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Full text of "La Vallée de Barèges et le reboisement: les torrents--le désastre de 1897 ..."

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LA VALLÉE DE BARÊGES 



ET 



LE REBOISEMENT 



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VALLÉE DE BARÈGES 



ET 



LE REBOISEMENT 



-Kt- 



LES TORRENTS — LE DÉSASTRE DE 1897 

LES AVALANCHES 



Par a. campagne 

INSPECTEUR - ADJOINT DES EAUX ET FORÊTS 



AVEC 32 REPRODUCTIONS EN PHOTOTYPIE 



PAU 

IMPRIMERIE- STÉRÉOTYPIE GARBT, RUE DES CORDELIERS, II 
' J. BMFÉHAUGBR, IMPRIMEUR 

1902 



Mon cher Maître 

Monsieur E. de GORSSE 

Conservateur des Eaux et Forets 



Hommage très respectueux, et affectueux souvenir. 



PREFACE 



Faire la description et le simple récit des désastres occasionnés 
dans la Vallée de Barèges par les torrents et les avalanches ; 

— rechercher la cause première de tous ces maux, le déboisement ; 

— en indiquer le remède, le reboisement ; — entrer enfin dans 
quelques détails au sujet des travaux de restauration exécutés 
dans cette Vallée par le Service forestier pendant la seconde moitié 
du x/x* siècle : tel est le but que nous nous sommes proposé en 
écrivant ce modeste opuscule. Nous en avons, à dessein, banni 
y appareil des mots techniques et des formules abstraites, pensant 
que ce petit travail y gagnerait en clarté et pourrait, dès lors, 
intéresser un plus grand nombre de lecteurs ; — trop heureux 
serions 'nous d'y avoir réussi, même en partie, car c'est un plaisir 
autant qu'un devoir pour nous de faire connaître et apprécier 
comme il convient l'œuvre du reboisement de nos belles montagnes, 

— œuvre patiente et difficile entre toutes, mais déjà menée à bien, 
sur nombre de points, par le Service forestier, grâce à l'appui et 
aux précieux encouragements que n'ont cessé de lui prodiguer 
depuis trente ans le Parlement et le Gouvernement de la 
République. 

Nous devons ici un remerciement tout particulier à M. E. de 
Oorsse, l'éminent chef de la 22^^ Conservation forestière, qui a 
bien voulu revoir de près notre travail, nous prêter les conseils de 
sa haute expérience, et nous encourager à publier, avec leur 
cortège de preuves et de documents photographiques, ces quelques 



8 PREFACE 

esquisses^ primitwement destinées au public très restreint du 
Paçillon des Eaux et Forêts, à l'Exposition de igoo» 

Les notes que nous avions rédigées en vue de l'exposition fores- 
tière ont formé, par leur réunion, ce petit volume. Nous avons 
condensé en un travail d'ensemble les observations intéressantes 
que nous ont léguées divers auteurs peu connus, relativement aux 
crues des torrents et aux avalanches dans la Vallée de Barèges; à 
l'exposé antique des méthodes de confection et de restauration 
préconisées par ces auteurs, nou^ avons joint la description des 
travaux exécutés par le Service des Eaux et Forêts, et enfin les 
observations personnelles qu'il nous a été donné défaire, en tant 
que directeur des travaux de Barèges, pendant huit années 
consécutives. Nous présentons ainsi, à côté de la théorie, le fait 
expérimental ; — à côté de la proposition, la preuve. 



< .a 



PREMIERE PARTIE 



LES TORRENTS - LE DÉSASTRE DE 1897. 



CHAPITRE I" 



Les terrains de la VaHée de Barèges. — Description 
succincte de la Vallée au point de vue orographique, 
hydrographique et géologique. — Le Bastan et ses 
affluents. 

La constitution géologique et le relief des terrains dont est 
formée la Vallée de Barèges ont eu, de tout temps, une grande 
influence sur le régime des eaux dans le Bassin du Bastan» 
'Aussi est-il nécessaire d'en donner un aperçu général avant 
d'entreprendre l'historique et d'étudier les causes des phénomènes 
torrentiels qui ont trop souvent désolé cette pittoresque région de 
Labatsus. 

La Vallée de Barèges, tributaire de la grande Vallée de Luz ou 
du Gave de Pau, est une dépression étroite qu'enserrent de puis- 
sants contreforts détachés du Pic du Midi de Bigorre et du 
Néon vieille. 

Celte dépression dont l'axe est orienté de l'Est à l'Ouest s'em- 
branche, à l'extrémité Ouest, sur la Vallée du Gave de Pau. C'est 
en ce point de jonction qu'est située la station de Luz. 

A son extrémité orientale le- val de Barèges se termine en un 
vaste entonnoir dont les parois, complètement dénudées et en 
grande partie ravinées, forment ce que l'on appelle le Bassin du 
Tourmalet. t- Le « Col du Tourmalet », situé à 212a™ d'altitude, 
marque le point le plus bas d'un contrefort, détaché du massif 
du Pic du Midi, qui ferme en amont la Vallée de Barèges et 
la sépare du Bassin de l'Adour. Le col est traversé par la roule 
thermale de Barèges à Bagnères, prolongement de la route de Luz 
à Barèges. 

La Haute Vallée — Le Pic du Midi. — Cette région élevée de 
la Vallée de Barèges est trisle, sauvage, resserrée, entourée de 



12 LA VALLEE DE BAREGES ET LE REBOISEMENT 

ravins. Le touriste qui la parcourt — venant de Barèges — a géné- 
ralement hâte de la quitter pour gravir, à sa gauche, le promontoire 
escarpé du Pic du Midi. 

De rObservatoire bùti sur le sommet de ce pic, à 2877"^ d'altitude, 
ou même du lac d'Oncet, situé au pied de Thôtellerie, à aaSS", il 
peut admirer un magnifique spectacle, et voir se relever en amphi- 
théâtre, jusqu'aux sommets du Mont-Perdu, du Marborée et du 
Yignemale, les superbes montagnes qui avoisinent la frontière 
d'Espagne. 

Les sources du Bastan. — C'est, à proprement parler, au lac 
d'Oncet que naît le cours du Bastan. Creusé dans les schistes 
argilo-calcaires dont est formé le massif du Pic du Midi, le lac 
d'Oncet reçoit, tant par voie d'infiltration que par ruissellement 
superficiel, les eaux provenant de la fonte des neiges sur ces 
versants élevés. Le torrent dit d' « Oncel », qui sort du lac et vient 
tomber dans le bassin du Tourmalet par une série de cascades, est 
beaucoup plus gros et plus impétueux que les divers ruisseaux qui 
sillonnent les pentes de ce bassin. La plupart des auteurs placent, 
cependant, le point de départ du cours du Bastan dans la partie 
basse de la dépression du Tourmalet, où les ruisseaux de Coume 
d'Ayse, de Lampana, de Montaillat, etc., viennent confluer dans le 
torrent d'Oncet : — pure aflaire de convention, d'ailleurs, et qui ne 
saurait influer sur le développement de notre sujet. 

Quoi qu'il en soit de ce point spécial, le Bastan, à sa sortie des 
gorges du Tourmalet (à l'altitude de i65o°>), est déjà, par son 
volume, un cours d'eau important. 

Du Tourmalet à Luz, en passant par Barèges, sur un parcours 
total de i3.8oo™, il serpente au pied des contreforts montagneux 
qui se détachent du Pic du Midi (rive droite) et du Néouvîeille 
(rive gauche) é 

Les contreforts montagneux. — Bien qu'appartenant tous aux 
formations primaires, ces contreforts présentent entre eux quelques 
différences légères au point de Vue de la constitution géologique. 

La bande rocheuse qui sert d'assise aux montagnes de la rive 
droite, entre le Pic du Midi et Luz, est, très uniformément, compo- 
sée de schistes argilo-calcaires, souvent métamorphiques, mélangés 
d'anthracite ferrugineux et de calcaires magnésiens-talqueux» 



PREBOERE PARTIE — LES TERRAINS DE LA VALLEE DE BAREGES l3 

Sur la rive gauche du Bastan, les schistes argilo-calcaires émer- 
gent surtout dans le voisinage du Tourmalet et dans la partie basse 
de la Vallée de Barèges, entre Yiella et Luz. La grande masse de 
l'assise géologique est formée partout ailleurs de calcaires meta-* 
morphiques faisant suite au massif granitique du Néouvieille, qui 
surplombe la Vallée, au Sud. 

C'est dans la région du Néouvieille que viennent se rejoindre les 
vallées secondaires d'Escoubous et du Lienz, où prennent naissance 
les deux principaux affluents du Bastan. 

La région du Néouvieille — Les Lacs. — Le Pic granitique 
de Néouvieille ou des a Vieilles neiges » (8092°») — une des plus 
belles cimes de la chaîne pyrénéenne, — est moins connu et moins 
visité des touristes que son voisin le Pic du Midi de Bigorre. 
L'Observatoire bâti sur le sommet de ce dernier est le rendez- vous 
préféré des touristes, en raison de l'intérêt propre qu'il présente, 
et aussi de la facilité de l'ascension. Le Pic de Néouvieille, avec 
ses pentes abruptes, ses précipices et son glacier, n'est à la portée 
que d'un petit nombre d'intrépides alpinistes. Il n'en est pas 
moins le plus beau des deux par ses formes élancées et son port 
majestueux. 

Au pied du Néouvieille, sur les hauteurs qui dominent les vallées 
secondaires d'Escoubous et du Lienz, une quinzaine de petits lacs, 
creusés, — entre 2000 et 24^^"^ d'altitude, — dans plusieurs séries 
de gradins rocheux, reçoivent les eaux du versant Est du massif. 
— Echelonnés le long de trois thalwegs distincts que séparent des 
crêtes assez élevées, ces lacs sont reliés entre eux, dans chacun des 
thalwegs, par une série de petites cascades. -^ Ainsi prennent nais- 
sance les ruisseaux d'Aygues- Cluses, d'Escoubous et du Lienz, 
sortis des trois lacs de même nom. 

Les grands afSuents du Bastan. — Le ruisseau d'Aygues- 
Gluses se réunit à l'Escoubous pour former le torrent d'Escoubous, 
dont le développement total est de 3.6oo mètres entre le lac et le 
confluent dans le Bastan (à 3 kilomètres en amont de la station de 
Barèges). 

Le torrent du Lienz ou de Glaire a un développement de 5. 000™ 
et vient déboucher dans le Bastan à 600 mètres en amont de l'entrée 
de Barèges. 



:>{ JLA VAILLES DE BAREGES ET LE REBOISEMENT 

Ces deux torrents, d'un volume beaucoup moindre que celui da 
Bastan, ont cependant un cours très impétueux en raison de la 
forte pente de leur lit, laquelle est en moyenne de i5 centimètres 
par mèlre. Les vallées secondaires auxquelles ils donnent leurs 
noms présentent un caractère triste, tourmenté et sauvage qui n'est 
pas sans grandeur. L'écrivain anglais Hardy, dans la relation de 
son a Voyage aux Pyrénées », publiée en 1817, parle des « belles 
forôts de pins de montagne » que Ton pouvait encore admirer, à 
cette époque, dans les gorges du Lienz, d'Escoubous et d'Aygucs- 
Gluzes. De ces massifs il ne subsiste plus, aujourd'hui, que de rares 
vestiges. Ici, comme dans la vallée principale, la hache des pâtres 
a consommé depuis longtemps l'œuvre de destruction. Elle n'a 
laissé debout que des arbres épars, chétifs et rabougris, accrochés 
aux rochers inaccessibles qui dominent le cours des torrents, ou 
disséminés au milieu des écroulements granitiques de la région 
élevée. 

Le lit du Bastan depuis le Tourmalet jusqu'à la gorge de 
Toumabouc, — Le lit du Baslan, depuis le Tourmalet jusqu'au 
vallon d'Escoubous — c'est-à-dire dans la zone élevée des pâtu- 
rages — est creusé dans une couche peu épaisse de terrains argilo- 
calcaires provenant surtout de la désagrégation des roches sous- 
jacentes. 

Le torrent a déjà ipis la roche à nu sur une grande partie 
de ce parcours, et l'on y voit affleurer sur ses deux rives les bancs 
calcaires et les schistes de l'assise inférieure. 

De Tournabouc à Luz : les boues glaciaires. — A partir de 
la gorge de Tournabouc, où le ruisseau d'Escoubous vient confluer 
dans le Bastan, le lit du torrent principal change complètement de 
nature, de forme et d'aspect. Depuis ce point jusqu'à Luz, soit sur 
un parcours de 9 kilomètres environ, le Bastan coule au fond d'une 
dépression profonde qu'il s'est creusée — depuis de longs siècles — 
à travers des terrains d'origine glaciaire. 

Pendant la période dite glaciaire, la Vallée de Barèges tout entière 
était remplie par un vaste glacier qui prenait son origine aux pics 
de Néouvieille et du Midi, et venait confluer dans l'immense glacier 
de Gavarnie. Ce dernier s'étendait des cimes du MarboréQ à la plaine 
aujourd'hui dite « de Tarbes ». On peut encore voir sa moraine 



PREMIÈRE PARTIE — LES TERRAINS DE LA VALLEE DE BAREGES l5 

frontale au-delà de cette ville; il avait donc une longueur de plus 
de loo kilomètres. 

. En aval des gorges de Tournabouc, les deux contreforts rocheux 
qui limitent la Vallée de Barègcs au Nord et au Sud sont, aujour- 
d'hui, recouverts à leur base par les dépôts des glaciers disparus. 
Ces dépôts sont formés de terres argilo- calcaires mélangées de sables 
siliceux et tenant en suspension dans leur masse des milliers de 
blocs granitiques et aussi de roches calcaires de formes et de dimen- 
sions très variables, arrachés jadis par le glacier aux parois des 
vallées supérieures. 

. La haute région de la Vallée de Barèges, entre le Tourmalet et la 
gorge de Tournabouc a dû, autrefois, comme la zone inférieure, être 
en partie recouverte par les dépôts glaciaires. Mais l'épaisseur de 
ces dépôts y était certainement moindre. Il est évident aussi que, 
longtemps avant l'époque actuelle — probablement pendant la 
période des grandes inondations qui a suivi la période glaciaire 
— de violentes érosions ont dû ici, comme dans beaucoup d'au- 
tres vallées, combler la région inférieure au détriment de la zone 
élevée. 

L'épaisseur de cette couche de terrains de transport varie 
beaucoup d'un versant de la Vallée à l'autre. Elle ne dépasse 
guère 100 mètres sur le versant du Nord (rive droite du Bastan), 
tandis qu'elle atteint 3oo et 4^0™ sur le versant méridional (rive 
gauche). 

Les bouleversements qui ont précédé l'époque actuelle ont été 
sans doute la cause efficiente de cet affaissement des terrains 
glaciaires sur le versant de la rive droite du Bastan ; le phénomène 
a d'ailleurs été favorisé par la déclivité de l'assise rocheuse, beaucoup 
plus grande de ce côté que de l'autre. Les érosions qui se sont 
produites à cette époque reculée ont même eu pour effet de mettre 
la roche complètement à nu dans la région qui s'étend, sur la rive 
droite, entre le promontoire de St- Justin, en aval de Barèges, et le 
bourg de Viey, près de Luz, soit sur un parcours de 3 kilomètres. 
C'est sur cette assise rocheuse qu'est bâti le village de Sers. 

Sur la rive gauche du Bastan, au contraire, l'énorme masse des 
boues glaciaires forme, entre Tournabouc et Luz, une assise presque 
ininterrompue. De belles forêts de sapin et de hêtre couvraient 
autrefois cette zone, du moins dans la partie qui domine les villages 
de Betpouey et de Viella. Le chêne et le pin- à- crochets formaient, 



l6 LA VALLÉB DE BARÈGBS ET LE ESBOISEMENT 

d'aatre part» sur les pentes escarpées de la rive droite, de véritables 
massifs. Ces forêts ont été détraites par les habitants eux-mêmes, 
au cours des deux derniers siècles, avec une sorte de fureur aveugle. 
Il n'en reste plus aujourd'hui, pour ainsi dire, qu'un lambeau, le 
bois de hêtre du Trouguet, qui surmonte immédiatement la station 
de Barèges, et dont l'étendue ne dépasse pas loo hectares. Ce 
massif, situé au pied du Pic d'Ayré (rive gauche du Bastan), sur 
un versant extrêmement déclive, est considéré à juste titre comme 
le « Palladium » de Barèges. 

Dans les terrains contigus s'ouvrent les bassins dénudés des 
torrents du St-Laur et du Pontis, creusés dans les boues glaciaires. 
Le torrent du Rieulet, jadis le plus terrible de cette région, est 
aujourd'hui corrigé et en grande partie reboisé. 
. Les ravins de la rive gauche, le Theil et le Midaou, sont traités 
par le Service forestier en vue de la suppression des avalanches. 

Le lit du Bastan entre Barèges et Luz. — La région basse de 
la Vallée de Barèges est de beaucoup la plus pittoresque et la 
plus riante. Au sortir des gorges arides du Pontis et de St- Justin, 
les champs cultivés, les arbres et les prairies qui s'étagent sur les 
deux versants, y reposent agréablement la vue. Ici, plus de ravins 
dénudés. La prévoyance des habitants — toujours en éveil quand 
il s'agit de la protection immédiate de leur propre héritage — - a 
su conserver soigneusement les bois de frênes, d'érables, d'aunes et 
de saules qui tapissent le lit des torrents, le long des prairies et des 
cultures. Le Bastan reçoit encore, dans cette zone, deux gros 
affluents : à droite le ruisseau de Sers, à gauche le Bolou, impétueux 
torrent qui descend de la haute région du NéouvieiUe, en contour- 
nant la montagne d'Ayré. Mais les berges de ces deux cours d'eau 
sont partout rocheuses ou boisées. Quant au torrent du Bayet, qui 
descend de la montagne de Viella pour venir se jeter dans le Bastan 
à I kilomètre en amont de Luz, il est aujourd'hui presque complè- 
tement corrigé, grâce aux beaux travaux de reboisement et de restau- 
ration exécutés par le Service forestier dans son bassin supérieur^ 
sur une étendue de quarante hectares. 

Le village d'Esterre est placé à peu près au sommet du cône de 
déjections, à pentes très douces, qu'ont formé, — à travers les 
âges, — les eaux du Bastan, à leur débouché dans la Vallée de Luz. 
La station de Luz est tout entière bâtie sur ces terrains d'alluvion. 



PREMIERE PARTIE — LES TERRAINS DE LA VALLEE DE BAREGES I7 

Influence de l'orographie et de la nature géologique des 
terrains sur le régime des eaux. — Ce rapide coup d'œil jeté sur 
la Vallée de Barèges nous amène déjà à formuler d'importantes 
remarques au point de vue de Tinfluence de l'orographie et de la 
constitution géologique des terrains sur le régime des eaux dans 
cette vallée. 

La pente du lit du Bastan. — En premier lieu, la forte pente 
générale du lit du Bastan est de nature à favoriser puissamment 
l'action destructive de ce torrent au moment des fortes crues. 

Le Bastan, entre les gorges du Tourmalet et Barèges, franchit une 
distance de 5.8oo™, correspondant à une différence d'altitude de 
35o» (i65o"* étant l'altitude de la gorge du Tourmalet et iBoo» celle 
du haut Barèges). La pente moyenne du lit est donc de ^^, soit 
de 6 centimètres par mètre, dans cette première partie du cours 
du torrent. 

Entre Barèges et le confluent du Bastan dans le Gave de Pau, la 
pente générale du lit est plus forte encore. La distance mesurée 
suivant l'axe du cours d'eau étant de S.ooo^", et la différence dé 
niveau de (i3oo-684), soit de 6i6 mètres, la pente moyenne atteint 
dans cette zone ^^, soit 7 centimètres par mètre. 

oUvv ia ^ * 

Si l'on fait abstraction du cône de déjections, en pente douce, sur 
lequel est bâtie la station de Luz, et si l'on calcule la pente moyenne 
du lit entre Barèges et Esterre, on obtient le chiffre — bien plus 
considérable — de 9 centimètres par mètre pour un parcours de 
6.000 mètres. 

Les boues glaciaires. — Il importe de remarquer, d'autre part, 
que depuis le quartier de Tournabouc (où il est grossi des eaux de 
TEscoubous) jusqu'à Luz — soit sur un parcours de près de 
II kilomètres, — le Bastan coule presque constamment sur des 
terrains d'alluvions anciennes, restes des moraines de la période 
glaciaire — terrains dépourvus de toute consistance propre et 
éminemment affouillables. — Ces dépôts glaciaires, une fois 
détrempés et emportés par les eaux, forment, dans le lit des 
torrents, une lave noirâtre dont la densité égale presque celle de la 
pierre, et dont la puissance de destruction est décuplée par la 
présence des blocs granitiques qu'elle tient en suspension dans sa 
masse. — Ce qui se passe tous les ans dans les bassins du St-Laur 



l8 LA VALLEE DE BAREGBS ET LE REBOISEZtfENT 

et du Pontis, afllaents du Bastan, doit fatalement se produire aussi 
— mais sur uue plus grande échelle — dans le lit du torrent prin- 
cipal, au moment des grandes crues. Et Ton conçoit déjà la force 
irrésistible que doit acquérir le torrent du Bastan quand, par suite 
d'un afllux d'eau extraordinaire, il s'élance hors de son lit habituel 
pour venir affouiller le pied de la montagne. 

L'état de dénudation des hauts versants, le déboisement, 
cause initiale des inondations. — Enfin, tout observateur clair- 
voyant est forcément frappé de Tétat de complète dénudation dans 
lequel se trouvent aujourd'hui les bassins de réception des eaux du 
Bastan et de ses deux principaux afQuents, l'Escoubous et le Lienz. 
Cette absence de végétation forestière dans la haute région de la 
Vallée de Barèges a des conséquences fatales au point de vue da 
régime des cours d'eau. 

L'hiver couvre d'une épaisse couche de neige les flancs décharnés 
du Pic du Midi et les pentes granitiques du Néouvieille. Le lac 
d'Oncet, dont l'étendue est d'environ 6 hectares, et les quinze petits 
lacs qui s'étagent au pied du Néouvieille, sur une étendue totale 
d'environ aS hectares sont, à ce moment, fermés par les glaces, et 
la neige s'amoncelle en quantités parfois énormes sur les bancs 
solides qui les recouvrent. 

Vers la fin du mois de juin ou vers les premiers jours de juillet, 
la chaleur solaire, les vents du Sud et les pluies douces produisent 
habituellement la fonte lente et progressive de ces neiges et de ces 
glaces. Le cours du Bastan, grossi pendant quelques jours, reprend 
vers la fin du mois de juillet son débit normal, qui ne dépasse guère 
3 mètres cubes par seconde. 

C'est ainsi que les choses se passent, dans les conditions ordi- 
naires. 

Mais si, par suite de circonstances exceptionnelles — par exemple 
sous l'action de pluies très violentes succédant à un printemps 
neigeux et froid — la fonte des neiges vient à s'opérer, sur les 
versants élevés, d'une façon presque subite, dans l'espace de 
quelques heures, alors des masses d'eau considérables tombent 
brusquement dans le lac d'Oncet et dans les bassins supérieurs de 
la région du Néouvieille. La glace des lacs est brisée ; un déborde- 
ment général se produit. Ce débordement — vu la faible étendue 
des lacs — serait, sans doute, impuissant à provoquer à lui seul 



PREMIERE PARTIE — LES TERRAINS DE LA VALLEE DE BAREGES Ig 

uae crue dangereuse. Mais ses effets peuvent être aggravés par le 
ruissellement de l'énorme masse d'eaux pluviales que recueillent 
parfois les bassins subjacents — complètement dénudés — du 
Tourmalet, d'Aygues-Cluzes, d'Escoubous et du Lienz. C'est surtout 
dans cette zone que se préparent les grandes catastrophes. Nulle 
végétation forestière ne se trouvant là pour absorber et retenir les 
eaux pluviales et en régulariser le débit, la débâcle des neiges peut 
se produire brusquement et en masse sur toute l'étendue des quatre 
bassins, c'est-à-dire sur une superficie de près de S.ooo hectares : 
dans ce cas, le Bastan, démesurément grossi, devient, en peu 
d'instants, un véritable fleuve, dont les eaux débordées entraînent 
tout sur leur passage. 

