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Full text of "L'art français sur le Rhin au 18e siècle"

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L'Art Français sur le Rhin 

AU XVIIP SIÈCLE 



Ouvrages du même Auteur 



Cologne (Les Villes d'art célèbres). — Paris, 1908. 

Peter Vischer et la sculpture franconienne (Les Maîtres de 
VArt). Paris, 1909. 

Les Primitifs allemands (Les Grands Artistes). — Paris, 1910. 

Mathias Grûnewald et le retable de Colmar. — - Nancy-Stras- 
bourg, 1920. 



Saint-Pétersbourg (^les Villes d'art célèbres). — Paris, 1913. 
L'Art russe. — 2 volumes. Paris, 1921-1922. 



Correspondance de Falconet avec Catherine II. — Paris, 
Champion, 1921. 

Etienne-Maurice Falconet. — 2 volumes. Paris, 1922. 



Louis REAU 

Docteur es lettres 
Ancien Directeur de l'Institut Français de Tétersbourg 



L'Art Français 

sur le Rhin 

AU XVIir SIÈCLE 



Ouvrage illustré de 12 similigravures 




PARIS 

LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION 

EDOUARD CHAMPION 

5, QUAI MALAQUAI8 (VI*). 
1922 

Tous droits réservés 



TABLE DES MATIÈRES 



I. — L'art français sur le Rhin 

Prédominance de l'art français en Rhénanie au moyen âge et au xvm» 
siècle» — Principaux centres d'art français classés dans un ordre topogra- 
phique : Strasbourg, Mannheim, Mayence, Coblence et Bonn, 

I. — Alsace. 

Résidences des cardinaux de Rohan : le château de Saveme et le palais 
épiscopal de Strasbourg construits sur les plans de l'architecte Robert de 
Cotte, décorés par le sculpteur Robert Le Lorrain, — Les hôtels de la rue 
Brûlée. — Plan d'embellissement de Strasbourg par Jacques-François Blondel. 

Expansion de l'architecture française en dehors de Strasbourg : l'église 
Notre-Dame de Guebwiller. 

II. Électorat Palatin. 

Salomon de Caus dessine au pied du château d'Heidelberg l'Hortus Pala- 
tinus (1613-1620). — Nicolas de Pigage achève la construction du nouveau 
palais électoral de Mannheim, trace les jardins de Schwetzingen, construit 
près de Dusseldorf le petit château de Benrath. 

Même prédilection pour l'art français chez les ducs de Deux-Ponts et les 
princes de Salm. — Pierre Patte est premier architecte du duc de Deux- 
Ponts ; Jacques-Denis Antoine trace pour le prince de Salm-Kirbourg les plans 
du château de Kirn. 



III, — Électorat de Mayknce. 

Boffrand dessine les pavillons et les jardins de la Favorite, résidence d'été 
des électeurs de Mayence, copie de Marly. — Robert de Cotte corrige les 
plans de l'hôtel des princes de Tour et Taxis à Francfort. — Le Chapitre de 
Mayence consulte en 1770 l'Académie d'architecture de Paris sur la réfection 
de la flèche de la cathédrale. — Jean-Charles Mangin construit à Mayence 
l'hôtel de la Grande Prévôté (1782-1786). 

IV. — Électorat de Trêves, 

Jean Antoine construit pour l'électeur Jean-Philippe de Walderdorf le 
château de Wittlich (1762-1764). — Le nouvel électeur Clément Wenceslas, 
oncle de Louis XVI, confie d'abord à Michel d'Ixnard, puis, sur la recomman- 
dation de l'Académie royale d'architecture, â Peyre le jeune, la construction 



VI * TABLE DES MATIÈRES 

du palais électoral de Coblence (1779-1786). — Projets de Peyre et de Mangin 
pour Kârlich, résidence d'été de l'électeur. 
Près de Trêves, Mangin construit en 1779 le château de Mon aise. 



V. — Électorat db Cologne, 

Correspondance de l'électeur Joseph Clément avec Robert de Cotte (1704- 
1715). _ Plans de R. de Cotte pour les châteaux de Bonn, Poppelsdorf et 
Briihl. — Projets de décoration d'Oppenord. — Michel Leveilly bâtit à Bonn 
l'hôtel de ville (1737) et la porte Saint-Michel (1751). 

Le château de Briihl, commencé en 1725 sous l'électeur Clément Auguste 
est en majeure partie une création do l'art français. — Le pavillon de 
Falkenlust par Cuvilliés. 

Le contre-courant : les artistes rhénans à Paris. — Le peintre Antoine de 
Peters, le sculpteur Jean-Jacques Flatters, les architectes Gau et Hittorf. 



Ce n'est pas seulement Bonn, mais toute la Rhénanie qui est au xviii» siècle 
une province de l'art français. 

Livrée à la Prusse en 1814, la Rhénanie a été orientée de force vers Berlin. 
— Nécessité de renouer la tradition interrompue d'une collaboration franco- 
rhénane. 



II. — Documents. 



I. — Alsace. 

1. Palais de Saverne et de Strasbourg. 

Documents sur Robert de Cotte et sur Robert Le Lorrain. 

2. Incendie de la cathédrale de Strasbourg. 

3. Plans de Blondel pour la ville de Strasbourg. 

II, — Élkctorat Palatin. 
Documents sur Nicolas de Pigage. 



III. — Électorat de Mayence. 

1. Description"de La Favorite. 

2. Hôtel de Tour et Taxis à Francfort. 

3. Reconstruction de la flèche de la cathédrale de Mayênce. 

4. Description de la Grande Prévôté de Mayence. 



TABLE DES MATIÈRES VU 

IV. — Électorat de Trêves. 

1. Palais électoral de Coblence. 

2. Château de Kârlich. 

3. Pavillon de Thiburg, près de Trêves. 



V. — Élbgtorat de Cologne. 

Correspondance de l'électeur Joseph-Clément et de Guillaume Hauberat avec 
Robert de Cotte. 



Annexes 



Bibliographie. 

Répertoire des artistes français ayant travaillé dans ou pour les Pays 

Rhénans. 
Répertoire des artistes rhénans formés en France. 
Répertoire des principaux monuments de l'art français en Rhénanie. 



TABLE DES ILLUSTRATIONS 



Planches Pages 

1 Robert de Cotte. Projet de décoration pour le salon du château 

de Saverne 10 bis 

2 Robert de Cotte et Massol. Le palais Rohan à Strasbourg . 14 bis 

3 Salomon de Caus. Frontispice de l'Hortus Palatinus (1620) . 22 bis 

4 Nicolas de Pigage. Château de Benrath 24 6ts 

5 Robert de Cotte et Hauberat. Hôtel de Tour et Taxis à 

Francfort 30 bis 

6 Charles Mangin, Coupe de la galerie de la Grande Prévôté 

de Mayence 34 bis 

7 Michel d'Ixnard. Projet pour le palais électoral de Coblence 

(1777). — Peyre le jeune. Le palais électoral de Coblence 
(1779-1786) i2bis 

8 Vivien. Portrait de l'électeur de Cologne, Joseph-Clément, 

gravé par B. Audran 48 bis 

9 Robert de Cotte. Projet de façade du palais électoral de Bonn. 

— R. de Cotte et Hauberat. Château de Poppelsdorf . b2bis 

10 Grand escalier du château de Briihl 54 bis 



L'Art Français sur le Rhin 

AU XVIII- SIÈCLE 



Le Rhin est beaucoup plus français 
que ne le pensent les Allemands. 

V. Hugo : Le Rhin. 

L'expansion de l'art français du xviii* siècle en Allemagne 
— et spécialement en Rhénanie — est un sujet qui aurait 
dû tenter depuis longtemps les historiens. On s'explique à 
la rigueur que des savants prussiens ou prussianisés aient 
fait systématiquement le silence sur cette pénétration de 
l'art français en pays rhénan. Mais qu'aucun érudit français 
n'ait encore eu l'idée d'orienter ses recherches de ce côté 
et de célébrer le prodigieux rayonnement de notre art 
national par delà nos frontières, c'est ce qui semblera 
plus étonnant et presque incompréhensible, surtout si 
l'on songe à l'intérêt actuel autant que rétrospectif d'une 
pareille enquête. 

Dans ses belles leçons sut Le génie du Rhin, professées 
à l'université de Strasbourg, Maurice Barrés, étudiant 
successivement tous les contacts de la France avec les 
pays rhénans pour déduire de ce passé la méthode la plus 
appropriée à une future coopération franco-rhénane, a lumi- 
neusement expliqué tout ce que les Rhénans doivent à la 
France dans le domaine économique, intellectuel et reli- 
gieux. Il n'a oublié qu'une chose : le magnifique apport de 
l'art français. Et cependant, si notre puissance d'expansion 
se manifeste quelque part avec évidence; c'est bien dans 



a L ART FRANÇAIS SUR LE RHIN 

le domaine artistique. Autant que l'esprit de prosélytisme 
religieux ou que renchevêtrement des intérêts matériels, 
le prestige de notre art a puissamment contribué à la 
pénétration pacifique de la France sur les bords 
du Rhin. 

C'est cette lacune que nous voudrions essayer de 
combler. Mais une pareille entreprise n'est pas sans 
risques. En démontrant que la Rhénanie était auxvm*^ siècle 
une colonie de l'art français, nous nous exposons à être 
accusé outre-Rhin — et peut-être même outre-Manche — de 
nourrir des arrière-pensées impérialistes et de vouloir 
servir cauteleusement une politique d'annexion plus ou 
moins déguisée. Pour couper court à de si ridicules 
interprétations et désarmer à l'avance les critiques qui 
seraient tentés de travestir cette étude historique en 
pamphlet de propagande, nous avons pris la précaution 
de nous référer toujours de préférence au témoignage 
d'écrivains allemands tels que Gurlitt, Renard, Dehio 
que nul ne songera, je pense, à soupçonner de par- 
tialité en faveur de la France. Bien plus, nous nous 
sommes astreint à reproduire in extenso les documents 
originaux que nous avons coUationnés aux Archives 
Nationales et au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque 
Nationale. 

La correspondance des électeurs rhénans a servi de 
base à notre étude. Aucun terrain n'est plus solide. Il 
suffira à tout lecteur de bonne foi, qu'il soit Allemand 
ou Français, de confronter nos affirmations avec ces 
documents pour se convaincre que nous n'avons ni 
sophistiqué ni sollicité les textes et que nous ne forçons 
pas la note pour les besoins de notre cause. Si nous 
nous permettons de conclure, après le dépouillement de 
ce copieux dossier de pièces pour la plupart inédites 
rassemblé ici pour la première fois, que la Rhénanie a 
été depuis la fin du règne de Loui» XIV jusqu'à la 



AU XVIIl^ SIÈCLE 



Révolution une province de l'art français, c'est que 
nous croyons en toute sincérité en avoir fourni la 



preuve 



La Rhénanie — qu'on prenne ce mot dans son sens 
large : la vallée du Rhin de sa source à son embouchure, 
ou dans son sens étroit qui est à vrai dire le plus usuel : 
portion du territoire allemand de la rive gauche du 
Rhin comprise entre l'Alsace et la Hollande — a tou- 
jours été particulièrement perméable à la civilisation 
occidentale. Par sa situation même, elle est prédestinée 
à servir d'intermédiaire entre le monde latin et les 
Allemagnes, entre la Romanie et la Germanie. 

A quel pointée pays a été imprégné de culture romaine, 
c'est ce dont témoignent éloquemment les monuments de 
Trêves, les musées d'antiquités de Mayence et de Bonn et 
jusqu'au nom des villes comme Cologne (Colonia Agrip- 
pinensis) et Coblence (Confluentes) que les vieilles 
estampes topographiques du xvi« siècle appellent « la ville 
de Confluence où la rivière de Moselle entre dedans le 
'Rhin ))(!). 

A partir du moyen âge, c'est l'influence française qui 
prédomine. Les moines de Cluny et de Citeaux essaiment 
sur les rives du Rhin. Les architectes de l'Ile-de-France, 
delà Bourgogne et de la Picardie enseignent aux Germains 
attardés la supériorité de l'architecture dite gothique, qui 
n'est, en réalité, que rarchitecture française (^opus franci- 
genum) : la charmante église polylobée Notre-Dame de 
Trêves emprunte son plan à Saint- Yved de Braisne ; le 
chœur de la cathédrale de Cologne se modèle sur celui 
d'Amiens. La sculpture française triomphe également sur 

(1) L'équivalent français de Coblentz serait Conllans. 



4 L ART FRANÇAIS SUR LE RHIN 

le Rhin : les magnifiques jubés qui décoraient autrefois la 
cathédrale de Mayence étaient, suivant Thistorien alle- 
mand Dehio, des chefs-d'œuvre de l'école de Reims (i). 

Au xvi*' siècle, le Français Pierre des Mares peint, pour 
une église de Cologne, un retable de saint Maurice (2). 

Dans le domaine des arts précieux, quelques-unes des 
œuvres les plus célèbres dont on faisait jadis honneur à 
l'orfèvrerie et à l'émaillerie rhénanes ont dû être restituées 
à l'émaillerie mosane, donc française : la fameuse châsse 
des Bois Mages^ la merveille du trésor de la cathédrale de 
Cologne, est sortie de l'atelier de maître Nicolas de 
Verdun. 

Il est vrai qu'au xv® siècle Finfluence française semble 
s'effacer momentanément devant l'école des Pays-Bas. 
Les peintres rhénans s'inspirent plus ou moins servilement 
de Rogier van der Weyden ou de Melchior Broederlam ; 
les imagiers subissent l'ascendant du vigoureux génie de 
Claus Sluter. Mais il est bon de ne pas oublier que Broe- 
derlam et Sluter étaient, comme Jan van Eyck, au service 
des ducs de Bourgogne et œuvraient à Dijon, ville fran- 
çaise, et que le peintre que nous -nous obstinons à 
dénommer Rogier van der Weyden s'appelait de son vrai 
nom Roger de la Pasture et était natif de Tournai, vieille 
cité de langue française. 

A partir du xvii® siècle, la France, auréolée par le 
prestige du Grand Roi, reconquiert toute sa puissance 
d'attraction et d'expansion. Même ses fautes les plus 
lourdes, comme la révocation de l'Édit de Nantes, contri- 
buent à son rayonnement. Dans l'Allemagne rhénane, 

(1) Dehio. Handhuch der deutschen Kunstdenhmàler ; IV, p. 220 — « Die 
wenigen Reste verraten dass mit den beiden Lettnern herrliche Kunstwerlce 
uns verloren gegangen sind und die Spur der Herkunft des Meisters weist 
nicht nur nach Frankreich uberhaupt, sondern ganz iiberzeugend auf die 
Schule von Reims. » 

(2) Ce triptyque a passé avec la collection Boisserec à la Pinacothèque de 
Munich. 



AU XVIIie SIÈCLE 5 

restée en grande partie catholique, les huguenots réfugiés 
n'ont jamais joué qu'un rôle presque négligeable. En 
revanche il faut tenir compte du voisinage de l'Alsace, 
devenue partie intégrante du royaume de France et qui 
fut, comme nous le verrons, un merveilleux agent d'expan- 
sion française en Rhénanie. 

Les souverains allemands, aussi fastueux que besogneux, 
sont presque tous aux gages de la cour de Versailles, qu'ils 
s'efforcent de singer en proportion de leurs moyens. A 
partir de i65o, on peut dire que la capitale politique de la 
Rhénanie fut bien plutôt Paris que Vienne (i). Les princes 
de la rive gauche du Rhin s'intitulaient eux-mêmes : les 
Allemands de France. Les Allemands pullulaient dans le 
royaume. Frédéric II constate que déjà avant son règne 
« toute ^Allemagne voyageait en France » et qu' « un 
jeune homme passait pour un imbécile s'il n'avait séjourné 
quelque temps à la cour de Versailles ». Inversement, 
nombreux étaient les Français qui cherchaient et faisaient 
fortune outre-Rhin. C'était un merveilleux débouché pour 
les hommes d'État sans emploi, pour les artistes sans 
commandes, voire même pour les aventuriers en quête de 
dupes. La suprême élégance pour un prince allemand était 
d'avoir un premier ministre français, un premier architecte 
et un premier peintre français et naturellement une maî- 
tresse française. 

Uarl de cour qui se développe à cette époque sous 
l'influence toute-puissante du goût français se distingue 
profondément de Vart bourgeois de la fin du moyen âge 
et de la Réforme, non seulement parce qu'il s'adresse à 
une aristocratie restreinte plutôt qu'au peuple, mais parce 
qu'il perd tout caractère national et même local. L'art 
allemand ancien était essentiellement particulariste et les 
historiens qui étudient la peinture rhénane sont amenés 

(l) Reynaud, Histoire générale de Vinfluence française en Allemagne. 
Paris. 1914. 



6 I.'aRT français sur le RHIN 

à distinguer une école du haut Rhin, une école du 
Rhin moyen, une école du bas Rhin, qui ont suivi 
des orientations très difTérentes et présentent des 
caractères propres A partir du xvii'' siècle au contraire, 
ces particularités locales tendent à disparaître. L'art, 
comme la société cosmopolite à laquelle il s'adresse, 
s'uniformise. Un idéal commun à toute l'Europe civilisée 
s'impose de plus en plus et, de môme que tous les 
« honnêtes gens » parlent et pensent en français, tous 
les artistes : architectes, sculpteurs ou peintres, s'effor- 
cent de créer des œuvres « à la française ». 

Il n'y a donc pas lieu de distinguer entre les nombreux 
centres d'art qui apparaissent au xviii^' siècle sur les bords 
du Rhin. L'empreinte française est aussi forte à Mannheim 
qu'à Strasbourg, à Bonn qu'à Coblence. C'est partout le 
même style, évoluant comme en France depuis la pompe 
baroque jusqu'à la froide sévérité du classicisme, en 
passant par les sémillants caprices du rococo. La seule 
différence qui sépare l'imitation du modèle est une incoer- 
cible tendance à l'exagération, à la surcharge, au faste 
ostentatoire qui décèle toujours le goût allemand. 

Néanmoins, comme l'ordre chronologique, le plus ration- 
nel en apparence, nous obligerait à voyager en zigzag de 
Bonn à Strasbourg, de Strasbourg à Bruhl, de Brûhl à 
Coblence, et deviendrait par suite une source de confusion 
presque inextricable, nous croyons préférable, pour la 
clarté de notre exposé, d'adopter un ordre topographique 
basé sur les divisions politiques de la Rhénanie. 

Trop allongée pour avoir un centre, la vallée du Rhin 
n'a jamais formé une unité politique ou même morale. 
Elle a toujours été sectionnée entre une multitude de 
souverainetés constituant des Etats indépendants comme 
la France, la Suisse, la Hollande, ou rattachées par un lien 
plus ou moins lâche à une vaste fédération : Saint Empire 
Romain Germanique, Confédération germanique, Empire 



AU XVIIie SIECLE 7 

allemand. Au xviii*' siècle, les pays de la rive gauche du 
Rhin sont divisés en cinq parties : V Alsace, devenue 
depuis Louis XIV une province française et quatre 
électorats relevant de l'Empire germanique, Yélecloral 
palatin et les trois électorats ecclésiastiques de Mayence, 
Trêves et Cologne. Comme Tart de cette époque est 
un art de cour, il s'ensuit que toute l'activité artistique de 
la Rhénanie se concentre dans les résidences du Prince 
évêque de Strasbourg et des quatre électeurs rhénans : à 
Mannheim, à Mayence, à Coblence et à Bonn. Descen- 
dons le cours du Rhin, et à chacune de ces étapes nous 
verrons apparaître le visage de la France. 



1. Alsace 



Sur l'art français en Alsace, nous pouvons nous borner 
ici à des indications très brèves : car ce sujet si attachant 
sera traité prochainement dans' toute son ampleur et 
avec une exceptionnelle autorité par M. S. Rocheblave, 
professeur d'histoire de l'art à l'université de Strasbourg (i). 
Toutefois, notre étude serait incomplète si nous n'en 
disions quelques motsj puisque aussi bien l'Alsace est 
essentiellement un pays rhénan et qu'elle a été le plus 
solide des points d'appui pour notre pénétration artistique 
en Rhénanie. 

L'art français a conquis l'Alsace bien avant Louis XIV. 
Supprimez par la pensée la flèche ajourée de grès rose 
plantée au xv« siècle sur Tune des tours du Munster par un 
architecte de Cologne et vous aurez une cathédrale de pur 
style français, sœur de Notre-Dame de Paris et d'Amiens. 
Sainte-Foy de Sélestat est fille de Tabbaye bénédictine de 
Conques en Rouergue et la célèbre commanderie des 
Antonites d'Isenheim, d'où provient l'émouvant retable 
de Mathias Griinewald, conservé au musée de Colmar, 
reconnaissait comme maison mère l'abbaye française de 
Saint- Antoine de Viennois (2). 



(1) M. Rocheblave a déjà tracé une première esquisse de ce sujet dans une 
communication sur YA7't français en Alsace et les artistes alsaciens à 
Paris au xyiii* siècle dont il a donné lecture au Congrès international 
d'histoire de l'Art tenu à Paris en octobre 1921 : elle sera prochainement 
publiée dans les Actes du Congrès. 

(2) Louis RÉAU. Mathias Gruneivald et le retable de Colmar. Paris et 
Strasbourg. Berger-Levrault. 1920. 



10 L ART FRANÇAIS SUR LE RHIN 

Néanmoins, on peut dire que la « francisation » de l'art 
alsacien ne s'est définitivement accomplie qu'au xviii® siècle, 
grâce au mécénat des quatre cardinaux de la famille de 
Rohan qui se succédèrent sur le siège épiscopal de Stras- 
bourg depuis 1704 jusqu'à la Révolution. Le rôle de cette 
dynastie de prélats fastueux est comparable à celui des 
électeurs ecclésiastiques de Mayence, de Trêves et de 
Cologne. Leurs palais de Saverne et de Strasbourg 
rivalisent avec les somptueuses résidences que les princes 
de l'Eglise allemands se faisaient élever à la même époque 
à Bonn et à Bruhl, à Bruchsal et à Wurzbourg. 

Les origines du château de Saverne sont antérieures à 
l'intronisation du premier des cardinaux de Rohan ; elles 
remontent à son prédécesseur Egon de Furstenberg (i). 
Mais Armand-Gaston de Rohan-Soubise y fit exécuter 
d'importants agrandissements et embellissements, sur les 
plans de Robert de Cotte. Élève, beau-frère et successeur 
de Jules Hardouin-Mansard dans les charges de premier 
architecte du Roi et de directeur de l'Académie royale 
d'architecture, cet artiste a joué un rôle de premier ordre 
dans l'expansion de l'architecture française en Rhénanie. 
On retrouve son nom mêlé à l'histoire de toutes les gran- 
des constructions entreprises non seulement en Rhénanie, 
mais dans TAllemagne entière entre 1700 et 1785. Trop 
occupé à Paris pour se déplacer aisément, il donnait des 
consultations aux bâtisseurs dans l'embarras, envoyait 
ou corrigeait des plans et faisait conduire l'exécution par 
des élèves dociles, formés dans son bureau et nourris de 
ses leçons, qui lui rendaient compte minutieusement de 
la marche des travaux. 

Il est assez difficile de se représenter exactement l'œuvre 



(1) Le cardinal de Furstenberg- y fit travailler le célèbre sculpteur Coy- 
sevox. Son biographe Fermel'huys parle avec admiration d'une corniche de 
stuc qu'il avait composée pour le grand salon, des figures d'Apollon et des 
neuf Muses, des Termes en grès rose des jardins. Rien n'a survécu. 




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I. ALSACE II 

de R. de Cotte et de ses collaborateurs Carbonnet et 
Le Chevalier au château de Saverne, car tout a disparu 
dans l'incendie de 1779. Toutefois les liasses de lettres et 
les portefeuilles de dessins conservés au Cabinet des 
Estampes de la Bibliothèque Nationale — véritable trésor 
de documents précieux qu'il faudra bien se décider à 
publier intégralement le jour où l'on voudra connaître 
l'histoire de la formation et de l'expansion de notre archi- 
tecture classique (0 — nous permettent de préciser que le 
grand architecte parisien avait dessiné pour le cardinal de 
Rohan les plans d'un Pavillon des Bains et de nombreux 
projets de décoration pour les appartements. La plupart 
de ces dessins sont annotés et ces notes destinées au 
cardinal constituent une petite correspondance assez 
curieuse : « Dessein du salon. Une grande partie de la 
menuiserie est faite. Ce côté est suivant votre dessein. Ce 
côté est suivant Texécution. — L'on peut exécuter votre 
dessein. Monsieur, dans cette voussure et à celle de 
vis-à-vis. — Cela est dessiné suivant votre dessein. 
Monsieur. Il n'y a dans cette voussure que les trophées de 
faits. » 

La décoration plastique était due en grande partie à 
Robert Le Lorrain (2', le sculpteur attitré de la maison de 



(1) Les papiers de R. deCotteont été inventoriés par M. P. Marcel. Inven- 
taire des papiers manuscrits du cabinet deR. de Cotte, Pâtis. Champion, 1906. 

Malheureusement on a extrait un grand nombre de dessins des porte- 
feuilles de R. de Cotte pour les éparpiller dans les séries topographiques, ce 
qui complique fâcheusement les recherches. Les dessins relatifs au château de 
Saverne se trouvent dans la Topographie de la France. V. à 165. Les plus 
intéressants représentent le salon de l'appartement du cardinal de Rohan, le 
cabinet du cardinal de Rhoan (sic), le salon au bout de la chapelle du palais 
de Saverne, le Projet pour les Bains. 

(2) La « Description des ouvrages de sculpture que feu M. Lelorrain, 
professeur de l'Académie royale de peinture et de sculpture, a fait pendant 
plusieurs années au château de Saverne, tinies en 1723 et au palais épiscopal 
de Strasbourg en 1735, 1736, 1737», nous est conservée en deux exemplaires à 
la Bibliothèque de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris et à Strasbourg, aux 
Archives départementales du Bas-Rhin. 



12 L ART FRANÇAIS SUR LE RHIN 

Rohan, qui avait déjà décoré les deux hôtels jumeaux de 
Rohan et de Soubise, construits par Tarchitecte Delamaire 
dans le quartier du Marais. Le fougueux haut-relief des 
Chevaux du Soleil qui surmonte encore aujourd'hui la 
porte des écuries de l'hôtel Rohan, de même que les 
statues conservées au palais de Strasbourg, ne peuvent 
que faire déplorer la destruction des sculptures de Saverne. 

C'est dans ce magnifique décor conçu et réalisé par des 
artistes parisiens que les cardinaux de Rohan, « qui 
avaient, dit un contemporain, un état de souverain », 
recevaient toute la province et tous les étrangers de dis- 
tinction. Où l'Alsace, où l'Allemagne auraient-elles pu 
prendre de meilleures leçons de goût français ? 

Malheureusement, ce petit Versailles alsacien fut complè- 
tement anéanti en 1779 par un incendie. Il fut reconstruit 
de fond en comble à la veille de la Révolution par un 
architecte de grand talent. Salins de Montfort, dont la vie 
et l'œuvre sont fort mal connues (i). Dans son délabrement 
actuel, ce château qu'on a transformé en caserne et dont 
on a indignement massacré le parc à la française garde 
encore fort grand air avec sa majestueuse façade rj'thmée 
par de gigantesques pilastres et son imposant péristyle de 
colonnes corinthiennes. 

Rien que Saverne fût le séjour préféré des archevêques, 
ils ne pouvaient se dispenser d'avoir une résidcncfî a 
Strasbourg. Le palais épiscopal qu'Armand-Gaston de 
Rohan- Soubise se fit construire au pied de la cathédrale 
est si typiquement français que les historiens allemnrids 
eux-mêmes sont obligés d'en faire l'aveu. Ce n'est pas un 
château à l'allemande, confesse Dehio. La « Résidence, 
écrit Gurlitt (2), est un bâtiment de style authentiqiicment 

(1) On sait cependant qu'il avait fait, concurremment avec d'Irnartl, un 
projet pour le palais électoral de Coblence et que plus tard, vers 180J, il 
construisit à Francfort la maison Passavant-Gontard. Cf Dehio, iv, p. 97. 

(2) Gurlitt. Geschiohte des Barockstiles, 1888, p. 254. 



I. ALSACE l3 

français : Die Residenz ist ein Bau echt franzôsischer 
Art. » En réalité et pour mieux dire, c'est un hôtel 
parisien du Marais ou du faubourg Saint-Germain trans- 
porté sur les bords de l'Ill. 

Dehio prétend que l'auteur du plan est probablement, 
mais non cerlainement Robert de Cotte (i). S'il avait pris 
la peine de consulter les papiers de l'architecte à la Biblio- 
thèque Nationale, il aurait pu s'épargner cette incertitude. 
Les lettres de Le Chevalier et de Massol, que nous repro- 
duisons plus loin, ne laissent en effet place à aucun doute. 
Le Chevalier écrit à de Cotte le 28 octobre 1780 : 
« Son Altesse m'a remis vos plans pour son Palais épis- 
copal, lesquels j'étudie tous les jours pour lors de l'exécu- 
tion être en état de les faire construire aussy parfaitement 
qu'ils le méritent » et Massol, qui fut chargé de diriger la 
construction dès 1781, (et non à partir de 1786, comme le 
croit Dehio), confirme la version de son prédécesseur en 
rendant compte à de Cotte de la marche des travaux. Il est 
donc absolument démontré que ce sont les projets de R. de 
Cotte qui furent adoptés et qu'à défaut d'un certain Gour- 
lade, ancien pensionnaire de l'Académie de France à Rome, 
qui avait été primitivement choisi par le cardinal de Rohan 
pour diriger la construction de son palais de Strasbourg (2)^ 
c'est Le Chevalier et ensuite Massol(3)qui furent les agents 
d'exécution. 

Le plan est d'une clarté magistrale. Sur la place de la 
cathédrale s'ouvre un noble portail encadré de colonnes 
jumelées aux fûts bagués qui donne accès dans la cour 
d'honneur, au fond de laquelle se dresse, entre les deux 
ailes réservées aux écuries et aux cuisines, le principal corps 



(1) Dehio. Handbuch. IV, p. 407. 

(2) Lettre de Wleughels du 13 novembre 1727. Correspondance des Directeurs 
de l'Académie de France à Rome. VII, p. 130. 

(3) Le Musée des Arts Décoratifs de Strasbourg possède une élévation de 
l'entrée du Palais Rohan signée Massol. 



t4 l'art français sur le RHlN 

de logis. Cette façade sur cour garde un air d'intimité. La 
façade en bordure de l'Ill a au contraire un caractère 
monumental; la belle ordonnance de son avant-corps 
central, orné d'un ordre de quatre demi-colonnes et 
couronné d'un fronton qui se détache entre deux pavillons 
d'angle, est rehaussée par un soubassement imposé par 
la déclivité du terrain entre la cathédrale et la rivière : de 
cette nécessité, l'architecte a su tirer un très heureux parti. 

La décoration sculpturale, exécutée par Robert Le Lorrain 
de 1735 à 1737, est d'une sobriété pleine de distinction : les 
figures allégoriques de la Religion et de la Clémence sur- 
montent l'entablement du portail ; les cintres des grandes 
fenêtres sont ornés de clefs sculptées en forme de mascarons. 

Le grand appartement du cardinal occupait tout le rez- 
de-chaussée du principal corps de logis ; il comprenait la 
salle du synode, la salle des évêques, la chambre du dais, 
la salle d'assemblée, la bibliothèque avec de charmantes 
armoires à livres, la chapelle. Malheureusement ce bel 
ensemble décoratif est dans un état de délabrement navrant: 
les plafonds s'effritent; le mobilier a été dispersé (i). Ces 
salles d'apparat, dont la restauration s'impose, servent 
présentement de magasin et de resserre au musée installé 
au premier étage. 

On retrouve, avec des proportions naturellement plus 
modestes, le même art des distributions, le même raffine- 
ment décoratif dans les charmants hôtels en grès rose — 
parure exquise du vieux Strasbourg — construits pour le 
doyen et les chanoines du grand chapitre entre la rue 
Brûlée et la promenade du Broglie. La disposition de 
ces hôtels strasbourgeois rappelle celle des hôtels 



(1) Quelques débris de ce mobilier ont échoué dans des collections parti- 
culières. M. Edouard Kann possède à Paris, dans son bel hôtel de l'avenue 
d*léna,une bibliothèque en acajou, garnie de bronzes ciselés et dorés, provenant 
du palais Rohan de Strasbourg. Cf. le Catalogue de la collection R. Kann. Objets 
d'art, t. II. 




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I. ALSACE 1$ 

parisiens du faubourg Saint-Honoré avec leurs jardins en 
bordure des Champs-Eiysées. 

L'histoire de ces hôtels Louis XV est loin d'être com- 
plètement éclaircie. Nous savons par la correspondance 
de Robert de Cotte avec le prince Frédéric de la Tour 
d'Auvergne, doyen du chapitre de Strasbourg, que le 
grand architecte parisien fut chargé de passer un marché 
pour trois cheminées de marbre du doyenné et qu'il fut 
consulté pour le tracé du jardin. Nous savons d'autre part 
qu'en 1728 le comte de Hanau demanda à R. de Cotte des 
plans pour un hôtel qu'il se proposait de faire bâtir à 
Strasbourg. Le Chevalier, élève de de Cotte, travailla 
également pour le comte de Hanau et le prince de Birken- 
feld. On admet généralement queVhôtel des landgraves de 
Barmstadt, affecté aujourd'hui à l'hôtel de ville, a été bâti 
par Massol en 1781, à l'époque où il dirigeait les travaux 
du palais épiscopal. Quant à Vhôtel du duc de Deux-Ponts 
(résidence actuelle du gouverneur militaire), qui est 
peut-être le plus bel hôtel de la rue Brûlée et dont le grand 
vestibule inondé de lumière, sur lequel s'embranchent deux 
escaliers, est une pure merveille, on ne sait à qui l'attri- 
buer. On serait tenté de songer à Pierre Patte qui était 
l'architecte attitré de la petite cour bipontine et qui décora 
rhôtel de Deux-Ponts à Paris. Mais Patte (i), écrivain 
fécond et fort infatué de son mérite, ne fait aucune allu- 
sion à cette œuvre qui lui aurait fait le plus grand honneur 
et nous savons, par ailleurs, que l'hôtel en question, 
construit pour un chanoine du chapitre, ne fut acheté 
que plus tard par le duc de Deux-Ponts. 

(1) Patte, plas connu comme écrivain que comme architecte, est l'auteur de 
la Description des monuments à la gloire de Louis XF et le continuateur du 
Cours d'Architeeture de J.-F. Blondel. Ce célèbre ouvrage est illustré de 
nombreux dessins de Patte gravés par Ransoniiette. La planche LU (t. V) : 
Décoration d'une chambre à alcôve exécutée à l'hôtel de Deux-Ponts, est, écrit 
Patte, « l'élévation d'une alcôve de notre composition et que nous avons fait 
exécuter à Paris à l'hôtel de Deux-Ponts ». 



l6 l'art français sur le RHIN 

Quoi qu'il en soit, qu'ils aient été construits par Massol, 
Le Chevalier ou Patte, les hôtels de la rue Brûlée méritent 
d'être considérés comme de parfaits exemplaires de l'art 
de Robert de Cotte et de Jacques-François Blondel, dont 
les architectes strasbourgeois du temps de Louis XV ont 
fidèlement traduit les idées et propagé renseignement. 

La cathédrale de Strasbourg n'a heureusement pas 
souffert de ces remaniements de style baroque ou rococo 
qui ont défiguré, au xviii^ siècle, tant de nos cathédrales 
gothiques. Toutefois, le Chapitre demanda à R. de Cotte 
un plan d'allongement du chœur que le prince de La Tour 
d'Auvergne, archevêque de Vienne, se proposait de faire 
exécuter à ses frais, du consentement des chanoines: Le 
plan de R. de Cotte, rectifié sur place par son élève Le 
Chevalier, ne fut pas exécuté, et le chœur roman, que le 
Chapitre jugeait trop exigu, fut respecté. 

En 1759, la foudre tomba sur la cathédrale et mit le feu 
aux combles; la voûte du chœur s'écroula et écrasa le 
maître-autel. L'architecte de la Guêpière, qui était depuis 
1752 au service du duc de Wurtemberg, sollicita la faveur 
d'être chargé des travaux de réfection. 

On consulta comme toujours l'Académie Royale d'Ar- 
chitecture qui fut chargée d'examiner les mémoires relatifs 
aux réparations. Son rapport fut enregistré le 10 mars 1760. 
L'année suivante la Compagnie fut sollicitée de donner son 
avis sur la construction d'un dôme avec lanterne et flèche 
en pierre; elle estima à l'unanimité qu'il y aurait danger à 
élever au-dessus de l'ancienne coupole une deuxième 
voûte en forme de dôme. Cette proposition n'eut pas 
de suite (^). 

Jacques-François Blondel est certainement, après Robert 
de Cotte, l'architecte qui, par lui-même ou par ses élèves, 
a exercé l'influence la plus forte sur le développement de 

(1) Procès-verbaux de l'Académie d'Architecture, Vil, p. 33, 72. 



I. ALSACE 17 

l'architecture française à Strasbourg. 11 avait déjà été 
chargé en 1764 par le maréchal d'Estrées, de « procurer 
plus d'ensemble » aux édifices de la ville de Metz. En 1767, 
sous le ministère du duc de Ghoiseul, il fut désigné pour 
tracer tout un plan d'alignement et d'embellissement de 
Strasbourg (1), dont les rues étroites et tortueuses, compri- 
mées dans une enceinte fortifiée, ne répondaient plus aux 
exigences de la nouvelle esthétique urbaine. Le plan définitif, 
où Blondel s'était efforcé, non sans peine, « de concilier les 
idées de grandeur puisées à Versailles avec celles d'économie 
qui lui furent recommandées à Strasbourg », fut approuvé 
par le Roi en 1768. Deux places étaient ménagées au centre 
de la ville : \ix place d'Armes (place Kleber), dont il proposait 
de masquer l'irrégularité par des plantations d'arbres ; 
la place Royale (place Gutenberg), où la statue de 
Louis XV se serait dressée devant la façade du Sénat 
et en vue du portail de la cathédrale ou, pour parler 
comme Blondel, « en face du temple deThémis et vis-à-vis 
de celui de la Religion ». Tous les carrefours devaient 
être élargis, les rues régularisées de façon à faciliter le 
défilé des troupes de la [garnison sans nuire à la circu- 
lation des habitants. A vrai dire, de ce beau plan 
presque rien ne fut exécuté et la façade de l'Aubette, sur 
la place Kleber, est à peu près le seul vestige qui subsiste 
de cette tentative de « Blondelisation » de Strasbourg, qui 
aurait précédé de cent ans 1' « Hausmannisation » de 
Paris (2). 

Strasbourg, ville de guerre située en avant-poste à la 
frontière du royaume, à la porte de l'Allemagne, était trop 

(1) Blondel. Cours d'architecture, t. IV. Paris. 1773, 

PoLACZEK. Zeitschrift fiir die Geschichte des Oberrheins, 1914. 

Brinckmann. Stadtbaukunst des XVIIl*^ Jahrhunderts. Berlin. 1914. 

(2) Les plans que Blondel avait élaborés pour Metz ont été au contraire en 
partie exécutés. On peut imaginer ce qu'il aurait fait de Strasbourg en voyant à 
Metz la place contiguë à la cathédrale, dont il avait rhabillé le portail en style 
classique. 



l8 L*AKÏ FRANÇAIS SUR LE UHIN 

étroitement enserrée dans ses murailles pour se prêter aux 
expériences de Blondel. A défaut de grands ensembles 
d'architecture comme les places Royales créées par Héré 
à Nancy, par les Gabriel à Bordeaux et à Paris, elle 
dut se contenter de quelques exemplaires clairsemés 
de Tart des grands architectes parisiens, qui ne portè- 
rent aucune atteinte fâcheuse au pittoresque médiéval de 
la vieille cité. Sous le règne de Louis XVI, Michel 
d'Ixnard, disgracié par l'électeur de Trêves, se réfugie 
à Strasbourg^ où il construit la Tribu des marchands sur 
la grande rue (1780) et où il publie en 1791 son Recueil 
d'architecture. C'est également lui qui construit à Colmar 
le théâtre et la bibliothèque du collège royal, où il inaugure 
« un nouvel ordre d'architecture tenant de l'ionique et du 
dorique ». 

L'architecture française ne reste pas en effet confinée à 
Strasbourg: elle se répand dans toute la province. Dans 
le Bas-Rhin, Massol dessine les plans du château de 
Reichshoffen. A Guebwiller c'est à l'architecte bisontin 
Beuque que le chapitre de l'abbaye de Murbach, lequel 
relevait d'ailleurs du siège archiépiscopal de Besançon (i), 
demande les plans de la nouvelle église Notre-Dame. 
L'Académie royale d'architecture de Paris fut invitée à 
examiner, dans sa séance du 16 août 1769, les plans, 
coupes, profils et élévations de cette église de Gueb- 
willer (2). C'est une basilique à colonnes dont la façade 
avec ses deux ordres superposés rappelle^Sainte-Madeleine 
de Besançon. L'historien allemand F.-X. Kraus la consi- 



(1) Les limites des diocèses ne concordaient pas toujours avec les frontières 
des provinces ou des États : au point de vue ecclésiastique, Verdun dépendait 
de Trêves, Colmar de Besançon, De là une interpénétration très favorable à 
la ditfusion de l'art français. 

(2) Procès-verbaux de l'Académie d'architecture. Bibliothèque de l'Institut 
Les archives de Strasbourg possèdent des copies de ces plans, dont les 
originaux appartiennent à la fabrique de l'église Notre-Dame de Gueb- 
willer. 



i. — ALSAtJB Î9 

dère comme une des meilleures œuvres d'architecture de 
style rococo W. 

Sous l'influence de ces Français de l'intérieur se forme 
une école d'architecture alsacienne d'esprit et de style 
purement français. Ses meilleurs représentants, à la fin du 
XVIII® siècle, sont Samuel Werner, auquel on doit les nobles 
façades du quai Saint-Thomas, et Jean-Baptiste Kleber, 
plus connu comme général que comme architecte, mais 
qui n'en fut pas moins, comme l'a montré son descendant, 
M. Danis, un des bons élèves de Chalgrin. Les archives du 
Haut-Rhin conservent ses intéressants projets de l'hôtel 
de ville de Bel fort et de r hôpital de Thann. 

Ainsi l'Alsace, convertie sous Louis XIV en province du 
royaume de France, devient sous le règne de Louis XV 
une province de l'art français. C'est en vain qu'on cher- 
cherait le moindre élément germanique dans le palais 
Rohan ou dans les hôtels de la rue Brûlée : parfaits modèles 
du goût français et même parisien acclimaté sur les bords 
de rill par les élèves de R. de Cotte et de J.-F. Blondel. 



(1) Kraus. — Kunst imd Altertum in Elsass-Lothringen. Strasbourg, 1884, 
II, p. 108. 



11. Electorat Palatin 



On dit souvent que l'expansion de l'art français moderne 
en Allemagne ne date que de la révocation de l'Edit de 
Nantes. 11 est certain que l'exode des huguenots, désas- 
treux pour nos industries, a été pour la diffusion de notre 
art un adjuvant précieux. Mais nos artistes étaient déjà 
fort appréciés en Rhénanie du temps de Louis XIII. La 
preuve en est que l'électeur palatin Frédéric, qui fut l'es- 
pace d'un hiver roi de Bohême, s'adressa dès i6i3 au 
célèbre architecte-ingénieur Salomon de Caus pour tracer 
les jardins de son château d'Heidelberg. 

Salomon de Caus (i), Normand originaire du pays de 
Caux, s'était d'abord expatrié en Angleterre, où il jouis- 
sait de la faveur du prince de Galles, Henri, fds de Jac- 
ques P'". Ce prince étant mort, il suivit à Heidelberg sa sœur 
Elisabeth, qui avait épousé, en 161 3, l'électeur palatin. 

C'est pendant son séjour à Heidelberg qu'il publia son 
célèbre traité : Les Raisons des forces mouvantes, tant 
utiles que plaisantes, auxquelles sont adjoints plusieurs 
desseings de grotes et fontaines. Francfort, i6i5. Le pre- 
mier livre est dédié au roi de France, dont il se reconnaît 
le sujet, et sa qualité de Français est d'ailleurs attestée par 
le privilège du roy, qui le qualifie de « maistre ingénieur 
estant de présent au service de nostre cher et bien-aimé 
cousin le prince électeur Palatin ». 

L'électeur le chargea de créer au pied de son château 

(1) DussiBUX. — Les artistes français à Vétranger, p. 193. 



22 L ART FRANÇAIS SUR LE RHIN 

d'Heidelberg un jardin en terrasse « orné de toutes les rare- 
tés que Ton y pourrait faire ».^ Salomon de Caus avait 
presque terminé, en novembre 1619, lorsque la guerre de 
Trente Ans vint apporter un « retardement aux ouvrages 
dudit jardin ». Chassé de son royaume et de son électorat, 
le prince détrôné dut renoncer à jouir des merveilles pré- 
parées pour sa délectation et se réfugier à la Haye. Cette 
catastrophe tragique n'empêcha pas Salomon de Caus de 
« mettre les desseings dudit jardin en lumière, tant de ce 
qui était achevé comme de ce qui restait encore à faire », et 
en 1620, avant de rentrer en France, il publia, à Francfort, 
en un volume in-folio, le recueil des dessins du jardin d'Hei- 
delberg, sous le titre d'Hortus Palalinus (i). 

Ce précieux recueil d'estampes, d'un intérêt capital pour 
l'histoire de l'ai'chitecture de jardins, est tout ce qui nous 
reste de cette étonnante création du génial fontainier, dont 
la ville d'Heidelberg s'enorgueillissait autant que de son 
château et de son gigantesque tonneau [dolium enormae 
magniiiidinis). On y admirait « un parterre de broderie où 
sont huit muses alentour et une au milieu dite Uranie 
laquelle montre l'heure avec une vergette », une orangerie 
de pierre avec des colonnes en forme de troncs d'arbre, 
une grande grotte avec des colonnes à bossages surmon- 
tées de figures d'animaux, un vivier où est une figure de 
dix-huit pieds représentant le Bhin et une fontaine rustique 
de Narcisse se mirant dans l'eau. A en juger d'après les 
gravures, ces « curiosités » témoignaient souvent de plus 
d'ingéniosité que de bon goût. Toujours est-il que le 
jardin palatin d'Heidelberg réalisa, avant le parc royal de 
Vers-ailles, le type idéal du jardin français. 

La guerre du Palatinat fut fatale au château d'Heidel- 
berg, qui devint une ruine fort poétique, mais inhabitable. 

(1) Le titre complet de l'ouvrage est : Hortus Palatinus a FrédetHco, Rege 
Boemiœ, Electori Palatino, Heidelhergae exstructus. Salomone de Caus 
Architecto 1620. Francofurti apud Joh. T/ieod. de Bry. 




Frontispice de l'Horlus Palatinus de Salomon de Caus. 



11. - ÉLECTORAT PALATIN 23 

A la fin du xvii^ siècle les électeurs palatins transférèrent 
leur résidence à Mannheim, au confluent du Neckar et du 
Rhin. Le nouveau palais électoral, destiné à remplacer 
celui d'Heidelberg, fut presque entièrement construit par 
des Français. On peut voir au Cabinet des Estampes de la 
Bibliothèque Nationale (i) une « veue du Palais de Mon- 
sieur rÉlecteur Palatin pour bâtir à Manheim du dessein 
du s^ Marot. » Ce premier projet de Daniel Marot ne fut 
pas exécuté. 

Le château actuel, de dimensions colossales, commencé 
par Jean-Clément Froimont et Guillaume Hauberat, fut 
achevé par le Lorrain Nicolas de Pigage, élève de l'Aca- 
démie d'architecture de Paris. 

Ce Pigage, presque inconnu en France, joua un rôle de 
premier plan à la cour de l'électeur palatin Charles Théo- 
dore, où il arriva en 1749, et fut nommé en lyoS directeur 
général des bâtiments et jardins de Son Altesse Électorale. 

C'est lui qui traça les fameux jardins de Schweizingen (2), 
résidence d'été de l'électeur, située à mi-chemin entre Hei- 
delberg et Mannheim, l'ancienne et la nouvelle capitale. 
L'ordonnance du parc rappelle celle des jardins de 
Louis XIV : deux masses de verdure formant coulisses 
encadrent une large allée centrale prolongée par un grand 
canal. Des transformations dans le goût anglais ou anglo- 
chinois furent faites, comme à Versailles, à partir de 1775, 
mais sans altérer les grandes lignes du tracé à la 
Lenôtre. 

(1) Topographie de l'Allemagne, Vc. 307. 

(2) Les jardins de Schwetzingen ont été popularisés par la gravure et par 
de nombreuses descriptions, 

Kuntz a gravé, d'après Pigage, six vues des jardins de Schwetzingen et 
Lerouge leur a consacré un des cahiers de ses Jardins anglo-chinois à la 
mode. 

Parmi les descriptions récentes on consultera Sillib, Schloss und Garten in 
Schwetzingen, Heidelberg, 1907. et l'excellent article de M. Pierre du Colom- 
bier, Une œuvre d'art française en Allemagne : les jardins de Schwetzingen^ 
« La Renaissance », août 1922. 



\ 

24 l'art français sur le RHIN 

A défaut d'un nouveau château qui resta à l'état de 
projet, Pigage embellit le parc d'une multitude de « fabri- 
ques » : une charmante maison de bains (1769), dont le 
salon ovale est une merveille de goût; à côté un berceau 
de treillage qui s'arrondit autour d'un bassin dans lequel 
des oiseaux lancent des jets d'eau : cette fantaisie est un 
souvenir du parc de la Malgrange, près de Nancy, et ce n'est 
pas la seule trace de l'influence de la cour de Lorraine sur 
les cours rhénanes (i). Non loin de là se dressent le temple 
d'Apollon (1774)' le temple de Minerve, le temple de la 
Botanique, l'inévitable mosquée qui témoigne du goût de 
cette époque pour les turqueries. La salle de théâtre, où 
l'électeur Charles-Théodore lit jouer Zaïre devant Voltaire, 
fait particulièrement honneur au goût de Pigage par son 
ornementation discrète et sa délicate harmonie de cou- 
leurs tendres. 

