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Full text of "L'astronomie"

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L'ASTRONOMIE. 



ŒUVRES DE CAMILLE FLAMMAWON 



OUVBAOR COURORNt PAR L'ACADtMII FRANÇAISB 

ASTRONOMIE POPULAIRE 

Exposition des grandes découvertes de l'Astronomie moderne; 1 vol. gr. in-8*, illustré 
de 360 figures, planches et chromolithographies, boixante-dixiéme mille. 12 fr. 

LES ÉTOILES ET LES CURIOSITÉS DU CIEL 

Supplément de l' « Astronomie populaire » 

Description complète du Ciel, étoile par étoile, constellations, instruments, Catalogues, etc. 
1 vol. gr. in-8% illustré de 400 figures, cartes et chromolithographies. Quarantième mille. 10 fr. 

LES TERRES DU CIEL 

Voyage sur les planètes de notre système et description des conditions actuelles de la vie 

à leur surface. 1 vol. grand in-8*, 

illustré de photographies célestes, vues télescopiques, 400 figures. QuaraTt/iéme mille. 10 fr. 

LA PLURALITÉ DES MONDES HABITÉS 

Au point de vue de l'Astronomie, de la Physiologie et de la Philosophie naturelle. 

32« édition, l vol. in-12. 3 fr. 50 

Le même ouvrage, édition bijou : 4 fr. 



LES MONDES IMAGINAIRES ET LES MONDES RÉELS 

Revue des théories humaines sur les habitants des astres. 
20* édition. 1 vol. in-12. 3 fir. àO. 



HISTOIRE DU CIEL 

Histoire populaire de TAstronomie et des différents systèmes imaginés pour expliquer l'Univers 
4« édition. 1 vol. gr. in-S, illustré. 9 fr. 

RÉCITS DE L'INFINI 

Lumen. — Histoire d'une &me. -^ Histoire d'une comète. — La vie universelle et éternelle. 
10* édition, i vol. in-i2. 3 fr. 50. 



DIEU DANS LA NATURE 

Ou le Spiritualisme et le Matérialisme devant la Science moderne. 
20* édition. 1 fort vol. in- 12, avec le portrait de l'auteur. 4 fr. 

CONTEMPLATIONS SCIENTIFIQUES 

Nouvelles études de la Nature et exposition des œuvres éminentes de la Science contemporaine 

4« édition. 1 vol. in-12. 3 fr. 50. 



VOYAGES AÉRIENS 

s scientifiques en b{ 
1 vol. in-12. 3 fr. 50. 



Journal de bord de douze voyages scientifiques en ballon, avec plans topographiques. 

' *. in-12. 3 fr. "^ 



LES DERNIERS JOURS D'UN PHILOSOPHE 

PAR SIR HUMPHRY DAVY 
Ouvrage traduit de l'anglais et annoté, i vol. in-12. 3 fr. 50. 



ÉTUDES SUR L'ASTRONOMIE 

contemporaine, recherches 
9 vol. in-i2. Le vol. 2 fr. 50. 



Découvertes de l'Astronomie contemporaine, recherches personnelles de l'auteur, etc. 

" M. m "* ' 



ASTRONOMIE SIDÉRALE: LES ÉTOILES DOUBLES 

iples en mouvement, contenant les 
des mouvements. 1 vol. gr. in-8. 8 fr. 



Catalogue des étoiles multiples en mouvement, contenant les observations et l'analyse 
des ' ' ' " 



LES MERVEILLES CÉLESTES 

la jeunesse. 89 s 
1 vol. ln-12. 2 r 



Lectures du soir à l'usage de la jeunesse. 89 grav. et 3 cartes célestes (38* mille). 
* • ■ --« iTr.'ih. 



PETITE ASTRONOMIE DESCRIPTIVE 

Pour les enfants, adaptée aux besoins do l'enseignement par C. Delon. 100 flg. i fr. 25. 

GRANDE CARTE CÉLESTE 

Contenant toutes les étoiles visibles à l'œil nu, étoiles doubles, nébuleuses, amas, etc. 
Grand format : l'",20 sur 0-,90. Prix . 6 fr., collée sur toile : 12 fr . 

GLOBE DE MARS 

Construit d'après les dernières observations. Prix : 4fr. ; franco, 5 tr. 







REVUE 



D'ASTRONOMIE 

POPULAIRE, 

DE MÉTÉOROLOGIE ET DE PHYSIQUE DU GLOBE, 



LES PROGRES DE LA SCIENCE PENDANT L ANNEE; 
PUBLIÉE PAR 

CAMILLE FLAMMARION, 

AVEC LE COKCOUSS DBS PRINCIPAUX ASTRONOMES FRANÇAIS ET ETRANGERS 



QUATRIÈME ANNÉE, 1885, 

Illustrée de IGO flgures. 



PARIS, 

6AUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE 

DE l'observatoire DE PARIS, 
Quai des Augustins, 55. 

1" Jauvior 1886. 



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^^i^ </ /.il ^ ^iJlk/juu. 



La Revue parait mensuellement, par fascicules de 40 pages, le 1"' de chaque Mois. 
Elle est publiée en volume & la fia de chaque année. 



Prix de l'abonnement : 

Paris : 12 fr. — Départements : 18 fr. — Étranger : 14 fr. 

( L'abonnement ne se prend que pour un an, à partir du !•' janvier.; 

Prix du Numéro : 1 Ar. 80 c. chez tous les Libraires • 

Prix des années parues : 

Tome I. 1882 (10 N" avec 135 figures). — Broché : 10 fr. Relié avec luxe : 14 fr 

Tome II. 1883 (12 N" avec 172 figures). — Broché : 12 fr. Relié avec luxe : 16 fr. 

ToMEllI.1884 (12 N" avec 172 figures). — Broché : 12 fr. Relié avec luxe : 16 fr. 

Tome IV. 1885 (12 N" avec 160 figures). — Broché : 12 fp. Relié avec luxe : 16 fr. 

Un cartonnage spécial, pour relier tous les volumes uniformément, est mis à la disposition des 
abonnés, au prix de 2''-, 50. 



4" Année. 



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N» 1. 







nvier 1885. 




REVUE MENSUELLE 

D'ASTRONOMIE POPULAIRE 

DE MÉTÉOROLOGIE ET DE PHYSIQUE DU GLOBE, 

DOlClfANT LB TABLEAU PBBMANBNT DBS DiCOUVBBTBS BT DBS PROGRilS RtALXSâft 
DANS LA CONNAISSAlfCB DB L'UNIVBRS 

PUBLIEE PAR 

CAMILLE FLAMMARION, 

AVBC LB CONCOURS DBS 

PRINCIPAUX ASTRONOMES FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 



CE NUMÉRO REMPLACE 
L'ALMANACH ASTRONOMIQUE FLAMMARION 

QUI A CESSÉ DE PARAITRE. 

Il contient VAnnusAve astronomique pour Tannée 1885, l'Agenda des observateurs 
pour tous les jours de l'année, les cartes des mouvements des planètes, les aspects 
du ciel, occultations d'étoiles par la Lune, conjonctions, rapprochements, étoiles 
variables, etc., en un mot tout ce qui concerne Tétudo pratique du ciel. 



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PARIS- 

GAUTHIER-YILLARS, IMPRIHEUR-LIBRAIRË 

DE l'observatoire DE PARIS, 
Quai des Augustins, 55. 



1885 



SOMMAIRE DD N» i (JANVIER 4885). 

Annuaire astronomique pour l'année 1886, par M. C. Flammarion (10 flgures). — L.*éclipse 
de Lune du 4 octobre, résultats des observations (2 flgures). — Nouvelles delà Science. 
Variétés :Lo tremblement de terre du 27 novembre. Ombres observées sur le Soleil, par M. Lan- 
DEhER (1 figure). Phénomène observé sur uue tache solaire. Tué par un aérolithe. La direction 
des ballons. — Observations astronomiques, par M. £. Vimont (2 figures). 



ARTICLES SOUS PRESSE 

POUR ÊTRE PUBLIÉS DANS LES PROCHAINS NUMÉROS DE LA REVUE. 

AMAT. -^ Construction des cadrans solaires. 

BBAUVAL. et GALLY. — Eclipses de Soleil et de Lune qui arriveront de Tan 1886 
àranSOOO. 

DETAILLE. — L'Astronomie des anciens Eeryptlens. 

ERICSON. ~ Nouvelle mesure de la température du Soleil. 

FENET. — Amas d'étoiles et nébuleuses. 

FLAMMARION. — Le premier méridien et l*heure universelle. — Orisrine des constel- 
lations. — L'Univers antérieur. — Le point fixe dans l'Univers. — Les mouvements 
propres des étoiles. — L'origine et la lin des mondes. 

GÉRIONT. — L'hypothèse de Laplace. — Les Instruments méridiens. 

MATUIESEN (colonel). — Les marées et le mouvement de la Terre. 

MOUCHEZ (amiral). — L'Observatoire de Paris en 1884. 

Prince PONIATINN. — Archéologie astronomique. 

ROSSI DE GlUSTINIANI. — L'Astronomie des anciens philosophes grecs. 

VAN SANDTGK* — L'Astronomie chez les Javanais. 

VIMONT. ^ Instructions pour l'usage des instruments. 

yoUNG. — Les problèmes actuels de l'Astronomie. 



PRINCIPAUX ARTICLES PUBLIÉS DANS.LA REVUE. 

A. D'ABBADIE, de l'Institut. — Choix d'un premier méridien. 

ARAGO (V.). — Le soleil de Minuit. 

BERTRAND (J.), de l'Institut. —Le satellite de Vénus. 

BOâ (A. De), astronome à Anvers. — L'Etoile polaire. 

DAUBRÉÎE, Directeur de l'Ecole des mines. — Les pierres tombées du Ciel. 

DENNING (A.), astronome & Bristol. —Observations télescoplqaes de Jupiter, de Vénus, 
de Mercure. 

DENZA (P.), Directeur de l'Observatoire de Moncalieri. — Chute d'un uranolithe en Italie. 

DETAILLE, astronome. — L'atmosphère de Vénus. — Nouvelles mesures des anneaux 
de Saturne. — Les tremblements de terre. 

FATE, Président du Bureau des Longitudes. — Nouvelle théorie du SoleU. — Distribution 
des taches solaires. — Mouvements lents du sol en Suisse. —La formation du sys- 
tème solaire. 

FLAMMARION- — Les carrières astronomiques en France. — Conditions d'habita- 
bilité de la planète Mars. — Constitution physique des comètes. — Une genèse dans 
le Ciel. — Comment on mesure la distance du soleil. — Les étoiles, soleils de rinflni. — 
D'où viennent les pierres qui tombent du Ciel ? — Les étoiles doubles. — Chute d'un 
corps au centre de la terre. — La conquête des airs et le centenaire de Montgolfler. — 
Les grandes marées au Mont Saint-Michel. —Phénomènes météorologiques obser- 
vés en ballon. — Une excursion météorologique sur la planète Mars. — Les flam- 
mes du Soleil. — Les illuminations crépusculaires et le cataclysme de Krakatoa. — 
La planète transneptunienne. — L'étoile du Berger. — L'histoire de la Terre. — Les 
victimes de la foudre. 

FOREL (le Professeur). — Les tremblements de terre. 

GAZAN (Colonel). — Les taches du soleil. 

GâRIGNT, a.stronome. — Comment la lune se meut dans l'espace. — Ralentissement du 
mouvement de la Terre. — La formation du système solaire. — Etudes sélénographi- 
ques. — L'èquatorial coudé de l'Observatoire de Paris. — L'héliométre. — La nais- 
sance de la Lune. 

HENRT, de l'Observatoire de Paris. — Découvertes nouvelles sur Uranus. 

HERSCHEL (A.-S.).— Chute d'un uranolithe en Angleterre. 

HIRN, correspondant de Tlnstitut. — Conservation de l'énergie solaire. — Phénomènes 
produits sur les bolides par l'atmosphère. — La température du Soleil. 

HOUZEAU, Directeur de l'Observatoire de Bruxelles. — Le satellite de Vénus. 

HUGGIN8, de la Société royale de Londres. — Les environs du Soleil. 

JAMIN, de rinstitut. — Qu'est-ce que la rosée? 

JANSSEN,de l'Institut, directeur de l'Observatoire de Meudon. — La photographie céleste. — 
Résultats de l'écUpse de SoleU du 6 Mai 1883. " ^ « «»i«. 

LEMAIRE-TESTB, de l'Observatoire de Rio-Janeiro. — Choix d'un premier méridien. 

LEPAUTE. — Quelle heure est-il? — Le temps vrai, le temps moyen et les cadrans 
solaires. — La chaleur solaire et ses applications industrielles. 

LESSEPS (de). — Les vagues sous-marines. 

MOUCHEZ (amiral), directeur de l'Observatoire de Paris. — Travaux actuels de l'Observa 
toire de Paris.— L^Observatoire du Pic du Midi.- Création d'une succursale de l'Ob- 
servatoire. 

MOUREAUX (Th.), météorologiste au Bureau central. — Les inondations. 

PARMENTIER (général). — Distribution des petites planètes dans l'espace. 

PERROTIN, directeur de TObservatoi re de Nice. — La comète de Pons. » La planète Uranus 

PROCTOR, astronome à Londres. — Le Vésuve et ISCHIA. 

RICCd, astronome à l'Observatoire de Palerme. — La grande comète de 1882.— La tache 

rouge de Jupiter. — Les taches du SolelL 
ROCHE (J.), correspondant de l'Institut. —Constitution intérieure du globe terrestre — 

Variations périodiques de la température pendant le cours de l'année. 



.N 141885 




ANNUAIRE ASTRONOMIQUE POUR 1885. 

Un jour, vers la fin d'un dîner offert à quelques-uns de ses amis par un 
membre de rAcadémie française, dîner plus exquis encore par le caractère 
intellectuel des convives que par la succulence des mets et l'élégance artis- 
tique de la table (je ne voulais pourtant pas nommer M. Legouvé}, un littéra- 
teur distingué, également académicien, fit à un astronome subitement ébahi 
cette question inattendue : « Mais à quoi ça sert-il, l'Astronomie? » 

Le dieu Vulcain précipité du haut du ciel avec son enclume, dans une 
chute qui, selon le rapport d'Hésiode, n'aurait pas employé moins de neuf 
jours et neuf nuits pour franchir la distance du Ciel à la Terre, ne tomba 
pas de plus haut que l'astronome abasourdi. Seulement, ici, la chute ne 
dura guère que neuf secondes. — On en était au café. 

« En prenez- vous? répliqua- 1- il. 

— Mais sans doute. 

— Eh bien, sans l'Astronomie, vous n'en prendriez probablement pas. 

— Vous croyez? 

— J'en suis sûr. Quel jour est-ce aujourd'hui? 

— Lundi, 7 mai, assurément. 

— Eh bien, sans l'Astronomie, nous ne saurions pas à quelle date nous 
sommes. Quelle heure est-il ? 

— Huit heures quarante. 

— Sans l'Astronomie, nous ne saurions pas régler nos pendules. Avez-vous 
pris du Champagne? 

— Quelle question! 

— Le Champagne, c'est du soleil en bouteille. Savez-vous qu'il faut 3060 
degrés accumulés par le Soleil sur une grappe de raisin pour donner du 
vin potable? 

Janvier 1885. f 



2 L'ASTUONOiMlE. 

Puis Tastronome se mit à expliquer le rôle multiple et considérable que sa 
science de prédilection remplit dans l'ensemble des connaissances humaines. 
A propos du café, il rappela que, s'il est entré dans nos mœurs, c'est 
parce que, dès le principe, il put être transporté à des prix populaires, et 
que c'est à l'observation des éclipses des satellites de Jupiter que la naviga- 
tion dut de pouvoir calculer exactement la route des navires par la détermi- 
nation des longitudes en mer. Cette remarque fut pour lui l'occasion de 
rappeler en même temps que la navigation tout entière elle-même n'exis- 
terait pas sans l'Astronomie, et que, sans elle également, le calendrier, base 
de l'histoire, n'existerait pas davantage. Il conclut en montrant, au surplus, 
que, sans l'Astronomie, nous ne saurions même pas où nous sommes^ sur quoi 
nous marchons, quel lieu nous occupons dans l'univers inlBni, et serions 
dans la situation des voyageurs qui voyagent sans cartes, ne savent jamais 
où ils sont, et perdent ainsi plus de la moitié du plaisir des voyages. Enfin il 
ajouta que si nous ne connaissions vraiment ni la nature -calorifique du Soleil 
ni la position de notre planète dans le système solaire, ni la cause des saisons, 
des années, des jours et des nuits, nous serions comparables à des aveugles- 
nés ou à des plantes et n'aurions sur la création que des idées obscures, 
étroites, inexactes et imparfaites. On s'accorda à reconnaître que l'Astronomie 
nous touche beaucoup plus intimement qu'on ne le croit en général, que 
non-seulement elle est la première des Sciences, mais encore que sa connais- 
sance, au moins élémentaire, est indispensable à toute instruction qui veut 
être sérieuse, complète, intégrale, rationnelle. 

On n'aime jamais s'avouer vaincu, et le spirituel littérateur qui avait pro- 
voqué cette discussion souriait d'un air sceptique. 

€ Mais mon cher, ajouta l'éminent académicien, qui semblait avoir pris un 
intérêt particulier à la tournure de la conversation, c'est justement ce que 
disait Jean Reynaud. » Ce nom estimé et vénéré par nous tous sembla 
une affirmation sans réplique, et l'on se leva de table pour se rendre au 
billard. 

Certes, ce n'est point par un de nos lecteurs que la question précédente 
aurait pu être posée ; nous n'en voulons pour preuve que leur attachement 
toujours grandissant à cette Revue qu'ils ont fondée avec nous, et qu'ils 
soutiennent de leur affection en la répandant de plus en plus parmi leurs 
amis moins avancés dans la connaissance de la vérité. Ils apprécient tous 
aussi bien que nous l'intérêt perpétuel qui s'attache à l'étude de l'univers, et 
ils ont éprouvé comme nous le charme pénétrant de ces excursions dans le 
domaine de l'infini, d'où l'on revient toujours plus éclairé, plus instruit, plus 
immatériel et meilleur. 

Peut-être l'astronome auquel nous faisions allusion tout à l'heure eût-il 



ANNUAIRE ASTRONOMIQUE POUR 1885. 3 

été plus embarrassé si Ton eût posé la question en ces termes : L'Astronomie 
est-elle plus agréable qu'utile ou plus utile qu'agréable? 

En efTet, ici même, toutes nos excursions ne se ressemblent pas. Selon 
l'ancien adage latin, elles mêlent en général l'utile à l'agréable. Quelquefois 
cependant c'est « l'utile » qui l'emporte sur « l'agréable », à ce point môme 
que cette dernière qualité doit s'effacer complètement pour céder la place aux 
exigences de la première. C'est ce qui arrive précisément pour ce premier 
numéro de l'année, dans lequel il nous a paru opportun d'exposer l'ensemble 
des faits astronomiques qui doivent caractériser l'année présente. Chacun 
dès lors aura entre les mains le tableau du ciel et vivra, sans môme s'en 
apercevoir, en familiarité perpétuelle avec les aspects célestes, comme le 
citoyen dans sa patrie, comme l'habitant dans sa propre demeure. 

Un grand nombre de nos lecteurs nous ayant représenté que VAlmanach 
astronomique Flammarion^ fondé, l'année dernière, par M. Eugène Vimont, fai- 
sait double emploi avec la Re\)ue^ et ayant manifesté le vœu de posséder, dans 
le numéro du !•' janvier de chaque année, un exposé général des principaux 
faits astronomiques spéciaux à l'année qui s'ouvre, ainsi qu'un résumé du 
bilan astronomique de l'année qui se ferme, il a été décidé que l'Almanach 
ne continuerait pas de paraître, et que le double desideratum auquel sa publi- 
cation répondait serait réalisé dans la Revue. M. Vimont a bien voulu con- 
sentir à la cessation d'un ouvrage qui lui était cher ; nous sommes heureux 
de le remercier publiquement ici de ce rare désintéressement. Nous ferons 
nos efforts pour que les lecteurs de la Revue trouvent désormais ici tous les 
documents qui peuvent leur être utiles ou agréables pour l'étude du ciel, et 
nous recevrons avec reconnaissance les remarques qui pourraient nous être 
adressées sur les lacunes qui resteraient encore à combler. 

Exposons d'abord l'ensemble des faits qui caractériseront l'année dans 
laquelle nous entrons, et sur lesquels l'attention des observateurs doit être 
appelée. Nous réserverons les détails pour nos éphémérides mensuelles. 

PRINCIPAUX FAITS ASTRONOMIQUES DE L* ANNÉE 1885. 
\ SOLEIL. 

Le Soleil vient de traverser la période de son maximum de taches. Ce 
maximum est certainement passé en ce moment, et dès le mois prochain nos 
lecteurs pourront se rendre compte directement eux-mêmes des fluctuations 
de l'activité solaire durant le cours de l'année 1884. Les taches comme les 
explosions ont commencé à diminuer en nombre et en grandeur. L'étude de 
la surface solaire n'en est peut-être que plus intéressante encore à continuer 



4 L'ASTRONOMIE. 

cette année, afin de saisir les alternances d'activité^ les chutes et les retours 
qui se produiront. C'est comme une pulsation dont on étudie les symptômes. 
La période de décroissance de la fièvre est commencée. Selon toute proba- 
bilité, la diminution sera lente et troublée ; tandis que l'intervalle de l'accrois- 
sement s'estétendu depuis janvier 1879 {Astronomie, 1884, p. 139 et 170) jus- 
qu'en 1884 (nous connaîtrons bientôt l'époque précise du maximum), c'est- 
à-dire sur une longueur de cinq années et quelques mois, la période de 
décroissance va demander sept ou huit ans, de sorte que le prochain mini- 
mum ne se produira que vers 1891. Malgré les comparaisons si fréquentes 
faites, aujourd'hui que l'attention de tous les observateurs est appelée sur ces 
phénomènes, on ne voit pas encore que ces fluctuations de l'activité solaire 
agissent incontestablement sur les allures de l'atmosphère terrestre, sur l'état 
météorologique du globe. Mais il est absolument certain que les variations 
du magnétisme terrestre sont intimement liées avec celles de l'état physique 
du Soleil. 

LUNE. 

Le nombre des observateurs attentifs et persévérants de la topographie 
lunaire s'accroît fort heureusement de jour en jour. Ce n'est que par un 
examen très scrupuleux des moindres détails observés sous les différentes 
inclinaisons de l'éclairement solaire que l'on peut espérer surprendre des 
témoignages de variation minéralogique, chimique ou végétale, et peut-être 
même des témoignages de vie animale. Tout ce que Ton écrit pour nier caté- 
goriquement l'existence d'êtres vivants à la surface de notre satellite est 
dénué de valeur scientifique. Si rien ne prouve que la Lune soit actuellement 
habitée, rien ne prouve non plus qu'elle ne le soit pas. Il n'est nullement 
démontré que le fond de ses vallées soit dépourvu d'atmosphère. D'après les 
analogies, il semble que notre voisine soit arrivée à un âge relativement plus 
avancé que la Terre, et que la vie y soit peut-être déjà éteinte. Mais les con- 
ditions physiques qui caractérisent ce monde sont tellement différentes de 
celles qui caractérisent le nôtre, qu'il n'est ni scientifique ni philosophique 
de s'en tenir à une étroite analogie. Ce que nous devons désirer de mieux à 
l'heure présente, ce ne sont pas des paroles affirmatives ou négatives, mais 
des actes ; et nous ne pouvons qu'engager très vivement tous ceux qui ont un 
télescope ou une lunette à leur disposition, à choisir un point quelconque 
de la Lune, à lire tout ce qui a été obtenu jusqu'à ce jour dans l'étude de ce 
point, à s'y cantonner et à l'observer avec toute l'attention et toute la rigueur 
possibles. De petites lunettes peuvent servir — à condition qu'il y ait un 
bon œil au bout — mieux que de puissants télescopes mis à la disposition 
d'observateurs indifiérents. 



ANNUAIRE ASTRONOMIQUE POUR 1885. 5 

ÉCLIPSES. 

Il y aura, en 1885, deux éclipses de Soleil et deux de Lune. Les deux 
éclipses de Soleil seront invisibles pour la France; mais les deux éclipses de 
Lune seront partiellement visibles, — toutefois, encore plutôt en théorie 
qu'en pratique. 

La première éclipse de Soleil est une éclipse annulaire et arrivera le 
16 mars, de 3*»26" à 8*'23" du soir. Le Soleil, qui se couche, à cette date, à 
6** 5™ pour Paris, sera par conséquent au-dessus de notre horizon pendant 
une partie de l'éclipsé ; mais l'ombre de la Lune tombe sur l'Amérique septen- 
trionale et la ligne de centralité marche de l'Océan pacifique au Groenland; 
la limite boréale de l'ombre atteint même le pôle nord. 

La deuxième éclipse de Soleil est une éclipse totale. Elle arrivera le 8 sep- 
tembre, de 6^45" à 11*» 17° du matin, et, quoique le Soleil trône alors égale- 
ment au-dessus de notre horizon, sera, comme la précédente, invisible pour 
la France. L'ombre de la Lune tombe, au contraire de la précédente, vers le 
pôle austral. La ligne de Téclipse centrale commence non loin des rives orien- 
tales de l'Australie, passe sur la Nouvelle-Zélande et va finir près du pôle sud. 

Les deux éclipses de Lune sont partielles. La première s'effectuera le 
30 mars, dans l'après-midi : 

Entrée dans la pénombre l^'SO" du soir. 

Entrée dans l'ombre 3 8 » 

Milieu de Téclipse 4 44 » 

Sortie de l'ombre 6 19 » 

Sortie de la pénombre 7 28 » 

A Paris, la Lune se lève ce jour-là à 6*» 28™, de sorte que l'on ne pourra 
même pas apercevoir la sortie de l'ombre. On remarquera seulement, au 
lever de la Lune, que le disque lunaire paraîtra légèrement assombri vere la 
droite. — Au milieu de la totalité, la grandeur de l'éclipsé sera de 0,88, le 
diamètre de la Lune étant un. Les contrées les mieux situées pour l'obser- 
vation sont la Chine, le Japon, Sumatra, la Nouvelle-Guinée, l'Australie. 

La seconde éclipse de Lune aura lieu le 24 septembre : 

Entrée dans la pénombre S*» 11" du matin. 

Entrée dans Tombre 6 24 » 

Milieu de Téclipse 7 58 » 

Sortie de l'ombre 9 31 :» 

Sortie de la pénombre 10 44 » 

Ce jour-là, la Lune se couche, à Paris, à 5**45"*, avant l'entrée dans l'ombre; 
autrement dit, pratiquement, on ne verra rien de l'éclipsé. Les pays les 
mieux placés pour l'observation sont Panama, Guatemala, le Mexique, la Cali- 
fornie et l'Est des États-Unis. La grandeur de Téclipse sera de 0,78, le dia- 
mètre de la Lune étant un. 



6 L'ASTRONOMIE. 

GRANDES MARÉES. 

On sait que, dans nos régions, les grandes marées arrivent un jour et demi 
après la nouvelle et la pleine Lune. Leur grandeur varie selon les distances 
de la Lune et du Soleil et selon leur position dans le cisl. Les plus fortes 
marées de l'année seront celles des 9 septembre (1,08), 11 août (1,07), 
!•' février (1,06), 2 janvier et 2 mars ( 1,05). Les chiffres entre parenthèses 
sont ceux par lesquels il faut multiplier Tunité de hauteur des ports pour 
obtenir la hauteur effective de la marée, en mètres, au-dessus du niveau 
moyen de la mer. Ainsi, au port deSaint-Malo, par exemple, l'unité de hauteur 
est 5", 68. Le 10 septembre, la marée s'élèvera donc dans ce port jusqu'à 
6™, 13, c'est-à-dire qu'il n'y aura pas moins de 12", 26 de différence entre la 
basse mer et la haute mer. A Gran ville et dans la baie du Mont Saint-Michel, 
la différence est encore plus grande. Ce sont les dates précédentes qu'il faut 
choisir pour aller observer à Caudebec le phénomène si émouvant du mas- 
caret, où l'on voit la Seine entière, chassée par le flot de mer, remonter son 
cours avec la vitesse du galop d'un cheval, et, au Mont Saint-Michel, l'arrivée 
et le départ de la mer dans l'immense estuaire qu'elle inonde et découvre 
deux fois par jour. 

OCCULTATIONS d'ÉTOILES PAR LA LUNE. 

Dans le cours de l'année la Lune passera près ou devant plusieurs astres 
remarquables. 

Le 1" décembre, elle occultera la planète Uramis. Immersion de la planète 
derrière notre satellite, à 5^10" du matin; émersion à 6'» 23". 

Le 2 septembre et le 22 novembre, elle passera devant l'étoile Aldéharan, 
de première grandeur. A la première date, le passage de l'étoile derrière le 
disque lunaire aura lieu de l'»30™ à 2*» 2" du matin, et à la seconde date, de 
9''57'" à IPS™ du soir. Il n'est pas très rare que la Lune passe devant cette 
brillante étoile rouge du Taureau, et l'on a souvent remarqué qu'au moment 
de l'immersion, l'étoile paraît entrer dans lïntérieur du disque lunaire ou 
être vue au travers. Ce phénomène, qui avait d'abord été attribué à la réfrac- 
lion d'une atmosphère lunaire, paraît être plutôt un effet optique causé par 
la couleur de l'étoile et la réfrangibilité de ses rayons. 

Le 22 février, la Lune passera tout près de la môme étoile, et Ton verra 
plus loin que, d'après les calculs de M. Blot, elle l'occultera môme pour les 
observateurs des bords de la Manche. 

Il n'y aura pas d'occultations d'étoiles de 2** ou 3* grandeur, mais il y en 
aura plusieurs de quatrième et de cinquième. On les trouvera sur notre 
agenda, et l'on aura dans nos éphémérides mensuelles les indications rela- 
tives aux circonstances des occultations et les figures des principales. 



ANNUAIRE ASTRONOMIQUE POUR 1885. 7 

Il arrive souvent, dans la vie de chaque observateur, ou môme, sous une 
forme plus générale, dans celle de tout amateur d'Astronomie, que, par une 
belle soirée de ciel pur, on se demande ce qu'il peut y avoir d'intéressant à 
voir au ciel au moment précis où Ton y pense. Les jours ou les semaines 
qui ont précédé cette aspiration ont été interdits aux observations, le ciel 
était couvert, ou des affaires plus pressantes nous en ont empochés. Ne pour- 
rait-on pas posséder un tableau chronologique, un calendrier, un agenda 
quotidien, où chaque jour, du premier coup d'œil, on pût se rendre compte 
de Tétat des choses célestes? Sans doute, nos exposés mensuels indiquent 
ponctuellement les curiosités astronomiques spéciales à chaque mois ; mais 
elles ne sont pas inscrites dans Tordre des jours et comprennent de nombreux 
détails dans lesquels le fait principal peut se trouver noyé. Nous avons 
pensé que ce serait répondre à un besoin devenu très général que de rédiger 
une sorte d'AoENDA quotidien contenant jour par jour les faits astronomiques 
de nature à être observés par tous les amateurs. Simple et concis, cet agenda 
facilitera notre « commerce intellectuel » avec le ciel. En le consultant, on 
se rendra compte à première vue de la marche du monde astronomique 
auquel nous nous intéressons. 

On y trouvera : les phases de la Lune, ainsi que les dates des apogées et 
périgées, les éclipses de Soleil et de Lune, les occultations d'étoiles par la 
Lune, de la l"à la 5* grandeur inclusivement (pour les points de contact et les 
circonstances, se reporter aux éphémérides de chaque mois); les rapproche- 
ments remarquables et conjonctions des planètes entre elles ou avec la Lune, 
le Soleil et les étoiles ; les maxima et minima des étoiles variables faciles à 
observer (Algol, quand le minimum arrive avantminuit), oBaleine, x Cygne, 
R Hydre, X Sagittaire ; les positions, périhélies, aphélies, oppositions et plus 
grandes élongations des planètes ; les distances et diamètres du Soleil à l'a- 
phélie et au périhélie; les plus grandes marées, etc., etc. 

La colonne concernant chaque mois donne également Vétat du ciel étoile 
et la situation des principales constellations. Il eût été démesurément long 
d'entrer dans les détails des curiosités du ciel accessibles aux observations 
de chaque mois et qui forment l'objet d'un volume tout entier qui leur est 
exclusivement consacré {les Etoiles et les Curiosités du Ciel), et cet abrégé suffit 
pour permettre de se rendre compte à première vue de ce qu'il y a d'inté- 
ressant à observer au ciel. Enfin, on a eu soin d'indiquer, comme complé- 
ment indispensable, quelles sont les planètes qui sont visibles et en position 
favorable pour les observations. Nous avons fait nos efforts pour réduire à 
son minimum la place typographique nécessaire à l'impression de cet 
agenda. 



AGENDA ASTRONOMIQUE POUR 1885. 



1. 
2. 
3. 



4. D 



JANVIER 

Grande maréo. 

Occultation de « Cancer ( 4* gr- ) de 7* i 1 •• 

à 8*>5" du matin; Ç en conjonction 

inférieure avec Q. 
^ en conjonction avec C- Après minuit, 

à IS ZT à4»2' au nord. 



5. 


L 


6. 


M 


7. 


M 


8. 


J 


9. 


V 


10. 


S 


11. 


D 


12 


X L 


13. 


M 



9 en conjonction avec C- A. O"* soir Ç 
4*8' au sud. 
14. M Ç en conjonction avec C- A 2'' soir 
5 2*1' au sud. Minimum d' Algol :ll*l". 



Cf en conjonction avec C- A minuit, cf à 
5*42' au sud. 

Minimum d^Âlgol à7*'jO". ç conjonc- 
tion avec (i Sagittaire. 



;&' passe tout près de l'étoile p Lion. 



$ en conjonction avec Ç- A 10'' matin 
$ à 1*6' au nord. 

ï) en conjonction avec C« Après mi- 
nuit, à î**, î) à 3*27'. $ plus grande 
élongation 24*51' 0. 

Maximum de e Baleine (Mira Ceti). 
Occultation de X Gémeaux (4* gr.) de 
2^37- à S»» Sb- du matin. 



Ciel étoile. 

Persée. Cocher. Andromède. 
Petite Ourse. Cophée. Cassiopéc. Dra- 
gon. 
Est.... Lion. Cancer. Gémeaux. — Grande 

Ourse au N.-E. 
Sud.... Orion. Taureau. Pléiades. Bélier. — 

Sirius au S.-E. 
Ouest... Poissons. Pégase. Baleine. — Cygne 
au S.-W. 

Planél^s. 
Jupiter, dans le Lion, à l'est de Régulus. 
Saturne, dans le Taureau, au-dessous de ^. 
Vénus, étoile du matin. 
Mercure, le matin : 26 janvier. 



15. 


J 


#16. 


V 


17. 


S 


18. 


D 


19. 


L 


20. 


M 


21. 


M 


22. 


J 


23. 


V 


î)24. 


S 


25. 


D 


26. 


L 


27.' 


M 


28 «M 


29. 


J 


©30. 


V 


31. 


S 


Zénith . 


Nord. 





1. D 



2. L 



FEVRIER 

Très grande marée. — ^ en conionc- 
tion avec C- A 7*' matin ^ à 4* 9' au 
nord. 

Occultation de d Lion (5* gr.) de 8** 8"* 
à 9'' S" du soir. 



Minimum d'AlgoI à 9i>33" 



Minimum d'Algol à 6h22">. 

ç en conjonction avec 9- A minuit, 
$ à 0*44' au sud. cf en conjonction 
avec O- 

$ aphélie. 

$ et 9 ôQ conjonction avec C- A 10^ 
matin, 9 & 5*9' et $ à 6« au sud. 

cT en conjonction avec £,. A 4'» matin 
Cf à4«30'au sud. 



^ en opposition avec Q. 
Occultation de 38 Bélier, de 7*45- à 
8»» 26- du soir. 

La Lune passe tout cont e Aldcbaran 
1) en conjonction avec C- A S*» matin 
I) &3*44' au nord. 



Minimum d'Algol à il>'15-. 
Occultation de « Cancer j4« gr.) de 4'* 15- 

à b^Q'^ du matin et de o Lion (4« gr.) 

de 8»» 33- a 8'' 47- du soir. 
28. S ZT en conjonction avec C- A midi ^ à 

4«27' au nord. — cT périhélie 

ael étoile. 

Zénith. Cocher. Gémeaux. Taureau. Persée. 

Nord... Petite Ourse. Céphée. Dragon. 

Est .... Vierge. Lion. Cancer. — Grande Ourse 

au N.-E. 
Sud .... Grand Chien. Orion. — Hydre au S.-E. 
Ouest.. Andromède. Pégase. Bélier. Poissons. 

Planètes. 

Jupiter, dans le Lion, à l'est de Régulus. 
Saturne, dans le Taureau, entre « et p. 
Uranus, dans la Vierge, contigu à i). 



3. 


M 


4. 


M 


5. 


J 


a 6. 


V 


7. 


S 


8. 


D 


9 ( 


tL 


10. 


M 


11. 


M 


12. 


J 


13. 


V 


14. 


S 


#15. 


B 


16. 


L 


17. 


M 


18. 


M 


19. 


J 


20. 


V 


21. 


S 


D22. 


D 


23. 


L 


24. 


M 


25irM 


26. 


J 


27. 


V 



© - Soleil. 
C --- Lune. 
ç =- Mercure. 
9 :- Vénus. 
Cf = Mars. 



ABÛÉVIATIONS. 

2r = Jupiter. 
î) = Saturne. 
= Uranus. 
§ = Neptune. 
= Nouvelle lune. 



® = Pleine lune. 

D — Premier quartier. 

@ — Dernier quartier. 

tt = Lune apogée. 

•R = Lune périgée. 



AGENDA ASTRONOMIQUE POUR 1885. 



MARS 

Minimum d*Algol à S'' 4". 
Grande marée. 



9 aphélie. 

Occultation de o Balance (4,5fgr.) ii>l" 

à 2^12" matin, $ en conjonction avec 

cr,àt-3'Budà2fc80ir. 



Occultation de p* Sagittaire (4« gr. ), de 
5*29- à 6^49- matin. 

$ en conjonction supérieure avec O- 

V passe près de Régulus. 

Eclipse annulaire de soleil, de 3i>26" à 

8"* 23" du soir. Invisible en France. 

cT en conjonction avec C à 2» 32' à 

G** matin. 

17. M ç en conjonction avec C- A \> matin, 

Ç à 1»37' au sud. 

18. M 

19. J 

20. Y Soleil à l'équinoxe, à lO*» matin. Com- 

mencement du printemps astronomi- 
que. 

21. S $ en opposition avec O. Minimum 
d'Algol: 9»«46-. 

I) en conjonction avec C- A 4'' soir, 
I> à 3*56' au nord. 



© 1. 


D 


2. 


L 


3. 


M 


4. 


M 


5. 


J 


6. 


V 


7. 


S 


C 8. 


D 


9« 


L 


10. 


M 


11. 


M 


12. 


J 


13. 


V 


14. 


S 


15. 


D 


• 16. 


L 



22. D 



3> 23<L 
24. M 
2b. M 

26. J 

27. V 



Minimum d'Algol à 6*35-. 



m: en conjonction avec C- A 3* soir, 
V à 4*40' au nord. 
28. S 9 en conjonction avec cT. Après mi- 
nuit, & 3* matin 9 à 0*36' au sud. — 
$ périhélie. 



29. D 
<S30. L 

31. M 



Eclipse partielle de lune, de 1*59- à 
7'' 28- du soir. Lever £ à 6*28». 



Ciel étoUé. 

Zénith. Grande Ourse. Gémeaux. Cocher. 

Nord... Petite Ourse. Céphée. Cassiopée. 

Est ... . Vierge. Chevelure. Lion. — Dragon au 

N.-E. 
Sud .... Hydre. Navire. Licorne. Petit Chien. 
Ouest.. Taureau. Bélier. — Orion au S.-W. 

Cassiopée au N.-\V. 

Planètes 

Jupiter, dans le Lion, contigu à Régulus. 
Saturne, dans le Taureau, entre a et p. 
Uranus, dans la Vierge, à l'ouest de ij. 



AVRIL 



1. M 

2. J 

3. V 

4. S 

5. D 
6a L 

e 7. M 

8. M 

9. J 

10. V 

11. S 

12. D 

13. L 

14. M 



$ à sa plus grande élongation orien- 
tale: 19» 15'. • 

Minimum d'Algol à 11*28">. 



• 15. M 

16. J 

17. V 

18 t: S 

19. D 

20. L 

:d2i. M 

22. M 

23. J 



24. V 

25. S 

26. D 

27. L 

28. M 



(® 29. 
30. 



Minimum d'Algol à 8* 17-. 

cT en conjonction avec Q. A 6* matin 
cT à 0» 12' au sud. A 8* soir 9 en con- 
jonction avec C 0»6' N. 

Grande marée. — Ç en conjonction 
avec C- A 7* matin Ç à 6«2i' N. 

ï) en conjonction avec C. Après mi- 
nuit, à 1* à 4M' N. 

Occultation de \ Gémeaux (4« gr.) de 
11*10- à 11*36- du soir. 



Occultation de x Lion (5«gr.) do 7*3« 
à 7*54- Boir. ^ en conjonction avec 
Câ7*80ir4«3rN. 

Occultation de d Lion (5* gr.) de ll*2i'> 
à 12* 15- du soir. 



$ en conjonction inférieure avec Q. 
Ç en conjonction avec 9. A 7* soir 
$ à 1-42' N. 



Ciel étoUé. 



Zénith . 
Nord... 
Est.... 

Sud.... 
Ouest.. 



Grande Ourse. Lion. —Dragon au N.-E 
Petite Ourse. Céphée. Cassiopée. 
Bouvier (Arcturus). Chevelure. Ba- 
lance. Vierge. 
Corbeau. Hydre. Licorne. Procyon. 
Gémeaux. Orion. Taureau. Pléiades. 

Planètes. 



Jupiter, dans le Lion, contigu à Régulus. 
Saturne, dans le Taureau, au-dessous de ^. 
Mercure, le soir : 7 avril. 
Uranus, dans la Vierge, à l'ouest de ij. 

1* 



iO 



AGENDA ASTRONOMIQUE POUR 1885 



9 en conjonction supérieure avec ©. 



MAI 

1. V 
*2. S 

;UD 

4. L 

5. M 

6. M 
€ 7. J 

8. V 

9. S 

10. D 

11. L ç aphélie.— Ç en conjonction avec $, 

à 1*»15' N. à 11"» soir. 

12. M 

13. M Ç et cT en conjonction avec C- A ^^ 

matin, Ç à 0«21' S, cf à 2*4' N. A 11«» 

Ç 2«27'Sdecr. 
14. J 9 en conjonction avec C- A. G"* soir 9 

à3«4r N. 
15 s V 
IG. S Grande marée. — If) en conjonction 

avec C. à 4«2' N à S** soir. 
17* D 

18. L 

19. M Occultation de «Cancer (4» gr.) de 11* O" 

à 11»» 24™ du soir. 

20. M 

S 21 . J ^' en conjonction avec C à 4* 17' N à 3^ 
m itin. 

22. V 

23. S 

24. D 

25. L $ à sa plus grande élongation occiden- 

tale 24« 4b' à l"" soir. 

26. M 

27. M 

©28. J 



29. V 

30. S 
31a D 



Occultation de Balance (4,5 gr.) de 
2»' 22» àSi^l^du matin. 

^ passe près do Régulus. 
Gi«l étoile. 



Zénith. Grande Ourse. Chiens de Oljasse. Che- 
velure. 

Nord.. . Petite Ourse. Cassiopée. Céphêe. 

Est.. . Scorpion. Balance. Hercule. Serpent. 
Bouvier. Couronne. — Lyre au N.-E. 

Sud ... . Hydre. Corbeau. Vierge. 

Ouest. . Cancer. Gémeaux. Cocher. — Lion 
au S.-W. 

Planètes. 

Jupiter, dans le Lion, à l'ouest de Rcgulus. 
Saturne, dans le Taureau, au-dessous de p. 
Mercure, le matin : 25 mai. 
Uranus, dans la Vierge, à l'ouest de r,. 



L 
M 
M 

J 
V 



JUIN 



Ç en conjonction avec ^. A 7*' soir, 
Ç à 1*6' S. 



e 6. S 



7. D Minimum de x Cygne. 9 en conjonction 
avec ï). A 10"» soir 9 à 1»32' N. 



8. 


L 




9. 


M 




10. 


M 


O' en conjonction avec îJ.A 11»* soir 
CT à 1»29' N. Après minuit, àl'' cT en 
conjonction avec C à 3*51' N. 


11. 


J 


^ en conjonction avec C. ^^ soir à 
2*47' N. 


#12. 


V 




13 T 


S 


î) en conjonction avec C ^ 6'' matin m 
4» 3' N. A 5*» soir 9 ©n conjonction 
avec Cl à5«48'N. 


14. 


D 


Grande marée. 


15. 


L 




IG. 


M 




17. 


M 


ÎT en conjonction avec C» à ^"^ soir 
à3«4VN. 


18. 


J 




D 19. 


V 




20. 


S 




21. 


D 


Soleil au solstice, à 7»» matin. Commen- 
cement de Tété astronomique. 


22. 


L 




^3. 


M 




24. 


M 


Ç périhélie, conjonction avec ï) a 
1*41' N. à 4k matin. 


25. 


J 




26. 


V 


9 périhélie. 


® 27. 


. S 


ç en conjonction supérieure avec ©. 


28. 


D 




29. 


L 




30. 


M 





Ciel étoile. 

Zénith . GrandeOurse. Bouvier. Cœur de Charles. 

Nord... Petite Ourse. Céphée. Cassiopée. — 
Cygne au N.-E. 

Est Sagittaire. Scorpion. Aigle. Lyre. Her- 
cule. Couronne. — Ophiuchus au S.-E. 

Sud Vierge. Arcturus. Balance. Corbeau. 

Ouest.. Lion. Cancer. Castor et Pollux. — Ca- 
pella au N.-E. 

Planètes. 

Jupiter, dans le Lion, contigu à Régulus. 
i Uranus, dans la Vierge, entre p et r,. 



AGENDA ASTRONOMIQUE POUR 1885. 



i\ 



1 


M 


2 


J 


3 


V 


4. 


S 


C 5. 


D 


6. 


L 


7. 


M 


8. 


M 


9. 


J 


10. 


V 


llie S 


#12. 


D 


13. 


L 


14. 


M 


15. 


M 


16. 




17. 


V 


18. 


S 


»19. 


D 


20. 


L 


21. 


M 


22. 


M 


23. 


J 


24 « 


V 


25. 


S 


26. 


D 


©27. 


L 


28. 


M 


29. 


M 


30. 


J 


31. 


V 



JUILLET 



Soleil à l'apogée ou Terre à Taphélie : 
Distance © = 150516000^». Diamè- 
tre =3r32'. 

Minimum d'AlgoI à 11*50". 

Appulse de {* Poissons ( 5« gr. ) de 2»» 46'» 

du matin, à 1'? du bord lunaire. 
Minimum de X Sagittaire. 
Minimum d'AIgol à 8»' 44-. 
cT en conjonction avee C» à 5«7' N à 

g* soir. 
î} en conjonction avec C» à 4«7' N à 11*» 

soir. Maximum X Sagittaire. 

^ passe près de p du Lion. 

Grande marée. — Ç on conjonction 
avec C à 5«39' N a midi, ç en con- 
jection avec C à 5«22' N à 3»» soir. 

Minimum de X Sagittaire. 

?r en conjonction avec C. '^ 3» 7' N, à 
7* matin. 

$ on conjonction avec 9 à 0« U' S à 2»' 
soir. Maximum X Sagittaire. 



ï) contigu à ri des Gémeaux. 
Minimum de X Sagittaire. 



Maximum de X Sagittaire. 
^ en conjonction avec Rêgulus, à 0« 12' 
au sud, à 7"» matin. 



Minimum d'AIgol à 10»'26-. Minimum 
X Sagittaire. 



Maximum de X Sagittaire. 



Ciel étoUé. 



Zénith. 
Nord... 



Est. 



Dragon. Hercule. Bouvier. 

Petite Ourse. Cassiopée. Capella à l'iio- 

rizon. 
Dauphin. Flèche. Aigle. Cygne. Véga. 
Capricorne. Sagittaire au S.-E. 
Sud.... Couronne. Serpent. Ophiuchus. Ba- 
lance. Scorpion. 
Ouest.. Grande Ourse. Cœur. Chevelure. Lion. 
Vierge. 

Planètes. 

Jupiter, dans le Lion, à l'est de Régulus. 
Vénus, étoile du soir. 
Uranus, dans la Vierge, entre p et »|. 
Saturne, se lève à 2«'35'» le 15. Gémeaux. 



1. S 

2. D 
€ 3. L 

4. M 

5. M 



6. J 



7. 


V 


SicS 


9. 


D 


#10. 


L 


11. 


M 



12. M 

13. J 

14. V 

15. S 

16. D 
3 17. L 

18. M 

19. M 

20. J 
21a V 



22. S 

23. D 

24. L 

)25. M 

26. M 

27. J 

28. V 

29. S 

30. D 

31. L 



AOUT 



Minimum de X Sagittaire. 

ï) en conjonction avec j* Gémeaux, à 

0«4' au sud à b^ soir. — Ç à sa plus 

grande élongation E. : 27«2r. 
d" en conjonction avec î) et n Gémeaux. 

Ç aphélie. 
Maximum de X Sagittaire. 
$ en conjonction avec Q à 3«42' S à 

5*» soir. 



Très grande marée. — Minimum de 

X Sagittaire. 
ç en conjonction avec C à 9»» matin, 

à 1*55' S et 9 id. à midi, à 2o 13' N. 

Maximum de X Sagittaire. 



Minimum d'AIgol à 12»» 9«. 
Minimum de X Sagittaire. 

Minimum d'AIgol à 8'» 57». 
Occultation de ?* Sagittaire (4» gr.) de 

i2«»47» à son coucher. Maximum de 

X Sagittaire. 



^ en conjonction avec § , à 0» 13' N j 

2>» soir. 
Minimum de X Sagittaire. 



Maximum de X Sagittaire. 



Zénith. 
Nord... 

Est ... . 

Sud.... 
Ouest.. 



Ciel étoUé. 

Tête du Dragon. Véga. Hercule. 

Petite Ourse. CapeUa à l'horizon. An- 
dromède et Cassiopée au N.-E. 

Cygne. Aigle. Dauphin. Pégase. Ver- 
seau. Poissons. 

Sagittaire. Scorpion. Ophiuchus. 

Couronne. Bouvier. Cœur. Chevelure. — 
Gr. Ourse au N.-W. 



Planètes. 

Vénus, étoile du soir. Partie éclairée = 0,88. 
Mercure, le soir : 5 août. 
Mars se lève à 1* du matin le 15. Gémeaux. 
Saturne se lève à 2»'35« le 15. Gémeaux. 



12 



AGENDA ASTRONOMIQUE POUR 1885. 





t. 


M 


€ 


2. 


M 




3. 


J 




4. 


V 




5. 


S 




6« 


cD 




7. 


h 


• 


8. 


M 



9. M 



SEPTEMBRE 

Occultation de «* et 9* Taureau de son 
lever à 10*> 56". Minimum de e Baleine. 

Occultation d'Aldéb&r&n (!'• gr.) de 
1*30" à 2*2- du matin, Ç en conjonc- 
tion inférieure avec O. 

|> en conjonction avec C à 4»17' N à 
3** matin. Maximum de X Sagittaire. 

CT en conjonction avec C ^ &*33' N à 
7*» matin. 

Maximum de R Hydre (4,7) [min. = 10,0]. 

Éclipse totale de soleil, de 6*45~ à 

il* 17" matin. Invisible en France. 

^ en conjonction avec O et C* 
Plus grande marée de Tannée. Âlgol : 

10»'40-. 
Rencontre de Ç avec TÈpi de la Vierge. 
Ç en conjonction avec Ct à 2«27' S à 

10* matin. Maximum X Sagittaire. 
Minimum d'Algol à 7'' 29"». 



Minimum de X Sagittaire. 



$ à sa plus grande élongation occiden- 
tale 17*51'. Maximum X Sagittaire. 

5 périhélie. 

Soleil à l'équinoxe à 9* soir. Commen- 
cement do Tautomne astronomique. 

Éclipse partielle de Lune, de 5*11» à 
10* 44" du matin. Coucher C À 5*45«. 

Occultation de yt, Poissons (5* gr.) de 
8*16- à 9*17- du soir. 

Ç en conjonction avec ^, à 0*52' N, à 

9* matin. 
Occultation de t Taureau (4* gr.) de 

11*55- à minuit 47-. 
Appulse de»' Taureau (4« gr.) à 5*21» 

du matin, à 0',2 du bord lunaire. 

Ciel étoUé. 

Cygne. Lyre. Céphée. 
Petite Ourse. Capella au N.-E., Persée, 
Cassiopée. 

Est Gémeaux. Taureau. Bélier. Andromède. 

Pégase. 
Sud. . . . Aigle. Sagittaire. Capricorne. Verseau. 

Fomalhaut & Thorizon. 
Ouest. . llercule. Couronne. Bouvier. Vierge. 

Planètes. 

Saturne se lève à 10*56- le 15. Gémeaux. 
Vénus, étoile du soir. Partie éclairée = 0,81. 
Mercure, le matin : 18 septembre. 
Mars se lève à minuit 48- le !•', sous ^Castor et 
PoUux. 



10. 


J 


11. 


V 


12. 


S 


13. 


D 


14. 


L 


15. 


M 


»16. 


M 


17. J 


18. 


V 


19. 


S 


20. 


D 


21. 


L 


22. 


M 


23. 


M 


®24. 


J 


25. 


V 


26. 


S 


27. 


P 


28. 


L 


29. 


M 


30. 


M 


Zénith 


. ( 


Nord. 


. ] 


Est.... 


. ( 



OCTOBRE 

CE i* J Occultation de x Gémeaux (4*gr.) de 
minuit 46- à 1*37-. |) en conjonction 
avec C : 4« 15' N à 11* matin. 

2. V Minimum d*Algol à 9*11-. Maximum 
X Sagittaire. 

3is S cf en conjonction avec C • 5*4' N à 
7* soir. 

4. D 

5. L $ en conjonction avec $: 2*1' N à 

2* matin. 

6. M ^ en conjonction avec C '• 1*25' N à 

5* soir. 

7. M $ en conjonction avec C - 0*29' N à 

8* soir. 
• 8. J 

9. V Grande marée. Maximum X Sagittaire. 

10. S 

11. D 9 en conjonction avec C- 6*23' S à 

midi. 

12. L 

13. M Minimum de X Sagittaire. 

14. M 

15 « J $ en conjonction supérieure avec Q. 
— ç aphélie. 

9 16. V Maximum de X Sagittaire. 

17. S 

18. D Rencontre de 9 avec Antarès. 

19. L I) périhélie. 

20. M 

21. M ^ passe près de p de la Vierge. 

22. J Minimum d'Algol à 10*53». 
©23. V 

24. S 

25. D Minimum d'Algol à 7*42». 

26. L 

27. M 

28 « M |> en conjonction avec C '• 4*8' N à 

5* soir. 
29. J 
C30. V 
31. S 

Ciel ètoUè. 

Zénith. Cygne. Céphée. Cassiopée. 

Nord.. . Petite Ourse. Dragon. Grande Ourse. — 
Cocher au N.-E. 

Est Cancer. Gémeaux. Bélier. Pléiades. 

Andromède. Persée. — Aldébaran se 
lève. 

Sud Pégase. Verseau. Capricorne. Fomal- 
haut. 

Ouest.. Lyre. Hercule. Couronne. Ophiuchus. 
Sagittaire. 



Planètes. 



Saturne, dans les Gémeaux, sous ■. 
Vénus, étoile du soir. Partie éclairée = 0,72. 
Mars, dans le Cancer. 
Jupiter, étoile du matin. 



AGENDA ASTRONOMIQUE POUR 1885. 



43 



1. D 

2. L 

3. M 

4. M 

5. J 
# 6. V 

7. S 

8. B 
». L 

10. M 



NOVEMBRE 

cf en conjonction avec C : 4*16' N à 
4^ matin. 

$ aphélie. ^ en conjonction avec C ' 
0»52'Nàltfcmatin. 



$ en conjonction avec C ^ 6« 16' S à 
9»' soir. 



9 en conjonction avec C' 7*49' S à 
8^ soir. 
11. M Minimum d*Âlgol à minuit 35*. Ç près 
1 Sagittaire (2|gr.). 



Minimum d'ÂigoI à 9^24». 



12 a J 

13. V 

9 14. S 

15. D 

16. L 1$ en opposition avec O. 

17. M Minimum d'Algol à 6i> 13". 

18. M 

19. J 

20. V 

:i. s 

® 22. D Occultation de ft' et •* Taureau (4«gr.) 
de 6^36- à 7»'21-, et d'Aldébaran de 
9^57- à 11*8-. 
23. L Grande marée. 

24 «M î) en conjonction avec C • 3*59' N â 
11** matin. 

25. M 

26. J 

27. V 

28. S 

C 29. D cT en conjonction avec £: 3*23' N à 
9* matin. 
30. L :^ en conjonction avec C ^ Oo20 N à 
lissoir. $ à sa plus grande élonga- 
tion2M4'E. 



Ciel étoUé. 

Zénith. Cassiopée. Andromède. Persée. 

Nord . . Petite Ourse. Céphée. Dragon. Grande 
Ourse. 

Est — Lion. Cancer. Gémeaux. Cocher. Tau- 
reau . Pléiades. — Orion se lève. 

Sud.... Pégase. Bélier. Verseau. Poissons. Ba- 
leine. Fomalhaut. 

Ouest.. Cygne. Aigle. Lyre. — Capricorne 
au S.-W. 



Planètes. 

Saturne, dans les Gémeaux, entre t et |a. 
Vénus, étoile du soir. Partie éclairée = 0,61. 
Mercure, le soir : 30 novembre. 
Mars, dans le Lion. Partie éclairée = 0,90. 
Jupiter, étoile du matin. 



1. M 

2. M 

3. J 



4, 

5 

• 6, 



V 
S 
D 

7. L 

8. M 



DECEMBRE 

Occultation d'Uranus (6«gr.) de5i>10'" 
à6*>23'-dumatin. 



Occultation de % Vierge (4,5 gr.) do 

4»'28"à5k8-dumatin. 
Minimum d'Algol à li>>17'-. . 



Minimum d'Algol à7i>55". 
ç en conjonction avec C : 6*3' S à 
6* matin. 
9. M 9 à sa plus grande élongation orien- 
tale 47«16'. ^ contigu à ii Vierge. 
10 « J 9 en conjonction avec C' 5*56' S à 11<* 
soir. Algol : 4*>44". 



11. 
12. 
13. 
D 14. 
15. 
16. 



17. J 

18. V 

19. S 

20. D 

©21. L 
22«M 

23. M 

24. J 

25. V 

26. S 

27. D 



$ périhélie. 

9 en conjonction inférieure avec Q. 

Appulse de y Taureau |4«gr.) à 4''24" 
du matin, à 2',3 du bord lunaire. 

Soleil au solstice à 3^ soir. Commence- 
ment de rhiver astronomique. 

ï) en conjonction avec C ^ 3*58' N à 
5^ matin. 

Grande marée. 

Minimum d'Algol à minuit 49". 



I> en opposition avec O. 
Occultation de x Lion (5* gr.) de 6^1"* 
à 7»» 4- matin. Algol : 9^38- soir. 
@ 28. L ÎT en conjonction avec C : 0«5' S à 
9^ matin. 

29. M Occultation de» Vierge (4,5 gr.) de 4>> 16- 

h 5i>28« du matin. 

30. M Minimum d'Algol à 6^27-. 

31 . J Soleil au périgée ou Terre au périhélie : 

Distance O = 145 525000^». Diamè- 
tre =32'36'. 

Ciel étoUé. 

Zénith. Persée. Andromède. Cassiopée. Bélier. 
Nord... Petite Ourse. Céphée. Dragon. Grande 

Ourse. 
Est ... . Capella. Lion. Cancer. Gémeaux. Pro- 

cyon. Taureau. Orion. 
Sud.... Poissons. Baleine. Eridan. — Verseau 

au S.-W. 
Ouest. . Capricorne. Pégase. Cygne. — Véga au 

N.-W. 

Planètes. 

Jupiter, se lève à minuit à la fin du mois. 
Saturne, en plein sud le soir, au-dessous de 

p Taureau. 
Vénus, étoile du soir. Partie éclairée = 0,47. 
Mars, dans le Lion. Partie éclairée = 0,90. 



14 



L'ASTRONOMIE. 



PLAJ^ÈTES. 

Nous inscrirons les planètes dans Tordre de Tintérêt qu'elles offrent aux 
observateurs, en commençant par les plus importantes. Comme il s'agit 
surtout ici d'observations à faire à l'aide d'instruments de moyenne puis- 
sance, à l'aide de jumelles ou môme à l'œil nu, c'est l'ordre de leur éclat qui 
les caractérise au point de vue qui nous occupe, et aussi les époques de leur 
visibilité. Nous suivrons ici cet ordre logique et tout humain. 

Jupiter. 

Le monde le plus considérable de tout notre système solaire est actuelle- 
ment dans une excellente position pour être observé par les astronomes de 
la Terre. Le 15 janvier, il se lève à S^ du soir, passe au méridien à 3** du 

Fig. 1. 




S E X T A 



xn 



XI 



Marche et po:^itioiis de la planète Jupiter pendant l'année 188j. 

matin, et de jour en jour avance dans son lever et dans son passage au méri- 
dien. 11 brille donc en plein sud, traversant le méridien à une grande hau- 
teur, le 1*' février à î'^ST^du matin, le 15 à minuit 35"; le !•' mars à li*'29", 
le 15 à 10'»27'»; le 1" avril à 9M5-, le 15 à 8M8»; le 1" mai à 7M5», le 15 à 
6>»23"»; le 1" juin à 5»»22'», le 15 à 4''35". Le 1*' juillet, il se couche à lO'^ST'», 
et le 15 à 9"* 47". Dès lors il disparaît au crépuscule. 

On voit donc que sa période de visibilité s'étend sur l'hiver, le printemps 
et même une partie de l'été. Il trône dans la constellation du Lion, va passer, 
le 20 janvier, tout près de l'étoile p, de 4» grandeur, à 1^6' seuloment au 
nord, rétrogradera vers Régulus qu'il atteindra le 15 mars. Ce jour-là, dans 
la matinée, la belle planète passera à 50' seulement au nord de l'astre du 



ANNUAIRE ASTRONOMIQUE POUR 4885. 15 

Lion. Continuant sa marche, elle rétrogradera jusqu'au 22 avril, s'arrêtera 
au-dessus de Tétoile v du Lion, puis reviendra sur ses pas, repassera au nord 
de Régulus le 30 mai à 10** du matin, à 41' seulement, repassera également 
au-dessus de p le 12 juillet, et continuera sa marche directe vers Test pour 
atteindre p de la Vierge le 21 octobre, tj le 9 décembre et s'approcher de y au 
commencement de 1886. Le 21 octobre, Jupiter sera redevenu étoile du 
matin, se levant dès 3**30", et le 9 décembre, il se lèvera dès P. On pourra 
donc observer ces deux rapprochements remarquables. Dans la soirée du 
21 octobre, la distance des deux astres descendra à 25', Jupiter passant au 
nord de p. Le 9 décembre, à 10** du soir, la distance entre la planète et 
l'étoile Y) s'abaissera à dix minutes d'arc. 

Indépendamment des remarques à faire sur les configurations changeantes 
des quatre satellites de la planète, sur les éclats de ces satellites, etc., on 
s'intéressera toujours à observer et à dessiner l'aspect de la planète elle- 
même, ses bandes équatoriales, ses taches et ses nuages. L'immense tache 
rouge visible depuis 1878 paraît être à peu près effacée. Ce vaste monde est 
actuellement le siège de transformations nouvelles à sa surface et dans son 
atmosphère. Tous les documents relatifs à son observation et les dessins de 
son aspect actuel seront donnés dans la Revue. 

Saturne. 

La merveille de notre système se présente dans sa position la plus favo- 
rable aux observations, offrant à nos yeux son système d'anneaux dans sa 
perspective d'ouverture maximum. Saturne brille actuellement tous les soirs 
dans la constellation du Taureau, en même temps que Jupiter illustre le 
Lion, passant au méridien à 10"* du soir. Aussi est-il en ce moment l'objet de 
l'étude attentive des astronomes. Comme Jupiter, ses heures d'observation 
vont avancer de jour en jour. Les passages au méridien auront lieu, le 
1«' février à 8»»17°», le !•' mars à 6»'27'", le 1*' avril à 4»» 32», le 1" mai à 2»» 46" ; 
il se couche le 1" mai à 10** 40" et le 15 à 9** 50™. Dès lors il descend dans 
Téclairement du crépuscule et disparaît de notre sphère d'observation pour ne 
reparaître qu'en automne. Le 1" octobre il se lèvera à 9** 56° et passera au 
méridien à 5**54° du matin; le 15 il se lèvera à 9** 3°, et atteindra son point 
culminant à 5** ; le 1" novembre lever à 7** 55° et passage au méridien à 
3** 53°, le 15 à 7** et 2'* 56°; le 1" décembre lever à 5° 50° et passage au 
méridien à P50°; le 15, 4**51° et minuit 50°; le 1" janvier 1886, le passage 
au méridien arrive avant minuit, à 1P33°. 

La belle planète trône au-dessous de Tétoile p du Taureau, do 2* grandeur, 
rétrograde vers l'ouest jusqu'au 17 février, puis prend son mouvement direct 
vers l'est pour s'avancer vers les Gémeaux. Elle arrivera le 9 mai près de 



16 L'ASTRONOMIE. 

l'étoile 121 Taureau, de 6« grandeur, le 20 juin près de Tétoile 132, et le 
30 près de Propus, la première des Gémeaux. 

Continuant son cours, elle passera le 20 juillet prescjue sur Tétoile tj, de 
3® grandeur. Ce jour-là, à 7** du soir, le centre de la planète ne sera qu'à 
29^,5 au sud de Tétoile, le diamètre de la planète sera de 15'', 2, le grand axe 

Fig. 2. 



VK 



,^Jf^ 




EAU 



"^^ 



.di^Ban^ 



.AU 



Marche et positions de la planète Saturne pendant Tannée 1885. 

de Tanneau de 37*,8 et le petit axe de 16^,8. Cette conjonction serait fort inté- 
ressante à observer; à cette date la planète se lève à 2** 18"* du matin et 
passe au méridien à 10*». Elle arrivera le 6 août sur fx des Gémeaux, de même 
grandeur, et sur Mars. Continuant son cours céleste, elle suivra la même 
direction jusqu'au 20 octobre, s'arrêtera et rebroussera chemin pour rétro- 
grader vers Touest jusqu'à la fin de Tannée. 



GRANDEURS PERSPECTIVES DE L* ANNEAU A SON MAXIMUM D'OUVERTURE. 



!•' décembre 
20 décembre 

8 janvier 

28 janvier 

17 février 

9 mars 

29 mars 

18 avril 
8 mai 

17 juin 

7 juillet 
16 août 

5 septembre 
15 octobre 

4 novembre 
24 novembre 
14 décembre 
1»' janvier 



1884 
1884 
1885 



1886 



Anneau 
Grand axe. 

46',44 

46,54 

45.93 

44,75 

43,25 

41,68 

40,22 

39,01 

38,12 

37,35 

37,50 

38,84 

39,99 

42,95 

44,48 

45,75 

46,51 

46,57 



extérieur. 
Petit axe. 

20',80 

20,90 

20,68 

20,19 

19,56 

18,90 

18,29 

17,76 

17,34 

16,84 

16,77 

17,01 

17,34 

18,41 

19,09 

19,76 

20,27 

20,48 



Anneau 
Grand axe. 

30',88 

30,95 

30,54 

29,76 

28,76 

27,71 

26,75 

25,94 

23,35 

24,84 

24,94 

25,83 

26,59 

28,56 

29,58 

30,43 

30,93 

30,98 



intérieur. 
Petit axe 

13',83 

13,90 

13,75 

13,43 

13,01 

12,57 

12,16 

11,81 

11,53 

11,20 

11,15 

11,31 

11,53 

12,24 

12,69 

13,14 

13,48 

13,63 



Diamètre 

polaire 

du globe. 

18% 

18,6 

18,4 

18,0 

17,4. 

16,8 

16,2 

15,7 

15,4 

15,0 

15,1 

15,6 

16,0 

17,2 

17,8 

18,4 

18,6 

18,7 



ANNUAIRE ASTRONOMIQUE POUR 1885. 17 

On voit que nous sommes actuellement, depuis le mois de décembre, au 
maximum d'ouverture des anneaux. Les variations sont dues aux change- 

Fig. 3. 




Maximum d'ouverture des anneaux de Salurneen 1885 et variation générale de leur perspective. 

ments de position de la Terre dans le cours de Tannée. Dans un an nous 
retrouverons à peu près les mêmes aspects; mais la perspective va changer 

Fig. 4. 




Esquisse géométrique pour le maximum d'ouverture des anneaux. 
;(Écliollo:2" = r.) 

et la largeur apparente du système va diminuer, à partir de Tannée pro- 
chaine, jusç[u*en 1891-1892, époque à laquelle ces curieux anneaux ne se 



48 



L'ASTRONOMIE. 



présenteront plus à nous que par la tranche, comme il est arrivé en 1862 
{voir fig.i). 

La fig. 4 donne les proportions géométriques précises du système d'an- 
neaux, à son maximimi d'ouverture (décembre 1884. — janvier 1885), à 
Téchelle de 2»" pour T. La Revue publiera les dessins de Taspect téle- 
scopique actuel. 

Le système des satellites se présente également dans sa largeur maximum. 
Nous en reproduisons le diagramme, d'après M. Marth {The Ob8ervatory).Le 

Fig. 5. 




Inclinaison actuelle des orbites des satellites de Saturne. 



satellite le plus éloigné n'a pu être inséré dans le tableau à cause de sa grande 
distance. 

Vénus. 

Vénus est encore étoile du matin; elle se rapproche du Soleil, et le 4 mai 
prochain elle passera derrière lui. Dès le commencement de juin, elle se 
dégagera lentement des rayons de Tastre du jour, retardant graduellement 
sur lui, passant au méridien, le 15 juin à midi 49", le 1" juillet à l^'ll". 
A partir de cette époque on pourra l'observer comme étoile du soir. Le 
15 juillet, elle se couche à 9**2", soit une heure après le Soleil. Le 1" août elle 
se couche à 8** 40", P3" après le Soleil; et se couche le 1" septembre à 
7M3", 1»»2'» après le Soleil; le 1«' octobre à6>»52", 1M5" après le Soleil; 
le 1" novembre à 6*»36", avec un retard de deux heures, et le 1" décembre 
à 7^20", avec un retard de 3^16". Elle arrive le 8 à sa plus grande élongation 
du Soleil. C'est l'époque la plus favorable pour son observation. Son disque, 
qui était circulaire en mai, commence à montrer une phase sensible dès 



ANNUAIRE ASTRONOMIQUE POUR 1885. 



19 



juillet, et la portion éclairée diminue de plus en plus. En décembre l'aspect 
de la planète rappellera celui de la Lune en quadrature. Nous avons repré- 
senté ces phases (fig. 6) à Téchelle de 1"'" pour 2*. 
Construisons la carte de son mouvement pendant sa période de visibilité, 

Fig. 6. 




Phases de Vénus en 1885. 
(Échelle :]•• = 2'.) 

soit du 1" juillet au 31 décembre, ou plutôt commençons-la dès le 7 juin, car 
ce joui*-là elle passe tout près de Saturne ; malheureusement cette conjonc- 
tion sera bien difficile à observer, môme à l'aide d'une lunette, car elle se 
produira à une faible distance du Soleil, et les deux planètes se couchent à 

Fig. 7. 




^SS^PS, 



Marche et positions de la planète Vénus pendant Tannée 1885. 

8**36" et 8**42", c'est-à-dire trente-huit minutes seulement après le Soleil. 
Pendant le jour, Saturne eàt trop pâle pour être observable. Vénus arrivera 
le 27 juillet près de Régulus, à P22' au nord. Elle atteint Jupiter le 6 août. 
Mais tous ces rapprochements auront lieu pendant le jour. Rapidement elle 
traversera les constellations du Lion, de la Vierge, de la Balance, du Scorpion, 
du Sagittaire et du Capricorne pour entrer dans le Verseau le 1*' janvier 1886. 



20 L*ASTUONOMIB. 

Notons le long de cette marche quelques rapprochements intéressants : 

VÉpi de la Vierge de !*• grandeur le 10 septembre. 

Antarès de !'• grandeur le 18 octobre. 

X Sagittaire, de 2* grandeur le 11 novembre. 

Mercure. 

Toujours presque perdue dans les rayons du Soleil, cette planète si proche 
de Tastre central ne devient visible pour nous qu'à ses plus grandes élon- 
gations, qui arriveront aux époques suivantes : 



26 janvier, plus 


grande élongation du matin. 


7 avril 


— — soir. 


25 mai 


— — matin. 


5 août 


— — soir. 


18 septembre 


— — matin. 


30 novembre 


— — soir. 



C'est à ces époques que Ton pourra, pendant ime huitaine de jours en 
moyenne de part et d'autre des dates inscrites, découvrir Tastre de Mercure, 
étoile de première grandeur presque eflfacée dans la lumière des crépuscules 
du matin et du soir. 

Il n'y a guère à espérer observer de rapprochements de Mercure avec les 
planètes ou les étoiles, à cause de la rareté des circonstances qui permettent 
de l'observer lui-môme. Ses conjonctions avec la Lune sont un peu moins 
interdites à l'observation; elles ont été signalées plus haut. On trouvera ses 
levers, couchers, écarts du Soleil» dans nos instructions mensuelles. 

Mars. 

La planète la mieux située pour nos observations, celle dont l'étude 
géographique et météorologique est la plus facile, se trouve actuellement 
éloignée en des parages inaccessibles. Elle passe derrière le Soleil le 1 1 février. 
Revenant lentement vers notre séjour, elle redeviendra accessible à nos 
observations à partir du mois d'août. Le 15 de ce mois, elle passe au méridien 
à 9** du matin et se lève à 1*». C'est la section de son orbite la plus éloignée de 
l'orbite terrestre que nous pouvons observer ces années-ci, et c'est son hémi- 
sphère boréal, qui, comme on le sait, justement à cause de cette coïncidence, 
est le moins connu. Les observations peuvent être fécondes pendant l'au- 
tomne et l'hiver prochain. Le 1" septembre, Mars se lève à minuit 48", et 
passe au méridien à 8*»46"; le 1" octobre, lever à minuit 27", passage au 
méridien à 8*» 5"; le !•' novembre, lever à minuit, méridien à 7*» 13»; le 



j 



ANNUAIRE ASTRONOMIQUE POUR 1885. 21 

1" décembre, lever à 11»»23", méridien à6M2»; le 1" janvier 1886, lever à 
10*»25", méridien à 4*»52". Distanœs à la Terre : 



1*' septembre 


300 millions de kilomètres 


!•' octobre 


272 - 


— 


!•' novembre 


237 — 


— 


!•' décembre 


198 - 


— 


!•' janvier 1886 


156 — 


— 



Il arrivera le 3 décembre en quadrature avec la Terre et aura un dixième 
de son disque d'entamé. Il n'atteindra son opposition derrière nous relative- 
ment au Soleil que le 6 mars 1886. Alors il passera au méridien à minuit et 
se retrouvera en position favorable pour nos observations. 

Traçons également son cours pour sa période de visibilité. Le V sep- 

Fig. 8. 



:xi 



IX 



vni 










Marche et positions de la planète Mars pendant Tannée 1885. 

tembre, il sera visible dans la constellation des Gémeaux; le 12 il arrive 
juste sur l'alignement de Castor et PoUux; le 28, il passe près de S du Cancer, 
à 1** au nord; le 4 novembre, il passe également à 1<> au nord de Régulus et 
le 16 à 2° au nord de p du Lion. Il s'approche de Jupiter mais ne l'atteindra 
pas : le 31 décembre il reste encore entre eux une différence de quarante- 
huit minutes en ascension droite. On suivra facilement ce cours sur notre 
fig, 8. Mars passera le 6 août à 1^20' au nord de Saturne (justement près 
de jA Gémeaux) ; mais il n'atteindra pas Jupiter. 

Uranns. 

La planète Uranus arrive en opposition le 20 mars. C'est donc là Tépoque 
la plus favorable pour son observation. Elle habite la constellation de la 
Vierge, au sein de laquelle elle se déplace lentement. Le l^' janvier, elle se 
trouve à deux minutes de temps seulement à droite ou à l'ouest de l'étoile t^. 



22 



L'ASTRONOMIE. 



dont elle va s'écarter jusqu*ea juin (voir la carte ci-dessous). Puis, elle re- 
viendra vers Test et atteindra cette même étoile le 30 septembre, la dép^assera 
et arrivera au commencement de Tannée au-dessous de la belle étoile dou- 
ble Y- Le !•' janvier : lever à 11 *" 24" du soir; passage au méridien à 5*»28"' du 
matin. Le 1*' février, lever à 9*» 20"* du soir; passage au méridien à 3*" 25" du 
matin. Le 1" mars, lever à 7»» 25»; méridien à P32". Le 1^' avril, lever 
à 5^16" ; méridien à ll'>2i". Le l"mai, passage au méridien à 9^19", coucher 
à 3*» 30" du matin. Le 1" juin, passage au méridien à 7^ 15" ; coucher à P27". 

Fig. 9. 



X 


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XI -1 


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xm xo. 


XI 1 



Marche et positions de la planète Uranus pendant l'année 1885. 

Le 1" juillet, coucher à 11*'25", et le 1®' août coucher à 9*'25". La période la 
plus favorable est donc février-juillet. 

Jupiter arrivera vers p de la Vierge le 21 octobre et le 9 décembre vers tj, 
mais n'atteindra pas Uranus. 

Neptune. 

La planète télescopique Neptune plane dans le Bélier. Elle sera en opposi- 
tion le 15 novembre. Avant cette date nous publierons la carte des étoiles 
qui Tavoisinent, afin que ceux qui auraient la curiosité de la voir une fois, 
puissent la trouver et la reconnaître. 

Gérés. — Pallas. — Junon. — Vesta. 

On trouvera dans nos éphémérides mensuelles les positions des petites 
planètes aux époques favorables pour leur observation. 

Tels sont les principaux caractères astronomiques de Tannée qui vient de 
commencer. On voit qu'ils ne manquent ni d'intérêt ni de variété. En les 
connaissant, en les suivant, de loin ou de près, on se tient en relation avec 



L;ÈCLIPSE DE LUNE DU 4 OCTOBRE. 23 

la marche de Tunivers dont nous faisons partie intégrante, on ne reste pas 
isolé en dehors de la réalité, on vit, en un mot, en harmonie avec la nature. 
Nous avons la conviction que cet exposé général, qui contient, nous l'espé- 
rons, tous les faits essentiels, sera favorablement acccueilli par nos lecteurs et 
comblera définitivement Fimportante lacune qui nous a été tant de fois 
signalée. Notre plus vif désir est de voir cet annuaire devenir de plus en plus 
complet chaque année, et ce sera l'œuvre de nos lecteurs qui voudront 
bien nous signaler ses imperfections et leurs désirs. 

Ce n'est d'ailleurs qu'une «gum« générale. Elle ne remplace pas les instruc- 
tions mensuelles de la Revue, mais elle donne une première idée des mouve- 
ments célestes et de leurs relations avec la Terre. Les détails indispensables 
aux observateurs insérés Tannée dernière dans VAlmanach astronomique 
seront publiés ici chaque mois par M. Vimont, avec toutes les données néces- 
saires pour l'étude pratique du ciel. 

Camille Flammarion. 



L'ÉCLIPSÉ DE LUNE DU 4 OCTOBRE 1884. 

Aux documents publiés dans la Revue de novembre 1884, il importe d'en 
ajouter ici quelques-uns qui mettent en évidence certaines particularités nou- 
velles et inattendues. 

Et d*abord, l'aspect de la Lune totalement éclipsée n'a pas été le même pour 
tous les pays. Cette conclusion est assez singulière, mais il est impossible de s'y 
soustraire. 

Notre attention» d'abord appelée sur ce point par la diversité des documents 
dus à nos correspondants, a été arrêtée tout spécialement par la communication 
suivante de M. Mullen, astronome à Copenhague : 

ff Ici, la Lune a été sensiblement colorée pendant quelques moments de la 
totalité. N'ayant pas eu plus tôt l'occasion d'observer soigneusement une grande 
éclipse de Lune, je ne connaissais cette couleur que d'après les images et m'atten- 
dais à la voir assez sombre; mais immédiatement après le commencement de la 
totalitéftout le disque lunaire, alors parfaitement visible, est devenu rouge-cuivre 
d'une teinte claire très prononcée; cette nuance n'a duré que quelques moments, 
peut-être seulement une à deux minutes (je n'ai pas noté la an de ce phénomène, 
croyant que la disparition n'était que provisoire), et ne s est pas répétée pendant 
tout le reste de l'éclipsé. M™« MuUen, qui observait avec moi, la qualiâa couleur 
de rouille : nous avons la \nie normale. Je dois ajouter que j'ai grand'peur d'être 
dupé par mes sens et que je suis absolument sûr de ce que j'ai vu. 

a MM. Pechûle et Schjellerup n'ont pas fait cette observation. Cependant 
M. Pechûle m'engagea alors à vous communiquer ce que j'avais vu, ajoutant 
qu'il faudrait bien se rendre à l'évidence, si des expériences concordantes con- 



24 L'ASTRONOMIE. 

stataient qu'une éclipse de Lune n'était pas tout à fait identique, vue de par- 
tout. Dès lors, je voulus avoir quelques autres témoignages et as insérer dans 
les journaux une demande générale de me faire savoir Taspect de la Lune pen- 
dant la totalité, naturellement sans dire la nuance que j'avais vue. L^éclipse 
du 4 octobre n'a pas excité beaucoup d'attention en Danemark, surtout parce que 
le malheureux incendie du palais royal de la veille au soir occupait tous les 
esprits. Je n'ai reçu que sept réponses à ma demande. Toutes sans exception 
constatent, dans des termes très variés, la couleur jaune, rouge, rougeâtre, etc., 
plus ou moins accentuée, de la Lune totalement éclipsée. Il est assez remarquable 
que les trois observateurs qui demeurent à Copenhague (comme moi) ont vu la 
Lune, à ce qu'il semble, le plus colorée, tandis que les quatre autres, dans les 
provinces, appellent la couleur faible. M. Forvald Kohi, observateur très 
exercé, qui demeure dans le Jylland où il a un observatoire privé, me commu- 
nique un extrait de son journal d'observation où il est dit entre autres : « Pen- 
dant la totalité, la Lune est vue sans interruption dans une teinte mate grisâtre 
avec une nuance rougeâtre extrêmement faible. » M. H., avocat à Rouders 
(Jylland), relate que la moitié ouest du disque lunaire, quand la totalité com- 
mença, a devenait luisante avec des taches sombres comme un charbon ardent 
mat. » 

« En admettant ainsi comme certain — et personnellement j'y suis forcé — que 
la Lune a été vue colorée pendant Téclipse, mais que lacoloratiouy même dans le 
petit Danemark, a paru très différente en nuances et en mtensité, il me semble 
évident que la cause de ces divergences doit être uniquement atmosphérique. 
Le ciel a-t-il été couvert presque partout ailleurs de couches supérieures qui 
interceptaient les rayons rouges, ou bien notre atmosphère a-t-elle seule été 
favorable pour le passage de ces rayons? je veux dire : est-il possible que la Lune 
réellement n*ait pas été rouge, mais que tous les rayons non rougeâtres n'aient pu 
pénétrer jusqu'à nous ? 

a Kj. MuLLEN. I) 

Ainsi, tandis que la Lune totalement éclipsée a été vue d'un ton gris sombre et 
sans coloration & Paris, Meudon, Juvisy, Argentan, Gien, Bayonne, Toulouse, 
Saint-Émilion, Vaucluse, Guéret, Saint-Jouin, Réthel, Laroche-Bernard, Jaén 
(Espagne), etc., par des observateurs très attentifs (on pourrait sans doute y 
joindre les observatoires de Toulouse et Lyon, leurs relations étant absolument 
muettes sur l'aspect de la Lune pendant l'éclipsé), elle a été vue manifestement 
colorée en rouge à Copenhague et dans une partie du Danemark. Il faut donc 
admettre que l'état optique de l'atmosphère joue un rôle sensible dans les appré- 
ciations des observateurs. 

Il y a même des points où, probablement à cause d'une certaine opacité de 
l'atmosphère, notre satellite a presque entièrement disparu. A Paris et dans ses 
environs, nous l'avons presque tous comparé à une pâle nébulosité, aux Pléiades 
vues indistinctement, à la nébuleuse d'Andromède, etc. M. de Cran, à Laroche- 
Bernard, déclare qu'au commencement de la totalité « il était tout à fait impos- 



L^ÉCLIPSE DE LUNE DU 4 OCTOBRE. 25 

sible, soit à Tœil, soit à la luDette, d'apercevoir la Lune, et qu'elle avait disparu 
si complètement que, sans points de repère des étoiles voisines, on n'aurait pu 
trouver sa place dans le ciel. » De Rethel, M. Paille écrit : « Le disque lunaire 
se détachait à peine dans le ciel ; une teinte grise un peu transparente le faisait 
seule découvrir à l'œil nu, et encore fallait-il en être prévenu. » De Saint-Jouin, 
M. DuvAL : « Après la totalité, la Lune se distinguait à peine; elle n'était pas 
rougeâtre comme en 1877. » De Passy, M. Zacgone : « La Lune n'ayant pas paru 
rouge, la circonférence de la Terre ne devait-elle pas être couverte de nuages 
gênant la réfraction des rayons solaires? » De Guéret, M. Martin ; « Grande 
différence avec 1877 ! le gris domina dans les teintes des diverses phases; le mo- 
ment le plus saisissant a été le début de la totalité : la Lune, avec ses tons de 
nacre sombre, ne ressemblait plus à un astre du ciel et paraissait toute proche. » 
De Cheval-Blanc (Vaucluse), M. Perrotet des Pins : o La Lune, d'un clair 
. obscur au milieu du ciel complètement noir, était à peine visible. » A l'Observa- 
toire de Meudon, M. Trouvelot a trouvé le disque éclipsé « sans aucune colora- 
tion rougeâtre. » De Toulouse, M. Audemarb-Luxeul écrit : « Ciel d'une pureté 
parfaite; aucune trace de coloration rougeâtre. » De Jaën (Espagne), MM. Folache, 
Ildbfonso Gonzalez, les membres de la Société scientifique Flammarion et plus 
de 150 visiteurs se sont accordés à comparer le disque lunaire à une nébulosité 
gris blanCf du ton de la Voie lactée, ne rappelant en rien la coloration rouge des 
éclipses de juillet 1870 et août 1877. Un dessin représente cette blancheur allant 
en augmentant du Sud-Est au Nord-Ouest. — A l'Observatoire de Paris, M. Tré- 
pied l'a trouvée pâle, uniforme et a décidément bleue. » — A Lons-le-Saunier, 
M.H.GAUTHiER-ViLLARSl'ajugée d'un jaune de bronze. — De Muges, M. Courtois 
écrit : « A l'œil nu, elle était presque invisible et donnait moins de lumière que 
les étoiles du carré de Pégase; au télescope on distinguait une lumière cendrée 
peu intense et légèrement rougeâtre, mais bien moins prononcée que celle des 
éclipses des 27 février et 23 août 1877. » De Bayonne^ M. Daguin : « Sans 
disparaître complètement à la vue simple, la Lune semblait une tache nébuleuse 
bleu cendré tirant un peu sur le rouge suie, dont l'éclat était peu supérieur à celui 
de la nébuleuse d'Andromède vue à l'œil nu. » Aux îles Canaries, M. Aquilino 
G. Barba, a observé une teinte d'un gris d'azur dans la pénombre, entre la partie 
sombre et la région non éclipsée, phénomène qui, dit-il, aurait pu facilement passer 
inaperçu, car il n'était pas prévu. 

Déjà se manifestent ici les diversités d'appréciations personnelles aux yeux des 
observateurs. La comparaison des nombreux documents dus au zèle scientifique 
de nos lecteurs nous convainc qu'il n'y a peut-être pas deux observateurs qui 
aient vu l'éclipsé de la même façon. D'autre part, tous ne l'ont pas analysée 
avec les mêmes soins. Voici, par exemple, certaines particularités dignes d'être 
mentionnées : 

a 9** 25" 30*. Nous distinguons très bien à l'œil nu le disque entier, dont la teinte reste 
gris fer et ne présente pas trace de coloration rouge. 



26 L'ASTRONOMIE. 

€ 9''5i". La partie nord supérieure paraît plus éclairée que le reste. Le haut (le bas 
dans la lunette) s'éclaircit de plus en plus. 

« 10''25". Le côté oriental devient très clair. Puis il redevient sombre. Ces éclaircisse- 
ments et ces assombrissements se succèdent plusieurs fois. 

« Madame de Nevil, à Saint-Émilion. » 

« 9''34". La moitié occidentale est plus claire que la partie orientale. Les mers sont 
toutes visibles; la région qui se trouve au-dessus de la mer du Froid et du golfe de la 
Rosée est plus brillante que Tycho. 

a Q** 55". Le segment lumineux est plus large et s'étend sur toute la région montagneuse 
du N.N.O. 

a 10''0'". Disque très sombre. C'est à peine si l'on distingue les mers. Mer des Nuées 
toujours la plus noire. 

« lO'^lS". Une bande sombre qui rappelle celle de Mercure s'étend du N.E. au S.O., 
ayant pour limites Tycho et Gassendi d'un côté et Possidonius de l'autre. 

« 10^23". Cette bande est encore plus sombre. 

« 10^37". Un segment rouge se manifeste au S.E. 

« 10''56"". Unegibbosité d'un gris roux s'étend jusqu'au golfe du Centre. 

« 11^2". Un croissant bleuâtre clair commence à paraître au N.E. et annonce que la 

totalité va finir. 

« Guillaume, à Perronas ». 

« 9''50". Lune très obscure, pourtant nette; on voit clairement Tycho, Copernic. 

Platon, Grimaldi. Mais le brillant Aristarque, qui est toujours le point le plus blanc de 

la Lune, a entièrement disparu. 

a GuiOT, à Soissons. » 

« A 9*'44", l'éclipsé étant totale depuis un quart d'heure, on remarque un croissant 
rougeâtre à droite et en haut(N.O.) du disque lunaire; je pensai que ce croissant était 
dû à la moindre épaisseur de la couche d'ombre arrivant sur la Lune. 

« A 10**, ce pâle éclairement faisait le tour entier de la Lune, ce qui confirme l'expli- 
cation précédente. 

a A 10"'35", la région sud-est prit une teinte plus rouge et plus claire, et la partie 

opposée s'assombrit de plus en plus. 

« Maurice Jacquot, au Havre. » 

f Pendant la totalité, l'éclipsé est restée constamment visible, les mers de la Tranquil- 
lité, de la Sérénité, l'Océan des Tempêtes, etc., se distinguent facilement. On a une 
idée fort nette de la sphéricité du satellite. Une lumière relativement vive se remarque 
sur le bord supérieur à droite et à gauche avec mobilité dans l'éclat; tantôt la lumière 
était plus vive à droite et tantôt à gauche, tantôt au-dessus, le bord inférieur a toujours 

été moins éclairé. 

a Berqe, à Romorantin. » 

En France, comme en Danemark, plusieurs observateurs ont noté une teinte 
rougeâtre. M. Bruguière écrit de Marseille : « Pendant toute la durée de la tota- 
lité, la Lune est restée visible. A l'œil nu, elle offrait un aspect rougeâtre; à la 
jumelle, la nuance était moins marquée, et, dans la lunette, il n'y avait plus de 
coloration » (»). M. le D»* do Croupet écrit de Soumagne : « A 9*» 37™, l'éclipsé est 

(•) A l'Observatoire de Marseille, MM. Stéphan et Borrelly ont fait les remarques 
suivantes : « Pendant cette éclipse, l'ombre a été d'un noir foncé remarquable. A peine 



L'ÉCLlPSE DE LUNE DU 4 OCTOBRE. 27 

totale, la lumière rosée est difficile à distinguer à Tœil nu; avec la lunette, la 
teinte du côté est est rose-pâle, tandis que celle du côté ouest est plus sombre. » 
M. Thore, à Dax, a fait entre autres les remarques suivantes : « Le disque 
éclipsé est décidément coloré en rouge brun; cette apparence se perçoit avec tous 
les instruments (télescopes Foucault de On»,30 et de 0°»,i6, chercheurs, etc.; mes 
deux collaborateurs le constatent avec moi : il n'y a pas de doute possible. 
A 10^40™, le bord oriental commence à s'éclairer, l'éclipsé totale est terminée; la 
partie éclipsée présente toujours la coloration rouge violacée sombre. » Dès le 
commencement de Téclipse, une remarque analogue avait été faite : a A S'» 9"», la 
partie la plus sombre de la pénombre paraît légèrement colorée en fauve (teinte 
enfumée). Cette coloration gagne insensiblement le reste du disque lunaire. » 
M. Lange de Ferrières, à Rupt : « Jusqu'au milieu de la totalité, le bord occi- 
dental de la Lune est resté plus éclairé que le bord oriental. On n'a pas cessé de 
voir le disque lunaire : sa teinte était rougeâtre, mais bien moins colorée que 
dans réclipse du 23 août 1877. » M. RAFFARD,à Gien : « Avant la totalité, la partie 
éclipsée est rouge marron sombre, bordée d'une teinte bleu cendré; pendant la 
totalité, la Lune est à peine visible. » M. GUxNZIger, à Saint-Mandé : « La partie 
éclipsée semble légèrement rougeâtre ; pendant la totalité, la Lune paraît plus 
petite, échancrée au sud. » M. Ginieis, à Saint-Pons : a Pendant la totalité, 
à 9^35™, le disque est d'un rouge sombre, le bord N.-O. plus clair que le centre 
(un dessin représente sous un aspect remarquable ce bord clair, en haut et à droite 
du disque). — 9*» 50"» : il devient plus sombre. — 10*» : la Lune offre à l'œil nu 
l'aspect d'une nébulosité rougeâtre elliptique dont le grand axe va du N.-E. 
au S.-O., l'éclat total étant celui d'une étoile de 2e grandeur. — 10*» 15™ : l'éclat 
descend à la 3« grandeur, et l'on ne distingue plus rien sur le disque. — 10^45™ : 
le bordN.-E. devient d'un rouge pâle, et la fin de la totalité approche. — lO'» 52»; le 
bord E.-N.-E. devient jaune clair : fin de la totalité. » M. A. Fontaine, à Précy-sur- 
Oise : « A 10*>30n>, le disque est rougeâtre et, vers sa partie inférieure, d'une 
teinte plus sombre, presque couleur de fer. » — A Grenoble, M. E. Aurel a 
constaté que, quoique la coloration rouge ait été beaucoup moins prononcée 
que dans l'éclipsé de 1877 (ce que l'auteur attribue aux différences atmosphé- 
riques), elle n'en est pas moins certaine. L'observation a été faite à 213™ d'alti- 

le premier contact avait-il lieu, que la portion éclipsée du disque devenait invisible, 
même dans un télescope. C'est seulement à l'approche du deuxième contact que le pour- 
tour lunaire a commencé à se montrer dans son entier avec une faible teinte ; cette sorte 
de lueur cendrée a persisté pendant toute la totalité, mais, aussitôt après le troisième 
contact, la partie située dans Tombre s'est effacée de nouveau. 

a A l'œil nu, l'échancrure noire semblait presque aussi nettement délimitée que dans 
une éclipse de soleil, et pendant toute la période de totalité la Lune cessa d'être visible; 
il ne subsistait qu'une petite nébulosité, d'un faible éclat, où un observateur non pré- 
venu aurait été dans l'impossibilité de soupçonner la présence de la Lune. 

9 Quant à la teinte rouge, si fréquemment signalée à l'occasion des éclipses anté- 
rieures, elle a presque complètement fait défaut; c'est seulement un peu après le 
troisième contact qu'elle a apparu d'une manière éphémère et avec très peu d'intensité. » 



28 L'ASTRONOMIE. 

tude, à travers des éclaîrcies, et la coloration s'est manifestée à partir de 9^55», 
heure à laquelle les \^ du disque étaient éclipsés. La nuance était rose-pStle. 

De cet ensemble de témoignages nous pouvons conclure : 

1« Pendant les éclipses totales de Lune, même lorsqup notre satellite traverse 
le centre du cône d'ombre de la Terre, comme c'était le cas le 4 octobre dernier, 
la réfraction de la lumière solaire à travers Fatmosphère terrestre atteint jusqu'au 
centre du disque lunaire, l'intensité lumineuse diminuant à partir des bords du 
cône d'ombre. 

2<» La diminution de cette intensité n'est pas régulière. Un effet de contraste 
empêche d'en saisir la variation dans le voisinage même du bord du cône. Mais, 
pendant la totalité, les régions du disque lunaire les plus voisines des bords du 
cône sont moins obscures que les régions centrales. 

3^ Le degré d'obscurcissement et la coloration due à la réfraction de la lumière 
ne sont pas les mêmes pour des éclipses de même situation géométrique. Cette 
différence doit être due à l'état de transparence et d'hygrométrie de l'atmosphère 
autour du disque terrestre vu de la Lune. 

4<» Il y a, dans cet obscurcissement produit par l'écran terrestre, des variations, 
des fluctuations dues à des variations de transparence dans notre propre atmo- 
sphère. 

50 L'appréciation du degré d'obscurcissement et de coloration varie suivant 
l'état de l'atmosphère au point où l'on observe, selon le contraste offert par les 
nuages et les objets visibles, suivant qu'on observe à l'œil nu ou à l'aide d'instru- 
ments (et suivant ces instruments eux-mêmes) et beaucoup aussi suivant les yeux 
et le jugement des observateurs. — Cette appréciation paraît tout aussi diversifiée 
que celle des événements politiques jugés par chaque individu d'après son édu- 
cation personnelle. 

Pour compléter tout à fait cette relation, il nous reste à parler des irrégularités 
observées le long de l'ombre de la Terre. 

Comme nous l'avons vu (novembre, p. 405), M. de Boé, à Anvers, a signalé une 
surélévation qui aurait atteint son maximum à 9*^20» et aurait correspondu au 
moment où le relief des Andes se trouvait juste sur le contour de la Terre et 
projetait son profil sur la Lune. Au milieu de la phase, quand l'océan Pacifique 
arriva sur le contour, l'ombre serait redevenue régulière. On a également 
remarqué (MM. Lamey, à Grignon, Jacquot, au Havre, Niesten, à Bruxelles, etc.) 
diverses irrégularités sur le contour de l'ombre, qui ont été attribuées soit à des 
montagnes terrestres, soit à des couches de nuages, soit à la chute de l'ombre 
sur les reliefs variés de la Lune elle-même. M. Lamey s'est principalement occupé 
de cette question et voici ses conclusions : 

c En assimilant à des arcs de cercle les courbes apparentes formées par l'inter- 
section du globe lunaire avec le cône d'ombre de la Terre, j'ai trouvé que les 
rayons de ces cercles variaient considérablement, au moins de 2 à 1, alors que 
la Lune était entamée dans le rapport de |- à j de son rayon. Cette variation ne 
parait pas progresser régulièrement, au fur et à mesure de l'entrée du satellite 



L'ÉCLIPSÉ DE LUNE DU 4 OCTOBRE. 



29 



dans Tombre, le rayon de l'arc de cercle se remettant à croître à l'approche de la 
région centrale du disque ; c'est du moins ce qui résulte de plusieurs tracés obte- 
nus dans la soirée du 4 octobre dernier, en profitant des éclaircies de courte 
durée que le ciel présentait à Grignon. 

« Ces grandes variations de courbure doivent être principalement attribuées 
à ,ce fait, que la silhouette de notre planète se projette sur une surface sphé- 
roTdale, qui ne saurait être assimilée, au point de vue des apparences, à une 
surface plane perpendiculaire au rayon visuel. La plus simple expérience suffit 
du reste pour s'en convaincre. 

« Outre ces variations dans la courbure générale, la limite d'ombre et de lumière 



FIg. 10. 



Fig. 11. 





Hémisphère terrestre tourné vers la Lune 
au miUeu de réclipse. 



Hémisphère terrestre tourné vers le Soleil 
au milieu de l'éclipsé. 



présente ça et là de petites sinuosités, qui persistent souvent pendant plusieurs 
minutes; elles ne peuvent être attribuées aux aspérités montagneuses de la 
Terre ; car, lorsque l'on compare les variations do ces sinuosités avec les inéga- 
lités du sol lunaire sur lesquelles elles se projettent, on constate une corrélation 
évidente. Ainsi, dans la première phase d'entrée d'une éclipse, les sinuosités con- 
vexes et proéminentes du côté de la lumière correspondent aux parties de la 
courbe d'ombre qui descendent une côte. Ces mêmes sinuosités deviennent, au 
contraire, concaves et rentrantes, quand la courbe vient à monter une pente 
inclinée. Ce phénomène est surtout visible dans les régions très accidentées du 
sol, par exemple lorsque la ligne d'ombre traverse les mers des Crises et de la Sé- 
rénité. Les ondulations de l'ombre dénotent, au centre de ces vastes plaines, une 
grande dépression, tandis que les régions montagneuses avoisinantes montrent 
une surélévation concentrique très accentuée, eu égard au niveau moyen du sol 

lunaire. » 

Le D' Lescarbault, qui a observé l'éclipsé à son Observatoire d'Orgères, a fait 
les remarques suivantes : « L'ombre n'est pas trop diffuse sur son contour, mais 
il m'est impossible de constater si elle s'écarte de la figure d'un arc; et, comme 



30 L'ASTRONOMIE. 

la lune est sphérique, et non pas plane, il en résulte que le cône d'ombre projeté 
sur sa surface doit y dessiner une ligne courbe de moindre courbure à Tendroit 
le plus saillant de notre satellite. 

« Le rayon de cet astre étantexcessivement petit, relativement à sa distance au 
Soleil, l'efifet est sensiblement nul, et la base du cône d'ombre, au lieu de passer 
par le centre de la Lune, ayant un diamètre à peu près quatre fois aussi grand 
que celui de cette dernière, il me paraît bien difficile, vu l'indécision de la limite 
entre l'ombre et la pénombre, de dire si Tare de l'ombre sur la Lune s'écarte 
de la forme d'un arc de cercle. 

« Longtemps avant la totalité, l'ombre était d'un bleu noir bien évident (entre le 
bleu et l'indigo), avec une bordure presque noire, de 2' de largeur environ, qui 
disparut vers lO*» du soir. Pendant ce temps, aucun détail n'est visible sur le disque 
lunaire. Cependant, les bords des. cirques, que je n'avais pas le temps de recon- 
naître^à cause du passage fréquent des vapeurs, étant obliques sur la surface géné- 
rale et réfléchissant de la lumière vers nous, il en résultait que le contour de 
l'ombre présentait de petites échancrures assez nombreuses et bien appréciables. » 

Ces considérations sont dignes d'attention et ont leur valeur intrinsèque; mais 
elles n'empêchent pas que le profil des Andes ou des Cordillères ne puisse être 
perceptible sur le contour de l'ombre terrestre : ce relief atteignant la i440<' partie 
du diamètre de la Terre serait représenté par une boursoufflure de 1«™ sur un 
cercle de 1™,44; c'est fort minime, assurément, mais ce n'est pas insensible, et 
M. de Boô nous écrivait le lendemaiù de Téclipse qu'on le devinait plutôt qu'on 
ne. le constatait, « comme on devine la ressemblance d'une personne sur sa sil- 
houette noire ». 

Nous avons représenté {fig, 10 et il) les deux hémisphères terrestres tournés 
l'un vers la Lune, l'autre, diamétralement opposé, vers le Soleil, au milieu de la 
totalité, c'est-à-dire àiO^^lS". L'hémisphère obscur tourne de la gauche fvers la 
droite, et la France, qui se trouvait près de l'horizon au commencement de l'éclipsé 
(8^25™), s'était avancée jusqu'au méridien central à la fin (li*»58"). D'après 
M. Procter, auquel nous devons ces deux projections, la surélévation observée 
avant la totalité par M. de Boë n'aurait pu être causée par les Cordillères, mais 
par des nuages situés au-dessus du Brésil ou de la Guyane, au point a. 

11 nous reste encore à dire un mot de la bordure de l'ombre, que nous avons 
tout particulièrement étudiée à Juvisy, que le D»* Lescarbault a remarquée à 
Orgères, comme on vient de le voir, que beaucoup d'observateurs ont constatée 
d'autre part, et que l'on s'est accordé comme nous à évaluer à 2' d'épaisseur. Il 
nous semble que cette bordure transparente ne pouvait être que l'ombre de notre 
atmosphère. Son épaisseur étant le 34« du diamètre de la Terre indiquerait donc 
que, jusqu'à 370^"» de hauteur (en nombre rond), Tatmosphère terrestre est assez 
dense pour porter ombre et former contraste avec la complète transparence de 
l'espace. 

C. F. 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 31 

NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 

Le tremblement de terre du 27 novembre. — Le jeudi 27 novembre, à 
1 lh5m du soir, on a ressenti à Nice, dans les Alpes, jusqu'au delà de Turin à Test, 
jusqu'à Marseille à l'ouest et jusqu'à Lyon au nord, un tremblement de terre 
d'une étendue remarquable et digne d'être consigné ici en dehors du cadre des 
tremblements de terre généraux dont la Revue publie le relevé chaque année. 

Parmi les diverses relations que nous avons reçues de Nice, nous résumerons 
d'abord ici celle que nous devons à l'obligeance de M. le baron de Beauretour, 
observateur attentif du phénomène, a La première secousse a été très faible, la 
seconde, beaucoup plus forte, a paru nous soulever de deux à trois centimètres; 
une petite balance (pèse-lettres) a ondulé plusieurs fois en touchant le plateau qui 
la supporte, un thermomètre a fait entendre huit oscillations à son point de sus- 
pension ; nos voisins ont eu une pendule arrêtée et des sonnettes en mouvement. 
Au théâtre français, le lustre du centre a été ébranlé visiblement, au point de 
produire une légère panique. Cette secousse très forte paraît avoir duré trois 
secondes. Elle n'a produit aucun dégât, même pas la plus légère crevasse dans 
les plus fragiles constructions, ce qui indiquerait un soulèvement d'ensemble et 
non partiel. Nice est depuis longtemps en pleine crise de sécheresse. Baromètre : 
0°»,771, en ville, presque au niveau de la mer. » 

De l'Observatoire du Mont Gros, situé à 380°> au-dessus du niveau de la mer et 
à 6^"» de Nice, M. Perrotin a fait les remarques suivantes : Il était à l'équa- 
torial, occupé à observer les satellites de Saturne, lorsqu'il vit la planète qu'il 
tenait sous le fil mobile du micromètre, osciller d'une manière insolite de part 
et d'autre du fil, en décrivant des arcs de 10' à 15' d'amplitude. Le phénomène 
dura environ quinze secondés. Il fut accompagné de craquements dans le plancher 
de la salle. Il ne faisait pas de vent. M. ThoUon remarqua des manifestations du 
même genre dans la chambre où il se trouvait. Les enregistreurs magnétiques 
ont subi des oscillations, non magnétiques, dues aux trépidations du sol. 

Ce tremblement de terre s'est fait sentir dans tous les environs de Nice, à 
Cagues, Biot, Antibes, Cannes, Menton, dans toutes les Alpes maritimes et fort 
au delà, comme nous allons le voir. De Menton M. Neisz écrivait à La Science 
pour tous : 

« Mon lit est placé de manière que la tête se trouve vers le nord. A U*>, 
je l'ai senti se soulever du côté gauche, et j'ai été bercé pendant six secondes. 
Pendant les trois secondes qui ont suivi, la trépidation était tellement forte, que 
je me demandais si je n'allais pas être jeté hors du lit. A côté de moi, se trouve 
un appartement vide dont les portes ont été repeintes. Une de celles-ci n'était 
pas fermée au loquet, mais la peinture de U porte s'était collée aux montants. La 
déchirure s'est produite en ce moment, la porte s'est ouverte avec bruit. Le sou- 
lèvement de la terre a donc eu lieu du côté de l'Est. Pendant les secondes 
10,11, 12 et 13, les mouvements ont diminué, mais, pendant les secondes 14 et 15, 
c'est la tête qui a été soulevée, le mouvement s'est donc produit au Nord. Deux 



U L'ASTRONOMIE. 

minutes après, j'ai entendu la mer bruire fortement pendant une dizaine de 
minutes^ et puis tout est redevenu tranquille. Le phénomène avait cessé. La 
secousse venant du Nord n'a pas été aussi forte que pendant les secondes?, 8 et 9; 
mais plus forte que les premières. » 

De Marseille, M. Bruguière nous adressait la relation suivante : 

« La première secousse a été ressentie dans notre ville à 11^5™, l'oscillation a 
duré cinq à six secondes environ ; puis, après une minute d'arrêt, une nouvelle 
secousse s'est fait sentir. La direction des oscillations était de l'Est à l'Ouest. 

<c Fait très curieux, le tremblement de terre n'a pas eu la même intensité sur 
tous les points de la ville; les secousses ont été plus accentuées dans toute la 
partie située à l'Est de l'axe formé par la rue de Rome et ses prolongements, et 
elles se sont plus particulièrement fait sentir sur le versant occidental de la 
plaine Saint-Michel. On nous signale les rues de la Palud, du Loisir, du Vieux- 
Chemin-de-Rome, comme ayant ressenti les secousses les plus fortes. 

a Quoique aucun accident ne se soit produit, les secousses ont été assez vives 
pour imprimer aux meubles un mouvement de trépidation; des chaises ont été 
renversées; plusieurs personnes couchées ont ressenti un léger balancement; 
quelques pendules se sont arrêtées; les sonnettes ont tinté; enfin les vitres 
vibraient comme quand il tombe du grésil. A l'Observatoire ces secousses 
ont été parfaitement constatées, et divers instruments en ont subi l'influence. » 

A Grenoble, trois secousses assez violentes se sont fait sentir, paraissant se 
diriger du Nord au Sud. Au théâtre, une panique de courte durée s'est emparée 
des spectateurs. Dans un certain nombre de maisons, et surtout aux étages supé- 
rieurs, les murs et les plafonds se sont lézardés; les meubles ont changé de 
place, les sonnettes ont tinté, et les pendules se sont arrêtées. Il n'y a eu aucun 
accident. 

A Draguignan, le tremblement de terre a été ressenti par un grand nombre de 
personnes, mais a été assez faible. 

A Voiron, dans Tlsère, le phénomène s'est composé d'une trépidation qui a 
duré environ douze secondes et a été suivie de quatre ou cinq fortes oscillations 
dirigées du sud-est au nord-ouest, pendant lesquelles on a entendu une espèce 
de grondement qui ressemblait à un fort coup de vent. 

A Saint-Marcellin, dans le même département, on a ressenti une forte secousse 
qui a duré quatre secondes, fait vibrer les vitres et réveillé en sursaut un grand 
nombre de personnes. A Vienne, les trépidations ont eu la même durée, mais ont 
été moins fortes. 

Au même moment, plusieurs secousses ont été ressenties à Chambéry et dans 
les communes voisines. Puis, vers 3*^ du matin, il s'en est produit une autre 
extrêmement forte qui a été accompagnée d'une détonation semblable à un in- 
tense coup de canon. On a cru à une explosion ou à l'écroulement d'une maison. 

Vers 6^, un éboulement considérable s'est produit sur la ligne du Mont-Cenis, 
non loin de la station de la Praz. D'énormes blocs de pierre s'étant détachés des 
rochers abrupts des montagnes de la Maurienne, ont été projetés près de la gare, 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 33 

ont franchi la voie et sont allés se précipiter avec un fracas épouvantable, dans 
la rivière de l'Arc. Des poteaux télégraphiques ont été brisés ; la voie s*est trouvée 
complètement obstruée, de sorte que les communications entre la France et Tltalie 
ont dû être un moment interrompues. On attribue cet énorme éboulement aux trépi- 
dations produites par le tremblement de terre ressenti dans toutes ces montagnes. 

A Lyon, M. Rigod, président de la Société astronomique du Rhône, signale 
deux secousses à cinq minutes d'intervalle, La première, si légère qu'elle res- 
semblait à un froissement de papier; la seconde, plus forte, de deux secondes et 
demie environ, et dans la direction sud-nord. 

A Saint-Etienne, M. Laur a fait la remarque que le baromètre, qui était 
depuis longtemps fort élevé (770"°»), est descendu à 745™™ précisément au moment 
du tremblement de terre. 

Dans le canton de Genève, trois secousses successives, à cinq minutes d'inter- 
valle Tune de l'autre, ont été remarquées vers 11^ du soir, ainsi qu'à Lausanne. 

Ce même tremblement de terre a été ressenti jusqu'à Turin. La secousse a été 
assez forte, maison n'a signalé aucun dégât. Le phénomène a été observé à Suse, 
à Moncalîeri et dans toute la vallée du Pô. 

Il y a eu deux tremblements de terre au moins dans cette nuit, le premier à 
li'^S™, le second vers deux ou trois heures du matin, en Savoie, lequel s'est 
propagé jusque dans la Haute-Marne. Les habitants des villages de Vauxbons, 
Ormancey, Marac, Villiers-sur-Suize, Luzy, etc. ont été réveillés par un bruit 
étrange qui a duré près d'une minute et qui avait de l'analogie avec celui de 
l'écroulement sourd d'une maison ou d'un coup de canon lointain. 

Ces deux tremblements de terre, assez violents pour nos contrées, avaient été 
précédés d'une légère secousse ressentie le dimanche 23 à 4^ de l'après-midi, en 
différents quartiers de Nice. Les meubles ont été agités pendant quelques 
secondes et il y a eu un moment d'inquiétude dans un certain nombre de 
maisons. Comme M. Van Sandick le faisait remarquer dans sa relation de 
l'éruption de Krakatoa, ce sont les personnes couchées, surtout aux étages supé- 
rieurs, qui se trouvent dans les meilleures conditions pour ressentir ces légers 
mouvements du sol; aux rez-de-chaussée ils sont moins sensibles; dans le bruit 
de la rue, à cheval ou en voiture, on ne les remarque pas. 

Le lendemain lundi, à Gratz en Styrie, on a ressenti plusieurs secousses. 

Il est probable que ces mouvements du sol ont eu pour cause un tassem»int à 
la hase des Alpes. 

Ombres observées sur le Soleil. — Je me fais un plaisir de vous transmettre 
une observation qui confirme les intéressantes observations de M. Trouvelot sur 
Tombre des facules. 

Aujourd'hui, 14 décembre 1884, observant le Soleil à 0*»25% j'ai remarqué, sur 
le côté oriental d'une tache entourée de facules, et située assez près du bord oriental 
de l'astre, (à 58'), partant en des conditions très favorables pour ce genre de recher- 
ches, une ombre très accentuée, projetée évidemment par une facule saillante 



34 



1/ASTRONOMIE. 



située juste au-dessus et en ayant exactement la forme. La fîg, 12 en est la repro- 
duction fidèle. 
Le grand diamètre de la tache, mesuré sur l'écran, était de 50'. L'instrument dont 

Fig. i2. 



ih 



-v^'\;:^^V\^yt;"''";v ' 



^^r■/^^ 




Ombre observée sur le bord d*une tache solaire. 
je me suis servi est mon réfracteur, dont l'objectif de 108»»™ possède un pouvoir 
séparateur de r,2. Grossissement employé = 150 fois. Scintillation presque nulle. 

José J. Laxdkrer. 

Astronome à Tortose, Espagne. 

Phénomène observé sur une tache solaire. — Le il octobre 1884, à midi, j'ai 
observé le Soleil avec une lunette de 108 millimètres, pourvue d'un grossissement 
de cent fois. La tachCy ou plutôt le groupe, se composait d'une tache principale, 
suivie par une traînée de larges pénombres avec de très petits noyaux. La tache 
principale offrait la particularité suivante : au Sud et sur la pénombre, on voyait 
un objet très brillant, de forme à peu près elliptique et qu'on eût pu prendre non 
pour un noyau de tache, mais pour un noyau lumineux. Était-ce une ouverture 
dans la pénombre, laissant voir en bas la surface du Soleil? Était-ce une facule 
sur la pénombre? ou bien, ce qui est plus probable, n'était-ce pas une éruption 
de matières solaires flottantes dans l'atmosphère de l'astre du jour? Près du bord 
oriental, on remarquait une large facule qui m'a semblé, à plusieurs reprises, por- 
ter ombre. 

Le 12 octobre, à 1*> de l'après-midi, la tache brillante affecta la forme d'une 
queue de comète. On voyait très distinctement à côté une ombre qui semblait pro- 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 35 

jetée par cette sorte de nuage lumineux, La pénombre environnante était plus 

obscure que tout le reste qui enveloppait la tache noire principale. Je crois bien 

qu'il s'agit ici d'une formidable explosion solaire. 

Le 13 octobre, à midi, plus de trace de la tache lumineuse, A la place qu'elle 

occupait, on distinguait deux petits noyaux obscurs. Ces noyaux font croire à des 

cavités laissées dans la masse du Soleil par suite d'une violente explosion de 

matières incandescentes. 

Narciso de Lacerda. 
Astronome à Lisbonne. 

Tnépar nn aérolithe. — On mande de Hot Springs, Arkansas, le 25 novembre, 
au Courrier des États-Unis : 

« Julius Robb, fermier du comté de Montgomery, a été tué instantanément ce 
matin par un météore qui, dans sa chute, a coupé net une grosse branche d'arbre, a 
pénétré ensuite dans une épaule du fermier, en lui traversant le corps de part en 
part, et, obliquement, s'est enfoui profondément dans la terre. Le projectile céleste 
a été déterré dans la journée. C'est une pyrite du volume d'une tasse à thé 
L'incident alarme grandement les habitants de la localité. » 

(Nous serions reconnaissants à nos lecteurs de cette région de vouloir bien nous 
dire si le fait est authentique. ) 

LêA directioii des ballons. — Le 8 novembre dernier, MM. les capitaines 
Renard et Krebs ont renouvelé avec plein succès leur expérience du 9 août {voir 
V Astronomie, p. 361). Le vent soufflait avec une vitesse de %^^ à l'heure. Le 
navire aérien a marché avec une vitesse effective de 25"^" , et, comme dans la 
première expérience, est revenu à son point de départ. Le moteur électrique, 
qui dans les deux premières expériences avait donné une vitesse de 5", 50 par 
seconde, en donne maintenant une de l"'. 

En présentant ce nouveau résultat à l'Académie, M. Hervé-Mangon ajoute : 
« Le problème de la direction des ballons est aujourd'hui pratiquement résolu. 
Les plus sceptiques ne peuvent plus élever un doute. La France possède dès 
aujourd'hui un petit navire de l'air; elle fera construire, dès qu'elle le voudra, le 
vaisseau de ligne de l'Océan aérien ». 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES 

A FAIRE DU 15 JANVIER AU 15 FÉVRIER 1885. 
Principaux objets célestes en évidence pour Tobservation. 

1» CIEL ÉTOILE : 

Pour l'aspect du ciel étoile durant cette période de l'année, et les curiosités de 
la voûte céleste, se reporter soit aux cartes publiées dans la première année de 
la Revue, soit aux descriptions données dans les Étoiles et les Curiosités du Ciel, 



36 L'ASTRONOMIE. 

pages 594 à 635. C'est à cette époque de l'année que le ciel resplendit du brillant 
aspect de ses plus magnifiques richesses. Saturne et Jupiter augmentent encore, 
par leur vif éclat, la beauté des nuits sereines. 

2» SYSTÈME SOLAIRE : 

Soleil. — Le 15 janvier 1885, le Soleil se lève à 7*>5i™ du matin et se couche 
à 4*» 30™ du soir; le 1«" février, Tastre du jour se montre au-dessus de l'horizon 
de Paris à 7*» 32™ du matin, pour disparaître au-dessous à 4*» 56™ du soir; enfin, le 
lever a lieu à 7*»iO°» du matin le 15 février et le coucher à 5*» 19" du soir. La durée 
du jour est de 8^39«» au 15 janvier, 9*»24n» le 1«' février et 10*>9™ le 15 février. Les 
jours augmentent, dans cet intervalle d'un mois, de 41™ le matin et de 49» le soir, 
soit i»»30" au total. 

La difl'érence entre la longueur des matinées et celle des soirées va également 
en croissant : le 15 janvier, matinée 4^9™, soirée 4*>30n», différence 21»; le !•*• février, 
matinée 4*» 28™, soirée 4^56™, différence 28", et le 15 février, matinée 4*» 50™, soirée 
5'>I9™, différence 29™. 

Vers la mi-janvier, la température moyenne terrestre atteint son minimum en 
France. C'est à ce moment que l'écart entre la chaleur que nous recevons du 
Soleil et celle que nous perdons par le rayonnement atteint sa plus grande 
valeur. Puis l'équilibre établi entre la perte et le gain se trouve de nouveau 
rompu au profit du gain; la chaleur reçue chaque jour va en augmentant, car le 
Soleil s'élève rapidement au-dessus de l'horizon. 

La déclinaison australe du Soleil est de 21o2' au 15 janvier et de 12° 30' au 
15 février, ce qui donne un accroissement de 8o32'. 

La lumière zodiacale est fort belle à observer chaque soir, à l'Ouest, peu après 
le coucher du Soleil. 

Lune. — Notre satellite se trouve toujours dans les meilleures conditions pour 
l'observation, car c'est à cette époque de l'année que la Lune atteint sa plus 
grande hauteur : 59*34', le 27 janvier. 

Le 16 janvier, jour de la Nouvelle Lune, on pourra distinguer avec une jumelle 
marine, si le ciel est d'une pureté parfaite, le mince croissant lunaire, moins de 
neuf heures après la néoménie. Mais ce ne sera guère que dans les pays méri- 
dionaux que cette étude pourra être faite. 

Occultations et appulae visibles à Paris, 

Deux occultations et une appulse seront observables dans la première moitié 
de la nuit depuis le 15 janvier jusqu'au 15 février 1885. Nous leur avons ajouté 
celle de X Gémeaux, qui aura lieu le matin, parce que l'étoile est do 4« grandeur. 

!• e Poissons (5,5 grandeur), le 22 janvier, de 5M5- à 6''58- du soir. La disparition 
se produit à l'Est, à !?• au-dessus du point le plus à gauche, et la réapparition au Sud, 
à 22» à droite du point le plus bas dn disque lunaire. L'occultation, visible dans l'Eu- 
rope occidentale, est représentée {pg, 13). 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 



37 



2* B.A.G. 1526 (6* grandeur), le 26 janvier, à 7»'41- du soir. Simple appulse à 0',4 du 
bord de la Lune. Le point du limbe de notre satellite dont l'étoile s'approche le plus est 
situé à 5" à droite du point le plus bas. Les observateurs qui habitent au Sud de Paris 
verront Tétoile d'autant plus éloignée du disque lunaire qu'eux-mêmes sont plus éloignés 
de la capitale. Dans le Nord de la France, môme à quelques kilomètres de l'Observa- 
toire national, en Belgique, en Hollande et dans les Iles Britanniques, il y aura occul- 
tation complète. La durée de cette occultation sera d^autant plus longue pour l'astro- 
nome que son lieu d'observation sera plus éloigné de Paris. C'est ainsi qu'à Londres, 
la durée du phénomène sera de trente-six minutes. 

Z* X Gémeaux {\* grandeur), le 29 janvier, de 2''37- à 3''35"' du matin. L'étoile disparaît 
dans la partie de gauche du disque lunaire, à 42* au-dessus du point le plus oriental et 



Fig. 13. 



Fig. 14. 





Occultation de e Poissons par la Lune, 
le 22 janvier, de 5»» 45- à 6»'58- du soir. 



Occultation de d Lion par la Lune, 
le !•' février, de 8''9" à 9* 5* du soir. 



reparait à droite, à 21** au-dessous du point le plus occidental du limbe de la Lune. 
Cette observation pourra être faite dans la plus grande partie de l'Europe. 

4* d Lion (5* grandeur), le 1" février, de 8''9'" à 9*'5'" du soir. La disparition de l'étoile 
a lieu, comme le montre la fig. 14, à 20* à gauche du point le plus au Sud, et la réap- 
parition à 44* au-dessous et à droite du point le plus au Nord du disque de la Lune. 



Occultations diverses. 

Les nombreux lecteurs de la Revue pourront encore observer, selon les contrées 
de l'Europe et de l'Afrique qu'ils habitent, les occultations suivantes : 

1* Aldébaran (l'* grandeur), le 26 janvier, vers ll^'SO" du matin, heure de Paris, temps 
moyen. Cette brillante étoile est occultée pour la première fois de l'année par le disque 
de la Lune. Malheureusement, en France, nous ne pourrons admirer ce curieux phéno- 
mène, parce que le centre de la Lune sera à 1*3' au nord de l'étoile. Mais dans le Nord 
de la Russie et des États Scandinaves, l'observation sera très facile et fort intéressante. 

2* a Cancer (4* grandeur), le 30 janvier, vers 5'*40* du soir. Dans tout le Nord de 
l'Europe, on pourra étudier le passage du disque lunaire sur cette belle étoile. 

3* Ubands, le 3 février, vers 8''40- du matin, temps moyen de Paris. Le phénomène 



38 L'ASTRONOMIE. 

de Toccultation d*une planète par la Lune est fort rare. Nous ne pourrons que voir, au 
matin, dans le champ de la lunette, les deux astres assez rapprochés, à 1*30' environ. 
Pour nous, la planète sera au Nord du disque de notre satellite. Les habitants de la 
République Argentine, de la Patagonie et du Chili pourront seuls étudier cette occul- 
tation. 

Le 29 janvier, à 2*> du matin, la distance de la Lune à la Terre est périgée : 
363 200"^», diamètre lunaire = 33' 10', 8. 

Le 9 février, à minuit, la distance de la Lune à la Terre est apogée : 405 000^"» ; 
diamètre lunaire = 29' 31 ",4. 

Mercure. — La planète Mercure est toujours visible le matin, dans le ciel de 
rOri«nt, plus d'une heure avant le lever du Soleil. Ce sont là d'excellentes con- 
ditions pour l'observation de la rapide planète. 

Jours. Lever. Passage Méridien. Différence Soleil. Constellation. 

15 Janvier 6»» 18- matin. 10*»41" matin. l''33- Sagittaire. 

19 ») 6 12 » 10 31 » l 35 » 

23 - 6 10 « 10 27 « 1 33 

27 » 6 14 » 10 28 M l 25 

31 » 6 18 » 10 32 ). 1 16 » 

4 Février 6 23 b 10 38 . 15 » 

Le mouvement de Mercure ne cesse d'être direct durant son trajet à travers le 
Sagittaire. Le 28 janvier, vers 11*>30™ du soir, la planète sera visible en Turquie 
et en Perse, à 48' au sud de l'étoile de 3,5 grandeur ?c du Sagittaire. 

Le 24 janvier, vers 10*» du matin, Mercure et Vénus seront visibles dans le 
champ d'une même lunette, Mercure étant à 1<»6' au nord de ïétoile du matin. 
Ce phénomène sera très intéressant à étudier. C'est le 26 janvier, vers 4*» du 
matin, que la planète Mercure atteint sa plus grande élongatîon occidentale : elle 
se montre alors à 24° 51' du Soleil. Le H février, à minuit, la planète se retrouve en 
conjonction avec Vénus, et à 44' seulement au sud de cette dernière. Si le temps 
est bien clair, les deux astres pourront être vus dans le champ d'une même 
jumelle marine. . 

Au 16 janvier, le diamètre de Mercure est de 8", 2 et de 6' au lo** février. 

VÉNUS. — V étoile du matin perd de son éclat, son diamètre n'est plus que de 
ir au l*"* février, tandis que les -^ de son disque deviennent déjà visibles. La 
planète s'éloigne rapidement de nous. Il faut donc se hâter de l'observer. 

Jours. Lever. Passage Méridien. Différence Soleil. Constellation. 

20 Janvier 6^13- matin. 10»'21- matin. l''33- Sagittaire. 

26 » 6 20 > 10 30 » 1 20 » 

1" Février 6 25 » 10 39 » 17 » 

7 » 6 27 » 10 47 ». 57 »> 

13 » 6 28 » 10 55 » 46 » 

Le 17 janvier, Vénus sera en coiyonction avec l'étoile de 4® grandeur \l Sagit- 
taire, à i^ seulement au sud de l'étoile. Le 24 janvier et le 11 février la planète 
se trouvera encore en conjonction avec Mercure. 