D'après l'enquête minutieuse à laquelle nous nous sommes livré, 
la terrible crue de 1897 s'est produite dans des circonstances tout-à- 
fait analogues à celles qui viennent d'être décrites. Avant d'en 
donner la relation détaillée, il convient de faire un historique rapide 
de quelques-unes des crues antérieures, dont plusieurs auteurs 
nous ont légué le souvenir. On verra, par la comparaison des phéno- 
mènes observés, que ces cataclysmes procèdent toujours des mêmes 
causes immédiates ou déterminantes, et que la cause initiale du mal 
n'est autre que le déboisement des régions supérieures, imprudem- 
ment pratiqué depuis deux siècles par les populations pastorales. 



30 LA VALLEE DE BAREGES ET LE REBOISEMENT 



CHAPITRE II 
Historique des principales crues du Bastan. 

• 

Situation de Barèges et de ses sources thermales. — Aperçu 
historique. — L'Hôpital militaire. — Barèges est bâti au fond 
d'une des gorges les plus resserrées de la Vallée du Bastan, sur la 
rive gauche et au bord même da torrent, à 600 mètres seulement en 

aval du débouché du Lienz. La station thermale, ainsi placée 

« 

— comme on l'a dit avec raison, c< devant la gueule du monstre » — 
a été de tout temps exposée aux incursions de son terrible voisin. 

Connues dès le xvi« siècle, les eaux thermales de Barèges n'ont 
acquis leur grande renommée que dans la seconde moitié du xvu®, 
à la suite de la cure qu'y fit en 1676 le jeune duc du Maine, fils de 
Louis XIV et de M"»® de Montespan. 

Barèges n'était alors qu'une pauvre bourgade, bâtie sur le lieu 
d'émergence des sources, au milieu des alluvions charriées par le 
Bastan. La réputation de cette station s'étendit rapidement, et la 
mode ne tarda pas à y attirer, à la suite de M™<^ de Maintenon, du 
duc du Maine et de M«»« de Ventadour, un grand nombre de person- 
nages de la cour de Louis XIV. 

Bien que les historiens de l'époque n'en disent rien, il est probable 
que plus d'une fois, au cours de ces premières années de prospérité, 
la station thermale de Barèges eut à souffrir des inondations du 
Bastan. La digue dite de « Louvois », bâtie le long de la rive gauche, 
en amont des premières maisons, date de cette époque. Elle était 
destinée à protéger le « Haut-Barèges », en empochant les eaux du 
torrent de pénétrer dans la rue principale, au moment des fortes 
crues. On verra plus loin quels services inappréciables cet ouvrage 
de défense devait rendre deux siècles plus tard, lors de la crue 
de 1897. 

La création de l'Hôpital militaire de Barèges remonte aux pre- 
mières années du xviii® siècle. A cette époque, les bâtiments 
militaires étaient situés sur l'emplacement qu'occupent aujourd'hui 



1 



PREMIERE PARTIE — - HISTORIQUE DES GRUES DU BASTÂN 31 

les Bains-Neufs et ceux de la Chapelle. En 1829, les vieux bâtiments 
ayant dû être démolis, l'Hôpital militaire fut formé d'une agglomé*- 
îation de maisons situées au bord du Bastaii, dans la partie haute 
de Barèges, en face du débouché du ravin du Theiï. Ce n'est qu'en 
1861 que furent construits, sur le même emplacement, les vastes et 
confortables bâtiments de l'Hôpital actuel. 

Il est permis de regretter que ce bel établissement militaire, qui 
peut hospitaliser aujourd'hui près de 3oo malades, n'ait pas été placé 
hors de l'atteinte du Bastan. Les catastrophes occasionnées à diverses 
reprises par les crues de ce torrent constituaient, en effet, des aver- 
tissements sérieux, et dont l'on eût dû tenir grand compte. 

La Crue de 1762. — La première crue dont nous possédions la 
description détaillée est celle du 4 juin 176a. Le littérateur Dusaulx, 
ce Girondin que Marat traitait familièrement de « vieux radoteur », 
et qui échappa à la hache révolutionnaire, a écrit un « Voyage à 
Barèges » — relation pleine d'agrément — dont la Bibliothèque 
municipale de Pau possède un des rares exemplaii'cs. Nous ex- 
trayons de cet ouvrage le récit de la crue du Bastan (du 4 juin ijfti) 
fait par un témoin oculaire, le commandant de Laurières. 

a Je remplissais — dit de Laurières — les fonctions de comman- 
» dant à Barèges, lorsque, le 4 juin, on entendit au milieu de la nuit, 
» d'un bout de la ville à l'autre, battre la générale. Je me lève à la 
» hâte, j'apprends que le pavillon est déjà plein d'eau ; qu'un 
y> torrent effroyable surmonte la jetée et menace d'enfiler la rue. 
« Nous touchons à notre heure dernière, me crie le chirurgîen- 
» major ; demain, plus de Barèges. » — Déjà dix-sept maisons sont 
» endommagées ; la terreur est générale, le désespoir s'en môle. 
» On transporte les meubles sur la montagne ; chacun se sauve où 
» il peut. 

» Le danger était évident ; mais le remède ! Le Bastan grossissait 
» de plus en plus ; il n'y avait pas dix minutes à perdre. Figurez- 
» vous qu'il roulait le long des maisons des fragments de rochers, 
y> dont la collision embrasait le rivage par de fréquents éclairs, 
» C'était un fleuve de phosphore allumé au milieu d'une eau 
» écumante et qui tonnait de fureur. Dix batteries de canons sont 
» moins terribles. « Vite, m'écriai-je, que l'on jette les matelas par 
» les fenêtres ; que Ton jette tout ce qui peut servir à former une 
» digue momentanée. Du courage, de la diligence I nous triomphe-* 



aa LA VALLEE DE BAREGBS ET LE REBOISEMENT 

» rons du torrent, si nous résistons à sa première fougue. » — Le 
» Ciel nous seconda. 

» Vous frémissez 1 Vous allez rire d'un trait dont vous serez touché 
» par réflexion. À la première alarme, un invalide, réveillé en 
» sursaut, et se' figurant qu'on assiégeait Barèges, se porte avec ses 
» camarades où il entend le plus de fracas ; et là, comaift k» asBMv 
)» héros, il harangue sa troupe, m Anm, songez à la Patrie, à vos 
^ femmes, à vos eafimfs ; songez surtout à Thabit que vous portez, 
D à ce fftge de vos services et de votre bravoure t x> 
* x> A ces mots, les invalides, baïonnette au canon, se tournent 
» contre le torrent fougueux ! Ce n'était, il est vrai, que le méca- 
» nisme de la valeur, mais il en prouvait Thabitude. Tons ces 
» soldats, au reste, agissaient de si bonne foi, que l'un d'eux, en 
» arrêt, et n'attendant que l'ordre, s'écria : <k Ferons-nous feu ? )» 

— En dépit de quelques traits humoristiques dont il a cru devoir 
émailler son récit — la vieille gaieté française ne perdant jamais ses 
droits — le commandant de Laurières nous a retracé, dans celte 
page peu connue, l'image exacte du bouleversement terrible qui 
désola Barèges le 4 j^i"^ 1762. — Revenus de leur surprise, les 
soldats de la petite garnison, aidés par les invalides eux-mêmes, 
établirent en amont de l'Hôpital un formidable barrage composé de 
matériaux et d'objets de toutes sortes : pierres, terres, troncs 
d'arbres, meubles, matelas. Grâce à cette mesure prompte et éner- 
gique l'Hôpital militaire n'eut à souffrir que peu de dégâts ; mais, 
plus bas, dix-sept maisons étaient détruites de fond en comble. 

Un fait important à noter, au sujet de cette crue, c'est qu'elle fut 
précédée d'une pluie très violente qui provoqua le débordement du 
lac d'Oncet et la débâcle générale des neiges dans les bassins du 
Tourmalet, d'Escoubous et du Licnz. 

Les Crues de 1828 et 1833. — M. Ballard, chirurgien en chef 
de l'Hôpital militaire de Barèges, fut témoin, en juillet 1828, d'un 
cataclysme non moins violent que le précédent. Il y fait allusion 
dans son « Essai sur les Eaux thermales de Barèges x», paru en i834* 

D'après les renseignements qui nous ont été fournis en 1897 par 
lé vénérable abbé Destradc, aumônier de l'Hôpital, mort un an 
plus tard à^ l'âge de 88 ans, la crue de 1828 se produisit en plein 
jour, à la suite d'un terrible orage, accompagné de grêle, qui 
déversa d'énormes masses d'eau dans les bassins du Tourmalet, de 



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PREMIÈRE PARTIE. — HISTORIQUE DES GRUES DU BASTAN â3 

l'Escoubous et da Lienz. Point à noter : la neige avait déjà disparu 
des versants élevés. 

Plusieurs maisons furent emportées par les eaux. La maison de 
M. Gradet, à peine achevée, fut renversée de fond en comble et 
disparut entièrement dans l'espace de quelques minutes. 

En juin i833, une nouvelle crue, bien moins violente que la 
précédente, ne laissa pas que d'effrayer sérieusement les habitants 
de Barèges. Le Bas tan grossit tout-à-coup, sans qu'aucune pluie fût 
tombée dans la région avoisinant la station de Barèges, ni dans le 
bassin du Tourmalet. La couleur noire des eaux du torrent était 
due, d'après M. Ballard, à la présence des masses terreuses arrachées 
aux montagnes du Tourmalet et de Tournabouc par les torrents 
d'Oncet et d'Escoubous. Une pluie violente tombée dans les régions 
élevées du Pic du Midi et du Néouvieille avait suftî pour briser les 
barrières de glaces des lacs et provoquer un débordement général. 
— Nous tenons ce dernier détail de M. Tabbé Destrade. 

La crue de i833 fut relativement bénigne et ne causa aucun dégât 
à Barèges. Ce fait est très important à constater, car il tead à 
prouver, contrairement aux assertions de certains aofeurs — 
M. Ballard, entre autres — que la débâcle subite deê neiges et des 
glaces dans la haute région des lacs ne suffit pa» pour provoquer, à 
elle seule, une crue dangereuse. 

La Crue de 1875. — Chose étrange, en apparence ! Les pluies 
diluviennes qui provoquèrent en juin 1875 le débordement général 
des rivières et des fleuves venant de la chaîne pyrénéenne, n'ont 
causé dans la Vallée de Barèges que des dégâts peu importants. En 
juin 1875, le Bastan, considérablement grossi, a roulé pendant sept 
ou huit jours des boues noirâtres arrachées aux versants monta- 
gneux de la zone élevée. Il a môme crisusé quelques érosions sur sa 
rive droite, au pied de la montagne de Courratgé, qui s'élève en 
pente rapide au-dessus du lit du torrent. Mais là s'est borné tout 
le mal. Les maisons de Barèges et l'Hôpital militaire, si imprudem- 
ment bâtis au bord du Bastan, n'ont presque pas souffert de la crue. 

A Luz, les pertes matérielles ne furent guère plus importantes : 
Teau pénétra et séjourna pendant plusieurs jours dans les caves et 
les jardins de l'Hôtel de TUnivers et des maisons voisines ; elle 
emporta quelques carrés de légumes, déracina un petit nombre 
d'arbres fruitiers ; puis, au bout d'une semaine, tout rentra dans 
l'ordre normal. 



a4 l'A VALLEE DE BARE6ES ET LE REBOISEMENT 

Cette innocuité presque absolue de la crue de 1875 doit être 
attribuée à deux causes principales : 

En premier lieu, le printemps de 1875 fut exceptionnellement 
chaud. Les rayons d'un soleil ardent et les vents du Sud ne cessèrent 
de réchauffer les régions élevées de la chaîne pendant plus d*an 
mois (du 5 mars au 10 avril environ) ; des pluies douces survinrent 
ensuite, qui alternèrent pendant deux mois avec des périodes de 
beau temps et de fortes chaleurs, et achevèrent de provoquer la 
fonte des neiges avant que la période des pluies abondantes ne fôt 
venue. 

En second lieu, les pluies du mois de juin 1875 ne s'abattirent 
pas en masse et d'uno façon soudaine sur les versants élevés de la 
Vallée de Barèges. GrAce à cette circonstance, les eaux recueillies 
par les bassins du Tourmalet, d'Escoubous et du Lienz purent 
s'écouler progressivement, suivant des thalwegs en pente rapide, 
sans grossir démesurément le cours du Bastan. 

D'après les observations qui nous ont été communiquées, la pluie 
du 33 juin 1875, la plus forte de cette saison, a donné, en 14 heures, 
148 millimètres d'eau au quartier dit de Tencous (Observatoire du 
Pic du Midi) et a3o millimètres à Barèges, soit en moyenne 189 mil- 
limètres pour tout le bassin de réception des eaux du Bastan. 

La pluie du 3 juillet 1897 ^ donné, de 4 heures du matin à midi, 
c'e3t-à-dire en 8 heures, i3a millimètres d'eau au Pic du Midi et 
];3o millimètres à Barèges, soit en moyenne i3i millimètres pour 
le bassin entier. 

La moyenne horaire a donc été, dans la région supérieure de la 
Yallèe de Barèges : 

Le a3 juin 1870. . . ~, soit i3 millimètres ; 

Le 3 juillet 1897. • • t» ^^^^ ^^ millimètres. 

Ainsi la pluie du 3 juillet 1897 a dépassé, de beaucoup, en violence 
et en soudaineté, la plus forte des pluies de 1870 ! 

Ce rapprochement était utile à faire. Avant d'entreprendre la 
relation du terrible désastre de 1897, i^ous y trouvons la preuve 
d'une vérité quelque peu rassurante — à savoir, que les grandes 
crues du Bastan, celles qui menacent l'existence même des stations 
de Barèges et de Luz — ne peuvent, heureusement, se produire 
sans le concours d'accidents météorologiques tout- à -fait excep« 
tionnels. 



I ■ 



PREMIÈRE PARTIE — LA GRUE DU 3 JUILLET 1897 QO 



CHAPITRE III 
La Crue du 3 Juillet 1897. 

Le Printemps de 1897. — L'hiver de 1896- 1897 s'était montré 
exceptionnellement clément dans la Vallée de Barèges. Aux chutes 
de neige, relativement peu abondantes, des mois de décembre, 
janvier et février, avait succédé une période de beau temps et de 
chaleurs qui s'était prolongée, presque sans interruption, jusque 
vers la fin du mois d'avril. Grâce à ce concours de circonstances 
favorables, les régions supérieures de la vallée se trouvaient, dès le 
début du printemps de 1897, débarrassées en partie des neiges de 
l'hiver. 

Malheureusement, la situation changea du tout au tout vers le 
commencement de mai. Les observations météorologiques recueillies 
aux stations forestières de Barèges et de Yiella signalèrent, à cette 
époque, un brusque abaissement de la température, accompagné de 
pluies froides, de fortes giboulées et de chutes déneige. Pendant 
plus d'un mois — du 5 mai au i5 juin environ — la Vallée de 
Barèges resta, presque continuellement, plongée dans les brouillards, 
et d'abondantes chutes.de neige se produisirent dans les régions 
élevées du Pic du Midi, du Tourmalet et du Néouvieille. Les vents 
du Nord et de l'Est soufflaient avec persistance. On eût dit qu'un 
second hiver, plus rigoureux que le premier, se préparait à sévir sur 
cette contrée, où le printemps est d'ordinaire riant et ensoleillé. 

Lorsqu'enQn les brouillards se furent complètement dissipés, 
les hauts sommets apparurent, vers le i5 juin, couverts d'une épaisse 
couche de neige. Le lac d'Oncet et les lacs de la région du Néouvieille 
étaient encore gelés — à la veille du solstice — et, sur leurs bancs 
de glace, la neige s'était accumulée en quantité considérable. 

Le temps, cependant, paraissait sûr, désormais, et les touristes, 
dès la mi-juin, arrivaient en nombre à Barèges. Quelle terrible 
surprise leur réservait la journée du 3 juillet ! 

La Catastrophe. •— Le i«^ juillet, les eaux du Bastan, à peine 
grossies depuis huit jours par de légères pluies d'orage, possédaient 

a. 




a6 LA VALLEB DE BARÈGES ET LE REBOISEMENT 

encore leur limpidité et leur transparence habituelles. Le a, vers 
midi, le ciel se couvrit brusquement d'épais nuages ; la pluie tombait 
en assez grande abondance sur toute retendue de la vallée. Dans 
la soirée, cette pluie devenait plus violente : des coups de tonnerre 
se faisaient entendre dans la direction du Tourmalet ; rien cependant 
ne laissait encore prévoir une catastrophe prochaine. 

— Le 3 juillet, à 7 heures du matin, Tauteur de cette notice 
s'étant rendu à rÉtablissement thermal de Barzun, situé sur la rive 
droite et au bord môme du Bas tan — à 600 mètres en aval de 
Barèges — fut frappé de l'allure menaçante du torrent, déjà consi* 
dérablement grossi par les pluies de la nuit. A ce moment, de 
terribles coups de tonnerre retentissaient dans la haute région de 
la vallée, du côté du Tourmalet. La pluie redoublait de violence. 
Le Bastan, vers 7 heures et demie, grossissait à vue d'œil. 

A 8 heures, les eaux du torrent rejaillissaient déjà par dessus 
la passerelle en bois qui reliait l'Etablissement de Barzun à la route 
de Barèges. Les trois personnes présentes à Barzun durent quitter 
l'Etablissement et se rendirent à Barèges, où elles donnèrent l'alarme. 

Personne encore, dans la ville, ne semblait se douter de Timmi* 
nence du danger. Les habitants des maisons que borde le cours da 
Bastan croyaient à une sim^ile crue d'orage, comme il s'en produit 
fréquemment en été. Mais, voyant les eaux du torrent pénétrer 
dans leurs cours et leurs jardins et menacer d'envahir les habitations 
elles-mêmes, ils se hâtent enfin de sauver leur mobilier et procèdent 
à un déménagement précipité, entassant dans la rue tables, chaises, 
armoires, linge, dans un désordre et une confusion indescriptibles. 

A huit heures et demie, la passerelle de Barzun sautait ; presque 
au môme moment, tous les ponts qui s'échelonnaient sur le cours 
du Bastan, de l'amont à l'aval de Barèges, disparaissaient, emportés 
comme des fétus de paille. Le mur de soutènement, en maçonnerie 
de mortier hydraulique, construit par le Service forestier sur la 
rive droite du torrent, au pied du reboisement des Artigalas, était 
réduit en miettes. 

Miné par le bas, le versant des Artigalas s'éboulait rapidement ; 
gazons, clayonnages, arbres et arbustes — fruits coûteux de longs 
et patients travaux «^ tombaient en masse et s'engloutissaient 
dans les eaux. 

A 9 heures, le Bastan offrait à Barèges un spectacle à la fois 
terrible et grandiose. C'était un véritable fleuve de laves et de boues 



PREMIÈRE PARTIE — LA CRUE DU 3 JUILLET 1897 aj 

noirâtres, roulant d'énormes blocs granitiques et des fragments de 
roches arrachés aux flancs de la montagne. Blocs, pierres, rochers 
flottaient, plutôt qu'ils ne roulaient, au milieu de ces laves épaisses. 

La pluie cependant — une pluie diluvienne — ne cesse de 
tomber. En présence de ce bouleversement général, Tangoisse 
étreint les cœurs ; Barèges et la vallée tout entière semblent mena- 
cés d'une destruction prochaine. 

L'alarme est donnée depuis deux heures à peine, et déjà les 
maisons qui bordent le cours du torrent sont, pour la plupart, 
démolies ou minées par leur base. 

A l'entrée amont de Barèges, les huit maisons qui s'échelonnent 
entre la digue de Louvois et l'Hôpital militaire, ont été complète- 
ment éventrées par le premier choc du torrent ; à peine a-t-on eu le 
temps d'en retirer quelques meubles ; le reste est encore en place : 
lits, armoires, chaises, tables, pendent, soutenus au-dessus des 
eaux bouillonnantes, par quelques débris de planchers. 

En aval, dans les dépendances de l'Hôpital militaire, les dégâts 
sont déjà considérables ; la buanderie n'est plus qu'un monceau de 
ruines. Le mur de soutènement du parc, sur la . rive droite du 
Bastan, a été détruit de fond en comble; les bâtiments principaux, 
sur la rive gauche, sont eux-mêmes sérieusement entamés; l'extré- 
mité amont de l'aile dite « du Gasernicr » est en partie éventrée. 

Le Bastan, beaucoup trop resserré dans l'étroit passage qui lui a 
été laissé entre les bâtiments de l'Hôpital et le pied de la montagne 
de Capet, fait de gigantesques efforts pour se dégager de cette 
étreinte et détruire l'obstacle si imprudemment édifié par la main 
de l'homme. Sur tout ce parcours, soit sur une longueur de 
100 mètres, le perré en maçonnerie hydraulique qui protégeait les 
fondations des bâtiments militaires a été arraché et réduit en miettes 
par le frottement ou le choc des pierres et des blocs tenus en sus- 
pension dans la masse liquide. — Le Bastan, ne pouvant entamer 
directement les murs de l'Hôpital, en déchausse les fondations et 
creuse son propre lit jusqu'à près de 2 mètres de profondeur. Il 
vient enfin, à sa sortie de cet étroit couloir, fondre en droite ligne 
sur les habitations du « Moyen -Barèges ». 

Ici, deux maisons, celles de MM. Ducasse et Druène, sont déjà 
en ruines. La maison Baradère, que protégeait cependant une solide 
digue de i mètre d'épaisseur, est à moitié éventrée ; le jardin et les 
cuisines ont été emportés. Les eaux envahissent le parc de l'Hôtel 



a8 LA VALLÉE DE BAREGES ET LE REBOISEMENT 

Richelieu. Les remises Druène, situées sur la rive opposée, s'écrou- 
lent, aous nos yeux, dans l'espace de quelques minutes. Les écuries 
Ducassc, Sabathié et Hubert, situées un peu plus bas, s'effondrent 
à leur tour, toutes trois en môme temps, avec un formidable fracas. 

Dans la région basse de Barègcs, l'usine électrique, construite 
depuis un an, est entourée par les eaux. Le Casino et les maisons 
voisines sont épargnées ; mais les prairies situées entre la route 
thermale et le cours du torrent disparaissent, emportées en moins 
d'une heure. 

A l'entrée de Barèges, la maison habitée par le guide Palu et 
construite sur la rive gauche, au bord du Bastan, s'effondre subite- 
ment dans l'eau, et le bâtiment dit « du Tir », situé dans la 
prairie Laborde, ne tarde pas à subir le même sort. 
: En aval des dernières maisons, le torrent, de nouveau resserré 
entre le versant des Artigalas et le cône de déjections du Rieulet, 
sur lequel passe la route thermale, affouille profondément le pied 
du talus de la route et finit par emporter la chaussée elle-même, sur 
une longueur de 40 mètres, en amont du pont du Rieulet. 
. La maison forestière, située au bord du premier lacet de la route, 
se trouve ainsi isolée de Barèges ; 1(3 talus en pente forte qui la 
sépare du Bastan s'affaisse peu à peu, rongé par les eaux. Le torrent 
n'est plus qu'à quinze mètres de la maison ; il faut déménager à la 
hâte le mobilier et le matériel du Service du Reboisement. Les cinq 
habitations éparses dans ce quartier sont d'ailleurs menacées, d'un 
autre côté, par le torrent du Rieulet, dont les eaux boueuses, sans 
cesse grossies par la pluie, peuvent envahir les prairies voisines. 
-— « Si le Rieulet déborde, s'écrient les habitants, il ne restera pas 
une pierre de nos maisons \ y> — Le Rieulet, jadis plus redoutable 
que le Bastan lui-même, est, heureusement, assagi et corrigé, grâce 
aux travaux du Service forestier. Les solides barrages de la région 
élevée tiennent bon : le Rieulet ne causera aucun dégât. 

Nous descendons vers Barzun. Le Bastan a déjà entamé la route 
thermale, à mi-distance de la maison forestière et de l'Etablissement. 
Cette belle route disparait sous les laves noirâtres charriées par le 
torrent. D'énormes masses de terres et de pierres s'en détachent à 
chaque instant ; la route « fond peu à peu » dans le Bastan, suivant 
la pittoresque et très juste expression d'un témoin oculaire. 

Dans le quartier de Barzun, les eaux du torrent couvrent déjà les 
prairies et les cultures sur une largeur de i5o mètres. Les Bains de 



PREMIÈRB PARTIE — LA CRUE DU 3 JUILLET 1897 ^9 

Barzua ont presque totalement* disparu sous un amas de sables, de 
boues, de blocs et de pierrailles. On nous dit que, dès 8 heures 1/2 
du matin, le torrent a envahi les Bains parTamont, défoncé la toiture 
et enseveli aux trois quarts, sous ses laves, rÉtablissement et ses 
dépendances. 