Pigage exerça également son activité dans la région de 
Dûsseldorf, seconde résidence des électeurs palatins, qui 
étaient en même temps ducs de Berg. Il publia en 1778 
un luxueux catalogue, enrichi de 365 petites estampes 
gravées par le Bâlois Mechel, de la galerie électorale de 
tableaux de Dûsseldorf (2) : « ouvrage que j'ai composé, 
écrit-il, par goût particulier pour le bel art de la peinture 
qui a tant de liaison avec celui de l'architecture que je 
professe. » 

Son chef-d'œuvre le plus parfait est sans doute le déli- 
cieux petit château de Benrath, près de Dûsseldorf, dont 
les façades, d'une simplicité raffinée, annoncent déjà la 



(1) Les fontaines en plomb des jardins de Schwetzingen représentant Arion 
monté sur son dauphin, des groupes d'enfants, un sanglier attaqué par des 
chiens qu'on attribue généralement à Bouchnrdon, mais qui sont plus proba- 
blement de Gruibal, proviennent des bosquets de Lunéville : on sait qu'elles 
furent achetées par l'électeur palatin, en 1766, après la mort du roi Sta- 
nislas. 

(2) Une seconde édition plus modeste de ce catalogue, sans les estampes, a 
paru à Bruxelles en 1781. 




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II. ÉLECTORAT PALATIN 25 

renaissance du classicisme. De Taveu de Thistorien alle- 
mand Gurlitt, ce pavillon, qui rappelle par ses proportions 
menues V Amalienburg des électeurs de Bavière et le Sans- 
Souci du roi de Prusse, est de pur style français. C'est le 
goût de l'Académie de Paris, écrit-il en propres termes, 
qui se manifeste ici dans toute sa pureté. « Es isi der 
Geschmack der Pariser Akademie, der sich hier in voiler 
Reinheit geltend macht. » 

A Benrath comme à Mannheim et à Schwetzingen, 
Nicolas de Pigage trouva un collaborateur de premier 
ordre dans la personne d'un Flamand francisé : Pierre- 
Antoine Verschaffelt, qui, après s'être formé à Paris dans 
l'atelier de Bouchardon, puis à Bome, où il fit quelques 
quelques beaux bustes, fut appelé en 1700 à la cour de 
l'électeur palatin (i). Il avait alors une quarantaine d'an- 
nées et était en pleine possession de son talent. Il com- 
mença par décorer la façade et les autels de la nouvelle 
église des Jésuites. Au palais Bretzenheim ses gracieux 
bas-reliefs d'enfants symbolisant les quatre saisons rap- 
pellent les bas-reliefs analogues de la fontaine de Grenelle 
sculptés par son maître Bouchardon. Architecte en même 
temps que sculpteur, il construisit dans le goût de Pigage 
l'arsenal de Mannheim. Ses œuvres les plus remarquables 
sont les statues des jardins de Schwetzingen et les frontons 
et dessus de portes du château de Benrath. 

La peinture française n'était pas moins en faveur à la 
cour de Mannheim que l'architecture et la sculpture. Le 
peintre favori de l'électeur Charles Théodore est l'excellent 
portraitiste Paul Goudreaux (2) et en 1767 il charge son 
ministre plénipotentiaire à Paris le baron de Sickingen de 
commander à Joseph Vernet trois tableaux pour sa galerie. 

Les ducs de Deux-Ponts (Zweibrûcken) , alliés à la 

(1) Beringer. Peter Anton von Verschaffelt. Strasbourg, 1Q02. 

(2) GoLDscHMiDT. P. Goudreaux. Munchner Jahrbuch der hildenden Kunst- 
1911. 



26 l'art français sur le RHIN 

famille des électeurs palatins, avaient presque plus d'atta- 
ches en France qu'en Allemagne. Chrétien IV, prince 
palatin, duc de Deux-Ponts (1735-1773), avait épousé 
morganatiquement une danseuse de l'Opéra. Son frère 
le prince Frédéric [était lieutenant-général au service 
de la France. Aussi les voit-on tout naturellement s'entou- 
rer d'artistes français. Le premier architecte de la cour 
bipontine, Pierre Patte, construisit deux corps de bâti- 
ment du palais ducal et le palais de Saresbourg, imité 
du Grand Trianon. Au Salon de 1781 le sculpteur Monnot 
exposait deux figures en marbre de grandeur naturelle : 
r Amour et Psyché, « destinées à orner le lit de S. A. S. 
Mgr le Prince de Deux-Ponts» . Le charmant ornemaniste 
Dugourc, beau-frère de l'architecte Bellanger, se vante 
dans ses Mémoires d' « avoir conduit l'ameublement du 
duc des Deux Ponts i^) ». Enfin il est à noter que presque 
tous les tableaux de maîtres français de la Pinacothèque de 
Munich proviennent de l'ancienne galerie de Deux-Ponts. 
Comme les principicules bipontins, les princes de Salm- 
Kirburg avaient un pied en France et l'autre en Allema- 
gne. Ils étaient d'origine vosgienne. Si Kirburg est en 
Allemagne sur la Nahe, leur fief patronymique de Salm. se 
trouvait en France, près de Senones. Le prince Frédéric, 
qui avait passé sa jeunesse à Paris et qui devait y mourir 
sur l'échafaud en 1794? y fit construire par Rousseau le 
charmant hôtel de Salm, devenu le Palais de la Légion 
d'honneur (2). Pour son château de Kirburg, près de Kreuz- 
nach, il s'adressa à Jacques-Dehis Antoine, l'architecte 
de la Monnaie. Le Cabinet des Estampes a recueilli toute 
une série de plans très détaillés de cette résidence prin- 
cière intitulés : Plans du château de Kirn pour Son Altesse 
Sérénissime Mgr le Prince de Salm-Kirbourg par Antoine, 



(1) Davillier. Le Cabinet du duc d'Aumont. Paris, 1870 

(2) T BiKio>i . Le palais de la Légion d'honneur. Versailles, 1883. 



II. — ÉLEGTORAT PALATIN 2^ 

architecte du Boy et de r Académie royale d'architecture 
à Paris CO. Une grande cour d'honneur avec des rampes 
en hémicycle encadre la façade principale du château, 
dont la salle à manger centrale est surmontée d'une 
coupole. Du côté du parterre, des statues couronnent un 
élégant portique de colonnes ioniques annelées. Le cazin 
qui devait être construit dans les jardins présente quatre 
façades différentes. 



(1) Cab.Est. Topographie. Prusse, province du Rhin. Régence de Cohlentz 
ir, Vc. 250. 



111. Electorat de Mayence 



Les trois électeurs ecclésiastiques qui se succédaient 
le long de la « rue des Prêtres » (Pfaffengasse) n'étaient 
pas moins férus d'art français que l'électeur palatin. 

L'électeur de Mayence Lothar Franz von Schonborn 
(1675-1728), dont Mignard nous a laissé le portrait (i), 
était un fervent admirateur de Louis XIV. Gomme les 
moyens lui manquaient pour remplacer son massif palais 
en grès rose par un petit Versailles, il se contenta d'une 
imitation de Marly qu'il baptisa La Favorite. Ce château 
de plaisance passe pour avoir été construit par Maximilien 
von Welsch, le meilleur architecte rhénan de cette époque, 
mais sous l'inspiration directe de l'architecte français Bof- 
frand, qui fut également consulté par les Schonborn pour 
la résidence épiscopale de Wurzbourg. Boffrand aurait 
corrigé le plan d'ensemble, dessiné les pavillons et les 
fontaines des terrasses. C'est sans doute lui qui avait eu 
l'idée du salon de porcelaine, une des merveilles de la 
Favorite, inspirée évidemment par le Trianon de porce- 
laine i^). 

La situation de La Favorite et de ses jardins en ter- 
rasses, tout bruissants de fontaines., était admirable. La 
résidence d'été de l'électeur dominait en effet le confluent 



(1) Musée de Cologne, n^ 582. 

(2) M. Danis, directeur des Beaux-Arts d'Alsace-Lorraine, est l'auteur d'une 
remarquable restitution du Trianon de porcelaine qui figurait à l'exposition 
d'architecture de Strasbourg. 



3o L'ARt FRANÇAIS SUR LE RïllN 

du Rhin et du Mein. « La situation de ce jardin, écrit 
Lerouge dans son septième cahier des jardins anglo- 
chinois^ peut se comparer à celle de Saint-Gloud ou de 
Saint-Germain. Mais il a un avantage particulier : outre 
qu'il est situé le long du Rhin, qui n'en est séparé que par 
un quay de six toises, il se trouve encore vis-à-vis de 
l'embouchure du Mein, ce qui augmente l'agrément des 
promenades qui sont distribuées en amphithéâtre. » 

Il ne subsiste malheureusement plus rien de ce Marly 
rhénan, qui fut victime du bombardement de 1793. Nous 
ne pouvons plus nous le représenter que d'après les gra- 
vures de Kleiner et de Lerouge. Le château de pur style 
français construit à Biebrich, sur la rive droite du Rhin 
par le duc de Nassau, peut en donner quelque idée. 

Par contre nous pouvons voir encore aujourd'hui non loin 
de Mayence, dans l'ancienne ville libre de Francfort-sur-le- 
Mein, un spécimen fort bien conservé de l'architecture 
française de ce temps : c'est Vhôtel des princes de Tour et 
Taxis ^ récemment transformé en musée (i). Un mémoire très 
détaillé de R. de Cotte, daté du 7 septembre 1727, nous 
apprend que c'est le premier architecte du roi de France qui 
fut chargé de reviser et de remanicT les plans primitifs et 
nous permet de saisir sur un exemple précis ce souci de com- 
modité, de confort, cet art raffiné des distributions qui est 
la caractéristique de l'architecture française du xviii® siècle. 
R. de Cotte propose de placer le grand appartement au 
rez-de-chaussée : disposition qui sera reprise au palais 
Rohan de Strasbourg; un péristyle de colonnes et des 
galeries en arcades à droite et à gauche de la cour d'hon- 



(1) LuTHMER. Dekorationen aus detn Palais Thurn und Taxis zu Frank- 
furt a. M. 1890. 

(2) Les plans de R. de Cotte pour l'hôtel de Tour et Taxis sont conservés au 
Cabinet des Estampes. Topographie. Villes libres. Dans les papiers de de 
Cotte, portefeuille 17, on trouvera le « Plan au crayon du rez-de-chaussée d'un 
palais au prince de La Toui* Taxis en la ville de Francfort ». 




Robert de Cotte et Hauberat. — Hôtel de Tour et Taxis, à Francfort. 



m. ÉLECTORAT DE MAYENCïi 3l 

neur permettront de cheminer à couvert dans toute la 
maison. Il prend bien garde que le salon, « qui est la pièce 
honorable où se doit assembler la compagnie », ne serve 
pas de passage, u La chambre à coucher aura ses commo- 
dités, des petits cabinets et des garderobes convenables 
avec une antichambre qui a son entrée séparée afin que 
le prince et la princesse puissent se retirer quelquefois de 
la compagnie pour donner des ordres. J'ay cru devoir 
placer la chapelle au rez-de-chaussée avec une tribune 
pour la commodité du premier étage ; tous les gens de la 
maison pourront entendre la messe commodément au rez- 
de-chaussée même de la salle. » Il ne craint pas d'entrer 
dans les plus humbles détails : si l'on met des poêles dans 
le salon, on pourra charger le bois par derrière sans passer 
dans les appartements. « Si cette idée convient, écrit-il 
pour conclure, on peut la communiquer à l'architecte qui 
a fait les premiers desseins pour lui donner l'occasion de 
mieux penser encore. » 

Le prince de la Tour et Taxis répond le 20 octobre à R. de 
Cotte qu'il a trouvé son dessein « parfaitement beau » et que 
ce plan « trouvera sans conteste l'approbation générale ». 

Par qui fut-il exécuté? Les historiens allemands Dohme 
et Gurlitt attribuent la construction de l'hôtel francfortois, 
aussi parisien d'aspect que le palais Rohan de Strasbourg, 
à un certain deîT Opéra. Sous ce masque italien il 
faut reconnaître le Français Guillaume Hauberat, dont le 
nom apparaît souvent dans les documents d'archives de 
Dûsseldorf et de Bonn sous la forme estropiée Obra ou 
Obéra. Cet excellent élève de R. de Cotte avait dirigé de 
1716 à 17231a construction des châteaux de Bonn et de 
Poppelsdorf : comme la mort de l'électeur de Cologne 
Joseph-Clément le laissait sans emploi, son maître, tirant 
parti de l'expérience qu'il avait acquise en Allemagne, le 
fit agréer par le prince de Tour et Taxis pour diriger les 
travaux de son hôtel de Francfort. Cette famille princière 



32 l'art français sur le RHIN 

conserve dans ses archives de Ratisbonne des lettres 
écrites de Francfort par Hauberat entre 1780 et 1742. 
Il serait intéressant de comparer le palais Tour et Taxis 
de Francfort et le palais Rohan de Strasbourg, exécutés 
tous les deux à la même date sur les plans de Robert de 
Cotte : l'un par Hauberat, l'autre par Massol. 

L'influence française persiste à Mayence dans la seconde 
moitié du xviii'' siècle : la preuve la plus démonstrative 
de son prestige est l'histoire des réfections de la cathé- 
drale de Mayence après le terrible incendie du 12 mai 
1767 (1). Frappée par la foudre, la flèche colossale en 
charpente s'était écroulée. Le Chapitre hésitait à la 
reconstruire en pierre malgré les assurances de François- 
Ignace-Michel Neumann le jeune, fils du célèbre archi- 
tecte de la résidence de Wurzbourg, qui se faisait fort 
de réédifier le clocher sur des fondations d'une solidité 
à toute épreuve. Neumann était un architecte de grand 
mérite qui s'était formé en France : non content de 
travailler à Paris, où il s'était lié avce l'académicien 
Le Roy, connu par son livre sur Les monuments de Vanti- 
quiié, il avait voyagé en province et étudié avec grand 
soin la cathédrale de Rouen (die gothische Metropolitan- 
kirche) pour laquelle il professait une grande admiration. 
Malgré les garanties qu'il offrait, le Chapitre de Mayence 
n'osait s'aventurer à sa suite. Il consulta l'Alsacien Samuel 
Werner, architecte de la ville de Strasbourg (2), qui, ne se 
fiant pas à ses propres lumières, proposa de rédiger un 
mémoire et de l'envoyer à l'Académie d'architecture de 
Paris pour avoir le sentiment de cette illustre Compagnie 
(um von diesem ansehnlichen Collegio dessen Gutachten 
und Meinung dar liber zu begehren). 

(1) P. Schneider. Der Dom zu Mainz. Berlin, 1886. 

(2; L'architecte municipal Samuel Werner, mort en 1775, dessina l'Arc de 
Triomphe élevé à Strasbourg à l'occasion de l'entrée de la Dauphine Marie- 
Antoinette. 



m. ÉLECTORAT DE MAYENCE 33 

Dans sa séance du 18 juillet 1770, le Chapitre approuva 
cette proposition et pria Neumann d'exécuter lui-même 
une copie de son plan pour le soumettre, avec tous les 
éclaircissements nécessaires, à l'aréopage parisien. 

L'Académie, officiellement saisie de l'affaire par le 
marquis de Marigny, directeur des bâtiments, nomma 
immédiatement une commission composée de cinq mem- 
bres qui fut chargée de rédiger un rapport. Ce rapport, 
déposé le 10 décembre 1770 (i), conclut que, la solidité 
des fondations étant douteuse et Temploi de tirants 
en fer n'excluant pas le danger de tassements inégaux, 
il serait plus prudent de reconstruire le clocher en 
charpente. 

Ces conclusions timorées ne faisaient pas l'affaire de 
Neumann, qui répliqua le 12 février 1771 par une volumi- 
neuse dissertation en un français assez raboteux intitulée 
Remarques et oppositions. Il déclarait que les rapporteurs 
avaient mal lu son exposé, qu'ils n'apportaient aucune 
preuve à l'appui de leurs objections et ne tenaient pas 
compte notamment de ce que le tuf rhénan était beaucoup 
plus résistant, malgré sa porosité, que les matériaux de 
même nature employés en France ; il invoquait l'exemple 
de la flèche de la cathédrale de Rouen, beaucoup plus haute 
que celle projetée pour Mayence, et, pour finir, il se por- 
tait personnellement garant de la solidité de son clocher. 
« Quand la tour sera achevée, je demande la faveur de me 
poster avec huit canons chargés à blanc sur la voûte de 
l'octogone et de mettre toutes les cloches en branle : je 
mettrai moi-même le feu aux pièces pour ainsi proclamer 
aux quatre points cardinaux et jusqu'à la frontière de 
France par le son des cloches et le tonnerre des canons la 
solidité et la parfaite exécution de mon projet qu'on a 



(1) Procès-verbaux de l'Académie d'architecture. Bibliothèque de l'Institut. 
Les documents que nous reproduisons plus loin sont encore inédits. 



34 l'art français sur le rhiK 

décrié comme téméraire, inexécutable et en contradiction 
avec les réelles de l'architecture ». 

Impressionné par cet audacieux défi, le Gliapitrc fit con- 
fiance à Neumann le jeune et trois ans après, en 1774? la 
construction de la nouvelle tour en pierre, où l'ornementa- 
tion de style baroque se marie assez heureusement aux 
formes gothiques, était achevée. Il faut reconnaître en 
toute franchise que, malgré les craintes formulées 
par l'Académie d'architecture de Paris, elle a résisté 
victorieusement au bombardement de 1798 et qu'elle 
domine encore aujourd'hui la masse gigantesque de la 
cathédrale (i). 

Quoi qu'il en soit, le fait que l'Académie royale d'archi- 
tecture ait été consultée prouve le cas qu'on faisait en 
Rhénanie de son autorité (2). 

A la fin du xviii^ siècle c'est l'architecte français Jean- 
Charles Mangin (1721-1807) <3) qui introduit à Mayence le 
style classique. On sait peu de chose sur sa formation : il 
est probable qu'il fut à Paris l'élève d'Ange-Jacques Ga- 
briel dont il nous apparaît comme un des meilleurs disci- 
ples. A peine avait-il achevé le joli château de Mon aise 
près de Trêves qu'il fut appelé à Mayence par le comte 
Damien Frédéric von der Leyen qui venait d'être nommé 
grand prévôt de l'archevêché et projetait de reconstruire 
de fond en comble Yhôtel de la grande Prévôté (Dom- 
propstei), bien qu'il fût presque neuf et eût été réédifié 



(1) C'est également à Neamana le jeune qu'est due la reconstruction du dôme 
de Spire. Son projet fut préféré à celui de Nicolas de Pigage. 

(2) Dehio ne dit pas un mot de cette consultation dans son historique, très 
complet par ailleurs, de la cathédrale de Mayence. Ilandhuch der deutschen 
Kunstdenkmàler, p. 225. 

(3) F. Dorst. Charles Mangin und seine Bauten in den Trierer und Main- 
zer Landen. Mainzer Zeitschrift, 1918. Cet excellent article nous a été si- 
gnalé par M. Griiniher, directeur du musée de Coblence, que nous tenons à 
remercier ici de son obligeance. Nous avons depuis complété celte étude sur 
divers points. Cf. L. Réau. Vn grand architecte français en Rhénanie : 
Jean-Charles Mangin. L'Architecture, 1922. 




Cl 

3 
O 



u 



III. ÉXEGTORAT DK MAYENCK 35 

vers 1740 par un de ses prédécesseurs « dans le nouveau 
style français. » 

Deux médiocres gravures de Contgen et du chevalier de 
Nicéville et la « coupe de la gallerie de la grande Prévôté 
de Maience » exécutée par Mangin lui-même en 1790 nous 
permettent de reconstituer l'aspect intérieur et extérieur 
de cet édifice qui fut malheureusement incendié 'par les 
Prussiens et les Autrichiens coalisés lors du bombarde- 
ment de 1798. Le corps de logis principal, flanqué 
de deux ailes basses, était décoré de six colonnes corin- 
thiennes de plus de 10 mètres de hauteur portant un 
entablement couronné de six statues allégoriques qui 
symbolisaient les arts. Les grandes baies du rez-de- 
chaussée étaient cintrées tandis que celles de l'étage 
étaient rectangulaires. A l'intérieur la galerie ou salle 
des fêtes émerveillait les visiteurs par ses proportions 
grandioses : 27 m. 52 de long sur 8 m. 95 de large 
qu'amplifiaient encore deux absides creusées dans les 
petits côtés du rectangle. Sa large voûte en berceau était 
portée par trente-six colonnes. De magnifiques statues- 
lampadaires étaient régulièrement disposées dans les 
entrecolonnements. 

L'admiration des contemporains avive nos regrets de 
la disparition de ce chef-d'œuvre si malencontreusement 
détruit quelques années à peine après son achèvement. 
Après Lang, dont nous reproduisons en appendice l'inté- 
ressante description, Vogt écrit dans ses Ansichten 
des Rheins : « Le plus bel édifice de la ville, la grande 
Prévôté fut pendant le bombardement la proie des flam- 
mes. Le comte von der Leyen l'avait fait construire à 
ses frais d'après les dessins et sous la direction de l'excel- 
lent architecte Mangin. La seule chose qui manquait à 
ce palais était un entourage approprié : autrement 
c'était à tout point de vue un chef-d'œuvre d'art gracieux 
et noble. » 



36 l'art français sur le rhin 

Plus éloquent encore est le témoignage du grand Gœthe 
qui raconte avec émotion dans sa description du siège de 
Mayence : « Par un sentiment de vieille affection, je courus 
au Doyenné (^) qui m'avait laissé le souvenir d'un petit 
Paradis architectural : le portique était encore debout 
avec ses colonnes et son fronton : mais bientôt je foulai 
les décombres des belles voûtes effondrées : ça et là on 
voyait encore quelques restes de l'ancienne splendeur. 
Ainsi cette demeure idéale (dièse Musterwohnung) était 
détruite à jamais. » 

Les ruines continuèrent à s'effriter pendant une dizaine 
d'années. En i8o4 Napoléon P*" décréta que les six colon- 
nes de la Prévôté seraient utilisées pour former le portique 
du nouveau théâtre. Mais la guerre arrêta les travaux et 
il ne reste plus aujourd'hui de cet éphémère chef-d'œuvre 
que quelques débris de sculptures dans la cour du château 
électoral. 

La fatalité s'est acharnée contre tous les édifices conçus 
ou construits par Mangin. Le projet qu'il avait formé pour 
l'achèvement de la tour de l'église de Saint-Ignace ne fut 
pas exécuté. La belle maison de son protecteur le conseil- 
ler Guiollett sur la place de la cathédrale, le petit château 
du Gartenfeld en forme de temple grec, le château de 
Wôrrstadt : tout a disparu, soit pendant le bombardement, 
soit par suite de démolitions. 

En 1793, il dut s'enfuir de Mayence où il avait acquis 
droit de cité et s'était construit une maison ; sur les récla- 
mations de ses créanciers, ses biens furent mis sous 
scellés et vendus. Il passa les dernières années de sa vie 
à Nantes où il mourut le 4 février 1807 à l'âge de quatre- 
vingt-sept ans. Il laissait un Recueil de modèles d'archi- 
tecture dont on a malheureusement perdu la trace (2). 

(1) Gœthe confond évidemment avec la Prévôté. 

(2) L'hôtel de ville de New-York a été construit en 1803 sur ses dessins. 
Cf. Greber. L'architecture aux États-Unis. Paris, 1920. 



m. ELECTORAT DE MAYENCE 3^ 

Son œuvre fut continuée o Mayence sous Napoléon P'' 
par Eustache de Saint-Far qui élabora un projet gran- 
diose d'aménagement de la vieille ville, resté d'ailleurs 
à Tétat de projet, et les plans du nouveau Théâtre qui 
occupe à peu près remplacement de la Prévôté de 
Mangin (i). 

(1) Saint-Far travailla également en Alsace. Le musée du Louvre possède 
ses plans du palais du Conseil souverain d'Alsace à Colmar. 



IV. Electorat de Trêves 



Les monuments d'architecture française que nous ren- 
controns sur le territoire de l'ancien electorat de Trêves 
appartiennent presque tous à la fin du xviii'^ siècle. Si nous 
suivions un ordre chronologique, il nous faudrait parler 
auparavant de l'électorat de Cologne : car le palais 
électoral de Bonn appartient au début du règne de 
Louis XV alors que le palais électoral de Coblence est 
de pur style Louis XVL 

L'électorat de Trêves entretenait de longue date les 
relations les plus étroites et les plus amicales avec le 
royaume de France. Nous avons déjà noté cette inter- 
pénétration des limites religieuses et politiques qui faci- 
litait sous l'ancien régime les rapports d'État à État 
et effaçait presque la notion de frontière. Il ne faut 
pas oublier que le domaine spirituel des archevêques de 
Trêves s'étendait en France sur les évêchés de Metz, de 
Toul, de Verdun (les trois évêchés), de Nancy et de 
Saint-Dié. L'université 'de Trêves avait été réformée sur 
le modèle de l'université de Paris (i). L'assimilation de ce 
pays avait fait de tels progrès que le ministre de France 
pouvait écrire en 1760 au duc de Choiseul : « A mesure 
que les occasions se présenteront, vous apercevrez, Mon- 
seigneur, que l'électoral de Trêves diffère peu de sentiments 
d'une province de France la plus affectionnée au roi. » 

L^influence française est déjà prépondérante sous le règne 
de l'électeur Jean-Philippe de Walderdorf (1756-1768). 

(1) Jean de Pange. « Un grand Rhénan : Nicolas de Hontheim. U Alsace 
rançaise. 15 juillet 1922. 



4o l'art français sur le RHIN 

C'est à Jean Antoine, architecte et arpenteur de la géné- 
ralité de Metz, que ce prince demanda les plans de son 
château de Wittlich, charmant rendez-vous de chasse, qui 
fut bâti de 1761 à 1764 et reçut le nom de Philippsfreude : 
la Révolution n'en a malheureusement rien laissé subsis- 
ter (^). Cet architecte messin, qu'il ne faut pas confondre 
avec son confrère et homonyme parisien Jacques-Denis- 
Antoine, l'architecte de la Monnaie, publia- à Trêves, en 
1768, un important ouvrage intitulé : Traité d'architecture 
ou proportions des trois ordres grecs sur un module de 
douze parties. On y voit, à côté de plans destinés à être 
exécutés en France : projets d'une grandiose place Royale 
à Metz, du palais épiscopal de Toul, plusieurs dessins très 
curieux qui se rapportent à l'Allemagne : notamment un 
essai de reconstitution de la Porta Nigra et un « grand 
escalier projeté pour l'abbaye de Saint-Mathias de Trêves 
qui est pris dans une partie d'oval ». Jean- Antoine a 
exercé une grande influence sur l'architecte trévirois 
Joli. Seiz. 

Cette intimité entre la France et Trêves allait se resserrer 
encore à partir de 1768, grâce à l'avènement d'un prince 
de la maison de Saxe, fils cadet du roi de Pologne 
Frédéric-Auguste III, Clément- Wenceslas. Le nouvel 
électeur était frère de Marie-Josèphe de Saxe et par 
conséquent oncle du dauphin, le futur roi Louis XVI. 
Il était tout acquis à la France. Le comte de Vergennes, 
accrédité auprès de sa cour, mandait à Versailles le 
20 novembre i774qu' a uni au roi par les liens du sang, il 
se jette entre les bras de Sa Majesté et les complaisan- 
ces qu'il témoigne être prêt à lui marquer n'auront d'autres 
bornes que celles que l'amitié et le propre jugement de 
S. M. voudront y mettre (2)». 

(1) LoHMEYER, Johannes Seiz. Heidolberg: 1914. 

(2) Arch des Aff. Et. Trêves. — Cf. Ch. Schmidt. Les sources de Vhistoire 
des territoires hénans de 1792 d 1814. Paris, 1921. 



IV. 



ÉLECTORAT DE TRÊVES 4^ 



Avec de pareils sentiments on ne s'étonnera pas que 
lorsque l'électeur résolut de se faire construire un nou- 
veau palais à Coblence, qui était sa résidence habituelle, il 
se soit adressé à un architecte français. L'ancien château 
électoral se trouvait sur la rive droite du Rhin, au pied 
de la forteresse d'Ehrenbreitstein : en hiver lorsque le 
fleuve charriait des glaces les communications entre le 
château et la ville devenaient très difficiles ; de plus les 
bâtiments étaient délabrés et nécessitaient des répara- 
tions continuelles. Ces considérations décidèrent l'élec- 
teur à faire bâtir un nouveau palais sur la rive gauche du 
Rhin, du côté de la ville. 

A Joh. Seiz, l'architecte du palais électoral de Trêves, 
et à Salins de Montfort qui s'était mis également sur 
les rangs, il préféra Michel d'Ixnard, originaire de 
Nîmes, qui avait été patronné à Strasbourg par le 
cardinal de Rohan et qui s'était fait avantageusement 
connaître en Allemagne par sa reconstruction de Tabbaye 
bénédictine de Saint-Biaise dans la Forêt Noire (1768) (i). 
Les travaux étaient déjà assez avancés lorsque l'élec- 
teur s'aperçut que les projets trop ambitieux et trop 
onéreux de d'Ixnard outrepassaient considérablement ses 
revenus. C'est alors que par l'intermédiaire du comte 
d'Angiviller, directeur des bâtiments du roi, il demanda 
à l'Académie d'architecture de Paris de bien vouloir re- 
viser des plans adoptés avec trop de précipitation. 

Les commissaires désignés parla Compagniejugèrent sé- 
vèrement les plans de d'Ixnard. Dans leur rapport du 16 août 
1779 (2), ils déclarèrent que la distribution était vicieuse, 
que la proportion de l'entrée principale sur la place était 



(1) Le Recueil d'architecture publié par'd'Ixnard à Strasbourg en 1791 est 
dédié à Son Altesse Révérendissime Monseigneur Martin de Gerbert, prince 
du Saint Empire Romain, abbé du monastère et congrégation des Bénédictins à 
Saint-Biaise dans les Forêts Noires [sic). 

(2) 11 a été publié par Lohmeyer, dans son livre sur /. Seiz^ 1914. 



42 l'art FRAKÇAIS sur le RHIN 

lourde et écrasée et qu'en général le « genre d'architecture 
employé dans ce monument laissait à désirer plus de 
pureté et plus de noblesse dans le style ». 

Pour corriger ces erreurs, l'Académie délégua un de 
ses membres les plus distingués Antoine-François Peyre 
(1729-1828), appelé communément Peyre le jeune pour 
le distinguer de son frère aîné Marie-Joseph, également 
architecte, qui construisit avec de Wailly le théâtre 
de rOdéon. Aussitôt arrivé à Coblence le 7 novembre 
1779, Peyre s'employa activement à comprimer les 
devis. En supprimant des ailes inutiles, en diminuant 
la hauteur des combles et en remaniant la distribution, 
il réussit à économiser la moitié des dépenses prévues. 
L'électeur, enchanté de ce résultat, se prit pour Peyre 
d'un véritable engouement, le nomma à la place du 
pauvre d'Ixnard son architecte en titre et le fît venir régu- 
lièrement tous les ans pour diriger les travaux. 

Le nouveau palais électoral, nommé Clemensburg, du 
nom de son fondateur, ne fut terminé qu'en 1786, peu de 
temps avant la Révolution. L'électeur y reçut les émigrés 
français réfugiés à Coblence. Le prince de Condé note 
dans son journal d'émigration : « C'est un château su- 
perbe, dans le grand genre et meublé avec le dernier 
goût. » 

Les deux façades, du côté de la ville et du côté du Rhin, 
animées simplement par des avant-corps ornés de colon- 
nes, sont, quoi qu'en dise Quatremère deOuincy (i), d'une 
simplicité un peu froide. Le plan primitif de d'Ixnard, 
abandonné pour des raisons d'économie, avait certaine- 
ment plus de grandeur. Le principal mérite du palais 
construit par Peyre le jeune pour l'oncle de Louis XVI 
est l'harmonieuse unité de la décoration intérieure. « On 



(1) Quatremère de Quincy. Notice historique sur la vie et les ouvrages de 
M. Peyre. 1823. 




Michel_~D'IxNARD.[— Projet pour le Palais ÉlecloraPde Coblence {1777)- 



U 







Peyre le jeune. — Le Palais Électoral de Coblence ('1779-1786). 



IV. ÉLECTORAT DE TREVES 4^ 

remarqua, écrivent Percier et Fontaine (^) qui furent char- 
gés de restaurer cet édifice sous Napoléon I", que la sculp- 
ture et la peinture s'alliaient d'une manière remarquable 
dans une harmonie rare, dans un accord parfait, sans 
nuire à l'architecture. » 

Nous connaissons le nom de quelques-uns des colla- 
borateurs de Peyre. L'architecte M angin fournit de nom- 
breux dessins de meubles et d^ornements en stuc. Le 
sculpteur Lecomte exposait au Salon de 1789 un dessin 
représentant la Religion et les Vertus théologales, com- 
posé pour le devant de la chaire de la chapelle de 
S. A. S. l'électeur de Trêves. Le plafond de la salle 
d'audience qui symbolise la Justice punissant le vice fut 
composé par Lagrenée jeune. La salle du trône était 
ornée de tableaux de maîtres français : le Bélisaire de 
David, la Clémence d'Auguste envers Cinna par Vincent, 
la Continence de Scipion par Ménageot. En somme l'art 
français y régnait en maître et les émigrés réfugiés à 
Coblence pouvaient caresser l'illusion d'être encore à 
Versailles. 

Cet édifice, auquel les historiens de l'art du xviii*^ siècle 
n'ont pas prêté jusqu'à présent une attention suffisante i^\ 
présente, indépendamment de ses mérites intrinsèques, un 
grand intérêt historique. C'est non seulement l'œuvre la 
plus importante de Peyre le jeune, qui n'a rien construit 
de comparable en France, et l'un des spécimens les plus 
caractéristiques du style Louis XVI à l'étranger; mais 
c'est le premier édifice de stgle classique qui ait été 
élevé sur les bords du Rhin et à ce titre on ne saurait 



(1) Percier et Fontaine. Résidences de souverains. Paris, 1833. 

(2) Signalons cependant les recherches du D' Lohmeyer, directeur du 
Musée Palatin de Heidelberg, un des meilleurs connaisseurs de l'ar 
allemand du xviii* siècle et la monographie en cours de préparation de 
M. Ernst Hager dont nous n'avons pu malheureusement prendre connais- 
sance. 



44 l'art français sur le RHIN 

exagérer son importance dans l'histoire de l'architecture 
allemande. 

L'activité de Peyre ne se borna pas à la construction du 
château électoral de Coblence. Nous savons par ses Œuvres 
d'architecture publiées à Paris en 1818 qu'il dressa encore 
pour l'électeur de Trêves les plans d'un pavillon destiné 
aux jardins de Kûrlich sur les bords du Rhin. 11 exposa au 
Salon de 1795 le plan, la coupe et l'élévation en perspec- 
tive de ce cazin qui avait été projeté en 1788 et dont les 
circonstances empêchèrent l'exécution. Au centre du pa- 
villon devait se trouver une volière et « comme l'usage en 
Allemagne est de faire de la musique dans les maisons de 
plaisance des princes et des grands seigneurs pendant 
l'heure des repas, il y aurait eu autour de la volière quatre 
tribunes pour les musiciens. Les sons de la musique en- 
tendus distinctement de toutes les pièces du pavillon se 
seraient mêlés au chant mélodieux des oiseaux ». 

Mangin qui avait collaboré à la décoration intérieure du 
château de Coblence dessina également pour le parc du 
château de Kàrlich un petit temple rond orné de quatre 
portiques dont le plan signé et daté (4 mars 1787) a été 
retrouvé par M. Lohmeyer aux archives de Coblence. 

Près de Trêves, à Thiburg sur la Moselle, Peyre dessina 
encore pour le baron de Kerpen, chanoine du chapitre, 
une ferme et un petit pavillon tandis que Mangin construi- 
sait en 1779 pour le comte Philippe de Walderdorf le 
charmant château de Mon aisei^) àoni la façade, ornée de 
quatre colonnes ioniques, est d'une simplicité distinguée. 
Comme il arrive toujours, l'exemple donné par le souve- 
rain fut suivi par ses courtisans et l'influence française se 
répandit de Coblence dans tout l'électorat. 

(1) Ce ravissant château, inhabité et abandonné depuis de longues années, 
semble malheureusement voué à une ruine prochaine. Cette perte serait 
d'autant plus regrettable que c'est le seul ouvrage de Mangin conservé en 
Allemagne. 



IV. ÉLECïORAT DE TRÊVES ^5 

Entre l'électoral de Trêves et l'électorat de Cologne, la 
petite principauté de Wiq,d constitue au xvm^ siècle un 
centre particulièrement actif de culture française. La colo- 
nie de Frères Moraves (Herrnhuter) établie à Neuwied 
comprenait un assez grand nombre de Français. L'un de 
ces Frères Moraves, le célèbre ébéniste David Rœntgen, 
fit consacrer sa réputation à Paris où il prit le titre d'ébé- 
niste-mécanicien de la reine' Marie-Antoinette. 

La Société typographique de Neuwied imprimait quan- 
tité de gazettes et d'ouvrages en langue française. C'est de 
ses presses que sortit notamment en 1789 le Monument 
du costume, ce charmant tableau de la société française à 
la fin de l'Ancien Régime, dont le texte dû à Restif de la 
Bretonne est' commenté par les spirituelles estampes de 
Moreau le jeune. 



V. Electorat de Cologne 



Depuis le moyen âge, Cologne, métropole historique et 
religieuse de la Rhénanie, a toujours eu mission de trans- 
mettre à l'Allemagne les influences civilisatrices de l'Occi- 
dent, représenté essentiellement par la France et les Pays- 
Bas. A partir de la fin du xvii*' siècle, l'influence française, 
refoulant l'influence hollandaise, s'impose sans conteste. 
Cologne est à cette époque en décadence et ne compte 
plus au point de vue artistique. Mais l'art français s'im- 
plante dans la ville \oîsine de Bonn, résidence favorite 
des électeurs et rayonne de là dans toute la basse Rhénanie. 

C'est à l'électeur Joseph-Clément (1688-1728) et à son 
neveu et successeur l'électeur Clément-Auguste (1728- 
1761), tous les deux cadets de la maison de Bavière, que 
l'art français du xviii'' siècle est particulièrement redevable 
de cette conquête (i). 

Joseph-Clément de Bavière avait pourtant été élu en 
1688 contre le candidat français : Guillaume Egon de 
Furstenberg, évêque de Strasbourg. Mais il ne tarda pas à 
se rapprocher de Louis XIV pour obtenir des subsides. En 
1701, lorsque éclata la longue guerre de succession d'Espa- 
gne, il prit ouvertement parti pour la France et lui laissa 
même enrôler des troupes sur son territoire à l'insu de ses 
États. Cette fidélité devait lui coûter cher. Ses châteaux 



(1; Le meilleur travail publié sur l'art français dans l'électorat de Cologne 
est une dissertation de doctorat de Renard : « Die Bauten der Kurfursten 
Joseph-Clemens und Clemens-August von Kôln», qui a paru dans le Bonner 
Jahrbuch en 1896. 



48 l'art français sur le RHIN 

de Bonn et de Brûhl furent bombardés et à moitié détruits. 
En 1702 il fut chassé de son électorat parla coalition et 
dut se réfugier dans le nord de la France, à Lille et à Va- 
lenciennes. Son exil dura douze ans : il ne fut restauré 
qu'en 1714? à la faveur du traité de Rastadt. 

Ébloui par les magnificences de la cour de Louis XIV, il 
se consolait de sa déchéance momentanée en esquissant 
des projets grandioses de transformation de sa résidence 
de Bonn, où il espérait bien rentrer un jour avec l'aide de 
son puissant allié. Dès 1704 il s'abouchait avec le célèbre 
architecte Robert de Cotte, beau-frère et successeur de 
Jules Hardouin Mansard, et jusqu'en 1720 il échangea avec 
lui une correspondance très active qui est conservée au 
Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale (i). 

Cette correspondance se divise en deux parties : la pre- 
mière comprend les lettres d'exil (1704-1715) qui se pres- 
sent surtout à partir de 1712 quand la paix est en vue et 
que l'exilé espère rentrer dans ses Etats ; la seconde se 
compose des lettres datées de Bonn, après la restauration 
de l'électeur. 

Nul mieux que R. de Cotte, intendant des bâtiments et 
premier architecte de Sa Majesté très chrétienne, n'était 
capable de donner à ce principicule allemand la flatteuse 
illusion d'être un petit Louis XIV. Aussi ne tarit-il pas 
d'éloges sur le génie du grand homme qui consent, malgré 
ses multiples occupations, à l'éclairer de ses lumières. 
« Vous avez si bien donné dans ma pensée, lui mande-t-il 
le 11 juillet i7i4;» qu'il n'y a rien à dire et j'en suis content 
au delà de tout ce qu'on saurait s'imaginer... Je vous prie 
très instamment de continuer à m'assister jusqu'à la fin de 
vos bons conseils et avec un tel secours j'espère de faire 
sans contredit un des plus beaux palais qui soient en Alle- 
magne. » 

(1) Nous en publions en appendice de nombreux extraits. 




Vivien. — Porfra// de l'Électeur de Cologne Joseph-^Clémenl. gravé par B. Audran. 



V. ÉLECTORAT DE COLOGNE 49 

De Cotte était beaucoup trop absorbé par ses fonctions 
de premier architecte du roi et de directeur de l'Académie 
d'architecture pour venir conduire sur place les bâtiments 
de l'électeur de Cologne. Il ne semble pas qu'il soit jamais 
venu à Bonn. Mais il y délègue ses lieutenants : Benoît 
de Portier, puis Guillaume Hauberat qui travaillent sur ses 
plans et ne font rien sans le consulter. En outre c'est lui 
qui se charge de recruter à Paris toute la main-d'œuvre 
nécessaire, d'engager menuisiers, doreurs, serruriers. Bref, 
il est à distance le véritable maître de l'œuvre. 

Afm de faciliter sa besogne, l'électeur décide, en 1716, 
que toutes les mesures lui seront envoyées désormais, non 
plus en pieds du Rhin, mais en toises de France. « Pour 
éviter tout embarras, j'ay ordonné à tous les ouvriers qui 
travaillent à mes bâtimens de ne se servir dorénavant dans 
tous leurs ouvrages que du pied de France et pour cet 
effet j'ay fait attacher à la porte de mon palais une vergq 
de fer longue d'une toise pour qu'ils se règlent là-dessus. » 

La grande ambition de l'électeur, son rêve ou, si Ton 
préfère, sa marotte était d'imiter de son mieux au bord du 
Rhin, dans ses résidences de Bonn et de Bruhl, les mer- 
veilles qu'il avait admirées à la cour de France. « Je souhai- 
terais fort, insiste-t-il, que ma gallerie eût la même lar- 
geur que celle des Thuilleries où sont les plans des villes 
et forteresses conquises par Sa Majesté très chrétienne. » 
Quant à ses appartements intimes, il tient à ce qu'ils soient 
décorés « comme étaient les appartements de feu M. le 
Dauphin à Meudon ». 

Malheureusement les ressources de l'électeur n'étaient 
pas toujours à la hauteur de ses ambitions. On aurait pu dire 
de lui ce que le comte de Moustier disait de l'électeur de 
Trêves, Clément-Wenceslas : qu'il était un très haut, mais 
pas un très puissant seigneur. Dans sa correspondance, il 
se plaint amèrement, à maintes reprises, de la mauvaise 
volonté de ses chanoines, de la lésinerie de ses sujets qui 

4 



%0 L^ART FRANÇAIS SUR LE RHi:« 

lui marchandent les crédits nécessaires. Il s« voit obligé, à 
son corps défendant, de rogner les projets trop fastueux de 
R. de Clotte. « Je vous prie, Monsieur, lui recommande-t-il, 
d'avoir eïi totit ceci plus d'égards au b^on golit et à la com- 
modité qu'à la magnificence qui accompagne tout ce que 
vous ordonnez pour S. M. T. C. laquelle doit avoir 
ïivec justice des palais qui correspondent à sa grandeur 
et à sa puissance ; mais il faut que mes bâtiments 
cadrent à mes moyens qui ne sont rien en comp^araison 
des siens. » 

Pour faire des économies il commande à Paris des 
modèles en se réservant de les faire co^^ier sur place à 
meilleur compte. 11 se contentera par exemple de deman- 
der à Vernansal une esquisse de plafond qu'il fera peindre 
par un barbouilleur à ses gages. De Gotte lui avait con- 
seillé de faire exécuter les ornements en argent de sa salle 
d'audience par l'orfèvre du roi Ballin. « Je suis persuadé, 
lui répond le besogneux électeur, qu'il ne sort de ses mains 
que des ouvi^ages accomplis. Mais les façons chez lui 
moulent si haut qu'elles excèdent souvent le prix de la 
matière. Aussi je suis résolu de faire exécuter ces orne- 
mens en Allemagne où l'on travaille fort bien et à beau- 
coup "meilleur marché, pourvu que l'on fournisse de bons 
modèles aux ouvriers. » 

Son secret désir aurait cté de faire solder par la cour de 
France les mémoires de ses fournisseurs parisiens. C'est 
ce qu'il n'eut pas honte de faire demander au duc d'Antin, 
directeur des bàtiments;, par rintermédiaire de R. de Cotte, 
« mes finances, explique-t-il pour excuser sa mendicité, 
étant iprésentem eut effroyablement dérangées par il-opiniô- 
treté et les mauvaises intentions de mes Etats, en haine de 
mon alliance avec le feu roi très chrétien ». «Ma passion 
pour bâtir est toujours égale, gémissait-il ; mais les moyens 
me manquent pour la satisfaire. » Ges sollicitations plus ou 
moins indirectes n'eurent pas l'effet désiré et le pauvre 



V. ÉLECTOll^T DE COLOGNE 5l 

électeur dut se résigner, bon gré niai gré, à payer ses 
fournisseurs sur sa propre cassette. 

Si l'on ajoute à ces perpétuels embarras d'argent le 
tempérament indécis et brouillon de Joseph Clément dont 
les velléités se contrariaient ssjis cesse et qui faisait con- 
stamment modifier les plans en cours d'exécution, on ne 
s'étoimera pas que plusieurs des bâtiments dessinés par 
R. de Cotte soient restés sur le papier. De ,tous les plans 
conçus pour les quatre résidences de l'électeur : JBonn^ 
Poppelsdorf, Godesberg et Briihl, bien peu ont été intégra- 
lement exécutés. 

Le château de Bonn avait été commencé par l'Italien 
Enrico Zuccali : de sorte que R. de Cotte n^avait pas les 
mains entièrement libres. Il était en outre paralysé par les 
irrésolutions de l'électeur, qui ne savait même pas s'il 
-devait conserver l'ancien palais en le remaniant ou en faire 
construire un nouveau. Il aurait Lien voulu que sa rési- 
dence fut en bordure du Rhin : mais il redoutait les inon- 
dations du fleuve et surtout il craignait d'être salué un 
beau jour à grands coups de canon par son voisin l'élec- 
teur palatin, qui résidait à Diisseldorf sur la rive droite. 
Finalement il se décida à conserver l'ancien emplacement : 
cependant^ pour jouir de la vue du Rhin et pour recevoir 
plus commodément ses hôtes arrivant par eau, il ima- 
gina de greffer sur son château une aile interminable 
s'allongeant comme un disgracieux tentacule vers le 
fleuve. 

Avec un pareil développement en largeur, tout à fait 
démesuré, l'aspect extérieur du château ne pouvait être 
très satisfaisant. Par contre la décoration intérieure des 
chambres de parade et des appartements intimes devait 
être une merveille. L'ensemble et les détails avaient été 
étudiés avec le plus grand soin par R. de Cotte, dont on 
peut admirer les dessins au Cabinet des estampes. L'enfi- 
lade des pièces d'apparçit se composait de la salle des 



52 L ART FRANÇAIS SUR LE RHIN 

Gardes, de la salle des Electeurs, de la salle d'audience, 
tendue de six tapisseries de haute lisse, où se dressait sous 
un dais le trône de l'électeur, de la chambre du conseil 
décorée aux couleurs de Bavière : bleu et blanc, du 
cabinet des glaces et de la grande galerie. De là on 
pénétrait dans les appartements intimes du Buen-retiro^ 
que l'électeur avait prescrit de décorer dans le goût 
des appartements du dauphin à Meudon avec des « gro- 
tesques » de Claude Audran, des panneaux de glace et des 
laques chinois. 

Toute cette décoration fut malheureusement anéantie 
dès la fin du xviii^ siècle dans l'incendie de 1777. Le châ- 
teau restauré fut affecté, en 1818, par le gouvernement 
prussien à l'université : ce qui acheva sa ruine (^). Si l'on 
excepte quelques plafonds miraculeusement préservés, il 
ne reste plus rien aujourd'hui du charmant décor si 
amoureusement concerté par Joseph Clément et R. de 
Cotte. 

Le petit château de Poppelsdorf, relié à celui de Bonn 
par une belle avenue d'arbres, a moins souffert bien qu'il 
ait été dévolu également à l'université, qui y a installé des 
musées et des laboratoires d'histoire naturelle. Son plan, 
très exceptionnel, a peut-être été emprunté par de Cotte à 
la Villa Rotonda de Palladio : les bâtiments se groupent 
autour d'une cour ronde entourée d'arcades au-dessus 
desquelles règne une terrasse (2). La décoration très gra- 
cieuse des appartements ainsi que delà chapelle, affectée à 
la confrérie des fleuristes, se distingue par des motifs 
rustiques ou lloraux. Une des principales curiosités de 
ce château de plaisance est la fameuse salle de coquillages 
(Muschelsaal)y véritable tour de force du Bordelais Pierre 



(1) L'université occupait auparavant le couvent des Jésuites. 

(2) Les plans de R. de Cotte relatifs à Poppelsdorf sont conservés au Cabinet 
des Estampes. Topographie. Province du Rhin. Vc. 254. 






n 






IftltlirLrrrTft FfrÉitïrfrrrfrfr rf r r 

mmnmrnrmr : 



Robert de Cotte. — Projet de façade du Palais Électoral de Bonn 




Robert de Cotte et Hauberat. — Château de Poppelsdorl. 



