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Full text of "La Science sociale, suivant la méthode d'observation Volume 14"

ÊCOLE 
:HAUTES ÉTUDES 
OA/ERCIALES 
E MONTRÊAL 

IBLIOTHÊQUE 



LA 

SCIIENCE SOqloSL E SUIVANT LA MÉTHODE D'OBSERVATO,,N. 
i" LF 
Directeur : M. EDMOND DEMO INS. 

Année. -- Tome X I¥. -- 1 " Livraison. 

SOMMAIRE DE LA LIVRAISON DE JUILLET 1899 : 
Paul de Rousiers. -- Questions du jour. -- Un Américain en France. P. 5. 
Robert Pinot .-- Le Patronage. (Cours de Mthode de I $cicnce sociale.) P. 21. 
J. Lemoine. -- L'ëmigration bretonne à Paris et aux environs. P. 39. 
Léon Poinsard. -- IAbre-Ëchange nu Protection. V. -- La Protection. III. -- Pays 
à dèveloppement mxtc de la culture et de rindutrie (fin). P. 61. 
LE MOUVEMENT SOCIAL : 
I. Confërence contrsdictoire sur le SociaLisme : -- l « Discours «le M, Paul La- 
largue, dëputë; -- 2 ° Rëpliqne de M. paul Lafargue;- 3 ° 11epljque de 
M. Edmond Demolins. -- Ll. A travers les faits du mois. -- III. -- Sociëtë 
pour le dëveloppement de l'initiative privée et la vulgarisation de la Science so- 
ciale : -- Bourses de voyage. -- Correspondance. 

PARIS, 
BUREAUX DE LA REVUE 
LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT 
IMPBIMEUBS DE L'INSTITUT» BUE JACOBç 6. 
1892. 

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LE MOUVEMENT SOCIAL 
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FRANCE, 20 fr. -- ÉTRANGER, 25 fr. 
La livraison,  francs. 

Ces deux publications paraissent tous les mois. 
On peut s'abonner sans frais dans tous les bureaux de poste. 
Le montant des abonnements, ou des cotisations, doit être envoyé à ll. PAUL LE- 
LOUP, administrateur, librairie de Firmin-Didot et C ie, 56, rue Jacob, ou 8, boulevard 
de Vaugirard. (Envoyer les lettres à cette derniëre adresse.) 
Les sixpremiëres années de la Science sociale, formant douze volumes, sont vendues 
au prix de 100 fr.; pour les nouveaux abonnés, 85 fr. 

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LA 

SCIENIE SOCIALE. 

BIBI.IOT • 



LA 

SCIENCE SOCIALE 

SUIVANT LA METHODE D'OBSERVATION. 

Directeur : M. EDMOND DEMOLINS. 

Année.- Tome XlV. 

BIBLIOTHF.0I:E 

PARIS, 
BUREAUX DE LA IIEVUE 
LIBItAIRIE DE FIRMIN-DIDOT ET 
LMPRLMEUBS DE L'INSTITUT» BUE JACOB 56. 
1892. 



QUESTIOIIS DU JOUR. 

UN 

AMÉRICAIN EN FRAN'E. 

l',rodant les quelques jours ,ltt'il vient ,h" p«sser à l'a-is. 
.Xl '-+r lr«.land, archev.<lue de Saint-P«ui du .Xlintcsola, S'«'st h',»tiv6 
'n face de plusieurs audihàres qu'il a sul,juu6s par le carac- 
tère ar«h.ut et viril de son ,:h»<lucncc. Aucun de ceux qui l',,ni 
entendu n',,uldiera l'impressi,,n que lui a caus+P sa parole chaude 
,'1 br+xe, parole d'homme d'ncli,,u, inspirée par d,.s a,.b.s ,.t 
inspirant <les actes, r6sumant une. ligne <h. conduih.. 
Mais ni l'in«,,nteslablc talent de l'-ralcur, ni !«, sypathi,. 
ualurelle que peut inspirer chez n.us ce l»r61al 6h'.nm" tou- 
jours prèt à l,roclam.r so amour p,,ur la I:ranc.. ,,6 il a passd 
sa j«'tmessc, ni la r6l,uta/i,,n <lui l' suivi à travers l'Allantique. 
ne suftil'aimt à .xpliqu,.r l'atlrait <lu'il a insl, ir6. On s Seltlail 
+n présence d'un holnme; voili let v'aie l'ais.n de sou succès. 
L'archer+que de Saint-I'aul l'dUnit en lui deux caract6r«.s 
l»articulièl'elnCl/in/6rcssalt/S : sa pcrsonn«lité est f+rl«.lnell 
cus6e, et ccpPntlanl ,+!1, + est typique, de l'.Sl,rit m+ri,-Mn : il 
r6sumc  un haut «l,.ffr6 les qualit;s Sl.;cialos d. o- 1,euplc e- 
trcpreuanl et 6nerzique qui conquiert les solitudes du Fal'-XXesl : 
ses concitoyens le reconnaissent Unalfimemeul, et h.ur appr6- 
ciation de l'archevètlue lrcland alteint h- supr+m, deg'ré d'ad- 



; ,A scmrc SOCiAl.E. 
mivation : lle A a .l»b, ndid man, « C'est un homm .plcndi«b" », 
m'a-t-on dit plusieurs fois aux États-Unis; autrement dit : « C'est 
un magnifique échantillon d. l'espëce humaine, telle que nous 
la coneevol]s. » 
Dans tous h.s pays et h toutes h.s époques. il v a quelques 
hommes qui offrent ainsi le type d'une race. L'histoire véri- 
table seyait leur histoire, car par eux on o»mprend toute uu«. 
él,,,qu«.. t,,ut un l,ays. On sont cela d'instinct quand on lit leur 
vit.. Imainez que vous puissiez pdnétrer jUS, lU'au tbnd dans 
l'ame de 31(,nllu«. v, us aurez du seizième siècle une vue plus 
ju,le or 1,i«.n 1,hls c,,mplte que si vous connaissiez dans leur 
,,rh-e la n,,m.nclalurc de tous les engagements qui marquèrent 
les I;uerl'es de Religi,,n; de mème, prenez la vic d'tre Benve- 
nuto I:ellini vous cç, mprendroz le milieu oh s'est f«,rm6 Fart 
italien, v,,us en aur,.z, l,,,tw ainsi dire, la p«rcepti,,n sonsible. 
I:haque tbis l m. se rdvèlo au public un de ces hommes qui sont 
«,,mme la haut,, expressi.n d'un milieu, le public se h'»uve 
remue, sans trop savoir l»mn'quoi, mais lëmotion qu'il ressent 
est communicative et cnlçainanto. V«ms vous souvenez du 
succbs qui accueillir l'an d,q'nier. à h.ur apparition, les 3l,:moi'es 
de Marbot? 31arl,ot caractdrisait à merveilh, le genre particulier 
.l':norgie sur lequol s'est f,,nd6e l'ép,,pée lapol6»nienn«; il 6tait 
l'homme, d'une 6poque; on s'en est remlu ct«npte en lisant ses 
rdcits, ,.t tout le monde a voulu les lire. 
C'est pour la mbme raism qu'on s'empressait ces joui.s-ci 
autour de l'archevr'qu Ireland. Coth. AraAri,lu,. dont on parle 
tant ci qu'on connait si peu, il semblait qu'on l'avait devant 
soi. et t,n l'avait bien rdellemcnt: on l'errait dans son essence; 
car ce qui est remarquable aux Ëtats-[nis, ce ne sçmt pas tant 
l's ¢]to.'¢'. que les ]tomm.ç. O1 v voi sauts doute de m«,nstrueuses 
entreprises, de .iffantosques ],àtiments qui ex«ih.nt la curiosit6, 
mais ec SOltl les ho,mmes qui pr,,voqu«.,t l'admiration; c'est 
leur ind,»mptable 6nerg'io qui ortie le spectacle véritablement 
intéressant. En nous envoyant un de leurs enthnts les plus 
dminents, les États-Unis nous présentaient d,,nc c,. qu'ils ont de 
meilleur. 



AMÉRICAIN EN FRANCE. 7 

l. -- LE {;RAND RESSORT DE L VIE AM;RICAINE. 

Les Américains n'ig'noren! pas d'où ils tireur leur f,»rce; ils 
ne se trompeur pas sur les causes «le leurs succès. L'etl;»rt imli- 
duel développé à rex[rème leur a si bien réussi qu'ils 
en lui toute leur contiance, sans se préoccuper «mire mesure 
des tl'mes de rouponwnt qu'amènent les nécessités d'une 
action commune. Tandis que nous u«»us arrachons les cheveux 
depuis cent ans pour savoir s«ms quel drapeau et dans quel ordl',. 
il vaut mieux marcher, eux marchent chacun de son c6té, 
pensant avec «isan que c'es[ la meilleure solution p,,ur qui 
veut avancer. Que le wfisin s'arrète au bord du chemin. «,u re- 
cule, ou se dét,,urne, c'est son a[thire; le premier qui réussira 
indiquera aux autres la vraie voie par le seul thit de s,n succès. 
mais il importe que chacun la cherche : ,, Les timides mal'ch,.nt 
en foule, les ]»raves s'avancent en simple tile », disait à Bal- 
lime»re, il v a tr«»is ans. le même prélat que les Parisiens 
viennent d'applaudir. 
Aux Fram:ais, il a tenu h. mëme lan'ae: avec une grand,. 
sincéri[é qui es[ la plus habile des r¢¢ses, il leur a dit : Je ne 
viens pas vous d+nner de conseils, je vieus seulement vous dir,. 
comment nous fais«ms en AraCique... et nous réussissons. 
Ce quïls font est très facih. à exprimer : ils avancent et ils ai- 
ment qu'on avance; la lutte pour la vie, telle qu'ils la c, mçoiven[, 
est la lut[e contre les éiAments, non contre h.s homnes. Sur- 
monter les obs[aclcs qu'on a devant soi, retourner la prairie [,out 
la trcer à produire du hl:,, creuser la mine pour lui arracher 
ses trésr, rs, défricher la for,;.t, construire des villes e[ des che- 
tains de fer, v,,ilà le proramme: si le voisin veu[ accomplir, 
lui aussi, ce programme, ,»n l'v aid,.ra, il v a place pour tout le 
monde et chacun apportera sa pierre à réditice; c'es[ un alli(. 
et non uu ennemi, celui qui travaille à la 'rande «»uvrc ce»m- 
muRe. 
Celle idëe si simple, si naturelle daus uu pas encore peu 



«.xploité ci peuplé d'une race 6nerffique. fidt le fond du oeractère 
américain; c'est d'«.lle que naissent les habiiudes de vraie ,,16- 
rance, f«,nd6es sur le resl»eC muluel: c'est d'elle que jaillir la 
n,,tion v6ritable de. la liberlé. « N.us ;lch,,ns ch' laisser  
chaque individu autant d,' li},ert6 que possible... Nous prenons 
pour règ'le de d,,nn«q" aux autres ce que nous voulons pour nous- 
m«nws... Nous ne, nous servons jamais de la l,,i pour hire la 
l,rOl,affand, de. nt,s l,r«,pres idées. Ne,us respv«tons toujours les 
aulres parce que ne,us voulons ètre resl.-CtçS nmts-m6mes (1). ,, 
tinsi, tandis «lUe nous gdmiss,,ns sur le malheur des temps 
«,t stir 1"6gar,.m,mt ,le uos frère.s; tandis ,lue nous attendons 
pour agir la venue d«.s temps mcillcu et la conx»rsion des 
l,é«lvurs; landis quo nous al»riions noire pr,,pre indolence der- 
fibre les «.rrem «, les vices ,l,.s autres, l'Am,;ricain, conscient 
,1 sa r,.sponsal,ilité pers,,nn«.ll,, et c,,nfiant dans sa force person- 
nelle., fait s«,n chemin te,u s«.ul, et comme lous les ffens qui 
acc,»mpliss,.,/c.urazeusemont leur devoir ci qui avancent leur 
làchc, il a «.v conlclemenl int6rivur ,lui porte à la bienveil- 
lance; il ne «onnait pas l«.s rancuncs, l,.s haines dtroitcs de celui 
,lui r,.ste sur place ou qui recule, «.t qui alh'ibue son d«hec à 
1« mauvaise ,-,rganisali«_,n de la so,.i6tb. 
La s.cidh; americaine esl. je' crois, h" meilleur champ de dd- 
monsh'alion qu',,n l,uisv tr,,uv,.r pour m,,nlrer la souveraine 
«.ftica,:i/6 de. l',.ff.rt personnel, de l'iniliative privée; il ,,st im- 
l,ossiblc «1,. l'dtu,lier sans èh.e fl'appd d,' son caractbre essentiel- 
Icm«.nl l,arliculariste, sans i,r,m,lr,' contiance dans son avenir, 
sans avoir la c,nviclion que le type américaiu est, à notre 
dp,,que, le mie«x armé contre h.s difficultds d,. la vie. 
Lors,lU'Cm exprime ct.[te idée ,I«.vant d«.s Francais. -n a chance 
dë/r,, mal C-ml,ris : « Vos Am6ricains. en se,mme, sont des 
t'oistes, nlo r6pond-on; ils n,. s'o,.cul,et que d'eux-mèmes, sans 
souci du voisin. Rien de plus faux; en aucun pays, peut-ètre, 
il n'v a plus d'espril public qu'aux Èa/s-Inis; n-n seulement 
le sntimvnl nalional v est d6v,'h,l,p6, n,,n s,'ul,.monl les intdrëts 

,l çonfdreno. «lu 18 juin dans la salle de la Social/, de gèographie. 



publics sont l'objet des pr(occupai,»ns de lous, mais on voi 
à tout moment d«s institutions d'ufilit 6nérah, surç'ir de Fini- 
tialive privée. L'Am6ricnin consid6r« • l«s althires publiques 
comme, s«.s affaires propres, il se se.nf direc«.mont 
pour sa part de leur bonne ou manis«. esti«»n; en France, 
nous consid6rons trop soux»nt nos affaires privées comme, les 
aflires du g«,uv«.rnement; c'est lui que nous rend,ms r,.sponsable 
de nos échecs. « C,mment voul,.z-x-ous qu'on colonise 
gouvcrnemenl parc.il? C«,mmenl vouh.z-vous qu'«,n l,rëch«' la 
religion avec «.fti«acil6, quand le g«,uvern.men l,rè«h' l'irrli - 
ion? Que faire de nos enf¢nts, si le -ouvernement ne veut l,aS 
les accepter comme fonctionnaires? ,, etc.. etc. Toutes ces plaintes 
et bien d'aulres sont tkmiliè.es à des or,.illes fran«ais,.s. 
c«,mmeni nous nous pr6occupons des ail'aires l,ubliqu«'s: nous 
essavons de t«,urner à noire protit pers,,nn,.I la tçn'c,' résultant 
du pouvoir, n,,us xoyous dans la p,,ss«.ssi,,n de ce pouvoir 
condition ndcessair,- et pr6alabl«, de toute action: à ce poinl 
we et dans ce sens, la l,,,lilique nous passionne; mais l'am,mr du 
bien public ne cousisle pas à renverser un ministère l»,»ur 
mer s«.s amis s«ms-pr6fets; le veritable am,,ur du I,i«n l,ublic 
consisle à lravailler d,' toutes ses forces it la lhch," qu'«,n 
lrcprise, avec l'id6e qu'il en r;sultera un avanla'e pour tous. 
Aux États-I'nis. dans ce pays «,ù tant ,1 cbos,.s s,,nt 
à faire, c'est l'avantage 6vident du l,ubli,, quv les l,articuli,.rs 
metlent en valeur le se»l. que les pionniers ouvrent d. n,,uv«.aux 
tert'it,,ires, l're.nez un journal de l'Ouest et vov,.z av,c quel 
enthousiasme ,,n v raconte la cr6atian d'un colon émin,.nt. 
l'euxre d'un Yankee venu lA pour t»nder une ]»antlu« , une in- 
dustrie; «,n le traite ouvertement de bienfaiteur public et on a 
raison. L'homme qui facilitt  ses semblal,l«.s la conqu«le ,les 
moyens d'existence, qui les conduit ainsi à l'ind6p«.ndan««- v6ri- 
table, est I,i-n r6ellement un bi.nthit«.ur public. 11 l'est « un 
deffr6 plus éminent que ce.lui qui se borne à s,,ulaer la mi- 
sère mat6rielle par des libdralit6s, parce qu'il dlbv«" 1«. nix eau d, 
la dinit,; morale. 
Le bon sens clairv«,vant des Amdricains l,,,«.lame bi,ln 



LA SCIENCE SOCIALE. 

haut d'ailleurs le résult«tt de tous ces eflbrts personnels, mai 
converffents; c'«,st la grand.ur mèute de l'AraCique. « Le dé- 
vclol,pement de notre pays doit erre attribué, croyons-nous, dit 
.Xl -'r Ir,qand. pour une grandel,art à nos libres institutions qui 
pet'me|lent l'ilfitiativ«, au plus haut degré. I.a p,pul;,tioI! ne se- 
r;,it pas encore arrivée jusqu'au Mississil, i. nous n'aurions pas 
a,,jourd'hui cinq li.nes de che.tains de fer transcontinentales, si 
l'Amél'icain, imli,'idm.l/«',,,e,t, ne s'était dit : « Il faut fire de 
.;Tandes che, ses, «.t si l'.sprit ,lu pays nel'encourageait dans 
ses vastes entreprises 
tn ne compt, pas sur le socialisme, dans ce pays-là, pour gué- 
tir les m«,ux ,Iv la se,ciCé. On estime au contraire que l'initiative 
privée, qui a fait la pr,,spérité 5-énérale de l'Amérique, doit tron- 
ver. l,lus sùrement que toute organisation artificielle, le l'emèd 
;,ux. soultrances de détail, l'artant, les hommes que [,réoccupent 
les prol,lèmes sociaux, s'al,pliquent à en rech«,rchcr eux-mèmes 
solution, en ce qui les c«,ncerne, de,ris l'at.lier qu'ils dirigent. Ils 
,'ssaient l«,valemont d'un moyen, puis d'un autre, sans demauder 
à une force ext,'Tieure son intérvention dans une affaire qui leur 
,st l,-rso,nelle. Et l'opinion l, ul,lique s'intéresse aux résultats de 
tous ces essais divers. «.lit les analyse et les compare. 
Sans avoir lieueA une p«,na,.ée universelle dëtruisant promp- 
temnt tous les s-ermes de maie,[se s,,cial, elle est arrivée pr 
cette c«,mparais,-,n constante à v,:rifier, puis à adopter une mé- 
lhod. én6rale qui peut se résumer à ceci: Le ni«»veu le plus 
et'licence d'am«:liorer l'Ca[ s,«'ial est ch- rendre, autant qu- pos- 
.,,il,le, chaqtw homnw plus capable k,,li,'id««.lh.,,«.nt. Il v a pour 
cela une expr,ssion essentiellement anglo-saxomw : te iml»'OCe 
t/,,. ,um, l,ert'.cti,-,nn«.r l'hotm,e. C'est très visiblement à ce but 
que tend.nt les f,ndations de I,i«.n public en Amériquc; fonda- 
tion religieuses pour 6clairer sa c,,nscicnce fondati«,ns écono- 
re[ques pour lui faciliter l'indépendance matérielle; toutes des- 
[[nées à relever sa di,_"nité par quelque c616. à faire de lui un 
homme ldUs complet. 

t) Conference du Is juin. 



I.'N AMÉRlCAI." EX FRANCE. 
Bien entendu ces holnmos sauront d'autant mieux se gToupee 
poue la détnse de leues intéeèts COlnmuns qu'ils seeont plus 
éclairés et plus capablos. Ilo lb, 1«. nombre immense d'associations 
de toutos soesqui couvrent 1o territoie«. &.s États-Unis; mais ces 
associations de capables se distinguent ueltement de celles 
par la cainte de l'isolement et la conscience de la faiblesse de 
chacun. Comme les membres qui les composent, elles sav«,nt 
dirigoe elles-lnëmes; au lieu de. dovenir un instl'Ulneld docile 
entro les mains de quehlues aitatours, elles l'estent (.onfol'lnes à 
leur but. efficaces par conséquent, et sages dans lours allures. 
ne voit point quelquos mdchans cabareticrs dirie'o" le mouve- 
ment des rèves et se poser en champions des revendications ou- 
vrières, mais la ligue des Chevalie'x «ltt Tracail r,-.«om mande l'ar- 
i,itrag'e en cas de discussion av«.c les patrons or arrive, s«»uvont 
tennincr par une entente raisonnabh, le contlit qui éclato entr,. 
eux et ses clients. « Dans leurs réunions, dit l'arcl,.v6quv h'cland. 
les ouvriers discutent leurs int6rt.ts or s'instruisent des movons 
qu'il faut empl,,yor p,ur los avancer, l'.eux qui n'ont pas fr,;quenl,; 
ces réunions n'ont pas l'id,;c ,lu sens pratique et dc !'int,.lligence 
d- nos ouvvi«.rs. Ils saveld quels sont leurs droits .t comnwnt ils 
doivent les r,-.vcndiquer, si on ne h.s lem" reconnait pas (le bonno 
grace. No«s parvenons maintonanI 1,. pins souvent à évit«.r 
grèves qui se,nf la d,.rnière ressource d,'s pauv'es et des faibl,.. 
Les OUVl'iq's qui l'dclament un plus haut salaire ou uu. rédu,-- 
tion d'heur«.s de travail nomment leurs d616gu;s: les pa/r,,ns d,:- 
signent aussi des représcnt«mts, et cet arl,ill'ag,, v,»lontairc rdus- 
sit presquo toujours ( I. » 
Tont cela est i»i-n hot. bion clair : pour assurer à la classe ou- 
vrière une situati,»n normale, il s'agit avant tout de l',q,.'e" 
blevant porsonnellenwnt et h. plus possible chacnn ch. ses ment- 
bres. A lnesure que ce travail se pom'suit, la class,, ouvrière d,.- 
vient de plus en plus capable dt' s'assurerpm" el/e-m,:me 
situation n,»l'mah., lnutil,, de lui dire. ,'n d6/ail et d'avance. ,luel 
mode d'association elb. d.v';t .mpl,,yq. l»,ur ath.in,lro s,,n but. 

(1) 13onférence du la juin. 



] LA SCIENCE SOCIALE. 
.ii«'ux qu'aucun socio]os'ue , ell,. saura ]«'s lrouw?r, les approprier 
h chaque circonstance. Elle r,'stera sourde d'ailleur.» aux prédi- 
t, tions de système, parce qu'elh, sentira de plus en plus sa pro- 
l, re cr, mI,étnce. 
C',-.si 1,arce que l'ouvri,.r amëricain est déjà ,.ntré dans cette 
vol,. qu,' les [h,;ori,.s socialistes on[ p«.u d," prise sur lui. !1 v a l,ien 
un soi-disant socialism,, américain depuis la pul»lica[ion dcs ou- 
vrac-es d'llem'v I;«.org,., mais l'esprit am,;ricain est tellem«'nt 
,',,n[raire au s,«'ialisnte qu,. la théori«, s'eorgisle, si ,.Ih. était 
l»liquée, t,.udrait t«,ul siml»lem,.ut à surexciter, à exaspérer en 
qu,.lqu,, s,,rie l'initiative iudividu«.lh-..I,' n'ai pas à r,'thire ici 
une démoustra[ion qu,. j'ai dével,ppée naqère dans cette Re- 
vue <1); je m,' I»m.n,. i ,.n rapp«.l,-r la c,,n«lusion parce qu'elle 
m,.t bien en lumiér« l'inc,-,mpa[ibilité abs«,lue de la tendance 
américaine. «:1 de la /,-.udance socialis[e. La l,remiére place tout 
son ,.sp,,ir dans h. l»,.rt.cti,,nnement de l'homme individuel ; la 
seconde ne voit de salut que dans le pertçclionnement de l'or'a- 
nisation sociale: la première veut l'homme indépendant et res- 
l»Onsabl«; la soc«mde h. veut enchaind el anonyme, perdu 
,lans une c¢,'pora[ion forcée ,,6 il jou,. le r,',le d'aent imper- 
;,.tte t,'udan,:e américaine est si puissante et si univcrsell,. 
qu'on en h'«,uv,-, la tbr[, - empreinte dans [¢,us h.s d6ails de la vie 
anx Étais-Unis, de [,.lh. se,rie, qu',.lle ,.n c«,ns[ihle bit.n réellem«n[ 
h- ;rand ress,,,'t. M;.m,. dans le <lonmin,. d,.s ;/m,.s, dans la vie 
r,.lisieuso, elh" apparai n,.tt,.m,.nt. Là-dessus les paroles du con- 
t+r,.ncier am«;ri«ain s, mt caractérisfiques. 

II.  C(I.M.MENT L'EGLISE CAfilctl.lçtUE COMI'R[ND SA MIS41ON 
AUX Ë]ATS- UNIS. 

En «.fiel. ce c,,nfih.«nci«r est arch«.v¢.que. Comme tel il a une 
mission spéciale 't n«lh:m,.nt dét,.rlninée à r«mpli.: il doit ré- 

(!) V. I. X. p. t57 cl suiv. 



UN AMÉi'tlCAIN EN I:i,tANCE. |: 
pondre autour de" lui la vérité dont il est dpositaire. C'«'st son 
de.voir strict. Il lui a été dit comme aux al»6tros : ,, Xllez et eu- 
seinez. » 
Mais «ï.tt«. o],li$ation imposév attx ap,lres est g'énorah., elh. 
vise routons #S m«liOtls; à eux de' l»rondro les niovens eonvt.ua]»les 
pour que leur enseignement soit écouté. I'arch«.vèque Iveland 
s'«.st plu à expliqu,.r dvvant un attditoiro d'ecclésiastiqu,.s pari- 
siens, comnleit h. clerg6 d'Amériquo s'y pr,.nd p,mr ëtre en- 
tendu. 
Cela peut se dire d'un i11o1 : Il va dr,,it à l'honllue. Fidblo à la 
devise am6ricaine qui assiqe conmte but SUl»Vènio à t,,us les 
l»hilanthropes h. lwrtctionu«.n,.nt de- l'In,mme, indivi«htel, il 
s'attache à gaffnor cet homme, qu'il a pour missi,,n d,:tovmin6e 
d'améliorer morale.ment. Au li«.tt d,. eh,.rch«.r à agir sur dos 
gvoupes. à se coucilier l'al,phi de l'État. Ou d'ne c«,rporation 
puissante, il s'adresse dircctemvnt aux individus et dbploie p,,uv 
s'assurer leur s)-ml»athic pevsonnt.lle h.s mèm«.s «.ttç,rls employ6s 
ailleurs pour s'attirvr la faveur d,.s puissances orgauis6es. 
L'Cat social de. l'Amérique lniiml»ose, p,,ur ainsi div,., cettelna- 
ui6re de faire. Là. chacun se seut très libre de ses mouvements: 
pas de ffroupcments fovcds et g6n6raux absorbant t,,ut l'homme. 
mais des "r,»upements v,,1,,ntaires et Sl»dciaux l'eng'ag'cant sou- 
lement pour un ,,l»jct restreint: p,.rsonne ne se croit oblig'6 d,. 
penser et d'ngir COlllfll5 son voisin, s,,n patron ou HOme son 
père; inutile ptr conséquent d,. ancr le voisin, le patron ou h. 
l.»ère;du moins. «.u lo gaguant, ou uo g'agqte qu'un houtmo comme 
les autres: 1,. -ain ne vaudva que par la valeur l.»ers,nnclle de 
celui qu'on aura agné, non par la vah.ur ch. sa situation dans 
tel ou tel groupe social. Iml,ossibl«., par cons6quent, de tenter 
autre chose que Faction persounolle. 
Dès lors. iuu/ile de s. pr6occupcr outre mesn.«  des tenants et 
aboutissants d'un hcmmte, de ses relations de famill, et de sa- 
ciété, de ses prdju'és d. milieu, des circonstances «pti l'envi- 
ronnent; c'est d,. lui quil faut s'enquérir, c'est h lui qu'il faut 
aller. 
L'ap6trc plac6 dans une soci6té pareilh, a toutos las facilit6s 



! i f.c sctvscv, socrv.. 
naturell«'s l»,»ur pr«»ndr, • au pi«'d de la lettre le re, le d« • bienveil- 
lance universelle «lui lui est indiqué par l'Église. l»ligé par 
état d'ëtre le père tic, Iots, il ne rencontre entre- lui et ses en- 
f«,nts spiriluels aucune puissance intcrp«,sée, aucun «,bstacle 
qu'il faille préalablement renverser ou t,urncr. Les conditions 
naturelles déblaient sa rout et lui fra'«,.nt un passa'c. 
Et son zl,' apostolique va s'exercer à att«'indr,  individuelh.- 
ment chacun de ces fils, SOUltis ou égarés, déou«:s ou révollés. 
Il se fera p,:chetgr d'ho»m.s, s'lon le préc,.pt,' évanélique 
La tache, te,uie simplitiée qu'elle paraisse, reste écrasante, car 
il s'ait d,. c,,nquérir un à un une multitude d'hommes; mais, 
sans s'attarder à en mesurer les difticultés, l'apètre amé.icain 
l'entreprend aec coura$'e; il c,mmence, d'autres continueront 
après lui, lïmportan! est d'avancer. 
Pour cela, il se met en conact le plus possibh, avec tout le 
monde, «.n contact personne.l, d'homme à homme. 11 est le père 
d,. tous. il s'intéresse réellement if eux, lon seulement à leur 
àlne, m«tis à leur I»i«.n-ètre matériel k leur commerce, à leurs 
intérèts. à leur santé, "A leur bonheur domestique, aux avantages 
qu'ils recherchent «'t au, inconvénients qu'ils redoutent; son 
ce»nf est/ouché de t,,nt ce «lui les touche, son intelligence éclMrée 
par l'affecti«,n saisi/promptement leurs besoins, son dévouement 
se 1,1ait à les satisfaire. Aucun d,;.tail ne lui parait indibne de lui. 
,, Pour moi, .',lessi«.urs. je vais à toul.s les réunions «lui se tien- 
n«.tt d»ns ma vill épiscopale. Plus d'un Francais serait scan- 
dalisé si ,»n savait qu«.ls discours j'ai faits là-bas! on ne me coin- 
prendrait pas. tuand j'y vais, le peuple «'st heureux de me voir. 
si l'on s'occupe d'un projet de chemin de fer, je prends la.pa- 
r,,le et je suis le premier a dire : 11 thut l'avoir. Au moment de 
l'é|ablissement du tramway électrique. j'ai fait un discours sur 
les avattaçcs ci le parcours à tracer. Les ouvriers y sont inté- 
ressés les premiers, disais-je, et je leur montrais tous les avantazes 
,luïls retireraient de ce tramxx«y. 3e vais aussi aux réunions 
mixtes, composées de prt,testants et de catholiques. On nous 
trouve partout : dans les réunions pour réparer l'abus des bois- 
sons, pour procurer l'ohservalion du dimanche, etc. » 



IN AblIRICAI/ EN FRANCE. 15 
Avau! toutes choses, le clergé américain, cherche "A aiteindre 
le cœur de ses ouaiiles en leur t6m.ignaut l'attçc{ir, n vraie, 
profonde et universelle qu'il ressent p,,ur elles; c n'est pas seu- 
lement dans les m«'tinçs p«,lmlaires, c'est chez lui, c'est au do- 
micile de chacun de ses paroissiens que h. pr¢.lre leur prodig'ue 
les preuves de sa sollicitude. « Il passe bi,.u des ens dans mou 
cabinet, me disait un curé de Saint-Paul. et je w,us assure que 
tous ne vienuent pas me soumettre des cas de conscience, mais 
peu importe; ce qu'il thut, c'est trouver le chemin de leur c, pur 
en parta.eaut leurs préoeeupati,ms, en les aidanl, quand cela 
esl possible, en h-ur montrant que rieu de ce llli les intéress,. 
ne saurait nous ètre indifférent. » 
Si on vieul le trouver chez lui pour demander un o,useil, 
c'est que le prèlre a c«mmeueé p;r ller v-if ses paroissi,.n 
chez eux; il u'a pas attendu ,lue la mont%ne vienne à lui, il a 
nlarché ers la nlontaôue; il est allé per rias et platea.ç, cher- 
chant des honlues. Ici se manifi,ste ce lu6me caractère d'initia- 
tive ardente, de marche quand mème, ce /o ahead, qui est 
marque du véritable Américain. « Mieux vaut marcher en avanl 
et quelquefois til'e une chute que de ne jamais marcher, disait 
M  lr,'laud, aux .jeunes gens du Cercle catholique du Luxeln- 
bourg. » Au surplus, n'est-ce pas COlllUn3 e«ia que u«»us aVOll 
tous appris A nous tpnir sur nos jaullms? 
Résolu à ganer des honllllpS, l'ap,'dre auléricail d,,it s'attirer 
leur estime, en 6tant un homme d'61ite. C'est uu devoir de son 
état, et le premier de tous, d'attacher à sa dignit6 de prètre 
considération personnelle qu'il s'acquiert, de faire h6ndficicr 
oes propres mérites la r«liion qu'il enseigne. Il n'est allçlllle- 
ment pharisien et ne remercie pas le Seig'neur d'ètre meilleur 
que d'autres; tout au rebours, il prie Dieu d'ètre digne de sa 
qualité de chrétien. Il ne t pas : « Ma dinité de prètre nie met 
au-dessus des autres hollllnes; » il dit : « Ma dignité de l»rètre 
fait une obligation d'être, en fait, réellement et aux yeux de tOUS, 
un homme meilleur. » Vous sentez la différence d'attitudes; elle 
est immense. Le caractère dont il est revètu ne lui fournit pas 
seulement un frein moral, il le harcèle d'un aiguillou constant 



I|; LA SCIENCE SOCIALE. 
1«. souci de son r61e le pousse n«,n à réclanwr une première place, 
mais «'t la conquërir. Dès lors. il ne choque pas les dissi&nts eu 
,.ssavant de leur imposer un joug, il se place sur le mème ter- 
tain qu'eux, il est un homme c,mme eux; il possède, il est vrai, 
une. conviction religieuse qui lui trace une ligne de conduite dé- 
/,.rminde dans plusieurs circonstances, mais cela. c'est son aflhirc ; 
,'hacun p«.ut av,,ir ainsi un,. rbgle d'aprbs laquelh' il dirige ses 
;,cti,)us, sans «lU 1. voisin en soufl'e le moins du m,nde. 
Lorsque cette atlitud, gdnévale du clergé am6ricain se rel- 
,'ontw. av.c des qualitds pers,mnelh.s émin«.nt.s. «.lle produit 
ull homnw c,»mme l'al'ch«'vèque de Saint-Paul, un rand ci- 
t,»ven. ;'est la meilleut'e des prédicati,,ns, celh. de l'exemple. 
V,,i,.i un homme d,. l»r«mi.r ord'e, reconnu tel p«r tous ses con- 
ciloy«s, l»arc • qu'il excelle h résoudre les l»r«,l»lèmt.s qui les 
l,réoccup«.nt : «.t c,.t h,,mule «st un archcvëquc catholique; la dis- 
cil»lin« r,.ligieusc ne COml»rim,. donc l,èS l'initiative hardie et f6- 
«onde. vlh. ne diminue pas l'h«mmw? Ire plus, cet archev6que 
ne" r6clam« l»as ««tre chose que sa place de citoyen: il se la thit 
lai'fie et elevbe, uais ceci. IIOIIS l'«.n louons et nous sommes tic.fs 
d,. lui; il .st vraiment l'tu des n,',tr«*s, un «l«*s plus marquanls 
parmi h.s n«'»tres; sa f«,i ne l'Coinne l,èS de nous.., et peu a peu 
les l»l.,;jug'6s t,»ml»«.t un à un; entre 
s,m propre c«tql" l'ap6tr,' a reuvq'sd l*s ,A»stacles. en t»rc;nt l'es- 
lilte d* 
Ajoh,us uu d,.l'nier Irait; c'est 
chose, d,. c,,nvaincre Ul homlne, mais l»,,ur qu* la conction 
i»,,rt« . s«.s fl'ils, il faut qu'ell,: s«»it s,,utetue par les qualit6s de 
,'.t h,,mm*; clic v;ut ce que v:t l'holnne. Ce.lui qui .st habitué 
à air seul ,'t ,;nct'iquemenl lui dc»nn, t,mt,* sa vah.ur, celui 
,lui a l'alhlrc mout,»nnièrc et la v,,lr,t; tii»l,, s'en ti,'nt h la Foi 
A ce l»«»int d. vue, l'Améviçain est p«,uv l'al»,Mr uu suj mr- 
,.illcux. Là comme ailleurs, il passe l.»romptcm«.nt de la croyance 
théorique à l mise en pratiqu¢, du domaine d,. la l»esée à 
celui dr l'action: sa vol,rotWSUl»érieuremcnt trempée lui en 
fournil le moyen, il résulte de lb que ffagncr un Américain, c'est 



UN AMÉRICAIN EN FRANCE. 1.7 
,._"ag'ner une force immédiatement et puissamment ;t.issanh' 
P«.rsu«,d«.z-le, il l'.ra le reste. 
L'Amél'ique n'est donc pas seulement un l»ax.'s où l'action per- 
sonn«.lle est setdeyo.'.ible parce qu'on u'y tr, mw. pas de .qt'ou- 
pemetds de ç[at,.% de t|'o||l»«mux de l'.nm.,,_,o, l»rèts à enfiler h la 
queue leu h.u le s'utiev oh s'engag'e un de l,,uvs membres; 
d. plus un pays ot' |'action porsonn.lh, est Ami.raint. 
parce que tout l'6tat soci;d h.nd à déw.lq»l»Cr l'honlnle iudivi- 
duel. 
Inutile de dil'e |nai|tte|tant eu quoi l'AraAtique diflëre d. 
Fl'allco, ttes lecteu|'s le savent. Mais al«»l's c«,mm.nt peuvent 
pli«luer à notre, pays les lecons indil.oCtos, l»arf,»is l»CU dissimuléos, 
que l'arch.vèque d,: Saint-Paul a d6w,h»lq»6,s devant ses dillë- 
r0,n[s a uditoil'es? 

III. -- COSSEII+S I»'A.MI. 

.Xl + h'<'land +.si un ami dt. la Franco; il l'aime avec un. lm..;- 
sion qui dclatc tic, ris ses discours et qui s'exl»rime aussi 
qua.ment A S+,int-l'aul du )linn.sota qu'à l'.ris. Il la connait bien ; 
il sent ce qui lui m.nqu- pour sortie d. l'iml»asso oh cil. s. 
morfond, et il h. dit claireut.nl. Aux joun,.s -ns dos clussos soi- 
disant dirigcantos, il l»r»«l, • 1. marche .n avant, l»ltts de har- 
diesse dans h.s procédds, l»lus de confiance au ovut., l'amour. 
pcuph , l'ambitiun saine d. l'dlover, n,,n pas le ddsiv d«:vadant 
de l'exploit,.r en aiuisant ses hain,.s, on le l'.lmiss«,nt, par 
s6qu<.nt. +u clevffd, il pr+cho 1' zblc aiss.nt, c,lui qui va cher- 
cher h.s tunos, non lins celui qui se borne l «,ccueillir celles qui 
s. l»rdscntont. A d:t.ndro t.elles qui se sont donn6.s. Il n,, suflit 
pas de dit,- : « .h. dis la uwss., qu'on y vionn,.t » :'cst comm,. 
si h.s Ai,6tres s'tiraient dit : « Nous sommes it .ldrusalom, les 
tions n'ont qu'h venir t I)  » 
A ces exhorlalions chaleureuses beaucoup d. ses auditeurs 
vëpondu int6vieurement : Cela peut rdussiv aux États-Unis, mais 

(l) Confèrence du 22 juin. 
T. XIV. 



18 fA scv, Ncr. socL«rE. 
cela ne vaudrait rien en France. La différence que je si.,_.-nalais 
«,ut à l'heure. ous ne l'analysen pas lWUl-ètre, mais lous la scn- 
lell d'instinct: ils i, r6voient des ol»slacl«*s sp6ciaux h noire ca- 
ractbre. A n»s hal,itudes. 
S; ns d,,utc, ces -bstacles existent, l'ar exemple, ml prètre fran- 
,.ais n'arrivera pas du l, remi«.r coup ni mèmc du second, A se 
ldre o,nsid6rer comme un citoyen ordinaire. Jusqu'ici et depuis 
I»i.ll l,ng-l.mps h. clerd a 616 chez nous une classe très séparde; 
éh.vd g6néralemcnt à 1,art, vivant relitA, confin6 dans sa fonction 
liturgique, l'ec,'16siaslique fi'an«fis ne se mlc uère au m,,ndc 
qu'à l'occasion (le ses devoirs de profession : il n'al»parait lwcsque 
jamais qu'en qualit6 d'ecclésiastique, rarement en qualitd 
l'h»mm.: les causes ch. cetle attitude sont c»ml,lexes et je n'en- 
Ir«.lwendrai pas auj,)ur, l'hui de h.s ddffager ; il m,- suffira d,' cons- 
latcr le fait l,«,ur sinalcr l',A,stacl,.. De li. une défiance mutuello, 
,.ntre 1; soci616 laïqu,, et la soci6t6 clèricah., une i.'norance pro- 
t',mde de lun,, par l'au/re, M ï" h'eland a fort bien indiqu6 au 
«,,mm,.ncem,.nt de. sa contërence du 22 juin le malentendu qui 
eu résulte : « L'61oin,.ment. a-t-il dit. est l,lut,',t le fait d'un mal- 
entendu ,'t d'un l,réjué quc d'un dgaremcnt de l'esl)rit et du 
,-,t.ul. des l:rancais. ,, C.la n'est pas t rai seulement de la question 
religicuse : tous les an[asonism«.s , qui sdpnr,.n[ chez nous, le pr«,- 
l,ridtair,, du cultivateur, le patron d,. l',uri,.r, l'h,,mme d'un 
m,,,,I«, de lhomme, cl'u, (tu/re. moml¢', sont dus h un mah:ntcndu 
s.mblald.. à une. iTu«wance mutuelle. 
Assm'6m.nt l'étal «1«. division qui résulte de tous ces malen- 
rendus est un vaud «d»staele à l'action des h«»lUmes de our d6- 
siveux ¢h-suivre les conseils du prélat américain, mais ces obs- 
laeh.s, eux s,.uls l,.uvent les r.nvevsev et par la m6me m6thode 
individuelle quirbussit si bien au Étais-Unis. 
La meilleure preuvê, c'est qu'aux États-Unis l'habitude de l'ae- 
lion individtwlle surm«mte des ,d»stacles a nalo-ues. Au commen- 
cement de ce si6ele, les eath«diques étaient lit-bas l'objet d'un 
x dritable oslracisme; les ëroul»cS puritains d« la N,uvelle-An.le- 
terre, surtoul, soulevaient contre eux tous les l»r6ju.és possibles, 
et aujourd'hui encore, ces pr6ju.'6s n'ont pas complètement dis- 



UN" AMIRICAIN EN" FRANCE. 
paru. lw plus, les dit[ërences d'origine s'a.jou[aicnt aux divisions 
i.t.ligieuses pour produire la désunion. Ire nos j,,urs mèmt., ces 
diflërences, accusëes par une immiçrati«m considérable, am6nenl 
dans la nation américaine desdiffi«ult,s sp«:ciales, inconuues aux 
nations européennes. Soins p«rl,'r d,. l:t qu,.slion nè've qui est un 
gros pr,,llèm., n'a-t-on pas vu t,ut récemment certains cathç,li- 
ques allemands, a,h.ess«.r au Sainl-Sibge une p6titi,,n leud;mt 
créer aux États-I'nis &.s dio«bses d,- nati,malil6 all«.man«l«.. 
connaissant ainsi l«.ur quali/,: de. «.it,,xens am6ricains? N'Alait-ce 
pas lé une marque de cet esprit 6t'oit ,i clair ci de' c«»le.ic con- 
ire lequel nt»tts nous d6],altons en France? Le mèntc Csl,rii anime 
trop souv«.nt ls groupes d'orig'ine canadienne «.t il anime, tou- 
jours les immi'rants italiens. En France du m,»ins, il est ut 
d, • patriotisme sur lequel tous sont d'acc, t'd ; n,,us sommes ,les 
frères divis6s, mais nous sommes et nous nous sortions bien 
Il ne tu[ donc pas exag6rer les obstaclcs provenant de nos 
divisi«ms; surtout, il ne faul pas croire qu«. l'action indixidu«.lle 
nécessite préalablement leur disparilion ««mplètc. Ellepro 
cette dispariti«»n plus qu'elle ne la suppose. Ie ch.r'é catholique. 
américain n'a pas lrouvd t,»ute faite, cetle situaiion pa'ticulièrc 
qui pernn.t à ses membrvs d'ag'ir en simples citoyens: il l'a con- 
quise. 
Au surplus, l'action indixiduelle tend ch. plus en plus h deve- 
nir seule pt»ssil»l«, en France. Si nous avons ffard,: la piuparl 
nos préjugés, nous perd«ms d«à l'«'sl,rit de discipline qui 
lait jadis chacun de nos dans un parti ët'oit. dans un milieu 
circ«,nscrit, t-n trouve peu de docilité chez h.s j«.utws .qcns «.t plus 
d'un homme mùr l;we les ]»ras au ciel en coast;t«nt le 
9,:n,:r«tl. Ce désarroi, je l'av,,u«., ne. m,' déplùt pas; c'est la fail- 
lit« d'un svst6mc néfaste, et le champ laiss6 Iii,re à la réticxi,,n 
personnelle de ceux qui sont capables de penser par eux-mënws; 
c'est une condition favorable au développement de. la l»C's«»n - 
nalitO. En tous cas, cela crée une n6cessité nouvelle, celle d'ai- 
teindre les hommes individuellement et directement, un à un. 
L'action indirecte sur los groupes or$anisës ne paie plus la peine 
qu'on se donne pour l'exercer. 



I.a v«:ritablcdifticul,«;, c'cst lcpeu d'éncrgic dc ccs indiidus dé- 
s,,rmais is,,lés. Celle-la est lr6s g'rave. !1 ne d6p«.ud ,le p«.rsonnc de 
le, l.éS«,ud,.e en bloc, maisil dépend dechacun de nous de la détruire 
«.,, ce qui nous concerne. I.cs hommes capables d'cxe|'ccr uue 
inIlnence out mèmc quelque ch,,sc de phs à faire : eux ne man- 
«luent i,as pcrsonucllement d'éncrgie, mais ils ne se, rit pas tou- 
.jours disp0,s6s " la d«:v«.10,pper chez les attl,'es; souveut racine ils 
«.«,usid'q.e,,t que l«.ur aclioH s'exercera mieux s,w des ,"|'es d,»ciles 
,i m. sur des t.lres p«'rsonneis: ils tendent à e\l»loiler celle doci- 
lit6 & leur pr«»tit, non à susci,er des h«,n,mes au,our d'eux. LA 
est h' p,,in! c;,pilal de la grande lransf,_,rm«,tion i, op6r«.r. !1 ne 
s'agit, ni 1,,mr FËglise, ni pour l'État, ni pe,u,' p,.,'sonne, d'inp«,ser 
sc, d,,mina,i«,u par la conlraiute. !1 s'ai,, l,,ur l'Église, de 
r«q,dre les hommes mor«,l«'mcut plus éclair,s ci l,lus forts: pour 
l'Ëtat, ,le le. r«-ndre l»h capabh:s de se gouverner: pourt«,us, «le 
h.s re,drc plus co|,,l,lleu,«'nt h«,mmes. T«.lle est la grande lecon 
«lui se d@a.,."e. à n,,,n sens, «les rontk:rcnccs de l'Anéricain émi- 
uen! qui «.st v«.uu s,. faire «.uteudre ', l'a'is ces jours derniers : je 
soul,aile d,. to,,t ,,,,n c,m" quelle soit «omp,'ise et suivie. 



LE PATRONAGI '. 

( Com'." de" m«;lhog« • «1«, l« &'i«'ï««" .««i«de. 

Si le lect,.ur veut bien se l'appeler le Imt auquel nous tendons 
et la marche que n,ms av,»ns suivie, il se l'eldl'a c,mipt,' qu'en 
arriant au I»all'Ollage BOUs enfreins dan un nouveau ch;tlnp 
d'ex pl, u'a I i, m. 
La science sociale étant la scien('c ,les ,littël',.nts .r, ml»Olncnts 
que l'espèce hulnaine olnpl,»ie «.t Calnl»in,. pour s'6tablir en 
ci6td, on mar, lUe une dt;Te n, mv,.lle dans la voie d,' celle 
naissance scientifique toutes les fais qu'après aoir ol»sm'vd un 
groupe dans te, us ses ddtails, on passe i l'6tude du groupement 
qui se sup,.rl),,se imln6diatemcnt à celui-lb pour le compldtor, 
c'est-à-dire pont assurer, au moyen d,' i'ess,mrccs plus «onsidd- 
rai»les en personn,'s. ,.n capacités et en arc»il', la satist'a,'tion des 
besoins devant lesquels le .mUl,em,.nt antérieur est ilnlmissant. 
E anahsant et en cl;tssant dans nos pr6cédent,.s Oud,.s les 
Moyens d'exish.nce fournis par 1,' Lieu. pat" le Travail et par 
Pr,»priété, elsuite l'Ol'anisali,m fanfiliah, et ,.ntin le M,,de 
les Phases d'exiM,'nee ,le la famille ouvrière, nous n'av, ms pas 
seulement fait et p,»uss6 jusqu'au complet l',-,bscrvation du zrou- 
peinent 1)rim,»rdial, la Famille ouvrière, mais nous n,»us sono- 
nies rendu tOtal, te de lit n,:ce.,.,itd ,l'm¢ oUi,t,¢i,m,..SUl,&'i,.tt»" qui 
groupe les familles ouvrières l,,mv dos résultats auxquels, laissé,.s 
à elles seules, elles ne. p,»ul'raient 1,rétendre. 
En effet, dans l'Arude du Travail e,»mlne dans celle de la pro- 
priét6 (,, nous av,ms saisi avec la dernière évidence que, dbs 
{I) V. la série des articles précbdents, la Sciettce sociale, t. Mil. p. IO. 
(2) V. nos Cudes sur le T'avaii et la Propriëtë, la Sciot«e sociale, . XI .t Xii. 



25 I.A SCIECE SOCIALE. 
que l,' Travail et la Propriété étaient app«.lds à fournir de 
rrandes ressources, par consëqueut h s'engag'er dans la voie de 
la production intense, la dispositi«,n «.n dchappail f,,rcémcnt aux 
l:amill«'s ,,urièr«.s. p«,ur devenir le thit exclusif de familles ou 
d'individualit6s d«,uées d'aptitudes sup6rieur's. EI il nous a 61é 
,Idmoutrd que celle disposition du Travail et de la Propri616 se 
trouvail d'aulanl plus exclusive, se c«mdensait d'autant plus 
n/re les mains des plus capables, qu,. les besoins de la so- 
,'i6td t,r,-ai«.nt à demander au Travail un," pr,,du«livitd plus 
c,,nsid,:rable. Mais u«,us avons vu qui., d. cette nécessil6 mème, 
aissait un Srave. dan«q" • les incapables ci les imprdvo)ants, 
,'¥st-à-dire la randc maj«,ritd, risquent de voir disparaitre peu 
ci peu. avec la dispositi,,n du Travail «.t de la l'ropri6t6, la sdcu- 
ritWde leurs moyens d'«.-tence. Aussi thut- quc la minorité 
de capables et de l,rdvoyanls qui a re.cueilli tout ce que p«-.rdait 
,',.tt«. maj,,ril impr6x-oyante et inc«pablc, assure" du Travail. 
fasse jouir de la Propriét6. par un m,,de quelconque, en un 
m,,t patronne dans h. Travail et dans la l'ropri616 ceux qui n'ont 
plus à leur disl,osilio, dir«.cle ni Traxail ni l'ropridl6. 
!1 v a plus. L'ol,servati,,n des l'has«.s de lExistence de la Fa- 
mille ouvri6re a la'gi la question" elle nous a rév61«: que les 
familles ,»ux-rières n'avaienl pas seult.m«:nt bes«dn d'6trc patron- 
ndes dans le Travail et dans 1« l'ropri61d, c't.st-h-dirc dans la 
re«-herche de leurs M,»ens d'«.xist«q,'e, par des familles ou des 
individus plus capables" mais «.lies «,nf aussi besoin dYtre diri- 
'«:«.s. d'ètre patr,mn6es par ces famill,.s, par ces individus plus 
««pabh:s. :l«ms l'emploi qu'cBes font de leurs ress«,urccs, attx 
l'hases de l«ur Exislence. 
Lt. l'atrona'e nous est aiusi al»paru avec trois oliets • l';flr«»- 
na-«, du Travail; Patronage de la l'r,,priét6; l'aironag.e des 
l'hases ,le l'Existence. 
Yc, ilh donc le patronage d6termin6 dans son objet, dans sa 
lt'ipb, tmcfion. E 1« voilà da»sWdu m6me coup. 11 est éx-ident 
qc'apr6s l'6/ude de la Famille ouvt'ièrc, le pt.emicr ordre de 
thils qui rdclam l'attention de l',»bservalcur est la connaissance 
,lire«-l,. tic. l'oranisme l,alronal, de cet or$anisme qui xient 



LE rATBONAGE. 

COml,h;ter si immédiateln«.nt, si intimement la Famille ouvri6re. 
Ainsi, après avoir, dans l'Cude d,. la Famille ,,uvribre, n,,té 
sur trois points. Travail. Pr,,pri6té, Ph«,ses de l'cxis,ence, 
h'ipl,, n6cessité et l,'s effets du l'atr,-,nage, il nous fi, ut lnaint,- 
l,ant p,;n6t,'er jusqu'au c,.,ltrc ,lo cerf,' organisation 
dont nous n'avons ,,bserv6 que la rais,,n d',h'e ,'t les résultats; 
il nous t,ut 6tudi,.r ,.n /«/-,,,r. le l»;,h',»n;,, . el al,al]-s,.r .a 
Le l»fr«,na-e défini ,.t class6 dans sa ,:néralifé, l»roc,:,l,,n à 
la d6b.rminati,n et au ('lasseltlCllf de s,.s diff,:r,:ntes ,.sp6ces. 
N«,m,.n,.l«tUl'e sociale prés,.nte quatre fit.an,les ,.spèces d,. l'atro- 
naffc; en voici le tal»lcau : 

LE PATRONAGE. 

I. -- Patriarche. 
Conseil de communauté ouvrière : 
Agri,',_,le ; 
Industrielle. 

II. -- Chef de Famille-souche et de Métier 
l'@heur e6tier; 
Paysan ; 
Artisan ; 
Etr,'preucur de transports. 
III. -- Patron à Famille-souche 
Agriculteur  
Forestier; 
Mineur ; 
Petit Fabricant : 
De Fabrique collective ; 
rand Fabricant. 

IV. -- Patron à Famille instable. 
Maître d'atelier. 
Société d'Actionnaires. 



2t 

LA SCIENCE SOCIALE. 

Ces différentes espèces son[ classées entre elles dans l'ordre oh 
le I»a[rona.$e va se db|a«.han[ tic la Familh. «»uvrière et se consti- 
tu,ld el dehors d'elle it l'éta! d'organismc de plus en plus com- 
l,liq,lé. ;'e.! là d'«illeurs ce que nous ail,ms démontrer. 

l:'est en Iri«.nt que I'«,n 1,eut observer les manifestations les 
pics simples «lu I»atl'Olln'e. 
l;llez les ra,:es l»atriarcales «»n no voit pas se constituer, au- 
dessus d,- la masse «h.s familles ouvrières, une/lire d,. 
avant pour tbn«tion sociale de diriger le travail et de maintenir 
les moyens de prc,,lucti,,n. Aussi l'éqdit6 n'est pas un mot, c'est 
une. r«:alitd, dans l'imlnuable triont. Et cependant, dans les pays 
sud-slaves, ch Tuvqui,'. ,'n Asi,', il v a.  bien qu'avec moins dë- 
«.aris qu'en l,'ci«leu.  d,-s cal»al»les ci des incapables, des in'd- 
voyants et d,.s impl'dvoyants : il faut. en '.hino comme en Frallce, 
«lUO les inc:l»abl,'s s,-,ient subordunn6s aux capables: il n'v a d,-. 
s,-,ci6h; qu' ce prix. 
I;«»ntnwnt d,»lC se fidt celle subordinati,-,n? comment se mani- 
tçst«, et s'oranise 1,-. Patr«»nae en 
Si ous 'emont«»lS  l'ancètre commun de tout«.s les faces 
«»'i«'nlalos. au .l'ast«.ur nomade.  qui rel»résentc encore aujour- 
d'hui le tyl,c lo l,lus simple ci 1,' plus pur de tout l'lrient, 
ne,us v,,xons que, chez ces l»ouph.s qui parcourent la Terre des 
II«'rl».s. le chef natur«.l ch. chaque g'roupement fanlilial, le Pa- 
lriarche, est «.n mèm«. le.reps h. ch«.f int.ontesté du Travail et le 
«léten/eur souverain «1 la l'r,-,pri6t6. Il n'x a pas de caste 
hale dans la slepl,e : le, us les l»aSleurs s,»ni flbres 
Et cependant, est-il possible ch' t'enconlrer un type de patron 
ci, mi l'autori/ë paraisse plus dtenduo et plus absolue que le Pa- 
triarche? !l ffouvorne souv,-'rainomenl un groupe immense, 
et.la il 1«. fait sans le concours de ces nombreux auxiliaires que le 
l;,-,mmerce, l«'s Cultures intcllectuclles, lo l:lorg6, les Associations 
de la vie privde et de la vie publique assurent, dans ,,s s,,ci6tés 



LE PATRONAGE. 25 

compliquées, à l'uOion l)atronale; il enh'aine h sa suit,., fail 
vivre, ,.t vivre en paix, les deux ou irois cents pers,,lmes qui 
composel sa tvil»u; à lui seul. il cumule les foncti,ms de l,bre. 
de patron, dc prètre, de jue ,.t de roi'. 
C«,mmçnt se fait-il qc. tandis que dans ne,tre ,'cident 
maie,ritW(les C]l«.t de tmi]lc SOlIt, t«,ut 1[1 jllS[", «;qm],lcs de 
gouverner leul" thmillc, mais sont al,soltllent incalml,les tic hli 
assurer, par eux seuls, des moyens d',.xist,.nee, d,. hd donner les 
«Omlnissanees inlelle,.tuellesel reli.'ienses les phls dléme»t:»ires. 
sont obli'és de recourir l»«»ur t,»utes ces choses à la classe 
tronale et à ses n«»llbl'etlx auxiliair,.s, c,»mm,.nt s,. t';dl-il qu'en 
ltt'ient, qne d:ns la sl,.ppe, il suftise d'ëh'e chef d,. thmill,, l»OUv 
av,,if, p;r là mbme, les ,lu;diiés ,h. l'alron 
La distinction que n»us avons faite des dittërenls 
qui eompr»sen/ la tbneti,,n patronale a n,,us l»ermettr, . ,le vé- 
soudr,' e,.tte qtlcslion. 
Si I,. Patrona;e se c,,mpose d,' tr,,is éléments : 1,. patr,,;»,' dl 
Icavail. h. patronage de la pr«,pt'iélé et 1,. palr,»nag,, d,. la thmilh.. 
on (omp'end qu'il ne se eonstilu«'ra pas t«»l.i»lrS de la 
th«on et qu'il présentera les tbrmes diltël'enies, sel,,n la nalur,. 
et la qu,»tité ,ios éléments. qui, d;tns eha,lU,, cas parti,'uliev. 
trent ,.n c,,nll»,,sition. 
llalS le cas qui llOtlS occupe, voyez ,',ml»i,.n. l»OU ' la t,mcti, u 
l»at'onante du .i'atriarehe, sont de peu l'iml,)rlanee l;t direcli,m 
du Travail et la ,lisp,,sition d,' la Propriété : voy,.z, par e,,t',.. 
combien est l)r:p,,ndérant ci étendu le ouv,.rn,.nlCnt d,. la Fa- 
mille. Dans la steppe, le lravail n'exi;e aU«Ull ett»l'[, aUClmO 
pacité; et l'al»ond;nee des pvodueti,_«s Sl»,,nlanées. des 
de la prairie, assu'ant it t,»us les troupeaux d'iltépuisables 
sources, le sol reste disp,,nible; la i'v,_,priété n,' se eonstitu,. 
ou ne se eonslitu,. 'ubre. Le rude lal»:ur et la prévoyance, eau- 
ses d,. toutes les inégalii6s s»,-iales, n'ont ltle faire avec Fart 
pastoral. Connaitre le parcours, r@ler la marche des trOUl)eaux. 
disposer le eaml)entent, voilà l'(euvt du i'alriar,.he, la directi,nl 
qu'il doit donne" au Travail. la disposition qu'il a d,' la l'roln'iété. 
Mais pour c»ndtlirC a lui seul, p,»ur maintenir ch bon ,wdre ,'t 



2; LA SCIENCE SOCIALE. 
paix, «lal l'lutine.use d6sert, sa nombreuse Fanfille, quelle auto- 
rii:, qu«lh, l»oigne il lui faut'. Aussi l,'Ut-on conchn'e que si. 
(I;ns la stepl«. , l'«.uvr,, du palr,,na¢'«" est imnens«', elle est à la 
l»«,rtéc des ch,.t naturels de groupem«nts fitmiliaux, parce qu',.lle 
,. «brise «'n deux : au Patriarche revient le patr,,uag«' du Mode 
«.t ,les l'hases dt' lExist«.nce de 1;t famill,-, et c'est lb ue rude 
l;iche ,lui exl,li,lu,, h elle seul,. 1; sr;nde tiffure de ce person- 
nae; mais  la steppe, à la pet'man«.nce «.t k l'abondance de 
s«'s l,r«,dcclions l,,nlandcs 6choir le patrocff«' ¢h.s Me,ve'us d'Exis- 
l«.nce de la famille ouvribre. 
Il t'x a d,,n« pas de «'/a.,.se patronal,, ch«.z les pasteurs noma- 
ch-s. parce que h. 1» tr«,na'e c«msiste essonti,.llemcnt, chez eux. dans 
le -»xernem:nl de. la I:amille; et. si le patron n'apl,arait pas 
d,çl«h,: ci au-dessus de la famille OUVl'i6re, pal. contre le p6r«. 
s'«:lèx,..' c plus haut degr6 de la puissance paternelle, h la di- 
gnil,; de' l'alriarche. 
)l«is quiltolaS la st,.l,pe , et ,»bserv,,ns l'dvoluti«,n du Patronae 
lorsqu,., p,,ur des causes connues du lecteur, les nomadcs sonl 
obligds d'al,an,l, mn«'r leur vi«. ci'renie, d. s'61ablir en s6dentaires. 
,.1 de s,' liv.er à la culture. 
lies t.,,is dh;mcnls du l'alrona-e, o «. voit un. le patronaffe 
de l:t Familh., p,.r, lr«. b«.aucoup de son ilnl,,,rtan,.e , tandis que 
les lcux attires, le l»att.,»na.c du Travail el le palronagc de la 
l'r,,lt'i61d, v,nl se d,;v,.l«ppant sin'ulièremcnl. 
R.gal'dcz l»lutl ces Conamunaul6s ag'ricoles que l'on l'vnconlre 
en Svrie «.t t:lt Bul'arie 1 . Le chef de l'ancien 8'roul»ement 
n,madc qui s'est dlal,li à demeure sur h. sol p,,ur le d6fricher. 
le l'alriarch,:, diszie, parait encore un 'rand et puissant person- 
nae; il est l'»li.t d'une «xlr6me d6f6reuce. 
Cette d6ferencc se traduit par des si-ncs manifestes; il porte. 
1,. titre de Go.,po&«. (Seigneur), de St,,r,hina (Ancicux, de Domat- 
,hb« tMaitre de mais,,n. X table, il occupe la place d'honneur et 
cm le scri le p.emier; h son entr6e, loul 1 onde se 16w. la 
musique et la danse ire commencent jamais ch sa présence sans 
,1) Voir les Etudes sur la Culture en Famille patriarcale de M. Emond D,'m«,lins. la 
Sric»tc«. oci««le, t. 11. p. 405 et suiv. 



LE PATRONAGE. 
unc au[orisation expresse dc sa part; on ne fume pas d«.wnt lui. 
Mais ce n'est plus lui qui d6cide du mariage de es enhnls, qui 
les instruit et les o;u«"e , etc.', il n'est plus, d«ms h. gouxerncmcnt 
de, sa famille, un souverain absolu 
D'«,fi vie.ni cet amoindrissement? l'ourquoi h. patr,,nag'e 
Mode' et des l'hases de l'Eistence de la l:amillc, ,lU, * h. l'alriar- 
che exer«ait avec une telle inensit6 dans la Stel»pe , est-il ainsi 
r6duit? 
(;'est que nos gens sont devenus s6dentaires; ils ue 
plus un groupem«'nt de nomalcs errant it travers h-s immens,.s 
solitudes de la st«'ppe, ils ne sont plus isolds du monde, exl,os6s à 
de grands dangers, h la m«,rt certaine s'ils se séparent; l'aulol'itd 
du l'atriarehe n'a doue plus best,in ,h. ce eara,-lèr,- d'al»solulism«.. 
qui r6sulbit n,;eessail'enwnt des eondili,ns ch. vie d,. la st,'ppe. 
il y a plus : ces palviareaux ne sont dev,'nus s,;&.ntaires 
sous le 'oup de la n6eessit6; et celle, néeessilé, quelle est-elle? 
c'est de se livrer à la culture, g peine de. ne p,,uvoir plus vivre. 
Il y a, de ce seul fidt, toute une r6volution. 
Vous vous rappelez avec quel soin nous av,,ns hOt,;, dans 
éludes sur h' T,'a,'ail. l'imm,.nse tt'ansfi,rmali,m sociale qui 
p61"e dans uue soeidté l,rsqu',.lle al»and,nne les lvavaux de la 
Simple Réeolle pour se livrer aux lravaux d'Extraction. « 
[ravaux d'Exh'aeli, m, disions-nous, exileut de c,.ux qui les 
cent um. qualitd essenlielle, il fiul quo l'homme t]tsse etfiwt 
sérieusement cflbrl non pas seulement au moment ,h. la 
du produit, comme dans h.s travaux de Sinq»h. Ilëeolt«., mais 
encore et surtout bien 1,,nffteml»S avanl l'instant off il jouira du 
ri'uit de sa peine. Il a donc besoiu non seulemenl de 
morale qui décid,, fi Fo[ri»ri bien axanl l',;poqu,, aù 
le résul[at, mais eues,re d,' la lwrspicaeit,; in[,dh.ctudh, qui thit 
d,,nuer cet etfi,rt dans h.s mcilh'urcs eon,liti«,ns d,. r,'nd,qn,.nl. 
Cette én,wgic mm'ah, et et.tf,, p«rspieacité sont h-s d,.ux 
de la préco¢/a, ce (). » 
Le Patriarche sera-t-il néeessairem,«t prévoyant? L,. eh,.f 
(1) Le Droit coutumier des Slaves mt:ridionat«y, par Bogisi«. 
(2) La Science sociale, t..kl, p. 308. 



 LA SCIENCE SOCIALE. 
5'«,Ul»Cm.nt familial saura-t-il diri.._.;«.r, dans h.s meiih.ur«.s COll- 
dilions d. pl'oduclivi[6, 1«. travail des mclnbr,.s d« son group,'? 
Saura-i-il ,li»poS.l', avec l«'s plus sag«s vues d'avenir et av«'c 
plus prfiil,. équité. des produils du travail de t«ms ci du sol, 
,,}«.1 mères, d. ce travail? Aura-t-il. en un mot, h.s qualités né- 
ccssairvs p,ur diri.«.r le Travail, p,,ur disposer d' la l'ropridt6, 
p,»ur les l»;ttronl'l'? 
I,.s qmdilés lW SOli[ lt;ts COIlillIUlI'S, «[ «»I1 l»'ut 'ir« b" ln.il- 
leur 1,6t'«" d' fmill sans les posséder. 
Aussi la sihvtion esi«.lh, tt'6s cl'iiiquc. Nos cns ont làché 
h.l»l,.. ils lW l»,.uv«-nt plus compb.v exclusiv«lnt.nt sur h.s pr»- 
du,.6,ms sp,,ntnées: il l,.ur t)ul vivt', des produits que b.ur 
h'av«dl siilll'l faire rendre, nu sol qu'ils se SOli[ ,lq»ropvié. 
s','l Iii'ci'oral-ils. si leur clwf de' famille, si le l'atviarclw ne 
mini ,lil'i2",T l,'tir h'vail li adlniliSll'.r leurs biens, s'il «st 
médio«r«' l)atl'on? 11 ,'st donc de t,,uh, nécesilé qu, h.s c;pabh.s 
«.i h.s prévoyanls, dont h.s ctt])l'[S assure.nf la ri,. &. le»us, l»l'Clt- 
ncnt ,« main la dir,.,.tion du Tt'avail. 1; dispositi,m de la Pr,»- 
pl'iél6. 
L," ¢'ox«.i/«1«. Co»utat«tg c.st le pvoduil de. c,.tte itu«tion. 
,. ]Olseil 1. s. I»orn«. pa à limil«r l,.s l»,,uvoirs du chef d' tt- 
lnilh., du l'alvi«,rclw, pour l'.mpèch,.r d«.n lnéSus,.v, mais il 
tril»u«, aux l,lus Cal,ables d,'s n«.m}»l'es d,. li ;,»lntnun;uté un. 
aU[ol.i[d dil.eCb, star l,_,utc l«.s atthit.es de la ;ommunauté. 
l,.s homm,.s du v,,ul»em,.]ml t)milial, b.s j,.un.s s«ns dès quils 
,»11[ «;l.],lcs d,. lr«vaill.r séri«.us.ment, ],.s llllllC 
sil s'«gil d,. pi'oindre' Ule d6cision importnn[., f,,nt partie du 
;ons,.il. 
« Le ],,lts,.il d. flnillc sas«.ln}»h, ordinail.«.ln«.lt apt'6s le 
1,. repa du soir. lorsque le tt'avail d,. la journée est fini et que 
t,,us les m.ml»ves peuvent se réulil • aulouv du fi»v«.v d,mcstique, 
car c'est 15. .nhivev, que se lienn«qt lous les conseils. I1 s'as- 
,.lnbl,.nt attssi l,al'foi c, près la nwss, l«.s jours d. r«ndc fète. 
En dt6. ,,lin s'assied à l'ombre d'un arbre.. Le ch,'fparle le premier 
ur les aMrcs de la maison, il rend colnptc d- ce. qu'il a fait, 
il d6vcl«,pl,e sc pl.oj«-ts pour l'avenir el il énumère tou[ ce qu'il 



LE I'ATBON.t.GE. 
convi.nt d',,ntr«pr«ndre. La discussion s'ouvre ensuih ., o, quand 
out 1o m«mdo est d'accord, h.s venl.s et les achats tdts par 1o 
Domalchin sont ra.titi6s t.t l'on adopte h. l»ro'ramm - exposë 
par le mai!re de. la maison  I) ». 
En fait, les ath'ilmti«ms du Conseil de famille sont d'antant 
plus éh.nduos que la c«mmumauté c.st plus lal»orieue: il ne' 
pl.s au lomatchin que la simple gesti,m «les aflhives courantes. 
Le Conseil se pr, m,,nco sur les achats et les vent,.s du bétail. 
dos immeublos, sur les .mprunls, sur les rlafion 
th. la Communaut6, sur les questions d'honneur, d,. m,,ralité. 
sur h.s l»avtag'es, lorsqu'ils se présentent; il dëcide d,.s naria',.s 
et veilh, par là à ce qu« la I'.ommunauté n'ait pas à n«,mTir i»lus 
de p,vs«,nnos que ses t2,v«es no lv lui p«rmt.ttent : lescapal»los 
se soucie.rit 1,as d« • h'availhq" pour l«'s incapal,l«'s. 
Voilà un Conseil te:cUl»6 et qui n' manque pas de pouvoirs ! M.is 
ce Conseil no se contente pas de. dép.sséd«T ainsi le Patriar- 
che. il veut l'avoir tout à fait dans la main en le ne, minant. 
Lo chef de. la Communaut6 m. tiv»[ l»lus son autoritd et ses 
tç, nctions de sa naissance, s.lon l'usae do la stoppe., il est 
de la Comniuuant6 et peut mème se voir valve»quO par elle 
cause d'incapacité. 
Lëvoi«tion qui s'est produite dans h, r@ime du Travail 
dans celui «le la l'ropvi6t6 a f«»rc6 la Communaut6 A meth'e à sa 
tOh. un homme actif, capnl»h,, l,Vdvoyat. ,, Aussi. dit M. 
ltemelic, nomme-t-on souvent dvs homm.s jounes dont l. 
tèt'e 6nerg'ique et i, rdvoyant, le talent et la v«,loni6 ferme' s,,nt 
c.nnu». !1 arrive l»arfi»is que le Domatchin sentant diminu«,r ses 
I,vc«.s avec l'«iëe renonce à ses pouvoirs «.n thvour du l,lus 
v«,illant et du plus digne de ses fil, mais h.s autres 
de la Communaut6 doi-«.nt consentir à ce chanem«.nt ,,. 
u«.l personnage amoindri pr6sent«, dans ces 
a$'ricoles, ce patriarche que ivres avons vu si puissant dans 
steppo Il ne conserve plus de son ancien p, mvoir qu'un ffouvernv- 
ment limité de sa Famille ; en thit, c'est Iv Consoil d,. Communaut6. 

t. Fédor Demclic.' 