Mars. — Toujours invisible. 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 39 

Petites planètes. — Cérès continue à se présenter dans d'excellentes condi- 
tions pour Tobservation et est de plus en plus facile à reconnaître à l'œil nu. 

Jours. Lever de Gérés. Pus&go Méridien. Constellation. 

17 Janvier il'» 5" soir. 5''34" matin. Vierge. 

22 » 10 50 » 5 18 » » 

27 » 10 32 » 5 2 

l"Février 10 15 » 4 45 » »> 

6 » 9 56 » 4 27 >. o 

11 » 9 37 » 4 9 » » 

Coordonnées au 3ljanv. : Ascension droite... 13''31". Déclinaison... 4*54'N. 
» 11 févr. : » « 13 34 » 5 18 N. 

Au 31 janvier, Cérès est éloignée de 30Q millions de kilomètres. 
Pallas est toujours intéressante à observer, le soir, vers minuit, soit à l'œil nu, 
soit à l'aide d'une lunette astronomique munie d'un faible oculaire. 

Joars. Lever de Pallas. Passage Méridien. Constellation. 

17 Janvier 11"» 11- soir. 4''23'" matin. Corbe.au. 

22 w 10 51 » 4 7 » Vierge. 

27 » 10 28 « 3 49 « » 

!•' Février 10 6 « 3 31 »» »» 

6 » 9 40 » 3 11 » » 

11 » 9 15 » 2 52 « » 

Coordonnées au 31 janv. : Ascension droite... 12'' 17". Déclinaison... 9*23' S. 
» 10 févr. : » » 12 18 » 6 51 S. 

Le 3! janvier, la distance de Pallas est de 210 400 000"^™. 
Junon se rapproche très vite de la Terre et peut être découverte aisément avec 
ane jumelle marine. 

Joars. Lever de Junon. Passage Méridien. Constellation. 

17 Janvier 0*'44'" matin. ô*" 15- matin. Vierge. 

22 » 28 » 5 59 » » 

27 » 9 » 5 42 » » 

l"Février 1150 soir. 5 25 » » 

6 » 11 32 » 5 7. » » 

11 » 11 13 » 4 50 » » 

Coordonnées au 31 janv. : Ascension droite... 14'' 11". Déclinaison... 6»55' 8. 
» 10 févr. : » » 14 15 » 6 31 S. 

La distance de Junon à la Terre est de 412 millions de kilomètres, au 31 janvier. 
Vesta s'éloigne de nous et son étude est devenue presque impossible. Le 21 
janvier, cette petite planète se couche à 8*» 22™ du soir. 

Coordonnées au 21 janv. : Ascension droite... 23'' 14". Déclinaison... 10*58' S. 

Jupiter. — Jupiter brille toujours du plus vif éclat pendant chaque soirée. Il 
faut profiter de ces conditions si favorables pour étudier cette belle planète, ainsi 
que les occultations ou éclipses de ses satellites. 

Le l»*" février, à 7*» du matin, Jupiter sera en conjonction avec la Lune, à 4» 9' 
au nord de notre satellite. Ce même jour, le diamètre de la planète sera de 41', 6. 



40 L'ASTRONOMIE. 

Jours. Lev«r. Passage Méridien. Constellation. 

17 Janvier 7'' 43" soir. . 2'' 41*;' matin. Lion. 

21 » 7 25 » 224' » » 

25 » 7 7 » 2 7 » » 

29 M G 48 » l 50 » » 

2 Février 6 30 » 1 32 » » 

G » 6 11 » 1 15 » » 

10 M 5 54 » 57 » » 

14 . » 5 35 » 39 M » 

Le 20 janvier, Jupiter passe à moins de 58' au nord de l'étoile de 4° grandeur 
p Lion. Le mouvement de la planète est toujours r<?trograde. 

Éclipses des satellites de Jupiter. 

18 Janv 10*57»" soir. Immersion du 1«' satellite éclipsé. 

26 » 49 » Immersion 3 b » 

27 » 9 42 soir. » 2 » » 

2 Fév 10 17 soir. u 4 » » 

» » 9 11 soir. Immersion 1 » » 

4 » 19 matin. » 2 » » 

9 » 7 3 soir. » 3 » » 

10 » 11 5 » » 1 » » 

Saturne. — Étudier cette planète et ses merveilleux anneaux avec une lunette 
astronomique munie d'un fort grossissement. 

Jours. Passage M<!ridicii. Coacher. Constellation. 

17 Janvier 9'»19"' soir. 5'' 10" matin. Taureau. 

22 » 8 58 9 4 49 » » 

27 » 8 38 » 4 29 » » 

!•' Février 8 17 » 4 13 » » 

6 J» 7 57 » 3 52 » » 

11 . 7 37 » 3 32 « 1) 

Le 27 janvier, vers 2^ du matin, Saturne se trouve en conjonction avec la Lune, 
à une distance de 3o27' au nord de notre satellite. 

Le diamètre de Saturne est donné plus haut (p. 16). 

UiiANUS. — Les personnes douées d'une bonne vue peuvent apercevoir à l'œil 
nu cette planète qui brille de l'éclat d'une étoile de G° grandeur. 

Jours. Lever. Passage Méridien. Constellation. 

17 Janvier 10''20- soir. 4''25" matin. Vibrqe. 

22 » 10 » 4 5 » > 

27 » 9 40 » 3 45 » » 

l-'Février 9 19 » 3 25 » » 

6 » 8 59 » 3 5 » » 

Il » 8 39 » 2 45 . s 

Uranus a un mouvement rétrograde et son diamètre est de 4', 2 au !««■ février. 
La planète se tient constamment au sud-ouest de l'étoile de 3,5 grandeur?) Vierge. 

Coordonnées au 1*' févr. : Ascension droite... 12*' 11-, Déclinaison... 0*21' S. 

En ajoutant chaque mois ces documents à ceux qui sont publiés plus haut dans 
ïannuaire astronomique et l'agenda, on a entre les mains toutes les données 
relatives à l'étude pratique du ciel, Eugène Vimont. 



CORRESPONDANCE. 




OU 104* 38" 54', et ces incorrections peuvent avoir leurs inconvénients, surtout lorsqu'il 
s*agit de petites quantités. 

Brillant bolide, — M. Max Hollnack, à Bordeauît. a observé, le 4 décembre, à &" 43" 
du soir (heure de Paris), un bolide marchant du S.-S.-O. à E.-N.-E. dont la trajectoire 
a pu être dessinée de a de la Baleine à n d'Orion. Le météore était blanc bleuâtre et a 
augmenté rapidement d'éclat, jusqu'à surpassr de 6 à 8 fois celui de Saturne. La carte 
de sa trajectoire est très précise, et si nous en avons une seconde, d'un autre point, la 
hauteur du bolide pourrait être calculée. 

M. Dauvillier, à Ghuisnes, signale l'apparition d'un magnifique bolide, le 25 octobre 
à 8** du soir. Le météore a éclaté dans le ciel comme une immense fusée, causant une 
grande frayeur à quelques habitants qui crurent leur habitation en feu. 

M. G. Vi.\N, secrétaire de la Société Scientifiq^ue Flammarion à Marseille, signale la 
réapparition des remarquables lueurs crépusculaires qui ont tant attiré l'attention Thiver 
dernier. On les signale également du Havre et de Jersey à la date des 9, 10, 11 et 
12 décembre. 

M. JÉSUS MuNOz Zbbar, directeur de l'Observatoire de Caracas (Venezuela). —Veuillez 
recevoir nos plus cordiales félicitations. Nous suivrons avec le plus grand intérêt la 
marche de vos travaux astronomiques, et celle de TObservatoire. 

M. BiDER, à Madagascar. — Il n'y a aucune étoile de première grandeur dans cette 
région du ciel. Nous ne pourrions vous répondre que si vous nous envoyiez un dessin 
par alignement avec les autres étoiles. 

M. Dadvillier, à Ghuisnes. — Vous serez prochainement renseigné sur l'instrument 
dont vous parlez. 

M. Joseph Rousseau. Directeur de VUnion Scientifique^ à Amiens. — Merci du docu- 
ment que vous nous adressez. Il est en effet très remarquable qu'en 1722 un savant dis- 
tingué, Hartsoêker, ait déclaré que la seule gravitation ne sumsait pas à expliquer le 
système du Monde, mais qu'il y faudrait co'^'îevoir, au moins & l'origine, des mouvements 
giratoires rappelant les tourbillons de Des Qtes, thèse aujourd'hui soutenue par M. Faye. 

M. Gh. Molle, à Evreux. — Votre ler^ a été adressée à M. Gunziger, qui voudra 
bien vous donner les renseignements qu ^ 'vous désirez avoir sur sa lunette de 81"". 

M. Gh. DupuY, îk Nyons, a observé une traînée de feu remarquable le 3 novembre vers 
Q*" du toir. Partie d'auprès e de l'Aigle, cette traînée est allée se perdre à l'horizon dans 
la constellation du Sagittaire, en augmentant de largeur vers la fin de sa course : on a 
estimé cette largeur finale à 5*. Le môme observateur propose d'adapter une mire phos- 
phorescente aux petites lunettes ; cette idée paraît mériter d'attirer rattention. 

M. Belin, à Alger. — La théorie de M. Darwin n'a été donnée qu'à titre d'hypothèse. 
Chacun est libre de ne pas l'accepter. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que les calculs 
qui ont servi à la former sont exacts. Quant au reproche que vous lui adressez de ne pas 
rendre compte de ce fait remarquable aue la Lune nous tourne toujours la même face, 
il n'est nullement fondé. Laplace avait déjà démontré que cette circonstance est due aux 
marées produites anciennement par la Terre sur la Lune. Au reste, relisez le troisième 
alinéa de la page 428. ' 

M. Racinet, à Alençon. — Veuillez recevoir nos vifs remerciements. Mais comme 
déjà nous l'avons dit plusieurs fois ici^ le projet est ajourné et cette Revue a été créée 

{>our réunir d'abord les amis d'Uranie. Vous avez raison; le carré de 23 200 est 538240000; 
'erreur n'avait pas encore été signalée. Merci. 

M. Evotte, à Vincennes. — L'Ouvrage sur lequel vous nous demandez des renseigne- 
inents à propos de la date de la création du monde est du siècle dernier. Vous trou- 
verez un calcul analogue, de l'astronome Hévélius. dans cette Revue, novembre 1884 
page 432, et des études sur l'Histoire de la Terre dans les numéros de septembre et 
octobre. 

Société scientifique Flammarion, à Jaên (Espagne). — MM. Beauval et Gally 
doivent publier prochainement dans la Revue le degré et les lieux de visibilité de toutes 
les éclipses qui auront lieu à dater de ce jour et jusqu'à la fin du vingtième siècle; vous 
aurez dans cette liste celle du 28 mai 1900 et ses circonstances pour TEspagne. 

Un abonné, à Golmar. — L'auteur de V Atmosphère espère toujours prendre très 

8rochai«ement le temps de relire cet Ouvrage et d'en donner une nouvelle édition. — 
in nous a demandé de publier la Revue tous les quinze jours: c'est le surcroît de frais 
qui nous fait hésiter. Tous les abonnés ne supporteraient probablement pas une aug- 
mentation. 

M. A. L., à Toulouse. -- La température de l'espace paraît être, d'après les déduc- 
tions de la Thermodynamique, de 270* au-dessous de zéro. Nous ne connaissons pas d'Ou- 
vrages consacrés à ce sujet spécial. On peut consulter avec fruit La Chaleur de 
Tyndall et les belles études de M. Hirn. 

Un abonné de l'île de Jersey. — Nous répondrons prochainement, dans la Revue à 
votre question d'un intérêt si général. —V Atmosphère n'est pas encore réimprimée 'le 
temps manquant absolument à l'auteur pour la relire. La 10» édition de Lumen vient' de 

Saraître : Récits de l'Infini. Remerciements pour le curieux diagramme du tremblement 
e terre. 

M. M.-H., à Bordeaux. — Les sociétés scientifiques sont difficiles à fonder, plus dif- 
ficiles encore à rendre viables et durables par elles-mêmes On rencontre mille obstacles 
imprévus, venant principalement des personnes qui, à priori, sembleraient devoir être 
les premières à s'unir à nous pour l'instruction publique et le progrès. Le feu sacré 
le dévouement impersonnel, une persévérance infatigable, sont les conditions indis- 
pensables chez le promoteur, lequel, malgré tout, peut encore rester isolé ou être aban- 
donné aux instants critiques. 

M. MuLLER, à Lisclert (Belgique). — Nous ne conseillons pas, en général, les téle- 
scopes de préférence aux lunettes, parce qu'ils peuvent se détériorer plus facilement et 
que la réargenture est un procédé fort délicat. M.ais. pour un savant très soigneux on 
peut les conseiller, d'autant plus qu'à prix égal 1 instrument est plus puissant. Vous 
pourriez choisir le type indiqué dans les Etoiles, page 685. 



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FEB16'885 N»2. 



Février 1885. 




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DE MÉTÉOROLOGIE ET DE PHYSIQUE DU GLOBE, 

DOlfNAlfT LB TABLKAU PBUMAFIBNT 0B8 DftCOUVBRTBS BT DBS PKOQtLÈB RÂALIftÉS 
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La Rbvub paraît le 1*'' de chaque Mois. 



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GAUTHIER-VILLâRS, IMPRlMËUR-LlBRAlRË 

DE l'observatoire DE PARIS, 
Quai des Augustins, 55. 

1885 



SOMMAIRE DO N« 2 (FÉVRIER 1885). 

Ob<ierva:îon4 nouv^Uet aur Satarae et aar ■•■ aaadaiz, par M. ll^xiiv Piivrr, a»lro- 
iiomo à Brigliton (2 IIîçupo»). ^Photographie directe d'un) trombi d figure). — Archéo- 
logie astronomique, par le Prince Paul Poxtiatinx (I flguro). -^ Gonsf ractlon des cadrans 
solaires, par M. Uenhy Amat (6 figures). — La condensation de la nébalense solaire dans 
rhypothète de Laplace, par M. Maurice Foucaé. — Les tremblements déterre de l'Es- 
pagne, par M. C. Flammarion (2 figures). — Nonvelles de la Science. Variétés : l/éclipse 
de Lune. Nuages singuliers. La comète d'Encke. Visibilité de Mercure. La lumière zodiacale. 
Lefi occultations d^Aldcbaran. Recherches photometriques sur Tanneau de Saturne. Tn nou- 
veau pied d'équatorial à la portée de toutes les bourses. — Obserratlons astronomiques, 
par M. E. Vimont (2 figures). Occultation d'Aldébaran, par M. Blot {I figure). 



PRIN CIPAUX ARTICLES PUBLIÉS DANS LA REVUE. 

A. D'ABBADIE, de l'Iostitut. — Choix d*an premier méridien. 

ARAGO (V.). —Le soleU de Minait. 

BERTRAND (J.), de l'Institut. ~Le satelUte de Vénns. 

BOB (A. De), astronome à Anvers. — L*Etoile polaire. 

DAUBRÉE, Directeur de l'Ecole des mines. — Les pierres tombées dn Ciel. 

DENNING (A.), astronome à Bristol. — Obserratlons télescopiqnes de Jupiter, de Vénns, 
de Mercure. 

DENZA(P.), Directeur de l'Observatoire de Moncalieri. — Chute d*un uranoUthe en Italie. 

DETAILLE, astronome. — L'atmosphère de Vénus. -« Nouveiles mesures des anneaux 
de Saturne. — Les tremblements de terre. 

FATE, Président du Bureau des Longitudes. >- NouTcUe théorie du Soleil. — Distribution 
des taches solaires. — Mouvements lents du sol en Suisse. —La formation du sys- 
téme solaire. 

FLAMMARION — Les carrières astronomiques en France. ^ Gon'lltions d'habita- 
bilité de la planète Mars. — Constitution physique âêm comètes. — Une genèse dans 
le ciel. — Comment on mesure la distance du soleil. — Les étoiles, soleils de rinllni.— 
D*où ▼iennent les pierres qui tombent du Ciel? — Les étoiles doubles. — Chute d'un 
corps au centre de la terre — La conquête des airs et le centenaire de Montirolfler. — 
Les grandes marées au Mont Salnt-Mlchel. — Phénomènes météorologiques obser- 
vés en ballon. — Une excursion météorologique sur la planète Mars. — Les flam- 
mes du Soleil. — Les illuminations crépusculaires et le cataclysme de Krakatoa. — 
La planète transneptunienne. — L*è toile du Berger. — L'histoire de la Terre. — Les 
vicâmes de la foudre. 

FORBL (le Professeur). — Les tremblements de terre. 

6AZAN (Colonel). — Les taches du soleil. 

6ÉRIGNT, astronome. — Comment lia lune se meut dans Tespace. — Ralentissement du 
mouvement de la Terre. — La formation du système solaire. — Etudes sélènographi- 
ques. — L'èquatorlal coudé de robservatolre de Paris. — L'héllomètre. — La nais- 
sance de la Lune. 

HENRY, de l'Observatoire de Paris. — Découvertes nouvelles sur Uranns. 

HERSGHEL (A.-S.).— Chute d*un uranoUthe èji Angleterre. 

HIRN, correspondant de rinstitut. — Conservation de Ténergie solaire. — Phénomènes 
produits sur les bolides par Tatmosphère. — La température du Soleil. 

HOUZEAU, Directeur de l'Observatoire d^ Bruxelles. — Le satellite de Vénus. 

HUGGINS, de la Société royale de Londres. — Les environs du Soleil. 

JAMIN, de rinstitut. — Qu*e8t-ce que la rosée ? 

JANSSEN,de rinstitut, directeur de l'Observatoire de Meudon. — La photographie céleste. -> 
Résultats de r éclipse de SoleU du 6 Mai 1888. 

LEM AIRE-TESTE, de l'Observatoire de Rio-Janeiro. — Choix d*un premier méridien. 

LEPAUTE. — Quelle heure est-il? — Le temps vrai, le temps moyen et les cadrans 
solaires. — La chaleur solaire et ses applications Industrielles. 

LESSEPS (de). — Les vagues sous-marlnes, 

MOUCHEZ (amiral), directeur de l'Observatoire de Paris. — Travaux actuels de TObserva 
toire de Paris. — ^Observatoire du Pic du Midi. — Création d*une succursale de l*Ob- 
servatoire. 

MOUREAUX (Th.), météorologiste au Bureau central. — Les Inondations. 

PARMENTIER (général). — Distribution des petites planètes dans Fespace. 

PERROTIN, directeur de TObservatoire de Nice. — La comète de Pons. — La planète Uranns 

PROCTOR, astronome à Londres. — Le Vésuve et ISCHIA. 

RICCd, astronome à TObservatoire de Palerme. — La grande comète de 1882.— La tache 
rouge de Jupiter. — Les taches du Soleil. 

ROCHE (J.), correspondant de rinstitut. —Constitution intérieure du globe terrestre. — 
Variations périodiques de la température pendant le cours de Tannée. 

SCHIAPARELLI, directeur de l'Observatoire de Milan. — Les canaux de la planète Mars 

TACCHINI, directeur de l'Observatoire de Rome. — Statistique des taches solaires. 

THOLLON,de l'Observatoire de Nice. —Mouvements sidéraux. — Éruptions dans le Soleil 

TROUVELOT, de l'Observatoire de Meudon. — La comète de Pons. — Ombres observées 
sur le Soleil. — La planète Mars en 1884. 

VIGAN, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées. — Les marées de la Méditerranée. 

VIMONT. — Observations astronomiques de chaque mois. 



Les communications relatives à la rédaction doivent être adressées à M. C. Flammarion, Direc' 
leur de la Revue, 86, avenue de FObservatoire, à Paris, ou à robservatoire de Juvisy 
ju bien k M. Gérigny, Secrétaire de la Rédaction^ 41, rue du Montparnasse , à Paris. 



^l&n du Journal comporte une grande variété d'articles. Chaque Numéro con^ 

^ descriptions de science populaire rédigées pour les lecteurs qui ne font pas 

ion de science, pour les gens du monde en général; des études plus appro- 

destinées aux astronomes amateurs; et des recherches intéressant les 

urieux de pénétrer de plus en plus les grands problèmes de la nature. 



FEBldiJSS 



— L'ASTRONOKIB. — 



41 



OBSERVATIONS NOUVELLES SUR SATURNE ET SES ANNEAUX. 

La coïncidence d'une position favorable de Saturne avec une succession de 
plusieurs nuits pendant lesquelles les images se sont montrées remarquable- 
ment bien définies est la principale raison qui m'a décidé à publier le résul- 
tat de nombreuses observations effectuées pendant les mois de janvier, février 



Fig. 15. 




Satubne, le 11 février 1884, d'après les observations de M. Pratt. 



et mars 1884. Les circonstances les plus favorables se sont présentées dans 
la nuit du 11 février où j'ai pu retrouver tous les détails que j'avais déjà 
notés précédemment. 

Le dessin que je fis à cette date a été construit d'après des mesures micro- 
métriques; il est reproduit ici, en plus petit, par la fig. \o, (Échelle': 
2"",2 = r.) 

L'instrument qui m'a servi est un télescope de Newton de 0",206 d'ouver- 
ture, monté équatorialement et muni d'un mouvement d'horlogerie. Le mi- 
roir, construit par M. With, donne des disques d'étoiles remarquablement 
petits, et le prisme à réflexion totale est également d'une construction par- 
FÉVEiBR 1885. 2 



42 L'ASTRONOMIE. 

faite. J'ai employé des grossissements de 370, 450 et 500 fois, le plus souvent 
les deux derniers. Toutes les observations de couleur ont été faites à l'aide 
d'une lunette achromatique de Browning grossissant 450 fois. 



LE GLOBE 

— Le 11 février, l'inclinaison de l'axe du côté de la Terre était assez 
grande pour laisser voir plus de 20* de latitude au delà du pôle sud, le paral- 
lèle de 70® de latitude australe se trouvant juste en contact intérieur avec la 
partie australe du bord. 

La partie australe du bord du globe recouvrait exactement la division noire 
entre les deux anneaux (division de Cassini). 

Le bord du disque paraissait généralement un peu plus sombre que les 
régions plus centrales; mais la limite même du bord se montrait certaine- 
ment, quoique très délicatement, estompée, indiquant ainsi rapproche voisine 
de la phase. 

Position des bandes sombres. — Des changements se produisent sans doute 
dans la forme et la disposition des bandes qui sillonnent le disque; mais, à la 
suite d'un examen minutieux et assidu, je suis forcé de conclure que, malgré 
les aspects variés que la planète nous présente, des modifications réelles et 
certaines ne sont à coup sûr ni fréquentes ni rapides. Toutes les fois qu'une 
petite altération m'a paru se produire dans la forme ou la position des bandes, 
j'ai reconnu plus tard que l'aspect habituel ne manquait pas de se retrouver à 
l'aide d'une observation plus soigneuse favorisée par une meilleure défini- 
tion. 

Autrefois, pendant la période où le pôle Nord était tourné vers la Terre, 
j'avais déjà remarqué le même arrangement régulier des bandes de l'hémi- 
sphère boréal. Depuis Tépoque où le pôle Sud de la planète a commencé à se 
montrer du côté de la Terre, f ai constamment retrouvé une disposition des bandes 
australes semblable à celle des bandes boréales, mais dans l'ordre inverse de celui 
que présentait l'autre hémisphère. 

Enfin, à l'époque où l'anneau se montrait par la tranche, les deux systèmes 
symétriques de bandes ont pu être observés simultanément; les positions 
qu'elles occupaient se sont montrées symétriques aussi loin qu'on pouvait les 
suivre au Nord et au Sud de l'Equateur. 

Pour faciliter la comparaison des observations futures, j'ai désigné les 
bandes par les lettres grecques a, p, etc., affectées du signe -h pour Thémi- 
sphère boréal, et du signe — pour l'hémisphère austral, en suivant Tordre 
alphabétique à partir de l'Equateur. 



OBSERVATIONS NOUVELLES SUR SATURNE ET SES ANNEAUX. 43 

La zone équatoriale m'a toujours paru d'une teinte uniforme, sans détails ni 
taches d'aucune espèce; elle s'étend ainsi à la même distance de part et 
d'autre de l'équateur jusqu'à la latitude de 10°. C'est de beaucoup la partie la 
plus brillante du globe : elle se montre d'une couleur crème. 

— a Cette bande, la première au Sud de l'équateur, est la plus intéressante 
de toutes par son caractère varié. La position de son bord boréal, telle qu'elle 
résulte des mesures micrométriques, est par 10* de latitude Sud. Sa teinte 
générale est d'un brun rougeâtre; mais, sur un quart environ de sa largeur 
totale, près du bord boréal, la coloration devient assez intense pour former 
une étroite ligne sombre. Le reste de la largeur, du côté Sud, est d'un ton 
adouci et variable; on y remarque souvent des taches sombres en forme de 
jets de fumée. Le 11 février, j'ai compté six de ces taches, parmi lesquelles 
trois étaient bien évidentes. 

— p, la bande sombre suivante, du côté du Sud, est de la môme teinte que 
la première, mais un peu plus claire. Elle est aussi ondulée, mais d'une façon 
beaucoup moins distincte. Ces ondulations sont surtout visibles sur le bord 
boréal qui paraît être la contre partie de — a; mais, contrairement à cette 
dernière, elle ne renferme pas de taches sombres. 

— Y est une bande encore plus faible, située bien plus loin vers le Sud ; son 
bord boréal est généralement le mieux défini. 

— 8, la quatrième et dernière bande, est plus large que — y, plus difficile à 
voir, et ses bords sont moins bien définis. Ces deux dernières bandes sont 
tellement faibles qu'elles sont généralement invisibles, à moins que l'atmo- 
sphère ne présente une transparence exceptionnelle. Dans ces occasions favo- 
rables, je les ai toujours aperçues, et, autant qu'il est possible d'en juger, leur 
couleur générale est la même que celle des autres bandes. 

Entre chacune de ces quatre band'es, ainsi qu'au sud de — 8 se trouvent 
des zones plus brillantes, d'une couleur jaune brun pâle; chacune d'elles vient 
se fondre plus ou moins doucement avec les bandes obscures, et leur teinte 
générale est plus sombre que celle de la brillante zone équatoriale. 

La région polaire qui se montre entièrement à la vue ne présente aucune 
limite définie; elle s'estompe très doucement avec la zone qui l'entoure, 
dont elle se distingue par sa teinte plus sombre; tandis que près du bord du 
disque, elle contraste avec le bord austral plus obscur encore. La couleur 
générale est gris bleu. 

4- a De chaque côté du globe, les extrémités de cette bande apparaissent 
au-dessus du bord de l'anneau C avec lequel il est facile de les confondre à 
moins que la définition ne soit excellente. Dans ce cas on peut reconnaître 
que l'étendue actuelle de la zone équatoriale au nord de l'équateur est à peu 
près la même qu'au sud. 



44 L'ASTRONOMIB. 



LES ANNEAUX 



Uanneau extérieur est désigné par A, celui du milieu par B, Tintérieur 
transparent par C. 

A. — La ligne noire observée sur cet anneau, et connue sous le nom de 
Division éCEncke^ était très facilement visible pendant les mois de février et 
de mars; quelquefois même, elle s'est montrée exceptionnellement distincte, 
comme je l'avais déjà remarqué à plusieurs reprises pendant Tannée 1883. 
Elle ne m*a jamais présenté l'apparence d'une simple ligne nettement 
définie se détachant sur un fond d'une teinte uniforme, comme on l'a plu- 
sieurs fois figurée. Je l'ai toujours vue très étroite et grise, semblable à une 
ligne d'ombre très délicatement estompée dont la teinte devient parfois plus 
ou moins obscure. J'estime que ce n'est pas une division complète, et qu'elle 
n'occupe pas toujours la même position sur l'anneau. L'éclat de la zone exté- 
rieure de A commence à diminuer vers le milieu, et la teinte se fonce de 
plus en plus à mesure qu'on s'approche de la division d'Encke. Il est remar- 
quable que le même phénomène se reproduit sur la zone intérieure quand 
on s'approche de la division de Cassini. Ces apparences d'ombre ou de quelque 
autre nom qu'on veuille employer pour les désigner sont tout à fait dignes 
de remarque. Le 22 novembre 1881, la division d'Encke se trouvait juste au 
milieu de A ; mais l'apparence striée que présentait l'ombre qui la borde, 
dans les moments où les images étaient le plus nettes, semblait indiquer 
avec une grande probabilité l'existence de plusieurs lignes de même nature 
que cette division. Pendant plusieurs nuits du mois de janvier 1884, cette 
division m'apparut sûrement en dehors du milieu de A du côté de l'exté- 
rieur, tandis que d'autres fois je dus conclure après une observation minu- 
tieuse qu'elle se trouvait en dehors du milieu sur l'une des anses de l'anneau, 
et juste au milieu sur l'autre. 

La Division de Cassini, ou grande séparation entre l'anneau A et l'anneau B, 
m'a toujours paru très sombre ; mais, dans les conditions les plus favorables, je 
ne l'ai jamais vue d'un noir absolu, comparable à l'ombre du globe sur l'anneau. 

B. — Depuis la zone extérieure de cet anneau, qui est toujours très bril- 
lante, la teinte va le plus souvent en se dégradant doucement et légèrement 
jusqu'au bord intérieur, qui paraît très sombre, sans la moindre indication 
de taches ou de détails quelconques. Pourtant, en quelques circonstances, 
j'ai vu de très légères irrégularités dans cette dégradation progressive de la 
teinte. Le 11 février, dans l'intérieur de la zone brillante extérieure, on en 
voyait une un peu plus sombre; dans l'intérieur même de celle-ci l'éclat se 
trouvait légèrement augmenté sur une très petite largeur; et dans cet espace 
même, la teinte s'assombrissait graduellement du côté de l'intérieur. Avec 



OBSERVATIONS NOUVELLES SUR SATURNE ET SES ANNEAUX. 45 

de forts grossissements, le bord intérieur de cet anneau paraît si mal défini 
et tellement confondu avec G qu'il n'est pas facile de préciser où se trouve la 
limite entre les deux anneaux. Malgré tout le soin que j*ai mis à scruter 
cette région, je n'ai jamais pu découvrir de division entre eux deux. La teinte 
générale de B est d'un gris bleu. 

G. — La couleur générale de cet anneau m'a paru être le gris d'ardoise 
mêlé de pourpre sur les anses. Le bord intérieur se montre très nettement 
défini, et cet effet est sans doute augmenté par le contraste subit que produit 
le noir du ciel à travers le vide de l'anse. La teinte générale s'obscurcit gra- 
duellement, mais très certainement, de l'extérieur à l'intérieur, excepté à 
Fendroit où l'anneau recouvre le disque de la planète. Alors c'est l'inverse 
qui se produit, la région intérieure paraissant la plus brillante, tandis que 
le bord extérieur est indistinct et diffus comme s'il était à demi transparent. 
Sur toute sa largeur, l'anneau est visible devant le globe de Saturne, et 
celui-ci se voit au travers, sur toute la largeur également, à l'exception pour- 
tant d'une zone très étroite contiguë au bord extérieur. U est à remarquer 
que le U février, et dans d'autres occasions, cet anneau s'est montré plus 
brillant et un peu plus étroit dans l'anse occidentale que dans l'anse orien- 
tale, comme je l'ai représenté sur le dessin. Quand les images sont très 
bonnes, une sorte de granulation se montre distinctement sur toute son 
étendue, comme si ses dernières particules s'étaient agglomérées en groupes 
juste assez volumineux pour être aperçus de temps à autre d'un seul coup 
d'œil. Mais cette apparence n'est nullement persistante, et il est certainement 
impossible de la représenter par une teinte d'aquarelle uniformément déposée. 

Excentricité des anneaux par rapport au globe. — Quand j'observai le il février 
la différence de largeur entre les deux anses de G, je remarquai que le bord 
intérieur de l'anse occidentale paraissait un peu plus près du globe que celui 
de l'anse orientale. Le 29 février, à 9**, cette excentricité se montra du môme 
côté, mais beaucoup plus accentuée que je ne l'avais jamais observée. Le 
2 mars, à 9^ l'excentricité paraissait moyenne entre les deux valeurs qu'elle 
avait atteintes aux deux dates précédentes. 

Ombre du globe sur les anneaux, — Plusieurs fois, pendant le mois de 
février, j'examinai soigneusement cette ombre à cause de sa forme particu- 
lière. Elle se montrait touchant ou couvrant la division de Cassini qu'elle 
suivait en tournant. Le bord oriental de l'ombre reproduisait exactement le 
contour du globe jusque près de la division de Cassini où il se recourbait 
rapidement vers l'Est avant d'atteindre cette division. Aucune trace d'ombre 
n'était visible sur l'anneau A. 

Section probable des anneaux. — L'épaisseur des anneaux est extrêmement 
exiguë ; leur surface n'est pas parfaitement plane. 



46 L'ASTRONOMIE. 

La forme générale de ces surfaces est indiquée par mes observations de 
Tombre du globe. Après avoir répété ces observations pour toutes les posi- 
tions des anneaux, j'ai essayé d*en déterminer la forme d'une manière 
approchée, en discutant les dessins observés, et en les comparant avec dif- 
férents modèles du globe et des anneaux que j'avais construits à l'échelle et 
que j'exposais à la lumière solaire. Le résultat de cette étude est qu'il n'y a 
qu'une seule forme qui permette de donner aux ombres artificielles la figure 
observée sur les ombres réelles. 

La section ainsi déterminée est représentée (fig. 16). 

Constitution des anneaux. — L'observation, aussi bien que l'analyse mathé- 
matique, indique que la matière dont sont composés les anneaux est à l'état 
de courants circulaires de particules solides. 

On a bien souvent observé depuis Short et Kater jusqu'à l'époque actuelle 
que l'anneau extérieur A montre une tendance plus marquée que les autres 
à la disposition en stries. J'ai pu constater cette circonstance avec une évi- 
dence extraordina^ire, le 22 novembre 1881, et plusieurs fois depuis. De 

Fig. m. 

B I , ^, , , 

Section probable des anneaux de Saturne. 

môme, mais seulement à une époque récente, on a remarqué que l'anneau 
intérieur C paraissait présenter la tendance la plus marquée vers la granu- 
lation. 

Les observations ont aussi montré, par l'étude des ombres du globe, que 
la plus grande épaisseur de chaque anneau se trouve auprès de son bord externe. 

A ces résultats d'observation on peut ajouter la considération que la 
portion extérieure de l'anneau est sans doute occupée par les particules les 
plus volumineuses et les plus lourdes, et qu'au contraire les particules les 
plus petites et les plus légères composent les régions intérieures. 

De cette étude attentive je crois pouvoir tirer les conclusions suivantes : 

Le maximum d'éclat coïncide avec le maximum d'épaisseur, près du bord 
extérieur de B. 

Le maximum d'obscurité de teinte coïncide avec la région la plus mince 
qui est le bord intérieur de C. 

La plus grande tendance à la disposition en stries coïncide avec la position 
des particules les plus lourdes en A. 

La plus grande tendance à la granulation coïncide avec la position qu'oc- 
cupent probablement les particules les plus légères, dans l'anneau intérieur C. 

De ces remarques, on peut inférer que la matière qui compose l'anneau B # 



PHOTOGRAPHIE DIRECTE D'UNE TROMBE. 47 

est moins propre que celle des autres anneaux à prendre nettement le carac- 
tère de la granulation ou de la stratification, et conclure que les influences 
de la gravité qui agissent sur le système des anneaux produisent lentement, 
mais continuellement, toutes ces variations d'éclat, de couleur et de structure 

qu'il nous est donné d'observer. 

Henry Pratt, 

Astronome à Brighton, 
Membre de la Société Royale astronomique de Londres 



PHOTOGRAPHIE DIRECTE D'UNE TROMBE. 

M. Holden, le savant Directeur de l'Observatoire Washburn (Madison, 
Wisconsin), a bien voulu nous communiquer la photographie directe d'une 
trombe, qui est passée, le 28 août dernier, à 4 heures de Taprès-midi, a 35''" à 
rOuest de la ville, marchant dans la direction du Sud-Est avec une vitesse de 

Fig. 17. 




Trombe observée aux Etals-Unis, diaprés une photographie. 

64^"* à l'heure. Emportée par cette vitesse effroyable, la trombe a détruit sur 
son passage tout ce qu'elle y a rencontré: arbres, maisons et habitants, sur une 
largeur de 90" environ. Nous reproduisons (fig. 17) ce document intéressant, 
la première photographie de ce genre qui existe, certainement. 

Le tornado attaque le sol par son extrémité inférieure ; ses gyrations violentes 
y soulèvent des torrents de poussière, lançant autour de lui tous les objets 
plus ou moins légers qu'il a frappés et détachés du sol. 



48 L'ASTRONOMIE. 

ARCHÉOLOGIE ASTRONOMIQUE. 

Monsieur le Directeur, 

Vos recherches sur les changements de forme des constellations par les mou- 
vements propres des étoiles et vos études sur TAstronomie ancienne m'engagent 
à vous soumettre le fac-similé d*un dessin astronomique fait sur un polissoir en 
ardoise trouvé dans mes terres de Bologoë, près du lac de ce nom, dans la couche 
néolithique. 

Cet antique objet du temps de l'âge de pierre, datant d'une époque inconnue, 
porte, comme on le voit sur ce dessin (de grandeur naturelle), les sept étoiles 
caractéristiques du Septentrion, ainsi que d'autres étoiles qui me paraissent 

Fig. 18. 



( 

Étoiles de la G<*?0upse. 




, de. 


LévHers. 


W 


. du 


Bouvier. 


\ 


M du 


Dpa|bn. 


\ 




B 

Étoiles du nord gravées sur un polissoir du temps de l'âge de pierre, trouvé en Russie. 

appartenir d'abord à la Grande Ourse elle-même, ensuite aux Chiens de Chasse, 
au Bouvier et au Dragcn. 

L'étoile Ç de la Grande Ourse est marquée double, et il en est de même de 
l'étoile a des Chiens de chasse. L'étoile a de la Grande Ourse est, comme les 
deux dont je viens de parler, plus grosse que les autres. 

Il y a, entre a et S, entre 5 et s, et près de Ç, trois étoiles assez grosses que Ton 
ne voit plus au ciel. Les autres sont plus petites. Ces diverses étoiles ont-elles 
changé de grandeur depuis les temps préhistoriques ? 

La configuration des sept étoiles du Chariot est-elle une inexactitude de l'ou- 
vrier préhistorique, ou correspondrait-elle à une figure réelle remontant à une 
époque très reculée ? 

La ligne AB peut marquer l'horizon. La ligne CD n'indiquerait-elle pas la direc- 
tion du pôle à l'époque où les étoiles X, x du Dragon étaient polaires? 

Les autres étoiles gravées ont-elles jamais été visibles à l'œil nu ? 

L'étude du Ciel paraît avoir été apportée en Russie par les proto-Scythes. Ces 
étoiles ne sont-elles pas mieux visibles en d'autres contrées de la migration asia- 
tique? 

Veuillez agréer, etc. Prince Paul Pontiatinn. 

La communication précédente est du plus haut intérêt, et nous remercions le 



ARCHÉOLOGIE ASTRONOMIQUE. 49 

prince Pontiatinn de nous Tavoir adressée. Elle soulève, en effet, plusieurs pro- 
blèmes. 

Et d^abord, la forme des constellations changeant avec le temps, on a pu voir, 
dans notre Astronomie populaire (p. 794), quelle était la disposition des sept 
étoiles du Chariot il y a cinquante mille ans, et quelle elle sera dans cinquante 
mille ans. Si un dessin de la Grande Ourse avait été fait il y a cinquante mille ans, 
quarante mille ou seulement vingt-cinq mille, il différerait assez de nos dessins 
actuels pour que nous puissions lui assigner une date approchée. Les mouve- 
ments propres dont ces sept étoiles sont animées ont pour effet principal de 
relever de siècle en siècle l'étoile tj vers le prolongement de la ligne presque 
droite et peu variable SsJ, et de l'éloigner des six autres, auxquelles elle est, du 
reste, étrangère par son origine. Or on peut remarquer que, sur le dessin du 
polissoir, la position de l'étoile t^ n'est pas très différente de sa position actuelle, 
pas plus que celle de a, dont le mouvement propre est également contraire à 
celui des cinq autres. Donc, à ce point de vue, aucune date ne peut être donnée 
par l'Astronomie pour l'époque de ce dessin. Un berger pourrait encore aujour- 
d'hui le faire précisément tel qu'il est là. 

Voyons maintenant les deux étoiles marquées doubles, Ç de la Grande Ourse et 
a des Chiens de chasse. Que la première le soit, cela n'a rien de surprenant, 
puisque toutes les bonnes vues distinguent Alcor à côté de Mizar ( Alcor n'est pas 
à sa place, mais il n'y a pas lieu d'être trop exigeant). Quant à a des Chiens do 
chasse, elle est bien vraiment une étoile double, mais il est impossible à l'œil nu 
d'effectuer le dédoublement. Elle se compose d'une étoile de 3,2 et d'une de 5,7. 
Celle-ci serait perceptible à l'œil nu si elle n'était pas éclipsée dans les rayons 
de oc; mais sa distance est de 20^, et il faudrait que cette distance fût au moins 
dix fois plus grande pour permettre la séparation à l'œil nu. Or, dans l'antiquité, 
le compagnon a-t-il été plus éloigné que de nos jours de l'étoile principale? Non. 
Depuis plus d'un siècle que nous avons les yeux fixés sur ce couple, l'écartement 
. de 20' n'a pas varié. Un siècle n'est rien sans doute; mais ce couple forme un 
système physique emporté dans le ciel par un mouvement propre très rapide, et 
les deux composantes marchent d'un commun accord. Donc le compagnon n'a 
jamais été visible à l'œil nu. Sans doute l'allongement de l'étoile sur le dessia 
avait une autre signification. Nous ne pouvons guère admettre l'existence d'in- 
struments d'optique, tous les documents anciens s'accordant pour prouver que le 
verre n'a été appliqué pour la première fois aux observations célestes qu'au 
commencement du xvii« siècle, et celui-ci ne présentant point les caractères 
d'une précision scientifique. 

L'étoile qui est marquée sur le prolongement de Sy Grande Ourse est l'étoile x* 
Celle qui est au-dessus de a est X du Dragon et sa voisine de gauche est x de la 
même constellation. Les trois voisines de t^, à gauche, sont 8, x et t du Bouvier. 
Au-dessous de t), près du bord, ce doit être X Bouvier. Entre a Chiens de chasse 
et X Grande Ourse, la première est probablement 8 des Chiens de chasse. Les 
autres ne peuvent pas être identifiées; il n'y a même pas d'étoiles de 6« et 7« gran- 



50 L'ASTRONOMIE. 

deur aux positions gravées, et des étoiles qui existent au ciel ne sont pas indi- 
quées. Le document, d'ailleurs, no présente pas de caractère scientifique déter- 
miné. C'était peut-être une amulette des premiers pasteurs. La représentation 
des sept astres du Septentrion n'est pas rare chez les anciens. En visitant, il y a 
une dizaine d'années, les solitudes bretonnes des environs de Guérande et du 
bourg de Batz, nous avons remarqué sur les rochers un grand nombre de dessins 
faits par trous sur les rochers, parmi lesquels on reconnaît entre autres la Grande 
Ourse et Cassiopée. Nous possédons au musée de l'Observatoire de Juvisy un 
ancien sabre d'exécuteur japonais, près de la garde duquel sont gravées, d'un 
côté, la Grande Ourse, et de l'autre, Cassiopée. Ce sont là des représentations pri- 
mitives, dont ridée toute naturelle est directement inspirée par le spectacle du 
ciel. Que l'artiste qui s'est complu à représenter ces étoiles sur la pierre ou sur 
le bronze y ait ajouté des points qui n'existent pas au ciel, on ne saurait en tirer 
de conjectures en faveur de changements arrivés dans l'Univers. 

L'aspect de la Grande Ourse et de toute cette région du ciel est le même pour 
tous les pays du Nord, depuis la France jusqu'au détroit de Behring. 

La ligne joignant a à X, qui est à peu près parallèle à la ligne CD, aboutissait 
au pôle nord au commencement de notre ère, et la ligne menée de a à x douze siè- 
cles avant notre ère. Si donc on considérait la ligne CD comme indicatrice du nord, 
le document ne remonterait pas au delà du commencement de Tère chrétienne. 

Quoi qu'il en soit, c'est là un document rare et intéressant ( unique jusqu'à pré- 
sent à notre connaissance) et Ton ne saurait trop remercier ceux qui découvrent 
ces vestiges des âges disparus de les faire connaître, afin qu'étant publiés ils 
apportent leur élément au progrès général des connaissances humaines. 

CA&dLLE Flammarion. 



CONSTRUCTION DES CADRANS SOLAIRES. 

Nous recevons de M. âmat, ancien député des Bouches-du-Rhône, membre 
de la Société scientifique Flammarion de Marseille, auteur du monument cosmo- 
graphique que tous les amis de la Science admirent au jardin de la Bourse de 
Marseille, un exposé très concis et tout à fait pratique sur la construction des 
cadrans solaires. Nous sommes heureux de lui donner place dans cette Revue : 
ce travail répond aux vœux d'un très grand nombre de lecteurs. 

Existe-t-il un procédé simple et facile pour établir des cadrans solaires? Ce qui 
est facile aux uns est difficile à d'autres. Le travail aplanit les difficultés. 

L 

Il suffit des premières notions de cosmographie pour comprendre que si Ton 
prenait comme cadran le plan de l'équateur terrestre et comme style l'axe du 
monde, le Soleil y marquerait les vingt-quatre heures de la journée en divisant 
le cercle en vingt-quatre arcs égaux, de 15o, ayant leurs sommets au centre, 
au point d'insertion de l'axe. 



CONSTRUCTION DES CADRANS SOLAIRES. 51 

Cette hypothèse est moins difficile à réaliser qu'il ne le semble. D'abord, point 
n*est besoin de donner à votre cadran usuel un diamètre de 12750^ comme celui 
de la Terre; s'il vous suffit d'un mètre ou d'un décimètre, le tracé des lignes 
horaires restera le même. 

Il n'est pas nécessaire non plus que votre cadran soit précisément à l'équateur. 
Les effets et le tracé ne seront pas changés, quand même il en serait éloigné de 
quelques mètres, ou de quelques milliers de kilomètres, cette distance n'étant 
qu'une quantité négligeable comparativement aux 148 millions de kilomètres qui 
nous séparent du Soleil. 

Vous pouvez opérer en un point quelconque de la Terre ; pourvu que votre 
cadran soit parallèle à l'équateur et votre style parallèle à l'axe du monde, vous 
vous considérerez comme étant à l'équateur, et vous tracerez vos lignes en con- 
séquence, angles égaux, de 15* pour les heures, de 7»30' pour les demi-heures, et 
ainsi de suite. 

II. 

Si donc vous désirez un cadran équatorial, vous n'avez qu'à l'incliner sur 
votre horizon d'un angle complémentaire de la latitude, et à le traverser perpen- 
diculairement par un style destiné à y marquer l'heure sur ses deux faces, l'une 
d'hiver, l'autre l'été, selon que le Soleil est dans l'hémisphère austral ou dans 
l'hémisphère boréal. 

Pour qu'il fonctionne, il suffit de le poser, en en dirigeant le style vers le Nord. 
Une bonne montre, un chronomètre et une table de l'équation du temps vous 
indiqueront à midi vrai le plan du méridien, par l'ombre du style perpendiculaire 
au cadran. Vous ajusterez le style dans ce plan, et vous lui donnerez l'inclinaison 
voulue en l'abaissant sur l'horizon d'un angle égal à la latitude de la localité. A 
Paris, le style fait avec l'horizon un angle de J8<»50', à Marseille de 43» 18', à Alger 
de 360 47'. 

Le même cadran équatorial est apte à fonctionner sur tous les points du globe 
il n'y a dans chaque localité qu'à incliner le style sur l'horizon d'un angle égal à 
la latitude. 

III. 

Mais ce n'est pas un cadran équatorial que l'on demandera le plus souvent. 

La page ci-contre fournit le moyen d'établir, sans beaucoup de préparation 
ni d'appareils scientifiques, un cadran solaire sur une surface quelconque, verti- 
cale^ horizontale ou inclinée; méridionale, déclinante ou septentrionale; plane, 
arrondie ou anfractueuse. 

Il s'agit uniquement de poser le style à la place où on le veut, en bien obser- 
vant ces deux conditions : qu'il soit dans le plan du méridien et qu'il forme avec 
l'horizon un angle égal à la latitude. 

Le style ainsi définitîvement posé, il n'y a plus rien à faire qu'à attendre le pre- 
mier jour de soleil, et à tracer, d'après une bonne montre aux indications de la- 
quelle vous ajouterez l'équation du temps pour convertir le temps moyen en 



52 



L'ASTRONOMIE. 



temps vrai, les lignes horaires telles que le Soleil les marquera lui-même par 
l'ombre du style. 

Ce tracé de cadran sera et restera exact pour to^jours, d'autant plus exact 
qu'on aura apporté plus d'attention et de soin dans les courtes opérations décrites. 
L'ombre du style s'allongera ou s'accourcira suivant les saisons, suivant la décli- 
naison du Soleil, mais elle reviendra au même jour, à la même heure, recouvrir 
la même ligne horaire. 

IV. 

Mais, dites-vous, je voudrais dessiner les lignes horaires dans le silence et 
le recueillement de mon bureau, sur ma table de travail, et non sous la dictée du 
Soleil. Vous le pourrez parfaitement; voici un procédé assezsimple. Il faut tou- 
jours qu'on vous donne la latitude et la déclinaison du cadran, puisque les angles 
du dessin en dépendent. 

Prenons le cas le plus fréquent : un mur vertical, d'un azimut inconnu, 



Fig. 19. 



Fig. 20 





Mur vertical. 



Planche horizontale. 



celui d'une maison à la ville ou à la campagne : telle est la place où d'ordi- 
naire on songe à établir un cadran. 

Tracez-y une droite verticale PM (fig. 19); ce sera la ligne horaire de midi. 

Vers le milieu de cette verticale, au point H, appliquez contre le mur une 
planche horizontale. 

Âmidi vrai, marquez sur cette planche l'ombre aboutissant à la droite verticale, 
à la lettre H, ombre projetée par un fil à plomb tendu entre la planche et le Soleil. 

Cette ombre, cette ligne SH, est votre méridienne horizontale [fig. 20). 

Plantez le style sur un point quelconque P de l'horaire verticale. Il faut que 
le style aboutisse à la méridienne horizontale HS, et qu'il fasse avec elle un angle 
égal à la latitude de la localité. Le point que nous avons appelé S (flg. 20) est celui 
de la méridienne où aboutit ainsi le style. 

De ce point 8 tirez sur la planche une perpendiculaire S6 à la méri- 
dienne SH, et prolongez-la jusqu'au mur, où vous marquez son point de con- 
tact 6. 

Maintenant, de ce même point S, abaissez dans le plan vertical du méri- 



CONSTRUCTION DES CADRANS SOLAIRES. 



53 



dien (fig,2i) une perpendiculaire SM au style SP, et faites descendre cette droite SM 
jusqu'à la rencontre du mur, jusqu'à l'horaire verticale, où vous marquez le point 
d3 contact U(fig, 19 et 21). 

Les quatre lignes ainsi obtenues dans le plan méridien, PM, SH, PS et SM, en 
donnent la coupe dessinée (fig, 19). 

Pour tracer SM, vous appliquez contre le mur le triangle PHS (fig, 19), en le 
faisant tourner comme sur une charnière autour de PH. 

S'il vous plaît de vérifier par la Trigonométrie la longueur S M, tangente du 



Fig. 21. 



/ 



. Coupe selon le plan méridien. 

rayon PS, l'angle P, complémentaire de la latitude, c'est-à-dire à Paris de 41ol0', 
vous donne pour logarithme 9,94171 et pour nombre 0,8744; la longueur de SM y 
sera donc les 874 millièmes du style PS. 

Tirez sur le mur par les deux points de contact M et 6 une droite indéfinie, qui 
sera l'équinoxiale (/ig. 21). 

La coupe selon MS6 (/i^f. 22) est parallèle à Téquateur et nous présente un 

Fig. 22. 

I 1'^ ' 



6.J 



Coupe parallèle à Téquateur 

cadran équatorial desservi par le même style PS. Nous connaissons de cet équa- 
tonal les deux lignes horaires, de midi, SM, et de 6»», S 6. Son style, son centre 
de figure est en S. 

Pour en compléter le dessin plus commodément, rabattons-le sur le mur, en le 
faisant tourner autour de l'équinoxiale M 6 comme sur une charnière. 

A cet effet, de M, avec un rayon égal à MS, et de 6 avec^un rayon égal à 68, 



54 



L'ASraONOMIE. 



traçons deux arcs de cercle, qui se couperont en G, centre de figure de Téquato- 
rial ainsi rabattu (fîg. 23). 
Ses lignes horaires formeront des angles égaux ayant leur sommet commun 

Fig. 23. 




Le mur. 

en C. Les deux déjà tracées, CM et C6, midi et six heures, font un angle droit, 
puisqu'elles sont à six heures Tune de l'autre 

Un grand cercle, ayant C pour centre (fig. 24), nous sert à mesurer nos angles 
de 15o pour l'heure, de T^SO' pour la demi-heure, de 15' pour la minute. 

Nous faisons aboutir toutes les lignes horaires de l'équatorial à la droite équi- 
noxiale sur laquelle nous en marquons tous les points de contact. 

Enfin, du style P planté dans le mur, nous abaissons des droites sur tous ces 

Fig. 24. 




Cadran vertical Sud-Ouest 

points de contact de l'équinoxiale. Ce sont les lignes horaires cherchées pour le 
Cadran vertical. 

Notre dessin étant complet, nous effaçons le cadran équatorial , tracé en poin- 
tillé, dont nous n'avons plus besoin, et nous donnons aux lignes horaires du 
vertical les longueurs qui nous conviennent. 



LA CONDENSATION DE LA NÉBULEUSE SOLAIRE. 55 

V. 

Souvent on tiendra à ce que le cadran, qui marque toujours l'heure temps vrai, 
marque aussi l'heure temps moyen, Theure des horloges, celle qui est en usage 
dans les relations du monde. Elles ne concordent que quatre fois l'an, et leur 
différence, graduée d'un jour à l'autre selon Tellipse de l'orbite terrestre et la 
vitesse de translation, s'élève à plus de seize minutes le 3 novembre. 

On peut faire marquer au cadran Theure de midi temps moyen en traçant le 
long de l'horaire midi une sorte de 8 très allongé, nommé Méridienne du temps 
moyen. Un 8 analogue pourrait de même s'adapter à toutes les heures. La des- 
cription du procédé, qui comprend le tracé des hyperboles quotidiennes, nous 
entraînerait un peu loin. 

Au Physiorama de Marseille, quoique nous ayons mis la méridienne du temps 
moyen sur l'un des douze cadrans, nous avons néanmoins gravé un résumé en 
vingt-cinq lignes des différences du temps moyen au temps vrai, afin qu'on puisse 
y régler sa montre à toute heure, en ajoutant ou retranchant l'équation du 
temps. 

Une table de ces différences est en effet l'accessoire obligé du cadran solaire, 
si l'on n'est pas disposé à se contenter d'un à peu près de quelques minutes, et si 
Ton ne veut pas prendre la peine d'y tracer le 8 rectificatif. Cette table de 
l'équation du temps a été publiée dans cette Revue, septembre 1882, page 244^ pour 
toutes les années, simples ou bissextiles. 

Henri Amat. 



LA CONDENSATION DE U NÉBULEUSE SOLAIRE 

DANS L'HYPOTHfiSE DE ULPLAGE. 

Aucune des personnes qui s^intéressent aux travaux des astronomes français, 
n'ignore que M. Faye vient de publier un livre des plus intéressants, où il passe 
en revue les principales théories cosmogoniques par lesquelles, aux différentes 
époques de l'histoire, on a cherché à se rendre compte de la formation du monde 
qui nous entoure (>). Ce n'est pas à nous qu'il appartient de faire l'éloge des 
ouvrages de M. Faye et ce serait faire injure aux lecteurs de V Astronomie que 
de leur rappeler les qualités de science, de style et d'érudition qu'ils ont pu 
tant de fois apprécier par eux-mêmes dans les nombreux ouvrages de l'éminent 

(•) H. Faye, membre de l'Institut. — Sur Vorigine du monde. In-8% 1884 (Paris, 
Gauthier- Yillars). -^ Nous ferons des réserves expresses sur les théories excessives 
émises par M. Faye à propos de la Pluralité des mondes : pour répondre à plusieurs 
centaines de lettres, notre devoir sera de les réfuter ici même. Mais cette réfutation 
est déjà toute faite dans les Terres du Ciel, et nous n'avons pas un mot à y retrancher 
Nous en aurons plusieurs à ajouter, malgré tout le respect et toute la sympathie que 
nous éprouvons pour le vénéré Président du Bureau des longitudes. G. F. 



56 L'ASTRONOMIE. 

astronome; mais, comme ce livre ne peut manquer d'attirer l'attention des lec- 
teurs, [nous croyons utile de préciser certaines considérations mécaniques qui 
jouent un grand rôle dans les critiques que fait M. Fa^^e des théories de ses 
devanciers, d'autant plus que des considérations semblables nous ont suggéré 
des réflexions qui ont été jugées assez intéressantes pour être présentées à 
l'Académie des Sciences dans une de ses dernières séances. 

Il y a, dans l'Ouvrage dont nous parlons, un théorème de Mécanique dont l'af)- 
plication se présente à chaque instant. C'est le théorème du Moment des quan- 
tités de mouvement. Voici exactement en quoi il consiste : Prenez à un instant 
quelconque la vitesse de chaque molécule du système solaire et projetez-la sur 
un plan arbitraire, mais fixe pour tout le système et pour toute la durée, et que 
vous ferez passer par le centre du Soleil. Multipliez cette projection par la masse 
de la molécule correspondante et le produit par la distance de cette projection au 
centre du Soleil ; enfin faites la somme des produits ainsi obtenus pour toutes les 
molécules du système. La somme que vous trouverez ainsi doit rester absolu- 
ment constante quelles que soient les modifications que puisse subir le système. 

Ce théorème est d'une importance capitale : il tient à ce que le Système Solaire 
ne subit pas d'autres influences que les actions mutuelles de ses parties, de sorte 
que toutes les forces qu'on y rencontre ou bien passent par le centre du Soleil, 
ou bien sont deux à deux égales et opposées comme actions et réactions de deux 
points des masses planétaires. La somme qui doit ainsi rester constante s'appelle 
somme des moments des quantités de mouvement. 

On conçoit évidemment que cette somme ne soit pas aisée à calculer. On peut 
cependant en avoir assez facilement une valeur approchée, et en tous cas une 
limite supérieure. Il faut tenir compte du mouvement des planètes et de leurs 
satellites autour du Soleil, et du mouvement de rotation de celui-ci. Or, les pla- 
nètes circulent à peu de chose près dans le plan dé l'équateur solaire; on peut 
supposer qu'elles restent dans ce plan et prendre alors ce plan pour plan fixe de 
projection. On peut aussi supposer toute la [masse de chaque planète et de ses 
satellites condensée au centre de gravité commun du petit système, on peut enfin 
supposer les orbites circulaires; on simplifiera ainsi le calcul sans altérer nota- 
blement le résultat. Or les masses des planètes sont connues ainsi que leur 
vitesse et leur distance au Soleil. On trouve de la sorte les résultats suivants, en 
prenant pour unité de temps le jour moyen, pour unité de longueur la longueur 
du rayon de l'orbite terrestre, et pour unité de masse la masse du Soleil : 

Ç 2 wx 0,000 000 000 3 

*9 2 itx 0,000 000 005 6 

Ô 2 11X0,000 000 008 4 

cf 2 11X0,000 000 0011 

^ 2 ic X 0,000 005 950 

ï) 2 11X0,000002 396 

IS^ 2 11X0,000000 488 3 

« 2 1CX 0,000 000 761 9 

Dont la somme est : 2 ic x 0,000 009 611 6 



LA CONDENSATION DE LA NÉBULEUSE SOLAIRE. 57 

Pour le Soleil le calcul est bien plus difficile; la difficulté tient uniquement à 
ce que nous ne savons pas comment la matière se trouve répartie dans son inté- 
rieur. Nous avons d'excellentes raisons pour penser que les régions centrales 
sont beaucoup plus denses que les zones superficielles, mais nous ignorons tota- 
lement suivant quelle loi les densités s'y succèdent du centre à la surface. Il faut 
faire une hypothèse pour entreprendre le calcul. Or la supposition la plus simple 
consiste à considérer le Soleil comme une sphère homogène. Remarquons que 
cette supposition nous fera trouver un nombre trop grand. En effet, supposer 
homogène une masse qui est réellement condensée vers son centre, revient à 
transporter des molécules à une distance plus grande du centre. Or, le Soleil 
tournant sur lui -même d'un mouvement d'ensemble, les molécules ainsi trans- 
portées, outre qu'elles deviennent plus distantes de l'axe de rotation, se trouvent 
par cela même animées d'une vitesse plus rapide, ce qui augmente nécessaire- 
ment le produit que nous voulons calculer. Dès qu'on suppose le Soleil homogène, 
le calcul se réduit à un problème très simple do calcul intégral, et Ton trouve 
facilement, puisqu'on connaît la vitesse de rotation du Soleil, le nombre : 

2 «x 0,000 000 353 8 

On remarquera que ce nombre est environ 30 fois plus petit que le précédent. 

En rajoutant au précédent, on a finalement pour le moment total des quan- 
tités de mouvement du système solaire tout entier : 

2 îix 0,000 009 965 4 

On pourrait objecter que nous avons négligé les petites planètes et une foulo 
de masses inconnues qui peuvent circuler autour du Soleil. Mais la masse totale 
des petites planètes est tout à fait insignifiante, et, quant aux corps inconnus, il 
est peu vraisemblable qu'il en existe des masses bien considérables. Du reste le 
tableau précédent montre que les grosses planètes ont seules quelque importance 
dans le résultat définitif, si bien que nous aurions pu nous dispenser de calculer 
les nombres relatifs à Mercure, Vénus, la Terre et Mars. Enfin la supposition 
d'un Soleil homogène a augmenté le résultat. La seule objection sérieuse qu'on 
pourrait élever contre le nombre précédent résiderait dans la supposition do 
l'existence d'une ou plusieurs grosses planètes situées au delà de Neptune. Mais 
on verra par la suite que nous n'avons pas à nous inquiéter pour notre objet des 
planètes extraneptuniennes si elles existent, car dans l'hypothèse de Laplace 
ces planètes auraient été formées avant Neptune, et, pour restreindre notre étudo 
aux planètes connues, nous prendrons la nébuleuse à l'époque où elle a abandonné 
l'anneau qui devait constituer la planète Neptune (»). 

(•) En réalité, l'hypothèse de Texistence des planètes extraneptuniennes de masses 
considérables donnerait lieu à une discussion un peu plus détaillée. Les personnes 
auxquelles la Mécanique céleste n'est pas absolument étrangère reconnaîtront 
facilement que les distances moyennes de ces planètes n'ayant pu varier sous l'action 
des perturbations planétaires, leur moment de quantités de mouvement est resté inva- 
riable, de sorte qu'une pareille hypothèse ne modifierait en rien les raisonnements et 
les conclusions qui suivent. 



58 L'ASTRONOMIE. 

Le nombre 

2 ic X 0,000 009 965 4 
OU approximativement 

2irx0,000 0l 

doit donc être considéré comme représentant une limite supérieure du moment 
total des quantités de mouvement du Système Solaire limité à Neptune. A aucune 
époque de son histoire ce système n'a pu posséder un moment supérieur. Or. si 
nous voulons calculer ce qu'était le moment des quantités de mouvement de la 
nébuleuse solaire quand elle s'étendait jusqu'à l'orbite de Neptune et tournait sur 
elle-même avec la vitesse angulaire actuelle de cette dernière planète, il nous 
faut faire une hypothèse sur sa constitution. En la supposant homogène, le calcul 
se fera facilement car on en connaît la masse, qui est à peine supérieure à celle 
du Soleil, la vitesse de rotation qui est la même que la vitesse angulaire de révo- 
lution actuelle de Neptune, et les dimensions puisqu'elle s'étendait alors jusqu'à 
l'orbite actuelle de Neptune. On trouve : 

2 it X 0,006 

résultat 600 fois plus grand que le précédent et 17 000 fois plus grand que celui 
qui correspond au Soleil. Si tel avait été le moment primitif de la nébuleuse, il 
devrait se retrouver aujourd'hui presque entier dans le Soleil puisque le mouve- 
ment des planètes n'en renfermerait que la 600« partie, et le Soleil tournerait 
par conséquent aujourd'hui 17 000 fois plus vite qu'il ne le fait réellement. 

Il faut donc changer les données du calcul relatif à la nébuleuse jusqu à ce que 
le résultat devienne 600 fois plus petit. Or on ne peut songer à diminuer ni la 
masse, ni la vitesse qui sont bien connues. Il ne reste donc plus d'autre moyen 
que de supposer que la nébuleuse primitive, loin d'être homogène, était déjà for- 
tement condensée vers le centre : nous avons déjà fait remarquer à propos du 
Soleil qu'une condensation vers le centre aurait pour effet de diminuer le moment 
total du mouvement. 

Si donc on veut conserver l'hypothèse de Laplace, il faut de toute nécessité 
concevoir la nébuleuse primitive comme étant déjà très fortement condensée 
vers son centre à l'époque de la formation de Neptune. On peut même démontrer 
à priori, en s'appuyant sur la troisième loi de Kepler, et sans aucun calcul mé- 
canique, que depuis l'époque où le premier anneau équatorial a été abandonné, 
la constitution de la nébuleuse a constamment progressé dans le sens de Thomo- 
généïté, sans quoi la nébuleuse, au lieu de se contracter par le refroidissement, 
se serait désagrégée. Nous sommes ainsi conduits à nous représenter la suc- 
cession des événements de la manière suivante. La nébuleuse a pu être homo- 
gène à l'origine première de notre monde; elle était animée d'un mouvement de 
rotation extrêmement faible. Peu à peu il s'est produit, en même temps qu'une 
contraction générale de la masse, une condensation centrale considérable qui a 
accéléré la rotation jusqu'au moment où la force centrifuge équatoriale est devenue 
égale à la gravité. Alors s'est détaché le premier anneau ; mais, depuis, la conden- 



LA CONDENSATION DE LA NÉBULEUSE SOLAIRE. 59 

sation centrale a cessé de faire des progrès : ce sont les régions les plus super- 
ficielles qui se sont contractées, de manière que la constitution générale de la 
nébuleuse devenait de plus en plus homogène. La nébuleuse a pu se contracter 
ainsi sans abandonner de nouveaux anneaux jusqu'à ce que la condensation eût 
atteint des couches assez profondes pour ralentir cette progression vers l'homo- 
généïté et déterminer la séparation d'un nouvel anneau, après quoi les mêmes 
actions se sont reproduites plusieurs fois dans le même ordre jusqu'à nos jours. 
En un mot il faut concevoir la nébuleuse comme formée d'une masse centrale 
environnée d'une atmosphère immense et très légère ; c'est la contraction des 
couches superficielles qui produisait la contraction totale de la nébuleuse et c'est 
la condensation des couches profondes qui déterminait l'abandon des anneaux 
équatoriaux. En tous cas les planètes se sont formées uniquement aux dépens de 
l'atmosphère, C'est bien ainsi du reste que le concevait Laplace quoique le degré 
considérable de la condensation centrale paraisse lui avoir échappé. 

Jusqu'ici il n'y a rien qui] puisse prêter à une objection sérieuse contre la 
théorie du grand géomètre; mais voici qui est plus grave. On peut se proposer 
de calculer, non pas la masse totale de l'atmosphère de la nébuleuse primitive, 
mais une limite supérieure de cette masse. Nous connaissons en effet la masse, 
la vitesse et le moment des quantités de mouvement de cette nébuleuse, à l'é- 
poque, choisie pour instant initial, où s'est détaché l'anneau qui a formé Neptune. 
Nous ignorons la loi de distribution de la matière à son intérieur. Or le moyen 
d'assurer la plus grande masse possible à l'atmosphère consiste évidemment 
à supposer le noyau central extrêmement petit, parce qu'alors, son moment des 
quantités de mouvement étant négligeable, ce sera le mouvement de l'atmo- 
sphère seule qui devra constituer ce moment tout entier, et l'on pourra ainsi 
répartir dans les régions les plus éloignées de l'axe la plus grande quantité pos- 
sible de matière. Dans cette hypothèse extrême, le problème est complètement 
déterminé et l'on trouve que la masse totale de l'atmosphère dépasse à peine un 
millième et demi de la masse totale. 

C'est cette masse qui seule aurait dû concourir à la formation des planètes- 
Mais la masse seule de Jupiter est presque la millième partie de la masse totale 
du système solaire. Il faudrait donc admettre que toute Vatmosphère s'est pro- 
gressivement réduite en planètes, ce qui paraîtra bien invraisemblable puisque 
les régions situées à quelque distance de l'équateur n'ont point concouru à la 
formation des anneaux. Remarquons enfin que l'hypothèse de la présence de 
masses inconnues considérables dans le système actuel ne modifierait point cette 
conclusion, car, si elle permet d'augmenter la masse de l'atmosphère, elle aug- 
mente en même temps la masse dont il faut expliquer la formation. 

Est-ce à dire que les résultats précédents soient la condamnation formelle de 
l'hypothèse de Laplace? Nous no le pensons pas, car il ne serait pas impossible 
de concevoir qu'une foule de circonstances accessoires aient pu modifier la 
marche des phénomènes^ de manière à concilier nos résultats avec une théorie 
aussi célèbre et aussi populaire. Ce qui est certain, c'est que les choses ne se 



60 L^ASTRONOMTE. 

sont pas passées aussi simplement que paraissait le croire Tillustre auteur de 
la Mécanique céleste. 

En tous cas, les réflexions qui précèdent font ressortir une différence capitale 
qui, outre plusieurs autres, distingue les deux théories de Laplace et de M. Faye. 
Dans la première, on vient de le voir, la nébuleuse solaire était formée d'un 
noyau entouré d'une vaste atmosphère qui en se condensant peu à peu a amené 
la masse dans un état voisin de l'homogénéïté. D'après les idées de M. Faye, au 
contraire, la nébuleuse, primitivement homogène, est restée dans cet état long- 
temps après la formation de Neptune; ce n'est qu'à l'époque de la formation 
d'Uranus que la condensation, et la chute vers le centre des matériaux voisins 
de la surface ont commencé à produire un noyau dont la masse a peu à peu 
absorbé celle de presque tout le système, à l'exception des traces qui peuvent 
encore subsister sous la forme d'une vaste atmosphère répartie autour du Soleil. 
Ce n'est pas à nous qu'il appartient de décider entre les deux hypothèses. Chacun 
appréciera leur degré relatif de vraisemblance, et, du reste, il faut espérer que 
l'avenir et les progrès de la Science nous apporteront quelque jour une solution 

définitive. 

Maurice Fouché. 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE DE L'ESPAGNE. 

Après les catastrophes lamentables d Ischia et de Krakatoa, voici aujourd'hui 
les tremblements de terre de la péninsule espagnole qui appellent de nouveau 
notre attention sur l'état d'instabilité de la planète où nous vivons. Ce n'est pas 
sans raison que cette Revue des progrès de la Science a compris dans son cadre 
la Météorologie et la Physique du globe, car la connaissance de l'atmosphère et 
la connaissance delà Terre font partie intégrante de la connaissance générale de 
rUnivers; et ce qui se passe sous nos pieds ne nous intéresse pas moins que ce 
qui se passe sur les autres mondes. L'étude de la Terre nous touche même d'un 
peu plus près que celle du Ciel; mais elle fait partie de l'étude du Ciel, et si 
l'Astronomie se taisait, les géologues et les physiciens seraient aussi embarrassés 
que les philosophes pour la solution de la plupart des problèmes qui caracté- 
risent leurs Sciences de prédilection. Voilà pourquoi il importe pour chacun de 
nous de ne rester étranger à aucun des événements importants de l'étude de 
l'Univers; toutes les Sciences se touchent; dans la nature, il n'y a ni Astronomie, 
ni Météorologie, ni Physique, ni Chimie, ni Physiologie, ni espèces minérales, végé- 
tales ou animales ; toutes les classifications sont dans notre esprit ; en réalité, l'étude 
de l'univers est une, et, tout en la considérant par ses divers aspects, notre but, 
inconscient ou connu, est de nous élever d'un degré de plus dans la connais- 
sance de la réalité. 

Déjà la statistique annuelle des tremblements de terre que nous avons publiée 
pour 1883 a mis en évidence l'agitation incessante du sol de notre planète. Celle 
que nous allons prochainement publier pour l'année 1884, et qui, grâce au zèle 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE DE L'ESPAGNE. 61 

scientifique et à l'obligeance de nos abonnés sera beaucoup plus complète que la 
précédente, montrera cette agitation quotidienne sous un aspect plus frappant 
encore. Mais qu'est-ce que ces relevés dans l'ensemble du globe? Les trois quarts 
de notre planète sont couverts d'eau ; les solitudes glacées du pôle Nord comme 
du pôle Sud dorment inconnues; une notable partie de l'Afrique et de l'Amérique 
reste encore sans relations avec le monde civilisé. Par conséquent, si déjà^ grâce 
AUX documents recueillis dans les journaux des divers pays ou signalés par nos 
lecteurs, nous arrivons à constater que pas un seul jour, pour ainsi dire, ne se 
passe sans tremblement de terre, comme il ne s'agit ici que des mouvements du 
sol assez intenses pour pouvoir être remarqués de tout le monde, nous devons en 
conclure que, non seulement pas un seul jour, mais pas une heure ne se passe 
sans que notre île flottante soit plus ou moins agitée dans sa propre consti- 
tution. 

Les instruments destinés à enregistrer ces mouvements du sol ne sont pas 
encore assez nombreux, assez disséminés à la surface des continents pour que 
la proposition qui vient d'être posée soit établie de fait. Mais nous pouvons 
la tenir comme incontestable d'après les bases incomplètes de la statistique 
seule. 

Les 323 volcans actifs qui existent actuellement à la surface de la Terre; la con- 
liensation graduelle et la diminution de volume du globe terrestre à mesure qu'il 
perd sa chaleur primitive originaire; les rides et les plissements qui en résultent; 
les affaissements de terrains produits par l'action de l'eau qui délaye et désagrège 
les couches souterraines; les anciennes voûtes qui se disloquent et s'écroulent à 
la base des montagnes; les décompositions chimiques qui se produisent dans les 
terrains houillers et dans les mines de sel; les vapeurs qui se forment lorsque 
l'eau atteint les roches chauffées à une haute température et les efforts qu'elle 
fait pour s'échapper; l'influence attractive delà Lune et du Soleil sur les couches 
liquides ou pâteuses qui peuvent exister à une certaine profondeur dans Tinté- 
rieur du sol; les variations brusques de pression barométrique donnant tout à 
coup une plus grande intensité relative à la pression des vapeurs et des gaz inté. 
rieurs ; réchauffement perpétuel de la Terre par le Soleil , pénétrant le sol à diverses 
profondeurs et avec des vitesses de propagation divewses, dépendant de la lati- 
tude et de la nature des terrains; le mouvement de rotation de la Terre sur elle- 
même, donnant naissance à une force centrifuge qui décroît de l'équateur aux 
pôles : ce sont là des causes distinctes qui agissent toutes pour modifier constam- 
ment la figure de la Terre et faire varier sans cesse la configuration de sa sur- 
face. 

Nous ne pensons plus aujourd'hui que notre planète soit une fournaise incan- 
descente, une boule de lave liquide recouverte d'une mince pellicule, un océan 
de feu sur lequel Técorce solide flotterait comme un mince radeau. Plusieurs rai- 
sons ont modifié les opinions de la Science moderne à l'égard de cet important 
problème de la constitution intérieure de notre planète. 

Arago, parlant, en pleine Académie des Sciences, le 16 décembre 1850, de la 



02 LASTRONOMIE. 

température excessive que devait avoir le centre de la Terre dans l'hypothèse 
discutée par Fourier et Poisson d'un accroissement d'un degré par trente mètres 
de profondeur, fait remarquer que cette température « surpasserait deux millions 
de degrés ; » que les matières soumises à cette température seraient, suivant 
Poisson, à l'état de gaz incandescent et qu'il en résulterait une force élastique à 
laquelle la croûte solidifiée du globe ne saurait résister (*)• Arago ne se décide 
pas lui-même, mais il revient sur le même chiffre dans son Astronomie populaire, 
où l'on peut lire la déclaration suivante : a Les matières de l'intérieur du globe, 
en admettant la proportionnalité de l'accroissement de la température avec la 
profondeur, auraient, il est vrai, vers le centre, une température qui surpas- 
serait deux millions de degrés (*). » Ce chiffre a été reproduit par un grand 
nombre d'ouvrages classiques sans qu'on se soit aperçu qu'il était le résultat 
d'une grave erreur, car il est tout simplement dix fois plus grand que le nombre 
qu'il prétend représenter. En effet, le rayon de la Terre est do 6371000 mètres, 
Or ^^W" = 212367, et non pas 2000000. 

C'est, en nombre rond, à deux cent mille degrés, et non pas à deux millions, 
que devrait s'élever la température du centre de la Terre si l'accroissement se 
continuait régulièrement de la surface jusqu'au centre. Mais nous ne pouvons pas 
plus admettre le dernier chiffre corrigé que le premier, car, à ce degré de chaleur, 
l'intérieur du globe serait entièrement liquide, et, deux fois par jour, nous senti- 
rions une marée formidable nous passer sous les pieds; la stabilité des continents 
et des mers serait compromise, les mouvements du sol seraient beaucoup plus 
intenses qu'ils ne le sont encore, et le mouvement de précessi(fti et de nutation, 
causé par les attractions combinées de la Lune et du Soleil sur le renflement 
équatorial de notre planète, serait tout différent de ce qu'il est en réalité. 

D'autre part, les considérations déduites de l'aplatissement du sphéroïde ter- 
restre, de la densité moyenne du globe et de celle de ses couches extérieures, de 
la pression formidable (plusieurs millions d'atmosphères) que la planète subirait 
en son centre si elle était fluide, conduisent à conclure (') que la Terre doit être 
ou solide ou pâteuse, mais non liquide. 

D'autre part encore, les observations thermométriques directes ne montrent 
pas, comme on l'enseigncparfois, un accroissement régulier et graduel de tem- 
pérature à mesure qu'on pénètre plus profondément dans l'écorce du globe. Dans 
un exposé comparatif de toutes les observations faites, que nous publierons pro- 
chainement ici, nous avons classé les résultats dans l'ordre proportionnel des 
accroissements, et l'on verra qu'en certains terrains^ la proportion n'estque de 13, 
15 ou 20 mètres par degré centigrade, tandis qu'en d'autres points, elle s'élève 
à 60, 70, 100 et même 109 mètres pour le môme accroissement. La constitution 
des terrains joue un grand rôle non seulement dans la transmission, mais peut- 
être surtout dans la production de cette chaleur interne. Enfin la proportion de 

(') Arago, Notices biographiques : Poisson, p. 643. 
(') Arago, Astronomie populaire, tome III, p. 252. 
(•) Roche, Revue mensuelle d'Astronomie, tome II, p. 200 et 248. 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE DE L'ESPAGNE. 63 

raccroissement de température n'augmente pas avec la profondeur; souvent 
même elle diminue, ce qui conduit encore à rejeter dans le domaine de l'hypo- 
thèse les hautes élévations de température adoptées. 

C'est ce qui fait que nous ne pouvons plus aigourd'hui considérer notre planèto 
comme un globe liquide incandescent enveloppé d'une mince écorce soumise à 
tous les effets de sa réaction intérieure, et c'est ce qui rend moins simple et 
moins facile l'explication des tremblements de terre comme des volcans. Lorsque 
les volcans étaient regardés comme des cheminées ouvertes jusqu'à la fournaise 
intérieure, on pouvait voir en eux des soupapes de sûreté contre l'explosion de 
la chaudière , et lorsque ces soupapes étaient fermées, les tremblements de terre 
n'étaient autres que les effets des efforts accomplis par la pression intérieure 
contre les parois de l'immense chaudière. Désormais, les volcans ne viennent 
plus pour nous des profondeurs incandescentes du globe, mais de quelques kilo- 
mètres seulement; leurs laves n'ont pas la haute température qui leur était attri- 
buée^ les tremblements de terre qu'ils occasionnent sont locaux et de peu 
d'étendue, et il y a des tremblements de terre étrangers aux volcans, dont les 
causes doivent être cherchées non dans la constitution intérieure de la terre, 
mais dans les phénomènes géologiques qui sont en œuvre dans la modification 
incessante de l'écorce du globe et qui ont agi et continuent d'agir dans la forma- 
tion des montagnes {^).Ce sont ces causes que nous avons énumérées tout à 
l'heure. 

Quelle est celle qui est principalement en œuvre dans les tremblements de 
terre qui agitent l'Espagne depuis un mois? 

Les secousses ont commencé dès le 22 décembre. La première notification que 
nous en ayons reçue est datée des îles Açores et due à M. Francisco Chaves e 
Mello. « Le 22 , à 2*» 15« du matin, nous écrit notre savant correspondant ( * ) , j*ai 

(«) Voy, FoREL, Revue d'Astronomie, tome II, p. 449 et tome III, p. 13. 

(') Nos lecteurs seront toujours bien inspirés chaque fois qu'ils nous enverront l'ob- 
servation d'un phénomène quelconque, tremblement de terre, ras de marée, trombe, 
coups de foudre, bolide, aurore boréale, lumière zodiacale, taches solaires, occultation, 
étoile double, étoile variable, phases de Vénus, aspect de Jupiter, géographie lu- 
naire, etc. On croit souvent que cette notification est inutile « parce que les journaux, 
scientifiques ou autres, eh parleront »; mais les journaux peuvent passer inaperçus, et 
d'ailleurs ils sont loin d'être toujours exacts. C'est là de la part de nos lecteurs un acte 
de dévouement à la Science, car d'une part, comme nous recevons plus de six mille 
lettres par an, nous sommes dans l'impossibilité matérielle d'y répondre, et d'autre 
part, les documents envoyés peuvent n'être pas immédiatement utilisés et publiés. 
Aussi, nous le répétons, est-ce là du dévouement. Mais lorsqu'on sait qu'il suffit parfois 
d'une simple observation pour compléter l'élucidation d'un problème, combien ne doit- 
on pas être heureux de savoir que l'on apporte ainsi sa pierre à l'édifice toujours 
grandissant des connaissances humaines! Dans quelques années, la seule inspection 
des sujets traités dans cette Revue montrera que nos correspondants et nos observa- 
teurs astronomiques auront plus fait gratuitement pour la Science que la plupart des 
fonctionnaires officiels et les millions enlevés au budget par certains établissements de 
l'État. ^- F- 



64 L'ASTRONOMIE. 

ressenti à mon observatoire un violent tremblement de terre. Il s'est manifesté 
par deux secousses dont la durée totale a été d'environ quinze secondes. Il n'y a 
pas eu de désastres ni de victimes. Ce tremblement s'est fait sentir dans toutes 
les îles de l'Archipel des Açores ainsi qu'à Madère. Je me fais un devoir de vous 
adresser ces documents, pensant que peut-être ils ne seront pas sans utilité. » 

De Lisbonne, M. de Lacerta nous écrit que la secousse a été ressentie à 3*'29"> 
(lu matin et signale la coïncidence avec les grandes taches solaires visibles à 
l'œil nu et avec une tache remarquable sur Jupiter. 

D'autres lettres nous apprenaient que ces mêmes symptômes prémonitoires 
étaient remarqués à Vigo, à Pontevedra et dans presque toutle Portugal ainsi 
qu'en Galice. Le 24, de légères oscillations à Séville. Ce n'étaient là que des 
signes avant-coureurs d'un tremblement de terre d'une violente intensité et 
dont les conséquences devaient être terribles. Il commença le 25 décembre. 

« La première secousse, nous écrit M. Félix Vallaure, de Linarès, a eu lieu 
à 8*'53« du soir, et la seconde à ll*»44«». La première a été d'une violence singu- 
lière. Sa direction semblait être de l'Ouest à l'Est. Les vibrations durèrent plu- 
sieurs secondes. Je me trouvais avec dès amis dans la salle à manger, lorsque 
nous entendîmes un bruit pareil à celui d'une voiture qui s'approche. Soudain 
une forte secousse nous balança, comme dans un navire, et mit en commotion 
avec grand tapage le mobilier, verres, etc., et fit osciller la lampe à gaz qui 
resta pendant vingt secondes à peu près dans un mouvement oscillatoire très 
marqué. Nous pensâmes tout de suite que la maison allait s'écrouler, et nous primes 
le temps de discuter s'il serait mieux de sortir dans la rue que de rester 
enfermés. Nous nous décidâmes pour l'affirmative, et, pendant tout ce temps, le 
tapage et les vibrations continuaient. Pour moi, je regardais ma montre afin de 
prendre l'heure : j'ai compté six secondes pendant lesquelles tout se mouvait, y 
compris nous-mêmes, après le temps déjà perdu pendant la discussion. Je ne 
doute point que l'onde (ou vague) souterraine n'ait passé instantanément, mais 
les vibrations qu'elle produisit durèrent assez longtemps. Une fois le tremble- 
ment fini, toute la ville se mit en mouvement, sortant des maisons pour se 
raconter les impressions. Il y a eu beaucoup de saisissements et de pleurs parmi 
les femmes. Des oiseaux sont tombés dans leurs cages. On signale quelques dégâts 
matériels dans les balcons, cheminées, plafonds, etc., mais heureusement pas de 
victimes. 

Linarès est assez éloigné du centre d'ébranlement, situé près d'Alhama. Si 
l'on examine la carte de l'Espagne, on remarque, dans le sud de la Péninsule, 
une chaîne de montagnes qui part des bords de la mer, à Cadix, pour se diriger 
vers l'est sur Grenade, Murcie, Valence et les îles Baléares. Cette chaîne de 
montagnes est un massif de l'époque secondaire (terrains jurassique et crétacé) 
qui comprend, au Nord, Cadix, Xérès, Séville, Cordoue, Jaôn, Linarès, Valence, et, 
au Sud, Antequera, Malaga, Vclez, Periana, Torrox, Almunacar, Motril, Alhama, 
Albunuelas, Jayeua, Grenade et Capileira, dans la Sierra Nevada. Ces couches sont 
plissécs, contournées, brisées par de nombreuses failles, et souvent traversées 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE DE L ESPAGNE. 65 

par des roches éruptives anciennes et modernes. On y rencontre un très grand 
nombre de sources thermales. Les fies Baléares sont dans le prolongement de 
cette zone, et Ton remarque sur leurs côtes des saillies entre lesquelles il existe, 
à plus de 80» au-dessus de la mer, du terrain quaternaire marin en couches 
horizontales. Ces îles ont donc, depuis la période quaternaire, été exhaussées de 
plus de iOO>», et cet exhaussement a été limité au Sud et au Nord par des frac- 
tures, qui se trouvent précisément dans le prolongement des zones de disloca- 
tions dont nous venons de parler. 

C'est à Alhama, à Albunuelas, à Périana, à Alhuquerque, à Arenas del Rey que 
les secousses ont été les plus désastreuses. La ville d*Alhama, qui était perchée 
comme un nid d'aigle sur le sommet d'une montagne escarpée, est entièrement 
renversée. Le village de Périana a été écrasé par une montagne qui s'est éboulée 
sur lui. La première secousse, celle do 8^53"», qui a été Tune des plus violentes 
et a jeté la terreur parmi toutes les populations, a été suivie d'un grand nombre 
d'autres; du 25 décembre au 18 janvier, il ne s'est peut-être pas passé un seul 
jour sans oscillations plus ou moins fortes. Cette première secousse a été res- 
sentie jusqu'à Madrid, où elle n'a guère produit d'autres effets que de faire osciller 
les objets suspendus, et il paraîtrait même qu'elle s'est propagée jusque sous le 
sol de l'Angleterre, car un correspondant du Journal anglais Nature écrit qu'il 
a ressenti, vers 10"* 20™, un choc lui rappelant de si près ce qu'il avait déjà éprouvé 
à Naples, que l'idée d'un tremblement de terre lointain lui vint immédiatement à 
l'esprit. 

MM. FoLACHÉ, Président do la Société scientifique Ftammarion, de Jaôn, et 
M. Ildefonso Gonzalez, Secrétaire de la même Société, ont bien voulu nous 
transmettre tous les documents relatifs à ce grand événement géologique. Nous 
résumerons aussi brièvement, aussi complètement que possible, ces descriptions 
si intéressantes à tous les points de vue, et parfois si dramatiques au point de 
vue de l'humanité. 

A Madrid, l'émotion fut légère. La journée avait été froide, mais belle et 
ensoleillée pour cette saison de l'année. La nuit était claire, mais moins étoilée 
que de coutume, et un vent glacial faisait hâter le pas aux rares passants. Bien 
des joyeuses réunions dans la capitale furent brusquement interrompues par les 
deux secousses qui se firent sentir, d'une façon très inégale, dans différents 
quartiers, à neuf heures moins sept minutes, et l'on put constater ensuite l'arrêt 
des pendules, dont la plupart cessèrent de se mouvoir au même moment. 

A Grenade, la secousse fut d'une violence inouïe ; il y eut, coup sur coup, 
plusieurs fortes oscillations suivies de trépidations. L'émotion fut indescriptible 
et tout le monde devint comme affolé. La panique ne ût qu augmenter dès que le 
gouverneur de la ville donna l'ordre aux habitants de ne pas rester la nuit dans 
leurs maisons et de camper sur les promenades et les places publiques. 

On alluma de grands feux et la ville se transforma en un immense campe- 
ment où chacun s'installa du mieux qu'il put en attendant les événements. 

De onze heures du soir à trois heures du matin, huit secousses se produis 



66 L'ASTRONOMIB. 

sirent, dont deux assez fortes; mais sans cependant égaler la première en inten- 
sité ni en durée. 

Les secousses se continuèrent pendant les jours suivants. Le 30, le bâtiment 
de l'Université, qui renferme le musée, Thôpital et la prison, ainsi que le palais 
du capitaine général ont été ébranlés par de nouvelles secousses. La population 
continua à passer les nuits autour de feux allumés sur les places et aux envi- 
rons de la ville. 

A Malaga, la panique a causé de nombreux accidents de personnes qui ont été 
blessées en se sauvant. Près de deux cent trente maisons ont été détruites, entre 
autres les couvents de TAngel, de San Relino^ des Martyrs, les églises del Espiretu- 
Santo et de Saint-Rome. La tour de la cathédrale s'est effondrée. 

La population s'est réfugiée sur les places, dans les bateaux de la baie et 
malgré une pluie battante et le froid, loin de leurs demeures, aux environs de la 
ville. Dans la prison, les prisonniers, terrifiés, menacèrent de briser les portes 
de la geôle et refusèrent de se rendre dans leurs dortoirs; on les laissa camper 
dans la cour. 

A Priego de Cordova, il y avait plus de mille personnes dans le théâtre de la 
ville. A la première oscillation, les spectateurs épouvantés se levèrent en masse 
et essayèrent de gagner les issues. La bousculade fut terrible ; plusieurs sautèrent 
par les fenêtres; des enfants furent étouffés, et Ton compta trente personnes 
grièvement blessées. 

La province de Grenade a été la plus éprouvée; mais tous ses monuments 
hispano-arabes ont échappé, avec des dommages insignifiants. Dans le chef-lieu, 
à Grenade même, il y a eu des dégâts dans les toitures, dans les maisons de 
TAlameda, dans les cercles et les édifices de TÉtat; les prisonniers du bagne, 
les malades de l'hôpital ont été secoués et alarmés, mais le vieil Alhambra a 
bravé les secousses. A Grenade encore plus qu'à Malaga, la population effrayée 
s'est obstinée k rester dehors et a été vivement impressionnée par les secousses, 
le 26 et le 27. 

Les nouvelles des contrées rurales autour de Grenade sont terrifiantes. Ainsi, 
à Alhama de Grenade, on a retiré des décombres de la moitié de cette petite ville 
trois cents cadavres, et à Albunuelas quatre-vingt-dix-huit cadavres et deux 
cents blessés. On cite plus de trente-cinq villes ou villages où Ion a retiré des 
maisons à moitié détruites, des quantités de cadavres et de blessés. 

A Alhama, la population dut camper sur la place publique, les âges et les sexes 
confondus, les religieuses du couvent des Franciscaines mêlées aux forçats, et 
adressant ensemble des prières ferventes à la providence divine. Les maisons qui 
bordaient le Tage se sont toutes écroulées et leurs ruines sont englouties au fond 
des eaux. 

La ville d'Albuquerque a été détruite par les tremblements de terre du 26 au 27, 
toutes les autorités de la ville ont péri. 

Cent quatre-vingt-douze cadavres ont été retrouvés le lendemain, à Alhama. 
Le nombre des maisons détruites dépasse mille. 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE DE L'ESPAGNE. 



67 



Un phénomène extraordinaire s'est produit h Grenade le lendemain du trem- 
blement de terre; le ciel, quoique sans nuages, était sillonné de nombreux 
éclairs. 

A Guejar Sierra, il s'est passé un curieux phénomène. Une demi-heure avant 
la première oscillation, on entendit un bruit formidable qui jeta Talarme parmi 
les habitants. Les rochers qui couronnent la montagne, ébranlés par la secousse, 
s*entre-choquèrent et produisirent un fracas qui fit trembler les plus intrépides. 
Un des plus gros rochers tomba du haut de la montagne dans la rivière, et au 
même moment les maisons oscillèrent sur leur base. 

Les églises, les casernes d'Estepona et d'Antequera tombèrent en ruine, de 
même que celles d'Alfaternajo, où deux cents maisons disparurent sous terre. 

Le spectacle offert par les ruines d'Albunuelas est indescriptible. Les habitants 

FIg. 23. 



tfl irembteniBnt dste^'rç %VA tm.it ««t**- Juiqu tn ftntfî*terrp « w^^ Dantmirk 




Extension du tremblement de terre : Açores, Portugal, Espagne, France, Italie, Autriche.' 

errent parmi les décombres cherchant à retrouver la trace de leurs chers morts, 
parmi lesquels on cite le curé, un journaliste, le maire, la nièce du curé qui a 
assisté à Tagonie de son oncle. Le presbytère s*étant effondré, celui-ci fut ense- 
veli, tandis que la jeune fille était prise jusqu'à la ceinture au milieu des pierres, 
des briques et des gravats. Pendant une demi-heure, elle entendit le prêtre dire 
des prières à mi-voix; puis, tout bruit cessa; le malheureux avait expiré. Elle- 
même, la nièce du curé, transportée à Saleses, n'a pas tardé à rendre le dernier 
soupir, des suites de ses blessures et de son épouvante. 

On a compté trois cents morts sur 1,900 habitants. Aux premières secousses, 
la femme d'un des principaux négociants de la ville, la senora Rodriguez, était 
sortie de son appartement et s'était réfugiée dans la cour de la maison; mais au 
même moment la maison et les murs de la cour s'écroulèrent, et la malheureuse 
femme fut ensevelie jusqu'aux épaules sous les décombres. A demi écrasée, elle 
est restée dix-huit heures dans cette horrible position; et cependant, quand les 



08 



L'ASTRONOMIK. 



secours arrivèrent dans la ville, elle eut encore la force de crier et d'attirer l'at- 
tention des ouvriers, qui parvinrent à la dégager. 

On évalue à plus de 150 le nombre des enfants morts en Andalousie par suite de 
la catastrophe. 

A Guevejar s*est produit un phénomène géologique des plus bizarres. Le 
village, construit sur des terrains mouvants, est descendu lentement dans le fond 
de la vallée. Une crevasse très profonde, de 4^"» de long s'est produite dans les 

Fig. 26. 



, 6?Oii0gc<ù>JhHs 







yj fC^^^P^ *^^^zr 



1* 



^ YUtmeivilli^nitnM. 

• Viln «tv4l«^ éb»ul4s c r<v >M fc » eu nitiMftcn partie. 



E MonrEU Se 



Zone d'intensité maximum en Espagne. 

environs. Un vieil et gros olivier planté dans Taxe de la crevasse s'est fendu par 
la moitié, de façon que chacune des deux parties borde maintenant face à face le 
précipice. 
Une longue crevasse s'est ouverte dans le voisinage de Guevejar (*). 

(') Guevejar étant situé à une petite distance de Grenade (10^» environ) est devenu 
l'objet d'une sorte de pèlerinage scientifique de la part de tous les ingénieurs et géolo- 
ques étrangers ou indigènes qui vivent dans un certain rayon de la ville de Grenade- 
Le noyau du village est adossé au cerro de Gogollos qui lui-même se rattache au 
système de la Sierra Elvira. Or, toute la surface supérieure du mamelon, à partir 
du faîte, s*est ouverte comme un fruit trop mûr, dans la direction de la ligne des eaux. 
La fente a 1200- de longueur et une profondeur maximum de 4". Elle se bifurque, à 
j*entrée du village, et dans son expansion forme, comme autant de rameaux, une série 
de crevasses normales à la branche principale. Le groupe des maisons, toutes plus ou 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 69 

Un cratère très profond s'est ouvert dans la province de Valence, au milieu de 
la rivière Turia, près du pont. Il s'en est échappé d'abord de la fumée, puis de 
l'eau chaude; chose à noter, il n'y a pas eu de tremblement de terre dans cette 
province. 

Le soleil, qui se lève pour certains villages de la province de Grenade derrière 
les montagnes de la Sierra Nevada, se lève maintenant un quart d'heure plus tard, 
soit que la montagne se soit exhaussée, soit que le sol se soit abaissé. Les pro- 
chaines mesures de niveau décideront la question. 

En résumé, ce tremblement de terre a causé la mort de plus de 1100 victimes, 
renversé plusieurs villes et villages, détruit 3240 maisons dans la seule province de 
Grenade, chassé de leurs foyers des dizaines de milliers d'êtres humains, plongé des 
milliersdefamillesdanslamisère, englouti cinquante ou soixante millions et modifié 
sensiblement le relief orographique de ces montagnes et de ces vallées. Au même 
moment, de l'autre côté du globe, à Yeddo (Japon), le 27 décembre, un épouvan- 
table typhon venait fondre sur les côtes occidentales du Japon, renversait 1080 
habitations et ensevelissait dans la mort 2070 personnes. On a remarqué que le 
baromètre était descendu très bas en Espagne le 25 décembre et que quelques 
jours après un froid extraordinaire pour la contrée sévit sur le pays ruiné; à tel 
point qu'à Soria le thermomètre est descendu à 22» au-dessous de zéro. 

La place nous manque aujourd'hui pour donner ici tous les documents que 
nous avons reQus,et d après lesquels des tremblements de terre ont été ressentis 
pendant la même période : au Nord jusqu'en Angleterre, au Sud jusqu'en Algérie, 
à TEst jusqu'au fond du Danemarck, en Autriche et même en Sibérie. Nous expo- 
serons dans un prochain article ces importants documents ainsi que les déductions 
qui peuvent en être conclues pour Vexplication des tremblements de terre. 

Camille Flammarion. 



NOIYELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 

Encore Téclipse de Lune. —Nous avons reçu, trop tard pour être insérée dans 
notre dernier numéro, une intéressante description de Téclipse de Lune observée 
à Constantinople , dont nous extrayons les passages suivants : 

Si le ciel n'a pas été très favorable en Europe pour l'observation du phénomène, 
en Asie, il a été d'une pureté et d'une sérénité remarquables. 

10 L'heure du commencement n'a pas rigoureusement correspondu à celle donnée 
par les calculs. En effet, le calcul donnait, pour l'entrée dans l'ombre, 10*» 11"» H», 
temps moyen Constantinople, tandis que l'observation la plus attentive a donné 
10»» 12- 15». 

moins lézardées, est assis entre les crevasses, et la question qui se pose est de savoir 
si remplacement du village, qui a évidemment subi une dépression, a glissé ou s'est 
affaissé. C'est là notamment, que se trouve le fameux olivier partagé en deux par la 
trombe, avec la netteté du fil d'un sabre japonais 



70 



L'ASTRONOMIE. 



2o La partie do Tombre de la Terre projetée sur la Lune était d'un gris très 
sombre, presque noir, 

30 Cette apparence se maintint, mais à une intensité moindre, jusqu'au com- 
mencement de réclipse totale, qui a eu lieu à ll*»iin»4i*. 

40 Ali** 16", la Lune est visiblement colorée en rouge : cette couleur rouge est 
faible, mais incontestable; j'ai pu distinguer avec une lunette de 50™°» d'ouver- 
ture et d'une distance focale de 80«™ le remarquable cratère de Tycho, qui avait 
l'aspect d'une étoile de deuxième grandeur. 

5» Le commencement de Téclipse totale devait arriver, d'après le calcul, à 

H»»il°»4i«, mais l'observation a donné pour ladite heure li*»16«52», différence 

remarquable de 5" 41*. 

JÉRÔME Parséhian, profosseur. 

On voit qu'indépendamment de la coloration, qui a fait l'objet spécial de notre 
article de janvier, on a remarqué, là comme ici, la différence de 5™ qui s'est 
manifestée entre l'heure calculée pour le commencement de l'éclipsé et l'heure 
de l'observation. 

La même différence nous a été signalée de Copenhague. On peut donc la consi- 
dérer comme absolument certaine. 

La coloration rouge a été remarquée par M. Nicol à Philippeville (Algérie) ; elle 
a commencé là deux minutes avant la totalité, a été très marquée pendant quatre 
minutes, offrant diverses variations d'éclat, puis a disparu. Des nuages se sont 
formés dans le ciel un quart-d'heure avant la totalité; l'observateur se demande 
si leur formation ne devrait pas être attribuée à la diminution de la chaleur lu- 
naire. Peut-être. Les documents commencent à être nombreux sur ce point par- 
ticulier. 

Nuages singuliers. — Le 18 décembre, à 10^ du soir, une bourrasque de Sud- 

Fig. 27. 




Ouest débuta subitement et souffla toute la nuit. Le 19, au matin, violente tem- 
pête d'Ouest, pluie torrentielle; 9*» 30", coup de tonnerre {fig, 27). 

A 10**, l'éclaircie monte de l'horizon du Nord-Ouest, la pluie diminue et laisse 
voir le pallio-cumulus qui s'éloigne, tout garni de globo-cumulus (nuages glo- 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 71 

bulaires tempétueux de PoQy, pocky-clouds des marins anglais). C^s nuées très 
curieuses formaient comme des poches hémisphériques et contiguës, d*égal dia- 
mètre et d'égal relief, pendant en grand nombre ati-dessous de la couche continue 
de nuages pluvieux qui constituait le pallio-cumulus. Ces poches hémisphéri- 
ques, d'une couleur grise, étaient d'une teinte plus foncée à leur partie inférieure, 
ce qui faisait bien saisir leur relief. 

MiLLOT, 

Secrétaire de la Commission météorologique 
de Meurthe-et-Moselle. 

lia comète d'Bnoke. — La petite comète d'Encke, dont la période est, comme 
on .sait, la plus courte de toutes les périodes cométaires connues, et qui revient 
tous les trois ans, a suivi ponctuellement la route céleste tracée par le calcul et 
a été retrouvée par M. Tempe! à l'Observatoire d'Arcetri (Florence), le 13 décembre 
dernier. Depuis, elle a été observée aux observatoires de Paris par M. Bigourdan, 
d'Alger par M. Trépied, de Nice par M. Perrotin, etc. 

Elle est extrêmement faible et se présente sous Taspect d'une pâle nébulosité 
sans noyau, d^une minute, et demie de diamètre environ, très difficile avoir. Mais 
son éclat va augmenter, car elle s'approche à la fols du Soleil et de la Terre. Ceux 
d*entre nos lecteurs qui ont des instruments à leur disposition peuvent donc déjà 
la chercher dans le ciel pendant les nuits où l'atmosphère est très pure et la Lune 
absente, et dans ce but nous donnons ci-dessous ses positions, d'après l'éphémé- 
ride de M. Backlund : 



Février 









Distance à la Terre 


Distance au Soleil 










en millions de 


en million 




Ascension droite. 


Déclinaison. 


géométrique. 


kilomètres. 


géométrique, kiiomètr 


2. 


23^34-3f 


-h 6* 38', 6 


1,225 


181 


0,847 125 


6. 


40 40 


7 2,1 


1,176 


174 


0,776 115 


10. 


46 49 


7 21,9 


1,119 


166 


0,704 104 


U. 


52 44 


7 33,9 


1,055 


156 


0,631 93 


18. 


57 52 


7 31,1 


0,983 


145 


0,558 83 


22. 


120 


7 1,4 


0,903 


133 


0,488 73 


26. 


1 25 


5 43,2 


0,817 


121 


0,423 63 



Nous avons calculé les distances d'après les logarithmes de cette éphéméride. 

On voit que la comète marche avec une grande rapidité, en s'approchant à la 
fois du Soleil et de la Terre. Elle arrivera à son périhélie au mois de mars 
prochain. 

Visibilité de Mercure. — M. Payan, membre de la Société scientifique Flam- 
marion, de Marseille, écrit que suivant les instructions données par la Reoue, il 
a pu, le 25 Janvier à 6»>20'» du matin, observer Mercure, qui était visible au nord 
de Vénus comme une étoile de 3« grandeur. La rapide planète est restée bien 
visible jusqu'à 7^. 

La lumière ssodiacale. — Le 12 janvier dernier, de ^^ à 7^30» du soir, 
MM. Lihou, Codde et Vian, membres de la Société scientifique Flammarion, de 
Marseille, ont fait une observation fort intéressante de la lumière zodiacale. Elle 
s'élevait majestueusement dans le ciel sous la forme d'un cône lumineux incliné 



72 L'ASTRONOMIE. 

le long du zodiaque et s'étendant jusqu*à environ 50« au-dessus de Thorizon. Le 
maximum d'éclat se faisait remarquer au centre de la figure et non vers la base. 
L'éclat égalait celui de la Voie lactée. 

Les occultations d'Aldébaran. — Une nouvelle série d'occultations d'Aldé- 
baran par la Lune va commencer pour nos contrées. Voici les dates de ces phé- 
nomènes remarquables. 



1885 Février 22 

Mars 21 

Septembre — 1 

Novembre — 22 



1886 Janvier 16 

Avril 8 

Novembre 12 



1887 Janvier 6 

Mars 2 

Juillet 16 

Octobre 6 



Ces occultations de la belle étoile du Taureau par la Lune commencent le 22 
février de cette année pour finir le 6 octobre 1887. La dernière série a commencé 
le 28 septembre 1866 pour finir le 2 août 1869, et il y a eu alors dix occultations 
visibles en France. 

Les annales chinoises rapportent des occultations d'Aldébaran remontant jus- 
qu'au 29 mars de l'an 491 de notre ère. La plus ancienne observation de ce genre 
faite en Europe parait être celle du 11 mars de Tan 509 de notre ère, rapportée 
par Bouillaud d'après un manuscrit grec, l'an 225 de Dioclétien, le 15 Phaménoth. 

Un intérêt spécial s'attache à ces occultations, outre l'éclat de cette étoile de 
première grandeur, par ce fait que fréquemment elle paraît entrer dans le disque 
lunaire, s'y avancer pendant 10, 20, 30 et même 40 secondes, puis s'évanouir tout 
d'un coup. La différence de réfrangibité entre les rayons rouges de cette étoile 
et les rayons blancs de la Lune paraît entrer pour une partie dans la cause de ce 
phénomène. Mais elle n'explique pas tout. 

Nous aurons soin de publier pour toutes ces dates les données pouvant être 
utiles aux observateurs. On verra plus loin (p. 80) que, ce ^pis-ci, l'étoile ne sera 
pas tout à fait cachée par la Lune pour Paris, mais s'en rapprochera à 34'. A 
l'observatoire de Paris, MM. Henry se proposent de fixer par la photographie ce 
curieux moment. 

Recherches photométriques suv Tannean de Saturne. — Si l'anneau de 
Saturne était un corps solide ou liquide à surface continue, il ne manquerait pas 
d'offrir des variations d'éclat considérables, tandis qu'en réalité son éclat ne 
paraît pas varier d'une manière sensible. Zôllner, dans ses recherches photomé- 
triques, s'est contenté d'admettre que, en dépit de la loi de Lambert, l'illumination 
de l'anneau est indépendante de l'angle d'incidence des rayons. Mais il y a lieu 
de chercher s'il n'est pas possible de rendre compte des particularités que l'anneau 
de Saturne présente sous ce rapport, en le regardant comme un essaim de 
satellites, hypothèse que les recherches de Maxwell et de Hirn ont déjà rendue 
très plausible par des considérations tirées des lois de la Mécanique céleste. En 
adoptant cette hypothèse, M. Seeliger trouve que toutes les circonstances du 
phénomène s'expliquent d'une manière satisfaisante, sans qu'on soit obligé de 
renoncer à la loi du cosinus. 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 73 

La constance de Tillumination étant admise, la quantité de lumière envoyée à 
la Terre sera proportionnelle au sinus de Tangle d'élévation delà Terre au-dessus 
du plan de l'anneau. Il faut ensuite supposer que Tanneau se compose de myriades 
de satellites isolés, dont l'ensemble forme une tranche cylindrique d'une très 
faible épaisseur. En les assimilant à des poussières, on obtiendrait l'intensité de 
la lumière de l'anneau par un raisonnement analogue à celui qu'on emploie pour 
établir les lois de l'émission ; mais le résultat serait en désaccord avec l'expé- 
rience. Il faut, d'après M. Seeliger, admettre que l'anneau est formé de petites 
sphères distribuées dans un plan et dont les distances sont du même ordre que 
leurs dimensions. La lumière envoyée par l'anneau est alors émise par les crois- 
sants visibles des disques en partie superposés. L'intensité apparente est 
toujours sensiblement proportionnelle au sinus de l'angle d'élévation de la 
Terre (qui ne dépasse pas 30°), en supposant que les intervalles vides sont moins 
larges que les sphères. On serait bien inspiré de vérifier ces résultats par des expé- 
riences photométriques instituées avec beaucoup de soin. 

Nos lecteurs rapprocheront avec intérêt ces ingénieuses considérations du 
remarquable article de M. Pratt publié en tête de ce Numéro. 

Un nouveau pied d^équatorial & la portée de toutes les bourses. — Nous 
sommes heureux de signaler, dans la construction des instruments astronomiques, 
une heureuse innovation due à Tun de nos correspondants, M. l'abbé Blain, labo- 
rieux observateur à Poitiers; elle paraît appelée à rendre de grands services 
aux astronomes amateurs. 

Aidé par un habile mécanicien de Poitiers, M. Blain est parvenu à construire 
un petit pied d'équatorial en fonte qui peut s'adapter à toutes les lunettes, 
depuis les plus petites jusqu'à celles de 0™/108. Ce pied est portatif et peut être 
placé sur une table ulSMSsive. Il est cependant préférable de l'installer à demeure 
sur un massif en maçonnerie ou en charpente établi dans une cour ou un 
jardin. De grosses vis calantes permettent d'en régler la position et d'en assurer 
la stabilité. Les principaux avantages de cet appareil sont les suivants : 

io Les arbres de rotation sont en acier tourné, et les coussinets en cuivre, ce 
qui met les tourillons à l'abri d'une usure trop rapide. Le bâti en fonte horizontal 
qui supporte le tout mesure 0"»,40 sur 0°>,37. 

2o L'axe polaire peut tourner autour d'une charnière spéciale; il est guidé dans 
son mouvement par une coulisse en arc de cercle sur laquelle on peut le fixer en 
un point quelconque à l'aide de puissantes vis de pression. De cette manière 
l'instrument peut servir pour toutes les latitudes de la France; il suffit de le 
régler en donnant à l'axe polaire une inclinaison égale à la latitude du lieu d'ob- 
servation. Une fois réglé, la puissance des vis de pression s'oppose à tout 
déplacement. Ce mode de construction le rend précieux pour les personnes que 
leur profession expose à de fréquents déplacements. 

30 Le cercle de déclinaison est divisé en demi-degrés et le cercle horaire de 
quatre minutes en quatre minutes de temps. 



74 L'ASTRONOMIE. 

4« Il y a un mouvement rapide et un mouvement lent et précis au moyen 
d'une vis tangente qu'on peut embrayer ou désembrayer à volonté. Une tige 
articulée permet de conduire le mouvement à distance. 

50 La forme des embrasses lui permet de recevoir des lunettes de toutes 
dimensions. 

6« On peut lui adapter un mouvement d'horlogerie simplifié. 

70 Enfin, le tout est livré à un prix extrêmement modéré et do beaucoup inférieur 
à celui des constructeurs ordinaires. On peut se procurer l'appareil avec ou 
saDs mouvement d'horlogerie. 

Toujours débordé par l'abondance des matières, nous ne pouvons ni nous 
étendre plus longuement, ni revenir plus tard sur ce sujet. Les personnes qui 
désireraient plus de détails sont donc priées de s'adresser directement à l'auteur, 
M. l'abbé Blain, faubourg de la Tranchée, à Poitiers (Vienne). 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES 

A FAIRE DU 15 FÉVRIER AU 15 MARS 1885. 
Principaux objets célestes en évidence pour Inobservation. 

1» CIEL ÉTOILE : 

Pour l'aspect du ciel étoile durant cette période de Tannée et les beautés de la 
voûte céleste, se reporter soit aux cartes publiées dans la première année de la 
Revue, soit aux descriptions données dans les Étoiles et les curiosités du Ciel 
(pages 594 à G35). Les belles constellations du ciel d'hiver sont toujours admi- 
rables à étudier; mais leur magnificence est encore augmentée par la présence 
des deux planètes Saturne et Jupiter, dont la première se trouve dans le voisinage 
d'Aldébaran et la seconde auprès de Régulus. 

2» SYSTÈME SOLAIRE : 

Soleil. — Le 15 février 1885, le Soleil se lève à 7^10"» du matin et se couche 
à b^{^^ du soir; le !«»■ mars, Tastre du jour apparaît au-dessus de l'horizon à 
6h44ra ciu matin, pour disparaître au-dessous à 5^42™ du soir; enfin, le lever a 
lieu à G^' 15™ du matin le 15 mars et le coucher à 6^4™ du soir. La durée du jour est 
de 10^9'» au 15 février, de 10»>58"» au 1««- mars et de 11^49» le 15 mars. Les jours 
augmentent, dans cet intervalle d'un mois, de 55» le matin et de 45» le soir, soit 
un accroissement de 11*40» au total. 

Les soirées continuent à être plus longues que les matinées; mais cette diffé- 
rence va sans cesse en diminuant. Le 15 février, matinée 4^ 50™, soirée 5^19», diffé- 
rence 29»; le l»' mars, matinée 5'» 16™, soirée 5*»42™, différence 26™, et le 15 mars, 
matinée 5^45™, soirée 6*»4™, différence 19*. 

La déclinaison australe du Soleil est de 12o3r au 15 février et de i^bT seule- 
ment au 15 mars, ce qui donne un accroissement considérable de 10* 34'. Le Soleil 
se rapproche rapidement de l'équateur céleste, de sorte que la température 
moyenne diurne augmente journellement d'une façon sensible. 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 75 

Les observateurs attentifs doivent se rappeler que c'est, en général, durant les 
mois de février et de mars que la lumière zodiacale est la plus intéressante à 
étudier. Cette lueur énigmatique, qui va bientôt atteindre son éclat maximum, 
attire avec raison l'attention des observateurs. 

Lune. — C'est dans la période comprise entre le 19 et le 25 février qu'il faudra 
observer la configuration de la partie occidentale de notre satellite, car c'est le 
22 que la Lune présentera la moitié de son disque éclairé et le 23 qu'elle attein- 
dra sa plus grande hauteur, 59® 25', au-dessus de l'horizon de Paris, lors de son 
passage au méridien. 

p J NL le 15 février, à 2»'3i- matin. PL le !•' mars, à 4'' 10- matin. 

l'HASES... I pQj^^2 » à 10 40 » DQleS » à7 3 soir. 

Le ib février, jour de la Nouvelle Lune, vers 5*>50°» du soir, on pourra distin- 
guer, soit à l'œil nu, soit avec une jumelle marine, le mince croissant lunaire, 
environ seize heures après la néoménie. Dans le sud de l'Europe et le nord de 
l'Afrique, l'observation pourra être faite aisément. 

Un fait assez rare et qui ne peut se reproduire que tous les dix-neuf ans se 
passera au mois de février 1885 : Le mois de février n'aura pas de Pleine Lune. 
En effet, à Paris, la Pleine Lune de janvier a lieu le 30, à 4*»28n» du soir, février 
n'en a pas, tandis que mars en a deux. Ce curieux phénomène nous a été signalé 
par l'un des lecteurs de la Revue, M. Sénéchal de Nouant. En 1866, le mois de 
février (*) n'eut pas de Pleine Lune, pas plus que le même mois des années 1847 
et 1828. 

Les peuples de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe auront un mois de février 
sans Pleine Lune. Mais, dans les deux Amériques, les pays situés au delà de 62° 30' 
à l'ouest du Méridien de l'Observatoire de Paris auront un mois de février avec 
les phases ordinaires de la Lune : États-Unis, Mexique, Pérou, Chili, etc. 

Occultalions visibles à Paris. 

Trois occultations seront observables, dans la première moitié de la nuit, depuis 
le 15 février jusqu'au 15 mars 1885. Une des étoiles occultées est de 5« grandeur 
et une autre est de 4« grandeur. Nous en avons ajouté trois autres qui ont lieu le 
matin, parce que les étoiles sont de 4« grandeur. 

{• 38 Bélier (5* grandeur), le 20 février, de 7''45- à 8*'25- du soir. Contrairement à ce 
qui arrive dans la plupart des occultations, rétoile disparaît à l'Ouest, à 15* au-dessous 
et à droite du point le plus élevé du disque lunaire et reparait, toujours à TOuest, à 
1* au-dessus du point le plus à droite. Cette anomalie dans la marche apparente de Tétoile 
derrière la Lune tient à la position très inclinée qu'occupe dans le ciel de TOccident 
notre satellite. L'occultation est représentée (fig. 28); elle sera visible dans TËurope 
occidentale. 

2* 130 Taureau (6* grandeur), le 23 février, de 11** 16" à 12'* 16- du soir. La disparition 

(') Yoir, pour plus de détails, le tome III des Études et Lectures sur V Astronomie, 
par Camille Flammarion, pages 202 et suivantes. (Paris, Gauthier- Yillars.) 



76 



L ASTRONOMIE. 



se produit à l'Est, à 37* au-dessous et à gauche du point le plus élevé du disque lunaire 
et la réapparition à l'Ouest, à 26* au-dessous du point le plus à droite. Visible dans la 
plus grande partie de l'Europe. 

3» a Cancer (4* grandeur), le 27 février, de A»- 15" à S'^ô" du matin. Cette brillante 
étoile est occultée pour la seconde fois cette année. A Paris, elle disparaît dans la 
partie de gauche du disque de notre satellite, à 13* au-dessus du point le plus orien- 
tal et reparait à droite, à 41* au dessous du point le plus occidental du limbe de la Lune. 
L'occultation sera observable dans la plus grande partie de l'Europe. 

4* Lion (4* grandeur), le 27 février, de 8''33- à 8'' 47- du soir. La disparition de 
Tétoile et sa réapparition auront lieu, comme le montre la /zg. 29, dans la partie orien- 
tale du disque lunaire. Cette [autre anomalie tient à la marche apparente de l'étoile et 



PiR. 28. 



Fig. 29. 





Occultation de 38 Bélier par la Lune» 
le 20 février, de 7»»45« à S»" 25» du soir. 



Occultation de o Lion par la Lune, 
le 27 février, de &>Z> à 8«'47- du soir. 



à la position inclinée du limbe de notre satellite dans le ciel de l'Orient, aux instants 
de l'immersion et de l'émersion de cet astre de 4* grandeur. L'étoile disparaît en un 
point situé à 29* au-dessus du point le plus à gauche et reparait à 35*' au-dessous et à 
gauche du point le plus élevé de la Lune. Dans les lies Britanniques, il y aura simple 
appulse de l'étoile. 

5* 6 Balance (4,5 grandeur), le 7 mars, de l"* 1" à 2"» 12" du matin. L'étoile disparaît en 
un point du disque situé à 26* au-dessus et à gauche du point le plus bas, puis reparaît 
à 27* au-dessus du point le plus adroite du limbe de la Lune. Visible dans le Sud-Ouest 
de l'Europe. 

6* p' Sagittaire (4* grandeur), le 11 mars, de 5'' 28" à 6''49" du matin. L'étoile p est 
double et les. composantes p' et p' sont éloignées de 28', soit presque le diamètre appa- 
rent de la Lune. Durant Toccultation de p', on ne cessera de voir p* au sud du disque 
de notre satellite. A Paris, l'étoile de 4* grandeur disparaîtra en un point du limbe 
lunaire, à l'Est, à 35* au-dessous du point le plus à gauche; elle réapparaîtra à l'Ouest, 
à 5* au-dessous du point le plus à droite. 



Occultations diverses. 

Les nombreux lecteurs de la Revue pourront encore observer, selon les con- 
trées de l'Europe et de l'Afrique qu'ils habitent, les occultations suivantes 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 77 

!• Aldébaban (1" grandeur), le 22 février, à Greenwich, de 5'' 26" à 5''59"', temps 
moyen de Paris. Cette remarquable étoile est occultée pour la seconde fois de Tannée. 
A Greenwich, Tétoile disparaîtra dans la partie sud du disque de la Lune, à 20** à gauche 
du point le plus bas, et réapparaîtra à droite et à 24* au-dessus de ce point. Pour plus 
de détails, nous prions les observateurs de se reporter à l'excellent article de la page 80. 

2* Ubanus, le 2 mars, vers 5'' 16" du soir, temps moyen de Paris. Cette planète est 
également occultée pour la seconde fois de Tannée; mais le phénomène ne pourra être 
étudié que dans la Patagonie et les îles voisines. 

Le 25 février, à minuit, la distance de la Lune à la Terre est périgée : 
365.500 kilomètres, diamètre lunaire = 3-2'4i •. 

Le 9 mars, à 9^ du soir, la distance de la Lune à la Terre est apogée : 
403.700 kilomètres, diamètre lunaire = 29' 34', 2. 

Mercure. — Mercure est entièrement invisible. 

Vénus. —Vénus se rapproche peu à peu du Soleil, mais peut encore être obser- 
vée, à cause de son éclat toujours considérable jusqu'au i®»* mars. Son diamètre 
est de 10*, 2 au 7 mars et son mouvement toujours direct. 

Jours. Lever. Passage Méridien . Différence Soleil. Coustcllatlon. 

16 Février 6»'26- matin. 10''58'" matin. 0''42'- Capricorne. 

19 » 6 25 » il 2 )> 38 » 

22 » 6 23 » 11 5 « 34 

25 » 6 20 .' 11 8 » 32 

28 » 6 18 » 11 11 » 28 

Le 27 février, au matin, Vénus se trouvera en conjonction avec l'étoile de 
3« grandeur 8 Capricorne, à lo30' seulement au nord de l'étoile. 

Mars. — Toujours invisible dans le voisinage du Soleil. 

Petites planètes. — Cérès est de plus en plus facile à reconnaître, le soir, à 
l'œil nu, par les personnes qui jouissent d'une excellente vue; mais une 
jumelle marine sera toujours utile pour suivre la marche de ce petit astre dans le 
ciel. 

Jours. Loyer de Gérés. Passage Méridien. ConsteUatlon. 

16 Février 9»' 16" soir. 3** 50" matin. Vierge. 

21 » 8 55 » 3 31 » » 

26 » 8 32 » 3 10 » M 

3 Mars 8 9 » 2 49 » » 

8 » 7 45 )> 2 28 » 

13 » 7 20 » 2 6 » » 

Le mouvement de Cérès est rétrograde et très lent. La petite planète ne cesse 
de former le sommet, tourné vers l'est, d'un triangle dont la base est formée par 
les étoiles Ç, e de la Vierge. 

Au 2 mars, Cérès est éloignée de 258 millions de kilomètres de la Terre. 

Coordonnées au 20 févr. : Ascension droite... 13'»35". Déclinaison... 5*56'N. 
» 5 mars : » » 13 32 » 7 3 N. 

Pallas continue à se présenter dans des conditions extrêmement favorables pour 
l'observation. Elle ne cesse d'être visible soit àFoeil nu, soit à l'aide d'une lunette 
astronomique. 



78 L'ASTRONOMIE. 

Jours. Lever de PalUi. Passage Méridien. Constellation. 

16 Février 8*46- soir. 2»'31" matin. Vieroe. 

21 • 8 18 • 2 11 » » 

26 » 7 47 « 1 49 

3 Mars 7 17 • 1 27 » 

8 » 6 45 • 14 >» 

13 » 6 13 » 41 » » 

Pallas continue à se rapprocher de la Terre dont elle n'est distante que de 
194 millions de kilomètres, au 2 mars. Comme celui de Gérés, le mouvement de 
Pallas est rétrograde. Du 15 février au 15 mars, la petite planète se rapproche 
sans cesse de l'étoile de 3« grandeur t) Vierge. Le 1" mars, Pallas se trouvera à 
Touest et à moins de 45' de cette dernière étoile. 

Coordonnées au 21 févr. : Ascension droite... 12'* 15". Déclinaison... 3* 5' S. 
» 7 mars : » » 12 8 » 2 20 N. 

Junon se trouve également dans les meilleures conditions de visibilité. Une 
simple jumelle suffit pour la découvrir. 

Jours. Lever de Junon. Passage Méridien. Constellation. 

16 Février 10*52- soir. 4»» 31- matin. Vierge. 

21 » 10 32 » 4 12 » « 

26 « 10 10 M 3 52 B » 

3 Mars 9 47 » 3 32 » « 

8 » 9 24 » 3 12 

13 « 9 1 « 2 51 u 

Ainsi que les deux précédentes, la petite planète Junon se rapproche de la Terre 
dont elle n'est éloignée que de 361 millions de kilomètres au 2 mars. Le mouve- 
ment de Junon est rétrograde. Vers le l^^* mars, cette planète sera à Touest et à 
moins de 2° de l'étoile i Vierge, et à une faible distance des étoiles [jl et <p de cette 
constellation. 

Coordonnées au 20 févr. : Ascension droite... 14'*17-. Déclinaison... 5» 53' S. 
» 8 mars : » u 14 15 » 4 22 S. 

Vesta reste toujours invisible. 

JupiTjsR. — Cette brillante planète est visible pendant toute la nuit. Son mou- 
vement est rétrograde. Le 19 février eUe se trouve en opposition avec le Soleil, 
et le 22, elle passe au méridien à minuit. 

Jours. Lever. Passage Méridien. Constellation. 

18 Février 5"' 16- soir. 0''22- matin. Lion. 

22 » 4 58 » minuit » 

26 D 4 39 u 11 42 soir. » 

2 Mars 4 20 » 11 24 » » 

6 » 4 2 M 11 7 » I) 

10 » 3 43 9 10 49 » » 

14 » 3 26 » 10 32 » » 

Le 20 février, le diamètre de Jupiter est maximum, 42'. Cette planète se rap- 
proche peu à peu de Régulus et se trouve en conjonction avec cette étoile à 50' au 
nord, le 14 mars au soir. On pourra distinguer les deux astres dans le champ 
d'une même lunette pendant plusieurs jours. 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 79 

Il faut également étudier les satellites de Jupiter. C'est durant les mois de 
février et de mars que les personnes douées d'une vue exceptionnellement bonne 
apercevront le 3« satellite à Tœil nu, lors de ses plus grandes élongations, c'est- 
à-dire vers les 7, 10, 14, 18, 21, 25 et 28 février, et 4, 7, 11 et 14 mars. Nous 
signalons ces dates aux observateurs qui voudront essayer la puissance de leur 
vision. 

Éclipses des satellites de Jupiter. 



16 Fév :. . 


7*31- 


soir. 


Emersion 


du 


3* 


satellite éclipsé 


» » 


11 1 


n 


Immersion 




3 


• n 


19 .. 


8 51 


« 


Emersion 




4 


M » 


» » 


9 42. 


« 


n 




1 


«• M 


21 » 


9 43 


1) 


» 




2 


U )) 


23 u 


11 29 




» 




3 


.. 