V. ÉLECTORAT DE COLOGNE 53 

Laporterie, qui consacra à ce travail de patience sept 
années de sa vie (i). 

Le château de Briihl, vieux manoir féodal situé à mi- 
chemin entre Cologne et Bonn, qui servit pendant plusieurs 
mois d'asile au cardinal Mazarin, avait été bombardé et 
à moitié détruit en 1689. Joseph-Clément songea à 
le remettre en état et demanda des plans à R. de Cotte. 
Dans une lettre très curieuse datée du 4 niai lyib, il expose 
ses propres idées et stipule 1" : que le nouveau château 
devra avoir l'apparence d'une maison ouverte, pour éviter, 
en cas de guerre, un second bombardement ; 2° qu'on utili- 
sera, autant que possible, les anciennes fondations qui sont 
encore fort bonnes, en se contentant de masquer ces ves- 
tiges archaïques par des constructions neuves. Dans ce 
programme nous retrouvons les mêmes préoccupations de 
sécurité et d'économie qui avaient guidé l'électeur pour 
son château de Bonn. Le château de Briihl ne devait d'ail- 
leurs être construit qu'après sa mort. 

R. de Cotte et ses lieutenants Benoît de Portier et Hau- 
berat ne sont pas, tant s'en faut, les seuls artistes français 
que Joseph-Clément emploie pour la construction et la 
décoration de ses bâtiments. Parmi les talents qu^il mit à 
contribution, il faut citer surtout le grand architecte-déco- 
rateur Gilles-Marie Oppenord, directeur général des bâti- 
ments et jardins de Mgr le duc d'Orléans, régent du 
royaume, dont il avait certainement admiré l'ingéniosité et 
le goût au Palais-Royal. Dans le recueil des OEiivres d' Op- 
penord^ gravé par Huquier (2), on trouve quatre projets 
conçus pour le palais de Bonn, qui se rapportent à la déco- 



(1) Les principales œuvres de Laporterie en Allemagne sont outre la grotte 
de Poppelsdorf, la chapelle de Falkenlust près de BrUlil, la grotte de Neuwied 
et la grotte du château de Wilhelmstal près Cassel. Voir sa biographie dans 
les Materialien ziir Statistik des niederrheinischen und tcestfàîischen 
Kreises, 1781. 

(2) Il a été publié en photographie par l'éditeur Rouveyre. Paris, 1888. 



54 l'Art français sur le rhin 

ration de la salle des Gardes, à une grotte dans un jardin, 
à un grand salon à Titalienne. Dans la correspondance d'IIau- 
berat avec R. de Cotte, il est question de plusieurs dessins 
exécutés par Oppenord pour la décoration du cabinet des 
glaces. Enfin E. Renard a retrouvé aux archives de Dûs- 
seldorf le devis détaillé d'un corps de logis portatifs sorte 
de maison roulante en bois comportant une chambre à 
coucher, une salle à manger et même une chapelle, 
qu'Oppenord était chargé de faire exécuter à Paris par les 
meilleurs artistes afin de permettre à l'électeur vieilli 
et valétudinaire de voyager sans fatigue. 

Autour de ces deux chefs de file, on relève dans la cor- 
respondance et dans les comptes de l'électeur les noms de 
quantité d'artistes et d'artisans français : les uns déracinés 
comme l'architecte Michel Leveilly qui construisit à Bonn 
V hôtel de ville (l) (1787), et la porte Saint-Michel ou porte 
de Coblence (1751), le sculpteur Rousseau, les peintres 
Vivien et Laroque — les autres exécutant à Paris les 
commandes de l'électeur, tels que les peintres Audran, 
Desportes et Vernansal, le célèbre orfèvre Thomas Germain 
qui cisela, en 1720, pour rarchevêque de Cologne, un 
magnifique calice en or enrichi de plusieurs médaillons 
représentant des scènes de la Passion (2), le médailleur 
Jean Duvivier, de Liège, qui exécuta un très beau portrait- 
médaillon du prélat, ^son premier mécène (3). 



(1) Le projet de la façade de cet édifice par Leveilly est conservé au 
Rathaus de Bonn. Leveilly a également construit à Bonn la Vigne du Seigneur 
(Vinea Domini), maison de plaisance de l'électeur, située dans un clos de 
vignes au bord du Rhin, et des hôtels particuliers comme l'hôtel Metternich, 
aujourd'hui disparu. 

(2) Gr. Bapst. Les Germain, p. 39. 

(3j Joseph Clément était, en même temps qu'archevêque de Cologne, év êque 
de Liège; ce qui explique ses relations avec le grand médailleur liégeois. 



ÉLECTORAT 1>E COLOGNE 55 



A la mort de Joseph-Clément, en 1728, tout le chantier 
français de Bonn se dispersa. Mais il ne tarda pas à se 
reconstituer sous le nouvel électeur Clément-Auguste, 
frèi'e cadet de l'empereur Charles-Alhert de Bavière, qui 
continua les traditions de faste de son oncle. 

Le château de Brûhl (Augustusburg), auquel il a atta- 
ché son nom, est avec le palais électoral de Coblence le 
chef-d'œuvre de l'architecture française du xviii^' siècle sur 
les bords du Rhin. Commencé eniyaSet achevé seulement 
en 1770, il est assurément beaucoup moins homogène ; 
mais en revanche on peut y étudier mieux que partout ail- 
leurs révolution du rococo depuis le style Régence où il 
est en germe jusqu'à la renaissance du classicisme. 

La merveille de Briihl est l'escalier monumental, dont on 
peut critiquer certains détails : l'abus des stucages à l'ita- 
lienne, le plafond trop bariolé, mais qui n'en est pas moins, 
par l'ampleur de la conception^ le magnifique rythme ascen- 
sionnel, l'égal des escaliers grandioses de Wûrzbourg et de 
Bruchsal. L'architecture duxviii^ siècle atteintici son apogée. 

Les historiens d'art allemands se sont naturellement 
efforcés de revendiquer la meilleure part de oe chef-d'œu- 
vre pour deux architectes d'outre-Rhin : le Westphalien 
Johann-Conrad Schlaun et le Franconien Johann-Balthasar 
Neumann. Mais leur argumentation est si pauvre et si fra- 
gile qu'elle ne résiste pas à l'examen. A l'encontre de 
Gurlitt, Renard avoue loyalement que Neumann, qui n'ap- 
paraît à la cour de l'électeur de Cologne que vers 1740, a 
joué un rôle de conseiller plutôt que de créateur et que sa 
participation aux travaux de Brûhl est fort douteuse. Son 
nom ne figure dans aucune pièce d'archives. Lui-même 
ne mentionne parmi ses œuvres rhénanes que la Scala 
Santa de Kreuzberg, près Bonn, et l'autel de l'église 
des Franciscains à Bruhl. Il fait quelque part allusion à 



66 l'art français sur le rhin 

une grande idée (haubt idée). Mais cette grande idée con- 
cerne-t-elle l'escalier de Brûhl ? C'est une pure hypothèse. 
En somme, du fait que Neumann a conçu les escaliers de 
Wurzbourg et de Bruchsal, on induit qu'il doit être aussi 
pour quelque chose dans le chef-d'œuvre de Briihl. On 
avouera que le raisonnement est faible et que le moindre 
document ferait bien mieux notre affaire. 

A cette hypothèse nous pouvons opposer tout un fais- 
ceau de documents irréfutables qui démontrent que le 
château de Brûhl appartient non pas à l'architecture alle- 
mande, mais à l'architecture française en Allemagne. 

1° Dans une lettre du 4 niai 171 5, que nous avons déjà 
signalée, l'électeur Joseph-Clément demande à R. de Cotte 
un plan de reconstruction du château de Brûhl. L'existence 
de ce plan initial n'est donc pas douteuse et tout porte à 
croire qu'il a servi de base pour la construction com- 
mencée dix ans plus tard, en 1725. 

2° Les travaux de construction furent dirigés successive- 
ment par deux architectes français : Michel Leveilly et 
Etienne Dupuis. 

3° Presque toutes les décorations intérieures furent exé- 
cutées sur les dessins ou de la main d'artistes tels que 
Cuvilliès, Radoux, Roussaux dont le nom n'a assurément 
rien de germanique. 

5° Le parc fut dessiné par Girard, élève de Lenôtre, qui 
avait travaillé aussi en Bavière, à Nymphenbourg et à 
Schleissheim. Le jardin du château de Brûhl, écrit 
TAllemand Renard, est une oeuvre remarquable de l'ar- 
chitecture française de jardin: Der Brûhler Schlossgarten 
ist ein vorzûgliches Werk der franzôsischen Garten- 
baukunst. 

Tous ces documents, tous ces témoignages nous auto- 
risent à conclure que le château de Brûhl, chef-d'œuvre 
deTarchitecture rococo en Rhénanie, est en majeure partie 
une création du génie français. C'est d'ailleurs également 




Grand escalier du Château de Briihl 



Photo Ollivier. 



V. ÉLECTORAT DE COLOGNE 5^ 

la conclusion de Renard, que nous reproduisons d'autant 
plus volontiers qu'elle ne peut être suspecte de partialité 
en notre faveur : « Bonn et Bensberg(i) ayant été détruits 
ou complètement transformés, Brûhl reste le monument le 
plus important de l'art du xviii^ siècle dans la province 
rhénane, l'expression du faste des électeurs de Cologne et 
de leur prédilection pour les modèles français. » 

Les fabriques semées autrefois dans le parc renforçaient 
encore cette impression. Le kiosque chinois appelé Sans 
Gêne et le belvédère en colimaçon [Schneckenhaus) ont 
disparu et ne nous sont plus connus que par les estampes 
de Metz et Mettel. Mais le pavillon de chasse deFalkenlust 
subsiste et on ne saurait rêver architecture plus purement 
française. C'est une fantaisie exquise de Cuvilliés, archi- 
tecte favori de l'électeur de Bavière, frère de l'électeur de 
Cologne (2). Construit entre 1780 et 1787, il est admira- 
blement conservé. Un salon forme avant-corps sur le 
jardin. Dans le vestibule, les bas-reliefs qui décorent les 
dessus de portes et les groupes de putti jouant avec des 
faucons (3) sont du sculpteur français Le Clerc. Dans le 
trumeau d'une cheminée s'encadre la figure de l'électeur 
Clément-Auguste en négligé, vêtu d'une robe de chambre 
de soie bleu et blanc, couleurs de la Bavière, et tenant à 
la main une tasse de chocolat fumant : cet excellent 
portrait est signé Vivien (4). Deux charmants cabinets : 

(1) Bensberg est un château bâti par l'Electeur Palatin Jean-Guillaume 
dans le duché de Berg, à quelques lieues de Cologne. 

(2) Le pavillon de Falkenlust est reproduit dans l'œuvre de Cuvilliés gravé 
par les soins de son fils en 1770. Plan général de Falquenloust, bâtie par 
S. A. S. E. de Cologne dans le parc de Bruell, surnommé Augustenbourg, 
exécuté sur les desseins de Cuvilliés père et mis au jour par son fils en 1770. 

(3) Falkenlust était consacré à la chasse au faucon. 

(4) « Ce tableau est des plus beaux que j'aie vus, écrit avec une admiration 
naïve l'auteur d'un Voyage sur le Rhin : il égale à mon avis ceux de Van 
Dyck et de Rigaud; fraîcheur de coloris, expression, vérité, vigueur du 
pinceau, tout y est léuni; la fumée qui sort de la tasse est parfaitement 
rendue ; le prince semble respirer ; il ne manque â ce portrait que la 
parole... >» 



58 l'art français sur le rhin 

l'un décoré de laques à la chinoise, l'autre de glaces avec 
des consoles supportant des porcelaines, sont dûs à un 
décorateur parisien. Dans ce pavillon presque intact 
qu'affectionnait l'électeur, plus passionné de chasse que 
de dévotion^ il n'y a rien qui ne soit français. Dans le 
bois contigu à ce petit château^ on voyait une chapelle en 
coquillages, de forme ronde, dédiée à sainte Marie TEgyp- 
tienne : c'était un ouvrage du Français Laporterie, l'au- 
teur de la Grotte de Poppelsdorf. 

Clément-Auguste avait plusieurs autres rendez-vous de 
chasse : en Westphalie, le pavillon de Clemenswerth, bâti 
par Schlaun, mais dont la décoration intérieure fut dirigée 
par Michel Leveilly; près de Bonn, le vaste château 
d'Herzogsf rende, construit aux frais de l'électeur, dans le 
style des maisons de plaisance de J.-F. Blondel, par Johann 
Heinrich Roth qui avait fait, en 1751, un voyage d'études 
à Paris. 

Ainsi nous rencontrons partout des traces de la prédi- 
lection de l'électeur Clément-Auguste pour l'art français. 
En veut-on d'autres exemples? Lorsqu'en 1742 il voulut 
paraître avec toute la pompe d'un prince de l'Eglise au 
couronnement de son frère Charles-Albert de Bavière, qui 
venait d'être élu empereur par la Diète, c'est à Lyon qu'il 
fît tisser la célèbre Chapelle Clémentine, composée de cinq 
chapes brodées aux armes des cinq évêchés dont il était 
titulaire (1). Il fonde une manufacture de tapis sur le 
modèle de la Savonnerie, à la tête de laquelle il place 
le tapissier français Duvarlet. En 1749 c'est à l'orfèvre 
parisien Roettiers qu'il commande un magnifique surtout 
en argent représentant une chasse au cerf, entouré de 
quatre flambeaux en forme de chênes '2). Ses collections, 
qui furent dispersées à Paris après sa mort, le 10 décembre 

(1) Cette « chapelle » fait aujourd'hui partie du trésor de la cathédrale de 
Cologne. 
(?) Duc DE LuYNES. Mémoires, juillet n49, IX, p. 14?, 



V. ÉLECTORAT DE COLOGNE % 

1764, contenafent un grand nombre de sculptures et de 
peintures de l'école française parmi lesquelles on remar- 
quait huit tableaux de chiens, gibiers et équipages de 
chasse de son peintre favori Desportes. 

Cette hégémonie de rartîfrançais se prolonge dans l'élec- 
torat de Cologne jusqu'à la Révolution et même au delà. 
En 1767, le chapitre de Saint-Géréonl^) commande à un 
tapissier d'Aubusson : Jean Fourié, une tenture de l'/T/s/oiVe 
de Joseph qui orne encore aujourd'hui le chœur de la 
vieille église. Ce même Fourié avait exécuté précédem- 
ment, en 1765, des tapisseries pour l'hôtel d'un patricien 
colonais, le baron Geyr von Schweppenburg : elles sont 
conservées aujourd'hui au musée d'art industriel {Kunst- 
gewerbemuseum) de Cologne. C'est la preuve que les tapis- 
series d^Aubusson étaient très recherchées en Allemagne. 

En 1786, sous le dernier des électeurs de Cologne, Maxi- 
milien, Tarchitecte Peyre, recommandé sans doute par 
l'électeur de Trêves, est chargé de composer un projet pour 
la chapelle du château de Bonn. 

Ce qui est intéressant à noter, c'est qu'un contre-courant 
tend à s'établir. En échange de nos artistes, Cologne nous 
envoie les siens : le charmant peintre et dessinateur An- 
toine de Peters, un des meilleurs élèves de Greuze (2) ; plus 
tard les architectes Gau et Hittorf qui se firent l'un et 
l'autre naturaliser Français (3). Peu de Parisiens se dou- 
tent que nous devons à ces deux architectes rhénans Sainte- 
Clotilde et Saint-Vincent de Paul, la gare du Nord et l'ar- 
rangement actuel de la place de la Concorde. 

Le sculpteur Jean-Jacques Flatters (4), né à Crefeld 

(1) RATaoENs. Die Kunstdenkmâler der Stadt Kôln. Diisseldorf, 1911, 
t. VII des Kunstdenkmâler der Rheinprovinz, p. 70. 

(2) FoRTLAGE. Anton de Peters. E'm Côlner Maler des xviiite- Jahrhunderts» 
Strasbourg, 1910. 

(3) Merlo. Kôlnische Kunstler, 2* éd. Dusseldorf, 1895. 

(4) R. EscHOLiER. Un sculpteur rhénan jpére d'un héros français. (Le 
Figaro, 10 sept. 192?.) 



60 l'art français sur le RHIN 

en 1784, fut, grâce à la protection de Napoléon, admis 
en 1806 dans l'atelier de Houdon et se fixa à Paris, 
où il mourut en i845; c'est le père du colonel Flatters 
qui devait tomber glorieusement au service de la 
France. 

De tous ces faits, comment ne pas conclure avec l'his- 
torien allemand Renard, dont nous avons déjà si souvent 
évoqué le témoignage, que l'électorat de Cologne a été, 
pendant plus d'un siècle, une province de l'art français ? 
Bonn, confessc-t-il en propres termes, était alors une colo- 
nie d'artistes français : Bonn war damais eine Kolonie 
franzôsischer Kunsiler . 



* 
* * 



Ne faut-il pas élargir et généraliser cette conclusion 
partielle? Ce qui est vrai de Bonn peut s'appliquer pareil- 
lement à Coblence, à Mayence, à Mannheim. Ce n'est pas 
seulement l'électorat de Cologne, c'est toute la Rhénanie 
qui a été, au xviii*^ siècle, une colonie de l'art français. 

Ne craignons pas de répéter cette vérité trop méconnue, 
d'abord parce que c'est la vérité historique et ensuite parce 
qu'elle est tout à l'honneur delà France. Depuis Louis XIV 
jusqu'à Napoléon, la capitale artistique de la Rhénanie n'est 
ni Berlin, ni Munich, mais Paris. C'est vers Paris et Ver- 
sailles que regardent tous ces petits princes rhénans que la 
Révolution allait balayer ; c'est à l'Académie royale d'ar- 
chitecture qu'ils demandent conseil dans les cas difficiles 
et il est rare qu'ils ne s'inclinent pas devant ses arrêts ; 
c'est à des artistes et à des artisans français qu'ils confient 
le soin de construire et de décorer leurs résidences. 

Les voyageurs qui descendent le Rhin ne sont guère 
sensibles qu'à la poésie romantique qui se dégage des 
« dômes » et des « burgs » en ruines : ils ne se rendent pas 



V. ÉLECTORÀT DE COLOGNE 6l 

compte que ce pittoresque médiéval n'est pas toujours de 
très bon aloi, que les imposantes cathédrales de Worms, 
de Spire, de Cologne sont en grande partie modernes et 
que beaucoup de repaires de burgravés sont moins véné- 
rables qu'ils n'en ont l'air. S'ils savaient se dégager des 
admirations traditionnelles, qui sont parfois convention- 
nelles, ils découvriraient avec surprise que ce Rhin 
légendaire est jalonné de monuments souvent gran- 
dioses ou charmants de l'art français du xviii*' siècle. 
Robert de Cotte, Boffrand, Jacques-François Blondel, 
Peyre et leurs élèves ont égrené le long du fleuve des 
répliques de Versailles, de Marly et de Trianon. A 
Strasbourg, le palais Rohan se tapit au pied de la cathé- 
drale en grès rose. A sa suite défilent les palais électoraux 
de Mannheim, de Coblence, et de Bonn, Brûhl et son escalier 
rococo, Benrath et son ordonnance de pur style Louis XVI, 
tout un siècle d'architecture française. Victor Hugo avait 
encore plus raison qu'il ne le pensait lorsqu'il écrivait en 
1842 : Le Rhin est beaucoup plus français que ne le 
pensent les Allemands. 

L'art français ne s'arrête pas d'ailleurs à la barrière du 
Rhin. Les cours de Stuttgart et de Munich, de Cassel et de 
Berlin sont aussi francisées que les cours rhénanes de 
Mannheim, deMayence, de Coblence ou de Bonn. Le pavil- 
lon à'Amalienburg, près de Munich, le Sans-Souci de 
Frédéric II témoignent de l'étendue de ses conquêtes. Et 
plus loin encore la Pologne, la Russie rendent hommage à 
la supériorité du goût français. Au point de vue intellec- 
tuel et artistique, l'Europe tout entière n'était à cette 
époque qu'une plus grande France. 

Certains historiens allemands, désireux de réduire la 
portée de ce grand fait de l'histoire de la civilisation, décla- 
rent que cet art de cour, patronné par des souverains qui 
avaient perdu tout sentiment national, n'a exercé qu'une 
action superficielle et passagère : l'art français est une 



62 l'art français sur le RHIN 

plante étrangère artificiellement acclimatée qui n'aurait pas 
su pi-eiidre racine sur les rives du Rhin. Si l'Allemagne 
avait connu à côté de cet art de cour importé de l'Occident 
un art national, cette objection pourrait avoir quelque 
valeur. Mais où est cet art populaire ? La vérité est que 
l'Allemagne du xviii"^ siècle n'a pas comiu d'autre art que 
l'art français et que cet idéal a pénétré très profondément 
dans la nation, l'arcliitecture bourgeoise imitant, comme 
toujours, l'architecture princière. Les palais électoraux 
construits par des Français sur les bords du Rhin ont servi 
de modèles aux maisons des simples bourgeois comme aux 
châteaux et aux hôtels des grands seigneurs. Il est permis 
de déplorer cette éclipse de l'art allemamd. Mais il n'est 
pas possible à un observateur de bonne foi de contester 
ce fait surabondamment démojitré. 

D'autre part, cette iniluence française n'a pas été si 
éphémère qu'on veut ibi en le prétendre. Elle ne s'arrête pas 
à la Révolution. Bien loin de là : vingt ans de domination 
française sous la Révolution et l'Empire n'ont fait que con- 
solider cette pénétration. Le grand poète Henri Heine, né 
à Dûsseldorf sous le régime français, a exprimé plus 
d'une fois le culte des Rhénans pour Napoléon. Quand 
l'empereur revint de l'île d'Elbe, les cocardes tricolores 
surgirent par milliers à Spire, à Mayence, à Trêves, à Aix- 
la-Chapelle. « Beaucoup de gens, proteste Stein avec 
indignation, montrent une joie indécente. » Un fonction- 
naire prussien avouera plus tard : « Il n'y a plus ici un 
homme qui ne remerciât Dieu à genoux si le pays retour- 
nait sous la domination française. » 

Le fatal traité de i8i4 qui livra la Rhénanie à la Prusse 
a faussé pour un temps l'histoire de ce pays. La P;russe a 
travaillé à détacher la Rhénanie de la France, à l'orienter 
de force vers Berlin. Ce n'est pas sans peine qu'elle est 
parvenue à ses fins. Il lui a fallu, de l'aveu de Guillaume 1*^% 
soixante-dix ans pour effacer les souvenirs de vingt ans de 



V. ÉLECTORAT DE COLOGNE 63 

domination française et les Rhénans qui n'ont pas oublié 
leur passé se nomment encore aujourd'hui Musspreussen, 
c'est-à-dire Prussiens malgré eux. 

Il s'agit de savoir maintenant si cent ans de domination 
prussienne prévaudront contre des siècles de culture latine. 
Le traité de Versailles n'a malheureusement pas annulé les 
désastreux effets du traitéde Paris. Mais si les alliés n'ont pas 
su expulser la Prusse à tout jamais du territoire de la rive 
gauche du Rhin, il nous appartient au moins de raviver 
après la victoire le souvenir de cette intime collaboration 
entre la France et la Rhénanie, qui est dans la vraie tradi- 
tion de ce pays. L'exposition d'art français organisée en 
1921, à Wiesbaden, et pour laquelle la grande-duchesse de 
Luxembourg avait gracieusement prêté son palais de Bie- 
brich, est l'heureux prélude de cette politique de rappro- 
chement intellectuel et artistique qui ne peut être que 
féconde. Il importe de persévérer dans cette voie et de 
démontrer à la Rhénanie, trop longtemps condamnée à 
servir de glacis à la forteresse prussienne, qu'il serait à la 
fois plus noble, plus avantageux et plus conforme à sa 
mission historique de redevenir un trait d'union entre deux 
grandes civilisations. 



DOCUMENTS 



I. Alsace 



I. Palais de Saverne et de Strasbourg 

1. — DOCUMENTS SUR ROBERT DE COTTE 
Wleaghels au duc d'Antini^l 

Rome, 13 novembre 1727. 

M. le Cardinal de Rohan ayant choisi le sieur de Gourlade, fils de son 
maître d'hôtel, qui est pensionnaire du Roy, pour conduire le palais 
qu'il va faire construire à Strasbourg sur les desseins de M. de Cotte, 
il m'a prié de demander son congé à Votre Grandeur. 



Le cardinal de Rohan à R. de Cotte. 



A Versailles, le 23 juillet 1728. 

Vous trouverez cy-joints, M., des plans que M. Carbonnet m'a adressés 
pour vous remettre avec une lettre de lui qui les accompagne; il s'agit 
de masquer ce grand vilain mur près mon cabinet nouveau qui était 
caché cy-devant par la glacière. Je ne vous suggéreray rien, je n'ap- 
puieray point sur le plan de M. Carbonnet; je m'abandonne à vos 
lumières avec la confiance d'un homme qui vous est, M., bien vérita- 
blement attaché. 



(1) Correspondance des directeurs de l'Académie de France à Rome, VII, 
p. 130. 



66 l'art français sur le rhin 



Le cardinal de Rohan à R. de Cotte. 



Saverne, ce l" octobre (1730). 

Quand j'ay voulu examiner, mon cher Monsieur, le plan que vous 
avez eu la bonté de faire pour le pavillon des bains à la place de la 
grille auprès de la glacière, il m'a paru que l'avance où est la cage de 
l'escalier et qui prend sur l'allée qui est en face de mon cabinet 
produirait un effet peu agréable et que dans l'espace de dix toises que 
donne la largeur de l'allée et de la terrasse en y ajoutant si on voulait 
quelques pieds de chaque côté, on pourrait exécuter ce que nous avions 
projette. J'ay engagé le S' Chevalier, venu en ce pays-cy muny de 
votre recommandation, à entrer dans mon objet en suivant votre plan 
ou pour mieux dire les idées que nous avions eues en formant ce plan. 
Il a déféré à mes désirs sur ce que je lui ay dit que mon intention 
était de vous renvoyer le tout. M. Carbonnet de son côté, dès que votre 
nom a été mis en jeu, n'a rien trouvé de difficile. 

Je vous envoyé donc led. plan. Vous avez conservé copie du vôtre. 
Je vous supplie d'examiner le nouveau, de voir si les proportions y sont 
gardées, si le perron est bien, etc. La distribution me plait assez, à 
une chose près qui est de mettre les eaux à droite à cause du réservoir 
et par conséquent Tescalier à gauche. M. Carbonnet joint au projet du 
S"" Chevalier le plan du lieu coté. Quand vous aurez donné votre coup 
d'oeil, je seray plein de confiance. 

Saverne devient magnifique. Le salon faisant façade à ceux qui 
arrivent de Strasbourg fait un bel ornement. Il m'a paru un peu lourd. 
Les pilastres ont trois pieds selon votre premier plan ; ils n'en ont que 
deux et demy selon un autre plan qui vous a été envoyé par M. Car- 
bonnet et que vous luy avez renvoyé avec approbation, dit-il, à la 
balustrade près. Les d. pilastres sont cotés trois pieds : c'est chose faite. 
Je ne vous en parle qu'excité par un peu de curiosité. 

Mandez-nous comment vous vous portez, M., et conservez un peu 
d'amitié pour qui peut vous dire avec vérité qu'il en a beaucoup pour 
vous. 



(1) Cf. les Souvenirs du marquis de Valfons. Paris, 1860. « Je soupais sou- 
vent chez M. le cardinal de Rohan qui avait un étal de souverain et où toute 
la province se rassemblait. » 



DOCUMENTS 67 



Copie des tableaux faits pour Son Éminence 
Monseigneur le Cardinal de Rouen (sic) (i) 

Le premier tableau en ovale d'après La Fosse représente Hercule 
entre la Vertu et la Volupté. 

Le second d'après Coypel représente Psiché et l'Amour qui fuit. 

Le troisième représente Alceste qui est reconnue par son mary au 
sortir des Enfers, d'après Coypel. 

Le quatrième représente Psiché tenant une lampe qui vient voir 
l'Amour endormy (2). 

Tous ces tableaux sont en ovale. 



Le Prince Frédéric de La Tour d' Auvergne (3) 
à B, de Cotte 



Strasbourg, avril 4728. 

J'ay reçu, M., la lettre que vous m'avez fait l'amitié de m'écrire avec 
le plan pour nos tribunes; je ne sçaurais trop vous témoigner ma 
reconnaissance de toutes les bontés que vous avez. Nous exécuterons 
incessamment les deux tribunes. Pour ce qui est de l'allongement du 
chœur, cela ne sera pas sitôt fait. 

M. le Maréchal du Bourg m'a chargé de vous faire mille et mille 
compliments. Il a voulu voir les plans que vous m'avez envoyés et 
comme vous savez que sa folie est d'être architecte, il prétend que 
vous avez trop échancré la partie du chœur qui s'allonge vers la nef et 
qu'ainsy cela ne donnera guère plus de place pour les jours de céré- 
monies où le chœur est rempli. Je luy ay fait voir son ignorance en luy 
faisant remarquer : l» que sa forme en était plus gracieuse et qu'outre 



(1) Cette orthographe fantaisiste est conforme à la prononciation da temps. 
On disait Rouan pour Rohan, Nouailles pour Noailles. 

(2) Ce quatrième tableau était également d'après Coypel. 

(3) Le prince Henry Oswald de La Tour d'Auvergne, archevêque de Vienne, 
était grand doyen du chapitre de Strasbourg. C'est ce prélat qui, devenu 
cardinal, commanda en 1740 à Michel- Ange Slodtz le magnifique tombeau de 
son prédécesseur au siège de Vienne, l'archevêque de Montmorin. 



68 l'art français sur le RHIN 

cela elle était nécessaire pour laisser le passage à la descente qui va à 
une chapelle sous le chœur où on va le vendredy saint. 

J'envoyay, M., il y a huit ou dix jours à un nommé M. du Maupin les 
mesures justes et exactes des trois cheminées de marbre pour mettre 
dans le Doyenné et il a dû vous les porter comme nous en étions 
convenus et vous prier en même tems de vouloir bien les ordonner et 
en faire les marchés. Je lui marquay que dans le moment que je sçau- 
rais ce qu'il faut, j'enverrais l'argent pour les payer : c'est de l'argent 
du Chapitre et il est tout prêt. 

Je vous renouvelle encore, M., mes remerciemens de toutes les 
peines que nous vous donnons et de toutes vos bontés que je n'ou- 
blieray de ma vie. Le Chapitre etmoy seraient trop heureux de trouver 
les occasions de vous en témoigner la vive reconnaissance que nous en 
avons. Je vous prie d'en être bien persuadé et de croire que vous n'avez 
point de serviteur qui vous soit plus attaché quemoy et qui vous honore, 
M., plus parfaitement que je fais. 

Le Prince Frédéric d'Auvergne. 



Marché pour trois cheminées au doyenné de Strasbourg 

Jay (sic) soussigné Antoine Gisquay, maître marbrier demeurant rue 
de Verneuil à Paris, promets à Monseigneur le prince Frédéric faire et 
parfaire pour Son Altesse les trois cheminées de marbre pour son hôtel 
de Strasbourg suivant les desseins de Monsieur de Cotte, Intendant et 
premier architecte des Bâtimens du Roy. 

Sçavoir la cheminée du Sallon de marbre de Serencolin de 4 pi. 1/2 
dans œuvre et de 3 pi. 8 po. sur la tablette ornée d'architecture avec 
des consoles sur les angles et tablette chantournée avec le foyer tout 
d'une pièce appliqué sur une pierre de liais pour la somme de quatre 
cent cinquante francs, cy 450 1. 

Plus un chambranle de marbre de griotte pour la cheminée de la 
chambre à coucher de 3 pi. 1/2 dans œuvre. 4 pi. 4 po. hors œuvre et 
3 pi. 4 po. sur la tablette ornée [d'architecture et sculpture, la tablette 
chantournée et le foyer tout d'une pièce appliqué sur une pierre de 
hais pour la somme de trois cent cinquante livres, cy . . . 350 l. 

Plus la cheminée du cabinet de marbre de vert de Campan, de 3 pi. 4 /2 
dans œuvre, 4 pi. 4 po. hors œuvre, 3 pi. 4 po. sur la tablette ornée 
d'architecture et sculpture, la tablette chantournée et le foyer d'une 



DOCUMENTS 69 

seule pièce appliqué sur une pierre de liais pour la somme de trois cent 
cinquante livres. 

Toutes lesquelles sommes se montent ensemble à onze cent cin- 
quante livres, cy 1.150 1. 

Lesquels ouvrages je promets livrer à la fin du mois de juillet de la 
présente année. 

Fait double à Paris le lei* mai 1728. 

GlSQUAY. 



Le Prince Frédéric d'Auvergne à R. de Colle 



Strasbourg, le 12 may 1728. 

J'ay reçu hier, M., la lettre que vous avez eu la bonté de m'écrire 
avec les marchés des cheminées de marbre du Doyenne. Je ne sçaurais 
trop vous remercier de toutes les peines que vous voulez bien prendre, 
mais je vous avoue que je suis très embarrassé et en voicy la raison. 

J'ay cru lorsque je vous en parlay à Paris que vous m'aviez dit que 
cela ne monterait qu'à cinq ou six cents francs. Je Tay dit de même au 
Chapitre en arrivant, de sorte que je n'oserais aujourdhuy lui montrer 
le Mémoire qui monte à onze cent cinquante livres : car vous sçavez 
que Monsieur Chapitre est un animal singulier. 

S'il était possible de les faire d'un marbre moins cher, cela m'épar- 
gnerait deux cens écus que je serais obligé de tirer de ma poche pour 
le surplus. Si cependant les choses étaient trop avancées, il faudra y 
passer et je ne vous en auray pas moins d'obligation de toutes vos 
bontés. 



Mémoire pour M. de Colle au sujel de rhô Ici du 
Grand Dot/en de Strasbourg 

On est embarrassé de savoir si on relèvera le terrain du jardin à la 
hauteur que M. de Cotte avait réglée ou si on ne le haussera point pour 
les raisons déduites dans le Mémoire cy-joint. 



70 L ART FRANÇAIS SUR LE RHIN 

M. l'Archevêque de Vienne proposerait pour concilier la difficulté 
par rapport aux caves qu'on élevât le jardin en face du Salon jusqu'à 
la rue Brûlée, à la hauteur du Salon à la réserve d'une couple de 
marches afin que des fenêtres du Salon où l'on se tiendra presque 
toujours on ne se casse pas le nez contre le mur... et que dans les deux 
parties restantes du jardin à droite et à gauche on plantât contre le 
mur de la rue Brûlée des petits bosquets pour cacher l'irrégularité du 
mur ; et qu'on imaginât dans les parties restantes à droite et à gauche 
quelques petits parterres gracieux dans lesquels on descendrait par des 
marches de gazon. 



Le comte de Hanaii à R. de Coite 

A Bouxviller, le l" juillet 1728. 

M., je n'aurais pas différé si longtemps à vous rendre grâce des plans 
que vous m'avez fait remettre pour la maison que je songe à faire bâtir 
dans la ville de Strasbourg, si je n'avais pas attendu le départ de 
M. l'abbé de Chavanne pour les renvoyer. Je les ai trouvés tous trois 
d'un grand goût ; mais comme il y a de la difficulté à acquérir la 
maison voisine et que j'ai vu par la belle distribution que vous avez 
donnée à tous trois que je trouvais assés de logement sur mon terrain 
propre, je me suis déterminé pour le plus petit. 

Vos projets m'ont même fait naître l'idée de pouvoir aussi à celui-ci 
faire l'entrée de la maison au milieu et rendre par là la façade du côté 
de la place de même que celle du côté de la rue plus grande et mettre 
tout le bâtiment sous un même toit. J'ai fait faire dans ce goût-là deux 
différents desseins que je prens la liberté de vous joindre à ces mots 
avec le petit plan, vous suppliant de vouloir les examiner et de me dire 
ce que vous en pensez. Je soumets toute la décision entièrement à vos 
lumières. M. l'abbé de Chavanne quia bien voulu se charger du paquet, 
vous expliquera le reste de bouche sur ce que nous avons raisonné 
ensemble. 

Je suis. M., tout confus de ce que je vous importune encore une 
fois ; mais la manière obligeante avec laquelle vous en avez usé jusqu'ici 
me fait espérer que vous me ferez le plaisir de mettre encore la der- 
nière main à cet ouvrage et d'être persuadé de la passion ardente avec 
laquelle j'ay l'honneur d'être, M., 

Votre très humble et très obéissant serviteur, 
Le comte de Hanau. 



DOCUMENTS 7I 

Le comte de Hanau à /?. de Cotte 

A Philippsruhe, le 28e de juin 1729. 

M., Il y a longtemps que je me serais donné l'honneur de vous écrire 
pour vous remercier des beaux plans que vous vous êtes donné la 
peine de dresser l'année passée, si la crainte de vous interrompre 
dans vos occupations ne m'en avait pas empêché. Bien loin d'avoir 
oublié les obligations que je vous en ai, je songe depuis longtemps à 
m'en acquitter en quelque manière. C'est dans cette intention que 
M. de Berckheim aura l'honneur de vous présenter de ma part une 
cassette remplie de plusieurs pièces de porcelaine fine de la fabrique 
de Dresde, laquelle quoique n'égalant point le prix d'un aussi bel 
ouvrage quel est le vôtre, je vous prie d'agréer comme une petite mar- 
que de la reconnaissance qui m'en demeure. 

Au reste. M., ai-je différé l'exécution du dessein que j'avais formé de 
bâtir un nouvel hôtel à Strasbourg à cause de l'issue peu favorable 
d'un procès d'importance dont j'avais destiné le provenu pour l'entre- 
prise de ce bâtiment. 



Le Chevalier à R. de Cotte (^) 

Strasbourg, 28 8'"-e i730. 

M., Sur la permission que vous avez eu la bonté de me donner, j'ay 
l'honneur de vous rendre compte de la conduite que j'ay tenue depuis 
que je suis arrivé icy. 

M. de Brou (2), duquel j'ay entièrement la protection et qui prétend 
d'une façon ou d'autre contribuer à ma fortune, a eu la bonté de me 
présenter luy-même à tous les principaux de la ville ; après quoy il m'a 
procuré le prince de Birkenfeld pour luy faire les projets d'un hôtel 
sur un terrain à luy appartenant situé sur le quay que l'on appelle Bir- 
kenfeld vis-à-vis de l'Intendance. Ce terrain est très irrégulier; cepen- 
dant j'y ai fait tant d'attention que je suis parvenu à faire un plan qui 
a plu au prince, à la princesse et tous les seigneurs qui l'ont vu. Cet 

(1) Cette lettre a été reproduite par A. Hallays : A travers V Alsace, p. 267. 

(2) Paul-Esprit Feydeau de Brou, intendant d'Alsace, termina sa carrière 
en 1761 comme garde des Sceaux. Il mourut Tannée suivante en 1762. Son 
tombeau, sculpté par Vassé, fut exposé au Salon de 1771. 



72 l'art français sur le RHIN 

ouvrage m'a attiré une certaine confiance de leur part qui les a engagés 
de m'arrêter icy. 

Après ce projet j'en ai fait pour M. le presteur sur deux terrains dif- 
férents desquels j'attends de luy le choix de Tun ou de l'autre pour 
l'exécution. 

M. de Brou a eu la bonté de me mener à Saverne et m'a fait l'hon- 
neur de me présenter à Monseigneur le Cardinal. Je luy montrai les 
plans du prince de Birkenfeld desquels il fut très content. Il engagea 
M. l'abbé de Chavanne à me faire voir en détail son palais dans lequel 
je trouvai de si belles choses, intérieur et extérieur, que je demandai à 
Son Altesse la permission de revenir pour en conserver un plus ample 
ressouvenir. Je retournai un second voyage avec M. de Brou. Son 
Altesse me fit voir un projet de vous pour le pavillon de ses bains ; son 
intention était que ce pavillon ne fût que de la largeur de l'allée. Elle 
m'engagea jointement avec M. de Brou d'en faire un projet suivant ses 
intentions. Je le fis dans son serre-papier par obéissance et non pour 
vous déplaire, ne croyant pas même que Son Altesse s'arrêtât en aucune 
façon à ce projet. J'ai été très surpris quand Elle m'a fait l'honneur de 
me dire qu'Elle vous l'avait envoyé. Je prendray la correction que vous 
voudrez bien prendre la peine de faire sur ce plan comme une marque 
de bonté de votre part à laquelle je me feray honneur de me conformer, 
ayant une vénération parfaite pour tout ce qui viendra de vous et pour 
principal but l'ambition de faire exécuter quelques-uns de vos projets 
et vous en rendre un exact et fidèle compte. 

Son Altesse m'a remis vos plans pour son Palais Eptscopal lesquels 
j'étudie tous les jours pour lors de l'exécution être en état de les faire 
construire aussy parfaitement qu'ils le méritent. 

M. le comte de Hanau allait faire exécuter un plan que M. Perdigué, 
second ingénieur, luy avait fait. Tous ces seigneurs s'y sont charitable- 
ment opposés et Mgr le Cardinal dit en pleine compagnie et devant l'in- 
génieur que ce plan n'avait ni rime ni raison, que s'il le faisait exécuter, 
il y ferait descendre la police. Il eut en même temps la bonté et M. le 
maréchal de me présenter à M. le comte pour lequel je vais faire 
bâtir ; mais il n'est point encore déterminé sur le plan ; je le mettray 
toujours dans le bon chemin. 

Monseigneur l'Archevêque de Vienne m'a donné ordre de faire un 
plan pour allonger à ses frais, du consentement des chanoines, le chœur 
de la cathédrale. Le S» Saussardm'a remis un plan de vous qui ne peut 
s'exécuter, ne vous ayant pas envoyé le plan de l'église. Les escaliers 
viennent directement donner dans un pilier et boucher la porte de la 
sacristie, comme il se voit par le plan cy-joint (1). J'ay fait faire en 

(1) A la fin de la lettre est dessiné, en effet, un croquis de rallongement du 
chœur. 



DOCUMENTS ^3 

planches rallongement du chœur, les marches et les autels comme ils 
sont marqués sur votre plan... Mgr le Cardinal qui doit officier le jour 
de la Toussaint en verra mieux l'effet que sur le plan. Si ces messieurs 
veulent augmenter ou diminuer sur ce projet, je leur laisseray faire 
par qui bon leur semblera. 

Si vous voulez, M., contribuer à ma fortune, vous obligerez un 
homme d'honneur qui sera toute sa vie reconnaissant. Vous n'avez qu'à 
prendre la peine d'écrire : Je connais Chevalier; c'est un bon sujet. 
M. de Brou va à Paris qui vous en marquera sa reconnaissance. 



Massol à R. de Cotte 

Strasbourg, ce 26 ^^^'^ 1731. 

M., L'espérance où j'étais de partir de Strasbourg environ le quinze 
de ce mois comme on s'y attendait est cause que j'ai négligé d'avoir 
l'honneur de vous écrire pour vous assurer de mes très humbles res- 
pects et pour vous informer de ce qui se passe au Palais Episcopal. 

Toute la démolition est faite, en sorte qu'il y a suffisamment de la 
place pour bâtir le principal corps de logis du côté de l'eau. On finit 
actuellement à ôter les décombres que je fais reprendre dans la super- 
ficie de la cour pour l'élever. Une enceinte de planches que j'ai fait 
faire ferme le passage public du quay et nous laisse la liberté de tra- 
vailler sans estre interrompu de personne. 

Le port sur le quay vis-à-vis de l'évêché par sa situation était presque 
inaccessible pour l'arrivée des bateaux qui doivent nous apporter les 
matériaux tant par sa hauteur que parce que les bateaux ne pouvaient 
pas aborder au pied du mur de quay. J'ay fait planter des petits pieux 
sur lesquels j'ai fait faire un plancher de trois toises de large avant 
dans la rivière et de quatorze toises de long — de manière que tous les 
bateaux pourront aborder et^décharger avec facilité en tout temps. Vous 
jugez bien, M., que je n'ai rien fait de tout cela qu'avec ordre de M. le 
maréchal du Bourg à qui S. A. E. a donné pouvoir de décider toute 
chose qui regarde le bâtiment du palais : cela me sera d'autant plus 
commode que les difficultés imprévues seront levées en même temps 
qui seront arrivées. 

J'ai fait fouiller un trou sur l'emplacement du mur de face du côté de 
l'eau pour connaître la situation du terrain avant de commencer à bâtir 



74 L*ART FRANÇAIS SUR LE RHIN 

ainsy que vous me l'avez ordonné. A huit pieds de profondeur, je me 
trouve 15 pouces dans l'eau et sur la terre glaise : il faut que j'équipe 
un corps de chapelet pour tirer l'eau à mesure qu'on y travaillera. 

J'ai fait faire aussi un engard {sic) de 3 toises de large et 8 toises et 
demi de long pour mettre à couvert les tailleurs de pierre qui travaille- 
ront l'architeclure. 

M. le grand maître de S. A. E. est venu voir aujourd'hui l'évéché ; il 
a trouvé que tout était bien entendu et en bon ordre. 

M. Carbonnet doit partir la semaine prochaine. 

Le marché du moellon et de la pierre de taille de Soulce est fait avec 
le S"^ Ponse, entrepreneur de fortification... Nous sommes après à rece- 
voir les soumissions des entrepreneurs pour la maçonnerie qui regarde 
la main d'œuvre seulement. 



2. - DOCUMENTS SUR ROBERT LE LORRAIN 

Lettre de J.-B. Lemoyne à Vabbé Le Lorrain, 
fils du sculpteur (i) 

Paris, 48 juillet 1748. 

Que nous sommes malheureux de ne point jouir des chefs-d'œuvre 
de ce savant artiste! Nous y verrions ce que peut un habile maître à 
l'abri de toute inquiétude, caressé, encouragé par un grand qui lui 
donne toute sa confiance et la liberté de faire et refaire des projets jus- 
qu'à ce qu'il soit content, tout occupé d'immortaliser son nom sans 
penser que le prix de l'ouvrage ne le récompensera pas et que sa 
famille sera dans la disgrâce s'il y emploie plus d'un certain tems. 
M. Le Lorrain, en travaillant pour le magnifique et grand cardinal de 
Rohan à son palais de Saverne, était comme dans un lieu enchanté, en 
pleine liberté d'esprit, non pour s'y amollir, mais pour donner par une 
étude assidue toute la force, l'enthousiasme et la réflexion que lui sug- 
géraient ses heureux talens pour les bas-reliefs et figures demi-ronde- 
bosse. Dans la composition de ceux qu'il a exécutés dans ce palais, il 
fait voir de belles masses de lumières et d'ombres, un dessein pur et 
bien rendu pour le caractère de chaque âge, des attitudes nobles et 
parlantes, beaucoup d'expression dans les têtes, un drappé grand..., 
une touche franche aux grouppes des premiers plans et vague sur les 

(1) Bibliothèque de l'Ecole des Beaux-Arts. 



DOCUMENTS 75 

fonds pour exprimer la distance d'un objet à l'autre en suppléant à la 
monotonie de couleur (défaut inséparable des matières qu'emploie le 
sculpteur) par une idée intelligente de la perspective aérienne. 

L'hommage que je rends à M. Le Lorrain sur ses ouvrages de Saverne 
est fondé sur le témoignage d'habiles artistes qui les ont vus et de plu- 
sieurs personnes de distinction qui ne cessent d'en faire des éloges : il 
ny a qu'un cri sur ce sujet dans toute V Alsace. J'ai eu l'avantage d'en 
voir les desseins qui sont d'une grande beauté. 



Gougenot. Vie de M, Le Lorrain, sculpteur (1761). 

Le Cardinal de Rohan le choisit pour embellir son palais de Saverne 
conjointement avec W^ Anguier, Goyzevox (1) et Champagne. Mais la 
partie la plus éminenle lui fut dévolue : il eut à lui seul la décoration 
du grand salon à colonnes qu'on nomme le salon de la Reine. Il y fit 
quatre groupes de ronde-bosse sur les corniches, quatre bas-reliefs sur 
les portes et quatre médaillons avec des trophées. 

Il fut chargé ensuite de faire la sculpture qui décore l'extérieur du 
palais épiscopal de Strasbourg. Il ne put cependant terminer entière- 
ment la décoration de ce palais ; une attaque d'apoplexie dont il fut 
surpris en ^738 l'en empêcha. Un autre statuaire l'a achevée sur ses 
modèles ; mais la différence du cizeau n'est que trop sensible. 



Catalogue des ouvrages de M. Le Lorrain à Saverne et à 
Strasbourg par son fils l'abbé Le Lorrain, docteur en 
Sorbonne (2). 

Au château de Saverne 

Dans le salon de quarante trois pieds de hauteur voûté en dôme et 
décoré de colonnes d'ordre corinthien. 

Sur l'entablement, quatre Vertus plus grandes que nature, représen- 
tées par la Vérité, la Religion, la Charité et laVigilance, Elles sont 
accompagnées de leurs génies, soutenant des draperies. 

(1) Gougenot fait erreur, Les travaux de Coyzevox, à Saverne, datent des 
années 1667 à 1671 : ils sont donc antérieurs au cardinal de Rohan. Ils avaient 
été commandés par son prédécesseur le cardinal François Egon de Furs- 
tenberg. 

(2) Cette liste est reproduite à la suite de la Vie de Le Lorrain, par Gouge- 
not. Le manuscrit est conservé à la bibliothèque de l'Ecole des Beaux* Arts. 



^6 l'art français sur le RHIN 

Sur le même entablement, au-dessus des fenêtres, un groupe d'en- 
fants représentant des génies, badinant avec des trophées de guerre. 

Aux quatre pendentifs du même salon, les quatre vertus cardinales : 
la Prudence, la Justice, la Force, la Tempérance. Chacune de ces Vertus 
est accompagnée de trois à quatre génies. 

Quatre bas-reliefs en dessus de porte de cinq pieds sur quatre. 

Le premier représente Apollon poursuivant Daphné avec le fleuve 
Pénée. 

Le deuxième Mercure qui apporte la lyre à Apollon pendant qu'il 
garde le troupeau d'Admète. 

Le troisième Midas jugeant entre Apollon et Pan. 

Le quatrième le supplice de Marsyas. 

Un autre bas-relief en dessus de porte, représentant deux enfants 
ornés de trophées de guerre. 

