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Full text of "L'argot des tranchées d'apres les lettres des poilus et les journaux du front"


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L'Argot 

des Tranchées 



DU MÊME AUTEUR 



LINGUISTIQUE ROMANE 

L'Influence Orientale sur la langue et la civilisation 
ROUMAINES. Ouvrage couronné par l'Institut de France 
et la Société de Linguistique. Paris, 1902, Bouillon. 

La Création métaphorique en français et en roman. 
Images tirées du monde des animaux domestiques. 
Deux fascicules, 1905-1907. 

LANGUES SPÉCIALES 

L'Argot Ancien (1455-1850). Ouvrage couronné par 
l'Institut (Prix Volney). Paris, 1907, Champion. 

Li:s Sources de l'Argot Ancien. Tomes I-II. Ouvrage 
couronné par l'Académie Française (Prix Saintour). 
Paris, 1912, Champion. 

PHILOLOGIE DE LA RENAISSANCE 

Œuvres complètes de François Rabelais. Edition de 
la Société des Etudes Rabelaisiennes, publiée sous 
la direction d'Abel Lefranc, in-4, Tome I et II, 
1912-1913, Champion (Commentaire philologique). 

Revue des Etudes Rabelaisiennes, publication trimes- 
trielle dirigée par Abel Lefranc, 1903-1912, Cham- 
pion [Nomhreux articles philologiques). 

Revue du XVP siècle, 1913-1915, Champion [Etudes 
littéraires et philologiques). 

TRADITIONS POPULAIRES 

Les Jours d'emprunt ou les Jours de la Vieille. Psy- 
chologie d'une légende populaire. Paris, 1889, Bouil- 
lon. 

L'ÉTAT ACTUEL DES EtUDES DE FoLKLORE. LcÇOn d'oUVCr- 

ture d'un cours libre à l'Ecole des Hautes-Etudes. 
Paris, 1902, Cerf. 



O l ODfw ii 



L^'" SAINEAN 

DOCTEUR ès-LETTRES 
ANCIEN PROFESSEUR DE l/uNIVERSITé 



L'Argot des Tranchées 



D APRES LES 



Lettres des Poilus et les Journaux du Front 




PARIS '^ ^ 

E. DE BOGGARD, ÉDITEUR 

(Ancienne Librairie Fontemoing et O") 
4, RUE LE GOFF, 4 



1915 



DATE 



Smi BY 

PRE5?:RVATSOM 

LNOV 2 1991 



3747 
S7S3 



AVANT-PROPOS 



J'ai essayé de tracer, dans les pages qui suivent, 
un tableau à peu près complet du mouvement 
actuel du vocabulaire parisien, en tant qu'il se 
reflète dans l'argot des tranchées. Un premier 
article, publié sous ce titre par le Temps du 29 mars 
1915, où j'ai simplement amorcé le sujet, m'a 
valu un courrier abondant et suggestif. J'ai été 
particulièrement sensible aux nombreuses lettres 
que des Poilus m'ont écrites des tranchées : j'y 
ai trouvé maint renseignement utile ou instruc- 
tif que j'ai consigné au cours de cette étude. Je 
dois, en outre, des communications obligeantes à 
MM. Amédée Britsch, Edmond Char, Henri Glouzot, 



b AVANT-PROPOS 

Jean Giraud, Lucien Layus, Louis Lantz, Albert 
Maire et Jehan Rictus. 

Nos sources ont été en premier lieu les Lettres 
des Tranchées et les Journaux du front. Le nom- 
bre des unes et des autres étant considérable, un 
choix s'imposait. En ce qui touche les périodiques 
des tranchées, j'ai eu l'occasion de prendre con- 
naissance des deux collections actuellement les 
plus complètes, celle de la Bibliothèque Natio- 
nale et celle du Ministère des Affaires Étrangè- 
res. L'examen sommaire en a été plutôt déce- 
vant, la langue de la plupart de ces canards du 
front ne différant pas de celle des journaux pa- 
risiens ou provinciaux. Gomme pour les lettres, je 
ne me suis arrêté qu'à ceux de ces périodiques 
qui présentent un certain intérêt philologique. 

En dehors de ces données immédiates, j'ai tiré 
parti de deux écrits récents : un roman qui vient 
de paraître — Les Poilus de la 9% d'Arnould Galo- 
pin — où l'auteur s*est efforcé de mettre en œuvre 



AVANT-PROPOS 



des observations recueillies directement sur le 
théâtre de la guerre ; et une série de huit croquis, 
spirituels et vivants, que M. René X... (Benjamin) 
a publiés dans le Journal du 3 au 24 mars 1915. 
Le héros de ces pochades, — Gaspard, marchand 
d'escargots de la Rue de la Gaieté, — incarne un 
Parigot pur sang, qui nous amuse par son bagou, 
sa badauderie, son esprit débrouillard et son 
optimisme imperturbable. 

Pour donner à nos recherches leur valeur docu- 
mentaire, nous reproduirons les principales piè- 
ces qui leur auront servi de base. Un lexique-index 
clora cette étude forcément incomplète, à laquelle 
les événements ultérieurs apporteront plus d'une 
contribution nouvelle. 



L'ARGOT DES TRANCHEES 



Source de vie intense et d'énergie nouvelle, 
la guerre actuelle ne laissera pas d'exercer une 
action féconde sur toutes les manifestations de la 
vie sociale. Parmi celles-ci, la plus vivante, le 
langage populaire parisien, en porte d'ores et 
déjà des traces de renouvellement. 

Des termes qui, avant la guerre, restaient confi- 
nés dans des milieux spéciaux, ont acquis, à la 
lumière des événements tragiques que nous venons 
de traverser, un relief inattendu, et d'isolés qu'ils 
étaient, sont en train d*entrer dans le large cou- 
rant de la langue nationale. 

Les exemples abondent. 

Et tout d'abord le nom même de Boche. Cette 



10 l'argot des tranchées 

appellation, naguère réservée aux classes profes- 
sionnelles, est devenue courante. Les atrocités de 
la guerre ont projeté sur ce nom comme une lueur 
sinistre. De sobriquet simplement ironique qu'il 
était avant la guerre, il est devenu un stigmate, 
un nom monstrueux qui rappelle le Gog et le 
Magog de l'Apocalypse. La langue en gardera un 
souvenir ineffaçable. 

Remarque curieuse : le vocable n'avait, au dé- 
but, rien de commun avec les Allemands, quand 
il fit son apparition vers 1860 ! C'était alors un 
parisianisme au sens de mauvais sujet, « dans l'ar- 
got des petites dames », ajoute Delvau en 1866. 
Le mot représentait une abréviation parisienne 
de caboche, tête dure, comme le montre bochon^ 
coup, pour cabochon, même sens. 

Pendant la guerre de 1870, Boche était encore 
inconnu. Les Allemands portaient exclusivement 
la qualification de Prussiens, nom qu'on rencontre 
à chaque page du Père Duchéne de l'époque, pâle 



l'argot des tranchées 11 

imitation du fameux pamphlet d'Hébert : « Pas 
un de ces jean-f outre ne sait comment on fout une 
balle dans le ventre d'un Prussien », lit-on dans 
le n' 3 de janvier 1871. 

Ce n'est qu'après la guerre de 1871 qu'on appli- 
qua particulièrement aux Allemands cette épi- 
thète de boche, c'est-à-dire de « tête dure ». On 
en est redevable à un trait de psychologie popu- 
laire que résume l'expression tête carrée d' Alle- 
mand, laquelle devint alors synonyme de tête de 
Boche, c'est-à-dire tête d'Allemand, à cause (pré- 
tend-on) de leur compréhension lente et difficile. 

Cette spécialisation se produisit dans les milieux 
professionnels où l'on avait recours à la main- 
d'œuvre allemande. En voici un témoignage tech- 
nique : « Tête de boche. Ce terme est spécialement 
appliqué... aux Allemands, parce qu'ils com- 
prennent assez difficilement, dit-on, les explica- 
tions des metteurs en pages, » Eugène Boutmy, 
La langue verte ttjpo graphique, Paris, 1874. 



i'i l'argot des tranchées 

Cette identification ethnique une fois accom- 
plie, l'expression fit son chemin avec cette nou- 
velle acception. On la rencontre dans le milieu 
des casernes : « G'est-y que tu me prends pour 
un menteur ? Quiens, preuve que la v'ià ta per- 
mission... Sais-tu lire, sacrée tête de boche ? » 
Gourteline, Le Train de 8 h, 47, p. 74. 

Et dans une chanson de Bruant : 

Pst !... viens ici, viens, que j' t*accroche, 

Vlà l'omnibus^ faut démarrer 1 

Ruhau 1... recurdonc, lié ! têt! de boche I 

{La Rue, t. I, p. 151.) 

De là Boche, allemand, dernier résidu de tête 
de boche : « I vient de décider que les Boches fête- 
raient pus que deux fois Fanniversaire de Sedan », 
Léon de Bercy, Lettres argotiques, xxv* lettre, 
p. 5, dans la Lanterne de Bruant, 1896, n° 65. 

Maintenant, ce sobriquet est devenu l'appella- 



l'argot des tranchées 13 

tif ethnique général aussi bien dans les tranchées 
que dans la presse, où on l'a gratifié de toute une 
postérité: bochiser, germsLniser ; Bochonnie, Aile- 
magne; bochonnerie, vilenie de Boche, etc. 

Voici un autre exemple tout aussi caractéris- 
tique. 

Le Poilu j sobriquet naguère banal, vient d'acqué- 
rir, par ses exploits héroïques, de véritables titres 
de noblesse : il est devenu le brave entre les braves. . . 

D'où vient ce surnom, aujourd'hui glorieux ? 

De tout temps, les poils ont été considérés comme 
un signe de force, de virilité. La légende biblique 
l'attribue déjà à Samson... Avoir du poil et être 
fort sont depuis longtemps, chez nous, des expres- 
sions synonymes. Le fameux Hébert, dans son 
Père Duchêne, n^ 298, de 1793, parle déjà des 
« bougres à poil, déterminés à vivre libres ou à 
mourir ». Il a ainsi exprimé la devise même de 
nos Poilus... 

Du sens de mâle, c'est-à-dire qui a du poil... au 



14 l'argot des tranchées 

cœur, poilu a passé tout naturellement à celui de 
courageux, d'intrépide, sens que le mot a déjà 
dans ce passage du Médecin de campagne de 
Balzac, édition princeps, 1834,t. II, p. 80 : « Mon 
homme est un des pionniers de la Bérézina, 
il a contribué à construire le pont sur lequel a 
passé l'armée... Le général Eblé, sous les ordres 
duquel étaient les pontonniers, n'en a pu trouver 
que quarante-deux assez poilus^ comme dit Gon- 
drin, pour entreprendre cet ouvrage. » 

Mais c'est surtout dans les tranchées que cette 
épithète est devenue générale, pour désigner les 
braves qui ont vu le feu de près, qui ont pris part 
à une rencontre : « N'allez pas croire, après ce que 
je viens de dire, que nous ne soyons que quinze à 
la compagnie. Non... les vides ont été comblés, 
comme vous devez le penser ; mais, pour nous, 
ceux qu'on nous a envoyés sont encore des bleus. 
Nous ne sommes que quinze qui ayons affronté les 
Boches, aussi est-ce pour cela qu'on nous appelle 



L^ ARGOT DES TRANCHÉES 15 

les Poilus. » Galopin, Les Poilus de la 9\ 1915, p. 3. 

Un autre exemple est zigouiller. C'était un mot 
cher aux apaches, au sens de tuer à coups de 
couteau : « Si on cane, c'est eusses qui viendront 
nous zigouiller, » Rosny aîné. Dans les Rues^ 
p. 214. 

On dirait que le mot a atténué sa valeur louche 
depuis qu'on l'entend dans la bouche de nos vail- 
lants troupiers, combattant l'ennemi : « Si j'en 
descends pas dix, je perds mon nom... On s'ra 
zigouillé, c'est sûr. Mais, bah !... un peu plus 
tôt, un peu plus tard, qu'est-ce que ça peut faire ? » 
Galopin, Les Poilus de la 9% p. 10. 

Le mot est à Paris un apport de la province : 
dans le Poitou, zigouiller signifie couper avec un 
mauvais couteau, en faisant des déchirures comme 
avec une scie, et dans l'Anjou, zigailler, c'est 
couper malproprement, comme avec un mauvais 
outil, en déchiquetant. On voit le chemin que ce 
mot de terroir a fait en s'acclimatant à Paris : du 



16 l'argot des tranchées 

sens de scier ou couper maladroitement, zigouiller 
a pris celui de couper la gorge, tuer avec le sa- 
bre ou la baïonnette. En d'autres termes, ce voca- 
ble a tout simplement passé des objets aux êtres 
humains. 



Une des sources les plus importantes pour étu- 
dier la répercussion philologique des événements 
récents, c'est les nombreuses lettres des tranchées. 
Qui ne les a lues avec émotion et réconfort? Elles 
respirent Fâme fortement trempée de la race et 
cette joie toute intérieure qui se traduit par une 
bonne humeur et une confiance inaltérables. 

Celles qui ont paru dans le Figaro du 1" au 
3 janvier et 5 mai 1915 sous le titre :Les cinq mois 
de campagne d'un ouvrier parisien^ sont les plus 
intéressantes à notre point de vue : « Nous publions, 
remarque l'éditeur, la correspondance qu'adresse 



l'argot des tranchées 17 

à sa sœur un ouvrier parisien, qui avec ses trois 
frères a été dès le début de la guerre appelé sous 
les drapeaux, puis envoyé sur le front. Cette cor- 
respondance est d'une gaieté magnifique... Elle 
révèle le splendide héroïsme des familles fran- 
çaises. De cette correspondance, faite à Temporte- 
pièce, sur un bout de papier, au crayon, dans les 
ruines du cantonnement, dans le trou boueux de 
la tranchée ou à la lisière d'un bois, nous avons 
respecté le style fantaisiste, emprunté au pitto- 
resque argot parisien. Ces lettres sont celles d'un 
gavroche de Paris. » 

J'y cueille le passage suivant (lettre du 13 octo- 
bre 1914) : 

Nous étions au repos dans un petit patelin ; les 
marmites des Boches ne nous tombent plus sur la 
gueule. Nous en entendons seulement le bruit 
sourd, au loin. 

Ce nom ironique, donné aux gros obus, pe- 
sant parfois jusqu'à cent kilos et davantage, fait 



18 l'argot des tranchées 

allusion aux marmites de campement, qui font 
partie de l'équipement du soldat en campagne. 
L'appellation n'est pas complètement nouvelle. 
Manniie semble avoir déjà été employé, avec un 
sens analogue, par les artilleurs de Louis XIV et 
Louis XV. Voici, en effet, ce qu'on lit dans le 
Dictionnaire yiiilitaire de La Ghesnaye des Bois, 
édition 1758, t. I, p. 236 ; « Il y a des bombes 
appelées en mannites, parce qu'elles en ont la 
figure, et des bombes oblongues que quelques-uns 
appellent à melons. » 

Notre Poilu est plein d'enthousiasme et pour 
le fameux 75, qui s'est attiré l'admiration univer- 
selle, et pour les vaillants artilleurs. Il en parle 
avec une tendre émotion : 

J'entends nos petits canons de montagne et nos 
120 longs qui leur envoient des pains à cacheter ; 
ça tonne dur, ils ne doivent pas se faire gros dans 
leurs tranchées ; ça me fait plaisir, et tout seul, je 



l'argot des tranchées 19 

me dis ; « Allez-y, les gars ! » Les Boches aussi 
répondent, mais nos braves artiflots n'ont pas l'air 
de s'en émouvoir. Si tu voyais comme ils sont beaux 
et courageux ! Ce que je les ai admirés depuis le 
commencement de la guerre, rester des journées 
entières dans la mitraille I En ce moment, c'est le 
duel d^artillerie le plus sérieux que j'ai encore en- 
tendu. 

Artiflot^ mot de caserne, pour artilleur. 11 ne 
s'agit pas là d'un dérivé de fantaisie : le mot re- 
présente un croisement, c'est-à-dire une fusion de 
deux mots apparentés, artilleur et fîflot^ troupier, 
l'un appartenant à la langue générale et l'autre à 
l'argot parisien. 

Voulez-vous maintenant un échantillon de la 
bonne humeur de notre brave au milieu des cir- 
constances les plus pénibles? Lisez ces lignes du 
30 octobre 1914: 

A moi, touché I Encore un coup, ce n'est pas 



20 l'argot des tranchées 

trèsgrave, j'ai pris un éclat d'obus au coude gauche; 
j'ai cru d'abord que j'avais le bras emporté, mais 
il est encore tout entier ; j'ai seulement le bras 
engourdi, je ne peux faire marcher un doigt ; j'ai 
été à la visite ; ils m'ont fait un simple massage. 
Est-ce que les Boches auraient numéroté mes aba- 
tis ? A Bar-le-Duc, c'est la jambe droite ; cette 
fois-ci le bras gauche ; n'empêche que c'est loupé 
pour eux quand même et j'espère bien pouvoir leur 
balancer des pruneaux sur la pêche avant peu. 

C'est loupé pour eux..., c'est raté, c'est manqué. 
Louper^ c'est proprement faire un loup, c'est-à- 
dire une pièce manquée ou mal faite, expression 
particulière aux tailleurs. 

On lit fréquemment dans ces lettres le mot de 
ribouldingue^ et la première fois non sans une 
pointe d'humour : 

Je t'ai écrit il y a deux jours et je te disais que 
Léon était disparu à sa compagnie; il y est revenu; 



l'argot des tranchées 21 

je l'ai vu ce matin et il m'a dit avoir vu Fredo 
hier matin ; comme tu le vois, ils sont en bonne 
santé ; mais ce que Léon n'a pas Tair gai ! Il est 
vrai que ce n*est pas à la guerre qu'il redeviendra 
ribouldingiie (Cherche dans Larousse). 

Cette parenthèse témoigne de l'entrain gouail- 
leur de notre gavroche. Vous aurez beau cher- 
cher le mot dans Larousse, vous ne l'y trouverez 
pas, et pour cause. C'est une expression récente 
qu'on lit dans le nouveau livre de Jehan Rictus : 

Qui demain s'ra à la ribouldingiie ? 
Qui jett'ra dl'huile aux pus huileux ? 

{Cœur populaire y p. 87.) 

Un recueil de fantaisies humoristiques d'Al- 
phonse Allais, publié en 1900, portait déjà pour 
titre. En ribouldingant. 

Etre à la ribouldingue^ c'est-à-dire être à la 



22 l'argot des tranchées 

joie, s'amuser à l'excès, dérive de ribouldinguer^ 
composé lui-même de deux verbes dialectaux 
synonymes, ribouler et dinguer, ayant l'un et l'au- 
tre le sens de rouler, de rebondir, d'où la notion 
de fête, de plaisir excessif. La langue populaire 
abonde en pareilles combinaisons de synonymes 
destinés à renforcer l'idée principale. 
Autre citation : 

Tu as dû voir dans le journal que nous avons 
exterminé un régiment de Boches dans TArgonne ; 
nous faisons, vois-tu, du bon boxilot. 

Encore un mot récent, qui désigne le travail 
professionnel ou technique, représenté par une 
riche synonymie parisienne : boulonner^ bûcher^ 
marner^ masser^ turbiner... 

Boulot^ autre graphie de bouleau (qui est la 
forme initiale), est aussi un exemple de la géné- 
ralisation rapide d'un terme spécial. Il apparte- 



l'argot des tranchées 23 

nait tout d'abord, et exclusivement, aux sculp- 
teurs sur bois et aux menuisiers en meubles du 
faubourg Saint- Antoine. 

Le bouleau est un bois qui se travaille diffici- 
lement à cause de son fil capricieux et de sa pro - 
pension à s'écorcher. Les menuisiers maugréaient 
chaque fois qu'ils étaient forcés de l'employer en 
guise de sapin. Le bouleau devint ainsi synonyme 
de travail dur, pénible \ll ij a du bouleaii^ disaient- 
ils lorsqu'ils peinaient sur un ouvrage. 

Depuis, ce mot technique a rapidement fait for- 
tune : il a vite franchi le Faubourg pour s'étendre 
aux différents corps de métier. Tous les ouvriers 
l'adoptèrent : 

Les soirs de mai quand l'ovréier 
Sort de l'usine ou de l'atéier... 
Fourbu par le boulot du jour... 

(Jehan Rictus, Doléances, p. 69.) 

Quelle distance, n'est-ce pas, du bouleau des 



24 l'argot des tranchées 

menuisiers à la rude besogne de nos Poilus des 
tranchées I 

Ce terme, inconnu avant 1890, a déjà fait, avec 
son sens généralisé, le tour de France. Les pari- 
sianismes vont vite, grâce à de multiples facteurs 
de propagande, mais grâce aussi au prestige que 
la capitale a toujours exercé sur la province. 

Dans sa dernière lettre, notre ouvrier parisien 
revient souvent sur les petits mortiers des tran- 
chées appelées crapouillots^ proprement petits 
crapauds, d'après leur forme aplatie. C'est un 
diminutif, parallèle à crapouillard, crapoussin 
(dans la Marne, crapouillat désigne le gamin) : 

Je descends dans le ravin chercher les crapoml- 
lots nécessaires, c'est-à-dire une cinquantaine, et 
lorsque les Boches en envoient un, il faut qu'im- 
médiatement je leur en envoie deux... Nous allons 
avoir des nouveaux crapouillots , Je ne donne pas 
des détails à ce sujet, je ne dirai seulement que 



l'argot des tranchées 25 

ça pèse environ 40 kilos. S'il en arrive un comme 
ça dans le blair à Fritz, il aura des chances d^'aller 
faire un vol plané. 

Au XV' siècle, crapaudeau désignait également 
un petit canon. La vision populaire a produit 
des images analogues au moyen âge et de nos 
jours. 

M. Henry Gauthier- Villars (Willy) nous assure 
qu'en 1885, il se souvient d'avoir vu tirer, aux 
écoles à feu de Pontarlier, un petit mortier de 
15 centimètres, « dont les dimensions minuscules 
et le peu de portée amusaient fort les artilleurs 
qui, habitués au 90 et 155, ne soupçonnaient guère 
le rôle que devait jouer en 1915 ce joujou, ce cra- 
poiiillot^ comme nous l'appelions déjà ^ ». 

Ce nom, resté absolument inconnu aux nom- 
breux recueils de parisianismes qui se sont suc- 
cédé de 1885 à 1910, nous a été révélé par nos 

1. Voirie Temps du 31 mars 1915. 



26 l'argot des tranchées 

Poilus en automne 1914. Il n'en reste pas moins 
un des premiers échos des tranchées. 

Citons encore chandail, moi d'actualité par excel- 
lence. Pendant des mois, ce terme a été à l'ordre 
du jour, il revient constamment dans les lettres 
de nos Poilus. 

C'est un mot nouveau, un des derniers venus du 
vocabulaire parisien. 11 fit son apparition en lit- 
térature dans les premières années du xx* siècle. 
Aucune publication lexicographique ne le donne 
avant 1905. Le Nouveau Larousse illustré, qm tient 
compte du mouvement de la langue contempo- 
raine, n'en fait mention que dans son Supplément 
daté de 1906. On y lit : 

Chandail, sorte de gilet ajusté, ou maillot de 
laine ou de coton, à col droit ou réversible, sans 
boutons ni boutonnières, que portent les cyclistes, 
les coureurs, etc. 



l'argot des tranchées 27 

Les recueils d'argotisme l'ignorent jusqu'en 
1910, lorsqu'il apparaît dans le S ttp p l ément d'Rec- 
tor France. 

