ÊCOLE
:HAUTES ÉTUDES
OA/ERCIALES
E MONTRÊAL
IBLIOTHÊQUE
LA
SCIIENCE SOqloSL E SUIVANT LA MÉTHODE D'OBSERVATO,,N.
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Directeur : M. EDMOND DEMO INS.
Année. -- Tome X I¥. -- 1 " Livraison.
SOMMAIRE DE LA LIVRAISON DE JUILLET 1899 :
Paul de Rousiers. -- Questions du jour. -- Un Américain en France. P. 5.
Robert Pinot .-- Le Patronage. (Cours de Mthode de I $cicnce sociale.) P. 21.
J. Lemoine. -- L'ëmigration bretonne à Paris et aux environs. P. 39.
Léon Poinsard. -- IAbre-Ëchange nu Protection. V. -- La Protection. III. -- Pays
à dèveloppement mxtc de la culture et de rindutrie (fin). P. 61.
LE MOUVEMENT SOCIAL :
I. Confërence contrsdictoire sur le SociaLisme : -- l « Discours «le M, Paul La-
largue, dëputë; -- 2 ° Rëpliqne de M. paul Lafargue;- 3 ° 11epljque de
M. Edmond Demolins. -- Ll. A travers les faits du mois. -- III. -- Sociëtë
pour le dëveloppement de l'initiative privée et la vulgarisation de la Science so-
ciale : -- Bourses de voyage. -- Correspondance.
PARIS,
BUREAUX DE LA REVUE
LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT
IMPBIMEUBS DE L'INSTITUT» BUE JACOBç 6.
1892.
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LE MOUVEMENT SOCIAL
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LOUP, administrateur, librairie de Firmin-Didot et C ie, 56, rue Jacob, ou 8, boulevard
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LA
SCIENCE SOCIALE
SUIVANT LA METHODE D'OBSERVATION.
Directeur : M. EDMOND DEMOLINS.
Année.- Tome XlV.
BIBLIOTHF.0I:E
PARIS,
BUREAUX DE LA IIEVUE
LIBItAIRIE DE FIRMIN-DIDOT ET
LMPRLMEUBS DE L'INSTITUT» BUE JACOB 56.
1892.
QUESTIOIIS DU JOUR.
UN
AMÉRICAIN EN FRAN'E.
l',rodant les quelques jours ,ltt'il vient ,h" p«sser à l'a-is.
.Xl '-+r lr«.land, archev.<lue de Saint-P«ui du .Xlintcsola, S'«'st h',»tiv6
'n face de plusieurs audihàres qu'il a sul,juu6s par le carac-
tère ar«h.ut et viril de son ,:h»<lucncc. Aucun de ceux qui l',,ni
entendu n',,uldiera l'impressi,,n que lui a caus+P sa parole chaude
,'1 br+xe, parole d'homme d'ncli,,u, inspirée par d,.s a,.b.s ,.t
inspirant <les actes, r6sumant une. ligne <h. conduih..
Mais ni l'in«,,nteslablc talent de l'-ralcur, ni !«, sypathi,.
ualurelle que peut inspirer chez n.us ce l»r61al 6h'.nm" tou-
jours prèt à l,roclam.r so amour p,,ur la I:ranc.. ,,6 il a passd
sa j«'tmessc, ni la r6l,uta/i,,n <lui l' suivi à travers l'Allantique.
ne suftil'aimt à .xpliqu,.r l'atlrait <lu'il a insl, ir6. On s Seltlail
+n présence d'un holnme; voili let v'aie l'ais.n de sou succès.
L'archer+que de Saint-I'aul l'dUnit en lui deux caract6r«.s
l»articulièl'elnCl/in/6rcssalt/S : sa pcrsonn«lité est f+rl«.lnell
cus6e, et ccpPntlanl ,+!1, + est typique, de l'.Sl,rit m+ri,-Mn : il
r6sumc un haut «l,.ffr6 les qualit;s Sl.;cialos d. o- 1,euplc e-
trcpreuanl et 6nerzique qui conquiert les solitudes du Fal'-XXesl :
ses concitoyens le reconnaissent Unalfimemeul, et h.ur appr6-
ciation de l'archevètlue lrcland alteint h- supr+m, deg'ré d'ad-
; ,A scmrc SOCiAl.E.
mivation : lle A a .l»b, ndid man, « C'est un homm .plcndi«b" »,
m'a-t-on dit plusieurs fois aux États-Unis; autrement dit : « C'est
un magnifique échantillon d. l'espëce humaine, telle que nous
la coneevol]s. »
Dans tous h.s pays et h toutes h.s époques. il v a quelques
hommes qui offrent ainsi le type d'une race. L'histoire véri-
table seyait leur histoire, car par eux on o»mprend toute uu«.
él,,,qu«.. t,,ut un l,ays. On sont cela d'instinct quand on lit leur
vit.. Imainez que vous puissiez pdnétrer jUS, lU'au tbnd dans
l'ame de 31(,nllu«. v, us aurez du seizième siècle une vue plus
ju,le or 1,i«.n 1,hls c,,mplte que si vous connaissiez dans leur
,,rh-e la n,,m.nclalurc de tous les engagements qui marquèrent
les I;uerl'es de Religi,,n; de mème, prenez la vic d'tre Benve-
nuto I:ellini vous cç, mprendroz le milieu oh s'est f«,rm6 Fart
italien, v,,us en aur,.z, l,,,tw ainsi dire, la p«rcepti,,n sonsible.
I:haque tbis l m. se rdvèlo au public un de ces hommes qui sont
«,,mme la haut,, expressi.n d'un milieu, le public se h'»uve
remue, sans trop savoir l»mn'quoi, mais lëmotion qu'il ressent
est communicative et cnlçainanto. V«ms vous souvenez du
succbs qui accueillir l'an d,q'nier. à h.ur apparition, les 3l,:moi'es
de Marbot? 31arl,ot caractdrisait à merveilh, le genre particulier
.l':norgie sur lequol s'est f,,nd6e l'ép,,pée lapol6»nienn«; il 6tait
l'homme, d'une 6poque; on s'en est remlu ct«npte en lisant ses
rdcits, ,.t tout le monde a voulu les lire.
C'est pour la mbme raism qu'on s'empressait ces joui.s-ci
autour de l'archevr'qu Ireland. Coth. AraAri,lu,. dont on parle
tant ci qu'on connait si peu, il semblait qu'on l'avait devant
soi. et t,n l'avait bien rdellemcnt: on l'errait dans son essence;
car ce qui est remarquable aux Ëtats-[nis, ce ne sçmt pas tant
l's ¢]to.'¢'. que les ]tomm.ç. O1 v voi sauts doute de m«,nstrueuses
entreprises, de .iffantosques ],àtiments qui ex«ih.nt la curiosit6,
mais ec SOltl les ho,mmes qui pr,,voqu«.,t l'admiration; c'est
leur ind,»mptable 6nerg'io qui ortie le spectacle véritablement
intéressant. En nous envoyant un de leurs enthnts les plus
dminents, les États-Unis nous présentaient d,,nc c,. qu'ils ont de
meilleur.
AMÉRICAIN EN FRANCE. 7
l. -- LE {;RAND RESSORT DE L VIE AM;RICAINE.
Les Américains n'ig'noren! pas d'où ils tireur leur f,»rce; ils
ne se trompeur pas sur les causes «le leurs succès. L'etl;»rt imli-
duel développé à rex[rème leur a si bien réussi qu'ils
en lui toute leur contiance, sans se préoccuper «mire mesure
des tl'mes de rouponwnt qu'amènent les nécessités d'une
action commune. Tandis que nous u«»us arrachons les cheveux
depuis cent ans pour savoir s«ms quel drapeau et dans quel ordl',.
il vaut mieux marcher, eux marchent chacun de son c6té,
pensant avec «isan que c'es[ la meilleure solution p,,ur qui
veut avancer. Que le wfisin s'arrète au bord du chemin. «,u re-
cule, ou se dét,,urne, c'est son a[thire; le premier qui réussira
indiquera aux autres la vraie voie par le seul thit de s,n succès.
mais il importe que chacun la cherche : ,, Les timides mal'ch,.nt
en foule, les ]»raves s'avancent en simple tile », disait à Bal-
lime»re, il v a tr«»is ans. le même prélat que les Parisiens
viennent d'applaudir.
Aux Fram:ais, il a tenu h. mëme lan'ae: avec une grand,.
sincéri[é qui es[ la plus habile des r¢¢ses, il leur a dit : Je ne
viens pas vous d+nner de conseils, je vieus seulement vous dir,.
comment nous fais«ms en AraCique... et nous réussissons.
Ce quïls font est très facih. à exprimer : ils avancent et ils ai-
ment qu'on avance; la lutte pour la vie, telle qu'ils la c, mçoiven[,
est la lut[e contre les éiAments, non contre h.s homnes. Sur-
monter les obs[aclcs qu'on a devant soi, retourner la prairie [,out
la trcer à produire du hl:,, creuser la mine pour lui arracher
ses trésr, rs, défricher la for,;.t, construire des villes e[ des che-
tains de fer, v,,ilà le proramme: si le voisin veu[ accomplir,
lui aussi, ce programme, ,»n l'v aid,.ra, il v a place pour tout le
monde et chacun apportera sa pierre à réditice; c'es[ un alli(.
et non uu ennemi, celui qui travaille à la 'rande «»uvrc ce»m-
muRe.
Celle idëe si simple, si naturelle daus uu pas encore peu
«.xploité ci peuplé d'une race 6nerffique. fidt le fond du oeractère
américain; c'est d'«.lle que naissent les habiiudes de vraie ,,16-
rance, f«,nd6es sur le resl»eC muluel: c'est d'elle que jaillir la
n,,tion v6ritable de. la liberlé. « N.us ;lch,,ns ch' laisser
chaque individu autant d,' li},ert6 que possible... Nous prenons
pour règ'le de d,,nn«q" aux autres ce que nous voulons pour nous-
m«nws... Nous ne, nous servons jamais de la l,,i pour hire la
l,rOl,affand, de. nt,s l,r«,pres idées. Ne,us respv«tons toujours les
aulres parce que ne,us voulons ètre resl.-CtçS nmts-m6mes (1). ,,
tinsi, tandis «lUe nous gdmiss,,ns sur le malheur des temps
«,t stir 1"6gar,.m,mt ,le uos frère.s; tandis ,lue nous attendons
pour agir la venue d«.s temps mcillcu et la conx»rsion des
l,é«lvurs; landis quo nous al»riions noire pr,,pre indolence der-
fibre les «.rrem «, les vices ,l,.s autres, l'Am,;ricain, conscient
,1 sa r,.sponsal,ilité pers,,nn«.ll,, et c,,nfiant dans sa force person-
nelle., fait s«,n chemin te,u s«.ul, et comme lous les ffens qui
acc,»mpliss,.,/c.urazeusemont leur devoir ci qui avancent leur
làchc, il a «.v conlclemenl int6rivur ,lui porte à la bienveil-
lance; il ne «onnait pas l«.s rancuncs, l,.s haines dtroitcs de celui
,lui r,.ste sur place ou qui recule, «.t qui alh'ibue son d«hec à
1« mauvaise ,-,rganisali«_,n de la so,.i6tb.
La s.cidh; americaine esl. je' crois, h" meilleur champ de dd-
monsh'alion qu',,n l,uisv tr,,uv,.r pour m,,nlrer la souveraine
«.ftica,:i/6 de. l',.ff.rt personnel, de l'iniliative privée; il ,,st im-
l,ossiblc «1,. l'dtu,lier sans èh.e fl'appd d,' son caractbre essentiel-
Icm«.nl l,arliculariste, sans i,r,m,lr,' contiance dans son avenir,
sans avoir la c,nviclion que le type américaiu est, à notre
dp,,que, le mie«x armé contre h.s difficultds d,. la vie.
Lors,lU'Cm exprime ct.[te idée ,I«.vant d«.s Francais. -n a chance
dë/r,, mal C-ml,ris : « Vos Am6ricains. en se,mme, sont des
t'oistes, nlo r6pond-on; ils n,. s'o,.cul,et que d'eux-mèmes, sans
souci du voisin. Rien de plus faux; en aucun pays, peut-ètre,
il n'v a plus d'espril public qu'aux Èa/s-Inis; n-n seulement
le sntimvnl nalional v est d6v,'h,l,p6, n,,n s,'ul,.monl les intdrëts
,l çonfdreno. «lu 18 juin dans la salle de la Social/, de gèographie.
publics sont l'objet des pr(occupai,»ns de lous, mais on voi
à tout moment d«s institutions d'ufilit 6nérah, surç'ir de Fini-
tialive privée. L'Am6ricnin consid6r« l«s althires publiques
comme, s«.s affaires propres, il se se.nf direc«.mont
pour sa part de leur bonne ou manis«. esti«»n; en France,
nous consid6rons trop soux»nt nos affaires privées comme, les
aflires du g«,uv«.rnement; c'est lui que nous rend,ms r,.sponsable
de nos échecs. « C,mment voul,.z-x-ous qu'on colonise
gouvcrnemenl parc.il? C«,mmenl vouh.z-vous qu'«,n l,rëch«' la
religion avec «.fti«acil6, quand le g«,uvern.men l,rè«h' l'irrli -
ion? Que faire de nos enf¢nts, si le -ouvernement ne veut l,aS
les accepter comme fonctionnaires? ,, etc.. etc. Toutes ces plaintes
et bien d'aulres sont tkmiliè.es à des or,.illes fran«ais,.s.
c«,mmeni nous nous pr6occupons des ail'aires l,ubliqu«'s: nous
essavons de t«,urner à noire protit pers,,nn,.I la tçn'c,' résultant
du pouvoir, n,,us xoyous dans la p,,ss«.ssi,,n de ce pouvoir
condition ndcessair,- et pr6alabl«, de toute action: à ce poinl
we et dans ce sens, la l,,,lilique nous passionne; mais l'am,mr du
bien public ne cousisle pas à renverser un ministère l»,»ur
mer s«.s amis s«ms-pr6fets; le veritable am,,ur du I,i«n l,ublic
consisle à lravailler d,' toutes ses forces it la lhch," qu'«,n
lrcprise, avec l'id6e qu'il en r;sultera un avanla'e pour tous.
Aux États-I'nis. dans ce pays «,ù tant ,1 cbos,.s s,,nt
à faire, c'est l'avantage 6vident du l,ubli,, quv les l,articuli,.rs
metlent en valeur le se»l. que les pionniers ouvrent d. n,,uv«.aux
tert'it,,ires, l're.nez un journal de l'Ouest et vov,.z av,c quel
enthousiasme ,,n v raconte la cr6atian d'un colon émin,.nt.
l'euxre d'un Yankee venu lA pour t»nder une ]»antlu« , une in-
dustrie; «,n le traite ouvertement de bienfaiteur public et on a
raison. L'homme qui facilitt ses semblal,l«.s la conqu«le ,les
moyens d'existence, qui les conduit ainsi à l'ind6p«.ndan««- v6ri-
table, est I,i-n r6ellement un bi.nthit«.ur public. 11 l'est « un
deffr6 plus éminent que ce.lui qui se borne à s,,ulaer la mi-
sère mat6rielle par des libdralit6s, parce qu'il dlbv«" 1«. nix eau d,
la dinit,; morale.
Le bon sens clairv«,vant des Amdricains l,,,«.lame bi,ln
LA SCIENCE SOCIALE.
haut d'ailleurs le résult«tt de tous ces eflbrts personnels, mai
converffents; c'«,st la grand.ur mèute de l'AraCique. « Le dé-
vclol,pement de notre pays doit erre attribué, croyons-nous, dit
.Xl -'r Ir,qand. pour une grandel,art à nos libres institutions qui
pet'me|lent l'ilfitiativ«, au plus haut degré. I.a p,pul;,tioI! ne se-
r;,it pas encore arrivée jusqu'au Mississil, i. nous n'aurions pas
a,,jourd'hui cinq li.nes de che.tains de fer transcontinentales, si
l'Amél'icain, imli,'idm.l/«',,,e,t, ne s'était dit : « Il faut fire de
.;Tandes che, ses, «.t si l'.sprit ,lu pays nel'encourageait dans
ses vastes entreprises
tn ne compt, pas sur le socialisme, dans ce pays-là, pour gué-
tir les m«,ux ,Iv la se,ciCé. On estime au contraire que l'initiative
privée, qui a fait la pr,,spérité 5-énérale de l'Amérique, doit tron-
ver. l,lus sùrement que toute organisation artificielle, le l'emèd
;,ux. soultrances de détail, l'artant, les hommes que [,réoccupent
les prol,lèmes sociaux, s'al,pliquent à en rech«,rchcr eux-mèmes
solution, en ce qui les c«,ncerne, de,ris l'at.lier qu'ils dirigent. Ils
,'ssaient l«,valemont d'un moyen, puis d'un autre, sans demauder
à une force ext,'Tieure son intérvention dans une affaire qui leur
,st l,-rso,nelle. Et l'opinion l, ul,lique s'intéresse aux résultats de
tous ces essais divers. «.lit les analyse et les compare.
Sans avoir lieueA une p«,na,.ée universelle dëtruisant promp-
temnt tous les s-ermes de maie,[se s,,cial, elle est arrivée pr
cette c«,mparais,-,n constante à v,:rifier, puis à adopter une mé-
lhod. én6rale qui peut se résumer à ceci: Le ni«»veu le plus
et'licence d'am«:liorer l'Ca[ s,«'ial est ch- rendre, autant qu- pos-
.,,il,le, chaqtw homnw plus capable k,,li,'id««.lh.,,«.nt. Il v a pour
cela une expr,ssion essentiellement anglo-saxomw : te iml»'OCe
t/,,. ,um, l,ert'.cti,-,nn«.r l'hotm,e. C'est très visiblement à ce but
que tend.nt les f,ndations de I,i«.n public en Amériquc; fonda-
tion religieuses pour 6clairer sa c,,nscicnce fondati«,ns écono-
re[ques pour lui faciliter l'indépendance matérielle; toutes des-
[[nées à relever sa di,_"nité par quelque c616. à faire de lui un
homme ldUs complet.
t) Conference du Is juin.
I.'N AMÉRlCAI." EX FRANCE.
Bien entendu ces holnmos sauront d'autant mieux se gToupee
poue la détnse de leues intéeèts COlnmuns qu'ils seeont plus
éclairés et plus capablos. Ilo lb, 1«. nombre immense d'associations
de toutos soesqui couvrent 1o territoie«. &.s États-Unis; mais ces
associations de capables se distinguent ueltement de celles
par la cainte de l'isolement et la conscience de la faiblesse de
chacun. Comme les membres qui les composent, elles sav«,nt
dirigoe elles-lnëmes; au lieu de. dovenir un instl'Ulneld docile
entro les mains de quehlues aitatours, elles l'estent (.onfol'lnes à
leur but. efficaces par conséquent, et sages dans lours allures.
ne voit point quelquos mdchans cabareticrs dirie'o" le mouve-
ment des rèves et se poser en champions des revendications ou-
vrières, mais la ligue des Chevalie'x «ltt Tracail r,-.«om mande l'ar-
i,itrag'e en cas de discussion av«.c les patrons or arrive, s«»uvont
tennincr par une entente raisonnabh, le contlit qui éclato entr,.
eux et ses clients. « Dans leurs réunions, dit l'arcl,.v6quv h'cland.
les ouvriers discutent leurs int6rt.ts or s'instruisent des movons
qu'il faut empl,,yor p,ur los avancer, l'.eux qui n'ont pas fr,;quenl,;
ces réunions n'ont pas l'id,;c ,lu sens pratique et dc !'int,.lligence
d- nos ouvvi«.rs. Ils saveld quels sont leurs droits .t comnwnt ils
doivent les r,-.vcndiquer, si on ne h.s lem" reconnait pas (le bonno
grace. No«s parvenons maintonanI 1,. pins souvent à évit«.r
grèves qui se,nf la d,.rnière ressource d,'s pauv'es et des faibl,..
Les OUVl'iq's qui l'dclament un plus haut salaire ou uu. rédu,--
tion d'heur«.s de travail nomment leurs d616gu;s: les pa/r,,ns d,:-
signent aussi des représcnt«mts, et cet arl,ill'ag,, v,»lontairc rdus-
sit presquo toujours ( I. »
Tont cela est i»i-n hot. bion clair : pour assurer à la classe ou-
vrière une situati,»n normale, il s'agit avant tout de l',q,.'e"
blevant porsonnellenwnt et h. plus possible chacnn ch. ses ment-
bres. A lnesure que ce travail se pom'suit, la class,, ouvrière d,.-
vient de plus en plus capable dt' s'assurerpm" el/e-m,:me
situation n,»l'mah., lnutil,, de lui dire. ,'n d6/ail et d'avance. ,luel
mode d'association elb. d.v';t .mpl,,yq. l»,ur ath.in,lro s,,n but.
(1) 13onférence du la juin.
] LA SCIENCE SOCIALE.
.ii«'ux qu'aucun socio]os'ue , ell,. saura ]«'s lrouw?r, les approprier
h chaque circonstance. Elle r,'stera sourde d'ailleur.» aux prédi-
t, tions de système, parce qu'elh, sentira de plus en plus sa pro-
l, re cr, mI,étnce.
C',-.si 1,arce que l'ouvri,.r amëricain est déjà ,.ntré dans cette
vol,. qu,' les [h,;ori,.s socialistes on[ p«.u d," prise sur lui. !1 v a l,ien
un soi-disant socialism,, américain depuis la pul»lica[ion dcs ou-
vrac-es d'llem'v I;«.org,., mais l'esprit am,;ricain est tellem«'nt
,',,n[raire au s,«'ialisnte qu,. la théori«, s'eorgisle, si ,.Ih. était
l»liquée, t,.udrait t«,ul siml»lem,.ut à surexciter, à exaspérer en
qu,.lqu,, s,,rie l'initiative iudividu«.lh-..I,' n'ai pas à r,'thire ici
une démoustra[ion qu,. j'ai dével,ppée naqère dans cette Re-
vue <1); je m,' I»m.n,. i ,.n rapp«.l,-r la c,,n«lusion parce qu'elle
m,.t bien en lumiér« l'inc,-,mpa[ibilité abs«,lue de la tendance
américaine. «:1 de la /,-.udance socialis[e. La l,remiére place tout
son ,.sp,,ir dans h. l»,.rt.cti,,nnement de l'homme individuel ; la
seconde ne voit de salut que dans le pertçclionnement de l'or'a-
nisation sociale: la première veut l'homme indépendant et res-
l»Onsabl«; la soc«mde h. veut enchaind el anonyme, perdu
,lans une c¢,'pora[ion forcée ,,6 il jou,. le r,',le d'aent imper-
;,.tte t,'udan,:e américaine est si puissante et si univcrsell,.
qu'on en h'«,uv,-, la tbr[, - empreinte dans [¢,us h.s d6ails de la vie
anx Étais-Unis, de [,.lh. se,rie, qu',.lle ,.n c«,ns[ihle bit.n réellem«n[
h- ;rand ress,,,'t. M;.m,. dans le <lonmin,. d,.s ;/m,.s, dans la vie
r,.lisieuso, elh" apparai n,.tt,.m,.nt. Là-dessus les paroles du con-
t+r,.ncier am«;ri«ain s, mt caractérisfiques.
II. C(I.M.MENT L'EGLISE CAfilctl.lçtUE COMI'R[ND SA MIS41ON
AUX Ë]ATS- UNIS.
En «.fiel. ce c,,nfih.«nci«r est arch«.v¢.que. Comme tel il a une
mission spéciale 't n«lh:m,.nt dét,.rlninée à r«mpli.: il doit ré-
(!) V. I. X. p. t57 cl suiv.
UN AMÉi'tlCAIN EN I:i,tANCE. |:
pondre autour de" lui la vérité dont il est d positaire. C'«'st son
de.voir strict. Il lui a été dit comme aux al»6tros : ,, Xllez et eu-
seinez. »
Mais «ï.tt«. o],li$ation imposév attx ap,lres est g'énorah., elh.
vise routons #S m«liOtls; à eux de' l»rondro les niovens eonvt.ua]»les
pour que leur enseignement soit écouté. I'arch«.vèque Iveland
s'«.st plu à expliqu,.r dvvant un attditoiro d'ecclésiastiqu,.s pari-
siens, comnleit h. clerg6 d'Amériquo s'y pr,.nd p,mr ëtre en-
tendu.
Cela peut se dire d'un i11o1 : Il va dr,,it à l'honllue. Fidblo à la
devise am6ricaine qui assiqe conmte but SUl»Vènio à t,,us les
l»hilanthropes h. lwrtctionu«.n,.nt de- l'In,mme, indivi«htel, il
s'attache à gaffnor cet homme, qu'il a pour missi,,n d,:tovmin6e
d'améliorer morale.ment. Au li«.tt d,. eh,.rch«.r à agir sur dos
gvoupes. à se coucilier l'al,phi de l'État. Ou d'ne c«,rporation
puissante, il s'adresse dircctemvnt aux individus et dbploie p,,uv
s'assurer leur s)-ml»athic pevsonnt.lle h.s mèm«.s «.ttç,rls employ6s
ailleurs pour s'attirvr la faveur d,.s puissances orgauis6es.
L'Cat social de. l'Amérique lniiml»ose, p,,ur ainsi div,., cettelna-
ui6re de faire. Là. chacun se seut très libre de ses mouvements:
pas de ffroupcments fovcds et g6n6raux absorbant t,,ut l'homme.
mais des "r,»upements v,,1,,ntaires et Sl»dciaux l'eng'ag'cant sou-
lement pour un ,,l»jct restreint: p,.rsonne ne se croit oblig'6 d,.
penser et d'ngir COlllfll5 son voisin, s,,n patron ou HOme son
père; inutile ptr conséquent d,. ancr le voisin, le patron ou h.
l.»ère;du moins. «.u lo gaguant, ou uo g'agqte qu'un houtmo comme
les autres: 1,. -ain ne vaudva que par la valeur l.»ers,nnclle de
celui qu'on aura agné, non par la vah.ur ch. sa situation dans
tel ou tel groupe social. Iml,ossibl«., par cons6quent, de tenter
autre chose que Faction persounolle.
Dès lors. iuu/ile de s. pr6occupcr outre mesn.« des tenants et
aboutissants d'un hcmmte, de ses relations de famill, et de sa-
ciété, de ses prdju'és d. milieu, des circonstances «pti l'envi-
ronnent; c'est d,. lui quil faut s'enquérir, c'est h lui qu'il faut
aller.
L'ap6trc plac6 dans une soci6té pareilh, a toutos las facilit6s
! i f.c sctvscv, socrv..
naturell«'s l»,»ur pr«»ndr, au pi«'d de la lettre le re, le d« bienveil-
lance universelle «lui lui est indiqué par l'Église. l»ligé par
état d'ëtre le père tic, Iots, il ne rencontre entre- lui et ses en-
f«,nts spiriluels aucune puissance intcrp«,sée, aucun «,bstacle
qu'il faille préalablement renverser ou t,urncr. Les conditions
naturelles déblaient sa rout et lui fra'«,.nt un passa'c.
Et son zl,' apostolique va s'exercer à att«'indr, individuelh.-
ment chacun de ces fils, SOUltis ou égarés, déou«:s ou révollés.
Il se fera p,:chetgr d'ho»m.s, s'lon le préc,.pt,' évanélique
La tache, te,uie simplitiée qu'elle paraisse, reste écrasante, car
il s'ait d,. c,,nquérir un à un une multitude d'hommes; mais,
sans s'attarder à en mesurer les difticultés, l'apètre amé.icain
l'entreprend aec coura$'e; il c,mmence, d'autres continueront
après lui, lïmportan! est d'avancer.
Pour cela, il se met en conact le plus possibh, avec tout le
monde, «.n contact personne.l, d'homme à homme. 11 est le père
d,. tous. il s'intéresse réellement if eux, lon seulement à leur
àlne, m«tis à leur I»i«.n-ètre matériel k leur commerce, à leurs
intérèts. à leur santé, "A leur bonheur domestique, aux avantages
qu'ils recherchent «'t au, inconvénients qu'ils redoutent; son
ce»nf est/ouché de t,,nt ce «lui les touche, son intelligence éclMrée
par l'affecti«,n saisi/promptement leurs besoins, son dévouement
se 1,1ait à les satisfaire. Aucun d,;.tail ne lui parait indibne de lui.
,, Pour moi, .',lessi«.urs. je vais à toul.s les réunions «lui se tien-
n«.tt d»ns ma vill épiscopale. Plus d'un Francais serait scan-
dalisé si ,»n savait qu«.ls discours j'ai faits là-bas! on ne me coin-
prendrait pas. tuand j'y vais, le peuple «'st heureux de me voir.
si l'on s'occupe d'un projet de chemin de fer, je prends la.pa-
r,,le et je suis le premier a dire : 11 thut l'avoir. Au moment de
l'é|ablissement du tramway électrique. j'ai fait un discours sur
les avattaçcs ci le parcours à tracer. Les ouvriers y sont inté-
ressés les premiers, disais-je, et je leur montrais tous les avantazes
,luïls retireraient de ce tramxx«y. 3e vais aussi aux réunions
mixtes, composées de prt,testants et de catholiques. On nous
trouve partout : dans les réunions pour réparer l'abus des bois-
sons, pour procurer l'ohservalion du dimanche, etc. »
IN AblIRICAI/ EN FRANCE. 15
Avau! toutes choses, le clergé américain, cherche "A aiteindre
le cur de ses ouaiiles en leur t6m.ignaut l'attçc{ir, n vraie,
profonde et universelle qu'il ressent p,,ur elles; c n'est pas seu-
lement dans les m«'tinçs p«,lmlaires, c'est chez lui, c'est au do-
micile de chacun de ses paroissiens que h. pr¢.lre leur prodig'ue
les preuves de sa sollicitude. « Il passe bi,.u des ens dans mou
cabinet, me disait un curé de Saint-Paul. et je w,us assure que
tous ne vienuent pas me soumettre des cas de conscience, mais
peu importe; ce qu'il thut, c'est trouver le chemin de leur c, pur
en parta.eaut leurs préoeeupati,ms, en les aidanl, quand cela
esl possible, en h-ur montrant que rieu de ce llli les intéress,.
ne saurait nous ètre indifférent. »
Si on vieul le trouver chez lui pour demander un o,useil,
c'est que le prèlre a c«mmeueé p;r ller v-if ses paroissi,.n
chez eux; il u'a pas attendu ,lue la mont%ne vienne à lui, il a
nlarché ers la nlontaôue; il est allé per rias et platea.ç, cher-
chant des honlues. Ici se manifi,ste ce lu6me caractère d'initia-
tive ardente, de marche quand mème, ce /o ahead, qui est
marque du véritable Américain. « Mieux vaut marcher en avanl
et quelquefois til'e une chute que de ne jamais marcher, disait
M lr,'laud, aux .jeunes gens du Cercle catholique du Luxeln-
bourg. » Au surplus, n'est-ce pas COlllUn3 e«ia que u«»us aVOll
tous appris A nous tpnir sur nos jaullms?
Résolu à ganer des honllllpS, l'ap,'dre auléricail d,,it s'attirer
leur estime, en 6tant un homme d'61ite. C'est uu devoir de son
état, et le premier de tous, d'attacher à sa dignit6 de prètre
considération personnelle qu'il s'acquiert, de faire h6ndficicr
oes propres mérites la r«liion qu'il enseigne. Il n'est allçlllle-
ment pharisien et ne remercie pas le Seig'neur d'ètre meilleur
que d'autres; tout au rebours, il prie Dieu d'ètre digne de sa
qualité de chrétien. Il ne t pas : « Ma dinité de prètre nie met
au-dessus des autres hollllnes; » il dit : « Ma dignité de l»rètre
fait une obligation d'être, en fait, réellement et aux yeux de tOUS,
un homme meilleur. » Vous sentez la différence d'attitudes; elle
est immense. Le caractère dont il est revètu ne lui fournit pas
seulement un frein moral, il le harcèle d'un aiguillou constant
I|; LA SCIENCE SOCIALE.
1«. souci de son r61e le pousse n«,n à réclanwr une première place,
mais «'t la conquërir. Dès lors. il ne choque pas les dissi&nts eu
,.ssavant de leur imposer un joug, il se place sur le mème ter-
tain qu'eux, il est un homme c,mme eux; il possède, il est vrai,
une. conviction religieuse qui lui trace une ligne de conduite dé-
/,.rminde dans plusieurs circonstances, mais cela. c'est son aflhirc ;
,'hacun p«.ut av,,ir ainsi un,. rbgle d'aprbs laquelh' il dirige ses
;,cti,)us, sans «lU 1. voisin en soufl'e le moins du m,nde.
Lorsque cette atlitud, gdnévale du clergé am6ricain se rel-
,'ontw. av.c des qualitds pers,mnelh.s émin«.nt.s. «.lle produit
ull homnw c,»mme l'al'ch«'vèque de Saint-Paul, un rand ci-
t,»ven. ;'est la meilleut'e des prédicati,,ns, celh. de l'exemple.
V,,i,.i un homme d,. l»r«mi.r ord'e, reconnu tel p«r tous ses con-
ciloy«s, l»arc qu'il excelle h résoudre les l»r«,l»lèmt.s qui les
l,réoccup«.nt : «.t c,.t h,,mule «st un archcvëquc catholique; la dis-
cil»lin« r,.ligieusc ne COml»rim,. donc l,èS l'initiative hardie et f6-
«onde. vlh. ne diminue pas l'h«mmw? Ire plus, cet archev6que
ne" r6clam« l»as ««tre chose que sa place de citoyen: il se la thit
lai'fie et elevbe, uais ceci. IIOIIS l'«.n louons et nous sommes tic.fs
d,. lui; il .st vraiment l'tu des n,',tr«*s, un «l«*s plus marquanls
parmi h.s n«'»tres; sa f«,i ne l'Coinne l,èS de nous.., et peu a peu
les l»l.,;jug'6s t,»ml»«.t un à un; entre
s,m propre c«tql" l'ap6tr,' a reuvq'sd l*s ,A»stacles. en t»rc;nt l'es-
lilte d*
Ajoh,us uu d,.l'nier Irait; c'est
chose, d,. c,,nvaincre Ul homlne, mais l»,,ur qu* la conction
i»,,rt« . s«.s fl'ils, il faut qu'ell,: s«»it s,,utetue par les qualit6s de
,'.t h,,mm*; clic v;ut ce que v:t l'holnne. Ce.lui qui .st habitué
à air seul ,'t ,;nct'iquemenl lui dc»nn, t,mt,* sa vah.ur, celui
,lui a l'alhlrc mout,»nnièrc et la v,,lr,t; tii»l,, s'en ti,'nt h la Foi
A ce l»«»int d. vue, l'Améviçain est p«,uv l'al»,Mr uu suj mr-
,.illcux. Là comme ailleurs, il passe l.»romptcm«.nt de la croyance
théorique à l mise en pratiqu¢, du domaine d,. la l»esée à
celui dr l'action: sa vol,rotWSUl»érieuremcnt trempée lui en
fournil le moyen, il résulte de lb que ffagncr un Américain, c'est
UN AMÉRICAIN EN FRANCE. 1.7
,._"ag'ner une force immédiatement et puissamment ;t.issanh'
P«.rsu«,d«.z-le, il l'.ra le reste.
L'Amél'ique n'est donc pas seulement un l»ax.'s où l'action per-
sonn«.lle est setdeyo.'.ible parce qu'on u'y tr, mw. pas de .qt'ou-
pemetds de ç[at,.% de t|'o||l»«mux de l'.nm.,,_,o, l»rèts à enfiler h la
queue leu h.u le s'utiev oh s'engag'e un de l,,uvs membres;
d. plus un pays ot' |'action porsonn.lh, est Ami.raint.
parce que tout l'6tat soci;d h.nd à déw.lq»l»Cr l'honlnle iudivi-
duel.
Inutile de dil'e |nai|tte|tant eu quoi l'AraAtique diflëre d.
Fl'allco, ttes lecteu|'s le savent. Mais al«»l's c«,mm.nt peuvent
pli«luer à notre, pays les lecons indil.oCtos, l»arf,»is l»CU dissimuléos,
que l'arch.vèque d,: Saint-Paul a d6w,h»lq»6,s devant ses dillë-
r0,n[s a uditoil'es?
III. -- COSSEII+S I»'A.MI.
.Xl + h'<'land +.si un ami dt. la Franco; il l'aime avec un. lm..;-
sion qui dclatc tic, ris ses discours et qui s'exl»rime aussi
qua.ment A S+,int-l'aul du )linn.sota qu'à l'.ris. Il la connait bien ;
il sent ce qui lui m.nqu- pour sortie d. l'iml»asso oh cil. s.
morfond, et il h. dit claireut.nl. Aux joun,.s -ns dos clussos soi-
disant dirigcantos, il l»r»«l, 1. marche .n avant, l»ltts de har-
diesse dans h.s procédds, l»lus de confiance au ovut., l'amour.
pcuph , l'ambitiun saine d. l'dlover, n,,n pas le ddsiv d«:vadant
de l'exploit,.r en aiuisant ses hain,.s, on le l'.lmiss«,nt, par
s6qu<.nt. +u clevffd, il pr+cho 1' zblc aiss.nt, c,lui qui va cher-
cher h.s tunos, non lins celui qui se borne l «,ccueillir celles qui
s. l»rdscntont. A d:t.ndro t.elles qui se sont donn6.s. Il n,, suflit
pas de dit,- : « .h. dis la uwss., qu'on y vionn,.t » :'cst comm,.
si h.s Ai,6tres s'tiraient dit : « Nous sommes it .ldrusalom, les
tions n'ont qu'h venir t I) »
A ces exhorlalions chaleureuses beaucoup d. ses auditeurs
vëpondu int6vieurement : Cela peut rdussiv aux États-Unis, mais
(l) Confèrence du 22 juin.
T. XIV.
18 fA scv, Ncr. socL«rE.
cela ne vaudrait rien en France. La différence que je si.,_.-nalais
«,ut à l'heure. ous ne l'analysen pas lWUl-ètre, mais lous la scn-
lell d'instinct: ils i, r6voient des ol»slacl«*s sp6ciaux h noire ca-
ractbre. A n»s hal,itudes.
S; ns d,,utc, ces -bstacles existent, l'ar exemple, ml prètre fran-
,.ais n'arrivera pas du l, remi«.r coup ni mèmc du second, A se
ldre o,nsid6rer comme un citoyen ordinaire. Jusqu'ici et depuis
I»i.ll l,ng-l.mps h. clerd a 616 chez nous une classe très séparde;
éh.vd g6néralemcnt à 1,art, vivant relitA, confin6 dans sa fonction
liturgique, l'ec,'16siaslique fi'an«fis ne se mlc uère au m,,ndc
qu'à l'occasion (le ses devoirs de profession : il n'al»parait lwcsque
jamais qu'en qualit6 d'ecclésiastique, rarement en qualitd
l'h»mm.: les causes ch. cetle attitude sont c»ml,lexes et je n'en-
Ir«.lwendrai pas auj,)ur, l'hui de h.s ddffager ; il m,- suffira d,' cons-
latcr le fait l,«,ur sinalcr l',A,stacl,.. De li. une défiance mutuello,
,.ntre 1; soci616 laïqu,, et la soci6t6 clèricah., une i.'norance pro-
t',mde de lun,, par l'au/re, M ï" h'eland a fort bien indiqu6 au
«,,mm,.ncem,.nt de. sa contërence du 22 juin le malentendu qui
eu résulte : « L'61oin,.ment. a-t-il dit. est l,lut,',t le fait d'un mal-
entendu ,'t d'un l,réjué quc d'un dgaremcnt de l'esl)rit et du
,-,t.ul. des l:rancais. ,, C.la n'est pas t rai seulement de la question
religicuse : tous les an[asonism«.s , qui sdpnr,.n[ chez nous, le pr«,-
l,ridtair,, du cultivateur, le patron d,. l',uri,.r, l'h,,mme d'un
m,,,,I«, de lhomme, cl'u, (tu/re. moml¢', sont dus h un mah:ntcndu
s.mblald.. à une. iTu«wance mutuelle.
Assm'6m.nt l'étal «1«. division qui résulte de tous ces malen-
rendus est un vaud «d»staele à l'action des h«»lUmes de our d6-
siveux ¢h-suivre les conseils du prélat américain, mais ces obs-
laeh.s, eux s,.uls l,.uvent les r.nvevsev et par la m6me m6thode
individuelle quirbussit si bien au Étais-Unis.
La meilleure preuvê, c'est qu'aux États-Unis l'habitude de l'ae-
lion individtwlle surm«mte des ,d»stacles a nalo-ues. Au commen-
cement de ce si6ele, les eath«diques étaient lit-bas l'objet d'un
x dritable oslracisme; les ëroul»cS puritains d« la N,uvelle-An.le-
terre, surtoul, soulevaient contre eux tous les l»r6ju.és possibles,
et aujourd'hui encore, ces pr6ju.'6s n'ont pas complètement dis-
UN" AMIRICAIN EN" FRANCE.
paru. lw plus, les dit[ërences d'origine s'a.jou[aicnt aux divisions
i.t.ligieuses pour produire la désunion. Ire nos j,,urs mèmt., ces
diflërences, accusëes par une immiçrati«m considérable, am6nenl
dans la nation américaine desdiffi«ult,s sp«:ciales, inconuues aux
nations européennes. Soins p«rl,'r d,. l:t qu,.slion nè've qui est un
gros pr,,llèm., n'a-t-on pas vu t,ut récemment certains cathç,li-
ques allemands, a,h.ess«.r au Sainl-Sibge une p6titi,,n leud;mt
créer aux États-I'nis &.s dio«bses d,- nati,malil6 all«.man«l«..
connaissant ainsi l«.ur quali/,: de. «.it,,xens am6ricains? N'Alait-ce
pas lé une marque de cet esprit 6t'oit ,i clair ci de' c«»le.ic con-
ire lequel nt»tts nous d6],altons en France? Le mèntc Csl,rii anime
trop souv«.nt ls groupes d'orig'ine canadienne «.t il anime, tou-
jours les immi'rants italiens. En France du m,»ins, il est ut
d, patriotisme sur lequel tous sont d'acc, t'd ; n,,us sommes ,les
frères divis6s, mais nous sommes et nous nous sortions bien
Il ne tu[ donc pas exag6rer les obstaclcs provenant de nos
divisi«ms; surtout, il ne faul pas croire qu«. l'action indixidu«.lle
nécessite préalablement leur disparilion ««mplètc. Ellepro
cette dispariti«»n plus qu'elle ne la suppose. Ie ch.r'é catholique.
américain n'a pas lrouvd t,»ute faite, cetle situaiion pa'ticulièrc
qui pernn.t à ses membrvs d'ag'ir en simples citoyens: il l'a con-
quise.
Au surplus, l'action indixiduelle tend ch. plus en plus h deve-
nir seule pt»ssil»l«, en France. Si nous avons ffard,: la piuparl
nos préjugés, nous perd«ms d«à l'«'sl,rit de discipline qui
lait jadis chacun de nos dans un parti ët'oit. dans un milieu
circ«,nscrit, t-n trouve peu de docilité chez h.s j«.utws .qcns «.t plus
d'un homme mùr l;we les ]»ras au ciel en coast;t«nt le
9,:n,:r«tl. Ce désarroi, je l'av,,u«., ne. m,' déplùt pas; c'est la fail-
lit« d'un svst6mc néfaste, et le champ laiss6 Iii,re à la réticxi,,n
personnelle de ceux qui sont capables de penser par eux-mënws;
c'est une condition favorable au développement de. la l»C's«»n -
nalitO. En tous cas, cela crée une n6cessité nouvelle, celle d'ai-
teindre les hommes individuellement et directement, un à un.
L'action indirecte sur los groupes or$anisës ne paie plus la peine
qu'on se donne pour l'exercer.
I.a v«:ritablcdifticul,«;, c'cst lcpeu d'éncrgic dc ccs indiidus dé-
s,,rmais is,,lés. Celle-la est lr6s g'rave. !1 ne d6p«.ud ,le p«.rsonnc de
le, l.éS«,ud,.e en bloc, maisil dépend dechacun de nous de la détruire
«.,, ce qui nous concerne. I.cs hommes capables d'cxe|'ccr uue
inIlnence out mèmc quelque ch,,sc de phs à faire : eux ne man-
«luent i,as pcrsonucllement d'éncrgie, mais ils ne se, rit pas tou-
.jours disp0,s6s " la d«:v«.10,pper chez les attl,'es; souveut racine ils
«.«,usid'q.e,,t que l«.ur aclioH s'exercera mieux s,w des ,"|'es d,»ciles
,i m. sur des t.lres p«'rsonneis: ils tendent à e\l»loiler celle doci-
lit6 & leur pr«»tit, non à susci,er des h«,n,mes au,our d'eux. LA
est h' p,,in! c;,pilal de la grande lransf,_,rm«,tion i, op6r«.r. !1 ne
s'agit, ni 1,,mr FËglise, ni pour l'État, ni pe,u,' p,.,'sonne, d'inp«,ser
sc, d,,mina,i«,u par la conlraiute. !1 s'ai,, l,,ur l'Église, de
r«q,dre les hommes mor«,l«'mcut plus éclair,s ci l,lus forts: pour
l'Ëtat, ,le le. r«-ndre l»h capabh:s de se gouverner: pourt«,us, «le
h.s re,drc plus co|,,l,lleu,«'nt h«,mmes. T«.lle est la grande lecon
«lui se d@a.,."e. à n,,,n sens, «les rontk:rcnccs de l'Anéricain émi-
uen! qui «.st v«.uu s,. faire «.uteudre ', l'a'is ces jours derniers : je
soul,aile d,. to,,t ,,,,n c,m" quelle soit «omp,'ise et suivie.
LE PATRONAGI '.
( Com'." de" m«;lhog« «1«, l« &'i«'ï««" .««i«de.
Si le lect,.ur veut bien se l'appeler le Imt auquel nous tendons
et la marche que n,ms av,»ns suivie, il se l'eldl'a c,mipt,' qu'en
arriant au I»all'Ollage BOUs enfreins dan un nouveau ch;tlnp
d'ex pl, u'a I i, m.
La science sociale étant la scien('c ,les ,littël',.nts .r, ml»Olncnts
que l'espèce hulnaine olnpl,»ie «.t Calnl»in,. pour s'6tablir en
ci6td, on mar, lUe une dt;Te n, mv,.lle dans la voie d,' celle
naissance scientifique toutes les fais qu'après aoir ol»sm'vd un
groupe dans te, us ses ddtails, on passe i l'6tude du groupement
qui se sup,.rl),,se imln6diatemcnt à celui-lb pour le compldtor,
c'est-à-dire pont assurer, au moyen d,' i'ess,mrccs plus «onsidd-
rai»les en personn,'s. ,.n capacités et en arc»il', la satist'a,'tion des
besoins devant lesquels le .mUl,em,.nt antérieur est ilnlmissant.
E anahsant et en cl;tssant dans nos pr6cédent,.s Oud,.s les
Moyens d'exish.nce fournis par 1,' Lieu. pat" le Travail et par
Pr,»priété, elsuite l'Ol'anisali,m fanfiliah, et ,.ntin le M,,de
les Phases d'exiM,'nee ,le la famille ouvrière, nous n'av, ms pas
seulement fait et p,»uss6 jusqu'au complet l',-,bscrvation du zrou-
peinent 1)rim,»rdial, la Famille ouvrière, mais nous n,»us sono-
nies rendu tOtal, te de lit n,:ce.,.,itd ,l'm¢ oUi,t,¢i,m,..SUl,&'i,.tt»" qui
groupe les familles ouvrières l,,mv dos résultats auxquels, laissé,.s
à elles seules, elles ne. p,»ul'raient 1,rétendre.
En effet, dans l'Arude du Travail e,»mlne dans celle de la pro-
priét6 (,, nous av,ms saisi avec la dernière évidence que, dbs
{I) V. la série des articles précbdents, la Sciettce sociale, t. Mil. p. IO.
(2) V. nos Cudes sur le T'avaii et la Propriëtë, la Sciot«e sociale, . XI .t Xii.
25 I.A SCIECE SOCIALE.
que l,' Travail et la Propriété étaient app«.lds à fournir de
rrandes ressources, par consëqueut h s'engag'er dans la voie de
la production intense, la dispositi«,n «.n dchappail f,,rcémcnt aux
l:amill«'s ,,urièr«.s. p«,ur devenir le thit exclusif de familles ou
d'individualit6s d«,uées d'aptitudes sup6rieur's. EI il nous a 61é
,Idmoutrd que celle disposition du Travail et de la Propri616 se
trouvail d'aulanl plus exclusive, se c«mdensait d'autant plus
n/re les mains des plus capables, qu,. les besoins de la so-
,'i6td t,r,-ai«.nt à demander au Travail un," pr,,du«livitd plus
c,,nsid,:rable. Mais u«,us avons vu qui., d. cette nécessil6 mème,
aissait un Srave. dan«q" les incapables ci les imprdvo)ants,
,'¥st-à-dire la randc maj«,ritd, risquent de voir disparaitre peu
ci peu. avec la dispositi,,n du Travail «.t de la l'ropri6t6, la sdcu-
ritWde leurs moyens d'«.-tence. Aussi thut- quc la minorité
de capables et de l,rdvoyanls qui a re.cueilli tout ce que p«-.rdait
,',.tt«. maj,,ril impr6x-oyante et inc«pablc, assure" du Travail.
fasse jouir de la Propriét6. par un m,,de quelconque, en un
m,,t patronne dans h. Travail et dans la l'ropri616 ceux qui n'ont
plus à leur disl,osilio, dir«.cle ni Traxail ni l'ropridl6.
!1 v a plus. L'ol,servati,,n des l'has«.s de lExistence de la Fa-
mille ouvri6re a la'gi la question" elle nous a rév61«: que les
familles ,»ux-rières n'avaienl pas seult.m«:nt bes«dn d'6trc patron-
ndes dans le Travail et dans 1« l'ropri61d, c't.st-h-dirc dans la
re«-herche de leurs M,»ens d'«.xist«q,'e, par des familles ou des
individus plus capables" mais «.lies «,nf aussi besoin dYtre diri-
'«:«.s. d'ètre patr,mn6es par ces famill,.s, par ces individus plus
««pabh:s. :l«ms l'emploi qu'cBes font de leurs ress«,urccs, attx
l'hases de l«ur Exislence.
Lt. l'atrona'e nous est aiusi al»paru avec trois oliets l';flr«»-
na-«, du Travail; Patronage de la l'r,,priét6; l'aironag.e des
l'hases ,le l'Existence.
Yc, ilh donc le patronage d6termin6 dans son objet, dans sa
lt'ipb, tmcfion. E 1« voilà da»sWdu m6me coup. 11 est éx-ident
qc'apr6s l'6/ude de la Famille ouvt'ièrc, le pt.emicr ordre de
thils qui rdclam l'attention de l',»bservalcur est la connaissance
,lire«-l,. tic. l'oranisme l,alronal, de cet or$anisme qui xient
LE rATBONAGE.
COml,h;ter si immédiateln«.nt, si intimement la Famille ouvri6re.
Ainsi, après avoir, dans l'Cude d,. la Famille ,,uvribre, n,,té
sur trois points. Travail. Pr,,pri6té, Ph«,ses de l'cxis,ence,
h'ipl,, n6cessité et l,'s effets du l'atr,-,nage, il nous fi, ut lnaint,-
l,ant p,;n6t,'er jusqu'au c,.,ltrc ,lo cerf,' organisation
dont nous n'avons ,,bserv6 que la rais,,n d',h'e ,'t les résultats;
il nous t,ut 6tudi,.r ,.n /«/-,,,r. le l»;,h',»n;,, . el al,al]-s,.r .a
Le l»fr«,na-e défini ,.t class6 dans sa ,:néralifé, l»roc,:,l,,n à
la d6b.rminati,n et au ('lasseltlCllf de s,.s diff,:r,:ntes ,.sp6ces.
N«,m,.n,.l«tUl'e sociale prés,.nte quatre fit.an,les ,.spèces d,. l'atro-
naffc; en voici le tal»lcau :
LE PATRONAGE.
I. -- Patriarche.
Conseil de communauté ouvrière :
Agri,',_,le ;
Industrielle.
II. -- Chef de Famille-souche et de Métier
l'@heur e6tier;
Paysan ;
Artisan ;
Etr,'preucur de transports.
III. -- Patron à Famille-souche
Agriculteur
Forestier;
Mineur ;
Petit Fabricant :
De Fabrique collective ;
rand Fabricant.
IV. -- Patron à Famille instable.
Maître d'atelier.
Société d'Actionnaires.
2t
LA SCIENCE SOCIALE.
Ces différentes espèces son[ classées entre elles dans l'ordre oh
le I»a[rona.$e va se db|a«.han[ tic la Familh. «»uvrière et se consti-
tu,ld el dehors d'elle it l'éta! d'organismc de plus en plus com-
l,liq,lé. ;'e.! là d'«illeurs ce que nous ail,ms démontrer.
l:'est en Iri«.nt que I'«,n 1,eut observer les manifestations les
pics simples «lu I»atl'Olln'e.
l;llez les ra,:es l»atriarcales «»n no voit pas se constituer, au-
dessus d,- la masse «h.s familles ouvrières, une/lire d,.
avant pour tbn«tion sociale de diriger le travail et de maintenir
les moyens de prc,,lucti,,n. Aussi l'éqdit6 n'est pas un mot, c'est
une. r«:alitd, dans l'imlnuable triont. Et cependant, dans les pays
sud-slaves, ch Tuvqui,'. ,'n Asi,', il v a. bien qu'avec moins dë-
«.aris qu'en l,'ci«leu. d,-s cal»al»les ci des incapables, des in'd-
voyants et d,.s impl'dvoyants : il faut. en '.hino comme en Frallce,
«lUO les inc:l»abl,'s s,-,ient subordunn6s aux capables: il n'v a d,-.
s,-,ci6h; qu' ce prix.
I;«»ntnwnt d,»lC se fidt celle subordinati,-,n? comment se mani-
tçst«, et s'oranise 1,-. Patr«»nae en
Si ous 'emont«»lS l'ancètre commun de tout«.s les faces
«»'i«'nlalos. au .l'ast«.ur nomade. qui rel»résentc encore aujour-
d'hui le tyl,c lo l,lus simple ci 1,' plus pur de tout l'lrient,
ne,us v,,xons que, chez ces l»ouph.s qui parcourent la Terre des
II«'rl».s. le chef natur«.l ch. chaque g'roupement fanlilial, le Pa-
lriarche, est «.n mèm«. le.reps h. ch«.f int.ontesté du Travail et le
«léten/eur souverain «1 la l'r,-,pri6t6. Il n'x a pas de caste
hale dans la slepl,e : le, us les l»aSleurs s,»ni flbres
Et cependant, est-il possible ch' t'enconlrer un type de patron
ci, mi l'autori/ë paraisse plus dtenduo et plus absolue que le Pa-
triarche? !l ffouvorne souv,-'rainomenl un groupe immense,
et.la il 1«. fait sans le concours de ces nombreux auxiliaires que le
l;,-,mmerce, l«'s Cultures intcllectuclles, lo l:lorg6, les Associations
de la vie privde et de la vie publique assurent, dans ,,s s,,ci6tés
LE PATRONAGE. 25
compliquées, à l'uOion l)atronale; il enh'aine h sa suit,., fail
vivre, ,.t vivre en paix, les deux ou irois cents pers,,lmes qui
composel sa tvil»u; à lui seul. il cumule les foncti,ms de l,bre.
de patron, dc prètre, de jue ,.t de roi'.
C«,mmçnt se fait-il qc. tandis que dans ne,tre ,'cident
maie,ritW(les C]l«.t de tmi]lc SOlIt, t«,ut 1[1 jllS[", «;qm],lcs de
gouverner leul" thmillc, mais sont al,soltllent incalml,les tic hli
assurer, par eux seuls, des moyens d',.xist,.nee, d,. hd donner les
«Omlnissanees inlelle,.tuellesel reli.'ienses les phls dléme»t:»ires.
sont obli'és de recourir l»«»ur t,»utes ces choses à la classe
tronale et à ses n«»llbl'etlx auxiliair,.s, c,»mm,.nt s,. t';dl-il qu'en
ltt'ient, qne d:ns la sl,.ppe, il suftise d'ëh'e chef d,. thmill,, l»OUv
av,,if, p;r là mbme, les ,lu;diiés ,h. l'alron
La distinction que n»us avons faite des dittërenls
qui eompr»sen/ la tbneti,,n patronale a n,,us l»ermettr, . ,le vé-
soudr,' e,.tte qtlcslion.
Si I,. Patrona;e se c,,mpose d,' tr,,is éléments : 1,. patr,,;»,' dl
Icavail. h. patronage de la pr«,pt'iélé et 1,. palr,»nag,, d,. la thmilh..
on (omp'end qu'il ne se eonstilu«'ra pas t«»l.i»lrS de la
th«on et qu'il présentera les tbrmes diltël'enies, sel,,n la nalur,.
et la qu,»tité ,ios éléments. qui, d;tns eha,lU,, cas parti,'uliev.
trent ,.n c,,nll»,,sition.
llalS le cas qui llOtlS occupe, voyez ,',ml»i,.n. l»OU ' la t,mcti, u
l»at'onante du .i'atriarehe, sont de peu l'iml,)rlanee l;t direcli,m
du Travail et la ,lisp,,sition d,' la Propriété : voy,.z, par e,,t',..
combien est l)r:p,,ndérant ci étendu le ouv,.rn,.nlCnt d,. la Fa-
mille. Dans la steppe, le lravail n'exi;e aU«Ull ett»l'[, aUClmO
pacité; et l'al»ond;nee des pvodueti,_«s Sl»,,nlanées. des
de la prairie, assu'ant it t,»us les troupeaux d'iltépuisables
sources, le sol reste disp,,nible; la i'v,_,priété n,' se eonstitu,.
ou ne se eonslitu,. 'ubre. Le rude lal»:ur et la prévoyance, eau-
ses d,. toutes les inégalii6s s»,-iales, n'ont ltle faire avec Fart
pastoral. Connaitre le parcours, r@ler la marche des trOUl)eaux.
disposer le eaml)entent, voilà l'(euvt du i'alriar,.he, la directi,nl
qu'il doit donne" au Travail. la disposition qu'il a d,' la l'roln'iété.
Mais pour c»ndtlirC a lui seul, p,»ur maintenir ch bon ,wdre ,'t
2; LA SCIENCE SOCIALE.
paix, «lal l'lutine.use d6sert, sa nombreuse Fanfille, quelle auto-
rii:, qu«lh, l»oigne il lui faut'. Aussi l,'Ut-on conchn'e que si.
(I;ns la stepl«. , l'«.uvr,, du palr,,na¢'«" est imnens«', elle est à la
l»«,rtéc des ch,.t naturels de groupem«nts fitmiliaux, parce qu',.lle
,. «brise «'n deux : au Patriarche revient le patr,,uag«' du Mode
«.t ,les l'hases dt' lExist«.nce de 1;t famill,-, et c'est lb ue rude
l;iche ,lui exl,li,lu,, h elle seul,. 1; sr;nde tiffure de ce person-
nae; mais la steppe, à la pet'man«.nce «.t k l'abondance de
s«'s l,r«,dcclions l,,nlandcs 6choir le patrocff«' ¢h.s Me,ve'us d'Exis-
l«.nce de la famille ouvribre.
Il t'x a d,,n« pas de «'/a.,.se patronal,, ch«.z les pasteurs noma-
ch-s. parce que h. 1» tr«,na'e c«msiste essonti,.llemcnt, chez eux. dans
le -»xernem:nl de. la I:amille; et. si le patron n'apl,arait pas
d,çl«h,: ci au-dessus de la famille OUVl'i6re, pal. contre le p6r«.
s'«:lèx,..' c plus haut degr6 de la puissance paternelle, h la di-
gnil,; de' l'alriarche.
)l«is quiltolaS la st,.l,pe , et ,»bserv,,ns l'dvoluti«,n du Patronae
lorsqu,., p,,ur des causes connues du lecteur, les nomadcs sonl
obligds d'al,an,l, mn«'r leur vi«. ci'renie, d. s'61ablir en s6dentaires.
,.1 de s,' liv.er à la culture.
lies t.,,is dh;mcnls du l'alrona-e, o «. voit un. le patronaffe
de l:t Familh., p,.r, lr«. b«.aucoup de son ilnl,,,rtan,.e , tandis que
les lcux attires, le l»att.,»na.c du Travail el le palronagc de la
l'r,,lt'i61d, v,nl se d,;v,.l«ppant sin'ulièremcnl.
R.gal'dcz l»lutl ces Conamunaul6s ag'ricoles que l'on l'vnconlre
en Svrie «.t t:lt Bul'arie 1 . Le chef de l'ancien 8'roul»ement
n,madc qui s'est dlal,li à demeure sur h. sol p,,ur le d6fricher.
le l'alriarch,:, diszie, parait encore un 'rand et puissant person-
nae; il est l'»li.t d'une «xlr6me d6f6reuce.
Cette d6ferencc se traduit par des si-ncs manifestes; il porte.
1,. titre de Go.,po&«. (Seigneur), de St,,r,hina (Ancicux, de Domat-
,hb« tMaitre de mais,,n. X table, il occupe la place d'honneur et
cm le scri le p.emier; h son entr6e, loul 1 onde se 16w. la
musique et la danse ire commencent jamais ch sa présence sans
,1) Voir les Etudes sur la Culture en Famille patriarcale de M. Emond D,'m«,lins. la
Sric»tc«. oci««le, t. 11. p. 405 et suiv.
LE PATRONAGE.
unc au[orisation expresse dc sa part; on ne fume pas d«.wnt lui.
Mais ce n'est plus lui qui d6cide du mariage de es enhnls, qui
les instruit et les o;u«"e , etc.', il n'est plus, d«ms h. gouxerncmcnt
de, sa famille, un souverain absolu
D'«,fi vie.ni cet amoindrissement? l'ourquoi h. patr,,nag'e
Mode' et des l'hases de l'Eistence de la l:amillc, ,lU, * h. l'alriar-
che exer«ait avec une telle inensit6 dans la Stel»pe , est-il ainsi
r6duit?
(;'est que nos gens sont devenus s6dentaires; ils ue
plus un groupem«'nt de nomalcs errant it travers h-s immens,.s
solitudes de la st«'ppe, ils ne sont plus isolds du monde, exl,os6s à
de grands dangers, h la m«,rt certaine s'ils se séparent; l'aulol'itd
du l'atriarehe n'a doue plus best,in ,h. ce eara,-lèr,- d'al»solulism«..
qui r6sulbit n,;eessail'enwnt des eondili,ns ch. vie d,. la st,'ppe.
il y a plus : ces palviareaux ne sont dev,'nus s,;&.ntaires
sous le 'oup de la n6eessit6; et celle, néeessilé, quelle est-elle?
c'est de se livrer à la culture, g peine de. ne p,,uvoir plus vivre.
Il y a, de ce seul fidt, toute une r6volution.
Vous vous rappelez avec quel soin nous av,,ns hOt,;, dans
éludes sur h' T,'a,'ail. l'imm,.nse tt'ansfi,rmali,m sociale qui
p61"e dans uue soeidté l,rsqu',.lle al»and,nne les lvavaux de la
Simple Réeolle pour se livrer aux lravaux d'Extraction. «
[ravaux d'Exh'aeli, m, disions-nous, exileut de c,.ux qui les
cent um. qualitd essenlielle, il fiul quo l'homme t]tsse etfiwt
sérieusement cflbrl non pas seulement au moment ,h. la
du produit, comme dans h.s travaux de Sinq»h. Ilëeolt«., mais
encore et surtout bien 1,,nffteml»S avanl l'instant off il jouira du
ri'uit de sa peine. Il a donc besoiu non seulemenl de
morale qui décid,, fi Fo[ri»ri bien axanl l',;poqu,, aù
le résul[at, mais eues,re d,' la lwrspicaeit,; in[,dh.ctudh, qui thit
d,,nuer cet etfi,rt dans h.s mcilh'urcs eon,liti«,ns d,. r,'nd,qn,.nl.
Cette én,wgic mm'ah, et et.tf,, p«rspieacité sont h-s d,.ux
de la préco¢/a, ce (). »
Le Patriarche sera-t-il néeessairem,«t prévoyant? L,. eh,.f
(1) Le Droit coutumier des Slaves mt:ridionat«y, par Bogisi«.
(2) La Science sociale, t..kl, p. 308.
LA SCIENCE SOCIALE.
5'«,Ul»Cm.nt familial saura-t-il diri.._.;«.r, dans h.s meiih.ur«.s COll-
dilions d. pl'oduclivi[6, 1«. travail des mclnbr,.s d« son group,'?
Saura-i-il ,li»poS.l', avec l«'s plus sag«s vues d'avenir et av«'c
plus prfiil,. équité. des produils du travail de t«ms ci du sol,
,,}«.1 mères, d. ce travail? Aura-t-il. en un mot, h.s qualités né-
ccssairvs p,ur diri.«.r le Travail, p,,ur disposer d' la l'ropridt6,
p,»ur les l»;ttronl'l'?
I,.s qmdilés lW SOli[ lt;ts COIlillIUlI'S, «[ «»I1 l»'ut 'ir« b" ln.il-
leur 1,6t'«" d' fmill sans les posséder.
Aussi la sihvtion esi«.lh, tt'6s cl'iiiquc. Nos cns ont làché
h.l»l,.. ils lW l»,.uv«-nt plus compb.v exclusiv«lnt.nt sur h.s pr»-
du,.6,ms sp,,ntnées: il l,.ur t)ul vivt', des produits que b.ur
h'av«dl siilll'l faire rendre, nu sol qu'ils se SOli[ ,lq»ropvié.
s','l Iii'ci'oral-ils. si leur clwf de' famille, si le l'atviarclw ne
mini ,lil'i2",T l,'tir h'vail li adlniliSll'.r leurs biens, s'il «st
médio«r«' l)atl'on? 11 ,'st donc de t,,uh, nécesilé qu, h.s c;pabh.s
«.i h.s prévoyanls, dont h.s ctt])l'[S assure.nf la ri,. &. le»us, l»l'Clt-
ncnt ,« main la dir,.,.tion du Tt'avail. 1; dispositi,m de la Pr,»-
pl'iél6.
L," ¢'ox«.i/«1«. Co»utat«tg c.st le pvoduil de. c,.tte itu«tion.
,. ]Olseil 1. s. I»orn«. pa à limil«r l,.s l»,,uvoirs du chef d' tt-
lnilh., du l'alvi«,rclw, pour l'.mpèch,.r d«.n lnéSus,.v, mais il
tril»u«, aux l,lus Cal,ables d,'s n«.m}»l'es d,. li ;,»lntnun;uté un.
aU[ol.i[d dil.eCb, star l,_,utc l«.s atthit.es de la ;ommunauté.
l,.s homm,.s du v,,ul»em,.]ml t)milial, b.s j,.un.s s«ns dès quils
,»11[ «;l.],lcs d,. lr«vaill.r séri«.us.ment, ],.s llllllC
sil s'«gil d,. pi'oindre' Ule d6cision importnn[., f,,nt partie du
;ons,.il.
« Le ],,lts,.il d. flnillc sas«.ln}»h, ordinail.«.ln«.lt apt'6s le
1,. repa du soir. lorsque le tt'avail d,. la journée est fini et que
t,,us les m.ml»ves peuvent se réulil aulouv du fi»v«.v d,mcstique,
car c'est 15. .nhivev, que se lienn«qt lous les conseils. I1 s'as-
,.lnbl,.nt attssi l,al'foi c, près la nwss, l«.s jours d. r«ndc fète.
En dt6. ,,lin s'assied à l'ombre d'un arbre.. Le ch,'fparle le premier
ur les aMrcs de la maison, il rend colnptc d- ce. qu'il a fait,
il d6vcl«,pl,e sc pl.oj«-ts pour l'avenir el il énumère tou[ ce qu'il
LE I'ATBON.t.GE.
convi.nt d',,ntr«pr«ndre. La discussion s'ouvre ensuih ., o, quand
out 1o m«mdo est d'accord, h.s venl.s et les achats tdts par 1o
Domalchin sont ra.titi6s t.t l'on adopte h. l»ro'ramm - exposë
par le mai!re de. la maison I) ».
En fait, les ath'ilmti«ms du Conseil de famille sont d'antant
plus éh.nduos que la c«mmumauté c.st plus lal»orieue: il ne'
pl.s au lomatchin que la simple gesti,m «les aflhives courantes.
Le Conseil se pr, m,,nco sur les achats et les vent,.s du bétail.
dos immeublos, sur les .mprunls, sur les rlafion
th. la Communaut6, sur les questions d'honneur, d,. m,,ralité.
sur h.s l»avtag'es, lorsqu'ils se présentent; il dëcide d,.s naria',.s
et veilh, par là à ce qu« la I'.ommunauté n'ait pas à n«,mTir i»lus
de p,vs«,nnos que ses t2,v«es no lv lui p«rmt.ttent : lescapal»los
se soucie.rit 1,as d« h'availhq" pour l«'s incapal,l«'s.
Voilà un Conseil te:cUl»6 et qui n' manque pas de pouvoirs ! M.is
ce Conseil no se contente pas de. dép.sséd«T ainsi le Patriar-
che. il veut l'avoir tout à fait dans la main en le ne, minant.
Lo chef de. la Communaut6 m. tiv»[ l»lus son autoritd et ses
tç, nctions de sa naissance, s.lon l'usae do la stoppe., il est
de la Comniuuant6 et peut mème se voir valve»quO par elle
cause d'incapacité.
Lëvoi«tion qui s'est produite dans h, r@ime du Travail
dans celui «le la l'ropvi6t6 a f«»rc6 la Communaut6 A meth'e à sa
tOh. un homme actif, capnl»h,, l,Vdvoyat. ,, Aussi. dit M.
ltemelic, nomme-t-on souvent dvs homm.s jounes dont l.
tèt'e 6nerg'ique et i, rdvoyant, le talent et la v«,loni6 ferme' s,,nt
c.nnu». !1 arrive l»arfi»is que le Domatchin sentant diminu«,r ses
I,vc«.s avec l'«iëe renonce à ses pouvoirs «.n thvour du l,lus
v«,illant et du plus digne de ses fil, mais h.s autres
de la Communaut6 doi-«.nt consentir à ce chanem«.nt ,,.
u«.l personnage amoindri pr6sent«, dans ces
a$'ricoles, ce patriarche que ivres avons vu si puissant dans
steppo Il ne conserve plus de son ancien p, mvoir qu'un ffouvernv-
ment limité de sa Famille ; en thit, c'est Iv Consoil d,. Communaut6.
t. Fédor Demclic.'
:tO ,A SCiEnCE SOCm,E.
ce sont les plus capables et les plus p,évo,vants du .roul,e, qui
«.xereent le patrona'e du Travail et le patronag'e de la Propriéé.
La slection s'est faite, dans le roupement familial, .-at.ç"
3lais llOtez biel les conditions particulières de celle solution
ch. la question du patronage. Les Communautés agricoles des
l»«ys sud-Slaves peu«,nt se palronner clles-mèmes p«v linter-
mddiaire de leur Conseil de Communauté, pro'ce qtte h.urs mem-
I..«.s .e s'ado..ent 7u',u.e cttlture e.rtenic% qui, en fait, exige
un patronage peu reb.vé, de m6dioeres capacités diri'eantes
une pvévo)ance de courte haleine. Cela est tellement vrai, que,
,l,.s que la culture ite¢«, apparait dans ces r6ions, les C,»mmu-
nautés a-rieoles se dissolvent: et des eondifi,»ns du Travail ci d.
la Pv«»pvidt6. sov spontanément une htt,'a't'hte sociale. Mm's.
«»n voit s'élever quelques fim611es avan[ à b'ur tète d«.s hommes
«ux qualités dminentos, landis que la l'ande masse de la p«,pu-
lati,,n, eOml»«,s6e de familles impvo)'anes, a besoin pour
tver dans la ve,le de 1; production intense, d'èlre vi.oureuse-
ment I»atv,»nnée du de,hors.
I.e Coseil de Communaulé ne joue p;s son r61e de patron du
Tl'avail ,.t d,. la l»r«,priété dans les seules e,,mmunaut:s arieoles.
il remplit la mOm' missi,,n dans h,s eommun«utés industrielles.
31;is. là. sc»n inal»titude organique à remplir cette folwlion,
l»«»Ul, peu qu'elh, se complique, écl;[e dans sou plein.
_X tt ivsez à nouveau. commenous l'av,,ns déjh t if. en élu-
dinl le r«vail. h,s e«,ndilions de. la Fabrication. et vous vert'ez
«lue celle simple pr6voyance que v6elalne la culture exlensive,
dont le Conseil de COmlttUtaul6 61ail tout au jusle capable, suffit
bien moins encore ici qu«, dans la culture illlensive.
i.e lWorès des m6thod.s ci sa mturellt, eons6quenee, l'insla-
bilité, qui sont la eavaetdristiqu, dt. la Fabriealion. exigent que
t«»utes les forces et oui le ressort que l'indépendanee et l'intérèt
persolmcl peuvent d,»nner à la prévoyanee, soient assurés à ceux
,lui s'adonnenl h l'industrie. Une ibis en'a¢é dans la Fabriealion,
pour ne pas disparaitre éliminé parla concurrence, il faut avoir
l.spril prompt, l'inititive hardie, il faut èlre eapahle de se -e-
LE PATRONAGE. ;l|
tourner du jour au lendemain, de transfcwmer s«,n outillao, ses"
proeéd6s de production, de les mettre à la hau[eur de t,)us les
perfectionnements; il faut. en un mot. avoir une série de qua-
lités eontva,lict«,ires à relies que d6velopp«, la C«»mmunauté. Ce
n'es[ pas/«,ut : pour accomplir de pareilles év,,hfli«,ns, pour di-
riger de telles entreprises,on ne peut pas perdre son temps en oi-
seuses délibérations, on a besoin dëtre unique et s,mx erain maitre
de son afldre, de risquer l'c, pérati,,n à s«,n seul er, ml,t,..
en assurant des nlox-oltS d'Existence certains à ses auxiliairos.
!1 est d,,ne de toute néeessité que c,.ux qui se sen[.nt eapal,l,.s
d'une aussi l, mrd,- resp,,nsa]»ilit6 aient leurs eoud,:,'s franehes et
soient .ènés p;r aucun lien c«nmuu«tttairo tl;ms lu dire,'ti, n
qu'ils doivent donner au Trax-ail ,-t dans la dispositù,n «lu'ils ont
besoiu de faire de ]; l'rol»riété.
lierre inaptitud,, du Conseil d,' C«,mmunauté à r,.mplir h.
tbuetions de patron dans la Fabrieati«»n est si bi,.n une
litude organique, que la abl'ieati,,n ne p,.ut arriver à
dével,,pper dans les pays eonunuuautaires, et que. dan les pays
n«Ii c«,mInunautairos, d6s qu'on veut rempl:cer le lmtron par
un C«mseil de eoutmunaut6, l'industrie v,:.g'ëte et ne t«rd,- p;s
succomber.