Aux clefs des fenêtres quatre têtes représentant les Quatre saisons 
avec leurs attributs. 

A droite et à gauche du perron qui descend au jardin, deux sphinx 
plus grands que nature, l'un coëfféà la grecque et l'autre à l'allemande. 

Tous les ouvrages de sculpture de ce château ont été finis en 1723. 



Au palais épiscopal de Strasbourg 

Sur la façade de la principale entrée, aux clefs des arcades des fenêtres 
seize têtes de prophètes et de prophétesses de trois pieds de hauteur. 

Sur l'entablement à trente-deux pieds de hauteur, deux figures de 
huit pieds et demi de proportion, l'une représentant la Beligion et 
l'autre la Clémence^ chacune avec ses attributs. 

Sur les côtés du même entablement sont quatre groupes d'enfants de 
cinq pieds de proportion, deux desquels ont rapport à la Religion et k\ï[ 
Clémence et les deux autres au Cardinalat. Ils sont accompagnés de 
deux cassolettes. 

Aux clefs des fenêtres, sur le fond de la cour, neuf têtes coëffées à la 
grecque et à la romaine. 

Sur la corniche du fronton, deux figures de huit pieds neuf pouces 
représentant l'une la Force, l'autre la Prudence. 

Au fronton de la chapelle, deux anges en adoration au pied d'une 
croix, exécutés d'après les modèles faits par M. Le Lorrain. 

A un autre fronton, une Charité et ses attributs, exécutés pareille- 
ment d'après ses modèles. 

A d'autres frontons, les armes du Roi, celles de l'Évêché et des tro- 
phées. 

Les ouvrages de ce palais, qui sont entièrement de la main de M. Le 
Lorrain, étaient tous finis en 1737. 



t)OCUMBNTS 5? 



DESCRIPTION DES OUVRAGES DE SCULPTURE 

Que feu M. Le Lorrain, professeur de l'Académie Royale de Peinture et de 
Sculpture, a fait pendant plusieurs années au Château de Saverne, finis en 
1723 et au Palais Épiscopal de Strasbourg, en 1735, 36 et 37 : ouvrages 
dignes d'être admirés et d'honorer la mémoire de ce grand homme (1). 



Au Château de Saverne 

Dans le salon à colonnes, d'ordre corinthien, voûté en dôme de 
42 pieds de hauteur ; 

Sur l'entablement, sont quatre Vertus, plus grandes que nature, 
représentées par La Vérité, La Religion, La Charité et La Vigilance^ 
accompagnées de leurs génies, et attributs. Soutenant des drapperies. 

Sur ledit entablement au-dessus des fenêtres, un grouppe d'enfants, 
représentant des génies badinant avec des trophées de guerre. 

Aux quatre panaches (sic) (2), les quatre Vertus cardinales, La Pru- 
dence, La Justice, La Force et La Tempérance, demie ronde bosse, 
chacune accompagnée de trois et quatre génies, dont les caractères 
sont au-dessus de toutes expressions. 

Quatre dessus de porte, basreliefs traités avec grand art de î) pieds 
sur 4. Le premier représente Apollon qui poursuit Daphnée, laquelle 
implore le secours du fleuve Pénée au moment de sa métamorphose. 

Le second, Mercure quiaportelalire à Apollon, gardant les troupeaux 
d'Admète. 

Le troisième, le roy Midas, jugeant le différend entre Apollon et 
Pan. 

Et le quatrième, le satire Marsias écorché vif par Apollon. 

Un autre dessus de porte, basrelief représentant deux enfans ornés des 
trophées de guerre. 

Aux clefs des fenêtres sont quatre têtes qui représentent les quatre 
saisons avec leurs attributs. 

A droite et à gauche du perron qui descend au jardin, deux sphinx 
plus grandes que nature, très estimées, l'une coiffée à la Grecque et 
l'autre à l'Allemande. 



(1) Archives départementales du Bas-Rhin. G. 2.262. Nous devons la copie 
de ce document qui n'a été publié que partiellement dans les Mémoires 
inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l'Académie Royale de 
peinture et de sculpture à l'amabilité de M. Eckel. 

(2) Pendentifs. 



78 l'art français sur le RHIN 



Au Palais Épiscopal de Strasbourg 

Sur la façade de la principale entrée, aux clefs des arcades des fenê- 
tres, sont des têtes de prophètes et prophétesses : Moyse dans le carac- 
tère duquel on voit un grand et profond législateur : David repentant 
de son crime; Isaïe, Jérémie, Baruch, Daniel, Ézéchiel, Élie, tous avec 
des caractères qui expriment parfaitement l'esprit dont ils étaient ani- 
més. Aaron, Josué, le Pharisien, Anne fille de Phanuël, Marie sœur de 
Moyse, une jeune juive, Judith triomphante d'avoir couppé la tête à 
Holoferne; et Hélène, mère de l'empereur Constantin, celle qui fit bâtir 
le temple du Saint-Sépulchre. 

Sur l'entablement et directement à plomb des colonnes de la princi- 
pale porte d'entrée : deux figures drappées de 8 pieds 1/2 de proportion, 
d'une grande beauté, posées à 32 pieds de hauteur non compris les 
figures ; à droite c'est la Religion demi-assise sur un crouppe de nuée, 
voilée de sa drapperie, la tête et le bras droit vers le ciel, qu'elle 
regarde avec ardeur. Embrassant à sa gauche une croix, du même 
côté est un enfant qui montre le livre de l'Évangile. 

A gauche, c'est la Clémence demi assise sur un lion, la tête et les 
yeux un peu baissés, ses cheveux liés avec une boucle relevée par 
derrière, tenant un dard de sa main gauche, appuyée sur ses genoux, 
et la droite posée sur la tête du lion, la férocité duquel paraît être 
adoucie par un enfant, qui de la main gauche luy tient la crinière et 
présente la droite à la Clémence, en se regardant mutuellement l'un et 
l'autre. 

A la droite de la Religion sur les piédestaux de la balustrade à 30 pieds 
de hauteur. 

1° Un grouppe composé de deux enfans de 5 pieds sous un palmier, 
dont un tient le calice et l'autre est à genoux, tenant une main sur sa 
poitrine, en adoration ; l'autre main s'appuie contre le palmier, a côté 
duquel est un bénitier et un livre. 

2° Une cassolette d'un très beau goût antique, ovale de 3 pieds sur 2. 

50 Un autre grouppe de trois enfans sous un palmier, dont un se 
coiffe d'un grand chapeau de cardinal, pendant que les deux autres 
s'efforcent à soutenir une drapperie qui tient audit palmier dans lequel 
est une croix. 

A la gauche de la Clémence sur les piédestaux de la balustrade à la 
susdite hauteur de 30 pieds. 

1° Un grouppe de deux enfans de 5 pieds de proportion sous un pal- 
mier entrelassé d'un grenadier, représentant l'amitié par leur carac- 
tères, on voit une mutuelle correspondance d'affection et encore par des 
présens que l'un offre à l'autre, comme pour le secourir dans la disgrâce. 



DOCUMENTS 79 

2" Une cassolette antique semblable à la précédente. 

3° Un grouppe composé de trois enfans sous 'un palmier. L'un tient 
une mître pendant que les deux autres ingénieusement gardent la 
crosse et l'épée adossés audit palmier. 

Dans le tympan du fronton circulaire du pavillon à la droite du palais. 
La Charité vêtue d'une drapperie tenant un cœur de sa main gauche, 
et de la droite un enfant qui tette pendant qu'un autre suce son propre 
doigt. (Exécuté par Les. Paulé, d'après le modèle de M. Le Lorrain.) 

Aux clefs des neuf fenêtres sur la façade du fond de la cour sont des 
têtes d'hommes et de femmes parfaitement bien caractérisés de diverses 
coëffures, grecques et romaines. 

Sur le tympan du fronton triangulaire sur l'avant corps de la susdite 
face, sont les armes du roy ornées de trophées d'armes, et de deux 
enfans, l'un sert de suport au cartel, et l'autre de Renommée sonnant 
la trompette. 

Sur la corniche dudit fronton deux figures de 8 pieds 3/4 de propor- 
tion à demi couchées, l'une représentant la Force, tenant un faisceau 
d'armes, et l'autre la Prudence, par le miroir et le serpent. 

Au fronton de la façade côté de la rivière les armes de l'évèché supor- 
tées par deux lions. 

Sur l'entablement circulaire du frontispice de la chapelle côté de la 
rivière, deux anges en adoration de 8 pieds 3/4 de proportion, demi 
drappés posés à 40 pieds de hauteur, à genoux au pied d'une croix 
placée au milieu d'eux, l'un a les mains jointes, la tête et les yeux vers 
le haut de la croix, extrêmement pénétré de l'amour de son Dieu. L'autre 
la main gauche sur sa poitrine, le corps, la tête et les yeux modeste- 
ment baissés montrant de la main droite la croix aux passans, comme 
pour les faire souvenir de ce grand et profond mistère. (Faits de stuc 
d'après le modèle de M. Le Lorrain et actuellement se font en cuivre 
battu, au marteau, par Jean Hougler le fils, chaudronnier de la ville de 
Strasbourg.) 



80 l'art FRANÇAis SUR LE RHIN 

II. Incendie de la cathédrale de Strasbourg 

L'architecte de la Guêpiers (i) au marquis de Marigny 

A Stuttgart, le 31 juillet 1759. 

M., L'accueil gracieux qu'il vous a plu me faire lorsque j'ai eu l'hon- 
neur de vous assurer de mon profond respect à Paris semble authoriser 
l'envie que j'ai de vous supplier de m'accorder votre protection dans 
un ouvrage que la proximité du pais où je suis me permettrait de faire. 
Si vous daigniez, M., écrire en ma faveur au Prince Constantin, évêque 
de Strasbourg, en luy remettant une lettre de votre part, je ne doute 
point qu'elle ne produise tout l'effet que j'en attends. 

La principale église de Strasbourg, M., vient d'être endommagée d'un 
singulier coup de tonnerre qui a mis le feu au comble ; tout est brûlé, 
la voûte du cœur {sic) est tombée, a écrasé le maître-autel ; il n'y a 
pour ainsi dire que la belle tour de respectée. J'y vois une reconstruc- 
tion, sans être totale, qui mérite quelque considération pour un artiste 
qui cherche les occasions de se distinguer et surtout pour un bon Fran- 
çais qui a le chagrin de ne pas servir sa patrie. Je vous devrai, M., ce 
bonheur, si je puis sous vos auspices obtenir de ce Prince Evêque de 
travailler au projet du rétablissement de cette église que je ne ferais 
sûrement qu'en employant, s'il m'est possible, ce vrai goût que vous 
flattez si bien. J'ose dire que je me ferais fort d'y réussir si vous me 
permettiez, M., d'écouter vos conseils. 



Le marquis de Marigny à la Guêpière 

Versailles, le 29 août 1759. 

J'ay reçu. M., votre lettre du 31 du mois de juillet dernier au sujet du 
singulier coup de tonnerre tombé sur la principale église de Strasbourg 
qui a mis le comble en feu, fait tomber la voûte du chœur et dont la 
chute a écrasé le maitre-autel. Je ne suis point surpris que le rétablis- 

(1) Arch. Nat. 0* 1909. — Pierre-Louis-Philippe de la Guêpière, élève de 
J. F. Blondel, était depuis 1752 l'architecte du duc de Wurtemberg. 



DOCUMENTS Si 

sèment de cet édifice ait excité en vous le désir d'en être chargé : c'est 
une reconstruction à faire honneur à vos talents. Mais je ne puis écrire 
à M. le Prince Constantin pour vous procurer cet ouvrage. Voyez à 
employer les recommandations que vous avez à la Cour de Stuttgart 
auprès de ce Prince ; tâchez qu'on l'engage à m'écrire pour sçavoir 
mon sentiment sur vos lumières et vos talents. Je vous promets que 
vous serez content des témoignages que je luy rendrai de votre 
capacité. 



III. Plans de Blondel pour la ville de Strasbourg 

Cours d'Architecture, t. iv. Paris 1773 

« Le Magistrat de Strasbourg ayant conçu le dessein de faire construire 
plusieurs corps de casernes pour contenir la garnison de cette ville, 
ainsi qu'une Place d'Armes et de nouvelles communications pour rendre 
le défilé des troupes plus commode, sans nuire à la circulation des 
habitants, demanda à la Cour un architecte expérimenté qui pût se 
transporter sur les lieux, à dessein d'y faire lever un plan exact, de 
projeter sur ce plan les bâtiments à faire pour le service du Roi et en 
même temps de désigner les emplacements les plus convenables pour 
élever dans la suite un Sénat, une place propre à contenir la statue 
pédestre du Prince, une salle de spectacle, des marchés, des halles, etc.. 
Nous eûmes l'honneur d'être choisi pour ces différentes opérations... 

« De retour à Paris, nous présentâmes (un second projet) à M. le duc 
de Choiseul qui, après l'avoir examiné, nous excita à entrer dans des 
vues moins économiques, nous laissant entrevoir que cette vaste entre- 
prise était l'ouvrage du temps, que par cette raison, il ne fallait rien 
épargner pour produire un plan digne du règne sous lequel nous 
vivions. Échauffé par les idées élevées que nous communiqua ce 
ministre éclairé, nous fîmes un troisième projet qui reçut son appro- 
bation et à l'occasion duquel nous retournâmes à Strasbourg pour le 
soumettre au Magistrat. Ce dernier ouvrage, beaucoup plus important 
que les précédents, fut sujet à plusieurs contestations : nous fîmes de 
nouveaux efforts pour parvenir à concilier les idées de grandeur pui- 
sées à Versailles et celles d'économie qui nous furent recommandées à 
Strasbourg : en sorte qu'après avoir passé cinq mois de suite dans cette 
ville, nous eûmes la satisfaction d'obtenir l'approbation unanime de 



Sa l'art français sur le rhin 

l'État-Major, de la Noblesse, du Clergé et de la Bourgeoisie, tous égale- 
ment intéressés aux nouveaux alignements prescrits, aux acquisitions 
à faire, en argent ou par échange... Ce plan et les projets auxquels il 
avait donné lieu furent présentés de nouveau à M. le duc de Choiseul ; 
nous les lui offrîmes à Marly avec M. le Maréchal de Contades, com- 
mandant de Strasbourg et avec iM. Gayot, Prêteur Royal de cette ville ; 
enfin l'automne suivant, le 2 octobre 1768, nous eûmes l'honneur de 
les présenter à Sa Majesté qui en approuva l'exécution. » 

Blondel décrit ensuite la route que les étrangers parcourent lors- 
qu'ils traversent la ville, de la porte de Saverne â la porte des Bou- 
chers. 

<( La Place d'Armes (1) est aujourd'hui une des principales beautés de 
la ville de Strasbourg. Sa forme, quoique irrégulière ne laisse pas de 
produire un bon effet; et sa décoration dans un genre simple deviendra 
intéressante lorsque, dans la suite, chaque particulier qui a des mai- 
sons hur cette place, se sera assujetti à suivre la même ordonnance 
dans les façades. En attendant cette époque, nous avons planté une 
allée d'arbres dans son pourtour qui, en masquant pour ainsi dire la 
disparité actuelle de ses bâtiments, procure de l'ombre aux troupes, 
lorsqu'elles viennent y faire l'exercice et monter la parade... 

«Malheureusement l'exécution est presque toujours négligée loin des 
yeux de l'ordonnateur... C'est ce qui nous arrive à Strasbourg, l'éloi- 
gnement du lieu de notre capitale s'opposant à former dans celte ville 
des artistes en second qui puissent rendre avec intelligence les mesures, 
les rapports, les profils et le goût de l'architecture qui leur sont 
confiés... 

u A l'égard de la Place Royale (2), nous n'avons pu raisonnablement la 
faire plus vaste ; il faut se ressouvenir qu'il s'agit ici d'une ville de 
guerre... Cette place, au milieu de laquelle doit s'élever la statue du 
Prince, a pour fond la façade du Sénat et la statue se trouvera précisé- 
ment en face du portail de la Cathédrale... Cette place est aussi destinée 
pour un marché, de manière que la représentation, du héros se trouvera 
placée au milieu de l'abondance, en face du temple de Thémis et vis-à- 
vis celui de la Religion... 

« Pour faire juger de l'importance et de l'utilité des changements pro- 
posés pour Strasbourg, nous ferons remarquer que dans cette seule 
partie de la ville, il n'est point ou presque point de carrefour que nous 
n'ayons converti en place, point de rues que nous n'ayons alignées, de 
manière à former dans la suite des communications beaucoup plus 
régulières qu'elles ne l'étaient précédemment. » 



(1) Place Kleber. 

(2) Place Gaienberg. 



DOCUMENTS 83 



II. Electorat Palatin 



Noie des ouvrages que le Chevalier de Marolles a exéculé 
dans différentes Cours d* Allemagne (U 



Le Chevalier de Marolles, élève de feu M. Blondel et ensuite du feu 
Chev. de Servandony, célèbres architectes. 

A fait les fêtes du Duc régnant de Vurtemberg à Stuttgardt de 1763 et 
1704 conjointement avec feu Servandony. 

En mars 1764 j'ai fait les fêtes du couronnement de l'Empereur 
régnant à Francfort. 

Ensuite je suis revenu à la cour de Mannheim où S. A. S. l'Electeur 
Palatin m'a chargé de lui faire le projet d'un nouveau château et embel- 
lissement du parc de Schwetzingen. 

En 1765 je fus appelle du Roy de Prusse. Ce monarque savant m'a 
chargé de lui embellir son château et parc de Sans Soucy. Ce digne 
monarque m'a comblé d'honneur et de satisfactions. 



Nicolas de Pigage au comte [d'Angiviller (2) 



Mannheim, 16 mars 1778. 

Il offre au comte d'Angiviller, Directeur des Bâtiments, un exem- 
plaire de son ouvrage sur la Galerie Electorale des tableaux de Diissel- 
dorf a que j'ai composé, écrit-il, dans mes loisirs et par goût particu- 
lier pour le bel art de la Peinture, qui a tant de liaison avec celui de 
l'Architecture que je professe ». 



(1) Arch. Nat. 0» 1913, 1-32. 

(2) Arch. Nat. 0» 1914. 



84 l'art français sur le RHIN 



Le comte d'Angiviller à M. de Pigage^ premier architecte 
de S. A. El. Palatine 



Versailles, 8 avril 1778. 

Cette célèbre gallerie et les morceaux précieux qu'elle renferme 
méritaient une description aussi bien faite et aussi intéressante, tant 
par les gravures charmantes qui l'accompagnent que par le discours 
qui sert à leur explication. Tous ceux qui n'ont pu voir cette magnifique 
collection vous seront bien obligés de l'idée qu'ils peuvent en prendre 
au moyen de votre ouvrage et ceux qui l'ont déjà vue vous devront 
aussi le plaisir qu'ils ressentiront à se rappeler tant de sublimes mor- 
ceaux. 



Journal de Wille 

45 février 1760. M. Hin, peintre du duc régnant de Deux Ponts et mon 
ancien ami, étant arrivé avec S. A. S. me vint voir tout de suite. J'en 
étais ravi. Nous nous sommes embrassés de bon cœur comme de 
raison. 

Le 16. Monseigneur le duc de Deux-Ponts me fit l'honneur de me 
visiter et S. A. S. resta plus d'une heure et demie avec moi. Nous rai- 
sonnâmes continuellement et presque toujours sur les arts dont il est 
grand amateur et connaisseur. 

le' mars 1760. Monseigneur le duc de Deux-Ponts vint chez moi et 
peu après nous montâmes en carrosse et je le menai chez M. Rémi pour 
voir un tableau du Poussin qu'il acheta pour cent louis. C'était une 
Adoration des Bergers. Ce tableau sera transporté à Manheim pour 
être mis dans le fameux cabinet de l'Electeur Palatin. 

Le \6 mars. M. Meyer, jeune peintre, a pris congé de nous pour aller 
avec les équipages du duc de Deux-Ponts à Deux-Ponts, Monseigneur le 
duc l'ayant engagé pour cela en lui donnant une petite pension. C'est 
M. Hin, son ancien maître, lorsqu'ils étaient encore à Strasbourg, qui 
lui a procuré cette petite fortune. 

28 octobre 1765. Meyer, jeune peintre, est de retour de chez le duc de 
Deux-Ponts où il a été plusieurs années ; il a quitté le Prince. 



DOCUMENTS 85 



Livret du Salon de 1781 

Au 10 septembre jusqu'à la fin du même mois, on verra dans l'ate- 
lier de M. Monnot Cour du Louvre deux figures en marbre de grandeur 
naturelle. C'est le moment où Psiché vient voir l'Amour. 

Ces figures sont destinées à orner le lit de Son Altesse Sérénissime 
M. le Prince de Deux-Ponts. 



Le Prince de Deux-Ponts au comte d'Angiviller (i) 



Paris, 15 novembre 1784. 

Monsieur le Comte, Le S"" Pietz, porteur de cette lettre, est un jeune 
peintre au service de mon frère Duc Régnant des Deux Ponts, qui va à 
Rome pour se perfectionner dans son art. J'ose vous supplier. Monsieur 
le Comte, de vouloir bien lui accorder vos bontés et protection, pour lui 
en faciliter les moyens. 



L ART FRANÇAIS SUR LE RHIN 



III. Electorat de Mayence 



I. Description de La Favorite en 1789 (1) 

La Favorite doit ce nom à l'Électeur Lothaire -François de Schôn- 
born ; il en faisait son principal amusement dans l'été. 

Ce que je trouve de plus beau dans ces Champs-Elysées de Mayence, 
c'est la situation. L'Électeur qui règne actuellement y a fait bâtir une 
retraite pour sa personne seule, qui par conséquent n'est pas très grande. 

Le jardin n'a rien qui mérite une attention particulière; on pourrait 
cependant tout faire sur un terrain si beau et si avantageusement 
situé... 11 est environné d'une grille de fer qui, par sa légèreté, ne 
cache ni la vue de la ville ni celle du Rhin ; il est orné de statues, de 
vases et de bancs qui, quoique du siècle passé et d'une faible et mau- 
vaise exécution, forment pourtant, par leur blai;icheur, un contraste 
agréable avec le verd des arbres. 

Au milieu des bosquets on trouve un pavillon uniquement destiné au 
jeu et aux concerts : ce n'est qu'une seule pièce sans vue. Un peu plus 
loin, le jardin s'élève des bords du Rhin en plusieurs terrasses déco- 
rées de fontaines et de statues, et couvertes des fleurs les plus agréa- 
bles et de superbes orangers. 

Lorsqu'on les a toutes montées on découvre l'édifice principal qui de 
chaque côté a trois petits pavillons un peu éloignés les uns des autres. 
Ils ont un défaut : c'est d'ôter au grand bâtiment, à droite, la vue des 
montagnes de Darmstadt, à gauche de la ville et des campagnes riantes 
de Wisbade... Aussi ces sept bâtiments d'une forme peu moderne n'of- 
frent pas un coup d'oeil agréable et n'annoncent aucune commodité. Il 
vaudrait mieux, à la place de tous ces pavillons mesquins et irrégu- 
liers, élever sur la partie la plus haute du jardin un seul corps de bâti- 
ment avec deux ailes, dans le genre de la Prévôté, qui aurait sa façade 
sur le Rhin et d'où l'on jouirait d'une aussi belle vue qu'à Mayence 
même... On verrait sous ses pieds rouler majestueusement le Rhin et 
le Mein qui lui apporte son onde argentée, les riches campagnes de 
Hochheim, Wisbade, une partie du Rhingau. Enfin les montagnes et 
les forêts qui s'étendent jusqu'à Francfort termineraient ce brillant 
horizon. 

(I) G. Lang. Reisc auf dem Rhein, 1789. Adaptation en français intitulée 
Voyage sur le Rhin depuis Mayence Jusqu^d Dusseldorf. Mayence, 1808. 



DOCUMENTS 87 



II. Hôtel de Tour et Taxis, à Francfort 

Mémoire de Robert de Cotte pour le prince de Tour 
et Taxis (i) 



1727. 

J'ay examiné les desseins qui m'ont été communiqués pour bâtir un 
grand hôtel en la ville de Francfort pour S. A. iMonseigneur le Prince 
de La Tour. J'en ay trouvé l'arrangement et la distribution bien dispo- 
sés : apparemment que l'architecte qui les a faits et qui me paraît 
homme entendu et capable d'exécution a travaillé sur des mémoires 
qui lui ont été donnés. 

Comme on me demande mon avis, je crois après avoir fait réflexion 
que cette maison étant pour un grand seigneur, il serait plus à propos 
de ne faire qu'un grand appartement au rez-de-chaussée : c'est ordi- 
nairement où se rassemblent les seigneurs et la noblesse et au premier 
étage faire deux appartemens sur le jardin et d'autres en aisles et aux 
pavillons sur la rue ainsi que les logemens en attique, mesme dans les 
basses cours pour ce qui regarde les écuries, manège couvert, remises 
des carosses, des logements d'officiers et de domestiques. 

La rue ou l'on doit bâtir cette maison n'étant pas large, j'ay pensé 
que pour en rendre l'entrée plus facile et pour y donner plus de grâce, 
il fallait y former deux portions circulaires qui doivent faire un bel 
effet. 

J'ay fait intérieurement un péristile de colonnes du côté de la cour 
où se rassemblent ordinairement bien des gens dans la journée d'un 
certain ordre, ce qui donne un grand agrément et qui convient à la 
maison d'un seigneur. D'ailleurs ce péristile conduit à des galleries en 
arcades à droite et à gauche de la cour pour aller à couvert de ce 
péristile dans toute la maison, ce qui agrandit aussy la cour. 

Au fond de lad. cour et au milieu est le vestibule. Au lieu d'entrer 
d'abord dans le sallon qui est la pièce honorable où se doit assembler 
la compagnie... j'évite d'en former un passage qui en ôte l'usage aux 
gens de médiocre condition et aux domestiques. C'est pourquoi l'on 
entre à droite du vestibule dans une grande salle éclairée du côté de 
la cour où se tient ordinairement la livrée ; de là on passe par trois 
arcades dans une antichambre du côté du jardin où se doivent tenir les 

(1) Bibl. Nat. Cab. Est. — Papiers de R. de Coite, III. 



88 l'art français sur le rhin 

officiers et valets de chambre de la maison ; ensuite on entre dans un 
sallon de forme ovale où sont deux cheminées ou poêles et au milieu en 
face du jardin est un renfoncement pour y mettre un sopha : cette 
pièce est, comme j'aydit, où se rassemblent les seigneurs et la noblesse. 
I/on passe du sallon dans la chambre de parade et de là au grand 
cabinet et en retour dud. grand cabinet une chambre à coucher qui a 
ses commodités, des petits cabinets et des garderobes convenables avec 
une antichambre qui a son entrée séparément par la gallerie à gauche 
sur la cour afin que le prince et la princesse puissent se retirer quel- 
quefois delà compagnie pour donner des ordres sans que leurs officiers 
et domestiques passent dans le grand appartement, ayant trouvé que 
dans les plans qu'on m'a communiqués, les chambres et les cabinets 
étaient des pièces trop petites. 

J'ay placé à gauche du vestibule le grand escalier qui monte par le 
milieu du vestibule seulement au premier étage qui conduit aux deux 
grands appartements sur le jardin et autres appartements dans les 
ailes. Les autres escaliers placés à différens endroits monteront à tous 
les étages et même descendront dans les caves. 

J'ay cru devoir placer la chapelle au rez-de-chaussée qui aura son 
entrée au fond de la première salle avec une tribune pour la commodité 
du premier étage; tous les gens de la maison pourront entendre la 
messe commodément au rez-de-chaussée même delà salle. 

A l'égard de la salle à manger, comme c'est une pièce de conséquence 
où on se rassemble souvent, j'ay cru qu'il y fallait faire attention pour la 
bien placer et qu'elle soit assez grande. C'est pourquoy je l'ay fait du 
côté du jardin à droite de l'antichambre dans l'enfilade du grand appar- 
tement ayant son entrée aussy pour le service par la première salle : 
en sorte que l'on y sert et dessert à couvert facilement des offices et 
cuisines qui sont arrangés à peu près comme dans les plans qui m'ont 
été communiqués, à la réserve que j'ay rapproché l'office dont on fait 
usage pendant la journée pour des rafraîchissements. 

Le plan du premier étage est en papier qui retombe, on verra si la 
distribution convient; elle a peu changé... 

Je n'ay point fait le plan de l'étage en attique dont la distribution doit 
être comme celle des plans qui m'ont été communiqués. 

J'ay trouvé les écuries de la grande basse-cour assez bien disposées , 
il y a de quoy placer 46 chevaux. J'ay changé le manège couvert ; je l'ay 
fait au fond de ladite cour de la même grandeur ; par ce moyen cette 
cour devient plus grande pour y exercer des chevaux... 

J'ay fait les élévations des façades sur le jardin, une autre du fond de 
la cour qui est aussy celle de la rue avec un profil du corps de logis 
qui fait voir la décoration d'une aile et le pavillon sur la rue et le 
péristile qui porte la terrasse. 

Voilà ce que je pense sur cet hôtel. Si cette idée convient, on peut la 



DOCUMENTS 89 

communiquer à l'architecte qui a fait les premiers desseins pour lui 
donner occasion de mieux penser encore. Je n'ay fait ce projet que 
pour faire plaisir au Prince que je n'ay pas l'honneur de connaître. Si 
son architecte était de mauvaise humeur et que ce projet convienne à 
S. A-, on n'aura qu'à me faire sçavoir son intention à laquelle je me 
conformeray ; mais il faudrait avoir en même tems un mémoire ins- 
tructif des commodités indispensables et de la quantité de logements 
qu'il faut pour tous les officiers et domestiques afin de travailler avec 
certitude. 

Comme l'usage en Allemagne est de mettre des poêles, il serait bon de 
marquer les endroits où on les veut placer. On en met ordinairement 
dans les premières salles où j'en ay placé deux dans les angles à l'an- 
tichambre, salle à manger. Je ne scay si on en mettra dans le sallon ; en 
tout cas j'y ay fait deux cheminées et si on y met des poêles, on pourra 
mettre le bois par derrière sans passer dans les appartemens, ainsy 
des autres pièces, mais il faut aussy une explication sur ces sortes d'u- 
sages. 

J'ay fait réflexion qu'on pourrait faire dans le premier étage un grand 
appartement comme celuy du rez-de-chaussée, entrant du vestibule 
dans une pareille salle sur la cour, de là dans une antichambre sur le 
jardin qui conduirait au grand appartement, passant par le sallon; et 
de la même antichambre à droite on passerait dans une chambre, cabi- 
net et garde-robe qui serait double par le moyen d'une entresolle, 
l'étage étant assez haut et les dites garderobes se trouveraient dégagées 
par la salle qui conduirait à la tribune de la chapelle. J'en ay fait un 
papier qui retombe sur le plan du premier étage : en sorte qu'il y aurait 
toujours deux appartements dans le premier étage du côté du jardin. 
Je crois que c'est le party qu'il faudrait prendre. 

Fait à Versailles, le 8 septembre 1727. 



Le Prince de La Tour et Taxis à R. de Cotte (i) 

Bruxelles, le 20 octobre 1727. 

M., M. de Kerpen m'ayant donné part de la manière obligeante avec 
laquelle vous avez biçn voulu prendre la peine d'examiner le plan de 
l'hôtel que j'ay envie de faire bâtir à Francfort et même de m'envoyer 

(1) Bibl. Nat. Cab. Est. —^Papiers de R. de Cotte, III. 



90 L ART FRANÇAIS SUR LE RHIN 

un que vous avez eu la bonté de faire faire, que je trouve parfaitement 
beau, le mémoire, M., que vous y avez joint me fait connaître que les 
changements que vous avez jugé à propos d'y faire sont fondés sur la 
parfaite connaissance que vous en avez et votre plan. M., trouvera sans 
conteste l'approbation générale. Je souhaiterais pouvoir vous en mar- 
quer ma reconnaissance et rencontrer des occasions de vous convaincre 
combien je suis, M., 

Votre très humble serviteur 
A. F. Prince de La Tour et Taxis. 



III. Reconstruction de la flèche de la Cathédrale de Mayence 



Le marquis de Marignij au baron de Dalberg (i) 

14 novembre 1770. 

J'ai reçu. Monsieur, avec la lettre que vous m'avez fait l'honneur de 
m'écrire le 12 septembre les plans et éclaircissemens que l'Académie 
d'Architecture avait demandés pour pouvoir décider de la possibilité 
d'élever une tour de pierre à la place du clocher en charpente de la 
cathédrale de Mayence. Je les ai fait passer aussitôt au secrétaire de 
l'Académie et elle s'en occupera dès la rentrée qui est instante... Je vous 
prie d'être convaincu du plaisir que je ressens d'être à portée de pro- 
curer au Chapitre illustre de Mayence la solution de ses doutes sur 
cette construction. 

(1) Arch. Nat. 0» 1912. 



DOCUMENTS 9I 



Procès-verbaux de V Académie d'Architecture (l) 



26 novembre 1770. 

Ensuite ont été mis sur le bureau les plans, coupes, ^profils et éléva- 
tions de la tour du clocher de Mayence et les explications aux éclaircis- 
sements préliminaires lesquels avaient été demandés par TAcadéraie à 
la séance du 25 juin 4770 et l'Académie a nommé M" Chevotet, Le 
Carpentier, Brebion et Moreau pour en faire leur rapport à la Compa- 
gnie. 



2 décembre 1770. 

L'Académie a demandé à entendre le rapport des commissaires sur 
l'objet de l'église de Mayence. Ils ont dit que M. Le Roi était chargé de 
nouveaux desseins et mémoires relatifs à cet objet et qu'il leur paraî- 
trait convenable que cet académicien fût ajouté aux commissaires 
nommés à cet effet et la Compagnie a arrêté que M. Le Roi se joindrait 
à M'" Chevotet, Le Carpentier, Brebion et Moreau pour faire rapport sur 
cette affaire le plus tôt qu'il leur sera possible. 



10 décembre 1770. 
L'Académie a entendu le rapport des commissaires nommés dans les 
séances du 26 novembre et du 3 décembre de celte année pour l'exa- 
men des projets de la tour de l'église de Mayence et ce rapport a été 
unanimement approuvé et il a été déterminé qu'il serait inscrit tout au 
long dans les registres des délibérations et qu'il en serait envoyé une 
copie certifiée du secrétaire à M. le marquis de Marigny, 



(1) Registres des procès-verbaux de l'Académie royale d'architecture con- 
servés à la Bibliothèque de l'Institut, M. H. Lemonnier en a entrepris la 
publication ; mais son dernier volume s'arrête à 1767. 



92 L ART FRANÇAIS SUR LE RHIN 

Rapport des Commissaires nommés par V Académie pour 
examiner un projet proposé pour construire une flèche 
en pierre à la Métropole de Mayence (l). 

Nous Commissaires nommés par l'Académie dans les séances des 
2S novembre et 3 décembre 1770 pour examiner le projet proposé pour 
construire une flèche en pierre de taille à la Métropole de Mayence qui 
a été envoyé à la Compagnie par M. le Marquis de Marigny, après avoir 
examiné les desseins et les mémoires que M. le Directeur général des 
Bàtimens du Roy nous a fait remettre ainsy que d'autres desseins e t 
mémoires concernant ce projet qui nous ont été communiqués par un 
de nous, lesquels ont été visés et paraphés de nous commissaires et du 
secrétaire de l'Académie, avons formé l'avis suivant : 

Rapport 

Dans un premier examen du même projet qui avait été envoyé le 
21 juin 1770, elle crut ne pas pouvoir prononcer sur la possibilité de 
son exécution sans avoir à l'égard de plusieurs articles divers éclaircisse- 
ments qu'elle demanda et que nous remettrons sous les yeux de l'Acadé- 
mie, si elle le désire. On a fait à ses questions une réponse où il est dit : 

Que les quatre piliers sur lesquels on veut élever la flèche sont revê- 
tus en pierre de taille, c'est-à-dire de grès rouge en usage dans le pays 
et intérieurement comblés de grais (sic), que le revêtement des pen- 
dentifs qui s'élèvent sur ces piliers est en dehors des moellons mêlés 
avec des tufs et en dedans encombré ou rempli de blocages en moel- 
lons et mortier, que presque tout l'espace qui est entre les fenêtres est 
de moellon, que les parties de la tour que l'on conserve sont en général 
de moellon, de tuf et de grès et en partie gâtées par le feu, qu'on a dis- 
posé les tirants de fer, comme ils le sont dans le projet, pour garantir 
le clocher de la déclinaison et pour empêcher qu'il ne cède d'un côté ou 
de l'autre sous un poids plus considérable et enfin que le beffroi sera 
situé dans l'espace qu'on voit au-dessus de la première voûte : telles 
sont les réponses qu'on a envoyées à l'Académie pour satisfaire aux 
observations préliminaires qu'elle a faites et qui nous ont mis en état 
de donner notre avis ainsy qu'il suit : 

Nous pensons que le mur qui doit porter la flèche qu'on se propose 
de construire étant destiné à porter (comme on le marque dans une 
des explications qui accompagnent les desseins) sur un autre mur qui 
n'est construit qu'en moellon et pierre de tuf et percé dans tous les 
sens, cette base peut n'être pas assez solide pour porter le poids de 
la flèche qu'on veut construire et qu'avant de bazarder une entreprise 

(1) Procès-verbaux de l'Académie d'architecture. Bibliothèque de l'Institut. 



DOCUMENTS qB 

de la conséquence de celle qu'on projette, ce premier point doit être 
éclaircy sans contradiction : ce qui n'est pas, puisque les observations 
envoyées ne sont pas d'accord. D'après cela nous croyons encore qu'il 
y aurait tout lieu de craindre (comme l'architecte qui a fait des objec- 
tions contre ce projet l'a pensé) que la tour ayant pu être calculée 
dans sa construction pour porter une flèche de charpente ne soit pas 
assez solide pour en porter une de pierre, beaucoup plus pesante, sur- 
tout les matériaux dont cette tour est construite étant de différente 
nature, assez imparfaits et altérés par la durée de neuf siècles et un 
violent incendie. 

Il est d'ailleurs évident que le nouveau mur qui ferait plus grande 
épaisseur., occasionnerait nécessairement des effets fâcheux tant à la 
voûte qu'aux battants parce que la nouvelle construction tasserait tandis 
que l'ancienne ne tasserait pas. 

Il nous paraît aussi qu'il y aurait un danger évident à faire porter les 
murs qui soutiennent la poussée des voûtes supérieures à faux de près 
d'un tiers de leur diamètre sur les reins des voûtes inférieures, que les 
voûtes étant d'ailleurs disposées dans ce projet de manière à former 
une poussée considérable, cette construction serait d'autant plus 
bazardée que les cloches enfermées dans ces voûtes surchargeraient 
les murs qui les soutiennent et y causeraient par leur vibration un 
très grand ébranlement. Nous ajoutons que l'auteur du projet de la 
flèche (1) semble avoir beaucoup trop compté sur les fers qu'il se propose 
défaire entrer dans la construction et qu'il dispose en|quelques endroits 
d'une manière peu conforme aux règles de la bonne construction. 

Notre avis enfin est qu'il serait plus prudent de construire la flèche 
en charpente que de la construire en pierre, en suivant le projet qui 
nous a été remis. 

Au surplus en déterminant que le projet présenté ne pourrait être 
exécuté et qu'il vaut mieux former une flèche et beffroi en charpente, 
nous pensons qu'il serait encore possible de s'occuper des moyens de 
satisfaire le désir que montrent les personnes intéressées à cette entre- 
prise de voir exécuter cette flèche en pierre, mais qu'il faudrait avant 
tout être assuré d'une manière incontestable de la solidité des quatre 
points d'appuy et de l'impossibilité de leur tassement ou fracture sous 
la charge d'un plus grand poids, de la solidité des premières voûtes de 
l'église sur lesquelles on pourrait établir la résistance nécessaire au 
nouvel ouvrage et former un nouveau projet, qui nous parait possible, 
d'une construction plus solide et plus légère que celle du projet qui 
nous a été remis. 

Fait à l'Académie Royale d'Architecture au Louvre à Paris le dix 
décembre mil sept cent soixante et dix. 

(1) Nenmann le jeune. 



94 l'art français sur LB RHIN 



IV. Description de la Grande Prévôté de Mayence (1) 

Je croirais n'avoir encore rien dit de Mayence si je ne parlais pas de 
la Prévôté du Dôme. Ce bâtiment est unique dans son genre ; c'est le 
comte von der Leyen, actuellement Prévôt, qui l'a fait bâtir à grands 
frais, mais en partie des contributions volontaires du Chapitre. 

Ce bâtiment présente tout ce qui peut charmer l'œil qui se promène 
longtemps agréablement sur l'ensemble avant de s'arrêter sur aucune 
partie séparée. Cependant, il faut Tavouer, ce palais n'a pu se concilier 
l'approbation générale; mais en existe- t-il un seul dans l'univers qui n'ait 
pas été exposé à la critique et ce qui plaît quelquefois au véritable con- 
naisseur est justement ce qui déplaît à l'amateur tranchant... C'est en 
tentant de nouvelles formes qu'on crée de nouvelles beautés et n'est-il 
pas heureux que de tems en tems les Princes et les hommes riches 
aient de nouvelles fantaisies pour animer et développer les talens des 
artistes qui, sans ces heureux essais, resteraient tous au même point. 

Ce superbe palais est l'ouvrage de l'architecte Mangin, déjà très 
avantageusement connu par le château de Mon aise près de Trêves, qui 
appartient au comte de Walderdorf. 

C'est dommage que la Prévôté soit cachée dans un coin de la ville : 
combien ce bâtiment superbe eût gagné pour l'extérieur si on l'eût 
élevé dans une place plus libre, plus régulière et surtout plus élevée! 
Il est vrai que c'est une surprise bien agréable pour un étranger au 
sortir de ces rues tortueuses et étroites de se voir tout à coup au pied 
de ce palais, sans s'y être attendu. 

La façade principale présente six colonnes de l'ordre corinthien qui 
supportent une large galerie découverte et chaque colonne porte en 
outre une statue colossale, supérieurement exécutée par le sculpteur 
Paf (Pfaff) ; ce corps de bâtiment a deux ailes latérales moins exhaus- 
sées, également terminées en terrasses à l'italienne et supportées de 
chaque côté par de superbes arcades, ce qui forme devant tout le 
palais une très belle avant-cour fermée par un treillis très solide quoi- 
que travaillé avec délicatesse. 

Le vestibule qui sert d'antichambre aux valets est très vaste et l'on y 
remarque un trait de génie de l'architecte qui, pour n'en pas gâter la 
régularité, a eu l'adresse de cacher les poêles dans l'intérieur même 
des colonnes. 

De ce vestibule on monte un escalier large, bien éclairé et très com- 
mode, qui se divise au premier étage en deux corps et conduit d'un 

(1) J. G. Lang. Reiso auf dent Rhein. 1789. Nouv. édit. en français 
intitulée Voyage sur le Rhin depuis Mayence jusqu'à Dusseldorf. 
Mayence: 1808. 



DOCUMENTS QS 

côté dans le superbe salon, de l'autre dans les appartements adjacens. 
On ne peut voir sans satisfaction l'ordre qui règne partout et l'agréable 
distribution des appartemens : partout on y rencontre la propreté hol- 
landaise, partout l'art et le goût s'y trouvent réunis. 

L'or dont tous les ornemens sont couverts donne le plus grand éclat 
au salon dont 36 colonnes soutiennent le plafond. Entre chaque couple 
de colonnes est ou un génie doré, de quatre pieds de haut, qui porte un 
guéridon chargé d'un lustre ou de superbes fauteuils de bois d'acajou, 
supérieurement travaillés, ornés de bronzes dorés et garnis de riches 
coussins. 

De ce superbe salon on passe dans un plus petit destiné à prendre le 
caffé et ensuite dans la salle à manger ordinaire, qui est simple mais 
pourtant belle; elle est ornée d'un plafond peint par J. Zick(l), représen- 
tant les plaisirs des Dieux dans les sept planètes. Au lieu de tapisserie 
sont quatre grands tableaux très bien peints par un Français dans le 
goût de Tischbein; on désirerait cependant que les sujets fussent 
mieux choisis et plus analogues (2) à une salle à manger; en général ils 
sont tristes et peu agréables. Le premier représente Jupiter punissant 
Junon; le second La chute de Phaéton; le troisième Le déluge et le qua- 
trième Les Titans vaincus. 

Plusieurs pièces qui se répondent toutes donnent à cet appartement 
la plus grande commodité ; elles reçoivent la lumière de haut et c'est un 
des reproches que l'on a fait à l'architecte. 11 faut l'avouer, ces chambres, 
au premier coup d'œil, éclairées toutes de cette manière, présentent un 
aspect trop monotone et par cela même peu agréable. J'aurais de la 
peine à demeurer toujours dans un endroit aussi triste; d'ailleurs cette 
manière de recevoir le jour a une grande incommodité lorsqu'il neige 
beaucoup et longtemps. Cependant cette manière de tirer les jours d'en 
haut ne doit pas être [entièrement rejetée et on peut l'employer avec 
avantage pour les cabinets d'étude, les bibliothèques et surtout les 
galeries de tableaux, où les fenêtres latérales feraient perdre une place 
précieuse. 

(1) Le peintre Jannarius Zick qui décora également le Palais électoral de 
Coblence avait fait un séjour à Paris en 1757. 

(2) Dans la langue du xviii' siècle analogue à le sens de conforme, conve- 
nable. 



96 l'art français sur le rhl\ 

IV. Electorat de Trèv^es 



Palais Electoral de Coblence 



L'architecte J.-F. Blondel au marquis de Marigny (U 

13 novembre 1758. 

M., J'ai l'honneur de vous rendre compte du sieur Michel de Nisme (2), 
jeune artiste qui vous a été recommandé par M. Gremont, envoyé de 
France à la Cour de Trêves et que vous m'avez chargé d'examiner la 
dernière fois que je vous fis ma cour. J'ai vu de ses desseins et me suis 
transporté chez lui pour examiner quelques modèles qu'il avait faits. 
En général il sait très peu de théorie ; il entend davantage la pratique, 
mais il ne peut être employé qu'en second, sous la direction d'un habile 
homme. D'ailleurs il me paraît laborieux, avoir de bonnes mœurs et 
s'offre pour très peu, s'avouant sobre et sans ambition. Voilà, M., le 
compte que je vous devais à ce sujet. 



Le marquis de Marigny à Blondel 



A Versailles, le 23 novembre 1758. 

J'ay reçu, M., dans votre lettre du 13 de ce mois le portrait que vous 
me faites du jeune artiste qui m'a été envoyé par M. l'Envoyé de France 
à la Cour de Trêves que je luy feray parvenir afin qu'il juge luy-même 
de ses forces et qu'il voye à quoi et comment ce jeune artiste peut être 
employé. 



(1) Arch. Nat. 0» 1909. 

(2) Il s'agit de Michel d'Ixnard, qui était en effet Nîinois et qui devint plus 
tard architecte de l'électeur de Trêves. 



DOCUMBNtS 9Î^ 



Liste des travaux de d'Jxnard dressée par lui-même W 



Voici les principaux : Saint Biaise, un édifice considérable, la Rési- 
dence d'une princesse abbesse de Bouchau, un château neuf à Son Ex- 
Mr. le Comte de Kœnigsegg d'Aulendorf; un hôtel bâti de neuf à Mr. le 
Baron de Sickin, un château bâti de neuf à Mr. le Baron Spet de Gainer- 
dingne, une commanderie bâtie de neuf à M. le Baron de Ritheim, une 
considérable réparation à la grande commanderie d'Elingue d'une 
entière distribution et élevé des colonnades en pierres de taille, la 
réparation en entier d'un grand château du prince HohenzoUern, un 
château réparé et distribué à Md^ la Comtesse d'Ulme, le cœur (sic) de 
la cathédrale à Constance revêtu et décoré de marbre, avoir décoré 
plusieurs parties du palais de Mersbourg, des ouvrages continués pen- 
dant six années chez Mr. le Prince deRohan, frère de S. E. Mg'' le Car- 
dinal de Strasbourg qui a honoré le supplicant de sa confiance. 



Procès-verbaux de l'Académie d'Architecture (2) 



21 juin 1779. 

Ensuite a été fait lecture d'une lettre de M. d'Ixnard, architecte 
employé par S. A. S. Électorale de Trêves à la construction d'un palais 
de résidence à Coblence, par laquelle lettre et mémoire auxquels sont 
joints des plans, coupes et élévations et échantillons de pierre il 
demande à l'Académie qu'elle veuille bien donner son avis sur les 
objections et différentes propositions de changements qui lui sont faites 
dans sa construction. 

L'Académie en conséquence de l'art. 29 des statuts a dit qu'il serait 
écrit par M. le Secrétaire à M. d'Ixnard qu'il est nécessaire qu'il se pour- 



ri) Archives de Coblence. — Cf. Lohmeyer, Joh. Seiz, Heidelberg, 1914. 

(2) Bibliothèque de l'Institut. Registre IX. Ces procès-verbaux sont encore 
inédits, la publication de M. H. Lemonnier s'arrêtant à ce jour à la date 
de 1767. 



98 l'art français ^Ùft LE RHIN 

voye du consentement du Prince et de son vœu à cet égard adressés à 
M. le comte d'Angiviller, directeur et ordonnateur g:énéral des Bâti- 
ments du Roy, pour que TAcadémie soit suffisamment autorisée à 
donner son avis. 



16 août 1779. 

L'Académie étant assemblée, il a été fait lecture de la lettre de M. le 
Comte d'Angiviller par laquelle il notifie la demande qu'il fait que l'Aca- 
démie nomme des commissaires pour l'examen des projets communi- 
qués par M. le Comte de Moustier, ministre plénipotentiaire de 
S. A. l'Électeur de TrèTes. 

L'Académie a nommé commissaires à cet effet M" Franque, Brebion, 
Housset, Boullée, Jardin et Guillaumot pour en faire rapport avec assez 
de célérité pour que cette affaire soit, s'il est possible, terminée avant 
les vacances. 



Le baron de Hohenfeld au comte d'Angiviller (1) 

Trêves, le 29 septembre 1779. 