:tO ,A SCiEnCE SOCm,E. 
ce sont les plus capables et les plus p,évo,vants du .roul,e, qui 
«.xereent le patrona'e du Travail et le patronag'e de la Propriéé. 
La slection s'est faite, dans le roupement familial, .-at.ç" 
3lais llOtez biel les conditions particulières de celle solution 
ch. la question du patronage. Les Communautés agricoles des 
l»«ys sud-Slaves peu«,nt se palronner clles-mèmes p«v linter- 
mddiaire de leur Conseil de Communauté, pro'ce qtte h.urs mem- 
I..«.s .e s'ado..ent 7u',u.e cttlture e.rtenic% qui, en fait, exige 
un patronage peu reb.vé, de m6dioeres capacités diri'eantes 
une pvévo)ance de courte haleine. Cela est tellement vrai, que, 
,l,.s que la culture ite¢«, apparait dans ces r6ions, les C,»mmu- 
nautés a-rieoles se dissolvent: et des eondifi,»ns du Travail ci d. 
la Pv«»pvidt6. sov spontanément une htt,'a't'hte sociale. Mm's. 
«»n voit s'élever quelques fim611es avan[ à b'ur tète d«.s hommes 
«ux qualités dminentos, landis que la l'ande masse de la p«,pu- 
lati,,n, eOml»«,s6e de familles impvo)'anes, a besoin pour 
tver dans la ve,le de 1; production intense, d'èlre vi.oureuse- 
ment I»atv,»nnée du de,hors. 
I.e Coseil de Communaulé ne joue p;s son r61e de patron du 
Tl'avail ,.t d,. la l»r«,priété dans les seules e,,mmunaut:s arieoles. 
il remplit la mOm' missi,,n dans h,s eommun«utés industrielles. 
31;is. là. sc»n inal»titude organique à remplir cette folwlion, 
l»«»Ul, peu qu'elh, se complique, écl;[e dans sou plein. 
_X tt ivsez à nouveau.  commenous l'av,,ns déjh t if.  en élu- 
dinl le r«vail.  h,s e«,ndilions de. la Fabrication. et vous vert'ez 
«lue celle simple pr6voyance que v6elalne la culture exlensive, 
dont le Conseil de COmlttUtaul6 61ail tout au jusle capable, suffit 
bien moins encore ici qu«, dans la culture illlensive. 
i.e lWorès des m6thod.s ci sa mturellt, eons6quenee, l'insla- 
bilité, qui sont la eavaetdristiqu, dt. la Fabriealion. exigent que 
t«»utes les forces et oui le ressort que l'indépendanee et l'intérèt 
persolmcl peuvent d,»nner à la prévoyanee, soient assurés à ceux 
,lui s'adonnenl h l'industrie. Une ibis en'a¢é dans la Fabriealion, 
pour ne pas disparaitre éliminé parla concurrence, il faut avoir 
l.spril prompt, l'inititive hardie, il faut èlre eapahle de se -e- 



LE PATRONAGE. ;l| 
tourner du jour au lendemain, de transfcwmer s«,n outillao, ses" 
proeéd6s de production, de les mettre à la hau[eur de t,)us les 
perfectionnements; il faut. en un mot. avoir une série de qua- 
lités eontva,lict«,ires à relies que d6velopp«, la C«»mmunauté. Ce 
n'es[ pas/«,ut : pour accomplir de pareilles év,,hfli«,ns, pour di- 
riger de telles entreprises,on ne peut pas perdre son temps en oi- 
seuses délibérations, on a besoin dëtre unique et s,mx erain maitre 
de son afldre, de risquer l'c, pérati,,n à s«,n seul er, ml,t,.. 
en assurant des nlox-oltS d'Existence certains à ses auxiliairos. 
!1 est d,,ne de toute néeessité que c,.ux qui se sen[.nt eapal,l,.s 
d'une aussi l, mrd,- resp,,nsa]»ilit6 aient leurs eoud,:,'s franehes et 
soient .ènés p;r aucun lien c«nmuu«tttairo tl;ms lu dire,'ti,n 
qu'ils doivent donner au Trax-ail ,-t dans la dispositù,n «lu'ils ont 
besoiu de faire de ]; l'rol»riété. 
lierre inaptitud,, du Conseil d,' C«,mmunauté à r,.mplir h. 
tbuetions de patron dans la Fabrieati«»n est si bi,.n une 
litude organique, que la abl'ieati,,n ne p,.ut arriver à 
dével,,pper dans les pays eonunuuautaires, et que. dan les pays 
n«Ii c«,mInunautairos, d6s qu'on veut rempl:cer le lmtron par 
un C«mseil de eoutmunaut6, l'industrie v,:.g'ëte et ne t«rd,- p;s 
succomber. 
La Fabricati,m en Orient ? mais ,.lle en ,.st ,.n,.r, re h naitre 
uelle infi:viorit6 accusent ses quelques rares produits. à e«',té de 
ceux d« l'industrie oecith.ntale La l;ommunauté ]'a lnaiutenue 
sous le réime dps moteurs inlërieurs, la main ou l'animal. «lui 
n'exigent lins degrandescap«eit6sen avoir et en intellien,-e ; elh. 
a fait plus : elle a arrètd l'essor des individualités énfinentes, 
en n'assurant aucun b6nétice à leurs ettbrts et en s,»umettant 
au bon vouloir et à l'ignorance de tous h,s utih-s disp,,siti,,ns 
qu'il faudrait thire du bien e«,mmun. Aussi v,,it-on encore au- 
j«»urd'hui les tlrientaux fabriquer, par les mnws pl'oeédés, les 
mèmes nattes, les mèmes ustensiles, qu'ils fidwiquaient d6jà 
temps d'A]waham. Eu Chino m6me, o6 la l'éduetiot de la 
Communauté au point de vue de l'halfitation a l,allié une partie 
de ces inconvénients, voyez combien la Fal»rie;ti,»n est restée 
arriérée et routinière 



32 r^ SCtECE SOCI^.E. 
En t|c«ident, il nous a été donné, et il nous est encore danlé 
aujourd'hui. ,l'assister k une contre-6preuve de ce tktit, con/re- 
preuve qui manifeste i,i«.n la toute-puissance des lois sociales. 
Il et arriv«: plusieurs fois au com's de ce siècle que h's th6ori- 
tiens d la classe ouvt'i6re, après avoir établi lïnu/ililé 
'asitism,' ,le la fonction l»atrouale, ont eu ,,cession d'organiser 
h_.s associati,,ns de travaillm's, ds ateli'rs, oùl« patron 6lait 
r,.ml,lacé par un :C,llS,.'il nottllllë par la Communa,t6. 
I2.s ;otn mu naut6s ind ust riclles, qu'elles s'appellent Associations 
ouvt.ii.i't.s .n 1818. ,u Soci6t6s COOl,6ratix-es de production et 
Mit«. aux Mineurs en 18lg. ont toujours6choué «-t 6chouen/encore 
i,,,ur ls m,'.m,.s caus,.s : l'absence de direction dans le Travail 
l lïml,révoyance dans la disposition de la l'i'Ol»riét6 commune.. 
I.o Conseil de Comlnunauté, fùt-il compos6 des ouvriers les mieux 
,.hoisi, manque toujours de sci.nce, de pr6voyancc et d'autorité, à 
,'allSO IllèlllO de. sa conditi, m conlmunaulait'e, imp«.rsonnelle. 
l,,,ur ainsi dir.; il n'est pas «,r.-anisé pour remplir les foliotions 
h. patron p,»uv l»CU qu'elh.s soient d:li«at«.s et 61erCs. Toutes 
les Ass,ciations ou'rières de 188 ont disp«ru, maigr6 les riches 
d,,tati,-,us qu'elh.s avaient recucs de l'Ëtat. 
I.«.s quelques Sociét,:s coopératives qtn. l'on voit v6fféter au- 
.i,,urd'hù. ne sui»sist,.nt r'om,e les eommmttgs 
l'O'i«.t, qu rfic. h quatre conditions : 1  elles ont pour objet 
des industri«'s où l«'s mot.urs mëcaniques n'ont que très peu 
,l'imp,,rtance r«.lativement au travail dt. la main : p«.inture, 
m.nuis«ric, 'rawre conunerciale, «.t¢.,.. confection de tapis, de 
natt's, ;l'ustcnsilcs cn b,,is...; ce sont en un m,,t des industries 
,,fi la dir,.ction, le pattç»na-, du Travail. est très minilue. 
2" Elles n',ml l,'soin ni d 'vos capilaux pour ètre constitu6es. 
i de matièr«.s premiëres co6teses, ni de fonds dt, roulement 
,:,msidérabh's: la disposiliou, le patronaffc de la Pvopri6t6 com- 
mun« est des plus simples, et se contente, des moindres capacités 
et ,1« la plus faible prévoyance. 3" Elles ont. la plupart du temps, 
un mon«,l»ole de fait ou de dr, dt : de droit, c'est ah,fs le cas de nos 
Socidtës coopératives modernes, h qui les municipalit6s tla Xïlle 
,le Paris entre autr,'s) réservent leurs fournitures aux d6pens du 



IE PATRONAGE. 33 
contribuable; de fait, c'est le cas de qu<.lques fabricatious de 
l'Orient. 't° Enfin. elles sont toujours dirig6es par un membre 
du Conseil de Communauté que ses capacités placent hors pair 
et qui exerce, dans la mesure où il le peut, les fonctions de pa- 
tron. Ces quatre conditions précisent d'une facon exacte le champ 
d'évolution patronale du Conseil de Communal, t6 industri«.lle. 
Le Conseil de. Communauté industrielle, que nous venons d'é- 
tudier, se classe évidemment après le Conseil de Communaut6 
agricole. On en voit la raison. Les grand«.s dit'ficultds dans les- 
quelles la Fabrication fait entrer la famille ouvriere, n«cessitet,t 
une intervention plus complète (!¢. l'organisn|e patronnant, et 
dans le Travail, et dans la Propriété, et dans la Fan,illo ouvrière 
elle-mème; cet or.'anisme, -- ici, le Conseil de [ommunaub:. -- 
doit se développer, partant se complique en passant d,. la 
Culture à la Fabricati,m. 

II. 

NoUS venous d'observer la solution qm. l'}rient COUll,HlllaU- 
taire a su dot,ner à la question du I»atr«»na.e. Nous avons vu 
comment les incapables dtaient subordonnés aux plus capables, 
au Conseil de Communaut«; «,t dans la direction du Travail et 
dans la disposition de la Proprièté. Mais, si la naissance d'un 
organisme patronal au sein mèm«, du groul, cmeut qui a 
d'ëtre patronné se trouv ,:tre précisdm,.nt la cause de l'exh'ëmc 
simplicité et d, la réelle égalit6 que l'on remarque dans les 
constitutions sociales des peuples orientaux, t, lle est en mème 
temps la raison de la complète intéri,wité de. ces p,'ul»h.s ,lans 
tous les travaux de production aussi bien agricole quïnd «strielle. 
Lorsque,  pour des causes quïl ne nous appartient pas 
d'ètablir ici.  la Communauté originaire se brise, lorsque les 
familles s'établissent en simples ménages, le groupement fami- 
lial, réduit au père, à la mère, à leurs jeunes enfants, est trop 
restreint pour qu'a défaut du père s'il est incapable, une orga- 
nisme patronal surgisse dans le sein mème de la famille. 
T. IV, 3 



3-1 LA SCIENCE SOCIALE. 
• t)n voit alors immédiatement les simples mélla'es se répartir 
en trois gandes catégorics. La premi6re comprend les familles 
OUVl.i6res strictement capables do bien diriger leur Travail, do 
disposer avec prévoyance de la Propridté nécessaire à ce Travail 
mèmo or  ]'emph,i dos rcss-urces qu'il procure. La seconde, 
de bcauc«,up la plus nombreuse, «,st form6e de ces familles ou- 
vri6res qui sont aussi incapables do dirigor leur Travail que de 
disposer utilomenl de la Propri6/é. Lem' inaptitude et lour inca- 
pacitd al,l..lient twcémont la constitufi-n dos famillos do la troi- 
sibme cat@orie. Celle troisième cat6gorie so recrute dans la 
l,rcuièrc, oi l'¢n rencontre, de temps à autre, ds familles dont 
les chet sont douds x.pri«'u,'e»,ent. Sous l'intluece de ces chefs. 
l«.s aptitudes des familles grandissent, et celh,s-ci deviennent 
«apal»les de diri'cr produ«fivement le Travail, et de disposer 
avec l,r6v.,yancc de la Propri6b  la place et au profit de tous ces 
incapables. Ce sont là les familles p«ttro.,des propremcnt dites. 
l;'st ainsi que les soci6tés do races en simples-m6nages, les 
sociétds tc«idon[al«.s, prdsenIen[ &,u.r classes bien dis[inc[es : 
d'un c?dé, se trouve la masse des incapables, qui a besoin d'ëtre 
patvolmée; de l'autre, une élie capable soit de se tirer d'affaire 
touh, seule, soit, ce qui est mieux, d« pah'ouner la mse des 
iucal»al»les. Nous alh,ns 6tudier h. promier type que présente cette 
Cille, celui où, malffré l'e.riffetïté «& let [¢onille et de ses t'essour- 
ces talto'al]es, le l'atronae demeure encore dans la [amille. 
Ih rene.ntro, avons-nous dit, un cevlain nombre de fanilles 
ouvrières en simples m6na'es dont les chefs sont capables de 
r,,l,-nir util««ncnl la direclion de leur atelier et de leur foyer. 
Ces chefs de familles forment, apr6s les 1 m triarches et les conseils 
dccommunaulë, la seconde espèce du l'a[rona$'e, d6siçnde sous 
ce litre : Le che[ da [,»Hlle-sou«he ci «& »tdtier. Ih a mis ici 
«.xpressémen[. « la L-mille-souche » au lieu de mel[re d'une ma- 
ni6re plus ffén6rale, « la famille en simple m6uaffe », parce que la 
famille-souche esl le type réffulier et le seul bien cons[i[u6 de 
la famille en simple ménag'e. 
I;'est bien ici. immédiatemeut apvOs le Conseil de commu- 
nauté, que Fou doit classer le chef de famille-souche et de më- 



LE I'ATRONAGE. 3. 
ti,.r, l,uisque avec hli se continue, comme nous veuons «le le dire, 
le phénomne que nous avons rclcvé dans la Communautfi : h' 
patronage reste englobé dansla famille ouvriere elle-m'.me. 
)lais il y a quelque chose de plus dans l« Chef de famille- 
souche et de métier, que dans le Conseil «le communauté. Si, 
lmur chacune de ces esp;,ces, le l'atr»nag'c resie ..nlo]»é dans 
la famille, il es1 vrai de dire qu'il y a plus d« valeur patronale 
dans le simple ménage dirigé par un chef de t'anfill,.-sou«h«. 
et de. méfier que dans une communanté dirigéc par un [;on- 
seil. 
Le Conseil, résultat d'une sélecti.m «,péré,- dans la commu- 
l,atlté, roi| sa t«'clle patronal,' singuliè,'cmm,t t;acilité,, par le peu 
d'iutensité du tl'awtil, par la communauté et la quasi-inalidna- 
bilité des biens et par le fai},le poids dont pèse toujours une 
resp, msabilib: e«,lh.etive. 1.e chef d,. ïamille-souch,. et de métiev, 
au contraire, par h' seul fait qu'il est le chef spontané, unique 
et inconnut;d»le de la famille, assume un« hmrdc resp, msabilit," ; 
il a autrement besoin d'initiative, d'intclligeuee et de pré- 
vovanec que le Conseil de communauté puisqu'il est engagé 
au milieu de ««,mplieations économiques et soeiah.s, deval,t les- 
quelles ll'a pu se mainteuiv la eamlnunauté. D« lfi, l'énergie e! 
la singulière wdeur des types que présente cette seconde esp/.ce 
du Patronage, eomparalivemel,t à ceux de la l»remiër, .. 
La seconde espèce du patronaoe eomll'end quatre variétés de 
Chefs de fanfille-souche et de lnétier : 

Le Pècheur-Ctier; 
Le Paysan ; 
L'Artisan; 
L'Entrepreneur de transports. 

Ces variétés sont d«:l,'rmb/«,s d'aprës le {ravail: qui est bieu 
le tiit constituan! du Patronage, puisqu,, c'est k, dit'ficultd du 
h'avail qui r6par/it l'humanitd en ces &.ux groupes d« capabh-s 
et d'incapables, de patronnants et de patronnés. 
Ces variétds sont class&'s d'après les difficultds croissantes que 
les différentes espèces de travaux prèsentent pour l'ouvrier à res- 



36 L^ SCiEnCE SOCIALE. 
ter chef de métier en mëme temps que chef de famille, 
dire à rester]atro de sa propre famille. 
Le Pêcheur C6tie passe le premier, parce que. de tousles chefs 
de famille chefs de métier, c'est hfi qui rencontre le plus de fa- 
cililéspour patr-nner sa famille dans le Travail, la Propriété et 
les Phases d'existence. ette extrëme facilité vient de ce que la 
pêche c6tière s'exercant sur des producfions spontanées sura- 
l»«ndantes, les poissons de la mer. il n'est pas nécessaire au chef 
d • famille d'avoir de grandes capacités, ni une rande pré- 
voyance pour demeurer chef de métier. La pche c6tière s'effec- 
lue par des procédés traditiomels, dans des endroits connus, 
par petits 'roupes qui ne dépassent jamais les ressources de 
bras du simple ménae d'auh'e pa't, les courants chauds amè- 
nent périodiquement sur les c61es de la mer du No'd d'énormes 
bancs de poissons quc l'on peut expl«,iter sans tic,ve ni merci. 
 Cette siulière facilié que rencontrent les chefs de ïamille 
à demeurer chefs de métier explique ce yrand caractère d'h- 
mo'énéité et de simplicité que présentent les races de pëcheurs- 
ce, tiers de la mer du Nord. 
Les conditions du travail, dans la Culture, qui se tradu[sent 
par une long-ue iu'évoyance et des efl't,l'lS anticipés, rendent plus 
difficile pom' le Po.,/son de demem'el' chef de métier. Aussi lous 
les paysans «lui sorti capables de gouve'ner leur famille n'ont- 
ils pas f«,reément h.s qualités nécessaires pour diri$'er l'exploita- 
tion et disposer sagement d'un petit domaine, l'ne race de pay- 
sans à la fois chefs defamille et chefs de métiers décèle donc une 
valeur croissante et. un développemelt des aptfiudes patronales. 
L'A,'ti.an x, ient après le pa)'san, parce que le pro.,_.:l.èS des mé- 
thoth.s de h'avail, l'instabilité de la clientèle rendent la direction 
du Travail et la disposition de la Propriété heaucoup plus difficile 
dans la Fabrication que dans la Culture. Prenez un simple ar- 
tisan de village, un charron pal" exemple, et comparez les qua- 
lités qu'il lui faut pour ètre chef de métier à celles «lui sont né- 
cessaires à un pa)'san pour diriger sa culture et posséder son petit 
domaine. La culture est peu progressive, le domaine est un bien 
récl qui n'échappe pas; en tous cas, il peut nourrir son homme. 



LEPATRONAGE. 37 

Le métier du charron est. au contraire, à la merci de toutes les 
inventions; à c6té, on peut fabriquer mieux et à meilleur compte, 
la clientèle peut se déplacer, alors il ne reste plus rien. Ici en- 
core la valeur patronale augmente. 
Enfin, vient l'Entr«7»'vnvur «le Transports, nous le classons en 
dernière ligne, parce «pfil exerce un métier où le chef de la 
famille ouvrière rencontre encore plus de difficultés pour de- 
meurer chef de métier qu'il n'en trouvait dans la Fabrication. 
Le progrès des m6thodes, l'instabilité de la client61e ne sont plus 
ici les seules causes agissantes le défaut de spécialisation, d'ap -- 
titudes professionnelles de l'ouvrier des transports, tout contribue 
à rendre son métier très précaire, partant ses moyens d'existence 
très aléatoires; il lui faut donc des capacités en intelligence et 
en avoir assez puissantes pour demeurer chef de me:fier dans de 
pareilles conditions. De tous les chefs de famille-ouvrir «lui 
conservent la direction et la dispositi,m de leur atelier et de leur 
foyer, Fentrepreneur des transports est celui chez qui la valeur 
patronale doit ,Xtre la plus.raude. Cet homme, en effet, entre 
presque dans la condition du pur commerçant, chez qui Fesprit 
d'entreprise et de spéculatiou prime de heaucoup lhabileté ma- 
nuelle, le savoir-faire matériel. Souvent mme son extérieur n'est 
déjà plus celui de l'ouvrier. 
A c6té de ces quelques familles ouvrières en simple ménage, 
dont les chefs sont capables dëtre pleinement chefs de famille et 
chefs de métier, - c6é de ce{te élite de petites gens qui ont assez 
de valeur, d'énergie et de prévoyance pour se patronner eux et 
les leurs dans le Travail, la Propriété et les Phases de l'Ei«tence, 
il va la. grande masse des incapables et des imprévo)ants. Que 
deviendrait la vie de l'humanité, si ces malheureux étaient lais- 
sés à eux-mèmes? Il est d'autant plus urgent de les empècher de 
se livrer à leurs penchants pour la paresse et le gaspillage, que, 
avec la densité de la population, la nécessité de la production 
augmente, de sorte que leur incapacité à diriger le Travail et "à 
disposer de la Propriété va en s'accentuant. 
Il s'opère alors, ainsi que nous l'avons dit plus haut, une sélec- 
tion entre les familles. Quelques-uns de ces chefs de métier, dont 



38 

L SC|C SOCIALE. 

nous venons d anaL'set la capacité patronale, voient, sous le coup 
de la nécessité sociale et sous lïml»ulsion de lem' énerg'ie morale 
et intellectuelle, cette eapaeité s'aeeroitre; ils deviennent «Aors 
eaiml»les non seulement de patronner leur propre famille, mais 
encore de dirig-er le Travail de nombreuses familles ouvrières. 
de disposer utilelnent de la Propriété que ces familles d'ineapa- 
Mes n'ont pas su consorver ou ne peuvent atteindl'e. 11 forment 
la tl'«,isièmc espèce du P;tronavc " les Patrots à/trouille-souche'. 
les « Patrons ,, pl'oprement dits. 
C'esl avec cette troisième espèce que le Patr,»nage apparalt 
poul" la première fois d6taehé de la paternité " il n'a plus comme 
moyen d'action l'autorilé pateruelle, il se constitue en dohors 
de 1« famille ouvri/'re eOlllllO lin organisme indépendant; aussi 
l; personne qui l'exerce recoit-elh, un nom spéeinl • le Puté'on. 
nom qui n'avait pas enowe été d«»nn6 aux patronnauts pr6eédents. 
Il tu ren,rqmu, t«»ute[ois quo ces patrons h famille-souche, t«,ut 
elt pah'onnnn[ des familles autres que 1« leur, lmtronnent aussi 
la leur. Mais lit leur l»;trona-e est diëren[, puisque, dans ce 
cas particulier, il a comme me»vert d'action l'autorité p«de'nelle" 
il se distin.ue pouvtalfl, lnène en eeth. partie, des esp0ees pr6- 
«6dclfles, el eo que la t)amille du palvon à fiunille-souehe Cant 
dans une situation sociale plus eompliqu6e, le paire»nage qu'il 
fiut ex«.veer sur elle exi.qe des aptitudes supéri,ures. Il est évident 
qu'il faut plus de el»aeités h un land lol'd an,lais, fi un Sehnei- 
der du Creusot pOUl" patronner sa propre famillo qu' un pelit 
pa3-sal eu à uu t'»l'eron de villag'e pour pah'onner la sienne. 
Nous nous nrrète'ons aujourd'hui uu seuil de celle troisième 
espèce du Patr»na'e, qui marque, dans le dévolopl)emcnt du 
phdnom0ne, une division si imporIante. Aussi bien avons-nous 
parcour une assez belle sërie de tvanstbrm«tions. Nous étudie- 
tons et elasser»ns, la l)roehaine f,»is, les Val'ié[és de cette tl,Oi- 
sièmc espèce, et nous passerons fi la quatrième «. dcrni0re. 

(A 

l/obert l):;o-r. 



L'EMIGRATION IRETONNE 

A PARIS ET AUX ENVIRONS. 

En parc«,uran! à diverses reprises h.s proxinces de l'ouest de 
la France, j'avais remarqué plus d'une, f,,is 1, • grand n,ln])l'e 
de Bretons qui. à certains lut»ments, remplissaient les h'ains sur 
les principales lignes de «llemins de fer et j'avais été frapl)6 d,'s 
caractères t«,ut particuliers qu'ils pr6sentaient. Rien de' c«,mpa- 
rable à cette cohue (h' tiens endimanchés qui, à certains j,,urs 
de fète, se pressent dans toutes les carcs aux environs de' Paris. 
Ce n'allaient l»c, int de petits l,(,urgeois ou des ouvriers ais6s allanl 
chercher hors de. chez eux des dish'a«tious : la l,lupart ,taield 
gens de la campagne et en p,,rtaient encore les vètements; ils 
n'allaient point satisfaire un besoin de cui'iosit6 plus ou m«,ins 
factice, ils cherchaient du travail. A h-s voir rdunis dans certains 
compartiments les hommes avec leur veste courte .t leurs cha- 
peanx à larg'es rubans de velours, les femmes avec leurs ti«.hus 
à pointe, parlant avec un accent un peu dur el. sur un 
anim6 la lanue du pays de C,rnonaill,'s ou de Tr6gni«r. 
et regardant avec m6fiance l'6trang'er qui. fi une station, m,,n- 
tait dans le m6me xvag'on, on eùt dit une tribu s«bitement chassde 
de t-lez elle par une invasion étrangère et allant chercher ail- 
lcursun 6tablissement : en un me, t, ce n'allaient pas d,'s voyageurs, 
c'allaient des 6migrants. 
En causant avec quelques-uns d'entre eux, j'appris bient,',t 
quïls ne faisaient que continuer un mouvement depuis long- 
temps commencd, que, chaque ann6e, bcauconl» quittaient ainsi 



LA SCIENCE SOCIALE. 

leurs landes ou leurs champs de blé noir pour x enil', partout 
,,ù se faisait sentir le hesoin de bras. dans les usines de Paris ou 
«les environs, chez les maraîchers de Seine-ct-Oisc ou chez les 
'-"ran,ls fer,niers de la Beaucc et de la Normand!e, apporter le 
concours (le leur bonne volonté, les uns retournant au pays après 
un «.n'agement de quclqu«.s mois, les autres, en plus grand 
nombre, se fixant d'une manière plus ou moins durable. 
L'idée me vint alors d'étudier (le plus près ce mouvement; je 
vis!!ai leurs principaux centres d'étahliss'nwnt ; j'interrogeai suc- 
«essivenlen! parmi eux des représentants des divers métiers dans 
lesqu«.ls ils entrent de préférence; lna qualité de compatriote 
me perlni! de tri,mpher «le beaucoup de méfiances instinctives 
et d',,btenir d'intércssants aveux qu'on n'eùt parfois point faits à. 
un étranger. Mais, à mesure que j'avançai dans cette enquète, 
.i. reconnus d,. plus en plus que, malgré la diversité infinie des 
situations, quehlut.s faits essentiels d«,minaien! et expliquaient 
t,,ute cette émi.ration. 11 ,le parut donc non seulemen! possible, 
mais utile de chercher à en déterminer les lois, et de classer 
d'après un ordre scientifique les phénomènes que j'avais étudiés. 
C'est sos cette f,,rnle que je x oudrais aujourd'hui présenter aux 
h:ctcurs de La St'!cmc. cor'!,de le résultat de mes observations. 

I.a péninsule armoricaine senlble avoir fourni de tout temps à. 
l'émigrati«,n s«,usses diverses formes un importan! contingent. Dès 
le septiènle siècle nous voyons des bandes «le Bretons remonter 
la Loire e! s'établir en divers lieux, comme le prouvent les noms 
que portent encore cer!ains quartiers des xilles du cen!re de la 
France..tu m«,veu lge, quand la guerre est venue comme le 
déversoir ,,ù se répand normalement le !top-plein des popula- 
lions, des Bretons figurent sur tous leschamps de hataille, au ser- 
vice de !ou!es les causes. Au seizième siècle, ce sont eux qui, avec 
• acques Cal'lier. explorent le golfe du Saint-Laurent et, dans les 
,iècles su!van!s, fondent, au Canada, concurremment avec les Nor- 



L'ÉMIGRATION BRETONNE A PARIS ET AL'. ENVIRONS. 
mands, l'une de nos plus prospères colonies. De nos jours, 
mouvement, pour avoir chang6 de direction, n'en est que plus 
intense. Les dernic recensements nous apprennent, qu'au 1  avril 
1891, fi8.79 Bretons se trouvaient à Paris, non coml»ris évidem- 
ment ceux de leurs enfants (et ils sont nomhreux) qui v sont 
n6s depuis leur arriv6e. Versailles en compte daus ses murs 3.ri't8 ; 
Saint-Dents, 3. 18. D'après des statstiq ues donn6es par M. Ba udril- 
lart dansson Êtude sur les condit&,s des popuhttionx agricoles 
la bance, pendant l'espace de ving't ans, alors que la Normaudie 
n'aurait fourni que 31.511 6migrants, la Bretaffue en aurait 
donné, pour le mëme temps, 115.99. Si vous parcourez les cam- 
pagnes de la Loire-lnf6rieuve ou du Movbihan, vous serez surpris 
de la quantit6 eonsidévable de hroehures plus ou moins offieieuses 
que l'on distribue aux pa)sans pour leur anter les avantages 
d'étahlismentsau Chili, ou dans la Répuhlique Argentine. Enfiu, 
tout réeemluent le gouvernement français, voulant lutter contre 
la concurrence italienne dans les eaux de la Tunisio, faisait 
barquer à Tabarka plusieurs familles de p6cheurs ]»rotons, et 
l'on anuoncait, res jours derniers, que d'autres, en plus gvaud 
nombre, ue devaient pas tav&,r  les suivre. La Bretague est 
done ]tien aujourd'hui un foyer intense d'6migTatiou. :Xussi n'est- 
il pas indiff6rent de reehereher avee soiu les causes de er phé- 
nomène, les earaetères 6néraux qu'il préseute et les divers mo- 
des d'établissement auxquels il donne lieu, si l'on veut se vendre 
compte des eonsdquenees qu'il peut avoir et pour les émiwants 
eux-mèmes et pour les pays qu'ils colonisent. 
Remarquons tout d'abord que nos Bretous n'ont aucune ten- 
danee naturelle à émigver et que, s'ils le tbnt. er n'est le plus 
s"éndralement que contraints par la n6eessité. Tous ceux qui ont 
étudié le Breton hors de chez lui sont unanimes à reeonnaitre 
l'attachement profond qu'il garde A son pays natal : « Les Bre- 
tons d6paysés, dit É. Reclus (1), se laissent souvent envahir par 
la nostalgie; eufermant obstinément leur pensée dans le souve- 
uit de la patrie, ils meurent à tout er qui les entoure et tinissent 

(I) La J-'ro('¢, p. 597. 



LA SCIENCE SOCIALE. 

par s'Ceindre sans avoir échappé à la puissance de leur rève. » 
O1 raconte mème, qu'au siècle (h.rlier, la Compagnie des Indes 
qui enr61ait un 8"rand nombre de Bretons sur des navires, voyant 
beaucoup d'entre eux atteints parce(te étrange maladie à laqm.lle 
qm.lqucs-uns m:me succombaient, et,t l'in.énicuse idée d'em- 
barqu,q" chaque fois avec eux Ul joueur de bini,,u. Les sons de 
l'instrument «hél'i les ravivaient; n dit mème que ces pauvres 
malades se m.ltaient parfois à danser, tui ne connat! cette chan- 
s,m funèbre d'tin j'une marin breton qui succombait h l'ht, pital 
d«.s sttit.s de la nost:,l,ic : « Les ancres sont levées; voici le 
/li,./,-/lo«/,: le v,.nt dexient plus fort, nous filos rapidement; 
les voiles s'entlen/, la terre s'éloigne. Ilélas! mol pauvre coeur 
ne fat! qu' soupiler. Adi.u à quiconque m'aime dans ma paroisse 
,.1 aux environs. Adieu. pauvre chère Linaïk, adieu! ». 
Ce fait n,. d,,it pas nous surprendre, si nous considérons la 
silualion de l'émi.,__.l.é hl'«t,m vis-à-vis du milieu auquel il doit 
s'at.racher. La Breta.gne .s! en effet un pays de formation nette- 
ment communautail'e. Si nous n'v trouvons plus le clan, avec son 
«»rffanisatiol! primitive, «»ù t,»ut :tait à tous, ta paroisse, qui en 
.st Il( c,,nlinuation historique, et .,,Ul.tOUt la famille en ont conservé 
«le nombreuses traces. Le plus gorand crime que puisse commettre 
un l»,re sera de toucher au patl'imoine qu'il a recu des ancètrcs. 
Si restreint qnÏ1 soit. chacul des enfants estimera (lu'il en a sa 
part. C«,mm,.n! v«,uh.z-vous dits lol's qu'il abandonne ce droit, 
l,»Ur all,.i-à la recherche de l'inconnu: i)'autre part, comme ce 
qu'i| recevra de la fanfilh sera non p«. proportionné à son activité 
prs,,nnelh., mais rdl,,rti également entre tous. s,)n objectif 
s,.ra de tl'availhq" juste dans la m,.sure où cela est nécessaire pour 
t;',i'e vivl'e la communauté. Aussi ne tr,»,lVerez-vous chez lui, en 
géléral, ni cet esprit (l'ilitiaive ni cette ambition d'améliorer 
sc, situalion, qui sont ailleurs le 1|cet h. phts efficace de lëmigra- 
tion et la plus sùre garantie dt. son succês. 
« Le P,'eton, dit Éta. ouvestre il), ne court après la for- 
tune ni ne l'attend. C'est la seule superstition à laquelle il soit 

Les De»ziers Breto,ts 1|, p. 130. 



L .UGRATO. RvXOE A rAreS E At'X EXVOS. : 
demeuré étvan'er. Le pain noir de ¢haqu«. j«,uv, lïvvesse 
dimanche et un lit de paille pour mourir vers soixante ans, 
voila son existence et son avenir, et il l'accepte comme défi- 
ni{if. Il traite sa nlisère comme une maladie héréditaire et 
incurable ». Iien ne peut donner un sentiment plus exact 
plus vif de celle apathie que de voir, dans le m6me aut«ur, avec 
quelle obstination le tisserand de certaines pal'lies des Ctes-du- 
Nord et du Finistère reste attach6 ci un m6fier qui ne l»eUt plus h. 
faire vivre et que la concurrence des machines a rendu im- 
possible. « Proposez-lui de quitter cette indush'ie à l'agonie. 
il couera sa t6tc chevelue avec un tt'islc sourire et il vous ré- 
pondra : « Dans ne,ire rimaille, ne,us avons hujout's «:t6 fil,.i- 
cants de t«»iles. » Montrez-lui sa misère, ses enfints couraul 
dans le villa.?'e avec une simple chemise pour vètement, il 
fera avec une indicible expression d'esp6rancc : « Ians notre 
famille, nous av«ms 6t6 riches autref«,is. » Cherchez. enfin, à lui 
faire compr«.ndrb que h.s temps sont cbang6s, que ses 
tk'ances ne feront que s'accroitre, il soupirera profond6mcnt 
et vous dira encore : « C'est le bon Dieu qui conduit le pau- 
vre m«»nde ». 
On trouve bien lA ce fa/alisnw qui fait le f«md du type à 
fl»rmafion commtmautaire et de,nf l'expression id6ale se- 
chez le past«.ur du plateau c«.nh'al. Mais, au moins, devant 
l'insuffisance du m6ficr des anc«:.h'es, devant lïmpossibilité 
de trouver des secours auprès des siens, s, mvent aussi pauvrc 
que lui, peut-on CSl»6rer qu'il va rdsolum,.nt demand«.r à l'é- 
mig'ration Hll sort plus h«'ureux Pas «.ncore, car apl'6S la 
nillc, il est une contmunautd plus dlendue et «k laquelle- il 
ne craindra pas assez ordinairement de s'adresser, c'est 
paroisse. Souvcsh'c mcutionne une coutunw enc,,l'e en usag'e de 
s«)n temps dans la plus grande partie de la basse 
et qui nous montre bien le r61e consid6vabh' j,,ud en c«.rtains 
cas par ces habitudes comunautaires. ,, Si une t'«'mm,. 
meurt en donnant le jour à un cntkant, le rect,.ur de 
paroisse vient près du berceau et, choisissant parmi les ff'mmes 
qui sont lfi devant lui, d, mne à l'une d'elles l'orphelin. Pat'fois. 



'  scmc soc-. 
lorsque les voisines de la mor[e sont trop pauvres pour qu'au- 
cune puisse se charger seule du nouveau né, il leur reste en 
commun. L'une d'elles le loge, mais chacuue a son heure pour le 
soisrner, pour lui donner son lait. Nous avons vu de ces femmes 
,lui se levaient la nuit pour aller à des distances assez grandes 
payer ainsi leur tribut de mère » (1). C'est encore la. commu- 
hautA qui i,tervient au moment du mariage en fournissant 
aux ménages pauvres, sous la forme de dons en nature ou en 
argent oflbrts aux nouveaux mariés le jour de leurs noces, le 
moyen de subvenir a leurs premiers frais d'établissement. 
Enfin, c'est encore à elle que le paysan s'adressera, quand 
l'igc ,,u les infirmités ne" lui permettront plus de travailler. 
:haque paroisse a ses pauvres dont le nombre est souvent con- 
sidéral»le. Dans chaque famille, ils ont leur place au foyer 
,.t un lit de paille à l'élahle. Sauf les années malheureuses, ils 
ont touj,,urs leur part au pichet de cidre de la famille. Il n'y 
a que les étrangers qui se contente,t de lem. faire distribuer 
de l'argnt à la porte. Rien ne peut mieux donner une idée 
,le l'extensiou considérable de la mendicité en Bretagne, que 
ce fait : une délibération du Conseil général des C6tes-du- 
Nord. il v a une quarantaine d'années, attestait que, dans une 
,.ommune de 8.00o habitants, le nombre des personnes vouées à 
cette profession avait attein! le chiffre de 600. 
En l'habituant " colnpter sur la famille et sur la paroisse, 
,n étouffant en lui l'esprit d'initiative, la formation commu- 
nautaire a donc pour effet de rendre notre Breton réfractaire 
à toute idée d'é,,igration. N,»us allons voir maintenant com- 
ment, par suite d'un fait étrange, cette mëme formation va 
le contraindre à cette émigration à laquelle elle ne l'a pas 
préparé. 
Cette action se manifestera de plusieurs manières. Nous la 
trouvons en premier lieu dans le chiffre toujours croissant de 
«le la population et dans l'excédent considérable des naissances 
sur les décès : excédent tel, que, s'il se produisait dans d'é- 

. l) Em. Souvestre, les De,»tiers Bretons, il, p. 22. 



r.'m«RArmX RErOX. A r, AmS Er ACX EXVIOXS. 
gales proportions pour la France entière, la grave question 
de la dépopulation ne s'y poserait mème pas. La ërence 
qui existe, à ce point de vue, entre la Bretagne et le reste de la 
France est d'autant plus fi'appante qu'au premier abord les 
proportions sembleraient devoir se trouver dans un ordre 
exactement inxerse. Prenons, si vous voulez, pour point de 
comparaison, la province la plus voisine, la Normandie. La 
Brctagne est incontcstablemcnt beaucoup moins riche. De plus, 
le noml)re des célihataives v est beaucoup plus consid6rablc. 
Alors qu'en Normandie on h'ouve 198 nla6s contre 100 eé- 
lihataires, en Bretagne pour 100 eélibataires il n'v a que la 
riAs. Ceux-18 mêmes qui se marient, le font, en général, beau- 
coup plustardcn Bretagnequ'enNormandie. G'es/ainsi qu'en ille- 
et-Vilaine, l'ge moyen du mariage pourles h onlmes est de trente- 
quatre ans et pour les femmes de vingt-neuf. Et cependant, si ri,us 
mettons en regard le nombre des naissances dans les deux pays 
pour une même p6riodo, nous serons surpris de la difiërence. 
tan/l'espace de qualre ans, de 18là 1878, alomque l'on ne comp- 
tait en Normandie que 59.098 naissances, la Bretagne atteignait le 
chifli'e de 91.088 (1). Invoquera-t-on. pour expliquer cette dis- 
proportion, l'influence du sentiment religieux plu efficace 
parmi les populalion de la Bretagne? Mais alors pourqu,,i voit- 
on chez nombre de familles, am6es d'un sentiment religieux 
tout aussi vif, mais appartenant à une formation dittërenle, le 
nombre des enfanls limitd au chitt?e de. d«.ux ou d,. trois La véri- 
lai,le raison doit 6/re cherchée ailleurs. Nous veuons de voir que. 
dans la thmille bretonne, les habitudes communautaires avaient 
laiss6 des traces plus profondes que dans le reste de noire 
pays. tr la fimfille à formation conmmnatd«dt, e. comme celle 
à formation particulariste, mais pour d'autres raisons, est portée 
I avoir beaucoup d'enfants" celle-ci, parce que le p6re de fa- 
mille, ne se consid6rant pas comme obligé de constituer un 
établissement pour ses enfants, n'a pas de raison d'en limiter 
le nomhre; celle-la, parce que chacun des ménae», qui coin- 

(1) Baudrillard, op. cit., I'- -66, 



,6 .A SOEOE SOCUrE. 
posent la communauté et qui doit contribuer pour une part 
égale h son entretien, a intdrt  v ère représenté par le plus 
,1,: membres possibles. Sui»posez que, par suie de cireonsances 
extérieures, la famille pairiareale se d6sorganise et que l'on abou- 
lisse à la sëparation des ménages, ceux-ci continueront à avoir 
beaucoup d'enNnts en verht de l'habit«de acquise et d'autant 
plus «lu'on le faisan{, ils obéiront à une tendance naturelle, 
car e«'te limitation systéma{ique, que nous obervons dans le 
reso de la Franco, demande un calcul qui ne peut tre fait 
,lU, • par des individus jouissant d'une certaine aisance et qui 
rt.doulent, pour" leurs deseendanis, le travail pénible auquel ils 
ont dù se livror p«,ur l'aitoindro. Or. ce calcul, des populations 
imprévoyanb.s ci habituées à se contenter de peu comme la 
plus g'rande l,artie &.s populations bretonnes, en sont inca- 
pables. Aussi remarque-t-on que les familles les plus pauvres 
soront en général les plus prolifiques. Cetle explication est 
d'autant plus vraisemblal»le qu'elle nous permet de nous rendre 
eompio de ets mariaes tardiN et de ce nombre étommnt de céli- 
bataires dont nous parlions tout à l'heure. Comme l'individu 
est hal»i[ué à tout alien(h'é de la communau[d et éprouxe par 
sui«, une horrem" instinctive pour tou[ ce qui -s[ initiative per- 
sonnelh., il ne. trouve rien de mieux que de con[inuer à x-iv 
le. plus lon(cmps possible au f«,yer paternel ou auprès d'un 
frl.ro d/.jh établi. ci il ne se mariera hfi-mèm«, l»lus tard que 
si une. ,»c«asion toute pr6par6e se prësente à lui. 
Tous ces enfants, à l'avenir desquels les parents n'ont pas 
s,»ng6, qm" vont-ils devenir? trouxeront-ils une place au pays 
natal; devront-ils aller la chercher au dehors? L'accroissement 
rapide de la population est dvidcmment une condition n6cessaire 
,le l'6migration. Si le" Nouveau Monde voit ses rivaffesenvahis par 
un »i grnd nombre d'ltali«.ns. ,l'Mlemands, d'Irlandais, c'est 
que le sol de la mère patrie ne suftit pl,ts à l'enhfion de famil- 
h.s trap nombreuses. Si, d'autro part, les Francais en gdndral n'é- 
mirent l)as. c'est que les enfants suffisent à peine à remplir les 
places laissdes rides par leurs parents. Tomefois cette condition 
essentielle n'est pas toujours une condiioa sufIisante. Parfois 



L'ÉMIGRA'I'ION BRETONNE A PARIS ET AUX ENVIRONS. 

l'existence d'un sol riche, la pratique luieux entendue d'une cul- 
ture intensive peuvent permettre à une population de s'accroltre 
sur place dans des proportions considérables. Mais ce cas ne sau- 
rait exister pour la Breta.,.:'ne, dont le sol est :énéralement pau- 
vre, où l'industrie est peu développé," et dout la population, fa- 
connée comme nous l'avons vu au régime comlnunautaire, est 
peu propre à triompher de conditions aussi défavorables. 
Le peu de fertilité «les campa.,__.-ncs brctonn,s n'est pas moins 
célèbre que leur pittoresque « terre de 'ranit recouverte de 
chènes », a dit Brizeux. voulant peindl» d'un mot le pays où il 
était né. « Véritahles plaines de roc où quchlues iu«,utons noirspais- 
sent le caillou ,, a dit a son tour Micheh.t en parlant de certaines 
parties du Mm'l»ihan, dans une série d'observations que l'on pour- 
rait, sans crainte d'errenr, étendre beaucoup plus. ,, 1'; rtout, dit- 
il ailleurs, de grandes landes tristement parées de bruyères roses 
,q de diverses plantes jaunes ». « Dans le département des C6tes- 
du-Nord, dit encore J..lanin (I) phls w,us approchez de la mer et 
plus vous rencontrez un pays florissant, une poI,ulati«,u nom- 
hreuse et riche ; au contraire, avancez dans les terres, la dësola- 
lioncomnlenCe, la misère, lisolement ». Et si nous nous transp«,r- 
tons dans une région plus francaisc, s-umise à des influences en 
apparence plus actives d'exploitation, dans les plain,.s qui avoisi- 
nent les rives de la l.oire. 1«. tableau ne présente pas des couleur, 
moins sombres : « A partir de Blaiu. le pays n'-ffl'e plus qu'une 
vaste plaine désePte et désolée, landes stériles dans lesquelles 
paissent de maigres I»rebis; marais immenses, t,»url»ières inon- 
dées d'une eau n-ira'tire et stagnante; au milieu de ces faug'es 
s'élèvent cA et l'à quelques ilcs fertiles et couronnées de hètres. » 
Les renseignements des ffëoffraphes et des statisticiens ne sont 
pas m«,ins concluants. O.,__.ée, dans son Di«ti,mmdre 9«:oyr,q,hiqae 
«le la Brctagle, évaluait "à ' ï la partie du sol occupée par les 
laudes. En 1810. cette proporti,n était enc«,re de plus du quart. 
La population, sur un pareil sol, sera donc surtout a.,__.'l.icole, mais 
une terre aussi in,rate ne pourra jamais fournir à ceux qui l'ex- 

(i) La lreIagne, p. 55. 



8 fA SCtV.CV. SOCtArZ. 
ploitent que des ressources préeaires et limitées. Pour triompher, 
dans une certaine mesure, de ces obstaeles, il faudrait pratiquer 
tllle mode plus rationnel de culture, risquer des capitaux parfois 
considérables pour défricher les terres incultes, mais tout cela 
suppose des qualités qui, nous l'avons w, manquent énérale- 
nient à nos Bretons. ils se conten[eront donc de cultiver, pénible- 
nient, selon les procédés traditionnels, le domaine reçu des aneè- 
lres. A Pont-l'Ahhé, le premier instrument de fer emploi'Wpour 
la culture s'étant rompu sur le domaine de M. de Chatellier, qui 
raconte le fait. ce fut une oie pour la routine. La première ma- 
chine à battre à vapeur introduite dans les C6tes-du-Nord fut alC 
truite par les paysans (1). Aussi. que la récolte soit mauvaise une 
année, et voila de nombreuses familles donf ]e lendemain n'est 
pas assuré et de,nf les membres se voient contraints A chercher 
au dehors des moyens d'existence. Avant que l'Cigration n'eùt 
6t6 rendue aussi facih, qu'elle l'est devenue aujourd'hui, des po- 
pul«tions enti6res pouvaient se trouver ainsi tout d'un coup ré- 
duites à la plus profonde misère. C'est ce qui arriva par exemple 
en 181fi pour le pays de Cornouaille, oit la r6colte de 1»16 noir 
avait compl6tement manque; t dont les habitants se r6pandirent 
en f, ule dans le plaines plus fertiles du L6onnais. « On les 
voyait, dit Éta. souvcstre, qui assistait tout jeune encore à celle 
«,xode. descendre par centaines le lon. des tnontagnes pour d6- 
hord«q" dans nos campagnes et nos villes, hommes, femmes, en- 
ihnts, t,»us pàles et chantant d'une voix lugubre les complaintes 
de la Cornouaille. Cette irruption d'holnmes à hcsaces et à cha- 
pclcts fut quelque chose d'impossible à peindre. A voir toutes 
ces bandes d6guenill6es ci chantantes couvrir toutes les routes. 
le bton de voyage à la main, on et dit quelque tribu spcr- 
ée par la conquète et cherchant en un coin du monde une place 
au soleil ,,. Aujourd'hui un rem6d,, s'offre pour conjurer ce daner 
toujours nwnacant : ceux qui trouvent le sol occup6 par d'autres 
ou trop pauvre pour avoir l'espoir d'en tirer leur subsistance, de- 
lnandent à l'6miration de leur fournir une destin6e meilleure. 

(I, Baudrillarl. Ibid., p. 192. 



LËMIGRATION BRETONNE A PARIS Ff AUX ÈNVlRONS. 
C'est encore lëmigration qui est Ici rcss,,urc, la plus ordinaire 
des vaincus d'une autre sorte, des vaincusde l'industrie. Le 
esprit de routine, ddrivé de la formati«,n conmunautaire, qui 
les a empdchés de mothficr les conditions de la culture du sol va 
les rendre incapables de lutter sur ce notx»au terrain... Et ici 
les conséquences seront beaucoup plus graves. Remarquez en 
effet que la conception rapide des am61iorations à introduire 
l'esprit d'initiative sont beaucoup l»lus nécessaires à l'industri«'l 
qu'au laboureur. Si celui-ci ne sait pas pr,,fiter d,.s l»r%rbs acc«,m- 
plis autour de lui, il en sera quitte pour p,uvoir plus difficilement 
écouler ses produits au dehors, il lui restera tout au moins la fa- 
culld de satisfaire avec ces produits à son propre entretien ; ajou- 
tez à cela qu'une foule de conditions qui joueront un rç, lc consi- 
dérable dans le résultat final, comme h. climat, la température'. 
sont absolument indépendantesd,' s«,n int,.lliffence, ,,u de son tra- 
vail. Ehez l'industri«.l au contraire, la part dos qualit6s individuel- 
les est beaucoup plus grande, et s'il se h.«»uvc distancé, ce n'est 
pas seulement le marché 6franger «lui va 6tre f,.rm6 pour lui. il 
se voit forcé dans ses propr,.s retran«.hements et obli'6 d 
noncer à la luire. Aussi ne doit-on pas s'ét,mncr de trouwr l'in- 
dustrie tr6s faiblement lpr6sent6t' en Brctan«. et de voir mème 
les quelques genres d'industries qtt'elle avait r6ussi A v im- 
planter, disparaltre i,qt à peu devant la c,,ncurr,?nce 6lrangère. 
Plusieurs mines de pl¢,mh argentif/.rc 6laient autrefois exploit6s 
h Raimpont dans l'llle-et-VHaine, à lluelgoat dans le Finist6re. La 
plupart sont aujourd'hui abandonn6cs. Mais o6 ht d6cadence est 
la plus sensible, c'est dans l'industrie qui fut jadis l'industrie. 
nationale de la Bretagne. je veux dire la fitbrication 
toile. 
Des tisserands de Flandre, chassés ,le leur pays par la pedcu- 
tion religieuse, avait, ni apport6 en Brctagne leurs procédës. Bien- 
t6t les tisserands bretons rivalisèrent avec les Flamands eu- 
mèmes sur tous les marchds de l'Eur,»pe. {tri exportait des toiles 
bretonnes dans les Indcs, au Portugal. dans l'Espag'ne surtout. 
Mais aujourd'hui l'Espagne est depuis lonteml»S ruin6e et, pen- 
dant que l'Angleterre, par ses machines qui font en un jour le 



:io .A SClErCV. SOCAtE. 
tl'avail d'une année, envahissait le marché des Iteux .londes, le 
Ireton, dans son ilnmobilité de communautaire, restait fidèle 
«tux vieux lWo«édés. Souvestre constaait déjà de son temps les 
«.flots désastreux de coite rouline - « Rien n'est changé depuis 
,lu«dre siècles «l;ns les h«dfiludes du tisserand «le l'Armorique; 
;ssis devant le mème mélier, bizarrement sculpté, que hli on! 
h:-iié ses ancètres, il fat! courir de la lu0nae mal,ière dans la tranle 
la n«velte grossi,re qu'il a raillée lui-mèlne avec son couteau, 
l, ndis que. près de hli, sa femme roule le fil sur le vieux d'.vi- 
d,,ir de la famille 1. » Ire nos jours, il ne fau! plus songer à la 
lutte; il ne reste plus .guère d, cette industrie, du moins dans les 
c«ml»a.,."nes, d'autres représentants que de vieilles femmes filant 
leur quenouille sur 1«. bord des routes, !andis qu'elles gardent un 
tl'oupe«u de quelques bl.el,is, el les joyeuses coureuses des veil- 
l,«.s qui s'en vont de fi?rme en ferme, durant les longues soirées 
d'hiveJ', eldendre d'ilderminables contes et de mélancoliques 
cimnsons qu'elles accompagncn| du ryflme monotone de leurs 
I'«  Il e|.. 

II. 

.luqu'ici nous avons vu COlUnlell| nos Bretons, retenus au 
Im|«tl par de puissantes hal)itu(les communau|ail'es. étaient l)our - 
l;nt v6duils, en vertu de ces mèmes habitudes, à delnandel" h l'é- 
mi.,_"ration des ressources qu'ils ne t'ouvaient plus ehez eux..lais 
tous l«.s faits que nous avons étudiés jusqu'à présent étaient poul' 
ainsi dire «les faits d'ordre inte''ieur ; nous allons examiner main- 
h.nant l'«etion du monde extél.iouv, et constater qu'elle a. tout à 
la f,»is, pour ettt de donner une solution à eette impérieuse né- 
,'essité d'«:mig'ration, etd'affail»lir les obstaeles qu'y oppose la 
«.onstitution familiale. C'est que, pour eontraindre des populations 
à émigrer. il ne suftit pas du speetaele de leur misère présente; il 
I«.ur faut la possi]»ilité d'en sortir et la perspective de trouver, 

I Sou-eslre, Les Der»b'rs Bretoas. l. II, p. 137. 



Lï.MI{JIATION BRETONNE A PARIS ET AUX ENVIRONS. 

.'il 

dans le pays plus ou moins éloigné où elles s'établiront, des 
ditions qui leur soient plus favorables. OP, parmi les moyens ,lui 
o»t permis à nos Bretons d'acquérir cette initiatiou et de faire des 
comparaisons de ce genre, il en est deux qui ont ioué un r;,le 
prépc, ndéra»t : ce sont les chemins de fer et l'obligation du ser- 
 ice militaire. 

{;'est devenu un lieu commun de montrer l'influence exePcée 
par les ci,crains «le fer sur l'émiffration. Nulle paPt peut-;.tre ce'tre 
influence n'a été plus décisive e plus caractéristique qu'en re- 
tagne, ttn peut ramener h trois les eff,'ts principaux «lui en s,,nt 
résultés. 
I" En permettanl de transporter partout, en abondance et "à 
bon marché, les produits manufacturés de toute sorte, les che- 
»fins de tr ont amené la disprition de toute indu.,;tri«, domesti- 
,lue e! ont, par suite, r,:duit un bon nombre de bras à chercher un 
emploi ailleurs. C'était autrefois une habitude très répandue que 
les familles fabPiquassent elles-mëmes la plus grande paPtie des 
vètements qui leur élaient nécessaires. Les femmes principal,.- 
ment Ce,lent empl¢»yées à ces occupations pendant les lon.,__"u,.s 
journées d'hiver. Il Ch etait de mèrae de beaucoup d'instruments 
de labouP et d'uste»siles «le ména.'_,'', et il n'était pas rare de ren- 
contrer, dans une lnème maison, les métiers de menuisieP, de cha r- 
r,m. de mécanicien exercés par les membres d'une mème famille. 
C'étai! d'ailleurs le seul m¢,yen de résoudre 1« problème qui nais- 
sai! naturellemelt du contact de ces deux faits : d'une part, la 
division du sol en f«Pmes, ou en propriétés «le peu d'étendue:, 
de l'autre, l'existence de nonll»reux enfants dans chaque famille. 
liais aujourd'hui, v,:tements ou instruments de travail, on les 
achète le plus souvent au marché, où ils sont d,- meilleure qua- 
lité et coùtent moins cher que ceux de provenance domestique. 
;n ne conserve donc à la maison que les personnes strictement 
nécessaires aux soins du ménage et à la culture du sol. Itès lors, 
si les enfants sont nombreux, ce qui est le cas le plus ordinaire, 
il est de toute nécessité pour plusieurs d'entre eux, d'aller cher- 
,'ber ailleurs un empl,»i à leur activité. C'est le premier coup 



52 VA SCF..CF- SOCiAl, E. 
per[6 à l'organisMion de la famille, communautaire. Remarquons 
que nous toue.bons ici  la véritable cause de cet affaiblissemen{ 
de l'auorité pMernelle sur h,quel se lamenten à l'envi prédiea- 
eurs et moralistes sans se rendre t,»ujours bien compte du phé- 
nomç.ne. L'enfant cesse d'avoir le mème respect pour ses paren{s 
le jour où il ne peut plus v«,ir en «.ux la providence universelle 
et eonslante, proie à d«mner satist;acion fi tous ses besoins. En 
d'auh'es termes, l'atfaiblissement du pouvoir paternel es le pro- 
duit «lireet de la désorganisation cio l'atelier dolnestiqm.. 
2" Les ehemins de fer, en rendant plus faciles les rapports des 
campagnes av«.e les ville.s, ont déveb,ppé l'esprit de nouveaulé 
«.t créé des Iwsoins de curiosi«  et ,le ]»ien-èh'e. Il «.si pour ainsi 
dire pass6 en proverbe, dans l'l]h,-et-Vilaine, de dire : « h-i, 
nous s.,mmes en retard de eenl ans. » l,'admiration naïve pour 
tout er qui vient de l'Est a gagn6 la. basse Bretagne elle-mème. 
M. Baudrillart rite h er sujet une anecdote eara('téristique, il 
si/ait un .jour une famille des eux'irons (h. Saint-Bri«.ue, dont 
b.s membres pariaient franç'ais, sauf le p@e. Èl celui-ci se prit 
à dire av«.c ln6laneolie : « Je suis le seul sot de la maison. ,, On 
comprend d'ailleum aisément que l'habitude, de. la vie en com- 
mun pousse instinctivem.nt à rec]t.rcher le mouvement 
villes. Il n'est pas rare d.. voir d«.s tilles de fo'vrac appartenant à 
des familles qui jouissent d'tme r6elle aisance, venir à cerlain, 
jours, les dimanches et les jours de marché, «l la ville voisine 
de là, 1«. l,lus souvent partir pour Paris. Une exish-ncc moins in- 
ddpcndanie, mais où il v a. commue elles dise.nf, plus de' vie, plus 
d'amusement, sourit davanta-e à h-ur go qu«. la vie mono, ton.. 
du fov«.r dom,-.stiqu«.. 
3" T«nlis que les ebemins de- fer, en faisant pénétrer par- 
Joui les lwoduits manufaeturés, er[evaieut à beauo»up de familles 
une partie de leurs ressources, elles leur fournissaient, d'autrepart, 
dans les travaux que n6eessitait l'ét;d»lissement «h.s voies ferr6cs. 
une compensation toute natul.ello : et eela. daus des eondition 
qui durent sembler à beaucoup avantageuses. L«'s salaires qu'iN 
3" gagnaient dépassaient, en effet, tout er qu'ils auraient pù rèver 
de. trouver autour d'eux en s'emplo)ant aux travaux a'rieoles. 



tu«,iqtFil y ait eu en Brotaœeene, &.puis quelques nnées, une 
ti-n assez sensible dans les sMaires, h, taux moyen est resté 
pe.halant très infërieur à celui des &partement raisins. Aux envi- 
r.ns de ;uingamp. le ],,urnMier  qui «,n d,mno la nourritut», 
t.«.coit en général do 50 i 5 «entim,.s parj,,ur. En llle-ot-Vilainc. 
il va jusqu'h I fr. ou I fram" 5O. Les gaffes d'un d,»mestique 
;IIIX envir.ns de BI'est d61ms»«.nt l'al'elnent O0 francs ; la moyenlle 
est de l't0 francs dansh. 1.6omais" il faut 1,' voisinage de gran- 
des villes comme fennes ,,u Nantes pour l,'s porter ci 300 ou 
350 francs. Ecore demande-t-,,n h croix fi qui ,,n les donne des 
h'avaux l»articulièremelt l,:nil»les. m COmlm'nd donc laccueil 
enthousiaste qui tut fait aux ,,ffrcs de la Caml»a'lfie de l'Ouest, 
quand elle praposa, pour l'dtubliss,.menl d,. ses lign,.s, des sa- 
laires de 3 à l fraucs pat. j,,ur. D,.s centaim.s et des milliers d,. 
Brel,ms ont étd atta«hds l..ndanl phlsieut's a um;es A c'ces t,.rrasse- 
raclaiS. En m6me temps, la néeessil6 où ils 61aient de s'61oi-m.r 
peu à peudu lieu ,fit ils avaientcomnwncd à h'availh'r ,4 qui était 
leur pays d'origine, les habituait insensiblement à vivre l,,in des 
lem,. Au lieu de r«,ntrerà la maison/,,us les s,»irs, comme au 
de l'entrel»rise. ,,n ne les  it I»ielt6t phls qu'une fois par semaine" 
si bien, qu'un b«at .jmlr, les travaux de premier dtablissem«nl 
trouvant h'rminds, ils m'ceptèt'ent de' la I;,,mpagnie des eng'age- 
ments à poslo tix," pour des régions plus 61oi.g'n6es. En ,,utre. les 
r6ducti,ms qut. leur valait leur tilr«, d'emplayés leur permet- 
laient d'atlirer à .ux des ,'ompatriotes pouss6s par le 
d6sir de s,,t.tir ,h. leur" misère. Bient,',t les travaux de la 
pagni,, n suffisant plus aux otti'es de services de plus en plus 
nombreuses qui se produisaient, le tlol des 6mirants se jeta sur 
de nouvelles indush'ies. Ce m,,uvement, contmcnc6 il v a une 
lr,.ntaine d'anl6es, a suivi une progressiou continue. T,,utcs les 
partiesdo la It',.ta-ue s,«,t d'ailh.m's loin d,. f,,urnir un pareil con- 
iingent. Des t-inq &;parlements qui la composent, les C6tes-du- 
Nord et le Finist&'e sont ceux que la pauvre.t6 plus g-rande du sol 
désigne COlnme devant fournir le plus t,,rt apl»oint. Encore faut- 
il en excepter en général les l.,pulations des c6tcs, it qui la l»èche 
ou des terres fertilisécs par des engrais marins fourni«,qtl des res- 



5- LA SCIEC. SOCIALE. 
sources plus rému,ératrices. Sur 6_.-99- Bretots fixés  Paris le i 2 
avril 1891. 18.18 ,;latent ori:inaircs des C¢,tes-du-Nord. Sur les 
3.2 i 5 Bretons ,lu'il r,.n ferme. Saint-Dents en compte 2.217 de ce dal- 
parlement : Versaill,,s, 1.796 sur 3.6't8. Dans Seine-,'t-(fise, 2. 't2 
Bret«ms semi 6ta]dis. dont plus de la moitié. I .fi77, apparlicmtent 
aux C6tes-du-Nord. En ream.he, 1,, Finis[ère f',wmcra presque à 
lui s,.ul la p«,pulation bretonne qui se livre «l l'expl«,i[ation des 
ardoisières d'Aners, et celle, non moins importante, qui est at= 
tach@ aux p,,rts de llom.n et du Ilavre. 

A c6té «le l'intlm.nce «.xcrcée de dt,, erses facons par les chemins 
de fer sur l'émiraii,,u l»reionnc, il importe de enir compte du 
rle joud par l',,bli.ai,,n du service militaire. Non seulement, il 
a l,our résult;d d'hal»i[m-r le Brcon tk vivre dans un milieu diff6- 
re.ni de eehù où il es né. mais il lui fournil un foule d'occasions 
s'éial,lir avan[aeusement le «,ur où il es libéré, tJue de fois 
n'ai-je pas entendu «lire à d'anciens militaires rentr6s en Bre- 
la;ne ,'t portant visibles les traces de la nostalgie de la ville oh 
ils éiaient en arnis«,n : « Si je n'avais pas eu de famille, je ne 
s,.rais jamais rentré au pays. » 
l.a endresse d,.s « pioupious ,, p,,ur les bonnes ci les n«,m'rices 
est depuis longtemps classique; dans aucun cas peut-6re elh' 
ne reeoit &. plus fréquen[es ai,plications qu'ici. Ce tkantassin de 
petite laillc et d'allures embarrassées, que vous rencontrez si sou- 
vent dans nos rues ci qui éprouve encore, comme au [emps ,fit 
Coppé. l'a dè,'rit, une crainte va-ue à la vue de «, ce rand Paris 
efl'avant et m,Jqueur ,,, se sent naturellement l»,,r[6 vers celle 
compatriote, récemment arrivée du pays de Lé,,n ,,u de "l'ré-uier 
et avec laqm.lle H a p«ut-è[re dansé au dernier par, lon de Saint- 
I',,1 ou de l.oc-laria. 1111 CallSe du pays; lui. conl»Ie le temps 
qui lui reste eucore à f,,urnir ; cil-, de son c616. l'ac,>nte «,»minent 
,-lle est venue, et comment elle se plait ici. l.'idylle se terrain,. 
le plus souvent par un mariaffe et un établissement a l'arts ou 
aux envir«,n,. Et c'est ainsi ,lUC la Brct%ne voit se fixer loin 
d',.lle, tant,',t pour un temps, tant,',t pour touj»urs, beaucoup 
des siens. 



L'I:;MIGBA'I'ION BRETONNE A l'.iRIS ET .'tUX ENVIRONS. 

Des faits que nous ,vo,,s exposés .jusqu'ici, il est fitcile de d,;- 
gager les caractères g-énéraux de cette 
1" D'al»ovd cette 6miffrati,m S:l'a nécessairement une' émi:/'a- 
tion paucre, la plupart des ;migrants ne quittant leur pay 
que pour échapper à la mis6re. Nous en axons connu plus d'un 
qui. dans l,s jours qui suixaient leur arriv«:«., s,,uflk'aient 
d'une vive nostai$'ie, et aul'aied l'«'p'is, avec etlhmsiasme, le 
chemin du pays. s'ils avaient eu l'argenl nécessai'e p«*ur cela. 
Parmiceu qui s'en vienne'nf à Sainl-Dcnis clerch.l'du Ira va il dans 
l«'s usine's, il eu est peu qui, l,urs frais de voyag-e pa3ds, peu- 
ve'nf disposer de plus d'une soixantaine, de francs po,r par«.r aux 
évcntualitbs les plus prochaines..l'en ai mème r«.nc, mtré qui. 
avant d'avoir réussià l',»uver un engaffcm'nl quelconque', avai'nt 
déjA des dettes chez 1«" compatl'i«»lo «,mq»laisant, qui les avail 
hébergés. 11 tl'l'ivt? m«.me souv«.nt que le salaire, do ldnsiem 
mois se lecture ens-a.:, avant tin'ils aient quittd le pays. 
d'eux, par exelnl»l«., se s«.ra end«.tt6 dans I''xll,itation d'une, pe- 
tite ferme. Rarement le Cl'éancior le fait pour'suivi'c., sachant qu'il 
n'y ffagnerait rien. « Va h Saild-Donis oit h Veaiiles. lui dil-ii. 
Tu y çancras do l'at'«.nt «,t bi tn. paie'ras quand tu le [,rot'ras. ,, 
l'arf,is aussi, mais moins fl'équemm,nt, c'«,sl ausit«'l al»l'èS 
marié qu'un jeune ména,- se d«;cid«. à lent«.r f,w/ut«' au l,»in. 
tr, sait-,u comment se font souvent l,.s mariaes stwtout dans 
los classvs intërieures? ,, I'n dis«il»ie de 31althus s,.rait efft'aw; de' 
l'impl'6voyane avec laqu«'lh' la lduparl de os paysats cOnll'aC- 
lent It,urs unions, tu«.hlnes-uns, qui s«,rtenl de' la 
p-ur se marier, n'ont l»aS mëmc où rel»OS,'r l,.ur lëte la pretti;.l'«" 
nuit de leurs noces. Nous en avons wt à qui on prètait un lit 
ce seul jour... » (1 ;. Illl s'«,st marié, parce qu,' le I'lt'tll" -11 ;I dit. 
O[, COIIIIIIO on l'a pu lrouvt'r h l«»utl' i111 l»«,lilp maison ,»u UlI«" 
chambre dans la paroisse, on rassemble l,.s lu«.lques pièc,'s d'av- 
'cnt que les invitds ont, suivant la «,mtume, rcmis,.s à la nmrié«' 
en la quittant 1,- soir de ses n«ccs, on y j«int parfois quelque. 
leue molllaie qut, l'on «qlp'utl« à tre ami ou h un qousi, 

(1) Em. Souvestre, Les Derniers Bretons, I'. 21. 



:; r^ so,c s0o.,,r. 
s«.rre dans uu«' malle, socv«'nt prtée par un voisin, son mobilier 
sommaire : puis on s'en va visih.r les invit6s de la noce et leur por- 
ter le ç«iteau des « regardaill«.s » (I). On cause avec eux du 
prochain d6parl; «'I parfois, un p6rc de famille, qui contant mieux 
les atthircs, conseillera aux ho.veaux époux d'attendre quelques 
j'lltllS l'arriv«;e de s,,n gars, parli depuis plusicut ann,;cs, afin de 
l»rotil«'r d'un bill«'t d'aller «.1 retour q,'il va lui recommander de 
l»r,'ndre à son «l,7.p»rl..l'ai vu à Ehavilh' un jeune ln6nagc venu 
depuis peu, qui n'a dh qu'R cclt«, c,,mbinaison ,le pouvoir réa- 
liser ses projets d'6migration. 
" En second lieu. cette 6migraiion se fera par groupes. Les 
,:mig'ranls l,al'til',,ni gén6ra],.ment en bal,les et s'6tabliront de 
regret.. Ce.lui des cnfanls que les circonslances ol,li.gent à parlir, 
a, loul comme, les auh'es, loujours v6cu au sein de la famille. Rare- 
menl. il a dël,aSsë h's limiles de son chef-lieu de cant(m, sauf pour 
allcr à ,l.,'hlu« asseml)lde ou à qh«'lque pardon c616brc. Si, par 
ili«' I,onn, forhntt, l,arliculi;'re, il a vu une ou deux fl,is le chef- 
li«.u ,le s,,n ciCarle.recul, c'a 6t,; p-ur lui uu 6v6ncment impot 
tant ,.1 d,,nl il a ïu'd6 I,mlemps le souw.nir, ire plus, il s'esl peu 
,WCUl,6 d'aflhircs, en laissaul hule la charge à ses parents, ol se 
,'«,ntenlnl d," fiir,-' la tache qu'ils lui assignaient chaque jour. 
i la condili,,n qu'ils lui d,,nnasenl un ,m deux francs chaque 
dimanche matin l»our I»,ire d,.s ,, I,,,ldcs » avec h's am£s. Comment 
,I,,nc a,l,n,ttre qu'«,tl le laisse partir lout ,l'un coup sans amis, 
seuls idic;dions ulilcs? Aussi x-t-on r«qw,ver aie pr6fdrencc 
v,.rs h. pays «fit s,,nt ddja allés plusieurs d,. la paroisse, e[ en 
lmrliculier tel et h.l. qui o.t d,;jh envoxd a,x leurs d'impor[an[es 
r,.ss-ur,'es. Ri,'n n',.st phs iral,l,ant «lut. dt" c,mslater comment 
I,. plus «,,,v«.,,l les e,,s d,, m6n,. villae 6mirent vers 
,,,,nws r«;gions, lnterro'«'z cent Br«.l,,ns tix6s à. Sainl-DelfiS. 
s,,ix,,uh-'-dix vmts r#pondronl qu'ils s,,ni de Plongonver; Saint- 
Nic«,las du l'elm dirigera ses 6migranls sur Veailles; quanl 
;tt il,,scovib., il parc, il arc,if 61u s,,n sdjour i»rdfdr6 à la Roquetle 

1 On ai,pelle ainsi dans i,lusiems parties de' la Brelagne une fite plus intime of- 
f,'rle par les nouveanx nariës a iem's plus proches l, arenls, le diman«.he qui suit la 



L'ÉMIGRATION BRETONNE A PARIS ET AUX ENVIRoN$. 
,'! à Vauffirard. L'esprit do ffroupemt.nl qui l,r«:sidc au depar/ 
d«.s 6miffr6s pr6sidc awc plus dïnteni/é ncore h l«.ur «:tablis- 
scment et amène la formation de w;rita}»l«'s coloni«.s au se.in 
l»«,pulations parmi lesquelles ils s'établiss«qt. Nous a«,ns déjà 
parlé de la c«,lonit, br«.foltn«, de Trélazé près An',.vs, consacrd« 
à l'exl»loilation des ardoisibr«.s; «.lle fornc un ël«mcnl COml,ac t 
qui a conserv6 sa langue et tous ses usaffes. Lo tlènl • fail se 
r«.marqu, dans l«,s rd¢ions où la &.nsit«; b«,auc«,u I, plus 
d,. la pOl»ulation se.table devoir accr«»ilre les chances de" fusi«m. 
N,,us w.nons «le parler d«.s marchands de R«,scoff te, us r6unis 
Vauffirard, ou à la Roquette. De m«me les 3.fil8 Bref,ms de. 
sailles se trouvt.nt «ntièrenwnt r«partis entre l«.s qnarti«q's 
51ontrcuil, ou du Chcsnais. Iès qu'on y p6n6tve, tre sent quc I',, 
se trouve dans un milieu spdcial. Les ens«.ign«.s des épiciel'S. d,.s 
marchands de. vin prennent un cava«t61"«' celtique très 
tué : maison « Le Goff ,,. mais,,n « K«.rmad«.c » ; les f«qnm«.s, qui 
gavd.nt on¢'or«' s«,uvent la coiffe du pays. p«.n«hé«s h la 
regardent avce 6/,mnement passer un élvan«q', un 
Iemandez-vous simplement la direction de t«.lle cm tcll«, rue, on 
tindra d'abord de ne pas compte.halte o[ ,tt ne v»us v6i»,ndra 
qll'aX-oc peine ; VOll% l»U«tSll{«.z-v«»H% au COl[l'ail'«. cOllllP un 
i»alriott ., vous serez accu«.illi h ]was OHVt'l'tS «,n x«»Us 
à boire du «idrt., qu«' l'on a tout derni6remcnt fiit v«.nir 
i»a)s, on vous confiera la gène qu«' l'«,n «:prouve à vivre avec 
des salaires peu 61evés. .t l»eau««mp d'ent)nls; «,n v«ms de.man- 
dera mente des con:;eils, on vous fo.fa pt',,tn«.ttv«, d«" 
klors mème qm. les conditi«,ns du lravail ne leur lwrmett«.nt pas 
d'avoir un l«»cmenl à eux, nos «:nti'rds n'«'n recherchent l,as 
moins A s'etablir d«ns les réions oh se trou-«.nl déjà ]»«.aucoup 
des leurs, lion de plus curieux l ce point de ww. quo de parce»u- 
rit les listes du «h.rni«.r r«wensemcnt de. 1891 pour h. 
ment de Seineet-frise. o6, ce, mme «,n sait. ils se rencontrent 
'rand nombre. On v voit beaucoul» d," communes ,'n train d'ètrc 
Iwet«mnisées. Ainsi à Monti'ny-le-Brel,-,nneux, près de Versaillcs, 
sur 318 habitants on trouve 5i Bretons; tout lW6S de. lb. i 
,',_,urt, 159 sur 598 habitants: à Irgt.wl. dans le canton tic. 



'8 I.A SCIENCE SOCIALE. 
i'oissv. 5 sur 30 - habit»nts; à Vaux. o6fi sur 1.380 habitants; à 
Toussus-le-X,,ble. près Palaiseau, 19 sur ti9, etc... Si vous ajoutez 
à cela que, dans ces chitti'es ne s,,nt pas compris les Bretons, très 
noinbreux, qui ne sont engag6s qu«. pour quelques mois chaque 
am:«.. à i'«:poquc de" la moisson, vous comprendrez qu. l'on 
lit,u{ adm.tir«, comme peu suspecte d'exadration la pr-p,»rtion. 
«lue l',n m'a indiqu6e daus plusieurs de ces commmws : « Ici 
l»hs d« tiers de la p,pulation est composé d. Bref-ris ». Si w»us 
v, ms lransI»,»rtez de lA dans une commune v«,isine, où cepeu- 
dnnt se rencontrent le m6me mode de culture ou la mème in- 
duslri., v«ms constal«rez souvent qu'il n'y existe aucun Breton. 
Il lhul &,ne bien a«lmeltr,, que les id6es de gronp«ment exerce.ni 
ttnt. intluqc. «.nsid6ralle sur i'étal»lisscment de nos 
lt'aill,.m's, toutes l«.s f-is que h.s circ«mstances le pcrnwttent, 
c. r, ml»em«-nt va p,,ur 'ux beaucoup plus loin que la 
sili,m des habilati,,ns, il n'«.sl pas rare de le voir aboutir à une 
vdrilall«. ic e c,,mmun. I'u d'eux, mari6 depuis plus 
moins i,»n2tcmps et disp,,sant de ress-urces plus consid,:rables. 
l,,u«, un apl,artemvt ass«.z vaste, dans h'qcel il t'om'nit le 
ment à dix -u quinze «,,ml»atrioles. alta«h«:s à la md.me usine qnc 
lui. et sa fi:mm. &.vient la cuisinibre de la petite colonie. 
l'6mi-rant n'est pas marie: et d,»il habiter isoli.ment, il ira 
touj,,rs d« • pr,:férencc dans m restaurant te.nu par un compa- 
lri,,te. Ils sc. doivent presqce tous d. l'arachi h.s uns aux autres. 
m'a-t-on «lit It'bs souvcnt. La c,h6si«« qui nait de rapports aussi 
fr6«luenls, a des trac«.s un peu pa't,,ut. En pc, litiquc, elle cons- 
titu,, une puissant,' avec laqu,'lle les partis d,»ivcnt compter. 
Saint-D«nis, 1,, des atthires du B,,ulan-isme. il v avait là trois 
mille «:lect«.urs à c,mquérir. A Versailles. où les partis, lors des 
«le«ti,,ns muni«iph.s, sc. tiennent fi quelques centaines d,' voix, 
s,,ni les Bretons qui sont les arbitres de la situation, et ceux qui 
onl parcouru les rues de la ville h la veille du 1  mai dernier. 
oui pu voir sur les murs de ërand«s affiches «,i se d«:tachaienl 
ces mots en h.ttres rou$es : .I««.c Él«','tet«rs breton«I Dans beau- 
c,mp d't.ndroits, ils «nt. l»«mr h-s ,fffices religieux, des lieux 
r6union particuliers, d« prédicateurs sp6ciaux pour leur parler 



I,'É.MIGRATION BRETONNE A I'ARI ET t,I.'X ENVIRONS. 
la lang'ue «lu pays, et ce,mme une r,.ligion fi part. Beauc,,up 
al'entre, eux qui. une fois sm'/i de h.ur pays n'allaient plus à 
messe, parce que ce nëtait pas la mode dans I;, régiolt ,fit ils 
s'étaient fix6s, se prennent à alh.r h ces retraii«.s fait,.s p,»ur eux. 
ci dt»tri ils sont prévenus par des aftichos appos6,.s ch leur langue 
aux l»,»rt«'s de c«rlain,.s dglises, dans l,.s quat'licrs ,fit ils s,mt 
plus ërand nombre. 
3" Celle' dmigrati,,n, p,:riodiqu,' ,,u i»Ol'mall,'lltO, s,. fel'a pres- 
que toujours a,'er" e.7rit &. 
La durée des cuqtgem«.nls lield «.ss«.nlielh'ment h la 
des lravaux aUX,lu«'ls vont se consacrer n,,s ,.miranls. 
de ces h'avaux, ce»mme le ]»inag«. e[ la u«»isst»tt dans h.'s 
tvmcs de. l'lh.-dc-F'auc«, ou de la Nt»rmatttli«.. te tloma,det,t 
bras que pendard quelques mois de l'antCe. Il'es[ Vel'S le 
mois de mai. chaque' ann6e, q,«' c«»mmençc l'cx«»d«. «1« ceux 
qui se destituent «k ces travaux. Ln i»lupart d'cnh'« eux, 
depuis plus ou m«»ins longt«.ml,S, laisse.ni à h.uv t).tmn,. 1,. s,»in 
d,. culliv,.r l«.s quelTws champs qui cnt,»ur,.ut leur mais, m. 
s'en vont. par l»at,des de 10 f, 211. offrit' leut's bi'as, th. t'mc en 
ferme, ils s'en ret«»u'n«nl à la tia do seph.nd»rc. 
avec eux les 6con«mi«'s qu'ils ,ni pu faire" «'1 qu'ils consacreronl 
h agrandir h. l,.rit hq»iu de i«vt'e qu'ils p«»ssbdcnt. Et s«»uvenl. 
ils recommen«'«.ronl pendard quinz,, h vin»t aus ce' m,m,"  
dans d«.s eirc,nslanccs analoges. 
Mais h c6h; ci'eux ci I».au««»Ul» phls ilOUll»l'ellX sOItt «'Cll qli 
aoecpt¢'ut d,' pt'«mch'e d,.s «.nga'*meuts d'une duv,:* iud,q,.vmi- 
née ou du moins qui cml»rassct des métiers ,'al»al»les d," h.u" 
t»urnir h«»l'S de ch«.z «.llX tlll h'avail p¢.rln«lent. N«»ls lO»Us 
-ons d,,ne ici oit prds,.itce d'une elnigT;lli«m l,'rlmn«lle, 
princip,', mais, ral'«'ln«'nl, il arrive' ,pl''n f«lil «.ll«soil «ldtiniliv«.. 
dl m»ins dans la pcls6e des dlniUl'alds «tlk-ltlènt«'s. QuehlueS-Ul 
aceeph-nt bien la situatiot qui h.ut" est tdt«., fralwheln.nt, sans 
al'ri6r«'-p«.ns6e «'1 ont la l'ésohlti«»n arr6h;e de se tixcr à demeure 
dans le pays où ils sëtablisscnt : ceux-là sorti l..U n,mbreux. I'1 u- 
h'es. en plus 'rand n,,mbre, sont contraints par la mis6re ,,1 la 
maladie, de t'«.ster li Oil ils sont veuus. Mais, pour la pluparl, il 



{J|| LA SCIENCE SOCIALE. 
s'agit uniquement de quitter le pays l,»l|" quehlueS ann&'s, ct. 
une fi,is quelques écon«,mies tit«.s, &. rexmtir s'y fixer dans 
plus grande aisance. Et cet esprit persistant ch. ret,»ue tnarque 
«le son emln'eintc t,mies h's phases principah's de leur existelw«. 
t tnt-ils tk, it quelques dconomics, ils les envoient «'n ICrcta-ne 
v vont eux-mèmes pour' acheter un petit coin «1" terre; veuh.nt- 
ils se marier. «'est enc«»re en ICreta'ne qu'ils ir«»nt chercher nne 
t't:lllllle; Cal'. sauf «le rares exceptions, tn, Bretm, dpons,.ra t,,u- 
j,mrs une Brelonn,.; s'il leur nait des entknls, le plus souvent ils 
les cnvev',,nl en Bretag'ne; .amais trois ans w se passent sans 
,lu'ils m' s'en ailh.nl l»am • qninze .j,»urs ,,c trois semaines au 
milieu ,les l,.m's; et l»arf,»is il ne reviennent pas..l'ai u i Saint- 
Dotais nn Bl'eton h. lna'anl«-tr,»is ans et lui se lr,,uvail 61abli 
dans c,.tte viii,, dolmiS plus de seize ans; d,.s lvaaux pénibles 
à l'usim. «'t l'nsae imm,»ddré de l'ale«ml en aaient fait me vie- 
lira,' de la phtisie; or. I,' s,.ul plaisir qu'on p, mvait encore lui 
«'atlSel" dlail d,' lui l»r,,metle lu'aussit,'d rdlaldi on le laisserail 
[»arti" l,mr Ploug«mer. 