La Fabricati,m en Orient ? mais ,.lle en ,.st ,.n,.r, re h naitre
uelle infi:viorit6 accusent ses quelques rares produits. à e«',té de
ceux d« l'industrie oecith.ntale La l;ommunauté ]'a lnaiutenue
sous le réime dps moteurs inlërieurs, la main ou l'animal. «lui
n'exigent lins degrandescap«eit6sen avoir et en intellien,-e ; elh.
a fait plus : elle a arrètd l'essor des individualités énfinentes,
en n'assurant aucun b6nétice à leurs ettbrts et en s,»umettant
au bon vouloir et à l'ignorance de tous h,s utih-s disp,,siti,,ns
qu'il faudrait thire du bien e«,mmun. Aussi v,,it-on encore au-
j«»urd'hui les tlrientaux fabriquer, par les mnws pl'oeédés, les
mèmes nattes, les mèmes ustensiles, qu'ils fidwiquaient d6jà
temps d'A]waham. Eu Chino m6me, o6 la l'éduetiot de la
Communauté au point de vue de l'halfitation a l,allié une partie
de ces inconvénients, voyez combien la Fal»rie;ti,»n est restée
arriérée et routinière
32 r^ SCtECE SOCI^.E.
En t|c«ident, il nous a été donné, et il nous est encore danlé
aujourd'hui. ,l'assister k une contre-6preuve de ce tktit, con/re-
preuve qui manifeste i,i«.n la toute-puissance des lois sociales.
Il et arriv«: plusieurs fois au com's de ce siècle que h's th6ori-
tiens d la classe ouvt'i6re, après avoir établi lïnu/ililé
'asitism,' ,le la fonction l»atrouale, ont eu ,,cession d'organiser
h_.s associati,,ns de travaillm's, ds ateli'rs, oùl« patron 6lait
r,.ml,lacé par un :C,llS,.'il nottllllë par la Communa,t6.
I2.s ;otn mu naut6s ind ust riclles, qu'elles s'appellent Associations
ouvt.ii.i't.s .n 1818. ,u Soci6t6s COOl,6ratix-es de production et
Mit«. aux Mineurs en 18lg. ont toujours6choué «-t 6chouen/encore
i,,,ur ls m,'.m,.s caus,.s : l'absence de direction dans le Travail
l lïml,révoyance dans la disposition de la l'i'Ol»riét6 commune..
I.o Conseil de Comlnunauté, fùt-il compos6 des ouvriers les mieux
,.hoisi, manque toujours de sci.nce, de pr6voyancc et d'autorité, à
,'allSO IllèlllO de. sa conditi, m conlmunaulait'e, imp«.rsonnelle.
l,,,ur ainsi dir.; il n'est pas «,r.-anisé pour remplir les foliotions
h. patron p,»uv l»CU qu'elh.s soient d:li«at«.s et 61erCs. Toutes
les Ass,ciations ou'rières de 188 ont disp«ru, maigr6 les riches
d,,tati,-,us qu'elh.s avaient recucs de l'Ëtat.
I.«.s quelques Sociét,:s coopératives qtn. l'on voit v6fféter au-
.i,,urd'hù. ne sui»sist,.nt r'om,e les eommmttgs
l'O'i«.t, qu rfic. h quatre conditions : 1 elles ont pour objet
des industri«'s où l«'s mot.urs mëcaniques n'ont que très peu
,l'imp,,rtance r«.lativement au travail dt. la main : p«.inture,
m.nuis«ric, 'rawre conunerciale, «.t¢.,.. confection de tapis, de
natt's, ;l'ustcnsilcs cn b,,is...; ce sont en un m,,t des industries
,,fi la dir,.ction, le pattç»na-, du Travail. est très minilue.
2" Elles n',ml l,'soin ni d 'vos capilaux pour ètre constitu6es.
i de matièr«.s premiëres co6teses, ni de fonds dt, roulement
,:,msidérabh's: la disposiliou, le patronaffc de la Pvopri6t6 com-
mun« est des plus simples, et se contente, des moindres capacités
et ,1« la plus faible prévoyance. 3" Elles ont. la plupart du temps,
un mon«,l»ole de fait ou de dr, dt : de droit, c'est ah,fs le cas de nos
Socidtës coopératives modernes, h qui les municipalit6s tla Xïlle
,le Paris entre autr,'s) réservent leurs fournitures aux d6pens du
IE PATRONAGE. 33
contribuable; de fait, c'est le cas de qu<.lques fabricatious de
l'Orient. 't° Enfin. elles sont toujours dirig6es par un membre
du Conseil de Communauté que ses capacités placent hors pair
et qui exerce, dans la mesure où il le peut, les fonctions de pa-
tron. Ces quatre conditions précisent d'une facon exacte le champ
d'évolution patronale du Conseil de Communal, t6 industri«.lle.
Le Conseil de. Communauté industrielle, que nous venons d'é-
tudier, se classe évidemment après le Conseil de Communaut6
agricole. On en voit la raison. Les grand«.s dit'ficultds dans les-
quelles la Fabrication fait entrer la famille ouvriere, n«cessitet,t
une intervention plus complète (!¢. l'organisn|e patronnant, et
dans le Travail, et dans la Propriété, et dans la Fan,illo ouvrière
elle-mème; cet or.'anisme, -- ici, le Conseil de [ommunaub:. --
doit se développer, partant se complique en passant d,. la
Culture à la Fabricati,m.
II.
NoUS venous d'observer la solution qm. l'}rient COUll,HlllaU-
taire a su dot,ner à la question du I»atr«»na.e. Nous avons vu
comment les incapables dtaient subordonnés aux plus capables,
au Conseil de Communaut«; «,t dans la direction du Travail et
dans la disposition de la Proprièté. Mais, si la naissance d'un
organisme patronal au sein mèm«, du groul, cmeut qui a
d'ëtre patronné se trouv ,:tre précisdm,.nt la cause de l'exh'ëmc
simplicité et d, la réelle égalit6 que l'on remarque dans les
constitutions sociales des peuples orientaux, t, lle est en mème
temps la raison de la complète intéri,wité de. ces p,'ul»h.s ,lans
tous les travaux de production aussi bien agricole quïnd «strielle.
Lorsque, pour des causes quïl ne nous appartient pas
d'ètablir ici. la Communauté originaire se brise, lorsque les
familles s'établissent en simples ménages, le groupement fami-
lial, réduit au père, à la mère, à leurs jeunes enfants, est trop
restreint pour qu'a défaut du père s'il est incapable, une orga-
nisme patronal surgisse dans le sein mème de la famille.
T. IV, 3
3-1 LA SCIENCE SOCIALE.
t)n voit alors immédiatement les simples mélla'es se répartir
en trois gandes catégorics. La premi6re comprend les familles
OUVl.i6res strictement capables do bien diriger leur Travail, do
disposer avec prévoyance de la Propridté nécessaire à ce Travail
mèmo or ]'emph,i dos rcss-urces qu'il procure. La seconde,
de bcauc«,up la plus nombreuse, «,st form6e de ces familles ou-
vri6res qui sont aussi incapables do dirigor leur Travail que de
disposer utilomenl de la Propri6/é. Lem' inaptitude et lour inca-
pacitd al,l..lient twcémont la constitufi-n dos famillos do la troi-
sibme cat@orie. Celle troisième cat6gorie so recrute dans la
l,rcuièrc, oi l'¢n rencontre, de temps à autre, ds familles dont
les chet sont douds x.pri«'u,'e»,ent. Sous l'intluece de ces chefs.
l«.s aptitudes des familles grandissent, et celh,s-ci deviennent
«apal»les de diri'cr produ«fivement le Travail, et de disposer
avec l,r6v.,yancc de la Propri6b la place et au profit de tous ces
incapables. Ce sont là les familles p«ttro.,des propremcnt dites.
l;'st ainsi que les soci6tés do races en simples-m6nages, les
sociétds tc«idon[al«.s, prdsenIen[ &,u.r classes bien dis[inc[es :
d'un c?dé, se trouve la masse des incapables, qui a besoin d'ëtre
patvolmée; de l'autre, une élie capable soit de se tirer d'affaire
touh, seule, soit, ce qui est mieux, d« pah'ouner la mse des
iucal»al»les. Nous alh,ns 6tudier h. promier type que présente cette
Cille, celui où, malffré l'e.riffetïté «& let [¢onille et de ses t'essour-
ces talto'al]es, le l'atronae demeure encore dans la [amille.
Ih rene.ntro, avons-nous dit, un cevlain nombre de fanilles
ouvrières en simples m6na'es dont les chefs sont capables de
r,,l,-nir util««ncnl la direclion de leur atelier et de leur foyer.
Ces chefs de familles forment, apr6s les 1 m triarches et les conseils
dccommunaulë, la seconde espèce du l'a[rona$'e, d6siçnde sous
ce litre : Le che[ da [,»Hlle-sou«he ci «& »tdtier. Ih a mis ici
«.xpressémen[. « la L-mille-souche » au lieu de mel[re d'une ma-
ni6re plus ffén6rale, « la famille en simple m6uaffe », parce que la
famille-souche esl le type réffulier et le seul bien cons[i[u6 de
la famille en simple ménag'e.
I;'est bien ici. immédiatemeut apvOs le Conseil de commu-
nauté, que Fou doit classer le chef de famille-souche et de më-
LE I'ATRONAGE. 3.
ti,.r, l,uisque avec hli se continue, comme nous veuons «le le dire,
le phénomne que nous avons rclcvé dans la Communautfi : h'
patronage reste englobé dansla famille ouvriere elle-m'.me.
)lais il y a quelque chose de plus dans l« Chef de famille-
souche et de métier, que dans le Conseil «le communauté. Si,
lmur chacune de ces esp;,ces, le l'atr»nag'c resie ..nlo]»é dans
la famille, il es1 vrai de dire qu'il y a plus d« valeur patronale
dans le simple ménage dirigé par un chef de t'anfill,.-sou«h«.
et de. méfier que dans une communanté dirigéc par un [;on-
seil.
Le Conseil, résultat d'une sélecti.m «,péré,- dans la commu-
l,atlté, roi| sa t«'clle patronal,' singuliè,'cmm,t t;acilité,, par le peu
d'iutensité du tl'awtil, par la communauté et la quasi-inalidna-
bilité des biens et par le fai},le poids dont pèse toujours une
resp, msabilib: e«,lh.etive. 1.e chef d,. ïamille-souch,. et de métiev,
au contraire, par h' seul fait qu'il est le chef spontané, unique
et inconnut;d»le de la famille, assume un« hmrdc resp, msabilit," ;
il a autrement besoin d'initiative, d'intclligeuee et de pré-
vovanec que le Conseil de communauté puisqu'il est engagé
au milieu de ««,mplieations économiques et soeiah.s, deval,t les-
quelles ll'a pu se mainteuiv la eamlnunauté. D« lfi, l'énergie e!
la singulière wdeur des types que présente cette seconde esp/.ce
du Patronage, eomparalivemel,t à ceux de la l»remiër, ..
La seconde espèce du patronaoe eomll'end quatre variétés de
Chefs de fanfille-souche et de lnétier :
Le Pècheur-Ctier;
Le Paysan ;
L'Artisan;
L'Entrepreneur de transports.
Ces variétés sont d«:l,'rmb/«,s d'aprës le {ravail: qui est bieu
le tiit constituan! du Patronage, puisqu,, c'est k, dit'ficultd du
h'avail qui r6par/it l'humanitd en ces &.ux groupes d« capabh-s
et d'incapables, de patronnants et de patronnés.
Ces variétds sont class&'s d'après les difficultds croissantes que
les différentes espèces de travaux prèsentent pour l'ouvrier à res-
36 L^ SCiEnCE SOCIALE.
ter chef de métier en mëme temps que chef de famille,
dire à rester]atro de sa propre famille.
Le Pêcheur C6tie passe le premier, parce que. de tousles chefs
de famille chefs de métier, c'est hfi qui rencontre le plus de fa-
cililéspour patr-nner sa famille dans le Travail, la Propriété et
les Phases d'existence. ette extrëme facilité vient de ce que la
pêche c6tière s'exercant sur des producfions spontanées sura-
l»«ndantes, les poissons de la mer. il n'est pas nécessaire au chef
d famille d'avoir de grandes capacités, ni une rande pré-
voyance pour demeurer chef de métier. La pche c6tière s'effec-
lue par des procédés traditiomels, dans des endroits connus,
par petits 'roupes qui ne dépassent jamais les ressources de
bras du simple ménae d'auh'e pa't, les courants chauds amè-
nent périodiquement sur les c61es de la mer du No'd d'énormes
bancs de poissons quc l'on peut expl«,iter sans tic,ve ni merci.
Cette siulière facilié que rencontrent les chefs de ïamille
à demeurer chefs de métier explique ce yrand caractère d'h-
mo'énéité et de simplicité que présentent les races de pëcheurs-
ce, tiers de la mer du Nord.
Les conditions du travail, dans la Culture, qui se tradu[sent
par une long-ue iu'évoyance et des efl't,l'lS anticipés, rendent plus
difficile pom' le Po.,/son de demem'el' chef de métier. Aussi lous
les paysans «lui sorti capables de gouve'ner leur famille n'ont-
ils pas f«,reément h.s qualités nécessaires pour diri$'er l'exploita-
tion et disposer sagement d'un petit domaine, l'ne race de pay-
sans à la fois chefs defamille et chefs de métiers décèle donc une
valeur croissante et. un développemelt des aptfiudes patronales.
L'A,'ti.an x, ient après le pa)'san, parce que le pro.,_.:l.èS des mé-
thoth.s de h'avail, l'instabilité de la clientèle rendent la direction
du Travail et la disposition de la Propriété heaucoup plus difficile
dans la Fabrication que dans la Culture. Prenez un simple ar-
tisan de village, un charron pal" exemple, et comparez les qua-
lités qu'il lui faut pour ètre chef de métier à celles «lui sont né-
cessaires à un pa)'san pour diriger sa culture et posséder son petit
domaine. La culture est peu progressive, le domaine est un bien
récl qui n'échappe pas; en tous cas, il peut nourrir son homme.
LEPATRONAGE. 37
Le métier du charron est. au contraire, à la merci de toutes les
inventions; à c6té, on peut fabriquer mieux et à meilleur compte,
la clientèle peut se déplacer, alors il ne reste plus rien. Ici en-
core la valeur patronale augmente.
Enfin, vient l'Entr«7»'vnvur «le Transports, nous le classons en
dernière ligne, parce «pfil exerce un métier où le chef de la
famille ouvrière rencontre encore plus de difficultés pour de-
meurer chef de métier qu'il n'en trouvait dans la Fabrication.
Le progrès des m6thodes, l'instabilité de la client61e ne sont plus
ici les seules causes agissantes le défaut de spécialisation, d'ap --
titudes professionnelles de l'ouvrier des transports, tout contribue
à rendre son métier très précaire, partant ses moyens d'existence
très aléatoires; il lui faut donc des capacités en intelligence et
en avoir assez puissantes pour demeurer chef de me:fier dans de
pareilles conditions. De tous les chefs de famille-ouvrir «lui
conservent la direction et la dispositi,m de leur atelier et de leur
foyer, Fentrepreneur des transports est celui chez qui la valeur
patronale doit ,Xtre la plus.raude. Cet homme, en effet, entre
presque dans la condition du pur commerçant, chez qui Fesprit
d'entreprise et de spéculatiou prime de heaucoup lhabileté ma-
nuelle, le savoir-faire matériel. Souvent mme son extérieur n'est
déjà plus celui de l'ouvrier.
A c6té de ces quelques familles ouvrières en simple ménage,
dont les chefs sont capables dëtre pleinement chefs de famille et
chefs de métier, - c6é de ce{te élite de petites gens qui ont assez
de valeur, d'énergie et de prévoyance pour se patronner eux et
les leurs dans le Travail, la Propriété et les Phases de l'Ei«tence,
il va la. grande masse des incapables et des imprévo)ants. Que
deviendrait la vie de l'humanité, si ces malheureux étaient lais-
sés à eux-mèmes? Il est d'autant plus urgent de les empècher de
se livrer à leurs penchants pour la paresse et le gaspillage, que,
avec la densité de la population, la nécessité de la production
augmente, de sorte que leur incapacité à diriger le Travail et "à
disposer de la Propriété va en s'accentuant.
Il s'opère alors, ainsi que nous l'avons dit plus haut, une sélec-
tion entre les familles. Quelques-uns de ces chefs de métier, dont
38
L SC|C SOCIALE.
nous venons d anaL'set la capacité patronale, voient, sous le coup
de la nécessité sociale et sous lïml»ulsion de lem' énerg'ie morale
et intellectuelle, cette eapaeité s'aeeroitre; ils deviennent «Aors
eaiml»les non seulement de patronner leur propre famille, mais
encore de dirig-er le Travail de nombreuses familles ouvrières.
de disposer utilelnent de la Propriété que ces familles d'ineapa-
Mes n'ont pas su consorver ou ne peuvent atteindl'e. 11 forment
la tl'«,isièmc espèce du P;tronavc " les Patrots à/trouille-souche'.
les « Patrons ,, pl'oprement dits.
C'esl avec cette troisième espèce que le Patr,»nage apparalt
poul" la première fois d6taehé de la paternité " il n'a plus comme
moyen d'action l'autorilé pateruelle, il se constitue en dohors
de 1« famille ouvri/'re eOlllllO lin organisme indépendant; aussi
l; personne qui l'exerce recoit-elh, un nom spéeinl le Puté'on.
nom qui n'avait pas enowe été d«»nn6 aux patronnauts pr6eédents.
Il tu ren,rqmu, t«»ute[ois quo ces patrons h famille-souche, t«,ut
elt pah'onnnn[ des familles autres que 1« leur, lmtronnent aussi
la leur. Mais lit leur l»;trona-e est diëren[, puisque, dans ce
cas particulier, il a comme me»vert d'action l'autorité p«de'nelle"
il se distin.ue pouvtalfl, lnène en eeth. partie, des esp0ees pr6-
«6dclfles, el eo que la t)amille du palvon à fiunille-souehe Cant
dans une situation sociale plus eompliqu6e, le paire»nage qu'il
fiut ex«.veer sur elle exi.qe des aptitudes supéri,ures. Il est évident
qu'il faut plus de el»aeités h un land lol'd an,lais, fi un Sehnei-
der du Creusot pOUl" patronner sa propre famillo qu' un pelit
pa3-sal eu à uu t'»l'eron de villag'e pour pah'onner la sienne.
Nous nous nrrète'ons aujourd'hui uu seuil de celle troisième
espèce du Patr»na'e, qui marque, dans le dévolopl)emcnt du
phdnom0ne, une division si imporIante. Aussi bien avons-nous
parcour une assez belle sërie de tvanstbrm«tions. Nous étudie-
tons et elasser»ns, la l)roehaine f,»is, les Val'ié[és de cette tl,Oi-
sièmc espèce, et nous passerons fi la quatrième «. dcrni0re.
(A
l/obert l):;o-r.
L'EMIGRATION IRETONNE
A PARIS ET AUX ENVIRONS.
En parc«,uran! à diverses reprises h.s proxinces de l'ouest de
la France, j'avais remarqué plus d'une, f,,is 1, grand n,ln])l'e
de Bretons qui. à certains lut»ments, remplissaient les h'ains sur
les principales lignes de «llemins de fer et j'avais été frapl)6 d,'s
caractères t«,ut particuliers qu'ils pr6sentaient. Rien de' c«,mpa-
rable à cette cohue (h' tiens endimanchés qui, à certains j,,urs
de fète, se pressent dans toutes les carcs aux environs de' Paris.
Ce n'allaient l»c, int de petits l,(,urgeois ou des ouvriers ais6s allanl
chercher hors de. chez eux des dish'a«tious : la l,lupart ,taield
gens de la campagne et en p,,rtaient encore les vètements; ils
n'allaient point satisfaire un besoin de cui'iosit6 plus ou m«,ins
factice, ils cherchaient du travail. A h-s voir rdunis dans certains
compartiments les hommes avec leur veste courte .t leurs cha-
peanx à larg'es rubans de velours, les femmes avec leurs ti«.hus
à pointe, parlant avec un accent un peu dur el. sur un
anim6 la lanue du pays de C,rnonaill,'s ou de Tr6gni«r.
et regardant avec m6fiance l'6trang'er qui. fi une station, m,,n-
tait dans le m6me xvag'on, on eùt dit une tribu s«bitement chassde
de t-lez elle par une invasion étrangère et allant chercher ail-
lcursun 6tablissement : en un me, t, ce n'allaient pas d,'s voyageurs,
c'allaient des 6migrants.
En causant avec quelques-uns d'entre eux, j'appris bient,',t
quïls ne faisaient que continuer un mouvement depuis long-
temps commencd, que, chaque ann6e, bcauconl» quittaient ainsi
LA SCIENCE SOCIALE.
leurs landes ou leurs champs de blé noir pour x enil', partout
,,ù se faisait sentir le hesoin de bras. dans les usines de Paris ou
«les environs, chez les maraîchers de Seine-ct-Oisc ou chez les
'-"ran,ls fer,niers de la Beaucc et de la Normand!e, apporter le
concours (le leur bonne volonté, les uns retournant au pays après
un «.n'agement de quclqu«.s mois, les autres, en plus grand
nombre, se fixant d'une manière plus ou moins durable.
L'idée me vint alors d'étudier (le plus près ce mouvement; je
vis!!ai leurs principaux centres d'étahliss'nwnt ; j'interrogeai suc-
«essivenlen! parmi eux des représentants des divers métiers dans
lesqu«.ls ils entrent de préférence; lna qualité de compatriote
me perlni! de tri,mpher «le beaucoup de méfiances instinctives
et d',,btenir d'intércssants aveux qu'on n'eùt parfois point faits à.
un étranger. Mais, à mesure que j'avançai dans cette enquète,
.i. reconnus d,. plus en plus que, malgré la diversité infinie des
situations, quehlut.s faits essentiels d«,minaien! et expliquaient
t,,ute cette émi.ration. 11 ,le parut donc non seulemen! possible,
mais utile de chercher à en déterminer les lois, et de classer
d'après un ordre scientifique les phénomènes que j'avais étudiés.
C'est sos cette f,,rnle que je x oudrais aujourd'hui présenter aux
h:ctcurs de La St'!cmc. cor'!,de le résultat de mes observations.
I.a péninsule armoricaine senlble avoir fourni de tout temps à.
l'émigrati«,n s«,usses diverses formes un importan! contingent. Dès
le septiènle siècle nous voyons des bandes «le Bretons remonter
la Loire e! s'établir en divers lieux, comme le prouvent les noms
que portent encore cer!ains quartiers des xilles du cen!re de la
France..tu m«,veu lge, quand la guerre est venue comme le
déversoir ,,ù se répand normalement le !top-plein des popula-
lions, des Bretons figurent sur tous leschamps de hataille, au ser-
vice de !ou!es les causes. Au seizième siècle, ce sont eux qui, avec
acques Cal'lier. explorent le golfe du Saint-Laurent et, dans les
,iècles su!van!s, fondent, au Canada, concurremment avec les Nor-
L'ÉMIGRATION BRETONNE A PARIS ET AL'. ENVIRONS.
mands, l'une de nos plus prospères colonies. De nos jours,
mouvement, pour avoir chang6 de direction, n'en est que plus
intense. Les dernic recensements nous apprennent, qu'au 1 avril
1891, fi8.79 Bretons se trouvaient à Paris, non coml»ris évidem-
ment ceux de leurs enfants (et ils sont nomhreux) qui v sont
n6s depuis leur arriv6e. Versailles en compte daus ses murs 3.ri't8 ;
Saint-Dents, 3. 18. D'après des statstiq ues donn6es par M. Ba udril-
lart dansson Êtude sur les condit&,s des popuhttionx agricoles
la bance, pendant l'espace de ving't ans, alors que la Normaudie
n'aurait fourni que 31.511 6migrants, la Bretaffue en aurait
donné, pour le mëme temps, 115.99. Si vous parcourez les cam-
pagnes de la Loire-lnf6rieuve ou du Movbihan, vous serez surpris
de la quantit6 eonsidévable de hroehures plus ou moins offieieuses
que l'on distribue aux pa)sans pour leur anter les avantages
d'étahlismentsau Chili, ou dans la Répuhlique Argentine. Enfiu,
tout réeemluent le gouvernement français, voulant lutter contre
la concurrence italienne dans les eaux de la Tunisio, faisait
barquer à Tabarka plusieurs familles de p6cheurs ]»rotons, et
l'on anuoncait, res jours derniers, que d'autres, en plus gvaud
nombre, ue devaient pas tav&,r les suivre. La Bretague est
done ]tien aujourd'hui un foyer intense d'6migTatiou. :Xussi n'est-
il pas indiff6rent de reehereher avee soiu les causes de er phé-
nomène, les earaetères 6néraux qu'il préseute et les divers mo-
des d'établissement auxquels il donne lieu, si l'on veut se vendre
compte des eonsdquenees qu'il peut avoir et pour les émiwants
eux-mèmes et pour les pays qu'ils colonisent.
Remarquons tout d'abord que nos Bretous n'ont aucune ten-
danee naturelle à émigver et que, s'ils le tbnt. er n'est le plus
s"éndralement que contraints par la n6eessité. Tous ceux qui ont
étudié le Breton hors de chez lui sont unanimes à reeonnaitre
l'attachement profond qu'il garde A son pays natal : « Les Bre-
tons d6paysés, dit É. Reclus (1), se laissent souvent envahir par
la nostalgie; eufermant obstinément leur pensée dans le souve-
uit de la patrie, ils meurent à tout er qui les entoure et tinissent
(I) La J-'ro('¢, p. 597.
LA SCIENCE SOCIALE.
par s'Ceindre sans avoir échappé à la puissance de leur rève. »
O1 raconte mème, qu'au siècle (h.rlier, la Compagnie des Indes
qui enr61ait un 8"rand nombre de Bretons sur des navires, voyant
beaucoup d'entre eux atteints parce(te étrange maladie à laqm.lle
qm.lqucs-uns m:me succombaient, et,t l'in.énicuse idée d'em-
barqu,q" chaque fois avec eux Ul joueur de bini,,u. Les sons de
l'instrument «hél'i les ravivaient; n dit mème que ces pauvres
malades se m.ltaient parfois à danser, tui ne connat! cette chan-
s,m funèbre d'tin j'une marin breton qui succombait h l'ht, pital
d«.s sttit.s de la nost:,l,ic : « Les ancres sont levées; voici le
/li,./,-/lo«/,: le v,.nt dexient plus fort, nous filos rapidement;
les voiles s'entlen/, la terre s'éloigne. Ilélas! mol pauvre coeur
ne fat! qu' soupiler. Adi.u à quiconque m'aime dans ma paroisse
,.1 aux environs. Adieu. pauvre chère Linaïk, adieu! ».
Ce fait n,. d,,it pas nous surprendre, si nous considérons la
silualion de l'émi.,__.l.é hl'«t,m vis-à-vis du milieu auquel il doit
s'at.racher. La Breta.gne .s! en effet un pays de formation nette-
ment communautail'e. Si nous n'v trouvons plus le clan, avec son
«»rffanisatiol! primitive, «»ù t,»ut :tait à tous, ta paroisse, qui en
.st Il( c,,nlinuation historique, et .,,Ul.tOUt la famille en ont conservé
«le nombreuses traces. Le plus gorand crime que puisse commettre
un l»,re sera de toucher au patl'imoine qu'il a recu des ancètrcs.
Si restreint qnÏ1 soit. chacul des enfants estimera (lu'il en a sa
part. C«,mm,.n! v«,uh.z-vous dits lol's qu'il abandonne ce droit,
l,»Ur all,.i-à la recherche de l'inconnu: i)'autre part, comme ce
qu'i| recevra de la fanfilh sera non p«. proportionné à son activité
prs,,nnelh., mais rdl,,rti également entre tous. s,)n objectif
s,.ra de tl'availhq" juste dans la m,.sure où cela est nécessaire pour
t;',i'e vivl'e la communauté. Aussi ne tr,»,lVerez-vous chez lui, en
géléral, ni cet esprit (l'ilitiaive ni cette ambition d'améliorer
sc, situalion, qui sont ailleurs le 1|cet h. phts efficace de lëmigra-
tion et la plus sùre garantie dt. son succês.
« Le P,'eton, dit Éta. ouvestre il), ne court après la for-
tune ni ne l'attend. C'est la seule superstition à laquelle il soit
Les De»ziers Breto,ts 1|, p. 130.
L .UGRATO. RvXOE A rAreS E At'X EXVOS. :
demeuré étvan'er. Le pain noir de ¢haqu«. j«,uv, lïvvesse
dimanche et un lit de paille pour mourir vers soixante ans,
voila son existence et son avenir, et il l'accepte comme défi-
ni{if. Il traite sa nlisère comme une maladie héréditaire et
incurable ». Iien ne peut donner un sentiment plus exact
plus vif de celle apathie que de voir, dans le m6me aut«ur, avec
quelle obstination le tisserand de certaines pal'lies des Ctes-du-
Nord et du Finistère reste attach6 ci un m6fier qui ne l»eUt plus h.
faire vivre et que la concurrence des machines a rendu im-
possible. « Proposez-lui de quitter cette indush'ie à l'agonie.
il couera sa t6tc chevelue avec un tt'islc sourire et il vous ré-
pondra : « Dans ne,ire rimaille, ne,us avons hujout's «:t6 fil,.i-
cants de t«»iles. » Montrez-lui sa misère, ses enfints couraul
dans le villa.?'e avec une simple chemise pour vètement, il
fera avec une indicible expression d'esp6rancc : « Ians notre
famille, nous av«ms 6t6 riches autref«,is. » Cherchez. enfin, à lui
faire compr«.ndrb que h.s temps sont cbang6s, que ses
tk'ances ne feront que s'accroitre, il soupirera profond6mcnt
et vous dira encore : « C'est le bon Dieu qui conduit le pau-
vre m«»nde ».
On trouve bien lA ce fa/alisnw qui fait le f«md du type à
fl»rmafion commtmautaire et de,nf l'expression id6ale se-
chez le past«.ur du plateau c«.nh'al. Mais, au moins, devant
l'insuffisance du m6ficr des anc«:.h'es, devant lïmpossibilité
de trouver des secours auprès des siens, s, mvent aussi pauvrc
que lui, peut-on CSl»6rer qu'il va rdsolum,.nt demand«.r à l'é-
mig'ration Hll sort plus h«'ureux Pas «.ncore, car apl'6S la
nillc, il est une contmunautd plus dlendue et «k laquelle- il
ne craindra pas assez ordinairement de s'adresser, c'est
paroisse. Souvcsh'c mcutionne une coutunw enc,,l'e en usag'e de
s«)n temps dans la plus grande partie de la basse
et qui nous montre bien le r61e consid6vabh' j,,ud en c«.rtains
cas par ces habitudes comunautaires. ,, Si une t'«'mm,.
meurt en donnant le jour à un cntkant, le rect,.ur de
paroisse vient près du berceau et, choisissant parmi les ff'mmes
qui sont lfi devant lui, d, mne à l'une d'elles l'orphelin. Pat'fois.
' scmc soc-.
lorsque les voisines de la mor[e sont trop pauvres pour qu'au-
cune puisse se charger seule du nouveau né, il leur reste en
commun. L'une d'elles le loge, mais chacuue a son heure pour le
soisrner, pour lui donner son lait. Nous avons vu de ces femmes
,lui se levaient la nuit pour aller à des distances assez grandes
payer ainsi leur tribut de mère » (1). C'est encore la. commu-
hautA qui i,tervient au moment du mariage en fournissant
aux ménages pauvres, sous la forme de dons en nature ou en
argent oflbrts aux nouveaux mariés le jour de leurs noces, le
moyen de subvenir a leurs premiers frais d'établissement.
Enfin, c'est encore à elle que le paysan s'adressera, quand
l'igc ,,u les infirmités ne" lui permettront plus de travailler.
:haque paroisse a ses pauvres dont le nombre est souvent con-
sidéral»le. Dans chaque famille, ils ont leur place au foyer
,.t un lit de paille à l'élahle. Sauf les années malheureuses, ils
ont touj,,urs leur part au pichet de cidre de la famille. Il n'y
a que les étrangers qui se contente,t de lem. faire distribuer
de l'argnt à la porte. Rien ne peut mieux donner une idée
,le l'extensiou considérable de la mendicité en Bretagne, que
ce fait : une délibération du Conseil général des C6tes-du-
Nord. il v a une quarantaine d'années, attestait que, dans une
,.ommune de 8.00o habitants, le nombre des personnes vouées à
cette profession avait attein! le chiffre de 600.
En l'habituant " colnpter sur la famille et sur la paroisse,
,n étouffant en lui l'esprit d'initiative, la formation commu-
nautaire a donc pour effet de rendre notre Breton réfractaire
à toute idée d'é,,igration. N,»us allons voir maintenant com-
ment, par suite d'un fait étrange, cette mëme formation va
le contraindre à cette émigration à laquelle elle ne l'a pas
préparé.
Cette action se manifestera de plusieurs manières. Nous la
trouvons en premier lieu dans le chiffre toujours croissant de
«le la population et dans l'excédent considérable des naissances
sur les décès : excédent tel, que, s'il se produisait dans d'é-
. l) Em. Souvestre, les De,»tiers Bretons, il, p. 22.
r.'m«RArmX RErOX. A r, AmS Er ACX EXVIOXS.
gales proportions pour la France entière, la grave question
de la dépopulation ne s'y poserait mème pas. La ërence
qui existe, à ce point de vue, entre la Bretagne et le reste de la
France est d'autant plus fi'appante qu'au premier abord les
proportions sembleraient devoir se trouver dans un ordre
exactement inxerse. Prenons, si vous voulez, pour point de
comparaison, la province la plus voisine, la Normandie. La
Brctagne est incontcstablemcnt beaucoup moins riche. De plus,
le noml)re des célihataives v est beaucoup plus consid6rablc.
Alors qu'en Normandie on h'ouve 198 nla6s contre 100 eé-
lihataires, en Bretagne pour 100 eélibataires il n'v a que la
riAs. Ceux-18 mêmes qui se marient, le font, en général, beau-
coup plustardcn Bretagnequ'enNormandie. G'es/ainsi qu'en ille-
et-Vilaine, l'ge moyen du mariage pourles h onlmes est de trente-
quatre ans et pour les femmes de vingt-neuf. Et cependant, si ri,us
mettons en regard le nombre des naissances dans les deux pays
pour une même p6riodo, nous serons surpris de la difiërence.
tan/l'espace de qualre ans, de 18là 1878, alomque l'on ne comp-
tait en Normandie que 59.098 naissances, la Bretagne atteignait le
chifli'e de 91.088 (1). Invoquera-t-on. pour expliquer cette dis-
proportion, l'influence du sentiment religieux plu efficace
parmi les populalion de la Bretagne? Mais alors pourqu,,i voit-
on chez nombre de familles, am6es d'un sentiment religieux
tout aussi vif, mais appartenant à une formation dittërenle, le
nombre des enfanls limitd au chitt?e de. d«.ux ou d,. trois La véri-
lai,le raison doit 6/re cherchée ailleurs. Nous veuons de voir que.
dans la thmille bretonne, les habitudes communautaires avaient
laiss6 des traces plus profondes que dans le reste de noire
pays. tr la fimfille à formation conmmnatd«dt, e. comme celle
à formation particulariste, mais pour d'autres raisons, est portée
I avoir beaucoup d'enfants" celle-ci, parce que le p6re de fa-
mille, ne se consid6rant pas comme obligé de constituer un
établissement pour ses enfants, n'a pas de raison d'en limiter
le nomhre; celle-la, parce que chacun des ménae», qui coin-
(1) Baudrillard, op. cit., I'- -66,
,6 .A SOEOE SOCUrE.
posent la communauté et qui doit contribuer pour une part
égale h son entretien, a intdrt v ère représenté par le plus
,1,: membres possibles. Sui»posez que, par suie de cireonsances
extérieures, la famille pairiareale se d6sorganise et que l'on abou-
lisse à la sëparation des ménages, ceux-ci continueront à avoir
beaucoup d'enNnts en verht de l'habit«de acquise et d'autant
plus «lu'on le faisan{, ils obéiront à une tendance naturelle,
car e«'te limitation systéma{ique, que nous obervons dans le
reso de la Franco, demande un calcul qui ne peut tre fait
,lU, par des individus jouissant d'une certaine aisance et qui
rt.doulent, pour" leurs deseendanis, le travail pénible auquel ils
ont dù se livror p«,ur l'aitoindro. Or. ce calcul, des populations
imprévoyanb.s ci habituées à se contenter de peu comme la
plus g'rande l,artie &.s populations bretonnes, en sont inca-
pables. Aussi remarque-t-on que les familles les plus pauvres
soront en général les plus prolifiques. Cetle explication est
d'autant plus vraisemblal»le qu'elle nous permet de nous rendre
eompio de ets mariaes tardiN et de ce nombre étommnt de céli-
bataires dont nous parlions tout à l'heure. Comme l'individu
est hal»i[ué à tout alien(h'é de la communau[d et éprouxe par
sui«, une horrem" instinctive pour tou[ ce qui -s[ initiative per-
sonnelh., il ne. trouve rien de mieux que de con[inuer à x-iv
le. plus lon(cmps possible au f«,yer paternel ou auprès d'un
frl.ro d/.jh établi. ci il ne se mariera hfi-mèm«, l»lus tard que
si une. ,»c«asion toute pr6par6e se prësente à lui.
Tous ces enfants, à l'avenir desquels les parents n'ont pas
s,»ng6, qm" vont-ils devenir? trouxeront-ils une place au pays
natal; devront-ils aller la chercher au dehors? L'accroissement
rapide de la population est dvidcmment une condition n6cessaire
,le l'6migration. Si le" Nouveau Monde voit ses rivaffesenvahis par
un »i grnd nombre d'ltali«.ns. ,l'Mlemands, d'Irlandais, c'est
que le sol de la mère patrie ne suftit pl,ts à l'enhfion de famil-
h.s trap nombreuses. Si, d'autro part, les Francais en gdndral n'é-
mirent l)as. c'est que les enfants suffisent à peine à remplir les
places laissdes rides par leurs parents. Tomefois cette condition
essentielle n'est pas toujours une condiioa sufIisante. Parfois
L'ÉMIGRA'I'ION BRETONNE A PARIS ET AUX ENVIRONS.
l'existence d'un sol riche, la pratique luieux entendue d'une cul-
ture intensive peuvent permettre à une population de s'accroltre
sur place dans des proportions considérables. Mais ce cas ne sau-
rait exister pour la Breta.,.:'ne, dont le sol est :énéralement pau-
vre, où l'industrie est peu développé," et dout la population, fa-
connée comme nous l'avons vu au régime comlnunautaire, est
peu propre à triompher de conditions aussi défavorables.
Le peu de fertilité «les campa.,__.-ncs brctonn,s n'est pas moins
célèbre que leur pittoresque « terre de 'ranit recouverte de
chènes », a dit Brizeux. voulant peindl» d'un mot le pays où il
était né. « Véritahles plaines de roc où quchlues iu«,utons noirspais-
sent le caillou ,, a dit a son tour Micheh.t en parlant de certaines
parties du Mm'l»ihan, dans une série d'observations que l'on pour-
rait, sans crainte d'errenr, étendre beaucoup plus. ,, 1'; rtout, dit-
il ailleurs, de grandes landes tristement parées de bruyères roses
,q de diverses plantes jaunes ». « Dans le département des C6tes-
du-Nord, dit encore J..lanin (I) phls w,us approchez de la mer et
plus vous rencontrez un pays florissant, une poI,ulati«,u nom-
hreuse et riche ; au contraire, avancez dans les terres, la dësola-
lioncomnlenCe, la misère, lisolement ». Et si nous nous transp«,r-
tons dans une région plus francaisc, s-umise à des influences en
apparence plus actives d'exploitation, dans les plain,.s qui avoisi-
nent les rives de la l.oire. 1«. tableau ne présente pas des couleur,
moins sombres : « A partir de Blaiu. le pays n'-ffl'e plus qu'une
vaste plaine désePte et désolée, landes stériles dans lesquelles
paissent de maigres I»rebis; marais immenses, t,»url»ières inon-
dées d'une eau n-ira'tire et stagnante; au milieu de ces faug'es
s'élèvent cA et l'à quelques ilcs fertiles et couronnées de hètres. »
Les renseignements des ffëoffraphes et des statisticiens ne sont
pas m«,ins concluants. O.,__.ée, dans son Di«ti,mmdre 9«:oyr,q,hiqae
«le la Brctagle, évaluait "à ' ï la partie du sol occupée par les
laudes. En 1810. cette proporti,n était enc«,re de plus du quart.
La population, sur un pareil sol, sera donc surtout a.,__.'l.icole, mais
une terre aussi in,rate ne pourra jamais fournir à ceux qui l'ex-
(i) La lreIagne, p. 55.
8 fA SCtV.CV. SOCtArZ.
ploitent que des ressources préeaires et limitées. Pour triompher,
dans une certaine mesure, de ces obstaeles, il faudrait pratiquer
tllle mode plus rationnel de culture, risquer des capitaux parfois
considérables pour défricher les terres incultes, mais tout cela
suppose des qualités qui, nous l'avons w, manquent énérale-
nient à nos Bretons. ils se conten[eront donc de cultiver, pénible-
nient, selon les procédés traditionnels, le domaine reçu des aneè-
lres. A Pont-l'Ahhé, le premier instrument de fer emploi'Wpour
la culture s'étant rompu sur le domaine de M. de Chatellier, qui
raconte le fait. ce fut une oie pour la routine. La première ma-
chine à battre à vapeur introduite dans les C6tes-du-Nord fut alC
truite par les paysans (1). Aussi. que la récolte soit mauvaise une
année, et voila de nombreuses familles donf ]e lendemain n'est
pas assuré et de,nf les membres se voient contraints A chercher
au dehors des moyens d'existence. Avant que l'Cigration n'eùt
6t6 rendue aussi facih, qu'elle l'est devenue aujourd'hui, des po-
pul«tions enti6res pouvaient se trouver ainsi tout d'un coup ré-
duites à la plus profonde misère. C'est ce qui arriva par exemple
en 181fi pour le pays de Cornouaille, oit la r6colte de 1»16 noir
avait compl6tement manque; t dont les habitants se r6pandirent
en f, ule dans le plaines plus fertiles du L6onnais. « On les
voyait, dit Éta. souvcstre, qui assistait tout jeune encore à celle
«,xode. descendre par centaines le lon. des tnontagnes pour d6-
hord«q" dans nos campagnes et nos villes, hommes, femmes, en-
ihnts, t,»us pàles et chantant d'une voix lugubre les complaintes
de la Cornouaille. Cette irruption d'holnmes à hcsaces et à cha-
pclcts fut quelque chose d'impossible à peindre. A voir toutes
ces bandes d6guenill6es ci chantantes couvrir toutes les routes.
le bton de voyage à la main, on et dit quelque tribu spcr-
ée par la conquète et cherchant en un coin du monde une place
au soleil ,,. Aujourd'hui un rem6d,, s'offre pour conjurer ce daner
toujours nwnacant : ceux qui trouvent le sol occup6 par d'autres
ou trop pauvre pour avoir l'espoir d'en tirer leur subsistance, de-
lnandent à l'6miration de leur fournir une destin6e meilleure.
(I, Baudrillarl. Ibid., p. 192.
LËMIGRATION BRETONNE A PARIS Ff AUX ÈNVlRONS.
C'est encore lëmigration qui est Ici rcss,,urc, la plus ordinaire
des vaincus d'une autre sorte, des vaincusde l'industrie. Le
esprit de routine, ddrivé de la formati«,n conmunautaire, qui
les a empdchés de mothficr les conditions de la culture du sol va
les rendre incapables de lutter sur ce notx»au terrain... Et ici
les conséquences seront beaucoup plus graves. Remarquez en
effet que la conception rapide des am61iorations à introduire
l'esprit d'initiative sont beaucoup l»lus nécessaires à l'industri«'l
qu'au laboureur. Si celui-ci ne sait pas pr,,fiter d,.s l»r%rbs acc«,m-
plis autour de lui, il en sera quitte pour p,uvoir plus difficilement
écouler ses produits au dehors, il lui restera tout au moins la fa-
culld de satisfaire avec ces produits à son propre entretien ; ajou-
tez à cela qu'une foule de conditions qui joueront un rç, lc consi-
dérable dans le résultat final, comme h. climat, la température'.
sont absolument indépendantesd,' s«,n int,.lliffence, ,,u de son tra-
vail. Ehez l'industri«.l au contraire, la part dos qualit6s individuel-
les est beaucoup plus grande, et s'il se h.«»uvc distancé, ce n'est
pas seulement le marché 6franger «lui va 6tre f,.rm6 pour lui. il
se voit forcé dans ses propr,.s retran«.hements et obli'6 d
noncer à la luire. Aussi ne doit-on pas s'ét,mncr de trouwr l'in-
dustrie tr6s faiblement lpr6sent6t' en Brctan«. et de voir mème
les quelques genres d'industries qtt'elle avait r6ussi A v im-
planter, disparaltre i,qt à peu devant la c,,ncurr,?nce 6lrangère.
Plusieurs mines de pl¢,mh argentif/.rc 6laient autrefois exploit6s
h Raimpont dans l'llle-et-VHaine, à lluelgoat dans le Finist6re. La
plupart sont aujourd'hui abandonn6cs. Mais o6 ht d6cadence est
la plus sensible, c'est dans l'industrie qui fut jadis l'industrie.
nationale de la Bretagne. je veux dire la fitbrication
toile.
Des tisserands de Flandre, chassés ,le leur pays par la pedcu-
tion religieuse, avait, ni apport6 en Brctagne leurs procédës. Bien-
t6t les tisserands bretons rivalisèrent avec les Flamands eu-
mèmes sur tous les marchds de l'Eur,»pe. {tri exportait des toiles
bretonnes dans les Indcs, au Portugal. dans l'Espag'ne surtout.
Mais aujourd'hui l'Espagne est depuis lonteml»S ruin6e et, pen-
dant que l'Angleterre, par ses machines qui font en un jour le
:io .A SClErCV. SOCAtE.
tl'avail d'une année, envahissait le marché des Iteux .londes, le
Ireton, dans son ilnmobilité de communautaire, restait fidèle
«tux vieux lWo«édés. Souvestre constaait déjà de son temps les
«.flots désastreux de coite rouline - « Rien n'est changé depuis
,lu«dre siècles «l;ns les h«dfiludes du tisserand «le l'Armorique;
;ssis devant le mème mélier, bizarrement sculpté, que hli on!
h:-iié ses ancètres, il fat! courir de la lu0nae mal,ière dans la tranle
la n«velte grossi,re qu'il a raillée lui-mèlne avec son couteau,
l, ndis que. près de hli, sa femme roule le fil sur le vieux d'.vi-
d,,ir de la famille 1. » Ire nos jours, il ne fau! plus songer à la
lutte; il ne reste plus .guère d, cette industrie, du moins dans les
c«ml»a.,."nes, d'autres représentants que de vieilles femmes filant
leur quenouille sur 1«. bord des routes, !andis qu'elles gardent un
tl'oupe«u de quelques bl.el,is, el les joyeuses coureuses des veil-
l,«.s qui s'en vont de fi?rme en ferme, durant les longues soirées
d'hiveJ', eldendre d'ilderminables contes et de mélancoliques
cimnsons qu'elles accompagncn| du ryflme monotone de leurs
I'« Il e|..
II.
.luqu'ici nous avons vu COlUnlell| nos Bretons, retenus au
Im|«tl par de puissantes hal)itu(les communau|ail'es. étaient l)our -
l;nt v6duils, en vertu de ces mèmes habitudes, à delnandel" h l'é-
mi.,_"ration des ressources qu'ils ne t'ouvaient plus ehez eux..lais
tous l«.s faits que nous avons étudiés jusqu'à présent étaient poul'
ainsi dire «les faits d'ordre inte''ieur ; nous allons examiner main-
h.nant l'«etion du monde extél.iouv, et constater qu'elle a. tout à
la f,»is, pour ettt de donner une solution à eette impérieuse né-
,'essité d'«:mig'ration, etd'affail»lir les obstaeles qu'y oppose la
«.onstitution familiale. C'est que, pour eontraindre des populations
à émigrer. il ne suftit pas du speetaele de leur misère présente; il
I«.ur faut la possi]»ilité d'en sortir et la perspective de trouver,
I Sou-eslre, Les Der»b'rs Bretoas. l. II, p. 137.
Lï.MI{JIATION BRETONNE A PARIS ET AUX ENVIRONS.
.'il
dans le pays plus ou moins éloigné où elles s'établiront, des
ditions qui leur soient plus favorables. OP, parmi les moyens ,lui
o»t permis à nos Bretons d'acquérir cette initiatiou et de faire des
comparaisons de ce genre, il en est deux qui ont ioué un r;,le
prépc, ndéra»t : ce sont les chemins de fer et l'obligation du ser-
ice militaire.
{;'est devenu un lieu commun de montrer l'influence exePcée
par les ci,crains «le fer sur l'émiffration. Nulle paPt peut-;.tre ce'tre
influence n'a été plus décisive e plus caractéristique qu'en re-
tagne, ttn peut ramener h trois les eff,'ts principaux «lui en s,,nt
résultés.
I" En permettanl de transporter partout, en abondance et "à
bon marché, les produits manufacturés de toute sorte, les che-
»fins de tr ont amené la disprition de toute indu.,;tri«, domesti-
,lue e! ont, par suite, r,:duit un bon nombre de bras à chercher un
emploi ailleurs. C'était autrefois une habitude très répandue que
les familles fabPiquassent elles-mëmes la plus grande paPtie des
vètements qui leur élaient nécessaires. Les femmes principal,.-
ment Ce,lent empl¢»yées à ces occupations pendant les lon.,__"u,.s
journées d'hiver. Il Ch etait de mèrae de beaucoup d'instruments
de labouP et d'uste»siles «le ména.'_,'', et il n'était pas rare de ren-
contrer, dans une lnème maison, les métiers de menuisieP, de cha r-
r,m. de mécanicien exercés par les membres d'une mème famille.
C'étai! d'ailleurs le seul m¢,yen de résoudre 1« problème qui nais-
sai! naturellemelt du contact de ces deux faits : d'une part, la
division du sol en f«Pmes, ou en propriétés «le peu d'étendue:,
de l'autre, l'existence de nonll»reux enfants dans chaque famille.
liais aujourd'hui, v,:tements ou instruments de travail, on les
achète le plus souvent au marché, où ils sont d,- meilleure qua-
lité et coùtent moins cher que ceux de provenance domestique.
;n ne conserve donc à la maison que les personnes strictement
nécessaires aux soins du ménage et à la culture du sol. Itès lors,
si les enfants sont nombreux, ce qui est le cas le plus ordinaire,
il est de toute nécessité pour plusieurs d'entre eux, d'aller cher-
,'ber ailleurs un empl,»i à leur activité. C'est le premier coup
52 VA SCF..CF- SOCiAl, E.
per[6 à l'organisMion de la famille, communautaire. Remarquons
que nous toue.bons ici la véritable cause de cet affaiblissemen{
de l'auorité pMernelle sur h,quel se lamenten à l'envi prédiea-
eurs et moralistes sans se rendre t,»ujours bien compte du phé-
nomç.ne. L'enfant cesse d'avoir le mème respect pour ses paren{s
le jour où il ne peut plus v«,ir en «.ux la providence universelle
et eonslante, proie à d«mner satist;acion fi tous ses besoins. En
d'auh'es termes, l'atfaiblissement du pouvoir paternel es le pro-
duit «lireet de la désorganisation cio l'atelier dolnestiqm..
2" Les ehemins de fer, en rendant plus faciles les rapports des
campagnes av«.e les ville.s, ont déveb,ppé l'esprit de nouveaulé
«.t créé des Iwsoins de curiosi« et ,le ]»ien-èh'e. Il «.si pour ainsi
dire pass6 en proverbe, dans l'l]h,-et-Vilaine, de dire : « h-i,
nous s.,mmes en retard de eenl ans. » l,'admiration naïve pour
tout er qui vient de l'Est a gagn6 la. basse Bretagne elle-mème.
M. Baudrillart rite h er sujet une anecdote eara('téristique, il
si/ait un .jour une famille des eux'irons (h. Saint-Bri«.ue, dont
b.s membres pariaient franç'ais, sauf le p@e. Èl celui-ci se prit
à dire av«.c ln6laneolie : « Je suis le seul sot de la maison. ,, On
comprend d'ailleum aisément que l'habitude, de. la vie en com-
mun pousse instinctivem.nt à rec]t.rcher le mouvement
villes. Il n'est pas rare d.. voir d«.s tilles de fo'vrac appartenant à
des familles qui jouissent d'tme r6elle aisance, venir à cerlain,
jours, les dimanches et les jours de marché, «l la ville voisine
de là, 1«. l,lus souvent partir pour Paris. Une exish-ncc moins in-
ddpcndanie, mais où il v a. commue elles dise.nf, plus de' vie, plus
d'amusement, sourit davanta-e à h-ur go qu«. la vie mono, ton..
du fov«.r dom,-.stiqu«..
3" T«nlis que les ebemins de- fer, en faisant pénétrer par-
Joui les lwoduits manufaeturés, er[evaieut à beauo»up de familles
une partie de leurs ressources, elles leur fournissaient, d'autrepart,
dans les travaux que n6eessitait l'ét;d»lissement «h.s voies ferr6cs.
une compensation toute natul.ello : et eela. daus des eondition
qui durent sembler à beaucoup avantageuses. L«'s salaires qu'iN
3" gagnaient dépassaient, en effet, tout er qu'ils auraient pù rèver
de. trouver autour d'eux en s'emplo)ant aux travaux a'rieoles.
tu«,iqtFil y ait eu en Brotaeene, &.puis quelques nnées, une
ti-n assez sensible dans les sMaires, h, taux moyen est resté
pe.halant très infërieur à celui des &partement raisins. Aux envi-
r.ns de ;uingamp. le ],,urnMier qui «,n d,mno la nourritut»,
t.«.coit en général do 50 i 5 «entim,.s parj,,ur. En llle-ot-Vilainc.
il va jusqu'h I fr. ou I fram" 5O. Les gaffes d'un d,»mestique
;IIIX envir.ns de BI'est d61ms»«.nt l'al'elnent O0 francs ; la moyenlle
est de l't0 francs dansh. 1.6omais" il faut 1,' voisinage de gran-
des villes comme fennes ,,u Nantes pour l,'s porter ci 300 ou
350 francs. Ecore demande-t-,,n h croix fi qui ,,n les donne des
h'avaux l»articulièremelt l,:nil»les. m COmlm'nd donc laccueil
enthousiaste qui tut fait aux ,,ffrcs de la Caml»a'lfie de l'Ouest,
quand elle praposa, pour l'dtubliss,.menl d,. ses lign,.s, des sa-
laires de 3 à l fraucs pat. j,,ur. D,.s centaim.s et des milliers d,.
Brel,ms ont étd atta«hds l..ndanl phlsieut's a um;es A c'ces t,.rrasse-
raclaiS. En m6me temps, la néeessil6 où ils 61aient de s'61oi-m.r
peu à peudu lieu ,fit ils avaientcomnwncd à h'availh'r ,4 qui était
leur pays d'origine, les habituait insensiblement à vivre l,,in des
lem,. Au lieu de r«,ntrerà la maison/,,us les s,»irs, comme au
de l'entrel»rise. ,,n ne les it I»ielt6t phls qu'une fois par semaine"
si bien, qu'un b«at .jmlr, les travaux de premier dtablissem«nl
trouvant h'rminds, ils m'ceptèt'ent de' la I;,,mpagnie des eng'age-
ments à poslo tix," pour des régions plus 61oi.g'n6es. En ,,utre. les
r6ducti,ms qut. leur valait leur tilr«, d'emplayés leur permet-
laient d'atlirer à .ux des ,'ompatriotes pouss6s par le
d6sir de s,,t.tir ,h. leur" misère. Bient,',t les travaux de la
pagni,, n suffisant plus aux otti'es de services de plus en plus
nombreuses qui se produisaient, le tlol des 6mirants se jeta sur
de nouvelles indush'ies. Ce m,,uvement, contmcnc6 il v a une
lr,.ntaine d'anl6es, a suivi une progressiou continue. T,,utcs les
partiesdo la It',.ta-ue s,«,t d'ailh.m's loin d,. f,,urnir un pareil con-
iingent. Des t-inq &;parlements qui la composent, les C6tes-du-
Nord et le Finist&'e sont ceux que la pauvre.t6 plus g-rande du sol
désigne COlnme devant fournir le plus t,,rt apl»oint. Encore faut-
il en excepter en général les l.,pulations des c6tcs, it qui la l»èche
ou des terres fertilisécs par des engrais marins fourni«,qtl des res-
5- LA SCIEC. SOCIALE.
sources plus rému,ératrices. Sur 6_.-99- Bretots fixés Paris le i 2
avril 1891. 18.18 ,;latent ori:inaircs des C¢,tes-du-Nord. Sur les
3.2 i 5 Bretons ,lu'il r,.n ferme. Saint-Dents en compte 2.217 de ce dal-
parlement : Versaill,,s, 1.796 sur 3.6't8. Dans Seine-,'t-(fise, 2. 't2
Bret«ms semi 6ta]dis. dont plus de la moitié. I .fi77, apparlicmtent
aux C6tes-du-Nord. En ream.he, 1,, Finis[ère f',wmcra presque à
lui s,.ul la p«,pulation bretonne qui se livre «l l'expl«,i[ation des
ardoisières d'Aners, et celle, non moins importante, qui est at=
tach@ aux p,,rts de llom.n et du Ilavre.
A c6té «le l'intlm.nce «.xcrcée de dt,, erses facons par les chemins
de fer sur l'émiraii,,u l»reionnc, il importe de enir compte du
rle joud par l',,bli.ai,,n du service militaire. Non seulement, il
a l,our résult;d d'hal»i[m-r le Brcon tk vivre dans un milieu diff6-
re.ni de eehù où il es né. mais il lui fournil un foule d'occasions
s'éial,lir avan[aeusement le «,ur où il es libéré, tJue de fois
n'ai-je pas entendu «lire à d'anciens militaires rentr6s en Bre-
la;ne ,'t portant visibles les traces de la nostalgie de la ville oh
ils éiaient en arnis«,n : « Si je n'avais pas eu de famille, je ne
s,.rais jamais rentré au pays. »
l.a endresse d,.s « pioupious ,, p,,ur les bonnes ci les n«,m'rices
est depuis longtemps classique; dans aucun cas peut-6re elh'
ne reeoit &. plus fréquen[es ai,plications qu'ici. Ce tkantassin de
petite laillc et d'allures embarrassées, que vous rencontrez si sou-
vent dans nos rues ci qui éprouve encore, comme au [emps ,fit
Coppé. l'a dè,'rit, une crainte va-ue à la vue de «, ce rand Paris
efl'avant et m,Jqueur ,,, se sent naturellement l»,,r[6 vers celle
compatriote, récemment arrivée du pays de Lé,,n ,,u de "l'ré-uier
et avec laqm.lle H a p«ut-è[re dansé au dernier par, lon de Saint-
I',,1 ou de l.oc-laria. 1111 CallSe du pays; lui. conl»Ie le temps
qui lui reste eucore à f,,urnir ; cil-, de son c616. l'ac,>nte «,»minent
,-lle est venue, et comment elle se plait ici. l.'idylle se terrain,.
le plus souvent par un mariaffe et un établissement a l'arts ou
aux envir«,n,. Et c'est ainsi ,lUC la Brct%ne voit se fixer loin
d',.lle, tant,',t pour un temps, tant,',t pour touj»urs, beaucoup
des siens.
L'I:;MIGBA'I'ION BRETONNE A l'.iRIS ET .'tUX ENVIRONS.
Des faits que nous ,vo,,s exposés .jusqu'ici, il est fitcile de d,;-
gager les caractères g-énéraux de cette
1" D'al»ovd cette 6miffrati,m S:l'a nécessairement une' émi:/'a-
tion paucre, la plupart des ;migrants ne quittant leur pay
que pour échapper à la mis6re. Nous en axons connu plus d'un
qui. dans l,s jours qui suixaient leur arriv«:«., s,,uflk'aient
d'une vive nostai$'ie, et aul'aied l'«'p'is, avec etlhmsiasme, le
chemin du pays. s'ils avaient eu l'argenl nécessai'e p«*ur cela.
Parmiceu qui s'en vienne'nf à Sainl-Dcnis clerch.l'du Ira va il dans
l«'s usine's, il eu est peu qui, l,urs frais de voyag-e pa3ds, peu-
ve'nf disposer de plus d'une soixantaine, de francs po,r par«.r aux
évcntualitbs les plus prochaines..l'en ai mème r«.nc, mtré qui.
avant d'avoir réussià l',»uver un engaffcm'nl quelconque', avai'nt
déjA des dettes chez 1«" compatl'i«»lo «,mq»laisant, qui les avail
hébergés. 11 tl'l'ivt? m«.me souv«.nt que le salaire, do ldnsiem
mois se lecture ens-a.:, avant tin'ils aient quittd le pays.
d'eux, par exelnl»l«., se s«.ra end«.tt6 dans I''xll,itation d'une, pe-
tite ferme. Rarement le Cl'éancior le fait pour'suivi'c., sachant qu'il
n'y ffagnerait rien. « Va h Saild-Donis oit h Veaiiles. lui dil-ii.
Tu y çancras do l'at'«.nt «,t bi tn. paie'ras quand tu le [,rot'ras. ,,
l'arf,is aussi, mais moins fl'équemm,nt, c'«,sl ausit«'l al»l'èS
marié qu'un jeune ména,- se d«;cid«. à lent«.r f,w/ut«' au l,»in.
tr, sait-,u comment se font souvent l,.s mariaes stwtout dans
los classvs intërieures? ,, I'n dis«il»ie de 31althus s,.rait efft'aw; de'
l'impl'6voyane avec laqu«'lh' la lduparl de os paysats cOnll'aC-
lent It,urs unions, tu«.hlnes-uns, qui s«,rtenl de' la
p-ur se marier, n'ont l»aS mëmc où rel»OS,'r l,.ur lëte la pretti;.l'«"
nuit de leurs noces. Nous en avons wt à qui on prètait un lit
ce seul jour... » (1 ;. Illl s'«,st marié, parce qu,' le I'lt'tll" -11 ;I dit.
O[, COIIIIIIO on l'a pu lrouvt'r h l«»utl' i111 l»«,lilp maison ,»u UlI«"
chambre dans la paroisse, on rassemble l,.s lu«.lques pièc,'s d'av-
'cnt que les invitds ont, suivant la «,mtume, rcmis,.s à la nmrié«'
en la quittant 1,- soir de ses n«ccs, on y j«int parfois quelque.
leue molllaie qut, l'on «qlp'utl« à tre ami ou h un qousi,
(1) Em. Souvestre, Les Derniers Bretons, I'. 21.
:; r^ so,c s0o.,,r.
s«.rre dans uu«' malle, socv«'nt prtée par un voisin, son mobilier
sommaire : puis on s'en va visih.r les invit6s de la noce et leur por-
ter le ç«iteau des « regardaill«.s » (I). On cause avec eux du
prochain d6parl; «'I parfois, un p6rc de famille, qui contant mieux
les atthircs, conseillera aux ho.veaux époux d'attendre quelques
j'lltllS l'arriv«;e de s,,n gars, parli depuis plusicut ann,;cs, afin de
l»rotil«'r d'un bill«'t d'aller «.1 retour q,'il va lui recommander de
l»r,'ndre à son «l,7.p»rl..l'ai vu à Ehavilh' un jeune ln6nagc venu
depuis peu, qui n'a dh qu'R cclt«, c,,mbinaison ,le pouvoir réa-
liser ses projets d'6migration.
" En second lieu. cette 6migraiion se fera par groupes. Les
,:mig'ranls l,al'til',,ni gén6ra],.ment en bal,les et s'6tabliront de
regret.. Ce.lui des cnfanls que les circonslances ol,li.gent à parlir,
a, loul comme, les auh'es, loujours v6cu au sein de la famille. Rare-
menl. il a dël,aSsë h's limiles de son chef-lieu de cant(m, sauf pour
allcr à ,l.,'hlu« asseml)lde ou à qh«'lque pardon c616brc. Si, par
ili«' I,onn, forhntt, l,arliculi;'re, il a vu une ou deux fl,is le chef-
li«.u ,le s,,n ciCarle.recul, c'a 6t,; p-ur lui uu 6v6ncment impot
tant ,.1 d,,nl il a ïu'd6 I,mlemps le souw.nir, ire plus, il s'esl peu
,WCUl,6 d'aflhircs, en laissaul hule la charge à ses parents, ol se
,'«,ntenlnl d," fiir,-' la tache qu'ils lui assignaient chaque jour.
i la condili,,n qu'ils lui d,,nnasenl un ,m deux francs chaque
dimanche matin l»our I»,ire d,.s ,, I,,,ldcs » avec h's am£s. Comment
,I,,nc a,l,n,ttre qu'«,tl le laisse partir lout ,l'un coup sans amis,
seuls idic;dions ulilcs? Aussi x-t-on r«qw,ver aie pr6fdrencc
v,.rs h. pays «fit s,,nt ddja allés plusieurs d,. la paroisse, e[ en
lmrliculier tel et h.l. qui o.t d,;jh envoxd a,x leurs d'impor[an[es
r,.ss-ur,'es. Ri,'n n',.st phs iral,l,ant «lut. dt" c,mslater comment
I,. plus «,,,v«.,,l les e,,s d,, m6n,. villae 6mirent vers
,,,,nws r«;gions, lnterro'«'z cent Br«.l,,ns tix6s à. Sainl-DelfiS.
s,,ix,,uh-'-dix vmts r#pondronl qu'ils s,,ni de Plongonver; Saint-
Nic«,las du l'elm dirigera ses 6migranls sur Veailles; quanl
;tt il,,scovib., il parc, il arc,if 61u s,,n sdjour i»rdfdr6 à la Roquetle
1 On ai,pelle ainsi dans i,lusiems parties de' la Brelagne une fite plus intime of-
f,'rle par les nouveanx nariës a iem's plus proches l, arenls, le diman«.he qui suit la
L'ÉMIGRATION BRETONNE A PARIS ET AUX ENVIRoN$.
,'! à Vauffirard. L'esprit do ffroupemt.nl qui l,r«:sidc au depar/
d«.s 6miffr6s pr6sidc awc plus dïnteni/é ncore h l«.ur «:tablis-
scment et amène la formation de w;rita}»l«'s coloni«.s au se.in
l»«,pulations parmi lesquelles ils s'établiss«qt. Nous a«,ns déjà
parlé de la c«,lonit, br«.foltn«, de Trélazé près An',.vs, consacrd«
à l'exl»loilation des ardoisibr«.s; «.lle fornc un ël«mcnl COml,ac t
qui a conserv6 sa langue et tous ses usaffes. Lo tlènl fail se
r«.marqu, dans l«,s rd¢ions où la &.nsit«; b«,auc«,u I, plus
d,. la pOl»ulation se.table devoir accr«»ilre les chances de" fusi«m.
N,,us w.nons «le parler d«.s marchands de R«,scoff te, us r6unis
Vauffirard, ou à la Roquette. De m«me les 3.fil8 Bref,ms de.
sailles se trouvt.nt «ntièrenwnt r«partis entre l«.s qnarti«q's
51ontrcuil, ou du Chcsnais. Iès qu'on y p6n6tve, tre sent quc I',,
se trouve dans un milieu spdcial. Les ens«.ign«.s des épiciel'S. d,.s
marchands de. vin prennent un cava«t61"«' celtique très
tué : maison « Le Goff ,,. mais,,n « K«.rmad«.c » ; les f«qnm«.s, qui
gavd.nt on¢'or«' s«,uvent la coiffe du pays. p«.n«hé«s h la
regardent avce 6/,mnement passer un élvan«q', un
Iemandez-vous simplement la direction de t«.lle cm tcll«, rue, on
tindra d'abord de ne pas compte.halte o[ ,tt ne v»us v6i»,ndra
qll'aX-oc peine ; VOll% l»U«tSll{«.z-v«»H% au COl[l'ail'«. cOllllP un
i»alriott ., vous serez accu«.illi h ]was OHVt'l'tS «,n x«»Us
à boire du «idrt., qu«' l'on a tout derni6remcnt fiit v«.nir
i»a)s, on vous confiera la gène qu«' l'«,n «:prouve à vivre avec
des salaires peu 61evés. .t l»eau««mp d'ent)nls; «,n v«ms de.man-
dera mente des con:;eils, on vous fo.fa pt',,tn«.ttv«, d«"
klors mème qm. les conditi«,ns du lravail ne leur lwrmett«.nt pas
d'avoir un l«»cmenl à eux, nos «:nti'rds n'«'n recherchent l,as
moins A s'etablir d«ns les réions oh se trou-«.nl déjà ]»«.aucoup
des leurs, lion de plus curieux l ce point de ww. quo de parce»u-
rit les listes du «h.rni«.r r«wensemcnt de. 1891 pour h.
ment de Seineet-frise. o6, ce, mme «,n sait. ils se rencontrent
'rand nombre. On v voit beaucoul» d," communes ,'n train d'ètrc
Iwet«mnisées. Ainsi à Monti'ny-le-Brel,-,nneux, près de Versaillcs,
sur 318 habitants on trouve 5i Bretons; tout lW6S de. lb. i
,',_,urt, 159 sur 598 habitants: à Irgt.wl. dans le canton tic.
'8 I.A SCIENCE SOCIALE.
i'oissv. 5 sur 30 - habit»nts; à Vaux. o6fi sur 1.380 habitants; à
Toussus-le-X,,ble. près Palaiseau, 19 sur ti9, etc... Si vous ajoutez
à cela que, dans ces chitti'es ne s,,nt pas compris les Bretons, très
noinbreux, qui ne sont engag6s qu«. pour quelques mois chaque
am:«.. à i'«:poquc de" la moisson, vous comprendrez qu. l'on
lit,u{ adm.tir«, comme peu suspecte d'exadration la pr-p,»rtion.
«lue l',n m'a indiqu6e daus plusieurs de ces commmws : « Ici
l»hs d« tiers de la p,pulation est composé d. Bref-ris ». Si w»us
v, ms lransI»,»rtez de lA dans une commune v«,isine, où cepeu-
dnnt se rencontrent le m6me mode de culture ou la mème in-
duslri., v«ms constal«rez souvent qu'il n'y existe aucun Breton.
Il lhul &,ne bien a«lmeltr,, que les id6es de gronp«ment exerce.ni
ttnt. intluqc. «.nsid6ralle sur i'étal»lisscment de nos
lt'aill,.m's, toutes l«.s f-is que h.s circ«mstances le pcrnwttent,
c. r, ml»em«-nt va p,,ur 'ux beaucoup plus loin que la
sili,m des habilati,,ns, il n'«.sl pas rare de le voir aboutir à une
vdrilall«. ic e c,,mmun. I'u d'eux, mari6 depuis plus
moins i,»n2tcmps et disp,,sant de ress-urces plus consid,:rables.
l,,u«, un apl,artemvt ass«.z vaste, dans h'qcel il t'om'nit le
ment à dix -u quinze «,,ml»atrioles. alta«h«:s à la md.me usine qnc
lui. et sa fi:mm. &.vient la cuisinibre de la petite colonie.
l'6mi-rant n'est pas marie: et d,»il habiter isoli.ment, il ira
touj,,rs d« pr,:férencc dans m restaurant te.nu par un compa-
lri,,te. Ils sc. doivent presqce tous d. l'arachi h.s uns aux autres.
m'a-t-on «lit It'bs souvcnt. La c,h6si«« qui nait de rapports aussi
fr6«luenls, a des trac«.s un peu pa't,,ut. En pc, litiquc, elle cons-
titu,, une puissant,' avec laqu,'lle les partis d,»ivcnt compter.
Saint-D«nis, 1,, des atthires du B,,ulan-isme. il v avait là trois
mille «:lect«.urs à c,mquérir. A Versailles. où les partis, lors des
«le«ti,,ns muni«iph.s, sc. tiennent fi quelques centaines d,' voix,
s,,ni les Bretons qui sont les arbitres de la situation, et ceux qui
onl parcouru les rues de la ville h la veille du 1 mai dernier.
oui pu voir sur les murs de ërand«s affiches «,i se d«:tachaienl
ces mots en h.ttres rou$es : .I««.c Él«','tet«rs breton«I Dans beau-
c,mp d't.ndroits, ils «nt. l»«mr h-s ,fffices religieux, des lieux
r6union particuliers, d« prédicateurs sp6ciaux pour leur parler
I,'É.MIGRATION BRETONNE A I'ARI ET t,I.'X ENVIRONS.
la lang'ue «lu pays, et ce,mme une r,.ligion fi part. Beauc,,up
al'entre, eux qui. une fois sm'/i de h.ur pays n'allaient plus à
messe, parce que ce nëtait pas la mode dans I;, régiolt ,fit ils
s'étaient fix6s, se prennent à alh.r h ces retraii«.s fait,.s p,»ur eux.
ci dt»tri ils sont prévenus par des aftichos appos6,.s ch leur langue
aux l»,»rt«'s de c«rlain,.s dglises, dans l,.s quat'licrs ,fit ils s,mt
plus ërand nombre.
3" Celle' dmigrati,,n, p,:riodiqu,' ,,u i»Ol'mall,'lltO, s,. fel'a pres-
que toujours a,'er" e.7rit &.
La durée des cuqtgem«.nls lield «.ss«.nlielh'ment h la
des lravaux aUX,lu«'ls vont se consacrer n,,s ,.miranls.
de ces h'avaux, ce»mme le ]»inag«. e[ la u«»isst»tt dans h.'s
tvmcs de. l'lh.-dc-F'auc«, ou de la Nt»rmatttli«.. te tloma,det,t
bras que pendard quelques mois de l'antCe. Il'es[ Vel'S le
mois de mai. chaque' ann6e, q,«' c«»mmençc l'cx«»d«. «1« ceux
qui se destituent «k ces travaux. Ln i»lupart d'cnh'« eux,
depuis plus ou m«»ins longt«.ml,S, laisse.ni à h.uv t).tmn,. 1,. s,»in
d,. culliv,.r l«.s quelTws champs qui cnt,»ur,.ut leur mais, m.
s'en vont. par l»at,des de 10 f, 211. offrit' leut's bi'as, th. t'mc en
ferme, ils s'en ret«»u'n«nl à la tia do seph.nd»rc.
avec eux les 6con«mi«'s qu'ils ,ni pu faire" «'1 qu'ils consacreronl
h agrandir h. l,.rit hq»iu de i«vt'e qu'ils p«»ssbdcnt. Et s«»uvenl.
ils recommen«'«.ronl pendard quinz,, h vin»t aus ce' m,m,"
dans d«.s eirc,nslanccs analoges.