Des glossaires provinciaux, le seul où on le 
trouve, est le récent Glossaire des patois et des 
parlers de r Anjou, psiv Verrier et Onillon (Angers, 
1908), qui le qualifie de « mot nouveau ». 

Voilà pour la lexicographie. En ce qui concerne 
la littérature proprement dite, chandail ne se lit 
que tout récemment, par exemple dans les der- 
niers romans sociaux de J.-H. Rosny aîné. 

Mais avant d'être adopté par les lexicographes 
et les littérateurs, notre mot a été employé dans 
le commerce, et cela dès 1894, lorsque Tarticle 
chandail commence à figurer sur les catalogues de 
bonneterie. Ce fut un fabricant amiénois, M. Del- 
vaux-Ghatel, qui confectionna en 1880 les pre- 
miers tricots de ce genre pour un marchand de 
Paris, M. Pringault,rue des Bourdonnais. Us furent 
tout d'abord destinés aux forts de la halle, aux 



28 i/argot des tranchées 

marchands d'ail, et successivement adoptés par 
les canotiers, les cyclistes, les troupiers du Ma- 
roc, etc. « En bon Parisien, dit le fabricant 
d'Amiens *, le père Pringault en était arrivé, par 
abréviation, à me demander son genre pour ses 
chands d'ail. De là me vint l'idée d'appeler ma 
création chandail, terme qui vient de marchand 
d'ail... » 

L'appellation que porte ce tricot, fabriqué à 
Amiens en 1880, serait ainsi parisienne et porte- 
rait le nom de la classe sociale qui s'en est tout 
d'abord servie. De Paris, le mot passa dans la pro- 
vince. 

Des recherches patiemment poursuivies per- 
mettent aujourd'hui à l'investigateur de suivre le 
développement intégral des vocables parisiens, 
leur point de départ, leur milieu social et leur 
expansion en province et hors de France. Dans 

1, Sa lettre a été publiée par M. Ant. Thomas, dans le Temps 
du 30 mars 1915. 



l'argot des tranchées 29 

cette série de données essentielles, l'étymologie 
n'est en somme qu'une annexe, que le dernier 
anneau de la chaîne. On peut ainsi arriver à re- 
constituer l'état civil de la plupart des parisia- 
nismes. 



Il 



Une autre source précieuse, où l'on peut 
suivre le renouvellement récent de la langue 
populaire, nous est fournie par les journaux du 
front. La plupart de ces intrépides canards, sou- 
vent composés à quelques kilomètres des tran- 
chées de première ligne, sont auto-copiés à un 
nombre infime d'exemplaires. Leur collection cons- 
tituera plus tard un petit trésor bibliographique, 
où l'historien de la guerre actuelle viendra cher- 
cher le côté pittoresque, l'anecdote, les palpitations 
de la vie. 

Ils révèlent le même état d'âme, la même gaieté 



30 l'argot des tranchées 

magnifique dont débordent les lettres des tran- 
chées. Ils offrent, comme celles-ci, une importante 
contribution linguistique. Nous n'en retiendrons 
cependant que trois particulièrement intéressants 
à notre point de vue spécial : 

L'Écho des Marmites, petit canard des tranchées 
dans les Vosges, dont le n' 3, du 15 février 1915, 
contient un précieux « Vocabulaire de la Guerre » 
qui, à lui seul, nous fournira nombre de rensei- 
gnements sur l'usage récent des mots vulgaires. 

Le Rigolboche, autre canard des tranchées en 
Argonne, qui présente l'intérêt d'être absolument 
composé sur le front au bruit incessant du canon. 
Le n"* 2, du 31 mars 1915, renferme la « Lettre 
d'un Pantruchard », c'est-à-dire d'un Parigot, d'un 
Parisien de Paris, d'où nous tirerons quelques 
citations à l'appui de nos termes spéciaux *. 

1. Voir, sous le rapport de l'iiumour et du pittoresque, un 
brillant article de Joseph Galtier, « Les Journaux du front », 
dans le Temps du 20 avril 1915. 



l'argot des tranchées 31 

Le Petit Echo du 18" Régiment d'Infanterie 
Territoriale^ dont le n" 16, du 28 février 1915, 
reproduit le dialogue très vivant de « Deux bons 
cuisiniers », Gossard et Bouleau, Poilus insépara- 
bles, qui illustrent le titre du journal. 

A l'aide de cette moisson de documents et d'in- 
formations complémentaires S nous allons pouvoir 
embrasser l'ensemble du mouvement récent du 
vocabulaire parisien. Mais nous omettrons inten- 
tionnellement tout ce qu'on trouve déjà dans les 
recueils d'argotismes parisiens pour ne tenir 
compte que des vocables relativement récents ou 
des créations de la guerre actuelle, produits immé- 
diats de la vie des tranchées. 

1. Voir Tavant-propos. Ajoutons quelques articles isolés : 
Emile H(enriot), « Impressions de bleu », dans le Temps du 
24 mai 1915, et Jean Marcel, « Sur le front d'Arras », dans le 
Journal du 20 juin 1915. 



32 l'argot des tranchées 



Archaïsmes 



L'idiome vulgaire est à la fois plus mobile et 
plus conservateur que la langue littéraire. Les 
vieux mots y abondent. Parmi ceux-ci citons 
d'après le « Vocabulaire de la guerre » : 

Bagotei% marcher, proprement courir comme 
les bagotiers qui suivent les voitures chargées de 
bagages. Ce terme bagotier est lui-même une 
acquisition de la fin du xix' siècle, et aucune publi- 
cation lexicographique ne le donne antérieure- 
ment à 1900 ; il n'en remonte pas moins au 
xvr siècle, et on le lit déjà dans le Prologue de 
la Comédie des Proverbes d'Adrien de Monluc ; 
« Couvrez-vous, bagotiers ; la sueur vous est 
bonne. » De nos jours, le seul écrivain populaire 
qui s'en soit servi est Jehan Rictus : 

Le bagotier qui, haletant. 

Suit le fiacre chargé de malles... 

{Cœur populaire^ p. 14(5.) 



l'argot des tranchées 33 

Le primitif du mot est bagot, îovme parallèle à 
bagage : faille des bagots signifie décharger et 
monter des bagages. Cette expression se lit éga- 
lement chez Jehan Rictus : 

F air' des bagots.., ou ben encor 

Aux Hall's... décharger les primeurs... 

(Soliloques, p. 121.) 

Quant à bagoter, dérivé récent, voici une cita- 
tion tirée du Rigolboche : « Les autres démurgent 
et vont bagoter à l'exercice pour se dégeler les 
fumerons. » Ce terme pittoresque exprime la 
marche militaire souvent tout aussi pénible que 
la course forcée du bagotier. Son équivalent, se 
baguenauder, en relève plutôt le côté amusant : 
la marche est alors conçue comme une simple 
déambulation, comme une flânerie. 

Bobard, avec le sens de « mensonge » : en 
ancien français, bobe signifie tromperie, vantar- 

3 



34 l'argot des tranchées 

dise. La forme récente a probablement tout d'a- 
bord désigné le menteur et ensuite la menterie. 
A Paris, bobard a Facception de boniment, riposte 
sans réplique : envoyer un bobard^ c'est envoyer 
un boniment qui laisse l'interlocuteur sans répli- 
que. 

2. — Provincialisme s 

Le nombre de termes régionaux dans l'argot 
parisien est considérable. Presque toutes les pro- 
vinces de France ont fourni leur contingent. Nous 
ne relèverons ici que les contributions récentes. 

Les synonymes connus du cheval, surtout du 
mauvais cheval — canasson^ carcan, têtard — ont 
été enrichis depuis quelque temps de : bourrin, 
terme qui, dans nos provinces de FOuest, par 
exemple en Anjou, désigne à la fois le baudet et 
la haridelle : « Un cheval s'appelle [au dépôt] 
rarement un cheval : c'est un bourrin, un bour- 
don, un zèbre, une bique, un ours, un cerf, une 



l'argot des tranchées 35 

carne, un bestiau, un tréteau, une vache et, s'il 
ne marche pas, un veau », Le Temps du 24 mai 
1915. 

Cet apport provincial se lit pour la première 
fois dans un des derniers romans sociaux de 
Rosny aîné : « Marche ! ou tu sauras comment 
j'attige les bourrins », Marthe Baraqiiin, p. 177. 

L'eau-de-vie possède, aussi dans les tranchées, 
une riche nomenclature, en très grande partie 
héritée du passé ; la dernière venue de ces appel- 
lations est gniaide : « Après ça, je viens voir mon 
cabot qui me sert la gniaide », Quatrième lettre 
d'un ouvrier parisien. Aussi sous la forme gniole : 
« Y a pas de jus, les potes, mais voilà de la 
gniole ! » Le Petit Echo du iS' Régiment, 28 février 
1915. 

Gomment faut-il expliquer cette appellation 
nouvelle? L'eau-de-vie y est-elle envisagée comme 
la boisson niaise (sens de gniaule ou gniole), ou 
bien comme celle qui rend niais, qui abrutit ? 



36 l'argot des tranchées 

Maotis, gros, lourd, épithète qu'on applique 
aussi bien à une « marmite », qu'à un homme, à 
un colis, etc. Un Poilu des tranchées de Luxem- 
bourg me communique ceci : « Un obus est un 
gros noir, certains explosifs de gros verts (couleur 
de la fumée); s'il ronfle fort : c'est un pépère 
maous ! dit-on. Entend-on ses balancements suc- 
cessifs au-dessus de nous : Tu parles... il s'aboule 
en père peinard, c'est-à-dire sans se faire de 
bile... » 

C'est encore un terme provincial : en Anjou, 
mahau ou mahou signifie lourd et bête : c'est 
le sobriquet dont on gratifie souvent les Bre- 
tons. 

Je n'ai pas été à même d'identifier une der- 
nière de ces appellations provinciales : Quenaupe, 
pipe, synonyme du parisien bouffarde. 11 est 
curieux que Bruant, dans son Dictionnaire y au 
mot « ivrogne », cite kénep, entre autres équiva- 
lents argotiques; mais ce sens d' « ivre » est 



l'argot des tranchées 37 

secondaire et dérive de celui de « pipe », comme 
le montre chique^ qui désigne à la fois le rouleau 
de tabac qu'on mâche et l'état d'ivresse légère. 

3. — Mots et sens nouveaux 

Les termes suivants sont très usuels dans Far- 
got des tranchées. On y remarque nombre d'ac- 
quisitions récentes, dont plusieurs, comme forme 
ou comme sens, étaient peu ou point connues 
avant la Guerre. Ils manquent à tous les recueils 
de parisianismes. 

Enumérons tout d'abord quelques créations 
d'ordre formel : 

Biler^ se bilotter, se faire de la bile (ou tout 
simplement s'en faire) : « Ça sera peut-être pour la 
prochaine distribution... mais ne te ôz/o/Zepas...», 
Galopin, Les Poilus, p. 30. 

Cuistance, cuisine, croisement des deux syno- 
nymes cuisine et hecquetanceyd'oii le dérivé cuis- 



38 l'argot des tranchées 

lancier^ cuisiner, ce dernier appelé plus fréquem- 
ment cuistauy modelé à son tour d'après restau- 
[rateur) : « On va te faire bouffer la cidstance à 
Gaspard », René \., Parisiens à la guerre^ 3 mars 
1915. — « Pour ce qu'est de la cuislance, c'est 
à ne pas y croire ; le matin, on a son chocolat 
ou son café au lait... », Galopin, Les Poilus,^, 54. 

Doublard^ sergent-major et, par abréviation, le 
double : « Le douhlard est ainsi surnommé à 
cause du double liseré qui anime discrètement 
chacune de ses manches », Echo des Marmites^ 
Supplément au n" 2. — « Etes-vous doublard ? Ben, 
alors?» René X., Parisiens à la guerre^ 24 mars 
1915. 

Pinard^ vin: c'est pineau, nom de cépage connu, 
avec substitution récente de suffixe, sous l'influence 
analogique de ginglard, petit vin acide et vert : 
« On va s'en f... plein la lampe du jomar^/, susur- 
rait Bouleau », Le Petit Echo, n° 15. 

Piston, aphérèse de capiston, capitaine : « La 



l'argot des tranchées 39 

compagnie est toujours commandée par un pis- 
ton », Echo des marmites, n° 2, Supplément. — 
« Ecoute, poteau, le piston, il est colère», René X., 
Parisiens à la guerre, 24 mars 1915. 

Voici maintenant les vocables qui nous inté- 
ressent sous le rapport du sens : 

Bonhomme (avec le pluriel honhonwies), appel- 
lation générale donnée au bleu : « Quand tout fut 
porté à la compagnie, Gaspard dit : Qu'on m'en- 
voie les bovb hommes un à un et en ordre !... 11 
conte des embuscades terribles où il y avait plus 
d'obus que de bonshommes )),René X., Parisiens à 
la guerre, 3 et 13^mars 1915. 

Ce nom a désigné dans le passé et désigne 
encore dans nos patois le paysan (avec le pluriel 
honhommes et non bonshommes) : les gens de guerre 
en avait fait jadis un sobriquet ; il s'applique 
aujourd'hui aux hommes du peuple en général. 

Bousiller, tuer (d'après le « Vocabulaire de la 
guerre »), proprement exécuter mal un travail, 



40 l'argot des tranchées 

l'action maladroite ayant passé de la besogne 
matérielle à Faction meurtrière, évolution de 
sens analogue au synonyme zigouiller. 

Boyau^ fossé qui conduit aux tranchées et dans 
lequel on descend par un escalier de terre battue : 
« La tranchée s'est vidée peu à peu et c'est main- 
tenant dans le boyau de retraite un bruit de pas 
étouffés », Galopin, Les Poilus^ p. 17. 

Brutal^ vin, à côté d'électrique, l'un et l'autre 
exprimant la liqueur d'après ses effets plus ou 
moins étourdissants. 

Cheval, mandat, métaphore qui rappelle le 
bidet du jargon des malfaiteurs, désignant la cor- 
respondance des prisonniers d'une fenêtre à l'au- 
tre de la prison. Le courrier est ici assimilé 
au coursier qui le porte. Le mandat y est aussi 
appelé ours, sobriquet donné au cheval, et pigeon, 
par allusion au pigeon voyageur. 

Filon, chance : avoir le filon, c'est avoir la 



l'argot des tranchées 41 

veine, métaphore qui s'entend d'elle-même. Un 
de mes correspondants me communique ceci : 
« Le filon joue un grand rôle dans la vie du sol- 
dat ; il désigne tout ce qui est agréable, qui pro- 
cure du repos, dispense de service, fait obtenir 
une distribution supplémentaire, met à l'abri du 
danger. Lorsqu'o/i a le filon, on est pénard ou 
pépère^ c'est-à-dire tranquille. » On lit dans la 
Lettre de l'ouvrier parisien déjà citée : « J'ai heu- 
reusement un aide de camp, nous avons le filon 
tous les deux, car nous sommes exempts de cor- 
vées, de garde, de pose de fil de fer, etc. Je te parle 
de filon, tu ne sais peut-être pas ce que ça veut 
dire ; contente-toi de savoir que c'est une mala- 
die que tout le monde n'attrappe pas. » 

Pâle, malade, la pâleur étant l'indice extérieur 
le plus frappant de toute maladie : « Il déclarait 
qu'il ne se battrait plus... qu'il allait se faire por- 
ter ^^«/e », René X., Parisiens à la guerre, 6 mars 
1915. — (' Pendant que les autres y se font casser 



42 l'argot des tranchées 

la gueule, toi tu te fais porter jjdle », Galopin, 
Les Poilus^ p. 85. 

Pépère^ c'est-à-dire gros père^ homme tran- 
quille et prudent, qui a pris toutes les précautions 
pour être en sûreté ; être pépère^ c'est être à Fabri, 
être tranquille (voir ci-dessus au mot filon). Pé- 
père^ forme enfantine pour père, désigne surtout 
le grand-père ou tout vieillard, mais aussi (comme 
en Picardie) on qualifie de gros pépère^ un jeune 
garçon bien portant. Pépère est aussi le nom 
qu'on donne parfois aux territoriaux, aux pères 
de famille : Poilus et Pépères, 

Repérer^ terme technique d'artilleur, pris au 
sens généralisé de trouver, de découvrir : « Pour 
le moment j'ai repéré un coinsteau d'où j'ai reniflé 
quelque chose », Petit Echo, 28 février 1915. 

Pied, sous-offîcier : « A nos braves sous-off. le 
terme de pieds continue, sans aucune discussion, 
à être universellement appliqué. On ne sait pas 
pourquoi », Echo des Marmites, n° 2, Supplément. 



l'argot des tranchées 43 

Le mot n'est pas nouveau, mais nous l'avons 
retenu pour la remarque qui clôt la citation. Cette 
observation est intéressante en ce sens qu'elle 
témoigne de l'oubli graduel de Torigine de cer- 
taines expressions métaphoriques. Le mot est 
abstrait de pied de banc^ désignant, dans le lan- 
gage des casernes, le sergent d'une compagnie (un 
banc a quatre pieds et une compagnie, quatre ser- 
gents) : « Les bleus s'alignent, tant bien que mal, 
le pied de banc les compte, les recompte... », 
Abnanach du Père Peinard, 1894, p. 40. 

Ajoutons ces quelques noms propres devenus 
communs : 

Aramon^ vin ordinaire débité, à Paris, par les 
gargotiers. Aramon est le nom d'un cépage répandu 
dans le Midi, principalement dans le Gard, dont 
Aramon est un canton : « A nous Varamon ! 
jubilait Gossard », Petit Écho du 28 février 1915. 

Gedéon, dit Gueide d'Empeigne, type du dégé- 
néré physique et intellectuel, personnage princi- 



44 l'argot des tranchées 

pal d'une revue jouée à Ba-Ta-Glan,rôle d'amou- 
reux fort laid, inflammable et ridicule, type po- 
pularisé par les caricatures d'un humoriste de 
talent, Joë Bridge, actuellement prisonnier. 

Panam^ appellation récente de Paris, à côté de 
Pantruche. Le Petit Voisognard^ organe bi-heb- 
domadaire du 369^ Terrassiers, du 21 mars 1915, 
sous le titre « Petit Larousse de la Tranchée », 
explique ainsi ces deux synonymes, l'un ancien et 
l'autre nouveau : « Panam^ nom d'amour donné 
par les Parisiens à leur village... Pantruche^ vil- 
lage voisin de Pantin où les Parisiens se retire- 
ront à la paix. » 

ZAgomar^ nom récent du sabre des cavaliers : 
« Le langage militaire, savoureux et truculent, 
tire ses meilleurs effets d'une condensation éner- 
gique... Rarement un objet est nommé [au dépôt] 
par son nom académique... Le sabre, c'est un zigo- 
//zar. Pourquoi ? » Le Temps du 24 mai 1915. 

Zigomar est le titre et le principal personnage 



l'argot des tranchées 45 

d'un roman policier de Léon Sazie, paru dans 
le Matin de 1910. Il y est représenté comme 
bandit à cagoule, mystérieux, invisible. Le nom 
de ce héros, popularisé encore par le cinéma, fut 
ainsi donné récemment au sabre, de même que les 
épées des chevaliers du passé portaient toutes un 
nom célèbre. 

4. — Noms facétieux 

La gaieté et la bonne humeur de nos Poilus 
sont abondamment représentées dans ce vocabu- 
laire spécial. Voici les appellations les plus frap- 
pantes : 

L'eau-de-vie y porte le nom plaisant à* eau 
pour les yeux : « On se déhotte vers six plombes, 
on s'ouvre les châsses avec de Veau pour les yeux 
et on avale le jus », écrit l'auteur de la Lettre 
d'un Pantruchard. Un de mes correspondants en 
donne cette explication : « Eau pour les yeux, 
eau-de-vie. Quand on a les yeux collés le matin, 



46 l'argot des tranchées 

au réveil, un petit verre de mirabelle, dit-on, 
vous les ouvre. » 

Deux autres noms récents de cette liqueur — 
casse-patte et roide-par-terre — en font ressortir 
des effets moins plaisants. Ces expressions rap- 
pellent les synonymes vulgaires de casse-poilrine 
et à' assommoir^ ce dernier appliqué à l'ensemble 
des boissons alcooliques et surtout au débit où 
on les sert : « Goûte-moi ce casse-patte^ vieux ? » 
Petit Echo du 28 février 1915. 

Nos Poilus désignent plaisamment la baïonnette 
par cure-dents et fourchette {Aller à la fourchette^ 
c'est charger à la baïonnette), à côté de tire-boches 
ou tue-boches: « Alors le môme... prend son tue- 
boches et va prendre la faction à un poste de gre- 
nades », Lettre d'un ouvrier parisien. 

On lui donne en outre le surnom de Rosalie^ 
répondant à Jacqueline, sobriquet du sabre des 
cavaliers. L'arme est ici plaisamment envisagée 
comme la bien-aimée du troupier, conception 



l'argot des tranchées 47 

ancienne que mentionne déjà Brantôme, dans ses 
Rodomontades espagnoles : « Geste espée me faict 
ressouvenir d'un de nos vieux capitaines du Pied- 
mont, que j'ai cogneu, qui pourtant ne faisoit pas 
plus grands miracles de son espée qu'un autre, 
et disoit : « Quiconque aura une affaire à moy, il 
faut qu'il ait affaire à Martine que me voylà au 
costé (appellant son espée Martine), et quiconque 
me la besoignera (usant de l'aultre mot sallaud 
qui commence par /), qu'il die hardiment qu'il aura 
besoigné la meilleure espée de France. » 

VEcho des Gourbis, organe des Troglodytes du 
front, a consacré tout son numéro du 3 mai 1915 
à la Journée de Rosalie. Une pièce en vers y dé- 
bute ainsi : 

Une brave Française, 
Partout où Ton se bat, 
S'en va dans la fournaise 
Avec chaque soldat. 



48 l'argot des tranchées 

Toujours elle est en tête 
Quand on monte à Tassant : 

C'est la Baïonnette... 
Mais le nom qu'il lui faut, 
C'est ce nom nouveau, 

Fier et rigolo. 
Chic, Français et Parigot. 

Rosalie ! Rosalie ! 
Ton nouveau nom te va bien. 

Faut, ma belle, 

Qu'on t'appelle 
Ainsi, sacré nom d'un chien ! 



Théodore Botrel,le barde breton, l'a également 
célébrée en une chanson de quatorze couplets, 
parue dans le Bulletin des Armées du 4 novembre 
1914. Et d'autre part : « Robin a tiré du fourreau 
son épée-baïonnette et s'avance en rampant jus- 
qu'à la troupe... Un coup de feu donnerait l'éveil, 



l'argot des tranchées 49 

tandis que la bonne Rosalie est silencieuse et fait 
toujours dubon travail », Galopin, Les Poz*te,p.38. 

La sollicitude du fantassin pour sa baïonnette 
égale celle de l'artilleur pour sa pièce, sa bien- 
aimée : « Le commandant a défilé ses canons 
le long de la route et les artiflots profitent de ce 
moment d'accalmie pour écouvillonner leurs jolies 
pièces de 75, qu'ils soignent avec tendresse comme 
si c'étaient leurs petites poules », Galopin, Les 
Poilus^ p. 6. 

Le fusil, à l'heure actuelle, s'appelle plaisam- 
ment, dans la tranchée, arbalète^ lance-pierres, 
nougat, seringue. 