Monsieur le Comte. En conséquence de la lettre dont vous avez 
honoré M. le Comte de Moustier au sujet de la nouvelle Résidence 
Électorale à Coblence, suis-je chargé de la part de Son Altesse Royale 
Monseigneur l'Électeur de Trêves de vous prier très instamment de 
donner commission à un de vos architectes, lequel vous trouverez à cela 
le plus propre, de se transporter à Coblence le plus tôt possible pour voir 
et consulter sur ce qu'il y aura de mieux à faire concernant le dit bâti- 
ment et vu les contradictions qui se sont élevées entre nos architectes. 

Comme Son Altesse sera absent pour le tems de l'arrivée dudit archi- 
tecte, il n'y aura que de l'adresser à M. le Chancelier de la Roche (2) qui 
aura soin de lui donner les renseignements à ce nécessaires. 



(1) Arch. Nat. 0\ 1915.3 

(2) Le chancelier Georges Mickel de la Roche, président de la Résidenz 
Bau Commission, qui avait adressé des rapports défavorables sur d'Ixnard 
était le mari de la célèbre Sophie de la Roche, l'amie de Wieland et de Gçethe. 



Documents 9ô 

D'Ixnard au comte d'Angivillev (l) 

Coblence, 1! octobre 1779. 



Monsieur le Comte 



J'ai reçu avec toute la soumission que je dois à vos lumières et à 
celles de l'Académie le jugement qu'elle a prononcé sur les desseins du 
palais que je fais bâtir pour l'Électeur de Trêves. J'aurais désiré d'être 
à portée de répondre à ses observations qui, quoique très justes, tom- 
bent en partie sur des choses qu'on m'avait expressément demandées 
ou sur les raisons d'une grande économie qu'on m'a recommandée et 
insisté journellement par-dessus toute chose, ce qui nécessairement a 
dû me borner infiniment. 

Pas moins l'architecte Treverois (2) et ses partisans n'ont pas manqué 
de faire valoir jusques à la moindre expression défavorable de l'Aca- 
démie et vous pouvez juger, Monsieur le Comte, avec quel empresse- 
ment ils ont saisi l'offre que vous faites au Prince d'envoyer un Acadé- 
micien. Ils comptent réussir et l'engager à accepter cette offre pour 
me discréditer entièrement et j'aurai le malheur de perdre dans un 
jour le fruit d'un travail de vingt années et malgré la réputation que 
doivent me faire naturellement quatre Résidences de souverains que 
j'ai fait bâtir (3), l'abbaye et l'église de Saint- Biaise dont M"" Poulleau, 
mon graveur, doit^avoir procuré des épreuves à l'Académie, je passerai 
pour ne pas connaître mon art et avoir besoin d'un Mentor. 

Du moment que j'ai eu reçu mes plans, j'ai suivi ponctuellement les 
observations de l'Académie et ai fait les changemens que son goût m'a 
dictés. Je les ai fait voir au Prince, à quelques personnes de l'art et à 
M. le comte de Moustier qui en a toutes les connaissances. Ce ministre 
ainsi que Son Altesse et autres m'en ont témoigné toute leur satisfaction. 
Mais malgré cela mes antagonistes peuvent intéresser des personnes qui 
ont beaucoup de crédit et qui réveilleront toute l'inquiétude du prince 
afin de l'engager à faire venir un Académicien qu'ils regardent comme 
l'époque de ma ruine totale et pour le prévenir je n*ai d'autre ressource, 
Monsieur le comte, que dans ma confiance en votre justice et votre 
bonté. Daignez avoir égard à mes représentations. M. le comte de Mous- 

(1) Arch. Nat. Qi 1915». 

(2) Le directeur des bâtiments (Baadirektor) de l'électeur de Trêves, Seiï 
qui était très hostile à d'ixnard. Cf. Lobiineyer. Joh. Seiz. Heidelberg, J.914. 

(3) Notamment le château du prince de Hohenzollera-Hechingeo. 



ÎOO L*ART FRANÇAIS SUR LE RtilN 

tier pourrait vous certifier l'état des choses tel que je viens d'avoir 
l'honneur de vous les rapporter. J'ai prié qu'on fasse passer à l'Acadé- 
mie les changements que je viens défaire et il ne tiendra qu'à vous, 
Monsieur le comte, de faire voir que cela suffira, sans qu'il soit besoin 
d'envoyer personne sur les lieux. 

Quoique mes principaux ouvrages soient construits en Allemagne, 
j'en avais fait précédemment dans ma patrie, ayant travaillé entre 
autres pendant plusieurs années pour une respectable maison qui est 
celle de Rohan (1). Beaucoup connu de M. le Prince Louis, évêque de 
Strasbourg, de M. le Prince de Rohan-Rochefort, de Messieurs vos frères 
chevaliers de Flahaut et de M. le marquis, celui qui est marié, de la 
Billarderie, ils ont même fait tout ce qu'ils ont pu pour m'aider. Il y a 
aux environs de dix-huit ans que j'étais architecte de M. le Prince de 
Rohan-Montauban après avoir sorti du bureau de M. Blondel, ensuite 
demandé par M. Servandoni pour conduire ses ouvrages. 

Mais sans perdre ma confiance en ces titres, Monsieur le comte, je la 
mets principalement en vos bontés pour un Français qui cherche à 
mériter votre approbation et à se rendre digne de votre protection que 
je vous supplie de m'accorder. 



Le comte (TAngiviller à d'Ixnardi^) 



26 octobre 1779. 

J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, 
concernant l'envoy de l'architecte du roy qui m'a été demandé par 
M?"" l'Electeur de Trêves pour aller sur les lieux examiner les difficultés 
qui vous divisent d'avec les autres architectes de S. A. Électorale. 

J'ai à la vérité fait à ce prince l'offre de lui envoyer un architecte de 
l'Académie et vous sentirez aisément que je ne pouvais me dispenser de 
le faire, d'après les incertitudes que témoignait l'Académie elle-même 
dans son rapport. S. A. Électorale m'ayant depuis fait notifier précisé- 



(1) Dehio se trompe donc lorsqu'il écrit dans son Handbuck der deutschen 
Kuntsdenkmàler, t. IV. Sudwestdeutschand, p. 186 que d'Ixnard n'a jamais 
travaillé en France (in Frankreich nicht nachgewiesen), 

(2) Arch. Nat. 0» 1915» 



DOCUMENTS 101 

ment par son ministre le besoin qu'elle avait de quelque artiste de 
l'Académie pour juger des changemens proposés, j'ai encore moins pu 
me dispenser de remplir ses vues. Mais je pense que cet envoy vous 
alarme mal à propos. L'architecte au surplus que je fais partir m'est 
autant connu par sa probité que par son [talent ^et vous pouvez être 
tranquille sur la manière désintéressée et impartiale avec laquelle il 
remplira sa mission. 



Le comte d'Angiviller à Peyre <l) 



22 octobre 1779. 

Mgr l'Électeur de Trêves m'ayant, Monsieur^ demandé un architecte 
de l'Académie pour aller à Coblentz examiner quelques difficultés sur- 
venues dans l'exécution des plans d'un château qu'il fait construire 
dans cette ville, j'ai pensé que vous étiez très propre à remplir cet 
objet et je me suis d'autant plus facilement déterminé à vous charger 
de cette mission que c'est pour vous une occasion de vous faire con- 
naître avantageusement d'un Prince qui a de grands travaux et qui 
peut-être d'après ce voyage se déterminera à faire plus d'une fois 
usage de vos talens. 

Il faudrait en conséquence que vous vous disposassiez à partir pour 
Coblentz dès le commencement de la semaine prochaine. Le Prince a 
donné ordre ici de vous faire compter les frais du voyage pour vous y 
rendre. Vous trouverez en y arrivant une maison prête à vous recevoir 
et les commodités nécessaires pour votre séjour. Vous serez de même 
défrayé des frais du retour et il est à croire que le Prince vous donnera 
quelques marques de ses bontés. 

D'après ce détail il faut que vous me veniez trouver dimanche à 
Marly avant onze heures pour que je sache positivement sur quoi 
compter. Je fais dresser une petite instruction sur l'objet de cette mis- 
sion qui vous sera remise ce jour-là ou le lundi avant votre départ. 



(1) Arch. Nat. 0» 1915». 



toi l'art français sûr le RHIN 



Rapport du comte d'Angivitler au Roi (l) 

24 octobre 1779. 

S. A. E. de Trêves faisant bâtir un château dans sa ville de Coblentz, 
il s'est élevé beaucoup de doutes sur les plans et projets de son archi- 
tecte. Elle m'a en conséquence demandé un architecte de Votre 
Majesté pour aller sur les lieux lever ses incertitudes. 

J'ai pensé ne pouvoir mieux faire que d'aller au devant des désirs 
d'un Prince, oncle de Votre Majesté (2), et j'ai en conséquence choisi, 
pour cette mission, le Sr Peyre le jeune, actuellement inspec- 
teur à Saint-Germain-en-Laye, dont le talent et la probité me sont 
connus. 

Je supplie Votre Majesté de vouloir bien autoriser cet envoy et 
l'absence d'environ un mois que cela occasionnera de la part du 
Sr Peyre. 



Congé en faveur du S'' Peyre le jeune pour aller 
à Coblentz (3) 



Du 26 octobre 4779. 

Nous Avons permis sous le bon plaisir du Roy au S"" Peyre le 

jeune de l'Académie Royale d'Architecture, Inspecteur des Bâtimensdu 
Roy au Département de Saint-Germain-en-Laye, de s'absenter l'espace 
de deux mois pour se rendre à Coblentz pour y vacquer au fait d'une 
mission, passé lequel tems Mond. S"" Peyre sera tenu de revenir en 
France reprendre ses occupations et fonctions de son état. 



(1) Arch. Nat. 0» 1073. 

(2) L'électeur de Trêves Clément Wenceslas était fils de l'électeur de Saxe, 
roi de Pologne, Frédéric- Auguste III et par conséquent frère de la dauphine 
Marie-Josèphe de Saxe, mère des trois derniers rois de la dynastie des Bour- 
bons. 

(3) Arch. Nat. 0» 1096, f. 287. 



DOCUMENTS I05 



Iiifitriicfion sommaire pour le voyage de M. Peyre 



L'objet du voyage de M. Peyre est de corriger quelques défauts des 
plans et projets donnés pqr M. d'Ixnard pour le palais que Son Altesse 
Royale et Électorale de Trêves a commencé de faire bâtir à Goblentz, 
On luy remet à cet effet et pour commencer à prendre connaissance de 
l'affaire le rapport qu'ont fait les commissaires de l'Académie Royale 
d'architecture sur ces projets. 

Il parait que depuis l'envoy de ce jugement, M. d'Ixnard a tenté de 
corriger les défauts observés par les commissaires de l'Académie. 
Mais suivant des lettres écrites de Goblentz, les rectifications sont pires 
que les défauts. 

M. Peyre à son arrivée à Goblentz doit aller d'abord chez M. le comte 
de Moustier, Ministre Plénipotentiaire du Roy auprès de Son Altesse 
Électorale, auquel il est recommandé par une lettre de M. le Direc- 
teur général qui le précédera de quelques jours. 

Il ira de là chez M. de la Roche, chancelier du Prince, qui lui a fait pré- 
parer un logement et qui lui remettra les plans de M. d'Ixnard pour en 
prendre connaissance et les conférer avec les rapport de l'Académie. 

On recommande à M. Peyre de mettre dans sa commission toute la 
prudence et la circonspection possibles pour ne point occasionner aU 
Prince des dépenses superflues ou considérables, attendu que les reve- 
nus de l'Électorat sont fort bornés et à faire en sorte que cet envoy 
d'un architecte français tourne entièrement à Thonneur de la nation, 
ce qu'on a droit d'attendre de son talent et de ses autres qualités. 



Le comte (TAngiviller à M. de Crolbois, agent de 
S. A. E, de Trêves (i) 



26 octobre 1779. 

La personne, Monsieur, qui vous remettra cette lettre est M. Peyre 
qui est l'architecte que j'ai choisi pour aller à Goblentz d'après la 
demande que m'a fait faire S. A. E. de Trêves pour concilier ses archi- 

(1) Arch. Nat. 0* 1915» 



I04 L*ART FRANÇAIS SUR LE RHIN 

tectes et lever les difficultés qui les divisent. Connaissant son talent et 
sa probité, j'ai tout lieu de croire qu'il remplira cette mission à la satis- 
faction de ce Prince. Je lui ai remis une copie du rapport de l'Académie 
concernant les plans et projets de M. d'Ixnard avec une courte instruc- 
tion sur ce qu'il a à faire. Je vous prie de lui remettre la somme qu'il 
vous demandera pour se rendre à Coblentz, son départ devant être 
très prochain. 



Le comte d'Angiviller au comte de Moustier |l) 

Versailles, 26 octobre 4779. 

Je ne 'doute point, Monsieur, que • vous n'ayiez été prévenu de la 
demande que Son Altesse Électorale m'a faite par l'entremise de son 
ministre, M. le baron de Hohenfels, de lui envoyer un architecte de 
l'Académie pour prendre sur les lieux connaissance des plans de 
M. d'Ixnard. Je viens en conséquence de faire choix pour remplir cette 
mission de M, Peyre le jeune dont les talens et la probité me sont con- 
nus. Permettez-moi de vous le recommander et de vous demander pour 
lui vos bontés pour le temps qu'il doit passera Coblentz... 

Je crois voir, ainsi que vous m'aviez fait l'honneur de mêle marquer, 
qu'il y a un vif parti contre l'architecte français. C'est pour cette raison 
que j'ai redoublé d'attention à envoyer à Coblentz un architecte sur 
l'honnêteté duquel je crûsse pouvoir compter. J'ai lieu de croire que 
celui dont j'ai fait choix réunit cette qualité au talent dont quoiqu'en- 
core jeune il est doué et qu'il agira dans cette commission avec impar- 
tialité et prudence. 

M. d'Ixnard m'ayant écrit et prié de lui faire passer ma réponse par 
votre entremise, voulez-vous bien que je vous prie de la lui faire parvenir. 



Le comte de Moustier au comte d'Angivitteri^) 

Coblence, le 8 novembre 4779. 

Je n'ai été instruit, Monsieur, de la demande que l'Électeur vous avait 
faite qu'après coup... 
M. Peyre est arrivé hier. Je m'étais proposé de le recevoir chez moi ; 

(1) Arch. Nat. 0» 1915». 
(?) Arch, Nat. O» 1914». 



DOCUMENTS 



io5 



mais l'Électeur lui a fait préparer un logement à portée de lui et de 
son Chancelier, qui est le chef de l'entreprise du nouveau palais... 

Vous apprendrez de lui-même, Monsieur, tout le détail de cette affaire 
qui en est devenue une sérieuse pour l'Électeur par la précipitation 
qu'on a mise dans la construction de ce bâtiment qui a été commencé 
même avant qu'il y eût un plan arrêté : de sorte qu'aujourd'hui on est 
dans le cas de craindre d'avoir fait une entreprise trop considérable. 
J'ai déjà parlé à l'Électeur de la nécessité de faire le sacrifice d'une 
partie de ce qui est commencé et il me semble que ce serait aussi l'avis 
de iM. Peyre. Car l'Électeur de Trêves qui est un très haut n'est pas un 
très puissant Seigneur. Il y a cela de malheureux dans l'entreprise du 
nouveau palais, c'est que tout le monde la trouve trop grande et l'em- 
placement mal choisi : tel est l'effet de la précipitation. 



Peyre au comte d'Angiviller (i) 

Coblence, le 26 novembre 1779. 

Monsieur le Comte, La protection particulière dont vous m'honorez, 
la confiance que que vous avez eu en moy en me préférant à nombre 
d'habiles gens pour la mission honorable dont vous m'avez chargé 
auprès de l'Électeur, la reconnaissance que j'aurai éternellement de 
vos bontés sont des motifs qui n'eussent pas dû me permettre de dif- 
férer à vous donner plus tôt le témoignage de cette reconnaissance si 
je n'eus craint de vous importuner trop souvent et n'eus préféré 
attendre pour vous rendre compte de la réussite de ma mission. 

L'Électeur m'a reçu avec toute l'affabilité possible. Après m'avoir 
remis les plans qu'il avait chez luy pour résoudre la difficulté qui avait 
déjà été présentée à l'Académie, il m'engagea de m'occuper des 
moyens de diminuer la dépense qui excéderait indubitablement de 
beaucoup la somme que les États avaient accordée pour la construction 
de cet édifice. Je luy ai donné le moyen d'œconomiser la moitié de la 
dépense sur le projet général et au moins un tiers sur ce qu'on se pro- 
posait d'édifier dans ce moment, en supprimant deux ailes inutiles et 
beaucoup de bâtimens accessoires. Je luy ai proposé une distribution 
dans le seul corps de bâtiment, sans ailes, plus considérable et beau- 
coup plus commode que celle qui occupait la totalité et un plan de 

(1) Arch. Nat. 0« 19153. 



iOÔ l'art français sur le RHIN 

disposition générale qui présente un aspect plus grand, plus majes- 
tueux et infiniment plus gai. J'ai diminué aussi la hauteur de tout le 
bâtiment au moyis de douze pieds. J'ai supprimé les dômes et couron- 
nemens énormes qui s'élevaient à cent pieds du sol. J'ai proposé un 
seul ordre dans les avant-corps des deux faces qui embrasse le rez-de- 
chaussée et le premier étage et qui donne un tout autre caractère à ce 
monument. J'ai fait ces changemens qui sont considérables en me ser- 
vant de ce qui est déjà construit. 

L'Électeur m'a paru très satisfait de mes projets. II tient pourtant à 
se servir de quelques fondations qui sont faites dans la partie des ailes. 
Je luy ai fait un autre plan général où je m'en sers pour des bâtimens 
accessoires ; mais; l'aspect du palais perdrait de sa dignité et aurait 
plutôt le caractère d'une maison de plaisance que d'un palais de 
ville. L'Électeur est persuadé de cette vérité ; il se décidera sur 
cet objet pendant que je vais étudier les plans pour en faciliter 
l'exécution. 

J'ose espérer. Monsieur le comte, que je parviendrai à remplir vos 
vues en satisfaisant l'Électeur à tous égards et qu'en me faisant hon- 
neur, je pourrai mériter de plus en plus la confiance dont vous m'avez 
honoré. 



Le comte d'Angiviller à Peyre i^) 

Versailles, le 9 décembre 1779. 

J'ai reçu, Monsieur, votre lettre du 26 du mois dernier par laquelle 
vous me rendez compte de l'accueil que vous avez reçu de Son Altesse 
Royale et Électorale et du travail que vous avez commencé pour rem- 
plir ses vues. Je vois avec beaucoup de plaisir par les détails où vous 
entrez sur ce dernier objet que vous avez déjà trouvé le moyen de 
beaucoup simplifier le projet et diminuer la dépense. Je n'afi nullement 
besoin de vous exhorter à faire vos eiforts pour achever de remplir 
les vues de ce Prince que je m'estimerai heureux d'avoir pu servir 
dans cette occasion intéressante, en même temps que je serai fort 
satisfait d'avoir mis un de nos artistes à portée de se faire honneur et 
à la nation. 

(1) Arch. Nat. 0» 19153. 



DOCUMENTS ÏÔ7 



Le comte de Mousiier au comte (TAngiviller 



Coblence, le 19 décembre 1779. 

Vous apprendrez, Monsieur, par M. Peyre lui-même tout ce que sa pré- 
sence ici a fait naître de changement dans l'entreprise du palais que 
fait construire l'Électeur. Il était naturel que ce Prince lui ayant de- 
mandé de nouveaux plans, ils eussent la préférence. Je ne vous ferai 
pas réloge de la preuve qu'il a faite de ses talens ; vous les avez jugés 
Monsieur, et l'approbation qu'ils ont méritée de votre part était un ga- 
rant de la manière dont il les a déployés. Le témoignage qu'il m'appar- 
tient de lui donner est de vous assurer que sa conduite a été pendant 
tout son séjour ici à tous égards très prudente et qu'il a réuni tous les 
suffrages, à commencer par celle de l'Électeur. J'espère qu'il part 
dMci également satisfait de tout le monde. 

Le S"" d'Ixnard a demandé lui-même sa démission par mon canal en 
se louant extrêmement de M . Peyre. Celui-ci nous est devenu néces- 
saire ; ainsi nous vous le demanderons, Monsieur, encore plus d'une 
fois. Je serai pour ma part fort aise de le revoir ici et à Paris. 



L'Électeur de Trêves au comte d'Angiviller (*) 



Ehrenbreitstein, le 20 décembre 4779. 

Monsieur, n'ayant pas douté que vous ne seconderiez avec plaisir mes 
intentions en vous demandant un habile architecte qui fût en état 
d'aplanir les difficultés survenues entre mes architectes à l'égard du 
plan de la Résidence à construire, je vois avec un vrai contentement 
mes vues accomplies par les opérations du S»" Peyrez {sic), que vous 
aviez la bonté de m'envoyer à cet effet. Il mérite tout à fait les témoi- 
gnages de confiance dont vous l'honorez, ayant rempli cette commis- 
sion en homme intelligent avec autant d'habileté que de célérité, de 
sorte que j'ai tout lieu d'en être content et que je suis d'intention de 
faire dorénavant usage de ses lumières, vous priant également de faire 
mettre sous les yeux de l'Académie et de faire approuver les plans qu'il 
viendra dresser, dont il n'a pu délivrer jusqu'ici que l'esquisse. 

(1) Arch. Nat, 0» 1915». 



I08 l'art français sur le RHIN 



nixnard au comte d'Angiviller (1) 

Coblence, 6 janvier 1780. 

Monsieur le Comte, agréez l'hommage de ma reconnaissance pour 
la lettre pleine de bonté dont vous m'avés honoré. Les assurances que 
vous voulés bien m'y donner de votre protection ont un peu adouci 
mes peines; mais mon sort était jette. 

Je n'ai qu'à me louer infiniment de l'honnêteté de M. Peyre. Il a 
d'ailleurs rempli sa mission. Cependant j'espère que vous daignerez 
convenir qu'avec mon expérience et Tàge de 57 ans, on n'est plus 
tenté de travailler pour un autre : c'est ce qui m'avait décidé à 
demander ma démission. 

Le digne Prince n'a point voulu me laisser partir mécontent et m'a 
donné des preuves de sa bienfaisance. Puissent-elles me rendre le 
crédit que cet incident m'a peut-être fait perdre ! 



Le comte d'Angiviller à d'Ixnard 

23 janvier 1780. 

J'ai reçu, Monsieur, la lettre par laquelle vous me faites part de ce 
qui s'est passé à votre égard depuis l'arrivée de M. Peyre que m'avait 
demandé Son Altesse Royale et Électorale de Trêves pour examiner les 
objets qui vous divisaient d'avec les autres architectes de ce Prince. Je 
suis fâché qu'il en ait résulté des changemens qui, adoptés par le 
Prince, vous ayent mis dans le cas de vous retirer de son service. Vous 
ne devez pas au reste trouver humiliant qu'un architecte de l'Aca- 
démie Royale qui a étudié son art à Rome et qui l'exerce dans une 
ville où la distribution est portée à la plus grande recherche ait trouvé 
des moyens de décoration et de distribution qui ne se sont pas pré- 
sentés à vous. 

Je vois d'ailleurs avec plaisir que vous n'avez q^i'à vous louer des 
procédés de M. Peyre (dont l'honnêteté m'avait déterminé autant que 
le talent pour cette mission) et que le Prince vous a donné à l'occasion 
de votre retraite des marques de bonté. 

(1) Arch. Nat. 0» 1915*. 



DOCUMENTS 109 



Le comle d'Angiviller au comte de Moustier 



Versailles, 12 janvier 1780. 

Le S'Peyre... m'a fait part des corrections et changemens qu'il a 
faits aux premiers plans proposés par le Sr d'Ixnard pour le palais de 
Son Altesse Électoraleet j'ai lieu de croire qu'il doit en résulter pour 
le Prince et plus d'agréments et une diminution considérable de 
dépense. Je suis extrêmement flatté d'avoir aussi bien réussi dans le 
choix que j'ai fait et d'avoir adressé à Son Altesse Électorale un artiste 
qui a eu le bonheur de lui plaire. 



Peyre au comte d'Angiviller 



A Saint-Germain, ce 19 janvier 1780. 

Monsieur le Comte, je n'ai pu trouver l'instant ce matin de vous 
dire que l'Électeur m'avait chargé de le rappeler au souvenir du Roy 
et de dire particulièrement à Monsieur combien il était sensible à 
l'amitié qu'il luy avait témoigné lors de son séjour à Paris. Je vous 
prie, Monsieur le Comte, de me faire scavoir comment je m'acquitterai 
de cette commission. 



Paris, 8 février 1780 (1). 

Monsieur le Comte, j'ai l'honneur de vous faire part qne les dessins 
des projets que j'ai faits pour le palais de l'Électeur de Trêves sont en 
état d'être présentés à l'Académie. 

(1) Arch. Nat. Qi 1915*. 



Ua l'art français sur le rhin 



Procès-verbaux de l'Académie d'Architecture (0 

21 février 1780. 

Mrs les Commissaires nommés pour faire rapport des projets de 
M. Peire le jeune pour S. A. Électorale de Trêves ayant dit qu'ils le 
présenteraient à la séance du lundi 28 février, l'Académie a dit que les 
projets dont est question seront exposés jusqu'au dit jour dans la salle 
d'assemblée afin qu'ils y soient soumis à l'examen de Mrs les Acadé- 
miciens et qu'ils seraient prévenus de ladite exposition. 

28 février 1780. 

L'Académie étant assemblée, il a été fait lecture du rapport de 
Mrs les Commissaires nommés pour l'examen des projets des édi- 
fices à construire pour S. A. Électorale de Trêves et l'Académie, après 
une seconde lecture et un examen desd. projets et les réflexions des 
Commissaires et ayant écouté les réponses de M. Peire le j. aux 
objections qui lui ont été faites, l'Académie a approuvé ce rapport 
unanimement et a dit que copie d'icelui certifiée conforme serait en- 
voyée à M. le Directeur général. 

4 avril 1780. 

L'Académie étant assemblée, M. Peire le jeune a fait lecture d'une 
réponse aux objections que l'Académie a faites sur les projets des 
plans du palais de S. A. Électorale de Trêves et lui a fait part en 
présentant de nouveaux pians d'une partie des changements qu'elle 
avait paru désirer. 



L'Électeur de Trêves au comte d'Angiviller (2) 

Ehrenbreitstein, le 28 décembre 1780. 

Monsieur, Recevez mes remerciements pour la permission laquelle 
vous avez bien voulu accorder à M. Peyre de se rendre pour quelques 
semaines icy. Comme cependant le bâtiment de ma nouvelle Résidence 

(1) Bibliothèque de l'Institut. Registre IX. 

(2) Arch. Nat. 0» 1916». 



DOCUMBNTfi ÎIÎ 

exige dans ce moment bien des délibérations et que les desseins 
doivent se faire pour les opérations de la campagne prochaine, je pré- 
vois qu'il est impossible d'arranger tout avant trois ou quatre semai- 
nes, d'autant plus que les journées très courtes et que les instructions 
nécessaires pour les différents ouvriers, le devis et autres choses pa- 
reilles prennent bien du tems. 

Je vous prie donc instamment, Monsieur, de vouloir bien prolonger le 
congé de M. Peyre jusque vers la fin du mois prochain ou le 12 février. 
Vous m'obligerez par cette complaisance très particulièrement. 



Le comte cV Ang'willer à V Electeur de Trêves (l) 

Versailles, le 12 janvier 1781. 

J'ai reçu la lettre dont Votre Altesse Royale et Électorale m'a honoré, 
et par laquelle Elle me demande une prolongation de congé en faveur 
de M. Peyre, attendu la multiplicité et l'importance des détails qu'il a 
à arrêter pour le projet de votre Palais Électoral. 

J'avoue, Monseigneur, que j'aurais fort désiré que son absence n'eût 
pas été prolongée au delà des Roys ou au plus jusqu'au milieu de 
janvier, parce que le roy chassant pendant ces deux mois dans le 
département dont je lui ai confié l'inspection (i^), sa présence peut d'un 
moment à l'autre y être nécessaire pour recevoir ses ordres. 

Comme néanmoins je ne peux rien refuser à Votre Altesse Royale et 
Électorale, je tâcherai d'y suppléer et je consens que le S"* Peyre pro- 
longe son absence jusqu'aux premiers jours de février. Je souhaite 
fort que ce temps soit employé de la manière la plus utile à votre 
service. 



Peyre au comte d'Angiviller 

A S^ Germain en Laye, ce 9 mars 1782. 
Monsieur le Comte, j'ai eu l'honneur de vous faire part que S. A. R. 
FÉlecteur de Trêves m'a fait demander paur aller à Coblence immédia- 
tement après Pâques. Comme Sa Majesté doit terminer ses chasses la 

(1) Arch. Nat. 0^ 1916. 

(2) Saini-Germain-en-Laye. 



112 L'ART FRANÇAIS SUR LE RHIN 

semaine prochaine et que ce temps sera suivi de la quinzaine de Pâ- 
ques, j'ai pensé qu'il serait à propos de profiter de cet interval. 

Je vous prie, Monsieur le Comte, de m'accorder la permission de me 
rendre auprès de ce Prince pendant ce temps et d'être persuadé que 
les affaires du département dont vous m'avez confié le soin n'en éprou- 
veront aucune négligence. 



L'Électeur de Trêves au comte (TAngiviller (i) 

Coblence, ce 28 avril 1783. 
Recevez, Monsieur, mes remerciements pour la permission que vous 
avez bien voulu accorder à M. Peyre. Je suis infiniment content de 
son zèle, de ses talents et de ses vues œconomiques. Soyez donc très 
persuadé de toute ma reconnaissance. 

Clément. 



L'Électeur de Trêves au comte d'Angiviller (2) 

Ehrenbreitstein, 7 janvier 1784. 

Monsieur, Comme le bâtiment de ma nouvelle Résidence exige que 
M. Peyre fasse la revue des ouvrages qu'on a faits l'année passée et 
qu'il donne les ordres nécessaires et quelques plans pour la campagne 
prochaine, je désirerais beaucoup qu'il se rende ici le mois de février 
pour quatre ou six semaines. 



Ehrenbreitstein, le 1" ipai 1784 (3). 

Recevez, Monsieur le Comte, mes remerciements pour la permission 
que vous avez bien voulu accorder à M. Peyre de se rendre ici. Je 
suis infiniment satisfait du zèle avec lequel il a soigné les objets qui 



(1) Arch. Nat. 0^ 1916». 

(2) Arch. Nat 0' 1917*. 

(3) Arch. Nat. 0» 19173. 



DOCUMENTS tl3 

ont demandé sa personne. Il a fait un travail extraordinaire cette fois 
avec une assiduité dont on trouve peu d'exemples et je suis plus 
convaincu que jamais qu'il est supérieur dans son art et qu'il possède 
autant de talents que de probité. 



L'Électeur de Trêves au comte d'Angiviller (i) 

Ehrenbreitstein, le 23 décembre 4784. 

J'espère, Monsieur le Comte, que cela sera pour la dernière fois que 
je serai dans le cas de vous prier pour une permission pour M. Peyre ; 
mon nouveau bâtiment sera aches'é dans un an au plus tard. 

Vous m'avez toujours accordé la permission pour M. Peyre de si 
bonne façon que je n'hésite point, Monsieur le Comte, de vous la 
demander encore dans le courant du mois de février pour environ six 
semaines. 

Comme grand connaisseur en bâtiments, vous sentirez fort bien, 
Monsieur, que la présence de M. Peyre est d'une nécessité absolue, 
parce que ce n'est que lui qui peut me tranquilliser sur ce qu'on a fait 
depuis et ordonner ce qu'on a à faire pour la campagne prochaine. 



Au château de Schœnbornslust, le 13 mai 1785. 

Recevez, Monsieur, mes remerciemens pour la permission laquelle 
vous avez bien voulu accorder à M. Peyre de se rendre pour quelques 
semaines ici. Je suis fort content du zèle et du travail que M. Peyre a 
mis dans le bâtiment de ma nouvelle Résidence. 



Le comte d'Angiviller à Peyre (2) 

Versailles, le 5 mars 1786. 

Son Altesse Royale M«r TElecteur de Trêves m'écrit de nouveau pour 
que je vous accorde la permission d'aller passer quelques semaines à 

(1) Arch. Nat. 0' 19173. 

(2) Arch. Nat. 0» 1919». 



Il4 LART FRANÇAIS SUR LB RlllN 

Coblentz pour y terminer les opérations relatives à la construction de 
son palais. Je lui marque que je suis très empressé à faire à cet égard 
tout ce qui peut lui être agréable, mais que les chasses que le Roy fera 
dans le courant de ce mois à S' Germain doivent pour raison de votre 
service vous retenir encore ici quelque tems et au moins jusque vers 
la fin de mars. Lors donc que les chasses commenceront à tirer à leur 
fin, vous pourrez vous absenter pour le tems fixé, après néanmoins, 
suivant Tusage, avoir pris les précautions convenables pour que rien 
ne souffre de votre absence. Je vous invite à faire tout ce qui pourra 
dépendre de vous pour l'abréger le plus que vous pourrez. 



V Électeur de Trêves au comte (TAngiviller 



Au château de Schœnbornslust, le 23 may 1786. 

Recevez, Monsieur, mes remerciemens pour la permission laquelle 
vous avez bien voulu accorder à M. Peyre de se rendre pour quelques 
semaines ici. Je suis fort content de son zèle et du travail qu'il a fait 
pendant son séjour ici. J'espère et je désire de le revoir le printemps 
prochain pour qu'il puisse examiner ce qu'on fera pendant son 
absence et recevoir de moi une ;marque particulière de ma satis- 
faction. 



Peyre au comte d'Angiviller (l) 

St Germain en Laye, le 19 juillet 1788. 

Monsieur le Comte, A mon dernier voyage à Coblence en 1786, Son 
Altesse Sérénissime Electorale me témoigna le désir que je fisse encore 
un voyage au printemps 1787; le Prince ayant fait suspendre ses tra- 
vaux pendant l'année dernière n'a pas exigé que je fisse le voyage. Il 
me demande pour quinze jours ou trois semaines pour terminer entiè- 
rement cette affaire. ... Je vous prie. Monsieur le Comte, de vouloir 
bien m'accorder un congé. 

(1) Arch. Nat 0» 1920». 



bocthcÈNTS ii5 



Le comte d'Angiviller à Peyre 



23 juillet 1788. 

Je ne prévois pas, Monsieur, qu'aucun objet essentiel pour le service 
du roy s'oppose au voyage que S. A. E. de Trêves désire que vous fas- 
siez chez elle, pour donner le dernier coup d'œil au palais que vous 
lui avez construit. Ainsi vous pouvez vous mettre en route quand vous 
le voudrez. 



DESCRIPTIONS DU PALAIS ÉLECTORAL DE COBLENCE 



Voyage sur le Rhin de Mayence à Dusseldorf (1808) 



Ce qui a déterminé l'Electeur à ne plus habiter l'ancien château 
électoral, au pied de la forteresse d'Ehrenbreitstein, c'est d'abord, dans 
les tems d'hiver, son humidité qui le rend très malsain, ensuite les 
débâcles dangereuses des glaces que roule le Rhin, enfin la crainte 
de voir un jour le rocher, dont déjà plusieurs quartiers se sont 
détachés et qui penche sur le château, s'écrouler en entier et 
l'abimer sous ses ruines; toutes ses incommodités réunies ont 
engagé l'Élecleur actuel à faire élever un nouveau bâtiment digne 
de sa grandeur. 

Déjà ce dessein est exécuté. 11 a dit : que cela soit et au côté gauche 
du Rhin, dans un site agréable et riant s'est élevé un palais simple, 
noble et majestueux, réunissant à la fois, ce qui est si rare^ 
somptuosité, commodité et solidité ; il est digne en tout du Prince 
qui l'a créé. 



lié l'art français sur le RfilN 

Ce palais dont la façade principale est du côté de l'ouest de la 
ville a, outre le grand corps de logis, deux bâtiments circulaires 
qui lui sont contigus : ils contiennent la garde du château, les 
offices, les cuisines, les écuries et les remises. La cour belle et 
spacieuse est fermée par une grille simple et solide. Le bâtiment 
principal est dans les plus belles règles de l'architecture ; il est 
élevé de trois étages; huit colonnes de l'ordre ionique soutiennent 
à sa façade un balcon très large. Ces colonnes se détachent assez 
du bâtiment pour former un vestibule sous lequel on descend des 
voitures à l'abri de la pluie. 

La façade du côté du Rhin n'est ornée que de six colonnes qui se 
détachent moins du mur et portent un bas-relief bien travaillé. 

Il est difficile de décrire les beautés intérieures de ce château; tout 
y est riche et élégant, beau sans ornements superflus. Tous les appar- 
tements particuliers du second étage sont nobles, commodes et supé- 
rieurement distribués. 

En entrant dans la salle à manger, on se croît transporté dans les 
plus beaux siècles de la Grèce: les murs sont couverts de superbes ara- 
besques; de hautes niches renferment .des statues parfaites montées 
sur de riches piédestaux. Dans celui qui porte la déesse Cérès 
on a adroitement ménagé un poêle qui répand des tuyaux de 
chaleur dans cette salle à manger, dans celle du concert et dans 
celle d'audience. 

Je ne parlerai ni de la chambre appelée la chambre de Bavière ni 
même de la belle chapelle qui est dans l'aile droite; mais je ne puis 
passer sous silence la salle d'audience qui se dislingue surtout par sa 
magnificence et sa majesté, quoiqu'un peu trop petite. On y admire les 
tableaux des David, des Ménageot qui soutiennent avec tant d'éclnt 
l'honneur de TÉ-îole française. On ne peut s'arracher de devant ceux 
qui retracent la Continence de Scipion, la Clémence d'Auguste et Marc- 
AntoinQ distribuant du blé et de l'or au peuple romain. Le plafond est 
peint à fresque par J. Zick (1) : il y a peint la Justice ordonnant aux 
Vertus et aux génies qui l'environnent de punir les Vices. 

Plusieurs pendules d'un goût exquis, des lustres, des glaces augmen- 
tent encore la beauté et Téclat de celte salle; les cheminées du plus 
beau marbre d'Italie sont ornées de bronzes dorés, supérieurement 
travaillés; le dais est de velours rehaussé d'une riche broderie d'or; 
tous les autres meubles et les rideaux sont assortis. Rien enfin ne 
manque à la magnificence de cette salle. 



(1) L'esquisse de ce plafond était de Lagrenée jeune. Voir plus loin le livret 
du Salon de 1795. 



DOCUMENTS II7 



Peyre. — Œuvres d'architecture. Paris, 1818 (i) 



Depuis plusieurs siècles, la résidence de l'Électeur de Trêves était à 
Coblentz, ville située au confluent du Rhin et de la Moselle ; mais le 
château étant bâti de Tautre côté du Rhin, adossé contre le rocher qui 
supportait la forteresse d'Erebrinstein {sic) et séparé de la ville par le 
fleuve, S. A. E. était privée de voir les personnes de sa Cour pendant 
l'hiver et lorsque le Rhin charriait des glaces ou était entièrement 
gelé. Un autre inconvénient, non moins grave, rendait Thabitation de 
ce château dangereuse : des pierres se détachaient souvent du sommet 
du rocher et, dans leur chute, avaient écrasé plusieurs parties des bâti- 
ments. 

Ces considérations, et plus encore le mauvais état de ces bâtiments 
qui nécessitait des réparations continuelles et des reconstructions 
énormes, déterminèrent le Prince et les États à faire construire un 
château près de la ville. On appela un architecte de Strasbourg, qui fit 
des plans et un devis montant à cent mille écus (cinq cent mille francs 
de notre monnaie). Ces projets acceptés, on suivit les travaux avec la 
plus grande activité. 

Les fondations du principal corps de logis n'étaient pas entièrement 
construites, pas une cave n'était voûtée, quelques parties des murs de 
face avaient été élevées pour satisfaire la curiosité de l'Électeur, lors- 
qu'on s'aperçut qu'on s'était trompé dans l'estimation de la dépense ; en 
effet- les cinq cent mille francs étaient déjà employés. On suspendit 
alors les travaux et l'on fit un nouvel examen d'où il résulta que le 
projet était vicieux sous tous les rapports. 

L'Électeur fit demander à la Cour de France un architecte pour 
rectifier ces erreurs : c'est alors, en 4779, que je fus envoyé à 
Coblentz. Je trouvai le plan du château beaucoup trop vaste pour les 
besoins du service du Prince ; je proposai de supprimer deux grandes 
ailes dont les fondations étaient faites, ce qui réduisait le bâtiment 
à moins des trois cinquièmes de sa superficie ; et je fis une nouvelle 
distribution dans ce qui restait, en m'assujettissant aux murs qui 
étaient fondés. 



(1) Notice accompagnant les dessins de plans, coupes, élévations et profils 
de ce châtean. 



Il8 l'art français sur le RHIN 



QuATREMÈRE DE QuiNCY. — NoHce historique sur la vie et 
les ouvrages de M. Peyre. 1828. 

Désigné en 1779 pour rectifier les erreurs de d'Ixnard à Coblentz, 
son premier soin fut de réduire le plan démesuré de son prédécesseur 
qui avait agi sur le terrain comme sur le papier, où l'on peut impuné- 
ment extravaguer. 

Il sut élaguer beaucoup de superfluités dispendieuses sans tomber 
dans la froideur et dans la monotonie. 

L'élévation du palais offre, en hauteur, deux ordonnances variées ; 
et la longueur de la masse totale, divisée par un avant-corps en 
colonnes, aboutit de chaque côté à une partie circulaire qui, par le 
plan, rappelle les colonnades de la place de Saint-Pierre et forme une 
heureuse opposition à la ligne droite de la face. 



Percier ET Fontaine. — Résidences de souverains, 
Paris. i833. 

La résidence principale des princes électeurs archevêques de Trêves 
était anciennement sur la rive droite du Rhin, en face de la ville de 
Coblentz, au pied de la Forteresse d'Ehrenbreitstein. Les glaces, les 
grandes crues d'eau du fleuve, pendant l'hiver, interceptaient souvent 
la communication du palais avec la ville, dans laquelle se trouvaient 
toutes les administrations du gouvernement. Des masses de pierres, 
détachées de l'énorme rocher à pic, sur lequel s'élève la forteresse, 
avaient, à différentes époques, causé de grands dommages et même 
écrasé des parties de bâtiment considérables. Ces inconvénients, ces 
dangers, et plus encore la nécessité de rebâtir ou de restaurer presque 
en entier le palais qui, de tous côtés, tombait en ruine, et dont la dis- 
tribution était incommode, déterminèrent le prince électeur archevêque 
de Trêves, Clément Venceslas Hubert François Xavier, fils du roi de 
Pologne Frédéric-Auguste III, à faire construire, en meilleure position, 
un nouveau palais sur la rive gauche du Rhin, à l'extrémité sud-est de 
la ville de Coblentz. 

Plusieurs architectes ayant été appelés à présenter des projets, ceux 



DOCUMENTS II9 

de Michel^Dixnard, directeur des bâtiments de l'Électeur, furent préfé- 
rés parce que, malgré la grande étendue de son plan, le devis des 
dépenses ne s'élevait qu'à la somme de 500 mille francs. 

Le 30 mai 1778, le prince fit commencer les fouilles et posa solennel- 
lement la première pierre de cet édifice. Mais lorsque, vers la fin de 
l'année 1779, les constructions s'élevaient à peine à la hauteur du sol, 
et avant même que les caves fussent voûtées, on reconnut, d'après 
l'estimation des choses faites, dont la dépense outrepassait déjà le mon- 
tant du premier devis, que l'entière exécution du plan, tel qu'il était 
conçu, coûterait indubitablement au moins trois millions. 

On arrêta le travail, on demanda à l'architecte d'autres plans, avec 
des changements et des réductions sur lesquels l'Académie royale 
d'architecture de Paris ayant été directement consultée, son secrétaire 
perpétuel, M. Sedaine, répondit que l'Académie ne pouvait, sans l'as- 
sentiment du directeur général, ordonnateur des Bâtiments et Manu- 
factures, M. le comte d'Angivilliers, et sans un ordre spécial du roi 
prendre connaissance d'un travail qui était étranger à ses occupations 
habituelles et sur lequel il était difficile qu'elle pût avoir des notions de 
localité suffisantes. Le prince, d'après cette réponse évasive, adressa 
directement sa demande au roi Louis XVI, et de suite l'Académie reçut 
par M. le comte d'Angivilliers les nouveaux projets de M. Dixnard,avec 
l'ordre de les examiner en détail et d'indiquer les rectifications qu'elle 
jugerait nécessaires. L'Académie, dans l'alternative délicate et difficile 
d'avoir à prononcer sur le mérite d'un ouvrage commencé et d'avoir à 
donner son avis sur des dispositions locales 'qu'elle était hors d'état de 
bien apprécier, proposa d'envoyer sur les lieux l'un de ses membres 
les plus distingués et désigna à cet effet M. Antoine-François Peyre, dit 
Peyre le jeune, qui avait alors environ quarante ans. 

M. Peyre, déjà célèbre dans son art, se rendit à Coblentz dans le 
mois d'avril 1780 (1). Ayant examiné l'état des constructions, déjà éle- 
vées, avec cette justesse d'esprit, cette sagacité de bon goût et de 
jugement qui caractérisaient son grand talent, ayant pris sur chaque 
chose des renseignements et des informations utiles, il fit un projet 
que l'Electeur approuva et dont Son Altesse ordonna sur le champ 
l'exécution. 

M. Peyre se trouvant ainsi chargé d'améliorer une conception qui- 
n'était pas la sienne et de ne faire en quelque sorte qu'une restauration, 
remplit avec art et sagesse la tâche difficile qui^ lui était imposée. Il 
supprima deux grandes ailes déjà fondées, changea les divisions du 
corps de logis principal, en refit les distributions pour les rendre plus 



(1) C'est une erreur. Le congé de Peyre pour aller à Coblentz est daté du 
26 octobre 1779 et il s'y rendit pour la première fois le 7 novembre 1779. 



120 L ART FRANÇAIS SUR LE RHIN 

commodes et plus agréables, donna à chaque partie une proportion 
qui s'accordait mieux avec l'ensemble général, construisit deux bâti- 
ments circulaires moins élevés en avant du palais pour loger la garde et 
le service du prince, disposa la grande place et les avenues qui précè- 
dent l'entrée de manière à s'accorder avec la situation de la ville et à 
tirer avantage de la disposition des rues qui aboutissent au palais* 
Enfin, après huit années de travaux, après quelques interruptions, le 
palais neuf de Coblentz, entièrement terminé, a été habité par le prince 
électeur le 23 novembre 1786. Le montant total des dépenses s'est 
élevé à la somme de \ million 985 mille francs. 

Dans le nombre considérable des belles choses qui composaient 
l'ensemble de cet édifice, on distingua la chapelle, la galerie, la salle 
du trône, le grand escalier et le péristyle d'entrée. On admira la distri- 
bution des grands et des petits appartements et surtout l'ingénieuse 
variété des ornements dont chaque pièce était décorée. On remarqua, 
ce qui n'était pas ordinaire alors, que la sculpture et la peinture s'al- 
liaient d'une manière remarquable dans une harmonie rare, dans un 
accord parfait, sans nuire à l'architecture. 

Mais le prince-électeur ne devait pas jouir longtemps des charmes du 
séjour que ses épargnes, la persévérance et les talents de M. Peyre lui 
avaient préparé. Coblentz, dès l'année 1789, était devenu le lieu de 
réunion des émigrés qui fuyaient la révolution de France; et lorsque, 
le 23 octobre 1794, les armées républicaines, sous les ordres du général 
Jourdan, s'emparèrent de cette ville, il fallut démeubler le palais, le 
dépouiller de ses ornements, enlever ses richesses et quitter pour tou- 
jours une habitation qui, ne pouvant plus être celle d'un souverain, 
devait désormais servira d'autres usages. 

L'archevêque de Trêves, dépossédé de ses Etats, se retira en Souabe, 
à Oberdorf, où, le 13 juin 1812, à l'âge de soixante-treize ans, il ter- 
mina ses jours. Son palais... devint, pendant laguerre de la Révolution, 
successivement le quartier-général des armées, le magasin ou le dépôt 
des approvisionnements et souvent l'hôpital des blessés. 

Nous avons été chargés en mai 1809, par l'empereur Napoléon, de 
visiter le château de Brùhl, résidence particulière de l'électeur de 
Cologne, et celui de Coblentz afin de rendre compte de l'état dans lequel 
se trouvaient ces deux habitations et d'indiquer la destination qu'elles 
pouvaient recevoir. Le projet de l'empereur était alors de donner le 
palais deBrûhl au capitaine général qui devait avoir le commandement 
militaire de toute la province de ce coté et de consacrer celui de 
Coblentz à des établissements d'administration publique. Nous trou- 
vâmes ce dernier rempli d'effets d'équipement pour les troupes et très 
dégradé. Des ordres ont aussitôt été donnés pour débarrasser les lieux 
et des sommes ont été accordées pour entreprendre les rétablissements 
indispensables. 



DOCUMENTS 121 

II. — Château de Kârlich 

EYRE. — Œuvres d'architecture. Paris 1818. 

L'Électeur de Trêves m'avait demandé, en 4788, les projets d'un 
pavillon qu'il voulait faire construire dans les jardins du château de 
Kerlich. 

Ce château est situé sur les bords du Rhin, à deux lieues N. de 
Goblentz, au pied d'une montagne couverte d'un bois magnifique ; des 
sources abondantes sortent de cette montagne. L'Electeur fit diriger le 
cours de ces eaux, qui allaient naturellement se perdre dans le Rhin^ 
de manière à ce qu'elles fussent utiles et qu'elles produisissent en 
même temps des effets agréables et pittoresques; elles font mouvoir des 
usines, alimentent des fontaines, baignent le pied de la maison d'un 
garde, traversent un bosquet couvert d'un bois épais où le soleil ne 
pénètre jamais et vont se précipiter parmi des rochers d'où elles sor- 
tent en cascades pour arroser les beaux jardins du château de Kerlich. 

L'Électeur demandait que le pavillon fût construit dans le jardin, 
entre la forêt et le château et qu'il réunît à tout l'agrément possible la 
commodité du service. 11 voulait qu'il contint deux appartements, un 
pour lui, l'autre pour l'Altesse royale de Saxe, sa sœur. 