Mais h c6h; ci'eux ci I».au««»Ul» phls ilOUll»l'ellX sOItt «'Cll qli
aoecpt¢'ut d,' pt'«mch'e d,.s «.nga'*meuts d'une duv,:* iud,q,.vmi-
née ou du moins qui cml»rassct des métiers ,'al»al»les d," h.u"
t»urnir h«»l'S de ch«.z «.llX tlll h'avail p¢.rln«lent. N«»ls lO»Us
-ons d,,ne ici oit prds,.itce d'une elnigT;lli«m l,'rlmn«lle,
princip,', mais, ral'«'ln«'nl, il arrive' ,pl''n f«lil «.ll«soil «ldtiniliv«..
dl m»ins dans la pcls6e des dlniUl'alds «tlk-ltlènt«'s. QuehlueS-Ul
aceeph-nt bien la situatiot qui h.ut" est tdt«., fralwheln.nt, sans
al'ri6r«'-p«.ns6e «'1 ont la l'ésohlti«»n arr6h;e de se tixcr à demeure
dans le pays où ils sëtablisscnt : ceux-là sorti l..U n,mbreux. I'1 u-
h'es. en plus 'rand n,,mbre, sont contraints par la mis6re ,,1 la
maladie, de t'«.ster li Oil ils sont veuus. Mais, pour la pluparl, il
{J|| LA SCIENCE SOCIALE.
s'agit uniquement de quitter le pays l,»l|" quehlueS ann&'s, ct.
une fi,is quelques écon«,mies tit«.s, &. rexmtir s'y fixer dans
plus grande aisance. Et cet esprit persistant ch. ret,»ue tnarque
«le son emln'eintc t,mies h's phases principah's de leur existelw«.
t tnt-ils tk, it quelques dconomics, ils les envoient «'n ICrcta-ne
v vont eux-mèmes pour' acheter un petit coin «1" terre; veuh.nt-
ils se marier. «'est enc«»re en ICreta'ne qu'ils ir«»nt chercher nne
t't:lllllle; Cal'. sauf «le rares exceptions, tn, Bretm, dpons,.ra t,,u-
j,mrs une Brelonn,.; s'il leur nait des entknls, le plus souvent ils
les cnvev',,nl en Bretag'ne; .amais trois ans w se passent sans
,lu'ils m' s'en ailh.nl l»am qninze .j,»urs ,,c trois semaines au
milieu ,les l,.m's; et l»arf,»is il ne reviennent pas..l'ai u i Saint-
Dotais nn Bl'eton h. lna'anl«-tr,»is ans et lui se lr,,uvail 61abli
dans c,.tte viii,, dolmiS plus de seize ans; d,.s lvaaux pénibles
à l'usim. «'t l'nsae imm,»ddré de l'ale«ml en aaient fait me vie-
lira,' de la phtisie; or. I,' s,.ul plaisir qu'on p, mvait encore lui
«'atlSel" dlail d,' lui l»r,,metle lu'aussit,'d rdlaldi on le laisserail
[»arti" l,mr Ploug«mer.
Nous x-enons «le v,,il, c,,mmcnl lorgal|i.-.ati,m ,le la famille
t'orcait n,,s Bretons, en «h;l»it d'eux-i,Ièlll«.s. à 6mireu; nous les
HVOlls viIs pa.li', l»lliS s'dtablir ch c,,mmunautaires : IIORS «,lions
h.s suivre lnaintenalt dans h's div,'rs méti,.rs ,fit ils s'engaffenl
.1 conM;ih.r, i,'i ,.ncore, comm,.nl la formali-n iwintilive inthw
puissamment lanl sm' h. ,'h,,ix d'un ,irai que sur la tklcull6 de.
s'v d,;vcl,Tper «'1 de s',;le,q au p,,inl ,le ue s,,,-ial.
.I.
LIBRE-ECHANGE OU PROTECTION.
LA. PROTECTION.
III.
PAYS A DÉVELOPPEMENT MIXTE DE LA CULTURE
ET DE L'INDUSTRIE. (Fin.)
Ne»tre ai'tir.le, précédent a ,;t6 consacré à l'Arude des condilion«
de l'affri«'ulture 'n France. 11 nous faut v«»ir h présnt dans quelle
situalion se trouve de son c6té l'industrie. Nous purr«ms »lors
appr,;cier ,'n connaissauce do cause le r@imo douanier de. la
/:rance, considdr6 soit dans son év,,luti,m historique, soit ,lans
son dtat
La l»rcmi'rc condilion exigée pour que la g'rande indut,'ie
se développe très puissamment dans un pays donné, c'es! qu'on
v trouve en quantité : I" la force motrice; " les matières pre-
mières. Ces deux élémen!s essentiels de la fabrication ne man-
quent pas en France, niais ils ne se présentent pas avec une grande
abondance. Ce n'est pas que nous manquions de cours d'eau, mais
r, science
force bdrauliquv ne convient pas à toutes les industries, elle
irrégulière, et elle ne se déplace pas. Noire s«,l renferme d«
l,mille, mais h.s bassins carbonifères s,! dispersës, de mé-
di»cr«. ét«-nclue, 't d'une exploitation assez cofitvuse. S, ouvvnl il
plus avanta.,_"cux d« se procurer du charbon andais, belge
allen«nd, que de faire v«.nir du combustible francais. Aussi
imp«,rtons-nçms «1. t'¢wh.s quantit6_s de houille :
H(»UILLE.
F x crait. I ]tt lȢrtee
18311... I. $flO. 01111 I;110. 000
181» ........ :t. 000.t)tt I. OO.O00
117 ......... .l. i0tt.0tt0 2.176.O00
1 31 ...... 7. t (}0. t}((} 13. 200.000
1 t;9... 13- l; i. 000 »
1875 ........ II;.O iO.O0Ct
I;c' taldeau monlt'e lU«' ne»Ire l»roduction s'est augmentée bien
l»lus vito qu«. notre impo'lati,m, sanrriv«.r 'ependant à couvrir
h.s I»es«,ins. Ne,ire «,xportation est mini»w : 1.850 mille tonnes
t'Il 18tll.
La prodm'lim mél«lliqu est h peu près dans le mème cas,
,.t il «st r;re quo los 'itcs lndtallifères se trouve.nf à po't«:e des
«lép6ts de ch«l'l»on. C.la ost um. cause grave d'inf6'iorih:, surh»ut
,.n '«' qui com'('rn«' lal»rOdu«/it,n du tr. car le prix du radial
Iwique a l»aiss6 i tel point que. sous 1« c«mp de la libre concur-
rence, il ost imp«,ssi]dv de maintenir allumës des hauts four-
n.aux ,blig6s (1«' rc('«,urir à l'vmpl,,i d'un combustil»le grev6 de
frais d' lranslori. Tout rlçCVllllllOll[, la -rbvo «hs mineucs char-
I,mmi«.rs du lm'ham a obligé les f«,nd,.l'i,.s d. «.e disll'ict à él«in-
,h'e lonl.S feux et à rester inactiv«.s pendant de longues semaines.
tr ne,us s«mm's prd«isémont oi,lig-6s dimporter ou tout au moins
de transi»or'lot à distance soit le mine.rai, soit le combustible.
En 189o. ne, us avons importé : miel'ai de t., 1 .fil2.000/«mnes:
tbnlc, .137.000 tortue's; ferrailles. 2o.60o (Oltes, venant surtout
,1,. Suède, d'Allomagne, d'An$lelerre .t do B«qffique, pour une
alcuv de i à 5 millions do francs.
Lç rROTECTION. |;{
1}1' lllelll{, nf;[lS SOnlIII,'S ]tien loin de produire en France toutes
les ,luanlités ,,t roules h's ,lualilés de lain,.s qu,. nos usin,.s
somment. On a estimé le renden;,'n[ total d,' nos tl.oupeaux à
570.000 quintaux pour l'année 1889. L'iml,Ol'l«dion est ]»i,.n
pbrioul',.; elh. a aIt..inl I.65.000 ,luinl:ux on 18m, valant
millions de francs, et prov.uant surtoul d«.s «.lltrt.]»6ts anlai ou
belges ,.l d,. la Plata. N,ms n'avons pas n,»n l,lu ass,.z d,. i,,'aux
pour suffiro aux ,],.nmndes do nos usines. On ,'n peul ,]ire autanl
du lin, dont la l,roduction n,. dépasse uère 22.;o0
(filasse). landis qu,' l'inlporlatiol de la tilass,. ,le lin ,161,asso
00.00o ,luintaux, atlX,luels il c,nviet d'ajoul,.r 3.oo ,luinlaux
d'étoupes. En ,'e qui c«,nc,'rne h. ,.hanvl'«., au conlraire, 1« l,ro-
ducIion lmraiI bien supérieure i l'iml,Wl«Oion (390.000 quinl.
«onh'e 150.o0o. ,.t 25.oo ,luinl. d'bt,,up,.s). L,- lin et 1,. chanvre
nous vieml,.nt surh»ul de Russi,. ,.t d,. B,.lgi,lu«.. Nous achetons
en Chin,.. au Jap,n, ,.n Turqui,., n ilalie boau,.,»up de soio
car n-s naSllallerios sot l, fin de. suffire à la c,nsommali,,n.
Notre induslrie ,l,.inande, ,'n oulr,', au dello une quautité
matibres l»remii.l',.s qu,' ne, tre sol no l,roduità au,'un d,.oel'é, conmw
h. colon, h.s graines ol6a-ineus,'s, le juto.
Le' fait «l'acheler d«.s matièl'S l»r,.mibr,.s au d«.h-rs n,. consti-
tu,. pas par lui-mèln,, uno cause d'inféri«wil al,s,»lue pour la
fabrication. Si l,.s pays l,r«,duclcurs sonl incapabl«.s ,],.
«.n uvre l«.ut's pr-l, ros produits, ou bion si d'aulr,'s c;us,.s
faibh.sse atfi.cI,.nt leur artivité in,luslriello, l'avanta'o qui
sulto en principo pour oux d,. la l,OSS,'si,»n des inalibres
lairos so trouve annulé. C'est le cas par ,'x,-'mi,]o p,ur ]'s
chiales de la cl, t,' d'Afriquo, qu,. h.s noirs no sauraionl
en grand, pour le jute de l'hld,., ou pour le lin de Russie. Èn
dépit des frais variés ,lui s'aj,,utent, chemin faisan, au prix
l'eviont, les fabric«mls de l'Eul'Ol,,, occi,]entale trouvent oncore
un profil à faire venir ces articles j usque ch,.z eux, à h.s travailler.
,.t souvent à les réexpédior dans le pays d'origine s,,us la form,'
d'objets falwiqués. Mais les choses ne vonl p toujours ainsi.
Souvent les charges de transport, commissions, assurances, etc.,
font monter les prix à un niveau tel que les bén6fices de fabrica-
|i$ LA SCIENCE SOCIALE.
tion disparaissent. . c'est le CClS justement pour la houille, cet
élément indispensable de l'indust/'ie c«ntemporaine. Donc, bien
que notre production naturelle soit à tout prendre assez ai»on-
daute et variée, bien que Ici situation géographique de la Ft.anc«.
soit favorable au mouvement des transports, il n'Ch est pas moins
vrai que no|re industrie se tronve, à ce point de vue, dans un
notable d'inféI'iorité vis-à-vis de ccrtaits attires pays, où les fa-
I»ricant,, obtiennent la houille, I«. fer, d'autres matières pre-
n,i6'es «.nec,re, -n l»lus grande, abondance et à m«qlh'ur marché.
)lais d'ailleurs, il ne suffit pas de savoir quels sont les élëmenls
matériels dont dispose une industt'ie pour juer «le sa fi»rce et
de sa xitalité, il faut encore: re.chercher dans quelles conditions
elle est or.3'tclis«:o. C'est ce que nous allons faire pour la France.
!1.
En matière ._,ciah.. rien w s'improvise,, chaque manifesta/ira,
«le la vù. des l,.uples se rattache d'une ficon directe à une
«haine longu« et inintert.ompue de faits 6troitelnent d6pendants
l«.s uus d«.s autres, et exer,'ant l,'s uns sm" les autres Illle iii-
tluence fi,rt. «'t l»«.rsistant, .. Aussi, pour comprendre l'orffanisa-
tion «tctu«.ll de noire industrie, il ous $tul r6sunwr d'abord
les lienes principales de s«m dvohdion historique.
Le caract6ve h: plus t'r«q»pant 't le plus g6n6I'al de cette 6v,,-
lution ,.onsistc en ce thit, que noire industrie a 6t6 soumise.
prvs,lu« dbs son origine. à un r@ime 6h'ot et excessif de res-
h'iction et dc r@lementation. Elle n'a pour ainsi di'e jamais
c,,nnu la liberté.
D6s ,lue le moyen gffe ctt constitu6 une classe rut'aie rela-
tivement ais6e, l'industrie se ,16veloppa pour satisfaire à cer-
tains besoins de cette client6h, imp,»rtante. Les artisans, $roup6s
autour du centre l»rincipal ,1o rduni,»n, l'6lisc, trmèI.ent des
b,-,urgs qu'ils 6ri'èrent ,'n commtmes libres du onzième au qua-
torziëme si6cle. Maitt'es de l'administration de leurs bour et
villes, les fabricants 'empressèrent d'en profiter p,ur servie
LA PROTECTION.
leurs intérèts personnels, et dès le déhut des règlements llluni-
cipaux intervinrent : 1 ° pour limit«,r la concurrence intérieure
entre artisans du même lieu; "° pour empècher l'apport sur le
marché des articles fabriqués au dehors (1). Il résulta de cctle
tendance une longue série de chartes industrielles locale's, d,mt
la teneur variait avec les situations, les vues et les intéréts du
lieu et du moment, mais qui opposaient toutes des obstacles nom-
breux à la liherté du travail. Ainsi, on s'effol'ce : d'empécher
l'ouverture de nouveaux at,liers; d'égaliser lo prix d'achat «les
matières premières, afin que personne ne soit fo,cotisé à ce
point de wle; de lilniter la. production en défendant d'ouvrir à
la fois plusieurs ateliers ou boutiques, en limitant la dul'«:e du
travail, et en interdisant de choisir les meilleurs ouvriers.
défend aussi tout ce qui peut achaland,'r une boutique plus
que les autres, et, à ce point de vue. on se méfie surtout des in-
ventions et perfectionnements, fin voit par là comhien il était
difficile de développer ses aIthires ou de faire' pr%q-esser son
métier; il était aisé aux confrèr's moins actifs, ou moins lla-
biles de paralyser toute tentative de ce 'enrc par dos saisis et
des procés.
Phls tard, on voit los villes se d«Zveloi»pcr , la clientèle s'éten-
dre, les besoins s'accroitrc. Les corps d'artisans augmentent en
nomhre et en influence. Les rè,lclnents municipaux, trop géné-
taux, ne leur suffisent plus. Chaque métier tend à se protég'er
lui-méme, afin de serrer plus exactement les mailles ,lu filet.
Les corporations se forment, et s'entourent d'une harrière pres-
que infranchissable. On y distin-u«, trois cat@'ories d'indix'idus
1 ° les maîtres; lem" nombre et limité: ils ne sont admis qu'a-
près la confection d'un travail difticil«,, appelé chef-d'wuvre;
ils ont à payer un lourd droit d'cntrée; s,-,uvcn.t les fils de mai-
tres sout seuls admis à hl'iguer les places vacffntes; '» les ou-
vriers; ils sont étroitement soumis à leur maitre, et n, peuvent
le quitter sans son autorisation; la maitrise leur est f,:rmée,
sauf de rares exceptions, par suite leur vie est sans avenir; ils
(1) Voir la Science sociale, t. IX et X, articles de M. Demolins sur les çorporations.
T. XlV. 5
66 1., sct,cE socx,,,.
ne peuvent travailhîr que chez h:s maitres, «»u pour leur compte ;
leur nombre est lirai[6 ad libitum par la corporati,»n; 3 les
apprenfis, soumis à un apprentissag-e d'une long'ueur abusive.
variat de trois ans à six, huit, dix et lnenlc douze années.
Cette organisation axait pour résultat de êner le progrès des
méthodes, de. r6tréeir la production, de paralyser l'ouvrier, d'eln-
l»èchr le d6velopl»elnent des capitaux.
Plus tard encore, au seizième si6ele, la situation prit une
physionomie nouvelle. C,,mme l'int6r6t personnel r6ussissai à
briser sur ]tien des points les barrières corporatives, on fit appel
à l'État pour l.s r«nt'm'eer. L'administration s'empressa en eflbt
d'int«wvenir 1), et. ,lu s«.izi6me au dix-huiti6me siècle, elle de-
vint l'arl»itre du m,,uvem,.nt iudusriel. Son action fut double.
D'troc pari, elle eontribua à 61al'ir la eorporati,n en y admet-
tant à prix d'arffent veté au Tr;sor ro)'al un grand nombre de
maitres imp,,sés au mauvais vouloir de leurs confrères. De l'au-
Ire, elle pril l'habitude d« reviser et d'Cendre les règ'lements
de métier au point d'en faire d«.s e,»des volumineux, souvent
ineoml»r6hesil»les ou i,q»plical»les, v6ritable filets qui enser-
raient la t)dwieation en l'imlnobilisant. L'6golsme corporatif se
trouva dès lors d,,ul»lé d'une surw.illanee administrative ign--
ranle, tatill«,nne ri avide., qui 6t,,uttidt et ruin«fit la fois l'in-
dustrie , i:
L'Étai prétendait, en a3"issant ainsi, s«»utenir les corporations.
En i'6alit6, il leur porta un coup me,riel en substituant son au-
loril6 à la leur; l',rtl,nnance de 1572 fut le sign«d de leur alC
cadence, l'ar besoin d'argent, ou par p,,litique, le gouvernement
multiplia les ateliers, er qui arriva la concurrence; il favorisa
l',tal»lissemen ,h" quelques manufactures; il eneouragea cer-
tains inventeurs, l'ar là. le pI'o'rbs des affaires ri des méthodes
résista dans une certaine mesure à la pression des règements
et aux exil'entes du fise. Aussi, vers la tin du dix-huitième siè-
cle, en d6pil d'entraves si multil»li6es , la fabrication s'é{ait
(1) Ordonnance de 1572.
(2) Pigeonneau. Hist. du Commerce, t. 11. -- Levasseur, les C'lasses ouvriëres avant
1769, t. ll. -- Smilh, les Corporolions.
LA PROTECTION.
maintenue et montrait mème quchlue activité. Mais c'Cait 1"
peu de chose en comparaison de ce qu'une industrie libre att-
rait pu fiire dans un pays fertile, p«.uplé, bien situé comme la
France. Nous avons vu cela par l'exemple de l'Anleterrc.
Du reste, l'indttstrie francaise ne soutïrait pas seulement de
l'excès de la restriction corporative ou ré.'-_"lementaire. Une autre
cause encore, très g_-rave aussi, tendait en quchluc st»rb. à la
capiter périodiqu,-ment. La classe supérieure, la nol»lessc, ac-
coutumée depuis trois siècl«.s à vivre, surtout «h.s chars'es de
cour, des grades militaires et des bénéfices e«clésiastiques, ¢'on-
sidérait le travail comme avilissant (1). La haute b«,urooisic,
tentée és'al,:ment par les fonctions publiques, spécialom«.nt par
les charffes de judicature, partaffeait les préjuy__"és de la no],lcsse.
Enfin, tout ce qui parvenait à s'Alever au-d«.ssus de" la conditi,,n
de petit bourg'tels s'empressait d','.pouser cette manière de. voir.
Par suite, l'industrie restait, comme l'a.,-:_"ri«ulture, confinée aux
mains des petites gens, peu capabh.s de la faire- progresser xite
et de lui apporter de ros capitaux ,
Tel était l'état des choses quand la secousse de 1789 vint mo-
difier la situation. La Ct,nstituante, reprenant l'«.uvre de. Tut'flot,
jeta bas jurand,.s, maitrises et règ'lements de fabrication. Ces
al»us séculaires ne se sont point relevés depuis. Mais cela ne veu!
pas dire que l'évolution commencée, sous l'ancien régime s'est
arrêtC. L'initiative privée, endormie dans la nuit de la surveil-
lance bureaucratique, s'est réveillée dans un certaine mesure',
mais elle est restée sin'ulièrement engourdie. Du reste,
ment ne le serait-elle pas. l.'omnipotence administrative n'a
nullement disparu après 8.q. Pendant la R,;volution. elle persiste
sous une forme moins régulière, mais plus tyrannique. A partir
du Consulat, elle revit un aspect moderne, et va se r«.nf«,rcan!
avec les années, car les grandes d«'.couvertcs de l'époque lui ont
profité au moins autant qu'au colnmerce ou à l'industrie, il est
bien évident qu'avcc nos 720.000 employés dt. t,,ut .,-"rade et
(I) Cela est si vrai que, pour prot6ger eflicacement une industrie, on l'anoblissait
Telle était la Verrerie, par exemple.
(2) Cf. Pigeonneau, t. 11, p.
;8 , SCmCE SOO,E.
de tc, ut ordre (1), nous ne pc»uvons nous considérer comme une
nation trbs libre ch' ses mouvements, et très hahituée à ar di-
t'«.clem«.nt. Aussi la rée'lomentation a-t-elle reparu depuis quatre-
ring-t-dix ans, «.t menace-t-elle de se développer dans une mesure
excessive. Nous avons des lois rostrictives concernant " los condi-
tions d'élahlissement dos mines, minièt'es, usines, des fabriques
insalubres, dos api»aroils mécaniquos; les conditions ou la durée
du travail des ouvriers, des femmes et des enthnls. Parmi ces
meds, quelque.s-uns sontjuslifiés par la uécessité; d'autres sont
arhih'ait'es dans leut's tendances, ahusifs dans leur application,
ils aboutissent souv,,nt h des ettls ficheux.
Io pl,s. le I;oth. civil a génralisé chez nous une pratique qui
nuil à l'indush'ie comme à l'agriculture et au commerce. C'est
«.«.11o du partao b-al ohliffatoire et en nature de tous les palri-
m«,ines. Colle nécessi/6 est uue cause grave d'instahilité pour la
classe iuduslrieHo. Elle amène beaucoup de liquidafions fiicheu-
ses. en dispet'sant les capitaux indisp,,nsahles pour la bonne mar-
c.ho d'une entreprise jusqu«.-l florissante, il en résulte que les
.lradifi«ms se t'Oral»Chi , que le désir de s'enrichir vite prévaut
sur tout auh'e, et que la socté anonvme tend h se substituer de
plus en plus. dans l'indush'ie, h la direclion unique, chose qui
complique singulibrement les questions ouvriëres.
I;elte inslabililé «1 persomel dirigeant de l'industrie constitue
une notahle cause d'intriorilé que les hommes d'affaires sentent
bien.
Dans une péfili«,n ath'essce au .gouvernement impérial en 1865
par de grands thhrican/s parisiens on lisait ce passaffe - ,, Nous
«'royons que l'intluence de la l«,i actuelle (sur le droit de dévo-
lution sera fatale au dévelo[q»ement industriel et commercial de
la France. Tandis que l'Anbletet.re, sous l'empire de la liherlé
Wstamentaire, voit g'randir et se perpétuer chez elle des gta-
blissements iudustriels et commerciaux, chez nous, rarement
l'oeuvre du pbt'e est continuée par le fils... » C'est 'en effet la
pcrpétuit6 do l'en/reprise a des avanta$es énormes au point de
(I) Non COllll,ris l'armée et la force publique.
LA PROTECTION. |;9
vue de la puissance et du prix de revient de la production. Par
elle, la direction est plus éclairée, mieux suivie, plus eqéri-
mentC; l'aftire se développe lentement, mMs avec régularilé
et sùveté ; les capilaux s'accumulent ; le. lravail se divise et
ganise plus aisément; l'outillage est plus parfait, parce que les
p6riodes d'amortissement 6tant plus lonu,.s, on recule moins
devant les améliorations; les frais se réduisent i,ar l'cff.l m6mc
des autres avanlag'es (1).
Enfin les préjugés si fiicheux que les hommes de l'anci,-n ré-
gime nourrissaient lëgard des arls usuels n'onl pas disparu.
Aujourd'hui comme autrefois, on considére comme 6tant hors d,.
l'éhte l'individu qui dirige un atelier, ou achéte pour revendre.
Comme autrefois, l'iddal de l'homme d'aflhircs est de se retirer
pour vivre « bourgeoiscment ».; jadis on disait « nol,lement »,
voilà tout la diffërenee. Lorsqu'on en est arrivé Ici, on se garde,
]tien entendu, de pousser ses «,nfans vos le eOnmlcrce ou vers
l'industrie ; ce serait encore déroger. On les dirige vers les
tions publiques, ou bien on les garde oisifs. ue d'intelligences
sont ainsi détouvnées chaque année du lravail productif, combien
de eapiaux sortent en mème emps d,.s aflhires pour aller vers
les « placement sùrs », qui n'exigen qu«' peu de soins, mais ne
profitent guére l'activité uilc du pays.
III.
Nous venons d'apprécier la condition (bi personnel dirigeant
de l'industrie; il nous fau! voir à présent ce que vaut le pe,,n-
lel dirigé.
La classe ouvrière francaisc a des qualité_s propres très nota-
bles : l'intelligence, l'ardeur au travail, le .'-"oùt, le sens «le Ici
respectahifité ne sont pas rares, mème chez les ouvriers des
grandes agglomérations industrielles..lais elle snpporte aussi
des causes d'infériorité non moins précises. Dès l'ori.'_"ine d," Fin-
(1) CL la Scie»tce sociale, t. 111, l'- 83, article de M. Cachcux.
70 I.A SCIECE SOCIALE.
dustrie l'ouvrier a d' subir, lui aussi, la forte compression col'-
porativ«', l.es rigueurs de la maltrise le maintenaient dans une
positi,,n subordonnée; les règlements paralysaient solt initia-
lire.. L'État et la corporation s'entendaient pour le parquer dans
se, c«,nditi-n et pour h. surveiller étroitement. De. là le succès an-
cien des associations secrèh.s, d'oh sont s,wtis les compagnonna-
es, avec leur initiation brutale, leurs disciples, leurs rites pué-
fils. et aussi leur assislance r6ciproque. A diverses reprises, la
p,sition des ouvriers devint si critique, qu'à la suite de troubles
politiques, reli.'ieux, écon«»miques, de vérital,les exodes d'artisans
s,. pr,,,luisircnt, poussant au dehors des milliers d'hommes sou-
vent habiles dans leur art, laudisquc beaucoup d'autres étaient
,mprisonn(.s et exécutés (1).
.k l'époque a«tu.lic, la condition des ouvriers semble lneil-
hure, et de beaucoup. Ils ne s,-mt plus attachés " l'atelier pal.
clos rèffh.mcnts draconiens. On ne leur det'md plus de s'allier, de
s'entendr. d'or.,.:anis,.r mème la lutte div.eto contre le patron.
Les salaires sont infinimcut plus élew:s, sans que le coùt de la
vie ait crù &ns la luème proportion (-)). Les secours publics sont
plus abondants, plus larges, plus efficaces. Le travail est plus
actif et s'offre eu plus rande quantité. Les moyens d'instruction
théorique et h.chnique sont nombr.ux et accessible's. 11 semble
donc que l'ouvrier d.vrait ètre à l'heure actuelle non seulement
plus heureu\, lnais encore plus fort e! plus capable de s'élever
E vëalit;, il n'en est pas ainsi, voici p,-,urquoi.
L',r'anisati,-,n actu.lle de l'in&strie, d'abord, rend difficile
l'accession «le l'ouvrier au p«tr,,nat. Les entreprises sont en
én6ral trop consid6rables p-ur qu'un h»mm dépourvu de êtes
capitaux et de conuaissances h.chniques dével,»pp6es lmisse s'é-
tal»lir «,isément. L'obstacle n'est pas «hsolu pourt;,nt, car les ou-
vriers parvenus ne manquent pus en Franco, et sont communs
aux États-Unis..Mais voici d'autres empè«hqncnts, ceux-ci per-
sonnels t l'ouvrier. E premier lieu. il épars-ne. p'u, surtout
, I) Cf. Pigeonneau, II, 181, 282.
('q Ce qui a augocnté surtout, ce sont les besoins artiliciels, dangereux pour le
corps ou pour l'esprit.
Lx rROTrCtO.. 71
dans les villes. Un auteur rcent nous a fait connaitre la vie d'un
,mvricr parisien, prvsquo un contremaitt.,, qui avec un salaire
annu«.l de plus de 3.i00 francs et une famille réduite quatre
sonnvs, n'avait pas un sol d'6conomivs ( ! Les pr¢,miers éléments
du progrès social lui font ainsi d6faut. I.'ouw'ivr ambitieux
père alors qu'il pourra réussir par la poliliquc, tout comme un
bourgeois, et il se fait agitateur et al'lisan ,le grèves (,. lCautre
part, il perd de sa valeur tc,.hnique par suite, d,. deux causes
principales : 1 la d,;cad,.ncv de l',pptutissaffe, du. souvent attx
ouvriers eux-mèmes, qui r,.fusen de fi6rv d,'s appr,.ntis p,»ur
r6duirc la concurrence des bras: puis les enfants h.s plus int,.l-
ligents sont drain6s par certaines adlninistrali,ns, cmume le
1616graphc ; en outre- les parents, que le «,,nh'at d'apl>rentissage
ne lie g-uère, repr'nnent s«»uxcnt les ent]tns avant la tin de
leur engagement, p,»ur en tiret, parti l,lus vitt; 2" 1. svrvicc
nIHitaire, qui saisit l'ouvt'i«.r au ddbut de l'Ige adulte, au moment
o6 son intelligence et sa main s'affermissent, où sa r,;th.xion
s'aiguise..tu r6ffiment, il pol.d une pat'tic de l'cxp,;rience acquise,
et ne la recouvi'«' plus au luèmc d,.gr«;, 3).
!1 r6sullc de cela une ilff(.tà«,rit6 manifeste d," la m«dn-d'«»uvre
française en ce qui concerne les travaux h la f,fis d61icats et ra-
pides. Aiusi, elt France ott empl,,ie g'dnéralement de art à 55
riers pour conduire I.O00 broches filant le lin. numdros moy,.ns.
En lrlande 35 à 'te suffisent. !1 en est d,. tnëntc p,,ur le tissage.
Comme la main-d'«.uvre r«q»r6sente une fracli,m imporlanle du
prix de revient, celui-ci sëlèvc sensi]h:mcul l,ar l'ett't de c«,tte
surcharge.
La question de l'oulillage n'est pas moins imp¢r|anl«' quo les
précédenles, il faut donc l'examiner " part. Or il est remarquable
{1) P. du .-Iaroussem, Charpc»ttier «le Pto'is, p. 126.
() Ibid., p. .
(3) Cf. Le Blan, rapport au Conseil sup. du Comm,.rce (Enquëte sur le régime doua-
nier, 189«).
7 LA SCIENCE SOCIALE.
qu'en Frano la fabrication en rand atelier s'est développée plus
tardivement qu'en Xnleterre ou en Bel'ique. Le procédé de la
fabrique collective a persisté longtemps; il dure encore, bien
que l'usine tienne aujourd'hui la première place. On sait que
ce procédé se résume ainsi : un artisan établi dans un hubourg,
ou à la campagne, travaille à la main, chez lui, les matières
fournies par un patron qui recueille le produit hbriqué. Cette
organisation industrielle n'est pas sans avantages au point de vue
social. Au point d« vue purement économique, elle est inférieure
p;trce qu'elle produit moins vite, et quelquefois moins parfaite-
ment, plus haut prix, que le g'r, tild atelier mécanique.
Aussi la France, qui a, pour la soierie, 55.000 métiers à ]»ras
sur 105.000 l85), qui fait battre égah.ment un bon nombre de
mOiel's de. ce t3pe pour le lin, le chanvre, la laine et mème le
coton, qui fM,rique «;alement en petit atelier une quantité d'ar-
ticles variés (quinc«tillevi«., bonneterie, confections, etc.,) est-elle
sensihb.ment en l'etal sur les [mys qui depuis longtemps ddjà
«'11[ 'l'OUpé tlll personnel ouvrier nombreux antour d'engins
mécauiques incvssammcnt pcrff.ctionnés. Du reste, notre pays est
de beaucoup infih.ieur à l'Angleb.rrc pour la fabrication des ma-
chines de manuftctures. La preuve en est que nos principales
industries sont, h ce point de vue, les clientcs obli-écs des atelic
anglais de construction mécaque. Nos premiers outillages sont
naturellement enus d'outre-Manche., puisque nos voisins ont su,
avant tous leurs coucttrvents, 1)[it.r h.s forces naturelles au ser-
vice" de, l'ittdustvic. )lais de.puis nous aurions pu du moins les
imiter et les égalor. 11 n'eu «,st rien; los fabriques d'Elheuf, de
M,z;tmct, de lloucn, de Cambrai. ott (h. Lille. vont acheter eu An-
g-leterr«., Ch Belgique, on mème «.n Allemagne leurs cardes,
lcm.s bancs 5 broches, h.urs mé[it'l'S à tisser, et supportent de
ce fhit une surchar.'e dt 5 à 30 X dans l'établissement de leurs
usinos (I) Les prix de ri.vient des produits s'élèvent en proportion.
A un autre point (le vue, notre 3rande industrie présente en-
Cf. Réponses fournies dans lEnquête sur le régime douanier en rg90. Les ten-
tatives faites pour importer en France la construction des machines textiles ont
géural«.ment ëchotté.
LA PROTECTION.
core, sur certaines de ses concurrentes, cette cause*.rave dïntërio-
rité, qu'elle est moins concentrée et moins spécialisée. Cela est
frappant surtout dans lcs industrie toxtilcs. Nos établLss,-monts
sont loin, pat' exemple, or sauf de h'ès rares «.xcoptions, d'égal,'r
les manuthcturcs anglaises, où s'accumulent 1,.s moyons (Faction
les plus puissants, en xue de fabriqu,.r ,.n noml,rc (les articl,s
peu variés et de vente courante. Un homme du méticr, M. ;.
Roy, disait récemment, dans un intéressant rapl,ort sur l'indus-
trie des tissus en Angh.tei'rc : « L'importance de ses aIthir«.s
permet à l'industriel angais de faire toujours h.s mèmes articles,
dont le débouché lui cst assuré, et nous avons vu des établisse-
ments qui, avec -)00.000 broches et 2.000 métiers à tisser, ne
filent qu'un ou dvux numeros et tic tiss,.nt que deux sortes.
comprend l'intlueuco que cette Inanière d'opérer peut avoir sur
le prix de rvvient. » Chez nous, au c,mtrairv, les usines, montées
sur un pied plus faible, sont obligées de varier beaucoup leur
production pour trouver une clientèle suflisaumwnt étendu,..
Mais il résulte de cela unv grande coml, lication, des i»crt«.s (le
temps, de plus grands frais de main-d'oeuvre, un déchet plus
considérable, etc.. et, ,qt fin (le compte, une aggravation marquée
des frais généraux.
Certaines industries francaises sont mèinc si médiocrement
développées, qu'«.lles dvvicnuent l'obj«.t d'un véritable' monopole
de thit. On peut citer, par exemple, la situation incroyable d,.
notre industrie linière du N,,rd, qui ne trouve en France qu'un
seul établisseueut p,»ur le blanchimeut et l'apprèt des toiles d,.
Iii; celui-ci peut dès lors maintenir ses prix if un tel taux, qu'il
est souvent plus avantageux d'cuvo)»r les Acrus h Belfast d'ir-
lande pour les faire blanchir et apprèter. Les frais (le port. aller et
retour, et le prix du travail cumulAs, n'arrivent pas au niveau
des exigences de la mais,,n française; 1,. travail irlandais est
d'ailleurs préf6ré pour ses meilleurs résultats, si bien qu'uu d,,ubl,.
intérët pousse les tiss«.urs francais à s'adresser à l'étran.'.:-,.r.
Ainsi, d'une faç'on générale, et à part de rciuarquables exc,'p-
tions, notre industrie vst, vu règle, organisée et outillée d'un,, fa-
çon qui tend il auluenter les frais. à él,-.v«-r les prix d,' r,.vient,
74 LA SCIENCE SOCIALE.
par suite, h.s prix de vente. Cela est si vrai qu,., pour un bon
n,mdre d'articles courants, mach|m-s, tissus, mercerie, quin-
caille.rie, horlogerie, verrerie, i'aï,.nces ci porcelaines, etc., les
prix courants «les maisons an.'-"laises, hein'es, suisses et mèmc
am,»ricaines sont fort iniërieurs aux n6tres. L'abondance des ma-
tiëres premiëres, la puissance de la production, la force de
l'outillage, h" bon marché de la ma|u-d'oeuvre, agissant ensemble
,,u séparément, amèuen! ce résultat, que l'organisation des
transp,-,rts peut. encore accentuer.
.N'ous av,,us ,.n Fralce des rou|cs, des canaux, des chemins de
fer, une mariuc. Leur ensemble forme une puissante combinaison
pour la transmission des produits, mais elle a aussi des causes
.'_"raves d'in|ëriorité. Les chemins de fer out été construits admi-
uis|rativemeut, c'cst-à-dire à hau| prix; de plus, on leur a imposé
des traci.s «m6reux et des extensi,ms qui ne fou| pas leurs frais.
Par suite., leurs tarifs sou| restés jusqu'à ces derniers temps su-
périeurs il ceux de la plupart des compa.'-"nies étranffères. Quant
à la mal'tue. ,.lle sui»porte le poids fort hmrd des ,,bi|garions
sui|au| de' la loi sur l'inscription maritime; la coustruction fran-
,'aise est ch@c; le tratic national ne fournit pas d'une facon
.'-"éuérah' et COnlpièt le fret d«mlde d'aller et de retour. De l'à le
haut prix d,.s fro|s, et le dé,-li d,... la navigation sous pavillon
fran«'ais. In exemple pris ,'ntre cen| d,,nnera bien l'impression
des ch,»ses. Aux Imh's «»rien|Mes, ,m rencon|re de ffrands voiliet
an.'-_"lais et américains du port de ".o00 "à 3.ooo |onnes. libres de
leurs l»r,,céd,;s; en cas de se:jour prolon-3"é ils conédient la ma-
j,'ure partie d,'s equipages, et fou| aiusi uue économie notable,
,lui leur pern,,.t d'attendre un cl,arg,.mctt. A c6te d'eux quel-
,iu.s ha|eaux francais de 5o0 ;i i0o t,»nnes, ayant des frais fixes
l,resquc seml»lables, grevés de 1,,urdes obligations envers leurs
équipa.,__'-es, pi.«.ssés de rentrer pour ne pas s,,lder des hommes au
rel,,S, essaient en vain de faire quelques aflhires. Ils réussissent
rarement i 1). En Europe, la majorité de nos produits est confiée
i dc. navires é|ran,-crs, pour des motifs analog-ues.
l) Bull. cortsul, franc.., 1891.
Lç rROTECTION.
Les capitaux existent en France avec une réelle ahondance, et
s'offrent " des conditions modérées, bien ,lue leur prix soit (.n
moyenne plus élevé qu'en Angleterre. Mais, pour les raisons
que nous avons «.u dOà l'occasion d'exposer, ils ne se portent vers
les emplois indush'i«.ls qu'avec hèsiation. Beau««»up de Fran«ais
riches vivent total,'ment en dehors des aflhires, ils n'y connais-
sent rien et en redoutent les alea. I,es ildush'iels eux-raCines, une
f-is retirés de la xe active, craignent d. voir se rd«luire les
et parts de leurs «'nfants, et recherchent ds placements
dérés comme « de tout reps ». Un auteur tinancier le disait
récemment avec justesse " « Le rentier francais n'ailne, en lemps
ordinaire, ni les valeurs industrielles, ni h.s actions de banque;
il préiëre les placements en valeurs à l'endement fixe " fonds
d'État ou obligations (l). » DII l'eSe, cette tendance est favoris6e
chez nous par le dév«'loppelnent col,ssal de l'ac(iol de l'Etat,
veloppem.nt qui multiplie des emprunts du Trésor public et par
suite les occasions de placement en rentes. Mais cela est émineln-
ment f«ch«.ux pUl" lïndustrie, obh_ce de pa)-êr [»lus cher Ull
aliment indipensahle de son activitë. Les choses VOll( si loin dans
ce sens que les fortunes, prixées de cet /.16melt puisan[ de
progrès, paraissent aujouwl'hui aw'tées dans l«,ur d6velopl,e-
ment. « Il selnble, dit M. Lero)-Beaulieu, que les fvtunes de.
classe moyenne et de' la classe opulente sont reshes t,,ut au moilts
stationnaires dans les dix ou douze (lerltières allll6eS. ,, S'il ,.11
ainsi, elles nt bien près de d6cl'oitre, et celt' Conséquence
Iïnertie des capitalistes est nahlrelle et lo$'ique.
Voilh d«à bien des Causes de dit'ficultés pour n,-,h'e indush.ie
«'n face de certaines concurrences. Il en est d'au[l'es qui l,rovien-
nent du caractère particulier de la production fran,'aise.
Les produits fahriqués se divisent en denx caté.-Nories qui n'ont
pas la mème portée économique. t;e sont d'a|,ord 1,.s produits
(!) A. Raffalovich, le Mar«hd financier e,t 1891.
76 A scv.cv. SOCAI...
eolnmuns, de consommation courante, puis viennent les articles
de luxe. Certains pays se sont adonnés spé«ialemeut à la produc-
tion des objets eommuns; ils en inondent tous les ma'chés du
'lobe. I.a France a joui du'ant de longues années d'une véritable
sp6ciaté pour la tbuiture des objets de. luxe ; sa réputation est
encore sans rivale h ce point de vue, malgr6 la concurrence de
l'ilnitation de pacotille. Cet 6rat de choses date de loin.
E France, la vie urbaine et la toute-puissance de la rovauté
se sont d6v«.loppées simultan61uent, et leur ext«.nsion commune.
a itV«,l'is6 justement à uu degré 6raillent l'expansion et le raffine-
m,'nt d,.s ffo6ts dël6ance et de luxe. La large prodigalit6 de
nos rois, surtout de.puis le scizi6me siècle, est un lieu cotnmun
historique. En 15O, h l'entrevue, du Camp du Drap d'or,
Fran«ois 1 « 't sa nobh.sse déployèrent uit faste qui d6passa de
l,»in celui dn roi d'Auglctcrre. Uit peu plus tard, Henri 11I, chef
d'uu Ëtat ruin6 par la guerre civile et 6trangère, d6pcnsait des
millions aux noces deson favori Joy«'use. llsuffit dëvoquer le sou-
venir de. la cour de Louis XIV et de celle de Louis XV pour donner
l'impression de qnelque chose de ma'nitique. 11 ne pouvait en
autre.me'nf dans ce mili«.u compos6 de gens frivoles, inoccup6s,
riches ,,u pourvus de pensions et d,. prébendes, puint en somme
largement dans le Trésor public, bc la cour. le 'odt du luxe
ffnait la bourffc«,isie, qui s'cfforcait souvent d'éaler la noblesse
dans ses coùteuses tblies, au point d'inspirer de la jalousie à
celle-ci et de s'attil'«.r d«.s ol'donnances soml,tuaires.
Al»res cela, «,n n,' doit pas s'6tonn«.r d« voir les rois encourager
de t,,utcs t'acous le dévclol,pem«.nt des industries de luxe. Ils ap-
pcll,.nt du dehors d,.s artistes cél6brcs et des artisans réput6s,
tbndcnt des manufactures de tapis, de soieries, de glaces, de por-
celaincs, des ateliers de br«,deri«.s, de ciselure. Ils prodiguent
les encouragem«nts aux artistes et artisans ft'ancais qui imitent
les dtrangers, l'eu à peu le g,»6t se forme et sëpure, les procd-
des se r6paudent, la réputation s'établit, la clienth, s'dtend, et
c'est ainsi que s,. forma eu Frauce la sp«cialitd d«-s industries
$'l'and lu xe.
Cette dvolution fut favoris6c encore par diverses autres causes.
I.A I'BOTECTIO;N. 77
Les centres industriels de l'lta]ie, maitres incontestés de ces
industries au moyen 6g'e, étaient ruinés par les luttes intestines
ou par la domination étrangère. !1 en 6tait de. mème dans les
Pays-Bas. le'invasion musuhnane avait disp«.rsó les artisans
bvzantins et coupé nos communications avec l'trient. La Fraucc
s'était donc établie, en somme, dans une place vacante. Elle
resta d'autant plus volontiers que sa situation intéri,-ure lui
dait difficile la producti«,n à bas prix des articl,-s communs pour
l'exportation; la spécialité des produits d'un prix éh.vé lui per-
mit au contrair de trouver au dehors une clientèle et do réalisor
par le commerce ext«;rieur de beaux profits. On s'explique donc
les longs efforts de nos fabricants dais ce sons et leurs succès.
ilais lorsqu'on s'est fait m,c sp(.cialité, on n'en chanse pas
volontiers, aussi la situation est-elh, restée la mènw. "h qu,.lque
chose près, dans notre pays. l'n grand industriel fl.ancais
disait fort justement dans uu livre récelt. « Nos fal»rica,,ts, ne
pouvant produire au mme prix les articles courants, sont «,l»ligés
de se rejeter sur les articlos de luxe, et au lieu d'avoir pour
clients les grandes masses, « 1«. million ». comin¢ disent los An-
glais, ils ne vendent qu" quelques privilégiés (!«. la fortune; ils
sont donc portés à pratiquer de préférence des petites industries
spéciales, les industries de luxe, sujettes aux caprices do la modo,
et qui. ne vivant pas des ho.soins réels, souffrent et p.ériclitent
dès que, par suite d'une crise, le consommateur est obligé de faire
des économi«.s (li. » Ce passa.'..e fiit bien ressortir " la f,,is
la cause et l'effet. Par suite du progrès «les transl»Orts , le nom-
bre des consommateurs d'articles communs va sans cesse
croissant. 11 n'en est pas do mmc p«,ur les articles de luxe; leur
débouché reste limité " la classe opulente, qui ost toujours une
minorité. Il est vrai que le go6t du fsto a pénétré d« nos jours
jusque dans les classes inférieurcs, mais elles sont obligécs de
s'en tenir aux imitations, aux objets de qualité mèdiocrc sous un
extérieur brillant, dont le prix reste abordable. Les classes aisécs
elles-mmes se laissent prendre à cet appat; on préfère payer
(1) Thie,'ry-Mieg, La France et la concurrence glrangère, 188.
78 LA SCIENCE SOCIALE.
moins cher, et chaner plus souvent. Les femmes surtout on
déterminé une vériable évolution des habitudes dans ce sens.
« Malheureusemenl, dit M. Roberl-lwsarhes, présiden de la
Cbanabre syndicale de la santerie de l'arts, le goùt du beau eu
toute chose s'amoindrit chaque jour; o recherche les objets à
bon marché ». Naturellement, la fitbrication suit l'impulsion
el l'a«celère en allant au-devant des d6sirs de la clientèle. Mais
le enre convienl m6diocrement à nos indush'icls. Ils Old leurs
tradifi,,ns, leurs procédés, leur fro61 form6 par une longue 1)ra-
tique; ils apportenl tout cela mèmc dans l'élaboration des ar-
ticles h bon marché. A c6té d'eux, des fabricanls moi bien
l,r6parés, mais moins 6nés aussi par 1o poids du psé, moins
entrav6s, moins surchar'és, s'emparent de leurs modèles, les imi-
h.nt h meilleur compte, et écoulent facilement des produits qui
souvent n'ont pas d'autre mérite que l'apparence, mais dont le
prix est inf6rieur aussi. Un consul francais au Canada écrivait ré-
cemment dans ce sens : « Grhce h leur don d'imitation et à leur
pcrs6vérance, les Allemands sont arrivés h conlrefaire nos
modbles h des prix au-dessous des cours français, de facon h
pouvoir subslituer leurs copies aux ori8'inaux qui sorteut de nos
ateliers » ( I ).
Le commerce est tlll interlnédiaire souvent indispensable eldre
le fabricant, absorbé par ses occupations variées, et le consom-
mateur. Mais le négociant ne manque pas, et la chose est naturelle.
d,. faire l,aycr son int,-rvention par le prélèvemen| d'un bénéfice
qui s'ajouh, au prix de revient. Par suite, plus le uombre des
intermédiaires placés entre le producteur et l'acheteur définitif
est cor, sidérablc, et plus le prix de vente s'élève. Il v a donc, pour
tous deux, un intérèt précis à réduire ce nombre, car il est bien
prouvé qu'une réduction sur le prix accélère la consommation
au double profit du fabricant et du consomma|eut.
Or il est établi par des faits multiples que la production fran-
(I) Bull. consul. [tan.e., 1891.
LA I'BOTECTION. 9
«aise est revée de frais eonsidérables par l'excès des interm-
diaires. Dans le commerce intérieur, une multitude d. petits
,létaillants s'interposent et compensent le faible chith.e de leurs
atthires par la hausse des prix, la pratique' de la fausse mesure,
ou l'adult6rafion du produit. Ce fait provient d'une tendance
générale qui pousse les gens à rechercher les m6tiers à la f,,is
productifs et peu pénibles. Leur calcul rdussi/, bien qu'il soit
fort on6rcux pour le public, parce qu'ils se prèten/à la pratique
permanente du cr6dit, chose fort al,préci6e des $'cns d61,,,urvu
d'avances et d'6conomie. I/al,us extrème de ce proc6d,; a produit
un« r6action en pro»roquant la formation des -rands magasins,
qui ne sont pas eux-m6mes sans prélever de beaux h6néticcs,
tout en pouvant tV»urnir meilleur et moins cher que le petit dal-
taillant, grace à l'hal»ilude stricte de la vente au comptant.
Dans le commerce international, l'abus d,,s interm6diaires
tout aussi marqué. Le plus souvent, on peut mème dire 1,resque
toujours, le fid»ricant évite de s adresser directement au com-
mercant en d6lail, qui paiera ses produits dans tel ou tel
dtranger. !1 remet ses articles à uu commissi,,maire, qui souvent
vient les choisir à l'usiue, et paie à court terme. Iw cetl«, facon.
on r6duit les soins, les frais et le cr6dil, mais cette éc,,n,mie
larement compcns6e par une série d'inconv6nients ffraves.
b,rd, le commissionnaire achète au plus bas prix i,,»ssible, et
revend le plus cher possible. Aussi pr6f6re-t-il placer les articles
d'imitation, qui sëcoulenl par quanfit6 ;, plul6t que les produils
de choK dont le prix restreint la clientèle. Ensuite, il a soiu
d6marquer les objets, sauf exception, afin de garder le mont,pole
des approvisionnement. Le commissionnaire fienl d' la s,nqe
et à la fois le fabricant et le c«,nsommateur. Cela lui permet d,-
porter ses commandes la o6 son intérèt lui fait entrev,,ir les plus
belles occasions de profit. Aussi lui arrive-t-il d'all6chor la clieu-
t61e avec de bons et beaux articles français, auxquels il substitue
dans la suite des produits éh'angers ilnités et inf,;ricurs. Cela se
fi«it d'autant plus ais61nent qu'il est lui-mèmc, la plupart du
temps, anfflais ou allemand, et f,_,rt au courant de ce qui se
passe dans les divers pays concurrents. Nous pourrions citer à
ce sujet de nombreux exemples. ornons-nous à ces deux c-
fions rès cracérsfiques. « Lorsqu% dsai récemment un jour-
n ïrneo-amércn, dans ce vaste e riche paNs des as-Uns, on
voit pulluler les lnaisons de commerce anglaises, et surtout aile-
mandes, ri quo l'on " découvre i peine quchlues nég-ocianls fran-
«;ais, on se de.mande axec lristesse si nous ne nous sommes pas
,.ncore rendu compte dos prodiieuscs ressources de cette partie
du N«,uveau Monde, ou bien si nous d,:sertons la lutte.
« Mais la surprise est rande lorsqu'on s'aperçoit que les
Xllemands, les Anlais et autres ont charge presque exclusive,
comme consignalaircs, d'écouler nos prodts. Sommes-nous
donc incapables de vendre nous-mèmes les objets que nous
fil»riquns si bi«,n 1)? ,,
D'auh'e part, un consul français écrivait l'an dernier dans un
rapport ofticiel « Le commerce français en Australie aurait
besoin, pour devenir plus important et moins aléatoire, que des
mais«ms françaises sérieuses vinssent v inslaller des succursales,
des comptoirs de venh: à la commission. C'est ce que les Alle-
mands onl parfaitement compris ici et partout ailleurs, et ce
qui expliqu,, leur succès alors que nous restons en arrière... A
Svdn) comme i llong-Konff, comme dans mes diff6rents postes
en Amérique, je vois des succursales, ou des ag'ences de grandes
maisons allemandes auxquelles les exl,éditeurs allemands peu-
vent avec sécurité confier leurs pt'oduits pour la vente » ().
Il est remarquer d'ailleurs que nous agissons à peu près de
m6me en ce qui concerne l'importation des matières premières
que nous «'lnpl«,yons. In senl exemple fera bien saisir le carac-
t/q'e élendu de cette manibre de faire : les joncs «,t bambous
eml»loyés pour la confecti«»n des manches de parapluies nous
x iennent en g'rande parti« ch« TonS.i», par l'entremise de mai-
sons ang'laises 3)! Nous arrivons par là à pa)'er plus cher que
nos concurrents les él6ments de notre fibrication.
;l) Courrier «les États-Utis, 1889.
.2) Bltll. consul. I)'aç., 1891.
(3) Rapp. de M. Falcimaigne, présid, de la charnbre syndic, de l'industrle du para-
pluie, dans l'enq, de 1890.
Quelquefois, au lieu de remettre ses produits à un
haire résidant dans son voisinag'e, le hri«an{ se laisse {enh.v
par les offres d'un consi'nataire établi dans un l,ays lointain.
Sur quelques rensêig'nements sommaire, il expédie uue partie
de nmrchandisês à nn fripon qui le j,me. ,'t le d6ffoùte pour
toujonrs d«.s atthires faites fi une rande distant'e. Cela favorise
te commissionnaire installé en Vran«e, et lui assure
sorte de monopole paur l'exportation des i,r«,duits fran«ais.
D'autre part. h. goùt de ht Sl,,;cuhti,m s'est ,h:v,.l,»pl»é ci'un,.
thcon extraordinaire à no/r,' époque; c','st ,lU, ' le jeu l,',Zscn[, .
en ett[ la l,erspe,.tive d'un cnrichiss,.menl ral,i,l,' , ,.'est un
d'arriver vite h la p,,siti,,n enviée de rentier, d'h,,mme inoccul,d.
qui est l'id6al de n,)tre race i l'h,.uve actuelle. Mais la
lation réussil surtoui i troubler h. jeu r6gulicv des aflires.
produire des oscillations av[iticielh's et 1,rus,lu,'s dans l,.s prix, à
répandre la d6fian,'c d'une tkwon g'6nérale, et h d6couvaer h.
t'afic honnèle. I'es ,.ff,.ts fficheux aiss,-nl avec une 6n,.rie
d'au[anl i,fit g-vandc, que !,. milieu est l,lUs fail,lc. Or nons
venons de consla[er lmV des excmpl,.s mulliples que n,»tt'e mili,.u
économique [,r6s,.n[e ,1,' nombreux c6[6s
Si la mulfiplicit6 des interm6diai'es et h.s al,us de la spécula-
tion tendent à grever lourdement la l,r,,duction fran,;aise,
effet est aggvavé à ce l,,int de vu,. par l',:n,,,'mi/,: des char,.
publiques, i«ns un Val,l,,,rt récent sur la sihmlion financibr,.
la France, un d61,utO, M. C. l'elletan. «d'firmait que n,»lre [,ays
6tait plus fi,rt,.nwnt pressuré i,ar le lise que tous ses voisins
sans exception. Cette Mlé'ation est difticilc à établir avec une
exactitude rigourense, niais elle parait au moins vraiseml»lal,h..
lorsque l'on o.,nsidère le chitïre de n»s budets, celui de noir,.
dette, et aussi l'Atendue de n,s charges militaires et civil,.s.
Lorsque les profits sont larges, l'imp,',t est supporté sans diffieull;..
mais quand la concurrence limite 6troitement les l,dnéfices.
thbricant sent virement l'excès des taxes, non seulement p«»ur
part qu'il acquitte en pers,rune, mais encore pour ce que
paii.nt ses ouvrie et ses clients.
Nous ol,servons, en d,;tiuitive, quel'industri,, francaise présente.
T. Xii.
8 J LA SCIEICE SOCIALE.
vis-h-vis de s«'s concurrents, une série de causes d'infériorité
qui peuvent se résumer ainsi :
Défaut d'initiative produit par des causes ddjà lointaines, et
spdcialomont par l'abus de la réglemcnlation;
M«:pris prononcé de la classe supérieure diri.zcante pour le
tt.avail en -éndral. et p«mr les arts usuels «.n particulier;
Défrmatim de la classe ouvrière par la vie urbaine, la poli-
liquc, le progr6s «h.s id6es socialistes, le service militaire, la
,Idcadence de l'apprentissage;
I:aihless«" de l'outillage. «'t 61oignement des capitaux pour les
l»lacenr, ttts industri«.ls;
Caractbre tr«q» «'xclusif de la fabricatiou destinée à l'exporla-
tion, en pr6sence de la tendance du public A prdfdrer les pro-
duits à bas prix ;
trganisation défectueuse du comnwrce, et 'oèt croissant pour
la spéculation ;
Exagération des chars-es publique.s.
Il nous se.fa plus facile, après cela, de bieu apprécier la situa-
litre actuelle de la fabrication en France. Essavons de la ddter-
miner au m«»ven de thits prdcis.
Co,sidér«:e da,s son Cl,S«,,l»le, notre industrie parait ètrc
a«.tucllem«.nt dans uue situation difficile et dangereuse. Son
dévelol»pel,cnt est Ici,t, pénil»l«-, .èné par les entraves multiples
que nous counaissons. Ire 1815 à 185" ces entraves ont exerce
sur elh. une action fort sensible, bi«.u qu«' les progrès subits de
la n,écaniquc, des sciences et «l«.s transports l'aient poussée
en avant malgr6 tout. De 185- à Ifio, elle a gaçné presque
sM»itement I»eaucoup de terrain, puis son mouvement s'est ralenti
après ltfi0, et la .$u«.rre «le 1t70-71 est enfin venue lui faire un
t«rt énorme en la paralysant durant six longs mois, au profit
de la concurrence extérieure. Depuis, Faction de celle-ci s'est
fait sentir largement au dedans et au &'hors, de là les plaintes
LA PROTEt;TION. 83
multiples «lui se font entendre depuis quelques années, plaintes
qui paraissent justifiées, comme nous allons le voir en étudiant
les branches principales de notre fabrication.
L'industrie métallurg'ique a totalement "chan.é ses proeédés
et son caractère depuis un d«mi-sibcle. Le procéd,: de la fusion
et de l'affinage de la fonte au charbon de bois a presque disparu
pour faire place à cehfi qui emploie le coke. L'acier de cémcnta-
tion est remplacé par les acicrs fondus dits Siemens, Bessemcr ou
.iartin. Les n,»ml»reuses fonderies et tertres à p,.tit rendement
d'autrefois ont disparu devant quelques établisseluents
mens«s, montés sur un grand pied, qui lb.nm,nt lin rang" tlon,,-
table dans leur spécialité. Mais si leur pr«,ducti«,n est, en
supérieure, elle reste chère en me, renne. Ainsi. uos grands chan-
tiers maritilues font «les cuirassés et des croiseurs pour certains
-ouvernemcnts élrangers. qui préfèrent payer plus cher pour
avoir quelque chose de parfait, mais nos propres paquebots à
vapeur sont construits sur la Clydc, ou la M«rsey.
L'industrie eotonnière, qui axait augmenté sensiblement
nombre de ses broches à tiler, de 185") à 18fi7. est revenue de-
puis à son chiffre antérieur, tandis que dans la plul,art des
autres pays le pro','ès se maintenait, il est vrai qu'aujourd'hui
les appareils travaillent plus éCOliomiqucment et plus vile, mai.-
nous n'en sommes pas moins dans une pe, sillon moins prospère
que celle de nos concurrents. On en peut dil.e à peu près anlanl
du tissag"e, qui a dù se concentrer, sul»slituet" le mélier méca-
nique au me;lier à In'as. val*ter ses 'enres, parfois mème al»an-
donner une spécialité pour en adopter une autre. Nous avons «le
la peine à fournir les qualités fines et le tissag'e en souffre.
L'industrie lainière semi»le au contraire en voie tic
ré'ulier. Un homme compétent, M. N. Rond,,t, disait en
dans un rapport à la Cotnmissi,-,n des valeurs en douane. L'in-
duslric tout entière des tissus de laine est en proffrès; il s'esl
accompli depuis plusieurs années, dans presque tous n«,s centre.,
manufacturiers, uu mouvement très actif, tant pont la transfor-
mation et l'amélioration du matériel et les condilions de la t'a-
brication que pour l'exlension des dél,,,uchés. Dans les indu,.-
} LA SCIENCE SOCIALE-
tries acces...oires de la teinture et de l'impression, la France est
;,rrivée ' une incontestable supériorit6 tl). » Ceci s'appliq«e
surtout, il cst vrai. aux tissus de fantaisie de thcon 16gère et sou-
ri.ni de matières mdlang6es. La vieille et réputée fal)rition de
I;, drap,'rie a sensibl«qnen.t déclin6 dans ses ceItres principaux :
Ell»euf. qui COml»tait 68 thbricants en 1861. 0 ch 187,
ên 188. n'en avait plus que 80 on 1890; Mazamct poss6dait
21 maisons eu 1865. et 7 à 8 Ch 1890, l's aflhires ayant baiss6
d'ailleurs de t0 ,.hez c,.lles-ci ; Sodan. Louiers ne se plainnt
pas m,,ins (2.
L'industrie des t,,iics de lin ,'t de chanw', est. elle aussi, en
pleine d:cr«,issau«,:. I.a filature ne pe.t r,:ussir à fournir les nu-
m,:v,,s tins. et ve, il le nombre ,le ses bro,'hes décliner d'année
en ann6o. Le lissag'e u'est pas en meilhmve posture, et cepen-
,lant la consommation ne diminue pas dans le pays, car les im-
l,,,rtations étran-ères ve, ni en se d6v«'l,,l»pant. 11 est bien 6vident
,lu reste qu«. cet 6lai de choses est bien le rdsultat des conditions
du milieu, car des Auglais ,;tablis ch France pour 6virer les
frais de ,I.,tane n'out 1 m r,;ussir et ont «h fermer leur éta-
I»lissemont aprbs un" c«,urte ,;preuve (3).
I.'indutrie de la s,,ie est enc,»re lrbs prospère, grace à sa
i.ill« sup,:vi,,rilé et à s,,n «aractëre de thbvication de luxe. Mais
elle se plaint tbrt de la concurreuce des sort«.s cc, mmuncs étran-
ères. In assure que la France produisait autrefois les
des étoffi,s «le s,,ic consommées en Er,,p., et aujourd'hui seule-
.ent les [5. par suite- des l»Vo-rès réalisés à l'étranffer ().
.lusqu'eu 187o la ffanlevie française jouissait dans le moude
,.ntier d'une sorte de' m,,nop,,Ic. Auj,,,rd'hui .llc csl encore
fl,,vissante, mais l'Anleterr., l'ltalio, la R,'lgiquc et l'Allemaffne
lui tbnt une rude' concurence, l.a fabri«aliou des I»«,utons a été
@.«dement une industrie franc:aise par excellenco. Aujourd'hui,
(1". Cité par M. A,é. U. i16. V. aussi: raPl», de M. Valbaum au Cons. sup. du Como
met'ce, 1891.
,ee) Enquële de 1890.
(:) Le Blau. rappoc! au Con. sup. du Commerce, 1890.
,) P,.rmezel, ibid.
LA PROTECTION.
les .articles conimuns venant d'Autriche, «l'ltalie (le Belgi,lue.
abondent chez nous. Nos modèles de luxe sont encore recher-
«.h6s, mais les 6trangers les imitent sans d61ai ci nous
axec nos propres créalions.
En ce qui concerne la bonneterie, encore une vieille industrie
bien française, un notable fabricant écrivait en 189o :
,, Les ouvriers anglais produisent plus que les n6tres, le
16riel est supdrieur, les filés sont meilleurs et i meilleur lwix.
tilature anglaise, en ettt, ach6te mieux ses mafi6r«.s premi;.PeS.
avec moins d'intrmédiaires que nous; elle travaille plus
ffrand et en spdcialisanl davantage, c'est-à-dire dans les meil-
leures conditions pour produire bien et à bon compte ; son outil-
lage, enfin, qu'elle trouve sur place, lui c«»ùte aussi meilh.ur
marché (1 ». L'Allemagne ne»us fait aussi une concuPrence tr6s
efficace pour h.s articles de ce genre. n peut ca «lire autaltt de
la lingerie-c hemisel'ie.
Ue conclusion s'impose, à la suite de cette revue rapide, la
voici : Beaucoup de nos industries sont incapable« de se main-
lenir, mème sur le lnar«hé intérieur, en prbsence du b,,n marché
obtenu par les fabricant de certains pays. tuant au commerce
d'exportation, il est singulièrement resserré, et parfois mème
compromis, par la concuPrence de ces m6mes pays. Cela est
aHesté par de nombreux t«hnoignaffes élnananl non seul,,menl
des industriels et négociants int6ressds, mais encore do nos
consuls dtablis dan les principales places de l'dtrauffer
Tel est l'dtat actuel des choses. Voyons ce qu'il en thut conclure
au point de x ue de l'application du P6g'imc douanier.
VIII.
11 est probablement sans exemple au monde qt'un pays of-
frant un certain degré de civilisation ait jamais réussi à se
suffire complètement à lui-mème. Tous éprouvent à des derés
variables le besoin de se pi'ocurer certains produits du dehors,
(I) Rai» p. de ?,I. Mortier au Cons. sup. du Commerce, 1890.
(2) Cf. Bullelin consul, français, passim, et spëcial. Ch 1891.
|; LA SCIENCE SOCIALE.
naturels ou fabriqués, que l'on ne peut produire snr place. De
là un mouvement commercial d'imlo'tatio.
I'aulre part, il est ce'tain que, pour un pays donn6, vendre
au deht,rs, c'esl Cendre son d6bouch6, c'est angmenter le nom-
bre des consommateurs de ses roduits: il en résulte un pr6cieux
élément de 1,rosp6rit6, soit pour la culture, soit pour la fabrica-
ri,m. Cette source extérieure de profits p,.rmet d'accroi{re les sa-
laires, d'augmenter la production: elle aclive le développement
«l,.s capitaux. [tn trouve donc un inter61 cr, nsid6rable h exercer
le contnerce
tic mouvement en seus conlraire ci simultan6, que l'on observe
dans lous les États oranis6s, a ameu6 les 6c«,nomistes à con-
cevoir , pr&ri une th6oric qui se rdsume ainsi : Les divers
=roupcs nali«,naux é«hang-enl pt.,»duit c,»n/re pro(lit. Par suite.
un pays ne l,eut exporter des marchandises que s'il en imp,,rte
une quantit6 corrcsp,,ndante ci vice-versa. Dans la pratique, celle
thé,,rie peut s'apl»li,lucr par hasard, tbrtuitemen[, mais elle n'a
eu aucun« t«ou la l»«t't6e d'une règ'le S'tinCaie. C'est qu'en effet
les divers pays n'ont ni une production 6quivalenle, ni des be-
s«,ins parcils, ni des moyens 6g'aux. Par suite, la balance de leur
c,mmcrce ext@ieur ne l»,.ut s'6tablir avec la rigueur mathéma-
tique imagin6e par les 6conomisles. La x-drit6 consisle eu ceci, que
1,' m,»uvement des ma',.handises s'dtablit au contraire d'une
raton ç«q variable, scion 1,-s temps, les lieux et les circonstances.
Itès lors, p, mr dtablir un r6ime douanier, on ne peut sans
t.hance grave d'et.reur tal)h.r sur l'axiome q(e nous venos de
reproduire. Il faut étudier s6p«r,:ment ces d,-ux int6rèts, imp,)r-
talion, exporttion, et t«.nir «Oral,le de leur silualion respective.
D'autre pari. il csl remarquable que, dans une nation quel-
conque, la grande majorit6 comprend des individus qui sont
tout A la 5)is consommateurs et producteurs. Les simples con-
sommateurs sont une fidble min«,t.ilé; p,,ur ceux-ci, la consont-
mati«,n est la seule ch,,se importaute. Pour les autres, la consom-
mati«m a bien n intdrt, mais la production leur importe bien
davantage, car elle est le soutien de leur existence, leur occupa-
tion de tous les jours, la source de leurs protils. Dn resle, sans
LA PROTECTION.
production, que dtwicndrait la consommation? Elle se restrein-
drait évidemment dans une é»orme propovti,,n. En fait. ces deux
intérèts sont d«mc 6troitclnent solidaires; il faut h»u.i,,urs les
envisager ensemble, et tenir compte de leurs besoins communs
ci r6ciproques, sous peine de h.s ct,mpromettre tous les deux.
Les dconomistes se trompent lourdement, quand ils prdtendcnt
que l'intérèt du producteur et celui du COllS(Inllll;ltellF S«»ltt oI,pO-
SéS, ce qui les alnène à ndë-lig'er l'tut des d«.ux l,,»uv l,laider exehi-
sivement en fax eut de l'autre. Les économistcs, dit Bastiat, ll'ell-
visaéent j;mais la qu«.stiou du c«,nintoree qu'au point de vue
du consommateur, jamais du i,roducb.ur (I). ;'est pl'eudre f«dt
et cause pour une petite miu«»rité, en ndgligeant p;,r système
toute une série de faits d'imp,»l'tanee capitale. I»,»tir l.eslor dans
le vrai, il ne tktut rien n«;$lior, s,,us pe.inc' d'»rrivcr d,ns la
théorie A des contradictions absurd,.s, et daus .la pratique h
des erreurs pré.iudiciai»les au pays tout «qdier.
En r6sumé, il l..ut parailre utile d'exercer, dans un pa3s
daim6, une aclio» éCOlV»mique au m«»ven dês tarifs douaniers et
en exer«.ant celle action, on doit tenir compte aussi exactement
quo possible des inlérèts qui r6sullcnt, soit des atthires d'impor-
tation, soit des atthires d exprtalton, soit de. la consommation,
soit enfin de la pr,»duction.
Voyons maint«'uant comment ces principes ffénéraux s'appli-
quent h notre pays.
Si n,,us reprenons h. l'ésultat de nos Æ, bs«wvations i,r6cé«h.ntes
nous voyons que :
1" La libre concurrence despa.vs fertiles 06 la terre est gra-
tuite, ou à bon marché, et vierffe, aurait pour ettbt d'e,clul.e de
la plupart de nos marchés les denr6es indigènes, restreinant
ainsi la production agricole dans mie grand,, mesure. Par une
suite naturelle de ce fait, les ressources de la classe rurale
iront à diminuer, sa consommation d'objets fabriqués tombe-
rait à peu de chose. Pourrait-elle au moins se porter vers l'iltdus-
uvres, VI, 385.
} LA SCIENCE SOCIALE.
trie, dans le but de compenser au moyen (le ses salaires la
dispariti,« des profits de la terre? Évidemment non, puisque
«l«.s millions de bras s'offl'iraient au moment mème où l'industrie.
perdant une-clienl61e immense, «urail. elle aussi, à subir une crise
mol'te,lit.. I;eci revient à dire qu'au f«lld les deux grandes bl'an-
«-hes «lu travail son! étroitement s,»lidairos, «.t que les souffran-
,'«'s de l'une on! sur l'attire une iuévit«l»le l'(.pcl'cussion. Il est
donc illq»ossible d,. sa«.ritiei, l'une sms frapper l'autre.
2" l.a libre concurrence d's pays industriels occupés pat' des
faces plus actives, mieux munies de m,li6res pt'emières, de ea-
l»it;,,lX, lu,»illS ,.Irai'ffCs de frais e! de taxes, vendant directe-
iitt'nt d«'s arlich.s plus variés, et sltrtout des articles communs,
peut nuire l»«'«ucoul» à notl'e COlnlnerce d'exportation, d'abord.
et sui'tout paral.vser d;lS Ulle lar.e mesure noire commerce iii-
térieur, l'«r là les l'essom'ces d'un g-r«,ltd nolnbre de producleurs
dimiluald, ,lt ,»bservera fol'cément un l'esserrement du travail.
t**e l»aisse d«.s salaires, probablement attssi une. Cie'ration con-
sidéral»le, ,.t enfin une t'éduction l»l'Op,»rtionnelle de la consom-
mait,m. Ici encore' 1« lél»«T«USSiOll général«' des effets de la
concurrence al»p,l'ait et f«,it ressorlir la solid«ll.ité «h-s branches
diw.l-S.s de 1« pr,,duction entl'e ,.lies, et avec la consommation.
Aprè cela, il est Cide'ni qu« la France, pays qui a sa vie pro-
l»ve, ses int,;rçts lariculi.rs, s;i silu«ltion établie d'une certaine
iimni;.re pr tllt eOlc»tll..S Val'ië «le circonstaltces, ne peut sacrifier
s«.s ilttérVts les l»ius dir«.ct,, les Idus vitaux, à de valus principes.
La liberté il," se cou,',»it pas sns l'ésalité ; or, à l'heure actuelle,
1«, France est dans utte situ:li,,n inégale vis-àxis d'un certain
n,»ml»re d'autres pays; il est donc logique, et nécessaire qu'elle
«,il recours à des moyens artiticiels pour rétablir l'équilibre. Ces
moyens sont vaiés, m,is le plus employé «.t le plus efficace, au
moins d«lns la pratiqu, actuelle, c'est l'application des tarifs doua-
niers. Dans quelle mesure c,»nvienl-il de les emplo)-er chez nous?
lIn a si bien ressenti, dans la pratique, la nécessité des mesures
de. défense éconoluique, que mème sous l'intlucnce des théo-
ries les plus excessives, on n'a jamais et nulle part renoncé cern-
LA rFtOTECTION o 89
plètement ,à la protection. En France, elle est déguisée sous des
formes variées drawbacks, admissions temporaires, primes
diverses, subventions en arent ou en nature, et tous les pays
ont suivi plus ou moins cet exemple. L'Allemane, propriétaire
de ses voies ferrées, se sert de ses tarifs de transport pour favo-
riser sa producti,-,n. L'Anglotcrre elle-mme a soutenu par le
système des primes l'industrie du lin en ivlande (I). On voit que
la puissance des faits l'a emportë dans bien des cas sur les excès
de la théorie. C'est qu'en effet.
tifit'iellt" nécessaire pour eompen er, da,s des «irr.on.lanrt,." dt;tt,'-
min#., l'ine'tjalitd des .,itm«tion., entre les petqdes.