Bien plus tristes encore sont les scènes de désolation qui se 
passent en ce moment dans la rue principale de Barèges. 11 est midi 
et cette pluie terrible ne diminue pas de violence. Sur deux points 
diiférents le Bastan menace d'envahir la rue. A l'extrémité amont 
d'abord, celte admirable « digue de Louvois », vieille de plus de 
deux siècles, reçoit presque normalement l'effroyable choc du 
torrent, et résiste à ses plus furieux assauts. Si la digue vient à 
céder, c'en est fait de Barèges : le torrent s'élancera dans la rue, et 
pas une pierre des maisons ne restera debout. Plus bas, dans le 
Moyen-Barèges, les eaux ont complètement envahi l'emplacement 
des deux maisons démolies (Ducasse et Druène) et elles viennent 
déjà ébranler les quelques débris de murs qui séparent encore le 
Bastan de la rue principale. 

D'un bout à l'autre de la ville, ce ne sont que cris, appels, 
sonneries d'alarme. Les habitants des maisons déjà entamées ou 
immédiatement menacées continuent à travailler fiévreusement au 
déménagement de leurs meubles et de leurs effets. Au péril de leurs 
jours, les infirmiers de l'Hôpital militaire, les préposés de la brigade 
forestière, les gendarmes, les militaires en traitement, pénètrent 
dans les maisons, escaladent les murs à demi-détruits et les poutres 
branlantes et sauvent tout ce qui peut encore être sauvé. 

Ainsi se passe l'après-midi entière, sans que l'on puisse entrevoir 
le dénouement de ce cataclysme. Le Bastan ne grossit plus, mais la 
violence de son débit est toujours extrême, et les habitants de 
Barèges se demandent avec angoisse s'ils ne vont pas être obligés, 
avant la fin du jour, d'abandonner la ville et d'aller camper dans la 
forêt du Trouguet, leur suprême refuge. 

Enfin, le soir vers 7 heures, la pluie semble diminuer de violence ; 
les eaux du torrent baissent d'une façon appréciable. Deux hommes 
sont placés en observation à l'extrémité amont de la rue. Une 
sonnerie d'alarme doit retentir si le Bastan, pendant la nuit, par- 
vient à rompre la digue. 

Toutes les personnes alors présentes à Barèges garderont, profon- 
dément gravé dans leur mémoire, le souvenir de cette nuit du 3 au 



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LA VALLÉE DE BARiSGES ET LE REBOISEMENT 



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4 juillet 1897. — A la laeur sinistre des torches, les travaux de 
sauvetage ou de déblaiement sont continués sans relftche. A chaque 
instant, de sourds craquements se font entendre ; ce sont des toitures, 
des planchers, des pans de mur qui s'effondrent dans le Bastan. 
Des sonneries d'alarme retentissent, jetant la panique parmi la foule. 
« Est-ce le Bastan qui a envahi la rue ? » Non, ce sont des équipes 
de soldats et d'infirmiers qui se dirigent au pas de course vers les 
maisons menacées et appellent à leur aide quelques hommes de 
bonne volonté. Les cris, les commandements s'entrecroisent. Le 
tintement de la cloche d'alarme alterne avec les sonneries du 
clairon. Et, dominant toutes ces clameurs, le torrent déchaîné ne 
cesse de faire entendre sa note lugubre. 

Le jour se lève enfm. La pluie a cessé, les nuages se sont dissipés. 
Les habitants de Barèges peuvent contempler à loisir leurs prairies 
dévastées, leurs maisons ruinées, leur route détruite. 

Les eaux du Bastan ont considérablement baissé pendant la nuit. 
La a digue de Louvois )» est restée invulnérable : Barèges est sauvé. 
Mais d'un bout de la vallée à l'autre, quel immense désastre ! que 
de ruines accumulées ! 

La route thermale de Luz à Barèges est détruite de fond en comble, 
sur une longueur totale de 5 kilomètres. 

Entre Barèges et Luz, des étendues considérables de prairies et 
de vergers ont disparu ; nombre de granges et de maisons d'habita- 
tion ont été éventrées ou complètement détruites. La ferme Destrade, 
située près des lacets de Betpouey, a subi des pertes énormes ; les 
prairies, les jardins, les cultures n'existent plus ; la maison est à 
moitié détruite ; seule, la minoterie, qu'actionnent les eaux du 
Bolbu, a pu être préservée. 

Une vaste coulée de laves s'étale au fond de la vallée, sur une 
largeur variant entre 5o et i5o mètres. Au milieu de ce formidable 
entassement de blocs, de pierres et de sables, gisent des troncs 
d'arbres déracinés, des poutres, des débris de charpentes et de 
meubles, provenant des maisons de Barèges. Des tronçons entiers 
de roule, détachés en bloc et déposés par le torrent à quelques 
mètres de leurs emplacements primitifs, sont demeurés intacts, avec 
leurs parapets, leurs cassis et leurs rigoles, comme pour témoigner 
qu'une belle roule carrossable existait là hier, à la place de ce chaos 
fantastique. 

Des deux ponts de fer par lesquels la nouvelle route franchissait 



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PREMIERE PARTIE — LA CRUE DU 3 JUILLET 1897 3l 

à deax reprises le Bas tan, dans le quartier du Pontis, l'un, le pont 
amont, est en grande partie démantelé ; — le second, situé à 
100 mètres plus bas, a été littéralement réduit en miettes. 

Dans la région basse de la vallée, à Estcrre, notamment, le danger 
couru n'a guère été moindre qu'à Barèges. La vaste nappe liquide 
s'est étalée sur toute l'étendue des prairies, en pente douce, qui 
tapissaient le fond de la vallée, entre le lit habituel du torrent et la 
route thermale. Une grande partie des vergers et des jardins pota- 
gers d'Esterre ont été emportés. Les habitants, pour préserver leurs 
maisons, ont dû établir, à l'entrée du village, de puissants barrages 
formés d'arbres abattus, de pierres et de matériaux de toutes sortes. 

A Luz, le péril est très grand encore. Prévenue télégraphiqiuement, 
le 3 au soir, la garnison de Tarbes a envoyé dans cette station 
une compagnie de secours ; et, dans l'après-midi du 4> les soldats 
du 53« d'infanterie travaillent avec ardeur à protéger la ville. Les 
arbres déracinés dans la haute région de la vallée sont venus s'entas- 
ser en grand nombre dans les prairies, en amont de Luz. Les bar- 
rages ainsi formés tendent à rejeter les eaux du torrent, encore 
très impétueuses, vers l'entrée de la station. A tout prix, il faut 
ramener le Bastan dans son lit habituel. Les officiers et les soldats 
du 53® rivalisent de zèle, de courage et de dévouement. En quelques 
heures, les peupliers qui bordent la route sont abattus. Plongés 
dans l'eau jusqu'à mi-corps, nos vaillants fantassins, admirablement 
commandés par le lieutenant Perrin\ construisent à la hâte une 
digue provisoire, destinée à briser le choc du torrent et à dévier le 
courant vers la droite. Les arbres disposés sur plusieurs rangées 
parallèles sont reliés entre eux au moyen de crampons et de câbles 
de fer. Après plusieurs heures d'une lutte sans répit et d'un travail 
acharné, le danger est conjuré. Le dernier effort du torrent vient 
d'être brisé. Les eaux reprennent leur cours naturel au milieu du 
vaste chaos de pierres et de sables que la crue a déposés en amont 
des premières maisons de Luz. 

— Tels sonl les désastres dont la Vallée de Barèges fut le théâtre 
pendant ces deux mémorables journées des 3 et 4 juillet 1897. ^^^ 
pertes matérielles occasionnées par la crue du Bastan dépassèrent 
— d'après la statistique officielle — le chiffre total de un million de 



I. — Le lieutenant Perrin, du 53* d'infanterie, a reçu, pour sa belle conduite en 
cette occasion, une médaUle d'or de i'* classe ; le sergent Jasse et le soldat Barénot 
ont reçu chacun une médaiUe d'argent. 




32 LA VALLÉE DE BARÈGE8 ET LE REBOISEMENT 

francs. Pendant tout le mois qui suivit la catastrophe, une compagnie 
des sapeurs du génie, venue de Montpellier» une compagnie du 
53« d'infanterie, de Tarbes, et l'équipe des ouvriers du Service du 
Reboisement de Barèges, sous les ordres des agents et des gardes 
forestiers, travaillèrent avec ardeur à rétablir la communication 
interrompue entre Luz et Barèges. Le sentier muletier provisoire 
qui fut ainsi ouvert, en août 1897, suivit le tracé de la roule détruite, 
sauf dans quelques régions encore menacées par le cours du Bastan, 
Le sentier nouveau fut relié aux chemins de Betpouey et de Viella, 
et les voyageurs durent traverser ces deux villages pour se rendre 
de Luz à Barèges et vice çersa. 

Heureusement, cette fâcheuse situation dura peu. La cause des 
malheureuses populations de la Vallée de Barèges fut éloquemment 
plaidée, tant devant les Chambres qu'auprès des Pouvoirs publics, 
par leurs éminents représentants, MM. Dupuy et Baudens, sénateurs, 
Alicot, député. En moins d'une année, grâce aux subsides votés par 
le Parlement, l'Administration des Ponts et Chaussées put recons- 
truire complètement la route détruite, et, dès l'ouverture de la 
Maison thermale de 1898, les voitures accédèrent à Barèges aussi 
aisément que par le passé. 

L'année suivante, plusieurs des maisons détruites par la crue 
furent rebâties. L'Etablissement de Barzun, presque complètement 
enfoui sous les déjections du torrent, fut déblayé : on retrouva 
absolument intactes les baignoires, les tables, les chaises, que les 
solides voûtes des cabines avaient protégées. 

L'emplacement des maisons ruinées en amont de l'Hôpital militaire 
vient d'être acquis par l'Etat, et le Service des Ponts et Chaussées 
a construit sur ces terrains de nouvelles digues protectrices. 

Avant peu d'années, il faut l'espérer, l'herbe poussera de nouveau 
sur l'emplacement des prairies détruites. Les traces de la terrible 
crue de 1897 disparaîtront ainsi, comme ont disparu celles des 
crues antérieures. Souhaitons du moins que les habitants de la 
Vallée de Barèges conservent longtemps le souvenir de ce terrible 
désastre, et qu'ils sachent tirer, du malheur passé, d'utiles enseigne- 
ments pour l'avenir. 



PREMIERE PARTIE — LES CAUSES DES GRUES BU BASTAN 33 



CHAPITRE IV 

Les causes immédiates ou déterminantes des crues du 
Bastan. — La cause primordiale : le Déboisement. 
Le remède possible : le Reboisement. 

Les causes déterminantes. — D'après les observations qui ont 
été faites depuis plus d'un siècle au sujet des grandes crues du 
Bastan, et dont nous venons de donner le détail dans les précédents 
chapitres, on peut voir que les cataclysmes de ce genre ont toujours 
eu pour causes immédiates ou déterminantes, dans la Vallée de 
Barèges, des accidents météorologiques d'une violence excep- 
tionnelle. 

La débâcle subite des neiges dans les hautes régions du Pic du 
Midi et du NéouvieiUe, et le débordement des lacs qui en résulte, 
ne peuvent généralement pas provoquer, à eux seuls, des crues 
dangereuses, si de véritables trombes d'eau ne viennent s'abattre, 
au même moment, dans les bassins dénudés du Tourmalet, d'Aygues- 
Cluses, d'Escoubous et du Lienz. C'est ainsi que la crue de i833, 
produite par le simple débordement des lacs, est restée très bénigne. 

Par contre, des pluies d'orage d'une violence extrême survenant 
dans la région du Tourmalet et dans les vallées secondaires 
d'Escoubous et du Lienz, peuvent, même après la fonte des neiges, 
enfler démesurément les eaux du Bastan et de ses principaux 
affluents et entraîner de véritables désastres : c'est ce qui est arrivé 
en juin i8a8. 

Enfin, l'effet destructif de la crue atteint son maximum lorsque, 
à la suite d'un printemps froid et neigeux, une pluie diluvienne 
s'abat brusquement sur toute la région élevée de la vallée, depuis 
Barèges jusqu'aux crêtes du Pic du Midi et du Néouvieille. L'eau 
provenant de la débâcle des neiges et du débordement des lacs 
vient alors s'ajouter à l'énorme masse liquide que recueillent les 
vastes entonnoirs de la haute vallée. C'est ce concours de circons- 
tances particulièrement défavorables qui a fait de la crue de 1897 
un des plus grands désastres du siècle. La région des lacs et celle 



34 LA VALLEE DE BAREGES ET LE REBOISEMENT 

da Tourmalet étaient presque complètement couvertes de neiges 
quand est survenu l'orage du 3 juillet 1897. De plus, la terrible 
trombe qui s'abattit sur toute la région supérieure de la vallée 
donna, tant à Barèges qu'au Pic du Midi, la plus forte moyenne 
horaire (16 % d'eau) que l'on eût jamais enregistrée ! 

La cause primordiale. — Quant à la cause primordiale de ces 
redoutables phénomènes, il est aisé de voir, d'après les mêmes 
observations, qu'elle réside uniquement dans le déboisement, 
imprudemment pratiqué depuis deux siècles par les habitants de la 
Vallée de Barèges. 

On ne conteste plus, aigourd'hui, que la disparition de la végéta- 
tion forestière dans les hautes régions montagneuses ait pour 
résultat immédiat d'exposer les vallées subjacentes aux dévastations 
des torrents et aux inondations. 

Le feuillage des arbres, des arbustes et des arbrisseaux qui 
composent les peuplements ligneux, les broussailles et les plantes 
qui couvrent le sol d'une forêt retiennent, momentanément, dans 
leur masse, une portion considérable des eaux pluviales, pour la 
restituer ensuite lentement à l'atmosphère, ou la laisser ruisseler 
progressivement le long des pentes. La végétation forestière divise 
ainsi les eaux pluviales et, les absorbant ou les retenant en partie, 
elle modère et régularise le débit des torrents ; elle empêche surtout 
le ruissellement en masse, cause principale des crues violentes. En 
même temps, la forêt fixe les neiges au sol et s'oppose aux débâcles 
subites qui s'ajoutent si fréquemment aux causes des inondations. 
Dès que disparait son couvert protecteur, plus de sécurité pour les 
vallées inférieures : prairies, cultures, habitations peuvent, en un 
jour, devenir la proie des torrents et de l'inondation. 

Le remède possible : le'Reboiseinent. — Dans ces conditions, 
le seul moyen certain d'empêcher à jamais le retour des terribles 
cataclysmes qui ont trop souvent désolé la Vallée de Barèges, 
consisterait à reboiser toute l'étendue des bassins de réception des 
eaux du Bastan et de ses principaux affluents, l'Escoubous et le 
Lienz, soit une étendue totale d'au moins 4-000 hectares. Dans cette 
zone de terrains à reboiser, nous ne comprenons pas la région des 
lacs, ni les versants rocheux du Pic du Midi ou du Néouvieille : 
l'opération, ainsi entendue, deviendrait trop longue et trop difficile. 



PRBliilERE PARTIE — LES CAUSES DES GRUES DU BASTAN 35 

Mais le vaste entonnoir du Tourmalet et les vallées secondaires de 
l'Escoabous et du Lienz, où se préparent les crues les plus violentes, 
devraient, à bref délai, être rendus à Tétat boisé. 

G est Tavis qu'exprimait, en termes excellents — au lendemain de 
la catastrophe de 1897 — M. le Docteur Bétous, dans le Journal de 
BarègeS'St'Sauçeur. 

« Devons-nous simplement courber la tête, disait-il, devant les 
» forces dominatrices de la nature, et supporter avec la résignation 
ï> des fatalistes toutes les calamités que ce dangereux cours d'eau 
» (le Bastan) peut déverser à un moment donné sur nous ? Nombre 
» d'esprits sensés, tout en indiquant le remède à ces maux ont, 
» depuis longtemps déjà, fait prévoir la catastrophe récente : la 
» leçon est trop dure pour ne les écouter pas 

» Il faut reboiser, reboiser autant que la chose est possible et 
» créer des forêts partout où on le pourra. L'eau de la trombe du 
y> 3 juillet, tombant sur une vaste étendue boisée, aurait été absorbée 
» comme par une immense éponge et rendue progressivement à 
» l'atmosphère ou lentement envoyée aux ruisseaux, cédée par 
D l'humus, les plantes sèches, les mousses, toute la masse absor- 
» bante qui tapisse le sol d'une forêt. 

» Je sais ce que l'on va m'objecter : le reboisement est une gêne 
» pour l'industrie pastorale. Soit ; mais pour favoriser trois 
» douzaines de pasteurs, voulez- vous risquer l'existence même de 
» toute une vallée, y compris deux stations thermales? — Que fùt-il 
» advenu de Luz, le dimanche 4 juillet, si un détachement de soldats 
» ne se fût trouvé là pour dégager l'entrée de la rue ? La moitié de 
» la ville eût été emportée, et je ne parle pas des villages en amont. 
» Voilà à quoi vous vous exposez encore avec votre routine. Passez 
» donc sur tout, et reboisez. » 

Que fût-il advenu de Barèges, ajouterons-nous, si les abords 
immédiats de cette station n'eussent été protégés pendant la journée 
du 3 juillet 1897 par les travaux de correction et par les massifs 
boisés qçie le Service forestier a créés sur les hauteurs d'Ayré, de 
Collongues, du Gapet? Les torrents du Lienz et du Rieulet, les 
ruisseaux du Hount -Nègre, du Theil, du Midaou, transformés 
comme le Bastan lui-même en véritables fleuves de boues, se seraient 
élancés hors de leurs lits et auraient couvert Barèges de leurs déjec- 
tions ; au lieu de vingt maisons, c'est cent maisons, peut-être, dont 
on aurait eu à déplorer la perte ! 



36 LA VALLÉE DE BARÈGE8 ET LE REBOI8EBIENT 

Et si le torrent da Bayet, à Viella, aujoard'hai éteint par les 
travaux de correction qui y ont été exécutés, eût apporté son 
contingent à la crue du Bastan, c'en était fait, peut-être, d'une 
grande partie de la ville de Luz ! 

— Ainsi, le reboisement de vastes étendues de terrains dans la 
région supérieure du bassin du Bastan apparaît bien comme le seul 
moyen d'obtenir la régularisation du régime des eaux dans la Vallée 
de Barèges et d'empéclier les dévastations des torrents. 

Résultats acquis. *- Malheureusement, la zone dans laquelle se 
trouve actuellement circonscrite l'action du Service du Reboisement 
dans le pays de Labatsus est de bien faible étendue, eu égard à 
L'importance du but à atteindre. Pour des raisons spéciales, qui 
seront exposées en détail dans la III<^ Partie de cette notice, l'Admi- 
nistration des Eaux et Forêts a dû se bdtner jusqu'ici à cicatriser 
des plaies locales, à corriger et dompter ceux des affluents du Bastan 
qui menaçaient plus directement la station thermale de Barèges. Du 
moins, les résultats obtenus dans cette zone relativement restreinte 
ont-ils été des plus brillants. — Prenons, par exemple, le torrent 
du Rieulet. 

Le Rieulet. — Le Rieulet était jadis le plus dangereux des 
torrents qui menaçaient Barèges. A l'époque de la fonte des neiges 
et des pluies solsticiales, il charriait, chaque année, une masse 
considérable de matériaux détritiques qui se répandait dans le 
quartier du Bas -Barèges, fondait sur les habitations et coupait 
la route thermale. 

Les travaux de correction, de restauration et de reboisement 
exécutes de 1860 à 1900 par l'Administration des Eaux et Forêts 
dans le lit et le bassin de réception du Rieulet, sur une étendue de 
q4û hectares, paraissent avoir complètement dompté ce torrent, 
autrefois si redoutable. Un tel résultat n'a pu être obtenu par le 
Service forestier qu'au prix de longs et patients efforts, aidés, de la 
part de l'Etat, par des sacrifices pécuniaires considérables. — Au 
cours de cette période de quarante années, plus de. trente grands 
barrages en pierre sèche ont été échelonnés dans le lit du ravin, de 
manière à adoucir les pentes du thalweg et des berges, donner aux 
atterrisscments une fixité relative et permettre ainsi l'installation 
de la végétation forestière sous forme de plantations d'aunes, frênes. 



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PREMIÈRE PARTIE — LES CAUSES DES GRUES DU BASTAN 3j 

alisiers, sorbiers, etc. En même temps, des drainages rationnelle- 
ment conduits ont canalisé et ramené au thalweg principal les eaux 
provenant des fontes de neige, dont la présence avait pour effet de 
transformer le sol du bassin de réception en une bouillie épaisse, 
amas de sables, d'argile, de pierrailles et de blocs, sans consistance 
aucune, qui s'affaissait et glissait dans le lit du torrent. Des gazon- 
nements artificiels ont complété ces travaux de correction et de 
reboisement. Aujourd'hui le Rieulet, définitivement assagi, roule, 
entre deux rives parfaitement stables, son mince filet d'eau claire. 
Les plantations d'essences feuillues s'y développent à vue d'œil, et, 
dans ui^e vingtaine d'années, sans doute, cette immense plaie de la 
montagne aura disparu complètement sous le rideau verdoyaht de 
la végétation forestière. 

— Des travaux analogues doivent être prochainement entrepris 
dans les bassins du ce St-Laur x>, de a l'Hourrou » et du <k Pontis », 
en vertu de la loi du 27 juillet 1895, qui a considérablement 
augmenté l'étendue du périmètre de restauration du Bastan. Ces 
travaux sont très urgents : les torrents du Pontis et du St-Laur 
creusent de jour en jour davantage les flancs de la montagne d'Ayré, 
si dénudés dans le voisinage immédiat de Barèges. Gomme jadis le 
Rieulet, ils coupent, chaque année, ou recouvrent de leurs déjec- 
tions la route thermale qui serpente au fond de la vallée. 

Seule, la résistance des populations pastorales, en entravant les 
acquisitions de terrains par l'Etat, retarde sur ce point l'exécution 
des travaux nécessaires. 

Souhaitons, dans l'intérêt de la vallée, que cette résistance ne soit 
pas de longue durée et que, grâce au concours des populations 
locales, plus sages et plus éclairées, le Service forestier pui^e 
bientôt entreprendre la correction de ces dangereux torrents. 



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Travaux de défense immédiate à entreprendre par les parti- 
culiers. — Quant à la régularisation du régime des eaux du torrent 
principal, le Bastan, on ne l'obtiendra jamais, nous le répétons, que 
par le reboisement intensif de la haute vallée. Est-ce à dire que les 
habitants du Labatsus, les riverains du Bastan en particulier, n'aient 
plus qu'à se résigner à leur sort et à attendre patiemment le jour 
lointain où le bon vouloir des populations pastorales rendra enfin 
possible l'application de ce remède? — Nous ne le croyons pas. 

Sur nombre de points, depuis la crue de 1897, les eaux du Bastan 



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38 LA VALLÉE DE BARÈGBS BT LE REBOISEMENT 

coulent en dehors de lear lit naturel, séparées du thalweg primitif 
par des monceaux de sables et de pierrailles. Les propriétés rive- 
raines se trouvent ainsi beaucoup plus exposées que par le passé 
aux incursions de ce terrible voisin. Il suffirait, en effet, d'une crue 
bénigne pour mettre en mouvement tous ces matériaux en équilibre 
instable. L'Administration des Ponts et Chaussées Ta admirable- 
ment compris, et elle n'a cessé, depuis 1897, de travailler à 
l'établissement de puissants ouvrages de défense sur tous les points 
de la route thermale ou la chaussée recevait le choc direct du torrent. 
Nous engageons vivement les propriétaires particuliers à suivre cet 
exemple. 

M. Frilet, conseiller général du canton de Luz, qui a pris fort à 
cœur la défense des intérêts locaux, s'efforce de réunir tous les 
riverains en un Syndicat régulièrement constitué, en vue de l'exécu- 
tion des travaux de dérivation, de curage et de redressement du lit 
du Bastan. On ne saurait trop louer son intelligente initiative. C'est, 
en effet, par un travail d'ensemble et non par des efforts isolés qu'il 
convient de parer à ce danger immédiat, palpable. L'initiative 
privée, si elle est bien dirigée, peut ici faire merveille. M. Frilet 
réussira-t-il à intéresser à cette œuvre éminemment utile nos monta- 
gnards du Labatsus, d'ordinaire si insouciants, si fatalistes? Nous 
le lui souhaitons de tout cœur. Ce sera toujours un honneur pour lui 
de l'avoir, le premier, entrepris. 