Nous x-enons «le v,,il, c,,mmcnl lorgal|i.-.ati,m ,le la famille 
t'orcait n,,s Bretons, en «h;l»it d'eux-i,Ièlll«.s. à 6mireu; nous les 
HVOlls viIs pa.li', l»lliS s'dtablir ch c,,mmunautaires : IIORS «,lions 
h.s suivre lnaintenalt dans h's div,'rs méti,.rs ,fit ils s'engaffenl 
.1 conM;ih.r, i,'i ,.ncore, comm,.nl la formali-n iwintilive inthw 
puissamment lanl sm' h. ,'h,,ix d'un ,irai que sur la tklcull6 de. 
s'v d,;vcl,Tper «'1 de s',;le,q • au p,,inl ,le ue s,,,-ial. 

.I. 



LIBRE-ECHANGE OU PROTECTION. 

LA. PROTECTION. 

III. 

PAYS A DÉVELOPPEMENT MIXTE DE LA CULTURE 
ET DE L'INDUSTRIE. (Fin.) 

Ne»tre ai'tir.le, précédent a ,;t6 consacré à l'Arude des condilion« 
de l'affri«'ulture 'n France. 11 nous faut v«»ir h présnt dans quelle 
situalion se trouve de son c6té l'industrie. Nous purr«ms »lors 
appr,;cier ,'n connaissauce do cause le r@imo douanier de. la 
/:rance, considdr6 soit dans son év,,luti,m historique, soit ,lans 
son dtat 

La l»rcmi'rc condilion exigée pour que la g'rande indut,'ie 
se développe très puissamment dans un pays donné, c'es! qu'on 
v trouve en quantité : I" la force motrice; " les matières pre- 
mières. Ces deux élémen!s essentiels de la fabrication ne man- 
quent pas en France, niais ils ne se présentent pas avec une grande 
abondance. Ce n'est pas que nous manquions de cours d'eau, mais 



r, science 
force bdrauliquv ne convient pas à toutes les industries, elle 
irrégulière, et elle ne se déplace pas. Noire s«,l renferme d« 
l,mille, mais h.s bassins carbonifères s,! dispersës, de mé- 
di»cr«. ét«-nclue, 't d'une exploitation assez cofitvuse. S, ouvvnl il 
plus avanta.,_"cux d« se procurer du charbon andais, belge 
allen«nd, que de faire v«.nir du combustible francais. Aussi 
imp«,rtons-nçms «1. t'¢wh.s quantit6_s de houille : 

H(»UILLE. 

F x crait. I ]tt lȢrtee 
18311... I. $flO. 01111 I;110. 000 
181» ........ :t. 000.t)tt I. OO.O00 
117 ......... .l. i0tt.0tt0 2.176.O00 
1 31 ...... 7. t (}0. t}((} 13. 200.000 
1 t;9... 13-  l; i. 000 » 
1875 ........ II;.O iO.O0Ct  

I;c' taldeau monlt'e lU«' ne»Ire l»roduction s'est augmentée bien 
l»lus vito qu«. notre impo'lati,m, sanrriv«.r 'ependant à couvrir 
h.s I»es«,ins. Ne,ire «,xportation est mini»w : 1.850 mille tonnes 
t'Il 18tll. 
La prodm'lim mél«lliqu est h peu près dans le mème cas, 
,.t il «st r;re quo los 'itcs lndtallifères se trouve.nf à po't«:e des 
«lép6ts de ch«l'l»on. C.la ost um. cause grave d'inf6'iorih:, surh»ut 
,.n '«' qui com'('rn«' lal»rOdu«/it,n du tr. car le prix du radial 
Iwique a l»aiss6 i tel point que. sous 1« c«mp de la libre concur- 
rence, il ost imp«,ssi]dv de maintenir allumës des hauts four- 
n.aux ,blig6s (1«' rc('«,urir à l'vmpl,,i d'un combustil»le grev6 de 
frais d' lranslori. Tout rlçCVllllllOll[, la -rbvo «hs mineucs char- 
I,mmi«.rs du lm'ham a obligé les f«,nd,.l'i,.s d. «.e disll'ict à él«in- 
,h'e lonl.S feux et à rester inactiv«.s pendant de longues semaines. 
tr ne,us s«mm's prd«isémont oi,lig-6s dimporter ou tout au moins 
de transi»or'lot à distance soit le mine.rai, soit le combustible. 
En 189o. ne, us avons importé : miel'ai de t., 1 .fil2.000/«mnes: 
tbnlc, .137.000 tortue's; ferrailles. 2o.60o (Oltes, venant surtout 
,1,. Suède, d'Allomagne, d'An$lelerre .t do B«qffique, pour une 
alcuv de i à 5 millions do francs. 



Lç rROTECTION. |;{ 

1}1' lllelll{, nf;[lS SOnlIII,'S ]tien loin de produire en France toutes 
les ,luanlités ,,t roules h's ,lualilés de lain,.s qu,. nos usin,.s 
somment. On a estimé le renden;,'n[ total d,' nos tl.oupeaux à 
570.000 quintaux pour l'année 1889. L'iml,Ol'l«dion est ]»i,.n 
pbrioul',.; elh. a aIt..inl I.65.000 ,luinl:ux on 18m, valant 
millions de francs, et prov.uant surtoul d«.s «.lltrt.]»6ts anlai ou 
belges ,.l d,. la Plata. N,ms n'avons pas n,»n l,lu ass,.z d,. i,,'aux 
pour suffiro aux ,],.nmndes do nos usines. On ,'n peul ,]ire autanl 
du lin, dont la l,roduction n,. dépasse uère 22.;o0 
(filasse). landis qu,' l'inlporlatiol de la tilass,. ,le lin ,161,asso 
00.00o ,luintaux, atlX,luels il c,nviet d'ajoul,.r 3.oo ,luinlaux 
d'étoupes. En ,'e qui c«,nc,'rne h. ,.hanvl'«., au conlraire, 1« l,ro- 
ducIion lmraiI bien supérieure i l'iml,Wl«Oion (390.000 quinl. 
«onh'e 150.o0o. ,.t 25.oo ,luinl. d'bt,,up,.s). L,- lin et 1,. chanvre 
nous vieml,.nt surh»ul de Russi,. ,.t d,. B,.lgi,lu«.. Nous achetons 
en Chin,.. au Jap,n, ,.n Turqui,., n ilalie boau,.,»up de soio 
car n-s naSllallerios sot l, fin de. suffire à la c,nsommali,,n. 
Notre induslrie ,l,.inande, ,'n oulr,', au dello une quautité 
matibres l»remii.l',.s qu,' ne, tre sol no l,roduità au,'un d,.oel'é, conmw 
h. colon, h.s graines ol6a-ineus,'s, le juto. 
Le' fait «l'acheler d«.s matièl'S l»r,.mibr,.s au d«.h-rs n,. consti- 
tu,. pas par lui-mèln,, uno cause d'inféri«wil al,s,»lue pour la 
fabrication. Si l,.s pays l,r«,duclcurs sonl incapabl«.s ,],. 
«.n œuvre l«.ut's pr-l, ros produits, ou bion si d'aulr,'s c;us,.s 
faibh.sse atfi.cI,.nt leur artivité in,luslriello, l'avanta'o qui 
sulto en principo pour oux d,. la l,OSS,'si,»n des inalibres 
lairos so trouve annulé. C'est le cas par ,'x,-'mi,]o p,ur ]'s 
chiales de la cl, t,' d'Afriquo, qu,. h.s noirs no sauraionl 
en grand, pour le jute de l'hld,., ou pour le lin de Russie. Èn 
dépit des frais variés ,lui s'aj,,utent, chemin faisan, au prix 
l'eviont, les fabric«mls de l'Eul'Ol,,, occi,]entale trouvent oncore 
un profil à faire venir ces articles j usque ch,.z eux, à h.s travailler. 
,.t souvent à les réexpédior dans le pays d'origine s,,us la form,' 
d'objets falwiqués. Mais les choses ne vonl p toujours ainsi. 
Souvent les charges de transport, commissions, assurances, etc., 
font monter les prix à un niveau tel que les bén6fices de fabrica- 



|i$ LA SCIENCE SOCIALE. 
tion disparaissent. . c'est le CClS justement pour la houille, cet 
élément indispensable de l'indust/'ie c«ntemporaine. Donc, bien 
que notre production naturelle soit à tout prendre assez ai»on- 
daute et variée, bien que Ici situation géographique de la Ft.anc«. 
soit favorable au mouvement des transports, il n'Ch est pas moins 
vrai que no|re industrie se tronve, à ce point de vue, dans un 
notable d'inféI'iorité vis-à-vis de ccrtaits attires pays, où les fa- 
I»ricant,, obtiennent la houille, I«. fer, d'autres matières pre- 
n,i6'es «.nec,re, -n l»lus grande, abondance et à m«qlh'ur marché. 
)lais d'ailleurs, il ne suffit pas de savoir quels sont les élëmenls 
matériels dont dispose une industt'ie pour juer «le sa fi»rce et 
de sa xitalité, il faut encore: re.chercher dans quelles conditions 
elle est or.3'tclis«:o. C'est ce que nous allons faire pour la France. 

!1. 

En matière ._,ciah.. rien w s'improvise,, chaque manifesta/ira, 
«le la vù. des l,.uples se rattache d'une ficon directe à une 
«haine longu« et inintert.ompue de faits 6troitelnent d6pendants 
l«.s uus d«.s autres, et exer,'ant l,'s uns sm" les autres Illle iii- 
tluence fi,rt. «'t l»«.rsistant, .. Aussi, pour comprendre l'orffanisa- 
tion «tctu«.ll • de noire industrie, il ous $tul r6sunwr d'abord 
les lienes principales de s«m dvohdion historique. 
Le caract6ve h: plus t'r«q»pant 't le plus g6n6I'al de cette 6v,,- 
lution ,.onsistc en ce thit, que noire industrie a 6t6 soumise. 
prvs,lu« dbs son origine. à un r@ime 6h'ot et excessif de res- 
h'iction et dc r@lementation. Elle n'a pour ainsi di'e jamais 
c,,nnu la liberté. 
D6s ,lue le moyen gffe ctt constitu6 une classe rut'aie rela- 
tivement ais6e, l'industrie se ,16veloppa pour satisfaire à cer- 
tains besoins de cette client6h, imp,»rtante. Les artisans, $roup6s 
autour du centre l»rincipal ,1o rduni,»n, l'6lisc, trmèI.ent des 
b,-,urgs qu'ils 6ri'èrent ,'n commtmes libres du onzième au qua- 
torziëme si6cle. Maitt'es de l'administration de leurs bour et 
villes, les fabricants 'empressèrent d'en profiter p,ur servie 



LA PROTECTION. 

leurs intérèts personnels, et dès le déhut des règlements llluni- 
cipaux intervinrent : 1 ° pour limit«,r la concurrence intérieure 
entre artisans du même lieu; "° pour empècher l'apport sur le 
marché des articles fabriqués au dehors (1). Il résulta de cctle 
tendance une longue série de chartes industrielles locale's, d,mt 
la teneur variait avec les situations, les vues et les intéréts du 
lieu et du moment, mais qui opposaient toutes des obstacles nom- 
breux à la liherté du travail. Ainsi, on s'effol'ce : d'empécher 
l'ouverture de nouveaux at,liers; d'égaliser lo prix d'achat «les 
matières premières, afin que personne ne soit fo,cotisé à ce 
point de wle; de lilniter la. production en défendant d'ouvrir à 
la fois plusieurs ateliers ou boutiques, en limitant la dul'«:e du 
travail, et en interdisant de choisir les meilleurs ouvriers. 
défend aussi tout ce qui peut achaland,'r une boutique plus 
que les autres, et, à ce point de vue. on se méfie surtout des in- 
ventions et perfectionnements, fin voit par là comhien il était 
difficile de développer ses aIthires ou de faire' pr%q-esser son 
métier; il était aisé aux confrèr's moins actifs, ou moins lla- 
biles de paralyser toute tentative de ce 'enrc par dos saisis et 
des procés. 
Phls tard, on voit los villes se d«Zveloi»pcr , la clientèle s'éten- 
dre, les besoins s'accroitrc. Les corps d'artisans augmentent en 
nomhre et en influence. Les rè,lclnents municipaux, trop géné- 
taux, ne leur suffisent plus. Chaque métier tend à se protég'er 
lui-méme, afin de serrer plus exactement les mailles ,lu filet. 
Les corporations se forment, et s'entourent d'une harrière pres- 
que infranchissable. On y distin-u«, trois cat@'ories d'indix'idus 
1 ° les maîtres; lem" nombre et limité: ils ne sont admis qu'a- 
près la confection d'un travail difticil«,, appelé chef-d'wuvre; 
ils ont à payer un lourd droit d'cntrée; s,-,uvcn.t les fils de mai- 
tres sout seuls admis à hl'iguer les places vacffntes; '» les ou- 
vriers; ils sont étroitement soumis à leur maitre, et n, peuvent 
le quitter sans son autorisation; la maitrise leur est f,:rmée, 
sauf de rares exceptions, par suite leur vie est sans avenir; ils 

(1) Voir la Science sociale, t. IX et X, articles de M. Demolins sur les çorporations. 
T. XlV. 5 



66 1., sct,cE socx,,,. 
ne peuvent travailhîr que chez h:s maitres, «»u pour leur compte ; 
leur nombre est lirai[6 ad libitum par la corporati,»n; 3  les 
apprenfis, soumis à un apprentissag-e d'une long'ueur abusive. 
variat de trois ans à six, huit, dix et lnenlc douze années. 
Cette organisation axait pour résultat de êner le progrès des 
méthodes, de. r6tréeir la production, de paralyser l'ouvrier, d'eln- 
l»èchr le d6velopl»elnent des capitaux. 
Plus tard encore, au seizième si6ele, la situation prit une 
physionomie nouvelle. C,,mme l'int6r6t personnel r6ussissai à 
briser sur ]tien des points les barrières corporatives, on fit appel 
à l'État pour l.s r«nt'm'eer. L'administration s'empressa en eflbt 
d'int«wvenir 1), et. ,lu s«.izi6me au dix-huiti6me siècle, elle de- 
vint l'arl»itre du m,,uvem,.nt iudusriel. Son action fut double. 
D'troc pari, elle eontribua à 61al'ir la eorporati,n en y admet- 
tant à prix d'arffent veté au Tr;sor ro)'al un grand nombre de 
maitres imp,,sés au mauvais vouloir de leurs confrères. De l'au- 
Ire, elle pril l'habitude d« reviser et d'Cendre les règ'lements 
de métier au point d'en faire d«.s e,»des volumineux, souvent 
ineoml»r6hesil»les ou i,q»plical»les, v6ritable filets qui enser- 
raient la t)dwieation en l'imlnobilisant. L'6golsme corporatif se 
trouva dès lors d,,ul»lé d'une surw.illanee administrative ign-- 
ranle, tatill«,nne ri avide., qui 6t,,uttidt et ruin«fit  la fois l'in- 
dustrie , i: 
L'Étai prétendait, en a3"issant ainsi, s«»utenir les corporations. 
En i'6alit6, il leur porta un coup me,riel en substituant son au- 
loril6 à la leur; l',rtl,nnance de 1572 fut le sign«d de leur alC 
cadence, l'ar besoin d'argent, ou par p,,litique, le gouvernement 
multiplia les ateliers, er qui arriva la concurrence; il favorisa 
l',tal»lissemen ,h" quelques manufactures; il eneouragea cer- 
tains inventeurs, l'ar là. le pI'o'rbs des affaires ri des méthodes 
résista dans une certaine mesure à la pression des règements 
et aux exil'entes du fise. Aussi, vers la tin du dix-huitième siè- 
cle, en d6pil d'entraves si multil»li6es , la fabrication s'é{ait 

(1) Ordonnance de 1572. 
(2) Pigeonneau. Hist. du Commerce, t. 11. -- Levasseur, les C'lasses ouvriëres avant 
1769, t. ll. -- Smilh, les Corporolions. 



LA PROTECTION. 

maintenue et montrait mème quchlue activité. Mais c'Cait 1" 
peu de chose en comparaison de ce qu'une industrie libre att- 
rait pu fiire dans un pays fertile, p«.uplé, bien situé comme la 
France. Nous avons vu cela par l'exemple de l'Anleterrc. 
Du reste, l'indttstrie francaise ne soutïrait pas seulement de 
l'excès de la restriction corporative ou ré.'-_"lementaire. Une autre 
cause encore, très g_-rave aussi, tendait en quchluc st»rb. à la 
capiter périodiqu,-ment. La classe supérieure, la nol»lessc, ac- 
coutumée depuis trois siècl«.s à vivre, surtout «h.s chars'es de 
cour, des grades militaires et des bénéfices e«clésiastiques, ¢'on- 
sidérait le travail comme avilissant (1). La haute b«,urooisic, 
tentée és'al,:ment par les fonctions publiques, spécialom«.nt par 
les charffes de judicature, partaffeait les préjuy__"és de la no],lcsse. 
Enfin, tout ce qui parvenait à s'Alever au-d«.ssus de" la conditi,,n 
de petit bourg'tels s'empressait d','.pouser cette manière de. voir. 
Par suite, l'industrie restait, comme l'a.,-:_"ri«ulture, confinée aux 
mains des petites gens, peu capabh.s de la faire- progresser xite 
et de lui apporter de ros capitaux , 
Tel était l'état des choses quand la secousse de 1789 vint mo- 
difier la situation. La Ct,nstituante, reprenant l'«.uvre de. Tut'flot, 
jeta bas jurand,.s, maitrises et règ'lements de fabrication. Ces 
al»us séculaires ne se sont point relevés depuis. Mais cela ne veu! 
pas dire que l'évolution commencée, sous l'ancien régime s'est 
arrêtC. L'initiative privée, endormie dans la nuit de la surveil- 
lance bureaucratique, s'est réveillée dans un certaine mesure', 
mais elle est restée sin'ulièrement engourdie. Du reste, 
ment ne le serait-elle pas. l.'omnipotence administrative n'a 
nullement disparu après 8.q. Pendant la R,;volution. elle persiste 
sous une forme moins régulière, mais plus tyrannique. A partir 
du Consulat, elle revit un aspect moderne, et va se r«.nf«,rcan! 
avec les années, car les grandes d«'.couvertcs de l'époque lui ont 
profité au moins autant qu'au colnmerce ou à l'industrie, il est 
bien évident qu'avcc nos 720.000 employés dt. t,,ut .,-"rade et 

(I) Cela est si vrai que, pour prot6ger eflicacement une industrie, on l'anoblissait 
Telle était la Verrerie, par exemple. 
(2) Cf. Pigeonneau, t. 11, p. 



;8 , SCmCE SOO,E. 
de tc, ut ordre (1), nous ne pc»uvons nous considérer comme une 
nation trbs libre ch' ses mouvements, et très hahituée à ar di- 
t'«.clem«.nt. Aussi la rée'lomentation a-t-elle reparu depuis quatre- 
ring-t-dix ans, «.t menace-t-elle de se développer dans une mesure 
excessive. Nous avons des lois rostrictives concernant " los condi- 
tions d'élahlissement dos mines, minièt'es, usines, des fabriques 
insalubres, dos api»aroils mécaniquos; les conditions ou la durée 
du travail des ouvriers, des femmes et des enthnls. Parmi ces 
meds, quelque.s-uns sontjuslifiés par la uécessité; d'autres sont 
arhih'ait'es dans leut's tendances, ahusifs dans leur application, 
ils aboutissent souv,,nt h des ettls ficheux. 
Io pl,s. le I;oth. civil a génralisé chez nous une pratique qui 
nuil à l'indush'ie comme à l'agriculture et au commerce. C'est 
«.«.11o du partao b-al ohliffatoire et en nature de tous les palri- 
m«,ines. Colle nécessi/6 est uue cause grave d'instahilité pour la 
classe iuduslrieHo. Elle amène beaucoup de liquidafions fiicheu- 
ses. en dispet'sant les capitaux indisp,,nsahles pour la bonne mar- 
c.ho d'une entreprise jusqu«.-l florissante, il en résulte que les 
.lradifi«ms se t'Oral»Chi , que le désir de s'enrichir vite prévaut 
sur tout auh'e, et que la socté anonvme tend h se substituer de 
plus en plus. dans l'indush'ie, h la direclion unique, chose qui 
complique singulibrement les questions ouvriëres. 
I;elte inslabililé «1 persomel dirigeant de l'industrie constitue 
une notahle cause d'intriorilé que les hommes d'affaires sentent 
bien. 
Dans une péfili«,n ath'essce au .gouvernement impérial en 1865 
par de grands thhrican/s parisiens on lisait ce passaffe - ,, Nous 
«'royons que l'intluence de la l«,i actuelle (sur le droit de dévo- 
lution  sera fatale au dévelo[q»ement industriel et commercial de 
la France. Tandis que l'Anbletet.re, sous l'empire de la liherlé 
Wstamentaire, voit g'randir et se perpétuer chez elle des gta- 
blissements iudustriels et commerciaux, chez nous, rarement 
l'oeuvre du pbt'e est continuée par le fils... » C'est 'en effet la 
pcrpétuit6 do l'en/reprise a des avanta$es énormes au point de 

(I) Non COllll,ris l'armée et la force publique. 



LA PROTECTION. |;9 
vue de la puissance et du prix de revient de la production. Par 
elle, la direction est plus éclairée, mieux suivie, plus eqéri- 
mentC; l'aftire se développe lentement, mMs avec régularilé 
et sùveté ; les capilaux s'accumulent ; le. lravail se divise et 
ganise plus aisément; l'outillage est plus parfait, parce que les 
p6riodes d'amortissement 6tant plus lonu,.s, on recule moins 
devant les améliorations; les frais se réduisent i,ar l'cff.l m6mc 
des autres avanlag'es (1). 
Enfin les préjugés si fiicheux que les hommes de l'anci,-n ré- 
gime nourrissaient  lëgard des arls usuels n'onl pas disparu. 
Aujourd'hui comme autrefois, on considére comme 6tant hors d,. 
l'éhte l'individu qui dirige un atelier, ou achéte pour revendre. 
Comme autrefois, l'iddal de l'homme d'aflhircs est de se retirer 
pour vivre « bourgeoiscment ».; jadis on disait « nol,lement », 
voilà tout la diffërenee. Lorsqu'on en est arrivé Ici, on se garde, 
]tien entendu, de pousser ses «,nfans vos le eOnmlcrce ou vers 
l'industrie ; ce serait encore déroger. On les dirige vers les 
tions publiques, ou bien on les garde oisifs. ue d'intelligences 
sont ainsi détouvnées chaque année du lravail productif, combien 
de eapiaux sortent en mème emps d,.s aflhires pour aller vers 
les « placement sùrs », qui n'exigen qu«' peu de soins, mais ne 
profitent guére  l'activité uilc du pays. 

III. 

Nous venons d'apprécier la condition (bi personnel dirigeant 
de l'industrie; il nous fau! voir à présent ce que vaut le pe,,n- 
lel dirigé. 
La classe ouvrière francaisc a des qualité_s propres très nota- 
bles : l'intelligence, l'ardeur au travail, le .'-"oùt, le sens «le Ici 
respectahifité ne sont pas rares, mème chez les ouvriers des 
grandes agglomérations industrielles..lais elle snpporte aussi 
des causes d'infériorité non moins précises. Dès l'ori.'_"ine d," Fin- 

(1) CL la Scie»tce sociale, t. 111, l'- 83, article de M. Cachcux. 



70 I.A SCIECE SOCIALE. 
dustrie l'ouvrier a d' subir, lui aussi, la forte compression col'- 
porativ«', l.es rigueurs de la maltrise le maintenaient dans une 
positi,,n subordonnée; les règlements paralysaient solt initia- 
lire.. L'État et la corporation s'entendaient pour le parquer dans 
se, c«,nditi-n et pour h. surveiller étroitement. De. là le succès an- 
cien des associations secrèh.s, d'oh sont s,wtis les compagnonna- 
es, avec leur initiation brutale, leurs disciples, leurs rites pué- 
fils. et aussi leur assislance r6ciproque. A diverses reprises, la 
p,sition des ouvriers devint si critique, qu'à la suite de troubles 
politiques, reli.'ieux, écon«»miques, de vérital,les exodes d'artisans 
s,. pr,,,luisircnt, poussant au dehors des milliers d'hommes sou- 
vent habiles dans leur art, laudisquc beaucoup d'autres étaient 
,mprisonn(.s et exécutés (1). 
.k l'époque a«tu.lic, la condition des ouvriers semble lneil- 
hure, et de beaucoup. Ils ne s,-mt plus attachés " l'atelier pal. 
clos rèffh.mcnts draconiens. On ne leur det'md plus de s'allier, de 
s'entendr. d'or.,.:anis,.r mème la lutte div.eto contre le patron. 
Les salaires sont infinimcut plus élew:s, sans que le coùt de la 
vie ait crù &ns la luème proportion (-)). Les secours publics sont 
plus abondants, plus larges, plus efficaces. Le travail est plus 
actif et s'offre eu plus rande quantité. Les moyens d'instruction 
théorique et h.chnique sont nombr.ux et accessible's. 11 semble 
donc que l'ouvrier d.vrait ètre à l'heure actuelle non seulement 
plus heureu\, lnais encore plus fort e! plus capable de s'élever 
E vëalit;, il n'en est pas ainsi, voici p,-,urquoi. 
L',r'anisati,-,n actu.lle de l'in&strie, d'abord, rend difficile 
l'accession «le l'ouvrier au p«tr,,nat. Les entreprises sont en 
én6ral trop consid6rables p-ur qu'un h»mm dépourvu de êtes 
capitaux et de conuaissances h.chniques dével,»pp6es lmisse s'é- 
tal»lir «,isément. L'obstacle n'est pas «hsolu pourt;,nt, car les ou- 
vriers parvenus ne manquent pus en Franco, et sont communs 
aux États-Unis..Mais voici d'autres empè«hqncnts, ceux-ci per- 
sonnels t l'ouvrier. E premier lieu. il épars-ne. p'u, surtout 

, I) Cf. Pigeonneau, II, 181, 282. 
('q Ce qui a augocnté surtout, ce sont les besoins artiliciels, dangereux pour le 
corps ou pour l'esprit. 



Lx rROTrCtO.. 71 
dans les villes. Un auteur rcent nous a fait connaitre la vie d'un 
,mvricr parisien, prvsquo un contremaitt.,, qui avec un salaire 
annu«.l de plus de 3.i00 francs et une famille réduite  quatre 
sonnvs, n'avait pas un sol d'6conomivs ( !  Les pr¢,miers éléments 
du progrès social lui font ainsi d6faut. I.'ouw'ivr ambitieux 
père alors qu'il pourra réussir par la poliliquc, tout comme un 
bourgeois, et il se fait agitateur et al'lisan ,le grèves (,. lCautre 
part, il perd de sa valeur tc,.hnique par suite, d,. deux causes 
principales : 1  la d,;cad,.ncv de l',pptutissaffe, du. souvent attx 
ouvriers eux-mèmes, qui r,.fusen de fi6rv d,'s appr,.ntis p,»ur 
r6duirc la concurrence des bras: puis les enfants h.s plus int,.l- 
ligents sont drain6s par certaines adlninistrali,ns, cmume le 
1616graphc ; en outre- les parents, que le «,,nh'at d'apl>rentissage 
ne lie g-uère, repr'nnent s«»uxcnt les ent]tns avant la tin de 
leur engagement, p,»ur en tiret, parti l,lus vitt; 2" 1. svrvicc 
nIHitaire, qui saisit l'ouvt'i«.r au ddbut de l'Ige adulte, au moment 
o6 son intelligence et sa main s'affermissent, où sa r,;th.xion 
s'aiguise..tu r6ffiment, il pol.d une pat'tic de l'cxp,;rience acquise, 
et ne la recouvi'«' plus au luèmc d,.gr«;, 3). 
!1 r6sullc de cela une ilff(.tà«,rit6 manifeste d," la m«dn-d'«»uvre 
française en ce qui concerne les travaux h la f,fis d61icats et ra- 
pides. Aiusi, elt France ott empl,,ie g'dnéralement de art à 55 
 riers pour conduire I.O00 broches filant le lin. numdros moy,.ns. 
En lrlande 35 à 'te suffisent. !1 en est d,. tnëntc p,,ur le tissage. 
Comme la main-d'«.uvre r«q»r6sente une fracli,m imporlanle du 
prix de revient, celui-ci sëlèvc sensi]h:mcul l,ar l'ett't de c«,tte 
surcharge. 

La question de l'oulillage n'est pas moins imp¢r|anl«' quo les 
précédenles, il faut donc l'examiner " part. Or il est remarquable 

{1) P. du .-Iaroussem, Charpc»ttier «le Pto'is, p. 126. 
() Ibid., p.  . 
(3) Cf. Le Blan, rapport au Conseil sup. du Comm,.rce (Enquëte sur le régime doua- 
nier, 189«). 



7 LA SCIENCE SOCIALE. 
qu'en Frano  la fabrication en rand atelier s'est développée plus 
tardivement qu'en Xnleterre ou en Bel'ique. Le procédé de la 
fabrique collective a persisté longtemps; il dure encore, bien 
que l'usine tienne aujourd'hui la première place. On sait que 
ce procédé se résume ainsi : un artisan établi dans un hubourg, 
ou à la campagne, travaille à la main, chez lui, les matières 
fournies par un patron qui recueille le produit hbriqué. Cette 
organisation industrielle n'est pas sans avantages au point de vue 
social. Au point d« vue purement économique, elle est inférieure 
p;trce qu'elle produit moins vite, et quelquefois moins parfaite- 
ment,  plus haut prix, que le g'r, tild atelier mécanique. 
Aussi la France, qui a, pour la soierie, 55.000 métiers à ]»ras 
sur 105.000 l85), qui fait battre égah.ment un bon nombre de 
mOiel's de. ce t3pe pour le lin, le chanvre, la laine et mème le 
coton, qui fM,rique «;alement en petit atelier une quantité d'ar- 
ticles variés (quinc«tillevi«., bonneterie, confections, etc.,) est-elle 
sensihb.ment en l'etal sur les [mys qui depuis longtemps ddjà 
«'11[ 'l'OUpé tlll personnel ouvrier nombreux antour d'engins 
mécauiques incvssammcnt pcrff.ctionnés. Du reste, notre pays est 
de beaucoup infih.ieur à l'Angleb.rrc pour la fabrication des ma- 
chines de manuftctures. La preuve en est que nos principales 
industries sont, h ce point de vue, les clientcs obli-écs des atelic 
anglais de construction mécaque. Nos premiers outillages sont 
naturellement  enus d'outre-Manche., puisque nos voisins ont su, 
avant tous leurs coucttrvents, 1)[it.r h.s forces naturelles au ser- 
vice" de, l'ittdustvic. )lais de.puis nous aurions pu du moins les 
imiter et les égalor. 11 n'eu «,st rien; los fabriques d'Elheuf, de 
M,z;tmct, de lloucn, de Cambrai. ott (h. Lille. vont acheter eu An- 
g-leterr«., Ch Belgique, on mème «.n Allemagne leurs cardes, 
lcm.s bancs 5 broches, h.urs mé[it'l'S à tisser, et supportent de 
ce fhit une surchar.'e dt 5 à 30 X dans l'établissement de leurs 
usinos (I) Les prix de ri.vient des produits s'élèvent en proportion. 
A un autre point (le vue, notre 3rande industrie présente en- 

Cf. Réponses fournies dans lEnquête sur le régime douanier en rg90. Les ten- 
tatives faites pour importer en France la construction des machines textiles ont 
géural«.ment ëchotté. 



LA PROTECTION. 
core, sur certaines de ses concurrentes, cette cause*.rave dïntërio- 
rité, qu'elle est moins concentrée et moins spécialisée. Cela est 
frappant surtout dans lcs industrie toxtilcs. Nos établLss,-monts 
sont loin, pat' exemple, or sauf de h'ès rares «.xcoptions, d'égal,'r 
les manuthcturcs anglaises, où s'accumulent 1,.s moyons (Faction 
les plus puissants, en xue de fabriqu,.r ,.n noml,rc (les articl,s 
peu variés et de vente courante. Un homme du méticr, M. ;. 
Roy, disait récemment, dans un intéressant rapl,ort sur l'indus- 
trie des tissus en Angh.tei'rc : « L'importance de ses aIthir«.s 
permet à l'industriel angais de faire toujours h.s mèmes articles, 
dont le débouché lui cst assuré, et nous avons vu des établisse- 
ments qui, avec -)00.000 broches et 2.000 métiers à tisser, ne 
filent qu'un ou dvux numeros et tic tiss,.nt que deux sortes. 
comprend l'intlueuco que cette Inanière d'opérer peut avoir sur 
le prix de rvvient. » Chez nous, au c,mtrairv, les usines, montées 
sur un pied plus faible, sont obligées de varier beaucoup leur 
production pour trouver une clientèle suflisaumwnt étendu,.. 
Mais il résulte de cela unv grande coml, lication, des i»crt«.s (le 
temps, de plus grands frais de main-d'oeuvre, un déchet plus 
considérable, etc.. et, ,qt fin (le compte, une aggravation marquée 
des frais généraux. 
Certaines industries francaises sont mèinc si médiocrement 
développées, qu'«.lles dvvicnuent l'obj«.t d'un véritable' monopole 
de thit. On peut citer, par exemple, la situation incroyable d,. 
notre industrie linière du N,,rd, qui ne trouve en France qu'un 
seul établisseueut p,»ur le blanchimeut et l'apprèt des toiles d,. 
Iii; celui-ci peut dès lors maintenir ses prix if un tel taux, qu'il 
est souvent plus avantageux d'cuvo)»r les Acrus h Belfast d'ir- 
lande pour les faire blanchir et apprèter. Les frais (le port. aller et 
retour, et le prix du travail cumulAs, n'arrivent pas au niveau 
des exigences de la mais,,n française; 1,. travail irlandais est 
d'ailleurs préf6ré pour ses meilleurs résultats, si bien qu'uu d,,ubl,. 
intérët pousse les tiss«.urs francais à s'adresser à l'étran.'.:-,.r. 
Ainsi, d'une faç'on générale, et à part de rciuarquables exc,'p- 
tions, notre industrie vst, vu règle, organisée et outillée d'un,, fa- 
çon qui tend il auluenter les frais. à él,-.v«-r les prix d,' r,.vient, 



74 LA SCIENCE SOCIALE. 
par suite, h.s prix de vente. Cela est si vrai qu,., pour un bon 
n,mdre d'articles courants, mach|m-s, tissus, mercerie, quin- 
caille.rie, horlogerie, verrerie, i'aï,.nces ci porcelaines, etc., les 
prix courants «les maisons an.'-"laises, hein'es, suisses et mèmc 
am,»ricaines sont fort iniërieurs aux n6tres. L'abondance des ma- 
tiëres premiëres, la puissance de la production, la force de 
l'outillage, h" bon marché de la ma|u-d'oeuvre, agissant ensemble 
,,u séparément, amèuen! ce résultat, que l'organisation des 
transp,-,rts peut. encore accentuer. 
.N'ous av,,us ,.n Fralce des rou|cs, des canaux, des chemins de 
fer, une mariuc. Leur ensemble forme une puissante combinaison 
pour la transmission des produits, mais elle a aussi des causes 
.'_"raves d'in|ëriorité. Les chemins de fer out été construits admi- 
uis|rativemeut, c'cst-à-dire à hau| prix; de plus, on leur a imposé 
des traci.s «m6reux et des extensi,ms qui ne fou| pas leurs frais. 
Par suite., leurs tarifs sou| restés jusqu'à ces derniers temps su- 
périeurs il ceux de la plupart des compa.'-"nies étranffères. Quant 
à la mal'tue. ,.lle sui»porte le poids fort hmrd des ,,bi|garions 
sui|au| de' la loi sur l'inscription maritime; la coustruction fran- 
,'aise est ch@c; le tratic national ne fournit pas d'une facon 
.'-"éuérah' et COnlpièt le fret d«mlde d'aller et de retour. De l'à le 
haut prix d,.s fro|s, et le dé,-li d,... la navigation sous pavillon 
fran«'ais. In exemple pris ,'ntre cen| d,,nnera bien l'impression 
des ch,»ses. Aux Imh's «»rien|Mes, ,m rencon|re de ffrands voiliet 
an.'-_"lais et américains du port de ".o00 "à 3.ooo |onnes. libres de 
leurs l»r,,céd,;s; en cas de se:jour prolon-3"é ils conédient la ma- 
j,'ure partie d,'s equipages, et fou| aiusi uue économie notable, 
,lui leur pern,,.t d'attendre un cl,arg,.mctt. A c6te d'eux quel- 
,iu.s ha|eaux francais de 5o0 ;i i0o t,»nnes, ayant des frais fixes 
l,resquc seml»lables, grevés de 1,,urdes obligations envers leurs 
équipa.,__'-es, pi.«.ssés de rentrer pour ne pas s,,lder des hommes au 
rel,,S, essaient en vain de faire quelques aflhires. Ils réussissent 
rarement i 1). En Europe, la majorité de nos produits est confiée 
i dc. navires é|ran,-crs, pour des motifs analog-ues. 

l) Bull. cortsul, franc.., 1891. 



Lç rROTECTION. 
Les capitaux existent en France avec une réelle ahondance, et 
s'offrent " des conditions modérées, bien ,lue leur prix soit (.n 
moyenne plus élevé qu'en Angleterre. Mais, pour les raisons 
que nous avons «.u dOà l'occasion d'exposer, ils ne se portent vers 
les emplois indush'i«.ls qu'avec hèsiation. Beau««»up de Fran«ais 
riches vivent total,'ment en dehors des aflhires, ils n'y connais- 
sent rien et en redoutent les alea. I,es ildush'iels eux-raCines, une 
f-is retirés de la xe active, craignent d. voir se rd«luire les 
et parts de leurs «'nfants, et recherchent ds placements 
dérés comme « de tout reps ». Un auteur tinancier le disait 
récemment avec justesse " « Le rentier francais n'ailne, en lemps 
ordinaire, ni les valeurs industrielles, ni h.s actions de banque; 
il préiëre les placements en valeurs à l'endement fixe " fonds 
d'État ou obligations (l). » DII l'eSe, cette tendance est favoris6e 
chez nous par le dév«'loppelnent col,ssal de l'ac(iol de l'Etat, 
veloppem.nt qui multiplie des emprunts du Trésor public et par 
suite les occasions de placement en rentes. Mais cela est émineln- 
ment f«ch«.ux pUl" lïndustrie, obh_ce de pa)-êr [»lus cher Ull 
aliment indipensahle de son activitë. Les choses VOll( si loin dans 
ce sens que les fortunes, prixées de cet /.16melt puisan[ de 
progrès, paraissent aujouwl'hui aw'tées dans l«,ur d6velopl,e- 
ment. « Il selnble, dit M. Lero)-Beaulieu, que les fvtunes de. 
classe moyenne et de' la classe opulente sont reshes t,,ut au moilts 
stationnaires dans les dix ou douze (lerltières allll6eS. ,, S'il ,.11 
ainsi, elles nt bien près de d6cl'oitre, et celt' Conséquence 
Iïnertie des capitalistes est nahlrelle et lo$'ique. 
Voilh d«à bien des Causes de dit'ficultés pour n,-,h'e indush.ie 
«'n face de certaines concurrences. Il en est d'au[l'es qui l,rovien- 
nent du caractère particulier de la production fran,'aise. 

Les produits fahriqués se divisent en denx caté.-Nories qui n'ont 
pas la mème portée économique. t;e sont d'a|,ord 1,.s produits 

(!) A. Raffalovich, le Mar«hd financier e,t 1891. 



76 A scv.cv. SOCAI... 
eolnmuns, de consommation courante, puis viennent les articles 
de luxe. Certains pays se sont adonnés spé«ialemeut à la produc- 
tion des objets eommuns; ils en inondent tous les ma'chés du 
'lobe. I.a France a joui du'ant de longues années d'une véritable 
sp6ciaté pour la tbuiture des objets de. luxe ; sa réputation est 
encore sans rivale h ce point de vue, malgr6 la concurrence de 
l'ilnitation de pacotille. Cet 6rat de choses date de loin. 
E France, la vie urbaine et la toute-puissance de la rovauté 
se sont d6v«.loppées simultan61uent, et leur ext«.nsion commune. 
a itV«,l'is6 justement à uu degré 6raillent l'expansion et le raffine- 
m,'nt d,.s ffo6ts dël6ance et de luxe. La large prodigalit6 de 
nos rois, surtout de.puis le scizi6me siècle, est un lieu cotnmun 
historique. En 15O, h l'entrevue, du Camp du Drap d'or, 
Fran«ois 1 « 't sa nobh.sse déployèrent uit faste qui d6passa de 
l,»in celui dn roi d'Auglctcrre. Uit peu plus tard, Henri 11I, chef 
d'uu Ëtat ruin6 par la guerre civile et 6trangère, d6pcnsait des 
millions aux noces deson favori Joy«'use. llsuffit dëvoquer le sou- 
venir de. la cour de Louis XIV et de celle de Louis XV pour donner 
l'impression de qnelque chose de ma'nitique. 11 ne pouvait en 
autre.me'nf dans ce mili«.u compos6 de gens frivoles, inoccup6s, 
riches ,,u pourvus de pensions et d,. prébendes, puint en somme 
largement dans le Trésor public, bc la cour. le 'odt du luxe 
ffnait la bourffc«,isie, qui s'cfforcait souvent d'éaler la noblesse 
dans ses coùteuses tblies, au point d'inspirer de la jalousie à 
celle-ci et de s'attil'«.r d«.s ol'donnances soml,tuaires. 
Al»res cela, «,n n,' doit pas s'6tonn«.r d« voir les rois encourager 
de t,,utcs t'acous le dévclol,pem«.nt des industries de luxe. Ils ap- 
pcll,.nt du dehors d,.s artistes cél6brcs et des artisans réput6s, 
tbndcnt des manufactures de tapis, de soieries, de glaces, de por- 
celaincs, des ateliers de br«,deri«.s, de ciselure. Ils prodiguent 
les encouragem«nts aux artistes et artisans ft'ancais qui imitent 
les dtrangers, l'eu à peu le g,»6t se forme et sëpure, les procd- 
des se r6paudent, la réputation s'établit, la clienth, s'dtend, et 
c'est ainsi que s,. forma eu Frauce la sp«cialitd d«-s industries 
$'l'and lu xe. 
Cette dvolution fut favoris6c encore par diverses autres causes. 



I.A I'BOTECTIO;N. 77 
Les centres industriels de l'lta]ie, maitres incontestés de ces 
industries au moyen 6g'e, étaient ruinés par les luttes intestines 
ou par la domination étrangère. !1 en 6tait de. mème dans les 
Pays-Bas. le'invasion musuhnane avait disp«.rsó les artisans 
bvzantins et coupé nos communications avec l'trient. La Fraucc 
s'était donc établie, en somme, dans une place vacante. Elle 
resta d'autant plus volontiers que sa situation intéri,-ure lui 
dait difficile la producti«,n à bas prix des articl,-s communs pour 
l'exportation; la spécialité des produits d'un prix éh.vé lui per- 
mit au contrair de trouver au dehors une clientèle et do réalisor 
par le commerce ext«;rieur de beaux profits. On s'explique donc 
les longs efforts de nos fabricants dais ce sons et leurs succès. 
ilais lorsqu'on s'est fait m,c sp(.cialité, on n'en chanse pas 
volontiers, aussi la situation est-elh, restée la mènw. "h qu,.lque 
chose près, dans notre pays. l'n grand industriel fl.ancais 
disait fort justement dans uu livre récelt. « Nos fal»rica,,ts, ne 
pouvant produire au mme prix les articles courants, sont «,l»ligés 
de se rejeter sur les articlos de luxe, et au lieu d'avoir pour 
clients les grandes masses, « 1«. million ». comin¢  disent los An- 
glais, ils ne vendent qu" quelques privilégiés (!«. la fortune; ils 
sont donc portés à pratiquer de préférence des petites industries 
spéciales, les industries de luxe, sujettes aux caprices do la modo, 
et qui. ne vivant pas des ho.soins réels, souffrent et p.ériclitent 
dès que, par suite d'une crise, le consommateur est obligé de faire 
des économi«.s (li. » Ce passa.'..e fiit bien ressortir " la f,,is 
la cause et l'effet. Par suite du progrès «les transl»Orts , le nom- 
bre des consommateurs d'articles communs va sans cesse 
croissant. 11 n'en est pas do mmc p«,ur les articles de luxe; leur 
débouché reste limité " la classe opulente, qui ost toujours une 
minorité. Il est vrai que le go6t du fsto a pénétré d« nos jours 
jusque dans les classes inférieurcs, mais elles sont obligécs de 
s'en tenir aux imitations, aux objets de qualité mèdiocrc sous un 
extérieur brillant, dont le prix reste abordable. Les classes aisécs 
elles-mmes se laissent prendre à cet appat; on préfère payer 

(1) Thie,'ry-Mieg, La France et la concurrence glrangère, 188. 



78 LA SCIENCE SOCIALE. 
moins cher, et chaner plus souvent. Les femmes surtout on 
déterminé une vériable évolution des habitudes dans ce sens. 
« Malheureusemenl, dit M. Roberl-lwsarhes, présiden de la 
Cbanabre syndicale de la santerie de l'arts, le goùt du beau eu 
toute chose s'amoindrit chaque jour; o recherche les objets à 
bon marché ». Naturellement, la fitbrication suit l'impulsion 
el l'a«celère en allant au-devant des d6sirs de la clientèle. Mais 
le enre convienl m6diocrement à nos indush'icls. Ils Old leurs 
tradifi,,ns, leurs procédés, leur fro61 form6 par une longue 1)ra- 
tique; ils apportenl tout cela mèmc dans l'élaboration des ar- 
ticles h bon marché. A c6té d'eux, des fabricanls moi bien 
l,r6parés, mais moins 6nés aussi par 1o poids du psé, moins 
entrav6s, moins surchar'és, s'emparent de leurs modèles, les imi- 
h.nt h meilleur compte, et écoulent facilement des produits qui 
souvent n'ont pas d'autre mérite que l'apparence, mais dont le 
prix est inf6rieur aussi. Un consul francais au Canada écrivait ré- 
cemment dans ce sens : « Grhce h leur don d'imitation et à leur 
pcrs6vérance, les Allemands sont arrivés h conlrefaire nos 
modbles h des prix au-dessous des cours français, de facon h 
pouvoir subslituer leurs copies aux ori8'inaux qui sorteut de nos 
ateliers » ( I ). 

Le commerce est tlll interlnédiaire souvent indispensable eldre 
le fabricant, absorbé par ses occupations variées, et le consom- 
mateur. Mais le négociant ne manque pas, et la chose est naturelle. 
d,. faire l,aycr son int,-rvention par le prélèvemen| d'un bénéfice 
qui s'ajouh, au prix de revient. Par suite, plus le uombre des 
intermédiaires placés entre le producteur et l'acheteur définitif 
est cor, sidérablc, et plus le prix de vente s'élève. Il v a donc, pour 
tous deux, un intérèt précis à réduire ce nombre, car il est bien 
prouvé qu'une réduction sur le prix accélère la consommation 
au double profit du fabricant et du consomma|eut. 
Or il est établi par des faits multiples que la production fran- 

(I) Bull. consul. [tan.e., 1891. 



LA I'BOTECTION. 9 
«aise est revée de frais eonsidérables par l'excès des interm- 
diaires. Dans le commerce intérieur, une multitude d. petits 
,létaillants s'interposent et compensent le faible chith.e de leurs 
atthires par la hausse des prix, la pratique' de la fausse mesure, 
ou l'adult6rafion du produit. Ce fait provient d'une tendance 
générale qui pousse les gens à rechercher les m6tiers à la f,,is 
productifs et peu pénibles. Leur calcul rdussi/, bien qu'il soit 
fort on6rcux pour le public, parce qu'ils se prèten/à la pratique 
permanente du cr6dit, chose fort al,préci6e des $'cns d61,,,urvu 
d'avances et d'6conomie. I/al,us extrème de ce proc6d,; a produit 
un« r6action en pro»roquant la formation des -rands magasins, 
qui ne sont pas eux-m6mes sans prélever de beaux h6néticcs, 
tout en pouvant tV»urnir meilleur et moins cher que le petit dal- 
taillant, grace à l'hal»ilude stricte de la vente au comptant. 
Dans le commerce international, l'abus d,,s interm6diaires 
tout aussi marqué. Le plus souvent, on peut mème dire 1,resque 
toujours, le fid»ricant évite de s adresser directement au com- 
mercant en d6lail, qui paiera ses produits dans tel ou tel 
dtranger. !1 remet ses articles à uu commissi,,maire, qui souvent 
vient les choisir à l'usiue, et paie à court terme. Iw cetl«, facon. 
on r6duit les soins, les frais et le cr6dil, mais cette éc,,n,mie 
larement compcns6e par une série d'inconv6nients ffraves. 
b,rd, le commissionnaire achète au plus bas prix i,,»ssible, et 
revend le plus cher possible. Aussi pr6f6re-t-il placer les articles 
d'imitation, qui sëcoulenl par quanfit6 ;, plul6t que les produils 
de choK dont le prix restreint la clientèle. Ensuite, il a soiu 
d6marquer les objets, sauf exception, afin de garder le mont,pole 
des approvisionnement. Le commissionnaire fienl d' la s,nqe 
et à la fois le fabricant et le c«,nsommateur. Cela lui permet d,- 
porter ses commandes la o6 son intérèt lui fait entrev,,ir les plus 
belles occasions de profit. Aussi lui arrive-t-il d'all6chor la clieu- 
t61e avec de bons et beaux articles français, auxquels il substitue 
dans la suite des produits éh'angers ilnités et inf,;ricurs. Cela se 
fi«it d'autant plus ais61nent qu'il est lui-mèmc, la plupart du 
temps, anfflais ou allemand, et f,_,rt au courant de ce qui se 
passe dans les divers pays concurrents. Nous pourrions citer à 



ce sujet de nombreux exemples. ornons-nous à ces deux c- 
fions rès cracérsfiques. « Lorsqu% dsai récemment un jour- 
n ïrneo-amércn, dans ce vaste e riche paNs des as-Uns, on 
voit pulluler les lnaisons de commerce anglaises, et surtout aile- 
mandes, ri quo l'on " découvre i peine quchlues nég-ocianls fran- 
«;ais, on se de.mande axec lristesse si nous ne nous sommes pas 
,.ncore rendu compte dos prodiieuscs ressources de cette partie 
du N«,uveau Monde, ou bien si nous d,:sertons la lutte. 
« Mais la surprise est rande lorsqu'on s'aperçoit que les 
Xllemands, les Anlais et autres ont charge presque exclusive, 
comme consignalaircs, d'écouler nos prodts. Sommes-nous 
donc incapables de vendre nous-mèmes les objets que nous 
fil»riquns si bi«,n 1)? ,, 
D'auh'e part, un consul français écrivait l'an dernier dans un 
rapport ofticiel • « Le commerce français en Australie aurait 
besoin, pour devenir plus important et moins aléatoire, que des 
mais«ms françaises sérieuses vinssent v inslaller des succursales, 
des comptoirs de venh: à la commission. C'est ce que les Alle- 
mands onl parfaitement compris ici et partout ailleurs, et ce 
qui expliqu,, leur succès alors que nous restons en arrière... A 
Svdn) comme i llong-Konff, comme dans mes diff6rents postes 
en Amérique, je vois des succursales, ou des ag'ences de grandes 
maisons allemandes auxquelles les exl,éditeurs allemands peu- 
vent avec sécurité confier leurs pt'oduits pour la vente » (). 
Il est  remarquer d'ailleurs que nous agissons à peu près de 
m6me en ce qui concerne l'importation des matières premières 
que nous «'lnpl«,yons. In senl exemple fera bien saisir le carac- 
t/q'e élendu de cette manibre de faire : les joncs «,t bambous 
eml»loyés pour la confecti«»n des manches de parapluies nous 
x iennent en g'rande parti« ch« TonS.i», par l'entremise de mai- 
sons ang'laises 3)! Nous arrivons par là à pa)'er plus cher que 
nos concurrents les él6ments de notre fibrication. 

;l) Courrier «les États-Utis, 1889. 
.2) Bltll. consul. I)'aç., 1891. 
(3) Rapp. de M. Falcimaigne, présid, de la charnbre syndic, de l'industrle du para- 
pluie, dans l'enq, de 1890. 



Quelquefois, au lieu de remettre ses produits à un 
haire résidant dans son voisinag'e, le hri«an{ se laisse {enh.v 
par les offres d'un consi'nataire établi dans un l,ays lointain. 
Sur quelques rensêig'nements sommaire, il expédie uue partie 
de nmrchandisês à nn fripon qui le j,me. ,'t le d6ffoùte pour 
toujonrs d«.s atthires faites fi une rande distant'e. Cela favorise 
te commissionnaire installé en Vran«e, et lui assure 
sorte de monopole paur l'exportation des i,r«,duits fran«ais. 
D'autre part. h. goùt de ht Sl,,;cuhti,m s'est ,h:v,.l,»pl»é ci'un,. 
thcon extraordinaire à no/r,' époque; c','st ,lU, ' le jeu l,',Zscn[, . 
en ett[ la l,erspe,.tive d'un cnrichiss,.menl ral,i,l,' , ,.'est un 
d'arriver vite h la p,,siti,,n enviée de rentier, d'h,,mme inoccul,d. 
qui est l'id6al de n,)tre race i l'h,.uve actuelle. Mais la 
lation réussil surtoui i troubler h. jeu r6gulicv des aflires. 
produire des oscillations av[iticielh's et 1,rus,lu,'s dans l,.s prix, à 
répandre la d6fian,'c d'une tkwon g'6nérale, et h d6couvaer h. 
t'afic honnèle. I'es ,.ff,.ts fficheux aiss,-nl avec une 6n,.rie 
d'au[anl i,fit g-vandc, que !,. milieu est l,lUs fail,lc. Or nons 
venons de consla[er lmV des excmpl,.s mulliples que n,»tt'e mili,.u 
économique [,r6s,.n[e ,1,' nombreux c6[6s 
Si la mulfiplicit6 des interm6diai'es et h.s al,us de la spécula- 
tion tendent à grever lourdement la l,r,,duction fran,;aise, 
effet est aggvavé à ce l,,int de vu,. par l',:n,,,'mi/,: des char,. 
publiques, i«ns un Val,l,,,rt récent sur la sihmlion financibr,. 
la France, un d61,utO, M. C. l'elletan. «d'firmait que n,»lre [,ays 
6tait plus fi,rt,.nwnt pressuré i,ar le lise que tous ses voisins 
sans exception. Cette Mlé'ation est difticilc à établir avec une 
exactitude rigourense, niais elle parait au moins vraiseml»lal,h.. 
lorsque l'on o.,nsidère le chitïre de n»s budets, celui de noir,. 
dette, et aussi l'Atendue de n,s charges militaires et civil,.s. 
Lorsque les profits sont larges, l'imp,',t est supporté sans diffieull;.. 
mais quand la concurrence limite 6troitement les l,dnéfices. 
thbricant sent virement l'excès des taxes, non seulement p«»ur 
part qu'il acquitte en pers,rune, mais encore pour ce que 
paii.nt ses ouvrie et ses clients. 
Nous ol,servons, en d,;tiuitive, quel'industri,, francaise présente. 
T. Xii. 



8 J LA SCIEICE SOCIALE. 
vis-h-vis de s«'s concurrents, une série de causes d'infériorité 
qui peuvent se résumer ainsi : 
Défaut d'initiative produit par des causes ddjà lointaines, et 
spdcialomont par l'abus de la réglemcnlation; 
M«:pris prononcé de la classe supérieure diri.zcante pour le 
tt.avail en -éndral. et p«mr les arts usuels «.n particulier; 
Défrmatim de la classe ouvrière par la vie urbaine, la poli- 
liquc, le progr6s «h.s id6es socialistes, le service militaire, la 
,Idcadence de l'apprentissage; 
I:aihless«" de l'outillage. «'t 61oignement des capitaux pour les 
l»lacenr, ttts industri«.ls; 
Caractbre tr«q» «'xclusif de la fabricatiou destinée à l'exporla- 
tion, en pr6sence de la tendance du public A prdfdrer les pro- 
duits à bas prix ; 
trganisation défectueuse du comnwrce, et 'oèt croissant pour 
la spéculation ; 
Exagération des chars-es publique.s. 
Il nous se.fa plus facile, après cela, de bieu apprécier la situa- 
litre actuelle de la fabrication en France. Essavons de la ddter- 
miner au m«»ven de thits prdcis. 

Co,sidér«:e da,s son Cl,S«,,l»le, notre industrie parait ètrc 
a«.tucllem«.nt dans uue situation difficile et dangereuse. Son 
dévelol»pel,cnt est Ici,t, pénil»l«-, .èné par les entraves multiples 
que nous counaissons. Ire 1815 à 185" ces entraves ont exerce 
sur elh. une action fort sensible, bi«.u qu«' les progrès subits de 
la n,écaniquc, des sciences et «l«.s transports l'aient poussée 
en avant malgr6 tout. De 185- à Ifio, elle a gaçné presque 
sM»itement I»eaucoup de terrain, puis son mouvement s'est ralenti 
après ltfi0, et la .$u«.rre «le 1t70-71 est enfin venue lui faire un 
t«rt énorme en la paralysant durant six longs mois, au profit 
de la concurrence extérieure. Depuis, Faction de celle-ci s'est 
fait sentir largement au dedans et au &'hors, de là les plaintes 



LA PROTEt;TION. 83 
multiples «lui se font entendre depuis quelques années, plaintes 
qui paraissent justifiées, comme nous allons le voir en étudiant 
les branches principales de notre fabrication. 
L'industrie métallurg'ique a totalement "chan.é ses proeédés 
et son caractère depuis un d«mi-sibcle. Le procéd,: de la fusion 
et de l'affinage de la fonte au charbon de bois a presque disparu 
pour faire place à cehfi qui emploie le coke. L'acier de cémcnta- 
tion est remplacé par les acicrs fondus dits Siemens, Bessemcr ou 
.iartin. Les n,»ml»reuses fonderies et tertres à p,.tit rendement 
d'autrefois ont disparu devant quelques établisseluents 
mens«s, montés sur un grand pied, qui lb.nm,nt lin rang" tlon,,- 
table dans leur spécialité. Mais si leur pr«,ducti«,n est, en 
supérieure, elle reste chère en me, renne. Ainsi. uos grands chan- 
tiers maritilues font «les cuirassés et des croiseurs pour certains 
-ouvernemcnts élrangers. qui préfèrent payer plus cher pour 
avoir quelque chose de parfait, mais nos propres paquebots à 
vapeur sont construits sur la Clydc, ou la M«rsey. 
L'industrie eotonnière, qui axait augmenté sensiblement 
nombre de ses broches à tiler, de 185") à 18fi7. est revenue de- 
puis à son chiffre antérieur, tandis que dans la plul,art des 
autres pays le pro','ès se maintenait, il est vrai qu'aujourd'hui 
les appareils travaillent plus éCOliomiqucment et plus vile, mai.- 
nous n'en sommes pas moins dans une pe, sillon moins prospère 
que celle de nos concurrents. On en peut dil.e à peu près anlanl 
du tissag"e, qui a dù se concentrer, sul»slituet" le mélier méca- 
nique au me;lier à In'as. val*ter ses 'enres, parfois mème al»an- 
donner une spécialité pour en adopter une autre. Nous avons «le 
la peine à fournir les qualités fines et le tissag'e en souffre. 
L'industrie lainière semi»le au contraire en voie tic 
ré'ulier. Un homme compétent, M. N. Rond,,t, disait en 
dans un rapport à la Cotnmissi,-,n des valeurs en douane. L'in- 
duslric tout entière des tissus de laine est en proffrès; il s'esl 
accompli depuis plusieurs années, dans presque tous n«,s centre., 
manufacturiers, uu mouvement très actif, tant pont la transfor- 
mation et l'amélioration du matériel et les condilions de la t'a- 
brication que pour l'exlension des dél,,,uchés. Dans les indu,.- 



} LA SCIENCE SOCIALE- 
tries acces...oires de la teinture et de l'impression, la France est 
;,rrivée ' une incontestable supériorit6 tl). » Ceci s'appliq«e 
surtout, il cst vrai. aux tissus de fantaisie de thcon 16gère et sou- 
ri.ni de matières mdlang6es. La vieille et réputée fal)rition de 
I;, drap,'rie a sensibl«qnen.t déclin6 dans ses ceItres principaux : 
Ell»euf. qui COml»tait 68 thbricants en 1861. 0 ch 187, 
ên 188. n'en avait plus que 80 on 1890; Mazamct poss6dait 
21 maisons eu 1865. et 7 à 8 Ch 1890, l's aflhires ayant baiss6 
d'ailleurs de t0  ,.hez c,.lles-ci ; Sodan. Louiers ne se plainnt 
pas m,,ins (2. 
L'industrie des t,,iics de lin ,'t de chanw', est. elle aussi, en 
pleine d:cr«,issau«,:. I.a filature ne pe.t r,:ussir à fournir les nu- 
m,:v,,s tins. et ve, il le nombre ,le ses bro,'hes décliner d'année 
en ann6o. Le lissag'e u'est pas en meilhmve posture, et cepen- 
,lant la consommation ne diminue pas dans le pays, car les im- 
l,,,rtations étran-ères ve, ni en se d6v«'l,,l»pant. 11 est bien 6vident 
,lu reste qu«. cet 6lai de choses est bien le rdsultat des conditions 
du milieu, car des Auglais ,;tablis ch France pour 6virer les 
frais de ,I.,tane n'out 1 m r,;ussir et ont «h fermer leur éta- 
I»lissemont aprbs un" c«,urte ,;preuve (3). 
I.'indutrie de la s,,ie est enc,»re lrbs prospère, grace à sa 
 i.ill« sup,:vi,,rilé et à s,,n «aractëre de thbvication de luxe. Mais 
elle se plaint tbrt de la concurreuce des sort«.s cc, mmuncs étran- 
ères. In assure que la France produisait autrefois les 
des étoffi,s «le s,,ic consommées en Er,,p., et aujourd'hui seule- 
.ent les [5. par suite- des l»Vo-rès réalisés à l'étranffer (). 
.lusqu'eu 187o la ffanlevie française jouissait dans le moude 
,.ntier d'une sorte de' m,,nop,,Ic. Auj,,,rd'hui .llc csl encore 
fl,,vissante, mais l'Anleterr., l'ltalio, la R,'lgiquc et l'Allemaffne 
lui tbnt une rude' concurence, l.a fabri«aliou des I»«,utons a été 
@.«dement une industrie franc:aise par excellenco. Aujourd'hui, 

(1". Cité par M. A,é. U. i16. V. aussi: raPl», de M. Valbaum au Cons. sup. du Como 
met'ce, 1891. 
,œee) Enquële de 1890. 
(:) Le Blau. rappoc! au Con. sup. du Commerce, 1890. 
 ,) P,.rmezel, ibid. 



LA PROTECTION. 
les .articles conimuns venant d'Autriche, «l'ltalie (le Belgi,lue. 
abondent chez nous. Nos modèles de luxe sont encore recher- 
«.h6s, mais les 6trangers les imitent sans d61ai ci nous 
axec nos propres créalions. 
En ce qui concerne la bonneterie, encore une vieille industrie 
bien française, un notable fabricant écrivait en 189o : 
,, Les ouvriers anglais produisent plus que les n6tres, le 
16riel est supdrieur, les filés sont meilleurs et i meilleur lwix. 
tilature anglaise, en ettt, ach6te mieux ses mafi6r«.s premi;.PeS. 
avec moins d'intrmédiaires que nous; elle travaille plus 
ffrand et en spdcialisanl davantage, c'est-à-dire dans les meil- 
leures conditions pour produire bien et à bon compte ; son outil- 
lage, enfin, qu'elle trouve sur place, lui c«»ùte aussi meilh.ur 
marché (1 ». L'Allemagne ne»us fait aussi une concuPrence tr6s 
efficace pour h.s articles de ce genre. n peut ca «lire autaltt de 
la lingerie-c hemisel'ie. 
Ue conclusion s'impose, à la suite de cette revue rapide, la 
voici : Beaucoup de nos industries sont incapable« de se main- 
lenir, mème sur le lnar«hé intérieur, en prbsence du b,,n marché 
obtenu par les fabricant de certains pays. tuant au commerce 
d'exportation, il est singulièrement resserré, et parfois mème 
compromis, par la concuPrence de ces m6mes pays. Cela est 
aHesté par de nombreux t«hnoignaffes élnananl non seul,,menl 
des industriels et négociants int6ressds, mais encore do nos 
consuls dtablis dan les principales places de l'dtrauffer 
Tel est l'dtat actuel des choses. Voyons ce qu'il en thut conclure 
au point de x ue de l'application du P6g'imc douanier. 

VIII. 

11 est probablement sans exemple au monde qt'un pays of- 
frant un certain degré de civilisation ait jamais réussi à se 
suffire complètement à lui-mème. Tous éprouvent à des derés 
variables le besoin de se pi'ocurer certains produits du dehors, 

(I) Rai» p. de ?,I. Mortier au Cons. sup. du Commerce, 1890. 
(2) Cf. Bullelin consul, français, passim, et spëcial. Ch 1891. 



|; LA SCIENCE SOCIALE. 
naturels ou fabriqués, que l'on ne peut produire snr place. De 
là un mouvement commercial d'imlo'tatio. 
I'aulre part, il est ce'tain que, pour un pays donn6, vendre 
au deht,rs, c'esl Cendre son d6bouch6, c'est angmenter le nom- 
bre des consommateurs de ses roduits: il en résulte un pr6cieux 
élément de 1,rosp6rit6, soit pour la culture, soit pour la fabrica- 
ri,m. Cette source extérieure de profits p,.rmet d'accroi{re les sa- 
laires, d'augmenter la production: elle aclive le développement 
«l,.s capitaux. [tn trouve donc un inter61 cr, nsid6rable h exercer 
le contnerce 
tic mouvement en seus conlraire ci simultan6, que l'on observe 
dans lous les États oranis6s, a ameu6 les 6c«,nomistes à con- 
cevoir , pr&ri une th6oric qui se rdsume ainsi : Les divers 
=roupcs nali«,naux é«hang-enl pt.,»duit c,»n/re pro(lit. Par suite. 
un pays ne l,eut exporter des marchandises que s'il en imp,,rte 
une quantit6 corrcsp,,ndante ci vice-versa. Dans la pratique, celle 
thé,,rie peut s'apl»li,lucr par hasard, tbrtuitemen[, mais elle n'a 
eu aucun« t«ou la l»«t't6e d'une règ'le S'tinCaie. C'est qu'en effet 
les divers pays n'ont ni une production 6quivalenle, ni des be- 
s«,ins parcils, ni des moyens 6g'aux. Par suite, la balance de leur 
c,mmcrce ext@ieur ne l»,.ut s'6tablir avec la rigueur mathéma- 
tique imagin6e par les 6conomisles. La x-drit6 consisle eu ceci, que 
1,' m,»uvement des ma',.handises s'dtablit au contraire d'une 
raton ç«q variable, scion 1,-s temps, les lieux et les circonstances. 
Itès lors, p, mr dtablir un r6ime douanier, on ne peut sans 
t.hance grave d'et.reur tal)h.r sur l'axiome q(e nous venos de 
reproduire. Il faut étudier s6p«r,:ment ces d,-ux int6rèts, imp,)r- 
talion, exporttion, et t«.nir «Oral,le de leur silualion respective. 
D'autre pari. il csl remarquable que, dans une nation quel- 
conque, la grande majorit6 comprend des individus qui sont 
tout A la 5)is consommateurs et producteurs. Les simples con- 
sommateurs sont une fidble min«,t.ilé; p,,ur ceux-ci, la consont- 
mati«,n est la seule ch,,se importaute. Pour les autres, la consom- 
mati«m a bien n intdrt, mais la production leur importe bien 
davantage, car elle est le soutien de leur existence, leur occupa- 
tion de tous les jours, la source de leurs protils. Dn resle, sans 



LA PROTECTION. 

production, que dtwicndrait la consommation? Elle se restrein- 
drait évidemment dans une é»orme propovti,,n. En fait. ces deux 
intérèts sont d«mc 6troitclnent solidaires; il faut h»u.i,,urs les 
envisager ensemble, et tenir compte de leurs besoins communs 
ci r6ciproques, sous peine de h.s ct,mpromettre tous les deux. 
Les dconomistes se trompent lourdement, quand ils prdtendcnt 
que l'intérèt du producteur et celui du COllS(Inllll;ltellF S«»ltt oI,pO- 
SéS, ce qui les alnène à ndë-lig'er l'tut des d«.ux l,,»uv l,laider exehi- 
sivement en fax eut de l'autre. Les économistcs, dit Bastiat, ll'ell- 
visaéent j;mais la qu«.stiou du c«,nintoree qu'au point de vue 
du consommateur, jamais du i,roducb.ur (I). ;'est pl'eudre f«dt 
et cause pour une petite miu«»rité, en ndgligeant p;,r système 
toute une série de faits d'imp,»l'tanee capitale. I»,»tir l.eslor dans 
le vrai, il ne tktut rien n«;$lior, s,,us pe.inc' d'»rrivcr d,ns la 
théorie A des contradictions absurd,.s, et daus .la pratique h 
des erreurs pré.iudiciai»les au pays tout «qdier. 
En r6sumé, il l..ut parailre utile d'exercer, dans un pa3s 
daim6, une aclio» éCOlV»mique au m«»ven dês tarifs douaniers et 
en exer«.ant celle action, on doit tenir compte aussi exactement 
quo possible des inlérèts qui r6sullcnt, soit des atthires d'impor- 
tation, soit des atthires d exprtalton, soit de. la consommation, 
soit enfin de la pr,»duction. 
Voyons maint«'uant comment ces principes ffénéraux s'appli- 
quent h notre pays. 

Si n,,us reprenons h. l'ésultat de nos Æ, bs«wvations i,r6cé«h.ntes 
nous voyons que : 
1" La libre concurrence despa.vs fertiles 06 la terre est gra- 
tuite, ou à bon marché, et vierffe, aurait pour ettbt d'e,clul.e de 
la plupart de nos marchés les denr6es indigènes, restreinant 
ainsi la production agricole dans mie grand,, mesure. Par une 
suite naturelle de ce fait, les ressources de la classe rurale 
iront à diminuer, sa consommation d'objets fabriqués tombe- 
rait à peu de chose. Pourrait-elle au moins se porter vers l'iltdus- 

Œuvres, VI, 385. 