La mitrailleuse y est assimilée, à cause de son 
tric-trac,à une machine à découdre ou à un mou- 
lin à café : « Entends-tu ces pieds-là, avec leur 
sale moulin à café ? » René X., Parisiens à la 
guerre. — « Avant d'avoir fait cent mètres, nous 
serons fauchés par les moulins à café comme des 
tiges de pavot », Galopin, Les Poilus, p. 4. 

4 



50 l'argot des tranchées 

De là aller an jus (c'est-à-dire aller au café), 
c'est se précipiter à l'assaut de la tranchée enne- 
mie et affronter ainsi la mitrailleuse boche, au 
son spécial, qui fait pleuvoir les balles. 

Voici quelques autres de ces appellations plai- 
santes : 

Bouchers noirs, surnom donné aux artilleurs, 
d'après leur sombre uniforme : « Voilà que passe 
à toute allure un régiment entier de bouchers 
noirs, roulant dans la poussière leurs petits 75 tout 
égosillés encore de la partition précédente », Le 
Journal du 21 juin 1915. 

Coucou, obus et aéroplane qui jette des bom- 
bes : « On a eu le filon de s'esbigner des cou- 
cous », Le Journal du 21 juin 1915. 

Crèche, abri dans les tranchées, et logis, ^^no- 
nymede cam/^?<se etde turne: « Moi, dès demain, 
je demande à changer de crèche », Galopin, Les 
Poilus, p. 85. 

Marie-Louise, sobriquet donné aux jeunes re- 



l'argot des tranchées 51 

crues de la classe 15, par allusion aux conscrits 
de 1815 qui avaient pris ce titre, aujourd'hui en 
opposition avec les Poilus : « Les vieux, les gro- 
gnards, côtoient les Marie-Louise ^\e^ jeunes de la 
classe 15, qui n'ont encore pas vu le feu », Le 
Journal du 21 juin 1915. 

Perco^ blague, bruit fantaisiste de personnes 
toujours bien renseignées, à proprement parler 
renseignement venant de la cuisine, perco étant 
l'abréviation de percolateur pour le café : « Vers 
dix plombes on va au plume, en attendant qu'un 
perco à la graisse d'oie nous dise que les Boches 
ont mis les bouts de bois » (c'est-à-dire qu'ils se 
sont sauvés). Lettre d'un Pantruchard. — « Une 
reconnaissance ?... Oh ! alors je marche... Faites 
excuse, mon capitaine, je croyais que c'était en- 
core un /;erco;y sont tellement fumistes dans cette 
sacrée compagnie ! » Galopin, Les Poilus^^. 18. 

Singe, bœuf, et surtout viande de conserve, 
d'où boite de singe, boîte de conserve : « En un 



52 l'argot des tranchées 

tour de main, carabines, cartouches, boîtes de 
singe et Poilus avaient pris place », Le Journal 
du 21 juin 1915. — « Nous avons tapé dur sur la 
boule [de son] et les boîtes de singe,.. », Galopin, 
Les Poilus^ p. 3. 

La même expression désigne l'obus de 77 : 
« Ces mots sont à peine prononcés qu'une explo- 
sion terrible fait trembler le sol, à quelques 
mètres de nous. Un nuage de terre nous enve- 
loppe. C'est un obus de 77 (une boîte de singe, 
comme nous disons) qui vient d'éclater en avant 
de la tranchée... Il y a aussi une sacrée batterie, 
cachée derrière un bois, et qui distribue des 
boîtes de singe en veux-tu, en voilà », Galopin, 
Les Poilus, p. 4 et 17. 

Tacot, terme de dérision appliqué à une auto- 
mobile usée, à une guimbarde, par allusion au 
bruit du tacot ou taquet, petit appareil qui, dans 
les métiers à tisser, met en mouvement la na- 
vette volante : « Peut-être est-il préférable que 



l'argot des tranchées 53 

nous ayons raté le tacot... Oh ! oh ! dit Abeilhou, 
après avoir jeté un coup d'œil sur l'auto, ça, 
c'est autre chose que notre tacot.., ça doit déta- 
ler... », Galopin, Les Poilus^ p. 13 et 69. 

Taupe, surnom donné aux soldats allemands des 
tranchées qui y creusent des galeries et des gîtes, 
véritables taupinières: « Nous demeurons, tapis 
dans l'herbe, sans faire un mouvement. Les taupes 
avancent toujours, — les taupes, ce sont les Alle- 
mands. Nous les avons ainsi baptisés parce qu'ils 
remuent sans cesse la terre, avec laquelle ils se 
confondent, grâce à la couleur de leurs unifor- 
mes », Galopin, Les Poilus, p. 5. 

Tauriaux, les terribles tauriaux, c'est-à-dire les 
terribles taureaux (prononciation vulgaire du mot), 
jeu de mot sur territoriaux : « Jusqu'aux territo- 
riaux, les terribles tauriaux, con\mQ on les appelle, 
qui montrent autant d'entrain que les jeunes », 
Galopin, Les Poilus, p. 20. 

Je cueille encore dans la lettre d'un de mes 



M l'argot des tranchées 

correspondants ces indications : « Les Poilus 
appellent perroquet le tireur d'élite qui souvent 
se juche sur un arbre pour élargir son champ de 
tir et mieux descendre les Boches. Et cette expres- 
sion macabrement plaisante : gagner la croix de 
bois, mériter la croix de bois, c'est mourir au 
champ d'honneur, réplique à la croix de fer dont 
se constellent les poitrines boches. » 

Mais revenons à la note joyeuse. Voici le début 
de la Lettre d'un Pantruchard (dans le Rigol- 
boche) : « Quand les Bobosses ont mis les voiles 
des tranchées (c'est-à-dire se sont sauvés), avec 
tout leur bardin, on a pris le Saiirer des Gale- 
ries Lafayette, et sommes à l'heure au repos. » 
Le Saurer veut dire l'autobus, parce que pres- 
que tous les camions employés dans la région 
[de l'Argonne] porte la marque Saurer. 

Cette lettre d'un Parisien à ses parents est, 
d'ailleurs, d'un bout à Fautre une source de 
franche gaieté, excellent antidote contre le cafard, 



l'argot des tranchées 55 

expression militaire du spleen qui s'empare du 
troupier après un séjour prolongé dans la ca- 
serne, du bleu dans le dépôt, du Poilu dans la 
tranchée : « Toute la journée ils ont été la 
proie du cafard^ un cafard affreux, le cafard du 
dépôt », Le Temps du 24 mai 1915. -- « 11 
faut se faire une raison... ne pas regarder plus 
loin que le champ de bataille, sans quoi, si l'on 
se laissait envahir par le regret, c'est pour le coup 
qu'on l'aurait, le cafard^oX sérieusement encore !... 
Décidément le cafard tciq travaille déplus en plus. 
J'ai beau faire un effort sur moi-même, essayer de 
chasser le noir qui me descend dans le cœur, je 
ne puis y parvenir »,Galopin,Z,e5Poz72^s,p.6et 16. 
Le cafard est le nom de la blatte des cuisines, 
insecte qu'on prétend importé du Levant et ap- 
pelé encore bête noire, d'où la notion de mélan- 
colie, de nostalgie, de profond abattement. C'est 
un apport des colonies, où le cafard sévit tout 
particulièrement . 



56 l'argot des tranchées 

5. — Termes coloniaux 

Depuis la conquête de l'Algérie et surtout 
depuis l'institution des troupes africaines, nombre 
de termes algériens, appartenant soit à l'arabe 
du Nord soit au mélange linguistique connu sous 
le nom de sabir ^ ont pénétré jusqu'à Paris, et ont 
trouvé accès dans le bas-langage de la capitale. 
D'autres, restés confinés dans les sphères militaires, 
se tenaient à l'écart du courant général. Depuis 
cette guerre qui a réuni, dans la même tranchée, 
les Poilus de France et ceux de son empire colo- 
nial, ces termes spéciaux ou rarement employés 
sont en train de se répandre et de se généraliser. 
En voici quelques exemples : 

Bardin, bagages militaires (voir ci-dessus un 
exemple du Rigoiboche), forme parallèle à barda, 
havresac, fourniment {en arabe : bagages). Le mot 
a subi récemment linfluence analogique de la 
finale de butin. 



l'argot des tranchées 57 

Guitoune ou gourbi^ noms donnés aux abris des- 
tinés aux officiers, aux fractions de réserve ou aux 
troupes de seconde ligne: « La guitoune où j'ha- 
bite est comme qui dirait une cave », Lettre d'un 
ouvrier parisien. En arabe algérien, kîtoun dé- 
signe la tente de voyage, et gourbi^ la hutte de 
branchage et de terre sèche, comme celle des 
Kabyles et des Arabes cultivateurs. 

Kasba, maison, synonyme de cambuse et de ca7i- 
fouine : l'algérien qaçabah signifie citadelle ou 
palais d'un souverain. 

Nouba^ fête, fait pendant à la bombe des trou- 
piers, à la bordée des marins, à la ribouldingue 
des ouvriers parisiens : « Ah ! les copains, c'est la 
nouba ! On va enfin pouvoir se cogner sans que 
les flics aient rien à voir, » René X., Parisiens 
à la guerre, 13 mars 1915. Ce terme algérien se 
lit chez Jehan Rictus, Cœur populaire, p. 86. La 
noubah est, en Algérie, le nom de la musique des 
turcos qui joue des airs populaires arabes. 



58 l'argot des tranchées 

^o^^Z>^6, médecin-major (en arabe tebib), moi déjà 
connu à Paris, devenu très usuel dans les tran- 
chées : « Les Poilus qui se sont faits porter pâles 
vont voir le toubib », Lettre d'un Pantruchard 
(dans le Rigolboche). 

Parmi ces apports des colonies, le plus carac- 
téristique est peut-être la cagna ou cagnal, 
qui désigne l'abri individuel, sous terre ou sur 
terre. Ce mot figure dans la Lettre d'un Pan- 
truchard : « Il ne dégringole pas des marmites 
ou des gros noirs ou des crapouillots pour cham- 
bouler la cagnat », c'est-à-dire pour bouleverser 
l'abri qui sert d'habitation. Avec le sens généra- 
lisé : « Son intérieur, il le regardait de tous ses 
yeux : Ah ! la cagna \ Revoir sa cagna \... C'est 
propre ici et c'est mignon ! » René X..., Parisiens 
à la guerre^ 20 mars 1915. Dans la dernière Lettre 
d'un ouvrier parisien, le mot se présente déjà sous 
une forme francisée : « Alors le môme décarre de 
la cagne.,.^ prend son tue-boches... » 



l'argot des tranchées 59 

C'est l'espagnol caiia (lisez cagnia) qui signifie 
à la fois roseau et galerie de mine, mot que nos 
turcos ont emprunté dm sabir, c'est-à-dire au jar- 
gon mélangé d'arabe, d'espagnol, d'italien et de 
français qu'on parle en Algérie et dans le Nord 
de l'Afrique. Ce terme est une des importations 
coloniales les plus récentes et se rattache inti- 
mement à la vie des tranchées. 

6. — Mots de jargon 

11 nous reste, pour rendre ce tableau aussi com- 
plet que possible, à relever une dernière catégo- 
rie de mots, celle des termes de l'ancien jar- 
gon des malfaiteurs, dont abonde le langage des 
Poilus, comme l'argot parisien lui-même. C'est 
ainsi que, dans le « Vocabulaire de la guerre », 
on trouve, pour soldat, à côté de poilu, son syno- 
nyme griveton, pendant moderne des anciens ^r^- 
î;oi5; qu'argent s'y dit auher, comme dans le jar- 
gon des Coquillards dijonnais de l'an 1455 ; que 



60 l^'argot des tranchées 

couteau y porte les noms de lingue et de surin^ 
le premier, dans la Vie généreuse de 1596, le der- 
nier, dans Vidocq (1827) ; que la porte y est 
appelée lourde^ comme dans le Jargon de 1628, 
et la maison taule, comme dans Vidocq. 

Mais toutes les appellations de cette origine, 
l'argot des tranchées les possède en commun avec 
le langage populaire parisien. Ce dernier a ab- 
sorbé toutes les langues spéciales, tous les argots 
des classes professionnelles, la province et les 
colonies, ce qui explique sa richesse étonnante, 
son coloris, sa verve, sa vie débordante. 

Les catégories que nous venons d'examiner 
représentent en raccourci quelques-uns des élé- 
ments constitutifs de la langue populaire elle- 
même. L'argot des tranchées n'est en effet qu'un 
fragment de l'argot parisien, et celui-ci, la quin- 
tessence des éléments viables de toutes les époques, 
mais surtout des parlers professionnels et provin- 



l'argot des tranchées 61 

ciaux de la première moitié de xix* siècle. Parmi 
ces contributions spéciales qui ont alors afflué de 
tous côtés, celles apportées par les malfaiteurs ne 
sont ni les moins nombreuses, ni les moins carac- 
téristiques. 

Les soldats,'!^les marins, les ouvriers de toutes 
spécialités ont tour à tour fourni leurs contin- 
gents, et ces apports sont venus se fondre dans le 
creuset unique qu'est l'idiome vulgaire parisien. 
Celui-ci est actuellement parlé par des millions 
de Parisiens et de provinciaux, par les masses 
compactes du peuple. On peut même soutenir, 
jusqu'à un certain point, que l'argot parisien de 
nos jours, organe exclusif de toutes les basses 
classes de la capitale et de la France, représente 
réellement la seule langue vivante, qui bat à 
l'unisson de l'âme populaire et qui reflète les 
transformations immédiates de la vie sociale. 
L'argot des tranchées n'en est, sous ce rapport, 
que sa manifestation la plus récente. 



PIECES DOCUMENTAIRES 



LETTRES DES POILUS 



Il a paru, depuis le début des hostilités, un très grand 
nombre de ces lettres dans la presse, et la librairie 
Berger-Levrault vient d'en publier un premier choix 
sous le titre de Lettres héroïques. Une moisson plus 
abondante nous est offerte dans les Lettres de Héros 
(1914-1915), de Robert Lestrange, et dans La, Vie de 
guerre contée par nos soldats de Charles Foley (1915). 
Ces recueils ne constituent d'ailleurs qu'un simple 
fragment de l'énorme masse de lettres qu'a provo- 
quées la grande Guerre. 

Les plus intéressantes, à notre point de vue spécial, 
sont celles qu'a fait connaître te F/^aro^ de janvier et 
mars 1915. lettres dans lesquelles un ouvrier parisien 
donne à sa sœur des détails curieux sur sa vie de tran- 
chée. Ces missives, empreintes de verve et de bonne 
humeur, sont écrites dans le plus pur argot parisien. 
Elles constituent, sous le rapport linguistique et psy- 
chologique, un document des plus précieux. 

Voici ces lettres dans leur ordre chronologique : 



1. Nous adressons nos meilleurs remerciements à M. Al- 
fred Capus, rédacteur en chef du Figaro, qui a bien voulu nous 
autoriser à publier cette correspondance. 



04 LETTRES DES POILUS 

LETTRES D'UN OUVRIER PARISIEN 
A SA SOEUR 

15 septembre 1914. 
Chère Jeanne, 

Je reçois à l'instant ta lettre du 24. Je t'en ai 
écrit au moins trois; je me porte très bien et j'ai 
vu Léon hier. Il a une mine superbe, du moins à 
ce que j'ai trouvé, car depuis vingt-deux jours 
que nous sommes au feu, sans trêve, nous ne nous 
débarbouillons pas souvent. Et avec nos barbes 
d'un mois, nous ne sommes plus habitués à voir 
des figures bien propres et rasées de frais. Heu- 
reusement que je crois que ça ne durera pas long- 
temps maintenant, car les Boches sont en train 
de prendre une bonne purge, je t'assure ! 

On en fourre un bon coup quoique étant fatigué. 

Arthur, le cousin de Ghitenay, a été tué à côté 
de moi, le pauvre vieux ! 



LETTRES DES POILUS 63 

Ne fais pas attention si ma lettre n'a guère de 
suite, je suis pressé. A bientôt. 

Albert. 

Jeudi, 26 septembre 1914. 
Chère Jeanne, 

Je mets la main à la plume {sic) pour l'envoyer 
un petit bonjour; je me porte relativement bien, 
à part un peu de fatigue, ça marche. Inutile de 
te dire que c'est justement parce que ça marche 
beaucoup qu'il y a un peu de fatigue. Enfin, pas 
de blessure c'est le principal ! 

Embrasse tout le monde de ma part. 

Albert. 

27 septembre 1914. 
Chère Jeanne, 
Je viens de recevoir ta carte ; ne t'inquiète pas, 

5 



66 LETTRES DES POILUS 

je ne suis pas blessé; ce que je ne comprends pas, 
c'est que tu ne reçoives pas mes lettres ; tu me 
demandes si j'ai besoin de quelque chose? Et bien 
voilà ! Si cela ne t'embête pas trop, je vais te 
demander de me faire un petit colis, et vais te 
dire ce que tu pourrais mettre dedans : du cho- 
colat, puis du papier à cigarette (tu sais que nous 
avons droit à 500 grammes); si tu as une petite 
boîte en fer-blanc ou en carton assez solide, ce 
sera épatant, car un copain qui s'est fait expédier 
du chocolat dans un simple papier a vu son colis 
arriver pulvérisé. 

Je t'ai écrit une carte le 25; nous allons, je crois, 
être mis un peu au repos; nous ne l'aurons pas 
volé depuis un mois et demi que les obus nous 
éclatent autour des oreilles; j'ai cru un moment 
devenir fou. Pense, sur mon escouade de seize 
hommes je reste avec deux autres ; nous ne sommes 
plus guère capables de faire grand'chose. C'est 
peut-être pour cela que nous serons retirés de la 



LETTRES DES POILUS 67 

ligne de feu pour être reformés avec des territo- 
riaux. 

Je t'embrasse bien fort. 

Ton frangin, 

Albert. 

13 octobre. 
Ma chère Jeanne, 

Je te remercie de tes deux colis que j'ai bien 
reçus ; le colis d'effets je l'ai eu ce matin seule- 
ment, il a mis beaucoup plus de temps à m'arri- 
ver que le chocolat que j'ai reçu il y a trois jours ; 
il est vrai que le chocolat est venu par la poste et 
les effets par le chemin de fer ; l'essentiel est que 
les deux me sont parvenus. Je te remercie mille 
fois. 

Le chocolat me sert pour mon petit déjeuner : 
je le fais à l'eau, et je trouve cela délicieux. 

Quant au linge, je me suis changé complète- 
ment; ce n'était pas trop tôt,"car je commençais 



68 LETTRES DES POILUS 

à sentir le gredin. Maintenant me voilà paré pour 
quelque temps; je ne sais si Adrienne t'a dit que 
nous étions au repos dans un petit patelin; les 
marmites des Boches ne nous tombent plus sur 
la gueule. Nous en entendons seulement le bruit 
sourd, au loin ; cela nous semble bon après vingt- 
quatre jours de tranchées. J'ai les hanches à vif, 
cela n'a rien de drôle, quand je pense que j'ai 
été à la même place, dans le même trou pendant 
vingt-quatre jours. Tu ne peux t'imaginer ce que 
cela représente. 

Gomme nourriture pas grand'chose, si bien que 
maintenant que nous sommes au repos il n'y a 
plus de bonhomme. Je t'écris en ce moment auprès 
d'une mare où je suis depuis au moins trois heures. 
Je pense à vous tous et cela est toujours autant 
de temps passé avec vous. Je ne sais combien de 
temps je vais encore rester ici, mais j'ai vraiment 
la cosse pour me débiner de là ; tu penseras que 
pourtant ce n'est pas pénible de rester couché 



LETTRES DES POILUS 69 

dans une tranchée pendant des journées entières, 
mais c'est le sommeil qui nous manquait; jour et 
nuit c'était la fusillade partout, autour de nous, 
des plaintes. La tension d'esprit est vraiment grande 
et c'est cela la grande fatigue. 

Tu me demandes si je veux de l'argent, je n'en 
ai pas besoin; jeté remercie donc, mais si en douce 
tu veux être gentille pour m'envoyer un petit colis, 
ça je n'y vois pas d'inconvénient. J'ai des envies 
de saucisson ; il me semble que ça se conserve et 
que ça peut voyager. Si tu veux envoyer de l'ar- 
gent à Alfred, tu n'as pas à craindre que cela n'ar- 
rive pas, ici les camarades en reçoivent et pas un 
n'a encore perdu d'argent ; il faut par exemple 
envoyer par lettre recommandée et cachetée. 

Voilà, ma chère Jeanne; je vais terminer en te 
priant d'embrasser tout le monde pour moi ; garde 
pour toi un gros baiser de ton frère. 

Albert Pion. 



70 LETTRES DES POILUS 

Si tu m'envoies un petit colis, de la charcu- 
terie, hein! saucisson ou pâté quelconque. Merci 
d'avance. 

21 octobre 1914. 
Chère Jeanne, 

Nous venons de recevoir l'ordre de retourner 
dans les tranchées ce soir, pour combien de temps 
encore, hélas ! î 

Je suis navré que ce pauvre Fredo soit aussi 
gravement atteint. Enfin, s'il ne reste pas estropié, 
il est sûr aussi de rapporter sa peau. 

Nous avons, pour le moment, un temps bien 
maussade; il tombe de la flotte toute la journée; 
qu'est-ce que l'on va prendre sur les os, si ce 
temps-là persiste ! Je suis bien content que tu m'aies 
envoyé mon cache-nez; comme il ne fait pas froid, 
je me l'entoure autour du corps le soir, avec le 
chandail, la capote, puis une grande couverture 
que j'ai fait aux pattes; je ne suis pas le plus mal- 



LETTRES DES POILUS 71 

heureux de l'équipe. Vois-tu, à la guerre, il ne 
faut pas s'embarrasser dans les barreaux de la 
chaise. 

Tu me dis que tu es marchande de quatre sai- 
sons et que tu cries: « Chasselas de Fontaine- 
bleau ! » Je vois que vous aussi vous faites de drôles 
de métiers ; on dit qu'il n'y en a pas de sot. Le 
nôtre pourtant !... 

Je garde toujours ma barbe ; tu ne te figures 

pas- la tête que ça me fait. Quand tu me verras 

arriver, tu te figureras voir le père Chicane. Je 

termine en t'embrassant bien fort et j'espère bien 

revoir Pantruche bientôt. 

Albert. 

Forêt de l'Argonne (toujours), 
25 octobre 1914. 

Ma chère Jeanne, 
Quelques lignes pour passer le temps, car je 
n'ai rien de nouveau ; pour le moment, nous sommes 



72 LETTRES DES POILUS 

toujours dans la forêt ; je commence à m'y plaire. 
Voilà déjà trois jours que nous y sommes revenus, 
il paraît que cette fois nous serons relevés dans 
six jours, cela nous fera une dizaine de jours ter- 
rés dans les tranchées ; ce sera bien suffisant. 

Bref, ma santé est toujours bonne; j'ai repris 
un peu de mine pendant les douze jours de repos 
qui nous ont été accordés. Puis cette fois-ci nous 
sommes ravitaillés, on peut faire notre popotte ; 
c'est l'eau qui nous manque ; il faut faire quatre 
kilomètres pour aller en chercher. Ça ne fait rien, 
nous sommes moins malheureux que dans les 
tranchées précédentes ; je n'ai plus froid la nuit 
grâce aux effets que tu m'as envoyés. Adrienne 
m'a dit qu'elle m'envoyait un passe-montagne, 
avec cela, je serai complètement paré. Ce qui me 
chiffonne, c'est que son passe-montagne me chif- 
fonnera ma barbe ! elle grandit, les poils ont 
déjà cinq centimètres de long. Je suis superbe ! 