XVII. — Rav[n du Rieulet — Le Grand Barrage. 
(En amont, Plantations et Gazonnements artiliciels.) 



DEUXIÈME PARTIE 



LES AVALANCHES 

DANS LE VOISINAGE IMMÉDIAT DE BARÈGES 



CHAPITRE I" 

Causes de la formation des Avalanches et historique 
des principaux désastres. 

Cause première de la formation des Avalanches. — Le 
Déboisement. — Ln Vallée de Barègcs, si menacée par les torrents, 
est aussi une des vallées pyrénéennes où les redoutables phéno- 
mènes connus sous le nom d'avalanches ont exercé le plus de 
ravages. 

La cause première de ces accidents est la même qui préside aux 
crues subites el violentes des torrents, à savoir : l'état de dénudation 
des montagnes, conséquence du déboisement si imprudemment 
pratiqué par les habitants au cours des deux derniers siècles. 

Un ingénieur de haute valeur, Lomct, chargé en ijg^ par le 
Comité de Salut public de choisir à Barèges un emplacement pour 
la construction d'un Hôpital militaire, était déjà frappé — il y a déjà 
un siècle — de l'état de décrépitude des montagnes de cette Vallée 
(dans le voisinage surtout de la station thermale), et il écrivait dans 
son Mémoire sur les Eaux minérales et les Établissements ther- 
maux des Pyrénées : 

« Autrefois, toutes les montagnes qui dominent Barèges étaient 
» revêtues de bois de chêne : Des hommes actuellement vivants en 
» ont vu les restes et les ont achevés . . . Les habitants des plateaux 
» ont tout ravagé eux-mêmes, parce que ces pentes étant les 
» premières découvertes par leur exposition et par la chute des 
» lavanges, ils y ont de bonne heure un pAturage pour leurs moutons 
» el que, le jour où ils les y conduisent, ils oublient que pendant 
» tout l'hiver ils ont frémi dans leurs habitations de la peur d'être 
» emportés avec elles par ces neiges dont ils provoquent obstiné- 
n ment la chute. » 

Tel est le principe que posait, dès la lin du siècle dernier, un 
savant peu suspect de malveillance à l'égard des populations locales : 



4^2 LA VALLEE DE BARÈGES ET LE REBOISEMENT 

les anciennes forôts, une fois détruites par la hache des pâtres et la 
dent des bestiaux, rien ne s'opposait plus au glissement des neiges 
le long des versants escarpés qui dominent la plupart des villages 
de la Vallée du Bastan. Et la station thermale de Barèges, surtout, 
était, de par sa situation, exposée aux plus graves périls. 

Les abords de Barèges. — Barèges est bâti — nous l'avons vu 
plus haut — dans une gorge très étroite, au pied des montagnes 
d'Ayré (rive gauche du Bastan) et de Capet (rive droite). Située sur 
la rive gauche du torrent, la station thermale semblerait, de prime 
abord, avoir plutôt à redouter les avalanches du pic d'Ayré que 
celles du versant de Capet. Il n'en est rien cependant. 

Le versant d'Âyré, bien que présentant sur certains points des 
pentes extrêmement rapides, n'a jamais donné que des avalanches 
peu dangereuses : toute la zone basse de ce A^ersant est, en effet, 
boisée. La belle forêt de hêtres que l'on y remarque, « le Trouguet », 
protège de ce côté les abords immédiats de la station et la station 
elle-même. De plus, le versant d'Ayré est exposé au Nord, et les 
avalanches sont beaucoup moins fréquentes à cette exposition qu'à 
celle du Sud. 

La montagne de Capet, qui occupe la rive droite du Gave, était 
complètement dénudée sur la plus grande partie de son étendue 
avant l'exécution des travaux de reboisement prescrits par la loi de 
1860. Sa base est recouverte par des terrains d'origine glaciaire qui 
forment ce qu'on appelle la région des plateaux, région cultivée et 
fertile. Au-dessus de ces plateaux, la montagne s'élève par huit 
gradins formés d'escarpements abrupts, taillés dans des schistes 
feuilletés, grisâtres, dégradés et à peine couverts d'une légère cou- 
che végétale. 

Quatre grands ravins, ouverts dans ces terrains rocheux et dans 
les plateaux subjacents, sillonnent la montagne de Capet et viennent 
déboucher sur le cours du Bastan, très resserré dans cette région, 
entre le pied du versant et les maisons de Barèges. 

Lé ravin du Hount-Nègre (Fontaine Noire) débouche en amont 
de l'Hôpital militaire, dans le quartier dit du <x Haut-Barèges ». 

Le ravin du Theil, le plus important des quatre, se dresse juste 
en face de l'Hôpital militaire, bâti sur la rive gauche du Bastan; le 
débouché du Theil n'est donc séparé de l'Hôpital que par la largeur 
du torrent, soit par un intervalle de 5 à 6 mètres seulement. 



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DEUXIEME PARTIE — FORMATION DES AVALANCHES 

En continuant de descendre vers le « Bas-Barèges », on re 
ensuite le ravin du Mïdoou (ou du milieu), dont le déveloj 
égale presque celui du Theil, et qui vient aboutir à hauteur di 
de Baltes et près de l'usine électrique. 

Le quatrième ravin, de bien moindre importance, est le I 
qui domine rËtablissement thermal de Barzun, en aval de ] 

Avalanches volantes et Avalanches terriéres. — Foi 
des Avalanches. — C'est par ces immenses couloirs que 
daient, chaque année, avant l'exécution des travaux de prc 
les terribles avalanches qui désolaient Barèges. 

Les habitants de la Vallée les avaient, depuis longtemps, 
en deux catégories distinctes (avalanches volantes et avi 
terriéres) suivant leur mode de formation et leur manièri 
Cette distinction a été conservée par la plupart des auteurs : 
d'ailleurs vériliée par l'observation des phénomènes de mém 
qui se produisent encore aujourd'hui, à intervalles de plus 
éloignés. D convient donc de rappeler les divers ordres de 
lui ont donné naissance. 

L'hiver ayant rempli de neige les flancs creusés de la mi 
deux cas peuvent se présenter. 

Avalanches valantes (premier cas). — Si le froid est ' 
les neiges accumulées dans le bassin de réception d'un i 
prennent aucune consistance, elles restent divisées, ell< 
aucun lien entre elles. Un coup de vent qui vient balayer 1< 
suffît pour les soulever en tourbillon au-dessus de l'immens 
noir dont elles tapissent les parois. Celte première p 
phénomène peut durer plusieurs minutes ; elle persiste généi 
tant que dure la cause efQciente, le coup de vent initial, l 
ce vent cesse brusquement ou diminue d'intensité, les neigt 
vées retombent de tout leur poids et s'engouffrent dans 1 
La dépression atmosphérique qui s'était d'abord produite 
couloir, sous l'influence du tourbillon ascendant, a mainten 
ctret de provoquer un violent refoulement d'air en sens in 
cette brusque rentrée de l'air, joignant son action à celle < 
des neiges, augmente encore la force de projection de ces d< 
C'est, en somme, un tourbillon descendant qui a succédé au j 
en quelques secondes, avec la rapidité d'un cyclone, il fra 



4 LA VALLEE DE BAREGES ET LE BEBOISEUENT 

.800 OU 3.000 mètres qui le séparent du pied du couloir. Là, le 
Durant d'air se brise. Les neigea s'abattent et s'étalent dans le fond 
e la Vallée, puis, en vertu de la vitesse acquise, franchissent le 
ours du Bastau et remontent sur le versant oppose, renversant par 
iur choc on écrasant sous lear poids tous les obstacles, maisons ou 
ranges, qu'elles rencontrent sur leur passage. C'est l'avalanche 
olantc. Lia violence de l'air comprimé qui précède et accompagne 
ette trombe de neige est telle, que plusieurs fois des maisons de 
larges ont été renversées par ce coup de piston avant d'avoir été 
tieintes par la neige elle-même. 
« Les vieillards, écrivait M. Ballard, médecin militaire, en i834, 
se rappellent encore la maison du père de M. Duco, bâtie au 
printemps sur l'emplacement actuel de la Poste et des baraques 
qui sont au-dessus. On lui avait donné toute la solidité possible ; 
on venait d'achever de la meubler, lorsque la terrible avalanche 
de 1760 la renversa de fond en comble. Le sol où elle était bâtie 
fut entièrement balayé ; les meubles, les glaces, des effets de toute 
espèce furent transportés & plus de 60 pieds de hauteur sur la 
montagne opposée ; on observa, comme on l'a fait depuis, très 
souvent, que cette maison fut renversée quelque temps avant le 
choc de la masse de neige, qui ne lit que passer sur ses ruines. » 

Avalanches terrières (deuxième cas). — Si la chute des 
remières neiges dans la montagne est accompagnée ou suivie d'un 
imps doux, si l'accumulation des neiges ultérieures est elle-même 
ccompagnée de demi-dégels et de regels successifs, les couches de 
eige qui se superposent les unes aux autres se trouvent bientôt 
3udées entre elles par des zones mitoyennes de neige glacée. Mais 
! lien qui les unit ainsi est bien fragile. La chaleur solaire, en 
îebaafTant et ramollissant les couches superficielles, peut, tout 
'abord, opérer la dislocation ou le décollement de ecs couches. Les 
jfiltrations d'eaux survenant à la suite de pluies douces peuvent 
poduire le même effet sur les couches les plus profondes. Enfin, le 
oids énorme des neiges accumulées détermine souvent la liquéfac- 
on par pression de la couche immédiatement en contact avec la 
aroi solide du ravin, et la masse coule le long du ravin, d'une façon 
nperceptible d'abord, à la manière des véritables glaciers. Cette 
norme masse, en apparence solide, n'est bientôt plus qu'une 
^lomération de matériaux de structures et de densités très diverses. 



DEUXIEME PARTIE — FORHA.TION DES AVALAN< 

susceptibles de s'effondrer au moindre ébranlement. St 
ane pluie légère, une grêle, une chute de rocher ou ni<! 
coup de tonnerre (car il s'en produit même en plein 1 
montagnes), l'ébranlement communiqué à la masse 
équilibre instable a pour efîet de produire la dislo 
L'avalanche terrière se précipite, rasant le sol, arracht 
du ravin la terre végétale avec la neige qui la recouv 
enfin s'abattre sur les maisons de Barèges, après av 
cours du Bastan : en quelques secondes, le lit du torrt 
habitations ont disparu sous des milliers de mètres ci 
mélangée de glace, de terres, de roches et de débris de 

Avalanches mixtes. — Les désastres pr odui ts sont 
le voit, qu'il s'agisse d'avalanches volantes ou d'avalani 
D'ailleurs, la différence que l'on constate entre les m 
des unes et des autres n'esl pas toujours aussi marq 
venons de le dire. Il est même assez rare dans cette Val 
qu'un froid continu, c'est-à-dire non interrompu par h 
maintienne, durant tout un hiver, les neiges & l'étal 
meuble et non mélangée de glace, condition indisj 
formation des avalanches volantes. Sur le versant du 
en plein Midi, la température peut atteindre 3a deg 
c'est pourquoi on remarque, presque tous les hivers, 
basse du versant, cette alternance de couches de neig€ 
neige glacée qui favorise la formation des avalanc! 
Dans de telles conditions, une avalanche volante d 
hauts sommets doit provoquer elle-même, en traven 
basse de la montagne, la formation d'une vérital 
terrière qui s'ajoute et se mélange à la première. Ces 
avons constaté nous-même à l'occasion de la dernière 
Midaou, en février 1897 ; l'avalanebe volante provc 
ouragan, dans la zone élevée du ravin, s'est com] 
avalanche terrière qui a pris naissance dans la régioi 
moment précis du passage de la trombe neigeuse. 

II y a donc, en réalité, une troisième catégorie d'à' 
nous pourrions appeler avalanches mixtes, et qui ri 
combinaison ou de la superposition d'avalanches voli 
lanches terrières. Ces avalanches mixtes sont, de n 
terrières, plus fréquentes à la fm de l'hiver ou au c( 



1 



46 LA VALLEE DE BAREGES ET LE REBOISEMENT 

du printemps, la chalear solaire pouvant alors plus facilement 
produire des demi -dégels. Au contraire, les avalanclies purement 
volantes ont lieu surtout au début ou au milieu de l'hiver, c'est-à-dire 
à l'époque des froids continus. 

Causes efficientes de la formation des Avalanches. — De ce 
que nous venons de dire sur les divers modes de formation des 
avalanches, il résulte que les causes efficientes ou déterminantes de 
ces phénomènes sont multiples. 

. Le vent est, tout d'abord, indispensable à la formation des tour- 
billons neigeux qui engendrent les avalanches volantes et les 
avalanches mixtes. Le commandant du génie Gaubert a remarqué, 
avec raison, que les avalanches étaient beaucoup plus fréquentes 
dans la Vallée de Barèges pendant les hivers venteux et tempétueux 
que pendant les hivers calmes. 

La chaleur solaire joue un rôle prépondérant dans la formation 
des avalanches terrières. Celles-ci seront donc beaucoup plus 
fréquentes sur les versants exposés au Midi, comme le versant de 
Gapet, que sur les pentes exposées au Nord, comme celles du pic 
d'Ayré. 

Les infiltrations d'eau qui se produisent à la suite de pluies 
douces et le poids souvent énorme des neiges accumulées inter- 
viennent aussi, nous l'avons dit, en provoquant la fusion partielle 
et, par suite, le glissement des couches les plus profondes, en 
détruisant l'adhérence de la neige au sol. 

La nature du sol influe elle-même sur le degré de fréquence des 
avalanches terrières. La fusion des couches de neige profondes est, 
en effet, hâtée par l'action de la chaleur propre du sol. Les terrains 
les plus aptes à s'échauffer sous l'influence des rayons solaires 
seront aussi, toutes conditions égales d'ailleurs, ceux où se produi- 
ront le plus fréquemment les glissements de neiges. Les roches 
calcaires, schisteuses ou feuilletées seront, à cet égard, les plus 
dangereuses. Viendront ensuite les calcaires compacts, les roches 
granitiques, les terres dépourvues de couverture herbacée, enfin 
les terrains gazonnés. 

' On pourrait être tenté de croire que le degré de fréquence des 
avalanches terrières varie toujours en raison directe de la pente 
générale des versants. Ce principe est loin d'être absolu. Le poids 
des neiges, en effet, n'intervient pas seul dans la formation des 



■ARTIE — FORMATION DES AVAL^ 

mons, au contraire, de voir coin 
es autres facteurs qui concouren 
ines. L'influence de la pente du 
ir la nature et le relief plus ou i 
erflciel, son exposition, 
de milliers de cristaux enchevêi 
ance homogène à laquelle on p 
eur les lois relatives au glissemei 
ellemeot variable d'un point à 
seur de la couclie, l'action des 
n clianger, sur uq point donn< 
;, suivant la température, les 
i pression barométrique et mil] 
à notre appréciation, 
gereux de vouloir, comme le pr< 
prétendus coefûcients de frotter 
e la neige sur les corps étranger 
ie formules mathématiques, les 
glissement doit se produire. 
;ré d'inclinaison des versants esl 
e la production des avalanches, 
eurs, en ne tablant que sur ce 
es moyens propres à fixer les ne 
sasion de revenir sur ce sujet qu 
técutés à Barèges pour combati 



d de donner ici un historique r 
; fléau a occasionnés dans la '\ 



grandes Avalanches. — M. 1 
Demontzey, dans son bel ouvrag 
L France par le reboisement », p 
s principales avalanches qui se : 
immencement de ce siècle. C'est à 
contenue dans cet ouvrage qui 
e cette partie historique, pour 
la plus recalée. Ces détails ont 
irection du Grénic à Bayonne. 



48 



LA VALLÉE DE BARÈGES ET LE REBOISEBIENT 



a Lies gens du pays, dit M. Demontzey, ont conservé le souvenir 
de quelques avalanches beaucoup plus terribles que les autres ; 
telles sont celles de 1802, 1811, 1822, 184a, i855, i856, 1860.... 

» Celle de 181 1 arriva pendant la nuit, et Ton eut à déplorer de 
nombreux accidents de personnes. Les habitants, surpris pendant 
leur sommeil, furent écrasés par la chute de leurs maisons . . . 

» L'avalanche de janvier 184^ s'abattit sur Barèges en quelques 
secondes. C'était une avalanche de neige pure. . . 

y> Elle combla la rue de Barèges sur une longueur de i5o mètres 
jusqu'au haut des principales maisons. Son volume, dans le bourg 
seulement, put ôtre évalué à 4^.000 mètres cubes. Elle emporta 
plusieurs maisons dans le Haut -Barèges et au centre. . . 

» Le 5 avril i855, une avalanche considérable, partie du Turon- 
des-Bedouts (ravin du Theil), vint ensevelir le? granges situées sur 
le plateau qui se trouve en dessous. Le même jour, presque tous les 
ravins de la Vallée du Bastan donnèrent ; les dégâts s'élevèrent à 
une somme considérable ; il y eut une douzaine de personne tuées. 

D En mai i856, plusieurs maisons de Barèges furent détruites. 

y> L'avalanche d'avril 1860 fut analogue à celle de 184a comme 
importance et comme résultats . . . C'est à la suite de cette avalanche 
que l'on reconstruisit l'Hôpital militaire, qui avait été fortement 
endommagé, et qui ne se composait, d'ailleurs, que d'un groupe de 
vieilles maisons, entre lesquelles on avait établi des communications. 
L'avalanche, qui subsista plusieurs mois à l'entrée du ravin du Theil, 
servit d'échafaudage. 



y» La première grande avalanche qui se manifesta depuis le com- 
mencement des travaux de défense (c'est-à-dire depuis 1860), eut lieu 
en 1879. Ce fut une avalanche volante qui partit à la fois du fond 
du ravin du Theil et du Turon-de-Bène (promontoire de la berge 
droite de ce ravin), et vint s'arrôler au Bastan, derrière l'Hôpital 
militaire. Elle enleva un balcon et le mur de clôture du promenoir 
et forma un barrage qui arrêta le Bastan pendant quelques heures. 
L'eau envahit le rez-de-chaussée de l'Hôpital et occasionna des 
dégâts assez considérables . . . 

ï) Le 3o novembre 1882, une nouvelle avalanche venant du Turon- 
de-Bène s'arrêtait encore dans le Bastan, qu'elle interceptait comme 
en 1879, mais cette fois ce fut la rue de Barèges qui fut inondée. 

» Enfin, le 6 février 1889, une avalanche du Turon-de-Bène fit 



iHE PARTIE — FORMATION DES AVALANCHES 

S à la toiture de l'Hôpital et reaversa deux b 
tUenantes; en mâme temps les neiges prove 

Midaou, venaient également s'arrêter au foi 
léplaceinent de l'air renversait, de l'autre 

de café (en planches), du Casino. » 
près les extraits que nous venons d'en donr 
s faites à Barèges par le Génie militaire ont 
valanches du Theil, les seules qai intéresser 
il. 

llement question de celles des ravins Rioui 
artant graves et fréquentes. Ces deux ravins 
/■allée du Bastan, à i.ooo et à i.3oo mètres ei 

. en i88g, dit M. Demonlzey, les avalanches 
soudées entre elles, couvraient le Bastan, ] 
I longe et tout le fond de la Vallée sur une li 
une largeur de 60 à 80 et une hauteur de ac 
10 à i5 mètres en 188g. L'avalanche de 18 
ier, et le 8 juillet, pour aller à pied au col di 
obligé de tailler des marches dans la glat 
î 10 mètres au-dessus de la route, qui n'a été 
l'à la Un d'août. En 1889, l'avalanche est ar 
rculation n'a été rétablie que le so juillet, el 
e deux murs de glace de 5 à 6 mètres de l 
il restait encore de gros blocs de glace au I 

' si, dans ces mâmes extraits, il est fait mec 
t du redoutable ravin du Midaou qui ne ce 
nières années, de porter à la station de Bar 
it de ruines. Les habitations du Bas-Barèges 
mché du Midaou étaient, presque tous les an 
es sous l'énorme poids des neiges qui desce 
usieurs propriétaires avaient été contraini 
■e annuel, d'établir, contre la façade de leurs n 
idaou, d'énormes murs en maçonnerie de 
3Dt l'épaisseur atteignait parfois 5 mètres; 1 
>urd'bui, sur la rive gauche du Bastan, plusi 
■otecteurs, — de ces « Forts », comme on les 
- L'avalanche du Midaou avait renversé en 



/ir 




5o 



LA VALLEE DE BAREGES ET LE REBOISEMENT 



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café (en planches) du Casino. Le i3 janvier 1896 une avalanche, 
descendae du même ravin, détruisit de fond en comble le Casino et 
quatre maisons en pierre situées de l'autre côté de la rue. Cette 
année-là (iSgS), Barèges tout entier fut enseveli sous une couche de 
neige de plus de 8 mètres d'épaisseur, provenant, non point des 
avalanches, mais de la chute directe de la neige. On ne pouvait 
pénétrer dans les maisons que par les fenêtres du deuxième étage. 
Après un dégel partiel, suivi d'un froid des plus rigoureux, la neige 
transformée en glace formait de véritables ponts entre les toits des 
maisons adossées à la montagne d'Ayré. Malgré l'énorme quantité 
de neige tombée pendant ces premiers jours de janvier 1895, le ravin 
du Theil ne donna pas d'avalanche ; nous verrons plus loin que cette 
heureuse circonstance était due à l'état d'avancement des travaux 
de protection exécutés dans ce ravin. 

Entin, c'est du ravin du Midaou qu'est descendue la dernière 
avalanche sérieuse que nous ayons eu à enregistrer depuis la publi- 
cation de l'ouvrage de M. Demontzey. Nous voulons parler de 
l'avalanche du 3i janvier 1897, qui faillit coûter la vie à quatre 
personnes. Dès le 3o janvier au soir, un vent violent venant du 
Nord-Ouest soulevait de vastes tourbillons de neige sur les crêtes 
qui dominent le bassin de réception du ravin du Midaou. C'était le 
signe précurseur, bien connu des Barégeois, de la formation très 
prochaine d'une <i avalanche volante y>. La plupart des habitants 
du Bas-Barèges, dont les maisons étaient situées à quelques mètres 
de l'emplacement de l'ancien Casino, détruit en 1895, surent 
profiter de l'avertissement et quittèrent immédiatement leurs domi- 
ciles pour aller s'installer chez des voisins, hors de la portée de 
l'avalanche. Seule, la famille BorderoUes, composée du grand-père, 
de la fille, de la petite-fille, âgée de neuf ans, s'obstina à demeurer 
dans sa propre maison, située juste dans l'axe du terrible ravin. 
Dans la matinée du 3i janvier, le vent redoublait de violence, le 
péril devenait imminent, et la famille BorderoUes se préparait, enfin, 
à déménager à son tour. Sur le coup de midi, juste au moment où 
le facteur de Luz venait d'entrer dans cette maison, on put voir un 
immense tourbillon de neige s'élever au-dessus du bassin de récep- 
tion du Midaou, puis descendre avec une vitesse vertigineuse le 
long des pentes escarpées du ravin, entraînant à sa suite d'énormes 
masses de neige fraîchement tombée. C'était 1' « avalanche volante ». 
En quelques secondes elle avait franchi le Bastan et, remontant le 



I 



XXI. — L'Avalanche du Medaou (ji Janvier 1897). 
La Maison Borderolles en partie déu-ayée. 



^ 



DEUXIEME PARTIE — FORMATION DBS AVALAH 

long de la pente opposée, avait enfoui, sous ane couc 
8 mètres d'épaisseur, la maison Borderotles et les cir 
les plus proches. Le brigadier forestier Genébés, 
catastrophe, appelle aussitôt à lui les trois gardes so 
Ces quatre hommes, armés de pelles et de pioches, 
premiers au secours de leurs voisins ensevelis. Au 
jours (car une seconde avalanche snit quelquefois d 
première), ils s'efforcent de déblayer la maison Bopi 
l'emplacement leur esl indiqué par le sommet du tu 
qui seul émette de l'immense plaine blanche. Apre 
d'heure d'un travail acharné, les courageux prépos 
quelques voisins que leur exemple a enhardis, parvi' 
mettre à jour une lucarne du toit, et c'est par cette étr 
que sont retirés, sains et saufs, mais tremblants d'effi 
malheureux ensevelis. Il était temps : le rez-de-cha»ss( 
étaient plus qu'aux trois quarts pleins de neige, l'av 
pénétré dans la maison par la porte défoncée, par les I 
la cheminée. Une heure, nue demi-heure de plus, pe 
quatre personnes périssaient asphyxiées. Tout à cdt< 
Lacrampe et Druène avaient été réduites en miettes. 1 
providentiel, la maison Borderolles avait résisté à Y 
des neiges. 