} LA SCIENCE SOCIALE. 
trie, dans le but de compenser au moyen (le ses salaires la 
dispariti,« des profits de la terre? Évidemment non, puisque 
«l«.s millions de bras s'offl'iraient au moment mème où l'industrie. 
perdant une-clienl61e immense, «urail. elle aussi, à subir une crise 
mol'te,lit.. I;eci revient à dire qu'au f«lld les deux grandes bl'an- 
«-hes «lu travail son! étroitement s,»lidairos, «.t que les souffran- 
,'«'s de l'une on! sur l'attire une iuévit«l»le l'(.pcl'cussion. Il est 
donc illq»ossible d,. sa«.ritiei, l'une sms frapper l'autre. 
2" l.a libre concurrence d's pays industriels occupés pat' des 
faces plus actives, mieux munies de m,li6res pt'emières, de ea- 
l»it;,,lX, lu,»illS ,.Irai'ffCs de frais e! de taxes, vendant directe- 
iitt'nt d«'s arlich.s plus variés, et sltrtout des articles communs, 
peut nuire l»«'«ucoul» à notl'e COlnlnerce d'exportation, d'abord. 
et sui'tout paral.vser d;lS Ulle lar.e mesure noire commerce iii- 
térieur, l'«r là les l'essom'ces d'un g-r«,ltd nolnbre de producleurs 
dimiluald, ,lt ,»bservera fol'cément un l'esserrement du travail. 
t**e l»aisse d«.s salaires, probablement attssi une. Cie'ration con- 
sidéral»le, ,.t enfin une t'éduction l»l'Op,»rtionnelle de la consom- 
mait,m. Ici encore' 1« lél»«T«USSiOll général«' des effets de la 
concurrence al»p,l'ait et f«,it ressorlir la solid«ll.ité «h-s branches 
diw.l-S.s de 1« pr,,duction entl'e ,.lies, et avec la consommation. 
Aprè cela, il est Cide'ni qu« • la France, pays qui a sa vie pro- 
l»ve, ses int,;rçts lariculi.rs, s;i silu«ltion établie d'une certaine 
iimni;.re pr tllt eOlc»tll..S Val'ië «le circonstaltces, ne peut sacrifier 
s«.s ilttérVts les l»ius dir«.ct,, les Idus vitaux, à de valus principes. 
La liberté il," se cou,',»it pas sns l'ésalité ; or, à l'heure actuelle, 
1«, France est dans utte situ:li,,n inégale vis-àxis d'un certain 
n,»ml»re d'autres pays; il est donc logique, et nécessaire qu'elle 
«,il recours à des moyens artiticiels pour rétablir l'équilibre. Ces 
moyens sont vaiés, m,is le plus employé «.t le plus efficace, au 
moins d«lns la pratiqu, actuelle, c'est l'application des tarifs doua- 
niers. Dans quelle mesure c,»nvienl-il de les emplo)-er chez nous? 

lIn a si bien ressenti, dans la pratique, la nécessité des mesures 
de. défense éconoluique, que mème sous l'intlucnce des théo- 
ries les plus excessives, on n'a jamais et nulle part renoncé cern- 



LA rFtOTECTION o 89 

plètement ,à la protection. En France, elle est déguisée sous des 
formes variées • drawbacks, admissions temporaires, primes 
diverses, subventions en arent ou en nature, et tous les pays 
ont suivi plus ou moins cet exemple. L'Allemane, propriétaire 
de ses voies ferrées, se sert de ses tarifs de transport pour favo- 
riser sa producti,-,n. L'Anglotcrre elle-mme a soutenu par le 
système des primes l'industrie du lin en ivlande (I). On voit que 
la puissance des faits l'a emportë dans bien des cas sur les excès 
de la théorie. C'est qu'en effet. 
tifit'iellt" nécessaire pour eompen er, da,s des «irr.on.lanrt,." dt;tt,'- 
min#., l'ine'tjalitd des .,itm«tion., entre les petqdes. 
Mais si les tarifs de douane peuvent interveuir utilement à titre 
de compensation, ;'e n'est pas à dire qu'on en peut faire im- 
pun6ment, dans un pays comme le n6tre, un instrument de 
monopole, un moyen d'exclusion plus ou moins absolue, parce 
qu'alors, otc s'e.rpost, ,'t proroqtter ltn ra[¢qllissement martlttd 
dans le projrès des métho«les, et 
tiatice individuelle, ddj/ t'op [aible. 
C'est donc entre les extrèmes, it 6gale distance d'une lilwrté 
menteuse et dune prohibition abusive, qu'un pays comme la 
France doit savoir se tenir. Wune manière ,.;énérale, la menace 
de la concurrence étran're doit apparaitve h partir du moment 
où la situation devient abusive, soit par l'exagération ;les prix, 
soit par un affail,lissement dans la qualité du produit ou dans 
la perfeetion du travail ,o). 
Il ne faudrait pas oui»lier enfin, que la protection douanière 
n'est, en définitive, qu'un proeédé artificiel, «l'une applieati,,n 
difficile à cause de la variété des situations et ,les intérèts. C'e.t 

..1) Nous pourrions citer bien d'aulres exemples. La fabrication du sucre, d. lalcool. 
des soieries, etc., etc., a ètè soutenue par des l,rimes dans presque tous les pays du 
continent. 11 faudrait ajouter ",i cela encore les prëtendues mesures sanitaires contre 
la viande, le bétail, etc. 
() On prëtend souvent que le prolit assurè au fabricant par le tarif est un Dnp6t 
levé sur le consommateur. Nous avons constatë déjfi que la masse des eonsom»iateu,-s 
est en mme temps productrice, par suite il y a dëjà de ce c6të un ëlëmen! de com- 
pensation trés important. Quant à l'intérèt des simples consommateurs, il est minime 
en prësence de celui de l'ensemble des producteurs; enlin, a-ec un tarif modërè, la 
diffërence des prix est insignifiante. 
T. Xl. 7 



||) LA SCIENCE SOCIALE. 
donc «'s.s'eti«lle»«'d ut mo!/et l'asitoire. Compter uniquement 
sur des tarifs de douane élevés pour assurer " la France, d'une 
t'ae,-,n durable, une grande puissance industrielle, une prospérité 
brillante, une forer d'expansion eonsidéval,le, re serait tomber 
dans une illusion puérile. Les peuples ne grandissent point par 
la seule influence des moyens artifieiels. Si la protection outrée 
peut lW,fitev à quelques individus plus habiles ou favorisés par 
les circonstances, elle agit de la faeon la plus t'eheuse sur l'en- 
semi»le de la p<,pulati«,n, en l'énervant et en l'appauvrissant. Pour 
assurer l'avenir, il est surtout nécessaire de procéder à des ré- 
f,;rmcs f, mdamentales, capables d'alléger les charges de la pro- 
duction, et de renfc, l'ccr chez les individus le sentiment de l'ini- 
tiative pesonnelle, le goùt des entrepl'ises, la tendance vers les 
lw,,fessions lucratives et, ptr suite, vers le travail ind+penAant, 
trop délaissé aujourd'hui par la classe riche. Là seulelnent sera 
le salut. Si uous n'y pourvoyons pas, les nouveaux tarifs de 
d,,uane, d'ailleurs +.xagérés dans leur tendance, trop compliqués 
et souvent mal con'us, nous causeront plus de mal quc de bien 
+.t ne serxiront gubre qu'à h«It«.r le déuouement t'Icheux d'une 
situation déjà si lourdement revée. 
I'u mot maintenant des traités ,le c,mmerce, dont l'applica- 
flou +.st à l«.U près aussi anci<.nl,e quo celle des tarifs de douane 
,.UX-ln,:mes. C'o.s/ qu'en effet les tl'aités de cette catégorie sont 
avan| tout un moy«n d'ass,,up[ir les systèmes douaniers, de les 
l, lier aux cil'coustan«es ; ils perlnettcnt des combinaisons variées, 
,.t favorisent, lrsqu'ils son! bien é|udiés «.t établis avec soin, 
l«,s echal.,_.cs avec cer[ains pays dont la situati,,n pr«Tre ottie 
,les l,;ments de compensation. Xinsi, nous avons un intérèt évi- 
«lent h favoriser l'entrée en France d,.s soies italiennes et des 
vins espagnols, d'uue part, et d,- l'autre à expédier dans ces 
pays n»s cotonnadcs fines, n,,s fers, nos fa:ences, etc. Un traité de 
COml,evce peut faciliter les choses à ce double point de vue. 
It'ofi rien! donc que l',,na réclamé avec [an! de vivacité, dans 
,:o.s derniers temps, contre la o»nclusion des traités de comm«.rce? 
Cela tient, semble-fil, h trois causes essentielles : 1' le public fran- 
cals s'est laissé prendre à l'appat trompeur de la pr«-,tection 



LA PROTEC.TI,)N. !| | 
,.xagérée; ")" les tr«,it6s de commerce sont p;,rfois insuffisammcnt 
étudiés, si bi«.n qu'il en est résult6 d,.s ett.ts fàcheux l,«»ur cer- 
taines branches de no/re industrie; parf,,is m,Xm ,,n les a 
ploy6s h titre de m,»yen accessoire, pr,»pre à mdnager l'obtenti,,u 
de concessions politiques ou autres: les tçam,.ux trait6s d,. 
notamm,.nt, étaient dans ce cas; 3" L'applicati,m g6n,:rale ,le la 
,-lause dite « do la nati{,u la plus favoris6c », a l,r«,dui/ I,ien 
,h's surprises, en 61arg'issant outre mesure, sans lransiti,m, 
«aniquenaen/ pour ainsi dire, les ette/s d,. l,.lh. ,m /,.lle conces- 
sion faite utilcmcnt A un pas déterminé, mais ,lan,.reuse lo's- 
qu'elle est 6tendue à un autre Etat orga nis«; ,h. th««m ditt:r«.nt«.. 
p,qtt dire. que ce.tic clause a ttuss6 le sens et l'applicati,,n d«.s ira it,»s 
de commerce, car cet act,. est uu cOntl'at spdcial et r,-streint par 
nature aux pays ,lui l'oral sig'n6 après discussion, lan,lis ,lU, . la 
clause de' la nation la plus favorisde a pour ,.lt.t d'en t,.ndt'e 
le bdn6ficc  d'autres l,ays sans discussion pr«;alal»l,.. 
6viler cet inc,mvCient, on est total»6 ,lnns l'«.xcès contraire. 
renoncant à lYnpl-i des trait6s lil»rem,-nt discutds. Il est vrai 
«lut' le caract6rc perp6tuel du fim,'ux article 18 du trail,; de 
Fraucfort rendait la situation d,licate à e«' poinl de vue. 

COllCluols en quelques nots. 
La protecti«,n éc0,nomiqu«. est donc un moyen d0. comp«-ns«,- 
titre, d,nt l'emploi mod0r6 est indispensM»ledans n,,tl'c 
étant donn6e i«, situation actuelle des che,ses. Ce l,r,cdd0: 
artiticiel, ct. comme tel. il l»r6scntc des inconvénients quon 
peut ln6COnnaitre, inconvénients aml»litiés d'ailleurs par 1"d- 
tendue et la masse (h.s intértAs Ch j0.u. L'application en est 0le,ne 
difficile «-t coml,liqu0:e, l'out' organiser r6guli,'.rcmcnt, utilcmcn! 
un tel r6gimc, en se maiutcna,t ..«tr des bases suffisanlt:n! 
xactes. sans ex«,gél'atCns, sans abus, les pouvoirs publics ,le,i- 
vent t'nir compte, par une étude att.ntive, p,r des discussi,,n... 
approfondies, (l'un grand nombre d'éléments variCs et con,ple,es. 
Malheureusement, notre org'anisatio politique actuelle est peu 
favorable auxentreprises de ce genre. Notre Parl,.ment, «lui garde 
le dernier mot en la matière, est compos6 d'éléments ii,suffisa,ts 



9.2 

Lk SCIENCE SOCIALE. 

pour mener ù bien une. telle beso,,.«ne. Les hommes sans expé- 
|'ieJice technique, sans connaissance d,.s affaires, les av,,cats et 
les lettrés, y détiennent la majorité. Trop souvent ils sont portés 
à faire de la p,litique un métier'. Or ce métier présente un aléa 
pdriodiqm,, la réélection, préoccupatiou absorl,ante qui domine. 
t,,u/, et pousst, le candidat -h favoriser aveuglément les intérgts 
Ctoits de rég'ion, pour agncr ou conserver des suffrages. Aussi. 
I,icn d.s w, tes sont-ils le résultat d'une résolution précouçue. 
d'un marchandage, ou d'une cmnplaisancc. De là l, roviennent e! 
1,s -rl'.urs économiques évidentes que l'on re,proche aux nou- 
veaux tarifs, .t leur «;tractére d'exagératio| dau.'.:"creuse. 11 est 
difficile de prévoir en détail h.s résultats que pmlrra donner la 
I,,i de ,hmane ch' 189.2" mais. d'une facon S'énérale. il parait pro- 
bal,le que s,,n iuthwnce sur n,,tre industrie sera souvent perni- 
«i,.||se. .uant ;u C,,lumerce ext«rieur, elle pourra le gêner indi- 
rc«tement par l'eff.t de' cert;|ines mesures prises par les pays 
élral.'-"ers à litre de l'«l»résaillcs; mais la protection, mëm«, 
exa.,-"ér,e, ne suffit l»;s p,,ur elup,cher l'exportation. L'expé- 
rience a été thite en Fracc lnème, sous le régime prohibitif de 
la R.staurati,,n et de la _lolarchie cit..luillt.t. Ce qui nuit 1. 
plus à notre COmluercc avec l'étran.,.:er, c'est ne, tre apathie bien 
o,nstat6e, le caractère .! 1. prix de n«,s articles. Ici enc«,rc 
l'initiative individu.lle.cst seuil, capal»h, d'avoir raison des dif- 
ticultés .t de vaincr« la concurrence Il). 

(V, Ces ëtudcs, considerabl,.ment d/'velOpl»;es et êlendues à la situation ëconomique 
de tous les pays du monde, seront prochainement i,uldiëes en volume. L'auleur sera 
i,liniment reconnaissant à ceux de ses lecteurs qui voudron! bien lui transmctlre inces- 
samment leurs observations et les faits fi leur connaissance ('h Paris, 40, rue Vaneau), 
dans le but de faciliter ce Ira»ail en le rendan! attssi I,réci. que possible. 

Le Directeur-G:rant : Edmond DEtOLt'S. 

TYPOGR&PHI FIB.31L-DIDOF EF tfl . -- ,IENIL 



LA 

SCIENCE SOCIALE 

BIBI IOTHFQUE 

SUIVANT LA MÉTHODE D'OBSE1  

Directeur 

• M. EDMOND DEMOLIJ 

VATION. 
tlOV ç 1936 

Année. -- Tome X IV. -- 2 e Livraison. 

SOMMAIRE DE LA LIVRAISON D'AOUT 1892 : 

Léon Poinsard. -- Questions ,lu jour. -- Le tratt6 de commerce franco-epagnol. 
l'. 93. 
G. d'AzaxrLbuja. -- Un lroduit social spëcifique ,lu XIX" siëcle. -- .Xl. Pru,1- 
homme. -- I1. Le dveloppement du t3e au XIX r siëcle. P. 109. 
A. de lPréville. -- La Sociët6 Vettique. -- I. Le berceau ,les faces humaines. P. 13. 
J. Lemoine. -- L'ëmigration àPars et atL environs. -- 1I. L partie faible ,le Imi- 
imtiou, l . 165. 
LE MOI.YVEIff.ENT SOCIAL : 
La nlarchc des faits en France. par bi. Edmond Demolins.  IX. Les accident« dn 
travail : L'A.«.,arance pal'tat et l'A.surance par l'Initiative privée, par I. lFélix 
lolier.  III. Le roman social; g l'Amcricainc » de M. Jules Claretie, par bL Il. 
Leroux. -- IV. A travers les faits ,lu mois.  V. Sociëté pour le lëveloppement d 
l'Initiative privëe et la vulgarisation de la Science sociale :  Nouveaux membres: 
-- la Science oeiale en Augleterre; -- C)rrepolldailoe. 

PARIS, 
BUREAUX DE L REVUE 
LIBRAIRIE DE FIRMIN-DIDOT 
OEPBIMEURS DE L'INSTLUY IUE JACOBç (. 
1892. 

ET 



BULLETII : 
LE MOUVEMENT SOCIAL 
FIIANCE { francs. -- ÉTRANGER "Y francs. 
La livraison. 50 centimes. 

REYUE : 
LA SCIENCE SOCIALE 
et le BULLETIN réunis. 
FRANCE, 20 fr. -- ÉTB2kNGER, 5 ff. 
La lb,raison, 2 

Ces deux publications paraissent tous les mois. 
On peut s'abonner sans frais dans tous les bureaux de poste. 
Le montant des abonnements, ou des cotisations, doit ëtre envoyé  
rOLœe, administrateur, librairie de Firmin-Didot et C t, 56, rue Jacob, ou 8, boulevard 
de Vaugirard. (Envoyer les lettres à cette dernière adresse.} 
Les six premières années de la Science Soci«le, formant douze volumes, sont vendues 
,'tu prix de 100 ff.; pour les nouveaux abonnés, 85 fr. 

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Relié genre demi-reliur 



QUESTIONS DU JOUR. 

LE TIAITÉ DE (:OMMEICE 

FRANCO-ESPAGNOL. 

Des rclatiols ,:conomiques étroiles exis[aien! del,uis long'temps 
déjà entre la France o! l'Esl,agn«. , noll sans l»r,,tit, sembh.--il, 
pour les deux pays. :es r,.lafion ont é16 rompu,. au d6l,ut d,' 
1892, et remplacées par une véritable guerre de tarit. Puis, 
revenant sans larder à des vues plus paisibles, les deux gouverne- 
ments crut entamé dos n6ffociati,,ns en vu,. de pr,;pa'er uu uou- 
vel accord. I.a raison d'ètm, d« ces dvoluli,ms est assez Cul'i,.us.. 
Essayons d« la d6gager de la masse des faits vari6s qui la dalle.v- 
minent, or en m61ne temps la dissimulent sons leur ombre. 

Eu ce qui concerne la France, la situation esl as.cz claire. 
Nous consolnmons soit par nous-lm)mes, soit par l'e\povlali..n. 
plus de vins, dc frui[s, de liège, (le radiaux, ci de quelque 
autres produi[s éb;»..ntab'es, que nous n'en produisons. Il fa.t 
bien que nous allieras chercher l'excédent au dchvrs. Et ell efl'ct, 
nous demandons h l'Espa'ne un certain nombre d'articles «le ce 
T. xl. 8 



.Pi LA SCIECE SOCIALE 
genre, du xin surtout. Nos vilicultours, duremen! 6prouw;s par 
le l»hylloxcra, se s«,nt plaints am6rcmenl de cette concurrence; 
ils ont r«;clam; des dr«»ils protecteurs qui h.ur ont 6t6 accordds 
pat" le tarif de f«;vric' 182. lit. là. une rande irritalion chez 
i,roduc/'urs cspan«»ls, privés de, h.ur ddbouch6 pt.incipal. 
[l'tlll alltl'e «'6t6. la France d6veh,ll»O illle l»r«»duclion ind«slri«.ll,. 
qui de;passe ses I,csoins, et elle recherche', h ce point de vue, des 
d«;louch«;s extdrit.urs. Elle' en trouvait un «'n Espagne, nous 
xel'rons bi«.nt6t pourquoi. E se trmant, par lnanière de reprd- 
aill«., A nos pro«luils nlanutciurés, l'Espagne a caus6 à son lour 
à la I:'ance un nolahle l»rudice. Ia situalion de celle-ci 
donc ass«.z «.mbarrassale. In int,rèt tr.s certain, celui de sa 
vilicultur«', fiil qu«. l«'s droits pr«lecteurs crut h.ur raison 
Un intdrèt non moins c«.rtain, celui de l'industrie, agit de son 
«,',t6 dans le se.as d'une r6duction des droits. Comment concilier 
ces deux intlu«nccs ant«,«»nisles? il st.ml»le à pr«qnibre vue que 
l'acc«»rd s,,it ch,»se imp«»ssibl«.. I'«.ul-ètre trouverons-nous ce- 
p«.ndanl l«,ut à l'h'ut'«' un ttov«'n d'arranger les choses. Voyons 
dal,ord quelle, esl la condilio g6ndrah" de l'Espa,e, au moins 
dans ses lrails e«nliels. 

I.a l'éninsuh, ile't'ique es! un pays natu'«.llement riche. Cou- 
ver'le, de pla!eaux d,. moyenne allilt«h., sill«mné«, de chalncs 
parallëh.s. ,.lle «,t't'l.e t«ms l«.s aspecls, t'«;unit !crus les climats, e! 
.se prelc sut. une. «:ch«.lle vat'iabh. à outcs les «ullures. Les pla- 
leaux S«ltt pr«,l»res égah.m«.nt i, la pr«»luction de" l'herl»c, et 
ce.lit. «h.s Cel'«:ales: lirria!i«m, quand elle est possill«., en fat! 
souvent ¢h.s!e'rcs de pt'emi6rc qualild. I.es «hain«.s sont coupées 
de. railAes 65"al«.lnent !rès f.r!iles: lt.urs tlancs son! 'arnis 
pàturaes «u de forè!s, dont le chène-lièffe est un l»t'écieux :lé- 
ment. Les c6tes, arides sur «el'lains p«»ints, soit! ailhurs couver- 
tes de jardins que l'humidit,; combinde axec une chaleur tropi- 
cale emplit d'une riche verdure, de. tleurs et de fruits. Les cé- 
rales, le maïs. les racines «.t l@umes, les p;/tura$'es naturels 
la vi.,_.-ac, l'olivier, le dattier, le .renadier, l'amandier, beau- 
coup d'au!res arbt'es à fruits, se, ni. pour les diverses par!les de 



LE TBAITË DE COMMEBCEFR,NCO-ESrAGNOL. 

la Péninsule, une sonree très riche ,.t très variéc de productions. 
Le pays se prète donc de lui-méme, n quel«pw s,rte, à une ex- 
ploitation agricole ficile et fructueuse, par son s,l et p,r s,,n cli- 
mat. !1 parait bien. qu«. dans cs conditions l'affriculhu» l,»cal,. 
devrait pouvoir lutter ais6m,.nt contre tout,z cspëce de c,,ncm'- 
r,.nce, et prodnire assez pour alimenter non seulement la p,,- 
pulafion ibérique, mais encore une exp«»rafi,m conidéral,le. 
Itans la réalité d,.s,'hoscs, il n','n est pas ainsi. Voi,'i pourqu,»i. 
La I»«hdnsule a 6t6 r«'couverie successivement p,r toute une 
série d couches eflmiques. La preniére il), formée par les lbb- 
res venus d'Afrique, s,-»r{ait d'une souche communautaire, cell 
des Pasteurs du désert qu,. nous appelons Touareg ,). l»lus tard. 
h.s Phdniciens, les ;rvcs, surtout les Carthaffinois, puis les Io- 
mains, s'dtal»lirent en Ibdrie. Leur passaffe eut pour eftçt 
mettre le pays en valeur dans une c,.rtaine mesur,.. L,'s Carfla- 
ginois arrivbrent  ce rdsultat ca thisant du commerce, les 
Ronlains par la culture et l«.s mines. Il est à c.marquer d'ailleurs 
qne les II»6res ne s,. pliér,.nt que lent,.ment et par fl»rc au Ira- 
rail iatense. Cat'thae, établi sur l«.s cétes, pratiquant 
1 nég,ce, ne les eut .uére pour adversaires, sin,,n quand ell," 
voulut les «,l»liger A travailler pour elle dans les mines 
qu'clh, exploitait. Ele les trouva au c,mtrairc tont prçts 
s,.rvir comme s,,hlats, car le métier militaire c, mv,'naii i,rfaite- 
ment à leurs 'o,i/s aventurenx et pillards, l,,me au ,:outrait,., 
avec ses colonies a't'ir, dcs, ses vastes exploitations niniéres, 
sou administration efigeante, eut toujours à combattre en E- 
pagne, tant ,in'elle n'eut pas plié tous ses hal»it«nts à la prati,lu,. 
plus ,,n moins assidue des at'ts usuels, et impos6 aux ancienn,'s 
tribus aurore»mes le .ioug- uniforme de son régira,, despotique. 
Anx premiers siéclcs d l'ère actuelle, on voit arriver dans 
la l'dninsule les ;«,fls. ;es pasteurs 6 «ultur,' rudim«.ntair«. 
transf,,rmés en pillards étai,.nt incapables d,. d,nn,'r aux lbèr,'s 
une directiot nouvelle. Ils se born6rent à se substituer uux 

1) La première, en nbglige.an! l'homme prèhistorique ou sauvage" des cavel'ne» 
dont Iïnlluenee est nulle ou/ peu j,rês. 
,2) .Ious nous réservon de prouver ¢ette origine dans une ,'lude ultèrieure. 



• t|Ct LA SCIENCE SOCIALE. 
lonlains dans la direction et surtout dans l'exploitation des 
vaincus (1). L'empire gothique, calque imparfait de celui des 
Cdsat.s, dtait COlUnte lui d6chir6 par les factions; aussi tomba-i-il, 
par lrahison surlout, devant une assez tiibl« inwsi«,n africaine. 
Les Maures, comme les lbçres (d,,nt ils 61aient du reste 
proches parcnls), appartenaient au lypc communaulairc et n'a- 
vaient p,,int subi de transformalion radicale. Ils uc pouvaient 
d,,nc pas plus que les ;olts m,,difier s«.nsildemcnt le type local. 
:est pourqu«,i bcauc«,u I) d'Espa'nols se f,,ndirent ais6menl avec 
leurs vainqueur's, ad,q»lant leurs moeurs. D'autres, retir6s dans 
la r@ion m«»ulagn«.use du N,,rd, reslèrent en étai de guerre per- 
In;lut'ni av('c l«'s M;tul'-s, pillant leurs confins, faisant de" t'uctuon- 
ses expdditi,»ns h tt'avers h'urs campagn«'s el conlre leurs villes. 
I.a l,)lmlaliou mauresque ainsi composée transforma le pays 
par la culttlre, mais ollc obtint ce r6sultal n,»n pas par ses eflbrts 
p«.rs,,nnels, mais surt,,ut à l'aide de l'esclavage, pratiqu6 
comm,, il l'esl «.nec, re «.n l tri«.nt. E mème temps, ainsi que cela 
se l,roduit l,,u.jours paf'mi 1,.s races de ce lype, clic se subdivisait 
tql çlails {qlllelUiS, {'[ par suite en Ët«ts distincls êt rivaux. C'est 
th. là que vint ente,re la ruine de la domhali,»l musulnmne. 
En citer, noms av«»ns vu qll'Un Ëtat «.Sl»agn,d avait subsistd dans 
le N«,l'd. et ,lUC sa polmlati,,n vivait en partie «le la gucrrc contre 
les Maures. t, tte ue're allil'ait du 'este de. noml,reux aventu- 
l'tors a'rivanl ,le tous les points ,h. l'Europe, nolamm«nt quelques 
sein,.Ul- francs, mnlhcur«.usement trop rares. D, • la sorte 
,pc allait en se l'cnfor«ant, tandis que la det'ense fidldissait inces- 
sumcnt. Elin les Maures t'urent à leur lour sc»umis ou chassds. 
Ne,us sommes al,,s au quinzi6lu«, siècle. Les Esi,affn,,Is. avcc 
d,.s d,.hors occid,.ntaux, sont au tbnd presque aussi ,»rientaux que 
h.s vaincus, lcs sibch.s de lutt«.s iucessant,.s, a,'compagn6es de 
pill;s«- fructu«'ux, onl lhil d'eux des soldais de mdticr. Ils 

(1) L,'s I;oth», ou i,lus exaclemenl XVisigolhs. se COml,osaienl originail-«.meul des 
l,,q,ulalio,t» enr,,lbes d,.s le deuxième siecle sur la rie occidentale du Dniel»r pat" de» 
dcsceudanls d'Odin et de ses cou,l,agnons d'armes, venus la avec une suite de Vieux- 
Germains de la Baltique. En traversant le r»idi de l'Europe au sud du Danube, il» 
avaient l'el:rlllt" |1|1 ramas»is de pe/qles anlërieurs, nais analogues aux Slaves. 



IJE T|AIrÉ DE COM31EIç.E rIA.Xç.O-ESPA(;.XOL. 
.'.:_"ard: la traditiou du césarisme r,,maiu. Aussi, d;.s que la ruine" 
compl,'_.te des Maures ls a laissés maitres de h,urs mouvements, 
ils ue sawt plus que tçire. Les ocçui»ati«ms uulles ]vur 
I,lent mél,t'isabls; sule, la gtwr'«, leur parait digne 
leur vi. Et en citer, «,n l,.s «,it ,16s lors p,,rt«.r l«.urs arm«.s 
I»out à l'autre dt' l'Eur, T,' , et nlèllle ;lu delà dos lUeI'S, Sllr Illl 
coniin«'nt nouxeau. La guerrc est d,.v«nue pour ex uneindustrie 
principale qui d'abord les enrichit. Ils acqui6rcnt ,lu butin, dvs 
royaumes et &.vieunent la /ram/«" tatio ,h' l'dl»«»qu{', la l»lus 
e vue. EIh ce, ne-oit t«,ut à la manière du s,,Idat; cl«.z ,.lle la 
«h«.valerie, ddmod6Ç l»art,,ut aillvurs, survit au ridicule; la re- 
ligi«,n lle-mCme inspire l'id6e d'une, organisation milit;ir«.; 
c0mnel'ce ressemble h 1« piratvrie plus T',u né,,««. ,»rdiuaire; 
la colonisati,,n est tou.ours une couquète vi,,lent,.. 
Mais la H«.I'I'e ;iusi pratiqu6«, est une industrie, danÇreuse; 
vlh. a l;our r6sultat immanqual»lc de rtlill«.r l,-s vaincus. 
susciter des coalitious en vue d. la résistance. Ce fui là jusl.n.ut 
le sort de la ua{iou Csl,an¢,le. Arriv6e par 1,.s al'nes à uu haut 
degrd de puissauce politiquv, elh. vit se g-l.¢»up«.r contre elle tous 
h.s intdrèts m«.nac6s par 1« fi»rcv .t l'avidi[6 de cv l,.uple d. 
soldais pillards «-t de tmcti,»nu«ir«s avid,.s. R'lbul6c p«'u à 
,.lle se {rouva enfiu conccntl'6V dans son an¢icnn« froutii.re, 
,16shal,itn6c des trav;llix l»acitiqut.s. «.lle fut r6dui{e à une sort,. 
de misère, et tomba brusquemeut du l»r,.mivr rau à celui de 
l'uissaucc secondaire.. 
Depuis. l'El»agiw u'a .ianais pu c r«d«.vvr, l»r:cis6met 
que la race qui lhal»ih' n'a pas su se inettl'e h la pratique 
raie et active &'s arts usuels. Elle. a gard: l'empr«.in{c l»rc»f»nd« 
«}c sa fol'uatiOlt oriinairt, et de son t.xiMeucc 2"u«-rl'ibr.; Oll 
retrouve toujours chez «.lle un go6t prononcê pc, ur les occu- 
pations l»,.u int,.ns.s. Autr,.t,is, «.lle ravaffeait l,.s tbr;.ts par 
le t.u. et d61aissait la culture pour faire place aux pàtul'eS. 
I;u ddbut du seizi6nw siècle jusqu'à 183fi. dit un aut,.ur, la 
corporation de la Mestn promenait ses immeuses troupcaux 
de mout,-,ns d'un I»out à l'autre du pays, j,uigsant du droit 
ci'interdire au besoin la culture sur ses r»u{«.s de transhu- 



.|S LA SCIENCE SOCIALE. 
malice (Ij De' nombreux l, rivilè.es étaient ainsi conc6dés à Fin- 
t[ustrie pastorale, ccmsid6rée commt, la plus noble aprës 
uerr«.. Aujourd'hui les oecupations faeiles, e«mmc le petit 
,.,,mmeree. les earri6res lib6rales, la politique, les fbnetions pu- 
I,li, lues. l'atroce, absm']»ent un nombre considérable d'individus 
s,,ustraits par là .ux nidtiers usuels. 
Lintlucnee de cette forntati,,n, si ancienne «'t cependant tou- 
j,,urs aissant,., se déc61e encore par une autre particularit6 im- 
p-rlnnte. I.os Espagnols, divisés en dans comme t,ms les peu- 
pl,.s d'origin,- «,,mmunaulaire. s,,ni t«,mbds aisémcnt sous le joug 
,lu pouvoir abs,,lu..lais «'ela n'a pas tkdt disp;«'aitrc l'esprit de 
«.loin; celui-ci s'est sinq»h.ment h'ausform6 en imrti p,liliquc. 
Ic là ces révç,luli«,ns incessantes qui ,joutent leur trouble 
leurs élém«.nts d'in«,.rtitude aux causes de" til,h'ssc que nous 
venons de relever, ltt reste, le goùt de la lutie avec toutes ses 
«.onséquençes et t-ucs ses occasi,,ns de bulin est si bien demeur6 
,lus le sang esl,am,,l que, d'apr6s uu consul anglais, on trouve 
Ioujours en Espane des h,,mm«s pr6ts pour l'6nwut% « quel que 
soit d'ailleurs le parii Ch cause, et que 1¢. chef soii r6publicain. 
«.arlisie, ou auh'e. L'important est que l'«,n trouve uue oc- 
«.asi«m d'or.a'aniser la uerri[la en montane ou derribre une 
I,arricade d«ns les rues d'une vilh. ». C'est ainsi quc, l'ann6e 
,lernière. un ,gent do change, de Barcelone put organiser une 
bchauttmrb«, o,ntre h.s casernes dans le seul Irai d'amener une 
baisse «lu cotws des f,,nds pul,lics[ 
Itans un parc.il 1,a ys, le gouv«.rnem«.nt, ol,lié d'aw, ir I»eaucoup 
«le f-n«'ti,,ns disponibles p,,ur satisthirc s«.s amis, ayaut sans cesse 
à craindre, des coups de main m«,nt6s par les aml, iti«.ux avides 
d'eml,lois, ne lWUt manquer de" co61er fm't cher. Le gouverne- 
ment de ladrid d6pcnse en effet beaucoup, bien que sou adminis- 
tration s,,it fm.l médiocre. Le bndffet esi régulière.ment en état 
d« «léficit. et la d«.th, nati«male s'a«cr,lt chaque ann6e. A 
l'heure, actnelle la sihtalimt est lell«.ment «.,,o.ao.d_..»_, que le 
,,r est réduit aux «xp6dients. L'an d«.rnier, une loi datée du 

t Ê. Redus. Cdo9rttphie, t. L p. 687. 



LE TR.ITÉ IJE COMMEI1CE FRA,ç.O-ESPAC;NOL. 
l't juillet 18.ql a autorisé la Banque d'Espa'_"ue à émettl-e des 
billels au delà des besoins «le_ 1«, «irculati,»n. et sans garanlie, 
uniquement pont" arriver à t'¢,urnir au Tt'és«»t" un prèt dl. |50 mil- 
li«,ns. Le commerce réclama vivemeut dès i|ue le prl»jet fui 
connu, mais on passa outre, et aussitét le cours du cl,an.,_.c, c'cst- 
• -dire la différence de valeur ci,tre For et les l,illets, mi,ni;, de 
5 l,"t à 13 ou l't ï (1). Voilà qui sut'iii ptur caral'tl.riser les 
de faire de ce gouverneme,t besoigl,eux. 
T,»us ces faits intluent naturellemeut i.t i'ortel,l.nt sur l'ol'gaui- 
sation du tr»vail, ainsi que nons l'a]l,,ns voir. 

II. 

Les Espa.,_.-nols le savent pas tirer b«,u parti d,' letll" bean l»lys. 
cela est indéniable. En ce qui coueerne la r-«[¢t'e, d'al»,,rlt, cette 
insuf/isanee Claie all_ 'c(lx de tous les ¢,l»servaIcurs. L« rand 
propriétairevit à la ville, laissant la |pl'l'e aux mains de paysan : 
petit propriétaire, ri.tinter ou ntétayl.r, qui j,,int -h l'i.'_"n,,rallee 1;i 
plus complète «les bonnes méthodes, une ind,»lenee aeeentuée. 
Ainsi, dans la t;alice, pays d'herl)ags, le sol est divisé en une inti- 
nité de ltoMeries oecupées par des trmiers, de»rit les propriétaires 
«, u'ont prohablement jamais vu leurs terres ». dit 1111 e«,Uslll 
anglais, (lUi ajoute : « La plupart «le ces domaines ont été w, ndtls 
par lots, ou subdivi.és en petils bordages, eomposés d'abord d'un 
terrain grand comme uu jardin maraieher, o,'t l',,u vt, it ulte ci- 
banc entourée d'un ver.zer; en «»Utl'e. qn,.lques acrl.s de terre SOllt 
eulIivées en nlaïs et en or.,-"e, et suffisent, quand la moisson est 
bonne, pour nmrrir le ferlnier, sa famille, et une paire (le l,put 
destinés à l'exportation en An.'_Aeterre. Si le fermil.r est un peu 
aisé, un autre morceau de terre est mis eu culture. In pe, re ou 
deux, quelques volailles, le tout vivant sous 11. m,:me toit que 1,. 
fermier et sa famille, composent avec la paire de l,,.tlfi tout le bé- 
tail d'un cultivateur galicien. Souvent les al,imall, qui s'engrais- 

t,! En 1892, la perte an change a atteint 17 a la . Il en csl rësultë un trouhle. 
ënorme dans les affaires. 



110 I.A SClECl SOCIALE. 
sont «linsi p«:lo-mële d,ns la cabane ont chang'é bien des fois de 
maisdopis Iour naissace, car ils od OWpromel6S de tbire en 
foil.e jusqu';u jour où un dcrnier achoteur se décide, à les moth.e 
« l'«,nv«ds ,fin de. les veldro elsuile à deslination de la I;ralde- 
Bl'«.tan" (I X. » I'n autre aE«,ld, consulaire, observe que, dans la 
t'ich« v«llée de (;r('nado, h,s eultivaieurs se Sel'V«'ntl oIlCOl'e de 
l'al.;tiro ,l'a],' (2). Enfin, un voygeur 6cvivait r6cemment • 
,, .le m'attendais h lroilVt.l' d(lllS l'.Xlld;tlOllSie une vég6tation 
aulrOlt««lt Ittxuriante, plus de richess«.s ricoh.s qu'il n'y en a 
r«h.ll«'lnent. I)uan(l on [l';l vrse ce l;)s quo je croyais Ove tin des 
plus 5.rtih.s ch, l'Eslm,ql« , oit «.st surpris (le tl'Ovel" lb d'immcn- 
«.s esp«('es (lés«.vts, sals (.flluro. ]/lmca/t qt'il y ci des terres ad- 
«1« I«, viltO ri de l'oivier, cm I»c, it **ll vin détostable où il «mire 
pl,s d'nlc«ol alh.m,l,d que (le vM de pefias, et l'huile g-nrd«, 
u, g«,it l'«;puff,a,t, l»al'ce qu« • l'cm est trop pauvre, pour l)OU- 
ve,iv la Luire rat'fim.r (3). » 
Aussi. ci, ddpit do t;,lit d'«,vantagcs nahwcls, l',g'l'iculture «.s- 
p,nole se lr«mve dans un «;lai d'infO'iol'il6 manifeste vis-à-vis 
,les lm)s 6h';***ers. Los 1,16s russ,:s et ;ma6ricains entrent en con- 
cum'ence avec «.eux des C,stilles ou de l'.kruE«,n. En d,:pitdes ax-au- 
lages f, ils lar I, **;,tut'o et I; l,d h ]'dh'vaffe du mouton, les Espa- 
7nols n'o**t i m réussir à ln;,ildenic la pure.té et la l»cauté de lem's 
l'ac,:s • ,.lies ,rot d«;.g61,O'«), et il a fallu demamh:e fi la France des 
I«;li«,l'S l«mv les l'vlever. 11 «.l, «st de mbme (lcs nl,llets; la France 
«.,1 f,,uvnit ]»vauc,up h l'Espag»o, lin ne pe**t 8u(.re s'Oonncr, 
;,l,rbs cela, de voir qu'«,lt 188 le fisc a d,i «.xécuter phls de 
:{o.oIl(I l)t.«,pvi6t«tit.es h,u's d'êt«,t d'acquitter leurs taxes (',). Cela 
al,mire une idç«. de la misère (h. la culture espag'nolo. 
II;ts ces comliti,ms, on ,e peut kU;.l'«, s'Oonm.v (le voir les 
OV, ltvvs se substitm'r aux indiçèlt,,s «l«**ts la propridté du sol, 
«.t s'en «.repayer et qm.lq ue sorte 1, mi»eau par lamboa u. A l'heure 

ri. (_'onsdor Beporls, 1899. 
t'2) Bulle/la consul, l'ran('ais, 1891. 
3) Buli. de la Soc. de G(ographie vot»merciale, 18:JO. 
' Buil. 'oJtsul. l'rot('ois, 1891. 



LE TRAITÉ DE COMMEBCE FI1A.XCO-ESrAG.XOL. 

101 

a«luelle, une ffrande partie «1«.. vi.'nol,les de l'_t.l,d;,h»usie, les 
meilleurs (le la Péninsule, sont «.nt,'e les m««i,s 
,mglais. !1 suffit d'indiq,cr ce t';,i! pour ln«.s«r«.r l'eh.nduc d, 
péril que |«, nati0,nalit6 «.spa.no|c COtll't dilllS cs circonstances. 
Si, (l'une part, la concurrence étr,».'-_"èr«. vient entamer le 
marché local, si, d'autre part, les pays x,isins, ce, mme 1; Fran,',. 
ferment leul's portesaux principaux produits du sol d,. l'Esl»agne, 
la inis/îr, ne pe.u! manquerd'y prendre d*'s pr«q»orti,,ns off[.a v;, nies. 
Itl s'explique di.s 10,rs les craintes d0.s Espagnols e! l,qr il'l'i!ation 
quand la Fr«,nce a é!abli sou re;cent tarif doualiel'. Était-il ex- 
pédient d'y l'epondr,_., par Ull t;,rit" alml,,g'ue? C'est c0: q,c n,,us 
verrons plus te, roi. Essayons d';,bord de IIt»llS 
actut'l de l'iudus!ri«, en Espan,.. 

!11. 

L'Espas'nt' es! és'alelnent ri«.l,e .11 ma!i61"es n,inéral«.s pl'oprt.s 
à alimenter la g'rande industrie. I}ll V II'OUVt' en abondance dit 
fer, du cuivre, du l»lolnb, du mercure, des tel'res «.t l»iel.r«.s à 
«»uvrl.. Mais loul cela est m6diocrem«.nt t.xploité. Ce pays. qui 
contient phls «le isemens m6talliques «1,1« . l'.ll,.malW, produit 
p«»urtant une quantit6 annu,-ll,, dt' ntdtaux bien int»rieul., .. 
m«;m»ire Sollnlis au «,uvcrn«.lnent «'u 1890 par l'Associatiol si- 
d«;rurffiqu«, espa'nole s'exprimait ainsi : « La sid6rm'ie est 
indush'i«, eSSVlti«.llenwul cspanole; peu de pays dans le inon«h. 
réunissent COlnme le t6tre les ntillerais, les c,»m}»uslibl«s. 
tbndants et les mal6riaux pour la constr««tiou en aussi l'and« 
almndance et «1,' qualit6 aussi variée et sup6rieul'e dans la plu- 
l,art des cas... Mal.2l'6 ,'«'s avallages nalur«-ls, t'épaudus sur noh'«. 
sol par une maiu l»rodiçuc, l'indus/ri,, espaën«,l,, ne. s'est pas 
veloppéc s«ffisamment 
Les autres industries ne sont pas plus d6vcl,,pl,,;es ni plus tlo- 
I'issallteS en Espagne. kutrefois, f, ll ¥ lrouvait quelques centres 
ch. fibrication avant acquis de la ren«,mmde, comme T,,I6«Ie polit" 
les armes. @ovic pour les draps, etc. Auj,,urd'hlli. iiile 



ltt fA S,:iE.n'CE SOCL«t-E. 
l,r-vince «Sl,a.'-"n«de peut encore passer pour Ull centre industrlel 
a,.fif, c'es la ;aalone. tl v fabrique des toilcs, des soieries, 
,les $-azes, d«.s rubans, d«,s cotmlnades vari6es " mousselines, 
lanl, ins. xelours, impressions. On v rencon[re qu«.lques tila[ures 
,le c«t«,n, d,. soie. et de laine, des ein/ur«'ries. des t'abdiques 
,'h«p,'aux, de savon, des tanneries, d«.s pap«.[eri«'s, des thbriques 
«le l»,»rc«'lailt'S, de, faïe[lces, de quincaillerie, d'armes, de poudre, 
illl, tbnd«'rie d,' canons entre.tenue l,«r l'État. Ces thl»riques tra- 
xaillent s«,ulêm«,nt lmur la c«»nsomnati«-n int6ri«'ure, et l»our 
cell,, des c,»l«,nies osi,agnol,-s, r6serv6e au mbyen de tarifs dit 
f6rcltiels. Il lelr «t impossil,le ou h peu pr6s de lutter au dehors 
contre • la c«»n«'urrt'llCe des rands pays industriels. 
Cci ,;t«,t ,h. choses est une suite naturelle de l'évoluti«m 
ciale tic. la race. Avec une classe sup6ri«.nrequi méprise le travail. 
la ,lirection rail d,'faut dans une rande mesure, aussi bien que 
les capitaux. Quant «u personnel ,uvrier. il est m6diocre dans 
l'ildnstrie ,.,,mme dans la culture. Le voyaffeur d«à cit6 plus 
Ii«lUt disait «qlcor«. : « Les 1,r,duits d'Espane eux-mbmes se ven- 
d,.nt  d,.s prix tl'bs «onsid6ral,les. p:rce qn'il faut plusieurs Es- 
paffn«,ls l,,ur fiire dans une j,,urn('e le travail ce que ferait un 
Français; l,'ssalaircs sont moins dlevésqu'en France. maiscomme 
il tut ls partag«.r entre un l,lus ffrand noml,re de personnes 
pour ol,tenir un trichine l,r,,duit, il s'ensuit que la main-d'«.uvre 
est i,'i plus chbre que chez nous (I) ». Ceci indique bien  quel 
l,,,int «.st vainc. «'t thnsse la comparaison pure et simple des sa- 
laires, sans tenir c,,ml»te d' la valeur personnelh, de l'«,uvrier. 
La m;uvaise organiati,m des l,«,ux«,irs publics est encore un 
,»l,stacl«. grave au d,:vel,,1,pement des affaires. Les cries politi- 
«lut.s. les exiff«.nces tiscah.s, les variati,ns du change, sont au- 
t,lt de causes d,. t«»uble qui cnrayenl les entreprises. Ainsi, 
en 189, il a fallu surtaxer les transports par chemins de fer. 
Iroul,ler la circulati«m tiduciaire, emprunter à la Banque; le 
prix du change c'st devenu ruin«.nx, au l»oint que les chemins 
,h f«'r du nord de l'Espane ont supprinl6 les billets internatio- 

l) Bttll. de ht .Sot'. de Géogr. corame'c., 



LE TRAITÉ DE COMMERCE FR.t.N¢O-EPAGN-JL. lit:; 
nau' ou I»ili«4s circulaires, afin dY, v[ter les pcrt«,s suitavt 
chançe. D'aili«'us i«. comc«« cficr Cait jci das ic dJst'- 
rai pa la mème cause. 
Enfin, la fail,l«,sst, évé,'ale d milieu ttit qlt. l'idlst['i«' 
«,rganis6e sm' n pied inc«,mpl«.t, de t«.lle sorte, qu'elh, est ohli«;c 
d'aclwt«.r au dehors la plulmrt de ses otils «.t ingrédients. 
,, La fabrication catalane, disait récemnwnt un «.,,nsul. et 
de fi'ais dt. 5  enviran plus élevés que ceux «lUt. Sul,p,,rt,. 
thbrication ét/.angèr«.. en rais(,n d,. «.e qu'elle «.st t, ldigée 
,.heter au dehors le «harlmn, les ma«him.s, la l,lupart d,-s lUa- 
lières ct ing-r6dit.nts divers de teinture, apprèt, cie.. ,.t une f,,uh. 
d'a«ccssaires cofiLeux (1) ». 
De tout cela rdsultc un,. int'driorit6 6vid,.nte d,. l'imlustrie 
pagnole vis-à-vis d,.s p'in«il,aux Ëtats avoisiuants. Pour lui per- 
mettre ,lesoutenir, mèmesur s,,n pr,-,prc mar«.h6, 1, concur- 
.ence ançlaisc, hein'e, allemande ou fran«aisc, pour t,,us h.s 
articles demand«:s das le pa)s, il faudrait la courir 
protectiou exorbitante. A l'heure actuelle', elle est loin de sufiir,- 
à la cons,»mmafi,»n locale; l'importati,,n ,:trangère trouve 
c5t6 d'elle une large place, et la position d«.s fabricauls indi- 
g'6nes s'amoindt'irait encore sensiblement avec un réTme lil»l'e- 
échangiste. Aussi ,nf-ils réclamé de tout temps et uuanime- 
ment des droits protedours qui lt.ur c, nt Até acc,,l'd6s dans 
mesure varial)lo. Nous allons ve, if ce qui en esl r6sulh;. [;e 
nous venons de (lire prouve déjà que l'industrie l,,,.ale n'a l,aS 
su profiter" beaucoup de la protection, puisqu'«.llo est pluff, l 
moins florissante aujourd'hui, relativement, qu'au quinzi6m«. 
siècle, mais ce n'est pas tout eneoro. 

En Espagne, conmtc dans tous les pays où la t'«)l'lmtion cont- 
munautaire subsiste et paralyse l'activit«; individuelle, le e,,- 

(l) Bulleti»t consul, français, 1891. 



trepreneurs étran'ers viennent volontiers se substituer à 1;t race 
iudi6nc pour expl«i«,r les richesses que celle-ci délaisse, ils 
sont, d'autan[ plus nombreux que le r«;ime protectionnise 
plus acc«'ntué. Voici (les lhiis h l'aplmi de ce que nous venons 
En Esp«,-ne. écrivait en 1891 un c,,nsul bclffe, on lr«»uve 
bcau,:oUl» d'induslries anglaises, fran,'aiscs, allemaudes et hei- 
nes (I). I.'Associati«,n siddrurgiquc espagnole, dans le rapport 
«if6 plus haul. disail dans h. n,,me sens : « Il manque & l'indus- 
lrie cspagnole le «on«,,m's d'un pers-nncl technique ouvrier 
habile, dans t,»ut,'s les opdrati,,ns itdustri«.lles... Le producteur 
cspan,,l sc. voit dans h. trislc cas de l'appeler du deh«»rs. ,, Et 
en etl.t, nous v,»v,,ns aill«.urs qu'uu lamin,»ir de Billmo, créé 
r@emm,.nt, a dit: mis en train par s«»ixan/ ouvrie ang'lais, donl 
un bon noml»r«' s,,nt rcslds olltltle c, mlr«.-malires ().« Les dis- 
tricts miniers les plus produclifs de l'Espaçnc méridionale 
trouwnt l»res,lUe uniqu«.m,nl dans 1 r6g'ions des montagnes... 
L«s ran,ls tl'aValx d'¢.Xld,,ilaii,»n »'crut lieu que depuis Fou- 
v«.rtur«, des «hemins de fer : aie,fs se s,,tlt fond6vs l,.s C,,mpa- 
ni,.s an.'laises, t'an«'aises. il«.mand,.s. ci sont arrivés tous les 
inffdni«urs 61rang'ers «lui «mi «reus6 leurs dvux cnls puits d'ex- 
lraclion el «hand l'asl»«.cl du pays... Il e est de mëme dans 
lys lllOIttali'S de Murcic et de Valvnc«. (3). » L,' c'entre, m61ai- 
tërc de lluelva. «,mqd6t.meul déchu, a «l rt.h.v6 p«r des ca- 
pil«ux, des iuffdni,.m's et d,.s n6tallurisies p«»ur la plupart 
,:lranTrrs ,i). Les vinst-huit tbriques de sucre de la vallée de 
t;remd«, c,ni dt6 inslall6es et mis«.s en marche par des Francais 
,.t d«.s Iels'cs (5). Ce sont «l«s n,çg,«.ianls anglais qui 
,'«Ul,.Ut , l«-ell ci «'xpdi«nt h's plus fimeux crus espa- 
7«,ls (l;). I.es travaux pul»li,-s eux-meC.mes sont bien souvenir 
«'nlr«'pris g.ii Esl»an«. par des élran.«.rs. Ainsi. hmt récemment 

,1) Bull. consul, bclye, 1891. 
2) ('o,tsular Relorts , 1892. 
,3) E. Reclus, 6"doyrap]ie, I. 712, 
.i) Bdl. consul. ['ratçais, 1891. 
.5) Ibid. 
t;) E. Reclus, Gt:og«apbic, I, 7.10. 

7i5. 



LE TRAITE DE COMMERCE FRANCO-ESPAGNOL 
on a remplac« aux chantiers de consructi«)n m«ritime du 
Nervion à Bilbao, des ouvriers anglais par des ou rie-fs francais. 
Les chemins de fer, construits dans la plulmrt des cas par des 
ingdnieurs du dehors, sont cxploit6s aussi par des COml)a'nics 
étvangbres. C'est une société francaise qui ddtit les che.tains 
fer andalous, ainsi quc h.s micros de lmuille dt. Bclmcz il). 
ligne Bobadla à Alcsiras est aux mains d'une s,,ci.tC an'laisc. 
qui sollicitait r6cemmcnt l concession d'un pr,,lon.m,.nt vers 
I;ibral[ar. I)n 1,. lui a refuse p«»ur d«'s m«,fifs 
Souvent aussi les dtrangcrs trouvent l)ro/il h «.xi,,,r/,.r les ri- 
chesses mindralcs d« l'Epanc t l'Atoi brut, pour h.s uliliset" 
chez eux. C'est ainsi que h.s minerai de fer ,le Bilba,, sont 
pédies chaque" ann«ic l,ar ccntain,'s ,h' milite.fs d,./,mnes, or 
surtout en Auglcb:tTe. De 18 h ISST. il ch a étd embarqué près 
de 29 millions de tonnes. 
L'Espagne est plac6c dans um" situation excellente l,OUt. 
le commerce. Bainde d'un c516 par ta M,Mite'ranée. (iv l'autre 
par les ll,»ts de l'Aflanti,[u«, elle se tt'ouve l, resquc h é,tc dis- 
lance enlre l'lwcid«.nt et t'h'i«qt, et peut communiqu«.r par les 
voies les l,lus direO«.s avec fous t«.s points du glo]»e, lle pays 
ne p,»uvait &me manquer ,1," tburnir de hardis marins. ,'t ,h.- 
vait tênir dans lindus/vie des tt'ansl»orls mat-ilimes un 
principal. Mais il a étd d,«nind ici cnc,,rc par sa pré,,CCUl»a- 
tion ess«.nti«.ll,, • ses «.fl,rts les 1)lus considérablcs c,ni 6t6 dirigés 
veto le dv«.l,,ppcmenl de la martre, militait'c. La fameuse. 
mada dt. l'hitippe 11 caracb;risc I»iên cette tendance. L« • f«,it 
que l«,s grandos découvertes de t'Epane sont duês su'b,ut à 
des marins étranffers, coninie Ce,le, mb, est m,n /n«,ins siiti«a- 
fif. Aujourd'hui 1,. trafic des l,ot'ts espa.nols est fait surtout 
des navires du dehors. Et, bien qu," les Esl,a.w,ls s'adonnent 
volontiers au n6,,ce, parce que c'est lit tin travail peu 
le ffrand comm«.rce leur 6chappe en partie sur leur l,t',Tre 
Cela ,'explique • les gens de la classe sup6rieute n'a9"issent 
gu6rc, et considbrent d'ailleurs les aflhires comme une ,,ccupation 

(1) Btdlcl. cotstt_. [rtt,tç«is, 1891. 



I0¢ LA SCIENCE SOCIALE. 
peu compatible avec h'ltr rang social; les p,.rsonnes de la classv 
me,renne imitent h's i»rdcédon«.s autant qu'elles le peuvent, et 
sc. retirent dbs «lu'arrive l'aisance : l»ars,dte, h.s.capiMux manquent; 
«'llfill resh.n, les pelitt.s g'ens, qui s'«,donnent en effet e,t grand 
ii,,lllbro au t.Oltlt,lerCe de ddtuil, d'intermédiaire il), fait dont 
la c«mséqucttce immédiate ,'si iiii reltehérissement sensible du 
jwix des consommations d la l»,»pulation ouvrière. Dès lors, on 
'explique comntent les étran'ers tr«mvent l'occasion fréquente 
de s'emparer, ch Espag'ne, des affaires importantes. Ainsi, en 
1890. il y avait à Madrid quarante-neuf rel»r6sentanis de com- 
,ne,'c«' imm«,triculds : vingt et ,in d'«.ntre eux 6talc-ni Allemands. 
s;,ns c«m,ph.r l«.s aulrt.s étrang-ers (2). 

I.'Espa'n«. «'st donc uit lmys oit les produvtions naturelles sont 
«,b,md«,n,cs, «.t ,,i, la race n- suffit mèn,e pas à tirer du sol 
tout «.«. «p,'il est cal»aide de dom,er; elle c'st à l»hts forte raison 
i.al»to , sauf «'XCCl»Iion rare. « les transh,rmcr par la tM»ri- 
,',ti,,n en l»r,.luits in,lustri,.ls v,.nd«,bl,.s au deh.rs. 11 en r6- 
,,Ih. que son «.Xl»orIati«m se r6«h,it if peu de chose "in'ès aux 
iwod,,i,s du s«d : des fruits, du 6ç«.. des reCaux et mincrais, 
princil»alement du xin; elle imp,»rtc au c«,ntr,irc surtout des 
Iicl«.s nt,,nufa«'htr6s, et aussi des c6r6«,les, car «.lit n'«,rrive pas à 
s' n«,urrir vlle-t,,/.nw. ,h, ,,e peut in,liqt,,.r au .just,. k, propor- 
li«m d«.s inq»«,,'tati«,ns l»;,r ,'«,l,p.rt ;,ux sorties, ti celle des arti- 
«l«.s «qttr«' «'ux. car lïmpcrf,'cti«,n des statistiques douanières et 
F,.xcbs de' 1. «ontrel»ande rendent lmérils h's chilt'cs «»ffici«.ls (3), 
uais il est certain que les arti«h.s fabriqu6s représentent au 
moins h.s trois q,t;,rls dos enh.ées. 

I B,II. de I,t .Soc. de Géog. commer«., 189o. Les dëtaillanls paraissent ëlre 
«'llCO,'( [,lus nob,'euX Cil Epagne qu'en France. 
2) Bull. cotsul, belge, 181. 
3) En f6vrier ISOX. il a fallu renforcer le corps des douaniers avec des troupes fie 
li,]e pour c,]rayer la fraude. 



LE TRAITÉ DE COMMECE FRAiCO-ESP.t.GNOL. 
Dans ces conditions, la situation es! bien elail',.. Si l'Espa.'-"n," 
persiste à s'entourer d'une hauto barribre de d,,uanes, l'inva- 
sion des entrepreneurs 6trangel's 'aCCelduer. '1 mème 
d'ailleurs que l'activité de !« COldrelmnde. SOli i.tér,q 1« l»,,rt, ' 
donc plut6t vers une polilique d,manibre lrbs IiiȎi'aie. C'est 
d'aillem's celle qu'elle et pratiquée de 1869 à 1892. Son tarif. 
i',.manié on 1877 et en 188. était l,lut,',t mo, léré, 
libre-échalgisle l,,mv beau,:oup d'arlicl,.s. lais c,'lui de 1892 
est le résultat d'un,, réaction conq,iète; les ,h',,il ,lu'il ,:lablit 
sont en géndral pl'Ohibitifs, lift {ae le charbolt. 1,. ,-,,ton, le lin. 
le clmnvre, la laine, la soie, les graisses, les h,fit,'s, les l»t-aduit 
,.himiques. Les dt.ils onl dté dlevds de I co, 15. 2co et mèmo 
au ta'if maximum. Iu tarif minimum l»lu nm,l&'é, que h. g-ou- 
vernement peut c,m,'dder par lraitd, accompagne le l»r,.mi,.l ". 
mais il est anem'e fort 61erC Ifo6 xield ce rexit'ement? 
tn a dit et rdpélé qu'il avait sut.loul p,.tr but ,!o r6pondre aux 
mesures pr,»leeti-nnistes prises par les aulres lm3s ,lEt',,pe, 
o spéeialemenl p«r la France. I.a l';don est m,;di,mre, ca" 
eut suffi dans ce cas de surtnx,.r les :trticles l»'o,.nant ,le ce 
pays. et il n« sorlail de là au,.une b,,nne rais,m p, mr frapper 
le charbou anglais, les machines bolges, oit les lain,.s d'Aus- 
lralie. La vérité réside et ceci que les Èspaffn,,ls, s,»us le coup 
d'une crise ëeon, mfi,lue due sut'tout à l,.ut' insut'tis.n,'e ce,mme 
producteurs agrie,»les ou industriels, ont «:ru air dans l'in- 
16rèt de leurs l»ropriélair,.s, de leurs tbri,-«ml. ,le h.urs ,m- 
vriors d,. la campagn, et des villes qui s," plaign,'nt beau«.ul» 
,'t souvent m,'nacent. Après tout ce que nous av, ms dil, il 
éx4deut que ce calcul est lnalvais. Le tarif esl»au,d tl'a bien 
l'affaire de qu,.hl,mS industriels. élranëers poul" 1«, plul»art, mais 
il app;,uvrira la masse de la nation en lui lrmanl, l»ar l'ebt 
,les reprdsailles, certains ddb,»u,:hés impm'lanls lmur s,-s pr,»duils 
naturels, et en rmchérissant les arli,'l,.s fab'iqués ,le e,msom- 
Illati«B e« 11;i ille. 
L'Espagne le sent si bien qu'elle fait tots ses eff, n'ls pour oble- 
uit dos traités de commerce favorables à sa pr,»ducli,m, même 
au prix de concessions sur s,m larif minimuln. Elle on 



I|}8 LA SCIENCE SOCIALE. 
avec l'llalie, avec les Élals-Unis (p«ur l'fie de. Cul»a, qui esl 
«.rlc aux pélroles, charbons, machines, colonnades, articlcs en 
fer, via,d,.s et fruits a,Jdricains, moyennant l'entrée Iii»re ou 
peu près des sucres cui»ains aux Étais-Unis). Ele n@-ocie active- 
ment avec la France. p,»ur «d»t«,nir la tcult6 d'y iml»orter des 
 ins. en 6changc des arliclcs de noire fai»rication. E thit, eih, 
lvnd à sul»sfituer des tari[ conventi«mnels mod6rés ou mème 
lil»re-échan'ist,.s. à son tarif 6néral si r6barbalif. Elle subit en 
cela la pression dtwr¢'ique des tktits 6numér6s dans cette dtude. 
I;,mmcnt ». tkd[-il que la France ne rdpomh, pas vol,reliefs 
ces 
C''st «lu'eu France la mani, d'une, prot«.ction mal calcul6e. 
;busive. »6vil en ce moment ci s'oppose à ioute concession. Les 
viticulteurs français «.ntendent dcarter absolument la c«mcurrnce 
des vins «.spanols. Ils prennent p,,ur prdtexie la surchare d'al- 
«o,ls allemands que le commerce ib6rilU' ajmlc en g;ndral 
à ses ins. Le motif est mauvais, car ,»n l»eut mcflre obslacl«. 
dans un" grand' mesure i cette fi'aud«' par la l,rohibilion des 
vins al«oolisds. E rel»,»ussant ai»solum«.nt les produits nalurels 
.Sl,anols , la France c«mnet une' erreur prOudiciabl. à sa pro- 
duction industri«.lle. Il est exlrbmement prol,al»le qu'elle en 
s,«dtrira dans larc]dr, au pr,fit de ses concurrents analuis, alle- 
nauds ct belcs. Sa vh'itablc l»,Aitiqm . c,nsistait ici à thire 
c,»nccsions rais,,nnablcs, p,,ur ,btenir rdcipruquement des avan- 
I;cs d,nl. 'n s,»mme, «.lh. a rand besoin aoourd'hui. La vi- 
li«'ullure n'«'n aur;it l,aS }»-auc«ml» souflUrt, el l'industrie aurait 
i m ch l»rotii'r larçcment. Ce ]'est cq't«.s pas le' moment de 
i,ouss«.r ch«.z nous à la restriction de nos d«;bou«hés ext6rieurs, 
que l; c,mcurrence a d,Ot si fortement 



UN PRODUIT SOCIAL SPÉCIFIQUE DU XIX" SIÈCLE. 

MONSIEUR 

PRUDHOMME. 

II. 

DÉVELOPPEMENT DU TYPE AU XIX e SIÈCLE. 

Voilà donc la bourffeoisic au but de ses ri.ves. Elle a dépos- 
séd: la noblesse et le clergé de leur r61e dt. classe dirigeante. 
Subitement. en masse, sans 1,réparation, la classe mo)cnne 
s'est réveillée classe supérieure. A elle appartient la dirccti,m 
de la société. Qu'en fera-t-elle? 
Nous avonsindiqué, dans le Girondin, les premiers linéam,qts 
du t.vpe Prudhomme, et démontré, une première fois, par son 
échec, l'impuissance constitutive du pel.«,nna:e. Constitutive, 
avons-nous dit. Cette in,puissance, en effet, n'est pas un pur 
occident. Elle tient au fond mème (le la classe parvenue, à 
rapidité de son élévation, à une inaptitude antérieure «lui e 
continue. L'histoire de ses échecs est celle ,lu di,:-n«.uvième siè_ch:. 
Nous les passerons brièvement en revue. 
Coùte que coùte, et en vertu de la force (les choses, une class,. 
db'ig,ante doit diriger. A elle appartient l'initiative de tout pro- 
.-_ ès, de toute modification, de tout renouvellement politique 
ou économique. A elle de trouver la conduite à tenir en toute 
crise, les lUovcns de parer à tout accident. A elle, dans chaque 



11o I.A scr.sc. SOCtArE. 
pays, de prendre la êe du m«,uvomcnl progressif qui. par 
suiie du développement dos arf mécaniques, emporte l«.s 
tions modernes dans les voies d'une çivilisation do plus en plns 
c,-mpliqu6e, et réclame par suite une prévoyance et des capa- 
cit6s de, plus «.n plus hautes. 
Une' bourgeoisie qui se serait élevée par ses propres fol'Ces 
puiscrait aisément {'n elle-m&ue l«,s ressources u6cessaires à une 
telle ,euvr«.. Tel n'est pas 1«. cas de' M. Prudhonllue. Nous avons 
vu comment let bourgeoisie s'est 61ev6e w.rs la fin du dix-hui- 
tibme siècle. Ses aptitudes, ses mdrites v 6laient pour peu. Elle 
st m,,nt&, m&aniquement, inconscieniment, sous la pression de 
la l,.ml»Vte révolntionnaire, o,mme h. mercure dans le haro- 
mètre sous la pcsatteur d,. l'air. Elle n'a fmi que remplir 
,.;d% bourh«'r ua tronc. 
C'est ce «lui explique cci dlrange mvst.re qui, à travers 
tout le sib«l,., «.si d,.m«.uré le tourment de lant d'esprits, de- 
puis les plus ffrands .jusqu'aux m«,indrs " « Comment se thit-il 
qu'après cent ans lmSSdS ceth. g'iantesque Révolution en soit 
enc,,re à produire quelque eh,e qui mono lard'ément l'avenir 
et qui dotale la solution manifesto des problOmes de ce temps 
l'ourTloi en est-on encore A chercher la révolution vraie, celle 
q,i doit apparaitre, au sentiment de tous, progressive et pros- 
l»bre? » lin li6volulion fl'ancaise a fait ilhlsion; t.llo en a ira- 
i,os6 à l'imasination dos pcuplos, par la grandeur des ruines 
,lui s'y sont s'u«.s; mais ces ruines se sont bi«.n faites d'elles- 
ntomes, l'anciç.n 6diticc s'est affaissë. Cette destruction gran- 
di,,e 01ait donc assez sintl»h'. Juant à l'«r.uvro de construction 
n«,uvelle, elle a manqu6 et elle manque, encore, précisément 
parce que ceux qui s«,nt devenus al,,rs les premiers dans la so- 
cial1,:, ne le sont pas d,'venus par un,. m6th,»de normale et proc6- 
d;mt d'eux: jet6s «.n avant par exploion, ils ont ;,pport6 sur la 
scène, de nouveaux visages, et u,,n des ressources nouvelles h 
l'action. La rdcohaion est d«,mcu,',: I, mode as««,nsionm, l de ce 
.,il.cio, en France et dans les pays ;,nalogues. 0, n'a pg 
dautre yrocéd,: que cehd-là pour ',:podre au« d@cultés qui 
tt'oH cessé dr, raMir. Et ce proc6d6 s'est montr6 impuissant 



.t. 'lUttO..tE. ! ! I 
et désastreux. ,Le dix-neuvième siècle, dans l'Eurol,, continen- 
tale, doit son insuccès à IÏusoEfisance de ses Ol'igin,,s :la l.éVO- 
lution n'es{ pas la capacité. La b,mrrasque militaire du premier 
Empire ne doit pas nous faire illusion. Aucune puissance vitale 
ne s'v cachait. Un effort nerveux, violent, uno sorte d,  cris,. 
convulsive et passagère comme en ont les nations il/stables, le 
génie stratégiqu«, d'un homme drainent mis on libcl'td t en 
relief par des circonstances exccptionnelh.s; v,,ilA le secret de 
cette grandeur éphémère qui, Cil 1815, nous laisse de nouveau 
face à face avec la réalité. 
La métamorphose sociale accomplie par la Réxoluti, m s'ei 
accentuée sous l'Empire. 
La bourgeoisie ne se contente plus de remplacer la nol»l,.se; 
elle sërige en noblesse. 
Des titres de dues, de comtes, de. barons, lib,;ralenl,.nt di- 
tribués, viennent créer, du jour au len, leluain, une arist,,crati,. 
nouvelle, complètement dittërcnte de l'ancienne au point d,. 
vue des allures et des idées, lnais d'autant plus fière qu'elle 
est partie de plus bas. Ces soldats de fortune, élevés de grade 
grade avec une fabuleuse rapidité, ont c,mscience de leur reA- 
rite : « Je suis un ancètre, ,, disait l'un d'eux. 
T,utefois, sous l'Empire, rien de bien saillant h 
guerre al»sorbe tout. La moitié de la France se bat, la 
se tait; l'esprit public ne perce pas. 
La Restauration met Prudhommc en libertd. Toutes les ,,pi- 
nions, l«,ngtemps refouldcs, se ddg,rgent. ,, Une vaste et sublilli,. 
mOlée des intelligences », suivant l'expression de Lamartin,. (I 
couvre la France et l'Eur«Te. Des hommes politiqu,,s al,solument 
m.u, y compris les émigrés, se prépal'cnt à fail',, l'essai d'un 
zouvernement artificiellement tl'ansplant6 d'An-letcrre, et qui 
ne tient aucun compte des conditi,ms spéciales où se trouve la 
société française. Tel qu'il est. et dès son installation, ce gouver- 
nelnent passionne presque tous les esprits. Al»l.éS la dissolu/i,»l 
de la Ctambre btroucabl¢,, en 1816. la c,mstitulion n'a plus 

(I, Dtscours sut" les Destinées de lo poësie. 



112 I.A S¢IEI¢E SOCIAl.E. 
que des admirateurs. Tou! le monde crie: « Vixe la Charte!» 
La ;harte, c'est le salut, le proTèS, l'avenir, l'idéal parfait 
,lu gouvernement, la conciliation des principes, le triomphe 
«,msmun de l'autorité et de la liberté, etc'. N«,n seulement on le 
,lit, mais on le pense. Royalistes et lib,.raux n'ont qu'une voix 
là-dessus. A peine quelques pr,l,hètes de malheur, Bonald. d« 
.Xlaistre, jettent leur note discordante. Le courant n'est pas avec 
,ux. Tout le nl«snde se etc»if it une aurore, à une renaissance, 
;,u comn,en,-cmcnt d'u,c br«. indéfi,,ie de honheur. Victor Cou- 
sin al,pelle la Chas'te « le d,.rnier résultat des conquëtes pro- 
'ressives de l'l,umanité » (1). 
Nous parli,,ns plus haut des 6migres. Chose curieuse. L'inau- 
guration du ré.,_"im,, l»arlementaire va les reudre tout aussi Prud- 
hommes que l«.s hourgeois. Sans doute ils garderont un cachet 
de distinction dù à leur formation première, certaines idées tra- 
diti,,nnelles et inébranlables, certaius procédés chevaleresques 
,le,nf leurs e,,nemis sont dépourvus; mais notre assertion reste 
exacte.. T,'I ffentilh,mme, pr, Triétaire rural, saee, bien élevé, 
patronnant ses fermiers, remplissant dans s«,n petit coin natal 
tous les devoirs d'une autorité sr, ciale, semble soudain mordu 
,le la tarentule prudhommcsque, dès quql a touché le marhre 
,le la tribune. 11 v a là, p,,ur ainsi dire, une atmosphère mo- 
l'aie. 
Toulef,»is, n,»un la Itestauratiou. c'est surtout la hourgeoisie 
qui peut offrir des exemples. 
n se lasscrait à cont,.r les lieux communs, les vérités de la 
l'alisse, h.s hanalités sentencieuscs qui four retentir les échos du 
l'arlement. M..luh..s Lemaitre a un mot pour désigner une idée 
ldate rcvètuc d'une forme solennelle. !1 appelle cela « la pensée 
it la Royer-Collard () ». T6mr, iu ces exemples : 
,, Les crimes de la Révolution n'étaient pas nécessaires. Ils ont 
,:t,; l'obstacle et non le moyen. » 
« l.es constitutions ne sont pas des rentes drcssées pour le som- 
meil '. » 

(I) Histoire de la Philosophie, Introduction. 
(?' ('olemporoius, 9.  série, L« Comtesse 



Il. rRUDIIOMME. | I:] 
« Les gouvernements représentatifs ont Cé condamnés au tra- 
vail. Comme le laboureur, ils vivent à la sueur de leur front. » 

Cela ne'rappelle-t-il pas quehlues mots célèhres «le Prudhomme? 
« Apprenez, jeune homme, que l'oisiveté est l« mère de tous 
les vices  » 
,, Otez l'homme de la société, vous l'isolez'. » 
Le mouvement prudhommesque, sous la ltcstauratic, n, s'in- 
carne plus particulièrement dans le libéralisme, le 
et l'e'cle«tis»e. Ces trois formes de la pensée révèlent pareillement 
l'état de malaise où se trouve la société d'alors. L'amour du chan- 
gement,  dont nous examiner«ms les causes,  a.'-"ite plus que 
jamais les esprits; c'est l'époque où Jér«)me Paturot court apre., 
sa position socialo. « l'aturot poète chevelu.  Paturot Sain- 
Simonien.  Paturot gérant de la société du bitume de 
 l'aturot journaliste.  Paturot feuilletoniste.  Paturot pu- 
bliciste officiel.  Suicide de l'aturot, philosophe incompris. 
Paturot bonnetier. » Tels sont les principaux titres de la première 
partie du fam.ux roman, c«,rrespondant à la Restauration. Il 
a là l'histoire de bien des gens. 

Le libdrali.me, tel qu'on l'entendait à la xeille «1o 1830. est 
une exaltation naïve et solenn«.lle «lui se concilie assez bien avec 
cet e.l»'it co,serrateur dont nous avons fait un d«.s traits saillants 
de ,!. Prudhonime. Le Globe, org'ane des libéraux, ne se montr. 
nullement antiroyaliste. Royer-Collard proteste de son dévoue- 
ment i la »«oarchie l«;¢jitime. Ceux qui vetdont érietsemont le 
renversement du pouvoir sont en nombre infim,.. (In se h,rno à 
réclamer en faveur du pro'rès, de l'esprit moderne. «le la liberté. 
 surtout de la liberté. C'est l"ge d'or de ce ]»eau mot, si mal 
compris par b»n nombre de ses adorateurs. Beaucoup «le gens 
s'imaginent que la présence d'un Villèle ou d'un Poli.'_"nac dans 
les conseils de l'État est l'unique obstacle «lui s'«,ppose aux pros- 
pérités de l'avenir e aux grandes destinCs de la jeune Fran,:e. 
« Il est beau, dit Benjamin Constant, le traité entre la lmissanco 
et la raison ! ce traité par lequel les hommes éclab'é.« disent au 



| |  L $ClEICE SOC|ALEo 
«h:p«,sitaire d'un p«,uv«,ir l@ifin»e " ,, Vous nous garantirez de ouc 
:cti,,n iii@aie, et nous vous prèserverons de tout l,réjuff6 fu- 
neste Vous nous entoure.fez d' la protection de la loi,-et nous 
«mvironncrons vos istitutions de la force de l'opinion (.1) ,, 
B«.njamin Cmstant parle des hommes g«.lab'«.. Traduiscz - les 
hommes l,aYat tr«»is cents francs d'iml,ositions, car' eux souls, 
c,lors, jouiss«.nt des droits politiques. Seule, d idommcnl, la bour- 
.'e,,isie possède assez de lumières p,,ur élever la voix dans les 
ail'aires dc la nation, et prèserver le pouvoir ,, de tout prèju'é 
t'un.ste ». Fait typique" le suffra.e univeel, pr,l,OSd dès 1816 
1«o • l','.tirCe droit,', avait ;té repouss6 par les 
l)u resto. .], ces t«,mps-l;i, le dis'ne Prudhomme ne perd pas 
une occasion ch, proclamer solennellement ses opinions conoer- 
vah'ic«,s .t sa lido;lité au pouvoir 
Le voici dèl»osa]d en justice contre .h,an Hiroux " 
i»I{I»tlt»MME " .IC saisis avec empressement cette occasion, 31es- 
sieurs, l»,mr consacrer à la France entière, à lEurope «,t à l'u- 
nivers ici rassembl6 dans vos membres, mon attachement sans 
borne au Roi... 
LE ,És»[Nr (l'intcrt'omlmnt)" Alb.z à votre place. 
l't»,«,n:.  Au lb»i, h la I;'ndarmerie l{ox'al«,... 
I,E PRËsII»EN[.  Tais,.z-vous. 
IqtostottE avec feu) • ... ;end;rmcrie Rovalo et son au'uste 
t mille... 
I.E t'ç:Stt:'r.  iluissier, faites s«wlit' le tbmoiu. 
l'at-onosxs:.  Vive le Roi'. la Gendarmerie R-yale 
lans la mèmc scène, l'avocat gdnéral s'exprime ainsi sur le 
«.«,mpte de .Ican 
« ... Il sawa le lait d,. l'ind,;pendance, et sa vio errante et va- 
=-al,onde vous prouv,, assoz, Messi,.ut, combien il a profité 
,','s principes subversifs de l'orch'e social, et d,,nt la prèsence 
dans h. monde civilise; «.st un fl,.au pour l'espèce humaine 
 L'a«e u.,A s'endort.) 

(1) Des réactions politiques, IV. 
('2.) Henri Monnier, Scènes de la oie popula;re. 
31 Ibid. 