Gomme tu le vois, je n'ai rien de nouveau, je 



LETTRES DES POILUS 73 

n'ai pas de nouvelles de Léon, et pourtant il n'est 
pas loin d'ici. Son régiment est dans les tranchées 
au bout des nôtres, c'est dommage que nous n'ayons 
pas le droit de nous déplacer, sans cela j'irais 
jusque-là. 

Dis donc, je vais encore te taper ! Pourrais-tu 
m'avoir deux briquets à essence ou plutôt un à 
essence et un à amadou ? Je t'en demande deux, 
parce que j'ai un copain qui est de la campagne 
et il a écrit à sa femme pour qu'elle lui en envoie 
un, elle n'a pas pu en trouver. Ça ne presse pas, 
envoie-moi cela quand tu pourras ; tu vas peut- 
être trouver que j'abuse, mais que veux-tu ici on 
ne trouve ni allumettes ni briquets. Vivement la 
classe, bon Dieu ! 

Je termine en t'embrassant bien fort ainsi que 
toute la famille. Et ce pauvre vieux Fredo, il est 
tout de même bien touché, pourvu qu'il ne reste 
pas boiteux. Ton frangin (pour la vie), 

Albert. 



74 LETTRES DES POILUS 

Forêt de l'Argonne, 26 octobre 1914. 

Chère Jeanne, 

J'ai reçu ton colis hier et je t'écris aujourd'hui 
pour te remercier. Gela m'a fait bien plaisir d'en 
améliorer l'ordinaire. J'ai déjà causé deux mots 
au saucisson ; il est extra ; un petit morceau à 
chaque repas ; du chocolat le matin, le pâté qui 
subira le même sort que le saucisson ; une cibiche 
pour faire la digestion... ça peut ! Tout cela grâce 
à la gentillesse de ma bonne Jeanne ; je te re- 
mercie jusqu'à la gauche. 

Pour ce qu'il y a de nouveau depuis hier, c'est 
la même chose ; les Boches sont assez calmes, 
ceux qui sont en face de nous ; mais à gauche, ça 
barde ; nous, ici, nous sommes sur une crête en 
avant ; il y a un grand ravin ; les Boches sont sur 
la crête en face, nous faisons des patrouilles dans 
le ravin ; j'en arrive à l'instant ; c'est le moment 



LETTRES DES POILUS 75 

d'ouvrir l'œil ; on l'ouvre aussi, t'en fais pas, et 
la bonne. Le ..." hier a pris quatre mitrailleuses; 
c'est le régiment de ce pauvre Fredo. S'il n'était 
pas blessé, tu vois, nous serions tous les trois 
l'un à côté de l'autre. 

Ce qui est moche, c'est que les feuilles tombent ; 
les arbres sont presque à nu, il ne nous est pas 
facile de sortir des tranchées, ils nous voient, en 
face ; pour eux, il est vrai, c'est la même chose. 

Pendant que je t'écris, les copains sont à l'affût 
pour tâcher d'en voir montrer leur nez ; nous 
sommes à la chasse, quoi ! à la chasse à l'homme... 

Comme tu vois, rien de nouveau ; quand tu 
m'écriras, si tu peux bien me mettre une ou deux 
coupures de journaux, ce qu'il y a intéressant la 
guerre, les copains en reçoivent et comme cela 
on sait un peu quelque chose. 

J'ai dû lâcher le casque que je devais rapporter 
à Jojo, car les Boches fusillent les prisonniers 
ayant sur eux des effets appartenant aux leurs ; 



76 LETTRES DES POILUS 

je tâcherai d'en avoir un autre à la fin des hos- 
tilités, ce n'est pas ça qui manque en ce moment ; 
il y en a plein le bois. 

J'écris à Adrienne pour la remercier de son 
passe-montagne. C'est très chaud ; je me le suis 
mis sur la cabèche dès hier soir. 

Albert. 

J'allais oublier de te remercier de ton billet de 
cinq francs. Je n'en avais pas besoin. Merci quand 
même. 

UNE ATTAQUE DE NUIT 

30 octobre 1914. 

Je t'ai écrit il y a deux jours et je te disais 
que Léon était disparu à sa compagnie ; il y est 
revenu ; je l'ai vu ce matin et il m'a dit avoir vu 
Fredo hier matin ; comme tu le vois ils sont en 
bonne santé ; mais ce que Léon n'a pas l'air gai : 
il est vrai que ce n'est pas à la guerre qu'il 



LETTRES DES POILUS 77 

deviendra ribouldingue. (Cherche dans le La- 
rousse). 

Moi ça marche toujours, je ne me fais pas de 
bile pour un sou ; je suis maintenant habitué aux 
pétarades de toutes sortes et je suis dans le même 
état d'esprit que le soir de mon départ ; je n'ai 
pas toujours été comme ça, lorsque pendant trois 
semaines nous avons reculé ; je croyais que nous 
étions fichus et je n'étais pas gai, mais mainte- 
nant que ça marche de l'avant, pourquoi s'en 
faire, ça marche bien, c'est le principal ; quant à 
avoir la gueule cassée ça n'arrive qu'une fois, 
puis le plus fort est fait pour le ...« corps mainte- 
nant et nous sommes, pour le moment du moins, 
relativement tranquilles. 

Il y a eu cependant dans la forêt un sacré coup 
de gueule, la deuxième fois : avant-hier, les Bo- 
ches se sont avisés de nous charger la nuit à la 
baïonnette. On se demandait ce qui arrivait ; on 
entendit d'abord une petite trompette, figure-toi 



78 LETTRES DES POILUS 

une corne pour appeler les vaches ; puis des hoch ! 
frénétiques ; c'était eux qui nous chargeaient. 
Résultat : feux de salve de notre part, nos clai- 
rons, à leur tour, sonnent la charge ; nous bon- 
dissons en avant, ils se sauvent, leur petite trom- 
pette s'arrête ; il en reste pas mal sur le carreau, 
et ce matin nous faisons quelques centaines de 
prisonniers. C'est un petit détail entre mille que 
je te cite pour te prouver qu'ils ne sont pas ter- 
ribles. 

11 commence à faire très froid la nuit, pourrais- 
tu m'envoyer un chandail, bon marché naturel- 
lement, car j'espère que je n'aurai pas à m'en 
servir longtemps maintenant, tu vas peut-être 
dire que je te demande beaucoup, mais je ne peux 
l'acheter par ici. 

Ton frère qui t'embrasse très fort. 



LETTRES DES POILUS 79 

Chère Jeanne, 

A moi touché ! encore un coup, ce n'est pas 
très grave, j'ai pris un éclat d'obus au coude gau- 
che, j'ai cru d'abord que j'avais le bras emporté, 
mais il est encore tout entier, j'ai seulement le 
bras engourdi, je ne peux faire marcher un doigt ; 
j'ai été à la visite ; ils m'ont fait un simple mas- 
sage. Est-ce que les Boches auraient numéroté 
mes abatis ; à Bar-le-Duc c'est la jambe droite ; 
cette fois-ci c'est le bras gauche ; n'empêche que 
c'est loupé pour eux quand même et j'espère 
bien pouvoir leur balancer des pruneaux sur la 
pêche avant peu. 

Nous sommes pour le moment pas en première 
ligne ; les balles ne peuvent nous atteindre, mais, 
comme tu le vois, les obus éclatent très loin de 
nous. 

De Léon, pas de nouvelles; j'ai reçu une lettre 
de Fredo, il me dit que ça va mieux. 



80 LETTRES DES POILUS 

Merci encore une fois de ton colis. Le saucisson, 
le pâté et le chocolat me permettent de me caler 
les joues entre les repas, j'engraisse sais-tu ? ma 
barbe grandit toujours. 

J'écris à Raymonde en même temps qu'à toi ; 
je lui dis que j'ai au cou trois médailles accro- 
chées au cordon de ma plaque d'identité ; j'ai 
demandé aux copains, si j'étais touché, de te les 
envoyer à toi. Il y en aurait une pour toi, une 
pour Adrienne et une pour Raymonde. C'est un 
curé, le curé Rabier, de Ghitenay, qui me les a 
données en partant de Rlois et m'a juré que si je 
les conservais, elles me porteraient bonne chance ; 
je ne les ai jamais quittées et, ma foi, je ne peux 
pas m'en plaindre jusqu'à ce moment. Comme tu 
vois, je suis prévoyant ; j'espère bien vous les 
rapporter moi-même, mais en douce, si des fois ! 

Je termine, ma Jeanne, en t'embrassant bien 
fort ; souhaite le bonjour à tout le monde pour 
moi. 



LETTRES DES POILUS 81 

La Toussaint. 
Chère Jeanne, 

Je reçois à l'instant ta lettre du 25, j'y réponds 
de suite, cela m'est facile, car je n'ai que cela à 
faire pour le moment. Je suis dans un petit pate- 
lin au repos en attendant que je puisse remuer 
mes doigts ; cela va de mieux en mieux et demain 
je crois que le major me renverra dans les tran- 
chées. 

Tu me dis qu'Alfred est au feu lui aussi, pauvre 
vieux ; dis-lui, quand tu lui écriras, que je lui 
souhaite bonne chance. 11 est dans le Nord, il 
paraît que cela barde un peu par là. Enfin, que 
veux-tu, il faut encore en fourrer un bon coup 
avant d'être libéré, prenons notre mal en patience 
et attendons. 

Je vois que tu te fais toujours de la bile, mais 



82 LETTRES DES POILUS 

il n'arrive que ce qui doit arriver, la preuve, 
c'est que voilà deux fois que je suis touché et que 
je suis toujours vivant. 

Entre parenthèses, j'entends nos petits canons 
de montagne et nos 120 longs qui leur envoient 
des pains à cacheter ; ça tonne dur, ils ne doivent 
pas se faire gros dans leurs tranchées ; ça me fait 
plaisir et, tout seul, je me dis : « Allez-y, les 
gars ! » Les Boches aussi répondent, mais nos 
braves artiflots n'ont pas l'air de s'en émouvoir. 
Si tu voyais comme ils sont beaux et courageux ! 
Ce que je les ai admirés depuis le commencement 
de la guerre, rester des journées entières dans la 
mitraille ! En ce moment, c'est le duel d'artillerie 
le plus sérieux que je n'ai encore entendu. 

Tu as dû voir dans le journal que nous avons 
exterminé un régiment de Boches dans l' Argonne ; 
nous faisons, vois-tu, du bon boulot. Quant à 
Arthur, c'est comme tu le dis, pas tout à fait sûr ; 
quant à Léon, c'est bizarre aussi qu'il ne donne 



LETTRES DES POILUS 83 

pas de nouvelles. Si seulement je pouvais voir 
son régiment... 

Je termine en te souhaitant d'avoir du courage, 
il en faut ; moi j'en ai et je suis impatient de 
retourner dans les tranchées car ici c'est avec un 
peu d'inquiétude que j'écoute cette canonnade 
furieuse ; je voudrais savoir ce que ça donne là- 
bas, il est certain que nous ne reculerons pas, 
plutôt y crever tous. 

Je t'embrasse. 

7 novembre 1914. 
Chère Jeanne, 

Gomme papier, tu le vois, ce n'est pas la ri- 
chesse ; il commence à se faire rare depuis bien- 
tôt vingt jours que nous sommes revenus sur les 
tranchées. J'ai reçu ta lettre hier où tu m'an- 
nonces le briquet et les kilomètres d'amadou. 
Merci d'avance. Je ne l'ai encore pas reçu, ce 
sera probablement pour demain ; le service des 



84 LETTRES DES POILUS 

colis marche bien par ici ; c'est fâcheux que ce 
pauvre Alfred ne puisse pas recevoir les siens. 
Et Léon, je suis bien heureux qu'il soit sain et 
sauf; j'étais très inquiet, car les copains de son 
escouade ne savaient pas ce qu'il était devenu, je 
le savais depuis longtemps et je le croyais mort; 
je ne te le disais pas, mais n'en pensais pas moins. 
Quant à être bien traité comme il le dit, j'en 
doute fort, enfin il est sûr de revenir, et moi j'en 
suis moins sûr ; quoique cela, j'aime mieux être 
encore au service de la France que prisonnier 
des Boches. 

Vends-tu toujours tes pommes et tes poires ? 
Si tu manques de pommes, tu peux venir par ici, 
les pommiers en sont pleins et il n'y a personne 
pour les ramasser que des soldats ; ils s'en char- 
gent ! 

Je me porte toujours très bien, à part la han- 
che gauche, qui ne me fait pas mal, mais qui est 
un peu enflée, c'est probablement de l'ankylose ; 



LETTRES DES POILUS 85 

cela n'a rien d'étonnant étant couché dans une 
tranchée du matin au soir sans bouger. 11 com- 
mence à faire frisquet, le brouillard est très épais, 
nous sommes obligés de tirer des feux de salves 
de temps en temps pour empêcher les Boches 
d'avancer sur nos tranchées ; depuis trois jours 
ils ne tirent plus le canon, pourtant les nôtres 
leur en fourrent un bon coup. Si seulement ils 
n'avaient plus de munitions. J'ai vu un journal 
du 3 : ils ont l'air d'avoir pris quelque chose 
dans le Nord. 

Voilà, ma vieille Jeannette, je t'embrasse bien 
fort et te prie d'embrasser tout le monde pour 
moi. 

11 novembre 1914. 
Chère Jeanne, 

J'ai reçu hier soir ta lettre du 6. 
Nous sommes encore une fois au repos, ça ne 
nous fait pas de mal, on l'a bien gagné, cela me 



86 LETTRES DES POILUS 

permet de recommencer mes petites cuisines, cho- 
colat, puis on trouve du vin, ça colle. 

Alors, ce pauvre Alfred se plaint d'avoir froid ; 
si seulement il recevait ses colis, il est vrai qu'il 
doit avoir reçu comme nous par ici ; on nous a 
donné des chemises, des caleçons, des chandails, 
cache-nez, ceintures de flanelle, etc. Si Raoul 
n'était pas parti à Lyon, il serait peut-être avec 
moi maintenant, car les hommes de son escouade 
sont venus nous rejoindre hier soir ; je ne sais 
pas ce qu'il fabrique, tu m'avais dit qu'il devait 
m'écrire et je ne reçois rien du tout de lui. 

Julienne m'a écrit hier. 

Elle me demande de lui écrire et lui dire ce 
que je veux qu'elle m'envoie ; je lui réponds en 
même temps qu'à toi et je lui demande des vic- 
tuailles. Pour la gueule, toujours pour la gueule^ 

Je voudrais bien, comme toi, que ce soit fini, 
mais, hélas ! ça ne va pas vite ; on ne veut, il me 
semble, rien brusquer pour économiser nos vies, 



LETTRES DES POILUS 87 

et je trouve ça logique ; il vaut mieux que cela 
dure un mois de plus et revenir avec notre 
couenne. 

Les nouveaux arrivants ont une tenue nou- 
velle ; c'est d'un bleu tendre, c'est beau, mais 
quand ils vont avoir fait du plat-ventre pendant 
quelques cents mètres dans la boue, ils seront 
moins frais. Je te parle de plat-ventre, on ne 
marche guère autrement, on dirait que l'on veut 
nous apprendre à nager ; on peut apprendre, car 
on passe dans la boue et dans l'eau. Vois-tu, lors- 
qu'on arrive près des Boches, nous ne sommes 
plus qu'une boule de terre ; c'est peut-être pour 
cela qu'ils ont peur, car ils font une drôle de 
binette lorsqu'ils nous voient charger. Je n'aurais 
jamais cru que j'aurais la force de fourrer ma 
baïonnette dans le ventre d'un autre et pourtant 
ça m'est déjà arrivé deux fois. Et après la charge, 
celui qui n'a pas de sang après sa lame se fait 
laver la tête d'importance par nous tous. 



88 LETTRES DES POILUS 

Léon doit avoir été fait prisonnier, et à mes 
côtés, c'est une nuit où justement nous avons 
chargé ; c'était terrible, nous étions mélangés 
avec les Boches, on s'en fourrait des coups, même 
entre nous. Il faisait tellement noir un moment 
donné, les Boches hurlaient derrière nous ; nous 
avions passé au delà de leurs lignes sans s'en 
apercevoir. Alors Léon a dû se trouver entouré ; 
je te dis que ce doit être là, car c'est justement 
le 22, jour qu'il a été pris, que cette charge a eu 
lieu. Je me rappelle, car je marque sur un car- 
net ce que nous faisons tous les jours. 

Je termine en t'embrassant. 

14 novembre. 

On vient de me dire que la guerre sera finie à 
la fin du mois. Crois-tu à cela ? Pour ma part, je 
n'y crois point. Ce sera peut-être fini à la fin du 
mois de mars. 

11 fait ici un temps abominable, la pluie a fait 



LETTRES DES POILUS 89 

suite au brouillard intense, il ne faut malheureu- 
sement pas s'attendre à autre chose qu'à cela 
maintenant. 

Voilà, ma Jeannette, tout le nouveau. Adrienne 

m'a demandé si je voulais mes bandes ; je lui ai 
répondu que oui ; je les endurerai bien. Merci 
d'avance. 

Embrasse tout le monde pour moi. 

Ton frère qui t'aime. 

21 novembre 1914. 

Bonjour, ma sœur !! Gomment vas- tu ? Bien, 
j'espère ! Moi, ça marche toujours, mais bon Dieu, 
ce qu'il fait froid ! Nous sommes relevés des tran- 
chées ce matin pour cinq jours et mis dans une 
espèce de patelin démoli ; nous sommes plutôt plus 
mal que dans les tranchées et pas plus à l'abri 
des obus. 

Gomme entrée en matière, tu vois que je n'ai 
rien de nouveau à t'apprendre, et si je t'écris 



90 LETTRES DES POILUS 

aujourd'hui c'est simplement pour te faire savoir 
que ma santé est excellente ; j'ai, heureusement 
pour moi, le coffre assez solide et je suis certain 
de pouvoir supporter les intempéries : il n'y a 
que les marmites qui pourraient avoir raison de 
ma carcasse. 

29 novembre 1914. 

J'ai reçu hier soir ton colis d'effets ; merci, tu 
vois que le service postal marche toujours bien 
par ici. J'espère que maintenant Alfred reçoit les 
siens. 11 paraît qu'il est mis en extrême réserve ; 
tu vois qu'il ne faut pas désespérer, ni te faire 
trop de bile. Je suis toujours dans les tranchées, 
et cette nuit nous avons pris quelque chose comme 
flotte sur la bobine. Il y en a une bouillie. Je ne 
me plains pas, cela ne m'avancerait à rien, puis 
je ne trouve plus rien de terrible, nous en avons 
tellement passé. 

Grois-tu que les Boches peuvent y faire mainte- 



LETTRES DES POILUS 91 

nant da côté russe ? C'est la déroute de notre côté, 
les attaques qu'ils risquent sont invariablement 
repoussées ; ils ont l'air de vouloir tâter un peu 
par ici, maintenant, mais ça n'a et n'aura rien à 
faire. La preuve c'est que malgré leurs attaques, 
nous avons gagné du terrain, je te parle de ma 
compagnie. 

Il y a au moins dix ou douze jours que je n'ai 
pas reçu de tes lettres ; je suis persuadé que tu 
m'as pourtant écrit, mais la poste, toujours la 
poste ! 

J'ai bon espoir que cela ne durera pas long- 
temps maintenant. Quelle bombe, ce jour-là ! Vous 
parlez tous de prendre une cuite ce jour-là, moi 
je voudrais être gai, à moitié noir, quoi ! pour vous 
raconter, avec tous les détails voulus, nos faits 
d'armes ; il y en a de beaux, va î 

N'oublie pas de souhaiter le bonjour à Alfred 
pour moi, ainsi qu'à toute la famille ; je t'em- 
brasse bien fort. 



92 LETTRES DES POILUS 

30 novembre 1914. 

J'ai reçu hier soir et ta lettre et ton colis ; je 
te remercie bien ; je n'ai encore pas entamé ni le 
saucisson ni le chocolat, mais je crois que le sort 
qui leur est réservé n'est pas enviable ; c'est vrai 
qu'un saucisson ça doit s'en f... un peu; il est 
tombé sur un antropophage, tant pis pour lui, il 
sera chocolat. 

Vois-tu le nouveau, c'est du beau. Pourtant en 
triturant le fromage blanc qui me sert de cervelle» 
je trouve à te dire que si ton mari est en extrême 
réserve, le môme Albert y est itout (tyrolienne) 
pour je ne sais combien de temps, mais cela ne 
m'intéresse pas pour le moment ; je commencerai 
à la voir mauvaise bien assez tôt lorsqu'on nous 
ramènera aux tranchées. 

11 y a du vin ici à un franc le litre. C'est cher, 
mais nous sommes bien heureux de trouver cela, 
depuis deux mois que nous en sommes sevrés. 



LETTRES DES POILUS 93 

Gomme je le dis à Didi, à moi les folles ivresses ! 

Alors ce pauvre Alfred s'est battu lui aussi 
comme un lion, il a eu le bonheur de n'être pas 
touché, mais son régiment a beaucoup souffert, 
me dis-tu ; il sera probablement reconstitué avec 
des territoriaux qui sont forcément plus ménagés, 
que les régiments actifs. Espère, va, ma Jeanne, 
je sens que nous reviendrons tous et dame, alors 
ribouldingue en règle ! 

Je pense souvent à ce pauvre Léon. Que peut- 
il fabriquer ? Gomme prisonnier, il casse proba- 
blement de la pierre ! Je suis tranquille à son 
sujet, il reviendra sans blessure, mais par quelles 
bassesses devra-t-il passer? 

Du côté russe, ça marche. G'est eux qui main- 
tenant vont faire le plus fort de la besogne. Et 
ils ont l'air d'être des gens bien résolus à leur 
administrer la raclée. Guillaume a envoyé cepen- 
dant de leur côté ses meilleurs soldats et ses 
meilleurs officiers. Ils prennent la pipe tout de 



94 



LETTRES DES POILUS 



même. Il a dit à son Edimbourg que la mère 
Patrie avait les yeux fixés sur lui; si elle le regarde 
encore quelque temps, elle ne verra plus, je l'es- 
père, qu'une armée bafouée, battue et pas con- 
tente. 

Voilà, ma chère Jeanne, tout le nouveau. 

Embrasse toute la famille pour moi. 

Ton frère qui t'aime. 

7 décembre 1914. 

Ne te fais donc pas tant de bile au sujet d'Al- 
bert. Il dit qu'il aime mieux marcher que d'être 
dans les tranchées : il a raison, car il n'y fait pas 
bon ; quelle boue, mon empereur ! Nous en sommes 
enduits ; si tu me voyais, tu ne me prendrais pas 
pour un soldat. Si, peut-^tre, car j'en ai malgré 
tout la silhouette ; mais pour ce qui est de la 
nuance des fringues, on ne la voit plus guère. 

Il ne fait pas froid en ce moment, mais de la 
flotte et du grand vent ; le capuchon ne me quitte 



LETTRES DES POILUS 95 

pas; c'est très utile, car avec, j'ai la tête et les 
épaules complètement à l'abri; j'y ai mis un bou- 
ton dans le bas pour qu^il me serre aux épaules ; 
sans cela, le vent le relevait continuellement. La 
petite lampe m'a déjà servi des fois et elle est 
aussi neuve qu'avant; je veux te dire par laque ça 
ne s'use pas pour ainsi dire. Merci. 

Cette fois-ci nous sommes très exposés aux obus ; 
ils nous en ont fourré 95 hier ; je les ai comptés 
(agrément du dimanche), puis j'ai joué aux cartes ; 
on s'amuse aussi à composer des chansons; je ne 
t'en envoie pas, car elles sont très risquées. 

