et reçut la couronne impériale à Rome, le 25 décembre 1046 (Gustav Richter, 
Annalen der Deutschen Geschichte, IH abteilung, erster band, 1890, 
p. 372). Si cet acte est réellement de 1045, il est certain que la mention 
du règne a été amplifiée après coup; par contre, si cette mention est 
intacte, les chiffres essentiels de l'année, de l'indiction et de l'épacte 
auront été diminués : dans ce cas, l'acte ne peut être antérieur à 1047. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 291 

probablement même avant le 27 avril lOol, son frère Geod'roy 
continue seul à se titrer marquis. Stéphanie, femme de celui-ci, 
qui avait paru pour la première fois le 27 janvier 1040, figure 
désormais à ses côtés dans tous les actes émanés de lui 
jusqu'à la fin de sa vie '. Le premier de ces actes est passé 
en lOoi à Tarascon, résidence comtale située entre Arles et 
Avignon, comme Manosque et Forcalquier Tétaient sur la rive 
droite de la Durance, en dehors des cités occupées par les évêques 
et les vicomtes. Dans l'acte du 1^^' juillet 1055, Geoffroy reçoit 
encore le titre de comte de Provence, usuel pour tous les membres 

1. [Vers 4050] : u ego Gofredus cornes Arelatensis. . . de alode meo. . . in 
territorio castri... Petrafug, comitissa. . . cum filio suo... fîrmavit.,, » 
[Saint-Victor, n° 472). — 27 et 28 avril 1051 : « ego Raimundus episcopus. . . 
pro pâtre meo... et avunculo meo domno Wilelmo et seniore meo comité... 
in Castro... Monasterio. .. Gofredus cornes firmat » [Saint- Victor, n° 606). 
— Tarascon, 1054. Le comte Geoffroy, pour lui, sa femme Stéphanie, ses 
neveux Guillaume Bertrand et Geoffroy, offre à Notre-Dame et à Saint- 
Marcellin d'Embrun le mas de Pons Blanc, en présence de Hugues, arche- 
vêque d'Embrun, et de Ripert, évoque de Gap (Fornier, Ilist. des Alpes 
Cottienes, éd. Paul Guillaume, t. I, Gap, Jouglard, 1890, pp. 635-636; cf. 
Bouche, Hist. de Provence, t. II, p. 65). — l*^"" juillet 1055 : « ego Godfredus, 
comes Provinciœ et uxor mea nomine Stephania et fdius meus Bertrannus... 
alode nostro. . . in Tripontio. , . donatio facta est. . . consiliante et présente 
Raimbaldoarchiepiscopovolentibusetpresentibusepiscopis Alfanto Aptensi 
et Riperto Gapincensi necnon Rostagno Avinionensi. . . » [Saint-Victor, 
n° 153). — 1057 : « ego Gausfredus marcliio sive comes Provinciae et uxor 
mea Stefania et filius meus Bertrannus. . . in Rubiano, unam condaminam 
. . . quam dédit avus meus Wuilelmus marchio sive comes Provincie et 
avia mea Adalax comitissa, . . Ugoni. . . Blavie. . , Ego vero Gausfredus et 
uxor mea et filius meus. . . fîrmavimus. . . Dominus archiepiscopus Raiam- 
ballus fîrmavit. Rostagnus archiepiscopus Aquensis f. Alfantus episcopus 
Alensis f. Rodulfus episcopus Cabillonensis f. Poncius episcopus Glanecen- 

sis f )) [Saint-Victor, n" 184). — Arles, 15 février 1059/60 : « ego in Dei 

nomen Godfredus comes et uxor mea nomine Stephania et filius meus Ber- 
trannus concedimus... in comitatu Arelatensi in monlibus qui conjuncti 
sunt monasterio. . , in villa... Contignaniguis. . . Signum archiepiscopi 
Raimbaldiet corroboratio. . . Signum Gaufredi comitis. . . Stephania comi- 
tissa firmat. Bertrannus filius eorum firmat... Laugerius- vicecomes. . . » 
(Chantelou, pp. 171-172 ; Gall. noviss., Arles, n» 406). A noter la corrobo- 
ratio de l'archevêque dont la souscription précède celle du comte. — 
Arles, 1060 [?) : « ego Gaufridus comes et uxor mea Stephania. . . de here- 
ditate nostra. . . ecclesia Sancti Andrée de Gigondas seu de Ramierain terri- 



292 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

de la maison depuis runifîcation opérée par le premier marquis, 
près d'un siècle auparavant. Dans Facte de 1057, destiné préci- 
sément à confirmer une donation de son aïeul le premier marquis, 
Geoffroy prend lui-même ce titre de marquis. Mais Iç rédacteur 
du texte de cet acte indique à tort que la donation confirmée avait 
été faite par le marquis Guillaume du temps de sa seconde femme 
Alix, grand'mère de Geoffroy. Cette donation remonte à l'époque 
où Guillaume était encore marié avec Arsinde. Cette erreur s'ex- 
plique par le fait que Guillaume seul figurait dans le texte de la 
donation. Sa femme Arsinde s'était bornée à le souscrire. Les der- 
niers textes qui mentionnent le marquis Geoffroy sont du 1 5 février 
10o9/60 dans Arles et peut-être de 1060. Il était mort dès 1063 
et peut-être même dès février 1061/2 : il fut, comme son père 
Guillaume IV, inhumé à Montmajour, dans le cloître, à la porte 
du chapitre. 

Hic, contemplator, 
Conpimctus mente, viator; 
Nam, quod es iste fuit, 
Nunc rnernot' esto sui. 

Si foret hoc justum, 
Quemquam lugere tuorum ; 
Domine, Josfredum 
Tune comitem,nimiùm. 

torio Aurasiensi. . . Signum Gaufridi comitis. Stephanette comitisse » (Clian- 
telou, p. 178). Cf. Ibid., pp. 145-146. — Décembre 10[61] : « nos Petrus et 
Guiraldus Pallioli... cum consilio... seniorum nostrorum Guillelmi Ber- 
tranni etGaufredi fratris ejus comitum... in comitatu Avennicensi. . . Arzil- 
lerium...Et nos dicti comités Guillelmus Bertranni et Gaufredus frater 
meus. . . Firmatum per manus domini Guillelmi Bertranni et Gaufredi 
fratris ejus, comitum Avenionensium, anno ML[. .?] Adalax uxor Guil- 
lelmi Bertranni comitis dédit et f. Rostagnus Avenionensis episcopus 
firmavit. Gaufredus Arelatensium conies firmavit » (Ruffi, Disser/.^ pp. 64- 
65 ; Polycarpe, Ann., p. 627). — [1 045-1061 J : « audi tu Gauzfre, filius 
Girberga, et tu Stefania uxor eius. Ego Aicardus et Josfredus, filii 
Accelena, non le decebremus... ad recuperare... dominicatura de Heras 
et de Fossis quem Vuilelmus comes tenebat uno anno antequam morte 
accepisset » (Gais de Pierlas, Le XI^ siècle, p. 91, Doc. II ; arch. B.-du- 
Rh. B., 276). 



LE R0Y4UME DE BOURGOGNE-PROVENCE 293 

Mitibus ihc mitis, 
Durus fuit ipse rebellis ; 
Optans celicolas, 
Suspicit indigenas. 

Telle est Tépitaphe du comte, en lettres enchevêtrées, qui 
subsiste au Musée d'Arles i. 

1. La pierre mesure 1™ 70 de hauteur X 0"* 57 de largeur X 0™16 
d'épaisseur. Le profil de son cadre, en relief, se compose d'un bandeau 
extérieur de 0"060, sur trois côtés seulement, et d'une doucine de 0™060 
ou 0"i065 de large sur les quatre côtés. Dans ce cadre, la table mesure 
encore 1™ 456 de haut et 0™ 390 de large. Au milieu de cette table, est 
sculptée, en relief comme le cadre, une croix qui mesure 0™451 de haut 
et 0^390 de large, avec, dans chacun de ses cantons, une rosace mesurant 
0*° 160 de diamètre. Quatre cordons horizontaux et quatre cordons verti- 
caux forment les branches de la croix : ils s'entrelacent deux à deux 
au centre et aux extrémités qui s'élargissent en demi-cercles, de telle 
sorte que, les bras de la croix mesurant 45°^™ ou 50™™ de large, soit 12™°» 
en moyenne pour chaque cordon, les extrémités ont une largeur de 130°»™, 
pour les branches verticales, et de 120™™ pour les branches horizontales. 
La table porte une inscription de dix lignes, en lettres capitales gravées en 
creux, que la croix partage en deux parties égales. Les l"*®, 2*=, 7«, 8" et 9® 
lignes mesurent 50™™ de haut; les 3« et 4% 55™™; la 5e, 94™™ ; la 6« 
110™™; la 10, 45™™. Les l^»", 2% 4« interlignes, 55™™ ; les 3% 5% 6" et 8^, 
50™™; le 7®, 48™™. Chaque ligne comprend un vers, sauf la 5® et la 6*^, qui, 
de hauteur double, en donnent deux chacune. Le texte se compose donc de 
douze vers rythmiques, assonances deux à deux, dont chacun comprend 
essentiellement trois syllabes accentuées alternant avec des atones, de 
manière à être, en moyenne, de six syllabes chacun: il y en a de cinq et 
d'autres de sept. Quand deux voyelles se suivent, elles ne comptent que 
pour une syllabe. Au point de vue paléographique, les ^ sont barrés hori- 
zontalement et le jambage de droite dépasse en hauteur celui de gauche: 
la forme en y <îe la barre, qui donne la forme J^, est exceptionnelle. Les () 
ne sont pas circulaires, niais en forme de navette ; les Q sont tantôt de 
forme ordinaire tantôt carrés Q; les S» également, de forme ordinaire ou 
en ZS. Le 0, le f^ et le ç de forme onciale sont exceptionnels. 

Le sculpteur s'est donné beaucoup de peine pour lier, superposer, englo- 
ber et entrelacer le plus de lettres possible, afin d'obéir à la mode alors 
courante qui était d'éviter la clarté. On remarque aussi quelques abrévia- 
tions constituées par un trait horizontal dans les interlignes. Le début 
des 4", 5®, 6*^ et 8^ lignes n'est plus assez apparent sur la pierre pour pou- 
voir être lu : au xvii« siècle, il n'en était pas encore ainsi heureusement. On a 
encore les facsimilés et les lectures de Pierre Saxi [Pontificium Arelatense, 
Aquis Sextiis, Roize, 1629, p. 205), de Bouquier (Bibl. Méjanes, ms. 812, 



294 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

De Stéphanie, sa femme, le marquis Geoffroy avait deux enfants, 
Bertrand et Gerberge. Mais, à sa mort, le titre de marquis ne 
passe pas k son fils. 11 passe à ses deux neveux, les comtes Guil- 
laume Bertrand et Geoffroy, fils du marquis Foulques-Bertrand. 



VIII 

Guillaume Bertrand et Geoffroy, marquis de Provence 
(Vers 1060-vers 1065). 

Selon le nouvel usage inauguré par Geoffroy et Foulques- Ber- 
trand, les deux frères, Guillaume Bertrand et Geoffroy, se par- 
tagent le titre éminent de marquis : la preuve en est fournie par 
leur approbation, vers 1065, de la donation faite, en 1044, par 
leur père, Foulques-Bertrand. 

recueil Bouquier, t. I, p. d46 = ms. 915 du catal. imprimé), de Laurent 
Bonnemant (Bibl. d'Arles, ms. 163 : Monsmajor, p. 184). Les mesures détail- 
lées ci-dessus prouvent que le sculpteur employait un pied de 0™ 340 envi- 
ron, divisé en 12 pouces, et le pouce, en 12 lignes. Ainsi, la pierre mesure 
5 pieds ou 60 pouces de haut sur 20 pouces de large ; la croix mesure 
16 pouces de haut sur 14 pouces de large; les roses ont 6 pouces de dia- 
mètre ; les lettres du texte mesurent respectivement 4 pouces ou 48 lignes, 
40 lignes, 24 lignes, 22 lignes et 20 lignes. A la fin du xviii^ siècle, on se 
servait en Provence surtout de la canne qui comprenait 8 pans, 64 menus 
et 512 primes : à Arles, la canne valait 2™ 0465, à Marseille 2^0120, à Aix 
1™9880 [Tableau des anciennes mesures du département des Bouches-du- 
Rhône, comparées aux mesures républicaines, publié par ordre du Ministre 
de l'intérieur. A Paris, de l'impr. de la République, an VII, p. 2). La divi- 
sion, par huit, de la canne en pans et sa subdivision en menus ne convient 
pas à Fensemble des mesures delà pierre et il est intéressant de noter que 
le sculpteur du xi^ siècle préférait le pied au pan. Mais la canne compre- 
nant 8 pans, elle comprenait également 6 pieds: pour une canne de 2™ 0465, 
cela suppose un pied de 0°^ 34108. Il est remarquable que, de 1061 à 1790, 
pendant plus de sept siècles, la valeur du pied dans Arles n'ait augmenté 
tout au plus que d'un millimètre, c'est-à-dire d'une quantité presque nulle, 
puisqu'elle est inférieure aux trois millièmes de la grandeur. S'il a été pos- 
sible défaire cette étude détaillée de la pierre du tombeau de Geoffroy, c'est 
grâce à l'accueil plein d'empressement et d'obligeance trouvé auprès de 
MM. H. Dayre, bibliothécaire archiviste delà commune d'Arles, et Lacaze- 
Duthiers, professeur d'histoire au collège, vice-président de la Société des 
Amis du Vieil Arles, qui recherchent et aiment l'histoire de leur pays. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 295 

Les actes des marquis Guillaume Bertrand et Geoffroy con- 
cernent les comtés d'Avig-non, Sisteron, Gap et Embrun. On sait 
que, désormais, le titre de marquis se partage : par une innova- 
tion analogue, du vivant de son père, en 1044, Guillaume Ber- 
trand jouit déjà de la qualité de comte dans un acte qui concerne 
Gap. C'est ainsi que dès le 22 octobre 1030, en Viennoise, 
Humbert II « aux Blanches Mains » laisse son fils Amédée se 
qualifier comte '. 

La dernière donation, où paraissent en commun Guillaume Ber- 
trand et Geoffroy, est du 14 février 1063/4 : Guillaume Bertrand 
reparaît seul le 1^'" mai 1065, en se qualifiant comte de Provence, et, 
le 13 juillet suivant, c'est Geoffroy. Tous deux étaient morts avant 
1067^. Ils moururent encore jeunes ; en effet, leur grand-père 



1. G. de Manteyer, La paix en Viennois, Grenoble, 1904 [Bull, de la Soc. 
de statistique, pp. 146-147). 

2. Du vivant de leur père, voir ci-dessus, p. 281, note 2 de la p. 278, acte 
de 1044 [Saint- Victor, n° 659); puis, du vivant de leur oncle Geoffroy, voir 
ci-dessus, p. 291, n. 1, actes de 1054 (Fornier) et de décembre 1061 (Ruffî). 

Gap, 7 avril 1044 : « inter episcopum Radulphum et comitem Willelmum 
Bertrand! Vapincensis civitatis... mediante arcbiepiscopo Ebredunensi... 
Ismidone... cornes Provincie sibi retinuit... Signum Radulphi episcopi. 
Signum Ismidonis archiepiscopi... Signum comitis. Signum Pétri de 
Misone... » (Arch. des Bouches-du-Rhône, B. 1373, f° 42 ; Albanès, Gallia 
Christiana novissinia, t. 1, province d'Aix, Montbéliard. P. Hoffmann, 1895 : 
Instrumenta ecclesise Gapincensis, col. 275-277, n° IX). 

7 juillet [1057] : « clerus et populus Ebredunensis eligimus, laudamus et 
corroboramus Winimannum archiepiscopum... prœcipiente... papa Victore, 
confirmante Willelmo Bertrando et Gaufredo seu Pontio Diensi comité... » 
[Gall. Christ., t. III, instr. eccl. Ebredun., n° I, col. 179). 

Avignon, 14 février 1063/4 : « ego Barangarius. . , in territorio Avenni- 
censi... Willelmus comes Provincialis et Josfredus frater ejus firmave- 
runt... » [Cluny, n° 3387) 

[14 février 1063/4 mai 1065] : « ego... Vilelmus et ego Gauzfredus comi- 
tés sive marchioues Provincie, filii prefati Bertranni firmamus... » 

{Saint-Victor, n° 659). 11 s'agit du comté de Sisteron. 

Forcalquier, 1er. mai ^065 : « ego Geraldus, gracia Dei, Gisistericensisepis- 
copus. . . in villa Fontelana consilio et voluntate domni Willelmi Bertranni 
comitis Provincie et comitisse sue uxoris, domni etiam... wicecomitis 
Sigistericensis, . . régnante inseculorum secula Domino Deo y) [Saint- Victor, 
n° 680). 



296 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

Guillaume IV, né vers 984, était mort en 1018, à environ trente- 
cinq ans. Leur père, Foulques-Bertrand, né vers 1005, était 

13 juillet 1065 : « Bertrannus[sic) cornes cum Ermingarda uxore monaste- 
rium Montis Andeoni... exornat » (Polycarpe de la Rivière, Annales, p. 633 : 
d'après le Cartulaire de Saint-André, î^ 28). Bertrand est une erreur pour 
Geoffroy : c'est Geoffroy qui était comte d'Avignon. 

[1060-1065] : « ego Guillelmus et ego Gaufredus comités et fratres, 
filii Guillelmi III cognomento Bertrani, Arelatensis comitis et ante eum e 
vivis erepli. . . donamus. . . Pertuso. . . quod olim pater illoruni. . . dederat 
utDeus... nos eripere dignetur... Si quis... nos aut ullus ex nostri 
propinquis. . . Ajungimus... quam pater nosterBertrannus dédit. . . Manoas- 
ca... Signum Guillelmus et Gaufredus comités... » (Chantelou, pp. 190- 
191). 

Cet acte de Montmajour présente des anomalies. Émané • des deux 
frères, il est rédigé en leur nom â la première personne du pluriel : 
« ego G. et ego G. comités et fratres... donamus... ut Deus... nos eripere 
dignetur... Si quis... nos aut ullus ex nostri propinquis... Ajungimus... 
quam pater noster Bertrannus dédit... » Au milieu des phrases de ce style 
correct, le lecteur est tout surpris de trouver des incidentes où ce ne sont 
plus les donateurs qui parlent : « filii Guillelmi III cognomento Bertranni 
Arelatensis comitis et ante eum e vivis erepti... quod olim pater illorum 
dederat. » De plus, il est bien singulier que, dans ces incidentes, le nom de 
leur père soit accompagné de son numéro d'ordre III : enfin, il est incroyable 
que leur père soit qualifié dans la même incidente Arelatensis cornes, alors 
que ce titre convenait seulement à leur oncle Geoffroy. Tous ces indices 
d'inexactitude et de rédaction étrangère aux donateurs permettent de dire 
que les phrases incidentes où ils s'accumulent ont été interposées par un 
tiers, longtemps après, quand on cherchait à identifier les deux donateurs. 
L'interpolateur donne à Foulques-Bertrand, père de Guillaume Bertrand et 
de Geoffroy, le nom de Guillaume-Bertrand. Cette attribution du nom tra- 
ditionnel de Guillaume à Foulques-Bertrand n'a rien d'impossible, mais 
aucun autre texte ne l'indique. Les mots et ante eum e vivis erepti paraissent 
concerner Foulques-Bertrand : mais il faudrait rétablir an^e eos au lieu de 
ante eum. Dans l'analyse finale de l'acte, les mois corroboratio... donationis 
quam fecit Guillelmus comes... et uxor sua necnon filius eorum... visent le 
premier marquis Guillaume II, sa femme et son fils Guillaume IV. 

[1060-1065]: « gadium de Guilelmo Bertranno, fratre Gaufredo... in 
Villa Piscis. . . pro ducentos soUdos demelgoires. . . » (Chantelou, p. 156). 

[1060-1065] :«.. . Guilelmus Bertrannus... in Rocabruna et in villa 
Piscis. . . » [Ibid., pp. 156-157). 

[1060-1065] : « ego Gaufredus et frater meus Guilelmus Bertrannus. . . 
monasterio Corrensis et Sancto Petro de Rocabruna... in valle Roca- 
bruna... » (I6i(/., p. 157). 

[1065-1075] : «ego Rostagnus Avinionensis. . . episcopus... apud Forni- 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 297 

mort vers 1050, à environ quarante-cinq ans, et eux-mêmes, nés 
vers 1025, ne pouvaient avoir que quarante ans lors de leur mort. 
L'erreur serait grande de croire que Guillaume Bertrand, l'aîné 
des deux, porte un surnom identique à celui de son père, Foulques- 
Bertrand. Pour le père, c'est un surnom de baptême qui se joint 
au nom de naissance en 1019 et qui le remplace ensuite, de 
manière à devenir le nom réel et le seul usité. Pour le fils, c'est 
un surnom patronymique placé après le nom de naissance, non 
pas au nominatif comme lui, mais au génitif. Quand les deux ne 
sont pas énoncés à la fois, c'est le premier seul qui est porté. Tandis 
que le surnom de baptême vient de la ligne maternelle, le patrony- 
mique est proprement le nom du père. Tous les caractères du 
surnom de baptême s'opposent donc à ceux du surnom patrony- 
mique : pour que cette différence essentielle subsiste clairement 
sous les yeux, il est à propos, quand il s'agit d'un surnom de 
baptême à écrire, de le joindre au nom de naissance par un 
trait d'union; cela est naturel, car tous deux désignent une 
seule personne. Quand, au contraire, il s'agit d'un surnom 
patronymique, il reste séparé du nom de naissance et cela 
va de soi. La raison de cette attribution d'un surnom patro- 
nymique à ce seul comte Guillaume VI est évidente : depuis le 
début du siècle, en raison de la transmission héréditaire et par 
primogéniture du nom de Guillaume, les Guillaume avaient été 
fils de Guillaume. Le comte Guillaume IV avait eu pour père le 
premier marquis Guillaume II et Guillaume V avait eu pour père 
Guillaume IV. Seul, le marquis Guillaume III avait été fils de 
Roubaud, mais il n'appartenait pas à la branche de Guillaume 
Bertrand. Quand Guillaume VI devint comte, la singularité de ce 
fait qu'il n'était pas fils d'un autre Guillaume frappa son entou- 

calcarium castrum. . . Uxor Willelmi Bertranni comitis, videlicet comi- 
tissia firmat » [Saint-Victor, n° 664). 

[1067-1075] :« ego Rostagnus episcopus Avenionensis, . . apud castrum 
Furcalcherii. . . ex parte mea et ex parte comitisse et omnium principum 
nostrorum » (Saint-Victor, n° 665). 

Marseille, avril 1077 : « in civitate Massilia... régnante Domine nostro 
Jhesu Christo. . . Ermengarda comitissa fîrmavit... » (Saint- Victor, n° 88). 



298 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

rage et, pour le désig-ner commodément, on le surnomma du 
nom de son père, Guillaume Bertrand. 

Le marquis Guillaume Bertrand eut pour femme Alix qui lui 
survécut quarante ans et ne lui donna qu'une fille nommée elle- 
même Alix. 

Quant au marquis Geoffroy, il a dû être marié avec une com- 
tesse Ermengarde, retirée en 1077 à Marseille dans le monastère 
de Notre-Dame auxAccoules ; il ne paraît pas avoir eu d'enfant. 

L'oncle de ces deux marquis, le précédent marquis Geoffroy, 
mort vers 1 060, âgé d'environ quarante ou quarante-cinq ans, avait 
eu, de sa femme Etiennette-Douce, un fils nommé Bertrand et une 
fille, nommée Gerberge comme sagrand'mère paternelle. Bertrand 
devait avoir une vingtaine d'années tout au plus au moment de 
la mort de son père. Il n'est pas surprenant qu'en 1061, l'arche- 
vêque d'Arles se plaigne de l'anarchie qui renaît et de l'absence 
d'un chef respecté. 

On a remarqué plus haut que, lors de la mort du marquis 
Guillaume III, fils de Roubaud, entre 1037 et 1040, ses deux 
neveux au 5^ degré, Geoffroy et Foulques-Bertrand, s'étaient 
attribué en commun le titre de marquis. Cette innovation décèle 
forcément un relâchement dans l'unité du pays constituée en 979. 
La marche avait désormais deux têtes. Ce n'est pas tout : au 
même moment se produit un indice concordant. Dès 971, Guil- 
laume II avait assumé le titre nouveau de comte de Provence; on 
sait qu'il y avait eu jusqu'alors des comtes en Provence, c'est-à- 
dire un comte dans Arles, un comte dans Avignon, un comte dans 
Senez. Depuis 971, il n'existe plus d'autre comte reconnu en Pro- 
vence que Roubaud, comte dans Arles, et Guillaume son frère comte 
dans Avignon. Possédant leur situation personnelle, le premier 
dans Arles, le second dans Avignon, tous deux sont bien, par 
indivis, comtes de la Provence entière. Les actes, émanés de l'un 
d'eux pour des biens comtaux dans n'importe lequel des comtés 
provençaux, doivent être, en principe, approuvés par l'autre. 
Cette unité domaniale, qui n'empêche pas la résidence habituelle 
de l'un des deux comtes sur la rive droite et celle de l'autre sur la 



LE ROYAUME DK BOURGOGNE-PROVENCE 299 

rive gauche, a duré depuis 971, au moins, jusqu'aux partages 
du xii^ siècle. Mais il y eut forcément une transition entre l'indi- 
vision familiale du début et la séparation par branches qui devien- 
dront finalement étrangères l'une à l'autre. Jusqu'aux partages, 
les comtes continueront tous à s'affirmer comtes de Provence : 
malgré cela, dès l'époque de Foulques-Bertrand et de Geoffroy, 
fils de Guillaume IV, on note un pas en avant vers la séparation, 
dans certains actes où le titre indivis de comte de Provence se trouve 
remplacé par un titre personnel à chacun, de manière à indiquer 
la résidence ordinaire du comte que l'acte concerne. 

Dès avant la disparition du dernier roi de Provence, c'est-à-dire 
avant 1032, un précepte de ce souverain qualifie Geoffroy «comte 
d'Arles ». Il s'agit de Geoffroy, fils cadet de Guillaume IV, qui 
après la mort de son père paraît avoir pris la préséance sur son 
frère Foulques-Bertrand. Jusqu'en 1050, cette indication fournie 
par le précepte reste isolée. A cette date, un acte, tiré du Gartu- 
laire de Saint-Victor, qualifie Geoffroy « comte arlésien ». Après la 
mort de son frère Foulques-Bertrand, un acte, relatif à Saint- 
André-lès-Avignon et émané d'un vassal de ses deux neveux, les 
qualifie « comtes des Avignonnais » : Geoffroy lui-même, qui con- 
firme cet acte en vertu de l'indivision persistante, est qualifié 
« comte des Arlésiens ». Bien entendu, d'autres actes plus nom- 
breux continuent à qualifier comte de Provence chacun des comtes 
existants : mais il est évident que l'unité de la Provence n'est plus 
aussi forte. On retrouve, en somme, un comte de la région d'Arles 
et un comte de la région d'Avignon, comme depuis 911 jusqu'en 
970 : mais ces comtes possèdent toute la Provence par indivis. 
Cette localisation de chaque comte coïncide avec la mise en 
commun entre frères du titre éminent de marquis. Gela revient, 
en somme, à ceci que Geoffroy, comte de Provence et en par- 
ticulier d'Arles, était marquis de Provence, spécialement sur la 
rive gauche de la Durance, tandis que Bertrand, comte de Pro- 
vence et en particulier d'Avignon, était marquis de Provence 
spécialement sur la rive droite. 

Après la mort de Bertrand, ses deux fils, Guillaume Bertrand 
et Geoffroy, lui succédèrent ainsi dans Avignon. 



300 LA PROVENCE DU PREMIER AU XÎI<^ SIÈCLE 

Après la mort de Geoffroy, son fils Bertrand lui succéda dans 
Arles, mais sans hériter du titre de marquis que se partagèrent 
seuls ses cousins Guillaume Bertrand et Geoffroy. Ceux-ci étant 
morts à leur tour avant 1067, la branche d'Avignon ne fut plus 
représentée que par Alix, fille de Guillaume Bertrand. 



IX 

Bertrand^ marquis de Provence 
(Vers 1065-vers 1093). 

Reste à indiquer comment finit la branche d'Arles ^ Bertrand, 
fils de Geoffroy et d'Etiennette, paraît du vivant de son père 

1. ler juillet 1055 {Saint- Victor, n« 153). — 1057 {Saint- Victor, n» 184). 

— Arles, 15 février 1059/60 (Chanteloii, pp. 171-172). Voir ci-dessus, p. 291, 
n. 1. — [février 1061 ^2] : « ego Bertrannus cornes et mater mea Stephania 
simulque conjux mea Matildis. . . Sanctœ... Mariœde Rads. . . S. Bertrannus 
cornes... S. Stephania materejus f. S. Matildis conjux ejus f...» (Chante- 

p. 219 ; cf., pour la date, Tacte correspondant de l'archevêque 
Raimbaud, pp. 174-175 et non pas l'acte postérieur de l'archevêque Aicard, 
pp. 217-218. — Cî.Gall. Christ, nova, t.I,instr., p. 96, fragm, et GaZ/. Christ, 
novissima, Arles, n*' 2514). — 1063 : » ego, in Dei gratia, Stephania comi- 
tissa et filius meus cornes Bertrannus... cedimus... aliquid de hœreditate 
nostra et domini mei qui quondam fuit comitis Jausfredi, ut... Deus... illius 
animam consociari dignetur in luce... nobis etiam, quibus ejus principatum 
tradidit, conférât pacem et prosperitatem. , . in episcopatu Avenionense, 
in. . . Laureata. . . et in Tarasconensi Castro. . . régnante Henrico V impera- 
tore Alamannorum vel patricio Romanorum » (Chantelou, pp. 175-176). — 
[1062-1078] : « Bertrannus cornes inclytus... in Tarascone... » {Ibid,, p. 176). 

— 1078 : « ego Bertrannus comes et.Aicardus Arelatensis archiepiscopus 
et Wilielmus Ugo reddimus. . . omnem decimam in piscatoriis de ponte. . . 
in Castro. . . et in villa. . . signum Aicardus Arelatensis archiepiscopus et 
Bertrannus comes et Wilielmus Ugo y){Gall. Christ, noviss., Arles, n° 432). 

— [1078?] : u archiepiscopo Arelatensi et Bertrando comité et Guilelmo 
Ugone et Gaufredo Massiliense. . . statuimus ut in honore S. Stephani et S. 
Trophimi... in insula Pontis piscatorii construeremus castrum. . . Ego 
Bertrannus... » {Ibid., n° 435). Ce château sera pour 1/4 au comte, pour 
1/4 à l'église et pour 1/2 aux vicomtes en fief de l'église. — Marseille 
[21 juillet 1067-1079]: « Bertrannus totius Provintie gratia Dei comes... in 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 30 1 

depuis le l^"^ juillet 1055. Il était marié, semble-t-il, dès février 
1061/2 avec Mahaud. Un acte de Saint-Victor le qualifie « comte 
de toute la Provence », ce qui suppose encore l'indivision. Le tes- 
tament du comte d'Urgel, daté du 29 avril 1090, le qualifie « comte 
d'Arles », comme son père l'avait été avant lui. Une donation de 
1078, relative au comté d'Arles, montre sa souscription précé 
dée de celle de l'archevêque. De Mahaud, Bertrand ne paraît avoir 
eu qu'une fille du nom de Cécile : il la maria en 1083 à Bernard 
Atton et il la dota de 5000 sous. Cette dot excluait Cécile de 
tous droits éventuels à la succession paternelle. 

En ce qui concerne l'obéissance de la Provence à la cou- 
ronne de Bourgogne, on a dit ^ que les chartes, depuis 1044, 
mentionnent souvent le règne de Henri. Il en est qui ne 
manquent pas de dire que l'empereur des Allemands, est patrice 



fraternitatem receptus est sicut et parentes ejus antea fuerant. .. » [Saint- 
Victor, n° 1080). — 25 août 1081 : « ego Bertrannus Dei gracia cornes Pro- 
vincise... dono omnem honorem meum... Deo et S. apostolis Petro etPaulo 
et domino meo Gregorio papae... ecclesias... omnes quœ in mea potestate 
sunt... papae dimitto... » [Hist. Languedoc, 2® éd., t. 5, col. 670; Jaffé, 
2^ éd., t. I, p. 641). — 1081 : « ... ego Rostangus. . . Aquensis archiepiscopus 
et meus germanus frater Amelius. . , de nostro. . . patrimonio. . . monaste- 
rium quod et parentes nostri de alodo suo fondantes construxerunt. . , in 
diocesi Arelatensi... in territorio castri... nostri... Fossas... martirum 
Gervasii et Protasii... Signum Bertranni comitis qui dédit et fîrmavit. » 
{Cluny,n° 3587). — [1083 ?] : « papœ Gregorio Arelatensis comes Bertran- 
nus... sublimissime Domine et princeps totius orbis terrœ... sum vester 
servus... mando tibi quomodo Hermundus abbas... Montismajoris abbatia 
expulsus sit juste et qualiter iste susceperit quem tibi mitto Guillelmus... 
Noscis enim quemadmodum dereliquerim... tui pro amore omnes episco- 
patus et abbatias et nolo ut hœc... cuilibet... nisi... tibi subjaceat » [Gall. 
Christ, novissima. Arles, n° 443; Bouquet, XIV, pp. 657-658). — 1083 : 
« Bertramnus comes... débet... donare quinque milia solidatas ad Ermen- 
gardem vicecomitissam de ista festivitale S. Micaelis ad quinque annos, 
duo milia in denarios et mille in boves et vaccas et duo milia in caballos 
et mulos... tempore nuptiarum quando dabit fîliam suam ad Bernardum 
Atonem dabit ostaticos decem. . . » (Hist. Languedoc, 2« éd., t. 5, coi. 
682-683). — 29 avril 1090 : testament d'Ermengaud, comte d'Urgel, insti- 
tuant Bertrand comte d'Arles tuteur de son fils Guillaume (fray ¥r. Diago, 
Historia de los Condes deBarcelona, Barcelona, 1603, cap. Lxxiii,fF. 137-138). 
1. Cf. ci-dessus, p. 290, n. 5. 



302 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

des Romains '. Peu à peu cependant, ces chartes munies de Tère 
royale se clairsèment, sous Tinfluence de la réaction papale contre 
l'empire -. Au moment de l'avènement de Philippe, roi de France, 
quelques velléités de reconnaître ce prince se manifestent '■^. Gré- 
goire VII excommunia Henri, roi des Romains, au synode de Rome, 
en février 1075^; la Provence, qui relevait, juridiquement de 
sa couronne de Bourgogne, pouvait saisir cette excuse légale de 
l'abandonner tout à fait. De fait, les chartes mentionnent le règne 
du Christ^. Le pape renouvela son anathème en février 1081 ^' : 
cet acte eut un effet politique immédiat en Provence. Dès le 
25 août, le comte, délié de son serment de fidélité, portait 
l'hommage de la Provence au pape, vicaire du Christ régnant : 
en même temps, il lui abandonnait la disposition des évêchés 
et des abbayes. A ce moment, l'archevêque d'Arles Aicard 
personnifiait dans sa cité le pouvoir de ses parents les vicomtes : 
les réformes de Grégoire VII devaient l'abattre. En effet, le légat 
Hugues de Die le déposa, en 1080, dans le concile d'Avignon 
et le pape confirma cette déposition en sacrant le successeur 
d'Aicard à Rome, au moment où il excommuniait l'empereur. On 
voit le comte de Provence se séparer du primat déchu et se ral- 
lier au légat. Celui-ci, après avoir élu Gibelin pour remplacer 
Aicard, bénit lui-même un nouvel abbé de Saint-Victor. Il n'est 

1. 1063 (Ghantelou, pp. 175-176). 

2. Parmi les derniers actes de Saint- Victor qui mentionnent le règ-ne de 
Henri III et de Henri IV, on peut citer ceux du 20 juin 1053 (n° 294), du 
25 octobre 1055 (no 739), du 26 juin 1056 (n» 202), de 1057 (n»» 184 et 
1074), de 1058 (n» 307), de 1065 (n"^ 121), d'octobre 1067 (n» 1081), etc. 

3. 1060 : u regni régis Philippi » [Saint- Victor, n° 1079). — 29 mars 1063/4 : 
« anno IIII régnante Philippo rege » (n» 492). C'est évidemment MLXIII 
qu'il faut lire et non, comme l'éditeur, MXLIIl. 

Un scribe met tout le monde d'accord à peu de frais en 1060 : «régnante 
Domino nostro rege atque imperatore omnium, Cona imperatore Alaman- 
norum et Philippo rege F'rancorum » (Saint-Victor, n° 704). Malheureu- 
sement, il remplace Henri par Conon qui n'existait plus. 

4. Rome, 14-22 février 1075 (Jaffé, 2« éd., après le n° 4978). 

5. Par exemple, en mai 1074: « nuUo nobis alio rege solo Christo Domino 
in perpetuum » (Saint- Victor, n° 527). 

6. Février 1081 (Jaffé, 2^ éd., après le n» 3198). 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 303 

pas surprenant que l'archevêque déposé date désormais ses actes du 
règne de l'empereur excommunié^. L'élu du pape resta plusieurs 
années avant de pouvoir remplacer réellement Aicard. La der- 
nière date à laquelle on rencontre Bertrand, comte de Provence 
et plus particulièrement d'Arles, est celle du 29 avril 1090. Il 
mourut avant le 28 juillet 1094, ne laissant, en dehors de sa fille 
dotée et devenue étrangère à la Provence, qu'une sœur comme 
héritière. Bertrand est le dernier prince de la première maison 
héréditaire des marquis et comtes de Provence. Cette maison 
s'éteignait à la veille de la première croisade, expédition sacrée 
à laquelle la Provence, devenue vassale du siège apostolique, 
devait prendre une si grande part. Raymond de Saint-Gilles, mar- 
quis de Provence, en fut le chef; il représentait la branche de 
Toulouse et il descendait, par les femmes seulement-, du comte 
d'Arles, Boson institué en 949. 

1. 1082 : « régnante Henrico imperatore » [Gall. Christ, noviss., Arles, 
n» 441 ; cf. n»* 439, 440,443). 