Cette avalanche du 3i janvier 1897, la dernière qui s< 
A Barèges, a valu aux courageux préposés de la brig 
une mise à l'ordre du jour de la 22» Conservatioi 
flatteuses félicitations de M. le Ministre de l'Agricultu 
elle méritait d'être rapportée avec quelque détail à 
historique des avalnnches. 

Il nous reste maintenant à décrire les divers genr 
qui ont été exécutés à Barèges en vue de combattre 
fléau. 



oa LA VALLEE DE BAREGES ET LE REBOISEMENT 



CHAPITRE II 
Les Travaux exécutés. 

PREMIÈRE PÉRIODE 

Travaux exécutés dans le ravin du Theil, par le Génie 
militaire, de 1860 à 1891. — De i836 à iSSg, le capilainc du 
génie de Verdal étudia, avec un soin tout particulier, la question des 
avalanches du ravin du Theil. Malheureusement, le projet qu'il 
présenta en i83g ne reçut aucune suite, et un nouveau projet, 
préparé en i843 par le major Itier, resta également sans résultat. 

Ce n'est qu'à la suite de l'avalanche de 1860 que furent entre- 
pris les premiers travaux. 

Il convient d'ailleurs de remarquer que le Génie militaire, ayant 
exclusivement à se préoccuper de la protection de l'Hôpital, 
n'entreprit l'exécution de travaux de défense que dans le seul ravin 
du Theil. Ainsi, la correction des autres ravins (le Midaou, le 
Hount-Nègre et le Badaillo), ravins si dangereux .pour la station de 
Barèges et ses établissements thermaux, fut complètement négligée 
pendant cette première période de 3o années. 

Le ravin du Theil, avons-nous dit plus haut, s'élève immédia- 
tement au-dessus de l'Hôpital militaire. Il forme un immense 
couloir qui ne mesure pas moins de q.ooo mètres de développement, 
suivant la pente, et il est séparé du ravin du Midaou (à l'Ouest) et 
du Hount-Nègre (à l'Est), par deux crêtes rocheuses qui se réunis- 
sent au pic de Gapet (sommet commun des trois ravins), sous un 
angle relativement aigu. Le Bassin de réception du Theil, beaucoup 
moins évasé que celui du Midaou, pourrait être comparé à l'extrémité 
d'une immense cuiller dont le pic de Gapet formerait la pointe. 

L'altitude du sommet est de Q.400 mètres ; celle du débouché 
derrière l'Hôpital de i.a4o mètres. La pente du thalweg, qui varie 
entre 60 et jo ^jo dans les parties moyenne et basse du ravin, s'élève 
jusqu'à 100 "^lo dans la zone supérieure, à partir de aooo mètres 
d'altitude. 

A cheval sur les deux crêtes latérales, on remarque de part et 



ARTIE — TRAVAUX EXECUTES 

S l'altitude de 1900 à igSo mètres 
scarpements rocheux aux pentes abi 
: désigné en patois sous le nom de « ' 

■ (pointe des sapins, du latin abies); 
sn-dets-Bédouls » (poïnle des bou 
ont partie d'un immense banc rochf 
;0Dtalement le versant de Capet su 
: les crêtes extrêmes un vaste triangl 
commet. C'est dans cette zone roch 
itée que les avalanches prenaient 
ilanche qui partait presque chaque 
'écipitait généralement dans le ra' 

le thalweg jusqu'à l'Hôpital. Ce! 
lianes du Turon-dets-Bédouts se pai 
s, dont l'une descendait sur l'Hôpi 
s que la seconde tombait dans le ] 
lait le long de la crête séparative, ( 
3U prononcée. 

la bande rocheuse qui le traverse f 
u Theil se bifurque. Une crête secoi 
; bassin de réception en deux o 
nt au pic de Capet. Dans toute cell 
■rains atteint et dépasse même i 
its de neiges y sont moins fréqucn 
IX « Turons». Cela tient préciséme 
us supérieurs, terrains partout déc 
érissés de pointes ou même d'ai 
tant d'obstacles et de crans d'arrêt s 
glissement des neiges. La fréquen 
ns-nous dit, proportionnelle îk la pei 
qui vient d'être faite, à ce point c 
et supérieure du ravin du Tlieil noi 
ette. 
e le décrire, le ravin du Theil élai 

■ le quartier central de Barêges un 

60, le service du Génie consacra t( 
tortaats travaux destinés surtout à pi 



54 LA VALLEE DE BAREGE8 ET LE REBOISEMENT 

— Gomme Ta rappelé M. Demontzey, les premiers travaux entre- 
pris par le Génie dans le bassin du Theil, à partir de 1860, 
consistèrent en : 

«( i^ s.4^^ mètres courants de barrières, à lames joinlives, de i">4^ 
de hauteur, consolidées par des pienx pleins, en fonte, espacés de 
I mètre environ, établies sur les crêtes Nord et Ouest du ravin ; 

» 20 Une série de banquettes pratiquées en déblai dans la partie 
supérieure du ravin, les unes consistant en une simple sai^ée dans 
le talus, les autres soutenues par des murs de soutènement en pierre 
sèche ; le développement total de ces banquettes était de s.5oo mètres 
et leur surface totale de la.soo mètres carrés ; 

» 3^ Une série de barrages en pierre sèche, construits dans le 
thalweg du ravin, présentant un développement total de 35o mètres 
environ, et formant des plates-formes d'une surface totale de 
i.jSo mètres carrés; 

» 4^ Une forêt artificielle, composée de 2. 4^0 pieux creux, en fonte, 
de 3 mètres de hauteur et de 5 centimètres de diamètre, plantés sur 
les banquettes ; 

y^ 5^ 4'^^ pieux creux et 4^0 pieux pleins plantés sur les pentes 
les plus abruptes de Tentonnoir ; 

» G^ Une grande plate-forme en maçonnerie de mortier hydrau- 
lique, de 3o mètres de longueur et de 8 mètres de hauteur, établie à 
la jonction des deux ravines supérieures. )> 

Ces travaux avaient pour but, non pas d arrêter les neiges en 
mouvement (car nulle puissance humaine ne saurait produire ce 
résultat), mais bien d'empêcher les glissements de neige sur les 
points où ils prenaient naissance. La solution du problème était là 
tout entière. 

Dans quelle mesure le but fut-il atteint ? 

Les barrières à lames jointives, destinées à protéger le bassin de 
réception du ravin contre Taction des vents qui balayaient les crêtes, 
constituaient, à la vérité, un bien frêle obstacle, eu égard à la vio- 
lence des ouragans qui sévissent dans cette région élevée. En moins 
de deux ans, elles furent enlevées comme de simples fétus de paille. 

La forêt artificielle, formée de pieux de fonte, creux ou pleins, 
n'eut pas un meilleur sort. Loin de diviser la neige, comme on 
l'avait espéré, les tiges de fonte, à la suite des alternatives de dégel 
et de regel, restaient emprisonnées dans la masse des neiges glacées ; 
elles formaient corps avec elles et se précipitaient avec elles dans le 



' 



DBCSIEMB PARTIE — TRAVACX EXECCTES 

ravin quand venaieDl à agir lus causes efiicienles de l'avalanol 
La Torèt artificielle fut ainsi arrachée dans l'espace de cinq 
six hivers. 

Les pienx de fonte, brisés en grande partie, furent dispersés da 
toutes les parties du ravin. Pendant plusieurs années, la Iraditi 
se maintint, paralt-U, parmi les militaires en traitement à l'Hâpil 
de monter sur les hauteurs de Capet pour exécuter, à l'aide des ti; 
de fonte creuses, bourrées de poudre, de véritables sal\'es d'artille: 
quand venait à être signalée l'arrivée à Barèges d'ua personnage 
marque ; un de ces artilleurs improvisés fut même tué, en i8fô, f 
l'éclatement de sa pièce. 

Ainsi, la forêt artificielle, non plus que les barrières, ne prodni 
le moindre effet utile. 

En revanche, rétablissement des banquettes et des plates-form 
eut immédiatemeut pour résultat de diminuer d'une manière b 
sensible la fréquence et l'importance des glissements de neiges, 
ces premiers essais, exécutés avec beaucoup d'entente et d'habil< 
par les officiers du Génie, furent le point de départ de la métho 
de correction actuellement appliquée. 

C'est à tort qne l'on a attribuée M. le capitaine du Génie de Vert 
la première idée de l'établissement des plates- formes. Nous retrc 
vous cette idée dans l'ouvrage publié par l'ingénieur Lomet en i^< 
et dont il a été question plus haut ; — « Ce qu'il faut, dans cei 
situation, dit Lomet, ce sont des forls, des bastions en pierre sècl 
par étages, de hauteur en hauteur, pour couper et diviser la neig 
mais ce genre de travaux, bien familier dans les Alpes, est cnco 
inconnu dans les Pyrénées, » 

En citant de nouveau le nom de Lomet, nous n'avons nulleme 
l'intention de diminuer le mérite du savant olUcier du Génie dont 
rapport, si étudié et si documenté, ne fut pas assez apprécié le 
de son apparition en i83g. Il est fort possible, d'ailleurs, que 
capitaine de Yerdal n'ait pas eu connaissance du travail de Lomé 
deux hommes de valeur peuvent toujours se rencontrer dans 
vérité, sinon dans l'erreur. Et, d'ailleurs, Lomet lui-même n'avi 
rien inventé, puisqu'il avoue avoir puisé en Suisse l'idée premiJ 
de son projet. 

Quoiqu'il en soit, le travail d'établissement des premières ba 
quettes et des plates-formes fut exécuté par le Génie militaire av 
une science et une habileté qu'il convient d'admirer sans réserv* 



56 



LA VALLEB DE BAREGB8 ET LE REBOISEMENT 



Les grands Barrages. — Les grandes plates-formes oa barrages 
étaient des ouvrages en maçonnerie de pierre sèche présentant des 
dimensions toujours considérables et des formes variables suivant 
la topographie du terrain. Le Génie en a échelonné trente-trois, de 
1860 à 1880, dans le thalweg du ravin principal. C'était, on le voit, 
un travail de longue haleine et qui demandait, pour être mené à 
bonne fm, de grands sacrifices d'argent, du temps et de la patience. 
Le succès a, d'ailleurs, largement récompensé les officiers qui 
avaient pris à cœur cette tâche difficile. On conçoit que l'établisse- 
ment de plates-formes de grande largeur dans Taxe du ravin principal, 
sur des points où la neige formait des amoncellements de plus de 
5 mètres de hauteur, avait pour effet immédiat de diviser la masse 
neigeuse en autant de tronçons indépendants les uns des autres, et 
de donner à chacun de ces tronçons une base d'appui inébranlable. 
Sur les couronnements de ces barrages, couronnements dont la 
largeur atteignait 6 et 7 mètres, la masse neigeuse venait s'étaler 
d'elle-même. Elle formait en arrière de chaque ouvrage un talus 
en pente douce qui ne pouvait ni s'ébouler par son propre poids, 
ni être entraîné en entier par le passage des avalanches. 

Le plus volumineux des ouvrages de l'espèce, situé à 1900 mètres 
d'altitude, dans la zone la plus dangereuse au point de vue de la 
fréquence des glissements, forme un véritable bastion adossé à la 
montagne. Sa hauteur totale est de i3 mètres au parement aval ; sa 
longueur, au couronnement, de i5 mètres. 

Le barrage est formé de deux murs maçonnés, constituanl les 
parements amont et aval, et séparés par un espace primitivement 
vide que l'on a rempli de terres et de pierrailles fortement tassées. 
L'épaisseur de chacun des murs servant de parois est de iin4^; 
celle de la zone intermédiaire, de 3"^ 20 ; la largeur totale du cou- 
ronnement atteint donc 6 mètres. (La plupart des grands bar- 
rages du Génie ont été construits suivant ce système mixte.) On 
remarque, en arrière du barrage, un éperon en maçonnerie destiné 
à couper en deux le talus neigeux qui se formera à l'amont; 
c'est un détail de construction que présentent aussi plusieurs 
autres barrages. 

Tous ces ouvrages, solidement encastres dans les berges rocheuses 
du ravin, sont d'une solidité remarquable. Depuis 189a, époque à 
laquelle la continuation des travaux du Thcil fut confiée au service 
des Eaux et Forêts, nous n'avons eu à faire réparer sérieusement 



DEUXlâlIE PARTIE — TRAVAUX EXÉcnTÉS 

qn'an seul des barrages, dont L'aile droite avait été endomma] 
189$ par une petite avalanche terrière. 

Les Banquettes. — Tandis que la construction des g 
barrages eut pour etTet utile de former autant de crans d'arrêt ' 
le glissensent des neiges dans le thalweg du ravin principal 
blissement des banqoettes prodalsit un résultat analogue e 
moins heureux dans les ravines secondaires et sur les versai 
bassin de réception. 

« Construisez des bastions par étages, et de hauteur en ha 
avait dit Lomet, afin de couper et diviser la neige. » I^e princ 
traitement des avalanches tient tout entier dans ces deux 1 
Sur toute l'étendue des terrains où elles peuvent prendre nais 
il est nécessaire de soutenir la masse neigeuse au moyen de ] 
formes solides. Plus est grand le nombre des banquettes 
établies, plus la base de sustentation de la masse se rapproche 
surface limite représentée par la projection horizontale du v 
tout entier, plus aussi la force d'entraînement des neiges, rési 
de tant de causes diverses, tend à.se rapprocher de zéro. 

Un projet qui aurait pour but de transformer tout un vers 
montagne en une série non interrompue de gradins horizi 
constituerait, il est vrai, un projet fantastique et dont lei 
d'exécution seraient hors de proportion avec l'importance, ' 
dant très grande, du but à atteindre. Mais point n'est t 
heureusement, d'aller aussi loin, dans la voie des banque 
pour donner aux neiges une fixité, sinon parfaite, du moins sufE 
Les banquettes, non seulement soutiennent, mais encore di 
la masse neîgease. Derrière chacune d'elles, la neige, en se ta] 
forme un remblai distinct et indépendant des remblais voisin 
l'un des talus s'effondre, pour une cause quelconque, les 1 
voisines, sur lesquelles la même cause n'a pas agi, restent en éq 
et l'accident se réduit à un glissement partiel, insuflisani 
provoquer l'écroulement de l'ensemble. 

Le système des banqaettages, comme on l'appelle dans le 
système préconisé par le capitaine de Verdal, après l'ing 
Lomet, (levait donc donner d'excellents résultats. C'est ce qui 
en effet. Le Génie n'eut qu'un tort : ce fut de localiser surti 
travaux de banqncttages dans les deux ravines secondaires du 
de réception du Theil, alors que des travaux de même 



58 



LA VAIX££LDE BAB£GES ET LE REBOISEMENT 



étaient également nécessaires sar les berges rochenses et escarpées 
des régions moyenne et basse. Mais la correction du Theil, œuvre 
de longue haleine, ne pouvait s'accomplir en un jour, et le Génie avait 
dû, avec les ressources dont il disposait, pourvoir d'abord au plus 
pressé. Un grand nombre de banquettes en terre furent d'ailleurs 
établies en 1888 et 1889 dans les berges gazonnées de la partie 
basse, et l'intention du Génie était certainement de continuer, de 
proche en proche, le traitement de tous les terrains où se formaient 
des glissements de neige. 

Nous allons voir, par ce qui va suivre, en vertu de quel accord 
le Génie militaire laissa au service des Eaux et Forêts, à partir de 
l'année 1893, le soin d'exécuter dans le ravin du Theil les travaux 
de correction qui étaient encore nécessaires. 

DEUXIÈME PÉRIODE 

Travaux exécutés par le Service des Eaux et Forêts 

de 1892 à 1902. 



Les travaux de Reboisement depuis 1860. — Depnis 1860, 
époque de la promulgation de la première loi sur le reboisement des 
montagnes, l'Administration des Eaux et Forêts n'avait cessé de 
travailler à la réinstallation de la végétation forestière sur les pentes 
abruptes du versant du Capet. Toute la partie supérieure du versant 
qui domine les plateaux cultivés, et dont l'étendue est de 35o hec- 
tares, formait la division administrative dite Série de Sers, comprise 
dans le périmètre de reboisement de la Vallée du Bastan. Des 
peuplements résineux, formés de pins à crochets, pins noirs 
d'Autriche, épicéas et mélèzes en mélange, avaient été créés, par 
voie de plantation surtout, dans les zones supérieure et moyenne, 
tandis que le chêne était réintroduit, par voie de semis, dans la 
région basse» entre 1400 et 1800 mètres d'altitude. Malheureuse- 
ment, ces jeunes peuplements étaient dévastés chaque année par le 
passage des avalanches, tant dans le bassin du Theil que dans les 
bassins du Midaou, du Hount-Nègre, du Badaillo. Ils ont subsisté 
en partie, tant est grande la force de résistance que montre la 
végétation forestière, môme artificielle, dans cette vallée pyrénéenne; 
mais ce sont plutôt des bouquets que de véritables massifs, que l'on 



DEUXIEUB PAIITIB — TIIAVAUX EXECUTEE 

rencontre aajourd'bui, disséminés sur les pentes rochei 
Partout où l'avalanche se frayait un passage, d'énorr 
produisaient dans le peuplement primitif, et les réfect: 
par la suite subissaient fatalement le même sort. 

Les Services da Génie et des Eaux et Forôls, qu 
simultanémeat, dépôts 1860, sur les mt^mes terrair 
terrains voisins, comprirent enfin que leurs efTurts, 
devaient recevoir une impulsion et une direction uni< 

La végétation forestière ne pouvait être définitivem< 
sur ces pentes abruptes que sous l'abri protecteur di 
D'autre part, le système des banquettes, si efficace i 
ne devait être considéré lui-môme que comme un mo 
tion passager et destiné à devenir inutile le jour où 
forestière aurait repris possession du terrain. 

Le Reboisement, remède définitif. — C'étaient I 
permette de le rappeler encore, l'idée et le plan de L< 
en chêae et en hêtre, écrivait-il. toute la partie inféric 
surtout montre tant de sympathie pour ce lieu qu 
encore après trente ans d'efforts pour l'extirper. O: 
sûreté qu'il procure dès que les jeunes sujets auron 
pieds de haut. Cette élévation suffit pour lier les se 
aux premières, et les unes et les autres au terrain. 
chêne et du hêtre, on plantera du pin. Il s'attache miei 
que le sapin et c'est une excellente brosse pour reti 
sur ces pentes précipiteuses. » 

En écrivant ces lignes, Lomet pensait, avec raison, 1 
d'une véritable forêt, en tous points semblable à cel 
autrefois sur ce versant escarpé, était le seul moy' 
supprimer définitivement le redoutable fléau des aval; 
que des milliers de pieux plantés eu terre sont impuii 
et à diviser les neiges, les tiges des arbres et des arbri: 
ténus, les moindres brindilles d'une forêt conserven 
leur vitalité et leur vigueur propres. Elles fouillent € 
couche neigeuse, la divisent à l'infini et forment un 
cable dont chaque maille est un obstacle au dépli 
parcelle de neige. D'autre part, les végétaux les plus ( 
arbustes, les arbres, retiennent dans leurs cimes 
rameaux, découpés à l'infini, une portion considéra 



LA VALLÉE DB BARÈGES ET LE REBOISElfÊNT 

:es. Sous l'actioD des rayons solaires, la transpiration plus 
! des arbres verts est suivie de l'absorption immédiate, par les 
îs, d'une partie de l'eau provenant de la neige fondue et, de ce 
e regel ultérieur est rendu moins dangereux, la quantité de 
formée étant moindre. Enfin, l'immense nappe de neige, si 
ipée et si dentelée, qui recouvre les cimes des arbres, diminne 
amment d'épaisseur sous l'action de ces mêmes rayons solaires 
titue directement à l'atmosphère, sous forme de vapeur, une 
le portion de l'eau qu'elle recèle. 

Lsi, la forêt, en divisant la neige et la fixant au sol, ou bien en 
irbant et la restituant en partie à l'atmosphère, s'oppose, en 
tive, aux fusions et aux débâcles subites : la fonte des neiges 
re, en forêt, d'une façon insensible, graduelle, jamais soudai- 
ut et en bloc. 

végétation forestière est donc, en dernière analyse, l'obstacle 
13 sérieux à la formation des avalanches. 
5t sous l'influence de ces idées qae la Ckimmission mixte, 
osée d'officiers do Génie et d'agents des Eaux et Forêts, qui se 
t à Barèges le i« juin 1893, décida de confier définitivement 
rvice des Eanxet Forêts la direction unique de tous les travaux 
pour but la suppression des avalanches du Capet. 
a suite de la conférence en question, qui fut homologace par 
icisions ministérielles des i3 décembre 1892 et i^ mars 1893, 
vice des Eaux et Forêts se mit résolument à l'œuvre. Il couvrit 
nquettes de maçonnerie ou de banquettes en terre toutes les 
ts du versant où pouvaient encore se produire des glissements 
ige, soit dans le ravin duTheil, soit dans les ravins da Midaou, 
:>unt-Nègre uu du Badaillo. 

i travaux portèrent surtout, de 189a à iSq3, sur les berges les 
ïscarpées du Theil. Les promontoires du Tupon-de-Bènc et du 
a-des-Bédouts furent complètement banquettes, 
même temps, le Service des Eaux et Forêts entreprenait acti- 
ut la correction du Midaou, ravin non moins redoutable que 
eil. Ces deux couloirs, bien que séparés par une crête assez 
tuée, ne sont pas complètement indépendants l'un de l'autre, 
enta impétueux venant de l'Ouest, qui s'engouffrent directe- 
dans le bassin de réception, largement évasé, du Midaou, et 
provoquent des tourbillons de neige, font également sentir 
iction dans la partie haute du Theil, où ils pénètrent pour ainsi 



DBinoÈUE PARTIE — TRAVAUX EX£gUT£s 6] 

dire par ricochet. Inversement, ta partie da Turon-de-Bène exposé* 
à rOaest, zone rochease et très escarpée, déverse quelqaes avalan 
ches dans le Midaou. Il arrivait Infailliblement que le départ d'uni 
avalanche dans l'un des bassins était immédiatement suivi par un< 
chute correspondante de nei^'s dans l'autre bassin, la seconde 
étant provoquée tant par l'ébranlement de l'air que par la rupturi 
de la couche neigeuse de la crête. 

II était donc nécessaire de poursuivre très activement les travan: 
dans les parties continues des deux ravins. C'est ce qui a été fait 
La pente relativement douce du thalweg du Midaou rendait heureu 
sèment inutile la construction, dans le fond de ce ravin, d'une sérii 
d'immenses barrages analogues à ceux du Theil. 

A l'aide des crédits mis h sa disposition, le Service des Eaux e 
Forêts put donc, dans l'espace des dix dernières années, banqaettei 
toute la région moyenne de l'entonnoir du Midaou, entre les pro 
montoires de Bène (à l'Est) et da Ploulat (à l'Onest), et commence) 
l'exécution de travaux de même nature dans la partie la plus élevéi 
du bassin de réception. 

Les pentes, plus doaces, des ravins du Hoant-Nègre (à l'Est d< 
Theil) et du Badaillo (à l'Ouest du Midaou) ont été aussi partielle 
ment banquettées de 1896 à 1902. 

Nombre et distribution des Banquettes. — C'est, on le voit 
un travail d'ensemble que l'Administration des Eaux et Forêts : 
entrepris sur le versant du Capet. Observer pendant l'hiver lei 
glissements de neiges, même de faible importance, et noter lei 
points sur lesquels ils prennent naissance ; établir ensuite sur lei 
points en question des banquettes en pierre sèche, en nombrt 
variable, non seulement suivant la pente, mais encore et surtou 
suivant la fréquence et l'importance des glissements observés, telli 
est la méthode que nous appliquons à Barèges. C'est nne méthodi 
empirique, nous le reconnaissons volontiers, mais c'est une méthodi 
sûre, pratique et économique. Comme nous l'avons dit dans ui 
précédent paragraphe, il faut se garder, dans les opérations de ci 
genre, de recourir aux formules relatives au glissement, poui 
calculer le nombre et l'étendue des banquettes à construire 
M. l'Inspecteur général Demontzey n'eût certainement pas commit 
cette imprudence. En conseillant de banquetter le sixième enviroi 
de l'étendue des terrains, il savait indiquer une limite maxima qui 



3 i^ taliJe de babëges et le rbboiseuent 

tien rarement, devrait être dépassée. En fait, sur nne étendue 
Dtale de 5o hectares de terrains que nous avons traitée depuis 1897, 
[ n'a pas été construit plus de 10.000 mètres courants de ban- 
[uettes. La largeur de ces plateB-formes étant de a mètres, cela fait 
liste 30.000 mètres carrés de banquettes pour les 5o hectares traités, 
oit en moyenne un vingt-cinquième seulement de l'étendue. Nous 
le donnons ces chiffres qu'à titre de renseignement, les indications 
noyennes n'ayant, en l'espèce, aucune valeur. Le nombre et la 
listribution des banquettes sont, eu effet, extrêmement variables 
uivant lé relief du terrain, la nature du sol, l'exposition et les 
Qtres conditions énumérées dans un des précédents paragraphes. 