.|. I'RUDIIOMME I |,ï 
L'avocat g'énéral combat, en t«,rmes prudhommesques, les prud- 
hommesques doctrines du libéralisme. Suppos,.z à sa place un 
libéral. !1 dirai : « Ne»us arc,ris sucé le lait pro" de l'indépen- 
dance. E vain l'on prètend lue nos prin«.ipes, sub»rsit de 
l'ordre social..., ,.te. » tn ne tit que transp,,ser 1 tOll, mais 
musique est t«,uj,mrs la morne. 
Parallèlemcnt au libèralisme, 1« ,'o,ati«»,e. Vi,-lor Hu'o 
Fa-t-il pas appel«  « le libéralisme en perCic. »? Le rolnantism«., 
a partir de t'rom««'//et du second «énacle, perd le caractère ,h. 
réforme, spontanée quïl avait gard6 juqualors, pour prendre 
les allures d'un ./stème. !1 s'agit roui simplement de. créer de 
t<,u[es pièces tme nouvelle li[/drature, qui sera subline, 
place de l'anci«qn«', qui ne wu rien. Laissons parier nolre 
Boileau sous s,,n prèn«»m de Nicolas, ,,n raiait Cm'ncille d« per- 
ruque, on donnait  [eus nos vieux auteurs l'épithète un i«.u 
ère de polissons (1). » 
Le lect«.ur dira qu«, R,,nsard ci d.t Bcllav en diaien[ aulan de. 
leurs dcvan«i«'rs «lu Moyen A'e. tui; mais il ne s'a'issai[ pas. 
pour les Ronsar<liens, de tout rebMir. I:eur gral,de ambition, 
contraire, étai[ d'imite'. Il s'agissait de populariser les lil[èra- 
tures grecque et romaine, chose t)»rl In«»deste en soi, et d'en re- 
produire docilemen[ les beau[6s. C'était un projet naïf, enfiu/in. 
mais non prudholnmesque. Les r«,man[iques veulent mieux que 
ca. De modèles, ,,n n',,n vent plus. [}ll VI*H[ attcindre l'id6al di- 
rectement et d'llll ]»oud. « La littdratur,, que nous allions créer 
devait ètre s[rid«-n[e, cavalière, bleue, verte, mordorée, 
t,nde et cahne comme le lac... Elle d,,vait chanter avec l'oiseau, 
blanchir avec la vauue, v«.rdir avec la fcuille, ruminer avec le 
b«»uf, hennir av,'c le cheval, enfin se liw'er à toutes ces opèra- 
fions physiques avec un l«,nheur extraordinaire, aincre, en illl 
mot, de, miner, supplanter et (passcz-m»i encore une fois l'expres- 
sion), e+[o+,««,,, la nature () » Enfoncer la nature, n'est-ce pas 
!) Louis Reybaud. Pot»trot poète clteeelu. 
(2 Ibid. 



! 16 i SCIENCE SOCIALE. 
le fève «le Vicier ]luge? n'est-ce pas le résumé de la l)véface 
t'ro'mwell? Écoutons aussi la préface de Marion Delorme : 
« Le public, -- cela devait ètre ci cela est, -- n'a jamais ét(  
meilleur, n'a jamais été plus éclairé ct plus grave qu'eu ce mo- 
ment. ].es révolutions ont cela de hon qu'elles mùrissent vite, à 
la f,)is ct dc tous les réfAs, tous les eslwits. Dans un temps comme 
le nStrc, cn deux ans, l'instinct dcs masses devient goùt... Ce se- 
rait l'heure, pour cohti ,'t qui Dieu en aurait dotnd le génie ( 
riphrase élégante pour dire: votre serviteur), de créer tout un 
filAclive, un thé',ktre vaste et simple, uu et varié, national par 
l'histoire, p,q»ulaire pat" la vérité, hulnain, naturel, universel 
par la passion. Poètes dramatiques, ",'t l'oeuw'e! elle est ]»elle, elle 
est haute. Ve, us avez affaire à un grand peuple habitué aux gran- 
(les choses. Il en a vu et il en a fait ! ,, 
..bloi'. nous dira-t-on, qualitier de prudhommes nos jeunes 
poètes chevelus, ces p«uvf,.ndem. acharnés du Philistbt, de l'Ci- 
«if.r, du bom'geoi_?  l»ourqu,,i pas? Il y a mille manières d'Ove 
pvudhomme. Il faut bien distin.u,.r entre le fond de M. Prud- 
h,,nlme et s,n costume. Le fimd, c'est, comme nous l'avons vu, 
eclt«.présomption bou,'geoi,e unie à l'incapacité et à la solennité. 
Ce f,,nd résulte de l',wdre des ehoses, du bouleversement social. 
de l'avèuem«.nt d'une, nouvelle classe à la direction des idées 
(.oic,me à eelh: dos fiits. Le costume, c'est la forme passagère 
que revët ce fond. l'occup,ttiou ou l'ettreprL,'e queleonques à la- 
quelle s'ad,»unera l'rudh,;lume, suivant les eireonstanees et l'oc- 
casion. |'aree quo Nap, déou est t,)ml)é le libéralisme a pu se 
d,mnel' libre carrière; le ret,»ur et les desseins des émigrés, 
e«,ntlvriant les hourgeois, lourne «le ce e6té leur rancune et leurs 
ahstracti,,ns, l'aree que les littératures étrangères : tssian, Byron, 
l;cf, lhe, Schiller. sont pavvenues jusqu'à nous, la littérature a pu 
pr,-ndre sa couleur romantique. Une raison analogue, l'impor- 
tation nouvelle des théories ,le Kant et des Écossais. déterminera 
l'allure $'énérale de notre philos,;phie. Supposez d'autres circons- 
tances, d'autres influences, d'autres importations; notre politique 
aurait pu ne pas ëtre libérale, notre littérature ne pas ètre ro- 
lnantique, n,,tre philosophie ne pas ètre éeleetique, psyeholo- 



I. I'RUDHOMME. 1 17 
gique, l, anth«:iste; mais politique, lit{érature, philosophie, au- 
raient toujours été prudhomlnesques. 
L'art est un sacerdoce et le poète un prètre. 

dit déjà M. llugo daus les t,les, et cette haute pensCe ne fer;t 
que croi{re et embellir. 11 dira dans les Cot¢'mphtt&n. : 
.le suis le poète farouche, 
L'homme-devoir, 
Le souffle des douleurs, la bouche 
Du clairon noir, 
Le songeur ailA, l'àpre athl/:te 
Au bras nerveux, 
Et je tralnerais la comète 
Par les cheveux. 

Cette attitude hiératique Cait-elle n6cessairc au caract;.r0, r,,- 
mantique de Ici poésie nouvelle? -- Nulh.mcnt. C'es{ de la vanit,'- 
bourr.'coise t«,ute pure. {tri pouvai{ romaztix«r sans cela. Lamar- 
line, le poët patricien, l'a très bien démontré dans sa premiè_rc 
phase. 
La jeune philos,,phi, fait chorus avec la je.une po6sie, l.e mou- 
vement de rénovation inau.'__"uré par R,»usseau. Condorc«.t. etc.. se 
continue sous la Restauration et monte, vers 1830, "h son apogi.e. 
11 s'ag'it, comme de juste, de r6formcr conplèteluent le genre 
humain, ce qui est grave; à moins qu'il ne s'aisse de I»ouh'- 
verser simplement la pensée humaine, ce qui offre moins d'i,- 
convénients. Ici, expliqu,,ns-nous. La pr6somption, chacun 
sait, a toujours été !, pdch6 mignon des philosophes, e{ l'on 
pourrait presque soutenir, avec qut.hlues dévvloppem«.uts 
nieux, que le caractère prudhommesque a toujours marqué, «le 
quelques-uns de ses traits, cette classe int6ressan{c ,.t peu 
des{e de nos sentblables. Pourtant ce n'est là que l'apparence. 
Les novateurs anciens. Pytha.ore, Platon, Dcscartcs, v,,ire Kant, 
confectionuaient bien des .,!/stèmes, mais au mc, ins avaient-ils des 
idées neuves et profondes, et ne préteudaittt-ils pas, maieré ,'c. 
les imposer au fiente humain. Ils dounaient leurs opinions pour 
ce .qu'elles valaient, pour des rèverics pernnelles, destinées 



Il8 LA SCIENCE SOCIALE. 
un petit o'rcle de disciples ou d'amis. Ils ,,_,lissaient plus ou 
m«,ius d;ns l'uopie, rareent dans la suftisauce, i.'expositi«n 
d,.s idées, chez la phllmr( , ffardaii une allure line et aristocra- 
liquo. Tout, ,'hez Des«artes, respire 1 g'entilhommc original, mais 
«lisliud,.. ami du silence, et l,:,,6remcntc _ d6daineux de sa pr,,- 
i»r«. gl,,iro. !1 n'entreprend d'ailleurs sa rétbrm«, qu'apr6s un 
al,prcuiissaff coscicncicux et minutieux. Rien de semblahl,. 
,-hez h.s n-vateurs de la Restauration. D'abord, «.n g6ndral, ils 
n'app,,rtent rien d,. n«mvt.au. C t st de l'antiqut, relapg et remis 
en vogue s«tts des noms mod«.rn«,s. Esuile ce qu'ils rèvcnt est 
impraticable. Pendanl que Saint-Simon et Fouri«.r, poutuivanl 
leur «qmlolal. l»r6chent le nouveau christiauisme et le phalaus- 
lère, la ibule d«.s étudi«nts oftici«.ls, presde autour de Victor 
Cousiu, acclame av«.c une incroyable sincdrit6 l'aurore de la 
l»hiiosophie idé«lo, deri6ro, l»arthile, qui doit dire 1 dernier 
m,,t sur Dieu. l'cime, le monde, amoner « l'6mancipafion d6fini- 
tire th la raison humaine' », et r6con«ilier loules les diverg'enccs 
intollechcll«s dans un supr«m« • cmbrassemenl. Nous avons nommd 
lëch.«.tismc. I.c sysi;qn«., en soi, n'a rien de hien neuf. Cic6ron 
«:h«.z h.s palens, saint Clément d'Alcxandrie parmi les chr6tiehs, 
ans compter me foule d'autres, l'avait.rit dç]à pratiqu6 avec 
succès, sans emboucher pour cela la trompette «:pique. L'6clcctisnw 
est un proc6d6, et non une l»hilosophi« -. Les jeunes penseurs de 
I s30 v voi«mt lt clef de toute véril6, la tbrmule cabMistiquc 
,l'une, ai«himi, al,strail«., grAce i laquelle l'univers n'aura bien- 
t,',t plus de secrets. « La v6rit6 l»hilosophiquc, dit Cousin, c'est 
le «omha des erreurs l«.s unes contre les auh'es. » C't.s vite dit. 
l'rendre à chaque l,hilosophe ce qu'il a do bon «.t laisser ce 
,lu'il a de mauvais: voila assm'«htwnl une incomparable maxime, 
«li'no d'«tre rav(.«, en lettres d'or sur la cheminée de Joseph 
l'rudh«,mnte. .tmnt à savoir pr«¥iséntent ce qu'il ) a de bon et 
de mauvais ch«'z chaque phil-sophc, voilà la difticul6,  difti- 
cull6 dont M. Cousin et ses amis n'«,nt jamais calcuh: la 'randeur 
,.t qui ruine leur phil«,sophi«, de, f,-,nd en comble. 
La phHosophit, de Cousin «st bien tomb6e de. nos .]ours. S'en- 
suit-il que, depuis lors, nous soxons mieux parta'6s? Nous ppu- 



13I. PBUDIIOMME. | |.! 
verts renv,»ver nos lecteurs au ouvrages qui se publi,.n 
lement. Un éceivain, s'infihdant spicitualisle, ne vien-il pas 
thire un lrailb pouc dgmolb" outes les [»veuves actuelle de lïm- 
mer{alité de ]'«me e de l'exis{ecc de [)leu, afin de reconstruire 
eutiè»ment ces vérités sur d'autres ],ases'. Chacun, d'ailh'uvs. 
pontifie avec un inc.fiable sérieux. Les mois inconnus, sui»fils. 
prétentieux, encomi,rcnt de plus en i»lus la lanue philosophiquc. 
On prend en piti6 tous les an¢.i«,s, y COmln'is les contemporains 
un peu vi«.ux. I.e ton d'oracle est de bon goùt. V,,us lirez, I,ar 
exemple, dans tel livre • « !1 y a encore des esprits arri,:rds qui 
,'roient à la mdtaphysique... » et, dans un livve à ,',t6 • « Toul 
le inonde' sail, aujourd'hui, que la l,hil,,s,-q»hie se ramne toul 
enti6re à la m6taphysique... » Ce qui 1,rouve que l'art ,& 
pas .,ou,'«ill,,r est une des plus précieuses qualités de !. Pru- 
dhomme. 
Quant aux autres systèmes 6«.los sous la R,.shurafi,-,n, ,,n 
naH tre 1, leur 6ch,.c " la chute lamentable du fouri6rismê. à ses 
premiem essais ,le l,halanstbre, et la nb«essitd ,fit se vit la polic,' 
,1« meth'e sous les verroux les trop tidèl«s ap¢,tr«.s du nouveau 
messic. Saint-Simon. Pourtant, qu'on le rbmarque I,ien, des 
hommes très « coinme il faut » avaient d,,nn6 dans ces doc- 
h'ines. Le ç6n61"al Lamol'icière avait 6t6 saint-sire, mien. 
Tout roule donc, et en peu de temps, sous c,4t,, ral,idc 
lu411aiite Restauration. et la Restauration ell«,-m6me ne larde 
pas à rouler. Tous l,ourtant la croyaient solide. I.amarine, rccu 
à l'Acaddmie en avril 1830. saluait h'ès sinc6'enwnt, avec 
,,ptimiste enthousiasme, « les pr6mices du siècle qui s'ouvrail » 
sous les auspices d'une dynastie ddsormais inviolal,le. Chateau- 
briand disait, s'appr,,priant une parole divin,." « D6molissez 
monarchie, et je la rebatirai en trois mois » l.es journées d,. 
juillet se chargeaient de donner un démenti sanglant à ce d6ti 
par trop superbe: 1830 arriva. 
LouiPhilippe ce seul nom, eu matière de choses lrudhom - 
mesques, éxoque l'id6e de l'a-e d'or..lainais la l»,urgeoisie ne 
s'Cait vue si bien et si complètement la reine: jamais les bon- 
nctiem et les ros marchands de parapluies ne l,rirent plus fière- 



I¢) LA SClEICE SOCIALE. 
m.nt le haut du p;vé social; jamais les TuiIe'ies ne virent plus 
gros souli,' fouler leurs tapis et plus maladroitcs rév6reces se 
lnirer dans leurs randes $laces. L'él6ln.nt rétroradc et che- 
valercsque est victoricusement élimind. 
I.e type prudhomme entre ici dans une nouvelle phase, celle 
de son apoff6e. Un renouvellement analoffue à celui de 
quoique moins radical, s'op6rc dans hs hautes couches. Un. 
foul de, nol»ls et de rieu.r bottrgeois, appartenant à l'armée, 
1, marine., a la diplomatie, aux fonctions publiques, donnent 
h,ur ,ldmi,siou, et sont remplac6s en masse par des bourg'eois 
ralli,:s au sol,.il levant. La noblesse n'6migre pas, mais elle 
r6fugie dans s«.s t«.,'res et s'isole du mouvement général. A 
c,,ur, dans h.s villes, dans h.s affaires, les pote've.nu« tiennent 
sans obstacle le haut du par6. Un t,it significatif marque ce 
triomphe. " l'«,baissemcnt du tons 61ect,»ral de 300 A 200 francs: 
abaissement qui a p,mx' double' résultat de r6duire l'influence 
politique des rands pt',Tri,;taires ruraux, .t d'incorlmr«'r 
i la classe, di'icante un t)»rt c,mtinet de petits 'elttiel. 
c«»llmCl'çan/s, industri«-ls, maffasiniers, à qui les droits politiques 
««mfèren/ inm6dia/«'ment une certaine considérati«-m sociale. 
lais remarquons bi«,n que, si le eeltS est abaissé à 00 francs. 
iW,'«..t pas port« l,ltx b«.,. I.a bourge«dsie veut bien sui»- 
planter la nobh.ssc, nais ell,. ne prétond pas s'encanailler avec 
le peuple. Elle t à la première - ¢/c-/oi de là que je 
ttletlo; mais cllo crio au sec,»nd • .l'y suis..i' res/o. 
I.a p, ditiquc ,.xtëricurc va se fesse.n/if do l'avènement 
u,melles c«m«hes, l.'«.tttette «ordial«. succédera, au prix des plus 
humiliants sa«rilices, h l'altitude, fi6re et susccp/il»le des diph»- 
mates de ;h«rles X..ktthires de Bclique, affaire Pri[chard, 
«luestions de l»,d«»gnc, dl'ient, dtl S,nderbund, tout sera l'oc- 
casion de rcculades savantes et prudcnt,.s, dictées par les 
rois industriels et c«mmaerciaux de nos pacifiques léffislateurs. 
Mais comment d6-uiscr ces d,faites aux yeux du peuple français. 
si vif. si ,,mbraffeux. si chauvin?  Avec des phrases, l.a 
l,,g'ne est-«.lle écrasde. après avoir vainement compt6 sm' h. 
s«-e-»ut de la France? On dira • « L'ordre règne à Vars«,vie » 



M. PttUDnO.ME. 121 
I.'An'leterre somme-t-elle la France de renoncer à une ind,.m- 
lité du Maroc après la bataille d'lsly? On dir« : « La Frce 
assez riche pour payer sa loire! » C'est l'époque ,le l'inénarr«blc 
Dupin. de ses lourdes sentences, de ses discours pompeux toul 
remplis du contentement de soi et de son siècle. C'est alors 
I;uizot prononce son fameux discours de Lisieux, résumé par la 
pres en ces deux mois : « Enrichissez-vous. » Au fond. le 
ministre, malffré quelques réserves, est assez saIisf«it de son 
b.mps : « N,»us avons acquis, dit-il, de nous-mmes ,.t de notre 
condition, une connaissance plus juste et plus prof,n, le. N,ms 
ne nous payons plus de ddsirs, ni d'ar$umcns, ni d'«pl,arences, 
i d'espérances (!l). Nous voyons ce qui est. Nous vivons bie 
plus que nos pères dans la véritd des choses. Nous som»u»s plu, 
sales et plus modestes (1). » 
}lettons en rcg«rd la tirade suivante, emprmh;e à H.nri 
nier : 
M. PtottottE (à M. Ducreux).  Vous ¢es de ces g.ns qui font 
de l'opposition A tout... De quoi se plaint-on, je vous le de- 
mande? Est-ce que je ne ffagne pas de l'ar'ent sur les fonds et 
sur les actios? Est-ce que e n'ai pas b»nne table ci bon 
Est-ce que je ne suis pas considdré, porté sur h-s list,.s dt Ul'y, 
recu dans h:s l,remiers salons de la Chaussde-d'Antin, 
pour toutes les fonctions honoritiques. élu au rad«, de pitaic 
par mes concitoyens, ci sur le point d'ètre, avec m,,n é1)ortse, 
présenté aux ]»ls du roi? N'est-ce pas lA uu 6lat pr,sl»bre? 
core une fois, e vous 1,. demand., de quoi se pl;did-»n 
Jusqu'alors, on ne voyait dans un d6puté que h. champion 
d'un principe. A partir de 1830, on commcn«.c à s,. faire 
pour le plaisir d'ètre Cu. On qutc la dputation comme. 
qu6tera la d6coration. C'est un titre, uu ornement, unTaoache: 
sans complet', 1,,»ur beaucoup, l«'s profits pécuni«dres, les faveul'x 
ministériclles, les eux de }»ourse. etc. 
Axo'v (à Prudhomne).  Cincinnatus. quittez voire ch;rru«. '. 
e vous le dis du fond du CœUr et avec l'én«.ri, • de la convie- 
,1) Guizot, .llddilalio»ts, « De rétat des ames ». 
2) G»'«udetr et dc«deace... 



1-)2 LA SCIENCE SOCIALE. 
tion " Ma l,«,r,,le ,l'honn«.ur, vous ëtes «ligne de sauv«.r le Cal)i- 
PRLI)II«)MME.- Aln ce mot me décid«. ce mot me ddcidc 1) 
Prudhonuuc est décid4, mais i ''' Prudhomme ne ['es( pas : 
1  PlnmoMMr:. -- A quoi cela vous se.frira-t-il? 
l6pini6r« ., ci c'«.st sur les hancs de c«,ite.., pépinière qu«. l'cm 
pro.md b.s h,um«.s d'État, les ministres. 
M  lqtcmOMM.  Allons donc 
Pic ,noM»;.  Je serai u«'lTw rhose, madame Prudhomme. 
.i" serai 7««,/7,«e «/«ose, je vous en donne ma foi 
omm«. Tavlarin, I»rudhomlne est terril»le lorsqu'il pari 
terre. Ses amhiti«ms ont une. cand«.ur et une lourdeur «aracté- 
ristiqucs: malré ce, il jette feu et tlamlnc. Sur le terrain poli- 
ti«lU«., comme sur le terrain littdl-aive, il a conscience de 
»iss;m. Ëcout«.z Auqlstin Thi«q'ry : 
« Nous qu'on apl»,.lle des holnlnCS nouveaux, sachons prouver 
que nous ne lc sonnues pas ... Nous sommes les hommes des «i- 
t:s. les honu]es des communes, les ho, mmes de la 'lèbe, les 
tils de ces paysans quc d«.s ch«.valiers massacrèrent près de 
Meaux, les tils de ces bour'eois qui firent h'embler Charles 
les tils des révoltés d,. la J««.querie .3[ » 
Le s«.ntilnent itime &. la hourffeoisie, sous Iouis-Philippe. 
c'est la persuasion qu'«.lle a de ihire, par 1«. seul thit de sa pros- 
l,él.ité, la l»l'osp6rit« «le la I:rance «.ntibrc. L'idée du patronage 
s«,cial, av«'c ses devoirs COlnpliquds et traditionuels, hli cst géné- 
t'aie.ment inc,nuue. Elle n'a pas tort, sans d,,ute, de donner 
viffoureuse impulsion à l'iuChlstrie, au commerce, à la création 
,les chç'mins de hr.. Etc a tort de ne voir que cela, et de 
,',msidérer que le c6té matériel des choscs. Entre la boureoisie 
orldauisb, d' 18'0 't la classe dirigeanh, tellc qu'elh devrait 
ètre, il x a toute la distance qui sali»arc, l'économie politique 
,le la sci«.nce sociale. 

• 1) Grttndeu« ci décodera'e. 
{ Il, id. 
• I Histoire d'.lnglcterre, %11. 



3I. I'RUIJlIOME. 
C,.tte bourg,.oisie s'eltdort dans sa b,,nlle et 'rosse ce, n- 
fiance. Le proures scientifique, alors à son maximum de vilesse, 
lui donne l'illusion d'un progr6s social. Elle. croit qu«" la pai.r 
h l'cxt6rieur, la commandite. à l'int6riour, sont l,.s deux sp6citi- 
ques sans rivaux qui ,,6,'isscnt les plates nationales, et que 
bas peuph., le peuple" d6sorffanisé, sans associations, sans syu- 
dicats, sans protecteurs naturels, sans droits l»olitiq,,«.s, sorti de 
l'ordr, ancien sans avoir trouv6 un ordre nouveau, prendra t,,u- 
jours en patience la domination de qu«'lqut.s milliers d,. pat«.ntds 
qui ont renve6 Charh's X au nom de la lil»e,'té et d,.s d,'«»ils 
peulde. Fille des J,tcq«es. mais filh. enrichie et privilégié,., elle 
ne remarqu,, pas tous les autres fils des Jacques d,,meurés 
arrière, dans la jalousie et la pauvreté. Le lit.fs dtal. au 
me.ni mères, oit il lit COml)laisamment son Hisloire, no 
toit pas qu'il a cessé en fait d'i.trc tiers 6t;t, .t qu'un qua- 
trième dtat. re'ardant les bçul'g«'ois d'aujouvd'llui comme h.s 
Jacques d'autrefois rc.zardaient ls n«d»les, S'al)prbb. à donner 
l'ut aux « 'xploit«.urs ». Cette inorance t.ra sa pe.rte. ['n 
mouvement décisif va s'opérer. A c61d d«,s Prudll«mmes offi- 
ciels, immobilisés dans leur prudenle I»éatiludc, se lèvent les 
Prudhommes de l'«q»position, fils de la bour'eoisie, eux aussi : 
ll(lilon Barro[, Louis-Blanc, Ledru-Rollin. ou mèm«. transt'ug«.s 
de la noblesse, comme Lamartine o[ I;irardin, et dont les théo- 
ri, quoique dépourmtes de sens pratique, ont sur celles de leurs 
advemaires l'avanta.g'c immense d'6h'c neuves et de. n'avoir 
encore subi l'épreuve de l'application. In idéal nouveau, où 
contmdent la République, le sul'h'ag'«, universel, le socialisme., 
aspire h se réaliser dans les choses. Il se traduit p;r la rév«.lution 
de Février. 
Si l'espace n'était borné, quc de jolies choses à dire  L'eni- 
vrement du peuple aboulissant aux journées de juin : l«.s ho.m- 
mes d'ordre n'or$'anisant que le d6sordre, les discours tul)é- 
tiants de Victor Huffo: les ve, Ire-face de presque tous les h«-»ntmcs 
politiques ; M. Thiers. le pourfendeur des jésui[es en 185, 
avec Montalemher[ la liberté de l'enseignement, les projets 
litiques de Lamartine, projets pleins d'honnte(é et de poésie. 



|'i L _ SCIENCE SOCIALE. 
ayant le seul défaut d'6tre impraticables; les protestations con- 
tl.« Ici peine de lnort; la .'î"rande question du dro# au travail, 
cmffondue, à la tribune mëme de l'Assemblée législative, avec 
la I;t,«.rté du tracoi[;  par-dessus tout, la fondation mémo- 
rai»le et la déconfiture des ate[i«,rs ,atioa««x, expérience assez 
lar'e du so«ialislne, démntl'ant, inutilement pour beaucoup 
d'aveux'les, l'absurdité des th6ories plus ou moins miti.'ées ou 
radicales qui w, udraient organiser le travail par l'intervention 
«le l'État; enfin, les tiraillements d'une puissante majorité, mi- 
partie lëgitimi.te e orléani.[e, entralnant, comme conclusion 
de ces aspirations en laveur de la ro),auté, le rétal)lissement 
«le l'Empire! -- Tout cela pourl'ait faire un volume, où la figure 
de notre ami l»rudhommt • aurait sa place marquée à chaque 
pag'e, comme dans l'album immortel de Cham. 

Élarg'issons maintenant no!re chanap d'observatiou. 
A partir du premier tiers de ce siècle, le caractère prudhom- 
mesque tend à devenir cosmopolite. L« facilité des communica- 
fions et l'influence pcrsistante «les écri[s francais contribuent 
l»rilcipalenwlt à imprégner de nos m«_eurs et de nos idées les 
nations placées "à peu près dans les mèmes conditions sociales 
que la France. L'Allem«-ne, et tous les pays dits de race lalhe 
ialuralisenl «.hcz eux M. l»rudhomme, en le rcvètant chacun, 
l)«»Ul" ainsi dire, de ce qui pe! restcl' d'ori.'.:'inal dans leurs cos- 
lumes respectifs. L'l[alie, -- Itahç«/r,«ra da se. t- chante les fu- 
hres splendeurs de son unité. L'Es[»agne s'essaie aux graves 
,liscussions du l'é."nle cons!i!ulionnel français. Les républiques 
cit, l'Amérique du Sud. dans leur lame de hausser leurs budgets 
au n_iveau des ])ud.._,c[s europé,ns, glissent dans d'effrayantes 
I»anqu«'routes. S'ulcment, dans tous ces pays, plus pl.imitifs. 
moins polis, m,»ins cen[ralisés que le n6tre, les coups de fusil 
soulignent vololtiel. les revendicati,»ns, l»rndhomnle ), conserve 
dcs airs de Roland furieux ou de D,»n dui«hottc. Il endosse l'ha- 
bit rouge de 'aribaldicn, fait sonner ses bottes avec Espartero, 
et se livre, à la tëtc d'armées sans solde assez semblables à nos 
gardes nationales, à des pronunciamient,)s qui font plus de bruit 



M. PRUI)HOMME. 125 
que de mal. (;'est toujours la liber'tC entourée d'une auréole 
d'abstraction.s. «lui tait le fond de ces réclamations tUlnultueuses. 
Chaque déplacement de pouvoir doit ouvrir sans faute, pour la 
nation révolutionnée, l'ère définitive du bonheur, des cailles rè- 
ries et de l'esprit moderne. L'AIlmagne, 11, a mieux que cela. 
Une puissance réelle et formidable, due à la concentration rè- 
cente des nationatés éparscs, s'allie che elle à des ambiti,ms 
d'un genre diffèrent. Elle veut dominer le mond,', non seul,.- 
ment par les armes, mais pro. la pen.sée, l,'instruction alle- 
mande, l'dcole allemande, la philosophie allemande, l'érudili«m 
allemande, la musique allemande, lnarch«'nt A.la conqu,:te de 
l'univers. « Ils en ont plein la bouche, de leursc&nre allemande », 
s'écrie avec humeur Jules Lemaitre. à let vue de nos savants 
français, qui mordent si bénévolement h l'hameçolt intellectuel 
de leut's congénères d'outre-Rhin. Vers cette dpoque, le type 
Prudhomme accomplit une nouvelle évolution? Les admirables 
prog'r6s de la science, baleaux it vapeur, chemins de fer, t61é- 
graphes, photographie, gaz d'é«lairag-, industt'ies chilniques, 
en modifiant profond,;lnent les moyens et le mode d'existence 
des peuples civilisés, et en redoublant los complications sociales, 
réagissent sur la tète peu solide dt, bourg'vois. Ivre de ces triom- 
phes qui, au fond, ne sont pas son «.uvre, Prudhomme, plus que 
jamais, ne doute de rien. Il croit que tous ces prOgl'èS d'or'rire 
spécial ont p,-»ur corrélatif 1, ' pr¢,ffl'6S mm'al et social des nations. 
A la complication des choses rèpond let pr«;soniption d,.s hom- 
mes. Le ,, siècle des lulnières » prend son 61an vers l'idéal, hn- 
puissant à s'en rapl»rocher par le vrai chemin, qui est celui d," 
l'initiativo privée, i.'u«»rant les v6ritahics conditions de" la pr,,s- 
pèrit6 matdrielle et morah, th.s socièt,;s, fermant aveuglèment 
les )'eux sur les exemples des nations qui menacent d'évincer 
les autres, telles que l'An'leterre et les Élats-Unis, le bourgeois 
frauçais se rejette vers des moyens commodes et arlitici«.ls, mais 
ruineux et inefficaces, vers l'initiative et l'omnipotence de l'État. 
A l'État de rendre le citoyen heureux, de le faire travailler, de 
le morahser, de l'instruire malgré lui, de le forcer. »«mu mili- 
fart, à ëtre économe, pl'6Voyant. éclairé, vertueux, etc. Ainsi 
. Xl. 1o 



||; LA SCIENCE SOCIALE. 
se répaud la conception de IËtat-Providence; aiusi s'épanouit 
la centralisalion ; ainsi naissent et se fi»rtifiÇnt les mille systèmes 
socialistes ou demi-socialistes, rèves d'une soci6t6 paresseuse qui 
réclame à 'rands cris une perfection idéale parce qu'elle n'a p 
la fo»rte de mettre la cognée à un seul de ses d6fauts 
Les autres nations peuvent marcher. Elles peuvent nous 
guer de vitesse daus cee course au progrès. Prudhomme ne 
'avoura jamais vaincu. Il crDl'a plus fort que l'Anleterr, 
plus fi»rt quo l'Am61"iquo; et le diapason du chauvinisme mon- 
lcra d'autant plus haut que l'influence francaise baisse davan- 
ta:e. Pour quelques victoires relativement fitciles, Napol6on 111 
«. p,,se en c,,nquérant. 11 joue au « rcdrseur des iorts ». En 1870, 
personne «.n Frauce ne dt»uie de la vict-ire. M. Thicrs veut 61e- 
v,.r des o],jcclions. Un l'rudhomm«, lui crie : « Vous 6tes la lrom- 
pelle anli-patl'iotiquc du ddsastre » 
L'cxp6ricnc«. de Se.dan dissipe cette, illusion, mais ne ffu6rit 
pas M. l'rudhomme. 
M. Thi«.l, qui a du sens pratique, voit immddialem«.nt la vraie 
s«,luli-n : faire la paix tout de suite, au prix de quelques sacri- 
tio-s, atin d'6viier h.s sacriticcs plus ondrcux que nous coùterait 
une. résistance inutile. 
Ici, Prudhomm«'-;amb,.tta entre en 
l'rud,.mm,.nt l'«.iir6 it Bordeaux, l'avocat de la lt6fensc natio- 
nah. disp,qse à tous les rouis ses belliqucuses proclamations. 
« La g,u.rr,, h ouirauce, » il lit' S,,l't pas de là. Et quelles con- 
dilions désastrvuses aura IDu cetl«, fluette, c'est ce dont le grand 
h,,mmc impr,wisé sc. pr6occup,' le moins. 
E revanche, il s'occupe b«'aucoup de Sll'aldffie mBilairc. 
l.'avocat dicte s«,s plans aux vieux généraux : .« Poussez par 
campez par là ; occupez ceci, évacuez cela ; ,, le lout agr6mcni6 
de d6pèch«.s s,mt,l.«.s ci emphaliqucs. 
11 ;ppl'end que les l'russiens ont coup6 uotre arln6e : « Tani 
miteux, dit-il, ca en tra deux » 
Le siège de Paris est poussd avec vigueur. Les gens sensés 
u%nt plus d'espoir. Le vaillant Prudhomme en a toujou : 
« La France, 6crit-il le 9 janvier 1871, est COlnpl6telncnt 



M. I'RUDIlOMME. 127 
,-hanffée depuis deux mois; l'àllle de Paris s'est répandue sur 
elle et l'a transfir.'uréc, et. si vous veni,.z " succomber, c'est 
un cri de veugeauce qui sortit'ait de t,»uh.s les poitrines. M, ds 
,'ous ne .çuccomberez pa. (1) »  
Malgré ces pvophéti«'s et bien d'autres, il tçaut entin se' résigner 
aux conditions du vainqueur. Comment passer par ectte humi- 
liation? Comment g'arder, toujoul et quand nëme, l'air lriom- 
phant et eont,.nt l'rudhonme-llugo s'aequitl,, m«.rv,.ilh,tsement 
de ce tour de. force.. Le voici h la tribune de l'Ass«.m]»l«:e na- 
lionale : 
« Il v a désorma[s en Europe deux natious qui seront r,.dou- 
tables, l'une, parce qu'elle sera vietorivuso, l'autre, parce qu'«.lh. 
sera vaincue'.... (Moucement.) 
« Cette d«'rnière,) elle. aura la lumière, elle aura la Iii»cri6; 
,.11«. aura non le droit divin, mais le dit humain; «.lle aura 
la tribune liiwe, la presse, libre, la parole libre, la conscient,. 
libre, l'àme haut«. Elle aura et elh, ffard«.ra l'iniliative du pro- 
vès et la elient61e des faces opprim6os ,15.ès bi,.nl tcès 
et pendant que la nalion victorieuse, l'Aih.magne, baissera h. 
tont sous son lourd casque, de. honh. eselave, cil,., la vaincu,. 
sublime, la Fl'anee, elle alra sur la tèl«. sa eouronne de p«.uple 
s«»uvevain  
« Et on enh-ndra la France. crier : C'«'st m,»n lour Allem«'u«, 
me voilà  Suis-j« ton ennemie,? Non  je suis fa sœeur. (19";.s bie 
t4s hiet!)... N,ms ne ferons plus qu'un seul peuple, qu'un,. 
seule r6puhlique. Je vais démolir m«.s tbr/ercss,,s, lu vas 
liv h.s ti«,nnes'. Ma ¥«'n$caue«., c'est la frat«'vnité » ,.I 9,turhe : 
B,'aco hraco (2)) 
Est-ce assez joli ? 
Eu fidt, nos désastx'es n'»nt fait qu'augmenlev en nous 
n0vation'de l'Allemagne. Celle-ci a évidêmn,.nt ,ur nous une 
sup6riorih;. Qu«.lle est-elle?  L'instruction.  Qui n, ets a vaincus 
en 1870[  Le maitrc d'éeoh, alh.mand, l;«,vmanis,,ns la vam- 
maire; l'Alsaee revient à nous. D,.s mesures éneri,lucs s,mt 
(I Lellre officielle à Jules Faw'e. -- Jouraal officiel du I0 janvier. 
I2) Séance du tt mars 1831. 



!8 tA SC,C, 
l,ris,.s, p,.ndant cinq ou six ans. les fuiut profisscu de l'Uni- 
x,.it, françaiso s'imbilwront «1 svntaxe comparèc, de philo- 
logic, d'archéologie., d'hèbr«.u, de sanscrit, de numismatique, de 
mèIriqut', d« palè«,gral»hie et d'idèalism«' transcendantal; le tout 
pour aller, toute leur vi, durant, faire d,;cliner « rosa, la rose », 
l «h.s bambins ennuyès qui, d,.ux ou trois ans après leur sortie 
du collège, auront oublié tout leur latin ei parthis même lt.ur 
tan«ais. Toutetbis. «« ne sont pas exclusive.rueur les programmes 
à l'alh.mand,' qui d,iv,qd nous rég'«:nérer et nous grandir: c'est 
/'instru«tio, en g6nóral, h. chau«y,', l»rtnoz d.s fils de labou- 
reurs, ayant de six à tr.ize ans: bourrez-les de grammaire. 
d'arithmétique' al»protbndi«', de g:omètric, d'histoir naturelle, 
d. « le«,,ns d, «h,,s«s ». h. « d«.voirs civiqu«.s », «.1 vous verr«.z 
comme l'agri,'ulturc prort.ss,.ra. No»us ne reviendrons pas sur 
l'article d6cisif d,' 1. Saint-R,,main (I) à ce sujet. On a pu 
voir l«.s rèsultats qu« nos instiluleurs, chautts à outrance, dans 
n«»s 6«ob.s normals. ,.t munis des plus savanls pro.rammes de 
l,Mago»-io, ont al»tonus dans nos canqagn,.s. Là encore, le ré- 
w.il est Wrril,l,.m,.nt inférieur au r6xe; mais l«.s champions d,. 
noire, instruction lmbliqu,' n," se dé«,»uragent pas pour si peu. 
,, I.öcoh  l':«olt. » a-t-on assez fa bouche ce mot maçiqne a-t-on 
«ss,z «.xaité s,. V«.l'Us[ M. d,' ;irardin . annoncait 
I,al,l.ment quo.. l,»rsquc t,ut le monde saurait lire. les gendar- 
mes et les tril,unaux pourrai,mi ötre SUl»primós sans inconvè- 
nien/. M. d,.' Girar, lin ne tkfisait qu'oxpl'imcr la pens6e d'une 
fouh. de « pens.urs » de notre, siècle, pens6c «'ncor. d6fi-ndue, 
actu«.ll«'m,'nt, par dos centaines de journaux, malgr6 1 dèmenti 
,:datant des thits, l»r«dholnnt . póda'o'ue, se'bru sa coutume, 
ndli6 qu'un détail : la thmille, ct. da»s h sein de cette 
mille, la rt.liffion. 11 n'a pas c,,ml,ris que tontes les connaisn- 
ces possibles, incrustó,.s dans la cervelle d'un marmht durant 
l'csl,ace de huit heures, n'onl en .lles rien qui pnisse absolument 
eml,chcr 1« susdit marmot d' poliss,,nncr, si bon lui semi»le, du- 

ri) Science sociale, mars 1892. 
() l'ous celons ici de iiit)llloire. Ce ne sont pas les termes plopres de M. de Girar- 
din, mais (est son id6e. 



M. PRUDHOMME. 129 

rant les seize heures «lui lui restent, si aucune influence 
et supérieur à Iëcole ne vient le saisir par 1.. foud iutim«' de 
ètre et former sa volonté à hieu agir. Croire que les manuels 
civiques suppléeront h c«qa, c'est h coup sdr la plus formidable' 
utopie qui ait pu se loger sous le bonuet d'un t.6tbrmatem" mo- 
derne; et peu de tentatives r6unisseut A un aussi t',n't de.gré ces 
trois caractères d'incapacilé, de solenuite, 't de" p.esomption 
qui sont les attt'ibuls essentiels &. M. l'rudhomme. 
Remarqu.ms toujours le point faibh, de ce, lui-ci. Ce qu'il ad- 
mire est g(.u6ral,.meut digne' d'admirati,m. L'iustitut,«u', comme 
tout autre, a sa mission dans le mouds', mission restreiul«' de 
sa nature, et ne vcnaut qu'au second rang'. Mais uue saiue ap- 
pr6ciation, une. «.stim«. m,.surée ne. couvieuuent pas à nos 
p6rameuts admiratifs. Le mot «.xprcssif : « il n'va que «a » 
semble avoir dt6 crë6 et mis au mond,, pour 6tre. adaptd suc- 
cessivem«-n h tous h.s bienhcur«.ux substautifs qui ont 6t,: les 
idolcs de notre si6cle, lin dit de. nos jours. «.n certaiues sl»h6- 
res : ,, L'institutem', il n'v a que «a! » comme' «,n disait, eu 
1815 : « La I;harte, il n'v a que «a », ou ,, La rim. riche., il 
n'y a qu«' ca'. », ou ,, 1'6clectismc, il n'y a qu«. ca'. » lu«'Xl»éri- 
menté et c,,ntiant, l'h,,mme d,. notre si6«lc perd facih.m,.nt 
vu«' la hidrarchi«, et l'importance rclativ,' d«'s ch,,s«.s; ses 
tente.s, comme ses admirations, s,,nt t'anehanles, «d»solu.s. 
La France n'est l,aS seule, à l'hcuro actuelle. à sYxag6r,.r l'im- 
portance de l'instruction. L'Allema.ne. -- et à sa t61e sou jeuu,: 
empereur, -- entre plus rdsolument que jamais dans c.lle oic. 
ue fiut-il, se" demand,. I'.uillaumc I!, « pour rép,mdrc aux 
cessités p'éseutcs de let situation qu'occup«' la pairie dans h' 
moude, et aussi pour la mettre à la hauteur d,.s luttes p«,ur la 
vie »?-- Ce qu'il faut, c'csl hien simple. 11 fiut supprim,.r le la- 
tin et le remplacer par l'allemand ; il faut de l»lus faire dru,lier 
f,md l'histoire allemand,, coutemporaiuc, atin de bi,.n pduC- 
trer la jeuuesse de la loire allemande., de la supérioritd alle- 
mande, etc. E un mol, retrancher des programmes tout ce qui 
nYstpas assez allemaud, rendre ainsi les él6ves aussi boru6s et 
aussi vaniteux quc possible, voilà le grand secret de conserver 



130 

LA SCIENCE SOCIALE. 

i l'Allema'ne sa grand,,ur. Ce n'est pas ainsi, on le sait, que les 
lomains ont conquis le monde. L'art de rendre justice à ses voisins 
et de les imiter lorsqu'ils font mieux est absolumont nécessaire 
i t«,ut pouplo «lui ne veut pas se laisser distancer et s'endormir 
dans la décadenco. 

Considérons maintenant, d'un bout à l'autre de notre siècle, 
l'«.uvrc te,talc de la bour,'eoisie. Qu'a-t-elle fiit? qu'a-t-elle cons- 
truit? quels pro.'rès a-t-elle réalisés? quels problèmes sociaux a- 
t-clic avantageus,'ment résolus? La réponse est aussi claire 
que triste. Son actif se chiffr,, par un seul mot : Néant. Le pro- 
.'-"rès scit, difique et industriel ne doit pas nous faire illusion. En 
prcmi«.r li,,u, ne»te»ris quc la l»lupart dos inventions nous vien- 
ment de, l'Angleterre «»u de l'Amériqu« ; la France, sur ce point, n'a 
pas inauguré, elle a imité. En sec,nd lieu, ce progrès spécial. 
comme nous l'avons dit, n'a ri,n de commun avec le bonheur 
r6cl. avec la prospérité sociale d'un peuplo. On peut êro mal- 
ht.ur«,ux ou vicieux en cl,emin d,, fer. comme on peut ëtre heu- 
reu, ou verhwux dans u," dilig'ence. Rome était plus cicili«ée 
queles Barbares au m,ment où sa corruption la faisait tomber 
sous leurs coups. 
La 1,our'eoisi, française, immobile et impuissante, se débat 
«.n valu dans s«.s illusions t«»ujours remises à muf et décorées de 
qm.hlu«, nouvelle 6tiqucltc. Elh' est comme l'écureuil dans une 
cage r-nde" clh. g'rimpe toujours et ne s'élève jamais. Les cau- 
ses «le dissMuti«»n con/in.en! à ag'ir, à désorganiser les familles 
ci les f-riunes. Le I»arta'e é,_a'al, avec l'éducation étroite, pru- 
«lentc, m«.squin,', qui en es! le cor«dlair% continue " f«urnir ",i 
la classe, diriffeantc des recrues déplorablement préparées à la 
Iàchc qui 1,,ur incombe. La burea u,'ratic, toujours paresseuso, ir- 
resp,msable et arrogante, règne ,'n maitressç là où devrait ré- 
.n«.r Finitia!ive privée; et, p«r s,s vexations, ses frais énormes, 
ses f«»rmalités, ses lenteurs, ne réussit qu'à couper les bras à tout 
«,si»rit d'cuire'prise. Relffermés dans leur spécialité, dans leur rou- 
tilw, dans leurs circulaircs, lesbureaucrates constituent vssentiel- 
lemcn! une classe i,calable. Forcés ",i de basses courber/es devant 



t. rnC)UO.iME. 13 ! 
leurs supérieurs, ils se rattrapent sut" leurs inférieurs et sur le 
public, prennent des airs princicrs pour commander, interro'er, 
répondre, faire attendre; de Ici. leur allure solennelle. Habitués à 
voir, dans leur sphère administrative, les choses marcher  la ba- 
guette, suivant un plan central et officiel, ils se figur,.nt aisément 
que tous les faits sociaux peuvent se réduire ch formules admi- 
nistratives; de là une incurable pr,;soïJ,pti,m; «le là ces proj«.s 
baroques, ces rapports ambitieux, cette chinoise.rie de r@lemen- 
ration, ces empiétcmens successifs sur les droits individuels. 
Menée en laisse par les bureaux, la société se t'aeonne à h.ur 
image. Faible, elle cherche la force, .t ne la trouve qu«, là. A 
force d'entendre le V, uvoir répéter : « .le ferai ceci, je ferai 
cela », le simple cit«,ven iinit par dire au pouvoir : « Fais ceci, 
fais cela », et il entasse projets sur projets, fèces sur r;.ves, aussi 
bien dans l'ordre intellectuel que dans l'ordre matériel. Le sens 
dit possibh' est perdu, l)u moment que l'rudhomme se réserve le 
droit de ne pas a'ir personnellement, ses prétcuti,-,ns sont sans 
])ornes. 
Depuis le commencement du sib«lc jusqu'h n«»s .iOUl, la race 
anglo-saxonne a fait un pas g-iantesque. Elle ;t peuplé l'Aus- 
traite, pcuplé la Nouvcl[c-Zëlandc. peuplé l'Afriquc australe. 
Les États-['nis, dout t«»ute la partie centrale et «»ccidentah., 
sous les noms (le Louisi«tne et «le Californie, appartenaient à la 
France et h l'Espagnc, sc. se»nf couverts rie villes, (1, • fermes, 
de chcmilis de fer anlo-sax«ms, et ont pris cràn«'ment la tçtc 
du mouvcmeut scientifique. Réfractaire ait s«»cialism«, et à toutes 
les utopies, cette race a fait son chcnlin sans rien dire, sans 
crier ses enthousiasmes sur les te.ifs, sans prcndr, des poses 
de nlahnnore, sans se perdre en déclanmti,»ns, en agitations, 
en révolutious, en déceptions. « Le progrès I sans phrase », 
telle pourrait ètrc sa devise. Qo'aVOllS-l|Olls fait pcudant ce 
temps? Toujours en retard sur nos voisins, nous n'avons ri'n 
créé de neuf. Le mouvement de notre population est h. plus 
lent du monde. A part l'Algérie (où l'on compte presque au- 
tant d'étrangers que de Français), nos colonies ne sont que 
des sinécures de fonctionnaires, nécessilant sans cesse de c«»dtcux 



13) r^ scmcr." SOCtArE. 
d6ploicments de forces pour défendre des celons «lui n'existent 
pas. i,'éducation, fié'reusement cotccntrée autour «lu bacca- 
la«réat, détourne notre jeunesse de ces voies fécondcs et pleines 
d'avenir o/ tl'ionThe sous nos )'eux la jeunesse anglaise. Elle 
b,»t'ne de bonne heure les rèves de l'enfant "h la conquètc 
d'un paisible rond-de,-cuir où, derrière un grilla'e quelconque, 
il attendra plus ou ln,»ins inq»aticmmen! la part égale d'hé- 
ritag« que le Code lui promet sans fiutc, et la bienheureuse 
dot que la sollicitude anxieuse de sa famille saura bien lui 
déniclwr qu«hlue pari. l'artout des CXl»édients. nulle part l'ini- 
tiative. Tr, q» vanit«.us« l»,»Ul • avç, uer sa décadence, la sociét6 ne 
cherche qu'à pailler le mal au li«qt de le guérir, l'n état 
psychologiqm' sort t'atalcment de ces condilions matérielles, 
et doit durer auiant qu'elles dur«ront. Cet dtat, c'est le pl'u- 
dhommislne, t«»uj,»urs le mème sç, us ses di'erscs modifications, 
ci travers s«s diverses et impuissant,.s aspirations. Élevée d'un 
eul c«mp à «le verti.'-"ineuses hauteurs, la bour.geoisie francaise 
m. s'est pas 'nc,_,l'e fail« à c« v«rliffe, lne ascension lente et la- 
borieuse eùt fait pl'o}»ablemcn! s«m apprentissage. Une ascen- 
si,m l»rusqu,, et inerte n'a fait que l''nivrer sans l'instruire. 
Tant qu,..1. Iq.udh«»mme n'aura pas mis résolumcnt la main à 
l'oeuvre, chez lui. dans sa famille; lan! qu'il n'aura pas montré 
à ses tils commen! on s'Cève se)i-me:me par sa x-i$-ueur et par 
so m6ri[o dans l'ordre (les choses ntiles; tant qu'il n'aura pas 
p'éparé sérieuscment, lal»«»rieuscmcnt, l'avènement d'une gé- 
nératiOli f»r|e -t cntrel)'cnatc , plus avide dïnd;pcndancc 
que de dil)h',mcs, et ('apablc de 1,rendre en main le patronage 
s«»cial du travail avec toutes ses complications actuelles, M. Pru- 
dhomme restera condamné à son r5lc grotesque et négatif; il 
conlinucra chaque soir, au coin de son feu, les pieds sur les 
chen«,ts, à dire de sa grosse voix i madame son épouse : « Je 
serai 7u«.lTu«. c/ose, madame l'rudhommc, je serai quelque 
chose, ,,, et il ne sera jamais qu'un phraseur. 

[;. o'AZAMBI.'JA. 



LA SO3ÉTE VÉI}IQUE. 

LE BEICE.U DES BACES HUMAINES. 

Depuis que les livres sacres des Igrahman.s de l'lnde ont 
apportés en Europe. leur étude a lmssionné une partie du m,-,nd,. 
savant, et tous les moyens «,nf ét6 mis en ceux-re pour interprét.r 
ces antiques 6,_'rituros, pt, ur en extraire les n,-,ti,ns de lt, ut 
genre qu'elles contiennent. Si ces rocherches ,nt btd tente:es et 
poursuixes axec atttant de talent que «le patience par les 
dits de toutes les nations, c'est qu'elles pl.dsentent un intér6t de 
premier ordre, qui s'est r6vé16 dès les premiers pas faits dans 
lëtude du sanscrit " l'at'tinit6 de cette lang'uc m,,rto. 
dans le lointain ds ages. avec les lanues anciennes ,,u m,,- 
dernes de l'Eur«»pe s'est manifest6e t,,ut d'abord. 
;rtce aux immenses travaux phil,-,loiqu,.s qui ont suivi cet/c. 
d6couverte, la confraternitd des Aryas primitifs et des Eur«,p6cns 
a é16 indiscutablement 6tablie. D6s lors, la re.cherche d,.s ori- 
gines arxennes devenait let rechorche de n,,s pr,,pres ,,riinos 
nous-mOrnes" on a été conduit par une curiosité croissanh" à 
vouloir fixer et circonscrire le lieu d'habitation l»rcmi;'re de la 
race Indo-Europ6enne, A renouer la chaine qui, k travers les 
ages et les continents, r;uni/les deux fracti«,ns, pourtant si dis- 
tantes, de cette branche de l'humanit:. Les labeurs et la clair- 
voyance des hommes distingu6s qui out entrepris cette tàche 
ont mis au jour une foule de points de comparaisons et de rap- 



-t L SCmCS SOC,. 
ports, une masse de matériaux prores à faciliter l'observation 
de la société au sein de laquelle furent composés les livres des 
]ëdas. 
.le nie propose de soumettre aux lecteul uue étude sociale de 
la race aryenne primitive, que nous pouvons désigner sous le 
nom de sociét«: ]ëdiquv; j'y suis conduit, moi aussi, par la 
puissance de cette curiosité «lui s'attache aux origines de notre 
propre race. L'intért de ce travail glt dans la comparaison de 
ce que nous $onmles avec ce que nous avons été, avec ce que 
sont devenus nos frères cngagés dans une autre voie. Il est donc 
nécessaire de. chercher, non plus à l'aide de la philologie ou de 
l'ethnologie, mais par les moyens spéciaux dt, la science sociale. 
le v,int d'origine de Ici race Indo-Européenne; d'étudier en lui- 
mème ce lieu de la cçmeentration primitive des Ar)'ens. et les 
divers travau:r qu'il comporte; c'est--dire les moyens et le 
mode d'existence «lui s'imposèrent "A notre race dès ses débuts. 
Mais, d,s que l'on s'attache à cette observati«m du point où la 
race Indo-Européenne a opéré sa dislocation, la question s'é- 
lar,._"it : les cara«tbres l»ropres à ce territoire conviennent en effet 
à un év«:nement d'un ordre plus compréhensif et plus important 
encoro. 

Si l'on cherche, ci'une manière sommaire et générale, à se 
rendre compte de la distributi.n des divers travaux qui servent 
de l,ase à l'exist,mce de l'homnac, à travers l'hénfisphère boréal, 
dans l'ancien continent, on est am,.né à diviser cette immense 
étendu,. de terre en deux parties : t" celle où le sol, jusqu'ici 
i.tra..[ormabl,', ne donne ouverture qu't uu seul mode de tra- 
vail dominant, le PItura.--"e nomade; et -° celle où des lieux 
vari,:s et t,'an,[o,'mables offrent des ressources diverses et perfec- 
tibh's. 
Ce sont des phénomènes «le l'ordre météorologique, ceux dont 
l'action est à la fois la plus puissante et la plus inaccessible aux 



LA SOCIÉTÉ VÉDIQUE. 135 
efforts de l'homme, qui régissent cette répartition des con- 
ditions de vie dans l'Ancien Continent. Le zone des lieux 'én6ra- 
lement intransformables et de la e pasb,rale coIncide avec 
l'aire parcourue par le courant atmosphériqe des «d;zés ter- 
restres;la zone des tCl'rioires variés et lransformabhs est celle 
où s'étab]it le régime des l»'i»e. folles, des cr, urants contrariés 
et sans fixié 
Au point de vue du climat, la persistance d,. l'alizé du Nord- 
Est ou courant polaire, vent froid et il'èS sec, a polir eit de 
chasser hors de la prcmière zone les nuages e les pluies durant 
la plus grande partie o l'année, e e ne laisser subsistor 
le l quelque hmnidité que pendanl de très COUl-tes sais, ms. e 
deho de certaines localités rares et l'esserrées of les c«,urs d'eau 
maintienneni une certaine fl'al«heur. La pal'tie du 'lo}»e sou- 
mise à ce régime est donc, sur la presque t«,talité de sa surface. 
b»proire « la cultm'e. 
C'est le contraire qui a lieu pour la zone où s'exerce l'acti, m 
des brises folles : les venls inconstants permeHent aux nu,;es de 
s'Cendre au-dessus de. cetle portion de la Terre; ils les 
avancer, reculer, tourl»onn«.r, passer ct repasser eucore; les 
alternatives (le Cmlrants à haute et l basse temp,;l.ature sont 
favorables à la eon«lensation des vapeurs, h la chule clos pluies. 
[e cor état variable du ciel rSsnlte Ul arrosage intermiltenl, mais 
assuré, de la plus grande partio du territoire, et, en détinitive, 
¢onservati«m à la surface du sol de l'humidité n«:cessaire à 
pluparl des végfitaux qUO l'homme peut cultiver : ce.tic. 
zone peut «qre dite pr,pre « la 
On comprend que ces deux pol.tios du gl«,l»e, s, mmies h ,h.s 
influences atmosphéri(lues diffdrentes, ne peuvent ètre limitées 
entre elles d'une facon absolument précise l)ar des line 
métriques. Le relief du sol, par la condensation dos vapours 
la présence des nei'es éternolles, par les dépressions où 
forment les courants et los amas d'eau, l)ar les iflexions quo 
ehaines élevéesimposent à la direction des vent., vient déranher 
(1 V. E. Reclus, 1. IX, p. 17, el l'abb Rougerie, Les Couraut almosph«'riq,es, 
p. 9 h 21. 



t3t fA SC.C SOOAr. 
la swnétrie et la rigueur mathématique de forme sous laquelle 
on conçoit, d'une manière générale, le g-rand phénom6ne des 
vents A direction constante. !1 en est de mème toutes les fois que 
l'on ,.nvisae dans leur application pratique les 'randcs forces 
naturelles, mdcaniques ou autres: leur action simultande ou 
c«,mldnde a t«,ujours pour «,flt de. me:nager une certaine marge, 
abandonnd«. à d«.s influcnces mdlan.des 
Mais cu deh«,rs de c(.ttc marffc, les'conséquenccs pures de cha- 
«1 m. ph6nomène apparaissent d'une manière bicn déterminée. 
La zone pasloralc, à cause de l'unitd et de l'imp«.rtctibihté du 
iravail domiuant qui s'v «.xercc,'a donn6 naissance fi des sociétés 
duéralenwnt peu COmldiqudes. EIb' est divisée en deux parties. 
Ians celle du N,rd. ou d,'s rand«.s St«.l)pes riches, h.s ol»serva- 
lions de Le l'lavont lhit rcc«»nnaitre l'exist,'nce de la socidtd simple 
par excellence, prise d,.puis comme unité sociale, comme terme de 
«',,mparaison et «le mesure : socidtd basdc sur l'unit6 al,solue du 
m,»de de travail, l'.cil,, d« Mi«[iou des Steppes paux res, a dtd Oudi6e 
dans cette Revue; l,.s soci,;tés qui v ont pris mdssance joignent 
h un dl6mcnt fonde, mental dt. siml»licit,;', provenant du tracai/ 
,/o,bot. certains auires 6i6ments de variét,  et de complica- 
tion. fr,fits des ditl;;rents t,'avau.« m'««'.,.,oire.; impos«;s par la na- 
turt. de Li,-u. , V, dr la carie 
11 est imp,,ssild«., l»o,,r l«'s l'«,isons que nous vetmns d'exp,,ser 
tout «k l'h«.urc, de ddlimiter exactement l'une par rapport à 
l'autre h.s d,q,x se'crios ,le la z,,ne des stoppes ; mais on l,eut 
,'irconscrire dans un certain pdrimèlre le lieu ffdoçraphique dans 
le,luel leut c«mditions re»pectives de travail, et les faces diverses 
qui «.n sonl issues, viement s'entremèler les unes aux autres. 
Iette r«:gio de" trans/tio de l'ancien continent peut 6tre d6signde, 
s,cial«.mcnt parlant, comme le cenh'e et h' pç»int de suture des 
deux se.citons de la zone Past,wale. Ele en'lobe, avec la Perse 
actu,.lle, les territoires qui l'avoisinent à l'Est et-à l'Ouest : 
l'Armdnie, la Chaldde, les pays Baloutches et At'hans; et les 
,h.rnit.rcs conqu6tes russes dans la r6ffion de l'Amou-Daria. 
,,r,  et c'est ici un point capital.  le territoire d,,nt nous 
pari,ms est pr6cisdment le lieu où ht zone Il'opte à la czdture et 



1314 IA sct.rcl SOCIALE. 
aux travaux divers, se maintenant gr'ace "à la structure monta- 
ffneuse du pays, tra.'erse la zone pastorale de part en part. 
A l'Ouest et au Nord-Ouest de la zone des Steppes, s'étendent 
les tel'ritoires variés et généralement cultivables de l'Asie Mineure, 
de l'Eurol»e entière et du littoral méditerranéen de l'Afrique; à 
l'Est et au Sud-Est, la Chine, l'lnde et l'lndo-Chine présentent les 
mèmes caractbres. I'es deu, sections sont reliées entre elles parles 
railAes cultivées de la Perse et les pentes arrosées du Turkestan 
Af.9"ham,. I.a z;,ne des vents inconstants et des sols transformables 
est de»ne répandue, comme celle des vents persistants et des 
Steppes, d'une exrémité  l'autre du continent, mais en sens 
opposé ; leur direction se croise. Toutes deux se réduisent à leur 
n,inimum de larg-cur et d'importnce dans la région centrale 
comprise entre le Caucase Arménien et le Caucase Indien. entre 
la Caspi,.nne et la mer d'Oman. Cette l.@ic, n sert, d'al)ord, de 
tr,nsition entre les deux zones; puis, de trait d'union entre les 
se,:tions septedrionale et méridionah, de la première, occidentale 
et orientale de la seconde. 
A partir de ce point du ,,..qobe, on voit rayonner dans toutes 
les directions, chacune suivant le climat qui lui convient, les 
espèces animales et vé$'étales appropriées aux différents lrat'aua: : 
vers les Steppes riches, le cheval septentrional, le 'rand b«Jéuf 
,-t le chameau bactrieu ; vers les Steppes pauvres, le cheval des 
Déserts, la br,.his, le b,'uf à bosse et le dromadaire. Vers les ter- 
ritoires à S,ls vuriés, les céréales, les fruits et les plantes utili- 
s;,bl«.s .,.a,'r«tce  la cullure : plus spéciah'ment, du c6té de l'{)uest. 
1«, froment. Forge et la vigne; «lu c6té de l'Est, le riz. le millet 
,.t le cet-n. Toutes les espèces que .je viens de nommer sont re- 
présentées dans la r6.,..ion de croisement des deux $'randes zones; 
il est facile d,' s'en convaincre en dépouillant h ce point de xue 
les ouvra.-es d'un certain nombre de. vo.va'eurs et de géographes. 
.I'M procdd6 soigneuse-ment à cette vérification ! 1;. 
En outre de ces espèces d'une importance primordiale pour 
les |ravaux dn P'turas'e nomade et de la culture, la rëgion con- 

i Je citerai la seule autoritë de Reclus, t. IX, p. 8 et '3 ; p. 222, 225 ; p. 303 "h 305. 



LA SOCIÉTÉ VÉDIOUE. 139 
trale que nous venons de désigner présente ééab.ment : 
fleuves et des lacs poissonneux, et des riva,.3_"es maritimes; "" des 
richesses minérales considérables en métaux et pierres préci«.uses ; 
3 ° le plus grand nombre des variétés de fruits ou légumes des 
climats tempérés (depuis le melon «.t l'asperg'e sauvages jus- 
qu'aux fruits à noyau et aux baies), poussa,t et st. développant 
sans nécessiter les soins de l'homme, rapprochécs et étaffées sur 
les pe.nies entre les somine|s neigeux t.t lt.s léserts; 't" «.nfin, les 
animaux de chasse g_'rands et petits, vivant en troupe ou is,Aés, 
de vol ou de poil. de plaine ou dt' marais : ceux qu,. poursuivait 
Nemrod, ,, le fort chasseur devant le Seig'n«.ur », et que les n,»l,h.s 
de la Perse ou les émirs Af.,_,'hans capturent encore à l'aid,. «lu 
faucon, du lévri,.r et d« la panthère apprivoisée. 
Ainsi. dans ce petit quadrilatère, si restreint l,,rs, lUC 1"o, 
compare ses dimensions à celle.,; de la terre habitée, s' trouv,'nt 
réunis et condensés tous b.s éléments nécessaires à tons h's tra- 
vaux, pourtant si ditt';rents les us des autre*s, «tu moyen desqu,'ls 
l'homme a étendu et maintient son existence jusqu'aux .xtrémités 
du globe: j'entends les travaux propres aux sociétés primitiv,-s; 
la vie pastorale, la culture, la pèche «.t la navi.'-"ati,,n, l'exploite- 
tion dt.s métaux et 1«. commerce des ol»j«.ts précieux, la cu,'illette 
et la chass,. 
Cette situation est uniqn«» dans l'ancien mond,.. On n'y l-'ut 
trouver, en efli»t, aucune autre route terrestre reliant les randcs 
zones d,. culture, par exemple la Chine à l'Eul'ope, soins h'a- 
veiner les St«'ppes h l'aide d's caravan,.s; on n'y peut rel«'v«'r 
non plus aucun aulrc point de contact direct entre 1,.s 
pauvres qui sYt«.ndcnt vers 1« Midi, et les St,.ppes riches s'avan- 
gant vers le Nord. 
Enfin, sur le pourtour de cette région où se croisent les deux 
grands oMres de phénomënes climatériques, une race d'hommes 
primitivelnent ad,»nnée à un genre 7uelco»Tm. de travail verrait 
s'ouw'ir devant elle une vaste étendue de territoire qu'cll,, pour- 
rait suivre indéfiniment sans abandonner ses m«,vens d'existe.nec 
originaire. Nous tenons 1/t le point initial " pourrir duqu,.1 cha- 
que société, constiluée sur la base d'un travail par|iculier, se 



 40 LA SCIENCE SOCIALE. 
répand au le, in à travers 1,- monde; le point de séparation, le 
poi//t de ddpart des faces 
Pour arriver à eelte eonelusion, il était néeessaire, indispensa- 
ble. que les diflronts ordres de travaux déterminant les ffrandes 
variétds sociales primitives aient 6t6 étudiés, elassés, et que 
l'on eùt suffisamment ddlimit6, par une sdrie d'observalions par- 
tant des extr6mitës p«mr revenir vers le centre, l'aire terrestre ap- 
propriée à chacun d, ces travaux, h chacune d, ces soeiét6s. 
l'ne fois ces études prélimiuaires fifites, et poussdes jusqu'A un 
ecvtain développement, il suffit de les rapprocher enire elles 
p, mr ètve conduit au résultat que nous venons d'6noneer. 
Le fait de l'exislenee mënw des diverses 'a«'es humaines ha- 
sées sur des travaux diflërcnts, est indéniable'. Peut-on admeth'e 
l'hypoflèse diamdtrah.ment oppos6e à la conclusion que nous ve- 
nous d'étal,lir : à sawir, une orig'ine sp6ciale à chacune de ces 
faces, et pour chacune un lieu sp6cial de formaliçm plac6 en 
dehors du centre. «.t à partir duquel chaque race se serait 6tendue 
à la fois ve.fs l'.xtdriem" et w'rs l'intérieur, ensorlo que le quadri- 
latère quo nous avons indiqud serait un point de cower#ance 
et nom d. di,.«.rye.e ?  l;etto objection, qui heurterait les 
lvaditio»s parliculi6ros de chaque branche do l'humanit6, tontes 
c«,n««,rdanles sut" ce point, toml»o dès ,lU, . l',,n consid6re h.s faits 
sci«.ntitiquom.nt e indiscutablemont «;tablis au sujet de. la race 
ind-.ur«Téenn«, la mieux 6ludi6e et la mieux connue; les ilin6- 
raires de ses divers,.s branclws sont cor/ainemeut diverffents à 
partir d'un novan conamm ,I,,nt la si/uati,m primitive est d6- 
m, mh'éc inclus,, dans notre, lieu de sdparatiou des faces (1). 
C« lieu central autour «luqu«.l rayon»chi les diverses sociët6s 
étant d,;tcvminé, il est intéressant d,. l'ol»server en détail, et, met- 
tat i, profit ce que nous avons appris tonchant le h'avail et la 
mani6rc d'ètre de chaque race une t)fis s.rlie du berceau com- 
mun. d,. clwvchcr h COlmaitre ce qui s'ost passd dans ce berceau 
mème. Pour cela, nous examinerous.  non pas 16g6relncnt, mais 

(I) Le mouvement de relour qui s'est produit, pour diverses causes, chez plusieurs 
races, en particulier citez les Iraniens, n'infirme en rien notre thè.-e concernant le 
i,oint de départ primilif 



LA SoCIETÉ VËDIQUE. 

d'une facon r/.sumée, alin d,' m,:tr,, et, lumièe h's faits l,rinci- 
paul;, les divisions «mire h.squ«.lles on peul rdl,arir, au point 
de vue du travail, l'ensemble du li,.u de f«,rmati,,n c d,' départ 
des rares humaines. Nous aborderons ainsi la qwstion mème de 
l'origine de ces faces diverses, nous saisir,ms l'6/at d,. la race 
primitive d,. laqu.lh. outes son s,,rlies. Le l»robl6m, se pose 
en ces let'mes : uel est. dans l'enseml»h' 
de ses d6pendanccs, le territoire qui a pu fi,urnir h la f,»is d,'s 
émiffrants capables d,' i,'uph'r h.s Sleppcs riches, h.s Stel,pes pa u- 
vres et les tcrrit,,ir,'s à Sols variés 

Ii. 

Comme nous l'avons dit &;ji. c',.st h. reli,.fdu s,,1, sa s|ruc|llr. 
montagneuse, qui c, mdui! la zone ,l,.s S,,ls Val.lés à trav«.t's c,.ll,. 
des S!-ppes. Deux chainos de m,,n|agn.s, s,- d6!a,'han! du massit 
arménien, enserrent le pla!,.au de l'lran; au Midi, c.ll,, du Za- 
gros, ou du Farsistan. dou,inan! la Chahl6c. !ravcrse 1,.s d,:scr!s, ci 
a re.joindre le l'ar,,pamissus, le l»ays de lh:rat e! de Kan,lal,ar. 
Au Nord. la chaine d,: l'El»o,rz, après arc, if fertilisé d," ses 
eaux le littoral caspi,'n d,. la l»,'rsc (Mazanddran), sc- l»l.,,long,. 
vers l'Est par un. ligne de haut,'urs qu'accontpag,en h.s cul- 
turcs, sépare dit Kcvil' ou Sahara pct'san h.s l»lain«'s sablonl,Clses 
hal»itées par les ca-alicrs turkmCnes, ci va rej,,indr,:, par le Tur- 
kestan a'ricol,., les hautes ri,les du ;au«as,. indiq, ,.t les phi- 
!eaux vcrdoyan!s du l'amir. 
L{. territoire it, tcr,nMiaire el,tre ces deux chai,es se diviso gé,,- 
graphiquclncnt en !rois parties. A l'angle N,rd-I uest. 1".1 zef/)¢.i«/- 
jan, pays arros6 par les versants ,,pposés d,.s n,ol,ls, .1 ,lui es| 
« le grenier de la P,rse ,,. A la suite, l'l,'k-Adj,.»,i, la plaine 
des Ach;n,énidcs (1). steppe assez riche que bordên!. ,le chaque 
c6té, deux lisières de terrains frais, sur lcsTicllcs h.s villag,.s 
des cuit!valeurs sont 'roupés à l'issue des vall,,»s, au po!ni où 

(l) Ou « la Grande-Mêdie des anciens ,,. V. Malte-Brun. 1. ll. 1'- 318. 
T. Xl. 11 



I ') l'. SCIENCE SOCIALE. 
les t.rrents descen(lus des hnuteurs bifurquent en phlsieurs bras 
;l«inl de se perdre dans les oufidi, sous h's sM»les. Enfin, à l'ex- 
Ir:lllit; orientale, où les Cll;lillCS de montagnes s-nf le plus dloi- 
gndes l'une de l'auh.e, s'Cenrichi les soliludes dessécllécs des 
//'l', pI'6SPlltaIll tOIIl' à rOUF dos SUl'tces rocheuscs dénu,ldes, des 
«u'iles ,ltlrcies iulpl'Ol,res à toute v,:+t, tion. ou de rands pla- 
hmux rec«»uvel'tS de sal»h, l',»u'e, que l'«dizé terrestre amoncelle 
,.n dunes ;dign,;,'s. L'h,mule n'h;hite point d«ns ces lieux déso- 
i,:s et les tr; erse le m«)ins l»«,ssii»le. C'est la imrridre pl;cée entre 
I'll'ient et l'Occideut. Elle se continue ;u -ord par les steppes 
du TUl'kestan lmSlOl'M, au Midi lmr les «tti'eux déserls B«loutehes. 
,lUi vont e,nfiner ù l'h,lus, lh'ux points seulement restent ou- 
verlsaux mi.r;liousd-s «ulliv;fleurs • les ex[rémilés(h.s chaînes 
i,orli;.l'eS. iui. m S, mlme. relieni h. Cue«se d'Arménie soit a«x 
détilés du I»amir .t du Tllil)e, se,il aux passes 1«' l'Hind-nkou«h, 
ou de l'Afhanistan. 
Cil, cUrie des divlsi,,ns du plu[eau Iranien. la plaine eultival»le 
(h. l'.lzerbe;dja«, l;t steppe de l'lw-.ldj«;mi, et le Itésert ou 
.s'a/mra Pers«m C«,l.resp,nd à une ifltuenee plus .u moins pro- 
n,meée, exereée lmr l'humidité p'oce,««d d«.s «onl«g«es sur l'en- 
Senll»h. du clhlm d,:lernliné par le souffle persisiant de l'alizé 
terrestre; elle e,,rresp,,nd, lmr conséquent, à une section voisine 
des sols montueux et vari:s, qui ai sur le climat en 'alon de 
Sri [lll'gl'lll" «'l I[# SOli 
D" li, trois lieux livel'S « considérer aussi d«ns l'ensemble des 
erl'it,,il'eS [, s,,ls val.iés de let 1.6ion • ceux qui, traversant les 
I«:serl. se C-ml»«,sent de. deux bandes étroites éloignées l'une de 
l',utr«, et novées dans l'inlnlensilé d«.s solitudes; ceux qui 
t're,nient à la steppe de l'lrak-Adjémi, plus larges, plus riches en 
,.au, et moins séparés les ms d,.s a,res p«r suite d,. la direei,)n 
convpente des chaines ; enfin, au Nord-Ouest, le nreud mème de 
ces deux ehaines, ou l'Arménie et le l)assin interméaire étroit 
qui re«oit les eaux de tous les versants. 
Telle est la division normale de notre sujet; elle est basée sur 
les conditions gé%Tal»hiques du lieu et n'a rien d'arbitraire. 
Les conditions suivant lesquelles le l'àturage et la Culture se 



LA sOCIÉTÉ VÉDIQUE. | i| 
trouvent ainsi juxtaposés donnent lieu à des phénomènes s«»ciaux 
diflërents, que .je vais exposer d'une manièri sucein.te. 

1" Dans h, traversée des Déserts. la l»Ul»ulatio «*.'_"t'icole, r,_.- 
treinte en nmnbre et vivant pénibl,qn,.nl ur des territ«,ires qui 
jouiss«.nt à peine de l'humidité nécessaire', «.st s, mmisc aux dé- 
prédations cm A la domination des nonmd,.s, beau,.oup plu nom- 
breux et plus forts • les alam«ms ou cxpédilions pillard«.s 
cavaliers Turkm6nes, avant que n,' se t't produite l'inh.r-cnti«,n 
des conquérants Itusses, passaient av,.«, rapidit,; enh'e les 
de défl:nsc qui ffarnissent par dizaine de milli,:eers les «lamps ,1,. 
la froutière Persane, enlevant les r6o,ltes, emmenant les hal»i- 
tants en csclava'o, e poussant leur p«,ine ]usqu'aux cnvir,,ns 
de Hérat. Au Midi. le Séistan enfler es c,nfinuellem«.nt 
par les iucursions d«.s I1r«do,«i et des fil,,1 du déserl Baloutche. 
que l,.m dr,,madair,'s affiles port,.nt .jusque sous les murs 
rman ' 1 ). 
Ici les faces l»as«,l'ale et a.ri,:ole s,»ni [,arttitenent 
elles sont hasfiles l'une it l'autre, ,'t l'«tvana'e alq»arfient aux 
nomades. Les ert.itoir«.s ('ulfiv6s. 1,anlieues de villes ('ommer- 
çantes c,,ume Kirman, Tel»b,-s, cte., peuv«.n èlre conidérés 
comme de simples oasis. Y«.zd, 1,aF exetnl»le , est « une cité du 
ddsert »; les sables enserrcnt d« outes parts l',msis cou,.l'e 
m6riers au milieu de laquelle vile est consh'uitc, et en certain 
«'ndroits viennent s'amon«el«.r contre les murs mèmes d,. la ville. 
ou ourbillonnel. dan s,»n enceinte. I.es manufactures de cerf,. 
ille « parfi«.llenwn assiégée par les sables ». «. qui mbrilv ,'e- 
pendant d'ètre ,pp«'lée « le Manchcter Persan », s,,nt dessel.vies 
par des lignes de caravanes s'éhq,dant s,,it vet's 31ascal,. et 
Mecque, soit vers la Casl»ienn,- ou vers la Chine .-2 . 
Ces transports à 'rand«. dislancc, ainsi qu«. l'exploitaii,»n ou 
domination permanente des sédentaires, cxient de la part 
nomades des froupements noml»reux .sous une directi,nt uniqu,.. 