2. 28 juillet 1094/5 : « ego Raimundus gratia Dei cornes et Provintie mar- 
chio... ego Alvira comitissalaudo... ego Dulcis comitissa dono, sicut cornes 
donavit » [Saint-Victor, n° 686). — 17 janvier 1103 : « ego Raimundus gracia 
Dei sanctiEgidii cornes et Provincie marchio, princes autem, Deo auxiliante, 
milicie Christiane in Jerosolimitano itinere » (Saint- Victor, n° %02) . — 9 juin 
1063 : «olim a Vilelmo comité Tolosano, . . abbaliam Moysiacensis çenobii 
nunc vero. . . seniori meo Pontio et filio ejus Wilelmo. . , si de Wilelmo 
Pontii filio légales non apparuerint filii, fratribus suis Raimundo et Ugoni, 
filiis Pontii simili ter. . . et si casu evenerit ut omnium istorum comitum 
palatinorum abolendo progenies evanescat, illi tamen qui sorte post eos 
arcem ac regimen Tolosani comitatus acceperit. . . » [Cluny, n° 3392). — 
Août 1065 : (' ... ego Raimundus comes. . . pro redemptione. . . patris et 
ma tris, fralris quoque etsororis... Gordiniacensem abbatiam... in pago 
Uzetico. . . Signum Raimundicomitis. . . » [Cluny, n° 3404). — 15 décembre 
1066 : « R. comes Rutenensis et Nemosensis Narbonensiumque nobilissi- 
mus))(iZ)tc/.,n" 3410). — [1066 ?] : « Raimundum comitem de Rutenis fdium 
Almodis » [Hist. Lang., 2« éd., t. V, col. 535). — 1067 : « Villelmus comes et 
Adalmodis mater ejus... Poncius comes pater ejus » [Ibid., col. 544).— 16 juin 
1080: « R. comes frater Willelmi » [Ibid,, col. 649-652). — Juin 1095 : 
« R. Tolosanus comes, dux Narbonœ et marchio Provincise » {Ibid., col. '^38- 
739). — 22 juillet 1096: « comes Tolosanus ac Rutenensium ac marchio 
Provinciœ » (Bouquet, t. XIV, pp. 723-724). Il meurt le 28 février 1105 au 
mont Pèlerin, près Tripoli. 



304 LA PROVENCE DU t>REMlEtl AU XII® SIÈCLE 



X 

Raymond marquis de Provence 
(4094-1105). 

On peut se demander de qui Raymond de Saint-Gilles tient 
la marche de Provence et depuis quand il prend le titre de 
marquis. Les textes sont souvent insuffisants, en ce sens qu'ils 
mentionnent presque toujours la qualité seule de comte, quand 
ils concernent un comte revêtu de la dignité de marquis. En 
principe, le marquis était un chef militaire : peut-être au 
XI® siècle ne lui restait-il qu'une simple prééminence honorifique. 
En tout cas, le souvenir du caractère militaire de la dignité 
subsiste assez pour que la femme du comte, qui en est revêtu, 
ne se titre jamais que comtesse. Malgré cette insuffisance des 
textes, il a été possible de citer des actes montrant successive- 
ment la marche entre les mains du fils cadet de Boson, Guil- 
laume (979-992), de son frère aîné Roubaud (vers 1000), du fils 
de celui-ci, Guillaume (9 mai 1031) ; puis, par indivis, des deux 
petits-fils du premier marquis, Foulques-Bertrand (1044-1048) 
et Geoffroy (1042-1057) ; finalement, des fils de Foulques-Ber- 
trand, Guillaume Bertrand et Geoffroy (vers 1065). La succes- 
sion, dans son ensemble, est très claire. Il semble bien établi 
que, jusque vers le milieu du xi® siècle, la marche n'a jamais 
été indivise comme l'étaient les comtés. Elle se transmet d'un 
frère à l'autre quand le fils du marquis mourant est trop jeune 
pour en assumer la charge; mais, quand le fils du marquis qui dis- 
paraît est en âge d'être le chef, c'est lui qui la recueille. 
Donc, en principe, la succession a lieu de père en fils ; mais, en 
fait, d'un frère à l'autre, ou d'oncle à neveu, quand cela est 
nécessaire. Dans la seconde moitié du xi*^ siècle seulement, le 
titre de marquis décore indivisément deux frères. L'unité de la 
Provence tend donc à disparaître. 

Aucun texte ne permet de dire que la branche de Toulouse, avant 



LE ROYAUME DE BOÙRGOGNË-PROVEÎ^CE 30S 

Raymond de Saint-Gilles, ait pris ce titre de marquis. Le grand- 
père de celui-ci, Guillaume, qui prend pied en Provence comme 
mari d'Emma, est a comte de la ville de Toulouse », ou « comte 
Toulousain » i . Des deux fils d'Emma et de Guillaume, l'aîné, Pons, 
est comte de Toulouse - ; quant au second, Bertrand, il demeure 
à peu près inconnu 3. De Pons, viennent Guillaume^, Raymond^ 
et Hugues ^. Guillaume est, comme ses prédécesseurs, comte de 
Toulouse et palatin : il joint à Toulouse, Albi, Cahors, Lodève, 
Périgueux, Carcassonne, Agen et l'Astarac. Raymond de Saint- 
Gilles est, de son côté, comte de Rodez, Nîmes et Narbonne ; 
Hugues le cadet n^est pas mieux connu que son oncle Ber- 
trand. Quand l'aîné des trois mourra et son fils Pons également, 
sans enfant, Raymond leur succédera comme comte de Toulouse. 

Pendant tout ce temps, aucune trace du titre de marquis de 
Provence : Raymond le prendra pour la première fois en 1094, 
alors que tous les mâles de la maison d'Arles seront morts. Une 
conclusion s'impose : c'est que Raymond prend le titre après leur 
disparition seulement. Ce fait offre assez d'intérêt pour mériter 
d'être fixé. 

Déjà auparavant, par suite du mariage du comte de Toulouse 
Guillaume avec Emma de Provence et par suite de la succession 
d'Emma à son frère Guillaume de Provence, décédé sans enfants 
de sa femme Lucie, la maison de Toulouse possédait, outre ses 

1. 1005 : « G. Tholose^urbis cornes» [Saint- Victor, n° 15). — 1004: « W. 
cornes Tolosanus » [Ibid., n«652). Cf. n° 225. 

2. 1030 : « P. cornes filius Tolosani » {Ibid., n" 682). — 29 juin 1053 : 
« P. Tolosane urbis cornes » [Cluny, n° 3344 bis). — « mei seniores ac 
palatini comités P. et ejus filius Wilelmus » {Ibid., n° 3392). 

3. 1030: « B. fraterejus» {Saint- Victor, n» 682). 

4. 9 juin 1063 :((inmanu Wilelmi comitis Tolosani... » {Cluny,n° 3392). 
— 1067 : « Willelmus cornes et Adalmodis mater ejus. ..et Mantilis comi- 
tissa ejus uxor » {Ilist. Lang., 2" éd., t. V, col. 544-546). ~ 16 juin 1080 : 
« Guillelmus Tolosanensium, Albiensium seu Caturciensium, Lutevensium, 
Petragorensium, Carcassonensium, Aginnensium necne Astarachensium 
comes et dux » {Ibid., col. 649-652, 652-654). 

5. 15 décembre 1066: « R. comes Rutenensis et Nemosensis, Narbonen- 
siumquenobilissimus» {Cluny, n° 3410). 

6. 9 juin 1063 : « Ugoni » {Cluny, n° 3392). 

Mém. et Doc. de l'École des Chartes. — VII. 20 



306 LA PROVENCE DE PREMIER AU XII* SIÈCLE 

biens en Guyenne et en Gothie, une part indivise des comtés 
de Provence. 

Ici, se place le problème des comtes de Diois et de Venaissin. 
Pendant le xi*' siècle, il existe trois comtes de Diois dont l'origine 
est inconnue : ce sont successivement Pons ^ , Guillaume ^ et 
Hugues 3. Déplus, il existe un comte de Venaissin, Bertrand qui 
paraît isolément^. Il serait tentant de les identifier avec Pons 
comte de Toulouse, son frère Bertrand, son fils aîné Guillaume 
et son fils cadet Hugues. Les noms et les dates concordent des 
deux côtés. La raison la plus forte d'opérer cette identification, 
c'est le consentement donné par Pons comte de Diois, le 7 juillet 
1057, à l'élection de l'archevêque d'Embrun, en compagnie des 
comtes de Provence Guillaume Bertrand et Geoffroy. S'il Ta 
donné, ce n'est évidemment pas comme comte de Diois : il fallait 



1. Torane [2 octobre 1040?] : « ... Ego Pontius... in pago Trevis... 
Villetas. . . Merduzana. . . Mota ; juxta rivulum. . . Lota. . . Actum castro 
Torana, feria V. luna XXI, indictione VII, epacta XV, régnante Domino nos- 
tro Jesu Christo... S. donni Pontii comitis. . . S. domni episcopi Cono- 
nis. . . » — «... ecclesia. . . in pago. . . Trevis. . . in episcopatu Diensi in 
loco. . . Eron. . . unam cellam in agro. . . Lunis. . . de loco. . . Gentiacus. . . » 
[Cluny, n«s 2947 et 2948). Les jeudis 19 avril et 13 septembre 1039 coïnci- 
dèrent avec le 21^ jour de la lune; de même, le jeudi 2 octobre 1040. L'in- 
diction VII tombe en 1039 ; Fépacte XV en 1041.— [1041- 1042] : «Pontius 
cornes, .. in pago. . . Trevis in episcopatu Diense in loco... Héron... 
anno X, régnante Eyco rege... » [Cluny, n° 2951). — [7 juillet 1057] : 
a clerus et populus Ebredunensis elegimus, laudamus et corroboramus 
Viminianum archiepiscopum in sede archiepiscopali Ebredunensi prœci- 
piente summo pontifice et universali papa Victore, confirmante Willelmo 
Bertrando et Gaufredo, seu Pontio Diensi comité... ». Cette élection est 
visée dans le privilège apostolique donné à Asti le 7 juillet 1057 : elle 
eut lieu sans doute le même jour, devant le pape (Marcellin Fornier, Hist. 
générale des Alpes-Maritimes, édit. Paul Guillaume, t. III, Gap, Jouglard, 
1892, in-8, pp. 190-195. Appendice, n° 5). Pons, comte de Diois, eut une 
fille ; Pons, comte de Toulouse, également [Cluny, n° 3404). 

2. 23 mars 1074 : « Gregorius episcopus... Guilielmo Diensi comiti. . . » 
(Jaffé, 2e éd., t. I, n° 4848 ; cf. n° 4813, après n» 4827 et n« 5147; Migne, 
t. 148, col. 343). 

3. [1088-1099] : « [Urbanus episcopus. . . Ebredunensi, Vapincensi et 
Diensi episcopis]. . . iuratosmilitesIIugonicomitineipsi,quandiu excommu- 
nicatusest, serviant... » (Jaffé, 2« éd., t. I, n°5724; Migne, t. 151, p. 521). 

4. [1049-1068]: ('..in presentia... Bertranni videlicet Vendacensis comi- 
tis... » (Montm., p. 162). 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 307 

qu'il possédât une partie indivise de la Provence, au moins delà 
partie sise au delà de la Durance, où se trouvait FEmbrunais. Du 
chef d'Emma, c'était sans doute le cas de la maison de Toulouse. 
Le marquis Geoffroy, oncle des comtes Guillaume Bertrand et 
Geoffroy qui interviennent, était quelquefois qualifié « comte 
des Artésiens »; il résidait donc sans doute à Arles, en deçà de la 
Durance et il s'y localisait. Voilà pourquoi il ne paraît pas à Embrun 
afin de donner son consentement avec celui de ses neveux et du 
comte de Diois. Si on admet l'identification proposée, il en résul- 
terait que, pendant la seconde moitié du xi® siècle, quoique la Pro- 
vence restât indivise, chaque branche de la famille des comtes qui 
la gouvernaient tendait déjà à s'y localiser et à se séparer. Le mar- 
quis Geoffroy et son fils Bertrand étaient plus particulièrement 
comtes d'Arles ; son frère Foulques-Bertrand et ses neveux, 
comtes d'Avignon, et les deux fils d'Emma, l'un comte de Diois, 
l'autre comte de Venaissin. Ce ne sont là que des tendances, coïn- 
cidant avec la mise en indivis du titre de marquis entre frères. 
Les actes qui permettent de saisir ces tendances particularistes ne 
sont encore que des exceptions; presque toujours, quand ils font 
suivre le titre comtal d'un nom de pays, les actes spécifient encore, 
comme depuis 970, que les membres de la maison d'Arles* sont 
comtes de Provence et que les membres de la maison de Toulouse 
sont comtes de Toulouse. 

L'identification des comtes de Diois et de Venaissin, pendant la 
deuxième moitié du xi® siècle, avec les comtes de Toulouse de 
cette époque, est une hypothèse dont la valeur augmente encore 
par le fait que, lors de la croisade, cette race de comtes de Diois 
disparaît subitement, remplacée par la race des vicomtes de 
Gap dont le chef se qualifiera désormais comte de Diois ^. 
Dans l'hypothèse de l'identification, Guillaume comte de Tou- 
louse et de Diois étant mort après 1080, ainsi que son fils Pons, 
sans enfant survivant, son frère puîné, Raymond, hérita de Tou- 
louse pendant que son frère cadet Hugues héritait de Die. Peu 

1. 1166 : « Ego Isoardus cornes Diensis» (P. Guillaume, Chartes de Dur- 
bon, n°*51, 58, 59, 111). 



308 LA PROVENCE Dt PREMIER AU XII® SIECLE 

après, ce dernier comte de Diois, delà maison de Toulouse, était 
excommunié et disparaissait également sans enfant, tandis que 
Raymond de Saint-Gilles devenait marquis de Provence. Une 
fois en possession de cette dignité, rien n'est plus naturel de la 
part de celui-ci que de concéder en fief le comté de Diois, au lieu 
de le garder personnellement ; rien de plus naturel également 
que de le concéder au vicomte de Gap et d'Embrun qui en était 
voisin 1. La maison de Toulouse ne gardait directement que le 
Venaissin. Le nouveau comte de Diois, Isoard, suivit le nouveau 
marquis de Provence, son seigneur, en Terre Sainte et le comté 
de Diois continua de relever ainsi des marquis de Provence de la 
maison de Toulouse, pendant tout le xif siècle, jusqu'à l'extinc- 
tion des vicomtes de Gap. Puis, en juin 1189 2^ le marquis 
concéda ce comté vacant à Aymar de Poitiers déjà, hors de 
Provence, comte de Valentinois ; celui-ci lui en fît hommage et 
ses descendants le gardèrent définitivement. 

Ainsi, dans la deuxième moitié du xi^ siècle, les trois branches des 
Maisons de Provence et de Toulouse tendent à se localiser comme 
comtes d'Arles, comtes d'Avignon, comtes de Diois et deVenaissin. 
Il serait inexact de dire qu'il y eut à cette époque d'autres comtes, 
notamment des comtes d'Orange, en dehors des maisons de Pro- 
vence et de Toulouse. En réalité, il y a eu des princes d'Orange ^, 

1. A moins d'être antérieure à 1095, cette concession n'a pas dû être 
faite directement par Raymond de Saint-Gilles : devenu marquis, il donna 
tout ce qu'il avait dans la Provence en fief à son fils Bertrand. En juin 1095, 
Bertrand se marie et assure ainsi à sa femme Avignon et Die. Le nom de 
Digne est évidemment une mauvaise lecture [Hist. de Lang.j 2« éd., t. V, 
col. 738-739). Par suite, c'est peut-être Bertrand qui concéda, après juin 
1095, le comté de Die au vicomte de Gap Isoard. 

2. Saint-Saturnin, juin 1189 : « nos R. Dei gracia dux Narbone, cornes 
Tholose, marchio Provincie donamus... tibi Ademario de Pictavia... omne 
jus et dominium... in Diensi comitatu... et ego A. de Pictavia... fidelitatem 
et hominium vobis facio... » (Arch. de l'Isère, B. 3517. Cf. J. Chevalier, 
Essai sur Die, t. I, pp. 468-469, avec la date de juillet). 

3. Pont-sur-Sorgues [27 août 1107] : élection de Bérenger, évêque 
d' O range assentiente Geraldo Ademario A urasicœ principe cum totius populi 
Aurasicensis concione [Gall. Christ., t. I, instr., pp. 131-132. — L. Duhamel, 
Fragments d'anciens cartulaires de Vévêché d'Orange, n^ XIV; Mém. de 
VAcad. de Vaucluse, t. XV, 1896, pp. 395-396). 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 309 

des princes d'Antibes *, comme il y a eu des princes de Riez 2, à 
partir du moment où l'unité de la marche s'affaiblit, à partir, par 
conséquent, du milieu du xi^ siècle. Mais cela est bien différent. La 
qualification de prince a sa valeur propre : réservée au souverain 
jusqu'à la décadence caroling-ienne, elle passe aux fonctionnaires 
publics, devenus vassaux directs du souverain, qui la reçoivent cou- 
ramment à la fin du ix® siècle. Dans les textes historiques, ces 
grands fîg-urent dès lors comme principes regni. Par suite de cet 
usage, le duc, puis le marquis de Provence est le prince de ce 
pays jusqu'au milieu du xi*^ siècle ^. Dès le début de ce siècle, les 
comtes et les vicomtes acquièrent, par le fait, ce rang éminent 
dans les cités qui dépendent de leur autorité. Enfin à dater du 
milieu du xi® siècle, dans chaque cité, semble-t-il, où ne 
réside ni comte ni vicomte, surgit un vassal des comtes qui 
prend la qualité de prince. Quand, tiu xii^ siècle, la suzerai- 
neté comtale redevint plus puissante, ces vassaux durent aban- 
donner leur prétention. Seuls, ceux d'entre eux qui réussirent à 
devenir les vassaux directs du souverain, c'est-à-dire de l'empe- 
reur, purent rester princes, />rmc/pes imperii. En un mot, prince 
est celui qui possède le pouvoir ^. A partir du xii® siècle, nul ne 
pourra se dire prince s'il ne devient vassal direct du souverain. 
En ce qui concerne particulièrement les princes d'Orange, il 
faut remarquer toutefois que l'un d'eux, Raimbaud, connu pour 
avoir pris part à la croisade, reçoit de Guillaume de Tyr le titre 
de comte d'Orange : de même Isoard, vicomte de Gap^ celui de 

1. [1025-1050J : « ego Belieldis genitrix duorum Antipolitani regni prin- 
cipum » (Lérins, éd. Flammare, n° cviii). 

2. [1064-1079] : « Guilelmus princeps terre Regensis » [Saint-Victor, 
n« 617). 

3. Carpentras, l^"" mars 982 : « hujus Provintiseprincipis » [Gall. Christ., 
t. I, instr., p. 148). — 4 août 991 : « totius Provincise principis » [Gall. 
Christ., t. I, instr., col. 74).— 1034: « princeps totius Provintiœ » (Bibl. 
nat., ms. lat. 13915, f» 363 recto). 

4. 16 avril 1164. Précepte de Frédéric pour l'archevêque d'Arles : « nul- 
lus dux nec marchio, non cornes, nullus princeps vel potestas, non recto- 
res vel consules, non capitaneus vel vicecomes» [Gall. Christ, novissima, 
Arles, n» 604). 



310 LA PROVENCE DU PREMIER AU XU® SIÈCLE 

comte de Die ^ Si l'on remonte au texte des Gesta Francorum^ on 
constate, pour ce dernier, qu'il n'y est pas qualifié comte ~ : mais, 
en admettant qu'il ne l'ait pas été dès 1096, son fils et son petit- 
fils le furent certainement. On le sait par les sources diploma- 
tiques : par conséquent, le texte de Guillaume *de Tjr se justifie 
à son sujet. Au débutdu xii^ siècle, une concession de comté par 
lé marquis n'est pas impossible. Faut-il croire que Raymond de 
Saint-Gilles ait également concédé le comté d'Orange à Raim- 
baud ? Gela est peu probable, car aucun des actes émanant de 
Raimbaud ne lui donne ce titre. D'ailleurs, si la concession avait 
eu lieu, elle n'aurait pas eu autant de durée que celle du comté de 
Diois entre les mains des vicomtes de Gap; en effet, Raimbaud 
n'eut qu'une fille et, quand ses descendants eurent réussi se sous- 
traire à la vassalité des comtes de Provence, ils se qualifièrent 
simplement princes d'Orange. 

Evidemment, si Guillaume de Tyr donne k Raimbaud le titre 
de comte, c'est, non pas à cause de son père qui ne l'avait jamais 
été, ni à cause de lui-même qui probablement ne le fut jamais, 
mais à cause de sa mère Alix qui, elle, était bien comtesse. 
L'origine de cette comtesse n'a jamais été bien établie : on peut 
être persuadé qu'elle est tout simplement la veuve du comte de 
Provence-Avignon Guillaume Bertrand, mort entre le l^'' mai 
1065 et 1067. Ce comte, marié avec elle dès 1050, en avait eu 
une fille nommée également Alix : il dut lui laisser, sinon l'usu- 
fruit de tout le comté d'Orange, du moins un domaine considé- 
rable dans le comté. Elle se remaria avec Bertrand Raimbaud, 
fils de Raimbaud de Nice, frère de Laugier-Roux, de Nice, et de 
Pierre, évêque de Sisteron, puis de Vaison 3. Le premier époux 

1. « Isuardus cornes Diensis... Raimbaldus cornes Aurasicensis » {Rec. des. 
hist. des croisades. Hist. occid., t. I, pp. 45, 96 ; cf. pp. 265, 352). 

2. « Isuardus de Musone » (Anonymi Gesta Francorum, cap. III, § 2, éd. 
Hagenmeyer, p. 137). L'éditeur fait toutes les identifications possibles, 
sauf la bonne : c'est Mison, dans les Basses-Alpes, dont il s'agit. L'u s'ex- 
plique, car Mison vient de mutationem. Il s'agit d'un relai de voie romaine, 
comme Malemoisson, Puimoisson, Muison, etc. 

3. Pour Raimbaud de Nice, fils d'Odile, possesseur d'une moitié de la 
châtellenie de Nice, mari de Belieldis, Gisle, Alix de Reillane et Accelena, 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 3 H 

d'Alix avait dû mourir fort jeune : le second, connu depuis 1062 
jusqu'au 21 avril 1073, mourut avant la croisade. Elle-même, 
encore vivante vers 1105, lors de l'hommage prêté par la 
vicomtesse d'Avignon à sa fille Alix, comtesse d'Avignon et de 
Forcalquier ^, testa seulement le 12 octobre 1113 2. Elle était 
alors d'un âge très avancé, car son fils Raimbaud d'Orange, 
prince ou podestat de Nice en 1108, était déjà mort ^. Elle prit 
ses dernières dispositions en faveur de sa petite-fîlle Tiburge, 
mariée avec Giraud Adémar, qui devint ainsi prince d'Orange ; 
mais elle ne put évidemment lui transmettre le comté d'Orange 
qu'elle n'avait pas. 

A la fin du xi® siècle, la Maison des comtes de Provence n'est 
donc plus représentée que par sept femmes : Alix, veuve de Guil- 
laume Bertrand, comte de Provence-Avignon, et sa fille Alix ; 
Ermengarde, veuve, sans doute, de Geoffroy, comte de Provence- 
Avignon ; Stéphanie-Douce, veuve de Geoffroy, comte de Pro- 
vence-Arles, sa fille Gerberge^ sa belle-fille Mahaud, veuve 
de Bertrand, et sa petite-fille Cécile. A en croire les moines de 



voir 22 mai 1023 {Cluny, 2779) ; 5 août 1030 (Lérins, Moris, n° 146) ; 
février 1032 {Ibid., n» 149), mai 1033 {ibid., n° 153) ; Vence, 1033 (Ibid., 
nM54); [1033-1037] [Saint-Victor, n» 799) ; [1033-1037?] {Ibid., n° 792); 
23 juin 1037 (Saint- Pons, n° vu) ; Courthezon, 21 mars 1046 [Ibid., 
n" viii) ; [1050?](Lérins, n°« 149 et 154) ; [1050] (Lérins, n« 147); 23 avril 
1057 (Sam^-Fic^or, 793) ; 1062 (Lérins, n°« 152 et 358). Cf. Nice, n° 5, et 
Saint-Pons, XIL Pour Bertrand Raimbaud, fils du précédent, voir 1062 
(Lérins, n« 358) ; 21 avril 1073 (Nice, n» 82). Cf. Nice, n° 17, et Saint-Pons, 
n° XII. 

1. [1101-1105] : « aus tu, Adalax conmitissa, filia Adalax conmitissa. Eu 
Ermensenz... » (Bouches-du-Rhône, B. 277; L. Blancard et P. Meyer : 
Revue des Soc. savantes, 4° série, t. X, 1870, pp. 486-487). 

2. [Orange], 12 octobre 1113 : « ego Adalaiz comitissa... mansiones 
quas cum Bertrando Raibaldo marito meo, post mortem Udalrici episcopi, 
maie usurpavi . . . cetera... que hereditario jure mihi proveniunt tam in 
commitatibus quam in civitatibus et castris et villis... dimitto Tiburgi 
fiiie Raimbaldi et Geraldo Adimaro marito eius. . . » (Vaucluse, évêché 
d'Orange ; Duhamel, Fragm. d'anc. cart. d'Orange, n" m, pp. 386-387). 

3. Voir, surRaimbaud d'Orange, fils de la comtesse Alix, les actes suivants. 
[Vers 1075] : « Raiambaldus Bertranni filius » (Saint-Pons, n°xii). — 1108: 
« potestates Nicie civitatis... Raimbaldus Aurasicensis... » (Nice, n° 48). 



312 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll^ SIÈCLE 

Montmajour, la sécurité du pays se ressentait de ce manque 
de chefs redoutés : par contre, on peut penser que l'essor de la 
littérature provençale date de cette époque où les femmes domi- 
naient. Les troubadours galants naquirent pour leur plaire. 

Cécile est écartée de la succession comtale, car elle avait reçu 
5000 sous de dot, lors de son mariage en 1083 ^, et la coutume de 
Provence oubliait, au moment de la mort de leurs parents, les 
filles précédemment dotées par eux. C'est sa tante Gerberge qui 
fut donc appelée à la succession de la branche des comtes de 
Provence-Arles. L'héritière de la branche aînée des comtes de 
Provence-Avignon était, d'autre part, Alix, fille de Guillaume 
Bertrand. 

Ces deux princesses furent mariées, Alix avec Ermengaud, 
comte d^Urgel, Gerberge avec Gerbert, comte de Gévaudan et 
vicomte de Garlat. Les guerres contre les Maures d'Espagne, qui 
avaient suivi l'expulsion des Sarrasins de Provence et qui précé- 
daient la croisade en Orient, rendaient plus fréquents les rapports 
entre les marches de Provence et d'Espagne : ces rapports expliquent 
le mariage d'Ermengaud. Quant à Gerbert, les résultats de son 
union furent éphémères pour le Gévaudan. 11 se trouve dans Avi- 
gnon en juin 1110 ^ et il meurt avant le l^"" février 1112, laissant 
tous ses biens à sa femme : il n'en avait qu'une fille, nommée 
Douce comme sa grand'mère maternelle. Le l^*" février 1112"^, 
Gerberge lui transmet la quote-part indivise de la Provence qui 
était l'héritage de son défunt frère le comte de Provence-Arles 
Bertrand et, de plus, ce qui hors de Provence lui venait de son 
mari. Deux jours après, elle la marie avec Raymond Bérenger, 



4. 1083 {Hist. Languedoc, 2^ éd., t. V, col. 682-683). 

2. Avignon, juin 1110 : « Girbertus inclitus cornes et uxor ejus illustris 
comitissa » (Vaucluse, G., Chap. métropol., n° 27 prov., f " 8 r°-v^). 

3. 1'='' février 1112: u ego Girberga comitissa dono tibi Dulciœ filiae mese... 
comitatum . . , Provincise et Gavaldanensis et Carladensis ethonorem... 
in comitatu Rutenensi ; quae omnia advenerunt mihi voce parentum meo- 
rum etlargitione viri mei Girberti comitis patris tui. . . Signum Gerbergae 
comitissse » (P. de Marca, Marca hispanica. App., n° cccxlvii). 



LE ROYAUME DE BOUKGOGNE-PROVENCE 313 

comte de Barcelone^. Enfin, le 13 janvier 1112/3^ la nouvelle 
mariée fait don à son mari de tout ce qu'elle avait reçu de sa 
mère ^. 

C'était la domination de la marche d'Espagne sur lès trois 
quarts de la marche de Provence : ou tout au moins, une union 
intime entre ces deux pays. La Provence ne consentit pas aisé- 
ment à passer ainsi, comme ses comtesses, entre les mains de 
deux étrangers. Raymond Bérenger et Ermengaud apparte- 
naient à la même maison : ils descendaient tous deux du comte 
de Barcelone Borrel, mort en 993, et ils se trouvaient cousins au 
neuvième degré. L'héritière de la branche aînée de Provence- 
Avignon épousait le représentant de la branche cadette de Barce- 
lone-Urgel et l'héritière de la branche cadette de Provence- Arles, 
le chef delà Maison de la marche d'Espagne. 

Jusqu'alors, l'indivision de la marche de Provence avait bien pu 
continuer à exister entre parents assez rapprochés, bien que, 
depuis le milieu du xi® siècle, se remarquât une tendance de 
chaque branche à se localiser en se fixant, chacune de son côté, 
dans Avignon, dans Arles et en Venaissin. Maintenant, après 
l'arrivée des deux étrangers, l'état d'indivision ne pouvait subsis- 
ter, étant donnée surtout la coutume de la Maison de Barcelone 
qui, dès le début de son existence, semble avoir comporté un 
partage effectif de la marche d'Espagne entre les enfants ^. 

1. 3 février 1112 : « ego Gerberga comitissa Arelatensis trado tibi Ray- 
mundo Berengarii comiti filiam meam, . . Dulcem cum omni honore meo. .. 
Provinciam, quod ibi habeo et habere debeo, et comitatum Gavallanen- 
sem etvicecomitatumCarladensem et, , honorem. . . incomitatu Rutenense, 
sicut fuit Girberti comitis... » [Ibid., n° cccxlviii). 

2. 13 janvier 1112/3 : « ego Dulcia Barchinonensis et Provinciae comi- 
tissa. , . tibi venerabili comiti Raymundo, quem. . . justo matrimonio copu- 
lavi, dono. . . totum meum honorem... in Provincia et in Rutenensi comi- 
tatu... signum Dulcia? comitissae. . . » {Ihid., n° cccxlix). 

3. Pour les comtes de Barcelone, voir il" D. Prospero de Bofarull y 
Mascaro, Los condesde Barcelona vind icados.., Barcelona, iSZQ, 2 vol. in-S", 
ouvrage consciencieux et excellent, surtout comme documentation ; 2° D. 
Ant. de Bofarull y Broca, Historia critica de Cataluha, Barcelona, 4876-1879, 
9 vol. in-4, à lire comme complément ; 3" fray Francisco Diago, Historia 
de los victoriosissimos antiguos condes de Barcelona, 1603, Barceona, 



314 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

Avant de parler du partag'e de la Provence, qui survint ainsi 
au xii^ siècle, il est bon de rechercher si l'on peut connaître le 
montant de la part indivise qu'en avait possédée chaque comte de 
la première maison héréditaire. Un document, véritablement pré- 
cieux à ce point de vue, est l'hommage de la vicomtesse d'Avi- 
gnon Ermessende prêté à Alix, veuve du comte Ermengaud ^ 
Cet acte est sans date, mais on peut lui en assigner une approxi- 
mative, caria vicomtesse j paraît elle-même comme veuve. Or, 
son mari vivait encore en juin 1101 2. De plus, il y est dit que la 
part de Provence appartenant à la Maison de Toulouse est possé- 
dée par Bertrand, le fils de Raymond de Saint-Gilles. Bertrand 
l'avait reçue de son père, lors de son mariage en juin 1095, ou, au 
plus tard, lorsque Raymond était parti pour l'Orient. Mais, il 
n'est pas dit dans 1 acte d hommage que le marquis fût mort : 
au contraire, le rédacteur de l'acte le mentionne comme vivant 
et on sait qu'il mourut le 28 février 1105 près de Tripoli. La nou- 

in-folio, à consulter pour quelques détails ; 4° Antonio Vicente Domenec, 
Historia gênerai de lossantos y varones ilustres en santidad del principato 
de Cataluha. 

Pour les comtes d'Urgel:l° D. DiegoMonfary Sors, Historia de loscondes 
de Urgel, 1853, 2 vol. in-8 {Coll. de Doc. ined. del archivo gênerai de la 
corona de Aragon. Barcelofia, t. IX et X) ; 2° D. J. Miret y Sans, La casa 
condal de Urgell en Provenza {Boletin de la Real Academia de Buenas 
Letras de Barceloha, afio III, nûm 9, pp. 32-48, marzo 1903). 

Enfin le Marca hispanica, sive limes hispanicus de P. de Marca, 
Parisiis, Franc. Muguet, 1688. Pour l'origine de la maison de Barcelone- 
Urgel, voir : R. Traggia, Discurso histôrico sobre el orîgen y succession del 
reino pirenaico [Mem. de la R. Acad,, Madrid, t. IV, p. 56) ; Botet y Sisd, 
Condado de Gerona : loscondes beneficiarios, Gerona. P. Torres, 1890, in-8; 
Joseph Calmette, Les origines de la première maison comtale de Barcelone 
{Mél. d'arch. et d'hist., Rome, 1900, t. XX, pp. 299-305) et, de ce dernier 
auteur encore, Notes sur Wifred le Velu [Revista de Archivos, bibliotecas 
^ Museos, julio 1901, Madrid, M. Tello, 1901, in-8); Un jugement original de 
Wifred le Velu pour l'abbaye d'Amer [Bibl. de VEc. des Chartes, t. LXVII, 
1906, pp. 60-69). 

1. [Juin 1101-juin 1105] (P. Meyer, Rapport au comité des travaux his- 
toriques sur deux communications de M. L. Blancard ; extrait de la Revue 
des Sociétés savantes, 4^ série, t. X, 1870, pp. 478-494, 16 pp. in-8). 

2. Avignon, juin 1101 (Arch. de Vaucluse, G., Chap. métrop., n® 27 provi- 
soire, ff. 1 ro-2 r"). 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 315 

velle de cette mort dut certainement être connue en Provence 
avant la fin de la première moitié de l'année ; ainsi, on peut dire 
avec certitude que l'hommage en question a été prêté par la 
vicomtesse entre le mois de juin ilOl et le mois de juin H05. 
Dans cet acte, elle déclare à la comtesse lui promettre fidélité 
pour les châteaux placés dans les cités de Provence au delà de la 
Durance ^ : elle lui hommage les trois quarts des châteaux 
d'Avignon, Manosque - et Forcalquier. Elle tient le dernier quart 
de ces châteaux, encore indivis, pour Raymond de Saint-Gilles et 
Bertrand, fils de Raymond, que celui-ci en a investi. Il résulte 
de là que la branche aînée de la maison de Provence, repré- 
sentée à cette époque par Alix de Provence-Avignon, possédait les 
trois quarts indivis et la maison de Toulouse, le quart indivis de 
la marche de Provence au delà de la Durance : la preuve en est 
certaine. Mais, depuis quand cet état de choses existait-il ? En 
1037, avant d'être marquis, Foulques-Bertrand, grand-père de 
cette Alix, avait donné à Montmajour ce qu'il possédait du châ- 
teau de Manosque, dans le comté de Sisteron, c'est-à-dire tout ce 
qu'il devait en avoir des biens lui venant de son aïeul le marquis 
Guillaume P^etde son père le comte Guillaume III ^. Or, plus tard, 
à une date indéterminée, les deux fils de Foulques-Bertrand con- 

i. Dels castels ne las civitates de Provincia des Durencia en za, de las très 
partes. L'acte étant rédigé sur la rive droite de la Durance, l'hommage porte 
bien, pour ses rédacteurs, sur la Provence en deçà. Quand on envisage la Pro- 
vence en général, il faut se placer par la pensée à Arles et sur la rive gauche 
de la Durance ; de ce point de vue, il est juste de dire qu'Alix possédait 
la Provence au delà de la Durance. 

2. Le texte dit Manoa, ce qui, rigoureusement, est Mânes (Basses- 
Alpes), comme le Manuam du n** 973 de Saint- Victor. Mais il faut, sans 
doute, rétablir Manoasca, ce qui est Manosque (Basses-Alpes). Mânes 
a trop peu d'importance pour être spécifié entre Avignon et F'orcalquier 
comme un château comtal: l'oubli de Manosque, par contre, ne se compren- 
drait pas. Celte résidence comtale est bien connue et on sait que les 
vicomtes en gardèrent les 3/4 jusqu'au 23 février 1218 (Bouches-du-Rhône, 
B. 310). 

3. 1037: « Bertrannus comes... cedo... castrum in regno Provincise, in 
pago Sistergico quod nominant Manuasca seu Podium Bosoni... quan- 
tum mihi pax obvenit vel obvenire débet ex donatione avi et patris mei... » 
(Montm., p. 134). 



316 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

fîrment cette donation de leur père en déclarant qu'il s'agit de 
« quatre manses avec la moitié de la dîme d'une moitié de la 
ville de Manosque^ » Si ce texte est bien entendu, il semble éta- 
blir que Foulques-Bertrand avait reçu de ses auteurs le quart 
indivis de Manosque : un autre quart devait, de même, appar- 
tenir à son frère Geoffroy. Le groupe formé par ces deux quarts, 
c'est-à-dire la moitié indivise de Manosque, avait appartenu 
avant eux à leur père, Guillaume III, lequel, fils unique 2, 
l'avait reçu de leur grand-père, le marquis Guillaume P^ Dès 
lors, il faut que l'autre moitié de Manosque ait appartenu à 
Roubaud, seul frère de Guillaume P^ Roubaud ayant eu deux 
enfants, le marquis Guillaume II et Emma, il semble que cette 
dernière ne fut pas dotée, de sorte qu elle eut part à la terre, 
comme cohéritière de son père. Guillaume II et Emma eurent 
donc, chacun, un quart indivis de Manosque : quand le marquis 
Guillaume II mourut, après le mois de mai 1037, son héritage 
ne passa pas à sa sœur et à la maison de Toulouse, mais à ses 
cousins au o*' degré, Foulques-Bertrand et Geoffroy, qui, dès ce 
moment, eurent non seulement la moitié, mais les trois quarts 
indivis de la marche de Provence ; l'aîné se localisa dans Avignon, 
héritage de Guillaume II, tandis que le cadet restait dans Arles, 
héritage de leur père. 

Ainsi, après la disparition des comtes particuliers, après la prise 
de possession de la Provence par le roi de Bourgogne, les 
deux fils de Roubaud reçurent chacun la moitié indivise 
de la Provence; ils s'installèrent, Boson dans Arles, Guillaume 

1. [1060-1065] : « ego Guillelmus et ego Gaufredus comités et fratres.... 
ajungimus... IIII manses, cum medietaledecimide una medietate quam pater 
noster Bertrannus dédit in villa... Manoasca... » (Montm.,pp. 190-191). Dans 
la transcription éditée de cet acte, les mots filii Guillelmi III, cognomento 
Bertrani, Arelatensis comitis et ante eum e vivis erep^i constituent une inter- 
polation probable, comme le prouve le membre de la phrase ante eume vivia 
erepti, car c'est le père, en réalité, qui est mort avant ses fils. Ce père ne 
s'appelait d'ailleurs pas Guillaume Bertrand, mais Foulques-Bertrand, 
et il était plutôt comte d'Avignon que comte d'Arles. 