Sur les flancs du promontoire de Bène, des Bédouts et du Pionlat 
ravin du Midaou), la surface banquettêe a atteint le sixième de 
'étendue des terrains. Ailleurs, sur Ees pentes gazonnées et moins 
lécUves du Hount-Nègre, par exemple, elle n'a pas dépassé le 
ingtième de l'étendue, et les résultats obtenus n'ont pas été moins 
16ns. L'observation des phénomènes naturels est, nous le répétons, 
e seul moyen dont nous nous servions pour déterminer le nombre 
t l'écartement des banquettes k établir dans une région donnée. 
*6ur tout dire en un mot, la nature ne saurait être mise en équation. 

Banquettes en terre et Banquettes en pierre. — Les ban- 
[liettes en terre, simples saignées pratiquées & ta pioche dans les 
tarties ' oii la terre vitale est suffisamment épaisse, ont été 
uiployées avec avantage dans les régions moyenne et basse du 
avin du Theil. Ce mode de banquettage est relativement écono- 
oique. Il permet, en outre, d'exécuter des plantations sur des talus 
avinés d'où les jeunes plants risqueraient d'être arrachés par les 
aux de pluie : on met en terre y ou 8 plants sur une banquette de 
i mètres de longueur, et tont danger de déchaussement est écarté. 
)ans le ravin du Theil, comme dans le Laou d'Esbats, près Lucbon, 
e système de banquettage a donné d'excellents résultats. Il a été 
vcc raison préconisé par l'émineot reboiseur qui administre depuis 
893 la ss*"" Conservation, M. de Gorsse, l'auteur de tant de remar- 
[uables travaux dans la région pyrénéenne. 

— Les banquettes en pierre que nous établissons aujourd'hui 
[ans les terrains escarpés sont différentes de celles que le Génie 
vait construites dans la région supérieure du Theil. Le Génie se 
ontcntait de soutenir le talus entaillé, en établissant un petit mur 



VEUXXÈUB PARTIE — THAVAtTX EXBGUxés 

en pierre sèche en avant de la plate-forme ; la saillie ainsi o 
ne dépassait que de o™ 3o on o'" 40 le tains naturel. Les agei 
Eaux et Forêts qui continuèrent de 189a à 1894 les travaux du 
(MM. Loze et Barret) jugèrent, avec raison, que cette légère 
était însofOsante, et ils imaginèrent le nouveau système d 
qaettes que l'on emploie aujourd'hui. La plate-forme en terre 
dans le flanc de la montagne, est disposée en pente légè 
l'amont; ou en augmente la largeur, quand cela est possi 
disposant à l'aval un tains formé de gazons fortement tassés 

Dans tous les cas, une solide banquette en pierres est 1 
non pins à l'aval, mais sur la plate-forme en terre déjà prépa 
banquette ainsi construite présente toujours 2 mètres de sailli 
I mètre aux dépens du terrain et i mètre en dehors da talus r 
On donne au parement aval un fruit de 35 "jo et au couronn 
formé de pierres plates, une pente vers l'amont ^ate à cell 
plate-forme qui soutient l'ouvrage. La hantear et la longueu 
maçonnerie varient, naturellement, suivant le terrain. 

Une centaine d'ouvriers, terrassiers, maçons et mineurs < 
employés chaque année à l'exécation de ces travaux, I 
difBciles et dangereux, par suite de l'extrême déclivité des tt 
La pierre employée doit quelquefois être prise à de grandes di 
des chantiers et on ne peut la transporter qu'à dos d'home 
schistes calcaires du Capet sont extraits à l'aide du pic, car ] 
de mine a pour effet de les pulvériser complètement. Les b) 
calcaire compact, que l'on travaille à la mine, fournissent unt 
meilleure. Dans tous les cas, le prix de revient des banqae 
forcément élevé : il atteint généralement 10 et 11 francs pai 
courant, quelquefois même la et i3 francs. 

Résultats obtenus. — Actaellement, la correction du ri 
Theil est considérée comme complètement terminée. Ci 
Midaou et des deux autres ravins sera tenninée vers ipoS, le 
où prenaient naissance des glissements de neige ayant été ] 
rues, en grande partie, par les travaax de banquettages. 

Nous ne voulons pas dire par là que, passé l'année ig 
travaux de l'espèce ne devront plus jamais être exécutés 
versant du Capet. Il serait, en efTct, téméraire d'affirmer a 
qu'aucune avalanche ne se produira après cette époque, d 
ravins du Theil, da Midaou ou dans les ravins voisins. Nous 



LA Vallée de barèges et le reboisbuent 

leQt que, tontes les zones dangereases aa point de vue de La 
:tioQ des glissements ayant été traitées par la méthode des 
ettes, on devra, à partir de 1905, attendre un certain laps de 

avant d'engager de nouvelles dépenses; plusieurs années 
rvations sont nécessaires pour juger, sur chaque point, de 
atile des travaux et il sera tonjours temps, si le besoin s'en 
ntir, d'intercaler de nouvelles banquettes entre celles qui 
it déjà. 

à présent, nous pouvons constater cependant que l'avalanche 
eil n'est pas descendue depuis 1883, soit depuis dix-sept ans, 
1886 il n'y eut point de débâcle de neiges dans ce ravin, et 
le 1889 fut insignifiante. 

pendant celte période, plusieurs hivers et en particulier ceux 
B5-I886, 1888-1889, 1890-1891 et de 1894-1895 ont été 
lement neigeux. En 1895 et en 1897 le ravin du Midaou. 
: incomplètement traité, donnait de terribles avalanches, 
que les neiges du Tbeil restaient en place. Ce sont là des 
its remarquables et qui ne laissent aucun donte sur l'efficacité 
néthode de correction employée. 
Ileurs les peuplements résineux et feuillus qui occupent les 

du ravin du Thell et qui s'étendent, dans la zone basse. 
1 la limite orientale du couloir de Montpuyau, croissent 
d'hui et se développent avec une étonnante rapidité. Prot^s 
t banquettes de la zone élevée contre le passage des avalanches, 
uplements de pins à crochets, de pins noirs, de mélèzes, 
];éa de feuillus (frênes, chênes, alisiers, sorbiers) ne peuvent 
ospérer de jour en jour davantage. Ils exercent déjà eux- 
i, sur les régions subjacentes, une action protectrice très 
iiable, en contribuant à retenir les neiges et à fixer les terres, 
à que se fait sentir tout particulièrement l'avantage de cette 
combinée des travaux de banquettages et des travaux de 
3ment qui constitue le principe de la méthode actuelle, 
s les autres ravins aussi, dans le Midaou, le Honnt-Nègre, le 
lo, les réfections des plantations sont activement poursuivies, 
!me temps que s'achèvent les banquettes dans les régions 
eure et moyenne. Le mélèze et l'épicéa sont associés au hêtre 
béne dans la partie basse, au bouleau, à l'alisier, au sorbier, 
i zone élevée, à partir de 1900 mètres d'altitude. Ces réfec- 
eront continuées sans relâche et ne seront arrêtées que le 




DBUXtÈME PABTIE — TRAVAUX EXECUTES 65 

joar où la végétation forestière aura repris possession complète du 
terrain. 

On est en droit d'espérer qae, dans une vingtaine d'années, 
grâce à la protection qui leur est assurée par les banquettes, les 
plantations de la montagne du Gapet se seront suffisamment déve- 
loppées pour pouvoir, à elles seules, assurer la fixation des neiges. 
Ce sera la réalisation du projet conçu par Lomet et poursuivi par 
les Agents des Eaux et Forêts avec le précieux concours des 
officiers du Génie, pendant la seconde moitié de ce siècle : la sup- 
pression des açalanches par le reboisement. 



TROISIÈME PARTIE 



RENSEIGNEMENTS 



SUR LES 



TRAVAUX DE REBOISEMENT PROPREMENT DIT 



LE PÉRIMÈTRE DE RESTAURATION ET DE CONSERVATION 



CHAPITRE I" 
Historique de la création du Périmètre de Reboisemen 

— Bien avant la promulgation de la loi du a8 juillet 1860 sur 
reboisement des montagnes, l'état de dégradation et de dénudatif 
des terrains de la Vallée de Barèges, et la nécessité de les restaur 
par la voie du reboisemenl, avaient frappé l'esprit de tous 1 
hommes éclairés qui avaient eu l'occasion de visiter la haute régi( 
pyrénéenne. 

Les prdcurseors du Reboisement. — L'ingénieur Lom< 
(1794). — H. Ballard (1834). — Dans son « Mémoire sur l 
Eaux minérales et les Etablissements thermaux des Pyrénées », i 
auteur que nous avons plusiears fois cité — l'ingénieur Lomet - 
signalait déjà, en 1794. les dangers qui résultaient, pour la atatif 
de Barèges, de l'état de dénudation des montagnes environnante 
Chargé, comme il a été dit, par le Comité de Salut public ( 
reconnaître et de choisir à Barèges un emplacement pour la con 
trnction d'un Hôpital militaire, il écrivait, en tête de son élude 
« La Vallée du Bastan est dans un tel état de déchirement, tant pi 
» les efforts de la nature que par les dégradations des hommes, qa 
» n'y a aucun établissement que l'on ne dût regarder comme pr 
9 caire, si l'on ne comptait trouver, dans des travaux bien cor 
» binés, une garantie contre les conséquences de la décrépilu» 
» des montagnes. » 

... « II faut gouverner le lorrent (le Bastan), qui serre de si pr 
» et Barèges et ses eaux thermales, qu'il n'y a pas d'homme instru 
» qui osât garantir pour dix ans l'existence de l'Etablisseme! 
» actuel. Il faut encore s'occuper des moyens de modérer o 
» lavanges (avalanches) qui frappent Barèges en deux endroits, 
» qui ne respecteront pas longtemps les parties qu'elles ont jusqn 
B présent épai^ées. » 



70 LA VALLEE DE BAREGE8 ET LE REBOISEMENT 

Voilà donc, très nettement indiqués, il y a plus d'un siècle, les 
deux principaux fléaux qui menacent la station de Barèges : les 
crues du Bastan et les avalanches. Mais, à côté du mal, Lomet 
indique déjà le remède. — S'appuyant sur ce fait que la forêt de 
Barèges, qui s'étend sur le versant méridional de la vallée, a toujours 
empêché la formation des avalanches sur ce versant : ce II faut des 
y> bois aussi, dit-il, sur les hauteurs opposées, et il faut commencer 
» tout de suite à les former ; car il fallait commencer l'année 
dernière, ... il y a dix ans, ... il y a vingt ans. » 

On nous pardonnera de citer si longuement un auteur déjà ancien 
et ignoré du plus grand nombre. Mais Lomet a si nettement défini 
la cause primordiale des fléaux qui désolent la Vallée de Barèges, il 
a eu une intuition si parfaite des procédés de restauration à employer 
pour les combattre, qu'il nous parait intéressant au plus haut degré 
de rappeler ici ses premiers enseignements. 

— Avec une perspicacité et une sûreté 'de jugement remarquables, 
il indique les essences qui lui paraissent les plus propres au reboi- 
sement de ces pentes abruptes. 

La page suivante renferme, à elle seule, tout le programme des 
travaux de reboisement qui seront exécutés, à partir de 1860, dans 
la Vallée de Barèges. Instruits par l'expérience de quarante années 
de travaux, les forestiers d'aujourd'hui n'auraient pas à changer ou 
à retrancher une ligne de ce programme : 

<!( On boisera en chêne et en hêtre, dit Lomet, toute la partie 
x> inférieure (des versants dominant Barèges). Le chêne surtout 
» montre tant de sympathie pour ces lieux, qu'il y repousse encore 
» après trente ans d'efforts pour l'extirper. . . Au-dessus du chêne 
» et du hêtre, on plantera du pin. . . Le pin rouge (pin Sylvestre) 
» croit dans les Pyrénées ; mais il est presque détruit dans le canton 
» de Barèges. Cette vallée récèle un pin encore plus recommandable 
» par son élévation — le pin de montagne. Il faut le propager. . , 
\> Un arbre plus essentiel encore et qui semble créé pour ces pentes, 
» c'est le mélèze, si commun dans les Alpes. . . L'extrême pépurie 
» du bois à Barèges rendrait cette régénération des forêts nécessaire. 
» Cette pénurie fait aussi comprendre avec quelle sévérité ces nais- 
» santés forêts doivent .être gardées. Que l'on plante, que l'on sème, 
» mais surtout que l'on conserve ! . . . Ils'agit de la prospérité d'une 
» contrée où le Gouvernement vient de jeter les yeux ; il s'agît de 
» régénérer ces montagnes dont la nudité accélère le déchirement 



XXVII. — Le Torrent du Bayet, a Viella. 

Premières Plantations de Résineux (1870 à 1875) 

ET Plantations récentes de Feuillus (Aunes, etc.) sur les atterrissements des Barrages. 



1 T 



TROISIEME PARTIE — PERIMETRE DE REBOISEMENT 7I 

» et de conserver à rindustrie pastorale des vallées nombreuses et 
» fécondes, d'où les éboulements, les lavanges, les torrents, conjurés 
» avec la privation du bois, vont bientôt repousser les troupeaux et 
)» les bergers. ^ 

Nous retrouvons les mêmes avertissements dans Touvrage publié 
bien plus tard, en i834, par un médecin éminent, M. Ballard, chirur- 
gien en chef de l'Hôpital militaire de Barèges. Mais, prévoyant les 
résistances des populations pastorales, ce dernier auteur indique, 
de plus, les expropriations nécessaires : 

« D'un côté, dit-il, ce sont des avalanches à fixer : plantez sur les 
» versants où elles prennent naissance. De l'autre, ce sont des ravins 
» à cicatriser (le Rieulet, le St-Laur, etc.). . . ; des eaux à détourner 
» avant qu'elles n'aient pris une trop grande force d'impulsion et 
» avant qu'elles n'aient détrempé des terrains qui se laissent trop 
» facilement pénétrer par elles. — Gomment remplir ce double 
» but ? — Beaucoup de moyens ont été proposés ; mais il n'en est 
» qu'un seul qui puisse lever tous les obstacles que les autres 
x> présentent. Ce moyen paraîtra violent au premier abord ; mais la 
» connaissance des lieux et du caractère des habitants m'a démontré 
» qu'il est le seul praticable : c'est d'exproprier les habitants de 
y> toutes les terres qui dominent Barèges ; alors, et seulement alors, 
» on pourra éloigner les troupeaux qui les dégradent et qui s'oppo- 
» seraient à la réussite de toute plantation que l'on voudrait y faire 
» avant d'avoir pris cette mesure. » 

Ainsi, M. Ballard demandait, dès i834, l'expropriation de tous les 
terrains dominant Barèges, c'est-à-dire non seulement des versants 
supérieurs du Capet (rive droite) et d'Ayré (rive gauche), mais 
encore des plateaux subjacents, terrains fertiles et bien cultivés. 
Un projet d'expropriation aussi étendu, et s'appliquant à des 
terrains très bien cultivés et très productifs, devait forcément 
paraître excessif. Sans aller aussi loin que M. Ballard le proposait, 
le Service forestier, en expropriant et reboisant une étendue 
suffisamment grande de terrains — et de terrains communaux 
surtout — eût pu obtenir, avant la fin de ce siècle, la régularisation 
du régime des eaux dans la Vallée du Bastan, et supprimer ainsi les 
plus terribles des fléaux qui menaçaient la station de Barèges, à 
savoir les formidables crues du Bastan et de ses aflluents, les 
torrents d'Escoubous, du Lienz, du Rieulet, du Pontîs, etc. . . 



^2 LA VALLEE DE BARE6B8 ET LE REBOISEMENT 

Examinons dans quelle mesure les lois de 1860 et 1882 ont permis 
au Service forestier de réaliser cette œuvre, éminemment utile^ de 
protection et de sauvegarde. 

Comparaison entre retendue périmôtrôe et celle dont le 
Reboisement s'imposerait. -^ La loi du 28 juillet 1860 sur le 
reboisement des montagnes permettait à TAdministration d'acquérir 
ou simplement d'occuper, en vue des travaux de reboisement, tous 
les terrains de montagne, communaux ou particuliers, dont Tétat 
de dégradation, voire même de dénudation, pouvait être considéré 
comme un danger pour les terrains inférieurs. Pour se conformer à 
l'esprit de cette loi, le Service forestier eût dû occuper et reboiser 
dans la Vallée de Barèges, non seulement les versants du Gapet et 
d'Ayré, qui dominent immédiatement la station thermale, mais 
encore et surtout les pâturages élevés de la Vallée, les terrains du 
Tourmalet qui forment l'immense bassin de réception des eaux du 
Bastan et, avec ces terrains, les pentes dénudées d'où descendent 
les affluents impétueux de la rive gauche, l'Escoubous, le Lienz, le 
Pontis et tant d'autres. C'était, en somme, une superficie d'au moins 
4.000 hectares qu'il convenait de reboiser pour parer au danger 
des inondations et protéger à la fois la station thermale, les vallées 
et les plaines inférieures. Malheureusement, les efforts tentés dans 
ce sens par le Service forestier furent, dès le début, enrayés, en 
grande partie, par les résistances des populations pastorales, aussi 
jalouses de ces maigres pâturages qu'elles eussent pu l'être de 
terrains fertiles et réellement productifs, En raison finale, les décrets 
d'utilité publique des a5 février i863, no juillet et 3i décembre 1864 
se bornèrent à attribuer au périmètre du Bastan une étendue totale 
de 660 hectares, dans une vallée où il eût fallu en reboiser 4*ooo 1 

La loi du 4 ^vril 1883, relative à la restauration et à la conservation 
des terrains en montagne, n'a, malheureusement, pas remédié à cette 
situation fôcheuse. Plus restrictive que celle de 1860, elle ne permet 
d'englober dans les périmètres de restauration que les terrains de 
montagne dont l'état de dégradation propre constitue un danger 
«c né et actuel )». Or, si dans la chaîne des Alpes, les bassins de 
réception des torrents appartiennent, pour la plupart, à cette caté- 
gorie de terrains dégradés qui tombent sous le coup de la loi de 1882, 
il n'en est pas de môme dans les- Pyrénées. Ici, de nombreux torrents 
prennent leur source dans des terrains complètement dénudés, mais 



TROISIEME PARTIE • — PÉRIMÈTRE DE REBOISEMENT ^3 

cependant gazonnés et stables, et qui, par suite, ne sauraient être 
expropriés en vertu de la loi de 1882. 

Le législateur de 1882, dans le but très louable de sauvegarder 
les droits des communes et des propriétaires particuliers et d'éviter 
l'arbitraire, a exigé que la déclaration d'utilité publique fût désor- 
mais réservée au Parlement, tandis qu'un simple décret du chef de 
l'État sufQsait jusqu'alors. C'était là un grand progrès de la légis- 
lation, une garantie précieuse pour les populations de la montagne. 
Mais la clause relative au danger et né et actuel » a pu paraître trop 
restrictive. Dans bien des cas elle a entravé l'action des pouvoirs 
publics et empêché l'exécution de travaux utiles, sur des terrains 
non encore dégradés, mais dont le reboisement eût puissanmient 
contribué à la protection des régions inférieures. 

C'est ainsi que la révision ordonnée par l'article 16 de la loi 
de 1882 a eu pour effet, dans la Vallée de Barèges, de restreindre 
encore l'étendue du périmètre et de la réduire aU chififre de 
534 hectares. Cette étendue vient, il est vrai, d'être augmentée en 
vertu de la loi du 27 juillet 1895, qui a prescrit l'acquisition dé 
290 hectares de terrains dégradés dans la Vallée du Bastan (ravins 
du Pontis, du St-Laur, etc.), et de 599 hectares dans le bassin du 
Gave de Pau (ravins du Sanyou, du Sarré, etc.). Mais l'acquisition 
de ce nouveau périmètre — de trop faible superficie, d'ailleurs, — 
rencontre de sérieuses difficultés et traine en longueur. Les parti- 
culiers et les communes s'entêtent dans leur résistance aveugle, et 
ne cèdent leurs terrains que morceau par morceau. — C'est là une 
situation très fâcheuse à tous les points de vue. Le Service forestier 
fait les plus louables efforts pour amener à lui les populations 
locales et traiter par la voie amiable avec les propriétaires des 
terrains à acquérir. Il serait vraiment malheureux que l'opposition 
systématique de ces propriétaires et leurs prétentions eiiagérées ne 
missent un jour l'Administration dans l'obligation de recourir à la 
procédure, beaucoup moins avantageuse pour eux, de l'expropria- 
tion pour cause d'utilité publique. 

Les Travaux particuliers. — Absence d'initiative privée. — 
Non contents de retarder ainsi l'application d'une loi d'intérêt 
général, votée à l'unanimité par les Chambres, les habitants s'abs- 
tiennent, en outre, de profiter des dispositions bienveillantes de la 
loi de 1882, qui leur permettraient d'exécuter eux-mêmes des 

5. 



74 l'A VALLÉE DE BARÈGES ET LE REBOISEMENT 

travaux de restauration sur leurs terrains, au moyen de subventions 
de l'Etat. La commune de Gavarnie, dans le bassin du Gave de Pau, 
a bien essayé d'obtenir, par ce moyen, le reboisement des terrains 
du Mourgat, sur une étendue de 5o hectares ; mais, ne pouvant 
fournir elle-même, comme part contributive, que des crédits déri- 
soires — insuffisants pour justifier une intervention active de 
l'Etat — elle a fini par renoncer à ce mode d'exécution et s'est 
décidée — exemple rare dans ce pays — à abandonner gratuitement 
son terrain à l'Etat. 

Les travaux dits facultatifs, c'est-à-dire exécutés volontairement 
par les communes ou les particuliers sur leurs propres terrains au 
moyen de subventions de l'Etat, n'existent donc pas, en définitive, 
dans la Vallée de Barèges. 

Situation actuelle. — Pour nous résumer, les travaux de reboi- 
sement n'ont été entrepris d'une façon èflective, dans la Vallée de 
Barèges, que sur une étendue d'environ fyjo hectares expropriés par 
l'Etat (le périmètre révisé en 1884 comprenant 64 hectares de terrains 
absolument rocheux et non susceptibles d'être reboisés). On ne 
s'étonnera pas, dans de telles conditions, que le but essentiel du 
reboisement, qui est la régularisation du régime des eaux, n'ait 
pas été atteint dans la Vallée de Barèges, et que des crues formi- 
dables, telles que celle de 1875, celle de 1897 surtout, aient pu 
encore se produire. Le Service forestier, ainsi limité dans ses 
moyens d'action, a dû se borner — nous l'avons dit — à cicatriser 
des plaies locales, à éteindre où à maîtriser les affluents du Bastan 
dans le voisinage immédiat de Barèges. 

Etudions, cependant, ce petit périmètre de 47^ hectares, si 
important par sa situation ; jetons un coup d'œil sur lès divers 
massifs qui ont été créés ; examinons les méthodes de reboisement 
et de culture que Ton a suivies ; signalons les difficultés exception- 
nelles que l'on a rencontrées et vaincues. Nous verrons alors que le 
Service forestier a tout droit de se féliciter du résultat obtenu, en 
attendant que les prochaines acquisitions de terrains lui permettent 
d'opérer sur une plus grande échelle, dans une Vallée où l'inter- 
vention énergique des reboiseurs devient de jour en jour plus 
nécessaire. 



XXVIII. — Les Travaux actuels. 
Descente des Mottes de Gazon au moyen d'un Treuil et d'uï 

POUR LE GAIONNEMENT DES TERRAINS 1 



TROISIÈME PARTIE — DETAILS SUR LES TRAVAUX ACTUELS jS 



CHAPITRE II 

Historique des Reboisements. — Méthodes suivies. 

