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Full text of "La verité rendue sensible à tout le monde: sur les contestations dont l'Église est agitée, & en ..."

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^r^' 






i 4 



1 



«'--i 






LA 

VERITE' 

Jt £ N DU E 

SENSIBLE. 



v^ 



L A 

VERITF 

RENDUE 

SENSIBLE 

A TOUT LE MONDE, 

Sur les conteftatiofls dont l'EgUfe 
eft agitée, & en particulier fur 
là^Conflitution Unigenitus. 

NOUVELLE EDITION. 

Revue ^ eorri^i'e é"^ augmentée. 

TOME PREMIER. 

A UTRECHT, 

Aux dépens de là Compagnie. 

M D ce XLH 






V r ; ;r v .^ • 



» ' ' • f 




I Es motifs très preflans faî- 
foîent deiirer depuis long* 
tems une nouvelle Edition 
àL^X^iVerité rendue fenfihle. Lane- 
ceffité d'inflruire IssAdelesi^ de les 
prenitinir contre une fe^iuftion qui 
jait chaque jour de nouveaux pro- 
grès, & de les préparer à Ibutenir 
patiemment les épreuves auxquel- 
les ils peuvent fe trouver expofés, 
«paroillpit demander qu'on travail- 
lât fans délai à procurer aux enfans 
deVEglîfeun l'ecours dont ils ont 
tant de befoin. Maison convenoit 
en même tems qu'il étoit à propos 
^e revoir cet Ouvrage, non feule- 
ment pour y redifier quelques en- 
droits où r Auteur ne s'étoit pas ex- 
{)rimé âY€c une entière exactitude, 
mais fur tout rpour augmenter & 
continuer jufqu'à notre tems l'hî- 
iloire abrégée qu'il prefente du Lî- 
^redes Reflexions moraks & de la 
BuUe Unigenitus. 

-Les Diflèrtations qui compo- 

foient autrefois prefque tout TOu- 

yrage,fonurenfermés dans le fécond 

volumede cette Edition. Onaem- 

' *3 ip^oyé 



% AVERTISSEMENT. 
iployé le premier volume entier, \ 
y tracer aux yeux des fidèles un ta^ 
^rfleau hillorique des conteflatîoiw 
yont nous ne voyons pas encore k 
fin. Voici la manière aont ona exe- 
xuté ce deirein. Afin de rendre 
TOuvr^ge plus agréable & plus inr 
îtelligîbfeauxfimples, à quilesDif- 
fertations mêmes deviendront par 
fui plus utiles, ona cohfervé la for- 
2me deDialogues ou d'Entretiens fa- 
^îriiIiers. Onfuppofe un Marchand 
<î'une ville de JProvinee ( d'Auxer- 
•Ire, ) lequel ayant, de la religion , de 
3a crainte de L)iea& du foin de fon 
falut , eft affligé des triiles divifions 
^u'il apperçoit dans FEglife, & 
^troublé par les difcours<le ceux qui 
iuidifent qu'il faut s'yintereffer & 
«'en inftruire. Là ddTus il eonfulte 
Ton Curé , en qui il a confiance. Le 
Curé après l'avoir convaincu que 
x'eft un devoir indifpenfablede s'in* 
terefiTerauxafifaires de l'Eglife, fe 
vcharge de l'inftruire lui & toute fa 
-famille. Il lui met en main la Con- 
dftitution, dontla leifture caufe au 
Marchand une furprife^extraordi- 
^mîre;» & un grandi^Bpreâ^enc de 

xon* 



AVEliTîSSEMENT. ^ 

eonnoître les évenemens qui ont 
donné naîflTance à cette Bulle & 
ceux dont elle a été fùivie. 

Le Curé entre en matière & lui 
apprend quelle a été l'origine des 
Réflexions morales^ & avec quelap- 
plaudifTement elles ont été généra- 
lement reçues dans le Public. En- 
fuite il développe les caufes de la 
haine que les Jefuîtes conçurent 
contre cet Ouvrage , les intrigues , 
ks cabales & les autres moyens de 
cette nature qu'ils employèrent à 
Rome & en France, foit pour ob- 
tenir la Bulle ^nigenitus , foit pour 
.faire publier., enregiftrer , & rece- 
voir cette étrange pièce , par les E- 
vêques, parles Magiftrats , parles 
JFacultés deTheologie, par le Cler- 
gé feculier & régulier, malgré le 
Ibulevement 4)refque unîverfe! 
^^u'cUe a voit excité lorfqtf elle com- 
mença à paroître. Apres cela il fait 
voir comment à ces ténèbres épaif- 
Tes, fucceda un rayon de lumière; 
.comment M. le Kegent, après la 
mort du Roi Louïs XlV. accorda . 
-tme deOMe liberté qui donna lieu à 
.une réclamation éclatante contre 