,,) V. Rechls, t. l X, p. 55, 122, 205, 275; p. 3»2, etc. --Polagos. I'- 6 a I1: 
-- C' de Chollet, p. 5«;. 57 ; 115, 119. 
'.2) Reclus, t. IX, p. 260. 



lt4 LA SCIENCE SOCIALE. 
s,,us l'autorité de chefs l,uissants dont le patronage s'Cend jus- 
qu'à la direction des familles dans les moyens d'existence qu'elles 
firent de ces lr«tcau.r ¢tt'cessoiJ'es. 
La partie orientale des déserts Persans, ainsi quc les plaines 
Syro-Ara],es situ(.es au Sud, présentent le type fidèle des steppes 
pauvres. N,,us pouvous, d'al,rès »os éhldes anérieures (1), placer 
dans les sh.ppes de la Chahlee l'orig'ine «le la région des Pasteurs 
Cavaliers Al'abes: dans les déserts qui avoisinent Kirman et dans 
ceux qu«. limite l'Indus, le débu! des régions propres aux Che- 
w'iers et aux X achers; enfin, le commencement de la réffion Cha- 
melièl'«_" semble pouvoir erre indiqué dans les Kt, wir du Khorassan 
Nord, aux lieux off se pratique .le croisement du dromadaire avec 
],. chameau Bactrien. D,_" ce croisement, sont issus les chameauxde 
,|lt,¢.lt«,d, iemal'qla]»les entre tous par leur force e! leura'ilité (-). 
Si nous re,cherchons le point originaire, le berceau prenier de- 
lespbce humaine, nous d,.vons t,,ut d'abord éla.'-:uer la section 
qui, dans h. li,'u rec,,nnu comme point de départ de toutes les 
faces, est caractérisée par la zone d«.s steppes pauvres. Dans 
eettê section, l'art accessoire, écessai'e au pasteur pour conser- 
ver son existence, est précisément l'exl, loitation du sédentaire et 
«les ress,mrces propres à celui-ci : soit par la « Fraternité ,, ou tri- 
I,ut consenti: s,,it par 1," pilla.'_.e direct; soit enfin par l'industrie 
du h'ausl»ort et des échanges. 11 est ah»l.S difficile d'admettre que 
le nolnade ait fait s«,uche dars ces Deserts, avant que leurs confins. 
tir' fussent garltis déjà des populations sédentaircs dont le con- 
cours lui est indispens;l,lc. Loin d'ètre un réservoir «le peuples, 
la z,,ne des Stel,leS pauvre.s, et en particulier la région des Cha- 
ineliers, qui domine ici. constitue plutét un obstaele au peuple- 
tuent. Venus successivement «les différ.nts points du pourtour, 
unis et c,nf,,ndus ensuite par lïntlucnce commune du lieu, qui 
leur a imprimé leurs caractères de race, les douars Chameliers 
p«.uvent à bon droit comparor leurs oeil'tues « à une étoffe rué- 
lancée, dans laquelle on ne peut démèler Ici laine, le poil de chè- 
vre et le p,-,il de chameau ». 
tl) V. la Scie,toc sociale, « Le ontinent africain », t. IV, !'. 61 et suiv. 
(2) Reclus, t. IX. p. 222. 



LA SOCIÉTÉ VÉDIQUE. 

Le Sahara Persan, nous préscnlc donc non pas le point de dé- 
part de l'espb_ce humaine, inais celui d'une seule race, celle «lui 
es! prapre aux Déserts de sable. La race des cultivateurs existait, 
était formée, avant celles des Steppes pauvres. 

'2 ° Le cas est plus complexe en ce qui concerne la section de 
t'h'ak-Adjémi. 
Sur les bords «le cette vaste plaine, les massil monta'neux. 
surmontés «le hautes ar,:tes que dominent encore les sommels 
sourcilleux Ch, l'Elvend et du Demavond Il), préseuten! un d,;ve- 
loppoment très large à la base, et une multitude de. frais vallons. 
Les cultivatcurs, "à l'aide de charrues primitivcs, y font germer des 
moissons quelquefois planlureuses. Le riz du Mazandéran, le fro- 
ment de Kermanehah et de Hamadan nourrissent des populations 
assez denses et sont exportés dans les villes. La race des cultiva- 
teurs est ici f-rtcment constituée. Pavant de lourds imp'.ts au gou- 
vernement qui l'administre et la protège (-, ,qle ",-il en paix aec 
les nomados. 
Les s«,litudes «lui s74endent entre les deux chaines se distinu,.nt 
nettement ,lu Sahara Persan et des Kewir dont nous venons ,h' 
parler. De nombreux ou'dis y coulent sous les sables, alimenlós 
par les neiges des massifs montagneux; en certains points, la 
steppe mérite presque d'ètre décorée, surtout au printemps, du 
nom de « prairie ,,, quoique les surfaces saliues et les aviles 
durcies se montrent encore sur de grandes ,;tenducs. Les n,.- 
madcs Turkmènes domiuent dans cette parti," d,: h. Perse ; lla- 
madan, l'aucienne Ecbatane de Médie, ,:st enl,,m'ée de leurs 
campemcnts. Quelle que soit leur provenance eflmiquc, l,.s pas- 
leurs qui parcourent ces steppes sont @néralement dési.gnés s«us 
le nom d'lliat ou « Familles) » (3). Leur indépendance vis-à-vis 
du Shah de Perse est " peu près complète ; les chefs des Ilial, 
gouvernant d'une manière absolue les groupes familiaux aux- 

il) Hauteurs appoximatives : Elvend -à Kouh-i-Dena, 5.9_00 mi.tres; Demav,:nd, 
0.6OO mëtres (Reclus, t. IX, p. 157, 171). 
(2) Ibid., p. 302. 
(3) Ibid., p. $56, 285. etc. 



Il(; LA SCIEX'CE SOCIALE. 
quels ils l,l'ésid«.nt, i»renlient, comme les princes ou les g'rands 
f,lctionnaires, 1«. titre de « pilier de l'État ,, l , mais sans se 
etc,ire obliEés  la mème s«.rvilité. 
Entre l«.s eultivaeurs et h.s Pasteurs. de pacifiques échanges 
remplacent l«,s razzias du Iésert. I.a monnaie du nomade est 
mouton ), avec lequ«.l il paie les fruits ou les l'ains des cam- 
lagqlards; il dogme les cules. «'t les étoffes tissées par les ri'mmes 
se, us la tente., pour se procur«.r l«,s a l'ficles fabriqués dans les vill. 
Il v a ici équilibre, égalié de' forces entre la race pastorale 
la race ag'ricole • mais il n'y a pas de mélange. Quoique les no- 
mad«'s viennent prendre leurs campe.ments d'hiver près des x illes 
on des villages, quïls usent inème au besoin d«,s pàturages élevés 
«ue i.enfi, l.mrnt les m,nta'nes, et traversent par conséquent les 
territ,-,ir«,s «,ccup«:s p,r les sédentaires, il a toujou été impos- 
silfle de plier les I/iat à la culture. Des essais de cantonnement 
tenlés contre eux n'ont pas réussi • le cercle d«,s postes de sur- 
veillance, basé sur une p«,lmlation sédentaire trop peu nom- 
I,reuse et trop peu dense, fhiblil et craque touj«,urs sur un point 
quelconque; et, par la brèche, les tribus avec leurs rou- 
pe.aux vont reFagner leurs solitude.s. 
Eu de.hors de, ces tentatives manquées de" cantonnemeut, les 
«.irr,,nstances habitu«.ll«,s elles-mèmes ne se prëtent nullement au 
mélange. 
;omnn.tt la jeun«'sse valide, d«.s I/iat pastorales se formerait- 
elle à la vie a.ricole? elle n'y a point été dressée, elle ne saurait 
apprendre tout d'tre e,,up ce métitr pénihle et s')  plier, l'ail- 
h.ws, l'expéri«.nce «h.s chefs h.ur ensei-ne que leur existence in- 
dépendaifle est beaucoup plus assurée c,,nh'e la famine que 
r,.lles des sédelflaires avec lesquels ils SOltl en contact " culli- 
valeu vivant aux c«,nfins de la plaine, sur la lisière 
h,rrenls, d«scendus des hat«.urs, vont se perdre dans les 
,,udis sablonneux 
Etre h.s d«.ux variétés «le «,madvs que nous avons ohservé 

Reclus, t. IX, p. 311. 
Ibid., p. 
Ibid., p. 



LA SOCIÉTÉ VÉDIQUÊ. 1t7 
en Perse, il existe um" (létnarcation assez franehée. L'h.ak-Ad- 
jemi, au moins dans la partie qui. à l'ouest, contine aux territoires 
cultives, présente d6jà les caractères des stoppes du n,,rd, et, 
tout particulièrement, en ce quïl permet la c,mstitution de grou- 
pcments famifia ux ind6pendants, n'exerça n t A pr,,prement parier 
aucun art acceoire et vivant des produits de leurs troupeaux" 
c'est la contre-partie du type que nous avons reconnu tout 
l'hcu dans les Ddsel'tS orientaux de la l'«.rse. tl doit donc 
thire passer entre ces deux sections du l'lateau i'ersan la limit,. 
qui s6pare, au point de vue social, la zone des stel,pos riches 
d'avec celle des stoppes pauvres. 
Sur le territoire que nous venons d'6tudier eu dernier lieu, la 
race aricole et la race i, astorale se confinent, s','nchev6tl'ent 
lllènle, g6Ol'aphiquemeltt: lnais elles restent, comme, rates. 
aussi sépar6cs, aussi distinctos entre- elh.s, que le sont leurs tra- 
ilHX nourriciers. 
L'lrak-Adjemi et la région inontagneuse qui l'avoisine r6u- 
hissent, sans les m61anger, le tra,'ail d'e«trartion de la culture. 
et le tracail ch. si»ql«, rd«olt«, du plturae. C'est en ce Lieu qu'il 
est à propos d'examiner, non pas «lU,-'l est le plus .,i»,l)le d,. ces 
travaux, celui qu'on doit classer scielttifiquement le premier, 
lnais quel est r6ellemcnt, historiquemont et pratiquement celui 
auquel les hommes ont pu se livrer tout d'abord. 
Le Paturage est phls attrayant que la Culture • cepeudant 
l'homme n'est pas et n'a pas toujours é16 libre de c6dcr à cet 
trait. Nous en voyons dans l'Ivak-Adj6mi un exelnpl,, sur 
on me permettra d'insister. 
D'après les appr6ciations l,.s plus récentcs, les populatiots u,,- 
mades d« la Perse sont 6valu6es à 2.5o0.000 àm,.s ,.nvir,,n. contre 
5.000.000 de cultivateurs- soit. pour les nomades, un ri,q, seul,.- 
ment de la population totale. Et les cultivateurs ,h.ux fois plu 
nolubreux sont cependant groupes sur des tcvrit¢,ires qui reprdsen- 
tent seulement la cinquamiè»,elmrti«, du pays. laissant lt.spasteurs 
clairsemds occuper librem,.nt les *- restant d,' la supevticie (I 

Reclus» t. IX. p. I,iO, 301, 316o 



!  tA SCiEnCE SOCAt. 
Au sein de celte population affric«,le a%'lomérée, la famine 
s6vil fréquemment. Lorsque la neie n'es pas ombée avec assez 
d'ab«-»ndance sur les hauts sommets, les eaux n'arrivent pas en 
quanfité suffisante our arr«ser la base du massif montagneux. 
Le" sédentaire alors deviendra m«.ndiant ou brind: il se join- 
dra aux h'oul»OS de' Tzian.s, ouvrivr nomade.s, ou se rdfugiera 
dans l'indush-ie urbaine; ou bien, il succ«mbera à la misère : 
«'est là, d'après la I;doural»hie de Reclus, la cause principale 
du d61»eul»lement en Porse (I). Mais le cultivateur ne nffe pas 
i se jeter dans la sl.l»pe pour y vivre, lui aussi, des l»roductions 
spontanées du 
l;ar, l»«-,ur devenir Pasteur, il ne suffit pas de le vouloir : mme 
dans la slepl»e riche, o6 le travail de simple récolte peut à lui 
s«,ul nourrir les familles, il faut encore satisfaire h deux condi- 
lions. 
D'al»orl, il ost indislwnsable de' posséder l'instrument n6ces- 
sair, le troq«..., ltr. cet insh.ument fait dbfaut au cultivateur 
du Faistan : les animaux de labour,  quelques bteufs mai- 
cres (2 t, --sont en si pcfil nombre dans co pays, que la plupart 
«lu Wml,S le paysan travaille h la bèclw (3). Et il lui faudrait 
possdder un très n.lnbreux Ir«,ul,eau , un capital-bétail considd- 
ral,lo; car les animaux d. 1,arcour sont, çome lait et viand, 
d'un redemcnt h.6s infi;rieur à celui des animaux de stabula- 
tion ou m.me h'aushumants. Quat ;i se joindre aux possesseurs 
de l»6lail qui, de temps immbmorial, sont maitros des phturaffes, 
il n'v faut point pens-r : ces Pasteurs, comme leur nom l'indi- 
que, s,»nl g'roul»éS en « Familh.s , fermées, qui, surtout en temps 
,h. disette, admetlent difficilement l'qranffer, ci ne le recevraicnt 
lu'en qualité d'esclave. 
Ensuite, commo seconde condition, il est non moins néces- 
saire, t«»uj«,urs en vue des steppes riches, d'è/re oriçinairement 
plid à. subir, sans chercher à s'v soustraire, la contrainte jour- 
nalière qui nalt de la vie en commun au sein d'un groupement 

,1) Reclus. t. IX, p. 300  3»2. 
,2) Malle-Brun, t. 11, I'. 36. 
,3) Reclus, !. IX. I'- 3(»2. 



LA SOCéT vÊgoUE. 

familial étendu, sous l'aut,-,rité abs«due du l,atriar«he, t}r, 
formation sociale, cette disp«,silion à accepter la pleinc c,,mmu- 
naut6, est le fruit d'un long apprentissage, d'un loug séjour dans 
un milieu homog6ne soumis lui-m6me el lmd entier à une 
nécessit6 pressante qu'impose le Lieu. La commmta,16 se res- 
/teint, l'auiorii6 patriarcale diminue, d6s que la culture 
pratiquée d'une manière quelque peu intense: sil;,i quo les 
travau extvactit sont exer«és d'une ttcon é,,erffique, on v,,i/ 
le nombre dos membres et le pouvoir du chef se réduire au 
minimum. Qui donc oser'ait proposer le, vie patriarcale au colon 
américain du Far-XVest. m m6nlo « la maj.l'ité des petits pro- 
priétaires fran«ais? 
.l'en conclus que h's sédentaires du Plateau Persan, euitivaul 
beaueoul» à la bèehe, d,mu»s de bétail, scrutais d un travail pé- 
nible par la nature du sol et du climat, ne se seraient 
trouvé apte,s, dès les premiers tige,s. à remplir les Stepl»eS 
ches de vastes communautés groupées sous le r6gine patriarcal 
al,solu et pourvuos de n,»ml,reux troupeaux. Ils ont ;té. dbs 
principe, aussi ét'angers aux lliat qu'ils 1,. sorti encru'e; «lUt,nf 
celles-ci, je suis portWà v,,ir en elles, non des communaut6s 
émigrantos sot'lies des pays de culture avoisinnnts, mais d,.s es- 
saims envoxés jusque dans l'lrak Adjemi par h.s c,»mmunau/ds 
prospères des Gran,los Steppes. 
La queslion du I.ieu primitif l»eul se pr6sonter par un 
cile : les lli, t ,.t les pasteurs de Stepl»eS riches ne sol'tant pas 
,»riginairemenl des pays de culture du Farsistau. les cultiv«teu's 
vux-mëmes paurraient.6tre issus de la Stel»pe. 
Si naus eonsidérons comme très peu probai»le l'm.iino ag'ricoi,. 
pure de la race pastaralo, ne trouver, ms-nous pas aussi difficile 
la transformation du nolnado des Steppes riches, du past,'ut" pur. 
en cultivateur? Ici les al'g'umonls se pressent s, ms ma l»hune. 
Dit'ficfle? oui; presque impassibh., invraisemblable, sm'tout au 
commencement des temps el des races, l«»rsque les z,»nes ,le 
Sloppes encore vides, ottant l'allrait de la simple r,:c«»lte, sein- 
blaient appeler les familles en qu6te d'dtablissem,.nt. Supposera- 
t-«n que, canstituée la première et avant rempli la zone departie 



|,ï(} LA SCIENCESOCIALE. 
i,ac la l'rovidenc«' à son mode de. travail, la race des Pasteurs 
purs a débordé sur les sols variablcs, éi les a soumis à la char- 
rte? Il s'airait alors d'une série d'invasions nomades effectuées 
ds les lemps primififs. Mais nous connaissons ce phénomène 
«.lai. il s'ési maintes fis produit aux époqu«.s historiques; il a 
;.té observé. - on en peut décrire les effets. 
I.«. dbordement des rates pastorales au &.hors des Grandes 
Slepp«.s Asiatiques attçcle trois formes principales : les grandes 
p«,ussées à expansion rapide, l«s invasions périodiques, l'exode 
lenl «.t raduel. 
Suiv«,ns d'abord dans leu expédifions l,intaines, par exemple. 
les célèbres «.«,nquéans nomades: Attila et les bandes huniques 
en Eur«q»e. Gengis-Khan ou Tamerlan en Pee et dans l'lnde. 
Le tableau est toujours le iDèlll¢. I.es h,,rdes victorieuses d6vas- 
lent. bouleversent h.s 6tablissenenls des s6d,.ntaires: puis elles 
c«_,nslituent à la hàte des empires 6tendus. mal ou nullement 
adminislr6s, dans lesquels la race. vaincue, est contrainte à heur- 
oir d,' ses subsid,.s les nouveaux dontinateurs. Au bout d'un 
temps très court, tout s'6«.roule subielnent :scmi»lable à l'insecte 
volant t,,ml»6 dans une fourmilière., l'envahisseur a disparu. -- 
Ses thmilles sont éteintes. an6anties : aucune d'entre elles n'a 
su. p;,r l'appr,,priation de la terre, par la culture pratiqu6e ou 
diri6e, se cr6er une base d'existence, une situation durable au 
sein des territoires qui requièrent le travail. E ce n'est pas à 
1, pr6s,.nce ,i,.s premie occupants agriculteurs qu'il faut attri- 
I,u«.r celle imlmissancc dt's nomades : considérons la marche des 
iluns à trav«.rs l'Europe orientale, depuis le pied du Caucase 
iusqu'à la D,,l»ruschla et aux Putzna de HŒEngrie ; le Fléau de. Die,« 
«.t ses compagnons ont rencontr6 là. sous un ciel cl6ment, d'im- 
m,.uses terres racontes, n'aHendant que 1«, charrue pour payer 
«,« centul,le h' premi,.r eff,-»rt du lal»oureur: ils ont cependant 
c,,ntinué fi vivre sur les plaines d'Erope, comme sur leurs Steppcs 
iutranstbrmables, de lait et de chair crue. sans ensemencer un 
seul arpent, sans ouvrir uit sillon dans ce sol fertile. 
Ifignes fr6res des Huns et des Mong',,ls, lésMantchoux se condui- 
s,.nt en Chine à peu près de la mème mani6re. Ouel r6sultat 



.A SOCg V»,.t'E. 151 
amène.nf leul's irP,ptious périodiquessur h.s ert'es du (éleste Em- 
pire? Elles établissent des dynasties d'empereurs, de prin- 
ces et d'officiers, dont le fréquent renouvellement prouve la fai- 
blesse irrémédial,b.. Si en un cerlain jour de tte lê « Fils du 
ïel » saisit le utanche de la ¢harl'lle, oo mauir, un instant la fau- 
cille dans un champ d'al»l»arat, qu'entOUl'«'ut h.s rands diffni- 
taires de l'elnpil'c, «'est silnplement pour encourager 1«. peupl,. 
d«.s lal»oureurs chinois, admis, sur l'un des cote.' du carré. 
«outempler ce spectacle s,»lelmel (1. l'as plus «lu'aucun 
di'nitaires convoqués à la cérmoltie, au«uu mince d«.s«endant 
de. cavalier mantchou ne se mèle à la nation pour prendre 
r««llcment sa pari du tt'avail péuible et productif. 
Les Turcs. «.ux aussi, sont d«.s cavaliers des Steppes riches. 
I.eur invasi,,n sur l«.s terres cultivabl«.s s'est pr«,duite d'une au- 
tre facon • lentement «.t pr«,q'«.ssi'elnent. Il y a huit cents ans 
«lu'ils s«,nt entrés «.n contact aw.c les populations affricoles, 
cmmeucant par la Pee; hmr dominti,,u s'«.st p««t à p«.u 
due sur l'Anatolie, la Svrie et la Tm'quiv d'Eur«,pe. Uh cnsont-ii 
maintenant, au point de. PUt. de. la culture, après ce. laps 
temps bien suffisant pour moditier leur tact., si r.ll«, pouvait 
l'ètre? Aux adntirables contr6es qu'ils détiennent, lr.s Turcs, 
h.s vrais Turcs autheutiques,  fournisseut des souv«.rains et 
des g'ouverneuPs, des fonctionnaires, d'ex«eilr.nts soldats, quel- 
ques COlnnWl'«ants. et des «,uvriel.S de thbl'ication, mais point d,. 
laboureur. Celh. de leurs familles que la chauc« a .ietévs sur 
quelque p«,rtiou limitée de Steppe, comme les h«,rd«.s turkouta- 
ttes et celles des Yuruk ,»u ,, Moutou noir » de l'Asic Mineure. s,. 
s«mt bien -ard6es de descendre ve les c«',tes ou les l.ich«.s wd- 
h,us qui les ,.nvir«,nnent" r.lles se sont, pour ainsi pal'let, cau- 
tonuécs sur h.urs étroits plateaux pour v conserver la vie pas- 
l,,rale (' 
Ainsi les l'accs de pasteurs nolnad«.s, qui. dans l'lrak-Ad- 
jemi. demeurent distinctes et triAes  part des p«,pulations agri- 
«'oles" qui. dans h. cours de h'urs invasi«,ns, ne se sont p,,iut 
!) Malte-Brun, t. III. p. 05. 
( Reclus, I. IX, p 537  539. 



t LA SCIENCE SOCIALE. 
Ir«nsforln,%s au poin de vue du travai], malgré l'exemple des 
ne, lions stmmises et les conditions du lieu,  ne SOln],lent pas 
,voir f.urni aux zones des Sols variés leurs rates de eultivateurs. 
!! y a pourtant une bjoctin à formuler " elle consiste A citer 
lc c«,s des Pasteurs devenus demi-nomades et r6duits A la culture 
par le c,,nt,mnement. Mais il est facile d'v répondre " le can- 
tonn,.lnenf, vis-à-vis des nomados, est exercé par des États for- 
IlII;S d'une llonllreusp i»,pulation sédentaire, par des États 
bas6s sur la culture. L'existoee des demi-nomades par ean- 
t,,unom,.nt suppose donc la formation antérieure d'une race 
agricole voisine. 
Nous n'avons l'en«'r,flré jUS,lU'ici , ail" sein de la r@ion cen- 
trale d« ransition, iii dans les seppes pauvres, ni dans les step- 
pes l.iehos, ni dans les pays d,: culture qui les accompagnent, 
le lieu que l'on pourrait d,:sinev e,mme point de départ de 
l'espèce humaine • ce lieu capable d,. fourir des émiffrants à la 
t'«,is aux zones pastorales et aux zones de sols variés. 11 nous 
reste encore à examiner la dernière section du plateau Iranien, 
,lui embrasse, avec le fertile bnssin de l'Azerieïdjan, les pays 
montueux qui l'elvir,nnenl, soit en i'es«., soit eli AfinCie. 

III. 

A peine 1« wya.,-"eui' a-t-il lmSS6, vers le Nord-Ouest. Zenjan., 
la dernière ville de l'lrak-Ad.i,;l,,i, qu'il voit s'«mvvir devant lui le 
véritable rjt'enier de la Perse. T,l»riz. T,urkmantchal. Kllol, 
.[ara:."ha, Binah, toutesces villes ent-ul'ées de jardins ou de vé- 
rit;, Mes forëts d'arl»res fruitiers, de l'ici,es vinobles, de vastes et 
ferliles camlm.,__.-nes , où eroiss.nt le 1,1é et le eotoll; enfin Ilur- 
nliah, avec s-n lat. et ses « trois cent soixante villages nichés dans 
la verdure » il ) tout ce pays où l',,n trav«ille, oÙ l'on sème parce 
que l'r,n réeoltera, COlflraste avec la steppe inculte que jonelle 

.l Rvclus, t. IX. p. 218 -h 252. 



LA SOCIÉTÉ VÉDIç»U. 153 
au hasard l'herbe saline, la. stati«.e de Tartarie (l), autant que 
la physionomie paisible et laborieuse du paysan Tnrkm.ne 
Aryen diff6re de la superbe nonchalance du Paslelr. Comlue 
pour faire mieux ressortir le pitt,,resque de c«.s lieux, qu«.lques 
familles nomadcs viennent encore dresser leurs lentes sur les 
terrains que des circonstances local,s ont sous/raitcs à 1«« cul- 
ture. Tels sont les Iliat }teh«, dont les campments entou- 
rcnl la vill de Marand et « le tombeau de. la fmme de N,,ë » (,. 
Mais si nous voulons connaitre les populati,»ns qtti, dans 
rdgion, possbd,nt le bétail, il n,»us thut n,:glier c«.s quelques 
lliat nomade.s, «.t prendre le chemin d«'s haut,qrs. E ott.t, 
grande plaine I»crsaue se termine ici : le deux chaincs qui 
l'enserrent se rapproche.nf, s'unissent, et h's«'aux de leurs versanls 
intérieu, en fécondant tout le bassin qui les sdparc, trans- 
forment l'Azerb,-idja n entier en pas de culture (3). Les lroul,eaux 
ne lrouveni plus à se d6velopper dans la plaine; ils rdsident 
sur les ptits plateau arméniens, d«ns les g,»rffes des 
tagncs, ou sur les l,,'ntcs qui commandent h. cours du Tir-re 
de l'Euphrate à leurs débuts. Sur tout ce territoire 61ev,ç. non 
seulement la montagne à sols vari6s xient remplacer la sicppe 
uniforln, mais déjà se tiret sentir les premières intlucnçcs des 
vents inconstants et de pluies fr6qu,.ntes : on 6chapl,e ,.uiiu au 
soutleporp6tucl de l'alizé lerrestrc  dirccti,,n fixo. « La plus 
« ffrande partie de l'Arménic méridionale, malgr6 la l»a-ri6r,. 
« des Alpes l'«,nti,[ues, est soumise a l'influence des souftles plu- 
« vieux de l'tuest, qui se diriffctt de la mer sur le 1,1at,.au d,' 
« Siva, puis vout s'enffouffrcr d«ns les vall,:es ,ccidentale ou- 
,, vertes en ri»fine d'entonn,»ir :c'est ainsi que /out,. 1;, hautc 
« vall6e du Kara-son jusqu'au bassin d'Ez6roulu rccoit les 
« de la mer Noire. Ils soufflent principalement p,'ndani l'hiver 
« et recouvrent de neig'es ,:paisses l'amphithéltre d,.s monts 
« tour des sources de l'Euphratc; en 6/6, les vent du Nord 
« de l'Est, dérivation du grand courant polaire qui traverse le 

: (l) .lale-Brun, l. 11. p. 315. 
(')) Reclus, t. IX, p. 250. 
(3) Ibid., p. lil. 



LA SCIENCE SOCIALE. 

« continen! d'Asie, «lpportent un air sec qui dissoul les nuages, 
« luais il arrix» aussi que de 1,rus,lues tempèles, provenant 
., de l'ouest, se tcrminent par de violentes averses. E oulrc, 
,, les vents ,lu su,l-ouest qu'env,,ie la Médilerrauée apporlent 
,, aussi h.m" part d'humidil6 et déchirent h.urs uua$'es aux escar- 
« pelm'nls; lU61ne par le beau lomps, un 16fier brouillard adou- 
,, cil les «mdours dos in«,uls, el nuance le paysa'e de teintes 
« ,h.licah.s t 1). » 
IJaltitude général«, le m61aug'e des intlueuces du veut po- 
laireet des s«,uftlesillconslal/S, les diff6reutes expositions des pen- 
les. produisenl dans roui le massif de l'Arluénie .1 du Kurdistau. 
ur des poinls qui setoucheul, des varialions de «limal «dlanl 
aux «xlrèlues : « I.es forèts de sapins -u de chènes louchent à 
« celles de l,alluiers et de citronniel; le li-n d'Aral»ic répond 
par ses rugisselnenls aux hul'lemeltls de l'om du me,nf Tau- 
,, rus : on dirait que l'Afl'iquo et la Sib6rie se s,,ut d«,nn6 ren- 
« dez-vaus ,, (). 
Malrd les tempbralures extr6mes que l'on )" ressent en certaillS 
p,,ints, l'Arluénie et le Kurdistan peu enl èlre présentés cependant 
comme une eonlrée « des plus belles et des phls féeondes de la 
 ZoUP leml»érée, celle qui a l»robablemenl donnd en proportion de 
,, son élen(hle le plus grand nombre de plantes alimentaires (3). » 
SnI" les tlanes de ces monlagnes, d'imlnenses troupeaux de brel»is, 
les chevaux exeelleuts, des hèles  cornes assez nombreuses pour 
queleurs l,ouses séché.s relnplaeent le bois commue eolnbustible (), 
représentenl l'insh.ullent et le résultal du h'avail pastoral, tandis 
que d'excellents viu«_,bles itués à diverses hauteurs, le froment 
que l'«,n cllllive jusqu'à laltilude de 1.o0 mèlres, l',rge jusqu'à 
2. I00 (5,, représenlent les fl'uils du travail arieole. Or. nous ne 
h',uvons plus ici h'sdeux travaux de simple réeolle et d'exlraetion 
occupant ,leux baltdes de. terrains s6pardes, nous ne les lrouvons 

Ij Reclu». I. IX. p. 334, 335. 
,2 Malte-Brun, t. 11. p. 22-i. 
13 Reclus, t. IX. p. 339. 
(:ri ll,id., p. 337. 
5 Ibid., p. 336. 



LA SOCIÉTÉ VÉDI?UE. 
plus exercés pal' deux rates distinctes, comme dans la rérion d,. 
l'Ivak-Adjémi : le mélange des sols, compleL inexlvicable. 
la confusion des lvavauxau sein d'une race unique  I. Les nati,n 
Kouvdes, la nation Arménienne ci les libus Turcomaues, qui 
occupent roule ,cite région, exercent A latois le méfier de ber-er 
«4 celui de cultivateur. Tel esl le fitit dominanl de leur ,.onsli- 
turion sociale ; el l'on v,,it clairement que ce fail d,h'ive du 
Les Arméniens habitent en grand,, masse dans les vilh.s ,,u 
leurs banlieues: les Kourd«.s sont maitres dans tout 1, pays 
montagnes; ils noms .ttl'ent le type le plus n,.t ,1,. la populati«,n 
que nous devons exalniner. I.e centre du domaine de ces dcux 
nations est. pour les Arménieus dans la ville d,. Van et la vallée 
qui entoure s.n lac : pour les K,,urdes, sur les plateaux qui domi- 
nent la ville, l,. lac et la vallée t2). En cett,, partie ,I, la contrVe 
,, le Kuvdistan empible sur l'krménie, sans ,lu'il s, dt possible 
les distinguer l'une de l'autre (.3) ,,. 
Les K,mrdes de Vafi ou Betlisi. c,)mille au reste tou leurs on- 
g,;n6res, «,nf subi l'influence exercée, au point de vue s,,,'ial. 
l'habitation des territ«,ires lnofitagqteux à produits xavibs : 
hi,h.archisatiou des falnilles. Chaque petit gr,»up,. O,HlIiIU nal, 
assit'êta, pourvu d'une assiette fixe suP le se,l, est 'OUVol'll6 par 
une famille ou clan noble, qui possède la terre ,.l ht 
partie des lroupeaux. Ces chefs rdsi,h.nt dats de vastes ntaison. 
quelquefois luxueusem,.nt construiles et ot'n6es de c]lelillées de 
mari»re, ces demeures plant6es Stil" des rochers élevds, «omm«tn- 
dent l'entrée des ê,»l'ges «.[ sont eutoul'ées par les. vil/ag'es. 
Le surplus de la l»opulation, cillq ou six fois plu llombl'vux. 
se compose de paysans ou serf ffou'a.: eniploy,'s à la 
des bestiaux ou à la culture ,les champs. Les h',,upeaux sont 
conduits pendant l'ét6 sur des pMuraes élevés, ,,it le pasteur 
traltshumant K,mrde vit sous la tente ,le feuh'o ll,,ir, d,»nl le 

[I) Je prends ici le mot roc'e, non dans le sens «.thniquv. mais daus le sens social. 
avec la signilication d'un ensend»le d'ho, nmes régis par les mêmes circonstances du 
lravail. 
12) Reclus, l. IX, p. 3il. 342 et p. 315, carte des populations de 1" tr,pnie tu,que. 
(3) Malte-Brt, n, t. 11. p. 29. 



c«Mlc, relevé par ds potcaux inclinés ci des cordages de criu, 
« «on{rasb' avec l'6{enduc d«.s vertes prairics ». A la mauvaise 
saison, le bétail rcdcscend aux alentours des viila'es e le berer 
rentre dans SOli l«,ôis d'hiver, « hutte à demi-souterraine, dont 
le t,,it est recouvert de terre ,,, et semi»lai»le aux demeures des 
Arm6niens. l'ne moitié environ de la population mène ainsi une 
existence senti-nomade entre les palura:4es « d'hixer et d'C6 »; 
l..ndant que l'autre partie, durant la belle saison, donne ses soins 
aux rizi6rcs dtablies dans les vall6es, aux champs et aux verffers 
qui s'dtagent en longues terrasses sur les flancs des montagnes( 
La culture, en pays Kourde peut èlre qualifi6e de cudi.,«.taire: 
«.lle ne, suftit pas A nourrir les habitants; lorsque le manque de 
l,luie, ou l«,ut« autre caus', a privd h. cultivateur de sa r6coltc 
hal»itucllc, il n. lui reste qu'A man-cr les hed)es des champs ou 
;i se p6trir du pain de lands et d'dcorce (2). La véritable richesse 
du pays «st dans s«'s l,=lturaffes • ils n,mrrisscnt « des millions de 
,, hères, qui servent à l'alimentation de Constanlinople et 
. nombreus,.s cil6s de l'Asie.Mineurc. Aiep, Damas. mème Bei- 
,, tout. s,_,nt 6çalcment approvisionnds de viande par les berge 
,, i, l'Arnl,nie et du Kourdistan; et dans leurs campagnes, les 
« arm,cs turques d,:p,.nd,.nt pour leurs vivres des habitants 
« ,lu haut Euphral«'.(3). » Ces ber$'crs conduisent leurs troupeaux 
,le croupe en cr,upc, en suivaut les liq=x de pAturaffe, jusqu'aux 
,'entres de consonimalion en Turquie et en Syrie, et font des 
 »yaes qui durent de dix-sept à dix-huit mois • ce sont de véri- 
tables mirati,,ns, do mème ,lUc les hmffs ddplacemcnts entre- 
pris par c,'rtaincs tribus kurdes, devcliues presque nomades à 
l'imitation dos Turkmènes, et qui poussent au loin leur pointe, 
soit au Nord vers les stoppes du (;olak et la Transcaucasie (1), soit 
au Midi à travers le désert de Svri,.. Lamartine, pendant son 
voyae en trient, trouva l'frite de ces tribus établie près de la 
rivi6re de Bayruth t.l). Mig'ration encore, ou plut6t 6misTation, que 

 . Malte-Brun, t. 11, p. 228, 229, 32o. lU'ch,s, l. IX. p. 355. 
Ibid., I'. 355. 
Ibid., p. 837. 
l'oyoye en Orient, 10 novembre 18;32. 



 sociÉTÉ rEPiqUE. 157 

ce départ annuel des milliers de Lazes de la c6te ou d'Arméniens 
de Van, -- les Auvergnats de Constantinople, -- qui exercent au 
loin tous les métiers : portefaix, débardeurs, tailleul.'s de pierre, 
boutiquiers ou gros négociants; « qui on! visité Bagdad, Alep, 
Constantinople, Vienne, l'arts ,,; et qui saluent en francais le 
voyageur (1). Ainsi, le lieu et la f, wme sociale qu'il ddtcrminc 
sont ici favorables "h l'envoi lointain (les émigrants. 
J'ai résumé dans ce petit !abl,.au les traits nécessaires pour 
faire bien comprendre le travail auquel se livren! les Kourdes et 
la constitution sociale que ce t|'avail leur iv,pose • s,.iets de la 
Sublime Porte, de la Russie ou de la Perse. ou I,iên vivant en 
principautés ind6p,.ndantes dans ces monts |;o|'dvcns qui arrètè- 
rent Alexandrc. les I»ergers Arméni,ns ,.t Kourdes so,t ,/,.s .,mi- 
uoïïmdes .cet. «'ulture rudimt..taire «.t al»ln'opriation, che 5lol. Cette 
constitution sociale est exactement celle que, suivant les travaux 
linguistiques les plus appréciés, la race aryenne primi!ive dev«.it 
posséder aant la séparation de ses ]wanehes ori,'ntale et oeci- 
dentale • « Quan! au genre d,' ie, ,lit M. Pic!et, tout tend 
« montrer que les anciens Aryas ont été essentiell,.men! un peu- 
pie de past«.urs, non pas à la fa«on des nomades, mais avec (les 
demeures tixes, t,.lles que les l'éclamait la nature d'un pays acci- 
den!é... ,,; et plus le, in " « tn ne saurai! d,,uter que l'agriculture 
n'ait commencé déjà au temps «le l'uni!A antéri«.ure plus com- 
plè!e, puisque les Aryas possédaient alors certainement l'orge, 
peut-ëtre d'autres Cél'é, les, et s6rem,'nt plusieurs ldzumineuses. 
A ce!te époque. la charrue avait déjà l'eml»lacd les premiers outil 
aratoires, 1,. b,uf é!ai/ soumis au joug. le char étai/ in, en!A. 
la préparati,,n des céréales par la moutur,, en plein usa.e (21 . 
On comprend bien que je n'ai pas l'intel|tio|| de présen!er les 
Kourdes ou les Arm6niens comme la souch,, premiëre 
,le la race Ar-enuc. ni il plus fol'te raison de toutes les ra,'cs hu- 
maines dans leur ensemble " je désigne seulem«.nt un !erritoire, 
un lieu propre à fournir des émigrant.; qui ont pu partir de là 

1) Reclus., t. IX: p. 3.io, 31, 377. Ëmigrafion du district de Val; (en 1887): 
80.000; retour annuel : 3.000. 
2) V. Pic/et, t. JJ, p. 739, 7iL 
T..lV. | 2 



15 LA SCNC 
suflisammenl pr61»arés pour occuper «.nsuite t,»utcs les rés'ion 
,le l'Ancien Confinent, en se livranl au travail soil de simple ré- 
ce, Ire. s,,it d'extraction, qui con ient  chacune d'elles. 
ttr, un enseml»le très restr«.int de familles. ,wcupant dès l',,- 
ri.aine d,_.s temps la c,,ntr6e que n,»us venons d'éludier el rom- 
l,U,.s aux h'avaux (lu'elle comporte., a r6ellement pu envoyer des 
essaims dans ,mies l,s directions et sur toutes les diverses zon«.s 
,le l'anci,'n c,mfin,.nt..le laisse de c,'»t6, dans l'exalnen d,' l'ori- 
gine des faces, oeil,  ,1,. la race ,oire, ,lui a 6t,: étudi6e dans 
la Iicvue et juslilie le ch,,ix ,lu mème point de d61»art , 1), et 
,'.lle ,h.s [»relnièl',.s ntigratio,s de ,'hasseurs (llolltni's d('s ca- 
x-,q'lltS ) OU ,li.w;m;*/x. (l,,nt l'origine roste d,,uteus,.. 

N,ms v,.n,,ns de v,,ir coml»i,'n la région Arm6nieme est fa- 
,»rai»lc en ell-m6me h l'éndg-l'aIion. Les condi{ions n6cessaires 
l»or iuc ¢'(.It émi-rati, m puisse se dil'iger vers t«»uIes les zones 
S«llt de deux s,»ries; l«'s Iilll'S, mat6riell«'s; les auIr's, sociales. 
I" Les c,»nliti,»ns mai6ri«.lles à rlnl»lir sont, d'al,,rd le facile 
accbs de. chaqu,, z,,n,, dittërcnte, puis la l»ossessi,,n des moyens 
«.1 inslrmncnts d," travail propres au lieu qu les émirants vont 
,,ccuper" s,»us ce th.rni,.r l»,»int de vue, les monta3nes Arm6n,,- 
Km.des d,,nnent par h.urs l»rodut.tions animales et véK;tales la 
phls ami»le s«dist}tetion. 
Itu «'«Ié de. l'Est, des émiranIs ri«'hes en tl'«,up«.aux ont trouve 
libre l,'van/ eux. ,16s l'Azerbeidan «'t «'nsuite ,lal/ l'h'ak-Ad- 
j6mi. la z,,n,, des Slel»l»es riches, qui les a c,,nduils, en les 
m,,,lifiant, d'ab«-,.d usqu'à la « Terre d.s Ilel'b«.s », puis jus- 
,le'aux plaines lll«,llssti«.s qu'habite le renllC. Le passaffe qui 
leur 6tait ouvert au dél»ul est le mëme qu'ont suivi dans leur 
m,,uvcmcnt de retour les Turcs et les Turc,,mans n,»madcs, qui 
.rrcnt a»c leurs tr«,up,.aux dans l'int6rieur de l'Asie Min'ur," 
,'t mëme ,m Arm6nie 
V«q's le Midi, 1«. pays des K«urdes et cenx analo$ues des Lou- 

X'. La Scictcc social,,, « le Co;t[ia,:nl afi'icain., {. VIII. p. 3:»3 e{ s., p. Io8. 
Reclus, {. IX, p. 537, 53t% 



L& SOCIÉTÉ VÉDIQUE. 159 
ris et «les Bakthvarv Persans formont un vaste demi-corcl qui 
s'énd depuis les environs de llamadan jusqu'à Aïn-lab en Ana- 
t.lie (1), et dont la Ms,,potamie occupe le cenre; ils enserren 
la r@ion des Cavaliers des Seppes pauvres. Les torrit«,iros mon- 
tagneux qui contintwnt la lign,' vers le Sud-Est et v,,nt 
joindre les monts Balout«hes donnent accès, pour des émi'rants 
demi-nomadcs, A toutes ls réions ds D6srts. 
Le peuplement des z,,nos de Steppes est 1o l,lus fi,cile A éta- 
blir : toute famille possédant le I,étail apl»r,,prié à uno de 
leurs réffions peut ètre considér6e c,,mm« «lisp«,sée à ,.ml,ras- 
ser le travail aih'avant du 
il n'«n est pas de mëme pour les zon.s A S,,Is varids, p-or 
I,'s zones de I;ulture. Nous av,ns vu plus haut quell«.s raisons 
s'oplmsent  la colonisati,,n de ces z,-,nos par h-s Pasteurs purs: 
mais aucune de cos raisons ne semble pouv,,ir 6tre invoqué,. 
à l'enconh'e de l'émiffrafion, vers les pays de cullure, d«.s demi- 
n«,mad«.s qui rdcoltent déjà dans leur liou ,,ri'inail'e 1«. l,le 
le riz. le vin e[ le ce,te,n. I;oux-ci poss6dent, dans leurs nom- 
I»reux tr,-,upeaux, des m«,vons 6nergiquos do transp«,rt; ils s«,nt 
rompus [out à la fois au travail d'oxtra«tion «.t aux déplace- 
m«.nts. Par la hiérarchisati«,n des familles, ils voient se' f«,rmer 
au milieu d'eux or se placer à leur tète «l«.s cadros de gouvor- 
nement et de paire, nage apts à fournir h.s mov«.ns de l,remi«.r 
établissement. à c,,nduir« les invasions au loin ci à les établir 
d'une manière durable sur les terres onvahios, on s'v tixaut 
eux-mëmes pour l'appr,,priafi«,n du sol «.t la dil'e«lion du h'avail. 
Tels semi,lent bien arc, if ét6 les pr«miors c,,lons do la zone. 
cultivable orientale, qui durent se diris'er vors la Chine 
vers l'Inde en 'agnan st, il les wdléos du Thil,et, soit l,.s 
passes de l'Hindo-Koh, par le lazand«;ran f«.rtilo t.t h' Turkos- 
tan cultivable, pays où 1o riz al»onde. Tels étaient posifivement. 
nous l'avons déjA dit. los Arv«.ns ch. la soci6t6 anté-V6dique; 
les Persans et les Km'des se rattachent du reste à la souche. 
aryenne (). 
,1) Reclus. t. l,K, p. 
() V., pour les dialectes Kurde, Rcclu-. 1. IX. p. 



lt;O LA SCIENCE 
!1 est à peine besoin de fbire ressortir les ressemblances vrai- 
ment frappantcs qui unissent au type social uc c préscnte 
«.,,mme pr/m;y les caractères s-us lesquels ne, us sont dépcints 
l«s antiqms Pélases. les Celtes, les Germains, les Slaves, en un 
mot tous les envahisseuvs de l'Europe, qui forment la branche 
Aryenne occidentale. Les roules qu'ils c, nt pu suivre, soit par la 
rbffion Caucasiquo. s-it par les plateaux de l'Asic-Mineurc, 
pays absolum,'nt analc, gues au Kuvdistau et à l'Arménie (1), 
-- sont tr,,p c«,nnus pour soulevor une seule Aiection. 
ff' Examinons enfin si la constituti,,n de la famille primitive. 
telle qu'elle ressort d'un milieu s,.mi-nomad ,rc cttltm'e rudi- 
inventaire, rdpond bien aux conditi,,ns de nature .o«ia& qu'on est 
en droit d'exil'er chez des 6migrantsaptes à cc, loniscr les diverses 
z,,nos, s,,it par le p«iturae, s,,it par la culture. 
Nous d,.vons envisager ici chez 1 de.mi-nomade « «ultu,'e 
,,«.ntai,'e l'unit6 sociale, la famille, seulement d'une manière 
abstraite et gdnévale, et laisser de c¢,t6 les caract6res particulie 
que colle instihli«,n i«'ut avoir reçus, au sein des divers peuples 
,te I»ovS,q montagnards, par suite du milieu ambiant ou des in- 
tluences subies a u cours de migrations antdrieurcs: il s'agit en effet 
,le l'origine de l'humanité, de son commencement et du lieu 
,l'«,ù «.ile part. Or. le travail imposd en ce lieu est double. !1 com- 
pr,q,l d'al)ord I'«'.rl, loit««ti«m de" t'oupeaux ,ombwux et de tr6s 
vastes postures, n'exiëeant pas d'ettbrt pénible, et se pvètant fo 
bi,.n à l'indivision. Cette exploilalion, comme on peul l'observer 
dans tous les lieux similaires, al»pelle la jouissance indivise, la 
, ,»» t,t,tttd, et cela pour les m6mes raisons qui s'appliquent 
Stcpl»,.s riches des Nomadcs purs : l'éloignement et la difticultd 
des conuuunications entre les groupes familiaux, la nécessité de 
r6unir des aptitudes div,wses, l'importance d'une direction 
l,drimcnt6e pour la bonne conduite du tronpeau et la s6curit6. 
Ce premier mode de travail contient donc en germe la [ormation 
co»,,utmutai'«., avec s,-s dérivés : l'autorild patriarcale, l'esprit 
d,. tradition, la tendauce au recours et au support mutucls. Du 

,I) V. Malte-Brun» t. !1, p. 17l  193; Reclus, I. IX,p. 336, 338, 



SOCIÉTÉ VÉDIQCE. 

deuxième mode de travail, la culture rudi»«.ntai,., +, ,lui néces- 
site une certaine dose d'énergie et de labeur, sortent, à l'état ru- 
dimentaire aussi, l'appropriation des fruits, l'ett,rt spontané pour 
produire, le. désir de l'ind6pendance et du perfecfioncmen{. 
Ces deux inanières d'ètre, contenues en puissance dans ls 
millesprimilives, iront en sedéveloppant ou en se rosln.igqmn{ sui- 
vant les intluences rencon{rées lmr les émigrans. Ainsi les 
ims dirig'és sur les gq'and«.s sleppes verron{ chez «.ux l'esprit 
comnlunautaire pas{m'al se renforcer et s'Cever jusqu'au 
type p.tc]ar««d ]uri tandis que l'habitat en sols val.id déveh, p- 
pera l'esprit de sdparationj usqu'à atteindre les c«,nc,'plions sociah.s 
les plus instablos, je dirai, les plus « fin «le siècle. », cm 
julu'à la tbrme bien équilibr6e connuo sous h. n,,m d« socié/d 
thmilles-souches, ou larticul, tri.tes 1). 
I.es élnigrants qui se rendent sui' les pays h s,-,ls vari6s, h 
cultivablcs, ont besoin pour s'y inslalh.r d'un sec,,urs, ou 
de premier tablissemcnt. SOl'tant d'une soci:t6 doni-u,»m«tdc h 
culture ru,h)ae.taire seulement, ils trouvenl gén6ral«qn'llt dan 

(I) MP l,erlnettra-t-on une eourle digrcssiou 
Les races issuPs de Sera. Cham et aph,.t sont dëcrih's dans la «;encse. chal,itro 
versets 5, 0 et 31, selon leurs caractères so«'i«ux; la r,ion latine d la Vulgal,. 
donne  ces caractères une grande prëcision, sans doute dal«i's des renseignement 
qui ne so»t plus h noire connaissance. Le lexle h61,raïque, plus concis, l,lace n6anmoin- 
pour chaque race h.s caract,'res sociaux dans un certain ordre qui ne semble pas ilt- 
diff6rent. Grace  l'obligeance de M. l'abb¢ Vigouroux. qui a bi«.n voulu me dmnrr 
la traduction exacte clos leroes h6brai, lU,.S, i'" puis ,Ireser b' lablPau suivant : 
I « Japhel, x erscl :;" Éréts iaschë,+ mi.++.hlekholh yoi 
IPrre langue [aofilles nali,n 
ff" l,a,n vers. +l : Misehpekhoth i, ts,'bë,+ ««rêlx 
et Sera, c. 31 familles langue loi're I, ali+»n 
La prioritë est accordëe, pour la pastérilë de Japhet. au caracli're tcial :rt;ts, lel-iP. 
ou'sol appropri(; et chez les deux autres descendances, au caradPre social misch- 
pelihoth, familles, ou lien d» sany. Nms d«.vons donc classer parmi le Japh6lile, 
les nations qui ont peupId les sols cultirables, en gënëral. -- en laissanl i,lac,- 
pour les Chamiles et les S6miles dans les zones pour lesquelles l'alq,rol,ri«lion du 
,c ligure comme caract.re cial qu'aprcs le fait de la gnërali»lt ou io lie. de' consan- 
guinitë. 
Cette identilieation e»l rendue encore plus prëcise PI plus facile par les 
qu'emploie la VulgaIe aux mèmes versels : 
Japllel, t, erset 5 : regio lingua Ihmilia natio insul;r gcnlitn;t. 
cham, vtrsel 0 : cognait,» lillgtl;i g«'llt'rali«, tcrra gens. 
Sera, etsel 31 : coli«» lingua rei,, gns. 



lt;2 r.^ scm.cr: SOCi^LE. 
la possessiou d'un nonibreux troupeau ceth' aide iudispcusable. 
Ol'. a l'origine surtout, et ellcore de llOS jours, des l'oules ferliles 
en pluraes s'6tendont à partir de l'Arm6nie dans la direction 
monte des grandes zones do cultm'e " nous avons iudiqu6 ddjà les 
rivaë«'s Scl»teuriouaux de l'Anatolie, et toute la région du Cau- 
case, i'« tllllllt* don territoires se'ml»lai»les aux pa's arluéno-kurdes; 
des oies bien connues oltanl de ffrandesNeilités p«,ur le p«ltu- 
r;lge se présentont  la suilo au travvrs de l'Erope; de ln6me, A 
l'ori«.nt, les réffiois du Turkostan eullivable, de la Bactriane, de 
1, Sogdiane, cte.. bien arrosées et capables de nourrir un très 
uombreux l,dtail. La pratique de l'art pastoral s'est donc mainte- 
nue /res lot,gt«.my et très/,)i, chez les essaims 6migrants des- 
quels sont sortis les p«.upl«s cultivateurs, ainsi que la forme eom- 
muuautaire et patriarcale de la s«,'iété, qui dérive de ce travail. 
Il'est p«_,urquoi l,,us les le'ni,les eullivateurs, dans l'antiquilé, nous 
:pp«raissmit imlms «le l'esprit de COnln/uuauté ; c'est p, ml'quoil'a- 
=-rieulhtre est l,r;tiqu«çe sur uu«" imm«.nse étendue des zones à 
s,»ls variés par des s«,ei«:tés dout la base est ineoutestM}lement pa- 
lriaretle. I;e l}-p«, «t«.tu«,lh,nlent encore le plus r6p«tndu, est le 
type, premier et oviginaiv«, des eultixateurs. La re,cherche des pl- 
turagos au milieu d«.s s«,ls varie;s, ci la nmbilité qui dérive d'une 
culture trbs cxteusive l,m.iours eu quëte de terrains neufs, expli- 
quont Il'ès bien les I«,intains d«;placenleuts des antiques eonlmu- 
nautés ci cnlhro rudim«.nt«lirv. «.t h' peul»lcmeut de l'ancien conti- 
nent h,ut entier. 
I.a c«,nimuttautd ,sri«ob', tout on se restr«içmlnt de plus en 
l,hts lmr l'«'xet'eic« mènic du travail d'extraeti«»n, ne perd pas ee- 
p«.ndant les eat'aet6ves ichdt'ents au rdgime pastoral qui l'a 
t,'m6o. Elle d«,m«ui'e «.n possession de l'esprit de' paix, de doci- 
lift; et de, slal»ililé, qm. l'cm peut o»servor au fond de, nos canl- 
pagn«'s d'El.,,l»c , ce,mme ch Chite ou dans l'iudv :mais elle eon- 
sorv«, aussi los tendances promières à la routine, à l'inertie, au 
niv«.llem«,nl des silu«ttions. 
Les socidlés qui t'ep«»sent sur la eoulmunaut6 «tgrieolc, très dé- 
tiantes des aenlures ou des perfecti«mltements, et «,ssentielIe- 
ment égalitMres, forment diNeilenlent dans Iour propre sein une 



L. t. SOCIÉTÉ VÉDIQUE, 11;3 
classe diri:-"eante ,.t 'ouvcrnant,', une aristocratie • elles reeoivent 
celle-ci.-- gén,rah.ment parlant,-- par in fusicm d'él,hn,:nt f,,rmés 
dans d'autres milieux qui s' tr,»uvelil -u s,. m,.tlont en contact 
avec elles : s,»it h-s Pasteul no]n;idos conqu6ranls; soit de s,,- 
ciétés eOlnnle celh's des Pdlasg'es et des Saxons ou Seanflinax 
g'ens A qui ]'émiffration par mer, an ].in, on dïl. «.n il,.. ou Tel- 
que autre cause encore indéterminée, a imposé 
la « vaine pàfuf'e » indivise. «.t par suite llll déve],,iq..mont ,inc.c- 
iqu«" de la culture. 
Ainsi, la Chine agri«,,Ic ci sédentaire sui»if i.:ri,«liqu,.mOlt 
l'influence dominatrice d,.s l»ash'ur purs, plus solidom.ld ël'OU!,ds 
el pourvus d,: moyens d'atlaque supfiriours ; il elt 
soci6t6 chinoise une invasion o,ntinuelle d'«çlémcnts dirie«ldS 
patriarcaux, qui -nt ronfol'cé chez elb.. à lin trbs haut 
t?»rlnation primitive comlnunautail'c. 
Parlni les soci6tbs olll'Op«:qlllCS, les Slaves. sortis les del'nicl'S 
de cette r6gion coml«'iso entre la Mer Noire, le Caucas«. et I. Ca- 
pienne que le Golh J.l'nand6s appelle. O[[irimt /,'.tiu.,, ,, la Fa- 
I,rique des nati,,ns ,,. ,»lit ét6 maitenus longtemps sur les te.tri- 
lattes linlitrq»h«.s d«.s l»ast.urs n«,mados; «. sont eux qui 1»1"6- 
sentent les tl'aces l«'s plus apparenh.s de ce c,ntacl. 
Les Gel'mains, lorsqa'ils arrivèl'Vnt en Occident. p,»ss6daioltt 
,.ncore lem" pvilnitivc constitution de &'mi-»o»,ad¢'s 
rudimentaire. Ils avaient 6chapp6 bcauO»Ul» plus que les Slaves 
au contact «le la stcpl,,.; h.s monlaë'nes et l,.s t,r#ls 
l.ngtemps en dehors des inthwnces dirigeant«'s d,.s deux br«,nches 
P61asgiques, grecque et romaine. C'es/attx dh:ments sup,:ri,.tvs 
l'ecus des milieux saxon et scandinave qu'ils doivent leur forma- 
tion cil socidtés our,,pdenncs. 
Quant aux C,.lles. ils ont 616 6tudiés dans la evuo boau«.ou 1, 
mieux que je ne saurais le faire. Leur migration parait d«,s l,lus 
anciolmes, et l'on reo,nnail facilement en eux. à leur arrivée dans 
Ios Gaules. de v6ritahles Kourdcs ( 1/. Certes la distance «.st grande 
entre cet 6tat social « arri6r6 » et la socidt6 mt»d,'l-liC que composent 

Voir dans le Science sociale, t. XI, p. 385 et suiv. 



LA SCIENCE SOCIALE. 

|cu descendants. Mais ce n'est pas au sein de leurs ci;ms m«dfiles. 
«le leurs communautés h culture extensive que les ;aulois ont 
h'ouvé leurs 6h;mclflS de progrès : l'invasion romaine les a form6s 
au travail «:ner.ique ci  l'économie, en a t)dt dcs'GallRo- 
mains, que les invasions franques ci normandes ont tvansfovmés 
en Franc'Ms. La limite (l«'s r6gi»ns sur lesquelles l'influence (h. 
«ha«me de ces deux sortes d'invasi,ns a 
retrauvv encore aourd" hui dans la line Sl»arativc ch. la langue 
d'o,«i «.t de la lantle d'or', ou patois roman. 
Etin, la branche Arvemw [trientale, celle de l'lnde, a subi 
d'ab,,rd, aant d,. traverser les m,,nts, 1111 l«li' c,,ntaO avec les 
Pasteurs nomade.s; «.lle est ac[u«lh.m«'nl soumise à une. direction 
tout oppos6e et autrement puissante. Mais il coin icnt de réserver 
ce sujet pour une «:rude Sl»6cialc pins approfondie. 11 nous suftiL 
l»-Ur auj-urd'hui, d'av,,ir d6termin6 1«' point d,. d6part et la cons- 
tihflion oriinair«" qui l,«.uv«,nt ètt'c assignés aux deux branch«.s 
,1,. la race Aryenne. ce,mme à t,,ut l'«.nsentl»l«, de l'humanité. 

(A 

A. IW I»RI7'iLLE. 



L'EMIGRATION BRETONNE 

A PU{IS ET AIX ENVIRONS I). 

II. 

LA PARTIE FAIBLE DE L'ÉMIGRATION. 

Le métier, dans la vie d,. la famille ouvri;re, représente l'él,'.- 
ment essentiel, celui auquel viennent se rala,-her d'un,. 
plus «»u moins directe tous h.s aulrcs modes de son aclivi{6 sociale. 
Il est donc naturel que II«;Hs pal.tic, ris du ratifier p.ur ne,us ef- 
t,rcer de classer en un certain noml»re de types nos dmirants. 
que nous avons jusqu'ici consid,:rés en bloc. Deux filits v,,nl 
nous faciliter ce travail. En pvcmier lieu. les émiffrants bretons. 
ayant, ¢OBIlIIP l/llS l'avons I11, linp tell/l;lll«l' lllal'/lliée à 
blir par groul»,'s, il nous sera facile de COlllpal'(T phlsi«urs 
afin de saisir les traits cal-aCtél'isfiques du rOtll.. entier. Si. pouc 
suivre l'enchainelnent nahlrel des plléncmènes, il est ln'éfé- 
l'able d'ohserver plus sp,:ciah.meni tllW thmille déterminée, il 
il nous sera i,.ijOUl'S p«,ssil»h, de e,,nh'61er, et au best, in ,le 
figer, les d,,nn6,.s que nous fournira celle étn,h', l,ar des 
lml'aisons prises à c,',té, et de déterminer ainsi ce qu'il v a de 
6nérM. et ce qu'il v a de particulier dans les thil ol»s,.rvés. 
l;e plus, comme les c,,ndifi,,llS dans lesqu,-lles se h.ouvelfl n,,s 
émigranls au départ sont eu 6nél'al les mèlneS p,«u" t,,us, il 
VOl s'ensuivre qu'ils entreront de préférence daus cerlains lléti«.l'S 

Voir la litraison prëcédenle. 



1; LA SCIENCE SOCIALE. 
,p,i. i,al.rO leurs «ttih'encl.s ph,s ou moius g.Tamh.s, présente- 
J.ont entre «.ux «les c;,I'a«'tèI'«'s communs. Avant d'étudier en dé- 
t;,il les modes de travail partic,Jliers à chaque $r,,upe, il est donc 
intéressant «le rcch«.rchcr quels sont ces caractères coinimms. 

Nos dmi:ra,ts part'nt i.n g'énéral pauvres; c'est In6me, av«,ns- 
nous vu. la l»aUvreh  q,i les pousse à 6migrer. Dès h,rs ils ne 
l»,,urr«,nt ,.ml»tasser que ,les m6tiers n'exi'eant pas de capihl. 
En d'auh'es h:rn«.s, ils dew'onl commencer par s'eng'agcr comme 
,mvriers, ,uvriers affri«ol«'s «'hez les gTands ferrait.fs et les ma- 
'ai«'l,'rs des enxi'-ns ch. Paris, OUVl'icrs d'usin«.s comme à Saint- 
ltenis. 
De l,lus, le raml noml,re sort des campagnes" ils n'ont 
;HIClll'nell[ exPreéS «'n vle d'un," pr,,fession qucl,.onque ; et. au 
m,,men[ mbnt,. ,,ù ils al'rivent, ils ,,nf besoin ,h c,mmencer 
agner. Ils s,.r,»t ,l,m-,.xclus ,lu mëmc coup de tout m6tier 
,'xigean/ un al,l,.entiss;,g-e. C,. seront essentiellement d,.s hom- 
mes de peine. 
I.es lt'avaux qu'ils aut'on[ à accoml, lir ser,mi douc $6nérale- 
ncnt des travaux pdnil,les" mais. d'autre, part, nous avons vu 
que, dans leur tmille, n'ayant pas une part ,le ]»6n6fices pro- 
i,,,rti,,nn6e à leur travail, mais au n,,mbro de ses membres, ils 
««t ,çt6 hal,itués  ne dépenser que juste l'activilé n6ceaire 
I,,mr l'exl»l,,itation suftisante du domaine paternel. !1 en 
n»me ,h.s domestiques lui r,.«oivent des gaffes d6t,.rmiu6s pom' 
une année, ci ,lUe ri«'n n'incih" à un lravail mieux tit ou plus 
intensif. A.joulez à cela ,lU ces hal,itudes ont 6t6 pour ainsi dire 
c,,nsacrées en Bl'ela-ne par rot long temps et par tout,s sol.les 
,l'instituti,ns. Elles ont pousse A " multiplier les j,urs de repos 
,'t d. réuni,m, 't les conseils dnéraux s,nt sollicités chae 
;,nn6e d'6tablir de nouselles tbires et marchés, n«,n motivés par 
des nécessit6s r6elles. On comptait naguère six cents foires et plus 
,.n B'ctag'nc. sans parler d,.s grands marchés... « Ce ne sont pas 
a u surplus les seuls .j,_,u fs consacr6s aux distractions. Additionncz- 
I,.s, en y cmll.enant les dimanches, les fètes patr,,nales et tous 
h.s «, pardous ,, " prbs d'un tiers de l'année dchal»pe à la loi du 



L'ÉMIGB.+IO'q BRETONNE .st PARI% ET UX ENVIRONS. 
Iravail » ! 1 ,. Ain,i. tandis que uos émi'rants vont ètre coutraints, 
comme nous l'av,,ns dit plus haut, d'exercer des m6tiors qui 
exigent g6néralemnt un effort manuel consid6rabl, p«rce 
qu'ils ne sont apt«.s fi aucun autre, ils verni gard,.r de leur for- 
mafion communauaire la tendatce à ne s'v a,lr, nner qu«. 
dio«roment. En d'autres termes, leur travail st.fa rarenl«'nt 
travail ht«.nsi/: « J'ai fait val,,ir m domain," l,e],lant dix ans 
pr6s de Mcaux. me' disait un l'a]l(l pr,,pridtair,, du M,gt'l,ihau. 
,.t j'aimais mieux p«l)el- dos journaliers 3 fr. 51} ci  francs 
.iour que mes ets dïci I ff. 5. I'ouvra'e fait était et est 
r«,pport avec le prix. L,' travail de l'ouvrier rural bret,,]t est peu 
productif(, » l'n Irait «ara(.térise ces disl,,siti,,ns :part,mi 
les circonstan,'es le permettront, n«,tl' dmiffrant l»réfre,'a I,. 
travail à la journée au travail i, la tà,.he. 
Je trouve, dans une R«.x-u ],rctonue (3/, ]a cnustatation de 
absence d'iuiliative ,.t d'ardeur au travail : « Nos Bretons 
hal,itu6s « recueillir sur 1,. s,»l natal le fl'uil de leur lal,.ur, 
que leur esprit d'initiative soit mis à l',:pr,.uxc, puis, lu'ils 
qu'à suivre, p,,ur an«.r leur pain. les méth(«l,. vt les 
de travail de leurs p,'Tes. Vivant sur la t«q.t'c «.t ,le la {«q're. ils 
n'ont encore qu'à se laisser vivt.e entrainés par la coutume 
les habitudes l,.is,.s ,16s l'enfance. Arm'i,:s dans les S-l'andes 
villes, ils ne ta,',lent pas à s'apercevoir que, p,,ur parwnir aux 
salaires et aux rich,.scs rëvd,.s, il faut une a«-tivité, un espl'il 
d'initiative, une certaine audace que réclame la lutte l»,»ur 
ie, «tru/9/,. ». @. comme disent nos voisins 1,.s Anlais. 
leur nature, ni leur éd,,c,,ti,,n ne les y ,,,,t pr6p,r6s. Aussi 
lardent-ils pa à ëtre rcl6gu6s dans les m6ticrs l,s ph,s siml,l,.s. 
les plus ff,'ossicrs et les moins lucratit. Ils s'en ,.,,usol«.nt en p,,r- 
tant trop souvent chez le marchand de vin la 1,1us rosse pari 
du salaire qui pourrait assurer à leur famille u,, I»i,.,,-6tr,. ,,,o- 
,leste, sans doute, mais suffisant ». 
Voici d6jà un premier point, et tr6s imp,nqant, i,«,," h.qu«.l 

ri) Baudrillart. Populdlio«s ttyricoles dt, let Fra,ce. p. 179. 
(2) £a 8em«titw rcliyieusedtt diocèse «le.5ai,t-Brietc et.. «le Tt'eyt«ier, fl.x r. 1892. 
3"t Ibid., p. 626. 



I(i LA SClENCI SOCIALE. 
mi.rant br«.lon se dising-ue de i'6mig'ranl d'oriffine yankee, 
qu'on rencontre dans toutes les parties des États-Unis. Celui-ci a 
,le ¢.ommun avec celui-là que, comme lui. le plus souvent, il n'a 
pas au de:but d'inslru«ti,m professionnelle et doit «'mbrasser le 
in',mier métier qui se trouve à sa port6e; m«tis un d6sir intense 
d'avoir un «:tablisscment a soi, et. par suite, la nécessité de r6unir 
un capital, 1«' poussent à un travail intensif. E second lieu. il a 
un esprit ouvert, il sait tkcilement se rendre compte de la 
t«.«hnique d'un métier, et. s'il ne trouve pas son compte dans 
ce.lui qu'il avait embrass6 d'abord, il passe ral, idcmcnt à un 
autre plus lucratif; noire Breton ne saurait avoir cet esprit 
d'initiative • il demeure obstiném«.nt attaciff" au mode de travail 
auqu,.l il s'«.st d'al)ord consacr6; (h. pins, il reste, impuissant h 
l»ros'r«'ss«q • «ians (.«. m,,d«, d,. travail. uatr«.-vinffts sur cent, au 
moins, sont (.«,ni»i6t,.nwnt d6nués d'instruction; aussi, après 
s'tr« mis au c«»u'anl «'n quchlu«'s S«.lnain«.s d,.s proc6d6s à suivre. 
dans b.ur nouxcau mdti,.r, ils )" d,.m«.ul'ent fidèles, comme ils 
l'avait'ni 616 auparavant au m,,(b, de culture. 16gu6 par h.s an- 
«:lr,.s. tn eonstat,, donc chez eux un,. incapacit6 g6n«;rah. à 
s'éi,.x'«.r c«.ux-lh qui arrive.nf à sortir de lcm condition subal- 
t,.rne sont rar.s et nv h. doivent le plus s,,uv«.nt qu'à d«.s cir- 
c,,nslanc«.s parti«uli6r«.m«.nl t)vorabb.s; encorv l'intlucnt.e de. la 
t,rmali, m ant6ri,.ur«, ait-«.ib, ass.z lmissamment sur «.ux pour 
ne hqu" i»«.rm.ll' . de t,ndvr qu,_. d,.s 6/ablissenwnts peu consid6- 
rabh.s et de faibh, profil. E parlant ,le «. p,»int de vuv, nous 
niions rollonll'.r d.tlX g-l.alldts (.lass,s clé, nléticrs " I" c«.ux où 
nos Bretons entrent «i'al,,rd. lors de' leur arrivde ci t,»u.jours ch 
qualilé d,. salari,;s; " c«.ux «,h ils arrivent partbis à se faire, à 
t,rc«, de Iravaii et dëc,,nomi,., un. situation ind6peudantc, qui 
,.xise me part plus ou moins grande de capital et d'initiative. 
Itans la premi6re classe, ne, us lrouvons successivement selon 
l'«,rdre croissat des lransfi, rmati,,ns qu«. h. reCier produit chez 
lëmigranl, les tyiws sivants" I' l'ouvrier agricole «.nffaff6 pour 
,lu.iques mois chaque ann6e chez le fit'and tçrmier des environs 
de l'ris;  l'ouvrier d'usine à Saiut-Denis: 3" l'ouvrier marai- 
cher; U' l'cml»h,y6 de chemin de tçr" 5" la domestique. 



L ÉMI|_,RATION BRETONNE A PABIS ET AUX EN'1BONS. 

Nous eomnlencerons cette étude par les «,u,'rier« a.p'iroles 
«upons d'eux en premier lieu, parce que 1o m,»de de travail 
quel ils vont se fivrer est plus ral»proché que t«»ut autre de celui 
qu'ils ont pratiqué jusqu'iei, et parce quo leurs en'ag'emenls 
6tant limités  une partie de l'ann6e, ils entrcticunent avec leurs 
pays d'origine des rapports plus e,.nstants et se.nf, par suite, 
moins disposés à subir l'action du milieu dans lequel ils 6mi-rent. 
Leur nombre est considérable, «.t nombreuses sont les 
qu'ils envahissent aiusi périodiquemenl. Celles où on les 
tre plus ene«we que partout ailleurs sont " la Normandie. File de 
France et la Beuce, « cette grande plaine tburmenti6re, dit 
André Duchesne. l'uB des greniers à blé de Paris et plus f6c,-,nde 
que ue fut jamais la Béotie ». 
Nous prendrons pour lieu d'Cude de ce type, si vous le voulez 
bien. une ferme des environs de Paris, fi Chaville par exemple. 
Le type se trouvera ainsi plus à la portée de be;ue«»up de. lec- 
teur. N,,us aurons, en outre, l'avant%'e d'y trouver le typ,. que 
nouséhldionslargement représenté ; les reeensements¢»ffieiels v ac- 
cusent en effet l'existence de fi Bretons ; mais si nous en croyons 
l'opinion généralement répandue à Cbaxille mëme, h.s Breton 
v comptent pour le tiuart ou nlèlliP le tiers de la p«,pulation, ce 
qui porte à plusieurs eentaiues le nombre de ceux qui y viennent 
prendre des en;a$'emens tempor«ires. 
Le domaine oit nous allons voir it l'wuvre n,»s émirants est 
«'elui de l; "*'. (In eonnait la disposition générale de ces -ran«les 
trmes des euvirons de Paris. Situées pour lt plupart dans 
le bourg mème ou dans ses fiubour-s, elles d,mn,.nt une impres- 
sion bizarre et eomposite qui se ressent à la fi»is d," la campa'ne 
et de la ville. Les terres, le plus souvent eonsidérubl,.s, s,n répar- 
ries à une distance plus ou moins grande de la ferme. Elles sont. 