Détails sur les travaux actuels. 

Division en Séries ou Régions. — Le périmètre du Bastan se 
divise en trois régions ou séries distinctes qui tirent leurs noms 
des territoires des communes où elles sont situées : 

i^ La série de Betpouey (rive gauche du Bastan), qui comprend 
le mamelon de CoUongues, bordé par le Lienz, et la partie supé« 
rieure du versant d'Ayré, avec le bassin de réception du torrent du 
Rieulet, affluent du Bastan (entre 1700 et aSoo mètres d'altitude) ; 

2° La série de Sers (rive droite du Bastan)^ qui embrasse tout le 
versant de la montagne du Capet, au-dessus des plateaux cultivés, 
avec les bassins de réception des ravins du Theil et du Midaou 
(entre 1400 et 24^0 mètres d'altitude) et, plus bas, tout au bord du 
Bastan, le petit canton des Artigalas. 

Ces deux zones de terrains dominent la station de Barèges. 

30 La série de Viella (au-dessus du village du môme nom et à 
3 kilomètres de Luz), formée d'un versant escarpé que sillonne le 
torrent du Bayet, affluent de la rive gauche du Bastan. — Cette série 
est comprise entre 800 et 1700 mètres d'altitude. 

Les travaux de Reboisement de 1861 à 1880. — Les travaux 
de reboisement furent entrepris, dès 1861, dans ces trois séries ou 
régions, et, malgré l'opposition qu'il rencontra de la part des popula- 
tions pastorales, le Service forestier obtint rapidement des résultats 
très satisfaisants. Les essences employées étaient le pin à crochets, 
le pin Laricio d'Autriche, le pin Sylvestre, le mélèze, l'épicéa* 
Parmi les essences feuillues, le chêne seul a été employé pendant 
QClte première période des travaux. — On n'a, d'ailleurs, réussi à 
l'installer que dans la partie basse de la montagne de Sers, sur un 
versant en pente rapide, exposé au Midi. 



76 LA VALLBË DE BAREGEg ET LE REBOISEMENT 

Semis et Plantation. — Pour ce qui est du mode d'exécution, le 
semis était, au début, associé à la plantation. On semait par potets 
dans les portions de périmètre les plus pierreuses et les plus escar- 
pées, où la préparation du sol en vue de la plantation paraissait 
trop difficile. On plantait par potets dans les parties moins déclives 
et plus faciles à défoncer. Mais Texpérience ne tarda pas à démontrer 
la supériorité de la plantation sur le semis direct, dans les condi- 
tions de situation, de climat et d'altitude spéciales au périmètre du 
Bastan.^ — Dans la série de Betpouey comme dans celles de Sers et 
Viella, à Texposition Nord comme à l'exposition Sud, les jeunes 
semis avaient trop à souffrir des gelées printanières, des froids 
rigoureux de l'hiver et de l'extrême sécheresse de l'été, pour que 
l'on pût compter sur une réussite de plus de 8 ou lo ^/o dans les 
terrains ainsi ensemencés. Seuls, des jeunes plants âgés d'au moins 
trois ans, élevés et soignés en pépinière, possédaient la vigueur 
nécessaire pour résister à toutes ces causes de destruction. — En 
fait, le mode de boisement par voie de semis direct fut rapidement 
abandonné dans la Vallée du Bastan, et le seul vestige que l'on 
puisse voir aujourd'hui des peuplements créés suivant ce système 
est le massif de chênes de la zone basse du Gapet, dont l'étendue ne 
dépasse pas lo hectares. Nous avons, depuis 1897, exécuté, il est 
vrai, des semis à demeure, et nous continuons d'employer ce mode 
de boisement, mais seulement pour la réintroduction du sapin en 
sous-étage. Pour toutes les autres essences, le mode de boisement 
par voie de semis est définitivement abandonné. 

Mode de Plantation. — La nécessité de planter une fois admise, 
le choix d'un mode de plantation à adopter définitivement ne 
pouvait faire l'objet de longues hésitations. La plantation par potets, 
essayée tout d'abord, avait donné d'excellents résultats, et les fores- 
tiers eurent raison de s'en tenir là. Sur des terrains très déclives et 
très superficiels, tels que ceux dont est formé le périmètre du Bastan, 
le mode de plantation en buttes présentait l'inconvénient de ne 
donner aux plants qu'une assiette insuffisante (vu la trop grande 
légèreté des terres) et de les exposer, en outre, à être enlevés par 
le choc des pierres roulantes ou des eaux de pluie. — La plantation 
par mottes prises dans les pépinières eût été extrêmement coûteuse, 
vu la difficulté des transports à pied-d'œuvre, et elle eût appauvri 
énormément le sol des pépinières ; — enfin, il ne pouvait être 



TROISIEME PARTIE — DÉTAILS SÛR LES TRAVAUX ACTUELS 77 

question de planter par bandes, ce procédé étant encore plus 
dispendieux. 

lie mode de plantation par potets était, en somme, le seul appli- 
cable ; c'est celui que nous employons encore aujourd'hui dans la 
Vallée du Bastan, à rexclùsion de tout autre, et la réussite des 
plantations ainsi exécutées depuis 1860 a démontré la supériorité 
de ce système, dans les conditions spéciales à la Vallée de Barèges. 

Essences adoptées. — Les Résineux. — Moins heureuses furent 
les idées des premiers reboiseurs au sujet du choix des essences. 
Ils employaient partout les essences résineuses, à l'exclusion presque 
absolue des feuillues, appliquant ainsi un seul et même traitement 
à des terrains si divers de nature, de situation, d'exposition. La 
cause de cette regrettable erreur fut précisément le succès dès 
premiers travaux de reboisement, exécutés et réussis à l'aide des 
seules essences résineuses, sur presque toute l'étendue du péri- 
mètre. Mais bientôt surgirent les difQcultés, les complications, les 
accidents imprévus. 

Les insuccès. — Dans la série de Sers, d'une part, sur les 
terrains rocheux et escarpés qui forment les bassins de réception 
des ravins du Theil et du Midaou, loin d'empêcher le glissement des 
neiges, les jeunes plantations étaient, chaque année, saccagées et 
ruinées par le passage des avalanches. 

Dans la série de Betpouey, sur le versant en pente relativement 
douce qui surmonte le ravin du Rieulet, et qui s'étend du sommet 
de ce ravin à la base du Pic d'Ayré, les masses énormes de neige 
qui s'accumulaient en hiver, écrasaient de leur poids les peuple- 
ments résineux. Les jeunes sujets disparaissaient sous la masse, et 
périssaient étouffés, ou bien, sur les rares points où leur état de 
développement leur permettait d'émerger au-dessus de la couche 
de neige, les alternatives de dégel et de regel produisaient l'arra- 
chement de leurs verticiîles inférieurs et leur occasionnaient des 
plaies mortelles. — L'invasion d'un champignon microscopique, le 
peridermkim pini, qui s'attaqua surtout au pin à crochets, vint 
bientôt aggraver ces ravages. Des peuplements entiers, pleins de 
vigueur au début, disparurent dans l'espace de quelques années, et 
il fallut entreprendre d'importantes réfections dans les vides des 
massifs ainsi éclaircis. On employa malheureusement encore, pour 



L 



^8 LÀ VALLÉE DE BAREGES ET LE REBOISEMENT 

ces réfections, les mômes essences résineuses, sans songer à utiliser 
les feuillus à tempérament robuste, le bouleau, Talisier, le sorbier, 
espèces locales qui pouvaient affronter les rigueurs du climat, et 
survivre aux accidents occasionnés par la neige. 

L'imitation trop servile des travaux de reboisement exécutés 
jusqu'alors dans les Alpes françaises et dans les pays étrangers fit 
ainsi perdre aux forestiers un temps précieux. Il convient toutefois 
de rendre hommage à l'énergie et à la persévérance dont ces premiers 
reboiseurs firent preuve, dans la lutte qu'ils avaient entreprise 
contre une nature ingrate, n'ayant, pour se guider au milieu des 
difficultés sans nombre, que des exemples insuffisamment probants 
et se rapportant à des conditions de sol, de climat et d'altitude 
bien différentes de celles où ils opéraient eux-mêmes. Si le succès 
n'a pas couronné partout leurs efforts, il n'en est pas moins vrai 
que nous profitons aujourd'hui de leur expérience, laborieusement 
acquise, et c'est en somme de leurs essais et de leurs travaux que 
sont nées les méthodes actuelles. Leur œuvre, si remarquable 
quoique imparfaite, est loin, d'ailleurs, d'avoir disparu. 

Les Massifs créés. — De très beaux peuplements, provenant 
des premiers travaux et des réfections qui les suivirent, occupent 
encore une importante portion du sol domanial, dans les communes 
de Betpouey, Sers et Viella. 

A Betpouey, ce sont les massifs d'épicéa, pins à crochets, mélèze, 
pins sylvestres, qui occupent tout le bassin de réception du Rieulet, 
et dont la création n'a pas peu contribué à l'extinction de ce torrent, 
autrefois si redoutable pour la station de Barèges. Ce sont encore, 
dans la même série, les peuplements résineux du canton de GoUon- 
gues, à cheval $ur un. mamelon à pentes abruptes, qui borde le 
torrent du Lienz, et dont le reboisement presque complet (sur près 
de 5o hectares) est une garantie contre les crues subites de ce cours 
d'eau, très impétueux dans le voisinage de la station thermale. 

Sur les pentes abruptes de la montagne de Sers, le peuplement 
d'essences résineuses créé de 1860 à 1880 se présente sous la forme 
de bouquets, irrégulièrement disséminés au milieu des rochers cl 
des banquettes en pierre sèche. 

La végétation forestière n'a pu, à elle seule, conjurer les dangers 
qui menaçaient, de ce côté, la station de Barèges, et d'importants 
travaux de maçonnerie ont dû être exécutés, concurremment avec 



XXIX. — Les Travaux actuels. 
Descente des Mottes de Gaîon — Station d' 



* 



TROISIEME PARTIE — DETAILS SUR LES TRAVAUX ACTUELS 79 

les plantations, en vue d'empêcher la formation des avalanches. 
Mais les premiers reboisements ont eu, du moins, pour résultat 
immédiat, dans cette série, de régulariser le débit des eaux du Theil 
et du Midaou, affluents du Bastan, et de protéger THôpital militaire 
et les maisons du 3as^Barèges contre les crues, jadis dangereuses, 
de ces deux ruisseaux. 

Sous Tabri de ces premiers massifs pourront croître et prospérer 
les jeunes plantations d'essences feuillues que l'on crée aujourd'hui 
sur le versant du Capet, et l'œuvre des premiers reboiseurs, ainsi 
complétée, deviendra, là aussi, parfaite et définitive. 

Dans la commune de Viella, enfin, sur des terrains scliisteux, 
escarpés, et dont l'état de désagrégation et d'équilibre instable était 
une menace perpétuelle pour le village, les premiers travaux de 
reboisement, admirablement réussis, ont donné naissance à un 
peuplement de pins noirs d'Autriche, pins à crochets et mélèzes^ 
d'une vigueur remarquable. Les habitants de Viella n'en ont pas 
moins accusé le reboisement d'être la cause des mouvements et 
affaissements de terrains qui se sont produits dans leur village à la 
suite de la crue de 1897. Pendant les hivers de 1898-1899 et 1899-1900, 
la partie basse de la montagne, profondément affouillée en 1897 par 
les eaux du Bastan, s'est crevassée sur de nombreux points, et on 
put craindre un moment pour la sécurité du village. Plusieurs 
maisons, fortement lézardées, menaçaient ruine. Le reboisement 
des terrains supérieurs — prétendaient les habitants — avait eu 
pour effet de détourner les eaux du Bayet de leur thalweg naturel 
et de les amener, par absorption et par infiltration, sous le village. 
Théorie absurde et dont les événements n'ont pas tardé à faire 
justice ! Il a suffi, en effet, à l'Administration des Ponts et Chaussées 
d'exécuter quelques travaux de drainage dans les prairies de Viella 
pour arrêter complètement tous les mouvements de terrains. Ces 
affaissements étaient la conséquence directe des irrigations prati- 
quées par les habitants eux-mêmes, d'une façon intensive et abusive, 
dans des terrains argileux, provenant de la désagrégation des 
schistes pourris de l'étage cumbrien, et toujours prêts à s'ébouler 
dès qu'ils renferment un excès d'eau. L'ébranlement imprimé au 
pied de la montagne, en 1897, par l'effroyable choc du Bastan, 
avait rompu l'équilibre de la masse et provoqué des appels par le 
bas. Les drainages et l'interdiction des irrigations ont suffi pour 
enrayer le mal. 



8o LA VALLEE DE BAREGES ET LE REBOISEMENT 

. Les Travaux à partir de 1880. — La méthode actuelle. — 
Les feuillus associés aux résineux. — C'est aux environs de 
Tannée 1880 que fut tentée, pour la première fois, d'une façon 
sérieuse, l'introduction des essences feuillues dans le périmètre du 
Bastan. D'excellents essais avaient été faits dans c^ sens, depuis 1870, 
mais sur une petite échelle, dans le quartier des Artigalas, situé au 
bord du Bastan, à l'entrée de Barèges — parcelle dont l'étendue ne 
dépasse pas quatorze hectares. — Ce canton isolé, situé au-dessous 
des plateaux, formé d'un sol profond, bien qu'en pente très forte, 
et imbibé continuellement par les infiltrations des plateaux iiTigués, 
se prêtait tout particulièrement à des expériences de ce genre. Le 
peuplement d'aunes, érables et autres essences feuillues que Tony 
a créé n'a pas tardé à former un massif complet et très bienvenant 
qui constitue aujourd'hui le plus bel ornement de ce quartier de 
Barèges, autrefois dénudé et raviné. 

Bien différente et bien plus complexe était la question, pour ce 
qui concerne la zone élevée des montagnes d'Ayré et du Capet. Là, 
plus d'irrigations possibles. Les jeunes plants, une fois mis en terre, 
devaient être complètement abandonnés à eux-mêmes pendant la 
plus grande partie de l'année et avaient à affronter les froids rigou- 
reux de l'hiver, comme la sécheresse, parfois très grande, de l'été. 
Ces conditions défavorables imposaient surtout l'emploi d'essences 
à tempérament robuste, et ce fut, en effet, à celles-ci que l'on recourut 
tout d'abord. Le bouleau, l'alisier, le sorbier, dont les graines sont 
abondantes dans la région, furent élevés en pépinière, puis associés 
aux résineux (surtout au pin à crochets) dans l'exécution des réfec- 
tions nouvelles. L'expérience réussit pleinement. Bientôt, le frêne, 
l'érable, l'aune blanc furent, à leur tour, associés aux résineux et 
aux autres feuillus dans les bassins de réception et les berges, relati- 
vement humides, des ravins du Rieulet, du Midaou et du Theil 
— soit jusqu'à 1800 mètres d'altitude environ. — Enfin, le hêtre fut 
introduit en sous-étage, dans les clairières des massifs résineux, à 
l'exposition Sud comme à l'exposition Nord, sur tous les points où 
cette essence délicate pouvait trouver un abri suffisant, tant contre 
les ardeurs du soleil que contre les gelées printanières, si fréquentes 
et si redoutables dans cette région montagneuse. 

Depuis 1890 surtout, les réfections de plantations à l'aide d'es- 
senccft feuillues associées aux résineuses, ont pris une grande 
extension dans le périmètre du Bastan. C'est la méthode que nous 



TROISIEME PARTIE — DETAILS SUR LES TRAVAUX ACTUELS 8l 

suivons aujourd'hui avec ua plein succès, et les avantages en sont 
multiples. Certes, nous ne considérons pas les peuplements résineux 
créés depuis 1860 comme des massifs destinés à disparaître, des 
peuplements de transition qui devraient faire place aux peuplements 
feuillus, dès que ceux-ci auraient Tàge et la force nécessaires pour 
affronter le plein découvert. Nous croyons, au contraire, (et Tobser- 
vation des faits nous confirme déjà dans cette opinion), que ces 
massifs résineux donneront bientôt, comme les bois de pins mari- 
times dans les Landes, assez de semence fertile pour se régénérer et 
se perpétuer d'eux-mêmes, sans Tintervention de Thomme. Mais 
l'introduction des feuillus, en mélange avec les résineux est, en 
attendant, indispensable à divers titres. Dans les massifs ainsi 
mélangés, les bris de neige ne sont plus que des dégâts réparables : 
les tiges des végétaux feuillus, immédiatement recépées après 
Taccident, rejettent de souche et donnent naissance à de nouveaux 
peuplements. D'autre part, les mutilations individuelles produites 
par le poids des neiges, l'étêtement des jeunes sujets, l'arrachement 
des branches latérales, accidents toujours très nuisibles aux rési- 
neux, sont généralement peu graves pour les feuillus. — Enfin et 
surtout, qu'une invasion d'insectes ou de champignons, telle que 
celle du peridermium pinU vienne à se produire dans un massif 
résineux mélangé de feuillus, ce ne sont plus des peuplements 
entiers qui disparaîtront, mais simplement des arbres épars, et la 
diversité des feuillages, des bois et des tempéraments sera elle- 
même un obstacle à la propagation du fléau. 

— En résumé, ce n'est pas la substitution mais bien l'association 
des feuillus aux résineux que le Service forestier poursuit aujour- 
d'hui dans la Vallée de Barèges. Voilà le but ; quant au moyen, il 
consiste, nous l'avons dit, à réinstaller chaque essence dans l'aire 
d'habitation qu'elle occupait avant que la main de l'homme n'eût 
consommé l'œuvre de destruction et de ruine. 

Essences employées actuellement pour les Plantations. — 
Le hêtre, tout d'abord, cette essence précieuse dont sont formés la 
plupart des taillis de la haute région pyrénéenne, doit reprendre, 
dans la Vallée de Barèges, la place prépondérante qui lui appartenait 
jadis. Gomme le conseillait Lomet il y a plus de cent ans, nous nous 
efforçons de l'introduire en sous-étage sur tous les points du péri- 
mètre où la végétation préexistante peut lui procurer l'abri qui lui 



8a LA VALLEE DE BAREGES ET LE REBOISEMENT 

est indispensable pendant les premières années. A Betpouey, 
comme à Sers, comme à Yiella, les jeunes repeuplements de cette 
essence occupent déjà des étendues importantes entre 1400 et 1800»» 
d'altitude. Le hêtre vient jusqu'à aooo"» dans les vallées voisines : 
on ne doit pas désespérer de lui faire atteindre les mêmes zones 
d'altitude dans la Vallée de Barèges. 

— Le chêne est avantageusement employé, dans la partie basse 
de la série de Sers, à l'exposition Sud, entre 1400 et 1700"» d'altitude ; 
il formera bientôt là, dans le voisinage immédiat de la station de 
Barèges, d'épais fourrés qui ne contribueront pas peu à fixer défini- 
tivement les neiges. 

— L'aune blanc a rendu et rend encore des services inappré- 
ciables ; il s'installe avec la plus grande facilité dans les berges 
humides des ravins du Rieulet, du Theil, du Midaou. On l'a même 
employé avec succès, à l'exposition Nord, dans des terrains secs et 
complètement dénudés, où l'aune commun n'avait pu réussir. 

— Le frêne et l'érable sycomore, dont la graine est si abondante 
dans le pays, viennent très bien jusqu'à 1700 et môme i8oo« d'alti- 
tude, à toutes les expositions, pour peu qu'ils rencontrent, dans un 
sol complètement gazonné, la fraîcheur qui leur est indispensable. 
• — Au-dessus de 1800 ou 2000" d'altitude, l'alisier, le sorbier et le 
bouleau sont les seules essences feuillues de la région qui puissent 
affronter la rigueur du climat et vivre en plein découvert. C'est sur 
ces trois essences et principalement sur le bouleau qu'il faut compter 
pour arriver à rétablir l'état boisé dans la zone élevée du périmètre. 

— Parmi les résineux, le pin noir d'Autriche, le pin à crochets, le 
pin sylvestre, l'épicéa et le mélèze ont été employés, nous l'avons 
dit, avec un égal succès, au début des travaux. Mais la comparaison 
des résultats divers que ces essences ont donnés par la suite, nous 
ont conduit à faire, au sujet de leur emploi, certaines distinctions 
et à formuler quelques réserves. 

— Le pin sylvestre restera toujours d'un usage forcément restreint 
dans la Vallée de Barèges, car, s'il se développe bien dès le début, 
sa ramification légère résiste mal au poids des neiges ; cette essence 
(si tant est qu'on l'emploie de nouveau) devra être cantonnée dans 
la zone tout à fait basse du périmètre. 

— Le pin noir d'Autriche est plus robuste ; mais au-dessus de 
i5oo ou 1600 mètres, sa végétation devient languissante ; il semble 
atteindre dans ces parages la limite extrême de son aire d'habitation. 



XXX. — Les Travaux actuels. 
Plantations sur Banquettes dans i 



TROISIÈME PARTIE — DETAILS SUR LES TRAVAUX ACTUELS 83 

C'est, en somme, un arbre de la zone moyenne. Il a surtout donné 
de très beaux résultats dans le canton de Collongues et sur les 
escarpements rocheux de la série de Viella, entre looo et 1700 mètres 
daltitude. 

— L'épicéa s'associe volontiers au pin noir et se développe très 
bien dans la même zone d'altitude. Fréquemment étété par la neige, 
il parait languir pendant les premières années ; mais sa vigueur 
native finit toujours par prendre le dessus. 

— Le mélèze, qui forme de si beaux peuplements naturels dans les 
Alpes, ne paraissait pas, dès l'abord, destiné à donner de brillants 
résultats dans la Vallée de Barèges. 

Comme l'épicéa et plus encore que lui, il souffrait pendant son 
jeune âge des accidents de neige, étôtement, arrachage des branches 
latérales. Sa végétation restait languissante, il paraissait même 
destiné à disparaître complètement. — Eh bien ! les peuplements 
de cette essence peuvent compter aujourd'hui parmi les plus vigou- 
reux et les plus beaux du périmètre. Le mélèze acquiert, en effet, 
dans cette vallée, aux environs de sa vingtième année, une vigueur 
et une rapidité de croissance remarquables qui le font triompher 
de toutes les causes de destruction coalisées contre lui. Aux grandes 
altitudes — entre 2.000 et 2.400 mètres — cet arbre à tempé- 
rament essentiellement robuste est, peut-être, avec le pin à crochets 
et le pin cembro, le seul des résineux qui puisse se maintenir et 
prospérer sur les flancs rocheux et escarpés des montagnes d'Ayré 
et du Capet. Pendant longtemps encore, le mélèze devra être 
employé en mélange avec les feuillus à tempérament robuste, l'alisier, 
le sorbier et le bouleau, au reboisement des pentes abruptes qui 
occupent la zone élevée des montagnes de Betpouey et de Sers, 
au-dessus de 2000 mètres d'altitude. 

— Le pin à crochets ou pin de montagne, essence indigène qui 
formait jadis de véritables forêts dans la zone supérieure de la Vallée 
de Barèges, a été planté sur toute retendue du périmètre, dès le 
début des travaux. C'est parmi ces peuplements de pins à crochets 
que le peridermium pini, ce champignon microscopique, a surtout 
exercé ses ravages, ouvrant de vastes trouées qu'il a fallu réfec- 
tionner à plusieurs reprises. Depuis 1895, la production et l'emploi 
du pin à crochets ont même dû être complètement arrêtés, par 
mesure de prudence, dans le périmètre du Bastan. Il est permis 
d'espérer, cependant, que cette prohibition n'est pas définitive. — 



84 LA VALLEE DE BARE6ES ET LE REBOISEMENT 

L'épidémie de peridermium, contre laquelle n'existe aucun remède 
efficace, parait être aujourd'hui en voie de décroissance. Il faut donc 
attendre encore avant de se prononcer définitivement au sujet de 
l'emploi du pin à crochets et avant de proscrire de nos périmètres 
l'essence indigène la plus robuste, celle qui a résisté la dernière aux 
tentatives de destruction des hommes, et dont on trouve encore des 
vestiges sur les crêtes rocheuses les plus escarpées des Vallées du 
Lienz et d'Escoubous, à plus de a.Soo mètres d'altitude! 

— Nous ne parlons pas ici du sapin, nous réservant d'en signaler 
l'emploi tout récent dans le paragraphe relatif aux semis à demeure. 

— Mais nous ne croyons pas devoir terminer celte rapide cnui 
mération des essences employées sans dire quelques mots des essais 
d'introduction du cèdre Déodara et du pin cembro, tentés par nous, 
pour la première fois, en 1899 et 1900. 