Voilà,machère Jeanne, tout le nouveau ; espère • 
et ne te fais pas de mauvais sang ; voilà Noël ; 
cette année ce sera bien le Noël des gueux. 

13 décembre 1914. 

J'ai reçu hier ta lettre du 16. Tu me dis que 
cela ne te plaît pas de me savoir de retour aux 



96 LETTRES DES POILUS 

tranchées. Tu pourras demander autre chose, si 
tu l'obtiens j'en serai heureux, mais j'en doute 
fort ; que veux-tu? c'est la vie actuelle ! Je n'ajoute 
pas ; « on s'y habitue » ; non ! car comme tu le 
penses, plus ça va, plus c'est moche. Surtout pen- 
dant les huit jours que nous venons d'y passer : 
de Teau toute la journée. Nous étions les pattes 
dans l'eau jusquepar-dessus les godasses et j'aime 
mieux le froid. 

Enfin après ces huit jours passés là-bas on nous 
a ramenés dans un patelin toujours le même, on 
va pouvoir rouffîonner un brin, ça ne pourra pas 
nous faire de mal. 11 y a tellement de boue sur les 
fringues, que nous avons renoncé à les brosser ; 
il ne reste plus qu'aies laver pour enlever le plus 
gros. 

J'ai reçu une lettre de Fredo hier, il va bien et 
me dit que Fernand, le frère d'Arthur, a été tué 
à Ypres. C'est navrant, surtout pour ses pauvres 
parents ; comme tu le dis, nous, sur quatre, il n'y 



LETTRES DES POILUS 97 

en a encore pas de moins. Ce n'est pas fini, c'est 
vrai, mais j'ai bon espoir. Il est embêtant que 
Léon ne donne pas de ses nouvelles. Mais comme 
tu le dis, il ne faut pas s'alarmer, car il est cer- 
tain qu'ils ne peuvent pas écrire tous les jours. 
Les nouvelles sont toujours bonnes, j'ai entendu 
dire, est-ce vrai? que l'Italie et la Roumanie ont 
l'air de vouloir bouger ; qu'ils y mettent donc un 
peu la main. Alors, du coup, Guillaume devien- 
drait fou. 

Je ne vois plus rien à te raconter ; mon rhume 
est complètement guéri, ça marche ; j'attends la 
classe avec impatience, voilà. 

Ton frangin qui t'aime et qui t'embrasse, 

Signé : Albert. 
a La terreur des Boches » — hum I 



98 LETTRES DES POILUS 



Ma chère Jeanne, 



Tume demandes une longue lettre, je vais tâcher, 
je te dois bien cela, pas ? Pourtant, en ce moment, 
j'ai, comme tous les auteurs du reste, de la paresse 
de l'esprit, je travaille tellement du citron, car tu 
sais que je suis crapoidlloteur , On a doublé mes 
batteries, je n'avais que deux pièces^ j'en ai main- 
tenant quatre. J'ai heureusement un aide de camp, 
' nous avons le filon tous les deux, car nous sommes 
exempts de corvées, de garde, de pose de fil de 
fer, etc. Je te parle de filon, tu ne sais peut-être 
pas ce que ça veut dire ; contente-toi de savoir 
que c'est une maladie que tout le monde n'attrape 
pas. 

Je vais, si tu le permets, te donner l'emploi 
de mon temps : le matin, à quatre heures, un 
mec vient frapper à ma porte, un vieux sac 
qui bouche Tentrée du boxon, et balance un : 



LETTRES DES POILUS 99 

« Debout là-d'dans I » Alors le môme Laraupem * 
décarre de la cagne, il se frotte un peu le coin 
des carreaux, prend son tue-boches et va prendre 
la faction à un poste de grenades pour en mettre 
plein le cigare à Friedrick, s'il voulait venir nous 
souhaiter le bonjour. Tu sais que c'est surtout le 
matin, au petit jour, que ces fantaisies-là les 
prennent. Ça ne les prend plus souvent mainte- 
nant. Je suis donc à ce poste jusqu'au grand jour, 
c'est-à-dire cinq heures environ. Après ça, je viens 
voir mon cabot qui me sert la gniaule. Ça finit 
complètement de me réveiller. Je descends dans 
le ravin chercher les crapouillots nécessaires, 
c^est-à-dire une cinquantaine, et lorsque les 
Boches en envoient un, il faut qu'immédiate- 
ment je leur en envoie deux. 

Je n'attends pas toujours que les Boches tirent, 
sans cela j'en aurais plus des trois quarts de 

1. C'est de l'argot des bouchers : Paraud, le nom de la famille 
de notre ouvrier. 



100 LETTRES DES POILUS 

reste. Ils n'ont pas la bonne vie les malheureux 
Boches, car on leur fait toutes les misères pos- 
sibles. Le (< 75 » leur fourre au moins deux rafales 
par jour. Hier, il y a un obus qui a dû entrer 
dans une guitoune, car le sac à Fritz est accro- 
ché pantelant au haut d'un chêne. S^il était cou- 
ché, la tête dessus, il a été capable de la per- 
dre. Moi, avant-hier, avec un crapouillot de 90, 
j'ai mis le feu à une guitoune, ça a flambé pen- 
dant au moins une demi-heure. Ils devaient en 
faire un ramdam ! 

Avec tout cela, je n'ai pas fini de te donner 
l'emploi de mon temps. Le soir, à la tombée de la 
nuit, je retourne à mon poste du matin, ça y est ! 
Lorsqu'il fait nuit noire, je vais me coucher. Tu 
vois, ce n'est pas terrible. Ce qui l'est le plus, 
c'est que je suis mal logé. La guitoune où j'ha- 
bite, c'est comme qui dirait une cave. Il va donc 
sans dire que j'ai Teau à tous les étages, quand il 
pleut surtout. Le chauffage n'a rien de central, 



LETTRES DES POILUS 101 

c'est du bois vert qui enfume un peu l'apparte- 
ment... et le locataire. 

L'éclairage, une boîte à sardines pleine de 
graisse d'arme, avec une ficelle qui sert de mèche. 
Tout ça fume, j'en ai les yeux rouges comme un 
lapin russe. Maintenant, ça va, il ne fait pas froid, 
il ne tombe pas d'eau, je ne fais plus de feu, il y 
a donc un peu moins de fumée. Ce qui manque 
aussi c'est un petit coup de picolo. 

Maintenant, je vais un peu l'expliquer en quoi 
consiste Tameublement. Gomme plumard, tu vas 
te tordre î c'est une tôle ondulée. Je Fai choisie 
ainsi parce que, c'est bien simple, je n'avais pas 
l'embarras du choix. Pas d'armoire à glace, ni 
commode, ni table. Je constateque j'aurais mieux 
fait de te dire tout de suite que je n'ai que ma tôle 
pour tout mobilier ; les huissiers peuvent s'ame- 
ner, ils ne saisiront pas grand'chose. A ce sujet, 
du reste, je suis tranquille. 

Bref, ça fait aujourd'hui vingt-cinq jours que 



102 LETTRES DES POILUS 

nous sommes ici, ça commence à compter, et on 
ne nous parle pas encore de relève. Gomme je le 
dis à Adrienne, ça compte sur le congé, mais ça 
ne fait rien, je voudrais bien un peu aller dans un 
patelin pour roupiller comme il faut sur un bon 
lit de paille, car la tôle, ce n'est pas le rêve. Je 
me réveille le matin tout raide. Enfin, que veux- 
tu ? encore un peu de patience. Ça marche bien 
des deux côtés (Russie et France), alors il n'y a 
pas lieu de se plaindre. Le principal c'est que ça 
marche et que nous en sortions sains et saufs, et 
victorieux. 

On sent bien maintenant, nous autres qui 
sommes sur les lieux, que les Boches en ont mar. 
Notre artillerie les harcelle toute la journée et 
toute la nuit. Eux, ne répondent pour ainsi dire 
pas. Il est sept heures du soir, c'est-à-dire voici 
la nuit, ils nous ont fourré quatre coups de canon 
de 150. Ça fait un tintamarre du diable, quand ça 
arrive et quand ça éclate, mais ils sont en fonte 



LETTRES DES POILUS 103 

et font un malheureux petit trou. Quelle diffé- 
rence avec ceux qu'ils nous balançaient au début I 
Je crois qu'ils sont allés un peu fort avec leurs 
munitions, en premier, et que maintenant ils se 
trouvent bec d'ombrelle. Leur 77 I II y a de quoi 
se mordre l'œil en dormant la bouche ouverte. 

Quand il en arrive, maintenant, on ne se dérange 
même pas. 

Nous allons avoir des nouveaux crapouillots. 
Je ne donne pas de détails à ce sujet, je dirai 
seulement que ça pèse environ 40 kilos. S'il en 
arrive un comme ça dans le blair à Fritz, il aura 
des chances d'aller faire un vol plané. Voilà, ma 
vieille Jeanne, la longue lettre de débloquage. 
C'est peut-être un peu décousu, comme ma capote ; 
pas tant, tout de même, je crois. Car, si ça conti- 
nue, je vais perdre la première manche. Mais, 
quoi ! on n'est pas des bœufs, ni des voitures à 
bras. 

Je crois que je vais avoir ma photo. Ne te 



104 LETTRES DES POILUS 

réjouis pas encore. 11 n'y a rien de sûr. Tu ver- 
ras cette tête de bandit ! Je me marquerai d'une 
croix, car tu ne me reconnaîtrais pas. 

Je te quitte, car la consigne m'appelle. 

Je t'envoie beaucoup de baisers. Prends ce 
qu'il te faudra et distribue le reste à la famille. 

Ton frangin qui ne s'en fait pas. T'en fais pas 
non plus. 

Albert. 



B. — JOURNAUX DU FRONT 



Ces périodiques, encore isolés au mois de janvier 
1915, se sont depuis multipliés et représentent aujour- 
d'hui un ensemble important. Une liste provisoire en 
a paru dans la Liberté du 4 juillet 1915, et la librai- 
rie Berger-Levrault en prépare une Anthologie. 

La collection la plus complète à l'heure actuelle est 
celle de la Bibliothèque Nationale, dont on est rede- 
vable à l'initiative et aux soins particuliers du conser- 
vateur, M. Charles de La Roncière. Nous l'avons con- 
sultée, non sans fruit *. 

Ces Journaux du front abondent en détails pitto- 
resques et amusants, mais leur style étant plutôt lit- 
téraire, ils sont moins riches que les Lettres des Poi- 
lus en tournures et expression parisiennes. Les pièces 
que nous reproduisons sont à peu près les seules qui 
méritent à cet égard d'arrêter notre attention. Les 
deux premières sont tirées de VEcho des Marmites ; 
les autres, du Bigolboche.La dernière pièce, reproduc- 
tion intégrale du n° 20 (août 1915), est une caractéris- 
tique amusante et curieuse, sorte de Physiologie humo- 
ristique du Poilu envisagé sous ses différents aspects : 
militaire, social, linguistique. 

1. Grâce à l'amabilité de M. de La Roncière auquel nous 
exprimons toute notre gratitude. Nous remerciciis également 
M. Pierre Albin qui a mis obligeamment à notre disposition 
la collection des Journaux du front que possède le Ministère 
des Affaires Etrangères. 



106 JOURNAUX DU FRONT 



1. — LE VOCABULAIRE DE LA GUERRE 

[Premier article) 

La guerre qui a amené de nombreuses pertur- 
bations, n'a pas laissé indemne la langue française : 
un certain nombre de termes ont changé de signi- 
fication. Il importe que chacun soit au courant de 
ces transformations et n'emploie plus,par exemple, 
le mot autobus^ pour parler des voitures automo- 
biles servant au transport des voyageurs. Ce terme 
désigne maintenant le morceau de viande, devant 
servir en principe à l'alimentation du soldat, mais 
que la meilleure des mâchoires se refuse à enta- 
mer. Rognure de taxis peut être employé, mais 
c'est moins noble ; barbaque est démodé. 

On emploie le mot becqueter^ pour désigner 
l'action de manger, cette opération se fait dans 
une auge ou galetouse, sauf dans le cas où les 



JOURNAUX DU FRONT 107 

distributions de l'ordinaire n'ont pas lieu ; on 
dit alors qu'on a becqueté des clarinettes. La colle 
est cet excellent riz si apprécié par la fréquence de 
son retour. Le nougat n'a rien de commun avec 
celui de Montélimar, c'est le fusil, et ce qu'on 
appelle pruneaux constitue un détestable dessert 
quand on en est le bénéficiaire. 

Il est d'usage maintenant de calibrer les ciga- 
res au millimètre ; les plus en vogue sont les 75; 
quand on veut désigner des 120, on se sert du 
mot pipe et quand on veut parler de sa pipe, on 
dit : je vais bourrer une vieille quenaupe. Mais ne 
parlez jamais de la débourrer, ce terme est ré- 
servé pour parler élégamment du drame qui se 
passe aux feuillées. N'allez pas demander de la 
braise au cuisinier, c'est le vaguemestre qui en 
distribue ; et si vous désirez un cure-dents, ne soyez 
pas étonné si l'on vous apporte une baïonnette. 

Quand votre capitaine demande un bicgcliste, 
veillez à ce que ce ne soit pas un homme à lu- 



108 JOURNAUX DU FRONT 

nette qui réponde à l'appel. La première fois 
qu'on va au feu, il est permis d'avoir les grelots^ 
mais jamais d'en jouer un air. Se débiner n'est 
plus de mode, mieux vaut se faire bouziller^ et si 
vous recevez un shrapnell dans le buffet ne soyez 
pas étonné qu'on vous signale l'arrivée de T am- 
bulance en disant : voici le paquebot. Lorsqu'il 
tombe de la flotte^ on peut avoir les pinceaux 
gelés ; dans ce cas on change de russes. 

La compagnie est toujours commandée par un 
piston^ mais ne comptez pas sur un de ses coups 
pour vous embusquer. 11 est de très mauvais goût 
de désigner l'adjudant sous le nom de chien de 
quartier. Entre gens bien élevés, on lui applique 
Tabréviatif Juteux. Le doublard est ainsi sur- 
nommé à cause du double liseré qui anime dis- 
crètement chacune de ses manches. 

L'impartialité de notre information nous oblige 
de constater qu'à nos braves sous-olF. le terme 
de pieds continue, sans aucune discussion, à être 



JOURNAUX DU FRONT 109 

universellement appliqué : on ne sait pas pour- 
quoi. L'appellation peu élégante de cabots à 
l'adresse des caporaux trouve par contre sa rai- 
son d'être dans les manifestations habituelles de 
leur activité. 

Se démerder est un terme employé par un gradé 
pour signifier à un Poilu qu'il doit faire quelque 
chose avec rien. A un importun qui vous rase ne 
dites pas ; zut, la politesse exige que vous lui 
répondiez : à la gare ! et si vous avez affaire à un 
ballot^ vous ajoutez : au bout du quai ! 

Enfin si vous avez le cafard, procurez-vous le 
Supplément de VEcho des Marmites : Se trouve 
dans toutes les armoires à glace. Se lit dans tou- 
tes les crèches. 

Agatha * 

1. Pseudonyme de deux Poilus, Robert Layus et M« Latour, 
sergents au 309». 



110 JOURNAUX DU FROîvT 

2. - LE VOCABULAIRE DE LA GUERRE 

{Deuxième article) 

Les lecteurs de VÉcho des Marmites ayant paru 
apprécier dans notre dernier numéro l'article 
d' « Agatha » sur le vocabulaire de la guerre, 
nous nous faisons un plaisir d'initier plus com- 
plètement le grand public au secret de l'argot des 
tranchées. 

Allumette : Souffrante, flambante. 

Argent : Poignon, auber,pèze, braise. 

Avoir de Vargent : Etre aux as. 

Baïonnette : Fourchette, cure-dents, Rosalie. 

Balle : Pruneau. 

Battre [recommencer à se) : Remettre cela. 

Billet de Banque : Fafîot. 

Bœuf : Singe. 

Boucher : Louchébem. 



JOURNAUX DU FRONT 111 

Bruit : Boucan, schproum, bouzin, baroufle. 

Café : Jus. 

Chaiissitre: Pompe, rihomSy godasse, latte, tartine, 
croquenaud. 

Cheval : Bourrin, canasson, carcan, têtard, tré- 
teau. 

Chemise : Liquette, limace. 

Chie?i : Klebs, cabot (terme servant aussi à dési- 
gner un caporal). 

Cigarette : Sèche, sibiche. 

Couteau : Lingue, surin. 

Cuisine : Croûte, tambouille, cuistance. 

Cuisinier : Guisteau, cuistancier. 

Cuite : Biture, muffée. 

Eau : Flotte (pour les ablutions seulement). 

Eau-de-vie : Cric, casse-pattes, schnaps, schnick, 
niaule, eau pour les yeux, tord-boyaux, roule- 
par- terre. 

Femme : Poule, gonzesse, gerse, ménesse. 

Femme de mauvaises mœurs : Marmite (ne pas 



112 JOURNAUX DU FRONT 

confondre avec celle de l'ÉcAo), punaise, pétasse, 

grognasse, radasse, rombière. 
Fête : Bombe, bordée, nouba, ribouldingue. 
Fou : Dingo, piqué, louftingue. 
Fromage : Fromegie, court-tout seul. 
Fusil : Flingue, flingot, arbalète, lance-pierres, 

seringue, nougat. 
Heure : Plombe. 
Hom?ne de petite taille : Bas du cul, rase terre, 

loin du ciel. 
Homme de grande taille : Gratte-ciel, double- 
mètre. 
Homme maigre : Fil de fer, lame d'acier. 
Homme corpulent : Bibendum, presse-papier. 
Homme peu dégourdi : Ballot, baluchard, péque- 

not, cul-terreux, petzouille, croquant, cambrou- 

sard. 
Homme peu favorisé de la nature : Tout moche, 

face moche, mal éclos, mal balancé, Gedéon, 

gueule-d'empeigne. 



JOURNAUX DU FROKT 113 

Homme paresseux : Gossard, flemmard, bras cassé, 

bras retourné, genoux creux, tire-au-cul, tire 

au flanc. 
Homme peu scrupuleux : Aviateur, étrangleur, 

démerdard. 
Ivrogne : Poivrot, blindé, noir, schlass, rétamé, 

retourné, brindezingue. 
Jambe : Gambette, pinceau, fusain. 
Journal : Ganard, baveux. 
Képi : Kébour, kébroc, képlard. 
Lampe : Gamoufle, calbombe. 
Lettre : Babillarde. 
Lit : Plumard, pageot, pucier. 
Maison: Gambuse, canfouine, tôle, kasba, piaule, 

crèche. 
Mandat : Gheval, ours, pigeon. 
Malade : Pâle. 
Malade (se faire porter) : Se faire porter pâle, so 

faire porter raide. 
Marcher : Bagotter, se baguenauder. 



114 JOURNAUX DU FRONT 

Médecin : Toubib. 

Mensonge : Bobard, bourrage de crâne. 

Mettre de côté : Balancer, vider. 

Minute : Broquille. 

Mitrailleuse : Moulin à café, machine à découdre. 

Monnaie: Sou : Bourgue, lousse; Franc: Linve ; 

Pièce de 5 fr. : Thune ; Louis d'or : Gigue. 
Montre : Toquante. 
Moustache : Bacchante, brosse-à-dents. 
Obus : Marmite. 
Paris : Panam, Pantruche. 
Parisien : Pantruchard, Parigot, titi. 
Pain : Bricheton, boule. 
Pantalon : Falzar, grimpant, culbutant, froc, 

fendard. 
Pipe : Bouffarde, quenaupe. 
Porte : Lourde. 
Pou : Toto. 

Porte-monnaie : Morlingue. 
Prisonnier : Rabioteur, tôlier. 



JOURNAUX DU FRONT 115 

Sac : Azor, armoire à glace, as de carreau. 
Sang : Résiné. 

Soldat : Poilu, trouffion, griveton. 
Tabac : Perlot. 
Traversin : Polochon. 
Tuer : Bousiller, zigouiller. 
Water-Closets : Feuillées, goguenauds. 
Vêtements : Fringues, frusques, nippes, 
Vin : Aramon, brutal, pinard, électrique. 



3.— LETTRE DTN PANTRUGHARD DU FRONT 

Percutant-plage, le ... 

Mes chers vieux, 

Quand les Bobosses ont mis les voiles des tran- 
chées avec tout leur bardin, on a pris le « Sau- 
rer » des Galeries Lafayette et sommes à c't'heurc 
au repos. On se déhotte vers 6 plombes, on 



lie JOURNAUX DU FRONT 

s'ouvre les châsses avec de l'eau pour les yeux et 
on avale le jus. 11 n'y a pas à se magner pour se 
fringuer, car on se pagnotte avec ses grolles et son 
fendard et on n'a qu'à se coller son képroque. 

Quand l'appel a été fait par le pied de banc (un 
mec que je ne peux pas blairer), les poilus qui se 
sont faits porter pâles vont voir le toubib ; les 
autres démurgent et vontbagoter à l'exercice pour 
se dégeler les fumerons. Quand on radine au pa- 
telin, on se tape le rapport ousqu'on nous donne 
les babillardes et les paxons, puis on se coltine les 
distribes, on touche de la barbaque gelée. Quelque- 
fois du pinard, mais le plus souvent, on se l'ac- 
croche toujours nib de gnole.Puis on va becqueter; 
comme le cuistot fait de la becquetance maous 
pépère, on s'en fout plein la lampe. 

Après avoir grillé une sibiche de perlot ou une 
bouffarde de gros cul, on en écrase sans s'en faire 
une miette, car on ne prend pas de pruneaux en 
poire ; il ne dégringole pas de marmites ou des 



JOURNAUX DU FRONT 117 

gros noirs ou des crapouillots pour chambouler 
la cagnat. 

Le soir quelques-uns vont à la corvée de ci- 
rage et les types qui sont rétamés où qui chèrent 
de trop près des fumelles pigent de la grosse. 
Gomme je n'en pince pas pour la tôle, je fais une 
partie de brèmes. Vers 10 plombes on va au plume 
en attendant qu'un perco à la graisse d'oie nous 
dise que les Boches ont mis les bouts de bois. 
Mais ce serait trop vernoche... 

J'espère que la Censure 
Pour moi ne sera pas trop dure. 
Ma prose en langage guerrier, 
Sans qu^elle^puisse l'inquiéter, 
Vous fera voir, mes chers Parents, 
Comment se passe notre temps. 

A''. B. — Les personnes qui ne saisiraient pas 
très bien le langage du front sont priées de venir 
faire un petit séjour aux tranchées, où elles auront 
toute facilité pour l'apprendre et le parler. 



118 JOURNAUX DU FRONT 

4. — UNE FRANGE INCONNUE 

QUELQUES JOURS CHEZ LES SAUVAGES 

Sensationnelle découverte d'un savant. — (Nous 
donnons in-extenso ce rapport à l'Académie suivi 
d'un petit lexique illustré.) 

J'allais herborisant à travers bois, lorsque je 
fus assailli par les Sauvages. J'appellerai leur 
race la race grise, à cause du ton uniformément 
terreux de toute la population. M'ayant pris pour 
un de leurs dieux qu'ils nomment Civloj ils se 
livrèrent devant moi à une danse sacrée. 

Le Village. — Les Sauvages qui se donnent le 
titre de Poilus, quel que soit le développement de 
leur système pileux, en sont arrivés au degré de 
civilisation des lacustres, et l'existence d'une po- 
pulation si arriérée, à quelques kilonaètres des 



JOURNAUX DU FRONT 119 

civilisés, sera toujours pour moi un insoluble pro- 
blème. Ils habitent des tanières creusées dans le 
sol et recouvertes de troncs d'arbres et de bran- 
chages. Pour accéder à ces huttes qu'ils nomment 
guitounes^ ils ont construit des chemins de bois 
à cause de la nature marécageuse du terrain où 
ils se complaisent. 