4 AVERTISSEMENT. 

la Bulle , & à l'Appel qui en fut in- 
terjette au futur Concile gênerai 
par un nombre confiderabled'Evê- 
gues, de Chapitres, de Facultés, 
$c de Communautés, & par une 
multitude ii^nie de particuliers du 
Clergé feculier. Il explique enfuite 
de quelle manière M, le Régent a- 
près avoir foiblement protégé les 
Appellans durant quelques années , 
par des motifs de politique, fe tour- 
na entièrement du côté de leurs en- 
nemis, conclut le fameux Accom- 
modement , érigea la Conftitution 
en Iqî de l'Etat , & abandonna les 
Appellans à toute l'amertume du 
zdie des Jefuites & des Conftitu- 
donn^res, qui pour avoir un mo- 
yen aiTuré de les vexer impunié- 
meot j reveiUerentrancienne que^ 
reUe du Formulaire. 
. A cette occafîon leCiiré pour fa.- 
tisfàirekcuriofité louable du Mar- 
chand , & lui donner quelque con- 
noifrancedel'afl&ire du Formulai- 
re, remonte jufqu'au tems où le 
Molinifnxe nailTant dans le fein de 
U Société , fe vit attaqué par la mul- 
titude, des Theojogtens Catholi- 
ques, 



AVERTISSEMENT^ f 

iqnes, cité & prefque condamné 
au tribunaldu Saint Siège, Uexpo^ 
feenfuîteaunatwel les principaux 
points de ce nouveau fyfteme , 
res moyens que trouvèrent fes de^ 
fenfeurs pour empêcher la publica^ 
tîon du jugement prononcé dansles 
CoTïgre^tions Je jiuxiliisj & les 
progrès immenfes & rapides que fit 
eettepemicîenfedoftnne, à la fa- 
veur du filence impofé par les Pa- 
pes & de Tiridifference de la Cour 
de Rome pour les intérêts de la ve- 
nté; D donne après cela une idée 
de Pôeuvre de Port-Royal, de fon 
origine & de fes progrès, des com- 
bats que MM. de Port^Royal ont 
Kvrés aux Jefuîtes , fur la nierar- 
chie , fuF-lés règles de Tadminiflra- 
don des Sacremens, fur la morale, 
& enfin fur les matières de la grâce. 
Là viennent les Bulles contre Baïus, 
fir contre le Livre de Janfenîus, le 
Formulaire dont on a exigé la fi- 
gnature, la perfecution qu'on a fait 
fottfTrir à ce fujet aux Théologiens 
& aux Religièufes de Port-Royal : 
pçrfecution quî après avoîr été fuf • 
^doepar lapais de Clément IX. 



é AVERTISSEMENT 

recommença avec plus ou moîn^ 
violence, s'étendit fur prefque te 
les gens^de bien , & enfin vint abc 
tira la deftruftion de Port-Ro^^ 
& à là publication de laJîulle ^^i^ 
genitus,. 

Après cette longue digreffioa ^ 
Cure revient aux évenemens de ce 
tems-ci. Il parle des vexations fufci- 
tées à M. de Montpellier & à for 
Diocefe àToccafiondu Formulai- 
re ; de TafFaire des Xïï. Articles ^ 
de lat:ondamnation de M. de Se> 
nez au Brigandage d'Embrun ; du 
témoignage rendu contre la Bulle; 
par les Avocats , & enfuite par les 
Magîftrats du Parlement de Paris à 
Foccafion de la Déclaration du 3 o. . 
Mars 1730. &; de fesfuites. Il mon- 
tre après cela comment Dieu, pour 
Gonfoler fon Eglîfe & prémunir les . 
fidèles contre la feduftion , a opéré, 
des miracles éclàtans en faveur de 
TAppel: miracles dont le cours n'a: 
point été interrompu depuis quin- 
ze ans.. Enfin le Curé termine 
toutes fes înftruftions par quelques 
avis împortans. 
Tel dl lebut qu'on sfèft propofé 