17J L^ scm,c. SOC^L.. 
éndral,'m«.nt, consacrécs à un doubh, objet : d'tllle part. on v 
I il d'imporant«.s cultures de blé; dr' l'autre, le voisinage d,' Paris 
v hvorise lëlcvage dans de g'randcs proportions. Ces deux natu- 
res de travaux donnent li«.u, chaque amée, pendant plusieurs 
nl,,i, d,. ma i à s«.ptcml»re, à deux séries d'occupations : le fana'e 
la noiss,n qui exië«.nt un SUpl»16mCllt de bras. Ce supplémenl. 
,'e sont n,,s émigrants qui vont h. l'ottl'nit'. 
Ils arrivent en ff6n61"al dans d,.s conditions il'èS senhlablcs. 
l'out beuucoup, ces l/'uvax s,,ni déjà une pratique anci,'nne 
de.puis huit «ms (hx ans, ils viennent ainsi chaque ann,;« . La 
plulmrt d',.l[re eux s, mt mari6s depuis plus ou moins longtemps. 
et le mdna$'e est. dans la t«q'rc natale', ell possession d'une maison 
et d'un 1,etil ,'llnml». d,»ni l'exl,l,fit«lion ne sui'lit pas à employer 
le Ilmri. La feltlltle, l,.ndant l'abs,.llCe ,le ce'lui-ci, avec l'aide 
parents ou d,.s voisills. 1,. fera valoir. S,»uvent aussi, c'est h. d6sir 
,l'am61iorer uuc situation plus «,u moins crilique qui l,OUsse à ce 
dél,art lCnl[»orail.e.l.'un de ceux que j'ai vus i I;llaville. était 
mai.tel depuis trois ans. Il veuait d'achet«.r utle tOti[¢' l,ctite ferme 
«lUX environs de Saint-Brieu«; il avait d6 enll,rUnter de divers 
c6t6s pour parfaire la sltlllllll' «lui r.présentait 1«. prix d'achat 
devait cn,.«,re ll',ris mille francs : « Si j'étais testA au pays. ne 
disait-il, il m'«ur«it f«llu, en adm«.ttanl un concourd'heureuses 
,.irc«mstanccs, quinze années pour m'acquitter, tandis qu'ici je 
l»uis lç tir,, en cinq ou six ans ». 
C',tait p«,ur la seconde fois ,lu'il venait ainsi. Et celle 
t.Olllnle lt l,reini6rc, il était enu, comme cela se fait d'ailleurs 
,,r, linair«.ment, en ,'oml»abqfic ,l'une douzaine ,l'autres de sa p- 
toise,': et r,' il'eSt qu'après av«fir cherche: du travail pendant cinq 
ou six ],,urs, ,h.puis Orldans oh ils 6taient dosc,.ndus du chemin 
de fer jusqu'l Clin ville. ,lu'ils avai«qt entin trouvë un ensagcment. 
Il se promettait bien d'ailleurs de ue plus recommencer cette 
roui'se errante. Dans plusieurs fernles, on avait voulu en prendre 
quehiues-uns, mais lrois ou quatre seulement ; et. c,,uline ils ne 
voulaient l,aS se quitter, ils avaieut refus6 des prop,»sitions plus 
avantageuses que celles qu'il avaient dù acccpler ici. 
Nous nous trouvons donc ici encore en pr6cnce d'une intluence 



L'ÉMItRATION BRETONNE A rARIS ET AUX EN,IRONS. 171 

de la e,mmimaut,;. Nous allons d'ailleurs p,,uvoir la suivre da,s 
tout 1,. C,ml'S du séjour de. ces émi.rants. 
B'abord, dans le travail. Bien «lU'étant exclusivement agl'ic,le. 
le h'avail exi-é dans cc fermes o»mporte parf,,is des c,,nq, lica- 
tions et dos ditlicultés qui requièrent une formation plus ou moins 
lonuc. « Aux Bretons que jelouo chaque amée, me dit le t%l'miel', 
je ne donne .amais que « les ëros ,,uvra-es ,, ; ces h.avaux, moin 
bien r,:h'ibués, se,nf aussi énéralement plus durs. » C'«.st ainsi 
que ceu qui s'v livrent d,»ivcnt comm,:ncer leur travail à cinq ou 
six heures, tandis que les autres ,,uw'iers ne ,_-,,mtnenccni qu'à sel»l 
heures. Souv«.nt aussi, le s,,ir, ils tinissent plu tard. « Je ne suis 
pas mécont«.nt d'eux, «.n fféndral, m,. disait enco'e 1,' nème tO'- 
mier; ils ,,nf souw.nt assez de p,.inc à (,,ml,rendre ce qu'on 
dit. inais quand une fois ils l'ont compris, ils le font sans dis,-,- 
ter. Ils s,mt inoins rais,3nnem's, inoins dish'aits «i m. les Beles 
que j'ai eus autretbis, mais aussi ils iravaillent moins acivement. 
surtout quand cm ne les surveille pas. ,, 
Le teavail qu'ils tç»nt leur p,:rmet «l,»nc d,. test,c" r,»Ul,éS. Ils 
le seront encore l,,»ur l'habitation • ,m les l,_,$e enéralement i, 
la trme, un I,Atilnent sp6cial leur est at'tce, il v a une «lorh,. 
spdciale pour les réveilh.r le matin. 11 en est de mètne pour la 
nourrihu'e. Nous savons qu'en Brelanne ils stmt accouhlmés à 
vivre de peu. Aussi préfèreront-ils, dans leurs en-aemcnis, 
demander à la trme que le l,,gcment, et se nourrir" eux-mèmes. 
y trouvant un mo en de tdre des dconomies. Ils ont apl»,»rt6 avec- 
eux des provisi,,ns souvent considëral,les de beurre ,.t de lard. 
qu'ils ren,,uvellent quand elles sont épuisées. Ils n',mi donc à 
acheter, dans le lieu ,-,ù ils sont fixés, que du pain. La boiss,,n 
la plus ordinaire est l'eau, lla se réunissent part,is à plusieurs 
pour faire. à la grosse: l'acquisition ,I,. raisins secs ,l,nl ils firent 
une sorte d,: mauvaise « piquette ». Ils arrivenl à des l»roc6d6 
que nous auri,m« peine à comprendr,. : « J',,n ai vu, me disait 
fermière de G "'*, à Chaville. qui a,'hctaient leur i,r,,vision 
pain 1-nt,.mps à l'avance, alin qu'il devint plus dur et qu'ils el 
pussent manger moins A chaque repas. » 
Ils pe,vent ainsi mcth'e de c61é la plus rande p, rfie d,.s 



1 7 -) LA SCIENCE SOCIALE. 
laires qu'ils ,a.n_nt. Ces salaires varient généralement entre 
70 t.{ 80 francs par mois. il n'est pas rare cependant d'eu trouver 
qui att«.inen jusqu'à 11o ou 120 francs. Comme nous l'avons 
déjà vu. ils s,»nt b«.auc,»up plus souvent  la journde ou au mois 
qu'à la tchc. 
Ceux qui prétërent ce dcrni,-r mode d,- paiement sont en é- 
n6ral des Bretons partis depuis plus l,»ng'temps «.t «pfi ont 
p«ss6 plusieurs aun6«'s «.nlièr«.s hors du pays natal; et l'on re- 
marque que, s'ils g-agnenl plus, ils dépensent aussi davantage. 
I.cs distractions de nos moissouncurs sont rares ci peu vari6. 
tn ne voit 'dneralent«'nl pas t'h«'z eux, surt«mt chez ceux qui 
xiennent «h la basse Brctane, cette cmiosit6 intense qui pousse 
tant d'autres provinciaux h venir l Paris. dbs tin'une occasion 
lhvoralde s présente. Lem" seul j,mr cit. lib«rtd est le dimanche 
et ils l'emploient g6néralcmenl, comme en Bretag'ne, à se »ndr« 
x-isite l«s uns aux autres. Si. gORlllI¢ 1 cas se rencontre assez 
s,»uvont, «luelqu«' c,-mpatri,,te se trouve fix6 depuis plus long- 
t,.mps dans la mèmc ville «.t v tient un débit de vins, ils se r6u- 
issent dt. prdtërcnce chez lui. Alors. ,-,n les v,,it s'ad,»nner à un 
i«e que l'on peut consid6rer commo un vice nutional, tant il 
,.si répandu chez eux. Nicob. ,qt constatait ddjA l'existence de 
son temps. ,, Èlre Breton et ètre ivr, m-n,., c'est tout un », dit-il" 
«t il ajoute • « "l'etat le re,md,, est sujet h la pr6v«.ntion, il s'aqit 
seulement de savoir celle i laqu«.ll on est sujel. C'est ainsi que 
pour la .i«.une Br,.tonn,-, quand clic veut se marier, il ne s'agit 
l»:s de sax,fir si s,,n tianc6 est ivrogne, 1,' ddfaut qui r6gne dans 
ce l»ays-lh ,;tant de s'cnixrer, mais de savoir seulemelt s'il a le 
vin l,ïm ,gu mëchant. ,, I.es jemtes Brotonnes de n,»s j,»urs pour- 
raient enc,«'e apporter au choix de leurs maris la mème pr6oc- 
,.upalion «lu'au temps de Ni«ole. car les défauts des pères sont 
r«'s6s h.s ddthuls des enfitnts. Ce vice. ils le portent partout 
ils vont s'é/al»lir. C'est celui qui les caracl6risc aupr6s des chefs 
,le m6ti,q's qui les empl,»icnt. Le directeur d'une importante usine 
,le Saint-Dcnis me lraduisail tout dernièremcnlcette impression en 
c-s te'mesdncrgiques • « Nos Bretons ? S,»bres comme des chameaux 
pendant la semaine; le dimanche, ivres comme d,.s l'olonais ,, 



Travaillant ensemble, logeant enseml»le, s'enivrant cnseml»le. 
nos Bretons nous présentent aussi tidèlement que possible l'image 
d'une colonie sul»itement transportée dans u,t nouveau milieu et 
sans rappor|s avec lui. lles rapports, nous l'avans vu. ne sont 
autres que les rapports indispensables eréés par 1,_ travail. Ils ne 
voient le fermier que pour en recevoir des ,,rdr,.s ou leur salaire; 
ils fréquentent peu les autres ouvriers de la fernle, dont ils ne 
parlent pas la langue et n'ont pas les ha|»itnd,'s. L,.s petits eom- 
mereants se plaignent qu'ils vivent toujom-s entre eux et ne leur 
achètent rien; ce ne sont pas d,.s Français, dit-on souv«.nt en l,a,- 
lant d'eux; eux-mèmes semblent désireux de maintenir cette opi- 
nion : « La première fois que.je suis venu ett Frtmee..., » dis;til 
l'un d'eux il v a quelques jours, parlant à un Niv,.rnais tout ré- 
eemment arrivé, lui aussi, d,. so,l pa?s. « Vous n'ètes d,,ne 
pas Français. lui demanda er dernier?  Mais non, répon- 
dit-il tout tranquillem,.nt, je suis Bref,m. » Ce, renie ils ne peu- 
vent subir aucune influence étran.,_"ère, ils demeurent générale- 
ment tidèles aux pratiques religieuses qu'ils ,,nf suivies jusque- 
là : « Ce sont de très bons paroissiens, dit le eutA de Chavilh.. » 
Nous verrons qm. sur ce point comme sur I,i,:u d'autres, «h,s 
conditions différentes de mili,.u uous conduiront .a des résultats 
très diflërents. 
Parmi ceux qui partent ainsi chaque année vers le Cmllnwnce- 
ment de mai dans la pensée de contracter des cngagenwnts tem- 
poraires pourquatre ou cinq nlois d,, l'AtC Ici plupart, avons-nous 
vu, sont mariés et ont eu Bretagne une petite propriété ou une 
petite ferme ; la moisson fidtc et l'cng-ag'ement expiré, ils renm'nt 
donc tout naturellement au pays. rapportant l,-s économies réa- 
lisées; mais il eu est aussi d'autres, qui sont Ve,lUS, simplenwnt 
poussés par l'apprit de salaires élevés et qui n'ont au pays ni 
ferme ni ména.ge. tn coneoit donc que la tentation puisse 
grande pour eux de rester plus longtemps. Or. rien n'est plus fa- 
cile. A c6té de ces grandes fermes, où ils se sont en-a.,_"és, s,. ren- 
contrent presque partout, dans les environs de l'avis, dÏmmenses 
cultures maralchères qui, par la multiplicité des soins qu'elles 
exigent, ne peuvent se faire qu'avec le concours de beaucoup de 
T. XlV. 13 



17.1 t& SCtENC: SOCt&L:. 
b,'as cmplox.és peud«,nt la majeure partie de l'année. Daim un 
raxon plus rai,proché, sont d'innombr'ables usines, où ils trou- 
vent aisément du tr'avail. C'est donc là que nous allons les re- 
trouv«.r avec beaucoup de leurs compatr'iotes que d'autres cir- 
coustances y ,_,ut @'alelnent menés. Mais la durée plus longue 
d. ces en.,.z"aëements, le mode différent du travail, la dillërence 
d,.s milieux vont ameucr dans 1«. type des moditications impor- 
tantes. Nous allo»s d'abord les étudier dans l'ou«ri«,r d'usine de 
Saint-lt;.nis. 

I1. 

Saint-Dents est un,. ville industrielle par exct.llence. En voyant 
du train l'Apais nua.,..e de fum,:e qui s'é«hapl»e incessamment des 
;'hcminé«.s des usines «.t se répan,l sur la ville, le Parisien avide 
d',,mbra.'-"e «.t «le v«.rdure s'aperç'oit q,t'il d,»it pousser plus loin 
pou," tr,,uvcr la réalisati«,n ,!«. ses rèvcs. On comprend donc que 
n«»s Brcto,s s'y soient donré r.ndez-vous «,, grand nombre. Nous 
savons qu'au det.mer recensement, on en comptait 3.g18, nés en 
Bretagne: niais il faut l, ol't«.r ce chiffre à 5 ou 6.000 si l'on v 
COml,r«.ud les enfants n,;s .a Saint-ltenis et ceux qui n'étan pas 
tixés d'une manièr,, ré..-"ulière dans cett,, ville, "a cette époque, n'ont 
l,as été compris sur h's f«.uilles de r,.censcment. Nous avons vu 
une d,.s circonstances qui contribuaient à les faire venir, ce n'est 
pas la seule; l'une d.s principales, en ce moment, le courant se 
trouvant établi, c'est l'appel continu fait par ceux qui s'y trou- 
vent déjà ,,x par«'nts ou aux amis de l'a-bas. « Quand nous avons 
une place vacante, me disait le directeur d'une usine, nous soin- 
nies toujout's sùr.,, que nos l}retons auront trois ou qatrc coin- 
patriotes à nous pr,,poser pour la prendre. » Ce fait étonnera 
d'ailleurs moins si l'on s«,ngc que plus de deux mille d'entre eux 
vieunent de d,.ux ou trois cantons des C6tes-du-Nord. E veut-on 
un exemple'? B'", qui tient un d,;bit de boissons sur la place de 
l'église, est parti seul il y a dix-sept ans de Bourbriac, et a com- 
mencé 1,af travailler daus une usine. 11 avait neuf frères et sœurs. 
Deux sont morts. 11 a attiré successiveluent les sept autres près de 



lui. Trois sont actuellement étM»lis sur la mère,- place comme épi- 
eiers ou marchands de vin. La famille compte aujourd'hui h 
S0int-Denis, en v comprenant les enfants, dix-neuf menibros. 
C'est g'éndralement vers l'ffo de Villét-tl'ois ou vint-quatl'«, 
arts qu'ils viennent, le [,lus souVOllt seuls. Mais, à la dif'fkh'enco 
de l'émigrant nloissonllour qui. en pal'tant, sait qu'il ilO s',.lt- 
ga'era que pour tin tClnpS déormill6 or rol;ttivelUent assvz court, 
il s'ait pour ceux-ci d'un séjour dollt la dtll'6v cs illimité. 
qui. par consdquent, es de naul'e à l«'ssélmrvr plus prd'«mhhnent 
du milieu primitif. 1«. l»lus, l.s rapp«,rts av«.c l,s che'fs de inier 
von 6tl'e moins nolnhreux, l.e premier étai lc,6 «.t à 
nourri par son patron" dës lors lo l, roblème social se posait 
pour lui dans les toI'tnos les plus simples. Ce problënl, s. 
pliquc un peu plus déjà pour nc,re Otlvrier d'usiue, «'t al, p,.lh' tin 
plus grand dévelol,l,elelt de son initiative. Il va tll»ir «lu'il 
nourrissc et se loe lui-incline. Si l'on fient eOlnph • de «o tit qt'il 
arrive lc plus soux»nt saus arg'«.nt, que la vie coùt, cher à Saint- 
De's, qu'il peut rester un emps plus ou nlOillS lon sans rouvor 
d'en'ag'elnont, on v»it tl:j qu'au dé},ut il va rolC»litl'er th's lifii- 
cult6sassez graves.  r ces dit'iicllés, que rellCC»lttre au 
l'ouvrierdes autres pays. il va les r6s«»tldrv d'ullo façon spdciah., 
en faisant appel à la COlnmunau[6. Une s«»lidal'itd très el«ln«. 
tr6s proibnde selnhh, cxistor entre ots les Bl'e«ms d'un inënle 
lieu dëmigi.atim. Il sut'ti qu'utt nouvel al'rivan se r6clamo 
son titre tic Br't,m p,mr qu'ausi6 un COlnpatl.i,»v l'accu«.ille 
l'h6bcr-e. Ce qui a óé d'al,oral un secours cil attendatt l'ouvrage 
chcrch6, se continue quand le nouvel 6miralit a trouw: place 
dansuno usine. Au lieu d'aller hal,i«.r dans un h,'».l, il es 
par un autre Breton. ;elui-ci c'st çénéralolnenf mari:, e l'evc»i 
ainsi en qualitd d. pensionnaires cinq ou six eçmlpatri,,tes, par- 
fois une dizaine mème. Saimme a pour r61e de faire h. ména'e 
et de préparerlcs repas. Rien n'est d'ailleurs plus simple. Cacun 
achète au commencement de la semaine uue l,rovii,,n Stli'fisalle 
de pain. de lard, d • hareng saur. D'après lesrenseinelnents que 
j'ai recueillis de plusieurs c«5t6s, ils dépensen à p,.ine en en,_ral 
de I fr. 5 à l f. 50 par jour pour leur nourriture et leur lo.'ement. 



156 .A scexcs 
alors qu'un ouvrier x«'nan{ de la Nièvre ou de l'Msne dépesera 
l«ilement 3 fr. 50 ,m ' lYancs, lls fiemtent tellement à cette vie en 
«:,»mmun. que quand aucun d'eux n'est mari6 ils inventent toutes 
m'[es d' systèmes pour SUpl»léer a u défaut de ruait rosse d« • ménage. 
Ve,ici. l»a r exm uph.. 1« 1»1"+ ,c&16 qu" ils emploient souven[,.&ms cette 
«ircmastance. à l'usine de M. P.iricr. Comme on v donne la demi- 
paye aux ouvriers malad6s pendant toute la dur6e de leur mala- 
,lit, n,,s Bret,,ns, qui al»pa'tienm.nt  un lltèlile groupe, t'ignent 
l,tlli. à l, tlll. d¥tr«, mala,h's, et' qui permet toujours it l'un d'eux 
de' t'«sl«'r à la chanci»re 't de pr6par«.r la l»itan«.e des enntarades, 
lout en t'eeev;tnt la demi-paye à laquclle il a droit. 
l.,.s c,»ndili,ms «lu travail s,,nt sensi]»h.ment les mèmes pour 
tous ci ne diffèr«nl g-uèr,, que par h" «.araelëre plus ou moins p6ni- 
I»1,. qu'elles l»r6s,.nt,.nl. C,,ndamnés essentielh.m«nt à ètr« hommes 
d,. peine, e'esl naturellement à eux que reviennent les t«Iehes fati- 
anles. Nous avons vu l,'s raisons qui les empgchent générale- . 
me.nf de. s'Alever'; «,n m« signale, partout les m6mes causes • l'ab- 
s«.n«e d'instru«ti,,n, l'esprit de routine. A l'usine Poirier, où l'on 
s',,coupe de la fab.ieali«m des produits chimiques, ,m les préDre 
aux aulr,.s l»,»ur certains Iravaux. Ils font avec plus de régularité 
«» «lu'on leur lit ch. faire, ils sant moins portés à réfléchir et à 
se demander si les ch,,ses t)il«.s autre.ment n'iraient pas mieux. 
l'a. suite mème de leur manque ci'instruction, l'édueatian pra- 
lique d,.s sens d,,it se développer davantage chez eux. Mais de- 
mamh.z-l,.ur un lravail qui exig-e un et'f,,rl d'intelligence ou 
d'initiative, ils s'en tt.oueeont le plus souvent incpaldes. 
l.enrs saltircs se ressemhlent 6galement beaucoup. Ils vaeienl 
enlre .'t et fi francs par.jotl e ci ddpassent rarement ce dernier chiffre. 
In Brel, m qui travaille dans des conditions normales peut donc. 
,:tant donné le peu qu'il dépense pour son loyer «.t sa nourriture. 
mettre de «616 chaque mois une somme assez importante. Or. que 
va-t-il faire de ces économies? Ne va-t-il pas se constituer un 
fonds de r6serve, soit en prévision de maladie et de eh6mages 
possibles, soit en vue d'un établissement t'utue? Il n'en est rien. 
Bien que souvent majeur depuis longlemps et 61oiëné de sa lb- 
mille, il se considère encore eolmne en faisant partie inlégrante. 



L'ÉMIGRATION BRETONNE A PARIS ET AUX ENVIRONS. 177 
Aussi enverra-t-il en Bretag'ne la plus gran«l parti des éconoluies 
qu'il va r6aliscr. Les par«.nts ont souv«.nt d'aillem des préten- 
tions insatial,les: ils .s'imaginent volt,nlicrs que leurs cuthnls 
émigrésgagnent tant qu'ils veuh,nt et que t,,ul ¢'e ,lu'ils gaffnent 
appartient h la famille. Ri.n n'est plus curieux que de voir tous 
les sam«'(lis soirs, au lmreau d," poste, d,. l,,nzu,.s files d« Brolons 
venanl app,,rter ue partie de h.ur pa)c..l'en ai vu un. tixé à 
Saint-D,'uis depuis pri.s (le trois ans, et qui. t,,ut «.n blant tr6s la- 
b«,rieux el lrès dconomo, no possédait pas à ce" momenl plus d, • 
100 francs. 11 avait commen,'d par envoyer à sa famille lo fraucs 
par mois; puis sur les réclamalions inccssanl«.s de c,.llc-ci, la 
somlne avait ét,: portée A 5o francs. _tr, en ce me,ment m6m,, il 
p«.nsait à se marier. ,.t le seul obstacle qui l'arrètail, c'était qu'il 
n'avait pas l'arucnl n6cessaire p,,ur payer le promi,.r lerm«, de 
la maison qu'il se proposait d,. l,,u«.r. Notez bi,.n ce pr,.mier 
acte d'imprdvoyance, qui prdc6do 1,- mariage et l'étal,lissemenl 
du m6nage, car il esl la s,,urc«' d'une foule de phénom6nes qui 
vont se dérouler dans l'exislence de la fulure familh, ouvri6re. 
Quand notre dmigrant a passd deux ou trois ans A Saint-Dcnis, 
il se trouve gdn6ralement pris d'une nostalgie dtrauffement puis- 
sante. C'est un besoin intense pour lui de revoir le pays. !1 in- 
ventera, pour t,btenir un cong6 à l'usine, toutes st, ries d,- rai- 
sons, surtout la maladie ou la mort d'un parenl, car. nie dit-on, 
S Bretons ont dos oncles, des tantes, des cousins à n'en plus 
finir, et ils s'en servent en toute occasion. Le directeur sait le plus 
souvent a quoi s'en lenir sur le fondd de leurs raisons: mais 
comme, d'autre part. il sait bien qu'il ne pourra e tirer rien 
de bon tant qu'il leur rdsistora, il les laisso partir. uehlues- 
uns s'en vont et ne reviemtent pas. Pour la plu part. c'est le me,ment 
du mariage. C'est en effet en Bretagne qu'ils vielment do prdfd- 
rencc chercher leurs femmes ; ceux mème qui se maritnt à Saint- 
Denis ne se marient guère qu'avec des Br,'tonncs. [tri reste deux 
ou trois semaines, parfois un mois; on ddpense la plus grande 
partie des dconomies réalisdes, si dconomies il y a: car, autant 
notre ouvrier d'usine a pratiqud lëparne avec une rigoureuse 
parcimonie à Saint-Denis, autant il se montre alors prodigue 



| LA SCIENCE SOCIALE. 
avec les amis. Il s'agit d'ailleurs pour lui d'étonner les anciens 
camarades par le spectacle du luxe qu'il apporte. Puis le jeune 
,énag'e reprend le chemin de Saint-Dents. C'est maintenant que 
le problème va se compliquer, et que lëtablissement de l'équi- 
lil,re dans le budffcl va rencontrer de sérieuses difficultés. Re- 
marquez en effet que le chapitre des recettes ne va pas se trou- 
ver aug'mcnté. Par la nature m,:.me de son travail, l'homme ne 
peul guère espérer voir son salaire s'élever dans des proportions 
sensibles ; d'autre part, la t'emme généralelnent ne travaille pas, 
la 1,1upart des travaux des usines à Saiut-Denis étant réputés 
dangereux, et sa présence étant nécessaire à la maison, d'abord 
pour pro:parer les repas du mari. i, lus tard  cause (les enfants. 
Elle ne possède d'ailleurs aucune instruction professionnelle qui 
lui l»el'lnette de se livrer, à la maison, à des travaux tant soit 
peu rèmunéralcurs, i.e triAnage va devoir se choisir un lo._,zement. 
Il va h. faire dans des conditions plus qlle lnodestes. Les instal- 
la[te, ris des Bretons' Saint-Dênis sont de deux sortes : les unslouent 
une ehalnbre ou un petit appartement dans une des nombreuses 
«.ités ,,uvrièrcsque depuis quelque années ena conslruites à Saint- 
lien[s; d'auh'es vo[t! se perdre dans de misérables chambre[tes 
au fond des cours. Dans les deux cas. du reste, les caractères du 
fait sont les mèmes. Le prix «lu loyer varie g'énéralement entre 
150 e! 300 francs. Pour rétablir l'équilibre budgé!ail'e qui pour- 
rait s'en trouver COlnpromis, ils o11[ coutume d'employer le pro- 
cédé d«,lt re,us av,,ns parlé l,lus haut : ils prennent comme lo- 
ca!«ires plusieurs compatriotes. N,-,us allons les trouver dès lors 
dans les déplorablcs conditions d'hygiène que tout voyageur 
en Breta.'ne a constatAes dans la plupart des fermes de 1; basse 
Brelanne. Sans dou!c, des règlements de police proportionnent au 
noml,re et à la grandeur «les pièces le nombre des personnes qui 
de,[vent v coucher. )lais le désir de faire phls de bénéfices et 
l'absence de t,)ll[es préoccupations sanitaires amènent souvent 
des infrac[ions à cette règle. Je vois encore l'effarement d'une 
felnme ins[«dh;e dans une de ces ci!ès ouvrières, qui, me prenant 
pour le gérant, se jetait au-devant de la concierge et la sup- 
pliait de ne pas me raconter qu'elle logeait sept personnes 



L'ÉbnGRATION BRETONNE A rARIS ET AUX EVIRONS. 179 
dans une cband»re où il n'était permis d'en mettre que trois. 
La situation est encore pire dans ces chambres que beaucoup 
d'entre eux louent au fond des cours dans de très vieilles maisons 
à la construction desquelles on n'a apporte; aucun souci de l'hy- 
ène. Fiffurez-vons une chambre basse d'ëtage, s-nd,rc, COlnpre- 
nant autant de lits qu'il est matériellement possibh, d'en placer, 
avec autant de malles «lui contiennent les eItbts des lwnsion - 
naires; au milieu, une table sur laquelle sont enlassës pèle-mOle 
le pain et les provisions de ehaeun d'eux; à une e, rde qui va 
de la porte'à la ïenètre, est suspendu le lin'e que la f, qlmie 
vient de laver. Le plus souvent la t'enètre est de petites dimensions 
et la phlpart du temps maintenue' hermétiquement fermée. 
On conçoit aisément les eonséquenees déplorables d'ule pa- 
reille installation ail poiut de vue hygiénique et le retentisse- 
ment qu'elles pe uvent avoir sur toute l'existence de notre famille 
ouvrière. Nous avons vu que, pour maintenir l'équilibre du l»ud- 
get, il est rigoureusenlent nécessaire qu'aueun accident ne vienne 
interrompre le gain du mari, li augmenter les dépenses ordinai- 
res du ména.,,"e. Or, dans les eonditi-ns où nous les avons ws se 
loger, l'un de ces accidents doit prendre un earaetère de përiodi- 
cité effrayante : ce sont les maladies. Elles commence,ni g61d, ra- 
lement par la femme, llabi|uée jusque-li à vivre, en Bretagne, au 
milieu des eb«mps, elle soutfi'e de se voir transportée dans 
milieu diff(,rent, dans un ;ir que vieie sans cesse la fumée 
IlSilleS. Si vous ajoutez à cela le sentiment de nostal.,,:"ie qui les 
saisit presque toutes dans les premiers mois qui suivent leur arri- 
vée, vous vous expliqu«.rez aisém«.nt ces vis;g-es que l'on rencontre 
si souvent dans ets pauvres intérieurs de la colonie ]»r,_'tonne de 
Saint-Dents, visas'es p'hles, eneadrés de cheveu\ noirs, avec de 
grands (eux profonds empreints d'une indicible mbneolie. 
[_'n ménage que j'ai visité se trouwfit dans les e,nditions sui- 
vantes. La famille se eomp«»sait (le quatre personnes, le père, 
la mère, et deux enfal||S " un garço et une fille. Dans la chambre 
unique où ils habitaient. étaient deux lis, l'un [)mr les parents, 
l'autre pour les enfants. La ïelnme s,)uffrait depuis plusieurs 
lnois d'une phtisie incurable, et le maire salaire que gagnait 



18| I.A SCIERCE SOCIALE. 
le s,,ari, $ ff. "5 p«,r j,»ur, ,e p,»uvait .,..uère sui'lire aux besoins 
.i,,ut.nali«rs. Les enfanfs pendant toute la jourt,ée devaient ,atu- 
relle,en! vivre dans ce milieu déh;tère, ci le père, quand il 
rcnlrait chaque s,»ir, n'avait pas d'autre lieu de repos que ce Iii 
où sa ««,ml»affn«' languissait dt.puis deux mois. L'homme 
chalq,, pas plus que la t'entra«' h ces maladies de langucur. Les 
causes en s,,ni n,,ml»ruses " le travail souvent lrès tdigant des 
usine.s. 1«' manque d'une nourriture substnnticlb., souv«.nt aussi 
l'hal,itude de l'ivr«,g'n«.ric, à laquelle il finit le plus souvent par 
SUCCf»III]»«q'. Itl', IIOHS ;Iv«tns VU po«rqu«,i le mén«'e n'a pas 
d'«:c,,,,,mies. Vi,.nne donc une maladie, et c'est du mème coup 
la misère, ci s«,vt.l[ pour un teml»S ind,;termiué. th peuvent-ils 
aller clerch,'r du secours? Auprès de leurs COml,atriotes? Ils n'v 
manquent pas, nais le plus s«,uvent l'apl,el est venin : ceux-ci sont 
t,,nt aussi malheureux. L'absence' de t,,uie initiative chez eux a 
eml,èché jusqu'ici la f,,ndati,,n de' t,,nte se»ciAtri dt. secours mu- 
tuels; au surplus, en te réunissanl qu«. de. la misbre, on risque- 
rait I,eau««,up de ne recueillir que de la misère. Reste l'assistance 
publique. Ils ne. manquent pas d'y recourir. Cela entre d'ailleurs 
lrOl» dans l«'urs m«Pm's de' commuuaulaires pour qu'ils ne c«»nsi- 
d6rel pas h.urs v,,isins ce, mme. dcvanl leur p,,rtcr aide. Beau- 
c,»up ,l'eulre eux fiffurent d,»n« sur les listes de l'Assistance 
pul»lique; un aussi grand n,,ml)re enlrc h l'h,',pilal. Ce sont là 
deux tins d'une frd«lu,.nc«, l«.lle qu',.lles peuvent ètre c«,nsidérées 
c«,mntv h. lerme ré-uli«-r assigné à l'dmiranl bret,,n qui vient 
«her«h,'r de l',,uvrage dans les uines. 
Nous avous vu que c'esl avec l'esprit de retour qu'ils sont venus. 
C,.tlc idde l»ctisl, . chez eux et ce n'est h- plus souvent que la 
misbre qui l«.s eml»è«.he de réaliser h.ur ddsir. Nous avons d'ail- 
leurs sur ce. point un tém,»inage aussi direcl que p«,ssible. 
Dans les quehlues pages que le souci d«'s intdrèts religieux a ins- 
pirdes roui dernièrement, dans la Nemaine religieuxe de Sabt- 
Itrieuc, l'auleur de ces r6fl,.xi«,ns, l'abbé Le Toux, vicaire 
Sainl-Denis et d'«,riginc bretonne, s'exprime ainsi sur ses compa- 
tric,tes : « La Seiue passe à Saint-Denis, mais non le Pactole. 
Beaucoup. je vous l'affirme, y sont provisoirement : ils espèrent, 



L'É.mmvno.x .Erox. a mms :r aux Evmoxs. 
ils attendent, pour retourner en Bretagne, le prachah| retour 
d'années m.illeut'es. » 

3uels vont ëtre les |'«,pports de cette nouvelle caté'«»rie d'émi- 
grants avec leur milieu? Noms avons vu quc ceux de 
cngagés pour Ull [mnps res{reint, se lmlant peu aux éh'aners, 
conservaient presque entièremelt leurs usages et leurs lml»itudes. 
Si ceux de Sain[-Denis ardent encore entre, eux de. 
latiolS résultaut de la cohabitati«m et ch, la p:l'«.nté, ils 
trouvent pourtant trcés d'entrer davantage, en c«mtact avec 
monde et:rieur, par suite m6me du mo«h. de travnil et de la 
«lispersi, m plus grande produite par la «litance des uines. De 
plus. le sçiour 6tant de plus longue durée, c«.tte nction tlu milieu 
aura des ('hantes de s'exercer plus efficacement. Nous allms d, mc 
omstater ici pour la première f,,is une applic«tion de ce principe 
que nous retl'ouver«ms plus tard dans des pl.«pol'ti«ms encore 
l)lus s(.nsihles • ,, I.«. Bret,m. une fois séparé de son milieu pri- 
mitif, a une tendance exh'aordilaire ci se perdre dans le m,uveau 
lnilieu où il sc. tr«mve tranport6. ,, I.e liait se COlpreud d'ailh.urs 
lhcilelnent, étant d,llli I ([11o ¢llez le Breton la part de. la per- 
sonn«dité esl extrèluelnent restl.,.int«, et que les ha},itud«.s qu'il a, 
lui viennent de ce qui l'entoure. Nous trouv, ms ici les 
du l»hén,mbm . en qu,'stian sue une foui,, de points. Ih ouhlie 
volontiers la lanvue du pays. J'en ni u qui, quai,lUe l»arlanl 
teès mal le fran«ais, s',d»stinaient quand mon,. à ne pas Votll¢»ir 
parh'r I»ret,m. ln attire tk qui on d,.mandait pourquoi il 
pas assisté à In retraite qui. aux etvirons de l'¢i,lU,'s, 6taii prè- 
chée spéeialement pour les Br«,t, ms, r;p«,nch,it • ,, lh moi je vais 
avec les Frafieais ». C'est surtout sous le e;,ppol.t reli-ieux que 
celle intlu«nee du mili«.u se fait puissamment sentir, et e,'ei 
d'autant plus n,»tal»h, que h.s pratiqu,.s l',.ligieus,.s pass,.nt 
né{'ah'ment pour eelh.s auxqm.lh's le Br,.ion l'est,, le plus 1,mg- 
temps attaché. Nous avons sur ce point, parmi h.s réth.xi,ms que 
uous cmpruntims tout St l'heure à un ecelésia»tique d,. Saint- 
Denis, un aveu qui trahit peut-ëtr«. ¢h.s préoceupations un peu 
Irai» exelusives, mais qui est hicn earact,}eistiqu,, pour 
T. XIV. 1  



LA SCIENCE SOCIALE. 

qu«. nous poursuivons • « Nos populations bretonncs, ffuidées 
chez Hh.s par de tradition nelh.s eoutunles et h.s influences locales, 
out p«.u arm6es pour résistor aux tentations et aux entraine- 
ments de milieux moins bons que le leur... Ces natures simples 
et e«,nfiantes de. Bretons, habitués A se laisser vivre honnëtement 
«.t «hrétiennement. presque sans effort, subissent tout à coup la 
l'Udo «'t d«.sséchante influence de milieux d6moralisés et impies 
et sont incai»abh.s d'y r«;sist,.r efficacement. » La transformation 
qui s'est accomplie à moitid chez l«.s parents d,.vi,nt complète 
ch,.z leurs «.nihnts. l'lusieurs d'entre eux que j'ai vus, nds à Saint- 
D«.nis. n'ont plus rien d,: Bret,,n. n'en parlent plus la langue et 
fesse.initient it tous l,.s attires ,.nfants indigène.s. On dirait mème, 
à voir l'air ét, rond et curieux avec h.qu,.l ils c,usidèrent les 
6mirants nouve]leln,.nt arriv6s de Bretagne, qu«. ce sont pour 
eux d«'s é[rangers. 

III. 

Avec le t['oisièm,, type d'é]ui.-rant, i'ou,'ri:." maJ'a/r.']teJ" des 
cnvir,,us de Paris. nous aile, ris ve, if s'accentuer la transformation 
,lUi s'est d«;j dessinC. ,'hcz l'ouvrier d'usine de Saint-Dents. 
Nous prendr,,ns comme lieu de cette étude la commune de Mon- 
t,.sson, A 15 kilomètres de l'arts, à une f;dble distance de Ct,atou. 
le lonë cit. la ligne d,t chemin de fer de Paris à Saint-I;ermain. 
Aiusi qu«. Iv fait sc. rencontre ordinairement aux environs de 
Paris. toutes les hahitati,ms s,,nt réunies au centre «le la com- 
multe, ftl'lllallt Ull llOVaU cOlnl»act de 1.500 hahitants. Tout au- 
t,,ur, uue vaste plaine, léëèrement ittelinée vers la Seine du e6té 
de Chatou et «lu V6sinet et dt, iséc en un nombre infini de petits 
carrés, est entièrement oceup6e par des cultures maraîehères. 
t tn sait eoml,ieu, aux diftërentes 6poques de l'année, il est besoin 
,le bras n,,mhreux pour les incessants travaux de ce .enre de 
culture. Nos Bretons v sont venus dès llt première heure; il v a 
l,l.èS de tr.nte ans que les premiers sont affidés. Aujourd'hui. 
nie dit-,,n de tous les e6tés, ils se, nf plus de 00 dans la eomnlune. 
C'e.-t donc |,,u.j,-,urs l'établissement par g'roupes «lui prévaut. 



L'ÉMIGRATION BRETONNE A PARIS ET AUK ENVIRONS. 18.'1 
lais quoique, au point de vue numél'iquo, b.s Bl'etons s«,ient .ici 
très fol.temen! repl'éSentés, nous allons voil' l'ildlu«.ncc pl.ofonde 
que le nfilieu exerce sui" eux. par suit«, de l'isolement auquel ils 
se trouvent contl'aints. 
Nous les rencont'ons tout d'abord isolés dans le lravail. 
patron, aidé de  femm«, et do ses cnf`ants, n'a avec lui qu'un 
nombl'e restreint d'«»uvriers, deu «»u tl'ois en moyenne. L«. ll'eton 
qu'il enffaEe se tl'ouve donc immédiatement «.u contact avec «les 
étvangcl'S. De plus, OUtl'e le travail qu'il de»if l'ouvlfiV pondant le 
joui', il s'enEage «wdinaivenwn! à «ouduil.e au llalles Cenlvales. 
soit toutes les nuits, soit «leu ou trois nuits pa, s«.maiue, los pro- 
duits qu'il s'a.,-"it de vendre. Il se tl'Oive ,ainsi incessamm«'n! 
.oulnis  des influences de n«dm'e tre'ès diverso. «lui évoilloul r- 
pidement son esprit et lui font vite sentil' ce qu'il .v a de' p«u'ti- 
culiel" et d'insuftisant dans ses habitudes. En outre., h. lvavail 
auquol il .se livre se l'approche davantage d«. celui qu'il a fat! 
jusque-là, par suite l',ppl.ontiss`age es! tcilité. Io plus, le 
patron éteint obligé soil pOUl' la venle de ses produits, soit pour 
d'autres raisous de s'«bsentev assez sou eut, ce sera l'ouvl'iel' qui 
,aura lui-mème la directio du travail. Toul. dans los conditions 
du travail, va donc concourir à la lm'an.,forluation de l'émi.,_"m'ant. 
!1 en est do mème au point do vue «le l'hal»il`ali«,n. L nombre 
peu consid(.val»le des habitalds ne nécessite plus. comme dans le 
cas pi'écédent, un entassement de la p,»pulali«»n. Iès lors. chaque 
ouvriov pouvl'a avoil' son logement pal'ticuliel', peu luxu«.u 
plus souvent, mais ilcompal'al»lmnt pl'?.f(.ral»le sous le 
de l'hygi;.ne aux misél'al»les laudi. de Saiut-Ienis. 
Nous «v«»us vu que l'ouvri«.l' d'usino Il'crevait d,ns 1o 
une foule d'obstacles, et que c'ét«tit souvent lb 1o commencement 
de la misère pour lui. Il va en ètl'«. ici tout aulvement. Si les 
chars'es aumentent, les ressoul'c«.s vont aussi aumenlol'. 
de plus facile, en effet, que do tl'ouver des occupafi,,ns p,,ul' 1: 
femme. Elle im'a travailler daus les j`avdins avec s,,n ml'i, 
bien elle sera en:za.ée par le pMi'on pour fail'o le ména.e à la 
maison. I.es 2 fl'«lllCS ou ") ff.50 qu'elle .3-auer ainsi viendl'ont s'a- 
jouter aux 'r ou 5 fl.anes que le m«u.i recoi! de son e,',té..,t, ssi uotr«. 



LA SCIENCE SOCIALE. 

oux fier inaraicher se mariera-t-il gnéralcmeut plus vite que son 
cot,patriotc de Saint-lenis; et, détail caractéristique, il n'Crou- 
vera pas comme celui-ci le besoin d'aller chercher une com- 
pagne au pays natal : dans la plupart des cas, il se mariera avec 
une jeune tilic de Moldcsson ou des environs. 
On devine C,,lnbien ce fait indique de transformations déjà 
,»p6'é«.s et combien il va n produire d'autres, ltu mème coup, 
un lien puissant d'altache est créé ici. d'autant que, le plus sou- 
x»nt, il se complique d'une question d'ildéroet. Notre ouvrier, s'il 
a dtA laborioux or 6con,mc, a pu réaliser des 6conomies nota- 
bles; l'alnbition ne lui est donc pas interdite de rèvcr un éta- 
I,lissement à lui ; le mariable lui permettra souvent de réaliser ce 
rd.ve. I. m«:na.,__"c, ch réunissad les épar'nes antéricurcs, pourra 
l,,u«q" un p,.tit CaT6, «lu'il cul{ivtq'a tu lnème temps qu'il travail- 
l,q'a au co|||pte «l'u poss«.sseur «le dolnaine plus grand ; il join- 
,Ira les produils «lu'il ,,l»tiendra ainsi à ceux de son m«ître pour 
les aln«ner cnsem}»le aux llalics; tout en étant assuré d'un gain 
,'crtain, il possédera donc le moyen de se f,,rmer peu à peu aux 
,lualil6s du cllc.f d,. m,:tier. J'en ai rencontré plusieurs qui 
avaient franchi ce pas d,cisif. Dès lors ils étaient fixés à Montesson 
,l'un,; maniére détinilive. Ils avaicld oublié la Bretanc, et quand 
il,; cil p, Haient, c'était pour s|»uhaitcr d'y aller quelques jours 
sculem,.nt rev,@ d'anci«.ns amis. pr«.squ«, jamais avec le désir d'v 
faire un l,,n" séj,,u|'. 
Il n,,us 'es{e à voir. dans la paqic faible de l'émiq'ation, deux 
lypcs qui se supe|'p,,sent encore à celui-là dont l'ascensi,m, ou la 
hï|n»fl.|||«|tio||, ,.st dià st'nsiblc : l'empl,yé de ch«qnin de fer 
,.t la dom,.stique. Nous en viendrons ensuite à l'Cit,.. 

suivre.) 

,I. LEMOlNE. 

Le 1)irecteur-G,;rant : Edmond DI'-'MOLIS. 

TYPOGRAPHIE FIRMI.-DID0f lï ..I.. -- MES.N'I/. 



LA \ 

SCIENCE SOCIALE 

SUIVANT LA MÉTHODE 

Directeur : M. EDMOND DE 

D'OB ERVATION. - D» 
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Année. -- Tome X l/. -- 3 « Livraison. 

SOMMAIRE DE LA LIVRAISON DE SEPTEMBRE 1892 : 

Léon Poinsaxd. -- Questions du jour. -- Choes d'Italie. P. 185. 
IRobert Pinot. --Le Patronage.  II. (Cours de MdtAode de Bcfenee socia/e.) P. 20 
F. Butel. -- La valle d'Oaau. -- Étude sur la population oriiuaire et La prdtendue 
famille-ouche des Pyrénées. -- III. La Proptieté et la Famille. P. 218. 
J. Lemoine. -- L'dndgration bretonne b, Paris et aux environs. -- III. La partie 
faible de l'ëmigration (su//e). P. 239. 
LE MOU'EMENT SOCIAL : 
I. La cience sociale et sa m6thode ; communication faite au Cong'r/_s de la « Briti 
Association  reuni b, Édimbourg. par M. Edmond Demolins. --II. Les reformes 
ministère de la marine, par M. Paul lorthmann.- ILL De Paris à Ëdimbourg 
-- I. Le congrès de la OE British association » et le « Summer Meeting », 1 
M. Edmond Demolins. -- IV. A travers les faits du mois. 

PARIS, 
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QUESTIONS DU JOUR. 

NOV  197¢ 

CHOSES D'ITALIE. 

Nous avons dU jà entretenu nos lcct,.urs de l'lt«,lie, de ses tinan- 
ces, de ses prétentions extéri.eures, et de la position de s,.s émi- 
grants au dehors, notamment attx États-Unis. Ce pays, ,lui a joué 
vis-à-vis de nous un raie si important et si divers à h, fois, qui 
peut e,[ercer encore dans l'ave,ir une certai,,e action sur nos 
,lestinées, mérite d'ètre étudié et connu i, fond en France. Essayons 
donc de nous faire m,e idëe un peu précis," d« sa situation ac- 
tuelle, de ses avantages et de ses embarras, de la place qu'il p,.ut 
occuper dans le monde, de l'intluence qu,. s,m acti,m est capable 
d'exercer pour ou contre nous. 

I.'intl,,, ........ ;': ..... d'une nati,»n procèd,: essenti,.lle,nent de 
,1, u ,. ent " la. promiêre, sa f,»rc«, de résistance 
d .. mde, la mesure de ses moyens d'action. (;es 
msation :ociale, la puissance économique. 
,r, ,le du Feuple italien est assez omq»liquée 
«li,t !" p '|llatl| il est relativement facile de voir, pari'ana- 
.. |1,.. ,a,nèJlc au ïm I à un type unique. En fait, il est 
t 



SCIENCE SOCIALE. 

remarquable que les rates de l'ltalie ont brillé surtout par leur 
apfilude supérieure à vivre priueipalement de l'exploitation des 
autres p,uples. C'est ainsi que Rome, née et développée par la 
:uerre, a tini par mettre en coupe ré4ée le monde connu pres- 
que entier. Après une évolution assez longue, le peuple rolnain, 
gàté jusqu'aux moellcs par ce régime corrupteur, tombe sous le 
poids de ses propres vices, autant que sous l'effort des tlots de 
Barbares «lui l'inondent. Ceux-et se tasseut, s'établissent sur le 
sol de l'Ènipire, et s'assimilent plus ou moins ses institutions, 
selon lem aptitudes propres. Cette vaste combinaison de peuples 
S'Ol»,;r. d'aillem.'s au milieu d'mie crise colossale, qui submel'e 
Cil rande partie la civilisation antique. D'autre part, la struc- 
ture éoraphique de la rérion se pl'ètait au moreellenlent des 
p,,pulations; elle les répartit en groupes qui se partieularisèrenl 
volontiers par les intérèts. 
Ce partieularisme fut aeeentué aee le temps par le développe- 
men commercial des villes e6tières. Érigées en républiques mar- 
chandes aprës la dislocation du royaume Lombard, elles virent 
leur activité s'aeeroitre à la suite de la rupture produite dans les 
l'apports entre l'lecideut et l'Orient par l'invasion turque et la 
chute de Byzanee. Ces villes formèrel,t alors de petits États très 
actifs qui, à leur tour. exploitèrent le moude de leur mieux, mais 
surtout par le négoce, parfois aussi par la guerre et la domina- 
iou. Une aristocratie de marchands y exereait un pouvoir despo- 
tique et souvent roublé. !1 SOl'lit de cet état de choses une période 
de prospérité locale, qui lit naitre une civilisation brillante et 
raffinée. Puis, à partir du seizième siècle, l'anarchie intérieure et la 
coueurrence des pa.vs septentrionaux étouffent en partie cette 
th»raison très artificielle; une longue période de langueur, sous 
le p,fids de la doulination, ou tout au moins de l'influence étran- 
.@re, sueeède  la précédente. Efin, l'ltalie unifiée, non pas par 
l'effet de ses tendances naturelles, mais bien par la pression de 
circonstances artifieielles et des interventious extérieures, est de- 
venue un grand État européen; elle aspire, en raison de son 
étendue, de sa population, de ses souvenirs historiques, à jouer 
le r61e d'une Puissance de premier ordre. Elle cherche visible- 



CllOçES D'ITAL1E. t[g7 

ment à se mettre du cété du phls fort afin de se ménager, encore 
par la guerre, quelque occasion de profit. On voit qu'à travers 
tant d'alternatives, les Italiens restent fidèles  une tendan,'e 
toujou pareille. C'est qu'en effet, les couches ehniques succv- 
sives qui l'ont recouverte sorta ient de la mème t%rmation socia le. 
!1 parait bien que l'lialie fui occupée à l'origine par des pol»u- 
lations communautaires. Les ÉIrusques, n,»Iamment, qui onl 
.joué dans la Péninsule un réle si important, sont h'bs vraisem- 
blablement d'orig'ine africaine, comme les lbèrvs d'Espaane. 
Rome, qui fut au dél»ut un repaire de hanlds des o»l,mies 
giques italienncs, et dont l'origine était sans doute f,,rt varide, aba n- 
donna 1« régime de la «ommunaut6 absolue pour celui de la 
propri6té indixduelle. Ce ffii m.me lb uue cause capitale de sa 
sup6rioritd. Mais pins tard. l'invasion barbare rajeunit en ,luehlw 
rte l'ancien t)l,e local, et a«climata d, nouveau la commuuaut,: 
en ltalie. Cela est si vrai que l'on retrouve trio»re cA «q bi. en 
Sardaigne par exemple, et malgrd la renaissance ultérieure du 
dit romain, aravé mème par les glossateurs de la ' " " 
et par les juristes conlemporains, des traces h'ës nettes de com- 
munauté. &l'heureactuelle, ce thit n'esl d'ailleursqu'une exception. 
La ComlnHnautd proprement dite n'existe donc plus uère en lla- 
lie, mais l'esprit conlmunaulahe v sul»s]se partout et pousse  
rouline et à la vie urbaine dans la vie privée. à l'extension des 
pouvoirs publics et au gapilla-e dans la vie publique. Ce d,3rni,.r 
fiit constitue depuis bien l,ng-teml»s une plaie rongealde 
l'ltalie. La vision en petits États en favorisaii les prog'rès ; l'uni- 
licati«»n, loin de. la çUél'i. l'a rendue plus profonde par la 
d'une urmée et tFune marine considérables. Quant à la pratique' 
de la vie urbaine, elle est poussde en ltalie h un degré d'intensité 
extraordinaire, l.es hautes classes, sorties principalement du 
grand commerce urbain d'autrefois, le résident que dans 
villes. « En Sicile, dit Ull consul anglais, on ne voit pas de maisons 
dan la campagne, pas mème des habitations de pla isance. Quand 
un propriélaire visile ses terres, il n'y reste que p«u de jours. 
été ou en automne, et 'établit comme il peut dans quelque 
ment d'exploitation préparé en conséquence. La classe supérieure 



LA SCIENCE SOCIALE. 

ne connait pas les plaisirs de la campagne... De même le paysan 
ne considère pas le plat pa.s comme le lieu naturel de sa rési- 
dente; il habite en ville, s,»uvent à plusieurs milles de son ex- 
l,loitation (.1). » Il en est de m,'.me dans presque toutes les parties 
«le l'ltalie continentale et en Sardaignc; et comme, par l'effet 
de. cette' coutulne invétér6e, les cultivateurs eux-mèmes abandon- 
nent leurs champs chaque soit' pour rega'ner le centre 
le plus prochain, si par hasard des Ira va ux ur.'-"ents les retiennent, 
ils campent sous des hue|es de branchages. Ire même, l'esprit 
d'indolence et de routine est extremc partout; il est fral)l)nt 
surtout parmi les cllltivalcurs, lnais l'industrie s'en ressent éa- 
lemen! l,eaucoup. Ira reste, voyons ce que dit le détail des faits 
i ce! égard. 

II. 

I.'ltalie, gr;ice à ses luontaues et à sa positi,,n maritime et nlé- 
ridi,,nale, réunit t,»us les climats. Les petits plateaux et les pentes 
,les .xlp,.s dans le n,»rd, ,les Apennins dans le centre et le .sud, sont 
,-,_,nvcrts de pà!ura.ïes ou d,' f,,rèls. Dans les plaim.s du Piémont 
e! de la i.ombardie, les prairies, les chèncvières, les champs (le 
«ér(.ales alternent à perle de x ue; la Sicile fut autrefois le grenier 
d,. R,,l,le. Les parties basses s,»ni occupées par des rizières. La 
vi.,-"ne, l',,livi«.r, 1,. m6rier I»lanc, les al'bres fruiticrs réussissent 
presque partout. I.e b,:tail, h. beurre et le fromage, le biA. le riz. 
h. vin, l'l,uile, les fruits xariés, le chanvre, la soie, le tout 
,sc,_.p!il»le d'è!re produit en quantité, voil', je pense, tous les 
élémen!s d'ni,, riche a-l'iculture. Ce n'est pas la surface qui fait 
défaut, car l'ltalie offre à l'acti,m de l'homme "8 à 30 millions 
d'hectares, dont les cinq sixiëmes au moins sont utilisables. 
I'ailleurs, parmi toutes les branches du travail, l'agriculture 
l'-l,l,,-,r!, de beaucoup, car elle ,»ccupe plus de 8 milli,ms d'indi- 
vidus, tandis quc l'induslric ne groupe que l.00.O00 personnes, 

I t otsulat Beports, 1891. 



CIIOSES D'I'FALIE. 18t, P 
dont l.toO.O00 au plus dans la gwandê industrie. E Reclus. 
dans sa Gd«,raphie, constate ainsi le mème fidt : « Encore de 
nos jours, l'acfivit6 matérielle de l'llalie se p,rte plus vers l'aeri- 
culture et l'expl,»itation des richesses naturelles du s-I et de 
mer, isements miniers, saline, poissons et corail, qu«. vers 
l'industrie pr«,prenv.nt dil ». 
(;ette population nom}»reuse, placéo daus un milieu si fiavor«,ble, 
devrait produire lmaueoup. En réalité, elle est bien l.in de tirer 
du fonds dont elle dispose t-ut ce que celui-ci est susc«ptii»h' 
de donner, lans ce pays comme en faut d'autres, lh(,n,l,e 
montre bien au-dessous de sa t;lche, ci ne pe,trieur pas à utiliser 
convenablement les f-r,'es immenses que la nature met à sa 
portde. Cela vient, ce,mme t-uj,,urs, d,: s,m mode d'«,rganisatiou 
liblement active, ll;ns un pays ,,ù le 'rand l,ropri6taire est 
al»sent, et le paysan i.gnol'ant, pattvl'e, r,,utini,.r. 1,. résultat de 
culture ne peut manquer d'ètre médi,,cre; et il l'est en eilt. 
comme le remarque É. Reclus. « Le fl6au de l'ltalie est la mi- 
sère dans laquelle des miili,ns de ses cultivaieul's sont accal»i6s, 
dit-il, mème dans les caml,aunes les plus f6c,n,les, c,,mme celles 
de la l,,mbàrdie et de. la Basilicate mari[inte. » :e u'«,st pas 
bien entendu, une r#glc absolue, elh. comporte des ItU;tltc«.s, 
tiennent surtout aux diversités naturelles du lieu. Ainsi. dans les 
hautes vallées alpines, le s,,l naturellement morcelé est 
par des paysans qui savent tirer b,n 1,arti d'Ulie t,.rre s-uxent 
in,rate, et réussissent h vivre dan une aisance relative. 
mème, dans la plaine 1,iémontaise, entre 1,' pied des m,ntau,.s 
et la mer, le paysan travaille h la I»èche sa mét«drie, et 
lient uue produc/i,n abondate. 
La quanti/6 de produits tbnrnie par 1; S'rande plaine : 
r6ales, plantes fourraff6res, feuill,.s de mùrier et cocons, léumes 
et fruits, fi',mages, s'él6ve au moins h la somme de deux mil- 
liards, et suffit A maintenir un commerce ci'exportation trbs con- 
sid6rable. Le cultivateur n'en est pas d'ailh.urs beaucoup plus 
riche, car son champ est 6troit. h. lwix de vente modique, I,, 
loyer 61erC l'imp,',t lourd. 
Dans le reste de l'ltalie, la situation est en z«:uéral infiniment 



LA SCIENCE SOCIALE. 

plus mauvaise. Dans la Calabre, par cx«*mple, on rencontre, avec 
la grande propl'idté : la misère noire, le brigandae, la traite des 
,.nfants pour la mendicité, l'Cigration devant la failn atroce. 
En Sardaigne, touj ou rs à cSté (le la 'rande propriété I dont le malice 
«.t al»sent comme partout en Italie), de vastes Cendues de terres 
re:sien| communes. Cllaqm: paysan prend à son gré, en usufl'ui[. 
une portion qu'il abaldolmo pour en prendre une autre lorsque 
la première es! épui.ée. L'esprit d,. routine qui domine parmi 
c,.ttc polmlation esl pl'csquc proverbial. Les outils aratoires son! 
sensiblement parc.ils h ceux «le l'antiqnité: le luoulin avec lequel 
I,. paysan m,,ud son biWest ch tout semlfiabh, aux machines ro- 
maincs reprèsenté,.s sur h.s bas-l'eli,.fs du Vatican. Enfin la misère 
«.st telle dans cette il,. ,lui a i,oss,:dé autrct'ois une population 
d,. -.5o0.00o grues, rèduite a«tuellelleut à 700.0O0. que l'on 
parle ,Ic la colonis'r aux frais de l'État ! 
La Sicile. plus Cendue. plus bell, et plus riche encore que 
Sardaigne, n'est pas dans un étai beaucoup plus brillant. Ici 
,.neore l'«d,s,-.nt,:islne, le m6tayagc exere6 par ,les paysans sans 
activité, sans instruction, sans argont, font que des terres de la- 
I,oui" de première qualité ne rendent presque rien. Chez eu,: le 
ciAfaut d'initiative est poussé aux extrèlm.s limites. D'après le con- 
ul anglais à l'tlol.Ule : « l.e lnaltqUC d'écob.s, le défaut de modèles 
«,'__' ricoles, de fel'nws l»in cultixèos, laiss'nt le 1)aysan dansune com- 
Itlblc igu Ol'ancc : d'ailleurs, le cultivateur sicilicn voit avecméfiance 
l,,ule teutalive faite pour lïnduirc à cl,aner ses habihdes et les 
,sages auxquels lui et ses anc':tres «mi étWaccoutumés depuis des 
si,:ch.s. Ajoutons & ces ca us«.s le lourd fardea u de la xes et de restl'ic- 
Iiotts s,,us lequel plie l';-3"riculture (1). » Une grand,, partie 
l,.rrcs «le la Sicil«. est couverte de cailloux, que les cul|ivateurs 
s,. doune,t pas la peine d'Carter. Leurs charrues scnt des arai- 
r«.s en bois garuis d'une pointe d,' fer. Ils font dépiquer leurs cé- 
'éales par des b«»ufs h'ainant une pierre, f)n s'explique après cela 
l'éehec (h- c,:rtains propriétaires ang-lais, qui ont introduit en Sicile 
«les instruments de culture perfectionnés ; les pa ysa ns. « par 

(1 Cotsui.r Beports, 1'.I. 



CIIOSÈS b'ITALIÈ. | .|| 
r,nce et par routine, rendent inutile toute tentative laite pour leur 
en enseigner l'usage ; les nouveaux outils exient d'a ilh.urs trop de 
soin et d'attention » .l . Cola suffit pour explique la misère de la 
population insulaire ; en Sicile, on estime que le tau des hypo- 
thèques s'élbve au moins à 50  de la valeur des teves, et proba- 
blement à 60 ou 70 . Ce chiffre augmente :ulièrement chaque 
année 
Col état de pauvreté chronique est actuellement agffravé 
par des causes accidentelles. L'ltalie s'adonne tout sp6cialement 
aux cultures riches : la vizne, les fruits, le mùrier avec son 
compl6ment naturel, lëlève du ver à soie. E temps ordinaire, ces 
cultures donnent, avec un peu de se»in, de beaux pro, fils: mais en 
revanche, elles s«,nt exp«»sées à des crises ruineuse.s. C'est ainsi 
le phyllox6ra, la maladie d-s ve à soie. une maladie qui s6-it 
sur le citronnier, ont caus6 dans presque tout le pays des perles 
En résumé, sur cette terre fertile et sous ce climat favorabh.. 
l'homme évite bien souvent l'eflbrt nécessaire pour mettre 
oeuvre d'une facon intense les forces naturelles. La classe supé- 
rieure donne tout d'abord l'exemple en désertant les canpan«,s 
et en vivant dans une oisiveté incurable et ennuyée. La class,. 
inférieure fournit i l'occasi«,n de robustes travailleur, propres 
aux besog'nes les plu dures sïls sont bien conduits. Mais, laissés à 
eux-mëmes dans leur misérable condition de métayers sans at.gent. 
sans connaissances et sans directiou, ils suivent le penchani iradi- 
tionnel de la race, et évitent autant que possible les occasions 
de labeur pénible. Souvent, le paysan calabrais ou sicilien 
donne au briandaffe pIulZ, t que de s'appliquer à accroitre par 
un et'tbri plus grand le produit d » son champ ou de sa vigne.. 
Telle est la raison énérale qui a prov«»qufi la frmafion de ces 
redoutables ass«,ciations de malthiteurs, c-nnu«s dans les cam- 
pagnes napolitainvs et siciliennes s,,us 1,. nom de 3Ia[,«, et dans 
les lles sous celui de Camo'ra. On affirme que la Maffia a 
«mpté jusqu'A cinq mille nembres, vant principalement de 
(1' Consulat ReporIs. 18'.1. 
?} Ibid. 



l.q=  ta SCiENCe. SOCAt.. 
l'cxpl-itati«m du prochain. Aussi peul-on dire que « le meurlre, 
l'homidde, le vol avec violence sont encore plus eommuns en 
Ilali«" «lUt" dans la plupart des autres pays de l'Europe » (1). 
Après cela, on ne peu uère s'Oonner de voir l'émirali,n 
1,rcn,lre en lalie des prop,,rtions c-lossales. Beaucoup d'llaliens 
xonl s'«:lablir au deh,,t, surt,.,ut dans les pays voisins, comme la 
Vrancc, h-s l, rovinccs adriatiques de l'Auh'iche, et aussi dans les 
deux Am6riques. I'autres von chercher à l'titrant'er, saison par 
sais«,n. 1o lravail ,lui manque chez eux par suile de la m6diocre 
,,rganisalion de la pr,,l, ri,:16, el reviennent avec leurs 6conomies. 
Voici. d'aprbs les documens ilaliens, quelques chiffres curieux à 
,'e sujet : 
ÉbllGRATION. 
lh'liltili e. Tmq,,»rairc. 
18î ...... 2(}.000 t 876 ....... 90.000 
 888 ....... 196.0.0  88'. ...... I o;i.00( 

Cet ,:tat «le eh,s,.s amène deux cc, ns6quences excessivement 
graves l'une et l'autre. D'a]»»rd l'l[alie esl loin dc fournir une 
l»ro(luclion agl'i«,de l»rOl»Ol'lionnéo à ses facultés naturelles; par 
là. sa I»r-sl»,ri[é ci sa puissance sont réduites dans une mesure 
considérable. Ensuite la faibless,, des pr«q»riOaircs indig-ènes pro- 
voque l'immirati,n des acquéreurs dh.aner, et les plus ]»elles 
terr«.s de la l',:ninsulo pass.nt peu à 1,eu aux mains de 
c,.ux-«i..le puis citer plusieurs exemples siKnificatifs de ce fiit 
essentiel. En Sicile, lord N,.lson llo,,d possbde fi0.O00 actes 
,1;.I)1)1) hectares) de terre; le duc dAumalc délient les vigno- 
1,1,.s qui tburnissent.le vin fameux de Zucco. Diverses personnes 
moins c«,nnucs sont aussi propri6taires de w, stes domaines qu'elles 
t'-ni «'xl,l,fiter par des a'ents toujours 6trangcrs. !1 en est de 
mème en Sardai,ne et aussi dans la P6ninsule. 
L'ltalie ress,.nt ainsi les cons6quences de l'6tablissement de la 
lbrmafi-n communautaire sur un sol riche ; elle pr6sente le spec- 
tacle caractéristique de deux classes juxtaposées, mais presque 
sans rapports mutucls. A c6té d'une aristocratie oisive, on voit 

I ('onsulor fleports (Nru»les), 1891. 



CIIOSE$ D'ITALIE. | || 

une masse de petites g'ens abandonnés à eux-m,mes, et demeurés 
sans progrès. En outre, la machine ffouverneme,tale est pesante, 
tatillonne et dispendieuse. Enfin, une immi.ration enxahis- 
sante d'entrepreneurs étraners s'empare «les meilleures occa- 
sions de profit. Mais la richesse du sol est assez rande, malgré 
l'insuffisance de la race, pour fournir uu excédent consid,:rabh' 
«le produits natur«.ls, qu'on ch«.rche n;dm'ellement « placer au 
dehors. L'ltalie a donc un intérèt marqué A m,:naer les pays 
capables d'absorber cet excédent, afin de se faire ouvrir leurs 
frontières. Telle est sa condition au point de vue ag'rieole. !1 faut 
indiquer maintenant . situation industrielle. 

i!i. 

L'ltalie possède, certains dlements propres à facilit«'r Iv 
loppement de l'industrie..':,on a-3riculture fournit d'al«»rd «les ma- 
ti6res premières de haute importance, comme les cé'éales, h. 
chanvre, la soie, etc, E outre, le sol recèle sur divers points clos 
minéraux de rande utilité; ainsi, on rencontre le fer dans les 
Alpes, dans les Apennins, dans. File d'Elbe, dont les immenses 
dép6ts, peuv«.nt encore donner uti milli«,n de tonnes par an 
dlnt vingt siècles, enSrd«{i.qnc. La Sicile experte 200.0oo tomv.s 
«e soufre annuellement ; le sol .emme v est abondant, l.a 
cane a des ffisements d'acide l»rique nature.l. Dans lËmilie. 
pied des Apennins, on a découvert des SOUrCes de p¢'trol«. 
clos exhalais-us azeuses utilis6es déj-h p.ur éclait'«.r nn«. l,,tir,' 
ville 
En revanche, le charbon manque presque, complètemen! ; on 
n'a guère trouvé jusqu'ici que des dép«'»ts de Il.suites. assez riches 
d'ailleurs, exploités sui" plusieurs points (). il est vrai quo 
rapides cours d'eau dcscendus des Alpes rvprdsentent une réserve 
consid6rable de force m,»trice, peu coùteuse sans doute, mais if- 

(1) Bulletin consuloire belye. 189_'2. 
(2) Le lignite est le combustible minral gèologiquement le [,lus récent al,r,.s I« 
I«mrbe. Son pouvoir calorilique est faible. 



!: L, SCE.CE SOCLLE. 
r('eulière. D'autre part, la main-d'a, UVl.e s'offre en ltalie dans 
,les conditions particuli+res comme quantié et bon marché; 
voici comment. Nous avons vu que le sol était divisé presque par- 
[OUt elt Ull nombre infini de petites pr,pfiétés et surtout de pe- 
titos exploitations, don/ les occupan[s peuvent consacrer aux 
travaux industriels une bonne partie de leur temps. Dans ces 
,'onditions, 1«. salaire obtenu à la manufacture est pour eux un 
supl»ldment d,- ressources plut6t qu'un 616ment principal de leur 
revenu, aussi se monh'enl-ils moins exigeants que le sp6cialiste 
url»ain. Ce sont donc des ouvri,.rs à bon match6, mais irr6guliers 
«.t m,diocremeu habiles. 
Ira plus, les capitaux sont rares el che en ltalie. Les capita- 
listes ialiens sc, laisseu v-l«,nliers tonter par des sp6culafions 
hasardeuss, comme cette giantsque affaire de constructions 
urbaincs qui a ruiné, au cours (le ces d,.rnières anndes, un grand 
nombre de. fimillcs. Ils n'ont u6re l'idée d'engager leur argent 
dans les afldres industrielles, a-ricoles, ou industriolles courantes, 
parce «lu'ils n'v c-reprennent tion. D'ailleurs, la fr6quence des 
,-ml»runls d'État je.tic, sur le marché une masse toujours crois- 
sante ,1, itres c6dds parl Tr6sor à des prix avantageux. En 1890, 
,,n ne pouvait guère se procurer des avances à moins de 6 à 7 ¢; 
1 taux de l'e'ompt, s'est mème élev6 bien souvent, dans ces 
,lernibrs annévs. à 7,a et 10 . Ant6rieurement, il dtail plus cher 
,n,',,re t I ). C,«i est évi,l,,mm,nt une c«us grave de faiblesse pour 
l'industrie. 
!1 en est une ntre aussi tr6s directe dans ce fait e les 
chars-es publiqu,.s supportdes par le travail en ltalie sont lourdes. 
e gouvernement sur,-harg'é de tbnctions .), d,»sireux de pa- 
raitre. ,ntrain6 au aspillaffe 1,af la vari6té de ses attriimtions. 
coùte exccssivement cher. E 1871, le budet ordinair,, n'allait 
ubre au delà de un milliard; en las0, il approchait de 1.00 
inilli,mq; en 180. il atteignait 1.637 millions. Il faut ajouter à 

l, Consulor B«ports, 189«-92. 
(2) A un moment donnë, on détachait des officiers de tous c6tës pour gonfler 
cadres. Dans le même but, et aussi sous le coup d,. préoccupations ëlectorales, on 
almsë des travaux publics, uolamment des constructions de voie ferrées. 



CHOSES D'ITALIE. 19.'; 
cela les dpenses extraordinaires, dont l'accumulation a causé 
formation d'une dette énorme : le service des intérèts approchait 
de 60 millions pour |891 Et ce n'est pas tout encore. Les 
calités, cntralnées par l'exemple, ont aussi enflé leurs bud,'ets. En 
1871, les provinces dépensaient 8o nlillions, et 118 en |889; 
les communes ont fait mie,x, d, 336 milli,ms, elles ont sauté i, 
;îO. Tout cela pbse fort sui" les épaules d'un peuple pauvre, et 
ralentit son activité. 
L'outillaffe çénéral du pays est en ,,1,tr médiocre. Les chemins 
de fer, construits chërement, appliquent des tarifs assez élevds. 
Les routes sont s,uvent mauvaises, surtout &,ris les province.- 
i:loiffnées. Les ports, nlème les plus fi',quentés, eolnme celui d 
t;nes, sont l,auvrement outillésl!), ce qui augmente dan. une 
notable prol»ortion les frais de navi.'ation. Du reste., l'outillaffo 
privé est lui-mème codtcux et gén6ralement faible; il faut l'a- 
cheter au dehol.'S : en An.,.:letel're pour les métiers "/t tiler cil 
Allemagne et en Suisse pour les méti,rs à tisser; en Belg'iqu, , 
on Allelname et en Ang'h.terl'e pour l,s cardcs; en Suisse pour 
les machines à vapeur 
11 est évident que, dans de pareill«.s cocditions, la z,'ande in- 
dustrie pouvait difficilement se développer d'une, facon si,,,uta née. 
Un personnel peu entreprenant, des capitaux faibles, de l«,urdes 
«harffes, une force motrice b,caliéc et peu ré.,__.ulière, une f, wma- 
tion technique insuffisante, tels sot les ol,.,tacles raves qui 
-pposaient. Cependant. dl.puis lUl« quinzaine d'années, les usines 
se sont mllltil,liées en Italie dans une nlesurc appréciai,l«,, i.t cola 
i»,,ur det, raiso,s princil,alos que j," ais exposer. 

La première est le résultat d'une initiative tout artiticielle, 
des pouvoirs publics. Le gouvernement itali,-n, persuadé 
• ,on pays ne serait considéré commo une grande l'ui,sance qu';i 

(I) Consular Beports, 1890; Bulletit consulaire 
2) Ibid., 1q87-892. 



|9 LA SCIENCE SOCIALE. 
condition de réunir tous les 6léments d'activité économique, a 
fait de grands ettbrts pour encourager chez lui la rande indus- 
lrie. Il lui a réserv6 aussi slrictement que possible ses comman- 
d«.s de matéri¢.l militaire et nawd. d'approvisionnements de 
tissus et d," chaussures pour la troupe. Il lui a procur6 h-s 
ordres des ccmpasnies «le chcmins de ir subventionnées par le 
Tr6s«r. Entin, il l'a pr«t@'6e par des droits de douane contre la 
concurrence 6tran$6re. Une telle p,,litiqu«, ne pouvait manquer 
d'exciter la production, au moins dans ses branches les plus im- 
l,rtant«'s. Et en cftt, c'est bien ce qui est arriv6. Ainsi, en vingt 
ans. l'industrie des se@ries a triplé le nombre de ses métiers; 
celle du coton a réalise; aussi des pror6s marqu6s; la tilature et 
le tissag de la laine, la m6tallurgie, ont pris dans le mèmc espace 
,le temps une r6elle ilup,,rt;nce. 
Ces industries sont ,.n g'6néral çroupdcs dans quelqu«'s centres 
,h,nt la répu/ati,,n -st de:jà ancienne, mais qui n',rot jamais connu 
Cel»endant une. activilé comparable  celle th.s ateliers mod,'rnes. 
Ainsi. t;,:nes t)bri,lu,. &.s pttes alimentaires, du papier, des 
soieries ,:l des velours, d,.s savons, des huiles, des objets Ch métal. 
des tils et tissus. In certain n,mbre de vill.s secondaires lui 
f,nt une. ceinture d'usines. Naples, un peu moins puissante, peut- 
61re, t)it des plt«-s, d«.s draps, d«.s soicries, des p¢,rcelaines, dc la 
v,-rr,.ri,., des Iij«mx ,le corail. Venise possède aussi quelques t- 
I,riques. En d,:hors d,. ces grandes villes, un bon nonbre d'u- 
sines s,,ut install,.,.s is,,Iément ou par petits 'roupes sur les cours 
d'c;lU alpins, au ddl»«m«hd d,'s monta'nes, ,m dans les ports 
comme Brindisi, la Spezzia, l';derm,-, etc. 
I.a rand,. industrie itali«.nne est donc de réc«-nte oris'ine. 
D'«utl'e par, clic tend à prendre d«ns l'ensemble, le carac6re 
l»articuli,.r d'une industrie de luxe. Cela vient d'une tradition an- 
«'i¢'nuc .t fort,.. Nous avons constatWce fait que la vie urbaine a 
«'u de tout temps, en ltalie, 1«. pas sur la vie rurale. Une aris- 
tocratie enrichie par le commerce, d,.s cours princières encom- 
Irdcs d'oisit, fastueuse.s, brillantes, ddpensi6res, poussaient na- 
turellement la tkbrication dans ce sens. Telle est la cause de la 
tloraison des arts et d«'s m6tiers artistiques ¢.n ltMie : « On sait à 



CliOSES D'ITALIE. 
quel degré de perfection les ouvriers lombards e! vénitiens avaie,t 
port6 la fabri«ttion des tissus de soie, des velours, des 6tot'fes 
d'or et d'argent, des tapissel'ies, des glaces, des vorreri,-s, ,les 
t,Ienees, des m6laux ouvr6s, des objets de toute esl»6ce qui de- 
mandent du go6t et de l'habilet6 de main » (I). La longue et tbrte 
tradition qui s'est ainsi tbrmde che les Italiens subsistc encore. 
Selon É. Reclus" « L'industl'ie italienne cc, nlprend toutes les sp6- 
cialfl6s du travail moderne, depuis la tl,rication d,.s épingles 
jusqu'à celle des locomofives et d,.s grands navires" mais l'ltalie 
n'a de pr66min,.ncc que pour certains produits de luxe, 1,-s cha- 
peaux de paille line, les cam6es, les mari,res et les bois in,-.rustés. 
les objets en corail, les  orrotcries, et pour certaines pr,:para/ions 
culinaires, pttes et salaisons. Cep,'ndant l'industrie des soies a 
pris r6cqmment une grande a«tivit6.., l.es fabriques de lainag,:s 
se comptent par centaines dans la pr,,vince de Novare. I.«.s manu- 
thcturcs de colon prennent de l'extension, mais elles ne poss6dent 
encore que 5oo_ooo broches. uant attx tissus d,. lin et d,. chanvre, 
ils se font encore principalement à ht main. En dehors d,. la fila- 
ture des 6M'fes. la grande industrie manufac/uri6re, avee ses 
usines et s,,s machinçs, est encore faiblement r,.prds,.nt,;c dans 
l'ltalie du Nord. et, si ce n'est à Naples. tout à thit inconnue dans 
l'ltalie m6ridionale ». 
Cette intëriorit6 de l'ltalic dans les travaux usuels est sensi- 
ble notamment dans ce qui tou,.he à la navigation. 11 est inutih, de 
signaler en d6tail les avantages d,. la positi,,n maritime de l'ltalie" 
ils sont consid6rables et expliquent en grand, partie sa pros- 
p6rit6 commerciale d'auh'efois. A l'heure actuelle, ce pays pos- 
s6dc encore un grand nombre de marins " on en 6valu, le total 
i« 200.000. l:ependant l'ltalie ne l»ratique 8u6re la naviati«,n 
au long cours. Ses propres exp,,rtations se tbnt le plus sou- 
ent par l'interm6diaire des navires 6trahiets. surt,»ut des 
navils anslais. Les matelots indig6nes ne font @re que la 
l»6chc ou le cal»otage, qui leur sent r6serv6s par la M. Et p,)ur- 
tant le Tr6sor accorde aux b;lfinlents long-courviers des primes 

ri) E. Bch/s. Geogrt«l»hie. 



198 

LA SCIENCE SOCIALE. 

,le navigation. Malgré tout, la concurreuce étrang'ère paralyse. 
les entreprises locales  1). 
!.u,,i qu'il en soit. il est donc certain que l'Irait," a en quelqu,. 
sorb. improvisé chez elh. la rande industrio on moins de vingt 
ans..le vicns de montrer la première cause d,' cet élan soudain ; 
voici maintenant la seconde. 

Vo 

Cette seconde cause ost fort rave; elle résulte, conme en 
Russie, comme en Espagne, «4 pour des raisons analogues, de 
l'invasion des entrel»reueurs étrang«.rs. lCaprès un consul an- 
gais, « h. trait principal des deux ou trois dernières an.nées in- 
dush'ielles, c'est la tendance des maisons anglaises (et autl'cS) 
à s'associer dans h:s industries locales, afin de partager lem. 
protits. Ot peut cit«.r ainsi l'association de .W  Maudsley avec 
Ans,,ldo et C% «le Sampierdarena; de .Xl  Broth,.rhood avec 
dero et C , de S,.stri; de M"" Hawthorn ax ec ;upl)y et C «, de Ra- 
I»les, 't 3V  Armstronff et C e à P,,zzuoli. Nous avons encore 
?,1 r tlcnfrey et C «, de l'ertusola, qui «,ni affrandi leur fonderie de 
la .';pezzia, et y ont annexé un chantier de construction maritime 
,.t des «,reliefs mécaniques, en vue de construire des bateaux 
à vap,.ur, des machines et des chaudières, et de profiter de la 
loi v-lée en 1886 pour attribuer des primes à la marine mar- 
ch«mdc italienne ,, ('). 
Le mGme cousul disait ailleurs : « L'industrie de la coustruction 
mécanique a tait d,' rapides progrès, grace aux arrangements 
1)assés avec dos maisons an'laises et françaises, d'ancienne fon- 
dation c! de grande expérience, qui ont mis leurs capitaux et 
leurs COlmaissances techniques à la disposition des établissemcnts 
indi..__"èn,.s ». 
, .';ax c,ne, une usine métallurgique tTardy et Benccke), fondée 
par des étrangers, se soutenait péniblcmcnt en 1890. au dire 
,1 Bt, llelin consulaire franfais. 1891. 
,,21 ConsMar Reports, Gênes, 1887. 