Je projetai un pavillon carré, au centre duquel est une volière qui 
s'élève du sol de grottes pratiquées dans le soubassement ; on devait 
entrer dans ce pavillon du côté de la forêt par un premier vestibule et 
l'entrée du prince aurait été du côté du château par un portique orné 
de six colonnes d'ordre dorique. Les escaliers des souterrains et des 
étages supérieurs sont placés dans les angles du bâtiment. 

L'usage en Allemagne, et particulièrement dans la partie du bas 
Rhin, est de faire de la musique dans les maisons de plaisance des 
princes et des grands seigneurs pendant l'heure des repas et des 
assemblées. J'ai en conséquence pratiqué dans le grand vestibule qui 
règne autour de la volière quatre tribunes où les musiciens eussent été 
distribués. Les sons de la musique entendus distinctement de toutes 
les pièces du pavillon se seraient mêlés au chant mélodieux des oiseaux. 

Quelques années avant de me demander les plans de ce pavillon, 
S. A. E. m'avait chargé de composer une décoration pour l'intérieur de 
la salle à manger de l'ancien château. Je proposai de le décorer d'un 
ordre dorique et de faire un entablement en plâtre ou en bois qui eût 
régné dans tout le pourtour de la salle. Toute la partie inférieure eût 
été peinte ; le côté en face des croisées eût offert l'aspect d'un portique 
ouvert sur un jardin orné de fontaines jaillissantes et de statues de 
marbré, 



122 l'art français SUR LE RHIN 



Salon de 1795. 

PEYRE, — 2041. Plan, coupe, élévation en perspective d'un cazin, projette 
en 1788 pour les jardins de Kerlich (1) sur le Rhin dans l'Électoral de 
Trêves. 

L'abondance des eaux venant de la montagne eut permis de former le 
soubassement en cascade. On en a profité pour pratiquer plusieurs fon- 
taines dans l'intérieur du Pavillon et des Grottes. Une volière au centre 
est entourée d'une gallerie qui donne entrée aux pièces principales. 

Un jet d'eau au milieu de la volière, d'autres au centre des escaliers, 
des fontaines dans les quatre petites cours eussent procuré de la fraî- 
cheur et un spectacle d'autant plus agréable qu'elles se seraient plu- 
sieurs fois reproduites à la vue. Leur murmure et le chant des oiseaux 
auraient ajouté de nouveaux charmes. 

20 i2. Esquisse d'un plafond qui a été exécuté dans la salle d'audience de 
l'Électeur de Trêves. 

Le plafond qui a été peint est La Justice terrassant le vice. 
Le sujet du Lever du soleil dans cette esquisse a été dessiné par le 
G. Lagrenée jeune (2). 

2046. Dessin d'un candélabre exécuté en argent pour l'Électeur de Trêves. 



III. — Pavillon et ferme de Thiburg, près Trêves 



M. le baron de Kerpen, chanoine du chapitre électoral et gouverneur 
de la ville de Trêves, avait en apanage la censive de Thiburg, située à 
une lieue de la ville sur les bords de la Moselle et dans une position 
admirable. Ge prélat me demanda les projets d'une ferme et d'un très 
petit pavillon d'où il pût jouir de tout l'agrément de cette belle situation 
et inspecter en même temps les travaux de la ferme. Il désirait que ces 
bâtiments contribuassent à l'ornement du cours de cette rivière qui, 
depuis Trêves jusqu'à Coblentz, est délicieuse par la variété des sites, 
par de jolies habitations qui la bordent, par la beauté de la campagne, 
la variété des bois, des rochers et par le concours des voyageurs qui 
vont par eau de Trêves à Goblentz. 

(1) Kârlich. 

(2) Le plafond de la salle d'audience du palais électoral de Coblence fut 
peint d'après l'esquisse de Lagrenée, par J. Zick. 



DOCUMENTS 123 



V. Electorat de Cologne 



L'Électeur de Cologne Joseph Clément à V architecte 
Robert de Cotte (i) 

Lille, le 43 août 1704. 

L'embarras d'un voyage. M., et d'autres affaires importantes que j'ay 
eues avant mon départ de Namur m'ont empêché de répondre plus tôt 
à la lettre que vous m'avez écrite le 22 du mois de juin dernier. 

A présent que je commence un peu à respirer, mon premier soin a 
été de vous remercier de l'honnêteté avec laquelle vous avez bien voulu 
examiner le mémoire que je vous avais envoyé pour l'église que j'ay 
dessein de faire bâtir à Bonn (2), Je vous prie de faire travailler aux 
desseins le plutôt qu'il sera possible et avec le tems je vous demanderay 
aussy votre avis sur ce que je pourray faire pour rétablir mon jardin 
de Poppelsdorf qui est fort délabré aussi bien que la maison et pour 
cet effet je vous en envoyeray un plan exact avec tout ce qui en dépend 
pour que vous ayiez la bonté de me dire votre sentiment là-dessus. 



Lille, le l^"" avril! 709. 

Je suis fâché, Monsieur, d'être obligé de vous importuner si sou- 
vent; mais votre honnêteté vous attire cet embarras... Comme malgré 
mon absence on ne laisse pas de travailler toujours à mon palais de 
Bonn, je vous prie très instamment de me faire sçavoir votre avis sur 
le tout le plutôt que votre commodité vous le pourra permettre. 

(1) Tonte cette correspondance est conservée au Cabinet des Estampes de la 
Bibliothèque Nationale. 

(2) Il s'agit de l'église Saint-Michel destinée à une de ses fondations favo- 
rites, la confrérie de Sjiim-Micbel, 



124 l'art français sur le rmn 



Valenciennes, le 6 juin 1712. 

Monsieur le duc d'Antin m'ayant fait sçavoir, Monsieur, que malgré 
vos occupations continuelles pour le service de S. M. T. C, vous vouliez 
bien prendre la peine de faire quelques desseins pour la décoration du 
dedans de mon palais de Bonn et surtout de l'appartement que j'y dois 
occuper, je prens la liberté de vous envoyer le plan, avec la hauteur, 
et un mémoire qui vous informera de ce que je souhaite que l'on fasse 
dans chaque place qui le doit composer. Je feray exécuter le tout sur 
les lieux et il ne s'agit présentement que des desseins, que je vous 
prie de m'envoyer l'un après l'autre, à mesure que vous aurez eu le 
temps de les faire. 

Je ne me serais jamais attendu, Monsieur, que vous eussiez bien 
voulu vous charger de ce soin elje vous en suis d'autant plus redevable 
queje n'ay point encore mérité cette honnêteté de votre part. Je scay 
quels sont vos rares talens non seulement par tout ce qui s'est fait de 
beau en France sous votre direction, mais encore par le récit de tous 
ceux qui vous connnaissent et principalement de M. de Maillebois qui 
m'a dit mille biens de;vous quand j'ay passé depuis peu à Maubeuge. 



Valenciennes, le 13 juin 1713. 

Je suis charmé, Monsieur, du beau dessein que vous avez pris la 
peine de m'envoyer pour la chapelle de mon palais de Bonn. L'idée en 
est tout à fait noble, la disposition admirable et l'exécution en sera 
superbe et magnifique. Mais comme le Saint Esprit est déjà en pein- 
ture au-dessus de l'autel, je crois qu'a la place de celui que vous avez 
marqué et d'où sortent tous ces rayons qui font un si bel effet, on 
pourrait mettre un Jehova ou telle autre chose que vous trouveriez 
convenable. D'ailleurs, Monsieur, cette chapelle, comme je pense vous 
l'avoir dit, est dédiée à la Nativité du Sauveur et à la Sainte Famille, 
de sorte qu'il faut que tous les ornemens et les attributs le dénotent ; 
et ceta étant, ne trouveriez vous pas à propos qu'au lieu de l'arche qui 
est portée parles Anges, on fît une crèche avec l'Enfant Jésus dedans, 
toujours portée par les mêmes Anges, sans rien changer de plus au 
dessein ? C'est sur quoi je vous prie de me dire votre sentimenl, 
auquel je me conformeray volontiers, connaissant comme je fais votre 
haute capacité et votre bon goût en toutes choses. 



toocuMENts laS 

Si M. le duc d'Antin, en me renvoyant à vous, ne m'avait autorisé 
en quelque façon à vous incommoder de tems en tems pour mes bâti- 
mens, je n'aurais garde de vous importuner si souvent. Mais l'envie 
que j'ay d'avoir quelque chose de beau et d'achevé est plus forte que 
toute autre considération et jescay queje ne sçaurais m'adressera une 
personne plus habile et plus étendue [sic) que vous en ces sortes de 
matières. 

Vous me ferez un très sensible plaisir, Monsieur, de continuer tou- 
jours à m'assister de vos conseils quand je prendray la liberté de vous 
consulter et je vous envoyrray dans peu le dessein général de mon 
palais de Bonn avec des remarques ponr que vous les daigniez exa- 
miner et me mander ensuite votre pensée là-dessus. 



Valenciennes. le 25 juin 1713 (1). 

Vous aurez vu, Monsieur, par une dernière lettre les remarques que 
j'ay' faites sur votre admirable dessein pour la décoration du grand 
autel de ma chapelle de Bonn et j'espère de votre honnêteté que vous 
voudrez bien me donner promptement votre avis là-dessus et m'assister 
pour tout le reste de vos grandes lumières. 

Je vous ay parlé de mon palais de Bonn et vous recevrez par mon 
Résident de Waldor (2) le plan de mon appartement et les projets qui 
ont été faits pour l'agrandissement de la ville. Mais comme depuis j'ay 
entièrement changé de pensée pour achever ce palais, je suis bien aise, 
avant que me déterminer à rien, Monsieur, de vous communiquer 
ma nouvelle idée et de vous demander votre conseil sur trois projets 
différens que j'ay en tête. .. 

Il y a trois inconvénients insurmontables qui m'empêchent d'ache- 
ver ce que j'avais d'abord résolu de faire et pour vous les expliquer 
l'un après l'autre, je vous diray ; 

Premièrement que de quelque manière qu'on tourne le premier plan, il 
ne pourrait jamais y avoir que de petits apparlemens dont je suis 
entièrement dégoûté depuis que j'ay vu à Paris et aux environs les 
vastes et superbes bâtiments qu'on y a faits depuis peu. 

Le second inconvénient est que la cour sera toujours obscure, 

(1) Quelques extraits de cette lettre très importante ont été reproduits par 
Renard dans son étude sur les bâtiments de l'électeur Joseph Clémeat. 

(2) Waldor appartenait à une famille d'artistes liégeois. On sait que 
Joseph-Clément était, en même temps qu'archevêque de Cologne, évêque de 
Liège. 



îaé L^ART FRANÇAIS SUR LE Rtil^ 

quelque chose qu'on puisse faire, outre que cette cour n'est pas carrée 
et qu'elle va en biais de plus de cinq pieds du côté de la chapelle. 

Et en troisième lieu, c'est le point principal, à sçavoirque pour 
achever ce palais de la manière qu'il a été projette, il faudrait abattre 
à l'entour une trentaine de maisons pour le moins, pour faire une belle 
place devant : ce qui coûterait certainement tout autant que si l'on en 
bâtissait un nouveau, puisqu'il faudrait acheter tous ces fonds là des 
propriétaires à qui ils appartiennent, lesquels ne manqueraient pas de 
se prévaloir (1) de l'occasion et de me les vendre fort cher. 

Considérant donc ces trois inconvéniens et outre cela que l'on 
doit raser les fortifications de Bonn, je crois ne pouvoir mieux faire 
que de profiter du terrain que je gagneray par cette démolition, sans 
qu'il m'en coûte rien, et de pousser mon palais du côté où le jardin 
est marqué et où l'on aurait de la place de reste pour pouvoir faire 
tout ce que Ton voudrait. 

Cela étant, je ne veux conserver que cette façade et le corps de logis 
dont je vous envoyé le plan comme ils sont, puisque cela est fait et 
achevé et mon dessein est d'abandonner tout le reste, tant de la cha- 
pelle que du vieux bâtiment pour des offices et autres choses à peu 
près semblables... 

J'ay trois différens desseins en tête et je vais vous les expliquer le 
mieux que je pourray, pour que vous jugiez lequel serait le plus conve- 
nable et le plus beau dans l'exécution. 

Le premier est de pousser en avant deux ailes avec les deux pavil- 
lons... et les fermer ensuite avec une grille et il resterait encore assez 
d'espace pour un jardin raisonnable. Dans l'aile qui serait attachée au 
pavillon D, on placerait un grand salon qui donnerait entrée dans mon 
appartement. On monterait à ce grand salon par un bel et magnifique 
escalier auquel on attacherait la principale entrée dans la cour... De 
l'autre côté dans le même corps de logis on placerait au delà de l'esca- 
lier un appartement pour quelque Prince étranger et de plain-pied 
seraient aussi des appartements pour les ministres et les gentilshom. 
mes des Princes qui me feraient l'honneur de me venir voir... . 

Ma deuxième idée est de donner la même figure au palais, mais de 
disposer les choses de manière que le corps de logis attaché au pavil- 
lon D en fasse le milieu. Un canal irait droit à ma maison de campa- 
gne de Poppelsdorf, laquelle se trouverait justement en perspective en 
face de la cour de mon palais. Si l'on prenait la résolution d'exécuter 
ce dernier projet, j'abandonnerais mon appartement aux étrangers et 
je placerais le mien qui serait beaucoup plus vaste et plus grand dans 
ces deux nouvelles ailes, en y conservant toujours les mêmes commo- 



(1) Renard imprime : de leur prévaloir, ce qui n'a aucun sens. 



bÔCtJMENl'^ 1^5 

dites qui sont dans le vieux. Car pour que je sois logé comme il faut, 
il est absolument nécessaire que l'appartement que je dois occuper 
soit composé des pièces suivantes ; 

1" d'un grand escalier; 

2° d'un vestibule; 

3° d'un salon ; 

4° d'une première anti-salle qui est ce qu'on appelle à Versailles la 
salle des Gardes ; 

5° d'une seconde anti-salle; 

6° d'une première antichambre ; 

7" d'une seconde antichambre ; 

8° d'une chambre d'audience; 

9» d'un grand cabinet qui sert aussi de chambre du Conseil; 
10° d'une chambre à coucher; 
11° d'un cabinet secret; 

12° de plusieurs cabinets de miroirs, antiques, médailles et autres 
curiosités; 
13° d'une place pour serrer des papiers; 
14.0 d'un cabinet pour mettre des livres ou bibliothèque ; 
18° d'une garderobe ; 
15° de la chapelle de la chambre ; 
17° d'une gallerie; 
18° d'une place pour un billard ; 
19° d'une chambre pour le Capitaine des Gardes; 
20» d'une chambre pour les gentilshommes de service ; 
21° d'une chambre pour le valet de chambre de service; 
22° d'une chambre pour le garçon de la chambre... 

Voilà, Monsieur, mes deux premiers projets et voici le troisième. 

Mon dessein est donc en dernier lieu de bâtir un palais tout à fait 
neuf du côté du Rhin et le placer de sorte qu'il se joigne au vieux et 
à ce corps de logis qui est fait, par des galleries de communication. 
Toute la difficulté que j'y trouve est que ce qui est de l'autre côté du 
Rhin tout vis-à-vis est terre de l'Electeur Palatin lequel, en cas de rup- 
ture, pourrait un beau matin me saluera grands coups de canon et abat- 
tre ma maison, comme on a déjà fait aux deux derniers sièges de Bonn 
et comme j'ay voulu faire moi-même à cet Électeur à l'égard de son 
palais de Dûsseldorf, pendant qu'au commencement de cette guerre les 
Alliés ont fait le siège de Kayserswerth. Car c'est pour lui le même 
inconvénient que pour moy. Et outre cela le Rhin déborde en de 
certains tems et monte quelquefois à douze pieds de haut. 

Cependant quelque résolution que l'on prenne et de quelque façon 
qu'on veuille placer mon palais, je veux toujours que tout le terrain 



120 L*ART FRANÇAIS StJR LE RHIN 

qui est depuis les vieilles fortifications jusques aux nouvelles et jusques 
au Rhin soit occupé pour le service de ma Cour, soit en place devant le 
palais, soit en jardin... Mais il faut outre cela avoir attention que de 
toutes manières je veux avoir sur le bord du Rhin uu petit corps de 
logis ou un petit pavillon séparé, où l'on pourra aller de mon palais 
par longue gallerie de communication, comme on va des Thuilleries au 
vieux Louvre, et que cette gallerie doit aussi communiquer aux pièces 
suivantes qui seront attachées par là au palais savoir : 

Le séminaire. 

Des écuries pour deux cens chevaux avec des logemens convenables 
pour le Grand Écuyer et pour le Premier Écuyer. 

Un manège. 

Un jeu de paume. 

Un théâtre pour représenter des opéras. 

L'apothiquairerie de la Cour. 

La poissonnerie de la Cour. 

La poullaillerie de la Cour. 

Un logement pour le jardinier de la Cour. 

L'infirmerie de la Cour. 

Le magasin des bois nécessaires pour le bâtiment et l'entretien de 
la Cour. 

Je vous prie, Monsieur, d'avoir en tout ceci plus d'égards au bon 
goût et à la commodité qu'à la magnificence, qui accompagne tout ce 
que vous ordonnez de beau pour S. M. T. C. laquelle doit avoir avec 
justice des palais qui correspondent à sa grandeur et à sa puissance : 
mais il faut que mes bâtimens cadrent à mes moyens, qui ne sont rien 
en comparaison des siens. 

Au reste je suivray pour ma chapelle les avis que vous me donnez 
par votre obligeante lettre du 10 de ce mois, et je ne changeray à 
votre dessein que l'autel qui pourtant est tout à fait beau et magnifique 
comme vous Tavez marqué ; mais comme les Luthériens font les leurs 
à peu près semblables, j'y veux mettre des paremens de broderie, 
ainsi qu'il se pratique ordinairement pour les différencier de ceux des 
Protestants, de sorte qu'il ne sera pas nécessaire de le faire de marbre. 

Je suis confus de toutes les peines que je vous donne ; mais je fais 
si grand fond sur votre honnêteté que je ne doute point que vous ne 
continuiez à m'assister toujours de vos bons conseils, jusqu'à ce que 
mon palais et tout ce qui en dépend soit dans la perfection. En atten- 
dant je suis av^ beaucoup d'estime et de reconnaissance, Monsieur, 
véritablement tout à vous. 

Joseph-Clément. 



DOCUMENTS I29 



Valenciennes, 16 juillet i713 

Je souhaite du meilleur de mon cœur, Monsieur que cette lettre vous 
trouve en parfaite santé et que vous soyiez entièrement délivré de la 
fièvre dont, selon le rapport de mon Résident de Waldor, vous avez 
été attaqué depuis quelque tems. 

Voici, Monsieur, un plan plus exact de mon palais de Bonn et des 
environs avec une explication des renvois, lequel avec ceux que vous 
devez avoir reçus, vous donnera toute la connaissance nécessaire de sa 
situation et du terrain que l'on peut employer pour mettre en exécu- 
tion Tun des nouveaux projets dont je vous ai parlé dans ma précédente. 

Quand votre santé vous le pourra permettre, j'espère que vous 
voudrez bien prendre la peine de les examiner et de me donner 
ensuite votre avis là-dessus. Vous aurez la bonté de faire tirer copie de 
ces plans et surtout de celui-cy, pour me les renvoyer, afin qu'en 
ayant chacun de notre côté, nous puissions plus facilement, si vous le 
trouvez bon, correspondre l'un avec l'autre et nous dire mutuellement 
notre pensée, jusqu'à ce que nous nous soyions accordés sur le projet 
que l'on devra suivre tant pour les embellissemens du dehors que pour 
la distribution du dedans. 



Valenciennes, le 30 juillet 1713. 

Je suis confus des peines que je vous donne, Monsieur, et de l'hon- 
nêteté avec laquelle vous voulez bien m'assister de vos bons conseils 
pour la construction de mon palais de Bonn. Je sçais que personne n'a 
plus de capacité que vous en ces sortes de choses et que je ne sçaurais 
manquer en suivant vos avis, que j'attens avec impatience, maintenant 
que par les plans que je vous ay envoyés, vous êtes suffisamment 
instruit de la situation du terrain et de ce que je souhaite. 

Je vous seray, Monsieur, d'autant plus redevable des peines et des 
soins que vous vous donnerez pour cela que je n'ignore pas les 
grandes et continuelles occupations que vous avez pour le service de 
S. M. T. C'. 



l30 L*ART FRANÇAIS SUR LE RHIN 



Valenciennes, le 1«» mars 1714. 

Gomme il y a toute apparence, Monsieur, que nous aurons bientôt 
la paix générale et que par un des articles du traité je retourneray 
dans mes Etats, il est tems que je songe tout de bon au palais que j'ay 
dessein de faire construire à Bonn et à l'agrandissement de la ville 
dont je vous ay envoyé le plan de ce côté-là. 

Je sçai, Monsieur, que les grandes occupations que vous avez pour 
le service de S. M. T. G. ne vous permettent guère de vous appliquer 
à d'autres choses. Mais la connaissance que j'ay de votre honnêteté et 
la promesse que vous avez eu la bonté de me faire de vouloir bien 
m'assister en cela de vos bons conseils me font espérer que vous ne 
me refuserez pas le plaisir que j'attens aujourd'hui de votre politesse. 

Je vous prie donc très instamment, après avoir examiné la situation, 
le plan et le mémoire que je vous ay envoyés, de me donner au moins 
une idée générale du nouveau bâtiment que je veux faire faire, sans 
prendre la peine d'entrer dans le détail, afin que cela puisse me servir 
de guide et de conduite pour commencer et pour conduire ensuite 
l'ouvrage à sa perfection. Il y a certaines choses où l'on peut travailler 
dès à présent sans qu'il soit nécessaire que je sois sur les lieux et vous 
me ferez un sensible plaisir de me faire sçavoir le plutôt qu'il sera 
possible votre sentiment là-dessus. 



Valenciennes, le 23 mars 1714. 

J'ay reçu, Monsieur, votre lettre du 15 de ce mois par laquelle je vois 
que vous avez eu la bonté de faire deux pensées différentes du nou- 
veau palais que je veux faire construire à Bonn, dont je vous suis infi- 
niment obligé. Gomme vous me marquez que c'est une idée d'une 
grande étendue, j'appréhende, Monsieur, qu'elle ne le soit trop par 
rapport à mes revenus et que je n'aye pas les moyens de la faire 
exécuter comme il faut. Gependant je tâcheray de suivre exactement 
l'un de vos desseins lorsque je les auray receus, étant persuadé que 
soit que je choisisse l'un ou l'autre, je ne sçaurais manquer puisqu'ils 
sont tous deux de votre ordonnance, c'est à dire également beaux et 
bien entendus. 



DOCUMENTS l3l 

Mais comme je veux faire partir incessament mon architecte pour 
faire travailler aux dedans -de mon vieux palais pour m'y pouvoir 
loger en attendant que l'autre soit bâti, je voudrais sçavoir auparavant 
de quelle manière vous avez trouvé à propos de situer ce nouveau 
palais, suivant le plan du terrain que je vous ay envoyé, afin que l'on 
se règle là-dessus et qu'on ne fasse pas des choses qu'il faudrait peut- 
être deffaire par la suite. Je vous prie donc très instamment, en cas 
que vos desseins ne puissent partir bientôt, de prendre la peine de 
m'en envoyer une pensée ou esquisse sans être arrêtée et pour en 
connaître seulement l'étendue et la disposition et cela me suffira 
pour le présent en attendant le reste. 



Valenciennes, le 8 avril 1714. 

J'ai reçu, Monsieur les beaux desseins que vous avez pris la peine 
de m'envoyer pour mon palais de Bonn. Les deux idées que vous m'en 
donnez sont également belles quoique différentes et l'on ne peut rien 
imaginer de plus magnifique dans un terrain comme celui-là, dont 
vous avez profité avec une entente et une adresse merveilleuses. J'en 
suis charmé véritablement et c'est à mon grand regret que je me vois 
obligé d'y changer quelque chose. Mais l'entreprise est trop vaste et 
surpasserait de beaucoup mes forces, si je voulais mettre l'un ou l'autre 
de ces projets en exécution. Il faut en pareille rencontre consulter ses 
moyens et l'état de ses finances avant que de commencer des ouvrages 
si considérables, et après y avoir mûrement réfléchi, je me restreins 
au vieux bâtiment avec partie des augmentations que vous avez trouvé 
à propos d'y faire... 

Tout le terrain que vous employé pour le nouveau bâtiment, pour la 
grande cour, pour les galleries et pour le reste sera employé en un 
jardin qui par là deviendra beaucoup plus grand et plus agréable. 

Ce que je souhaite seulement est de sçavoir comment attacher à ce 
vieux palais une gallerie qui serve de communication avec un bâti- 
ment sur le Rhin que je veux faire faire comme une maison éloignée 
du monde et du bruit, dans laquelle je pourray me f étirer quand bon 
me semblera. Le dessous de cette maison doit être occupé par la 
Douane et il faut disposer le lieu pour cela et au dessus il faut un 
appartement où je puisse loger quelquefois en été pour y jouir du bon 
air et de la belle vue. 

Ma pensée serait donc, Monsieur, pour attacher cette galerie avec 
grâce et gagner en même temps de la place, de faire deux quarts de 



l32 l'art français sur le RHIN 

cercle qui prendraient de chaque côté aux deux pavillons des bouts de 
la façade déjà faite. Chacun de ces quarts de cercle serait terminé 
par un pavillon ovale et le bas serait en forme de portiques pour s'y 
mettre à couvert, quand il viendrait des pluies d'orage dans les grandes 
chaleurs de l'été. 

Il s'agit maintenant de faire travailler et il n'y a pas un moment 
à perdre. C'est pourquoi vous me ferez un sensible plaisir de m'en- 
voyer incessamment de tout cela une esquisse, que vous pourrez arrêter 
ensuite avec plus de loisir, mon architecte n'attendant que cela pour 
se rendre à Bonn et mettre les ouvriers en besogne. 



Valenciennes, le 11 juin 1714. 

Si j'ay si longtemps différé, Monsieur, à répondre à votre dernière 
lettre, c'est que j'ay voulu examiner à loisir les plans et les élévations 
que vous m'avez envoyés en dernier lieu, avant que de vous en dire 
ma pensée. Je les trouve dignes de vous, c'est-à-dire d'une grande 
beauté et d'une entente merveilleuse. Mais comme vous me demandez 
mon sentiment là-dessus, je crois que vous ne trouverez pas mauvais 
que je vous communique les observations que j'ay faites.... 

11 importe de ménager la perspective jusqu'à ma maison de campagne 
de Poppelsdorf, Cette vue que le pur hazard donne est si belle et, si 
j'ose le dire, si précieuse qu'il faut la conserver en toute manière. 

Je tiens beaucoup à une petite ménagerie ou basse-cour avec un 
petit jardin potager, un de mes .plus grands plaisirs étant de cultiver 
des plantes et de petites salades de ma propre main et c'est un amuse- 
ment qui me plait au-dessus de toutes choses; mais il faut pour cela 
que je puisse m'y occuper sans être vu de personne, outre que je me 
plais, comme S. M. T. C. fait à Marly, à entretenir de belles poules, des 
canards d'une espèce particulière et des carpes curieuses. Je pourrais 
donc avoir toutes ces commodités dans ce même terrain et du haut de 
la terrasse m'amusera ces divertissements innocents et jetter à manger 
à ces différentes espèces d'animaux. 

Je souhaiterais fort que la gallerie eût la même largeur que celle des 
Thuilleries où sont les (plans des villes et forteresses conquises par 
S. M. T. C. et qu'elle fût de niveau avec le plan noble de mon palais 
jusques au Rhin et qu'on la terminât par un grand sallon rond ou 
ovale, duquel on pût dominer de tous côtés sur le Rhin... 

Cette maison du Rhin m'est d'une grande utilité ; car outre le 
Dlaisir de la vue qui est admirable de ce côté-là, le fleuve du Rhin 



DOCUMENTS l33 

étant un des plus grands et des plus navigables de toute l'Europe, il 
n'y a presque point d'année que quelque Prince de l'Empire ne passe 
par là. Je suis donc obligé de l'aller recevoir au bord du Rhin pour le 
conduire ensuite à mon palais. Mais il arrive fort souvent que n'ayant 
aucun endroit où me pouvoir retirer en attendant son arrivée, je me 
vois contraint de rester dans mon carosse jusqu'à ce qu'il vienne : ce 
qui est aussi incommode que désagréable. Mais quand cette maison 
sera une fois en état, Je n'auray qu'à me tenir tranquillement dans le 
sallon au bout de la grande gallerie et lorsqu'on verra venir de loin le 
Prince étranger que j'attendray, à descendre sar le bord du fleuve pour 
le recevoir en sortant de son batteau et le conduire ensuite en parade 
au travers de la ville jusqu'à mon palais, s'il veut une entrée publique 
ou, s'il veut passer incognito, l'y mener par la grande gallerie et la 
maison du jardin. 



Valenciennes, le i\ juillet \7\A. 

J'ay reçu, Monsieur, avec votre obligeante lettre du 6 de ce mois, le 
nouveau plan que vous avez pris la peine de faire pour mon palais de 
Bonn. Vous avez si bien donné dans ma pensée qu'il n'y a rien à dire 
et j'en sais content au delà de tout ce qu'on scaurait imaginer. Tous 
ceux à qui j'ay montré cette disposition en sont charmés aussi bien que 
moi et il est impossible de faire mieux. 

Je m'en tiens donc, Monsieur, à ce dessein et tàcheray de 
le faire exécuter dans toutes ses parties le moins mal qu'il sera 
possible... 

Je ne vous renvoyé point votre plan, puisque bien loin d'y vouloir 
rien changer, je le trouve le plus beau, le plus commode et le mieux 
disposé qu'on scaurait voir et vous ne devez pas douter que je ne vous 
sois entièrement redevable d'avoir bien voulu déployer ainsi votre beau 
génie en ma faveur. Je vous prie très instamment de continuer à 
m'assister jusqu'à la fin de vos bons conseils et avec un tel secours, 
j'espère de faire sans contredit un des plus beaux palais qui soient en 
Allemagne. Quelques gens trouvent que pour la grandeur du jardin il 
y trop peu de jets d'eau. Mais ce sont de ces choses qu'on ne 
peut résoudre que sur les lieux et sur les sources que l'on pourra 
trouver. 



l34 I.'aRT français sur le RHIN 



Valenciennes, le 15 a oùH714. 

J'ay reçu, Monsieur, avec votre lettre du 3 de ce mois les beaux plans 
et les magnifiques élévations que vous m'avez envoyés. Rien n'est 
mieux entendu et je trouve le tout entièrement conforme à mon idée 
et dont Texécution ne scaurait manquer de faire un très bel effet. 

Cependant comme vous voulez bien que je vous dise ma pensée sur 
ces nouvelles dispositions, vous ne trouverez pas mauvais que je vous 
fasse part, Monsieur, d'une remarque très juste qu'un homme de ma 
Cour a faite sur ce qui regarde la grande gallerie. Je vous avoue que 
je n'y avais point fait de réflexion, mais à présent j'y trouve comme lui 
un fort grand inconvénient auquel il faut nécessairement remédier. Il 
m'a donc fait remarquer que lorsque suivant votre plan je recevray au 
Rhin quelque Prince étranger, s'il veut venir à mon palais par cette 
gallerie, il' faut qu'il monte l'escalier, qu'il entre dans le sallon et que 
de là il passe avec toute sa suite et mes gardes qui l'accompagnent par 
honneur par le cabinet et par la chambre de retraite de ma maison 
d'été, qui pourtant doivent être des lieux tout à fait de retraite et où 
peu de personnes doivent avoir accès. Il y a cette différence dans nos 
usages qu'en France tout le monde entre et passe par les appartemens 
du Roy et des Princes et que chez nous très peu de gens jouissent de 
cet honneur et ont cet avantage. Je dois donc me conformer, étant en 
Allemagne, aux coutumes du pays pour ne point choquer la noblesse 
qui est fort jalouse de ces sortes d'entrées et qui prétend que ce 
privilège n'est dû qu'aux gentilshommes titrés... 

Pour ce qui concerne le palais même, il n'y a rien à ajouter à votre 
plan, Monsieur, et le tout est d'un goût merveilleux. Je ne scaurais me 
lasser de regarder la façade du côté de la ville et le dôme du milieu 
ne scaurait être plus beau. Cependant comme il est vis-à-vis de mon 
cabinet, j'aurais fort souhaité, en cas qu'on l'eût trouvé praticable, 
qu'on y eût pu placer une horloge. 

Excusez toutes les peines que je vous donne. Mais pour avoir un palais 
achevé, à quipourrais-je avoir recours, sinon à vous qui traitez l'archi- 
tecture avec tant d'élégance et de bon goût qu'on ne peut cesser 
d'admirer tout ce qui part de votre^génie. 

Comme je fais mon compte d'aller bientôt à Paris, j'auray le plaisir 
de m'entretenir avec vous sur tout le reste, si vous voulez bien me 
donner quelques momens de conversation. J'y mèneray avec moi celui 
qui aura l'entière direction de tous ces bâtimens, pour que vous 



DOCUMENTS 



l35 



ayez la bonté de le mettre au fait et de lui bien expliquer ce qu'il 
devra faire pour exécuter comme il faut votre pensée et vos desseins. 



Paris, le -24 novembre 1714. 

J'ay reçu, Monsieur, avec votre lettre d'hier le dessein que vous 
m'avez renvoyé avec les changemens que vous avez bien voulu y faire 
qui sont tels que je souhaitais de les avoir. Il n'y a rien de mieux et je 
m'en tiens là, vous priant très instamment de m'assister jusqu'à la fin 
de vos conseils et de vos lumières. 

Vous me ferez plaisir, Monsieur, de me faire faire en grand un bout 
de cette façade, puisque c'est partout la même chose, afin que les 
ouvriers puissent voir plus distinctement ce qu'ils auront à faire. 

Il me faudra un menuisier, un doreur, un serrurier, un plafonneur 
et un plombier qui scachént leur métier et soient capables de conduire 
comme il faut les (ouvrages qu'ils entreprendront. Je souhaiterais fort 
les tenir de votre main et que ce fût vous qui en fit le choix. C'est 
pourquoi je vous prie d'y songer de bonne heure et de me faire 
scavoir, avant que de conclure avec eux, ce que vous croyez que je 
doive donner à chacun par année, afin de me pouvoir régler là-dessus 
et que je sache à quoi m'en tenir. 

Je vous demande mille pardons de mes importunités; mais il n'y 
a que vous qui puissiez m'assister en ces sortes de choses et me donner 
les éclaircissemens dont j'ay besoin. 



Paris, le 18 décembre 17U. 

Je ne puis assez vous remercier. Monsieur, des honnêtetés que vous 
me témoignez et des peines que vous vous donnez pour mes bâtimens. 
Je ne manqueray pas, quand l'occasion s'en présentera, de vous en 
marquer ma juste reconnaissance et l'estime toute particulière que 
j'ay pour votre mérite. . 

Cependant, Monsieur, comme vous voulez bien que je vous dise ma 
pensée sur vos desseins, permettez-moi de vous communiquer les 
doutes et les remarques que j'ay faites sur ceux que je vous renvoyé, 
afin que, si vous les approuvez, vous ayiez la bonté de les corriger 



l36 l'art FP.ANÇAIS sur le RHIN 

incessamment, puisqu'il n'y a pas de temps à perdre, ayant 
résolu de partir, s'il se peut, jeudy prochain pour retourner dans mes 
Etats. 

Pour ce qui regarde le plan noble, je trouve que tout y est en per- 
fection tant pour la salle des gardes que pour le vestibule. 

Dites-moi, je vous prie, quelle forme aurait et ce que deviendrait 
cette salle des gardes, si on la faisait aller d'un bout à l'autre, en 
retranchant au plan noble le vestibule d'une pièce. Car, comme je fais 
là mes principales fonctions, il y vient quantité de monde et cela 
demande un lieu fort spacieux et fort vaste. C'est dans cet endroit 
que je reçois l'hommage qu'on me rend, où je donne les fiefs, où je 
tiens les Etats de mon Électorat de Cologne, où le jeudi saint je lave 
les pieds à treize pauvres, où se tient le Chapitre de l'Ordre et où enfin 
je donne le sacrement de confirmation. Tout cela exige donc une salle 
d'une grande étendue, comme vous voyez. 



Paris, le 22 décembre 1714. 

On ne peut trop admirer. Monsieur, votre heureux génie et la facilité 
que vous avez à trouver, sans hésiter, les plus belles choses du monde. 
Je suis charmé des magnifiques desseins que vous m'avez renvoyés 
avec tant de diligence et je vous assure que Ton ne peut être plus 
redevable que je le suis aux grandes honnêtetés que vous me témoi- 
gnez en toute rencontre. 

L'escalier ne peut être plus beau et il n'y a rien, Monsieur, que de 
grand dans toutes vos idées. Mais je crains qu'il ne se rencontre quel- 
ques difficultés dans l'exécution, par des raisons que je ne puis vous 
expliquer assez clairement par lettres et je souhaiterais fort vous 
pouvoir parler moi-même pour m'en entretenir avec vous. Ainsi en 
cas que votre commodité vous le puisse permettre, vous me ferez un 
fort grand plaisir de venir demain chez moi à telle heure qu'il vous 
plaira ou du moins m'envoyer Monsieur votre fils pour que je puisse 
lui parler là-dessus et lui dire en quoi consistent ces difficultés. 11 
pourra ensuite vous en faire le détail et j'espère que vous voudrez 
bien m'assister en cela de vos bons conseils, auxquels je me confor- 
meray toujours avec plaisir, étant pleinement persuadé que je n'en 
scaurais suivre de meilleurs. 



DOCUMENTS l3j 



Liège, le 24 janvier 1715. 

Au milieu des embarras où je me trouve, Monsieur, par la multitude 
d'affaires que j'ay ici, je ne laisse pas de songer à mon palais de Bonn, 
le tems s'approchant où il faudra recommencer à y travailler. Mais mon 
maître masson étant mort(l), je n'ay plus personne à qui confier la 
direction de mes bâtimens ; et vous me feriez un sensible plaisir si 
vous vouliez bien, Monsieur, m'envoyer le sculpteur dont vous m'avez 
parlé puisqu'il s'entend en architecture et qu'ainsi il pourrait avec vos 
bons avis en prendre soin et faire travailler les ouvriers sur les beaux 
plans que vous avez pris la peine de faire. 11 faudrait pour cela qu'il 
partit incessamment de Paris afin de recevoir mes ordres sur ce qu'il y 
a présentement à faire et qu'on se mit en besogne aussitôt que la 
saison le pourrait permettre. 



Liège, le 15 février 1715. 

Je vous suis, Monsieur, tout à fait obligé du soin que vous prenez 
pour me procurer un homme qui soit intelligent et au fait de l'archi- 
tecture. Je ne doute nullement de la capacité du S' Benoit puisque 
vous l'approuvez et m'en tiendray volontiers à votre choix. 



Bonn, le 28 février 1715. 

Vous m'aviez très bien dit. Monsieur, qu'en fait de bâtimens, on ne 
peut juger vainement des choses qu'on ne soit sur les lieux et qu'on 
ne voye soi-même l'effet qu'elles font. Car à mon grand élonnement la 
cour de mon palais d'ici que je m'imaginais devoir être trop petite est 
beaucoup plus spacieuse que je ne croyais et l'élévation du bâtiment 
n'est nullement disproportionnée à la grandeur de cette cour où j'ay 

(1) Ce maître maçon était probablement l'Italien Antonio Riva. 



l38 l'aUT français sur le RHIN 

vu moi-même plus de vingt caresses à la fois sans qu'il parut qu'il y en 
eut une si grande quantité. Cela m'a donc déterminé de la laisser 
carrée comme elle est pour n'être point obligé d'abattre le vieux bâti- 
ment. 

Faites moi le plaisir de m'envoyer le plus tôt que faire se pourra le 
S*" Benoit, un sculpteur, un menuisier, un serrurier, un doreur et un 
plombier. Vous prendrez s'il vous plait la peine de vous entendre pour 
cela avec mon Résident de Waldor afin de convenir avec ces gens-là 
de ce que je devray leur donner par mois, tant tenu, tant payé ! aussi 
bien que pour leur voyage et ce que vous aurez accordé avec eux sera 
ponctuellement exécuté. 



Bonn, le 25 mars 1715. 

Comme voici le tems, M., que l'on doit travailler à mes maisons de 
campagne de Poppelsdorf, de Bruel et de Godesberg, vous me feriez 
un très sensible plaisir de m'envoyer le plutôt qu'il sera possible une 
esquisse de ce que vous pensez là-dessus. 

Au surplus. M., je vous diray que j'ay fait marquer en cette ville 
une nouvelle rue qui s'appellera la i-iie de Lille.,. Voici un dessein 
qu'on avait fait pour cela. Mais il ne me satisfait nullement et je vous 
prie de vouloir bien prendre la peine de m'en faire un autre qui ait 
de la grâce et puisse contenter la vue. Il n'y faut rien que de simple, 
mais de bon goût pour ne pas jetter ceux à qui j'ay donné ces places 
dans de trop grosses dépenses, puisque ce sont eux qui doivent faire 
bâtir ces maisons à leurs propres dépens. 



Bonn, le 25 avril 1715 

J'ai reçu. M., le dessein des façades pour un côté de la nouvelle rue 
que l'on va faire ici et choisi celui où vous n'avez mis que trois 
croisées, le trouvant, comme vous, préférable à l'autre. Je vous en 
suis fort obligé aussi bien que du beau dessein que vous m'avez 
envoyé pour le haut du rocher de Godesberg. La disposition en est très 
belle et j'en suis fort content. 



DOCUMENTS iSg 

Mais pour dire la vérité, M., les projets pour Poppelsdorf et pour 
Briiel sont les plus pressés, puisque je n'ay aucune maison où me 
retirer pendant l'été et que je n'ose commencer rien en ces deux 
derniers endroits, sans sçavoir auparavent votre pensée pour n'être 
pas obligé d'abattre peut-être par la suite ce qu'on aurait déjà élevé. 
Vous me ferez donc plaisir de m'envoyer ces projets tout le plutôt que 
vous pourrez. Cependant le S' Benoit est actuellement occupé à lever 
correctement le plan, les profils et les élévations de mon palais d'ici et 
des environs à la mesure de France pour vous les envoyer afin que 
vous puissiez l'honorer de vos avis et travailler en toute sûreté : ce 
que vous n'avez pu faire jusqu'ici puisqu'il trouve étant sur les lieux 
que les mesures que Ton vous a remises étaient absolument fausses 
dans toutes leurs parties. 

Je vous prie de continuer toujours à m'assister de vos bons conseils, 
sans quoi je ne puis rien faire de bon, et d'être bien persuadé qu'en 
reconnaissance de vos honnêtetés, je serai toujours avec toute l'estime 
qui vous est due, M., véritablement tout à vous. 



A Cologne, le 4 may 4715 (1) 

Dans la crainte que j'ay, Monsieur, que vous ne preniez une peine 
inutile en faisant un dessein tout nouveau pour le Château de Bruel, 
puisque je me souviens de vous avoir dit à Paris, en vous en remettant 
le plan entre les mains, que je voulais entièrement abandonner le 
vieux château et en bâtir un tout neuf ; dans cette crainte, dis-je, je 
n'ay pas voulu manquer, après avoir mûrement examiné moi-même 
toutes choses sur les lieux, de vous faire part de mes remarques et 
de ce que j'ay résolu d'y faire à présent. 

Je vous dirai donc, M., qu'en ayant visité les murailles, j'ay trouvé 
qu'elles étaient si fortes qu'il coûterait beaucoup plus à les abattre 
qua rebâtir un nouveau château : et cela m'a fait^ absolument changer 
de dessein, comme vous verrez plus amplement par ce qui suit. Vous 
en avez chez vous un plan qui est fort juste : ainsi je vous envoyé par 
ce brouillon simplement ma pensée dans l'espoir que vous ne laisserez 
pas de la conprendre aisément, malgré son peu de correction. 

(1) Cette lettre, d'une importance capitale pour l'histoire du château de 
Briihl, a été reproduite par Dohme, Das Kônigliche Schloss zu Brûhl mn 
Rhein, Berlin, 1877, et par Renard, Die Bauten der Kurfursten Joseph dé- 
mens und Clemens August von Ko In, Bonn, 1896. 



I^O l'art français sur le RHIN 

Mon intention est premièrement de laisser ce vieux château comme 
il est, les murailles, ainsi que je l'ay déjà dit, en étant très bonnes 
encore, les caves excellentes et il n'y aura de dépense à faire que pour 
le toit et la distribution du dedans, ce qui ne se pourra faire dans tout 
Tordre qu'il serait à souhaiter puisque les étages sont hauts et bas à 
l'antique. Les Ecuries dans l'avant-cour sont pareillement encore 
bonnes et en les changeant en appartements, mes Ministres, mes 
Gentilshommes, le reste de ma Cour avec les offices et autres commo- 
dités s'y pourraient placer très facilement. 

Mais pour cacher tout cela, je prendray pour moi tout le corps de 
logis marqué A du côté de l'Orient et qui fait directement face au 
Parc et par conséquent à ma Résidence de Bonn. C'est une chose qui 
vient fort à propos que tout ce côté-là soit entièrement ruiné et démoli, 
comme il l'est, jusqu'aux fondements qui ne sontpoint endommagés. Or 
je veux sur cet ancien corps de logis faire élever le même bâtiment et 
la même façade que vous aviez fait pour Bonn... avec une salle ovale 
dans le milieu que je vous avais prié de garder pour Bruel comme 
vous vous en souviendrez bien. J'y ajoute seulement deux ailes en 
potence, pour ménager entre deux une cour fermée d'une grille par 
devant : car je ne veux point du tout qu'on voye le vieux château et 
ce bâtiment à la moderne le cachera entièrement. 

On peut faire l'entrée principale du côté droit de l'aile qui donne 
vers la ville... Pour le deuxième étage, comme on l'appelle ici (et qui 
est le premier en France et le plan noble), vous pourrez, si 
vous le trouvez bon, y placer un grand salon et de là conduire 
mes appartements dans la façade du vieux château, confor- 
mément à votre plan B dont j'ay déjà parlé. L'aile gauche peut servir 
d'appartement et de gallerie pour moi, afin de pouvoir descendre 
quand il me plaira dans le jardin. Quant au rez-de-chaussée vous en 
pourrez faire des appartements pour les princes étrangers qui me 
feront l'honneur de me venir voir. 

Mais on doit observer que je veux être en pleine liberté et sans 
aucune sujétion dans le petit jardin que je veux réserver pour moi 
seul ; pour faire ce jardin et la cour du château, il faudra combler 
entièrement le fossé qui seul a été la cause que ce même 
château a été ruiné et renversé parce qu'il pouvait servir en temps de 
guerre d'un poste pour mettre une bonne garnison en toute sûreté : de 
sorte que le premier venu s'y logeait, ce qui suffisait et suffirait encore 
pour en causer ou l'occupation ou la démolition comme il est arrivé. 
Je prétens donc éviter l'un et l'autre de ces deux inconvéniens, en 
faisant de ce château un lieu tout ouvert et une simple maison de cam- 
pagne. 

11 n'y a qu'à prendre, à la place marquée K, centre de la 
façade du vieux château, celui de la façade du nouveau et si du côté 



DOCUMENTS l4l 

du septentrion elle est un peu trop courte, on pourra l'allonger tout 
autant qu'on voudra pour que ladite place K en soit toujours le centre... 
et l'on fera un nouveau canal qui ira droit au Rhin, comme c'était le 
projet du feu Cardinal Mazarin, qui a demeuré longtemps dans ce châ- 
teau. La ligne droite mène justement à Bonn : ainsi on peut faire en 
ce lieu-là une allée ou avenue toute droite qui aurait trois lieues de 
long pour aller et venir d'une de ces villes à l'autre. L'espace entre la 
cour du château et les deux canaux sera le grand jardin. 

Cette faible ébauche vous peut, M., mettre au fait pour bien com- 
prendre mes intentions : et vous vous, servirez du plan de Bruel que 
vous avez déjà pour achever de prendre au juste vos mesures et toutes 
les connaissances nécessaires, par rapport à la situation du lieu et de 
ses environs. Je suis bien fâché de vous donner tant de peine et de 
vous embarrasser si souvent. Mais j'espère que par un efîet de votre 
honnêteté ordinaire vous voudrez bien me faire encore ce plaisir et me 
croire toujours avec la plus parfaite estime, M., véritablement tout à 
vous. 

Joseph-Clement. 



Bonn, le 24 mai 1715. 

J'espère, Monsieur, que vous aurez reçu l'idée que je vous ay 
envoyée pour le rétablissement de mon château de Bruel et j'attends 
là-dessus votre sentiment. En échange j'ay receu votre projet pour ma 
maison de Popjoe/i^é/o?'/' qui me plait infiniment et je ne sçache rien de 
plus beau et de mieux imaginé. 

Mais il faut y faire quelques changements, les chanoines d'ici n'ayant 
jamais voulu me vendre quelques pieds de terram dont j'avais abso- 
lument besoin. Cela nous a mis dans la nécessité de faire deux ailes à 
mon palais du côté du jardin pour gagner l'alignement du canal... Je 
vous avoue que d'abord je me suis mis dans une colère épouvantable, 
non seulement contre ces chanoines obstinés et peu gracieux, mais 
encore à cause de tous ces changemens qui nous ont donné une peine 
infinie. Mais à présent je commence à n'être plus si fâché puisque la 
manière dont nous avons projette le tout ensemble, j'espère que cela 
fera un très bon effet et que vous l'approuverez vous même quand mon 
architecte Benoit vous l'aura communiqué, par les desseins auxquels 
il travaille en toute diligence et que je vous envoyeray au premier 
jour. 



l42 l'art français sur le RHIN 

En attendant je n'ay pas voulu différer davantage à vous remercier 
des derniers et admirables desseins que vous m'avez envoyés depuis 
peu. 



Bonn, le 25 may 1715. 

Pour éviter tout embarras, Monsieur, j'ay ordonné à tous les ouvriers 
qui travaillent à mes bâtimens de ne se servir dorénavant dans tous 
leurs ouvrages que du pied^de France et pour cet effet j'ay fait attacher 
à la porte de mon palais une verge de fer longue d'une toise pour qu'ils 
se règlent la-dessus. Tout ce que mon architecte vous envoyera, 
Monsieur, à l'avenir, soit plans ou élévations, sera sur la même échelle : 
ainsi on pourra mieux s'entendre et cela vous épargnera la peine de 
réduire les pieds de France en pieds de ce pays-cy. 