AVEItTISSËMENT. t 
dans cet Ouvrage:: c'eftau! Public 
àjugerfioaya réuffi. On ne s'eft: 
pas donné lapeine de citer XHiftoi^- 
re de la Conjîitutiony les At^caoteSy, 
le Catechijme hiji(niqm ÔJ dogma^- 
tique-y &c^ parce qu'il auroit fallu; 
les citer à toutes les pages. Car- 
par rapport au Catechijme hifiari^- 
que ® dogmatique en particulier,;, 
on en a fait un grand uiage ; & oit:^ 
n'a pas cru oouyoir prefenter aux. 
fidèles d'inltruiStions plus folides. 
que celles qui fe trouvent dans cet 
excellent Livre, qui eft comme Fe^- 
lixir des meilleurs Ouvrages. 

On a ajouté au fécond volume % 
dfe cette fcdition àehFeritéreff^ 
due fenfihle y un petit Ecrit très uti- 
le qui a été publié à Paris Tannée* 
dernière pour fervir de confolatioii: 
aux fidèles dans ces tems d'épreu*-' 
ves ; & la Çonftitutionavec desRe^^ 
marques de la meilleure Eaîtion.. 
En joignant à ces deux volumes 
un Recueil de divers Ouvrages Jiir * 
là Conjïiiution y,^ &c. imprimé à 
Utrecht en 1740. on aura dans 
ces trois volumes un efpece de 
cours de Théologie fur les .conte- 



& AVERTISSEMENTT 

ftations prefentes, à Tufage de 
fimples fidèles qui n'ont ni le mo 
yen d'acheter nî le tems de Un 
beaucoup de Livres. 

Tout le monde fait que TAu 
teur dé la Vérité rendue fenfihle 
telle qu'elle a paru dans les cînc 
premières Editions^ n'ell autre qu< 
celui des Lettres^ d'un Theokgin 
à M. de Sotjjbns ^ c'eft-à-dire M 
du Saufloî , qui après avoir demeu- 
ré plufîeurs années à Paris , dam 
la Communauté de laparoifle dt 
Sainte Marguerite, en qualité d« 
Prêtre habitué, fut pourvu de h 
Gure de Haucourtep Normandie, 
dans laquelle il efl mort fur la fin 
de l'année 1717. très attaché à là 
caufe de MM- de Montpellier & 
de Senez, - & très oppofé à la Bulk 
^nigenitus & à la fignature pure 
& . fimple du Formulaire. 

O j>ï Juin iy^% 



\.l 




V E RI TE* 

RENDUE 

SENSIBLE 

A TOUT LE MONDE, 

ou 
ENTRETIENS FAMÎLIERS 

D'un Curé avec un Marchand , fur 

les conteftations dont TEglife 

eft agitée. 

ENTRETIEN I. 

obligation & neceffité indifpenfable oè 
font tous les fidèles des'intereffer aux 
difputes qui s* élèvent dans V Eglife é" 
de s'inftruire^ félon leur portée^ des 
vérités qui en font V objet. 

E Marchand. Il y a long-tems,' 
mon cher Pafteur , que je cherche 
l'occafion de vous parler j puifquc 
je la trouve aujourd'nui, il fout, s'il 
vous plaît, que vous m'accordiez quelques mo- 

A mens. 




3 Vérité rendue Jin^ible. Emth. L 
meos y afin de m'éclaircir iur ks chofes quef ai 
jt vousjpropofer. 

Le Cure'. Je fuis charmé , Monfieur^ d^ 
notre heureulè rencoiltre 9 mais je vous prie 
.jd'en ufo plus amplement à l'avenir, £cdene 
pas balancer à venir me trouver toutes les fois 
que je pourrai vous être bon à quelque cho- 
&• Je fuiy le ferviteur de tous mes paroiffiens 
cans tout ce qui a rapport à leur £dut. Je leur 
dois ma fanté, mes biens & ma vie, à plus 
forte raifbn mes fbins 6c mon tems. En un 
mot, c'eftpour moi-même que je fuis dire- 
tien , & c efl pour eux que je fuis Pafteur. 
Mais entrons dans votre maiibn, afin de pou* 
voir confisrer librement & tranquillement fur 
ce que vous avez à médire. 