26 » 


11 36 


u 


" 




1 


•> •• 


7 Mars 


7 58 


» 


» 




1 


M 


14 » 


8 53 


» 


» 




1 


» i) 



Remarque. — Le 19 février, à 12^30°» du soir, le 2« satellite est sur le disque de 
Jupiter et les trois autres d'un même côté. Le 26, tous les satellites sont d'un 
même côté. A 11^30°» du soir, les 6, 11 et 12 mars, les satellites sont encore d'un 
même côté. Pour bien observer ces phénomènes, une jumelle marine est indispen- 
sable. 

Saturne. — Saturne et ses anneaux offrent toujours le plus grand attrait aux 
astronomes amateurs. 

Jours. 

16 Février 

21 » 

26 « 

3 Mars 

8 » 

13 - 



Passage Méridien. 


Coucher. 


ConsteUation. 


7M8'- 


soir. 


3M3- 


matin. 


Taureau. 


6 58 


n 


2 54 


» 


» 


6 39 


» 


2 34 


M 


u 


6 19 


M 


2 15 


1) 


» 


6 


» 


1 56 


il 


<l 


5 42 


1) 


1 38 


t» 


i> 



Le mouvement de Saturne redevient direct à partir du 17 février- 

Uranus. — Uranus continue à se rapprocher de nous et à être parfaitement 

visible à l'œil nu, semblable à une étoile de 6» grandeur, dans le voisinage et à 

l'ouest de Tétoile tj Vierge, de 3, 5 grandeur. 



Jours. 


Lever. 


16 Février 


8M7- soir 


21 » 


7 57 


26 » 


7 36 


3 Mars 


7 15 


8 » 


6 55 » 


13 • 


6 34 



Passage Méridien. 


.Constellation. 


2'' 24- matin. 


Vierge. 


2 4 


• 


1 44 


u 


1 23 » 





1 3 » 


» 


43 . 


B 



Le mouvement d'Uranus est toujours rétrograde et le diamètre de la planète 
est de 4^2 au 1«' mars. 

Coordonnées au 1" mars : Ascension droite, 12''8-. Déclinaison, OM' N. 

Eugène Vimont. 



80 



L'ASTRONOMIE. 



Occultation d'Aldébaran. — ^ « Chaque pas que nous faisons sur la Terre 
dérange la Lune dans le Ciel. » Au point de vue mécanique, c'est là une façon de 
dire : Torxs les corps s'attirent. Mais, appliquée aux effets de parallaxe lunaire 
dus à la diversité des lieux d'observation, la même phrase explique littéralement 
un fait dont TAstronomie tient compte. Trois pas sur la Terre donnent lieu pour 
la Lune à un déplacement parallactique de (T, 001 : c'est peu; mais c'est déjà autant 
et plus que l'immense majorité des parallaxes stellaires — dues pourtant, elles, 
aune respectable enjambée de 72 millions de lieues! Trois cents pas déplacent le 
bord delà Lune de 0*,! par rapport aux étoiles : c'est assez pour transformer une 
occultation en appulse. On voit qu'une différence de plusieurs kilomètres entre 
divers observateurs d'une occultation peut donner lieu à des résultats extrême- 
ment variés. 

C'est ce qui arrivera le dimanche 22 février 1885. A Paris, vers 5M4™ du soir, 

Fig. 30. 




ao 



^^^^BiQJtJ^-w^- . 



^J 



Carte pour roccultation d'Aldébaran par la Lune, le 22 février 1885. 
le bord Sud de la Lune passera à moins de 1' de la brillante étoile Aldébaran. 
A Londres, il y aura occultation complète de 5»>17" à 5^50"» (heure de Greenwich). 
La ligne de simple contact passe donc entre les deux capitales : elle suit le litto- 
ral français de la Manche, laissaParis au sud et se dirige presque exactement 
vers l'observatoire allemand de Bonn (fig. 30). Nos amis de Soissons, Beauvais, 
Honfleur, Caen, Argentan, etc.,.î^uront là un sujet d'observation intéressant par 
sa diversité d'aspect. Nous les pilons de dessiner le plus exactement possible les 
positions relatives de l'étoile et des taches du bord lunaire (en consultant pour 
cela les beaux dessins sélénographiques de M. Gérigny) et de se communiquer 
leurs résultats. Pour les observateurs qui auraient la chance de se trouver juste 
sur la ligne de contact , inutile d'insister sur l'attention que mérite l'observation 
de la lumière d'une étoile telle qu'Aldébaran, rasatit le sol lunaire pendant plu- 
sieurs secondes. Edouard Blot. 



CORRESPONDANCE. 

MM. FoLvcHK à Jaén, BRuaurÈRE à Marseille, Jacqcot au Havre, Blain à Poitiers, 
signalent la réapparition, au mois de décembre dernier, des lueurs crépusculaires qui 
ont tant attiré l'attention, il y a un an. 

De son côté, M. F. de Montesscs, de San-Salvador, écrit à la date du 10 décembre 
1884 que ces lueurs rouges ont recommencé, dans l'Amérique centrale, dès la fin de la 
saison des pluies, depuis le mois d'octobre. 

M. Tédesche, à Aubenas (Ardèche), signale à la date du 16 janvier, de 8'» à il'» du 
soir, la présence d'éclairs rappelant ceux d'une orageuse nuit d'été. L'atmosphère était 
chargée de nuages; il avait neigé toute la journée, et le thermomètre marquait — 3*. 

La même remarque a été faite par divers observateurs, dans tout le midi de la France, 
et même aux environs de Paris. 

La coïncidence de ces perturbations atmosphériques avec les tremblements de terre 
de l'Espagne n'est peut-être pas absolument fortuite. 

M. le colonel Delhaye. — Votre idée est ingénieuse; mais, si la Terre ne tournait 
pas, la Lune tournerait autour d^elle, comme le Soleil, en vingt-quatre heures environ, 
el les deux astres se suivant à peu près, dans le ciel, on n'observerait pas les changements 
de phase plus souvent qu'on ne le fait actuellement. 

M. David, à Auxerre. — Nos félicitations les plus sincères pour les procédés ingénieux 
à l'aide desquels vous savez suppléer au défaut d'appareils coûteux; vos procédés de 
mesure ne vous permettent guère d'espérer beaucoup de précision dans des mesures 
absolues; maisilspeuvent vous donner, avec une approximation satisfaisante, des rapports 
entre les dimensions angulaires des objets que vous observez. 

M™ Julia Braddon, à San Remo. — Nous vous remercions de vos intéressantes obser- 
vations de trombes qui seront publiées dans notl-e prochain Numéro. 

M. Monter, à Passy. — Il est bien vrai que l'attraction du Soleil sur la Terre est 
bien plus forte que celle de la Lune; mais les marées ne dépendent pas de l'attraction 
totale, mais feulement de la différence des attractions exercées par la Lune ou le Soleil 
sur un point situé au centre de la Terre, et un autre de même masse situé à la surface. 
Or, cette différence est plus petite pour le Soleil que pour la Lune. 

M. Wilfrid Marsan, à Montréal. — Merci de vos témoignages de sympathie. 

M. Desaôhy. à Paris. — Veuillez adresser à M. Gérigny le détail des opérations à 
l'aide desquelles vous avez fait votre calcul ; il nous semble qu'il y aurait quelques correc- 
tions à faire. 

M. Barthélémy, à Lyon. — La planète Mars est la seule dont le mouvement de rota- 
tion puisse se déterminer avec assez de précision pour permettre le calcul des éléments 
que vous désirez connaître. On pourrait y joindre Saturne, en admettant que le plan des 
anneaux coïncide avec le plan de l'équatcur. Les éléments des anneaux de Saturne 
se trouvent dans l'Annuaire du Bureau des Longitudes. 

M. DoLLiNGER. à Sàverne. — La notation des factorielles ou la fonction r d'Euler 
permet de représenter symboliquement des nombres encore plus grands que ceux que 
vous indiquez. 9! ou r (10) est déjà plus grand que 300 000. 

[9!]! ou r {r(10)j a plus de 400000 chiffres, et [(9!>!]! ou r [ r ir(10)j] représente un 
nombre dont le nombre des chiffres lui-même compterait encore plus de 400 000 chiffres. 
Mais, dans Tarticle auquel vous faites allusion, on n'a eu en vue que des nombres ayant 
une signification concrète. 

M. ^.ARGHBR, à Paris. — Envoyez à M. Gérigny l'énoncé précis du problème que 
vous» -.irez résoudre. Pour le moment, on ne peut faire d'autre réponse à votre lettre 
que» ous conseiller d'étudier la Mécanique rationnelle. 

y > Adolphe Mbrlani, à Bologne. — Le pied Gauchoix, décrit et figuré à la 
p< K\e l'Ouvrage Les Etoiles et les curiosités du Ciel, est très commode, si l'on 

d* 'me large place, de quelques mètres carrés, pour le faire mouvoir. Autrement, 

pi Jui de la fîg^. 399, page 683, Nous recommanderons toujours la lunette 

/ Prendre l'équatorial de r450'' si l'on veut faire des observations sérieuses. 

«iis, à St-Pons. — La nébuleuse que vous avez remarquée au-dessus de Ç 
t C être celle qui est signalée à la page 470 des Etoiles, Prière de nous envoyer 

u Jiagramme de o Orion. 

^rommandant Serval, à Toulouse, M. Paul Maisonneuve, à Nantes. M. Fugai- 
RO 'aris, et M. M., à Avignon. -- Nous avons reçu vos projets de calendrier qui 

ont classés parmi les mémoires inscrits. 

M. ÔUS8E, à Toulouse. —" La Science est loin d'avoir dit son dernier mot dans Texpli- 
catio* les queues cométaires. La lumière et Téther jouent un rôle important dans ces 
appart ces. C'est la comète de 1843 qui a frôlé le Soleil, .et il ^n a été de même des 
grande^ comètes de 1880 et 1882. 

M. T. L. et R. DE G., à Braïla. — Nous avons reçu cette étude très intéressante, et 
nous serons heureux de l'offrir prochainement à nos lecteurs. 

M. H., à Vic-sur-Aisne. — On pourrait dire, en effet, que la Terre court 1768 fois plus 
vite qu'un train express, si Ton adoptait comme comparaison la vitesse de 60^*" par 
minute. Mais on a pris comme comparaison la vitesse la plus rapide, soit environ 100'^"' 
à l'heure. Lavitesse de translation du Soleil n'est pas connue avec précision. 

Un abonné de TlUe-et- Vilaine. —Nous sommes très heureux de connaître les résul- 
tats que vous avez obtenus avec la lunette de 95'»" de Bardou: mais nous ne pourrions 
les publier qu'avec votre nom, car autrement on a le droit de les supposer apocryphes. 

M. Joseph M. Serra, à Barcelone. — Notre intention est de parler des théories dans 
notre prochain article sur les tremblements de terre. Il y a beaucoup d'objections contre 
la théorie électrique. 

M. Emile Lafosse, à Elbeuf. — Veuillez recevoir tous nos regrets. Vous verrez par 
ce Numéro que votre appréciation n'est peut-être pas tout à fait exacte, car il renferme 
précisément entre autres un article d'Astronomie mathématique qui sans doute vous 
intéressera. 

M. Raphaël François, à Gallipoli. — Nous vous remercions de vouloir bien propager 
la vérité astronomique dans votre belle langue. Nous serons très heureux de recevoir 
votre Ouvrage. 



LIBRAIRIE DE GAUTHIER-VILLARS. 

(Bntoi fitaaco CObtre mnAW et poflte oo vtlfliir nir Purit*) 

ANORfi et RAYET, Astronomes adjoints C l'Observatoire de Paris, et AHGOT, Professeur 
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JENKIN (Fleendng), Professeur de Mf^'^pniaue à TUniversité d'Edimbourg. —Électricité 
et Maçrnétisme. Traduit de Tanfflais sur la 7* édition par M. H. Berger, Directeur- 
Ingénieur des lignes télégraphiqu^^s, ancien Élève de VÉcole Polytechnique, et 
M. Croullebois, Professeur à la Faculté des Sciences de Besançon, ancien Élève de 
l'École normale supérieure. Edition française augmentée de Notes importantes sur les 
lois de Coulomb, la déperdition élt^ctrique, le potentiel, les tubes de force, Yéner- 
gie électrique, la transmission de la force, etc.... Un fort volume petit in-S, avec 
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tisme est classique :oaI'étQdie dans les UtiivorsUés, et les ingénieurs électriciens ne manquent 
pas de le placer au nombre des quelques traités spéciaux qu'ils mettent à la disposition de leur per- 
sonnel dans chaque atelier. On ne s*éionno.ra pas, en présence de ce succès, que sept éditions 
aient été épuisées en quelques années. 

Frappcri du mt^rite théorique et pratique le de livre et convaincus qu*une traduction française 
serait favorablement accueillie de toutes le> personnes, qui, par goût ou en raison de leur profes- 
sion, s'intéressent à cette branche de la Phvaique, nous avons entrepris le travail que nous offrons 
au public. L'OËuvre de M. F. Jenkin a été 1: lèiement respectée ; mais il nous a paru utile d'ajouter 
à la tin de TOuvrage plusieurs Notes qui en faciliteront la lecture. 

MAXWELL (James Clerk)* Professeur de Physique expérimentale à l'Université de Cam« 
bridge. — Traité de r£lectriciié et du Magnétisme. Traduit de langlais sur U 2* édi- 
tion, par M. SisLiOMANN-Lui, ancien î^lève de FËcole Polytechnique, Ingénieur des 
Télégraphes, avec Notes et Éclaircissements, par MM. Cornu, Potier et Barrau, 
Professeurs à l'École Polytechnique. Deux forts volumes grand in-8, avec figures et 
20 planches dans le texte. 

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Ce prix de 2.ô francs, qui sera augmenté une fols l'Ouvrage complet, se paie, savoir : l^liUiiQ) en 

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L'Ouvrage sera pnblié en 6 fascicules formant 2 volumes. .■' ^ 

Le premier fascicule du Tome I (xX'12â) vient de paraître. 

SOUGHON (Abel), Membre adjoint au Bufeau des Longitudes, attaché à la rt AldébaIo 
la Connaissance des Temps. — Traité d'Astrononue pratique, comprena p-^^„--.:^ 
8ITI0N DU Calcul des Ëphéubrides astronomiqubs et nautiqdps, d'après le: ^*^®®°^*^ 
en usage dans la composition de la Connaissance des Temps et du Nautica. ""isuît le 11 
avec une Introduction historique et de nombreuses Notes. Grand in-8, avi. 
1883. ^xacte'.'. 

TRUTATfB.), Conservateur du Musée d'Histoire naturelle de Toulouse.— Trait? Beai b- 
taire da microscope. Un joli volume petit in-8, avec 171 figures dans " le; 
1882. Broch('?SSP,fr. 

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yiDAL (Léon). — Calcul des temps de jpose et Tables pbotométriqnes, pour Tapi ^lation 
des temps de pose nécessaires à l'impression des épreuves négatives à la ' .ambre 
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des produits, du diamètre du diaphragme et du pouvoir réducteur moyen des objets à 
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yiDAL (Léon). — Photomètre négatif, avec une Instruction. Renfermé dans un étui 
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VIDAL (Léon). — Mannel dn touriste photographe. 2 volumes in-18 jésus, avec nom- 
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Paris. — Imp. Gauthier- Villars, 55, quai des Grands-Augustina . 



4* Année. 



N* 3. 



Mars 1885. 




REVUE MENSUELLE 

D'ASTRONOMIE POPULAIRE 

DE MÉTÉOROLOGIE ET DE PHYSIQUE DU GLOBE, 

DONICANT LB TABLEAU PERMANENT DES DÉC0UVBBTE8 ET DBS PROGRÈS RÉALISÉ? 
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La Revue parait le i*' de chaque Mois. 



%'/^ PARIS. 

GAUTHIËR-YILLARS, IHPRIHËUR-LIBRAIRE 

DE l'observatoire DE PARIS, 
Quai des Au^ustins, 55. 

18«5 



SOMMAIRE DU N» 3 (MÂR9 1885). 

Les tremblements de terre, par M. C. Flammarion (5 figure»). — NouTelles obserratlons 
sur Jupiter, par M. W.-P. Denning, astronome à Bristol (2 figures). — Mouvement propre 
d'une étoile de 1 1* grandeur (ô figures). — Étude Océanographiqiie, par le colonel H. Ma- 
THiESEN (1 figure). — Nouvelles de la Science. Variétés : Six trombes marines observées 
dans IVspace d'une demi-heure, par M«« Julia Braddon (3 figures). Halo et parhélies observés 
à Orléans (1 figure). Les lueurs crépusculaires. — ObservationM astronomiques, par M. E. 
ViMONT (2 figures). 



PRINCIPAUX ARTICLES PUBLIÉS DANS L.A REVUE. 

A. D*ABBADIE, de l'Institut. — Choix 'd'un premier méridien. 

ARAGO (V.). — L.e soleU de Minuit. 

BERTRAND (J.), de l'Institut. —Le satellite de Vénus. 

BOË (A. De), astronome à Anvers. — L'Etoile polaire. 

DAUBRÊE« Directeur de l'Ecole des mines. — Les pierres tombées du Ciel. 

DENNING (A.), astronome à Bristol. — Observations télesoopiques de Jupiter, de Vénus 
de Mercure. 

DENZA (P.), Directeur de l'Observatoire de Moncalieri. — Chute d*un uranolithe en Italie. 

DETAILLE, astronome. — L*atmosphere de Vénus. — Nouvelles mesures des anneaux 
de Saturne. — Les tremblements de terre. 

FAYE, Président du Bureau des Lon&fitudes. — Nouvelle théorie du Soleil. — Distribution 
des taches solaires. — Mouvements lents du sol en Suisse. -- La formation du sys- 
tème solaire. 

FLAMMAlilON — Les carrières astronomiques en France. — Conditions d'habita- 
bilité de la planète Mars. — Constitution physique des comètes. — Une genèse dans 
le Ciel.— Comment on mesure la distance du soleil. — Les étoiles, soleils de Tinfinl. — 
D'où viennent lès pierres qui tombent du Ciel ? — Les étoiles doubles. — Chute d'un 
corpsau oentre de la terre. — La conquête des airs et 1^ centenaire de Montgolfler. — 
Les grandes marées au Mont Saint- Michel. — Phénomènes météorologiques obser- 
vés en ballon. — Une excursion météorologique sur la planète Mars. — Les flam- 
mes du Soleil- — Les illuminations crépusculaires et le cataclysme de Krakatoa- — 
La planète transneptunlenne. — L*é toile du Berger. — L'histoire de la Terre. — Les 
victimes de la foudre. 

FOREL (le Professeur). — Les tremblements de terre. 

GAZAN (Colonel). — Les taches du soleil. 

GÉRIGNY, astronome. — Comment la lune se meut dans l'espace. — Ralentissement du 
mouvement de la Terre. — La formation du système solaire. — Etudes sélénographi- 
ques. — L'équatorial coudé de l'Observatoire de Paris. — L'héliomètre. — La nais- 
sance de la Lune. 

HENRT, de l'Observatoire de Pari.<. — Découvertes nouvelles sur Uranus. 

HBRSCHEL (A.-S.).— Chute d'un uranolithe en Angleterre. 

HIRN, correspondant de l'Institut. — Conservation de l'énergie solaire. — Phénomènes 
produits sur les bolides par l'atmosphère. — La température du Soleil. 

HOUZEAU, Directeur de l'Observatoire de Bruxelles. — Le satellite de Vénus. 

HUGKjrINS, de la Société royale de Londres. — Les environs du Soleil. 

JAMIN, de rinstitut. —Qu'est-ce que la rosée? 

JANSSBN,de l'Institut, directeur de l'Observatoire de Meudon. ~ La photographie céleste. — 
Résultats de l'éclipsé de Soleil du 6 Mai 1883. 

LEMAIRB'TESTB, de l'Observatoire de Rio-Janeiro. — Choix d'un premier méridien. 

LEPAUTE. — Quelle heure est-il? — Le temps vrai, le temps moyen et les cadrans 
solaires. — La chaleur solaire et ses applications industrielles. 

LBSSBPS (de). — Les vagues sous-marines. 

MOUCHEZ (amiral), directeur do l'Observatoire de Paris. — Travaux actuels de l'Observa 
toire de Paris.— L'Observatoire du Pic du Midi.— Création d'une succursale de l'Ob- 
servatoire. 

MOURBAUX (Th.), météorologiste au Bureau central. — Les inond|ttions. 

PARMENTIBR (général). — Distribution des petites planètes dans l'espace. 

PBRROTIN, directeur de l'Observatoire de Nice. —La comète de Pons. — La planète Uranus 

PROCTOR, astronome à Londres. — Le Vésuve et ISGHIA. 

RICCd, astronome â l'Observatoire de Palerme. — La grande comète de 1882.— La tache 
rouge de Jupiter. — Les taches du Soleil. 

ROCHE (J.), correspondant de l'Institut. —Constitution intérieure du globe terrestre. — 
Variations périodiques de la température pendant le cours de l'année. 

SCHIAPARELLI, directeur de l'Observatoire de Milan. — Les canaux de la planète Mars 

TACCHINI, directeur do l'Observatoire de Rome. — Statistique des taches solaires. 

THOLLON,de l'Observatoire de Nice. —Mouvements sidéraux. — Éruptions dans le Soleil 

TROUVELOT, de l'Observatoire de Meudon. — La comète de Pons. — Ombres observées 
sur le Soleil. — La planète Mars en 1884. 

VIGAN, ingénieur en clief des Ponts et Chaussées. — Les marées de la Méditerranée. 

VIMONT. — Observations astronomiques de chaque mois. 



Les communicailions reUtivea à la rédaction doivent être adressées à M. C. Flammarion, Direc- 
teur de (a Revue. 36, avenue de l'Observatoire, à Paris, ou à l'Observatoire de Juvisy 
vu bien à M. Oèrigny, Secrétaire de la Rédaction^ 41, rue du Montparnasse , à Paris. 

Le plan du Journal comporte une grande variété d'articles. Chaque Numéro con' 
tient des descriptions de science populaire rédigées pour les lecteurs qui ne font pas 
profession de science, pour les gens du monde en général; des études plus appro- 
fondies destinées aux astronomes amateurs; et des recherches intéressant leê 
savants curieux de pénétrer de plu^ en plus les grands problèmes de la nature. 



— £.*ASTRONOMIB. — 81 

LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 

Notre premier article (*) a expose dans son ensemble la catastrophe ter- 

Fig. 31. 




Tremblements de terre de l'Espagne : les ruines d'Alhama. 

rible qui vient de désoler les plus belles provinces de l'Espagne. Certains 
détails caractéristiques ont dii être passés sous silence, au milieu du monceau 
de documents que nous désirions résumer pour nos lecteurs. Il importe d'y 

(*) Voir la Revue de Février p. 60. 

Mars 1885. 3 



82 L'ASTRONOMIE. 

revenir nn instant, d'embrasser dans leur étendue les divers tremblements 
de terre qui se sont produits, pendant cette période critique, en des lieux très 
éloignés les uns des autres, de chercher si ces phénomènes distincts sont rat- 
tachés entre eux par des rapports d'origine, et de profiter, si c'est possible, 
de celte grave circonstance pour obtenir une conclusion scientifique ration- 
nelle sur l'explication des tremblements de terre, et par cela même sur la 
constitution intérieure de notre planète. 

Et" d'abord, reprenons les premières impressions directes ressenties parles 
témoins oculaires. 

J'écrivais, cette nuit de Noël, dans mon cabinet, un instant avant neuf heures, 
dit un correspondant de la Société scientifique Flammarion, de Jaén (<) lorsque 
les oiseaux qui étaient en cage pressentirent, avec leur merveilleux Instinct, 
quelque chose d'extraordinaire, et instantanément, comme touchés par une faible 
décharge électrique, ils tremblèrent, et, saisis d'épouvante, cherchèrent à sortir 
de leur cage. 

Étonné, et sans me rendre compte de la cause d'un tel tumulte, j'entendis, 
une seconde plus tard, un retentissement éloigné accompagné de coups de plus 
en plus forts, qui ressemblaient au bruit d'une voiture roulant sur une route iné- 
gale. C'est la première pensée qui me vint à l'esprit. 

Mais, comprenant que le bruit d'une voiture ne pouvait produire cette impres- 
sion inconnue chez les oiseaux et chez moi, je pressentis que je me trouvais en 
présence d'un phénomène extraordinaire. 

Tandis que toutes ces idées s'amoncelaient confuses dans mon cerveau, il me 
sembla que ma vue se troublait : cette sensation était causée par l'aspect insolite 
du mouvement de tous les objets, mouvement oocasionné par Toscillation ter- 
restre qui commençait. Quelques instants plus tard, elle fut si épouvantable qu'il 
était impossible de rester debout. 

Les lampes se balançaient comme le pendule d'une horloge, les clochettes son- 
naient, les portes, les ïnurs et tous les objets craquaient comme s'ils eussent été 
agités par un être vivant. Si mes sens ne- me trompent, Toscillation dura cinq 
secondes. 

M. Félix Vallaure, de Linares, dont les premières observations ont été 
publiées dans notre précédent article, a envoyé d'autre part à la môme 
Société (*) les importants et intéressants documents que nous allons résumer. 

La province de Grenade est celle qui a le plus souffert. Il y a plus d'un 
millier de morts dans cette seule province, des blessés innombrables; la ruine 
et la désolation sont partout répandues. A Grenade même, à la première 
secousse, un rédacteur iVEl Defensor raconte qu'il se trouvait au journal, 

(*) Voir le Bulletin mensuel de la Société scientifique Flammarion, d'Argentan, 
N* de Janvier 1885. 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 83 

à 8** 55°* du soir, le 25, lorsqu'il sentit une rumeur sourde et prolongée qu'il 
attribua à la machine à imprimer. Bientôt il comprit la réalité par la trépi- 
dation des vitres et les oscillations de la lampe qui se mouvait comme 
un pendule (du Sud au Nord, en faisant un arc de cercle de 10^ à 12**). Le pre- 
mier mouvement fut oscillatoire et suivi d'une autre trépidation qui dura de 
14 à 15 secondes. La maison frémissait d'une manière terrible. Tous sortirent 
précipitamment. Lorsqu'ils arrivèrent à la porte de la rue, le mouvement 
trépidatoire durait toujours. Il y avait sur la place beaucoup de monde, et 
tous les habitants avaient abandonné leurs demeures. Une clameur confuse, 
pareille à la rumeur des vagues, s'élevait dans toute la ville. On ne peut pas 
décrire l'effroi qui se produisit alors. Au n** 6 de la rue San-Geronimo, habi- 
taient plus de trente familles. Lorsque les oscillations commencèrent, on 
entendit un bruit capable de hérisser les cheveux du plus hardi, a La maison 
s'écroule ! La maison s'écroule ! » fut le cri général, et tous s'élancèrent 
vers les corridors. Mais tous s'arrêtèrent épouvantés: on ne voyait rien. Une 
épaisse poussière obscurcissait l'air environnant, une pluie de débris et de 
matériaux tombait dans la cour. Les personnes les plus pieuses se mirent à 
genoux et prièrent. Le tremblement passé, toutes sortirent dans la rue, tra- 
versant la cour pleine de décombres de tuiles et de briques. 

Avant la première secousse, on avait remarqué une grande dépression baro- 
métrique; des éclairs brillaient au milieu du ciel couvert. Le lendemain, le 
ciel, quoique sans nuages, était encore sillonné de nombreux éclairs. 

Le 6 janvier, à cinq heures du soir, une très forte secousse s'est fait sentir 
pendant trois secondes ; des écroulements sont survenus, et les scènes de 
terreur se sont renouvelées comme auparavant. 

* 

La ville d'Alhama est située au centre de ce qu'on appelle un tajo 
(coupure). Elle est formée par une série de hauts rochers parallèles, au 
milieu desquels court la rivière Marchai. Elle est divisée en haute et basse 
\ille et comptait 10,000 habitants. 

Lors du premier tremblement de terre, le 25 décembre, toute la ville haute 
glissa, et les maisons des vingt-deux rues vinrent tomber sur la ville basse 
qui fut entièrement engloutie. Il y avait 5 églises, 5 ermitages, 1 couvent de 
sœurs, l'hôpital, la mairie, 1 théâtre, des écoles ; il ne reste qu'un monceau 
de ruines. On a retiré des débris 302 morts, dont 112 enfants, 101 femmes et 
89 hommes, 282 blessés, sans compter 10,000 animaux et des quantités de 
provisions de tous genres, entre autres 200.000 fanegars de céréales. 

Dans la place et les (ilentours campent sept mille personnes, et l'on voit 
beaucoup de femmes moitié nues, ou vêtues de deuil, et grand nombre d'en- 



84 L'ASTRONOMIE. 

fants, aussi à demi-nus, entourés d'animaux et des effets que ces pauvres 
familles ont pu sauver. Les prêtres et les médecins parcourent les groupes 
en portant des secours. Les hommes travaillent sans relâche à remuer les 
décombres, en cherchant, avec les soldats, les restes de leurs familles. Lors- 
qu'on trouve un mort sous les débris, son père, sa mère, son mari ou ses fils 
s'élancent sur le corps en sanglotant, réunissent ses membres brisés et l'em- 
portent au cimetière. Mais celui-ci n'a pas été épargné. Le tremblement a 
rejeté les cercueils hors de terre et des restes humains gisent épars sur le sol. 
L'odeur est horrible. 

Ajoutez à cela une misère épouvantable; un pain de deux livres se partage 
entre huit personnes. La plupart des gens n'ont pu manger pendant trois jours. 

Des quartiers de roches détachés de la montagne abrupte sur laquelle une 
partie d'Alhama était construite ont été lancés avec les maisons à près de 
cent mètres de distances, dans la direction Nord -Sud. 

Une des crevasses qui se sont formées s'est refermée presque aussitôt et 
cela en passant à travers la route qui conduit de Loja à Âlhama ; ce mou- 
vement du sol surprit un muletier avec ses hôtes ; le dernier mulet tomba 
dans la crevasse, qui en se refermant ne lui laissa que la tête hors du sol 
(fig. 35). 

Sur la pente droite des Alpujarras et dans le fond de la vallée de Segrin, 
entourée d'épais oliviers, se trouvait le bourg Albunuelas, aujourd'hui mon- 
ceau de ruines, que l'on contemple du haut de rochers élevés, où il faut 
monter pour redescendre vers le village. La vue de ce désastre est encore 
plus triste et plus effrayante qu'à Alhama.' 

Le village où l'on voit encore quelques tours du temps des Arabes était 
formé par trois quartiers : l'un assis dans la vallée, l'autre parcourant le bas 
de la montagne, et le troisième, où se trouve l'Église, séparant les deux autres. 
Les maisons étaient fort modestes, même pauvres. Il n'en reste pas une 
debout. Il serait bien difficile qu'une personne n'ayant pas connu le village 
put deviner où étaient ses rues. On sait que 102 femmes, .53 hommes et 
24 enfants ont péri, et qu'il y a eu 286 blessés. Beaucoup de ceux-ci sont res- 
tés abandonnés dans les caves pendant quarante-huit heures. 

Dans une maison où l'on veillait le cadavre d'un enfant, vingt et une per- 
sonnes furent écrasées. 

Lors de la première secousse, une pauvre femme, qui était enceinte, s'en- 
fuit, comme beaucoup d'autres, et se réfugia dans une cave où peu de temps 
après elle accoucha. Cette malheureuse venait de laisser ensevelir une autre 
fille sous les décombres de sa maison. 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 



85 



La nuit du 25 fut, hélas 1 des plus terribles. Aux continuelles oscillations 
du sol s'ajoutait une épouvantable tempête, et la pluie tombait sans discon- 

Fig.32. 




Les tremblements de terre de TËspagne.' Effets de la première secousse. 

tinuer. L'Église a été engloutie jusqu'à sa flèche. Des maisons avec leurs 
habitants et les animaux ont disparu dans d'autres crevasses. 



On a déjà vu par notre premier article que le village de Périana a été 
englouti sous Péboulement de la montagne qui le dominait. Depuis, le sol a 



86 LASTHONOMIR. 

été tellement bouleversé dans tous les environs que les limites des propriétés 
rurales ont disparu et que les propriétaires ne reconnaissent plus leurs terres. 

A Santa-Cruz de Alhama, toutes les maisons et l'église se sont écroulées. On 
a retiré des débris cinquante morts. I^e village se composait de 708 habitants 
et 747 maisons. Il est à noter que l'oscillation la plus violente a été la troi- 
sième ; la première, c'est-à-dire celle du 25, à 9** du soir, a été à peine sensible. 

A Malaga, un séminariste a été tellement impressionné qu'il est devenu 
muet. L'hôpital a été évacué; 200 maisons sont en ruines. 

A Séville, un vieillard qui se trouvait à table mourait quelques minutes 
après le tremblement de terre. La célèbre cathédrale est très endommagée. 

A Cordoue, écrit encore notre correspondant, une personne était occupée à 
faire habiller le cadavre d'un de ses amis, lorsque le tremblement de terre 
arriva, lui fit perdre l'équilibre et la lança contre le visage du mort. 

A Jayena, une jeune fille de seize ans, nommée Milesia, causait avec son 
fiancé, lorsque la chute d'un toit vint l'écraser; les débris enfermèrent en 
même temps son ami auprès d'elle. On parvint, après une heure de déblaie- 
ment, à retirer celui-ci vivant. 

Dans une autre maison, un père et sa .fille se chauffaient auprès du foyer 
lorsque la maison s'écroula. Quand on les retira, on trouva le corps de la fille 
entièrement carbonisé. 

Près du village, de profondes crevasses se sont ouvertes dans le lit de la 
rivière; celle-ci a disparu et les habitants n'ont plus d'eau. Un détail qui 
donne une idée de la situation mentale des témoins de la catastrophe : l'un 
de ceux-ci parcourait les baraques de campement, portant un Christ à la 
main et suivi d'une troupe de malheureux, en criant que l'image versait des 
larmes. 



Mais il serait interminable de se faire l'écho de toutes les particularités 
dramatiques qui ont marqué cette inoubliable catastrophe. On a vu dans 
notre premier article Téboulement et la destruction de divers villages de cette 
zone, tels que : Arenas del Rey, Jatar, Motril, Zafarraya, Nerja, Periana, 
Torrox, Competa, etc. Sans insister sur ces détails, quelque soit leur multiple 
intérêt, abordons maintenant l'étude générale du phénomène. 

M. FOLACHE, de JaÇn, fait remarquer que, très intense dans l'Andalousie, le 
tremblement de terre s'est fait sentir, comme nous l'avons vu, jusqu'à Madrid; 
mais beaucoup moins fort, et a passé complètement inaperçu dans les pix)- 
vinces de Ciudad Real et de Tolède, situées entre Grenade et Madrid et com- 
prenant les vastes plaines de la Manche. Ce sont des terrains sédimentaires, 
sans élasticité, à travers lesquels les vibrations se sont éteintes. 



Fig. 33. 




Vue générale des crevasses & Guevejar, d'après uae photographie. 



88 L'ASTRONOMIE. 

Cette remarque est d'autant plus intéressante que la violente secousse de 
de 8*» 53" paraît avoir été ressentie en Angleterre, sans que personne, en France 
ni sur les bords de l'Océan, Tait observée. On conçoit fort bien, du reste, que, 
si des roches granitiques dures, composites, sont disposées en forme de 
cuvette, dont les bords émergeraient, par exemple, à Grenade et à Madrid, et 
dont rintérieur serait occupé par des terrains mous ou sablonneux, une 
vibration quelconque communiquée à ce banc de roches se transmettra d'une 
extrémité à l'autre, mais ne se communiquera que faiblement aux terres qui 
remplissent la cuvette et seulement sur leurs bords contigus aux roches 
vibrantes. Le mouvement s'éteindra très vite en un pareil milieu, et les villes 
bâties sur ces terres n'auront rien ressenti, quoique la vibration soit passée 
sous leurs pieds et ait été ressentie à l'autre extrémité du banc, émergeant 
au-dessus du sol. 

M. DoMEYKO faisait récemment remarquer, à propos de ces transmissions, 
que c'est une opinion assez répandue parmi les mineurs du Chili qu'un 
tremblement de terre ne peut jamais produire autant d'effets destructeurs 
dans l'intérieur d'une mine profonde, qu'à la surface. Un mineur expéri- 
menté, au moment ou un léger mouvement lui fait supposer un tremblement, 
ne se presse pas de sortir pour gagner le jour du fond de la galerie où il tra- 
vaille. « Ainsi, dit-iJ, un fort tremblement, suivi de plusieurs autres, éclata 
le 26 mai 1884, àCopiapo, produisant des fentes et des crevasses dans les 
murailles de plusieurs maisons, et s'étendit vers les Andes jusqu'aux mines 
d'argent de Chanarcillo. Je me trouvais alors dans ces mines, occupé à lever 
des plans de travaux. La maison que j'habitais, récemment construite en 
pierres calcaires, s'écroula au premier choc du tremblement. Au même 
instant, des pierres de tous côtés roulèrent du haut de la montagne et beau- 
coup d'autres maisons furent endommagées; mais il n'y eût pas le moindre 
accident dans l'intérieur des mines, dont les galeries descendaient à plus de 
deux cents mètres au-dessous des affleurements des filons et n'étaient pas 
toutes bien solidement établies. » 



M. NoGUÈs, ingénieur civil des mines à Séville, a parcouru après le trem- 
blement de terre une partie de la province de Grenade, et a résumé comme 
il suit ses observations dans une note présentée à l'Académie des Sciences. 

L'oscillation du 25 décembre dernier embrasse une extension superficielle 
considérable; le mouvement oscillatoire s'est graduellement accentué en 
direction du Sud du plateau central espagnol; il a décrit un arc ellipsoïdal 
autour de la Sierra-Nevada. Les mouvements vibratoires qui ont causé les 



LES TREMBLEMENTS DE TERUE. 89 

tremblements de terre dans les provinces de Grenade et de Malaga, et pro- 
vinces limitrophes, se sont produits dans une région spécialement fracturée 
et disloquée. Le maximum d'inteiisité se trouve sur une courbe qui embrasse 
une partie de la Sierra-Nevada et suit ensuite rectilignement les lignes de 
fracture des Sierras Tejeda, Almijara et de Ronda. 

Le sol s'est crevassé, fendillé sur plusieurs points. Dans les environs de 
Periana, au pied de la Sierra-Tejeda, des crevasses profondes se sont pro- 
duites en présentant de larges ouvertures. Aux environs de la Venta de Zaf- 
farraya, des crevasses semblables s'étendent sur une longueur considérable ; 
elles prennent naissance au pied -de la montagne et pénètrent dans la plaine; 
des maisonnettes ont même été entraînées dans ces crevasses, dont quelques- 
unes ont plusieurs kilomètres de longueur. 

Une des plus remarquables est celle qui commence près la Sierra de Jatai", 
et se termine au village de Zafarraya, sur une longueur de près de quatre 
lieues. A Guevejar s'est également ouverte une crevasse parabolique d'envi- 
ron 3^° de longueur, large de 3" à 15"» et d'une grande profondeur : le son 
s*y répercute vers l'intérieur, et une bougie allumée à 7"* de la surface a sa 
flamme poussée vers l'extérieur et s'éteint. A 3^" de Santa Gruz et à 2** d'Al- 
hama le pied d'une montagne s'est crevassé; il s'est fait une grande fente, 
d'où sortent des gaz fétides à odeur d'acide sulfhydrique ; à un kilomètre de 
distance l'odeur est perceptible. De cette fente jaillit une source abondante 
d'eau sulfureuse à une température de 42® centigrades, débitant de I"* à 2"* 
par seconde; d'ailleurs, tous les cerros des environs d'Alhama sont actuelle- 
ment crevassés. 

La crevasse de Guevejar, ouverte en forme de fer à cheval, atteint le som- 
met de la montagne; puis elle descend en prenant la direction Est et monte 
de nouveau, pour redescendre en s'infléchissant vers le Nord. En outre, il y 
aune infinité de petites fentes qui courent les unes perpendiculairement, les 
autres parallèlement à la grande crevasse. — Il est difficile d'examiner ces 
curieux effets géologiques sans songer aux crevasses observées à la surface 
de la Lune et sans penser que celles-ci sont dues à des causes analogues, qui 
peut-être sont toujours en activité. 

Le sol est devenu d'une grande mobilité sur tous les points où les oscilla- 
tions ont été intenses ; le mouvement des terres entraîne les maisons. Les 
terrains tertiaires d'Alhama, de Santa Gruz, d'Arenas del Rey, etc., ont peu 
d'adhérence; ils glissent et coulent facilement sur les pentes. Les villages 
bâtis sur ce sol mobile sont tombés aux premières oscillations du tremblement 
de terre. 

Le village de Guevejar éprouve un mouvement de translation au Sud- 
Ouest, vers la rivière. Gertaines maisons situées au centre de la parabole 

3- 



90 



L'ASTRONOMIli. 



décrite par la crevasse, ont avancé de 27", tandis que d'autres situées aux 
extrémités de cette courbe n'ont avancé que de S", 

Les tremblements de terre de TAndalousie, ont déterminé des dénivella- 
tions considérables et modifié le régime des eaux. Des cerros se sont surélevés, 
d'autres affaissés. A l'extrémité Sud de la crevasse de Guevejar, à 15" de la 
rivière, il s'est formé un petit lac d'environ 1200 mètres carrés de superficie, 
qui a 9" de profondeur à son centre. Le versant opposé de la rivière où le lac 

Fig. 34. 




Eruptions à Albunuelas. 

s'est formé s'est élevé d'environ IS" au-dessus de son niveau primitif. Tous 
les cours d'eau compris dans la zone de la crevasse de Guevejar ont disparu, 
laissant leurs lits à sec ; la fontaine qui alimentait d'eau potable le village 
s'est également tarie. 

Le régime normal des eaux minérales de la contrée a été généralement 
modifié; des sources ont disparu; d'autres, au contraire, ont jailli. Près de 
Santa-Cruz a jailli brusquement une source thermo-minérale abondante. 
Les eaux minérales d'Alhama sont maintenant plus abondantes qu'avant la 
catastrophe, la composition chimique et la température ont changé. Aupara- 
vant, elles avaient une température de 47° et le caractère salin ; depuis le 
25 décembre dernier, elles ont acquis un caractère sulfureux très marqué et 
une température de 50**. A Albunal les sources thermales de la ramhla de 
Aldayar ont aussi beaucoup augmenté. Sur quelques-unes se sont ouvertes 
des crevasses de plus de 1" de diamètre, par où sourdent avec violence des 
masses d'eaux minérales. Enfin, à environ 700" d'Albunuelas, par des cre- 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 



91 



vasses de forme elliptique, sortent, comme en bouillonnant, des matières 
visqueuses, fig. 34 . 

Les effets les plus désastreux du tremblement de terre ont eu lieu précisé- 
ment sur les failles qui limitent la masse archéenne de la Sierra- Tejea et 
Almijara, etc. Les sources thermales nouvelles, d'autres sources dont la na- 
ture a été profondément modifiée, les érosions que ces cours d'eaux souter- 
rains peuvent opérer à Tintérieur, les dégagements de gaz qui s'échappent de 

Fig. 35. 




Crevasse sur la route de Loja à Âlhama : le dernier mulet. 

certaines crevasses, tout cela ouvre aux investigations scientifiques un champ 
des plus étendus. 

Dans les régions granitiques, la grande profondeur d'où viennent les 
sources thermales rend compte de leur température. Ici, elles paraissent 
sortir des terrains tertiaires et semblent être en rapport avec une source 
d'émanations gazeuses variées. 

Si les dislocations qui ont donné à cette partie des régions méditerra- 
néennes leur forme actuelle, en fixant les contours des terres et de la mer. 
sont très anciennes par rapport à l'histoire de l'homme, elles sont très récentes 
au point de vue géologique, et les phénomènes actuels nous avertissent que 
la cause en est toujours présente et active. 



Depuis que la première émotion est calmée, on a commencé à mieux 
apprécier le caractère géologique du phénomène, qui prend de jour en jour 



92 L'ASTHONOMIE. 

une plus* grande importance. Près de Lorca, la chaîne de Murcie s^abaisse 
insensiblement. La ville de Valence paraît changer de place et dévier vers 
rOccideut; on croit remarquer entre les méridiens de Madrid et de Valence 
quelques secondes de moins dans la longitude. 

A Enguera, province de Valence, deux montagnes autrefois séparées se 
sont unies. A Ghioa, même province, le sommet du mont Pascuals s'est abaissé. 
A Badalone, près Barcelone, la mer a reculé d'un mètre, tandis qu'au port 
de Mosnon elle a avancé d'autant, etc., etc. 

Ce sont des faits importants, qui éclairent, qui développent et modifient 
les opinions généralement admises sur la constitution de la base de Técorce 
terrestre. Nous allons en étudier les conséquences. 

Avant d'aller plus loin, plaçons sous les yeux de nos lecteurs la liste de 
tous les mouvements du sol qui ont été observés depuis le premier jour des 
tremblements de terre de l'Espagne (ou du moins de tous ceux qui sont par- 
venus à notre connaissance). Cette liste est riche en documents, et nous 
allons essayer de l'interpréter. 11 ne sera sans doute pas désagréable à un 
certain nombre de nos lecteurs d'avoir sous les yeux ce curieux témoignage 
de l'instabilité du sol, dont ils apprécieront le grand intérêt d'actualité. 

Tremblements de terre observés du 22 décembre au 22 février, 

22 décembre. 2" 15" matin, secousses légères aux Iles Açores, à Madère, Lisbonne, 
Vigo, Pontevedra, et en plusieurs régions du Portugal et de Galice. 

22 Matin. Tremblement de terre en mer par 36M8' lat Nord et 19»25 long. 

Ouest. 
21-22 Nuit. Tremblement de terre en mer, par 36*34' lat. Nord et 22* 26' long. 

jBst de Greenwich. Forte secousse (sud de la Grèce). 

23 2'' matin. Tremblement de terre en mer par 33» lat. Nord et 12«30' long. 

Ouest de Cadix. Nouvelle secousse 17" après. Orage et tonnerre. 

24 Secousse légère à Séville. 

25 8*" 53" soir. Très violentes secousses à Alhama, Albunuelas, Arenas del 

Rey, Malaga, Grenade, etc. Secousses assez fortes à Linarès, légères à 
Madrid, très légères à Lisbonne, sensibles jusqu'en Angleterre. 
25 11"» 44". Secousse assez forte, jusqu'à Jaên. — On a compté huit secousses 

à Malaga, Grenade et dans Taire maximum. 

25 8''17" (heure de Berne). Secousses à Bernetz (Engadine), Id. à il"» soir. 

26 2"» et 6"* 45" matin. Nouvelles secousses à Estepona, Periana, Torrox, etc. 

27 Nouvelles secousses à Alhama. Destruction complète de la ville. 

28 Eboulement d'une montagne sur le village de Periana. 

29 Après midi, deux vibrations ressenties dans les forêts de Herlûfsholm, 

près de Nœstved, en Séeland (Danemark). 

29 ll'»25" et 11*45" soir. Oscillations à Malaga. 

30 9^ matin. Légère secousse à Linares. 
30 1** soir. id. id. id. 

30 5*" et 6^ soir. Oscillation à Malaga. 

30 9" soir. Deux violentes secousses à Archidona, province de Grenade, cre- 

vasse dans la montagne de Puerta-Sol, renversement de Jayena. 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 



93 



31 décembre. Midi. Secousses à Velez, Nerja, Torrox, etc. Destruction de Torrox. 
31 4'' 35- à S'^SO- soir. Oscillations à Malaga. 

1*' janvier. Matin. Secousses et bruits souterrains à Malaga, Gordoue, Benamagoza, 
Grenade. 

1 2^ matin. Légère secousse à Lausanne (douteuse). 

2 Minuit. Deux fortes secousses à Nerja (province de Malaga). Eboulement 

d'une partie de la ville. 

3 Secousses à Algarrobo, Gomares, Gasabermeja, Ganillas. Rien à Grenade 

ni Malaga. Formation d'un cratère et d'un puits d'eau chaude dans la 
province de Valence. 

4 Nouvelle secousse, à Periana. A Velez, depuis le 25, on a compté 32 

secousses. 

4 Tremblement de terre dans la Styrie méridionale (Autriche). 

5 3'' matin. Secousse à Ghambéry (Savoie), et Suse. 

5 5''50"' du matin. Secousses à Savines (Hautes- Alpes), Embrun, Marseille, 

Velletri, Rome. 

5 6*" soir. Forte secousse à Malaga, accompagnée de bruits souterrains. 

Grande agitation de la mer. Secousses à Loja, Motril, Gartama. 

6 5*" 48" soir. Fortes secousses à Grenade, Nerja, Torrox, Frigliona. 

6 Légères secousses à Worthing (Angleterre). 

7 Matin. Secousses à Loja, près Grenade. 

8 Nuit. Trois secousses à Grenade, Alhama, Torrox. Bruits souterrains. 

Secousses à Malaga. 

9 Matin. Secousse assez forte à Malaga. Oscillations à Friziliana. Bruits 

souterrains. 
10 Avant midi. Légère secousse à Loja. 

10 Faibles secousses à Velez. 

10 Secousses à Albunecar, (province de Grenade). 

12 4'* matin. Fortes secousses à Hjorring, en Jutland (Danemark). Baro- 

mètre très bas le 11. 

13 2^ matin. Secousse à Sebdou (sud Oranais), Algérie. 
13 Secousses assez fortes à Irkoutsk, Sibérie orientale. 

15 G'* soir. Oscillations à Vejen, en Jutland, frontière dano-allemande. 

16 Matin. Plusieurs fortes secousses à Grenade. 

17 Fortes secousses à Motril et à Frigliana, qui s'écroule tout à fait. 

(Du 25 décembre au 17 janvier, les oscillations du sol ont pour ainsi dire été continues 
dans les provinces de Grenade. et de Malaga.) 

Après minuit. Secousse à Leden, près Colchester (Angleterre). 

Secousses à Torrox et aux environs de Pegio, où s*est produit un affais- 
sement de cinq mètres. 

Nuit. Deux secousses à Aarhus, en Jutland (Danemark). 

Secousses à Malaga, Velez, Loja et Albunecar. 

Entre minuit et 1^. Secousse à Envenda, canton de Glarus (Suisse). 
(Heure de Berne). 

Entre 8"^ 30" et 9"» soir (heure de Londres). Bruits souterrains et vibra- 
tions dans le comté de Somerset (Angleterre), à Bampton, à Tiverton, 
etc. 

Faible secousse à Malaga. 

Secousses de plus en plus faibles sur les versants de la Sierra-Tejea. 

9*" soir. Forte secousse à San-Remo (Italie) et sur tout le littoral jusqu'à 
Gênes, principalement à Port-Maurice. Secousse à Savone. 
26 Soir. Fortes secousses à San-Francisco et dans l'État de Californie. 



18 janvier. 
20 

20 
21 
21 

n 



24 
25 
25 



94 L'ASTRONOMIE. 

27 janvier. 3*" 30- matin. Trois secousses assez fortes à Flers-en-Escrebieux, (départe- 
ment du Nord.) 

27 Secousses dans la Sierra-Tejeda, aux confins des provinces de Grenade 

et de Malaga, ainsi qu'à Alhama, Foraes et Arenas. 

29 Secousses à Motril. Écroulement du clocher. Secousses à Alhama. 

30 Secousses à Sétif et à Msila où huit maisons arabes se sont écroulées. 

Direction Est-Ouest. 
1" février. 4** 37" soir. Secousses et bruits souterrains dans le Calvados et la Manche, 
notamment à Villers-Bocage, Anctoville, Landelle, Caen, Balleroy, 
Caumont, Littry. Direction Sud-Ouest et Nord-Est. 

4 Secousses en divers points du Portugal. 

5 Légères secousses et bruits souterrains à Banera, province d'Alicante. 

6 Forte secousse à Mélijis, province de Grenade. 

6 G"» 30- soir. Plusieurs secousses assez fortes dans la Charente-Inférieure, 

à Saintes, aux Arciveaux, à Lormont, à Saint- Jean-d'Angely d'), Ro- 
chefort, Angoulême, Cognac. 
Deux fortes secousses à Tambril (Andalousie); trois maisons éboulées. 

11 Les secousses continuent dans la chaîne de Tejada. 

12 Secousses à Torre del Campo ; écroulement de Téglise et de l'hôpital. 
14-15 Nuit. Secousses à Grenade et à Vêlez. 

15 lO** soir. Fortes secousses dans la vallée de l'Isère; légères à Chambéry. 

19 Deux fortes secousses à Grenade et à Malaga. 

On n'a peut-être jamais vu autant de tremblements de terre en un si court 
espace de temps^ Pourtant, cette statistique est nécessairement fort incom- 
plète, malgré tous les soins que nous avons apportés à coUationner les rela- 
tions qu'on a bien voulu nous adresser et à leur adjoindre celles que nous 
avons pu recueillir. Elle ne donne qu'une idée très restreinte de ce qui doit 
se passer, nous ne dirons pas surTensembledu globe, mais même en Europe 
seulement. Or, si déjà elle suffit pour nous montrer que pas un seul jour, 
pour ainsi dire, ne s'est passé sans être marqué par un tremblement de terre 
plus ou moins intense, nous devons en conclure que, dans la totalité du 
globe, non seulement pas un seul jour, mais sans doute pas une seule heure 
ne se passe sans que la surface du sol soit agitée en un point ou en un autre. 

Dans l'ensemble des secousses qui viennent d'être notées, quelles sont 
celles qui sont en relation directe avec le phénomène géologique dont l'Es- 
pagne vient d'être le théâtre? 

La statistique générale des tremblements de terre établissant que pas un 
seul jour de l'année ne se passe sans qu'une secousse du sol soit signalée en 
un point ou en un autre de la planète, nous pouvons tenir pour certain que 
toutes les secousses de la liste précédente ne sont pas nécessairement asso- 

(*) Le tremblement de terre des Charentes a été observé notamment à Annezay, arr. 
de Saint- Jean-d'Angely, par M. Ch. Riveau : secousse assez forte pour ébranler les 
maisons, soulever le sol, briser des vitres; bruit semblable à celui d'un train qui arrive 
à toute vitesse. Le lendemain, orage et violents coups de foudre. 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 95 

ciées à la catastrophe de TAndalousie. Il est naturel d'en exclure d'abord les 
plus éloignées, — à moins que des symptômes de corrélation évidente ne se 
soient manifestés. Ainsi, par exemple, le tremblement de terre ressenti, le 
13 janvier, dans la Sibérie orientale, doit être considéré comme étranger à 
celui de l'Espagne. Nous pouvons regarder comme hors du cadre également 
celui du 26, en Californie. En est-il de môme de celui du 4, en Autriche, et 
de ceux des 29 décembre, 12 et 15 janvier, en Danemark? Probablement. Mais 
déjà l'observation nous invite à être fort circonspects si nous voulons voir 
quelque chose dans ces limbes encore mystérieuses. En effet, les violentes 
secousses du 25 décembre, de 8** 53 et 11*" 44 (heure de Madrid), si terribles 
pour l'Andalousie, ont été ressenties à Madrid sans l'être par les pays inter- 
médiaires, formés de terrains mous dans lesquels les mouvements se sont 
amortis et éteints. Nous avons vu aussi qu'on les a ressenties en Angleterre, 
sans qu'en France personne ait rien remarqué. Les observations anglaises 
étant peu nombreuses, pourraient être mises, sinon sur le compte de l'illu- 
sion, du moins sur celui d'un phénomène local, si la coïncidence de l'heure 
ne plaidait en faveur d'une corrélation avec l'Espagne. Mais il y a plus. 

Dans le département de l'Orne, un phénomène géologique assez extraor- 
dinaire vient témoigner également en faveur d'une très grande extension 
des effets souterrains des tremblements de terre espagnols. On en doit la 
connaissance au Comité de la Société scientifique Flammarion, d'Argentan. 
Une filature, située au fond du vallon de Saint-Pierre-Entremont, porte une 
haute cheminée qui ne recevait jamais les rayons du soleil entre le 5 décembre 
et le 14 janvier. Depuis la fin de décembre dernier, les habitants du pays 
ont vu, à leur grande stupéfaction, le sommet de cette cheminée éclairé par 
le soleil tous les jours vers midi. Ou le terrain sur lequel est bâtie la filature 
s'est exhaussé, ou le mont Cerisy, situé au sud et dont la cime lui masquait 
le soleil, a subi un affaissement. 

D'autre part, les secousses du 22 décembre ont été ressenties aux îles 
Açores, en Portugal et en Galice. La distance est la même que celle de l'Anda- 
lousie à l'Angleterre. 

Que la vibration souterraine ait passé sous la France et se soit révélée en 
certains points en relation directe avec les roches vibrantes, c'est ce qui est 
également manifeste par le fait suivant : 

A l'Observatoire de Bruxelles, le 26 décembre au matin, l'astronome de 
service s'aperçut que l'une des horloges sidérales s'était arrêtée dans la nuit, 
et, quand il voulut observer avec la lunette méridienne, il constata que l'axe 
optique de l'instrument s'était dérangé, et que les piliers de support 
n'étaient plus dirigés suivant la verticale. 11 était impossible de vérifier d'une 
manière plus délicate l'effet produit par le phénomène. 



96 L'ASTRONOMIE. 

A rObservatoire de Greenwich, la secousse a été enregistrée par les instru- 
ments magnétiques. 

En Allemagne, il en a été de même à Wilhelmshaven. 

La secousse observée en Suisse, le 25 décembre, à 8^17" (heure de Berne), 
ce qui correspond à 7** 34"* de Madrid, ne doit pas être en corrélation avec 
celles d'Espagne, car, dans l'état dans lequel les esprits ont été jetés par la 
catastrophe, on n'eût pas manqué de se souvenir des moindres mouvements 
du sol qui l'auraient précédée. 

Celles du 5 janvier au matin, à Chambéry, Savines, Embrun, Marseille et 
en Italie, ne paraissent pas non plus en relation avec celles d'Espagne, car, 
d'une part, on ne signale rien ce matin-là en Espagne, et, d'autre part, nos 
lecteurs se souviennent du tremblement de terre du 27 novembre dans les 
Alpes-Maritimes, qui a été ressenti également jusqu'à Marseille, à peu près 
aux mêmes points que celui-ci, et auquel l'Espagne était restée étrangère. Ces 
mouvements étaient probablement une suite de ceux du 27 novembre. Les 
secousses du 25 janvier à San-Remo appartiennent au même foyer alpestre. 

De l'ensemble considérable de témoignages exposés jusqu'ici et comparés 
entre eux, nous sommes conduits aux conclusions suivantes pour l'explica- 
tion des tremblements de terre de l'Espagne : 

lo Les secousses les plus violentes et les plus désastreuses se sont produites 
sur les anciennes failles géologiques, dans les dislocations de roches auxquelles 
on doit la configuration de cette partie deTEspagne. 

2o Ces dislocations ou fractures constituent une base instable pour ces terrains. 
Les roches inférieures s*appuient obliquement les unes sur les autres et laissent 
des vides entre elles. Plusieurs causes peuvent amener des tassements, des ébou- 
lements, des changements de niveau. 

3» Parmi ces causes, les eaux de pluie, qui descendent perpétuellement de la sur- 
face du sol vers les profondeurs, constituent Tune des plus importantes. Ces eaux 
désagrègent lentement les appuis, les piliers, les voûtes, par l'action purement 
mécanique de leurs courants. De plus, en se combinant avec certaines roches, 
elles donnent naissance à des produits chimiques variés dont l'action ne peut pas 
être insensible. D'autre part encore la chaleur inhérente à ces profondeurs trans- 
forme l'eau en vapeur. Il y a donc dans ces profondeurs, par le fait même de 
Texistence des eaux minérales, des opérations chimiques et de la température, 
des vapeurs et des gaz qui remplissent les vides qui subissent une énorme pres- 
sion et qui cherchent à se faire jour. Les tremblements de terre de TEspagne ont 
été précédés de fortes pluies (*). 

4o Plusieurs circonstances peuvent favoriser l'ébranlement du sol. Toutes les 

^ ' ) M. Rey de Morande considère même cette cause comme la plus importante. 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 97 

conditions étant préparées pour un éboulement intérieur, tassement de roches 
désagrégées, combinaisons de gaz, une cause relativement légère suffira pour 
amener la rupture. 

Des changements brusques et répétés dans la pression atmosphérique, en en- 
levant de la surface du sol un poids de plusieurs millions de kilogrammes, en Ty 
ramenant et en le supprimant encore, peuvent être non la cause, mais Toccasion 
de la rupture d'équilibre. C'est ce qui s'est présenté en Espagne, quoique cela 
soit loin de se présenter dans tous les tremblements de terre. Pendant tous les 
jours qui ont précédé la violente secousse du 25 décembre, le baromètre oscillait 
d'une manière si folle que les ingénieurs avaient cessé de prendre leurs mesures 
de niveau. La période du 22 décembre au 15 janvier a été marquée par des intem- 
péries extraordinaires pour l'Espagne : le thermomètre est descendu jusqu'à 5» au 
dessous de zéro à Madrid^ et jusqu'à 22» à Soria; la neige est tombée sur des pays 
où on ne l'avait jamais vue. 

5» D'immenses crevasses se sont ouvertes; des sources minérales ont été modi- 
fiées dans leur volume, leur composition chimique et leur température; plusieurs 
ont entièrement disparu ; d'autres, au contraire, ont jailli du sol. Nous avons vu plus 
haut que de certaines crevasses sortent des gaz fétides à odeur d'acide sulfhy- 
drique, que l'on sent à plus d'un kilomètre de distance ; qu'ailleurs jaillissent en 
bouillonnant des matières visqueuses. Ce sont là autant de témoignages de l'ac- 
tivité chimique qui règne sous nos pieds. 

&* Les modifications apportées à la surface du sol ne paraissent pas être des 
surélévations de terrains, mais des abaissements, comme on l'a vu plus haut. Le 
changement de cours de quelques rivières, la formation d'un petit lac, la chute 
de parties de montagnes au fond des vallées, les glissements de terrains, les modi- 
fications dans le dessin des rivages de la mer, tout cela est dû à des tassements, 
non à des soulèvements. 

7» Il n'y a pas eu que des tassements. On a ressenti des trépidations et des 
oscillations de bas en haut. Ces trépidations ont dû être causées par la pression 
des gaz et des vapeurs cherchant une issue. Tout le monde connaît la force pro- 
digieuse des vapeurs et des gaz en tension. 

8» Les commotions produites dans les roches par ces ruptures d'équilibre, ces 
éboulements, ces changements de niveau, se sont transmises au loin : Angleterre, 
Belgique, etc. Elles se sont transmises par les roches dures. Des terrains mous 
encastrés dans ces roches ne les ont pas éprouvées. 

9» Les ruptures d'équilibre se sont communiquées de proche en proche sous 
l'Andalousie tout entière, sous une partie de l'Espagne et même sous la France. 
Sur le chemin de l'Espagne à l'Angleterre, notamment dans l'Orne, le Calvados 
et la Manche, puis dans la Charente-Inférieure, divers symptômes ont témoigné 
de ce contre-coup. 

Ainsi, la constitution géologique de cette région de FEspagne suffit ample- 
ment pour rendre compte de tout ce qui est arrivé. Toute cette surface repose 

3*' 



98 L ASTRONOMIE. 

sur des roches mal équilibrées, sur des couches plissées, inclinées, disjointes, 
disloquées, parsemées de fractures, défailles, de voûtes et de ponts. Que Tun 
des points d'appui, qu'uji pilier cède sous l'influence de la désagrégation 
causée parles eaux, qu'un léger glissement s'opère, qu'une voûte s'effondre, 
et, petit à petit, toute la région subira une légère modification dans son relief. 
Ajoutons à cela les énormes pressions produites par de faibles quantités de 
vapeur d'eau, le déplacement des courants intérieurs d'eaux minérales, elles 
divers phénomènes observés s'expliquent sans qu'il soit nécessaire d'invoquer 
l'existence du feu central. Néanmoins, la cause de ces mouvements du sol 
gît à une grande profondeur, puisque ses effets, loin de se borner à un seul 
district, se sont étendus à l'Ouest jusqu'aux Açores, au Nord jusqu'en Angle- 
terre, etc. Le mouvement géologique, préparé depuis longtemps par les 
conditions mômes de l'instabilité de ces bases, peut fort bien avoir été déter- 
miné par les colossales oscillations atmosphériques qui ont précisément eu 
lieu pendant toute cette période. A cette môme période appartiennent le cyclone 
qui ravagea Catane, en Sicile, et la tempête extraordinaire qui lança la Médi- 
terranée dans les rues de Nice. 

Ce mémorable tremblement de terre est le plus terrible que l'on ait eu à 
enregistrer dans la Péninsule ibérique depuis l'Inoubliable catastrophe de 
Lisbonne, du !•' novembre 1755 (et, bizarre coïncidence, dans ce pays si 
catholique, ces deux fléaux sont tombés sur les populations précisément deux 
jours de grande fôte : le premier, le jour de la Toussaint, le second, le jour 
de Noël). En 1755, il y eut trente mille morts; cette fois-ci, deux mille. La 
secousse la plus violente arriva à 9*'40" du matin, au moment où les églises 
se remplissaient pour la messe ; elle ne dura, dirent les survivants, qu'un 
dixième de minute, et suffit pour faire ébouler tous les monuments, églises, 
couvents et palais; un quart delà ville disparut instantanément sous les 
décombres. L'angoisse des survivants fut telle, en voyant la terre leur man- 
quer sous les pieds, le sol onduler comme la mer, des crevasses s'ouvrir et se 
fermer, des murs se fendre et se recoller, que, malgré les gémissements des 
victimes qui n'étaient pas tuées et appelaient du secours, chacun, emporté 
par son seul instinct de conservation, restait sourd à tous les sentiments 
humains pour ne songer qu'à son propre salut. 

Un immense raz de marée arriva et emporta ceux qui s'étaient sauvés sur 
le rivage. En môme temps, le feu des foyers allumés et ensevelis se commu- 
niqua pai-tout, le vent souffla, et la partie de la ville qui avait résisté aux 
secousses fut réduite en cendres (»). 

(^) Au milieu d'un tel désastre, on vit unq énorme quantité de voleurs et d'assassins 



OBSERVATIONS DE JUPITER. 99 

Cette région est malheureusement, par sa constitution géologique, exposée 
à ces oscillations du sol, insignifiantes pour la planète, graves et funestes 
pour rhumanité. Déjà, dans notre siècle, on a subi là un grand nombre de 
tremblements de terre, 

Nous pouvons maintenant, en connaissance de cause et en comparant 
l'expérience géologique dont nous venons d'clre témoins aux autres grands 
tremblements de terre observés, nous former une idée judicieuse et ration- 
nelle de la constitution du sol sur lequel nous vivons. 

(La fin prochainement. ) Camille Flammarion. 



NOUVELLES OBSERVATIONS SUR JUPITER. 

La tache rouge de Jupiter reste encore facilement visible, quoiqu'il n'en existe 
plus qu'une légère esquisse. Sa position, par rapport à la dépression de la grande 
bande sombre australe, est la même que pendant la dernière opposition. La tache 
blanche continue à se montrer sur le bord austral de la zone équatoriale. Elle 
est aussi brillante qu'à l'époque où elle attira pour la première fois l'attention. 

J'ai fait les observations suivantes de 'la tache rouge pendant l'apparition 
actuelle de Jupiter : 

Passage de la tache rouge par le méridien central. 

Dates. Heures. 

1884 21 Septembre 18^37" 

3 Octobre 18 28 

8 » 1735 

18 Novembre 16 25 

27 « 18 45 

20 Décembre 12 49 

21 »> 18 39 

31 » 16 52 

Temps moyen de Paris. 

Pendant un intervalle de 100J22*»15«n, la tache a accompli 244 révolutions, et sa 
période de rotation s'est trouvée égale à 9^ 55™ 36* 9, de sorte que son mouvement 
semble s'être accéléré depuis les deux dernières oppositions. La période de rota- 

enlever tout ce qu'ils pouvaient, arracher des ruines et achever les victimes qui défen- 
daient leurs biens « sur quoi, écrivait un témoin oculaire, le roi ordonna qu'on dressât 
des gibets tout autour de la ville, et, après une centaine d'exécutions, le mal fut arrêté. » 
Le dernier tremblement de terre n'a pas atteint heureusement ce degré d'horreur, et 
Ton espère que les progrès introduits dans la civilisation interdiront le retour de 
pareilles scènes. Cependant les passions humaines sont âpres et tenaces. L'autre jour, 
nVt-on pas vu à Grenade, des cochers demander cent francs par heure pour conduire 
des personnes hors de la ville? Ils « profitaient » de l'excellente occasion offerte par un 
événement qu'ils qualifiaient de « trop rare ». 



100 L'ASTRONOMIE. 

tion s'était, en effet, retrouvée la même à ces deux époques avec une valeur de 
9»»55°»39», 1. (V. Astronomie, t. III, p. 349.) 

La tache blanche équatoriale est actuellement aussi distincte et aussi brillante 
qu'elle le fut jamais (V. fig, 37, où elle est bien représentée près du limbe oriental, 
et sur le bord boréal de la grande bande sombre qui s'étend au sud de Téquateur). 
Un accroissement très remarquable de sa vitesse s'est manifesté pendant les trois 

Fig. 36. 




Aspect de Jupiter, le 27 novembre 1884, à i8'»45". (Temps moyen de Paris ) 
Réflecteur de 10 pouces, grossissement = 252. 

derniers mois. J'ai fait les observations suivantes des heures de son passage par 
le méridien central de la planète. 

Tache blanche sur le méridien central. 

Dates. Heures. 

1884 4 Octobre 17''52- 

7 Novembre 18 17 

21 » 16 41 

27 » 19 59 

9 Décembre 16 57 

18 » 17 7 

20 » 18 15 

24 » 20 30 

31 » 19 33 

1885 4 Janvier 12 2 

Temps moyen de Paris. 



OBSERVATIONS DE JUPITER. 101 

L'intervalle qu'embrassent ces observations est de 91J18**10", pendant les- 
quelles la tache blanche a accompli 224 révolutions avec une période de 9^ 49™ 51», 6. 
Cette période est de 20», 5 plus courte que celle de 9^50"» 12», 1 qui résultait des 
observations effectués pendant les oppositionsprécédentes(V. Astronomie, t. III, 
p. 349). 

Les éphémérides que M. Marth a publiées dans le volume XLIV des Monthly 

Fifir. 37. 




Aspect de Jupiter, le 31 décembre 1884, à 16i>52". (Temps moyen de Paris.) 
Réflecteur de 10 pouces, grossissement = 252. 

Notices, p. 454-458, sont basées sur les observations que j'ai faites de cette tache 
pendant les deux dernières années, et qui conduisaient à un mouvement de 870», 34 
par jour, correspondant à une durée de rotation de 9*»50"12»,25. En comparant 
les observations actuelles avec les indications de ces éphémérides, on voit que, 
durant les trois derniers mois (du 4 octobre 1884 au 4 janvier 1885), la tache blanche . 
équatoriale s*est écartée de 47», 2 à l'Est de sa position calculée. Cela signifie que 
la tache s'est déplacée sur une longueur de 53 000 kilomètres à la surface de la pla- 
nète. Ce mouvement correspond à une vitesse de 227»^™ par jour jovien ou de 557^» 
par jour terrestre. Quelle peut être la cause d'une accélération si rapide dans le 
mouvement de cette tache? Il est bien impossible de l'expliquer actuellement; 
maison voit par là combien il est nécessaire de continuer les observations avec le 
plus de soin possible, afin de poursuivre l'étude des phénomènes si curieux pré- 
sentés par cette tache. 



102 L^ASTRONOMIB. 

Les fig. 36 et 37, montrent une curieuse entaille sur le bord boréal de la grande 
bande sombre boréale. Le 27 novembre et le 31 décembre, j'ai vu dans cette en- 
taille une tache très brillante qui paraît se déplacer avec une vitesse de rotation 
très légèrement supérieure à celle des restes de la tache rouge. 

W.-F. Denning, 
Astronome à Bristol. 



MOUVEMENT PROPRE D'UNE ÉTOILE DE 11^ GRANDEUR 

VOISINE D'ALDËBARAN. 

On sait que M. Flammarion a découvert, en 1877 (i), par ses mesures micro- 
métriques d*Aldébaran et de son compagnon, que cette petite étoile télescopique 
de 11« grandeur est animée d'un mouvement propre remarquable. C'est la pre- 
mière fois qu'un mouvement propre était reconnu pour une étoile aussi faible, et 
le fait paraissait si surprenant que l'observateur recommença plusieurs séries de 
mesures dans la crainte d'avoir été dupe d'erreurs accidentelles. Les doux princi- 
pales séries donnent : 

Angle. Distance. 

23 janvier 1877 35*32' 114',5 

29 novembre 1877 34 57 114,9 

Ces positions étaient assez inattendues, car Tillustre observateur d'étoiles 
doubles, William Struve, avait conclu [Positiones Mediœ (1852), p. CCXXVI) que 
les observations faites par Herschelen 1781, par lui-même en 1836, et par son fils 
en 1851, conduisaient à admettre que le mouvement relatif observé sur le com- 
pagnon était causé par le mouvement propre d'Aldébaran lui-même. 

Or voici les principales valeurs obtenues pour le mouvement propre d'Aldé- 
baran, l'une des trois premières étoiles dont Halley ait signalé le déplacement 
en latitude (dès 1718) et l'une de celles qui ont été le plus étudiées sous ce 
rapport. 

DÉTERMINATIONS PRINCIPALES DU MOUVEMENT PROPRE d'aLDÉBARAN 

Mouyement propre. 
Auteurs. D'après les observations de : Ascension droite. Distance polaire. 

Mayer 1760. Rœmer 170G et Mayer 1756 h- G', 06 -^ 0' 36 

Piazzi 1814. Mayer 1756 et Piazzi 1800 -r- 0',04 -+- 0,21 

Bessel 1818. Bradley 1755 et Piazzi 1800 -:- 0%042 -+- 0, 104 

Argelander 1835. Bradley 1755 etObs. Abo 1825 (*) Aa ces «. - - 0',059 (*) -t- 0,147 

Main 1850. Bradley 1755 et Obs. Greenwich 1845 ... h- 0*,004 — 0,17 

W. Struve 1852. Bradley 1755 et Obs. Dorpat 1830 -t- 0",066 -f- 0,127 

W. Struve 1852. Lalande 1796 et Obs. Dorpat 1830 -f- 0',022 -t- 0,043 

W. Struve 1852. Piazzi 1800 et Obs. Dorpat 1830 -t- 0'.032 4- 0,047 

Màdler 1856. Bradley 1755 et Obs. Dorpat 1850 -r 0',079 -r- 0,176 

Le Verrier 1856. Bradley 1755 et Obs. Greenwich 1845.... - 0*,0055 — 0,174 

Auwers. Bradley 1755 et Obs. modernes (*) AacosS. -i- 0*,050 (*; -t- 0, 184 

(•) Voy. Catalogue des étoiles doubles en mouvement, p. 25 et 161; Les Étoiles et 
les Curiosités du CioJ, p. 288. 



MOUVEMENT PROPRE D'UNE ÉTOILE DE 11« GRANDEUR. 



i03 



Parmi ces déterminations principales, celle de Le Verrier paraît trop forte en 
ascension droite, et la meilleure paraît être celle de Main, soit, en temps -+- 0«,004, 
ou en arc + 0',060, et c'est en effet celle que Ton adopte le plus généralement. Si 
nous multiplions ce mouvement par le cosinus de la déclinaison, nous obtenons 
pour le déplacement en arc de grand cercle : + 0',0576. Nous adoptons n- (^,174 

Fig. 38. 




Mouvement propre d'Âldôbaran. Echelle : i"*» = 1". 

pour le mouvement en distance polaire. Ces deux quantités nous donnent 0',183 
pour la marche annuelle sur la sphère céleste, soit, par siècle, 18',3. Le mouve- 
ment le plus sûr est donc : 



Ascension droite. 
A a ces 8 + 0',0576. 



Distance polaire. 
H-0',174. 



Résultante. 
0M83. 



Ndtre fig. 38 montre ce mouvement à l'échelle de 1™» pour 1*. On voit qu*Al- 
débaran se déplace vers le Sud-Sud-Est de 18' par siècle, dans une direction 
faisant un angle de iS» E. environ avec la ligne Nord-Sud. 

Si donc, comme on le pensait (et comme il était naturel de l'admettre), le chan- 




..J.W 



Mouveme&t de perspective que devrait avoir l'étoile dp 11* grandeur si elle était fixe. 

gement de position de la petite étoile, relativement à Aldébaran, révélé par les 
mesures micrométriques d*Herschel et de Struve. était dû à ce fait que cette minus- 
cule étoile reposerait immobile au fond de l'infini, et que la brillante étoile du 
Taureau, située beaucoup plus près de nous, marcherait devant elle, ce déplace- 
ment du compagnon devrait être égal et de signe contraire au mouvement propre 
reconnu à Aldébaran, c'est-à-dire de : 



Ascension droite. 
— 0',0576. 



Distance polaire. 
— 0',i74. 



Autrement dit, la petite étoile devrait, relativement à Aldébaran, marcher 



104 



L'ASTRONOMIE. 



vers le Nord-Ouest, exactement dans la direction 18° W du Nord, comme on le 
roit sur la fig, 39. 

Il était d'autant plus intéressant de faire une mesure précise que, non seule- 
ment Struve en 1852 et Dembowski en 1863 considéraient le mouvement relatif 
comme expliqué par le mouvement propre d'Aldébaran, mais encore que la seule 
mesure connue depuis cette époque, celle de Gledhill, en 1876, semblait accroître 
encore Tincertitude du mouvement de cette minuscule étoile, en montrant que la 



Fig. 40. 






N 
Oo 



Aid 



lé^i 



-270»W 



180» 
S 

Mesures micrométriques faites avant 1877 sur l'étoile voisine d'Aldébaran. 

distance n'augmentait plus. On avait, en effet, pour ces diverses mesures rap- 
portées à Alddbaran : 





Augle. 


Distance. 




1781,96 


37,0 


95 


Herschel. 


1802,10 


35,1 





> 


1825,04 


36,2 


90 


South. 


1836,06 


36,0 


109,0 


Struve. 


1836,98 


35,9 


107,9 


Smyth. 


1851,40 


35,5 


111.6 


Struve. 


1863,37 


34,9 


112,7 


Dembowski 


1876,07 


35,6 


110,9 ±: 


Gledhill. 



MOUVEMENT PROPRE D'UNE ÉTOILE DE il» GRANDEUR. 



105 



On jugera de Tincertitude de ces positions en voyant le diagramme (flgAO) sur 
lequel elles sont représentées. 

Tel était Tétat de la question, lorsque M. Flammarion fit, au grand équatorial 
de l'Observatoire de Paris, ses mesures de 1877. Elles lui démontrèrent avec 
évidence que l'angle variait à peine, paraissant diminuer très légèrement; mais 
que très certainement la distance augmentait : 



1877,06 
1877,90 



35,5 
35,0 



114,5 
114,9 



Il en résultait que, contrairement aux déductions adoptées, le mouvement relatif 



Flg. 41. 




Aldêl^ar&n 



Mouvement relatif séculaire de l'étoile voisine d'AIdébaran. 

du compagnon d'Aldébaran n'était pas dû à un simple effet de perspective causé 
par le mouvement propre de la brillante étoile du Taureau, mais aussi à un 
mouvement réel de la petite étoile elle-même. 

La précession des équinoxes fait légèrement tourner autour du pôle de Téclip- 
tique la ligne de jonction des deux étoiles; mais ce déplacement est insignifiant, 
d'autant plus que ce n'est pas Tangle qui a changé sensiblement, mais la dis- 
tance. En fait, ce mouvement de précession n'a pas d'autre effet que d'aug- 
menter l'angle de 0',31 par an. Dans tous les cas, c'est une augmentation, et 



106 L*ASTR0N0M1E. 

comme les observations montrent plutôt une légère diminution, c'est qu'en réalité 
l'angle diminue. 

Si maintenant nous posons sur un diagramme les mesures les plus satisfai- 
santes (1781, 1836 (Struve), 1851, 1863 et 1877) nous obtenons la fig. 41 sur laquelle 
nous voyons le mouvement de la petite étoile dirigé vers 13<>,5 environ Nord-Est, 
avec une vitesse annuelle de 0',147, ce qui corrrespond à : 

Ascension droite -h 0*,035; distance polaire — 0',142. 

La flèche indique ce mouvement, à la même échelle de 0™,001 pour r, pour 
un demi-siècle de part et d'autre de 1836. 
Elle ne devrait pas marcher vers l'Est, au contraire, son déplacement de per- 

Fig. 42. 
N 



-W 



1 
S 

Mouvement propre absolu de l'étoile voisine d'Âldébaran. 

spective, causé par le mouvement d'Aldébaran, tendant à la rejeter vers l'Ouest 
(fig. 39). Elle est donc personnellement animée d'un grand mouvement propre en 
ascension droite, égal à 0',035 -h 0',058, c'est-à-dire à -+- 0',093. Quant à son mou- 
vement en distance polaire, la perspective y entre pour la plus grande part, 
l'étoile se rapprochant du Nord d'une quantité peu différente de celle dont Aldé- 
baran se rapproche du Sud; en additionnant h- 0*, 174 avec — 0', 14 2, il reste 
H- 0*032 comme résidu. Nous avons donc pour le mouvement propre absolu de 
cette petite étoile : 

Aa cos 6 = + 0',093; distance polaire = -h 0%032. Total = 0',098. 

Ce mouvement absolu, indépendant de celui d'Aldébaran est représenté, fig, 42, 
à la même échelle que les précédents. 

Nos lecteurs connaissaient déjà ce fait, par les publications rappelées en tête 
de cet article; mais il nous a paru intéressant de lui consacrer une notice spé- 
ciale dans cette JReuue, d'autant plus que ce fait très remarquable d'un fort mou- 
vement propre dans une étoile de 11» grandeur, signalé pour la première fois par 
M. Flammarion, en 1878, vient d'être péremptoirement confirmé par M. Otto 
Struve, directeur de l'Observatoire de Pulkowa, dans un travail sur la parallaxe 
d'Aldébaran, lu à l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg et publié par cet 
astronome, à la date du 17 mars 1884. 



ÉTUDE OCÉANOGRAPHIQUE. 



107 



ÉTUDE OCÉANOGRAPHIQUE. 

LES MARÉES ONT-ELLES POUR EFFET DE RALENTIR 
LE MOUVEMENT DE ROTATION DE LA TERRE? 



Toutes les fois qu'on a traité des marées au point de vue de leur influence sur 
la rotation de la Terre, on a implicitement admis ^ que leur mouvement était 
identique à celui d*un courant. Cependant, comme, dans la supposition que la 
terre fût entièrement recouverte par la mer, les marées feraient le tour du globe 
de TEst à l'Ouest en vingt-quatre heures ou à peu près, et que, par conséquent, la 

Fig. 43. 



^c P ^ 5o* ^y >o/° BV 30** i^ ïo" iy iit'> 5' 




'°tf^g^ttT^^^ 



Positions moyennes annueUes des Lignes Isothermes de l'eau, dans la région équatoriale 

de l'Océan Atlantique. 



LÉGENDE. 



La première ligne, à partir dn centre, est la Ligne 
Isotherme de 37* C, la seconde est celle de 26», et ainsi 
de suite Jasqu'à 20*. Les Lignes Isothermes de 37*, 35« 
et 30* sont marquées par des traits plus forts. 



Les parties ombrées représentent les enax chaudes 
en mouvement vers les hautes latitudes ; les parties 
laissées en blanc, les eaux froides en mouvement vers 
la région équatoriale. Les lignes sombres dans la par- 
tie ombrée, donnent les positions moyennes annuelles 
des courants chauds principaux. 



propagation de la haute mer se ferait avec une vitesse peu inférieure à celle d'un 
boulet de canon, cette appréciation du phénomène doit être rejetée. 

A tout prendre, le mouvement des marées ne peut être qu'un balancement ou 
une oscillation verticale des eaux de la mer. 

Dans l'état actuel de la Terre, la mer est divisée en plusieurs bassins par les 
continents, et ceux-ci sont répartis de telle manière, que les marées ne se propa- 
gent dans leur sens normal de l'Est à l'Ouest, que dans une partie des mers, 
tandis aue, dans les autres, elles suivent plusieurs directions différentes, qui 
toutes se rapprochent plus ou moins de celle des méridiens (M* 



(') Voir dans le Pyhsikalischer Atlas de Berghaus : - 
TJbersicht der Fluthwellen, von dem Rev. W. Whewell. » 



Versuch einer Karte zur 



108 L'ASTRONOMIE. 

Si, avec ces données, on voulait maintenir que les marées sont des courants, 
ou qu'elles impriment aux eaux de la mer des mouvements de translation horizon- 
tale, on ne devrait trouver, dans l'Océan Atlantique, par exemple, qu'un seul 
courant se propageant du Sud au Nord : courant, qui, embrassant toute la largeur 
du bassin, se porterait de l'hémisphère Sud dans l'hémisphère Nord avec une 
vitesse de plusieurs centaines de kilomètres à l'heure. 

Nous savons que ceci n'est pas; nous sommes donc en droit d'admettre qu'au 
large de la terre ferme, les marées n'engendrent pas de courants (<). 

Mais nous savons aussi qu'à la rencontre d'un obstacle, à la rencontre de la 
terre ferme, les marées donnent toujours naissance à des couranis qui peuvent 
atteindre des vitesses relativement très grandes. Il se pourrait donc que ces cou- 
rants eussent l'effet voulu sur la rotation de la Terre. Mais ceci encore ne peut 
pas ôtre, car, si l'on admet que le flux a pour effet de ralentir le mouvement de 
rotation de la Terre, le reflux l'accélérera nécessairement d'autant, puisque celui-ci 
n'est que le retrait des eaux que le flux avait portées en avant. 

Cependant, comme la haute mer, entraînée par le mouvement de rotation de la 
Terre, est toujours à l'Est du méridien où se trouve la Lune, il se pourrait que 
l'attraction de celle-ci, agissant sur la protubérance de la mer sous un angle au- 
dessous de 90<», déterminât, dans la région équatoriale, un courant de l'Est à 
l'Ouest. Il est vrai qu'en raison de la faiblesse extrême de la protubérance sou- 
levée par cette attraction, le courant qui en naîtrait serait à peu près insensible ; 
mais, quand même on lui supposerait une vitesse quelconque dans les limites du 
probable, il ne pourrait jamais, d'après nos connaissances actuelles, atteindre le 
fond de la mer et entrer en contact avec l'écorce solide du globe. Car, d'après de 
nombreuses observations directes, les courants, et nommément les courants 
chauds dont il est question ici, sont toujours limités à des profondeurs plus ou 
moins grandes par des eaux sensiblement plus froides et partant d'une origine 
différente, et on n'a pas jusqu'ici, du moins à notre connaissance, trouvé de cou- 
rant qui de la surface de la mer en atteignît le fond. 

Nous sommes donc contraints de reconnaître que, quanci même les eaux de la 
mer , entre les tropiques , seraient entraînées vers l'Ouest d'un mouvement coni- 
mun et constant, il ne s'ensuivrait aucunement que la rotation de la Terre en pût 
être affectée. 

Si, de ces considérations théoriques, nous étendons nos recherches aux obser- 
vations directes, nous arrivons à un même résultat. 

(') Dans ses Considérations Générales sur l'Océan Atlantique, 3« édition, Paris, 
1854, page 99, le capitaine Ph. de Kerhallet dit : a On distingue deux sortes de cou- 
rants : les uns occasionnés par les marées sont alternatifs et sensibles seulement à 
une petite distance des côtes, les autres, dont les physiciens expliquent diversement 
les causes, sont à peu près constants dans leur direction et ne s'en écartent que près 
des cètes qui leur font obstacle ». 

Dans le N or th Atlantic M emoir, 14* édition, London, 1879, page 293, § 147, A. G. Find- 
lay s'exprime ainsi : « Le flot {tidal wave) n'est pas dû à une translation horizontale 
des eaux, ce qui serait un courant, mais à une élévation de leur surface. » 



ÉTUDE OCÉANOGRAPHIQUE. 109 

En effet, les lignes isothermes, qui sont exclusivement construites sur ces 
observations, et dont, par cette raison, on peut assimiler le tracé à une expéri- 
mentation directe, montrent que, dans l'Océan Atlantique, à quelques degrés au 
Nord de Téquateur, les eaux équatoriales forment une zone d'eau chaude qui 
s'étend d'un continent à l'autre à travers toute la largeur du bassin, et que, de 
cette zone, les eaux se déversent également dans les deux hémisphères, sous 
forme de courants, limités par les eaux froides qui des hautes latitudes sont en 
mouvement vers la région équatoriale. (Voir la carte ci-dessus.) 

La direction des lignes de même température donnant naturellement les direc- 
tions opposées que suivent les eaux de températures différentes, il est clair, 
d'après le tracé de la carte, qu'il n'y a ici aucun indice du mouvement général 
des eaux vers l'Ouest qu'on s'est figuré exister entre les tropiques. Mais ce n'est 
pas tout. Le tracé des lignes isothermes nous révèle encore un dernier fait qui 
tranche définitivement la question : c'est que, dans les limites des eaux chaudes 
de la zone équatoriale et au milieu de l'océan, il se trouve une région ou un point 
de partage des eaux, de manière que, dans une moitié du bassin elles s'écoulent 
vers l'Est et dans l'autre moitié vers l'Ouest (*). 

Or, comme il est évident par soi-même que l'attraction de la Lune ne peut pas 
en même temps communiquer aux eaux de la zone équatoriale deux mouvements 
de translation diamétralement opposés, que, par conséquent, les courants observés 
dans cette zone ne peuvent pas être les effets directs de l'attraction lunaire, et 
qu'ainsi nous sommes naturellement amenés à admettre qu'il ne se trouve pas 
dans la pleine mer de courants occasionnés par les marées, nous arrivons finale- 
ment à cette conclusion : que, dans Tétat actuel de nos connaissances, il n'y a 
aucune raison de croire que les marées aient pour effet de ralentir le mouvement 
de rotation de la Terre. 

(*) Sous le nom de a Guinea-Gurrent », A. G. Findlay {Chart of the N or th Atlantic 
Océan, London, 1869, et North Atlantic Memoir, 14* édition, London, 1879, à la 
page 312) a figuré un courant qui, par sa position à quelques degrés au nord de l'équa- 
teur et par son mouvement de TOuest à l'Est parallèlement à cette ligne, se reconnaît 
immédiatement pour le môme que le c Courant Ëquatorial Oriental » de la carte ci- 
jointe. Dans le Mémoire cité, l'auteur dit page 339, g 189, qu'il existe dans TOcéan 
Pacifique, un courant qui, par sa latitude et par sa direction, correspond exactement 
au a Guinea-Current » de TOcéan Atlantique, et il ajoute qu'il y a vingt ans déjà qu'il-a 
démontré la non-continuité du courant qui descend le long des côtes du Portugal et de 
l'Afrique Septentrionale avec le a Guinea-Gurrent », ainsi que Tanalogie qui existe 
entre ce dernier et un courant périodique de l'Océan Indien qui porte à l'Est. 

Quand au Courant Équatorial Occidental de la carte, c'est le courant généralement 
connu comme le a Courant Equatorial, » avec son prolongement, le courant de la Floride 
ou c Gulf-Stream. » 

Colonel H. Mathiesen, 

A Rœskilde (Danemark). 



110 



L'ASTRONOMIE. 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. - VARIÉTÉS. 

Six trombes marines observées dans l^espace d^one demi-heure. 

Monsieur le Directeur, 

Jai rhonneur de vous signaler un fait qui me parait des plus extraordinaires: 
une succession de six trombes marines dans Tespace d'une demi-heure; trois 
d'entre elles sont restées incomplètes, tandis que les autres se sont suspendues 



Fig. 44. 




N« 2. 



V s. 



entre les nuages et la mer, une dizaine de minutes chacune, comme d'énormes 
serpents, leur tête dans les nuages, leur queue battant les flots. 

Ce phénomène a commencé ce matin, 13 janvier 1885, à 10*»45. La mer était 
calme, mais d'un pourpre vert menaçant; tout le fond de l'horizon était clair et 
serein, tandis que le reste du ciel se montrait rempli d'un amas de gros nuages 
noirs où grondait l'orage. Au moment où j'ai fait ma première esquisse, la pluie 
tombait avec abondance vers Nice et le vent venait du Sud-Est à peu près. 
Derrière nous, le soleil, de temps en temps, se faisait jour à tra^vers les nuages et 
jetait ses rayons sur les trombes, pendant que du gros de Torage à Touest des 
éclairs venaient illuminer la scène. 

Peut-être les esquisses suivantes {fig. 44 à 46) éclairciront cette suite de phéno- 
mènes mieux que ne pourraient le faire des paroles. 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 



111 



Une circonstance bien remarquable : c'était la forme et Taspect de la partie de 
la trombe qui paraissait monter de la mer. Plusieurs personnes, qui n'avaient 

Fig. 45. 




N*7, 



Fig. 46. 




P.RwcM N« 8. NO 9. 

Dans les fig. 44-45-46, les lettres servent à désigner les différentes trombes. 



1* Aspect des trombes à 10^40". 

2» > • 10»»48«. 

a» » » 10^50-. 

4* I • 10^58" (a se dissipe). 

5* • » 11^ (cd commencent). 



6« Aspect des trombes à 11*» 5"> (cd avortées. — 

b dissipée). 
?• » j» ll^lO* (d avortée. — ea 

commencé sur la mer, s'est élevée, puis dissipée 

comme une fumée). 
8« Premier aspect de la 6« trombe. 
9* Dernier aspect de la 6« trombe. 



pas VU les trombes — qui n'avaient aperçu que ce qui est représenté au n» 7 — 
croyaient voir un navire en feu. Avec chaque trombe cette partie avait toujours 
cette même forme. 

San-Hemo, le 14 janvier 1885. Julia Braddon. 



112 



L'ASTllONOMIE. 



Halo et parhélies observés & Orléans. — Le 17 janvier dernier, j'ai été 
témoin, à Orléans, d'un phénomène météorologique fort remarquable et assez 
rare dans nos contrées. A midi 40", on pouvait voir autour du Soleil un cercle de 

Fig. 47. 




JL^-^l^^^^^^^^"^^ 






Halo et parhéUes observés à Orléans, le 17 janvier 1885. 

22o de rayon, très brillant. Aux deux extrémités du diamètre horizontal de ce cercle 
se formèrent deux taches blanches qui, pendant un quart d'heure, augmentèrent 
graduellement d'intensité, jusqu'à devenir éblouissantes à midi 55™. Il y avait 
alors trois soleils, le vrai, au centre du halo, et les deux faux de chaque côté. 
Puis l'éclat diminua, et les deux faux soleils s'irisèrent d'une teinte jaunâtre dans 
leur moitié opposée au Soleil. 

Dans le ciel, pas un nuage, seulement une brume légère (précisément la brume 
glaciale qui donne naissance aux halos et parhélies). Le thermomètre était à— 1^ 

Un arc-en*ciel non tangent au halo fut visible pendant toute la durée du phé- 
nomène, et cet arc-en-ciel était à cheval sur mon méridien; ses extrémités s'étei- 
gnant dans l'azur du ciel, suivant une ligne passant par mon zénith. J'ai ainsi vu 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 113 

les couleurs de Tarc-en-ciel, à midi, au-dessus de ina tête. Dans toute son étendue, 
cet arc semblait limiter la brume, cause du halo. M. D. Luzet. 

Ce dernier arc est fort rare. C'est Tare circumzénithal qui est tangent au halo 
de 46» quand celui-ci est formé. La vivacité de ses teintes, la distinction de ses 
couleurs, la netteté avec laquelle ses bords se détachent dans le ciel en font un 
véritable arc-en-ciel. Le rouge est en dehors, le violet en dedans. Cet arc ne 
peut se produire que lorsque la hauteur du Soleil est comprise entre 20» et 31».* 

Les lueurs crépusculaires. — 'M. Guillaume, à Péronnas (Ain), qui observe 
avec soin ces lueurs depuis leur origine, signale une diminution considérable 
dans leur intensité depuis le mois de décembre. La couronne voilée qui entoure 
le Soleil reste encore visible, quoique de plus en plus faible. 

La iumière zodiaca/e, au contraire, a augmenté d'éclat. Les 9, 14 et 16 janvier, 
les 1, 4, 6, 7 et 8 février, cet éclat était supérieur à celui de la voie lactée. 

On nous écrivait d'autre part de Kustendjie (mer Noire) à la date du 14 décembre, 
que les lueurs crépusculaires ont été très intenses, surtout au lever du Soleil, 
pendant l'automne dernier, mais pourtant moindres que l'hiver précédent. Un 
diagramme colorié montre le rouge, Forangé, le jaune, le rose et le pourpre se 
succédant graduellement de l'horizon au zénith (18« de rouge, 32« de jaune bril- 
lant, 10» de rose lavé et 30« de pourpre). 

Peut-être doit-on attribuer aux mêmes lueurs les faits suivants, les poussières 
lancées dans les hauteurs aériennes par l'éruption de Krakatoa changeant de 
place comme les nuages, tout en se disséminant insensiblement : 

« Le 27 janvier dernier, vers minuit, nous écrivait de Caen M. Baôr, j'observais 
Saturne avec mon cinq pouces, par un froid vif et un ciel admirable, lorsque je 
fus surpris de lui trouver la teinte rougeâtre de Mars, qu*il n'avait pas une heure 
auparavant, et cela sans qu'aucun détail de la planète eût rien perdu de sa net- 
teté. Immédiatement, je braquai la lunette sur Jupiter, assez éloigné de là, il 
avait sa teinte habituelle. 

« J'ai fait la même observation le 23 mars 1884 à 8*> du soir, et M. Bruguière l'a 
faite à Marseille, le 2 mars de la même année, à 7*>30°^ du soir. Le ciel était si 
pur que j'ai pu observer des étoiles de 12« grandeur. » 

L'hypothèse d'un léger nuage transparent passant devant Saturne est la plus 
probable. Pourquoi trois fois devant la même planète? On peut répondre qu'il n'y a 
guère que Jupiter et Saturne qui permettent de faire une observation de ce genre. 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES 

A FAIRE DU 15 MARS AU 15 AVRIL 1885. 
Principaux ol^etB célestes en évidence pour robservation. 

lo CIEL ÉTOILE : 

Pour l'aspect du ciel étoile durant cette période de Tannée, se reporter soit aux 
cartes publiées dans la première année de la Revue, soit aux descriptions don- 



114 L'ASTRONOMIE. 

nées dans les Étoiles et les curiosités du Ciel (pages 594 à 635). Les belles 
constellations du ciel d'hiver sont encore visibles et admirables à étudier. Les 
deux brillantes planètes Jupiter et Saturne , la première près de Régulus et 
la seconde dans le Taureau, contribuent encore à en augmenter l'éclat. 

2o SYSTÈME SOLAIRE : 

Soleil. — Le 15 mars 1885, le Soleil se lève à 6*» 15"» du matin et se couche à 
6*»4°» du soir; le 1«' avril, Tastre du jour apparaît au-dessus de Thorizon à ô^^dO" 
du matin, pour disparaître au-dessous à6^29°' du soir; enfin, le lever a lieu à 
5^11™ du matin, le 15 avril, et le coucher à6*>50" du soir. La durée du jour est 
de 11*»49«, au 15 mars, de 12^49» au l«f avril et de 13*» 39»» le 15 avril. Les jours 
augmentent, dans cet intervalle d'un mois, de i^i^ le matin et de 46*» le soir, 
soit un accroissement de l'»50"» au total. 

Les soirées sont toujours plus longues que les matinées ; mais cette différence 
diminue rapidement. 

Pendant toute cette période, le Soleil reste dans le voisinage de l'équateur, qu'il 
traverse le 20 mars à 10*>39°» du matin : c'est à cet instant précis que commence 
la saison du Printemps. Ce jour là, qui est le jour de Véquinoxe, le Soleil ne 
devrait être visible que douze heures au-dessus de l'horizon; mais ce phénomène 
a lieu deux jours plus tôt, à cause de la réfraction que subissent les rayons lumi- 
neux en traversant les couches d'air, au lever et au coucher du Soleil. Le 15 mars, 
la déclinaison australe du Soleil est de i^bT; elle s annule au moment de l'équi- 
noxe, puis devient boréale, s'élève à 4o43' au 1«' avril et à9o55' le 15. Cette rapide 
augmentation de lio52' dans la déclinaison de l'astre du jour explique pourquoi 
la température moyenne s'accroît et les journées s'allongent si vite pendant le 
commencement d'avril. 

Une éclipse annulaire de Soleil aura lieu le 16 mars à 6^24"» du soir. On sait 
que les distances du Soleil et de la Lune à la Terre ne restent pas invariables ; 
les diamètres apparents de ces deux astres sont donc aussi variables, et, comme 
ils sont presque égaux en moyenne, il en résulte que tantôt c'est l'un, et tantôt 
l'autre qui se trouve le plus grand. Lorsque la Lune vient se placer entre la 
Terre et le Soleil, juste sur la même ligne, il se produit une éclipse de Soleil. 
Si la Lune a le plus petit diamètre, l'astre du jour déborde tout autour du disque 
noir de la Lune et Téclipse est dite annulaire. 

Le 16 mars, la pénombre de la Lune vient atteindre la terre à 3^27™ du soir^ 
temps moyen de Paris, en un point situé à l'Ouest du Mexique, en plein Océan paci- 
fique, par 139059' de longitude Ouest et 13o23' de latitude Nord; c'est en ce lieu 
et à cet instant que commence l'éclipsé partielle. Le prolongement du cône 
d^ombre vient ensuite rencontrer la surface de la Terre à 4*» 47» en un point qui a 
pour longitude 159o36' 0. et pour latitude boréale 35ol5'; ce point est au Nord 
dans les iles Sandwich. C'est là que commence l'éclipsé annulaire. Ensuite l'ombre 
de la Lune se déplace de l'Ouest à l'Est, traversant une partie des États-Unis, 
de la confédération du Canada, du Groenland et de l'Océan Arctique; elle quitte 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 115 

la surface de la Terre à 1^ 3™ du soir, en un point dont la longitude est de 4 5« KX G. 
et la latitude de 70o47'N. : ce point se trouve dans le voisinage de l'Islande. 
L'éclipsé annulaire est terminée. Mais le cône do pénombre* continue sa marche 
et n'abandonne notre planète qu'à 8^23™ du soir, par 34^4' longitude G. et 49® de 
latitude boréale : ce point est situé en plein Gcéan Atlantique. 

L'éclipsé annulaire sera invisible pour l'Europe continentale ; mais elle pourra 
être observée aux États-Unis, dans la Nouvelle-Bretagne et le Groenland. Au 
Mexique, au Guatemala, dans le Honduras, à Cuba, à Terre-Neuve, sur la côte 
orientale des États-Unis, ainsi que dans TGcéan Atlantique, on pourra étudier 
réclipse partielle. 

La lumière zodiacale se présente toujours dans les conditions les plus favo- 
rables pour Tobservation. 

Lune. — C'est surtout dans la période comprise entre le 20 et le 28 mars que 
le croissant lunaire s'offrira à nous dans les meilleures conditions pour l'étude 
des cratères de notre satellite. En même temps, la Lune continue à se maintenir 
très haut au-dessus de rhorizon de Paris lors de son passage au méridien. 
Le 23 mars, jour du premier quartier, cette hauteur est de 59« 17'. 

( NL le 16 mars, à SMô- soir. DQ le 7 avril, à 2'*52- soir. 

Phases... { PQ le 23 » à 5 32 » NL le 15 » à 6 1 matin. 

( PL le 30 » à 4 49 » 

Rappelons ce fait assez rare d'un mois de mars avec deux pleines Lunes. Le 
17 mars, de 6^ à 7*» du soir, on pourra apercevoir dans toute l'Europe, le mince 
croissant lunaire vingt-quatre heures avant la néoménie. 

Une éclipse partielle de Lune, à peu près invisible à Paris, aura lieu le 30 mars . 
La Lune entrera dans la pénombre projetée par la terre à 1*>59« du soir, temps 
moyen de Paris: elle se trouvera alors au zénith des habitants de la Nouvelle - 
Bretagne (Gcéanie). Notre satellite entrera dans Vombre à 3^8°> et sera au zénith 
de la Nouvelle-Guinée. Le milieu de Téclipse aura lieu à 4*»44">; à ce moment 
les I du disque lunaire seront plongés dans l'ombre de notre planète. Les habi- 
tants do Bornéo auront la Lune au-dessus de leurs têtes. La sortie de l'om&re si 
produira à 6^19»» et la sortie de la pénombre à 7»>28"» du soir. Les peuples de 
TAsie, de l'Afrique orientale, de l'Australie et de l'archipel de la Sonde seront 
les mieux situés pour l'observation du phénomène. Comme la Lune ne se lève 
qu'à 61" 28", à Paris, Ton ne pourra même pas apercevoir la sortie de l'ombre, qui 
ne pourra être vue que dans l'Europe orientale et centrale. 

Occultations et appulses visibles à Paris. 

Sept occultations et deux appulses seront visibles dans la première moitié de 
la nuit, depuis le 15 mars jusqu'au 15 avril 1885. 

!• 75 Taureau (6* grandeur), le 21 mars, de B'-SS à 9^46" du soir. L'étoile disparaît à 
grauche, à 18* au-dessus du point le plus oriental et reparait au Sud, à 16* à droite et 



116 



L'ASTRONOMIE. 



au-dessus du point le plus bas. L'occultation sera visible dans le Nord-Ouest de 
TEurope. 

2* B.A.C. 1391 (5* grandeur), le 21 mars, à 10'»14". Simple appulse à 2'3 du bord delà 
Lune, dans le voisinage du point situé à égale distance du point le plus au Sud et du 
point le plus à l'Est. A Greenwich, il y aura également appulse de l'étoile; mais en 
Irlande, il y aura occultation. 

3» 111 Taureau (5,5 grandeur), le 22 mars, de 7"» 10" à 8*'6- du soir. La disparition se 
produit à l'Est, à 8* au-dessus du point le plus à gauche, et la réapparition au Sud, à 
14* à droite du point le plus bas du disque 1-unaire. Occultation visible dans le Nord- 
Ouest de l'Europe. 

4* 117 Taureau (6* grandeur), le 22 mars, à 9''27- du soir. Appulse k(y,l du bord, dans 
le voisinage du point situé à 41* à gauche et au-dessus du point le plus bas du disque 
lunaire. Cette appulse est représentée fig: 48. A Greenwich, l'étoile est occultée et la 
durée du phénomène est de 21". 

5* 68 Gémeaux (5,5 grandeur), le 24 mars, de ll''53" à 12''51" du soir. L'étoile disparaît 
FIg. 48. Fig. 49. 




Appulse de 117 Taureau, 
le 22 mars, à 9*27- du soir. 



Occultalion de B.A.C. 3836 par la Lune, 
le 28 mars, de 10'' Sô- à U'-SS- du soir. 



en un point du disque situé à 32* au-dessus du point le plus à l'Est et réapparaît en un 
autre point situé à 30* au-dessous du point le plus à l'Ouest. Cette occultation sera 
visible dans toute l'Europe occidentale. 

6* B.A.C. 3529 (6* grandeur), le 27 mars, de 10''4l- à 11'' 36- du soir. La disparition se 
produit en un point du disque situé à 37* au-dessus et à gauche du point le plus bas, 
puis la réapparition a lieu à 41* au-dessous du point le plus à droite du limbe de la 
fiune. Visible dans le Nord-Ouest de l'Europe. 

7* 43 Lion (6,5 grandeur), le 27 mars, de ll''5l" à 12*45" du soir. L'étoile disparaît en 
un point du disque situé à 42* au-dessus du point le plus oriental et reparaît à 29* au 
dessus du point 1 e plus occidental. Visible dans l'Europe occidentale. 

8* B.A.C. 3836 (6* grandeur), le 28 mars, de 10*35- à 11*33- du soir. La disparition de 
l'étoile et sa réapparition ont lieu, comme le montre la fig. 49, dans la partie inférieure 
du disque lunaire. L'étoile disparaît en un point situé à 23* à gauche du point le plus 
bas et reparaît en un autre situé à 27* au-dessus du point le plus occidental. Occultar 
tion visible dans le Nord-Ouest de l'Europe. 
. 9» B.A.C. 4591 (6* grandeur), le 31 mars, de 9*31- à 10*36- du soir. La disparition se 



OBSERVATIONS ASTUONOMIQUES. 117 

produit au Sud, à 12* au-dessus et à gauche du point le plus au Sud du disque lunaire, 
et la réapparition à l'Ouest, à 27* au-dessus du point le plus à droite. Occultation obserr 
vable dans le Nord-Ouest de TEurope. 

Occultations diverses (•). 
Les nombreux lecteurs de la Revue pourront encore étudier, selon les contrées 
qu'ils habitent, Europe, Asie ou Afrique, les occultations qui suivent : 

!• 6.A.G. 481 (6,5 grandeur), le 18 mars, de 7''7- à 8*'3- du soir, temps moyen de Paris, 
occultation de Tétoile à Greenwich et dans l'Europe occidentale. 

2» B.A.G. 1351 (6,5 grandeur), le 21 mars, de 6»» 39- à 7'»7- du soir. Occultation visible 
dans le Nord-Ouest de l'Europe. 

3* Aldébaran (l** grandeur), le 21 mars, de 11»» 52" à 12*' 41" du soir, heure de Paris, 
temps moyen. Malheureusement, la réapparition ne pourra être observée en Europe, 
parce qu'au moment de la sortie d'Aldébaran, la Lune aura disparu au-dessou s de l'ho- 
rizon. La première phase du phénomène sera visible dans l'Ouest de la France et dans 
les Iles Britanniques. 

4* Uranus, le 29 mars, vers 12"» 23* du soir, temps moyen de Paris. L'occultation de 
cette planète ne sera observable que dans les Iles de Feu. En Europe, lors du passage 
de la planète au méridien, on pourra distinguer Uranus, avec une lunette astrono- 
mique, au Nord du disque lunaire. 

Le 23 mars, à 9^ du soir, la distance de la Luneàla Terre est périgée ; 369,300^, 
diamètre lunaire = 32'20'8. 

Le 6 avril, à4'> du soir, la distance de laLuneà laTerre est apogée : 403,600*^", 
diamètre lunaire = 29' 36', 

Mejicure. — Mercure, tout à fait invisible dans la plus grande partie du mois 
de mars, se présente dans des conditions très favorables à la fin de ce mois et 
surtout en avril. Le 13 mars, la rapide planète est en conjonction supérieure avec 
le Soleil, mais elle s'éloigne très vite de l'astre du jour, pour atteindre son maxi- 
mum d'élongation orientale, 19^ 15', le 8 avril. Bien que cette élongation ne soit 
pas très considérable, Mercure se couche alors près de deux heures après le So- 
leil, parce que sa déclinaison boréale atteint 17o. Comme il est très rare que la 
planète soit si longtemps visible le soir, nous ne saurions trop engager nos lec- 
teurs à profiter de cette circonstance pour connaître un astre qui est si difficile à 
apercevoir. 

Jours. Passage Méridien. Coacher. Différence Soleil. CoDstellation. 

23 Mars 0'»43- soir. 7»' 10" soir. 0*'54- Poissons. 

25 » 49 » 7 25 » 16 » 

29 » 10 » 7 53 » 1 28 » 

!•' Avril 1 6 » 8 10 » 1 41 Bélier. 

5 » 1 11 » 8 29 « 1 54 » 

7 » 112 » 8 35 f 1 57 

9 » 1 11 » 8 38 « l 57 

13 » 15» 8 37 » 1 50 1» 

(') Nous rappelons aux Observateurs du Ciel que toutes les occultations d'étoiles, 
jusqu'à la 7* grandeur exclusivement sont signalées dans V Astronomie, Les personnes 
qui auront noté des occultations non indiquées ici, peuvent être certaines que Tétoile 
qu'elles ont vue occultée est de 7*, 8* ou ^ grandeur. 



118 L'ASTRONOMIE. 

Le mouvement de Mercure est direct. Le 22 mars au matin, la planète se trou- 
vera à 2o25' au Sud de Tétoile de 5« grandeur S Poissons. Le 24 mars, au soir, 
Mercure sera visible à 52' au Sud de l'étoile de 4« grandeur e Poissons. Au 10 
avril le diamètre de Mercure est de 8' 2 et de 9'4 le 15 avril. 

Vénus. — Vénus se rapproche sans cesse du Soleil. Absolument invisible. 

Mars. — Mars se lève à 5^6™ du matin, le 8 avril. Toujours invisible. 

Petites planètes. — Cérés se trouve dans les meilleures conditions possibles 
pour Tobservation, puisqu'elle passe au méridien à minuit, le 8 avril. Il est tout 
h fait facile de la reconnaître à la simple vue. 

Jours. Lever de Cérès. Passage Méridien. Constellation. 

18 Mars 6'»56- soir. 1*'43" matin. Vierge, 

23 » 6 32 » 1 20 »» » 

28 » 6 7 » 56 M » 

2 Avril 5 41 »» 32 j» « 

8 » 5 18 » minuit •» 

11 » 4 55 » 1144 soir. » 

Le mouvement de Cérès est toujours rétrograde et très lent. La petite planète 
se rapproche peu à peu de e Vierge. 

Le !<"• avril, Cérès est éloignée de 240 millions de kilomètres de la Terre. Elle 
se trouve en ce moment à sa distance minimum de nous. 

Coordonnées au 21 mars : Ascension droite... 13**23''. Déclinaison... 8*29' N. 
» 7 avril : » » 13 9 » 9 40 N. 

Comme la précédente, la petite planète Pallas se montre à nos regards, soit à 
l'œil nu, soit avec une jumelle, dans des conditions exceptionnellement favorables. 
C'est le 21 mars qu'elle passe au méridien à* minuit. 

Jours. Lever de Pallas. Passage Méridien. Constellation. 

17 Mars S»» 47- soir. 0*'20- matin. Vierge. 

21 » 5 20 » minuit » 

26 » 4 45 »i 1134 soir. 

!•' Avril 4 10 • 11 9 » » 

6 » 3 41 » 10 47 M Lion. 

11 w 3 11 » 10 25 D » 

Le mouvement de Pallas est toujours rétrograde et, fait unique, la petite pla- 
nète, se dirige sensiblement vers le Nord. Le 19 mars, PaZZas pourra être aperçue 
à 56' à l'Est de l'étoile 4, 5 grandeur ic Vierge. Du 19 au 25 mars elle se trouvera 
entre les étoiles ii et o Vierge. Le 25 mars, au soir, on la verra à 50' à l'Ouest de 
cette dernière étoile; puis, jusqu'au 12 avril, elle se dirigera en ligne droite vers 
la belle étoile p Lion, de 2« grandeur. Pendant quatre ou cinq jours, on la verra 
à TEst de p Lion dont elle s'approchera d'environ 40'. Le 22 mars, Pallas est éloi- 
gnée de 195 millions de kilomètres de la Terre. 

Coordonnées au 15 mars : Ascension droite... 12'' 3". Déclinaison... 5»35'N. 
• 12 avril : » » 11 46 » 15 7 N. 



OBSEUVATIONS ASTUONOMIQUES. U9 

Junon se rapproche de la Terre dont elle n'est éloignée que de 329 millions 
de kilomètres au 11 avril. Une lunette terrestre ou une jumelle marine suffit 
pour reconnaître aisément ce petit astre. 

Joars. Lever de Junon. Passage Méridien. Constellation. 

18 Mars 8^37" soir. 2»'29- matin. Vierob. 

23 » 8 12 » 2 7 » » 

28 » 7 46 » 1 44 » » 

2 Avril 7 20 » 1 21 « » 

7 » 6 54 » 58 » M 

12 » 6 27 u 34 » » 

Junon continue son mouvement rétrograde dans la constellation de la Vierge. 
Elle suit une direction parallèle àlaligne que forment les étoiles jx, v et t Vierge. 

Coordonnées au 19 mars : Ascension droite... 14*'ll-. Déclinaison... 3* 6' S. 
» 7 avril : » » 13 59 » 42 S. 

Vesta demeure entièrement invisible. 

Jupiter. — ^ Jupiter brille toujours du plus vif éclat au Nord et dans le voisi- 
nage immédiat de Régulus. Pendant une longue série de jours, on pourra étu- 
dier les deux astres dans le champ d*une même lunette astronomique, munie d'un 
faible oculaire. Jupiter rétrograde dans le Lion et a un diamètre de 40' au 30 mars. 

Jours. Lever. Passage Méridien. Constellation. 

18 Mars 3'» 7- soir. 10''14- soir. Lion. 

22 » 2 49 » 9 57 »» » 

26 )» 2 32 » 9 40 » » 

30 » 2 14 » 9 23 » » 

3 Avril 1 58 » 9 7 » » 

7 » 1 40 » 8 50 » » 

11 » 124 » 8 34 )» » 

Les, satellites de Jupiter sont toujours intéressants à observer avec une ju- 
melle marine ou une lunette astronomique. Les astronomes doués d'une vue 
excellente ont parfois distingué le 3« satellite, lors de ses plus grandes élonga- 
tions. Voici les dates favorables : 15, 18, 19, 20, 21, 25, 26 et 29 mars, 1, 2, 5, 8, 
9, et 12 avril. Un moyen bien simple, et que j'ai moi-même expérimenté, consiste 
à se servir d'une feuille de papier très épaisse ou d'un carton, que l'on a percé 
avec une aiguille à tricoter. 

Éclipses des satellites de Jupiter. 

21 Mars 11''47" soir. Emersion du 1* satellite éclipsé. 

25 » 9 26 » » 2 » » 

30 » 8 10 " 1 M » 

31 » 7 24 » Immersion 3 » » 



u 



10 51 » Emersion 3 » » 



1" Avril 10 23 >* Immersion 4 

» » 12 2 i> Emersion 2 

6 . » 10 5 » » 1 

7 » 11 23 » Immersion 3 

13 M 1159 Emersion 1 



120 L'ASTROJNOMIE. 

Remarque. — Les 25 mars, 1, 4 et 7 avril, les satellites sont d'un même côté 
du disque de Jupiter. 

Saturne. — La planète est toujours visible dans la constellation du Taureau. 
Son mouvement est direct. 

Jours. PassAge Méridien. Coaclicr. Constellation. 

18 Mars 5''23- soir. l"- IQ" matin. Taureau. 

23» 55 » 11 » » 

28 » 4 46 y» 43 » » 

2 Avril 4 28 » 26 » » 

1 p 4 10 » 8 « 

12 » 3 53 w 11 47 soir. m 

Le diamètre de Saturne est de 16' au l^- avril. 

Uranus. — C'estdurant les mois de mars et d'avHl qu'il sera surtout extrême- 
ment intéressant d'observer Uranus, qui se rapproche de la Terre jusqu'au 21 mars, 
jour de son opposition avec le Soleil. Ce jour-là, cette planète passe au méridien à 
minuit. Uranus est facile à reconnaître, pareil à une étoile de 6« grandeur, presque 
à moitié chemin des belles étoiles tj et p Vierge. 

Jours. Lever. Passage Méridien. Gonstellatlou. 

17 Mars. 6'' 17- soir. 0''26'" matin. Vierge. 

22 » 5 56 » minuit » 

27 M 5 36 » 1141 soir. » 

■ 2 Avril 5 12 ». 11 17 » » 

7" » 4 50 » 10 56 » » 

12 » 4 29 » 10 36 » » 

Le mouvement d'Uranus est rétrograde et le diamètre de la planète est de 4',2 au 
lor avril. 

Coordonnées au 7 avril : Ascension droite, 12'' 2". Déclinaison, 0*39' N. 
Étoiles filantes. — Un courant d'étoiles filantes, qui paraît émaner d'un 
point situé au Sud delà Lyre, entre 109 et t Hercule, illumine le ciel dans la nuit 
du 12 au 13 avril de chaque année. 

Eugène Vimont. 



Cadrans solaires. — Une regrettable faute d'impression a rendu inintelligible, dans 
notre dernier Numéro, l'article de M. Amat sur la construction des cadrans solaires. 
L'ordre de 3 des figures y a été renversé, en sorte qu'elles ne s'accordent pas avec le 
texte. Pour rétablir cet accord, il faut, en laissant à la place où ils sont imprimés les 
numéros des dessins et des légendes, placer sous le numéro 19 la figure carrée du nu- 
méro 22 qui représente le mur vertical; placer sous le numéro 21 la figure 19 qui est 
la coupe selon le plan méridien ; et placer enfin sous le numéro 22 la figure 21, qui 
représente la coupe parallèle à Téquateur. Le lecteur rectifiera Tinclinaison de cette 
dernière. 

11 faut, comme conséquence, rectifier au texte quelques-uns des numéros de renvoi, en 
remplaçant, à la page 53, lignes 5 et 6, le numéro 19 par 21, et ligne 13, le numéro 21 
par 19. 

Page 52, ligne 6, remplacer les mots au même jour par les mots chaque jour. 



CORRESPONDAMCS. 

M. RiQOT, Président de la Société astronomique du Rhône, à Lyon. — Veuillez rece- 
voir nos vives félicitations pour la fondation de votre i^u/fe/in. L'inertie humaine est lourde 
à remuer; tous les amis au progrès applaudissent aux efforts de ceux qui persévèrent 
dans la voie de l'évangélisation scientifique. Il n*en est pas moins bizarre de constater 
que beaucoup de personnes préfèrent rester dans l'ignorance plutôt que de s'éclairer, 
sitôt qu'il y a le moindre travail intellectuel à faire. Ces âmes-là ne sont pas encore 
immortelles. 

M. José-Marie Martel, à Caracas. — La réfutation des théories dont vous parlez sera 
donnée dans l'un de nos prochains numéros. Elles ont, en effet, jeté le désarroi parmi 
un certain nombre de lecteurs. 



M. A. S. à Wiltz, Luxembourg. — 360 divisés par 3, 1416 donnent comme résultat 114,59 
ou, en nombre rond, 114 y» On a supprimé le demi-centimètre dans l'exemple pour ne 
pas faire de complication inutile. Le rapport de la circonférence au diamètre est bien 
3,1415926535897932384. 

— K — = 57,30. La parallaxe de 1* correspond à une distance de 57,3, celle de 6' à une 

distance de 573. Un objet éloigné à 57 fois son demi-diamètre mesure un angle dé 1* 

573 — — • — _- 6' 

3438 - _ _ _ 60" 

2062G5 -^ _ — _ 1" 

M. Adolphe d'AssiEH, à Tarascon. — Vous avez parfaitement raison. Il ne faudrait 
pas juger de la durée des époques géologiaues par les formations sédimentaires qui se 
passent de nos jours. Les premières ont dû être plus rapides que les dernières. Mais, 
d'un autre côté, les millions d'années, qui paraissent longs pour notre jugement, ne le 
sont point pour la nature. Quinze millions d'années seraient peu pour l'àffe du système 
solaire. — Nous avons l'ouvrage de Boucheporn à Juvisy; merci de l'indication. 

M. le D' MoNSERRATE, à Ciudad Bolivar (Venezuela). — M. Flammarion n'a pas dit 
que la navigation aérienne était irréalisable au moyen de l'hélice et de l'électricité, avec 
la forme adoptée par les aéronautes de Mcudon ; il a, au contraire, été l'un des premiers 
à signaler les succès obtenus. Mais il a ajouté, que. dans l'avenir, la navigation aérienne 
sera probablement représentée par des appareils plus lourds que Tair, analogues aux 
oiseaux. (N* d'octobre 1884.) Il est impossible à M. F de s occuper de la question. 
Mais votre mémoire, adressé à l'Académie des sciences, y sera certainement examiné. 

MM. Broune, à Odessa. — La différence d'heure entre Odessa et Paris est 1*'53"'41*. 
Nous tiendrons compte de vos observations. 

« Un lecteur de VAslronomie », à Montpellier. M. Raby, horloger, boulevard des 
Italiens, 6, pourra vous fournir la montre à trotteuse indépendante que vous désirez. 

M. F. Chaves y Mello, aux îles Açores. — Sur les applications du spectroscope à 
l'astronomie, on peut consulter l'opuscule de Huggins, Anatuso spectrale^ chez Gauthier- 
Villars, à Paris — The speciroscope, par Lockyer, chez Miicmillan, à Londres — Con- 
tributions tq solar phrjsics, du même auteur. 

M. Lonqepierre. — Le grossissement de la jumelle de 59""" de Bardou est de 6. 

M. L. Merlin, à Boulogne-sur-Mer. — Les lunettes ont un grossissement maximum 
qui dépend de leur diamètre. — Un miroir plan no peut grossir les images, il ne fait 
que dévier les rayons lumineux ; de plus, les imagos réfléchies par une glace ne permet- 
tent pas une amplification plus forte que si elles étaient vues directement. 

M. Adolphe Mehlani, à Bologne. — Le nouvel appareil dont vous parlez n'a pas encore 
fait ses preuves. Nous n'avons connu nous-même son existence qu'après vous avoir 
répondu. Ne regrettez pas de posséder l'excellent instrument qui est entre vos mains. 

M. GiNiETS, à S' Pons. — La petite étoile que vous avez observée près de <t Orion est 
de 10* gr. j à 237*» IT. Elle sort déjà des observations « populaires ». 

M. Reynaud, à Borrny. — Nous ne connaissons pas l'ouvrage de M. Ferret. l'auteur 
ni l'éditeur ne nous l'ayant adressé. 11 lie peut entrer dans notre programme de réfuter 
toutes les critiques qui apparaissent si fréquemment contre la Science moderne. Nous 
ne répondrons qu'à celles qui nous seront adressées directement ou qui, par le nom de 
leurs auteurs, seraient de nature à solliciter vivement l'attention publique. 

M. Belin, à Alger. — Vous avez raison de ne pas désespérer de l'avenir intellectuel 
et moral de l'humanité; la lumière finira par percer les ténèbres — La science et le 
droit domineront un jour l'ignorance et la force orgueilleuse et brutale. 

M. A. Weill nous signale une nouvelle théorie des lueurs crépusculaires qu'il attribue 
à la dispersion des rayons solaires à travers une couche de vapeur vésiculaire placée 
devant l'observateur. Cette théorie est fort ingénieuse ; el'e nous parait cejpendant 
moins probable que celle qui a été développée dans la Revue (T 111. n» 1. p. 2d à 27). 

La Société de Géographie organise une série de Conférences qui seront faites par 
des représentants distingués de la science française. Ces Conférences, au nombre de 
huit, auront trait : Au Méridien Universel (M. Jansen, de l'Institut) ; La formation et le 
développement du Globe terrestre (M. de Lapparent); Les Océans (M. Bouquet de la 
Gr>'e, de l'Institut); L'homme (D' Hamy); La Gonauéte du Globe (M. Himly, de 
l'Institut); Les richesses du Globe (M. Levasseur, de l Institut); Les grandes lignes de 
navigation (M. Simonin) ; Les chemins de fer et leurs rapports avec la Géographie 
(M. Michel). Cette série sera continuée l'an prochain. 

On trouvera à la Société de Géographie les renseignements relatifs à ces Conférences 
où le public pourra être admis. 



LIBRAIRIE GÉOGRAPHIQUE ET ASTRONOMIQUE DE E. BERTAUX, 
25, rue Serpente, PARIS 



Globes terestres et célestes 



PAR 

DEUMAHCHE et CH. DIEN 

Revus et corrigés par E. DESBUISSONS. 




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33 cent, de cliam., mod. n» 4. — Prix : 32 fr. 

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38 cent, de diam., mod. n» 4. — Prix : 45 fr. 

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50 cent, de diam., mod. n« 4. — Prix ; 90 fr. 




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que les aslrouomes oiil pu obtenir jusqu'ici sur cette planète, voisine de la Terre 

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Nota. — Les familles peuvent passer, avec cet appareil scientitique, une soirée pleine d'attraits 
et très Instructive. On se sert de cet appareil en le posant devant une croisée pendant le jour ; le soir, 
on place une bougie derrière, et l'on obtient alors Taspect lumineux que les astres présentent au 
télescope; les étoiles étant perforées brillent avec l'illusion de la réalité. Une brochure ou légende 
explicative accompagne chaque appareil. 



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Un vol. in-4* contenant 28 cartes gravées et coloriées, dont 25 estampées 

Cartonné, 8 fr. — Relié toile, fr. 

Liste des cartes. 



1 Planisphère. 

3 Europe physique. 

3 Europe politique. 

4 Les Alpes. 

b France physique. 

6 France po]iti(|ue. 

7 Bassin de la Seine. 



8 Bassin de la Luire. 

9 ■ de la Garonne. 

10 n du Rhône. 

11 « du Rhin. 