Mais si les tarifs de douane peuvent interveuir utilement à titre
de compensation, ;'e n'est pas à dire qu'on en peut faire im-
pun6ment, dans un pays comme le n6tre, un instrument de
monopole, un moyen d'exclusion plus ou moins absolue, parce
qu'alors, otc s'e.rpost, ,'t proroqtter ltn ra[¢qllissement martlttd
dans le projrès des métho«les, et
tiatice individuelle, ddj/ t'op [aible.
C'est donc entre les extrèmes, it 6gale distance d'une lilwrté
menteuse et dune prohibition abusive, qu'un pays comme la
France doit savoir se tenir. Wune manière ,.;énérale, la menace
de la concurrence étran're doit apparaitve h partir du moment
où la situation devient abusive, soit par l'exagération ;les prix,
soit par un affail,lissement dans la qualité du produit ou dans
la perfeetion du travail ,o).
Il ne faudrait pas oui»lier enfin, que la protection douanière
n'est, en définitive, qu'un proeédé artificiel, «l'une applieati,,n
difficile à cause de la variété des situations et ,les intérèts. C'e.t
..1) Nous pourrions citer bien d'aulres exemples. La fabrication du sucre, d. lalcool.
des soieries, etc., etc., a ètè soutenue par des l,rimes dans presque tous les pays du
continent. 11 faudrait ajouter ",i cela encore les prëtendues mesures sanitaires contre
la viande, le bétail, etc.
() On prëtend souvent que le prolit assurè au fabricant par le tarif est un Dnp6t
levé sur le consommateur. Nous avons constatë déjfi que la masse des eonsom»iateu,-s
est en mme temps productrice, par suite il y a dëjà de ce c6të un ëlëmen! de com-
pensation trés important. Quant à l'intérèt des simples consommateurs, il est minime
en prësence de celui de l'ensemble des producteurs; enlin, a-ec un tarif modërè, la
diffërence des prix est insignifiante.
T. Xl. 7
||) LA SCIENCE SOCIALE.
donc «'s.s'eti«lle»«'d ut mo!/et l'asitoire. Compter uniquement
sur des tarifs de douane élevés pour assurer " la France, d'une
t'ae,-,n durable, une grande puissance industrielle, une prospérité
brillante, une forer d'expansion eonsidéval,le, re serait tomber
dans une illusion puérile. Les peuples ne grandissent point par
la seule influence des moyens artifieiels. Si la protection outrée
peut lW,fitev à quelques individus plus habiles ou favorisés par
les circonstances, elle agit de la faeon la plus t'eheuse sur l'en-
semi»le de la p<,pulati«,n, en l'énervant et en l'appauvrissant. Pour
assurer l'avenir, il est surtout nécessaire de procéder à des ré-
f,;rmcs f, mdamentales, capables d'alléger les charges de la pro-
duction, et de renfc, l'ccr chez les individus le sentiment de l'ini-
tiative pesonnelle, le goùt des entrepl'ises, la tendance vers les
lw,,fessions lucratives et, ptr suite, vers le travail ind+penAant,
trop délaissé aujourd'hui par la classe riche. Là seulelnent sera
le salut. Si uous n'y pourvoyons pas, les nouveaux tarifs de
d,,uane, d'ailleurs +.xagérés dans leur tendance, trop compliqués
et souvent mal con'us, nous causeront plus de mal quc de bien
+.t ne serxiront gubre qu'à h«It«.r le déuouement t'Icheux d'une
situation déjà si lourdement revée.
I'u mot maintenant des traités ,le c,mmerce, dont l'applica-
flou +.st à l«.U près aussi anci<.nl,e quo celle des tarifs de douane
,.UX-ln,:mes. C'o.s/ qu'en effet les tl'aités de cette catégorie sont
avan| tout un moy«n d'ass,,up[ir les systèmes douaniers, de les
l, lier aux cil'coustan«es ; ils perlnettcnt des combinaisons variées,
,.t favorisent, lrsqu'ils son! bien é|udiés «.t établis avec soin,
l«,s echal.,_.cs avec cer[ains pays dont la situati,,n pr«Tre ottie
,les l,;ments de compensation. Xinsi, nous avons un intérèt évi-
«lent h favoriser l'entrée en France d,.s soies italiennes et des
vins espagnols, d'uue part, et d,- l'autre à expédier dans ces
pays n»s cotonnadcs fines, n,,s fers, nos fa:ences, etc. Un traité de
COml,evce peut faciliter les choses à ce double point de vue.
It'ofi rien! donc que l',,na réclamé avec [an! de vivacité, dans
,:o.s derniers temps, contre la o»nclusion des traités de comm«.rce?
Cela tient, semble-fil, h trois causes essentielles : 1' le public fran-
cals s'est laissé prendre à l'appat trompeur de la pr«-,tection
LA PROTEC.TI,)N. !| |
,.xagérée; ")" les tr«,it6s de commerce sont p;,rfois insuffisammcnt
étudiés, si bi«.n qu'il en est résult6 d,.s ett.ts fàcheux l,«»ur cer-
taines branches de no/re industrie; parf,,is m,Xm ,,n les a
ploy6s h titre de m,»yen accessoire, pr,»pre à mdnager l'obtenti,,u
de concessions politiques ou autres: les tçam,.ux trait6s d,.
notamm,.nt, étaient dans ce cas; 3" L'applicati,m g6n,:rale ,le la
,-lause dite « do la nati{,u la plus favoris6c », a l,r«,dui/ I,ien
,h's surprises, en 61arg'issant outre mesure, sans lransiti,m,
«aniquenaen/ pour ainsi dire, les ette/s d,. l,.lh. ,m /,.lle conces-
sion faite utilcmcnt A un pas déterminé, mais ,lan,.reuse lo's-
qu'elle est 6tendue à un autre Etat orga nis«; ,h. th««m ditt:r«.nt«..
p,qtt dire. que ce.tic clause a ttuss6 le sens et l'applicati,,n d«.s ira it,»s
de commerce, car cet act,. est uu cOntl'at spdcial et r,-streint par
nature aux pays ,lui l'oral sig'n6 après discussion, lan,lis ,lU, . la
clause de' la nation la plus favorisde a pour ,.lt.t d'en t,.ndt'e
le bdn6ficc d'autres l,ays sans discussion pr«;alal»l,..
6viler cet inc,mvCient, on est total»6 ,lnns l'«.xcès contraire.
renoncant à lYnpl-i des trait6s lil»rem,-nt discutds. Il est vrai
«lut' le caract6rc perp6tuel du fim,'ux article 18 du trail,; de
Fraucfort rendait la situation d,licate à e«' poinl de vue.
COllCluols en quelques nots.
La protecti«,n éc0,nomiqu«. est donc un moyen d0. comp«-ns«,-
titre, d,nt l'emploi mod0r6 est indispensM»ledans n,,tl'c
étant donn6e i«, situation actuelle des che,ses. Ce l,r,cdd0:
artiticiel, ct. comme tel. il l»r6scntc des inconvénients quon
peut ln6COnnaitre, inconvénients aml»litiés d'ailleurs par 1"d-
tendue et la masse (h.s intértAs Ch j0.u. L'application en est 0le,ne
difficile «-t coml,liqu0:e, l'out' organiser r6guli,'.rcmcnt, utilcmcn!
un tel r6gimc, en se maiutcna,t ..«tr des bases suffisanlt:n!
xactes. sans ex«,gél'atCns, sans abus, les pouvoirs publics ,le,i-
vent t'nir compte, par une étude att.ntive, p,r des discussi,,n...
approfondies, (l'un grand nombre d'éléments variCs et con,ple,es.
Malheureusement, notre org'anisatio politique actuelle est peu
favorable auxentreprises de ce genre. Notre Parl,.ment, «lui garde
le dernier mot en la matière, est compos6 d'éléments ii,suffisa,ts
9.2
Lk SCIENCE SOCIALE.
pour mener ù bien une. telle beso,,.«ne. Les hommes sans expé-
|'ieJice technique, sans connaissance d,.s affaires, les av,,cats et
les lettrés, y détiennent la majorité. Trop souvent ils sont portés
à faire de la p,litique un métier'. Or ce métier présente un aléa
pdriodiqm,, la réélection, préoccupatiou absorl,ante qui domine.
t,,u/, et pousst, le candidat -h favoriser aveuglément les intérgts
Ctoits de rég'ion, pour agncr ou conserver des suffrages. Aussi.
I,icn d.s w, tes sont-ils le résultat d'une résolution précouçue.
d'un marchandage, ou d'une cmnplaisancc. De là l, roviennent e!
1,s -rl'.urs économiques évidentes que l'on re,proche aux nou-
veaux tarifs, .t leur «;tractére d'exagératio| dau.'.:"creuse. 11 est
difficile de prévoir en détail h.s résultats que pmlrra donner la
I,,i de ,hmane ch' 189.2" mais. d'une facon S'énérale. il parait pro-
bal,le que s,,n iuthwnce sur n,,tre industrie sera souvent perni-
«i,.||se. .uant ;u C,,lumerce ext«rieur, elle pourra le gêner indi-
rc«tement par l'eff.t de' cert;|ines mesures prises par les pays
élral.'-"ers à litre de l'«l»résaillcs; mais la protection, mëm«,
exa.,-"ér,e, ne suffit l»;s p,,ur elup,cher l'exportation. L'expé-
rience a été thite en Fracc lnème, sous le régime prohibitif de
la R.staurati,,n et de la _lolarchie cit..luillt.t. Ce qui nuit 1.
plus à notre COmluercc avec l'étran.,.:er, c'est ne, tre apathie bien
o,nstat6e, le caractère .! 1. prix de n«,s articles. Ici enc«,rc
l'initiative individu.lle.cst seuil, capal»h, d'avoir raison des dif-
ticultés .t de vaincr« la concurrence Il).
(V, Ces ëtudcs, considerabl,.ment d/'velOpl»;es et êlendues à la situation ëconomique
de tous les pays du monde, seront prochainement i,uldiëes en volume. L'auleur sera
i,liniment reconnaissant à ceux de ses lecteurs qui voudron! bien lui transmctlre inces-
samment leurs observations et les faits fi leur connaissance ('h Paris, 40, rue Vaneau),
dans le but de faciliter ce Ira»ail en le rendan! attssi I,réci. que possible.
Le Directeur-G:rant : Edmond DEtOLt'S.
TYPOGR&PHI FIB.31L-DIDOF EF tfl . -- ,IENIL
LA
SCIENCE SOCIALE
BIBI IOTHFQUE
SUIVANT LA MÉTHODE D'OBSE1
Directeur
M. EDMOND DEMOLIJ
VATION.
tlOV ç 1936
Année. -- Tome X IV. -- 2 e Livraison.
SOMMAIRE DE LA LIVRAISON D'AOUT 1892 :
Léon Poinsard. -- Questions ,lu jour. -- Le tratt6 de commerce franco-epagnol.
l'. 93.
G. d'AzaxrLbuja. -- Un lroduit social spëcifique ,lu XIX" siëcle. -- .Xl. Pru,1-
homme. -- I1. Le dveloppement du t3e au XIX r siëcle. P. 109.
A. de lPréville. -- La Sociët6 Vettique. -- I. Le berceau ,les faces humaines. P. 13.
J. Lemoine. -- L'ëmigration àPars et atL environs. -- 1I. L partie faible ,le Imi-
imtiou, l . 165.
LE MOI.YVEIff.ENT SOCIAL :
La nlarchc des faits en France. par bi. Edmond Demolins. IX. Les accident« dn
travail : L'A.«.,arance pal'tat et l'A.surance par l'Initiative privée, par I. lFélix
lolier. III. Le roman social; g l'Amcricainc » de M. Jules Claretie, par bL Il.
Leroux. -- IV. A travers les faits ,lu mois. V. Sociëté pour le lëveloppement d
l'Initiative privëe et la vulgarisation de la Science sociale : Nouveaux membres:
-- la Science oeiale en Augleterre; -- C)rrepolldailoe.
PARIS,
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LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT
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LE MOUVEMENT SOCIAL
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LA SCIENCE SOCIALE
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rOLe, administrateur, librairie de Firmin-Didot et C t, 56, rue Jacob, ou 8, boulevard
de Vaugirard. (Envoyer les lettres à cette dernière adresse.}
Les six premières années de la Science Soci«le, formant douze volumes, sont vendues
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tin FORT VOLtiME IN-8" JÉSUS
Broché ....................... : ff. »
Cartonné percaline, tranches clorëes ................. «. =.
Relié genre demi-reliur
QUESTIONS DU JOUR.
LE TIAITÉ DE (:OMMEICE
FRANCO-ESPAGNOL.
Des rclatiols ,:conomiques étroiles exis[aien! del,uis long'temps
déjà entre la France o! l'Esl,agn«. , noll sans l»r,,tit, sembh.--il,
pour les deux pays. :es r,.lafion ont é16 rompu,. au d6l,ut d,'
1892, et remplacées par une véritable guerre de tarit. Puis,
revenant sans larder à des vues plus paisibles, les deux gouverne-
ments crut entamé dos n6ffociati,,ns en vu,. de pr,;pa'er uu uou-
vel accord. I.a raison d'ètm, d« ces dvoluli,ms est assez Cul'i,.us..
Essayons d« la d6gager de la masse des faits vari6s qui la dalle.v-
minent, or en m61ne temps la dissimulent sons leur ombre.
Eu ce qui concerne la France, la situation esl as.cz claire.
Nous consolnmons soit par nous-lm)mes, soit par l'e\povlali..n.
plus de vins, dc frui[s, de liège, (le radiaux, ci de quelque
autres produi[s éb;»..ntab'es, que nous n'en produisons. Il fa.t
bien que nous allieras chercher l'excédent au dchvrs. Et ell efl'ct,
nous demandons h l'Espa'ne un certain nombre d'articles «le ce
T. xl. 8
.Pi LA SCIECE SOCIALE
genre, du xin surtout. Nos vilicultours, duremen! 6prouw;s par
le l»hylloxcra, se s«,nt plaints am6rcmenl de cette concurrence;
ils ont r«;clam; des dr«»ils protecteurs qui h.ur ont 6t6 accordds
pat" le tarif de f«;vric' 182. lit. là. une rande irritalion chez
i,roduc/'urs cspan«»ls, privés de, h.ur ddbouch6 pt.incipal.
[l'tlll alltl'e «'6t6. la France d6veh,ll»O illle l»r«»duclion ind«slri«.ll,.
qui de;passe ses I,csoins, et elle recherche', h ce point de vue, des
d«;louch«;s extdrit.urs. Elle' en trouvait un «'n Espagne, nous
xel'rons bi«.nt6t pourquoi. E se trmant, par lnanière de reprd-
aill«., A nos pro«luils nlanutciurés, l'Espagne a caus6 à son lour
à la I:'ance un nolahle l»rudice. Ia situalion de celle-ci
donc ass«.z «.mbarrassale. In int,rèt tr.s certain, celui de sa
vilicultur«', fiil qu«. l«'s droits pr«lecteurs crut h.ur raison
Un intdrèt non moins c«.rtain, celui de l'industrie, agit de son
«,',t6 dans le se.as d'une r6duction des droits. Comment concilier
ces deux intlu«nccs ant«,«»nisles? il st.ml»le à pr«qnibre vue que
l'acc«»rd s,,it ch,»se imp«»ssibl«.. I'«.ul-ètre trouverons-nous ce-
p«.ndanl l«,ut à l'h'ut'«' un ttov«'n d'arranger les choses. Voyons
dal,ord quelle, esl la condilio g6ndrah" de l'Espa,e, au moins
dans ses lrails e«nliels.
I.a l'éninsuh, ile't'ique es! un pays natu'«.llement riche. Cou-
ver'le, de pla!eaux d,. moyenne allilt«h., sill«mné«, de chalncs
parallëh.s. ,.lle «,t't'l.e t«ms l«.s aspecls, t'«;unit !crus les climats, e!
.se prelc sut. une. «:ch«.lle vat'iabh. à outcs les «ullures. Les pla-
leaux S«ltt pr«,l»res égah.m«.nt i, la pr«»luction de" l'herl»c, et
ce.lit. «h.s Cel'«:ales: lirria!i«m, quand elle est possill«., en fat!
souvent ¢h.s!e'rcs de pt'emi6rc qualild. I.es «hain«.s sont coupées
de. railAes 65"al«.lnent !rès f.r!iles: lt.urs tlancs son! 'arnis
pàturaes «u de forè!s, dont le chène-lièffe est un l»t'écieux :lé-
ment. Les c6tes, arides sur «el'lains p«»ints, soit! ailhurs couver-
tes de jardins que l'humidit,; combinde axec une chaleur tropi-
cale emplit d'une riche verdure, de. tleurs et de fruits. Les cé-
rales, le maïs. les racines «.t l@umes, les p;/tura$'es naturels
la vi.,_.-ac, l'olivier, le dattier, le .renadier, l'amandier, beau-
coup d'au!res arbt'es à fruits, se, ni. pour les diverses par!les de
LE TBAITË DE COMMEBCEFR,NCO-ESrAGNOL.
la Péninsule, une sonree très riche ,.t très variéc de productions.
Le pays se prète donc de lui-méme, n quel«pw s,rte, à une ex-
ploitation agricole ficile et fructueuse, par son s,l et p,r s,,n cli-
mat. !1 parait bien. qu«. dans cs conditions l'affriculhu» l,»cal,.
devrait pouvoir lutter ais6m,.nt contre tout,z cspëce de c,,ncm'-
r,.nce, et prodnire assez pour alimenter non seulement la p,,-
pulafion ibérique, mais encore une exp«»rafi,m conidéral,le.
Itans la réalité d,.s,'hoscs, il n','n est pas ainsi. Voi,'i pourqu,»i.
La I»«hdnsule a 6t6 r«'couverie successivement p,r toute une
série d couches eflmiques. La preniére il), formée par les lbb-
res venus d'Afrique, s,-»r{ait d'une souche communautaire, cell
des Pasteurs du désert qu,. nous appelons Touareg ,). l»lus tard.
h.s Phdniciens, les ;rvcs, surtout les Carthaffinois, puis les Io-
mains, s'dtal»lirent en Ibdrie. Leur passaffe eut pour eftçt
mettre le pays en valeur dans une c,.rtaine mesur,.. L,'s Carfla-
ginois arrivbrent ce rdsultat ca thisant du commerce, les
Ronlains par la culture et l«.s mines. Il est à c.marquer d'ailleurs
qne les II»6res ne s,. pliér,.nt que lent,.ment et par fl»rc au Ira-
rail iatense. Cat'thae, établi sur l«.s cétes, pratiquant
1 nég,ce, ne les eut .uére pour adversaires, sin,,n quand ell,"
voulut les «,l»liger A travailler pour elle dans les mines
qu'clh, exploitait. Ele les trouva au c,mtrairc tont prçts
s,.rvir comme s,,hlats, car le métier militaire c, mv,'naii i,rfaite-
ment à leurs 'o,i/s aventurenx et pillards, l,,me au ,:outrait,.,
avec ses colonies a't'ir, dcs, ses vastes exploitations niniéres,
sou administration efigeante, eut toujours à combattre en E-
pagne, tant ,in'elle n'eut pas plié tous ses hal»it«nts à la prati,lu,.
plus ,,n moins assidue des at'ts usuels, et impos6 aux ancienn,'s
tribus aurore»mes le .ioug- uniforme de son régira,, despotique.
Anx premiers siéclcs d l'ère actuelle, on voit arriver dans
la l'dninsule les ;«,fls. ;es pasteurs 6 «ultur,' rudim«.ntair«.
transf,,rmés en pillards étai,.nt incapables d,. d,nn,'r aux lbèr,'s
une directiot nouvelle. Ils se born6rent à se substituer uux
1) La première, en nbglige.an! l'homme prèhistorique ou sauvage" des cavel'ne»
dont Iïnlluenee est nulle ou/ peu j,rês.
,2) .Ious nous réservon de prouver ¢ette origine dans une ,'lude ultèrieure.
t|Ct LA SCIENCE SOCIALE.
lonlains dans la direction et surtout dans l'exploitation des
vaincus (1). L'empire gothique, calque imparfait de celui des
Cdsat.s, dtait COlUnte lui d6chir6 par les factions; aussi tomba-i-il,
par lrahison surlout, devant une assez tiibl« inwsi«,n africaine.
Les Maures, comme les lbçres (d,,nt ils 61aient du reste
proches parcnls), appartenaient au lypc communaulairc et n'a-
vaient p,,int subi de transformalion radicale. Ils uc pouvaient
d,,nc pas plus que les ;olts m,,difier s«.nsildemcnt le type local.
:est pourqu«,i bcauc«,u I) d'Espa'nols se f,,ndirent ais6menl avec
leurs vainqueur's, ad,q»lant leurs moeurs. D'autres, retir6s dans
la r@ion m«»ulagn«.use du N,,rd, reslèrent en étai de guerre per-
In;lut'ni av('c l«'s M;tul'-s, pillant leurs confins, faisant de" t'uctuon-
ses expdditi,»ns h tt'avers h'urs campagn«'s el conlre leurs villes.
I.a l,)lmlaliou mauresque ainsi composée transforma le pays
par la culttlre, mais ollc obtint ce r6sultal n,»n pas par ses eflbrts
p«.rs,,nnels, mais surt,,ut à l'aide de l'esclavage, pratiqu6
comm,, il l'esl «.nec, re «.n l tri«.nt. E mème temps, ainsi que cela
se l,roduit l,,u.jours paf'mi 1,.s races de ce lype, clic se subdivisait
tql çlails {qlllelUiS, {'[ par suite en Ët«ts distincls êt rivaux. C'est
th. là que vint ente,re la ruine de la domhali,»l musulnmne.
En citer, noms av«»ns vu qll'Un Ëtat «.Sl»agn,d avait subsistd dans
le N«,l'd. et ,lUC sa polmlati,,n vivait en partie «le la gucrrc contre
les Maures. t, tte ue're allil'ait du 'este de. noml,reux aventu-
l'tors a'rivanl ,le tous les points ,h. l'Europe, nolamm«nt quelques
sein,.Ul- francs, mnlhcur«.usement trop rares. D, la sorte
,pc allait en se l'cnfor«ant, tandis que la det'ense fidldissait inces-
sumcnt. Elin les Maures t'urent à leur lour sc»umis ou chassds.
Ne,us sommes al,,s au quinzi6lu«, siècle. Les Esi,affn,,Is. avcc
d,.s d,.hors occid,.ntaux, sont au tbnd presque aussi ,»rientaux que
h.s vaincus, lcs sibch.s de lutt«.s iucessant,.s, a,'compagn6es de
pill;s«- fructu«'ux, onl lhil d'eux des soldais de mdticr. Ils
(1) L,'s I;oth», ou i,lus exaclemenl XVisigolhs. se COml,osaienl originail-«.meul des
l,,q,ulalio,t» enr,,lbes d,.s le deuxième siecle sur la rie occidentale du Dniel»r pat" de»
dcsceudanls d'Odin et de ses cou,l,agnons d'armes, venus la avec une suite de Vieux-
Germains de la Baltique. En traversant le r»idi de l'Europe au sud du Danube, il»
avaient l'el:rlllt" |1|1 ramas»is de pe/qles anlërieurs, nais analogues aux Slaves.
IJE T|AIrÉ DE COM31EIç.E rIA.Xç.O-ESPA(;.XOL.
.'.:_"ard: la traditiou du césarisme r,,maiu. Aussi, d;.s que la ruine"
compl,'_.te des Maures ls a laissés maitres de h,urs mouvements,
ils ue sawt plus que tçire. Les ocçui»ati«ms uulles ]vur
I,lent mél,t'isabls; sule, la gtwr'«, leur parait digne
leur vi. Et en citer, «,n l,.s «,it ,16s lors p,,rt«.r l«.urs arm«.s
I»out à l'autre dt' l'Eur, T,' , et nlèllle ;lu delà dos lUeI'S, Sllr Illl
coniin«'nt nouxeau. La guerrc est d,.v«nue pour ex uneindustrie
principale qui d'abord les enrichit. Ils acqui6rcnt ,lu butin, dvs
royaumes et &.vieunent la /ram/«" tatio ,h' l'dl»«»qu{', la l»lus
e vue. EIh ce, ne-oit t«,ut à la manière du s,,Idat; cl«.z ,.lle la
«h«.valerie, ddmod6Ç l»art,,ut aillvurs, survit au ridicule; la re-
ligi«,n lle-mCme inspire l'id6e d'une, organisation milit;ir«.;
c0mnel'ce ressemble h 1« piratvrie plus T',u né,,««. ,»rdiuaire;
la colonisati,,n est tou.ours une couquète vi,,lent,..
Mais la H«.I'I'e ;iusi pratiqu6«, est une industrie, danÇreuse;
vlh. a l;our r6sultat immanqual»lc de rtlill«.r l,-s vaincus.
susciter des coalitious en vue d. la résistance. Ce fui là jusl.n.ut
le sort de la ua{iou Csl,an¢,le. Arriv6e par 1,.s al'nes à uu haut
degrd de puissauce politiquv, elh. vit se g-l.¢»up«.r contre elle tous
h.s intdrèts m«.nac6s par 1« fi»rcv .t l'avidi[6 de cv l,.uple d.
soldais pillards «-t de tmcti,»nu«ir«s avid,.s. R'lbul6c p«'u à
,.lle se {rouva enfiu conccntl'6V dans son an¢icnn« froutii.re,
,16shal,itn6c des trav;llix l»acitiqut.s. «.lle fut r6dui{e à une sort,.
de misère, et tomba brusquemeut du l»r,.mivr rau à celui de
l'uissaucc secondaire..
Depuis. l'El»agiw u'a .ianais pu c r«d«.vvr, l»r:cis6met
que la race qui lhal»ih' n'a pas su se inettl'e h la pratique
raie et active &'s arts usuels. Elle. a gard: l'empr«.in{c l»rc»f»nd«
«}c sa fol'uatiOlt oriinairt, et de son t.xiMeucc 2"u«-rl'ibr.; Oll
retrouve toujours chez «.lle un go6t prononcê pc, ur les occu-
pations l»,.u int,.ns.s. Autr,.t,is, «.lle ravaffeait l,.s tbr;.ts par
le t.u. et d61aissait la culture pour faire place aux pàtul'eS.
I;u ddbut du seizi6nw siècle jusqu'à 183fi. dit un aut,.ur, la
corporation de la Mestn promenait ses immeuses troupcaux
de mout,-,ns d'un I»out à l'autre du pays, j,uigsant du droit
ci'interdire au besoin la culture sur ses r»u{«.s de transhu-
.|S LA SCIENCE SOCIALE.
malice (Ij De' nombreux l, rivilè.es étaient ainsi conc6dés à Fin-
t[ustrie pastorale, ccmsid6rée commt, la plus noble aprës
uerr«.. Aujourd'hui les oecupations faeiles, e«mmc le petit
,.,,mmeree. les earri6res lib6rales, la politique, les fbnetions pu-
I,li, lues. l'atroce, absm']»ent un nombre considérable d'individus
s,,ustraits par là .ux nidtiers usuels.
Lintlucnee de cette forntati,,n, si ancienne «'t cependant tou-
j,,urs aissant,., se déc61e encore par une autre particularit6 im-
p-rlnnte. I.os Espagnols, divisés en dans comme t,ms les peu-
pl,.s d'origin,- «,,mmunaulaire. s,,ni t«,mbds aisémcnt sous le joug
,lu pouvoir abs,,lu..lais «'ela n'a pas tkdt disp;«'aitrc l'esprit de
«.loin; celui-ci s'est sinq»h.ment h'ausform6 en imrti p,liliquc.
Ic là ces révç,luli«,ns incessantes qui ,joutent leur trouble
leurs élém«.nts d'in«,.rtitude aux causes de" til,h'ssc que nous
venons de relever, ltt reste, le goùt de la lutie avec toutes ses
«.onséquençes et t-ucs ses occasi,,ns de bulin est si bien demeur6
,lus le sang esl,am,,l que, d'apr6s uu consul anglais, on trouve
Ioujours en Espane des h,,mm«s pr6ts pour l'6nwut% « quel que
soit d'ailleurs le parii Ch cause, et que 1¢. chef soii r6publicain.
«.arlisie, ou auh'e. L'important est que l'«,n trouve uue oc-
«.asi«m d'or.a'aniser la uerri[la en montane ou derribre une
I,arricade d«ns les rues d'une vilh. ». C'est ainsi quc, l'ann6e
,lernière. un ,gent do change, de Barcelone put organiser une
bchauttmrb«, o,ntre h.s casernes dans le seul Irai d'amener une
baisse «lu cotws des f,,nds pul,lics[
Itans un parc.il 1,a ys, le gouv«.rnem«.nt, ol,lié d'aw, ir I»eaucoup
«le f-n«'ti,,ns disponibles p,,ur satisthirc s«.s amis, ayaut sans cesse
à craindre, des coups de main m«,nt6s par les aml, iti«.ux avides
d'eml,lois, ne lWUt manquer de" co61er fm't cher. Le gouverne-
ment de ladrid d6pcnse en effet beaucoup, bien que sou adminis-
tration s,,it fm.l médiocre. Le bndffet esi régulière.ment en état
d« «léficit. et la d«.th, nati«male s'a«cr,lt chaque ann6e. A
l'heure, actnelle la sihtalimt est lell«.ment «.,,o.ao.d_..»_, que le
,,r est réduit aux «xp6dients. L'an d«.rnier, une loi datée du
t Ê. Redus. Cdo9rttphie, t. L p. 687.
LE TR.ITÉ IJE COMMEI1CE FRA,ç.O-ESPAC;NOL.
l't juillet 18.ql a autorisé la Banque d'Espa'_"ue à émettl-e des
billels au delà des besoins «le_ 1«, «irculati,»n. et sans garanlie,
uniquement pont" arriver à t'¢,urnir au Tt'és«»t" un prèt dl. |50 mil-
li«,ns. Le commerce réclama vivemeut dès i|ue le prl»jet fui
connu, mais on passa outre, et aussitét le cours du cl,an.,_.c, c'cst-
-dire la différence de valeur ci,tre For et les l,illets, mi,ni;, de
5 l,"t à 13 ou l't ï (1). Voilà qui sut'iii ptur caral'tl.riser les
de faire de ce gouverneme,t besoigl,eux.
T,»us ces faits intluent naturellemeut i.t i'ortel,l.nt sur l'ol'gaui-
sation du tr»vail, ainsi que nons l'a]l,,ns voir.
II.
Les Espa.,_.-nols le savent pas tirer b«,u parti d,' letll" bean l»lys.
cela est indéniable. En ce qui coueerne la r-«[¢t'e, d'al»,,rlt, cette
insuf/isanee Claie all_ 'c(lx de tous les ¢,l»servaIcurs. L« rand
propriétairevit à la ville, laissant la |pl'l'e aux mains de paysan :
petit propriétaire, ri.tinter ou ntétayl.r, qui j,,int -h l'i.'_"n,,rallee 1;i
plus complète «les bonnes méthodes, une ind,»lenee aeeentuée.
Ainsi, dans la t;alice, pays d'herl)ags, le sol est divisé en une inti-
nité de ltoMeries oecupées par des trmiers, de»rit les propriétaires
«, u'ont prohablement jamais vu leurs terres ». dit 1111 e«,Uslll
anglais, (lUi ajoute : « La plupart «le ces domaines ont été w, ndtls
par lots, ou subdivi.és en petils bordages, eomposés d'abord d'un
terrain grand comme uu jardin maraieher, o,'t l',,u vt, it ulte ci-
banc entourée d'un ver.zer; en «»Utl'e. qn,.lques acrl.s de terre SOllt
eulIivées en nlaïs et en or.,-"e, et suffisent, quand la moisson est
bonne, pour nmrrir le ferlnier, sa famille, et une paire (le l,put
destinés à l'exportation en An.'_Aeterre. Si le fermil.r est un peu
aisé, un autre morceau de terre est mis eu culture. In pe, re ou
deux, quelques volailles, le tout vivant sous 11. m,:me toit que 1,.
fermier et sa famille, composent avec la paire de l,,.tlfi tout le bé-
tail d'un cultivateur galicien. Souvent les al,imall, qui s'engrais-
t,! En 1892, la perte an change a atteint 17 a la . Il en csl rësultë un trouhle.
ënorme dans les affaires.
110 I.A SClECl SOCIALE.
sont «linsi p«:lo-mële d,ns la cabane ont chang'é bien des fois de
maisdopis Iour naissace, car ils od OWpromel6S de tbire en
foil.e jusqu';u jour où un dcrnier achoteur se décide, à les moth.e
« l'«,nv«ds ,fin de. les veldro elsuile à deslination de la I;ralde-
Bl'«.tan" (I X. » I'n autre aE«,ld, consulaire, observe que, dans la
t'ich« v«llée de (;r('nado, h,s eultivaieurs se Sel'V«'ntl oIlCOl'e de
l'al.;tiro ,l'a],' (2). Enfin, un voygeur 6cvivait r6cemment
,, .le m'attendais h lroilVt.l' d(lllS l'.Xlld;tlOllSie une vég6tation
aulrOlt««lt Ittxuriante, plus de richess«.s ricoh.s qu'il n'y en a
r«h.ll«'lnent. I)uan(l on [l';l vrse ce l;)s quo je croyais Ove tin des
plus 5.rtih.s ch, l'Eslm,ql« , oit «.st surpris (le tl'Ovel" lb d'immcn-
«.s esp«('es (lés«.vts, sals (.flluro. ]/lmca/t qt'il y ci des terres ad-
«1« I«, viltO ri de l'oivier, cm I»c, it **ll vin détostable où il «mire
pl,s d'nlc«ol alh.m,l,d que (le vM de pefias, et l'huile g-nrd«,
u, g«,it l'«;puff,a,t, l»al'ce qu« l'cm est trop pauvre, pour l)OU-
ve,iv la Luire rat'fim.r (3). »
Aussi. ci, ddpit do t;,lit d'«,vantagcs nahwcls, l',g'l'iculture «.s-
p,nole se lr«mve dans un «;lai d'infO'iol'il6 manifeste vis-à-vis
,les lm)s 6h';***ers. Los 1,16s russ,:s et ;ma6ricains entrent en con-
cum'ence avec «.eux des C,stilles ou de l'.kruE«,n. En d,:pitdes ax-au-
lages f, ils lar I, **;,tut'o et I; l,d h ]'dh'vaffe du mouton, les Espa-
7nols n'o**t i m réussir à ln;,ildenic la pure.té et la l»cauté de lem's
l'ac,:s ,.lies ,rot d«;.g61,O'«), et il a fallu demamh:e fi la France des
I«;li«,l'S l«mv les l'vlever. 11 «.l, «st de mbme (lcs nl,llets; la France
«.,1 f,,uvnit ]»vauc,up h l'Espag»o, lin ne pe**t 8u(.re s'Oonncr,
;,l,rbs cela, de voir qu'«,lt 188 le fisc a d,i «.xécuter phls de
:{o.oIl(I l)t.«,pvi6t«tit.es h,u's d'êt«,t d'acquitter leurs taxes (',). Cela
al,mire une idç«. de la misère (h. la culture espag'nolo.
II;ts ces comliti,ms, on ,e peut kU;.l'«, s'Oonm.v (le voir les
OV, ltvvs se substitm'r aux indiçèlt,,s «l«**ts la propridté du sol,
«.t s'en «.repayer et qm.lq ue sorte 1, mi»eau par lamboa u. A l'heure
ri. (_'onsdor Beporls, 1899.
t'2) Bulle/la consul, l'ran('ais, 1891.
3) Buli. de la Soc. de G(ographie vot»merciale, 18:JO.
' Buil. 'oJtsul. l'rot('ois, 1891.
LE TRAITÉ DE COMMEBCE FI1A.XCO-ESrAG.XOL.
101
a«luelle, une ffrande partie «1«.. vi.'nol,les de l'_t.l,d;,h»usie, les
meilleurs (le la Péninsule, sont «.nt,'e les m««i,s
,mglais. !1 suffit d'indiq,cr ce t';,i! pour ln«.s«r«.r l'eh.nduc d,
péril que |«, nati0,nalit6 «.spa.no|c COtll't dilllS cs circonstances.
Si, (l'une part, la concurrence étr,».'-_"èr«. vient entamer le
marché local, si, d'autre part, les pays x,isins, ce, mme 1; Fran,',.
ferment leul's portesaux principaux produits du sol d,. l'Esl»agne,
la inis/îr, ne pe.u! manquerd'y prendre d*'s pr«q»orti,,ns off[.a v;, nies.
Itl s'explique di.s 10,rs les craintes d0.s Espagnols e! l,qr il'l'i!ation
quand la Fr«,nce a é!abli sou re;cent tarif doualiel'. Était-il ex-
pédient d'y l'epondr,_., par Ull t;,rit" alml,,g'ue? C'est c0: q,c n,,us
verrons plus te, roi. Essayons d';,bord de IIt»llS
actut'l de l'iudus!ri«, en Espan,..
!11.
L'Espas'nt' es! és'alelnent ri«.l,e .11 ma!i61"es n,inéral«.s pl'oprt.s
à alimenter la g'rande industrie. I}ll V II'OUVt' en abondance dit
fer, du cuivre, du l»lolnb, du mercure, des tel'res «.t l»iel.r«.s à
«»uvrl.. Mais loul cela est m6diocrem«.nt t.xploité. Ce pays. qui
contient phls «le isemens m6talliques «1,1« . l'.ll,.malW, produit
p«»urtant une quantit6 annu,-ll,, dt' ntdtaux bien int»rieul., ..
m«;m»ire Sollnlis au «,uvcrn«.lnent «'u 1890 par l'Associatiol si-
d«;rurffiqu«, espa'nole s'exprimait ainsi : « La sid6rm'ie est
indush'i«, eSSVlti«.llenwul cspanole; peu de pays dans le inon«h.
réunissent COlnme le t6tre les ntillerais, les c,»m}»uslibl«s.
tbndants et les mal6riaux pour la constr««tiou en aussi l'and«
almndance et «1,' qualit6 aussi variée et sup6rieul'e dans la plu-
l,art des cas... Mal.2l'6 ,'«'s avallages nalur«-ls, t'épaudus sur noh'«.
sol par une maiu l»rodiçuc, l'indus/ri,, espaën«,l,, ne. s'est pas
veloppéc s«ffisamment
Les autres industries ne sont pas plus d6vcl,,pl,,;es ni plus tlo-
I'issallteS en Espagne. kutrefois, f, ll ¥ lrouvait quelques centres
ch. fibrication avant acquis de la ren«,mmde, comme T,,I6«Ie polit"
les armes. @ovic pour les draps, etc. Auj,,urd'hlli. iiile
ltt fA S,:iE.n'CE SOCL«t-E.
l,r-vince «Sl,a.'-"n«de peut encore passer pour Ull centre industrlel
a,.fif, c'es la ;aalone. tl v fabrique des toilcs, des soieries,
,les $-azes, d«.s rubans, d«,s cotmlnades vari6es " mousselines,
lanl, ins. xelours, impressions. On v rencon[re qu«.lques tila[ures
,le c«t«,n, d,. soie. et de laine, des ein/ur«'ries. des t'abdiques
,'h«p,'aux, de savon, des tanneries, d«.s pap«.[eri«'s, des thbriques
«le l»,»rc«'lailt'S, de, faïe[lces, de quincaillerie, d'armes, de poudre,
illl, tbnd«'rie d,' canons entre.tenue l,«r l'État. Ces thl»riques tra-
xaillent s«,ulêm«,nt lmur la c«»nsomnati«-n int6ri«'ure, et l»our
cell,, des c,»l«,nies osi,agnol,-s, r6serv6e au mbyen de tarifs dit
f6rcltiels. Il lelr «t impossil,le ou h peu pr6s de lutter au dehors
contre la c«»n«'urrt'llCe des rands pays industriels.
Cci ,;t«,t ,h. choses est une suite naturelle de l'évoluti«m
ciale tic. la race. Avec une classe sup6ri«.nrequi méprise le travail.
la ,lirection rail d,'faut dans une rande mesure, aussi bien que
les capitaux. Quant «u personnel ,uvrier. il est m6diocre dans
l'ildnstrie ,.,,mme dans la culture. Le voyaffeur d«à cit6 plus
Ii«lUt disait «qlcor«. : « Les 1,r,duits d'Espane eux-mbmes se ven-
d,.nt d,.s prix tl'bs «onsid6ral,les. p:rce qn'il faut plusieurs Es-
paffn«,ls l,,ur fiire dans une j,,urn('e le travail ce que ferait un
Français; l,'ssalaircs sont moins dlevésqu'en France. maiscomme
il tut ls partag«.r entre un l,lus ffrand noml,re de personnes
pour ol,tenir un trichine l,r,,duit, il s'ensuit que la main-d'«.uvre
est i,'i plus chbre que chez nous (I) ». Ceci indique bien quel
l,,,int «.st vainc. «'t thnsse la comparaison pure et simple des sa-
laires, sans tenir c,,ml»te d' la valeur personnelh, de l'«,uvrier.
La m;uvaise organiati,m des l,«,ux«,irs publics est encore un
,»l,stacl«. grave au d,:vel,,1,pement des affaires. Les cries politi-
«lut.s. les exiff«.nces tiscah.s, les variati,ns du change, sont au-
t,lt de causes d,. t«»uble qui cnrayenl les entreprises. Ainsi,
en 189, il a fallu surtaxer les transports par chemins de fer.
Iroul,ler la circulati«m tiduciaire, emprunter à la Banque; le
prix du change c'st devenu ruin«.nx, au l»oint que les chemins
,h f«'r du nord de l'Espane ont supprinl6 les billets internatio-
l) Bttll. de ht .Sot'. de Géogr. corame'c.,
LE TRAITÉ DE COMMERCE FR.t.N¢O-EPAGN-JL. lit:;
nau' ou I»ili«4s circulaires, afin dY, v[ter les pcrt«,s suitavt
chançe. D'aili«'us i«. comc«« cficr Cait jci das ic dJst'-
rai pa la mème cause.
Enfin, la fail,l«,sst, évé,'ale d milieu ttit qlt. l'idlst['i«'
«,rganis6e sm' n pied inc«,mpl«.t, de t«.lle sorte, qu'elh, est ohli«;c
d'aclwt«.r au dehors la plulmrt de ses otils «.t ingrédients.
,, La fabrication catalane, disait récemnwnt un «.,,nsul. et
de fi'ais dt. 5 enviran plus élevés que ceux «lUt. Sul,p,,rt,.
thbrication ét/.angèr«.. en rais(,n d,. «.e qu'elle «.st t, ldigée
,.heter au dehors le «harlmn, les ma«him.s, la l,lupart d,-s lUa-
lières ct ing-r6dit.nts divers de teinture, apprèt, cie.. ,.t une f,,uh.
d'a«ccssaires cofiLeux (1) ».
De tout cela rdsultc un,. int'driorit6 6vid,.nte d,. l'imlustrie
pagnole vis-à-vis d,.s p'in«il,aux Ëtats avoisiuants. Pour lui per-
mettre ,lesoutenir, mèmesur s,,n pr,-,prc mar«.h6, 1, concur-
.ence ançlaisc, hein'e, allemande ou fran«aisc, pour t,,us h.s
articles demand«:s das le pa)s, il faudrait la courir
protectiou exorbitante. A l'heure actuelle', elle est loin de sufiir,-
à la cons,»mmafi,»n locale; l'importati,,n ,:trangère trouve
c5t6 d'elle une large place, et la position d«.s fabricauls indi-
g'6nes s'amoindt'irait encore sensiblement avec un réTme lil»l'e-
échangiste. Aussi ,nf-ils réclamé de tout temps et uuanime-
ment des droits protedours qui lt.ur c, nt Até acc,,l'd6s dans
mesure varial)lo. Nous allons ve, if ce qui en esl r6sulh;. [;e
nous venons de (lire prouve déjà que l'industrie l,,,.ale n'a l,aS
su profiter" beaucoup de la protection, puisqu'«.llo est pluff, l
moins florissante aujourd'hui, relativement, qu'au quinzi6m«.
siècle, mais ce n'est pas tout eneoro.
En Espagne, conmtc dans tous les pays où la t'«)l'lmtion cont-
munautaire subsiste et paralyse l'activit«; individuelle, le e,,-
(l) Bulleti»t consul, français, 1891.
trepreneurs étran'ers viennent volontiers se substituer à 1;t race
iudi6nc pour expl«i«,r les richesses que celle-ci délaisse, ils
sont, d'autan[ plus nombreux que le r«;ime protectionnise
plus acc«'ntué. Voici (les lhiis h l'aplmi de ce que nous venons
En Esp«,-ne. écrivait en 1891 un c,,nsul bclffe, on lr«»uve
bcau,:oUl» d'induslries anglaises, fran,'aiscs, allemaudes et hei-
nes (I). I.'Associati«,n siddrurgiquc espagnole, dans le rapport
«if6 plus haul. disail dans h. n,,me sens : « Il manque & l'indus-
lrie cspagnole le «on«,,m's d'un pers-nncl technique ouvrier
habile, dans t,»ut,'s les opdrati,,ns itdustri«.lles... Le producteur
cspan,,l sc. voit dans h. trislc cas de l'appeler du deh«»rs. ,, Et
en etl.t, nous v,»v,,ns aill«.urs qu'uu lamin,»ir de Billmo, créé
r@emm,.nt, a dit: mis en train par s«»ixan/ ouvrie ang'lais, donl
un bon noml»r«' s,,nt rcslds olltltle c, mlr«.-malires ().« Les dis-
tricts miniers les plus produclifs de l'Espaçnc méridionale
trouwnt l»res,lUe uniqu«.m,nl dans 1 r6g'ions des montagnes...
L«s ran,ls tl'aValx d'¢.Xld,,ilaii,»n »'crut lieu que depuis Fou-
v«.rtur«, des «hemins de fer : aie,fs se s,,tlt fond6vs l,.s C,,mpa-
ni,.s an.'laises, t'an«'aises. il«.mand,.s. ci sont arrivés tous les
inffdni«urs 61rang'ers «lui «mi «reus6 leurs dvux cnls puits d'ex-
lraclion el «hand l'asl»«.cl du pays... Il e est de mëme dans
lys lllOIttali'S de Murcic et de Valvnc«. (3). » L,' c'entre, m61ai-
tërc de lluelva. «,mqd6t.meul déchu, a «l rt.h.v6 p«r des ca-
pil«ux, des iuffdni,.m's et d,.s n6tallurisies p«»ur la plupart
,:lranTrrs ,i). Les vinst-huit tbriques de sucre de la vallée de
t;remd«, c,ni dt6 inslall6es et mis«.s en marche par des Francais
,.t d«.s Iels'cs (5). Ce sont «l«s n,çg,«.ianls anglais qui
,'«Ul,.Ut , l«-ell ci «'xpdi«nt h's plus fimeux crus espa-
7«,ls (l;). I.es travaux pul»li,-s eux-meC.mes sont bien souvenir
«'nlr«'pris g.ii Esl»an«. par des élran.«.rs. Ainsi. hmt récemment
,1) Bull. consul, bclye, 1891.
2) ('o,tsular Relorts , 1892.
,3) E. Reclus, 6"doyrap]ie, I. 712,
.i) Bdl. consul. ['ratçais, 1891.
.5) Ibid.
t;) E. Reclus, Gt:og«apbic, I, 7.10.
7i5.
LE TRAITE DE COMMERCE FRANCO-ESPAGNOL
on a remplac« aux chantiers de consructi«)n m«ritime du
Nervion à Bilbao, des ouvriers anglais par des ou rie-fs francais.
Les chemins de fer, construits dans la plulmrt des cas par des
ingdnieurs du dehors, sont cxploit6s aussi par des COml)a'nics
étvangbres. C'est une société francaise qui ddtit les che.tains
fer andalous, ainsi quc h.s micros de lmuille dt. Bclmcz il).
ligne Bobadla à Alcsiras est aux mains d'une s,,ci.tC an'laisc.
qui sollicitait r6cemmcnt l concession d'un pr,,lon.m,.nt vers
I;ibral[ar. I)n 1,. lui a refuse p«»ur d«'s m«,fifs
Souvent aussi les dtrangcrs trouvent l)ro/il h «.xi,,,r/,.r les ri-
chesses mindralcs d« l'Epanc t l'Atoi brut, pour h.s uliliset"
chez eux. C'est ainsi que h.s minerai de fer ,le Bilba,, sont
pédies chaque" ann«ic l,ar ccntain,'s ,h' milite.fs d,./,mnes, or
surtout en Auglcb:tTe. De 18 h ISST. il ch a étd embarqué près
de 29 millions de tonnes.
L'Espagne est plac6c dans um" situation excellente l,OUt.
le commerce. Bainde d'un c516 par ta M,Mite'ranée. (iv l'autre
par les ll,»ts de l'Aflanti,[u«, elle se tt'ouve l, resquc h é,tc dis-
lance enlre l'lwcid«.nt et t'h'i«qt, et peut communiqu«.r par les
voies les l,lus direO«.s avec fous t«.s points du glo]»e, lle pays
ne p,»uvait &me manquer ,1," tburnir de hardis marins. ,'t ,h.-
vait tênir dans lindus/vie des tt'ansl»orls mat-ilimes un
principal. Mais il a étd d,«nind ici cnc,,rc par sa pré,,CCUl»a-
tion ess«.nti«.ll,, ses «.fl,rts les 1)lus considérablcs c,ni 6t6 dirigés
veto le dv«.l,,ppcmenl de la martre, militait'c. La fameuse.
mada dt. l'hitippe 11 caracb;risc I»iên cette tendance. L« f«,it
que l«,s grandos découvertes de t'Epane sont duês su'b,ut à
des marins étranffers, coninie Ce,le, mb, est m,n /n«,ins siiti«a-
fif. Aujourd'hui 1,. trafic des l,ot'ts espa.nols est fait surtout
des navires du dehors. Et, bien qu," les Esl,a.w,ls s'adonnent
volontiers au n6,,ce, parce que c'est lit tin travail peu
le ffrand comm«.rce leur 6chappe en partie sur leur l,t',Tre
Cela ,'explique les gens de la classe sup6rieute n'a9"issent
gu6rc, et considbrent d'ailleurs les aflhires comme une ,,ccupation
(1) Btdlcl. cotstt_. [rtt,tç«is, 1891.
I0¢ LA SCIENCE SOCIALE.
peu compatible avec h'ltr rang social; les p,.rsonnes de la classv
me,renne imitent h's i»rdcédon«.s autant qu'elles le peuvent, et
sc. retirent dbs «lu'arrive l'aisance : l»ars,dte, h.s.capiMux manquent;
«'llfill resh.n, les pelitt.s g'ens, qui s'«,donnent en effet e,t grand
ii,,lllbro au t.Oltlt,lerCe de ddtuil, d'intermédiaire il), fait dont
la c«mséqucttce immédiate ,'si iiii reltehérissement sensible du
jwix des consommations d la l»,»pulation ouvrière. Dès lors, on
'explique comntent les étran'ers tr«mvent l'occasion fréquente
de s'emparer, ch Espag'ne, des affaires importantes. Ainsi, en
1890. il y avait à Madrid quarante-neuf rel»r6sentanis de com-
,ne,'c«' imm«,triculds : vingt et ,in d'«.ntre eux 6talc-ni Allemands.
s;,ns c«m,ph.r l«.s aulrt.s étrang-ers (2).
I.'Espa'n«. «'st donc uit lmys oit les produvtions naturelles sont
«,b,md«,n,cs, «.t ,,i, la race n- suffit mèn,e pas à tirer du sol
tout «.«. «p,'il est cal»aide de dom,er; elle c'st à l»hts forte raison
i.al»to , sauf «'XCCl»Iion rare. « les transh,rmcr par la tM»ri-
,',ti,,n en l»r,.luits in,lustri,.ls v,.nd«,bl,.s au deh.rs. 11 en r6-
,,Ih. que son «.Xl»orIati«m se r6«h,it if peu de chose "in'ès aux
iwod,,i,s du s«d : des fruits, du 6ç«.. des reCaux et mincrais,
princil»alement du xin; elle imp,»rtc au c«,ntr,irc surtout des
Iicl«.s nt,,nufa«'htr6s, et aussi des c6r6«,les, car «.lit n'«,rrive pas à
s' n«,urrir vlle-t,,/.nw. ,h, ,,e peut in,liqt,,.r au .just,. k, propor-
li«m d«.s inq»«,,'tati«,ns l»;,r ,'«,l,p.rt ;,ux sorties, ti celle des arti-
«l«.s «qttr«' «'ux. car lïmpcrf,'cti«,n des statistiques douanières et
F,.xcbs de' 1. «ontrel»ande rendent lmérils h's chilt'cs «»ffici«.ls (3),
uais il est certain que les arti«h.s fabriqu6s représentent au
moins h.s trois q,t;,rls dos enh.ées.
I B,II. de I,t .Soc. de Géog. commer«., 189o. Les dëtaillanls paraissent ëlre
«'llCO,'( [,lus nob,'euX Cil Epagne qu'en France.
2) Bull. cotsul, belge, 181.
3) En f6vrier ISOX. il a fallu renforcer le corps des douaniers avec des troupes fie
li,]e pour c,]rayer la fraude.
LE TRAITÉ DE COMMECE FRAiCO-ESP.t.GNOL.
Dans ces conditions, la situation es! bien elail',.. Si l'Espa.'-"n,"
persiste à s'entourer d'une hauto barribre de d,,uanes, l'inva-
sion des entrepreneurs 6trangel's 'aCCelduer. '1 mème
d'ailleurs que l'activité de !« COldrelmnde. SOli i.tér,q 1« l»,,rt, '
donc plut6t vers une polilique d,manibre lrbs IiiȎi'aie. C'est
d'aillem's celle qu'elle et pratiquée de 1869 à 1892. Son tarif.
i',.manié on 1877 et en 188. était l,lut,',t mo, léré,
libre-échalgisle l,,mv beau,:oup d'arlicl,.s. lais c,'lui de 1892
est le résultat d'un,, réaction conq,iète; les ,h',,il ,lu'il ,:lablit
sont en géndral pl'Ohibitifs, lift {ae le charbolt. 1,. ,-,,ton, le lin.
le clmnvre, la laine, la soie, les graisses, les h,fit,'s, les l»t-aduit
,.himiques. Les dt.ils onl dté dlevds de I co, 15. 2co et mèmo
au ta'if maximum. Iu tarif minimum l»lu nm,l&'é, que h. g-ou-
vernement peut c,m,'dder par lraitd, accompagne le l»r,.mi,.l ".
mais il est anem'e fort 61erC Ifo6 xield ce rexit'ement?
tn a dit et rdpélé qu'il avait sut.loul p,.tr but ,!o r6pondre aux
mesures pr,»leeti-nnistes prises par les aulres lm3s ,lEt',,pe,
o spéeialemenl p«r la France. I.a l';don est m,;di,mre, ca"
eut suffi dans ce cas de surtnx,.r les :trticles l»'o,.nant ,le ce
pays. et il n« sorlail de là au,.une b,,nne rais,m p, mr frapper
le charbou anglais, les machines bolges, oit les lain,.s d'Aus-
lralie. La vérité réside et ceci que les Èspaffn,,ls, s,»us le coup
d'une crise ëeon, mfi,lue due sut'tout à l,.ut' insut'tis.n,'e ce,mme
producteurs agrie,»les ou industriels, ont «:ru air dans l'in-
16rèt de leurs l»ropriélair,.s, de leurs tbri,-«ml. ,le h.urs ,m-
vriors d,. la campagn, et des villes qui s," plaign,'nt beau«.ul»
,'t souvent m,'nacent. Après tout ce que nous av, ms dil, il
éx4deut que ce calcul est lnalvais. Le tarif esl»au,d tl'a bien
l'affaire de qu,.hl,mS industriels. élranëers poul" 1«, plul»art, mais
il app;,uvrira la masse de la nation en lui lrmanl, l»ar l'ebt
,les reprdsailles, certains ddb,»u,:hés impm'lanls lmur s,-s pr,»duils
naturels, et en rmchérissant les arli,'l,.s fab'iqués ,le e,msom-
Illati«B e« 11;i ille.
L'Espagne le sent si bien qu'elle fait tots ses eff, n'ls pour oble-
uit dos traités de commerce favorables à sa pr,»ducli,m, même
au prix de concessions sur s,m larif minimuln. Elle on
I|}8 LA SCIENCE SOCIALE.
avec l'llalie, avec les Élals-Unis (p«ur l'fie de. Cul»a, qui esl
«.rlc aux pélroles, charbons, machines, colonnades, articlcs en
fer, via,d,.s et fruits a,Jdricains, moyennant l'entrée Iii»re ou
peu près des sucres cui»ains aux Étais-Unis). Ele n@-ocie active-
ment avec la France. p,»ur «d»t«,nir la tcult6 d'y iml»orter des
ins. en 6changc des arliclcs de noire fai»rication. E thit, eih,
lvnd à sul»sfituer des tari[ conventi«mnels mod6rés ou mème
lil»re-échan'ist,.s. à son tarif 6néral si r6barbalif. Elle subit en
cela la pression dtwr¢'ique des tktits 6numér6s dans cette dtude.
I;,mmcnt ». tkd[-il que la France ne rdpomh, pas vol,reliefs
ces
C''st «lu'eu France la mani, d'une, prot«.ction mal calcul6e.
;busive. »6vil en ce moment ci s'oppose à ioute concession. Les
viticulteurs français «.ntendent dcarter absolument la c«mcurrnce
des vins «.spanols. Ils prennent p,,ur prdtexie la surchare d'al-
«o,ls allemands que le commerce ib6rilU' ajmlc en g;ndral
à ses ins. Le motif est mauvais, car ,»n l»eut mcflre obslacl«.
dans un" grand' mesure i cette fi'aud«' par la l,rohibilion des
vins al«oolisds. E rel»,»ussant ai»solum«.nt les produits nalurels
.Sl,anols , la France c«mnet une' erreur prOudiciabl. à sa pro-
duction industri«.lle. Il est exlrbmement prol,al»le qu'elle en
s,«dtrira dans larc]dr, au pr,fit de ses concurrents analuis, alle-
nauds ct belcs. Sa vh'itablc l»,Aitiqm . c,nsistait ici à thire
c,»nccsions rais,,nnablcs, p,,ur ,btenir rdcipruquement des avan-
I;cs d,nl. 'n s,»mme, «.lh. a rand besoin aoourd'hui. La vi-
li«'ullure n'«'n aur;it l,aS }»-auc«ml» souflUrt, el l'industrie aurait
i m ch l»rotii'r larçcment. Ce ]'est cq't«.s pas le' moment de
i,ouss«.r ch«.z nous à la restriction de nos d«;bou«hés ext6rieurs,
que l; c,mcurrence a d,Ot si fortement
UN PRODUIT SOCIAL SPÉCIFIQUE DU XIX" SIÈCLE.
MONSIEUR
PRUDHOMME.
II.
DÉVELOPPEMENT DU TYPE AU XIX e SIÈCLE.
Voilà donc la bourffeoisic au but de ses ri.ves. Elle a dépos-
séd: la noblesse et le clergé de leur r61e dt. classe dirigeante.
Subitement. en masse, sans 1,réparation, la classe mo)cnne
s'est réveillée classe supérieure. A elle appartient la dirccti,m
de la société. Qu'en fera-t-elle?
Nous avonsindiqué, dans le Girondin, les premiers linéam,qts
du t.vpe Prudhomme, et démontré, une première fois, par son
échec, l'impuissance constitutive du pel.«,nna:e. Constitutive,
avons-nous dit. Cette in,puissance, en effet, n'est pas un pur
occident. Elle tient au fond mème (le la classe parvenue, à
rapidité de son élévation, à une inaptitude antérieure «lui e
continue. L'histoire de ses échecs est celle ,lu di,:-n«.uvième siè_ch:.
Nous les passerons brièvement en revue.
Coùte que coùte, et en vertu de la force (les choses, une class,.
db'ig,ante doit diriger. A elle appartient l'initiative de tout pro-
.-_ ès, de toute modification, de tout renouvellement politique
ou économique. A elle de trouver la conduite à tenir en toute
crise, les lUovcns de parer à tout accident. A elle, dans chaque
11o I.A scr.sc. SOCtArE.
pays, de prendre la êe du m«,uvomcnl progressif qui. par
suiie du développement dos arf mécaniques, emporte l«.s
tions modernes dans les voies d'une çivilisation do plus en plns
c,-mpliqu6e, et réclame par suite une prévoyance et des capa-
cit6s de, plus «.n plus hautes.
Une' bourgeoisie qui se serait élevée par ses propres fol'Ces
puiscrait aisément {'n elle-m&ue l«,s ressources u6cessaires à une
telle ,euvr«.. Tel n'est pas 1«. cas de' M. Prudhonllue. Nous avons
vu comment let bourgeoisie s'est 61ev6e w.rs la fin du dix-hui-
tibme siècle. Ses aptitudes, ses mdrites v 6laient pour peu. Elle
st m,,nt&, m&aniquement, inconscieniment, sous la pression de
la l,.ml»Vte révolntionnaire, o,mme h. mercure dans le haro-
mètre sous la pcsatteur d,. l'air. Elle n'a fmi que remplir
,.;d% bourh«'r ua tronc.
C'est ce «lui explique cci dlrange mvst.re qui, à travers
tout le sib«l,., «.si d,.m«.uré le tourment de lant d'esprits, de-
puis les plus ffrands .jusqu'aux m«,indrs " « Comment se thit-il
qu'après cent ans lmSSdS ceth. g'iantesque Révolution en soit
enc,,re à produire quelque eh,e qui mono lard'ément l'avenir
et qui dotale la solution manifesto des problOmes de ce temps
l'ourTloi en est-on encore A chercher la révolution vraie, celle
q,i doit apparaitre, au sentiment de tous, progressive et pros-
l»bre? » lin li6volulion fl'ancaise a fait ilhlsion; t.llo en a ira-
i,os6 à l'imasination dos pcuplos, par la grandeur des ruines
,lui s'y sont s'u«.s; mais ces ruines se sont bi«.n faites d'elles-
ntomes, l'anciç.n 6diticc s'est affaissë. Cette destruction gran-
di,,e 01ait donc assez sintl»h'. Juant à l'«r.uvro de construction
n«,uvelle, elle a manqu6 et elle manque, encore, précisément
parce que ceux qui s«,nt devenus al,,rs les premiers dans la so-
cial1,:, ne le sont pas d,'venus par un,. m6th,»de normale et proc6-
d;mt d'eux: jet6s «.n avant par exploion, ils ont ;,pport6 sur la
scène, de nouveaux visages, et u,,n des ressources nouvelles h
l'action. La rdcohaion est d«,mcu,',: I, mode as««,nsionm, l de ce
.,il.cio, en France et dans les pays ;,nalogues. 0, n'a pg
dautre yrocéd,: que cehd-là pour ',:podre au« d@cultés qui
tt'oH cessé dr, raMir. Et ce proc6d6 s'est montr6 impuissant
.t. 'lUttO..tE. ! ! I
et désastreux. ,Le dix-neuvième siècle, dans l'Eurol,, continen-
tale, doit son insuccès à IÏusoEfisance de ses Ol'igin,,s :la l.éVO-
lution n'es{ pas la capacité. La b,mrrasque militaire du premier
Empire ne doit pas nous faire illusion. Aucune puissance vitale
ne s'v cachait. Un effort nerveux, violent, uno sorte d, cris,.
convulsive et passagère comme en ont les nations il/stables, le
génie stratégiqu«, d'un homme drainent mis on libcl'td t en
relief par des circonstances exccptionnelh.s; v,,ilA le secret de
cette grandeur éphémère qui, Cil 1815, nous laisse de nouveau
face à face avec la réalité.
La métamorphose sociale accomplie par la Réxoluti, m s'ei
accentuée sous l'Empire.
La bourgeoisie ne se contente plus de remplacer la nol»l,.se;
elle sërige en noblesse.
Des titres de dues, de comtes, de. barons, lib,;ralenl,.nt di-
tribués, viennent créer, du jour au len, leluain, une arist,,crati,.
nouvelle, complètement dittërcnte de l'ancienne au point d,.
vue des allures et des idées, lnais d'autant plus fière qu'elle
est partie de plus bas. Ces soldats de fortune, élevés de grade
grade avec une fabuleuse rapidité, ont c,mscience de leur reA-
rite : « Je suis un ancètre, ,, disait l'un d'eux.
T,utefois, sous l'Empire, rien de bien saillant h
guerre al»sorbe tout. La moitié de la France se bat, la
se tait; l'esprit public ne perce pas.
La Restauration met Prudhommc en libertd. Toutes les ,,pi-
nions, l«,ngtemps refouldcs, se ddg,rgent. ,, Une vaste et sublilli,.
mOlée des intelligences », suivant l'expression de Lamartin,. (I
couvre la France et l'Eur«Te. Des hommes politiqu,,s al,solument
m.u, y compris les émigrés, se prépal'cnt à fail',, l'essai d'un
zouvernement artificiellement tl'ansplant6 d'An-letcrre, et qui
ne tient aucun compte des conditi,ms spéciales où se trouve la
société française. Tel qu'il est. et dès son installation, ce gouver-
nelnent passionne presque tous les esprits. Al»l.éS la dissolu/i,»l
de la Ctambre btroucabl¢,, en 1816. la c,mstitulion n'a plus
(I, Dtscours sut" les Destinées de lo poësie.
112 I.A S¢IEI¢E SOCIAl.E.
que des admirateurs. Tou! le monde crie: « Vixe la Charte!»
La ;harte, c'est le salut, le proTèS, l'avenir, l'idéal parfait
,lu gouvernement, la conciliation des principes, le triomphe
«,msmun de l'autorité et de la liberté, etc'. N«,n seulement on le
,lit, mais on le pense. Royalistes et lib,.raux n'ont qu'une voix
là-dessus. A peine quelques pr,l,hètes de malheur, Bonald. d«
.Xlaistre, jettent leur note discordante. Le courant n'est pas avec
,ux. Tout le nl«snde se etc»if it une aurore, à une renaissance,
;,u comn,en,-cmcnt d'u,c br«. indéfi,,ie de honheur. Victor Cou-
sin al,pelle la Chas'te « le d,.rnier résultat des conquëtes pro-
'ressives de l'l,umanité » (1).
Nous parli,,ns plus haut des 6migres. Chose curieuse. L'inau-
guration du ré.,_"im,, l»arlementaire va les reudre tout aussi Prud-
hommes que l«.s hourgeois. Sans doute ils garderont un cachet
de distinction dù à leur formation première, certaines idées tra-
diti,,nnelles et inébranlables, certaius procédés chevaleresques
,le,nf leurs e,,nemis sont dépourvus; mais notre assertion reste
exacte.. T,'I ffentilh,mme, pr, Triétaire rural, saee, bien élevé,
patronnant ses fermiers, remplissant dans s«,n petit coin natal
tous les devoirs d'une autorité sr, ciale, semble soudain mordu
,le la tarentule prudhommcsque, dès quql a touché le marhre
,le la tribune. 11 v a là, p,,ur ainsi dire, une atmosphère mo-
l'aie.
Toulef,»is, n,»un la Itestauratiou. c'est surtout la hourgeoisie
qui peut offrir des exemples.
n se lasscrait à cont,.r les lieux communs, les vérités de la
l'alisse, h.s hanalités sentencieuscs qui four retentir les échos du
l'arlement. M..luh..s Lemaitre a un mot pour désigner une idée
ldate rcvètuc d'une forme solennelle. !1 appelle cela « la pensée
it la Royer-Collard () ». T6mr, iu ces exemples :
,, Les crimes de la Révolution n'étaient pas nécessaires. Ils ont
,:t,; l'obstacle et non le moyen. »
« l.es constitutions ne sont pas des rentes drcssées pour le som-
meil '. »
(I) Histoire de la Philosophie, Introduction.
(?' ('olemporoius, 9. série, L« Comtesse
Il. rRUDIIOMME. | I:]
« Les gouvernements représentatifs ont Cé condamnés au tra-
vail. Comme le laboureur, ils vivent à la sueur de leur front. »
Cela ne'rappelle-t-il pas quehlues mots célèhres «le Prudhomme?
« Apprenez, jeune homme, que l'oisiveté est l« mère de tous
les vices »
,, Otez l'homme de la société, vous l'isolez'. »
Le mouvement prudhommesque, sous la ltcstauratic, n, s'in-
carne plus particulièrement dans le libéralisme, le
et l'e'cle«tis»e. Ces trois formes de la pensée révèlent pareillement
l'état de malaise où se trouve la société d'alors. L'amour du chan-
gement, dont nous examiner«ms les causes, a.'-"ite plus que
jamais les esprits; c'est l'époque où Jér«)me Paturot court apre.,
sa position socialo. « l'aturot poète chevelu. Paturot Sain-
Simonien. Paturot gérant de la société du bitume de
l'aturot journaliste. Paturot feuilletoniste. Paturot pu-
bliciste officiel. Suicide de l'aturot, philosophe incompris.
Paturot bonnetier. » Tels sont les principaux titres de la première
partie du fam.ux roman, c«,rrespondant à la Restauration. Il
a là l'histoire de bien des gens.
Le libdrali.me, tel qu'on l'entendait à la xeille «1o 1830. est
une exaltation naïve et solenn«.lle «lui se concilie assez bien avec
cet e.l»'it co,serrateur dont nous avons fait un d«.s traits saillants
de ,!. Prudhonime. Le Globe, org'ane des libéraux, ne se montr.
nullement antiroyaliste. Royer-Collard proteste de son dévoue-
ment i la »«oarchie l«;¢jitime. Ceux qui vetdont érietsemont le
renversement du pouvoir sont en nombre infim,.. (In se h,rno à
réclamer en faveur du pro'rès, de l'esprit moderne. «le la liberté.
surtout de la liberté. C'est l"ge d'or de ce ]»eau mot, si mal
compris par b»n nombre de ses adorateurs. Beaucoup «le gens
s'imaginent que la présence d'un Villèle ou d'un Poli.'_"nac dans
les conseils de l'État est l'unique obstacle «lui s'«,ppose aux pros-
pérités de l'avenir e aux grandes destinCs de la jeune Fran,:e.
« Il est beau, dit Benjamin Constant, le traité entre la lmissanco
et la raison ! ce traité par lequel les hommes éclab'é.« disent au
| | L $ClEICE SOC|ALEo
«h:p«,sitaire d'un p«,uv«,ir l@ifin»e " ,, Vous nous garantirez de ouc
:cti,,n iii@aie, et nous vous prèserverons de tout l,réjuff6 fu-
neste Vous nous entoure.fez d' la protection de la loi,-et nous
«mvironncrons vos istitutions de la force de l'opinion (.1) ,,
B«.njamin Cmstant parle des hommes g«.lab'«.. Traduiscz - les
hommes l,aYat tr«»is cents francs d'iml,ositions, car' eux souls,
c,lors, jouiss«.nt des droits politiques. Seule, d idommcnl, la bour-
.'e,,isie possède assez de lumières p,,ur élever la voix dans les
ail'aires dc la nation, et prèserver le pouvoir ,, de tout prèju'é
t'un.ste ». Fait typique" le suffra.e univeel, pr,l,OSd dès 1816
1«o l','.tirCe droit,', avait ;té repouss6 par les
l)u resto. .], ces t«,mps-l;i, le dis'ne Prudhomme ne perd pas
une occasion ch, proclamer solennellement ses opinions conoer-
vah'ic«,s .t sa lido;lité au pouvoir
Le voici dèl»osa]d en justice contre .h,an Hiroux "
i»I{I»tlt»MME " .IC saisis avec empressement cette occasion, 31es-
sieurs, l»,mr consacrer à la France entière, à lEurope «,t à l'u-
nivers ici rassembl6 dans vos membres, mon attachement sans
borne au Roi...
LE ,És»[Nr (l'intcrt'omlmnt)" Alb.z à votre place.
l't»,«,n:. Au lb»i, h la I;'ndarmerie l{ox'al«,...
I,E PRËsII»EN[. Tais,.z-vous.
IqtostottE avec feu) ... ;end;rmcrie Rovalo et son au'uste
t mille...
I.E t'ç:Stt:'r. iluissier, faites s«wlit' le tbmoiu.
l'at-onosxs:. Vive le Roi'. la Gendarmerie R-yale
lans la mèmc scène, l'avocat gdnéral s'exprime ainsi sur le
«.«,mpte de .Ican
« ... Il sawa le lait d,. l'ind,;pendance, et sa vio errante et va-
=-al,onde vous prouv,, assoz, Messi,.ut, combien il a profité
,','s principes subversifs de l'orch'e social, et d,,nt la prèsence
dans h. monde civilise; «.st un fl,.au pour l'espèce humaine
L'a«e u.,A s'endort.)
(1) Des réactions politiques, IV.
('2.) Henri Monnier, Scènes de la oie popula;re.
31 Ibid.
.|. I'RUDIIOMME I |,ï
L'avocat g'énéral combat, en t«,rmes prudhommesques, les prud-
hommesques doctrines du libéralisme. Suppos,.z à sa place un
libéral. !1 dirai : « Ne»us arc,ris sucé le lait pro" de l'indépen-
dance. E vain l'on prètend lue nos prin«.ipes, sub»rsit de
l'ordre social..., ,.te. » tn ne tit que transp,,ser 1 tOll, mais
musique est t«,uj,mrs la morne.
Parallèlemcnt au libèralisme, 1« ,'o,ati«»,e. Vi,-lor Hu'o
Fa-t-il pas appel« « le libéralisme en perCic. »? Le rolnantism«.,
a partir de t'rom««'//et du second «énacle, perd le caractère ,h.
réforme, spontanée quïl avait gard6 juqualors, pour prendre
les allures d'un ./stème. !1 s'agit roui simplement de. créer de
t<,u[es pièces tme nouvelle li[/drature, qui sera subline,
place de l'anci«qn«', qui ne wu rien. Laissons parier nolre
Boileau sous s,,n prèn«»m de Nicolas, ,,n raiait Cm'ncille d« per-
ruque, on donnait [eus nos vieux auteurs l'épithète un i«.u
ère de polissons (1). »
Le lect«.ur dira qu«, R,,nsard ci d.t Bcllav en diaien[ aulan de.
leurs dcvan«i«'rs «lu Moyen A'e. tui; mais il ne s'a'issai[ pas.
pour les Ronsar<liens, de tout rebMir. I:eur gral,de ambition,
contraire, étai[ d'imite'. Il s'agissait de populariser les lil[èra-
tures grecque et romaine, chose t)»rl In«»deste en soi, et d'en re-
produire docilemen[ les beau[6s. C'était un projet naïf, enfiu/in.
mais non prudholnmesque. Les r«,man[iques veulent mieux que
ca. De modèles, ,,n n',,n vent plus. [}ll VI*H[ attcindre l'id6al di-
rectement et d'llll ]»oud. « La littdratur,, que nous allions créer
devait ètre s[rid«-n[e, cavalière, bleue, verte, mordorée,
t,nde et cahne comme le lac... Elle d,,vait chanter avec l'oiseau,
blanchir avec la vauue, v«.rdir avec la fcuille, ruminer avec le
b«»uf, hennir av,'c le cheval, enfin se liw'er à toutes ces opèra-
fions physiques avec un l«,nheur extraordinaire, aincre, en illl
mot, de, miner, supplanter et (passcz-m»i encore une fois l'expres-
sion), e+[o+,««,,, la nature () » Enfoncer la nature, n'est-ce pas
!) Louis Reybaud. Pot»trot poète clteeelu.