Le Marchand. Depuis quelque tems je 
vois & j'entends beaucoup de cho&s qui me 
donnent à penfcr. Il me femble que le mon- 
de eft tout chaîné , & que les hommes ne font 
plus- comme autrefois. . 

Lé Cure'. Plût-à-Dieu qu'ils fuffent chan- 
gés en bien ! Mais en quoi donc trouvez-vous 
qu'il y ait tant de changement? 

L»e M. Vous devez vous en appercevoir 
vous même. Depuis que l'on a commencé à 
parler de la Conftitution du Pape qu'on ap- 
pelle ordinairement la Conftitution Uiw/^fw//Kf, 
jufqu'à ces dernières années , nous autres gens 
du monde penfions que tout cela ne regardoit 
que les prêtres & les moines. Ni les gens de 
juftice, ni lés bourgeois, ni ceux qui comme 
moi font engagés dans le commerce , ni les 
artiiàns ne parloient des affaires du tems , que 
comme on raifonne quelquefois fur les afSûres 
du Grand-Turc. De ce côté-là on étoitfort 
en paix. Mais depuis quelques années ce n'eft 

plus 



Vitité renJue JenJUU. Entr.L % 
plus de même. Je vois toutes fortes de jperibtK 
nés prendre part aux difputes; te je âus qpe 
dans des villes & des villages qui ne font pas 
bien loin d'ici , la Omftitution fait un vacar* 
me épouventable. Tout cela me paioit bien 
affligeant. 

1> C. Il eft naturel qu'une perfonne qui ai* 
me la paix y & quia la crainte de Dieu, foit 
affligée 5 en voyant dans TEglifè une fi vio. 
lente agitation , qui ne fauroit manquer d'avoir 
des fuites ficheufcs. Mais dites-moi : eft-cc-là 
tout te fiaiit de vos penfécs & de vos refle- 
xions? 

Le M, Vous jugeT. bien qu'il n'y a pas^ 
moyen d'en demeurer là. Je fuis en relation 
avec des perfonnes que je crois très honnêtes 
gens & bons chrétiens , qui s'eflfbrcent de 
me donner des fcrupules, en me difknt que 
je devrois me mettre au fait des difputcs: 
qu'elles ne font pas au-de(Ius de la portée de 
mon efprit 5 qu'il s'agit ici de points de notre 
croyance qui font très importans, en un mot 
qu'on ne peut plus fe difpenfer de prendre un 
I)arti. Vous voyez , Monfieur , qu'il y a ici 
des perfonnes zélées ; mais leur zèle efl - il 
conduit par la lumière ? Qu'en penfez-vous ? 

L,e C. Je penfe qu'ils ont tout-ànfàit rai- 
fbn , & que leur zèle eft très éclairé ; & je 
voudrois avoir fur ma Paroiflè bien des gens 
de cette efpece : ils m'aideroient à tirer mes 
paroifliens de TindifFereiice où ils viventpour 
la plupart , fur des évenemens qui incereffenc 
tous les enfans de TEglifè. 

Le M. Vous croyez donc aufli que tous 
les fidèles font obligés de prendre part auxdif- 
putes prefentes? 

Le C. J'en fuis très pcrfuadé , & quand je 
A 2 vous 



4 reritéfenJue jenftble. EîXTR. I; 
vous en aurai dit i^ raifbns , j'dpere que vous 
en conviendrez avec moi. En eflèt s'il s'agit 
ioit de quefti(xis fubtiles & indifièrentes pour 
pour la piété & pour le falut ^ ks âdeles n'au* 
roient qu'à. en aoandcxiner la difcuffit»! aux 
écoles de Théologie. Mais dès qu'il s'agira 
de vérités qui apartiennent à la foi de l'Ëglife , 
<ie vérités que le Fils de Dieu nous a eniêi- 
gnées , & qui font venues jufiju'à nous par 
le canal des apôtres & de leurs fucceûèurs : 
vérités qui font ia vie , le trefor & la dot de / 
l'Ëglife , comment un vrai chrétien pourroit^ 
il demeurer neutre ficindiâèrent? 

Le M. Les (impies ne pourroient-ils pas 
s'en tenir aux vérités que leurenfeignelelca- 
techifme , & abandonner le furplus aux per- 
Ibnnes plus éclairées? 