Mon peintre Vivien, qui vous rendra cette lettre, aura l'honneur de 
vous expliquer ma pensée sur les peintures de ma gallerie et du sallon 
qui est au bout, dont vous avez toutes les mesures. Je vous prie de 
vouloir bien conférer avec lui là-dessus et de m'indiquer un homme 
qui puisse en faire une belle ordonnance et me donner les éclaircis- 
semens nécessaires pour la faire exécuter ici. 



U Électeur de Cologne à Vivien 



Bonn, 16 may 4715. 

Mon cher Vivien, il se présente plusieurs peintres italiens pour 
peindre ma gallerie et le sallon qui est au bout ; mais comme dans la 
plupart de leurs ordonnances il y a plus de bizarrerie que de bon goût, 
vous me ferez plaisir de conférer là-dessus avec M. de Cotte en luy 
rendant la lettre ci-jointe et de voir ensemble si l'on ne pourrait point 
trouver à Paris quelqu'un qui en voulut faire une idée générale sur les 
plans et élévations que vous et luy en avez. 

Vous vous souviendrez que dans la gallerie je veux faire mettre 
l'Rmpereur et tous les Électeurs. Il est vray qu'à présent on en a aug- 
menté le nombre et qu'il y a neuf Électeurs ; mais selon la Bulle d'or 



DOCUMENTS 1^3 

et les Constitutions de l'Empire, ils ne doivent être que sept et l'on est 
convenu même que si quelque maison séculière Electorale venait à 
s'éteindre, on ne la remplacerait pas pour revenir au premier et ancien 
nombre de sept. 

Ainsy je voudrais qn'on peignit dans le plafond de cette gallerie les 
Sept Planètes pour marquer comme elles influent sur toutes les choses 
d'icy-bas, les Sept Électeurs avec l'Empereur à leur tête gouvernant de 
même tout l'Empire. 

Pensez attentivement là-dessus et mandez moy ce que l'on peut faire 
et si vous approuvez cette idée. En attendant votre réponse et celle de 
M. de Cotte là-dessus, je prie Dieu qu'il vous ait, mon cher Vivien, en 
sa sainte garde. 

Joseph-Clément, Électeur. 



L'Electeur de Cologne à B. de Coite 



Bonn, le 23 août r/1 5. 

Les grandes occupations de mon architecte Benoît de Portier qui 
travaille jour et nuit m'ont empêché, Monsieur, de vous envoyer plutôt 
les plans que je joins icy afin que vous preniez la peine de les exa- 
miner. 



Bonn, le l'^'" septembre 17415. 

Je vous envoyé le plan de la maison que je veux faire bâtira Poppels' 
dorf. Vous trouverez qu'on a suivi à peu près votre idée, selon le grand 
et magnifique dessein que vous en avez fait. Mais j'ay trouvé qu'il serait 
fort inutile de faire un si grand bâtiment dans cet endroit-là qui n'est 
qu'à la portée du canon de cette ville et où l'on peut aller et revenir en 
fort peu de temps ; de sorte que la plupart de mes gens reviennent en 
ville le soir et que je ne retiens auprès de moi que ceux qui sont abso- 
lument nécessaires pour me servir. C'est par cette même raison que je 



l44 l'art français sur le RHIN 

n'ay voulu des écuries que pour un petit nombre de chevaux et vous 
me ferez un sensible plaisir d'examiner avec attention ce nouveau 
plan... 

Il est vray que l'on a déjà posé la première pierre il y a quelques 
jours et qu'on a commencé à en jetter les fondements. Pour aller plus 
vite, j'ay fait un accord avec des gens qui ont entrepris cet ouvrage^ 
sous la conduite et la direction de mon architecte Benoit de Portier, et 
ie donne pour la maçonnerie seule plus de soixante mille francs. 



Benoît de Fortier à R. de Cotte 



Bonn, 21 octobre 1715. 

J'attendais toujours une occasion de vous assurer de mes très hum- 
bles respects en vous mandant quelque chose de précis sur les bâti- 
ments de Bonn et de Poppelsdorf. Mais la vivacité de l'esprit du Séré- 
nissime Prince que j'ay l'honneur de servir ne me l'a pas permis, 
m'ayant même commandé de planter et faire exécuter plusieurs 
ouvrages avant que les desseins en ayent été finis. 



L'Électeur de Cologne à R. de Cotte 



Dinkelspill (1), le 30 novembre 1715. 

Avant mon départ de Bonn pour la Bavière, je vous avais prié, Mon- 
sieur, de m'envoyer les élévations et les profils du Buen Retira de mon 
palais de Bonn et je croyais recevoir là-dessus de vos nouvelles â 
Munique; mais comme il n'est rien venu et que, les fondemens étant 
faits, il est absolument nécessaire de les avoir pour poursuivre l'ou- 
vrage, vous me ferez, Monsieur, un sensible plaisir de m'envoyer 

(1) Dinkelsbiihl, petite ville franconienne. 



DOCUMENTS l45 

incessamment à Bonn, où je retourne, les élévations de ce Buen 
Retîro et de l'Orangerie, sans quoi l'on ne peut plus travailler. 



Bonn, décembre 1715. 

En réponse, M., à votre lettre du 16 de l'autre mois, je vous 
diray que j'approuve entièrement les corrections qu'à ma prière vous 
avez pris la peine de faire au plan de mon bâtiment de Poppelsdorf, 
Le tout à votre ordinaire est très bien pensé et l'on reconnaît en cela 
rétendue de votre génie qui ne laisse rien échapper de tout ce qui 
peut contribuer à l'agrément et à la commodité. 

Mais pour la chapelle.... au lieu du renfoncement circulaire que vous 
avez fait pour y placer Tautel..., mon dessein est de mettre cet autel 
dans le milieu. Il doit être isolé et à quatre faces, dont chaque facefait 
un autel séparé, afin que dans le même temps quatre prêtres y puis- 
sent dire la messe sans se voir et sans s'incommoder les uns les autres. 
Le tout ne doit pourtant former qu'une seule et unique masse qui sera 
surmontée par une espèce de berceau ouvert sous lequel sera repré- 
senté en ronde bosse Notre-Seigneur Jésus-Christ en forme de jardi- 
nier et la Magdelaine à ses pieds. Dans ce qui servira de base à cette 
espèce de jardin, on représentera en bas-relief pour signifier les quatre 
saisons de l'année le saint ou la sainte sous l'invocation de qui chacun 
de ces quatre autels sera dédié. 

Outre cela mon dessein est que la chapelle dont il s'agit tant par ses 
ornemens que par sa disposition forme tout ensemble une espèce de 
jardin, étant placée dans un endroit où est la Confrérie des Fleuristes 
qui au jour des quatre fêtes dont j'ay parlé ci-dessus y doivent apporter 
pour offrande les tributs de leurs jardins. C'est pourquoi il faut qu'il y 
ait à ces autels des consoles pratiquées de telles manières que ces fleu- 
ristes selon chaque saison y puissent placer leurs offrandes, sans 
embarrasser le Saint Sacrifice de la messe, 

Voilà ma pensée sur laquelle, M., je vous prie de travailler. 



Bonn, le 2b février 1716. 

L'oratoire de ma Confiserie de 5* Michel doit être orné et décoré non 
pas magnifiquement, mais d'une manière simple et de bon goût, et 
c'esten quoi je me rapporte à votre beau génie... 

If 



l46 l'art français sur le RHIN 

On va tenir ici rassemblée de mes États qui doivent me fournir 
de quoi travailler à mes bâtimens ; mais comme ce sont la plupart 
des gens qui n'examinent point les ouvrages qui sont en terre, 
c'est-à-dire les fondemens et qui n'accordent pas volontiers, s'ils ne 
voyent paraître quelque chose à leurs yeux, je vais faire diligenter les 
ouvriers, espérant qu'avant que cette assemblée se sépare, les murailles 
paraîtront assez pour leur faire connaître ce que le bâtiment devien- 
dra et les induire à m'accorder ce que je leur demanderay pour cela. 

Les États de l'Électorat de Cologne consistent en quatre corps : sça- 
voir le Chapitre de la Métropolitaine, les Comtes, la Noblesse et les 
Villes. Chaque corps doit avoir une place séparée avec une plus grande 
pour s'assembler tous ensemble. On croit même qu'ils auraient besoin 
de quelque autre commodité puisqu'ils passent toute la journée à boire 
et qu'ils ont besoin de rejetter souvent le trop qu'ils ont pris... 

J'ai reçu le dessein de M. de Vernansal (1) pour le plafond de ma 
gallerie. Je le trouve magnifique et très bien pensé et il ne s'agit 
maintenant que de l'exécution. Comme je souhaiterais fort qu'elle 
répondit parfaitement à son idée, qui ne sçauraitétre plus belle, obligez- 
moi de lui demander s'il serait d'humeur de l'entreprendre lui-même et 
de venir l'exécuter sur le lieu. 'V^ous aurez la bonté, en ce cas-là, de 
sçavoir de lui combien il demanderait, et quel temps il faudrait pour 
mettre ce plafond dans toute sa perfection, ce qu'il souhaiterait pour 
les frais de son voyage tant en venant qu'en retournant, et ce que je 
devrais lui donner par jour, par semaine ou par mois pour sa nourri- 
ture. Lorsque je seray informé de ses prétentions sur chacun de ces 
articles, je vous feray sçavoir d'abord mes résolutions ; et si nous nous 
accommodons ensemble, je prendrai les mesures nécessaires pour 
avoir des fonds qui ne manquent point et lui donner une entière satis- 
faction, en vous marquant le temps qu'il pourra venir. 



Bonn, le 5 may 1716. 

Plus je considère, Monsieur, le projet qu'a fait le Sr de Vernansal 
pour le plafond de ma gallerie, plus je le trouve à mon goût, très bien 
imaginé et avec beaucoup d'esprit et d'entente ; mais je tombe d'ac- 
cord avec vous que ce serait gâter un si bel ouvrage que de le placer 
dans un lieu où il ne ferait pas son effet, cette gallerie n'étant pas 
assez haute pour qu'on en pût découvrir toute la beauté. 

(1) Louis Guy de Vernansal (1648-1729) était élève de Le Brun. 



DOCUMENTS ^ l47 

J'aurais donc envie, selon votre conseil, Monsieur, de laisser cet 
endroit là tout blanc, et de faire exécuter cet admirable dessein dans 
le grand sallon du bout, lequel a pour cela toute la hauteur nécessaire. 
Il est vray qu'il y a moins de longueur que dans la gallerie, mais il y a 
en récompense beaucoup plus de largeur, et je crois qu'il ne serait pas 
fort difficile d'y ajuster ce dessein. Mais comme ce sallon doit servir 
pour les fêles, c'est-à-dire pour les grands repas, les concerts et les 
autres divertissements que je donne à ma Cour et qu'il doit par con- 
séquent être souvent fort éclairé, je craindrais que la vapeur de ce 
grand nombre de bougies ne gâtât cette peinture que je conserveray 
soigneusement, si jamais elle se fait, comme un morceau digne de la 
curiosité des connaisseurs. 

C'est sur quoi j'attends votre avis, avant que de me déterminer; et 
cependant j'ordonne aujourd'hui au Comte de S* Maurice de vous 
remettre entre les mains l'argent qu'il faut pour satisfaire le S'' de Ver- 
nansal que j'estime infiniment sans le connaître. Je crois que vous 
m'avez marqué qu'il fallait 17001. de France pour son dessein. Si cela se 
monte plus haut. .vous aurez la bonté d'en avertir le Comte de S* Mau- 
rice et il ne manquera pas selon mes ordres de donner tout ce qu'il 
faudra de surplus, voulant absolument que cet habile homme soit aussi 
content de moi que je le suis de lui. 



Bonn, le 27 juin 1716. 

J'attens toujours le modèle que vous avez pris la peine, Monsieur, de 
faire faire en cire pour l'autel à quatre faces que je dois placer dans la 
chapelle de Poppelsdorf. 

Je vous remercie du choix que vous avez fait pour moy d'un nouvel 
architecte (i) et, comme il a toujours travaillé sous ,vous, je ne doute 



(1) Ce nouvel arrhitecte, proposé par Robert de Cotte pour remplacer 
Benoît de Fortier, était Guillaume Hauberat. 

Son congé, que nous avons retrouvé aux Archives Nationales, 0* 1087, porte 
la date du 20 juin 1716. Il est ainsi libellé : 

Congé accordé au S. Guillaume Aubrat (sic), Architecte et Dessinateur du 
Roy pour aller près l'Électeur de Cologne. 

Louis Antoine de Pardaillan, duc d'Antin... Avons donné congé au S. Guil- 
laume Aubrat, architecte-dessinateur du Roy, pour s'en aller rendre les ser- 
vices de son art à l'Electeur de Cologne, à condition de revenir en France au 
premier ordre de Sa Majesté que nous lui en donnerons. 



l48 l'art français sur le RHIN 

pas qu'il ne soit un très habile homme et qu'il n'ait toute la capacité 
nécessaire pour ordonner et conduire à mon entière satisfaction, avec 
toutefois vos bons avis, les bâtimens que j'ay commencés sur votre 
approbation. Je l'estime déjà par avance. 



Bonn, le 18 juillet 1716. 

L'architecte que vous m'avez envoyé, Monsieur, est arrivé ici. Nous 
avons déjà eu plusieurs conférences ensemble au sujet de mes bâti- 
mens; et comme il me paraît fort entendu, j'espère qu'il répondra par- 
faitement bien à mon attente et à la vôtre. 



Liège, le 7 septembre 1716. 

Je vous communique, Monsieur, les nouveaux plans de mon palais de 
Bonn qui ojit été faits depuis l'arrivée de mon architecte Hauberat, où 
vous trouverez quelques changemens, tant dans celui du rez-de-chaus- 
sée que dans le premier étage; et je vous prie très instamment de 
m'en dire au plus tôt votre pensée afin qu'ayant votre approbation on 
puisse continuer en sûreté à y travailler avec toute la diligence pos- 
sible. 



Bonn, le 20 octobre 1716. 

J'ay receu. Monsieur, les plans et desseins que vous m'avez ren- 
voyés et trouvé fort à propos les petits changemens que vous y avez 
faits. Vous pensez si juste en toutes choses que je suis ravi de suivre 
vos idées et je m'y conformeray toujours avec plaisir. Je ne doute pas 
que mon architecte Hauberat ne corresponde avec vous. Monsieur, 
touchant mes bâtimens et qu'il ne vous instruise exactement de l'état 
où ils sont et des remarques que je fais à mesure qu'ils avancent. 
Ainsi je me rapporte à ce qu'il vous en mande. 



Documents 1^9 

Le modèle en cire pour la chapelle de Poppelsdorf est enfin retrouvé. 
Il était fort dérangé quand il est arrivé ; mais je l'ay fait réparer et il 
est tel que je pouvais le souhaiter. Je le feray exécuter en stuc, ne 
doutant pas qu'il ne fasse un très bon effet. 



Bonn, le 27 novembre 4716. 

Suivant votre conseil, Monsieur, j'ay changé de dessein pour la gal- 
lerie de mon palais de Bonn puisque effectivement le plancher en est 
trop bas pour y pouvoir exécuter avec grâce le beau plafond dont vous 
m'avez envoyé le dessein. Gomme ce serait une trop grosse affaire de 
relever ce plancher, j'ay pris la résolution d'y faire faire seulement 
quelques petits ornemens légers de stuc, sans y mêler aucune pein- 
ture. 

Cela étant, les portraits des Electeurs que je voulais mettre dans les 
trumeaux entre les croisées ne conviennent plus dans cette gallerie et 
ma pensée est de faire ces trumeaux tout de glaces et de garnir le côté 
opposé de peintures et de certaines tablettes ou espèces d'armoires de 
distance en distance où l'on puisse ranger dans un bel ordre toutes 
sortes de vases, de statues, de porcelaines et autres curiosités. 

Mais pour cela j'ay besoin de votre assistance et vous me ferez un 
sensible plaisir de m'envoyer dans cette idée des desseins tant pour le 
plafond que pour les deux côtés de cette gallerie dont vous avez les 
mesures, étant persuadé que tout le monde en sera content, quand 
vous aurez pris la peine d'en ordonner la décoration. 



Hauberat à de Cotte 



Bonn, le 17 décembre 1716. 

Monsieur, je vous envoyé le plan et les faces de la gallerie du palais 
Électoral de Bonn que vous m'avés fait l'honneur de me demander. 

Je vous envoyé aussi le dessein de cinq cheminées dont S. A. E, 
souhaite que les chambranles se fassent à Paris, n'ayant icy ny les 
ouvriers ny la matière propre à cela. Son intention est de faire les 



lOO L ART FRANÇAIS SUR LE RHIN 

ornemens du chambranle de la première cheminée qui est dans la 
salle d'audience en argent, parce que c'est la coutume en Allemagne 
que dans les palais et dans les maisons considérables, il y ait une 
pièce ornée en argent, c'est-à-dire les bordures de miroirs et des 
tableaux qui s'appliquent sur la tapisserie et autres ornemens. 
Mais comme S. A. E. craint que ces ornemens en argent coûtent beau- 
coup à Paris (1), elle propose de les faire en bois pour les envoyer à 
Mayence ou à Francfort y servir de model pour les fondre en argent, où 
elle croit qu'ils luy coûteront moins. Il faut pour cela que le marbre 
soit d'une couleur qui puisse convenir avec ce métal. 

Il faudra outre cela des tables de marbre qui assortissent avec cha- 
que cheminée pour mettre dans les mêmes pièces, sçavoir dans les 
trumeaux et vis-à-vis 'des cheminées comme vous avés fait chez Mon- 
sieur le Comte de Toulouse et chez Monsieur le Duc d'Antin. 

II n'y aura point de ces sortes de tables dans la Bibliothèque parce 
que le vis-à-vis de la cheminée est occupé par un bureau pour écrire, 
lequel est fait, et dans les deux trumeaux de cette même pièce S. A. E. 
demande que vous luy fassiés faire deux commodes ornées de bronzes... 
Les dites commodes peuvent être simplement de bois de noyer parce 
que S. A. E. les fera vernir icy pareil au lambris de la même pièce, au 
vernis de la Chine qui sera de couleur bleue avec des filets d'or .: ce 
n'est que par rapport aux bronzes qui doivent orner ces commodes, 
sans quoi on les pourrait faire icy. 

Le dessein de la cheminée du Cabinet de glaces est de M"* Oppe- 
nort... Il propose aussi de faire les dessus de porte de glaces ; mais je 
crois que des tableaux y feraient mieux. Je suivray ce qu'il vous plaira 
de régler là-dessus. 



A Bonn, ce 21 janvier 1717. 

M. Je vous envoyé le plan du grand appartement du Palais de Bonn 
que vous m'avez fait l'honneur de me demander, S. A. S. E. reçut hier 
les desseins de la Gallerie que vous luy avez envoyés ; Elle me fit 
appeler d'abord et me remit les d. desseins dont Elle a été très con- 
tente. S. A. E. a balancé fort longtemps sur le choix qu'Elle devait faire 
des deux pensées que vous proposez, les trouvant l'une et l'autre fort 
magnifiques et les a approuvées toutes deux, c'est-à-dire celle avec des 



(1) R. de Cotte avait proposé de les faire exécuter par le célèbre orfèvre 
Ballin. Cf. la lettre du 16 octobre 1717. 



DOCUMENTS l5l 

pilastres d'ordre composite pour la Gallerie du Palais et l'autre pour la 
Gallerie du Buen-Retiro. 

L'intention de S. A. S. E. est qu'il y ait des ornemens de bronze sur 
les chambranles des cheminées que vous luy. faites faire à Paris, vou- 
lant toujours cependant que ceux de la cheminée de la salle d'audiance 
soyent en argent. Le dessus de la cheminée sera aussi en argent ; mais 
je le feray faire icy en bois argenté en attendant que l'on le puisse 
faire exécuter comme S. A. E. le propose. Pour ce qui est des tables, 
celles qui seront dans la salle d'audiance seront aussi tout argent, sça- 
voir les pieds et les dessus. 



Bonn, le 1"''' mars 1717. 

Le S"" Rousseau, sculpteur, est arrivé icy. Je lui ferai tous les plaisirs 
qui dépendront de moi ; mais la sculpture en pierre est icy fort ingrate 
et il n'y a dans ce genre rien de prêt dans les ouvrages de S. A. E. 



Bonn, 18 mars 1717. 

M. J'ay reçu le dessein de la décoration du Buen-Retiro que vous 
m'avez envoyé. Je ne manqueray pas de le faire exécuter selon votre 
intention. 

S. A. S. E. approuve fort que les dessus de commodes que vous faites 
faire à Paris soyent de marbre comme vous le proposez... 

S. A. S. E. m'a remis un grand mémoire pour vous envoyer, lequel 
contient les sujets que S. A. E. souhaite être exécutés en peinture dans 
les plafonds de son appartement de Poppelsdorf. Elle demande que 
vous lui fassiez faire à présent les desseins de chaque pièce conformé- 
ment au d. mémoire. 

L'on commence les ouvrages à Poppelsdorf. L'on travaille présente- 
ment à faire les voûtes de caves. Je fais transporter des terres tout 
autour du bâtiment pour résister à la poussée des voûtes et pour rem- 
plir les fossés qui sont autour dudit bâtiment, 

Les ouvrages du Palais vont fort doucement. Les parquetteurs ont 
fini de poser dans le Cabinet de Bavière dont on pose présentement la 
menuiserie ; l'on pose le parquet dans la Salle d'audiance ; les stuca- 
teurs achèvent les ornemens du plafond de la Grande Chambre de 



iha l'art français sur le RHlff 

Parade et ils commencent celui de la Gallerie. Je ne manqueray pas 
d'y faire une corniche basse et saillante dans led. plafond comme vous 
le proposez par votre dessein. Les massons travaillent au mur de clô- 
ture du jardin de l'Orangerie. 



Bonn, le 23 mars 1747. 

S. A. E. me dit il v a quelques jours qu'elle avait à Bruxelles sept 
pièces de tapisserie dont elle souhaiterait être défaite, c'est-à-dire en 
les vendant le plus que faire se pourrait, sans que cela parut en aucune 
manière venir de S. A. S. E., qu'elle croyait que l'on s'en pourrait 
défaire à Paris plus avantageusement qu'ailleurs. Elle m'a ordonné de 
vous en écrire pour sçavoir si par votre moyen cela ne se pourrait pas. 

La raison pour quoy S. A. S. E. s'en veut deffaire est que ces pièces 
sont si grandes qu'il n'y a pas d'endroit dans le palais où elles puissent 
convenir ; avec cela elles représentent les Sept péchés mortels sous des 
figures de monstres fort désagréables à voir dans un appartement. 
M. le Comte de S* Maurice dit qu'elles sont fort belles, c'est-à-dire 
d'une bonne manufacture et que les couleurs en sont fort belles et fort 
vives. 



Bonn, le 20 avril 1717. 

J'ay reçu le dessein du bout de la gallerie du Palais de Bonn que 
vous m'avez renvoyé : je ne manqueray pas de suivre exactement ce 
que vous me faites l'honneur de me mander. 

J'ay remis à S. A. S. E. le mémoire de dépense des ouvrages que 
vous faites faire à Paris. S. A. S. E. a répondu qu'EUe ordonnerait des 
fonds pour les payer. 

Pour ce qui est du transport des deux commodes et des deux dessus, 
S. A. souhaite que vous les remettiez à M. de Valdor pour les envoyer à 
Metz et de là les embarquer sur la Moselle pour venir par eau jusqu'icy 
pourvu que ce soit par une adresse qui ne fasse pas attendre si long- 
temps que l'on a fait pour le model de la chapelle de Poppelsdorf. 
S. A. m'a remis le dessein de la tribune que vous lui avez envoyé ; 
Elle en a été fort contente ; Elle a seulement souhaité que le couronne- 
ment se termine par un bonnet électoral. 



DOCUMENTS 



i53 



Quant à l'avancement des ouvrages du Palais, l'on travaille présen- 
tement à l'Orangerie dont on fait les voûtes ; je ferai en sorte de 
finir la massonnerie de cet endroit et le mettre à couvert cette 
année. 

L'appartement de S. A. E. s'avance fort et si les fonds viennent un 
peu, je compte que S. A. le pourrait occuper l'hyver prochain en se 
servant de l'escalier qui est[à gauche en entrant. L'on travaille actuel- 
lement à la dorure du plafond du Cabinet de Bavière; la petite chambre 
à coucher est entièrement finie de dorer; il n'y manque que des glaces 
et des tableaux. 

L'on travaille à Poppelsdorf à faire les voûtes de caves et je compte 
qu'elles seront finies ce mois ; l'on travaille aussi à élever le mur cir- 
culaire en dedans de la cour ; il est déjà à hauteur d'imposte dans 
quelques endroits. 

Le S'" Rousseau, sculpteur, est occupé chez M. le comte de S* Maurice 
où je luy ai fait avoir quelques ouvrages : sçavoir un fronton qu'il a 
fini et huit consoles sous un grand balcon. Il achève présentement cet 
ouvrage et je feray en sorte de luy en procurer tant que je pourrai 
pour qu'il ne reste pas oisif. 



L'Électeur de Cologne à Robert de Cotte 

Bonn, le H juin 1717. 

Je sçay, Monsieur, que mon architecte Hauberat vous informe de 
tems en tems de l'état de mes bâtimens et reçoit vos avis sur ce qu'il 
a l'honneur de vous communiquer, dont je vous suis infiniment rede- 
vable. Les dedans de mon appartement s'avancent fort et l'homme qui 
travaille en vernis n'attend pour accomoder ma bibliothèque autre 
chose sinon que la cheminée de marbre soit posée, ne pouvant rien 
faire sans cela à cause de la poussière qui gâterait tout son ouvrage, si 
on ne commençait par cette cheminée. C'est pourquoi je vous prie. 
Monsieur, de me l'envoyer tout le plutôt qu'il sera possible et de m'en 
marquer le prix afin que cela me serve de règle à peu près pour 
toutes les autres, à proportion de leur grandeur et de leurs 
ornemens. 



l54 . l'art français sur le RHIN 



Hauberai à B. de Cotte 



40 août 1717. 

M., J'ay reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrira. 
S. A. S. E. a ordonné deux mil écus pour vous les faire tenir pour dis- 
tribuer aux ouvriers acompte des ouvrages qu'ils font; mais comme le 
change est icy fort considérable, l'on a cherché jusqu'à présent et il 
ne s'est point trouvé de banquier qui ait voulu négocier à moins de 
douze pour cent en sorte qu'il n'y aura à recevoir à Paris qu'environ 
cinq mil trois cent livres. Je crois que l'on vous envoyera une lettre de 
change pour cette somme. 

A l'égard de l'avancement des ouvrages du Palais, l'on continue de 
travailler à élever les murs du Buen-Retiro : c'est le seul endroit où 
l'on travaille en maçonnerie : l'on n'a rien fait cette année dans l'en- 
droit destiné pour le grand escalier non plus qu'à la grande salle. 
L'on ne peut pas travailler dans tant d'endroits avec le peu d'ouvriers 
qui sont icy ou pour mieux dire avec le peu d'argent qu'il y a. L'on 
travaille présentement à dorer les plafonds et corniches de la Chambre 
d'audiance, du Cabinet de Bavière et de la Bibliothèque ; mais il n'y a 
que deux ou trois doreurs dans chacune de ces pièces en sorte que cela 
va très doucement. 11 y a un de ces doreurs qui est venu icy de Paris 
de la part de M. de Valdor : c'est celuy qui fait le mieux. 

J'ay icy seize ou dix-huit compagnons menuisiers sous un maître 
qui est Français et qui entend fort bien son affaire. Ils sont occupés à 
faire des portes, des placards, des croisées et du parquet et quelques 
lambris. 

Il y a un serrurier français qui à six ou sept compagnons. Il est 
occupé à faire la ferrure des portes et des croisées et quelques balcons 
pour les croisées de l'appartement de S. A. E. 

Il y a icy sept ou huit sculpteurs en bois dont quelques-uns, qui ont 
travaillé à Paris, font assez bien. 

Les ouvrages de Poppelsdorf se continuent fort lentement. L'étage 
sur le jardin est élevé ; il n'y a plus que la corniche à mettre. L'on 
élève présentement les pavillons du côté de Bonn ; je ne crois pas que 
ce bâtiment puisse être couvert cette année. 

Quant au S*" Rousseau, il est toujours occupé chez le comte de S* Mau- 
rice ; il travaille à orner de sculpture un cabinet au bout du jardin. Il 
y a encore quelques ouvrages qui se présentent ailleurs et auxquels il 
sera occupé ; il fait assez bien ses petites affaires et m'a paru fort 
rangé jusqu'à présent. 



DOCUMENTS 



l55 



Bonn, 26 août I7I7. 

Pour ce qui est des bâtiments, l'on y travaille toujours fort dou- 
cement. L'on continue d'élever le Buen Retiro. J'espère qu'il sera cou- 
vert cette année. Les doreurs travaillent toujours dans la Chambre 
d'audience, dans la Bibliothèque ; mais il y a tant d'ouvrage dans cha- 
cune de ces pièces qu'il faudra bien toute l'année pour les finir de 
dorer ; les plafonds sont tous ornés de sculptures et doivent être dorés. 

L'on continue de travailler au bâtiment de Poppelsdorf. La face sur 
le jardin avec les trois pavillons est élevée ; il n'y a plus que la corniche 
de pierre de taille à poser. L'on travaille présentement à faire les 
voûtes de la gallerie circulaire au pourtour de la cour. Je ne crois pas 
que ce bâtiment puisse être couvert cette année, vu le peu d'ouvriers 
qu'il y a et la quantité d'ouvrages qui restent à faire. 



L'Électeur de Cologne à R. de Cotte. 



Bonn, le 28 août 1717. 

Il envoie une lettre de change pour distribuer des acomptes aux 
ouvriers que de Cotte emploie à son service. 

« Le dérangement où sont présentement mes affaires n'a pas laissé 
de m'embarasser à trouver des fonds pour cela et du moins il m'a 
fallu du temps pour en venir à bout. Cependant voici une lettre de 
change de deux mille écus que vous distribuerez comme vous le 
jugerez à propos à ces mêmes ouvriers, vous priant de m'envoyer le 
plutôt qu'il sera possible, par la route de Metz (1), ce qui se trouvera fait 
et en état de poser, principalement la cheminée que je vous ay 
demandée. » 



(1) Les pieubles commandés à Paris par l'électeur de Cologne étaient 
embarqués à Metz sur la Moselle et de là acheminés par eau jusqu'à Bonn. 



1^6 l'art français sur le RHIN 



Bonn, le 16 octobre 1717. 

Je vois avec plaisir, Monsieur, par votre dernière lettre que vous 
avez pris la peine de faire partir de Paris les deux cheminées de 
marbre pour ma Bibliothèque et pour le Cabinet des glaces avec leurs 
ornemens de bronze doré, qui viendront ici en droiture, suivant 
l'accord fait avec le maître du carrosse de Metz. 

Je vous remercie infiniment, Monsieur, des soins que vous avez 
bien voulu vous donner pour cela, et pour distribuer aux ouvriers que 
vous avez employés pour moi les six mille livres que je vous ay fait 
toucher par lettre de change. 

Je ne vous suis pas moins redevable d'avoir parlé au S' Ballin 
touchant les ornemens en argent que je veux mettre à la cheminée de 
ma Salle d'audiance. 11 n'y a pas de doute, et je suis persuadé, qu'il 
ne sort de ses mains que des ouvrages accomplis. Mais permetlez-moi 
de vous dire que les façons chez lui montent si haut qu'elles excédent 
souvent le prix de la matière. Ainsi je suis résolu de faire exécuter ces 
ornemens en Allemagne où l'on travaille fort bien, et à beaucoup 
meilleur marché, pourvu que l'on fournisse de bons modèles aux 
ouvriers, outre que je les auray bien plus tôt que si on les faisait faire à 
Paris d'où on ne les pourrait tirer qu'avec beaucoup de tems et de 
frais. 

Cela étant, je vous prie de m'envoyer les modèles en cire, que vous 
avez fait faire, afin que je les fasse exécuter incessamment. 



Hauberal à R. de Cotte. 



Bonn, ce 16 8^" 1717. 

M. Les cheminées de marbre avec les bronzes que vous avez envoyées 
sont arrivées à bon port et sans accidents : elles sont venues par eau 
depuis Metz jusqu'icy. J'ay fait dépaqueter celle deverd Gampan... S. A. 
S. E. les a vues et en a été fort contente. Je n'ay point encore sorti les 
bronzes ; mais à lasimple ouverture des caisses tout m'a paru en fort 
bon état. J'ay ici un marbrier qui est assez entendu et qui, j'espère 



DOCUMENTS iSj 

pourra poser les d. cheminées. Je vais commencer par la Bibliothèque 
où doit être celle de verd Campan. Pour le Cabinet de glaces, c'est la 
pièce la moins avancée et Ton n'y travaille pas encore. 

Quant à l'avancement des ouvrages du Palais, Ton continue de poser 
la corniche de pierre de taille du Buen Betiro et je compte que le char- 
pentier commencera à poser le comble la semaine prochaine. 

Pour ce qui est de Poppelsdorf la voûte de la gallerie circulaire au 
pourtour de la cour est finie et les cintres ôtés : rien n'a branlé depuis 
quej'ay fait mettre des fers. L'on travaille à élever le pavillon des 
cuisines. Il ne reste plus à faire que les deux pavillons : sçavoir celuy 
de l'entrée et celuy de la chapelle. 

L'on a posé la charpente du comble sur trois des pavillons des coins ; 
la corniche de pierre n'est cependant point encore posée ; cela n'em- 
pêchera pas que je ne fasse couvrir de planches les d. toits pour 
garantir pendant l'hyver. Les couvreurs se servent ici de planches de 
sapin au lieu de lattes. 

S. A. a fait demander des glaces pour la petite chambre à coucher. 
Il y a une manufacture du côté de Francfort : c'est de là qu'elles 
doivent être amenées. Je n'en scay pas encore le prix ni la qualité. 



L'Electeur à R. de Cotte 



Bonn, le 30 octobre 1717. 

A la fin, Monsieur, la massonnerie du Buen Betiro de mon palais de 
Bonn est achevé ; il est à la hauteur qu'il doit être et l'on travaille 
actuellement à le mettre sous toit. 

Il s'agit donc présentement de songer aux décorations du dedans et 
c'est à quoi je vous prie très instamment de donner attention tout le 
plutôt que vos grandes occupations vous le pourront permettre. 

Je voudrais, Monsieur, que, ce nom de Buen Betiro dénotant un lieu 
de retraite, où l'on va se tranquilliser et se délasser l'esprit des affaires, 
sans être importuné par la foule des courtisans, je voudrais, dis-je, que 
les peintures le dénotassent allégoriquement par tout ce que l'imagina- 
tion d'un peintre habile et inventif pourrait trouver à ce sujet, sans 
pourtant y mêler de l'amour ni de choses saintes, et que le tout fût à 
peu près comme étaient les appartemens de feu M'" le Dauphin è 
Meudon. 



i58 l'art français sur le rhin 

Je crois que le peintre Audran (1), assisté de vos bons conseils, me 
pourrait donner de grandes lumières là-dessus et, comme il excelle en 
grotesques (2), me faire des desseins tels que je les souhaite. Vous 
aurez donc la bonté de lui en parler et de me dire ensuite si vous trou- 
vez plus convenable de les faire exécuter à Paris, ce qui coûterait 
beaucoup tant pour l'ouvrage que pour le port ou s'il ne serait pas 
mieux de les faire peindre sur le lieu par mon peintre La Rocque, qui 
est entendu et fort habile garçon, tant pour l'ornement que pour la 
figure. 11 ne s'agira en ce cas-là que des desseins, lesquels on pourrait 
m'envoyer facilement et à peu de frais. 

On pourrait peindre dans le plafond de la gallerie les Arts libéraux^ 
lesquels ont du rapport au repos et à la tranquilité. Le Grand Cabinet 
doit être tout de glaces, tant dans les côtés que dans le plafond parce 
que, faisant le coin de ce bâtiment et ayant par conséquent deux faces, 
cela fera un bien plus bel effet que si on mettait ces glaces dans le 
cabinet pour lequel elles étaient destinées. A la place de cela on fera 
orner ce dernier cabinet de porcelaines sur de grandes consoles et 
tablettes selon l'un des deux desseins que vous avez pris la peine de 
faire pour ma grande gallerie. 

L'antichambre doit être boisée et peinte brun et or avec quelques 
glaces et quelques portraits de même que la chambre du lit, à peu près 
dans le goût des petits appartemens de iMeudon. 

Pour le petit cabinet, j'ay l'envie de le faire peindre tout en fleurs, 



(1) Claude III Audran, né à Lyon en 1658, mort à Paris en 1734, appartenait 
à une dynastie d'artistes célèbres. Il était neveu du grand graveur Gérard 
Audran, merveilleux interprète de Poussin, de Lesueur, de Lebrun, qu'on 
considère à juste titre comme le premier graveur d'histoire de l'école fran- 
çaise. Cf. G. Duplessis. Les Audran, Paris, 1892. 

Très réputé comme « peintre de grotesques » il fut après Gillot le maître 
de Watteau, dont les œuvres de jeunesse trahissent nettement son influence 
On cite parmi ses principaux ouvrages la décoration, dans le goût des loges 
de Raphaël, des châteaux de Meudon, d'Anet, de la Muette et la Ménagerie 
de Versailles. Ce sont ses décorations de Meudon qui donnèrent à l'électeur 
de Cologne l'idée de s'adresser à lui. 

Claude Audran comptait également parmi ses protecteurs l'évéque de Metz, 
qui lui commanda en 1717 des modèles de vitraux pour la chapelle de son châ- 
teau de Frescati. 

(2) Les grotesques sont ainsi appelés parce que les premiers examples en 
avaient été trouvés à la Renaissance dans des grottes. Raphaël et Jean d'Udine 
imitèrent ces arabesques pompéiennes dans les loges du Vatican. Au début 
du XVIII' siècle plusieurs artistes français : Gillot, Audran, AVatteau, 
Christophe Huet, l'auteur des Singeries de Chantilly, remirent en honneur ces 
légers ornements qui se détachaient à merveille sur les fonds blancs des boi- 
series de style rocaille. 



DOCUMENTS iSq 

par la raison qu'il donne contre le jardin et de faire orner le plafond de 
lis et de roses avec des festons de feuilles vertes et des compartimens 
dorés : ce qui représenterait à peu près le gris de lin, le verd et le 
blanc qui sont mes trois couleurs favorites. 

Pour la Chambre des Bains avec le lit, mon dessein est de la faire 
boiser avec des feuilles de vernis de la Chine de distance en distance, 
comme on en a en Hollande et en forme de feuilles de paravent 
enchâssées dans la boiserie ; et la chambre du Bain même doit être 
boisée aussi, mais toute peinte de bleu et blanc en forme de porcelaine 
avec un vernis par dessus qui ne s'écaille ni ne s'efface et qui puisse 
même résistera l'eau chaude. 



Bonn, le 4 décembre 1717. 

Pour ce qui regarde le grand escalier de mon palais, j'espère le ren- 
dre aussi magnifique qu'il le puisse être : car Mr l'Électeur de Bavière, 
mon très cher frère, me fait présent de tout le marbre nécessaire pour 
cela, en ayant de très belles carrières dans ses États (1). On le fera 
venir par eau jusques à Donavert (2) et de là on le transportera par 
terre pendant lajgelée jusques au Mein, d'où il sera très facile de le 
faire descendre jusqu'ici sans beaucoup de frais. 

Vous jugez bien que de la sorte cet escalier me coûtera fort peu de 
chose; et ce serait pour moi une grosse épargne si je pouvais avoir au 
même prix les cheminées de marbre et les autres choses que vous 
avez pris la peine de comm.ander à Paris pour mes appartemens : mes 
finances étant présentement effroyablement dérangées par l'opiniâtreté 
et les mauvaises intentions de mes États, en haine de mon alliance 
avec le feu Roi Très Chrétien, de très glorieuse mémoire, qui leur tient 
toujours si fort à cœur que je n'en puis tirer aucun secours. 

Si, sans me commettre, vous trouviez l'occasion de le faire connaître 
en badinant à W le Duc d'Antin qui nous a toujours témoigné tant 
d'amitié, à M' l'Électeur, mon très cher frère, et à moi, vous me feriez. 
Monsieur, un fort grand plaisir de lui en parler, et je suis presque cer- 
tain que, vu sa générosité naturelle dont tout le monde se loue et son 



(1) Ce marbre était extrait des carrières de Hohenschwangau. Les archives 
de Munich conservent les pièces comptables relatives à cette livraison : Die 
von Kurhayern zur Kurkôlnischen Residenz nacher Bonn gelieferten mar- 
morsteinischen Stegen und deren Abfuhrung 1718. 

(2) Donauwôrth. 



l60 l'art français sur le RHIN 

grand pouvoir, il trouverait bien les moyens de me tirer cette épine du 
pied en faisant mettre au compte de S. M. T. C. ces petits ouvrages (1) 
qui ne seraient que des bagatelles pour un aussi grand Roi, mais qui 
ne laissent pas d'être considérables pour un Prince qui se tr©uve dans 
la triste situation où je suis aujourd'hui. 

J'abandonne le tout à votre prudence, vous priant encore une fois de 
ne me point commettre et de n'en parler, si vous trouvez à propos de 
le faire, que comme d'une idée qui vous est venue, sans que j'en aye 
la moindre connaissance. 



Bonn, le 29 décembre 1747. 

Je vous suis infiniment obligé. Monsieur, de la promptitude avec 
laquelle vous avez bien voulu vous mettre à travailler aux desseins que 
je vous ay demandés pour les dix pièces de mon appartement du Buen 
Retira et je ne doute pas qu'ils ne soient entièrement conformes à mes 
intentions. 

Vous avez très bien fait. Monsieur, dans la situation où se trouve pré- 
sentement M. le Duc d'Antin, de ne lui point parler de ce que je vous 
avais confié par ma précédente et j'approuve extrêmement le ménage- 
ment que vous avez gardé dans cette rencontre. Mais avec tout cela je 
ne sçaurais m'empêcher de vous dire que je suis bien malheureux de 
n'avoir pu trouver place dans son arrangement. 

Quant au reste des cheminées, tables de marbre, ornemens de bronze 
doré et commodes que vous avez fait mettre dans des caisses, mon 
architecte Hauberat doit vous avoir écrit là-dessus pour examiner par 
quelle route on peut les faire venir à meilleur marché ; et vous aurez 
la bonté de leur faire prendre celle qui coûtera le moins et qui sera 
plus diligente. Je feray tout ce que je pourray pour vous envoyer 
de l'argent. Mais après ce que je vous ay dit du mauvais état 
de mes finances, vous pouvez bien juger que cela ira un peu à la 
longue. 



(1) Ces petits ouvrage» représentaient la bagatelle de 24.000 livres, dues à 
différents artistes parisiens : BouUe, Desjardins, etc., pour les fournitures de 
meubles et de bronzes. 



DOCUMENTS l6l 



Hauheral à R. de Colle 



2 mars 1718. 

Il y a longtemps que je n'ay eu l'honneur de vous écrire parce que 
pendant tout l'hyver il ne s'est rien fait qui méritât votre attention. 

J'ay parlé plusieurs fois à S. A. S. E. et même encore aujourd'huy 
pour qu Elle voulût bien ordonner quelques sommes pour les chemi- 
nées de marbre qui sont à Paris. Elle m'a répondu qu'EUe s'arrangeait 
pour cela. 

S. A. S. E. se dispose à partir incessamment pour Liège. Je ne serai 
pas du voyage à cause des ouvrages du Palais de Bonn. 



6 mars 1718. 

S. A. S. E. m'envoya chercher hier au soir pour me dire que le 
Prince Électoral de Bavière devait venir icy avec un de ses frères et 
qu'il fallait faire en sorte de les pouvoir loger. J'aurais besoin pour cet 
effet des deux cheminées de marbre, sçavoir la Salle d'audiance et le 
Cabinet de Bavière qui est l'appartement que S. A. destine au Prince 
Électoral. Si vous pouvez enyoyer les d. deux cheminées, cela fera 
beaucoup de plaisir à S. A. S. E. qui a promis d'envoyer bientôt encore 
un acompte aux ouvriers. 



L'Élecleur de Cologne à B. de Colle 



Bonn, 16 mars 1718. 

La Chambre d'audiance et le Cabinet de Bavière dans mon nouvel 
appartement sont en état et pour les mettre dans toute leur perfection, 
il n'y a plus que les cheminées à poser. Comme par les lettres que j'ay 
reçues hier au soir de Munique, j'apprens que le Prince Électoral de 

a 



l62 l'art français sur le RHIN 

Bavière et le duc Ferdinand mes neveux seront ici un peu après 
Pâques, je vous prie très instamment, Monsieur, pour que je les puisse 
loger un peu honorablement et commodément de faire en sorte que les 
marbres et autres ornemens qui doivent servir à ces deux cheminées 
puissent être rendus ici avant leur arrivée. 

Je ne manqueray pas de vous faire tout le plutôt qu'il sera possible 
quelque remise pour le payement des ouvriers qui y ont travaillé. 



Hauherai à R. de Cotle 

Bonn, 4 juillet 1718. 

M. Je ne manque aucunes occasions de parler à S. A. S. E. pour le 
payement des cheminées de marbre que je ne le fasse. Dernièrement 
je luy dis que vous m'aviez écrit à ce sujet. S. A. me répondit qu'Elle y 
songeait, mais que le séjour du Prince Electoral avait dérangé les 
fonds, que cependant Elle ferait en sorte de donner bientôt quelque 
argent pour cela : c'est à quoi je veilleray aussy bien que pour le paye- 
ment du voiturier de Metz. Je vous prie d'être persuadé que je fais de 
mon mieux. 

J'ay fait raccommoder les cires de la cheminée de la Chambre d'au- 
diance par le S' Rousseau, sculpteur; elles sont présentement en bon 
état. J'en ay fait fondre icy un morceau d'ornement en argent par un 
orfèvre qui s'en est fort bien acquitté ; en sorte que je prendray le 
parti de les faire fondre par cet ouvrier et ne seray pas obligé de les 
envoyer à Augsbourg. 

Pour ce qui est de l'avancement des ouvrages du Palais, l'on conti- 
nue de travailler dans l'endroit destiné pour les cuisines... Les doreurs 
finiront ce mois-cy, comme j'espère, de dorer la Chambre d'audiance 
et le Cabinet de Bavière : ces deux pièces deviennent fort belles et 
magnifiques. 



Bonn, 29 août 1718. 

J'espérais que S. A. S. E. ordonnerait quelque argent, comme Elle 
l'avait promis, pour le payement des ouvrages que l'on a faits pour son 
service à Paris ; mais comme cet argent n'est pas venu, je pris la 
liberté de luy en parler hier. S. A. me dit qu'Elle attendait trois cen 



DOCUMENTS l63 

louis d'un certain endroit lesquels étaient destinés pour cela : voilà 
tout ce que j'ay pu faire jusqu'à présent. 

Si dans les dernières lettres que j'ay eu l'honneur de vous écrire, je 
n'ay pas parlé du principal escalier du Palais et de la Grande Salle, 
c'est que Ton n'y travaille point du tout. S. A. S. E. de Bavière a promis 
d'envoyer les marches de cet escalier, lesquelles seront de marbre. J'ay 
envoyé les mesures pour cela il y a près d'un an. 

Il y a quelque temps que vous me fîtes l'honneur de m'écrire à 
l'occasion du S"" Rousseau sculpteur. Je vous prie d'être persuadé que 
j'ay fait jusqu'à présent et que je feray dans la suite tout de mon mieux 
pour ne le point laisser manquer d'ouvrages et luy procurer tous les 
avantages qui dépendront de moy : je scay assez les obligations infinies 
que je vous ay pour ne pas négliger une personne pour qui vous vous 
intéressez. 



Bonn, M novembre 1718. 

M. Je ne doute pas que vous ne m'accusiez de paresse de ce que j'ay 
été si longtemps sans avoir l'honneur de vous écrire; mais sans cher- 
cher à m'excuser dans mon tort, je diray seulement qu'après vous 
avoir mandé plusieurs fois que S. A. S. E. devait envoyer quelque 
argent à Paris pour les ouvrages que l'on y a faits pour son service et 
voyant que cela ne venait point, j'étais en quelque façon honteux de 
n'avoir rien de positif à vous mander à ce sujet. Cependant à force de 
prêcher, S. A. E. a promis encore aujourdhuy de donner une somme 
qui doit luy venir à la fin de ce mois. 

L'on a posé en dernier lieu la menuiserie de la Chambre de parade 
qui est fort riche et dont S. A. a paru fort contente. 

Les ouvrages de Poppelsdorf vont fort lentement : il n'y en aura 
qu'une fort petite partie de couvert cette année. Cependant les plan- 
chers sont posés partout. Il y en a tels qui vont essuyer un troisième 
hyver : ce qui fait fort mal ; mais je [ne puis pas faire autrement et il y 
a lieu de craindre que pendant que Ton finira d'un côté, les ouvrages 
ne tombent en ruine de l'autre. 



Bonn, 20 février 1719. 
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'écrire qui 
m'a été remise par M'' Vivien, par laquelle je vois que vous êtes impor- 
tuné par les ouvriers qui ont fait les ouvrages de S. A. S. E. Je puis 



l64 l'art français sur le RHIN 

VOUS assurer, M., que je fais tout démon mieux et que je sollicite 
autant que je le puis pour faire finir cette affaire et vous débarrasser 
des persécutions de ces ouvriers. 

S. A. S. E. n'a point encore recules tableaux que M'" Vivien a envoyés 
il y a longtemps par la voye de Metz. 

L'on n'a pas fait beaucoup d'ouvrages au Palais pendant cet hyver; 
l'on a travaillé à la dorure de quelques plafonds. 

J'ay toujours occupé le S"" Rousseau et j'ay encore de quoy l'employer 
cet été : il pourrait faire quelque chose s'il voulait; mais il aime un 
peu les plaisirs et ne s'attache pas fort à son ouvrage. 