12 Colonies françaises. 

13 Iles Britanniques. 

14 Pays-Bas et Belgique. 



15 Allemagne. 

16 Autriche- Hongrie. 

17 Suisse. 

18 Espagu* et Portugal. 
10 Italie. 



22 Suède et Norvège. 

23 Danemark. 
2i Asie. 

25 Afrique. 

26 Amérique du Nonl. 



20 Turquie d'Europe et Grèce. 27 Amérique du Sud 

21 Russie. 28 Australie. 



Prix des cartes estampées : fr. 40. — Prix des cartes planes : fr. 80. 

Curies muettes ou de répétitions, avec ou sans cours d'eau. — Prix : 80 cent. 



Paris. — Imp. Gauthier- Villars, 55, quai dos Grands -Augustin*. 



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4' Année. 



N" 4. 



J. AvrU 1885. 




REVUE MENSUELLE 

D'ASTRONOMIE POPULAIRE 

DE MÉTÉOROLOGIE ET DE PHYSIQUE DU GLOBE, 

DONIIANT LB TABLEAU PERMANENT DES DÉCOUVEBTES BT DBS PROGRES RiALISÉS 
DANS LA CONNAISSANCE DE L'UNIVBRS 

PUBLIÉE PAR 

CAMILLE FLAMMARION, ~ 

AVEC LB CONCOURS DES 

PRINCIPAUX ASTRONOMES FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 



ABONNEMENTS POUR UN AN: 

Paris : 12 fr. — Départements : 13 fr. — Étranger ; 14 fr. 

Prix du Numéro : 1 tr.HO c. 

La Revue parait le l*r de chaque Mois. 



PARIS. 



GAUTHIER-VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE 

DE l'observatoire DE PARIS, 
Quai des Augustins, 55. 

1885 



SOMMAIRE nu N» 4 (AVRIL 1885). 

Los tremblements 4e terre, explication et théorie, par M. C. Flammartox (0 (Ifruros). — 
Les grands Instruments de r Astronomie. L'instrument méridien et tesobserratlons 
méridiennes, par M. P. Oériuxy (1 fipurpi. —Le tornade de l'Orne, par M. E. Vimont M li- 
priirosK — Nouvelles de la Science. Variétés : Induoncc dcAmaréos sur la dun'C de la rota- 
tion de la terre, par M. P. GÉnir.xY. SattlliteR de Jupiter visibles a l'œil nu, par M. de Lacerda. 
Passairo du IV» salellite de Jnpitrr, par M. William Coleman. Mapnf'tisme terrestre. Chute d'u- 
ranolitlio. l'ranolithetombc'aI!ier->('hrclde. —Observations astronomiques, par M. E. Vixum 
(.* lif^uri's). 



PRINCIPAUX ARTICLES PUBLIÉS DANS LA REVUS. 

A. D'ABBADIE, do l'Institut. — Choix d'un premier méridien. 

ARAGO (V.). — Le soleU de Minuit. 

BERTRAND (J.), do l'Institut. —Le sateUlte de Vénus. 

BOË (A. De), astronome à Anvers. — L'Etoile polaire. 

DAUBRËE, Directeur de l'Ecole des mines. — Les pierres tombées du Ciel. 

DENNING (A.), astronome à Bristol. — Observations télescoplques de Jupiter, de Vénus 
de Mercure. 

DENZA (P.), Directeur de l'Observatoire de Moncalieri. — Chute d'un uranollthe en Italie. 

DETAILLE, astronome. — L'atmosphère de Vénus. — Nouvelles mesures des anneaux 
de Saturne. — Les tremblemenrs de terre. 

FATE, Préaident du Bureau des Longitudes. —Nouvelle théorie du Soleil. — Distribution 
des taches solaires. — Mouvements lents du sol en Suisse.— La formation du sys- 
tème solaire. 

FLAMMARION — Les carrières astronomiques en France. — Conditions d'habita- 
bilité de la planète Mars. — Constitution physique des comètes. — Une g^enèse dans 
le Ciel. — Gdmment on mesure la distance du soleil. — Les étoiles, soleils de rinflnl.— 
D'où viennent les pierres qui tombent du Ciel? — Les étoiles doubles. — Chute d'un 
corps au centre de la terre — La conquête des atrs et le centenaire de Montg^olfler. — 
Les grandes marées au Mont Saint- Michel. — Phénomènes météorolog^lques obser- 
vés en bailon. -r- Une excursion météorologique sur la planète Mars. — Les 11 im- 
mes du holeil. — Les Illuminations crépusculaires et le cataclysme de Krakatoa. — 
La planète transneptunlenne. — L'étoile du Berger. — L'histoire de la Terre. — Les 
victimes de la foudre. 

FOREL (le Professeur). — Les tremblements de terre. 

GAZA.N (Colonel). — Les taches du soleil. 

GÉRIGNT, astronome. — Comment la lune se meut dans l'espace. — Ralentissement du 
mouvement de la Terre. — La formation du système solaire. — Études sélénographl- 
ques. — L'èquatorlal coudé de l'Observatoire de Paris. — L'hèliométre. — La nais- 
sance de la Lune. 

HENRT, de l'Observatoire de Pari^. — Découvertes nouvelles sur Uranus. 

HERSGHEL (A.-S.).— Chute d'un uranollthe en Angleterre. 

HIRN, correspondant dn i'In.-^titul. — Conservation de l'énergie solaire. — Phénomènes 
produits sur les bolides par l'atmosphère. — La température du Soleil. 

HOUZEAU, Directeur de l'Observatoire de Bruxelles. — Le satellite de Vénus. 

HUGGINS, de la Société royale de Londres. — Les environs dn Soleil. 

JAMIN, de rinstitul. —Qu'est-ce que la rosée? 

JANSSEN,dc l'Institut, directeur de l'Observatoire de Meudon. — La photographie céleste. — 
Résultats de l'éclipsé de Soleil du 6 Mal 1883. 

LEMAIRE-TBSTB, <le l'Observatoire de Rio-Janeiro. — Choix d'un premier méridien. 

LF: FAUTE. — Quelle heure est-Il? — Le temps vrai, le temps moyen et les cadrans 
solaires. — La chaleur solaire et ses applications industrielles. 

LESSEPS (de). — Les vagues sous-marines 

MOUGHEIZ (amiral), directeur de l'Observatoire de Paris.— Travaux actuels de l'Observa 
tolre de Paris.— L'Observatoire du Pic du Midi. — Création d'une succursale de rob- 
servatoire. 

MOUREAUX (Th.), mc^téorologiste au Bureau central. — Les Inondations. 

PARMENTIER (général). — Distribution des petites planètes dans l'espace. 

PERROTIN, directeur de l'Observatoire de .Nice.- La comète de Pons. — La planète Uranus 

PROCTOR, astronome à Londres. — Le Vésuve et ISCHIA. 

RICCO, astronome a l'Observatoire de Palerme. — La grande comète de 1882.— La tache 
rouge de Jupiter. — Les taches du Soleil. 

ROCHE (J.), correspondant de l'Institut. —Constitution intérieure du globe terrestre. — 
Variations périodiques de la température pendant le cours de Tannée. 

SCHIAPARELLI, directeur de l'Observatoire de Milan. — Les canaux de la planète Mars 

TACCHINI, directeur de TObservatoire de Rome. — Statistique des taches solaires. 

THOLLON, de l'Observatoire de Nice. — Mouvements sidéraux. — Éruptions dans le Soleil 

TROUVELOT, de l'Observatoire de Mcudou. — La comète de Pons. — Ombres observées 
sur le Soleil. — La planète Mars en 1884. 

"VIGAN, ingénieur en chef des Ponts et Clhaussées. — Les marées de la Méditerranée. 

"VIMONT. — Observations astronomiques de chaque mois. 



Le8 communications relatives A la rédaction doivent être adressées k M. C. Flammarion, Direc» 
teur de la Revue, 36, avenue de l'Observatoire, à Paris, ou k l'Observatoire de Juvlsy 
ou bien k M. Gèrigny, Secrétaire de la Rédaction, 41, rue du Montparnasse , & Paris. 

Le plan du Journal comporte une grande variété d'articles. Chaque Numéro con- 
tient des descriptions de science populaire rédigées pour les lecteurs qui ne font pas 
profession de science, pour les gens du monde en général; des études plus appro- 
fondies destinées aux astronomes amateurs; et des recherches intéressant les 
savants curieux de pénétrer de plus en plus les grands problèmes de la nature. 



'.n 141883 



— JL'ASTRONOMIE. — 121 

LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 

EXPLICATION ET THÉORIE. 

(Fin.) (') 

Les nombreux documents que nous avons examinés et comparés sur les 

Fig. 50. 




Hommes lancés en l'air à Port-Royal de la Jamaïque en 1692. 

catastrophes espagnoles, nous ont mis entre les mains des données impor- 

(*) Voir la Revue de février et mars. 

Avril 1885. 4 



122 L'ASTAONOMIE. 

tantes et précieuses. Nous pouvons essayer aujourd'hui de dégager de ces 
enseignements de la nature la théorie qui nous paraîtra la plus apte à 
expliquer tous les faits observés. 

On dit que, désespéré de ne pouvoir trouver l'explication des volcans, 
Empédocle se jeta dans TEtna, qui garda le chercheur, mais renvoya sa 
sandale, pour montrer aux mortels Tinutilité d'un tel suicide. Notre siècle 
est-il destiné à trouver le mot de l'énigme du philosophe d'Agrigente? 

Remarquons d'abord qu'en général les auteurs de théories, quelles qu'elles 
soient, sont singulièrement exclusifs. Ils admettent bien une cause, la leur, 
mais refusent volontiers que plusieurs causes puissent exister à la fois dans 
la production des phénomènes de la nature. Sur la question spéciale des 
mouvements du sol, les uns déclarent que les volcans et les tremblements 
de terre sont produits par une seule et même cause : la fluidité du noyau 
intérieur liquide et incandescent réagissant contre l'écorce du globe; d'autres 
pensent que ces phénomènes sont absolument séparés les uns des autres, et 
que les tremblements de terre sont dus à des affaissements à la base des 
assises de terrains causés par la condensation du noyau interne, les rides 
et plissements qui en résultent, ou par le travail des eaux souterraines désa- 
grégeant les bases; d'autres les attribuent à des commotions produites par 
les variations brusques de la pression atmosphérique et leur contre-coup sur 
les gaz emprisonnés dans l'intérieur du sol; d'autres y voient les effets immé- 
diats des pluies ; d'autres encore mettent en jeu les eaux thermales et les 
vapeurs; d'autres, l'électricité et le magnétisme terrestre; d'autres, les marées 
intérieures produites sur un noyau liquide par les attractions du Soleil et 
de la Lune, etc., etc. Mais est- il bien sûr que toute théorie doive être fermée 
et exclure toutes les autres? Ne pouvons-nous examiner sans idées précon- 
çues les faits observés et en chercher l'explication indépendante? Il en est 
peut-être en géologie comme en médecine, où les théories les plus absolues 
et les plus aftirmatives ne tardent pas h être irrémédiablement condamnées 
par les faits, en raison de la prétention môme de leur exclusivisme. 

L'état actuel de la Science réclame donc, — si toutefois les éléments 
d'observation sont suflisants — une théorie générale et indépendante de 
toute idée préconçue, qui explique rationnellement les phénomènes constatés. 



Le premier fait qui s'impose à notre attention est qu'il y a des tremble- 
ments de terre volcaniques et des tremblements de terre non volcaniques. 
On connaît actuellement à la surface du globe 323 volcans en activité qui. 
de temps à autre, produisent des commotions de diverses natures; le cata- 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 



i23 



clysme de Krakatoa, qui répandit naguère le deuil et la ruine sur les îles du 
détroit de la Sonde et causa la mort de quarante mille êtres humains, a été 
produit, comme on s'en souvient, par une éruption volcanique formidable 
et par le terrible raz de marée qui s'ensuivit. Au contraire, les événements 
d'Espagne ne sont en corrélation avec aucune éruption volcanique, ni avec 
aucun foyer de ce genre. C'est là un point fort important pour la théorie de 
la Terre. 

Pour mieux saisir les causes qui sont en jeu dans ces mouvements du sol, 



Fig. 51. 




Déplacement des pierres des obélisques de San Stcfano. 

rappelons un instant quelques-uns des eflets les plus caractéristiques 
observés dans les tremblements de terre les plus mémorables. 

Quelquefois le sol ondule comme les vagues de la mer. Au mois d'avril 1871, 
à Battang, en Chine, les bouquets d'arbres et les accidents de terrain ressem- 
blaient « à des vaisseaux ballottés par les vagues. >» En 1783, pendant le 
tremblement de terre de la Calabre, des arbres s'inclinaient si fort pendant 
le passage des ondulations que parfois leur cime descendait jusqu'à toucher 
le soif On fit la même observation en 1811 au Missouri. Le 26 mars 1812, à 
Caracas, le mouvement ondulatoire était si marqué que le sol ressemblait 
à un liquide en ébullition. 

Parfois, au lieu d'un mouvement ondulatoire, ce sont des secousses de bas 
en haut d'une violence extraordinaire. Le 7 juin 1692, à Port-Royal de la 
Janoaïque, dès les premières secousses, tout s'effondra pêle-mêle; maisons, 



124 L'ASTRONOMIE. 

hommes, femmes, animaux, furent jetés de tous côtés, et plusieurs habitants 
furent lancés dans les airs. « Il y en eut même, disent les relations de 
témoins oculaires, qui, se trouvant sur la place, au milieu de la ville, furent 
lancés par-dessus les ruines jusque dans le port^ et purent se sauver à la 
nage! » Ce n'est pas le seul exemple de ce genre. Le tremblement de terre de 
Riobamba, en 1797, montra une pareille force de projection : un grand 
nombre de cadavres d'indigènes furent lancés sur une colline de plusieurs 
centaines de pieds de hauteur, située de l'autre côté de la rivière. 

En d'autres cas, ce sont des mouvements rotatoires qui frappent l'attention 
de l'observateur. On voyait à San Stéphane, après le tremblement de terre 
de 1782, deux obélisques quadrangulaires, dont les diverses parties avaient 
tourné sur leur base sans se renverser, et ne se maintenaient d'aplomb que 
par un prodige d'équilibre [fig* 51). Quelquefois, les crevasses produisent des 
résultats analogues. Pendant le tremblement de terre de la Calabre, une cre- 
vasse se forma sous une tour de Terra-Nuova: les deux moitiés de la tour ne 
s'écroulèrent point; mais, lorsque la crevasse se referma, elles se recollèrent 
sans correspondre entre elles et en offrant la plus singulière dissymétrie. 

Ces crevasses sont peut-être ce qu'il y a de plus désastreux encore dans 
ces étranges mouvements du sol. Le 10 décembre 1869, les habitants de la 
ville d'Onlah, en Asie-Mineure, effrayés par des bruits souterrains et par 
une première secousse très violente, s'étaient sauvés sur une colline voisine : 
ils virent de leurs yeux stupéfaits plusieurs crevasses s'ouvrir à travers la 
ville, et la ville entière disparaître en quelques minutes sous ce sol mou- 
vant. 

Le il avril 1871, lors du tremblement de terre qui détruisit la ville de 
Battang, en Chine, et engloutit plusieurs milliers de personnes, les affaisse- 
ments étaient si considérables que des montagnes s'entr'ouvrirent et que plu* 
sieurs petites collines disparurent complètement. 

n ne serait pas impossible que les événements géologiques qui viennent 
de s'accomplir en Espagne ne fussent le prélude d'une transformation du sol 
plus formidable ei plus radicale. Le détroit de Gibraltar n'est ni large, ni 
profond, et pourrait très bien être fermé par un rapprochement du Maroc 
avec l'Espagne. Ce n'est qu'une grande crevasse due, elle aussi, à une dislo- 
cation du sol. Ce « détail » géologique amènerait un singulier changement 
dans la politique des nations. 

Les désastres causés par ces crevasses pendant le tremblement de terre de 
la Calabre, en 1783, sont restés mémorables entre tous. A Terra-Nuova et 
dans d'autres villes, des maisons tombées dans ces abîmes furent broyées 
comme du plâtre lorsque ces crevasses se refermèrent. Des hommes et des 
troupeaux furent enterrés vifs, en grand nombre. L'une de ces crevasses, 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 125 

celle de Plaisauo, mesurait 7 500" de longueur, 35"' de largeur et 75"' de pro- 
fondeur. Nous avons vu, dans nos précédents articles, que des crevasses 
analogues ont été produites par les tremblements de terre de l'Espagne, et 

Fig. 52. 




La ville d'Onlah disparaissant entièrement dans des crevasses. 

que Tune d'entre elles se referma sur un mulet qui venait d'y tomber, eu lui 
laissant la tête hors du sol. A Riobamba, des hommes furent sauvés en éten- 
dant les bras pour ne pas être engloutis et en sautant en dehors, tandis que 



126 L'ASTRONOMIE. 

non loin de là des troupes de cavaliers et de mulets chargés disparaissaient. 
Encore un mot sur les crevasses de la Calabre, qui peuvent être considérées 
comme types de ces phénomènes : 

Le premier rapport envoyé à Naples sur les glissements de terrain, écrit Lyell, 
qui donnèrent naissance à un grand lac, près de Terra-Nuova, était conçu en ces 
termes : a Deux montagnes situées sur les côtés opposés d'une vallée se dépla- 
cèrent de leur position originelle jusqu'à ce qu'elles se rencontrassent au milieu, 
de la plaine; là, se réunissant, elles interceptèrent le cours dune rivière etc.. » 
Non loin de Soriano, dont les maisons furent rasées par la grande secousse de 
février, une petite vallée, renfermant une magnifique plantation d'oliviers, 
désignée sous le nom de Fra Ramondo, éprouva une révolution extraordinaire. 
Une multitude de fissures traversèrent d'abord en tous sens la plaine dans 
laquelle coulait la rivière, et absorbèrent Teau jusqu'à ce que les sous- strates 
argileuses en fussent imprégnées, de sorte qu'une grande partie de celles-ci fut 
réduite à l'état de pâte liquide, et qu'il s'ensuivit d'étranges changements dans 
la configuration du pays, le sol prenant aisément, jusqu'à une grande profon- 
deur, toute espèce de formes. De plus, les débris des collines voisines furent 
précipités dans les cavités qui s'étaient formées ; et tandis qu'un grand nombre 
d'oliviers étaient déracinés, d'autres continuaient à végéter sur les masses 
tombées et inclinées sous divers angles. La petite rivière Caridi disparut entiè- 
rement pendant plusieurs jours; et lorsque, enfin, on la revit, elle s'était creusé 
un lit complètement nouveau. 

Près de Seminara, un verger et une vaste plantation d'oliviers furent lancés à 
une distance de 60", dans une vallée de 18™ de profondeur. En même temps 
une cavité profonde s'ouvrit danâ une autre partie du plateau élevé d'où le 
verger avait été détaché, et la rivière y entra aussitôt, laissant son ancien lit 
complètement à sec. Une petite maison habitée, qui se trouvait sur la masse de 
terre transportée dans le fond de la vallée, fut entraînée avec elle, entière, et 
sans aucun mal pour les habitants. Les oliviers aussi continuèrent à croître sur 
la terre qui avait glissé dans la vallée, et rapportèrent la même année une 
récolte abondante. Deux portions de terrain, sur lesquelles reposait une grande 
partie de la ville de Polistena, consistant en quelques centaines de maisons, 
furent détachées et transportées à 800'» environ de leur emplacement primitif, 
dans un ravin contigu, de manière à le couper presque entièrement; et ce qu'il 
y a de plus extraordinaire c'est que plusieurs des habitants furent retirés sains et 
saufs des décombres. 

Près de Mileto, deux métairies, désignées sous le nom de Macini et de Vati- 
cano, et qui occupaient une étendue de terre de 1600™ environ de longueur, sur 
800» de largeur, furent entraînées à la distance de 1600™ dans une vallée. Une 
chaumière, ainsi que de grands oliviers et mûriers, dont la plupart restèrent 
debout, furent transportés intacts jusqu'à, cette distance extraordinaire. Suivant 
Hamilton, la surface déplacée avait longtemps été minée par de petits ruisseaux, 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 



127 



qui se trouvèrent ensuite en pleine vue sur les terrains laissés à nu par la dispa- 
rition des deux métairies. 

Quelques-uns des gouffres qui s'ouvrirent semblent résulter de l'enfoncement 
du sol dans des cavités souterraines. On en observa un qui se produisit sur la 
pente d'une colline voisine d'Oppido, et dans lequel furent précipités des ter- 
rains plantés de vignes et d'oliviers. Il n'en resta pas moins, après la secousse, 
une vaste cavité, en forme d'amphithéâtre, de 150™ de longeur sur 60*» de pro- 
fondeur (fîg. 53). 

En 1692, à la Jamaïque, on vit deux ou trois cents crevasses s'ouvrir et se 

Fig 53. 




GoulTrc formé près d'Oppido (Calabre) en ITSiî. 

refermer subitement. Un grand nombre de personnes furent englouties dans ces 
fissures; quelques-unes ne furent ensevelies que jusqu'à moitié du corps, et ne 
résistèrent pas aux étreintes du sol, plusieurs autres restèrent la tête hors de 
terre; d'autres, enfin, après avoir été englouties, furent rejetées à la surface, 
avec de grandes quantités d'eau. La dévastation fut telle, que, même à Port- 
Royal, alors capitale de la Jamaïque, où l'on dit qu'il resta plus de maisons 
<lebout que dans tout le reste de l'île, les trois quarts des constructions s'enfon- 
cèrent entièrement sous Teau avec le sol qui les supportait et avec tous leurs 
habitants. Elles y sont restées ; et dans notre siècle même plusieurs navigateurs 
ont assuré les avoir parfaitement distinguées, au-dessous du navire, par la mer 
calme. 



Et pourtant, plus terribles encore sont les raz de marée qui ont été pro- 
duits par certains mouvements du sol. Nos lecteurs se souviennent que, lors 



128 L'ASTRONOMIE. 

(le la récente éruption de Krakatoa, la mer se relira des ports d'Anjer et de 
Tclokbetœng, revint, élevée à la masse formidable de 35" de hauteur au- 
dessus de son niveau moyen,se rua sur ces deux cités (il étaitô heures du matin 
et les habitants s'éveillaient), submergea la ville, et, en se retirant, emporta 
demeures et habitants, à ce point que, quelques minutes plus tard, l'œil le 
plus expérimenté ne pouvait plus même retrouver la place de ces deux villes 
populeuses! Des navires furent jetés par-dessus la ville à plusieurs kilo- 
mètres du rivage, lequel du reste changea absolument de configuration 
géographique. Cette formidable commotion de la mer, s'étendit jusqu'au 
Japon, jusqu'à Panama et jusqu'en Europe, jusqu'en France. 

Lors du tremblement de terre de Lisbonne, en 1755, la mer s'éleva à plus 
de 15" au-dessus du niveau moyen, redescendit de la même quantité au- 
dessous de ce même niveau, remonta encore et oscilla ainsi quatre fois de 
suite, en balayant tout sur les rivages. La propagation de ce mouvement se 
fit sentir jusqu'en Irlande d'une part, jusqu'aux Antilles d'autre part. 

Aucun signe précurseur, dit Lyell, n'avait averti les habitants du danger qui les 
menaçait, lorsqu'un bruit semblable à celui du tonnerre se fit entendre sous 
terre, et fut immédiatement suivi d'une violente secousse qui renversa la plus 
grande partie de cette ville. En six minutes environ, 30 000 personnes périrent. 
La mer se retira d'abord, et mit la barre à sec; puis elle se précipita sur le 
rivage, en s'élevant à plus de 15™ au-dessus de son niveau ordinaire. Les mon- 
tagnes d'Arrabida, d'Estrella, de Julio, de Marvan et de Cintra, qui sont au 
nombre des points les plus élevés du Portugal, furent ébranlées violemment, et 
pour ainsi dire, jusque dans leurs fondations. Quelques-unes d'entre elles s'ou- 
vrirent à leur cime, qui fut fendue et brisée d'une manière vraiment étrange ; 
d'énormes masses s'en détachèrent et tombèrent dans les vallées situées à leur 
base. 

Parmi les autres évéuements extraordinaires du tremblement de terre de 
Lisbonne, on cite l'affaissement d'un nouveau quai tout en marbre et qui avait 
été bâti à grands frais. Une multitude de personnes s'y étaient réfugiées, pen- 
sant qu'elles y seraient à l'abri de la chute des décombres, lorsque tout à coup 
le quai s'enfonça avec tous ceux qui s'y croyaient en sûreté, et Ton ne revit pas 
un seul cadavre des victimes flotter à la surface des eaux. Un grand nombre de 
bateaux et de petits bâtiments amarrés par là, et remplis de monde, furent 
engouffrés comme dans un tournant, et jamais aucun débris n'en reparut à la 
surfaco. Suivant quelques auteurs, la sonde, dans l'emplacement qu'occupait 
l'ancien quai, n'aurait pu atteindre le fond de la mer. 

Sans doute une cavité profonde et étroite s'est-elle ouverte et refermée ensuite 
dans le lit du Tage, après avoir englouti tout ce qui se trouvait au-dessus 
d'elle. 
L'espace considérable sur lequel sévit cette convulsion est extrêmement 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 



129 



remarquable. On a estimé, dit Humboldt, que la portion de la surface du globe, 
qui fut immédiatement ébranlée par le choc du l^*" novembre 1755, est égale à 
quatre fois l'étendue deTEurope entière. La secousse se fit sentir dans les Alpes, 
et, sur la côte de la Suède, dans les petits lacs intérieurs qui se trouvent sur les 
bords de la Baltique, dans la Thuringe, dans la contrée plate de TAUemagne 
septentrionale et dans la Grande-Bretagne. Les sources thermales de Toplitz 
furent taries, et rejaillirent ensuite, en inondant tout le pays d'une eau couleur 
d'ocre. Dans les îles d'Antigoa, dans les Barbades et à la Martinique, dans les 
Antilles, la marée qui ne monte ordinairement qu'à la hauteur de 0",60, s'éleva 

Fig. 54. 




Navires jetés sur le rivage par la secousse de Krakatoa. 

subitement à celle ùe 6™; l'eau avait perdu sa couleur naturelle et était noire 
comme de l'encre. Le mouvement fut également sensible dans les grands lacs 
du Canada. A Alger et à Fez, au nord de l'Afrique, l'agitation du sol fut aussi 
violente qu'en Portugal; des milliers d'habitants furent engloutis. 

Le 28 octobre 1724, Lima fut détruite par un tremblement de terre. La mer 
s'éleva à 27'° au-dessus de son niveau moyen, à Gallao, port de Lima, se pré- 
cipita sur la ville et Tenleva si radicalement qu'il ne resta plus une seule 
maison. On retrouva des vaisseaux couchés sur la terre ferme, à une lieue 
du rivage. 

Le 13 août 1868 commencèrent les tremblements de terre qui désolèrent 
les rives occidentales de l'Amérique du Sud. La violente secousse de ce jour 
s'étendit d'Arica jusqu'à Gallao, au nord (4875"""^, et jusqu'à Cabijia, au sud 
(2100^""). Le mouvement du sol communiqué à la mer produisit une vague 

4- 



130 L'ASTRONOMIE. 

qui mesurait 13" de hauteur, à Iquique, et qui partit de là pour s'étendre sur 
rOcéan tout entier, jusqu'aux îles Chatam, jusqu'aux îles Sandwich, etc., 
avec une vitesse dépendant de la profondeur de la mer (croissant avec la pro- 
fondeur). Cette vitesse, mesurée de nouveau lors des vagues produites par 
Téruption du Krakatoa, est de 200^'" à Theure pour une profondeur de 300", 
de 500'" pour une profondeur de 2000", de 670'" pour une profondeur de 
3500", et elle est la même que celle de la propagation des marées. Ainsi, par 
exemple, le flot lunaire met 16 heures pour aller d'Arica aux îles Samoa : le 
flot du tremblement de terre y est arrivé en 16 heures aussi; le flot lunaii*e 
emploie 13 heures pour aller d'Arica aux îles Sandwich, et il en a été de 
même de la vague produite par le tremblement de terre. 

On ne connaît pas exactement le nombre des victimes des tremble- 
ments de terre de l'Espagne, mais on sait que ce nombre dépasse 2000. La 
catastrophe d'Ischia (28 juillet 1883) causa 2443 morts. Le cataclysme de 
Krakatoa fit plus de 40 000 victimes. On a évalué au même chiffre les victimes 
des tremblements de terre qui désolèrent le Pérou au mois d'août 1868, et 
également celles du tremblement de terre de Riobamba, en 1797. Celui de 
Lisbonne, en 1755, paraît avoir causé 30 000 morts, et celui de Sicile, en 
1693, environ 60000. La fameuse éruption du Vésuve, de l'an 79, qui 
engloutit Herculanum, Pompéï et Stables, ne paraît pas avoir atteint ces 
dernières proportions; mais l'effroyable tremblement de terre de TAsie- 
Mineure, de Van 526, est considéré comme ayant causé la mort de 120000 

êtres humains. 

* 

Le sol sur lequel nous vivons ne possède pas, comme on le voit, les con- 
ditions de sécurité et de stabilité que nous sommes généralement portés à 
lui attribuer d'après l'expérience quotidienne de notre vie très éphémère. Il 
ne se passe pas de jour, pas d'heure, qu'il ne soit plus ou moins agité sur 
un point ou sur un autre. La configuration des côtes et le l'elief des mon- 
tagnes se modifient continuellement, soit avec une lenteur visible, soit à la 
suite de secousses brusques (fig. 55). Devons-nous en conclure, comme on 
Ta fait pendant longtemps en géologie, et comme on le fait encore quelquefois 
aujourd'hui, que le globe terrestre n'est pas solide lui-même dans sa consti- 
tution intérieure, qu'il a conservé une température très élevée à laquelle 
tous les minéraux sont en fusion; qu'il est encore presque entièrement 
liquide, et que le sol sur lequel nous fondons notre histoire humaine et nos 
espérances, n'est qu'une mince écorce de 50^" à 60^" d'épaisseur, une 
pellicule recouvrant une fournaise? 

Non. Notre planète n'a pas ce degré d'instabilité. Si elle était liquide, 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 



131 



rattraction du Soleil et de la Lune produirait des marées formidables dans 
cette sphère mobile, et nous sentirions deux fois par jour ces marées nous 
passer sous les pieds. De plus, la précession des équinoxes serait différente 
de ce qu'elle est. Notre globe n'est pas une boule liquide entourée d'uno 
mince pellicule. 

Les mesures de température faites dans l'intérieur des mines montrent 
que la chaleur augmente à mesure qu'on descend; mais la proportion de cet 
accroissement diminue avec la profondeur, de sorte que les déductions rela- 

Fig. 55. 




Changements produits à la surface du sol. 

tives H une chaleur de « deux cent mille » degrés au centre du globe ne sont 
pas fondées. D'ailleurs, nos mines et tunnels ne sont que de superficielles 
piqûres d'épingle sur Pépiderme de la planète. 

D'autre part, la pression augmente avec la profondeur et elle ne tarde pas 
à devenir considérable. Dans ces conditions, il est probable que le globe 
terrestre n'est ni solide, ni liquide, ni gazeux, mais pâteux. Sa température 
interne doit être encore de plusieurs milliers de degrés. 

Mais il flotte dans l'espace, au sein d'un froid de 270° au-dessous de zéro 
et n'est échauffé que par le Soleil. Il continue donc toujours à se refroidir. 
En se refroidissant il se condense, se rapetisse, se rétrécit. L'écorce exté- 
rieure repose, avons-nous dit, sur un noyau pâteux : elle est obligée de se 
rétrécir en même temps que ce noyau. Delà des plissements, des dislocations. 
Pour la planète, ce n'est rien, un simple petit frisson, moins encore, un 



132 L'ASTRONOMIE. 

clignement isolé. Pour rhumanitc qui bâtit ses demeures sur ce sol, c'est 
beaucoup. 

Cette condensation lente, graduelle, séculaire, fait qu'il se produit des 
vides, des affaissements, des voûtes, des variations d'équilibre, des incli- 
naisons de bancs de roche, etc. Les eaux des pluies descendent de la surface, 
traversent les terrains perméables, glissent sur les couches d'argile qu'elles 
rencontrent, ressortcnt lorsque ces couches imperméables viennent affleurer 
le sol, et retournent à la mer par les sources, les ruisseaux, les rivières et 
les fleuves. Mais ces eaux ne reviennent pas toutes, ne trouvent pas toujours 
une couche de terre glaise qui les ramène. Elles pénètrent les terrains, 
imbibent les roches les plus dui-es, continuent de descendre, forment des 
courants souterrains, arrivent jusqu'à des régions très chaudes, donnent 
naissance à des vapeurs, se combinent avec les minéraux, désagrègent 
certaines bases, emplissent des cavernes, cherchent des issues, descendent 
encore. Toute cette circulation intérieure ne s'opère pas sans donner nais- 
sance à des gaz et à des vapeurs. Ajoutons à cela la chaleur du Soleil, qui 
chauffe perpétuellement le côté de la Terre tournant dans ses rayons. Ajou- 
tons aussi l'attraction de la Lune, qui agit quand même sur les couches 
extérieures du noyau pâteux. Nous avons donc sous nos pieds tout un monde 
en activité. Les mouvements du sol senties résultats de cette activité. 

L'influence de la chaleur solaire est manifeste par ce fait que le plus grand 
nombre des secousses arrive vers deux ou trois heures du matin, pendant 
le froid de la nuit, et le plus petit nombre vers une heure et deux heures de 
l'après-midi, au moment du maximum de la chaleur. 

Elle est également confirmée par ce fait que le plus grand nombre des 
secousses arrive en hiver, et le plus petit nombre en été. 

L'influence de l'attraction de la Lune et du Soleil est démontrée par cet 
autre fait qu'il y a un peu plus de tremblements de terre aux époques de 
Nouvelle et Pleine Lune qu'aux époques de Premier et Dernier Quartier. 
De même, ce nombre est plus grand quand la Lune est périgée que lors- 
quelle est apo.qé«j, et lorsqu'elle est au méridien que lorsqu'elle est à 
l'horizon. 

L'influence de la pression atmosphérique se manifeste d'une manière plus 
fréquente encore. Les plus violentes secousses de tremblements de terre de 
l'Espagne ont coïncidé, comme nous l'avons vu, avec une période de pertur- 
bation insolite. La mémo remarque a été faite un très grand nombre de fois, 
ainsi que pour les explosions du grisou. La pression des gaz et des vapeurs 
intérieures peut être telle que la moindre rupture d'équilibre décide des 
explosions produisant des trépidations et des secousses formidables. 

Ajoutons ici que tous les volcans en activité se trouvent ou dans l'Océan ou 



LES TREMBLEMENTS DE TERUE. 133 

le long des rivages, et que Tanalyse a démontré que la vapeur d'eau de mer 
compose à elle seule presque tout entière la colonne de fumée qui jaillit des 
éruptions. Nous pouvons donc en conclure que les volcans ne sont pas des 
cheminées mettant un globe liquide incandescent en communication avec 
l'extérieur, mais des phénomènes chimiques produits dans Técorce du globe 
par l'arrivée de Peau des mers, en contact avec les roches profondes qu'elles 
décomposent. Versez de Teau froide sur de la chaux froide et vous créez une 
source de chaleur. 



Ainsi, selon toutes probabilités, les temWements de terre sont produits par 
les différentes causes que nous avons énumérées, en tête desquelles se 
placent les dislocations dues à la contraction séculaire du globe. Les régions 
montagneuses déjà disloquées et les régions volcaniques sont plus exposées 
à ces commotions du sol. La France du Nord, la plaine de Paris, entre autres, 
présentent au géologue de remarquables conditions de stabilité, et l'on n'a 
point à redouter que la capitale du monde soit jamais renversée par des cata- 
clysmes de cet ordre. On n'en pourrait pas espérer autant de l'Auvergne, 
dont les volcans pourraient peut-être se réveiller, comme le fit le Vésuve qui, 
dans l'antiquité, était éteint: les armées campaient dans son cratère endormi. 
Ces volcans ne sont pas très éloignés de la mer. Nos ancêtres les ont vus en 
ignition du temps de l'âge de pierre. 

En résumé, la terrible catastrophe qui vient de fondre sur l'Espagne aura 
donné à la science des aperçus nouveaux sur la solution de ce grand pro- 
blème des tremblements de terre, et aura servi à soulever quelques-uns des 
voiles qui nous cachent encore la constitution intérieure de notre planète. 
C'est encore là une guerre, la guerre des éléments contre l'humanité, et ses 
victimes innocentes sont comme des holocaustes au Progrès. Autrefois, ces 
cataclysmes semaient la mort et la ruine sans offrir à l'homme la moindre 
compensation. Aujourd'hui, leur étude peut nous donner l'espérance d'éviter 
dans l'avenir une partie de ces pertes irréparables, en cessant de construire 
les habitations humaines sur les points de plus grande instabilité. Eh! dans 
notre douleur même, n'accusons pas trop la nature d'être une mère marâtre 
et de détruire les enfants auxquels elle a donné le jour, quand nous voyons 
que tous les tremblements de terre réunis, les cyclones, la foudre et toutes 
les causes de destruction étrangères à l'humanité font incomparablement 
moins de mal que cette humanité ne s'en fait à elle-même, de propos déli- 
béré, par ses guerres perpétuelles, lesquelles versent le sang de quarante 
millions d'hommes par siècle, soit plus de mille par jour, sans jamais 
s'arrêter. Ainsi l'aveugle nature est beaucoup moins « aveugle » que nous, 



134 L'ASTRONOMIE. 

car elle ne détruit peut-être pas plus de cent mille hommes par siècle, c'est- 
à-dire incomparablement moins que Thumanité ne s'en assassine volontai- 
rement à elle-même. 

Le seul moyen de connaître avec certitude la composition intérieure du 
globe terrestre serait de creuser un puits gigantesque de plusieurs kilo- 
mètres de profondeur. Un tel travail ne serait point au-dessus du pouvoir- 
actuel de l'industrie. Ce puits serait une source de chaleur humainement 
inépuisable. Si les divers gouvernements s'entendaient pour diriger vers ce 
but tous les soldats de l'Europe, (chacun employé suivant son corps de 
métier, etc. ) ils remporteraient une victoire supérieure à toutes les extermi- 
nations passées, présentes et futures, en mettant au jour le mystère qui se 
cache sous nos pieds. Et comme, pendant ce travail, on aurait perdu l'habi- 
tude de se battre, l'humanité aurait gagné là un progrès en partie double, 
progrès scientifique et progrès social. 

Camille Flammarion. 

APPENDICE 

On a inventa divers appareils pour mesurer et enregistrer la direction et Tin- 
tensité des secousses. Dans les uns, le mouvement du sol fait tomber une boule 
suivant une direction déterminée par ce mouvement même, dans les autres un 
pendule oscille selon les ondulations du sol; dans les autres encore une tige ver- 
ticale suspendue de telle sorte qu'elle peut osciller dans toutes les directions, 
porte à son extrémité supérieure une feuille de papier noirci au noir de fumée, 
sur laquelle le contact léger d'une pointe dessinera une courbe à chaque oscil- 
lation. Nous reproduisons ici (/îflf.56) le curieux enchevêtrement de courbes tracées 
automatiquement par le sismographe de l'Observatoire météorologique de Manille, 
le 18 juillet 1880, à midi 40™, pendant les 72 secondes de durée de ce funeste trem- 
blement de terre. L'original de cette figure, que nous avons réduite, mesure 
0™33 de diamètre. On voit que les ondulations de plus grande intensité se sont 
efl'ectuées de l'Est à TOuest, suivant la direction bb'. 

Comme nous l'avons vu, il y a lieu de partager les tremblements de terre en 
deux catégories bien différentes, ceux qui sont dus, de près ou de loin, à des 
phénomènes volcaniques, et ceux qui sont étrangers à ces phénomènes. Dans le 
premier cas les trépidations du sol sont produites par les efforts que fait la vapeur 
d'eau contre les parois intérieures des cratères volcaniques, pour s'échapper des 
voûtes sous lesquelles elle est emprisonnée, et toutes les observations s'accor- 
dent pour montrer que ces trépidations sont précisément en corrélation intime 
avec les diverses phases des éruptions volcaniques. En général, ces tremblements 
de terre volcaniques sont peu étendus. Les autres, au contraire, comme celui 
dont le foyer vient d'être observé en Espagne, sont étrangers aux volcans, indé- 
pendants de toute éruption, et leurs causes doivent être cherchées dans les cou- 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 



135 



ditions géologiques mêmes de Técorce du globe, qui ont été énumérées dès le 
début de cette étude. 

Cet état d'instabilité des couches souterraines se trouve par sa nature même 
soumis aux influences extérieures, aux effets de la chaleur solaire, du froid noc- 



Fig. 56. 

N 




dUscillations tracées par le pendule enregistreur des li-emblements de terre. 

urne ox:^^ hibernal, aux oscillations de la pression atmosphérique, aux variations 
^attrjtci-t;i^ii de la Lune et du Soleil selon leurs distances, leurs positions et le 
inouv&xxx^nt de la Terre. Que ces influences extérieures aient un effet réel sur la 
production ^^g mouvements du sol, c'est ce qui est démontré par les faits sui- 
vants. 

Par Iç^ comparaison de 696 secousses observées en Suisse (430 antérieures 



l:JG 



L ASTRONOMIE. 



à 1857 et 266 de 1879 à 1881) dont les heures étaient connues, M. Fore! a publié 
en 1884, dans cette Revue, le curieux résultat suivant : 

VARIATION DU NOMBRE DES TREMBLEMENTS DE TERRE SUIVANT LES HEURES 

DU JOUR. 



Heures. 

O*» (minuit) et !*• matin. 

2 et 3 

4 et 5 

6 et 7 

8 et îl 

10 et 11 



1879-81. Avant 1857. 



5Î 
61 

20 





49 

55 
43 
31 
31 
36 



Hoores, 

lî»* (midi^ et 13'' 
14 et 1.") 
16 et 17 
18 et 19 
20 et 21 
22 et 23 



1879-81. 


Avant 1857. 


7 


18 


9 


27 


13 


31 


13 


24 


23 


42 


31 


48 



En additionnant les nombres des deux séries d'observations, nous avons con- 
struit, à leclielle de 1'»'" pour 10 tremblements de terre, la courbe suivante qui 

Fig. 57. 




Variation du nombre dos tremblements de terre suivant les heures du jour. 

permet de saisir du premier coup d'oeil cette variation horaire, mieux que par 
l'inspection des chiffres. On voit qu'il y a quatre fois plus de tremblements de 
terre inscrits aux heures de la nuit qu'aux heures du jour. Sans doute le silence 
de la nuit et la position horizontale du corps dans un lit sont deux conditions 
subjectives en faveur de l'appréciation des légères oscillations du sol, qui passent 
inaperçues au milieu des bruits du jour et pour des observateurs debout, en voi- 
ture ou à cheval ; et il y aurait certainement une correction à faire, qui diminue- 
rait l'amplitude de la courbe. Mais comme il ne s'agit pas ici seulement de légères 
secousses, mais aussi de tremblements de terre plus ou moins retentissants, nous 
pouvons admettre qu'en fait ces phénomènes présentent une variation certaine, 
le maximum arrivant entre i*» et 4*» du matin, le minimum vers 1^ de l'après- 
midi. Le premier correspond aux heures de froid, le second aux heures de cha- 
leur. 

Ce qui prouve que cette variation est bien réelle, c'est que Ton observe égale- 
ment une périodicité mensuelle qui lui correspond en principe. Voici, d'après le 
même auteur, et pour la morne série d'observations, les nombres relatifs aux 
saisons. 



V.\RL\TIONS DU NOMBRE DES TREMBLE.\IENTS DE TERRE SUIVANT LES SAISONS. 

1879-81 
Saisons. troinblemeiits. 

Hiver (décembre à février) 18 

Printemps (mars à mai) 10 

Été (juin à août) 15 

Automne (septembre à novembre).. 18 



1879-81 


Avant 1857 


secousses. 


secousses. 


80 


461 


29 


315 


43 


141 


104 


313 



LES TREMBLEMENTS DE TERRE. 137 

En additionnant ensemble les secousses des deux séries, on obtient également 
la courbe (fig. 58) qui représente cette variation, tracée à l'échelle de 2«™ pour 
100 secousses. On voit que le maximum arrive en hiver et le minimum en été. 
Comme les nuits sont plus longues en hiver qu*en été, Tinfluence signalée tout à 
rheure peut encore se faire sentir ici, mais, répétons-le, il ne s'agit pas seule- 
ment de secousses légères. D'ailleurs, lors de la dernière série d'Espagne, à 
laquelle tous les spectateurs ont porté jour et nuit une attention intéressée, on 
a remarqué également que les secousses ont été beaucoup plus nombreuses la 
nuit que le jour. On sent qu'il nous est impossible de faire la part de l'influence 
tout humaine que nous venons de signaler (et qu'il nous surprend de ne pas 
encore avoir vue signalée par personne). Les appareils enregistreurs seuls pour- 
raient nous édifier complètement à cet égard. Mais jusqu'à présent ils sont trop 
clairsemés. 

L'influence de l'attraction lunaire n'est pas moins certaine que celle de la tem- 
pérature. Mon ami regretté Alexis Perrey, professeur à la Faculté des sciences 

FIg. 58. 




Hiver PrtnUinpt Été Automne 

Variation du nombre des tremblements de terre suivant les saisons. 

de Dijon, a eu la patience de coUationner des milliers et des milliers d'observa- 
tions de tremblements de terre. Dans un tableau comprenant les faits relevés un 
peu partout, de 1851 à 1872, il a classé comme il suit les données relatives aux 
phases de la Lune, en groupant dans la première colonne les deux semaines de 
Nouvelle et Pleine Lune, et dans la seconde les deux semaines de Premier et 
Dernier Quartier. 

VARIATIONS DU NOMBRE DES TREMBLEMENTS DE TERRE SUIVANT LES PHASES 

DE LA LUNE. 

NottTelieB Lnnes Premier et 

Périodes. et Pleines Lnnes. Dernier Quartier. Différence. 

1751 à 1800 1901 1754 147 

1801 à 1850 3434 3161 273 

1843 à 1872 8838 8411 427 

On voit que dans les trois séries la différence est affirmative en faveur d'un 
plus grand nombre aux époques des Nouvelle Lune et Pleine Lune, comme dans le 
cas des marées. Cette différence est faible, mais elle est réelle, et proportionnelle 
aux nombres examinés. 

Le groupement relatif aux distances de la Lune donne un résultat analogue : 
il y a plus de tremblements de terre lorsque la Lune est au périgée, c'est-à-dire 
lorsque son attraction est la plus forte, que lorsqu'elle est à l'apogée. Dans le 

4** 



138 L'ASTRONOMIE. 

tableau suivant, dû également à Alexis Perrey, les nombres représentant les 
tremblements de terre ont été obtenus en prenant des périodes de cinq jours 
dont le périgée et l'apogée forment les milieux. 

VARIATIONS DU NOMBRE DES TREMBLEMENTS DE TERRE SELON LES DISTANCES 

DE LA LUNE. 



Périodes. 
1751 à 1800 


An périgée. 
526 


A rapogée. 

465 

1113 

3015 


Différence. 
61 


1801 à 1850 


1223 


110 


1843à 1872 


3290 


275 



Les différences sont faibles, mais, comme on le voit, toujours dans le même 
sens. 

Avec le nombre beaucoup moins considérable de tremblements de terre obser- 
vés en Suisse, M. Forel est arrivé à un résultat analogue. Il trouve : 

Proportion. 

Dans les sept jours avant et après la sizygie 0,53 

Quadrature 0,47 

Lune au méridien 0,53 

Lune à rhorizon 0,47 

Faible, mais toujours significatif. Nos lecteurs se souviennent peut-être de ce 
que nous disions récemment à propos de l'influence de l'attraction de la Lune sur 
le poids des corps. Un poids de lOOO^c est diminué de 0^,112 quand la Lune est 
au zénitb ou au nadir et augmenté de Or, 056 quand elle esta l'horizon. Pour de 
grandes masses, ce n'est pas insignifiant. Tous ces faits démontrent, sinon l'in- 
stabilité absolue de notre planète errante, du moins son état de perpétuelle mobi- 
lité et d'incessante transformation. C. F. 



LES GRANDS INSTRUMENTS DE L'ASTRONOME. 

L'INSTRUMENT MÉRIDIEN ET LES OBSERVATIONS MÉRIDIENNES 

Dans l'article que nous avons consacré à Téquatorial coudé de l'Observatoire 
de Paris (Astronomie, t. III, n« 6, juin 1884, p. 216), nous avons été amené à dire 
quelques mots des instruments installés à demeure dans le plan méridien. Nous 
nous proposons aujourd'hui d'entrer dans quelques détails sur la construction de 
ce genre d*appareils et les observations qu'ils permettent d'effectuer. 

Nous avons déjà fait remarquer que les observations méridiennes sont actuel- 
lement le seul moyen que possède l'Astronomie pour déterminer avec précision 
la position des étoiles fixes. Les astronomes attachés aux grands observatoires 
occupent la plus grande partie de leurs soirées à des mesures de cette nature, 
et de temps en temps, on publie le catalogue des étoiles observées, résultat du 
travail assidu de plusieurs années. Il importe de se rendre compte de l'utilité de 



LES GRANDS INSTRUMENTS DE L'ASTRONOMIE. 139 

semblables travaux qui absorbent pendant si longtemps les forces et rintelli- 
gence d*un nombreux personnel aussi instruit que dévoué. Une personne étran - 
gère à TAstronomie qui parcourrait un de ces volumineux catalogues serait bien 
tentée de se demander si de pareilles accumulations de documents contribuen t 
réellement au progrès de la Science, et si tout Targent^ tout le temps, toute la 
peine ainsi dépensés n'ont pas été consommés en pure perte. 

En réalité, les catalogues d'étoiles sont actuellement la base de toute l'Astro- 
nomie et le point de départ de toutes les recbercbes qui concernent les mbuve - 
ments des astres. Ce sont eux qui permettent de découvrir les mouvements 
propres des étoiles par la comparaison des observations effectuées à de longs 
intervalles. Si Bessel n'avait pas eu entre les mains les catalogues de ses devan- 
ciers, il n'aurait pu reconnaître, dans la 61« Cygne, lune des étoiles du ciel dont 
le mouvement propre est le plus rapide; Tidée ne lui serait pas venue qu'elle 
devait être, en conséquence, l'une des plus rapprochées du Soleil, et ses recher- 
ches sur la parallaxe annuelle des étoiles seraient certainement restées infruc- 
tueuses, comme l'avaient été autrefois celles de Bradley. Il a fallu qu'Herschel 
compulsât de bien nombreuses observations anciennes, consignées dans les cata- 
logues de son temps, pour reconnaître, dans le mouvement propre de toutes les 
étoiles, une composante commune qui lui révélât le déplacement du système solaire 
vers la constellation d'Hercule. Les variations d'éclat des étoiles, l'apparition 
d'étoiles nouvelles et la disparition d'astres anciens ne peuvent être signalées 
avec certitude que si l'on possède d'excellents catalogues. On sait que c'est à la 
suite de l'apparition d'une étoile temporaire, et pour faciliter à la postérité l'étude 
de semblables phénomènes, qu'un siècle avant Jésus-Christ, l'astronome grec 
Hipparque résolut de consacrer le reste de sa vie à des observations astrono - 
miques et à la confection d'un catalogue d'étoiles. C'est ce catalogue qui, corrigé 
et complété plus tard par Ptolémée, nous a été transmis dans VAlmageste et 
constitue encore de nos jours un document précieux. 

Outre ces avantages généraux, et dont il est facile de se rendre compte^ les 
catalogues d'étoiles en présentent un nouveau dont la portée philosophique est 
peut-être encore plus haute. Depuis la découverte de Newton, l'un des plus grands 
problèmes de l'Astronomie, sinon le plus important de tous, c'est de savoir si la 
loi de la gravitation universelle suffit à expliquer les mouvements des planètes 
et de leurs satellites, ou si les corps célestes se trouvent soumis à quelque autre 
influence. Pour arriver à la solution de cette question, il faut, d'une part, multi- 
plier les observations de position de planètes et augmenter la précision des 
mesures, et, d'autre part, déterminer avec soin, d'après les principes de la Méca- 
nique, les lieux que doivent occuper à chaque instant les planètes supposées sou- 
mises à la seule action de l'attraction newtonienne, afin de comparer les résultats 
du calcul avec les observations effectuées. Tant que les différences seront au- 
dessous des erreurs inévitables des mesures, la théorie actuelle devra être con- 
servée ; mais si l'on vient à rencontrer un désaccord plus considérable, il faudra 
nécessairement en rechercher la cause, et Ton pourra se trouver ainsi sur la voie 



140 L'ASTRONOMIE. 

d'une grande découverte. Jusqu'à présent, la gravitation suffit à tout expliquer, 
si ce n*est pourtant Taccélération du mouvement de certaines comètes, en parti- 
culier celui de la comète d'Encke; mais la méthode qui vient d'être esquissée a 
déjà conduit Le Verrier à la découverte deNeptune, et elle nous donne actuelle- 
ment Tassurance qu'il existe entre Mercure et le Soleil un amas assez important 
de corpuscules invisibles. 

Quoi qu'il en soit, deux séries de travaux sont nécessaires au développement 
des recherches astronomiques relatives au grand problème dont nous parlons. 
L'une, toute de calcul et d'analyse mathématique, a pour objet la construction 
des tables de planètes; nous n'en dirons rien, si ce n'est qu'elle exige une somme 
énorme de fastidieux calculs numériques que les perfectionnements des procédés 
de mesure rendent constamment plus pénibles, car il faut nécessairement 
apporter dans les calculs une approximation au moins égale à celles des observa- 
tions. L'autre, toute d'observations et de mesures, consiste à relever le plus sou- 
vent possible, par des procédés sans cesse perfectionnés, la position apparente 
des corps du système solaire. Or, de quelque manière qu'on fasse l'observation 
d'une planète, aussi bien avec l'instrument méridien qu'avec l'équatorial, on ne 
détermine jamais que les différences entre les coordonnées de la planète et 
celles de quelques étoiles de comparaison qui servent de point de repère. Avec 
l'équatorial, il faut prendre une étoile de comparaison très voisine de l'astre que 
Ton veut observer, tandis qu'avec l'instrument méridien, la distance des points 
de repère est indifTérente; mais, dans les deux cas, il faut le remarquer, on 
n'obser^^e que des différences. Dès lors chacun saisira l'importance capitale que 
l'on attache à la détermination précise et certaine de la position des étoiles qui 
doivent servir de comparaison. 

A ce point de vue toutes les étoiles observées ont été classées en deux groupes 
fort inégaux. Le plus nombreux, qui renferme la presque totalité des étoiles 
observées, fournit un nombre considérable de points de repère dont la position 
est consignée dans les divers catalogues actuellement existants. C'est là qu'on va 
choisir les petites étoiles de comparaison destinées aux observations équato- 
riales des comètes ou des petites planètes. Pourtant, quel que soit le soin apporté 
à la confection des catalogues, les positions qu'ils indiquent ne seront jamais 
considérées que comme approchées, et toutes les fois qu'une de ces étoiles aura 
servi de comparaison, on devTa l'observer plus tard à l'instrument méridien, pen- 
dant deux ou trois nuits consécutives, pour bien s'assurer de son exacte position. 
L'existence des catalogues est cependant nécessaire, afin que l'astronome qui 
observe à l'équatorial puisse choisir, parmi tous les astres qu'il aperçoit dans le 
champ de la lunette, celui qu'il veut prendre comme point de repère; il faut 
même que la position donnée par le catalogue soit assez précise pour que cette 
étoile puisse être distinguée de ses voisines lorsqu'on voudra plus tard l'observer 
à l'instrument méridien; car le seul moyen de reconnaître les petites étoiles 
réside dans la connaissance préalable de leurs coordonnées. 
Le deuxième groupe ne comprend qu'un petit nombre d'étoiles choisies avec 



LES GRANDS INSTRUMENTS DE L ASTRONOMIE. 141 

soin parmi les plus brillantes du ciel : ce sont celles qui ont été observées le plus 
souvent et dont les observations se sont montrées assez concordantes pour que 
Ton puisse considérer leurs positions comme définitivement connues. Ce sont elles 
qui servent de points de repère dans les observations méridiennes des planètes et 
des autres étoiles. On les nomme pour cette raison étoiles fondamentales. 
L'Observatoire de Paris en a choisi 316, dont 16, très voisines du Pôle, servent à 
des usages spéciaux sur lesquels nous aurons à revenir. Les positions apparentes 
de ces étoiles rapportées à Téquateur et à Téquinoxe de chaque jour sont évi- 
demment affectées de la précession et de la nutation qui font varier à chaque 
instant le plan de Téquateur terrestre. Aussi leurs coordonnées apparentes sont- 
elles calculées à l'avance et données dans la Connaissance des Temps pour 
chaque jour de Tannée. Cette éphéméride, qui occupe 139 pages de ce recueil, est 
indispensable aux astronomes des observatoires; c'est la base sur laquelle repo- 
sent tous les résultats deleurs travaux. 

Il nous resterait maintenant à dire comment on a pu déterminer la position de 
ces étoiles fondamentales; mais, pour le bien faire comprendre, il est nécessaire 
de décrire d'abord l'instrument et d'en expliquer l'usage. Nous supposons donc, 
sauf à revenir plus tard sur la question, que cette position est absolument ceN 
tainc et qu'il suffit d'ouvrir la Connaissance des Temps pour la connaître. 

Les instruments méridiens se composent de deux parties essentiellement dis- 
tinctes quoique pouvant être réunies sur un même appareil : la Lunette Méri- 
dienne, qui sert à la mesure des ascensions droites, et le Cercle Méridien, qui 
sert à déterminer les déclinaisons. 

Les lecteurs de V Astronomie sont familiarisés avec les mots d*ascension droite 
et de déclinaison. Ils savent que l'on appelle cercles horaires les grands cercles 
qu'on peut tracer sur la sphère céleste en les faisant passer par les deux pôles. 
L'un de ces cercles horaires, celui qui passe par Téquinoxe de printemps, a été 
numéroté 0, et la position d'un cercle horaire quelconque est parfaitement déter- 
minée dès qu'on connaît l'angle qu'il fait avec le cercle horaire origine. C'est cet 
angle qu'on appelle Vascension droite du cercle horaire, de sorte que toutes les 
étoiles situées sur un même cercle horaire ont la même ascension droite. Par 
suite du mouvement diurne apparent du ciel, tous les cercles horaires du ciel 
viennent successivement coïncider, dans la période d'un jour sidéral, avec le plan 
du méridien. Les astronomes ont pris l'habitude de compter les ascensions 
droites de 0« à 360« dans le sens inverse du mouvement diurne apparent, de 
manière que les différents cercles horaires viennent successivement se placer 
dans le plan du méridien, dans l'ordre de leurs ascensions droites. Enûn^ si l'on 
remarque que la Terre tourne de 360» en 24^, on verra par une simple division, 
qu'elle tourne de 15» en une heure, de manière que toutes les heures, le cercle 
horaire qui se trouve dans le plan méridien est à 15» de distance de celui qui 
occupait la même position une heure auparavant. De là vient que l'heure peut 
être prise pour une unité d'angle 15 fois plus grande que le degré. Les astronomes 



142 L'ASTRONOMIE. 

ont en effet Thabitude d'exprimer les ascensions droites en heures, minutes et 
secondes de temps au lieu de degrés, minutes et secondes d'arc, ce qui revient à 
partager la circonférence de TÉquateur en 24 parties égales au lieu de 360. 
L'avantage de cette manière de faire consiste à unifier pour ainsi dire la mesure 
du temps avec la mesure des ascensions droites. On fait commencer le jour sidé- 
ral au moment où le cercle horaire pris pour origine et numéroté vient coïncider 
avec le plan méridien, de manière qu'à i^ sidérale c'est le cercle numéroté 1^ qui 
se trouve dans le plan méridien, à 2*» c'est le cercle numéroté 2'», et ainsi de 
suite. La mesure de l'ascension droite d'un astre se réduit ainsi à la détermination 
de l'heure exacte de son passage dans le plan méridien. Deux instruments seule- 
ment sont nécessaires pour cette mesure : 

lo Une lunette méridienne munie d'un réticule à fils verticaux pour apprécier 
l'instant du passage de l'étoile dans le plan méridien, c'est-à-dire une lunette 
mobile autour d'un axe horizontal perpendiculaire au plan méridien; celui-ci est 
marqué par le centre optique de l'objectif et le fil moyen du réticule, de manière 
que rétoile se trouve dans le plan méridien quand son image observée dans le 
champ de la lunette passe derrière ce fil moyen. 

2° Une horloge réglée sur le temps sidéral, afin de déterminer Theure exacte du 
passage observé; c'est la Pendule sidérale [^). 

On voit que la détermination des ascensions droites serait une chose fort simple 
si la lunette pouvait être parfaitement orientée dans le plan méridien, et si 
la pendule sidérale pouvait être rigoureusement réglée. Malheureusement ce 
réglage absolu est une chose impossible ; il faut se borner à mesurer avec le plus 
de précision possible les petits écarts inévitables, afin d'en tenir compte dans la 
réduction des observations, et c'est dans cette détermination que réside la partie 
la plus délicate des opérations. 

Les erreurs auxquelles on est exposé dans la mesure des ascensions droites 
sont donc de trois catégories : 

l» Los erreurs inévitables de l'observation elle-même; 

2o Celles qui tiennent à la position plus ou moins défectueuse de la lunette; 

3* Celles qui tiennent à la marche imparfaite de l'horloge. 

L Pour diminuer autant que possible les erreurs de l'observation elle-même, il 
est indispensable que l'observateur se soit exercé pendant longtemps avant 
d'entreprendre des mesures dignes de figurer dans les documents scientifiques. 

(') On sait que le jour sidéral est un peu plus court que le jour solaire moyen; la diffé- 
rence est d'à peu près 4"; il y dans Tannée un jour sidéral de plus qu'il n'y a de jours 
solaires, de sorte que si les deux horloges solaire et sidérale marquent la même 
heure un certain jour de Tannée, elles se retrouveront d'accord le même jour de Tannée 
suivante; dans Tintervalle, Thorloge sidérale avance constamment sur Thorloge solaire 
d'environ 4" par jour, soit en moyenne 2'' par mois, de manière que l'avance se trouve 
exactement de 24'' à la fin de Tannée. Cet efifet tient à ce que le jour sidéral est unique- 
ment basé sur la rotation de la Terre tandis que le jour solaire résulte de la combinaison 
des deux mouvements de la Terre sur elle-même et autour du Soleil. 



LES GRANDS INSTRUMENTS DE L'ASTRONOMIE. 14a 

L'observation d'une étoile à la lunette méridienne consiste essentiellement à 
saisir l'instant précis où l'image de l'étoile disparaît derrière le fil vertical du 
réticule, et à noter sur un cahier 1 heure, la minute, la seconde et même la frac- 
tion de seconde qui caractérise cet instant. L'horloge est disposée de manière que 
le pendule exécute une oscillation par seconde, et chaqne oscillation est marquée 
par un coup sec et bruyant. Après avoir placé sa lunette à la hauteur convenable 
pour que l'étoile pénètre dans le champ, l'observateur inscrira sur son cahier 
l'heure et la minute indiquées par l'horloge; puis il regardera le numéro indiqué 
par l'aiguille des secondes, et, quittant l'horloge pour revenir à la lunette, il se 
mettra à compter mentalement les battements du pendule à partir de ce numéro. 
Quand l'étoile arrivera derrière le fil, il inscrira le dernier numéro qu'il vient de 
compter et y ajoutera la fraction de seconde écoulée depuis l'instant où il a 
entendu le dernier choc. Il peut paraître singulier qu'on puisse arriver ainsi à 
apprécier assez exactement des fractions de seconde. On y parvient pourtant, et 
plus facilement qu'on ne serait disposé à le croire. Disons d'abord qu'on se borne 
toujours à apprécier les dixièmes de seconde. Divers procédés ont été imaginés 

Fig. 59. 



ObservattoQ du passage apparent d'uae étoile derrière l*uâ des fils du micromètre. 

dans ce but par les astronomes; l'un des plus connus et des plus employés a été 
indiqué par Bradley. Quand l'observateur voit l'étoile arriver près du fil, il 
s'eflForce de bien noter la position a (fig. 59) qu'elle occupe à l'instant du dernier 
battement qui précède le passage. Au battement suivant, l'étoile occupe une cer- 
taine position b (fig. 59) de l'autre côté du fil. En comparant cette position avec 
la précédente que l'on a conservée dans la mémoire, on voit le fil passer entre 
les deux, et l'on apprécie le rapport des chemins décrits par l'étoile avant et après 
le passage. 

Du reste, quelle que soit la méthode qu'on ait employée au début, on arrive, 
après quelques années de pratique, à apprécier les dixièmes de seconde directe- 
ment, instinctivement pour ainsi dire, et sans faire usage d'aucun artifice. Quoi 
qu'il en soit,. on comprend que ce genre d'observations soit difficile et exige une 
longue préparation. Ajoutons qu'au lieu d'un seul fil, la lunette en porte cinq ou 
six et qu'il faut observer le passage de l'étoile derrière chacun d'eux. Les erreurs 
accidentelles de chaque observation se balancent ainsi en partie, et le résultat 
est beaucoup plus précis que si l'on n'avait observé qu'à un seul fil; mais la tâche 
de l'observateur est rendue bien plus pénible, car il a six instants à relever au 
lieu d'un seul, et comme il n'a pas le temps de revenir consulter l'horloge entre 
les passages de l'étoile à deux fils successifs, il doit continuer à compter les bat- 



444 L'ASTRONOMIE. 

tements du pendule pendant qu*il estime des fractions de seconde, et qu'il écrit 
des nombres sur son cahier. Il ne cessera de compter que lorsque, ayant terminé 
toute l'observation, il reviendra au cadran pour constater qu'il est resté d*accord 
avec l'aiguille des secondes, et inscrire la minute finale qui doit servir de véri- 
fication avec celle du début de l'observation. Un astronome exercé peut compter 
machinalement les battements du pendule tout en accomplissant les opérations 
les plus variées, et même, chose plus singulière, en parlant. 

II. Nous venons de dire que l'on observe les passages des étoiles derrière plu- 
sieurs fils verticaux et que Ton fait la moyenne des temps observés. C'est comme 
si l'on observait le passage derrière un fil fictif placé dans une certaine position 
moyenne par rapport aux fils réels. C'est ce fil fictif moyen qui détermine, avec le 
centre optique de l'objectif, la ligne de visée de Tinstrument. Si la lunette était 
parfaitement réglée, cette ligne de visée serait exactement perpendiculaire à 
l'axe de rotation de l'instrument, et celui-ci serait parfaitement horizontal et 
perpendiculaire au plan méridier». Comme ces conditions ne peuvent être réa- 
lisées rigoureusement, on voit que les erreurs dues à l'installation défectueuse 
de l'instrument sont de trois espèces : 

i» L'erreur ù! inclinaison, due à ce que l'axe de rotation n'est pas parfaitement 
horizontal, ce qui fait que la ligne de visée décrit un plan oblique au lieu du plan 
vertical méridien. 

2o L'erreur à'azimut, due à ce que l'axe de rotation n'est pas exactement dirigé 
de l'Est à l'Ouest. Elle a pour effet de faire décrire à la ligne de visée un plan ver- 
tical différant quelque peu du plan méridien. 

3° L'erreur de collimationy tenant à ce que l'axe optique n'est pas rigoureuse- 
ment perpendiculaire à l'axe de rotation, de sorte qu'il décrit dans l'espace un 
cône au lieu du plan méridien. 

Il est bien évident qu'on s'attache à réduire le plus possible ces trois causes 
.d'erreurs; mais il faut pouvoir mesurer les imperfections qui restent après le 
réglage, afin de corriger convenablement les observations. 

i» L'inclinaison de l'axe de rotation se détermine à l'aide d'un niveau à bulle 
d'air porté sur deux jambes de cuivre qui se terminent en forme de V renversé, 
de manière à venir s'emboîter sur les tourillons qui terminent l'axe de rotation. 

2» L'erreur d'azimut, c'est-à-dire le petit angle que fait l'axe de rotation de la 
lunette avec la ligne Est-Ouest, se détermine k l'aide d'observations délicates 
effectuées sur des étoiles voisines du Pôle. Nous ne pouvons entrer dans aucun 
détail sur ce genre d'observations. Disons seulement que c'est en vue de ces 
déterminations que la Connaissance des Temps publie les éphémérides de 15 
étoiles voisines du Pôle. Du reste les opérations sont quelque peu simplifiées 
dans la pratique par l'usage d'une mire éloignée que l'on place k une grande dis- 
tance de l'instrument, dans le plan méridien. Outre les fils verticaux qui servent 
à l'observation des étoiles ordinaires, le réticule de la lunette contient un fil ver- 
tical placé dans un cadre que peut faire mouvoir une vis micrométrique. Le tam- 



LES GRANDS INSTRUMENTS DE L'ASTRONOMIE. 145 

bour de cette vis est divisé en 100 parties égales, et peut tourner devant un index 
fixe, de manière qu'une position quelconque du fil mobile peut toujours être 
retrouvée quand on sait le nombre de tours et la fraction du tour de la vis qui 
lui correspondent. En particulier, on peut amener le fil mobile en coïncidence 
successivement avec tous les fils fixes et noter les indications correspondantes 
du tambour. La moyenne de toutes ces indications fait connaître la position du 
fil mobile qui correspond au fil fictif moyen. Cela posé, les observations des 
étoiles circumpolaires et de la mire se font à l'aide du fil mobile, et l'on en déduit 
la position du fil mobile qui marquerait exactement le plan méridien quand la 
lunette est horizontale. On aura donc, par différence, la distance du fil fictif moyen 
au plan méridien, exprimée en tours et fractions de tour de la vis micrométrique. 
Comme on a déterminé une fois pour toutes à combien de secondes correspond 
chaque tour de cette vis, on voit qu'on pourra calculer la distance angulaire du 
fil moyen au plan méridien, c'est-à-dire l'azimut de l'instrument. 

3° L'erreur de collimation se détermine par une méthode fort ingénieuse et 
très générale qui est due à l'abbé Picard, le premier astronome qui ait songé à 
employer les observations de passage des astres dans le plan méridien pour la 
détermination de leur ascension droite. Picard était un savant dont le nom n'est 
jamais devenu populaire : il doit cependant compter parmi ceux qui font le plus 
d'honneur à la France : c'était un astronome du plus haut mérite, et, chose plus 
rare, d'une extrême modestie. Peut-être même est-ce à son désintéressement de 
toute préoccupation ambitieuse qu'il faut attribuer l'oubli relatif dans lequel est 
tombé son souvenir, tandis que la gloire et la renommée s'attachaient à la mé- 
moire de son directeur Cassini, quoique, à beaucoup d'égards. Picard fût réel- 
lement supérieur à l'Italien fameux qui dirigea le premier l'Observatoire de 
Paris. 

La méthode de Picard est celle du retournement; quand nous l'aurons décrite, 
on comprendra que les Astronomes et les Physiciens aient pu l'appliquer à une 
foule d'opérations et d'appareils différente. Voici comment on la fait servir 
actuellement à la mesure de la collimation des lunettes méridiennes : 

Les tourillons en acier tourné qui terminent Taxe de rotation de la lunette 
reposent simplement sur deux coussinets de cuivre en forme de V, installés à 
demeure sur des piliers en maçonnerie, de manière qu'on puisse soulever la 
lunette en retirant les tourillons de leurs coussinets. On peut alors retourner 
tout le système de la lunette et de son axe de rotation et replacer celui-ci dans 
ses coussinets en mettant à l'Ouest le tourillon qui était primitivement à l'Est et 
inversement. Imaginons alors qu'on ait placé à une assez grande distance de 
rappareil,du côté Sud, et le plus près possible du plan méridien, une mire formée 
de deux fils de métal croisés éclairés par une lampe ou un bec de gaz. Pour fixer 
les idées, nous supposerons que cette mire se trouve un tant soit peu à l'Est de 
la perpendiculaire abaissée du centre optique de l'objectif sur l'axe de rotation 
de la lunette. L'observateur visera la mire avec la lunette, et il amènera le fil 
mobile sur l'image même de cette mire, puis il notera l'indication du tambour. 



14C L'ASTRONOMIE. 

D'après la position supposée de la mire, la ligne qui joint le fil mobile au centre 
optique de la lunette se prolongea en déviant quelque peu à TEst, et le fil mobile 
sera par conséquent à l'Ouest de la perpendiculaire. Supposons actuellement 
qu'on retourne la lunette comme il a été expliqué tout à l'heure. A la suite de ce 
retournement le fil mobile passera à TEst de la perpendiculaire et la ligne qui 
le joint au centre optique de lobjectif déviera vers l'Ouest. Pour le replacer sur 
rimage de la mire, il faudra donc le déplacer vers l'Ouest d'une quantité double 
de celle dont il s'écarte de la perpendiculaire. Si donc on lit l'indication du tam- 
bour après ce second pointé et qu'on fasse la moyenne entre les deux indications. 
on obtiendra le nombre qui correspond à la position du fil mobile pour laquelle 
la ligne de visée serait exactement perpendiculaire à Taxe de rotation de la lu- 
nette, c'est-à-dire la position de coUimation nulle. La différence entre ce nombre 
et celui qui correspond au fil fictif moyen (voir plus haut n° î) donnera la coUi- 
mation exprimée en fractions de tour de la vis micrométrique. Il ne restera plus 
qu'à la transformer en secondes d'après la connaissance que l'on a de la valeur 
du tour de la vis micrométrique. 

Telle est la méthode couramment employée dans les observatoires pour cette 
détermination délicate. On voit qu'elle nécessite une opération matérielle, le 
retournement, qui ne laisse pas que d'être peu commode quand il s'agit d'une 
lunette de grandes dimensions. La difficulté deviendrait beaucoup plus considé- 
rable si la lunette était ûxée à un grand cercle divisé qui devrait être retourné 
avec elle. Telle est la raison pour laquelle on a longtemps construit les lunettes 
méridiennes sans cercle divisé. Le cercle destiné à la mesure des déclinaisons 
portait alors une lunette spéciale, et comme ici le retournement n'était pas néces- 
saire, on pouvait fixer ce cercle le long d'un vaste pilier en maçonnerie, d'où le 
nom de cercle mural donné à cet appareil. Les instruments classiques de Gambey 
qui sont encore employés journellement à rObser>atoire, et dont on trouve la 
description dans la plupart des ouvrages classiques d'Astronomie, 'ont été con- 
struits d'après ces principes. Depuis lors, frappé des inconvénients de ce dédou- 
blement. qui exige absolument la présence simultanée de deux observateurs pour 
l'observation des deux coordonnées d'une mémo étoile. Le Verrier a fait construire 
un grand instrument méridien plus puissant que ceux de Gambey, et formé d'une 
seule lunette fixée à un cercle divisé; cet instrument fonctionne régulièrement 
depuis de longues années; mais il n'est pas retoumable. On peut suppléer en 
partie à ce défaut d'installation par des observations méthodiques d'étoiles voi- 
sines du pôle; mais il est pourtant certaines déterminations qu'il ne peut donner 
avec exactitude. Fort heureusement, M. Eichens est parvenu, il y a une diiaine 
d'années, à construire des instruments méridiens munis de cercles divisés et 
pouvant subir le retournement. Le premier appareil construit sur ce modèle était 
destiné à l'Obser^'atoirc de Lima ; il a été expédié au Pérou ; mais j'ignore s'il a 
jamais fonctionné. Les événements politiques qui ont récemment désolé cette 
partie de l'Amérique du Sud ont empêché les Péruviens de donner suite aux pro- 
jets de travaux scientifiques qu'ils avaient entrepris. 



LE TORNADO DE L'ORNE. 147 

Depuis 1877 TObservatoire de Paris possède un instrumeat méridien du même 
type, qu'il doit à la générosité de M. Bischoffsheim. Nous en donnerons le dessin 
et la description détaillée dans un prochain article. 

Philippe Gérigny. 
(A suivre.) 



LE TORNADO DE L'ORNE. 

Le lundi 16 février 1885, vers les trois heures de l'après-midi, les habitants de 
Joué-du-Bois, commune qui occupe le point culminant des collines de Normandie, 
entendirent quelques coups de tonnerre dans la direction du S.-O. Les coups de 
foudre partaient d'un nuage épais, noirâtre, qui s'élevait avec vitesse au-dessus 
de l'horizon. En même temps, deux appendices inégaux et en mouvement rapide, 
partaient de ce nuage et semblaient menacer le sol. Le mont Thiébert, dont l'al- 
titude est de 333™, sépara ce nuage en deux parties qui ne se rejoignirent qu'à 
l'entrée du village de Bois-Morel, G"'"» plus loin. 

Tout à coup, l'on vit l'appendice occidental s'allonger, toucher terre, à 500™ du 
bourg, et renverser quatre pommiers : deux disposés au Nord, un vers l'Est et 
le troisième au Sud; les deux plus rapprochés ont été renversés en sens con- 
traire, parallèlement, l'un au Nord, l'autre au Sud* Après avoir brisé ces quatre 
arbres, le tourbillon se maintint au même niveau, et comme le terrain est en 
pente, il ne porta ses ravages que 700™ ou 800™ plus bas, dans le village du Theil. 
Mais là, il s'attaqua d'abord aux maisons les plus élevées, enleva les toits de 
chaume, et détruisit plusieurs milliers de tuiles qu'il brisa les unes contre les 
autres et dont il transporta les débris dans les champs d'alentour. Dans ces der- 
niers, les effets de la trombe sont encore bien plus sensibles : les arbres ren- 
versés ont leurs pieds disposés circulairement, tandis que leur cime est jetée de 
la façon la plus bizarre. C'est ainsi que l'on voit deux chênes voisins dont les 
troncs forment un angle droit. 

Du Theil au village du Vieil-Etre, le sol est en pente douce et l'on ne con- 
state aucun dégât. Mais, au Vieil-Etre, cinq cents tuiles sont déplacées sur l'habi- 
tation du sieur Manson, un pan de mur d'un bâtiment rural est arraché, rejeté en 
avant, tandis qu'une partie de la couverture en chaume est enlevée. Deux arbres 
sont brisés près du village. 

Du village du Vieil-Etre à l'étang de la Fendrie, près du bourg du Champ-de- 
la-Pierre, existe une profonde vallée que le tourbillon n'a pas atteinte. 

Sur le versant septentrional de la vallée, se trouve le château du Champ-de-la- 
Pierre appartenant à M. le comte d'Andigné. De magnifiques étangs ornent le parc 
où l'on admire de be«iux arbres plantés il y a deux siècles. La tourmente a passé 
sur l'étang en faisant entendre un bruit strident si effrayant que ceux qui l'ont 
entendu se sont enfuis. Plus de soixante-dix pieds d'arbres ont été brisés et un 
mur de 35™ a été renversé. Des chênes robustes ont été tordus et leur cime trans- 



148 



L'ASTRONOMIE. 



portée à une grande distance. Des peupliers énormes ont été rompus par le 
milieu, ainsi que plusieurs pommiers et poiriers. 

Nous voici au Bois-Morel {voir la carte, fig, 60) sur Saint-Martin-r Aiguillon. 
C'est dans ce village que la trombe a exercé ses plus effroyables ravages. Tous 
les habitants racontent qu'ils ont vu deux colonnes blanchâtres se précipiter 



Fig. 60. 



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EcheUo de 12"î"3 pour l Kilomètre. 
Carte de la Région ravagée par l'ouragan du 16 février 1885. 



Tune sur Tautre, enlevant tout, brisant tout sur leur passage. Partout Ton recon- 
naissait le bruit de la foudre accompagnant Torage, éclatant par terre avec un 
bruit sourd et mat. Des grêlons mesurant 0«,03 et 0"»,04 de circonférence ne 
cessaient de tomber, pendant qu'une pluie diluvienne inondait la vallée de h 
Meuse. La nuit était à peu près complète et les villageois si épouvantés qu'ils se 
réfugiaient dans les recoins de leurs appartements, croyant leur dernier jour 
arrivé. Pendant ce temps, les toits étaient enlevés, le chaume disparaissait, les 
tuiles étaient brisées en menus fragments après avoir tourbillonné et voltige? 
dans les airs, semblables aux feuilles desséchées que disperse le vent d'automne. 
Quant aux portes et aux fenêtres, elles étaient courbées par la tourmente et 



LE TORNADO DE L'ORNE. 



149 



rentraient de plus de deux pouces dans les appartements. Tout cela eut une 
durée maximum de deux ndnutes. 

Aux alentours du Bois-Morel, des centaines de pommiers et de poiriers sont 
renversés, voir les fig. Gi, 62 et 63. La trombe a produit des effets extraordi- 

Fig. 61. 



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EtTets du tornado sur les arbres. 



naires : c'est ainsi que des arbres ont été déchaussés et que leurs mottes ont 
formé des élévations assez fortes attenantes au sol. Parfois les troncs ont été 
renversés dans la direction de la marche do la trombe; ailleurs, ils sont jetés de 
toutes les façons, quelquefois les uns sur les autres et si bien retournés que leur 
cime regarde le Sud-Ouest, point de départ du Tornado. Plusieurs chênes ont 
été brisés, tordus à moins de quatre pieds de hauteur, tandis que les deux parties 



150 



L'ASTRONOMIE. 



du tronc étaient déjetées l'une au Sud et Tautre au Nord, à 4U« de distance. Au- 
dessous de la partie brisée, le tronc était desséché et divisé en lattes minces, 
allongées, dont les morceaux les plus gros n'avaient pas Fépaisseur d'un cra^'on 
à dessin. Un gros chêne voisin a été arraché et reporté à 3™ en arrière. 
Un hangar appartenant à M. Deshayes a été soulevé, ramené vers le Sud- 

Fig. 62. 



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EfTcts du tornado sur les arbres. 



Ouest, renversé en écrasant les voitures qu'il abritait. Tout autour, des chênes 
énormes ont été abattus, des pommiers et poiriers ont été brisés à 1°> de hauteur 
et leur cime rejetée à 12™ vers le Nord. Le tourbillon a contourné un cerisier 
qu'il a dépouillé de toutes ses branches : le tronc est demeuré absolument nu. 
Au Bois-Morel, quatre-vingt-un pommiers ont été renversés et vingt-quatre 
éclatés, vingt-trois poiriers ont été renversés et quatorze éclatés. C'est là une 
perte irréparable. 



LE TORNADO DE L'ORNE. 



151 



Entre le Boîs-Morel et les Ecorches, sur le plateau qui domine la vallée de la 
Meuse, la trombe a continué ses ravages sur une largeur de 200" à 350*». Dans le 
champ de la Gaze, le centre est seul resté intact. La plupart des arbres ont été 
simplement renversés (fig, 62). 

Au village des Ecorches, la foudre et la grêle ont fait rage. Les habitants de ce 
lieu ont nettement vu une fumée blanchâtre, de forme conique, toucher le sol, les 



Fig. 63. 




Effets du tornado sur les arbres. 



toits, les murs, en démollissant tout sur son passage. Comme au Bois-Morel, 
ils ont remarqué que la nuit a été complète pendant deitoc minutes, que les 
éclairs semblaient partir de nuages à terre et que le tonnerre, qui ne disconti- 
nuait pas, avait un son étouffé. Plusieurs bâtiments ont été eflFondrés, un pan de 
mur a été arraché de ses fondements, des couvertures de tuiles et de paille ont 
entièrement disparu, ainsi qu'une partie des charpentes. 

Le Tornado a continué sa route vers le Nord-Est en suivant la vallée de la 
Meuse. Un peuplier a été rompu net à 5™ du sol, quatorze arbres dont huit 
chênes, cinq poiriers et un pommier ont été frappés de la foudre et leur tronc 
éclaté en menus fragments. Plusieurs cimes ont été portées à 30°" de distance. 

Après avoir parcouru une distance de 2800°» la trombe s'est de nouveau séparée 



152 L'ASTRONOMIE. 

en deux tronçons qui ont perdu leur force et leur violence et qui n'ont plus 
exercé leurs ravages que sur une longueur de 450°^ au plus, en passant l'un 
auprès du village de la Couillardière et l'autre au-dessus du Perron. 

La trombe de gauche a traversé l'étang du moulin de la Couillardière en fouet- 
tant les eaux avec une telle puissance que, durant quelques instants, Ton n a vu 
qu'une ligne écumeuse peu élevée, il est vrai, mais qui bruissait d'une façon si 
étrange, si effrayante que plusieurs des spectateurs se sont enfuis, croyant que 
leur dernière heure était venue. 

Pour parcourir une trajectoire de 8200" environ, c'est-à-dire de Joué-du-Bois à 
la Ck)uillardière, le Tornado n'a guère employé plus de dix minutes. Partout la 
foudre a accompagné l'ouragan, et c'est aux derniers coups de tonnerre que la 
trombe est passée très rapidement. Un déluge d'eau a tout inondé dans la région 
ravagée. 

Il résulte d'une enquête minutieuse faite sur place par deux instituteurs, 
MM. Chauveau et Gauquelin, que près de cinq cents arbres ont été détruits ou 
endommagés. Dans ce nombre, il y a deux cent vingt-trois pommiers renversés, 
trente-trois éclatés; soixante-neuf poiriers détruits et trente-deux éclatés; trente- 
neuf chênes renversés et seize éclatés et vingt-trois sapins brisés ou renversés. 
Les dégâts matériels se montent à plus de 10 000 francs. 

KUGÈNE VlMONT. 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 

Inflaence des marées sur la durée de la rotation de la terre. — 

M. le colonel H. Mathicsen a publié dans le dernier numéro de la Revue un article 
fort intéressant sur les marées et les courants océaniques. L'auteur a cru pou- 
voir conclure de cette étude que les marées n'ont aucune influence sur la 
vitesse de rotation de la Terre. Comme il nous est impossible de partager cette 
manière de voir, nous demandons à nos lecteurs la permission de revenir un 
instant sur ce sujet. 

<c Toutes les fois, dit le colonel H. Mathiésen, qu'on a traité des marées au point 
« de vue de leur influence sur la rotation de la Terre, on a implicitement admis 
n que leur mouvement était identique à celui d'un courant. » 

Nous devons à la vérité de déclarer que personne n'a jamais posé une pareille 
hypothèse. Il n'est pas un seul astronome ou géomètre qui n'approuverait pres- 
que sans réserves les paroles suivantes du colonel H. Mathiésen : 

« A tout prendre, le mouvement des marées ne peut être qu'un balancement 
« ou oscillation vertical des eaux de la mer. Au large de la terre ferme, les 
« marées n'engendrent pas de courants. » 

Peut-être nous sommes-nous assez mal expliqué dans les deux articles consa- 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 153 

crés aux théories de M. G. Darwin sur cette question {>) pour qu'on ait pu nous 
attribuer une aussi grossière erreur; mais nous pouvons affirmer que l'idée d'un 
courant maritime qui ferait le tour du globe avec la marée a toujours été fort 
loin de notre pensée. Nous avons dit que la propagation du flux agissait à la 
façon d'un frein, pour ralentir le mouvement de rotation de la Terre. (V. Astro- 
nomie, T. I, p. 134-135.) C'est peut-être ce mot de frein qui a prêté à la fâcheuse 
interprétation que nous sommes obligé de relever. Voici exactement ce que 
nous avons voulu dire : Quoique la marée ne soit, qu'une oscillation verticale des 
eaux de la mer, il est incontestable que le flux se propage de l'Est à l'Ouest. 
Sans doute les molécules liquides ne voyagent pas le long d'un parallèle à tra- 
vers. l'Océan; mais quand la vague de la marée commence à s'abaisser en un 
point, la mer se gonfle à l'Ouest de ce point, et la propagation du flux est en tout 
semblable à celle des vagues sur les fleuves ou les océans. On admettra bien 
que de pareils mouvements ne peuvent pas s'eflfèctuer sans avoir à vaincre des 
frottements de toute nature qui finiraient par faire disparaître complètement les 
oscillations si la cause qui leur donne naissance n'était toujours présente, de 
même que les vagues produites par le vent s'affaissent peu à peu lorsque l'atmos- 
phère est redevenue calme. Mais ces frottements absorbent du travail, et d'après 
la grande loi de la conservation de l'énergie il faut, de toute nécessité, qu'une 
somme équivalente d'énergie disparaisse quelque part. L'analyse du phénomène, 
montre que l'énergie ainsi dépensée dans les résistances de toutes sortes qui 
s'opposent au mouvement du flux aussi bien au large qu'au voisinage des côtes, 
ne peut être empruntée qu'aux mouvements de la Terre et de la Lune. Les cou- 
rants maritimes n'ont rien à voir dans la question qui se réduit à ces simples 
termes : les marées sont incontestablement une source d'énergie; d'où leur vient 
cette énergie? Tant qu'on ne nous aura pas prouvé que cette énergie ne peut 
PAS être empruntée au mouvement de rotation de la Terre, nous persisterons à 
croire et à enseigner avec Kant, Delaunay, M. G. Darwin, et l'immense majorité 
des astronomes et géomètres que les marées ont pour effet de ralentir la rotation 
de la Terre. 

Si l'on en veut une autre preuve, qu'on jette un coup d'œil sur la figure 4G 
du T. I, p. 135, et l'on reconnaîtra facilement que les attractions de la Lune sur 
les deux protubérances m et m' tendent nécessairement à ralentir le mouvement 
de rotation de la Terre parce que l'attraction qui s'exerce sur m est plus grande 
et plus inclinée que celle qui s'exerce sur m' : qu'on décompose ces deux forces 
suivant la direction mm' et suivant une direction perpendiculaire, et Tefifet annoncé 
deviendra évident. Il sera d'autant plus prononcé que la marée sera plus loin du 
point qui a la Lune à son zénith, c'est-à-dire qu'elle éprouvera plus de résistance 
à se propager. 

(•) Ralenlissement du mouvement de rolalion de la terre sous l'influence des 
marées (rAstronomie T. I N* de Juin, p. ISn. — La Naissance de la Lune (l'Astro- 
nomie T. III N* de Novembre, p. 421), 



154 L'ASTRONOMIE. 

Il se peut que d'autres causes viennent agir en sens inverse et balancer l'in- 
fluence des marées; il se pourrait même, quoique cela nous paraisse improbable, 
que ces dernières causes fussent prépondérantes, de sorte qu'en fait le jour 
sidéral se raccourcit au lieu de s'allonger; mais l'influence des marées sur la 
rotation de la Terre n'^en reste pas moins Tune des vérités les mieux démontrées 
de la science moderne. Philippe Gérigny. 

Satellites de Jupiter visibles à Tœll nu. — Le 7 février dernier, à 8^30'" 
du soir, en compagnie d'une autre personne déjà signalée dans la Revue de 
décembre 1884 à propos de la planète Vénus, j'ai essayé de distinguer à l'œil 
nu le III« satellite de Jupiter. Je n'y suis pas parvenu; mais cette personne a 
exactement constaté la position, ainsi que le 27 février etlel«' mars. Il y a avan- 
tage à diminuer le rayonnement de la planète en regardant à travers la main 
fermée comme un cornet. M. de Lacerda. 

Passage du IV« satellite de Jupiter. — Le 27 février dernier, j'ai observé le 
passage du IV^^ satellite de Jupiter sur le disque de la planète. Il offrait l'aspect 
d'un petit disque noi7\ comme déjà je l'avais observé le 12 marsde l'année dernière, 
un peu moins foncé toutefois que son ombre qui était aussi noire que de l'encre. 

William Coleman. 

Magnétisme terrestre. — Valeur actuelle des éléments magnétiques à Paris. 
— Le Bureau central météorologique a fait construire à l'Observatoire du parc 
Saint-Maur, un pavillon destiné spécialement aux observations magnétiques. Ce 
pavillon, situé au milieu d'un terrain boisé, d'une contenance de trois hectares, 
est élevé sur des caves voûtées où sont installées deux séries d'appareils de 
variations pour la déclinaison et pour les deux composantes de la force terrestre. 
Dans Tune des caves, les appareils sont disposés pour l'observation directe; on y 
fait des lectures toutes les trois heures. L'autre contient un enregistreur magné- 
tique construit sur les indications de M. Mascart, et dans lequel les variations 
des trois éléments magnétiques s'inscrivent simultanément sur la même feuille 
de papier photographique. 

L'appareil qui sert à déterminer la déclinaison en valeur absolue est un théo- 
dolite-boussole de MM, Bruuner. Les pointes des barreaux sont rapportés à une 
double visée sur le paratonnerre de la mairie de Nogent-sur- Marne, distante de 
3700 mètres, et dont l'azimut, vérifié un grand nombre de fois et par différentes 
méthodes, est connu très exactement. 

Les coordonnées géographiques de l'observatoire du Parc Saint-Maur sont : 

Longitude 0*9' 15" E. Latitude 48*48'34'. 

Les valeurs des éléments magnétiques, au !•'' Janvier 1885, déduites de la 
moyenne des observations horaires du 31 décembre 1884 et du 1«»" Janvier 1885, 
qui n'ont pas eu de perturbation, sont les suivantes : 



OBSEKVAÏIONS ASTRONOMIQUES. 155 

Déclinaison 16* \0\ 2 

Inclinaison 65» 16' , 8 

Composante horizontale 194 40 

Composante verticale 422 25 

Force totale 464 85 

La Revue a publié l'année dernière (mai 1884, p. 174) l'état de la déclinaison de 
Taiguille aimantée, à Paris, depuis trois cents ans. Nos lecteurs peuvent ajouter 
à ce tableau, pour le 1«^ janvier 1885, la valeur qui vient d'être transcrite, en 
remarquant toutefois que l'observatoire du parc de Saint-Maur est un peu à l'est 
de Paris, ce qui diminue un peu sa déclinaison. La valeur, à Paris, peut être 
considérée comme étant de IG*» 14'. Th. Moureaux. 

Ghate d'uranolithe, près d'Amiens. — Un ouvrier de l'imprimerie Rousseau- 
Leroy, à Amiens, se trouvant le 10 septembre au soir sur les bords de la Somme, 
avec un de ses amis, a tout à coup aperçu un caillou enflammé qui semblait venir 
de très loin et qui est tombé dans la Somme non loin d'eux en produisant un 
grésillement semblable à celui d'un fer rouge que l'on plonge dans l'eau. La route 
parcourue par ce caillou leur parut verticale. 

Uranolithe tombé & Hierschfelde, en Saxe. — Le dimanche soir, 22 février, 
un météore est tombé sur une maison de la ville avec une telle violence que la 
couverture du toit en a été en partie démolie. Le lendemain, dans le jardin 
attenant à la maison, on a trouvé plusieurs fragments de ce bolide, pesant 
jusqu'à une demi-livre. Leur couleur est d'un vert foncé, leurs formes sont irré- 
gulières; leur aspect est celui d'une substance cristallisée, présentant des aspé- 
rités et des enfoncements. La pierre offre une saveur rappelant celle du salpêtre. 
Le plus curieux est que, dans certains de ces fragments on trouve encore des 
parties molles. J. Mayer. 

OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES 

A FAIRE DU 15 AVRIL AU 15 MAI 1885. 
Principaux objets célestes en évidence pour Tobservation. 

1o CIEL ÉTOILE : 

Pour l'aspect du ciel étoile durant cette période de l'année, se reporter soit aux 
cartes publiées dans la première année de la Revue, soit aux descriptions données 
dans Les Etoiles et les Curiosités du Ciel (pages 594 à 635). Les brillantes con- 
stellations du ciel d'hiver disparaissent peu à peu pour faire place aux riches 
constellations zodiacales. Jupiter auprès de Régulus, Saturne non loin d'Aldé- 
baran, viennent encore augmenter l'éclat des belles soirées de printemps. 

2° SYSTÈME SOLAIRE : 

Soleil. — Le 15 avril 1885, le Soleil se lève à 5'» 11»» du matin et se couche à 
6*» 50" du soir; le l»*" mai, l'astre du jour apparaît au-dessus de l'horizon à i^Ai^ 
du matin, pour disparaître au-dessous à T'^IS»" du soir; enfin, le lèvera lieu à 



i:)6 



I/ASTRONOMIK. 



4*» 20" du matin, le 15 mai, et lo couchera 7»» 33'» du soir. La durée du jour est de 
13*>39n» au 15 avril, de 14*»32« au l'^'' mai et de 15*»13"> le 15 mai. Les jours aug- 
mentent, dans cet intervalle d'un mois, de 51™ le matin et de 43™ le soir, soit un 
accroissement total de i*»34'». 

Le 15 avril, le Soleil passe au méridien de chaque lieu k midi moyen. Avec un 
cadran solaire, on peut donc régler facilement une montre ou une pendule. 

Le Soleil continue à s'élever rapidement au-dessus de l'horizon : sa déclinaison 
boréale est de 9<>55' au 15 avril et de 18o58' au 15 mai, soit une augmentation im- 
portante de 9° 3'. 

Il faut se hâter d'étudier la lumière zodiacale dans le courant d'avril, avant 
son entière disparition. 

Lune. — Notre satellite se trouve toujours dans d'excellentes conditions pour 
l'observation. Sa hauteur au-dessus de l'horizon de Paris, lors de son passage au 
méridien, est toujours considérable, surtout dans le voisinage du Premier Quar- 
tier. Le 19 avril, au soir, la hauteur de la Lune sera de 59» 24'. 

Le mince croissant lunaire pourra être aperçu le 15 mai au soir, moins de 
28*> après la Nouvelle Lune. 

^ PQ le 21 avril, à 11^30- soir. DQ le 7 mai, à 8''52- matin. 



Phases... 



( PL le 29 



à 6 24 » NL le 14 » à3 27 soir. 

Occultations visibles à Paris. 
Trois occultations seulement pourront être étudiées dans la première moitié de 
la nuit, depuis le 15 avril jusqu'au 15 mai. 

X* \ Gémeaux (4* grandeur), le 20 avril, de il''iO- à 11"» 36- du soir. A l'inverse de ce 
Fig. 64. Fig. 65. 




Occultation do k Gémeaux par la Lune, 
le 20 avril 1885, de 11»» 10- à 11>»36'». 



Occultation de d Lion par la Lune, 
le 24 avril 1885, de 11»» 21- à 12»» 15-. 



qui se passe dans la plupart des occultations, cette remarquable étoile de 4» grandeur 
disparaîtra à l'Ouest, à 3* au-dessous et à droite du point le plus élevé du limbe de la 
Lune, et reparaîtra, toujours à l'Ouest, à 29* au-dessus du point le plus occidental. Cette 



OBSERVATIONS ASTUONOMIQUES. 157 

curieuse anomalie dans la marche apparente de Tétoile derrière le disque de notre satel- 
lite tient à la position très inclinée qu'occupe dans le ciel de TOucst Tastre des nuits, 
qui se couche ce soir-là à 12'» 40". L'occultation est représentée (/îg. 64); elle sera visible 
dans la France, la Belgique, la Suisse, Tltalie et la péninsule Ibérique. 

2* 7z Lion (5» grandeur), le 23 avril, de T^'S" à 7''54 du soir. La disparition se produit 
au Sud, à 9" à gauche du point le plus bas, et la réapparition à l'Ouest, à 29* au-dessous 
du point le plus à droite du limbe de la Lune. Le phénomène sera observable en France 
et dans le Nord-Ouest de TEurope. 

3* d Lion (5* grandeur), le 2i avril, de 11'» 21" à 12'' 15" du soir. La disparition de l'étoile 
a lieu, comme le montre la pg. 65, à 44* à gauche et au-dessous du point le plus élevé 
et la réapparition à l'Ouest, à 25* au-dessus du point le plus à droite. Cette occultation 
sera visible dans la plus grande partie de l'Europe occidentale. 

Occultations diverses. 

Les nombreux lecteurs de la Revue pourront encore observer, selon les con- 
trées de la Terre qu'ils habitent, les occultations suivantes : 

1* y Taureau (4* grandeur), le 17 avril, vers il*' 27" du soir. L'occultation sera visible 
pour les habitants du Nord de TEurope. 

2* Aldêbaran (!'• grandeur), le 18 avril, vers 6'' 54" du matin. C'est la quatrième fois 
de Tannée que cette étoile si brillante est occultée. Le phénomène ne pourra être 
étudié que dans la partie occidentale de l'Amérique du Nord. 

3* a Cancer (4* grandeur), le 22 avril, à 4*' 14™ du soir, heure de Paris, temps moyen. 
L'occultation sera observable dans le Nord de la Russie et dans la Scandinavie. 

4* B.A.C. 4255 (6-5 grandeur), le 26 avril, de 8''37" à 9'' 48" du soir, occultation de cette 
étoile. Le phénomène sera visible dans le Nord-Ouest de l'Europe. 

5* p' Sagittaire (4* grandeur), le 4 mai, à 10'' 40" du soir. Cette belle étoile sera occultée 
par le disque de la Luné et l'observation pourra être faite dans la partie orientale de 
l'Europe. 

Le 18 avril, à 3*» du soir, la distance de la Lune à la Terre est périgée : 365.900''»» ; 
diamètre lunaire = 32'38',8. 

Le 4 mai, à 10^ du matin, la distance de la Lune àla Terre est apogée ; 404.200''™; 
diamètre lunaire = 29' 33', 2. 

Mercure. — La planète Mercure est encore visible pendant quelques jours, le 
soir, à l'occident. Son éclat est celui d'une étoile de première grandeur, ce qui 
permettra de trouver facilement cet astre. 

Jours. Passage Méridien . Coucher. Différence Soleil. Constellation. 

15 Avril 0»'59" soir. 8''32" soir. l''42" Bélier. 

17 » 53 »> 8 26 » 1 33 » 

19 »' 44 » 8 15 » 1 19 

20 » 40 » 8 10 »» 1 13 » 

22 » 29 » 7 56 » 56 » 

Le mouvement de Mercure est direct jusqu'au 17 avril. A partir de ce moment, 
il devient rétrograde. Le diamètre de la planète est de 10', 8 au 2i avril, sa dis- 
tance à la Terre, ce même jour, est de 91 millions de kilomètres, et sa distance 
au Soleil est de 56 millions de kilomètres au J5 avril. 



158 L'ASTRONOMIE. 

Vénus. — Vénus ne cesse de se rapprocher du Soleil jusqu'au -4 mai, jour où 
elle passe derrière lui pour devenir étoile du soir. 

Mars. — Mars se lève à 3*^59" du matin, le 5 mai, précédant le Soleil de 36™. 
Toujours invisible. 

Petites planètes. — Cérès continue à se présenter dans d'excellentes condi- 
tions pour l'observation. Elle est facilement reconnaissable à l'œil nu. 

Jours. Lever de Cérès. Passage Méridien. Constellation. 

16 Avril 4»'31'" Soir. 11''20'" soir. Vierge, 

21 » 4 7 » 10 57 » » 

26 » 3 44 » 10 33 » » 

l-'Mai 3 22 » 10 11 » « 

6 » 3 1 » 9 49 » 

-11 » 2 40 » 9 27 u » 

Le mouvement de Cérès est toujours rétrograde et très lent. Cette petite pla- 
nète séjourne dans le voisinage de l'étoile de 3,5« grandeur s Vierge, au Sud de 
laquelle on pourra la voir, le 22 avril, à la faible distance de l^So'. 

Le \" mai, Gérés est éloignée de 257 millions de kilomètres de la Terre et de 
388 millions de kilomètres du Soleil. 

Coordonnées au 21 avril : Ascension droite... 12''57". Déclinaison... 10* O'N. 
» 7 mai : « » 12 48 » 9 33 N. 

Pallas est toujours dans les meilleures conditions pour l'observation, puisqu'elle 
est visible toute la nuit. Les astronomes doués d'une excellente vue pourront 
aisément la reconnaître à l'œil nu dans la constellation du Lion, surtout à cause 
de son voisinage de p, belle étoile de 2» grandeur. 

Jours. Lever de Pallas. Passage Méridien. Constellation. 

16 Avril 2''44'" soir. 10'' 4" soir. Lion. 

21 • 2 17 » 9 43 » » 

26 » 1 51 » 9 23 » i> 

1" Mai 1 26 » 9 3 » » 

6 » 1 05 » 8 44 « » 

11 » 43 » 8 26 » i> 

Pallas continue sa marche rétrograde dans la direction du Nord jusqu'au 28 avril. 
A partir de ce moment, la petite planète reprend sa marche directe, vers le Nord- 
Est. Le 21 avril, Pallas sera en conjonction avec p Lion, au Nord de l'étoile et à 
ladistancede 1»52'. Le 5 mai, nouvelle conjonction, distance des deux astres 2« 38'. 

Le 1*"^ mai, Pallas est éloignée de 247 millions de kilomètres de la Terre et de 
355 millions de kilomètres du Soleil. 

Coordonnées au 21 avril : Ascension droite... 11*'43"'. Déclinaison... 17* 5'N. 
• 7 mai : » » 11 44 » 19 14 N. 

Junon passe au méridien, à minuit, le 18 avril. C*est la meilleure époque pour 
rétude de ce petit astre, qui devra être suivi autant que possible avec une jumelle 
marine ou une lunette astronomique. 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 159 

Jours. Lever de Janon. Passage Méridien. Constellation. 

18 Avril 5' 57" soir. minuit Vierge. 

21 » 5 39 » IIMT- soir. » 

26 » 5 14 » Il 24 »> » 

!•' Mai 4 48 « 11 » » 

6 » 4 23 » 10 37 » » 

11 » 3 59 » 10 14 » » 

Le 10 avril, Junon se trouvera en conjonction avec l'étoile de 4« grandeur, 
T Vierge, au Sud et à la distance de 2o2o . Dans son mouvement rétrograde, la 
petite planète se rapproche peu à peu de Ç Vierge, de 3« grandeur; le 10 mai 
elle en sera éloignée de moins de 3°. 

La distance de Junon à la Terre est de 337 millions de kilomètres au l*»^ mai 
et de 479 millions de kilomètres du Soleil. 

Coordonnées au 21 avril: Ascension droite... 13'' 48". Déclinaison... 0*57' N. 
» 7 mai : » » 13 36 » 2 23 N. 

V'es^a est toujours invisible. 

Jupiter. — Cette admirable planète brille toujours du plus vif éclat dans le 
Lion, au Nord-Ouest de Régulus. Sa marche est rétrogade jusqu'au 21 avril au 
soir, moment où elle atteint sa plus grande distance de Régulus. 

Jours. Passage Méridien. Coacher. Constellation. 

15 Avril 8M8- soir. 3*'28" soir. Lion. 

19 » ,... 8 2 » 3 12 » » 

23 » 7 46 » 2 56 M 

27 » 7 31 » 2 41 » 

l" Mai 7 15 » 2 29 » » 

5 » 7 » 2 13 » » 

9 » 6 45 » 1 58 i> » 

13 » 30 » 1 43 » » 

Le diamètre de Jupiter est de 36',6 au l©*" mai, sa distance à la Terre est de 
748 millions de kilomètres et sa distance au Soleil de 800 millions de kilomètres. 

Continuer Tétude des satellites de Jupiter, avec une lunette astronomique. Les 
personnes douées d'une très bonne vue pourront distinguer à l'œil nu, le 3« satel- 
lite, lors de ses plus grandes élongations. Voici les dates favorables : 16, 19, 23, 
26, 27 et 30 avril, 3, 4, 7, 8, 11 et 14 mai. 

Éclipses des satellites de Jupiter. 

20 Avril 10'' 28" soir. Immersion du 1« satellite occulté. 

22 » 8 23 » Emersion 1 » éclipsé.' 

26 » 9 8 » » 2 » i, 

27 » 8 45 » » 4 » » 

29 » 10 18 i> » 1 » » 

3 Mai 11 44 >j » 2 » » 

6 ï) 8 41 » Immersion 1 » occulté. 

» » 12 13 » Emersion 1 » éclipsé. 

10 » 8 55 » Immersion 2 » occulté. 

13 » 10 7 » » 4 » » 

» » 10 34 » » 1 « » 

» * 10 45 » Emersio » éclipsé. 



160 L'ASTRONOMIE. 

Remarque. — Les 18, 21, 25 avril, l^-" et 1 i mai, les satellites sont d'un même 
côté du disque de Jupiter. 

Une observation très rare pourra être faite le i3 mal, de 10^34™ à 10^45» du 
soir :un seul satellile, le 2^, sera visible, à l'Ouest, dans une lunette astronomique. 
C'est là un phénomène très rare et dont nos lecteurs devront profiter. 

Jupiter passant au méridien avant minuit, les satellites qui doivent entrer dans 
Tombre pénètrent à TOrient du disque. 

Saturne. — Cette planète continue son mouvement direct dans la constellation 
du Taureau. 

Jours. Passage Méridien. Coacher. Constellation. 

17 Avril 3''35"' soir. li>'29- soir. Taureau. 

22 » 3 17 » 11 12 » » 

27 w 3 » 10 55 » » 

2 Mai 2 43 » 10 38 » « 

7 » 2 25 » 10 21 » 

12 . 2 8 « 10 4 » i> 

Le diamètre de Saturne est de 15', 4 au !«•• mai, sa distance à la Terre 1.177 mil 
lions de kilomètres et au Soleil 1,33G millions de kilomètres. 

Uranus. — Uranus rétrograde dans la constellation de la Vierge où il est aisé 
de le découvrir à la simple vue, à peu près à égale distance des étoiles r^ et?; son 
aspect est celui d'une étoile de 6« grandeur. 

Jours. Lever. Passage Méridien. Constellation. 

17 Avril 4'" 9" soir. lO*" 16- soir. Vierge. 

22 » 3 48 » 9 55 » » 

27 » 3 28 o 9 35 » » 

2 Mai 3 7 » 9 15 » » 

7 » 2 47 » 8 55 » ■ 

12 » 2 27 » 8 35 » u 

Le diamètre d'Uranus est de 4', 2 au l**'" mai, sa distance à la Terre 2.597 mil- 
lions de kilomètres et au Soleil 2.710 millions de kilomètres. 

Coordonnées au !•' mai : Ascension droite : 11^59-. Déclinaison : 0*58' N. 

Étoiles filantes. — Tous les ans, du 19 au 23 avril, on remarque un flux con- 
sidérable d'étoiles filantes qui a provoqué plusieurs fois de nombreuses chutes de 
météores. On trouve dans les annales chinoises, plusieurs siècles avant notre 
ère, des renseignements intéressants sur ce phénomène. Les points radiants qui 
se manifestent simultanément sont au nombre de douze à quinze, parmi lesquels 
on en distingue quatre principaux. Le premier est situé au Sud de Hercule, 
dans le voisinage de Véga ; il paraît se rattacher à la cdmète I, 1861. Le second 
est près de |x du Serpent; le troisième un peu au nord de p Bouvier et le qua- 
trième au Sud-Est de l'Épi de la Vierge. Eugènb Vjmont. 

Erratum : page 115, ligne 23, lire après au lieu de avant. 



CORRESPONDANCE. 

Halo at parhéliofi obsey^j^és à ^fa72e (Basses- Alpes). — Extrait d'une lettre adres?5(^e 
par M. N. Michel au Président de la Société scientifique Flammarion, de Marseille. 

* Le 8 mars 1885, à 4'''23"' du soir, par une brume assez élevée, l'atmosphère supérieure 
♦•tant transparente avec quelques Cirrus au zénith, le disque solaire otTrant un très vif 
éclat, on vit un arc de cercle de 20* de rayon et de 50* de longueur, se former dans la 
partie Sud-Ouest du Soleil, avec les couleurs de Tarc-cn-ciel, mais moins nettes. L'ex- 
térieur de l'arc était jaunâtre, et l'intérieur rougeâtre assez intense. Cet arc s'est ensuite 
étendu graduellement jusqu'au cercle entier; les parties latérales situées aux extrémi- 
tés d'un diamètre horizontal passant par le Soleil gagnent en intensité et en netteté de 
couleur. 

« A V'SO*" une tache jaunâtre mal définie se forma symétriquement de chaque côté 
du Soleil, dans la partie la plus lumineuse de l'arc. Peu à neu, ces deux taches tour- 
nent au blanc brillant, celle de l'Est moins intense que celle de J'Ouest qui atteint à 
4'' 30"* une splendeur égale à celle du véritable Soled, et lançaAt à l'opposé de celui- 
oi. une gerbe de rayon*^ ressemblant à une queue de comète. 

a Le phénomène a persisté dans cet état environ pendant dix minutes; après quoi le<* 
taches se sont effacées. Tare s'est affaibli no laissant de visible qu'un grand croissant 
de chaque côté du Soleil. Ces croissants diminuaient de longueur, et à 4'' 50"' on ne voyait 
plus de traces de ce magnifique spectacle. » 

C'est le n\éme phénomène que M. Luzet a observé à Orléans et décrit dans la 
Revue de Mars. 

M. Ghapellier, au Raincy. — Nous avons reçu votre projet pour la réforme du Calen- 
drier, qui a été réuni aux autres pièces relatives au concours. 

M. B. Bellot. à Cognac. — Merci de votre intéressante communication, votre obser- 
vation sera utilisée dans notre statistique annuelle des tremblements de terre. 

M. Vèze, à Verteuil. — La durée de l'année tropique, 365 jours 2 422 166, donnée dans 
l'Annuaire du Bureau des Longitudes, a été calculée par Le Verrier pour le l"' janvier 
1850. Vous n'avez qu'à appliquer la correction — jour 000 000 688 par an fd'après 
M. Faye) pour obtenir cette durée pour une époque quelconque. Je dois cependant vous 
faire remarquer que les deux dernières décimales du nombre de Le Verrier ne sont pas 
absolument certaines, et que, en prenant une valeur moyenne de 365 jours 24 222, sans 
rorrection proportionnelle au temps, l'erreur totale n'atteindrait pas un seul jour au 
bon t de 5000 ans. 

W, Charles Rive au, à La Groie. — M' Gay et M' Cuau, dont vous nous citez le zèle 
pou r la science astronomique sont deux exemples remarquables de ce que peuvent le 
travail et la persévérance unis à Tamour de la science. Puissent-ils avoir de nombreux 
imitateurs! Nous vous prions de leur transmettre toutes nos félicitations. 

L'article que vous demandez nous parait intéressant et utile: il sera tait. 

M. Lamoulinette, à Soulignonne. — Merci de votre intéressante communication. Elle 
sera utilisée dans notre statistique générale. 

M. André Ganel, à Saint-Étienne. — Votre idée est ingénieuse; mais l'agitation qui 
favorise le refroidissement doit être une agitation interne qui amène à la surface des 
particules tirées de l'intérieur. Une pareille agitation existe sur toute la surface du 
Soleil, comme le prouvent les protubérances. Votre expérience n'apprendrait rien rela- 
tivement au Soleil, parce que les effets dus au mouvement seraient entièrement masqués 
par J'action des couches d'air voisines du globe en mouvement. 

M- M. .los. et Jan Fric, à Prague. — Le Directeurde la Revue, actuellement à Nice, 
n'a pu encore examiner les photographies astronomiques envoyées à Paris. Il s'om- 
pressera de le faire dès son retour et vous remercie de votre proposition, au nom de 
tous les lecteurs de C Astronomie. 

MM. Francisco Ch.wes et Mello, aux îles Açores. •— La manière de compter les taches 
solaires est, en effet, très irrégulière. Aussi ne peut-on guère comparer entre elles que 
les observations faites par un même astronome et par un même instrument. Dans 
l'exemple que vous signalez, c'est dix taches qu'il faudrait compter. Voilà pourquoi 
il importe d'indiquer l'instrument et le grossissement employés. La seule méthode 
d'apïjréciation sérieuse est celle que nous avons adoptée dans la Revue de Tannée 
dernière dans l'exposé des mesures de surface tachées prises à l'Observatoire de 
Greenwich. — Le Directeur de la Revue, absent de Paris, n'a pu vérifier l'étoile 
P. XU. 230 du planisphère. 11 le fera dès son retour. 

M. GuiOT, à Soissons. — Recevez nos félicitations pour vos importantes observations. 
Dès Sun retour à Paris, M. F. s'empressera de véritiei* les deux étoiles rouge et bleue 
signalées dans le Grand Chien. 

M. de Lacerda, à Lisbonne. — On peut certainement se servir d'un héliostat pour l'usage 
d'un astre dans le champs d'une lunette horizontale; mais s'il s'agissait de mesures pré- 
cises à prendre, il serait difficile d'obtenir un mouvement régulier. Pour étudier les 
raies du spectre solaire, c'est la disposition la meilleure, et c'est celle qui a été adoptée 
par M. Tnollon à i'Observatoir.e ae Nice. — Recevez nos remerciements pour vos 
notifications relatives aux nouveaux tremblements de terre. 

M. Wilfrid Marsan, à Montréal. — Nous vous remercions bien sincèrement de vos 
nombreux témoignages de sympathie ainsi que des belles photographies et publications 
illustrées que vous nous avez adressées. 

M. Théodore Larcher, à Villars-los-Dombes. -^ Les calculs que vous nous avez 
adressés constituent umexercice intéressant et utile pour l'Astronomie; ils nous ont paru 
exacts; nous vous en félicitons. Mais où avez vous trouvé les données que vous em- 
ployez relativement à Sirius ? 

MM. Bruodière et Lthou, à Marseille, ont observé l'appulse d'Aldébaran, du 22 février, 
ainsi que l'occultation de 38 Béher, le 20 février. Cette dernière occultation a duré, 19*" de 
plus à Marseille qu'à Paris: 59"' au lieu de 40."* 

Madame de Nevil, à Bordeaux. — Tous les penseurs partagent vos sentiments. La 
réponse à ces dénégations est déjà à l'impression et sera publiée prochainement dans 
la Revue. 

M. GriOT, à Soissons. — La plaine basse que vous avez observée le !•' mars sur le 
bord Ouest de la Lune, au Sud-Ouest de la mer des Crises, est la mer de Smyth. Le 
Cin:|ue esc celui de Neper. La carte générale de la Lune, qui sera prochainement publiée 
par MM. Flammarion et Gaudibert, contient tous ces détails. 




A. BARDOU 

CONSTRUGTEUI D1NSTIUIENTS rOPTHlUE 

FOURNISSEUR DO MINISTÈRE DE LA GLERBE 

(Circulaire ministérielle du 29 Juillet ix:j 
55, me de Chabrol, & Paris. 



Lunettes astronomlqnes, corps cuivre avec ehen^heur. tubt 
tJ'ocMlairt' à cnjmaillere pour la mise an foyer. Mouture .quat', 
riale a latitiùk- variable de O a IMh», cercle" horaire ei<\ivi, ,k 
dèctinaiâan rloriiiaiît la minute par les verniers; pince [»oui li\rr 
la luneite eu 'iicliuaisoD. Pied en fonte de ferreposaut paiiru.? 
vl» cali^nteii 8ur trois crapaudincs (fig. 1 >. 

L'oculairË Itî plus faible est muni duo réticule. 



lllAMETRE 
l.'s cercles. 





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OCULAIRES. 

Ci'lestCii. 



Grossisscmeutiv. 



100, IGO et '2:u 
100, 150, -200 et 4J0 



Lunettes astronomiques et terrestres, corps cui\Tc nvr 
chercheur, pii' J fer et soutien de stabilité senant a din>er li 
luneito |tîir mouvement vertical lent au moven d'une cnniail- 
*(^reî Lube «ïoculaire à crémaillère pour la mise au foyer. I.iQ- 
^umeI^tîAî^ 2i eî ses accessoires sont calés dans unebcite< i 
saplQ rouge. 



V é 

II 

O-'.iJël 




OCULAIRES. 


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27:. 

360 
465 

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tres. 


Célestes. 


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Grossissements. 


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80 et 150 
75, 120 et 200 
85, 130 et 240 
100, 100 et 270 


i 



Lunettes astronomiques et terrestres, corps c-ulvrt.iii 
fer, mouvetnents prompts, tube d'oculaire à cremaillir»- pur' 
mise au foyer. Linstrument et ses accessoires sontcaKsdat- 
une boite en sapin rouge. 



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1 


50 



Grossis- 
seineuts. 



90 

100 

80 et 150 



On peut ajouter et Ton ajoute généralement à ces Jiv. 
modèles : 

Monture À prisme pour observer facilement au 7.|} 
Prix 35 1/ 

Ecran pour examiner les taches du Soleil. Prix i^ 




Paris. — Imp. Gauthier- Villars» 55, quai des Grands-Augustins 



MAYlilfîR'^ 



4° Année. 



N" 5. 



Mai 1885. 




REVUE' MENSUELLE 

D'ASTRONOMIE POPULAIRE 

DE MÉTÉOROLOGIE ET DE PHYSIQUE DU GLOBE, 

DONNANT LB TABLEAU PERMANENT DES DÉCOUVERTES ET DBS PROORBS RÉALISÉS 
DANS LA GONNAISSANCB DE L'UNIVBRS 

PUBLIÉE PAR 

CAMILLE FLAMMARION, 

AVEC LE CONCOURS DES 

PRINCIPAUX ASTRONOMES FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 



ABONNEMENTS POUR UN AN: 

Paris : 12 fr. — Départements : 13 fr. — Étranger : 14 fr. 

Prix du Numéro : 1 tr, 20 c. 

La Revue parait le !•'' de Chaque Mois. 



PARIS. 



6AUTH1ER-V1LLARS, IHPRIHËUR-LIBRAIRË 

DE l'observatoire DE PARIS, 
Quai des Augustins, 55. 

1885 



SOMMAIRE DU N» 5 (MAI 1885). 

1«8 oondltlons de la vie dans rUnlTere. Réponse à, M. Faye, par M. C. Flamm/irio!! 
(1 figure). ~ 1«8 grands Instromenta de 1* Astronomie. L'Instrument méridien et les 
observations méridiennes (suite)^ par M. P. Gérignt (1 figure).-- Statistique destremble- 
ments de terre, par M. C. Détaille (1 figure). — NouToUes de la Science. Variétés : Chute 
d'un uranolithc en Turquie, par M, F. A. Mavrooordato (1 figure). L'appulse d*Aldébaran, photo- 
graphiée à Prague, par MM* Jos et JA.of Fric (L figure). Sociôtù scientifique Flammarion, de Har- 
Reille (1 figure). — Obseryatlons astronomiques, par M. E. Vimont (2 figures). 



PRINCIPAUX ARTICXBS PUBUÉS DANS LA RBVUB. 

A. D'ABBADIB, de l'Institut. — GhoU d*nn premier méridien. 

ARAGO (V.). — Le soleil de Minuit. 

BERTRAND (J.), de l'Institut. ^tA satellite de Vénus. 

BOfi (A. De), astronome à Anvers. — Li'IBtolle polaire. 

DAUBRÈB, Directeur de l'Ecole des mines. — tios pierres tombées du Ciel. 

DENNIN6 (A.), astronome à Bristol. —Observations télescoplques de Jupiter,- de Vénus 
de Mercure. 

DBNZA (P.), Directeur de l'Observatoire de Moncalieri. — Gbute d'un uraaoUtlie en Italie. 

DETAILLE, astronome. — L'atmosphère de Vénus. — Nouvelles mesures des anneaux 
de Saturne. — Les tremblements de terre. 

FAYE, Président du Bureau des Longitudes. ^ Nouvelle théorie du SolelL — Distribution 
des taches solaires. — Mourements lents du sol en Suisse. —Xa formation du sys- 
tème solaire. 

FLAMMARION. — Les carrières astronomiques en France. — Conditions d'habita- 
bilité de la planète Mars. — Constitution physique des comètes. — Une flrûnése dans 
le Clei. — Comment on mesuré la distance du soleil. — Les étoiles, soleils de l'infini. -- 
D'où viennent les pierres qui tombent du Ciel? — Les étoiles doubles. — Chute d*un 
corps au centre de la terre. — La conquête des airs et le centenaire de Montirotf er. — 
Les srandes marées au Mont Saint-Michel. — Phénomènes mètèoroloflrlques^bser- 
vès en ballon. — Une excursion mètèoiçoloclaiie sur la planète Mars. — Les flam- 
mes du Soleil. — Les illuminations créplisoulalres et le cataclysme de Krakatoa. — 
Lk planète transneptunlenne. — L'étoile du Berger. — L'histoire de la Terre. — Les 
vlcâmes de la foudre. ^ 

FORBL (le Professeur). — Les tremblements de terre. 

6AZAN (Colonel). — Les taches du solea 

6ËRIONY, antronome. -- Gomment la lune se meut dans l'espace, r- Ralentissement du 
mouvement de la Terre. — La formation du système solaire. — Etudes sèlènographi- 
ques. — L'èquatorlal coudé de l'Observatoire de Paris. — L'héllomètre. — La nais- 
sance de la Lune. 

HENRT, de l'Observatoire de Paria. — Découvertes nouvelles sur Uranus. 

HERSCHEL (A.-S.).— Chute d'un uranollthe en An^rleterre. 

HIRN, correspondant de l'Institut. — Conservation de l'ènersie solaire. — Phénomènes 
produits sur les bolides par Tatmosphère. — La température du Soleil. 

HOUZEAU, Directeur de l'Observatoire de Bruxelles. — Le satellite de Vénus. 

HUGOINS, de la Société royale de Londres. ^ Les environs du Soleil. 

J AMIN, de l'Institut — Qu'est-ce que la rosée 7 

JANSSEN.de l'Institut, directeur de l'Observatoire de Meudon. — La photo|tràpliie céleste. — 
Résultat» de l'éclipsé de SoleU du 6 Mal ISSd. 

LEMAIRE-TESTE, de l'Observatoire de RioiJaQeiro. — Choix d'un premier méridien. 

LEPAUTE. — Quelle heure est-il? -^ Le temps vrai, le temps moyen et les cadrans 
solaires. — La chaleur solaire et ses applications Industrielles. 

LESSEPS (de). — Les vagues sous-marin^ii. 

MOUCHEZ (amiral), directeur de l'Observatoire de Paris.— Travaux actuels de l'Observa 
toire de Paris. — L'Observatoire du Pic du Midi.— Création d'une succursale de l'Ob- 
servatoire. 

MOUREAUX (Th.), météorologiste au Bureau eentrai. — Les Inondations. 

PARMENTIER (général). — Distribution des petites planètes dans l'espace. 

PERROTIN, directeur de l'Observatoire de Nice. — La comète de Pons. — La planète Uranus 

PROCTOR, astronome à Londres. — Le Vésuve et ISGHIA. 

RICCd, astronome à l'Observatoire de Palermo. — La grande comète de 1SS2.— La tache 
rouge de Jupiter. — Les taches du Soleil^ 

Les communications relatives à la rédaction doivent être adressées à M. C. Flammarion, Direc* 
teur de la Revue, 86, avenue de l'Observatol^, à Paris, ou à l'Observatoire de Juvtsy 
ou bien à M. Gèrlgny, Secrétotre de la Rédaction, 41, rue du Montparnasse, A Paris. 

Le pl&n du Journal comporte une grande variété d'articles. Chaque Numéro con- 
tient des descriptions de science populaire rédigées pour les lecteurs qui ne font pat 
profession de science, pour les gens du monde en général; des études plus appro- 
fondies destinées aux astronomes amateurs; et des recherches intéressant les 
savants curieux de pénétrer de plus on plus le^ grands problèmes de la nature. 



Maison avec OBSERVATOIRE à vendre ou à louer. 

Maison de campagne, rue des Jardies, n* 9, dite Observatoire de Bellevue, donnant 
sur le cliemin de fer, avec jardin d'agrément devant et derrière, élevée sur cave et 
citerne, d'un rez-de-chaussée et de deux étages, surmontée d'une terrasse d'où i'on jouit 
d'une vue admirable sur toute la partie noni du département de Seine-et-Oise. 

Sur la terrasse, Observatoire astronomique en forme de belvédère, surmonté d'une 
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S'adresser : Pour visiter, à I'Aoenge des locations de Bellevue. Grande- Rue, n* 22. 
Et pour traiter, à M* Pierre, notaire à Meudon. 



MAYllT^'^ 



— L'ASTRONOMIE. 



IGl 



LES CONDITIONS DE L4 VIE DANS LTNIYERS. 

RÉPONSE A M. FATE. 

M. Faye a publié, depuis uue dizaine d'années, dans ses ouvrages, dans 
YAnnuaire du Bureau des Longitudes, dans les conférences de VAssociation 

Fijç. 66. 




Les principaux mondes du système solaire. 

scientifique, etc., diverses objections contre la doctrine scientifique et philo- 
sophique de la Pluralité des Mondes, qui ont ému un certain nombre de 
lecteurs, et auxquelles nous sommes depuis longtemps sollicité de répondre. 
Nou8h ésitionsy d'une part, à cause du sympathique respect qui nous a tou- 
IfAi 1885. 5 



162 L'ASTRONOMIE. 

jours personnellement attaché à Téminent astronome français, — à*autre 
part, parce qu^il nous semblait que ces objections n'ébranleraient pas des 
convictions établies sur l'étude directe de renseignement universel de la 
nature. Mais aujourd'hui, après plusieurs centaines de lettres reçues de toutes 
les parties du monde à ce sujet, notre devoir le plus strict est d'obéir à un 
mandat devenu presque impératif. 