2. Constance, sœur de Guillaume III, avait été dotée en or, ce qui impli- 
quait son renoncement à la terre. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 317 

dans Avignon. Le fils de ce Guillaume étant mort sans enfant, 
Roubaud et Guillaume fils de Boson eurent toute la Provence : 
Roubaud s'installa dans Avignon, comme son oncle, et Guil- 
laume dans Arles. Le fils de Roubaud étant encore mort sans 
enfants, Avignon, qui représentait un quart indivis de la Pro- 
vence, fit de nouveau retour aux fils de Guillaume et de Ger- 
berge. La fille de Roubaud garda le Venaissin et le Diois, qui 
représentaient le dernier quart, et ce devint le domaine de la Mai- 
son de Toulouse. Ce fut encore le fils aîné de Guillaume et de 
Gerberge qui s'installa dans Avignon, laissant Arles à son cadet. 

Depuis le milieu du x^ siècle environ, c'est donc toujours l'aîné 
de la Maison de Provence qui se réserve Avignon et le cadet qui 
garde Arles. Cependant Arles était la capitale du pays. Ce fait, 
en apparence anormal, trouve cependant une explication 
satisfaisante. Dans Avignon, le marquis n'était gêné par aucun 
voisinage : dans Arles, il n'en était pas de même. Précisément 
en raison de son rang de capitale, tant que le roi put venir y 
résider, le marquis se trouvait éclipsé par la majesté du sou- 
verain. Quand le roi n'y vint plus, il ne confia pas la garde de 
son palais, de son trône et de sa couronne au marquis, mais bien 
au primat qui lui répondra personnellement de la fidélité de la 
cité. Cet office spécial du primat ne pouvait que diminuer le mar- 
quis : celui-ci laisse son cadet face à face avec le garde choisi 
par le souverain et préfère la résidence d'Avignon. Enfin, plus 
tard, quand les comtes de la rive gauche de la Durance renon- 
ceront à la résidence d'Avignon, par suite de l'indivision persis- 
tante de cette seule cité, ils se fixeront dans Aix, à défaut 
d'Arles et d'Avignon. 

L'indivision de la Provence dura jusqu'à la disparition de la 
Maison de Provence, c'est-à-dire jusqu'à la fin du xi^ siècle. 
Lorsque les Maisons de Toulouse, d'Urgelet de Barcelone se trou- 
vèrent en présence, il fallut partager. Alix, représentant la branche 
de Provence- Avignon et mariée à Ermengaudd'Urgel, avait droit 
aux 3/8 delà marche. Gerberge, représentant la branche de Pro- 
vence-Arles, mariée à Gerbert de Gévaudan, avait également droit 



3t8 LA PROVENCE DU PREMIER AU XI J* SIÈCLE 

aux 3/8 de la marche. Enfin, Bertrand de Toulouse avait droit aux 
2/8 restants. Forcément, il y a eu, non pas un, mais trois partages. 

Lors de l'hommage et la vicomtesse d'Avignon, le premier, 
entre Urgel et le Gévaudan, était certainement fait. En effet, Alix 
possède à cette époque les trois quarts de la Provence au delà de 
la Durance : or, ses droits héréditaires ne montaient qu'aux 3/8 
de la Provence entière. Si on admet que la Durance divise la Pro- 
vence en deux parties de valeur à peu près égale, il est remarquable 
que le compte soit juste. Mais, forcément, cela exclut la possi- 
bilité de croire qu'Alix possédât encore quelque chose par indivis 
en deçà de la Durance. Donc, au delà, sa part existe tout entière : 
donc, le partage a eu lieu, en ce qui la concerne. Par ce partage, 
la branche de Provence-Avignon avait renoncé à tous droits en 
deçà de la Durance et la branche de Provence-Arles à tous 
droits au delà. Les partages postérieurs feront connaître qu'il y 
a une exception : Avignon et ses environs demeurent indivis. 

Si ce partage est antérieur à juin 11 05, à quelle date peut-il 
remonter ? Alix avait épousé le comte d'Urgel après le 29 avril 
1076 ^ et avant le 13 février 1080 -. Après son mariage, elle fit 
don à son mari de tous ses droits sur la Provence ^ ; celui-ci testa 
le 29 avril 1090. Malheureusement l'acte de ce testament, jadis 
aux archives de Barcelone (armoire des testaments, sac R, n** 70), 
où fray Francisco Diago le vit, ne s'y retrouvait plus du temps 

1. En effet, Ermengaud, fils du comte et de sa première femme Lucie, 
n'avait pas encore quatorze ans à la date du testament de son père (Diag-o, 
lib. 2, cap LXXIII, f" 137 v'' : « no ténia entonces Ermengaudo catorze 
anos »). 

2. 13 février 1080 : le comte Ermengaud et sa seconde femme Alix donnent 
le 1/8 du château de Altet à N.-D. de Solsona, dans la province de Lérida 
[Ibid.j fo 137 recto). — 23 juin [1083] : « ego Ermengaudus gracia Dei 
comes Urgellitanus siue Prouincialis una cum mea conjuge Adalezis nutu 
Dei comitissa. . . in val deAnnorra... Sancte Marie sedi Urgellitane. . . 
Ermengaudus gratia Dei comes Urgellitanus et Provincialis. . . Signum 
Adalezis nutu Dei comitissa Urgellitana et Provincialis... » (J. Miret y 
Sans, La Casa condal de Urgell en Provenza [Boletin de la R. Academia de 
Barcelona, ano III, nûm. 9, pp. 36-38). 

3. Cela résulte des termes du testament de son mari qui les lègue à leur 
fils, en réservant l'usufruit à Alix (Diago, f° 138 r°). 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 319 

de D. Diago Monfary Sors : il était d'un haut intérêt pour la Pro- 
vence. Jusqu'à ce que cette pièce égarée se retrouve, l'analyse soi- 
gnée de Diago permet de suppléera sa perte ^ Par ce testament, le 
comte lègue à son fils Guillaume et, au défaut de ce fils, à Sanche 
sa fille, tous les comtés, évêchés, cités et châteaux qu'il avait eus 
au delà du Rhône, ou ailleurs, de la meilleure manièrequ'un comte 
de Nice ait pu les posséder. De plus, il lui lègue son épée à deux 
tranchants, dite la Roqueforte. Il lui donne, comme tuteurs, 
l'évêque de Nice et l'évêque de Vaison avec quelques barons de 
Provence, spécialement le comte d'Arles Bertrand. Enfin, il 
déclare Alix dame et usufruitière du comté : dans le cas où elle 
perdrait cet usufruit, il lui reconnaît les cinq mille mancus d'or 
de Valence qu'il avait reçus de sa dot. La conclusion, à tirer de cet 
acte est que le partage antérieur à 1105 n'avait pas encore eu lieu. 
Car, si le testateur, par la désignation de l'évêque de Vaison comme 
l'un des tuteurs de son fils, laisse supposer qu'il avait des droits au 
delà de la Durance, par contre la désignation de l'évêque de Nice 
indique qu'il en avait également en deçà. Pour exprimer claire- 
ment sa situation en Provence, le testateur se qualifie « comte 
de Nice », aussi bien qu'il exprime celle de Bertrand en l'appelant 
« comte d'Arles ». Cela oblige à constater que Nice était la résidence 
la plus ordinaire de sa femme et de son fils en Provence, comme 
Arles était celle de Bertrand. Au surplus, cela n'a rien de surpre- 
nant, puisque la comtesse Alix, mère de sa femme, s'était rema- 
riée avec Bertrand Raimbaud de Nice. Par conséquent, sa femme 
n'avait pas encore renoncé à ses droits en deçà de la Durance; 
par conséquent le partage entre la branche d'Avignon-Urgel et la 
branche d'Arles-Gévaudan est postérieur au 29 avril 1090. 

Il serait mal à propos, bien entendu, de soutenir que la com- 
tesse Alix était uniquement comtesse de la cité ou de la région de 
Nice au moment de ce testament : elle n'était pas plus comtesse 
de la seule région de Nice que Bertrand n'était comte de la seule 
région d'Arles. Les droits de tous deux étaient encore indivis sur 

1. 29 avril 4090 (Diago, ff. 137 r«-138 r"). 



ââO LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIECLE 

la Provence ; la résidence d'Alix était à Nice à cause de sa 
mère, comme celle de Bertrand à Arles, et voilà tout. 

Le comte d'Urgel mourut deux ans après, en 1092, et le comte 
Bertrand d'Arles avant le 11 septembre 1095. 

Puisque le partage des branches d'Avignon et d'Arles s'est 
produit aVant 1105, il a donc eu lieu entre la comtesse Alix, 
veuve d'Ermengaud, usufruitière de Provence d'une part, et la 
comtesse Gerberge, héritière de son frère Bertrand, femme du 
vicomte de Cariât Gerbert. 

En 1102, Alix se qualifie encore comtesse de Provence ' ; en 
janvier 1110, elle se qualifie comtesse de Forcalquier 2; en 
octobre 1129, comtesse d'Avignon et de Forcalquier^. Il paraît 
bien probable que la branche d'Avignon, représentée par Alix, 
renonce à prendre le titre de comte de Provence au moment 
où elle renonce à ses droits indivis sur toute la Provence. La 
branche d'Arles renonce à ses droits indivis, par rapport à la 
branche d'Avignon, sur la rive droite de la Durance, et la 
branche d'Avignon renonce, par rapport h la branche d'Arles, à 
ses droits indivis sur la rive gauche. Ainsi, la branche d'Avignon 
renonce, en particulier, à Nice et celle d'Arles à Forcalquier. La 
branche d'Avignon, se fixant particulièrement à Forcalquier, 
innove le titre de comte de Forcalquier. 

Le partage entre les branches d'Avignon et d'Arles a donc eu 
lieu entre 1102 et 1105. On peut croire que, sitôt fait, la com- 
tesse Alix, devenue comtesse de Forcalquier, fit reconnaître le fait 
accompli et, de là, l'hommage de la vicomtesse d'Avignon. 

Cette cession commune de droits indivis comporte une excep- 
tion et cette exception concerne la cité d'Avignon. En effet, on 
voit en juin 1110 le comte et la comtesse d'Arles-Gévaudan 
venir y tenir un plaid. Ils auraient pu le faire à la rigueur, s'ils 

1. 1102: « A. qaamvis indigna Dei gratia Provinciœ comitissa » (Car- 
pentras, Ms. 512, ff. 38 v°-39 r°). 

2. janvier 1110/1 : « A. comitissa P'ulcalcheriensis » [Gall. Christ, 
noviss., t. I, col. 449, n° XII). 

3. Avignon, octobre 1129 : « ego Adalax Avennicensis atque Forcalque- 
riensis comitissa » {Gall. Christ., t. 1, Instr., col. 142). 



LE tlOYAÛME DE BOURGOGNE-PROVENCE 32l 

avaient cédé leurs droits sur Avignon à la comtesse Alix de 
Forcalquier, parce qu'ils avaient encore leurs droits indivis avec 
la branche de Toulouse. Cependant cette cession, quoique par- 
tielle, leur aurait imposé, semble-t-il, une réserve plus grande 
et ils se seraient abstenus, après l'avoir faite, devenir y rendre 
personnellement la justice. 



XI 

Les trois marquis et les partages de la marche 
(1105-1174). 

Après la mort du marquis Raymond de Toulouse, ce fut le 
comte Guillaume d Urgel, fils d'Ermengaud et d'Alix d'Avignon- 
Forcalquier, qui recueillit le titre de marquis de Provence. Il le 
porte en janvier lHO/1 ^ et fait croire qu'il en fut revêtu jusqu'à 
sa mort, survenue dans Avignon en octobre 1129. Sur ces 
entrefaites, le comte de Gévaudan étant mort entre juin 1110 et le 
|er février 1112, ne laissant qu'une fille du nom de Douce de sa 
femme Gerberge d'Arles, celle-ci, le l*^"^" février 1112, transmit à 
cette fille tout ce qu'elle possédait, c'est-à-dire ses droits sur le 
comté de Provence. Le 3 février 1112, Gerberge, qui se qualifie 
comtesse d'Arles, donne sa fille en mariage à Raymond Bérenger, 
comte de Barcelone. Finalement, le 13 janvier 1112/3, Douce, qui 
s'intitule comtesse de Barcelone et de Provence, donne ses biens à 
son mari. Barcelone est la capitale de la marche d'Espagne, comme 
Arles de la marche de Provence. Raymond Bérenger ne pouvait 
donc manquer de se qualifier « comte et marquis de Barcelone et de 

1. janvier 1110/1 : « ego Adalais comitissa Fulcalcheriensis et mater 
mea Adalais et fîlius meus Willelmus marchio Provincie... Sistaricensi 
ecclesie... medietatem castri... Lurs que a modernis vocata et comitalis. . . 
régnante Carolo [sic] Teutonicorum imperatore filio Henrici régis... 
Willelmus cornes el mater ejus Adalais comitissa... Adalais comitissa, 
motu liujus Adalaidis... f. » (Albanès, Gall. Christ, noviss., t. I, col. 449, 
no XII). 

Mém. el Duc. de L'École des Charles. — VII. 21 



322 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

Provence » , en laissant entendre qu'il était marquis de Provence 
aussi bien que de Barcelone, et c'est ce qu'il fît, au détriment de 
son cadet d'Urgel ^. 

Le partag-e entre la branche d'Arles et la branche de Toulouse 
est connu de tous ceux qui ont parlé, les uns après les autres, de 
l'histoire de Provence. Par l'acte du 16 septembre 1125, Raymond 
comte et marquis, mari de Douce d'Arles, abandonne tous ses 
droits sur la rive droite du Rhône et sur la rive droite de la 
Durance. Par contre, Alfonse, comte de Toulouse et de Saint- 
Gilles, abandonne tous ses droits sur la rive gauche de la Durance 
et, en dessous de la Durance, sur la rive gauche du Rhône. 
On saisit ici, comme pour le premier partage entre les branches 
d'Arles et d'Avignon, une exception. C'est la même et le texte 
explicite du traité permet de la préciser. Chacun garde ses droits 
indivis sur Avignon, Sorgues, Caumont et le Thor. Désormais, 
cette exception à part, les limites des états de la branche d'Arles 
sont les suivantes. Au nord, la Durance jusqu^à son confluent 
avec le Rhône; à l'ouest, le Rhône depuis ce confluent jusqu'à la 
mer; au sud, la mer depuis le Rhône jusqu'à laTurbie; à l'est, les 
Alpes, depuis la mer et la Turbie jusqu'à la vallée de la Durance. 
Vallabrègues, considéré comme une île du Rhône, dépend de 
la rive droite et se trouve en dehors. Par contre, la Camargue, 
en partie tout au moins 2, dépend de la rive gauche ainsi que l'île 
de Lubières. Les Etats provençaux du comte de Toulouse, par 
rapport à la branche d'Arles, ont par conséquent pour limites, en 
dehors d'Avignon, de Sorgues, de Caumont et du Thor qui restent 
indivis : au nord, l'Isère ; à Vouest,le Rhône jusqu'à son confluent 

1. 7 mars 1125 : « in presentia domni Raimundi illustris comitis et mar- 
chionis Barchinone et Provintie... » (Albanès, col. 10-11, n° VIII). — 
1er février 1112 : « ego G. comitissa... omnem honorem quem habeo, comi- 
tatumvidelicet Provincie... » [Marca, Marca hispanica,app . 347). — 3 février 
1112 : « ego G. comitissa Arelatensis... cum omni honore meo et cum illo 
honore qui fuit Girberti comitis... Provinciam, quod ibi habeo et habere 
debeo... » {Ibid., app. 348). — 13 janvier 1112/3 : «ego Dulcia Barchinonen- 
siset Provincise comitissa...» {Ibid., app. 349). 

2. En février 1172, c'est la cluse de Montmeillon qui sert de limite pour 
la Camargue (B.-du-Rh., B.286). 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 323 

avec la Durance ; au sud, la Durance ; à Test, les Alpes. De plus, 
ces Etats comprennent la partie de la Provence qui se trouve sur 
la rive droite du Rhône, depuis Viviers jusqu'à la mer, avec l'île de 
Vallabrègues au diocèse d'Uzès, la terre d'Argence, Beaucaire et 
une part de la Camargue, au diocèse d'Arles. Il va de soi que les 
limites au nord sont purement théoriques : au-dessus du Diois, 
du Gapençais et de FEoibrunais, limites réelles, jamais le Valenti- 
nois, le Graisivaudan et le Briançonnais n'ont dépendu, politique- 
ment parlant, de la marche de Provence. En pratique, les termes 
de l'acte de partage, qui portent ab ipso fïumine Durentiœ usque 
ad fïumen de Ysera^ doivent être interprétés : « de la Durance, 
prise à l'entrée du Briançonnais, en remontant jusqu'au bassin de 
l'Isère, excepté ce qui dépendait de Grenoble et de Valence. » 

Le premier partage a donc eu lieu, de 1102 à H 05, entre les 
branches d'Avignon et d'Arles ; le second s'étant produit, en 1125, 
entre les branches d'Arles et de Toulouse, on est bien obligé de 
reconnaître que la branche de Toulouse, au nord de la Durance, 
est toujours dans l'indivision avec celle d'Avignon-Forcalquier. 

Ce troisième et dernier partage, entre les branches d'Avignon- 
Forcalquier et de Toulouse, n'eut lieu qu'après le mois d'octobre 
1129. En effet, à cette date, Alix s'intitule encore comtesse d'Avi- 
gnon. Il eut lieu avant 1195 * : à cette dernière date, en effet, un 
traité d'alliance, renouvelé entre le comte de Toulouse et le comte 
de Forcalquier, donne déjà sommairement les limites des deux 
comtés de Venaissin et de Forcalquier. Une ligne part du Ver- 
nègues de Lagnes, sur la rive droite de la Durance, et gagne, 
sensiblement à vol d'oiseau, le col de Cabre, séparant Carpen- 
tras, Vaison et Die au nord, Cavaillon, Apt et Sisteron au sud ; 
du col de Cabre, cette ligne s'élève à Pont-Haut, près de la Mure, 
pour aboutir aux Alpes et à la Durance, en englobant Gap 
et Embrun. La cité d'Avignon, comme l'Isle, restait indivise. 
Le partage est encore antérieur au 12 septembre 1177 : à cette 
date, le comte de Forcalquier Guillaume, fils de Bertrand et de 

1. 1195. Les deux comtes se garantissent mutuellement leur comté et 
renoncent à la donation réciproque qui en avait été faite précédemment 
(Bouches-du-Rhône, B. 297). 



324 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xli« SIÈCLE 

Josseranne, reçoit à Forcalquier deux cent sous, apportés par deux 
délégués des chevaliers et autres gens de Ghampsaur en deçà delà 
Séveraisse, pour les redevances comtales. Le comte les reçoit, en 
réservant de faire valoir ses droits sur le pays placé entre la 
Séveraisse et le Pont-Haut, limite extrême et traditionnelle du 
comté de Forcalquier K Par contre, le partage est postérieur au 
mandement d'Alexandre III, daté du 23 janvier [1168-1170], par 
lequel ce pape confirme Manosque à THôpital de Saint-Jean de 
Jérusalem, telle que le lui avait donnée le comte de Forcalquier 
Guillaume, en spécifiant que les comtes de Forcalquier devraient 
indemniser l'Hôpital de tous frais, dans le cas où le comte de 
Toulouse voudrait s'opposer à ce don ^. 

On ne s'éloignera donc pas beaucoup de la vérité en disant que 
le partage entre les branches d'Avignon et de Toulouse dut être 
effectué vers l'époque où le comte Forcalquier réussit à se faire 
investir de son comté par précepte impérial du 21 décembre 1174 ^. 
Ge précepte effaçait les traces de celui du 18 août 1162 qui 
l'avait dépouillé au profit du comte de Provence, pour défaut 
d'hommage de sa part au souverain ^. 

On peut comparer l'état d'indivision d'Avignon, de Gaumont, 
du Thor et de l'Isle, entre les trois branches co-partageantes, à la 
création d'une zone neutre sur leur point de contact commun, 
au confluent du Rhône et de la Durance. 

1. Forcalquier, lundi [12 septembre] 1177 : « ad Guillelmum comitem... 
hominum de Camposauro a Severasca fluvio citra... alios aulem a Seve- 
rasca usque ad Pontem Altum... sui erant et Iota terra decomitatu Forcal- 
querii ab antiquissimis temporibus erat usque ad Pontem Altum... » 
(Bouches-du-Rhône, B. 2, f® cxci, v»). Pont-Haut, sur la Bonne, entre Saint- 
Laurent en Beaumont, qui dépendait du diocèse de Gap, et Sousville, près 
la Mure en Matésine, qui dépendait du diocèse de Grenoble. 

2. Bénévent, 23 janvier [1168-1170] : « ad bec, si Tolosensis cornes litem 
moveret hospitalariis super predictis possessionibus, comes [Forcalcarien 
sis] et fratres eius eis restituèrent » (Arch. des Bouches-du-Rhône, H. Malte, 
626 ; Arch. d'Arles, Authentique de l'Hôpital de Saint-Gilles, fî. 162 v«-163 v» ; 
cf. B°^ du Roure, Rev. hist. de Provence, i^^ année, p. 92, n° 329). 

3. Roveredo, 21 décembre 1174 [Monum.Germ. hist., t. IV; Legum, t. II, 
Hannoverse, 1837, pp. 144-145). 

4. Turin, 18 août 1162 (Martene, Collée, ampliss.^ t. I, p. 860; Bouche, 
Hist. de Prov., t. II, p. 132). 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 325 

Dans chacun des partages, les droits du tiers non intervenant 
ne sont jamais spécifiés : néanmoins, ils existent. Ainsi en H25, 
le marquis de Provence reconnaît au comte de Toulouse une 
moitié indivise d'Avignon. Par contre, le comte .de Toulouse 
reconnaît au marquis de Provence également une moitié indivise 
de cette cité. De même, en 1195,1e comte de Toulouse en recon- 
naît une moitié indivise aucomtedeForcalquier et, par contre, le 
comte de Forcalquier en reconnaît une autre moitié indivise au 
comte de Toulouse. Il ne faudrait pas additionner toutes ces 
moitiés : on en aurait au moins trois et ce serait absurde. La 
conséquence forcée est que les droits indivis du tiers non 
comparant sont sous-entendus dans chacun des partages. On se 
rappelle que, du temps de l'indivision, les deux branches 
d'Avignon et d'Arles avaient droit à 3/8, chacune, de la Pro- 
vence et la branche de Toulouse aux 2/8 restants. Par suite du 
partage entre la branche d'Urgel- Avignon et la branche de Barce- 
lone-Arles, chacune d'elles, passant sous silence les droits du 
tiers non intervenant, c'est-à-dire ceux de la Maison de Tou- 
louse, s'attribue une moitié de la Provence, soit 4/8. C'est cer- 
tainement à charge, vis-à-vis du tiers, de lui en abandonner cha- 
cune un huitième, en passant séparément et pins tard un partage 
avec lui. Cette charge n'est pas mentionnée dans le partage : elle 
est tacite. En 1125, la branche de Barcelone se libère de cette 
obligation vis-à-vis de la branche de Toulouse. Elle lui abandonne 
les territoires de la rive droite du Rhône qui, pour la clarté de l'ex- 
posé, peuvent être évalués au 1/8 de la marche. De plus, tandis 
que la branche de Barcelone reste ainsi avec les 3/8 de la Pro- 
vence, qui lui revenaient de droit, et que la branche de Toulouse 
lui reconnaît, celle-ci prend, d'accord avec elle, ce pays placé sur 
la rive droite de la Durance et évalué plus haut à la 1/2 de la 
marche. Cela lui fait en tout 5/8 de la Provence. Comme 
dans le premier partage, également, les droits du tiers non inter- 
venant ne sont pas réservés explicitement ; ils le sont tacitement. 
C'est à lui à les faire valoir : il aura à réclamer ses 3/8 à la 
branche de Toulouse. Effectivement, dans le troisième partage, la 



326 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

branche de Toulouse, abandonnant le comté de Forcalquier à la 
branche d'Urgel, lui abandonne ainsi les 3/8 qui lui revenaient de 
droit et garde les 2/8 restants, soit 1/8 sur la rive droite du Rhône, 
au-dessous de. la Durance, et 1/8 sur la rive gauche au-dessus de 
la Durance. Par suite, chacune des trois branches a la quotité de 
la Provence qui lui revient. 

Pour Avignon, c'est le même mécanisme. Quand, en 1125, le 
comte de Barcelone reconnaît au comte de Toulouse une 
moitié indivise d'Avignon, évidemment il lui en reconnaît 
2/8 de trop qui doivent revenir au comte d'Urgel. Mais, celui-ci 
n'intervenant pas dans l'acte, ses droits ne sont pas mentionnés. 
Quand, ensuite, le comte de Toulouse en reconnaît une moitié 
au comte de Barcelone, il lui en reconnaît 1/8 de trop qui doit 
revenir au comte d'Urgel : celui-ci pourra se le faire reconnaître. 
En effet, en 1195, le comte de Toulouse reconnaît les droits 
du comte de Forcalquier ; mais il lui reconnaît une moitié, au 
lieu des 3/8, parce, que cette fois-ci, c'est le comte de Barcelone 
qui est le tiers non intervenant. En somme, il en est d'Avignon» 
resté indivis, comme du reste de la Provence divisé au xii® siècle 
en trois parts. Le comte de Barcelone en possède 3/8 indivis ; le 
comte de Forcalquier également 3/8 et le comte de Toulouse 2/8. 
Quand le dernier comte de Forcalquier disparaîtra, le comte de 
Provence lui succédera dans Avignon, de sorte que le comte de 
Provence en possédera forcément les 3/4 et le comte de Toulouse 
1/4 seulement indivis. En fin de compte, cette ville n'aura un 
seul maître qu'à dater de la fin du xiii® siècle. Sa position cen- 
trale, au confluent, sur les limites communes des trois comtés 
de Provence, de Forcalquier et de Venaissin, suffît à expliquer 
cette indivision prolongée et anormale. 

En 1125, le partage indique clairement que les archevêchés 
et évêchés dépendent encore des comtes, comme les comtés, les 
cités et les châteaux tenus par des laïques. L'abandon de 1081 
était oublié. A partir du troisième quart du xii® siècle, les empe- 
reurs rendront aux évêques leur ancienne qualité de vassaux directs 
de la couronne et reprendront la garde des églises cathédrales. 
Aussi, la convention de 1195 ne mentionne plus les évêchés. 



LE ROYAUME DE BOURGOGNE-PROVENCE 327 

Il faut s'entendre sur un autre point. Ce que les trois maisons 
étrangères de Barcelone, d'Urgel et de Toulouse partagent, c'est 
la marche de Provence ; elles en font trois Etats alliés, mais dis- 
tincts et indépendants l'un de l'autre. Le partage divise donc 
entièrement la prééminence du marquis, le haut domaine 
féodal, l'administration de la justice, la perception des impôts 
et des redevances publiques. Mais, en fait, les trois coparta- 
geants, qui deviennent trois princes voisins et qui seraient même 
étrangers s'ils n'étaient liés par la suzeraineté commune de 
l'empereur, ne se défendent pas de continuer de posséder des* 
propriétés ou des fiefs particuliers et personnels l'un chez l'autre. 
Ainsi, en 1174, le comte de Toulouse concède aux Génois tous les 
ports qu'il pouvait posséder de la Turbie jusque vers Arles, notam- 
ment les salines de Bouc, le mont de Monaco pour y élever un 
château, le château de la Turbie et la moitié de Nice ^ Ou bien 
le comte cède ce qu'il n'a pas, ou bien ce sont là des propriétés 
particulières qu'il cède ; en tout cas, ce n'est pas une partie de 
son domaine princier prééminent. Il le dit en propres termes et, 
quand l'empereur, en 1191, ratifie cette concession, la couronne 
a soin de réserver la juridiction et le domaine du comte de Pro- 
vence qui seul était le souverain de ce pays. Mais, quand bien 
môme ni le comte de Toulouse, ni l'empereur ne le spécifieraient, 
cela irait de soi. Depuis le partage de 1125, le comte de Toulouse 
ne pouvait plus être comte de Nice. La vérité est qu'il y avait con- 
servé des propriétés considérables, puisqu'il possédait encore la 

1. 1174: (( a civitate Arelatensi usqiie ad castrum de Turbia... omnes 
portus... Item do vobis similiter, nomine communis Januse, salinas de 
Bucho, Podium quoque et montem Monaci cum suis pertinenciis ad in- 
castellandum et quicquid volueritis, proprietatis nomine, facièndum. Simi- 
liter vobis dono et nominatim, cum Castro Turbise et ejus territorio, medie- 
tatem Nicise » (Liber jurium Reipublicse Genuensis, t. I, col. 297; Gustave 
Saige, Documents historiques antérieurs au XV^ siècle relatifs à la seigneurie 
de Monaco et à la maison de Grimaldi^ t. I, Monaco, 1905, pp. 9-10, 
n° V), D'après E. Gais de Pierlas, Documents inédits sur les Grimaldi et 
Monaco, Turin, Bocca, 1885, in-8, p. 13, la concession de 1174 émanerait du 
comte de Forcalquier; cf. ibid., p. 14, pour la confirmation impériale du 
30 mars 1191. 



328 LA proveptce du premier au xii^ siècle 

moitié de la ville et quelques points sur le littoral jusqu'à la fron- 
tière de la Provence. Peut-être, quand il y avait eu une alliance 
entre la maison comtale et les châtelains de Nice, ceux-ci pour avoir 
davantage à Orange avaient-ils cédé leurs biens de Nice. Quoi qu'il 
en soit, ces propriétés n'étaient plus accompagnées de la préé- 
minence, et, éloigné comme il Tétait des Alpes, le comte de 
Toulouse ne dut pas être fâché de s'en défaire. Il pouvait en 
être d'autant plus aise que c'était un mauvais tour à jouer au 
comte de Provence, maître du littoral, qui allait désormais 
* avoir à y lutter contre les entreprises envahissantes de Gênes. 

Ainsi, à dater des partages, il n'y a plus de comtes de Pro- 
vence indivis, de comtes d'Arles, d'Avignon et de Nice : on a trois 
États qui sont le comté de Provence, le comté de Forcalquier 
et le comté Venaissin avec Avignon neutralisé entre les trois. 
On a vu le comte de Forcalquier se titrer marquis, en 1110, 
et le comte de Provence en faire autant, peu après. On 
n'a pas besoin de dire que le comte de Venaissin a suivi cet 
exemple ; la région qui lui était soumise en a gardé spéciale- 
ment le souvenir, alors que les deux autres Etats, à commencer 
par le comté de Forcalquier, le laissaient tomber en désuétude. 

Telle est la série de considérations que présente à l'esprit Texa- 
men des textes d'origine diplomatique. Leur ensemble permet 
de fixer le développement de la Maison des comtes de Provence 
dans ses traits essentiels. La connaissance de leur régime suc- 
cessoral amène à distinguer la marche transmise individuellement 
et les comtés transmis indivisément. A la phase d'unité primitive 
correspond un marquis unique, de 979 à 1040. A la phase de 
décentralisation avec groupements régionaux, correspondent des 
marquis associés, de 1040 à 1094. Enfin, toutesles branches de la 
maison d'Arles tombant en quenouilles, trois maisons étrangères 
au pays transforment les groupements régionaux en Etats dis- 
tincts. C'est le morcellement de la Provence : la marche forme trois 
marquisats. Elle a passé de l'unité à la division par la décentra- 
lisation. 



CHAPITRE VI 

LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 

Tels sont les comtes qui ont possédé par indivis la Provence, 
depuis l'installation de leur Maison sur les bords du Rhône parle 
roi de Bourgogne Conrad, et ceux d'entre eux qui, plus particulière- 
ment, ont administré la région d'Avignon, en y résidant de préfé- 
rence. Cette préférence au détriment d'Arles par les aînés s'ex- 
plique : ils échappaient ainsi à un tête-à-tête gênant avec les pri- 
mats de Provence qui gardaient le palais de la capitale pour les 
souverains absents. Le chef de cette maison comtale gouvernant, 
en principe, toute la Provence comme marquis, il reste à voir com- 
ment, pendant cette période d'indivision, le régime féodal s'as- 
simile, dans le comté d'Avignon, chacun des degrés inférieurs 
de la hiérarchie administrative. 

Cette hiérarchie est connue : les plaids comtaux la montrent 
dans son fonctionnement judiciaire. D'autres actes complètent 
les indications formées par ces documents. 

I 

Les Juges de Provence 
(733-1040) 

Le régime, né en 733 de l'invasion, avait rattaché la Provence 
plus étroitement à la France. Le roi avait assumé lui-même le titre 
de patrice des Romains ; un duc gouvernait le pays en son nom et 
surplace. La population de ce pays continuait forcément à être, en 
très grande majorité, de droit romain. Mais ces Gallo-Romains 



330 LA. PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

prenaient désormais volontiers des noms germaniques, imposés 
par le prestige de la domination franque, ou bien amenés par 
des alliances de famille, comme ce paraît avoir été le cas du 
patrice Abon K De même, sans abandonner la loi romaine, ils se 
font à la langue administrative de leurs vainqueurs. Un plaid, tenu 
à Digne en 780 ~, montre les missi dominici présidant les rachim- 
bourgs et scabins de cette cité, ceux-ci entourés des « bons hommes » 
qui pouvaient se joindre à eux. On croirait, à lire cette ter- 
minologie, qu'il s'agit de juger selon le droit barbare. Il n'en 
est rien, puisque le plaid se tient sur la requête d'un évêque 
provençal. La loi ne différait pas de celle observée, .cinquante 
ans plus tôt, par le vidame de Marseille Ansemond, jugeant sur 
l'ordre du patrice Abon, coram inlustribus personis. Seule- 
ment, les juges gallo-romains se dissimulent complètement dans 
chaque cité, et même dans l'une des plus restreintes comme 
Digne, sous les noms que la loi barbare imposait aux juges 
francs. 

Au milieu du ix® siècle, la prédominance franque subsiste : 



1. Abon était fils de Félix et de Rustica, petit-fils de Maurinus, neveu 
de Simphorianus. Ce sont là des noms gallo-romains ; mais sa grand'mère 
paternelle Dodina paraît représenter l'introduction du sang barbare dans la 
famille. De fait, si deux de ses fils, Félix et Symphorien, gardent des noms 
qui doivent leur provenir du côté paternel, un troisième Dodon tire le sien 
évidemment de la ligne maternelle. Il en est de même pour Abon, son petit- 
fils. On saisit ainsi sur le fait, au début du viii*' siècle, et dès avant la conquête 
de 733, l'infiltration franque dans l'aristocratie de Provence par les alliances 
et le prestige de la mode. On conçoit qu'Abon, avec une famille déjà 
francisée en partie, paraisse dans l'histoire comme un gallo-romain rallié 
au régime franc. Ce dernier des patrices dut être un patrice sympathique 
aux princes francs : l'acte du 5 mai 739 montre que certainement il était 
de loi romaine, cependant il est contraire aux patriotes qui avaient cru 
pouvoir s'allier aux Sarrasins contre l'influence grandissante des Francs. Ce 
sont sans doute des tendances francophiles pareilles qui avaient fait expulser 
son oncle Simphorien de l'évêché de Gap. Le 30 janvier 726, Abon prie Dieu 
pro nos et stabiletatem regno Francorum. 

2. Digne, 23 février [780] : « in Digna civitate publiée... missi domni nos- 
tri Karoli régis Francorum et Langobardorum seu et patricii Romanorum, id 
est Viernarius et Arimodus una cum rationesburgiis dominicis Marcel- 
lino, Jheronimo, Gedeon, Regnarico, Corbino, scabinas lites scabinos ipàius 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 331 

le vocabulaire propre à l'exercice du droit romain n'est plus 
effacé totalement par elle. Un plaid du 2 juillet 845 i permet de 
saisir l'importance de cette réaction : c'est un jugement selon 
la loi romaine, car il concerne encore un évêque, comme celui de 
780. Le plaid se dénomme mallum ; les juges se disent scavini. 
Mais, si le vocabulaire barbare domine toujours, le rédacteur a 
soin d'indiquer que la cour se compose en réalité de juges qui sont 
les uns romains et les autres saliques. Il fait figurer les romains 
au premier rang, puis il traduit le terme de scavini, employé 
d'abord par lui pour les désigner tous, par celui de judices. 
Les « bons hommes » complètent la cour comme en 780. En 
somme, les y wG?/ces jugeaient selon le droit romain et les scabini 
selon le droit salique. La terminologie barbare perd de sa tyran- 
nie et on voit que l'élément romain subsiste toujours en majo- 
rité dans le pays. 

Cent ans après, c'est-à-dire au milieu du x® siècle 2, quand la 

civitatis, aut bonis hominibus qui cumipsis... aderant... Cornes Marcellinus 
firmavit » [Saint-Victor, no 31. — Cf. Eckhart, Commentarii de rébus Fr. 
orient., t. I, p. 3i9). 

1. Caderot, 2 juillet [845] : « adveniens Alexandrins ad vocatusAlboini epis- 
copi... in Cadarosco villa, in mallo publico ante Rothbertum vicarium de 
viro illustri Adalberto comité et tam scavinis, tam romanis quam salicis, 
vel judicibus... id est Yosepli, Nortaldo, Elephanto, Odilone, Wildemare, 
Bertelaico, Regenardo, Deodato, Ansulfo, Fulcardo, Elfaldo, Martino, Homi- 
ne Dei, Victore, Donato, Teuthberto, Teufanio, Balsamo, Rachio, Aaron, 
Necteranno, Gaudentio, Abone, Bénédicte, Macchone, Lubone, Flodoveo, 
Godoberto vel etiam... aliis bonis hominibus » (Saint-Victor, n» 26). 

2. [Arles, 14 août [952], Tan 15 : « Boso cornes firmavit. Lanbertusjudices 
firmavit. Pontius firmavit » [Gall. Christ, noviss., Arles, n° 255). 