Le cèdre Déodara ou de l'Himalaya forme, en Asie, de véritables 
forêts dans des régions dont le climat et l'altitude offrent d'assez 
grandes analogies avec notre climat pyrénéen. Sa ramification souple 
et flexible, qui ce plie et ne rompt pas », semble devoir le soustraire 
chez nous aux. accidents produits par le poids des neiges. Sur les 
bienveillants conseils de M. de Yasselot de Regnié, conservateur 
des Eaux et Forêts — - auteur de remarquables travaux en Afrique — 
nous avons transplanté dans le quartier des Artigalas et dans le 
jardin de la maison forestière une vingtaine de pieds de cette essence, 
fournis gracieusement par la maison Ck>rdier, de Bernay (Eure). 
L'avenir dira si le succès doit répondre à nos espérances, et s'il y 
a lieu de propager dans notre région ce cèdre de l'Himalaya, plus 
robuste, sinon plus majestueux que son frère du Liban. 

— Le pin cembro, d'autre part, nous a paru devoir être avanta- 
geusement associé, dans la Vallée de Barèges, aux essences à 
tempérament robuste (mélèze, pin de montagne, etc....), sur les 
versants les plus élevés de TAyré et du Gapet. 

a Doué du tempérament le plus robuste, dit M. Demontzey, 
» l'éminent et regretté créateur du service du reboisement, le pin 
» cembro supporte vaillamment les plus rudes climats de sa station 
)» élevée, qui atteint jusqu'à S.ooo mètres dans les Alpes françaises. 
» On le rencontre jusque sur des crêtes rocheuses exposées aux 
lù vents les plus terribles, accroché aux anfractuosités des rochers... 
» On l'a employé dans les Alpes, avec un succès qui s'accentue 
» tous les ans. x> 




TROISIEME PARTIE — DÉTAILS SUR LES TRAVAUX ACTUELS 85 

m 

— En présence des résultats signalés par M. Demontzey dans les 
Alpes, il nous a semblé très- intéressant d'essayer le pin cembro à 
Barèges. Des semis de cette essence sont exécutés en ce moment 
dans nos pépinières. Il y a des chances, croyons-nous, pour que 
Texpérience donne de bons résultats. 

Détail des travaux de Reboisement actuels* — Exécution 
des Plantations. — Le mode de plantation usité dans la Vallée de 
Barèges est — on Ta vu plus haut — le mode dit ce par potets », le 
plus économique et le plus pratique, dans les conditions particu- 
lières au périmètre du Bastan. Les potets, qui affectent la forme de 
carrés de i5 à ao centimètres de côté, sont creusés et dégarnis de 
leurs gazons par des ouvriers armés de pioches piémontaises, 
derrière lesquels marchent les distributeurs de plants et les plan- 
teurs. On emploie environ 25 piocheurs pour un distributeur et 
quatre planteurs. — Afin de diminuer le prix de la main-d'œuvre» 
les femmes sont employées de préférence aux hommes, toutes les 
fois que cela est possible, pour porter, distribuer et mettre en terre 
les plants. — Le transport des plants se fait toujours dans des 
paniers en bois dans lesquels les racines restent soigneusement 
recouvertes de terreau frais, condition essentielle pour la réussite : 
il est formellement interdit de transporter les plants dans des 
tabliers, car une telle pratique, commode pour les ouvriers, aurait 
pour résultat inévitable de découvrir les racines et de les exposer 
à se dessécher à l'air libre. Le plantoir, petit instrument plat à 
manche court, est quelquefois employé pour la mise en terre des 
plants ; cependant, les ouvriers les plus expérimentés et les plus 
adroits aiment mieux s'en passer et ne se servent que de leurs mains 
pour placer le plant et tasser la terre, après avoir convenablement 
disposé et recouvert les racines. — Le plant est toujours placé assez 
près de Tune des parois du potet pour être abrité par lui contre les 
ardeurs du soleil. Toutes les fois que cela est possible, on ne manque 
pas, le plant une fois mis en terre, de couvrir le potet d'une grande 
pierre plate, destinée à conserver à la terre sa fraîcheur ; cette pré- 
caution est surtout indispensable à l'exposition Sud, sur les terrains 
secs et arides de la montagne de Sers. 

— La plupart des terrains dont est formé le périmètre du Bastan 
ayant été parcourus plusieurs fois par les travaux de reboisement, 
le nombre et l'espacement des potets, dans les réfections actuelles» 









86 LA VALLEE DE BAREGES ET LE REBOISEMENT 

varient, naturellement» suivant le degré de consistance du peuple- 
ment à compléter. — En terrain complètement nu, le chifEre de 
8.000 potets à l'hectare est considéré comme suffisant. 

Les plantations se font par pieds isolés pour les feuillus et par 
touffes pour les résineux, suivant le système préconisé, à juste 
titre, par M. Tlnspecteur général Démon tzey. — Il y a une dizaine 
d'années, l'habitude régnait encore de mettre trois ou quatre plants 
résineux dans chaque potet afin d'en conserver au moins un ou deux. 
Mais cette pratique entraînait une telle consommation de plants 
résineux qu'il a fallu réduire à deux le nombre réglementaire des 
plants de chaque touffe : grâce à la bonne qualité et à la vigueur des 
plants employés, le degré de réussite des plantations n'a pas, pour 
cela, sensiblement diminué. 

— Le prix de revient des plantations ainsi exécutées est de 3o fr. 
en moyenne par millier de potets (non compris la valeur des 
plants). 

— L'âge des plants employés varie suivant les essences. — Pour ce 
qui est des feuillus, l'expérience a démontré la nécessité de n'utiliser 
autant que possible que des plants âgés d'au moins 4 ans et d'au 
plus 6 ans, c'est-à-dire suffisamment vigoureux pour résister aux 
froids de l'hiver et à la sécheresse de l'été, mais pas assez déve- 
loppés pour que la transplantation définitive ne puisse être faite 
sans endommager les chevelus. Ces limites extrêmes n'ont, cepen- 
dant, rien d'absolu. Le degré de vigueur des plants qui naissent en 
pépinière varie souvent, d'une année à l'autre, comme varie le degré 
de réussite des semis. Il nous est arrivé d'utiliser des érables et des 
aunes âgés de 3 ans, n'ayant qu'une année de repiquage en pépi- 
nière, et dont la taille atteignait jusqu'à a mètres, tandis que 
d'autres sujets de mêmes essences, âgés de 5 ans, pouvaient encore 
être employés avec avantage. Tout ce que l'on peut dire, c'est que 
l'aune, l'érable, le frêne sont généralement susceptibles d'être 
utilisés dès qu'ils ont fait leur quatrième pousse, et après a années 
de repiquage en pépinière, tandis que l'alisier, le sorbier, le bouleau, 
le hêtre sont souvent trop petits ou trop faibles à 4 ans. 

Pour ce qui concerne les résineux, le pin à crochets, le mélèze, 
l'épicéa sont généralement utilisables à l'âge de 3 ans ; mais il paraît 
préférable de les laisser en pépinière jusqu'à ce qu'ils aient fait leur 
quatrième pousse, sans toutefois attendre au-delà de cette limite 
pour les planter à demeure. 



TROISIÈME PARTIE — DETAILS SUR LES TRAVAUX ACTUELS 87 

— La saison la plus favorable à la réussite des plantations dans 
la Vallée de Barèges est, d une façon générale, le printemps, et cela 
pour toutes les essences, feuillues ou résineuses. Plantés en automne, 
les jeunes sujets sont fréquemment déchaussés par les premières 
gelées, avant d'avoir eu le temps de prendre racine. Les quelques 
plants qui échappent à ce désastre peuvent périr à leur tour, dès les 
mois de mars et avril, tués par les gelées printanières. Dans cer- 
taines parties du périmètre, en particulier sur les terrains secs de la 
montagne de Sers, exposés au Midi, le soleil exerce, en outre, une 
action funeste sur les plants résineux fraîchement installés, en 
activant en plein hiver la transpiration de ces jeunes sujets, tandis 
que leurs racines se trouvent emprisonnées dans une terre gelée : 
les plants se dessèchent et meurent. C'est une troisième cause de 
destruction à ajouter aux deux précédentes. 

La plantation de printemps doit donc, en principe, être préférée 
à la plantation d'automne dans cette haute région pyrénéenne ; dès 
que la neige a disparu, en avril, en mai au plus tard, il faut se mettre 
à l'œuvre et pousser activement les travaux de plantations. 

Il peut arriver cependant que l'on soit obligé de planter en 
automne, dans les parties du périmètre exposées au Nord, où la 
neige persiste quelquefois jusqu'à la mi -juin. C'est ce qui s'est 
produit à diverses reprises dans la série de Betpouey. 

Semis à demeure du Sapin, par potets. — Nous avons dit plus 
haut que le reboisement par voie de semis à demeure n'était usité, 
dans la Vallée de Barèges, que pour le sapin. La raison en est que 
les semis de cette essence délicate peuvent et doivent être exécutés 
sous un abri et qu'il devient, dès lors, avantageux de semer le sapin 
à demeure, sous le couvert léger des peuplements résineux préexis- 
tants. C'est au printemps de l'année 1897, ^^^ notre initiative, qu'ont 
été commencés, dans le périmètre du Bastan, ces essais de réin- 
troduction du sapin en sous -étage : ils ont été, jusqu'à ce jour, 
couronnés de succès. Une cinquantaine d'hectares ont déjà été 
parcourus ainsi en réfections, dans les cantons de CoUongues 
(commune de Betpouey) et du Doucet (commune de Viella) dont 
les peuplements résineux, par leur couvert léger et leur étal de 
consistance moyenne, se prêtaient tout particulièrement à ces 
expériences. 

Les bons résultats obtenus nous engagent, naturellement, à 



88 LA VALLÉE DE BAREGES ET LE REBOISEMENT 

contiauer ropération, le but que nous devons nous proposer avant 
tout étant de rendre au sapin la place prépondérante qu'il occupait 
autrefois à côté du hôtre dans la Vallée de Barèges. 

L'exécution de ces semis est très simple et très peu coûteuse. Les 
piocheurs, au nombre d'une dizaine, préparent, à la pioche piémon- 
taise, des potets affectant la forme de carrés de o™ i5 de côté, dans 
lesquels les semeurs, au nombre de trois ou quatre, viennent 
répandre la graine et la recouvrir ensuite d'une couche de terre 
meuble d'environ 1/2 centimètre d'épaisseur. Chaque semeur porte 
lui-même la graine qu'il doit utiliser, enfermée dans un petit sac à 
bandoulière. — La quantité de graine employée est de 40 kilogr. 
pour 10.000 potets. (Les ouvriers sont habitués à prendre à peu 
près, chaque fois, dans leur sac, la même pincée de graine.) Comme 
dans le cas des plantations, les femmes sont employées à ce travail, 
de préférence aux hommes. Le prix de revient de la main-d'œuvre 
ne dépasse généralement pas 10 fr. par millier de potets garnis. 

La saison la plus favorable à l'exécution de ces semis serait 
l'automne, époque de la dissémination naturelle de la graine de 
sapin ; mais les sapinières de la région ne pouvant nous fournir les 
graines nécessaires, celles-ci sont achetées dans le commerce en 
novembre ou décembre, et ne sont utilisées qu'au printemps 
suivant. 

Des Pépinières. — Comme dans tous les périmètres de reboise- 
ment, les pépinières de la Vallée de Barèges ont été divisées en 
deux catégories : les pépinières permanentes, destinées à approvi- 
sionner en plants les diverses séries du périmètre pendant toute la . 
durée des travaux, et les pépinières dites volantes, destinées à 
approvisionner spécialement telle ou telle portion de terrain, et 
appelées à disparaître dès que la zone à laquelle elles ont été 
affectées se trouvera définitivement reboisée. 

Ces deux catégories de pépinières, permanentes et volantes, 
étaient au môme degré nécessaires, dans les conditions spéciales 
au périmètre du Bas tan. 

Il était, d'abord, indispensable de posséder, à proximité de la 
station de Barèges, habitée par les préposés forestiers, des pépi- 
nières permanentes dans lesquelles s'exécuteraient les semis des 
principales essences feuillues (hêtre, alisier, sorbier, bouleau, frêne, 
érable). La plupart de ces espèces exigent, en effet, pour prospérer. 



TROISIÈME PARTIE — DETAILS SUR LES TRAVAUX ACTUELS 89 

tout au moins pendant leur jeune âge, un sol frais, facile à arroser 
et sufllisamment abrité du soleil en été, toutes conditions que Ton 
ne pouvait rencontrer que dans la zone, relativement peu déclive, 
qui avoisine la station de Barèges. 

D'autre part, il fallait, sur les hauteurs, dans le voisinage immé- 
diat des terrains à reboiser, à Betpouey, à Sers et à Viella, des 
pépinières volantes dans lesquelles s'exécuteraient les semis des 
essences résineuses (pin à crochets, épicéa, pin noir d'Autriche, 
etc.)... Les plants résineux, .dont les rameaux verts transpirent 
activement sous l'influence de la chaleur et des rayons solaires, 
supportent plus diflicilement la transplantation que les feuillus 
(dans cette région montagneuse du moins) : c'est pour cela qu'il est 
bon, sinon indispensable, de les élever en pépinière à une faible 
distance des terrains à reboiser. De plus, une certaine portion de 
rétendue des pépinières volantes doit être affectée au repiquage des 
plants feuillus provenant des pépinières permanentes. Les plants 
repiqués sont ainsi maintenus en pépinière pendant a ou 3 ans dans 
la zone d'altitude des terrains à reboiser et ils ont le temps de 
s'acclimater dans cette zone avant leur plantation définitive. 

— Ces diverses considérations ont conduit à créer : à proximité 
de Barèges, et au pied de la forêt communale, une pépinière perma- 
nente d'une étendue de 20 ares qui porte le nom de « Pépinière de 
Barèges » ; — sur la rive droite du Bas tan, dans une clairière du 
peuplement des Artigalas (série de Sers), une seconde pépinière 
permanente, dite des Artigalas, d'une étendue de 12 ares ; — enfin, 
sur les hauteurs, au milieu des terrains à reboiser, dans les séries 
de Sers, Betpouey et Viella, à des altitudes variant entre i5oo et 
2000 mètres, de nombreuses pépinières volantes qui ont dû 
embrasser de jour en jour des étendues plus grandes, et dont la 
superficie totale est aujourd'hui de plus de iS.ooo mètres carrés. 

Dans les deux pépinières permanentes sont exécutés principale- 
ment les semis des essences feuillues, hêtre, alisier, sorbier, bouleau, 
aune blanc. 

Dans les pépinières volantes sont exécutés les semis des essences 
résineuses et les repiquages des plants feuillus. 

— Les semis et les repiquages sont toujours précédés, dans nos 
pépinières, de la culture et de la fumure du sol. Nous considérons 
ces deux opérations comme absolument indispensables à la réussite 
des semis et à la bonne venue des plants, comme au maintien du 

6. 



QO LA VALLES DE BAREGE8 ET LE REBOISEMENT 

sol dans Tétat de fertilité désirable, et Texpérience de 40 années de 
travaux a confirmé les forestiers dans cette opinion, que toute 
économie réalisée sur la fumure des pépinières ou les travaux 
d'entretien (sarclages, arrosages, etc. . .), doit fatalement se traduire 
dans nos vallées pyrénéennes, à sol généralement ptu fertile, par 
une diminution du rendement et une perte sur la qualité et la 
vigueur des plants obtenus. Chaque opération d'ensemencement et 
de repiquage est donc précédée de la culture du sol, à la binette et 
au râteau, et de la fumure à raison d'un demi-mètre cube de fumier 
par are. — Le fumier employé est le fumier de cheval et de mulet, 
que Ton trouve en abondance et que Ton achète à bon compte, vers 
le mois de novembre, dans les granges avoisinant la station de 
Barèges. Son prix varie entre 4 et 6 fr. le mètre cube, livré chez le 
vendeur. Les frais de transport à dos de mulet, de Barèges à pied- 
d'œuvrc une fois ajoutés, le prix de revient final s'élève à 8 ou 10 fr. 
par mètre cube de fumier. — A ce prix, le fumier de ferme est, 
d'après les auteurs compétents, plus avantageux à employer que les 
engrais artificiels, même d'origine organique (guano, poudrette, 
etc...); cela est vrai surtout dans la Vallée de Barèges, étant 
donnée la cherté des transports. 

Rendement des Pépinières. — Le rendement par are de nos 
pépinières ei> plants bons à utiliser, est forcément très variable, 
suivant les essences, le sol, le climat, l'altitude. Pour ce qui concerne 
les résineux, le rendement moyen par are de ces dix dernières 
années a été : 

Pour le mélèze 3o.ooo plants. 

Pour l'épicéa So.ooo » 

Pour le pin noir d'Autriche 5o . 000 » 

Pour le pin à crochets 70.000 » 

(Le pin sylvestre n'a pas été employé depuis les premiers travaux.) 

Pour les feuillus, ce rendement a été : 

Pour le hêtre aS.ooo plants. 

Pour l'alisier ao.ooo » 

Pour le sorbier ao.ooo » 

Pour le bouleau 10.000 » 

Pour l'érable sycomore So.ooo » 

Pour le frône 60.000 » 



^ _ _- » 



TROISIEME PARTIE *- DETAILS SUR LES TRAVAUX ACTUELS 9I 

Ea 1897, ^^ reademeut pour le frdne a atteint, exceptionnellement, 
le chiffre colossal de loo.ooo plants par are ! 

Ces rendements sont, d'ailleurs, tous, très considérables, eu égard 
aux diflicultés de toutes sortes que rencontre rcxécution des semis 
dsins des pépinières situées, pour la plupart, à une grande altitude 
et en sol médiocre sinon mauvais. 

— Quant au rendement absolu de nos pépinières en plants prêts 
à être plantés, il a atteint en moyenne le chiiîre de aoo.ooo sujets 
par an, dont aoo.ooo plants résineux et 5o,ooo feuillus. — Celte 
production est insuffisante : nous sommes obligés, depuis quelques 
années, d acheter des plants feuillus (bouleaux et chênes), dans le 
commerce, en vue de hâter les réfections urgentes et de ne point 
perdre un temps précieux. Cest là une situation fâcheuse. Les plants 
du commerce n*ont, en effet, ni la vigueur, ni la résistance des 
nôtres, du moins pendant le^ premières années : il leur faut le 
temps de s'acclimater. D'autre part, le prix de revient en est plus 
élevé, à cause des frais de transport. Il sera donc nécessaire d'aug- 
menter considérablement 1 étendue de nos pépinières, dès que 
Tacquisition des terrains nouvellement périmétrés nous rendra 
propriétaires d'une zone suffisanunent vaste de terrains cultivables. 



ga LA VALLÉE DE BARÈGES ET LE REBOISEMENT 



CONCLUSION 



— De ce rapide coup d'œil jeté sur la Vallée de Barègcs et de 
l'étude trop sommaire qui vient d'être faite du régime de ses eaux, 
des phénomènes torrentiels qui la désolent, des accidents non moins 
redoutables qu'y occasionnent les avalanches, enfin des travaux de 
reboisement par lesquels on a cherché à conjurer tous ces maux, 
nous croyons pouvoir déduire la preuve d'une vérité réconfortante 
pour nous : la Vallée de Barèges, 4^ point de vue forestier, est en 
progrès ; l'action bienfaisante du reboisement s'y fait sentir de jour 
en jour davantage. 

— Deux redoutables torrents, le Rieulet et le Bayet, capables 
jadis d'engloutir sous leurs laves une partie des habitations de 
Barèges, de Vlella et de Luz, sont devenus, dans l'espace de trente 
années, grâce aux travaux du Service forestier, complètement inof- 
fensifs. D'autres affluents du Bastan, le Lienz, le Theil, le Midaou, 
le Lys, ont pu être assagis ou définitivement domptés. 

Au point de vue de la fréquence et de la violence des avalanches, 
que de résultats acquis, que de chemin parcouru ! Le ravin du Theil, 
autrefois la terreur des Barégeois, mis, en moins de dix-sept ans, 
dans la presque impossibilité de nuire; son voisin le Midaou, non 
moins redoutable à ses heures, en voie de correction définitive ; 
d'ai^tres ravins de moindre importance, le Hount-Nègre, le BadaiUo, 
ne donnant plus que de faibles avalanches ; enfin, la forêt nouvelle 
marchant pour ainsi dire à l'assaut de ces pentes abruptes et 
décharnées, et enveloppant peu à peu la montagne d'un épais rideau 
de verdure : tels sont les résultats palpables, certains, qu'ont donné 
jusqu'à ce jour les travaux de reboisement. 

— Mais si le Service forestier a beaucoup fait, il lui reste encore 
plus à faire. Les ravins de St-Laur, duPontis, del'Hourrou, englobés 
dans le périmètre en vertu de la loi de 1896, doivent être traités 
comme le Rieulet et le Bayet, dès l'instant (prochain, espérons-le), 
où les communes se décideront à céder amiablement leurs terrains 



TROISIÈMB PARTIE — CONCLUSION 93 

à rÉtat. n y a là, aux portes mêmes de Barèges, près de 390 heelares 
de terrains dégradés à restaurer et à reboiser ! 

— Et ce travail est eucore peu de chose, en comparaison de ce 
qu'il resterait à faire pour obtenir la régularisation du régime des 
eaux du Bastan : 4*<)oo hectares de mauvaises pâtures à reboiser, 
avons-nous dit, dans les bassins supérieurs de la Vallée ! Œuvre 
difficile, sans doute, mais non impossible. Œuvre nécessaire, eu 
tout cas, si l'on veut mettre Barèges détinitivenient à Tabri des 
incursions du Bastan. Des désastres tels que ceux de i'j(i'2, i8a8, 
i8c)7 sont rares, il est vrai : il faut pour les produire, dans la Vallée 
de Barèges, le concours de phénomènes ou d'accidents météorolo- 
giques tout-à-fait exceptionnels. Mais, en revanche, la conséquence 
d*un seul de ces cataclysmes peut être la ruine complète et déilni- 
tive de la Vallée tout entière : cette pensée devrait bien guérir nos 
montagnards de leur fatale insouciance et les porter à seconder 
l'œuvre du reboisement, qu'ils s'obstinent, au contraire, à combattre 
par tous les moyens possibles. 

— Si le simple récit qui vient d'être fait dans cet opuscule de la 
catastrophe de 1897 peut contribuer à perpétuer le souvenir de ce 
désastre, notre modeste travail n'aura pas été tout-à-fait inutile. 
Puisse ce terrible avertissement être un jour compris des habitants 
de la Vallée de Barèges. Puissent les populations pastorales du 
Labatsus, conscientes enfin de leurs véritables intérêts, demander 
elles-mêmes, dans un avenir plus ou moins éloigné, le reboisement 
des bassins du Tourmalet, de l'Escoubous et du Lienz, œuvre 
grandiose que, seule, leur opposition systématique rend aujourd'hui 
irréalisable. 



FIN 



TABLE DES MATIÈRES 



Pagres. 

PRÉFACE ; 7 

PREMIÈRE PARTIE : 

Les Torrents — Le Désastre de 1897 9 

Chapitre P*". — Les Terrains de la Vallée de Barèges. — Descrip- 
tion succincte de la Vallée au point de vue orographique, hydro- 
graphique et géologique. — Le Bastan et ses afïïuents ii 

Chapitre IL — Historique des principales crues du Bastan 20 

Chapitre III. — La Crue du 3 Juillet 1897 25 

Chapitre IV. — Les causes immédiates ou déterminantes des crues 
du Bastan. — La cause primordiale : le Déboisement. — Le 
remède possible : le Reboisement 33 

DEUXIÈME PARTIE : 

Les Avalanches dans le voisinage immédiat de Barèges. 39 

Chapitre P'. — Causes de la formation des Avalanches et histo- 
rique des principaux désastres 4^ 

Chapitre IL — Travaux exécutés par le Génie militaire (1860 à 1891). 52 

Travaux exécutés par le Service des Eaux et Forêts 
(1892 à 1902) , 68 

TROISIÈME PARTIE : 

Renseignements sur les Travaux de Reboisement pro- 
prement dit. — Le périmètre de restauration et de 
conservation 67 

Chapitre P'. — Historique de la création du Périmètre de Reboi- 
sement 69 

Chapitre II. — Historique des Reboisements. — Méthodes suivies. 
— Détails sur les travaux actuels 75 

CONCLUSION 92 



Pau, Imprimerie-Stéréotypie Garet, rue des Cordeliers, 11. — J. Empérauger, imprimeur. 



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