Sans rappeler ici, comme excuse, que notre ouvrage La Pluralité des 
Mondes habités est, depuis un quart de siècle, traduit dans presque toutes les 
langues de la planète et a compté plus de cent mille lecteurs, que les idées 
répandues dans le monde par notre Astroîiomie populaire et par nos Terres du 
Ciel sont connues d'un nombre plus considérable encore, et que, par les 
journaux, les revues et les conférences, nous avons depuis vingt-cinq ans 
parlé à plusieurs millions^ d'auditeurs, nous devons reconnaître sans fausse 
modestie qu'à tort ou a raison, on nous considère comme le représentant 
actuel de la doctrine de la Pluralité des Mondes, comme le défenseur de la 
vie ultra-terrestre. Certes, les habitants de Mars ou du système de Sirius ne 
s'en portent pas plus mal, que nous croyions ou non à leur existence, et 
très certainement l'opinion des homoncules terrestres à leur égai-d leur est 
de la dernière indifférence. Mais nous sommes sur la Terre; nos amis com- 
mencent à nous blâmer de notre silence et à nous accuser de n'avoir rien à 
répondre aux éloquentes accusations portées coptre les habitants des autres 
Mondes par le savant académicien français; et il serait de mauvais goût de 
paraître vaincu, lorsqu'on reste vainqueur par la force même de la vérité. 

Nous nous bornerons à reproduire textuellement les arguments de notre 
antagoniste, et à établir qu'ils ne possèdent pas du tout l'importance que leur 
auteur leur attribue. 

Ceux qui chercheraient ici des sujets de personnalité perdraient leur 
temps : il s'agit uniquement d'une question d'intérêt scientifique général. 
S'il nous arrivait parfois d'être un peu vif dans ce combat à armes loyales, 
notre savant maître sera le premier à nous pardonner ( * )^ et cela du reste 
sans grand mérite : nous savons d'avance que nos démonstrations ne modi- 
fieront en rien sa manière de voir, et nous avons la conviction intime 
qu'après cette réplique comme avant, M. Paye continuera de déclarer que la 
Terre est le meilleur des Mondes, et le seul digne d'être illustré par des Aca- 
démies et des Observatoires. Cependant, ne restons pas sans espérance. 

v') L'éditeur aussi, qui est en môme temps l'éditeur de M. Faye, d'autant mieux que 
la première édition de l'Origine du Monde étant épuisée, notre réponse va tout de 
suite servir à faire demander la seconde à ceux qui n'ont pas lu la première. Notre 
bataille est, comme on le voit, à tous les égards, aussi courtoise que celle de Fontenoy. 
Et elle aura de plus Tavantage de ne laisser ni morts ni blessés. 



LES CONDITIONS DE LA VIE DANS L UNIVEUS. 163 

Notre éminent contradicteur appartient à cette nature d*esprits d'élite qui 
reconnaissent volontiers qu*ils se sont trompés. Ainsi, par exemple, 
entre autres, depuis longtemps déjà nous regrettions, quelquefois avec une 
certaine impatience, de le voir nier la connexion qui existe entre le magné- 
tisme terrestre et les fluctuations de l'activité solaire : à Tune des dernières 
séances de Tlnstitut, il a enfin déclaré qu'il changeait d'opinion et se rendait 
à la vérité. Espérons qu'il en sera de même un jour pour le sujet qui fait 
aujourd'hui Tobjet de notre discussion. 

I. 

Kepler, Galilée. Newton ont laissé dans la Science l'idée que la Terre n'a 
pas l'importance que l'antiquité lui attribuait à l'époque où on la croyait 
immobile au centre de l'Univers. « On s'est dit, écrit M. Faye (*), que 
l'Univers doit se composer d'une infinité de Mondes ayant chacun, comme 
le nôtre, un Soleil pour centre, et que ce vaste ensemble ne peut avoir été 
créé pour rien: que la Terre, insignifiante sous tous les rapports, ne saurait 
avoir seule le privilège de porter des êtres vivants et intelligents. Vous avez 
vu cette idée poindre sous la plume de Newton. Les Mondes habités, la vie 
répandue à profusion dans F Univers, sous les formes les plus variées : quel 
vaste chîimp pour l'imagination ! 

« Pour l'imagination, soit; mais pour la science, non. Sur le point de fait 
la Science est et restera muette. Même, dans notre propre Monde, les planètes 
sont trop éloignées de nous pour que nos plus puissants télescopes nous y 
fassent distinguer des êtres vivants, ou même des traces indirectes de leur 
existence. Quant aux planètes qu'on se plait à attribuer à ces millions de 
soleils, on ne les voit pas, on ne les verra jamais. 

« Voici à peu près tout ce qu'un astronome peut affirmer à ce sujet. 
Regardez le Ciel, et dites-vous bien que, de ces myriades d'astres, que les 
lunettes vous y font voir, aucun n'est habité, puisqu'ils sont tous en état de 
pleine incandescence; aucua ne le sera jamais, parce qu'à l'époque de leur 
extinction, alors qu'un être vivant pourrait mettre le pied sur leur écorce 
refroidie et solidifiée, il n'y aura pas pour eux, à cause de leur immense 
éloigncment mutuel, de soleil voisin pour leur départir la chaleur et la 
lumière. » 

Telle est l'argumentation de M. Faye, et c'est dans ces paroles qu'il résume 
sa pensée. Cette argumentation, que nous prions nos lecteurs de vouloir bien 
relire mot h mot et peser comme le mérite la haute situation scientifique de 

(») Sur VOrigine du Monde, p. 243. 



iG4 LASTRONOMIË. 

son auteur, pourrait être écrite sous une forme plus concise, sans rien perdre 
de sa signification, dans les termes suivants : 

Il n'y a dans TUnivers que ce que nous voyons. Nous ne voyons ni les 
planètes qui pourraient exister autour des autres soleils, ni les habitants 
qui pourraient exister sur les planètes de notre système. Donc la Terre est 
le seul Monde habité. 

Une telle argumentation est-elle bien sérieuse? Oui, si Fauteur veut dire 
que, d'une part, les millions de soleils qui brillent dans l'espace infini ne 
sont entourés d'aucun système planétaire, et que, d'autre part, les planètes 
de notre système sont inhabitables. Occupons-nous d'abord du premier 
point; nous réserverons le second pour la fin. Donc, sur le premier point» 
l'auteur propose d'admettre que notre soleil seul a donné naissance à une 
famille de mondes : nous sommes justement ici pour le savoir. Mais les 
millions d'autres brillent sans rien éclairer, brûlent sans rien échauffer, 
parcourent leurs cycles sans avoir rien produit. Si telle est bien la pensée de 
l'auteur — et comment en douter, puisque dans le cas contraire son argu- 
ment n'aurait aucune signification? — nous nous bornons à l'enregistrer, et 
nous pensons que cela suffit. 

Imaginer ce néant universel et le proclamer comme supérieur à la grande 
doctrine de Kepler, Galilée, Newton, Laplace, Herschel, c'est assurément là 
une idée originale; seulement, nous nous permettrons de dire à notre tour 
que c est cette idée-là qui est sans fondement scientifique. De plus, elle a 
contre elle l'analogie, puisqu'elle tend à poser la nature que nous con- 
naissons, le système du Monde où nous sommes, comme une exception. L'idée 
est en elle-même anti-scientifique, puisque depuis l'invention du télescope 
et du microscope tous les progrès de la Science sont venus graduellement 
démontrer que nos yeux ne connaissent, au contraire, presque rien de ce qui 
existe en réalité. 

Prétendre qu'il n'y a pas de planètes autour des autres soleils, parce que 
nous ne les voyons pas, c'est laisser debout tout entier l'édifice que Ton croit 
renverser par cette dénégation. M. Faye a voulu dire, sans doute, qu'il y en 
a tout de même, mais que nous n'en savons rien. Dans ce cas, ce n'est que 
très vaguement contredire ce qu'ont dit Kepler, Kant, Lambert, Laplace, etc., 
dont l'opinion estjudicieusementfondée sur l'aspect de 'notre système solaire 
et sur la probabilité que les autres soleils ont pu produire ce que le nôtre 
a produit. C'est cette probabilité qu'il faudrait renverser. Or, malgré l'impos- 
sibilité matérielle dans laquelle nous sommes de voir les planètes apparte- 
nant à d'autres systèmes, cependant les derniers progrès de l'Astronomie 
confirment les pressentiments de Kepler et de ses émules, comme ils l'ont 
fait pour les planètes situées entre Mai-s et Jupiter; et il est difficile de 



LES CONDITIONS DE LA VIE DANS L^UNIVERS. 165 

concevoir que Fauteur de l'ouvrage sur V Origine du Monde, auquel sont fami- 
lières toutes les indications de la Cosmogonie, n'ait pas songé que les planètes 
sont lumineuses avant d'être éteintes, et que nous ne pourrions voir dans le 
Ciel que des planètes encore lumineuses. Mais s'il y avait songé, il aurait 
vu son échafaudage d'arguments tomber tout d'une pièce, et c'eût été là 
un moment désagréable. En effet, l'illustre président du Bureau des Longi- 
tudes n'avait qu'à prendre un télescope et à le diriger sur Sirius. Il aurait 
vu là une planète encore lumineuse, tournant autour de son étincelant soleil 
en une période, de 49 ans et demi. Quand cette planète ne brillera plus par 
elle-même (peut-être déjà brille-t-elle en partie d'une lumière réfléchie), ne 
sera-l-elle pas un Monde analogue à Jupiter, Saturne ou la Terre? 

M. Faye soutiendrait-il que le refroidissement n'ira pas plus vite dans ce 
satellite de Sirius que dans son colossal soleil? Non, certainement. Eh bien, 
on peut faire la même réflexion., malgré les différences d'excentricité, pour 
tous les systèmes d'étoiles doubles dans lesquels l'une des composantes est 
beaucoup plus petite que l'étoile principale. Quant aux corps célestes qui sont 
déjà obscurs, comme la Terre, nous ne les voyons pas et voilà tout. 

Mais de là à dire qu'ils n'existent pas il y a un abîme, la faiblesse de nos 
yeiuL n'empêchant pas du tout la probabilité de rester en faveur de leur 
existence. 

Nous conclurons donc de ce premier point que M. Faye n a pas voulu dire 
qu'il n'y a pas d'autres systèmes de planètes habitables que le nôtre, car 
cette opinion serait trop en désaccord avec l'enseignement de l'Astronomie. 
Il a seulement voulu dire qu'en fait, nous ne voyons ni ces planètes ni leurs 
habitants : ce que nous savions déjà, et ce que nous admettons sans restric- 
tion. Mais la probabilité de l'existence de systèmes solaires difi'érents du 
nôtre n'est pas diminuée d'un iota par ce fait que nous ne les voyons pas. 



II. 



Cette probabilité reste si grande, si voisine de la certitude, que M. Faye 
a écrit lui-même les déclarations suivantes, qu'il n'est pas sans intérêt de 
placer en regard des précédentes : 

« La vie ne peut se rencontrer que sur un corps déjà froid associé à un 
autre corps chaud, plus ou moins voisin, qui lui fournit, à dose modérée, 
la chaleur indispensable. Les soleils jouent précisément ce rôle-là par rapport à 
leurs planètes. Tant qu'ils brillent, tant qu'ils possèdent l'enveloppe photo- 
sphérique dont nous avons décrit l'an dernier les fonctions, ils sont merveil- 
leusement organisés pour distribuer autour d'eux une lumière et une cha- 



166 L'ASTRONOMIE. 

leur constantes pendant une longue suite de siècles. Leur grande masse, 
la fluidité de cette masse, la formation et l'entretien d'une photosphère 
durable sont des conditions fréquemment réalisées dans TUnivers (*). » 

On le voit, le savant astronome s'est chargé lui-même de nous faire en- 
tendre que sa phrase citée plus haut : « Quant aux planètes qu'on se jplait ù 
attribuer à ces millions de soleils, on ne les voit pas, on ne les verra jamais, » 
ne dit pas du tout ce qu'elle a Tair de dire, car Tauteur, étant lui-même un 
de ceux qui « se plaisent » à admettre l'existence de planètes autour d'autres 
soleils « merveilleusement organisés » pour entretenir la vie à leur surface, 
serait mal inspiré de traiter d'esprits superficiels ceux qui se plaisent égale- 
ment à admettre cette existence. Au fond, il est donc entièrement de leur 
avis. Nos lecteurs auraient donc le plus grand tort de croire que M. Faye 
porte un coup mortel aux doctrines qui leur sont chères. C'est le contraire 
qui reste après examen. Pour lui aussi, les soleils de l'infini illuminent des 
planètes inconnues. Pour lui aussi, la lumière et la chaleur de ces lointains 
foyers se répandent en flots de vie sur les séjours qui sont propres à les 
recevoir. A moins de supposer que, pour M. Faye, il n'y ait que « de l'imagi- 
nation » dans le passage textuel que nous venons de citer, nous penserons 
qu'il y a aussi un peu de « science ». Nous ne comprenons donc plus du 
tout ce qu'il a voulu dire à la page réfutée au § I. Notre réfutation même 
devient superflue, puisque l'auteur a bien voulu se réfuter lui-même. 

III. 

Oui, en principe (et le moyen de faire autrement?) M. Faye, permet à la 
nature d'avoir créé des planètes autour des soleils de l'espace, et il ne s'op- 
pose pas à ce que la vie ait pu y apparaître. Mais, procédant aussitôt par 
voie d'élimination, il s'efforce d'exclure tous les systèmes qui ne seraient 
pas absolument identiques au nôtre. Et d'abord il condamne toutes les étoiles 
doubles et multiples. 

Or, examinons un instant cette élimination des étoiles doubles. Prétendre 
qu'une planète circulant autour d'un soleil appartenant à un système d'étoiles 
doubles serait inhabitable, revient à déclarer que toute la population de la 
Terre disparaîtrait demain si Neptune brillait de sa propre lumière I 

Que disons-nous là? C'est encore pis. C'est déclarer que dans ce cas la ne 
elle-même, végétale, animale, humaine, ne serait pas née sur la Terre, si 
Neptune brillait de sa propre lumière. 

Or, — nous regrettons de l'affirmer aussi franchement — si Neptune bril- 

(•) Annuaire du Bureau des Longitudes, 1874, p. 481. 



LES CONDITIONS DE LA VIE DANS L'UNIVERS. 167 

lait de sa propre lumière, la vie serait exactement ce qu'elle est sur la Terre, 
Thumanité elle-même ne s'en porterait pas plus mal, le Bureau des Longi- 
tudes tiendrait ses importantes séances comme il le fait, et la seule diffé- 
rence serait un intérêt de plus ajouté aux colonnes de chiffres, déjà^si élo- 
quentes en elles-mêmes, de la Connaissance des Temps. 

En effet, admettons pour Neptune-soleil, non pas un éclat minimum (nous 
aurions trop beau jeu, et nous ne voulons pas triompher sans gloire), mais 
une valeur calorifique et lumineuse relativement importante. Admettons que 
ce soit là un soleil dont le diamètre égale le quart de celui du Soleil et dont 
la masse égale aussi le quart de la masse totale de notre soleil. Les diffé- 
rences sont parfois beaucoup plus grandes dans certains systèmes d'étoiles 
doubles. 

Eh bien \ dans ce cas même, le soleil neptunien serait égal au quart du 
nôtre à la distance 1, au quart, en diamètre, ce qui donne comme sur- 
face Y^. Il vogue à la distance. 30. Son disque serait donc égal à îyô, en dia- 
mètre, de celui du Soleil, ou à 74700 ^^ surface. Nous en recevrions donc, en 
le douant d'une valeur lumineuse et calorifique intrinsèquement égale à 
celle du Soleil, 14 000 à 15 000 fois moins de lumière et de chaleur que 
nous n'en recevons du Soleil. Il n'y aurait là qu'une seconde lune, moins 
grosse mais plus brillante que la nôtre, qui, pendant quelques mois chaque 
année, viendrait trôner au milieu des constellations zodiacales. Le chiffre de 
la population n'en diminuerait sans doute pas d'une manière bien sensible. 
Et qui sait? ce serait peut-être là au contraire un élément favorable à son 
accroissement. 

Soit ! répondra l'éminent critique, mais la masse de ce Soleil va bien nous 
embarrasser. Impossible de s'en accommoder ! 

En effet, ce serait nouveau pour' nous. L'influence attractive de ce soleil en 
opposition étant le quart de celle du Soleil à la distance 1, serait par consé- 
quent gfj- de ce quart à la distance 29, ou -^j^. Or, le Soleil fait tourner la 
Terre autour de lui en l'abaissant vers lui de 38'" par heui-e, pendant qu'elle 
décrit une ligne de 106 000^™. Le soleil neptunien l'attirant 3364 fois moins, 
dans sa position la plus favorable, la dévierait donc de 11 "29 dans ce même 
temps. Déjà, dans l'état actuel des choses, Jupiter, dont la masse est égale 
à ytjij de celle du Soleil, et qui arrive à la distance 4,2 de la Terre, agit sm- 
nous dans la proportion de iotoxi7.64 ^^ ^^ tïtôô ^* dévie notre planète 
de 2" 10 au maximum. Personne ne s'en aperçoit, assurément. Personne ne 
s'apercevrait davantage de l'influence causée par Neptune, si sa masse était 
même, comme nous l'avons posé, 81 000 fois plus considérable que celle de 
la Terre, ou cinq mille fois plus grande qu'elle n'est en réalité. 



168 L'ASTRONOMIE. 

Ce raisonnement est établi pour le mouvement circulaire ou faiblement 
elliptique. Dans Thypothèse d'une grande excentricité, lors même que les 
perturbations seraient dix fois, cinquante fois, cent fois plus fortes, l'exis- 
tence vitale de la Terre ne serait pas mise en péril pour cela. Celle de Vénus 
et celle de Mercure le seraient encore moins. Nos saisons seraient un peu 
différentes. Nous aurions parfois un petit soleil venant éclairer certaines 
nuits ou ajouter sa lumière à certains jours. Les choses différeraient plus ou 
moins de ce qu'elles sont actuellement. Mais, avec la meilleure volonté du 
monde, il est impossible de trouver aucune raison suffisante pour déclarer 
que, dans ces conditions, le protoplasma, origine delà vie végétale, animale 
et humaine, n'aurait pu se former comme il l'a fait dans les eaux tièdes des 
mers de Tépoque primordiale. 

Il est vrai que les systèmes d'étoiles doubles présentent, en général, des 
excentricités considérables, comparativement même à nos planètes les plus 
excentriques, comme on peut se le rappeler par le petit tableau suivant : 

Planètes. Excentricités 

Mercure 0,21 

Atalante 0,30 

Polymnic 0,24 

iEthra 0,38 

. Étoiles doubles. 

Yj Couronne boréale . . . 0,26 

7 Couronne australe... 0,35 

Ç Grande-Ourse 0,42 

<i) Lion 0,54 

r, Cassiopéc 0,62 

Ç Bouvier 0,71 

r Vierge 0,87 

Celte dernière est la plus grande de toutes celles connues, et en terminant 
la série, montre que tous les degrés d'excentricité sont représentés dans les 
orbites d'étoiles doubles. Sir John Herschel en concluait, précisément à pro- 
pos du beau système de y Vierge, qui a fait l'objet spécial de ses éludes, que 
s'il y a des planètes autour de chacun de ces deux soleils « elles doivent êti-e 
serrées sous l'aile protectrice de leur berceau. » Et c'est là, en effet, ce que 
l'on peut et ce que l'on doit penser. N'oublions pas que la distance qui sépare 
ces deux soleils l'un de l'autre est bien autrement vaste que celle qui sépare 
Neptune du Soleil. Cette situation crée, sans contredit, des conditions toutes 
différentes de celles qui sont réalisées dans notre système solaire; mais 
pourquoi prétendre qu'il faut que les choses soient précisément telles qu'elles 
sont ici, ou qu'elles ne soient pas du tout? L'enseignement universel de la 



LES CONDITIONS DE LA VIE DANS L'UNIVERS. 169 

nature nous montre au contraire une tendance à une diversité presque infi- 
nie. C'est du reste là un point de controverse fort important, sur lequel nous 
reviendrons tout à l'heure. 

Et quels merveilleux séjours que ceux des Mondes éclairés par deux soleils 
d'inégal éclat ou de différentes couleurs ! De ce que nous nous chauffons 
aux rayons d'un pâle soleil, M. Faye déclare que, partout où existent deux 
brillants soleils de diverses nuances, la nature est restée stérile et inanimée. 
C'est l'histoire de l'Esquimau transporté dans les bosquets d'or du rivage 
napolitain, ébloui des ardeurs d'une trop vive lumière, se retournant vers le 
Nord et regrettant la patrie. 

lY. 

Après avoir exclu les étoiles doubles, M. Faye élimine les étoiles variables, 
les étoiles rouges et les étoiles refroidies. Dans le cas précédent, l'élimination 
était fondée, comme nous venons de le voir, sur ce que nous nous permet- 
trons d'appeler une erreur d'appréciation. Dans celui-ci, elle est fondée sur 
une conception partielle et incomplète de l'un des plus grands facteurs de 
l'œuvre cosmique, le Temps. Prouvons-le. 

Les étoiles variables, les étoiles rouges et les étoiles oxydées sont les soleils 
d'hier, comme les nébuleuses sont les soleils de demain. Mais c'est nous, 
homoncules de l'atome terrestre, qui disons hier et demain. Ce sont là des 
mots dénués de sens absolu. Si notre conception de l'Univers a la prétention 
de s'élever à la réalité, il faut que, quoi qu'il lui en coûte, elle comprenne 
que notre époque actuelle n'est pas plus importante que celles qui l'ont 
précédée et que celles qui la suivront; il faut qu'elle embrasse la durée des 
âges, qu'elle suive les soleils et les systèmes de mondes depuis leur nais- 
sance jusqu'à leur mort. Lors donc que nous parlons d'un soleil ou d'une 
planète, et que nous voulons apprécier son rôle dans la création, nous devons 
considérer l'astre dans sa durée totale, et non dans le moment isolé et insi- 
gnifiant où nous parlons de lui. 

Eh bien! dans la théorie de l'Univers généralement reçue et admise par 
M. Faye (*) comme par les autres astronomes, les étoiles rouges, les étoiles 
variables, les étoiles oxydées chez lesquelles l'hydrogène est devenu rare, 
sont des soleils refroidis, des soleils arrivés à leur dernière période. Objecter 
à la doctrine générale de la pluralité des mondes que ces soleils ne sont 
plus propres à entretenir la vie autour d'eux, c'est simplement dire qu'il n'y 
a plus personne à Thèbes, à Memphis ou à Babylone. Que les lecteurs de 
l'habile écrivain ne s'y laissent donc pas prendre. Personne n'a jamais exigé 

(*) Annuaire du Bureau des Longitudes, 187 i, p. 482, note. 

5* 




170 L'ASTRONOMIE. 

que les momies se lèvent de leurs sarcophages pour venir prêter serment 
qu'elles ont réellement vécu. Les soleils oxydés sont de vieux soleils. Ils ont 
été jeunes; et tout ce que M. Faye a accordé tout à l'heure à ceux qui sont 
actuellement jeunes, il faut qu'il l'accorde pour le passé à ceux qui Tont été 
autrefois. Cette nouvelle objection s'évanouit donc d'elle-même^ puisque la 
doctrine de la vie universelle ne tient pas notre époque actuelle pour unique 
et embrasse le temps comme Tespace. 

V. 

Descendant des régions sidérales aux régions planétaires, Tauteur rétrécit 
encore davantage, s'il est possible, son mode d'argumentation, en avouant 
qu'il ne comprend et n'admet aucune sorte d'êtres vivants, à moins qu'ils ne 
soient absolument identiques à ceux que nous avons sous les yeux sur 
la Terre. Et il qualifie de vulgaire le raisonnement suivant, dont, pour notre 
part, nous acceptons pleinement la responsabilité : 

« On avoue que, d'un monde à l'autre, les milieux varient, probablement 
du tout au tout; mais, s'il s'agit de la vie, il ne serait pas rationnel, dit-on, 
d'en juger par ce qui se passe sous nos yeux, sur notre propre globe. Nous ris- 
quons fort de raisonner, dit-on, comme un individu qui n'aurait jamais vu de 
fleuves, de lacs ou de mers : celui-là soutiendrait que la vie ne peut s'établir 
hors d'une atmosphère respirable; pour lui, tout être pénétrant dans les 
eaux devrait y être asphyxié. Et pourtant les eaux sont abondamment 
peuplées. De même, ajoute-t-on^ la vie, avec sa flexibilité indéfinie, s'accom- 
mode des circonstances les plus diverses; il n'est donc pas permis de 
prononcer qu'elle est absente dans des régions éloignées de l'Univers, pai* 
cela seul que les milieux ou les conditions seraient différents des nôtres. 

« S'il en était ainsi, nous n'aurions qu'à clore ici ce chapitre ('). » 

M. Faye a merveilleusement et très clairement posé là sa pétition de prin- 
cipe. Psychologiquement, au surplus, c'est la même idée que celle dont il a 
été question au début de cette discussion : « Il n'y a dans l'Univers que ce 
que nous voyons, que ce que nous connaissons, que ce que nous compre- 
nons, w II serait facile de retrouver dans la longue et belle carrière scienti- 
liquc de M. Faye des afiirmations analogues qui ont été contredites, de son 
vivant même, par les progrès si rapides de la Science moderne. Mais nous 
SLTiou-s désolé de lui faire aucune peine, et, au lieu de citer ses propositions 
anciennes personnelles, du même ordre que les précédentes, que la Science 
a complètement renversées depuis, nous en emprunterons d'analogues à ses 
collègues de l'Institut — et à ses collègues morts, pour éviter aussi là les 

(V,i Sur VOrigine du Monde, p. 245. 



f 



LES CONDITIONS DE LA VIE DANS L'UNIVERS. 171 

moindres blessures d'amour-propre et laisser notre dissertation planer dans 
les hauteurs impersonnelles où elle doit se tenir. 

L'éminent astronome français nous paraît appartenir à la môme école que 
les illustres naturalistes qui ont justement fait en ce siècle l'orgueil de 
l'Académie, Cuvier et Flourexs. Ces deux grands hommes auraient pu dii*e 
également : 

« Nous ne voyons pas les espèces végétales et animales changer autour de 
nous : donc elles ne changent pas; donc elles sont immuables; donc elles 
ont été créées tout d'une pièce, telles que nous les voyons. » 

Ils n'auraient pas seulement pu tenir ce langage, ils l'ont tenu en réalité. 
Écoutons-les un instant ; 

« Les espèces sont constantes et immuables. De quelque côté que Ton 
envisage la question, l'immutabilité des espèces est le grand fait, le fait qui 
ressort de tout et que tout démontre {*). » 

« Pour concevoir la transformation d'une espèce en une autre, on serait 
forcé d'admettre des modifications lentes et graduées, et par conséquent des 
événements ou des causes qui aient agi graduellement aussi. Or, de telles 
causes n'ont point existé. Les catastrophes qui sont venues détruire les espèces 
ont été subites, instantanées ('). » 

« Lors donc qu'on irait jusqu'à accorder que les espèces anciennes au- 
raient pu, en se modifiant, se transformer en celles qui existent aujourd'hui, 
cela ne servirait à rien, car, comme le dit M. Cuvier, elles n'auraient pas eu 
le temps de se livrer à leurs variations ('). » 

« Les espèces perdues ne sont pas des variétés des espèces vivantes. Pour- 
quoi les races actuelles, me dira-t-on, ne seraient-elles pas des modifications 
de ces races anciennes que l'on trouve parmi les fossiles, modifications qui 
auraient été produites par les .circonstances locales et le changement de 
climat, et portées à cette extrême différence par la longue succession des 
années? On peut répondre que, si les espèces ont changé par degré, on devrait 
trouver des traces de ces modifications graduelles, et que cela n'est point 
arrivé. Donc, etc. (*)• » 

Sans multiplier ces citations, qu'il nous suffise de dire que toutes ces 
affirmations officielles de Cuvier et Flourens sont aujourd'hui renversées de 
fond en comble par les progrès de la Science. Les révolutions du globe n'ont 
pas été a subites, instantanées ». Les espèces n'ont pas été l'objet d'une 
création directe du Pouvoir créateur : elles se tiennent toutes comme les 

{*) Flourens. Histoire des travaux de Cuvier, 

(«) id. id. id. id. 

(•) id. id. id. id. 

{*) Cuvier. Discours sur les révolutions du globe. 



i72 L'ASTRONOMIE. 

anneaux d'une chaîne. On a retrouvé des espèces intermédiaires. Les causes 
ont agit graduellement et lentement. L'espèce n'est pas immuable, et même, 
en fait, elle n'existe pas. Or, Guvier, Flourens et leurs émules se sont obstinés 
à ne pas voir plus loin que leur horizon immédiat. Pour quelles raisons? 
Nous ne le rechercherons pas. Mais la théorie naturelle de la transformation 
des espèces avait été magistralement posée, dès le commencement du siècle, 
par Lamarck, et elle a été éloquemment défendue contre Cuvier même, 
en 1830, par Geoffroy Saint-Hilaire. Mais ces esprits sont restés volon- 
tairement fermés à tout ce qui était en dehors du cadre de leurs idées quo- 
tidiennes; ils se sont tenus surtout à la tête des honneurs et des places 
officielles; Lamarck est mort méconnu et abandonné comme une nullité au 
Muséum d'histoire naturelle; tous les partisans de la doctrine du transfor- 
misme ont été traités de rêveurs, jusqu'au jour où le naturaliste indépendant 
Darwin, reprenant l'œuvre de Lamarck, la répandit sur le monde et l'imposa. 
Ne semble-t-il pas que, pour leur gloire, les négateurs de cette grande doctrine 
eussent été mieux inspirés de voir un peu plus loin? S'appeler Cuvier et 
fermer les yeux, n'est-ce pas là un exemple regrettable? 

Il y a moins loin qu'on ne le supposerait du raisonnement de Cuvier à 
celui de M. Faye : c'est le même principe. (Il serait superflu de déclarer que 
nous n'établissons aucun parallèle entre les caractères scientifiques de notre 
contemporain et celui de ses aînés : nous sommes aux antipodes d'une 
pareille intention). Mais, en principe, M. Faye raisonne comme eux : il ne 
veut rien admettre en dehors de l'observation immédiate, et pour lui la 
faculté d'abstraire et de généraliser semble lettre morte. 

Le pouvoir amplificateur des télescopes n'ira jamais plus loin qu'au- 
jourd'hui. On n'inventera pas de nouvelles méthodes d'observation. On ne 
verra « jamais » les planètes des autres systèmes. 

Huygens, célèbre astronome aussi, avait déjà dit, en 1655, après avoir 
découvert le principal satellite de Saturne : « Ce satellite est le seul, car, 
comme il n'y a que six planètes il ne doit exister que six satellites. » Depuis, 
on en a découvert sept autres à Saturne seul , quatre à Uranus, deux à 
Mars, etc. 

En 1828, MM. Thiers et Dupin ne déclaraient-ils pas que les chemins de 
\ ter n'avaient aucun avenir et que les locomotives ne remplaceraient jamais 

i les diligences, les roues devant tourner sur place ?» — Depuis, les chemins 

f de fer ont transformé la face du monde. 

(Nous ne parlerons pas de la manière dont Napoléon a traité l'invention de 
Fulton, Napoléon n'étant pas un homme de sciences.) 

Les naturalistes disaient, il y a vingt ans : « La pression et l'obscurité sont 
deux obstacles insurmontables à l'existence d'êtres vivants à partir de trois 



ir 






LES CONDITIONS DE LA VIE DANS L'UNIVERS. 173 

cents mètres. L'Océaa est un désert. » — Depuis, on a trouvé les êtres les 
plus ravissants et les plus délicats à sept et huit mille mètres de profondeur. 

M. Faye écrit aujourd'hui : « La Science de nos jours se sait en possession 
de méthodes qui la font pénétrer à la fois jusqu'aux derniers atomes des 
corps et jusqu'aux dernières étoiles du Ciel. » — Quelle illusion! 

Il dit encore : « On ne saurait croire que la vie puisse être jamais transmise 
d'un globe à un autre par les météorites, qui, en entrant dans notre atmos- 
phère, passent bi'usquement du froid de l'espace à la plus vive incan- 
descence. » — Or, sans même prendre parti pour ou contre une telle hypo- 
thèse, on peut répondre que cette incandescence ne serait pas un obstacle à 
la conservation de germes quelconques, puisqu'il n'y a que la surface des 
uranolithes qui s'échauffe et que l'intérieur reste glacé à un tel point, qu'on 
s'est plus d'une fois brûlé les doigts en touchant cet intérieur mis à jour. 

Et encore : « L'azote, l'oxygène et la vapeur d'eau sont par eux-mêmes 
absolument insuffisants pour entretenir la vie. Si notre atmosphère et nos 
eaux venaient à être privées des faibles traces d'acide carbonique qu'elles 
contiennent, la vie ne tarderait pas à disparaître de la surface de ce globe. 
Il en serait encore de même si la proportion de ce gaz dépassait certaines 
limites (*). » — Eh bien, quoique notre atmosphère, constituée telle qu'elle 
est, soit le milieu normal des êtres qui y respirent, il y a, sur la terre même, 
des êtres qui peuvent vivre sans air, sans oxygène : ceux-là, l'oxygène les 
tue ! Exemple le bacillns amylobacter. 

« Il faut aussi un peu de chaux » (*). — Et les êtres qui n'en ont pas du 
tout et qui la remplacent par la silice ? 

Il faut encore que tout soit juste dans les proportions terrestres : « L'ana- 
lyse spectrale montre que les éléments premiers des corps sont partout les 
mêmes; partout on rencontre les mômes affinités, les mômes combinai- 
sons. Mais ces éléments ne se retrouvent pas partout dans les mêmes propor- 
tions ('). » 

Il faut encore « exclure les globes qui, comme Saturne, sont entourés 
d'anneaux opaques dont l'ombre, portée sur les régions les plus favorables 
au développement de la vie, y produit çà et là, périodiquement, des éclipses 
continuelles (*). » 

Etc., etc. Nous ne voulons pas fatiguer le lecteur de citations trop multi- 
pliées. Celles qui précèdent sufiisent amplement pour montrer que, dans la 
pensée de M. Faye le seul mode d'existence qu'il accepte et qu'il permette à 

(') Annuaire, 1874, p. 489. 
(*) Sur VOrigine du Monde, p. 247. 
(•) id. . id. p. 248. 

*) Annuaire, p. 485 



174 L'ASTRONOMIE. 

la nature de réaliser est celui qui se rencontre actuellement sur notre planète, 
dans les conditions actuellement connues de l'auteur. Tout séjour qui ne 
ressemble pas au nôtre, ou, pour mieux dire encore, qui n'est pas identique 
au nôtre, est fatalement condamné à la stérilité éternelle. 

Dans cette opinion, il n'y a, par pétition de principe même, que la Terre 
d'habitable. Ainsi, dans notre système solaire, Mars, avec ses saisons, ses 
eaux, son atmosphère, ses météores, ses continents, ses mers, ressemble 
tant à notre patrie, que notre sévère juge ne peut guère s'empocher de lui 
permettre d'être habité comme notre globe, mais ce n'est encore qu'avec un 
regret bien senti : « Encore faut-il avouer que l'aspect invariable de ses 
continents rouges, contrastant avec ses mers légèrement verdâtres, n'est 
guère favorable à l'idée d'une vie organique largement développée à sa 
surface. » On le voit, pour un rien, l'auteur rejetterait aussi ce petit Monde 
voisin dans le néant des solitudes infinies, et la Terre resterait seule, comme 
au temps de Ptolémée, au milieu de l'immensité déserte et vide. 

Eh bien, nous osons dire que la nature proteste tout entière contre cette 
étroite interprétation de ses forces et de sa grandeur. Toutes les sciences or- 
ganiques, la physiologie, la chimie organique, la paléontologie, la microgra- 
phie s'unissent pour affirmer que l'on est mal fondé à enfermer les puissances 
vitales dans le cadre minuscule de l'observation immédiate. Déjà nous avons 
rappelé tout à l'heure l'éloquent démenti donné parles explorations sous-ma- 
rines aux négations des naturalistes à courte vue qui refusaient doctorale- 
ment toute possibilité d'existences dans les profondeurs océaniques. Nous 
allons juger de la diversité de la vie et de ses variations prodigieuses dans le 
cadre mome de la nature terrestre. 

{La suite prochainement.) Camille Flammarion. 



LES GRANDS INSTRUMENTS DE L'ASTRONOMIE. 

L'INSTRUMENT MÉRIDIEN ET LES OBSERVATIONS MÉRIDIENNES 

(Suite.) (') 

III. — Il nous reste à expliquer comment on peut se mettre à Tabri des erreurs 
qui tiennent à la marche imparfaite de l'horloge sidérale. Remarquons d'abord 
qu'il ne faut pas s'exagérer le rôle de l'horloge dans les observations méridiennes; 
ce serait une grave illusion que de voir dans l'horloge un instrument pouvant se 
suffire à lui seul, et capable de donner en tout temps l'heure sidérale dès qu'il 
aurait été bien réglé une fois pour toutes. 

Sans aborder ici les difficiles questions philosophiques que soulèvent la mesure 

(') Voir l'Astronomie, T. IV, N- 4 (Avril 1885), p. 138 et seq. 



LES GRANDS INSTRUMENTS DE L'ASTRONOMIE. 175 

du temps et le choix de Tunité, nous nous bornerons à rappeler que, d'un accord 
unanime, les astronomes ont adopté pour unité de temps le jour sidéral, c'est- 
à-dire le temps que met la Terre à faire une rotation complète autour de son axe. 
Au point de vue de Tobseryation, c'est le temps qui s'écoule entre deux retours 
consécutifs d'une même étoile dans le plan méridien. On voit déjà que l'horloge 
devra être réglée d'après les observations, de sorte qu'en dernière analyse, c'est 
dans le Ciel, et non sur le cadran qu'il faut aller chercher les indications fonda- 
mentales propres à la mesure du temps. L'horloge ne sert que d'intermédiaire; 
elle joue simplement le rôle d'un garde-temps. Si du moins on en pouvait réaliser 
une assez parfaite pour que les battements du pendule fussent rigoureusement 
isochrones pendant seulement un jour sidéral, les observations méridiennes 
seraient singulièrement simplifiées, et les indications du cadran suffiraient à la 
mesure des ascensions droites des astres, saujs qu'il soit nécessaire de connaître 
au préalable les ascensions droites d'un certain nombre d'étoiles fondamentales. 
On pourrait, en effet, observer à la lunette méridienne, à 24*» d'intervalle, deux 
passages successifs d'une même étoile dans le plan méridien, et noter les heures 
correspondantes indiquées par la pendule. On devrait retrouver exactement la 
même minute et la même seconde; mais comme un réglage rigoureux est impos- 
sible, il y aura toujours une petite différence; supposons que, lors de la seconde 
observation, on trouve ls3 en plus que lors de la première. On en conclura que 
le mouvement de la pendule est un peu trop rapide et qu'en une période de 24»> le 
mouvement des aiguilles indique 24^0'» 1*, 3. Dès lors, une simple règle de trois 
permettrait de déterminer avec exactitude le temps qui s'est écoulé entre deux 
époques relevées avec soin sur l'horloge, et par suite entre les passages au méri- 
dien de deux étoiles quelconques. On pourrait ainsi connaître les différences 
d'ascensions droites de toutes les étoiles observées, et il ne resterait plus qu'à 
déterminer l'heure indiquée par l'horloge au moment où le cercle horaire choisi 
pour origine viendrait à coïncider avec le plan méridien, pour en déduire les 
ascensions droites de toutes les étoiles observées. 

Malheureusement, trop de causes diverses influent sur la marche des meilleures 
pendules pour qu'il soit possible de compter sur la régularité absolue de leur mou- 
vement, même pendant une courte période de 24»». Il est bien évident qu'on s'at- 
tachera à atténuer autant que possible l'effet de ces causes d'erreurs, parmi les- 
quelles il faut citer en première ligne les variations de la température et de la 
pression atmosphérique. Les variations de la température produisent des dilata- 
tions et des contractions qui modifient la longueur du pendule et par suite la 
durée de ses oscillations ; les variations de la pression et de l'état hygrométrique 
ont pour effet de modifier la poussée de l'air et, par conséquent, le poids appa- 
rent du pendule, d'où résultent encore des inégalités dans la durée des oscil- 
lations. On remédie à ces inconvénients en compensant le mieux qu'on peut la 
tige du balancier, à Taide de tringles en métaux inégalement dilatables, disposées 
de manière que le pendule conserve la même longueur malgré les variations de 
la température. De plus, on place l'horloge dans une cave assez profonde pour 



170 1/ASTKONOMIE. 

que la température y reste constante pendant toute la durée de Tannée, et on 
renferme dans une caisse de tôle épaisse hermétiquement fermée, afin de la sous- 
traire aux variations de pression. Enfin on introduit dans cette caisse une sub- 
stance hygrométrique qui absorbe de la vapeur d'eau quand celle-ci est en excès 
et qui en abandonne quand l'atmosphère environnante est trop sèche. On avait 
d'abord songé à employer une substance desséchante, comme le chlorure de cal- 
cium, l'acide phosphorique anhydre ou la pierre ponce imbibée d'acide sulfurique, 
qui absorbent complètement la vapeur d'eau contenue dans une enceinte fermée; 
mais on a reconnu que, soit à cause d'unépaississement trop rapide des huiles, 
soit pour toute autre raison, les rouages ne pouvaient fonctionner et s'arrêtaient 
fatalement dans un air absolument sec. Par des communications électriques l'hor- 
loge ainsi renfermée commande tous les compteurs de l'Observatoire. 

Malgré toutes ces précautions, le mouvement de l'horloge ne présente pas encore 
une régularité suffisante pour que l'on puisse compter sur ses seules indications 
pendant la période de 24^ qui serait nécessaire à Tapplication de la méthode qui 
vient d'être décrite. Il n'y a pas lieu de s'en étonner, dès que l'on songe que les 
observations doivent être faites avec une précision d'au moins un dixième de 
seconde. On est alors obligé de contrôler la marche de la pendule pendant la 
durée même des observations, et c'est ici qu'intervient le rôle des étoiles fonda- 
mentales qui servent précisément à ce contrôle. On observe un certain nombre 
de ces étoiles en même temps que celles dont on veut déterminer la position, et 
c'est l'observation de ces étoiles fondamentales qui fait connaître la correction et 
la marche de l'horloge, de sorte qu'en définitive on ne peut déterminer autre 
chose que les différences entre les ascensions droites des étoiles inconnues et 
celles des étoiles fondamentales. On ne fait donc que des observations différen- 
tielles, comme nous l'avons annoncé dans notre précédent article. Voici du reste 
le procédé généralement suivi ; une série d'observations dure de trois à quatre 
heures, pendant lesquelles on peut compter sur la marche régulière de l'horloge. 
On observera au début et à la fin de la série quatre ou cinq étoiles fondamentales 
dont l'ascension droite bien connue est donnée dans la Connaissance des Temps 
pour tous les jours de l'année. La différence entre l'ascension droite d'une de ces 
étoiles et l'heure indiquée par l'horloge au moment de l'observation fait connaître 
la correction qu'il faut appliquer à ce moment aux indications de la pendule. 
On fera la moyenne de ces différences pour les quatre étoiles du début, et la 
moyenne pour les quatre étoiles de la fin. Le plus souvent, ces deux moyennes ne 
seront pas identiques et leur différence montrera si la pendule marche trop vite 
ou trop lentement. Il ne restera plus qu'à répartir cette différence proportionnel- 
lement au temps pour trouver la correction qu'il faut appliquer à chacune des 
observations de la série. 8i la série d'observations se prolongeait plus longtemps, 
il faudrait la fractionner en plusieurs parties de trois à quatre heures comportant 
chacune les observations de quatre ou cinq étoiles fondamentales au début et à 
la fin, et que l'on réduirait séparément ensuite. 

On voit d'après ce qui précède que les calculs multiples que nécessite la cor- 



LES GRANDS INSTRUMENTS DE L'ASTRONOMIE. 177 

rection, ou, pour employer le mot consacré, la réduction des observations, ne lais- 
sent pas que d'être assez pénibles : ils exigent un temps qui dépasse de beaucoup 
celui des observations. Cependant les réductions des observations d'ascension 
droite sont rapides et commodes quand on les compare à celles des observations 
de déclinaison dont il nous reste à parler. 

La détermination de la déclinaison d'une étoile se fait au moyen d'un cercle 
divisé, installé dans le plan méridien et fixé à une lunette dont le réticule porte 
un fil horizontal. Le tout forme un système mobile autour d'un axe horizontal 
perpendiculaire au plan du méridien. En face du cercle divisé se trouve un index 
immobile fixé au pilier de pierre qui supporte tout l'appareil. Une pince avec vis 
de pression permet de fixer le cercle dans une position invariable, et une vis de 
rappel peut lui imprimer un mouvement très lent. Pour observer une étoile, on 
cale le cercle à l'aide de la pince dès que l'on voit l'étoile arriver dans le champ 
de la lunette, puis, en agissant sur la vis de rappel, on amène l'étoile à être bis- 
sectée par le fil horizontal au moment où elle se trouve au milieu du champ. La 
lecture de la division du cercle qui se trouve en face de Tindex fixe définit com- 
plètement la direction du rayon visuel de l'étoile. Si le pôle du ciel était visible 
dans le ciel et pouvait être observé comme une étoile ordinaire, on pourrait de 
la même manière déterminer la division du cercle qui se trouve sous Tindex 
quand l'axe optique est dirigé vers le pôle, et la différence des deux lectures 
ferait immédiatement connaître la distance angulaire de l'étoile au pôle; d'où Ton 
déduirait facilement la déclinaison, c'est-à-dire, la distance à Téquateur. On 
comprend que l'observation ne puisse pas être aussi simple puisque le pôle du 
ciel est naturellement invisible. La véritable difficulté du problème consiste à 
déterminer avec le plus de précision possible la division du cercle qui corres- 
pond au pôle. L'observation d'une étoile fondamentale en donnera immédiatement 
la solution : puisque la déclinaison de cette étoile est connue, sa distance au pôle 
l'est également; il suffira de pointer cette étoile et de lire la division qui se 
trouve en face de l'index. Comme les divisions du cercle vont en croissant quand 
on le fait tourner du pôle vers l'équateur, on comprend qu'en retranchant de 
cette lecture la distance polaire de l'étoile on pourra calculer la lecture qu'où 
aurait obtenue si l'instrument avait pu être directement dirigé vers le pôle. Pour 
augmenter la précision, on observera plusieurs étoiles fondamentales au lieu 
d'une seule, et l'on prendra la moyenne des résultats qu'elles fournissent isolé- 
ment. On pourra juger de la qualité des observations de la série par Taccord 
plus ou moins grand de tous ces résultats. Maïs on voit clairement que, par ce 
procédé, on ne détermine, en fait, que les différences entre les déclinaisons des 
étoiles observées et celles des étoiles fondamentales. 

Les erreurs auxquelles on est exposé dans ce genre d'observations sont de 
quatre espèces : 

1® Celles qui tiennent à l'imperfection du pointé. Il n'est pas aussi facile qu'on 
peut le croire d'amener une étoile à être bissectée par un fil, surtout lorsque, 



178 L'ASTRONOMIE. 

Tatmosphère n'étant pas très calme, l'image de l'étoile parait animée de petits 
mouvements irréguliers dus à la marche irrégulière et changeante des rayons 
lumineux à travers des couches d'air d'inégale densité, dont la disposition varie 
incessamment. Deux observateurs différents n'effectuent pas le pointé de la même 
manière, de sorte qu'il est indispensable de ne jamais réunir en une seule série 
les observations de plusieurs observateurs. 

2» Les erreurs tenant à ce que le pointé aurait été foit un peu avant ou après 
le passage de l'étoile au méridien; on trouverait alors une distance polaire trop 
grande. L'observateur doit donc connaître quelle est la position du champ de la 
lunette qui correspond bien au plan méridien : ce n'est pas toujours le milieu. 
Lorsque le cercle divisé est fixé à la lunette méridienne elle-même, c'est le même 
observateur qui fait les deux genres d'observations. Dans la lunette méridienne, 
toujours réglée avec soin, la position du méridien est facile à connaître. Lorsque 
les deux instruments sont séparés, il y a toujours un observateur à chacun d'eux, 
et la lunette du cercle mural est toujours beaucoup moins bien réglée que celle 
qui ne sert qu'aux observations de passage. Aussi, l'observateur d'ascension droite 
indique à son aide le passage de l'étoile dans la région qui correspond au méri- 
dien, en comptant à ce moment la seconde à haute voix. Du reste, les observations 
faites en dehors du méridien ne sont pas nécessairement perdues; elles 
peuvent être utilisées moyennant correction, si l'on a noté l'instant du pointé, car 
on connaîtra d'après cette indication combien de secondes en avance ou en 
retard le pointé aura été fait, ce qui permettra de calculer l'erreur commise, à 
l'aide de procédés qu'il ne nous est pas possible de décrire. 

3^ Les erreurs dues à la réfraction des rayons de lumière dans son passage à 
travers l'atmosphère. Cette question de la réfraction est d'une importance consi- 
dérable. Au point de vue théorique, elle présente des difficultés insurmontables, 
car il faudrait connaître la loi suivant laquelle varie la densité de l'air avec 1 alti- 
tude pour pouvoir calculer la déviation des rayons lumineux. Heureusement, 
toutes les lois que Ton peut raisonnablement imaginer conduisent à des conclu- 
sions à peu près identiques tant que les astres observés sont à plus de 20 à25ode 
hauteur au-dessus de Thorizon. On a pu construire des tables qui font connaître la 
déviation des rayons de lumière quand on connaît la hauteur de l'étoile, ainsi que la 
température et la pression barométrique dans le voisinage du sol. Ces tables per- 
mettent de corriger les observations des effets de la réfraction, mais il faut noter la 
température et la hauteur du baromètre tous les quarts d'heure environ pendant la 
durée des observations. Il importe aussi que la température de la salle d'observation 
soit la même qu'à l'extérieur, afin que les rayons ne subissent pas une réfraction 
particulière dans le tube même de la lunette. Il faudra donc ouvrir largement les 
trappes et les fenêtres quelque temps avant de commencer les observations. Enfin, 
il faudra s'abstenir d'observer des astres trop près de l'horizon. On admet que les 
couches d'air d'égale densité sont disposées horizontalement les unes au-dessus 
des autres, de manière que la réfraction ne peut dévier les rayons que dans le 
plan vertical. Mais cette hypothèse, très légitime pendant les temps calmes, ne 



LES GRANDS INSTRUMENTS DE L'ASTRONOMIE. 

Fig. 07. 



179 




Instrument méridien donné par M. BischoCTsheim à TObservatoire de Paris 



180 L'ASTRONOMIE. 

peut plus guère être acceptée pendant les nuits de grand vent; alors il peut se 
produire des réfractions latérales qui dévient les images à droite, et à gauche et 
affectent par conséquent les observations d'ascension droite, ce que ne peut faire 
en aucune façon la réfraction normale. Il est impossible, faute de données, de 
tenir compte de ces réfractions anormales. On ne peut que se borner à 
suspecter les observations effectuées pendant une grande agitation de Tatmo- 
sphère. 

40 Les erreurs qui tiennent à l'installation même de Finstrument. On s'attache 
évidemment à les diminuer le plus possible, et le détail des dispositions adoptées 
à cet eflfet nous conduit naturellement à la description de l'instrument. Nous 
allons décrire celui qui a été donné à l'Observatoire de Paris par M. Bischoffsheim, 
dont nous avons déjà parlé dans notre précédent article, et qui est représenté 
(fig, 67). Mais auparavant, il importe de dire quelques mots des microscopes qui 
servent d'index fixes pour relever la position du cercle. 

Nous avons raisonné dans ce qui précède comme si l'instrument était muni 
d'un simple index en face duquel viendraient successivement se placer, dans le 
mouvement de rotation de l'instrument, toutes les divisions du cercle. Il est bieu 
évident qu'une pareille disposition serait tout à fait insuffisante. Le cercle eu 
cuivre est divisé sur sa face plate de cinq minutes en cinq minutes. Un micro- 
scope fixé au pilier de marbre que l'on voit sur la gauche du dessin porte un fil 
horizontal dans son plan focal, et représente un premier index ûxe. Il permet de 
lire la dernière division du cercle qui a passé derrière ce fil, et donne par consé- 
quent le degré et les cinq minutes. Pour apprécier les minutes elles-mêmes et 
les secondes, on emploie un autre microscope d'un pouvoir grossissant plus con- 
sidérable et dont le réticule est formé de deux fils horizontaux parallèles fixés à 
un cadre mobile à l'aide d'une vis micrométrique. Deux traits du cercle sont tou- 
jours visibles à la fois dans le champ du microscope, et Ton peut, en faisant tour- 
ner la vis, amener les deux fils parallèles dans une position telle que l'un de ces 
traits paraisse entre les deux fils à égale distance : c'est ce qu'on appelle faire le 
pointé d'un trait. Le pas de la vis est calculé de telle sorte qu'il faut lui faire faire 
cinq tours complets pour amener les fils d'un trait sur le suivant. Il s'ensuit 
que chaque tour de la vis correspond à une minute. Un tambour Û-Lé à cette vis 
et divisé en 60 parties égales tourne devant un index ûxe. Chaque division du 
tambour correspond donc à une seconde, et comme on peut apprécier à l'oeil les 
dixièmes d'une division, on voit que les observations peuvent se faire au dixième 
de seconde. Un peigne en cuivre placé sur le côté, dans le plan focal du micro- 
scope, et découpé de manière que l'écartement de deux dents consécutives corres- 
ponde à un tour de la vis, permet de compter les tours. Il suffira donc de pointer 
le trait du cercle et de noter le nombre de tours et la fraction de tour de la vis 
micrométrique, comptés à partir de sa position normale, pour obtenir le terme 
complémentaire à ajouter à la lecture de l'index. Au lieu d'un seul microscope, on 
en dispose six symétriquement tout autour du cercle divisé; on augmente ainsi 
la précision des lectures et surtout on fait disparaître, ou tout au moins on atté- 



LES GRANDS INSTRUMENTS DE L'ASTRONOMIE. 181 

nue considérablement, les erreurs tenant à un défaut de centrage, à la flexion et 
aux déformations du cercle. Ces six microscopes doivent être lus à chaque obser- 
vation, et c'est la moyenne de leurs indications qu'il faut ajouter au numéro de la 
division notée derrière l'index fixe. 

Il y a ainsi sept microscopes disposés en rond, tout autour du cercle divisé et 
fixés à une pièce circulaire de fonte; ils sont visibles sur la gauche de notre gra- 
vure, en dehors du pilier de marbre qui supporte instrument. Le cercle divisé 
est à rintérieur de ce pilier, et le marbre est percé de trous qui permettent 
d'apercevoir les divisions à l'aide des microscopes inférieurs. Le tourillon de la 
lunette est percé pour recevoir la lumière d'un bec de gaz qui pénètre ainsi 
dans l'intérieur de la lunette^ se réfléchit sur un appareil spécial placé dans 
le cube et vient éclairer les fils du réticule, Tout autour de ce tourillon, de petits 
prismes à réflexion totale renvoient la lunoière du même bec de gaz sur les régions 
visées par les microscopes. 

L'instrument étant retournable, le cercle divisé peut se trouver tantôt à l'Ouest, 
tantôt à l'Est de la lunette. Il aurait donc fallu installer sur le pilier occidental 
des microscopes et un appareil d'éclairage semblables à ceux du pilier oriental. 
On a préféré construire deux cercles divisés, un de chaque côté de la lunette, 
de manière que, dans chaque position, il y en a toujours un en face des 
microscopes. Deux autres cercles se trouvent encore à. l'intérieur des deux pre- 
miers. Ils sont divisés plus grossièrement sur la tranche convexe et servent à 
l'observateur d'ascension droite à placer d'avance la lunette à la hauteur conve- 
nable pour que l'étoile apparaisse dans le champ. Il y eu a deux, pour que, dans 
chaque position, il s'en trouve toujours un en face du microscope spécial servant 
d'index et placé à portée de l'observateur, sur sa gauche. C'est ce cercle qui se 
trouve serré par la vis de pression quand on veut caler l'instrument. Cinq ou six 
manettes en bois qui servent à manœuvrer les vis de pression ou de rappel pen- 
dent entre les piliers, de manière que l'observateur en ait toujours une à sa por- 
tée, quelle que soit sa position. Une autre manette lui sert à ouvrir plus ou moins 
l'orifice qui donne accès à la lumière dans l'intérieur de la lunette, afin de modi- 
fier à son gré l'éclairage du champ. Enfin de nombreuses poignées rendent très 
commode la manœuvre de l'instrument quand on veut lui imprimer de grands 
mouvements. 

On peut encore voir sur notre gravure le niveau placé au-dessus de la lunette 
et qu'on manœuvre à l'aide d'un petit treuil visible sur la droite, et l'appareil qui 
sert au retournement. Ce dernier se compose d'un plateau qu'on peut soulever à 
l'aide d'une vis actionnée par une manivelle, et qui peut tourner autour d'un axe 
vertical. Pour faire l'opération, on fait glisser cet appareil sur ses rails, de manière 
à l'amener au-dessous du cube de la lunette placée horizontalement; puis, les 
coussinets ayant été débarrassés de leurs couvercles, on soulève le plateau, qui 
bientôt rencontre la lunette et la soulève également. Lorsque les tourillons sont 
dégagés, on fait glisser de nouveau le tout sur les rails de manière à faire sortir 
l'instrument d'entre les piliers; puis on lui fait faire un demi-tour autour de Taxe 



182 L^ASTRONOMIE. 

vertical ; après quoi on ramène tout le système entre les piliers ; on fait descendre 
lentement la lunette dont les tourillons viennent se replacer dans les coussinets; 
le plateau continue à descendre seul, et quand il est suffisamment éloigné de la 
lunette, on fait reculer l'appareil et l'on recouvre les tourillons. 11 faut opérer 
avec beaucoup de soin et de délicatesse pour éviter les chocs. 

Grâce aux dispositions adoptées, un seul observateur peut suffire à toutes les 
déterminations; mais le plus souvent, pour la commodité et la rapidité des 
mesures, l'astronome qui observe les ascensions droites et effectue les pointés en 
déclinaison est aidé par un assistant qui lit les microscopes. Afin de lui laisser 
plus de temps pour cette lecture, on immobilise l'instrument dès le début de 
l'observation et l'on effectue le pointé en déclinaison à l'aide d'un fil horizontal 
fixé dans yn cadre mobile à l'aide d'une vis microméf rique ; la valeur du tour de 
cette vis a été déterminée une fois pour toutes ; elle est à très peu près d'une 
minute et le tambour est divisé en 60 parties égales qui donnent les secondes et 
les fractions de secondes. La lecture de cette vis micrométrique, corrigée d'après 
la valeur du tour, doit être ajoutée à la moyenne des lectures des microscopes. 
L'observation de passage se fait généralement à six fils disposés symétriquement 
par rapport au plan méridien. Pendant que l'étoile traverse l'intervalle compris 
entre les deux fils du milieu, un observateur exercé a le temps d'effectuer deux 
ou trois pointés avec le fil mobile horizontal et d'inscrire les indications corres- 
pondantes du tambour. 

En résumé, on voit que les observations méridiennes comportent un grand 
nombre d'opérations diverses et délicates, sans compter les calculs de réductions 
qui doivent les suivre. Pour en finir avec les déterminations des déclinaisons, 
disons que les tours de vis des microscopes ne valent pas exactement une minute, 
comme nous l'avions supposé pour simplifier l'explication; leur valeur est même 
essentiellement variable, car les moindres influences modifient la distance du 
cercle aux microscopes et par suite la grandeur des images fournies par ceux-ci. 
Aussi doit-on déterminer la valeur de ces tours de vis au commencement et à la 
fin de chaque série d'observations, ce qui se fait en pointant deux traits successifs, 
car on obtient ainsi le nombre de tours et la fraction de tour correspondant à 
cinq minutes. Enfin la division du cercle n'est pas parfaite. L'étude de ce cercle 
a été faite avec le plus grand soin, par des procédés qu'il nous est impossible de 
détailler, et qui ont exigé plusieurs mois de travail. On a pu dresser de la sorte 
une table contenant la correction qu'il faut appliquer à l'observation d'après le 
trait qui a été lu sous l'index. On comprendra facilement combien sont longues 
les réductions d'observations de distance polaire, quand on se rappellera le 
nombre de moyennes et de corrections qu'il faut calculer pour éliminer l'infiuence 
de toutes les causes d'erreur que nous venons de passer en revue. 

Il ne nous resterait plus maintenant qu'à expliquer comment on a pu déterminer 
avec précision la position des étoiles fondamentales. Ce sera le sujet d'un prochain 
article. Philippe Gérigny. 



STATISTIQUE DES TREMBLEMENTS DE TERRE. 

STATISTIQUE DES TREMBLEMENTS DE TERRE. 



183 



Nous publions ici notre liste annuelle des tremblements de terre. L'appel que 
nous avions fait Tannée dernière à nos lecteurs a été entendu, et c'est grâce à 
leur concours effectif que nous avons pu avoir des renseignements de toutes les 
parties du globe. Nous remercions donc tous ces zélés collaborateurs, notamment 
MM. Trouvelot, à Meudon, Belly, à Valparaiso, Mavrogordato, à Constantinople, 
Towne, à Sens, Mayer, à Mulhouse, général de Nansouty, Créoncides de Castro, 
Bruguière et Lihou, à Marseille, Belmonte, à Carthagène, Vallaure, à Linarès, 
Leyba, à Coro, Stoel, à IJarlem, dont nous avons utilisé les documents fort utiles 
et même indispensables dans une œuvre de statistique comme celle-ci. 

Tous les lecteurs sentiront qu'il s'agit ici d'une question d'intérêt général et 
savent d'avance qu'ils nous rendront le plus grand service en nous faisant part de 
toutes les observations de ce genre qui arriveraient à leur connaissance. 

TREMBLEMENTS DE TERRE RESSENTIS. EN 1884 



Dates. 


Heures. 


LocaUtés. 


Observations. 


1884 

t Janv. 


e'^lS- matin. 


Bucharest. 


l chocs N.-S. précédés de bruits souterrains. 


2 » 


3^10- matin. 


Valparaiso. 


Une forte secousse avec bruit souterrain. 


4 » 




Sadickli (Anatolie). 


Un choc occasionnant divers dégâts. 


5 )) 


3"» soir. 


Valparaiso. 


Longue secousse. 


7 » 


3^8"" matin. 


id. 


3 secousses distinctes, durant chacune 
quelques secondes; mer tranquille. 


7 » 


8^18- soir. 


id. 


Secousse assez forte mais de courte durée. 


12 D 




Fjinguaglossa et Gastiglionc. 


Forte secousse. — Chocs du 10 au 14. 


14 » 


7'» 30" matin. 

• 


Montevideo. 


Bruit sourd. — La mer se retire et revient 
en engloutissant 50 personnes sur la plage. 


16 » 


3^50- matin. 


Archena (Espagne). 


11 chocs jusqu'à 6^ du matin. 


16 » 




Murcie. 


Secousses à Alcantarilla et Bemsgan. 


23 » 




Constantinople. • 


Chocs dans le district de Kalah-Jik (prov. 








de Gostamboul), de nombreux chocs ont été 

ressentis dans cette quinzaine, quelques 

minarets ont été renversés. 


25 » 


7»»24- soir. 


San-Francisco. 


Ondulations de 3' d'amplitude notées à 
l'Observatoire et durant 20 minutes. 


27 » 




Grenade. 


Léger tremblement de terre. 


5 Fév. 


3^ matin. 


Valparaiso. 


Une forte secousse. 


7 » 


O^SO- matin. 


id. 


Assez forte secousse. 


9 » 


0»'3O- matin. 


id. 


Forte secousse. 


10 1) 




Boivari (Billis, Turquie). 


Choc violent — maisons détruites. 


14 » 


3'' 30- matin. 


Valparaiso. 


Une forte secousse. 


18 )> 




Angora. 


Une secousse, aucun dégât. 


18 9 




Alger. 


Tremblement de terre dans le département. 


19 » 




Angora. 


Une secousse. 


29 » 


4^ matin. 


Ghio, Tschesmé, Voula. 


Choc violent. 


3 Mars. 


a^'Sô- matin. 


1 Valparaiso. 


Une forte secousse. 



184 



L'ASTRONOMIE. 



Dates. 


Heares. 


Localités. 


Observations. 


3 Mars. 


soir. 


Potenza. 


Une forte secousse. 


13 » 


10''30- matin. 


Carthagène, Alicante, Murcie. 


Secousse, direction S.-E. — N.-O. 


13 » 


11''25- soir. 


Valparaiso. 


Une forte secousse. 
La secousse a été forte à Alicante. 


14 » 


4"» matin. 


Constantinople. 


Forte secousse, bruit souterrain. 


14 » 


11"» soir. 


Valparaiso. 


Forte secousse. 


18 » 


matin. 


En mer. 


Navire « Stella », capitaine Horner, une 
secousse. Long. Ouest 23«5r. La t. Nord J7»21 . 


22 » 


matin. 


Cambridge (Angleterre). 


Très légère oscillation. 


22 » 


5'' 15" soir. 


Valparaiso. 


Forte secousse. 


23 » 


4*" matin. 


id. 


Deux secousses; une autre à 5^ soir. 


24 .. 


4** matin. 


id. 


Faible secousse. 


25 • 


5"» matin. 


id. 


Secousse assez forte. 


25 « 


soir. 


San-Francisco. 


Une secousse. 


25 » 




Sud-Hongrie. 


Tremblement de terre senti à Essegg, Wiu- 
kowze et Fûnfkirchen, légère à Djakovar 


27 » 


Il*» soir. 


Vukovar. 


Plusieurs chocs. 


28 « 


4** soir. 


Valparaiso. 


Très forte secousse. 


28 » 




Ischia. 


Léger tremblement de terre. 


29 » 


soir. 


Sinope (Turquie). 


Forte secousse au soleil couchant. 
Édifices détruits à Gostamboul. 


y Avril. 


3''45«. 


Valparaiso. 


Deux fortes secousses. 


9 » 


8"» matin. 


Urbino. 


Forte secousse durant 5 secondes. 


y » 


soir. 


Ghio. 


4 secousses entre 2*30- et 11* soir- 


10 » 


10"» matin. 


Belpasso (près Catane). 


Secousse. 


Il » 


2'' 15" matin. 


Valparaiso. 


Roulement et forte secousse. 


14 » 


7M5" matin. 


id. 


Faible secousse. 


15 » 


3*30- matin. 


id. 


Une forte secousse suivie de 2 moins fortes. 


18 » 


10''50» soir. 


id. 


Secousse forte et prolongée avec tonnerre, 
durée 30 secondes. 


19 )> 


soir. 


Palamos et frontière française. 


Tremblement de terre de quelques secondes. 


20 » 


3''22- matin. 


Bagnères-de-Bigorre. 


Tremblement de terre — barom. 709—, 
therm. H- 2»,8. — Trépidation des meubles. 


22 » 


9''20- matin. 


Est- Angleterre. 


Forte secousse de 30 secondes à Ipswich. 
La tour de Téglise de Golchester, de 150 pied> 
de haut, s'écroule. — Grand bruit souterrain. 
— Gette secousse a été ressentie dans tout 
l'Est de l'Angleterre. Elle a été remarquée 
à Londres. 


25 » 


7*15- matin. 


Valparaiso. 


Forte secousse venant du Sud, précédée 
d'un bruit souterrain. 


29 » 


4"» 15- matin. 


id. 


Trois secousses très légères. 


3 Mai. 


3*40- soir. 


id. 


Très longue et forte secousse. 


5 » 


5*15- soir. 


id. 


Légère secousse. 


8 » 


6*10- soir. 


id. 


Faible secousse. — A 7*44- secousse trè> 
forte et verticale. 


9 » 




Ghio. 


4 secousses entre 2*30- et 11* soir. 


10 » 


9*50-. 


Gosenza. 


Léger choc N.-O. — S.-E; plus fort à Paola. 



STATISTIQUE DES TREMBLEMENTS DE TERRE. 



185 



Dates. 



12 Mai. 


13 


» 


13 


» 


H 


» 


19 


» 


23 


» 


2G 


u 


6 J 


uin. 


23 


» 



24 



4 Juiil. 
5-G » 



8-9 


» 


13 


» 


15 


» 


15 


» 


18 


» 



18 



19 


» 


19 


» 


20 


» 


23 


» 


24 


u 



3 Août. 

7 » 

8 M 



Heures. 


Localités. 




Presqu'île Cyzique, Erdek- 

Constantinople. 

Panderma. 


3'' 45" matin. 


Valparaiso. 


6"» 30- matin. 


id. 
Kishm (Golfe Persique). 


Il»' soir. 


Palamos (Esp.) et frontière franc. 
Monte Alegre (Para). 


9^55- matin. 
OMO- matin. 


Alep. 

Tùbingen (Wurtemberg) 

et Hechingen (Hohenzollern). 


7^30- soir. 


Markolsheim (Alsace) 
et Kenzingen (duché de Bade). 


4'' 20- matin, 
nuit. 


Pouso Alegre (Brésil). 
Oberderdingen (Wurtemberg). 


S"» 15- matin. 


Valparaiso. 


nuit. 


id. 
Massouah (Abyssinie). 


10»" soir. 
5^ matin. 


Almeria. 
Valparaiso. 
Nicaragua. 


lO'-SO- soir. 


Valparaiso. 


7** matin, 
nuit. 


Nicaragua. 
Agram (Autriche). 


6^ matin. 

midi 40-, 

nuit. 


Nicaragua. 
Forio d'Ischia. 
Ems (Nassau). 

Massouah. 
Foca (Bosnie). 


minuit, 
matin. 


Réunion. 
Frascati Albano Rocca di Papa. 

• 



Observations. 



Tremblement de terre accompagné de bruits. 

Forte secousse, sentie légèrement à 

Gonstantinople. 

Secousse très forte et très prolongée; durôe 

30 secondes. 

Très long tremblement sans grande secousse . 

12 villages détruits ; 200 tués et grand 

nombre de blessés. 

Léger tremblement de terre. 

Tremblement de terre durant 3 à 5 secondes. 

Direction : N.-0.-8.-E. 

Forte secousse de 6 secondes. 

3 secousses se succèdent rapidement. 
Direction N.-O.-N.-E. 

Tremblement de terre et secousses vio- 
lentes. A 10** soir nouvelles secousses moins 

fortes. 
Une secousse N.-S. de quelques secondes. 
Tremblement de terre à 12'' 30-. — Choc 
assez fort durant quelques secondes; bruit 

souterrain. 
Forte secousse courte précédée d'un roule- 
ment sinistre. 
Très longue secousse, pas très forte, à 12^15-. 
Tremblement de terre qui détruit ou lézarde 
toutes les maisons. 
Deux secousses. 
Deux secousses courtes, mais assez fortes. 
Forte secousse. Aussi à 8^. du matin. — 

Bruit souterrain. 
Une secousse très longue et très continue 

durant environ une minute. 

Une secousse à7^matin^ uneautreàS^ matin. 

Choc de tremblement de terre de 4 secondes. 

Direction O.-E. 

Une secousse &" matin. 

Bruit violent et forte secousse. — Mer agitée. 

Faible secousse de quelques secondes au 8.*E . 

Maisons détruites. Navires du port secoués. 

Plusieurs chocs forts durant chacun plus 

de 2 secondes. 

Une secousse. 

Quelques secousses entre 2"» et 4"» matin. 

Grondement souterrain prolongé le long de 

la chaîne des Colli. Sens S.-O. à £.-N. 



186 



L'ASTRONOMIE. 



Dates. 


Heures. 


Localités. 


Observations. 


8 Août. 


Ô'-SO-. 


Alacheïr (Turquie d'Asie). 


Violente secousse. 


9-10 » 


nuit. 


Smyrne. 


Assez forte secousse. 


10 » 


4''7- soir. 


Nice. 


Légère trépidation. 


10 » 




Maine, Maryland M** Alleghanx . 


Tremblement de terre durant 10 secondes à 
Gonnecticut, 6 secondes à Boston. Baltimore 
. et Brattleborough (Vermont) semblent 
marquer la limite. 


10 » 


2''8» soir. 


New Haven, Cambrigde. 


Secousse durant 2 à 3 secondes, S-.O.àN-.E., 


12 » 






accompagnée de grondements souterrains. 


12. » 




Librilla(près Murcie). 


Fort tremblement de terre de 5 à6 secondes. 
Pas de dégâts. 


14 «> 


6''28- soir. 


Ghio. 


Assez forte secousse. A Kerkouk (Mossou!) 
une maison écroulée. 


15 




En mer. 


75» long. Ouest, 17 lat. Nord. Une secousse 
sentie à bord du Charles-Dennis. 


17-18 


nuit. 


Rhodes. 


Légères secousses. Oscillations N-.S. 


19 » 




Gosenza. 


Une secousse de plusieurs secondes; plus 
forte à Rossano. 


20 » 


2^54- soir. 


Ghio. 


Légère secousse. 


20 .> 


3'»30- soir. 


Smyrne. 


Secousse assez forte. 


26 >i 


matin. 


Jersey. 


Plusieurs fortes secousses. 


26 » 


après-midi. 


Nantes. 


Légère secousse. 


27 » 




Smendon (près Gonstantine). 


Secousse de 5 secondes O-.E.; légère. 


31 1, 


après-midi. 


Nantes. 


Légère secousse. 






Tschesmé (Turquie). 


Nombreux tremblements de terre pendant 
le mois d'Août. 


3 Sept. 


2»' 30 matin. 


Athènes. 


Secousse renouvelée le môme jour à midi. 


4 » 


l''30- matin. 


Ghio. 


4 légères secousses. 


6 » 




Autriche basse et méridionnale. 


Violente secousse. — A Voslau la tempe- 
rature des sources thermales augmente. 


17 » 




Détroit de la Sonde. 


On constate la disparition de deux îles 
formées pendant l'éruption du Krakatoa 
d'Août 188i. 


19 )) 




Windsor (Ontario), Grass Lakc 








(Michigan), Toledo (Ohio). 


Une forte secousse de 15 secondes s'est 

fait sentir en Indiana, Ohio, Michigan, 

Sowa, Ontario, Kentucky. La secousse a 

été légèrement perceptible à Cincinnati et 

à Fortuvagne. Oscillations des édifices. 


24 .> 




Jaen. 


Léger tremblement de terre. 


2.-) .) 


4^6- soir. 


Iquique (Pérou). 


Tremblement de terre fort et prolongé 
S.-N. durée 35 à 40 secondes. Les cloches 
de la cathédrale ont sonné et la croix a tn 
un mouvement marqué. 


27 » 


2"» 5- matin. 


Jaen. 


Tremblement précédé d'un bruit prolonge. 


29 » 


midi 30-. 


Blidah (Algérie). 


Deux secousses N.-S. 


1 Cet. 


7^20- matin. 


Smyrne. 


Légère mais longue secousse. 



STATISTIQUE DES TREMBLEMENTS DE TERRE. 



187 



Dates. 


Heares. 


LocAlités. 


Observations. 


1 Oct. 


nuit. 


Tschesmô. 


Forte secousse. 


3 » 




Massouah. 


Léger choc. 


(> »> 


0**45- matin. 


Valparaiso. 


Très longue et très forte secousse, peu 
dangereuse. 


a » 


soir. 


Tschesmô. 


Secousse. 


15 » 




Kerkouk (Mossoul). 


Forte secousse. 


15 » 




Tucuman (Répub. Argentine). 


Fort tremblement de terre. Panique. 


20 » 


!»• matin. 


Linarès (Espagne). 


Assez fort tremblement de terre durant 
4 secondes, direction E.-O. 


22 « 


lO** ipatin. 


Ghio 


Faible secousse suivie dans 4 minutes 
d'une très forte secousse. 


24 .) 


2»' 55- matin. 


id. 


Forte secousse. 


25 « 


2"» 45- matin. 


Guelma. 


Plusieurs légères secousses. 


28 » 




id. 


Léger tremblement de terre. 






Valparaiso. 


Plusieurs chocs fin Octobre. 


2 Nov. 


6*24- matin 


Chio. 


Deux secousses. 


\ » 




Smyrne. 


Légère secousse suivie de près d'une forte. 

Oscillations précédées de bruits souterrains 

pendant 5 minutes — direction S.-N. sentie 

à Menemen, Eudemich, Aïdin, Baïndir, 

légèrement à Tschesme et Voula. 


4 » 


3''25» matin. 


Guelma (Algérie). 


Une secousse. 


5 » 




id. 


Léger tremblement de terre. 


7 » 


6"» 10- matin. 


Chio. 


Forte secousse. 


12 D 


9"» 30- soir. 


id. 


Légère secousse. 


13 » 


3*45- matin. 


id. 


id. 


13 « 


9* matin. 


Janina. 


Forte secousse de 4 secondes. 


13 » 


2»' 30- matin. 


Crète. 


Une secousse. 


14 » 


6*30- matin. 


Smyrne. 


Forte secousse. 


14 » 


5*10- soir. 


Clitheroe et Lowmoor 








(Angleterre). 


Bruit suivi d'une forte trépidation. — 
Panique. 


18 » 




Valence. 


Léger tremblement de terre E.-O. précédé 
d'un grondement; trépidation des meubles. 


21 » 


7*35-. 


Eu. 


Léger tremblement de terre. 


23 .1 


4* soir. 


Nice. 


Légère secousse. 


24 » 




Gratz (Styrie). 


Plusieurs secousses 


24 » 




Hautes-Alpes. 


Secousses à 4* 15 matin, 10* soir et 11*45 soir. 


24 


10*30- soir. 


Valparaiso. 


Grand roulement suivi d'une secousse. 


27 » 


10*30- soir. 


Lélen (Aisne) 


Deux secousses à 2 minutes d'intervalle. 
La dernière plus forte. 


27 » 


11* soir. 


Nice, Menton, Cannes, Antibes, 

Grenoble, Draguignan, Voiron, 

Chambéry, Marseille, Vienne, 








Saint-Étienne, Lausanne, Turin. 


Secousse de tremblement de terre à 11*5". 
(Temps moyen Nice) durant 15 secondes. 


28 » 




Turin. 


Tremblement de terre senti légèrement 
dans le S.-E. de la France. 



188 



L'ASTRONOMIE. 



Dates. 

28 Nov. 

29 » 

30 » 



3 Dec. 

4 » 
18 

22 » 

23 » 



Heures. 



S*" matin. 
Il"» 30-. 



24 
25 



25 
2(> 
27 
28 
29 

30 
30 
30 

31 



W^ soir. 

2''15"' matin. 
2'' matin. 

8''53'" soir. 



Localités. 



Obsenrations. 



Ghambéry, AP Genis, H*" Marne. 

Nice. 

Inebort (Aïdin) 

Valparaiso 

Scio (Archipel Grec). 
Smyrne. 
En mer. 

Iles Açores, Madère, Lisbonne. 

En mer. 



Séville. 
Sud de l'Espagne. 



11''44-. 


Jaen. 


8M7- soir. 


Zernez (Grisons). 




Malaga, Grenade. 


2^ matin. 


Estepona, Périana, Torrox 




Alhama. 




Périana. 


après-midi. 


Herlûfsholm, 




( Seeland, Danemark ; . 


9'' matin. 


Linarès. 


1"* soir. 


id. 


9'' soir. 


Archidona (Grenade) 


midi. 


Vêlez, Torrox. 



Secousse. 
Tremblement. 
4 secousses assez fortes. — Sol secoué 

toute la nuit à Dermendjik. 
Nombreuses secousses tout le mois de 
Novembre. 
Forte secousse. 
Forte secousse. 
Brick a Isabel » 29*55 lat. Nord 28^51 long. 
Ouest de San Fernando. 
Secousses légères senties aussi à Vigo. 
Ponte vedra et plusieurs régions du Portuf:.iI. 
33* lat. Nord 12* 30» long. Ouest de 
San Franando. NouvelJe secousse 17 
minutes après; orage et tonnerre. 

Secousse légère. 
Très violente secousse à Alhama. 
Albunuelas, Arenas del Rey, Malaga, 
Grenade. Secousses assez fortes à Littarè>. 
légères à Madrid, très légères à Lisbonne, 
sensibles jusqu'en Angleterre. 
Secousse assez forte 
Secousses ( heure de Berne) à lissoir. 
Huit secousses. 
Secousse, et à 6M5 matin. 
Destruction complète de la yiUe. 
Éboulement d'une montagne sur ce village. 

Deux vibrations ressenties dans les foréi 
Légère secousse, 
id. 
Grevasse dans la montagne de Puerta-SL'I. 
renversement de la ville de Jaeyna. 
Secousses. Destruction de Torroi. 



ADDENDUM A L ANNÉE 1883. 



17 Mars. 


5M0- matin. 


Harlem, Amsterdam, Leyde. 


6 Oct. 




Guelma. 


8 1) 




Alaska. 


11 >. 


1** matin. 


San-Francisco. 


18 !> 




Ghio et environs. 


22 .. 


2^ matin. 


Malte. 


22 .. 


3»» 35" matin. 


Trieste. 


y 




Oasis de Ghadamès. 



Secousse assez forte. 
Forte secousse. 
Grande éruption du mont S^- Augustin; 
pluies de ponce, raz de marée, formation lii 
deux lies, etc. 
Deux secousses violentes. 
Continuation des secousses (faibles) 
Légèra secousse. 
Léger tremblement de terre. 
Violent tremblement de terre. 



il- 



STATISTIQUE DES TREMBLEMENTS DE TERRE. 



189 



Dates. 


Heares. 


Localité». 


Observations. 


2 Nov. 


2»' 50- matin. 


Vienne (Isère). 


Quelques secousses durant 4 secondes S.-N. 


13 » 




Baza (Grenade). 


Tremblement de terre. — Quelques 
maisons effrondrées. 


15 » 




Patras. 


Une secousse. — Pas de dégâts. 


23 i> 




Maracaïbo, Curaçao, 








Churuguara. 


Tremblement de terre avec bruit souterrain. 
Aussi le 26. 


25 » 




Coro (Venezuela). 


Fort tremblement de terre de 7 à ,8 secondes. 


30 >i 


nuit. 


Forio, Panza (Ischia). 


Bruits souterrains. La température des 
eaux minérales augmente. 


22 Dec. 


3^29- matin. 


Lisbonne. 


Une secousse. 



Nous ne nous croyons pas encore autorisé, par cette trop courte statistique de deux 
années, à tirer aucune déduction relative aux régions, aux dates et aux heures. 

Nos lecteurs remarqueront cependant certaines contrées qui semblent particuliè- 
rement éprouvées, notamment l'Asie Mineure, et surtout la presqu'île Erythrée avec 
les îles de la côte. Notre colonie algérienne ressent souvent des mouvements du sol qui 
sont parfois accompagnés de dégâts considérables. 

L'Australie, le Japon, la Chine et l'Inde ne figurent pas dans notre liste, ni dans celle 
de Tannée dernière; cependant nous ne manquons pas de communications avec ces pays. 

Distribution des volcans. — Il ne sera sans doute pas sans intérêt de mettre 
sous les yeux de nos lecteurs une carte générale de la distribution des volcans 
sur notre globe; ils pourront ainsi comparer les régions atteintes par les trem- 
blements de terre et les régions volcaniques. 

On compte 323 volcans actifs. L'Europe en possède une quinzaine. Le Vésuve 
(hauteur 1190"), qui domine la baie de Naples, TEtna (3315"), en Sicile, le 
Stromboli et le Volcano dans les îles Lipari. En Islande, outre les nombreux 
geysers qui lancent de l'eau bouillante jusqu'à r»0 mètres de hauteur, nous trou- 
vons huit volcans en activité, dont le principal est l'Hécla ( 1690"). Dans l'Archipel 
Grec l'île Santorin et ses voisines, la petite et la nouvelle Kameni. Ces deux der- 
nières ont surgi à la surface de la Méditerranée respectivement en 1573 et 1707. 
Il arrive souvent que ces îles volcaniques ne font qu'une très courte apparition. 
Tel est le cas de l'île Julia, qui s'éleva en juilUet 1831 au Nord-Ouest de la Sicile 
et qui disparut vers le mois d'octobre de la môme année. 

En France, on ne rencontre que des volcans éteints ; la chaîne des Puys, en 
Auvergne. 

11 y a peu de volcans sur le Continent africain. Par contre les Açores, les 
Canaries, les îles du Cap Vert sont volcaniques. Le Pic de Ténérifife (3710"), 
montagne des plus redoutées dans le passé à cause de ses formidables éruptions, 
est en repos depuis un siècle. 

Les deux côtés sud de la mer Rouge nous offrent quelques volcans. 

Le Continent asiatique est également pauvre en volcans, mais il n'en est pas 
de même des îles côtières et de TOcéanie'. 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 191 

Les archipels océaniens sont fort riches en pics éruptifs. Il faut citer notam- 
ment le Mauna Loa (Iles Hawaï), qui s'élève à 4800™, avec le cratère Kilaueaqui 
présente un véritable lac incandescent de plus d'une lieue en diamètre. 

Le cataclysme de Java est encore trop récent pour qu'il soit nécessaire 
d'insister sur le caractère volcanique des îles de la Sonde. L'île de Java possède 
à elle seule quarante-cinq volcans. 

En Amérique on remarque les chaînes de la côte Ouest que Ton a quelquefois 
appelées « Téchine du Nouveau-Monde » . Cette longue suite de montagnes comprend 
de nombreux volcans, en descendant du Nord au Sud ; nous rencontrons le mont 
Saint- Augustin (Alaska), le mont S'-Elie (5800"); au Mexique, le Popocatepelt 
(5100"). Suivant M. Vélain, (*) l'Amérique centrale compte à elle seule plus 
de quatre-vingt-deux volcans, dont vingt-cinq en activité. 

Les cordillières équatoriales sont fort remarquables au point de vue volcanique. 
C'est là qui se trouve le Pichincha (4780"), le Cotopaxi (5940"). Plus au Sud, 
près Valparaiso, l'Aconcagua élève sa cime imposante à une hauteur de 7150". 

La plupart des volcans en série et des chaînes volcaniques peuvent se relier 

par une ligne continue remarquable que nous pourrons tracer ainsi: île de 

Sumatra, Java. Sumbawa, Timor, îles Philippines, île Formose, Japon, îles 

Kouriles, presqu'île de Kamtchatka, îles Aléou tiennes, presqu'île d'Alaska, chaînes 

côtières Ouest des deux Amériques, cap Horn, monts Erèbe et Terrer (Continent 

Antarctique). 

C. Détaille. 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 

Ghnte d'un uranolithe en Turquie. — a Le i 3 zilcadé (4 septembre 1884)^ par 
un Ciel très pur et sans aucune trace de nuages, à 11*»40" du soir (heure turque) 
(5*» 45" p. m.) et à une demi-heure de distance de Kara-Denik, près d'Aïntab, il 
est tombé sur une petite éminence un uranolithe qui produisit un bruit semblable 
à un coup de canon. La détonation fut d'une telle violence, qu'à Kara-Denik et 
dans les bourgs environnants, hommes et bêtes, dans leur frayeur, se sont mis à 
courir pour s'abriter du danger mystérieux qui les menaçait. 

Pendant dix minutes après la chute on entendit dans l'atmosphère un bruit 
semblable au bourdonnement des abeilles. 

Trois paysans qui se trouvaient non loin du point où le météore est tombé 
ont osé s'approcher et ont constaté que Vobjet tombé était noir et ressemblait 
à une tortue. L'uranolithe était tellement chaud qu'ils ont dû attendre quelque 
temps avant de pouvoir le toucher; et lorsque, à la fin, un des trois paysans l'eut 
pris dans ses mains pour le transporter, il était encore si chaud qu'il fut obligé de 
le porter dans son habit, lequel, à son grand étonnement fut brûlé. 

L'uranolithe a été transporté en entier au village, où, par suite d'une super- 

(•) Le« Volcans (Paris, Gauthier-Villars). 



192 L'ASTRONOMIE. 

stition qu'une pierre tombée du Ciel a la propriété de guérir la fièvre, tous les 
paysans présents la brisèrent pour en garder des fragments. 

Un trou circulaire de 0°>,25 de profondeur et de 0°>,80 de diamètre, avait été 
fait dans le sol pour la chute de cette pierre céleste. » 

Grâce à l'amabilité de S. E. Hamdi Bey, le Directeur du Musée Impérial 
Ottoman, il m'a été permis de le voir, de le peser et d'en prendre le dessin. 

Fig. 69. 




l 



Uranolithe tombé à Aïntab (Turquie). 

Aucune analyse n'en a été faite; mais je crois pouvoir affirmer que l'urano- 
lithe d'Aïntab appartient à la classe des météorites pierreux. 

Sa forme est plutôt arrondie et ressemble à un boulet de canon de grandeur 
moyenne, la croûte est d'un noir mat. 

Poids 2 >^g. 560. 

Masse dure. Il y a des traces de nickel, manifestées parles particules argentées 
qui se voient dans les veines de la pierre. F. A. Mavrogordato. 

L'appulse d'Aldôbaran photographiée à Prague. — L'appulse d'Aldébaran 
a eu lieu chez nous dans des conditions généralement favorables. En nous aidant 
d'un de nos petits modèles de télescopes d'amateurs (0", 12 d'ouverture, 1°»,50 de 
distance focale) sans mouvement d'horlogerie — une série die 20 photographies 
de ce beau phénomène a pu être parfaitement réussie. 

La fig (70) est la reproduction (imparfaite) de l'excellente épreuve obtenue au 
moment du plus grand rapprochement de l'étoile avec notre satellite. 

A la suite de nombreux essais, nous avons observé que la photographie céleste 
si pénible et infructueuse, tant qu'on se sert de lunettes ou d'un réflecteur com- 
biné avec lentilles quelconques, devient incomparablement plus facile si l'on pose 
la jilaque sensible directement dans le plan focal d'un miroir parabolique. L'image, 
r]uoique petite, est tout à fait nette; la mise au point à cause de l'identité focale 




NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 193 

des rayons chimiques et optiques est^ facile et exacte; les plaques au gélatino- 
bromure d'argent permettent une très courte exposition. Voilà les conditions 
dans lesquelles nous sommes parvenus à des résultats très satisfaisants. 

Pour nos épreuves nous avons choisi avec dessein un instrument de petite 
taille avec miroir, de 0™,12 de diamètre sur l"*-,50 de distance focale et sans 
mouvement d'horlogerie. Les phases de la Lune, depuis 6 jusqu'à 23 jours, les 



Fig. 70. 




L'appulse d'Aldébaraa photographiée à Prague. 

grandes planètes, les étoiles, au moins de première grandeur, laissent une trace 
sur la plaque sensible en une fraction de seconde, ce qui suffit, pour reproduire 
fidèlement tous les détails de 10* à 20' de dimension angulaire. 

A cause de la faible impression produite sur la plaque par l'étoile, il est néces- 
saire de prolonger l'exposition jusqu'à 0%75 ou 1*, puis de renforcer le cliché 
ultérieurement, ce qui est la cause d'une certaine incertitude de contours sur la 
Lune même et d'un petit allongement de l'étoile. 

Jos. et Jan Fric, 

à Prague. 

Société scientifique Flammarion, & Marseille. — A son retour de Nice, le Di- 
recteur de la Revue a été reçu à la gare de Marseille par les membres du comité de 
la Société scientifique de Marseille. Le 16 mars, répondant à de pressantes sollicita- 
tions, M. Flammarion a donné, pour les sociétaires seuls, une conférence intime sur les 
origines de la vie à la surface de notre planète. Le lendemain, un splendide banquet 
de soixante couverts lui a été offert au Grand-Hôtel Noailles. Par une délicate atten- 
tion du comité, chaque menu portait en tête un délicieux portrait de l'astronome, dû au 
burin de M. Bérengier. Sur la table, on admirait, parmi les corbeilles de fleurs des 



194 L'ASTRONOMIE. 

pièces montées auxquelles on avait donné la forme de Saturne, de Jupiter et de diverses 
constellations. 

Parmi les toasts qui ont été portés, on a beaucoup applaudi celui du Président de la 
Société, M. Bruguière, à l'infatigable propagateur de la plus belle des Sciences et de sa 
haute philosophie, et celui du vice-président, M. Dubois, à son secrétaire dévoué 
M"» Camille Flammarion, récemment décorée des palmes d'officier d'académie. 

M. Flammarion s'est alors levé et a prononcé l'allocution suivante : 

En me faisant le grand honneur de donner mon nom à votre Société naissante, 
ce n'est point, comme vous le pensez, un sentiment d'admiration personnelle 
pour mes travaux ou de reconnaissance pour les services que j'ai pu rendre à 
l'instruction' publique qui vous a inspin'S. 

Non. Comme vos sœurs aînées les Sociétés Flammarion d'Argentan, de Belgique, 
d'Espagne et d'Amérique, vousavezéto inspirésparun sentiment général plus grand 
et plus noble. Vous avez voulu prendre pour drapeau celui de l'apostolat scienti- 
fique, celui de l'indépendance et du progrès. Mes travaux n'ont jamais eu d'autre but. 

Les hommes passent, nous ne vivons que quelques jours. Mais les idées restent, 
et vous avez compris que la grandeur de l'homme ne consiste ni dans les titres 
retentissants, ni dans les dons plus ou moins aveugles de la fortune, mais seule- 
ment dans la valeur intollectuello ot morale. Pour nous tous, le premier bien 
est de savoir penser. 

Si les âmes qui vivent de l'idéal sont reconnaissantes envers l'Astronomie, c'est 
parce que cette science sublime a ouvert devant elles des horizons nouveaux 
sur l'infini et sur l'éternité. 

Aimant la science comme vous l'aimez, soucieux de voir l'instruction positive 
se répandre partout, vous êtes tous des apôtres du progrès, de la lumière et de 
la vraie liberté. Laissez-moi vous féliciter du magnifique résultat accompli en 
moins d'une année. Au milieu de la plus ancienne cité de notre beau pays de 
France, vous avez fondé un cercle scientifique, un cercle intellectuel, qui n'aura 
pour se soutenir ni les odieuses ressources fournies dans les autres cercles par 
la passion du jeu, ni même les attractions mondaines, qui sont les fleurs de la 
vie, mais seulement la générosité des esprits d'élite, qui aiment la science pour 
elle-même et apprécient à leur valeur les plaisirs intellectuels. Vous possédez 
en vous la vie, vous êtes nés humblement, comme tout ce qui doit grandir; 
vous vivrez. 

Déjà, par vos conférences, vous savez merveilleusement vous tenir au courant 
des progrès si rapides accomplis dans les diverses branches du savoir humain. 
Bientôt, nous pouvons l'espérer, vous posséderez une bibliothèque scientifique 
populaire, qui rendra les plus grands services. Plus tard, le magnifique empla- 
cement de votre siège social vous permettra d'installer un observatoire domi- 
nant la ville et la mer. Vous avez donc entre les mains tout ce qu'il faut pour 
réussir et, heureusement, vous ne portez dans votre sein aucun germe de rivalité 
ou de discorde, comme en sont trop souvent affligés certains établissements 
officiels. 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 195 

Il n'est point nécessaire, Messieurs, d'être astrologue pour tirer dès aujourd'hui 
l'horoscope de votre bonheur et pour porter un toast convaincu à la prospérité 
assurée de la Société scientifique Flammarion, de Marseille. Vous êtes aujourd'hui 
phalange ; demain vous serez légion. 



Fig. 71. 




Siège de la Société scientifique Flammarion, de Marseille. 

La Société vient d'entrer dans sa seconde année d'existence. Elle possède déjà un 
local à elle (dont nous reproduisons l'aspect, fîg. 71). C'est un excellent emplacement 
pour servir un jour d'observatoire populaire. 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES 

A FAIRE DU 15 MAI AU 15 JUIN 1885. 
Principaux olDjets célestes en évidence ponr robservation, 

1o CIEL ÉTOILE : 

Pour Taspect du Ciel étoile durant cette période de Tannée, il faut se reporter 
soit aux cartes publiées dans la première année de la Revue, soit aux descriptions 
données dans les Étoiles et les Curiosités du CteZ (pages 594 à 635). La longueur 
des jours qui précèdent l'époque du solstice d'été ainsi que la durée du cré- 
puscule retardent l'heure des observations astronomiques à faire au commence- 
ment de chaque soirée. 



196 



L'ASTRONOMIE. 



2« SYSTÈME SOLAIRE : 

Soleil. — Le 15 mai 1885, le Soleil se lève à 4*»20™ du matin et se couche 
à 7"» 33» du soir; le l»»" juin, l'astre du jour apparaît au-dessus de l'horizon à 4*» 3"» 
pour disparaître au-dessous à 7*»53™; enfin, le lever a lieu à 3*»58™, le 15 juin, 
et le coucher à 8*» 3™ du soir. La durée du jour est de 15*» 13» au 15 mai, de 15*» 50"» 
au l»»" juin et de 16*»5°> le 15 juin. Les jours augmentent, dans ces trente jours, de 
22«» le matin et de 30™ le soir, soit un accroissement total de 52». 

Le 14 juin, le Soleil passe au méridien de chaque lieu à midi précis. Avec une 
lunette méridienne ou un cadran solaire, on peut donc régler facilement UDe 
montre ou une pendule. 

Le Soleil continue à s'éloigner de l'équateur céleste : sa déclinaison boréale 
est de 18«58', au 15 mai, et de 23**20' au 15 juin, soit une augmentation de k^'2'2'. 

Le 9 juin, le diamètre solaire est de 3i'34',26. 

Lune. — La Lune continue à se présenter dans de bonnes conditions pour 
l'observation, principalement dans le voisinage de la nouvelle Lune, au moment 
où notre satellite nous montre le soir ou le matin son mince croissant. Les 16 
et 17 mai, sa hauteur, lors du passage au méridien sera d'environ 59<»30'. 



fHASEs... I pi^ igog j> à 8 40 soir. 



DQ le 6 juin, à 0^ 14* matin. 
NL le 12 » à 10 51 soir. 



Occultations visibles à Paris, 

Deux occultations seulement seront visibles à Paris dans la première moitié de 
la nuit, depuis le 15 mai jusqu'au 15 juin. Une autre sera visible dans la seconde 
moitié de la nuit. Nous la signalons parce que l'étoile occultée est de 4,5 grandeur. 

1* a Écrevisse (4* grandeur), le 19 mai, de 11''9' à ll''24" du soir. L'étoile disparait 

Fig. 72. Fig. 73. 




Occultation ilc a Ecrevissea par la Lune, Occultation de • Balance par L 

le 19 mai 1885, de ll»'^» a 11»»24 du soir. le 28 mai 1885, de 2»'22" à S"!» du matin. 



Occultation de • Balance par la Lune, 



dans la partie inférieure du disque unaire, à 43* au-dessus et à gauche du point le plus 
bas et reparaît du môme côté, à 9* au-dessus du même point. Cette anomalie, qui est 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 19 



représeatée {fig. 72), tient à ce que la Lune est près de l'horizon occidental, sur le point 
de se coucher. 

Ce curieux phénomène pourra être également étudié dans le Nord-Ouest de TËurope. 
Dans le Sud de la France, dans les péninsules ibérique et italique, il y aura simple 
appulse ou occultation d'une très faible durée, suivant la position du lieu d'observation. 

2* 35 Sextant (6« grandeur), le 21 mai, de Q'-S- à 9''29"du soir. La disparition se pro- 
duit dans la partie méridionale du limbe de la Lune, à 24* à gauche du point le plus 
bas et la réapparition à 9* à droite de ce même point. Gomme la précédente, cette occul- 
tation ne pourra être aperçue que dans le Nord-Ouest de l'Europe. 

3' 6 Balance (4-5« grandeur), le 28 mai, de 2'»22- à 3»*l» du matin. Cette brillante 
étoile disparaîtra, ainsi que l'indique la fig, 73, dans la partie septentrionale du limbe 
de la Lune, à 32* à gauche du point le plus élevé et réapparaîtra à 10* au-dessus du 
point le plus occidental. Cette occultation sera visible dans la plus grande partie de 
l'Europe. 

Occultations diverses. 

Les nombreux lecteurs de VAstronomie pourront encore voir, suivant les 
contrées de la Terre qu^ils habitent, les occultations suivantes : 

1* 130 Taureau (G- grandeur), le 16 mai, de 6** 40" à 7»'36" du soir, heure de Paris, 
temps moyen. Cette occultation pourra être étudiée dans la plus grande partie de 
l'Europe. 

2* Uranus, le 23 mai, vers 10^ du matin, temps moyen de Paris. Cette planète sera de 
nouveau occultée et l'observation pourra être faite, en Océanie, dans le voisinage des 
lies de la Nouvelle-Zélande. 

Le 16 mai, à 10^ du matin, la distance de la Lune à la Terre est périgée : 
360.900»^'^; diamètre lunaire = 33'6',2. 

Le 31 mai, à minuit, la distance de la Lune à la Terre est apogée : 405.100>"»; 
diamètre lunaire = 29'35',4. 

Le 13 juin, à 4*» du soir, la distance de la Lune à la Terre est périgée : 357.400^™; 
diamètre lunaire = 33'25',2. 

Mercure. — Du 16 mai au 14 juin. Mercure se présentera le matin, avant le 
lever du Soleil, dans le ciel de l'Orient. Pour les habitants de l'hémisphère 
boréal, la rapide planète sera difficilement observable, bien que sa distance au 
Soleil, le 25 mai, vers 1*» de l'après-midi, lors de sa plus grande élongation occi- 
dentale, soit de 24''45'. Cela tient à la lueur crépusculaire alors très intense et à 
la différence si considérable des déclinaisons des ileux astres : à ce moment, la 
déclinaison boréale du Soleil est de 2l«2' et celle de Mercure de 11*23' seulement. 
Mais les lecteurs de la Revue, qui observent dans l'hémisphère Sud de notre 
globe, auront là une excellente occasion pour distinguer à loisir, la brillante 
planète. 

Jours. Lever. Pasamge Méridien . Différence Soleil. CoDStellatioa. 

16 Mai 3^44» matin. 10"'32- matin. 0'»35- Bélier. 

20 » 3 35 » 10 25 » 39 •. 

24 » 3 26 » 10 21 » 44 » 

28 » 3 19 »» 10 21 ». 47 u 

!•' Juin 3 12 » 10 23 » 51 » 



198 L'ASTRONOMIE. 

Jouri. Lever. PMsage Méridien. Différence Soleil. Conitellation. 

5 Juin 3^ 9* matin, 10^30- matin. 0^52- Taureau. 

9 ). 3 7 » 10 39 » 52 » 

12 » 3 8 M 10 49 « 50 

14 ») 3 9 « 10 56 .) 40 « 

Le mouvement de Mercure est direct, pendant cette période d'un mois. Le 13 juin, 
la planète se trouve en conjonction avec e Taureau, de 3,5 grandeur; Mercure est 
au sud de l'étoile et à une distance de l<>2r. Le diamètre de Mercure est de 8','2 
au 25 mai, sa distance à la Terre au !«'' juin est de 140 millions de kilomètres, et 
sa distance au Soleil, le même jour, est de 60 millions de kilomètres. 

Vénus. — Cette belle planète commence à se présenter le soir, dans les brumes 
de l'Occident, peu après le coucber du Soleil. Malgré le crépuscule, il sera facile 
de reconnaître l'éclatante Vesper. 

Jours. Passage Méridien. Coucber. Différence Soleil. Constellation. 

24 Mai O»» 19- soir. 8^ 12- soir. 0*28- Taureau. 

26 » 22 » 8 17 »> 31 » 

28 » 24 -> 8 22 « 33 » 

30 » 27 u 8 27 » 36 « 

1«'Juin 30 » 8 32 » 39 >» 

4 » 34 « 8 39 « 44 •> 

7 » 38 » 8 44 » 46 » 

10 » 42 .• 8 49 « i9 Gémeaux. 

13 j> 47 » 8 55 w 53 » 

VÉtoile du Berger a un mouvement direct. Son diamètre est de 9',6 au !«' juin, 
sa distance à la Terre, ce même jour, est de 254 millions de kilomètres, et sa 
distance au Soleil est de 106 millions de kilomètres. • 

Mars. — Le 5 juin, cette planète se lève à 2*»47« du matin, précédant le soleil 
de 1*'14". Toujours très difficile à observer à cause de la lueur crépusculaire. 

Petites planètes. — Cèrès est toujours facilement observable le soir, soit à 
l'œil nu, soit à l'aide d'une jumelle marine. 

Jours. Passage Méridien. Oouclier de Gérés. ConsteUation. 

16 Mai 9*6- soir. S*» 51- matin. Vierge. 

21 » 8 45 » 3 28 »» » 

26 » 8 25 » 3 5 » » 

31 « 8 6 « 2 44 » 

5 Juin 7 47 » 2 21 » « 

10 » 7 29 » 2 1 » V 

Du 15 au 26 mai, le mouvement de Cérès est rétrograde, dans la direction de 
TEst à rOuest ; mais à partir du 26 mai, le mouvement devient direct et la petite 
planète se dirige sensiblement vers le Sud-Sud-Est, vers l'étoile de 3« grandeur, 
Vierge. 

Le 1®'' juin, Cérès oet éloignée de 302 millions de kilomètres de la Terre et 
de 391 millions de kilomètres du Soleil. 

Coordonnées au 26 mai : Ascension droite... 12*43-. Déclinaison... 7*59' X. 
» 11 juin : » » 12 46 » 5 53 N. 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 199 

Pallas continue à se présenter dans de bonnes conditions et est visible pendant 
une partie de la nuit. Cette petite planète sera très facile à reconnaître dans le 
Lion et la chevelure de Bérénice, à cause de son voisinage des étoiles P Lion 
de 2« grandeur et 98 Lion de 6" grandeur. Pallas ne cessera de former le sommet 
d'un triangle dont la base sera la droite qui unit ^ à 98 Lion. 

Jours. Passage Méridien. Coucher de Pallas. CoDsteUation. 

16 Mai S** S" soir. S^SS" matin. Lion. 

21 » 7 51 » 3 36 » » 

26 » 7 34 » 3 19 » »> 

31 .) 7 17 .' 3 2 M ^ 

5 Juin 7 1 ») 2 45 » Ghev. de Bérénice. 

10 » 6 46 » 2 29 » » 

15 .i 6 31 » 2 14 « » 

Pallas continue sa marche dans le sens direct, de l'Ouest à l'Est, en dehors 
du chemin que suivent les autres planètes. 

Le i«' juin, Pallas est éloignée de 312 millions de kilomètres de la Terre et 
de 367 millions de kilomètres du Soleil. 

Coordonnées au 25 mai : Ascension droite... 11''51'". Déclinaison... 19*58' N. 
» 11 juin : » » 12 4 » 19 31 N. 

Junon est toujours facile à trouver, le soir, dans la constellation de la Vierge, 
à cause de sa grande proximité de l'étoile ( de 3« grandeur. Le 20 mai, ces deux 
astres seront en conjonction et la petite planète se trouvera au Nord de l'étoile, 
à moins de S^B'. Une jumelle marine ou une lunette astronomique sera nécessaire 
pour distinguer Junon. 

Jours. Passage Méridien. Cooclier de Janon. Constellation. 

16 Mai 9''52- soir. 4'* 8" matin. Vibrqe. 

21 » 9 30 » 3 47 » » 

20 » 9 8 u 3 26 w » 

31 M ... 8 47 » 3 5 » » 

5 Juin 8 27 » 2 47 « » 

10 « 8 7 « 2 29 » « 

15 » 7 48 M 2 8 » » 

Le mouvement de Junon est rétrograde jusqu'au 12 juin. A partir de ce mo- 
ment, la marche de la petite planète redevient direct. 

La distance de Junon à la Terre est de 380 millions de kilomètres au !«'' juin 
et de 484 millions de kilomètres du Soleil. 

Coordonnées au 25 mai : Ascension droite... 13*' 27*". Déclinaison... 3*10* N. 
» 11 juin : » » 13 24 » 3 7 N. 

Vesta est toujours invisible, bien que se levant près de deux heures avant le 
Soleil. 

Jupiter. — Cette belle planète brille toujours du plus vif éclat dans le voisi- 
nage de Régulus. Le 30 mai, au soir, Jupiter et Régulus sont en conjonction et 
leur distance n'est que de 42'. 



200 L'ASTRONOBI)k 

Joor«. PMsain Méridien. Coodier. ConatellAtion. 

17 Mai 6'' 15- .soir. 1 '•27- matin. LiOK- 

21 » G 1 » 1 12 » » 

25 >» 5 47 » 57 » » 

29 « 5 32 . 42 

2 Juin 5 18 » 27 », » 

6 » 5 4 » 12 » » 

10 » 4 5t ■ » 11 54 soir. 

U * 4 37 » 11 39 • y 

Jupiter continue son mouvement direct dans la constellation du Lion. Le !•' juin, 
le diamètre de la planète est de 33',4, sa distance à la Terre est de 820 millions 
de kilomètres et sa distance du Soleil 800 millions de kilomètres. 

Employer une bonne jumelle marine pour Tobservation des satellites de 
Jupiter. Les personnes douées d'une très bonne vue pourront essayer de distinguer 
le 3" satellite à l'œil nu, lors de ses plus grandes élongations qui auront lieu aux 
dates suivantes : 18, 21, 22, •^),"^28 et 29 mai, i«r, 2, 5. 8, 9 et 12 juin. 

Éclipses des satellites de Jupiter. 

17 Mai Il'' 30** soir. Immersion du 2* satellite occulté. 

20 » 9 42 » Emersion 3 » » 

V » 1120 • Immersion 3 m éclipsé. 

22 » 10 32 » Emersion 1 » » 

27 » 10 6 » Immersion 3 » occulté. 

28 » 8 48 V Emersion 2 - éclipsé. 

4 Juin 11 23 » » 2 » » 

5 » 10 52 » Immersion 1 » occulté. 

7 » 8 51 » • Emersion 1 » éclipsé. 

14 » 10 47 » » 1 » » 

Remarque. — Les 15, 21 et 27 mai, 4 et 10 juin, les satellites de Jupiter sont 
d'un même côté du disque de Jupiter. 

Saturne. -— Saturne devient de plus en plus difficile à reconnaître, le soir, à 
l'Ouest, peu après le coucher du 'Soleil. Cette belle planète va bientôt disparaître. 
Le l**" juin, son diamètre est de 15" seulement. 

Uranus. — Le mouvement d'Uranus est rétrograde jusqu'au 6 juin et la planète 
se dirige vers p Vierge, étoile de 3,5 grandeur. A partir de ce jour, il reprend sa 
marche vers l'Est, toujours sous l'aspect d une étoile de 6« grandeur. 

Jours. Passage Méridien. Coucher. ConsteUation. 

17 Mai , 8M5'" soir. 2'' 24- matin. Vierge. 

22 » 7 55 » 2 4 » » 

27 » 7 35 » 144 » » 

2 Juin 7 U « 1 20 I. » 

7 » 6 51 » 1 » « » 

12 » 6 32 » 41 » » 

Coordonnées au l"juin : Ascension droite : ll''56"48'. Déclinaison : VQ'Z^' N. 

Eugène Vimont. 



CORRESPONDANCE. 

Curieux effets de la foudre, — M. V. -Pépin, de Saint-Brieuc, nous adresse Tintéres- 
santo relation suivante, à la date du 15 mars 1885. J'ai de mes propres yeux vu les dégâts 
accasionnés par la foudre, dans une ferme du village de Villecherel ( canton de Pleine- 
Fougères). L'électricité suivant la cheminée qu'elle démolit, arracha une pierre du foyer, 
fit un trou dans la muraille, tua une vache couchée de l'autre côté et revinC dans la 
maison. C'est là que se passa une %teène épouvantable : 

Il était une heure du matin — l'horloge arrêtée à une heure juste, sert de témoin. Le 
fermier et sa femme dormaient; un de leurs tout petits enfants était couché dans un berceau 
auprès du lit. La foudre, en un instant, arrache au fermier son oreiller de dessous la 
tête, brise les portes, les fenêtres, en projette les éclats à 10 ou 15 mètres dans le jardin, 
enfonce les meubles, casse la vaisselle ; puis, se faisant un passage dans la partie supé- 
rieure d'un buffet et dans le plafond, traverse un tas de paille sans y mettre le feu et 
sort enfin, on ne sait par où, remplissant la maison de gaz à odeur sulfureuse. Ces gaz 
étaient si irrespirables que les trois ou quatre enfants étaient suffoqués; les parents furent 
obligés de les porter dehors: le plus jeune resta même longtemps sans connaissance. 
Lorsque je les visitai, à huit heures du matin, ils étalent tous bien pâles, ou plutôt verts ! 

Aucun métal n'a étéattaaué; ainsi les armoires, les buffets, sont ornés ordinairement; 
dans nos campagnes de plaques de cuivre: pas une n*a été touchée. On peut aussi 
remarquer que la foudre n'a point allumé d'incendie eu passant dans le foin et la paille. 

M. E. Blot, à Glermont (Oise). — Nous avons reçu votre intéressante épure de Toccul- 
tation d'Aldébaran par la Lune, le 1*' septembre prochain. On ne saurait trop vous féli- 
citer de la précision que vous avez su apporter dans cette détermination graphique de 
toutes les phases du phénomène. 

M. Bruquièrb, à Marseille. — Merci pour vos observations des taches solaires- Vous 
savez qu'elles sont collectionnées avec soin et nous sont très utiles pour la statistique 
des phénomènes solaires. 

M. J. GoLOMBAT, à Montagny. — Merci de vos intéressantes observations^ dont 
plusieurs seront prochainement publiées. Une lunette équatoriale de 108*" comblera 
vos vœux. Votre lunette de 40"'" peut parfaitement y être adaptée comme chercheur. 

M. Barthelont, à Quimper. — Nous regrettons que la nature de nos occupations ne 
nous permette pas d'apprécier, comme il le mérit« sans doute, votre intéressant travail. 
Quant à la demande que vous adressez à M. G. F., il lui est impossible de la satisfaire, 
car il est tout à fait incompétent dans les questions de viticulture. 

M. Lucien Sol, à Paris. — La Lune est en effet attirée plus fortement par le Soleil 
que par la Terre, elle tourne eflfectivement autour du Soleil en un an puisqu'elle parti- 
cipe au mouvement annuel de la Terre, ce qui ne Tempêche pas de tourner autour de la 
Terre dans la période d'un mois. Voyez l'article de M. Gérigny : Comment la Lune se 
meut dans l'Espace. ( V Astronomie T. L 1882 n" 2, avril p. 65.) 

M. Oranger, à Auneau. — Votre observation de Jupiter est intéressante. Il est en 
effet assez rare qu'on observe sur cet astre des points noirs : il serait utile de savoir si 
vous avez revu ces points noirs et si vous avez pu les suivre ; leur observation faite 
d'une manière systématique serait utile pour la détermination de la durée de la rotation. 

Vous av6z bien raison de regretter q^ue tant de travail et d'intelligence se dissippont 
en pure perte dans des spéculations oiseuses ou des intrigues condamnables. Que l'hu- 
manité deviendrait vite puissante et instruite, si les hommes savaient employer utile- 
ment les facultés intellectuelles dont ils ont le bonheur d'être doués ! 

M. Henri Mullbr, à Lischert. — La question que vous soulevez est fort intéressante, 
mais fort difficile. Il ne suffit pas de tenir compte des densités des corps célestes : il 
faut aussi avoir égard â la loi de l'attraction; on ne peut juger à première vue aes 
mouvements de la matière soumise à d'aussi nombreuses innuences, et il faut de toute 
nécessité avoir recours à l'analyse mathématique. 

Un abonné, à Beaumont (Jersey). — Votre sismographe est en effet fort simple et 
pourrait rendre de grands services. La grande difficulté consiste à l'installer dans un 
endroit où il se trouve à l'abri des agitations accidentelles; trépidations du sol sous 
l'influence des voitures, oscillations des murs, des planches ou des pUjkfonds produites 
par le vent ou les pas d'une personne marchant dans la maison, etc, etc. — II faut des 
précautions toutes spéciales pour être sûr d'observer véritablement un phénomène géo- 
logique et non une agitation artificielle. 

M. PÉROCHE, à Lille. — Vos réflexions sont très judicieuses. Il est bien certain que si 
l'attraction de la Lune a quelque influence sur les .tremblements de terre, et les farts 




intervenir dans la production des oscillations plus fréôuentes en cette saison. Mais 
l'influence de la température paraît être révélée nar l'accroissement des secousses 

Sondant la nuit, elle doit aussi se faire sentir en niver dans le même sens, et il est 
ifficile de faire la part de ce qui est dû 1* à la diminution de la température 2* à la 
proximité relative du Soleil. 

M. Mavroqordato, à Constantinople. — Merci pour vos documents au sujet des 
tremblements de terre ressentis en Grèce; ils seront certainement utilisés. 

M. Ghailloux, à Paris. — Vous trouverez dans VAstronomie populaire, p. 591, et 
dans les Terres du Ciel, p. 736, tous les documents relatifs au satellite de Neptune. II 
n*a pas encore reçu de nom, 

M. Emile Baudry, à Blois. — Veuillez recevoir nos vives félicitations. Vos Douze 
sonnets astronomiques sont profondément pensés. L'édition en est élégante et digne 
d'une œuvre consacrée au Ciel. 

M. Pierre Sindigo, à Paris. — Les questions que vous nous adressez sont rédigées 
de telle sorte qu'il est impossible d'y répondre sans entreprendre au préalable une 
longue discussion sur leur énoncé même. La signification même de ces questions est 
souvent fort obscure, et nous ne comprenons pas Jaien ce que vous voulez dire. 

M. Frank Allan Curtis, de San Remo, écrit que le tremblement de terre dont il est 
question au tableau publié dans la Revue de Mars a. eu heu, non le 25 janvier, mais le 
samedi, 24, à la même heure (9^ 3" de Rome). La durée a été de 4*. La direction était 
S. E. à N. W. 

Le lundi 16 février, on a ressenti un autre tremblement qui a duré 2% à 11'' 10*" 
(heure de Rome, — même direction) et qui s'est terminé par une forte secousse rappe- 
lant celle d'un train subitement arrêté. 



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Paris. — Imp. Gauthier-Villars, 55, quai des Grands-AugusUna 



4' Année. 



N» 6. 



Juin 1885. 




REVUE MENSUELLE 

D'ASTRONOMIE POPULAIRE 

DE MÉTÉOROLOGIE ET DE PHYSIQUE DU GLOBE, 

DONNANT LB TABLEAU PERMANENT DES DÉCOUVERTES ET DES PR00RB8 RÉALISAS 
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PARIS. 

GAUTHIER-YILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE 

DE L*OBSERVATOIRE DE PARIS, 
Quai des Augustins, 55. 

1885 



SOMMAIRE DU N» 6 (JUIN 1885). 

La photographie directe du Ciel, par MM. Paul et Prospkh Henrv (2 figureai). — L'Observa- 
toire de Nice et l'Astronomie en France, par M. Camille Flammahion (4 flgures). — Murs 
ënigmatiqaes observés 4fc la surface dé la Lune, par M. L. Tbouvelot (1 flgure). —La 
hauteur des lueurs crépusculaires, par M. Cii. Dufour (2 flgures). — NouTelles de la 
Science. Variétés : Le» saints de glace et le mois de mai 1885. Phénoméoes solaires et aurores 
boréales. Lueurs crt'pu oculaires eklnmière zodiacale» par M. J. Colombat. Visibilité de Mer- 
cure. Vénus visible en plein jour. Etoile double voisine de p du Capricorne. L'éclipsé partiell<^ 1 
de Lune, du 30 mars, observée par MM. O. et S. Broune. Observations curieuses sur la Lune, La i 
Lune h l'envers. Aurores boréales. Eruption du Vésuve. Poussières de fer dans Tatmosphère. ( 
Gréions remarquables (1 figure). Les vi<^times de la foudre. L'acide carlwniquc de Tair. Mouve- 
ments lents du sol. Acoélération thermodynamique du mouvement de rotation de la terre. Den- 
sité de la terre. Sur le mouvement relalif do la terre et de l'éther. Légers tremblements de terre-. 
Les volcans et les mesures magnétiques. L'inventeur des jumelles. Statue à Giordano Bruno. 
I/Astronomie popularisée. Un cadran solaire de plus de deux mille ans. — Observations as- 
tronomlqueSf par M. E. Vimont (2 figures) . 



ARTICLES SOUS PRESSE 

POUA PARAITRE DANS LES PROCHAINS NUMÉROS DE LA REVUE. 

FLAMMARION. — Les conditions de la vie dans TUnivers iauHe el fin). 

DAUBRËE. — Découverte au Grofotand de masses de fer natif, d'oH^lne terrestre 

et analogue au fer natif d*origine eattra-terrestre. 
BERTHELOT. — Sur les slg^nes des métaux rapprochés des signes des planètes. 
CHANTRE. — Les anciens glacto|S« des Alpes. 
VAN SANDIGK. — L'AstronomJIe clica les Javanais. 
ERICSON. — Nouvelle mesure de la température du Soleil. 
TOTJNG. — Les problèmes actuels de T Astronomie. 
Jules BON JE AN. — La réforme du calendrier. 
BARRA (D'). — La météorologie en Australie. 

FENET. — Les curiosités sidérales vues dans les instruments moyens. 
VIMONT. — Instructions pour Tnsage des instruments. 
JACKSON. -- Tableau des diverses vif esses. 
DETAILLE. — L'Astronomie des anciens Egyptiens. 

ROSSI DE GIUSTINIANI. — L'AstrononUe des anciens philosophes grecs. 
G. HERMITB. — Détermination du nombre des étoiles. 
LESPIAULT. — Démonstration élémentaire des lois de Newton. 
FLAMMARION. — L'origine des constellations. 
GALLT. — Eclipses de Soleil et de Lune ^1 arriveront de l'an 1 886 k Tan 2000 



PRINCIPAUX ARTICLES PUBLIÉS DA,NS LA REVUE. 

A. D'ABBADIE, de l'Institut. — Choix d'un premier méridien. 

ARAGO <V.). — Le soleU de Minuit. 

BERTRAND <J.), de l'Institut. —Le satellite de Vénus. 

BOË (A. De), astronome à Anvers. — L'Etoile polaire. 

DAUBRÉB, Directeur de l'Ecole des mines. — Les pierres tombées du Ciel. 

DENNING <A.), astronome à Bristol. — Observations télescopiques da Jupiter, de Vésas 
de Mercure. 

DBNZA (P.), Directeur de l'Observatoire de Monoalleri. — Chute d'un uranolithe en Italie. 

DETAILLE, astronome. — L'atmosphère de Vénus. — Nouvelles mesures des anneaux 
de Saturne. — Les tremblem^^s de terre. 

FATE, Prét^idont du Bureau des Longitudes. — NouTelle théorie du Soleil. — Distribution 
des taches solaires. ~ Mouvements lents du sol en Suisse. — La formation du sys- 
tème solaire. 

FLAMMARION. — Les carrières astronomiques en France. -- Conditions d'habita- 
bilité de la planète Mars. — Constitution physique des comètes. — Une cenèse dans 
le Ciel. — Gomment on mesure la distance du soleil. — Les étoiles, soleils de l'InllnL— 
D'où viennent les pierres qui tombent du Ciel ? — Les étoiles doubles. — Chute d'un 
corps au centre de la terre — La conquête des airs et le centenaire de MoAtsolfler. — 
Les grandes marées au Mont Saint- Michel. — Phénomènes mètéorologiqus obser- 
vés en ballon. — Une excursion météorologique sur la planète Mars. -^ Les flam- 
mes du Soleil. — Les illuminations crépusculaires et le cataclysme de Krakatoa.— 
La planète transneptunlenne. — L'étoile du Berger. — L'histoire de la Terre. — Les 
victimes de la foudre. 

FOREL (le Professeur). — Les tremblements de terra. 

GAZAN (Colonel). — Les taches du soleil. 

GÂRIGNT, astronome. — Comment la lune se meut dans l'espace. — Ralentissement dv 
mouvement de la Terre. — La formation du système solaire. — Études sélénographi- 
ques. — L'èquatorial coudé de l'Observatoire de Paris. — L'hèllomètre. — La nais- 
sance de la Lune. « 

HENRT, de l'Observatoire de Paris. — Découvertes nouvelles sur Uranns. 

HERSCHEL (A.-S.).— Chute d'un uranolithe en Angleterre. 

HIRN, correspondant de l'Institut. — ConsèrTation de l'énergie solaire. — Phénomènes 
produits sur les bolides par l'atmosphère. — La température du Soleil. 

HOUZEAU, Dirortcur de l'Observatoire de Bruxelles. — Le satellite de Vénus. 



^ L'ASTRONOMIE. — 

LA PHOTOGRAPHIE DIRECTE DU CIEL. 



201 



VAsironomie a fait connaître (année 1884, p. 370) les premiers essais que 
nous avons obtenus dans la photographie directe des étoiles à l'aide d'un 

Fl^ 74. 




L*ama8 de Persée, photographié directement, 

Obseryatolre de Paris. Dorée de la pose = 50 minnlcs. 550 étoiles de la 7* & In J8* griindear, 
Bctaelle 1* = 139««. (Cliché du 10 octobre 1884). 

objectif de 0", 16 et d'un appareil provisoire. Ces premiers essais ayant donné 
de bons résultats, M. le Directeur de l'Observatoire a bien voulu faire cou- 
Juin 1885. 6 



202 L'ASTRONOMIE. 

struire immédiatement un appareil spécial dont la partie mécanique a été 
exécutée d'une façon remarquable par M, Gautier et dont nous avons nous- 
mêmes construit l'objectif. 

Ce nouvel instrument se compose de deux lunettes juxtaposées, renfer- 
mées dans un tube métallique unique en forme de parallélipipède et sépa- 
rées dans toute la longueur par une mince cloison; l'un des objectifs, 
de 0*", 24 d'ouverture et 3", 60 de distance focale, est destiné à Tobservatiou 
visuelle et sert de pointeur; l'autre, de 0">,34 d'ouverture et de 3", 43 de 
foyer, est achromatisé pour les rayons chimiques et sert à la Photographie. 
Les axes optiques de ces deux lunettes étant parallèles, tout astre maintenu 
au centre du champ de l'oculaire de la première produit son impression 
au centre de la plaque sensible de l'appareil photographique. 

L'équatorial est monté dans la forme dite anglaise, c'est-à-dire que le 
centre du tube reste toujours dans Taxe polaire de l'instrument. Cette dis- 
position permet de suivre un astre depuis son lever jusqu'à son coucher, 
sans qu'il soit nécessaire de retourner l'instrument dans le voisinage du méri- 
dien ; elle a, de plus, l'avantage de donner, pour toutes les régions du ciel la 
position directe et la position inverse, ce qui permet d'éliminer certaines 
erreurs de décentrage. 

Il est muni, comme les équatoriaux ordinaires, de cercle horaire, de 
cercle de déclinaison et d'un mouvement d'horlogerie qui peut faire mar- 
cher l'appareil pendant trois heures sans être remonté. 

Il existe des mouvements indépendants de rappel très lent permettant de 
maintenir Taxe de la lunette dans une position parfaitement déterminée, 
malgré quelque légère irrégularité dans le mouvement d'horlogerie ou rorien- 
tation de la lunette. 

L'objectif photographique, le plus grand qui ait encore été exécuté, est 
formé d'un système achromatique simple, et, quoique d'un rapport focal 
extrêmement court, il peut couvrir très nettement, sans l'emploi d'aucun 
diaphragme, le champ très considérable de 3* de diamètre. 

Bien que cet appareil ne soit pas encore entièrement réglé, nous avoub 
déjà pu obtenir, en une heure de pose, l'épreuve reproduite ici (fig. 7.5) : sur 
une surface représentant une étendue du ciel d'environ 5* carrés, on peut 
compter 2790 étoiles comprises entre la 5* et la 14* grandeur aussi nettement 
venues sur les bords qu'au centre de l'épreuve ; on peut même distinguer 
sur le cliché les traces des étoiles de 15« grandeur, mais trop faiblement 
impressionnées pour supporter le report sur papier;. elles seront certaine- 
ment obtenues par une pose plus longue ; les étoiles de 14* grandeur se pré- 
sentent sous un diamètre de xô de millimètre. 

La construction d'une telle carie, obtenue en une heure, aurait certai- 



LA PHOTOGRAPHIE DIRECTE DU CIEL. 20Î 

nement exigé plusieurs mois d'un, travail assidu par les procédés ordi-- 
naires. 
Voici la durée de pose nécessaire pour obtenir l'image des étoiles : 

!>-• étoiles. 