JLe C. lUft indubitable que ks fîmplies doir 
vent être fermes dans les vérités que leur en- 
feigne leur catechifme ;mais pour cela il faut 
qu'ils en foient inftruits d'une manière folide, 
& avec quelque étendue : qu'ils connoiflènt & 
qu'ils fêntent la certitude ôc l'importance des 
vérités de notre Ëdnte Religion. S'ils ont le 
bonheur d'être dans ces diiî)oiitions , ils n'au- 
ront pas beloin qu'on les excite à s'intereflèr 
aux (Ûfpures p-efentes, & à fe mettre au fait 
autant qu'ils en font capables. Le mouvement 
de leur foi & du (àint amour qui eft en eux , 
préviendra tous les avertiflèmens. Mais s'il ç& 
queftion de fimples qui n'ayent que les inffaru- 
âions ordinaires ) il ceux qui ôifeignoit l'er- 
reur, prétendent s'appuyer du catedufine^ 
comment ces fidèles peu éclairés s'en tiendront- 
ils à leur catechifme dont ils ne font inffaruits 
que fuperfidellement ? 

Le M. Que feront-ils donc en pareil cas ? 

Le 



Vérité rendue fenfihle. Emtr. L ^ 

lif C. Ils n'ont d'autre reflburce que de 
s'inftruire avec tout le foin & toute Tappli- 
cation dont ils font capables, jufqu'à ce qu'il* 
parviennent à fe fixer, & aie convaincre de 
quel côté cil la vérité. 

JLe M, Qiloi I il faudra que de fimples fi- 
dèles aillent jufqu'à dire: Ceux-ci ont railbn, 
lis foutiennent la vérité ; ceux-là ont tort , ils 
font dans l'erreur ? 

jLe C. Oui , fans doute , ils faut qu'ils par- 
viennent à former en eux-mêmes ce juge- 
ment , qui dans une infinité de rencontres doit 
fervir à régler leur, conduite. Voudriez - vous 
donc qu'ils demeuraflènt indifierens entre Li 
vérité & Terreur , entre Jcfiis-Chrift & le Dé- 
mon , entre la lumière & les ténèbres ? Un 
fujet qui demeureroit neutre entre fon Prince 
Intime & un ufurpateur , pounoit-il fê flatter 
de plaire à ce Prince ? Seriez- vous bien fatts* 
fait d'un de vos enfans, qui voyant un cnne*' 
mi quis'eflfbrceroit de vous ôter la vie , ne fe- 
roit pas fon poffible pour vous défendre , 
quand ce ne ièroit qu'en criant de toutes fes 
forces pour appellera votre fecours ? Vous de- 
vez fentir par ces exemples qu'il y a des oc- 
cafionsoù l'indifièrence eft criminelle, & où 
Ton fè rend prefque auffi coupable en de- 
meurant neutre, qu'en fe déclarant ennemi. 

JLe M, J'entrevois bien quelque chofe dans 
tout cela i mais je vous avouerai cependant^ 
que je ne fuis pas encore entièrement éclaircT 
ôc convaincu. Puifque nous fommes fur cette 
matière , vous trouverez bon que je vous pro- 
pofe toutes mes diflftcultés , & les reflexions 
que j^ai entendafaire plus d'une fois par des per- 
perfonnes qui paflènt pour gens de bien, 
Ôc pour très raifonnables. 

A 3 Le 



4 Vérité rendue feufible. Entr. L 

J> C. J'en ferai charmé ; & ce fera le moytn 
de vous mettre ime bonne foisl'efprit en repos 
à ce fujet. 

Le M.]c ccxiviens que les plus fîmples fidèles 
doivent être inftruits des vérités de la Religion. 
Ss doivent vivre dans la croyance des articles 
de foi, & dans la pratique des commandemens 
de Dieu & des maximes de l'Evangile. Mais 
qu'ont-ils befoin de fevoir fi ce font les janfe- 
niftes ouïes moliniftes , les conftitutionnaires 
eu les appellans qui ont raifon dans des difputes 
fi embrouillées & fi animées ? Quelle ncceffité y 
a-t-il qu'ils aillent fe fourrer dans de pareilles 
difputes? Ne peuvent-ils pas a(!urer leur £dut 
en croyant ce que nos pères ont cru avant que 
h Conftitudon f&t au monde , flc en vivant 
comme ont fait les bons chrétiens des tcms 
paûés? 

l^ C. Voilà 5 il faut Pavouer , tout ce qif on 
peut dire de plus fpecieux pour difoenier ks 
fim[^ fidèles de s'inftruire des differens qui 
fc font élevés dans PEgJife, &des^yinterefler; 
mais j'cfpere détruire tout-à-l'heurc cesraifbn- 
nemen$de manière que toute peribnne qui au- 
ra un î>eu de bon fens , d'équité & de reli- 
gion , fera forcée d'avouer qu'ils ne peuvent 
Raccorder ni avec les lumières de la foi, ni avec 
la droite ration. 