Les mceurs. — Leur religion est zoomorphiste. 
Ils adorent un grand oiseau qu'ils appellent Tôb. 
Le chef du clan a seul le droit de le regarder en 
face. Lorsqu'il plane au-dessus du village, un 
instrument de musique primitif salue sa venue et 
les Sauvages se précipitent dans leurs tanières en 
manifestant les signes de la plus évidente ter- 
reur religieuse, tandis que le chef sort en gesti- 
culant et poussant de grands cris. 

Chose étrange ! la femme est inconnue des 
Sauvages. Aussi les Poilus ne se reproduisant 
pas, leur race est-elle vouée à une rapide extinc- 



120 JOURNAUX DU FRONT 

tien. Ils s'en consolent en prononçant ces mysté- 
rieuses paroles : « Alors nous serons Givlôs )),ce 
qui prouve qu'ils croient à une nouvelle existence 
dans un autre monde, après celle-ci. 

Certains traits d'altruisme m'ont frappé. Sans 
arrêt les indigènes travaillent, bêchent, piochent, 
taillent et scient, et aussitôt qu'ils ont réussi à 
s'assurer un demi-confort, ils se rassemblent et 
quittent le village où d'autres individus viennent 
se donner beaucoup de mal à transformer ce 
qu'ont fait leurs prédécesseurs. 

Grands chasseurs, les Poilus se servent princi- 
palement de lance-pierre pour tuer les moineaux 
en forêt ; puis, périodiquement, armés de boîtes 
de conserve qu'ils nomment crapoiiillots et de 
queues qu'ils coupent aux rats (à quoi cela peut- 
il bien leur servir ?), ils partent chasser un animal 
nommé Boche^ sans raison alimentaire, puisqu'ils 
n'en mangent jamais, tant la viande, m'ont-ils 
avoué, est mauvaise. 



JOURNAUX DU FROiST 121 

Malgré leur attirail guerrier, les Poilus sont 
doux et paisibles. Primitivement ils furent anthro- 
pophages, mais le progrès ayant amené un adou- 
cissement des mœurs, ils se contentent mainte- 
nant de manger du singe. 

Au point de vue social les Poilus sont collec- 
tivistes. Le trafic commercial se fait surtout par 
échange, et l'industrie principale est la fabrication 
grossière de bagues en aluminium, métal qu'ils 
croient naïvement le plus précieux. 

Le vêtement. — Le vêtement s'appelle uniforme, 
et il est curieux de remarquer que ce mot a fini 
par prendre dans la langue poilue la signification 
inverse de celle qu'il avait précédemment. En 
effet, un Poilu n'a pas le droit de s'habiller comme 
son voisin, et j'en vis en violet, bleu, vert, kaki, 
blanc, rouge, gris, noir ; vêtus de tous les tissus 
et de toutes les fourrures de longueurs les plus 
inégales ; coiffés de tous les couvre-chefs : calotte 



122 JOURNAUX DU FRONT 

d'acier, bonnet, passe-montagne, casquette, képi. 
Je passe les cravates et les chaussures. Suppu- 
tant aussitôt les chiffres possibles, je calculai que 
pour le vêtement de ce peuple on arrivait à 
4.253.491 combinaisons, chose impossible aux 
civils qui ne peuvent se permettre ces facéties 
qu'un jour de mi- carême. 

La langue. — Je terminerai mon rapport en vous 
parlant de la langue poilue. Elle eut les mêmes 
origines que nos langues latines, ce qui me per- 
mit, au bout de quelques jours, d'arriver à la 
comprendre partiellement. Quelques étymologies 
vous éclaireront à ce sujet : 

Râb^ qui signifie merveille, dérivant directe- 
ment de l'égyptien i?d, le soleil en plein midi, 
père des dieux de l'Egypte, émerveillement jour- 
nalier de ce peuple. Les Sauvages vivant dans le 
Nord, enrichirent fatalement la langue en con- 
sonnes et ajoutèrent un b additionnel. 0£5ç (Théos), 



JOURNAUX DU FRONT 123 

dieu, donna Tô, puis Tôh (Dieu des Poilus), tou- 
jours par l'addition de la consonne b. 

Conclusion. — Telles sont les notes hâtives que 
j'ai pu collationner au cours de ces quelques 
journées. Le petit lexique ci-joint vous permettra 
au surplus de contrôler sur place l'étrange décou- 
verte que le hasard m'a permis de faire. 

LEXIQUE POILU-FRANÇAIS » 

Le sauvage. • Ses coutumes * 

Poilu. Sauvage de mœurs paisibles dont l'existence 

se passe à chasser le Boche. 
Lattes. Voir ribouis. 
Toubib. Magicien, gardien d'une armoire vénérée qui, 

chaque matin, au même groupe d'indigènes appelés 

pâles^ distribue un remède universel sous la forme 

d'une petite pilule. 
Pâle signifie malade. Le Poilu pâle, chaque matin, 

1. Dans la langue Poilue le genre féminin est évacué. 

2. Chaque article de ce lexique est suivi, dans le Rigolboche, 
d'une image correspondante (dessinée par Poitevin). NotQ de 
l'éditeur. 



124 JOURNAUX DU FRONT 

jette avec dégoût la pilule que le Magicien lui donne, 

au moment précis où ce dernier prononce la formule 

magique C. M. *, et guérit instantanément. 
Pompes. Voir grolles, 
Groquenots. Voir tartines. 
Clique. Raffut de la Saint-Polycarpe. 
Perco. Tuyau qui sert à faire chauffer le jus et à don* 

ner les nouvelles des cuistots. 
Godasses. Voir lattes. 
En écraser. Coutume du Sauvage qui consiste à 

s'étendre et à essayer de pousser des rugissements 

rhytmiques plus fort que son voisin. 
Pajot. Lieu de délices où l'indigène en écrase. 
Grolles. Voir godasses. 
Guitoune ou cagnia. Habitation orientée à la façon 

des cathédrales, de forme toujours imprévue, froide 

l'hiver, chaude l'été. 
Ribouis. Voir croquenots. 
Encaldosser ^ 
Babillardes. Seules relations entre le Sauvage et le 

monde civilisé. 
Godillots. Voir pompes. 

La Faune 

Fritz. Animal sauvage vivant sur terre en société et 
impossible à apprivoiser (synonyme Boche). 

1. Consultation motivée. 

2. « Terme dont la signification nous est absolument incon- 



JOURNAUX DU FRONT 125 

Boche. Animal malfaisant et destructeur que les indi- 
gènes chassent en bande. 

Singe (latin Simius). Animal quadrumane se rappro- 
chant beaucoup de Thomme, par sa conformation 
générale et son organisation interne *. 

Totos (latin Pediculi veslimenti). Animaux microsco- 
piques dont chaque indigène entretient soigneuse- 
ment sur lui quelques échantillons en guise d'amu- 
lettes sacrées. 

Pour la gorge 

Flotte. Boisson commune des Poilus, formant la base 
du pinard. 

Jus. Boisson trouble et froide, légèrement aromatisée 
sur lequel les indigènes se jettent en criant : Au 
rah ! 

Rab. Synonyme de « merveille inconnue ». Superla- 
tif : Rab de rab. 

Pinard. Liquide sacré qui offre la double particula- 
rité de s'évaporer rapidement et de se transmuer en 
eau. 

Gnôle. Autre liquide sacré que le grand-prêtre ou 
Kabô fait le simulacre de partager aux indigènes qui 
s'agitent autour de lui. 



1. Ce mot est illustré de plusieurs boîtes de conserve {Note 
de l'éditeur). 



126 JOURNAUX DU FRONT 



Pour 



LA LAMPE 



Paxon. Mot formant le fond de l'alimentation des 
Poilus. Pour faire un bon paxon^ vous prenez de 
l'huile, du vinaigre, du chocolat, une demi-boîte de 
homard et une paire de chaussettes tricotées. Faire 
cuire à feu doux et servir très chaud. 

Becquetance. Brouet dont la composition varie par 
l'alternance de ces deux éléments : Ex., le matin, 
riz et singe ; le soir, singe et riz. 

Distribe. Grand mystère nocturne auquel ne sont ad- 
mis que quelques privilégiés qui en reviennent au 
petit jour dans un grand état d'excitation. 

Tartines. Voir godillots. 

Flingue. Instrument de cuisine servant à préparer et 
servir les pruneaux. 

Cuistots. Personnages mystérieux qui se groupent 
dans des contrées lointaines et qu'on invoque aux 
heures des repas. 

Pour gazer 

Perlô. Troncs d'arbre que le gouvernement des Poi- 
lus, dans sa sollicitude ignifuge par crainte d'incen- 
die, distribue aux Sauvages qui passent naïvement 
des heures à essayer de les faire entrer dans de 
minuscules fourneaux de pipe. 



JOURNAUX DU FRONT 127 

Sibiche. Aimée et caressée du Poilu, dont elle est la 
compagne, elle est particulièrement vénérée lors- 
qu'elle se pare d'une bague d'or. J'hésite encore à 
croire que ces Sauvages la grillent dans un accès 
de passion, car leurs mœurs m'ont paru douces. 



Partie grammaticale 

Mézigue. Pronom personnel irrégulier exclusivement 
masculin : V^ personne, mézigue ; 2^, tongnasse ; 
3% sézigue (pâteux). Pluriel : leurs pommes, 

Nlb. Négation. Ex. : nib de rab. 

Maous. Adjectif admiratif généralement suivi de 
pépère, soi-soi ou poi-poil. 

Fin du rapport à l'Académie 
du savant professeur d'Ethnologie, M. Poilulogue. 



LEXIQUE-INDEX 



Abatis, membres, 79. Métaphore tirée de la volaille. 

Abouler (s'), arriver, 36. Forme répondant au syno- 
nyme s^amener, du vulgaire parisien, 101. 

Abri (dans les tranchées), v. caffna, gourbi^ guitoune. 

Accrocher (se 1'), s'en passer, 116, littéralement met- 
tre son (envie) au croc. Cette expression, curieuse 

1. Les mots nouveaux, comme forme ou comme sens, ainsi 
que ceux qui manquent aux recueils de parisianismes, sont don- 
nés en égyptienne ; ceux qui sont usuels dans l'argot parisien, en 
petites capitales. Les termes militaires français, en romain, 
sont suivis de leur synonymie argotique. Les mots pourvus 
d'un astérisque sont des addenda. 

La brochure qui vient de paraître — Le Langage des Poilus, 
Petit Dictionnaire des Tranchées, par Claude Lambert, ex- 
brancardier sur le front, Bordeaux, 1915 — est un recueil insi- 
gnifiant qui ne nous a fourni aucune donnée utile. Nous citons, 
par contre, quelques articles fragmentaires, signés A. M., d'un 
Dictionnaire du Poilu paru, à partir du 6 février 1915, dans Le 
Poilu, journal des tranchées de Champagne, no 4 à 8. Au point 
de vue comparatif, nous avons tiré quelque profit d'un curieux 
article, L'Argot des tranchées allemandes, publié par le Temps 
de septembre 1915. 

A'^. 5. — Nous passons rapidement sur les parisianismes cou- 
rants, ces derniers devant être étudiés en détail dans un vo- 
lume à paraître chez Champion : L'Argot moderne ou le Lan- 
gage populaire parisien au XIX* siècle. 



LEXIQUE-INDEX 129 

par son sens ironiquement négatif, répond à cette 
autre: se mettre la ceinture, pour jeûner. 

Aéro, aéroplane : « Il y a des instants où l'on vou- 
drait bien pouvoir se transporter en aéro jusqu'à la 
petite chambre bien chaude dont on rêve souvent, 
la nuit, dans les tranchées », Galopin, Les Poilus, 
p. 6. 

Air (en jouer un), s'enfuir, 108. Le langage parisien 
dit avec le même sens : jouer la fille de /'air, rémi- 
niscence d'une ancienne pièce du boulevard du 
Temple. 

Alboche, Allemand, croisement de deux synonymes, 
Allemand et Boche : « On te paye un sou par jour, 
pas pour des prunes. Grève d'abord des Alboches...^^^ 
René X., Parisiens à la guerre, 3 mars 1915. Gette 
appellation est de quelques dizaines d'années posté- 
rieure à Boche ; on la lit fréquemment dans le Père 
Peinard : « On a remplacé l'aminche par un Albo- 
che qui a l'air bougrement godiche », n" du 27 juil- 
let 1890, p. 13. Le nom d'Alhoche manque encore 
aux Dictionnaires de Delvau (1866) et de Larcher 
(1888). Gelui-ci ne le cite que dans son Nouveau 
supplément (1889), à titre de terme de grec ou d'es- 
croquerie au jeu. Cette constatation chronologique 
exclue la possibilité de tirer Boche d'Alhoche. 
V. Boche. 

Allemand, v. Alboche, Boche, Friedrich, Fritz. 

Aramon, vin à partir de trente centimes le litre, 43, 
115. Nom propre. 



130 LEXIQUE-INDEX 

Arbalète, fusil, 49, 112. Allusion burlesque à une 

arme jadis redoutable et qui n'est plus employée 

que dans les jeux. V. lance-pierre. 
Armoire a glace, sac du soldat d'infanterie, 109, 115. 

Il constitue l'armoire où le troupier met ses effets 

on l'appelle aussi armoire à poils. 
Artiflot, artilleur, 19, 49, 82. 
As, cavalier du premier peloton {Le Temps du 24 mai 

1915). 
As DE CARREAU, havrcsac, 115. Allusion à la forme. 
As (ÊTRE aux), avoir de l'argent, 110. Expression tirée 

du jeu de cartes. 
Attiger, blesser, 35. Mot de jax^gon : « Savoir si nous 

le reverrons jamais... Il était salement attigé, vous 

savez », Galopin, Les Poilus, p. 35. 
AuBER, argent, 59, 110. Ancien terme de jargon depuis 

longtemps passé dans le bas-langage. 
Auge, gamelle, 106. Ironie. 
Auto (militaire), v. Saurer^ tacot. 
Autobus, viande coriace, 106. Les autobus servent au 

ravitaillement. V. rognure de taxis. 
Aviateur, homme peu scrupuleux, 113. Jeu de mots : 

qui fait de beaux vols. 
AzoR, havresac, 115. Allusion à la peau de chien qui 

le recouvrait autrefois. 

Babillarde, lettre, 113,116, 124. Mot de jargon devenu 

populaire. 
Bacchante, moustache, 114. Terme burlesque. 



LEXIQUE-INDEX 131 

Bagoter, marcher, faire des exercices ou des marches 
pénibles, 32-33, 113, 116. C'est proprement faire 
des hiigots^ décharger et monter des bagages. 

Baguenauder (se), marcher, faire des marches mili- 
taires, 33, 113. Ironie. 

Baïonnette, v. cure-denls, fourchette^ Rosalie, tire- 
hoche^ lourne^hoche. 

Balancé (mal), disgracié, 112. 

Balancer, jeter des balles, 20, 79, 103. Un de mes 
correspondants des tranchées m'écrit : « Qu'est-ce 
qu^its balancent ? se dit lorsque les Boches nous 
bombardent. Par contre, lorsque nous leur tirons 
dessus, les Poilus ont coutume de dire : Qu^est-ce 
qu^ ils prennent? car, dans ce cas, les Poilus ne met- 
tent pas un seul instant en doute que le but est 
atteint et les résultats obtenus, tandis que les Boches 
ne font que balancer des marmites, des saucisses 
et des tortues. » 

Balancer, jeter en l'air, en général, en parlant des 
ordres donnés, 98. 

Balancer, vider la tinette, 114. Mot de caserne. 

Ballot, bête, sot (comme un paquet), 109, 112. 

Baluchard, homme peu dégourdi, sot (comme un ba- 
luchon), 112. 

Barbaque, viande, surtout de mauvaise qualité, 106, 
116. Provincialisme berrichon (barbi^ brebis) adopté 
par le langage des casernes. 

Barda, bagages militaires : « G^est le fourniment com- 
plet du Poilu comprenant garde-robe, salle à man- 



132 LEXIQUE-INDEX 

g-er, cuisine avec tous ses ustensiles et enfin son 
équipement et son armement. Ce mot tout récem- 
ment adopté par notre Académie remplace avanta- 
geusement d'ailleurs les mots armes et bagages », 
Le Dictionnaire du Poilu ^ dans Le Poilu, n° 4, 6 fé- 
vrier 1915. Terme algérien. V. bardin. 

Barder, manœuvrer (comportant une idée de fatigue, 
d'excès), et combattre avec ardeur, chauffer, 74, 81. 
Terme de caserne emprunté aux marins : « Là aussi, 
ça a l'air de barder », Galopin, Les Poilus, p. 5. 

Bardin, bagages militaires, 56, 115. Mot importé par 
les troupiers des colonies. V. barda. 

Baroufle, bruit, tapage, 111. Provincialisme marseil- 
lais (de l'ital. baruffa) : « En v'ià du baroufle, mur- 
mure Jolivet », Galopin, Les Poilus, p. 35. 

Bas du cul, homme de petite taille, qui a de petites 
jambes^ 112. 

Baveux, journal, 113, c'est-à-dire bavard. 

Bçc d'ombrelle (se trouver), être en défaut, être 
frustré, 103. On dit^ avec le même sens, tomber sur 
un bec de gaz. 

Begquetance, nourriture, 116, 126. 

Becqueter, manger, 106, 116. Action imagée passée 
des oiseaux aux êtres humains. 

Bestiau, cheval, 35. Proprement bétail, forme vul- 
gaire. 

Bibandum, homme corpulent, 112. Allusion à la cari- 
cature-réclame du Pneu-Michelin. 
Bicycliste, homme à besicles (jeu de mots), 107. 



LEXIQUE-INDEX 133 

BiDOciiE, viande (v. bras-cassé et ceinture). Mot de ca- 
serne tiré des patois : en Berry, bide, désigne la 
vieille brebis. 

Biler, bilottar (se), se faire de la bile, 37. 

Binette, tête, physionomie, 87. V. bobine. 

Bique, vieux cheval, 34. Proprement chèvre. 

BiTURE, cuite, 111. Mot vulgaire emprunté aux marins. 

Blair, nez, 103. Appellation plaisante, abrégée de 
blaireau (cf. le synonyme pinceau). 

Blairer, détester, 116, répondant à la locution syno- 
nyme avoir quelqu'un dans le nez, ne pouvoir le 
sentir. 

Bleu, V. bonhomme, Marie-Louise. 

Blindé, ivre, 113, c'est-à-dire à l'abri de la maladie, 
suivant l'opinion vulgaire. C'était déjà celle du 
Frère Jean des Entommeures : « Cent diables me 
saultent au corps s'il n'y a plus de vieulx hyvrognes 
qu'il n'y a de vieulx médecins », Rabelais, Gargan- 
tua, ch. XXXI. 

Bobard, mensonge, 33-34, 114. Nous y avons vu un 
archaïsme ; il est peut-être plus plausible de l'iden- 
tifier avec le manceau bobard, nigaud, sot, et le 
sens de boniment, ou de tirade qui interloque, serait 
alors induit de la locution : monter le bobard, syno- 
nyme de celle de monter le job, mystifier, propre- 
ment tromper le niais, d'où la notion de menterie. 

Bobine, tête, figure (ironiquement), 90. Son diminutif 
bobinette a donné, par un procédé abréviatif usuel, 
binette, physionomie (surtout ridicule), mot qui ne 



134 LEXIQUE-INDEX 

remonte pas au-delà du xix^ siècle, ce qui écarte 
tout rapprochement avec un prétendu binette, per- 
ruque, dont l'existence ne repose sur aucun texte 
sérieux. 

Bobosse, pour Boboche^ même sens que Boche, dont 
il représente une variante enfantine, 54, 115. 

Boche, Allemand, 9-13, 64, 68, 74, 75, 77, 79, 82, 84, 
85, 87, 88, 89, 97, 99, 100, 102, 117, 120, 123-125. 
Mot du langage parisien qui n'a, étymologiquement, 
rien d'ethnique et dont l'application aux Allemands 
est tardive et postérieure à la guerre de 1870. Le 
mot était tout d'abord limité au monde de la galan- 
terie où il qualifiait le mauvais sujet, en opposition 
à muche, jeune homme poli, doux, aimable, réservé 
(Delvau, 1866). De là il passa chez les imprimeurs 
parisiens, qui, les premiers, désignèrent (vers 1874) 
par boches les ouvriers typographes d'origine alle- 
mande ou flamande. L'appellation fut ensuite éten- 
due à tous les Allemands. L'acception initiale de 
« grosse-tête » ou de « tête dure », c'est-à-dire de 
caboche (dont boche est l'abréviation parisienne), 
fut ainsi successivement appliquée aux jeunes gens 
peu maniables, à la main-d'œuvre de langue alle- 
mande et finalement aux Allemands, aux Luxem- 
bourgeois, aux Alsaciens, c'est-à-dire à tous ceux 
qu'on a appelés plus tard AlbocheSj ou Allemands- 
Boches (pléonasme analogue à tête de Boche, syno- 
nyme de tête carrée d'Allemand). — Sur l'origine 
du mot Boche, on a émis dans les périodiques, de- 



LEXIQUE-INDEX 135 

puis le début de la Guerre, des hypothèses innom- 
brables (v. Y Intermédiaire de 1914, 2^ semestre, et 
de 1915) : ce sont là de vagues présomptions, qui ne 
tiennent aucun compte de la chronologie et surtout 
de l'évolution du mot dans les différents milieux 
qu'il a traversés : filles (vers 1860), imprimeurs (après 
1870), ouvriers en général (vers 1880), avant que 
la Guerre actuelle ait donné à ce sobriquet, naguère 
plutôt ironique, un caractère d'abomination. 

Bochonnerie, bocherie, exploit de Boche, et Bo- 
chonnie, pays des Boches, 13, à côté de Bochie, 
Germanie (dans Panhochie)^ bochisme, doctrine 
allemande, et bochiser, germaniser ou espionner : 
« Des Boches et des hochisants, homme gras, plats 
et mielleux pour qui la paix n'était que l'avant- 
guerre », Maurice Donnay, dans la Liberté du 
18 juillet 1915. 

Boîte de singe, boîte de conserve, 51. V. singe. 

Boîte de singe, obus de soixante-dix-sept, 52, par 
allusion à sa forme. 

Bombe, fête, partie de plaisir, 57, 91, 112. Terme de 
caserne, abrégé du synonyme vulgaire bombance. 

Bonhomme, surnom du bleu, 39, 68. 

Bordée, synonyme de bombe ^ 57, 112. Mot passé des 
marins aux troupiers. 

Bouchers noirs, sobriquet des artilleurs (d'après leur 
uniforme), 50. 

Bouffarde, pipe, 114, 117. 

Boule, pain, 114, c'est-à-dire boule de son, pain de 



136 LEXIQUE-INDEX 

munition : « Tout le monde fait honneur à la boule, 
mais les Allemands plus que les autres », Galopin, 
Les Poilus, p. 15. 

Bouleau, boulot, travail, 22-24, 82. Terme de métier 
généralisé. 

Bourdon, cheval (surtout vieux), 34. Terme de mépris. 

BouRGUE, sou, 114. Déformation moderne de l'ancien 
mot jargonnesque j6roçrue, liard. 