!'• grandeur 0%003 

2* ,01 3 > 

3- 0,03 

4- : 0,08 

5- 0,2 

6% dernières étoiles visibles à l'œil nu ,5 

?• 1,3 

8* 3 

9- 8 

10- \ . 20 

11* l grandeur moyenne des astéroïdes ' 50 

12- ) ) 2- 

13- 5 

14* 13 

15" i dernières étoiles visibles avec la moyenne des i 33 

16* j grands instruments \ 1^23 

Tous ces chiffres représentent un minimum; pour obtenir de bonnes 
reproductions sur papier, il faudra tripler ce temps de pose. 

On voit par ce tableau que, entre la première et la dernière grandeur 
d'étoiles, la durée de pose varie de 1 à 1 000 000. (Le rapport adopté entre 
Téclat de deux grandeurs consécutives est 2,512). 

Nous nous sommes servis pour ces expériences des plaques au gélatino- 
bromure de Monckoven, préparées par M. Bernœrt, de Gand. 

Remarquons en terminant que ces nouveaux progrès ont sensiblement 
augmenté la puissance de la vue humaine, puisqu'ils permettent d'obtenir 
l'image d'une étoile ou le tracé de la route d'un astre qui resterait invisible 
avec des lunettes de môme ouverture que celles qui servent à la photographie. 
La persistance de l'impression rend la plaque photographique plus sensible 
que la rétine. 

Paul bt Prosper Henry 

Astronomes-adjoints de robservatoire de Paris. 



Ce sont là de magnifiques résultats, et, nous éprouvons le plus vif bonheur 
à les présenter à nos lecteurs du globe entier. « Tous les astronomes dirong- 
nous avec M. l'amiral Mouchez, tous les astronomes attacheront certainement 
un grand intérêt aux résultats qui viennent d'être obtenus à l'Observatoire 
de Paris; ils justifient cette remarque déjà ancienne, que les astronomes qui, 
suivant l'exemple illustre des Galilée et des Herschel, s'appliquent à con- 



Î04 L ASTUONOMIB. 

Btruire eux-mêmes leui^ insU*uments, deviennent les plus habiles artistes et 
font faire le plus de progrès à l'Astronomie d'observation. Ces résultats sont 
d'une importance considérable pour l'Astronomie. La photographie céleste 
avait sans doute déjà produit quelques résultats intéressants, mais ils n'of- 
fraient guère jusqu'ici qu'un objet de pure curiosité, aucun fait nouveau 
dans la connaissance du ciel ne leur étant encore dû; il en est tout autre- 
ment aujourd'hui avec les nouveaux grands objectifs photographiques de 
MM. Henry. 

« Le piemier grand problème qui va pouvoir être résolu en quelques années 
est le construction exacte de la Carte du ciel, c'est-à-dire le dénombrement, 
le classement et la position de toutes Içs étoiles visibles avec les grands in- 
struments, problème qui a longtemps préoccupé les plus célèbres astronomes 
et était considéré comme insoluble jusqu'ici. 

» Herschel, après la construction de son grand télescope, consacra de bien 
longs travaux à la solution d'une parlie seulement de la question, le dénom- 
brement des étoiles. Mais il trouva, par les procédés de sondage ou de jauge 
qu'il avait imaginés, qu'il lui faudrait quatre-vingts années de travail 
pour arriver à l'exploration complète du ciel; cependant, après plusieurs 
années d'observation, il crut pouvoir fixer approximativement le nombre des 
étoiles visibles avec son grand télescope, c'est-à-dire jusqu'à la 14« ou 15* 
grandeur, à vingt millions et demi. Par une remarquable coïncidence, nous 
arrivons à peu près au même chiffre avec notre épreuve obtenue en une 
heure de pose. La surface de la sphère contenant 41 000* carrés environ, si 
l'on admet que notre épreuve représente une région de densité moyenne du 
ciel, les 2790 étoiles contenues dans ces 5* carrés donnent à peu près 22 mil- 
lions et demi d'étoiles pour l'ensemble de la voûte céleste. 

» Comme autre étude très importante, devenue aujourd'hui possible par la 
Photographie, nous pouvons signaler la découverte des astéroïdes. Les petites 
étoiles s'inscrivant sur le cliché comme un point pour ainsi dire mathéma- 
tique, les planètes s'en distinguent par un petit trait parfaitement net indi- 
quant leur mouvement propre en grandeur et en direction pendant la durée 
de la pose : c'est ainsi que nous avons déjà obtenu, avec l'appareil provisoire 
de l'année dernière, le mouvement propre de Palias au milieu des étoiles fixes. 
» On pourra étudier de même le mouvement des satellites autour de leur 
planète : sur les épreuves de Jupiter prises de dix minutes en dix minutes, on 
voit nettement s'accentuer la marche de ces petits corps autour de Taslie 
piincipal. 

» L'étude des étoiles doubles et multiples, quand ces groupes ne seront pas 
trop serrés, en sera grandement facilitée; et Ton pourra également appliquer 
la Photographie à la recherche des parallaxes ; j'ai déjà eu l'occasion de dire 



LA PHOTOGRAPHIE DIRECTE DU CIEL. 20^ 

qu'avec un microscope ordinaire et un grossissement de quinze à vingt fois, 
j'ai pu faire sur les clichés des pointés à un ou deux dixièmes de seconde 
près. 
» Enfin il faut citer la photométrie comme une des branches de l'Astronomie 

FijT. 75. 




Photographie directe de cinq degrés carrés du ciel. 

ÎO"»»" à 20»» 16"; -+- 35» 0' à -f-' 37«»80'. 2800 étoiles d« la 5* & la H* grandeur. 
(Cliché du 23 avril 1885). 

physique, qui pourra recueillir maintenant de très utiles documents de 
l'emploi de la photographie. » 

Celte question si intéressante de la valem* photométrique des étoiles reçoit 
de la photographie une interprétation différente de celle de ToBil humain, 
mais qui n'en est pas moins précieuse. On sait que le bleu vient blanc en 



206 LASTRONOMÎE. 

photographie, tandis que le jaune et le rouge viennent noir. Les étoiles 
blanches et bleuâtres de 15* et 16' grandeurs se laissent photographier sans 
peine ; les étoiles jaunes, orangées ou rougeâtres ne sont pas photogéniques. 
Dans l'amas de Persée {fig. 74) il y a notamment une étoile de %• grandeur 
et demie qui ne produit sur le cliché que la trace d'une étoile de 11*. Les étoiles 
rouges les i)lus brillantes, Aldébaran, par exemple, ne donnent pas, comme 
on pourrait le croire, des disques grands et ternes, mais de minuscules petits 
points. La variabilité de couleur se décèlera par la photographie. 

Il existe d'ailleurs des plaques isochroraatiques (entre autres celles de 
MM. Glayton et Atout-Tailler) qui permettent de photographier toutes les 
étoiles, quelles que soient leurs couleurs, avec leur intensité lumineuse réelle. 

Mais ce sont surtout les mouvements propres des étoiles qui se manifeste- 
ront par les comparaisons périodiques des aspects célestes. Les positions rela- 
tives très précises substituées aux positions absolues mettront en dix ou vingt 
ans en évidence des déplacements que cent années d'observations méri- 
diennes n'auraient pas signalés. Toute équation personnelle étant élimin^'O 
dès le principe, les résultats obtenus seront dignes delà plus haute confiance. 
En résumé, les ingénieux travaux de MM. Paul et Prosper Henry sont de 
ceux qui illustrent à la fois un établissement et un pays. Ils font le plus grand 
honneur à l'Observatoire de Paris et contribuent tout particulièrement à sa 
prospérité scientifique et à sa gloire. 

L.V RÉDACTION DE LA ReVUE. 



L'OBSERVATOIRE DE MCE ET L'ASTRONOMIE E> FRANCE. 

Nous venons de visiter, dans les ateliers du célèbre constructeur Eiffel, la 
plus grande des coupoles tournantes qui aient jamais été construites. Cett^ 
merveille flottante ne mesure pas moins de 22", 40 de diamètre à l'inté- 
rieur; c'est-à dire qu'elle surpasse de 2 mètres celle du Panthéon. Elle pèse 
95 000'«, est construite en fer, composée de 620 feuilles, assemblées entre 
elles par 55 000 rivets. Elle est simplement posée sur de l'eau, flotte comme 
un bateau, si légèrement que la main d'une Parisienne peut la faire tourner 
à l'aide d'un petit treuil. En moins de quatre minutes, elle fait un tour 
complet sur elle-même. Un vent un peu fort suffit même pour la mettre eu 
mouvement. 

Cette coupole est destinée à TObservatoire de Nice. 

Le résultat obtenu par le hardi constructeur auquel on doit le projet de la 
tour de 300" destinée à couronner l'exposition séculaire de 1889 est aussi 
merveilleux qu'inattendu. Les ingénieurs invités par le Ministre des travaui 



L OBSERVATOIRE DE NICE ET L'ASTRONOMIE EN FRANCE. 



207 



publics à examiner les projets de concours pour la coupole de 20"" que 
l'Observatoire attend toujours — et attendra malheureusement longtemps 
encore — se déclarèrent contre cette idée nouvelle et originale de faire 
porter une coupole astronomique sur de l'eau. Cependant, ils la discutèrent, 
pour la repousser par quatre voix contre trois. Elle avait pourtant un pro- 
tecteur puissant, Tamiral Mouchez, Directeur de TObservatoire, juge ausâi 
éclairé qu'indépendant. 

M. Charles Garnier, Tarchitccte de TOpéra, qui venait de terminer TObser- 

Fig. 76. 










Plan général de l'Observaloire do Nice. 



vatoire de Nice, dû à la générosité scientifique sans seconde en France do 
M. Bischoffsheim, faisait partie de la commission des sept et était Tun des 
trois partisans du projet Eiffel. Ayant une coupole à placer sur la magni- 
fique base égyptienne qui domine si splendidement le mont Gros à Nice, 
Phidias décida Mécène à choisir la coupole flottante, de préférence à tous les 
anciens systèmes. S'il se fût agi d'un établissement de TEtat, par exemple de 
l'Observatoire de Paris, on eût été obligé de suivre l'avis de la commission 
officielle, et, au lieu de ce dôme aérien, qui n'est plus qu'un jeu dans la 
main de l'observateur ou de son assistant, on aurait construit un édifice 
massif analogue à celui de la terrasse de l'Observatoire, à cette coupole de 
la tour de l'Est construite du temps d'Arago et qui a lassé la patience des 
rares astronomes qui se sont astreints à observer le ciel sous cette lourde 
carapace. 



208 



L'ASTKONOMIE. 



Je me souviens pour ma part que, dans le cours de rannée 1877, ayant 
eu à passer là quelques nuits d'observation, la coupole était si dure à 
tourner que plusieurs hommes d'équipe étaient nécessaii*es pour la mettre 
en mouvement; il ne fallait pas moins de trois quarts d'heure de travail 
pour lui faire faire un seul tour. Quant aux trappes, deux hommes devaient 
se pendre aux cordages destinés à les ouvrir et encore n'y réussissaient-ils 
pas toujours. 

Dans la coupole de Nice, le système d'ouverture est complètement nou- 

Fig. 77. 






1 i ; 
i ! i 






r 



La coupole flottanto de 22» de diamètre. 

veau. Il se compose simplement de deux volets, régnant sur toute la hauteur 
de la coupole, depuis la base jusqu'au sommet, qui s'écartent l'un de Tautre, 
parcourant chacun 1'",50, et donnent à l'ouverture destinée aux observa- 
lions un espace complètement libre de 3'" de largeur et de toute la hauteur 
de la coupole. Ajoutons que les volets, une fois fermés, le sont hermétique- 
ment, et que les gouttes de pluie chassées par le vent ne risquent pas d'aUer 
détériorer l'instrument. 

Nous l'avons dit tout à l'heure, l'innovation de cette construction consiste 
dans l'application du principe d'Archimède : tout corps plongé dans l'eau 
perd une partie de son poids, équivalente à celui de l'eau qu'il déplace. La 
coupole pesant 95 000^», on a donc construit une cuve circulaire destinée 
à la soutenir, pouvant contenir plus de 95 000 litres d eau. La base de la 
coupole s'enfonce d'une certaine quantité dans celte eau, ne pose pas sur le 



L'OBSERVATOIRE DE NICE ET L'ASTRONOMIE EN FRANCE. 



209 



fond, ilbtte tout simplement, comme un oateau. Cette cuve annulaire mesure 
par conséquent 22°*, 40 de diamètre intérieur, comme la coupole elle-même; 
sa hauteur est de t™,50, sa largeur de l'",20.^ur le flotteur est fixée une 
armature de seize fermes en acier, qui forme en quelque sorte la base et la 
charpente du dôme mobile. Au besoin, en cas de réparation de la cuve, par 
exemple, la coupole peut tourner sur des galets, comme on le voit sur la 
fig- 77. 
Ce n'est pas de Teau pure qui remplit la cuve, car chacun sait que l'eau 



Fig. 78. 




- -*7s^ - ' 

La coupole sur son piédestal . 

gèle à zéro et que, même sur la montagne de Nice, il serait imprudent de 
s'exposer à voir la coupole immobilisée précisément pendant les belles nuits 
d'hiver. M. Eiffel a choisi une dissolution de chlorure de magnésium, 
laquelle ne se gèle qu'à 40° au-dessous de zéro, froid sans exemple à Nice, à 
Paris et dans tout le monde habitable. On a objecté que le chlorure de 
magnésium pouvait attaquer les métaux. Mais M. Pictet l'emploie depuis dix 
ans dans ses appareils frigorifiques et n'a jamais remarqué aucune dété- 
rioration. 

Voici maintenant ce beau projet réalisé. La coupole va être démontée et 
portée sur la base qui l'attend à Nice. Elle abritera un équatorial colossal de 
18" de longueur, dont l'objectif, de O^TO de diamètre, a été parfaitement réussi 
par M. Feil et va recevoir la savante courbure qui lui convient, par les soins 

6* 



210 



L'ASTRONOMIE. 



de MM. Henry frères, de l'Observatoire de Paris, célèbres par leurs décou- 
vertes astronomiques comme par leurs travaux en optique, qui en ont fait 
depuis longtemps déjà les émules et les continuateurs de Foucault. 

Là, sur la montagne qui domine dans les hauteurs aériennes la ville du 
bruit et des plaisirs, au sein du silence solennel des rochers et des bois, en 
face de l'un des plus grandioses tableaux de la nature qui se puissent voir, 
entre la Méditerranée au miroir resplendissant et les Alpes couronnées de 
leurs neiges éternelles, les astronomes de TObservatoire de Nice vont conti- 

Flg. 7'J. 




Coupe du flotteur de la coupole. 

nuer et développer encore les recherches ingénieuses et les belles décou- 
vertes qui ont déjà signalé leur avènement. Déjà, à Taide des premiers 
instruments mis à leur disposition par une générosité scientifique qu'on ne 
saurait trop louer, les étoiles doubles, les planètes de notre système, les 
comètes errantes ont été minutieusement étudiées, examinées, mesurées par 
M. Pen-otin, le directeur de l'Observatoire, et par son aide assidu, M. Char- 
lois; déjà aussi, à l'aide d'un appareil merveilleux dû tout entier à son inven- 
tion, M. Thollon a pu pénétrer le mystère de la constitution chimique du 
Soleil, en obtenant un spectre solaire de 15" de longueur, sur lequel il a 
compté et mesuré plus de dix mille raies spectrales, dont un grand nombre 
appartiennent à l'atmosphère même de la Terre. Par la comparaison de ces 
raies solaires et terrestres, on obtient des données précieuses, non seulement 
sur la constitution du Soleil, mais sur celle de notre propre planète. Par sii 
situation, par la valeur des savants qui y travaillent, par l'excellence de ses 



L'OBSERVATOIRE DE NICE ET L'ASTRONOMIE EN FRANCE. 211 

instruments, TObservatoire de Nice peut être désormais considéré comme 
l'un des premiers du monde entier. 

Un jour, quittant Nice pour Paris, je n*ai pu m'empêcher d'exprimer mon 
admiration, en des termes que je demande la permission de rappeler ici, 
précisément parce qu'ils n'auront peut-ctré pas toujours la même raison d'être. 

« Dans ce sanctuaire d'Uranie règne un esprit de libéralisme scientifique, 
déloyale confraternité, de sincérité et d'aménité, que l'on n'est pas accou- 
tumé à rencontrer dans les Observatoires. On y respire un air de liberté qui 
s'harmonise bien avec la supériorité lumineuse des hauteurs. Tous les astro- 
nomes qui visitent l'Observatoire de Nice s'en aperçoivent dès le premier 
jour et ne peuvent s'empêcher d'en féliciter le directeur. Le Verrier était ua 
grand génie, mais il faut avouer que la tradition qu'il a laissée à l'Observa- 
toire de Paris et ailleurs est déplorable. 

a Quand donc les savants comprendront-ils que les places officielles ne 
signifient rietij absolument rien, et que la seule valeur de l'homme consiste 
dans sa valeur personnelle ? 

« L'homme de cœur est heureux de rencontrer sur sa route une RépubUque 
de travailleurs comme celle de l'Observatoire de Nice, et, dût la modestie de 
ces scrutateurs des mystères célestes en être blessée, il croit juste et même 
opportun de signaler son existence. 

« Tous les vrais amis de la science admireront la libéraUté scientifique de 
l'heureux député des Alpes-Maritimes, et ils le féliciteront surtout de la 
manière dont son œuvre a été réalisée (M- » 

Ces paroles, je pourrais les répéter aujourd'hui même. Mais l'Observatoire 
de M. Bischoffsheim gardera-t-il son indépendance dans l'avenir? 

L'éducation française est ainsi faite, depuis la centralisation opérée par 
Louis XIV, que l'officiel, le fonctionnarisme régnent sur l'ensemble des esprits. 
C'est à un tel point qu'en général l'homme le mieux doué, au lieu de se 
contenter d'être quelqu'un, s'imagine qu'il est préférable d'être quelque chose. 
II semble que la consécation officielle d'une valeur soit un titre de garantie. 
Et pourtant, au fond, chacun sait qu'il n'en est rien, que l'on rencontre à 
chaque pas de hauts et puissants fonctionnaires dépourvus de toute valeur 
personnelle, véritables crustacés de la civilisation, et qu'à côté agissent des 
savants, des industriels, des littérateurs, des artistes incomparablement plus 
forts et qui ont en plus le mérite d'être affranchis de toute attache officielle. 
Derâande-t-on ce qu'étaient Christophe Colomb, Copernic, Newton, Pascal. 
Leibniz, Herschel; s'ils étaient académiciens ou s'ils portaient des galons? 

L'Observatoire de Nice est dd tout entier à l'initiative privée, à la noble 

C) 1j Astronomie, mai 1884. 



212 L'ASTRONOMIE. 

générosité d'un ami de la Science et du progrès. M. Bischoffsheim y a consacré 
plusieurs millions, tant pour l'achat du terrain que pour les constructions, 
les instruments et le personnel. C'est lui. qui subvient à toutes les dépenses; 
son intention est certainement d'aww?Yr Vavenir comme le présent. Jusqu'ici, 
il a tout créé en dehors de l'Etat. Aussi, depuis trois ans seulement 
qu'il est possible d'y travailler, les résultats sont-ils déjà merveilleux, tandis 
que nous pourrions aligner ici, si nous le voulions, des colonnes de chiffres 
représentant des centaines de mille francs et même des millions, pris sur 
nos impôts toujours croissants, versés dans les établissements de l'État, et 
qui ne rapportent rien, absolument rien à la science. Ce magnifique exemple 
d'initiative privée, fréquent aux États-Unis et en Angleterre, mais si rarissime 
en France qu'il est unique, inaugure-t-il pour notre pays une ère d'émulation 
et de progrès? Allons-nous cesser de rester endormis sur Toreiller de TÉtat? 
Allons-nous faire preuve d'existence, de personnalité, d'indépendance, 
d'énergie, comme nos modèles du Nouveau Monde et de TAngleterre? Il est à 
craindre que non. 

On dit que M. Bischoffsheim lui-même n'apprécie pas à sa valeur le carac- 
tère de son œuvre, qu'il ne tient pas à donner ce grand exemple à la France 
et qu'une fois l'Observatoire entièrement terminé, il fera comme tout le monde 
et abandonnera sa création au grand fleuve qui doucement coule, à l'État. 
On dit que son intention est de profiter de l'inauguration qui doit être faite 
au mois d'octobre prochain pour offrir les clefs de l'Observatoire au Bureau 
des Longitudes ! 

Ce serait infiniment regrettable, à tous les points de vue. 

Camille Flammarion. 

MURS ÉNIGMATIQUES 

OBSERVES A LA SURFACE DE LA LUNE. 

Le 20 février 1877, entre 9'"30" et lO^SO", temps moyen de Cambridge 
(Etats-Unis), j'observais le cratère Eudoxe à l'aide d'un réfracteur de 0,162""', 
quand mon attention fut éveillée par un phénomène inusité que je n'avais 
jamais remarqué auparavant. A ce moment, les conditions atmosphériques 
étaient très favorables pour l'observation, et la ligne du terminateur passait 
par les cratères Aristillus et Alphonse. Le phénomène consistait en un mince 
filet lumineux qui traversait la partie méridionale du cratère (fig. 80) et 
s'avançait en ligne droite, allant d'un bord à l'autre en conservant une lar- 
geur uniforme.* A l'Ouest, son extrémité n'atteignait cependant pas tout à fait 
le bord du cratère qui, en cet endroit, forme une petite dentelure (A), mais 
en était séparée par un petit intervalle. A l'Est, le filet lumineux s'avançait 



MURS ÉNIGMATIQUES OBSERVÉS A LA SURFACE DE LA LUNE. 



213 



jusqu'au bord du cratère, en B, et aboutissait à une sorte de fracture ou de 
ravin sinueux, qui se continuait au delà, du côté du Sud-Est. 

La moitié occidentale de ce filet lumineux était entourée d*ombre de chaque 
côté, tandis que sa partie orientale en était dépourvue sur son côté sud. Au 
Nord, l'ombre, formant une bande assez large, suivait parallèlement le bord 
du filet lumineux jusqu'au point où elle rencontrait le talus incliné qui 
forme le mur du cratère; après quoi elle allait en s'effilant, et se terminait 
en pointe aiguë à son extrémité. Ce filet lumineux paraissait plus brillant 
que les parties de la surface qui recevaient la lumière solaire et qui lui 
étaient contiguës, car il se détachait sur elles avec netteté. Ce trait lumineux, 
avec le large ruban d'ombre qui le longeait au Nord, produisit sur moi l'im- 

Fifç. 80. 




Mur rectiligne traversant le cirque lunaire d'Eudoxe. 

pression très décidée que le cratère était traversé en cet endroit par un mur 
étroit et très élevé qui surgissait au-dessus de l'ombre portée par son contre- 
fort ouest, et, sans plus y songe», je me contentai de celte explication. 

Pliis d'une année s'écoula avant que je n'eusse occasion d'observer de nou- 
Yeau ce cratère. Le 31 décembre 1878, par une vue excellente, et bien que 
la ligne du terminateur passât non loin d'Aristillus, je ne pus rien dé- 
couvrir qui ressemblât à ce que j'avais étudié en 1877. Cependant, on distin- 
guait dans le fond du cratère quelque chose qui donnait l'idée d'une fracture, 
justement à l'endroit où j'avais vu le filet lumineux. Le 4 mai 1881, on voyait 
briller dans l'ombre du cratère un point un peu allongé du Nord au Sud, 
précisément à l'endroit où se terminait l'extrémité occidentale du trait lumi- 
neux reconnu en 1877. Depuis, j'ai observé ce cratère chaque fois qu'il se 
présentait dans les. mêmes conditions d'illumination, mais jamais je n'ai 
revu le même phénomène. Dernièrement, le 23 avril 1885, j'ai examiné avec 
beaucoup de soin le fond de ce cratère alors exposé aux rayons, du Soleil, 
mais je n'ai rien remarqué qui ressemblât à un mur, sinon qu'à l'Ouest on 



214 L'ASTRONOMIE. 

voyait quelques rocs et débris disposés en ligne droite sur le trajet même 
du filet lumineux observé en 1877. 

Il serait plus naturel d'expliquer le phénomène observé en supposant qu'il 
existe une fracture étroite et très profonde dans le mur ouest d'Eudoxe, et 
que la lumière solaire, en passant à travers cette ouverture, illuminait le fond 
du cratère, et formait ainsi Tétroit filet lumineux que nous avons observé. 
Mais plusieurs objections s'élèvent contre cette hypothèse. D'abord, si le 
rayon lumineux observé était dû au passage des rayons solaires à travers une 
fente étroite, on ne voit pas pourquoi ce filet lumineux aurait été plus 
brillant que les parties de la surface qui lui étaient contiguës et recevaient 
également la lumière solaire. De plus, on ne conçoit pas comment l'ombre 
du lalus occidental du cratère aurait pu être prolongée aussi loin et jusqu'au 
sommet du talus opposé, alors que le Soleil était déjà élevé de plus de 20* au- 
dessus de Thorizon do ce lieu. 

D'un autre côté, si le phénomène observé était un mur travereant le 
cratère, comment expliquer pourquoi cenuu», si facilement reconnaissable le 
20 février 1877, a passe inaperçu et ira jamais été observé auparavant? 
Nous sommes ici placés en présence d'un dilemme quïl n'est pas facile de 
résoudre. 

Du reste, il existe sur notre satellite des murs naturels aussi longs, aussi 
étroits et aussi élevés que celui qu'il faudrait supposer avoir existé dans 
Eudoxe pour expliquer les phénomènes observés, et nous connaissons plu- 
sieurs de ces murs que nous avons dessinés et observés un grand nombre de 
fois. Chose curieuse, les murs lunaires que nous avons observés se trouvent 
précisément- comme celui d'Eudoxe, sur le trajet de certaines rainures dont 
ils forment une partie en relief; ou bien, les rainures venant y aboutir, ils 
les prolongent à des distances quelquefois considérables. 

Ainsi, la grande rainure tj de la carte de Neison, qui commence au nord 
du cratère Burg, s'avance vers le Sud-Est jusqu'à un massif mon tueux où 
elle semble se terminer, noyée dans la lumière éclatante d'un petit craterlel 
qui occupe le sommet de la chaîne montagneuse. Mais elle se continue au 
delà, et on la retrouve au pied opposé de la montagne, s'avançant en ligne 
droite à travers un méandre du Lac du Sommeil; puis, pénétrant de nou- 
veau dans la montagne, elle s'élance, toujours en ligne droite, à travers les 
terrains si étendus et si accidentés de cette région, passant à l'ouest 
d'Alexandre, et vient déboucher à travers le Mont Caucase et se terminer 
dans la Mér de la Sérénité, au nord d'un très petit cratère isolé, située non 
loin de la chaîne caucasienne. Cette longue ligne, allant de Burg à la Merde 
la Sérénité, ne se présente pas sous le même aspect sur tout son parcours. 
En effet, le 4 avril 1881, je reconnaissais avec toute l'évidence désirable que 



MURS ÉNIGMATIQUES OBSERVÉS A LA SURFACE DE LA LUNE. 515 

là où elle traverse le méandre du Lac du Sommeil, et d'une chaîne de 
montagnes à l'autre chaîne^ elle n'apparaissait pas comme une rainure, mais 
plutôt comme un mur étroit et élevé projetant son ombre sur son côté septen- 
trional, et s'avançait parallèlement avec le mince filet lumineux qui consti- 
tuait son sommet. La rainure qui s'avance au delà de ce mur vers la Mer de 
la Sérénité a été observée par nous le^ 20 mars 1877, et, depuis cette époque, 
nous l'avons retrouvée plusieurs fois. 

Le 23 janvier 1880, à S^'SS", temps moyen de Cambridge, je reconnaissais 
un mur long et étroit qui partait de la bordure ouest d'un petit massif mon- 
tueux situé à une très faible distance du sommet sud de l'ellipse formée par 
le cratère Aristarque. Le trait lumineux que formait ce mur avançait vers 
l'Est, et se dirigeait en ligne droite sur le cratère Hérodote dont il atteignait 
la bordure occidentale et la dépassait même un peu, projetant comme un 
petit point lumineux sur l'ombre dont ce cratère était alors envahi. La partie 
occidentale de ce mur, qui traversait le petit massif montueux qui vient 
d'être décrit, se montrait seulement comme un trait lumineux, mais dès 
qu'il l'avait dépassé, et s'avançait à l'Est à travers la vallée profonde qui 
sépare les deux cratères; on voyait Tombre projetée par le contrefort sud- 
est d'Aristarque s'arrêter nettement au filet lumineux; mais, plus loin, vers 
l'Est, l'ombre qui longeait le mur, devenue plus étroite, semblait être celle 
de ce mur, portée au Nord. Vers son extrémité orientale, le mur qui traver- 
sait le contrefort ouest d'Hérodote n'était accompagné que d'un mince filet 
d'ombre interrompu par place. 

Sur le terrain montueux qui s'étend à l'est du grand cratère Rhœticus 
on rencontre un de ces murs singuliers, qui présente une longueur consi- 
dérable. Cette formation, que j'ai reconnue depuis plusieurs années et ob- 
servée plusieurs fois, semble être un prolongement de la rainure Z qui 
appartient au système de Triesnecker. Cette rainure, comme l'on sait, com- 
mence au nord-ouest de Triesnecker et s'avance au Sud vers le petit cratère 
Rhœticus B, et se termine au pied du massif montueux déjà cité. Le mur en 
question commence à l'extrémité de cette rainure, et se prolonge vers le 
Sud, en contournant la bordure orientale de Rhœticus, s'avançant parallèle- 
ment à ce bord, traversant ce terrain accidenté de pics élevés et de ravins 
profonds, et, dépassant ce cratère, va se terminer au Sud, dans une petite 
vallée, non loin d'un très petit cratère situé entre Rhœticus et Horrocks. 
Dans son trajet, ce mur traverse plusieurs ravins profonds qu'il coupe à 
angle droit. En ces endroits, il apparaît comme un mince filet d'argent, situé 
comme il Test entre deux ombres : Tune portée par le mur est de Rhœticus, 
qui vient s'arrêter contre sa bordure ouest, et l'autre par ce mur lui-môme 
qui emplit d'ombre et fait la nuit le long de sa bordure orientale. Là où il 



216 L'ASTRONOMIE. 

traverse les ravins, Tombre que ce mur porte à l'Est est très large, mais elle 
est très étroite et quelquefois absente là où le mur traverse les crêtes qui 
séparent ces ravins, indiquant ainsi que le mur n'est pas plus élevé qu'eux. 
La longueur considérable de ce mur, qui dépasse 3°, sa régularité parfaite, 
et la courbe hardie qu'il décrit autour du cratère, (semblerait-il) pour 
l'éviter, font de cette formation lunaire un objet tout à fait remarquable, qui 
ressemble à s'y méprendre à quelque viaduc gigantesque dont plus d'un 
ingénieur serait fier. 

E.-L. Trouvelot. 

Observatoire de Mcudon. 



LA HAUTEUR DES LUEURS CRÉPUSCULAIRES. 

Les magnifiques lueurs crépusculaires, qui ont signalé l'hiver 1883-1884, durè- 
rent plus d'une année. On les a observées en Suisse pour la première fois le 
26 novembre 1883 ; elles ont notablement diminué au commencement de décembre, 
pour reprendre une splendeur exceptionnelle à la fin du même mois ; elles ont été 
remarquables pendant tout le mois de janvier, ont diminué pendant le mois de 
février, sans toutefois disparaître entièrement; et, jusqu'à la fin de l'année 1884, 
lorsque le temps était favorable, le soir, après le coucher du Soleil, ou le matin, 
avant le lever de cet astre, on voyait le ciel illuminé comme par une aurore 
boréale. Et même les plus belles aurores n*ont pas un éclat comparable à celui 
qu'avaient ces lueurs pendant les mois de décembre et de janvier. 

Son aspect variait un peu d'un jour à l'autre, probablement suivant le degré de 
sérénité des couches que traversaient les rayons du Soleil. 

Mais, en somme, les principales phases du phénomène se reproduisaient jour 
après jour. 

Dans tous les cas, elles constituent un fait si remarquable et si nouveau dans 
l'histoire de la Science qu'il valait la peine d'y prêter une grande attention, et 
d'en faire une description détaillée pour ceux qui viendront après nous, et qui 
n'auront pu jouir de ce magnifique spectacle. 

Voici, par exemple, le relevé de quelques-unes des notes que j'ai prises sur 
la marche du phénomène ; toutes ces observations ont été faites à Morges, en un 
point situé par 46° 29' de latitude Nord et 4o8' de longitude à l'est de Paris. 

Le 10 janvier 1884 : 

Le matin, le rouge commence à paraître vers 6^, temps moyen de Morges. 

A 6*> 30°>, il est dans toute sa splendeur. 

A 6^45™, il commence à diminuer. 

A 1^, il y a une zone cramoisie très mince au-dessus des montagnes, où le Soleil 
va paraître. 

A 7^5", il y a une zone verte au-dessus des montagnes, le rouge est plus haut. 



LA HAUTEUR DES LUEURS CRÉPUSCULAIRES. 217 

A 7*» 15™, la zone près de Thorizon est d'un vert livide, le rouge est au-dessus. 
A 7*>20™, il n*y a plus de rouge appréciable. 
A 5*» du soir, le ciel est jaune. 
A 5^6» du soir, le rouge est très sensible. 

A 5*» 15», les neiges des Alpes sont rougies par les lueurs crépusculaires. 
A 5^50», les lueurs du couchant donnent encore de l'ombre. 
A 6^15», les lueurs rouges avaient disparu. 

Le 11 janvier, les observations du matin ont été gênées par les nuages. Voici 
celles du soir : 
A 5^, tout le ciel devient jaune. 

A 5^23™, tout l'horizon est coloré en rouge même à l'Est. 
A 5*» 25», il y a à l'Ouest une zone cramoisi près de l'horizon. 
A 5*>36», le rouge devient très intense à l'Ouest sur un grand secteur dont le 
Soleil paraît occuper le centre. 

A 5*>45», les neiges des Alpes qui, jusqu'alors, avaient paru rouges, cessent 
d'avoir cette couleur. Mais les lueurs de l'Ouest sont encore assez intenses pour 
qu'un bras tendu projette de l'ombre sur un mur. 

A 5*>50", quelques stratus situés à l'orient du méridien sont gris et ne parais- 
sent plus être éclairés par les lueurs crépusculaires. 
A ô'^lG», les dernières lueurs du rouge ont disparu. 
Le 12 janvier : 

A 4^50™ du soir, le ciel devient jaune. 

A 4^55», un ciel d'un rouge brique, mais d'une couleur peu intense, com- 
mence 7o au-dessus de l'horizon et s'étend du côté du zénith. La neige des Alpes 
est encore blanche. 
A 5^, le jaune du ciel est plus prononcé. 

A 5*» 2», du côté de l'Occident, le ciel est vert à l'horizon, le rouge commence h* 
au-dessus de l'horizon et atteint presque le zénith. La neige des Alpes, à une 
altitude de 1000» à 1200*^, commence à devenir rouge. 

A 5^8», le Couchant devient très brillant et les murs tournés à l'Ouest com- 
mencent à (ievjnir rouges. 
A 5*» 10», le rouge s'arrête à 25° au-dessus de Fhorizon. 
Depuis lors, les phénomènes sont la répétition de ceux de la veille. 
Le 25 décembre 1883, j'ai noté : 

A 4*>30», la neige des montagnes est d'un blanc terne. Aucune rougeur n'apparaît 
sur elles. 

A 4»>40», elles commencent à devenir rouges. En ce moment, le ciel paraît vert 
où le Soleil a disparu, le rouge est sensiblement plus haut. 

A 4^50», le rouge commence 4^30' au-dessus de l'horizon, le vert est au- 
dessous. 

A 5^, le rouge du Couchant est tellement prononcé que tous les objets projettent 
une ombre sensible. 
Le clocher de Morges semble cramoisi, il est plus rouge qu'il ne Tétait pendant 

6-* 



218 



L'ASTRONOMIE. 



le violent incendie de l'Arsenal, le 2 mars 1871, et cependant alors le feu était 
à 600" du clocher. 

A 5^, Vénus paraissait verte dans les régions embrasées du Couchant. 

Et plusieurs fois le croissant de la Lune semblait d'un vert prononcé lorsqu'on 
le voyait parmi les lueurs. 

J'ai cherché à déterminer la hauteur à laquelle ces lueurs existaient, en admet- 
tant, ce qui du reste paraissait incontestable, qu'elles étaient produites par des 
molécules éclairées par le Soleil. On pouvait bien admettre aussi que cet éclai- 
rement était direct et non produit par une série de réflexions; car il semble 
qu'alors le phénomène aurait présenté de plus grandes variations d'un jour à 
l'autre, et surtout que le rouge aurait été moins intense. 

J'ai pris comme point de départ les observations faites à Morges dans la soirée 

Fig. 8!. 




du 10 janvier 1884, jour où les lueurs disparurent à l'horizon occidental à 6ï>15"» 
du soir, temps moyen de Morges, ou 6^7«>>, temps vrai. 

Pour trouver quelle était en ce moment la position du Soleil, il y avait lieu de 
considérer un triangle sphérique dont les trois sommets étaient : i» le zénith; 
2o le Soleil; 3<» le pôle céleste. 

Comme le Soleil avait alors une déclinaison australe de 210 58', la distance du 
^Soleil au Pôle boréal était de lilo58'. La latitude du point d'observation à Morges 
était de 46o29', donc la distance du pôle au zénith, qui est le complément de la 
latitude, était de 43«3r. 

Enfin, comme l'observation avait lieu 6^7" après le passage du Soleil au méri- 
ilien, l'angle au pôle était de 91o45'. La distance zénithale du Soleil est le troisième 
côté de ce triangle sphérique dont on connaît deux côtés et l'angle compris. Pour 
trouver ce troisième côté, j'ai utilisé la formule 

cosa = cos6cosc4-sin6sinccosA; 

on trouve alors pour le côté a 106o54'. Donc, le Soleil était 16o54' au-dessous de 
l'horizon, et l'on trouve, dans le même triangle, que l'angle au zénith est de i04«2t'; 
c'est l'azimut du Soleil compté à partir du Nord en passant par l'Ouest. 



LA HAUTEUR DES LUEURS CRÉPUSCULAIRES. 219 

On voit facilement aussi qu'au moment de l'observation, le Soleil était au 
zénith d*un point situé par 21«>58' de latitude australe, et 87<>58' de longitude à 
l'Ouest de Paris. C'était, sur l'Océan Pacifique, 1569"^™ à l'ouest de la limite mé- 
ridionale du Pérou. 

Pour trouver quel était le point de la Terre où étaient tangents les rayons du 
Soleil qui produisaient les dernières lueurs visibles depuis Morges, il fallait 
déterminer, sur l'arc de grand cercle qui joignait Morges et ce point-là, quel 
était celui pour lequel en ce moment le Soleil se couchait. 

A cet effet, soit le triangle sphérique terrestre PMS, (fig. Si), dans lequel P est 
le pôle boréal, M Morges, S le point situé dans l'Océan Pacifique qui a le Soleil 
à son zénith. Le côté SM vaut donc 106«54', car ce triangle sphérique terrestre a 
les mêmes éléments que le triangle sphérique céleste dont il a été question plus 




haut; et il est clair que sur l'arc de grand cercle SM, le Soleil se couche en un 
point O situé à 90« de S. Pour trouver sa position, il faut résoudre le triangle OPM, 
dans lequel PM=43o29', c*est le complément de la latitude de Morges, OM 
= 106o54'— 90*> = 16054', et l'angle M est l'azimut du Soleil, soit 104o21. On trouve 
alors que le côté OP = 49o53'30'; et que l'angle OPM = 21 «S?'. Donc, le point O 
est à 40'>6'30' de latitude Nord, et à 21<»37' de longitude à Touest de Morges, soit 
17<»29' à l'ouest de Paris; c'était sur l'Atlantique à peu près à mi-chemin entre 
Oporto et les Açores. Là était la tangence des rayons qui, en continuant leur route, 
éclairaient dans les hautes régions de latmosphère les éléments qui formaient 
les lueurs crépusculaires au moment où elles disparaissaient pour Morges. 

Dès lors, il était facile de déterminer la hauteur de ces éléments. Soit C, (fig, 82), 
le centre de la Terre, O le point de tangence des rayons du Soleil, M la position de 
Tobservateur.OK et KM sont les deux tangentes, le point Kest le siège des lueurs 

Dès que l'angle OCM vaut 160 54', XCM vaut 8o27'. 

On a donc OK = 00, tang 8o27'. OC est le rayon de la Terre compté à 6366''«. 
On trouve ainsi que OK ou KM valent 9457"^»» ; et pour trouver KX, on a : 

ÔÎC* =KX(KX-+-2.0C>. 



220 L'ASTRONOMIE. 

On trouve ainsi que KX = 70^»». 

Et en résolvant un nouveau triangle sphërique analogue au précédent, on trouve 
que le point X est à 43o48' de latitude Nord, et 7» 13' de longitude à Touest de 
Paris; c'est dans la partie méridionale du golfe de Gascogne, 274''» à l'ouest de 
Bayonne. C'est donc au-dessus de ce point que se trouvaient les régions du fir- 
mament où nous apercevions les dernières lueurs crépusculaires dans la soirée 
du 10 janvier 1884. 

Dans ces calculs, je n'ai pas tenu compte de la réfraction qui n'aurait pas 
beaucoup modifié les chiffres ci-dessus; mais je n'ai pas non plus tenu compte du 
fait que, de tous côtés, notre horizon est limité par des montagnes qui s'élèvent 
à 2» ou 3o. Cette correction aurait agi en sens inverse de la précédente, et j'ai le 
sentiment qu'elle l'aurait dépassée, de façon que la hauteur de 70^» doit être con- 
sidérée comme un minimum. 

Et cela d'autant plus que j'ai pris pour la fin du phénomène l'instant où la vive 
couleur rouge avait disparu; mais peu après, en y faisant attention, on voyait 
encore quelques lueurs qui provenaient peut-être d'un éclairement par réflexion, 
ou peut-être aussi de ce que quelques éléments de la substance qui les pro- 
duisait étaient plus élevés que les autres. 

Les observations faites dans les jours voisins du 10 janvier, ont donné des 
résultats analogues à celui que je viens de cit^r; mais j'ai été curieux de refaire 
les calculs pour une époque antérieure. 

Le i8 décembre 1883, les lueurs avaient cessé à 6^^ du soir temps moyen de 
Morges; en refaisait les calculs comme je l'ai exposé plus haut, je trouve pour 
résultat 73'^». 

Enfin, j'ai voulu utiliser un renseignement d'une autre nature. Le 9 jan- 
vier 1884, à r>^30>» du soir, j'avais noté que le rouge arrivait au zénith. Je consi- 
dérais cette indication comme d'autant plus précieuse qu'il n'y avait pas d'erreur 
causée par l'élévation des montagnes qui bornent notre horizon du côté de 
rOuest. C'est ce qui m'avait engagé à négliger la réfraction qui produisait un 
effet inverse. Mais pour l'observation du 9 janvier, cette raison n'existait pas, 
j'ai eu égard à la réfraction. 

Au moment de l'observation, le Soleil était au zénith du point situé par 22«9' 
de latitude australe et 80® 45' de longitude à l'ouest de Morges. Dans cette 
direction, si l'on n'avait pas égard à la réfraction, la tangence des rayons lumi- 
neux aurait lieu à. O^ôO^SO* de Morges. Mais la réfraction horizontale est en 
moyenne de 34' 47"; par conséquent, les rayons solaires arrivaient déjà plus près 
de l'observateur de cette quantité-là. Ensuite, les lueurs étaient^ en tout cas, 
dans des régions où l'air était tellement rare que les rayons y étalon réfractés 
autant que ceux qui passent dans le vide depuis une atmosphère qui aurait la 
densité ordinaire; par conséquent, les rayons arrivaient au zénith comme s'ils 
avaient été tangents en un point encore plus rapproché de 34'47'. U faut ainsi 
considérer la tangente comme si elle partait d'un point situé à 8<>40'56' du lieu 
d'observation^ on trouve alors qu'elle avait une longueur de 9721^, ce qui donne 



LA HAUTEUK DES LUEURS CRÉPUSCULAIRES. 221 

pour la hauteur des lueurs au zénith, 74>^». On voit donc que les trois résultats 
auxquels je suis arrivé pour trois observations différentes sont assez rapprochés 
pour qu'on puisse les considérer comme exacts. 

L'écart qu'il y a entre eux ne présente rien d'extraordinaire pour un phénomène 
dont Tobservation ne pouvait pas comporter une très grande précision. On peut 
donc admettre soixante-dix kilomètres environ pour la hauteur de ces lueurs si 
remarquables. 

Elles ont diminué d'éclat et de durée. Cependant, elles ont encore été fort belles 
le 27 septembre 1884, où elles ont disparu à 7*>15» du soir. Pour ce soir-là, j'ai 
refait des calculs analogues à ceux du 10 janvier, et j'ai trouvé pour la hauteur 
des substances qui produisaient les lueurs 61^™. Elles auraient baissé de 10^°™, 
à peu près, en huit mois. 

En général, ces lueurs étaient centrées sur le Soleil, toutefois il y a eu quelque» 
exceptions; la plus remarquable, parmi celles que j'ai observées, est celle 
du 23 janvier 1884. Pendant cette soirée, les colorations étaient beaucoup plus 
faibles que les jours précédents, et leur centre ne correspondait pas avec l'azimut 
du Soleil, il était 30o plus au Sud. 

Il est probable que c'était une conséquence de l'absence des lueurs dans 
Tazimut du Soleil et dans les régions situées plus au Nord, absence qui peut 
être attribuée à des nuages dans cette direction. En effet, le 23 janvier, un vio- 
lent cyclone accompagné d'une forte dépression barométrique existait au large 
de l'Irlande et avançait contre la Suède qu'il atteignait les 24 et 25 janvier. 

Il peut paraître extraordinaire que les substances qui produisaient les lueurs 
aient pu rester suspendues à une hauteur de 70'»^"; car, à cette altitude, et sans 
même tenir compte de l'abaissement de la température qui aurait encore pour 
conséquence de diminuer le résultat, on trouvera que la pression de l'air doit 
être seulement de 0»»,12. C'est bien peu pour tenir en suspension des matières 
quelconques; cependant ce n*est pas là une impossibilité absolue; et, dans tous 
les cas, quelle que soit la cause qui a produit les lueurs, d'après les calculs 
indiqués plus haut, cette cause a dû se manifester à une altitude de 70^» au 
moins. 

La Lune produisait aussi des lueurs, mais naturellement plus faibles que celles 
du Soleil; je les ai observées plusieurs fois du 9 au 16 janvier, soit avant la 
Pleine Lune, quand elle se couchait vers 4 ou 5^ du matin, soit après la Pleine 
Lune, quand elle se levait dans la soirée. 

Maintenant, quelle a pu être la cause du phénomène extraordinaire qui nous 
occupe? 

Parmi les explications présentées, il faut d'abord éliminer toutes celles qui 
l'attribuent à une origine astronomique, telle que le passage de la Terre dans la 
queue d'une comète; dans ce cas, tous les points du globe les auraient eues 
le même jour; tandis que certains pays les ont eues au commencement de 
septembre, d'autres en octobre, en Suisse elles ont commencé seulement le 
26 novembre. 



222 L'ASTRONOMIE. 

Il me semble que, dans Tëtat actuel de nos connaissances, la cause la plus 
probable à laquelle on peut attribuer les beaux crépuscules de l'hiver de 1883-1884, 
c'est l'éruption du Krakatoa arrivée dans le détroit de la Sonde le 27 août 1883. 
Avant cette éruption, il n'est question nulle part de ces lueurs; immédiatement 
après le 27 août, elles apparaissent, d'abord dans le voisinage de l'île de Java, 
ensuite dans les localités plus éloignées. 

C'est ce que M. Flammarion a surabondamment prouvé dans cette Revue 
même (»). 

On peut bien admettre qu'une éruption comme celle dont le détroit de la Sonde 
fut le théâtre, a pu projeter dans les hautes régions de l'air des corpuscules que 
les vents ont ensuite dispersés sur le globe entier, et qui ont causé les remar- 
quables lueurs que nous avons eues les mois suivants. Ce qui confirme cette 
manière de voir, c'est que l'analyse faite en quelques localités des poussières 
tombées pendant Thiver a montré qu'elles étaient de même nature que les débris 
lancés par le volcan. 

On a rappelé qu'en 1831, après les phénomènes volcaniques qui accompagnèrent 
l'éruption de l'île Julia, on avait eu en Europe des brouillards et même des lueurs 
analogues à celles de l^iver de 1883-1884. 

On aurait pu ajouter qu'en 1783, précisément un siècle avant l'éruption du 
Krakatoa, mais encore après de violentes éruptions des volcans de l'Islande et 
après les terribles tremblements de terre de la Calabre, on avait eu aussi des 
brouillards secs encore plus intenses que ceux de 1831. 

Je me souviens d'avoir entendu parler de ces brouillards par un habitant de 
Vevey qui les avait vus dans sa jeunesse. Et 72 ans plus tard, en 1855, il en 
parlait avec beaucoup d'animation. On voyait que ce phénomène avait fait une 
vive impression sur ceux qui en furent témoins. Il racontait que, dans l'été de 1783, 
pendant plusieurs jours, depuis Vevey on ne pouvait pas distinguer les mon- 
tagnes de la Savoie dont la distance n'est cependant que de 10 à 12*^. 

En présence de ce brouillard étrange qui existait malgré une grande sécheresse 
de l'air, et qui différait complètement des brouillards ordinaires, on supposa 
d'abord que la Terre passait dans la queue d'une comète; mais on renonça à cette 
explication quand on apprit que ce brouillard n'existait pas sur tout le globe, et 
que, dans les pays où il était visible, il n'avait pas paru partout en même temps. 

On l'attribua alors à la fumée jetée par les volcans qui avaient fait de violentes 
éruptions quelque temps auparavant; cette idée a prévalu jusqu'à nos jours, et 
tout ce que l'on a appris dès lors tend à la confirmer. 

D'après cela, les brouillards secs de 1783 et de 1831, et les lueurs de 1883 
seraient des phénomènes du même ordre, ou du moins qui auraient la même 
origine, des éruptions volcaniques. Il est vrai qu'en 1883 et 1884 nous avons eu 
des lueurs et non des brouillards; cette différence s'explique par la plus grande 



;«) Voir VAstronomie, janvier 1884, p. 19 — février, p. 65 — avril, p. 147 — mai, 
p. 189 — juillet, p. 200 — octobre, p. 390 — novembre, p. 430 — décembre, p. 464 — 

mors 1RR!k n. 113. 



LA HADTEUK DES LUEURS CllÉPUSCULAIKES. 223 

distance du point d'éruption et par la différence d'intensité de celle-ci : après une 
éruption volcanique, les débris les plus lourds tombent dans le voisinage, tandis 
que les parties les plus ténues sont emportées au loin. 

Or, réruption du Krakatoa, en août 1883, a été d'une violence extraordinaire, 
peut-être la plus forte que l'histoire ait jamais enregistrée (*). 

J'ai peu de goût en général pour certains calculs que l'on base sur des données 
tellement incertaines, qu'à la fin, il y a un rapport considérable entre le résultat 
auquel on arrive et celui auquel on devait arriver. Cependant, ces calculs ne sont 
pas toujours inutiles; ils peuvent souvent donner au moins une idée de Tordre 
de grandeur des quantités cherchées. 

On peut placer dans ce genre de questions les calculs faits pour le Krakatoa. 
En supposant que la partie disparue avait un nombre de kilomètres cubes que 
l'on évaluait approximativement; en faisant la part de ce qui avait pu tomber de 
gros matériaux dans le voisinage immédiat du volcan; et en supposant que la 
matière ainsi lancée dans l'atmosphère eût été répandue sur tout le globe; on a 
cherché à déterminer quelle aurait été l'épaisseur de la pellicule formée de tous 
ces débris, afin de voir s'ils avaient pu troubler la transparence de l'air et pro- 
duire les lueurs crépusculaires. On a ainsi apprécié cette épaisseur à 0«>™,01. 

Alors les hypothèses ont commencé. Un voile opaque de cette épaisseur, mais 
divisé en très petits fragments, peut-il produire le phénomène que nous avons 
admiré? Ici, diflPéreutes manières de voir se sont fait jour. 

Sur ce point, je ne voudrais pas me prononcer; cependant il est certain que la 
fumée peut se diluer à un degré extraordinaire et troubler encore la transparence 
de Fair. En 1802, la combustion d'une forêt près de Sierre en Valais, a donné 
une fumée qui a recouvert une surface d'environ 3000'»^™''. 

Si Ton considère la quantité de houille que l'on jette dans le foyer d'un bateau 
à vapeur, on est étonné de l'étendue de la fumée qui s'en échappe. 

J'avais souvent été témoin de ce fait sans y attacher d'importance, lorsque les 
calculs dont je viens de parler sur l'opacité qu'avait pu produire l'éruption du 
Krakatoa m'engagèrent à y prêter un peu plus d'attention. 

Les 4 et 6 février 1885, j'observai la fumée de deux des bateaux à vapeur du 
lac Léman, le Dauphin et le Simplon, pendant leurs traversées, entre Morges 
et RoUe ; quelques-unes des observations ont été faites depuis le bateau à vapeur, 
d'autres depuis le rivage. Chaque fois on mettait dans le feu environ 50^s de 
houille; et par un temps très calme il est vrai, le panache de fumée qui en 
résultait était visible sur une étendue de plus de 1^™. En sortant de la cheminée, 
il avait environ 1™ de large, et à la fin au moins 5™. Ici, il était sans doute très 
peu intense, cependant il troublait d'une manière appréciable la sérénité du Ciel. 
Je sais bien que le nuage qu'il produisait n'était pas continu, il paraissait plutôt 
formé de bouffées de fumée; mais les espaces vides étaient peu de chose relati- 

(*) On a vu dans la Revue que la quantité de matières rejetées par l'éruption du 
Krakatoa. est évaluée à 18 kilomètres cubes. 



224 L'ASTRONOMIE. 

vement aux espaces pleins. En somme, je suis certain que je reste au-dessous de 
la vérité en comptant que ce trapèze de fumée avait 5™ à la grande base, 1™ à la 
petite et 1000«» de hauteur, ce qui ferait une surface de 3000"fl. Et si, à la fin, il 
était peu sensible, à son origine, il arrêtait presque complètement les rayons du 
Soleil. 

Les 50^ de houille mis dans le feu étaient certainement en grande partie 
brûlés et réduits en gaz invisibles ; la plus petite partie seulement demeurait à 
l'état de charbon et s'échappait en fumée. 

Que Ton fasse maintenant le calcul, en exagérant beaucoup si Ton veut, c'est- 
à-dire en admettant que les bO^e de houille étaient entièrement convertis en 
fumée. On verra néanmoins combien était mince la couche opaque qui en était 
formée, et qui, cependant, même là où elle était la plus diluée, produisait encore 
un voile sensible sur le Ciel. 

Il n'y aurait donc rien d'étonnant à ce que la fumée du Krakatoa, réduite à 

l'épaisseur indiquée, ait produit des phénomènes visibles. Toutefois, ce sera 

toujours un phénomène d'une puissance bien exceptionnelle que cette éruption 

du 27 août 1883 dans le détroit de la Sonde, qui a lancé dans l'atmosphère une 

quantité de matériaux suffisants, non seulement pour recouvrir de cendres et de 

pierre ponce les régions voisines sur une grande étendue; mais pour produire 

encore une quantité de fumée qui, pendant plus d'une année, a été visible sur 

toute la surface du globe. 

Ch. Dufour, 

Professeur à rAcadémie de Lausanne. 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 

Les saints de glace et le mois de mai 1885. — Les 11, 12, et 13 mai oot été 

très froids cette année à Paris et dans tout le nord de la France, la Belgique, 
l'Allemagne, etc : ils continuèrent une période de froids tardifs. Le printemps 
avait paru commencer à la fin d'avril, mais le mois de mai nous a ramené une 
température de mars, avec giboulées et pluies. Les 11, 12, 13 et 14 mai, froid 
intempestif. Du 13 au soir au 14 à midi pluie glaciale avec vent du Nord. Le 15 au 
matin beau soleil et relèvement de la température ; le soir, abaissement. Le 16, 
pluie et grande fraîcheur. 

Les fleurs des marronniers de l'avenue de l'Observatoire de Paris n'ont com- 
mencé à s'épanouir qu'aux premiers jours de mai, leur pleine expansion a eu 
lieu du 17 au 25; elles ont duré jusqu'en juin. Retard de plus d'un mois sur la 
moyenne. 

Les choses se sont passées d'une toute autre façon l'année dernière. 

Il a fait chaud du 8 au 17, et le froid est revenu le 18 pour sévir jusqu'au 2Î. 
En 1883, temps froid et pluvieux jusqu'au 12. Élévation de température à partir 
du 13; léger abaissement le 20. En 1882, après plusieurs journées chaudes, vent 
du nord du 13 au 18, froid intempestif comme cette année. 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 225 

En résumé cette période reste remarquable. Mais elle n'a rien d'astronomique^ 
ne se caractérise par aucune régularité. Elle est essentiellement météorologique, 
probablement liée à la fonte des glaces des contrées boréales et aux courants de 
la mer du Nord. Quoi qu'il en soit, cette année, la température de mai a été celle 
de mars. Le 16, neige en Autriche, en Allemagne et en Belgique; au Puy-de- 
Dôme, etc ; à Paris, pluie et froid, les 17, 18 et 19 froid avec giboulées; les 20 et 
21 pluie, vent, tempête, froid; le 22, bourrasques et éclaircies, grand vent; 
le 23 et le 24, soleil et ondées; le 25, amélioration; le 26, commencement de la 
chaleur; le 27, première journée d'été. 

L'année 1885 n'a pas eu de printemps. 

Phénomènes solaires et aurores boréales. -- L'Observatoire du collège de 
Stonyhurst vient de publier le résultat de ses observations solaires et magnétiques 
faites en 1883, renfermant les dessins du Soleil, les observations spectroscopiques 
de la chromosphère et des protubérances, ainsi que les observations des instru- 
ments magnétiques et des aurores boréales. On a signalé des aurores aux dates 
des 3 et 24 avril, 11 et 14 mai, 30 août, 8 septembre, 4 et 5 octobre. La compa- 
raison de ces observations avec les dessins du Soleil et avec les courbes magné- 
tiques conduit aux remarques suivantes : 

Les productions d'aurores coïncident chaque fois avec des époques de pertur- 
bations solaires, et l'on n'a encore remarqué aucune aurore pendant les périodes 
de calme et de repos. Semblablement, pour chaque aurore, les instruments magné- 
tiques manifestent des mouvements insolites, quoique les perturbations corres- 
pondantes aux aurores des 11 mai, 30 août et 8 septembre n'aient pas été d'un 
violent caractère. Les aurores d'avril et mai coïncident d'une manière remar- 
quable avec un large groupe de taches apparues au bord oriental du Soleil le 
11 avril et suivies jusqu'à la fin de mai. Les aurores d'août et octobre correspon- 
dent de même avec une tache qui a été suivie depuis le 29 août jusqu'en octobre. 
L'aurore intermédiaire du 8 septembre paraît avoir correspondu avec une forte 
tache observée d'abord le 9 septembre, et qui se divisa pour s'évanouir vers le 
13 novembre. 

On peut aussi remarquer que les déplacements des* lignes brillantes dans le 
spectre de la chromosphère favorisent l'idée d'une connexion entre les aurores et 
les agitations solaires. Ainsi, les observations des 2 et 25 avril montrent, surtout 
celles de la première date, des déplacements considérables de la ligne C. 

A ces faits intéressants, ajoutons la remarque que les aurores et les tempêtes 
magnétiques correspondent plutôt avec certaines classes particulières de taches 
qu'avec les manifestations solaires considérées dans leur ensemble. 

Lueurs crépusculaires et lumière zodiacale. — Déjà, en janvier et dans les 
premiers jours de février, j'avais remarqué presque tous les soirs les lueurs 
crépusculaires rouges de Tannée dernière. Mais depuis, elles ont été remplacées 
plusieurs fois par le magnifique phénomène de la lumière zodiacale, que j'ai pu 



226 L'ASTRONOMIE. 

admirer dans toute sa beauté. Le 8 février, elle avait une forme étrange; au lieu 
d'une ellipse allongée, elle dessinait un triangle très large, et dont la pointe supé- 
rieure atteignait presque le zénith. On distinguait facilement à travers les 
étoiles de première grandeur. Ce cône offrait, sur son parcours, des lignes 
complètement droites, et la condensation lumineuse augmentait graduellement 
vers le centre. Sa teinte était blanchâtre, peu accusée, et le centre du météore 
était exactement à angle droit avec la direction de Taiguille aimantée. Elle a 
duré de six heures et demie à neuf heures environ. Le lendemain, je l'ai revue 
de la même forme, mais moins étendue. Les jours suivants, lueurs rougeâtres au 
coucher du soleil. Le 12 mars, cette lueur crépusculaire était blanche, très 
étendue, eti bordée à sa partie supérieure d'une bande rouge sang, qui formait à 
peu près un quart de la largeur totale. Le 13, vers huit heures, la lumière zodia- 
cale reparait, avec sa forme ordinaire, et surmontant une lueur crépusculaire 
rose. Le 14, elle est remplacée par ces mêmes lueurs, absolument couleur de 
sang. Mais, vers la fin du phénomène, la lumière zodiacale reparait encore, con- 
tiguë à une lueur semblable qui lui était à peu près parallèle au Nord ; cette 
seconde lueur était plus faible que l'autre, élevée à peu près à la moitié de la hau- 
teur de celle-ci, mais plus large à sa base, et sans inclinaison vers le Sud. 

J. COLOMBAT, 
à Montagny (Loire). 

Visibilité de Mercure. — Les 6 et 9 avril dernier, MM. Bruguière, Codde et 
Vian, membres de la Société scientiflque Flammarion, de Marseille, ont pu recon- 
naître Mercure à l'œil nu, après le coucher du soleil. La planète brillait, dans le 
crépuscule lumineux, à 20» environ de hauteur, comme une étoile de première 
grandeur. Dans l'excellente lunette prêtée par M. Tarry à la Société, la planète 
offrait une phase prononcée. 

Vénas Tisible en plein Jour. — A propos do la visibilité de Vénus en plein 
jour à l'œil nu, permettez-moi de vous rappeler une aventure qui m'est arrivée, 
le 29 février 1884, lors de l'occultation de Vénus par la Lune, annoncée dan** 
la Revue (1884 p. 72). Je suivais attentivement la sortie à l'aide de ma lunette, 
lorsque j'entendis derrière moi ces paroles: t Comme elle s'écarte vite! t — 
Qui? Quoi? Qu'est-ce qui s'écarte vite? répliquai-je.... Mon étonnement nefutpa< 
de longue durée, car je fus forcé de reconnaître que tout le monde voyait distinc- 
tement Vénus à Vœil nu en plein soleil. 

L. H AU VILLE, 
Observateur à Ktretat. 

IJ toile double voisine de ^ da Capricorne. — Au mois de novembre 1883. 
M. Barnard, observant l'occultation d'une étoile de 1^ grandeur qui précède P du 
Capricorne, remarqua que cette occultation n'était pas instantanée et attribua ce 
fail à ce que cette étoile était problablement double, et que ses deux composantes 
avaient été occultées successivement. M. Burnham dirigea la grande lunette dd 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 227 

* 

0">745 de Chicago vers cette étoile pour vérifier Thypothèse, et constata qu'en effet 
cette étoile est double, et que son compagnon, de 9" grandeur, est à lOô» et 0*85. 

L'Ëclipse partielle de Lune, du 30 mars, observée à. Odessa. — Le ciel est 
resté pur jusqu'à la fin de l'éclipsé. A cause de la brume, la Lune a pu être distin- 
guée lorsqu'elle était à 10» environ au-dessus l'horizon ; l'échpse était à son juaxi- 
mum. A l'œil nu, la ligne de séparation d'ombre et de lumière était très mince. 
Dans une lunette de 0"» 12 (grossissement = 45), l'espace éclairé passait peu à peu 
au sombre; on ne pouvait distinguer aucune échancrure ni aucune irrégularité, 
comme on l'a vu dernièrement. Les cratères Kepler et Aristarque brillaient comme 
d'ordinaire. La partie du disque éclipsée était de la couleur bleu sombre de tout 
le ciel. Ni dans une jumelle, ni dans la lunette on ne pouvait distinguer le limbe 
éclipsé, même tout près de l'espace clair. A 6*» 10", lorsqu'il ne restait que dix mi- 
nutes pour arriver à la sortie de l'ombre, on ne pouvait encore deviner la partie 
manquante de la circonférence. 

A 6^20", le disque était devenu clair. O. et S. Broune. 

à Odessa. 

Observations curieuses sur la Lune. — Dans la soirée du 21 février dernier, 
j'eus la bonne fortune d'observer à l'aide de ma longue- vue de campagne de 
0",075 d'ouverture un singulier phénomène qui apparaissait sur le cratère Cassini. 
Cette montagne étant encore en dehors des rayons du Soleil, je vis distinctement 
au-dessus d'elle une lueur rougeâtre, présentant un aspect quelque peu obscur 
qui attira vivement mon intention. Je continuai à l'observer pendant environ une 
demi-heure, et comme cette espèce de fumée rougeâtre ne cessait d'être visible, 
je priai, sans la prévenir de rien, une personne voisine d'observer avec attention 
le disque de la Lune. Au bout de dix minutes, cette personne me fit remarquer 
qu'elle voyait une lueur rouge-sombre « semblable à la lumière d'une lampe dont 
on a trop levé la mèche, au point de la faire fumer » et cela dans la même région 
où je l'avais déjà remarquée, près de la ligne de séparation d'ombre et de lumière, 
mais dans la région obscure. 

Un ami étant précisément alors venu me rendre visite, je le priai également 
d'examiner le disque lunaire, et, quelques minutes après je l'entendis s'écrier 
qu'il y avait une tache rougeâtre d'un aspect étrange « qui brillait comme une 
étoile de 4« grandeur, et illuminait tout le voisinage ». Satisfait de ce qu'il avait 
vu, je lui tendis une carte de la Lune, ^en lui demandant de me faire voir l'en- 
droit où il avait remarqué cette lumière. A mon grand étonnement, il mit immé- 
diatement le doigt sur Cassini. Le lendemain, 22, cette tache était encore plus 
brillante que Saturne quoiqu'elle reçût déjà les rayons du Soleil. Ne serait-ce 
pas une éruption d'un volcan lunaire dont j'aurais eu le bonheur d'être témoin? 
Je serais curieux de savoir si d'autres personnes ont observé un phénomène 

semblable. 

LoRENzo Kropp, 

A.stronoino à Paysandu ( Uruguay ï . 



228 L'ASTRONOMIE. 

L'observation suivante de M. William Gray que nous extrayons deKnov^ledge 
semble confirmer celle de notre correspondant. Ne se serait-il pas passé quelque 
chose d'anomal dans la réfraction de la lumière à la surface de la Lune? 

« En observant la Lune, le 19 février dernier, avec un réfracteur de 0">,095, je 
remarquai que le petit cratère à côté d*Hercule, au lieu d'être rempli d'une ombre 
noire, brillait d'une lueur rouge sombre. Le grossissement employé était de 100 
fois. Je changeai Toculaire pour obtenir un grossissement de 180 et plus tard 250, 
sans observer de modifications dans l'aspect particulier du cratère. Je pus aussi 
comparer l'ombre de ce petit cirque avec celles des objets auxquels il ressemble 
le plus d'ordinaire, et spécialement avec tous les cratères que je pus trouver dans 
des conditions semblables do dimensions, d'éclairage et de position: je fus vive- 
ment frappé du contraste. Il était entre sept et huit heures du soir, et le cratère 
était très voisin du terminateur. La coloraUon était bien visible, et sautait aux 
yeux même dans un champ très vaste. 

« Le soir suivant (20 février), je réitérai l'observation du même point; mais je 

n'y vis plus rien d'anormal. » 

William Gray. 

La Lune à renvers. — Vous avez maintes fois signalé les grossières inadver- 
tances auxquelles tout le monde reste condamné tant qu'on n*enseignera pas 
l'Astronomie dans les écoles, — j'entends la science compréhensible, simple, 
V raie, vivante, et non des formules vides de sens, — et tant que les plus simples, 
éléments des vérités cosmographiques continueront à être aussi généralement 
ignorés qu'ils le sont encore. 

Au Salon de cette année, salle 18, n» 1297, on voit un tableau qui, certes, ne 
manque pas de valeur : c'est un panneau décoratif destiné à la salle des mariages 
du 15« arrondissement de Paris; c'est donc une œuvre à peu prè3 offîcielle^ 

Elle est intitulée : « la /tn de la journée ». Nous sommes donc au soir; le peintre 
a mis le croissant de la Lune à droite, près de l'horizon, fort bien!... mais les 
cornes tournées vers le couchant, c'est-à-dire éclairé du côté de rorienti 

Voyez-vous un bambin de l'école communale qui regardera ce tableau-là et qui 
voudra en profiter pour bien comprendre les phases de la Lune ! 

Un lecteur de Fontaiiiebleau. 

Remarque. — Tous les ans, au Salon, il y a deu;K ou trois tableaux de ce genre. 
Il est très rare que les peintres mettent le croissant éclairé de la Lune du côté 
du Soleil. 

Aurores boréales. — On nous signale plusieurs aurores boréales, Tune a été 
observée à Amsterdam, le 10 mai dernier, de 11»* 50" à 12»»30">, et a succédé à un 
violent orage; la seconde, de durée minuscule, a été visible à Dublin dans la nuit 
du 13 au 14 mai, de 10»» 30« à 10»» 35°». 

Émptions volcaniques. — Le Vésuve, qui depuis la terrible éruption del87ô 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. • 229 

n'était pas revenu- à son état normal, est entré le 2 mai dernier dans une nouvelle 
crise d'éruption. Depuis ce jour, la lave sort en grande quantité, surtout du côté 
de Torre del Greco et do Pompéi. — L'Etna est en éruption depuis le 5 avril. 

Poussières de fer dans Tatmosphëre. — Dans des recherches sur la compo- 
sition de l'air de la ville d'Alger, M. Chairy vient de constater la présence de 
sel marin et de fer en quantité notable dans cet air, comme dans l'eau de pluie, 
après le siroco. La proportion du fera été, en moyenne, de 0K^ 00016 par gramme; 
celle du sel a été de Og^OOi à 0k"^,002 par mille litres ou par mètre cube d'air. 

L'auteur conclut que le fer doit être entraîné paV les vents de l'intérieur, et 
en première ligne par le siroco. Au moyen d'une aiguille aimantée, il a recherché 
l'oxyde de fer magnétique dans les poussières que transporte le siroco. Il en a 
trouvé jusqu'à 06^008 dans un petit sac de poussière recueillie à Djelfa. Il est 
porté à croire que ce fer magnétique est d'origine terrestre, surtout à cause 
de son aspect microscopique. 

Grêlons remarquables. — Un phénomène assez rare dans nos contrées s'est 
produit, le 2 avril 1885, à Philippeville (Algérie). 

Un orage très violent s'est abattu sur la ville, vers 3 heures de l'après-midi, 
accompagné de pluie, de grêle et de violents éclairs. 

Les grêlons étaient très gros, mais, chose remarquable, affectaient tous la 

Fig. 83. 




Grêlon tombé à PhUippcviUe (grandeur natureUe.) 

même forme; ils étaient pyriforraes et delà grosseur d'une petite noix; quelques- 
uns avaient une forme plus géométrique, ainsi que le montre la figure 83 qui 
représente un de ces grêlons en grosseur naturelle. 
Cet orage a duré pendant près d'une heure. Sa direction était N. 0. — S. E. 

Ch. Duprat. 

Les Tictimes de la foudre. — Nous avons publié, dans la Revue de décembre 
dernier, la statistique générale de tous les coups de foudre mortels relevés en 
France depuis l'année 1835. Pour étendre cette statistique aux pays voisins, le 
D*" de Pietra Santa nous écrit que, pendant la période décennale 1872-1881, le 
nombre des foudroyés a été de 1200 en Italie (population 28.459.451 habitants), 
et que le dernier recensement porte 117 cas pour l'année 1883. 

L'acide carbonique de l'air. — Tous les traités de chimie et [de météorologie 



230 L'ASTRONOMIE. 

enseignent que Pair atmosphérique contient une quantité d'acide carbonique 
comprise entre 4 et 6 dix-millièmes de son volume. Des expériences aussi nom- 
breuses que précises faites depuis plusieurs années à Paris, en Normandie, au 
Pic du Midi et dans les régions les plus variées, ont conduit séparément 
MM. Reiset, Schulze, Aubin et Mûntz, à constater que cette assertion est inexacte, 
et que la proportion de Tacide carbonique de l'air varie, au maximum, entre 
28 et 35 cent-millièmes. C'est donc désormais, en nombre rond, trois dix-millièmes 
qu'il faut adopter pour cet élément. 

Mouvements lents dn sol. ~ La Revue a publié (1883, p. 297, et 1885, p. 95) 
deux curieux exemples de mouvements lents du sol observés, l'un en Suisse, à 
Neuchâtel, l'autre en Normandie, où une cheminée se montre aujourd'hui éclairée 
par le Soleil à une époque où elle ne l'était pas autrefois. J'ai le souvenir de 
l'indication de deux faits du même genre. L'un, si j'ai bonne mémoire, a été 
publié dans le compte rendu de la réunion de la Société géologique de France k 
Chambéry, en 1844; l'autre est dans le Bulletin de la même Société, 3"« série, 
tome IV, pages 736 à 738, et concerne Saint-Sernin ^Saône-et-Loire). Nous avons 
donc là, entr'autres, et sous les yeux pour ainsi dire, quatre faits prouvant la 
déformation lente du sol, indépendamment des déformations brusques qui pro- 
duisent les secousses de tremblement de terre. 

Tardy, 
Géologue à fiourg-en-Bresse. 

Même sujet. — Le fait suivant nous est signalé de Montagny (Loire) par 
M. J. Colombat. 

D'après les témoignages des « anciens » de notre commune, on voit maintenant du 
village une habitation située à 2 kilomètres environ dans la campagne, qui en était 
invisible il y a trente ans. La crête du monticule qui la cachait, et qui n'en est qu'à 
300 ou 400 mètres, se serait abaissée de cinq mètres environ. Le sol où est bâtie 
la maison ne paraît pas avoir lui-même changé de niveau, et l'érosion de la col- 
line ne peut avoir eu qu'une faible part à cette dénivellation; car dans les champs 
labourés qui couvrent ce monticule on trouve toujours à peu près la même épais- 
seuf de terre végétale reposant sur des couches continues de roches assez 
diverses, mais en général calcaires ou triasiques. La variété des terrains est très 
grande dans toute cette partie orientale du Roannais, et cette diversité peut 
entrer pour quelque chose dans les mouvements de l'écorce terrestre. 

Accélération thermodynamique da mouvement de rotation de la Terre. — 

Le Journal de Physique a publié un travail fort intéréressant de sir William 
Thomson sur l'influence de l'oscillation diurne de l'atmosphère sur le mouvement 
de rotation de la Terre. Les observations barométriques montrent qu'il y a chaque 
jour une oscillation de l'atmosphère due à réchauffement solaire. C'est une marée 
atmosphérique, qui n'est pas causée par l'attraction du Soleil, mais par la chaleur. 
Or, tandis que les marées de l'Océan ont pour effet de ralentir le mouvement du 
globe, en agissant comme un frein les marées thermiques de l'atmosphère, qui 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 231 

arrivent vers 10*», ont pour effet de Yaccèléror. D'ingénieux calculs, établis sur 
les formules de Laplace et de Fouricr, conduisent à la conclusion que la marée 
lunaire océanique retarde le mouvement de la Terre de 25 secondes par siècle 
et que la marée solaire atmosphérique accélère le même mouvement de 2», 7 dans 
le même temps. Le résultat final est un retard de 22», 3, ou, en nombre rond, de 
22 secondes par siècle, chiffre concordant avec le résultat trouvé par Adams. 

Densité de la Terre. — M. Mendenthall a exécuté, au commencement du mois 
d'août 1S80, des observations comparatives sur la durée d'oscillation d'un même 
pendule à TUniversité de Tokio et au sommet du Flusiyama, la célèbre montagne 
volcanique dont la forme est presque exactement celle d'un cùne ayant un angle 
au sommet de 138o et une hauteur de près de 3800»»». L'accélération de la pesanteur 
à Tokio étant 9",7984, on trouva, pour le sommet du Flusiyama : 9°>,7886. 

D'autre part, Fauteur a déterminé la densité moyenne des roches qui forment 
la montagne, et l'a trouvée égale à 2,12; on connaît donc les dimensions de la 
montagne et sa densité, ce qui permet de calculer aisément l'attraction qu'elle 
exerce sur le pendule placé au sommet. De la comparaison de ce nombre et des 
valeurs de (/ à Tokio et au sommet, on déduit la densité moyenne de la Terre. 
M. Mendenthall a trouvé ainsi 5,77, nombre un peu plus fort que celui que l'on admet 
d'ordinaire ; pour ramener ce nombre à la valeur de Baily (5,67), il suffirait d'ad- 
mettre que la densité moyenne de la montagne est seulement 2,08 au lieu de 2,12 ; 
l'auteur préfère cependant attribuer cet écart, non à une erreur sur la densité, 
mais à un défaut réel d'attraction, tenant probablement à la structure même de la 
montagne. 

Sur le moavement relatif de la Terre et de l'éther. — Dans la théorie de 
l'aberration de la lumière, on suppose que la Terre se meut seule au travers de 
Téther qui reste en repos. Pour contrôler cette hypothèse, M. Michelson a essayé 
de faire interférer l'un avec l'autre deux rayons qui ont traversé une même lon- 
gueur dans l'air, mais l'un dans la direction du mouvement de la Terre, l'autre 
dans la direction perpendiculaire. 

Avec une longueur do 1™, 2 seulement et en employant de la lumière jaune, ou 
trouve, dans l'hypothèse de l'éther immobile, que le rayon qui a voyagé dans 
la direction du mouvement de la Terre a dû parcourir -^ de longueur d'onde do 
plus que l'autre. 

En faisant tourner de 90° le plan des deux rayons, on fait porter la différence 
sur l'autre rayon; d'une position à l'autre, les franges d'interférence devraient 
donc se déplacer de 0, 08 de frange, quantité mesurable. 

L'expérience a donné un résultat absolument négatif; ou doit donc en conclure 
que l'hypothèse d'un éther immobile n'est pas exacte, et qu'il faut, par suite, 
abandonner l'explication que l'on donne ordinairement du phénomène de l'aber- 
ration. A. ANaoT («). 

(') Journal de'Physique. 



232 L ASTRONOMIE. 

Légers tremblements de terre. Un grand nombre de légers mouvements du 
sol doivent passer inaperçus. Nous lisons dans le rapport de TObservatoire de 
Cambridge (Angleterre) que le matin du 22 avril 1884, Miss Walker se préparait à 
faire à la lunette méridienne l'observation du bain de mercure pour le nadir, lors- 
qu'elle s'aperçut que l'image des fils du micromètre, au lieu d'être réfléchie tran- 
quillement, était agité par de violentes oscillations : on dut attendre plusieurs 
minutes avant de pouvoir faire l'observation. Quelque temps après, on apprit 
qu'un léger choc de tremblement de terre avait été ressenti précisément au 
moment même où ce trouble du bain de mercure avait été reconnu d'une façon si 
exceptionnelle. 

Les volcans et les mesures magnétiques. — Le professeur Ciro Ghristoni a 
recherché toutes les variations magnétiques qui se produisent dans la Sicile ; il 
a dressé un tableau des données fournies par ses instruments et s'est aperçu tout 
de suite que la Sicile ne suit pas la règle vraie pour l'Italie, que la déclinaison 
va décroissant de l'Ouest à l'Est. L'angle maximun se trouve à Catane, qui est 
un des lieux les plus à l'Est de l'île; il a encore une valeur considérable à Gir- 
genti. A Caltanisetta, la déclinaison est inférieure à celle de Girgenti, supérieuro 
î\ celle de Palerme et de Tripani. Un coup d'œil jeté sur la carte de la Sicile don- 
nera l'explication de ce phénomène, qui trouve sa raison d'être dans la nature 
volcanique de l'île. A Catane on peut ainsi observer la puissante action des laves 
de l'Etna, action qui se fait ressentir jusqu'à Messine. L'Etna a donc une influence 
magnétique incontestable. A Messine, cette influence est contrebalancée par celle 
des îles Lipari, qui sont au Nord, tandis que l'Etna est au Sud. A Girgenti, on a 
un second maximun de déclinaison ; ce fait s'accorderait avec les mesures que 
Perry obtint pour Malte en 1874. L'augmentation de la déclinaison est due sans 
contredit au terrain volcanique qui se trouve dans les environs de Sciarra, et il 
n'est pas problable que, sous la mer, il y ait des points qui influent sur Taiguille 
aimentée. En effet, contre Girgenti, Malta et Pantellaria, la mer a toujours pré- 
senté des phénomènes volcaniques, et c'est là précisément qu'est apparue l'Ile 

Ferdinandea. 

D"^ A. Battandier. 

L'inventeur des Jumelles. •— Presque tous les écrivains de l'histoire des 
Sciences attribuent au P. Schyrl, capucin de Bohême, né vers 1597, mort à 
Ravenne en 1660, l'invention des lunettes d'approche binoculaires. C*est dans la 
première partie de l'ouvrage publié à Anvers en 1645, sous le titre bizarre 
d'Oculus Enoch et Elias, sive radius sidereomyslicus, qu'il traite, p.336-356, de la 
lunette d'approche binoculaire. Cette invention n'appartient pas au capucin 
Schyrl, mais bien à un opticien de Paris, du nom de Chorez, qui en 1625 vendait 
des binocles dans Tîle Notre-Dame, à renseigne du Compas. C'est ce qui résulte 
d'une lettre imprimée trouvée en septembre 1880 par M. Gilberto Govi, le savant 
physicien italien, dans le manuscrit n» 9531 du fonds français, correspondance de 
Peiresc. La pièce est intitulée : « Les admirables lunettes d'approche réduites en 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 233 

petit volume avec leur vray v^age et leur utilitez, préférables aux grandes, et 
le moyen de les acomoder à Vendroit des deux yeux, le tout mis^ en pratique, 
et dédié au roy, Tan 1625, par D. Ghorez. > Cette lettre est adressée au roi 
Louis XIII; elle commence ainsi : « Sire, il y a près de cinq ans que je receu 
l'honneur de présenter à vostre Maîesté les prémices de mon travail, en ce qui est 
communément appelé lunettes d'approche, etc. » Les avis et directions pratiques 
formulés par Chorez dans cette sorte de lettre-manifeste sont très utiles, selon 
M. Gilberto Govi qui, dans le Bullettino du prince Boncompagnî, a rendu justice 
à l'habile opticien et l'a retiré de l'injuste oubli dans lequel il était tombé (<). 

Statue à Giordano Bruno. — Suivant l'appel fait l'année dernière par M. Flam- 
marion, dans Les Terres du Ciel (p. 716), la jeunesse romaine, les étudiants 
italiens, les amis du progrès viennent de former un groupe qui prépare dès 
aujourd'hui le projet de l'érection d'une statue au philosophe martyr brûlé vif à 
Rome le 17 février de l'an 1600. Rappelons ces lignes des Terres du Ciel: 

« Au nom de la Liberté de conscience, au nom de l'humanité, au nom du 
Progrès, nous demandons à l'Italie d'élever, avant la fin de notre dix-neuvième 
siècle, deux statues au sein de la ville de Rome; la première sur la place de la 
Minerve : Galilée à genoux, renonçant à l'hérésie du mouvement de la Terre; la 
seconde au champ de Flore : Giordano Bruno sur son bûcher, expiant le crime de 
croire à la vie éternelle dans l'univers infini. » 

Nous adressons aux promoteurs de la statue de Bruno toutes nos félicitations 
et tous nos vœux en faveur de cette glorification tardive de leur immortel compa- 
triote. Une adresse collective des étudiants de Madrid au Directeur de VAstro- 
nomiCy annonce que la jeunesse espagnole se joint à la jeunesse italienne dans 
une même confraternité pour la glorification du philosophe martyr. 

L'Astronomie popularisée. — Voici un petit fait de détail qui ne manque pas 
de signification. Une importante manufacture de brosserie de Paris vient de 
choisir les marques de fabrique suivantes pour ses produits : 

Marque principale de la maison Rennes et fils : 

Les étoiles de la constellation du Renne. 

Marques du détail : 

Lune, premier quartier. 

Soleil, 

Comète. 

Tête d'ange avec soleil et rayons. 

Tous nos compliments pour cette innovation. 

On nous communique d'autre part une gravure dorée détachée d'une boîte de 
« fil de lin extra » qui n'est autre que la reproduction de la première figure de 

[<) Bulletin des Sciences m,athématiques. 



234 L'ASTRONOMIE. 

VAstronomie populaire, avec la légende même : a Emportée par le temps, 
poussée vers un but qui fuit toujours, la Terre court avec rapidité dans l'espace. » 
Quelques étoffes commencent aussi à porter dans leurs tissus des Saturnes, des 
comètes et des étoiles associées. — Signe du temps. 

Un cadran solaire de plas de deux mille ans. — A Palestrîne, l'antique 
Préneste, il y avait une horloge solaire {solarium) dont Varron parle comme d'un 
monument très ancien. M. Cicerchia a pensé qu'il fallait la chercher sur le mur 
de face de l'église de Saint-Agapit. Cette église, construite au moyen âge, 
s'élève sur un édifice antique, où Ton voit encore, sur les blocs qui le portent, une 
ouverture que ferme un mur moderne. Selon M. Cicerchia, cette ouverture 
donnait passage aux rayons du Soleil, qui marquaient l'heure sur un dallage inté- 
rieur. Nul n'avait tenté de vérifier cette supposition. M. Marucchi, ayant fait 
enlever du mur antique l'enduit moderne, a retrouvé les traces du solarium 
d'une forme différente de celle qu'on avait imaginée. 

Le mur présente quatre rainures obliques, disposées deux par deux en éventail 
de chaque côté. La verticale, entaillée sans doute entre elles, devait être tracée 
sur la partie disparue que ferme aujourd'hui la maçonnerie moderne. A l'extré- 
mité supérieure de chaque rainure se trouvaient, dit M. Marucchi, des tiges 
métalliques plantées dans des trous que l'on voit encore. La direction des rainures 
correspond aux ombres que projetaient ces sortes de gnomons sur les heures 3', 
4«, 8* et 9* des anciens (9^, 10^» du matin, 2*» et 3^ de l'après-midi). 

Pensées. — On trouve souvent dans les écrits d'Edgar Poe une divination 
originale des progrès accomplis en ces dernières années par la philosophie 
astronomique. En fetiilletant dernièrement ses Contes grotesques, l'un de nos amis 
a remarqué la pensée suivante, digne d'être méditée. Elle date de 1848, mais 
appartient plutôt au siècle prochain qu'à celui-ci. 

a II y a une infinité d'écrivains qui font leur chemin en philosophie, grâce à 
rhabitude qu'ont les hommes de se considérer comme les citoyens d'un monde, 
d'une planète individuelle, au lieu de se représenter, ne fût-ce que de temps en 
temps, leur condition littéralement cosmopolite d'Habitants de VUnivers, » 

Cette autre n'est pas moins remarquable : 

« 11 n'est nullement irrationnel d'imaginer que, dans une existence future, nous 
puissions considérer cette vie comme un songe. » 

11 avait déjà dit dans Eurêka : 

« La Terre no doit pas être considérée comme une individualité, mais dans ses 
rapports planétaires. De ce point de vue général, un homme devient l'humanité, 
et l'humanité un membre de la famille cosmique des intelligences. » 



OBSEKVATIONS ASTUONOMIQUES. 235 

OBSERYATIONS ASTRONOMIQUES 

A FAIRE DU 15 JUIN AU 15 JUILLET 1885. 
Principaux oliijets célestes en évidence pour Inobservation. 

I« CIEL ÉTOILE ; 

Pour l'aspect du Ciel étoile durant cette période de l'année, il faut se reporter 
soit aux cartes publiées dans la première année de la Revue, soit aux descriptions 
données dans les Étoiles et les Curiosités du Ciel (p. 594 à 635). La longueur des 
jours atteignant en ce moment sa plus grande valeur ainsi que la durée du cré- 
puscule, rheure des observations astronomiques se trouve chaque soir naturel- 
lement retardée. 

2» SYSTÈME SOLAIRE : 

Soleil. — Le 15 juin, le Soleil se lève à 3'»58>" du matin et se couche à 8*» 3»»; 
le 1«' juillet, l'astre du jour se montre au-dessus de Thorizon à 4»>2™, pour dispa- 
raître à 8'>5"» du soir; enfin, le lever a lieu à 4^14™, le 15 juillet, et le coucher 
à 7^57"». La durée du jour est de 16'»5™ au 15 juin, de IG^M'" au !«' juillet et 
de 15>»43"> au 15 juillet. Du 15 juin au 21 juin, la durée du jour s'accroît de 2»» le 
soir; mais du 21 juin au 15 juillet, les jours diminuent de 16«» le matin et de 8°* 
le soir, soit une diminution totale de 22™ pour l'intervalle compris entre le 15 juin 
et le 15 juillet. 

La déclinaison boréale du Soleil est de 23'>20'9'' au 15 juin et atteint 23o27'5'' 
le 21 juin, à midi moyen. C'est à 7*»l™29s7 du mâtin, le 21 juin, que la déclinaison 
solaire atteint son maximum et que commence IKté (») et non à 7'»0™ comme 
l'indique V Annuaire du Bureau des Longitudes. Cette époque de l'année s'appelle 
solstice d'été, car le Soleil paraît séjourner quelque temps dans la même partie 
du Ciel, en conservant sensiblement la même déclinaison et par suite les jours 
leur môme longueur. Le crépuscule est assez considérable pour qu'il reste visible 
toute la nuit dans la partie septentrionale de la France : on peut dire que là il 
n'y a pas de nuit complète. 

(') La Connaissance des Temps pour 1885 et le NauUcal Alnianac donnent, tout 
en tenant compte des différences de longitude des Observatoires de Paris et de Greeu- 
wich, des valeurs différentes pour la longitude du Soleil, et cette différence va sans 
cesse en croissant. 

Pourquoi les Calculateurs du Bureau dos Longitudes se sont-ils servis jdu Nautical 
pour le calcul de l'instant où commence chaque saison ? Voici un tableau qui nous 
montre nettement ces différences : 



Saisons. 

L'Ét^. commence le 21 juin 

L'AUTOMNE commence le 22 septembre. 
L'Hiver commence le 21 décembre 



Connaissance 



Nautical Almanac. 


des Temps. 


Différence. 


7h 0» 1»,2 matin. 


7k l«29-,7 


i-28',5 


Dh^b- 3%7 soir. 


Oï^ai- 7-,3 


6- 3%6 


3»«36«34«,4 soir. 


3V46-27«,9 


9-53«,5 



E. V. 



230 



L'ASTRONOMIE. 



A partir du 21 juin, la déclinaison du Soleil décroît; le 15 juillet, elle est 
de 21o28'3r. 

La Terre passe à Taphélie le 3 juillet, à 11*» du soir. C'est alors qu'elle atteint 
sa distance maximum du Soleil. Cette circonstance se présente lors des plus 
grandes chaleurs de Tannée, parce que le Soleil est en ce moment très élevé au- 
dessus de l'horizon. 

Le 4 juillet, le diamètre solaire mesure 3i'31'96. 

Lune. — Bien que Tété soit peu favorable aux observations lunaires, on pourra 
étudier néanmoins le mince croissant que nous offre notre satellite, dans le voi- 
sinage du Premier et du Dernier Quartier. 



Phases.. 



PQ le 19 juin, à 1^58- soir. 
PL le 27 » à 11 27 matin. 



DQ le 5 juillet, à C-SS- soir. 
NL le 12 » à 5 25 matin. 



Occultalions et appulse visibles à Paris, 

Deux occultations et une appulse seront visibles à Paris dans le voisinage de 
minuit. 

!• t' Capricorne (6« grandeur), le 29 juin, de 12''8- à 13''22- du soir. L'étoile disparaît 
subitement derrière la partie éclairée du disque de la Lune, en un point situé à 22» au- 
dessus du point le plus à gauche, et reparaît tout à coup en un point placé à 24* au- 



Fig, 



Fig. 85. 




OccuUatioDS de i* et t* Capricorne par la Lune, 

le 29 juin 1885, de 12>'8- â 13^22- du soir, 

etdel3«'43"àl4^41-. 



Appulse de \i Poissons, 
le 6 juillet, à 2'' 46- du mati 



dessus du point le plus â droite du disque. Cette occultation, qui est représentée 
(fig. 84) pour Paris, sera observable dans l'Europe occidentale. 

2* T* Capricorne (5* grandeur), le 29 juin, de IS'-iS" à 14''4i-. Cette seconde compo- 
sante de la double t sera occultée à son tour, bien qu'elle ce soit éloignée que de 32' 
de la première, 21" après la fin de l'occultation de t*. L'étoile disparait en un point du 
disque lunaire situé à 30* au-dessous et à gauche du point le plus élevé et reparait en 
un autre point situé à 22* au-dessus du point le plus à TOuest. L*occultation sera 
observable dans TËurope occidentale. 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 237 

3* |i Poissons (5* grandeur), le 6 juillet, à 2^46" du matin. Appulse à r,7 du bord de 
la Lune. L'étoile s'approchera à cette faible distance d'un point qui se trouve à 12* à 
droite du point le plus bas du disque de notre satellite. Il y aura occultation pour le 
Nord et les Iles britanniques. 

Occultations diverses. 

Les lecteurs de VAstronomie qui habitent les diverses parties de la Terre 
pourront encore observer les importantes occultations suivantes : 

1* Uranus, le 19 juin, vers 3''33" du soir, temps moyen de Paris. Les latitudes ex- 
trêmes de l'observation sont 20* S. et 89* S. 

2* Y Balance (4-5* grandeur), le 23 juin, vers 10''57" du soir. Limites de latitude: 
3* N. et 61- S. 

3* Aldébaran (1'* grandeur), le 8 juillet, à 111*33-' du matin. Les limites de latitude 
sont 20- N. et 90* N. 

Le 28 juin, à 6^ du matin, la distance de la Lune à la Terre est apogée : 
405 600»^; diamètre lunaire = 29'27',2. 

Le 12 juillet, à 2^ du matin, la distance de la Lune à la Terre est périgée : 
365 500^"»; diamètre lunaire = 33'30',2. 

Mercure. — Du 15 au 20 juin, Mercure pourra être aperçu le matin, plus d'une 
heure avant le lever du Soleil, par les habitants de l'hémisphère sud de notre 
globe. Le 27 juin, cette rapide planète sera en conjonction supérieure avec le 
Soleil, puis elle deviendra visible le soir, malgré la lueur crépusculaire, dans les 
premiers jours de juillet. 

Jours. Passage Méridien . Coucher. Différence Soleil. Constellation. 

5 Juillet 0''45* soir. 8''47- soir. 0''44* Gémeaux. 

7 » 54 » 8 52 » 050 Cancer. 

9» 13 a 8 55 * 54 » 

11 1» 1 11 » 8 58 » 58 V 

13 » 1 18 » 8 59 » 11 » 

15 a 1 24 »> 8 59 » 12 w 

Le mouvement de Mercure, du 5 au 15 juillet, est direct parmi les constel- 
lations des Gémeaux et du Cancer. Le 5 juillet. Mercure sera au Sud et à 1» en- 
viron de X Gémeaux. Les 1 1 et 12 juillet, la planète traversera Tamas du Cancer, 
la Crèche. Une lunette astronomique permettra de suivre aisément ce passage. 
Le 10 juillet, le diamètre de Mercure est de 5'4 sa distance à la Terre de 186 mil- 
lions de kilomètres et sa distance au Soleil de 55 millions de kilomètres. 

Vénus. — Cette admirable planète brille du plus vif éclat jdans le ciel de 
rOccident, aussitôt après le coucher du Soleil. Il est très facile de l'apercevoir à 
la simple vue, malgré la lueur crépusculaire en ce moment très intense. 

Jours. Passage Méridien. Coucher. Différence Soleil. Constellation. 

16 Juin O'-Sl'" soir. 8'' 59- soir. 0''56* Gémeaux. 

19 » 55 » 9 2 » 58 » 

22 » 59 if 9 4 » 59 • 

25 >•-... 1 4 » 9 7 » 12 » 

29» 19 a 98 a 13 a 

2 Juillet 1 13 " 9 8a 14 Cancer. 

5 » 116 a 97 . 14 » 



238 L'ASTRONOMIE. 

Jours. Passage Méridien. Gooclidr. Différence Soleil Constellation. 

8 Juillet 1^20- » O" 6- » l»» 4- Cancer. 

11 s 1 23 » 9 4 » 14 s 

14 » 1 27 » 9 3 p 16 » 

Le mouvement de VÉtoile du Berger est toujours direct. Le 24 juin, l'écla- 
tante planète passera à lo20' au nord de l'étoile de 3,5 grandeur, o Gémeaux. 
Le 9 juillet, Vénus traversera l'amas du Cancer. 

Le 1*" juillet, le diamètre de Vénus est de 10'2 la distance de Vesper au Soleil 
est de 106 millions de kilomètres. 

Mars. — Mars est facile à découvrir le matin, à TOrient, près de deux heures 
avant le lever du Soleil. Le plus souvent, une lunette astronomique de moyenne 
puissance sera nécessaire pour Tétude de cette planète. 

Jours. Lever. Passnire Méridien. Coiisteltntiun. 

25 Juin 2' 8- matin. 9'' 56- matin. Taureau. 

1" Juillet 1 58 » t) 51 » •• 

5 »' 1 51 » î) 47 » '» 

9 '• l 45 « 9 43 

13 » 1 39 » 9 39 « 

Mars continue son mouvement direct à travers la constellation du Taureau. 
Le 28 juin, la planète passe à 2° 30' au nord de l'étoile de 3,5 grandeur, e Taureau. 

Le l^^-" juillet, le diamètre de Mars est de 5'; sa distance à la Terre de 333 mil- 
lions de kilomètres et sa distance au Soleil de 218 millions de kilomètres. 

Petites planètes. — Cérès est toujours facile à reconnaître dans la constel- 
lation de la Vierge. Seulement, il faut se hâter d'étudier ce petit astre pendant 
que cela est encore possible, car il va bientôt disparaître. Il sera bon de se 
servir d'une jumelle marine. 

Jours. Pnssage Méridien. Coucher de Cérës. Constellation. 

15 Juin î**!!" soir. l*" 39" matin. Vierge. 

20 « 6 54 » 1 19 » 

25 » 6 37 »> 58 » 

30 •> 6 21 » 39 » 

5 Juillet 6 5 « 20 » - 

10 s 5 49 » minuit. • 

Le mouvement de Cérès est direct et sensiblement vers le Sud-Est. Le 19 juin. 
la petite planète est en conjonction avec 8 Vierge, de 3,5 grandeur; elle n'est 
éloignée que de 52' de l'étoile. Pendant plusieurs jours, Cérès séjourne un peu au 
nord et à une faible distance de 3, ce qui permettra de la découvrir rapidement. 

Le premier juillet, Cérès est éloignée de la Terre de 357 millions de kilomètres 
et de 394 millions de kilomètres du Soleil. 

Coordonnées au 20 juin : Ascension droite... 12''50". Déclinaison... 4*44' N. 
» 5 juin. : s » 13 » 2 25 N. 

Pallas est encore facile à distinguer, durant la première moitié de la nuit, 
dans la Chevelure de Bérénice ; mais il faut aussi se hâter de Tétudier avant sa 
disparition. Une bonne jumelle marine ou une lunette astronomique seront 
indispensables. 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 239 

Jours. Passage Méridien. . Coneher de Psllas. Constellation. 

20 Juin 6M6- soir. l'*59- matin. Chev. de Bérénice. 

25 s 6 1, s 1 41 s s 

30 » 5 47 » 1 22 - » 

5 Juillet 5 33 « 15»* » 

10 » 5 19 « 49 » w 

15 » 55 j» 32 i> V 

Pallas est en mouvement direct dans la Chevelure de Bérénice, elle se dirige 
vers e Vierge. 

Le l»»- juillet, Pallas est à 375 millions de kilomètres de la Terre et à 378 mil- 
lions de kilomètres du Soleil. 

Coordonnées au 21 juin : Ascension droite... 12'' 13". Déclinaison.. 18*54' N. 
» 10 juin. : » » 12 34 » 17 15 N. 

Junon peut être observée très facilement le soir, avec une lunette astrono- 
mique, non loin de Tétoile de 3,5 grandeur, Ç Vierge. Le 5 juillet, Junon sera 
en conjonction avec cette étoile, à i'^bW seulement et au nord de Ç. On peut 
remarquer que les trois petites planètes Cérès, Pallas et Junon séjournent à peu 
près dans le même coin du Ciel. 

Jours. Passage Méridien. Coneher do Janon. GonsteUation. 

20 Juin 7*28- soir. l'*48- soir. Vierge. 

25 » 7 10 » 1 29 » » 

30 » 6 51 » 1 09 » » 

5 Juillet 6 33 » 50 » 

10 M 6 16 ^ 31 « M 

15 I» 5 59 » 12 y * 

La marche de Junon est directe dans la constellation de la Vierge. 

La distance de Junon à la Terre est de 438 millions de kilomètres, au 1<^'- juillet, 

et de 488 millions du Soleil. 

Coordonnées au 21 juin : Ascension droite... 13'*25". Déclinaison... 2*46' N. 
» 12 juin. : s » 13 32 » 1 29 N. 

Vesta pourra être vue dans la constellation du Taureau, un peu au nord de X, 
suivant la ligne qui unît l'étoile de 4« grandeur y ^ Aldébaran. Une lunette sera 
nécessaire pour se livrer à cette observation. 

Jours. Lever de Vesta. Passage Méridien. Constellatioh. 

!•' Juillet 1*53- matin. 9* 6- matin. Taureau. 

6 » 1 39 » 8 54 » » 

11 » 1 25 s 8 42 » » 

Le mouvement de Vesta est direct. 

Le !«■' juillet, Vesta est à une distance de 473 millions de kilomètres de la 
Terre et de 375 millions de kilomètres du Soleil. 

Coordonnées au 10 juillet : Ascension droite : 4^14". Déclinaison : 15*22' N. 

Jupiter. — Cette belle planète brille toigours d*un vif éclat dans la constel- 
lation du Lion, dans le voisinage de Régulus. Le 12 juillet, au soir, Jupiter sera 
en conjonction avec p Lion, de 4« grandeur. La planète sera au Nord et à 58' de 
rétoile. 



240 L'ASTRONOMIE. 

Joart. Passsfv MMdi«D. Coticta«r. ContUllattoa. 

18 Juin 4*23- soir. 11*25- soir. Lion. 

22 » 4 10 » Il 10 » » 

26 » 3 57 » 10 58 » » 

30 » 3 43 • 10 41 » » 

3 Juillet 3 33 1 10 30 » » 

7 » 320 " 10 16 » » 

11 » 3 7 10 1 » » 

La marche de Jupiter est directe, c'est-à-dire de TOuest à TEst. 

Le !•' juillet, le diamètre de la planète est de 31', sa distance à la Terre est de 
884 millions de kilomètres et sa distance au Soleil 801 millions de kilomètres. 

Il faut continuer l'étude des satellites de Jupiter avec une jumelle astrono- 
mique. Les astronomes doués d'une excellente vue pourront encore apercevoir à 
l'œil nu le 3« satellite lors de ses plus grandes élongations qui auront lieu aux 
époques suivantes : 16, 19, 22, 23, 26, 27 et 30 juin, 1", 4, 7, 10, 11 et 14 juillet. 

Éclipses des satellites de Jupiter. 

16 Juin 10** 34* soir. Immersion du 4* satellite éclipsé. 

30 » 9 6 » Emersion 1*' » t» 

Remarque. — Le 14 juin, à 9'»45™ du soir, le l*»* satellite est occulté et le 3* sur 
le disque de Jupiter. Le 24 juin, le 4« satellite est sur le disque et les trois autres 
d un même c(^te. Le l»»" juillet, à 9^ du soir, les quatres satellites sont à l'est de 
la planète. 

Saturne. «^ Cette planète est absolument invisible. Elle passe derrière le 
Soleil le 18 juin à 11^ du soir et atteint en ce moment sa distance maximum à la 
Terre : 1486 millions de kilomètres; sa distance au Soleil est de 1336 millions de 
kilomètres. 

Uranus. — Uranus est toujours facile à trouver dans la constellation de la 
Vierge, entre les étoiles de 3,5 grandeur r^ et p, vers le milieu de la ligne qui 
unit ces deux jolies étoiles. Uranus est très facile à reconnaître soit à l'œil. nu 
soit avec une jumelle marine. 

Jours. Passage Méridien. Coucher. ConsteUaUon. 

17 Juin 6»» 12- soir. 0*21- matin. Vierge. 

22 » 5 50 » 01 » u 

27 » 5 33 » 11 41 soir. » 

2 Juillet 5 14 ). 11 22 » • » 

7 » 4 55 1» 11 3 » • 

12 » 4 36 » 10 43 » 

Le mouvement d'Uranus est direct. 

Le l*"' juillet, la distance de la planète à la Terre est de 2731 millions de kilo- 
mètres et au Soleil de 2710 millions de kilomètres. 
Coordonnées au 1" juillet : Ascension droite : 11*57-48'. Déclinaison : IM'43'N. 

Eugène Vimont. 



CORRESPONDANCE. 

Tachos du Soleil. — Nous avons reçu de MM. Guillaume à Péronnas, Bruguière et 
Lihou à Marseille, Courtois à Muges, Giniéis à S^-Pons, de remarquables séries d'obser- 
vations et de dessins de taches solaires, qui nous seront de la plus grande utilité lorsque 
nous exposerons à nos lecteurs In tableau définitif du dernier maximum. 

M. José, A. y BonillAj D' de TObservatoire do Zacatecas (Mexique). — Veuillez agréer 
nos regrets de l'impossibilité dans laquelle nous avons été jusqu'ici de publier vos excel- 
lentes observations. La première place en dehors des actualités urgentes sera pour elles. 

M. H. Gally, astronome, à Eu. — !• Le diamètre apparent de la Lune est exactement 
celui gui est donné dans le passage de TAstronomie populaire auquel vous faites allusion. 
Son diamètre réel en kilomètres, est exactement aussi celui qui est donné dans le même 
ouvrage. Nous ne voyons pas ce qui embarrasse votre ami dans la conception de l'angle 
soutendus par le diamètre lunaire. 

2» La lunette Bardou de 108"" supporte un grossissement de 250 fois et son prix ost 
do 650 francs. Le modèle au-dessus, de IS?-"*, supporte un grossissement de 400 fois, et 
son prix est de 1500 francs. 

3* Le Monde avant la création do Vhomme paraît en livraisons et en séries chez 
tous les libraires. 

M. GoMMAiLLEAU, à Oulmcs ( Vendée. ) — Cette idée ingénieuse a déjà été essavée. 
Mais l'eau est inférieure au verre, comme propriétés optiques, transparence et stabilité : 
de plus, les deux immenses verres de montre entre lesquels on l'enfermerait donne- 
raient toujours quatre surfaces à traverser. 

M. Théodore Mahler. — Veuillez excuser le retard de cette réponse. Vous êtes dans 
le vrai : le détroit de Gibraltar est de formation relativement moderne et est dû à une 
irruption de l'Océan, soit à la suite d'un tremblement de terre qui aura séparé les deux 
côtés d'Europe et d'Afrique, soit seulement par la détérioration graduelle des roches et 
la formation d'un passage qui s'est lentement agrandi. Le détroit est. néanmoins, anté- 
rieur aux premiers hommes. 

M. Arthur Rion, à Reims. — On ne peut parvenir à construire soi-même un télescope 
qu'après une série d'études très longues et très laborieuses, il n'y a rien de surprenant 
à ce qu'on ne réussisse pas du premier coup. Nous ne pouvons vous donner aucun conseil 
sur ce point, si ce n'est celui d'étudier à la fois la théorie et la pratique. 

M. Adolphe d'AssiER, à Tarascon. — Veuillez recevoir nos sincères félicitations pour 
vos beaux articles relatifs à la vie sur les diverses terres qui peuplent l'espace. — Le 
temps nous a manqué jusqu'ici pour lire l'ouvrage de Boucheporn. La distance de la 
planète transneptunienne ne peut pas être très différente de celle que nous avons trouvée 
par l'aphélie de la comète de 18G2 et les étoiles filantes du 10 aoftt (Revue, 1884, p. 88), 

M. ZACGONe, à Passy. — Chaque face de l'anneau de Saturne restant tour à tour quinze 
ans dans la lumière du Soleil et dans Tombre, il y a bien quinze ans de jour et quinze 
ans de nuit pour chacune de ces faces. Gela n'empêche pas cet anneau de tourner autour 
d« la planète dans la période rapide indiquée aux Terres du cieL 

M. D, Neuville, à Paris. Cette dissertation est du plus haut intérêt. Nous espérons 
la publier prochainement. 

M. A. GuNziGER, à Oldham, près Manchester. — Nous n'avons pas la liste complète 
des observatoires actuellement existants, en Angleterre, n'en ayant pas rédigé depuis 
celle qui a été publiée dans le tome VIII des Etudes et Lectures de V Astronomie. Mais 
le secrétaire de la Société royale astronomique de Londres pourra certainement satisfaire 
votre désir. 

M. G. H., à Neufchatel. Veuillez recevoir nos vifs remerciements. Cet intéressant 
article est composé à l'imprimerie et paraîtra aussitôt que possible. 

M. Tramblay, à Orange, nous adresse de bonnes photographies de la Lune obtenues 
à l'aide d'une petite lunette de SI""", sans mouvement d'horlogerie, et un article destine 
aux astronomes amateurs, que nous serons heureux de publier aussitôt que possible. 

M. Peltier, à Condé (Ardennes). — Vos pages de Philosophie transcendante sont 
très profondes, et nous regrettons que le cadre déjà si vaste de cette Revue ne nous 
permette pas de traiter ces hautes questions. Peut-être, pourtant, serons-nous conduits 
à les étucfier quelque jour. 

M. Vallée, à Boisguillaume. — Veuillez recevoir tous nos remerciements. Un am 
inconnu nous a déjà envoyé une liste d'errata que nous avons été très heureux de rece- 
voir. Dans des ouvrages qui se tirent à trente et quarante mille exemplaires, il n'est pas 
rare qu*au moment du clichage une vérification trop rapide du correcteur ne donne nais- 
sance même à de nouvelles fautes. 

• M. Paul Gay, à Nancy. — Votre jugement sur la barbarie des guerres est digne d'un 
penseur. Recevez toutes nos félicitations. — Vous trouverez toutes les données acquises 
a la Science sur l'atmosphère de Jupiter, dans les Terres du Ciel, p. 599 à 610. — La 
nutation est causée par l'attraction de la Lune sur le renflement équatorial de la 
Terre. Voy. Astronomie populaire, p. 58 et Terres du Ciel, p. 412. Si la Terre était 
parfaitement sphérique, il n'y aurait ni nutation ni précession. 

M. Lihou, à Marseille. — La tache noire si curieuse que vous avez observée le 21 avril 
sur le disque de Jupiter n'était-elle pas l'ombre d'un satellite? 

M. Charles Gauthier, à Lons-le-Saulnier. — Merci de vos précieux encouragements. 
Le nouvel ouvrage de Tissandier, les Ballons dirigeables, vient de paraître chez Gau- 
thier-Villars. C'est assurément le meilleur traité que l'on ait publie sur ce sujet tout 
d'actualité. 



^^■^^F 



Fig. i 




A. BARDOU 

CONSTRUCTEUR D'INSTBUIENTS ITOrniK 

FOURNISSEUR DU MlMSTtRE DE LA GUEtiE 

(Circulaire ministérielle du 29 Juillet ÎS'J 
65, rue de Chabrol, & Paris. 



Lunettes astronomiques, corps cuivre avec chercheur, tnlv 
(l*oculaire à crémaillère pour la mise au foyer. Monture équai.»- 
riale à latitude variable de 0« à 90», cercle horaire et c^^ercle .:: 
déclinaison donnant la minute par les verniers; pince pour ilitr 
la lunette en déclinaison. Pied en fonte de fer reposant par trr<^ 
vis calantes sur trois crapaudines {fia- ^ >- 

L'oculaire le plus faible est muni d'un réticule. 





« 9 


« «i 


•= S 




6> Tî 




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0-,15 


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0-,18 


0«,15 


0-,18 



ocula'ires. 



2 s 



Célestes. 



Grossissements 



100, 160 et 270 
100, 150, 200 et 4M) 



^/j 



Lunettes astronomiques et terrestres, corps cuifre ave 

chercheur, pied fer et soutien de stabilité servant à diriger Ia 
lunette par mouvement vertical lent au moyen d*nne crémail- 
lère; tube d'oculaire à crémaillère pour la mise'au foyer. L'iD- 
slrument (/2g. 2) et ses accessoires sont calés dans une boite ea 
sapin rouge. 







oculaires. 




3 «» Ti •• 

o «, — 3 




s» 


Terres- 
tres. 


Célestes. 


M 




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Orossissements. 


























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1« • 


80 et 150 


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1"',30 


1 


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75, 120 et 200 


360 


£ 


0»,095 


l",4b 


1 


60 


3 


85, 130 et 240 


465 


35 


0",t08 


1».60 


1 


80 


3 


100, 160 et 270 


65C) 


35 



Lunettes astronomiques et terrestres, corps cuivre, pie^i 
fer, mouvements prompts, tube d'oculaire à crémaillère poorlâ 
mise au foyer. L'instrument et ses accessoires sont raies dàr> 
une boite en sapin rouge. 



0»,057 
0-,OHl 
0",075 



PS 




p 




M 


V 






2: 

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Terres- 


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SB 


1 
1 
1 


35 
40 
50 


1 
1 

2 



OCULAIRES. 

Célestes. 



Grossis- 
sements. 



90 

100 , 
80 et 150' 







*- = 






PRIX. 


2e = = 












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100 


135 


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25 


140 


175 


25 


190 


225 


25 



On peut ajouter et l'on ajoute généralement à ces divers 
modèles : 

Monture à, prisme pour observer facilement au zénith. 
Prix 35 fr 

Ecran pour examiner les taches du Soleil. Prix 15 fr 



Paris. — Imp. Gauthier- Yillars, 55, quai des Grands-Augustins. 



yo. I4u..>i 



4° Année. 



N» 7. 



Juillet 1885. 




REVUE MENSUELLE 

D'ASTRONOMIE POPULAIRE 

DE MÉTÉOROLOGIE ET DE PHYSIQUE DU GLORE, 

D01llfl.NT LE TABLEAU PERMANENT DES DÉCOUVERTES ET DES PROGRES RÉALIS&t 
DANS LA CONNAISSANCE DE L'UNIVERS 

PUBLIÉE PAR 

CAMILLE FLAMMARION, 

AVEC LE CONCOURS DES 

PRINCIPAUX ASTRONOMES FRANÇAIS ET ETRANGERS 



ABONNEMENTS POUR UN AN : 

Paris : 12 fr. — Départements : 13 fr. — Étranger 14 fr. 

Prix du Numéro : 1 fr. 20 o. 

La Revue parait le {•' de chaque Mois. 



PARIS. 



6AUTH1ER.VILLARS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE 

DE l'observatoire DE PARIS, 
Quai des Augustins, 55. 

1885 



CORRESPONDANCE. 

;j > M. P., à Nancy. — Les Astronomes font généralement commencer Tannée tropique 

an moment de l'équinoxe du^printemps, ou plus exactement, à l'instant où la longitude 
du Soleil est 0. L'année civile, au contraire, commence au premier janvier. De plus, 
l'intercalation d'un jour tous les quatre ans ne rétablit qu' approximativement l'accord 
entre les durées de ces deux espèces d'années. Aussi, pour cette double raison, est-il 
presque^impossible de répondre d'une manière précise a votre question. 

M. B. L. à Paris. — Le terminateur sur le disque de la Lune ou d'une planète est 
la ligne de séparation de Fombre et de la lumière. 

M. Lamoulinette, à Soulignonne ((iharente Inférieure), a obser\'é le 27 avril dernier 
vers 11 heures 1/2 du matin dn assez fort tremblement de terre au milieu d'un violent 
orage. Les trépidations ont été ressenties à Royan et à Saintes. 

M. Gabriel Martin, à Guéret. — L'observation à laquelle vous faites allusion est 
celle de la scintillation remarquable d'un point brillant au sud de Platon. Il serait dif- 
ficile d'assigner la cause de ce phénomène si rarement observé sur la Lune. 

M. Dautrebande, à Huy (Belgique). — Les questions que vous nous adressez sont 
résolues d'une manière très satisfaisant-e par la ^Science moderne, et les réponses sont 
longuement développées dans les traités d'Astronomie et de Cosmographie. Quant à votre 
théorie sur la chaleur solaire, nous Tavons déjà entendu émettre plusieurs fois; mais 
elle ne paraît pas s'accorder facilement avec les faits les 'mieux étatlis. 

MM. Vallaure, à Linarès, Lamoulinette, à Soulignonne, Arnold ScHAACK,àWillz. 
— Merci de vos communications, que nous insérerons bientôt. 




MAISON HOLTENI 

FONDÉE A PARIS EN 1782 



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PARIS 




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du congrès pédagogique, par M. Stanislas Meunier. Brochure 75 

Deux conférences sur les aérostats et la na navigation aérienne, par M. Gaston Tis- 

sandier. brochure 1 oO 

Les placiers, conférence par M. Stanislas Meunier. Brochure 1 • 

Catalogne 32, photographies' d'après nature, vues,'paysages, monuments 75 

— 38, — et tableaux pour l'enseignement 75 

— 39, appareils et tableaux de commerce » • 

— 40, — accessoires pour l'enseignement et les conférences publiques. » » 
41 , tableaux simples et à mouviement pour les appareils du catalocnie 40 » » 



Photographies sur verre des figures de la présente Revue (Reproductions autorisées par 
l'éditeur) 1 



50 




Lunettes terrestres et astronomi((ueâ. — Jumelles de théâtre et do campagne 
Fournitures photographiques. — Objectifs. — Appareils. — Produits et accessoires 

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Le vendeur fait construire une lunette plus forte 

On veut le voir chez M. BARDOU. 55. rue de Chabrol, — PARIS 



jUL14l8bL 



— I^'ASTRONOMIE. — 

DÉCOUVERTE AU GROENLAND 



241 



DE MASSES DE FER NATIF, D'ORIGINE TERRESTRE, ANALOGUE 
AU FER NATIF D'ORIGINE EXTRA-TERRESTRE. 

Le fer n'est pas seulement un métal des plus abondants ; il est répandu 
dans toutes les parties de l'écorce terrestre. Il n'est, pour ainsi dire, pas de 

Fig. 86 




Blocs de fer natif trouvés au pied d'une falaise du Groenland. 

roches qui n*en renferment, au moins en petite quantité. Ce métal s'y ren- 
contre à l'état de combinaisons diverses et nombreuses, parmi lesquelles 
prédominent les oxydes, les silicates, les carbonates et les sulfures. En présence 
de cette profusion et de cette extrême dissémination, il est très remarquable 
que le fer ne se montre pas isolé, c*est-à-dire à l'état natif, suivant le langage 
minéralogique. S'il n'a pas ce privilège, comme d'autres métaux incompara- 
blement moins répandus, tels que le cuivre, le bismuth, l'antimoine, Targent, 
Tor et le platine, il le doit sans doute à sa sensibilité à l'égard des agents 
chimiques, particulièrement de l'oxygène, qui est en grand excès dans notre 
Juillet 1885. 7 



242 L'ASTRONOMIE. 

atmosphère et qui forme presque la moitié en poids des masses pierreuses 
constitutives de Técorce terrestre. 

Mais les espaces célestes nous envoient, de temps à autre, des blocs de fer 
natif qui viennent échouer sur notre globe, avec le cortège de phénomènes 
d'incandescence et de bruit qui caractérisent l'arrivée des météorites. Telle 
est la chute qui a eu lieu le 26 mai 1751, h. Hraschina près Agram, en 
Croatie, et qui a apporté deux blocs, l'un dé 40'«'', l'autre de 9'»', tombés à 
700" l'un de l'autre. Telle est aussi la chute du 14 juillet 1847, à Braunau, en 
Bohême, qui fut accompagnée de deux violentes détonations et nuage noir et 
persistant, causé sans doute par la réduction en poussière d'une partie des 
masses dans l'atmosphère. 

Ces fers, ainsi que d'autres qu'on a également vus tomber des espaces, sont 
alliés de nickel, et leur surface polie, soumise à l'action d'un acide, mani- 
feste des réseaux de lignes parallèles, connues sous le nom de figures de 
Widmafistaetten, conséquence à la fois de la cristallisation et de la juxtapo- 
sition de lamelles formées d'alliages différents les uns des autres. 

Bien des blocs de fer natif ont aussi été rencontrés à la surface du sol, 
isolés des masses minérales qui les supportent. C'est par centaines qu'on 
pourrait les citer. A part celui de Caille, dans le département du Var, qui 
est déposé au Muséum d'histoire naturelle , qu'il suffise de rappeler les 
blocs trouvés en un grand nombre de points des Étals-Unis et du Mexique. 
Ils offrent une si complète ressemblance de composition chimique avec les 
fers que l'on a vus tomber des espaces, qu'il y a lieu de les leur assimiler. 
Non seulement ils renferment du nickel, mais leur texture donne aussi les 
figures géométriques dont je viens de parler. D'ailleurs, ils sont, en général, 
d'une nature toute différente du sol qui les supporte, ce qui confirme dans 
l'idée que la formation en est absolument indépendante, et qu'ils n'avaient 
rien de commun avec lui avant d'y avoir été apportés. 

Des parcelles de fer natif ont été, il est vrai, parfois rencontrées dans la 
masse même des roches terrestres; mais très rarement, et en des points où le 
métal avait été isolé d'un oxyde par la présence de matières charbonneuses, 
c'estrà-dire réduity stiivant l'expression consacrée, par des réactions acciden- 
telles, telles que des incendies de houillères. 

Pour compléter ce que l'on savait jusque dans ces derniers temps sur le 
fer natif d'origine terrestre, il convient d'ajouter qu'un chimiste très dis- 
tingué, M. le professeur Andrews, de Belfast, avait reconnu, dès 1852, que des 
fragments de certains basaltes du comté d'Antrim, en Irlande, jouissent de 
la propriété de précipiter le cuivre de ses dissolutions à Pétat métallique. 
Cette réaction, qui fut reproduite avec des roches basaltique de la Bohême 
et de la Saxe, paraissait bien déceler dans ces roches la présence du fer 



DÉCOUVERTE AU GROENLAND. 243 

natif; mais ce métal y était invisible, sans doute parce qull y était à l'état 
d'extrême division. D'ailleurs, on ignorait s'il était allié de nickel. 

Tel était l'état de la question, quand le sol du Groenland a révélé, h ce 
sujet, des faits très concluants, qui intéressent à la fois l'histoire de notre 
globe et celle des corps célestes. 



I. 



John Ross, en 1818, rapporta de son voyage dans la baie de Baffln quel- 
ques couteaux en os, dont le tranchant était formé de morceaux de fer pro- 
venant, au dire des Esquimaux, de quelques blocs détachés et rencontrés à 
Sovallick, au sud-est du cap York. L'analyse de ce fer ayant indiqué la pré- 
sence du nickel, on lui attribua une origine météoricjue. C'est la première 
mention qui ait été faite de fer métallique au Groenland. Giesecke avait, il 
est vrai, déjà trouvé, dans le séjour qu'il fit dans cette contrée, de 1806 à 
1813, un morceau de fer, mais sans qu'on y attachât d'importance. Plus tard, 
pendant son séjour dans le nord du Groenland, de 1848 à 1851, M. Rinck se 
procura une masse de fer provenant de Niakiornak, près de Jacobshavn, et 
Forchhammer y ayant constaté la présence du nickel et du cobalt, en même 
temps que les figures de Widmanstaetten, on le considéra aussi comme étant 
d'origine météorique. En 1852, le médecin Rudolph envoyait un autre mor- 
ceau de fer de la baie de Fortune, dans l'île de Disko. Ces divers échantillons, 
qui furent déposés au Musée de l'Université de Copenhague, attirèrent l'atten- 
tion de M. le professeur Nordenskiôld et lui inspirèrent le désir d'en décou- 
vrir l'origine, lorsqu'en 1870 il fit un voyage d'exploration dans le nord du 
Groenland. 

Ce fut en vain que M. Nordenskiôld chercha d'abord dans la baie de For- 
tune, d'où avait été apporté l'échantillon du docteur Rudolph. Mais, d'après 
des indications fournies par les indigènes^ ainsi que par ses propres recher- 
ches, il fut amené quelques mois plus tard sur un autre point du littoral de 
l'île de Disko, à Blaafjeld, Uifak ou Ovifak (colline bleue), où il rencontra 
enfin Tobjet de ses investigations : Ovifak, située par 69** 19' W de latitude 
nord, est d'un accès des plus difi&ciles. 

Des blocs de fer gisaient sur le rivage, entre le niveau de la haute et de la 
basse mer, parmi les blocs de granit et de gneiss roulés et au pied d'une 
grande falaise, présentant une série de nappes horizontales de basalte et de 
dolérite qui alternent avec des conglomérats. A 1 6 mètres du plus grand bloc, se 
montrait un rocher de dolérite; dans une autre masse de dolérite était empâté 
du fer nickelé. Sur une superficie qui ne dépasse pas 50 mètres carrés, M. Nor* 



24i L'ASTRONOMIE. 

(lenskiôld recueillit plus de vingt masses de fer et de basalte, renfermant 
environ SijOOO*"»' de métal natif. Il convient d'ajouter avec quelle libéralité il 
s'empressa d'en offrir des échantillons au Muséum d'histoii'e naturelle de 
Paris. 

L'idée qui se présenta tout naturellement fut que ces masses de fer étaient 
d'origine météoritique, puisqu'elles contenaient du nickel et qu'elles mon- 
tr^iient les figures de Widmanstaetten, qui, jusqu'alors, avaient paru caracté- 
riser exclusivement les fers météoriques. 

Comme quelques-uns des échantillons de fer étaient solidement incorporés 
dans les roches basaltiques, M. Nordenskiôld fut contraint de supposer que 
des météorites étaient tombées des espaces au milieu de ces roches, avant 
qu'elles fussent consolidées, c'est-à-dire pendant la période miocène. 

Malgré la complication de cette hypothèse, plusieurs naturalistes crurent 
devoir l'adopter. Dans ce nombre il faut particulièrement citer M. Nauckhoff, 
dont l'opinion avait d'autant plus de poids qu'elle s'appuyait sur une obser- 
vation de visu : il avait cru voir lei fer nickelé associé à d'autres substances 
météoriques, l'eukrite et le protosulfure de fer ou troïlite. 

Ayant été informé que M. Nordenskiôld désirait faire transporter ces masses 
de fer en Suède, M. le professeur Johnstrup intervint auprès du gouverne- 
ment danois pour que l'enlèvement n'eût pas lieu sans qu'on étudiât 
préalablement les conditions dans lesquelles ces masses se présentaient. 
M. Steenstrop, qui fut chargé de cette mission, ne parvint pas d'abord à 
découvrir le fer dans le basalte en place, même à Asuk, en Waigat, ou 
cependant des blocs épars en indiquaient des indices. Mais lorsque, de 
retour en Danemark, ce savant se livra à l'examen microscopique des échan- 
tillons qu'il avait rapportés, il y reconnut de petits grains de fer métaUique. 
Il examina alors plus de deux cents préparations de basalte provenant de plus 
de quarante localités du nord du Groenland, mais dans aucun d'eux, ceux 
de Blaafjeld exceptés, il ne vit le fer métallique, quoique plusieurs d'entre 
eux précipitassent de ses dissolutions le cuivre à l'état métallique. M. le pro- 
fesseur Jôrgensen examina les grains visibles à l'œil nu dans le fer d'Asuk: 
il y trouva des traces de cobalt et de nickel, métaux que l'on avait crus jus- 
que-là caractéristiques du fer météorique. Or, l'origine terrestre du fer d'Asuk 
ne pouvait être douteuse. 