(2 Ibid.
! 16 i SCIENCE SOCIALE.
le fève «le Vicier ]luge? n'est-ce pas le résumé de la l)véface
t'ro'mwell? Écoutons aussi la préface de Marion Delorme :
« Le public, -- cela devait ètre ci cela est, -- n'a jamais ét(
meilleur, n'a jamais été plus éclairé ct plus grave qu'eu ce mo-
ment. ].es révolutions ont cela de hon qu'elles mùrissent vite, à
la f,)is ct dc tous les réfAs, tous les eslwits. Dans un temps comme
le nStrc, cn deux ans, l'instinct dcs masses devient goùt... Ce se-
rait l'heure, pour cohti ,'t qui Dieu en aurait dotnd le génie (
riphrase élégante pour dire: votre serviteur), de créer tout un
filAclive, un thé',ktre vaste et simple, uu et varié, national par
l'histoire, p,q»ulaire pat" la vérité, hulnain, naturel, universel
par la passion. Poètes dramatiques, ",'t l'oeuw'e! elle est ]»elle, elle
est haute. Ve, us avez affaire à un grand peuple habitué aux gran-
(les choses. Il en a vu et il en a fait ! ,,
..bloi'. nous dira-t-on, qualitier de prudhommes nos jeunes
poètes chevelus, ces p«uvf,.ndem. acharnés du Philistbt, de l'Ci-
«if.r, du bom'geoi_? l»ourqu,,i pas? Il y a mille manières d'Ove
pvudhomme. Il faut bien distin.u,.r entre le fond de M. Prud-
h,,nlme et s,n costume. Le fimd, c'est, comme nous l'avons vu,
eclt«.présomption bou,'geoi,e unie à l'incapacité et à la solennité.
Ce f,,nd résulte de l',wdre des ehoses, du bouleversement social.
de l'avèuem«.nt d'une, nouvelle classe à la direction des idées
(.oic,me à eelh: dos fiits. Le costume, c'est la forme passagère
que revët ce fond. l'occup,ttiou ou l'ettreprL,'e queleonques à la-
quelle s'ad,»unera l'rudh,;lume, suivant les eireonstanees et l'oc-
casion. |'aree quo Nap, déou est t,)ml)é le libéralisme a pu se
d,mnel' libre carrière; le ret,»ur et les desseins des émigrés,
e«,ntlvriant les hourgeois, lourne «le ce e6té leur rancune et leurs
ahstracti,,ns, l'aree que les littératures étrangères : tssian, Byron,
l;cf, lhe, Schiller. sont pavvenues jusqu'à nous, la littérature a pu
pr,-ndre sa couleur romantique. Une raison analogue, l'impor-
tation nouvelle des théories ,le Kant et des Écossais. déterminera
l'allure $'énérale de notre philos,;phie. Supposez d'autres circons-
tances, d'autres influences, d'autres importations; notre politique
aurait pu ne pas ëtre libérale, notre littérature ne pas ètre ro-
lnantique, n,,tre philosophie ne pas ètre éeleetique, psyeholo-
I. I'RUDHOMME. 1 17
gique, l, anth«:iste; mais politique, lit{érature, philosophie, au-
raient toujours été prudhomlnesques.
L'art est un sacerdoce et le poète un prètre.
dit déjà M. llugo daus les t,les, et cette haute pensCe ne fer;t
que croi{re et embellir. 11 dira dans les Cot¢'mphtt&n. :
.le suis le poète farouche,
L'homme-devoir,
Le souffle des douleurs, la bouche
Du clairon noir,
Le songeur ailA, l'àpre athl/:te
Au bras nerveux,
Et je tralnerais la comète
Par les cheveux.
Cette attitude hiératique Cait-elle n6cessairc au caract;.r0, r,,-
mantique de Ici poésie nouvelle? -- Nulh.mcnt. C'es{ de la vanit,'-
bourr.'coise t«,ute pure. {tri pouvai{ romaztix«r sans cela. Lamar-
line, le poët patricien, l'a très bien démontré dans sa premiè_rc
phase.
La jeune philos,,phi, fait chorus avec la je.une po6sie, l.e mou-
vement de rénovation inau.'__"uré par R,»usseau. Condorc«.t. etc.. se
continue sous la Restauration et monte, vers 1830, "h son apogi.e.
11 s'ag'it, comme de juste, de r6formcr conplèteluent le genre
humain, ce qui est grave; à moins qu'il ne s'aisse de I»ouh'-
verser simplement la pensée humaine, ce qui offre moins d'i,-
convénients. Ici, expliqu,,ns-nous. La pr6somption, chacun
sait, a toujours été !, pdch6 mignon des philosophes, e{ l'on
pourrait presque soutenir, avec qut.hlues dévvloppem«.uts
nieux, que le caractère prudhommesque a toujours marqué, «le
quelques-uns de ses traits, cette classe int6ressan{c ,.t peu
des{e de nos sentblables. Pourtant ce n'est là que l'apparence.
Les novateurs anciens. Pytha.ore, Platon, Dcscartcs, v,,ire Kant,
confectionuaient bien des .,!/stèmes, mais au mc, ins avaient-ils des
idées neuves et profondes, et ne préteudaittt-ils pas, maieré ,'c.
les imposer au fiente humain. Ils dounaient leurs opinions pour
ce .qu'elles valaient, pour des rèverics pernnelles, destinées
Il8 LA SCIENCE SOCIALE.
un petit o'rcle de disciples ou d'amis. Ils ,,_,lissaient plus ou
m«,ius d;ns l'uopie, rareent dans la suftisauce, i.'expositi«n
d,.s idées, chez la phllmr( , ffardaii une allure line et aristocra-
liquo. Tout, ,'hez Des«artes, respire 1 g'entilhommc original, mais
«lisliud,.. ami du silence, et l,:,,6remcntc _ d6daineux de sa pr,,-
i»r«. gl,,iro. !1 n'entreprend d'ailleurs sa rétbrm«, qu'apr6s un
al,prcuiissaff coscicncicux et minutieux. Rien de semblahl,.
,-hez h.s n-vateurs de la Restauration. D'abord, «.n g6ndral, ils
n'app,,rtent rien d,. n«mvt.au. C t st de l'antiqut, relapg et remis
en vogue s«tts des noms mod«.rn«,s. Esuile ce qu'ils rèvcnt est
impraticable. Pendanl que Saint-Simon et Fouri«.r, poutuivanl
leur «qmlolal. l»r6chent le nouveau christiauisme et le phalaus-
lère, la ibule d«.s étudi«nts oftici«.ls, presde autour de Victor
Cousiu, acclame av«.c une incroyable sincdrit6 l'aurore de la
l»hiiosophie idé«lo, deri6ro, l»arthile, qui doit dire 1 dernier
m,,t sur Dieu. l'cime, le monde, amoner « l'6mancipafion d6fini-
tire th la raison humaine' », et r6con«ilier loules les diverg'enccs
intollechcll«s dans un supr«m« cmbrassemenl. Nous avons nommd
lëch.«.tismc. I.c sysi;qn«., en soi, n'a rien de hien neuf. Cic6ron
«:h«.z h.s palens, saint Clément d'Alcxandrie parmi les chr6tiehs,
ans compter me foule d'autres, l'avait.rit dç]à pratiqu6 avec
succès, sans emboucher pour cela la trompette «:pique. L'6clcctisnw
est un proc6d6, et non une l»hilosophi« -. Les jeunes penseurs de
I s30 v voi«mt lt clef de toute véril6, la tbrmule cabMistiquc
,l'une, ai«himi, al,strail«., grAce i laquelle l'univers n'aura bien-
t,',t plus de secrets. « La v6rit6 l»hilosophiquc, dit Cousin, c'est
le «omha des erreurs l«.s unes contre les auh'es. » C't.s vite dit.
l'rendre à chaque l,hilosophe ce qu'il a do bon «.t laisser ce
,lu'il a de mauvais: voila assm'«htwnl une incomparable maxime,
«li'no d'«tre rav(.«, en lettres d'or sur la cheminée de Joseph
l'rudh«,mnte. .tmnt à savoir pr«¥iséntent ce qu'il ) a de bon et
de mauvais ch«'z chaque phil-sophc, voilà la difticul6, difti-
cull6 dont M. Cousin et ses amis n'«,nt jamais calcuh: la 'randeur
,.t qui ruine leur phil«,sophi«, de, f,-,nd en comble.
La phHosophit, de Cousin «st bien tomb6e de. nos .]ours. S'en-
suit-il que, depuis lors, nous soxons mieux parta'6s? Nous ppu-
13I. PBUDIIOMME. | |.!
verts renv,»ver nos lecteurs au ouvrages qui se publi,.n
lement. Un éceivain, s'infihdant spicitualisle, ne vien-il pas
thire un lrailb pouc dgmolb" outes les [»veuves actuelle de lïm-
mer{alité de ]'«me e de l'exis{ecc de [)leu, afin de reconstruire
eutiè»ment ces vérités sur d'autres ],ases'. Chacun, d'ailh'uvs.
pontifie avec un inc.fiable sérieux. Les mois inconnus, sui»fils.
prétentieux, encomi,rcnt de plus en i»lus la lanue philosophiquc.
On prend en piti6 tous les an¢.i«,s, y COmln'is les contemporains
un peu vi«.ux. I.e ton d'oracle est de bon goùt. V,,us lirez, I,ar
exemple, dans tel livre « !1 y a encore des esprits arri,:rds qui
,'roient à la mdtaphysique... » et, dans un livve à ,',t6 « Toul
le inonde' sail, aujourd'hui, que la l,hil,,s,-q»hie se ramne toul
enti6re à la m6taphysique... » Ce qui 1,rouve que l'art ,&
pas .,ou,'«ill,,r est une des plus précieuses qualités de !. Pru-
dhomme.
Quant aux autres systèmes 6«.los sous la R,.shurafi,-,n, ,,n
naH tre 1, leur 6ch,.c " la chute lamentable du fouri6rismê. à ses
premiem essais ,le l,halanstbre, et la nb«essitd ,fit se vit la polic,'
,1« meth'e sous les verroux les trop tidèl«s ap¢,tr«.s du nouveau
messic. Saint-Simon. Pourtant, qu'on le rbmarque I,ien, des
hommes très « coinme il faut » avaient d,,nn6 dans ces doc-
h'ines. Le ç6n61"al Lamol'icière avait 6t6 saint-sire, mien.
Tout roule donc, et en peu de temps, sous c,4t,, ral,idc
lu411aiite Restauration. et la Restauration ell«,-m6me ne larde
pas à rouler. Tous l,ourtant la croyaient solide. I.amarine, rccu
à l'Acaddmie en avril 1830. saluait h'ès sinc6'enwnt, avec
,,ptimiste enthousiasme, « les pr6mices du siècle qui s'ouvrail »
sous les auspices d'une dynastie ddsormais inviolal,le. Chateau-
briand disait, s'appr,,priant une parole divin,." « D6molissez
monarchie, et je la rebatirai en trois mois » l.es journées d,.
juillet se chargeaient de donner un démenti sanglant à ce d6ti
par trop superbe: 1830 arriva.
LouiPhilippe ce seul nom, eu matière de choses lrudhom -
mesques, éxoque l'id6e de l'a-e d'or..lainais la l»,urgeoisie ne
s'Cait vue si bien et si complètement la reine: jamais les bon-
nctiem et les ros marchands de parapluies ne l,rirent plus fière-
I¢) LA SClEICE SOCIALE.
m.nt le haut du p;vé social; jamais les TuiIe'ies ne virent plus
gros souli,' fouler leurs tapis et plus maladroitcs rév6reces se
lnirer dans leurs randes $laces. L'él6ln.nt rétroradc et che-
valercsque est victoricusement élimind.
I.e type prudhomme entre ici dans une nouvelle phase, celle
de son apoff6e. Un renouvellement analoffue à celui de
quoique moins radical, s'op6rc dans hs hautes couches. Un.
foul de, nol»ls et de rieu.r bottrgeois, appartenant à l'armée,
1, marine., a la diplomatie, aux fonctions publiques, donnent
h,ur ,ldmi,siou, et sont remplac6s en masse par des bourg'eois
ralli,:s au sol,.il levant. La noblesse n'6migre pas, mais elle
r6fugie dans s«.s t«.,'res et s'isole du mouvement général. A
c,,ur, dans h.s villes, dans h.s affaires, les pote've.nu« tiennent
sans obstacle le haut du par6. Un t,it significatif marque ce
triomphe. " l'«,baissemcnt du tons 61ect,»ral de 300 A 200 francs:
abaissement qui a p,mx' double' résultat de r6duire l'influence
politique des rands pt',Tri,;taires ruraux, .t d'incorlmr«'r
i la classe, di'icante un t)»rt c,mtinet de petits 'elttiel.
c«»llmCl'çan/s, industri«-ls, maffasiniers, à qui les droits politiques
««mfèren/ inm6dia/«'ment une certaine considérati«-m sociale.
lais remarquons bi«,n que, si le eeltS est abaissé à 00 francs.
iW,'«..t pas port« l,ltx b«.,. I.a bourge«dsie veut bien sui»-
planter la nobh.ssc, nais ell,. ne prétond pas s'encanailler avec
le peuple. Elle t à la première - ¢/c-/oi de là que je
ttletlo; mais cllo crio au sec,»nd .l'y suis..i' res/o.
I.a p, ditiquc ,.xtëricurc va se fesse.n/if do l'avènement
u,melles c«m«hes, l.'«.tttette «ordial«. succédera, au prix des plus
humiliants sa«rilices, h l'altitude, fi6re et susccp/il»le des diph»-
mates de ;h«rles X..ktthires de Bclique, affaire Pri[chard,
«luestions de l»,d«»gnc, dl'ient, dtl S,nderbund, tout sera l'oc-
casion de rcculades savantes et prudcnt,.s, dictées par les
rois industriels et c«mmaerciaux de nos pacifiques léffislateurs.
Mais comment d6-uiscr ces d,faites aux yeux du peuple français.
si vif. si ,,mbraffeux. si chauvin? Avec des phrases, l.a
l,,g'ne est-«.lle écrasde. après avoir vainement compt6 sm' h.
s«-e-»ut de la France? On dira « L'ordre règne à Vars«,vie »
M. PttUDnO.ME. 121
I.'An'leterre somme-t-elle la France de renoncer à une ind,.m-
lité du Maroc après la bataille d'lsly? On dir« : « La Frce
assez riche pour payer sa loire! » C'est l'époque ,le l'inénarr«blc
Dupin. de ses lourdes sentences, de ses discours pompeux toul
remplis du contentement de soi et de son siècle. C'est alors
I;uizot prononce son fameux discours de Lisieux, résumé par la
pres en ces deux mois : « Enrichissez-vous. » Au fond. le
ministre, malffré quelques réserves, est assez saIisf«it de son
b.mps : « N,»us avons acquis, dit-il, de nous-mmes ,.t de notre
condition, une connaissance plus juste et plus prof,n, le. N,ms
ne nous payons plus de ddsirs, ni d'ar$umcns, ni d'«pl,arences,
i d'espérances (!l). Nous voyons ce qui est. Nous vivons bie
plus que nos pères dans la véritd des choses. Nous som»u»s plu,
sales et plus modestes (1). »
}lettons en rcg«rd la tirade suivante, emprmh;e à H.nri
nier :
M. PtottottE (à M. Ducreux). Vous ¢es de ces g.ns qui font
de l'opposition A tout... De quoi se plaint-on, je vous le de-
mande? Est-ce que je ne ffagne pas de l'ar'ent sur les fonds et
sur les actios? Est-ce que e n'ai pas b»nne table ci bon
Est-ce que je ne suis pas considdré, porté sur h-s list,.s dt Ul'y,
recu dans h:s l,remiers salons de la Chaussde-d'Antin,
pour toutes les fonctions honoritiques. élu au rad«, de pitaic
par mes concitoyens, ci sur le point d'ètre, avec m,,n é1)ortse,
présenté aux ]»ls du roi? N'est-ce pas lA uu 6lat pr,sl»bre?
core une fois, e vous 1,. demand., de quoi se pl;did-»n
Jusqu'alors, on ne voyait dans un d6puté que h. champion
d'un principe. A partir de 1830, on commcn«.c à s,. faire
pour le plaisir d'ètre Cu. On qutc la dputation comme.
qu6tera la d6coration. C'est un titre, uu ornement, unTaoache:
sans complet', 1,,»ur beaucoup, l«'s profits pécuni«dres, les faveul'x
ministériclles, les eux de }»ourse. etc.
Axo'v (à Prudhomne). Cincinnatus. quittez voire ch;rru«. '.
e vous le dis du fond du CUr et avec l'én«.ri, de la convie-
,1) Guizot, .llddilalio»ts, « De rétat des ames ».
2) G»'«udetr et dc«deace...
1-)2 LA SCIENCE SOCIALE.
tion " Ma l,«,r,,le ,l'honn«.ur, vous ëtes «ligne de sauv«.r le Cal)i-
PRLI)II«)MME.- Aln ce mot me décid«. ce mot me ddcidc 1)
Prudhonuuc est décid4, mais i ''' Prudhomme ne ['es( pas :
1 PlnmoMMr:. -- A quoi cela vous se.frira-t-il?
l6pini6r« ., ci c'«.st sur les hancs de c«,ite.., pépinière qu«. l'cm
pro.md b.s h,um«.s d'État, les ministres.
M lqtcmOMM. Allons donc
Pic ,noM»;. Je serai u«'lTw rhose, madame Prudhomme.
.i" serai 7««,/7,«e «/«ose, je vous en donne ma foi
omm«. Tavlarin, I»rudhomlne est terril»le lorsqu'il pari
terre. Ses amhiti«ms ont une. cand«.ur et une lourdeur «aracté-
ristiqucs: malré ce, il jette feu et tlamlnc. Sur le terrain poli-
ti«lU«., comme sur le terrain littdl-aive, il a conscience de
»iss;m. Ëcout«.z Auqlstin Thi«q'ry :
« Nous qu'on apl»,.lle des holnlnCS nouveaux, sachons prouver
que nous ne lc sonnues pas ... Nous sommes les hommes des «i-
t:s. les honu]es des communes, les ho, mmes de la 'lèbe, les
tils de ces paysans quc d«.s ch«.valiers massacrèrent près de
Meaux, les tils de ces bour'eois qui firent h'embler Charles
les tils des révoltés d,. la J««.querie .3[ »
Le s«.ntilnent itime &. la hourffeoisie, sous Iouis-Philippe.
c'est la persuasion qu'«.lle a de ihire, par 1«. seul thit de sa pros-
l,él.ité, la l»l'osp6rit« «le la I:rance «.ntibrc. L'idée du patronage
s«,cial, av«'c ses devoirs COlnpliquds et traditionuels, hli cst géné-
t'aie.ment inc,nuue. Elle n'a pas tort, sans d,,ute, de donner
viffoureuse impulsion à l'iuChlstrie, au commerce, à la création
,les chç'mins de hr.. Etc a tort de ne voir que cela, et de
,',msidérer que le c6té matériel des choscs. Entre la boureoisie
orldauisb, d' 18'0 't la classe dirigeanh, tellc qu'elh devrait
ètre, il x a toute la distance qui sali»arc, l'économie politique
,le la sci«.nce sociale.
1) Grttndeu« ci décodera'e.
{ Il, id.
I Histoire d'.lnglcterre, %11.
3I. I'RUIJlIOME.
C,.tte bourg,.oisie s'eltdort dans sa b,,nlle et 'rosse ce, n-
fiance. Le proures scientifique, alors à son maximum de vilesse,
lui donne l'illusion d'un progr6s social. Elle. croit qu«" la pai.r
h l'cxt6rieur, la commandite. à l'int6riour, sont l,.s deux sp6citi-
ques sans rivaux qui ,,6,'isscnt les plates nationales, et que
bas peuph., le peuple" d6sorffanisé, sans associations, sans syu-
dicats, sans protecteurs naturels, sans droits l»olitiq,,«.s, sorti de
l'ordr, ancien sans avoir trouv6 un ordre nouveau, prendra t,,u-
jours en patience la domination de qu«'lqut.s milliers d,. pat«.ntds
qui ont renve6 Charh's X au nom de la lil»e,'té et d,.s d,'«»ils
peulde. Fille des J,tcq«es. mais filh. enrichie et privilégié,., elle
ne remarqu,, pas tous les autres fils des Jacques d,,meurés
arrière, dans la jalousie et la pauvreté. Le lit.fs dtal. au
me.ni mères, oit il lit COml)laisamment son Hisloire, no
toit pas qu'il a cessé en fait d'i.trc tiers 6t;t, .t qu'un qua-
trième dtat. re'ardant les bçul'g«'ois d'aujouvd'llui comme h.s
Jacques d'autrefois rc.zardaient ls n«d»les, S'al)prbb. à donner
l'ut aux « 'xploit«.urs ». Cette inorance t.ra sa pe.rte. ['n
mouvement décisif va s'opérer. A c61d d«,s Prudll«mmes offi-
ciels, immobilisés dans leur prudenle I»éatiludc, se lèvent les
Prudhommes de l'«q»position, fils de la bour'eoisie, eux aussi :
ll(lilon Barro[, Louis-Blanc, Ledru-Rollin. ou mèm«. transt'ug«.s
de la noblesse, comme Lamartine o[ I;irardin, et dont les théo-
ri, quoique dépourmtes de sens pratique, ont sur celles de leurs
advemaires l'avanta.g'c immense d'6h'c neuves et de. n'avoir
encore subi l'épreuve de l'application. In idéal nouveau, où
contmdent la République, le sul'h'ag'«, universel, le socialisme.,
aspire h se réaliser dans les choses. Il se traduit p;r la rév«.lution
de Février.
Si l'espace n'était borné, quc de jolies choses à dire L'eni-
vrement du peuple aboulissant aux journées de juin : l«.s ho.m-
mes d'ordre n'or$'anisant que le d6sordre, les discours tul)é-
tiants de Victor Huffo: les ve, Ire-face de presque tous les h«-»ntmcs
politiques ; M. Thiers. le pourfendeur des jésui[es en 185,
avec Montalemher[ la liberté de l'enseignement, les projets
litiques de Lamartine, projets pleins d'honnte(é et de poésie.
|'i L _ SCIENCE SOCIALE.
ayant le seul défaut d'6tre impraticables; les protestations con-
tl.« Ici peine de lnort; la .'î"rande question du dro# au travail,
cmffondue, à la tribune mëme de l'Assemblée législative, avec
la I;t,«.rté du tracoi[; par-dessus tout, la fondation mémo-
rai»le et la déconfiture des ate[i«,rs ,atioa««x, expérience assez
lar'e du so«ialislne, démntl'ant, inutilement pour beaucoup
d'aveux'les, l'absurdité des th6ories plus ou moins miti.'ées ou
radicales qui w, udraient organiser le travail par l'intervention
«le l'État; enfin, les tiraillements d'une puissante majorité, mi-
partie lëgitimi.te e orléani.[e, entralnant, comme conclusion
de ces aspirations en laveur de la ro),auté, le rétal)lissement
«le l'Empire! -- Tout cela pourl'ait faire un volume, où la figure
de notre ami l»rudhommt aurait sa place marquée à chaque
pag'e, comme dans l'album immortel de Cham.
Élarg'issons maintenant no!re chanap d'observatiou.
A partir du premier tiers de ce siècle, le caractère prudhom-
mesque tend à devenir cosmopolite. L« facilité des communica-
fions et l'influence pcrsistante «les écri[s francais contribuent
l»rilcipalenwlt à imprégner de nos m«_eurs et de nos idées les
nations placées "à peu près dans les mèmes conditions sociales
que la France. L'Allem«-ne, et tous les pays dits de race lalhe
ialuralisenl «.hcz eux M. l»rudhomme, en le rcvètant chacun,
l)«»Ul" ainsi dire, de ce qui pe! restcl' d'ori.'.:'inal dans leurs cos-
lumes respectifs. L'l[alie, -- Itahç«/r,«ra da se. t- chante les fu-
hres splendeurs de son unité. L'Es[»agne s'essaie aux graves
,liscussions du l'é."nle cons!i!ulionnel français. Les républiques
cit, l'Amérique du Sud. dans leur lame de hausser leurs budgets
au n_iveau des ])ud.._,c[s europé,ns, glissent dans d'effrayantes
I»anqu«'routes. S'ulcment, dans tous ces pays, plus pl.imitifs.
moins polis, m,»ins cen[ralisés que le n6tre, les coups de fusil
soulignent vololtiel. les revendicati,»ns, l»rndhomnle ), conserve
dcs airs de Roland furieux ou de D,»n dui«hottc. Il endosse l'ha-
bit rouge de 'aribaldicn, fait sonner ses bottes avec Espartero,
et se livre, à la tëtc d'armées sans solde assez semblables à nos
gardes nationales, à des pronunciamient,)s qui font plus de bruit
M. PRUI)HOMME. 125
que de mal. (;'est toujours la liber'tC entourée d'une auréole
d'abstraction.s. «lui tait le fond de ces réclamations tUlnultueuses.
Chaque déplacement de pouvoir doit ouvrir sans faute, pour la
nation révolutionnée, l'ère définitive du bonheur, des cailles rè-
ries et de l'esprit moderne. L'AIlmagne, 11, a mieux que cela.
Une puissance réelle et formidable, due à la concentration rè-
cente des nationatés éparscs, s'allie che elle à des ambiti,ms
d'un genre diffèrent. Elle veut dominer le mond,', non seul,.-
ment par les armes, mais pro. la pen.sée, l,'instruction alle-
mande, l'dcole allemande, la philosophie allemande, l'érudili«m
allemande, la musique allemande, lnarch«'nt A.la conqu,:te de
l'univers. « Ils en ont plein la bouche, de leursc&nre allemande »,
s'écrie avec humeur Jules Lemaitre. à let vue de nos savants
français, qui mordent si bénévolement h l'hameçolt intellectuel
de leut's congénères d'outre-Rhin. Vers cette dpoque, le type
Prudhomme accomplit une nouvelle évolution? Les admirables
prog'r6s de la science, baleaux it vapeur, chemins de fer, t61é-
graphes, photographie, gaz d'é«lairag-, industt'ies chilniques,
en modifiant profond,;lnent les moyens et le mode d'existence
des peuples civilisés, et en redoublant los complications sociales,
réagissent sur la tète peu solide dt, bourg'vois. Ivre de ces triom-
phes qui, au fond, ne sont pas son «.uvre, Prudhomme, plus que
jamais, ne doute de rien. Il croit que tous ces prOgl'èS d'or'rire
spécial ont p,-»ur corrélatif 1, ' pr¢,ffl'6S mm'al et social des nations.
A la complication des choses rèpond let pr«;soniption d,.s hom-
mes. Le ,, siècle des lulnières » prend son 61an vers l'idéal, hn-
puissant à s'en rapl»rocher par le vrai chemin, qui est celui d,"
l'initiativo privée, i.'u«»rant les v6ritahics conditions de" la pr,,s-
pèrit6 matdrielle et morah, th.s socièt,;s, fermant aveuglèment
les )'eux sur les exemples des nations qui menacent d'évincer
les autres, telles que l'An'leterre et les Élats-Unis, le bourgeois
frauçais se rejette vers des moyens commodes et arlitici«.ls, mais
ruineux et inefficaces, vers l'initiative et l'omnipotence de l'État.
A l'État de rendre le citoyen heureux, de le faire travailler, de
le morahser, de l'instruire malgré lui, de le forcer. »«mu mili-
fart, à ëtre économe, pl'6Voyant. éclairé, vertueux, etc. Ainsi
. Xl. 1o
||; LA SCIENCE SOCIALE.
se répaud la conception de IËtat-Providence; aiusi s'épanouit
la centralisalion ; ainsi naissent et se fi»rtifiÇnt les mille systèmes
socialistes ou demi-socialistes, rèves d'une soci6t6 paresseuse qui
réclame à 'rands cris une perfection idéale parce qu'elle n'a p
la fo»rte de mettre la cognée à un seul de ses d6fauts
Les autres nations peuvent marcher. Elles peuvent nous
guer de vitesse daus cee course au progrès. Prudhomme ne
'avoura jamais vaincu. Il crDl'a plus fort que l'Anleterr,
plus fi»rt quo l'Am61"iquo; et le diapason du chauvinisme mon-
lcra d'autant plus haut que l'influence francaise baisse davan-
ta:e. Pour quelques victoires relativement fitciles, Napol6on 111
«. p,,se en c,,nquérant. 11 joue au « rcdrseur des iorts ». En 1870,
personne «.n Frauce ne dt»uie de la vict-ire. M. Thicrs veut 61e-
v,.r des o],jcclions. Un l'rudhomm«, lui crie : « Vous 6tes la lrom-
pelle anli-patl'iotiquc du ddsastre »
L'cxp6ricnc«. de Se.dan dissipe cette, illusion, mais ne ffu6rit
pas M. l'rudhomme.
M. Thi«.l, qui a du sens pratique, voit immddialem«.nt la vraie
s«,luli-n : faire la paix tout de suite, au prix de quelques sacri-
tio-s, atin d'6viier h.s sacriticcs plus ondrcux que nous coùterait
une. résistance inutile.
Ici, Prudhomm«'-;amb,.tta entre en
l'rud,.mm,.nt l'«.iir6 it Bordeaux, l'avocat de la lt6fensc natio-
nah. disp,qse à tous les rouis ses belliqucuses proclamations.
« La g,u.rr,, h ouirauce, » il lit' S,,l't pas de là. Et quelles con-
dilions désastrvuses aura IDu cetl«, fluette, c'est ce dont le grand
h,,mmc impr,wisé sc. pr6occup,' le moins.
E revanche, il s'occupe b«'aucoup de Sll'aldffie mBilairc.
l.'avocat dicte s«,s plans aux vieux généraux : .« Poussez par
campez par là ; occupez ceci, évacuez cela ; ,, le lout agr6mcni6
de d6pèch«.s s,mt,l.«.s ci emphaliqucs.
11 ;ppl'end que les l'russiens ont coup6 uotre arln6e : « Tani
miteux, dit-il, ca en tra deux »
Le siège de Paris est poussd avec vigueur. Les gens sensés
u%nt plus d'espoir. Le vaillant Prudhomme en a toujou :
« La France, 6crit-il le 9 janvier 1871, est COlnpl6telncnt
M. I'RUDIlOMME. 127
,-hanffée depuis deux mois; l'àllle de Paris s'est répandue sur
elle et l'a transfir.'uréc, et. si vous veni,.z " succomber, c'est
un cri de veugeauce qui sortit'ait de t,»uh.s les poitrines. M, ds
,'ous ne .çuccomberez pa. (1) »
Malgré ces pvophéti«'s et bien d'autres, il tçaut entin se' résigner
aux conditions du vainqueur. Comment passer par ectte humi-
liation? Comment g'arder, toujoul et quand nëme, l'air lriom-
phant et eont,.nt l'rudhonme-llugo s'aequitl,, m«.rv,.ilh,tsement
de ce tour de. force.. Le voici h la tribune de l'Ass«.m]»l«:e na-
lionale :
« Il v a désorma[s en Europe deux natious qui seront r,.dou-
tables, l'une, parce qu'elle sera vietorivuso, l'autre, parce qu'«.lh.
sera vaincue'.... (Moucement.)
« Cette d«'rnière,) elle. aura la lumière, elle aura la Iii»cri6;
,.11«. aura non le droit divin, mais le dit humain; «.lle aura
la tribune liiwe, la presse, libre, la parole libre, la conscient,.
libre, l'àme haut«. Elle aura et elh, ffard«.ra l'iniliative du pro-
vès et la elient61e des faces opprim6os ,15.ès bi,.nl tcès
et pendant que la nalion victorieuse, l'Aih.magne, baissera h.
tont sous son lourd casque, de. honh. eselave, cil,., la vaincu,.
sublime, la Fl'anee, elle alra sur la tèl«. sa eouronne de p«.uple
s«»uvevain
« Et on enh-ndra la France. crier : C'«'st m,»n lour Allem«'u«,
me voilà Suis-j« ton ennemie,? Non je suis fa seur. (19";.s bie
t4s hiet!)... N,ms ne ferons plus qu'un seul peuple, qu'un,.
seule r6puhlique. Je vais démolir m«.s tbr/ercss,,s, lu vas
liv h.s ti«,nnes'. Ma ¥«'n$caue«., c'est la frat«'vnité » ,.I 9,turhe :
B,'aco hraco (2))
Est-ce assez joli ?
Eu fidt, nos désastx'es n'»nt fait qu'augmenlev en nous
n0vation'de l'Allemagne. Celle-ci a évidêmn,.nt ,ur nous une
sup6riorih;. Qu«.lle est-elle? L'instruction. Qui n, ets a vaincus
en 1870[ Le maitrc d'éeoh, alh.mand, l;«,vmanis,,ns la vam-
maire; l'Alsaee revient à nous. D,.s mesures éneri,lucs s,mt
(I Lellre officielle à Jules Faw'e. -- Jouraal officiel du I0 janvier.
I2) Séance du tt mars 1831.
!8 tA SC,C,
l,ris,.s, p,.ndant cinq ou six ans. les fuiut profisscu de l'Uni-
x,.it, françaiso s'imbilwront «1 svntaxe comparèc, de philo-
logic, d'archéologie., d'hèbr«.u, de sanscrit, de numismatique, de
mèIriqut', d« palè«,gral»hie et d'idèalism«' transcendantal; le tout
pour aller, toute leur vi, durant, faire d,;cliner « rosa, la rose »,
l «h.s bambins ennuyès qui, d,.ux ou trois ans après leur sortie
du collège, auront oublié tout leur latin ei parthis même lt.ur
tan«ais. Toutetbis. «« ne sont pas exclusive.rueur les programmes
à l'alh.mand,' qui d,iv,qd nous rég'«:nérer et nous grandir: c'est
/'instru«tio, en g6nóral, h. chau«y,', l»rtnoz d.s fils de labou-
reurs, ayant de six à tr.ize ans: bourrez-les de grammaire.
d'arithmétique' al»protbndi«', de g:omètric, d'histoir naturelle,
d. « le«,,ns d, «h,,s«s ». h. « d«.voirs civiqu«.s », «.1 vous verr«.z
comme l'agri,'ulturc prort.ss,.ra. No»us ne reviendrons pas sur
l'article d6cisif d,' 1. Saint-R,,main (I) à ce sujet. On a pu
voir l«.s rèsultats qu« nos instiluleurs, chautts à outrance, dans
n«»s 6«ob.s normals. ,.t munis des plus savanls pro.rammes de
l,Mago»-io, ont al»tonus dans nos canqagn,.s. Là encore, le ré-
w.il est Wrril,l,.m,.nt inférieur au r6xe; mais l«.s champions d,.
noire, instruction lmbliqu,' n," se dé«,»uragent pas pour si peu.
,, I.öcoh l':«olt. » a-t-on assez fa bouche ce mot maçiqne a-t-on
«ss,z «.xaité s,. V«.l'Us[ M. d,' ;irardin . annoncait
I,al,l.ment quo.. l,»rsquc t,ut le monde saurait lire. les gendar-
mes et les tril,unaux pourrai,mi ötre SUl»primós sans inconvè-
nien/. M. d,.' Girar, lin ne tkfisait qu'oxpl'imcr la pens6e d'une
fouh. de « pens.urs » de notre, siècle, pens6c «'ncor. d6fi-ndue,
actu«.ll«'m,'nt, par dos centaines de journaux, malgr6 1 dèmenti
,:datant des thits, l»r«dholnnt . póda'o'ue, se'bru sa coutume,
ndli6 qu'un détail : la thmille, ct. da»s h sein de cette
mille, la rt.liffion. 11 n'a pas c,,ml,ris que tontes les connaisn-
ces possibles, incrustó,.s dans la cervelle d'un marmht durant
l'csl,ace de huit heures, n'onl en .lles rien qui pnisse absolument
eml,chcr 1« susdit marmot d' poliss,,nncr, si bon lui semi»le, du-
ri) Science sociale, mars 1892.
() l'ous celons ici de iiit)llloire. Ce ne sont pas les termes plopres de M. de Girar-
din, mais (est son id6e.
M. PRUDHOMME. 129
rant les seize heures «lui lui restent, si aucune influence
et supérieur à Iëcole ne vient le saisir par 1.. foud iutim«' de
ètre et former sa volonté à hieu agir. Croire que les manuels
civiques suppléeront h c«qa, c'est h coup sdr la plus formidable'
utopie qui ait pu se loger sous le bonuet d'un t.6tbrmatem" mo-
derne; et peu de tentatives r6unisseut A un aussi t',n't de.gré ces
trois caractères d'incapacilé, de solenuite, 't de" p.esomption
qui sont les attt'ibuls essentiels &. M. l'rudhomme.
Remarqu.ms toujours le point faibh, de ce, lui-ci. Ce qu'il ad-
mire est g(.u6ral,.meut digne' d'admirati,m. L'iustitut,«u', comme
tout autre, a sa mission dans le mouds', mission restreiul«' de
sa nature, et ne vcnaut qu'au second rang'. Mais uue saiue ap-
pr6ciation, une. «.stim«. m,.surée ne. couvieuuent pas à nos
p6rameuts admiratifs. Le mot «.xprcssif : « il n'va que «a »
semble avoir dt6 crë6 et mis au mond,, pour 6tre. adaptd suc-
cessivem«-n h tous h.s bienhcur«.ux substautifs qui ont 6t,: les
idolcs de notre si6cle, lin dit de. nos jours. «.n certaiues sl»h6-
res : ,, L'institutem', il n'v a que «a! » comme' «,n disait, eu
1815 : « La I;harte, il n'v a que «a », ou ,, La rim. riche., il
n'y a qu«' ca'. », ou ,, 1'6clectismc, il n'y a qu«. ca'. » lu«'Xl»éri-
menté et c,,ntiant, l'h,,mme d,. notre si6«lc perd facih.m,.nt
vu«' la hidrarchi«, et l'importance rclativ,' d«'s ch,,s«.s; ses
tente.s, comme ses admirations, s,,nt t'anehanles, «d»solu.s.
La France n'est l,aS seule, à l'hcuro actuelle. à sYxag6r,.r l'im-
portance de l'instruction. L'Allema.ne. -- et à sa t61e sou jeuu,:
empereur, -- entre plus rdsolument que jamais dans c.lle oic.
ue fiut-il, se" demand,. I'.uillaumc I!, « pour rép,mdrc aux
cessités p'éseutcs de let situation qu'occup«' la pairie dans h'
moude, et aussi pour la mettre à la hauteur d,.s luttes p«,ur la
vie »?-- Ce qu'il faut, c'csl hien simple. 11 fiut supprim,.r le la-
tin et le remplacer par l'allemand ; il faut de l»lus faire dru,lier
f,md l'histoire allemand,, coutemporaiuc, atin de bi,.n pduC-
trer la jeuuesse de la loire allemande., de la supérioritd alle-
mande, etc. E un mol, retrancher des programmes tout ce qui
nYstpas assez allemaud, rendre ainsi les él6ves aussi boru6s et
aussi vaniteux quc possible, voilà le grand secret de conserver
130
LA SCIENCE SOCIALE.
i l'Allema'ne sa grand,,ur. Ce n'est pas ainsi, on le sait, que les
lomains ont conquis le monde. L'art de rendre justice à ses voisins
et de les imiter lorsqu'ils font mieux est absolumont nécessaire
i t«,ut pouplo «lui ne veut pas se laisser distancer et s'endormir
dans la décadenco.
Considérons maintenant, d'un bout à l'autre de notre siècle,
l'«.uvrc te,talc de la bour,'eoisie. Qu'a-t-elle fiit? qu'a-t-elle cons-
truit? quels pro.'rès a-t-elle réalisés? quels problèmes sociaux a-
t-clic avantageus,'ment résolus? La réponse est aussi claire
que triste. Son actif se chiffr,, par un seul mot : Néant. Le pro-
.'-"rès scit, difique et industriel ne doit pas nous faire illusion. En
prcmi«.r li,,u, ne»te»ris quc la l»lupart dos inventions nous vien-
ment de, l'Angleterre «»u de l'Amériqu« ; la France, sur ce point, n'a
pas inauguré, elle a imité. En sec,nd lieu, ce progrès spécial.
comme nous l'avons dit, n'a ri,n de commun avec le bonheur
r6cl. avec la prospérité sociale d'un peuplo. On peut êro mal-
ht.ur«,ux ou vicieux en cl,emin d,, fer. comme on peut ëtre heu-
reu, ou verhwux dans u," dilig'ence. Rome était plus cicili«ée
queles Barbares au m,ment où sa corruption la faisait tomber
sous leurs coups.
La 1,our'eoisi, française, immobile et impuissante, se débat
«.n valu dans s«.s illusions t«»ujours remises à muf et décorées de
qm.hlu«, nouvelle 6tiqucltc. Elh' est comme l'écureuil dans une
cage r-nde" clh. g'rimpe toujours et ne s'élève jamais. Les cau-
ses «le dissMuti«»n con/in.en! à ag'ir, à désorganiser les familles
ci les f-riunes. Le I»arta'e é,_a'al, avec l'éducation étroite, pru-
«lentc, m«.squin,', qui en es! le cor«dlair% continue " f«urnir ",i
la classe, diriffeantc des recrues déplorablement préparées à la
Iàchc qui 1,,ur incombe. La burea u,'ratic, toujours paresseuso, ir-
resp,msable et arrogante, règne ,'n maitressç là où devrait ré-
.n«.r Finitia!ive privée; et, p«r s,s vexations, ses frais énormes,
ses f«»rmalités, ses lenteurs, ne réussit qu'à couper les bras à tout
«,si»rit d'cuire'prise. Relffermés dans leur spécialité, dans leur rou-
tilw, dans leurs circulaircs, lesbureaucrates constituent vssentiel-
lemcn! une classe i,calable. Forcés ",i de basses courber/es devant
t. rnC)UO.iME. 13 !
leurs supérieurs, ils se rattrapent sut" leurs inférieurs et sur le
public, prennent des airs princicrs pour commander, interro'er,
répondre, faire attendre; de Ici. leur allure solennelle. Habitués à
voir, dans leur sphère administrative, les choses marcher la ba-
guette, suivant un plan central et officiel, ils se figur,.nt aisément
que tous les faits sociaux peuvent se réduire ch formules admi-
nistratives; de là une incurable pr,;soïJ,pti,m; «le là ces proj«.s
baroques, ces rapports ambitieux, cette chinoise.rie de r@lemen-
ration, ces empiétcmens successifs sur les droits individuels.
Menée en laisse par les bureaux, la société se t'aeonne à h.ur
image. Faible, elle cherche la force, .t ne la trouve qu«, là. A
force d'entendre le V, uvoir répéter : « .le ferai ceci, je ferai
cela », le simple cit«,ven iinit par dire au pouvoir : « Fais ceci,
fais cela », et il entasse projets sur projets, fèces sur r;.ves, aussi
bien dans l'ordre intellectuel que dans l'ordre matériel. Le sens
dit possibh' est perdu, l)u moment que l'rudhomme se réserve le
droit de ne pas a'ir personnellement, ses prétcuti,-,ns sont sans
])ornes.
Depuis le commencement du sib«lc jusqu'h n«»s .iOUl, la race
anglo-saxonne a fait un pas g-iantesque. Elle ;t peuplé l'Aus-
traite, pcuplé la Nouvcl[c-Zëlandc. peuplé l'Afriquc australe.
Les États-['nis, dout t«»ute la partie centrale et «»ccidentah.,
sous les noms (le Louisi«tne et «le Californie, appartenaient à la
France et h l'Espagnc, sc. se»nf couverts rie villes, (1, fermes,
de chcmilis de fer anlo-sax«ms, et ont pris cràn«'ment la tçtc
du mouvcmeut scientifique. Réfractaire ait s«»cialism«, et à toutes
les utopies, cette race a fait son chcnlin sans rien dire, sans
crier ses enthousiasmes sur les te.ifs, sans prcndr, des poses
de nlahnnore, sans se perdre en déclanmti,»ns, en agitations,
en révolutious, en déceptions. « Le progrès I sans phrase »,
telle pourrait ètrc sa devise. Qo'aVOllS-l|Olls fait pcudant ce
temps? Toujours en retard sur nos voisins, nous n'avons ri'n
créé de neuf. Le mouvement de notre population est h. plus
lent du monde. A part l'Algérie (où l'on compte presque au-
tant d'étrangers que de Français), nos colonies ne sont que
des sinécures de fonctionnaires, nécessilant sans cesse de c«»dtcux
13) r^ scmcr." SOCtArE.
d6ploicments de forces pour défendre des celons «lui n'existent
pas. i,'éducation, fié'reusement cotccntrée autour «lu bacca-
la«réat, détourne notre jeunesse de ces voies fécondcs et pleines
d'avenir o/ tl'ionThe sous nos )'eux la jeunesse anglaise. Elle
b,»t'ne de bonne heure les rèves de l'enfant "h la conquètc
d'un paisible rond-de,-cuir où, derrière un grilla'e quelconque,
il attendra plus ou ln,»ins inq»aticmmen! la part égale d'hé-
ritag« que le Code lui promet sans fiutc, et la bienheureuse
dot que la sollicitude anxieuse de sa famille saura bien lui
déniclwr qu«hlue pari. l'artout des CXl»édients. nulle part l'ini-
tiative. Tr, q» vanit«.us« l»,»Ul avç, uer sa décadence, la sociét6 ne
cherche qu'à pailler le mal au li«qt de le guérir, l'n état
psychologiqm' sort t'atalcment de ces condilions matérielles,
et doit durer auiant qu'elles dur«ront. Cet dtat, c'est le pl'u-
dhommislne, t«»uj,»urs le mème sç, us ses di'erscs modifications,
ci travers s«s diverses et impuissant,.s aspirations. Élevée d'un
eul c«mp à «le verti.'-"ineuses hauteurs, la bour.geoisie francaise
m. s'est pas 'nc,_,l'e fail« à c« v«rliffe, lne ascension lente et la-
borieuse eùt fait pl'o}»ablemcn! s«m apprentissage. Une ascen-
si,m l»rusqu,, et inerte n'a fait que l''nivrer sans l'instruire.
Tant qu,..1. Iq.udh«»mme n'aura pas mis résolumcnt la main à
l'oeuvre, chez lui. dans sa famille; lan! qu'il n'aura pas montré
à ses tils commen! on s'Cève se)i-me:me par sa x-i$-ueur et par
so m6ri[o dans l'ordre (les choses ntiles; tant qu'il n'aura pas
p'éparé sérieuscment, lal»«»rieuscmcnt, l'avènement d'une gé-
nératiOli f»r|e -t cntrel)'cnatc , plus avide dïnd;pcndancc
que de dil)h',mcs, et ('apablc de 1,rendre en main le patronage
s«»cial du travail avec toutes ses complications actuelles, M. Pru-
dhomme restera condamné à son r5lc grotesque et négatif; il
conlinucra chaque soir, au coin de son feu, les pieds sur les
chen«,ts, à dire de sa grosse voix i madame son épouse : « Je
serai 7u«.lTu«. c/ose, madame l'rudhommc, je serai quelque
chose, ,,, et il ne sera jamais qu'un phraseur.
[;. o'AZAMBI.'JA.
LA SO3ÉTE VÉI}IQUE.
LE BEICE.U DES BACES HUMAINES.
Depuis que les livres sacres des Igrahman.s de l'lnde ont
apportés en Europe. leur étude a lmssionné une partie du m,-,nd,.
savant, et tous les moyens «,nf ét6 mis en ceux-re pour interprét.r
ces antiques 6,_'rituros, pt, ur en extraire les n,-,ti,ns de lt, ut
genre qu'elles contiennent. Si ces rocherches ,nt btd tente:es et
poursuixes axec atttant de talent que «le patience par les
dits de toutes les nations, c'est qu'elles pl.dsentent un intér6t de
premier ordre, qui s'est r6vé16 dès les premiers pas faits dans
lëtude du sanscrit " l'at'tinit6 de cette lang'uc m,,rto.
dans le lointain ds ages. avec les lanues anciennes ,,u m,,-
dernes de l'Eur«»pe s'est manifest6e t,,ut d'abord.
;rtce aux immenses travaux phil,-,loiqu,.s qui ont suivi cet/c.
d6couverte, la confraternitd des Aryas primitifs et des Eur«,p6cns
a é16 indiscutablement 6tablie. D6s lors, la re.cherche d,.s ori-
gines arxennes devenait let rechorche de n,,s pr,,pres ,,riinos
nous-mOrnes" on a été conduit par une curiosité croissanh" à
vouloir fixer et circonscrire le lieu d'habitation l»rcmi;'re de la
race Indo-Europ6enne, A renouer la chaine qui, k travers les
ages et les continents, r;uni/les deux fracti«,ns, pourtant si dis-
tantes, de cette branche de l'humanit:. Les labeurs et la clair-
voyance des hommes distingu6s qui out entrepris cette tàche
ont mis au jour une foule de points de comparaisons et de rap-
-t L SCmCS SOC,.
ports, une masse de matériaux prores à faciliter l'observation
de la société au sein de laquelle furent composés les livres des
]ëdas.
.le nie propose de soumettre aux lecteul uue étude sociale de
la race aryenne primitive, que nous pouvons désigner sous le
nom de sociét«: ]ëdiquv; j'y suis conduit, moi aussi, par la
puissance de cette curiosité «lui s'attache aux origines de notre
propre race. L'intért de ce travail glt dans la comparaison de
ce que nous $onmles avec ce que nous avons été, avec ce que
sont devenus nos frères cngagés dans une autre voie. Il est donc
nécessaire de. chercher, non plus à l'aide de la philologie ou de
l'ethnologie, mais par les moyens spéciaux dt, la science sociale.
le v,int d'origine de Ici race Indo-Européenne; d'étudier en lui-
mème ce lieu de la cçmeentration primitive des Ar)'ens. et les
divers travau:r qu'il comporte; c'est--dire les moyens et le
mode d'existence «lui s'imposèrent "A notre race dès ses débuts.
Mais, d,s que l'on s'attache à cette observati«m du point où la
race Indo-Européenne a opéré sa dislocation, la question s'é-
lar,._"it : les cara«tbres l»ropres à ce territoire conviennent en effet
à un év«:nement d'un ordre plus compréhensif et plus important
encoro.
Si l'on cherche, ci'une manière sommaire et générale, à se
rendre compte de la distributi.n des divers travaux qui servent
de l,ase à l'exist,mce de l'homnac, à travers l'hénfisphère boréal,
dans l'ancien continent, on est am,.né à diviser cette immense
étendu,. de terre en deux parties : t" celle où le sol, jusqu'ici
i.tra..[ormabl,', ne donne ouverture qu't uu seul mode de tra-
vail dominant, le PItura.--"e nomade; et -° celle où des lieux
vari,:s et t,'an,[o,'mables offrent des ressources diverses et perfec-
tibh's.
Ce sont des phénomènes «le l'ordre météorologique, ceux dont
l'action est à la fois la plus puissante et la plus inaccessible aux
LA SOCIÉTÉ VÉDIQUE. 135
efforts de l'homme, qui régissent cette répartition des con-
ditions de vie dans l'Ancien Continent. Le zone des lieux 'én6ra-
lement intransformables et de la e pasb,rale coIncide avec
l'aire parcourue par le courant atmosphériqe des «d;zés ter-
restres;la zone des tCl'rioires variés et lransformabhs est celle
où s'étab]it le régime des l»'i»e. folles, des cr, urants contrariés
et sans fixié
Au point de vue du climat, la persistance d,. l'alizé du Nord-
Est ou courant polaire, vent froid et il'èS sec, a polir eit de
chasser hors de la prcmière zone les nuages e les pluies durant
la plus grande partie o l'année, e e ne laisser subsistor
le l quelque hmnidité que pendanl de très COUl-tes sais, ms. e
deho de certaines localités rares et l'esserrées of les c«,urs d'eau
maintienneni une certaine fl'al«heur. La pal'tie du 'lo}»e sou-
mise à ce régime est donc, sur la presque t«,talité de sa surface.
b»proire « la cultm'e.
C'est le contraire qui a lieu pour la zone où s'exerce l'acti, m
des brises folles : les venls inconstants permeHent aux nu,;es de
s'Cendre au-dessus de. cetle portion de la Terre; ils les
avancer, reculer, tourl»onn«.r, passer ct repasser eucore; les
alternatives (le Cmlrants à haute et l basse temp,;l.ature sont
favorables à la eon«lensation des vapeurs, h la chule clos pluies.
[e cor état variable du ciel rSsnlte Ul arrosage intermiltenl, mais
assuré, de la plus grande partio du territoire, et, en détinitive,
¢onservati«m à la surface du sol de l'humidité n«:cessaire à
pluparl des végfitaux qUO l'homme peut cultiver : ce.tic.
zone peut «qre dite pr,pre « la
On comprend que ces deux pol.tios du gl«,l»e, s, mmies h ,h.s
influences atmosphéri(lues diffdrentes, ne peuvent ètre limitées
entre elles d'une facon absolument précise l)ar des line
métriques. Le relief du sol, par la condensation dos vapours
la présence des nei'es éternolles, par les dépressions où
forment les courants et los amas d'eau, l)ar les iflexions quo
ehaines élevéesimposent à la direction des vent., vient déranher
(1 V. E. Reclus, 1. IX, p. 17, el l'abb Rougerie, Les Couraut almosph«'riq,es,
p. 9 h 21.
t3t fA SC.C SOOAr.
la swnétrie et la rigueur mathématique de forme sous laquelle
on conçoit, d'une manière générale, le g-rand phénom6ne des
vents A direction constante. !1 en est de mème toutes les fois que
l'on ,.nvisae dans leur application pratique les 'randcs forces
naturelles, mdcaniques ou autres: leur action simultande ou
c«,mldnde a t«,ujours pour «,flt de. me:nager une certaine marge,
abandonnd«. à d«.s influcnces mdlan.des
Mais cu deh«,rs de c(.ttc marffc, les'conséquenccs pures de cha-
«1 m. ph6nomène apparaissent d'une manière bicn déterminée.
La zone pasloralc, à cause de l'unitd et de l'imp«.rtctibihté du
iravail domiuant qui s'v «.xercc,'a donn6 naissance fi des sociétés
duéralenwnt peu COmldiqudes. EIb' est divisée en deux parties.
Ians celle du N,rd. ou d,'s rand«.s St«.l)pes riches, h.s ol»serva-
lions de Le l'lavont lhit rcc«»nnaitre l'exist,'nce de la socidtd simple
par excellence, prise d,.puis comme unité sociale, comme terme de
«',,mparaison et «le mesure : socidtd basdc sur l'unit6 al,solue du
m,»de de travail, l'.cil,, d« Mi«[iou des Steppes paux res, a dtd Oudi6e
dans cette Revue; l,.s soci,;tés qui v ont pris mdssance joignent
h un dl6mcnt fonde, mental dt. siml»licit,;', provenant du tracai/
,/o,bot. certains auires 6i6ments de variét, et de complica-
tion. fr,fits des ditl;;rents t,'avau.« m'««'.,.,oire.; impos«;s par la na-
turt. de Li,-u. , V, dr la carie
11 est imp,,ssild«., l»o,,r l«'s l'«,isons que nous vetmns d'exp,,ser
tout «k l'h«.urc, de ddlimiter exactement l'une par rapport à
l'autre h.s d,q,x se'crios ,le la z,,ne des stoppes ; mais on l,eut
,'irconscrire dans un certain pdrimèlre le lieu ffdoçraphique dans
le,luel leut c«mditions re»pectives de travail, et les faces diverses
qui «.n sonl issues, viement s'entremèler les unes aux autres.
Iette r«:gio de" trans/tio de l'ancien continent peut 6tre d6signde,
s,cial«.mcnt parlant, comme le cenh'e et h' pç»int de suture des
deux se.citons de la zone Past,wale. Ele en'lobe, avec la Perse
actu,.lle, les territoires qui l'avoisinent à l'Est et-à l'Ouest :
l'Armdnie, la Chaldde, les pays Baloutches et At'hans; et les
,h.rnit.rcs conqu6tes russes dans la r6ffion de l'Amou-Daria.
,,r, et c'est ici un point capital. le territoire d,,nt nous
pari,ms est pr6cisdment le lieu où ht zone Il'opte à la czdture et
1314 IA sct.rcl SOCIALE.
aux travaux divers, se maintenant gr'ace "à la structure monta-
ffneuse du pays, tra.'erse la zone pastorale de part en part.
A l'Ouest et au Nord-Ouest de la zone des Steppes, s'étendent
les tel'ritoires variés et généralement cultivables de l'Asie Mineure,
de l'Eurol»e entière et du littoral méditerranéen de l'Afrique; à
l'Est et au Sud-Est, la Chine, l'lnde et l'lndo-Chine présentent les
mèmes caractbres. I'es deu, sections sont reliées entre elles parles
railAes cultivées de la Perse et les pentes arrosées du Turkestan
Af.9"ham,. I.a z;,ne des vents inconstants et des sols transformables
est de»ne répandue, comme celle des vents persistants et des
Steppes, d'une exrémité l'autre du continent, mais en sens
opposé ; leur direction se croise. Toutes deux se réduisent à leur
n,inimum de larg-cur et d'importnce dans la région centrale
comprise entre le Caucase Arménien et le Caucase Indien. entre
la Caspi,.nne et la mer d'Oman. Cette l.@ic, n sert, d'al)ord, de
tr,nsition entre les deux zones; puis, de trait d'union entre les
se,:tions septedrionale et méridionah, de la première, occidentale
et orientale de la seconde.
A partir de ce point du ,,..qobe, on voit rayonner dans toutes
les directions, chacune suivant le climat qui lui convient, les
espèces animales et vé$'étales appropriées aux différents lrat'aua: :
vers les Steppes riches, le cheval septentrional, le 'rand b«Jéuf
,-t le chameau bactrieu ; vers les Steppes pauvres, le cheval des
Déserts, la br,.his, le b,'uf à bosse et le dromadaire. Vers les ter-
ritoires à S,ls vuriés, les céréales, les fruits et les plantes utili-
s;,bl«.s .,.a,'r«tce la cullure : plus spéciah'ment, du c6té de l'{)uest.
1«, froment. Forge et la vigne; «lu c6té de l'Est, le riz. le millet
,.t le cet-n. Toutes les espèces que .je viens de nommer sont re-
présentées dans la r6.,..ion de croisement des deux $'randes zones;
il est facile d,' s'en convaincre en dépouillant h ce point de xue
les ouvra.-es d'un certain nombre de. vo.va'eurs et de géographes.
.I'M procdd6 soigneuse-ment à cette vérification ! 1;.
En outre de ces espèces d'une importance primordiale pour
les |ravaux dn P'turas'e nomade et de la culture, la rëgion con-
i Je citerai la seule autoritë de Reclus, t. IX, p. 8 et '3 ; p. 222, 225 ; p. 303 "h 305.
LA SOCIÉTÉ VÉDIOUE. 139
trale que nous venons de désigner présente ééab.ment :
fleuves et des lacs poissonneux, et des riva,.3_"es maritimes; "" des
richesses minérales considérables en métaux et pierres préci«.uses ;
3 ° le plus grand nombre des variétés de fruits ou légumes des
climats tempérés (depuis le melon «.t l'asperg'e sauvages jus-
qu'aux fruits à noyau et aux baies), poussa,t et st. développant
sans nécessiter les soins de l'homme, rapprochécs et étaffées sur
les pe.nies entre les somine|s neigeux t.t lt.s léserts; 't" «.nfin, les
animaux de chasse g_'rands et petits, vivant en troupe ou is,Aés,
de vol ou de poil. de plaine ou dt' marais : ceux qu,. poursuivait
Nemrod, ,, le fort chasseur devant le Seig'n«.ur », et que les n,»l,h.s
de la Perse ou les émirs Af.,_,'hans capturent encore à l'aid,. «lu
faucon, du lévri,.r et d« la panthère apprivoisée.
Ainsi. dans ce petit quadrilatère, si restreint l,,rs, lUC 1"o,
compare ses dimensions à celle.,; de la terre habitée, s' trouv,'nt
réunis et condensés tous b.s éléments nécessaires à tons h's tra-
vaux, pourtant si ditt';rents les us des autre*s, «tu moyen desqu,'ls
l'homme a étendu et maintient son existence jusqu'aux .xtrémités
du globe: j'entends les travaux propres aux sociétés primitiv,-s;
la vie pastorale, la culture, la pèche «.t la navi.'-"ati,,n, l'exploite-
tion dt.s métaux et 1«. commerce des ol»j«.ts précieux, la cu,'illette
et la chass,.
Cette situation est uniqn«» dans l'ancien mond,.. On n'y l-'ut
trouver, en efli»t, aucune autre route terrestre reliant les randcs
zones d,. culture, par exemple la Chine à l'Eul'ope, soins h'a-
veiner les St«'ppes h l'aide d's caravan,.s; on n'y peut rel«'v«'r
non plus aucun aulrc point de contact direct entre 1,.s
pauvres qui sYt«.ndcnt vers 1« Midi, et les St,.ppes riches s'avan-
gant vers le Nord.
Enfin, sur le pourtour de cette région où se croisent les deux
grands oMres de phénomënes climatériques, une race d'hommes
primitivelnent ad,»nnée à un genre 7uelco»Tm. de travail verrait
s'ouw'ir devant elle une vaste étendue de territoire qu'cll,, pour-
rait suivre indéfiniment sans abandonner ses m«,vens d'existe.nec
originaire. Nous tenons 1/t le point initial " pourrir duqu,.1 cha-
que société, constiluée sur la base d'un travail par|iculier, se
40 LA SCIENCE SOCIALE.
répand au le, in à travers 1,- monde; le point de séparation, le
poi//t de ddpart des faces
Pour arriver à eelte eonelusion, il était néeessaire, indispensa-
ble. que les diflronts ordres de travaux déterminant les ffrandes
variétds sociales primitives aient 6t6 étudiés, elassés, et que
l'on eùt suffisamment ddlimit6, par une sdrie d'observalions par-
tant des extr6mitës p«mr revenir vers le centre, l'aire terrestre ap-
propriée à chacun d, ces travaux, h chacune d, ces soeiét6s.
l'ne fois ces études prélimiuaires fifites, et poussdes jusqu'A un
ecvtain développement, il suffit de les rapprocher enire elles
p, mr ètve conduit au résultat que nous venons d'6noneer.
Le fait de l'exislenee mënw des diverses 'a«'es humaines ha-
sées sur des travaux diflërcnts, est indéniable'. Peut-on admeth'e
l'hypoflèse diamdtrah.ment oppos6e à la conclusion que nous ve-
nous d'étal,lir : à sawir, une orig'ine sp6ciale à chacune de ces
faces, et pour chacune un lieu sp6cial de formaliçm plac6 en
dehors du centre. «.t à partir duquel chaque race se serait 6tendue
à la fois ve.fs l'.xtdriem" et w'rs l'intérieur, ensorlo que le quadri-
latère quo nous avons indiqud serait un point de cower#ance
et nom d. di,.«.rye.e ? l;etto objection, qui heurterait les
lvaditio»s parliculi6ros de chaque branche do l'humanit6, tontes
c«,n««,rdanles sut" ce point, toml»o dès ,lU, . l',,n consid6re h.s faits
sci«.ntitiquom.nt e indiscutablemont «;tablis au sujet de. la race
ind-.ur«Téenn«, la mieux 6ludi6e et la mieux connue; les ilin6-
raires de ses divers,.s branclws sont cor/ainemeut diverffents à
partir d'un novan conamm ,I,,nt la si/uati,m primitive est d6-
m, mh'éc inclus,, dans notre, lieu de sdparatiou des faces (1).
C« lieu central autour «luqu«.l rayon»chi les diverses sociët6s
étant d,;tcvminé, il est intéressant d,. l'ol»server en détail, et, met-
tat i, profit ce que nous avons appris tonchant le h'avail et la
mani6rc d'ètre de chaque race une t)fis s.rlie du berceau com-
mun. d,. clwvchcr h COlmaitre ce qui s'ost passd dans ce berceau
mème. Pour cela, nous examinerous. non pas 16g6relncnt, mais
(I) Le mouvement de relour qui s'est produit, pour diverses causes, chez plusieurs
races, en particulier citez les Iraniens, n'infirme en rien notre thè.-e concernant le
i,oint de départ primilif
LA SoCIETÉ VËDIQUE.
d'une facon r/.sumée, alin d,' m,:tr,, et, lumièe h's faits l,rinci-
paul;, les divisions «mire h.squ«.lles on peul rdl,arir, au point
de vue du travail, l'ensemble du li,.u de f«,rmati,,n c d,' départ
des rares humaines. Nous aborderons ainsi la qwstion mème de
l'origine de ces faces diverses, nous saisir,ms l'6/at d,. la race
primitive d,. laqu.lh. outes son s,,rlies. Le l»robl6m, se pose
en ces let'mes : uel est. dans l'enseml»h'
de ses d6pendanccs, le territoire qui a pu fi,urnir h la f,»is d,'s
émiffrants capables d,' i,'uph'r h.s Sleppcs riches, h.s Stel,pes pa u-
vres et les tcrrit,,ir,'s à Sols variés
Ii.
Comme nous l'avons dit &;ji. c',.st h. reli,.fdu s,,1, sa s|ruc|llr.
montagneuse, qui c, mdui! la zone ,l,.s S,,ls Val.lés à trav«.t's c,.ll,.
des S!-ppes. Deux chainos de m,,n|agn.s, s,- d6!a,'han! du massit
arménien, enserrent le pla!,.au de l'lran; au Midi, c.ll,, du Za-
gros, ou du Farsistan. dou,inan! la Chahl6c. !ravcrse 1,.s d,:scr!s, ci
a re.joindre le l'ar,,pamissus, le l»ays de lh:rat e! de Kan,lal,ar.
Au Nord. la chaine d,: l'El»o,rz, après arc, if fertilisé d," ses
eaux le littoral caspi,'n d,. la l»,'rsc (Mazanddran), sc- l»l.,,long,.
vers l'Est par un. ligne de haut,'urs qu'accontpag,en h.s cul-
turcs, sépare dit Kcvil' ou Sahara pct'san h.s l»lain«'s sablonl,Clses
hal»itées par les ca-alicrs turkmCnes, ci va rej,,indr,:, par le Tur-
kestan a'ricol,., les hautes ri,les du ;au«as,. indiq, ,.t les phi-
!eaux vcrdoyan!s du l'amir.
L{. territoire it, tcr,nMiaire el,tre ces deux chai,es se diviso gé,,-
graphiquclncnt en !rois parties. A l'angle N,rd-I uest. 1".1 zef/)¢.i«/-
jan, pays arros6 par les versants ,,pposés d,.s n,ol,ls, .1 ,lui es|
« le grenier de la P,rse ,,. A la suite, l'l,'k-Adj,.»,i, la plaine
des Ach;n,énidcs (1). steppe assez riche que bordên!. ,le chaque
c6té, deux lisières de terrains frais, sur lcsTicllcs h.s villag,.s
des cuit!valeurs sont 'roupés à l'issue des vall,,»s, au po!ni où
(l) Ou « la Grande-Mêdie des anciens ,,. V. Malte-Brun. 1. ll. 1'- 318.
T. Xl. 11
I ') l'. SCIENCE SOCIALE.
les t.rrents descen(lus des hnuteurs bifurquent en phlsieurs bras
;l«inl de se perdre dans les oufidi, sous h's sM»les. Enfin, à l'ex-
Ir:lllit; orientale, où les Cll;lillCS de montagnes s-nf le plus dloi-
gndes l'une de l'auh.e, s'Cenrichi les soliludes dessécllécs des
//'l', pI'6SPlltaIll tOIIl' à rOUF dos SUl'tces rocheuscs dénu,ldes, des
«u'iles ,ltlrcies iulpl'Ol,res à toute v,:+t, tion. ou de rands pla-
hmux rec«»uvel'tS de sal»h, l',»u'e, que l'«dizé terrestre amoncelle
,.n dunes ;dign,;,'s. L'h,mule n'h;hite point d«ns ces lieux déso-
i,:s et les tr; erse le m«)ins l»«,ssii»le. C'est la imrridre pl;cée entre
I'll'ient et l'Occideut. Elle se continue ;u -ord par les steppes
du TUl'kestan lmSlOl'M, au Midi lmr les «tti'eux déserls B«loutehes.
,lUi vont e,nfiner ù l'h,lus, lh'ux points seulement restent ou-
verlsaux mi.r;liousd-s «ulliv;fleurs les ex[rémilés(h.s chaînes
i,orli;.l'eS. iui. m S, mlme. relieni h. Cue«se d'Arménie soit a«x
détilés du I»amir .t du Tllil)e, se,il aux passes 1«' l'Hind-nkou«h,
ou de l'Afhanistan.
Cil, cUrie des divlsi,,ns du plu[eau Iranien. la plaine eultival»le
(h. l'.lzerbe;dja«, l;t steppe de l'lw-.ldj«;mi, et le Itésert ou
.s'a/mra Pers«m C«,l.resp,nd à une ifltuenee plus .u moins pro-
n,meée, exereée lmr l'humidité p'oce,««d d«.s «onl«g«es sur l'en-
Senll»h. du clhlm d,:lernliné par le souffle persisiant de l'alizé
terrestre; elle e,,rresp,,nd, lmr conséquent, à une section voisine
des sols montueux et vari:s, qui ai sur le climat en 'alon de
Sri [lll'gl'lll" «'l I[# SOli
D" li, trois lieux livel'S « considérer aussi d«ns l'ensemble des
erl'it,,il'eS [, s,,ls val.iés de let 1.6ion ceux qui, traversant les
I«:serl. se C-ml»«,sent de. deux bandes étroites éloignées l'une de
l',utr«, et novées dans l'inlnlensilé d«.s solitudes; ceux qui
t're,nient à la steppe de l'lrak-Adjémi, plus larges, plus riches en
,.au, et moins séparés les ms d,.s a,res p«r suite d,. la direei,)n
convpente des chaines ; enfin, au Nord-Ouest, le nreud mème de
ces deux ehaines, ou l'Arménie et le l)assin interméaire étroit
qui re«oit les eaux de tous les versants.
Telle est la division normale de notre sujet; elle est basée sur
les conditions gé%Tal»hiques du lieu et n'a rien d'arbitraire.
Les conditions suivant lesquelles le l'àturage et la Culture se
LA sOCIÉTÉ VÉDIQUE. | i|
trouvent ainsi juxtaposés donnent lieu à des phénomènes s«»ciaux
diflërents, que .je vais exposer d'une manièri sucein.te.
1" Dans h, traversée des Déserts. la l»Ul»ulatio «*.'_"t'icole, r,_.-
treinte en nmnbre et vivant pénibl,qn,.nl ur des territ«,ires qui
jouiss«.nt à peine de l'humidité nécessaire', «.st s, mmisc aux dé-
prédations cm A la domination des nonmd,.s, beau,.oup plu nom-
breux et plus forts les alam«ms ou cxpédilions pillard«.s
cavaliers Turkm6nes, avant que n,' se t't produite l'inh.r-cnti«,n
des conquérants Itusses, passaient av,.«, rapidit,; enh'e les
de défl:nsc qui ffarnissent par dizaine de milli,:eers les «lamps ,1,.
la froutière Persane, enlevant les r6o,ltes, emmenant les hal»i-
tants en csclava'o, e poussant leur p«,ine ]usqu'aux cnvir,,ns
de Hérat. Au Midi. le Séistan enfler es c,nfinuellem«.nt
par les iucursions d«.s I1r«do,«i et des fil,,1 du déserl Baloutche.
que l,.m dr,,madair,'s affiles port,.nt .jusque sous les murs
rman ' 1 ).
Ici les faces l»as«,l'ale et a.ri,:ole s,»ni [,arttitenent
elles sont hasfiles l'une it l'autre, ,'t l'«tvana'e alq»arfient aux
nomades. Les ert.itoir«.s ('ulfiv6s. 1,anlieues de villes ('ommer-
çantes c,,ume Kirman, Tel»b,-s, cte., peuv«.n èlre conidérés
comme de simples oasis. Y«.zd, 1,aF exetnl»le , est « une cité du
ddsert »; les sables enserrcnt d« outes parts l',msis cou,.l'e
m6riers au milieu de laquelle vile est consh'uitc, et en certain
«'ndroits viennent s'amon«el«.r contre les murs mèmes d,. la ville.
ou ourbillonnel. dan s,»n enceinte. I.es manufactures de cerf,.
ille « parfi«.llenwn assiégée par les sables ». «. qui mbrilv ,'e-
pendant d'ètre ,pp«'lée « le Manchcter Persan », s,,nt dessel.vies
par des lignes de caravanes s'éhq,dant s,,it vet's 31ascal,. et
Mecque, soit vers la Casl»ienn,- ou vers la Chine .-2 .
Ces transports à 'rand«. dislancc, ainsi qu«. l'exploitaii,»n ou
domination permanente des sédentaires, cxient de la part
nomades des froupements noml»reux .sous une directi,nt uniqu,..
,,) V. Rechls, t. l X, p. 55, 122, 205, 275; p. 3»2, etc. --Polagos. I'- 6 a I1:
-- C' de Chollet, p. 5«;. 57 ; 115, 119.
'.2) Reclus, t. IX, p. 260.
lt4 LA SCIENCE SOCIALE.
s,,us l'autorité de chefs l,uissants dont le patronage s'Cend jus-
qu'à la direction des familles dans les moyens d'existence qu'elles
firent de ces lr«tcau.r ¢tt'cessoiJ'es.