Bourrage de crâne, mensonge, 114, à côté de la locu- 
tion verbale correspondante : « Hornitz continue à 
me bourrer le crâne avec ses boniments, mais je ne 
l'écoute pas », Galopin, Les Poilus, p. 79. 

Bourrin, (mauvais) cheval, 34, 111. Provincialisme 
angevin. 

Bousiller, tuer, 39, 108, 115, proprement faire ma- 
ladroitement la besogne. 

Bouts de bois (mettre les), se sauver, 51, 117. On 
dit, avec le même sens, mettre les cannes ^ les tri- 
ques (communication des tranchées). 

Boyau, fossé par où l'on pénètre dans les tranchées, 
40. 

BoxoN, cabaret de bas étage, bordel ; nom appliqué ici 
plaisamment à la tranchée, 98. Terme anglais pro- 
pagé par les matelots normands. 

Braise, argent, 107, 110. Métaphore vulgaire tirée de la 
cuisine: avec de la braise on fait bouillir la marmite. 

Bras cassé, homme paresseux, 113. « Ceux qui ne 
sont pas habituellement sur la ligne de feu — m'écrit 
un des correspondants des tranchées — se désignent 



LEXIQUE-INDEX 137 

SOUS le nom de bras cassé; ce sont les fourriers, le 
caporal d'ordinaire ou le saindoux^ les cuisiniers qui 
font la ciiistance et confectionnent la jaffe avec de 
la viande dite barbaque ou bidoche. » 

Bras retourné, homme paresseux, 113. Même image 
ironique que la précédente. 

Brêmb, carte à jouer, 117. 

Bricheton, pain, 114. Mot de caserne tiré des patois : 
c'est le diminutif du normand, brichet, pain d'une 
ou deux livres, de formes variées, qu'on fait expres- 
sément pour les bergers. 

Brindezingue, ivrogne, 113. 

Broquille, minute, 114. Mot de jargon. 

Brosse à dents, moustaches, 114. Ironie. 

Brutal, vin (fort), 40, 115. 

Buffet, ventre, 108. Appellation plaisante. 

Gabèche, tête, 76. Forme provinciale parallèle à cabo- 
che. 

Cabot, 1° chien, 111; 2° caporal, 108, 110, appelé plai- 
samment chien du régiment. 

Cafard, idée noire, ennui, 54-55, 109. Appellation 
métaphorique analogue aux synonymes hannetons et 
araignée. 

Cagibi, petit réduit, petite loge (v. ci-dessous au mot 
perco). Provincialisme de l'Ouest, angevin ou man- 
ceau. 

Gagna, abri dans les tranchées, 58-59, 117, 124 (aussi 
avec le sens généralisé de « foyer, intérieur » et sous 



138 LEXIQUE-INDEX 

la forme francisée cagne, 99). Mot importé des 
colonies, désignant la petite hutte tonkinoise ou an- 
namite, faite en bambou, dans laquelle habitent les 
coolies et les femmes: «Les cagnas de Tuyen-Quan, 
ville du Tonkin », Le Journal du 17 juillet 1915. 
Un de mes correspondants m'écrit : « Les abris 
individuels se désignent aussi sous le nom de gour- 
bis ou de cagnas qu'on baptise encore du nom 
de Villa des Obus, des Marmites, des Courants 
d'air^ etc. » V. guitoune. 

Cahoua, café. « Du cahoua servi dans une tasse en por- 
celaine avec des dorures tout autour », Galopin, Les 
Poilus^ p. 54. Mot algérien. 

Galbombe, lampe, 113. Le mot désigne proprement la 
chandelle : c'est un croisement de camoufle^ même 
sens, et de bombe^ mot de caserne. 

Caler les joues (se), manger de bon appétit, 80. Ex- 
pression vulgaire tirée des marins; on dit aussi sim- 
plement se les caler. 

Gambrousard, homme peu dégourdi, 112. Proprement 
paysan, rustre. 

Cambuse, maison, 57, 113. Terme de marin généralisé. 

Camoufle, lampe, 113. Mot de l'argot parisien au sens 
de « bougie ». 

Canard, journal, 113, proprement fausse nouvelle et 
feuille qui l'annonce. 

Canasson, vieux cheval, 111. Mot de caserne. 

Canfouine, logement, surtout en mauvaise part, 57, 
111. Mot provincial, au sens de bicoque, taudis. 



LEXIQUE-INDEX 139 

Canon (de 75), v. Français (petit). 

Gantache, cantine (avec changement de la finale) : 
« Y fera soif, ce soir, à la cantache^ ça va barder », 
Le Journal du 20 juin 1915. 

Carcan, vieux cheval, 111. 

Carne, rosse, 35. Proprement charogne. 

Carreau, œil, 99. 

Gass9-patta, eau-de-vie, 46, 111. 

Ceinture (se mettre la), jeûner : « J'ai beau avoir 
faim, j'aimerais mieux m'mettre la ceinture plutôt 
que de m'envoyer de la bidoche qui ne serait pas 
catholique », Galopin, Les Poilus, p. 35. On dit, 
avec le même sens, se V accrocher ou serrer sa cein- 
ture, se serrer d'un cran ; le contraire, c'est s'e/i 
donner plein la ceinture. Ces expressions sont iro- 
niques ou facétieuses. 

Cerf, cheval, 34, et cavalier agile : « Un cavalier qui 
monte bien à cheval, c'est un cerf », Le Temps du 
24 mai 1915. 

Chambouler, bouleverser, culbuter, 58, 117. Provin- 
cialisme : en Lorraine, chambouler signifie chance- 
ler comme un homme ivre. 

Chandail, tricot, 26-28, 70, 78, 86. 

Chasse, œil, 116. 

Chérer. faire la noce, c'est-à-dire bonne chère, 117. 
Dans le Berry, chérer^ c'est faire accueil, bonne ré- 
ception. 

Cherrer, aux sens multiples : « Exagérer, grossir les 
choses ; peut encore être pris dans un autre sens, 



140 LEXIQUE-INDEX 

par exemple ne pas se gêner, avoir trop de laisser- 
aller. Ce mot a été rendu célèbre par les Poilus de 
l'Arg-onne, frères de nos Poilus de Woëvre, alors 
que devant la trop fameuse fontaine de X..., où, par 
suite d'un accord tacite, Poilus et Boches voulant 
outrepasser le temps qui leur était tacitement ac- 
cordé, un de nos Troglodytes s'est avancé vers eux 
en criant en pur langage poilu : « Dites donc les Bo- 
ches, je crois que vous cherrez un peu !... » Cherrer 
évoque aussi l'idée de se moquer de quelque chose ; 
on dit alors que Von cherre dans le boudin », Le 
Dictionnaire du Poilu, dans Le Poilu, n° 4, 6 fé- 
vrier 1915. Dans ces diverses acceptions, cherrer 
paraît être le doublet provincial du parisien char- 
rier quelqu^un^ s'en moquer (en wallon, on dit 
cherri pour charrier). 

Cheval, v. bestiau^ bique, bourdon ^ bourrin, canas- 
soM, carcan^ carne, cerf^ ours, têtard, tréteau, vache, 
veau, zèbre. 

Cheval, mandat, 40, 113. Métonymie. 

Chien de quartier, adjudant, 108. Ironie. 

Chocolat (être), être attrapé, 92. Proprement dupe : 
chocolat est le compère du bonneteur. 

CiBicHE, sibiche, cigare, 74, 111, 116, 127. Ce mot du 
vulgaire parisien (écrit aussi cibige), représente un 
croisement de cigare et de l'angevin bige, bigeois, 
simple, ordinaire. 

Cicasse, chicorée (avec changement de la finale) : 
« Ah ! ce sacré cahoua... en campagne, il nous sem- 



LEXIQUE-INDEX 141 

ble délicieux, surtout quand on peut mettre dedans 
un peu de cicasse... oh ! un rien... de quoi seule- 
ment en avoir le goût », Galopin, Les Poilus, p. 21. 
Le mot se prend aussi au sens d'eau-de-vie, syno- 
nyme de gniole. 

Cigare, figure (allongée), 99. 

Gigue, louis d'or, 114. 

Citron, tête, 98. 

Givlot, civil, 118, 120, tout ce qui n'est pas Poilu. 

Clarinettes (becqueter des), jeûner, 107, proprement 
manger des fusils. 

Gleb, chien, 107. Mot algérien. 

Glique, bruit étourdissant, 124, proprement ensemble 
de clairons et de tambours. 

CoiNSTEAU, coin, abri, 42. Groisement de coin et d'hos- 
teaUy hospice, 

GoLTixER (se), transporter, 116, proprement faire un 
travail pénible comme celui des forts de la halle. 

* Convalo, convalescent. 

GossARD,paresseux, 113. Provincialisme vendéen : dans 
la Vienne, cossard désigne le busard, oiseau pares- 
seux par excellence. 

Cosse, paresse, 68. Nom dialectal de la buse (dans la 
Vienne), type de l'indolence. 

CosTAu, gaillard, solide : « Lefebure est un Normand 
costau et Abeilhou, le chauffeur, un petit gas de 
Perpignan, a des biceps en acier trempé », Galopin, 
Les Poilus, p. 54. Terme d'apachegénéralisé: costau, 



142 LEXIQUE-INDEX 

forme vulgaire pour costal, signifie proprement qui 
a des côtes, d'où la notion de grand, fort. 

Coucou, obus, 50, dont le sifflement rappelle le cri de 
l'oiseau. V. moineau. 

Gourt-tout-seul, fromage, 112. Le fromage gâté est 
plaisamment dit, à Paris, ambulant et qui marche 
tout seul. 

Çrapouillot, petit mortier, 24-26, 58, 99, 100, 103, 
117, 120. Représentant moderne de l'ancien crapau- 
deau. Le nom actuel ne fait pas autant allusion à 
la forme aplatie du mortier qu'à sa petitesse rela- 
tive : de là l'appellation de « g-amin », sens pro- 
vincial de çrapouillot, synonyme de crapoussin. 
V. {petit) Français. 

Grapouillotter. « Se dit lorsqu'il pleut de continuelles 
rafales d'obus de petit calibre. L'expression il cra- 
pouillolte implique l'idée d'une petite pluie, fine et 
serrée, qui ne traverse pas. C'est l'expression consa- 
crée par nos Poilus lorsque les 77 boches font rag-e 
autour d'eux... », Le Dictionnaire du Poilu, dans 
Le Poilu, n" 4, du 6 février 1915. 

Grapouillotteur, artilleur chargé à manier le çrapouil- 
lot, 98. 

Crèche, logement et abri dans les tranchées, 50, 109, 
113. Ironie. 

Cric, eau-de-vie, 111. 

Croix de bois (gagner la), mourir à l'ennemi, 54. 

Croquenaud, CROQUENOT, chaussure, 111, 124, 125, pro- 
prement soulier neuf (qui craque en marchant). 



LEXIQUE-INDEX 143 

Croûte, cuisine, 111, c'est-à-dire repas léger (cf. cas- 
ser la croûte). 

Guistance, cuisine, 37, 111. 

Gaistancier, cuisinier, 37, 111. 

Guistau, cuistot, cuisinier, 38, 111, 116, 126. Croise- 
ment de cuisine et de restau(rateur). 

Culbutant, pantalon, 11 i. Mot de jargon : jeu de mots 
sur culotte. 

Cul-terreux, rustre, 112. 

Cure-dents, baïonnette, 46, 107, 110. Ironie. 

Débiner (se), P s'en aller, 68 ; 2" mourir, 108. 

Débourrer (se), aller à la selle, 107. 

Décarrer, sortir, déguerpir, 58, 99. 

Déhotter (se), se mettre en marche, partir, 115. Mot 
provincial du Nord dont le sens propre est se dé- 
bourber, en parlant d'un charriot qui ne peut avan- 
cer. 

DÉjtfERDARD, homme peu scrupuleux, 113, c'est à-dire 
débrouillard. 

Démerder (se), se débrouiller, 109. 

Démurger, s'en aller, 116. Mot de jargon. 

Dlngg, fou, 112, proprement fêlé, sens de dingot en 
patois lorrain : « Non, mais t'es pas un peu dingo.,. 
Tu vois bien que c'est pour rire », Galopin, Les Poi- 
lus, p. 46. 

Distribe, distribution des lettres et des paquets pour 
les Poilus, 116, 126. 

Doublard, sergent-major, 38, 108. 



144 LEXIQUE-INDEX 

Eau-de-vie, v. casse-pattes^ cric, gniole, eau pour les 
yeux, roule-par-terre. 

Eau pour les yeux, eau-de-vie, 45, 111, 116. 

Ecraser (en), dormir, 116, 124, c'est-à-dire écraser 
les puces de son lit en se couchant. V. pucier. 

Electrique, vin (capiteux), 40, 115. 

Embusqué, qui évite d'aller au feu. 108. Terme de ca- 
serne désignant le soldat qui, ayant un emploi, est 
dispensé de l'exercice et des corvées. Le Dictionnaire 
du Poilu (dans Le Poilu du 28 juillet 1915) fait 
remarquer : « h'embusqué faisait autrefois partie 
de la famille des Poilus, mais des Poilus dégénérés, 
n'ayant rien des Troglodytes actuels. » 

Embusquer (s'), se cacher, 108. 

Encaldosser, avoir des rapports avec un pédéraste, 
124. Terme de bagne : c'est le croisement de deux 
verbes synonymes entaler et endosser. 

Etrangleur, homme peu scrupuleux, 113. 

Fabriquer, faire, 86, 93. Terme technique généra- 
lisé. 

Fafiot, billet de banque, 110. 

Faire (s'en), c'est-à-dire se faire de la bile ou du 
mauvais sang, 37, 75, 77, 104, 116. Ten fais pas ! 
est l'expression usuelle de la résignation optimiste 
de nos Poilus. 

Falzar, pantalon, 114. 

Fendard, pantalon, 114. 

Fête, V. bombe, bordée, nouba, ribouldingue. 



LEXIQUE- INDEX 145 

Feuillée, water-closet, 107, 115 ; proprement latrine 
d'une troupe bivouaquée. Mot de caserne. 

FiFLOT, fantassin, 19 : « Alors faut voir comme les 
fifîols se payent la tête du caporal », Galopin, Les 
Poilus^ p. 83. Diminutif de fiferlin qui désigne à la 
fois une chose insignifiante et le troupier ordinaire. 

Figure, v. binette, cigare, citron. 

Fil de fer, homme maigre, 112. 

Filon, veine, chance, 40, 50, 98. Allusion au filon 
d'or ou d'argent 

Flambante, allumette, 110. 

Flemmard, paresseux, 113. 

Flic, gendarme, 57. 

Flingue, flingot, fusil, 112, 126. Terme de marin et de 
caserne, d'origine méridionale : le provençal flingo 
désigne une houssine ou une baguette. 

Flotte, eau et pluie, 70, 90, 94, 108, 111, 125 ; propre- 
ment flot. Archaïsme. 

Fourchette, baïonnette, 46, 110. Ironie. 

* Français (petit), autre nom donné au canon de 75, 
appelé le petit Gustave par les soldats de tranchées 
allemandes. Personnification analogue à crapouillot 
et accusant la même image : « Le petit Français, 
pour le colonial, c'est le canon de 75... », Lettres 
héroïques, p. 44 . 

Frangin, frère, 67, 73, 97, 104. 

Friedrick, Fritz, Allemand, 99, 100, 103, 124, d'après 
les noms qu'ils portent fréquemment. 

Fringue, habit, 94, 96, 115, synonyme de frusque, d'où 

10 



146 LEXIQUE-INDEX 

se fringuer, s'habiller, 116. Le verbe fringuer dési- 
gnait, dans Tancienne langue, faire le coquet, l'élé- 
gant (cf. fringant) ; le sens du dérivé moderne est 
plutôt ironique. 

Frisquet, froid, 85. 

Fritz, 124, v. Friedrich. 

Froc, pantalon, 114. Ironie. 

Fromage blanc, cervelle, 92. Expression qui rappelle 
le cerveau caséiforme de Rabelais. 

FrOxAigi, fromage, 112. C'est le mot fromage pourvu 
d'un suffixe algérien (cf. caoudji^ café). 

Frusques, nippes, 115. 

FuMELLE, femelle, femme, 117. Forme vulgaire, archaï- 
que et provinciale. 

FuMERON, jambe (surtout maigre), 116. 

Fusain, jambe, 113, semblable au charbon de fusain. 

Fusil, V arbalète, flingot^ flingue., lance- pierres, nou- 
gat , seringue. 

Galetouse, gamelle, 106. Terme de marin. 

Gambette, jambe, 113. 

Gare (à la) 1 zut ! 109. Ironie. La phrase complète est: 

« A la gare, au bout du quai, les ballots ! » 
Gauche (jusqu'à la), jusqu'à la mort, 74. Expression 

de caserne : dans le service, le soldat porte le fusil à sa 

droite ; aux enterrements, il passait jadis l'arme sous 

son bras gauche. 
Gazer, fumer, 126. Et ailleurs (aussi avec le sens d'aller 

en auto) : « Prenez une bagnole qui gaze., me dit le 



LEXIQUE-INDEX 147 

commandant... et en route !... Une demi-heure plus 
tard nous gazions de nouveau sur la route », Le 
Journal du 20 juin 1915. 

Gedéon, dit Gueule d'empeigne, type g^rotesque 
d'une revue de théâtre, devenu populaire, 43-44, 112. 
Le Petit Parisien du 22 juillet 1915, à propos d'un 
camp de prisonniers en Allemagne, donne entre autres 
ce détail sur le créateur du type : « Il y avait là un 
très joyeux humoriste Joë Bridge, le créateur du 
fantastique Gedéon, dit Gueule d'empeigne^ ce drôle, 
si furieusement édenté, qui fit, durant de longues 
semaines, la joie de tout Paris. » 

Genoux creux, homme paresseux, 113. 

Gerce, femme, 111 : gercer^ c'est perdre la fraîcheur 
de son teint. 

Gniole, gniaule, gnole, niaule, eau-de-vie, 35-36, 
99, 111, 116, 125. Si la forme initiale est gniole, on 
pourrait y voir le même mot que gniole (abrégé de 
torniole), coup qui donne le vertige : l'eau-de-vie 
serait, dans ce cas, envisagée comme la boisson 
assommante. 

Godasse, soulier large, 96, 1 1 1 , 124, semblable à un go- 
det: on dit, avec le même sens ironique, flacon et 
gobelet. 

Godillot, soulier de soldat, 124, 126. 

GoGUENOT, water-closet, 115, proprement baquet ser- 
vant de latrines. Mot de caserne qui désigne égale- 
ment le récipient en fer-blanc dont se servent les 
troupiers d'Afrique pour faire la soupe ou le café. 



148 LEXIQUE-INDEX 

Provincialisme : Haut-Maine, coquenot, coquille de 
noix. 

GoNZEssE, femme, 111. Mot d'apache passé aux trou- 
piers. 

Gourbi, abri particulièrement fait en planches (dans 
les tranchées), petite baraque adossée au talus, 47, 
57. Terme algérien. 

Gratte-ciel, homme de grande taille, 112. Ironie. 

Grelots (avoir les), trembler de tous ses membres, 
108. Jeu de mots sur grelotter. / 

Griller, fumer un cigare, 116. 

Grimpant, pantalon, 114. 

Griveton, soldat, 59, 115. Mot de jargon adopté par 
les troupiers. 

Grognasse, prostituée, 112. 

Grolle, soulier, 116, 124, 125. Provincialisme. 

Gros noir, obus, 36, 58, 117. Personnification. 

Gros vert, explosif couleur de la fumée, 36. 

Grosse, prison, 117. Mot de caserne. 

Gueule d'empeigne, v. Gedéon. 

Guitoune, abri dans les tranchées, 57, 100, 119, 124. 
Terme algérien. Le Joar/iaZ du 17 juillet 1915 a publié 
un article de Pierre Mac Orlan sous le titre « Dans les 
guitounes de Carency » ; on y lit ce passage sur les 
tranchées allemandes de l'endroit : « L'ouvrage en- 
nemi, construit en sacs de terre, avec ses ruelles 
tortueuses, s'élevait comme une ville de cauchemar. 
Une impression puissante d'exotisme nous prenait 
à la mémoire et ceux, qui, comme beaucoup d'en- 



LEXIQUE-INDEX 149 

tre nous, avaient porté au képi l'ancre de la colo- 
niale ou la grenade de la légion, se rappelaient les 
vicoîes sordides du quartier nègre du Bel-Abbès ou 
les cagnas de Tuyen-Quan, la demeure de l'épicier 
chinois et sa fumerie. » 



Havresac, v. armoire à (ftace, as^ azor. 

HosTEAu, hôpital : « Une arrivée à Vhosleau... Car on 
dit Vhosteau. On ne dit pas l'hôpital. L'hôpital, c'est 
pour le dictionnaire de l'Académie, vocable lugu- 
bre, qui commence en soupir et finit par une plainte ; 
tandis que Vhosleau, ça rime avec château, et il y a 
là toute la blague d'un peuple souffrant mais pudi- 
que, délicat jusque dans ses misères, et qui meurt 
avec un^bon mot, pour que les gens ne sachent plus 
s'ils doivent pleurer... ou rire )),René X., Parisiens 
à la guerre, 13 mars 1915. Mot provincial qui dé- 
signe à la fois le logis, l'hospice et l'hôpital. 

Jaffe, soupe (v. bras-cassé). Mot de jargon. 

* Joséphine, baïonnette, 32 : « Pour le colonial, c'est 
la baïonnette qui mérite le joli nom de Joséphine », 
Letlres héroïques, p. 44. V. Rosalie. 

Jus, café, 111, 116, 125; aller au jus, assaillir la tran- 
chée ennemie et s'exposer aux balles de ses mitrail- 
leuses, 50. 

Juteux, adjudant, 108. Proprement plein de jus ou 
de chic, élégant. Ironie. 



150 LEXIQUE-INDEX 

Kabo, V. cabota 126. 

Kasba, logement, 57, 113. Mot algérien. 

Kébour, képi, 113. Déformation. 

Kénep, ivre, 36. 

Képlard, képroc, képi, 113, 116. Mots déformés. 

Lame d'acier, homme maigre, 112. 

Lampe, estomac, 39, 116, 126. 

Lance-pierres, 49, 112, 120. V. arbalète. 

Latte, chaussure,lll, 123, 124, d'après sa forme plate. 

Limace, chemise, 111. Mot de jargon. 

Lingue, couteau, 60, 111. Mot de jargon. 

LiNVÉ, franc, 114. Déformation (suivant les procédés 
du largongi) du mot i;in,^^ (sous). 

Liquette, chemise, 111. Provincialisme : proprement 
morceau d'étoffe (sens du mot en champenois). 

Loin-du-ciel, homme de petite taille, 112. 

Louchébème, boucher, 110. V. linvé. 

Louftingue, fou, 112. Croisement des synonymes louf 
et tingue (v. dingo) : « Ma parole, je crois que nous 
sommes tout à fait louf lingues », Galopin, Les Poi- 
lus^ p. 9. 

Louper, faire un loup, rater, 20, 79. 

Lourde, porte, 60, 114. Mot de jargon. 

Lousse, sou, 114. V. linvé, 

* Macavoué, obus : « Trois fois nous y avons été en 
quatre jours, une fois le temps d'y passer la nuit ; 
mais le lendemain matin, oh ! sainte Brigitte ! des 



LEXIQUE-INDEX 151 

gros macavoués (comme dit le capitaine) nous tom- 
bèrent sur le dos », Lettres héroïques, p. 28. C'est 
proprement le diminutif du nom patois du matou 
(macaou), image analogue au synonyme gros noir. 