Plus tard, en 1879, un savant très distingué des États-Unis, connu par 
l'exactitude de ses travaux de minéralogie chimique, et dont on déplore la 
mort récente, Laurence Smith, analysa les roches associées au fer natif, et 
montra, contrairement aux déterminations de M. Nauckhoff, que les sub- 
stances qualifiées de troïlite et d'eukairite étaient simplement de la pyrite 
magnétique (pyrrhotinne) et de dolérite. Il reconnut, en outre, que le fer du 



DÉCOUVERTE AU GROENLAND. 245 

Groenland, malgré ses analogies avec le fer météorique, en diffère à certains 
égards 5 

Cependant, avec une persévérance qui lui fait honneur, M. Steenstrup avait 
voulu retourner une troisième fois au Groenland, tant afin de poursuivre 
Tétude géologique de cette région remarquable, que pour étudier le régime 
de la glac^ continentale. Il passa alors dans ces contrées presque désertes 
les cinq années de 1876 à 1880. Distrait par d'autres études, ce n'est que dans 
l'été de 1880 qu'il put de nouveau visiter le basalte ferrifère d'Asuk. Cette 
fois, il y trouva le fer natif dans le basalte, non plus en parcelles microsco- 
piques, mais en grains de toutes grosseurs, depuis une fraction de milli- 
mètre jusqu'à une longueur de 18""", et, sur ces derniers, apparaissent nette- 
ment, après polissage, les figures de Widmanstaetten. Ce savant rencontra 
également le basalte à fer natif sur la côte occidentale de l'île de Disko, et 
sur la côte nord de cette même île, en deux localités du Mellemfjord. Ainsi, 
le basalte à fer natif était retrouvé, de même qu'à Ovifak, sur diverses par- 
ties des côtes de Tîle de Disko, dont la superficie n'est pas moins de 8,000 ki- 
lomètres carrés? 

Pendant l'automne de 1879, M. Steenstrup fit une autre découverte inté- 
ressante à plus d'un titre. Après avoir fouillé plusieurs centaines de tombeaux 
groënlandais, il trouva dans Tun d'eux, à Ékaluit, sur les bords du fjord 
d'Umanak, où il s'était rendu afin d'étudier la marche des grands glaciers de 
cette région, des couteaux semblables à ceux que, soixante ans auparavant, 
avait rapportés Ross. Avec ces couteaux se trouvaient des outils en pierre, 
dans lesquels on avait mis en œuvre du cristal de roche, de la calcédoine et 
du quartz lydien. Or, à ces produits de l'industrie humaine étaient associés 
neuf morceaux de basalte contenant du fer métallique, ainsi que des morceaux 
irréguliers du même métal, tout à fait semblable à celui des couteaux. Cette 
intéressante trouvaille montrait d'abord avec quels matériaux les Esquimaux 
fabriquaient leurs couteaux, avant qu'ils reçussent du fer des Européens; 
d'autre part, elle confirmait que le fer ainsi élaboré n'était pas d'origine 
extra-terrestre, comme l'avait fait supposer son alliage de nickel, mais de 
provenance terrestre. 

11 convient de remarquer que, dans les diverses localités où il a été ren- 
contré, le fer natif est accompagné de graphite et de pyrrhotine. Le carbone 
entre également en combinaison avec le fer lui-môme, constituant une sorte 
de fonte^ comme Forschammer l'avait reconnu déjà en 1854. Mais d'autres 
échantillons de fer sont doux et ne renferment que peu de carbone ; c'est cette 
dernière variété qui ressemble particulièrement au fer météorique. Le géo- 
logue suédois, D"" Tôrnebohm, a constaté aussi, comme compagnon du fer 
natif, une roche à base d'anorthite avec graphite. 



I 



246 L'ASTRONOMIE. 

En résumé, la présence au Groenland, dans des roches terrestres, du fer 
nickelé avec la texture cristalline que caractérisent les figures de Widmans- 
taetten est devenue incontestable. Il importe d'ajouter que ce métal n'est pas 
un accident isolé et fortuit, mais qu'il se montre en de nombreux points et 
sur des étendues considérables. 

En rendant succinctement compte des observations qui ont amené à ce 
résultat important, il est de toute justice de rendre hommage au dévouement 
et à la persévérance avec laquelle plusieurs savants, dont les noms viennent 
d'être signalés, ont affronté, à cette occasion, les fatigue», les difficultés et 
les périls. 



IL 



Au point de vue de sa constitution .géologique, le Groenland septentrional 
est particulièrement remarquable par le développement de roches éruptives 
modernes, principalement de nature basaltique. C'est peut-être le plus grand 
massif de cette nature que l'on connaisse, avec ceux du Deccan dans l'Inde, 
de l'Afrique australe et des montagnes Rocheuses. Il conunence au 69* 14' de 
latitude, occupe la grande île de Disko et la côte orientale du Waïgat, et, vers 
le 76% il disparaît sous le glacier continental qui empêche toute exploration. 
Beaucoup d'îles au nord de Disko sont formées de basaltes, qui s'étendent sur 
une partie de la côte orientale du Groenland. Ces roches, qui contiennent une 
grande proportion de fer combiné, agissent fortement sur l'aiguille aimantée. 
Comme dans beaucoup de pays, les basaltes dont il s'agit sont souvent amyg- 
daloïdes et pénétrés de zéolithes variés, stilbite, mésotype, analcime, ainsi 
que de leurs compagnons habituels, calcédoine, opale, quartz, dolomie et 
aragonite. 

Ces roches basaltiques se présentent souvent en filons; mais le plus sou- 
vent elles se sont épanchées en nappes horizontales épaisses, alternant avec 
des conglomérats, et se sont superposées à des roches stratifiées de divers 
âges, et quelquefois aussi à des roches cristallines, gneiss et micaschiste. 
Dans l'île de Disko, en particulier, ces nappes recouvrent, avec une épaisseur 
de plus de 400", des couches de grès, contenant des lits de lignite que Ton 
y exploite parfois. 

Si Ton se demande quelle peut être l'origine du fer natif, l'idée qui se 
présente tout d'abord, en voyant que les roches ferrifères, dans lesquelles le 
fer natif est engagé, ont percé à travers des couches charbonneuses, c'est que 
ces dernières auraient exercé une action réductrice sur les roches basalti- 
ques, qui auraient ainsi abandonné de leur fer, à l'état métallique. Le gra- 



DÉCOUVERTE AU GROENLAND. 247 

phite qui, tantôt est combiné au fer, tantôt se présente à côté de lui, serait 
une confirmation de cette idée. 

Mais on peut aussi supposer, et cela avec plus de probabilité, que les 
roches basaltiques qui sont sorties, en cette région du globe, avec une abon- 
dance exceptionnelle, ont arraché ce fer à des masses de même nature, à 
proximité desquelles elles se sont trouvées, avant d'arriver au jour. Elles 
attesteraient la présence, dans ces profondeurs, de masses de fer plus 
volumineuses, dont elles seraient en quelque sorte les avant-coureurs. 

Il est inutile de faire ressortir l'importance que présente ce fait, au point 
de vue de la théorie du magnétisme terrestre. 

III. 

Une des plus belles conceptions qui aient jailli du génie de Descartes, c'est 
que tous les corps de l'Univers sont régis par les lois de la mécanique, et, en 
outre, qu'ils sont de môme nature. 

Cette idée, dont nous ne pouvons aujourd'hui apprécier la profondeur et 
le caractère qu'en nous reportant aux notions étroites qu'on se faisait alors 
sur l'Univers, est aujourd'hui admise par tous : l'analyse spectrale, appliquée 
au Soleil et aux Étoiles, a trouvé dans ces astres des caractères semblables à 
ceux que nous présente le globe teiTestre. 

Ce que l'analyse spectrale ne peut nous apprendre relativement à ces simi- 
litudes, nous est révélé et précisé par l'étude des météorites. Ces débris 
d'astres brisés, qui viennent fréquemment échouer sur notre globe, sont 
de nature minéralogique variée, depuis le fer métallique allié au nickel 
jusqu'à des matières pierreuses, qui consistent principalement en silicates. 

Malgré les distances considérables qui séparent les astres dont ces combi- 
naisons proviennent, leurs fi'agments se ressemblent entre eux beaucoup 
plus qu'il n'arrive souvent pour des morceaux détachés d'un môme bloc de 
nos roches cristallines. 

Cependant, les recherches chimiques les plus] habiles et les plus minu- 
tieuses n'ont pu faire découvrir dans les météores aucun corps qui n'appar- 
tienne à notre planète. Il n'est pas inutile d'ajouter que les trois <:orps qui 
prédominent dans les météorites, savoir : le fer, le silicium et l'oxygène, 
prédominent aussi dans l'écorce terrestre. 

Il y a plus : les combinaisons chimiques et minéralogiques dans lesquelles 
ces corps sont engagés, présentent, de part et d'autre, des traits de similitude 
frappants. Le silicate magnésien, connu sous le nom de péridot, les autres 
silicates appartenant aux espèces pyroxène, enstatite, anorthite, tous possé- 
dant des formes cristallines identiques avec celles des espèces terrestres. 



248 L'ASTRONOMIE. 

nous révèlent des ressemblances intimes dans les réactions qui leur ont 
donné naissance. 

Les observations qui ont été faites sur la gangue, de nature péridotique, 
qui accompagne le platine natif dans TOural, ainsi que sur la présence du 
nickel dans le fer métallique qui est allié au platine, ont apporté une confir- 
mation de ces similitudes. 

Après avoir fait ressortir les traits de ressemblance nombreux et étroits qui 
unissent les météorites à certaines de nos roches profondes, et avoir montré 
comment les météorites du type commun peuvent être imitées par une désoxy- 
dation partielle des roches terrestres, particulièrement du péridot, j'ajou- 
tais : a Rien ne prouve qu'au-dessous de ces masses alumineuses qui ont 
fourni en Islande, par exemple, des laves si analogues au type des météorites 
de Juvinas, qu'au-dessous de nos roches périoditiques dont se rapproche tel* 
lement la météorite de Chassigny, il ne se trouve pas des massifs dherzoli- 
tiques, dans lesquels commencent à apparaître le fer natif, c'est-à-dire sem- 
blables aux météorites du type commun ; puis, en continuant plus bas, des 
types de plus en plus riches en fer, 'dont les météorites nous présentent une 
série, de densité croissante, depuis ceux où la quantité de fer représente à peu 
près la moitié du poids de la roche jusqu'au fer massif. » 

Cinq années après que ces lignes étaient écrites, les grandes masses de fer 
natif allié de nickel, dont il vient d'être question, étaient découvertes par 
M. Nordenskiôld. Les doutes et les discussions qui ont eu lieu d'abord sur 
leur origine, que Ton hésitait à reconnaître comme terrestre, suffisent pour 
faire ressortir mieux encore des analogies très instructives au point de vue 
de la philosophie naturelle. 

Aujourd'hui, aucun doute n'est plus possible : le fer nikelifère avec la 
texture cristalline, que manifestent sur une place polie les figures de Wid- 
manstaetten, paraissait naguère un caractère exclusif des météorites; voilà 
aujourd'hui ce fer nikelifère, avec la même disposition cristalline, reconnu 
dans les roches éruptives de notre globe. 

Celte dernière démarcation s'efface donc, et un lien, déplus en plus intime, 
s'établit entre les roches poussées des régions profondes de notre planète et 
les corps célestes dont les météorites nous apportent des épaves. 

A. Daubrée. 

Membre de l'Institut. 

A'o^e de la ïièdaction, — Cette identité des fers météoriques avec les roches 
éruptives terrestres qui viennent d'être découvertes à la surface du sol est peut- 
être plus éloquente encore que ne l'indique Téminent auteur de l'article qui pré- 
cède. Ne vient-elle pas confirmer l'hypothèse qui attribue les fers météoriques à 



LES CONDITIONS DE LA VIE DANS LTNIVERS. 249 

des éruptions terrestres antiques qui les auraient lancées dans les espaces inter- 
planétaires d'où ils retomberaient sur Torbite terrestre ? [ Voir l'Astronomie, 1883, 
p. 129-141]. En même temps que cette identité est établie, Téruption de Krakatoa 
est venue montrer à la Science que, sous nos yeux, un volcan actuel a lancé des 
projectiles poussiéreux à plus de soixante-dix kilomètres de hauteur. [L'Astro- 
nomie, 1885, p. 221]. N'y a t-il pas là deux nouveaux documents, d'une puissante 
valeur, à ajouter à ceux sur lesquels l'hypothèse que nous rappelons a été fondée ? 
Cette hypothèse nous paraît bien près de mériter le titre de théorie. 



LES CONDITIONS DE U VIE DANS L'UNIVERS. 

{Suite et fin.) (•) 

VI 

La nature elle-même a pris soin de. proclamer sa puissance, en nous 
montrant que notre sphère de perception immédiate n'embrasse qu'un néant 
d'étendue, comparativement à l'infini qui nous environne. Supposer, pré- 
tendre, affirmer que la vie et la pensée ne peuvent briller à la surface des 
autres mondes qu'à la condition d'y trouver un état physique, chimique 
et physiologique identique à celui qui existe autour de nous, ce n'est point 
traduire les paroles de la nature, c'est dire absolument le contraire de ce 
qu'elle a pris soin d'enseigner en notre propre séjour. 

Et d'abord, n'existe-t-il pas sur la Terre même doux ordres de vie tout à 
fait distincts l'un de l'autre? Notre planète n'offre-t-elle pas deux éléments 
séparés, l'eau et l'air, dont chacun possède ses organismes spéciaux? Les 
êtres qui vivent par la respiration aérienne meurent asphyxiés dans l'élé- 
ment au sein duquel vivent les êtres à respiration aquatique, et réciproque- 
ment. Les espèces végétales et animales qui habitent la mer, les lacs, les 
fleuves et les rivières, ne sont pas moins nombreuses que celles dont la 
terre ferme est animéei Comment un tel fait ne frappe-t-il pas, à lui seul. 
brutalement, et sans qu'il soit nécessaire d'invoquer aucun des milliers 
d'autres qui viennent le compléter et en multiplier l'éloquence, comment 
un tel partage de la nature terrestre en deux mondes étrangers l'un à l'autre, 
ne suffit-il pas pour ouvrir les yeux aux négateurs de la vie extra-terrestre 
et pour leur montrer la souplesse, la flexibilité, la variabilité infinie des 
forces vives de la nature? 

(») Voir la Revue de mai 1885. 



250 L'ASTRONOMIE. 

Tous les êtres qui habitent la Terre sont des descendants transformés des 
organismes aquatiques primordiaux. Il fut un temps où aucun continent, 
aucune île n'avait élevé son front au-dessus des eaux sans bornes de la mer 
universelle. Alors, la vie était entièrement confinée au monde océanique. On 
n'a trouvé dans les fossiles de l'époque cambrienne aucun animal à respira- 
tion aérienne, aucune plante qui ait vécu à l'air libre. Tous les organismes 
sans exception, plantés et animaux, étaient des êtres aquatiques, rudimen- 
taires, sans tête, sans cerveau, sans cœur, soui'ds, muets, aveugles et dépour- 
vus de sexe. C'étaient des monères (dont on connaît déjfi une quinzaine 
d'espèces différentes), des amibes, des foraminifères, des diatomées, des 
galionelles, des baciUariées, des bilobites, des zoophytes de divers ordres, 
des éponges, des polypes, etc., etc. Et quels êtres? S'ils existaient encore 
seuls, qui pourrait deviner la possibilité de l'existence de l'homme? Ce ne 
seraient pas, assurément, ceux qui ne voient rien au delà de leur horizon. 
Quel enseignement de la nature, et comment est-il possible qu'on reste 
aveugle devant un tel témoignage! 

Oui, quels êtres! Et pourtant aucun de nos sens : ni vue, ni audition, ni 
odorat: à peine un rudiment de goût; le toucher seul tient lieu de tout, mais 
cette sorte de toucher n'est en rien comparable à la nôtre. Les diatomées 
sont de la géométrie vivante : tout est géométrie chez elles et il semble 
qu'elles ne soient qu'un produit chimique formé suivant les règles de l'ar- 
chitecture des atomes. Les polypes, au contraire, semblent la première affir- 
mation de la force vitale, affirmation spontanée, énergique, perpétuelle. 
Coupez un polype en autant de morceaux que vos ciseaux vous permettront 
de le faire (Trembley est allé jusqu'à cinquante!) vous ne lui faites aucun 
mal pour cela, il se complète en quelques jours, et vous créez simplement 
ainsi deux, quatre, dix, cinquante polypes. Retournez-le comme un gant, 
son épiderme extérieur devient estomac, et réciproquement, et il se porte à 
merveille. On peut faire avaler un polype par un autre : l'avalé n'est pas 
digéré, continue de vivre, ne tarde pas à se débarrasser de sa prison, se 
rince en s'agitant dans l'eau, et vit ensuite aussi tranquillement que si rien 
ne lui était arrivé. Si pourtant, avant de faire avaler un polype par l'autre 
on a pris soin de retourner celui qui doit entrer dans le corps de son con- 
frère, les deux surfaces internes se trouvant en contact se soudent à un tel 
point que les deux êtres n'en font bientôt qu'un seul, — et le nouveau 
polype continue de vivre désormais comme si rien ne lui était arrivé... 

La force vitale s'est affirmée avec une énergie que nul esprit n'oserait 
soupçonner si l'observation directe n'était pas là pour la constater. Après 
avoir envahi les mers, elle est sortie des eaux et s'est incarnée en êtres 
d'abord amphibies, puis exclusivement terrestres. La multiplication des êtres 



LES CONDITIONS DE LA VIE DANS L'UNIVERS. 25! 

â cessé de s'effectuer par simple flssiparité où par bourgeonnement; l'œuf 
est apparu, un nouveau mode de génération a remplacé le mode primitif et 
va régner sur la vie. Les méduses, qui sont des transformations de polypes, 

Fig. 87 




Respiration aquatique et respiration aérienne. L'axolotl sort de l'eau, perd ses branchies 
et les remplace par des poumons. 

se reproduiseul déjà par œufs : ceux-ci donnent naissance à des polypes 
hydraires d'où sortiront de nouvelles méduses, et ainsi de suite. Quels argu- 
ments plus précieux pourrait-on invoquer en faveur de la mutabilité des 
formes spécifiques? Les polypes hydraires nous montrent déjà comment un 



252 L'ASTRONOMIE. 

organisme simple peut revôtir les, formes les plus diverses, redescendre 
réchelle de Torganisation ou la remonter; ils nous permettent de suivre pas 
à pas cette merveilleuse métamorphose. 

Les protozoaires, les mollusques, les crustacés, les poissons, se sont suc- 
cédé dans les eaux avant Tapparition des êtres à respiration aérienne. Ceux- 
ci descendent des premiers. Les branchies ont précédé les poumons. Un 
animal à respiration aquatique peut, encore de nos jours, se transformer en 
un animal à respiration aérienne. On en a douté jusqu'en 1865. Cette année- 
là, le muséum d'histoire naturelle ayant reçu du Mexique des axolotls, ou 
têtards à branchies extérieures, vivant dans un lac voisin de la ville de 
Mexico, les professeurs du Muséum furent stupéfaits de voir un beau jour 
ces êtres sortir de Teau : ils avaient perdu leurs branchies qui s'étaient trans- 
formées en poumons! Depuis, on a fait des observations confirmatives sur 
d'autres êtres, même sur la petite grenouille verte que tout le monde connaît; 
cette petite rainette pond des œufs d'où sortent des têtards qui se transfor- 
ment en grenouilles, ce qui est Tordre habituel dans ces espèces; mais on a 
observé une espèce des Antilles chez laquelle la métamorphose s'accomplit 
dans l'œuf même : celui-ci contient un têtard muni d'une queue et de bran- 
chies, et pourtant au bout de dix jours il en sort une rainette sans queue, 
sans branchies et respirant par des poumons. Ces faits, réunis à toutes les 
preuves que nous possédons aujourd'hui sur le transformisme, témoignent 
que la nature sait varier la forme et la structure des êtres pour les adapter 
aux changements de milieux en apparence les plus opposés et les plus hété- 
rogènes. 

Mais Thomme est obstiné dans ses préjugés, et d'autant plus fermement 
qu'ils sont plus étroits et plus obscurs. On a dit qu'il serait beaucoup plus 
facile de donner de l'esprit à un sot que de lui persuader qu'il en est dé- 
pourvu. Ce sot, c'est, en principe, tout le monde, car rien ne nous est plus 
difficile que de nous affranchir de tous les préjugés de notre fausse éduca- 
tion. J'ai à côté de moi, au moment où j'écris ces lignes, un ami d'enfance 
qui est tout fier de descendre de François I". Son père a fait mille efforts 
pour, s'assiu-er de la réalité d'une scène oubliée du a roi s'amuse » et pour 
constater que son aïeule avait été « favorisée » d'une attention royale. Jamais 
il n'a pu comprendre qu'il n'y avait rien là de superlativement sublime et 
que la moindre qualité personnelle aurait plus de valeur qu'une telle noblesse. 
Non, dans cette famille, ils se sentent nobles, et cela leur suffit. Aussi, tout 
ce^ que mon noble ami et son noble père ont pu faire depuis un demi-siècle 
a-t-il été d'apprendre... un peu d'équitation... Encore laisse- t-elle beaucoup 
à désirer ! 

Plus la sphère dans laquelle on vit est étroite, moins il semble qu'on en 



LES CONDITIONS DE LA VIE DANS L'UNIVERS. 253 

puisse sortir. Pour nous, qui vivons au-dessus du monde de la mer et de ses 
acéphales, nous devons savoir qu'il y a dans Torganisation vitale de notre 
planète même, deux grands ordres essentiels d'existences, absolument dis- 
tincts l'un de l'autre, et que les ôtres appartenant à l'un ou à l'autre de ces 
deux règnes sont dans une erreur complète lorsqu'ils prennent leur élément 
pour l'univers entier. Un habitant des eaux ne peut pas comprendre qu'on 
puisse vivre hors de l'eau. Un être à respiration aérienne n'admet pas faci- 
lement qu'on puisse vivre dans Feau. Cependant, en fait, on vit hors dé l'eau 
tout aussi bien que dedans. Seulement les organes sont différents. 

Ce partage de la vie terrestre en deux modes d'existence absolument sépa- 
rés l'un de l'autre est un enseignement considérable de la nature. Il devrait 
suffire par lui-même pour réfuter les objections des savants qui voudraient 
effacer les autres mondes du livre de la vie, par la raison qu'ils ne sont pas 
identiques au séjour que nous habitons. Eh vain répliquerait-on que dans 
l'eau comme dans l'air c'est l'oxygène qui entretient la vie et partirait-on de 
là pour prétendre que l'eau ne diffère pas essentiellement de Tair comme 
milieu vital. La réponse serait facile : entre les deux éléments la différence 
est telle que les habitants de Tun meurent dans l'autre, tout simplement. 
Il faut, pour vivre dans l'un, des organes différents de ceux qui servent à 
vivre dans l'autre, et ces organes existent. Toute la question est là pour le 
sujet en litige. La nature elle-même a répondu. 

Et elle a répondu doublement en montrant qu'elle se charge de modifier 
les organes pour transformer les ôtres aquatiques en êtres aériens, et réci- 
proquement. 

VII 

Mais la nature nous fait bien d'autres réponses non moins péremptoires. 
Nous venons de parler des habitants des eaux. Conmient ne pas nous sou- 
venir des affirmations récentes des naturalistes à comte vue qui naguère 
encore déclaraient doctoralement que la vie était impossible au fond des 
mers? L'énorme pression des eaux, l'absence complète de lumière, étaient 
deux arguments irréfutables. En effet, quels organismes pourraient résister 
à une telle pression? Des canons n'y résisteraient pas! Et puis, la lumière 
n'est-elle pas indispensable aux phénomènes de la vie végétale et animale? 
Comment le carbone se fixerait-il, en de telles conditions? Comment des 
plantes pourraient-elles se former? Et les animaux eux-mêmes! que feraient- 
ils, éternellement plongés dans une obscurité absolue? — Des naturalistes 
indépendants commencent à douter de ces affirmations entreprennent des 
voyages d'exploration sous-marine et vont jeter la sonde à deux, trois, quatre, 



254 L'ASTRONOMIE. 

six, huit mille mètres de profondeur (Angleterre, 1868, France 1880); 
ils en rapportent des êtres singuliers, bizarres, incompréhensibles, mais 
en défîninive organisés pour vivre en ces noires profondeurs? Sont-ils, 
comme on essayait de le prévoir, enveloppés de carapaces épouvantables, 
bardés d'airain, vêtus de granité ou de fer? Nullement. Ce sont des mol- 
lusques d'une extrême délicatesse, des organismes pareils à des fleurs, 
presque des papillons que le doigt ose à peine effleurer. Leurs organes 
intérieurs sont là en parfait équilibre avec la pression du milieu extérieur, 
et lorsqu'on les remonte ils meurent d'apoplexie longtemps avant d'arriver 
à la syrface de la mer. On constate encore là une admirable adaptation. Et 
quelles ressources infinies dans le laboratoire de la nature! Ne recevant pas 
le plus lointain reflet de la lumière solaire, vivant au sein d'une obscurité 
complète, ils fabriquent eux-mêmes la lumière qui leur manque! Plusieurs 
d'entre eux sont phosphorescents et répandent dans l'abîme une vague clarté 
I)our laquelle leurs yeux sont construits : leur lampe est leur soleil et elle 
leur suffit; s'ils pouvaient deviner la lumière qui se joue dans l'ombre de 
nos rivières, ils seraient éblouis des trous noirs où se cache .l'écrevisse et 
comprendraient moins encore l'existence de la truite ou du goujon qui 
glissent alertes et frétillants comme des rayons d'argent dans le cristal des 
ruisseaux limpides. Et qui sait? cette phosphorescence personnelle n'est-elle 
pas un élément de plaisir, susceptible de nuances infinies, et qu'ils n'échan- 
geraient peut-être pas contre notre mode impersonnel d'illumination. Ils 
ont réalisé sans le savoir le mystère de cet anneau des contes de fées qui 
rendait son heureux possesseur à volonté visible ou invisible; une telle fa- 
culté n'est peut-être pas tout à fait à dédaigner. Quoiqu'il en soit, ceux qui 
connaissent le moûde des profondeurs sous-marines par les ouvrages des 
explorateurs anglais et français savent quelle inimaginable variété y est 
répandue; ils apprécient mieux les ressources de la nature; ils en concluent 
que nous n'avons pas le droit de déclarer inhabitables des mondes différents 
du nôtre et que la nature elle-même est plus féconde que toute notre ima- 
gination. 

VIII 

Sans doute, répliquent les adversaires de la doctrine de la vie universelle, 
mais enfin, il y a des conditions telles que la nature, malgré toute sa puis- 
sance, ne les dominera pas. On ne peut plus croire aujourd'hui aux sala- 
mandres, que les anciens faisaient vivre dans le feu. Nous n'asseyons plus 
d'anges dans le vide. Nous n'imaginons plus de diables dans l'intérieur du 
globe. La nature est logique avec elle-même. Elle ne crée pas de monstres. 



LES CONDITIONS DE LA VIE DANS L'UNIVERS. 



255 



Oui, répondrons-nous, il y a des limites à la possibilité de la vie; mais ces 
limites reculent à mesure que la science grandit, et nous ne les connaissons 
pas. Des monstres? On en rencontre partout, — monstres pour nous, mais 
non pour eux — nous ne parlons pas ici des êtres atrophiés ou arrêtés dans 
leur développement embryogénique, nous prenons l'expression dans son sens 
vulgaire général et nous disons que la nature a réalisé dans ses œuvres ter- 

Kig. 88. 




L'eurypharynx pelecanoldes. 

restres les formes les plus extraordinaires et les plus extravagantes au point 
de vue de la sagesse d'un professeur d'histoire naturelle. Nous pourrions en 
faire apparaître ici, dix, cent, mille. Contentons-nous d'un exemple, soit 
YEurypharynx pelecanoldes que la mission du Travailleur a péché à 2300" de 
profondeur, non loin des côtes du Maroc. L'astronome, explorateur télesco- 
pique des profondeurs d'Uranus et de Neptune, demande au naturaliste du 
Muséum si cet animal est un poisson, un batracien ou un reptile, et il n'en 
reçoit qu'une vague réponse. Le matelot qui l'a retiré du filet sur le pont du 
navire a pu croire que c'était seulement un entonnoir^ et peut-être est-ce lui 
qui a raison. Spécimen d'une faune jusqu'ici inexplorée, cet être noir se com- 
pose essentiellement d'une énorme mâchoire sans dents réelles, d'un enton- 
noir et d'une queue. La tête mesure trois centimètres de longueur, dont deux 
pour la mâchoire seule, et son corps quarante-quatre centimètres. Il respire 
à l'aide de cinq branchies et est organisé pour vivre sous cette pression de 



256 L'ASTRONOMIE. 

plusieurs centaines d'atmosphères. « L'existence de la vie en de semblables 
conditions, avait été niée jusqu'à présent, écrivait à ce propos M. Rousseau, 
dans V Union scientifique; quel eût été le mortel assez osé pour dire que Ton 
pouvait vivre dans un tel milieu ? La découverte de TEurypharinx Peleca- 
noïdes vient de porter un grand coup à la théorie de ceux qui, se basant sur 
les prétendues limites restreintes de la vie, refusent d'accepter comme réelle 
l'habitation des autres mondes. M. Faye, en 1874, se faisant le champion de 
cette opinion, nous montrait la terre inhabitable en dehors d'une petite zone, 
la découverte de l'Eurypharinx pelecanoïdes lui a donné un premier démenti; 
espérons que de nouvelles découvertes aussi intéressantes, quoique d'un 
autre genre, viendront bientôt montrer l'inanité des prétentions de ceux qui 
veulent renfermer en de petits espaces le pouvoir du Créateur de toute 
vie (M- » 

L'océan est peuplé de ces êtres qui défient toute classification méthodique: 
chacun des organismes nouvellement découverts a reculé les limites entre 
lesquelles on avait enfermé jusqu'ici les conditions de la vie. Mais que serait- 
ce si nous passions en revue les êtres qui nous ont précédés comme habi- 
tants du globe pendant la longue série des siècles antédiluviens? 

IX 

Ici aussi, ne prenons qu'un exemple, car notre but n'est pas d'écrire un 
traité d'histoire naturelle : nous devons seulement envisager le cosmos au 
point de vue vivant et appliquer les enseignements de la nature terrestre à 
notre conception générale de l'Univers. 

Cet exemple, prenons-le à l'époque de la formation jurassique, il y a 
quelques millions d'années. Nous voici (fig. 89) («) en face d'un paysage 
d'araucariées et de cycadées, au milieu duquel se présente le gigantesque 
stégosaure au corps revêtu de plaques osseuses et d'épines lui formant une 
puissante armure, aux membres antérieurs singulièrement courts, — le 
compsonote, autre dinosaurien non moins grotesque, — et les étranges rep- 
tiles volants, les ptérodactyles. 

N'est-ce pas là un monde tout différent du nôtre ? Q\ii l'eût osé inventer si 
Ton n'en avait découvert les fossiles ? Ces habitants de l'époque secondaire 
ont tous disparu avec la fin des temps crétacés. Sur le globe entier régnait 
alors le climat de la zone torride actuelle ; on a retrouvé jusqu'aux plus hautes 

( ' ) On peut lire aussi dans V Avenir de Foix une remarquable réfutation due à la 
plume de M. Adolphe d'Assier. 

(') D'après Brehm, Reptiles, édition française, par E. Sauvage, aide naturaliste au 
Muséum. 



LES CONDITIONS DE LA VIB DANS L'UNIVERS. 



257 



latitudes les mômes plantes et les mêmes animaux. C'est l'âge des reptiles, 
et quels reptiles! Le brontosaure atteignait une taille de près de 16 mètres et 



Fier. 89. 




Les habitants de la période jurassique. 

devait peser trente mille kilogrammes ! Chaque empreinte de ses pas mesure 
90 centimètres carrés. Un autre herbivore, le morosaure mesurait 13 mètres ; 
ses dents nombreuses n'avaient pas moins de 16 centimètres de longueur. Le 
cétiosaure d'Europe ne le cédait guère en puissance aux deux précédents, qui 
habitaient l'Amérique : on en juge facilement quand on sait que Tos de la 



258 L'ASTRONOMIE. 

cuisse atteint jusqu'à l^TO de haut, et que ce que Ton connaît de la tête et 
de la colonne vertébrale a 12 mètres, ce qui donne un animal d'environ 
16 à 17 mètres. Les stégosaures étaient moins gigantesques et ne dépassaient 
sans doute pas 10 mètres. Les iguanodons, découverts en Belgique il y a quel- 
ques années, mesurent de 10 à 14 mètres; le plus grand porte une tête de 
l'"20 et ses pattes de devant surpassent 2»50 de hauteur. « Que l'on se 
représente de tels animaux, écrit M. Zaborowski, reposant sur leur train de 
derrière. Leur tôte devait atteindre la cime des arbres. Quel aspect terrifiant 
aurait leur masse prodigieuse se mouvant dans le monde rabougri, étriqué, 
de nos climats, à peine dépasserions- nous leur cheville ». — « C'est dans 
Tordre des sauropodes, écrit d'autre part M. Brehm, que se trouvent proba- 
blement les plus gigantesques de tous les animaux terrestres; à en juger 
par les débris qu'on en connaît, certains d'entre eux devaient atteindre 
35 mètres de long du museau à la queue ». 

Sans ressusciter tout l'ancien monde des ichtyosaures, des plésiosaures, 
des labyrinthodons, des paléothériums et de leurs émules delà faune antique, 
la période des dinosauriens, que nous venons de rappeler, suffît pour nous 
témoigner, sous un aspect encore tout différent des précédents^ de la variété 
et de la diversité des productions de la force vitale, même sur notre seule 
et médiocre petite planète. Ici encore la nature répond elle-même à ceux qui 
mettent en doute sa fécondité, et nous n'avons rien à ajouter à ses propres 
paroles. 

X 

Mais que parlons-nous de fécondité ! La fécondité visible n'est rien à côté 
de la fécondité invisible. L'air est rempli d'une vie invisible. En traversant la 
cour de l'Institut pour aller présider le Bureau des Longitudes, M. Faye res- 
pire une atmosphère qui ne renferme pas moins de trois à quatre mille mi- 
crobes par mètre cube. Chacun d'eux lui dit en son langage que la vie se 
multiplie au-delà de toutes les bornes de notre entendement. Et l'air de l'Ins- 
titut n'est pas le plus riche en infiniment petits. A l'Observatoire de Mont- 
souris, le docteur Miquel a compté 7420 bactéries par mètre cube. Tout cda 
n'est rien encore. L'air des vieilles maisons parisiennes en a donné 36,000, 
celui du nouvel Hôtel-Dieu de Paris 40,000, celui de l'hôpital de la Pitié 79,000 ! 
Et tout cela vit et ne demande qu'à se multiplier. 

Voilà pour l'air pur, je veux dire transparent. Mais si nous passons auprès 
d'une maison en démolition, nous avons beau suspendre notre respiration, 
c'est bien autre chose. Des légions d'êtres ^norts viennent s'ajouter aux pré- 
cédentes. La pierre à bâtir, le calcaire, la craie, contiennent des fossiles d'or- 
ganismes en quantité véritablement formidable. Les foraminifères, les dia- 



LES CONDITIONS DE LA. VIE DANS L^UNIVERS. 



259 



tomées, les galionelles, les bacillariées sont entassés par myriades de myriades 
dans les terrains calcaires et siliceux, à tel point que, d'après Ehrenberg, un 
pouce cube peut en contenir jusqu'à quarante miUiomt Alcide d'Orbigni a 
trouvé trois millions huit cent quarante mille organismes microscopiques 
dans trois grammes de sable de la mer des Antilles! Paris n'est bâti que de 
coquilles; les pyramides sont des tombeaux de nummulites, et les momies 



Fig. 90. 





1^^ 



Ce que nous respirons dans l'air transparent. 



des pharaons sont sans importance à côté. Il n'y a pas fort longtemps encore 
dans l'histoire de la géologie, ceux qui ne voulaient pas entendre les voix de 
la nature assuraient que les tas de nummulites tombées au pied des sphinx 
et des pyramides par le désagrégement des siècles étaient des restes de lentilles 
abandonnées par les maçons constructeurs, et pétrifiées! Cependant Strabon 
déjà avait refuté cette grossière interprétation et attribué à ces minuscules 
fossiles leur origine véritable. 

Ainsi, l'air est plein de germes, de vie, de fécondité. Depuis des millions 
de siècles, la vie s'entasse dans les pierres elles-mêmes. L'eau nous donne le 



260 



L'ASTRONOMIE. 



piéme enseignement depuis Tinvention du microscope. On se souvient qu'il 
y a justement deux siècles, en 1685, Leenwenhœck, examinant une goutte 
d'eau de pluie, y découvrit les premiers inf usoires et que deux ans plus tard, 
ayant versé de l'eau sur des grains de poivre, il fut plus surpris encore de 
voir apparaître des créatures animées (les fameux pipéricoles dont s'entre- 
tenaient Leibniz et Bernouilli, précisément à propos de la question de la 
Pluralité des mondes). Ce fut là le résultat de la première infusion faite dans 




Ce que nous respirons près d'une maison en démolition. 

un but scientifique. Depuis, que de découvertes merveilleuses ! Que d'espèces 
observées! Que de genres ponctuellement classés par la micrographie. Ces 
êtres habitent les eaux douces aussi bien que les eaux marines, et l'eau pure 
aussi bien que l'eau corrompue, pullulent partout par myriades de myriades 
et se multiplient avec une fécondité inimaginable. 

Nous reproduisons ici {fig. 92), d'après Brehm, une collection d'organismes 
observés dans une goutte d'eau de puits ordinaire, telle qu'on l'emploie géné- 
ralement dans Talimontation^ et dessinés d'après nature. Les grossissements 
employés ont varié de 100 à 500 fois. Quelle bizarre collection de formes et 
d'organes I Tout cela vit et se multiplie par bourgeonnements et fissiparité. 
Quelques jours suffisent pour produire des millions. Un grand nombre d'entre 
eux ne vivent que quelques heures. S'ils pouvaient raisonner, ne voulant 
pas sortir de leur sphère d'observation, ils déclareraient que, personne de 



LES CONDITIONS DE LA VIE DANS L'UNIVERS. 



261 



leur société n'ayant jamais vu le Soleil àe toucher, ceux qui osent prétendre 
qu'il y a des jours et des nuits sont dans l'erreur d'une imagination trop 
exaltée. L'Océan est animé de ces atomes vivants jusqu'en ses noires profon- 
deurs. Ce sont eux qui produisent les beaux phénongiènes de la phosphores- 
cence. Les eaux de nos fleuves et de nos^étangs en sont remplies. Le Gange 



Fig. 92. 




Les infusoires de Teau de puits. 



transporte, dans l'espace d'une année, une masse d'infusoires égale à six ou 
huit fois le volume de la plus haute pyramide d'Egypte. La vie ! la vie partout I 
la vie toujours ! Voilà le cri suprême, le cri perpétuel de la nature. Et il y a 
des hommes qui ne l'entendent pas ! 



XI 



Mais la nature n'admet pas cette surdité, elle n'admet pas cet aveuglement, 
elle impose sa puissance; et, comme l'homme faisait des réserves philoso- 



262 L'ASTRONOMIE. 

phiques et essayait de n'écrire l'histoire de la vie qu'avec les manchettes de 
dentelles de Buflfon et sous mille précautions oratoires, elle lui a donné.., le 
tœnia. 

« Ah ! semble-t-elle nous dire, vous voulez in 'imposer des bornes, vous 
n'avez pas assez de mon enseignetnent extérieur pour vous prouver ma 
puissance, vous prétendez qu'il faut à tous les ôtres Tair pur des champs et 
des bois, l'eau des limpides fontaines, les parfums des fleurs, une nourriture 
délicate, fraîche et de premier choix ; vous voulez décréter la proportion 
d'oxygène, d'acide carbonique, d'azote, hors desquelles, selon vous, la vie est 
impossible. Eh bien! tiens, savoure ce ver solitaire, et vois s'il a la vie dure.» 

Alors cette très habile nature a généreusement octroyé à l'homme un choix 
remarquable de parasites, le grand ver solitaire, tœnia solium, qui habite 
Tintestin et peut atteindre jusqu'à 20 mètres de longueur, voire même 30 et 40 
(Dujardin) ; le tœnia moyen, qui ne mesure que 4 mètres et habite le même 
palais; le petit tœnia échinocogue, qui préfère le foie, la rate et les poumons, 
et toute une série de petits vers, cestoïdes et autres, pour lesquels les conditions 
d'existence sont absolument différentes de toutes celles que nous avons énu- 
mérées jusqu'ici. Du reste, l'homme n'est pas privilégié à cet égard. Chaque 
espèce animale possède ses « propres » vers intestinaux ; l'homme peut seu- 
lement en acquérir un peu plus que les autres, parce qu'il mange de tout. 
Mais on connaît ceux du bœuf, du mouton, du porc, du cheval, des pois- 
sons, etc., etc. Sans doute, nul ne peut s'empêcher de convenir que ce soit là 
un singulier mode d'existence, et il semble bien qu'il serait préférable de ne 
pas naître plutôt que d'être condamné à vivre dans un tel milieu. Mais enfin 
ces êtres existent. Plutôt que de s'arrêter, la nature entasse la vie parasitaire 
sur la vie normale, et multiplie l'existence aux dépens de l'existence elle- 
même. 

Comment donc encore excuser le raisonnement de ceux qui prétendent lui 
imposer des bornes! Poussé jusque dans ses derniers retranchements, un tel 
raisonnement ne se voit-il pas désagrégé pièce par pièce? En reste-t-il quelque 
chose ? Oui, comme le ver solitaire, il lui reste encore la tête. Certes, si un tœnia 
pensait, quelle idée se ferait-il des habitants de tous les mondes? Pour lui, 
il ne devrait exister partout que des vers intestinaux, car, évidemment, c'est 
là pour lui le mode normal de l'existence. En dernière analyse, les négateurs 
de la vie ultra-terrestre se retranchent dans le peu d'oxygène qui reste à 
l'animalcule du fond des mers ou au ver intestinal. L'oxygène ! voilà le sau- 
veur. C'est une fenêtre ouverte sur l'espace. Notre sceptique va s'envoler et 
crier victoire. 

Certes, toute planète a ses conditions normales de vitalité, et nul ne peut 
contester que sur la Terre l'oxygène joue le premier rôle dans l'entretien de la 



LES CONDITIONS DE LA VIE DANS L'UNIVERS. 263 

vie. Il n'y aurait donc rien de surprenant à ce que, sur la Terre^ cet élément 
fût l'origine et restât la condition, essentielle de Texîstence des êtres vivants, 
ce qui n'empêcherait nullement le penseur d'admettre que sur les autres 
mondes cet élément peut être remplacé par un autre, caractéristique de ces 
autres séjoui*s. Mais la Nature n'a pas même voulu laisser cette porte de sortie 
à ceux qui affectent de ne pas la comprendre. « Vous voulez m'imposer l'oxy- 
gène! s'écrie-t-elle. Détrompez-vous. On ne m'impose rien. » 

XII 

On trouve, en effet, dans le beurre, une espèce fort insiructive à cet égard, 
le baciUus amylobacter. Non seulement ce petit être n'a pas besoin d'oxygène 
pour vivre, mais il n'en veut à aucun prix. Il y a plus : cet élément est mortel 
pour lui. L'oxygène le tue au simple contact. L'amylobacter est le ferment du 
beurre; il s'attaque aux substances les plus diverses, produisant toujours de 
l'acide butirique, et se développe spécialement dans les milieux antipathi- 
ques aux autres êtres vivants. Or, ce microbe aérophobe est répandu à pro- 
fusion dans la nature. 

Un autre microbe, étudié à l'Observatoire de Montsouris par le docteur 
Miquel, s'attaque au caoutchouc et le décompose en dégageant de l'acide 
sulfhydrique. 

Et quelle vitalité dans tous ces êtres! Us ont gardé toute celle des protistes 
de l'origine du monde. On rencontre parmi eux de véritables protées qui 
changent complètement de formes en quelques minutes. Ils changent aussi 
de nature à volonté. M. Pasteur en a montré un exemple remarquable lors- 
qu'il a fait connaître la singulière propriété du mycoderma vini, qui respire 
comme un animal quand il vit à la surface du vin, mais qui, submergé, vit 
à la manière des ferments, décompose le sucre et le transforme en alcool et 
en acide carbonique. M. Marion, professeur à la Faculté des Sciences de 
Marseille, a montré d'autre part que l'artemia saliva change de forme et de 
nature suivant les conditions d'existence auxquelles on le soumet, devenant 
tantôt crustacé marin, tantôt animal d'eau presque douce, et cela en quel- 
ques générations! Etc., etc., etc. 

XIII 

Arrêtons-nous ici. La victoire est trop complète pour que nous la procla- 
mions . Lorsque le vainqueur reste seul vivant sur le champ de bataille, il 
ne songe pas à prouver son triomphe, et ne rédige pas, comme Napoléon, à 
la retraite de Russie, de bulletins de la grande armée. Aussi bien, d'ailleurs, 
n'avons-nous aucun mérite, puisque la nature seule a fait tous les frais : des 



264 L'ASTRONOMIE. 

pierres sont tombées du ciel sur la tête de leurs négateurs. C^est ce qui arrive 
dans toutes les circonstances analogues. Jusqu'en 1804, l'Académie des 
Sciences n'a-t-elle pas refusé d'admettre l'authenticité des uranolithes? Cette 
année-là trois mille pierres furent précipitées du ciel sur le département de 
rOrne ; Biot eut Tidée d'aller les ramasser, et n'eut qu'à rapporter à l'Aca- 
démie celles que les paysans voulurent bien lui céder. Jl y a quelques 
années encore, j'assistais à la séance de l'Institut, dans laquelle M. duMoncel 
présenta le phonographe. Un savant académicien, le docteur Bouillaud, se 
leva de son fauteuil et s'élança sur M. du Moncel, en le traitant de... ventri- 
loque, a Jamais, jamais, s'écria-t-il, vous ne nous forcerez à croire à une 
pareille invention. » Depuis, M. Bouillaud est mort : on va lui élever une 
statue. 11 faut dire qu'en général les savants spécialistes compliquent consi- 
dérablement les choses, au lieu de laisser resplendir la grande simplicité de 
la nature. 

Au sujet de la Pluralité des mondes, un souvenir de Fontenelle ne sera 
peut-être pas hors de propos. C'était à l'époque où Ton discutait assez fiévreu- 
sement le newtonianisme et le cartésianisme, la traniSmission de la lumière 
et de la chaleur par émission ou par ondulation. Un jour, après déjeuner, il 
conduisit ses amis de l'Académie vers une petite boule placée sur un piédestal 
au milieu du jardin. « C'est étrange, fit-il, exposée comme elle est aux 
rayons du soleil, elle est plus chaude en dessous qu'en dessus. » Était-ce 
uneréflexion du piédestal? Etait-ce une réfraction des rayons à travers la 
boule? Les explications se suivaient sans guère s'accorder. « Non, dit-il, c'est 
seulement qu'avant de vous la montrer je l'avais retournée. » 

En fait, tout est très simple, dans la nature comme dans la Science. La 
plupart du temps nous créons à la nature des difficultés qui n'ont jamais 
existé. Toutes les voix de l'univers chantent l'hymne de la vie. Cette élo- 
quence des choses devrait suffire à notre entendement. 

A l'argumentation de M. Paye, que les conditions de la vie sont confinées 
au champ étroit de nos observations immédiates, nous avons répondu par 
l'enseignement direct de la nature entière : la diversité profonde des condi- 
tions d'existence aquatique et aérienne, sur notre planète même ; — la transfor- 
mation des organes et des êtres, pour s'adapter aux changements de milieux; 
— l'énergie et la souplesse infinie de la force vitale, surtout chez les êtres 
primitifs; — la vie dans les profondeurs océaniques; — la vie pendant les 
époques géologiques; — la diffusion et la fécondité de la vie microscopique 
dans les airs et les eaux ; — la vie parasitaire qui s'exerce dans les milieux 
les plus étranges et aux dépens de la vie normale; — la vie même en dehors 
du principe de vie terrestre, l'oxygène. Nous avons prouvé que la vie déborde 
de la Terre comme d'une coupe trop étroite pour la contenir, et que, plutôt 



LES CONDITIONS DE LA VIE DANS L UNIVERS. 265 

que de s^arrêter, elle se développe aux détrimeuts de Texistence elle-même. 
Telle est la loi suprême de la nature. Nier cette loi est contraire à l'enseigne- 
ment tout entier de toutes les sciences réunies. 

Certes, on pourrait écrire tout un volume pour cette seule exposition. Mais 
nous avons déjà dépassé de beaucoup les limites dans lesquelles nous avions 
espéré nous restreindre, d'autant plus qu'en apparence cette question sort 
du cadre de V Astronomie. Nous disons v en apparence », car, en fait, la question 
de la vie céleste est le complément, ou, pour mieux dire, le but suprême des 
études astronomiques. Quel serait l'intérêt de l'observation des astres s'il ne 
s'agissait que deblocs plus ou moins lourds lancés sans but dans l'espace aveu- 
gle ? D'ailleurs, dans la nature il n'y a point ce sectionnement de Sciences que 
l'homme a inventé pour mettre un peu d'ordre dans les petites cases de son 
intellect. Il n'y a, en réalité, dans l'univers, ni mécanique céleste, ni astro- 
nomie physique, ni météorologie, ni géologie, ni paléontologie, ni physique, 
ni chimie, ni botanique, ni zoologie, ni physiologie, ni aucune des sections 
de sciences imaginées par le travail humain. Il y a ce qu'il y a, c'est-à-dire 
un grand tout, une immense unité, le cosmos dans sa sublime harmonie, 
mais rien de nos petites divisions. Faire de l'histoire naturelle à propos des 
conditions d'habitabilité des diverses planètes de notre système et des mondes 
inconnus qui gravitent dans la fécondité des autres soleils, c'est encore faire 
de l'Astronomie — quoi qu'en puissent penser les pygmées myopes. Et en cela 
notre éminent contradicteur appartient à l'ordre de ces grands esprits qui, 
comme Pascal et Leibniz voient au delà de la matière les entités cachées sous 
son voile. Si nous avons discuté ses propositions, si nous avons fait tous nos 
e£forts pour les saper par la base, c'est parce que nous estimons à un haut 
degré les tendances de sa méthode. La distance semble considérable entre ses 
opinions et les nôtres. M. Paye, pourtant, saura sans peine la franchir. A ces 
hauteurs les horizons se rapprochent. 

Que l'éminent astronome interprète VŒuvre du Temps. Il reconnaîtra que 
notre époque actuelle n'embrasse pas l'universalité de la vie; qu'elle n'a pas 
plus d'importance, dans l'histoire de l'univers, que les siècles d'autrefois ou 
les siècles futurs ; qu'il n'y a aucune raison pour supposer que tous les 
mondes de la création soient habités en ce moment ; que si la Terre, Mars, 
Vénus, peut-être Saturne, le sont actuellement, la Lune paraît plutôt en déca- 
dence et Jupiter en préparation pour les âges futurs. Le ciel aussi a ses 
berceaux et ses tombes. Mais restreindre l'œuvre de la nature à la sphère 
minuscule de notre observation immédiate, c'est mal interpréter son langage, 
et nier que la vie soit le but suprême de la création, c'est nier la lumière en 
plein midi. Camille Flammarion. 



2«6 L'ASTRONOMIE. 

TABLEAU DE DIVERSES VITESSES. 

Mètm 
par saeonde. 

Marche du Colimaçon 0,0015 

Petite tortue terrestre 0,026 

Un homme au pas, 4^" à l'heure 1,11 

Un homme à la nage (J.-B. Johnson, 5 août 1872), 805" en douze minutes 1 ,12 

Un homme au pas, 6^" à l'heure , 1>66 

Vol du mâle du ver à soie {Attacua paphia), d'après Pettigrew 1,86 

Le Mahari de Si Ali Bey en 1864, 206^- en vingt-quatre heures, d'après WolfiF 

, et Blachère 2,38 

Course en akidor (patins à neige), 227'"» en îl"* 22-, d'après Nordenskiôld 2,95 

Comète de Halley en aphélie , 3 » 

Tramways de 2 à 3,50 

Rivière à cours rapide 4 • 

Navire, 9 nœuds à l'heure (9 x 1852-) 4 ,63 

Chameau (Hedjeïn), 185^- en 10'»20-, d'après Burckhardt i . 4,97 

Vitesse maximum du train d'inauguration du chemin de fer de Manchester à 

Liverpool, 15 septembre 1830 5,36 

Course à pied(W. G. George en 1884), 2 milles anglais en 9- 17* { 5,T7 

Vent ordinaire de 5 à 6 » 

Navire, 12 nœuds à l'heure (12 x 1852-) 6,17 

Vitesse, par rapport à Tair ambiant, du ballon dirigeable des capitaines Krebs 

et Renard; ascension de Meudon, 8 novembre 1884 6,39 

Vague de 30- d'amplitude par une profondeur de 300" 6,82 

Course à pied, d'après G. et E. V^eber ." 7,10 

Vol ordinaire de la mouche {Musca domestica), d'après Pettigrew 7,62 

Bon vent pour moulin à vent 7,62 

Renne tirant un traîneau 8,40 

Navire, 17 nœuds à l'heure (17 x 1852-) 8,75 

Course en vélocipède (R. H. English, 10 septembre 1884], 2 milles anglais en 

5-33- 1 9,65 

Vitesse de la périphérie d'une meule de moulin de 6,50 à 10 ■ 

Brise fraîche 10 » 

Gouttes de pluie, d'après Rozet| 11 »• 

Baleine franche, d'après Lacépède 11 » 

Torpilleur, 21,76 nœuds à l'heure 11,19 

Patineur exercé ; 12 » 

Cheval de course (trotteur américain, 1881), 1 mille anglais en 2" 10' j 12,36 

Torrents des Hautes-Alpes, d'après Surell 14,28 

Pierre lancée avec force 16 » 

Train express de 60^" à l'heure 16,67 

Cheval de course (galop); Little Duck, Paris, 25 mai 1884, 2400- en 2-22' 16,90 

Vol de la caille 17,80 

Train rapide de 75^- à l'heure 20,83 

Vague de tempête dans l'Océan 21,85 

Lévrier 25,34 

Vol du pigeon voyageur, d'après Gobin 27 » 

Déplacement de la trombe du 14 février 1884,' de Lynchburg à Washington, 

d'après Hazen 27,70 

Train éclair de 100^- à l'heu re 27,77 



TABLEAU DE DIVERSES VITESSES. 26? 

. . Mètres 

par seconde. 

Vol du faucon 28 ». 

Tempête .....; ...de 25 à 30 » 

Vitesse moyenne des boîtes dans les tubes de la télégraphie pneumatique.. 30 » 

Vol de Taigle 31 » 

Bateau à patins sur les rivières gelées de l'Amérique du Nord 31 

Transmission des sensations dans les nerfs humains 33 » 

Essai d'un train de chemin de fer de Jersey City à Philadelphie (Bound Brook 

Road) 35,75 

Ouragan , 40 » 

Ouragan déracinant les arbres 45 » 

Chute sur le sol d'un aérolithe du poids d*environ 1''» et de forme cubique, 

d'après John Le Conte 48,45 

<3uatre pigeons voyageurs du comte Karolyi en 1884.de Paris à Pesth (1293^" 

en sept heures) 51,31 

Vitesse théorique maximum de la périphérie du volant d'une machine à 

vapeur '. 52,50 

Vol maximum de la mouche (Muaca dômes tica), d'après Pettigrew 53,35 

Déplacement de Torage du 21 septembre 1881, de Cahors à Pradelles (194^'" 

en une heure) 54 , 17 

Chute sur le sol d'un aérolithe du poids d'environ 1^* et de forme sphérique, 

d'après John Le Conte 60 » 

Vol de l'hirondelle 67 » 

Vol d'un oiseau des plus fins voiliers (le martinet) 88,90 

Cyclone de Wallingford (Connecticut), 22 mars 1882, d'après Hazen 115, 78 

Vitesse initiale d'une balle de fusil à vent (compression de 100 atmosphères). . 206 » 
Propagation de la marée due au tremblement de terre d'Arica, 13 août 1868; 

d'Arica à Honolulu, d'après von Hochstetter 227 

Vitesse d'un point à l'équateur de Mars 244 » 

Propagation du choc d'une explosion dans le sable humide, d'après Mallet... 290 » 
— de la marée due au tremblement de terre de Krakatoa, 27 août 1883 ; 

de Krakatoa à Colon, d'après Bouquet de la Grye 294 » 

Vitesse d'un point situé à la latitude de Paris (rotation autour de l'axe ter-* 

restre) 305 » 

Vague atmosphérique due au tremblement de terre de Krakatoa, 27 août 1883 ; 

de Krakatoa à Saint-Pétersbourg, d'après Rykatcheff. de 303 à 334 » 

Vitesse du son dans l'air (-t-10*C.)(' ) 337 » 

Jet de vapeur à la pression de 1 ^ atmosphère s'échappant dans l'air 343 » 

Vitesse initiale d'une balle de fusil (fusil Martini-Henry) 385 » 

Air à la pression de 1 atmosphère s'échappant dans le vide 395 » 

Pierres lancées par le Vésuve, d'après Vézian 406 » 

Vitesse initiale d'une balle de fusil (fusil Mauser) 425 » 

— — (fusil Gras, modèle 1874) 430 » 

Vitesse d'un point à l'équateur de Vénus 454 » 

— — de la Terre 463 » 

Vitesse initiale d'un boulet de canon (canon de l'armée de terre) 500 » 

Jet de vapeur à la pression de 3 atmosphères s'échappant dans l'air 500 » 

— — 5 — — ~ 562 » 

— — 1 — — dans le vide 582 » 

C) La vitesse du son dans Tair augmente de 0-,626 pour chaque degré centigrade d'élévation de 
température. 



268 L'ASTRONOMIE. 

Mètrei 

par a«eondc. 

Vitesse initiale d*un boulet de canon (canon de marine) de 605 à 700 

Propagation du mouvement des marées dans TOcéan Pacifique septentrional; 

maximum d'après Whewell 800 

Secousse du tremblement de terre de Viège, 25 juillet 1855; _de Viège à Stras- 
bourg, d'après Otto Volger 872 

Révolution de la Lune autour de la Terre (apogée) 970 

Pierre lancée par le volcan de Ténériflfe, d'après Vézian 975 

Vitesse d'un point à Téquateur de Mercure 1 034 

Vitesse du son dans Téther sulfurique (4- 10» C!) 1 039 

Révolution de la Lune autour de la Terre (Périgée) — ". 1 080 

Vitesse du sol dans l'alcool ( 4- 10* C. ) 1 157 

Révolution du !!• satellite de Mars (Deimos) 1 157 

Vitesse du son dans l'acide chlorhydrique (+ 10* C.) 1 171 

-— dans l'essence de térébenthine (-+- 10* C.) 1276 

— dans l'eau (+ 8%1 G.), d'après Sturm et GoUadon I 435 

— dans le mercure (4-10*G.) : 1484 

— dans l'acide azotique 1 535 

Révolution du !•' satellite de Mars (Phobos) 1 833 

Vitesse du son dans Peau saturée d'ammoniaque .' 1 842 

Vitesse d'un point à l'équateur du Sal^il 2 028 

Vitesse du son dans le fanon de baleine 2 246 

Explosion du gaz tonnant (hydrogène et oxygène), d'après Berthelot 2 500 

Vitesse du son dans Tétain 2 550 

— dans l'argent 3 060 

Révolution du IV* satellite d'Uranus (Obéron) 3 300 

Vitesse du son dans la fonte 3 540 

— dans le bronze, dans le bois de chêne 3 628 

Vitesse théorique d'une onde séismique dans le granité compact, d'après 

Ewing de 2 450 à 3650 

Révolution du VIII* satellite de Saturne ( Japet) 3 738 

Révolution du III* satellite d'Uranus (Titania) 3 814 

Vitesse d'un point à l'équateur d'Uranus 3 904 

Vitesse du son dans le cuivre rouge 4 080 

— dans le bois de hêtre 4 250 

Révolution du satellite de Neptune 4 505 

Vitesse du son dans le bois de frêne, d'orme ." 4 896 

Révolution du II* satellite d'Uranus (Umbnel ) 4 906 

Vitesse du son dans le bois de tilleul 5 100 

Révolution de Neptune autour du Soleil 5 390 

Vitesse du son dans le bois de pin 5 440 

— dans le fer, l'acier, le verre 5 668 

Révolution du I*' satellite d'Uranus (Ariel) 5763 

Explosion du coton-poudre, d'après Abel et Nobel de 5180 à 5 790 

Révolution du VII* satellite de Saturne ( Hypérion) 5 794 

Vitesse du son dans le bois de sapin 6 120 

Révolution du VI*satellite de Saturne (Titan) 6398 

Vitesse du son à la surface du Soleil ( » ) 6 591 

Révolution d'Uranus autour du Soleil 6 730 

{') En attribuant, d'après Roselti, à la surface du Soleil une température de 10 000» C. 



TABLEAU DE DIVERSES VITESSES. 269 

Mètres 
par soconde. 

Vitesse probable du Soleil vers la constellation d'Hercule (entre ic etit).. . . 7 642 

Révolution du lYr satellite de Jupiter ( Galisto ) 8 359 

Bévolution de Saturne autour du Soleil 9584 

— du Y* satellite de Saturne(Rhéa) 9741 

Vitesse d'un point à Téquateur de Saturne ..•...'.>; 10 541 

Révolution du lll^ satellite de Jupiter (Ganymède) 10 869 

Mouvement propre télescopique de Véga.., — 11 000 

Révolution du IV satellite de Saturne (Dioné).... 11516 

Vitesse d'un point à l'équateur de Jupiter 12 491 

Révolution de Jupiter autour, du Soleil. 12 924 

— du III- satellite de Saturne (Téthys) 13038 

— du IP satellite de Jupiter (Europe) 13 999 

-- du II« satellite de Saturne (Encelade) 14 568 

Mouvement propre télescopique de Sirius, d'après Gill et Elkin.. .... — 15 449 

Révolution du !•' satellite de Saturne (Mimas )... 16 425. 

— !•' satellite de Jupiter (lo) 17 667 

Bolide du 14 mai 1864; aérolithe d'Orgueil, d'après Laussedat... 20 000 

Mouvement spectroscopique de la Chèvre, d'après Ghristie et Maunder. ... + 20 000 

Mouvement spectroscopique de a du Centaure, d'après.Gill et Elkin (').*.• 23 174 

Révolution de Mars autour du Soleil V'.«. 23 863 

Mouvement propre spectroscopique de Régulus, d-a^ès Huggins 27 000 

Révolution de la Terre autour du Soleil 29 516 

Révolution de Vénus autour du Soleil 34 630 

Mouvement propre spectroscopique de Sirius, d*après Huggins. + 35 000 

Mouvement propre spectroscopique de Bételgeuse, d'après Huggins -+- 35 000 

Mouvement spectre de p Grande Ourse, d'après Ghristie et Maunder + 38 000 

Mouvement propre télescopique de Sirius 38 600 

Mouvement propre spectroscopique de Castor, d'après Huggins • 4- 40 000 

Mouvement propre télescopique de la Chèvre. : 47 100 

Révolution de Mercure autour du Soleil 47 327 

Mouvement spectroscopique de Régulus, d'après Ghristie et Maunder 4- 48 000 

Aérolithe de Pultusk, 30 janvier 1878, d'après Schiaparelli 54 000 

Mouvement spectr. de a d'Andromède, d'après Ghristie et Maunder — 56 000 

Mouvement spectr. de a de la Couronne, d'après Ghristie et Maunder +58000 

Mouvement spectr. d'Arcturus et de Véga, d'après Ghristie et Maunder — — 62 000 

Bolide du 14 mars 1863, visible dans l'Europe centrale et occidentale 63 000 

Mouvement propre' Spectroscopique de Déneb, d'après Huggins — 63 000 

Mouvement spectrôsc. de Procyon, d'après Ghristie et Maunder + 64 000 

Mouvement propre télescopique de la 61* du Cygne 64 300 

Mouvements ordinaires de l'atmosphère solaire de 30 000 à 65 000 

Mouvement spectroscopique de Déneb, d'après Ghristie et Maunder — 65 000 

Étoiles filantes, d'après A. Newton et Schiaparelli de 12 000 à 71 000 

Bolide du5 septembre 1868, d'après A. Tissot 79000 

Mouvement propre spectroscopique de Pollux, d'après Huggins — 79 000 

Mouvement propre télescopique d*Arctupus. . .....!...;..) 83 200 

— — spectroscopique de Véga, d'après Huggins — 85 000 " 

— — — d'Arcturus, d'après Huggins — 88000 

Bolide du 5 septembre 1868, d'Autriche en France 88 000 

(^)La lumière met environ 4 ans à nous parvenir de cette étoile qui est la plus rapprochée de nous. 



270 L'ASTRONOMIE. 

Mètres 
par seconde. 

Mouvement spectroscopique de a Grande Ourse, d'après Huggins — 90 000 

Mouvement propre télescopique de e de l'Indien, d'après Gill et Ëlkin. .. 101 000 

— spectroscopique de y du Lion, d'après Christie et Maunder . . . — 102 000 
Mouvement propre télescopique de e de l'Éridan, d'après Ëlkin * 103 000 

— — — de o« de l'Érîdan, d'après Gill 1 11 000 

— — — de Lacaille 9352, d'après Gill 1 17 000 

Mouvement spectroscopique de Bételgeuse, d*après Christie et Maunder. . . + 121 000 

Mouvement propre télescopique de C du Toucan, d'après Ëlkin 163 ÎDOO 

— -- — de 1830 Groombridge d'après Bail 333 000 

Gonaète de Halley au périhélie , 393 000 

Tempête de l'atmosphère solaire, d'après Young 402 000 

La grande comète de 1882 au périhélie, d'après Schiaparelli 480 000 

— ^ 1843 au périhélie, d'après R. S. Bail 521 000 

Vitesse qu*il faudrait imprimer à un corps à la surface du Soleil pour 

le projeter hors de l'attraction solaire,- d'après Flammarion 608 000 

Éruption solaire, d'après Secchi 90O600 

Électricité : fil télégraphique sous-marin 4 000 000 

Gourant voltaîque dans un circuit télégraphique. 1 1 690 000 

Courant d'induction 18 400 000 

Électricité : fil télégraphique aérien 36 000 000 

Éclairs dans une tache solaire, d'après Peters (Naples, 1845) 200 000 000 

Vitesse de la lumière, d'après Cornu 300000000 

Gourant électrique provenant de la décharge d'une bouteille de Leyde 

dans un fil de cuivre- de 0-,0017 de diamètre 463 500000 

CALCULS RELATIFS A LA PESANTEUR. 

Chute d'un corps à la surface de Mars 3*,43 

— — — Vénus 4,41 

— — — Neptune 4 ,67 

— — — Mercure 5 ,28 

— — — Uranus 10 ,30 

— — — Saturne.., 10,80 

— — — Jupiter 24,47 

— — — du Soleil 269,77 

Chute d'un corps à la surface de la Terre après 1 seconde de chute 9 ,81 

— — — — après 2 secondes de chute 19 ,62 

— — — — après une chute de 50 mètres 31,33 

— — — ~ après une chute de 100 mètres 44 ,29 

— — — — après une chute de 200 mètres 6i ,63 

— — — — après une chute de 300 mètres 76 ,72 

Chute d'un corps après 10 secondes de chute 98 ,09 

Vitesse qu'il faudrait imprimer à un corps pour le projeter hors de l'attraction 

delà Lune, d's^irès L^lace 2 396 

Vitesse théorique d'un corps qui arriverait au centre de la Terre après une 

chute de 19-10', d'après Flammarion 9 546 

Vitesse qu'il faudrait imprimer à un corps pour le projeter hors de l'attraction 

de la Terre, d'après Flammarion 11 700 

James Jackson. 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 

NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 



271 



Nuages singnUers. — J'ai constaté, le 24 avril dernier, un phénomène météo- 
rologique qui mérite, je crois, d'être signalé dans la Revue. 

Ce jour-là, le temps avait été beau toute la matinée. Dans l'après-midi, le ciel 
devint nuageux (cirri-cumuli), et le soir, avant 7^30™, heure à laquelle commence 
le phénomène, des nuages de formes différentes couvraient le ciel en tous sens. 
A 1^ 35", l'horizon Nord-Ouest s'éclaircit presque subitement sur une longueur 
de 25» environ sur 15o de hauteur formant demi-lune, et, en fort peu de temps, 

Fig. 93. 




je vis tous les nuages, de 1 Ouest à l'Est et jusqu'au zénith, se séparer et prendre 
la forme conique. La pointe tronquée vers le point de convergence, le Nord-Ouest. 
C'était alors un immense éventail, composé de dix-huit pièces, dix-huit nuages 
gris-foncé, à l'exception des deux du milieu, très noirs et composés de cirri super- 
posés, conservant néanmoins dans l'ensemble la forme allongée des autres. Ces 
deux-là atteiignaient le zénith; les autres, d'ailleurs, do même longueur et les 
deux formant les côtés de l'éventail rasant l'horizon. Entre tous ces nuages, se 
touchant presque, le fond du ciel était plutôt gris que clair. Vent Nord-Est assez 
fort. Baromètre tombant de 757 le matin à 750 à l'heure du phénomène, lequel 
persista ainsi une demi-heure. 

Mais rien de bien extraordinaire encore jusqu'ici; cette orientation des nuages 
n'est pas rare. Le plus curieux est ce qui se produisit eusuite. 

A 8*», voyant les nuages se déformer, j'allais me retirer, lorsque je m'aperçus 
que ces mêmes nuages se déplaçaient tout d'une pièce. Ceux qui formaient la 
moitié Ouest de l'éventail s'ei^ allant converger vers Sud-Ouest, où s'était produite 
une éclaircie horizontale, comme tout à l'heure au Nord-Ouest. Un nouvel éven- 
tail se formait avec le concours de nuages venus du Sud. Les lamelles inférieures 



•272 L'ASTRONOMIE. 

de celui-ci étaient plus étroites que dans le premier et conséquemment plus nom- 
breuses en approchant de Thorizon. 

En même temps, un semblable phénomène se produisait à TEst de la même 
façon, mais tous deux ne durèrent que 15 à 18 minutes. 

La direction du vent n'avait pas changé, et, avant 9^, les nuages n'avaient plas 
de formes régulières. 

J. QUÉLIN, 
Directeur de l'Observatoire populaire des Ponts-de-Cé. 

Taches solaires visibles à Tœil nv. — - Deux taches solaires étaient visibles 
à l'œil nu le H juin dernier ; M. Maurice Jacquot au Havre, M. A. Gunziger en 
Angleterre, MM. Bruguière et Lihou à Marseille les ont suivies avec soin et en 
ont adressé d'excellentes descriptions à la direction de la Revue. Nous publierons 
prochainement la curieuse allure de la décroissance de Tactivlté solaire. 

Iinenrs crépusculaires, aurores ]>or6ales, taches solaires. — On a remar- 
qué à Juvisy, au Havre, à Orgères, à Orléans, à Argentan à Marseille, etc, au 
milieu de juin, notamment le 12» une nouvelle recrudescence dans les lueurs 
crépusculaires. Notre correspondant du Havre, M. Jacquot, qui observe assidû- 
ment les taches solaires, émet l'idée que peut-être ces lueurs ont été prolongées 
par des aurores boréales. Or, on nous écrit précisément d'Amsterdam que préci- 
sément le 12, a après un coucher de soleil splendide et d'une incandescence rare 
dans les pays du nord » une magnifique aurore boréale a illuminé Thorizon 
pendant toute la nuit, c'est-à-dire de 10*» à 2*». Ce même jour une énorme tache 
solaire était visible à l'œil nu. Il y a là une coïncidence remarquable constatée 
par deux correspondants de l'Astronomie, Tun au Havre, l'autre à Amsterdam 

Fausse alerte. — Le 15 juin dernier, nous recevions la dépêche suivante, datée 
de Praïa San Thiago . 

« Bruit court que vous avez prédit un tremblement de terre qui ferait dispa- 
raître une partie des îles du Cap Vert. Population consternée. Chargé de m'infor- 
mer si vous avez fait semblable pronostic. » 

« HiPOLITO Andrade. » 

Nous avons répondu que jamais nous n'avions rien annoncé de pareil, que 
d'ailleurs personne ne peut connaître d'avance l'arrivée d'un tremblement de 
terre, et que par' conséquent les craintes des habitants des îles du Cap Vert sont 
entièrement chimériques. Quelle peut être l'origine de cette funèbre prédiction? 
On nous intéresserait en nous l'apprenant. Déjà, il y a quelques années (Voir la 
Revue, 1883, N® 106), on nous avait fait annoncer dans l'Amérique du Sud et à Tîle 
de la Réunion, l'arrivée d'une grande comète qui devait rencontrer la Terre sur 
son passage. Nous nous sommes empressé de démentir ce bruit dès qu'on nous 
l'eût fait connaître. Mais à peine notre démenti était-il publié que la grande 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 273 

comète de 1882 faisait effectivement son apparition sur Thémisphère austral. 
Malgré tout, on a persisté à croire que nous Tavions annoncée. 

Espérons qu'il n'en sera pas de même cette fois-ci pour un tremblement de 
terre des îles du Cap Vert. C. F. 

La Terre et rHomme. — Dans une note bien curieuse et bien originale 
{Astronomie, .1884, p. 267) on compare les traditions des indigènes de Bantam avec 
celles des anciens Grecs. Voulez-vous me permettre de compléter ce renseigne- 
ment? Atlas est plutôt le porte ciel que le porte terre : 

Gœlifer Atlas 
Axem humero torquet stellis ardentibus aptum. 

{Enéide, VI, 796.) 

Mais les volcans et les hautes montagnes (de Sicile) ont en quelque sorte pour 
base le corps foudroyé d'un géant (Eryx, Encelade). Ces géants, las de reposer suf 
un côté, se retournent parfois, et ,en se retournant, ébranlent les montagnes : 

Fama est Enceladi semiustum fulmine corpus 
Urgeri mole bac, ingentemque insuper ^tnam 
Impositam ruptis flammam exspirare caminis, 
£t fessum quoties mutât latus, intremcre omnem 
Murmure Sicaniam et cœlum subtex^re fume. 

{Enéide, III, 580.) 

Tout y est : le géant qui porte la montagne, « ^tnam insuper impositam », dont 
les mouvements « mutât latus » produisent les tremblements de terre « intre- 
mere », les bruits souterrains « murmure », et l'éruption « cœlum subtexere 
fumo. i> 

On ne peut accuser Virgile d'avoir copié les indigènes de Java : il n'a fait que 
transcrire fidèlement, comme toujours, les légendes grecques ou pélasgîques. 

Mais quelle conclusion en tirer? 

Pendant que FAstronomie nous montre Tunité physique et chimique du monde, 

la comparaison entre les légendes des peuples nous donne une preuve de plus de 

Tunité de l'esprit humain : unité partout, mais dans quelle admirable et infinie 

variété ! 

Un lecteur assidu de l'Astronomie, 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES 

A FAIRE DU 15 JUILLET AU 15 AOUT 1885. 

Dans notre article du mois de juin (p. 235), à propos du commencement des 
saisons, nous avons signalé la différence qui existe entre les chiffres de la 
Connaissance des Temps et ceux du Nautical Almanac, et nous avons accusé 
les calculateurs du Bureau des Longitudes de s'être servis de la publication anglaise 
pour leurs opérations. M. le Président du Bureau des Longitudes a adressé sur ce 



274 L'ASTRONOMIE. 

point à la Direction de la Revue une rectification que nous nous empressons 
d'insérer. 

Monsieur le Directeur, 

Dans le n» 6 (juin) de l'Astronomie, je lis des critiques mal fondées à l'adresse 
du Bureau des Longitudes, de son Annuaire et de la Connaissance des Temps. 
Ces critiques résultent de la confusion que l'auteur de l'article a faite entre les 
longitudes du Soleil qui sont données dans la Connaissance des Temps pour 188j, 
p. 36-44, sous les titres Équinoxe moyen et Équinoxe apparent. Ce sont les 
secondes longitudes et non les premières qui doivent servir au calcul deTiastant 
où commence chaque saison. 

J'espère qu'il suffira de vous signaler cette méprise pour que vous vous em- 
pressiez de la reconnaître dans le prochain numéro de votre Revue, et de déclarer 
qu'aucune erreur n'est à relever à ce sujet dans la Connaissance des Temps ni 
dans VAnnuaire. 

Agréez, Monsieur le Directeur, l'expression de mes sentiments les plus distingués. 

Le Président du Bureau des Longitudes, 
H. Faye. 

Principaux oitfets oélesCes en évidence pour robserration. 

1o CIEL ÉTOILE : 

Pour l'aspect du Ciel étoile durant cette période de l'année, il faut se reporter 
soit aux cartes publiées dans la première année de la Revue, soit aux descrip- 
tions données dans Les Étoiles et les Curiosités du Ciel (p. 594 à 635). La lon- 
gueur des jours décroissant déjà rapidement ainsi que la durée du crépuscule, 
les observations astronomiques deviennent plus agréables et plus faciles, sur- 
tout durant les douces soirées d'août. 

2» SYSTÈME SOLAIRE : 

Soleil. — Le 15 juillet, le Soleil se lève à 4*» 14™ du matin et se couche à 
7*»57« du soir; le i*»" août, le lever a lieu à 4*» 35» et le coucher à 7*»37«; enfin, le 
15 août, l'astre du jour se montre au-dessus de l'horizon à 4*>54", pour dispa- 
raître à 7'>14«n.'La durée du jour est de 15*» 43»» au 15 juillet, de 15^2" au !«' août 
et de 14*»20™ au 15 août. Du 15 juillet au 15 août, les jours décroissent de 40" le 
matin et de 43™ le soir, ce qui donne une diminution totale de 1^23™ pour cet 
intervalle d'un mois. 

La déclinaison boréale du Soleil continue à diminuer : elle est de 21o29' au 
15 juillet et de 13'' 56' seulement au 15 août, ce qui fait une diminution consi- 
dérable de 7o33'. 

Le solstice d'été est l'époque où la chaleur solaire possède son maximum d'ac- 
tion, puisque le Soleil atteint alors sa plus grande hauteur aurdessus de l'horizon; 
mais ce moment ne coïncide pas avec les plus grandes chaleurs de l'année. En 
eflfet, plus le sol s'échauffe par pénétration des rayons solaires, plus aussi il se 
refroidit par rayonnement, durant le jour et durant la nuit. Or. au solstice d'été, 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 



275 



il n'y a pas encore équilibre entre le gain et la perte. Jusqu'au 15 juillet, bien 
que la quantité de chaleur reçue aille en diminuant, le gain reste sans cesse 
supérieur à la perte. Puis l'équilibre établi se maintient jusqu'au 20 juillet, pour 
se rompre ensuite au profit des pertes journalières causées par le rayonnement. 
Dans nos climats tempérés, le mois le plus chaud de Tannée est le mois de 
juillet, de sorte que le véritable été correspond aux mois de juin, juillet et août. 
Lune. — Ce n'est guère que vers les époques du Premier et du Dernier Quar- 
tier que la Lune se présente dans de bonnes conditions pour l'observation; dans 
le voisinage de la Pleine Lune, le 26 juillet, la hauteur de notre satellite n'est 
que de 25o30' au-dessus de l'horizon de Paris, lors du passage au Méridien. Rap- 
pelons qu'une lunette astronomique, de moyenne puissance, est indispensable 
pour l'étude si intéressante, si captivante de la surface lunaire. 



Phases. 



( PQ le 19 juillet, à 0''29- matin. 
*' PL le 27 » à 2 32 » 



DQ le 3 août, à 10'' 5- soir. 
NL le 10 » à 23 » 



Occultations et appulse visibles à Paris. 

Deux occultations et une appulse seront visibles à Paris, dans la première 
moitié, du 15 juillet au 15 août 1885. 

f m Vierge (6* grandeur), le 18 juillet, de 10*$0- à 10M8- du soir. L'étoile s'éteint 
en un point situé à 6* à gauche du point le plus élevé, dans la partie obscure du disque 
de la Lune, et réapparaît en un autre point placé à 43*" au-dessus du point le plus occi- 
dental, dans la partie éclairée. Cette occultation, qui est représentée (fig, 94 pour Paris, 



FlR. 04. 



Fig. 95. 




Occultation de m Vierge par la Lune, 
le 18 juillet, de lOi^-iO- à 10'»48« du eoir. 



Appulse de 29 Ophiuchus, 
le 22 juillet, à il'»!- du soir. 



pourra être observée dans la plus grande partie de l'Europe occidentale. A Londres, le 
phénomène n'aura qu'une durée de 17". 

2" o' Balance (u-5 grandeur), le 20 juillet, de li''ii- à 12'* 16" du soir. Cette seconde 
composante de la double o sera occultée par le disque de la Lune. Elle disparaîtra dans 
la partie obscure du disque^ à 40* au-dessus du point le plus à gauche (Est) et réappa- 
raîtra dans la partie éclairée, à ?• au-dessous du point le plus à droite (Ouest). A Paris 



276 L'ASTRONOMIE. 

la sortie de l*étoile ne sera pas observable, attendu que la Lune sera depuis une minute 
au-dessous de l'horizon. Mais dans Touest de la France, la fin du phénomène pourra 
être observée, de môme qu'à Greenwich. 

3» 29 Ophiuchus (6* grandeur), le 22 juillet, à 11'' 1" du soir. A Paris, il y auraappulse 
et Tétoile ne fera que frôler le bord lunaire (voir la fig, 95), en un point situé à 20* à 
gauche et au-dessus du point le plus bas. La distance minimum ne sera alors que de 
(y,l. Mais au nord de la capitale, même à très faible distance, il y aura occultation 
complète, et la durée de la disparition de Tétoile sera d'autant plus considérable que 
l'astronome sera plus éloigné de l'Observatoire national. A Londres, le phénomène ne 
durera pas moins de 30". 

Occultations diverses. 

Les lecteurs de Y Astronomie qui habitent les diverses parties de la Terre 
pourront encore observer les importantes occultations suivantes : 

!• (Jranus, le 16 juillet, vers 12'" du soir. Les latitudes extrêmes des lieux entre les- 
quels l'observation pourra être faite sont 2»B et 75* A. 

2* p* Capricorne (3* grandeur), le 26 juillet, à II*" du soir. Les limites de latitude sont 
4-A et69«A. 

3» Aldébaran (1" grandeur), le 5 août, vers S*» du soir. Cette curieuse occultation 
pourra être observée dans le Mexique, les États-Unis et la Nouvelle-Bretagne. 

i* Uranus, le 13 août, vers 11*" du matin, temps moyen de Paris. L'observation pourra 
être faite dans Tlndo-Chine et l'archipel de la Sonde. 

Le 25 juillet, à 9^ du matin, la distance de la Lune à la Terre est apogée : 
405 500^°»; diamètre lunaire = 29'27'6. 

Le 9 août, à 10^ du matin, la distance de la Lune à la Terre est périgée : 
358400»^; diamètre lunaire = 33' 19' 6. 

Mercure. — Cette brillante et rapide planète continue à se présenter dans des 
conditions assez bonnes pour Tobservation, dans notre hémisphère. Mais les 
astronomes de Thémisphère sud seront beaucoup mieux favorisés que nous, car 
ils pourront voir la planète près de deux heures après le coucher du Soleil. Le 
plus souvent, une jumelle marine sera nécessaire pour bien distinguer Mercure 
dans le Ciel de FOccident. 

Jours. Passage Méridien . Coucher. Différence Soleil. ConstellatioB. 

17 Juillet l''30- soir. 8»'59'" soir. 1»» 4- Cancbr. 

21 » 1 39 » 8 55 u 14 Lion. 

25 » 1 45 « 8 48 » 12 » 

29 » 1 49 » 8 41 » 10 » 

1" Août 1 50 « 8 33 » 56 • 

5 l 49 » 8 21 « 50 

7 » 1 48 u 8 15 . 48 •> 

9 » 1 45 î» 8 8 » 44 • 

Du 15 juillet au 15 août, le mouvement de Mercure ne cesse d'être direct. Le 
6 août, à 3*» du matin, cette planète atteindra sa plus grande élongatîon orientale: 
27o21'. Malgré cette élongation importante, nous ne voyons Mercure que pendant 
une heure. Cela tient à ce que la déclinaison boréale de cet astre est inférieure 
de plus de 8<> à celle du Soleil. 

Le 17 juillet, à 2^ de l'après-midi. Mercure et Vénus seront en conjonction, à 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 277 

la faible distance de 11'. Le soir, on pourra reconnaître les deux astres dans le 
champ d'une même lunette, Mercure au sud de Vénus. Le 26 juillet, à 1^ du 
matin, nouvelle conjonction : Mercure se trouvera à 12' au sud de l'étoile de pre- 
mière grandeur, Régulus du Lion. Le 4 août, autre conjonction avec Jupiter, la 
planète étant visible à 2od2' au sud du géant de notre système solaire. Enfin, le 
B août, seconde conjonction de Mercure et de Vénus, VÉtoile du Berger se mon- 
trant à 3o42' au sud du rapide Mercure. 

On peut donc remarquer que, pendant trois semaines au moins, quatre astres 
des plus brillants : Mercure, Vénus, Jupiter et Régulus seront visibles dans un 
coin très restreint du Ciel, peu après le coucher de Tastre du Soleil. C'est là un 
fait très rare et dont les lecteurs de la Revue devront se hâter de profiter. Une 
jumelle marine sera nécessaire chaque soir. 

Le {•' août, le diamètre de Mercure est de 6'8; sa distance à la Terre de 
142 millions de kilomètres et sa distance au Soleil de 65 millions de kilomètres. 

VÉNUS. — Vénus se rapproche rapidement de nous. Du 15 juillet an 15 août, 
cette planète se couche sensiblement une heure après le Soleil. Elle parait sta- 
tionnaire. Il est très facile de l'apercevoir, malgré la lueur crépusculaire, peu 
après la disparition du Soleil. 

Joars. Passage Méridien. Goacber. Différence Soleil. Constellation. 

17 Juillet l^aO- soir. O»" 0- soir. l"" 5- Gancbr. 

20 p 1 32 » 8 57 » 15 Lion. 

23 » 1 35 « 8 53 - 15 » 

26 p l 37 » 8 49 ». t 4 » 

29 » 1 40 » 8 45 - 14 » 

!•' Août 1 42 H . 8 40 . 13 » 

4 . 1 44 » 8 35 ^ 13 p 

7 » 1 46 p 8 30 p 13 p 

10 p 1 47 p 8 25 p 13 p 

13 p 1 49 p 8 19 p 12 p 

Comme celui de Mercure, le mouvement de Vénus est direct. Le 28 juillet, 
à 3*» du matin, conjonction de Régulus et de Téclatante Vesper^ celle-ci étant 
à 1®4' au nord de l'étoile de première grandeur. Le 6 août, à 7'» du matin, con- 
jonction de ÏÉtoile du Berger avec Jupiter; la distance des deux astres est de 
26' seulement. Le 8 août, à 5*» du soir, conjonction de Vénus et de Mercure. 
Quatrième conjonction de la planète le 12 août, à midi; Vénus se trouvera 
& 2ol3' au nord de la Lune. 

Le l«'août, le diamètre de Vénus est de 11'; sa distance à la Terre est de 
225 millions de kilomètres et de 107 millions de kilomètres du Soleil. 

Mars. — Cette planète est de plus en plus facile à trouver le matin, dans le 
ciel de TOrient, à travers les constellations du Taureau et des Gémeaux. 

Joars. Lever. Passage Méridien. Constellation. 

17 Juillet l''33" matin. 9'' 35- matin. Taureau. 

21 » 1 27 p 9 31 p « 

25 p 1 22 » 9 27 » « 

29 118 p 9 23 » p 



278 L'ASTRONOMIE. 

Jonrs. Lever. Passage Méridien. Gonstellatioii. 

2 Août l*» 13" » 9»» 19" » GÉMEAUX. 

6 » 19 » 9 15 » » 

10 » 16 >i 9 11 » » 

14 » .. 11 i) 9 6 » » 

Le mouvement de Mars est toujours direct et dirigé vers TEst. Le 21 juillet, 
on distinguera la planète à 2o30' au nord de Ç Taureau. Le 6 août, au soir, Mars 
se trouvera à lol6' au nord de l'étoile de 3« grandeur, jjl Gémeaux, et à lo20' au 
nord de Saturne. Le 7 août, au matin, on pourra placer les trois astres dans le 
champ d'une même lunette. 

Le !•»* août, le diamètre de Mars est de 5*2; la distance de la planète à la 
Terre est de 319 millions de kilomètres et de 224 millions de kilomètres du 
Soleil. 

Petites planètes. — Cérès est encore facile à reconnaître dans la Vierge, 
au-dessous et dans le voisinage de Ç, étoile de 3-5 grandeur. Mais la petite pla- 
nète s'éloigne de nous et va bientôt cesser d'être visible. 

Jours. Passage Méridien. Coucher de Gérés. ConsteUation 

15 Juillet 5'»34* soir. 11»» 41" matin. Vierqb. 

20 » 5 19 » 11 22 >» » 

25 » 5 4 » 11 4 » « 

30 « 4 50 • I» 10 45 

4 Août 4 36 » 10 27 « 

9 » 4 22 » 10 9 >' 

14 » 4 8 » 9 51 » » 

Le mouvement de Cérès est toujours direct, dans le sens du Sud-Est. Le 
4 août, la petite planète sera en conjonction avec Ç Vierge, à 2o37' au sud de 
l'étoile. 

Le l*»»" août, Cérès est éloignée de la Terre de 416 millions de kilomètres et de 
398 millions de kilomètres du Soleil. 

Coordonnées au 20 juill. : Ascension droite... ISi^lS". Déclinaison... 0* 2 S. 
p 9 août : » » 13 47 » 3 29 S. 

Pallas est aisée à découvrir, avec une jumelle marine, dans la chevelure de 
Bérénice, puis dans la Vierge. Gomme la précédente, il faut se hâter de l'étudier, 
avant sa complète disparition, un peu au nord de s Vierge, étoile de 3« grandeur. 

Jours. Passage Méridien. . Coucher de Pallas. ConstellatioB. 

20 Juillet 4''52- soir. O"» 15- matin. Chev. de Bérésicb. 

25 » 4 39 » 11 59 » » 

30 « 4 26 » 11 42 I) » 

4 Août 4 13 » 1126 » Vierge. 

9 » 4 » 11 9 » » 

14 » 3 48 » 10 54 » » 

Pallas continue son mouvement direct vers le Sud-Est. 
Le 1«' août, la distance de Pallas à la Terre est de 437 millions de kilomètres 
et sa distance au Soleil est de 490 millions de kilomètres. 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 279 

Coordonnées au 29 Juin. : Ascension droite... 12'' 46*. Déclinaison.. 16M0' N. 
» 9 Août : » » 13 13 » 13 50 N. 

Junon continue sa marche dans la constellation de la Vierge, un peu au nord 
et dans le voisinage de Cèrès, à la distanc,e de 3«> à 4^ au plus. Du 15 au 22 juillet, 
elle séjourne auprès de Ç Vierge. 

Jours. Passage Méridien. Coocher de Janon. Constellation. 

20 Juillet 5'»42- soir. 11»'49'" soir. Vierge. 

25 » 5 26 « 11 31 » )» 

30 » 5 9 u 11 12 » M 

4 Août 4 53 » 10 54 - » 

9 » 4 37 » 10 36 » » 

14 » 422 » 10 19 i» » 

La marche de Junon est toujours directe. 

La distance de Junon à la Terre est' de 505 millions de kilomètres, au 1" août, 
et de 493 millions du Soleil. 

Coordonnées au 20 juin. : Ascension droite... 13''36-. Déclinaison... 0*51' N. 
» 9 août : » » 13 50 » 59 N. 

Vesta, sera observable avec une jumelle marine dans la constellation du Tau- 
reau. Du 19 au 31 juillet, elle passera au travers des Hyades, au nord de y, 6 et 
a et au sud de S et e. 

Jours. Lever de Yesta. Passage Méridien. Constellation. 

16 Juillet 1"» 12- matin. 8"* 31" matin. Taureau. 

21 » 58 » 8 19 » » 

26 » 44 • 8 6 » 

31 » 31 »> 7 54 » » 

5 août 17 » 7 42 » » 

10 » 3 »> 7 29 » » 

Le 20 juillet, à 2*» du matin, Vesia. sera visible à 41' au nord de Fétoile de 
4« grandeur y Taureau. Le 30 juillet au matin, la petite planète sera en coiyonc- 
tion avec Aldéba.ra.n dont elle ne sera éloignée que de 16'. 

Le mouvement de Vesta est toujours direct. 

Le !«' août, Vesta est distante de 431 millions do kilomètres de la Terre et de 
378 millions de kilomètres du Soleil. 

Coordonnées au 20 juillet : Ascension droite. . . 4'* 14". Déclinaison. . . 16* 3' N. 
» 9 août : » » 4 44 » 17 2 N. 

Jupiter. — Cette brillante planète continue à s'éloigner de Régulus et à se 
montrer chaque soir dans le ciel de TOccident. On pourra la voir dans le voisi- 
nage de Régulus, de Mercure et de Vénus. Jupiter va bientôt disparaître derrière 
le Soleil. 

Joart. Passage Méridien. Goncher. Constellation. 

15 Juillet 2*54- soir. 9'' 48- soir. LrON. 

19 » 2 41 » y 33 » » 

23 » 2 29 » 9 19 » » 

27 » 2 16 » 9 5 » » 



280 L'ASTRONOMIE. 

Joan. Pasf^ge Méridien. Cooclier. Constellation. 

31 Juillet 2*" 3- soir. 8''51"' soir. Lion. 

3 Août i 54 » 8 40 » » 

7 » 1 41 .• 826 • 

Il » 1 28 » 8 12 » » 

La marche de Jupiter est encore directe. 

Le l**" août, le diamètre de la planète est de 29' 4; sa distance à la Terre de 
930 millions de kilomètres et du Soleil de 802 millions de kilomètres. 

L'observation des éclipses des Batellites de Jupiter est devenue impossible. 

Saturne. — Saturne redevient visible dans les Gémeaux, le matin, à rOrient. 
Deux conjonctions fort curieuses seront observables : le 20 juillet, Saturne db 
sera distant de Tétoile de 3-5 grandeur, y) des Gémeaux, que de 30'. A la simple 
vue, rétoile et la planète, qui sera au sud, confondront leurs rayons; une lunette 
astronomique munie d'un fort oculaire devra être employée pour séparer les 
deux astres. Le 5 août, vers 5*> du soir, l'on apercevra Saturne à 4'17' au sud de 
jA Gémeaux, belle étoile de 3« grandeur. , 

Jonri. ' Lever. Passage Méridien. ConatellaUon. 

16 Juillet 2^31- matin 10*28- matin. Gémeaux. 

21 » 2 t4 » JO 11 » » 

• 26 » 1 57 » 9 54 « » 

31 » 1 40 »' 9 37 » ■ 

4 Août 1 26 *• 9 23 » » 

9 » 19 » 9 6 u » 

14 » 51 » 8 48 « I) 

Le l^'' août, le diamètre de Saturne est de 15'4 ; sa distance à la Terre est de 
1454 millions de kilomètres, et au Soleil de 1336 millions de kilomètres. 

Uranus. — Cette planète ne se coucbe plus que deux heures après le Soleil, à 
la fin de juillet, et par suite devient presque impossible à découvrir. 

3« ÉTOILES FILANTES : 

Tous les ans, du 26 au 29 juillet, on remarque un riche courant de météores 
avec des centres d'émanation répandus sur toutes les parties de la sphère céleste. 
Dans nos latitudes boréales, aucune de ces sources ne se distingue d'une ma- 
nière particulière; mais les habitants de Thémisphère austral aperçoivent, au sud 
de Fomalhaut du Poisson austral, un point radiant d*où se sont répandus, en 1840 
et en 1865, une multitude de ces projectiles lumineux. 

C'est du 9 au 14 août qu'apparaît le plus riche essaim de corpuscules qui a 
pris le nom de Larmes de Saint-Laurent; en l'honneur du saint dont la fête se 
célèbre à cette date de l'année. Le nombre des points de divergence visibles est 
très élevé et atteint le chiffre de 40. Les centres d'émanation sont un point voisin 
de ti Persée, ce qui leur a fait donner le nom de Perseïdes. Il existe d autres 
centres : entre ? Cassiopée et o Andromède, 8 et 6 du Cygne. 

Eugène Vimont. 




A. BARDOU 

CONSTRUCTEUR D1NSTRUMENTS irOPTIQUE 

FOURNISSEUR DU MINISTÈRE DE LA GUERRE 

Circulaire ministérielle du 29 Juillet 1872. 
55, me de Chabrol, & Paris. 



Lunettes astronomlqnes, corps cuivre avec chercheur, tube 
d'oculaire à t; lémaillero pour la mise au foyer. Monture équato- 
riate à latituiLe variable de O à 90«, cercle horaire et cercle de 
docLinalson donnant la minute par les verniers; pince pour Axer 
la lunetlc en déclinaison. Pied en fonte de fer reposant par trois 
vis caUintea sur trois crapaudines {fig. 1). 

L'o^uiairi; la plu^ faible est muni d'un réticule. 







DIAMETRE 
des cercles. 

» S 


OCULAIRES. 




il 


SI 


Terres- 
tres. 


Célestes. 


H 

S 






II 


••3 

II 


£ 

S 

o 


«2 


1 

e 

O 


Grossissements. 


s 








•o 


ic 


o ^ 


iz 






0-,f08 


1°,r,(> 


n™,i5 


0«,18 


1 


80 


3 


100, 100 et 270 


1450 


u-.iaîi 


Ï",£MJ 


()",15 


0-,18 


1 


90 


4 


100, 150, 200 et 4bO 


2500 



Lunettes astronomlqnes et terrestres, corps cuivre aveo 
chcjrohourT |>iud fer et soutien de stabilité servant à dirieer la 
lunette par mouvement vertical lent au moyen d'une crcmail- 
ItTis tiibo d'oculaire à crémaillère pour la mise aii foyer. L'in» 
Bt ru ment [fiff. 'il\ et ses accessoires sont calés dans une botte en 
«apiu rougo. 



il 


5 . 

■ as 


OCULAIRES. 


H 

S 

275 
360 
465 
650 


Augmentation pour 

pied de rechange en 

chêne permettant 

d'observer debout. 


Terres- 
tres. 


Célestes. 


1 

a 

o 

1 
1 
1 

1 


£g 
21 

o « 

50 
55 
60 
80 


2 

.o 

1 

2 
3 
3 
3 


Grossissements. 


O-,07;î 

o-.oei 


1»,6() 


80 et 150 
75, 1!?0 et 200 
85, 130 et 240 
100, 160 et 270 


25 
35 
35 
35 



Lonettes astronomlqnes et terrestres, corps cuivre, pied 
rer, [noiiVÊiucntj^ prompts, tube d'oculaire à crémaillère pour la 
mise au foyer. J /instrument et ses accessoires sont cales dans 
une boilfl en snpin rouge. 



OCULAIRES. 

Célestes. 




..n^n 




a V «• «i 1 


PR 


IX. 


tion po 
change 
rmettan 
r deboo 


.ë 


£■2 


SSg.^ 






•g 




Aagme 

pied de 

chône 

d'obse 


100 


135 


85 


140 


175 


25 


100 


2-25 


25 



90 

100 

80 et 150 



On peut ajouter et l'on ajoute généralement à ces divers 
modèles : 

Montnre & prisme pour ob8er^'er facilement an zénith. 
Prix 86 fr. 

Ecran pour examiner les taches du Soleil. Prix 15 fr. 



MAISON LEREBOURS ET SECRÉTAN 

G. SECRÉTAN, Successeur 
MAGASINS, 13, place du Pont-Neuf. — ATELIERS, 54, rue Daguerre. 

Les instruments équatoriaux désignés ci-dessous sont des instruments complets, à 
monture très stable, avec micromètre de position, mouvement d*horlogerie isochrone, 
cercles divisés sur argent, divisions de calage, rappel dans le sens horaire sur la lunette, 
double éclairage, etc., etc. 

Pour les basses latitudes, le pied en fonte de l'instrument aura la forme rectanjru- 
laire et le mouvement d'horlogerie âera logé dans le pied; pour les hautes latitudes, lo 

Fied sera en général une colonne ronde et le mouvement d'horlogerie sera adapté à 
extérieur de la colonne. — La lunette sera pourvue d'un chercheur de grande ouver- 
ture et aura au moins trois oculaires sans compter celui du micromètre et du chercheur. 

LuneUfô qualMiales 

Do 9b"" dbuvcr- '» 
ture libro 8.600 

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ture librù. ....... 4.000 

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que ,,»*. 4.000 

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jecllf de So"" 
d'au verl ure .*.... Ô60 



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réfradeiirs tnualoriaiiï. 

SpectPoRcopo Rtei- 

lairede SeccM... 

Si>oi:tiof^cûpe À 2 

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Spetlroscope avec 
vis 111 kromé trique 
et prisme k vision 
Uirecle,...- 660 



Spectroscope à 2 prismes en flint de 
48-», objectif de 27"" et 192""' de dis- 
tance focale, lentille cylindrique achro- 
matique, prisme de comparaison, loupe 
pour observer l'image sur la fente, vis 
micrométrique avec tambour divisé sur 
argent, second tambour servant àcnre- 

fistrer les observations faites dans 
obscurité, arrantrement jnour fixer 
avec facilité des tubes de ôeisslcr ou 
despointesmélalliçiues entre lesquelles 
on lait jaillir l'étincelle électrique, 3 '•■ 
oculaires 1 .000 



Le même avec adjonction d'uu prisme à '■• 
vision directe 1.100 

Chambre noire pour adapter à rin^tru- 
ment et pourvue d'un obturateur instan- 
tané suivant la grandeur de l'instru- 
ment aOOà 400 

Oculaire a grand champ et faible gros- 
sissement laissant toute la lumière que 
la lunette comporte * 40 

Hélioscope 800 

Oculaire à. lame de verre divisée en 
mailles carrées de petit niveau pour 
prendre des mesures avec l'hélioscope. 60 



Paris. — Imp. Gauthier- Villars, 55, quai des Grands -AuguBtîna. 



•. «' ■■ I 



4' Année. 



N" 8. 



Août 1885. 







. REVUE MENSUELLE , 

D'ASTRONOMIE POPULAIRE 

DE MÉTÉOROLOGIE ET DE PHYSIQUE DU GLOBE, 

DOIfllÂHT LB TÂBLBAD SBIMANBNT DBS DÉCOUVBRTBS BT DBS PlOftBBS RÉALISAS 
DANS LA CONNAISSANCE DB t'UNlVBRS 

PUBLIÉE PAR 

CAMILLE FLAMMARION, 

AVEC LB CONCOURS DBS 

PRINCIPAUX ASTRONOMES FRANÇAIS ET ETRANGERS 



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gâuthier-yillars, imprimeur-libraire 

DE l'observatoire DB PARIS, 
Quai des Augustins, 55. 

1885 



PQ £ 



MAISON LEREBOURS ET SECRÉTAN 



G. SECRÉTAN, Successeur 
MAGASINS, 13, place du Pont-Neuf. — ATELIERS, 54, rue Daguerre 



-< s 



Les instruments équatoriaux désignés ci-dessous sont des instruments compleii, i 
monture très stable, avec micromètre de position, mouvement d'horlogerie isochnD?, 
cercles divisés sur argent, divisions de calage, rappel dans le sens horaire sur la lune !' 
double éclairage, etc., etc. 

Pour les basses latitudes, le pied en fonte de l'instrument aura la forme recUngi- 
lairç et le mouvement d'horlogerie sera logé dans le pied; pour les hautes latit^d^. 

Pied sera en général une colonne ronde et le mouvement d'horlogerie sera adapté . 
extérieur de la colonne. — La lunette sera pourvue d'un chercheur de grande ouv^ 
ture et aura au moins trois oculaires sans compter celui du micromètre et du cherchf- 

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jecUfdf a.- 




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500 



prismoa 



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48—, objectif de 27— ■ et 19-2'— de dis- 
tance focale, lentille cylindrique achro- 
matique, prisme do comparaison, loupe 
pour observer l'image sur la fonte, vis 
microraélrique avec tambour divisé su r 
argent, second tambour servant aenre- 

Pistrer les observations faites dans 
obscurité, arrangement pour fixer 
avec facilité des tubes de ôeissier ou 
detpointes métalliques entre leiquellea 
^ait ]ailllr rétincetle éleotrrqut, d 



on fa - . 
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1.000 



Le même avec adjonction d'un p"""^ j.ioo 
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tané suivant la grandeur de l^^^ ^ 



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AJGl4l8Ct 




— j:.'ASTROnomie. — 



281 



LE MASCARET. 

La Pleine Lune brillait, suspendue dans le ciel, comme une sphère écla- 
tante; son pâle visage semblait regarder la Terre en répandant sur elle une 
clarté éthérée; dans le miroir de la Seine indolente ses rayons d'argent glis- 
saient en scintillant sur chaque petite vague. Au bord du fleuve, l'antique et 



Fig. Ofi 




Le mascaret, à Caudebec. 



si pittoresque petite ville de Caudebec était endormie, resserrée autour du 
vieux clocher gothique qui la domine; on n'entendait que le bruissement, 
léger comme un souffle, du vent dans les marronniers, les ormes et les til- 
leuls séculaires qui bordent le fleuve. Enveloppé de calme et de silence, le 
contemplateur pouvait se ci'oire transporté sur les rives solitaires d'un lac 
oublié au fond des campagnes. 
Ce cours de la Seine à son embouchure est peut-être unique au monde par 
Août 1885. 8 



282 L ASTRONOMIE. 

son caractère. C'est une ondulation de serpent, nonchalamment étendu, 
endormi dans ses plis. De Rouen au Havre, il n'y a, à vol d'oiseau, que 
soixante-dix kilomètres, tandis que les sinuosités de la Seine en décrivent 
plus de cent vingt, avec une pente de 5" 74 seulement. C'est vraiment un lac. 
dont les rives vont en s'écartant insensiblement Tune de l'autre, jusqu'au 
large estuaire de l'embouchure. 

Le clair de lune agrandit to;it. Les ombres sont plus intenses, Les murs 
paraissent plus élevés, les arbres plus noirs. Nous suivions en silence les 
rives du fleuve dont les vagues légères venaient mourir à nos pieds ; les bos- 
quets, les silhouettes des maisons normandes aux balcons échancrés, la 
flèche de l'église aux noires ogives dessinaient un paysage humain nous 
rappelant que nous appartenions encore à la terre ; mais nos pensées flottant 
sur les ondes, bercées entre ciel et terre, descendaient comme en un rêve 
vers la mer, vers l'horizon vague où le ciel et la terre se confondent. 

Toute mystérieuse qu'elle soit, la clarté de la lumière lunaire est encore 
d'une grande intensité. Un monde éclairé seulement par une lumière égale 
à celle de notre clair de lune ne serait point un séjour nocturne. Peut-être 
serait-il plus tempéré, moins rude, moins cru, que le nôtre, composé non de 
durs contrastes, mais de tons et de nuances; les yeux auraient acquis une 
faculté de perception plus puissante, l'oreille serait plus délicate et plus sen- 
sible, le système nerveux tout entier étant plus impressionnable; mille 
nuances indécises qui nous échappent formeraient la base de nos impres- 
sions, de nos idées, de la double vie, physique et morale, matérielle ei 
intellectuelle, qui constitue l'elre humain. Et, qui sait? les sens qui nous 
manquent sont-ils nés, peut-ôtre, sur les mondes éclairés par de pâles soleils, 
— mondes affranchis de ces éléments disparates qui nous plongent tour à 
tour dans les feux du solstice, dans la neige des hivers, dans l'éblouissaut 
éclat du Soleil, dans la nuit profonde, dans l'orage aux tonnerres retentis- 
sants, dans les tempêtes et les inondations, dans les volcans et les tremble- 
ments de terre, — mondes affranchis de ces impressions trop brusques, 
trop grossières, et dans lesquels les premiers organismes vivants ont donné 
naissance à des êtres délicats et sensibles, de plus en plus perfectionnés. 

Si le clair de lune double l'intensité des ombres, le calme de la nuit 
développe singulièrement aussi la faculté d'entendre. Qui d'entre nous 
n'a remarqué combien, dans cet universel recueillement des choses, deux 
êtres rapprochés s'entendent sans se parler, môme à voix basse? Ne semble- 
t-il pas que, dégagés des bruits et des diversions du jour, les cœurs battent 
mieux à l'unisson, et qu'une pression de mains sufflse pour mettre en com- 
munication subite et profonde les sources d'électricité nerveuse qui circulen 
en nous? Le Soleil est un astre splendide, la lumière du jour est pénétrante 



LE MASCARET. 283 

et féconde; mais les cordes les plus intimes de la lyre humaine vibrent avec 
plus d'intensité dans les harmonieux silences de la nuit. L'astronome peut 
regretter que les habitants de Vénus ne connaissent pas la calme et mélan- 
colique beauté des clairs de lune. 



Alors on sent mieux l'attraction qui, dans la nature entière, gouverne les 
mondes et les êtres, les atomes et les âmes. L'espace est une nuit. C'est à 
travers la nuit que les astres s'attirent, à travers la nuit qu'ils voguent en se 
cherchant, à travers la nuit qu'ils exercent les uns sur les autres les 
influences auxquelles leurs destinées sont suspendues. Jl n'y a de jour qu'à 
la surface des mondes, et seulement dans le voisinage de leur moitié éclairée ; 
l'espace n'est pas visible : il laisse passer la lumière des soleils et reste noir, 
obscur, transparent, à midi comme à minuit. La Terre n'a pas d'yeux jwur 
voir Jupiter glisser dans les cieux à 155 millions de lieues d'elle; pourtant 
elle le sent, elle le devine, et lorsqu'il passe, à cette immense distance même, 
elle subit son attraction et, au lieu de suivre directement l'orbite qu'elle doit 
décrire autour du Soleil, elle s'écai'te, malgré sa masse si énorme, elle s'é- 
carte de sa route et se laisse dévier par lui. — La déviation est de 2" 10 pen- 
dant cette heure de plus grand rapprochement de Jupiter et de la Terre. — 
L'aiguille aimantée enfermée dans une cave de l'observatoire ne voit pas le 
régiment qui passe sur le boulevard voisin; pourtant elle est toute troublée, 
agitée, contrariée de la perturbation apportée par les bayonnettes, et elle 
oscille sans repos tant que la cause n'a pas disparu. — La foudre ne voit pas 
la clef portée dans la poche d'un paisible habitant de la maison voisine 
tranquillement assis dans son fauteuil; pourtant l'orage passe, la foudre 
éclate et va justement frapper sa victime en lui arrachant ses vêtements. — 
La mer ne voit pas la Lune planant dans les cieux; mais elle la sent, ses 
eaux la cherchent, la désirent, s'élèvent vers elle, et, avec la Lune, la marée 
formidable fait le tour du monde. 

Le spectacle des grandes marées, surtout aux époques où le Soleil et la 
Lune se réunissent pour appeler les eaux sur un même diamètre du globe 
terrestre, est éminemment propre à nous faire concevoir la grandeur et la 
puissance de l'attraction. Ainsi, en ce moment, par exemple, la pleine Lune 
attire les eaux de ce côté-ci du globe et la mer entière est soulevée vers le 
ciel par la puissance d'une main invisible. Mais ce n'est pas seulement la mer 
qui est soulevée, c'est la terre entière, à ce point qu'en ce moment même, de 
l'autre côté du globe, l'Océan reste au-delà de ce déplacement de la Terre 
vers la Lune et produit précisément chez nos antipodes une marée symé- 



284 L'ASTRONOMIE. 

irique de celle-ci. Le Soleil ajoute son influence. L'équilibre est d'une telle 
délicatesse que les nuances les plus légères en modifient rharmonie. Loin 
• d'être pesante et grossière, la création est pour ainsi dire immatérielle. 

Aux époques de mascaret, c'est-à-dire à chaque marée de Pleine Lune et 
de Nouvelle Lune, mais surtout aux jours de grandes marées d'équinoxe, le 
fait si bizarre et si paradoxal de la rétrogradation de la Seine impétueusement 
poursuivie par les eaux de la mer qui la forcent à remonter son cours est 
l'un des plus curieux spectacles qui se puissent voir. Ce grand et émouvant 
spectacle n'a qu'un tort : c'est d'être aux portes de Paris. C'est si près, que 
personne ne va le voir et qu'il n'y a pas un Français sur mille qui l'ait con- 
templé. Si c'était en Suisse, en Italie, sur le Rhin ou sur le Danube, tout le 
monde y courrait. 



Spectacle merveilleux, en effet, surtout pour celui qui sait le comprendre. 
Dans le silence de la nuit, sous la rosée lumineuse du clair de lune, on 
entend d'abord, on perçoit un vague murmure, comme un frisson dans 
l'atmosphère, comme un frémissement dans le feuillage. En cherchant à le 
définir, on croit distinguer des froissements de vagues, cette sorte de bruit 
sinistre précurseur des inondations. Pourtant la Seine coule tranquillemenl 
à nos pieds, calme, paisible, silencieuse. Le bruit grandit, et là-bas, sachant 
que la mer va arriver, nous commençons à reconnaître des crêtes de vagues. 
Oui, les voici qui s'avancent! Cavales à la blanche crinière, éclairées par 
l'astre des nuits, elles sautent là-bas, au loin, bondissant et disparaissent. 
Les voici qui approchent... Le bruit grandit, devient tumulte. Une muraille 
liquide, haute, houleuse, agitée, arrive avec la vitesse d'un cheval au galop; 
déjà une partie des flots a bondi sur la rive opposée, paraissant jeter toute 
la barre aquatique sur les campagnes riveraines; mais elle s'est reformée, 
la muraille liquide; elle occupe la largeur entière du fleuve et semble 
précédée par un long sillon noir. Quel torrent! Quelle avalanche! C'est la 
mer! C'est la mer! La Seine a fui, disparu, la mer est arrivée avec un 
niveau supérieur à elle de plusieurs mètres, et maintenant à nos pieds 
s'agitent les vagues immenses et courroucées. Elle a passé comme un 
torrent, bondissant toujours en- avant, et, sans arrêt, elle continue son 
cours, poursuivant les eaux du fleuve comme un escadron de cavalerie 
poursuit les fuyards. 

Etrange et grandiose dans le silence de la nuit, sous la froide clarté de la 
Lune qui semble se désintéresser des effets qu'elle produit elle-même, le 
mascaret est, à la lumière du jour, moins mystérieux, mais plus vivant. On 



LE MASCARET. 



285 



en saisit mieux les multiples détails, et les gracieux paysages qui l'enca- 
drent mettent en lumière tout son mouvement et toute sa beauté. Le rouleau 
d'eau jaillissante semble tourner en avançant à travers le fleuve, comme un 
serpent gigantesque, et derrière lui arrivent les vagues avant-courrières de 
la grande nappe de marée. Tous les obstacles placés sur sa marche Texaspè- 
rent et augmentent son élan. Il bondit sur les rochers de la rive, les quais et 
les digues, et s'élance aveuglément vers un but qu'il ignore. Malheur à la 
barque qui s'aventure à traverser le fleuve à cette heure! Plus d'un voyageur 
a payé de sa vie l'imprudence d'un instant. Personne n'a oublié la fin si 
tragique de la fille de Victor Hugo, de son jeune mari, Charles Vacquerie, 

Fig. 97. 







Plan de l'embouchure de la Seine. 

qui voulut mourir avec elle, du marin et de l'enfant qui conduisaient la 
barque. (Villequier, 4 septembre 1843.) 

Le mascaret a tant bouleversé le lit du fleuve, les courants changent si 
souvent en cette région, que nul ne peut s'y fier. Cette grève enchanteresse, 
parfumée tour à tour par les brises du rivage et de la mer, s'est mille fois 
couverte d'épaves et de cadavres. Les naufrages y sont plus nombreux que 
sur les rives de la mer voisine. Que de souvenirs endormis dans le cimetière 
de Villequier ! 

Mais le flot passe devant nous avec une vitesse terrifiante. En un instant 
le fleuve a fait place à la mer. Le contemplateur reste stupéfait de la transfor- 
mation soudaine qui vient de s'accomplir sous ses yeux et du tumulte des 
eaux profondes, il se souvient de l'impression si juste du berger de Virgile. 



Stabat, et ingénie motu stupefactus aquanim ! 



286 L'ASTRONOMIE. 

Ce grandiose phénomène est produit par la marée qui arrive du large dans 
rcmbouchure de la Seine, dont le fond va en s'élevant graduellement et dont 
les rives vont en se resserrant. En vertu d'une loi mécanique bien connue, 
les ondes se propagent d'autant plus vite que Teau est plus profonde. Les 
premières vagues de marée arrivant dans une eau moins profonde, sont 
ralenties ; celles qui viennent derrière elles les poussent, les dominent, les 
dépassent, et ainsi de suite (*). La Seine immense coulait tranquillement; mais 
insensiblement l'Océan la refoule, opposant son courant au sien. Elle lutte, 
résiste, paraît s'étonner, combat, fait des concessions, glisse le long des 
rivages et des plages, cherche à s'échapper; mais, sourd, TOcéan se fait mur 
et avance. Confiante en sa destinée, elle hésite longtemps encore et change 
son cours. Elle semble s'interroger. « Ne sommes-nous pas dominés parfois 
par des lois inconnues, par des forces supérieures?... Pourtant les fleuves 
ne remontent pas vers leur source. Sa destinée, sa fin, n'est-elle pas de 
descendre toujours, de marier ses ondes aux flots de l'Océan, de se fondre et 
de mourir en lui? Pourquoi donc la repousse- t-il aujourd'hui? Non, ce n'est 
pas possible : ce n'est qu'un orage. » Mais à l'embouchure la mer s'est fermée; 
un mur dense, lourd, impénétrable s'est mis à marcher, poussé par la marée. 
Il marche, il s'élève, et toutes les eaux du fleuve réunies n'arriveront pas à 
passer par dessus. A mesure qu'il avance en remontant, il acquiert plus de 
force et plus d'énergie. La marée augmente encore, Le flot s'épaissit, se sou- 
lève, s'irrite des dernières résistances de la Seine, qui descend toujours. 
Alors, il semble qu'emporté par une implacable fureur, l'Océan saisisse 
la rivière tout entière, la repousse avec violence et la force, sans trêve ni 
merci, à reculer vers sa source à la vitesse de vingt-cinq kilomètres à l'heure 
et sur une longueur de cinquante kilomètres! Deux heures plus tard, elle 
revient, fidèle, calme, oublieuse du passé, s'abandonner à l'abîme immense. 
Mais à chaque marée, deux fois par jour, le même phénomène se reproduit. 
Aux jours de faible marée, il est peu sensible. Aux jours de grandes marées, 
il se présente tel que nous venons do le décrire. Lorsqu'il est contrarié par 
le vent, il est plus formidable encore. 



La Seine devenue mer était encore houleuse et agitée, lorsque les douze 
coups de l'heure de minuit s'envolèrent du clocher de la vieille église. Nous 
avions suivi le rivage au loin, en causant de cette mystérieuse attraction 

(') Le volume moyen d'eau de mer refoulé parla marée est d'environ trente millions 
de mètres cubes; le volume moyen des eaux douces descendantes est de vingt millions 
de mètres cubes. La différence entre ces deux volumes s'accroît avec l'intensité des 
marées. 



RÉFORME DU CALENDRIER. 287 

lunaire qiii agit ainsi sur notre monde, et de l'harmonie générale des 
mouvements célestes qui régit la grande œuvre de T univers. Qui sait, pen- 
sions-nous, si, en dehors des bruits d'ici-bas, la gravitation rapide de toutes 
les sphères dans l'espace ne produit pas une sorte de mélodie simple et gran- 
diose aux modulations variées! Ce tumultueux bouleversement du fleuve 
dont nous venions d'être témoins, est lui-même un produit de Tharmonie, 
une complication d'ondes, et sa cause originaire n'est autre que l'attraction 
elle-même, car c'est elle qui fait descendre l'eau des fleuves, comme c'est 
elle qui fait monter les marées. Singulière antinomie!... Et nous nous de- 
mandâmes si; dans l'humanité comme dans la nature, dans le cours de la vie 
comme dans l'océan des âges, tous les actes n'auraient pas pour origine, en 
dernière analyse, une loi suprême : l'attraction. 

Camille Flammarion. 

P. S. — Les plus grandes marées de cette année seront celles du il août et du 
septembre prochains. Nous ne saurions trop engager nos lecteurs à choisir 
Tune ou l'autre de ces dates pour aller contempler le mascaret, soit à Caudebec, 
soit à Villequier. 



RÉFORME DU CALENDRIER. 

Monsieur le Directeur, 

J'ai lu avec le plus vif intérêt, dans la Revue astronomique que vous dirigez, 
deux articles touchant une des questions les plus intéressantes qui existent 
certainement au point de vue pratique, — je veux parler de la réforme du 
calendrier civil. 

Dans une première communication en date du mois de septembre dernier, vous- 
même, monsieur le Directeur, faisiez appel à toutes les bonnes volontés, pour 
hâter la solution d'un problème que vous considérez à si juste titre comme essen- 
tiel, au point de vue des relations sociales de toute nature, et surtout en ce qui 
concerne les rapports entre personnes appartenant à des nationalités diffé- 
rentes. 

Votre appel fut entendu , et, dans le numéro de l'/lsf ronomie du mois de 
novembre, j'ai suivi avec une grande satisfaction les progrès de la grande cam- 
pagne scientifique dont vous vous êtes fait l'instigateur. 

11 ne m'appartient pas de décerner à l'auteur anonyme du remarquable article 
auquel je fais allusion tous les éloges qu'il mérite, et qu'il obtiendra certainement 
de la part du public et du monde savant. ^ Je n'entreprendrai pas non plus de 
revenir sur les curieux détails historiques contenus dans cet intéressant mémoire. 
— Mais j'espère, monsieur le Directeur, que vous me permettrez d'apporter ma 



288 L'ASTRONOMIE. 

modeste pierre à l'édifice dont vous êtes Tarchitecte, et que vous voudrez bien 
accorder l'hospitalité de vos colonnes aux quelques observations qui vont suivre. 

Veuillez agréer, etc.. 

Jules Bonjean, 

Docteur en droit, Avocat à la Cour d'appel. 

§ l<^ — Bases essentielles d'un calendrier normal. 

Si ron analyse d'une manière générale les différents systèmes qui ont été 
successivement adoptés, tant dans Tantiquité que dans les temps modernes, 
pour régler la computation du temps, on s'aperçoit, non sans étonnement, que 
les plus illustres réformateurs n'ont obtenu que des résultats relativement 
très imparfaits. Et pourtant, il semble à première vue que rien ne soit plus 
facile à un législateur, disposant d'un pouvoir souverain, que d'imposer aux 
populations des règles absolument méthodiques et parfaitement satisfaisantes 
à tous égards en ce qui concerne le calendrier. 

A quoi tiennent donc ces difficultés si considérables, que les plus beaux 
génies de toutes les époques n'ont pu les surmonter entièrement? Pourquoi 
n'est-on jamais arrivé jusqu'à ce jour à établir un système de computation 
du temps, qui donnât satisfaction à tous les intérêts et à toutes les 
exigences? 

La cause de ces perpétuels changements et de ces constants insuccès est, à 
notre avis, facile à dégager : c'est la multiplicité des points de vue auxquels 
le législateur peut et doit se placer, pour régler les diverses divisions du 
temps. — Et en effet, il doit tenir compte tout à la fois : 1** De la durée des 
principales évolutions astronomiques ; 2° Des mœurs, voire même des préju- 
gés invétérés de la population; 3*» Enfin et surtout, des nécessités de la vie 
pratique. 

Or, dans la plupart des cas, il est impossible de donner en même temps 
satisfaction à ces différents ordres d'idées, et le créateur d'un nouveau calen- 
drier se voit souvent obligé d'opter entre des considérations également res- 
pectables et pourtant opposées. — 11 s'en suit nécessairement que, dans ce 
conflit d'intérêts de diverses natures, un point de vue se trouve presque tou- 
jours sacrifié à un autre; ce qui explique les lacunes et les imperfections qui 
se rencontrent fatalement dans tous les calendriers. 

En présence de cette impossibilité d'arriver à un résultat absolument satis- 
faisant à tous égards, quelle est donc la ligne de conduite que doit suivre le 
réformateur ? — Faut-il qu'il se retranche exclusivement dans le dimiaine 
de la science pure, qu'il ne prenne en considération que les seules cvoi niions 
(les planètes, en n'envisageant que le point de vue astronomique? — Doit-il 
au contraire, imitant en cela les Pontifes romains, se laisser influencer par 



RÉFORME DU CALENDRIER. 289 

le respect de la tradition, au point de laisser subsister des procédés de com- 
putation que répudient à la fois la science pure et le bon sens pratique? Doit- 
il, en un mot, se placer exclusivement au point de vue traditionnel ? — Ou 
bien, dédaignant également les principes de la science et les considérations 
historiques les plus respectables, faut-il qu*il n'ait d'autre souci que de 
créer des divisions commodes, appropriées aux besoins de la vie, et qu'il ne 
s'attache qu'au point de vue pratique ? 

A notre avis, aucune des trois méthodes que nous venons d'indiquer ne 
peut donner à elle seule des résultats satisfaisants; et, pour se convaincre 
de l'exactitude de cette proposition, il suffit d'envisager les conséquences 
absurdes auxquelles on arriverait, en adoptant exclusivement un des trois 
systèmes que nous avons mentionnés. 

Supposons, en effet, que l'on envisage uniquement le point de vue astro- 
nomique. — On se trouve dès l'abord en présence de difficultés insurmon- 
tables; car le commencement et la fin de chacune des évolutions planétaires, 
dont il faut nécessairement tenir compte, ne coïncident pas exactement : 
l'année solaire ne se compose précisément ni d'un certain nombre de mois 
lunaires, ni même d'un certain nombre dejours. Bien plus, les jours solaires 
ne sont pas rigoureusement égaux entre eux. — S'il fallait donc s'attacher 
exclusivement aux phénomènes sidéraux, il serait nécessaire de rédiger des 
tables astronomiques, dont l'usage ne serait accessible qu'aux seuls savants, 
et qui ne pourraient en aucune façon constituer un calendrier, dans le véri- 
table sens du mot. — Mais là n'est pas le seul inconvénient d'un tel système : 
quand bien môme les évolutions astronomiques les plus longues seraient 
exactement des multiples des plus petites, on n'obtiendrait pas encore un 
résultat satisfaisant à tous égards. Imaginons en effet, pour un instant, que 
l'année solaire se compose précisément de 365 jours et de 5 mois lunaires, 
ayant chacun 73 jours ; quelles seraient les conséquences d'une hypothèse si 
favorable? — Nous obtiendrions des divisions très scientifiques peut-être, 
mais à coup sûr inapplicables aux besoins divers de la vie sociale. Comment, 
en effet, pourrait-on se contenter d'un système où aucune des périodes ne 
serait facilement fractionnable; où l'on ne pourrait distinguer ni demi-année 
comprenant un nombre exact de mois, ni demi-mois comprenant un nombre 
exact de jours ; surtout si l'on considère l'énorme distance qui séparerait 
une année de 365 jours d'un mois de 73, et un mois de 73 jours d'une 
simple journée ? — On voit donc par cette simple hypothèse que, môme on 
supposant une coïncidence parfaite entre les diverses évolutions des astres, 
on ne saurait encore se retrancher exclusivement dans le domaine delà science, 
sous peine de produire une œuvre absolument inapplicable aux néces- 
sités de la vie pratique; sans parler du bouleversement qu'une telle inno- 

8* 



290 L ASTRONOMIB. 

vation apporterait dans les mœurs et dans les habitudes de la population. 
Faut-il donc, rejetant toute idée scientifique, et désespérant d'arriver 
jamais à une solution méthodique de la question, nous contenter d'appliquer 
aussi exactement que possible les règles que nous ont transmises nos devan- 
ciers, et nous borner à suivre la tradition ? Une telle opinion ne saurait, à 
notre avis, être sérieusement défendue. — Sans doute, il existe dans notre 
calendrier actuel certaines dispositions qui, bien que peu justifiables au 
point de vue logique, sont néanmoins respectables en raison de leur concor- 
dance avec des mœurs et des usages profondément ancrés dans l'esprit de la 
population; mais, par contre, il faut bien reconnaître que plusieurs autres 
règles, qui n'ont également d'autre fondement que la tradition, pourraient 
être réformées sans blesser aucunement les habitudes nationales. — C'est 
ainsi, par exemple, que, si Ton conçoit que Ton recule devant la suppression 
de la semaine, période traditionnelle par excellence, on ne s'explique guère 
que par un esprit de routine vraiment singulier la persistance qu'on a mise 
à n'assigner que 28 jours au mois de février, alors que le nombre des mois 
de 31 jours dépasse d'autre part celui des mois de trente. 