Arles, mars 965 [/ 4] : « veniens Honoratus Massiliensis aecclesie equis- 
simus presul, in Arelate civitate, publiée, in conspectu Bosoni comitis... 
atque in presentia omnium virorum Arelatensium judicumque ac princi- 
pum scilicet omnibus his nominibus : Raynoardo judice, Lamberto 
judice, Pontio vicecomitis, Arlulfo, Rostagno, Archimberto, Bonefacio, 
Rajamberto, Widberto, Ingelmare, Wicheranno, Tassilone. David, Amal- 
rico, Pontio, Widone, Walchaudo, Hildoardo, ceterorum quoque omnium 
hominum aspectum preveniens, deprecatus est... comitem, ut res... quas 
prenominatus comes injuste detinebat ei... concedi debuisset. Requi- 
rentes autem judices... et omnes memorati principes ut... verum esse pro- 
baretur. Interea... episcopus... testes fidèles adhibens, voluit, secundum 



332 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

Provence se groupe avec le royaume de Bourg-ogne, c'est l'élé- 
ment romain qui, à son tour, reprend dans les plaids toute la 

jus Romane œcclesie ea... confirmare... jurando. Cum... cornes hoc... verum 
ac justum esse cognovit, sacramentum jurandi ei condonavit et res... tra- 
didit. Consistant autem... in pago Massiliense... Plaçait .. comiti... cons- 
cribi facere, consentiente eius filio Rothboldo et fratre ejusWilelmo comité, 
omnibusque consiliantibus Arelatensium principibus... Ego... comes Boso... 
curavi. Lambertus judex fîrmavit. Comes Wilelmus firmavit. Raynoardus 
firmavit. Pontius firmavit ...» (Saint- Victor, n° 29). 

Arles, mai [965?], l'an 24 : « in pago Aquensè superiore... Bosocomeset 
uxor sua Constantia f. . , Pontius juvenis f. Berengarius judex f. Warbidus 
judex f. » (Chantelou, Ilist. deMontmajour, éd. du Roure, pp. 37-38). 

20 août [967], l'an 31 : « in Arelate civitate publiée ante domno Willemmo, 
inlustrissimo comité et ante vassos dominicos tam romanos quam salicos 
una cum plurimarum personarum diversis legibus viventibus. Sunt nomina 
eorum, id est Berengarius judices, Poncius major, Archimbertus, Vuihi- 
ramnus, Vuantelmus, Lambertus, Eldegarius, Aicardus, Willelmus, item 
Willelmus, Gisfredus, Rainaldus, Warnaldus, Ingilramnus, Amalricus, 
"Wiherius, Richelmus, Guadaldus, Aicardus, Odilus, Anno, Bernardus, 
Bertrannus, Rocius, Autericus, Poncius, item Poncius, Bonifilius, Adalburno, 
Teuberlus, Poncius, Ricardus, Guido, Rainaldus, David et aliis pluribus 
bonis hominibus... veniens Honoratus..'Massiliensis episcopus... de terra... 
in comitatu Aqueuse... Tune comes prefatus et judex Berengarius judica- 
verunt... qualiter lex romana comemorat » [Saint-Victor, n° 290). 

Arles, 47 avril [982], l'an 42 : « ego... Wuilelmus marchius Arelatense 
Provintie... in comitatu Avinionense... Signum Vuilelmus... Signum 
Arsinda comitissa f, Signum Eldebertus et Vuerbidus et Bonfilius judices... 
Signum Bonfilius vicarius f. » (Saint- Victor, n® 1042). 

Manosque, 2 janvier [984], l'an 44 : « in placito générale, Wilielmo 
comité, in Manoasca, venit episcopus Pontius... Massiliensis. . . Fuit Hçl- 
debertus judices, Garbedus judices, in ipso placito... voluerunt jurare et 
probare cum testibus suis... venerunt ante altare sancte Marie... in pre- 
sentia Guilelmo comité et Heldeberto judice et Garbido judice et Aicardo et 
Guilelmo et Pontione et Jonam et Amico et Tassilo et Leugerio et Leufredo 
et Pontione et Castone et aliis plures bonis hominibus, tam satellites quam 
pagenses... Si quis ante principe per judicium judicis fuerit definitum nec 
poterit immutari sed postea temptare voluerit X libras auri esse dampnan- 
dum... » (Saint- Victor, n^ 654). 

Avignon, 986 : « Signum Willelmi inclyti marchionis et uxoris suae Ada- 
laix comitisse . . . Heldebertus judex f. n (Cart. Saint-André de Villeneuve, 
f« 34). 

Avignon, 987 : « Eldebertus judex et Adalelmus frater ejus. . . » (Cart. 
Saint-André, P^ 42 et 43). 

Manosque, janvier 990 et Arles, 6 mars [990], Fan 53 : « Riculfus Foroju- 
liensis episcopus, in villa Manoasca, ante presentiam domini Wilelmi 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE F^GIME FÉODAL 333 

prépondérance de forme qu'il avait perdue en 733. Il y avait 
encore en Provence des gens vivants suivant diverses lois : le 
plus grand nombre suivait le droit romain et une minorité le 

Provincie comitis et genibus ejus provolutus, rogavit. . . princeps respec- 
tum episcopo dédit quousque cum uxore et judicibus, ceterisque fidelibus 
suis inveniret quid de hac re facere debuisset. Expleto... respectu venit 
in Arelate civitate... episcopus ante presentiam ejus et requisivit ipsius 
voluntatem; ipse vero princeps consiliumad suam conjugem vel ad judices 
suos Aldebertum atque Adelelmium necnon et ad ceteros fidèles suos qui 
ibi aderant quesivit quid de hac causa agi oporteret. Illi vero... taie ei 
consilium dederunt... Ego... Vilelmus cornes et uxor mea Adalais... concedo 
unam medietatem de ipsa civitate Forojuliensi... Signum Wilelmi comitis 
et uxoris sue Adalais... Robaldus cornes... firm. S. Aicardus S. Wilelmus 
vicecomes. S. Poncius major » (Montmajour, pp. 66-68). 

[983-993] : «... cum... terra Tolonensis cepisset vestiri... unusquisque 
secundum propriam virtutem rapiebat terram... illi qui potentiores vide- 
bantur esse, altercatione facta... rapientes terram ad posse videlicet 
Wilelmus vicecomes et Pontius de Fossis. Qui Pontius pergens ad comi- 
em, dixit ei : Domine cornes, ecce terra... tradita est in manu tua donatione 
régis. Ideo rogamus ut pergas illuc et mittas terminas... nam tue potestatis 
est eam terminare et unicuique distribuere quantum tibi placitum fuerit. 
Quod ille, ut audivit, concessit et continuo ascendens in suis equis per- 
rexit... misit terminos... : Quantum ego habeo... donatione régis, hoc est 

fiscum regalem, dono sancto Victori... coram Wilelmo vicecomite 

Monachi... pergentes ad Wilelmum vicecomitem Massilie, complanxe- 
runt... : Domine, terram quam comes terminavit et in tua defensione misit 
nescimus quid opus habeat monachis nisi Justitiaveris nobis Theodericum... 
Qui audiens dixit : Ile et tali die sitis ibi, quia egoero et habeamus placitum 
cum illis... Adolardus vero, vicarius Massilie... dixit... » [Saint- Victor, n° 77). 

Août [1001] : « Eldebertus judex f. » (Montmajour, pp. 70-71). 

Avignon, avril 1002 : « mandante Aldeberto judice » [Cart. Saint-André 
fo 35). 

1002 : « Adalelmus judex f. » [Ibid., p. 73). 

Aix, 20 octobre 1002 : « Heldebertus judex f. Adalelmus judex f. » (Mont., 
p. 96). 

[1002] : « Heldebertus judex. Adalelmus judex f, » {Ibid., p. 103)- 

[1003] : « Bonfilii judicis » {Cart. Saint-André, P 46). 

[1018-1032] : a Rodulfus, rex Alamandorum... cunctis ministrantibus, 
rempublicam ordinantibus, cunctis civilibus Arelatensis audientibus, 
ducibus, viscommitibus, scavinos, judices et vicarios seu varvassuris atque 
ceteris omnibus... vir venerabilis Jausfredus commis Aralate, volente et 
consenciente fratre suo Bertramno » {Saint-Victor, n» 1061). 

Avignon, 1033 : a S. Jaufredi hac Bertranni... comités... S. Heldebertus... 
antistis... Barangerius judex f.... » {Cart. Avignon, n° 40). 



334 LA PROVENGE DE PREMIER AU XII® SIÈCLE 

droit salique. On le constate dans le plaid du 20 août 967. Le 
fond ainsi ne changeait guère ; mais, à l'inverse de ce qui se pas- 
sait en 780 et même en 845, c'est le vocabulaire romain qui 
domine. Il n'y a plus de scavinî : tous les juges sont des judices. 
Le protocole royal sera le dernier à garder le souvenir des sca- 
bini jusqu'en 1032 : les protocoles sont toujours en retard sur 
la vie réelle. Ces juges assistent directement les comtes, puis le 
marquis, quand se tient la cour judiciaire : ils passent, dans cette 
circonstance, avant tous les autres fonctionnaires, même les 
vicomtes qui, hiérarchiquement, leur sont cependant supérieurs. 
Ils figurent généralement au nombre de deux. Quelquefois, on n'en 

12 avril [1033-1036] : « ego Berlrannus comcs... consentiente... episcopo 
Senioreto de Avinione et...judice Barangario... » (Montm., pp. 137-138). 

1036 : « in comitatuForojuliense... Durandus vicarius î....» {Saint-Victor, 
n» 564). 

1040 : « Berangarius judex f. »; (ms. lat. 13915, f° 76 r®; Montm., p. 138, 
donne cornes par erreur). 

1044 : « ego Bertrannus, auctore Deo, marchio sive cornes Provincie... 
precipimus vicecomitibus, vicariisfidelibus, sive omnibus fiscalibusnostris, 
ecclesiastici ac secularis ordinis... » [Saint-Victor, n° 659). 

Février 1051/2 : « Fulco vicecomes firmavit... Carbonellus vicarius firma- 
vit... » [Saint-Victor, n^Sl). 

1052 : <c Ego Amalricus vicarius... cedo... Fulco filius Wilelmi vicecomiti 
f. » [Ibid., n« 541). 

[Vers 1055] : « Franconi fîlio Franconis vicecomitis Forojuliensi... 
Durandus vero vicarius de Pojeto » [Saint- Victor, n° 565), 

[Vers 1055] : « Durandus vicarius.,. » [Ibid., n° 566). 

1067 : « vicarii quoque interfuerunt Atenulphus, Vincentius, Poncius 
Volveradus, Aussinus Ricardus et filius Johannis Pagis, Porcellitus Volve- 
ratus. , . testimonium perhibet de his et vidit » (Montra., p. 179). 

Saint-Zacharie [1065-1079] : « Martinus judex firmavit » (//)ic/., 102). Saint- 
Zacharie était dans le diocèse de Marseille. 

[Vers 1080] [Saint- Victor, 1089). 

Avignon, juin 1110 : « querimonia... judicata intercanonicos... et milites... 
in manu Girberti comitis firmata est... adhibito sapientissimorum virorum 
consilio, judicario ordine... » (Vaucluse, G. 27, f° 8). 

5 mai 1125 : « ad curiam... comitis et Dulciae comitissœ uxoris ejus. . 
judicavit episcopus Gerundensis... atquecœteri in curia comitis existentes.. 
Signum R. comitis, S. D. comitissse, S.L. Avenionensis episcopi, S. G. vice- 
comitis... » [Saint-André, fol. 11). Cf. en 1150, dans l'île Ugernia près 
Tarascon, le plaid tenu par Raimond Berenger (Montm., p. 246) 

Apt, [1103-1143] : « ...testes... Otto judex... » [Cart. d'Apt, n» 82). 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 335 

voit paraître qu'un seul ; quelquefois aussi, leur nombre monte 
à trois. Leurs fonctions ne sont pas annuelles : ils paraissent 
en être revêtus à vie, tant que vit lui-même le prince dont ils 
ont reçu leur investiture. Jadis, en 780, il y avait des juges 
particuliers à chaque cité. Au x'' siècle, chaque comte put en pos- 
séder pour l'assister. Enfin, dès que l'unité de la Provence est 
chose faite, sous la tutelle d'un marquis, ce sont les mêmes 
juges qui lassistent, aussi bien pour les causes intéressant des 
biens sis au comté de Marseille, que pour celles relatives à des 
biens sis au comté d'Aix, d'Avignon ou de Fréjus. Les plaids se 
tiennent dans Arles et il y a ainsi des juges de Provence, exacte- 
ment comme il y a un marquis de Provence. C'est le juge qui, sous 
la présidence du prince, met l'affaire en état, en pleine audience 
publique, et c'est lui-même qui la juge en sa présence, soit 
seul, soit de concert avec lui. Cependant, quand le prince 
est personnellement pris à partie dans l'affaire, une fois l'inter- 
rogation terminée par le juge, c'est le prince qui se juge lui-même, 
conformément aux preuves constatées par le juge. Les juges ne 
se bornent pas à rendre la justice dans les plaids : ils forment le 
conseil de gouvernement du marquis et celui-ci ne manque jamais 
de les consulter avant de décider une affaire politique impor- 
tante. On le voit pour l'affaire de la cité de Fréjus. Alors le mar- 
quis Guillaume consulte également sa femme : il est bon de 
dire qu'il s'agit d'Alix, précédemment reine de France. Guil- 
laume était fier de cette seconde compagne et il avait pour elle 
des égards qu'il ne paraît pas avoir eus pour la première. Ses 
successeurs ne consulteront jamais les leurs : Alix jouit donc 
d'un privilège personnel, motivé par son rang de souveraine, dont 
elle gardait le prestige. Les plaids de la marche se tiennent 
généralement dans Arles, capitale de cette marche : mais cela 
ne veut pas dire que tous les juges soient d'origine propre- 
ment arlésienne. 

Tout d'abord, sur la rive gauche de la Durance, avec le comte 

Boson fils de Roubaud, on note de 9S2 k 964 le juge Lambert. 

Fils d'Annon, frère d'Amie, mari de Laugarde, il fut le père de 



336 LA t^ROVENCE DU PREMIEfe AU XIl^ SiÈCLÈ 

Guillaume de Cucuron, au comté d'Aix, sur la rive droite de la 
Durance ^ En 964, paraît à côté de lui, le juge Renard, dans 
lequel on pourrait voir le père de Lambert Doon et, par consé- 
quent, la tige de la Maison de Ghâteaurenard au comté d'Avi- 
gnon 2^ maison à laquelle appartient Pons, archevêque d'Aix de 
1050 à 1056^. Pendant ce temps, sur la rive droite de la 
Durance, avec le comte Boson, fils de Guillaume, au mois de mai 
[965?] paraissent les juges Bérenger et Garbide. Puis, les deux 
comtes Boson étant morts, le second d'entre eux sans enfants, 
ce sont les comtes Guillaume et Roubaud, les fils du premier 
d'entre eux, qui se partagent la Provence. Roubaud reste sur 
la rive gauche de la Durance dans le pays d'Arles, Guillaume 
occupe le pays d'Avignon sur la rive droite de la Durance : 
c'est Guillaume qui possède la suprématie et Roubaud s'efface. 
Aussi, les juges d'Arles, Lambert et Renard, s'effacent eux- 
mêmes devant ceux d'Avignon, Bérenger et Garbide. Dans Bon- 
fils, qui paraît rarement, depuis le 17 avril [982?] jusqu'en 1003, 
on peut voir encore un juge se rattachant à ceux de la rive gauche ; 
Lambert, fils d'Annon, paraît encore en 1004, et dans un acte 

{. Arles, mai [963] : don par Gencius et Aibui'ga, au sujet de biens à 
Ansouis ; « Anno voluit et consensit et fîrmavit » (Chanlelou, pp. 37-38). — 
1004 : don de Vaugines, près Cucuron, à l'abbaye de Psalmody par Bona- 
filia, Amie et sa femme Belletrudes, Lambert et sa îcmme Leodgarda^ c'est- 
à-dire par la veuve et les deux fils d'Annon (Arch. du Gard, H. 106, fT. 18 
v°-19 r° : voir le texte de cet acte en appendice). — 15 novembre 1019 
{Saint-Victor, 325). — Marseille, août 1031 (Ibid., 455). — 1038 {Ibid., 
321). — 1039 [Ibid., 322). — 16 janvier 1040 {Ibid., 172). — 1042 (Ibid., 
368). — 20 juin 1055 {Ibid., 312). — 1057 [Ibid., 323). 

2. Arles, avril [970] {Saint-Victor, 598). — Arles, 17 avril [979] {Ibid., 
1042). — Avignon, 6 mai 982 {Saint-André, fol. 44). — Arles, 7 décembre 
1002 (Montmajour, éd. du Roure, p. 98). — 1012 {Saint- Victor, 488). — 
15 novembre 1019 (//)«W., 325). — 22 avril 1015 (Montm., pp. 126-127). —1019 
{Saint-Victor, 1055). —Avignon, janvier [1036?] {Ibid., n» 521). — 1038 (/Z)f(/., 
447). — 1046 {Ibid., 1068) — 12 décembre 1045 (Montm., p. 165). — 1062 
{Saint- Victor, 546). — 10 janvier 1068 (Montm., pp. 187-188). —i090{Ibid., 
p. 218). — 25 avril 109't (Lérins, éd. Flamare, n« 234). — 6 juin 1093 {Ibid., 
no 16). — 27 décembre 1094 {Ibid., n« 12). — 22 mai 1096 {Ibid., n« 236), 
— Cf. Montm., pp. 93-94,94, 122, 123, 148, 151, 162, 169, 183-184. 

3. Albanès, Gall. Christ, novissima, t. I, Aix, col. 48-50. 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 33'ï 

privé OÙ il n'a pas à mentionner sa qualité de juge. Quant aux 
juges de la rive droite, ils paraissent fréquemment. Le premier, 
Bérenger, vivait encore le 20 août [967 ?] ; le 17 avril [982 ?], il 
est remplacé par le juge Heldebert. Celui-ci paraît dans une série 
assez complète d'actes jusqu'au 20 octobre 1002 : il avait un frère 
nommé Adalelme et ce dernier de vient juge, à son tour, à partir du 
6 mars 990, en remplacement deGarbide. Désormais, Adalelme 
accompagnera son frère en cette qualité jusqu'au 20 octobre 1002. 
Jusqu'à présent, les fonctions déjuge paraissaient être exercées à 
vie ; les documents ne suffisaient pas pour pouvoir affirmer qu'elles 
étaient héréditaires. Désormais, il est clair qu'elles se fixent dans 
la même famille. En effet, Heldebert paraît être le fils du juge 
Bérenger : en tout cas, il n'y a pas de doute qu'il soit le frère d'Ada- 
lelme. Les actes, qui concernent personnellement ces deux der- 
niers juges, prouvent qu'ils étaient d'Avignon. C'est, sans doute, la 
souscription de leur père Bérenger, non encore revêtu de la charge 
déjuge, qui suit immédiatement celle du vicomte, en 962 dans Avi- 
gnon, pour corroborer le testament du comte Guillaume ^. Pareil- 
lement, ce sont leurs souscriptions à eux qui, le 1*^^' avril 976, dans 
Avignon, suivent sans intermédiaire celle du vicomte ^, pour 
corroborer un acte épiscopal. Le 6 mai 982, toujours dans Avignon, 
les deux frères sont encore présents : leur rang est, par le fait, 
plus éminent, car, le vicomte ayant disparu, leurs souscriptions 
suivent immédiatement celle du marquis et précèdent celle de 
Lambert Doon ^. Par l'acte de 987, encore passé dans Avignon, on 
apprend que Heldebert avait épousé Teucinde et Adalelme, 
Beliildis. Ils offrent à l'évêque des terres labourables sises dans 
le pays d'Avignon, au lieu dit Gigognan ^, près Sorgues. 

1 . Avignon 962 : <( . . Barang-arius presens fuit )> ( Vaucluse, G. , Chap . métrop , , 
27, fî. 30-31). 

2. Avignon, l«r avril 976 : «.. Eldebertus fîrmavit. Adalelmus firmavit » 
{Ibid., p. 26). 

3. Avignon, 6 mai 982 : a Eldebertus, Adalelmus » [Cart. Saint-André, 
fol. 44, — Polycarpe de la Rivière, Annales, pp. 591-592). 

4. Avignon, 987 : « ego Warnerius... prœsul... quidam homines Elde- 
bertus judex et Adalelmus frater ejus... Aldebertus et ejus uxor Teucennis 

Mém. et Doc. de l'École des Chartes. — VU. 22 



338 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll® SIÈCLE 

En retour, le prélat leur concède le Mont « Andavon », pos- 
sédé par son évêché, avec les trois églises Saint-Michel, Saint- 
André et Saint-Martin qui y sont élevées. Par un second échange 
fait dans le même temps, Heldebert et Adalelme donnent le 
mont au monastère qui desservait ces églises depuis quelques 
années. Une pancarte apostolique de Grégoire V, datée de jan- 
vier 999, confirme le contrat ^ et on reconnaît là le même mode 
de procéder que celui employé par Teucinde pour fonder Mont- 
majour. Elle avait acquis le mont, deTéglise d'Arles, par échange, 
avant de l'offrir aux bénédictins qui devaient s'y établir. Les 
évêques ne donnaient directement aux moines que des églises : 
c'étaient les laïques qui servaient d'intermédiaires pour offrir les 
terres de l'évêché qui avoisinaient ces églises. L'évêché, ne pou- 
vant vendre les terres qui lui appartenaient, les cédait par 
échange avec d'autres immeubles. Au mois d'avril 1002, Helde- 
bert donne au même monastère du Mont « Andavon » la moitié 
de Tourves, au comté d'Aix, qui lui venait, non pas d'une dona- 
tion royale, mais de ses père et mère. Il réserve le château 2. Le 
7 décembre 1002 est la dernière date où paraissent ensemble les 
deux juges '^. Heldebert doit être mort avant le 11 janvier 1005 ^ : 
Adalelme souscrit seul, ce jour-là, encore un acte dans Avignon et 
disparaît à son tour. L'aîné, Heldebert, avait épousé, dès 987, une 
Teucinde : or, il existe un Heldebert et son neveu Gontard à 
cette époque dans le pays d'Avignon ^. Ces noms rappellent la 

Adalelmus et uxor ejus Belillis... in pago Avennico in loco... Ingugnani- 
cus » [Saint-André, f°^ 22 et 43). Polycarpe écrit Ingugnanicus : mais il 
faut réiahlir Jugugnanicus. En janvier 1039/40, Bérenger, fils d'Adalelme, 
cédera à Saint-André ce qu'il a in villa Gigunianica. C'est sans doute 
Gigognan, malgré cette terminaison en -anicus. 
4. Migne, t. 137, p. 937. 

2. Avignon, avril 1002 : « S. Eldeberti... firm. Heldebertus Avenionensis 
ecclesiœ humilis episcopus f.... Sig. Adalelmi... Vitalis levita, mandante 
Aldeberto judice, scripsit)> (Car/. Saint-André, fol. 35). 

3. Arles, 7 décembre 1002 : «. Signum Eldebertus f....Signum Adalelmi 
f. > (Montm., pp. 98-100). Cf. p. 103. 

4. Avignon, 11 janvier 1005 : « Signum Adalelmi... » [Saint-André, fol. 
35). 

5. Montmajour,. pp. 73-75. 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 339 

célèbre religieuse arlésienne Teucinde, sœur de Gontard, prévôt 
d'Arles et évéque de Fréjus, tante de Riculfe, évêque de Fréjus 
et abbé de Montmajour i. Il est à croire que la femme du juge de 
Provence Heldebert était une nièce de cette première Teucinde. A 
l'exemple de la tante qui avait fondé Montmajour, près d'Arles, 
le mari de la nièce fonda le Mont « Andavon », près d'Avignon. 
On a dit que les procédés de cession avaient été les mêmes pour 
les terrains contigus aux églises. Ce sont le frère et le neveu delà 
première Teucinde qui relevèrent le siège de Fréjus absolument 
détruit par les Sarrasins. Ce neveu Riculfe vint demander, à 
Manosque en 990, au marquis, de doter son évêché renaissant et 
le marquis se réserva de consulter les juges avant de prendre 
une décision. Si l'aîné de ces juges était le beau-frère de l'évêque 
de Fréjus, on conçoit que leur conseil dut être favorable et, de 
fait, le marquis concéda la moitié de la cité à l'évêque. Cette 
alliance, entre la famille des évêques de Fréjus et la famille des 
juges avignonnais, dans la seconde moitié du x'' siècle, serait le 
point de départ des rapports constants qui subsistèrent entre 
Fréjus et Avignon jusqu'au xiii® siècle : les vicomtes d'Avignon 
ne cessèrent de donner des évêques à Fréjus. 

Le cadet des deux juges de Provence avignonnais, Ada- 
lelme, avait dès 987 épousé une Belielde. Guillaume I^"", vicomte 
de Marseille et frère de l'évêque de Marseille Honorât (7 oct. 
949-31 octobre 977), s'était marié en premières noces avec une 
femme de ce nom qui vivait encore le 9 février 984 ^: de là vint 
une fille nommée comme sa mère ^. Il est possible d'y voir la 
femme du juge Adalelme marié dès 987, mais celle-ci avait dû 
naître dès 960-970. " 

1. Arles, 14 août [952] : Teucinde reçoit, de l'archevêque d'Arles Manas- 
sès, l'île Saint-Pierre de Montmajour en échange d'autres biens qu'elle lui 
donne (Albanès, Gall. Christ, noviss. Arles, n° 255). Le comte Boson et le 
juge Lambert souscrivent cet acte. 

Arles, 17 août 977 : Teucinde donne l'île de Montmajour aux bénédictins 
(Montm.,pp. 52-53). Riculfe, devenu abbé de Montmajour, mourut à la date 
du 1er mars (Montm., p. 63). 

2. Saint- Victor, n"» 70. 

3. Ibid., n« 135. 



34 La PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

Avant de quitter les deux juges, il faut noter comme 
significative la donation de la moitié de Tourves faite en 
avril 1002. Heldebert tenait ce domaine de l'héritage de ses 
parents : il est difficile qu'il le tienne à la fois de son père 
et de sa mère. Puisque son père Bérenger paraît dans le pays 
d'Avignon dès 962, il est plus naturel de penser que c'est 
sa mère dont provenait le domaine sis en pays aixois. Hel- 
debert n'avait que la moitié de Tourves. Guillaume de Cucuron, 
fils du juge Lambert et de Laugarde, y avait également des biens *; 
de même Guibert du Luc 2, Guillaume de Château-Renard et sa 
femme Belielde, Guillaume deRocbaron et sa femme Garsende ^. 
Renard, frère cadet du sire de Ghâteaurenard, était seigneur 
de Ghâteauvert ^, près de Tourves : tous deux devaient être 
apparentés à la famille du juge Lambert, soit par leur grand- 
père Lambert Doon, soit plutôt par leur mère Mathilde qui avait 
reçu des biens de Laugarde ^. Il semble donc que Tourves, dans 
le comté d'Aix, provînt des ascendants du juge de Provence 
Lambert, dont le fils en possédera encore une partie avec Cucu- 
ron. Une moitié en aurait passé, par le mariage du juge Bérenger 
avec une sœur du juge Lambert, ou par toute autre alliance, 
dans la famille des juges d'Avignon. Une autre part serait par- 
venue aux Ghâteaurenard, delà même manière, avec Ghâteauvert. 
Enfin, pour compléter, Guillaume de Ghâteaurenard épousa une 
femme du nom de Belielde *^, comme le faisait son propre oncle 
Renard ^ : ce double mariage pourrait être celui de la mère et de 
la fille, mais la mère ne peut être la veuve d'Adalelme, juge de 
Provence qui vivait encore en 1005. ^ 

Après la mort des deux juges Heldebert et Adalelme, c'est 
Bérenger, fils du cadet, qui hérite de ce titre. Il le porte jus- 

1. Saint-Victor, n» 321. 

2. Ihid., n« 322. 

3. Ibid., n°325. 

4. Montm., p. 148. 

5. Ibid., pp. 93-94. 

6. 1062 [Saint-Victor, n» 546). 

7. 13 mai 1004 (Montm., p. 76). 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 341 

qu'en 1040, mais d'une manière de plus en plus intermittente; 
car, en raison d'une évolution qui touchait alors à son terme, 
la prééminence du judex dans lacuWa, sur les « bons hommes » 
qui l'assistaient, s'était évanouie peu à peu. Maintenant, la cour 
comtale se trouve composée féodalement de tous les vassaux 
directs qui, parleur contrat de fief, jouissent à ce point de vue 
de la parité. Le juge privilégié du droit administratif gallo- 
romain disparaît au milieu des pairs. Cette disparition finale se 
constate ainsi en Provence au début du second tiers du 
xi*^ siècle * : elle coïncide avec le moment où la centralisation du 
pays, obtenue un demi-siècle plus tôt par son organisation en 
marche et sa soumission à un seul marquis, tendait à se relâ- 
cher de plus en plus. Les comtes ne tarderont pas à se partager 
le titre de marquis 2 et à recevoir le nom de leur résidence habi- 
tuelle. Puisqu'il n'y a plus de chef partout obéi, puisque les 
comtes de Provence ne sont plus, en réalité, que des comtes 
d'Avignon, des comtes d'Arles, des comtes de Diois, des comtes 
de Venaissin, des comtes de Nice, on ne voit pas pourquoi 
subsisteraient les juges de Provence dont le rôle était d'as- 
sister le marquis de Provence, pour toute l'étendue du pays, 
dans Arles capitale de la marche. Cette disparition de l'autorité 
centrale n'allait pas d'ailleurs sans regrets pour ceux qui en 
sentaient l'utilité ^ : désormais, la marche se décentralise en 
trois ou quatre groupements régionaux ^. 

1. Le i2 avril [1033-1036], le comte Bertrand nomme encore le juge 
Bérenger(Montm., pp. 137-138). Les plaids généraux dul9mai 1031 {Cluny^ 
2916) et de iOi:^ {Saint- Victor, 659), qui ne se tiennent plus à Arles, ne 
mentionnent plus les juges. En 1044, le même comte Bertrand, s'adressant 
à toute la hiérarchie qui lui est soumise, nomme seulement les vicomtes, 
les viguiers, les fidèles, c'est-à-dire les vassaux directs, et tous les autres 
fiscales, c'est-à-dire les officiers ou vassaux de rang inférieur. 

2. Ce sont Bertrand et Geoffroy qui se partagent pour la première fois le 
titre prééminent de marquis en 1048 : ego Gosfredus et Bertrannus f rater meus 
utrique Provinciales marchiones sive comités (Saint- Victor, 737). Les fils de 
Bertrand en décembre 1061, dans Avignon même, seront qualifiés : comités 
Avinionenses (Saint- And ré, fol. 31). Geoffroy sera dit cornes Arelatensium. 

3. 1067 : « tune temporis non erat dux neque marchio quirectam justi- 
ciam faceret » (Montm., p. 179). 

4. Le juge Martin qui, au dernier rang de l'assistance, souscrit une dona- 



342 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

A cette cause de désunion de la marche, il faut ajouter que, 
si l'on excepte les juifs, les minorités de races différentes perdent 
alors l'usage de leurs lois propres, ou y renoncent. Tous les habi- 
tants de la Provence seront désormais soumis au droit romain ; 
les barbares, qui provenaient des invasions, sont absorbés à ce 
point de vue par la majorité de souche gallo-romaine. Les justi- 
ciables n'ont donc plus besoin de juges qui leur soient particu- 
liers selon le droit qu'ils professent. 

La Provence, dans l'ancien regnum Lotharii^ se trouvait placée 
entre la Bourgogne et l'Italie : cette disparition des juges et des 
scabins paraît avoir été un peu plus rapide en Bourgogne et moins 
rapide en Italie*. 

tion faite à Saint- Victor et à Saint-Zacharie dans le diocèse de Marseille 
vers 1070, n'est certainement pas un juge de Provence. On peut voir en lui un 
juge dépendant de Tabbaye de Saint-Victor. Quant au juge Otton, qui figure 
daiis Apt au début du xii« siècle, ce pourrait être un juge de l'église d'Apt. 
Vers 1080, une notice détaillée et du plus haut intérêt montre comment la 
justice se rendait : les juges du plaid comtal n'étaient autres que les cheva- 
liers présents à l'assemblée ou appelés par le comte. Ces chevaliers étaient 
ses vassaux [Saint- Victor, n° 1089). 

1. Pour la Bourgogne, voir en particulier les plaids comtaux que con- 
servent les chartes de Cluny. 

Vienne avril 870 : « placitum.., in Vienna civitate, in mallo publico 
ante inluster vir Geyrardo comité, seu domni patri Adoni archiepiscopi 
et Angilbotone vicecomite et judices et vicariis. ., » [Cluny, n° 15). 

28 mars (?) 943 :« Chuonradus rex... in pago Viennense... Humbertus 
prœsens fuitac omnes vassidominici majores et minores.,. » [Ibid., n°622). 

28 mars 944: « ante... domni Hugonis gloriosissimi marchionis.,.S. Hugo- 
nis comitis et marchionis, S. Ademari vicecomitis. S. Leotaldi comitis. S. 
Caroli comitis. S. Vuilelmi comitis. S. Otgerii. S. Umberti. S. Girardi. S. 
Artardi. S. Sobonis ))[Ibid., n° 656). Il s'agit du vicomte de Lyon, des comtes 
de Maçonnais, de Viennois et de Forez. 

Mâcon, 12 février et 2 avril 951 : « apud Matisconum.,. ante presentiam 
domni Leotaldi comitis vel fidelibus suis Vualterium vicecomitem Rathe, 
rium et domnum Rotbertum,Teodulfum, Gausbertum etscabineisBerreum- 
Raymbertum cum ceteris residentibus... » [Ibid., 799). 

Chalon, juin 955 : « cum resetisset Rotbertus vicecomis in Cabilon... in 
mallo publico... dante Gislebert vicecomis cum illis escabineis a Sessanaro 
et Aimono vicario et Utuldrio et Adalo et Arembert et aliis ceteris pluris 
bonis ominibus... S. Rotbert vicecomis. S. Aimono vicario. Utaldrico. Ales- 
sandro» [Ibid., n°979). 

4 octobre 957 : « ante presentiam domni Leotaldi principis et fidelibus 
suis, Albericum filium ejus, Vualterium vicecomitum... » [Ibid.,n° 1037). 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 343 

Dans le Viennois, en 870, les juges voulus par la loi romaine 
composaient la cour du comte entre le vicomte et les viguiers. 
Mais, dès 943, la cour ne paraît plus se composer que des vas- 
saux en général. De même pour le Lyonnais en 944. A Mâcon, on 
ne voit pas de juges : ce sont les scabins qui prédominent : ils com- 
posent la cour, entre le vicomte et les « bons hommes », jusqu'en 
964 et, vraisemblablement, jusqu'en 972. Dès 1019, ce sont les 
vassaux qui tiennent leur place. Cette prédominance et cette persis- 
tance des scabins à Mâcon, à Fencontre de Vienne et de Lyon, 
s'explique peut-être par le fait que le comte palatin de 'Bourgogne 
y résidait alors. Un acte tardif de cette région donne cependant 
la souscription d'un juge nommé Aymon : on peut être assuré 
que ce n'est pas un juge comtal, mais probablement un juge qui 
tenait son pouvoirde l'abbé de Gluny. Les scabins de Bourgogne, 
à Mâcon, disparaissent donc trois quarts de siècle, environ, ^vant 
les juges de Provence à Arles, quand les juges de Vienne et de 
Lyon n'existaient eux-mêmes déjà plus. Par contre, dans la 
marche d'Espagne et en Italie, la disparition des juges, au milieu 
des vassaux pairs, paraît avoir été plus tardive qu'en Provence. 
Aussi, ce sont les comtes de Barcelone qui, les premiers, réta- 
bliront les juges comtaux en Provence. 

Mâcon, 20 août 960 : « ante presentiam domni Alberici comitis et fideli- 
bus suis Vualterium vicecomitem... cum ceteris plures... » {Ibid., n" 1087). 

Mâcon, 16 janvier 961 : <( in mallohubi seduntmissi domni Leotaldi comi- 
tis cum filio suo Alberico. Vualterius vicecomes, Humbertus. . cum cete- 
ris... » {Ibid., n» 1100). 

l^^'juin 964 : «in mallo... domni Alberici comitis et Nardoini vicecomitis 
et Vuichardum et Roclenum et Teotbertum et aliis escabineis et bonis 
ominibus is residentibus » [Ibid., n° 1179). 

14 novembre 972 : « ...in pago Matisconense... Actum Busiago villa... S. 
Seyvert scapineo... » {Ibid. y n° 1327). 

[Vers 1000] : « apud villam Draciacum... ante presentiam Artoldi atque 
fidelium suorum... » {Ibid., n° 2527). 

Mâcon, 17 octobre 1019 : « apud Matiscensem urbem... in conspectu 
dunni Ottonis supradicte urbis preclari comitis, Gausleni quoque ejusdem 
civitatis summipresulis... ubi... etiamviri nobiles plurimi » {Ibid ., n"^ 2119) . 
Cf. n° 2980 (vers 1049). 

[1049-1109], en Maçonnais : « S. Aymonis judicis» {Ibid., n° 3210). 



344 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

Cette disparition des juges se produit d'autant plus tôt que l'em- 
preinte de Rome a été moins forte ; elle est amenée par les prV 
grès du régime féodal qui se substituait aux traditions adminis- 
tratives de l'Empire. 

II 

Les vicomtes des cités de la région d'Avignon 
[916-11%). 

§ 1®''. — Boson comte de Vaison et Hugues vicomte d'Avi- 
gnon (916). 

Dès le 2 juillet 845, un plaid est présidé par Robert, « vicaire 
du comte Adalbert », à Gaderot ^, dans le diocèse d'Arles. L'em- 
ploi de ce suppléant était d'autant plus nécessaire au comte qu'il 
avait sans doute plusieurs cités soumises à son autorité. Pour ne 
pas confondre le vicaire, attaché au comte, avec les simples 
viguiers ruraux, le langage ne tarda pas à créer le nom de 
vicomte, afin de le désigner clairement. Le premier vicomte dont 
l'existence se constate dans la cité d'Avignon est Hugues qui, 
le 2 mai 916, souscrit le testament de l'évêque Fouquier. Trois 
évêques entourent le testateur, puis le comte Boson et quatre 
notables, parents probablement de Fouquier. Enfin, le vicomte 
Hugues figure en tête de cinq autres témoins requis avec lui 2. 
La rareté des actes de la pi^emière moitié du x® siècle ne permet 
pas de dire quels autres vicomtes se succédèrent à Avignon 
jusqu'à la mort du roi de Lombardie Hugues. 

A partir de l'incorporation de la Provence au royaume de 
Bourgogne, on est un peu mieux renseigné. Ce changement de 

Pour la marche d'Espagne, voir 25 avril 1031 [Saint- Victor, 1045) ; 28 avril 
1043 [Ibid., 1050). — Pour le comté de Provence, sous l'influence de la 
maison de Barcelone, voir [vers 1110]: « judicaverunt namque judices cons- 
titutia comité Barchinone Raimundo » [Ibid., n° 804). Cf. Montm., p. 246 
(1150) ; pp. 246-247 (1161) ; p. 261 (1193). 