CIIOSES D'ITALIEo I 

du consul anglais, qui ajoutait" « Cette maison c.t ch' plus 
en plus alimentée «.t dirigée par des capitaux et des adminis- 
trateurs allemands. On est en droit de dire que c'es aujour- 
d'hui une aHhire presque exclusivement ;llmande ». A 
ghorn, en 1886, on vit fonder une usine de 1;minage, simpl,. 
succursale d'une maison francaise dég-uisée sous les apparen««'s 
d'une société anonyme it«dienne, lau{r« . part, on aftirlue qu'une 
portion importante des moulina'es de soie lombards est aux 
mains d'entropr,,ueurs suisses, qui l eux seuls occupent 21.oo0 
personnes (1. Les mines de fer du Val Trompia, ch L,»mb«u'- 
die, sont exploitCs par une o»mpagnie métallurgique ét'angèrc, 
qui possède une succursale à Terni. Les mines de: plomb et ch. 
fer de Pertus«»la sont aux mains d'une soei«t6 alaise. A 
Bari, des Francais ont ëtabli la thbrication en grand du 
von et du sulfure de carbone. C'est une luaison francaise qui tbur- 
uit au gouvernement ilalien les grandes quantités de cet insec- 
ticide qu'il distribue pour encourager la lutte o,ntre le phyl- 
loxera 2). I;u rencontre aussi dans cette ville une tbnderi,. 
import«nte; elle appartient à un Allemand. A Napl«,s, la si- 
tuation est la mème : presque tous les grands 61al»lissem«,nls 
sont aux mains d«-s 6trangers; on ? voit des tbnderi«-s et des 
lissages anglais, une anterie française, etc. Jusqu'en 1888 on v 
thbriquait le chocolat à la main par les proc6d6s les plus pri- 
mitifs. En 1888, une thbrique m6cani«lue anlaise s'«.st in,- 
taille et s'est «.mpar6e aussit«t du marché 3). En 189o, on 
comptait dans cette gr«nde ville 25 sociét6s auonvmes 
liennes avec 21.915.000 francs de capital versé, et six sociétvs 
étrangères r6unissant près de 29 millions de francs de capit«l 
versé (l). Le consul franrais h Naples disail «.n 1891 à ce pr,-»pos. 
« Les principales industries privées de N«q»les : usine Arlustrong, 
eau de Naph.s, gaz, fonderie de T,»rre Annunziata, établissement 

(1) Bulletin consulaire /i-«tafais, 
{2) Ibid., 189o. 
{3) Consulat Beigorts, 
{4) Deux suisses, deux franqaises, une belge, deux anglaises. :.B»dlelin consaloir« 
français, 891.) 



LA SCIENCE SOCIALE. 

Pallison. elc., sont entre les-mains d'étrangers. C'est ecore 
avec 1«. c.ncours ,le banquiers allemands qu'on poursuit l'oeu- 
vre du x«e,lramcnlo, c'est-h-dire la dém-lition et la reconstruc- 
tion d'une parlie de la ville (1) ». E Sardaiçne, les chenfins de 
I.r ,,nf 616 construits par une compagnio an'laise. C'est encore 
ttnc soci6/6 Initanniquc qui a organis6 tout un r6seau de na- 
viali«,n tluviale dans la hauh. I/alic 
I.e «,mmerce même 6,happe «.n g'rand, partie aux ltahens. 
B«.aucoui» de maisons anlaises, framaises, all,.mandes, tienne.ni 
une place importanlo dans les principales villes de commerce, 
,.l recueillent beaucoup d'aflhires. En S;rdaigne notamment. 1« 
haut commerce est en Tande partie francais. 
:,:la ne xeut évidcmmcnt pas ,lire que les Italiens n'entre- 
lW,.m..nt rien. ci se bornent à regardov les autres exploiter 
I,ur pr-pre champ. Un certain nombre d'vntre eux ont tbndd 
,les 6tal,lis»cments qui fi«.nnent h,morablement leur place au 
s,,1,:il. T,.ls h.s ella, de liella, près de' N,,vare, dont les fila- 
lur«.s et Ics lissages de laino tbnt honneur h l'l/aile. Mais il pa- 
rait I»i,.n qu,' ce sont 1 des excepfi,ms, et que la plupart des 
ïvan,les usines d'ltalie son/ dnes à l'initiative, h l'exp6rience. 
,,t aux calfilatx des 6tvaners. 
Coux-ci ne sauraient d'ailleurs, pas plus que les Italiens. forcer 
1, nature et transtbrmer tre pays en centro industriel, en dépitde 
l,ms ]o.s ol»stach.s. Tant que le ffouverncment italien a prodiué 
h.s .u«'our«,'«:m«-nts. les primes, h.s mesures de proie,lion, les 
,.ntr.l»risvs se s«mt muIliplides et ont 'ard6 une al»l,arence 
IW«,sp6re. )lais, dbs que 1«' Trés«w sur, haroA n'a plus permis la 
,-«,ntinuati-n des sacritices, la position a chanff6. Cela est cons- 
laid en t,.rmcs précis par un lent,in oculaire et bien placé pour 
,,bscver. « Pouss«çs à augmenter leur puissance de production 
i,u- d«.s aravations de droit de douane, et par de larges or- 
,Ire. f,,urnis par le 'ouvernenwnt et par les compagnies de. 
,.hemins de hq. qu'il lient dans sa dépendance, les industriels 
,ni d6p,.ns6 des sommes énormes pour augmenter leurs ateliers 

Il B«llelit «oasdttire fr«nçois, 189l, et Coasu[ar Reporls, 



-CHOSES D'ITALIE. 
et leur outillage. Tel est notamment le ca des usines métal- 
lurgiques. Mais àl'heure actuelle, la baisse des affaires est telle 
que les fabricants ne peuvent employer plus de la moitié de 
leur personnel. Aussi s'efforcent-ils d'exercer une p'ession su" 
les pouvoirs pul,lics, en envoyant à Rome des dlégati«,ns d'ou- 
Vl.iers dans le but d'ol,teni" de nouveaux ordres du Gouverne- 
ment » (1). 
En outre, une spéculation outrée, conduite aveuslément 
ces capitalistes italiens dont j'ai sishalé l'inexpérience, a tourné 
contre eux et en a ruiné un grand nond,re (2",. On les a vus hyl,o- 
théquer leurs biens ruraux, vendre les colleclions acculnulées 
dans leurs gale'ies, et louer leurs palais de famille. Du reste, il 
est aisé de voir, à divers signes, qu'en ltalie le mouvement de 
la richesse est lent. Le chiffre des successions et donations, pac 
exemple, qui était de .0-)5 millions en 1875, allafl à 1.196 mil- 
lions en 1890; l'augmentation est de 15 %, tandis que dans le 
mème espace de temps les dépenses publiques croissaient de 
50 %. 
On répondra pcut-Ore -h cela que le mouvement des caisses 
d'épargne indique au contrahc un progrès rapide d'enrichisse- 
ment de la nation prise en masse. Ansi, en 187. ces caisses 
détenaient 65 millions de francs, 980 millions en 1581, et 1759 
millions en 1889. Mais cela ne prouve guère. Les fonds (les 
caisses d'épargne sont d'origine fort diverse. Une banne partie 
notamment est rapportée de l'étranger par des émigrants lem- 
poraires, qui vont chercher au loin une occasion de gain. pré- 
cisément parce que leur pays est trop pauvre pour les nourrir. 
Il reste acquis, en définitive, que l'ltalic n'a uère pu dgveloppel" 
chez elle la grande industrie qu'à l'aide des secours «le l'Étai" 
de plus, que les étraners ont protité de cette situation artiti- 
ciellc plus encore peut-|re que les nationaux; enfin que hs 
efforts combinés dans ce sens par les pouvoirs publics et par les 
entrepreneurs du dehors n'ont pu réussir "h créer en face ,le la 
concurrence étrangère un état de choses définitif. Aujourd'hui. 
(1) Consulat Reports, Génes, 1890. 
(2) D'apres ,I. P. Lero)-Beaulieu, ap. l'Éco»tomisle franfais. 
'i". XIV. 16 



20 .) r, SCtE,CV. SOCt,rE. 
la g'randc industrie italienne, à peine install(ie, est déjà ébranlée 
.iusque dans ses fondements par l'affaiblissement du Trésor 
public, q,m principal soutien. 
Ainsi, ,les finances embarrassées, une agriculture 'énéralc- 
mcni pauvre et al.ri(irèc, une industrie précaire et conduite sur- 
t0»ut par les étrangers. voilà le l,ilan écon,»mique de l'ltalic. 
c,,nvient-il d'en conclure'? 

VI. 

L'ltali«' conlcml»l"aine se grise (h, réminiscences historiques. 
Le prestige du n«,m ton,aih lui tourne la tète; elle se croit 
obli.,.zée par s's .hrieux souvenirs à faire grand, à agir en tout 
et partout comme une puissance appeldc à l'ecomncncer son 
histoire et à jouer de nouveau sur la scène du monde un l'61e 
sup6rieur. Mais c«,mbien les temps sont changés ! 
A l'époque ,,ù R,me, dans sa sl,h»ndour, régnait sur cent 
peuples asservis, le monde connu offrait cette particularité ca- 
l, irait, qu'une se.uie et lnème formation sociale dominait toutes 
les nati,-,ns de quelque in,portance. Chez les unes, la commuuauté 
sul,sistait daus toute sa f,,rce; chez d'autres, elle s'était rompue, 
laissant d,.rrière elle l'instabilit«;, h' désordc et la forte ora- 
l»teinte de s,,t, esprit d« • lentcur ,'t d' routine. R,,me seule ou à 
1,,.u 1,res avait su s'en (h:'agor assez pour acquérir un esprit 
,l'iniiiativc, une habitude des arts usuels et sp(icialemcnt de l'a- 
ri«ulture, une pratique du travail, ch un mot des aptitudes 
s,,cialos très sup,:ri-ures à celles de ses voisins. Elle n'ëtait pour- 
lant pas sortie d,.s traditions communautaires d'une facon ab- 
solue, car clic retomba sous leur intluence dès que sa supério- 
rité lui eut pcriuis de vivre aux dépens de ses voisins. 
A l'lwurc actuelle, les ch,,scs ne vont plus de mme. Un type 
social que les marècagcs de la basse Allemagne élaboraient obs- 
,.urémcnt à l'6poquc romaine, s'est ddveloppé depuis avec une 
puissance extrème, et s'est r6pandn sur le globe avec une vi- 
'"ueur bien plus grande et ducal»le que la f,»rce d'expansion de la 



CHOSES D'ITALIE- 00 
Rome antique..t_u lieu de pro'resser par l'«.ffct des armes et 
par la conquètc, en asservissant les peuples, et en foulaut les 
vaincus, cette race d'un type inconnu jusque-là avance pas à 
pas, par une action individuelle à peine seusibl«., mais cons- 
tante, irrdsistiblc En présence de cet dl6ment n«,uvcau, l'ltalic. 
avec sa tç»rmation int.ricurc, sa faible initiati e individuelle, sa 
m6diocre ard«.ur au travail, ses pouvoirs publics d,:vcl,,ppés. 
absorbants et co6tcux, ne peut espérer que sa siluation retl6tc 
jamais, si faiblement que ce soit, l'antique dclat de l'Étal 
romain. Elle a beau se consumer en cttbrts ruineux p,,ur thir«. 
croire à une supérioritd qui n'existe pas, faute d'un tbnd solide, 
ses sacrifices sont p«.rdus. Son armée encombr6c de sindcures, 
 marine maffuifique mais peu maniable, n'inspirent aux Sl»d- 
«ialistcs qu'uuc m6di,«re confiance, d'autant 1,1us faible quo s,,n 
Tr6sor est vide et son cr6dit 6puis6. tn a vu par des ,.xenti,les 
r6cents ce d,,nt elle es capable au dehors; ses dmi'rauts se sonl 
tdt I?/ncher h la Nouvclle-Orldans pour avoir essav6 d'acclimater 
en terre anadricaine la .lla[/;a et la C,mo,'ra ; ils restent partout 
«.t presque toujoms dos sujets inf6rieurs, p«.u capahles de s'61ever. 
kuant à son entreprise officielle et d,:jà trop fameuse d,- I'É- 
rythréc (toujours les souvenirs historiques ), elle est condanm6e 
d'avance à l'avortement final par les ahus administratifs qui 
fi»isonnent toujours daus de pareilles combinains, et par l'ina p- 
fitude ffmdamentale de la race à coloniser. 
Les laliens sentent coufusdment tout cela. aussi ne ct,mptent- 
ils g'uère sur leurs pr,,prcs forces pour assurer le retour ,le leur 
patrie et de leur race it de si riomplmn/cs destinées, l',,uss,:s par 
leur désir av«.uFle d, j«,u,.r  la « ran,h. nation ». ils se' portent 
toujours du c6té de la plus g'andc force mat6riclle. De li 
leurs intrigues pour se faire admettre daus l'alliance des Ëtats de 
l'Europe centrale. m les a admis en effet, à ff/re d'appoint, si- 
tuation qui n'a rien de brillaut, et. en cas de guerre h,-ureuse, 
moyennant de lourds sacrifices, ils auraient des chanc,.s p,gur 
obtenir quelques lambeaux de territoire soit au nord. soit au 
sud de la Mdditerran6e. Esl-ce lA ce qui pourrait moditicr h-ur 
6rat social, porter leur classe supérieure vers les travaux ufilcs, 



LA SCIENCE SOCIALE. 

enrichir leurs paysans, corrier les défauts de leur organisme 
politique ? En aucune manière. Ils seyaient après la eon«lutte ce 
qu'ils sont aujourd'hui, e'est-à-dire un peuple faible, inapte 
à metfve en valeur à lui seul ses richesses naturelles, à s'étendre 
par sa force propre, ineapable, en un mot, da hltter seul à seul, 
soit par les moyens paeifiques, soit par les armes, avee les 
peuples à formation pavtieulariste. 
ltn peut juger, après cela, de l'imprudence majeure que eom- 
mer l'ltalie en s'isolant éeonomiquemenl et politiquement des 
pays les mieux plaeés pour trafiquer avee elle, ou pour l'aider a 
défendre au besoin ses iutéréts naturels et paeifiques. Elle 
sacrifie unt utilité immédiate et naturelle "A des perspectives 
v«dnes et lointaines. Elle prépare à ses popul«ttions des crises re- 
dout|bles, qui les pousseront quelque jour au désespoir et à 
ranarehie. Elle se ruine en dépenses superflues et court à la 
faillite. Elle délaisse, en un mot, la proie pour l'ombre, et com- 
promet à la lég-ère, pat" sa politique ultva-eentralisatriee à IÏnté- 
rieur, aventureuse à l'extérieur, s« préeaire et artificielle uuité. 
l',ut-ètre ne serait-il pas téméraire mème de penser qu'un 
.i«ur la Rome contemporaine, loin de eonquérir le monde comme 
sa dcxaneière, tombera sous le poids d'une domination plus 
forte et plus durable que celles qu*elle a sueeessivemeut povtées 
depuis quinze siècles. 
Léon Po'S.«lO'. 



7 
LE PATRONAGL 

(Cours de Méthode de" Scie, nec, sociale.) 

Il. 

Dans la première parti,' de celle étude sur le l'atrona'e, n,»us 
nous sommes ett'orcb de démontrer que, si h. l'atronage nais- 
sait partout de la mëme cause, -- la nécessité de subordonner les 
incapables aux capal,h.s, d,. les diri$er dans le Travail et dans 
la disposition de la PrOl,l'iélé, de les aider dans les l'hes «le 
leur Eistence, -- ce l'atl'onag/c ne s'oranisait pas en chaque en- 
droit de la mème thcon. 
D'après la' con..,titution de la famille t»tlV'ièl'e, l'oranismc 
parvenant évolue selon deux types bien dittërents. 
Chez les faces à familles patriarcalcs, les plus capal»l,.s du 
çroupe en prennent la direction, et la C,,mmunauté ,.st patron- 
née d'une lace, inter,e par lin Conseil ïornlé dans son propre 
se.in. Que vaut le patronage de ce Conseil. quels sont ses resul- 
rats? C'est lit ce que re»us avolS mis en n.li,.l', en siqtalant linl- 
mense retard de l'Orient sur lttccident et son impuissance ah- 
solue à sortir par lui-mOrne de son éternelle immohilité. 
Chez les races',k simples ména.="es, le woupe faluilial est trop ré- 
duit pour qu' d;faut du père, un individu capable surisse du st.in 
de la famille pour la diriger, l.cs familles ouvrières se rëpartis- 
sent donc nécessairement en deux caté«,ries. D'un c6h; se trou- 
vent les simples ménages dont les chefs SOlt capal»l,:s dYtrc "à 



201; LA SCIENCE SOCIALE. 
la fois chefs de famille et de métier, c'est-à-dire, sont gens ca- 
pabl,s de diri'er eux-m6mes leur Travail. de disposer utilemen! 
de la l'roi»riCé nécessaire pour assurer la vie d«s leurs et se firent 
d'attiire dans les l'hases de leur Eistence. De l'autt.e c6té, se 
rencontrent les simples inCacres dont les chefs sont au-dessous de 
cette capacité, parlant incal»ahles d'ètre 't la fois chefs «le falnille 
et chefs de métier. Et comme c'est là le fait de l'immense majo- 
rité, leur iucapacité appelle uécessairement un complélnent, un 
correctif. due deviendl'ait, ainsi que nous le faisious remarquer 
à la fin d« notre d,rnier article, que deviendrai! la vie de l'hu- 
manité, si ces nmlheureux Caient laissés à eux-mèmes? 11 est 
d'autan! plus ur.'_-"ent de les empècher «le se livrer à leurs pen- 
chants pour la paresse et le S'aspil!agc, que, avec la densité de 
la p,,pulation, la n6cessit6 de let pi'oduction augmente, de sorte 
que leur incapacité it diri'«'r 1 • Travail, i disp,-,scr de la l'fo- 
prie;tC va s'acceutuant. 
Il s'opère alors, parmi les simples lnéna.qes dont les che.fs de fa- 
uiillesont chefs d, métier, une vérital»le sélection. Certains de 
ce «.heïs de famille chefs de métier v«,ient, sous le coup de la 
néces.,,/lé ou pat' l'attrait du I»ut. leu. capacités et leul's aptitudes 
aug'mcuter, et ils devienuen! capa l»les do patronner dans le Tl'a- 
rail, da,s la l'ropriété, dans les Phases de l'Existeuce, non seule- 
ment les membres de leur famille, mais encore un 'rand nom- 
I»r. de ces familles ouw-ibres qui ne peuvent se tirer d'affaire par 
,,ll,.s-m6mcs. 
I.e l'a!ronago se constitue ainsi en dehors «le la famille ou- 
vrière, comme un or.q'anisme doué d'une vie propre. Le Patron 
apparait pour let l»l'emiè_re fois, comme un personna.-._'e distinct 
de celui du chef du _roul»elnent familial: il a pour moyen 
d'acti-n, non plus l'autorité paternelle, mais celle que lui 
dolm,' sa situation de directeur et de. dispensateur des Moyens 
d'Existence. C'e't aiusi que la soci6té se hiérarchisc et qu'au- 
dessus de la masse des familles ouvrières on ",-oit les familles 
patronales. Ouelles sont les conséquences sociales de la constitu- 
ti«m et du fonctionnoment de ce nouvel orffanisme, quelle a été 
son acti,,n sur la formation des sociétés occidentales, c'est ce 



que nous allons étudier, en observant cette troisième espèce du 
Patronage " le Patron à Famille-souche et ses variétés. 
La Nomenclature présente six variétés de Patrons à famille- 
souche; ces variétés sont classécs dans l'ordre croissant des dif- 
ficultés qu'il y a de patronner, partaut dans rordre d,' l'év«,lutiou 
croissante des aptitudes et «les fonctions d,' l'orsanismc patron- 

nant. 
Voici ces sL: variétés" 

1. Patron à famille-souche agriculteur, 
"2. -- -- forestier, 
3. -- -- mineur. 
4. -- -- petit fahri,'alt, 
:. -- -- de fabrique collective. 
I. -- -- grand fabri«aut (t). 

[)n a classé tout d'abord les 

Patrons des familles adonnées aux 

Travaux d'Extl'action • Agriculture, Art (les l,'orèts et Ar[ des )li- 
nes : parce que. parmi tous les travaux (le production, les 
vaux d'Extraction étant ceux (lui présentent le plus de sta],ilité, 
sont nécessaircmcut ceux pour lesquels le l'atr,,na.'-"e est lc plus 
aisé. 
Les Patrons a'riculteurs vienueut en tète, puis les Pah.ons fo- 
restiet.'s, enlin les Patr,_,ns mineurs, parce que c'est dans l'ordre de 
ces |ravaux quc la direction du travail et la disposition de la 
propri('h: échappent de plus en plus à la famille ouw'ière ,.t que 
par conséquent la fonction du Patron au,mente. 
La tt'tche (les Patrons agricull«.urs est l'elativ,-ment simple, 
moins a-t-elle été jusqu'«l prdsent la plus simple, de l,eaucoup. 
La direction du travail affricole, à ses tr,,is deffrés, exploitation 
directe, métayaffe, fermage avec des pratiques culturale strict,.- 
ment ilnposées par le bail, a pu sc. faire par des procédés tradi- 

(1) On n'a osé inscrire au tableau du Patron à famille-souche le 9ratd Eltrepre- 
neltr de Transports, parce qu'on n'en a pas rencontrë le t)-pe d'une manière assez 
certaine parmi les Patrons a famille-souche. Le plus souvent, le grand Entrq.reneurde 
Transports est en famille instable dans le m6tier, ou en soei6tës d'actionnaires a toutes 
les ëpoques de l'histoire des Transports. Une ëtude curieuse et bien utile à faire  ce 
point de vue serait la monographie du Maitre de Poste ; on verrait ainsi s'il est bien 
un patron à famille-souche. 



c)O LA SCIENCE SOCIALE. 
ionnels ou tr/s lentement proressifs. Dans ces conditions, la 
p«lrtie la plus deisive de ce patronae consiste, à vrai dire, dans 
1,. patroms'e de la propriété, de la terre, dont il fait jouir les 
ilOlnl,reuses familles paysannes «lui ne la possèdent pas encore ou 
ser.n! t,,ujours iucapables de 1« posséder, l;ependant la tache du 
Patron agriculteur tend "à devenir beaucoup moins simple qu'au- 
!refois par les transformations techniques et les nécessiés com- 
uler«iales qui ral»l»rochent un peu l'agriculture de l'industrie. 
L e Patron [ore.,ti«'r présente uu type supériaur en ce que' pour 
l»OSs.der utilement la propriété, la forq, dont il doit faire jouir 
les t' milles ouvrières, il lui f«ut des capacités très autrement su- 
i»érieures à celles dont il est besoin pour ètre le patron d'un grand 
d,,maine.  I.a futaie, pour douuer chaque année un rendement 
sérieux, nécessite un anaénagement qui s'éende sur de grandes 
sui,erficies; elle constitue doue un I,ieu «lui non seulement est au- 
dessus «les capacités des familles ouvrières, mais encore surpasse 
,le I,eau«,,up les «pti!udes de la movennne des fanfiIles patro- 
uales. La preuve en es que', dans presque tous les pays, les 
ïorèls exploi!ëes s,,us le régime «le la futaie sont devenues pro- 
priétés de la Province ou de l'Éter!/1). 
Le P,t ",» .lliaettr vol t s,»n pa!l',naffe réellelnent compliqué par 
la direction savade qu'il lui f«ut donner aux fouilles et à l'ex- 
lractio du mineront, et pal" la g'l'ande i,révoyance donl il a besoin 
pour assurer, quels que soieuI les résultats des 'echerches, la vie 
des familles OlVrières qu'il emploie. 
Vie!recul ensuit,, les l'atrns des familles adomées aux tra- 
- v« u x d,. Fal,l'ic Il, n : ils se classen t a l,rbs les patrons des travaux 
d'Ex!racli,m, parce que c'est dans la fabrication que la stabilité 
«,mmencc à d,.venir difficile p,ur les familles patronales comme 
pour les familles uvrières.  Les dit'ficultés vert! en croissant 
«lu prit! ïal,ricant au grad fabricant, e c'est avec ce dernier que 
le pa!l.Olm....se, renc«ntran! le maximum de difficulh: et de néces- 
sitA. a!!eil! son maximum d'inh.nsit6. 
l',,lu" le I»«tro Petit l:abri_'aot, le patr,na'e est assez facile eu 

1) Y. let .Scieace sociale, t. VI. p. 0. 



LE PATRONAGE. O0.| 
éffatd au petit nombre d'ouvriers qu'il emploie. à la simplicité 
de sa méthode de travail e't à la simplicité de la petite propriété 
industrielle. Entre l'ouvrier d'un maréchal ferrant «'t le maréchal 
ferrant lui-mème, les diflërences ne sont pas grandes, partant le 
patronaffe n'est pas eompliqué. 
Il pourra paraltre étrang'e que nous classions ici le petit fa- 
bricant après les patrons des travaux d'extraction; il est é-ident 
que l'artisan de village, qui représente assez bien le type du pe- 
tit fabricant, est un patron d'ordre inférieur si on le compare au 
grand propriétaire rural, au landdord par c.'complu.. Cela est vrai. 
mais il faut observer que le land-lord occupe le ,sOnllllOt parmi 1,1 
s6rie des patrons a.-,zrieulteurs, tandis que l'artisan du village 
lient le moindre rang dans la série des patrons fabricants. LOl.-sql(il 
s'est agi de classer, l'une par rapport à l'autre, ces deux séries de 
patrons, les patrons des travaux d'Extraeti«m et les patr«ms des 
travaux de Fahrieati-n, on a eherebé, dans chaque série, s«.lon la 
méthode de touteelassifieation, nn type qui présent'at lesnot,,s les 
plus spéeiales et les plus déterminant,:s de la série : et c'est d'a- 
près er type que les séries ont été elassées «.ntre elles. ;ela n'empè- 
che pas que certains types supérieurs et surélevés d'une espèce in- 
tëri,.ure se trouvent très au-dessus clos premiers types ch, l'espèce 
suiwnte; c'est là un fait qui se rencontre dans toutes les sciou- 
ces. -- Le land-lord a des aptitudes et des capacités patronales bien 
supérioures " celle du forgeron de village, mais cela n'empècho 
que le patronage (les familles ouvvières adonnées anx travaux de 
la fabrication ne présente bien plus de difficultés, ne réclame d,. la 
part du patron dos capacités hien plus éminentes qu«. le patte,- 
nage des fanill,.s adonnées aux travaux d'extraction, et cela 
cause de la très grande instabilité qui s'observe dans la Fabrica- 
tion comparativemcnt à l'Extraction. Cette simple c«,nsidération 
suffit poux" justifier notre classification. 
Le Patron «le Fabrique Coller'ti,'e ve, il son action patronale se 
développer, il fournit du travail à un plus grand n-ml,re d'ou- 
vri«.rs que ne le fait le Petit Fahricant. mais les ouvriers dirigent 
eux-mèmes, à beaucoup d'égards, l'exécuti, m d,, leur travail, ils 
possèdent leurs outils et leurs machines: ils n'ont, en réalité, 



2 ! 0 . scmc SOC.E. 
.oin que d'4re approvisionn(s «le travail et instruits des métho- 
clos. Le l'atronao duTravail réduit à Ces doux éléments ossentiels, 
lclle est la principale et la soule action patr,»nante de ce patron. 
Ce serait peut-ètre dans les l'hases de leur Existence quo les 
familles ouri,"res -roupées aut,,ur de ce g'enl'e de patron man- 
queraient d'ètre patronn6os. Le patr«n do Fabrique Collective n'y 
p,,urvoit d'ordinaire que par deux moyens que voici, l.'un est ab- 
s,ltmwnt indiroct, en ce sens que 1o travail qu'il leur fournit cons- 
lilu,, trbss«uvont un travesti a«cessçire ,hnt les familles firent des 
r«ss«m rces suppl6nt«ntfires pour t'aire t'«tco elles-lnèmes aux Phases 
,le leur Existencc. --C'est h. cas des paysans horloEers du Jura. -- 
L'attire est encore" assez indirect " h. patron fi)urnit aux tmilles 
ouvriVres dans le l,esoin du travail sans en ètre pressé pour lui- 
En ré«lilé, h. Patron de Fd»ri«lu«' C«,llocliveesl un palron qui 
vient en aide aux pe.fils ld»ricanls «' h.ur procuranl du travail; 
c'osl «'n «cln qu'il se sperposo au patron peliI fd»vicanl, el c'est 
là l,.ml son rôle imlr«,nal. Il v a d-ne deux espècesd,' Pelils Fabri- 
«anl ; l"ceux qui se l,alr«nn«nl pl«qnonwnl eu-mëmes, ce soneu 
,lUO n,,us avons cltss«;s,lans In variéh • Palr,,ns PeliIs Fabricants • 
ils mçt'ilçnt l,icn la qnuli(é de pa(r,m ; 2" ceuxqui n«  se patronnent 
l,aS plcinemcnl eux-raCines cl qui se rangcnI sous lePatron de 
F«l,riqu,. Collecliv« • en fiil, ils ne sont pas patrons, puisqu'fls 
sonl l,alronnés four une parlie très imporlanle. 
Lo ;'«««l Fal, r/«ad offre I« typo plein du l'ah'on Fabri«anl; il 
palronne un 'rand n,,ml,re d'«,uw'iers dans le Trawil, dans la 
l'r,q,riélé et dtns Ics Phasos de l'ExisIencc. I  Das le Trarail • 
seul il a les calmcit.s nécessaives p,ur assurer du aravail à ous 
,.'es gens el p,,ur les diriger dans l'exécutiçn de ces Iravaux.  
Ce n'esl ni un ouvrier, ni une colb.clivilé d'ouvriers, qui inspire- 
rait nss,.z de confiance pour recevoir la commande d'une locomo- 
tive, Imr oxemple, et pour en assurer l'eéculion. 2" Da.ç [a Pro- 
prb:l« ;" seul I«  l'and potiron a la prévoyance et les apliIudes indis- 
l, ensal,les pour posséd,.r et mellre à la sp,»siIion des lravaleurs 
l'«toIiçr, les inslrum«.nis de travail, les matières premières, seul 
il peut leur lire, par le salaire, avance certaine e définilive 



LE PATRONAGE. _.9.11 
d'une quote-part du produit de l«,ur travail. 3 ° Dans lex Phases dr 
l'Existence : en diri.'-Teant, en aidant les familles OUVl'ièl.es directe- 
lnent ou indirectelnent selon l'intensif6 d. leurs besoins. 
L'organisme patronnant atleint évidemment, avec le t;rand 
bricant, son complet développement et son maximum d'intensit«L 
Sa tche est énorme, elle est d'autant plus grande que, si remar- 
quables que soient les capacités des fhmilles onvrièl'OS, elles Sont 
toujours de heaucoup inf6rieures, par le seul fait que la fhmille 
est ouvri6re, à celles qui sont absolultt«'ld nécessaires p, mr la di- 
rection du trawil et la dispositi,,n de la propriété de la 't'ande 
industrie ; sa tache est, en mëmc temps d'autanf plus difficile que 
les thmilles ouvrières entièrcment cngagées dan la fahricatiou 
sont incapables (l'aucun aatrc travail que celui tic. leur sp6ci;lité, 
et voient toute la sécurité de leur existence reposer uniqueumnt 
sur un salaire quc l'iltstabilitó de l'industPie (.mpëche la plupart 
du temps de maintenir à untaux normal, quand elle ne le thit 
pas disparaitre par le ch6mau'e ou la ruine. 

111. 

Cette étude (lu l'atronaïe sel'ait terlniuée, si. à c;,té (les Formes 
normales du Patronag'e, l'observation courante ne nolis montrait 
les Formes, anormales du Patro,oge c'est-à-dire celle.; qui .e sub.- 
litoeat à q,elque«-m. dex lype., precédent., .as e, pouroir rem- 
plir la 
Le Patron h Famille insta ble. 
Le Maitre d'Atelier. 
La Soci6té d'Actionnaires. 
sont trois de ces formes anormales. 0n les a classées dans l'ordre 
de la d;tkcIuosité croissante. 
Le Patron à Ferraille in«table présente la fol'Uie an,,rmale dll 
Patronage le moins ddfectuousc ; il se suhstitue exa«tem«.nt au lieu 
et place du chef d« famille-souche et de métier ci 
mille-souche pour en remplir la fbncti,,n. Son défaut consiste 
dans l'instabilité, non pas de son ludtiel, en hfi-mème, re;ris de sa 



LA SCIENCE SOCIALE. 

famille, et c'est là un défaut, non pas naturel et forcé comme celui 
des métiers peu stables, niais arbitraire et factice. C'est en cela 
que réside l'anomalie du type. 
t.vec la famille instabh, le Patronage est forcément décomplété 
«le ce qu'il est avec la famille-souche, et il est alAcomplété dans 
ses trois i.16lnents. 1 ° Dans le Patronage du Travail; l'instabilité 
de Ici famille patronale m. permet ni le choix des meilleures 
inéthodes de travail, ni la pernmneltce des emphfis de travail 
peur les familles ouvrières. Vovez ce «lui se passe en France : 
l'industrie «.st considér6e comme une entreprise où l'on ne 
met pas ses tils et d'où l'on se rctire le phls t6t possible, après 
fortune faite ; les «pitaux, la spécialisation et la sélection des 
chefs, lui malquent. "" bans le Palronagc et la Proprité; la 
liquidation périodique que l'instabilit6 de la famille patronale 
impose a tousles ateliers elnpechê le patron de grever son entre- 
prise dc ces charges et de ces sul,ve6tions au moyen desplelles les 
patrons t faluille-s, uche font jr, uir des avantages de la propriété 
d'une fa«on efficace et continue, les familles ouvrières qui ne 
p,,ssCdent pas «le pr,-,priété. La propriét6 tend à devenir de plus en 
plus pers«,nnelle et à s'affranchir des chares «lu patronage. Le 
.'-"rand l,r«,pl'iélaire qui achète versle milieu de sa vie un domaine 
,pie ses fils ne i,,,uvront conserver, se soucie fort peu, dans un pays 
«,ù il ai.rive in««,nnu, «le maintenir les anciennes coutumes: il 
donne ordre à ses.'-"ardes d'elnpècher les pauvres du v«,isinage de 
ramassor le I,r, is mort dans ses terres, et il les prive ainsi d'une 
ressource tl'6S alTr6ciable. Il ei, xa de inèlne dans l'industrie : 
le .'..rand fal»l'icant qui inonte lui-nièlne une affaire qu'il liquidera 
peut-ëh',, de son vivant, a.'-"g'lomère bien autour de ses usines de 
non},l'euses familles ouvrières, mais son entreprise est trop 
courte p,,ur qu'il puisse tut faire supporter la charge de l'instal- 
lation d«. mais,,ns «,uvrières. 3 ° Dans le Patronage des Pliases de 
l'Existence : l'instabilité anaène les familles patronales et les fa- 
milles «,uvri6i'es fi s'i'not'er, à ne pas chercher à se connaitre, 
chacun s'ors'anise et se tire d'affail'e coinme il le petit de son 
et, tC En fait. le Patron à famille instable n'exerce qu'un patro- 
na.'=:'e telul»«,i'aire et il l'exerce salis rands movons. 



LE PATRONAGE. -¢)13 
Bient6t le Patronage devient tellement difficile que l'on vol! 
se produire sans tarder deux t)pes de Patrons qui ne patron- 
nent plis, ce sont : le laitre d'Atelier et la Société d'Action- 
hall'es : t«,llessont les deux dégénérescences du Patron  famille 
instable; c'est là du moins le fait le plus ordinaire. 
Le mal!re d'atelier, est, avons-nous dit, un patron qui ne pa- 
tronne plus; il dirige encore le travail, fouruit à ses ouvriers 
un atelier et des instruments de travail, mais à son seM prot : 
c'est un emplo!/eur. Le .laitl-e d'A!elier est n'importe quelle 
epèce de para'on dont la caraetéristique est de s'abs{enir 
patronner; il tient la place d'un patron quelconque sans en 
remplir la fonction. Son défaut diffère du défaut que nous 
avons observé chez le patron à famille instai,l« quoiqu'il en 
procède le plus souveut. Son défaut consiste précisément à s'abs- 
ternir de patronner, non pas à cause d'une impossibilité ou d'une 
extrëme difficulté l'ésultant des conditions du métier, mais par 
suite d'un vice factice anormal du méfier ddor.qani.«:, par 
mauvais vouloir ou par iucapacité personnels. L'employeur. 
tout le monde le connait, tout le monde l'a vu air; il d,,nne 
aux ouvriers du travail quaud cela lui plalt, en embuche un 
grand nombre aujourd'hui pour forcer la production, quitte à 
la ralentir et mme  la cesser delnain sans se préoccuper le 
moins du monde des crises dans lesquell«s un salaire lev(, 
au,si bien qu'un lon. ch6mage feront total,er les familles ou- 
vrièl'eS. 
La ,oci6t d'.lrtionaire«, qui arrive à la fin, présente la forme 
la plus anormale du Patronage. Son défaut est très simple à 
décomrir: il consiste à mettre à la place du {;rand Patron une 
eollecti«io; icapable de patrontw,', non encore par nn vice 
naturel du lnëtier, luais pat" la «'ottstitutiot arbit,'aire " laquelle 
s'arrêtent ces soeiétés qui sont purement et simplement eom- 
posées d'actionnaires servis par des agents t !)- 

{1" Remarquez bien qu'il s'agit ici d'une collecti il6 d'actionn«tires; si nous a ton» 
affaire a une sociëtë non pas d'actionnaires, mais de patrons unis ensemble par de» 
nëcessités de ;nélier, coin;ne cela arrive la plupart du temps en Angleterre, nou» 
aurions affaire a un type normal de Patronage. 



-! l I SCilCl SOCiAII. 
lalgré le lWéu ' eoutvaie, on peut affirmer que la Soeiété 
«l'ctionnaires n'estamais nne néeessité imposée par le métior. n 
«pl..lle en et actio.naie sa.s plus, celui qui n'a avec le 
travail d'autt'es liens qu«' le prét ou pour mieux dire l'apport 
de l'aren[. Des actionnaires qui seraient habitanls du pa)s où 
est «:tal»lie l'industrie, ou qui seyait'nf pris à ce tit'e, ne son[ 
plus des a('li«»nnaircs purs ci simples; et»mme actionnaires il 
ve.sic'rit m, uvai; comme 'ens lies à la loealité, à l'alclier, ils 
«-Olnneeent à valoir. 
La Soei6lé d'.kctic»ntaircs est une forme de palron sans pa- 
trotl. Le palron a dispal'u po«r «:tre remplace par une Sociel6 
de p«»l'ieurs «le litres; par ce me)en, les ineonxénicnis que les 
liquidations péri«»diques, eons6quenec iç»reée de l'instabilil6 de 
t)mille, faisaient cru«.lh.mcnt ressentir à l'industrie, sont eon- 
jurés, m«ds seulen,'ul p«»ur les actionnaires; les fimiHes ou- 
vrières eonlinuentà soufl¥ir de, l'al»se.nec de patronage. Observez 
l»lut;»t le mécauism,' d'une de ces soeiétés; par leurs capitaux, 
les .kelionnaires fournissent'bien un atelier, des instruments de 
travail et du salaire aux ouvriers, in,ris ils font cela dans leur 
seul et unique intérèt ; ces ouvriers, ils ne les connaissent pas, 
ils ne sont jamais en contact avee eux; ee soin, ce devoir, ils le 
e«»nfient à des a'ents salariés.  des dil'ecteuvs et à des ingenieurs, 
h des hommes qui n',»nf ni les devoirs, ni les inlévèts, ni les pou- 
voirs des patrons. La l»remièl.e pr6oeeupation d'un dil'ecteur. 
c'est de eonduire l'aff«fire qui lui est confiée de telle sorte 
,lu'elle donne, dns l'almee, h.s plus beaux dividendes possibles. 
En fait, 1«' patron n'existe plus, il est devenu un ètre collectif, Ch 
blve qui, Iorsgu'il t'eut palt'otter, doit le [ab'e [oreémett par 
and ces formes anormales ont peu à peu remplacé les 
formes normales du l'atvona'e, le malaise social éclate dans son 
plein. I.es fanilles ouvvièves, qui ont laissé aller la pvopviété 
lU'«,lles n'étaient pas capables de possédev, voient tout à coup la 
sécuvité des mo'ens d'exislenee leur manquer; vivant unique- 
ment du salaire, n,m seulement elles ne reçoivent aueune aide. 
aucun secours, dans les phases les plus evi!iques de leur exis- 



LE I'ATRONAGE. l 

tênce, niais elles n'ont mème pas la certitude de trouvêr d'une 
faêon continue d«.s emplois de travail. 
C'est alors, lorsque les employeurs et h.s sociétés d'actiolmaircs 
ont relnplacé les patrons, qu'apparaiss«.nt les l|,»nnes-;Euvrês, 
ces succédanés du Patr«mage. Certes, on ne saurait trop lou«.r 
les personnes «lui se donnent pour tche de supplé,,r dons la 
mesure du possible au, défaillances de ceu, qui mauqu«.nt à leur 
fonclion essentielle. Mais il faut bien remarquer que, si iniéres- 
santes «,t si bienfais;,ntes que soient les ;Euw''s dites de l'atro 
nage, leur action sera loujours éphémère ei elles ne pourront 
jamais, lout compte fail, qu'organiser le désordre. N'avau! pas en 
main les movens d'existence, ne disposant pas «lu l'a,'«il «les fa- 
milles ouvrières, les Bonnes ;Euvres ne peuvent attaqu,:r le mal 
dans sa racine et rec,mstiluer dats son vrai l'organisme s,«ial. 
La disparition des employeurs et des sociétés d- put action- 
nairês, la stabilité rendue aux l»atrons à famille ilstablc se, nf 
de» rcmèdes plus efficaces au mal social. 

Cette étude du l'atroilage serait incoluplètc, si, après avoir 
déterminé et classé les différentes Espèces du l'atrona.e, uous 
n'indiquions ën deux mois comme-il! il faut procëdcr pour faire 
l'analyse d'une, quelconque de ces Espèces, ou de. I,,urs Variët6s. 
L'analyse vraiment êomplèto du Patron doit se faire sur le 
modèle de l'analyse de l'Ouvrier. Il faut reprendre il son sujet 
particulier les tableaux d'analyse que nous avons donnés, depuis 
le Sicu jusqu'aux Phasês de l'Existence. C'est Ici monographi«, di- 
recte du patron succédanl ;... celle dt, l'ouvrier, dans laquelle le 
patron n'est apparu qu'au poinl de vue spécial de l'ouvrier. 
On devra donc adapter le cadre de la monographic au patron 
et on aura ainsi : 

Le Lieu du Patron, 
Le Travail dirigë, ou fait par le Patron, 
La Propriété et 1 Ear,,ne patronales, 



LA SCIENCE SOCIALE. 

La Protection des Familles ouvrières, 
La Famille du Patron, 
Le Mode d'Existence du Patron. 
Les Phases de l'Existence du Patron. 

!1 faudra se reporter tout d'abord "h la monographie de la Fa- 
mille ouvrière pour tous les faits du Lieu. du Travail..., etc., qui 
sont déjà connus, ce sont là les Fait.» déjà connus. Mais ils no 
vi«.nnent pas ici par un simple raDpel, ces faits ont déjt été ob- 
servés dans leurs effets sur les ouvriers, il s'agit de les observer 
maintenant dans leurs ets sur le patron. 
La seconde chose à faire est de relever les fails que la mono- 
'raphie ouvrière n'a pas montrés ce sont là ,/e.. Faits co- 
mes. Dans les tr«»is tablcau relatifs à l'action patronale : Travail 
dirisé ou fait par le patron Propriété ou Épargne patronale, 
Protection des familles ouvrières, les faits que l'étude de la 
famille »uvrire, spécialement cal»serrée, n'avait pas révélés et 
que l'on note pour la première fois, se partagent en deux caté- 
8",,ries : 
le Faits indépendants du Patronage, 
2 o Faits de Patronage. 

Les faits indépendan{s du Pair,,nage sont ceux qui sont ier- 
sonnels au l';itron, et «lui ne concernent en rien sa fonction de 
patron. Il est évident çl«e la po«scssion d'une galerie de tableaux 
par un grand indusl'iel ne relève en rieu du Patronage. 
Les Faits (le Patr, nag'e sont de deux sortes, soit qu'ils viennent 
expliqu,.r ce qu'on a déjà vu chez l'ouvrier, soit qu'ils aient pour 
ob.ict une autre classe d'ouvriers que celle qui est le sujet de la 
monographic. Ce sont (:os faits iterues de Patrorage qui expli- 
queut et Cendent le l'atrona.'e. 
C'est ainsi que se f;it la monoraphie du Pair,m. c'est ainsi 
qu'il faudra procéder, toutes les fois qu'en avançant dans l'Cude 
«le la société, «an se tr,mvera en face d'un groupement nouveau. 
parlant plus étendu et plus compliqué. On se servira de la con- 
uaissance d groupement précédcnt, ici de la Famille ouvrière, 
pour pénétrer dans le 'roupement supérieur, ici le Paire- 



LE PATRONAGE. 

nage, et on observera ce groupement supérieur, non seule.ment 
pour savoir pour¢luoi et comment il a.'..rit sur le précédent, mais 
encore pour se rendre compte des autr,s ,_.'roul,cments inïé- 
ri«.urs, silnilaires de celui que l'on connait, sur lesquels a.it 
aussi le groupem«.ut supérieur. L'Atu&. d'une familh, ouvri,re 
de l'industri m6nera, par exemple. à l'étud, d'une famille i»«- 
tronale, et l'ét«d«, de cette famille patronale, de. cet organisme 
supérieur, expliquera non seulemeut comment et pourquoi elle 
agit sur la famille ouvrière industrielle, mais «nc,,re sur d,.s fa- 
milles paysannes dont «.lle peut aussi détenir l,.s moyens d'exis- 
tence. C'est ainsi que l',bserv;,tion d'un organisme supé_riur, 
pour ètrc comp/i.l,, et /,,'«»ri,:e, nécessite l'-b,:rvation d tous 
les or.zanismes intëricurs qui lui sont subordonnés. 

Nous vcnons d'étudicr la naissance et le dévelolq»e,«.nt «le 
l'or;anisme patronal; nous l'aw,ns vu tout d'abord renfer:6 
au sein de la famille, ouvrière, puis en s,,rtir bientét, p,ur se 
«onstilucr avec tbrce à l',tat d'or.'-"anism«, isolé. Lorsque le 
tronage est arrivé à cette derniére période., sa tàche est im- 
mense et il serait impuissant à la remplir s'il ne s'asurui( pas 
du c-ncours d'auxiliair«.s dévoués et sut»rdonnés. Ces .lcri- 
liairos «lu P,t'o,,ye sont : le Conmwrce. les Cultures ln- 
lollectuelles et la Religion; nous les étudierons la pr«chaie 
lois. 
(.l 

r. xt. 17 



LA VALLEE D'OSSAU, 

ETtDE SIP LA POI,ILTION ORIINAIRE ET LX PRETENDUE 
FAMILLE-S»U:HE DES PYBENEES. 

III. 
LA PROPRIÉTÉ ET LA FAMILLE. 

I. -- LA PROPRIIT. 

Ie mbnw que n,,us av,,ns vu le travail naitre sp,,ntan6ment 
des conditi,,ns du Li,.u. n,,us all,,ns v,,ia, le sol t.t le travail impo- 
sc. la constitution de la Propriété. 
Le ..o/. essenfi,qlement paucre, se' l»artae, on sc. 1«. ralqwlle, 
«.nh'e ch. nait.es l»àhn'ag's et dinsuffisantes cultures. 
Si nous recherch«,ns qu,.ll se,rie. ,h- prolwiét6 peut s'v ajus- 
l,q.. nous sommes conduits, dès l'abord. à écarter le r6ime de 
la l.ande l»r,,lwi6t6. 
SUlq,OSeZ les 25o lwctares «1  s,,l utilisable d'Ast,.-Béon aux 
m«,ins de quah'e «,u cinq ffralMs pr«,lwi6taires, tJu«'l pourra tre 
1,. r6sultat de c«.t accaparement? En d6pit de toutes les méflodes, 
I,. sol ne. rendra jamais plus ,lu'il ne rend enh'e les mains de 
petits culfivat,.urs, intéresés, par une qu«.stion de vie ,-,u de 
lllOrt, à mt,[tl'e en valeur sos moindres I'('SS«HII'Ct'S. 
La Srandc pr,,priëté, en sul,sfituant à celle exploitation direct,' 
son l'bzimc de dom«.sfiques et de flwlniel'S, n'arriverait donc qu'à 



ron«lre l'utilisati«m du s«l moins soinouso, me, iris m6na;'ée. Ainsi, 
lëe«momio vésulant de ]a v61u«.tion du pevso.n«.l soait 
r«.usement eomp«.nsée pa' la dépvéeiation de' la eulture «'t l'é- 
lévation d,s salaires du p«.rsonnel restant. 
Et 1«' reste de la population, de quoi vivra-l-il?... Voil«i d,,nc 
une classe u,»mbt'cuse forc6mt.nt condamn6,. à l'in,li'en«e ot à 
l'6migration pauvro, sans qu'il en r6sulte 1«. moindre accroiss.- 
ment de production" soit nne perte sb«he pour' le pays. 
Ce s,,1, 6tant impropre' à la grande pr«,pri6t6, ne t'eticndra donc 
quo de petite f/en.,.. 
Maintenant, v,,vons comment ces derniers se le dist'i},ueront 
ontre eux. 
Puisqu'il n'3 a pas d'dtoffç, h la formation ,le t'amillos capal,les 
cio fournir à d'autres les re,verts d't.xisl«.nce, «.n d'autt'es 
de familles pat,'o,tales, il faut, in6vitablement que ch,9t,e 
,,ffll; soit 1,,'«,l»riétai,'e, qn'cllo lieune ses m,vens d'existe.ueo d,. 
.,.ex droit. .çttr [¢" sOI. 
La prop'i«:tg pour toux : voil; donc ce qu'imi»ose la nahu'e du 
uant au trac'ail, nous savons qu'il cousiste eu pàttn'a'e 
on cnlture, le premier' prd,hminant, la secoud,  a«ces,ire et li- 
mitdc. 
Les conditions ,'t les ho.soins du travail variant «lu t,,ut 
tout suivant qu'il s'a'it du pàtura.e «,u de la culluv«., 
pridtd t'ev6t, par là mème. une. forme, dittërenh suivaul quelle 
s'applique à l'm ou à l'autre. 
Pont 1" travail pastoral, tt'avail dispersé, en partie nomad,.. 
on ne. 1«. «Oml»rcndrait pas se sui»eri,,sant à des tcr'ilt,ires pri,és. 
il faudrait que «haqno familh, p«ysanne fat ,le t«.mp6rament 
acquét'ir, ou au moins à conserv,.r inviolablemcnt, une. parcoll,. 
,listinc/e dans chacun des postes successit du pàturag,', de fac«,n 
à avoir pour son bé/ail, qui est sa ressource essentielle, la 
ritut,e nécessaire suivant les s, isons. tr, l'aptitude à une pr«,- 
pri6161,ricée , aussi compliqudo et «ombinde, n'est pas le propre 
,le tous. 



20 LA SCIENCE SOCIALE. 
Pour la culture, au contraire, la raison que nous donnions au 
début garde sa force dans toute sa silnplicité : Laproprit:té sera 
imHvidur'lle. 
T«.lle osi d«,nc la situation, la formation na[urello ,le la pro- 
priétd, dérivan à la fois de la nature du sol et de la nahn'e du 
tl'ax ail. 
Tout «h«:f de. thmill,' est propri,;.lairc, d'un c6h;, dc pJtura(/es 
r«,m,,,u,x, qui sont lëlément le plus important, et, de l'autre, 
d'c,, pe« ,h. te,',w ,r«/d«, d'« pe« de pr«i,';«.s « /a,ch,'«', qui sont 
l'él,;m«.nt c«ml,16mentaire, l,OSs6d6 individucllemeld. 
lb.prenons ces (h.ux ordres de priri6lês. 

1. -- LES PROPRIËTËS COMMUNES. 

Celh. cat@'orie cornpr, q«l deux éléments bien distincts :les 
biens c,,,»,,,,u.c et los bions .,:l,dic, u.r. 

P,;ta,',,./es. -- La commune p«ssède en propriét6 les pentes 
herl,.uses «les m,,nta..-"nes v,,isines imm6di«,tenwnt contigues au 
villa..-.c, et. de plus, une montan,, nommée Pe:/re/,, située sur la 
frontiërc d'Espagno. 
Mais, pr6cis«:m«.nt parce que chacune de. ces régious de' pàtu- 
ra.,_.es est limité«' «'t qu'il faut en ména.'-"er les ressources, l'usage, 
consacré par les règlements municipaux, a établi une sorte de 
roulement «.ntre l«.s dittërt.nts quartiers de communaux que pour- 
r, mt fréquenter les animaux à leur l'eh,nf de la haute mon- 
taq=e. 
Pçmr assurer l'observati«n des rblements sur les c/tes et dé- 
,'«:tes (l), la commune entretient quatre gardes champétres, dont 
l'un est spécialement ait'cciWà la surv,illance de la Pevrelu. 
omme chez d'autres sociétés pastorales, c'est le travail qui 

'.1) Epoques oil les q.ualiers sonl mis en dëf¢nse ou autm'isés. «lu latin trio. 



LA VALLÉE D'O$$AU. 221 
fournit à l'imp¢,t direct sa base or sa prop»rtion. La principale 
ressource du budet communal consiste dans tre droit de pacage 
calcuh  sur le nombre de bestiaux utilis6s par chaque l»roprié- 
lairo, d'après une unil6 appel6e bar'ode (1). La bacade repré- 
sente une [ëte da gros bélail, vache, jument, ou dix brebis, qui, 
pour la consommati«m de l'herbe, S,»ld considér«h-.s comme l'é- 
quivalent. Un ;no compte pour une demi-bacade. 
Le propriétaire d Aste-I,e »n paie  francs pour chaque bacad«. 
qu'il env-ie sur les pàturaes c,mmuns. I .... acquitle ainsi 
1 fr. io. c'est-à-,iire une somme l»iou SUl»,.rieure à toutes ses 
autros taxes r6unies. 
Ce droit de pacag-o est personnel ci ne peut èlre ni Io,; ni 
ali«;tt«;; t,utef«»is l'habitant pourrait, arec l'autorAatiot d, Con- 
.eil muffcQal, prendre h cheptel des bestiaux 
faire paitre avoc les siens, m«»vennant uno taxe double, de 8 francs, 
que l'on nomme p,»ur cotte raison bat.ode tro,gbre. 
En principe, le nombre d:s bacades que peut f, mrnir l'ha]»i- 
lant est illimité; en fait. cette licence n'a rien de rcdoulable 
puisque, on raison des exig«.ncos du lieu, h. i»l'opri«;taire, 
iùt-il, ne peut ac«roitre l'ett,cfif de s,»n troupoau au dehi d'un 
nombre relativement modique, h cause de la difticull6 «le fitire 
subsister ca bétail en deh«»rs des lemps oit sont ouverts les pMu- 
raes des monlanes. 
I)n voit coml»i«.n la communauté pastorale d«5.t'end ses pàtu- 
rag'es, c'esl-t-dire s-n travail, avec un soin jaloux. 
Et la communauté a raison. Car cette sollicitude est p«»ul" rlh. 
une question vitale. Le pàturae gaspillé, c'ost l'exist,.lce 
ch. ces popuhdi«ms compromise sans retour, puisqu'elles ne sau- 
raient trouver tle compensation ni dans la culture, réduit«" a sa 
plus simple expressi«m, ni dans le commerce ou l'iudush.ie, que 
la pauvret6 des productions rendl'ait imp,-»ssibh.s. 
{)n s'explique donc bien comlnent toute la vi«. locale piv»h: 
aub»ur tic celle propriété commune des pthraos, et ct«nment 
cetto communautë a dù frapper à sa puissante emprointe toute la 

,1, De baca, vache. 



«]"3 LA SCIENCE SOCIALE. 
s«:l'ie des l»hénouiènes s,,ciaux, spécialement la c, mstitution 
la famille. Mais n'anticipons pas. 
bots.  l.es 271 hectares de for6ls existant sur le t«.rritoire de 
la ,'Olnlnune apparliennqd «i celle, deruière " une partie .166 hec- 
tares) à lilre indivis avoc la famille d'A..., propriétaire très an- 
ri,m; l'autre pat'tic (105 heclares  titre exclusif. 
Le réime d,. ces deux cal6ories est diflërent. 
I.es bois de la première sont administrés de concert entre les 
c,,prol»ri,qaires et surv«qllés à la fois par un frai-de d'Aste-Béon 
et un arde d«  la falnille d'A...  L'affouage s'v xerce au profil 
des hal»itanls d'après les bases suivantes. Chaque [etc.  il y en 
a t{i.  paie à la caisse comlnunalc uue laxe annuelle de Y francs 
p,,tl" l'at'[«,uaffe 
Ici .ncore se inanité.ste le souci de l'égalité qu,. nous avons vu 
al»pa railre à propos des pMurages. 
I.es parties de bois à abatll'« ont d'avance ëté dici'des en autant 
de lots que de feux. Vtq.s la tin du mois de septembre, le maire. 
«ssist6 de deux conseillers muni«ilmuX , tire les lots au ort. Une 
pul»licali,,n ann,mce le j«,ul" où 1,,,ut'ronl COlnmencer les coupes. 
auxqu,qh.s chaque intél'ess6 procède ensuite colnme il l'entend. 
Eviron un stèt., et deuil de ros bois l'crient ainsi à chaque 
talnillo. Aucune limilali«»n n'est ilnposée pour la broussaillc et le 
buis. 
La fougbl'e, d,,nt l'utilité pour la litière des animaux est si in- 
«,,nl«slable. s'exploite dans les m,3mes couditions que le bois 
d'affouage et rapporle à cha(lU, mais,,n environ 800 kilos. 
Les I,,is dmt la commuc est propriétnire exclusive sont sou- 
mis au réimo foresli,.r, dont on conuait les l'èlemenls étçoits. 
En r@le z'énérale, l'Administralion exie que les coupes soient 
ad.iuées à m entrepreneur, qui doit fournir le bois de construc- 
lion aux habi[anls à un prix notabh.ment inférieur h celui de 
l'in(lusl 
Deux .jours par semaine, les hdiffents sont autoriss à cher- 
cher en f,«'èt leur p'ovision de bois mort. 
La raison de cet 6tat de choses est facile à saisir. 
C'est un,. v6riié él6mentail'e en science sociale que l'exploita- 



LA VALLEE D'oSSAU. L 
tion d'une f,,rèt oxi.._"e des «lualités de e«,lupéh'llVe et «le pré- 
vovance qui &happent ordiliaivelnent aux particuliers et aux 
Les iudividus, surlout s'il s'agil «le pauvres ens comme 
n6tres, pr6féreront toujours uno j.uissan«'e imm6diale et arlfi- 
traire aux l,ms calculs d'un inlelli'ent aln61agement. 11 ell 
de lnëme de la ç,llllllUlte, trop directem«:nt intéressée fi tirer 
ht tbrët tout lo pl'«fil l»ossil»le. Daus l'un et l'atItl'O caS, la forèl 
sera mise ;u pillage. 
Il faut donc qu'iulervienne uue tut,.lle supdrieure et m«d61"a- 
ll.ice. 
Cette htteile, ce n'est pas de familles de l»all'«ms qu'il faut l'at- 
tendre : ne,us sltVOllS qu'il n'en existe pas en Ilssau. Les altei«ns 
propri,:taires qui. ,-ommc la l)uniile d'A.., poss6dai,.nl une 
partie des forèls de la vallée, n'Ollt exerce à ce p,,int d,. vue atl- 
,'une aeli,m bi,.nlhisante. Dans la commune d'.ksle-BéOlt, les d'A... 
entretenaient, imur l'élabaration du lliin,.rai de tr. des l'orges 
au bois dont les l'«mrne«ux dOv-rèrent sans eolnph.r pemlant de 
lougues allfl6os loS richesses «les pentes «'nVil-ounanles. 2uand la 
llévolulion dépouilla los pr,pridtail'«.s d'une lmvti,, d,. leurs «lo- 
lnaines, bien des cimes, jadis l'éplth;«'s pour h.m" fertilité, «lemet- 
raient déeoul'Onlées. Eles le sont enc,,re, et les tbres sont 
jourd'hui l'uindes. Il m. p«mrrait en ëh'«. autrem«'nt. Il manquait 
ici, pour ene«mrag,.rla t]dn.ieation et le eolumoree, qui sant les 
,'onsbquelces hal»iluelles ,le Fart f, roslier, l'él6111,-nt ,-ssenliel 
propre aux edgious exchlsivelnenl t>weslièl.«.s. La forèt n'Cait 
qu'un ac«essoir% relativement lllilne; le l»;lul'age dtait t,»tll, 
abrbait tout. h, mmies et choses. 
Où la e«mmune p, mvail-ell,, donc trouver le correctif de son 
inenpaeit6 native ? 
Pour la partie de bois possddée eonjoinlelnent avec la thmille 
d'A..., dans la sure«'illan«e réeo,roque «lU'exercent l'une sur 
l'autre les deux parties intdressées ; 
Pour les Imis demeurds sa pmpl'iëtd exclusive, dans la tutelle 
du seul patron que n,»tre système social ail laisse debout, l'Etat. 
Les communes sont donc demmlrées pl',priétaires. Propriétb 



_0 LA SCIENCE SOCIALE. 
tic.lire, il est vrai : l'État limite les canlonnelnenls, dirige les amé- 
naemenls, surveille l'exploitation; ce qui ne va pas sans quel- 
ques contlils. 
Il v a quehlue vinl-cinq ans, régnait enh'e l'adminislration 
t',restière et les e,,mnltmes un antaouisme très prouoneé ptve- 
nattt d'un certain défaut d'inlellig;ence de la part des municipa- 
lités et p,.ut-ëtre d'excès de rig'ueur du c6té des f',,nctiomiaires 
ch. l'l:;tat. Aujourd'hui. la situation s'est améliorée. Ceoendanl 
-n peut dire que h.s deux autorilós s'enlemlenl difticih.ment 
p, mr l'expl,,itati,n des ftwèts communales. Le pasteur veut tou- 
.],urs arandir ses l»hlurag'os attx d«:pens de ht fbrèt, landis 
que l'administratif,n, d,,min6e par le louabl,, s,,uci du reboise- 
ment. se met t'«,rt peu eu i»«.i«, de. pr«»I6ger h. phlurage contre 
l'cnvahisscment dos jeunes p,,usses. 
le là. une lutte s,»urde, incessante, des incendies, heureuse- 
ment plus l';ll'pS, et. d'une fa«',,n ffn6rale, une dótiance muhlelle 
qui lie laisse pas de. se lraduire par des róstdlats assez aveugles. 
!1 n'est pas, on eftk.t, sans exemple «_le v,»ir des c,»mmunes, si 
inléressées qu'elles s,,ient à l'aecroiss,.m,.nt d,. leurs phlura'es, 
r,.pouss,.r des proj,.ts de regaZOnlwment lmr cela seul qu'ils 
Cant.nf de l'Adminish'ation f,,restièrê. 
t;e qui d6m,,ntre un,. fi»is de plus combien il serait désiral»h. 
que l'expl-itation «h.s f«,l.èts aplmrtlnl non pas à l'État," placé 
trop haut et trop ban. mais à un corps interposé, réunissant dos 
,'onditious supéricures de stabilité, de pt'6v«,yance, d'int,«'èt looel. 
en un mot it la l»rori,«e, ainsi que l'a d6m-ntré 1. Demolins (1). 
En ath.udaut, e, mteut,,us-notts tic si-nah.r cette propriété 
«',,lle,:tive des I»,,is. aj,,utanl tre trail nouveau à cette fbrlualion 
communautaire «lui. décidément, dexient 
caractéristique de n,,h'e petite 
l'end«nt m,m séjour à .Xste-Béon. j'eus l'occasi,,n de saisir sur 
h. vif l'importance que revèt d, ns l'esprit des populalions la par- 
tieipalion à la pr,-,l»ri,qé des biens communs. 
2uehlue temps après le tirage au sort des lots d'affouage, cinq. 

I  La Scicce so«ioh', livraison de juillet 1888. 



LA VALLÉE D'OSSAU. 
ou six habitants d'Aste étaient montés à la fovt, et, ail lieu 
s'en tenir à leur part, ax-aient jet6 leur ddvolu sur les lots voi- 
sins, dont ils jugeaient sans dute l'enlèvement plus facile. 
Le fait, connu dans le xill,e, y avait soulevé la plus vie 
«:motion. Les c,nversations ne roulaiont qu sur ce su.jet : ,,n par- 
lait de faire intervenir les plus h, utes influences. (;' qui, dans 
une ville, n'eut excité que l'intdrët d'un ttit divovs, pr,.n, it ici 
les proportions d'un désordre public, auquel donnait encore 
plus d'importance la qualit6 de certains des d,:linquants. A tout 
prendre, cependant, il n'v avait aucun donma$-e, les l,»ls s'é- 
quivalant ou à peu pr6s. Mais ce qui brait en jeu. c'6tait 1«' f,m- 
dcment mème de la l,r, Tri«:t6. S'il dtait permis d'att,.nter 
quelques-uns à la loi du l,avtag commun, c'en dlait fidt du droit 
de tous : aussi chacun se d:clarait-il touchd comme si l'en 
d6vast6 son champ ou son troupeau. 
B.  ltin s!/mlit'au.r. 
Plusieurs f,»is déjh. le nom de S/ndi«al d'ltssau s'est ronconh-6 
sous ma plume. V.ici le lllOlllellt de s'expliquer à son su.jet. 
JIIsqu'en 1853. les sept montaues appartenant en conllllUil aux 
dix-huit communes de la valide «l' tssau, et que, p«,ur cette raison. 
on aplmIlc montagnes dtv;t'al«'.ç, par opposition aux inon[aël/eS 
Sl»6ciah,nent co»tuna#s, étaient adminilrées par un seul syn- 
dicat, souvenir de l'anti,lue .Im'ade, d,,nt il s«.lït qu,'sti,,n plus 
loin. 
En 1853, intervint un partae entre les deux cant,ns qui 
posent la vall,:e, celui éc Lavuns ou llaul-O.,sau, et celui d'Arudy 
ou 
Le llaut-lssau, d,,nt fiit p;trtiv la commune observée, eut 
pour sa part quatre m,mtanes : Bdt,s (1.189 hect, res, 
,t0 heet.), .S,.u.s" (1 i I heet.), ,.t .1,'¢ (»03 heet.), l.es trois autres 
restèrent le lot du Bas-IIssau. 
Depuis lors, chacun des deux cantons est, comme n,,us le 
vons, odministré par un syndicat spécial 'l). 
¢1) Les observations de cette ëtude s'appfiquent partieuli,'rem,'nt au cant,m de 1 a- 
rLtfiS, OB 



221; LA SCIENCE SOCIALE. 
Oulreles m,«tanes énérales, les dex canl«,ns se sont par- 
laé, en 1853, ce qui reslait des vastes land«.s du l»ot-Lo, situ6«.s 
à  kil«,mèlres au nord de Pau «.t l»ossédées de toute antiquil6 
par la Vallée. 
I;e n',.sl pas sans peine que les montagnards d'ssau, h travers 
mille c,,ut«.stai,,ns et d,. n,,mbreux procbs qui n'ont pris fin 
«lu'en Is'tg. en ont consct'vé la l»ropriét6. Sa siluati,« 61oignéo 
«le la vallée, l'usae inh.rmittent qu'en faisaient les propriétait'es. 
l'exposaient aux incursions «'I aux usurl»ati,,ns des communautés 
riveraines, d,,nt quehlues-unes ,«t tini. gr«ice h la prescription. 
l»«r conqu6rird'importanis lambcaux de te'ritoire. Bit.n que ré- 
duil «t quart ch. sou atwienn«" sup«.m'ti«ie, h' Po«l-Lo, mesure 
encore au.]ourd'hui 2.o7 hectare.s. 
En Ira;5. le Bas-Ossau vondit sa part à une compaTnic d'irri- 
ffalion qui de'rait la mctlrc «.n culture. I.es résultals furent 
peu près nuis. :ette cxp6rience t,,ute r6centc est intéressante 
re«u«.illir p,,ur nos conclusions : dans sa plus grande partie, 1,. 
s,,l de ces landes, ,.ntt'ecoup6 de marais, d'ajoncs et de bruy6res. 
l,«.ul èlre considéré COllllllt. intranslbrmal»le. 
l'lus avise:, le Ilaut-Ossau a g'ard6 sa part (I.058 hectares) 
 env, de, chaque hiver, le bélail qu'il ne p¢.ut nourrir chez lui. 
Il n'a pas manqu6 de criliques pour lui c{mscillcr d,. se ddfairc. 
h l»«.aux dcniers comptants, de ces terrains improductit; mais il 
« r6sist6 aux sug''cstions de la cupiditd, «.t bien lui en prend, car 
le Poni-I.,,ng lui ssure, cm dehors du revenu produit par la vente" 
«h.s aj,,ncs qu'on v c,,upe p@iodiquem«.nt, une ressource éven- 
tu«.lle pendant les années de diseih.. 
L'utilit6 de la possession du l',mt-L,,n.z ressort nette.ment du 
fait suivant. E 1890, quatre ct.ttls I»esiiaux environ ont 6t6 
vovës  la lande. En 1888, il en était descendu un millier. Les 
six c«.nts tèt«.s de l»dtail fi»rmant la différence auraient d6, faut,' 
cio l,,,uvair vivre à l'Cable, ètl'e sacritides par les pr¢,pri6taires. 
i l',m n'avait «:tt la rcss,mrce de' la h'anshumance au Pont- 
l.ong'. 
Il se.ml»le donc que l'exlrience soit ici fav¢,l'able au maintien 
,h. ces unions de communes d¢,nt l»lusieu;.s types ont 6t6 



LX VALLI:2E b'OSSAU. 

servés en Eur«,pe, noamnJeu ]'_[Ih-n«.,! en Suisse. Là, comme 
ailleurs, ,n tend aujourd'hui à scinder ces ramles eommunau- 
tés. Et-ce un bien. et-ee un mal? On peut sans doute el,6rer. 
en rendm[ ainsi à ebaqe sectio» la reSl»,nsabii[«: de 
propre, dével,,pl, er plus twtem«.nt l'initiative locale et rendre 
l'expl,,itation ordinaire plus fi'uetueusc. Ce n'est nalheureu,.- 
nient pas, ,,n vi,.nt de. le voir. le cas de n,flr,. SVldi«-a[. 
;et avan[aëe est peu de lahil'e fi balancer l,.s inconxéni,.nts 
du système. E éparpillan le fonds commun, il reslvein et 6nevve 
les ress«,urees de chaque secti,-,n dans les circonstances difficiles. 
En disloquant les lins hul,itm.ls de solidarit6 onh'«' deux 
de I,-puhflions, il afthil,lit ci diminue la t'ovce de r6sistanee ,le 
celles-ci aux tentafix«.s possil,h.s de dominali.n. 

II. -- LA PIH»PIIE-IE PRIVI2]E. 

Uu poin! nous est dès à pvés,-nt acquis : le l'éàn,e d," la 1,vo- 
priété privée est celui de la trè petitelr,q»'idtd. 
il suffit de jeter un coup dœeil sur le i,lau eadaslral l,ouv 
s'en convaincre.. I.e hu'rit«,il'e d'Aste-B6,,n e.m{flo 1.630 par- 
celles, 1.6parties enll'e 15 pr-pviétaives. Sur ces 152 pv«q, ri6- 
taires, 78 possbdeut m-lus d'un hectare; 71 poss&lent de 
5 hectares;  seulement. (le 5 i 8 hecb«'es. C'est h- 1-t (h' I ..... 
dont la prol, riété mesure 6 hectares ': arcs. 
Aucune bourgeoisi,' " rien que des pasteurs-a-vieultem'«. 
presque te,us ad.uués p,.rsonl,ellement au travail tel que n,,us 
l'avons décrit et l»rt, pfiétaires de leur domaine. 
La commune se compose de 96 mais, ms, occupées par 8 
nages, t'n seul ménage par maison, c'est la règle. E tous cas. 
jamais plus de deua', celui des parents et celui d'un «.nt)tut. 
veuilh- bien retenir ce tçait. 
En teint, 18 individus, d,mt 177 Frn«uis. Sur ce noml,ve. 
les « patrons » petits patrons) ou chefs d'atelier des deux sexes 
s, nt au nombre de 17:», ayant avec eux ]70 enfants «,u par«.uts. 
llans toute la commune, vous ne trouverez que 1 ouvriers, .j,»ul'- 
nalievs ou domestiques agricoles. 



2--) LA SCIENCE SOCIALE. 
V«,ilà sous quels irai[s S6n6raux se l, réscnte la l»opulafion 
«1 
Chaque' ttlnille vil d«,nc sur son d,,mailtc. Mais à qu«.lle 
dili,-m ? 
A condiLi«,l qu«' /- .labil#d d, c¢'/,i-ri soit ab.ohtme.t 
ra.lie. 
i,.i Iv travail, dis«,ns mieux, les moyens d'oxis{«.nee sont rigou- 
v«.us,.mont ]WOl.»v[iolnt6s au de»maint. Am«,indrissez «'lui-ei, 
«»us «b:tru£ez e«.ux-là. A [out prix. il thu{ en assrel' la c«»nser- 
La ««,utum.. soineus«'melt [ransmisc ci Vesl»eelée , y a pourvu. 
Rien de plus simple c,,mme méeanisme. 
Il v a neuf ans. le père de S... mOUl.U{, laissant cinq tils 
une tille..I,,seph i .... , l'aihC tt ho:rit/ de tout b" do.t.t)e. La 
pari de" ses t'vèv«.s et «le sa seuv a 6té évaluée en a rcut ..000 francs 
l.»Ur chacun. Lui esl d«.meuré, par le t'ait, ntai{l' d« maison, 
/lift 
Mais ««'lt«' pari. celle l,:(/itime, a-t-elle :té vers6c aux cadels? 
N»n. sauf à la seuv quand elh. s'est mariée. Les autres ,e l'o¢l 
j«m-i. I d,.»«,,dg,.. Ju« nd ils la r6cla m«w«,nt, l'ai né la leur paiera. 
x«ltt. ittlt;,'ttl. " «'[ Irai" verson«q]ls 6cheloun6s • c'est la coutume. 
Ju,nt à d,.ln«d,.r h. l»arlaç«, eu nalure, l,.rs«,lme n'y s,,ngc. 
I'«,urqu,,i h. d«'mandel'ait-on? On sait I»icl que ce serait la ruiu.. 
SUl,l»,scz qu«. le bi.n se frit 6alcment pat'ta6 à la mort du 
l»bre, l»lllsi«'lll'Sl des «ntnls :tanl minc,vs, il cùt fallu procédev 
.judi«iairên,.nt. L,:s  hectares et d,'mi de terre, v c,»mpris la 
mais,,n .1 les 'rau«.s, valaient 13,000 ft'aleS. C«ml»l«.z au moins 
3.0oo fvaucs de frais • chacun des eufants n'aUl'ait recueilli de 
biet que l,»ur 1.30tl francs, chiffre insutltisan[ et qui n'cùt 
1,. sauver d'une «onditi,,n mis,h'al»h.. 
11«' faitl la coutume, at contraire? 
I»ouv lWévcuir un pavta'c qui s,.rait l'anéaltisement du do- 
maine., centre et t'over de la famille, clic l'altribue à un seul. Le 
d,,maino subsisle, à 1 chal'c pour l'héritier de d6sint6rcsser 
h.s cadets on 
Ians la t3mille i , eolnme partout dans la wllde, les cadets 



LA VALLÉE DOSSAU ..... 
se sont prètés à cette combinaison " c'est la coutume, battu,, en 
l,rèche sans doute là comme ailleurs, lnais enc«,r,, universel- 
( ' 
lement ,bservee. Que certains cadets murmurent et re'imb,'nt. 
rien de plus naturel ; tout«.t,is, il fiut le recounaitr«', la g6n6ra- 
lité de la coutume lui «.nlève c' qu'elle pourrait présenter d'o- 
dieux au point de vue de l'@-alit6. En ren,,n«ant à leur part en 
nature', les cadets ol,éissent le plus s,,uvent à un sentiment dë- 
sintéress6 et au ch;sir de voir se p,.rp6tu,'r la famill,., la 
d,,nt on est si tic.v. .i,.lquefois a«ssi l'intérèt les y p,,usse • plus 
d'ml pr6f6rera toucher une somme de  ou 3.,oo t'rncs que 
l'eCcvoir une pièce d,./,.r're de nltllle valeur qui, isol,;,., d,.vi,.n- 
ducfive. 
La COll[Ulll successorale I'«'pOSC (]«»IIC sur ces deux pivo[ • 
I « le père avantage toujours l'ain6 de ses «.nfants de t,ute 
quotit,: disl,onil,le,  sans parler des lii,éralit6s indircct,.s:  
• 2" les cadets ren,,nccnt à leur l,art en natul'«. .t s,. content,.ui 
d'en capital en argent. 
Remarquez que. dans ne,tre famille I .... , les,'ad,.ts n',,ni 
pas r6claln6 leur 16gitime