En présence de cette impossibilité où nous nous trouvons de nous guider 
uniquement d'après les données de la science, ou d'après les usages tradi- 
tionnels, il semble au premier abord que le seul parti à prendre soit de se 
restreindre dans les bornes àes considérations pratiques ; mais ici encore, nous 
tomberions sur un autre écueil.— Supposons, en effet, que Ton fasse abstrac- 
tion de toute idée scientifique ou historique ; qu'arrivera-t-il ? On se conten- 
tera de constituer des périodes factices, d'un usage absolument commode, 
facilement divisibles les unes par les autres : on créera, par exemple, une 
année de 100 jours, comprenant 10 mois de 10 jours chacun; ou bien encore 
une année de 240 jours, se subdivisant en 12 mois de 20 jours, fractionnés 
chacun en petites périodes de 5 jours. — Il est inutile d'insister sur les incon- 
vénients que présenterait un pareil calendrier : très commode sans doute 
pour la supputation des délais, des échéances, du temps réellement écoulé 
depuis une date déterminée, il ne procurerait aucun élément d'appréciation 
touchant le retour des phénomènes les plus essentiels môme au point de vue 
pratique; et d'autre part, il ne serait nullement approprié aux mœurs et aux 
habitudes d'esprit de la population. 

Quels sont donc les principes que l'on doit adopter, pour fonder les bases 
d'un calendrier véritablement bon et utile, sinon parfait? —Nous venons de 
voir qu'il était impossible de se placer exclusivement à lun des trois points 
de vue astronomique, traditionnel ou pratique. Il faut donc combiner entre 
eux ces divers éléments, en sacrifiant le moins possible chacun d'eux. 

Mais, en cas de conflit entre des considérations d'ordres différents, quel 



RÉFORME DU CALENDRIER. 291 

sera le critérium à adopter ? — A notre avis, c'est le poiat de vue pratique 
qui devra toujours prévaloir. Et en effet, quel est le but essentiel du calen- 
drier ? Est-ce de faire connaître aux savants le moment précis où doivent se 
produire les phénomènes astronomiques ? Est-ce de perpétuer le souvenir 
d'usages et de préjugés depuis longtemps disparus ? On ne saurait le soute- 
nir sérieusement. — Il faut donc avant tout, quand on entreprend de réfor- 
mer le calendrier, se préoccuper des nécessités de la vie usuelle : chercher à 
créer des divisions simples, facilement fractionnables, concordant autant que 
possible entre elles, et suffisamment variées pour que l'une ou l'autre cor- 
responde presque toujours à une durée d'un usage commode pour régler nos 
affaires, nos travaux, ou notre repos. Sans doute, par suite même de ces con- 
sidérations utilitaires, il faut aussi tenir compte des données de la science, 
et respecter dans une certaine mesure la tradition ; mais on ne doit renoncer 
aux divisions simples et commodes qu'à la dernière extrémité, et qu'autant 
qu'il est absolument démontré qu'un inconvénient pratique sérieux résulte- 
rait de l'omission d'une considération astronomique ou traditionnelle. 

§ 2. — Critique des diverses subdivisions du calendrier grégorien. 

Le calendrier grégorien, actuellement en vigueur chez la plupart des 
nations civilisées, est incontestablement l'un des meilleurs, sinon le meilleur 
de ceux qui ont été usités jusqu'à nos jours. — Nous n'entreprendrons donc 
pas de remonter le cours des âges, et nous ne nous livrerons pas à l'analyse 
des difTérentes méthodes qui ont été adoptées à toutes les époques, pour sup- 
puter le temps. Poursuivant un but essentiellement pratique, nous nous bor- 
nerons à étudier en particulier chacune des subdivisions de notre calendrier 
actuel, en les appréciant conformément aux principes que nous avons expo- 
sés dans notre paragaphe premier. 

1^ Le jour. — Le jour est la base même, l'unité primordiale de tout calen- 
drier. La succession de la lumière et des ténèbres, au moins dans presque 
tous les climats habitables, fait du mouvement de rotation de la Terre la sub- 
division du temps la plus nécessaire de toutes, en ce qui concerne la vie 
usuelle. — Il est vrai que le jour astronomique ne coïncide pas rigoureuse- 
ment avec le jour moyen sur lequel se règlent nos horloges ; mais la diffé- 
rence qui les sépare restant toujours dans des limites très étroites, on peut 
dire que cette première divison est tout à la fois conforme aux données de la 
science, aux exigences de la vie pratique, et qu'elle est de plus sanctionnée 
par le consentement universel des nations. 

2* La semaine. — 11 en est différemment de la semaine. — Cette période 



292 L'ASTRONOMIE. 

ne correspond précisément à aucune évolution astronomique r elle présente 
de plus le double inconvénient : d'une part, de comprendre un nombre de 
jours indivisible; et d'autre part, de n'être pas une fraction exacte de Tannée. 
— Néanmoins, nous croyons qu'ici, même au point de vue pratique, le respect 
de la tradition s'impose impérieusement. Et en effet, les trois défectuosités 
que nous venons de signaler ne sont pas aussi graves qu'elles le paraissent 
au premier abord. En premier lieu, si la semaine n'offre aucun intérêt 
comme indication du retour de certains phénomènes climatériques, il faut 
bien avouer qu'aucune période astronomique d'une durée à peu près sem- 
blable n'offrirait plus d'avantages à cet égard; et pourtant il est indispensable 
de créer des subdivisions intermédiaires entre le jour et l'année, seuls élé- 
ments scientifiques absolument nécessaires par suite des profondes modifi- 
cations qu'ils apportent aux conditions de la vie usuelle. Quant à la seconde 
objection qu'on peut faire contre la période de 7 jours, elle ne doit pas plus 
nous arrêter que la première : car, s'il est vrai de dire que le nombre 7. 
essentiellement indivisible, paraît assez mal choisi pour une subdivision 
pratique du temps, il ne faut pas oublier qu'un usage constant, corroboré 
chez la plupart des peuples par les prescriptions religieuses, consacre au 
repos un^des jours de la semaine ; en sorte que les jours ordinaires se trouvent 
réduits à six, nombre commode et facilement fractionnable. — Nous nous 
trouvons donc en présence d'un seul inconvénient vraiment sérieux : le 
défaut de concordance entre la durée de l'année et un nombre entier de 
semaines. C'est là sans doute un défaut des plus graves et qu'a parfaitement 
fait ressortir l'auteur du remarquable article publié dans cette Revue au 
mois de novembre dernier ; mais ce même auteur a placé le remède à côté 
du mal, en exposant une méthode artificielle destinée à supprimer l'incon- 
vénient qu'il signalait. A notre avis, l'expédient mis en avant par lui serait 
parfaitement acceptable; toutefois, au paragraphe suivant, nous nous permet- 
trons de proposer à notre tour un procédé empirique d'une autre nature, qui 
pourrait peut-être atteindre le même but, sans présenter les mêmes désa- 
vantages. 

On voit donc que la semaine offre moins d'inconvénients qu'il ne semble 
au premier abord, tant au point de vue scientifique qu'au point de vue pra- 
tique. — Que si maintenant nous considérons la nécessité de respecter autant 
que possible la tradition, aucune période peut-être ne s'impose d'une façon 
plus absolue que celle de 7 jours. Et, en effet, chez la plupart des peuples 
civilisés, les mœurs, les usages anciens, les doctrines religieuses,, font de 
cette subdivision du temps une des bases de réglementation les plus essen- 
tielles pour les travaux, les pratiques des divers cultes, les affaires, ou les 
plaisirs. Il faut donc renoncer à substituer à la semaine une autre période 



UÉFORME DU CALENDRIER. 293 

plus méthodique de 5, 6 ou 10 jours, par exemple, sous peine d'apporter un 
trouble profond dans les habitudes de la population et de ne créer qu'une 
œuvre destinée à périr promptement, comme le calendrier de la Convention 
nationale française, si excellent pourtant à d'autres égards. 

3** Le mois. — A proprement parler, le mois du calendrier grégorien n'est, 
de môme que la semaine, qu'une subdivision purement factice. — Et d'abord 
il ne correspond exactement à aucune évolution astronomique. Do plus, les 
mois ne sont pas égaux entre eux, et chacun d'eux ne présente pas même 
l'avantage d'être une fraction déterminée de l'année. Cet inconvénient est 
rendu plus saillant encore par l'inconcevable esprit de routine qui a fait 
attribuer seulement 28 jours à février, tandis que d'autre part le nombre des 
mois de 31 jours dépasse celui des mois de 30 jours. Enfin, si 4 mois de 
l'année présentent bien l'avantage de comprendre un nombre de jours 
simple et facilement divisible, il faut remarquer que les 8 autres, c'est-à-dire 
le plus grand nombre, sont composés de 31, 28 ou 29 jours, et sont au con- 
traire très défectueux à cet égard. 

Nous croyons donc qu'une réforme s'impose impérieusement sur ce point. 
— Sans doute, nous ne regrettons pas que le mois du calendrier ne corres- 
ponde pas au mois lunaire. A la différence des mouvements de rotation et 
de translation de la Terre, le mouvement de la Lune autour de notre planète 
n'entraîne aucune conséquence pratique suffisamment importante pour qu'on 
doive sacrifier au désir d'en tenir compte la simplicité et l'utilité d'un autre 
mode de computation. — Nous admettons donc que le mois civil puisse ne 
pas concorder avec le mois lunaire, et ne doive être qu'une division artifi- 
cielle, qu'un douzième d'année, — Mais, ceci posé en principe, et toute consi- 
dération scientifique étant écartée, au moins faut-il que le côté pratique de 
la question reçoive autant que possible satisfaction. En effet, nous ne sommes 
plus ici, comme en ce qui concerne la semaine, contraints par la nécessité 
de respecter des traditions enracinées dans l'esprit de la population ; car les 
anomalies qui se rencontrent dans la durée des différents mois ne peuvent 
s'expliquer que par le souvenir d'usages et de préjugés depuis longtemps dis- 
parus. Il faut donc s'en tenir sur ce point aux seules règles du bon sens, et 
restituer au mois son caractère de division factice, mais pratique et com- 
mode, de l'année. — Nous verrons au paragraphe suivant comment, à notre 
avis, ce résultat pourrait ôtre obtenu. 

4« L'année. — A la différence de la semaine et du mois, l'année est une 
période pour laquelle on doit soigneusement tenir compte des données de 
TAstronoraie. — Si nous avons pu, en effet, négliger de prendre en considé- 



294 L'ASTRONOMIE. 

ration les phases delà Lune, qui n'apportent pas d'importantes modifications 
aux conditions de la vie usuelle, nous ne saurions agir de môme en ce qui 
concerne le mouvement de notre planète autour du Soleil. De même que la 
rotation de la Terre impose nécessairement le jour comme élément fonda- 
mental de la division du temps, en ramenant successivement les ténèbres et 
la lumière, de même la course de notre planète autour du Soleil entraîne 
périodiquement, sous la plupart des latitudes, le retour de phénomènes cli- 
matériques d'une extrême importance au point de vue pratique. Toutefois, 
Tannée solaire ne comprenant pas un nombre exact de jours, il devient 
nécessaire d'user de procédés empiriques pour établir la concordance entre 
ces deux éléments essentiels du calendrier. Nous n'entreprendrons pas 
d'examiner les diverses méthodes qui ont été usitées jusqu'ici pour atteindre 
ce but; mais il nous semble que le calendrier grégorien peut être considéré 
comme aussi satisfaisant que possible à ce point de vue, sauf toutefois en ce 
4jui concerne la place bizarre qui est assignée au jour complémentaire, et qui 
n'a d'autre fondement qu'un respect excessif de la tradition. 

§3.— Flan de réforme du calendrier. 

Nous venons de voir quels sont les avantages et quelles sont les lacunes 
que présente le calendrier grégorien ; il nous reste maintenant à examiner 
comment on pourrait arriver à conserver les uns tout en comblant les 
autres. — Nous n'avons pas, sans doute, la prétention de présenter un projet 
parfait de tous points : nous nous contentons de soumettre aux lecteurs te 
modifications qui nous semblent pouvoir et devoir être apportées à notre 
calendrier actuel ; mais, pour plus de clarté dans l'exposition, nous sommes 
obligés de donner à cette dernière partie de notre travail le caractère d'uii 
plan d'ensemble. 

A notre avis, le calendrier réformé devrait être établi sur les bases sui- 
vantes : 

L'année serait de 365 jours, avec des jours complémentaires introduits 
conformément aux principes du calendrier grégorien. 

Elle se diviserait en 12 mois, ayant alternativement 30 et 31 jours, de telle 

sorte qu'on aurait : 

Janvier 30 jours. 

Février 31 — 

Mars 30 — 

Avril 31 — 

Mai 30 - 

Juin 31 — 

JuiHet 30 - 

Août 31 — 



RÉFORME DU CALENDRIER. 295 

Septembre 30 jours. 

Octobre 31 — 

Novembre 30 — 

Décembre 30 — 

Total 365 — 

Dans les années bissextiles, le mois de décembre recevrait un 31' jour, ce 
qui porterait à 6 le nombre des mois de 31 jours de même que celui des mois 
de 30. 

Le premier jour de Tannée serait toujours un dimanche; puis les jours de 
la semaine se succéderaient dans leur ordre actuel jusqu'au 30 décembre, 
dernier jour de Tannée dans notre système, qui se trouverait être également 
un dimanche; en sorte que le premier et le dernier jour de Tannée seraient 
jours de repos. 

Dans les années bissextiles, le 31 décembre, jour complémentaire, rece- 
vrait une désignation spéciale, ou serait simplement qualifié dimanche. 

Enfin lejour civil resterait soumis aux règles qui le régissent actuellement, 
sans aucune modification. 

11 nous semble qu'un tel calendrier présenterait des avantages considé- 
rables, et serait à divers points de vue supérieur au calendrier grégorien.— 
Quelles sont, en effet, les réformes que nous proposons ? 

En ce qui concerne les mois, le calendrier actuel divise Tannée en 7 mois de 
31 jours, 4 mois de 30 jours, et 1 mois de 28 ou 29 jours; et de plus il intercale 
les mois de 31 jours d'une façon tellement singulière qu'on est souvent forcé 
(le recourir à des procédés empiriques pour savoir si tel ou tel mois a 30 ou 
31 jours. Le mois de février, démesurément écourté, oblige à augmenter le 
nombre des mois de 31 jours, et à faire du mois de 30 jours l'exception, alors 
qu'il devrait constituer la règle. On voit donc que la méthode actuellement 
suivie manque absolmnent de logique. — Au contraire^ dans notre système, 
les mois de 30 jours, de beaucoup les plus commodes, sont en majorité, et se 
trouvent régulièrement alternés avec les mois de 31, ce qui permet de les 
distinguer facilement les uns des autres. De plus, la singularité d'un mois 
tronqué, comme le mois de février actuel, disparaît complètement. Enfin, le 
jour complémentaire des années bissextiles vient s'encadrer tout natu- 
rellement à la fin de Tannée, en faisant du douzième mois un mois de 31 jours. 

Sur ce premier point il nous semble que la réforme que nous proposons 
ne saurait offrir beaucoup de prise à la critique. — Quant au système que 
nous avons énoncé plus haut touchant les semaines, nous admettrions plus 
volontiers la discussion. Nous ne nous dissimulons pas, en effet, le caractère 
empirique de la théorie que nous avons mise en avant, et nous savons qu'on 
pourra nous accuser d'avoir créé une semaine de deux dimanches, ou même 



296 L'ASTRONOMIE. 

de trois dimanches, proche parente de la fameuse « semaine des quatre jeu- 
dis ». Mais nous avons été séduits par la perspective de faire concorder entre 
elles les diveraes subdivisions du calendrier. N*est-il pas en effet regrettable 
de voir ce défaut de connexité qui existe aujourd'hui entre le jour de la 
semaine et le jour de Tannée? Qui n'a senti à maintes reprises les inconvé- 
nients théoriques et pratiques d'une telle méthode? — Sans doute, on peut 
reprocher au système que nous proposons de faire de la dernière semaine de 
Tannée une semaine qui n'en est pas une, une semaine de 8 ou même de 
9 jours, et de rompre ainsi la chaîne des périodes de 7 jours. C'est là incon- 
testablement une critique fondée; mais nous pouvons répoudre à cette objec- 
tion par des arguments également sérieux. 

Et d'abord, on remarquera que nous employons, pour faire coïncider la 
durée de Tannée avec celle d'un nombre exact de semaines, un procédé abso- 
lument analogue à celui qui est déjà usité pour faire concorder les années 
solaires avec des nombres entiers de jours. De môme que, tous les 4 ans, on 
ajoute un jour complémentaire à Tannée bissextile, qui devient ainsi une 
période de 366 jours, tandis que Tannée normale n'en comprend que 365: 
de même nous faisons de la 52* semaine de chaque année une semaine spé- 
ciale comprenant 8 jours au lieu de 7. On voit donc que ces deux proœdés 
se valent, et que Tun n'est ni plus empirique ni plus étrange que l'autre. — 
De plus, il faut considérer que cette légère perturbation, qui se produirait 
dans les habitudes de la population, par suite du rapprochement immédiat de 
deux dimanches, se placerait précisément à une époque de Tannée consaci'ée 
généralement à des réjouissances exceptionnelles, d'après les coutumes elles 
mœurs de presque tous les peuples. — Enfin, quand bien même la réforme 
indiquée par nous présenterait certains désavantages, ne vaudrait-il pas 
mieux encore se résigner à accepter ces légers inconvénients, plutôt que de 
laisser subsister un état de choses éminemment défectueux ? 

En résumé, le nouveau calendrier dont nous proposons Tadoption l'empor- 
terait sur le calendrier grégorien par les qualités suivantes : concordance per- 
pétuelle des jours de ravinée avec les jours de la semaine; égalité et régularité 
aussi gi'andes que possible des mois; absence de toute singularité injusti- 
fiable autrement que par l'esprit de routine. — De plus, il offrirait cet im- 
mense avantage de respecter presque absolument les habitudes invétérées de 
la population ; de telle façon que la réforme ne jetterait aucun trouble dans 
le cours ordinaire des choses delà vie usuelle, et réaliserait des améliorations 
considérables tout en passant pour ainsi dire inaperçue. 

Jules Bonjean. 



LES GRANDS INSTRUMENTS DE L'ASTRONOMIE. 



297 



LES GRANDS INSTRUMENTS DE L'ASTRONOMffi. 

L'INSTRUMENT MÉRIDIEN ET LES OBSERVATIONS MÉRIDIENNES 

(Suite.) (') 

Détermination de la position des étoiles fondamentales. 

On a vu, dans les deux articles que nous avons consacrés aux instruments 
méridiens le rôle considérable que jouent les étoiles fondamentales dans les 
observations méridiennes. La fig, 98 montre la disposition dans le ciel des étoiles 

Fig. 98. 




Carte des Etoiles fondamentales de la Connaissance des Temps, dans rhémisphëre boréal 
et jusqu'à 25* de déclinaison australe. 

fondamentales adoptées par le Bureau des Longitudes et dont les coordonnées 
sont données pour toute Tannée de 10 en 10 jours dans la Connaissance des Temps. , 
A cause de la latitude boréale de Paris, la plupart d'entre elles sont dans Thémi- 

(•) Voir VAstronomie, T. IV, n* 4 (Avril 1885), p. 138, et n^ 5 (Mai 1885). p. 174. 



298 L'ASTRONOMIE. 

sphère Nord; aussi nous sommes-nous bornés à limiter la carte de la fig. 98 au 
250 degré de déclinaison australe. On se rappelle que ces étoiles constituent les 
points de repère du ciel auxquels on rapporte en définitive toutes les observations 
des autres astres. On comprend alors l'importance qu'attachent les Astronomes à 
la possession de catalogues qui leur fassent connaître, avec toute la précision dont 
la Science moderne est susceptible, la position exacte de ces étoiles. La con- 
struction d'un pareil catalogue est à coup sûr l'opération la plus importante et eu 
même temps la plus délicate de l'Astronomie d'observation. De Texactitude plus 
ou moins complète de co catalogue dépendra la précision de toutes les autres 
mesures astronomiques; l'incertitude qui pourra subsister dans les positions des 
étoiles fondamentales se retrouvera tout entière dans les positions de tous les 
autres astres et limitera par cela même nos moyens d'investigation relativement 
aux mouvements des planètes ou des étoiles. C'est donc avec raison que ces 
étoiles ont reçu le nom de fondamentales, puisque la connaissance exacte de 
leurs coordonnées est la 6âse sur laquelle reposent toutes les conclusions qu'on 
pourra tirer des observations, et par suite, toutes les études qu'on pourra entre- 
prendre sur les phénomènes naturels qui interviennent dans le mouvement des 
corps célestes. 

La méthode employée pour arriver à cette précision si désirable et, en même 
temps si difficile à réaliser, est celle qui est connue dans les Sciences mathé- 
matiques et expérimentales sous le nom de méthode des âpproxima/ ions «ucces- 
sives. Elle consiste à déterminer d'abord des valeurs approchées des quantités 
qu'on veut connaître, puis à se servir de ces valeurs mêmes pour en calculer de 
plus approchées, et ainsi de suite. Mais, tandis que dans les questions de Mathé- 
matiques pures, cette méthode, convenablement appliquée, permet, en général, 
d'obtenir une approximation aussi étendue qu'on le désire et qui n'est limitée 
en pratique que par la longueur des calculs qu'il faudrait effectuer; dans les 
Sciences d'expérience et d'observation, au contraire, l'approximation finale que 
l'on peut espérer est toujours limitée par l'imperfection des mesures et les 
erreurs inévitables des opérations. Pour augmenter la précision du résultat 
définitif, il faudra donc s'attacher à réduire le plus possible ces erreurs inévi- 
tables, à déterminer avec le plus grand soin les petites imperfections de réglage 
de l'instrument afin de pouvoir corriger les observations des erreurs de cette 
nature, et enfin, quand viendra le moment de réunir et de discuter les obser- 
vations faites et réduites, pour en tirer une conclusion, on devra les combiner de 
telle sorte que les erreurs qu'il aura été impossible de calculer à l'avance s'éli- 
minent d'elles-mêmes dans le résultat final. Sur les deux premiers points nous 
n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit à propos des observations méri- 
diennes ordinaires, si ce n'est que la confection d'un catalogue d'étoiles fonda- 
mentales, demandant une précision toute particulière, on devra apporter dans ce 
travail encore plus de soin que d'habitude. Il faudra choisir le meilleur instru- 
ment dont on puisse disposer et confier les observations aux Astronomes 
reconnus les plus habiles et les plus attentifs. 



LES GRANDS INSTRUMENTS DE L'ASTRONOMIE. '399 

La manière de combiner et de discuter les observations exige une connaissance 
approfondie de toutes les causes qui peuvent influer sur la précision des mesures, 
et une étude attentive de la manière dont agissent ces diverses causes. Il est 
facile de reconnaître, avec un peu de réflexion, que les erreurs auxquelles on 
est exposé dans les sciences d'observations sont de deux espèces bien différentes : 
les unes dépendent de causes essentiellement variables et de circonstances qui 
se modifient à chaque instant; telles sont les erreurs de pointé ou celles d'appré- 
ciation d'un dixième de seconde de temps, celles qui sont dues à de très faibles 
trépidations de Tinstrument, à la marche irrégulière des rayons lumineux à tra- 
vers une atmosphère plus ou moins agitée, etc., etc. Ces causes multiples et 
indéterminées agissent tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, sans aucune 
préférence; les erreurs auxquelles elles donnent lieu se produisent pour ainsi 
dire au hasard, et l'on peut leur appliquer les règles du calcul des probabilités. 
On les a nommées les erreurs accidentelles. Celles de l'autre catégorie tiennent 
à des causes bien déterminées, et se reproduisent dans le même sens et avec la 
même grandeur toutes les fois qu'on se retrouve dans certaines circonstances 
analogues; on les appelle les erreurs systématiques. Elles présentent ce caractère 
particulier qu'elles dépendent d'un ou de plusieurs éléments qu'il est quelquefois 
possible d'assigner, de telle sorte qu'on peut prévoir la marche qu'elles suivront 
d'après les variations des phénomènes qui les font naître. Nous pouvons citer 
comme exemple les erreurs dues à la flexion des cercles ou des lunettes, et celles 
qui tiennent à un défaut de centrage, c'est-à-dire à ce que le centre du cercle sur 
lequel est tracée la division ne se trouve pas rigoureusement sur l'axe de rotation 
de l'appareil : toutes ces erreurs dépendent de la position de instrument et 
se retrouvent les mêmes toutes les fois que la lunette reprend la même direction. 

Les variations de la température ont une influence considérable sur la précision 
<ie3 observations astronomiques, à cause des contractions et dilatations qu'elles 
produisent dans le métal des instruments ou dans le balancier de la pendule, si 
bien compensé qu'il soit. De là résulte une série d'erreurs systématiques qui 
suivront les variations diurnes et annuelles de la température, et se présenteront 
avec un caractère de périodicité bien marqué. Il existe, du reste, une foule d'erreurs 
qui dépendent de circonstances météorologiques, et qui affectent la marche de 
la pendule, l'inclinaison et l'orientation de l'axe de la lunette méridienne, la 
position du cercle, la distance des divisions aux microscopes qui servent à les 
observer, etc. Ajoutez-y les réfractions qui ne sont calculées qu'approximati- 
vement; il est bien certain que les erreurs des tables de réfraction dépendent de 
l'état de l'atmosphère, et que les tables, justes dans telles ou telles circonstances, 
se trouveront plus ou moins erronées dans d'autres. Toutes ces erreurs qu'on 
pourrait appeler météorologiques, dépendent évidemment des perturbations 
accidentelles de l'atmosphère, de l'heure du jour, et de la saison de l'année. On 
peut donc en faire trois parts : une première qui rentrera dans la catégorie des 
erreurs accidentelles, une deuxième qui présentera la périodicité diurne, et une 
troisième qui présentera la périodicité annuelle. 



300 L'ASTRONOMIE. 

11 existe aussi plusieurs phénomènes astronomiques qui font varier les coor- 
données apparentes des étoiles. Telles sont la précession des èquinoxes et la 
nutalion de Taxe de la Terre, qui consistent dans un déplacement continu, quoique 
très lent de Taxe de la Terre, et par suite du pôle céleste, Vaberration de la 
lumière, et les petits déplacements apparents de perspective qu'on observe dans 
les étoiles les plus voisines de nous, à cause du mouvement annuel de la Terre 
autour du Soleil. Ces phénomènes sont très bien connus, et Ton peut corrigeras 
observations des effets dont ils sont la cause; mais toute incertitude qui pourrait 
subsister sur les constantes numériques qui les caractérisent se retrouvera néces- 
sairement dans les corrections calculées et par conséquent dans les conclusions 
qu'on pourra tirer des observations. Remarquons, toutefois, que le phénomène de 
la nutation présente une période de 18 ans environ; ceux de l'aberration et des 
déplacements de perspective dits de parallaxe ont évidemment la périodicité an- 
nuelle, et les erreurs qui peuvent résulter d'une connaissance imparfaite de ces 
phénomènes, et par suite d'une correction inexacte des observations, seront donc 
dos erreurs systématiques dépendant d'une période de temps bien connue. 

Enfin, il faut encore ajouter une autre source d'erreurs beaucoup plus difficiles 
à écarter. Les étoiles, on le sait, ne sont pas fixes dans l'espace; elles se meuvent 
au contraire avec des vitesses souvent considérables. Heureusement, leur éloi- 
gnement est tel que les déplacements qu'on peut observer du point où nous 
nous trouvons restent toujours très petits et se réduisent à quelques secondes 
seulement, même après un intervalle de temps embrassant un grand nombre 
d'années. Néanmoins, il en résultera que les observations d'une même étoile 
faites à des époques notablement différentes n'indiqueront pas la même position. 
Il faudra donc déterminer avec le plus grand soin le mouvement propre de chaque 
étoile, pour ramener les observations à ce qu'elles auraient été si on les avait 
toutes faites à une même époque arbitraire, mais fixe. 

On voit combien sont multiples et complexes les causes qui influent sur la 
précision des observations, et combien se complique le problème de la détermi- 
nation exacte des coordonnées d'un certain nombre d'étoiles, en dehors des dif- 
ficultés qu'il peut présenter par sa nature même. Fort heureusement, une grande 
partie des nombreuses erreurs auxquelles on est exposé peuvent s'éliminer faci- 
lement par une disposition convenable du travail et un choix judicieux des 
observations qu'on devra combiner pour en tirer des conclusions. 

A l'égard des erreurs accidentelles, il n'y a qu'un moyen d'en atténuer l'effet, 
c'est de multiplier les observations d'une même étoile, et de faire la moyenne 
des résultats qu'elles fournissent isolément. Il est clair que ces sortes d'erreurs 
se produisant indifféremment tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, se détrui- 
ront en partie d'elles-mêmes dans la moyenne qui se trouvera généralement de 
la sorte beaucoup plus précise que n'auraient pu l'être les observations isolées. 
Remarquons toutefois qu'il ne faut pas trop compter sur la puissance des 
moyennes. D'abord, on ne saurait évidemment espérer que les erreurs acciden- 
telles se détruiront rigoureusement dans la moyenne; il serait bien improbable 



LES GRANDS INSTRUMENTS DE L'ASTRONOMIE. 301 

que la compensation se fît exactement et Ton doit s'attendre à trouver encore une 
légère incertitude dans la moyenne; il est bien vrai que le calcul des probabilités, 
d'accord en cela avec les prévisions du sens commun, montre que la compensa- 
tion des erreurs sera d'autant plus près d'être rigoureuse que le nombre des obser- 
vations sera plus grand; mais il ne faut pas oublier non plus que Terreur qui peut 
subsister dans la moyenne dépendra évidemment de la grandeur des erreurs des 
observations isolées ; il faut donc s'attacher h effectuer celles-ci avec toute l'exac- 
titude possible et ce serait un bien mauvais raisonnement que de compter sur 
la vertu des moyennes pour se dispenser d'apporter au travail tout le soin et 
Xi oute l'attention nécessaires. Un petit nombre d'observations précises, faites avec 
soin avec un bon instrument bien réglé, seront toujours préférables à un grand 
nombre d'observations douteuses. Enfin, et c'est là le point capital, le procédé 
des moyennes n'est légitime qu'autant que les erreurs qu'il s'agit d'éliminer sont 
bien accidentelles, et se sont effectivement produites indifféremment dans les 
deux sens. S'il se trouvait une erreur systématique affectant également ou à peu 
près également toutes les observations, il est clair qu'elle ne disparaîtrait pas 
de la moyenne. Les exemples ne sont pas rares, dans l'histoire des Sciences, de 
nombres qui ont été acceptés avec une confiance presque absolue à cause du 
grand nombre d'observations qu'on avait fait intervenir dans leur calcul, et qui 
ont été reconnus plus tard notablement erronés. L'inexactitude tenait à la pré- 
sence d'une erreur systématique qui n'avait pas été prévue, de sorte qu'aucune 
précaution n'ayant été prise pour l'éliminer, elle restait tout entière dans le ré- 
sultat final. 

On devra donc s'attacher, avec le plus grand soin, à découvrir toutes les causes 
capables d introduire des erreurs systématiques. Lorsqu'on connaît bien la cause 
d'une certaine catégorie d'erreurs, on peut prévoir comment elles se comporteront 
et dans quel sens elles se manifesteront suivant les circonstances, de sorte 
qu'il deviendra quelquefois possible, en choisissant convenablement les obser- 
vations, de les répartir en groupes tels que Terreur considérée s'élimine d'elle- 
même dans la moyenne de chaque groupe. D'autres fois, Terreur systématique 
se produira toujours dans le même sens sans qu'il soit possible de la faire se 
manifester en sens inverse. Dans ce cas, il sera nécessaire de la calculer, et Ton 
pourra presque toujours y parvenir; la loi de cette erreur étant connue, il suffi- 
rait en effet de connaître les constantes numériques dont elle dépend, pour qu'on 
pût calculer la correction à apporter, de ce chef, à chaque observation. Or ces 
constantes numériques constituent le plus souvent un petit nombre d'inconnues 
qui viennent s'ajouter à celles en vue desquelles les observations ont été instituées; 
leur détermination complique évidemment le problème, mais elle est relativement 
facile parce que les observations, ayant été fréquemment renouvelées sont en 
nombre beaucoup plus considérable qu'il ne serait mathématiquement néces- 
saire. Nous allons rencontrer des exemples de ces sortes de déterminations en 
passant en revue les principales sources d'erreurs que nous avons énumérées. 
. Occupons-nous d'abord des erreurs que nous avons appelées météorologiques; 



302 L'ASTRONOMIB. 

nous avons vu qu'elles sont réglées sur le jour solaire et sur Tannée. Si donc od 
faisait une certaine observation tous les jours à la même heure, il est visible que 
la partie de l'erreur qui se règle sur la saison se serait produite dans toutes les 
circonstances possibles, et que, par conséquent, elle se serait trouvée dans 
un certain sens pendant une certaine saison et dans Tautre à la saison opposée, 
de sorte qu'elle disparaîtrait presque complètement de la moyenne. 11 n*en serait 
pas de même de la partie qui se règle sur Theure; celle-là affecterait chaque 
observation isolée de la même manière. Mais il importe de remarquer que les 
observations méridiennes d'une même étoile se font toujours au moment où 
Tétoile passe dans le plan méridien, c'est-à-dire à la même heure sidérale; 
comme le jour sidéral est plus court que le jour solaire, et qu'il y a dans l'année 
juste un jour sidéral de plus que de jours solaires, il en résulte qu'un phénomène 
qui se reproduit tous les jours à la même heure sidérale paraît avancer chaque 
jour de 4™ environ sur le temps moyen, de sorte qu'au bout de Tannée, il s'est 
présenté à toutes les époques possibles du jour solaire. On comprend alors que 
si les observations sont affectées d'une erreur systématique dépendant de l'heure 
solaire, cette erreur s'éliminera dans la moyenne d'une série d'observations méri- 
diennes choisies à des époques réparties symétriquement tout le long de Tannée. 
De là résulte l'obligation de répéter les observations d'une même étoile fonda- 
mentale pendant au moins une année, et comme dans cette période, Tétoih* 
passera au méridien tantôt dans le jour, tantôt pendant la nuit, on voit qu'il faut 
nécessairement choisir les étoiles fondamentales parmi celles qui peuvent être 
aperçues dans les lunettes malgré la lumière du Soleil, c'est-à-dire parmi les 
plus brillantes. Ainsi, un groupement convenable des observations permettra 
d'éliminer à la fois toutes les erreurs que nous avons appelées météorologiques, 
ainsi que toutes celles qui dépendent de la parallaxe des étoiles, de Taberration 
de la lumière, etc. 

Nous avons aussi mentionné l'influence de la nutation de Taxe do la Terre sur 
les positions apparentes des étoiles, et nous avons dit qu'une petite erreur sur 
les constantes numériques de ce phénomène entraînerait une erreur systéma- 
tique dépendant d'une période de dix-huit ans. On éliminera cette erreur en 
choisissant pour les grouper ensemble des observations réparties symétriquement 
dans cette période de dix-huit ans; mais comme cet intervalle peut paraître un 
peu long, il faudra, si Ton veut tirer des conclusions d'un ensemble d'observations 
effectuées en moins de temps, profiter des observations mêmes pour déterminer 
à nouveau les constantes de la nutation. Les lois du phénomène sont parfaitement 
connues, et la grandeur de l'écart dépend de treize constantes numériques. On 
supposera que les valeurs déjà connues de ces constantes ne sont qu'approchées, 
et Ton se proposera de déterminer les corrections qu'il faut leur appliquer. Or, 
il est évident que chaque observation des deux coordonnées d'une étoile, fournit 
deux relations entre l'ascension droite et la déclinaison inconnue de Tétoile et 
les treize constantes à déterminer. On sait que pour résoudre un problème à 
plusieurs inconnues, il suffit d'avoir autant d'équations que d'inconnues. Il suffi- 



LES GRANDS INSTRUMENTS DE L'ASTRONOMIE. 303 

raît donc, à la rigueur, d'effectuer sept observations complètes plus une obser- 
vation d'une seule coordonnée, pour obtenir les quinze équations nécessaires. Les 
corrections ainsi déterminées serviraient ensuite pour toutes les autres étoiles. 
Il faut cependant remarquer que les équations n'apprendraient rien si les obser- 
vations étaient trop rapprochées les unes des autres. Il vaut beaucoup mieux 
choisir plusieurs étoiles dans des régions différentes du ciel, et effectuer un 
nombre d'observations tel que Ton ait à sa disposition un nombre d'équations 
égal au double du nombre des étoiles, plus treize ; mais en réalité, chaque étoile 
étant observée un très grand nombre de fois, le nombre des équations surpasse 
toujours de beaucoup celui des inconnues à déterminer, et la véritable difficulté 
consiste à tirer le meilleur parti de cette masse de documents en les combi- 
nant de manière à en faire sortir les valeurs les plus probables des éléments 
inconnus. 

Un procédé analogue pourrait être employé pour rectifier les valeurs dev» 
constantes de tous les autres phénomènes qui influent sur la position apparente 
des astres, tels que la précession des équinoxes, l'aberration, la parallaxe, etc., 
de sorte qu'un ensemble d'observations soigneuses effectuées en vue de la 
confection d'un catalogue d'étoiles fondamentales constitue un recueil de docu- 
ments des plus précieux pour la Science astronomique, d'où l'on peut tirer une 
foule de déterminations qui auraient pu paraître, tout d'abord, étrangères au but 
poursuivi primitivement. 

Remarquons aussi que toutes ces constantes étant déjà connues très approxi- 
mativement, il n'y aura jamais à déterminer que des corrections fort petites. Les 
personnes qui ne sont pas étrangères aux études mathématiques savent combien 
cette circonstance facilite les calculs, puisqu'on peut préparer les équations, à 
l'aide de développements en séries où l'on néglige les puissances supérieures 
de ces petites inconnues, de telle sorte que celles-ci n'entrent jamais qu'à la pre- 
mière puissance. Nous trouvons encore ici un nouvel exemple delà méthode des 
approximations successives, qui rend de si grands services dans les sciences 
expérimentales. 

Les mouvements propres des étoiles constituent un phénomène qui doit être 
étudié avec soin pour chaque astre. En raison dé l'immense éloignement qui 
nous sépare des étoiles, ces mouvements propres nous apparaissent toujours 
très lents, et les déplacements qui en résultent sont fort petits, même après un 
grand nombre d'années. Aussi, peut-on, sans aucun inconvénient, admettre que, 
pendant une période fort longue, la vitesse du mouvement propre reste constante, 
comme si l'étoile se mouvait uniformément sur une ligne droite, ou mieux sur 
une circonférence dont nous occuperions le centre. Dès lors deux observations 
complètes d'une même étoile suffiront à déterminer son mouvement propre, 
puisqu'elles feront connaître la position de Tétoile à deux époques différentes. 
Ici encore le nombre des équations dépassera de beaucoup celui des inconnues. 

La flexion des cercles et des lunettes mérite d'attirer quelques instants 
Tattention. Nous ferons d'abord observer que le genre d'erreurs qui en résulte 



304 L'ASTllONOMIE. 

affecte aussi bien les observations d'étoiles ordinaires que celles des étoiles fon- 
damentales. Il y a cependant un moyen de la faire presque entièrement dispa- 
raître dans les observations ordinaires : les flexions dépendant évidemment de 
la position de la lunette, on n'observera dans une même série que des étoiles 
passant au méridien à la même hauteur, et Ton choisira pour points de repères 
des étoiles fondamentales passant aussi à peu près à la même hauteur. De la 
sorte toutes les observations se feront dans une même position de la lunette, et 
Terreur de flexion restant la même pour toutes les étoiles, ne modifiera pas les 
différences entre les coordonnées des étoiles fondamentales et celles des autres 
étoiles. Mais, outre qu'il n'est pas toujours possible de disposer ainsi le travail, 
on conçoit clairement qu'un pareil procédé est tout à fait inapplicable à la déter- 
mination des positions des étoiles fondamentales elles-mêmes. Il faut donc ou 
déterminer à l'avance la flexion dans les différentes positions de la lunette, afin 
d'en corriger les observations, ou diriger le travail de manière à éliminer cette 
source d'erreurs. Lorsqu'il s'agit d'une lunette fixée à un cercle mural au moyen 
de colliers placés non loin de la circonférence, la flexion de la lunette et celle du 
cercle sont solidaires, et des considérations fort simples de géométrie montrent 
que les déformations ainsi produites sur le cercle divisé sont sans grande influence 
sur la moyenne des lectures effectuées au moyen d'un nombre suffisant de micro- 
scopes disposés symétriquement tout autour du limbe. Nous avons déjà eu roccasion 
de dire que c'était pour cette raison qu'on plaçait six microscopes autour du cercle 
de déclinaison, aux six sommets d'un hexagone régulier inscrit. Mais il en est 
tout autrement de la flexion d'une lunette qui n'est reliée au cercle divisé que 
par une pièce centrale, et c'est le cas de l'instrument que nous avons décrit dans 
notre dernier article. Alors en effet, la flexion de la lunette est tout à fait ind^ 
pendante de celle du cercle et doit être étudiée à part. En général, l'effet de cette 
déformation est d'abaisser à la fois l'objectif et l'oculaire; si les deux moitiés de 
l'instrument fléchissaient également, l'axe optique serait simplement déplacé 
parallèlement à lui-même ce qui n'introduirait aucune erreur dans les obser- 
vations; mais on comprend qu'il n'en puisse pas être ainsi le plus souvent et 
l'erreur dépendra de l'excès de l'une des deux flexions sur l'autre. Il peut même 
arriver que le tube, en fléchissant, se trouve déjeté à droite ou à gauche, d'où 
résulte une déviation de l'axe optique capable d'affecter les observations d'ascen- 
sion droite, ce que ne peut faire en aucune façon la flexion verticale ordinaire 
({ui n'a d'effet que sur les observations de déclinaison. En tous cas, cette flexion 
latérale est toujours beaucoup plus petite que l'autre, et je ne sache pas qu'il en 
ait jamais été tenu compte, quoique à vrai dire, il conviendrait de l'étudier avec 
soin pour les observations de haute précision. Quant à la flexion verticale elle 
peut se déterminer expérimentalement pour chaque instrument à l'aide d'un pro- 
cédé très délicat que nous ne décrirons pas et qui est dû à M. Lœvy. Ce procédé 
a été appliqué à Paris aux deux grands instruments que possède l'Observatoire 
et l'on a pu dresser une table qui fait connaître la correction de flexion pour 
chaque position de la lunette. 



LES GRANDS INSTRUMENTS DE L'ASTRONOMIE. 305 

Après avoir indiqué les moyens de se mettre à l'abri des nombreuses causes 
d'erreurs qui pourraient vicier les observations et rendre illusoire la recherche 
do la précision que l'on prétend atteindre, il nous reste à faire connaître comment 
on peut appliquer la méthode des approximations successives à la détermination 
des positions des étoiles fondamentales. Nous examinerons à part les observations 
d'ascension droite et celles de déclinaison, en nous bornant à donner le principe 
des opérations, sans entrer dans les détails minutieux que comporte un travail 
aussi considérable. 

Il y a deux parties bien distinctes dans la détermination des ascensions droites 
des étoiles. La première est la mesure exacte des différences d'ascensions droites 
des étoiles les unes des autres par rapport aux autres; l'autre est la détermi- 
nation des positions de leurs cercles horaires par rapport à celui qu'on est con- 
venu de prendre pour origine. Il est très clair que ce cercle horaire origine étant 
arbitraire et choisi par une simple convention, cette deuxième partie présente 
une importance relativement moindre que l'autre. Nous nous bornerons à rap- 
peler que les astronomes ont choisi pour origine des ascensions droites le cercle 
horaire qui passe par Téquinoxe de printemps, de sorte que la détermination de 
cette origine revient à la recherche de la position de l'équinoxe par rapport aux 
étoiles et dépend par conséquent des observations du Soleil. Nous ne nous y 
arrêterons pas, d'autant plus que cette question d'origine revient à fixer Tinstant 
précis où la pendule doit marquer 0^0*^0% puisque c'est au commencement du 
jour sidéral que le cercle horaire numéroté passe dans le plan méridien. On 
conçoit clairement que les positions relatives des étoiles seront tout aussi bien 
connues si la pendule avance ou retarde d'une quantité quelconque mais con- 
stante. 

En admettant que l'on ne connaisse absolument rien sur les coordonnées des 
étoiles, on commencera les observations en suivant la marche que nous avons 
indiquée dans notre précédent article et qui suppose le mouvement de l'horloge 
uniforme pendant une période de vingt-quatre heures. On se rappelle que deux 
observations d'une même étoile faites à un jour sidéral d'intervalle permettront 
de reconnaître si la pendule marche trop vite ou trop lentement, et qu'en répar- 
tissant la différence proportionnellement au temps sur toutes les observations 
intermédiaires on obtiendra déjà des valeurs approchées des ascensions droites 
de ces étoiles. Au lieu d'une seule étoile, on en réobserve plusieurs à vingt- 
quatre heures d'intervalle, et l'on prend la moyenne des différences des heures 
indiquées lors des deux observations, ce qui augmente la précision. En répétant 
ainsi les observations d'un petit nombre d'étoiles toujours les mêmes, autant de 
fois que cela sera possible pendant toute une année, et en faisant la moyenne 
de tous les résultats obtenus pour chacune d'elles l'influence des écarts de 
marche de la pendule sera éliminée en grande partie comme nous l'avons 
expliqué à propos des erreurs météorologiques, et l'on se trouvera, & la fin de 
l'année en possession d'un catalogue d'une vingtaine d'étoiles par exemple dont 
les positions seront déjà connues avec une grande exactitude. L'année suivante 



306 L'ASTRONOMIE. 

ces étoiles joueront le rôle d'étoiles fondamentales par rapport à un plus grand 
nombre d'autres dont les observations seront poursuivies pendant l'année entière. 
De plus, ces nouvelles observations permettront de rectifier les positions des 
vingt premières, et cela de la manière suivante. Imaginons que dans chaque série 
d'observations, on ait observé cinq des étoiles primitives au commencement et 
cinq à la fin ; les deux moyennes des observations du début et de la fin feront 
connaître la marche de la pendule pendant la série des observations, et l'on en 
conclura la correction qu'il faut apporter aux indications du cadran lors de 
chaque observation. Cette correction étant appliquée aux observations des étoiles 
primitives elles-mêmes, on ne retrouvera pas exactement pour celles-ci le même 
nombre qui avait été adopté; mais il y a lieu de supposer que le nouveau nombre 
est plus approché que l'ancien parce qu'il repose sur les résultats des observa- 
tions de dix étoiles effectuées pendant l'année précédente. A la fin de l'année on 
fera la moyenne des corrections à apporter aux positions des étoiles primitives, 
et de plus, le catalogue se sera enrichi de toutes les étoiles observées pendant 
cette seconde année. Une troisième année d'observation permettra d'enrichir 
encore le catalogue, et en même temps de rectifier les positions des étoiles des 
deux premières années, et ainsi de suite. 

Pour les observations de déclinaison, il est relativement facile de mesurer les 
différences des déclinaisons des étoiles les unes par rapport aux autres; la grande 
difficulté consiste dans la détermination de la position du pôle par rapport aux 
étoiles. Il n'existe qu'un moyen d'effectuer cette détermination : c'est d'observer une 
étoile circumpolaire, c'est-à-dire une étoile assez voisine du pôle pour tourner 
autour de lui sans descendre au-dessous de l'horizon lors de ses deux passages dans 
le plan méridien au-dessus et au-dessous du pôle. La bissectrice des deux positions 
correspondantes de l'axe optique de la lunette est la direction du pôle. Si donc 
on fait la moyenne des lectures des microscopes aux deux observations, on aura 
la lecture qui aurait été obtenue si l'instrument avait été pointé directement vers 
le pôle, en même temps que la moitié de la différence des deux lectures obtenues 
fera connaître la distance polaire de l'étoile observée. Ce procédé est extrême- 
ment simple en théorie; malheureusement, il comporte un grand nombre de 
causes d'erreurs. Tout d abord les deux observations ne sont pas faites à la 
même hauteur, puisque dans l'une l'étoile est au-dessus du pôle, et dans l'autre 
au-dessous. Il en résulte que les erreurs de réfraction et de flexion ne retrouvent 
pas les mêmes et ne s'éliminent pas. Si donc la table de réfraction n*est pas par- 
faitement exacte et si l'erreur de flexion est mal connue ou incomplètement éli- 
minée par l'emploi de six microscopes, la détermination du pôle se trouvera 
erronée. On atténue autant que possible cet inconvénient en choisissant des 
étoiles très voisines du pôle, de sorte que ce sont surtout ces étoiles très voisines 
du pôle qui devront attirer l'attention pendant la première année, d'autant plus 
qu'elles jouent également un rôle fort important dans les observations d'ascen- 
sion droite, puisqu'elles servent à la détermination de l'azimut de la lunette. Uû^ 
seconde cause d'erreurs beaucoup plus difficile à éliminer provient de ce que 



LES GRANDS INSTRUMENTS DE L'ASTRONOMIE. 307 

les deux observations méridiennes d'une même étoile circumpolaire doivent 
nécessairement se faire à douze heures d'intervalle. Or il n'est pas permis 
d'admettre que la stabiHté du cercle ait été parfaite pendant une aussi longue 
période. Heureusement les variations de positions du cercle dépendent de 
causes météorologiques ou purement accidentelles, de sorte que Teffet qu'elles 
peuvent produire fînit par s'éliminer à la fin de Tannée et par le grand nombre 
des observations. Enfin, toujours à cause de cet intervalle de douze heures, Tune 
des observations se fait généralement pendant le jour, et l'autre pendant la nuit, 
et le même observateur n'effectue pas le pointé d'une même étoile absolument 
de la même manière dans les deux cas, à cause de la grande différence d'aspect 
d'une étoile vue dans une lunette pendant le jour ou pendant la nuit. Pour obvier 
à cet inconvénient, on déterminera, par des observations de nuit, les différences de 
distances polaires entre une étoile circumpolaire à son passage supérieur et un 
certain nombre d'étoiles ordinaires passant au méridien un peu plus tôt ou un 
peu plus tard. Le lendemain, on observera les différences de distances polaires 
entre ces étoiles et d'autres, toujours par des observations de nuit. On pourra 
ainsi de proche en proche finir par obtenir au bout de plusieurs mois à Vaide des 
seules observations de nuit, la différence entre les distances polaires de deux 
étoiles circumpolaires tellement placées dans le ciel que l'une traverse le 
méridien à son passage supérieur, et l'autre à son passage inférieur, dans la 
même nuit. Le pointé de ces deux étoiles à leurs deux passages fournira une 
détermination du pôle effectuée par de seules observations de nuit. Il en résultera 
encore l'avantage que la position du pôle pourra être obtenue par des obser- 
vations peu éloignées Tune de l'autre, de sorte qu'on pourra compter sur la sta- 
bilité de l'instrument pendant l'intervalle de temps qui les sépare (*). 

On voit ainsi qu'en combinant convenablement les observations, on finira par 
se mettre à l'abri des principales causes d'erreurs et par atteindre une précision 
considérable. Cependant, même après l'achèvement complet du catalogue 
d'étoiles fondamentales, l'astronome doit se préoccuper de le perfectionner sans 
cesse, et les observations courantes fournissent les éléments nécessaires à cet 
objet. Nous savons en effet que dans toutes les séries d'observations méridiennes, 
il faut nécessairement comprendre un certain nombre d'étoiles fondamentales 
qui servent de points de repère. C'est par la moyenne des résultats que four- 
nissent les observations de ces étoiles fondamentales qu'on calcule la cor- 

( ' ) La détermination des coordonnées des étoiles circumpolaires est un des problèmes 
Jes plus difficiles de l'Astronomie d'observation. Nous devons nous borner aux courtes 
indications ci-dessus, quoique nous soyons les premiers à reconnaître combien elles sont 
incomplètes. Ajoutons que dans ces derniers temps, M. Lœwy, Sous-Directeur de 
l'Observatoire de Paris, a publié dans les Comptes-Rendus de l'Académie des Sciences 
la description d'une méthode nouvelle et très ingénieuse qu'il a imaginée pour obtenir, 
à l'aide d'observations faites dans une seule soirée, les coordonnées des étoiles circum- 
polaires. Cette méthode paraît bien supérieure à celle que l'on suivait autrefois ; mal- 
lieureusement, les considérations délicates et les calculs mathématiques sur lesquels elle 
repose, nous empêchent de la résumer ici. 



308 L'ASTIiONOMIE. 

rection et la marche de la pendule, ainsi que la collimation polaire du cercle 
de déclinaison. Mais, une fois ces constantes connues, on peut s'en servir 
pour déduire des observations de nouvelles positions des étoiles fondameD- 
tales elles-mêmes. Les écarts entre ces nouvelles positions et celles qui sont 
inscrites au catalogue permettent de juger non seulement de la qualité de la 
série d'observations considérée, mais encore de la perfection du catalogue lui- 
même. Au bout d'une année, par exemple, on pourra discuter les valeurs de ces 
écarts, et, par l'étude approfondie des circonstances qu'ils présentent, on verra 
s'il y a lieu d'attribuer certaines corrections aux positions adoptées. C'est tou- 
jours la méthode des approximations successives que l'on applique pour ainsi 
dire indéfiniment, afin d'obtenir une précision de plus en plus élevée. Il faut seu- 
lement remarquer que les observations les plus soignées et les séries qui pi^- 
sentent l'accord le plus satisfaisant doivent seules entrer dans ce travail de 
correction ; mais les Astronomes ne doivent jamais se désintéresser de la préoc- 
cupation d'améliorer continuellement leurs catalogues. Malheureusement, malgré 
toutes les précautions qui ont pu être prises et dont nous avons indiqué les prin- 
cipales, les positions d'une même étoile fondamentale admises par les différents 
observatoires présentent encore des différences qui s'élèvent quelquefois jusqu'à 
une demi-seconde d'arc et qui indiquent par cela même la limite de précision 
qu'il a été impossible de dépasser par les procédés actuels. Pour aller plus loin, 
il faudrait employer des méthodes nouvelles qui sont encore inconnues et 
dont la découverte dépendra des progrès que l'avenir réserve à la Science. 

Philippe Gérigny. 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 

Points sombres énlgmatiques observés dans les cratères lunaires. — 

Dans le courant de Tannée 1881, j'ai signalé l'existence de plusieurs points 
sombres sur la montagne lunaire Copernic. Ces points, qui ne se montrent que 
lorsque le Soleil a atteint une certaine élévation et que toute ombre a disparu, ne 
sauraient certainement être des ombres. J'ai poursuivi l'observation de ces objets. 
malheureusement d'une manière beaucoup moins suivie que je n'aurais voulu 
le faire, à cause du temps défavorable qui a amené de fâcheuses lacunes dans ce 
travail. Je le regrette d'autant plus que M. J. Schmidt, auteur de la découverte 
des points sombres, et moi-même, sommes jusqu'ici les seuls observateurs qui 
les aient remarqués. Secchi lui-même, qui a dessiné Copernic et ses environs au 
grand réfracteur de Rome, avec beaucoup de détails, ne fait soupçonner aucune 
trace de ces mystérieux points. 

Il y en a surtout deux qui sont faciles à reconnaître quand on examine les dépen- 
dances internes de la muraille sud du cratère sous un éclairage élevé et par un 
temps calme. Au dessous de ceux-ci, du côté de la surface intérieure de la mon- 
tagne se trouvent encore plusieurs autres points beaucoup plus petits et, par 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VAUIÉTÉS. 309 

conséquent, beaucoup plus difficiles à voir. Ce ne sont pas, toutefois, des objets 
difficiles pour un observateur expérimenté, même avec un instrument de gros- 
seur moyenne. 

Sous un éclairage très oblique je n'ai rien pu voir de particulier à Tendroit où se 
trouvent les deux gros points. Le plus important des deux semble être situé dans 
une vallée ou dépression en forme de ravin, découpée dans la terrasse intérieure. 
En Texaminant avec un plus fort grossissement, ce point se montre bien rond, 
sombre, sans être absolument noir, assez mal défini vers le bord. Les deux points 
sont également visibles, en général, mais je soupçonne de légères variations de 
temps à autre. Il serait très désirable que ces objets fussent étudiés avec un 
réfracteur de premier ordre et par un astronome bien exercé aux observations 
de la surface de notre satellite. 

Les remarques de J. Schmidt, au sujet de ces points, dans le texte accompa- 
gnant sa carte lunaire, ne sont pas nombreuses. Les voici : 

1851. — Février 13, 1 i. — Sur la muraille sud de Copernic, qui est absolument 
sans ombre, se trouvent deux points sombres, le plus gros à TEst. 

1851. — Février 15. — Outre les deux points ci-dessus, j'en ai encore vu trois 
autres plus petits sur la muraille sud de Copernic. 

1851. — Février 16. — Les points sombres ne sont pas bien visibles. 

1868. — Juin 3. — Il n'y a qu'un point sombre, rond, sur la muraille sud de 
Copernic. Le terminateur passe par Grimaldi, 

1868. — Juillet 10. — Aucune trace des points sombres. Il y a déjà de l'ombre 
sur la muraille sud. 

1869. — Juillet 20. — Un point sombre s'est montré sur la muraille sud de 
Copernic quand le terminateur a eu dépassé Aristarque. 

1873. — Avril 10. — Le terminateur est à Grimaldi; le point noir de la muraille 
sud est verdâtre. Au sud-ouest de Copernic jusqu'au voisinage de Gambart se 
trouvent environ trente très petits points, d'un gris noir, qui nepeuveiit certai- 
nement pas être des ombres. Deux d'entre eux sont sur la muraille sud-ouest de 
Ganabart. Il n'y en a pas entre Stadius et Copernic. L'altitude du Soleil était 
de 52o-o5o. Ils ressemblaient aux points que j'ai déjà vus dans la muraille sud 
de Copernic, puis au sud-ouest du cratère et au sud de Gay-Lussac. Je les ai 
dessinés ; mais ils ne figurent pas sur ma carte, parce que je n'ai pas pu fixer 
leurs positions depuis. La plupart sont par 15o de longitude et 46o de latitude. 

J'ai pu faire des observations plus récentes de ces objets. 

D»- Klein. 

M. Ivlein a fait, en effet, une série d'observations qui s'étendent du mois d'oc- 
tobre 1881 au mois d'octol)re 1883. Les remarques de cet astronome sont fort inté- 
ressantes, car elles confirment les premières données de Schmidt. M. Klein s'est 
surtout servi pour ces observations d'un réfracteur de six pouces. Il conclut 
ainsi : « Les points noirs que l'on voit sur Copernic, lorsque le Soleil est très 
élevé, sont de très petits cratères dont l'intérieur est rempli d'une matière qui 



310 L'ASTRONOMIE. 

semble noire lorsqu'on la compare aux autres formations lunaires. Lorsque les 
ombres ont disparu par l'élévation du Soleil au*dessus de l'horizon, ce ton sombre 
ressort nettement à la vue, par un effet de contraste, ce qui n'a pas lieu quand 

Fig. 99. 




Le cratère lunaire de Copernic, d'après Secchi. 

l'éclairage est plus oblique. Quelle que soit la nature de cette substance, elle est 
fort rare à la surface de notre satellite. 

« Il faut bien se garder de confondre les objets en question avec certaineî> 
taches sombres que Ton voit entre Copernic et Gambart, sous un éclairage très 
élevé y et qui ont un diamètre quarante ou cinquante fois plus considérable. > 

Il y a encore là un beau champ de travail pour les observateurs, car il serait 
intéressant de pouvoir préciser la nature de ces points. Nous nous permettrons 
d'appeler tout particulièrement l'attention de M. Gaudibert sur ces points sombres 
énigmatiques. 



NOUVELLES DE LA SCIENCE. — VARIÉTÉS. 311 

Ni J. Schmidt ni M. Klein ne donnent le dessin des positions de ces petites 
taches. Nous reproduisons ici le dessin général du cratère de Copernic, d'après 
Secchi. C'est sur la muraille sud, c'est-à-dire supérieure, de ce grand.cirque, que 
ces points ont été observés. 

C. Détaille. 

Nouvelles mesures de distances d'étoiles. — La science de l'infini poursuit 
graduellement son œuvre. Ici elle vérifie les mesures antérieures pour en conso- 
lider les bases ; plus loin elle marche à de nouvelles conquêtes. Le devoir de cette 
Revue est d'enregistrer ces œuvres importantes. 

Parallaxe de Véga. — M. Hall, le laborieux astronome de l'observatoire de 
Washington auquel la Science est redevable de la découverte des satellites de 
Mars vient d'appliquer le grand équatorial de cet établissement à la vérification 
de la parallaxe de cette étoile qui a, comme la suivante, déjà tant exercé la saga- 
cité des observateurs. Les observations ont commencé en mai 1880 et ont été 
closes en décembre 1881 et ont employé, les premières 77 nuits, les secondes 6G. 

Les mesures micrométriques ont donné : 1° celles faites avec des fils noirs sur 
un champ brillant, 0',1556dzO',00764; 2'> celles faites avec des fils éclairés, sur 
champ obscur 0',2080 ±: 0'',00827. La combinaison de ces deux résultats, de valeurs 
diverses, donne pour la parallaxe la plus probable : 

Parallaxe de Véga = 0^1797 dr 0%(K)5612. 

Elle à été prise à l'aide de la petite étoile de 10" grandeur qui est à côté de 
Véga, au Sud. 

La 61« du Cygne. — Le môme astronome a voulu vérifier aussi cette parallaxe 
en se servant du premier genre d'illumination; l'étoile de repère est l'étoile de 
'J,5 grandeur qui se trouve à 3',3 au sud de cette étoile double. Le résultat est : 

Parallaxe de la 61- du Cygne --O^4788±=0^01 38 
A ces nouvelles déterminations, il est intéressant de comparer les anciennes : 



VÉGA. 

Airy or,m 

W. Struve 261 

C. A. F. Peters 142 

.lohnson * 14 

O. Struve 161 

Main 154 

Brunnow 212 

Hall 180 

Aldébaran. — En réduisant récemment (1884) les mesures micrométriques 
faites de 1850 à 1857, à l'observatoire de Pulkova, sur le compagnon d'Aldébaran, 
pour la préparation du tome X des Annales de cet observatoire, M. Otto Struve 
a remarqué dans ces mesures une oscillation périodique semi-annuelle faisant 



6I» DU Cygne. 

Bessel 0%348 

G. A. F. Peters 360 

Pogson 384 

Johnson 397 

Woldstedt 523 

O. Struve 509 

Auwers 564 

Hall 478 



312 L'ASTRONOMIE. 

soupçonner un mouvement parallactique de la brillante étoile du Taureau. Uu 
jeune astronome de Tobservatoire, M. Shdanow, chargé de la discussion de ces 
mesures à ce point de vue spécial, a reconnu que ce soupçon était fondé et que 
cette étoile présente une parallaxe sensible. 

La valeur de cette parallaxe s'élève à 0*516, et l'erreur probable n'est que 
de (fObl. 

Cette parallaxe est relative à la petite étoile voisine avec laquelle nos lecteurs 
ont déjà fait connaissance (V Astronomie , mars 1885, p. 102), et suppose que cette 
petite étoile n'a elle-même aucune parallaxe. C'est assez probable, quoiqu'elle 
soit animée d'un mouvement propre surprenant pour une aussi faible étoile. 

Quoi qu'il en soit, on peut désormais ajouter Aldébaran à la liste des étoiles les 
plus proches de la Terre. Elle plane à peu près à la même distance que la 61' 
du Cygne, c'est-â-dire à 15 mille milliards de lieues de notre séjour actuel. 

Étoile 1618 Groombridge. — M. Robert Bail, directeur de l'observatoire de 
Dunsink (Dublin), vient de publier le tome V des Annales de cet observatoire, qui 
renferme les résultats obtenus dans les mesures de parallaxe d'un certain nombre 
d'étoiles. 409 étoiles ont été observées dans ce but, à six mois d'intervalle, 
pendant les années 1879 et 1880, afin de voir quelles sont celles qui manifeste- 
raient des symptômes de déplacement de perspective dû au mouvement annuel do 
la Terre autour du Soleil. Dans ce nombre, deux ont oflFert des signes évidents de 
mouvement parallactiques, et l'on a fait toutes les mesures requises pour détei - 
miner la valeur précise de ce mouvement. Ces deux étoiles sont la 1618« du cata- 
logue de Groombridge et S 2486 = Cygne 6 Bode. 

L'étoile 1618 Groombridge est une étoile de 6«,8 grandeur à mouvement propre 
rapide, dont la position est : AR = 10»» 3« 54»; D = -[-ôOo 4' 14' (1878). Une étoile 
Je 8«,8, située dans son voisinage, à 198' de distance et 201'> 43', a servi à déter- 
miner sa parallaxe, qui a été trouvée de : 

0',322 =h 0',023. 

Étoile 2: 2486, Cygne 6. — C'est une belle étoile double, en mouvement 
orbital très lent (6,0 — 6,5, 220» 10') et à mouvement propre rapide, située par 
I9^9«0> et -t-49o37' de déclinaison. A l'aide d'une petite étoile de 10« grandeur 
située à 170' de distance, et qui ne participe pas au mouvement propre de l'étoile 
double, M. Bail a pu, par de nombreuses observations faites en 1880 et 1881, obte- 
nir un résultat important pour le chiffre de la parallaxe, qui a été trouvée de 

O',482±0',054. 

D'après ce résultat, cette étoile du Cygne serait aussi rapprochée de nous que la 
célèbre 0i«. 

Cette étoile double se trouve à droite, où à l'ouest de 8 du Cygne, à la distance 
de 5° environ, par 19*»9» et 49^37' de déclinaison. Ses deux composantes sont à 
10' l'une de l'autre (Voy. le Catalogue de Flammarion, p. 125). 

La 61« du Cygne. — M. Bail a terminé, le 2 octobre 1879, les mesures commun- 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 313 

cées par Brunnow, le 18 septembre 1878, pour vérifier la parallaxe de cette célèbre 
étoile. A l'aide d'une étoile de comparaison différente de celles qui ont servi à 
Bessel et à Struve, il a trouvé : 

0% 467 ±0', 032. 
A l'observatoire de Washington, M. Hall a trouvé également en 1879 : 

C, 478 ±0', 014. 

On voit que les résultats adoptés pour cette distance sont surabondamment 
confirmés. 

Occnltatlon d^Aldébaran. — Comme le 22 février dernier, la ligne de simple 
contact passe encore entre Londres et Paris ; mais, cette fois, c'est Paris qui voit 
Toccultation et Londres l'appulse. 

Voici quelles seront les phases du phénomène pour les trois lieux d'observation 

Fiif. too. 



6o 8q 100 120 )<»c 




Carte pour Toccultation d'Aldébaran par la Lune, le 2 Septembre 1885. 

suivants: Londres, Paris et Marseille, — dans la nuit du mardi 1" au mercredi 
2 septembre 1885: 

Londres Appulse : l''40'", heure de Greenwich. 

Paris Entrée 1 31 , heure de Paris. 

» Sortie 2 02 , — 

Marseille Entrée 1 28 , heure de Marseille. 

» Sortie 2 19 , — 

Pour Paris, la Lune se lève, le l*"" septembre, à 10"* 18»» du soir, et Aldébarau 
passe au méridien le 2, à 5*» 43™ du matin. Le phénomène y sera donc observable 
dans de bonnes conditions de hauteur au-dessus de l'horizon. D'ailleurs, pendant 
l'occultation, l'observation du disque de notre satellite lui-même ne manquera 
pas d'intérêt, sa phase étant exactement au dernier quartier. 



314 L'ASTRONOMIE. 

A minuit, la libration a pour valeurs moyennes : 

En latitude, 6* 26' dans le sens N — S. En longitude, 5» dans le sens E — 0. 

Edouard Blot. 

Verrerie d^optiqne de M. Feil. — Nous apprenons avec plaisir que l'impor- 
tante verrerie de M. Feil, dont la fondation, à Choisy-le-Roi, date de 1827 (Henri 
Guinand, grand-père maternel de M. Feil) et qui a rendu pendant plus d'un demi- 
siècle tant d'éminents services à l'astronomie et à la physique, vient d'être 
reconstituée à Paris par M. Feil père lui-même, qui s'est associé M. Mantois et 
conserve la collaboration de son fils. Les deux disques de l'objectif destiné au 
grand équatorial de l'observatoire de Nice (0™ 76) est depuis un mois déjà entre 
les mains de MM. Henry frères, qui se sont chargés du travail optique et l'auront 
probablement terminé en octobre. Ces jours derniers MM. Feil et Mantois vien- 
nent de livrera M. Alvan Clark de Cambridgeport (États-Unis) le disque Crown 
qui restait à faire, (M. Feil fils ayant déjà livré le disque Flint) destiné au grand 
équatorial de 0" 97 de l'observatoire du mont Hamilton (legs de vingt et un mil- 
lions de James Lick). C'est le plus grand objectif qui ait jamais été construit, et 
la maison Feil était la seule qui pût s'en charger. 

Essai des lunettes. — Un honorable correspondant nous signale les résultats 
suivants obtenus avec la lunette de 95™ de M. Bardou : 

Antarès dédoublé le 10 juin 1884, à 10»» 30™, la Lune étant levée depuis 9'». 

Le même observateur déclare avoir dédoublé avec le même instrument (grossis- 
sement =200) e Bouvier, Ç Orion et même Rigel. La liste d'étoiles doubles pu- 
bliée à la p. 689 des Etoiles a servi de base pour cet essai et témoigner de l'ex- 
cellence de cette lunette. 

Occnltatlons. — M. Louviot, à Melun, a observé, le 9 mai, roccultation de 
rétoile V» Balance par la Lune. Au moment où cette étoile touchait le bord 
lunaire, l'observateur la vit passer derrière un pic (monts Leibniz), reparaître 
dans une échancrure, puis disparaître définitivement. 

Petite comète télescoplque. — Une petite comète télescopique vient d'être 

découverte par M. Barnard, des États-Unis. Mais elle n'est que de 10« grandeur 

et son éclat va en diminuant. Réservée aux grands instruments, ëa position sera, 

le 4 août. 

^ = 16" 38-41' ;(D = 20M',5 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES 

A FAIRE DU 15 AOUT AU 15 SEPTEMBRE 1885. 
Principaux dijets célestes en évidence pour robserratlon. 

io CIEL ÉTOILE : 

Pour l'aspect du Ciel étoile durant cette période de Tannée, il faut se reporter 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 315 

soit aux cartes publiées dans la première année de la Revue, soit aux descrip- 
tions données dans Les Étoiles et les Curiosités du Ciel (p. 594 à 635). 

Nous sommes arrivés à l'époque la plus favorable pour les observations astro- 
nomiques : le soir, le ciel est généralement pur et la température douce, 
agréable. C'est le moment de l'été où les habitants des villes émigrent à la cam- 
pagne, se rendent au bord de la mer. Aussi engageons-nous vivement les 
personnes qui aiment la Science d'Uranie, à se munir d'une forte jumelle marine, 
d'une bonne lunette terrestre ou mieux encore d'une lunette astronomique. 

2* SYSTÈME SOLAIRE : 

Soleil. — Le 15 août, le Soleil se lève à 4*>54" du matin et se couche à 
7hi4m du soir; le l*"" septembre, le lever a lieu à 5i'18™ et le coucher à 6*>41"; 
enftn, le 15 septembre^ l'astre du jour se montre au-dessus de Thorizon à 5^38", 
pour disparaître au-dessous à 6^12" du soir. La durée du jour est de 14»>20™ au 
15 août, de 13'>23« au 1«' septembre et de 12^34" au 15 septembre. Du 15 août au 
15 septembre, les jours décroissent de 44» le matin et de 1^2™ le soir, ce qui 
donne une diminution totale de 1^46«. 

Le 31 août 1885, midi tombe au milieu du jour, puisque le Soleil se lève à 
5^17™ du matin; il passe au méridien 6'*43°» plus tard, pour se coucher ensuite à 
6h43m du soir. Cette curieuse coïncidence ne se produit que quatre fois par an : 
vers les 45 avril, 14 juin, 31 août et 24 décembre, le midi moyen et le midi vrai 
coïncident, ce qui donne un moyen facile de construire un cadran solaire. 

La déclinaison boréale du Soleil qui est encore de 13»56' au 15 août, de 8o,8 
au l^*" septembre, n'est plus que de 2o52' le 15. C'est cette diminution considé- 
rable de llo4' qui est cause de la diminution rapide de la durée du jour. 

La lumière zodiacale commence à se montrer le matin, à l'Orient, environ 
deux heures avant le lever du Soleil. 

Une éclipse totale de Soleil aura lieu le 8 septembre 1885, dans la soirée; 
mais elle sera tout à fait invisible à Paris. 

A 6'>45™ du soir (temps moyen de Paris), le cône de pénombre arrive en con- 
tact avec la Terre, un peu à Test de l'archipel des Nouvelles-Hébrides; à cet 
instant, le Soleil se lève pour ce lieu qui est en plein Océan Pacifique et 
Véclipse partielle commence. A 8"» 4", le cône d'ombrée est en contact avec notre 
planète en un point situé à Test de la Terre de Van Diémen; c'est le commen- 
cement de Yéclipse totale. 

Uombre de la Lune se déplace alors rapidement vers l'Orient, recouvrant un 
étroit espace qui est plongé dans une profonde obscurité: en même temps, elle 
coupe les extrémités des deux principales îles de la Nouvelle-Zélande et le 
détroit de Cook qui les sépare, passe près de l'île Broughton, continue sa 
marche à travers l'Océan Pacifique, l'Océan Glacial Antarctique et les Terres 
Australes. L'éclipsé totale finit à 9»»58»». Enfin, à 11^17™, le cône de la pénombre 
disparaît à son tour, au coucher du Soleil, un peu à l'ouest des côtes de la 
Patagonie. 



316 



L'ASTRONOMIE. 



Comme on le voit, Téclipse totale sera difficilement observable. Quant aux 
diverses phases du phénomène, elles pourront être observées dans quelques îles 
ot îlots de la partie méridionale de la Polynésie. 

Lune. — Notre satellite se présente toujours dans de mauvaises conditions 
pour Tobservation. C'est ainsi que le 17 août, jour du Premier Quartier, la Lune 
n'est élevée que de 26o9' au-dessus de l'horizon de, Paris, lors de son passage au 
Méridien. 



Phases.. 



( PQle 17 août, à PSG™ soir. 
) PL le 25 » à 5 35 » 



DQ le 2 septembre, à .5''24" matin. 
NL le 8 » à 8 53 soir. 



Occultalions et appulse visibles à Paris, 
Cinq occultations et une appulse seront observables à Paris, dans la première 
moitié de la nuit. A ce nombre, il faut ajouter l'occultation d'une étoile de 
4« grandeur et celle (ÏAldébaran qui ont lieu quelque temps après minuit. 



!• B.A.C. 6287 (6* grandeur), le 20 août, de il''50- à 12'' 52- du soir. L'étoile disparaît 
en un point du disque lunaire situé à 21** à gauche et au-dessous du point le plus au 
Nord, et réapparaît en un autre point placé à il* au-dessous du point le plus occiden- 
tal, dans la partie éclairée. A Londres, la durée de l'occultation n'est que de 56". 

2* p' Sagittaire (4« grandeur), le 21 août, de 12''47- à 13^53". Cette brillante étoile. 
dont l'occultation est représentée (fîg. 101), s*éteint en un point placé à 29* au-dessou-^ 
et à gauche du point le plus élevé du disque lunaire, pour se montrer en un autre point 



Fig. 101. 



Fig. lOî. 




Occultation de 9' Sagittaire par la Lune, 
le 21 août, de 12»» 47- à 13*«53". 



Occultation de •* et ** Taureau par la Lune, 
le 1««- septembre de 10^6" à lO^bG" du soir. 



situé à 28* au-dessous du point le plus occidental. A Paris, la Lune sera couchée depuis 
4" à l'instant où finira le phénomène. Mais dans l'ouest de la France et des lies Britan- 
niques, la Lune sera encore au-dessus de Thorizon lorsque l'étoile fera sa réapparition. 

Les observateurs du nord de l'Europe pourront étudier, en outre, l'occultation de la 
composante p' Sagittaire, qui se trouve à près de 28' au sud de la première. 

3* 0' Taureau (4" grandeur), le 1" septembre, de 10»' 6-^4 à 10''56-,2 du soir. Cette ^emâ^ 
quable étoile disparaîtra, voir la pg. 102, à 16* au-dessous du point le plus oriental du 



OBSEKVATIONS ASTRONOMIQUES. 317 

disque de la Lune et réapparaîtra en un autre point situé à 40* au-dessus du point le 
plus occidental. A Paris, le commencement du phénomène ne sera pas visible, l'étoile 
double Taureau étant encore au-dessous de l'horizon. Mais dans les lieux dont la lon- 
gitude Est dépasse 3% en Alsace-Lorraine, en Suisse, en Allemagne, l'occultation tout 
entière pourra être vue. A Londres, la fin de l'occultation seule sera observable. 

4* 6* Taureau {\* grandeur), le !•' septembre, de 10''6*,7 à 10''56-,8du soir. Cette belle 
composante disparaîtra et réapparaîtra en môme temps que 6' : ce sera là un phéno- 
mène bien intéressant. Une simple jumelle ou une faible lunette seront nécessaires. 
Comme le montre la fîg. 102, les trajectoires des deux composantes seront parallèles : 
0' s*éteindra et reparaîtra en deux points situés à 20* au-dessous des points où 6' dis- 
paraîtra et reparaîtra. 

b* B.A.C. 1391 (5« grandeur), le i*' septembre, de il'* 2- à li''41'" du soir. A peine si 
les deux composantes de la double Taureau se seront présentées à nos regards que 
deux autres étoiles disparaîtront successivement. L'étoile de 5* grandeur disparaît en 
un point situé à 15* au-dessus du point le plus occidental du disque lunaire et reparaît 
à 15* à droite du point le plus élevé. A Londres, la durée de l'occultation n'est que 
de 3I-. 

6* 81 Taureau (6* grandeur), le !•' septembre, à 11"»!!" du soir. A Paris, il y aura 
simple appulse : l'étoile ne fera que frôler le disque de notre satellite, en un point 
placé à 30* à droite et au-dessus du point le plus bas. Dans le nord de l'Europe, il y 
aura occultation. 

?• 85 Taureau (6,5 grandeur), le 1" septembre, de ll''29- à 12^3- du soir. L'étoile 
s'éteindra en un point situé à 8* à gauche du point le plus méridional du disque 
de la Lune, pour réapparaître en un autre point placé à 21* au-dessous du point le plus 
occidental. Cette observation pourra être faite dans le nord de TEurope. A Londres, 
Toccullation durera 40"*. 

8* Aldébaran (!'• grandeur), le 2 septembre, de l''30"5 à 2''2"' du matin. C'est la 
sixième observation à faire dans cette môme nuit du 1" septembre. A Paris, l'étoile 
disparaîtra en un point du disque situé à 31* au-dessus du point le plus à l'est du disque 
lunaire et réapparaîtra à 1* à droite du point le plus au Nord. Pour plus de détails, 
nous prions les observateurs de se reporter à Taiticle spécial de M. Blot. 

Occultations diverses. 
Les Lecteurs de V'Astronomie qui habitent les diverses parties de la Terre 
pourront encore observer les occultations suivantes : 

1* p Capricorne (3* grandeur), le 23 août, vers b^ du matin, temps moyen de Paris. 
Cette remarquable occultation pourra être observée dans la partie occidentale de l'Amé- 
rique du Sud. 

•2* 117 Taureau (6* grandeur), le 2 septembre, de 10'' 43- à 11*'29 du soir. Cette occul- 
tation sera visible dans le nord de la France et dans les Iles Britanniques. 

$• 1 Gémeaux (3* grandeur), le 4 septembre, vers S** du soir. L'occultation sera visible 
dans le centre et le nord-est de l'Europe. 

Le 21 août, à 6^ du soir, la distance de la Lune à la Terre est apogée : 
404 SCO"^"»; diamètre lunaire = 29'30''8. 

Le 6 septembre, à 2^ du soir, la distance de la Lune k la Terre est périgée : 
362 700»^™; diamètre lunaire = 3-2'56'2. 

Mercure. — Mercure brillera, pareille à une étoile de première grandeur, le 
matin, dans le ciel de TOrient. Le mois de septembre sera le plus favorable de 
Tannée pour Fétude de cette rapide planète. Seulement, Tastronomc ne devra pas 



318 L'ASTRONOMIE. 

craindre de se lever une heure et demie avant le Soleil. L'emploi d'une bonne 
jumelle marine sera toujours très utile. 

Jours. Lever. Passage Iféridieu. Différence Soleil. Constellation. 

9 Sept 4*32- matin. IIMI- matin. 0*57- Liox. 

10 » 4 26 » 11 7 a 15 a 

12 » 4 15 • 10 59 » 1 19 a 

14 » 4 7 a 10 53 a l 29 a 

Le mouvement de Mercure est rétrograde, du 19 août au 11 septembre; à 
partir de cette dernière date, la marche de la planète redevient directe. C'est le 
2 septembre que Mercure passe entre le Soleil et la Terre. 

Le 8 septembre, à 5*> du matin, Mercure et le mince croissant lunaire seront 
en conjonction et visibles dans le champ d'une même lunette astronomique. La 
planète se trouvera au sud de la Lune et à la faible distance de 1 S' du bord mé- 
ridional. Le 13 septembre, conjonction de Mercure et de p Lion; Tétoile ne sera 
éloignée que de 42' de la planète. 

Le 10 septembre, le.diamètre de Mercure est de 9', 2; sa distance à la Terre de 
109 millions de kilomètres et sa distance au Soleil de 47 millions de kilomètres. 

VÉNUS. — Bien que Vénus passe au méridien deux heures en moyenne après 
le Soleil, elle ne se couche qu'environ une heure après lui. Cela tient à ce que la 
déclinaison de VEtoile du Berger est australe, tandis que celle du Soleil est 
boréale et que la dififérence de ces déclinaisons varie entre 11» et 14». Vesper a 
un tel éclat qu'on peut l'apercevoir, à l'Ouest, aussitôt après le coucher du Soleil. 

Joars. ^ Passage Uéridien. Coocber. Différence Soleil. Constellation. 

16 Août l''50- soir. 8^14- soir. 1*2- Lion. 

19 » 152 a 8 8 » 12 Vierge. 

22 a 1 53 » 8 3 a 12 » 

25 » 1 54 a 7 56 a 11 » 

28 a 1 56 a 7 50 » 11 » 

31 » 1 57 a 7 44 . 11 )» 

1" Sept 1 58 a 7 43 » 12 » 

4 » 1 59 «^ 7 37 » 12 

7p 20 a 7 31 a 13 a 

10 » 2 2 a 7 26 a 14 » 

13 a 2 3 a 7 20 a 14 a 

Le mouvement de Vénus continue à être direct à travers la constellation de la 
Vierge. Le 19 août, à 6»» du soir, la planète sera visible à 26' au nord de P; le 
24 août, à 13' au nord d'Uranus; le 25 août, à 39' au sud de tj; le 31 août, à 2«30 
au sud de y; le 6 septembre, à lo30' au nord de 6; le 10 septembre, à 2«30' au 
nord de l'Épi. Le M septembre, vers iO*> du matin, Vénus sera en conjonction 
avec la Lune : la planète se trouvera à 2<»27' au sud de notre satellite. 

Le !•' septembre, le diamètre de Vénus est de 12'2. La distance de cet astre à 
la Terre est de 200 millions de kilomètres et de 107 millions au Soleil. 

Mars. — Mars se rapproche de nous et se lève dans les environs de minuit. II 
est très facile de le distinguer dans la constellation des Gémeaux, avec sa teinte 
rougeâtre, non loin des étoiles e, 1^, 8 Gémeaux. 



OBSERVATIONS ASTRONOMIQUES. 319 

Jours. Lever. Passage Méridien. Constellation. 

18 Août O^'SS- matin 9^ 2- matin. Gémeaux. 

22 » 55 » 8 58 » » 

26 » 52 » 8 53 » » ' 

30 » 49 )' 8 48 » » 

3 Sept 46 )• 8 43 » » 

7 » 43 - 8 38 » » 

11 » 41 » 8 33 » Cancer. 

15 » 38 » 8 28 » » 

La planète continue sa marche directe vers l'Est. Le 21 août, Mars se trouvera 
en conjonction avec Ç Gémeaux et le 26 avec S, de 3« grandeur, à 56', au Nord. 

Le l<^r septembre, le diamètre de Mars est do 5',6; la distance de la planète à 
la Terre est de 299 millions de kilomètres et au Soleil, de 230 millions. 

Petites planètes. — Cérès continue son mouvement vers TEst dans la con- 
stellation de la Vierge; mais elle devient plus difficile à observer. Une lunette 
astronomique est indispensable pour la reconnaître dans la ligne de prolonge- 
ment de la droite qui unit les étoiles e et Ç de la Vierge. 

Le 19 août, Cérès se couche à 9»»33°> du soir; le 29 août, à 8^59°» et le 8 sep- 
tembre, à 8^25™. Le 8 septembre, Cérès est éloignée de la Terre de 486 millions 
(le kilomètres. 

Coordonnées au 29 août : Ascension droite... U"* 0-. Déclinaison... 6* 55' S. 
» 8 sept. ; » » 14 14 » 8 37 S. 

Pallas est toujours facile à découvrir avec une jumelle marine, à la limite des 
constellations du Bouvier et de la Vierge, en dehors des constellations zodiacales. 
Elle continue sa route à 20» au nord de Técliptique, dans le quadrilatère que 
forment les étoiles e et î Vierge, v et Ç Bouvier. 

Jours. Passage Méridien. Coucher de Pallas. Constellation. 

19 Août 3»'35'" soir. 10'' 38- soir. Vierge. 

24 » 3 22 » 10 22 » Bouvier. 

29 » 3 10 » 10 7 » » 

3 Sept 2 57 » 9 51 » » 

8 » 2 45 » 9 36 » » 

13 » 2 33 » 9 21 i> » 

Le 8 septembre, la distance de Pallas à la Terre est de 503 millions de kilo- 
mètres et sa distance au Soleil est de 404 millions de kilomètres. 

Junon demeure dans la constellation de la Vierge et se meut parallèlement à 
Cérès, un peu au Nord et à une distance de 4^30' environ. Elle séjourne dans le 
voisinage du triangle que forment les étoiles |jl, cp et i Vierge, puis traverse ce 
triangle au commencement de septembre. 

Jours. Passage Méridien. Coucher de Junon. Constellation. 

19 Août 4'* 7" soir. lO** 1- so'ir. Vierge. 

24 » 3 52 » 9 44 » » 

29 » 3 37 » 9 27 » » 

3 Sept 3 23 » 9 10 » » 

Coordonnées au 29 Août. : Ascension droite,.. 14*'9". Déclinaison.. 3M'S. 



320 L'ASTRONOMIE. 

Vesta, se rapproche rapidement de nous. Elle poursuit sa marche vers l'Est, 
dans la constellation du Taureau, où il est facile de la reconnaître, suivant la 
ligne qui unit Aldëbaran à x Gémeaux. 

Jours. Lerer de Vesta. PssMce Méridien. Constellation. 

15 Août 11^47* soir. 7'' 16- matin. Taubeau. 

20 » Il 32 » 7 3 p » 

25 • Il 18 » 6 49 » 

30 • Il 4 • 6 36 » • 

4 Sept 10 49 » 6 22 *> » 

9 » 10 35 » 6 7 » 

14 » 10 20 ». 5 52 » 

Le 8 septembre, Vesla est éloignée de 361 millions de kilomètres de la Terre 
et de 379 millions de kilomètres du Soleil. 

Coordonnées au 19 août. : Ascension droite... 4''57-. Déclinaison... 17*22' N. 
» 8 sept. : » » 5 20 » 17 42 N. 

Jupiter. — Jupiter est devenu absolument invisible. C'est le 8 septembre, 
jour de Téclipse totale, à 10*» du soir, que cette planète arrive en conjonction avec 
le Soleil, c*est-à-dire passe derrière cet astre et atteint sa distance maximum à 
la Terre. 

Saturne. — Cette belle planète est de plus en plus intéressante à obsener. 
avec ses admirables anneaux. Nous rappelons que le 5 août, au soir, les rayons 
de la planète se confondront sensiblement avec ceux de Tétoile de 3« grandeur. 
{X Gémeaux. 

Joars. Lever. Passage Méridien. ConstellaUon. 

19 Août 0''34- matin. 8^31- matin. Gémeaux. 

24 » 16 » 8 13 » » 

29 » 1 1 56 w 7 55 » » 

3 Sept 11 38 » 7 37 » » 

8 » 11 20 » 7 19 » • 

13 M 11 2 I. 7 t » » 

Lo l«r septembre, le diamètre de Saturne est de 16'; la distance de la planète à 
la Terre est de 1395 millions de kilomètres, et au Soleil de 1336 millions de kilo- 
mètres. 

Uranus. — Uranus est toujours invisible. 

Eugène Vimont. 



ERRATA. 



. Dans le tableau des diverses vitesses publié dans le dernier numéro de la Revue, on 
lit que les éruptions solaires, d'après Secchi, peuvent atteindre 900,000"* par seconde. 
II y a là une erreur de traduction. La plus grande vitesse quç Secchi ait constatée est 
de 370,000 mètres. Prière de corriger ce chiffre et de le rétablir à sa place. 



CORRESPONDANCE, 

M. D. LuzET, à Orléans, signale une recrudescence des lueurs crépusculaires, à la 
date du 19 juillet. A 9** du soir, il faisait encore grand jour. 

M. H. Barrât, à Rilley, par Anzain. — Votre proposition est noble et généreuse. Mais 
nous n'osons pas vous y encourager. Le monde en général, reste encore, malgré les succès 
que vous voulez bien nous rappeler, fort indifférent aux choses du ciel; nous craignons 
que vous n'obteniez pas un résultat compensant vos efforts. 

M. HouDBiNE père, à Amiens. — Les sujets que vous traitez s'écartent un peu du 
cadre de l'Astronomie. Cependant nous espérons pouvoir les faire connaître à nos lecteurs. 

M. JuiLLARD, à Valentigney. — M. le directeur de la Revue était absent de Paris à 
l'époque de la lettre dont il s'agit. Peut-être a-t-elle été égarée. Il vous serait reconnais- 
sant de vouloir bien lui en rappeler le sujet. 

M. Maurice Jacquot, au Havre. — Pour le rapport entre les taches solaires et les 
facules, voir la Revue, première année, p. 50. 

M. E. MoRGAND, à Eu. — L'installation d'un équatorial est une opération délicate 
dont nous ne pouvons indiquer tous les détails. Bornons-nous à dire que l'instrument 
a^ant d'abord été placé d'après la connaissance qu'on a de la latitude et du méridien du 
heu, on en rectifie ensuite la position à l'aide des observations mômes. — Le pied de 
i'équatorial, figuré à la page 221 du 3' volume de la Revue d'Astronomie empêche en 
effet que l'on puisse faire faire un tour complet à l'instrument quand il est pointé non 
loin du pôle : mais l'inconvéniant est minime, car aucune observation ne (Jnre 24**. — 
Le prix des lunettes, dans les dimensions que vous dites, varie un peu moins vite que 
le cube du diamètre de l'objectif. Vous pouvez vous faire par là une idée du prix de co 
que vous demandez. 

M. Epaminondas Polydore, à Smyrne. — Votre projet relatif à la réforme du calen- 
drier a été classé avec les envois analogues, pour être présenté au concours. 

M. le D"" B. L. GoNDSMiT, à Zutphen. — Vous pouvez toujours vous adresser en toute 
confiance aux constructeurs d'instruments astronomiques cités dans Les Etoiles et choi- 
sir Tun des instruments décrits. 

M. GuNziGER. Ce nouveau réticule est ingénieux, mais ne trouvez-vous pas que le 
plus léger petit coup donné à la lunette suffit pour faire reparaître Tétoile cachée der- 
rière les fils et constater qu'elle est bien à la croisée. N'y a-t-il pas à craindre aussi 
de diminuer par cette coupure la stabilité des fils. 

M. E. Renneteau, à Rouen. — Nous espérons que notre réponse à la dépêche do' 
M. Andrade et la déclaration publiée dans le dernier N« de la Revue auront prouvé la 
fausseté de cette absurde prédiction et rassuré les populations des îles du cap Vert. 

M. MoNiER, à Paris. — Votre question sera le sujet d'un petit article dans notre pro- 
chain Numéro. 




MAISON HOLTENI 

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"dû Ingres pédagogique, par M. Stanislas Meunier. Brochure 75 

Deux conférences sur les aôrostats et la na navigation aérienne, par M. Gaston Tis- 

sandier. Brocliure 1 50 

Les glaciers, conférence par M. Stanislas Meunier. Brochure 1 » 

Gataioffue 82, photographies d'après nature, vues, paysages, monuments 75 

— 38, — et tableaux pour renseignement 75 

— 39, appareils et tableaux de commerce » » 

— 40, — accessoires pour l'enseignement et les conférences publiques. » » 

— 41, tableaux simples et à mouvement pour les appareils du catalogue 40 » » 

Photographies sur verre des figures de la présente Revue (Reproductions autorisées par 

l'cditeur) 1 50 




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Fournitures photographiques. — Objectifs. — Appareils. •— Produits et accessoires 

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65, me de Ghabroirà Paris. 



liUnette^ astronomiques, corps cuivre avec chercheur, tnbe 
(i'ocul&ire a ci^malllère pour la mise au foyer. Monture équito- 
riale a Jatitude variable 4e 0* à 90*, cercle honore et cercle de 
Uéclinaiâon donnant la minute par les verniers;.piiice|K>Qrûxer 
la luneite en décUnaison. Pied en fonte de ferrepountptrtrob 
vis calantes sur n'ois crapaudines (^.1). 

I/oenlaire le plus faible est muni d'un réticule. 



DIAMETRE 

II*** cercles. 





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II 


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0»,15 


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1 


80 
90 


3 
4 


100, 160 et m 
100, 150/200 et 4a0 



Lunettes astronomiques et terrestres, corps cuivre are 
chercheur, pied fer et soutien de stabilité servant a dinf^er U 
lunette par mouvement vertical lent au moyen d'une crémail- 
lère; tube d'oculaire à crémaillère pour la mise au foyer. Lis- 
strument {fig. 2) et ses accessoires sont calés dans une belle es 
sapin rouge 



II 




§2 




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OCULAIRES. 



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Célestes. 



Grossissements. 



80 et 150 
75, 120 et 200 
85, 130 et 240 
100, 160 et 270 



Lunettes astronomiques et terrestres, corps cuivre, pi^J 
fer, mouvements prompts, tube d'oculaire à crémaillère pour U 
mise au foyer. L'instrument et ses accessoires sont cales ilas^ 
une boite en sapin rouge. 





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OCULAIRES. 

Célestes. 

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sements. 



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23 


190 


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25 



90 

100 

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mbre 1885. 



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1885 



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-Pour leç hassps latitude^?, le pied en fonte de Tinstrument aura la forme rectangi- 
lairo et le mouvement d'horlogerie sera logé dans le pied; pour les hautes latitudes" 1- 
pied sçra eii générai une colonne ronde et le mouvement d'horlogerie sera adapi? ^ 
rextéricur do la colonne. — La lunette sera pourvue d'an chercheur de grande uUTcr- 
ture et aura au moins trois oculaires sans compter celui du micromètre et du chercheur 

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vis microni étriqué 
et pdstfiô ii visioa 
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\\; 



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48'»'», objectif de 27"« et li«"» de dis- 
tance focale, lentille cylindrique achro- 
matique, prisme de comparaison, loupe 
pour observer IMmage sur la fente, vis 
micrométrique avec tambour divisé sur 
argent, second tambour servant à enre- 
gistrer les observations faites dans 
l'obscurité, arrangement pour fixer 
avec facilité des tubes de ôeissler ou 
des pointes métalliques entre lesquelles 
on fait jaillir l'étincelle électrique, 3 '- 
oculaires i .000 



Le même avec adjonction d'un prisme à '' 
vision directe 1.100 

Chambre noire pour adapter à l'instru- 
ment et pourvue d'un obturateur instan- 
tané suivant la grandeur de l'instru- 
ment 800d 4O0 

Oculaire a grand ctiamp et faible gros- 
sissement laissant toute la lumière que 
la lunette comporte 40 

Hélioscope 300 

Oculaire à lame de verre divisée en 
mailles carrées de petit niveau pour 
prendre des mesures avec TliéUosoope. 60 



— L'ASTRONOMIB. — 321 

LE CADRAN SOLAIRE A RÉTROGRADATION 

DE L'OBSERVATOIRE DE JUVIST, ET LE MIRACLE ^D'iaâilE. 

On lit dans la Bible, au quatrième livre des Rois^ ch. xx : 

En ce temps-là Bzéchias fut malade à la mort, et le prophète Isaïe, fils d'Amos, 

Fig. 103. 




Cadran solaire à rétrogradation de l'Obsorvatoiro de Juvisy. 

vint le trouver, et lui dit : Voici ce que dit le Seigneur : Mettez ordre à votre 
maison, car vous ne vivrez pas plus longtemps. 

Alors Ezéchias, tournant le visage contre la muraille, fit sa prière au Seigneur. 

Le Seigneur parla à Isaïe et lui dit : Retournez et dites à Ezéchias : Le 
Seigneur a entendu votre prière et a vu vos larmes; vous allez être guéri, vous 
irez dans trois jours au temple. J'ajouterai encore quinze années aux jours de 
votre vie. 

Septembre 1885. 



822 L'ASTRONOMIE. 

Alors IsaTe dit aux serviteurs du roi : Apportez-moi une masse de figues. Os la 
lui apportèrent et la mirent sur l'ulcère du roi. Et il fut guéri. 

Mais Ezéchias avait dit d'abord à IsaYe : Quel signe aurai-je que le Seigneur me 
guérira ? 

Isaïe lui répondit : Voici le signe que le Seigneur vous donnera pour vous 
assurer de sa parole. Voulez-vous que l'ombre du Soleil avance ou qu'elle rétro- 
grade de dix degrés? 

Ezéchias lui dit : Il est aisé que l'ombre s'avance de dix degrés, et ce n'est pas 
ce que je désire que le Seigneur fasse; mais qu'il la fasse retourner en arrière 
de dix degrés. 

Le prophète Isaïe invoqua donc le Seigneur, et il fit que Vombre retourna en 
arrière sur Vhorloge d'Achaz par les dix degrés par lesquels elle était déjà 
descendue. 

Tel est textuellement Tépisode rapporté par la Bible. Ce récit est intéres- 
sant au double point de vue historique et philosophique. D'une part, il nous 
montre que les cadrans solaires étaient en usage en Judée l'an 709 avant 
notre ère (le premier cadran solaire grec a été construit à Athènes en l'an — 433 
par Méton, et le premier cadran solaire romain a été construit à Rome par 
Papirius Cursor en — 306) ; d'autre part, il nous rappelle que, pour la cour 
théocratique du roi de Judée, le Soleil pouvait être arrêté dans sa marche 
^comme au temps de Josué), ralenti ou accéléré. Toutefois, il y avait des 
nuances dans la difficulté du miracle et par conséquent des degrés dans sa 
valeur : « Il est aisé que l'ombre s'avance, » pense le roi; il serait bien plus 
difficile de la faire reculer! Cette simple réflexion ne donne-t-elle pas la note 
de l'idée tout humaine, tout anthropomorphique que Ton se formait alors 
sur le Créateur et son œuvre? 

Quoi qu'il en soit, la Bible assure que l'ombre du Soleil rétrograda de dix 
degrés sur le cadran solaire d'Achaz. 

Cette histoire nous avait toujours paru sujette à caution. Peut-être a-t-on 
tort d'enseigner aux enfants que la Bible est un livre écrit sous la dict^ de 
Dieu, véridique et infaillible en tous ses points. On accoutume ainsi notre 
enfance à envelopper toutes les parties du récit biblique dans un même 
respect, depuis Adam jusqu'à Jésus. Lorsque, ayant acquis l'âge de raison, 
nous savons que ni Josué ni Isaïe n'ont arrêté le Soleil, nous n'osons pas 
nous afl'ranchir de l'interprétation littérale, et, en reconnaissant l'erreur 
d'un épisode, nous sommes conduits à rejeter en même temps le livre tout 
entier, du conunencement à la fin. 

Il en serait autrement, si l'on enseignait que la Bible est une œuvre impor- 
tante au point de vue historique, respectable comme monument de l'une des 
plus anciennes civilisations, supérieure à beaucoup d'autres épopées, mais 



LE CADRAN SOLAIRE A RÉTROGRADATION. 323 

œuvre humaine, dans laquelle on peut garder ce qui est bon et oublier ce 
qui est mauvais ou erroné. Le jeu perpétuel des miracles, entre autres, qui 
est si intimement lié à toute Thistoire du peuple juir, qui met à chaque 
instant en scène, à propos d'un roitelet ou d'un massacreur quelconque, la 
toute-puissance du Créateur de l'Univers et qui rabaisse et compromet si 
puérilement l'idée de Dieu, ne devrait-il pas être présenté comme le témoi- 
gnage d'une époque d'ignorance et de crédulité, au lieu d'être défendu 
comme un fait réel? Nous livrons ces réflexions aux défenseurs futurs de la 
Bible. 

Comme beaucoup d'autres, nous avions rejeté le miracle d'Isaïe ainsi que 
celui de Josué sur le compte d'une exagération de l'imagination orientale, 
admettant que, dans le cas de Josué, les combattants ont pu croire sincèrement 
la journée plus longue que d' habitude (le même fait s'est reproduit sous Charle- 
magne, à Roncevaux,) et que^ dans le cas d'Isaïe, le prophète avait, par un 
<c pieux mensonge > et dans un « bon motif », dérangé le cadran solaire sous 
les yeux du roi ou de quelques personnages de la cour envoyés par lui : on 
sait que les cours, en général, ont toujours été de remarquables réunions 
d'ignorants. 

Un jour de l'année 1880, nous reçûmes à Paris la visite d'un ingénieur bien 
connu, M. Etienne Guillemin, colonel du génie à Lausanne, venant nous 
exposer que le miracle d'Isaïe pouvait être renouvelé, et qu'il l'avait été dès 
le seizième siècle par Nonius, l'inventeur du « vernier », né en 1492, mort 
en 1577. M. Guillemin lui-même l'avait répété à Taide d'un cadran solaire 
provisoire, d'après les indications données dans le Dictionnaire des amme- 
ments des Sciences mathématiques et physiques^ publié, sans nom d'auteur, en 
1792. Malheureusement, dans sa démonstration, Nonius ne donnait aucun 
calcul et commettait des erreurs, si bien que le renouvellement de son exj>é- 
rience était une affaire assez laborieuse. 

L'année suivante, le il août 1881, nous fîmes, à Lausanne môme, en 
compagnie du savant et sympathique colonel Guillemin, l'essai d'un cadran 
solaire à rétrogradation, et quelques mois après nous écrivions les lignes 
suivantes dans notre ouvrage, Les Etoiles (p. 760), au chapitre des Annales de 
l'Astronomie : 

An 709 avant Jésus-Christ. — Les cadrans solaires étaient en usage, et depuis 
longtemps sans doute, sous le règne d'Ezëchias. Quinze ans avant la mort de ce 
roi de Juda, la Bible rapporte que le prophète Isaïe ût rétrograder Tombre de 
dix degrés sur le cadran solaire d'Achaz. C'est là une opération que Ton a taxée 
jusqu'à ce jour de miraculeuse, mais qui peut se faire sans miracle, si Ton donne 
au cadran une inclinaison calculée suivant la latitude du lieu. Nous avons nous- 



324 L^ASTRONOMIB. 

même renouvelé le miracle d'Isale, Tété dernier, à Lausanne. Nous ferons con- 
naître la manière de renouveler ce fameux miracle d'Isale, dans l'un des premiers 
numéros de notre Revue astronomique. 

Des travaux plus urgents ont retardé jusqu^ici la rédaction de cet article. 
Un vieux proverbe nous excuse, en assurant que tout vient à point à qui sait 
attendre. 

En établissant un petit cadran solaire horizontal à TObservaloire de Juvisy, 
nous l'avons organisé de telle sorte qu'il peut servir à la fois de cadran 
solaire ordinaire et de cadran solaire extraordinaire pour la reproduction du 
miracle d'Isaïe. 

Voici les éléments du problème : 

Prenons une planchette rectangulaire ABCD munie d'un style perpendicu- 
laire. Plaçons cette planchette horizontalement et orientons-la de telle sorte 




que la ligne SN soit dans la direction Sud-Nord. A midi, l'ombre du -style s^e 
dirigera suivant la ligne ON. 

Maintenant, au lieu de laisser la planchette horizontale, inclinons-la, en 
prenant la ligne ABpour charnière, Vers le Soleil, qui est au Sud. L'ombre 
du style se raccourcira à mesure que l'inclinaison augmentera, et elle arri- 
vera à être nulle à l'heure de midi. Alors le style est pointé juste vers le Soleil. 

Continuons encore l'inclinaison de la planchette : l'ombre du style, au 
lieu de se projeter au Nord, comme tout à l'heure, va se projeter au Sud. 

C'est dans cette position que Ton peut observer la rétrogradation de l'ombre. 
A midi, l'ombre du style se projette suivant la ligne OS. Puis on la voit mar- 
cher très rapidement vers la gauche ou vers l'Est jusqu'à un certain angle. 
Là elle s'arrête. Ensuite elle revient sur ses pas et rétrograde jusqu'au cou- 
cher du Soleil. 

Il va sans dire que c'est le Soleil seul qui fait tout. Une fois l'inclinaison 
de notre planchette trouvée, nous la fixons, et nous n'y touchons plus. Il ne 
s'agit pas d'uu tour d'escamotage. C'est un fait cosmographique qui s'opère 
et que l'on observe. 

Pour établir un cadran solaire qui donne ces résultats, on peut procéder 



LE CADRAN SOLAIRE A RÉTROGRADATION. 325 

de la manière suivante. Nous prendrons celui de l'Observatoire de Juvisy (*) 
comme modèle. 

Construisez un cadran solaire horizontal de 0'",20 environ de diamètre. Le 
style de ce cadran solaire est, naturellement, incliné suivant ta latitude du 
lieu : il marqpie les heures et sert aux usages habituels, c'est là votre cadran 
solaire normal. Ne vous en préoccupez pas autrement. 

Au centre, vissez une aiguille de 0'",20 de longueur environ, bien pçrperir 
diculaire au plan du cadran. 

Au lieu de fixer ce cadran par ses quatre angles, montez-le à charnière, 
par son côté sud (le côté AB de la fig. 104) sur une plaque fixée au pied, 
plaque sur laquelle il est simplement rabattu lorsqu'il est horizontal. 

Deux points sont maintenant à considérer. D'une part, il faut trouver 
l'inclinaison convenable pour que le phénomène se produise ; d'autre part, 
cette inclinaison trouvée, il faut y fixer le cadran. Ces deux points seront 
réalisés en plaçant deux arcs de cercle divisés de 0* à 90** entre lesquels le 
cadran s'élèvera à volonté, et, en adaptant sur chaque côté une petite plaque 
latérale munie d'une vis dont le serrage maintiendra le cadran à l'inclinaison 
voulue. 

Nous avons vu que le style doit être dipgé un peu au sud du Soleil à midi, 
de telle sorte que son ombre se projette au Sud. C'est dire que la déclinaison 
du style doit être inférieure de 3<» à 4*» à celle du Soleil. 

Prenons, par exemple, le jour du solstice d'été, à Juvisy. 

A cette date, la déclinaison du Soleil est de 23*^ j, celle du style sera donc 
de 20^ 

L'inclinaison du cadran sera celle de la latitude du lieu, moins la décli- 
naison du style, soit 48*» 42'— 20**, soit 28*»22'. Une précision à un demi- 
degré près suffit. 

Nous élevons donc notre cadran en le faisant tourner autour de sa char- 
nière jusqu'à ce que son plan passe par 28** \ au-dessus de la ligne horizontale 
de zéro des arcs de cercle. Comme il convient d'opérer à midi, on trouvera 
cette inclinaison, indépendamment des divisions gravées sur les arcs de 
cercle, tout simplement par l'ombre du style. Plus cette ombre à midi est 
courte, plus la rétrogradation est grande. Pour un style de 0™,20, il convient de 
prendre un ombre de 0",0i, à midi, et de fixer le cadran à cette inclinai- 
son-là. 
Cela fait, l'ombre s'éloigne de la ligne méridienne S N en se dirigeant vers 

(<) Ce nouveau genre de cadran solaire, représenté fig. 103, a été construit par 
M. Molteni, l'ingénieux opticien qui a fait faire de si rapides progrès à l'art des pro- 
jections. 




Rétrogradation de l'ombre sur le cadran solaire. 



LE CADRAN SOLAIRE A RÉTROGRADATION. 327 

TEst et en s'allongeant. Au bout d'un certain temps, elle s'arrête. Puis elle 
revient sur ses pas et rétrogade jusqu'au coucher du Soleil. 

Nous avons représenté {fig. 105) le plan du cadran solaire de Juvisy observé 
le jour du solstice d'été. Ce plan est de grandeur naturelle (on a supprimé, 
dans ce but, la partie de droite qui, du reste n'ajoutait rien à la démons- 
tration). 

Les lignes d'ombre sont tracées de quart d'heure en quart d'heure depuis 
midi jusqu'à P30" : elles sont dessinées à leurs positions etàleurs longueurs 
précises. A partir de l^^SO"" l'ombre continue à peine son cours; elle avance 
encore un peu, mais pour rester stationnaire de 1*^50" à 2*» 34. Le milieu de 
cet intervalle, soit 2*" 12", représente l'heure de l'angle maximum. 

Alors comme chacun peut s'en assurer, l'ombre forme un angle de 78<»,7 
avec la méridienne. 

Dès lors, l'ombre rétrogade, tout en continuant de s'allonger. A 2*" 50" elle 
repasse par la ligne de l'^SO™ ; à 3*» 10, elle arrive vers celle de 1* 15", à 4 heures 
vers celle de 1 heure, à 5** 10" vers celle de 12*' 45 et à 6 heures à la ligne où 
elle passait à 12'» 37". Le Soleil se couche vers six heures pour le plan du 
cadran ; mais on peut suivre la rétrogradation plus longtemps en recevant 
l'ombre du style sur le cadre du cadran, s'il dépasse son plan, ou sur un 
écran perpendiculaire à ce plan. C'est ainsi que nous avons marqué la trace 
de l'ombre à sept heures, en dehors du cadran. 

De 2** 12" au coucher du Soleil, l'angle de rétrogradation est de 11° j. C'est 
un peu plus que la rétrogradation rapportée par la Bible (en supposant qu'ils 
aient eu la même division du cercle que nous). 

Il convient de faire cette expérience dans les conditions précédentes et vers 
le solstice d'été; parce qu'à cette époque la rétrogradation est à son maximum: 
aux équinoxes elle est nulle. 

De Téquinoxe d'automne à Téquinoxe de printemps, on ne peut pas obser- 
ver toute la rétrogradation, parce que le Soleil se couche trop tôt. 

Ces conditions se rapportent à notre hémisphère. Appliquées à l'hémisphère 
austral, elles sont de sens contraire. 

Dans l'expérience précédente, faite au solstice d'été, notre cadran est 
parallèle à un cadran horizontal placé à 20* de latitude boréale, comme au 
sud de La Mecque, au nord de Bombay, ou au Tonkin, à Cuba (Santiago), à 
Mexico, Saint-Domingue, etc. Tout cadran solaire à style vertical placé hori- 
zontalement à cette latitude doit montrer la même rétrogradation. Tout 
cadran horizontal à style vertical observé entre les tropiques doit montrer 
une rétrogradation analogue pendant notre été pour les latitudes boréales et 
pendant l'été austral pour l'autre hémisphère. En thèse générale, la rétrogra- 
dation est d'autant plus grande que la déclinaison du Soleil est elle-même 



328 L'ASTRONOMIE. 

plus grande et que la déclinaison du style se rapproche davantage de celle 
du Soleil. II est singulier que Ton n'ait jamais remarqué le fait sous les tro- 
piques; il faut croire qu'on n*a jamais eu la curiosité d*y observer un 
cadran solaire horizontal à style vertical. 

Pour un cadran horizontal, la rétrogradation est nulle à Téquateur; elle 
augmente jusqu'au tropique, quand la déclinaison du Soleil est supérieure à 
la latitude du lieu. Au delà, elle est de nouveau nulle; mais pour la produire 
il suffit d'incliner le cadran sur l'horizon d'une quantité égale à la latitude 
du lieu, moins la déclinaison du style lorsque le Soleil est dans le même 
hémisphère, et de cette latitude, plus la déclinaison du style quand il est dans 
l'hémisphère opposé; dans ce dernier cas, la rétrogradation n'est pas com- 
plète, le Soleil disparaissant de l'horizon du lieu avant de s'abaisser au- 
dessous de celui du cadran. 

Tout ce qui vient d'être dit pour la marche de l'ombre dans l'après-midi 
s'applique en sens contraire aux heures de la matinée; nous aurions pu tra- 
cer sur le cadran des lignes symétriques du lever du soleil à 9*» 48", et de 
cette station jusqu'à la progression rapide de midi ; mais pour plus de sim- 
plicité et plus de clarté, nous nous en sommes tenu à l'inscription du mou- 
vement à partir de midi. 

Maintenant, le cadran solaire d'Achaz était-il analogue à celui que nous 
venons de décrire? L'hypothèse est plausible. Achaz, père d'Ezéchias, roi de 
Juda, régnant à Jérusalem, avait des astrologues dans sa cour, comme 
Ezéchias et comme Josias, son petit-fils : il suffit de lire le « Livi*e des Rois » 
pour sentir combien l'astrologie était alors intimement liée à la religion et 
quels rôles jouaient les astrologues et les prêtres. Presque à chaque règne on 
les extermine pour les remplacer! Achaz « sacrifia sur les hauts lieux » selon 
l'expression de la Bible. Son petit-fils Osias « détruisit les autels qui étaient 
sur la terrasse de la chambre d'Achaz » (Rois y TV, 23). « Il extermina aussi les 
augures, qui avaient été établis par les rois d'Israël pour sacrifier sur les 
hauts lieux dans les villes de Juda et autour de Jérusalem, et ceux qui 
offraient de l'encens à Baal, au Soleil^ à la Lune, aux douze signes et à toutes 
les étoiles du ciel. » 

On ne saïu-ait être plus explicite, et il n'y a rien de surprenant à ce que les 
prophètes eux-mêmes aient combiné certains phénomènes célestes de façon 
à agir sur l'esprit des princes et à les ramener dans le droit chemin. Aujour- 
d'hui même on en voit bien d'autres en politique. 

Pour faire rétrogader l'ombre de 10°, il faut donner au style une inclinaison 
de 18*25'. A Jérusalem, dont la latitude est de 3i''46', le cadran doit être 
incliné sur l'horizon de 31*46' — 18*25' soit de 13*21'. 

Quoi qu'il en soit, il nous a paru intéressant d'établir dans notre nouvel 



LE GADRIK SOLAIRE A RÉTROGRADATION. 



Z» 



observatoire ua cadran solaire à rétrogradation et d'en offrir à nos lecteurs la 
description prise sur nature. 

Camille Flaicmariox. 

P. S. — Nos lecteurs mathématiciens ou géomètres trouveront ci-dessous la 
théorie, les formules et les épures, que M. le colonel GuiUemin a bien voulu 
rédiger spécialement pour V Astronomie. 



THÉORIE, FORMULES ET ÉPURES DE LA. RÛTROGRADATIOX DE l'OMBRB. 

Soit fig. iOQ une sphère céleste ayant son centre en G; HHq : plan horizontal ; en O : 
style vertical dont le zénith est en Z; PPo : ligne des pôles; EEo : plan de 
réquateur; SSo parallèle décrit par le Soleil; ZHjZo : plan vertical tangent au 



Fig. 106. 



H 




parallèle solaire, (soit plan de Técliptique aux solstices), dans lequel pourra 
toujours se trouver le style. 

PHiDPo: méridien passant par le point d'intersection H) du plan horizontal 
avec le parallèle solaire. 

A, Ae, A' = déclinaison du Soleil. 

l = déclinaison du style. 

HiOflJ = direction de Tombre au lever du Soleil. 

T 



3S0 L'ASTRONOMIE. 

^ HsOH^ =^ direction de Tombre au moment de son plus grand écart du méridien. 

HGHs = azimut maximum de Tastre. 

R = angle de rétrogradation = arc HiHi. 

r = arcHiHs compris entre les intersections de Técliptique et du plan de 
réquateur avec le plan horizontal. 

r est le complément de l'azimut maximum du Soleil. 

( R + r) == arc HiHs, compris entre les intersections du parallèle solaire et 
de réquateur avec le plan horizontal. 

Détermination de (R-*-r). 

Considérons le triangle H1DH3 rectangle en D, le côté HiD = A = déclinaison 
du Soleil, l'angle opposé = 90» — Z = complément de la déclinaison du style. 
On a, d'après les formules trigonométriques connues ; 

' ,T% ^ sinA sinA 

(•) ^"""-^'•^- sin(90--<) =-3^- 

Détermination de r. 

Considérons le triangle AHtHj, rectangle en H». — Les angles A et (90«— / 

sont connus et Ton a : 

cosA CCS A 

Observation. — La formule (2) permet de déterminer la latitude d'un lieu 
quelconque, en observant l'azimut maximum d'une étoile dont la déclinaison est 
connue et supérieure à la latitude du lieu d'observation. 
Soit 6, l'azimut maximum observé, cosr = sinO d'où : 

cos / = . . • 
smO 

Cette formule présente l'avantage d'être indépendante de la réfraction. 

11 faut choisir une étoile dont la déclinaison ne soit pas trop supérieure à la 

latitude du lieu d'observation, sinon on est exposé à de grandes variations 

de [, par de petites de r. 

Formule générale donnant directement la valeur de R, 

R étant égal à (R + r) — r, on a : 

(3) sinR = sin(R-t-r)co8r — co8(R-+-r)sinr, 

. / r» \ sin A / r» X i/cos* l — sin* A 
8m(RH-r)= — --r> co8(R-hr) = ^ — , ^ , 

«^o* CQsA . v^sin«A — sin*l 

cos r = ■ , » sinr= ^ ' , . 

cos l cos L 

En remplaçant les sinus et les cosinus par leurs valeurs : 

..^T> _ sinA cos A v/( cos» L ^ sin» A ) Çsin» A — sin» î) 
"°" " cos»Z SSStî ' 

. o sin A cos A . Vsin» A cos» A — sin» / cos» l 

C08»t ' C08*l 



LE CADRAN SOLAIRE A RÉTROGRADATION. 



331 



(4) 



sinR = 



sin2A — v/sin«2 A — sin«2 f 



2cos«Z 

Il est en général plus simple de calculer les valeurs de R, au moyen des 
formules |1 ) et (2) et en faisant la différence (R -h r) — r = R. 



TABLEAU DES VALEURS DE R, 

au solstice d'été et pour les différentes déclinaisons du style. 



l 


(R + r) 


r 
• 


R 


0* 


23*.28' 


23*. 28' 


0<».00' 


2* 


23*. 29' 


23*. 23' 


0'.06' 


4- 


23*.32' 


23-. 09' 


0-.23' 


6* 


23'.36' 


22*. 44' 


0«.52' 


8- 


23-. 43' 


22-. 08' 


1-.35' 


10* 


23*. 51' 


21-.20' 


2».3l' 


12* 


24«.01' 


20*. 19' 


3«.42' 


14* 


24*. 14' 


19-.02' 


h\ 12' 


16* 


24*. 28' 


17*.24' 


7-.04' 


18* 


24*. 45' 


15M9' 


9\26' 


20* 


25-. 04' 


12-. 32' 


12*. 32' 


22* 


25*. 26' 


8*. 23' 


17\03' 


23*. 28' 


25*. 44' 


O-.OO' 


25-. 44' 




A = i 


>3*.28' 





TABLEAU DES VALEURS DE R, 

pour différentes déclinaisons du Soleil, la différence (A — des déclinaisons 
du Soleil et du style étant constante et égale à : 3% 28'. 





(R + r) 


r 


R 


A= 7*.28' 


7-. 29* 
11-.35' 
15% 49' 
20*. 17' 
25*. 04' 


6M9' 
8M5' 
9-. 50' 
11M4' 
12% 32' 


1*. 10' 
3«.20' 
5*. 59' 
9% 02' 
12-. 32' 


i - 4- ( 

A = 11*. 28' / 


i = 8- ) 

A = 15*.28' ) 


Z =12* i 

A=l9-.28' ; 


Z =16* i 

A = 23*. 28' 


i =20* ( •••••••••; 



332 



L'ASTRONOMIB. 



TABLEAU DES VALEURS MAZIMA DE R, 

pour différentes déclinaisons du Soleil, 



8in(R-+-r) = 



A- 

sinA 



/ 



cosA 
sinR = tangA 



cosr = 



cosA 
cosA 



A 


R 


0* 


0* 


4* 


4». 41' 


8* 


8*. 05' 


12» 


12*. 16* 


16* 


16\40' 


20* 


2f.21' 


23*. 28' 


25».44' 


La longueur d'ombre à midi est 


égale à 0. 



La fig. 107 représente les différentes courbes ; 

Fig. 107 




10* «• w* »• 10» 20» trtyn»' 



Les déclinaisons l, se mesurent sur l'abscisse, et les angles de rétrogradation R, 
sur leg ordonnées. * '" ' 



LE CADRAN SOLAIRE A RÉTROGRADATION. ;383 

La courbe des R a été tracée en prenant les dififérences des ordonnées de la 
courbe des (R-4- r) et de celle des r. On voit dans la courbe des R, pour A = 23»28', 
qu'elle diffère très peu du cercle qui a été tracé en pointillé. Les autres courbes 

Fig. 108. 

w>i — , — . — '■ ^ — . — . — . ^ -.00* 




pour des déclinaisons A = 20, 16o, i2o, sont simplement tracées avec des arcs do 
cercles, raccordés à la courbe des maximum par des tangentes. 

Les longueurs d*ombre sont représentées en vraie grandeur pour un style 
de 0",20; elles se mesurent sur les ordonnées, au moyen d'une échelle métrique. 

Projection verticale. 

Au centre de la sphère céleste G s'élève un style vertical, dont le zénith est en Z. 

HHo = trace du plan horizontal. 

OE = trace du plan de Téquateur. 

PPo = ligne des pôles — axe. 

SK = trace du parallèle décrit par le Soleil. 

KNTS = rabattement du plan KS, divisé en heures indiquées en chiffres 
romains. 

L'angle SOE = A = déclinaison du Soleil. 

L'angle ZOE := l = déclinaison du style. 

a =: angle horaire (compté à partir du méridien) du plus grand écart de Tombre. 
. p =: angle horaire (compté à partir de 6^), du. lever au coucher du Soleil. 



«34 



L*ASTRONOMIE. 



En projection horizontale : 

HHo est la trace du plan méridien. 

MTN' = projection de Tare SK décrit par le Soleil au-dessus de l'horizon. 

T' OT; = trace du plan vertical tangent à la projection N'TM de SK. 

Fig. 109. 



X. 



MU 



>-> 



:v-,.-::^ 



■■^:-^ 



<if 



i 



T4^ 



U l" 


[ ! ; 
î i ! 


• qT^ 


\\ \ \ 


i ! ! 


w 






^T* 



./^ 



n«i 



r- "-#1 



Oi L 



B, 



«h 



.i liw 



2*» 2*j^m 3,H 



N'O, direction du rayon lumineux au coucher du Soleil, et dont le proIong:e- 
ment indique la direction de l'ombre. 

t; 12»» Ti . . . 4»> = trace de l'ombre de l'extrémité d'un style vertical. — Les 
heures sont indiquées en chiffres arabes. 

BB^i . . . indique les longueurs d'ombre aux différentes heures, à partir de B, et 
pour un style dont la vraie grandeur serait = OB. 

L'aire du plan horizontal balayée par l'ombre du style est teintée en noir. La 
partie balayée deux fois est plus foncée. 

. La .ligne O 12^, prolongement de MO indique la direction et la grandeur 
d'ombre à midi. Celle-ci s'écarte peu à peu du méridien jusqu'en OT^ prolongement 



LE CADIAlf' SOLAIRE A RÉTROGRADATION. «35 

de TO, tangent' à Tellipse N'T'O. Dès lors, Tombre se rapproche du méridien 
jusqu'à ce qu'elle ait prit la direction du prolongement de N'O. N' étant le lieu 
du Soleil au moment où il s'abaisse au-dessous de Thorizon du cadran. 

(solstice) 
R = 10-. 
Commencement de la rétrogradation après midi 

a = 2''40-, p = 0''33-. 
Coucher du Soleil = 6^33-. 

Expérience du 11 août 1881, faite par Af. Camille Flammarion 
k Lausanne {fig. 110). 

A =15* 10' i = n% 
longueur d'ombre à midi, la longueur du style étant de 0'»,20 : 

tang(A — 0= tang3»10 = 0,055 x longueur du style 
longueur d'ombre = 0,055 x 20 = l^™,!. 
Inclinaison du cadran sur l'horizon : 

Latitude de Lausanne = 46*31 . 
Inclinaison^ 46*31' - 12* = 34'31'. 

Rétrogradation de l'ombre : 

sin(R -h r,) = 0,26747 
i 
cosr = 0,98 673 

(R+r) = 15*31', r = 9*2r 

(R + r) — r = R = 6*10'. 

Conmiencement de la rétrogradation après midi : 

co8,= -i2îig|L = 0,78415 
tang 15*10 

a = 38*2r = 2''33-'. 
Coucher du Soleil pour le cadran : 

8inp = 0,05365 

p = 3*-f-4'à5'=12-. 

= 6»» 12». 

La trace de l'ombre de l'extrémité du style de 0°»,20, tel qu'il a servi pendant 

l'expérience, est indiquée en ligne ; tandis que la trace de l'ombre 

figurée dans l'épure est celle d'un style égal à OB = 0»,5. 

A = 70* Z = 40* 
R = 26*31' 
a = ,4M9-. 



336 



L'ASTRONOMIE. 



Le Soleil ne disparaît pas de l'horizon et la direction de l'onibre est la même à 
midi et à minuit. 

A =45- l = ib\ 

Fig. 110. 




.** 



V 



N. 



li -i \ \ \ 



# r* » ft cosA - rt 

cos(R-+-r) = 0, cosr=-— T- = l, r = 0. 

COS A 

sinR = cosr = 1 
90-. 



LE CADRAN SOLAIRE A RÉTROGRADATION. 



337 



On remarque ici, que la rétrogradation est continue, Tombre faisant un angle 
droit avec le méridien immédiatement avant et après midi. 

Détermination des heures du commencement et de la fin de la rétrogradation. 
Soit e = rayon de l'arc STPN décrit du centre I (parallèle solaire) 

e = IS:= OD = cosA 

ZT 7A 

seca = -r- = - 

e cosA 

Fiff. 111. 




vm 



M'*m 



ZI, considéré comme faisant partie du triangle, 

ZIO = OIcotg/; 



mais 
Donc 



OI = DS = sinA. 
ZI = sinAcotgZ 



338 
et 

on a aussi 



(5) 



L'ASTRONOMIE. 



. ZI sin A . , . 4 4 I 

séca —---=: ^ cotg/ = tangA cotg /. 



cosA 



%écoL — 



cosa 
I 



langA cotg/ 

_ tang / 
* ~" tang A 




égal heure de l'azimut maximum, en réduisant les degrés en minutes, et en divisant 
par 15, pour avoir des minutes de temps. 

Heure du lever et du coucher du Soleil pour le plan du cadran, 

. ^ NC KT KT 
' e e cosA 

Kl =: 01 tangl = sin A tang/ 

Kl sin A, 



sinB =^ — = jT 

*^ e cosA 



tang/ 



( 6 ) sin p = tang A tang /. 

L'heure du commencement de la rétrogradation à partir de la ligne méridicuuc 
et de midi est donnée par la formule 

cosa= . ^V » 

tang A 



LE CADRAN SOLAIRE A RÉTROGRADATION. 339 

dans laquelle l représente la déclinaison du style, et A la déclinaison du Soleil. 
Dans l'exemple du texte, (Juvisy), solstice d'été, on a 

Dans Texpérience faite à Lausanne, le 11 août 1881, on a 

cosa = , ^^"fr!.Tn> =