1. Saint-Victor, n° 26. — Caderot, comm. de Berre. 

2. u Signum Ugone vicecomite teste » (Vaucluse, G. 119, f*' 39). 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 345 

régime amena une nouvelle maison comtale à gouverner le pays : 
de même, durent changer les familles chargées des fonctions 
vicom taies. 11 est même probable que ces familles durent venir 
du dehors, c'est-à-dire du Viennois ou de la Bourgogne, à 
l'exemple de la maison comtale nouvelle. 



§ 2. — Guillaume et Boson comtes d^ Avignon^ Nivion vicomte 

de Cavaillon {949-966). 

Depuis 949 et l'installation des deuxlîls de Roubaud en Provence 
jusqu'en 979 (?) et à la création de la marche en faveur de leur mai- 
son, pendant que l'un est comte dans Avignon, l'autre est comte 
dans Arles. Tout fait penser que chacun de ces deux comtes fut 
assisté d'un vicomte. Et, comme les biens du fisc dépendaient 
encore directement du roi, ce dut être sur le domaine souverain 
que fut prélevée la dotation de chaque comté, aussi bien que 
celle de chaque vicomte nouvellement créé. Au sud de la Durance, 
dès le 18 août [950], un précepte royal affecte une part du 
«comté » de Marseille à Arlulf * et cet Arlulf, sans doute d'origine 
viennoise, est la souche de la puissante maison des vicomtes de 
Marseille. Chaque « évêché », ou mense épiscopale, pouvait se 
trouver composé, non seulement de biens sis dans le diocèse 
auquel il correspondait, mais aussi, accessoirement, d'un cer- 
tain nombre d'autres biens sis dans les autres diocèses plus ou 
moins voisins. De même, chaque « royaume », en désignant ainsi 
le domaine personnel de chaque souverain, chaque « comté », 
ou domaine affecté à la dotation d'un comte, pouvait se trouver 
composé, non seulement de biens sis dans la circonscription du 
royaume ou du comté en question, mais aussi, accessoirement, 



1. 18 août [950] : « quidam homo... Arlulfus petiit... in curte de Tresia 
que est pertinens ex comitatu Marsiliacense et jacet in comitatu Aqueuse, 
cum omnibus... qui inibi pertinent de comitatu Marsilia, cum turre, omnia... 
de nostro jure et potestate in illius tradimus dominatione » {Saint- Victor , 
1041). 



346 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

d'un certain nombre de biens sis dans les royaumes ou les comtés 
voisins 1. C'est ainsi que les immeubles, dépendant de la mense 
comtale de Marseille et placés par le précepte de 950 sous la domi- 
nation du vicomte de Marseille, se trouvent situés dans la circons- 
cription du comté d'Aix. Gela n'empêche pas, en principe^ qu'il 
puisse y avoir une mense comtale d'Aix, exactement comme il y 
en a une de Marseille, et, par conséquent, un comte ou un vicomte 
d'Aix pour jouir de cette mense d'Aix, comme il y a un comte 
ou un vicomte de Marseille pour jouir de celle de Marseille. 
Mais, en fait^ il faut bien convenir que plus l'expansion d'une 
mense personnelle est forte, au delà des frontières de la circons- 
cription où son titulaire est fixé, plus il y a d^apparence que 
l'autorité de ce titulaire s'étend également dans les circonscrip- 
tions où sa mense rayonne. Le domaine du comté de Marseille 
avait ainsi des dépendances dans le territoire du comté d'Aix au 
X® siècle ; il en avait eu à la fin du ix® siècle dans le territoire du 
comté de Fréjus. C'est un précepte de Carloman qui l'indique ^. 
Aucun document n'indique, par contre, des dépendances des 
comtés de Fréjus ou d'Aix dans le territoire du comté de 
Marseille. De plus, s'il y a eu à Marseille des patrices et si, 
depuis le milieu du x® siècle, les comtes d'Arles y ont de 
puissants vicomtes, rien n'indique qu'il y ait eu des comtes rési- 
dant jusqu'alors dans Aixou dans Fréjus. Dans Aix, il n'y a même 
jamais eu de vicomtes : si on en installe plus tard à Fréjus, rien 
n'empêche que ce soit au détriment de ceux de Marseille et ces 
vicomtes ne jetteront pas beaucoup d'éclat. La conclusion qui 
s'impose, c'est que, quand on constate l'expansion d'une mense 
comtale hors du comté où réside son titulaire, c'est une présomp- 
tion que son autorité s'étend également sur les comtés voisins 
où cette expansion se produit. Cette présomption est d'autant 
plus forte que l'expansion de ces comtés voisins est nulle dans 



1. « Res hujus regni quse in illo habebantur regno » (Flodoard, Hist. 
eccL, Rem., lib. III, c. 26. — Mon. German. hist. Script., XIII, p. 540). 

2. 2 février 884 : « villam Cilianum... excomitatu Massiliensi in comitatu 
Forojuliensi sitam » [Saint- Victor, 9). 



LA HIÉKARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 347 

celui qui paraît prédominer. En particulier, des préceptes de 
884 et de 9o0, on tire la présomption que l'autorité des vicomtes 
de Marseille, soumis aux comtes d'Arles, s'étendait avec la leur, 
non seulement sur le territoire du comté de Marseille, mais 
encore au sud de la Durance sur ceux d'Aix et de Fréjus, dans 
la période comprise entre 950 et 980. Les faits ne manquent 
pas qui montrent, d'ailleurs, cette présomption fondée. 

Il est intéressant de voir que les vicomtes destinés à assister les 
comtes d'Arles sur la rive gauche et créés en 949 n'ont pas été 
établi dans Arles même. Ils l'ont été à Marseille, dans une cité 
voisine, et il est probable que leur dotation s'est trouvée com- 
posée, parle roi, de tout le « comté» ou mense comtale de Mar- 
seille. Leur puissance est telle que cette cité paraît être bien à 
eux dès le début et pour long-temps : l'évêché entre dans leur 
famille dès le début, comme la vicomte, et il y restera jusqu'au 
temps de Grégoire VII ^ 

Ces constatations, faites pour les vicomtes dépendant des 
comtes d'Arles, de 949 à 979, permettent d'interpréter plus aisé- 
ment les rares documents qui concernent à cette époque les 
vicomtes dépendant des comtes d'Avignon. 

Pour des raisons pareilles à celles qui viennent d'être exposées, 
il y a lieu de présumer que, à l'époque de Louis l'Aveugle, le 
comte Boson, dont dépendait Avignon, résidait à Vaison ^ : par 
conséquent, il serait tout naturel que le vicomte Hugues, connu par 
le testament du 2 mai 916, résidât personnellement dans Avignon. 
Les souscriptions des trois évêques Rainaud, Gontier et Renard 

1. Honorât, fils d'Arlulf, est évêque de Marseille du 7 octobre [949], 
(Montm., pp. 25-27) au 6 février [978-981] {GalL noviss., Marseille, n° 69; 
Saint-Vlct., 23). Pons, petit-fils d'Arlulf, le fut du 6 mars [978-981] {Saint- 
Vict., 72) au 30 mars 1015 {GalL noviss., Marseille, n^ 83). Pons II, son 
arrière-petit-fîls, jusqu'au 18 février 1073 {Ibid., n° 131). 

2. [25mars-22 juin] 898/7: « quemdam mansum de comitatu Vasensi con- 
sistentem in comitatu Avinionensi in villis... Tresmalis, Villanova et Bitur- 
rita » (Bouquet, t. IX, p. 680, n" VII). 

[18 avril-25 décembre] 903 : u quicquid de comitatu Vasensi in comitatu 
Avinionensi in villulis... Fontanas... in Villanova... Tresmales et Pipargo.. 
Bisturrita... » {Ibid,, pp. 681-682, n» Xj. 



348 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

indiqueraient tout au moins une partie de la région sur laquelle 
s'étendait l'autorité du comte Boson. Le dernier d'entre eux est 
le seul à énoncer quelle est son église : il était évêque de Gavail- 
lon. 

A dater, au plus tard, de 949, c'est dans Avignon que réside le 
comte de la région. C'est dans cette cité que teste le comte Guil- 
laume en 962. Si donc le comte d'Arles, son frère, est doublé, sur 
la rive gauche de la Durance, d'un vicomte à Marseille, il convient 
de voir ce qui se passe sur la rive droite à la même époque. Que le 
comte Guillaume eût un vicomte, c'est ce que son testament suf- 
fît à prouver : ce vicomte souscrit l'acte et il porte le nom de 
Nivion i. Il ne devait pas être établi dans Avignon, mais dans une 
cité voisine d'Avignon, comme Marseille l'est d'Arles. On con- 
naît précisément un prince de ce nom, de qui, en juin [979], le 
marquis Guillaume déclare avoir reçu le village de Pertuis sis au 
comté d'Aix, sur la rive droite de la Durance ^. Ce Nivion, qui 
mourut entre 1016 et le 4 août 1018, doit être le fils du Nivion de 
962, si ce n'est lui-même; il avait épousé une Teucinde, comme 
le juge Aldebert. Il en eut trois fils : Rainaud, Guillaume et Leu- 
frey, connus de 1016 à 1038. Ceux-ci paraîtront, plus tard, aban- 
donner le pays de la rive droite pourGaréoult, à l'extrémité sud- 
est du diocèse d'Aix, et pour le comté de Toulon où leurs descen- 
dants deviendront seigneurs de la Garde ^. Ces nouvelles généra- 
tions devront s'éloigner ainsi et diminueront d'importance ; il n'en 
est pas moins vrai que Nivion, propriétaire de Pertuis avant le mar- 
quis, était frère du futur évêque de Cavaillon Engelran. Cet 
évêque (979-1012) est surtout connu par l'existence de sa fidèle 
Algude (1011-1042) et par les enfants que celle-ci lui donna. 

1. Avignon, 962 : « Signum Nevolongo vicecomite » (Vaucluse, G., Chap. 
métrop., n» 27 provis., ff. 30 v°-31 r»). 

2. Montm., pp. 56-57. 

3. 1016 {Saint- Victor, 335). — 4 août 1018 (Montm., pp. 127-128). —1033 
(Saint-Vict.,^lS). — 1038 [Ibid., 377). — 1043 (Ibid., 369). — 25 mai 1042 
(/Z)irf., 375). — 1053 {Ibid., 296). — iO^ {Ibid., 376). — 1069 (Montm., 
pp. 189-190). — Cf. Montm., pp. 140-142, 153-154, et Saint-Victor, n°^ 447^ 
370, 338, 345, 348, 362, 384. 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 349 

Ces enfants, qui passeront également sur la rive gauche^ ne 
manqueront pas de rappeler la qualité de leur père^ comme 
un titre de gloire, et les moines de Saint- Victor qui recevront 
leurs donations la transcriront sans sourciller ^. Dans cette géné- 
ration d'évêques provençaux, au début du xi^ siècle, il en est qui 
n'avaient pas d'éloignement personnel pour le mariage ou pour 
son équivalent : Pierre, évêque de Sisteron, en est la preuve 
comme son collègue de Gavaillon. Les papes Jean XII (16 décem- 
bre 955, f 14 mai 964) et Benoît IX (1032-1046) faisaient école: 
mais déjà les moines de Gluny criaient au scandale et aidaient 
à changer ces mœurs. 

Gavaillon était voisin d'Avignon comme Marseille d'Arles : 
puisque les vicomtes de Marseille fournissaient à Marseille 
ses évêques, il est bien permis de penser que les vicomtes 
de la rive droite avaient la possibilité d'en faire autant dans la 
cité voisine d'Avignon où ils résidaient. Bref, tout invite à croire 
que le comte d'Avignon était doublé, sur la rive droite, depuis 
949, d'un vicomte résidant à Gavaillon et muni de la mense com- 
tale de Gavaillon. On a vu que la mense comtale de Marseille 
débordait, rive gauche, sur les territoires d'Aix et de Fréjus. Ici, 
sur la rive droite, on voit que le vicomte possédait Pertuis dans 
la partie du comté d'Aix placée au nord de la Durance. Un siècle 
encore après l'émigration de ses descendants, un acte rappellera 
ces dépendances du « comté » d'Avignon dans le diocèse d'Aix, 
vers Gadenet 2. Il est possible que, rive droite, l'autorité du vicomte 
de Gavaillon, soumise à celle du comté d'Avignon, s'étendît sur 
la partie du comté d'Aix placée au nord de la Durance et, par 
conséquent, très probablement aussi, sur les comtés d'Apt et Gar- 
pentras, sans préjudice d'une plus grande étendue encore possible. 

1. 1011 {Saint- Victor, 336. — [Vers 1012] {Ibid., 339). — le»" avril 1017 
{Ihid., 359). — 1042 {Ibid., 368). — 1044 {Ibid., 370). —2 juin i074 (Ibid., 
341). — Cf. n°« 340, 345, 347, 349. 

Le baron du Roure s'est occupé de cettefamille dans sa Notice historique 
sur une branche de la famille de Sabran. Marseille, Moullot, 1888. in-4. 

2. Juillet 1076 : « in comitatu Avinionensi, in episcopatu Aquensi, in ter. 
minio de Très Eminas, ecclesia... beati Marcellini, in loco... Saleta... in ter- 
ritorio de Alineu... » {Saint- Victor, n» 284). 



350 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

Le nom du vicomte Nivion de 962 rappelle la Bourgogne, comme 
celui d'Arlulf rappelle le Viennois, comme celui de Roubaud le 
Maçonnais et l'Auvergne. S'ila été, comme eux, installé par le 
roi de Bourgogne Conrad en 949, cela est tout naturel. Mais, à 
la différence d'Arlulf qui fonda dans Marseille, sous la domina- 
tion des comtes d'Arles, une puissante dynastie, le vicomte 
de Gavaillon et ses descendants n'ont pas laissé de traces 
nombreuses ni persistantes dans la région de Gavaillon. On a dit 
que le marquis Guillaume déclare en 979 avoir reçu Pertuis de lui 
ou de son fils. En 1008 1, Engelran, frère de celui-ci, donne des 
biens de Saint- Véran à Téglise Saint-Marcel sur la Sorgue, rui- 
née parles barbares. L'abbesse Berte, sur la demande de l'évêque, 
y installe trois de ses religieuses qui professaient la règle de 
saint Gésaire. Il n'est pas surprenant que la fidèle Algude ne 
paraisse pas à cet acte, dû à la sollicitude épiscopale d'Engelran : 
mais ce n'est pas Nivion, c'est le vicomte Isnard qui approuve 
l'acte, après les chanoines de Gavaillon et l'archevêque d'Arles, 
Pons de Marignane. Ge vicomte est entouré par Rostaingd'Oppède, 
Silvy de Saumane, Eldegier de Gourthézon et, accessoirement, 
Rostaing d'Auribeau. Forcément, Isnard est vicomte de Gavaillon : 
il faut que ce soit un frère ignoré jusqu'ici du Nivion, connu de 
979 à 1016. Plus tard, les vicomtes Rainaud, Guillaume et Leu- 
frey, avec l'illustre comte Guillaume, confirment cet acte. Il s'agit 
du comte Guillaume, mari de Gerberge, qui résidait dans Avi- 
gnon et mourut en 1018 : d'autre part, ce sont les trois fils du 
vicomte Nivion, mari de Theucinde, lequel vivait encore en 1016. 
Gette confirmation date donc de 1017 ou du décret de 1018 au 
plus tard: sans doute, le vicomte Isnard n'avait pas laissé d'en- 
fants. Successivement, cette donation de 1008 fut confirmée par 
les évêques qui siégèrent à Gavaillon jusqu'au xii® siècle, c'est-à- 
dire par Glément, Roux, Didier, Bertrand, Pierre Amie. A ces 

1. 1008 (Arch.de Vaucluse, E., duché de Carderousse). Voir, en appendice, 
le texte de cet acte intéressant, trouvé et signalé très obligeamment par 
M.Duhamel, archiviste de Vaucluse, qui a eu, récemment, le mérite d'enri- 
chir ses archives du fonds important de ce duché. 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 351 

confirmations successives ne paraissent plus de vicomtes. Les 
descendants de Nivion étaient alors retirés dans leurs terres de 
Garéoult et de la Garde. 

§ 3. — Roubaud comte d^ Avignon et Brémond vicomte 

d'Avignon {976). 

Le 1"' avril 976, les successeurs des comtes d'Avignon, c'est- 
à-dire Guillaume comte d'Arles et son aîné Boson qui, désor- 
mais, sera comte d'Avignon, souscrivent un acte de l'évêque 
d'Avignon Landry, en faveur de son chapitre. Entre les sous- 
criptions comtales et celles des juges de Provence figure celle 
d'un vicomte. Il s'appelle Brémond ^ : les évêques Gualchaud 
de Cavaillon et Sylvestre d'Aix souscrivent également. Ce 
nom de Brémond rappelle celui du comte qui paraît avec 
l'archevêque de Narbonne Géraud et le comte Amalric. 
frère de celui-ci, au milieu du x*^ siècle 2. Amalric et Géraud 
étaient les neveux d'Ameil, évêque d'Uzès, qui le 17 septembre 
903, avait reçu de Louis l'Aveugle le domaine de Saint-Rémy, 
au comté d'Avignon, et qui, en juin 910, paraissait avec son frère 
Rainaud, sa belle-sœur Agilburge 3. Brémond et Amalric, en 
919, étaient les frères de Landoin qui donnait le domaine de 
Lirac, sur la rive droite du Rhône, à l'église d'Avignon^. Il est 
assez délicat de dire si le Brémond choisi comme vicomte, en 
dehors des vicomtes de Cavaillon, par le nouveau comte d'Avi- 
gnon, doit appartenir à l'une de ces familles qui dominaient le 
pays d'Uzès. Certains indices tendraient à le faire croire. Tout 
d'abord, la première femme de Guillaume comte d'Arles 
vivait encore en 976^. Or, cette comtesse était d'origine langue- 

1. Avignon, l^f avril 976 : « Bermundus vicecomis firmavit » (Vaucluse, 
G., Chap. métrop., n° 27 prov., f« 26). 

2. Saint-Saturnin, août 948 {Clany, 724). - Uzès [951-952] (Ibid., n» 817). 

3. Lyon, 17 septembre 903 (Bouquet, IX, p. 682). — Juin [910] [Cart. de 
Gellone, n« 279; cf. n» 281). 

4. Saint-Laurent-des-Arbres, 919 (Vaucluse G. 257, fol). 

5. Arles, avril 970 (Saint- Vici., 598). — Arles, 17 avril 979 {Saini-Vict., 
1042). — Juin 979 (Montm., pp. 56-57). Le 2 janvier 981 {Saint- Vict., 654), elle 
était sans doute déjà morte. 



352 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII^ SIÈCLE 

docienne et devait favoriser ses compatriotes. En second lieu, 
Uzès est limitrophe du territoire d'Avignon et on voit que les 
donateurs de 919 sont en rapport avec Avignon. Enfin, dans Avi- 
gnon restent des traces d'influence de l'Uzège qui, tout en 
pouvant s'expliquer simplement par le voisinage, paraissent 
bien supposer la nécessité de l'influence au moins momen- 
tanée sur Avignon d'un personnage originaire d'Uzès. La 
donation de 919 a été passée à Sain t-Laurent-des- Arbres : or il 
existait dans Avignon une abbaye de filles, sous le vocable de saint 
Laurent, qui joignait à ce vocable le titre de saint Théodoret. Ce 
titre était celui de l'église de Ghâteauneuf-Calcernier et saint 
Théodoret était le patron du diocèse d'Uzès *. Il est donc pro- 
bable que l'abbaye de Saint-Laurent, comme l'église de Château- 
neuf, doit son érection à un évéque ou à un vicomte originaire 
d'Uzès. On ne sait malheureusement pas si Tévéque Landry, 
dont le vicomte Brémond souscrit l'acte en 976, pourrait se rat- 
tacher à la famille des Landoin et Brémond de 919. Le mieux est 
donc de rester dans l'incertitude à cet égard. Ce qu'il y a de cer- 
tain c'est que l'évêque Landry était remplacé dès 976 ^ : quant 
au vicomte Brémond, on chercherait en vain sa souscription à 
l'acte solennel par lequel l'évêque de Gavaillon Gualchaud, dans 
Avignon, le 12 mai 979, fonde, en présence du comte Guillaume, 
des évêquesd'Aix et d'Avignon, le chapitre de Saint-Véran à Vau- 
cluse 3. Tous les principaux témoins de 976 s'y retrouvent, sauf lui. 
L'explication la plus probable, c'est qu'il était mort ainsi que 
l'évêque Landry. S'il laissa des enfants, ces enfants ne le rempla- 
cèrent pas, à moins qu'il ne faille les reconnaître dans les vicomtes 
seigneurs de Mézoargues. Peut-être aussi, la Maison de Sabran, 
qui, plus tard,' succédera aux Amies, descend-elle de lui. 

1. Théodoret d'Antioche, martyr, patron de la ville et du diocèse d'Uzès, 
était fêté le 23 octobre, sous le rite double de première classe avec octave 
{Proprium sanclorum insignis cathedralis ecclesite Ucetiensis... authori- 
tate... DD. Michaelis Poncet de la Rivière episcopi et comitis Ucetiensis. 
Lugduni, Petr. Valfrey, M.DG.LXXXVl, pp. 112-119). 

2. Arles [977] : « Signum Eyrardus episcopus... Garnerius episcopus fir- 
mavit. Riculfus episcopus fîrmavit » [Gall.Christ.., noviss., Arles, n° 280). 

3. Saint-Victor, n» 1043. 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 353 



§ 4. — F^es vicomtes d Avignon de la rive gauche seigneurs de 
Mézoargues [1004-1150). 

L'éloignement du vicomte Brémond coïncide avec Térection 
de la marche en faveur du comte Guillaume d'Arles : du 
vivant de ce premier marquis qu'on reconnaissait comme le prince 
de toute la Provence^, en qui l'évêque de Fréjus saluait le vain- 
queur des Sarrasins - et que les générations suivantes vénére- 
ront comme le Père de la patrie-^, seuls, semblent subsister, 
sur la rive g-auche du Rhône, les vicomtes de Marseille'* et ceux 
de Cavaillon. Résidant d'habitude dans Avignon, sans doute le 
marquis trouvait un vicomte pour cette cité inutile. Sur la rive 
gauche de la Durance, son frère le comte Roubaud dans Arles 
et les vicomtes de Marseille suffisaient ; sur la rive droite de la 
Durance, les vicomtes de Cavaillon assistaient suffisamment Guil- 
laume. Le marquis étant mort peu après le 29 août 993^, lasitua- 
tionchangea. De sa première femme Arsinde, il ne laissait, semble- 
t-il, pas d'enfants ; de la seconde, Alix, il tenait une fille et 
un fils en bas âge. En effet, il ne s'était marié avec Alix 
qu'en 984 au plus tôt : la fille, Constance, paraît avoir même été 
l'aînée de ses deux enfants, car elle épouse le roi de France Robert 
vers 1002. Le fils, nommé Guillaume comme son père, ne 
paraît marié que dix ans plus tard. Le comte Roubaud, qui sur- 
vivait à son frère cadet, succédait à son titre de marquis et on le 
rencontre soit dans Arles, soit dans Nice. Pendant ce temps, la 
veuve, Alix, continuait de demeurer dans le pays d'Avignon. 
Avec un co nte en bas âge, la réapparition d'un vicomte dans 
Avignon s'imposait. 

Les deux frères Heldebert et Adalelme, juges de Provence, 

1. 4 août 991 [Cart.d'Apt^n^Z). 

2. Manosque, janvier 990 (Montm., pp. 66-68). 

3. Cluny, n« 2866. 

4. 9 février 984 (Saint-Vict., 70). 

5. 28 août [993] {Cluny, n» 1837). — 29 août 993 (Gard, H. 106). 

Mém. et Doc. de l'École des Chartes. — VII. 23 



354 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

semblent tout d'abord en avoir tenu lieu, leur vie durant : au 
mois d'avril 1002, l'aîné, Heldebert, fait au monastère voisin de 
Saint-André une libéralité importante qui a toutes les allures d'un 
acte testamentaire. Cet acte est confirmé par Tévêque d'Avignon, 
qui est son homonyme et qui pourrait être son fils, parla comtesse 
Alix et le fils de cette comtesse encore en tutelle, par son frère 
Adalelme K Le premier acte, qui ensuite soit passé dans Avignon 
et qui soit conservé, est du 1 1 janvier 1005 : il émane de la comtesse 
Alix, assistée de son fils, et elle effectue la tradition au même 
monastère dimmeubles contestés en remettant à l'abbé une petite 
pierre que celui-ci dut précieusement serrer sous son froc. Cet 
acte symbolique se passe devant l'évêque Heldebert, le vicomte 
Auphant et Adalelme -. Ainsi, c'est Auphant qui remplace le 
juge Heldebert : comme Tévêque Heldebert, ce pourrait être le 
fils de ce juge. Il pourrait, également et même mieux, être le fils 
du vicomte Brémond de 976; en tout cas, il ne résidait pas dans 
Avignon même. Le centre de ses possessions se trouvait dans 
la partie du diocèse placée sur la rive droite du l^hône et sur la 
rive gauche de la Durance, aux portes de Tarascon. C'est le juge 
Adadelme qui reste dans la cité. Par suite, les documents propre- 
ment urbains, qui se sont conservés, ne font plus mention du 
vicomte. Auphant avait pris pour femme Laugarde ^, sans doute 
fille de Lambert le juge qui est la souche de la famille de Cucuron. 
Cette Laugarde avait reçu en dot des biens à Montjustin, à côté 
de Reillane. En raison de ce voisinage et peut-être également 
d'une parenté plus ancienne, il ne faut pas être surpris si deux des 
fils qu'elle aura, introduiront dans la famille d'Auphant les noms 
de Boniface et de Laugier, qui proviennent des Reillane. Le 

1. Avignon, avril 1002 :u S. Eldeberli qui islam donationem fecit et tes- 
tibus firmari rogavit, manu sua fîrmavit. Heldebertus Avenionensis eccle- 
siae humilis episcopus fîrmavit. S. Adalax comitissœ et filii ejus Willelmi 
comitis. Sig. Adalelmi. Carbonelli..,. » [Cari. Saint-André, f° 35). 

2. Avignon, 11 janvier 1005 : <c ego Adalax humilis comitissa et filius 
meus Willelmus cornes.., accepto pusillo lapide, inde guirpitionem faciens 
ante prœsentiam virorum nobilium id est domni Heldeberti episcopi, Ele- 
fanti vicecomitis... Actum Avenione... Signum Adalelmi... Domnus Helde- 
bertus humilis episcopus fîrmavit... » Ibid., f® 35). 

3. Saint-Victor, 1071. 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 3o5 

vicomte Auphant mourut avant 1037. A cette date paraît son 
fils Rostaing" K En janvier 1041, les deux comtes d'Avignon 
Geoffroy et Bertrand donnent à Saint-André, du conseil de leurs 
fidèles les vicomtes Rostaing, A mairie, Guillaume, Boniface et 
Laugier, la moitié de Meynargue, village voisin du monastère, que 
les chevaliers de Tavel tenaient pour ces vicomtes. En échange, les 
vicomtes reçoivent le domaine de Saint-Julien, près le Mont Mace- 
rium^ et les chevaliers, des maisons avec des vignes, en dédomma- 
gement-. L'acte de 1040, auquel assistent Amalric, Guillaume et 
Boniface, en compagnie des vicomtes de Marseille et des Reillane, 
prouve bien que les vicomtes de 1041 étaient les fils d' Au- 
phant. En avril 1053, ce sont Guillaume, Boniface et Lau- 
gier, également en compagnie des Reillane, et ce dernier 
acte est encore plus explicite '^ Dans un acte du 15 février 
1059/60, se trouve la souscription du vicomte Laugi^r. Dans 
un autre acte, passé du temps de Tévêque Rostaing et du 
vicomte de la rive droite Bérenger, Ranulf Asquier abandonne 
le quart de Meynargue qu'il tenait des comtes, à condition de 
garder l'usufruit du tiers de ce quart. Bérenger y figure, mais sans 
sa qualité de vicomte, parce que Meynargue dépend de la vicomte 
des fils d' Auphant : Guillaume, fils d'Auphant, souscrit par contre 
avec la qualité de vicomte '*. Le vicomte Auphant paraît avoir 
eu également une fille, nommée Laugarde, qui épousa, dans le 
comté de Riez, Heldebert, fils d'Erbert de Lançon, et dont un des 
fils portera le nom d'Auphant. Elle figure à Aiguines le 5 mai 
1038^, puis en décembre 1053 ^. Quelques actes font connaître un 

1. 1037 : « Bertrannus cornes... in pago Sistergico... Manuasca seu 
Podium Bosoni... Rostagnusfilius Alfanti f... Beringuerius f. «(Montm., éd. 
du Roure, p. 134). 

2. Avignon, janvier 1041 (Car/. Saint -André, i'^ 30; Polycarpe, A/2na/es, 
p. 626). 

3. Saint-Victor, 1071. 

4. Saint-Victor, 58. — Arles, 15 février 1059/60 : (( Laugerius vice- 
comesfirmat» (Montm., pp. 171-172). 

[1050-1063] : « de quarta parte de Mairanicas... in presentia Rostagni 
episcopi, Berengarii, Pétri Amici, Guillelmivicecomitis, Leotgerii... » (Vau- 
cluse, G., Chap. métrop., 27 prov., ff, 22 v°-23 r°). 

5. Saint-Victor, 603. 

6. Ibid., 609. 



356 LA PROVENCE DU PREMIER AU XI1« SIÈCLE 

Laug-ier de Boulbon en décembre 1061 \ avec Pierre et Guiraud 
Palliol, sans doute ses parents par alliance. Il reparaît le 28 juillet 
1094 -, parmi les princes et grands seigneurs qui renoncent à 
leurs droits de péage et de douane sur le Rhône en faveur de 
Saint- Victor ; enfin, à Tarascon le 11 septembre 1095 ^. Ce Lau- 
g-ier de Boulbon, qui est sans doute le Hls cadet d'Auphant et le 
vicomte de 1059/60, eut un fils nommé Guillaume de Boulbon, 
qui paraît du 28 juillet 1094 jusqu'en septembre 11 42 ^, et celui- 
cieut lui-même un (ils du nom de Bérenger, qui se trouve dans un 
acte de février H33 ^. Parmi les barons de la région de Tarascon 
qui en février 1146 prêtent hommage à Raymond Bérenger, figure 
Geoffroy de Boulbon 6. Le 4 juillet 1175 ^, existe un membre de 
cette famille nommé Bertrand. En dehors de ces cadets, seigneurs 
de Boulbon, dont le nom se poursuit ainsi jusqu'au xii^ siècle, la 
vicomte d'Auphant passa, par son fils Guillaume, àRostaing Guil- 
laume, qui en porte letitreà Saint-Gilles le 29 mars 1 102, auprès du 
comte Bertrand ; celui-ci paraît en cette circonstance avec ses frères 
Raymond et Auphant ^. De lui descendait certainement Auphant 

1. Saint-André, décembre 1061 :« Laugerius de Bolbonefirmavit» {Saint- 
André, f*^ 31). Boulbon est voisin de Mézoargues, localité dont le nom est 
analogue à celui de Meynargue. 

2. u Laugerius de Bulbone et Guillelmus filius ejus » (Saint- Victor, 686). 

3. « Laugerii de Bulbone » [Ibid., 220). 

4. 28 juillet 1094 {Saint-Victor, 686). — Avignon, juin 1110 (Vaucluse, G., 
Chap. métrop. d'Avignon, 27 provisoire, f° 8, n° 15; carta de Mataronis). 

— 1113 {Lérins, éd. Flammare, 280). — 13 juillet 1116 iSaint-Victor, 805). 

— Avignon, février 1133 (Vaucluse, G. 15, ff. 97-98). — Avignon, septembre 
1142 (Polycarpe, Annales, p. 688). 

5. Février 1133 : « Guillelmus de Bulbone et Berengarius filius ejus » (Vau- 
cluse, G. 15, ff. 97-98). 

6. Tarascon, février 1146 : « Jauffred de Bolbo » (B.-du-Rh.. B. 2, p. 48). 

7. Noves, 4 juillet 1175: « B. de Bolbone » (Vaucluse, G. 15, ff. 108-109). 

8. Saint-Gilles, 29 mars 1102 : « de monasterio Sancti Romani de Aguilla 
...super ripam Rodani... consilio laycorum : comitis Bertrandi et Rostagni 
Guillelmi vicecomitis et Raymundi et Alphanli, fratrum ejus et Pontii de 
Aramono et Raymundi de Aguilla et Aimirici Guiraldi, bajuli comitis, et 
Gandalmandi et Pétri Balbi et Pétri Guillelmi militis Bellicadri et Rostagni 
Albarici .. comes Bertrandus et Rostagnus Guillelmi vicecomes et fratres 
ejus... dicebant» (Albanès, Gall. Christ, noviss., Arles, n» 462). 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 357 

de Mézoargues, encore qualifié de vicomte, en présence du duc 
de Provence Raymond Bérenger à Aix le 22 mai IISO K Ce der- 
nier Auphant était frère de Guillaume de Boulbon, qui, sans 
doute, est le seigneur de ce nom vivant en septembre 1185 2. En 
1168, les seigneurs de Boulbon exigeaient encore aux portes 
d'Avignon le paiement d'un droit de leyde, pour les marchan- 
dises que l'on débarquait à terre, et c'est là une survivance de 
la vicomte de leur famille ^. 

Les descendants du vicomte d'Avignon Auphant dominaient donc 
la partie du comté placée sur la rive gauche de la Durance et sur la 
rive droite du Rhône. Ils gravitaient autour du château de Tarascon 
qui était leur centre le plus important ; ils tenaient, en particulier, le 
domaine lie Mézoargues et de Boulbon. Ils avaient, àMeynargue, la 
moitié de la seigneurie, en fîef du comte. Les chevaliers de Tavel 
occupaient en leur nom cette moitié de Meynargue, soit en qualité 
de châtelains, soit en qualité de mistraux. A Boulbon, c'étaient 
les Malvezin qui les suppléaient : mais, comme ces Malvezin se 
joignent à eux pour réclamer dans Avignon des droits de leyde, il 
y a apparence que leur rang était supérieur à celui d'un simple 
châtelain ou d'un mistral local. Ces Malvezin devaient occuper 
le rang et remplir les fonctions de viguiers dans le pays de 
Tarascon, sous l'autorité des vicomtes. A Tarascon même, existait 
une famille dite de Tarascon : en général, le nom de terre pris, à 
partir du xi^ siècle, implique, pour les membres de la famille 

1. Aix, 22 mai 1150 : « Alfannum videlicet vicecomite de Mesoaga... 
Alfannus de Mesoaga et frater ejus Guillelmus de Bulbone » (Montm,, 
pp, 246-247). — 1156 : « Alfannus de Mesoaga » (B.-du-Rh., B. 283). 

2. Avignon, septembre 1185 : « Willelmi de Bulbonne » (Vaucluse, G. 15, 
fT. 98-99). 

3. 1168 : « controversia. . . inter Bolbonenses et Malvicinos . . et... 
Gaufredum Auenionensem episcopum... super leddis quas Bolbonenses 
et Malvicini et pariarii eorum capere volebant tempore nundinarum de 
omnibus que apud Avinionem navigio vel ratibus deuehebantur. . . » (Vau- 
cluse G., 113, f°7). 

On connaît encore Bertrand de Mézoargues, prieur d' A davu m, le 24 octobre 
1135 (Albanès, Gall. Christ, noviss., Arles, n° 529), et Rostaing de 
Mézoargues, religieux de Lérins en 1153 [Cart, de LérinSj éd. Flammare, 
n°s 80 et 106). 



3o8 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

qui le portent, les fonctions de châtelains. On peut donc 
penser que Renard de Tarascon v^ers 1050, Pons et Emenon 
de Tarascon en mai 1125, Rostaing, Pierre et Auphant de 
Tarascon au milieu du xii® siècle, appartenaient à la famille qui 
tenait la châtellenie de Tarascon pour les vicomtes d'Avignon, 
seigneurs de Mézoargues. Après les vicomtes, c'était la famille de 
Châteaurenard qui tenait le rang le plus distingué dans le comté 
d'Avignon, sur la rive gauche de la Durance. Il est difficile de 
croire que ces descendants d'un juge de Provence, alliés à des mai- 
sons vicomtales, fussent de simples châtelains : sans doute, Châ- 
teaurenard était le siège d'une viguerie dont ils étaient titulaires. 

§ 5. — Les vicomtes d'Avignon de la rive droite^ seigneurs du 
Pont-de-Sorgues (1018-119o). 

' Le marquis Roubaud résidait quelquefois à Nice, puisque le 
H mai 1004 il assiste à l'élection de l'abbé de Saint-Pons ^ De 
cette époque, précisément, où il était revêtu de la dignité de 
marquis, date l'expansion dans le comté de Sisteron de deux 
familles d'origine niçoise. C'est lui, sans doute, qui la rendit pos- 
sible et la protégea. La première est celle de Miron, qu'on trouve 
à Lurs le 2 décembre 999 avec sa femme Odile, en présence 
de l'évêque de Sisteron -. Ce nom de Miron existait dans la 
marche d'Espagne, mais le mari d'Odile, quelle que fût son ori- 
gine, était fixé à Nice dès avant 993 avec un rang qui le mettait 
immédiatement auprès des comtes '^. S'il avait été vicomte, les 

i . Cart. de Saint-Pons, n° 2. 

2. Lurs, 9 décembre 999 : « ego Miro et conjux moa Odila... » {Cart. 
de Saint-Pons, n° 1). Odile devait être sœur du juge Lambert. 

3. 22 août 1002: « in comitato Nicensis prope civitatis... propter dona- 
cionem domni Wilielmi inclili comiti qui fuit condam et domni Rodbaldi 
comiti necnon et domni Mironi... ))[Cart. de Nice, n° 18). 

15 septembre 1003 :« in comitato Nicensis subtus monte Calveroles... 
per donacione Wilielmi et Rotbaldi comitis necnon ot Mironi vel uxore sua 
Odila... » [Ibid., n° 19). 

30 novembre 1011 : u ...decimam de pane et vino... pro animam domni 
Mironi qui fait quondam, quod pertinet in civitate Nicea... » {[hid.,n° 8). 



** LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIAIE FÉODAL 359 

documents le diraient sans doute : ils ne disent pas non plus 
qu'il fût juge de Provence. Mais il était au moins viguier ou 
châtelain de Nice. Miron mourut prématurément, sans doute 
entre le 15 septembre 1003 et le 11 mai 1004, laissant trois fils, 
Pons, Brémond, Miron, et une lîlle, Gerberge. Sa veuve se rema- 
ria, avant le 30 décembre 1010, avecLaugier, dont elle eut quatre 
fils, Laugier, Raimbaud, Pierre, Rostaing, et une fille, Odile. 
Tandis qu'un fils du premier lit, Pons, devient évêque de Nice 
(30 novembre 1011-29 mai 1030 M, un fils du second lit, Pierre, 
est désigné comme successeur de l'évêque de Sisteron, Frodon, 
du vivant même de ce dernier, au mois d'août 1018 ^. Au point 
de vue temporel, poui* le moment c'est l'inverse : ce sont les fils 
du second lit qui gardent la châtellenie de Nice, tandis que ceux 
du premier profitent de cette expansion dans le comté de Sisteron. 
En dehors du comté de Nice, le marquis Roubaud possédait 
plus particulièrement ceux de Venaissin et de Diois, puisqu'ils 
passeront par sa fille Emma à la Maison de Toulouse. Dans ces 
deux comtés, on constate le même phénomène qu'à Nice. Dans 
celui de Venaissin, on trouve, au milieu du x^ siècle, Ismidon 
qui donne Bédoin à Montmajour ^. Ce donateur avait trois fils : 
Brémond, Féraud et Laugier. Il eut aussi une fille, mariée avec 
Artaud, fils d'Aymar, dont elle eut Ismidon, prince de Royans, 
dans la partie du diocèse de Grenoble confinant au Diois ^, et 
parla l'influence de Montmajour s'étendit jusqu'à cette région. 
L'un des fils d'ismidon, probablement Féraud, doit être le père 
des huit domni qui figurent le 22 mai 1023 dans un acte plein 
d'intérêt pour cette région de la Provence ^. A cette date, deux 
d'entre eux, Laugier et Pons, se font bénédictins : ils disent que 

1. 30 novembre 1011 {Nice, n° 8). — 29 mai 1030 {Saint-Pons, VI). 

2. Cari. Saint-André, fol. 42. Ce Pierre, évêque de Sisteron, meurt entre 
le 14octobre 1040 [Saint- Victor, 14) et septembre 1041 {Cart. Saint-André, 
f° 49). 

3. Montm., pp. 64-65. 

4. Novembre 1001 (Cart. Saint- André-le-Bas, 179). — 23 novembre 1025 
(Saint-Barnard, 2^ éd., n» 74). — 27 janvier 1052/3 {Ibid., n° 104). 

5. Cluny, n«>« 2779 et 2866, 



360 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

leur père, déjà mort, avait laissé à Cluny la moitié d'Auton en 
Diois et ils détaillent leurs biens composés d'une dizaine de châ- 
teaux, soit en Diois, soit dans le comté de Vaison, parmi lesquels 
Peytieux, dont le nom sera porté plus tard par les comtes de 
Valentinois. Deux autres des donateurs de 1023 sontévêques, lun 
de Gap, Féraud, depuis 1010 ^ toutaumoins, et l'autre de Vaison, 
Pierre, depuis 1009 2. Parmi les quatre restants, Arnoux paraît 
être la souche de la famille de Theys'^ ; Roux, mort avant 1027, la 
souche de la famille des Aynard de Domène '* en Graisivaudan. Ce 
Roux, en particulier, est le père de Roux son homonyme, qui 
fut évêque de Gap après Féraud (1044) •^. Enfin, les deux 
derniers, Géraud et Raimbaud, sont restés en Provence; 
de Raimbaud, pourraient descendre les Mévouillon et les 
Monta uban, qui possédaient les Baronnies sises, partie sur 
le diocèse de Gap, partie sur celui de Vaison ^. Ce n'est pas 
tout ; le donateur de Bédoin, Ismidon, était parent des 
frères Datil et Richaud ^. Ce dernier entra dans les ordres : 



\. 1010(Albanès, Gall. Christ, norm., Gap, col. 273, instr. VI). — 15 octo- 
bre 1040 [Saint-Victor, 14). — f 3 mars (Bibl. nat., ms. nouv. acq. lat. 348 : 
nécr. du prieuré de Villers, éd. Sackur Die Cluniacenser, erster bancl. 
Halle, 1892, p. 384). 

2. 1009 (L.-A. Boyer, Hist. de Vaison, livre I, p. 81). — 1«>* avril 1016 {Gall. 
noviss., Arles, no313).— 26 mai 1037 (Cluny, 2916). — 15 oct. 1040 [Saint- 
Victor, 14). — 1044 {Saint-Victor, 659). 

3. Cart. de Domène, n»» 27, 141 et 194. Ce dernier acte, d'octobre 1081, 
prouve que Hugues et Roux, fils de Roux, petit-fils d'Arnoux, étaient cou- 
sins de Pons I Aynard, fils d" Aynard I, petit-fils de Roux. 

4. Dès 1027, Aynard I de Domène, fils de Roux, paraît avec sa femme 
(Domène, 61). Cf. Domène, 1 et 2. 

5. Gap, 7 avril 1044(Bouches-du-Rhône, B. 1373, f«42 v«). — Cf. Domène, 
no« 26,61. 

6. Ripert de Mévouillon, évêque de Gap (1056-1063), mourutentrele 9 jan- 
vier 1082 [Cluny, 3590) et le 5 mars 1087 [Cluny, 3620) : frère de Laugier, 
Hugues et Raimbaud, il était fils de Percipie qui a laissé son nom dans le Poet- 
en-Percipet qui vivaitencore en 1060 (Sain^-F/c^or, 730). Cette Percipie pour- 
raitêtre fille de Raimbaud et nièce de Tévêque Féraud. De l'évêque Ripert, 
marié avec Béatrix [Saint- Victor, 711; Cluny, 3590), descendent les Mévouil- 
lon. — Cf. M»» de Monclar, Cart. de Richerenches, Avignon, 1906. 

7, Montm., pp. 64-65. 



LA HIÉRARCHIE ADMIMSTRATIVÈ ET LE RÉGIME FÉODAL 361 

le 19 avril 988 il donnait à Climy la moitié de Mison ^ et il pos- 
sédait de grands biens dans le Rosanais. Un demi-siècle plus 
tard, les seigneurs de Mison, où se retrouvera le nom d'Ismidon, 
seront vicomtes de Gap et d'Embrun, en attendant de devenir 
comtes de Diois. 

Ainsi, au moment où Roubaud et son fils Guillaume sont mar- 
quis de Provence (993-1040), les comtés auxquels ils s'attachent 
particulièrement servent de point de départ à Texpansion de 
deux ou trois grandes familles. De Nice, les châtelains de Nice 
se portent sur Sisteron ; du Venaissin, d'autres viguiers ou châ- 
telains se portent sur Vaison, Die et Gap, en fournissant les cités 
d'évêques. Mais, ni Roubaud, ni son fils, ni la maison de Tou- 
louse qui en hérita, ne paraissent jamais avoir créé de vicomtes. 

La conformité de cette conduite politique des deuxième et troi- 
sième marquis avec celle de Guillaume, le premier d'être eux, 
prouve qu'elle était voulue et traditionnelle. Les vicomtes de Mar- 
seille et de Cavaillon avaient été créés dès 950, quand il n'y avait 
encore que des comtes d'Arles et d'Avignon. Le premier marquis 
n'avait pu les supprimer, mais il n'en avait pas créé de nouveaux. 
Quant aux vicomtes d'Avignon, seigneurs de Mézoargues, tenus à 
l'écart, c'était le veuvage d'Alix et le bas âge de son fils qui les- 
avaient fait reparaître en dehors du marquis Roubaud. Il faut 
examiner maintenant dans quelles circonstances parurent les 
dernières maisons vicomtales en Provence. 

On en voit paraître trois, postées sur la Durance, dans les cités 
d'Avignon, de Sisteron et de Gap. On en voit une quatrième à 
Fréjus sur le littoral. 

Le premier marquis, Guillaume, avait pris, concurremment 
avec les cités d'Arles et d'Avignon, comme résidence, le simple 
château de Manosque, sur la Durance. Le choix inattendu de 
cette localité paraît s'expliquer tout simplement parce qu'elle se 
trouve sensiblement au centre de la marche dont il était devenu le 
seul maître ~. Que ce choix soit le résultat du calcul ou de l'instinct, 

1, Cluny, 1784 ; 2529. 

2. Manosque, à vol d'oiseau, est à peu près à la même distance d'Apt et 



362 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

cela revient au même. Qaantaux cités choisies, maintenant et en 
dernier lieu, comme résidence des nouveaux vicomtes, on peut se 
demander pourquoi ce furent ces quatre là et pas d'autres. lien 
fallait un dans Avignon même, à cause de la faiblesse des comtes 
en bas âge. Il était indiqué d'en mettre un autre à Sisteron, dans 
la cité centrale de la marche, sur le territoire de laquelle était le 
château choisi comme résidence par le premier marquis. D'autre 
part, quoique aucun archevêque, par un sentiment pareil à celui 
des marquis, ne dût souhaiter d'en avoir un dans sa propre cité, il 
devait le désirer à proximité : c'était une épée qu'il fallait avoir 
à portée, mais non pas dans les jambes. Il n'y en eut donc ni 
à Arles \ ni à Aix, ni à Embrun, mais il y en eut un à Gap, 
cit4 limitrophe d'Embrun, un à Fréjus, cité limitrophe d'Aix, 
comme déjà il y en avait un à Marseille, cité limitrophe d'Arles. 
Enfin, dès le temps du marquis Roubaud, quand ce prince venait 
à Nice, il voisinait, dans la cité limitrophe de Glandèves, avec les 
descendants du comte Grifon, qui avaient dû subir la supré- 
matie du premier marquis de Provence et qui, gardant encore 
quelque temps la qualité de comtes pour masquer leur déchéance, 
y figuraient en fait sous son autorité -. 

de Riez; d'Aix, Dig-ne et Sisteron ; de Marseille, Cavaillon, Carpentras et 
Castellane ; de Toulon, Avignon, Vaison ; de Fréjus, Orange, Gap, Entre- 
vaux; d'Arles, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Embrun et Grasse ; de Vence et 
Die; des Saintes-Mariés, de Viviers, de Guillestre et de Nice. 

1. Un des membres de la famille des vicomtes de Marseille, Aicard, sera, 
selon quelques-uns, au milieu du xi® siècle, vicomte d'Arles; mais c'est 
une époque plus tardive où Tautorilé comtale était bien diminuée, tandis 
que celle des vicomtes prédominait dans les cités. En réalité, quand on 
exprime sa qualité, Aicard est dit vicomte de Marseille [Saint-Victor, 
no 419) ; seulement, son neveu devint archevêque d'Arles et cela prouve 
qu'il y avait de l'influence. 

2. Le 49 février 955, paraît le comte Griffon, fils de Griffon et de 
Theviarde. Comme il ne qualifie pas son père de comte, il faut admettre 
qu'il avait été créé comte en 949 par le roi Conrad, exactement comme les fils 
de Roubaud l'avaient été pour Arles et Avignon. Or Sallagriffon, qui perpétue 
son nom, se trouve dans le comté de Glandèves : son autorité devait 
s'étendre sur Glandèves et Senez, tout au moins. Ce Griffon avait une 
sœur, Hermengarde, qui avait pour fils Rostaing, évêque d'Apt (951-955). 
Dans le comté d'Apt, sur le terroir de Saint-Martin-de-Castillon, se 
remarque le lieu dit Griffon. Quand Guillaume devint marquis, ce Griffon 



LA HIÉUARCH[E ADMINISTRATIVK ET LR RÉGIME FÉODAL 363 

La situa lion de Glande ves convenait au système qui avait 
fait choisir jadis pour les vicomtes Marseille et Gavaillon, à 
portée des comtes d'Arles et d'Avignon. Par le fait aussi, Avi- 
gnon, Fréjus, Glande ves et Gap sont à égale distance, sensible- 
ment, de Manosque et, en conséquence, de la vicomte centrale 
de Sisteron. Telle est l'organisation finale des vicomtes et telle 
est sa raison d'être. Le comte de Glandèves se trouvait à proximité 
du marquis, quand celui-ci résidait à Nice; les deux vicomtes d'Avi- 
gnon siégeaient auprès des comtes de Provence en bas âge et le 
vicomte de Sisteron se trouvait préposé à la résidence centrale 
de Manosque. D'autre part, les vicomtes de Marseille, de Fré- 
jus et de Gap existaient à proximité du primat d'Arles, des 
archevêques d'Aix et d'Embrun. Il n'y en a jamais eu davantage, 
semble-t-il : les anciens vicomtes de Gavaillon disparaissent. Si 
les comtes de Diois et de Venaissin, descendants du marquis 
Roubaudpar sa fille Emma , avaient consenti à établir des vicomtes, 
ils les auraient établis à Vaison ou à Orange, à proximité de leurs 
cités préférées. 

On a vu que le vicomte Auphant avait paru dans Avignon, 
où résidait la veuve du premier marquis, pour suppléer son fils 
Guillaume en bas âge, et de fait, quand il y est en 1004, ce comte 
Guillaume pouvait avoir une quinzaipe d'années. Du vivant de ce 
comte, c'est le seul vicomte connu et il se cantonna sur la rive 
gauche près de Tarascon, dès que le comte fut en âge de se passer 
de lui. Mais ce comte vint à mourir en 1018^, après le 30 mai - : 
il avait à peine trente ans. Marié, dès 1010 environ^ avec Gerberge, 
fille du comte de Mâcon Otte-Guillaume, il avait eu juste le 
temps d'en avoir trois fils. La situation causée dans Avignon, par 
la mort du premier marquis en 993, se renouvelait donc en 1018 : 
la comtesse Alix, veuve de ce premier marquis, restée avec un 
fils en bas âge en 993, se trouvait maintenant avec une 

dut se soumettre à lui. Le comte Griffon eut pour successeur le comte 
Apollonius {Cari. d'Apt, n» 125) et le comte Aldebert (LérinSj éd. Moris, 
p. 314). Le 29 décembre 1086, Clans figure « in episcopatu Cimilensis, in 
comitatu Tiniensis » [Nice, n° 21). 

1. Saint-André, fol. 41 ; Saint-Victor, 226 et 630. 

2. Montm., p. 114. 



364 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

belle-fille et des petits-enfants incapables de gouverner. La 
solution, apportée à cette situation en 1018, fut la même que 
celle adoptée en 993. Comme le vicomte Auphant avait quitté 
Avignon pour Tarascon, laissant Bérenger, le dernier juge de 
Provence, dans cette cité auprès du comte, ce fut Bérenger qui 
se vit élever, à son tour, au rang de vicomte. On a dit que, jus- 
qu'en 1040, il devait prendre quelquefois encore la qualité déjuge. 
Mais deux actes le montrent dans ses nouvelles fonctions vicom- 
tales. Aussitôt après la mortdu comte Guillaume, en 1018, on voit 
sa mère, sa veuve et ses trois fils faire un don dans le comté de 
Riez *. Sa veuve et ses trois enfants en font un autre, la niême 
année, dans le comté d'Aix 2 ; puis, en 1019, ensemble encore 
dans le comté de Sisteron -^ et dans le comté d'Avignon ^. Sur ces 
entrefaites, le fils aîné Guillaume mourut à son tour, prématuré- 
ment, à peine âgé de dix ans. Restaient Bertrand et Geoffroy. Le 
premier acte dans lequel Bertrand prend le titre de comte, il 
n'accompagne plus sa mère, mais il est assisté du vicomte 
Bérenger. Ce n'est plus l'enfant en bas âge placé entre les mains 
des femmes, c'est celui qui est d'âge à passer en la compagnie 
des hommes : il venait d'échanger la tutelle de sa mère pour celle 
d'un vicomte. Déjà, on avait remarqué que le vicomte, paraissant 
après la mort du premier marquis, n'avait paru qu'en 1004, c'est- 
à-dire dix ans après cette mort, et quand le jeune comte 
qu'il devait assister pouvait avoir une quinzaine d'années. Ce fait 
se renouvelle : le vicomte Bérenger, chargé de veiller sur le fils 
du comte mort en 1018, ne paraît que quand celui-ci est d'âge à 
quitter sa mère. L'acte, où ce fils Bertrand paraît comme 
comte, accompagné du vicomte Bérenger, est forcément posté- 
rieur aux actes de 1019 où figurait sa mère. Il doit même être pos- 
térieur à Tacte de novembre 1024 où il paraît, entre Pons fils de 



1. Saint-Victor^ n" 630. 

2. Ibid., n» 226. 

3. Ibid., n« 649. 

4. Saint-André, f° 32. 



La hiérarchie administrative et le régime féodal 36S 

la comtesse Emma et Bérenger, sans la qualité de comte K Ce 
premier acte, où il figure comme comité, est un don fait à l'ég-lise 
de Forcalquier et le jeune comte fait allusion à sa fragilité, c'est- 
à-dire à la faiblesse de son âge. Il avait dû naître vers 1015 2 et 
il avait encore à grandir. En effet, l'acte en question porte la 
souscription de l'évêque de Sisteron Frodon ^. Ce prélat, connu 
depuis le 9 décembre 999 ^, siégait encore au mois d'août 1018, 
date à laquelle il faisait un don à Saint-André d'Avignon •"'. Son 
successeur, Pierre, lils d'Odile et, sans doute, de Miron de Nice, 
qu'il ne faut pas confondre avec son homonyme plus âgé que lui, 
Pierre évêque de Vaison, fils de Laugier et peut-être de la même 
Odile, se trouvait sur le siège de Sisteron dès avant 1030 ^. 
Par conséquent, le premier acte où paraît le juge Bérenger 
en qualité de vicomte, aux côtés du comte Bertrand, doit 
se dater de la période comprise entre 1024 et 1030. Si ce 
comte avait au moins une quinzaine d'années à cette date, 
comme son père en 1004, l'acte serait de 1028 ou 1029. Cela 
est d'autant plus probable que le premier acte daté, où paraisse 
Bertrand comme comte, est de 1030 ~. Le marquis de Provence, 
qui vivait alors, était Guillaume, fils de Roubaud. 

Si un nouveau vicomte a été établi ainsi pour remédier à la 
jeunesse du comte dans Avignon entre 1025 et 1030, il est difficile 

1. Novembre 1024 : « S. Emma comitissa subscripsit. S. Pontii. S. Ber- 
tranni. S. Barangerius subscripsit. S. Amicus subcripsit» (Bibl. nat., ms. 
lat. 897î,p. 49). 

2. En 1013, il n'est pas encore mentionné à côté de son frère aîné Guil- 
laume (Sami-Vicf., 646). 

3. « Signum Bertrannus comes... Signum Beringarius vicecomes. Signum 
vesco Frodo. Signum Amicus...» {Saint-Victor, 666). Les éditeurs ont lu 

Vescofrodo, imaginant ainsi un nom de notable provençal totalement 
inconnu. En réalité, vesco est la forme vulgaire de episcopo. 

4. Lurs, 9 décembre 999 : « in presentia domini F'roddonii episcopi )> 
[Saint-Pons, n° 1). Son prédécesseur probable, Roux siégeait lé 2 janvier 
984 [Saint- Victor, 654). 

5. Cart. Saint-André, f° 42. Ce don fut confirmé après coup par les 
comtes Geoffroy et Bertrand, ainsi que par l'évêque Pierre, successeur de 
Frodon. 

6. Saint-Victor, 19^. 

7. Ihid., 681. 



366 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll^ SÈCLE 

de croire que les vicomtes de Sisteron, de Gap et de Fréjus 
furent créés en même temps. Ces trois dernières créations 
paraissent avoir été faites en faveur des familles qui, déjà, avaient 
profité de la protection du second marquis Roubaud entre 993 et 
1015. G^est Miron, fils de Miron de Nice et d'Odile, qui devint 
vicomte de Sisteron. C'est Pierre dé Mison, fils d'isoard, 
qui devint vicomte de Gap. Enfin, c'est Francon, fils de Fran- 
con, qui devint vicomte de Fréjus. A Sisteron, cet événement 
paraît s'être produit entre le 23 juin 1037 ^ et le 23 avril 1037 - ; 
à Gap, entre le 7 avril 1044 ^ et le mois de septembre 1045* ; 
à Fréjus, entre 1036 ^ et les environs de 1055 ^\ Pour ces trois 
dernières maisons, quicomplètent le système vicomtal de la marche 
de Provence, les dates semblent donc se ramener à une création 
d'ensemble faite entre le 7 avril 1044 et 1045. Or, le marquis Guil- 
laume fils de Roubaud, qui vivait encore en mai 1037, était mort 
avant le 25 mai 1042 ^. Cette mort est la fin de l'unité proven- 
çale, assurée, depuis 970 jusqu'alors, parles trois premiers mar- 
quis. La marche, désormais, n'est plus entre les mains d'un seul 
chef. Les deux comtes de Provence, Bertrand et Geoffroy, 

1. 23 juin 1037 : «... consentiente Raimbaldo et uxorc sua Adalis, auclo- 
ritate romana... in comitatu Ventiense... Testes Nectardusepiscopus. Raim- 
baldus et uxor Adalais, Miro, Laugerius de Mornaz... » [Saint-Porift, 
n» VII). 

2. 23 avril 1057 : « ego Miro vicecomes Sistericensis, frater Raimbaldi... 
in comitatu Cimelensi sive Niciensi... » {Saint-Victor, 793). 

3. Gap, 7 avril 1044 : « mediante archiepiscopo Ehredunensi nomine 
Ismidone et P. de Misone. Signum Radulphi episcopi. Signuin Is. archie- 
piscopi. Signum comitis. Signum P. de Misone. Signum R. de Faudaone 
(Albanès, Gall. Christ, noviss., Gap, col. 275-277. Instr., IX). 

4. [Mars-septembre] 1045 : «ego Petrus vicecomes Guipincensis, una 
cum matre mea Dalmatia et uxore Inguilberga ac filio meo Isoardo.. 
in comitatu Hebredunensi » {Saint-Victor, n°691). 

5. 1036 : « ego, in Dei nomine, Franco... in comitatu Forojuliense... 
Ego Franco... firmavi. Franco firmavit » [Saint-Vicf., 564). 

6. [Vers 1055] : « dédit Franconi, filio Franconis, vicecomiti(s) Foroju- 
liensi... dédit... W^ilelmi vicecomitis Forojuliensi[s]... Durandus vero vica- 
rius de Pojeto » {Saint- Victor, 565). On ne sait si les vicomtes d'Esparron, 
près Rians, mentionnés le 21 mai 1177 {Saint-Vict., n» 1110), se rattachent 
à cette souche. 

7. Cluny, 2917. — Saini-\ ictor, 375. 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 367 

succèdent au titre prééminent de marquis. Bertrand se fixe 
dans Avignon et Geoffroy dans Arles : mais ce n'est ni le 
comte de Provence-Avignon, ni le comte de Provence-Arles 
qui se réserve d'être marquis. Les deux frères se partagent le 
titre et l'abaissent en le partageant. Précisément alors, les 
juges de Provence cessent d'exister, puisque le dernier acte 
qui donne cette qualité à Bérenger est de 1040. On peut 
bien se rendre compte que la disparition du marquis unique 
entraîne la disparition de la cour suprême et unique des juges : 
les comtes se cantonnent dans Avignon, dans Arles, dans Nice, 
en Diois, en Venaissin et ceux d'entre eux, qui se partagent le 
titre de marquis, sont obligés d'instituer des vicomtes à Sisteron, 
à Gap et à Fréjus, dans les régions qu'ils doivent renoncer à gou- 
verner directement. 

Enfin, dans les cités où ces princes de rang comtal et vicom- 
tal ne résident pas, on voit naître des princes proprement dits 
qui, ne pouvant être comtes ou vicomtes, ne daignant plus se 
dire viguiers, expriment leur primauté régionale, en faisant suivre 
cette dénomination du nom du comté où ils dominent. C'est ainsi 
qu'on voit naître les princes d'Apt ^, de Riez 2, d'Antibes-^ et, 
plus tard, les princes d'Orange. 

i. Apt, 27 juin 1056 : « ego Alfantus... episcopus sanctœ sedis Aptensis 
ecclesise... personas duorum fratrum mese civitatis principum scilicet Ros- 
tagnum et Guillelmum » [Cart. d'Apt, n» 72). De ces princes d'Apt descen- 
dait la première maison d'Agoult et de Simiane. 

Le Guillelmus de At du n° 82 de ce cartulaire appartenait au contraire 
à la famille des châtelains d'Apt. 

2. [Vers 1039] : « ego Richillis nomine, uxor quondam Girenni, principis 
Regencis... » (Sam^-Ficior, 086). 

[1064-1079] : « Guilelmus princeps terre Regensis » (ibid., n® 617). De 
ces princes de Riez descendait la maison de Moustiers. Quant à VAugerius 
de Reges qu'on trouve le 18 juin 1097 {Saint- Victor, Qi9), fils d'Erbert et 
d'Adalgarde, il était sans doute châtelain de Riez ; de lui, paraissent des- 
cendre les Augier, barons d'Oze et de Vitrolles. 

3. [1026-1050] : « ego Belieldis genitrix duorum Antipolitani regni princi- 
pum e quibus aller presul, alterque miles forenoscunlur... » {Cari. Lérins, 
éd. Flammare, CVIIl). Des princes d'Antibes descendait la maison de 
Grasse. 



368 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SÈCLÉ 

Parfois même, dans le comté où réside un vicomte, il arrive à un 
viguier de se qualifier prince du territoire de sa seule viguerie : les 
princes de Gallian *, au diocèse de Fréjus, en sont la preuve. Rien 
n'est plaisant et instructif comme l'histoire de cet Hugues, sei- 
gneur de Callian, qui jadis avait reçu quelques biens du comte et 
qui se trouve confondu parmi les chevaliers de l'évêque de Fréjus 
jusqu'en 1038. Sur la fin de sa vie, en 1049, il tranche du prince, 
ne saurait agir sans le conseil de « ses chevaliers » et vante la 
foule de ses amis. Tout en rendant hommage à l'heureuse fortune 
de ce parvenu, il faut avouer, que dès le xi® siècle, l'imagination 
méridionale savait flatter la réalité, même quand elle était déjà 
fort belle par elle-même. Jadis, le prince, c'était uniquement le 
souverain : dès l'époque carolingienne, les princes, ce sont aussi 
les ducs et les comtes. Au xi^ siècle, non seulement les vicomtes, 
mais des viguiers parviennent à l'être. On a des principautés 
de village : se trouve prince, en somme, qui est maître chez soi. 

Il ne faut pas confondre ces princes, de tout le territoire d'un 
comté ou d'une viguerie, avec les châtelains qui, à un degré plus 
bas encore de l'échelle féodale, porteront le nom de la cité ou du 
château dans les murs duquel ils seront renfermés. Ceux-ci ne 
sont même pas princes : ce sont de simples chevaliers. 

Maintenant que la marche générale du mouvement d'établis- 
sement des vicomtes est déterminée, il reste à indiquer comment 
se comportèrent les descendants du vicomte Bérenger établi à 
Avignon vers 1028. 

1. 1035 : <( ego Aldebertus episcopus... Ugo de CalHano firmat « {Lérins, 
éd. Flammare, n° LXIX). — 16 janvier 1036 : « in vico Kalidiano, in pago 
Forojuliense... testis : Ugo senioreCalidiano »(/6«/.,XXX). — 20 juillet 1038 : 
« egoGaucelmus Forojuliensis episcopus... Ugo f. Ermengarda uxor ejus f. 
Isnardus filiusejusf. » (Ibid . , n° XXXIV) . — « 22 juillet 1038 : «egoGaucelmus 
Forojuliensis episcopus... caballario meo Ugone cum suauxore... in comilatu 
Forojuliense et in loco... Calianus» [Ibid., XXVII). — 9 décembre 1038: «ego 
Aldebertus gratia Dei Antipolitanus episcopus una cumfratre meoGuilIelmo 
Gauceranno... Ugo de Caliano f. » {Ibid., n« CXXVI). — [1030-1044] : « ego 
Ugo et uxor mea Ermengarda donamus aliquid de hereditate nostra que 
nobis exdonatione Guilelmi comitis advenit... in fines Calidiani... ))(Ibid., 
n° XXXVIl). — Callian, lundi 17 avril [1049?]: « ego Ugo princeps Calianen- 
sium... cum consilio militum meorum amicorumque turbam.,. in pago 
Forojuliensi » [Ibid., n» XXXVIII). 



La Hiérarchie AniiiNistRATiVE et le régime féodal 369 

Par un acte daté de 1030, Bérenger confirme ^, en ce qui le con- 
cerne, le don de la moitié deTourves fait jadis à Saint-André-lès- 
Avig-non par son oncle Heldebert, ou Aubert, en avril 1002. 
C'est la preuve que Bérenger est le fils du juge Adalelme, ou 
x\leaume, et de Bélielde, mariés dès 987. 

Belielde avait eu au moins trois fils, Carbonel, Bérenger et 
Amie. Tous trois paraissent ensemble en 1024 et en 1036. La 
première fois, ils souscrivent avec Isnard Palliol et Guillaume 
de Brue, frères de Pierre archevêque d'Aix, un acte relatif au 
comté d'Aix ~. Guillaume de Brue aura pour fils, d^Accelena, 
Hugues, Guillaume de Brue, Auphant et Guy ^. Ces faits 
ndiquent que la famille de l'archevêque d'Aix devait être alliée 
avec celle du juge Adalelme. La seconde fois, en 1036, leurmère 
donne, d'accord aveceux, une part de son héritage dans le comté 
d'Arles, au lieu dit Gimeaux ^, pour le repos de l'âme de Tévêque 
d'Avignon Heldebert. Ceci prouve que cet évêque était leur 
parent : mais, comme en 1024, il ne figure pas avec eux, il est pro- 
bable qu'il était fils du juge Heldebert A Marseille, en août 1031 ^, 
Bérenger et son frère Amie figurent, dans une assemblée des 

1. Saint-André, 1030 : « ego Barangarius.,. firmo... meam partem quam 
habui de medietate... Turris, quam Aldebertus avunculus meus... dédit... 
Signum Barangarii... Signum Aldeberti humilis Avenionensis episcopi... » 
{Saint-André, f° 36). 

2. 1024 :« in coraitatu Aquense, in valle... Cagnanam .. Isnardus Pal- 
liolus, Wudelmus Brocianus, Eldebertus frater eorum Qrmaverunt. Carbo- 
lenus, Berengarius, Amiens. Isnardus filiusPallioli... » (Saint-Victor, 225). 

3. Sur la famille de Pierre archevêque d'Aix, voir : 15 décembre 1038 
[Saint- Victor, 293).— 1050 (Ibid., 298). — [Vers 1050] (/AtW., 297). —20 juin 
1053 (Ibid., 294). — iOS3 (Ibid., 296). — 1058 [Ibid., 36 et 307). — 
Décembre 1062 {Ibid., 300). — Cf. 459 (souscr. postérieures), 305. 

4. 1036 : (( Ego Belliildis una cum filiis meis Carbonelio, Berengario 
atque Amico.,. in comitatu Arelatense, in loco... Gimellus,.. pro anima 
Heldeberti episcopi... » [Ibid., 180). Gimeaux, comm. Arles, dans la haute 
Camargue (Comte de Revel du Perron et marquis de Gaucourt, Etat des- 
criptif de V arrondissement d'Arles ; Dict. topographique, t. X, Amiens, 
impr. Alfred Caron, 1871, p. 110). 

5. Marseille, août 1031 : « Bertrannus comes... Feraldus episcopus testis, 
Berenguerius testis, Amiens frater suus testis, Isnardus Regensis testis...)> 
(//)ic/.,455). 

Mém. et doc. de l'Ecole des Charles. — VII. 24 



370 LA PROVENCE 0U PREMIER AU XU^ SIÈCLE 

fidèles du comte Bertrand, avec l'évêque de Gap. Carbonel figure, 
avec sa mère, dans un acte de Lérins relatif au comté de Fréjus 
et plus précisément au Gannet où elle avait des biens ^ Enfin 
Garbonel et Amie se retrouvent ensemble en 1031, témoins d'un 
acte relatif au comté de Riez 2, avec des membres de la famille de 
Ghâteaurenard. Dans Avignon, Bérenger souscrit des actes depuis 
1019 jusqu'au 14 février 1063/4. En 1019, au monastère de 
Saint-André, il assiste, pour le confirmer, avec la comtesse douai- 
rière Alix, au don fait par la reine Hermengarde, accompagnée 
de ses fils Hugues et Guillaume, de la terre des pêcheurs qui en 
était voisine ^. Gomme la comtesse Gerberge, de son côté, 
avec ses fils, fait, la même année et au même monastère, un don 
de la plaine tenue par les pêcheurs sur la rive du Rhône ^, il 
faut sans doute attribuer à cette même date un acte par lequel 
le marquis Guillaume et sa femme Lucie confirment ^ le don fait 
jadis, relatif aux pêcheurs, par le premier marquis et Alix en 
986 ^\ Bérenger souscrit l'acte du troisième marquis Guillaume 
comme celui de la reine Hermengarde en 1019 : mais il ne paraît 
pas avoir souscrit celui de la comtesse Gerberge et de ses fils. En 

1. 10 juin [102o-1032] : « ego Belielda... in pago Forojuliensi... in Castro 
Canneto... Carbonello filio suo » (Lérins, éd. Flammare, noXLIV). 

2. 1031 : (( quartam partem ville Trigantie, in comilatu Regense... Signuni 
Mattildis f. Dodonus filius ejus f,... Carbonelliis f. Amiens frater ejus f. » 
{Saint- Victor, 620). 

3. Saint-André [janvier-septembre] 1019 : « ego Ermengarda regina et 
filii quoqne mei Ugo et Willelmus... sicul jura testantur Romanorum... 
aliquid nostrœ terrœ... in comitalu Avenionensi, videlicet terram piscato- 
rum... Adalais comitissa propriis manibus gaudens dédit et firmavit. Baran- 
gerius firmavit et Laugerius, Amiens, Raynaldus... ^) [Saint- André, fol. 30). 

4. 1019 : « ego Gisberga comitissa vna cum filiis meis Willelmo, Ful- 
cone Bertranno, Gaufredo... quamdam planiciem... possessam a... pisca- 
loribus... tribuimus... » {Saint-André, f» 32), Les souscriptions de Pierre 
évêque d'Avignon et d'Udalric II évêque d'Orange ne peuvent être anté- 
rieures à 1034 : Heldebert était encore évêque d'Avignon en 1033 et Udal- 
ric II n'est pas devenu évêque d'Orange avant 1030 {Gall. Christ, noviss., 
Arles. n° 327). 

5. [1019?]. Notice de Polycarpe d'après le Cartul. de Saint-André, f" 
30 : (■ subscribentibus Barangario, Amico, Wichiranno ». 

6'. Avignon, 986 (Saint-André, p. 34). 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 371 

novembre 1024, la sœur du marquis Guillaume, comtesse Emma, 
avec son fils Pons, donne un mas sis dans la cité d'Avig'non. 
Bérenger et Amie assistent Pons, fils d'Emma, et Bertrand, fils de 
la comtesse Gerbe rge, qui ne prennent pas encore le titre de 
comtes^. Entre 1024 et 1030, probablement vers 1028 ou 1029, 
il assiste Bertrand à qui son âge permettait enfin de porter le titre 
de comte et il l'assiste lui-même comme vicomte -. L'acte concerne 
Forcalquier, dans le comté de Sisteron, et comme les vicomles de 
Sisteron n'existaient pas encore, leur absence n'est pas surpre- 
nante. Sur la rive droite, il n'y avait d'autres vicomtes que ceux 
d'Avignon et ceux de Cavaillon. Au monastère de Saint-André en 
1030, Bérenger abandonne ses droits sur la moitié de Tourves 
donnée jadis par son oncle Aldebert. Il l'abandonne d'accord 
avec Févêque Aldebert : mais Amie est absent '^. Bérenger et son 
frère Amie se retrouvent cependant à Marseille en août 1031 K 
En 1033, dans Avignon, Béranger, en qualité de juge, confirme 
le don du quart de l'île de Meynargue fait aux églises d'Avi- 
gnon par les comtes Geoffroy et Bertrand^. La souscription 
d'Amie manque à cet acte : mais ce qui est encore plus remar- 

1. Novembre 1024 : « ego Ema comilissa et filius meus Pontius... man- 
sum unum in Advenione civitate... S. Emma comitissa subscripsit. S. 
Pontii. S. Bertranni. S. Barang-erius subscripsit. S. Amicus subscripsit » 
[Saint-André, ms. lat. 12762, f» 254). 

2. [1025-1029] : « ego Bertrannus comes... re cognosco casum fragilitatis 
mçe... ad ecclesiam Sancti-Cromatii... mansum unum... in comitatu Siste- 
rico, in castro Furnocalcario... Signum Bertrannus comes... Signum 
Beringarius vicecomes. Signum vesco Frodo. Signum Amicus » {Saint- 
Victor, n° 666). 

3. Saint-André, 1030 : « ego Barangarius... firmo... meam partem... de 
medietate villœ... Turris... Signum Barangerii... Signum Aldeberti humiiis 
Avenionensis episcopi... » [Saint- André, f° 36). 

4. Saint-Victor,n° i^^. 

5. Avignon, 1033 : « ego Gaufredus... et germanus meus Bertrannus... 
commites... ecclesiis sancte sedis Avenionensis civitatis... quartam partem 
de insula Mairanicas cum ips9 villa... in comitatu Advenionense... ex 
omnibus partibus fluvium Rodani... Signum Jaufredi bac Bertranni... illam 
videlicet quartam partem quam Rannulfus per comités inbenefacito tenet... 
S. Heldebertus... antistis subscripsit. Barangerius judex fîrmavit... » (Vau- 
cluse, G., Chap. métrop., n° 27 provisoire, ff. 21 vo-22 v»). 