La partie orientale des déserts Persans, ainsi quc les plaines
Syro-Ara],es situ(.es au Sud, présentent le type fidèle des steppes
pauvres. N,,us pouvous, d'al,rès »os éhldes anérieures (1), placer
dans les sh.ppes de la Chahlee l'orig'ine «le la région des Pasteurs
Cavaliers Al'abes: dans les déserts qui avoisinent Kirman et dans
ceux qu«. limite l'Indus, le débu! des régions propres aux Che-
w'iers et aux X achers; enfin, le commencement de la réffion Cha-
melièl'«_" semble pouvoir erre indiqué dans les Kt, wir du Khorassan
Nord, aux lieux off se pratique .le croisement du dromadaire avec
],. chameau Bactrien. D,_" ce croisement, sont issus les chameauxde
,|lt,¢.lt«,d, iemal'qla]»les entre tous par leur force e! leura'ilité (-).
Si nous re,cherchons le point originaire, le berceau prenier de-
lespbce humaine, nous d,.vons t,,ut d'abord éla.'-:uer la section
qui, dans h. li,'u rec,,nnu comme point de départ de toutes les
faces, est caractérisée par la zone d«.s steppes pauvres. Dans
eettê section, l'art accessoire, écessai'e au pasteur pour conser-
ver son existence, est précisément l'exl, loitation du sédentaire et
«les ress,mrces propres à celui-ci : soit par la « Fraternité ,, ou tri-
I,ut consenti: s,,it par 1," pilla.'_.e direct; soit enfin par l'industrie
du h'ausl»ort et des échanges. 11 est ah»l.S difficile d'admettre que
le nolnade ait fait s«,uche dars ces Deserts, avant que leurs confins.
tir' fussent garltis déjà des populations sédentaircs dont le con-
cours lui est indispens;l,lc. Loin d'ètre un réservoir «le peuples,
la z,,ne des Stel,leS pauvre.s, et en particulier la région des Cha-
ineliers, qui domine ici. constitue plutét un obstaele au peuple-
tuent. Venus successivement «les différ.nts points du pourtour,
unis et c,nf,,ndus ensuite par lïntlucnce commune du lieu, qui
leur a imprimé leurs caractères de race, les douars Chameliers
p«.uvent à bon droit comparor leurs oeil'tues « à une étoffe rué-
lancée, dans laquelle on ne peut démèler Ici laine, le poil de chè-
vre et le p,-,il de chameau ».
tl) V. la Scie,toc sociale, « Le ontinent africain », t. IV, !'. 61 et suiv.
(2) Reclus, t. IX. p. 222.
LA SOCIÉTÉ VÉDIQUE.
Le Sahara Persan, nous préscnlc donc non pas le point de dé-
part de l'espb_ce humaine, inais celui d'une seule race, celle «lui
es! prapre aux Déserts de sable. La race des cultivateurs existait,
était formée, avant celles des Steppes pauvres.
'2 ° Le cas est plus complexe en ce qui concerne la section de
t'h'ak-Adjémi.
Sur les bords «le cette vaste plaine, les massil monta'neux.
surmontés «le hautes ar,:tes que dominent encore les sommels
sourcilleux Ch, l'Elvend et du Demavond Il), préseuten! un d,;ve-
loppoment très large à la base, et une multitude de. frais vallons.
Les cultivatcurs, "à l'aide de charrues primitivcs, y font germer des
moissons quelquefois planlureuses. Le riz du Mazandéran, le fro-
ment de Kermanehah et de Hamadan nourrissent des populations
assez denses et sont exportés dans les villes. La race des cultiva-
teurs est ici f-rtcment constituée. Pavant de lourds imp'.ts au gou-
vernement qui l'administre et la protège (-, ,qle ",-il en paix aec
les nomados.
Les s«,litudes «lui s74endent entre les deux chaines se distinu,.nt
nettement ,lu Sahara Persan et des Kewir dont nous venons ,h'
parler. De nombreux ou'dis y coulent sous les sables, alimenlós
par les neiges des massifs montagneux; en certains points, la
steppe mérite presque d'ètre décorée, surtout au printemps, du
nom de « prairie ,,, quoique les surfaces saliues et les aviles
durcies se montrent encore sur de grandes ,;tenducs. Les n,.-
madcs Turkmènes domiuent dans cette parti," d,: h. Perse ; lla-
madan, l'aucienne Ecbatane de Médie, ,:st enl,,m'ée de leurs
campemcnts. Quelle que soit leur provenance eflmiquc, l,.s pas-
leurs qui parcourent ces steppes sont @néralement dési.gnés s«us
le nom d'lliat ou « Familles) » (3). Leur indépendance vis-à-vis
du Shah de Perse est " peu près complète ; les chefs des Ilial,
gouvernant d'une manière absolue les groupes familiaux aux-
il) Hauteurs appoximatives : Elvend -à Kouh-i-Dena, 5.9_00 mi.tres; Demav,:nd,
0.6OO mëtres (Reclus, t. IX, p. 157, 171).
(2) Ibid., p. 302.
(3) Ibid., p. $56, 285. etc.
Il(; LA SCIEX'CE SOCIALE.
quels ils l,l'ésid«.nt, i»renlient, comme les princes ou les g'rands
f,lctionnaires, 1«. titre de « pilier de l'État ,, l , mais sans se
etc,ire obliEés la mème s«.rvilité.
Entre l«.s eultivaeurs et h.s Pasteurs. de pacifiques échanges
remplacent l«,s razzias du Iésert. I.a monnaie du nomade est
mouton ), avec lequ«.l il paie les fruits ou les l'ains des cam-
lagqlards; il dogme les cules. «'t les étoffes tissées par les ri'mmes
se, us la tente., pour se procur«.r l«,s a l'ficles fabriqués dans les vill.
Il v a ici équilibre, égalié de' forces entre la race pastorale
la race ag'ricole mais il n'y a pas de mélange. Quoique les no-
mad«'s viennent prendre leurs campe.ments d'hiver près des x illes
on des villages, quïls usent inème au besoin d«,s pàturages élevés
«ue i.enfi, l.mrnt les m,nta'nes, et traversent par conséquent les
territ,-,ir«,s «,ccup«:s p,r les sédentaires, il a toujou été impos-
silfle de plier les I/iat à la culture. Des essais de cantonnement
tenlés contre eux n'ont pas réussi le cercle d«,s postes de sur-
veillance, basé sur une p«,lmlation sédentaire trop peu nom-
I,reuse et trop peu dense, fhiblil et craque touj«,urs sur un point
quelconque; et, par la brèche, les tribus avec leurs rou-
pe.aux vont reFagner leurs solitude.s.
Eu de.hors de, ces tentatives manquées de" cantonnemeut, les
«.irr,,nstances habitu«.ll«,s elles-mèmes ne se prëtent nullement au
mélange.
;omnn.tt la jeun«'sse valide, d«.s I/iat pastorales se formerait-
elle à la vie a.ricole? elle n'y a point été dressée, elle ne saurait
apprendre tout d'tre e,,up ce métitr pénihle et s') plier, l'ail-
h.ws, l'expéri«.nce «h.s chefs h.ur ensei-ne que leur existence in-
dépendaifle est beaucoup plus assurée c,,nh'e la famine que
r,.lles des sédelflaires avec lesquels ils SOltl en contact " culli-
valeu vivant aux c«,nfins de la plaine, sur la lisière
h,rrenls, d«scendus des hat«.urs, vont se perdre dans les
,,udis sablonneux
Etre h.s d«.ux variétés «le «,madvs que nous avons ohservé
Reclus, t. IX, p. 311.
Ibid., p.
Ibid., p.
LA SOCIÉTÉ VÉDIQUÊ. 1t7
en Perse, il existe um" (létnarcation assez franehée. L'h.ak-Ad-
jemi, au moins dans la partie qui. à l'ouest, contine aux territoires
cultives, présente d6jà les caractères des stoppes du n,,rd, et,
tout particulièrement, en ce quïl permet la c,mstitution de grou-
pcments famifia ux ind6pendants, n'exerça n t A pr,,prement parier
aucun art acceoire et vivant des produits de leurs troupeaux"
c'est la contre-partie du type que nous avons reconnu tout
l'hcu dans les Ddsel'tS orientaux de la l'«.rse. tl doit donc
thire passer entre ces deux sections du l'lateau i'ersan la limit,.
qui s6pare, au point de vue social, la zone des stel,pos riches
d'avec celle des stoppes pauvres.
Sur le territoire que nous venons d'6tudier eu dernier lieu, la
race aricole et la race i, astorale se confinent, s','nchev6tl'ent
lllènle, g6Ol'aphiquemeltt: lnais elles restent, comme, rates.
aussi sépar6cs, aussi distinctos entre- elh.s, que le sont leurs tra-
ilHX nourriciers.
L'lrak-Adjemi et la région inontagneuse qui l'avoisine r6u-
hissent, sans les m61anger, le tra,'ail d'e«trartion de la culture.
et le tracail ch. si»ql«, rd«olt«, du plturae. C'est en ce Lieu qu'il
est à propos d'examiner, non pas «lU,-'l est le plus .,i»,l)le d,. ces
travaux, celui qu'on doit classer scielttifiquement le premier,
lnais quel est r6ellemcnt, historiquemont et pratiquement celui
auquel les hommes ont pu se livrer tout d'abord.
Le Paturage est phls attrayant que la Culture cepeudant
l'homme n'est pas et n'a pas toujours é16 libre de c6dcr à cet
trait. Nous en voyons dans l'Ivak-Adj6mi un exelnpl,, sur
on me permettra d'insister.
D'après les appr6ciations l,.s plus récentcs, les populatiots u,,-
mades d« la Perse sont 6valu6es à 2.5o0.000 àm,.s ,.nvir,,n. contre
5.000.000 de cultivateurs- soit. pour les nomades, un ri,q, seul,.-
ment de la population totale. Et les cultivateurs ,h.ux fois plu
nolubreux sont cependant groupes sur des tcvrit¢,ires qui reprdsen-
tent seulement la cinquamiè»,elmrti«, du pays. laissant lt.spasteurs
clairsemds occuper librem,.nt les *- restant d,' la supevticie (I
Reclus» t. IX. p. I,iO, 301, 316o
! tA SCiEnCE SOCAt.
Au sein de celte population affric«,le a%'lomérée, la famine
s6vil fréquemment. Lorsque la neie n'es pas ombée avec assez
d'ab«-»ndance sur les hauts sommets, les eaux n'arrivent pas en
quanfité suffisante our arr«ser la base du massif montagneux.
Le" sédentaire alors deviendra m«.ndiant ou brind: il se join-
dra aux h'oul»OS de' Tzian.s, ouvrivr nomade.s, ou se rdfugiera
dans l'indush-ie urbaine; ou bien, il succ«mbera à la misère :
«'est là, d'après la I;doural»hie de Reclus, la cause principale
du d61»eul»lement en Porse (I). Mais le cultivateur ne nffe pas
i se jeter dans la sl.l»pe pour y vivre, lui aussi, des l»roductions
spontanées du
l;ar, l»«-,ur devenir Pasteur, il ne suffit pas de le vouloir : mme
dans la slepl»e riche, o6 le travail de simple récolte peut à lui
s«,ul nourrir les familles, il faut encore satisfaire h deux condi-
lions.
D'al»orl, il ost indislwnsable de' posséder l'instrument n6ces-
sair, le troq«..., ltr. cet insh.ument fait dbfaut au cultivateur
du Faistan : les animaux de labour, quelques bteufs mai-
cres (2 t, --sont en si pcfil nombre dans co pays, que la plupart
«lu Wml,S le paysan travaille h la bèclw (3). Et il lui faudrait
possdder un très n.lnbreux Ir«,ul,eau , un capital-bétail considd-
ral,lo; car les animaux d. 1,arcour sont, çome lait et viand,
d'un redemcnt h.6s infi;rieur à celui des animaux de stabula-
tion ou m.me h'aushumants. Quat ;i se joindre aux possesseurs
de l»6lail qui, de temps immbmorial, sont maitros des phturaffes,
il n'v faut point pens-r : ces Pasteurs, comme leur nom l'indi-
que, s,»nl g'roul»éS en « Familh.s , fermées, qui, surtout en temps
,h. disette, admetlent difficilement l'qranffer, ci ne le recevraicnt
lu'en qualité d'esclave.
Ensuite, commo seconde condition, il est non moins néces-
saire, t«»uj«,urs en vue des steppes riches, d'è/re oriçinairement
plid à. subir, sans chercher à s'v soustraire, la contrainte jour-
nalière qui nalt de la vie en commun au sein d'un groupement
,1) Reclus. t. IX, p. 300 3»2.
,2) Malle-Brun, t. 11, I'. 36.
,3) Reclus, !. IX. I'- 3(»2.
LA SOCéT vÊgoUE.
familial étendu, sous l'aut,-,rité abs«due du l,atriar«he, t}r,
formation sociale, cette disp«,silion à accepter la pleinc c,,mmu-
naut6, est le fruit d'un long apprentissage, d'un loug séjour dans
un milieu homog6ne soumis lui-m6me el lmd entier à une
nécessit6 pressante qu'impose le Lieu. La commmta,16 se res-
/teint, l'auiorii6 patriarcale diminue, d6s que la culture
pratiquée d'une manière quelque peu intense: sil;,i quo les
travau extvactit sont exer«és d'une ttcon é,,erffique, on v,,i/
le nombre dos membres et le pouvoir du chef se réduire au
minimum. Qui donc oser'ait proposer le, vie patriarcale au colon
américain du Far-XVest. m m6nlo « la maj.l'ité des petits pro-
priétaires fran«ais?
.l'en conclus que h's sédentaires du Plateau Persan, euitivaul
beaueoul» à la bèehe, d,mu»s de bétail, scrutais d un travail pé-
nible par la nature du sol et du climat, ne se seraient
trouvé apte,s, dès les premiers tige,s. à remplir les Stepl»eS
ches de vastes communautés groupées sous le r6gine patriarcal
al,solu et pourvuos de n,»ml,reux troupeaux. Ils ont ;té. dbs
principe, aussi ét'angers aux lliat qu'ils 1,. sorti encru'e; «lUt,nf
celles-ci, je suis portWà v,,ir en elles, non des communaut6s
émigrantos sot'lies des pays de culture avoisinnnts, mais d,.s es-
saims envoxés jusque dans l'lrak Adjemi par h.s c,»mmunau/ds
prospères des Gran,los Steppes.
La queslion du I.ieu primitif l»eul se pr6sonter par un
cile : les lli, t ,.t les pasteurs de Stepl»eS riches ne sol'tant pas
,»riginairemenl des pays de culture du Farsistau. les cultiv«teu's
vux-mëmes paurraient.6tre issus de la Stel»pe.
Si naus eonsidérons comme très peu probai»le l'm.iino ag'ricoi,.
pure de la race pastaralo, ne trouver, ms-nous pas aussi difficile
la transformation du nolnado des Steppes riches, du past,'ut" pur.
en cultivateur? Ici les al'g'umonls se pressent s, ms ma l»hune.
Dit'ficfle? oui; presque impassibh., invraisemblable, sm'tout au
commencement des temps el des races, l«»rsque les z,»nes ,le
Sloppes encore vides, ottant l'allrait de la simple r,:c«»lte, sein-
blaient appeler les familles en qu6te d'dtablissem,.nt. Supposera-
t-«n que, canstituée la première et avant rempli la zone departie
|,ï(} LA SCIENCESOCIALE.
i,ac la l'rovidenc«' à son mode de. travail, la race des Pasteurs
purs a débordé sur les sols variablcs, éi les a soumis à la char-
rte? Il s'airait alors d'une série d'invasions nomades effectuées
ds les lemps primififs. Mais nous connaissons ce phénomène
«.lai. il s'ési maintes fis produit aux époqu«.s historiques; il a
;.té observé. - on en peut décrire les effets.
I.«. dbordement des rates pastorales au &.hors des Grandes
Slepp«.s Asiatiques attçcle trois formes principales : les grandes
p«,ussées à expansion rapide, l«s invasions périodiques, l'exode
lenl «.t raduel.
Suiv«,ns d'abord dans leu expédifions l,intaines, par exemple.
les célèbres «.«,nquéans nomades: Attila et les bandes huniques
en Eur«q»e. Gengis-Khan ou Tamerlan en Pee et dans l'lnde.
Le tableau est toujours le iDèlll¢. I.es h,,rdes victorieuses d6vas-
lent. bouleversent h.s 6tablissenenls des s6d,.ntaires: puis elles
c«_,nslituent à la hàte des empires 6tendus. mal ou nullement
adminislr6s, dans lesquels la race. vaincue, est contrainte à heur-
oir d,' ses subsid,.s les nouveaux dontinateurs. Au bout d'un
temps très court, tout s'6«.roule subielnent :scmi»lable à l'insecte
volant t,,ml»6 dans une fourmilière., l'envahisseur a disparu. --
Ses thmilles sont éteintes. an6anties : aucune d'entre elles n'a
su. p;,r l'appr,,priation de la terre, par la culture pratiqu6e ou
diri6e, se cr6er une base d'existence, une situation durable au
sein des territoires qui requièrent le travail. E ce n'est pas à
1, pr6s,.nce ,i,.s premie occupants agriculteurs qu'il faut attri-
I,u«.r celle imlmissancc dt's nomades : considérons la marche des
iluns à trav«.rs l'Europe orientale, depuis le pied du Caucase
iusqu'à la D,,l»ruschla et aux Putzna de HEngrie ; le Fléau de. Die,«
«.t ses compagnons ont rencontr6 là. sous un ciel cl6ment, d'im-
m,.uses terres racontes, n'aHendant que 1«, charrue pour payer
«,« centul,le h' premi,.r eff,-»rt du lal»oureur: ils ont cependant
c,,ntinué fi vivre sur les plaines d'Erope, comme sur leurs Steppcs
iutranstbrmables, de lait et de chair crue. sans ensemencer un
seul arpent, sans ouvrir uit sillon dans ce sol fertile.
Ifignes fr6res des Huns et des Mong',,ls, lésMantchoux se condui-
s,.nt en Chine à peu près de la mème mani6re. Ouel r6sultat
.A SOCg V»,.t'E. 151
amène.nf leul's irP,ptious périodiquessur h.s ert'es du (éleste Em-
pire? Elles établissent des dynasties d'empereurs, de prin-
ces et d'officiers, dont le fréquent renouvellement prouve la fai-
blesse irrémédial,b.. Si en un cerlain jour de tte lê « Fils du
ïel » saisit le utanche de la ¢harl'lle, oo mauir, un instant la fau-
cille dans un champ d'al»l»arat, qu'entOUl'«'ut h.s rands diffni-
taires de l'elnpil'c, «'est silnplement pour encourager 1«. peupl,.
d«.s lal»oureurs chinois, admis, sur l'un des cote.' du carré.
«outempler ce spectacle s,»lelmel (1. l'as plus «lu'aucun
di'nitaires convoqués à la cérmoltie, au«uu mince d«.s«endant
de. cavalier mantchou ne se mèle à la nation pour prendre
r««llcment sa pari du tt'avail péuible et productif.
Les Turcs. «.ux aussi, sont d«.s cavaliers des Steppes riches.
I.eur invasi,,n sur l«.s terres cultivabl«.s s'est pr«,duite d'une au-
tre facon lentement «.t pr«,q'«.ssi'elnent. Il y a huit cents ans
«lu'ils s«,nt entrés «.n contact aw.c les populations affricoles,
cmmeucant par la Pee; hmr dominti,,u s'«.st p««t à p«.u
due sur l'Anatolie, la Svrie et la Tm'quiv d'Eur«,pe. Uh cnsont-ii
maintenant, au point de. PUt. de. la culture, après ce. laps
temps bien suffisant pour moditier leur tact., si r.ll«, pouvait
l'ètre? Aux adntirables contr6es qu'ils détiennent, lr.s Turcs,
h.s vrais Turcs autheutiques, fournisseut des souv«.rains et
des g'ouverneuPs, des fonctionnaires, d'ex«eilr.nts soldats, quel-
ques COlnnWl'«ants. et des «,uvriel.S de thbl'ication, mais point d,.
laboureur. Celh. de leurs familles que la chauc« a .ietévs sur
quelque p«,rtiou limitée de Steppe, comme les h«,rd«.s turkouta-
ttes et celles des Yuruk ,»u ,, Moutou noir » de l'Asic Mineure. s,.
s«mt bien -ard6es de descendre ve les c«',tes ou les l.ich«.s wd-
h,us qui les ,.nvir«,nnent" r.lles se sont, pour ainsi pal'let, cau-
tonuécs sur h.urs étroits plateaux pour v conserver la vie pas-
l,,rale ('
Ainsi les l'accs de pasteurs nolnad«.s, qui. dans l'lrak-Ad-
jemi. demeurent distinctes et triAes part des p«,pulations agri-
«'oles" qui. dans h. cours de h'urs invasi«,ns, ne se sont p,,iut
!) Malte-Brun, t. III. p. 05.
( Reclus, I. IX, p 537 539.
t LA SCIENCE SOCIALE.
Ir«nsforln,%s au poin de vue du travai], malgré l'exemple des
ne, lions stmmises et les conditions du lieu, ne SOln],lent pas
,voir f.urni aux zones des Sols variés leurs rates de eultivateurs.
!! y a pourtant une bjoctin à formuler " elle consiste A citer
lc c«,s des Pasteurs devenus demi-nomades et r6duits A la culture
par le c,,nt,mnement. Mais il est facile d'v répondre " le can-
tonn,.lnenf, vis-à-vis des nomados, est exercé par des États for-
IlII;S d'une llonllreusp i»,pulation sédentaire, par des États
bas6s sur la culture. L'existoee des demi-nomades par ean-
t,,unom,.nt suppose donc la formation antérieure d'une race
agricole voisine.
Nous n'avons l'en«'r,flré jUS,lU'ici , ail" sein de la r@ion cen-
trale d« ransition, iii dans les seppes pauvres, ni dans les step-
pes l.iehos, ni dans les pays d,: culture qui les accompagnent,
le lieu que l'on pourrait d,:sinev e,mme point de départ de
l'espèce humaine ce lieu capable d,. fourir des émiffrants à la
t'«,is aux zones pastorales et aux zones de sols variés. 11 nous
reste encore à examiner la dernière section du plateau Iranien,
,lui embrasse, avec le fertile bnssin de l'Azerieïdjan, les pays
montueux qui l'elvir,nnenl, soit en i'es«., soit eli AfinCie.
III.
A peine 1« wya.,-"eui' a-t-il lmSS6, vers le Nord-Ouest. Zenjan.,
la dernière ville de l'lrak-Ad.i,;l,,i, qu'il voit s'«mvvir devant lui le
véritable rjt'enier de la Perse. T,l»riz. T,urkmantchal. Kllol,
.[ara:."ha, Binah, toutesces villes ent-ul'ées de jardins ou de vé-
rit;, Mes forëts d'arl»res fruitiers, de l'ici,es vinobles, de vastes et
ferliles camlm.,__.-nes , où eroiss.nt le 1,1é et le eotoll; enfin Ilur-
nliah, avec s-n lat. et ses « trois cent soixante villages nichés dans
la verdure » il ) tout ce pays où l',,n trav«ille, oÙ l'on sème parce
que l'r,n réeoltera, COlflraste avec la steppe inculte que jonelle
.l Rvclus, t. IX. p. 218 -h 252.
LA SOCIÉTÉ VÉDIç»U. 153
au hasard l'herbe saline, la. stati«.e de Tartarie (l), autant que
la physionomie paisible et laborieuse du paysan Tnrkm.ne
Aryen diff6re de la superbe nonchalance du Paslelr. Comlue
pour faire mieux ressortir le pitt,,resque de c«.s lieux, qu«.lques
familles nomadcs viennent encore dresser leurs lentes sur les
terrains que des circonstances local,s ont sous/raitcs à 1«« cul-
ture. Tels sont les Iliat }teh«, dont les campments entou-
rcnl la vill de Marand et « le tombeau de. la fmme de N,,ë » (,.
Mais si nous voulons connaitre les populati,»ns qtti, dans
rdgion, possbd,nt le bétail, il n,»us thut n,:glier c«.s quelques
lliat nomade.s, «.t prendre le chemin d«'s haut,qrs. E ott.t,
grande plaine I»crsaue se termine ici : le deux chaincs qui
l'enserrent se rapproche.nf, s'unissent, et h's«'aux de leurs versanls
intérieu, en fécondant tout le bassin qui les sdparc, trans-
forment l'Azerb,-idja n entier en pas de culture (3). Les lroul,eaux
ne lrouveni plus à se d6velopper dans la plaine; ils rdsident
sur les ptits plateau arméniens, d«ns les g,»rffes des
tagncs, ou sur les l,,'ntcs qui commandent h. cours du Tir-re
de l'Euphrate à leurs débuts. Sur tout ce territoire 61ev,ç. non
seulement la montagne à sols vari6s xient remplacer la sicppe
uniforln, mais déjà se tiret sentir les premières intlucnçcs des
vents inconstants et de pluies fr6qu,.ntes : on 6chapl,e ,.uiiu au
soutleporp6tucl de l'alizé lerrestrc dirccti,,n fixo. « La plus
« ffrande partie de l'Arménic méridionale, malgr6 la l»a-ri6r,.
« des Alpes l'«,nti,[ues, est soumise a l'influence des souftles plu-
« vieux de l'tuest, qui se diriffctt de la mer sur le 1,1at,.au d,'
« Siva, puis vout s'enffouffrcr d«ns les vall,:es ,ccidentale ou-
,, vertes en ri»fine d'entonn,»ir :c'est ainsi que /out,. 1;, hautc
« vall6e du Kara-son jusqu'au bassin d'Ez6roulu rccoit les
« de la mer Noire. Ils soufflent principalement p,'ndani l'hiver
« et recouvrent de neig'es ,:paisses l'amphithéltre d,.s monts
« tour des sources de l'Euphratc; en 6/6, les vent du Nord
« de l'Est, dérivation du grand courant polaire qui traverse le
: (l) .lale-Brun, l. 11. p. 315.
(')) Reclus, t. IX, p. 250.
(3) Ibid., p. lil.
LA SCIENCE SOCIALE.
« continen! d'Asie, «lpportent un air sec qui dissoul les nuages,
« luais il arrix» aussi que de 1,rus,lues tempèles, provenant
., de l'ouest, se tcrminent par de violentes averses. E oulrc,
,, les vents ,lu su,l-ouest qu'env,,ie la Médilerrauée apporlent
,, aussi h.m" part d'humidil6 et déchirent h.urs uua$'es aux escar-
« pelm'nls; lU61ne par le beau lomps, un 16fier brouillard adou-
,, cil les «mdours dos in«,uls, el nuance le paysa'e de teintes
« ,h.licah.s t 1). »
IJaltitude général«, le m61aug'e des intlueuces du veut po-
laireet des s«,uftlesillconslal/S, les diff6reutes expositions des pen-
les. produisenl dans roui le massif de l'Arluénie .1 du Kurdistau.
ur des poinls qui setoucheul, des varialions de «limal «dlanl
aux «xlrèlues : « I.es forèts de sapins -u de chènes louchent à
« celles de l,alluiers et de citronniel; le li-n d'Aral»ic répond
par ses rugisselnenls aux hul'lemeltls de l'om du me,nf Tau-
,, rus : on dirait que l'Afl'iquo et la Sib6rie se s,,ut d«,nn6 ren-
« dez-vaus ,, ().
Malrd les tempbralures extr6mes que l'on )" ressent en certaillS
p,,ints, l'Arluénie et le Kurdistan peu enl èlre présentés cependant
comme une eonlrée « des plus belles et des phls féeondes de la
ZoUP leml»érée, celle qui a l»robablemenl donnd en proportion de
,, son élen(hle le plus grand nombre de plantes alimentaires (3). »
SnI" les tlanes de ces monlagnes, d'imlnenses troupeaux de brel»is,
les chevaux exeelleuts, des hèles cornes assez nombreuses pour
queleurs l,ouses séché.s relnplaeent le bois commue eolnbustible (),
représentenl l'insh.ullent et le résultal du h'avail pastoral, tandis
que d'excellents viu«_,bles itués à diverses hauteurs, le froment
que l'«,n cllllive jusqu'à laltilude de 1.o0 mèlres, l',rge jusqu'à
2. I00 (5,, représenlent les fl'uils du travail arieole. Or. nous ne
h',uvons plus ici h'sdeux travaux de simple réeolle et d'exlraetion
occupant ,leux baltdes de. terrains s6pardes, nous ne les lrouvons
Ij Reclu». I. IX. p. 334, 335.
,2 Malte-Brun, t. 11. p. 22-i.
13 Reclus, t. IX. p. 339.
(:ri ll,id., p. 337.
5 Ibid., p. 336.
LA SOCIÉTÉ VÉDI?UE.
plus exercés pal' deux rates distinctes, comme dans la rérion d,.
l'Ivak-Adjémi : le mélange des sols, compleL inexlvicable.
la confusion des lvavauxau sein d'une race unique I. Les nati,n
Kouvdes, la nation Arménienne ci les libus Turcomaues, qui
occupent roule ,cite région, exercent A latois le méfier de ber-er
«4 celui de cultivateur. Tel esl le fitit dominanl de leur ,.onsli-
turion sociale ; el l'on v,,it clairement que ce fail d,h'ive du
Les Arméniens habitent en grand,, masse dans les vilh.s ,,u
leurs banlieues: les Kourd«.s sont maitres dans tout 1, pays
montagnes; ils noms .ttl'ent le type le plus n,.t ,1,. la populati«,n
que nous devons exalniner. I.e centre du domaine de ces dcux
nations est. pour les Arménieus dans la ville d,. Van et la vallée
qui entoure s.n lac : pour les K,,urdes, sur les plateaux qui domi-
nent la ville, l,. lac et la vallée t2). En cett,, partie ,I, la contrVe
,, le Kuvdistan empible sur l'krménie, sans ,lu'il s, dt possible
les distinguer l'une de l'autre (.3) ,,.
Les K,mrdes de Vafi ou Betlisi. c,)mille au reste tou leurs on-
g,;n6res, «,nf subi l'influence exercée, au point de vue s,,,'ial.
l'habitation des territ«,ires lnofitagqteux à produits xavibs :
hi,h.archisatiou des falnilles. Chaque petit gr,»up,. O,HlIiIU nal,
assit'êta, pourvu d'une assiette fixe suP le se,l, est 'OUVol'll6 par
une famille ou clan noble, qui possède la terre ,.l ht
partie des lroupeaux. Ces chefs rdsi,h.nt dats de vastes ntaison.
quelquefois luxueusem,.nt construiles et ot'n6es de c]lelillées de
mari»re, ces demeures plant6es Stil" des rochers élevds, «omm«tn-
dent l'entrée des ê,»l'ges «.[ sont eutoul'ées par les. vil/ag'es.
Le surplus de la l»opulation, cillq ou six fois plu llombl'vux.
se compose de paysans ou serf ffou'a.: eniploy,'s à la
des bestiaux ou à la culture ,les champs. Les h',,upeaux sont
conduits pendant l'ét6 sur des pMuraes élevés, ,,it le pasteur
traltshumant K,mrde vit sous la tente ,le feuh'o ll,,ir, d,»nl le
[I) Je prends ici le mot roc'e, non dans le sens «.thniquv. mais daus le sens social.
avec la signilication d'un ensend»le d'ho, nmes régis par les mêmes circonstances du
lravail.
12) Reclus, l. IX, p. 3il. 342 et p. 315, carte des populations de 1" tr,pnie tu,que.
(3) Malte-Brt, n, t. 11. p. 29.
c«Mlc, relevé par ds potcaux inclinés ci des cordages de criu,
« «on{rasb' avec l'6{enduc d«.s vertes prairics ». A la mauvaise
saison, le bétail rcdcscend aux alentours des viila'es e le berer
rentre dans SOli l«,ôis d'hiver, « hutte à demi-souterraine, dont
le t,,it est recouvert de terre ,,, et semi»lai»le aux demeures des
Arm6niens. l'ne moitié environ de la population mène ainsi une
existence senti-nomade entre les palura:4es « d'hixer et d'C6 »;
l..ndant que l'autre partie, durant la belle saison, donne ses soins
aux rizi6rcs dtablies dans les vall6es, aux champs et aux verffers
qui s'dtagent en longues terrasses sur les flancs des montagnes(
La culture, en pays Kourde peut èlre qualifi6e de cudi.,«.taire:
«.lle ne, suftit pas A nourrir les habitants; lorsque le manque de
l,luie, ou l«,ut« autre caus', a privd h. cultivateur de sa r6coltc
hal»itucllc, il n. lui reste qu'A man-cr les hed)es des champs ou
;i se p6trir du pain de lands et d'dcorce (2). La véritable richesse
du pays «st dans s«'s l,=lturaffes ils n,mrrisscnt « des millions de
,, hères, qui servent à l'alimentation de Constanlinople et
. nombreus,.s cil6s de l'Asie.Mineurc. Aiep, Damas. mème Bei-
,, tout. s,_,nt 6çalcment approvisionnds de viande par les berge
,, i, l'Arnl,nie et du Kourdistan; et dans leurs campagnes, les
« arm,cs turques d,:p,.nd,.nt pour leurs vivres des habitants
« ,lu haut Euphral«'.(3). » Ces ber$'crs conduisent leurs troupeaux
,le croupe en cr,upc, en suivaut les liq=x de pAturaffe, jusqu'aux
,'entres de consonimalion en Turquie et en Syrie, et font des
»yaes qui durent de dix-sept à dix-huit mois ce sont de véri-
tables mirati,,ns, do mème ,lUc les hmffs ddplacemcnts entre-
pris par c,'rtaincs tribus kurdes, devcliues presque nomades à
l'imitation dos Turkmènes, et qui poussent au loin leur pointe,
soit au Nord vers les stoppes du (;olak et la Transcaucasie (1), soit
au Midi à travers le désert de Svri,.. Lamartine, pendant son
voyae en trient, trouva l'frite de ces tribus établie près de la
rivi6re de Bayruth t.l). Mig'ration encore, ou plut6t 6misTation, que
. Malte-Brun, t. 11, p. 228, 229, 32o. lU'ch,s, l. IX. p. 355.
Ibid., I'. 355.
Ibid., p. 837.
l'oyoye en Orient, 10 novembre 18;32.
sociÉTÉ rEPiqUE. 157
ce départ annuel des milliers de Lazes de la c6te ou d'Arméniens
de Van, -- les Auvergnats de Constantinople, -- qui exercent au
loin tous les métiers : portefaix, débardeurs, tailleul.'s de pierre,
boutiquiers ou gros négociants; « qui on! visité Bagdad, Alep,
Constantinople, Vienne, l'arts ,,; et qui saluent en francais le
voyageur (1). Ainsi, le lieu et la f, wme sociale qu'il ddtcrminc
sont ici favorables "h l'envoi lointain (les émigrants.
J'ai résumé dans ce petit !abl,.au les traits nécessaires pour
faire bien comprendre le travail auquel se livren! les Kourdes et
la constitution sociale que ce t|'avail leur iv,pose s,.iets de la
Sublime Porte, de la Russie ou de la Perse. ou I,iên vivant en
principautés ind6p,.ndantes dans ces monts |;o|'dvcns qui arrètè-
rent Alexandrc. les I»ergers Arméni,ns ,.t Kourdes so,t ,/,.s .,mi-
uoïïmdes .cet. «'ulture rudimt..taire «.t al»ln'opriation, che 5lol. Cette
constitution sociale est exactement celle que, suivant les travaux
linguistiques les plus appréciés, la race aryenne primi!ive dev«.it
posséder aant la séparation de ses ]wanehes ori,'ntale et oeci-
dentale « Quan! au genre d,' ie, ,lit M. Pic!et, tout tend
« montrer que les anciens Aryas ont été essentiell,.men! un peu-
pie de past«.urs, non pas à la fa«on des nomades, mais avec (les
demeures tixes, t,.lles que les l'éclamait la nature d'un pays acci-
den!é... ,,; et plus le, in " « tn ne saurai! d,,uter que l'agriculture
n'ait commencé déjà au temps «le l'uni!A antéri«.ure plus com-
plè!e, puisque les Aryas possédaient alors certainement l'orge,
peut-ëtre d'autres Cél'é, les, et s6rem,'nt plusieurs ldzumineuses.
A ce!te époque. la charrue avait déjà l'eml»lacd les premiers outil
aratoires, 1,. b,uf é!ai/ soumis au joug. le char étai/ in, en!A.
la préparati,,n des céréales par la moutur,, en plein usa.e (21 .
On comprend bien que je n'ai pas l'intel|tio|| de présen!er les
Kourdes ou les Arm6niens comme la souch,, premiëre
,le la race Ar-enuc. ni il plus fol'te raison de toutes les ra,'cs hu-
maines dans leur ensemble " je désigne seulem«.nt un !erritoire,
un lieu propre à fournir des émigrant.; qui ont pu partir de là
1) Reclus., t. IX: p. 3.io, 31, 377. Ëmigrafion du district de Val; (en 1887):
80.000; retour annuel : 3.000.
2) V. Pic/et, t. JJ, p. 739, 7iL
T..lV. | 2
15 LA SCNC
suflisammenl pr61»arés pour occuper «.nsuite t,»utcs les rés'ion
,le l'Ancien Confinent, en se livranl au travail soil de simple ré-
ce, Ire. s,,it d'extraction, qui con ient chacune d'elles.
ttr, un enseml»le très restr«.int de familles. ,wcupant dès l',,-
ri.aine d,_.s temps la c,,ntr6e que n,»us venons d'éludier el rom-
l,U,.s aux h'avaux (lu'elle comporte., a r6ellement pu envoyer des
essaims dans ,mies l,s directions et sur toutes les diverses zon«.s
,le l'anci,'n c,mfin,.nt..le laisse de c,'»t6, dans l'exalnen d,' l'ori-
gine des faces, oeil, ,1,. la race ,oire, ,lui a 6t,: étudi6e dans
la Iicvue et juslilie le ch,,ix ,lu mème point de d61»art , 1), et
,'.lle ,h.s [»relnièl',.s ntigratio,s de ,'hasseurs (llolltni's d('s ca-
x-,q'lltS ) OU ,li.w;m;*/x. (l,,nt l'origine roste d,,uteus,..
N,ms v,.n,,ns de v,,ir coml»i,'n la région Arm6nieme est fa-
,»rai»lc en ell-m6me h l'éndg-l'aIion. Les condi{ions n6cessaires
l»or iuc ¢'(.It émi-rati, m puisse se dil'iger vers t«»uIes les zones
S«llt de deux s,»ries; l«'s Iilll'S, mat6riell«'s; les auIr's, sociales.
I" Les c,»nliti,»ns mai6ri«.lles à rlnl»lir sont, d'al,,rd le facile
accbs de. chaqu,, z,,n,, dittërcnte, puis la l»ossessi,,n des moyens
«.1 inslrmncnts d," travail propres au lieu qu les émirants vont
,,ccuper" s,»us ce th.rni,.r l»,»int de vue, les monta3nes Arm6n,,-
Km.des d,,nnent par h.urs l»rodut.tions animales et véK;tales la
phls ami»le s«dist}tetion.
Itu «'«Ié de. l'Est, des émiranIs ri«'hes en tl'«,up«.aux ont trouve
libre l,'van/ eux. ,16s l'Azerbeidan «'t «'nsuite ,lal/ l'h'ak-Ad-
j6mi. la z,,n,, des Slel»l»es riches, qui les a c,,nduils, en les
m,,,lifiant, d'ab«-,.d usqu'à la « Terre d.s Ilel'b«.s », puis jus-
,le'aux plaines lll«,llssti«.s qu'habite le renllC. Le passaffe qui
leur 6tait ouvert au dél»ul est le mëme qu'ont suivi dans leur
m,,uvcmcnt de retour les Turcs et les Turc,,mans n,»madcs, qui
.rrcnt a»c leurs tr«,up,.aux dans l'int6rieur de l'Asie Min'ur,"
,'t mëme ,m Arm6nie
V«q's le Midi, 1«. pays des K«urdes et cenx analo$ues des Lou-
X'. La Scictcc social,,, « le Co;t[ia,:nl afi'icain., {. VIII. p. 3:»3 e{ s., p. Io8.
Reclus, {. IX, p. 537, 53t%
L& SOCIÉTÉ VÉDIQUE. 159
ris et «les Bakthvarv Persans formont un vaste demi-corcl qui
s'énd depuis les environs de llamadan jusqu'à Aïn-lab en Ana-
t.lie (1), et dont la Ms,,potamie occupe le cenre; ils enserren
la r@ion des Cavaliers des Seppes pauvres. Les torrit«,iros mon-
tagneux qui contintwnt la lign,' vers le Sud-Est et v,,nt
joindre les monts Balout«hes donnent accès, pour des émi'rants
demi-nomadcs, A toutes ls réions ds D6srts.
Le peuplement des z,,nos de Steppes est 1o l,lus fi,cile A éta-
blir : toute famille possédant le I,étail apl»r,,prié à uno de
leurs réffions peut ètre considér6e c,,mm« «lisp«,sée à ,.ml,ras-
ser le travail aih'avant du
il n'«n est pas de mëme pour les zon.s A S,,Is varids, p-or
I,'s zones de I;ulture. Nous av,ns vu plus haut quell«.s raisons
s'oplmsent la colonisati,,n de ces z,-,nos par h-s Pasteurs purs:
mais aucune de cos raisons ne semble pouv,,ir 6tre invoqué,.
à l'enconh'e de l'émiffrafion, vers les pays de cullure, d«.s demi-
n«,mad«.s qui rdcoltent déjà dans leur liou ,,ri'inail'e 1«. l,le
le riz. le vin e[ le ce,te,n. I;oux-ci poss6dent, dans leurs nom-
I»reux tr,-,upeaux, des m«,vons 6nergiquos do transp«,rt; ils s«,nt
rompus [out à la fois au travail d'oxtra«tion «.t aux déplace-
m«.nts. Par la hiérarchisati«,n des familles, ils voient se' f«,rmer
au milieu d'eux or se placer à leur tète «l«.s cadros de gouvor-
nement et de paire, nage apts à fournir h.s mov«.ns de l,remi«.r
établissement. à c,,nduir« les invasions au loin ci à les établir
d'une manière durable sur les terres onvahios, on s'v tixaut
eux-mëmes pour l'appr,,priafi«,n du sol «.t la dil'e«lion du h'avail.
Tels semi,lent bien arc, if ét6 les pr«miors c,,lons do la zone.
cultivable orientale, qui durent se diris'er vors la Chine
vers l'Inde en 'agnan st, il les wdléos du Thil,et, soit l,.s
passes de l'Hindo-Koh, par le lazand«;ran f«.rtilo t.t h' Turkos-
tan cultivable, pays où 1o riz al»onde. Tels étaient posifivement.
nous l'avons déjA dit. los Arv«.ns ch. la soci6t6 anté-V6dique;
les Persans et les Km'des se rattachent du reste à la souche.
aryenne ().
,1) Reclus. t. l,K, p.
() V., pour les dialectes Kurde, Rcclu-. 1. IX. p.
lt;O LA SCIENCE
!1 est à peine besoin de fbire ressortir les ressemblances vrai-
ment frappantcs qui unissent au type social uc c préscnte
«.,,mme pr/m;y les caractères s-us lesquels ne, us sont dépcints
l«s antiqms Pélases. les Celtes, les Germains, les Slaves, en un
mot tous les envahisseuvs de l'Europe, qui forment la branche
Aryenne occidentale. Les roules qu'ils c, nt pu suivre, soit par la
rbffion Caucasiquo. s-it par les plateaux de l'Asic-Mineurc,
pays absolum,'nt analc, gues au Kuvdistau et à l'Arménie (1),
-- sont tr,,p c«,nnus pour soulevor une seule Aiection.
ff' Examinons enfin si la constituti,,n de la famille primitive.
telle qu'elle ressort d'un milieu s,.mi-nomad ,rc cttltm'e rudi-
inventaire, rdpond bien aux conditi,,ns de nature .o«ia& qu'on est
en droit d'exil'er chez des 6migrantsaptes à cc, loniscr les diverses
z,,nos, s,,it par le p«iturae, s,,it par la culture.
Nous d,.vons envisager ici chez 1 de.mi-nomade « «ultu,'e
,,«.ntai,'e l'unit6 sociale, la famille, seulement d'une manière
abstraite et gdnévale, et laisser de c¢,t6 les caract6res particulie
que colle instihli«,n i«'ut avoir reçus, au sein des divers peuples
,te I»ovS,q montagnards, par suite du milieu ambiant ou des in-
tluences subies a u cours de migrations antdrieurcs: il s'agit en effet
,le l'origine de l'humanité, de son commencement et du lieu
,l'«,ù «.ile part. Or. le travail imposd en ce lieu est double. !1 com-
pr,q,l d'al)ord I'«'.rl, loit««ti«m de" t'oupeaux ,ombwux et de tr6s
vastes postures, n'exiëeant pas d'ettbrt pénible, et se pvètant fo
bi,.n à l'indivision. Cette exploilalion, comme on peul l'observer
dans tous les lieux similaires, al»pelle la jouissance indivise, la
, ,»» t,t,tttd, et cela pour les m6mes raisons qui s'appliquent
Stcpl»,.s riches des Nomadcs purs : l'éloignement et la difticultd
des conuuunications entre les groupes familiaux, la nécessité de
r6unir des aptitudes div,wses, l'importance d'une direction
l,drimcnt6e pour la bonne conduite du tronpeau et la s6curit6.
Ce premier mode de travail contient donc en germe la [ormation
co»,,utmutai'«., avec s,-s dérivés : l'autorild patriarcale, l'esprit
d,. tradition, la tendauce au recours et au support mutucls. Du
,I) V. Malte-Brun» t. !1, p. 17l 193; Reclus, I. IX,p. 336, 338,
SOCIÉTÉ VÉDIQCE.
deuxième mode de travail, la culture rudi»«.ntai,., +, ,lui néces-
site une certaine dose d'énergie et de labeur, sortent, à l'état ru-
dimentaire aussi, l'appropriation des fruits, l'ett,rt spontané pour
produire, le. désir de l'ind6pendance et du perfecfioncmen{.
Ces deux inanières d'ètre, contenues en puissance dans ls
millesprimilives, iront en sedéveloppant ou en se rosln.igqmn{ sui-
vant les intluences rencon{rées lmr les émigrans. Ainsi les
ims dirig'és sur les gq'and«.s sleppes verron{ chez «.ux l'esprit
comnlunautaire pas{m'al se renforcer et s'Cever jusqu'au
type p.tc]ar««d ]uri tandis que l'habitat en sols val.id déveh, p-
pera l'esprit de sdparationj usqu'à atteindre les c«,nc,'plions sociah.s
les plus instablos, je dirai, les plus « fin «le siècle. », cm
julu'à la tbrme bien équilibr6e connuo sous h. n,,m d« socié/d
thmilles-souches, ou larticul, tri.tes 1).
I.es élnigrants qui se rendent sui' les pays h s,-,ls vari6s, h
cultivablcs, ont besoin pour s'y inslalh.r d'un sec,,urs, ou
de premier tablissemcnt. SOl'tant d'une soci:t6 doni-u,»m«tdc h
culture ru,h)ae.taire seulement, ils trouvenl gén6ral«qn'llt dan
(I) MP l,erlnettra-t-on une eourle digrcssiou
Les races issuPs de Sera. Cham et aph,.t sont dëcrih's dans la «;encse. chal,itro
versets 5, 0 et 31, selon leurs caractères so«'i«ux; la r,ion latine d la Vulgal,.
donne ces caractères une grande prëcision, sans doute dal«i's des renseignement
qui ne so»t plus h noire connaissance. Le lexle h61,raïque, plus concis, l,lace n6anmoin-
pour chaque race h.s caract,'res sociaux dans un certain ordre qui ne semble pas ilt-
diff6rent. Grace l'obligeance de M. l'abb¢ Vigouroux. qui a bi«.n voulu me dmnrr
la traduction exacte clos leroes h6brai, lU,.S, i'" puis ,Ireser b' lablPau suivant :
I « Japhel, x erscl :;" Éréts iaschë,+ mi.++.hlekholh yoi
IPrre langue [aofilles nali,n
ff" l,a,n vers. +l : Misehpekhoth i, ts,'bë,+ ««rêlx
et Sera, c. 31 familles langue loi're I, ali+»n
La prioritë est accordëe, pour la pastérilë de Japhet. au caracli're tcial :rt;ts, lel-iP.
ou'sol appropri(; et chez les deux autres descendances, au caradPre social misch-
pelihoth, familles, ou lien d» sany. Nms d«.vons donc classer parmi le Japh6lile,
les nations qui ont peupId les sols cultirables, en gënëral. -- en laissanl i,lac,-
pour les Chamiles et les S6miles dans les zones pour lesquelles l'alq,rol,ri«lion du
,c ligure comme caract.re cial qu'aprcs le fait de la gnërali»lt ou io lie. de' consan-
guinitë.
Cette identilieation e»l rendue encore plus prëcise PI plus facile par les
qu'emploie la VulgaIe aux mèmes versels :
Japllel, t, erset 5 : regio lingua Ihmilia natio insul;r gcnlitn;t.
cham, vtrsel 0 : cognait,» lillgtl;i g«'llt'rali«, tcrra gens.
Sera, etsel 31 : coli«» lingua rei,, gns.
lt;2 r.^ scm.cr: SOCi^LE.
la possessiou d'un nonibreux troupeau ceth' aide iudispcusable.
Ol'. a l'origine surtout, et ellcore de llOS jours, des l'oules ferliles
en pluraes s'6tendont à partir de l'Arm6nie dans la direction
monte des grandes zones do cultm'e " nous avons iudiqu6 ddjà les
rivaë«'s Scl»teuriouaux de l'Anatolie, et toute la région du Cau-
case, i'« tllllllt* don territoires se'ml»lai»les aux pa's arluéno-kurdes;
des oies bien connues oltanl de ffrandesNeilités p«,ur le p«ltu-
r;lge se présentont la suilo au travvrs de l'Erope; de ln6me, A
l'ori«.nt, les réffiois du Turkostan eullivable, de la Bactriane, de
1, Sogdiane, cte.. bien arrosées et capables de nourrir un très
uombreux l,dtail. La pratique de l'art pastoral s'est donc mainte-
nue /res lot,gt«.my et très/,)i, chez les essaims 6migrants des-
quels sont sortis les p«.upl«s cultivateurs, ainsi que la forme eom-
muuautaire et patriarcale de la s«,'iété, qui dérive de ce travail.
Il'est p«_,urquoi l,,us les le'ni,les eullivateurs, dans l'antiquilé, nous
:pp«raissmit imlms «le l'esprit de COnln/uuauté ; c'est p, ml'quoil'a-
=-rieulhtre est l,r;tiqu«çe sur uu«" imm«.nse étendue des zones à
s,»ls variés par des s«,ei«:tés dout la base est ineoutestM}lement pa-
lriaretle. I;e l}-p«, «t«.tu«,lh,nlent encore le plus r6p«tndu, est le
type, premier et oviginaiv«, des eultixateurs. La re,cherche des pl-
turagos au milieu d«.s s«,ls varie;s, ci la nmbilité qui dérive d'une
culture trbs cxteusive l,m.iours eu quëte de terrains neufs, expli-
quont Il'ès bien les I«,intains d«;placenleuts des antiques eonlmu-
nautés ci cnlhro rudim«.nt«lirv. «.t h' peul»lcmeut de l'ancien conti-
nent h,ut entier.
I.a c«,nimuttautd ,sri«ob', tout on se restr«içmlnt de plus en
l,hts lmr l'«'xet'eic« mènic du travail d'extraeti«»n, ne perd pas ee-
p«.ndant les eat'aet6ves ichdt'ents au rdgime pastoral qui l'a
t,'m6o. Elle d«,m«ui'e «.n possession de l'esprit de' paix, de doci-
lift; et de, slal»ililé, qm. l'cm peut o»servor au fond de, nos canl-
pagn«'s d'El.,,l»c , ce,mme ch Chite ou dans l'iudv :mais elle eon-
sorv«, aussi los tendances promières à la routine, à l'inertie, au
niv«.llem«,nl des silu«ttions.
Les socidlés qui t'ep«»sent sur la eoulmunaut6 «tgrieolc, très dé-
tiantes des aenlures ou des perfecti«mltements, et «,ssentielIe-
ment égalitMres, forment diNeilenlent dans Iour propre sein une
L. t. SOCIÉTÉ VÉDIQUE, 11;3
classe diri:-"eante ,.t 'ouvcrnant,', une aristocratie elles reeoivent
celle-ci.-- gén,rah.ment parlant,-- par in fusicm d'él,hn,:nt f,,rmés
dans d'autres milieux qui s' tr,»uvelil -u s,. m,.tlont en contact
avec elles : s,»it h-s Pasteul no]n;idos conqu6ranls; soit de s,,-
ciétés eOlnnle celh's des Pdlasg'es et des Saxons ou Seanflinax
g'ens A qui ]'émiffration par mer, an ].in, on dïl. «.n il,.. ou Tel-
que autre cause encore indéterminée, a imposé
la « vaine pàfuf'e » indivise. «.t par suite llll déve],,iq..mont ,inc.c-
iqu«" de la culture.
Ainsi, la Chine agri«,,Ic ci sédentaire sui»if i.:ri,«liqu,.mOlt
l'influence dominatrice d,.s l»ash'ur purs, plus solidom.ld ël'OU!,ds
el pourvus d,: moyens d'atlaque supfiriours ; il elt
soci6t6 chinoise une invasion o,ntinuelle d'«çlémcnts dirie«ldS
patriarcaux, qui -nt ronfol'cé chez elb.. à lin trbs haut
t?»rlnation primitive comlnunautail'c.
Parlni les soci6tbs olll'Op«:qlllCS, les Slaves. sortis les del'nicl'S
de cette r6gion coml«'iso entre la Mer Noire, le Caucas«. et I. Ca-
pienne que le Golh J.l'nand6s appelle. O[[irimt /,'.tiu.,, ,, la Fa-
I,rique des nati,,ns ,,. ,»lit ét6 maitenus longtemps sur les te.tri-
lattes linlitrq»h«.s d«.s l»ast.urs n«,mados; «. sont eux qui 1»1"6-
sentent les tl'aces l«'s plus apparenh.s de ce c,ntacl.
Les Gel'mains, lorsqa'ils arrivèl'Vnt en Occident. p,»ss6daioltt
,.ncore lem" pvilnitivc constitution de &'mi-»o»,ad¢'s
rudimentaire. Ils avaient 6chapp6 bcauO»Ul» plus que les Slaves
au contact «le la stcpl,,.; h.s monlaë'nes et l,.s t,r#ls
l.ngtemps en dehors des inthwnces dirigeant«'s d,.s deux br«,nches
P61asgiques, grecque et romaine. C'es/attx dh:ments sup,:ri,.tvs
l'ecus des milieux saxon et scandinave qu'ils doivent leur forma-
tion cil socidtés our,,pdenncs.
Quant aux C,.lles. ils ont 616 6tudiés dans la evuo boau«.ou 1,
mieux que je ne saurais le faire. Leur migration parait d«,s l,lus
anciolmes, et l'on reo,nnail facilement en eux. à leur arrivée dans
Ios Gaules. de v6ritahles Kourdcs ( 1/. Certes la distance «.st grande
entre cet 6tat social « arri6r6 » et la socidt6 mt»d,'l-liC que composent
Voir dans le Science sociale, t. XI, p. 385 et suiv.
LA SCIENCE SOCIALE.
|cu descendants. Mais ce n'est pas au sein de leurs ci;ms m«dfiles.
«le leurs communautés h culture extensive que les ;aulois ont
h'ouvé leurs 6h;mclflS de progrès : l'invasion romaine les a form6s
au travail «:ner.ique ci l'économie, en a t)dt dcs'GallRo-
mains, que les invasions franques ci normandes ont tvansfovmés
en Franc'Ms. La limite (l«'s r6gi»ns sur lesquelles l'influence (h.
«ha«me de ces deux sortes d'invasi,ns a
retrauvv encore aourd" hui dans la line Sl»arativc ch. la langue
d'o,«i «.t de la lantle d'or', ou patois roman.
Etin, la branche Arvemw [trientale, celle de l'lnde, a subi
d'ab,,rd, aant d,. traverser les m,,nts, 1111 l«li' c,,ntaO avec les
Pasteurs nomade.s; «.lle est ac[u«lh.m«'nl soumise à une. direction
tout oppos6e et autrement puissante. Mais il coin icnt de réserver
ce sujet pour une «:rude Sl»6cialc pins approfondie. 11 nous suftiL
l»-Ur auj-urd'hui, d'av,,ir d6termin6 1«' point d,. d6part et la cons-
tihflion oriinair«" qui l,«.uv«,nt ètt'c assignés aux deux branch«.s
,1,. la race Aryenne. ce,mme à t,,ut l'«.nsentl»l«, de l'humanité.
(A
A. IW I»RI7'iLLE.
L'EMIGRATION BRETONNE
A PU{IS ET AIX ENVIRONS I).
II.
LA PARTIE FAIBLE DE L'ÉMIGRATION.
Le métier, dans la vie d,. la famille ouvri;re, représente l'él,'.-
ment essentiel, celui auquel viennent se rala,-her d'un,.
plus «»u moins directe tous h.s aulrcs modes de son aclivi{6 sociale.
Il est donc naturel que II«;Hs pal.tic, ris du ratifier p.ur ne,us ef-
t,rcer de classer en un certain noml»re de types nos dmirants.
que nous avons jusqu'ici consid,:rés en bloc. Deux filits v,,nl
nous faciliter ce travail. En pvcmier lieu. les émiffrants bretons.
ayant, ¢OBIlIIP l/llS l'avons I11, linp tell/l;lll«l' lllal'/lliée à
blir par groul»,'s, il nous sera facile de COlllpal'(T phlsi«urs
afin de saisir les traits cal-aCtél'isfiques du rOtll.. entier. Si. pouc
suivre l'enchainelnent nahlrel des plléncmènes, il est ln'éfé-
l'able d'ohserver plus sp,:ciah.meni tllW thmille déterminée, il
il nous sera i,.ijOUl'S p«,ssil»h, de e,,nh'61er, et au best, in ,le
figer, les d,,nn6,.s que nous fournira celle étn,h', l,ar des
lml'aisons prises à c,',té, et de déterminer ainsi ce qu'il v a de
6nérM. et ce qu'il v a de particulier dans les thil ol»s,.rvés.
l;e plus, comme les c,,ndifi,,llS dans lesqu,-lles se h.ouvelfl n,,s
émigranls au départ sont eu 6nél'al les mèlneS p,«u" t,,us, il
VOl s'ensuivre qu'ils entreront de préférence daus cerlains lléti«.l'S
Voir la litraison prëcédenle.
1; LA SCIENCE SOCIALE.
,p,i. i,al.rO leurs «ttih'encl.s ph,s ou moius g.Tamh.s, présente-
J.ont entre «.ux «les c;,I'a«'tèI'«'s communs. Avant d'étudier en dé-
t;,il les modes de travail partic,Jliers à chaque $r,,upe, il est donc
intéressant «le rcch«.rchcr quels sont ces caractères coinimms.
Nos dmi:ra,ts part'nt i.n g'énéral pauvres; c'est In6me, av«,ns-
nous vu. la l»aUvreh q,i les pousse à 6migrer. Dès h,rs ils ne
l»,,urr«,nt ,.ml»tasser que ,les m6tiers n'exi'eant pas de capihl.
En d'auh'es h:rn«.s, ils dew'onl commencer par s'eng'agcr comme
,mvriers, ,uvriers affri«ol«'s «'hez les gTands ferrait.fs et les ma-
'ai«'l,'rs des enxi'-ns ch. Paris, OUVl'icrs d'usin«.s comme à Saint-
ltenis.
De l,lus, le raml noml,re sort des campagnes" ils n'ont
;HIClll'nell[ exPreéS «'n vle d'un," pr,,fession qucl,.onque ; et. au
m,,men[ mbnt,. ,,ù ils al'rivent, ils ,,nf besoin ,h c,mmencer
agner. Ils s,.r,»t ,l,m-,.xclus ,lu mëmc coup de tout m6tier
,'xigean/ un al,l,.entiss;,g-e. C,. seront essentiellement d,.s hom-
mes de peine.
I.es lt'avaux qu'ils aut'on[ à accoml, lir ser,mi douc $6nérale-
ncnt des travaux pdnil,les" mais. d'autre, part, nous avons vu
que, dans leur tmille, n'ayant pas une part ,le ]»6n6fices pro-
i,,,rti,,nn6e à leur travail, mais au n,,mbro de ses membres, ils
««t ,çt6 hal,itués ne dépenser que juste l'activilé n6ceaire
I,,mr l'exl»l,,itation suftisante du domaine paternel. !1 en
n»me ,h.s domestiques lui r,.«oivent des gaffes d6t,.rmiu6s pom'
une année, ci ,lUe ri«'n n'incih" à un lravail mieux tit ou plus
intensif. A.joulez à cela ,lU ces hal,itudes ont 6t6 pour ainsi dire
c,,nsacrées en Bl'ela-ne par rot long temps et par tout,s sol.les
,l'instituti,ns. Elles ont pousse A " multiplier les j,urs de repos
,'t d. réuni,m, 't les conseils dnéraux s,nt sollicités chae
;,nn6e d'6tablir de nouselles tbires et marchés, n«,n motivés par
des nécessit6s r6elles. On comptait naguère six cents foires et plus
,.n B'ctag'nc. sans parler d,.s grands marchés... « Ce ne sont pas
a u surplus les seuls .j,_,u fs consacr6s aux distractions. Additionncz-
I,.s, en y cmll.enant les dimanches, les fètes patr,,nales et tous
h.s «, pardous ,, " prbs d'un tiers de l'année dchal»pe à la loi du
L'ÉMIGB.+IO'q BRETONNE .st PARI% ET UX ENVIRONS.
Iravail » ! 1 ,. Ain,i. tandis que uos émi'rants vont ètre coutraints,
comme nous l'av,,ns dit plus haut, d'exercer des m6tiors qui
exigent g6néralemnt un effort manuel consid6rabl, p«rce
qu'ils ne sont apt«.s fi aucun autre, ils verni gard,.r de leur for-
mafion communauaire la tendatce à ne s'v a,lr, nner qu«.
dio«roment. En d'autres termes, leur travail st.fa rarenl«'nt
travail ht«.nsi/: « J'ai fait val,,ir m domain," l,e],lant dix ans
pr6s de Mcaux. me' disait un l'a]l(l pr,,pridtair,, du M,gt'l,ihau.
,.t j'aimais mieux p«l)el- dos journaliers 3 fr. 51} ci francs
.iour que mes ets dïci I ff. 5. I'ouvra'e fait était et est
r«,pport avec le prix. L,' travail de l'ouvrier rural bret,,]t est peu
productif(, » l'n Irait «ara(.térise ces disl,,siti,,ns :part,mi
les circonstan,'es le permettront, n«,tl' dmiffrant l»réfre,'a I,.
travail à la journée au travail i, la tà,.he.
Je trouve, dans une R«.x-u ],rctonue (3/, ]a cnustatation de
absence d'iuiliative ,.t d'ardeur au travail : « Nos Bretons
hal,itu6s « recueillir sur 1,. s,»l natal le fl'uil de leur lal,.ur,
que leur esprit d'initiative soit mis à l',:pr,.uxc, puis, lu'ils
qu'à suivre, p,,ur an«.r leur pain. les méth(«l,. vt les
de travail de leurs p,'Tes. Vivant sur la t«q.t'c «.t ,le la {«q're. ils
n'ont encore qu'à se laisser vivt.e entrainés par la coutume
les habitudes l,.is,.s ,16s l'enfance. Arm'i,:s dans les S-l'andes
villes, ils ne ta,',lent pas à s'apercevoir que, p,,ur parwnir aux
salaires et aux rich,.scs rëvd,.s, il faut une a«-tivité, un espl'il
d'initiative, une certaine audace que réclame la lutte l»,»ur
ie, «tru/9/,. ». @. comme disent nos voisins 1,.s Anlais.
leur nature, ni leur éd,,c,,ti,,n ne les y ,,,,t pr6p,r6s. Aussi
lardent-ils pa à ëtre rcl6gu6s dans les m6ticrs l,s ph,s siml,l,.s.
les plus ff,'ossicrs et les moins lucratit. Ils s'en ,.,,usol«.nt en p,,r-
tant trop souvent chez le marchand de vin la 1,1us rosse pari
du salaire qui pourrait assurer à leur famille u,, I»i,.,,-6tr,. ,,,o-
,leste, sans doute, mais suffisant ».
Voici d6jà un premier point, et tr6s imp,nqant, i,«,," h.qu«.l
ri) Baudrillart. Populdlio«s ttyricoles dt, let Fra,ce. p. 179.
(2) £a 8em«titw rcliyieusedtt diocèse «le.5ai,t-Brietc et.. «le Tt'eyt«ier, fl.x r. 1892.
3"t Ibid., p. 626.
I(i LA SClENCI SOCIALE.
mi.rant br«.lon se dising-ue de i'6mig'ranl d'oriffine yankee,
qu'on rencontre dans toutes les parties des États-Unis. Celui-ci a
,le ¢.ommun avec celui-là que, comme lui. le plus souvent, il n'a
pas au de:but d'inslru«ti,m professionnelle et doit «'mbrasser le
in',mier métier qui se trouve à sa port6e; m«tis un d6sir intense
d'avoir un «:tablisscment a soi, et. par suite, la nécessité de r6unir
un capital, 1«' poussent à un travail intensif. E second lieu. il a
un esprit ouvert, il sait tkcilement se rendre compte de la
t«.«hnique d'un métier, et. s'il ne trouve pas son compte dans
ce.lui qu'il avait embrass6 d'abord, il passe ral, idcmcnt à un
autre plus lucratif; noire Breton ne saurait avoir cet esprit
d'initiative il demeure obstiném«.nt attaciff" au mode de travail
auqu,.l il s'«.st d'al)ord consacr6; (h. pins, il reste, impuissant h
l»ros'r«'ss«q «ians (.«. m,,d«, d,. travail. uatr«.-vinffts sur cent, au
moins, sont (.«,ni»i6t,.nwnt d6nués d'instruction; aussi, après
s'tr« mis au c«»u'anl «'n quchlu«'s S«.lnain«.s d,.s proc6d6s à suivre.
dans b.ur nouxcau mdti,.r, ils )" d,.m«.ul'ent fidèles, comme ils
l'avait'ni 616 auparavant au m,,(b, de culture. 16gu6 par h.s an-
«:lr,.s. tn eonstat,, donc chez eux un,. incapacit6 g6n«;rah. à
s'éi,.x'«.r c«.ux-lh qui arrive.nf à sortir de lcm condition subal-
t,.rne sont rar.s et nv h. doivent le plus s,,uv«.nt qu'à d«.s cir-
c,,nslanc«.s parti«uli6r«.m«.nl t)vorabb.s; encorv l'intlucnt.e de. la
t,rmali, m ant6ri,.ur«, ait-«.ib, ass.z lmissamment sur «.ux pour
ne hqu" i»«.rm.ll' . de t,ndvr qu,_. d,.s 6/ablissenwnts peu consid6-
rabh.s et de faibh, profil. E parlant ,le «. p,»int de vuv, nous
niions rollonll'.r d.tlX g-l.alldts (.lass,s clé, nléticrs " I" c«.ux où
nos Bretons entrent «i'al,,rd. lors de' leur arrivde ci t,»u.jours ch
qualilé d,. salari,;s; " c«.ux «,h ils arrivent partbis à se faire, à
t,rc«, de Iravaii et dëc,,nomi,., un. situation ind6peudantc, qui
,.xise me part plus ou moins grande de capital et d'initiative.
Itans la premi6re classe, ne, us lrouvons successivement selon
l'«,rdre croissat des lransfi, rmati,,ns qu«. h. reCier produit chez
lëmigranl, les tyiws sivants" I' l'ouvrier agricole «.nffaff6 pour
,lu.iques mois chaque ann6e chez le fit'and tçrmier des environs
de l'ris; l'ouvrier d'usine à Saiut-Denis: 3" l'ouvrier marai-
cher; U' l'cml»h,y6 de chemin de tçr" 5" la domestique.
L ÉMI|_,RATION BRETONNE A PABIS ET AUX EN'1BONS.
Nous eomnlencerons cette étude par les «,u,'rier« a.p'iroles
«upons d'eux en premier lieu, parce que 1o m,»de de travail
quel ils vont se fivrer est plus ral»proché que t«»ut autre de celui
qu'ils ont pratiqué jusqu'iei, et parce quo leurs en'ag'emenls
6tant limités une partie de l'ann6e, ils entrcticunent avec leurs
pays d'origine des rapports plus e,.nstants et se.nf, par suite,
moins disposés à subir l'action du milieu dans lequel ils 6mi-rent.
Leur nombre est considérable, «.t nombreuses sont les
qu'ils envahissent aiusi périodiquemenl. Celles où on les
tre plus ene«we que partout ailleurs sont " la Normandie. File de
France et la Beuce, « cette grande plaine tburmenti6re, dit
André Duchesne. l'uB des greniers à blé de Paris et plus f6c,-,nde
que ue fut jamais la Béotie ».
Nous prendrons pour lieu d'Cude de ce type, si vous le voulez
bien. une ferme des environs de Paris, fi Chaville par exemple.
Le type se trouvera ainsi plus à la portée de be;ue«»up de. lec-
teur. N,,us aurons, en outre, l'avant%'e d'y trouver le typ,. que
nouséhldionslargement représenté ; les reeensements¢»ffieiels v ac-
cusent en effet l'existence de fi Bretons ; mais si nous en croyons
l'opinion généralement répandue à Cbaxille mëme, h.s Breton
v comptent pour le tiuart ou nlèlliP le tiers de la p«,pulation, ce
qui porte à plusieurs eentaiues le nombre de ceux qui y viennent
prendre des en;a$'emens tempor«ires.
Le domaine oit nous allons voir it l'wuvre n,»s émirants est
«'elui de l; "*'. (In eonnait la disposition générale de ces -ran«les
trmes des euvirons de Paris. Situées pour lt plupart dans
le bourg mème ou dans ses fiubour-s, elles d,mn,.nt une impres-
sion bizarre et eomposite qui se ressent à la fi»is d," la campa'ne
et de la ville. Les terres, le plus souvent eonsidérubl,.s, s,n répar-
ries à une distance plus ou moins grande de la ferme. Elles sont.
17J L^ scm,c. SOC^L..
éndral,'m«.nt, consacrécs à un doubh, objet : d'tllle part. on v
I il d'imporant«.s cultures de blé; dr' l'autre, le voisinage d,' Paris
v hvorise lëlcvage dans de g'randcs proportions. Ces deux natu-
res de travaux donnent li«.u, chaque amée, pendant plusieurs
nl,,i, d,. ma i à s«.ptcml»re, à deux séries d'occupations : le fana'e
la noiss,n qui exië«.nt un SUpl»16mCllt de bras. Ce supplémenl.
,'e sont n,,s émigrants qui vont h. l'ottl'nit'.
Ils arrivent en ff6n61"al dans d,.s conditions il'èS senhlablcs.
l'out beuucoup, ces l/'uvax s,,ni déjà une pratique anci,'nne
de.puis huit «ms (hx ans, ils viennent ainsi chaque ann,;« . La
plulmrt d',.l[re eux s, mt mari6s depuis plus ou moins longtemps.
et le mdna$'e est. dans la t«q'rc natale', ell possession d'une maison
et d'un 1,etil ,'llnml». d,»ni l'exl,l,fit«lion ne sui'lit pas à employer
le Ilmri. La feltlltle, l,.ndant l'abs,.llCe ,le ce'lui-ci, avec l'aide
parents ou d,.s voisills. 1,. fera valoir. S,»uvent aussi, c'est h. d6sir
,l'am61iorer uuc situation plus «,u moins crilique qui l,OUsse à ce
dél,art lCnl[»orail.e.l.'un de ceux que j'ai vus i I;llaville. était
mai.tel depuis trois ans. Il veuait d'achet«.r utle tOti[¢' l,ctite ferme
«lUX environs de Saint-Brieu«; il avait d6 enll,rUnter de divers
c6t6s pour parfaire la sltlllllll' «lui r.présentait 1«. prix d'achat
devait cn,.«,re ll',ris mille francs : « Si j'étais testA au pays. ne
disait-il, il m'«ur«it f«llu, en adm«.ttanl un concourd'heureuses
,.irc«mstanccs, quinze années pour m'acquitter, tandis qu'ici je
l»uis lç tir,, en cinq ou six ans ».
C',tait p«,ur la seconde fois ,lu'il venait ainsi. Et celle
t.Olllnle lt l,reini6rc, il était enu, comme cela se fait d'ailleurs
,,r, linair«.ment, en ,'oml»abqfic ,l'une douzaine ,l'autres de sa p-
toise,': et r,' il'eSt qu'après av«fir cherche: du travail pendant cinq
ou six ],,urs, ,h.puis Orldans oh ils 6taient dosc,.ndus du chemin
de fer jusqu'l Clin ville. ,lu'ils avai«qt entin trouvë un ensagcment.
Il se promettait bien d'ailleurs de ue plus recommencer cette
roui'se errante. Dans plusieurs fernles, on avait voulu en prendre
quehiues-uns, mais lrois ou quatre seulement ; et. c,,uline ils ne
voulaient l,aS se quitter, ils avaieut refus6 des prop,»sitions plus
avantageuses que celles qu'il avaient dù acccpler ici.
Nous nous trouvons donc ici encore en pr6cnce d'une intluence
L'ÉMItRATION BRETONNE A rARIS ET AUX EN,IRONS. 171
de la e,mmimaut,;. Nous allons d'ailleurs p,,uvoir la suivre da,s
tout 1,. C,ml'S du séjour de. ces émi.rants.