L'Electeur de Cologne à /?. de Cotte 



Bonn, le 28 février 4719. 

J'ay reçu. Monsieur, du S'" Vivien, mon premier peintre du Cabinet, 
la lettre dont vous l'aviez chargé pour moi et je trouve que les louan- 
ges que vous lui donnez ne sauraient être mieux placées, le maître qui 
a fait les beaux ouvrages qu'il vient de fournir les méritant véritable- 
ment, surtout après avoir eu l'approbation d'une personne comme vous 
dont le bon goût et le discernement sont également reconnus dans une 
ville qui est le centre des Sciences et des Beaux Arts; aussi suis-je 
content de ces tableaux il ne se peut pas davantage : à quoi je dois 
ajouter que vous me ferez un sensible plaisir si vous voulez bien faire en 
sorte que le S»" Vivien puisse avoir avec le tems un appartement aux 
Gobelins. en quoi j'espère qu'il réussira d'autant plus facilement que 
je scais que vous êtes sans cela porté à le favoriser dans tout ce que 
vous pourrez. 



Hauberat à B. de Cotte 



27 mars 1719. 
M. je vous envoyé trois lettres de change, faisant ensemble la somme 
de six mil livres pour le payement des ouvrages que vous avez fait 
faire à Paris pour S. A. S. E. M. le Comte de S*-Maurice m'a promis dp 



DOCUMENTS 



i65 



donner incessamment le surplus de ce qui reste à payer tant pour 
les ouvrages que pour les voitures faites et à faire : en sorte, M., que 
vous pouvez faire partir en toute assurance ce qui reste desd. 
ouvrages. 

L'on continue de travailler dans les dedans des appartements, tant à 
la dorure qu'à la menuiserie. 



27 avril 1719. 

J'ay reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire 
par laquelle vous me mandez qu'il doit partir incessamment de 
Paris vingt-neuf caisses dans lesquelles sont le reste des ouvrages de 
S. A. S. E. 

S. A. S. est encore à Liège d'où Ton ne scait pas positivement quand 
Elle reviendra. 

Les ouvrages vont icy si lentement que c'est une pitié : l'on continue 
le bâtiment des cuisines et l'on travaille un peu dans les dedans, le tout 
proportionnellement aux fonds destinés pour cela. 



L'Électeur de Cologne à R. de Colle 



Bonn, le 29 juin 1719. 

Vous aurez déjà appris, Monsieur, par mon architecte Hauberat que 
le reste des ouvrages de marbre avec les bronzes et commandes pour 
mon palais d'ici est arrivé bien conditionné : dont je suis très content, 
aussi bien que de l'envie que vous me témoignez à me pouvoir faire 
plaisir. 

Je ne manquerai pas de donner les ordres pour que le peu qui reste 
encore à payer vous soit remis au plutôt et me flatte, quand j'aurai 
encore besoin de vos lumières pour la conduite de vos bâtimens, que 
vous voudrez bien continuer à m'en faire part. 



i66 l'art français sur le rhin 



Bonn, le 4 janvier i720. 

Comme je vous ay toujours consulté, Monsieur, en tout ce qui regarde 
mes bâtimens, ne soyez pas surpris que je vous charge de me faire 
six lustres de bronze pour placer à côté des glaces dans ma chambre. 
Je souhaite qu'ils soient tous six à deux branches, dont quatre repré- 
senteront chacune des quatre Saisons et les deux autres doivent 
représenter l'un le Soleil et l'autre la Lune. 

Je vous envoyerai bientôt un nouveau plan des embellissements que 
je fais à mon palais. Ma passion pour bâtir est toujours égale ; mais les 
moyens me manquent pour la satisfaire. 



Bonn, le 1" février 4720. 

Je suis très sensible à l'attention que vous avez eue, Monsieur, de 
vous acquitter de la commission de faire faire les lustres de bronze pour 
placer aux côtés des miroirs de ma chambre. J'ai donné ordre à mon 
architecte Hauberatde vous envoyer les profils que vous lui demandez, 
pour que ces lustres répondent à l'architecture qui enferme les glaces 
et je ne doute point de la justesse de Texécution. 



Bonn, le 18 février 1720. 

L'Électeur prend de Cotte comme arbitre dans une « dispute terrible 
qui s'est élevée parmi ses courtisans au sujet de l'emplacement à affecter 
à VOrangerie. » 

Cette dispute qui commence à s'échauffer partage toute ma Cour. Je 
ne suis pas assez entendu pour oser décider sur cette contestation. C'est 
ce qui m'engage à vous demander votre sentiment là-dessus que je 
suivrai aveuglément. 



DOCUMENTS 167 



H'auheral à R. de Coite. 



22 juillet 1720. 

J'ay fort peu d'ouvriers, massons surtout; encore sont-ils dispersés 
de côtés et d'autres, en sorte que l'ouvrage qu'ils font paraît fort peu de 
chose. L'on travaille actuellement au grand escalier, mais si lentement 
que c'est tout au plus s'il s'élève cette année au plain pied du premier 
étage. 

S. A. S. E. mangea hier pour la première fois dans la grande salle à 
manger ; elle n'est cependant pas encore entièrement finie ; mais l'im- 
patience de S, A. n'a pu souffrir un plus long retardement. Il y manque 
encore les embrasements et chambranles de menuiserie autour des 
croisées. S. A. S. E. a paru fort contente aussi bien que toute la Cour 
et effectivement cette pièce devient fort belle. 



21 octobre 1720. 

Il y a quelque temps que j'eus l'honneur de vous écrire au sujet de 
VOrangerie de Bonn. Depuis ce temps S. A. S. E. est absolument déter- 
minée à changer lad. Orangerie... S. A. y veut avoir plusieurs bassins 
et canaux pour des carpes, truites, tortues et autres divers poissons 
curieux. 

S. A. a été fort contente à son retour de trouver la terrasse sur le 
jardin finie : ce qui fait effectivement une fort belle promenade. 

Pour ce qui est des ouvrages, ils se continuent à l'ordinaire fort len- 
tement. L'on couvre une partie de la grande gallerie qui a été faite 
cette année. L'on a un peu travaillé à la cage du 'grand escalier : cette 
partie n'est encore élevée qu'à la hauteur du premier étage ; mais 
j'espère que l'année prochaine ce sera le fort de l'ouvrage... Je fais 
toujours travailler dans les dedans ; ils deviennent fort riches et même 
magnifiques. S. A. E. en est très contente. 



U avril 172L 

Je vous envoyé le plan et les élévations de la place où S. A. S. E. 
souhaite avoir une grotte. 



i68 l'art français sur le rhin 

J'attends après les bras de bronze dorés que le S'' Vassé (1) m'a 
mandé être partis de Paris; je ne manqueray pas de vous faire scavoir 
ce que S. A. S. E., en aura dit et je ne doute nullement qu'Ella n'en 
soit très contente. 

L'on a recommencé à travailler aux ouvrages du Palais; je feray en 
sorte de faire avancer l'endroit où doit être le grand escalier afin qu'on 
puisse jouir de cette partie si nécessaire à tout le reste des apparte- 
ments et qui fera et l'ornement et la commodité de tout le Palais. 

S. A. S. E. doit aller demain à Brûhl où vraisemblablement Elle 
fera quelque séjour parce qu'EUe y est à portée d'y voir S. AS. le 
Prince Clément (i^), son nepveu, qui est à Cologne où il fait sa résidence 
et où il est obligé d'assister à tous les offices de l'église. 

Comme je sais que vous avez la bonté de vous intéresser à ce qui 
me regarde, je vous diray que S. A. S. E. vient de m'honorer du titre 
de Conseiller de la Chambre des Finances et delà dignité d'Intendant 
de ses bâtiments. Je feray en sorte qu'EUe ne soit pas trompée dans 
son attente en continuant et redoublant, s'il se peut, mes soins pour 
son service et je n'oublieray jamais que c'est à vous, M., à qui j'en ay 
les premières obligations. 



8 décembre 1721 
J'ay reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire par 
laquelle vous vous plaignez de ce que j'ai été si longtemps sans vous 
donner de mes nouvelles. J'avoue mon tort, mais je puis vous 
assurer en même temps qu'il ne s'est rien fait dans les travaux de 
S. A. S. E. qui ait mérité votre attention et j'ay craint de vous impor- 
tuner par le récit ennuyeux du peu d'ouvrages que nous faisons. 

J'ay fait travailler pendant tout l'été dans les dedans de l'appartement 
icy à Bonn ; l'on n'a rien fait au grand escalier, ny par conséquent à 
la Salle des Gardes, mais l'année prochaine je feray en sorte que cet 
endroit soit notre objet principal. 

Pour ce qui estdu.'châteaude Poppelsdorf, il n'est pas encore entière- 
ment couvert; il n'y a point d'aparence que ce bâtiment soit si tôtfiny. 

Quand au modèle que vous avez fait faire pour la grotte, vous pouvez 
le faire mettre au coche de Sedan à l'adresse de M. Coussac, Mayeur à 
Liège, pour faire tenir à S. A. S. E. de Cologne à Bonn. Le d. coche est 
dans la rue St Martin à l'enseigne du Cardinal Lemoyne. 

(1) Antoine Vassé, père du sculpteur Claude Vassé. 

(2) Le prince Clément-Auguste de Bavière, neveu et successeur de l'électeur 
Joseph-Clément. 



DOCUMENTS 



169 



Extraits de ta dépense pour tes ouvrages que Son A. E. de 
Cologne a ordonnés à M. de Cotte de faire faire à Paris 
pour son patais de Bonn. 



DISTRIBUTION 


OUVRAGES 


ACOMPTES 


RESTE à PAYER 


Tarle, ouvrage de marbre 6 chemi- 








nées, 12 tables 


12.300 liv. 


6.800 liv. 


5 500 liv 


Desjardin, pour les bronzes dorés 




d'or moulu aux cheminées. . . . 


5.300 


2.100 


3 200 


Raou, pour les modèles de la che- 








minée de la Salie d'audience . . . 


300 


300 


» 


BouLLE, pour deux commodes ornées 








de bronzes dorés d'or moulu . . . 


1.675 


1.000 


675 


Dbschamps, pour des caisses. .... 


580 


152 


428 • 


Doyen, pour les voitures 


3.618 


900 


2.718 


Total des ouvrages. . . . 


23.878 liv. 


11.357 liv. 


12.521 liv. 



Mémoire de ce qui serait à exécuter dans les bâtimens 
de Son Altesse Sérénissime Électorale pendant son 
absence (i) 

Bonn, le 7 septembre 1722. 
1. On doit achever le corps de logis du grand sallon le plus tôt que 
faire se pourra; après quoi on emploiera les maçons autant que la sai- 
son le permettra à élever et finir les murailles du quartier des cui- 
sines jusqu'à l'écurie. 



(1) Nous ne donnons ici que des extraits de cette pièce retrouvée par 
Renard au Staats-Archiv de Diisseldorf. 



170 l'art français sur le RHIN 

2. On achèvera de même à Poppelsdorf à paver et couvrir la platte 
forme de la cour. 

3. On finira dans toute sa perfection la gallerie du palais et le sallon 
des Jeux, comme aussi la chambre du buffet avec son poêle, afin que 
toutes ces trois pièces soient en état au'retour de S. A. S. E. 

7. Le doreur Schmitz dorera encore avant l'hiver la fontaine du 
Lever du Soleil : car cela ferait un trop vilain effet qu'une fontaine fût 
dorée et l'autre point. 

10. L'on fera déloger le serrurier et le menuisier français afin que 
Maître Max se puisse mettre en ordre pour exécuter la grotte projettée. 

13. La Vigne du Seigneur (1) doit être finie sans qu'il y manque un 
clou. 

14. Le doreur Moha achèvera la chambre de parade de S. A. S. E. 

15. Le jardin de la Cour sera tracé afin qu'il commence une fois à 
prendre forme de jardin et S. A. S. E. serait agréablement surprise si 
leS"^ Hauberat faisait en cela le même miracle qu'il a fait au parterre 
devant la cour, lequel S. A. S. E. trouva fait dans un tems où elle le 
pensait le moins. 

16. Tous les quinze jours le S»" Hauberat fera l'état de distribution sur 
le même pied que S. A. S. E. i*a fait et en enverra copie à Sa dite 
A. S. E. chaque fois que cela se fera, pour son information. 

17. Il fera ses relations toutes les semaines une fois de l'état et du 
progrès des bâtimens ; et lorsqu'on fera quelque ouvrage nouveau, il en 
enverra le dessein auparavant à S. A. S. E. pour approbation. 

19. Le S' Hauberat ne fera faire aucun ouvrage extraordinaire hors 
de la Cour sans un ordre et permission expresse de S. A. S. E. 

20. En général. S. A. S. E. s'attend aux soins et au zèle de son Com- 
missaire des Bâtimens le S"" Hauberat qui ne se donnera aucun repos 
pour que le temps précieux ne soit point perdu, en faisant avancer les 
ouvrages de son Palais Électoral, autant que la saison et les fonds le 
permettront, afin que S. A. S. E., à son retour que Dieu veuille donner 
bientôt, puisse avoir le plaisir de jouir des ouvrages commandés. 



(1) Petit pavillon entouré de vignes, sur le bord du Rhin, que l'Electeur avait 
baptisé Vinea Domini. 



DOCUMENTS IJI 



Devis des ouvrages de menuiserie^ serrurerie^ peinture^ 
impression à l'huile et dorure, toille écrue et toille cirée 
qu'il convient faire fournir pour le Corps de logis por- 
tatif rfe S. A. S. E. de Cologne, suivant les plans, éleva- 
lions et profils qui en seront fournis par le S^ Oppenord 
et signés par S. A. S. E. (^). 

Premièrement sera fait lebâti des quatre faces qui composent la cage 
du logis ; les poteaux depuis le rez-de-chaussée jusqu'à l'égout du com- 
ble seront d'une seule pièce et porteront trois pouces d'épaisseur ; le 
remplage portera un pouce et demi d'épaisseur : le tout en bois de 
sapin sans défectuosités, assemblé à tenons et mortaises, rainures et 
languettes. Sera fait le socle ou retraite régnant au pourtour du logis 
d'ais d'un pouce et demi d'épaisseur, assemblés à rainures et lan- 
guettes, le tout bien collé et de bois de sapin. 

... Sera fait tous les planchers, compartis régulièrement et assemblés 
à rainures et languettes, le tout de bon bois de chêne de meilleures 
qualités. 

Sera fait le coffre d'autel, le marchepied, le gradin; la bordure du 
tableau, le tout de bois de chêne, suivant les desseins qui en seront 
fournis. 

Sera fait le tableau d'autel par un de Mess'» les Peintres de l'Acadé- 
mie, suivant le sujet qui en sera donné par S. A, S. E. 

Sera fait la table du buffet dans la salle à manger avec un gradin et 
une bordure de tableau au dessus : le tout de bois de chêne. 

Sera fait le tableau du buffet dans la salle à manger, composé de 
fleurs, fruits et animaux par M. Desportes, Peintre du Roy, le plus 
excellent qui soit en ce genre en Europe. 

Sera fait l'estrade du lit avec son balustre et ornemens de sculpture 
convenables ; le tout de bois de chêne doré à huille. 

Sera fait les châssis des combles de bois de sapin portant un pouce 
et demi d'épaisseur. 

Sera posé des gouttières aux endroits convenables, lesquelles seront 
de bois de sapin. 

Sera fait trois vases de bois de chêne dorés à huille pour mettre à la 
cime des combles. 



(1) Ce devis, dont nous reproduisons les articles les plus importants, est 
conservé au Staats-Archiv de Diisseldorf. Renard, qui l'a publié in-ejctenso, le 
date de 1722. 



1^2 l'art français sur le RHIN 

Sera fait et fourni toutes les ferrures convenables pour fermer et 
entretenir avec toute la solidité requise tous les susdits ouvrages qui 
auront besoin de quantité de crochets, arrêtés avec des vis, des clous 
rivés, plus des équerres, des pistons, des douilles pour toutes les portes 
et croisées, etc.. 

Sera imprimé ou peint à huille de blanc de céruse de Rouen tout 
l'extérieur et l'intérieur du logis à l'exception des cloisons de refend; le 
tout de deux couches. 

Sera doré la balustrade et réchampi de blanc de céruse, comme aussi 
les bordures des tableaux d'autel et du buffet, la cheminée de tôle et 
les vases du comble. 

Sera fourni toutes les toilles écrues et cirées des plus belles et des 
mieux conditionnées pour les plafonds et pour la couverture des com- 
bles. 

Tous lesquels ouvrages stipulés au présent devis seront bien dûment 
faits et parfaits selon Fart de chacun en particulier, sous la conduite 
du S' Oppenord dans le temps et espace de six mois à compter du jour 
de la date du présent devis, à peine de deux mille livres de déduction 
sur le total du marché et de tous dépens, dommages et intérêts. L'en- 
trepreneur fournira tous les bois de chêne, de sapin, toute la serrure- 
rie, vitrerie, peinture à huille et dorure, les toilles écrues et cirées, 
façons et peines d'ouvriers pour livrer iceux ouvrages dans leur 
entière perfection au dire des gens experts à ce connaissants, moyen- 
nant le prix et somme de seize mille huit cent livres pour tout générale- 
ment quelconque. 



Description du château de Poppelsdorf (i) 

A environ un quart de lieue de Bonn est situé le beau château de 
Poppelsdorf, bâti par Clément Auguste. Cet Électeur avait coutume d'y 
passer presque toutes les nuits. Il avait eu le dessein de convertir en 
un canal la belle terrasse qui borde les allées (de l'avenue tracée entre 
Bonn et Poppelsdorf) afin de pouvoir s'y rendre plus commodément 
dans les soirées d'été en traversant dans sa nacelle la foule de ses 
sujets qui goûtaient de chaque côté les plaisirs de la promenade ; mais 
la mort le surprit avant qu'il pût mettre ce projet à exécution. 

(l) Voyage sur le Rhin depuis Mayenoe jusgu'd Dusseldorf {à^a,pTès Lano), 
Mayence, 1803. 



DOCUMENTS IjS 

Ce joli château de plaisance est d'une construction tout à fait parti- 
culière ; il est d'une forme quarrée, à deux étages seulement ; les an- 
gles et les entrées ont chacune un pavillon. Dans l'intérieur est une 
cour ronde environnée d'arcades sur lesquelles s'élève une légère 
galerie. 

Une chapelle en rotonde occupe une grande partie du château. On 
voit au milieu quatre autels réunis ensemble qui, au premier aspect, 
causent à l'œil une agréable surprise. Quatre prêtres peuvent y dire 
la messe en même temps. Au dessus de ces quatre autels est une 
représentation du Christ lorsqu'il apparut à S^'^-Magdelaine. 

La salle de coquillages ou la grotte, qui était autrefois un objet d'ad- 
miration, commence à dépérir; il s'en détache journellement des par- 
ties que l'on ne remplace point. Cette grotte est Touvrage d'un Français 
nommé La Porterie ; il y travailla sept ans ; l'art avec lequel il sut 
entremêler les coquillages et par leur réunion former les tableaux les 
dIus naturels et les plus variés donne une grande idée des talents de 
et artiste. 



Rœttiers. — Grand surtout d'argent pour l'Électeur de 
Cologne Clément-Auguste 0-) 

Le roi a vu ces jours-ci un ouvrage du sieur Rœttiers, orfèvre 
fameux, que l'on dit digne de curiosité. C'est un grand surtout d'argent 
pour l'Électeur de Cologne. L'Électeur a mandé à Rœttiers qu'il avait 
pris un cerf sur la maison d'un paysan et il ne lui a pas marqué d'au- 
tre détail ; il a dit qu'il désirait que cette chasse fût représentée dans 
un surtout. Rœttiers a composé un dessin admirable. Le milieu du sur- 
tout représente la chasse du cerf, autant dans le vrai qu'elle peut être 
dans un ouvrage d'orfèvrerie ; les deux côtés représentent deux autres 
chasses. 

Le même ouvrier a fait, pour accompagner ce surtout, quatre flam- 
beaux qui sont quatre chênes parfaitement exécutés. Il a dit au roi que 
le surtout et les flambeaux étaient du prix de dix mille écus, seule- 
ment pour la matière et le contrôle, et qu'il demandait deux mille 
louis de façon. 

(1) Mémoires du duc de Luynes. Juillet 1749, ix, p. 142. 



1^4 l'art français sur le RHIN 



Peyre. — Œuvres d'architecture. 1818. 



Chapelle du château de l'Électeur de Cologne à Bonn 

Le prince Maximilien, archiduc d'Autriche Électeur de Cologne, me 
demanda en 1786 les projets d'une chapelle qu'il voulait faire construire 
dans le château de sa résidence à Bonn. On exigeait dans le programme 
qu'il y eût des tribunes au plain-pied des appartements du premier 
étage; l'autel devait être à la hauteur de ces tribunes et les musiciens 
placés de manière à n'être pas aperçus. 

En entrant dans le vestibule un escalier de dix-huit marches menait 
à la porte de la chapelle et l'on avait encore dix-huit marches à monter 
dans la chapelle même pour arriver à la hauteur du sanctuaire. 

La tribune de la musique est pratiquée au dessus de la voûte percée 
d'une grande ouverture, d'où les sons arrivent et paraissent, pour ainsi 
dire, descendre du ciel. Le plafond au dessus de cette ouverture offre 
un concert d'anges : ce plafond peint bien éclairé et ces sons s'échap- 
pant du sommet de la voûte eussent produit la double illusion de faire 
croire que les anges étaient animés et que les sons mélodieux qui se 
faisaient entendre étaient ceux de leurs voix et de leurs instruments. 



ANNEXES 



Bibliographie 



Au lieu d'énumérer pêle-mêle ou dans l'ordre alphabétique les ouvrages et docu- 
ments à consulter, nous croyons préférable pour l'orientation du lecteur de les 
répartir en trois sections : 

I. Sources, manuscrites et imprimées ; 

IL Ouvrages généraux; 

III. Ouvrages spéciaux. 



I. — Sources 



1. — SOURCES MANUSCRITES 



A, En France : 

Archives Nationales. — Série 0* (Papiers de la Maison du Roi) : notamment la cor 

respondance des directeurs des Bâtiments du Roi. 
Bibliothèque Nationale. — Cabinet des Estampes. — Séries topographiques de la 

région rhénane et surtout Papiers de Cotte. Ces documents, d'une importance 

capitale, sont encore inédits ; mais ils ont été soigneusement inventoriés par 

Pierre Marcel : Inventaire des papiers manuscrits du Cabinet R. de Cotte. 

Paris. Champion, 1906. 
Bibliothèque de l'Institut. — Procès-verbaux de l'Académie Royale d'architecture. 

M. Henry Lemonnier a entrepris la publication de ces registres : six volumes 

ont déjà paru. 
Archives départementales du Bas-Rhin, de la Ville et de l'Œuvre de Notre-Dam* 

à Strasbourg. 
Archives régionales du Service des monuments historiques à Strasbourg. 
Archives du Haut Rhin. 

B. En Allemagne : 

Archives de DUsseldorf. — • Staatsarchiv. Amt Bonn. 



176 



ANNEXES 



2. SOUnCES IMPRIMÉES. 

Salomon de Caus. — Hortus Palatinus a Friderico Rege Boemise Electore Palatiuo 
Heidelbergae exstructus. Salomone de Caus Architecto. 1620. Francofurti apud 
Joh. Theod. de Bry. 

François de Cuvilliés. — Œuvre, 1770. 

J.-F. Blondel. — Cours d'architecture (continué par Patte), t. IV. Paris, 1773. 

d'Ixnard. — Recueil d'architecture représentant en 34 planches palais, châteaux, 
hôtels, maisons de plaisances (sic), maisons bourgeoises, églises paroissioles et 
conventuelles, plusi<îurs jardins à l'anglaise et un nouvel ordre d'architecture, 
exécutés tant en France qu'en Allemagne sur les dessins de M. d'Ixnard. architecte 
de S. A. Royale Électorale de Trêves. Strasbourg, 1791. 

L'exemplaire relié en maroquin rouge du Cabinet des Estampes de la Biblio- 
thèque Nationale est celui qui fut offert par l'auteur au roi Louis XVI. 

Kleiner. — Die Kurfurstliche Mayntzsche Favorite, 1726. 

Lang. — Reise auf dem Rhein, 1789. 

LiBKRT (abbé). — Voyage pittoresque sur le Rhin depuis Mayence jusqu'à 
Dûsseldorf. Francfort, 1807. 

Lerouge. — Jardins anglo-chinois à la mode. 

Le second cahier est consacré aux jardins de Schwetzingen ; le septième à la 
Favorite de Mayence. 

Peyre. — Œuvres d'architecture. Paris, 1818. 

Quatremère db Quincy. — Notice historique sur la vie et les ouvrages de M. Peyre, 
architecte. Paris, 1823. 

Përcier et Fontaine. — Résidences de souverains. Paris, 1833. 



il. — Ouvrages généraux 



1. — En langue française : 

Victor Hdgo. — Le Rhin. Paris, 1842. 

DussiEUX. — Les artistes français à l'étranger. Paris, 1856, 3* éd. 1876. 

Reynaud. — Histoire générale de l'influence française en Allemagne. Paris, 1914. 

Barrés. — Le génie du Rhin. Paris, 1920. 

Schmidt. — Les sources de l'histoire des territoires rhénans de 1792 à 1814. Paris. 

1921. 
AuLNEAU. — Le Rhin et la France, Paris, 1922. 
Fange (Jean de). — Les libertés rhénanes. Paris, 1922. 

RovÊRE. — Les survivances françaises dans l'Allemagne napoléonienne depuis 
, 1815. 

2. — En LANGUE ALLEMANDE : 

DoHME. — Barock und Rokokoarchitektur, 3 vol. Berlin, 1884-1891. 

— Geschichte der deutschen Baukunst. Berlin, 1886. 
GuRLiTT. — Geschichte des Barockstils und des Rokoko in Deutschland. Stuttgart, 
1889. 



ANNEXES 177 

Clemen. — Die Kanstdenkmâler der Rheinprovinz. 

Le tome V est consacré aux moauments de la ville et du cercle de Bonn ; le 

tome VII à Cologne. Diisseldorf, 1899 et sq. 
Dehio — Handbuch der deutschen Kunstdenkmâler, 5 vol. Berlin, 1905-1912. 
Lambert et STAHL.— Architektur von 1730-1850. Berlin, 1903.- Deutsche Residen- 

zen und Gàrten des XVIllten Jahrhunderts. 1909. 
Popp, — Die Architektur der Barock-und Rokokozeit in Deutschland (album). 

Stuttgart, 1912. 



III. — Ouvrages spéciaux 



1. Alsace : 

Kraus. — Kunst und Altertum im Elsass-Lothringen. Strasbourg, 1884. 
Haus ann. — Elsassische Kunstdenkmâler (album). Strasbourg, 1896-1899. 
Hermann. — Notes historiques et archéologiques sur Strasbourg, publiées 

par Rod. Reuss. Strasbourg, 1905. 
PoLACZEK. — Denkmâier der Baukunst im Elsass. Strasbourg, 1906. 
Hallays. — En flânant. A travers l'Alsace. Paris, 1910. 

— L'art du xviiie siècle en Alsace. Le château des cardinaux de Rohan 
à Strasbourg. L'Alsace française. 1921. 

Reuss. — Histoire de Strasbourg. Paris, 1922. 

2. Électorat palatix : 

Mathy. — Studien zur Geschichteder bildenden Kiinstein Mannheim im XVIllten 

Jahrhundert. Mannheim, 1894. 
Beringer. — Peter von Verschaffelt. Strasbourg, 1902. 

— Rurpfâlzische Kunst und Kultur im XVIllten Jahrhundert, Fribourg- 
en-Brisgau, 1907. 

SiLLiB. -- Schloss und Garten in Schwetzingen. Heidelberg, 1907. 
P. du Colombier. — Une œuvre d'art française en Allemagne. Les jardins de 
Schwetzingen. La Renaissance, 1922. 

3. Électorat de Mayence : 

Schneider. — Der Dom zu Mainz. Berlin, 1886. 

ScHAAB. — Geschichte der Stadt Mainz. 

Frankfurt a. m. und seine Bauten. Francfort, 1886. 

LuTHMER. — Dekorationen aus dem Palais Thurn und Taxis zu Frankfurt a. M., 

1890. 
DoRST. — Charles Mangin und seine Bauten in den Trierer und Mainzer Lan- 

den. Mainzer Zeitschrift, 1917. 
Réau. — Un grand architecte français en Rhénanie : Jean-Charles Mangin 

(1721-1807). L'Architecture, 1922. 

12 



1^8 ANNEXES 

4. Electorat db Trêves : 

Becker. — Das Kônigliche Schloss zu Koblenz, 1886. 
LoHMEYER. — Johannes Seiz. Heidelberg, 1914. 

5. Electorat de Cologne : 

Merlng. — Gescliichte dervier letzten Kurfûrstea von Kôln. Cologne, 1841. 

— Clemens August, Herzog von Bayern, Kurfûrst und Erzbischof zu Kôln. 

Cologne, 1851. 
Ennkn. — Der spanische Erbfolgekrieg und Churfurst Joseph Clemens von Kôln. 

lena, 1851. 
— Fraukreich und dcr Niederrhein oder Geschichte von Stadt und Kur- 

staat Kôln seit dem 30 jâhringen Krieg bis zur franzôsischen Okkupation. 2 vol 

Cologne, 1855. 
DoHME-RiJcKWARDT. — Das Kônigliche Schloss zu Briihl. Berlin, 1878. 
Merlc— Kôlnischo Kunstler, 2« éd. DUsseldorf, 1895. 
Renard. — Die Bauten der Kurfurslen Joseph Clemens und Clemens August von 

Kôln (Extrait de Bonner Jahrbiicher). Bonn, 1896. 
Hauptmann. — Der Bau des Bonner Ralhauses. Bonner Archiv. III. 

— Das Innere des Bonner Schlosses zur Zeit Clemens Augusts. Bonn, 

1901. 
FoRTLAGE. — Anton de Peters. Ein Côlner Maler des XVIIIten Jahrhunderts. 

Strasbourg, t910. 



ANNEXES 179 



Répertoire des artistes français ayant travaillé 
dans ou pour les pays rhénans aux XVII" et XVIIP siècles 



i. Architectes : 

Antoine (Jacques-Denis), dessine pour le prince de Salm-Kirburg les plans du châ- 
teau de Rirburg près Kreuznach. 

Antoine (Jean), de Metz, construit pour l'électeur de Trêves le château de 
Wittlich (1761-1763). 

Benoit dk Portier, envoyé en 1713 à Bonn par R. de Cotte pour y surveiller l'exé- 
cution de ses plans. 

Beuque, architecte de Besançon, chargé en 1766 par le Chapitre de l'abbaye de 
Murbach de construire la nouvelle église Notre-Dame de Guebwiller. 

Blondel (Jacques-François), élabore en 1767 un plan d'ensemble pour l'embellisse- 
ment de la ville de Strasbourg. 

BoFFRAND (Germain), collabore avec l'architecte allemand Maximilian von Welsch 
à la décoration du château de la Favorite, construit près de Mayence sur le 
modèle de Marly. 

Carbonnet, élève de R. de Cotte, qui le délègue auprès du cardinal de Rohan pour 
les travaux de Saverne et de Strasbourg. 

Gaus (Salomon de), dessine et publie en 1620 l'Hortus Palatinus du château de Hei- 
delberg. 

Chevalier (ou Le Chevalier), protégé de R. de Cotte, qui le recommande au cardi- 
nal de Rohan ; travaille à Saverne ; fait à Strasbourg les plans de deux hôtels 
particuliers pour le prince de Birkenfeld et le comte de Hanau. 

Cotte (Robert de), premier architecte du roi ; dirige de Paris de nombreux et 
importants travaux en Alsace et dans l'Allemagne rhénane. Le cardinal de 
Rohan lui confie la décoration de son château de Saverne et la construction de 
son' palais épiscopal de Strasbourg. L'électeur de Cologne Joseph-Clément lui 
demande les plans de ses châteaux de Bonn, de Poppelsdorf et de Bruhl. C'est 
encore à R. de Cotte que sont dûs les plans de l'hôtel des princes de Tour et 
Taxis à Francfort (1727). 

CuviLLiÉs, architecte de l'électeur Charles-Albert de Bavière, travaille également 
pour son frère l'électeur de Cologne Clément-Auguste. Il décore les appartements 
du château de Briihl et construit dans le parc le pavillon de chasse de Falkenlust. 

Delamaire, architecte du cardinal de Rohan ; construit en Alsace le château de 
Saverne. 

Dupuis (Etienne), travaille d'abord à Stuttgart sous la direction de Ph. de la Guê- 
pière, puis achève en qualité de premier architecte de l'électeur de Cologne 
Clément-Auguste la construction du château de Brùhl. 

Fosse (Jérémie de la), auteur de plans pour la reconstruction du château de Darm- 
stadt. 

Froimont (Jean-Clément), commence la construction du château électoral de 
Mannheim. 

Girarb, jardinier, élève de Lenôtre, trace le parc du château de Briihl. 



l8o ANNEXES 

GouRLADK, architecte du cardinal de Rohan, désigné en 1727 pour diriger la 
construction du château épiscopal de Strasbourg sur les dessins de 
R. de Cotte. 

GuÊPiÈRE (Pierre-Louis-Philippe de la), élève de J.-F. Blondel, architecte du duc 
Charles-Eugène de Wurtemberg, offrit ses services pour la réfection de la 
cathédrale de Strasbourg après l'incendie de 1759. 

IIauberat (Guillaume), élève de R. de Cotte, qui l'envoie à Bonn en 1716 pour 
remplacer Benoit de Portier et diriger, d'après ses dessins, la construction des 
châteaux de Bonn et de Poppelsdorf. On retrouve Hauberat à Francfort, où il 
construit, toujours sur les plans de R. de Cotte, l'hôtel de Tour et Taxis et plus 
tard à Mannheim, où il travaille au château électoral. 

IxNARD (Michel d'), élève de J.-F. Blondel et de Servandoni, patronné par la famille 
des Rohan ; reconstruit après un incendie l'abbaye bénédictine de Saint-Blaiso 
dans la Foret-Noire ; fait adopter par l'archevôque-élocteur de Trêves un projet 
grandiose de résidence à Coblence, qui dut être abandonné en 1779 pour des 
raisons d'économie; se réfugie après sa disgrâce en Alsace, où il construit la 
bibliothèque du collège Royal de Colmar. 

Levkilly (Michel), émigré en 1721 à Bonn, où il construit la Porte Saint-Michel et 
l'hôtel de ville ; dirige les travaux du château de Brùhl. 

Mangin (Charles), construit le château de Mon aise, près Trêves (1779), et 
l'hôtel de la Grande Prévôté à Mayence. 

Makolles (chevalier de), élève de J.-F. Blondel et de Servandoni, travaille en 
1764 aux embellissements de Mannheim et de Schwetzingen. 

Marot (Daniel), dessine dans le goût du château de Vaux un projet du château de 
Mannheim, construit plus tard par Froimont et Nicolas de Pigage. 

Massol (Joseph), construit sur les plans de R. de Cotte le château épiscopal de 
Strasbourg. C'est à lui qu'il faut faire honneur également de quelques-uns des 
plus beaux hôtels construits pour les chanoines du Chapitre de la Cathédrale 
entre le Broglie et la rue Brûlée. Le plan du château de Reichshoffen porte 
sa signature. 

Oppenord (Gilles-Marie), premier architecte du duc d'Orléans. L'électeur de Colo- 
gne Joseph-Clément lui commanda plusieurs dessins pour la décoration des 
appartements de son château de Bonn et l'exécution d'un corps de logis por- 
tatif (1722). 

Patte (Pierre), architecte du duc de Deux-Ponts ; agrandit le château ducal et 
décore l'hôtel de Deux-Ponts à Paris. 

Peyre (Antoine-François), dit Peyre le jeune, remplace Michel d'Ixnard dans la 
faveur de l'électeur de Trêves Clément- Wenceslas qui lui confie la construction 
de son palais de Coblence (1779-1786). Peyre dessina également les plans d'un 
pavillon à Kàrlich, d'une chapelle pour le château de Bonn. 

Pigage (Nicolas de), architecte de l'électeur Palatin Charles-Théodore, construit une 
aile de la résidence de Mannheim et le petit château de Benrath, près Diissel- 
dorf ; dessine et décore les jardins de Schwetzingen. 

Saint-Far (Eustache de), auteur des plans du Nouveau Théâtre de Mayence et 

du palais du Conseil souverain d'Alsace à Colmar. 
Salins de Montfort, reconstruit le château de Saverne après l'incendie de 1779, 
prend part au concours pour le palais électoral de Coblence. Plus tard, 
vers 1800, il construit à Francfort la maison Passavant-GontarJ. 



ANNEXES l8l 

Verschaffelt (Pierre-Antoine), construit sous l'influence de Pigage l'Arsenal de 
Mannheira (1777). 

IL Sculpteurs : 

Laporterie (Pierre), de Bordeaux; fixé à Bonn à partir de 1735 ; décore la grotte 

de coquillages (Muschelsaal) du château de Poppelsdorf, la chapelle de Falken- 

lust près Brlihl et la grotte de Neuwied. 
Le Clkrc, décore de groupes de putli le pavillon de Falkenlust, construit par 

Cuvilliès dans le parc du château de Brùhl. 
Lecomte, expose au Salon de 1789 un projet de décoration pour la chaire de la 

chapelle du château électoral de Coblence. 
Le Lorrain (Robert), sculpteur du cardinal de Rohan, décore le château de 

Saverne et le palais épiscopal de Strasbourg. 
MoNNOT, expose au Salon de 1781 deux figures en marbre commandées parle prince 

de Deux-Ponts. 
Radoux, exécute de nombreux travaux de sculpture au château de Brûhl. 
Rousseau, arrive à Bonn en 1717 pour collaborer aux bâtiments de l'électeur de 

Cologne. Hauberat lui fait sculpter le fronton et les consoles de balcon de l'hô- 
tel du comte de Saint-Maurice (hôtel Boeselager) 
Verschaffelt (Pierre-Antoine), Flamand francisé, élève de Bouchardon, décore 

l'église des Jésuites et le palais électoral de Mannheim, le parc de Schvetzingen, 

le château de Benrath. 

IIL Peintres : 

AuDRAN (Claude) ; l'électeur de Cologne Joseph-Clément lui demande en 1717 des 
dessins de grotesques, pour décorer ses appartements intimes du château de 
Bonn dans le goût des appartements du dauphin à Meudon. 

Bertin (Nicolas), élève de Bon BouUongne, travailla à plusieurs reprises 
pour l'électeur de Mayence, qui, d'après d'Argenville, possédait ses meil- 
leurs ouvrages. 

Desportes (François), chargé de peindre en 1722 pour le corps de logis portatif de 
l'électeur de Cologne un tableau de buffet. Plusieurs de ses tableaux de 
chasse ornaient la galerie de l'électeur Clément-Auguste. 

Goudreaux (Pierre), portraitiste français émigré en Allemagne ; peintre de l'électeur 
Palatin Charles-Philippe, à Mannheim, où il mourut en 1731. 

Lagrenée jeune, peint pour le château électoral de Coblence l'esquisse d'un 
plafond représentant La Justice terrassant le vice. 

Laroque, peintre au service de l'électeur de Cologne Joseph-Clément qui propose de 
lui faire exécuter sur place au château de Bonn les dessins d'Audran. 

RoussEAUx (François), peint au château de Brûhl des dessus de portes et des pla- 
fonds dans le goût des fêtes galantes de Watteau. Son fils Jacques grave un de 
ses tableaux représentant l'incendie de la Résidence de Bonn en 1777. 

Tardieu (J.), s'intitule graveur de S. A. S. Électorale de Cologne. 

Vernansal (Louis Guy de), envoie en 1716 à l'électeur de Cologne Joseph-Clément 
l'esquisse d'un plafond peint destiné au château de Bonn. 

Vernet (Joseph), reçoit plusieurs commandes du duc Frédéric de Deux-Ponts et de 
l'électeur palatin pour sa galerie de Mannheim. 



l82 ANNEXES 

Vivien (Joseph), premier peintre de l'électeur de Cologne, qui le recommande à R. de 
Cotte pour un appartement aux Gobelins (1719), autorisé à aller travailler à 
Munster en 1721, meurt au château de Bonn en 1735. 

IV Artistes décorateurs : ébénistes, orfèvres, médailleurs, tapissiers. 

BouLLE, exécute pour l'électeur de Cologne Joseph-Clément deux commodes ornées 
de bronzes dorés d'or moulu. 

DuGOURc, aurait dessiné l'ameublement du duc de Deux-Ponts. 

Duvarlet, tapissier français au service de l'électeur de Cologne Clément- Auguste. 

DuviviER (Jean), exécuta à Paris une médaille de Joseph-Clément, archevêque-élec- 
teur de Cologne qui était en même temps évêque de Liège, sa ville natale, et plus 
tard une médaille de la Confrérie de Saint-Michel, fondée par l'électeur. 

FouRiÉ (Jean), maître tapissier d'Aubusson, exécute en 1767 une suite de tapisse- 
ries représentant l'histoire de Joseph pour le chœur de l'église Saint-Géréon 
de Cologne. 

Germain (Thomas), célèbre orfèvre, cisèle un calice en or pour l'électeur de Cologne 
Joseph-Clément. 

RoETTiERs, exécute en 1749 pour l'électeur de Cologne Clément- Auguste un surtout 
en argent représentant une chasse au cerf. 

Vassé (Antoine), exécute en 1721 pour l'électeur de Cologne Joseph -Clément des 
bras de bronze doré destinés au palais de Bonn. 



ANNEXES lS3 



Répertoire des artistes rhénans formés en France 



I. Architectes. 

Gau (Franz-Christian), né à Cologne en 1790; se fixe à Paris et se fait naturaliser 
Français, construit en style gothique l'église Sainte-Clotilde ; meurt à Paris en 1653. 

HiTTORF (Jakob-Ignaz), né à Cologne en 1792; émigré en 1810 à Paris où il tra- 
vaille sous la direction de Percier ; adopté par l'architecte Bélanger, qui lui trans- 
met sa charge d'architecte royal des fêtes et cérémonies de la Cour ; chargé de 
la décoration de la cathédrale Notre-Dame de Paris pour le baptême du duc de 
Bordeaux, de la cathédrale de Reims pour le couronnement de Charles X ; outre 
ces décorations éphémères, on lui doit l'arrangement actuel de la place de la 
Concorde, la construction de la gare du Nord et l'église Saint- Vincent de Paul. 
II meurt à Paris en 1867. 

Neumann (Johann-Balthasar), fait un voyage d'études à Paris en 1723 ; soumet à 
l'approbation de R. de Cotte et de Boffrand les plans de la résidence épiscopale 
de Wurzbourg. On lui attribue sans preuves la conception du grand escalier 
du château de Briihl. 

Neumann (Franz-Ignaz- Michel), fils du précédent, profite de son voyage en France 
en 1757 pour étudier la cathédrale de Rouen ; soumet à l'Académie royale d'ar- 
chitecture de Paris ses plans pour la reconstruction de la tour de la cathédrale 
de Mayence (1770). 

RoTH (Johann-Heinrich), fait en 1751 un voyage d'études à Paris aux frais de l'é- 
lecteur de Cologne Clément-Auguste, construit sur le type des Maisons de plai- 
sance de J.-F. Bloniel le pavillon de chasse d'Herzogsfreude près de Bonn. 

Welsch (Maximilian von), architecte favori de l'électeur de Mayence pour lequel il 
construit dans le goût français, sur le modèle de Marly, le château de La Favo- 
rite. 

II. Sculpteurs : 

J. J. Flattkrs, né à Crefeld, élève de Houdon. 

III. Peintres : 

Frey, peintre du duc de Deux-Ponts. 

KoBEL, peintre de paysages de l'électeur Palatin. 

Kymli, peintre de portraits, pensionnaire de l'électeur Palatin. 

Meyer, peintre d'histoire du duc de Deux-Ponts. 

Peters (Anton de), né en 1723 à Cologne; formé à Paris sous l'influence de Greuze. 

PiETZ, protégé du duc de Deux-Ponts. 

IV. DÉCORATEURS : 

Roentgen (David), originaire de Neuwied sur le Rhin ; ébéniste de la reine Marie- 
Antoinette. 



l84 ANNEXES 



Répertoire des principaux monuments de l'art français 
du XVIIie siècle sur le Rhin 



Benrath. château de l'électeur Palatin, près de Dusseldorf, construit par Nicolas 

de Pigage, décoré de sculptures par Verschaffelt. 
Bonn, palais électoral (actuellement université) construit sur les plans de R. de Cotte 

par Benoît de Fortier, Hauberat et Leveilly. 

— Château de Poppelsdorf construit sur les plans de R. de Cotte par Hauberat. 

— Hôtel de ville construit par Leveilly (1737). 

Bruhl, château des éle(j^urs de Cologne construit sur les plans de R. de Cotte par 
Leveilly, Cuvilliés, Dupuis (17251770). Décoration du sculpteur Radoux, du 
peintre Roussaux. Parc tracé par Girard. 

— Pavillon de Falkenlust construit par GuvilUès. Sculptures de Le Clerc. 
Coblence, palais électoral, commencé par Michel d'Ixnard (1778), remanié et bâti 

par Peyre le jeune (1779-1786). 
Deux-Ponts, château ducal, agrandi par Pierre Patte. 
Francfort, hôtel du prince de Tour et Taxis, construit par Hauberat sur les plans 

de R. de Cotte. 
Guebwiller, église Notre-Dame, élevée sur les plans de Beuque de Besançon. 
Mannheim, palais électoral, construit par FroimontetN. de Pigage. 

— Arsenal, construit par Verschaffelt. 

— Palais Bretzenheim, décoré de sculptures par Verschaffelt 

Mayence, château et jardins de la Favorite : œuvre de Boffrand et de Maximilian 
von Welsch. 

— Tour de la cathédrale reconstruite par Neumann le jeune après consul- 
tation de l'Académie d'Architecture de Paris. 

— Prévôté (Probstei) par Mangin. 

Savbrne, château construit par Delamaire, agrandi et transformé par Carbonnet et 

Le Chevalier sur les plans de R. de Cotte, reconstruit par Salins de Montfort 

après Tinceidie de 1779. 
Schwetzingen, parc tracé et pavillons construits par N. de Pigage. Sculptures de 

Verschaffelt. 
Strasbourg, palais épiscopal (château Rohan), construit par Massol sur les plans de 

R. de Cotte. Sculptures de R. Le Lorrain. 

— Hôtels du doyen et des chanoines du chapitre. 

— Projet d'embeUissement de J. F. Blondel. 

Trêves, château de Mon aise, construit par Mangin (1779). 

WiTTLicH, château de l'élecleur de Trêves construit par Jean Antoine (1761). 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



DES NOMS D ARTISTES 



Anguier 

Antoine (Jacques-Denis) 

Antoine (Jean) 

AuDRAN (Claude) 

Benoit de Fortier 49, 53 

Beuque 

Blondel (Jacques-François) 16, 81, 96 

BoFFRAND (Germain) 29 

BOULLE 169 

Garbonnet U, 65, 66 

Gaus (Salomon de) 21 
Chevalier (Le) 11, 13, 15, 16, 66, 71 

Clerc (Le) 5T 

CONTOEN 35 

Cotte (Robert de) 10, 13, 15. 16, 30, 48, 

51. 52, 53, 65, 67, 68, 69, 70, 71, 

87, 89, 123 

COYPEL 67 

CoYZEVOX - 75 

cuvilliès • 57 

David 43 

Delamaire 12 

Desportes i'François) 54, 59 

DuGOURC 26 

Duvarlet 58 

DuviviER 54 

Flatters 59 

Fosse (Ch. de la) 67 

Fourié 59 

Froimont 23 

Gabriel (Ange- Jacques) 18 

Gau 59 

Germain (Thomas) 54 

Goudreaux 25 

Gourlade 13, 65 

GuÊpiÈRE (Philippe de la) 16, 80 
Hauberat (Guillaume) 23, 31, 49, 53, 148, 
149, 153, 160, 170 

HÉRÉ 18 

Hin 84 

HiTTORF 59 

Ixnard (d') 18, 41, 96, 99, 103, 118 

Kléber 19 

Lagrenée jeune 43, 122 

Laporterie 53, 58 



75 


Laroque 


26 


Lecomtk 


40 


Lerouqe 


52, 54, 158 


Leveilly (Michel) 


137, 139, 


Lorrain (Robert 


141, 143 


Mangin (Charles) 


18 


Mares (Pierre des 



54, 158 

43 

30 

54, 58 

11, 14, 74, 75 

34, 36, 43, 44, 94 

4 



Marolles (Chevalier de) 
Mariony (Marquis de) 
Marot (Daniel) 
Massol (Joseph) 
Mechel (Christian) 
ménageot 
Meyer 

MONNOT 

Neumann (Balthazar) 

Neumann le jeune 

Nicéville (Chevalier de) 

Nicolas de Verdun 

Oppenord 

Patte (Pierre) 

Perdigué 

Peters (Antoine de) 



83 

90, 96 

23 

13, 15, 18, 73 

24 

43 

84 

26, 85 

55 

32 

35 

4 

53, 150. 171 

15, 26 

72 

59 



Peyre le jeune (Antoine- François) 42, 44 
59, 101, 102, 105, 107, 110, 112, 
113, 117, 121 
Pietz 85 

PiGAGE (Nicolas de) 23, 24, 83 

Rœntgen (David) 45 

Rœttiers 58, 172 

RoTH 58 

Rousseau 26, 54, 151, 153 

Saint- Far (Eustache de) 37 

Salins de Montfort 12, 41 

Schlaun 55, 58 

Seiz (Johannes) 40, 45 

Vassé (Antoine) 168 

Vernansal (Guy de) 50, 146, 147 

Vernet (Joseph) 25 

Verschaffelt 25 

Vincent 43 

Vivien (Joseph) ^ 54, 57, 142, 163, 164 
Welsch (Maxirailien von) 29 

Werner (Samuel) 16, 32 

ZicK (Januarius) 95, 116 



11^11^%^ ^^K.%^ I ■ VL>I 



N Riau, Louis 

684.6 L'art français siir le Rhin au 

BA XVIIie siècle 



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