372 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII*' SIÈCLE 

quable, c'est l'absence du vicomte Auphant et de ses fils qui cepen- 
dant étaient, à Meynargue,dans leurs terres. Cela s'explique. Les 
comtes possédaient le haut domaine de Meynargue : une moitié en 
était inféodée par eux au vicomte Auphant, pour qui la tenaient les 
chevaliers de Tavel K Les comtes en dominaient un autre quart que 
Ranulph tenait directement pour eux ; c'est ce quart qu'ils donnent 
en 1033 et le vicomte Auphant n'avait rien à y voir. L'acte étant 
passé dans Avignon, comme il n'y résidait pas, sa souscription n'y 
figure pas. Mais Bérenger, lui, y résidait : sa souscription y figure 
donc. Il la donne commejuge de Provence et non comme vicomte, 
parce que, sans doute, Meynargue se trouvait dans le ressort de la 
vicomte d' Auphant et non dans la sienne. Gela est tellement vrai 
que le fait se répète dans un acte qui se présente dans les mêmes 
conditions : le comte Bertrand donne à Montmajour l'église de 
Saint-Aloan, au comté d'Avignon, près Tarascon. Cette localité 
se trouve ainsi dans le ressort de la vicomte d'Auphant et, si 
l'acte était passé à Tarascon. ce serait Auphant qui le souscrirait. 
Passé du consentement de Tévêque et des chanoines, il est bien 
prolable qu'il fut dressé du côté d'Avignon. Dans Avignon, c'était 
Bérenger qui résidait. C'est donc lui qui souscrit : mais il le fait 
encore une fois en qualité de juge de Provence et non pas de 
vicomte -. Quand le l^*" janvier 1038/9, l'évêque Benezet fonde 
e chapitre de Saint-Ruf, il le fait de la volonté de Bérenger et 
avec l'approbation des deux fils de ce dernier, Rostaing et Lau- 
gier 3. Déjà, l'évêque Benezet avait reconstitué la vie canoniale 
de son église, d'accord avec Bérenger à qui il donne le titre de 



1. Janvier 1041 (Saint-André, f" 30). 

2. 12 avril [1033-1036] : u ego Bertrannus cornes... ecclesiam sancti 
Aloanni...in comitatu Avinionense interritorio castri... Tarascone... con- 
senliente... episcopo Seniorelo de Avinione et canonieis et judice Baran- 
gario » (ms. lat. 13915. fT. 75 vo-76 r»; Montm., éd. du Boure, pp. t37-i38). 

3. Avignon, 1^'' janvier 1038/9 : « ego... Benedictus episcopus... in ter- 
ritorio Avenionensi, subtiis burgo ipsius civitalis... super sancto Bufo... 
S. domini Benedicti... Berengarius voluit et concessit et libère similiter 
filii sui Bostagnus et Leodegarius firmaverunt... » (Ul. Chevalier, Codex 
diplomaiicus ordinis Sancti Bu fi, Valence, J. Céas, 1891, pp. 1-3, n» I). 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 373 

proconsul, équivalant à celui de vicomte ^. En janvier 1039/40, 
Bérenger et ses fils échangent l'église Saint-Martin et leurs 
pêcheries de Gigognan, près Sorgues, avec Marzosc que leur 
donnent les moines de Saint-André dans le comté de Sisteron -. 

Le 23 avril 1040, le comte Bertrand donne à Montmajoursa 
seigneurie et s t part des droits qui se perçoivent au port de Taras- 
con, sa seigneurie à Laurade, sa seigneurie à Graveson, sans 
préjudice d'autres biens dans les comtés d'Orange, de Gavaillon, 
d'Aix et de Toulon-^ : Bérenger paraît, sans exprimer sa qualité, à 
à cet acte qui concerne surtout la région dépendant du vicomte 
Auphant ou de ses enfants 4. Egalement en 1040, le comte Ber- 
trand renouvelle sa donation de Saint-Aloan : cette fois Bérenger 



1. [6 mars 1037-1 «•' janvier 1038/9] : « Benedictus... episcopus et Beren- 
gerius ejusdem loci proconsul... Signum Benedicti episcopi et Barangue- 
rii » (VaucluseG.,chap. métroj)., 27 prov.. fî. 17 v°-19 r°). 

2. Janvier 1039/40 : notice de Polycarpe {Annales, p. 62i). 

Le père et l'oncle de Bérenger. en 987, possédaient déjà Jugugnanicus. 
Marzosc était dans le comté de Sisteron [Saint- Victor, 598), près Fontienne : 
quant â Jugugnanicus, si l'on observe qu'une église dédiée à saint Martin 
était voisine de cette localité, on peut, pour l'identifier, se reporter aux 
pancartes d'Innocent II (15 avril 1143) et d'Alexandre III (5 juin 1178) en 
faveur de Saint-André (Bibl. nat., ms. lat. 13916, fT. 130-132 et 134 137 delà 
pagination rouge de ce ms. i. On voit dans la dernière que le monastère possé- 
dait les églises Saint Martinde Riheriis, de Aldreria, deGigonano. A la pre- 
mière doit correspondre la chapelle Saint-Martin, sur le terroir de Montfau- 
con,rive droite du Rhône. A la seconde, la chapelle Saint-Martin, sur le ter- 
roir de Courthezon ; la troisième correspond forcément à Gigognan, sur le 
terroir de Sorgues. Donc le Jugugnanicus de 987 et le Gigognanicus de 1040 
n'est autre que le moderne Gigognan. 

3. 23 avril 1040 : « ego Bertrannus comes... in regno Provinciae.. in 
comitatu Avenionense, in Castro .. Tarascone, mea dominicatura et meam 
partem de portu ; in villa Laurata meam dominicaturam, in villa Graviso- 
nis meam dominicaturam; in comitatu Arausico, meam dominicaturam, in 
comitatu Cavellico... in... Avellonicum meam dominicaturam; in comitatu 
Aqueuse, in villa... Pertusum medietatem de decimo et meam dominicatu- 
ram ; in comitatu Tolonense, in villa Garilde, meam dominicaturam, in villa... 
Albinosco, quarlam partem Beringuerius firmavit » (Montm., pp. 136- 
137). Le vicomte Auphant était sans doute mort. 

4. 1040 : « Berangarius judex firmavit » (ms. lat. 13915, f° 76 r"). L'édi- 
tion du Roure, p. 138, porte, à tort, Berangarius cornes. 



374 LA PRO VENGE DU PREMIER AU XII* SIÈCLE 

souscrit et il le fait en qualité de juge. En janvier 1041, dans Avi- 
gnon, quand les comtes donnent la moitié de Meynargue, sur la 
rive droite du Rhône, qui dépendait des vicomtes fils d'Auphant, on 
reconnaît la souscription de Bérenger après celle de l'évêque 
Benoît: mais il n'exprime toujours pas sa qualité de vicomte en rai- 
son de remplacement des biens et il n'exprime plus celle déjuge, 
parce qu'il n'y avait plus de juges de Provence ^ Le 25 octobre d'un e 
année voisine de 1041, dans Avignon, Bérenger et sa femme Ger- 
berge, dont le nom paraît pour la première fois, donnent, en faveur 
de Saint- Victor et dans le comté de Vence, le quart de la Salette de 
Saraman qui leur venait de ses père et mère à elle : leurs fils 
Rostaing et Bérenger, comme au l^*" janvier 1038/9, confirment 
l'acte -. La présence des évêques d'Orange et de Cavaillon est à 
noter. Par un acte de 1041, Amie, frère de Lambert de Vence, 
donne de son côté un quart de la même localité ^ ; enfin Raim- 
baud de Nice en avait autant ^. Or, Raimbaud de Nice était fils 
d'Odile et de son second époux Laugier. Quand on sait que Lam- 
bert de Vence et Amie avaient une sœur de ce nom •'' qui épousa 
Foulques vicomte de Marseille, il est aisé de penser que Raim- 
baud tenait ce quart de sa mère Odile et qu'Amie, frère de la 
vicomtesse Odile, tenait le sien de son père. Odile, mère de 
Raimbaud de Nice, devait être la tante paternelle d'Amie et de 
Lambert de Vence. 

Par conséquent, le père et la tante d'Amie possédaient au 
moins la moitié de la Salette de Saraman. Il suit de là que Ger- 

1. Janvier 1041 : «... Benedictus episcopus fîrmavit, Berengarius, Rosta- 
gnus de Gorda » (Saint-André, f» 30). 

2. Avignon, 25 octobre [vers 1041 J : u ego Berengarius et uxor mea Gir- 
berga... in comitatu Vensensi, in territorio ipsius civitatis, hoc est quarta 
pars ville... Saleta Saramanni... ex progenie parentum uxoris mee... Beren- 
garius et uxor ejus Girbergis... fîrmant. Udalricus episcopus fîrmavit. Cle- 
mens episcopus fîrmavit...; filii eorum Rostagnus et Berenguerius firmave- 
runt... » {Saint-Vict., 790). Cet acte doit se rapprocher de la date du n° 791, 
c'est-à-dire de 1041. 

3. Saint-Vicior,19{. 

4. Ibid., 792. 

5. Ibid., 109, 111. 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 375 

berg'e, femme de Bérenger, doit se rattacher à la Maison de 
Vence ; de fait, plus tard, Rostain^ fils de Gerberge traitera 
d'oncle Miron de Sisteron* qui était fils d'Odile et de son pre- 
mier époux Miron de Nice. Si, à ce fait, on joint l'indication que 
les vicomtes d'Avignon succéJeront aux vicomtes de Sisteron, il 
est clair que Gerberge, femme du vicomte Bérenger, était fille 
d'Odile et de Miron Par conséquent, elle était cousine ger- 
maine d'Amie de Vence, qui possédait un quart de la Salette, 
et elle était sœur utérine de Raimbaud de Nice qui en possédait un 
autre quart. Ainsi, Odile, femme de Miron de Nice,avaiteula moitié 
de la Salette et ses deux frères chacun un quart, ce qui donne à 
penser que leur père en avait jadis reçu la totalité en fief, sous le 
domaine comtal. Au bas de l'acte passé le 2o octobre dans Avi- 
gnon, Bérenger ne souscrit pas avec la qualité de vicomte : c'est 
que cet acte est relatif à des l)iens qui lui sont personnels, dans le 
comté deVence, et que son autorité vicomtale n'a rien àvoirsoitsur 
ces biens, soit dans ce comté. Dans un nouvel acte où il accompagne 
avec sa femme les comtes Bertrand et Geoffroy, il n'en est pas de 
même^. Là, il figure comme vicomte : c'est que l'acte concerne le 
comté de Sisteron, c'est-à-dire la région, placée sur la rive droite, où 
son autorité vicomtale s'étendait avec celle de ces comtes. Ce fait 
seul suffît à établir que l'acte où il se produit est antérieur à 1045, 
c'est-à-dire à l'époque où sera créé un vicomte de Sisteron, ce qui 
restreindra l'étendue de la vicomte de Bérenger. Un fait montre 
bien que, depuis la disparition des vicomtes de Cavaillon jusqu'à 
la création des vicomtes de Sisteron et de Gap, l'autorité 
vicomtale s'étendait avec celle des comtes Bertrand et Geoffroy 
d'Avignon jusqu'à Embrun, c'est-à-dire tout au moins depuis 



1. Saint-Victor, 664. 

2. [1037-1044J : « in manus potestates comités, id est Jofredus sive Ber- 
trannus... Signum ipsi comités... Signum Baranguerius vicecomes et uxor 
sua voluerunt et firmaverunt. Signum Isoardus et frater suus Villelmus 
firmaverunt. Signum Roslagnus de Gargaia firmavit. Signum alius Rostagnus 
de Sestarone firmavit... et canonici de sancto Mario voluerunt et firma- 
verunt » [Saint- Victor, 675). 



376 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

la mort du marquis Guillaume fils de Roubaud. Dans ce der- 
nier acte relatif au comté de Sisteron, après la souscription 
des comtes et après celle du vicomte, figurent celles d'Isoard et de 
son frère Guillaume. Si l'on songe que Rostaing de Jarjajes à 
leur suite est certainement un chevalier de la région gapençaise, 
ces deux frères rappellent Isoard et Guillaume qui paraissent dans 
un autre acte relatif à l'Embrunais avec l'archevêque d'Embrun^. 
Le premier avait pour enfants Guillaume et Pierre : il doit s'iden- 
tifier avec Isoard de Mison qui vivait encore en octobre 1030- et 
dont le fils cadet, Pierre, sera le premier vicomte de Gap. Aces 
indices s'en ajoute unnutre, de nature différente. Bérenger avait, 
à la porte de Gap, hors des murs et près de la route se dirigeant 
vers Embrun, le domaine d'une terre que tenait de lui en fiel 
Autran de Tallard. Ce mas était voisin de l'église Saint-André 
et, à l'autre porte de Gap, hors des murs, près de la route 
menant vers Sisteron, existait une autre église dédiée à saint 
Arey à côté de laquelle on avait établi un prieuré de Cluny. A 
un moment donné, le moine de Cluny Alboin, qui dirigeait ce 
prieuré_, échangea avec Autran de Tallard le mas voisin de Saint- 
Arey contre celui voisin de Saint- André '^. Il fallait pour cela le 
consentement du seigneur dominant Bérenger : celui-ci l'accorda 
bonnement, bono animo. Il fallait aussi la ratification des comtes 
Geoffroy et Bertrand : aussi l'acte se passa en leur présence. 
Bérenger y reçoit le titre de vicomte, ce qui achève de prouver 
que sa juridiction s'étendait bien alors d'Avignon jusque là. 
L'archevêque d'Arles est présent avec les comtes : on y retrouve 
aussi Rostaing de Sisteron qui se trouvait dans l'acte précédent, 
relatif au comté de Sisteron. Mais Isoard de Mison était mort 
depuis : c'est son fils Pierre qui le remplace. 

A partir de 1045, l'autorité vicomtale de Bérenger se restrei- 
gnit évidemment de tout ce qui se trouvait désormais soumis 

1. Saint- Victor f 1057. 

2. Ibid., 712. 

3. [1037-10451 : « de uno manso pertinente monasterio... fundatus juxta 
ecclesiam beati Erigii... non longe de civitate Vapincensi... facimus con- 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGLME FÉODAL 377 

aux vicomtes de Gap et de Sisteron. On s'explique encore 
mieux que Miron, fils d'Odile et de Miron de Nice, ait été choisi 
comme vicomte de Sisteron en 1045, quand on sait qu'il était 
le propre beau-frère du vicomte d'Avignon. 

Depuis que l'autorité du vicomte se restreint, les actes qui le 
concernent sont naturellement plus rares. 

En octobre 1054, à Avignon, une veuve nommée Gisberge 
donne des biens sis à Saint-Remy sur la rive gauche de la 
Durance : Bérenger souscrit, mais sans exprimer son titre de 
vicomte, parce que ces biens se trouvaient hors de la vicomte * . 

A la mort de l'évêque Benoît (18 avril 1047), ce fut Rostaing, 
fils aîné de Bérenger, qui le remplaça. 

Un acte concernant la rive droite du Rhône, du temps de l'évêque 
Rostaing, permet de faire encore une fois la même constatation 
que celle déjà faite plusieurs fois à propos de l'emploi du titre 
vicomtal réservé aux actes qui concernent des biens placés dans 
le territoire soumis au vicomte. Ranulph Asquier abandonnant 
le quart de Meynargue, les deux vicomtes souscrivent : le 
vicomte Bérenger omet son titre, le vicomte Guillaume prend le 
sien 2. 

Les deux derniers, actes émanant du vicomte Bérenger, sont 
les suivants. Le 14 février 1063/4, de concert avec sa femme 
Gisberge, ses fils l'évêque Rostaing, Bérenger, Raymond, Guil- 



ventionem mutacionis pro uno... manso... juxta ecclesiam beati Andreœ... 
quo... habere videtur a domno Biringario pro bénéficie... jure perpétue... 
concedente domno Biringario bono animo... in prsesentia et consensu 
comitibus nostris Gaufredus et Bertrannus. Et Berengarius vice- 
comes... et aliorum plures nobiliorum hominum... domnus Raimbaldus 
Arelatensis archiepiscopus et Rostagnus de Sestarone et Petrus de 
Misone... » (Bibl. Carpentras, ms. 504 : Juvénis, Hist. du Dauphiné, t. II, 
p. 56). 

1. Avignon, octobre 1054 : « ego Gisberga... in commitatu Avenionense, 
ultra fluvium Durentie, prope Sancti Remigii,. Domnus Berengarius fir- 
mavit... .) (Vaucluse, G., Chap. métrop.,27 prov., ff. 26 vo-28 r''). 

2. [1047-1065] : « de Mairanicas... in presentia Rostagni episcopi, Beren- 
garii. Pétri Amici, Guilelmi vice comitis... «(Vaucluse, G., Chap. métrop.,27 
prov., ff. 22vo-23 r»). 



378 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl'' SIÈCLE 

laume, Laug-ier, Rostaing et Bertrand, il donne à Cluny Téglise 
de la Sainte-Trinité, du Pont de Sorgues, avec la moitié des dîmes 
de la chair de tout le village, le dixième de la part qu'il tire du 
marché et le dixième d'un moulin avec le droit d'y moudre sans 
laisser de mouture. Il donne également les dîmes de tout son 
labeur, en pain et vin, et celles de son jardin. Il y ajoute diffé- 
rentes pièces de terres près de la Sorgues ^ et les comtes de Pro- 
vence confirment cet acte qui a tout l'air d'un testament. 

En même temps, comme son fils l'évêque Rostaing avait con- 
testé au prieuré clunisien de Gap l'échange jadis approuvé par 
lui, Bérenger le confirme de nouveau ^. 

Dans les dernières années de sa vie, Bérenger voulut faire une 
abbaye de l'église du Saint-Séjjulcre et de Saint- André près le 
château du Cannet, dans l'évêché de Fréjus, qui lui venait de sa 
femme. Les intentions du vicomte ne purent, toutefois, recevoir 
plein effet : son fils, le vicomte Rostaing, dut plus tard s'occuper 
de les réaliser ^. 

1. Avignon, 14 février 1063/4 : <( ego Barangarius, cum voluntate uxoris 
mese Gisberge et filiorum meorum videlicet Rostagni episcopi et Berin- 
gaerii, Raymundi, Willelmi, Leodegari, Rostagni, Bertranniac consilio pre- 
dicti Rostagni Avennicae civitatis episcopi ejusque canonicorum, dono... 
ecclesiam sanctç Trinitatis.,. in territorio Avennicensi, in Castro... Pons 
Sorgie cum medietate decimarum incarne tocius ville et cum décima parte 
illius partis quam habeo in mercato et décima molendini de Balmeta et 
molere ibidem monachis absque moltura. Dono... décimas de omni labore 
meo predicti loci in pane et vino et de orto meo... Et, secus buccam Sor- 
gie..., petiam déterra... et in loco... Willa vetula... petiolam. .etinloco... 
Milancon... petiolam... et ad Ficulneam... petiam... rivulus... Surgilionis... 
secus molendinum de ipsa botiliaria... in Sorgita... Willelmus cornes Pro- 
vincialis et Josfredus fraterejus fîrmaverunt. Signum domni Berangarii et 
uxoris sue Gisberge et filiisui... Rostagni episcopi, Barangarii, Raymundi, 
Willelmi, Leodegarii, Rostagni, Bertranni... Petrus Amicus et fratres sui.. 
Willelmus, Eldebertus et Amicus voluerunt et fîrmaverunt... » [Cluny, 
no'3387) 

2. [février 1063/4] : « molestia quam intulit episcopus Avenionensis filii 
Berengarii... ecclesiœ sancti Andreœ... super mœnia Wappincense... jure 
perpetuo supradicti Berengarii vicecomitis... pro cambio... quando ipsa 
molesta tione... ad aures domni Berengarii venerit... graviter accepit... wir- 
picionem fecit... » (Juvënis, Hist. du Dàuphiné, t. II, p. 113). 

3. [1050-1065] :<( Beringerius proconsul Avinionensis... abbatiam... voluit 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 379 

Le vicomte Bérenger paraît être mort avant le 13 juillet 1065, 
date à laquelle le comte Bertrand favorise le monastère de Saint- 
André d'un don que seul l'évêque Rostaing approuve, si 
l'analyse qui reste de cet acte est exacte K 

On lui connaît sept fils : le dernier, Bertrand, ne paraît que du 
vivant de son père le 14 février 1063/4. Quant aux autres, ils *e 
répartirent le pouvoir dans Avignon, aussi bien le spirituel que le 
temporel. Pendant que l'aîné Rostaingtenaitl'évêché, le troisième, 
Raymond, tenait le doyenné établi à N.-D. la Principale et uni 
au chapitre delà cathédrale. L'évêque, encore vivant le 30 janvier 
1074 ^, mourut avant le mois de janvier 1075/6 ^ ; il était réputé 
pour son avarice. Quant au doyen, il a gardé le nom de sa dignité : 
c'est Raymond Decan. Cette dignité, dont il jouissait sur la rive 
du Rhône, ne l'empêcha pas de prendre femme sur la rive droite : 
le fleuve séparait l'une de Tautre et c'était déjà une concession 
appréciable aux règles de l'Eglise. A la génération précédente, 
certains évêques tenaient leur concubine à proximité de leur 
cathédrale. Cette femme, peut-être une sœur de Rainon et de 
Rostaing de Posquières, lui apporta des biens près de Nîmes : de 
plus, son petit-fils tiendra par mariage le château de Marguerittes 
en fief de Bernard, vicomte de Nîmes, Agde et Béziers ^. Au début, 
il figure, avec ses frères, dans des actes relatifs à la vicomte 
de Sisteron qui leur était échue ^. 

facere in episcopalu Forojuliensi de ecclesia S. Sepulchri et S. Andrese 
juxta castrum... Cannetum... supradictas ecclesias... Sancto Andrese... in 
monte Andaone in episcopio Avennicensi... donavit prsesente Rodulpho 
Cavellicensi episcopo et Pontio Balda... consentiente Gerberga uxore... » 
(Bibl. nat., ms. lat. 13916, f» 20 v°; ms. lat. 8971, f° 33 v«). Cf. Lérins, 
Flammare, n° XLIV. 

1. 13 juillet 1065 (Sam/-Anc?r^, f° 28 ; analyse de Polycarpe : Annales 
p. 633). 

2. 30 janvier i01^{Cluny, 3466). Pour l'avarice, cf. la Vie de saint Pons, 
abbé de Saint-André, chap. 9 (ms. lat. 13916, fF. 16-18), et la rapprocher 
de l'acte du Cart. de Saint-Victor, n» 664. 

3. Janvier 1075/6 [Saint-André; Polycarpe, p. 635). 

4. Béziers, 1121 {Hist. de Languedoc, 2" éd., t. V, n» 475). 

5. [1065-1075] : « ego Rostagnus episcopus Avinionis, filius Berengarii 
vicecomiti... condaminam... propecastellum. .. Forcalcherium... Rostagnus 



380 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

Le 28 juillet 1094, sous le simple nom de Decan, il assiste à 
la donation faite par Raymond de Saint-Gilles, marquis de Pro- 
vence, où ce prince exempte de ses droits de péage sur le Rhône 
et la Durance les bateaux de Saint-Victor' : cette donation laissait 
pressentir que la comtesse Douce en ferait autant. En elfet, Douce 
consentit le même privilège et, parmi les grands vassaux qui 
suivent son exemple, Raymond D.'can déclare l'étendre aux droits 
qu'il percevait au Ponf^. Il s'agit là du Pont de Sorgues et de 
la quotité héréditaire des droits vicomtaux qui étaient échus au 
doyen : il s'en désintéresse plus facilement que les vicomtes ses 
frères. On le trouve encore dans Avignonen janvier 1 096 ^ : il aban- 
donne au chapitre ce qu'il tient à Rognonas, non seulement des 
terres, mais ses droits sur les ventes, la mistralie elles plaids. Ce 
sont là encore des parcelles de la vicomte. Cet acte a les allures 



episcopus firmavit. Raimundus et Vilelmus, Laugerius et Berengarius fra- 
tres, omnes isti firmaverunt... » \ Saint- Victor, 663). 

[1065-1075] : « ego Rostagnus sancte Avinionensis ecclesie episco'iis... 
condaminam quam Miro quondam avonculus meus dederat... quam... Beren- 
garius frater meus reddidit... Ego vero... post mortem fratris mei Beren- 
garii... reddo eam.. Sed, quia temporali stipendio penitus carere nequeo, 
accipio prodinde XL solides ottonincorum nummorum. Est... ei... apud 
Fornicalcarium castrum... Guirberga et filii ejus Willelmus, Raimundus, 
Lothgerius, Rostagnus firmaverunt... » {Ibid., 664). 

i. 28 juillet 1094 : « ego Raimundus.., comes et Provincie marchio... quid- 
quid usus aut reditus habeo... in ratibusdescendentibus sive per Dureciam, 
siveperRodanum,et in nauibus per eosdem fluvios... ascendentibus... ut ab 
bac die... proprie naves et rates... monasterii pichil... tribuant... Sed et illud 
quod Dulcis comitissa vel alii... dederunt vel daturi sunt... laudo. . Rai- 
mundus comes... Ego Alvira comitissa laudo... Decanus firmavit. Willel- 
mus de Sabra firmavit. Fulco Dodonis firmavit. Raimundus de Biterris 
firmavit,.. » [Saint- Victor, 686). 

2. [28 juillet 1094 ?] :« ego Dulcis comitissa dono... Raimundus decanus 
quicquid usus abere videtur et accipere in Ponte condonat similiter... » 
[Ibid,, 686). 

3. Avignon, janvier 1096 : « ego Raimundus Decanus filius Berengarii et 
Gisbergae... totum quod habeo... in villa de Ragnenatis... in cambia, in 
mestralia, in placitis... ut kannonici sint memores mei... S. Raimundi... 
super altare sancte Marie donavit... Leodeguarius frater ejus... donavit et 
firmavit. Rostagnus Berenguarius alius frater firmavit. Berengarius epis- 
copus firmavit » (Vaucluse, G. 27, f» 32 v»- 33 r°). 



La hiérarchie ADMiMStRATiVË Et LE RÉGIME FÉODAL 381 

d'un adieu. Le 12 juillet suivant il est à Nîmes * ; mais il 
est trop vieux, apparemment, pour suivre en Terre-Sainte le 
marquis de Provence, chef des croisés, et il ne dut pas tarder à 
mourir. Ce fut son fds, appelé comme lui Raymond et son suc- 
cesseur comme doyen d'Avignon, qui se croisa : en plus de l'hé- 
ritage de son père, celui-ci tenait de sa mère Posquières 2. Le 
31 janvier 1105, il était encore en Terre-Sainte^. Le 13 janvier 
1112, il était de retour^. Il avait épousé sans doute une fille 
d'Elzéar d'Uzès; en somme, il était fixé en Languedoc et il dut 
abandonner le doyenné d'Avignon, n'en gardant que le nom. 
En elfet, vers 1110 ou 1115 5, l'évêque d'Avignon et son chapitre 
se déclarèrent la guerre à propos du doyenné : cette guerre se 
termina par une trêve que jurèrent dix des amis du chapitre et, 
sans doute, il s'agissait de savoir qui remplacerait Raymond Décan. 
Celui-ci mourut seulement au mois d'août 1138 et il fut inhumé 
à Psalmody 6. Raymond Décan eut cinq fils. L'un d'eux, Ros- 
taing de Posquières, épousa, en 1 121, à Béziers, Ermessende, fille 
de Bernard, vicomte de Nîmes, d'Agde, de Béziers, et de Cécile 



1. Nîmes, 12 juillet 1096 :« I)ecanus))(//isL de Lang.,%' éd., t.V, n° 393). 

2. « R. Decanus Poscariensis » [Ihid., n° 377). 

3. 24 janvier 1103 : a Decanus de Poscherias [Ibid.^ n° 415). Le 17 janvier 
on lit : (( ego Raimundus gracia Dei Sancti Egidii cornes et Provincise mar- 
chio, princeps autem, Dea auxiliante. milicie christiane in Jerosolimitano 
itinere » {Ibid., no414). 

Montpelerin, 31 janvier 1105 : « Decanus de Poscheriis » [Ibid., n» 420). 

4. 13 janvierlll2 :«S. Decanide Poscheres))(jV/arca/j<s/)an.. App., 349). — 
1114 :k D. de p. >>{Hist. deLang., 2^éâ., t.V, n»450. — Fos. 1116 : «Decanus 
de Poscheriis» (Bouches-du-Rhône, B. 1069, f» 230 v»). — 7 mai 1118 : «D.de 
P. » {Hist. de Lang., 2^ éd., t. V, n° 462, § 1). — Arles, août 1118 : « Bay- 
mundus Decanus ))[Bibl. d'Avignon, ms. 2754, f° 40 r°). — 1118: « D. de P. » 
{Hist. de Lang., 2« éd., t.V, n« 456, ^ 6). — 9 mai 1125 : « D. de P. » {Ibid., 
n« 491, §4).— Août 1129 : « D. de P. y^'Ibid., n» 502). — 1129 (//>/(/., n° 504).— 
23 février 1130/1 : « D.de P. » [Ibid., n» 506, § 1). 

5. [1109-1117] : (( nomina amicorum, fidelium scilicet ecclesie sancte Marie 
Avennice sedis qui, prOfjter guerram quam episcopus A. cum suis kanoni- 
cispro decania habuit, ex parte kanonicorum treugam juraverunt... » (Vau- 
cluse, G.27,fo34 r°). 

6. Août 1138 : « R. Decani dominus Posqueriarum et Ucetiœ » [Gall. 
Christ., t. VI. col. 620). 



382 ' LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll^ SIÈCLE 

de Provence : en dot, il reçut Marguerittes, Beauvoisin et Cal- 
visson ^ Ce Rostaing se rencontre jusqu'en 1142 2 et mourut 
avant 1 1 46, laissant lui-même deux fils, Rostaing et Pierre de Pos- 
quières, qui paraissent à cette dernière date ^. Un autre des fils 
de Raymond Decan, seigneur de Posquières, fut probablement 
Brémond d'Uzès, qui paraît de 1146 à 1168^. Tous les liens avec 
le pays d'Avignon, de cette branche cadette delà maison vicom- 
tale d'Avignon, n'étaient pas disparus : en 1157, Brémond d'Uzès 
hommage Saze à l'évêque d'Avignon ^^. Raymond Decan de Pos- 
quières, outre Rostaing de Posquières et Brémond d'Uzès, eut 
encore trois fils. Tous trois furent évêques, ce qui donne une idée 
suggestive de la grandeur à laquelle parvenait cette maison issue 
d'un cadet d'Avignon et d'un simple doyen du chapitre de cette cité. 
Il est vrai que les évêques, au milieu du xii® siècle, étaient peut- 
être de plus petits personnages que ceux du xi*', au point de vue 
de la puissance temporelle. L'un d'eux, Raymond, futévêque de 
Viviers('|- 1170?)^; le second, nommé également Raymond, évêque 
d'Uzès (-[• 13 décembre 1188), et le troisième, Albert, évêque de 
Nîmes(-|- 1 180 ?). Quant à Brémond d'Uzès, frère de ces évêques. 



1. Béziers, H21 {Hist. de Lang., 2" éd., t. V, n° 475). 

2. 15 septembre 1125 {Ibid., n° 492).— Toulouse, mai 1130 (/AiJ., 
uo 513). — 2^ février 1130/1 {Ibid., n« 506, § 11). — Montpellier, 1131 {Ibid., 
n« 515).— [Vers 1131] {Ibid., n^MQ). — 26 juin 1142 (Ibid., n° 552). 

3. 1146 {Ibid., n°569). 

4. 1146 {Ibid.,n'^ 569). — 1150 : « Bremundus de Usetico» (Carpentras, ms. 
512, fo 116). — 1158 {Hist. de Lang., 2^ éd., t. V, n» 616, § 3). — Janvier 
1161 {Ibid., n° 637). — 1168 : « B. dominus Ucecise et Poscheriarum y){Ibid., 
n° 668, §3). — Saint-Gilles, décembre 1174 : « ego Bremundus de Ucecia... 
ius pascendi sine usatico in Silua Gotischa... » (Arch d'Arles; chartrier 
Veran, n» 16, scellé : >^ SIG'ILLVCD BERODVNDI; dans le champ, 
un château ; sceau de cire en navette 36™™ et 60™™ de haut). 

5. 1157 (Vaucluse, G. 264, fo 11, et Arch. Vatic. Instr. miscella ; layette : 
996-1249, n° 16). 

6. Son prédécesseur, Guillaume de Peytieux, prévôt de Valence et 
évêque de Viviers, mourut en iio^ {Charvei, Saint-André-le-IIaut, n° VII. 
— Comte de Pierlas, Doc. inéd. sur les comtes de Valence et l'ordre de 
Saint-Jean; Rev. hist. de Prou, de M. du Roure, l*"^ année, Aix, Remon- 
det-Aubin, 1890-1891, pp. 144-145). 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 383 

il laissa plusieurs fils, notamment Elzéar, seigneur de Pos- 
quières, et Raymond d'Uzès, dit Rascas. Le premier, connu de 
1156 à 1185, mourut avant juillet 1202 ' . Le second, en février 
1199/1200, hommage Saze à l'évêque d'Avignon Rostaing de 
Marguerittes -. 

Il est inutile de pousser plus loin ce qui concerne les descen- 
dants de Raymond, doyen d'Avignon, et il faut revenir aux aînés 
de la maison vicomtale. A côté de Tévêque Rostaing et du doyen 
Raymond, se trouvaient quatre autres fils du vicomte Bérenger, 

\. 1136 (Bouches-du-Rhône, B. 283). — 1157 : « Elisiardus major natu 
filiorum Bermundi de Uzetica » (Vaucluse, G. 264, f° 11). — Janvier 1161 : 
« Helesiardus filius ejus » {Hisf. de Lang., 2® éd., t. V, no 637). — Décembre 
1171 : « Hyl. de P.cum fratribus meis » (Bouches-du-Rhône B., 1069, f°215). 
— Janvier 1182/3 : « ego Helesiardus de Usetico... ego Raimundus de 
Usetico frater supradicti Helesiardi. . . » (Arch. d'Arles : Authentique du 
Temple de Saint-Gilles, fî. 8 r°-9 r°). — Octobre 1185 : « ego Helisarius de 
Usetico Poscheriarum dominus laudo. , . donationem quam Bermundus de 
Usetico quondam pater meus fecerat. . . et ego Bermundus supradicti Heli- 
siarii filius... » (Arch. des Bouches-du-Rhône, H. Malte 107; sceau circu- 
laire de cire blanche 40°'°» de diamètre, ^o S°ELISI7CRIS't)NS* 
Ï3E* POSTQERIIS avec un château). — Mars 1185/6 : « Rostagnus de 
Poscheriis suprascripti Helisiarii filius... » [Ibid. — Cf. Arch. d'Arles : 
Authentique de l'Hôpital Saint-Gilles, fî. 14v°-15r°). — Octobre 1192 : « ego 
Elisarius de Ucecia Poscheriarum dominus, filio meo Bermundo concedente 
et confirmante. , . » (Arch. d'Arles : Authentique du Temple de Saint-Gilles, 
ff.l67v°-168 r"). — 7 décembre 1196:" Rostagnus Poscheriarum dominus, . , 
pâtre suo quondam Elesiario, . . ego Rostagnus Dei gratia Poscheriarum 
dominus. . . » [Ibid.^ fT. 165 v°-167 v°). — Novembre 1198 : « ego Bertran- 
dus de Ucecia et ego Maria eius soror heredes Raimuude filie quondam 
fratris nostri Raimundi de Ucecia et ego Guillelmus Castellanus maritus 
suprascripte Marie. . . in illo stare quod fuit Pétri de Castlario aui quon- 
dam suprascripte Raimunde. . . » Ibid., fT. 13 r°-14ro). — 4 mars 1202/3 : 
«ego Rostagnus Poscheriarum Dei gratia dominus. . . recognosco domi- 
num Bermundum de Ucecia quondam avum meum douasse... pascuum 
lotum de Silua Godesca. . . nunc autem. . . laudo . . .ego Bermondus de Pos- 
cheriis obligo me fideiussorem. . . » {Ibid., Authentique du Temple, ff. 209 
v°-211 r°). — Juillet 1202 : « Rostagnus de Posqueriis filius quondam Ele- 
siarii de Poscheriis... trado... pascua... in silva Poscheriarum... » 
(Arch. d'Arles : Authentique de l'Hôpital de Saint-Gilles, fî. 15 v^-lô r°). 

2. 1168 : « R. Uceciœ» {Hist. de Larig., 2« éd., t. V, n» 668, § 3). —Saze, 
février 1199/1200 : « R. de Ucetia, Rascatius, filius quondam Bermundi de 
Ucetia » (Vaucluse, G. 264, f« 12). 



384 La PROVENCE bu premier au xii^ siècle 

mort entre le 14 février 1063/4 et le 13 juillet 1065. Ce sont 
Bérenger, Rostaing Béreng^er, Laurier et Guillaume. 

Entre le 14 février 1063/4 et le l^'' mai 1063 \ Giraud, évêque 
de Sisteron, se trouve avec les vicomtes Bérenger, Miron et Ros- 
taing, Raimbaud de Nice, Rostaing de Sisteron, Cotaron de For- 
calquier, dans Tun des grands plaids annuels qui se tenaient à 
Barbaras ; il confirme une donation faite en 1044 par le marquis 
Bertrand. Puis, Guillaume et Geoffroy, les deux marquis fils de 
Bertrand, l'ayant confirmée à leur tour, Bérenger les assiste '^. 
Enfin, le vicomte de Sisteron, Miron, étant mort sans fils, ce fut le 
vicomte d'Avignon Bérenger qui lui succéda et qui devint vicomte 
de Sisteron. Par sa mère Gisberge, il était son neveu. Le i^^ mai 
1065 3, le même évêque de Sisteron Giraud requiert, pour une 

1. [14 février lOGS/i-l^"" mai 1065] : « Geraldus, episcopus Gisistericen- 
sis... Berengarius vicecomes firmavit. Miro vicecomes firmavit. Raiambal- 
dus de Nica firmavit. Rostagnus vicecomes firmavit. Wantelmusde Oppeda 
firmavit. Rostagnus Sigisteriscensis firmavit,.. » {Saint-Victor, 659). Le 
vicomte Bérenger. qui figure ici, ne peut être celui qui vivait le 14 février 
1063/4 : en effet, jamais Rostaing, qui y figure aussi, n'a été vicomte du 
vivant de son père. Donc, ce Bérenger est le frère de Rostaing et ainsi 
l'acte est postérieur au 14 février 1063/4. D'autre part, Miron, qui y figure 
avec eux, est mort avant le 1^"^ mai 1065, puisque le vicomte Bérenger, 
fils de Bérenger, lui avait déjà succédé à cette date [Saint- Victor, 680). 

Le Rostaing de Sisteron qui figure ici n'appartient pas à la maison des 
vicomtes de Sisteron : comme Cotaron de Forcalquier, Gantelme dOppéde, 
à Forcalquier et à Oppède, c'est un membre de la famille investie de la 
châtellenie de Sisteron. 

2. [14 février 1063-1067] : « ego... Vilelmus et ego Gauzfredus comités 
sive marchiones Provintie... Berengarius lilius Berengarii vicecomitis 
donavit et firmavit... » [Saint-Victor, 659). 