Machine à découdre, mitrailleuse, 49, 114. Les sol- 
dats des tranchées allemandes l'appellent aussi or^ue 
de Barbarie ou seringue à haricots. 

Magner (se), remuer, se dégourdir, 116 : « Magnons- 
nous^ c'est pas le moment d'admirer le paysage », 
Galopin, Les Poilus^ p. 36. 

Maison, v. cambuse^ can fouine^ crèche, kasbah, piaule^ 
tôle. 

Mandat (postal), v. cheval, ours, pigeon. 

Maous, gros, lourd, 36, 116, 127. On dit surtout maous 
pépère ou maous poilu^ suivant qu'il s'agit du ter- 
ritorial ou du troupier. Provincialisme : on pour- 
rait en rapprocher le picard mahousse^ grosse femme 
et truie. 

Mar, assez, 102 ; écrit aussi mare : u Si ça vous plaît^ 
à vous autres de bouffer des kilomètres, moi, je 
vous cacherai pas que j'en ai mare », Galopin, Les 
Poilus, p. 34. Abréviation de mare, blasé, celui-ci 
abstrait de marée, dégoût, répulsion, par allusion à 
l'odeur du poisson peu frais. 

Marcher, v. bagoter, baguenauder. 

Marie-Louise, surnom donné aux bleus de la classe 15, 
50, 51. Souvenir historique. Voir l'Intermédiaire de 
janvier 1915. 

Marmite, gros obus allemand, 17-18, 30, 58, 68, 90, 



152 LEXIQUE-INDEX 

114, 116. Allusion au calibre. Les soldats des tran- 
chées allemandes lui donne le nom de « couleuvre ». 

Marmite, prostituée, 111. 

Mec, individu, 98, 116. Mot d'apache généralisé : 
« Nous sommes tombés sur un nid de Boches.... 
Ils nous ont aussitôt mis en joue, et Tun d'eux, un 
offîcemaravec une casquette bleue, nous a dit : Ren- 
dez'-vous ! Non, mais penses-tu?.... Y nous avait pas 
r'gardés le mec. Gomme si des Poilus allaient se 
rendre comme ça ! » Galopin, Les Poilus^ p. 51. 

Ménesse, femme, 111. Mot de jargon. 

Mètre (double), homme de grande taille, 112. 

Mézigue, moi, 127. 

Mitrailleuse, v. machine à découdre y moulin à café. 

MocuE, vilain, 75, 96, 112. 

Moineau, obus : « Des moineaux fusants de 77 qui 
éclataienten l'air », Le Journal du 21 juin 1915. V. 
coucou^ oiseau. Dans l'argot des tranchées allemandes, 
moineau désigne la balle de fusil. 

MoRLiNGUE, porte-monnaie, 114. Forme dissimilée de 
morningue^ bourse, croisement des synonymes mor- 
nifle, monnaie, et zingue^ argent. 

Mortier, v. crapouillot. 

Moulin à café, mitrailleuse, 49, 114. 

MuFFÉE, ivresse, 111 : en avoir une mu/fée, c'est en 
avoir plein le mufle. 

Niaule, v. gniole. 

NiB, non, 127; nib de.. ,pas de,l 16. Expression dejargon. 



LEXIQUE-INDEX 153 

Noir, ivre, 91, 113. Argot des lithographes. 

Nouba, fête, noce, 57, 112. Mot algérien. 

Nougat, fusil, 49, 107, 112. L'appellation fait peut- 
être allusion à la balle de fusil, à cause de son en- 
veloppe de maillechort : les soldats des tranchées 
allemandes l'appellent haricot. 

Obus, V. boite de singe^ coucou, gros noir^ gros vert^ 
macavoué^ marmite, moineau, oiseau. 

Officemar, officier (v. ci-dessus, au mot mec). Mot 
déformé à l'aide d'un suffixe d'origine jargonnesque. 
V. zigomar. 

* Oiseau, obus : « Si tu n'a pas la précaution de te cou- 
cher, l'obus se charge de te coucher... Il ne faut pas 
s'effrayer de ces oiseaux. .. y)^ Lettres héroïques, p. 30. 

Ours, 1" vieux cheval, 34 ; 2^^ mandat, 40, 113. V. 
cheval. 

Paquebot, ambulance, 108. Ironie. 

PAGE0T,lit, 113, 125. Prononciation berrichonne de pail- 
lot, paillasson. 

Pagnoter (se), se coucher, 116, se mettre dans le pa- 
nier, dans le lit. 

Pai\ a cacheter, hostie, 18, 82. 

Pajot, 124, v. pageot. 

Pâle, malade, 41-42, 113, 116, 124. Métonymie. Cf. 
l'ancien dicton: « Maladie et douleur se cognoissent 
à la couleur. » 

Panam, Paris, nom de tendresse, 44, 114. 



154 LEXIQUE- INDEX 

Pantruchard, Parisien, 114, 115. 

Pantruciie, Paris, 44, 71, 114. 

Parigot, Parisien, 48, 114. 

Patelin, pays natal, village où l'on gîte, 68, 89, 96,116. 

Paxon, paquet, 116, 126. 

Pêche, figure, 79. Mot facétieux. 

Pedzouille, V. petzouille. 

Pépère, gros père, surnom donné aux territoriaux, 
36, 42, 116, 127. Voici la définition qu'en donne le 
Dictionnaire du Poilu (dans Le Poilu^n'> 8,du20 juil" 
let 1915) : « Appellation qui fait concurrence au 
mot Poilu, mais qui s'applique tout particulière- 
ment au Territorial costaud, allant, résistant... On 
est un pépère j on est un brave homme qui, sachant 
le prix de la vie, est prêt à la donner pour une belle 
et noble cause... Ce mot qui sonne clair, cordial et 
confortable, s'est peu à peu étendu dans le langage 
poilu, est devenu d'un usage fréquent, s'appliquant 
à tout ce qui sort de l'ordinaire. Ainsi n'est-ce pas 
un combat pépère, celui où il a fallu se battre comme 
des lions toute une journée durant... ? N'est-ce pas 
encore pépère, un abri dans lequel on peut défier 
toute marmite? Une tranchée profonde dans laquelle 
on peut attendre de pied ferme toute attaque enne- 
mie ? Tout, en un mot, ce qui sort du commun de- 
vient pépère. » 

Péquenot, homme peu dégourdi, 112. Diminutif de 
péquin, sobriquet que les troupiers donnent aux 
civils. 



LEXIQUE-INDEX 155 

Perco, renseignement vague ou fictif, mais toujours 
optimiste et rassurant, 51, 117, 124 : « Perco, c'est un 
diminutif de percolateur... l'appareil de ménage qui 
sert à confectionner le café matin et soir. Or deux 
fois par jour les cuivres plus ou moins reluisants du 
percolateur ont le privilège de grouper autour d'eux 
quelques hommes de toutes les escouades. Vous 
devinez alors facilement les propos qu'ils échan- 
gent. Le percolateur, en somme, c'est la boîte à 
potins du régiment ; le cagibi du percolateur c'est, 
sur le front, le dernier salon où l'on cause », Le 
Temps du 4 septembre 1915. — « Il y a une grande 
différence entre le potin et le perco. Le potin de la 
tranchée ne diffère pas beaucoup, dans son essence, 
du potin de l'arrière, du village ou de la grande 
ville... Mais le perco est à la fois sans consistance 
et grave ; il n'a pas des pieds, mais il a des ailes. 
D'où vient-il ? D'une parole tombée de haut et mal 
entendue et, surtout, mal interprétée... 11 peut être 
inventé de toutes pièces par un malin... », Maurice 
Donnay, dans la Liberté du 19 septembre 1915. 

Père peinard (en), en douce, tranquillement, 36. 

Perlot, tabac, 115, 116, 126. Mot de caserne. 

* Permo, permission, congé : être en perme. 

Perroquet, tireur habile, 54. Nom facétieux. 

Pétasse, prostituée, 112. 

Petzouille, homme peu dégourdi, 112, c'est-à-dire 
rustre. On écrit aussi pedzouille : « N'ayons pas 
l'air de fuir... Marchons, au contraire, comme trois 



156 LEXIQUE-INDEX 

bons pedzouilles qui rentrent chez eux vannés, leur 
journée finie », Galopin, Les Poilus^ p. 39. Le mot 
désigne proprement le derrière : c'est un croisement 
des synonymes /)e7arc/ et vezouille. 

Pèze, argent, 110, c'est-à-dire métal qui pèse. 

Piaule, maison, 113. Mot de jargon : « On est dans la 
piaule^ on y reste », Galopin, Les Poilus, p. 7. 

PicoLo, petit vin, 101. xMot importé par les taverniers 
italiens. 

Pied, imbécile, 49, c'est-à-dire bête comme un pied. 

Pied, sous-oflîcier, 42, 108. Abrégé du suivant. 

Pied de banc, sergent d'une compagnie, 43, 116. 

Pigeon, mandat, 40, 113. 

Pi(iER, attraper, 117. 

Pigouil, gas de la Dordogne : « Le Poilu Saint-Emi- 
lionnais, organe des Pigouils soldats », est le nom 
d'un canard du front de 1915. En Limousin, pi~ 
golhou désigne le petit garçon. 

Pinard, vin ordinaire, de qualité inférieure à l'ara- 
mon, 38, 115, 116, 125. C'est pineau^ avec change- 
ment de finale. 

Pinceau, jambe, 108, 113. Ironie. 

Pincer (en), en avoir le désir, en souhaiter ardemment, 
117. 

Pipe, cigare de cent-vingt, 107, 

Pipe (prendre la), être rossé, 93 : cf. passer à tabac, 
rouer de coups. 

Piqué, fou, 112. 

Pister, aux sens multiples : « Le langage militaire est 



LEXIQUE-INDEX 157 

à la fois très varié et très pauvre. .. Un mot énergi- 
que, pris hors de son sens primitif, sert quelquefois 
à désigner un très grand nombre d'autres verbes... 
Ainsi pister signifie à la fois disparaître, se perdre, 
être volé (« Brigadier, ma brosse joisfe ») ou démoli. 
Pister a un synonyme qui est chasser », Le Temps 
du 24 mai 1915. Ce verbe signifie proprement guetter, 
suivre la piste. 

Piston, capitaine, 38, 108. Abrégé de capiston. 

Planquer (se), se mettre dans un trou ou contre le 
parapet de la tranchée pour s'abriter des éclats 
d'obus (correspondance d'Argonne). Proprement se 
cacher, sens du verbe dans le vulgaire parisien. 

Plombe, heure, 112, 115, 117. 

Plumard, lit, 101, 113. 

Plume, lit, 51, 117. 

PoiGNOx, argent, 110. 

Poilu, soldat des tranchées et particulièrement vail- 
lant qui a reçu le baptême du feu, qui a pris part à 
une rencontre, 13-15, 52, 59, 115, 116, 118-121, 123- 
127. Les Romains attribuaient aux poils la même 
vertu : Vir pilosas aut fortis aut libidinosus^ di- 
saient-ils. C'est d'ailleurs une constatation d'ordre 
physiologique : « Les poils sont, avant tout, le signe 
de la force virile. On n'est homme qu'à partir de la 
puberté. De là à admettre que les poils font la force 
il n'y a qu'un pas... L'idée de force suggère celle d'au- 
dace... )),Ed. Brissaud, Histoire des expressions po- 
pulaires relatives à Vanalomie, à la physiologie et 



158 LEXIQUE-INDEX 

à la médecine, Parîs, 1888, p. 80. Le mot n'a abso- 
lument rien de commun avec l'état hirsute ou mal- 
propre de nos soldats des tranchées. Son sens pri- 
mordial est celui de mâle, d'où l'acception de « cou- 
rageux », attestée près d'un siècle avant la Guerre 
actuelle qui a annobli et couvert de gloire le Poilu. 
La signification foncière de ce nom relève du sys- 
tème pileux en général et non pas de la barbe. Un 
humoristique illustré, iVos Poilus (septembre 1915), 
représente deux Soldats à tous poils, un gars im- 
berbe et un troupier barbu qui s'interpellent: « Toi, 
le gosse!... un Poilu? — J'ai pas de poil au menton, 
mais j'en ai sur la poitrine ! » On est Poilu avec ou 
sans barbe, hirsute ou épilé... Avant la Guerre, le 
Poilu était l'homme à poils, à tous poils ou à tous 
crins, l'homme ardent, énergique, résolu ; il est 
maintenant le brave par excellence, le hardi com- 
battant des tranchées, le héros d'une épopée nou- 
velle. 

Poilu, comme adjectif, qui tient des Poilus et surtout 
de leur langage, etc., 120, 121, 122, 124. 

Poivrot, ivrogne, 113. 

Polochon, traversin, 115. Mot de caserne. 

Pommes (leurs), ils, 127. Expression facétieuse. 

Pompe, chaussure, 101, 124, 125. Appellation facétieuse 
(qui pompe l'eau). 

Pote, poteau, camarade, 35, 39. « Ctn est la fine 9® ! 
Eh ! vive Pantruche ! Ah! les poteaux !... Toi, t'es 
un pote^ et un brave poie, alors, ça va... », RenéX., 



LEXIQUE-INDEX 159 

Parisiens à la guerre, 3 mars 1915. Mot d'apache 

généralisé. 
Poule, femme, 49, 111. 
Presse-papier, homme corpulent, 111. 
Pruneau, balle, 20, 79, 107, 110, 116, 127. 
PuciER, lit, 113. Ironie. 
Punaise, prostituée, 112. 
Purge, volée de coups; prendre une purge ^ être rossé, 

64. 

Quai (au bout du), 109. V. gare. 
Quenaupe, pipe, 36, 107, 114. 

Rab, merveille, chose excellente, 122, 125, 127. Abrégé 
de rabiot^ reste de café, distribution de café : l'arri- 
vée du jus est saluée par des cris de joie. 

Rabiotaur, prisonnier, 114, c'est-à-dire qui fait du 
rabiot, qui mange et boit des restes. 

Radasse, prostituée, 112. La forme usuelle est radeuse^ 
celle qui fait le rade ou le trottoir. 

Radiner, arriver, 116. Mot d'apache adopté parles ca- 
sernes. 

Raide, malade, 113. 

Ranidam, tapage, 100. Onomatopée. 

Rase-terre, homme de petite taille, 112. 

Remettre cela, recommencer à se battre, 110. Litté- 
ralement prendre une nouvelle tournée (chez le mar- 
chand de vin). 

Repérer, trouver, 42. Terme technique généralisé. 



160 LEXIQUE-INDEX 

Résiné, sang, 115. 

Rétamé, ivrogne, 113, 117 ; proprement ivre-mort. 

Retourné, ivrogne, 113. 

RiBOuis, soulier, 111, 123, 124. 

Ribouldingue, noce, amusement, 20-22, 57, 77, 93, 

112. 
Rognure de taxis, viande coriace, 106. V. autobus. 
Rombière, prostituée, 112. Mot de jargon. 
Rosalie, baïonnette, 46-49, 110. 
Roule-par-terre, eau-de-vie, 46, 111. 
RoupiONNER, dormir, 96. 
Russe, bas, chausson, 108. Proprement chaussette 

russe. Ironie (les Russes, dit-on, ne connaissent pas 

les chaussettes). 

Sabre, v. zigomar. 

Saindoux, caporal d'ordinaire (v. ci-dessus, au mot 
bras-cassé). 

Saucisse, projectile oblong lancé par le crapouillot 
allemand (v. ci-dessus, au mot balancer). 

Saurer, autobus, 54, 115. 

ScHLASs, ivrogne, 113. Autre graphie de cheulasse^ 
parallèle à cheulard, même sens, mot d'origine pro- 
vinciale. 

Schnaps, eau-de-vie, 111. Mot alsacien. 

ScHNicK, eau-de-vie, 111. Terme de marin. 

ScHPROUM, tapage^ 111. Onomatopée. 

SÈCHE, cigarette, 111. 

Seringue, fusil, 49, 112. Appellation facétieuse. 



LEXIQUE-INDEX 16 1 

Sézigue, lui, 127. 

SiBicHE, 127, V. cibiche. 

Singe, bœuf et conserve de bœuf, 51, 110, 125, 127. 

Mot de caserne. 
Soldat, V. griveton, Poilu ^ trouffion. 
Sonner, assommer : « Un coup de canon qui porte bien 

sonne les Boches » (correspondance de l'Argonne). 

Mot d'apaclie. 
Souffrante, allumette, 109. Jeu de mot sur soufre. 
Surin, couteau, 60, 111. Mot de jargon. 

Tacot, automobile usée, 52. 

Tambouille, cuisine, 111 ; proprement ragoût. Mot mé- 
ridional. 

Tartine, chaussure, 111, 126. Allusion à la forme des 
semelles. 

Taule, tôle, maison, 60, 113. Mot de jargon. 

Taupe, surnom des soldats allemands creusant des 
tranchées, 53. 

Tauriaux (terribles), territoriaux, 53, Jeu de mots. 

Têtard, vieux cheval, 111. 

TnuNE, pièce de cinq francs, 114. Mot de jargon. 

TiRE-AU-CUL, TIRE-AU-FLANC, parCSSBUX, 112. 

Tire-boche, baïonnette, 46. 

TiTi, parisien, 114. C'est le nom donné au gavroche 
ou gamin parisien : « Si les iitis de l'Ambigu étaient 
là, ils en prendraient pour leur argent », Galopin, 
Les Poilus^ p. 70. 

11 



162 LEXIQUE-INDEX 

Tôb, OU plutôt iauhe, avion allemand, 119, 123, pro- 
prement pigeon. 

Tôle, 1« maison, 113 ; 2« prison, 116. V. laule. 

Tôlier, prisonnier, 114. 

ToNGNAssE, toi, 127. 

Toquante, montre, 114. 

ToRD-BOYAux, cau-de-vie, 111. 

Tortue (v. ci-dessus, au mot balancer), peut-être 
grenade à main, toute hérissée de percuteurs, appe- 
lée crabe (tourteau) par les soldats des tranchées 
allemandes. 

Toto, pou, 114, 125. Proprement toutou^ petit chien 
(cf. loulou). Appellation enfantine. 

Toubib, médecin-major, 58, 114, 116, 123. Mot algérien. 

Tourne-boche, v. tue-boche. 

Traîne-patte, surnom donné aux services de l'arrière, 
secrétaires d'Etat major, employés au ravitaille- 
ment, aux stations sur routes, aux magasins, aux 
gares régulatrices, etc. 

Tréteau, cheval (vieux), 111. 

Triques (mettre les), se sauver. V. voiles. 

Troufion, fantassin, 115, proprement le derrière. Appel- 
lation facétieuse, donnée par les cavaliers aux trou- 
pes à pied. V. petzouille. 

Tue-boche, baïonnette, 46, 58, 99, appelée encore 
tourne-boche. 

Type, individu, 117. 

Vache, vieux cheval, 35. 



LÊXIQUE-INDEX 163 

Veau, cheval qui ne marche pas, 35. 
Vernoche, chic, 117. Proprement verni. 
Vin, V. aramo/i, brutal^ électrique, pinard. 
Voiles (mettre les), se sauver, 54, 115. On dit avec 
le même sens mettre les cannes ou les triques. 

Zèbre, cheval, 34. 

Zigomar, sabre des cavaliers, 44-45. Le nom propre 
zigomar représente une déformation finale (cf. o/'^ce- 
mar), de zigue^au sens de chouette, gigolo, épithèle 
donnée à un héros romanesque. 

Zigouiller, tuer, 15-16, 40, 115. Proprement couper 
avec une scie, scier avec peine et mal. Provincia- 
lisme poitevin : cf. dans la Saintonge, zigue-ziguCy 
mauvais couteau. 



TABLE DES MATIERES 



Pages 

Avant-propos 5 

I. — L'Argot des tranchées 9 

Caractéristique f^énérale 9 

Sources épistolaires 16 

Contribution des périodiques des tranchées. 29 

1. — Archaïsmes 32 

2. — Provincialismes 34 

3. — Mots et sens nouveaux ... 37 

4. — Noms facétieux 45 

5. — Termes coloniaux 56 

6. — Mots de jargon 59 

Conclusion. . 60 

II. — Pièces documentaires 63 

A. — Lettres des Poilus 64 

B. — Journaux du Front 105 

1. — Le vocabulaire de la Guerre (1^"^ ar- 
ticle) 106 

2. — Le vocabulaire de la Guerre (2*^ ar- 
ticle) 110 

3. — Lettre d'un Pantruchard . . . 115 

4. — Une France inconnue (suivi d'un 
Lexique Poilu-Français) 118 

III. — Lexique-Index 128 



FONTEMOING et Cie. Éditeurs, 4, rue Le Goff — PARIS 

Arthur CHUQUET, Membre de l'Institut 

ÉTUDES D'HISTOIRE 

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Deuxième série. — Le commandant Poincaré. — Adam Lux. — 
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Troisièm.e série. — Le parrain de Napoléon. — L'adjudant Belle- 
garde. — Marbot et Macquard. — Les amours de Marceau. — Wen- 
ceslas Jacquemont. — Le suicide de Berthier. — Belly de Bussy. 
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et Madame Roland. — L'armée de Sambre-et-Meuse en 1796. — 
Comment Bonaparte quitta V gypte. — Gomment Kléber remplaça 
Bonaparte. — Un allemand à Paris en 1801. — Constant de Brancas, 
le lils de Sophie Arnould. — La nourrice de l'Empereur. — La folie 
de Junot. — Mots et locutions de la grande armée en 1812. — L'émi- 
gré Anstett pendant la campagne de Russie. — Charles- Auguste de 
Weimar en 1814. — Le général Rostollant en 1815. — Mérimée et 
la Correspondance de Napoléon. — Le prince rouge. 

Cinquième série. — Bonaparte sous les drapeaux russes. — Nar- 
bonne à Vilna. — L'affaire Malet.— Coco Lefèbvre. — Le payeur 
Duverger. — Le cuirassier Griot. — Le lieutenant Jacquemont. — 
Le capitaine Rigau. — Le chef de bataillon Pion. — Le major Bou- 
lart. — Le colonel Fazensac. — Guillaume Peyrusse. — Les juifs polo- 
nais. — La garde. — Davout en 1812. — Eblé à la Bérésina. — Le 
héros de la Retraite. — Paroles et propos de Napoléon pendant la 
campagne de Russie. 

Sixième série. — La maréchale de Rochefort. — Les écrivains alle- 
mands et la Révolution française. — La négociation de La Sonde. — 
Bonaparte à Paris en août 1793. — L'adjoint Bernazais. — Paris au 
printemps de 1796. — Le porte-drapeau Orson. — La bataille de 
Hohenlinden, — Les conversations de Tchernychev. — La capture 
de Wintzingerode. — La maladie de Napoléon à la Moskova. — 
Murât en 1812. — Candidatures académiques sous le premier 
Empire. — Un officier bavarois en 1870-1871. — Les souvenirs de 
guerre d'un fusilier prussien. 

Septième série. — Monsieur de Pompadour. — La galerie des aris- 
tocrates militaires. — Le Fiesque de Scliiller. — Stolberg et la 
Révolution. — Bonaparte à Avignon en 1793. — Jacques Bidoit. — 
Neyon de Soisy. — - André de La Bruyère. — Paul-Louis Courier, 
Maire et Kirgener. — Stendhaliana. — L'Europe en 1819.— Joseph 
Maucomble. — Les trois Lion. — L'Ecole d'Hildesheim en 1870. — 
Lallemand d'Eteignières. — Léon Lefébure. — Gabriel Monod. — 
Discours sur La Fontaine. — Lettres de 1813. 



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PC Çaineanu, Lazar 

37^7 L'argot des tranchées 

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