B'abord, dans le travail. Bien «lU'étant exclusivement agl'ic,le.
le h'avail exi-é dans cc fermes o»mporte parf,,is des c,,nq, lica-
tions et dos ditlicultés qui requièrent une formation plus ou moins
lonuc. « Aux Bretons que jelouo chaque amée, me dit le t%l'miel',
je ne donne .amais que « les ëros ,,uvra-es ,, ; ces h.avaux, moin
bien r,:h'ibués, se,nf aussi énéralement plus durs. » C'«.st ainsi
que ceu qui s'v livrent d,»ivcnt comm,:ncer leur travail à cinq ou
six heures, tandis que les autres ,,uw'iers ne ,_-,,mtnenccni qu'à sel»l
heures. Souv«.nt aussi, le s,,ir, ils tinissent plu tard. « Je ne suis
pas mécont«.nt d'eux, «.n fféndral, m,. disait enco'e 1,' nème tO'-
mier; ils ,,nf souw.nt assez de p,.inc à (,,ml,rendre ce qu'on
dit. inais quand une fois ils l'ont compris, ils le font sans dis,-,-
ter. Ils s,mt inoins rais,3nnem's, inoins dish'aits «i m. les Beles
que j'ai eus autretbis, mais aussi ils iravaillent moins acivement.
surtout quand cm ne les surveille pas. ,,
Le teavail qu'ils tç»nt leur p,:rmet «l,»nc d,. test,c" r,»Ul,éS. Ils
le seront encore l,,»ur l'habitation ,m les l,_,$e enéralement i,
la trme, un I,Atilnent sp6cial leur est at'tce, il v a une «lorh,.
spdciale pour les réveilh.r le matin. 11 en est de mètne pour la
nourrihu'e. Nous savons qu'en Brelanne ils stmt accouhlmés à
vivre de peu. Aussi préfèreront-ils, dans leurs en-aemcnis,
demander à la trme que le l,,gcment, et se nourrir" eux-mèmes.
y trouvant un mo en de tdre des dconomies. Ils ont apl»,»rt6 avec-
eux des provisi,,ns souvent considëral,les de beurre ,.t de lard.
qu'ils ren,,uvellent quand elles sont épuisées. Ils n',mi donc à
acheter, dans le lieu ,-,ù ils sont fixés, que du pain. La boiss,,n
la plus ordinaire est l'eau, lla se réunissent part,is à plusieurs
pour faire. à la grosse: l'acquisition ,I,. raisins secs ,l,nl ils firent
une sorte d,: mauvaise « piquette ». Ils arrivenl à des l»roc6d6
que nous auri,m« peine à comprendr,. : « J',,n ai vu, me disait
fermière de G "'*, à Chaville. qui a,'hctaient leur i,r,,vision
pain 1-nt,.mps à l'avance, alin qu'il devint plus dur et qu'ils el
pussent manger moins A chaque repas. »
Ils pe,vent ainsi mcth'e de c61é la plus rande p, rfie d,.s
1 7 -) LA SCIENCE SOCIALE.
laires qu'ils ,a.n_nt. Ces salaires varient généralement entre
70 t.{ 80 francs par mois. il n'est pas rare cependant d'eu trouver
qui att«.inen jusqu'à 11o ou 120 francs. Comme nous l'avons
déjà vu. ils s,»nt b«.auc,»up plus souvent la journde ou au mois
qu'à la tchc.
Ceux qui prétërent ce dcrni,-r mode d,- paiement sont en é-
n6ral des Bretons partis depuis plus l,»ng'temps «.t «pfi ont
p«ss6 plusieurs aun6«'s «.nlièr«.s hors du pays natal; et l'on re-
marque que, s'ils g-agnenl plus, ils dépensent aussi davantage.
I.cs distractions de nos moissouncurs sont rares ci peu vari6.
tn ne voit 'dneralent«'nl pas t'h«'z eux, surt«mt chez ceux qui
xiennent «h la basse Brctane, cette cmiosit6 intense qui pousse
tant d'autres provinciaux h venir l Paris. dbs tin'une occasion
lhvoralde s présente. Lem" seul j,mr cit. lib«rtd est le dimanche
et ils l'emploient g6néralcmenl, comme en Bretag'ne, à se »ndr«
x-isite l«s uns aux autres. Si. gORlllI¢ 1 cas se rencontre assez
s,»uvont, «luelqu«' c,-mpatri,,te se trouve fix6 depuis plus long-
t,.mps dans la mèmc ville «.t v tient un débit de vins, ils se r6u-
issent dt. prdtërcnce chez lui. Alors. ,-,n les v,,it s'ad,»nner à un
i«e que l'on peut consid6rer commo un vice nutional, tant il
,.si répandu chez eux. Nicob. ,qt constatait ddjA l'existence de
son temps. ,, Èlre Breton et ètre ivr, m-n,., c'est tout un », dit-il"
«t il ajoute « "l'etat le re,md,, est sujet h la pr6v«.ntion, il s'aqit
seulement de savoir celle i laqu«.ll on est sujel. C'est ainsi que
pour la .i«.une Br,.tonn,-, quand clic veut se marier, il ne s'agit
l»:s de sax,fir si s,,n tianc6 est ivrogne, 1,' ddfaut qui r6gne dans
ce l»ays-lh ,;tant de s'cnixrer, mais de savoir seulemelt s'il a le
vin l,ïm ,gu mëchant. ,, I.es jemtes Brotonnes de n,»s j,»urs pour-
raient enc,«'e apporter au choix de leurs maris la mème pr6oc-
,.upalion «lu'au temps de Ni«ole. car les défauts des pères sont
r«'s6s h.s ddthuls des enfitnts. Ce vice. ils le portent partout
ils vont s'é/al»lir. C'est celui qui les caracl6risc aupr6s des chefs
,le m6ti,q's qui les empl,»icnt. Le directeur d'une importante usine
,le Saint-Dcnis me lraduisail tout dernièremcnlcette impression en
c-s te'mesdncrgiques « Nos Bretons ? S,»bres comme des chameaux
pendant la semaine; le dimanche, ivres comme d,.s l'olonais ,,
Travaillant ensemble, logeant enseml»le, s'enivrant cnseml»le.
nos Bretons nous présentent aussi tidèlement que possible l'image
d'une colonie sul»itement transportée dans u,t nouveau milieu et
sans rappor|s avec lui. lles rapports, nous l'avans vu. ne sont
autres que les rapports indispensables eréés par 1,_ travail. Ils ne
voient le fermier que pour en recevoir des ,,rdr,.s ou leur salaire;
ils fréquentent peu les autres ouvriers de la fernle, dont ils ne
parlent pas la langue et n'ont pas les ha|»itnd,'s. L,.s petits eom-
mereants se plaignent qu'ils vivent toujom-s entre eux et ne leur
achètent rien; ce ne sont pas d,.s Français, dit-on souv«.nt en l,a,-
lant d'eux; eux-mèmes semblent désireux de maintenir cette opi-
nion : « La première fois que.je suis venu ett Frtmee..., » dis;til
l'un d'eux il v a quelques jours, parlant à un Niv,.rnais tout ré-
eemment arrivé, lui aussi, d,. so,l pa?s. « Vous n'ètes d,,ne
pas Français. lui demanda er dernier? Mais non, répon-
dit-il tout tranquillem,.nt, je suis Bref,m. » Ce, renie ils ne peu-
vent subir aucune influence étran.,_"ère, ils demeurent générale-
ment tidèles aux pratiques religieuses qu'ils ,,nf suivies jusque-
là : « Ce sont de très bons paroissiens, dit le eutA de Chavilh.. »
Nous verrons qm. sur ce point comme sur I,i,:u d'autres, «h,s
conditions différentes de mili,.u uous conduiront .a des résultats
très diflërents.
Parmi ceux qui partent ainsi chaque année vers le Cmllnwnce-
ment de mai dans la pensée de contracter des cngagenwnts tem-
poraires pourquatre ou cinq nlois d,, l'AtC Ici plupart, avons-nous
vu, sont mariés et ont eu Bretagne une petite propriété ou une
petite ferme ; la moisson fidtc et l'cng-ag'ement expiré, ils renm'nt
donc tout naturellement au pays. rapportant l,-s économies réa-
lisées; mais il eu est aussi d'autres, qui sont Ve,lUS, simplenwnt
poussés par l'apprit de salaires élevés et qui n'ont au pays ni
ferme ni ména.ge. tn coneoit donc que la tentation puisse
grande pour eux de rester plus longtemps. Or. rien n'est plus fa-
cile. A c6té de ces grandes fermes, où ils se sont en-a.,_"és, s,. ren-
contrent presque partout, dans les environs de l'avis, dÏmmenses
cultures maralchères qui, par la multiplicité des soins qu'elles
exigent, ne peuvent se faire qu'avec le concours de beaucoup de
T. XlV. 13
17.1 t& SCtENC: SOCt&L:.
b,'as cmplox.és peud«,nt la majeure partie de l'année. Daim un
raxon plus rai,proché, sont d'innombr'ables usines, où ils trou-
vent aisément du tr'avail. C'est donc là que nous allons les re-
trouv«.r avec beaucoup de leurs compatr'iotes que d'autres cir-
coustances y ,_,ut @'alelnent menés. Mais la durée plus longue
d. ces en.,.z"aëements, le mode différent du travail, la dillërence
d,.s milieux vont ameucr dans 1«. type des moditications impor-
tantes. Nous allo»s d'abord les étudier dans l'ou«ri«,r d'usine de
Saint-lt;.nis.
I1.
Saint-Dents est un,. ville industrielle par exct.llence. En voyant
du train l'Apais nua.,..e de fum,:e qui s'é«hapl»e incessamment des
;'hcminé«.s des usines «.t se répan,l sur la ville, le Parisien avide
d',,mbra.'-"e «.t «le v«.rdure s'aperç'oit q,t'il d,»it pousser plus loin
pou," tr,,uvcr la réalisati«,n ,!«. ses rèvcs. On comprend donc que
n«»s Brcto,s s'y soient donré r.ndez-vous «,, grand nombre. Nous
savons qu'au det.mer recensement, on en comptait 3.g18, nés en
Bretagne: niais il faut l, ol't«.r ce chiffre à 5 ou 6.000 si l'on v
COml,r«.ud les enfants n,;s .a Saint-ltenis et ceux qui n'étan pas
tixés d'une manièr,, ré..-"ulière dans cett,, ville, "a cette époque, n'ont
l,as été compris sur h's f«.uilles de r,.censcment. Nous avons vu
une d,.s circonstances qui contribuaient à les faire venir, ce n'est
pas la seule; l'une d.s principales, en ce moment, le courant se
trouvant établi, c'est l'appel continu fait par ceux qui s'y trou-
vent déjà ,,x par«'nts ou aux amis de l'a-bas. « Quand nous avons
une place vacante, me disait le directeur d'une usine, nous soin-
nies toujout's sùr.,, que nos l}retons auront trois ou qatrc coin-
patriotes à nous pr,,poser pour la prendre. » Ce fait étonnera
d'ailleurs moins si l'on s«,ngc que plus de deux mille d'entre eux
vieunent de d,.ux ou trois cantons des C6tes-du-Nord. E veut-on
un exemple'? B'", qui tient un d,;bit de boissons sur la place de
l'église, est parti seul il y a dix-sept ans de Bourbriac, et a com-
mencé 1,af travailler daus une usine. 11 avait neuf frères et surs.
Deux sont morts. 11 a attiré successiveluent les sept autres près de
lui. Trois sont actuellement étM»lis sur la mère,- place comme épi-
eiers ou marchands de vin. La famille compte aujourd'hui h
S0int-Denis, en v comprenant les enfants, dix-neuf menibros.
C'est g'éndralement vers l'ffo de Villét-tl'ois ou vint-quatl'«,
arts qu'ils viennent, le [,lus souVOllt seuls. Mais, à la dif'fkh'enco
de l'émigrant nloissonllour qui. en pal'tant, sait qu'il ilO s',.lt-
ga'era que pour tin tClnpS déormill6 or rol;ttivelUent assvz court,
il s'ait pour ceux-ci d'un séjour dollt la dtll'6v cs illimité.
qui. par consdquent, es de naul'e à l«'ssélmrvr plus prd'«mhhnent
du milieu primitif. 1«. l»lus, l.s rapp«,rts av«.c l,s che'fs de inier
von 6tl'e moins nolnhreux, l.e premier étai lc,6 «.t à
nourri par son patron" dës lors lo l, roblème social se posait
pour lui dans les toI'tnos les plus simples. Ce problënl, s.
pliquc un peu plus déjà pour nc,re Otlvrier d'usiue, «'t al, p,.lh' tin
plus grand dévelol,l,elelt de son initiative. Il va tll»ir «lu'il
nourrissc et se loe lui-incline. Si l'on fient eOlnph de «o tit qt'il
arrive lc plus soux»nt saus arg'«.nt, que la vie coùt, cher à Saint-
De's, qu'il peut rester un emps plus ou nlOillS lon sans rouvor
d'en'ag'elnont, on v»it tl:j qu'au dé},ut il va rolC»litl'er th's lifii-
cult6sassez graves. r ces dit'iicllés, que rellCC»lttre au
l'ouvrierdes autres pays. il va les r6s«»tldrv d'ullo façon spdciah.,
en faisant appel à la COlnmunau[6. Une s«»lidal'itd très el«ln«.
tr6s proibnde selnhh, cxistor entre ots les Bl'e«ms d'un inënle
lieu dëmigi.atim. Il sut'ti qu'utt nouvel al'rivan se r6clamo
son titre tic Br't,m p,mr qu'ausi6 un COlnpatl.i,»v l'accu«.ille
l'h6bcr-e. Ce qui a óé d'al,oral un secours cil attendatt l'ouvrage
chcrch6, se continue quand le nouvel 6miralit a trouw: place
dansuno usine. Au lieu d'aller hal,i«.r dans un h,'».l, il es
par un autre Breton. ;elui-ci c'st çénéralolnenf mari:, e l'evc»i
ainsi en qualitd d. pensionnaires cinq ou six eçmlpatri,,tes, par-
fois une dizaine mème. Saimme a pour r61e de faire h. ména'e
et de préparerlcs repas. Rien n'est d'ailleurs plus simple. Cacun
achète au commencement de la semaine uue l,rovii,,n Stli'fisalle
de pain. de lard, d hareng saur. D'après lesrenseinelnents que
j'ai recueillis de plusieurs c«5t6s, ils dépensen à p,.ine en en,_ral
de I fr. 5 à l f. 50 par jour pour leur nourriture et leur lo.'ement.
156 .A scexcs
alors qu'un ouvrier x«'nan{ de la Nièvre ou de l'Msne dépesera
l«ilement 3 fr. 50 ,m ' lYancs, lls fiemtent tellement à cette vie en
«:,»mmun. que quand aucun d'eux n'est mari6 ils inventent toutes
m'[es d' systèmes pour SUpl»léer a u défaut de ruait rosse d« ménage.
Ve,ici. l»a r exm uph.. 1« 1»1"+ ,c&16 qu" ils emploient souven[,.&ms cette
«ircmastance. à l'usine de M. P.iricr. Comme on v donne la demi-
paye aux ouvriers malad6s pendant toute la dur6e de leur mala-
,lit, n,,s Bret,,ns, qui al»pa'tienm.nt un lltèlile groupe, t'ignent
l,tlli. à l, tlll. d¥tr«, mala,h's, et' qui permet toujours it l'un d'eux
de' t'«sl«'r à la chanci»re 't de pr6par«.r la l»itan«.e des enntarades,
lout en t'eeev;tnt la demi-paye à laquclle il a droit.
l.,.s c,»ndili,ms «lu travail s,,nt sensi]»h.ment les mèmes pour
tous ci ne diffèr«nl g-uèr,, que par h" «.araelëre plus ou moins p6ni-
I»1,. qu'elles l»r6s,.nt,.nl. C,,ndamnés essentielh.m«nt à ètr« hommes
d,. peine, e'esl naturellement à eux que reviennent les t«Iehes fati-
anles. Nous avons vu l,'s raisons qui les empgchent générale- .
me.nf de. s'Alever'; «,n m« signale, partout les m6mes causes l'ab-
s«.n«e d'instru«ti,,n, l'esprit de routine. A l'usine Poirier, où l'on
s',,coupe de la fab.ieali«m des produits chimiques, ,m les préDre
aux aulr,.s l»,»ur certains Iravaux. Ils font avec plus de régularité
«» «lu'on leur lit ch. faire, ils sant moins portés à réfléchir et à
se demander si les ch,,ses t)il«.s autre.ment n'iraient pas mieux.
l'a. suite mème de leur manque ci'instruction, l'édueatian pra-
lique d,.s sens d,,it se développer davantage chez eux. Mais de-
mamh.z-l,.ur un lravail qui exig-e un et'f,,rl d'intelligence ou
d'initiative, ils s'en tt.oueeont le plus souvent incpaldes.
l.enrs saltircs se ressemhlent 6galement beaucoup. Ils vaeienl
enlre .'t et fi francs par.jotl e ci ddpassent rarement ce dernier chiffre.
In Brel, m qui travaille dans des conditions normales peut donc.
,:tant donné le peu qu'il dépense pour son loyer «.t sa nourriture.
mettre de «616 chaque mois une somme assez importante. Or. que
va-t-il faire de ces économies? Ne va-t-il pas se constituer un
fonds de r6serve, soit en prévision de maladie et de eh6mages
possibles, soit en vue d'un établissement t'utue? Il n'en est rien.
Bien que souvent majeur depuis longlemps et 61oiëné de sa lb-
mille, il se considère encore eolmne en faisant partie inlégrante.
L'ÉMIGRATION BRETONNE A PARIS ET AUX ENVIRONS. 177
Aussi enverra-t-il en Bretag'ne la plus gran«l parti des éconoluies
qu'il va r6aliscr. Les par«.nts ont souv«.nt d'aillem des préten-
tions insatial,les: ils .s'imaginent volt,nlicrs que leurs cuthnls
émigrésgagnent tant qu'ils veuh,nt et que t,,ul ¢'e ,lu'ils gaffnent
appartient h la famille. Ri.n n'est plus curieux que de voir tous
les sam«'(lis soirs, au lmreau d," poste, d,. l,,nzu,.s files d« Brolons
venanl app,,rter ue partie de h.ur pa)c..l'en ai vu un. tixé à
Saint-D,'uis depuis pri.s (le trois ans, et qui. t,,ut «.n blant tr6s la-
b«,rieux el lrès dconomo, no possédait pas à ce" momenl plus d,
100 francs. 11 avait commen,'d par envoyer à sa famille lo fraucs
par mois; puis sur les réclamalions inccssanl«.s de c,.llc-ci, la
somlne avait ét,: portée A 5o francs. _tr, en ce me,ment m6m,, il
p«.nsait à se marier. ,.t le seul obstacle qui l'arrètail, c'était qu'il
n'avait pas l'arucnl n6cessaire p,,ur payer le promi,.r lerm«, de
la maison qu'il se proposait d,. l,,u«.r. Notez bi,.n ce pr,.mier
acte d'imprdvoyance, qui prdc6do 1,- mariage et l'étal,lissemenl
du m6nage, car il esl la s,,urc«' d'une foule de phénom6nes qui
vont se dérouler dans l'exislence de la fulure familh, ouvri6re.
Quand notre dmigrant a passd deux ou trois ans A Saint-Dcnis,
il se trouve gdn6ralement pris d'une nostalgie dtrauffement puis-
sante. C'est un besoin intense pour lui de revoir le pays. !1 in-
ventera, pour t,btenir un cong6 à l'usine, toutes st, ries d,- rai-
sons, surtout la maladie ou la mort d'un parenl, car. nie dit-on,
S Bretons ont dos oncles, des tantes, des cousins à n'en plus
finir, et ils s'en servent en toute occasion. Le directeur sait le plus
souvent a quoi s'en lenir sur le fondd de leurs raisons: mais
comme, d'autre part. il sait bien qu'il ne pourra e tirer rien
de bon tant qu'il leur rdsistora, il les laisso partir. uehlues-
uns s'en vont et ne reviemtent pas. Pour la plu part. c'est le me,ment
du mariage. C'est en effet en Bretagne qu'ils vielment do prdfd-
rencc chercher leurs femmes ; ceux mème qui se maritnt à Saint-
Denis ne se marient guère qu'avec des Br,'tonncs. [tri reste deux
ou trois semaines, parfois un mois; on ddpense la plus grande
partie des dconomies réalisdes, si dconomies il y a: car, autant
notre ouvrier d'usine a pratiqud lëparne avec une rigoureuse
parcimonie à Saint-Denis, autant il se montre alors prodigue
| LA SCIENCE SOCIALE.
avec les amis. Il s'agit d'ailleurs pour lui d'étonner les anciens
camarades par le spectacle du luxe qu'il apporte. Puis le jeune
,énag'e reprend le chemin de Saint-Dents. C'est maintenant que
le problème va se compliquer, et que lëtablissement de l'équi-
lil,re dans le budffcl va rencontrer de sérieuses difficultés. Re-
marquez en effet que le chapitre des recettes ne va pas se trou-
ver aug'mcnté. Par la nature m,:.me de son travail, l'homme ne
peul guère espérer voir son salaire s'élever dans des proportions
sensibles ; d'autre part, la t'emme généralelnent ne travaille pas,
la 1,1upart des travaux des usines à Saiut-Denis étant réputés
dangereux, et sa présence étant nécessaire à la maison, d'abord
pour pro:parer les repas du mari. i, lus tard cause (les enfants.
Elle ne possède d'ailleurs aucune instruction professionnelle qui
lui l»el'lnette de se livrer, à la maison, à des travaux tant soit
peu rèmunéralcurs, i.e triAnage va devoir se choisir un lo._,zement.
Il va h. faire dans des conditions plus qlle lnodestes. Les instal-
la[te, ris des Bretons' Saint-Dênis sont de deux sortes : les unslouent
une ehalnbre ou un petit appartement dans une des nombreuses
«.ités ,,uvrièrcsque depuis quelque années ena conslruites à Saint-
lien[s; d'auh'es vo[t! se perdre dans de misérables chambre[tes
au fond des cours. Dans les deux cas. du reste, les caractères du
fait sont les mèmes. Le prix «lu loyer varie g'énéralement entre
150 e! 300 francs. Pour rétablir l'équilibre budgé!ail'e qui pour-
rait s'en trouver COlnpromis, ils o11[ coutume d'employer le pro-
cédé d«,lt re,us av,,ns parlé l,lus haut : ils prennent comme lo-
ca!«ires plusieurs compatriotes. N,-,us allons les trouver dès lors
dans les déplorablcs conditions d'hygiène que tout voyageur
en Breta.'ne a constatAes dans la plupart des fermes de 1; basse
Brelanne. Sans dou!c, des règlements de police proportionnent au
noml,re et à la grandeur «les pièces le nombre des personnes qui
de,[vent v coucher. )lais le désir de faire phls de bénéfices et
l'absence de t,)ll[es préoccupations sanitaires amènent souvent
des infrac[ions à cette règle. Je vois encore l'effarement d'une
felnme ins[«dh;e dans une de ces ci!ès ouvrières, qui, me prenant
pour le gérant, se jetait au-devant de la concierge et la sup-
pliait de ne pas me raconter qu'elle logeait sept personnes
L'ÉbnGRATION BRETONNE A rARIS ET AUX EVIRONS. 179
dans une cband»re où il n'était permis d'en mettre que trois.
La situation est encore pire dans ces chambres que beaucoup
d'entre eux louent au fond des cours dans de très vieilles maisons
à la construction desquelles on n'a apporte; aucun souci de l'hy-
ène. Fiffurez-vons une chambre basse d'ëtage, s-nd,rc, COlnpre-
nant autant de lits qu'il est matériellement possibh, d'en placer,
avec autant de malles «lui contiennent les eItbts des lwnsion -
naires; au milieu, une table sur laquelle sont enlassës pèle-mOle
le pain et les provisions de ehaeun d'eux; à une e, rde qui va
de la porte'à la ïenètre, est suspendu le lin'e que la f, qlmie
vient de laver. Le plus souvent la t'enètre est de petites dimensions
et la phlpart du temps maintenue' hermétiquement fermée.
On conçoit aisément les eonséquenees déplorables d'ule pa-
reille installation ail poiut de vue hygiénique et le retentisse-
ment qu'elles pe uvent avoir sur toute l'existence de notre famille
ouvrière. Nous avons vu que, pour maintenir l'équilibre du l»ud-
get, il est rigoureusenlent nécessaire qu'aueun accident ne vienne
interrompre le gain du mari, li augmenter les dépenses ordinai-
res du ména.,,"e. Or, dans les eonditi-ns où nous les avons ws se
loger, l'un de ces accidents doit prendre un earaetère de përiodi-
cité effrayante : ce sont les maladies. Elles commence,ni g61d, ra-
lement par la femme, llabi|uée jusque-li à vivre, en Bretagne, au
milieu des eb«mps, elle soutfi'e de se voir transportée dans
milieu diff(,rent, dans un ;ir que vieie sans cesse la fumée
IlSilleS. Si vous ajoutez à cela le sentiment de nostal.,,:"ie qui les
saisit presque toutes dans les premiers mois qui suivent leur arri-
vée, vous vous expliqu«.rez aisém«.nt ces vis;g-es que l'on rencontre
si souvent dans ets pauvres intérieurs de la colonie ]»r,_'tonne de
Saint-Dents, visas'es p'hles, eneadrés de cheveu\ noirs, avec de
grands (eux profonds empreints d'une indicible mbneolie.
[_'n ménage que j'ai visité se trouwfit dans les e,nditions sui-
vantes. La famille se eomp«»sait (le quatre personnes, le père,
la mère, et deux enfal||S " un garço et une fille. Dans la chambre
unique où ils habitaient. étaient deux lis, l'un [)mr les parents,
l'autre pour les enfants. La ïelnme s,)uffrait depuis plusieurs
lnois d'une phtisie incurable, et le maire salaire que gagnait
18| I.A SCIERCE SOCIALE.
le s,,ari, $ ff. "5 p«,r j,»ur, ,e p,»uvait .,..uère sui'lire aux besoins
.i,,ut.nali«rs. Les enfanfs pendant toute la jourt,ée devaient ,atu-
relle,en! vivre dans ce milieu déh;tère, ci le père, quand il
rcnlrait chaque s,»ir, n'avait pas d'autre lieu de repos que ce Iii
où sa ««,ml»affn«' languissait dt.puis deux mois. L'homme
chalq,, pas plus que la t'entra«' h ces maladies de langucur. Les
causes en s,,ni n,,ml»ruses " le travail souvent lrès tdigant des
usine.s. 1«' manque d'une nourriture substnnticlb., souv«.nt aussi
l'hal,itude de l'ivr«,g'n«.ric, à laquelle il finit le plus souvent par
SUCCf»III]»«q'. Itl', IIOHS ;Iv«tns VU po«rqu«,i le mén«'e n'a pas
d'«:c,,,,,mies. Vi,.nne donc une maladie, et c'est du mème coup
la misère, ci s«,vt.l[ pour un teml»S ind,;termiué. th peuvent-ils
aller clerch,'r du secours? Auprès de leurs COml,atriotes? Ils n'v
manquent pas, nais le plus s«,uvent l'apl,el est venin : ceux-ci sont
t,,nt aussi malheureux. L'absence' de t,,uie initiative chez eux a
eml,èché jusqu'ici la f,,ndati,,n de' t,,nte se»ciAtri dt. secours mu-
tuels; au surplus, en te réunissanl qu«. de. la misbre, on risque-
rait I,eau««,up de ne recueillir que de la misère. Reste l'assistance
publique. Ils ne. manquent pas d'y recourir. Cela entre d'ailleurs
lrOl» dans l«'urs m«Pm's de' commuuaulaires pour qu'ils ne c«»nsi-
d6rel pas h.urs v,,isins ce, mme. dcvanl leur p,,rtcr aide. Beau-
c,»up ,l'eulre eux fiffurent d,»n« sur les listes de l'Assistance
pul»lique; un aussi grand n,,ml)re enlrc h l'h,',pilal. Ce sont là
deux tins d'une frd«lu,.nc«, l«.lle qu',.lles peuvent ètre c«,nsidérées
c«,mntv h. lerme ré-uli«-r assigné à l'dmiranl bret,,n qui vient
«her«h,'r de l',,uvrage dans les uines.
Nous avous vu que c'esl avec l'esprit de retour qu'ils sont venus.
C,.tlc idde l»ctisl, . chez eux et ce n'est h- plus souvent que la
misbre qui l«.s eml»è«.he de réaliser h.ur ddsir. Nous avons d'ail-
leurs sur ce. point un tém,»inage aussi direcl que p«,ssible.
Dans les quehlues pages que le souci d«'s intdrèts religieux a ins-
pirdes roui dernièrement, dans la Nemaine religieuxe de Sabt-
Itrieuc, l'auleur de ces r6fl,.xi«,ns, l'abbé Le Toux, vicaire
Sainl-Denis et d'«,riginc bretonne, s'exprime ainsi sur ses compa-
tric,tes : « La Seiue passe à Saint-Denis, mais non le Pactole.
Beaucoup. je vous l'affirme, y sont provisoirement : ils espèrent,
L'É.mmvno.x .Erox. a mms :r aux Evmoxs.
ils attendent, pour retourner en Bretagne, le prachah| retour
d'années m.illeut'es. »
3uels vont ëtre les |'«,pports de cette nouvelle caté'«»rie d'émi-
grants avec leur milieu? Noms avons vu quc ceux de
cngagés pour Ull [mnps res{reint, se lmlant peu aux éh'aners,
conservaient presque entièremelt leurs usages et leurs lml»itudes.
Si ceux de Sain[-Denis ardent encore entre, eux de.
latiolS résultaut de la cohabitati«m et ch, la p:l'«.nté, ils
trouvent pourtant trcés d'entrer davantage, en c«mtact avec
monde et:rieur, par suite m6me du mo«h. de travnil et de la
«lispersi, m plus grande produite par la «litance des uines. De
plus. le sçiour 6tant de plus longue durée, c«.tte nction tlu milieu
aura des ('hantes de s'exercer plus efficacement. Nous allms d, mc
omstater ici pour la première f,,is une applic«tion de ce principe
que nous retl'ouver«ms plus tard dans des pl.«pol'ti«ms encore
l)lus s(.nsihles ,, I.«. Bret,m. une fois séparé de son milieu pri-
mitif, a une tendance exh'aordilaire ci se perdre dans le m,uveau
lnilieu où il sc. tr«mve tranport6. ,, I.e liait se COlpreud d'ailh.urs
lhcilelnent, étant d,llli I ([11o ¢llez le Breton la part de. la per-
sonn«dité esl extrèluelnent restl.,.int«, et que les ha},itud«.s qu'il a,
lui viennent de ce qui l'entoure. Nous trouv, ms ici les
du l»hén,mbm . en qu,'stian sue une foui,, de points. Ih ouhlie
volontiers la lanvue du pays. J'en ni u qui, quai,lUe l»arlanl
teès mal le fran«ais, s',d»stinaient quand mon,. à ne pas Votll¢»ir
parh'r I»ret,m. ln attire tk qui on d,.mandait pourquoi il
pas assisté à In retraite qui. aux etvirons de l'¢i,lU,'s, 6taii prè-
chée spéeialement pour les Br«,t, ms, r;p«,nch,it ,, lh moi je vais
avec les Frafieais ». C'est surtout sous le e;,ppol.t reli-ieux que
celle intlu«nee du mili«.u se fait puissamment sentir, et e,'ei
d'autant plus n,»tal»h, que h.s pratiqu,.s l',.ligieus,.s pass,.nt
né{'ah'ment pour eelh.s auxqm.lh's le Br,.ion l'est,, le plus 1,mg-
temps attaché. Nous avons sur ce point, parmi h.s réth.xi,ms que
uous cmpruntims tout St l'heure à un ecelésia»tique d,. Saint-
Denis, un aveu qui trahit peut-ëtr«. ¢h.s préoceupations un peu
Irai» exelusives, mais qui est hicn earact,}eistiqu,, pour
T. XIV. 1
LA SCIENCE SOCIALE.
qu«. nous poursuivons « Nos populations bretonncs, ffuidées
chez Hh.s par de tradition nelh.s eoutunles et h.s influences locales,
out p«.u arm6es pour résistor aux tentations et aux entraine-
ments de milieux moins bons que le leur... Ces natures simples
et e«,nfiantes de. Bretons, habitués A se laisser vivre honnëtement
«.t «hrétiennement. presque sans effort, subissent tout à coup la
l'Udo «'t d«.sséchante influence de milieux d6moralisés et impies
et sont incai»abh.s d'y r«;sist,.r efficacement. » La transformation
qui s'est accomplie à moitid chez l«.s parents d,.vi,nt complète
ch,.z leurs «.nihnts. l'lusieurs d'entre eux que j'ai vus, nds à Saint-
D«.nis. n'ont plus rien d,: Bret,,n. n'en parlent plus la langue et
fesse.initient it tous l,.s attires ,.nfants indigène.s. On dirait mème,
à voir l'air ét, rond et curieux avec h.qu,.l ils c,usidèrent les
6mirants nouve]leln,.nt arriv6s de Bretagne, qu«. ce sont pour
eux d«'s é[rangers.
III.
Avec le t['oisièm,, type d'é]ui.-rant, i'ou,'ri:." maJ'a/r.']teJ" des
cnvir,,us de Paris. nous aile, ris ve, if s'accentuer la transformation
,lUi s'est d«;j dessinC. ,'hcz l'ouvrier d'usine de Saint-Dents.
Nous prendr,,ns comme lieu de cette étude la commune de Mon-
t,.sson, A 15 kilomètres de l'arts, à une f;dble distance de Ct,atou.
le lonë cit. la ligne d,t chemin de fer de Paris à Saint-I;ermain.
Aiusi qu«. Iv fait sc. rencontre ordinairement aux environs de
Paris. toutes les hahitati,ms s,,nt réunies au centre «le la com-
multe, ftl'lllallt Ull llOVaU cOlnl»act de 1.500 hahitants. Tout au-
t,,ur, uue vaste plaine, léëèrement ittelinée vers la Seine du e6té
de Chatou et «lu V6sinet et dt, iséc en un nombre infini de petits
carrés, est entièrement oceup6e par des cultures maraîehères.
t tn sait eoml,ieu, aux diftërentes 6poques de l'année, il est besoin
,le bras n,,mhreux pour les incessants travaux de ce .enre de
culture. Nos Bretons v sont venus dès llt première heure; il v a
l,l.èS de tr.nte ans que les premiers sont affidés. Aujourd'hui.
nie dit-,,n de tous les e6tés, ils se, nf plus de 00 dans la eomnlune.
C'e.-t donc |,,u.j,-,urs l'établissement par g'roupes «lui prévaut.
L'ÉMIGRATION BRETONNE A PARIS ET AUK ENVIRONS. 18.'1
lais quoique, au point de vue numél'iquo, b.s Bl'etons s«,ient .ici
très fol.temen! repl'éSentés, nous allons voil' l'ildlu«.ncc pl.ofonde
que le nfilieu exerce sui" eux. par suit«, de l'isolement auquel ils
se trouvent contl'aints.
Nous les rencont'ons tout d'abord isolés dans le lravail.
patron, aidé de femm«, et do ses cnf`ants, n'a avec lui qu'un
nombl'e restreint d'«»uvriers, deu «»u tl'ois en moyenne. L«. ll'eton
qu'il enffaEe se tl'ouve donc immédiatement «.u contact avec «les
étvangcl'S. De plus, OUtl'e le travail qu'il de»if l'ouvlfiV pondant le
joui', il s'enEage «wdinaivenwn! à «ouduil.e au llalles Cenlvales.
soit toutes les nuits, soit «leu ou trois nuits pa, s«.maiue, los pro-
duits qu'il s'a.,-"it de vendre. Il se tl'Oive ,ainsi incessamm«'n!
.oulnis des influences de n«dm'e tre'ès diverso. «lui évoilloul r-
pidement son esprit et lui font vite sentil' ce qu'il .v a de' p«u'ti-
culiel" et d'insuftisant dans ses habitudes. En outre., h. lvavail
auquol il .se livre se l'approche davantage d«. celui qu'il a fat!
jusque-là, par suite l',ppl.ontiss`age es! tcilité. Io plus, le
patron éteint obligé soil pOUl' la venle de ses produits, soit pour
d'autres raisous de s'«bsentev assez sou eut, ce sera l'ouvl'iel' qui
,aura lui-mème la directio du travail. Toul. dans los conditions
du travail, va donc concourir à la lm'an.,forluation de l'émi.,_"m'ant.
!1 en est do mème au point do vue «le l'hal»il`ali«,n. L nombre
peu consid(.val»le des habitalds ne nécessite plus. comme dans le
cas pi'écédent, un entassement de la p,»pulali«»n. Iès lors. chaque
ouvriov pouvl'a avoil' son logement pal'ticuliel', peu luxu«.u
plus souvent, mais ilcompal'al»lmnt pl'?.f(.ral»le sous le
de l'hygi;.ne aux misél'al»les laudi. de Saiut-Ienis.
Nous «v«»us vu que l'ouvri«.l' d'usino Il'crevait d,ns 1o
une foule d'obstacles, et que c'ét«tit souvent lb 1o commencement
de la misère pour lui. Il va en ètl'«. ici tout aulvement. Si les
chars'es aumentent, les ressoul'c«.s vont aussi aumenlol'.
de plus facile, en effet, que do tl'ouver des occupafi,,ns p,,ul' 1:
femme. Elle im'a travailler daus les j`avdins avec s,,n ml'i,
bien elle sera en:za.ée par le pMi'on pour fail'o le ména.e à la
maison. I.es 2 fl'«lllCS ou ") ff.50 qu'elle .3-auer ainsi viendl'ont s'a-
jouter aux 'r ou 5 fl.anes que le m«u.i recoi! de son e,',té..,t, ssi uotr«.
LA SCIENCE SOCIALE.
oux fier inaraicher se mariera-t-il gnéralcmeut plus vite que son
cot,patriotc de Saint-lenis; et, détail caractéristique, il n'Crou-
vera pas comme celui-ci le besoin d'aller chercher une com-
pagne au pays natal : dans la plupart des cas, il se mariera avec
une jeune tilic de Moldcsson ou des environs.
On devine C,,lnbien ce fait indique de transformations déjà
,»p6'é«.s et combien il va n produire d'autres, ltu mème coup,
un lien puissant d'altache est créé ici. d'autant que, le plus sou-
x»nt, il se complique d'une question d'ildéroet. Notre ouvrier, s'il
a dtA laborioux or 6con,mc, a pu réaliser des 6conomies nota-
bles; l'alnbition ne lui est donc pas interdite de rèvcr un éta-
I,lissement à lui ; le mariable lui permettra souvent de réaliser ce
rd.ve. I. m«:na.,__"c, ch réunissad les épar'nes antéricurcs, pourra
l,,u«q" un p,.tit CaT6, «lu'il cul{ivtq'a tu lnème temps qu'il travail-
l,q'a au co|||pte «l'u poss«.sseur «le dolnaine plus grand ; il join-
,Ira les produils «lu'il ,,l»tiendra ainsi à ceux de son m«ître pour
les aln«ner cnsem}»le aux llalics; tout en étant assuré d'un gain
,'crtain, il possédera donc le moyen de se f,,rmer peu à peu aux
,lualil6s du cllc.f d,. m,:tier. J'en ai rencontré plusieurs qui
avaient franchi ce pas d,cisif. Dès lors ils étaient fixés à Montesson
,l'un,; maniére détinilive. Ils avaicld oublié la Bretanc, et quand
il,; cil p, Haient, c'était pour s|»uhaitcr d'y aller quelques jours
sculem,.nt rev,@ d'anci«.ns amis. pr«.squ«, jamais avec le désir d'v
faire un l,,n" séj,,u|'.
Il n,,us 'es{e à voir. dans la paqic faible de l'émiq'ation, deux
lypcs qui se supe|'p,,sent encore à celui-là dont l'ascensi,m, ou la
hï|n»fl.|||«|tio||, ,.st dià st'nsiblc : l'empl,yé de ch«qnin de fer
,.t la dom,.stique. Nous en viendrons ensuite à l'Cit,..
suivre.)
,I. LEMOlNE.
Le 1)irecteur-G,;rant : Edmond DI'-'MOLIS.
TYPOGRAPHIE FIRMI.-DID0f lï ..I.. -- MES.N'I/.
LA \
SCIENCE SOCIALE
SUIVANT LA MÉTHODE
Directeur : M. EDMOND DE
D'OB ERVATION. - D»
o 193
Année. -- Tome X l/. -- 3 « Livraison.
SOMMAIRE DE LA LIVRAISON DE SEPTEMBRE 1892 :
Léon Poinsaxd. -- Questions du jour. -- Choes d'Italie. P. 185.
IRobert Pinot. --Le Patronage. II. (Cours de MdtAode de Bcfenee socia/e.) P. 20
F. Butel. -- La valle d'Oaau. -- Étude sur la population oriiuaire et La prdtendue
famille-ouche des Pyrénées. -- III. La Proptieté et la Famille. P. 218.
J. Lemoine. -- L'dndgration bretonne b, Paris et aux environs. -- III. La partie
faible de l'ëmigration (su//e). P. 239.
LE MOU'EMENT SOCIAL :
I. La cience sociale et sa m6thode ; communication faite au Cong'r/_s de la « Briti
Association reuni b, Édimbourg. par M. Edmond Demolins. --II. Les reformes
ministère de la marine, par M. Paul lorthmann.- ILL De Paris à Ëdimbourg
-- I. Le congrès de la OE British association » et le « Summer Meeting », 1
M. Edmond Demolins. -- IV. A travers les faits du mois.
PARIS,
BUREAUX DE LA REVUE
LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT
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Ces deux publicatwns paraissent tous les mois.
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LOUe, administrateur, librairie de Firmin-Didot et C I«, 56, rue Jacob; ou 8, boulevard
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QUESTIONS DU JOUR.
NOV 197¢
CHOSES D'ITALIE.
Nous avons dU jà entretenu nos lcct,.urs de l'lt«,lie, de ses tinan-
ces, de ses prétentions extéri.eures, et de la position de s,.s émi-
grants au dehors, notamment attx États-Unis. Ce pays, ,lui a joué
vis-à-vis de nous un raie si important et si divers à h, fois, qui
peut e,[ercer encore dans l'ave,ir une certai,,e action sur nos
,lestinées, mérite d'ètre étudié et connu i, fond en France. Essayons
donc de nous faire m,e idëe un peu précis," d« sa situation ac-
tuelle, de ses avantages et de ses embarras, de la place qu'il p,.ut
occuper dans le monde, de l'intluence qu,. s,m acti,m est capable
d'exercer pour ou contre nous.
I.'intl,,, ........ ;': ..... d'une nati,»n procèd,: essenti,.lle,nent de
,1, u ,. ent " la. promiêre, sa f,»rc«, de résistance
d .. mde, la mesure de ses moyens d'action. (;es
msation :ociale, la puissance économique.
,r, ,le du Feuple italien est assez omq»liquée
«li,t !" p '|llatl| il est relativement facile de voir, pari'ana-
.. |1,.. ,a,nèJlc au ïm I à un type unique. En fait, il est
t
SCIENCE SOCIALE.
remarquable que les rates de l'ltalie ont brillé surtout par leur
apfilude supérieure à vivre priueipalement de l'exploitation des
autres p,uples. C'est ainsi que Rome, née et développée par la
:uerre, a tini par mettre en coupe ré4ée le monde connu pres-
que entier. Après une évolution assez longue, le peuple rolnain,
gàté jusqu'aux moellcs par ce régime corrupteur, tombe sous le
poids de ses propres vices, autant que sous l'effort des tlots de
Barbares «lui l'inondent. Ceux-et se tasseut, s'établissent sur le
sol de l'Ènipire, et s'assimilent plus ou moins ses institutions,
selon lem aptitudes propres. Cette vaste combinaison de peuples
S'Ol»,;r. d'aillem.'s au milieu d'mie crise colossale, qui submel'e
Cil rande partie la civilisation antique. D'autre part, la struc-
ture éoraphique de la rérion se pl'ètait au moreellenlent des
p,,pulations; elle les répartit en groupes qui se partieularisèrenl
volontiers par les intérèts.
Ce partieularisme fut aeeentué aee le temps par le développe-
men commercial des villes e6tières. Érigées en républiques mar-
chandes aprës la dislocation du royaume Lombard, elles virent
leur activité s'aeeroitre à la suite de la rupture produite dans les
l'apports entre l'lecideut et l'Orient par l'invasion turque et la
chute de Byzanee. Ces villes formèrel,t alors de petits États très
actifs qui, à leur tour. exploitèrent le moude de leur mieux, mais
surtout par le négoce, parfois aussi par la guerre et la domina-
iou. Une aristocratie de marchands y exereait un pouvoir despo-
tique et souvent roublé. !1 SOl'lit de cet état de choses une période
de prospérité locale, qui lit naitre une civilisation brillante et
raffinée. Puis, à partir du seizième siècle, l'anarchie intérieure et la
coueurrence des pa.vs septentrionaux étouffent en partie cette
th»raison très artificielle; une longue période de langueur, sous
le p,fids de la doulination, ou tout au moins de l'influence étran-
.@re, sueeède la précédente. Efin, l'ltalie unifiée, non pas par
l'effet de ses tendances naturelles, mais bien par la pression de
circonstances artifieielles et des interventious extérieures, est de-
venue un grand État européen; elle aspire, en raison de son
étendue, de sa population, de ses souvenirs historiques, à jouer
le r61e d'une Puissance de premier ordre. Elle cherche visible-
CllOçES D'ITAL1E. t[g7
ment à se mettre du cété du phls fort afin de se ménager, encore
par la guerre, quelque occasion de profit. On voit qu'à travers
tant d'alternatives, les Italiens restent fidèles une tendan,'e
toujou pareille. C'est qu'en effet, les couches ehniques succv-
sives qui l'ont recouverte sorta ient de la mème t%rmation socia le.
!1 parait bien que l'lialie fui occupée à l'origine par des pol»u-
lations communautaires. Les ÉIrusques, n,»Iamment, qui onl
.joué dans la Péninsule un réle si important, sont h'bs vraisem-
blablement d'orig'ine africaine, comme les lbèrvs d'Espaane.
Rome, qui fut au dél»ut un repaire de hanlds des o»l,mies
giques italienncs, et dont l'origine était sans doute f,,rt varide, aba n-
donna 1« régime de la «ommunaut6 absolue pour celui de la
propri6té indixduelle. Ce ffii m.me lb uue cause capitale de sa
sup6rioritd. Mais pins tard. l'invasion barbare rajeunit en ,luehlw
rte l'ancien t)l,e local, et a«climata d, nouveau la commuuaut,:
en ltalie. Cela est si vrai que l'on retrouve trio»re cA «q bi. en
Sardaigne par exemple, et malgrd la renaissance ultérieure du
dit romain, aravé mème par les glossateurs de la ' " "
et par les juristes conlemporains, des traces h'ës nettes de com-
munauté. &l'heureactuelle, ce thit n'esl d'ailleursqu'une exception.
La ComlnHnautd proprement dite n'existe donc plus uère en lla-
lie, mais l'esprit conlmunaulahe v sul»s]se partout et pousse
rouline et à la vie urbaine dans la vie privée. à l'extension des
pouvoirs publics et au gapilla-e dans la vie publique. Ce d,3rni,.r
fiit constitue depuis bien l,ng-teml»s une plaie rongealde
l'ltalie. La vision en petits États en favorisaii les prog'rès ; l'uni-
licati«»n, loin de. la çUél'i. l'a rendue plus profonde par la
d'une urmée et tFune marine considérables. Quant à la pratique'
de la vie urbaine, elle est poussde en ltalie h un degré d'intensité
extraordinaire, l.es hautes classes, sorties principalement du
grand commerce urbain d'autrefois, le résident que dans
villes. « En Sicile, dit Ull consul anglais, on ne voit pas de maisons
dan la campagne, pas mème des habitations de pla isance. Quand
un propriélaire visile ses terres, il n'y reste que p«u de jours.
été ou en automne, et 'établit comme il peut dans quelque
ment d'exploitation préparé en conséquence. La classe supérieure
LA SCIENCE SOCIALE.
ne connait pas les plaisirs de la campagne... De même le paysan
ne considère pas le plat pa.s comme le lieu naturel de sa rési-
dente; il habite en ville, s,»uvent à plusieurs milles de son ex-
l,loitation (.1). » Il en est de m,'.me dans presque toutes les parties
«le l'ltalie continentale et en Sardaignc; et comme, par l'effet
de. cette' coutulne invétér6e, les cultivateurs eux-mèmes abandon-
nent leurs champs chaque soit' pour rega'ner le centre
le plus prochain, si par hasard des Ira va ux ur.'-"ents les retiennent,
ils campent sous des hue|es de branchages. Ire même, l'esprit
d'indolence et de routine est extremc partout; il est fral)l)nt
surtout parmi les cllltivalcurs, lnais l'industrie s'en ressent éa-
lemen! l,eaucoup. Ira reste, voyons ce que dit le détail des faits
i ce! égard.
II.
I.'ltalie, gr;ice à ses luontaues et à sa positi,,n maritime et nlé-
ridi,,nale, réunit t,»us les climats. Les petits plateaux et les pentes
,les .xlp,.s dans le n,»rd, ,les Apennins dans le centre et le .sud, sont
,-,_,nvcrts de pà!ura.ïes ou d,' f,,rèls. Dans les plaim.s du Piémont
e! de la i.ombardie, les prairies, les chèncvières, les champs (le
«ér(.ales alternent à perle de x ue; la Sicile fut autrefois le grenier
d,. R,,l,le. Les parties basses s,»ni occupées par des rizières. La
vi.,-"ne, l',,livi«.r, 1,. m6rier I»lanc, les al'bres fruiticrs réussissent
presque partout. I.e b,:tail, h. beurre et le fromage, le biA. le riz.
h. vin, l'l,uile, les fruits xariés, le chanvre, la soie, le tout
,sc,_.p!il»le d'è!re produit en quantité, voil', je pense, tous les
élémen!s d'ni,, riche a-l'iculture. Ce n'est pas la surface qui fait
défaut, car l'ltalie offre à l'acti,m de l'homme "8 à 30 millions
d'hectares, dont les cinq sixiëmes au moins sont utilisables.
I'ailleurs, parmi toutes les branches du travail, l'agriculture
l'-l,l,,-,r!, de beaucoup, car elle ,»ccupe plus de 8 milli,ms d'indi-
vidus, tandis quc l'induslric ne groupe que l.00.O00 personnes,
I t otsulat Beports, 1891.
CIIOSES D'I'FALIE. 18t, P
dont l.toO.O00 au plus dans la gwandê industrie. E Reclus.
dans sa Gd«,raphie, constate ainsi le mème fidt : « Encore de
nos jours, l'acfivit6 matérielle de l'llalie se p,rte plus vers l'aeri-
culture et l'expl,»itation des richesses naturelles du s-I et de
mer, isements miniers, saline, poissons et corail, qu«. vers
l'industrie pr«,prenv.nt dil ».
(;ette population nom}»reuse, placéo daus un milieu si fiavor«,ble,
devrait produire lmaueoup. En réalité, elle est bien l.in de tirer
du fonds dont elle dispose t-ut ce que celui-ci est susc«ptii»h'
de donner, lans ce pays comme en faut d'autres, lh(,n,l,e
montre bien au-dessous de sa t;lche, ci ne pe,trieur pas à utiliser
convenablement les f-r,'es immenses que la nature met à sa
portde. Cela vient, ce,mme t-uj,,urs, d,: s,m mode d'«,rganisatiou
liblement active, ll;ns un pays ,,ù le 'rand l,ropri6taire est
al»sent, et le paysan i.gnol'ant, pattvl'e, r,,utini,.r. 1,. résultat de
culture ne peut manquer d'ètre médi,,cre; et il l'est en eilt.
comme le remarque É. Reclus. « Le fl6au de l'ltalie est la mi-
sère dans laquelle des miili,ns de ses cultivaieul's sont accal»i6s,
dit-il, mème dans les caml,aunes les plus f6c,n,les, c,,mme celles
de la l,,mbàrdie et de. la Basilicate mari[inte. » :e u'«,st pas
bien entendu, une r#glc absolue, elh. comporte des ItU;tltc«.s,
tiennent surtout aux diversités naturelles du lieu. Ainsi. dans les
hautes vallées alpines, le s,,l naturellement morcelé est
par des paysans qui savent tirer b,n 1,arti d'Ulie t,.rre s-uxent
in,rate, et réussissent h vivre dan une aisance relative.
mème, dans la plaine 1,iémontaise, entre 1,' pied des m,ntau,.s
et la mer, le paysan travaille h la I»èche sa mét«drie, et
lient uue produc/i,n abondate.
La quanti/6 de produits tbnrnie par 1; S'rande plaine :
r6ales, plantes fourraff6res, feuill,.s de mùrier et cocons, léumes
et fruits, fi',mages, s'él6ve au moins h la somme de deux mil-
liards, et suffit A maintenir un commerce ci'exportation trbs con-
sid6rable. Le cultivateur n'en est pas d'ailh.urs beaucoup plus
riche, car son champ est 6troit. h. lwix de vente modique, I,,
loyer 61erC l'imp,',t lourd.
Dans le reste de l'ltalie, la situation est en z«:uéral infiniment
LA SCIENCE SOCIALE.
plus mauvaise. Dans la Calabre, par cx«*mple, on rencontre, avec
la grande propl'idté : la misère noire, le brigandae, la traite des
,.nfants pour la mendicité, l'Cigration devant la failn atroce.
En Sardaigne, touj ou rs à cSté (le la 'rande propriété I dont le malice
«.t al»sent comme partout en Italie), de vastes Cendues de terres
re:sien| communes. Cllaqm: paysan prend à son gré, en usufl'ui[.
une portion qu'il abaldolmo pour en prendre une autre lorsque
la première es! épui.ée. L'esprit d,. routine qui domine parmi
c,.ttc polmlation esl pl'csquc proverbial. Les outils aratoires son!
sensiblement parc.ils h ceux «le l'antiqnité: le luoulin avec lequel
I,. paysan m,,ud son biWest ch tout semlfiabh, aux machines ro-
maincs reprèsenté,.s sur h.s bas-l'eli,.fs du Vatican. Enfin la misère
«.st telle dans cette il,. ,lui a i,oss,:dé autrct'ois une population
d,. -.5o0.00o grues, rèduite a«tuellelleut à 700.0O0. que l'on
parle ,Ic la colonis'r aux frais de l'État !
La Sicile. plus Cendue. plus bell, et plus riche encore que
Sardaigne, n'est pas dans un étai beaucoup plus brillant. Ici
,.neore l'«d,s,-.nt,:islne, le m6tayagc exere6 par ,les paysans sans
activité, sans instruction, sans argont, font que des terres de la-
I,oui" de première qualité ne rendent presque rien. Chez eu,: le
ciAfaut d'initiative est poussé aux extrèlm.s limites. D'après le con-
ul anglais à l'tlol.Ule : « l.e lnaltqUC d'écob.s, le défaut de modèles
«,'__' ricoles, de fel'nws l»in cultixèos, laiss'nt le 1)aysan dansune com-
Itlblc igu Ol'ancc : d'ailleurs, le cultivateur sicilicn voit avecméfiance
l,,ule teutalive faite pour lïnduirc à cl,aner ses habihdes et les
,sages auxquels lui et ses anc':tres «mi étWaccoutumés depuis des
si,:ch.s. Ajoutons & ces ca us«.s le lourd fardea u de la xes et de restl'ic-
Iiotts s,,us lequel plie l';-3"riculture (1). » Une grand,, partie
l,.rrcs «le la Sicil«. est couverte de cailloux, que les cul|ivateurs
s,. doune,t pas la peine d'Carter. Leurs charrues scnt des arai-
r«.s en bois garuis d'une pointe d,' fer. Ils font dépiquer leurs cé-
'éales par des b«»ufs h'ainant une pierre, f)n s'explique après cela
l'éehec (h- c,:rtains propriétaires ang-lais, qui ont introduit en Sicile
«les instruments de culture perfectionnés ; les pa ysa ns. « par
(1 Cotsui.r Beports, 1'.I.
CIIOSÈS b'ITALIÈ. | .||
r,nce et par routine, rendent inutile toute tentative laite pour leur
en enseigner l'usage ; les nouveaux outils exient d'a ilh.urs trop de
soin et d'attention » .l . Cola suffit pour explique la misère de la
population insulaire ; en Sicile, on estime que le tau des hypo-
thèques s'élbve au moins à 50 de la valeur des teves, et proba-
blement à 60 ou 70 . Ce chiffre augmente :ulièrement chaque
année
Col état de pauvreté chronique est actuellement agffravé
par des causes accidentelles. L'ltalie s'adonne tout sp6cialement
aux cultures riches : la vizne, les fruits, le mùrier avec son
compl6ment naturel, lëlève du ver à soie. E temps ordinaire, ces
cultures donnent, avec un peu de se»in, de beaux pro, fils: mais en
revanche, elles s«,nt exp«»sées à des crises ruineuse.s. C'est ainsi
le phyllox6ra, la maladie d-s ve à soie. une maladie qui s6-it
sur le citronnier, ont caus6 dans presque tout le pays des perles
En résumé, sur cette terre fertile et sous ce climat favorabh..
l'homme évite bien souvent l'eflbrt nécessaire pour mettre
oeuvre d'une facon intense les forces naturelles. La classe supé-
rieure donne tout d'abord l'exemple en désertant les canpan«,s
et en vivant dans une oisiveté incurable et ennuyée. La class,.
inférieure fournit i l'occasi«,n de robustes travailleur, propres
aux besog'nes les plu dures sïls sont bien conduits. Mais, laissés à
eux-mëmes dans leur misérable condition de métayers sans at.gent.
sans connaissances et sans directiou, ils suivent le penchani iradi-
tionnel de la race, et évitent autant que possible les occasions
de labeur pénible. Souvent, le paysan calabrais ou sicilien
donne au briandaffe pIulZ, t que de s'appliquer à accroitre par
un et'tbri plus grand le produit d » son champ ou de sa vigne..
Telle est la raison énérale qui a prov«»qufi la frmafion de ces
redoutables ass«,ciations de malthiteurs, c-nnu«s dans les cam-
pagnes napolitainvs et siciliennes s,,us 1,. nom de 3Ia[,«, et dans
les lles sous celui de Camo'ra. On affirme que la Maffia a
«mpté jusqu'A cinq mille nembres, vant principalement de
(1' Consulat ReporIs. 18'.1.
?} Ibid.
l.q= ta SCiENCe. SOCAt..
l'cxpl-itati«m du prochain. Aussi peul-on dire que « le meurlre,
l'homidde, le vol avec violence sont encore plus eommuns en
Ilali«" «lUt" dans la plupart des autres pays de l'Europe » (1).
Après cela, on ne peu uère s'Oonner de voir l'émirali,n
1,rcn,lre en lalie des prop,,rtions c-lossales. Beaucoup d'llaliens
xonl s'«:lablir au deh,,t, surt,.,ut dans les pays voisins, comme la
Vrancc, h-s l, rovinccs adriatiques de l'Auh'iche, et aussi dans les
deux Am6riques. I'autres von chercher à l'titrant'er, saison par
sais«,n. 1o lravail ,lui manque chez eux par suile de la m6diocre
,,rganisalion de la pr,,l, ri,:16, el reviennent avec leurs 6conomies.
Voici. d'aprbs les documens ilaliens, quelques chiffres curieux à
,'e sujet :
ÉbllGRATION.
lh'liltili e. Tmq,,»rairc.
18î ...... 2(}.000 t 876 ....... 90.000
888 ....... 196.0.0 88'. ...... I o;i.00(
Cet ,:tat «le eh,s,.s amène deux cc, ns6quences excessivement
graves l'une et l'autre. D'a]»»rd l'l[alie esl loin dc fournir une
l»ro(luclion agl'i«,de l»rOl»Ol'lionnéo à ses facultés naturelles; par
là. sa I»r-sl»,ri[é ci sa puissance sont réduites dans une mesure
considérable. Ensuite la faibless,, des pr«q»riOaircs indig-ènes pro-
voque l'immirati,n des acquéreurs dh.aner, et les plus ]»elles
terr«.s de la l',:ninsulo pass.nt peu à 1,eu aux mains de
c,.ux-«i..le puis citer plusieurs exemples siKnificatifs de ce fiit
essentiel. En Sicile, lord N,.lson llo,,d possbde fi0.O00 actes
,1;.I)1)1) hectares) de terre; le duc dAumalc délient les vigno-
1,1,.s qui tburnissent.le vin fameux de Zucco. Diverses personnes
moins c«,nnucs sont aussi propri6taires de w, stes domaines qu'elles
t'-ni «'xl,l,fiter par des a'ents toujours 6trangcrs. !1 en est de
mème en Sardai,ne et aussi dans la P6ninsule.
L'ltalie ress,.nt ainsi les cons6quences de l'6tablissement de la
lbrmafi-n communautaire sur un sol riche ; elle pr6sente le spec-
tacle caractéristique de deux classes juxtaposées, mais presque
sans rapports mutucls. A c6té d'une aristocratie oisive, on voit
I ('onsulor fleports (Nru»les), 1891.
CIIOSE$ D'ITALIE. | ||
une masse de petites g'ens abandonnés à eux-m,mes, et demeurés
sans progrès. En outre, la machine ffouverneme,tale est pesante,
tatillonne et dispendieuse. Enfin, une immi.ration enxahis-
sante d'entrepreneurs étraners s'empare «les meilleures occa-
sions de profit. Mais la richesse du sol est assez rande, malgré
l'insuffisance de la race, pour fournir uu excédent consid,:rabh'
«le produits natur«.ls, qu'on ch«.rche n;dm'ellement « placer au
dehors. L'ltalie a donc un intérèt marqué A m,:naer les pays
capables d'absorber cet excédent, afin de se faire ouvrir leurs
frontières. Telle est sa condition au point de vue ag'rieole. !1 faut
indiquer maintenant . situation industrielle.
i!i.
L'ltalie possède, certains dlements propres à facilit«'r Iv
loppement de l'industrie..':,on a-3riculture fournit d'al«»rd «les ma-
ti6res premières de haute importance, comme les cé'éales, h.
chanvre, la soie, etc, E outre, le sol recèle sur divers points clos
minéraux de rande utilité; ainsi, on rencontre le fer dans les
Alpes, dans les Apennins, dans. File d'Elbe, dont les immenses
dép6ts, peuv«.nt encore donner uti milli«,n de tonnes par an
dlnt vingt siècles, enSrd«{i.qnc. La Sicile experte 200.0oo tomv.s
«e soufre annuellement ; le sol .emme v est abondant, l.a
cane a des ffisements d'acide l»rique nature.l. Dans lËmilie.
pied des Apennins, on a découvert des SOUrCes de p¢'trol«.
clos exhalais-us azeuses utilis6es déj-h p.ur éclait'«.r nn«. l,,tir,'
ville
En revanche, le charbon manque presque, complètemen! ; on
n'a guère trouvé jusqu'ici que des dép«'»ts de Il.suites. assez riches
d'ailleurs, exploités sui" plusieurs points (). il est vrai quo
rapides cours d'eau dcscendus des Alpes rvprdsentent une réserve
consid6rable de force m,»trice, peu coùteuse sans doute, mais if-
(1) Bulletin consuloire belye. 189_'2.
(2) Le lignite est le combustible minral gèologiquement le [,lus récent al,r,.s I«
I«mrbe. Son pouvoir calorilique est faible.
!: L, SCE.CE SOCLLE.
r('eulière. D'autre part, la main-d'a, UVl.e s'offre en ltalie dans
,les conditions particuli+res comme quantié et bon marché;
voici comment. Nous avons vu que le sol était divisé presque par-
[OUt elt Ull nombre infini de petites pr,pfiétés et surtout de pe-
titos exploitations, don/ les occupan[s peuvent consacrer aux
travaux industriels une bonne partie de leur temps. Dans ces
,'onditions, 1«. salaire obtenu à la manufacture est pour eux un
supl»ldment d,- ressources plut6t qu'un 616ment principal de leur
revenu, aussi se monh'enl-ils moins exigeants que le sp6cialiste
url»ain. Ce sont donc des ouvri,.rs à bon match6, mais irr6guliers
«.t m,diocremeu habiles.
Ira plus, les capitaux sont rares el che en ltalie. Les capita-
listes ialiens sc, laisseu v-l«,nliers tonter par des sp6culafions
hasardeuss, comme cette giantsque affaire de constructions
urbaincs qui a ruiné, au cours (le ces d,.rnières anndes, un grand
nombre de. fimillcs. Ils n'ont u6re l'idée d'engager leur argent
dans les afldres industrielles, a-ricoles, ou industriolles courantes,
parce «lu'ils n'v c-reprennent tion. D'ailleurs, la fr6quence des
,-ml»runls d'État je.tic, sur le marché une masse toujours crois-
sante ,1, itres c6dds parl Tr6sor à des prix avantageux. En 1890,
,,n ne pouvait guère se procurer des avances à moins de 6 à 7 ¢;
1 taux de l'e'ompt, s'est mème élev6 bien souvent, dans ces
,lernibrs annévs. à 7,a et 10 . Ant6rieurement, il dtail plus cher
,n,',,re t I ). C,«i est évi,l,,mm,nt une c«us grave de faiblesse pour
l'industrie.
!1 en est une ntre aussi tr6s directe dans ce fait e les
chars-es publiqu,.s supportdes par le travail en ltalie sont lourdes.
e gouvernement sur,-harg'é de tbnctions .), d,»sireux de pa-
raitre. ,ntrain6 au aspillaffe 1,af la vari6té de ses attriimtions.
coùte exccssivement cher. E 1871, le budet ordinair,, n'allait
ubre au delà de un milliard; en las0, il approchait de 1.00
inilli,mq; en 180. il atteignait 1.637 millions. Il faut ajouter à
l, Consulor B«ports, 189«-92.
(2) A un moment donnë, on détachait des officiers de tous c6tës pour gonfler
cadres. Dans le même but, et aussi sous le coup d,. préoccupations ëlectorales, on
almsë des travaux publics, uolamment des constructions de voie ferrées.
CHOSES D'ITALIE. 19.';
cela les dpenses extraordinaires, dont l'accumulation a causé
formation d'une dette énorme : le service des intérèts approchait
de 60 millions pour |891 Et ce n'est pas tout encore. Les
calités, cntralnées par l'exemple, ont aussi enflé leurs bud,'ets. En
1871, les provinces dépensaient 8o nlillions, et 118 en |889;
les communes ont fait mie,x, d, 336 milli,ms, elles ont sauté i,
;îO. Tout cela pbse fort sui" les épaules d'un peuple pauvre, et
ralentit son activité.
L'outillaffe çénéral du pays est en ,,1,tr médiocre. Les chemins
de fer, construits chërement, appliquent des tarifs assez élevds.
Les routes sont s,uvent mauvaises, surtout &,ris les province.-
i:loiffnées. Les ports, nlème les plus fi',quentés, eolnme celui d
t;nes, sont l,auvrement outillésl!), ce qui augmente dan. une
notable prol»ortion les frais de navi.'ation. Du reste., l'outillaffo
privé est lui-mème codtcux et gén6ralement faible; il faut l'a-
cheter au dehol.'S : en An.,.:letel're pour les métiers "/t tiler cil
Allemagne et en Suisse pour les méti,rs à tisser; en Belg'iqu, ,
on Allelname et en Ang'h.terl'e pour l,s cardcs; en Suisse pour
les machines à vapeur
11 est évident que, dans de pareill«.s cocditions, la z,'ande in-
dustrie pouvait difficilement se développer d'une, facon si,,,uta née.
Un personnel peu entreprenant, des capitaux faibles, de l«,urdes
«harffes, une force motrice b,caliéc et peu ré.,__.ulière, une f, wma-
tion technique insuffisante, tels sot les ol,.,tacles raves qui
-pposaient. Cependant. dl.puis lUl« quinzaine d'années, les usines
se sont mllltil,liées en Italie dans une nlesurc appréciai,l«,, i.t cola
i»,,ur det, raiso,s princil,alos que j," ais exposer.
La première est le résultat d'une initiative tout artiticielle,
des pouvoirs publics. Le gouvernement itali,-n, persuadé
,on pays ne serait considéré commo une grande l'ui,sance qu';i
(I) Consular Beports, 1890; Bulletit consulaire
2) Ibid., 1q87-892.
|9 LA SCIENCE SOCIALE.
condition de réunir tous les 6léments d'activité économique, a
fait de grands ettbrts pour encourager chez lui la rande indus-
lrie. Il lui a réserv6 aussi slrictement que possible ses comman-
d«.s de matéri¢.l militaire et nawd. d'approvisionnements de
tissus et d," chaussures pour la troupe. Il lui a procur6 h-s
ordres des ccmpasnies «le chcmins de ir subventionnées par le
Tr6s«r. Entin, il l'a pr«t@'6e par des droits de douane contre la
concurrence 6tran$6re. Une telle p,,litiqu«, ne pouvait manquer
d'exciter la production, au moins dans ses branches les plus im-
l,rtant«'s. Et en cftt, c'est bien ce qui est arriv6. Ainsi, en vingt
ans. l'industrie des se@ries a triplé le nombre de ses métiers;
celle du coton a réalise; aussi des pror6s marqu6s; la tilature et
le tissag de la laine, la m6tallurgie, ont pris dans le mèmc espace
,le temps une r6elle ilup,,rt;nce.
Ces industries sont ,.n g'6néral çroupdcs dans quelqu«'s centres
,h,nt la répu/ati,,n -st de:jà ancienne, mais qui n',rot jamais connu
Cel»endant une. activilé comparable celle th.s ateliers mod,'rnes.
Ainsi. t;,:nes t)bri,lu,. &.s pttes alimentaires, du papier, des
soieries ,:l des velours, d,.s savons, des huiles, des objets Ch métal.
des tils et tissus. In certain n,mbre de vill.s secondaires lui
f,nt une. ceinture d'usines. Naples, un peu moins puissante, peut-
61re, t)it des plt«-s, d«.s draps, d«.s soicries, des p¢,rcelaines, dc la
v,-rr,.ri,., des Iij«mx ,le corail. Venise possède aussi quelques t-
I,riques. En d,:hors d,. ces grandes villes, un bon nonbre d'u-
sines s,,ut install,.,.s is,,Iément ou par petits 'roupes sur les cours
d'c;lU alpins, au ddl»«m«hd d,'s monta'nes, ,m dans les ports
comme Brindisi, la Spezzia, l';derm,-, etc.
I.a rand,. industrie itali«.nne est donc de réc«-nte oris'ine.
D'«utl'e par, clic tend à prendre d«ns l'ensemble, le carac6re
l»articuli,.r d'une industrie de luxe. Cela vient d'une tradition an-
«'i¢'nuc .t fort,.. Nous avons constatWce fait que la vie urbaine a
«'u de tout temps, en ltalie, 1«. pas sur la vie rurale. Une aris-
tocratie enrichie par le commerce, d,.s cours princières encom-
Irdcs d'oisit, fastueuse.s, brillantes, ddpensi6res, poussaient na-
turellement la tkbrication dans ce sens. Telle est la cause de la
tloraison des arts et d«'s m6tiers artistiques ¢.n ltMie : « On sait à
CliOSES D'ITALIE.
quel degré de perfection les ouvriers lombards e! vénitiens avaie,t
port6 la fabri«ttion des tissus de soie, des velours, des 6tot'fes
d'or et d'argent, des tapissel'ies, des glaces, des vorreri,-s, ,les
t,Ienees, des m6laux ouvr6s, des objets de toute esl»6ce qui de-
mandent du go6t et de l'habilet6 de main » (I). La longue et tbrte
tradition qui s'est ainsi tbrmde che les Italiens subsistc encore.
Selon É. Reclus" « L'industl'ie italienne cc, nlprend toutes les sp6-
cialfl6s du travail moderne, depuis la tl,rication d,.s épingles
jusqu'à celle des locomofives et d,.s grands navires" mais l'ltalie
n'a de pr66min,.ncc que pour certains produits de luxe, 1,-s cha-
peaux de paille line, les cam6es, les mari,res et les bois in,-.rustés.
les objets en corail, les orrotcries, et pour certaines pr,:para/ions
culinaires, pttes et salaisons. Cep,'ndant l'industrie des soies a
pris r6cqmment une grande a«tivit6.., l.es fabriques de lainag,:s
se comptent par centaines dans la pr,,vince de Novare. I.«.s manu-
thcturcs de colon prennent de l'extension, mais elles ne poss6dent
encore que 5oo_ooo broches. uant attx tissus d,. lin et d,. chanvre,
ils se font encore principalement à ht main. En dehors d,. la fila-
ture des 6M'fes. la grande industrie manufac/uri6re, avee ses
usines et s,,s machinçs, est encore faiblement r,.prds,.nt,;c dans
l'ltalie du Nord. et, si ce n'est à Naples. tout à thit inconnue dans
l'ltalie m6ridionale ».
Cette intëriorit6 de l'ltalic dans les travaux usuels est sensi-
ble notamment dans ce qui tou,.he à la navigation. 11 est inutih, de
signaler en d6tail les avantages d,. la positi,,n maritime de l'ltalie"
ils sont consid6rables et expliquent en grand, partie sa pros-
p6rit6 commerciale d'auh'efois. A l'heure actuelle, ce pays pos-
s6dc encore un grand nombre de marins " on en 6valu, le total
i« 200.000. l:ependant l'ltalie ne l»ratique 8u6re la naviati«,n
au long cours. Ses propres exp,,rtations se tbnt le plus sou-
ent par l'interm6diaire des navires 6trahiets. surt,»ut des
navils anslais. Les matelots indig6nes ne font @re que la
l»6chc ou le cal»otage, qui leur sent r6serv6s par la M. Et p,)ur-
tant le Tr6sor accorde aux b;lfinlents long-courviers des primes
ri) E. Bch/s. Geogrt«l»hie.
198
LA SCIENCE SOCIALE.
,le navigation. Malgré tout, la concurreuce étrang'ère paralyse.
les entreprises locales 1).
!.u,,i qu'il en soit. il est donc certain que l'Irait," a en quelqu,.
sorb. improvisé chez elh. la rande industrio on moins de vingt
ans..le vicns de montrer la première cause d,' cet élan soudain ;
voici maintenant la seconde.
Vo
Cette seconde cause ost fort rave; elle résulte, conme en
Russie, comme en Espagne, «4 pour des raisons analogues, de
l'invasion des entrel»reueurs étrang«.rs. lCaprès un consul an-
gais, « h. trait principal des deux ou trois dernières an.nées in-
dush'ielles, c'est la tendance des maisons anglaises (et autl'cS)
à s'associer dans h:s industries locales, afin de partager lem.
protits. Ot peut cit«.r ainsi l'association de .W Maudsley avec
Ans,,ldo et C% «le Sampierdarena; de .Xl Broth,.rhood avec
dero et C , de S,.stri; de M"" Hawthorn ax ec ;upl)y et C «, de Ra-
I»les, 't 3V Armstronff et C e à P,,zzuoli. Nous avons encore
?,1 r tlcnfrey et C «, de l'ertusola, qui «,ni affrandi leur fonderie de
la .';pezzia, et y ont annexé un chantier de construction maritime
,.t des «,reliefs mécaniques, en vue de construire des bateaux
à vap,.ur, des machines et des chaudières, et de profiter de la
loi v-lée en 1886 pour attribuer des primes à la marine mar-
ch«mdc italienne ,, (').
Le mGme cousul disait ailleurs : « L'industrie de la coustruction
mécanique a tait d,' rapides progrès, grace aux arrangements
1)assés avec dos maisons an'laises et françaises, d'ancienne fon-
dation c! de grande expérience, qui ont mis leurs capitaux et
leurs COlmaissances techniques à la disposition des établissemcnts
indi..__"èn,.s ».
, .';ax c,ne, une usine métallurgique tTardy et Benccke), fondée
par des étrangers, se soutenait péniblcmcnt en 1890. au dire
,1 Bt, llelin consulaire franfais. 1891.