3. l®"" mai 1065 : « ego Geraldus, gracia Dei, Gisistencensis episcopus... 
consilio et voluntate domni Willelmi Berlranni comitis Provincie et comi- 
tisse sue uxoris, domni eciam Berengarii, filii Berengarii majoris, wiceco- 
comitis Sigistericensis sueque mulieris Accelene » (Sam/- V^'cior, 680). Le 
scribe écrit : millesimo adjuncto eciam LX necnon V ablato. En bon latin, ce 
serait 1055; mais Géraud n'a été élu évêque de Sisteron qu'en 1060. De plus, 
en 1055, c'était Pierre qui était abbé de . Saint- Victor et non pas Durand, 
cependant nommé dans l'acte. Le n° 532 présente une date rédigée avec 
une obscurité pareille à celle-ci : millesimo, adjuncto eciam septuagesimo et 
non deeodem numéro quarto ablato. Or, par les éléments certains qui accom- 
pagnent ce dernier millésime, on voit qu'il s'agit du mercredi 10 avril 1074/3, 



La hiérarchie aûivjinistrative et le régime féodal- 385 

donation, le conseil du comte Guillaume Bertrand et celui de 
Bérenger, pris en sa nouvelle qualité de vicomte de Sisteron. On 
apprend à cette occasion que ce vicomte avait épousé Accelena. 
Désormais, la famille des vicomtes d'Avignon reprend pied dans 
le comté de Sisteron comme avant 1045. Dans un acte de la 
même époque, on voit l'évéque d'Avignon Rostaing, ses frères 
Raymond et Guillaume, Laugier et Bérenger, donner une conda- 
mine voisine de Forcalquier à Saint- Victor ^ Le 5 avril 1066, le 
même évêque d'Avignon jure de maintenir le temporel de l'église 
concathédrale de Forcalquier, soumise à la commune du chapitre 
par l'évéque Giraud : ilagit là comme s'il faisait fonctions d'avoué 
de cette église ^. Peut-être le vicomte Bérenger était-il déjà mort à 
cette époque et avait-il laissé Sisteron à son frère l'évéque. Défait, 
dans un autre acte, Tévêque Rostaingrend, moyennant finances, 
une condamine jadis donnée par feu son oncle le vicomte Miron^ 
pour laquelle celui-ci avait reçu un cheval etuneépée de la valeur 
de soixante sous, puis reprise par Bérenger et restituée parce der- 
nier avant de mourir. L'évéque Rostaing, successeur de son 
frère Bérenger, exige de nouveau quarante sous pour abandonner 
cette condamine près de Forcalquier. Sans doute, à chaque 
succession, le même fait tendait à se reproduire en s'atténuant 
chaque fois; ainsi, le don primitif de cette condamine ne se 
perpétuait pas sans coûter aux moines de lourds impôts qu'il 
leur fallait payer aux ayants droit de leur bienfaiteur pour obte- 
nir une tranquille possession ^. Ce que les mourants donnaient 

selon le style de l'Annonciation etFusag-e pisan. II faut donc qu'il en soit 
de même pour le premier acte, au moins quant au millésime, et il faut lire 
4065 au lieu de 1055. Le scribe s'est embrouillé dans son élégance : il a 
écrif nec non V ablalo, quand il fallait e/ non v ablato. 

1. Saint- Victor, 663. 

2. 5 avril 1066 : « juravit episcopus Avinicœ honorem sancti Marii qui 
illum die habebat et in antea cum consilio suo adquirere potuerit et omnia 
possibilia quidquid canonici in commune habuerant... » (Carpentras, ms. 
513, fT. 130 rM32r«). 

3. [1065-1075] : « ego Rostagnus, sancte Avinionensis ecclesie episco- 
pus... condaminam quamMiro quondam avunculus meusdederat pro qua et 
equum et ensem precio LX solidorum acceperat... quam iterum injuste 

Mém. et doc. de i École des Charles. — VII. 25 



386 LA PROVENCE DU PREMIER At Xll® SIECLE 

d'une main défaillante, leurs héritiers le reprenaient d'un poi- 
gnet solide, en attendant de craindre à leur tour la mort; sinon, 
il fallait les dédommager de suite et largement. C'était Tusage 
courant : il n'enlevait pas à l'âme du mort, qui avait donné, le 
mérite de sa bonne œuvre. 

Puisque Rostaing succède ainsi à son frère Bérenger, c'est 
signe que celui-ci ne laissait pas d'enfants ; leur oncle Miron 
n'en avait pas laissé davantage. Le même évêque, qui trouvait 
si bien moyen d'accommoder les exigences de sa conscience avec 
les besoins de sa bourse, tenait, toujours à Forcalquier, des offi- 
ciers lesquels, pour se rémunérer de leurs gardes, exigeaient, soit 
des cultivateurs eux-mêmes, soit sur les vignes de Saint-Promas, 
des droits arbitraires, comme bon leur semblait : cela était con- 
traire, non seulement aux commandements de Dieu, mais aussi à 
la coutume. Réfléchissant à l'énormité de ce péché, l'évêque pres- 
crit que personne ne pourra plus pratiquer ces extorsions, pas 
plus en son nom qu'au nom de la comtesse et de tous les « princes » • 
à eux soumis. Cette fois-ci, on ne dit pas combien l'évêque d'Avi- 
gnon reçut pour mettre ainsi sa conscience en paix. S'il pressen- 
tait la mort, ce don dut être gratuit : en tout cas, il mourut 
peu après. Les trois frères survivants, en dehors du doyen, 
contirmèrent la donation de 1061 émanée de leur père -. Cette 
confirmation fait ressortir ce que le plaid de Barbaras avait déjà 

possessam Berengarius frater meus reddidit pro salute anime sue. Ego 
veio metuens, post mortem fratris mei Berengarii, possidere prescriptam 
condaminam, melius mihi previdens, reddo eam...Sed, quia temporali sti- 
pendie penitus carere nequeo, accipio... XL solides ottonincoium nummo- 
rum. Est... apud Fornicalcarium castrum... Guirberga et filii ejus Willel- 
mus, Raimundus, Lolhgerius, Rostagnus firmaverunt » [Sainl- Victor, 66i). 

1. [1067-1075] : u ego Rostagnus episcopus Avenionensis, conlra precep- 
lum Dei malum usum habebam... apud castrum Furcalcherii... conside- 
rans quia magnum peccatum esset hoc... dimisi illum malum usum.., ex 
parte mea et ex parte comitisse et omnium principum nostrorum, ul nul- 
lus deinceps hoc audeat facere, neque cornes neque episcopus neque ali- 
quis princeps post nos venturus... » (Saint-Victor, 665). 

2. [1075-1096] : « Rostagnus et Willelmus et Lcodegarius vicecomites 
firmaverunt, Rostagnus et Raymundus filii Willelmi vicecomitis firmave- 
runt » (Bibl. nat., ms. lat. nouv. acq. 1498, ff. 21 vo-23 r»). 



LA HIÉRARCHIE AD3IlNISTRATiVE ET LE RÉGIME FÉODAL 387 

montré : c'est que tous les fils du premier vicomte Bérenger se 
partagent la vicomte d'Avignon, au lieu d'en laisser le titre à l'un 
d'eux. De même, en 1041, les cinq fils du vicomte Auphant se 
partageaient son titre. Ils ne font que suivre l'exemple des 
comtes se partageant désormais le titre de marquis. Pour le 
moment, il en reste trois à Avignon : Rostaing Bérenger, Guil- 
laume et Laugier. Ce dernier, Laugier, vivait encore dans Avignon 
en janvier 1096 : il paraît être mort avant février 1099 et ne pas 
avoir laissé de fils. Son frère Guillaume, en janvier 1075/6, sous- 
crit un don de l'évêque Laugier à Lirac, sur la rive droite du 
Rhône ^ H était déjà mort, sans doute, en janvier 1096 : ses 
deux fds, Rostaing et Raymond, approuveront à la suite de leur 
père la donation de 1063/4. L'aîné, Rostaing Guillaume, était 
chanoine d'Avignon en 1094; en octobre 1110, il testera en 
faveur du chapitre^. Le sort du second est ignoré et il dutmourir 
avant 1110. 

Ainsi, la vie de la maison subsiste dans le vicomte Rostaing 
Bérenger. Il avait épousé Ermessende : elle et lui, en 1075, con- 
firment à Saint-André le don des églises Saint-Michel, Saint- 
André et Saint-Léonce du Cannet avec la moitié de la paroisse que 
Bérenger avaitjadislaissée, faute depouvoiry établir une abbaye ^. 



1. Avignon, janvier 1073/6 : « ego Laugerîus Avenionensis ecclesise 
humilis episcopus... preeter ecclesiam S. Pétri... in comitatu Avennico, 
in villa Aileraco... casale... et quatuor homines... Signum Laugerii... epis- 
copi... Bertrannus cornes f. Willelmus vicecomes f. » [Saint-André ; Poly- 
carpe, Annales, p. 635). 

2. 1094: « Sylvester praepositus et Rostagnus sacrista firmàrunt. Leode- 
garius et Rostagnus Gilelmus firmavit... » (Carpentras, ms. 513, ff, 116 y°- 
117 r°). — [1097-1099] : « Signum Silvestri prepositi, Rostagni sacriste. 
Rostagni Guilelmi... » (Vauciuse G., chap. métrop., 27 prov. f. 30 r°-v°). 
Avignon, 7 juillet 1105 : « testes Arbertus episcopus et Rostagnus Gui- 
lelmi » [Ibid., f. 3). — Avignon, octobre 1110: « ego... Rostagnus Guilelmi 
dono... canonicis... omnia bonamea... Signum Rostagni Guilelmi » [Ibid., 
f« 23 ro). 

3. Avignon, 1075: « ego Rostagnus filius Barangariiet uxor mea Ermen- 
sens... medietatem parrochiœ castri Canneti... » (Bibl. nat., ms. lat. 8971, 
f° 33 v« ; ms. lat. 13916, f° 20 v»). 



388 LA PROVENCE Dt PRËMIEtl AU XII^ SIÈCLE 

En janvier 1096, il assiste ses frères Raymond et Laugier^ dans la 
donation de Rognonas. En février 1099, il approuve la donation 
du prévôt Rostaing 2. Enfin, au mois de juin 1101, Rostaing 
Bérenger, sa femme Ermessende et leurs enfants, Bérenger 
évêque de Fréjus, le vicomte Geoffroy, Bertrand, Raymond et 
Pierre Bérenger, donnent à Téglise d'Avignon le haut domaine 
et le pouvoir direct qu'ils ont sur les moulins dits Molnatas, sur 
l'eau de la Sorgue qui y passe et sur le courant de cette rivière, 
depuis Védène jusqu'au Rhône, et, sur le fleuve, jusque dans la 
ville même d'Avignon ; en retour, le prévôt leur fait cadeau 
d'une mule de cent sous et de fourrures prévôtales, en camelot 
couvert de soie, d'un plus grand prix encore ^. C'est là le 
dernier acte qui mentionne le vicomte Rostaing Bérenger : sa 
veuve, Ermessende, prête en effet hommage à la comtesse de 
Provence Alix, fille du maïquis Guillaume Bertrand et veuve, 
depuis 1092, du comte d'Urgel Ermengaud ^. Dans cet hom- 

1. Avignon, janvier 1096 : « ego Raimundus decanus filins Berengarii et 
Gisbergge... S. Raimundi... Leodeguarius frater ejus similiter donavit et fir- 
mavit. Rostagnus Berengarius alins frater firmavit. Berengarius episcopus 
firmayit. Gaiifredus firmavit. Bertrannuset alii fratres firmaverunt... ))(Vau- 
cluse, G., Chap. métrop., n° 27 prov., fT 32 v°-33 r"). 

2. Avignon, février 1099 : « ego Rostagnus... cum consilio et laudatione 
Rostagni Berengarii et filiorum ejus, videlicet domni Berengarii episcopi, 
Raimundi et Pétri... Rostagnus Berengarii firmavit. Berengarius episco- 
pus firmavit. Raimundus firmavit. Petrus firmavit... » (Vaucluse, G., Chap. 
métrop., n"^ 27 prov , f» 9 r"-vo). 

3. Avignon, juin llOi : « ego Rostagnus Berengarii et uxor mea nomine 
Ermesindis,filii meiForojuliensis episcopus Berengarius et vicecomes Gaus- 
fredus etBertrannus et Raimundus et Petrus Berengarius... » {Ibid., fi". 1 
r°-2 v°). 

4. [Juin 1101-juin 1105] : u eu Ermensenz, mulier Rostagno Berengue- 

rio dels castels ne lascivitates de Provincia des Durencia en za, 

de las très partes, non las ti tolrai... Elcastel de Forncbalcherii... redrai lo 
ti... exez lo quarto de Raimundo quel dividiras, o a Bertranno cui lo coms 
o guirpi. El castel deManoa... El castel de Avinione, que i es... redrai lo 
ti... exez lo quarto de Raimundo quel dividiras o a Bertranno cui lo coms 
o guirpi... » (B.-du-Rh. B. 277. Cf. Paul Meyer, Rapport au comité des 
travaux historiques, sur deux communications de M. L. Blancard ; extr. 
de la Bev. des Soc. say., 4*' série, t. X, 1870, in-8 de 16 pp.). 

L'acte étant rédigé sur la rive droite de la Durance, Avignon, Forcalquier, 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 389 

mage, il est dit que la branche de Toulouse, encore dans l'indi- 
vision avec Alix, était représentée par Bertrand, lîls du marquis 
Raymond de Saint-Gilles. A vrai dire, Bertrand avait dû rece- 
voir cette part indivise de son père, en .avancement d'hoi- 
rie, dès son mariage, en juin 1095, avec Electe de Bourgogne : 
mais l'hommage spécifie clairement que le marquis Raymond 
est encore en vie. Or Raymond de Saint-Gilles mourut près Tri- 
poli, le 28 février 1105. Si, comme cela est évident, la nouvelle 
de cette mort a dû parvenir en Provence avant la fin de la 
première moitié de l'année, on peut dire avec certitude que 
l'hommage de la vicomtesse a été prêté par elle entre le mois de 
juin 1101 et le mois de juin 1105. Donc, le vicomte Rostaing 
Bérenger était mort lui-même avant juin 1105. 

Par cet hommage, on voit avec précision en quoi consistait, 
essentiellement, la vicomte au point de vue territorial ; les comtes 
avaient inféodé aux vicomtes de la rive droite, en fief rendable, le 
château que contenait chaque cité et les vicomtes en tenaient 
ainsi le domaine direct. Les comtes indivis de Provence ne jouis- 
saient plus que seigneurialement du haut domaine de ce château. 
Cela revient à dire que les châteaux étaient au pouvoir des 
vicomtes. La vicomtesse ne spécifie d'ailleurs que les châteaux 
de Forcalquier, Manosque et Avignon, Ce sont sans doute les 
seuls qu'elle tint personnellement : les autres avaient dû être 
inféodés par les vicomtes qui n'en gardaient plus que la sei- 
gneurie. 

Dès janvier 1096, le défunt vicomte Rostaing Bérenger avait 
fait suivre, dans les actes, sa souscription de celles de ses cinq fils: 
Bérenger, Geoffroy, Bertrand, Raymond et Pierre Bérenger. Dès 

Manosque sont dits en deçà. Le texte dit Manoa, ce qui, rigoureusement, 
est Mânes (Basses- Alpes), comme le Manuam du n° 973 de Saint- Victor : 
mais ce doit être une erreur du scribe pour Manoasca, Manosque (Basses- 
Alpes). L'oubli de Manosque, résidence comtale, ne se comprendrait guère 
et, d'autre part, Mânes a trop peu d'importance pour être la seule localité 
citée entre Forcalquier et Avignon. On sait que les vicomtes gardèrent le 
domaine des trois quarts de Manosque jusqu'au 23 février 1218 (B.-du-Rh., 
B. 310). 



390 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII'' SIÈCLE 

le 22 août 1091/0, : Taîné, Bérenger, était évêque de Fréjus ^ ; ilse 
rendit au concile tenu par Urbain II à Plaisance, et, le 18 mars 
1095, il était de retour à Lérins. En janvier 1096, il assiste son 
père dans Avig-non ; son pontificat se prolonge jusqu'en 1131 et il 
mourut le 5 juillet de cette année. En octobre 1110, il assiste 
au testament de son cousin germain le chanoine Rostaing Guil- 
laume. Entre 1117 et 1123, se présentant devant l'évêque d'Avi- 
gnon, le prévôt Amblard et tout le chapitre, il demanda avec 
beaucoup d'énergie la concession, viagère et en fief, des dîmes des 
marais que l'on desséchait près le Pont de Sorgues. Cette mise 
en demeure fut accueillie, à condition que les dîmes à sa mort 
feraient retour au chapitre. L'évêque Arbert, qui rédige la notice, 
spécifie qu'elles lui feraient également retour si l'esprit de Dieu 
poussait jamais son collègue l'évêque de Fréjus à changer de vie 
ou à partir pour Jérusalem^. C'était un vœu charitable auquel 
l'avenir ne paraît pas avoir répondu. Pour faire entrer plus de 
joie encore dans l'âme de ce prélat, les chanoines lui donnèrent, 
sa vie durant et par-dessus les dîmes auxquelles il tenait, l'église 

1. Jeudi 22 août 4091/0 : « ordinato B. episcopo Forojuliensi » (Carpen- 
tras, ms. 512, f° 100 v°). — 27 décembre 1094 : « ego Berengarins Foroju- 
liensis episcopus, licet indignus... y>[Cart. de Lérins, éd. Flammare, n° 12). 
— Lérins, 18 mars 1095 : « ego Berengarius Dei gratia Forojuliensis epis- 
copus, de Placentino concilio sub Urbano papa celebrato rediens... » [Ibid., 
n'» 8). — Avignon, janvier 1096 (Vaucluse, G., Chap. métrop., 27, fï*. 32 
v<'-33 r°). — Avignon, février 1099 (Vaucluse, G., Chap. métrop., 27, f° 9 
ro-yo). — 1099 {Saint- Victor, 601). — Avignon, juin 1101 (Vaucluse G., chap. 
métrop., 27 prov., ff. 1 ro-2 r°). Etc. — 19 mai 1131 {Lérins, 25). Cf. Alba- 
nès, GalL Crist. noviss., Fréjus, coll. 337-339 ; Montm., pp. 227, 237-238, 
243-244. — H. Espitalier, Les évêques de Fréjus du F/« au XIII^ siècle, 
Draguignan, C. et A. Latil, 1894, pp. 144-160. 

Fréjus, 1107 : « in conspectu Berengarii ejusdem civitatis episcopi » (Vau- 
cluse, G., Chap. métrop., 27, f. 38). 

Avignon, octobre 1110 : « S. domni Berengarii Forojuliensis episcopi » 
{Ibid., fo 23 ro). 

2. [1117-1123]: «episcopus... Forojuliensis... vehementer postulavit. . . 
décimas paludum que apud Pontum exsiccabantur... concessimus illi... 
invita sua...aut si spiritu Dei quandoque ductus vellet mutare vitam 
suam aut proficisci Jherusolimam . . . ecclesia nostra rocuperaret. . . hono- 
rem... Testes : Wilelmus de Ponto canonicus sancti Ruphi. Petrus 
Berengarii... » (Vaucluse, ibid., p. 38 vo-39 r»). 



LA HIÉRARCHIE ADMINTSTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 391 

N.-D. du Pont de Sorgues, sous un cens annuel de cinq sous K 
Le cadeau n'était pas aussi important qu'on pourrait le croire, du 
moins en ce qui concerne l'église. En effet, une fois mis en pos- 
session, le bénéficiaire, vu létat de désolation où la localité se 
trouvait, ne crut pas pouvoir mieux faire que d'adresser un 
appel pressant à son père spirituel, Pierre, abbé de Gluny, pour 
lui demander ses bons offices. Il ne s'agissait de rien moins que 
de restaurer l'église en ruines en la relevant tout de neuf, non 
pas au même emplacement, mais dans un endroit plus sûr et 
mieux indiqué, c'est-à-dire sur la hauteur ; il convenait aussi de 
restaurer les moulins, de replanter les vignes, de remettre en 
état les terres incultes et de payer cinq cents sous de dettes avec 
les intérêts -. Si c'est en cet état que se trouvait le Pont de 
Sorgues, ce n'était pas une mince tâche à entreprendre. On con- 
çoit la véhémence des demandes de l'évêque de Fréjus : les 
dîmes des marais en défrichement ne devaient pas être de trop 
avec les subventions à provenir de Gluny. Bérenger avait vrai- 
ment mieux à faire chez lui que d'aller se promener à Jérusalem, 
comme le lui conseillait son collègue Arbert. C'était là, en somme, 
une bonne manière de se débarrasser des gens encombrants et on 
en profitait autant que possible. A côté des croisés de bonne foi, 
il y avait les croisés par persuasion ou par force, comme ce 
Foulques Doon de Châteaurenard auquel, après en avoir reçu une 
partie notable de ses biens, mais après seulement, l'abbé de 
Lérins amena une mule et sur laquelle il n'y avait plus qu'à mon- 
ter, un bourdon à la main, pour gagner Jérusalem et le Paradis 
tout ensemble. La mule était de prix moyen; mais le bâton, de 



i. « Item... canonici... volunt letificare episcopum Forojuliensem per 
aliam donationem. . . ecclesiam sancte Marie de Ponte. . . ad fidelita- 
tem. ..» [Ibid., f° 39 r°). 

2. [1122-1131] : « Petro Cluniacens>i abbati, B. Forojuliensis episco- 
pus ejus in Christo filius... desolatione loci de Ponte... de restaura tîone 
ecclesie dirute cum ofïicinis, non in quo erat prius loco, sed in oportuniori 
et securiori et hoc in monte, cum restaura tione molendinorum, cum 
replantatione vineanim, cum reparatione incultarum terrarum, cum 
persolvendis D*'* solidis cum usuris. . . elegi.. . » [Cluny, n** 3964). 



392 LA PROVENCE DU PREMIER AU XIl^ SIÈCLE 

choix ^ Dès cette époque, l'église d'Avignon n'est plus d'accord 
avec les vicomtes : c'cvSt malgré elle, pour ainsi dire, qu'elle 
accorde à Bérenger les moyens de relever le Pont de Sorgues de 
son état de ruine. Elle le fait avec des réserves ironiques ou 
déplaisantes dont l'énoncé n'indique pas une grande amitié; 
l'évêque Arbert traitait publiquement les vicomtes de tyrans et 
le souffle de la commune passait alors sur Avignon-. Gomme on 
peut s'y attendre, c'est la dernière fois que Bérenger évêque de 
Fréjus figure dans les actes du cartulaire d'Avignon et cependant 
il ne devait mourir qu'en H31. Dans la période antérieure où les 
relations étaient encore bonnes, il avait donné au chapitre une 
part de ses biens héréditaires, c'est-à-dire les maisons du prêtre 
Bonpar et de son fils Pierre ^ ; puis, très brièvement, il avait 
même fait Notre-Dame d'Avignon héritière de tous ses biens ^. 
Son père, avant de mourir, avait été libéral envers le chapitre : 
son frère le vicomte se gardera bien de rien lui laisser. 

Ses frères Bertrand et Raymond ne paraissent plus, que l'on 
sache, après HOl : maisle cadet, Pierre Bérenger, joue un rôle 
politique qui le montre, comme Bérenger, pris à partie par 
l'église d'Avignon. Il assiste à la scène où l'on voit l'évêque de 
Fréjus forcer, pour ainsi dire, le chapitre à lui concéder les 

1. 22 mai [1096] : <( ego Fulco Dodonis, dono... partem meepossessionis... 

in territorio castelli Rocabruna in die obitus mei dono etiam in Castro 

Jocarensi... et in Castro Rainardo Facta est igitur hec donatio in pre- 

sentia Aldeberti abbatis tociusque conventus, in capitulo in insula Lyri- 
nensi, in festivitate Ascensionis Domini, Ipse vero abbas, Canuis egressus, 
emtam mulam precio sexaginta solidorum et mapulam et bachiles obtimos 
donnoFalconi dédit et viam Jiierosolimitanam in penitentiam illi injuncxit » 
(Cart. Lérins, éd. Flammare, no236). Le l®"^ juillet 1055, une mule excellente 
valait cent sous [Saint- Victor, 153). 

2. [1096-1110] : « Arbertus... ecclesiamsancte Marie de Castello...quicquid 
ab ea negligentia tirannorum alienatum est » (Vaucluse, G. 27, Chap. 
métrop., n°27 prov., ff. 12 r<^-13 r°). 

3. [1091-1123] : « ego Berengarius Forojuliensis episcopus... mansiones 
Boniparis presbiteri et Pétri filii sui... » (Vaucluse, G. 27, Chap. métrop., 
ff. 19vo-20v°). 

4. [1091-1123] : « ego Berengarius Forojuliensis episcopus... quicquid 
jure hereditario possidere videor in omni hereditate mea heredem cons- 
titue » {Ibid., fo 20 ro). 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 393 

dîmes des marais du Pont de Sorgues ^ Peu après, sans doute 
en 1123, treize chanoines sur vingt prêtent solennellement le ser- 
ment de ne l'élire ni comme évêque, ni comme prévôt, ni 
comme doyen, ni comme sacriste, et, dès qu'il se présentera 
dans le chœur de Notre-Dame ou au chapitre, ou au réfectoire 
du cloître, de se retirer à l'instant 2. C'est la rupture définitive 
entre la Maison vicomtale et l'église d'Avignon. Pierre Béren- 
ger alla se retirer à Saint-Ruf, dans la maison rivale du chapitre, 
où on le trouve encore en tête des chanoines le 27 avril 1153 3. 

Des cinq fils de Rostaing Bérenger, un seul fut vicomte et 
c'est le vicomte Geoffroy. Il figure en cette qualité dès l'acte de 
juin 1101 qui le montre auprès de son père : sans doute, celui- 
ci lui avait donné en avancement d'hoirie la vicomte de Siste- 
ron. Cependant, le père mort, c'est la mèrequi prête hommage à 
la comtesse Alix et non lui. 

Comme la comtesse Alix, de par le testament de son mari, 
était usufruitière du comté, cet exemple avait dû pousser le 
vicomte d'Avignon Rostaing Bérenger à en faire autant, en 
faveur de sa femme Ermessende. 

Son fils Geoffroy pourrait être le souscripteur qui, en janvier 
4109, sans énoncer sa qualité, suit le vicomte de Marseille 
Pons parmi les nobles provençaux conseillant au comte Ber- 
trand, fils du marquis Raymond, de renoncer en faveur du 
monastère de Saint-André aux droits perçus par son père ^. Le 
vicomte ne figure pas au plaid comtal de Gilbert et de sa femme 
Gerberge, comtesse d'Arles, tenu au mois de juin 1110, entre les 
chanoines de N.-D. d'Avignon et leurs avoués, à propos de 
l'eau et des moulins de la Sorgue ^. Le 5 mai 1125, par contre, il 

i. [1117-1123] : u testes :... Petrus Berengarii... » {Ibid., ff. 38 v°-39ro). 

2. [1123?] : «ego, ille, Petrum Berengarium istum de quo agitur nun- 

quam laudabo... » {Ibid., ff. 37 v°-38 r°). 

3. Avignon, 27 avril 1153 : a testibus Durando abbate Sancti Ruphi et 
Petro priore et Petro Berengarii et Ademaro sacrista, Be. de Rocamaura 
Guigo de Tuscana presbiteri et canonici sancti Ruphi » (Ibid., G. 6, f° 13) 

4. Polycarpe, Annales, p. 661. 

5. Vaucluse, G., Chap. métrop., 27, f. 8. 



394 LA PROVENCE DU PREMIER AU XII® SIÈCLE 

figure au plaid comtal de Raymond Béreng-er et de sa femme 
Douce, fille de Gerberge : le procès portait sur des biens sis au 
Thor,sur la rive gauche i. En octobre 1129, dans Avignon, il n'est 
pas présent à l'acte par lequel la comtesse d'Avignon et de For- 
calquier Alix, veuve d'Ermengaud, à qui la vicomtesse Ermes- 
sende jadis avait prêté hommage, transmet à ses petits-fils le 
pouvoir et le domaine comtal, réserve faite de son usufruit ^. 

L'établissement de la commune équivaut à la suppression de 
la vicomte dans l'enceinte urbaine. Ou, du moins, le vicomte y 
perd ce que les comtes lui avaient concédé en créant la vicomte : 
le domaine du château urbain et de la cité lui échappe donc. 
C'est un degré de l'échelle féodale qui disparaît entre le comte 
etle viguier ; ou, plutôt, les chevaliers urbains s'élèvent à ce 
degré, en chassent le vicomte et l'occupent en commun. 

Si Geoffroy continue à se dire vicomte, c'est que sa vicomte 
subsistait sur la rive gauche hors des cités : dans Manosque, 
notamment. Il conservait encore les seigneuries que ses prédé- 
cesseurs s'étaient réservées dans l'étendue de leur vicomte. Quand 
un homme a trop de biens sur terre, pour pouvoir les occuper tous 
en personne, les limites de son activité l'obligent à se canton- 
ner quelque part et à se fier pour le surplus à des mandataires 
qui lui en rendent compte. Au bout d'un temps plus ou moins 
long, ces mandataires deviennent les maîtres des biens particu- 
liers qu'ils régissent. Successivement, les rois, les ducs et les 
comtes avaient fait cette cruelle expérience : c'était maintenant 
au tour des vicomtes. Si les maîtres de Rome y avaient échappé 
quand ils tenaient le monde, c'est qu'ils ne laissaient pas à leurs 
mandataires le temps de se fixer sur la terre que chacun d'eux 
administrait. Fonctions temporaires et chassé-croisé de fonction- 



1. 5 mai 1125 : « signum Raimundi comitis. Signum Dulciœ comitissse 

Signum Laugerii Avenionensis episcopi. Signum Gaufredi vicecomitis » 

[Saint-André, îHi). 

2. Avignon, octobre 1129 : « in presentia Laugerii... episcopi et Bernardi 
Andusiae aliorumque multorum testium » (ms. lat. 13915, f. 358 v°). S'il était 
présent, il figurerait sans doute entre l'évêque et Bernard d'Anduse. 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 395 

naires, voilà ce qui maintint l'empire au profit de ses maîtres 
tout puissants. Mais, ensuite, les fonctions devinrent stables 
et les fonctionnaires se fixèrent sur place : dès lors, leur maître 
avait vécu. La fonction devait faire place à la propriété. 

Ainsi, les vicomtes héréditaires avaient limité le pouvoir des 
comtes : puis, ne pouvant être partout, ils se cantonnaient volon- 
tiers dans la seigneurie du Pont de Sorgues, dominant de plus 
ou moins loin, de plus ou moins haut, toute la région, depuis la 
cité d'Avignon jusqu'au château de Forcalquier. Les centres les 
plus peuplés devaient leur échapper d'abord et cela ne manqua 
pas. Alors ils se cantonnèrent tout à fait au Pont de Sorgues 
qui leur resta parce qu'ils s'y fixèrent à demeure. Quand la ran- 
cune d'Avignon les en chassera, ils se réfugieront à Manosque. 

Au moment où la commune se déclare, Geoffroy dans 
Avignon n'est pas uniquement vicomte. La situation est plus 
complexe. Du temps de l'évêque Albert, lui et ses frères avaient 
passé avec ce pontife un accord (1101-1123) que plus tard, 
assisté de ses fils, il avait renouvelé avec l'évêque Laugier (1123- 
1142)^. En 1146, finalement, un plaid consulaire l'oblige à 
observer ces conventions vis-à-vis de l'évêque Geoffroy -. 

En raison de ces accords, Geoffroy prête serment de fidélité 
à l'évêque : il lui fait hommage de différents biens qu'il en 
tient à titre de fief et il jure de ne rien lui enlever de son 
domaine dont il énumère les membres principaux : ce sont 
l'église d'Avignon, le clocher, les maisons épiscopales, la maison 
du chapitre, le bourg épiscopal aux portes de la cité, les châteaux 
de Noves, de Bédarrides, le Ghâteauneuf Calcernier et tout ce 
que l'évêque pourra acquérir, de son conseil. 

On ne peut souhaiter de document plus clair, Geoffroy était 
ainsi l'avoué de l'évêché d'Avignon : à ce titre, il devait conseil, 

1. [1123-H42] : « ego Leodegarius Avinionensis episcopus et ego G;iufre- 
dus vicecomes et nos fîlii ejus ego Berengarius et ego Guillelmus Beren- 
garii taie placitum fecimus » (Vaucluse, G. 15, f. 73). 

2. 1146 : « inter Gaufredum Avinionensem episcopum et Gaufredum 
viceconiitem... per... eonsules... cum consilio et assensu judicum... judiciali 
sententia... sopitam » [Ibid.^ G. 1"), ff. 75 r»-77r°). 



396 LA PROVENCE DU PREMIER AU XU® SIÈCLE 

aide et garantie à Tévêque pour tout cet évêché. De plus, l'évêque 
lui avait concédé en fîef diverses terres de cet évêché, pour le 
rémunérer de cette charg-e d'avoué, et Geoffroy lui devait, pour 
ce fief, fidélité et hommage, comme tout vassal à son seigneur. 

Il ne faudrait pas croire que cette situation ne remontât pas 
plus haut que l'épiscopat d'Arbert. Les vicomtes d'Avignon 
étaient avoués de l'église d'Avignon depuis qu'ils fournissaient 
des évêques à cet église et, par conséquent, depuis qu'ils exis- 
taient, c'est-à-dire depuis le début du xi^ siècle. Seulement, 
après un siècle d'union plus ou moins étroite, pendant lequel les 
contrats bilatéraux et écrits étaient inutiles entre l'évêque et le 
vicomte, membres unis de la même famille dominante, l'épiscopat 
d'Arbert marque le moment où l'église tend àéchapper à la domi- 
nation vicomtale pour se rapprocher des éléments qui organise- 
ront la commune. C'est au moment où l'évolution politique les 
sépare que chacun sent le besoin de bien fixerses droits et ses inté- 
rêts particuliers. A l'entente orale, succèdent les plaids écrits 
qui fixent la situation. Les vicomtes restent les avoués de l'évêché ; 
mais le chapitre, plus impatient de progrès politique, leur échappe 
et se choisit des chevaliers comme avoués particuliers. 

C'est en qualité d'avoué que Rostaing Bérenger, frère du 
vicomte Geoffrov, avait construit Châteauneuf Calcernier : une 
partie du Pont de Sorgues dépendait également de l'Eglise, 
depuis qu'Autran de Vénasque, propriétaire de cette partie, 
s'était fait chanoine et l'avait offerte à Téglise K Mais, en dehors 
de cela, les vicomtes tenaient le Pont des comtes 2. Ce jugement 
de 1146, qui montre le vicomte aussi bien que l'évêque soumise 
la justice consulaire, est le dernier acte où paraisse le vicomte 
d'Avignon Geoffroy. Il ne dut pas tarder à mourir. Il laissait 
deux fils, les vicomtes Bérenger et Guillaume Bérenger. Ce der- 

1. [1446-1 177] (Vaucluse, G. 15, f° 74 ro). Cf. 1178 (G. 15, ff. 74-75); 1146 
(G. 15, ff. 75-77). 

2. Le 31 janvier 1185/6, Raymond duc de Narbonne se réserve les droits 
féodaux du Pont de Sorgues (Arch. d'Arles, Auth. de l'hôpital de Saint- 
Gilles, f° 182, n° 364). 



LA HIÉRARCHIE ADMINISTRATIVE ET LE RÉGIME FÉODAL 39Ï 

nier s'appelle également Guillaume Geoffroy : sa souscription 
fig-ure, en janvier 11 17/8, après celle du châtelain Guillaume 
d'Avignon, au bas d'un acte de vente en faveur des religieuses 
de Saint-Laurent d'Avignon passé dans Avignon même ^ 
Pour ce vicomte Bérenger, en dehors du plaid tenu entre son 
père et l'évêque Laugier, aucun acte ne reste de lui dans les 
archives de l'évêché d'Avignon. C'est la preuve qu'il s'en tint 
éloigné toute sa vie -. Il était mort quand son fils, nommé éga- 
lement Bérenger, au mois d'avril 11 95 3, renouvellera, en faveur 
de l'évêque Rostaing, l'hommage prêté jadis par son grand-père 
Geoffroy en 1146. Le fait, qu'il ne mentionne pas d'hommage 
intermédiaire entre H46 et 1195, prouve que son père Bérenger 
n'en prêta jamais. Dans l'acte de 1195, il qualifie encore son père 
de vicomte ; mais, lui, il prend uniquement le nom de Bérenger 
du Pont. Ainsi Bérenger et Guillaume, qui vécurent entre 1145 
et 1195, avaient été les derniers vicomtes d'Avignon. Guil- 
laume du Pont, évêque de Fréjus en juillet 1202 ^, avait succédé 
à Frédol à la fin de 1197 et, dès le 30 octobre 1198, voulait 
démissionner, soit en raison de son état de santé, soit en rai- 
son de l'opposition qu'il rencontrait 5. On peut reconnaître en 
cet évêque un frère de Bérenger du Pont. 

1. Avignon, janvier 1177/8 : « testes sunt Guilelmus de Avinione, Guil- 
lelmiis Geraldi Augers, Guilelmus Gaufres vieecomes, Raimundus Rai- 
noarz. . . » (Bibl. dAvignon, ms. 2465, f° 171 r°). 

2. En 1169, on nomme dans un plaid les donations faites jadis a vicecomi- 
tibus de Ponte ; mais, sans indiquer s'ils existaient encore (Vaucluse, G. 27, 
Chap. métrop., f" 48). 

3. Avril 1195 : "■ Berengarius de Ponte filius Berengarii vicecomiiis filii 

quondam Gaufredi vicecomitis pro feudo... hominium... episcopo fecit 

et vitam et menbra et castra... juravit et fidelitatem servare... promisit» 
(Vaucluse, G. 15, ff. 77-78). 

4. Juillet 1202 : u dominus Guillelmus de Ponte Forojuliensisepiscopus » 
{Saint-Victor, 977). 

5. 30 octobre 1198 (Albanès, Gall. Christ, noviss., Fréjus, col. 204 : instr., 
XIII). Son prédécesseur Frédol paraît être mort le 12 septembre 1197 
(Albanès, Gall. Christ, noviss., Fréjus, col. 344). Son successeur l'avait rem- 
placé dès le 20 novembre 1203 {Ibid., col. 347). — H. Espilalier, Les évêques 
de Fréjus du Xllt à la fin du XVIIP siècle, Draguignan, 1898, pp. 13-14. 



398 LA PROVENCE DU PREMIER AU Xll*' SIÈCLE 

Ce qui, en 1195, paraît ramener Bérenger du Pont, déchu, dans 
Avignon, c'est le besoin d'argent. La révolution communale 
avait dû enlever à son pare et à lui une bonne partie de leurs 
ressources. Ce n'est donc pas pour rien qu'il consent à prêter 
hommage encore une fois à lévêque : par un autre acte de la 
même date, il met en gage, entre les mains de Févêque, une par- 
tie de son fief d'avoué pour mille sous de raimundencs nouveaux. 
Il se réserve le droit de couper du bois, pour se chauffer dans la 
maison du Pont de Sorgues et dans la maison de son baile K Ce 
fils de vicomte, empruntant de l'argent, qui au surplus demande 
la permission de faire des fagots et du bois de chauffage, 
n'est évidemm