En effet, s'il s'i^t de fidèles qui ne folent 
pas fufEÉimment inftruits , comment feront- 
ils pour s'inftruire ? Dieu ne fe communi- 
que point aux hommes par des révélations : 
fordre qu'il a établi , c'eft d'avoir recours à 
ceux qu'il a mis dans TEglife pour enfeigner 
tes fidèles , & pour les conduire dans la voie 
du &lut. 

Le i»f. Eh bien ! quelle diflSculté y a-t-il ? 

Ne 



Verit/ rendue finfiU, Entr. I. 7 
Ne doivent-ils pas s'adreûèr aux miniftrcs 
de l'Eglife , c'cft-à-dirc, à leur Curé ou à.ccux 
qui en tiennent la place? 

Le C. Dans un tems de paix cela va tout 
de fuite y mais lorfqu'il s'élève des disputes fur 
la foi, ce n'eft plus la même chofe. S'il Ce 
trouve qu'un Curé foit du nombre de ces 
faux prophètes dont parle l'Evangile, fi c'eft 
un Doâeur d'erreur , un feduûeur , & un 
corrupteur de la foi, que deviendront les Am- 
ples qui s'adrefferont à lui ? Pourront- ils fè 
prefèrver delà feduâion, fur-tout fi ce Curé 
n'eft pas le feul qui enieigne l'erreur , mais 
qu'il foit foutenu par (bn Evêque & par la 
]pdus grande partie des curés & des prêtres 
de la ville ou du diocefe ? En un mot , fi 
celui qui tient la place de pafteur,eft un vrai 
loup , les brebis qui fe jetteront dans ùl gueule 
pe feront-*eIles pas dévorées ? 

Le M. Des fidèles fimples & igoorans peu- 
vent- ils faire autre chofè que de s'adreflcr à 
leurs pafteurs? 

Le C. Il eft vrai qu'il eft bien difficile 
aux fimples d'être en garde contre l'erreur , 
lorfqu'elle fe prefente à eux - en fe couvrant 
du nom & de l'autorité de l'Eglife ; mais 
avec la grâce de Dieu , cela ne leur eft pas 
impoffible. Il faut dans des rencontres fi pe- 
rilleufes , qu'ils ayent recours à Dieu par la 
prière, & qu'ils faffent ufage de leur lumière 
naturelle ySx, Açs règles que Jefus-Chrift nous 
a données pour connoître les faux prophètes. 
II faut qu'ils examinent les deux partis oppo- 
fés, & fur- tout ceux qui paroilTent diftingués 
. dans chaque parti , qu'ils confiderent attenti- 
vement la conduite des uns & des autres, & 
qu'ils cherchent la lumière ôc le falut parmi ceux 
A4 en 



g yerH/ rendue fenfbk. ENTR. I- 

en qui ils reconnoitront une droiture & une 
fincerité éprouvées , une piété & une régularité 
bienfoutenues, l'amour de la paix & de Tu- 
nité, l'attachement aux règles^ enfin une 
charité & une patience qui ne fe kdflënt vain- 
creni parles outrages, ni par les mauvais trai* 
tcmens. C'eft ainfi qu'ils doivent juger de 
l'arbre par fes fruits 5 (elon la regk de PEvan- 
^e, fans quoi ils expoferoient leur âlutàun 
danger évident. 

Le M. Ah bonne heure, mais vous ne 
pouvez pas vous fervirdela même raifon par 
rapport aux fidèles bien inftruits , pour les obli^ 
ger à prendre part aux difputes. 