,,21 ConsMar Reports, Gênes, 1887.
CIIOSES D'ITALIEo I
du consul anglais, qui ajoutait" « Cette maison c.t ch' plus
en plus alimentée «.t dirigée par des capitaux et des adminis-
trateurs allemands. On est en droit de dire que c'es aujour-
d'hui une aHhire presque exclusivement ;llmande ». A
ghorn, en 1886, on vit fonder une usine de 1;minage, simpl,.
succursale d'une maison francaise dég-uisée sous les apparen««'s
d'une société anonyme it«dienne, lau{r« . part, on aftirlue qu'une
portion importante des moulina'es de soie lombards est aux
mains d'entropr,,ueurs suisses, qui l eux seuls occupent 21.oo0
personnes (1. Les mines de fer du Val Trompia, ch L,»mb«u'-
die, sont exploitCs par une o»mpagnie métallurgique ét'angèrc,
qui possède une succursale à Terni. Les mines de: plomb et ch.
fer de Pertus«»la sont aux mains d'une soei«t6 alaise. A
Bari, des Francais ont ëtabli la thbrication en grand du
von et du sulfure de carbone. C'est une luaison francaise qui tbur-
uit au gouvernement ilalien les grandes quantités de cet insec-
ticide qu'il distribue pour encourager la lutte o,ntre le phyl-
loxera 2). I;u rencontre aussi dans cette ville une tbnderi,.
import«nte; elle appartient à un Allemand. A Napl«,s, la si-
tuation est la mème : presque tous les grands 61al»lissem«,nls
sont aux mains d«-s 6trangers; on ? voit des tbnderi«-s et des
lissages anglais, une anterie française, etc. Jusqu'en 1888 on v
thbriquait le chocolat à la main par les proc6d6s les plus pri-
mitifs. En 1888, une thbrique m6cani«lue anlaise s'«.st in,-
taille et s'est «.mpar6e aussit«t du marché 3). En 189o, on
comptait dans cette gr«nde ville 25 sociét6s auonvmes
liennes avec 21.915.000 francs de capital versé, et six sociétvs
étrangères r6unissant près de 29 millions de francs de capit«l
versé (l). Le consul franrais h Naples disail «.n 1891 à ce pr,-»pos.
« Les principales industries privées de N«q»les : usine Arlustrong,
eau de Naph.s, gaz, fonderie de T,»rre Annunziata, établissement
(1) Bulletin consulaire /i-«tafais,
{2) Ibid., 189o.
{3) Consulat Beigorts,
{4) Deux suisses, deux franqaises, une belge, deux anglaises. :.B»dlelin consaloir«
français, 891.)
LA SCIENCE SOCIALE.
Pallison. elc., sont entre les-mains d'étrangers. C'est ecore
avec 1«. c.ncours ,le banquiers allemands qu'on poursuit l'oeu-
vre du x«e,lramcnlo, c'est-h-dire la dém-lition et la reconstruc-
tion d'une parlie de la ville (1) ». E Sardaiçne, les chenfins de
I.r ,,nf 616 construits par une compagnio an'laise. C'est encore
ttnc soci6/6 Initanniquc qui a organis6 tout un r6seau de na-
viali«,n tluviale dans la hauh. I/alic
I.e «,mmerce même 6,happe «.n g'rand, partie aux ltahens.
B«.aucoui» de maisons anlaises, framaises, all,.mandes, tienne.ni
une place importanlo dans les principales villes de commerce,
,.l recueillent beaucoup d'aflhires. En S;rdaigne notamment. 1«
haut commerce est en Tande partie francais.
:,:la ne xeut évidcmmcnt pas ,lire que les Italiens n'entre-
lW,.m..nt rien. ci se bornent à regardov les autres exploiter
I,ur pr-pre champ. Un certain nombre d'vntre eux ont tbndd
,les 6tal,lis»cments qui fi«.nnent h,morablement leur place au
s,,1,:il. T,.ls h.s ella, de liella, près de' N,,vare, dont les fila-
lur«.s et Ics lissages de laino tbnt honneur h l'l/aile. Mais il pa-
rait I»i,.n qu,' ce sont 1 des excepfi,ms, et que la plupart des
ïvan,les usines d'ltalie son/ dnes à l'initiative, h l'exp6rience.
,,t aux calfilatx des 6tvaners.
Coux-ci ne sauraient d'ailleurs, pas plus que les Italiens. forcer
1, nature et transtbrmer tre pays en centro industriel, en dépitde
l,ms ]o.s ol»stach.s. Tant que le ffouverncment italien a prodiué
h.s .u«'our«,'«:m«-nts. les primes, h.s mesures de proie,lion, les
,.ntr.l»risvs se s«mt muIliplides et ont 'ard6 une al»l,arence
IW«,sp6re. )lais, dbs que 1«' Trés«w sur, haroA n'a plus permis la
,-«,ntinuati-n des sacritices, la position a chanff6. Cela est cons-
laid en t,.rmcs précis par un lent,in oculaire et bien placé pour
,,bscver. « Pouss«çs à augmenter leur puissance de production
i,u- d«.s aravations de droit de douane, et par de larges or-
,Ire. f,,urnis par le 'ouvernenwnt et par les compagnies de.
,.hemins de hq. qu'il lient dans sa dépendance, les industriels
,ni d6p,.ns6 des sommes énormes pour augmenter leurs ateliers
Il B«llelit «oasdttire fr«nçois, 189l, et Coasu[ar Reporls,
-CHOSES D'ITALIE.
et leur outillage. Tel est notamment le ca des usines métal-
lurgiques. Mais àl'heure actuelle, la baisse des affaires est telle
que les fabricants ne peuvent employer plus de la moitié de
leur personnel. Aussi s'efforcent-ils d'exercer une p'ession su"
les pouvoirs pul,lics, en envoyant à Rome des dlégati«,ns d'ou-
Vl.iers dans le but d'ol,teni" de nouveaux ordres du Gouverne-
ment » (1).
En outre, une spéculation outrée, conduite aveuslément
ces capitalistes italiens dont j'ai sishalé l'inexpérience, a tourné
contre eux et en a ruiné un grand nond,re (2",. On les a vus hyl,o-
théquer leurs biens ruraux, vendre les colleclions acculnulées
dans leurs gale'ies, et louer leurs palais de famille. Du reste, il
est aisé de voir, à divers signes, qu'en ltalie le mouvement de
la richesse est lent. Le chiffre des successions et donations, pac
exemple, qui était de .0-)5 millions en 1875, allafl à 1.196 mil-
lions en 1890; l'augmentation est de 15 %, tandis que dans le
mème espace de temps les dépenses publiques croissaient de
50 %.
On répondra pcut-Ore -h cela que le mouvement des caisses
d'épargne indique au contrahc un progrès rapide d'enrichisse-
ment de la nation prise en masse. Ansi, en 187. ces caisses
détenaient 65 millions de francs, 980 millions en 1581, et 1759
millions en 1889. Mais cela ne prouve guère. Les fonds (les
caisses d'épargne sont d'origine fort diverse. Une banne partie
notamment est rapportée de l'étranger par des émigrants lem-
poraires, qui vont chercher au loin une occasion de gain. pré-
cisément parce que leur pays est trop pauvre pour les nourrir.
Il reste acquis, en définitive, que l'ltalic n'a uère pu dgveloppel"
chez elle la grande industrie qu'à l'aide des secours «le l'Étai"
de plus, que les étraners ont protité de cette situation artiti-
ciellc plus encore peut-|re que les nationaux; enfin que hs
efforts combinés dans ce sens par les pouvoirs publics et par les
entrepreneurs du dehors n'ont pu réussir "h créer en face ,le la
concurrence étrangère un état de choses définitif. Aujourd'hui.
(1) Consulat Reports, Génes, 1890.
(2) D'apres ,I. P. Lero)-Beaulieu, ap. l'Éco»tomisle franfais.
'i". XIV. 16
20 .) r, SCtE,CV. SOCt,rE.
la g'randc industrie italienne, à peine install(ie, est déjà ébranlée
.iusque dans ses fondements par l'affaiblissement du Trésor
public, q,m principal soutien.
Ainsi, ,les finances embarrassées, une agriculture 'énéralc-
mcni pauvre et al.ri(irèc, une industrie précaire et conduite sur-
t0»ut par les étrangers. voilà le l,ilan écon,»mique de l'ltalic.
c,,nvient-il d'en conclure'?
VI.
L'ltali«' conlcml»l"aine se grise (h, réminiscences historiques.
Le prestige du n«,m ton,aih lui tourne la tète; elle se croit
obli.,.zée par s's .hrieux souvenirs à faire grand, à agir en tout
et partout comme une puissance appeldc à l'ecomncncer son
histoire et à jouer de nouveau sur la scène du monde un l'61e
sup6rieur. Mais c«,mbien les temps sont changés !
A l'époque ,,ù R,me, dans sa sl,h»ndour, régnait sur cent
peuples asservis, le monde connu offrait cette particularité ca-
l, irait, qu'une se.uie et lnème formation sociale dominait toutes
les nati,-,ns de quelque in,portance. Chez les unes, la commuuauté
sul,sistait daus toute sa f,,rce; chez d'autres, elle s'était rompue,
laissant d,.rrière elle l'instabilit«;, h' désordc et la forte ora-
l»teinte de s,,t, esprit d« lentcur ,'t d' routine. R,,me seule ou à
1,,.u 1,res avait su s'en (h:'agor assez pour acquérir un esprit
,l'iniiiativc, une habitude des arts usuels et sp(icialemcnt de l'a-
ri«ulture, une pratique du travail, ch un mot des aptitudes
s,,cialos très sup,:ri-ures à celles de ses voisins. Elle n'ëtait pour-
lant pas sortie d,.s traditions communautaires d'une facon ab-
solue, car clic retomba sous leur intluence dès que sa supério-
rité lui eut pcriuis de vivre aux dépens de ses voisins.
A l'lwurc actuelle, les ch,,scs ne vont plus de mme. Un type
social que les marècagcs de la basse Allemagne élaboraient obs-
,.urémcnt à l'6poquc romaine, s'est ddveloppé depuis avec une
puissance extrème, et s'est r6pandn sur le globe avec une vi-
'"ueur bien plus grande et ducal»le que la f,»rce d'expansion de la
CHOSES D'ITALIE- 00
Rome antique..t_u lieu de pro'resser par l'«.ffct des armes et
par la conquètc, en asservissant les peuples, et en foulaut les
vaincus, cette race d'un type inconnu jusque-là avance pas à
pas, par une action individuelle à peine seusibl«., mais cons-
tante, irrdsistiblc En présence de cet dl6ment n«,uvcau, l'ltalic.
avec sa tç»rmation int.ricurc, sa faible initiati e individuelle, sa
m6diocre ard«.ur au travail, ses pouvoirs publics d,:vcl,,ppés.
absorbants et co6tcux, ne peut espérer que sa siluation retl6tc
jamais, si faiblement que ce soit, l'antique dclat de l'Étal
romain. Elle a beau se consumer en cttbrts ruineux p,,ur thir«.
croire à une supérioritd qui n'existe pas, faute d'un tbnd solide,
ses sacrifices sont p«.rdus. Son armée encombr6c de sindcures,
marine maffuifique mais peu maniable, n'inspirent aux Sl»d-
«ialistcs qu'uuc m6di,«re confiance, d'autant 1,1us faible quo s,,n
Tr6sor est vide et son cr6dit 6puis6. tn a vu par des ,.xenti,les
r6cents ce d,,nt elle es capable au dehors; ses dmi'rauts se sonl
tdt I?/ncher h la Nouvclle-Orldans pour avoir essav6 d'acclimater
en terre anadricaine la .lla[/;a et la C,mo,'ra ; ils restent partout
«.t presque toujoms dos sujets inf6rieurs, p«.u capahles de s'61ever.
kuant à son entreprise officielle et d,:jà trop fameuse d,- I'É-
rythréc (toujours les souvenirs historiques ), elle est condanm6e
d'avance à l'avortement final par les ahus administratifs qui
fi»isonnent toujours daus de pareilles combinains, et par l'ina p-
fitude ffmdamentale de la race à coloniser.
Les laliens sentent coufusdment tout cela. aussi ne ct,mptent-
ils g'uère sur leurs pr,,prcs forces pour assurer le retour ,le leur
patrie et de leur race it de si riomplmn/cs destinées, l',,uss,:s par
leur désir av«.uFle d, j«,u,.r la « ran,h. nation ». ils se' portent
toujours du c6té de la plus g'andc force mat6riclle. De li
leurs intrigues pour se faire admettre daus l'alliance des Ëtats de
l'Europe centrale. m les a admis en effet, à ff/re d'appoint, si-
tuation qui n'a rien de brillaut, et. en cas de guerre h,-ureuse,
moyennant de lourds sacrifices, ils auraient des chanc,.s p,gur
obtenir quelques lambeaux de territoire soit au nord. soit au
sud de la Mdditerran6e. Esl-ce lA ce qui pourrait moditicr h-ur
6rat social, porter leur classe supérieure vers les travaux ufilcs,
LA SCIENCE SOCIALE.
enrichir leurs paysans, corrier les défauts de leur organisme
politique ? En aucune manière. Ils seyaient après la eon«lutte ce
qu'ils sont aujourd'hui, e'est-à-dire un peuple faible, inapte
à metfve en valeur à lui seul ses richesses naturelles, à s'étendre
par sa force propre, ineapable, en un mot, da hltter seul à seul,
soit par les moyens paeifiques, soit par les armes, avee les
peuples à formation pavtieulariste.
ltn peut juger, après cela, de l'imprudence majeure que eom-
mer l'ltalie en s'isolant éeonomiquemenl et politiquement des
pays les mieux plaeés pour trafiquer avee elle, ou pour l'aider a
défendre au besoin ses iutéréts naturels et paeifiques. Elle
sacrifie unt utilité immédiate et naturelle "A des perspectives
v«dnes et lointaines. Elle prépare à ses popul«ttions des crises re-
dout|bles, qui les pousseront quelque jour au désespoir et à
ranarehie. Elle se ruine en dépenses superflues et court à la
faillite. Elle délaisse, en un mot, la proie pour l'ombre, et com-
promet à la lég-ère, pat" sa politique ultva-eentralisatriee à IÏnté-
rieur, aventureuse à l'extérieur, s« préeaire et artificielle uuité.
l',ut-ètre ne serait-il pas téméraire mème de penser qu'un
.i«ur la Rome contemporaine, loin de eonquérir le monde comme
sa dcxaneière, tombera sous le poids d'une domination plus
forte et plus durable que celles qu*elle a sueeessivemeut povtées
depuis quinze siècles.
Léon Po'S.«lO'.
7
LE PATRONAGL
(Cours de Méthode de" Scie, nec, sociale.)
Il.
Dans la première parti,' de celle étude sur le l'atrona'e, n,»us
nous sommes ett'orcb de démontrer que, si h. l'atronage nais-
sait partout de la mëme cause, -- la nécessité de subordonner les
incapables aux capal,h.s, d,. les diri$er dans le Travail et dans
la disposition de la PrOl,l'iélé, de les aider dans les l'hes «le
leur Eistence, -- ce l'atl'onag/c ne s'oranisait pas en chaque en-
droit de la mème thcon.
D'après la' con..,titution de la famille t»tlV'ièl'e, l'oranismc
parvenant évolue selon deux types bien dittërents.
Chez les faces à familles patriarcalcs, les plus capal»l,.s du
çroupe en prennent la direction, et la C,,mmunauté ,.st patron-
née d'une lace, inter,e par lin Conseil ïornlé dans son propre
se.in. Que vaut le patronage de ce Conseil. quels sont ses resul-
rats? C'est lit ce que re»us avolS mis en n.li,.l', en siqtalant linl-
mense retard de l'Orient sur lttccident et son impuissance ah-
solue à sortir par lui-mOrne de son éternelle immohilité.
Chez les races',k simples ména.="es, le woupe faluilial est trop ré-
duit pour qu' d;faut du père, un individu capable surisse du st.in
de la famille pour la diriger, l.cs familles ouvrières se rëpartis-
sent donc nécessairement en deux caté«,ries. D'un c6h; se trou-
vent les simples ménages dont les chefs SOlt capal»l,:s dYtrc "à
201; LA SCIENCE SOCIALE.
la fois chefs de famille et de métier, c'est-à-dire, sont gens ca-
pabl,s de diri'er eux-m6mes leur Travail. de disposer utilemen!
de la l'roi»riCé nécessaire pour assurer la vie d«s leurs et se firent
d'attiire dans les l'hases de leur Eistence. De l'autt.e c6té, se
rencontrent les simples inCacres dont les chefs sont au-dessous de
cette capacité, parlant incal»ahles d'ètre 't la fois chefs «le falnille
et chefs de métier. Et comme c'est là le fait de l'immense majo-
rité, leur iucapacité appelle uécessairement un complélnent, un
correctif. due deviendl'ait, ainsi que nous le faisious remarquer
à la fin d« notre d,rnier article, que deviendrai! la vie de l'hu-
manité, si ces nmlheureux Caient laissés à eux-mèmes? 11 est
d'autan! plus ur.'_-"ent de les empècher «le se livrer à leurs pen-
chants pour la paresse et le S'aspil!agc, que, avec la densité de
la p,,pulation, la n6cessit6 de let pi'oduction augmente, de sorte
que leur incapacité it diri'«'r 1 Travail, i disp,-,scr de la l'fo-
prie;tC va s'acceutuant.
Il s'opère alors, parmi les simples lnéna.qes dont les che.fs de fa-
uiillesont chefs d, métier, une vérital»le sélection. Certains de
ce «.heïs de famille chefs de métier v«,ient, sous le coup de la
néces.,,/lé ou pat' l'attrait du I»ut. leu. capacités et leul's aptitudes
aug'mcuter, et ils devienuen! capa l»les do patronner dans le Tl'a-
rail, da,s la l'ropriété, dans les Phases de l'Existeuce, non seule-
ment les membres de leur famille, mais encore un 'rand nom-
I»r. de ces familles ouw-ibres qui ne peuvent se tirer d'affaire par
,,ll,.s-m6mcs.
I.e l'a!ronago se constitue ainsi en dehors «le la famille ou-
vrière, comme un or.q'anisme doué d'une vie propre. Le Patron
apparait pour let l»l'emiè_re fois, comme un personna.-._'e distinct
de celui du chef du _roul»elnent familial: il a pour moyen
d'acti-n, non plus l'autorité paternelle, mais celle que lui
dolm,' sa situation de directeur et de. dispensateur des Moyens
d'Existence. C'e't aiusi que la soci6té se hiérarchisc et qu'au-
dessus de la masse des familles ouvrières on ",-oit les familles
patronales. Ouelles sont les conséquences sociales de la constitu-
ti«m et du fonctionnoment de ce nouvel orffanisme, quelle a été
son acti,,n sur la formation des sociétés occidentales, c'est ce
que nous allons étudier, en observant cette troisième espèce du
Patronage " le Patron à Famille-souche et ses variétés.
La Nomenclature présente six variétés de Patrons à famille-
souche; ces variétés sont classécs dans l'ordre croissant des dif-
ficultés qu'il y a de patronner, partaut dans rordre d,' l'év«,lutiou
croissante des aptitudes et «les fonctions d,' l'orsanismc patron-
nant.
Voici ces sL: variétés"
1. Patron à famille-souche agriculteur,
"2. -- -- forestier,
3. -- -- mineur.
4. -- -- petit fahri,'alt,
:. -- -- de fabrique collective.
I. -- -- grand fabri«aut (t).
[)n a classé tout d'abord les
Patrons des familles adonnées aux
Travaux d'Extl'action Agriculture, Art (les l,'orèts et Ar[ des )li-
nes : parce que. parmi tous les travaux (le production, les
vaux d'Extraction étant ceux (lui présentent le plus de sta],ilité,
sont nécessaircmcut ceux pour lesquels le l'atr,,na.'-"e est lc plus
aisé.
Les Patrons a'riculteurs vienueut en tète, puis les Pah.ons fo-
restiet.'s, enlin les Patr,_,ns mineurs, parce que c'est dans l'ordre de
ces |ravaux quc la direction du travail et la disposition de la
propri('h: échappent de plus en plus à la famille ouw'ière ,.t que
par conséquent la fonction du Patron au,mente.
La tt'tche (les Patrons agricull«.urs est l'elativ,-ment simple,
moins a-t-elle été jusqu'«l prdsent la plus simple, de l,eaucoup.
La direction du travail affricole, à ses tr,,is deffrés, exploitation
directe, métayaffe, fermage avec des pratiques culturale strict,.-
ment ilnposées par le bail, a pu sc. faire par des procédés tradi-
(1) On n'a osé inscrire au tableau du Patron à famille-souche le 9ratd Eltrepre-
neltr de Transports, parce qu'on n'en a pas rencontrë le t)-pe d'une manière assez
certaine parmi les Patrons a famille-souche. Le plus souvent, le grand Entrq.reneurde
Transports est en famille instable dans le m6tier, ou en soei6tës d'actionnaires a toutes
les ëpoques de l'histoire des Transports. Une ëtude curieuse et bien utile à faire ce
point de vue serait la monographie du Maitre de Poste ; on verrait ainsi s'il est bien
un patron à famille-souche.
c)O LA SCIENCE SOCIALE.
ionnels ou tr/s lentement proressifs. Dans ces conditions, la
p«lrtie la plus deisive de ce patronae consiste, à vrai dire, dans
1,. patroms'e de la propriété, de la terre, dont il fait jouir les
ilOlnl,reuses familles paysannes «lui ne la possèdent pas encore ou
ser.n! t,,ujours iucapables de 1« posséder, l;ependant la tache du
Patron agriculteur tend "à devenir beaucoup moins simple qu'au-
!refois par les transformations techniques et les nécessiés com-
uler«iales qui ral»l»rochent un peu l'agriculture de l'industrie.
L e Patron [ore.,ti«'r présente uu type supériaur en ce que' pour
l»OSs.der utilement la propriété, la forq, dont il doit faire jouir
les t' milles ouvrières, il lui f«ut des capacités très autrement su-
i»érieures à celles dont il est besoin pour ètre le patron d'un grand
d,,maine. I.a futaie, pour douuer chaque année un rendement
sérieux, nécessite un anaénagement qui s'éende sur de grandes
sui,erficies; elle constitue doue un I,ieu «lui non seulement est au-
dessus «les capacités des familles ouvrières, mais encore surpasse
,le I,eau«,,up les «pti!udes de la movennne des fanfiIles patro-
uales. La preuve en es que', dans presque tous les pays, les
ïorèls exploi!ëes s,,us le régime «le la futaie sont devenues pro-
priétés de la Province ou de l'Éter!/1).
Le P,t ",» .lliaettr vol t s,»n pa!l',naffe réellelnent compliqué par
la direction savade qu'il lui f«ut donner aux fouilles et à l'ex-
lractio du mineront, et pal" la g'l'ande i,révoyance donl il a besoin
pour assurer, quels que soieuI les résultats des 'echerches, la vie
des familles OlVrières qu'il emploie.
Vie!recul ensuit,, les l'atrns des familles adomées aux tra-
- v« u x d,. Fal,l'ic Il, n : ils se classen t a l,rbs les patrons des travaux
d'Ex!racli,m, parce que c'est dans la fabrication que la stabilité
«,mmencc à d,.venir difficile p,ur les familles patronales comme
pour les familles uvrières. Les dit'ficultés vert! en croissant
«lu prit! ïal,ricant au grad fabricant, e c'est avec ce dernier que
le pa!l.Olm....se, renc«ntran! le maximum de difficulh: et de néces-
sitA. a!!eil! son maximum d'inh.nsit6.
l',,lu" le I»«tro Petit l:abri_'aot, le patr,na'e est assez facile eu
1) Y. let .Scieace sociale, t. VI. p. 0.
LE PATRONAGE. O0.|
éffatd au petit nombre d'ouvriers qu'il emploie. à la simplicité
de sa méthode de travail e't à la simplicité de la petite propriété
industrielle. Entre l'ouvrier d'un maréchal ferrant «'t le maréchal
ferrant lui-mème, les diflërences ne sont pas grandes, partant le
patronaffe n'est pas eompliqué.
Il pourra paraltre étrang'e que nous classions ici le petit fa-
bricant après les patrons des travaux d'extraction; il est é-ident
que l'artisan de village, qui représente assez bien le type du pe-
tit fabricant, est un patron d'ordre inférieur si on le compare au
grand propriétaire rural, au landdord par c.'complu.. Cela est vrai.
mais il faut observer que le land-lord occupe le ,sOnllllOt parmi 1,1
s6rie des patrons a.-,zrieulteurs, tandis que l'artisan du village
lient le moindre rang dans la série des patrons fabricants. LOl.-sql(il
s'est agi de classer, l'une par rapport à l'autre, ces deux séries de
patrons, les patrons des travaux d'Extraeti«m et les patr«ms des
travaux de Fahrieati-n, on a eherebé, dans chaque série, s«.lon la
méthode de touteelassifieation, nn type qui présent'at lesnot,,s les
plus spéeiales et les plus déterminant,:s de la série : et c'est d'a-
près er type que les séries ont été elassées «.ntre elles. ;ela n'empè-
che pas que certains types supérieurs et surélevés d'une espèce in-
tëri,.ure se trouvent très au-dessus clos premiers types ch, l'espèce
suiwnte; c'est là un fait qui se rencontre dans toutes les sciou-
ces. -- Le land-lord a des aptitudes et des capacités patronales bien
supérioures " celle du forgeron de village, mais cela n'empècho
que le patronage (les familles ouvvières adonnées anx travaux de
la fabrication ne présente bien plus de difficultés, ne réclame d,. la
part du patron dos capacités hien plus éminentes qu«. le patte,-
nage des fanill,.s adonnées aux travaux d'extraction, et cela
cause de la très grande instabilité qui s'observe dans la Fabrica-
tion comparativemcnt à l'Extraction. Cette simple c«,nsidération
suffit poux" justifier notre classification.
Le Patron «le Fabrique Coller'ti,'e ve, il son action patronale se
développer, il fournit du travail à un plus grand n-ml,re d'ou-
vri«.rs que ne le fait le Petit Fahricant. mais les ouvriers dirigent
eux-mèmes, à beaucoup d'égards, l'exécuti, m d,, leur travail, ils
possèdent leurs outils et leurs machines: ils n'ont, en réalité,
2 ! 0 . scmc SOC.E.
.oin que d'4re approvisionn(s «le travail et instruits des métho-
clos. Le l'atronao duTravail réduit à Ces doux éléments ossentiels,
lclle est la principale et la soule action patr,»nante de ce patron.
Ce serait peut-ètre dans les l'hases de leur Existence quo les
familles ouri,"res -roupées aut,,ur de ce g'enl'e de patron man-
queraient d'ètre patronn6os. Le patr«n do Fabrique Collective n'y
p,,urvoit d'ordinaire que par deux moyens que voici, l.'un est ab-
s,ltmwnt indiroct, en ce sens que 1o travail qu'il leur fournit cons-
lilu,, trbss«uvont un travesti a«cessçire ,hnt les familles firent des
r«ss«m rces suppl6nt«ntfires pour t'aire t'«tco elles-lnèmes aux Phases
,le leur Existencc. --C'est h. cas des paysans horloEers du Jura. --
L'attire est encore" assez indirect " h. patron fi)urnit aux tmilles
ouvriVres dans le l,esoin du travail sans en ètre pressé pour lui-
En ré«lilé, h. Patron de Fd»ri«lu«' C«,llocliveesl un palron qui
vient en aide aux pe.fils ld»ricanls «' h.ur procuranl du travail;
c'osl «'n «cln qu'il se sperposo au patron peliI fd»vicanl, el c'est
là l,.ml son rôle imlr«,nal. Il v a d-ne deux espècesd,' Pelils Fabri-
«anl ; l"ceux qui se l,alr«nn«nl pl«qnonwnl eu-mëmes, ce soneu
,lUO n,,us avons cltss«;s,lans In variéh Palr,,ns PeliIs Fabricants
ils mçt'ilçnt l,icn la qnuli(é de pa(r,m ; 2" ceuxqui n« se patronnent
l,aS plcinemcnl eux-raCines cl qui se rangcnI sous lePatron de
F«l,riqu,. Collecliv« en fiil, ils ne sont pas patrons, puisqu'fls
sonl l,alronnés four une parlie très imporlanle.
Lo ;'«««l Fal, r/«ad offre I« typo plein du l'ah'on Fabri«anl; il
palronne un 'rand n,,ml,re d'«,uw'iers dans le Trawil, dans la
l'r,q,riélé et dtns Ics Phasos de l'ExisIencc. I Das le Trarail
seul il a les calmcit.s nécessaives p,ur assurer du aravail à ous
,.'es gens el p,,ur les diriger dans l'exécutiçn de ces Iravaux.
Ce n'esl ni un ouvrier, ni une colb.clivilé d'ouvriers, qui inspire-
rait nss,.z de confiance pour recevoir la commande d'une locomo-
tive, Imr oxemple, et pour en assurer l'eéculion. 2" Da.ç [a Pro-
prb:l« ;" seul I« l'and potiron a la prévoyance et les apliIudes indis-
l, ensal,les pour posséd,.r et mellre à la sp,»siIion des lravaleurs
l'«toIiçr, les inslrum«.nis de travail, les matières premières, seul
il peut leur lire, par le salaire, avance certaine e définilive
LE PATRONAGE. _.9.11
d'une quote-part du produit de l«,ur travail. 3 ° Dans lex Phases dr
l'Existence : en diri.'-Teant, en aidant les familles OUVl'ièl.es directe-
lnent ou indirectelnent selon l'intensif6 d. leurs besoins.
L'organisme patronnant atleint évidemment, avec le t;rand
bricant, son complet développement et son maximum d'intensit«L
Sa tche est énorme, elle est d'autant plus grande que, si remar-
quables que soient les capacités des fhmilles onvrièl'OS, elles Sont
toujours de heaucoup inf6rieures, par le seul fait que la fhmille
est ouvri6re, à celles qui sont absolultt«'ld nécessaires p, mr la di-
rection du trawil et la dispositi,,n de la propriété de la 't'ande
industrie ; sa tache est, en mëmc temps d'autanf plus difficile que
les thmilles ouvrières entièrcment cngagées dan la fahricatiou
sont incapables (l'aucun aatrc travail que celui tic. leur sp6ci;lité,
et voient toute la sécurité de leur existence reposer uniqueumnt
sur un salaire quc l'iltstabilitó de l'industPie (.mpëche la plupart
du temps de maintenir à untaux normal, quand elle ne le thit
pas disparaitre par le ch6mau'e ou la ruine.
111.
Cette étude (lu l'atronaïe sel'ait terlniuée, si. à c;,té (les Formes
normales du Patronag'e, l'observation courante ne nolis montrait
les Formes, anormales du Patro,oge c'est-à-dire celle.; qui .e sub.-
litoeat à q,elque«-m. dex lype., precédent., .as e, pouroir rem-
plir la
Le Patron h Famille insta ble.
Le Maitre d'Atelier.
La Soci6té d'Actionnaires.
sont trois de ces formes anormales. 0n les a classées dans l'ordre
de la d;tkcIuosité croissante.
Le Patron à Ferraille in«table présente la fol'Uie an,,rmale dll
Patronage le moins ddfectuousc ; il se suhstitue exa«tem«.nt au lieu
et place du chef d« famille-souche et de métier ci
mille-souche pour en remplir la fbncti,,n. Son défaut consiste
dans l'instabilité, non pas de son ludtiel, en hfi-mème, re;ris de sa
LA SCIENCE SOCIALE.
famille, et c'est là un défaut, non pas naturel et forcé comme celui
des métiers peu stables, niais arbitraire et factice. C'est en cela
que réside l'anomalie du type.
t.vec la famille instabh, le Patronage est forcément décomplété
«le ce qu'il est avec la famille-souche, et il est alAcomplété dans
ses trois i.16lnents. 1 ° Dans le Patronage du Travail; l'instabilité
de Ici famille patronale m. permet ni le choix des meilleures
inéthodes de travail, ni la pernmneltce des emphfis de travail
peur les familles ouvrières. Vovez ce «lui se passe en France :
l'industrie «.st considér6e comme une entreprise où l'on ne
met pas ses tils et d'où l'on se rctire le phls t6t possible, après
fortune faite ; les «pitaux, la spécialisation et la sélection des
chefs, lui malquent. "" bans le Palronagc et la Propri té; la
liquidation périodique que l'instabilit6 de la famille patronale
impose a tousles ateliers elnpechê le patron de grever son entre-
prise dc ces charges et de ces sul,ve6tions au moyen desplelles les
patrons t faluille-s, uche font jr, uir des avantages de la propriété
d'une fa«on efficace et continue, les familles ouvrières qui ne
p,,ssCdent pas «le pr,-,priété. La propriét6 tend à devenir de plus en
plus pers«,nnelle et à s'affranchir des chares «lu patronage. Le
.'-"rand l,r«,pl'iélaire qui achète versle milieu de sa vie un domaine
,pie ses fils ne i,,,uvront conserver, se soucie fort peu, dans un pays
«,ù il ai.rive in««,nnu, «le maintenir les anciennes coutumes: il
donne ordre à ses.'-"ardes d'elnpècher les pauvres du v«,isinage de
ramassor le I,r, is mort dans ses terres, et il les prive ainsi d'une
ressource tl'6S alTr6ciable. Il ei, xa de inèlne dans l'industrie :
le .'..rand fal»l'icant qui inonte lui-nièlne une affaire qu'il liquidera
peut-ëh',, de son vivant, a.'-"g'lomère bien autour de ses usines de
non},l'euses familles ouvrières, mais son entreprise est trop
courte p,,ur qu'il puisse tut faire supporter la charge de l'instal-
lation d«. mais,,ns «,uvrières. 3 ° Dans le Patronage des Pliases de
l'Existence : l'instabilité anaène les familles patronales et les fa-
milles «,uvri6i'es fi s'i'not'er, à ne pas chercher à se connaitre,
chacun s'ors'anise et se tire d'affail'e coinme il le petit de son
et, tC En fait. le Patron à famille instable n'exerce qu'un patro-
na.'=:'e telul»«,i'aire et il l'exerce salis rands movons.
LE PATRONAGE. -¢)13
Bient6t le Patronage devient tellement difficile que l'on vol!
se produire sans tarder deux t)pes de Patrons qui ne patron-
nent plis, ce sont : le laitre d'Atelier et la Société d'Action-
hall'es : t«,llessont les deux dégénérescences du Patron famille
instable; c'est là du moins le fait le plus ordinaire.
Le mal!re d'atelier, est, avons-nous dit, un patron qui ne pa-
tronne plus; il dirige encore le travail, fouruit à ses ouvriers
un atelier et des instruments de travail, mais à son seM prot :
c'est un emplo!/eur. Le .laitl-e d'A!elier est n'importe quelle
epèce de para'on dont la caraetéristique est de s'abs{enir
patronner; il tient la place d'un patron quelconque sans en
remplir la fonction. Son défaut diffère du défaut que nous
avons observé chez le patron à famille instai,l« quoiqu'il en
procède le plus souveut. Son défaut consiste précisément à s'abs-
ternir de patronner, non pas à cause d'une impossibilité ou d'une
extrëme difficulté l'ésultant des conditions du métier, mais par
suite d'un vice factice anormal du méfier ddor.qani.«:, par
mauvais vouloir ou par iucapacité personnels. L'employeur.
tout le monde le connait, tout le monde l'a vu air; il d,,nne
aux ouvriers du travail quaud cela lui plalt, en embuche un
grand nombre aujourd'hui pour forcer la production, quitte à
la ralentir et mme la cesser delnain sans se préoccuper le
moins du monde des crises dans lesquell«s un salaire lev(,
au,si bien qu'un lon. ch6mage feront total,er les familles ou-
vrièl'eS.
La ,oci6t d'.lrtionaire«, qui arrive à la fin, présente la forme
la plus anormale du Patronage. Son défaut est très simple à
décomrir: il consiste à mettre à la place du {;rand Patron une
eollecti«io; icapable de patrontw,', non encore par nn vice
naturel du lnëtier, luais pat" la «'ottstitutiot arbit,'aire " laquelle
s'arrêtent ces soeiétés qui sont purement et simplement eom-
posées d'actionnaires servis par des agents t !)-
{1" Remarquez bien qu'il s'agit ici d'une collecti il6 d'actionn«tires; si nous a ton»
affaire a une sociëtë non pas d'actionnaires, mais de patrons unis ensemble par de»
nëcessités de ;nélier, coin;ne cela arrive la plupart du temps en Angleterre, nou»
aurions affaire a un type normal de Patronage.
-! l I SCilCl SOCiAII.
lalgré le lWéu ' eoutvaie, on peut affirmer que la Soeiété
«l'ctionnaires n'estamais nne néeessité imposée par le métior. n
«pl..lle en et actio.naie sa.s plus, celui qui n'a avec le
travail d'autt'es liens qu«' le prét ou pour mieux dire l'apport
de l'aren[. Des actionnaires qui seraient habitanls du pa)s où
est «:tal»lie l'industrie, ou qui seyait'nf pris à ce tit'e, ne son[
plus des a('li«»nnaircs purs ci simples; et»mme actionnaires il
ve.sic'rit m, uvai; comme 'ens lies à la loealité, à l'alclier, ils
«-Olnneeent à valoir.
La Soei6lé d'.kctic»ntaircs est une forme de palron sans pa-
trotl. Le palron a dispal'u po«r «:tre remplace par une Sociel6
de p«»l'ieurs «le litres; par ce me)en, les ineonxénicnis que les
liquidations péri«»diques, eons6quenec iç»reée de l'instabilil6 de
t)mille, faisaient cru«.lh.mcnt ressentir à l'industrie, sont eon-
jurés, m«ds seulen,'ul p«»ur les actionnaires; les fimiHes ou-
vrières eonlinuentà soufl¥ir de, l'al»se.nec de patronage. Observez
l»lut;»t le mécauism,' d'une de ces soeiétés; par leurs capitaux,
les .kelionnaires fournissent'bien un atelier, des instruments de
travail et du salaire aux ouvriers, in,ris ils font cela dans leur
seul et unique intérèt ; ces ouvriers, ils ne les connaissent pas,
ils ne sont jamais en contact avee eux; ee soin, ce devoir, ils le
e«»nfient à des a'ents salariés. des dil'ecteuvs et à des ingenieurs,
h des hommes qui n',»nf ni les devoirs, ni les inlévèts, ni les pou-
voirs des patrons. La l»remièl.e pr6oeeupation d'un dil'ecteur.
c'est de eonduire l'aff«fire qui lui est confiée de telle sorte
,lu'elle donne, dns l'almee, h.s plus beaux dividendes possibles.
En fait, 1«' patron n'existe plus, il est devenu un ètre collectif, Ch
blve qui, Iorsgu'il t'eut palt'otter, doit le [ab'e [oreémett par
and ces formes anormales ont peu à peu remplacé les
formes normales du l'atvona'e, le malaise social éclate dans son
plein. I.es fanilles ouvvièves, qui ont laissé aller la pvopviété
lU'«,lles n'étaient pas capables de possédev, voient tout à coup la
sécuvité des mo'ens d'exislenee leur manquer; vivant unique-
ment du salaire, n,m seulement elles ne reçoivent aueune aide.
aucun secours, dans les phases les plus evi!iques de leur exis-
LE I'ATRONAGE. l
tênce, niais elles n'ont mème pas la certitude de trouvêr d'une
faêon continue d«.s emplois de travail.
C'est alors, lorsque les employeurs et h.s sociétés d'actiolmaircs
ont relnplacé les patrons, qu'apparaiss«.nt les l|,»nnes-;Euvrês,
ces succédanés du Patr«mage. Certes, on ne saurait trop lou«.r
les personnes «lui se donnent pour tche de supplé,,r dons la
mesure du possible au, défaillances de ceu, qui mauqu«.nt à leur
fonclion essentielle. Mais il faut bien remarquer que, si iniéres-
santes «,t si bienfais;,ntes que soient les ;Euw''s dites de l'atro
nage, leur action sera loujours éphémère ei elles ne pourront
jamais, lout compte fail, qu'organiser le désordre. N'avau! pas en
main les movens d'existence, ne disposant pas «lu l'a,'«il «les fa-
milles ouvrières, les Bonnes ;Euvres ne peuvent attaqu,:r le mal
dans sa racine et rec,mstiluer dats son vrai l'organisme s,«ial.
La disparition des employeurs et des sociétés d- put action-
nairês, la stabilité rendue aux l»atrons à famille ilstablc se, nf
de» rcmèdes plus efficaces au mal social.
Cette étude du l'atroilage serait incoluplètc, si, après avoir
déterminé et classé les différentes Espèces du l'atrona.e, uous
n'indiquions ën deux mois comme-il! il faut procëdcr pour faire
l'analyse d'une, quelconque de ces Espèces, ou de. I,,urs Variët6s.
L'analyse vraiment êomplèto du Patron doit se faire sur le
modèle de l'analyse de l'Ouvrier. Il faut reprendre il son sujet
particulier les tableaux d'analyse que nous avons donnés, depuis
le Sicu jusqu'aux Phasês de l'Existence. C'est Ici monographi«, di-
recte du patron succédanl ;... celle dt, l'ouvrier, dans laquelle le
patron n'est apparu qu'au poinl de vue spécial de l'ouvrier.
On devra donc adapter le cadre de la monographic au patron
et on aura ainsi :
Le Lieu du Patron,
Le Travail dirigë, ou fait par le Patron,
La Propriété et 1 Ear,,ne patronales,
LA SCIENCE SOCIALE.
La Protection des Familles ouvrières,
La Famille du Patron,
Le Mode d'Existence du Patron.
Les Phases de l'Existence du Patron.
!1 faudra se reporter tout d'abord "h la monographie de la Fa-
mille ouvrière pour tous les faits du Lieu. du Travail..., etc., qui
sont déjà connus, ce sont là les Fait.» déjà connus. Mais ils no
vi«.nnent pas ici par un simple raDpel, ces faits ont déjt été ob-
servés dans leurs effets sur les ouvriers, il s'agit de les observer
maintenant dans leurs ets sur le patron.
La seconde chose à faire est de relever les fails que la mono-
'raphie ouvrière n'a pas montrés ce sont là ,/e.. Faits co-
mes. Dans les tr«»is tablcau relatifs à l'action patronale : Travail
dirisé ou fait par le patron Propriété ou Épargne patronale,
Protection des familles ouvrières, les faits que l'étude de la
famille »uvrire, spécialement cal»serrée, n'avait pas révélés et
que l'on note pour la première fois, se partagent en deux caté-
8",,ries :
le Faits indépendants du Patronage,
2 o Faits de Patronage.
Les faits indépendan{s du Pair,,nage sont ceux qui sont ier-
sonnels au l';itron, et «lui ne concernent en rien sa fonction de
patron. Il est évident çl«e la po«scssion d'une galerie de tableaux
par un grand indusl'iel ne relève en rieu du Patronage.
Les Faits (le Patr, nag'e sont de deux sortes, soit qu'ils viennent
expliqu,.r ce qu'on a déjà vu chez l'ouvrier, soit qu'ils aient pour
ob.ict une autre classe d'ouvriers que celle qui est le sujet de la
monographic. Ce sont (:os faits iterues de Patrorage qui expli-
queut et Cendent le l'atrona.'e.
C'est ainsi que se f;it la monoraphie du Pair,m. c'est ainsi
qu'il faudra procéder, toutes les fois qu'en avançant dans l'Cude
«le la société, «an se tr,mvera en face d'un groupement nouveau.
parlant plus étendu et plus compliqué. On se servira de la con-
uaissance d groupement précédcnt, ici de la Famille ouvrière,
pour pénétrer dans le 'roupement supérieur, ici le Paire-
LE PATRONAGE.
nage, et on observera ce groupement supérieur, non seule.ment
pour savoir pour¢luoi et comment il a.'..rit sur le précédent, mais
encore pour se rendre compte des autr,s ,_.'roul,cments inïé-
ri«.urs, silnilaires de celui que l'on connait, sur lesquels a.it
aussi le groupem«.ut supérieur. L'Atu&. d'une familh, ouvri,re
de l'industri m6nera, par exemple. à l'étud, d'une famille i»«-
tronale, et l'ét«d«, de cette famille patronale, de. cet organisme
supérieur, expliquera non seulemeut comment et pourquoi elle
agit sur la famille ouvrière industrielle, mais «nc,,re sur d,.s fa-
milles paysannes dont «.lle peut aussi détenir l,.s moyens d'exis-
tence. C'est ainsi que l',bserv;,tion d'un organisme supé_riur,
pour ètrc comp/i.l,, et /,,'«»ri,:e, nécessite l'-b,:rvation d tous
les or.zanismes intëricurs qui lui sont subordonnés.
Nous vcnons d'étudicr la naissance et le dévelolq»e,«.nt «le
l'or;anisme patronal; nous l'aw,ns vu tout d'abord renfer:6
au sein de la famille, ouvrière, puis en s,,rtir bientét, p,ur se
«onstilucr avec tbrce à l',tat d'or.'-"anism«, isolé. Lorsque le
tronage est arrivé à cette derniére période., sa tàche est im-
mense et il serait impuissant à la remplir s'il ne s'asurui( pas
du c-ncours d'auxiliair«.s dévoués et sut»rdonnés. Ces .lcri-
liairos «lu P,t'o,,ye sont : le Conmwrce. les Cultures ln-
lollectuelles et la Religion; nous les étudierons la pr«chaie
lois.
(.l
r. xt. 17
LA VALLEE D'OSSAU,
ETtDE SIP LA POI,ILTION ORIINAIRE ET LX PRETENDUE
FAMILLE-S»U:HE DES PYBENEES.
III.
LA PROPRIÉTÉ ET LA FAMILLE.
I. -- LA PROPRIIT.
Ie mbnw que n,,us av,,ns vu le travail naitre sp,,ntan6ment
des conditi,,ns du Li,.u. n,,us all,,ns v,,ia, le sol t.t le travail impo-
sc. la constitution de la Propriété.
Le ..o/. essenfi,qlement paucre, se' l»artae, on sc. 1«. ralqwlle,
«.nh'e ch. nait.es l»àhn'ag's et dinsuffisantes cultures.
Si nous recherch«,ns qu,.ll se,rie. ,h- prolwiét6 peut s'v ajus-
l,q.. nous sommes conduits, dès l'abord. à écarter le r6ime de
la l.ande l»r,,lwi6t6.
SUlq,OSeZ les 25o lwctares «1 s,,l utilisable d'Ast,.-Béon aux
m«,ins de quah'e «,u cinq ffralMs pr«,lwi6taires, tJu«'l pourra tre
1,. r6sultat de c«.t accaparement? En d6pit de toutes les méflodes,
I,. sol ne. rendra jamais plus ,lu'il ne rend enh'e les mains de
petits culfivat,.urs, intéresés, par une qu«.stion de vie ,-,u de
lllOrt, à mt,[tl'e en valeur sos moindres I'('SS«HII'Ct'S.
La Srandc pr,,priëté, en sul,sfituant à celle exploitation direct,'
son l'bzimc de dom«.sfiques et de flwlniel'S, n'arriverait donc qu'à
ron«lre l'utilisati«m du s«l moins soinouso, me, iris m6na;'ée. Ainsi,
lëe«momio vésulant de ]a v61u«.tion du pevso.n«.l soait
r«.usement eomp«.nsée pa' la dépvéeiation de' la eulture «'t l'é-
lévation d,s salaires du p«.rsonnel restant.
Et 1«' reste de la population, de quoi vivra-l-il?... Voil«i d,,nc
une classe u,»mbt'cuse forc6mt.nt condamn6,. à l'in,li'en«e ot à
l'6migration pauvro, sans qu'il en r6sulte 1«. moindre accroiss.-
ment de production" soit nne perte sb«he pour' le pays.
Ce s,,1, 6tant impropre' à la grande pr«,pri6t6, ne t'eticndra donc
quo de petite f/en.,..
Maintenant, v,,vons comment ces derniers se le dist'i},ueront
ontre eux.
Puisqu'il n'3 a pas d'dtoffç, h la formation ,le t'amillos capal,les
cio fournir à d'autres les re,verts d't.xisl«.nce, «.n d'autt'es
de familles pat,'o,tales, il faut, in6vitablement que ch,9t,e
,,ffll; soit 1,,'«,l»riétai,'e, qn'cllo lieune ses m,vens d'existe.ueo d,.
.,.ex droit. .çttr [¢" sOI.
La prop'i«:tg pour toux : voil; donc ce qu'imi»ose la nahu'e du
uant au trac'ail, nous savons qu'il cousiste eu pàttn'a'e
on cnlture, le premier' prd,hminant, la secoud, a«ces,ire et li-
mitdc.
Les conditions ,'t les ho.soins du travail variant «lu t,,ut
tout suivant qu'il s'a'it du pàtura.e «,u de la culluv«.,
pridtd t'ev6t, par là mème. une. forme, dittërenh suivaul quelle
s'applique à l'm ou à l'autre.
Pont 1" travail pastoral, tt'avail dispersé, en partie nomad,..
on ne. 1«. «Oml»rcndrait pas se sui»eri,,sant à des tcr'ilt,ires pri,és.
il faudrait que «haqno familh, p«ysanne fat ,le t«.mp6rament
acquét'ir, ou au moins à conserv,.r inviolablemcnt, une. parcoll,.
,listinc/e dans chacun des postes successit du pàturag,', de fac«,n
à avoir pour son bé/ail, qui est sa ressource essentielle, la
ritut,e nécessaire suivant les s, isons. tr, l'aptitude à une pr«,-
pri6161,ricée , aussi compliqudo et «ombinde, n'est pas le propre
,le tous.
20 LA SCIENCE SOCIALE.
Pour la culture, au contraire, la raison que nous donnions au
début garde sa force dans toute sa silnplicité : Laproprit:té sera
imHvidur'lle.
T«.lle osi d«,nc la situation, la formation na[urello ,le la pro-
priétd, dérivan à la fois de la nature du sol et de la nahn'e du
tl'ax ail.
Tout «h«:f de. thmill,' est propri,;.lairc, d'un c6h;, dc pJtura(/es
r«,m,,,u,x, qui sont lëlément le plus important, et, de l'autre,
d'c,, pe« ,h. te,',w ,r«/d«, d'« pe« de pr«i,';«.s « /a,ch,'«', qui sont
l'él,;m«.nt c«ml,16mentaire, l,OSs6d6 individucllemeld.
lb.prenons ces (h.ux ordres de priri6lês.
1. -- LES PROPRIËTËS COMMUNES.
Celh. cat@'orie cornpr, q«l deux éléments bien distincts :les
biens c,,,»,,,,u.c et los bions .,:l,dic, u.r.
P,;ta,',,./es. -- La commune p«ssède en propriét6 les pentes
herl,.uses «les m,,nta..-"nes v,,isines imm6di«,tenwnt contigues au
villa..-.c, et. de plus, une montan,, nommée Pe:/re/,, située sur la
frontiërc d'Espagno.
Mais, pr6cis«:m«.nt parce que chacune de. ces régious de' pàtu-
ra.,_.es est limité«' «'t qu'il faut en ména.'-"er les ressources, l'usage,
consacré par les règlements municipaux, a établi une sorte de
roulement «.ntre l«.s dittërt.nts quartiers de communaux que pour-
r, mt fréquenter les animaux à leur l'eh,nf de la haute mon-
taq=e.
Pçmr assurer l'observati«n des rblements sur les c/tes et dé-
,'«:tes (l), la commune entretient quatre gardes champétres, dont
l'un est spécialement ait'cciWà la surv,illance de la Pevrelu.
omme chez d'autres sociétés pastorales, c'est le travail qui
'.1) Epoques oil les q.ualiers sonl mis en dëf¢nse ou autm'isés. «lu latin trio.
LA VALLÉE D'O$$AU. 221
fournit à l'imp¢,t direct sa base or sa prop»rtion. La principale
ressource du budet communal consiste dans tre droit de pacage
calcuh sur le nombre de bestiaux utilis6s par chaque l»roprié-
lairo, d'après une unil6 appel6e bar'ode (1). La bacade repré-
sente une [ëte da gros bélail, vache, jument, ou dix brebis, qui,
pour la consommati«m de l'herbe, S,»ld considér«h-.s comme l'é-
quivalent. Un ;no compte pour une demi-bacade.
Le propriétaire d Aste-I,e »n paie francs pour chaque bacad«.
qu'il env-ie sur les pàturaes c,mmuns. I .... acquitle ainsi
1 fr. io. c'est-à-,iire une somme l»iou SUl»,.rieure à toutes ses
autros taxes r6unies.
Ce droit de pacag-o est personnel ci ne peut èlre ni Io,; ni
ali«;tt«;; t,utef«»is l'habitant pourrait, arec l'autorAatiot d, Con-
.eil muffcQal, prendre h cheptel des bestiaux
faire paitre avoc les siens, m«»vennant uno taxe double, de 8 francs,
que l'on nomme p,»ur cotte raison bat.ode tro,gbre.
En principe, le nombre d:s bacades que peut f, mrnir l'ha]»i-
lant est illimité; en fait. cette licence n'a rien de rcdoulable
puisque, on raison des exig«.ncos du lieu, h. i»l'opri«;taire,
iùt-il, ne peut ac«roitre l'ett,cfif de s,»n troupoau au dehi d'un
nombre relativement modique, h cause de la difticull6 «le fitire
subsister ca bétail en deh«»rs des lemps oit sont ouverts les pMu-
raes des monlanes.
I)n voit coml»i«.n la communauté pastorale d«5.t'end ses pàtu-
rag'es, c'esl-t-dire s-n travail, avec un soin jaloux.
Et la communauté a raison. Car cette sollicitude est p«»ul" rlh.
une question vitale. Le pàturae gaspillé, c'ost l'exist,.lce
ch. ces popuhdi«ms compromise sans retour, puisqu'elles ne sau-
raient trouver tle compensation ni dans la culture, réduit«" a sa
plus simple expressi«m, ni dans le commerce ou l'iudush.ie, que
la pauvret6 des productions rendl'ait imp,-»ssibh.s.
{)n s'explique donc bien comlnent toute la vi«. locale piv»h:
aub»ur tic celle propriété commune des pthraos, et ct«nment
cetto communautë a dù frapper à sa puissante emprointe toute la
,1, De baca, vache.
«]"3 LA SCIENCE SOCIALE.
s«:l'ie des l»hénouiènes s,,ciaux, spécialement la c, mstitution
la famille. Mais n'anticipons pas.
bots. l.es 271 hectares de for6ls existant sur le t«.rritoire de
la ,'Olnlnune apparliennqd «i celle, deruière " une partie .166 hec-
tares) à lilre indivis avoc la famille d'A..., propriétaire très an-
ri,m; l'autre pat'tic (105 heclares titre exclusif.
Le réime d,. ces deux cal6ories est diflërent.
I.es bois de la première sont administrés de concert entre les
c,,prol»ri,qaires et surv«qllés à la fois par un frai-de d'Aste-Béon
et un arde d« la falnille d'A... L'affouage s'v xerce au profil
des hal»itanls d'après les bases suivantes. Chaque [etc. il y en
a t{i. paie à la caisse comlnunalc uue laxe annuelle de Y francs
p,,tl" l'at'[«,uaffe
Ici .ncore se inanité.ste le souci de l'égalité qu,. nous avons vu
al»pa railre à propos des pMurages.
I.es parties de bois à abatll'« ont d'avance ëté dici'des en autant
de lots que de feux. Vtq.s la tin du mois de septembre, le maire.
«ssist6 de deux conseillers muni«ilmuX , tire les lots au ort. Une
pul»licali,,n ann,mce le j«,ul" où 1,,,ut'ronl COlnmencer les coupes.
auxqu,qh.s chaque intél'ess6 procède ensuite colnme il l'entend.
Eviron un stèt., et deuil de ros bois l'crient ainsi à chaque
talnillo. Aucune limilali«»n n'est ilnposée pour la broussaillc et le
buis.
La fougbl'e, d,,nt l'utilité pour la litière des animaux est si in-
«,,nl«slable. s'exploite dans les m,3mes couditions que le bois
d'affouage et rapporle à cha(lU, mais,,n environ 800 kilos.
Les I,,is dmt la commuc est propriétnire exclusive sont sou-
mis au réimo foresli,.r, dont on conuait les l'èlemenls étçoits.
En r@le z'énérale, l'Administralion exie que les coupes soient
ad.iuées à m entrepreneur, qui doit fournir le bois de construc-
lion aux habi[anls à un prix notabh.ment inférieur h celui de
l'in(lusl
Deux .jours par semaine, les hdiffents sont autoriss à cher-
cher en f,«'èt leur p'ovision de bois mort.
La raison de cet 6tat de choses est facile à saisir.
C'est un,. v6riié él6mentail'e en science sociale que l'exploita-
LA VALLEE D'oSSAU. L
tion d'une f,,rèt oxi.._"e des «lualités de e«,lupéh'llVe et «le pré-
vovance qui &happent ordiliaivelnent aux particuliers et aux
Les iudividus, surlout s'il s'agil «le pauvres ens comme
n6tres, pr6féreront toujours uno j.uissan«'e imm6diale et arlfi-
traire aux l,ms calculs d'un inlelli'ent aln61agement. 11 ell
de lnëme de la ç,llllllUlte, trop directem«:nt intéressée fi tirer
ht tbrët tout lo pl'«fil l»ossil»le. Daus l'un et l'atItl'O caS, la forèl
sera mise ;u pillage.
Il faut donc qu'iulervienne uue tut,.lle supdrieure et m«d61"a-
ll.ice.
Cette htteile, ce n'est pas de familles de l»all'«ms qu'il faut l'at-
tendre : ne,us sltVOllS qu'il n'en existe pas en Ilssau. Les altei«ns
propri,:taires qui. ,-ommc la l)uniile d'A.., poss6dai,.nl une
partie des forèls de la vallée, n'Ollt exerce à ce p,,int d,. vue atl-
,'une aeli,m bi,.nlhisante. Dans la commune d'.ksle-BéOlt, les d'A...
entretenaient, imur l'élabaration du lliin,.rai de tr. des l'orges
au bois dont les l'«mrne«ux dOv-rèrent sans eolnph.r pemlant de
lougues allfl6os loS richesses «les pentes «'nVil-ounanles. 2uand la
llévolulion dépouilla los pr,pridtail'«.s d'une lmvti,, d,. leurs «lo-
lnaines, bien des cimes, jadis l'éplth;«'s pour h.m" fertilité, «lemet-
raient déeoul'Onlées. Eles le sont enc,,re, et les tbres sont
jourd'hui l'uindes. Il m. p«mrrait en ëh'«. autrem«'nt. Il manquait
ici, pour ene«mrag,.rla t]dn.ieation et le eolumoree, qui sant les
,'onsbquelces hal»iluelles ,le Fart f, roslier, l'él6111,-nt ,-ssenliel
propre aux edgious exchlsivelnenl t>weslièl.«.s. La forèt n'Cait
qu'un ac«essoir% relativement lllilne; le l»;lul'age dtait t,»tll,
abrbait tout. h, mmies et choses.
Où la e«mmune p, mvail-ell,, donc trouver le correctif de son
inenpaeit6 native ?
Pour la partie de bois possddée eonjoinlelnent avec la thmille
d'A..., dans la sure«'illan«e réeo,roque «lU'exercent l'une sur
l'autre les deux parties intdressées ;
Pour les Imis demeurds sa pmpl'iëtd exclusive, dans la tutelle
du seul patron que n,»tre système social ail laisse debout, l'Etat.
Les communes sont donc demmlrées pl',priétaires. Propriétb
_0 LA SCIENCE SOCIALE.
tic.lire, il est vrai : l'État limite les canlonnelnenls, dirige les amé-
naemenls, surveille l'exploitation; ce qui ne va pas sans quel-
ques contlils.
Il v a quehlue vinl-cinq ans, régnait enh'e l'adminislration
t',restière et les e,,mnltmes un antaouisme très prouoneé ptve-
nattt d'un certain défaut d'inlellig;ence de la part des municipa-
lités et p,.ut-ëtre d'excès de rig'ueur du c6té des f',,nctiomiaires
ch. l'l:;tat. Aujourd'hui. la situation s'est améliorée. Ceoendanl
-n peut dire que h.s deux autorilós s'enlemlenl difticih.ment
p, mr l'expl,,itati,n des ftwèts communales. Le pasteur veut tou-
.],urs arandir ses l»hlurag'os attx d«:pens de ht fbrèt, landis
que l'administratif,n, d,,min6e par le louabl,, s,,uci du reboise-
ment. se met t'«,rt peu eu i»«.i«, de. pr«»I6ger h. phlurage contre
l'cnvahisscment dos jeunes p,,usses.
le là. une lutte s,»urde, incessante, des incendies, heureuse-
ment plus l';ll'pS, et. d'une fa«',,n ffn6rale, une dótiance muhlelle
qui lie laisse pas de. se lraduire par des róstdlats assez aveugles.
!1 n'est pas, on eftk.t, sans exemple «_le v,»ir des c,»mmunes, si
inléressées qu'elles s,,ient à l'aecroiss,.m,.nt d,. leurs phlura'es,
r,.pouss,.r des proj,.ts de regaZOnlwment lmr cela seul qu'ils
Cant.nf de l'Adminish'ation f,,restièrê.
t;e qui d6m,,ntre un,. fi»is de plus combien il serait désiral»h.
que l'expl-itation «h.s f«,l.èts aplmrtlnl non pas à l'État," placé
trop haut et trop ban. mais à un corps interposé, réunissant dos
,'onditious supéricures de stabilité, de pt'6v«,yance, d'int,«'èt looel.
en un mot it la l»rori,«e, ainsi que l'a d6m-ntré 1. Demolins (1).
En ath.udaut, e, mteut,,us-notts tic si-nah.r cette propriété
«',,lle,:tive des I»,,is. aj,,utanl tre trail nouveau à cette fbrlualion
communautaire «lui. décidément, dexient
caractéristique de n,,h'e petite
l'end«nt m,m séjour à .Xste-Béon. j'eus l'occasi,,n de saisir sur
h. vif l'importance que revèt d, ns l'esprit des populalions la par-
tieipalion à la pr,-,l»ri,qé des biens communs.
2uehlue temps après le tirage au sort des lots d'affouage, cinq.
I La Scicce so«ioh', livraison de juillet 1888.
LA VALLÉE D'OSSAU.
ou six habitants d'Aste étaient montés à la fovt, et, ail lieu
s'en tenir à leur part, ax-aient jet6 leur ddvolu sur les lots voi-
sins, dont ils jugeaient sans dute l'enlèvement plus facile.
Le fait, connu dans le xill,e, y avait soulevé la plus vie
«:motion. Les c,nversations ne roulaiont qu sur ce su.jet : ,,n par-
lait de faire intervenir les plus h, utes influences. (;' qui, dans
une ville, n'eut excité que l'intdrët d'un ttit divovs, pr,.n, it ici
les proportions d'un désordre public, auquel donnait encore
plus d'importance la qualit6 de certains des d,:linquants. A tout
prendre, cependant, il n'v avait aucun donma$-e, les l,»ls s'é-
quivalant ou à peu pr6s. Mais ce qui brait en jeu. c'6tait 1«' f,m-
dcment mème de la l,r, Tri«:t6. S'il dtait permis d'att,.nter
quelques-uns à la loi du l,avtag commun, c'en dlait fidt du droit
de tous : aussi chacun se d:clarait-il touchd comme si l'en
d6vast6 son champ ou son troupeau.
B. ltin s!/mlit'au.r.
Plusieurs f,»is déjh. le nom de S/ndi«al d'ltssau s'est ronconh-6
sous ma plume. V.ici le lllOlllellt de s'expliquer à son su.jet.
JIIsqu'en 1853. les sept montaues appartenant en conllllUil aux
dix-huit communes de la valide «l' tssau, et que, p«,ur cette raison.
on aplmIlc montagnes dtv;t'al«'.ç, par opposition aux inon[aël/eS
Sl»6ciah,nent co»tuna#s, étaient adminilrées par un seul syn-
dicat, souvenir de l'anti,lue .Im'ade, d,,nt il s«.lït qu,'sti,,n plus
loin.
En 1853, intervint un partae entre les deux cant,ns qui
posent la vall,:e, celui éc Lavuns ou llaul-O.,sau, et celui d'Arudy
ou
Le llaut-lssau, d,,nt fiit p;trtiv la commune observée, eut
pour sa part quatre m,mtanes : Bdt,s (1.189 hect, res,
,t0 heet.), .S,.u.s" (1 i I heet.), ,.t .1,'¢ (»03 heet.), l.es trois autres
restèrent le lot du Bas-IIssau.
Depuis lors, chacun des deux cantons est, comme n,,us le
vons, odministré par un syndicat spécial 'l).
¢1) Les observations de cette ëtude s'appfiquent partieuli,'rem,'nt au cant,m de 1 a-
rLtfiS, OB
221; LA SCIENCE SOCIALE.
Oulreles m,«tanes énérales, les dex canl«,ns se sont par-
laé, en 1853, ce qui reslait des vastes land«.s du l»ot-Lo, situ6«.s
à kil«,mèlres au nord de Pau «.t l»ossédées de toute antiquil6
par la Vallée.
I;e n',.sl pas sans peine que les montagnards d'ssau, h travers
mille c,,ut«.stai,,ns et d,. n,,mbreux procbs qui n'ont pris fin
«lu'en Is'tg. en ont consct'vé la l»ropriét6. Sa siluati,« 61oignéo
«le la vallée, l'usae inh.rmittent qu'en faisaient les propriétait'es.
l'exposaient aux incursions «'I aux usurl»ati,,ns des communautés
riveraines, d,,nt quehlues-unes ,«t tini. gr«ice h la prescription.
l»«r conqu6rird'importanis lambcaux de te'ritoire. Bit.n que ré-
duil «t quart ch. sou atwienn«" sup«.m'ti«ie, h' Po«l-Lo, mesure
encore au.]ourd'hui 2.o7 hectare.s.
En Ira;5. le Bas-Ossau vondit sa part à une compaTnic d'irri-
ffalion qui de'rait la mctlrc «.n culture. I.es résultals furent
peu près nuis. :ette cxp6rience t,,ute r6centc est intéressante
re«u«.illir p,,ur nos conclusions : dans sa plus grande partie, 1,.
s,,l de ces landes, ,.ntt'ecoup6 de marais, d'ajoncs et de bruy6res.
l,«.ul èlre considéré COllllllt. intranslbrmal»le.
l'lus avise:, le Ilaut-Ossau a g'ard6 sa part (I.058 hectares)
env, de, chaque hiver, le bélail qu'il ne p¢.ut nourrir chez lui.
Il n'a pas manqu6 de criliques pour lui c{mscillcr d,. se ddfairc.
h l»«.aux dcniers comptants, de ces terrains improductit; mais il
« r6sist6 aux sug''cstions de la cupiditd, «.t bien lui en prend, car
le Poni-I.,,ng lui ssure, cm dehors du revenu produit par la vente"
«h.s aj,,ncs qu'on v c,,upe p@iodiquem«.nt, une ressource éven-
tu«.lle pendant les années de diseih..
L'utilit6 de la possession du l',mt-L,,n.z ressort nette.ment du
fait suivant. E 1890, quatre ct.ttls I»esiiaux environ ont 6t6
vovës la lande. En 1888, il en était descendu un millier. Les
six c«.nts tèt«.s de l»dtail fi»rmant la différence auraient d6, faut,'
cio l,,,uvair vivre à l'Cable, ètl'e sacritides par les pr¢,pri6taires.
i l',m n'avait «:tt la rcss,mrce de' la h'anshumance au Pont-
l.ong'.
Il se.ml»le donc que l'exlrience soit ici fav¢,l'able au maintien
,h. ces unions de communes d¢,nt l»lusieu;.s types ont 6t6
LX VALLI:2E b'OSSAU.
servés en Eur«,pe, noamnJeu ]'_[Ih-n«.,! en Suisse. Là, comme
ailleurs, ,n tend aujourd'hui à scinder ces ramles eommunau-
tés. Et-ce un bien. et-ee un mal? On peut sans doute el,6rer.
en rendm[ ainsi à ebaqe sectio» la reSl»,nsabii[«: de
propre, dével,,pl, er plus twtem«.nt l'initiative locale et rendre
l'expl,,itation ordinaire plus fi'uetueusc. Ce n'est nalheureu,.-
nient pas, ,,n vi,.nt de. le voir. le cas de n,flr,. SVldi«-a[.
;et avan[aëe est peu de lahil'e fi balancer l,.s inconxéni,.nts
du système. E éparpillan le fonds commun, il reslvein et 6nevve
les ress«,urees de chaque secti,-,n dans les circonstances difficiles.
En disloquant les lins hul,itm.ls de solidarit6 onh'«' deux
de I,-puhflions, il afthil,lit ci diminue la t'ovce de r6sistanee ,le
celles-ci aux tentafix«.s possil,h.s de dominali.n.
II. -- LA PIH»PIIE-IE PRIVI2]E.
Uu poin! nous est dès à pvés,-nt acquis : le l'éàn,e d," la 1,vo-
priété privée est celui de la trè petitelr,q»'idtd.
il suffit de jeter un coup deil sur le i,lau eadaslral l,ouv
s'en convaincre.. I.e hu'rit«,il'e d'Aste-B6,,n e.m{flo 1.630 par-
celles, 1.6parties enll'e 15 pr-pviétaives. Sur ces 152 pv«q, ri6-
taires, 78 possbdeut m-lus d'un hectare; 71 poss&lent de
5 hectares; seulement. (le 5 i 8 hecb«'es. C'est h- 1-t (h' I .....
dont la prol, riété mesure 6 hectares ': arcs.
Aucune bourgeoisi,' " rien que des pasteurs-a-vieultem'«.
presque te,us ad.uués p,.rsonl,ellement au travail tel que n,,us
l'avons décrit et l»rt, pfiétaires de leur domaine.
La commune se compose de 96 mais, ms, occupées par 8
nages, t'n seul ménage par maison, c'est la règle. E tous cas.
jamais plus de deua', celui des parents et celui d'un «.nt)tut.
veuilh- bien retenir ce tçait.
En teint, 18 individus, d,mt 177 Frn«uis. Sur ce noml,ve.
les « patrons » petits patrons) ou chefs d'atelier des deux sexes
s, nt au nombre de 17:», ayant avec eux ]70 enfants «,u par«.uts.
llans toute la commune, vous ne trouverez que 1 ouvriers, .j,»ul'-
nalievs ou domestiques agricoles.
2--) LA SCIENCE SOCIALE.
V«,ilà sous quels irai[s S6n6raux se l, réscnte la l»opulafion
«1
Chaque' ttlnille vil d«,nc sur son d,,mailtc. Mais à qu«.lle
dili,-m ?
A condiLi«,l qu«' /- .labil#d d, c¢'/,i-ri soit ab.ohtme.t
ra.lie.
i,.i Iv travail, dis«,ns mieux, les moyens d'oxis{«.nee sont rigou-
v«.us,.mont ]WOl.»v[iolnt6s au de»maint. Am«,indrissez «'lui-ei,
«»us «b:tru£ez e«.ux-là. A [out prix. il thu{ en assrel' la c«»nser-
La ««,utum.. soineus«'melt [ransmisc ci Vesl»eelée , y a pourvu.
Rien de plus simple c,,mme méeanisme.
Il v a neuf ans. le père de S... mOUl.U{, laissant cinq tils
une tille..I,,seph i .... , l'aihC tt ho:rit/ de tout b" do.t.t)e. La
pari de" ses t'vèv«.s et «le sa seuv a 6té évaluée en a rcut ..000 francs
l.»Ur chacun. Lui esl d«.meuré, par le t'ait, ntai{l' d« maison,
/lift
Mais ««'lt«' pari. celle l,:(/itime, a-t-elle :té vers6c aux cadels?
N»n. sauf à la seuv quand elh. s'est mariée. Les autres ,e l'o¢l
j«m-i. I d,.»«,,dg,.. Ju« nd ils la r6cla m«w«,nt, l'ai né la leur paiera.
x«ltt. ittlt;,'ttl. " «'[ Irai" verson«q]ls 6cheloun6s c'est la coutume.
Ju,nt à d,.ln«d,.r h. l»arlaç«, eu nalure, l,.rs«,lme n'y s,,ngc.
I'«,urqu,,i h. d«'mandel'ait-on? On sait I»icl que ce serait la ruiu..
SUl,l»,scz qu«. le bi.n se frit 6alcment pat'ta6 à la mort du
l»bre, l»lllsi«'lll'Sl des «ntnls :tanl minc,vs, il cùt fallu procédev
.judi«iairên,.nt. L,:s hectares et d,'mi de terre, v c,»mpris la
mais,,n .1 les 'rau«.s, valaient 13,000 ft'aleS. C«ml»l«.z au moins
3.0oo fvaucs de frais chacun des eufants n'aUl'ait recueilli de
biet que l,»ur 1.30tl francs, chiffre insutltisan[ et qui n'cùt
1,. sauver d'une «onditi,,n mis,h'al»h..
11«' faitl la coutume, at contraire?
I»ouv lWévcuir un pavta'c qui s,.rait l'anéaltisement du do-
maine., centre et t'over de la famille, clic l'altribue à un seul. Le
d,,maino subsisle, à 1 chal'c pour l'héritier de d6sint6rcsser
h.s cadets on
Ians la t3mille i , eolnme partout dans la wllde, les cadets
LA VALLÉE DOSSAU .....
se sont prètés à cette combinaison " c'est la coutume, battu,, en
l,rèche sans doute là comme ailleurs, lnais enc«,r,, universel-
( '
lement ,bservee. Que certains cadets murmurent et re'imb,'nt.
rien de plus naturel ; tout«.t,is, il fiut le recounaitr«', la g6n6ra-
lité de la coutume lui «.nlève c' qu'elle pourrait présenter d'o-
dieux au point de vue de l'@-alit6. En ren,,n«ant à leur part en
nature', les cadets ol,éissent le plus s,,uvent à un sentiment dë-
sintéress6 et au ch;sir de voir se p,.rp6tu,'r la famill,., la
d,,nt on est si tic.v. .i,.lquefois a«ssi l'intérèt les y p,,usse plus
d'ml pr6f6rera toucher une somme de ou 3.,oo t'rncs que
l'eCcvoir une pièce d,./,.r're de nltllle valeur qui, isol,;,., d,.vi,.n-
ducfive.
La COll[Ulll successorale I'«'pOSC (]«»IIC sur ces deux pivo[
I « le père avantage toujours l'ain6 de ses «.nfants de t,ute
quotit,: disl,onil,le, sans parler des lii,éralit6s indircct,.s:
2" les cadets ren,,nccnt à leur l,art en natul'«. .t s,. content,.ui
d'en capital en argent.
Remarquez que. dans ne,tre famille I .... , les,'ad,.ts n',,ni
pas r6claln6 leur 16gitime