Le C. PardcMinez-mdjMonfieur, car qui des 
laïques eftaflèx inftruitpourne courir aucun 
rifque d'être feduit , s'il demeure neutre entre 
les doreurs de la vérité & ceux du menfon- 
ge ? C'eft à tout le monde que Notre-Sei- 
gneur recommande de fe donner de garde des 
Aux projrfietes. C'eft à tous fidèles qu*il dit 
qu'ils les reconnoitront par leurs fruits. De 
plus ne faut-il pas qu'un pae de famille fâche 
à qui il doit adreflèr fes enfâns,fes domefK- 
ques , ceux de fbs amis qui lui demanderont 
confeil , & qui le lui demandent avec d'au- 
fSuit jdus de confiance, qu'il paroit & qu'il eft en 
effet plus édairé ? Or comment les adrefTera-t- 
il à de bons direâeurs , s'il ne les difceme pas ? 
Et comment les difcemera-t-il s'il ne fait pas 
qui font ceux que Dieu anime de fon efprit, 
& qui cohduifent dans fes voies ? Vous n'a- 
yez , dites- vous, qu'à remplir les mêmes de- 
voirs que vous rempliffiez avant la BuUe. 
Mais il falloit dès-lors difcerner à qui on de- 
voit donner ià confiance, &pour qui il falloit 
CQ infpirer aux autres. De plus ily a des tems 

où 



Vérité rendue finfibk. Entr.L f 
où Dieu exige des clirecieiv certaines demar« 
ches qu'il n'exigeroit point en d'autres. Ou- 
tre les devoirs généraux il y a des devoirs 
particuliers qui varient fdon les tems , ka 
lieux & les conditions différentes ^ dans des 
tems de famine £c de calamités , les devoira 
d'un chrétien ibnt bien plus étendus que dan» 
un tems d'abondance & deprofperité. Quoi- 
que l'Eglifè foit l'ouvrage de Dieu ^ cependant 
tant qu'elle t& étrangère fur la terre , elle eft fu« 
'}ctt^ jufqu'à un certain point aux révolution» 
& aux vicif&tudes des chofe^ humaines y elle 
a, comme les republiques ordinaires ^fes temf 
de paix & de guerre, d'abondance & de fa- 
mine, de profperité & de calamité^ & cer 
tems difiêrens impofènt auifiaux chrétiens de» 
devoirs diflPerens. 

jLe M, N'efl-il pas vrai dans tous les tems^ 
qu'en vivant ielon l'Evangile, on arrivera au 
falut? 

Le C. Cela eil certalii, mais il n'efl pa» 
moins certain que tout homme qui râlera 
(à vie fur l'Evangile , regardera la vérité comr- 
me fon trefor : qu-il lera vivement touché de 
tout ce qui la bleile : qu il s^afiligera amere* 
ment de la fureur 6c de l'aveuglement de ceux 
qui ofent la combattre : qu'il craindra de tom* 
ber dans un pareil malheur , & qu'il prendra, 
toutes fortes dfi précautions pour éviter d'y 
tomber. Les lumières de la foi lui feront con* 
noître que Jefus-Chrift étant h vérité , c'elt 
ce divin Sauveur quieft de nouveau humilié^ 
outragé , crucifié , lorfqu'on periècutela véri- 
té 6c ceux qui ont le bonheur de laconiioître 
& de lui demeurer fidèles. En confcquence il 
s'attachera à ces hommes choifis de Dieu, 6c 
il mectra l'a gloire & fon bonheur à partager 
A 5 leurs 



to Vérité rendue finfible, Entr. I. 

leurs fouflfrances , & à porter avec eux la croir 

dc-Jcfus-Chrift. 

Le M. Les ferviteurs de Dieu qui ont vé- 
cu dans les iiecles pafTésfe font-ils conduits 
de cette manière ? 

^ JLe C. Oui, fans doute : leur état de fim- 
pks hïques ne les a pas empêché chacun dans 
leur tems de s'intereflcr aux maux de lEglifè, 
& de prendre part , félon leur pouvoir , aux 
combats que la vérité a foutenus contre l'erreur. 
Ils temoignoient en toutes fortes de manières 
l'horreur qu'ils avoient de toute nouveauté , 
& leur attachement à la foi qu'ils avoient 
reçue de leurs pères. Les folitaires, qui pour 
l'ordinaire n'étoient que des laïques , fortoient 
des cavernes où ils s'étoient comme enfêvelis 
toutvivans, ils quittoient leurs aflreuxdeferts 
& paroifibient dans les plus grandes villes 
pour rendre témoignage à b foi de l'Eglifè , 
& pour fortifier & confoler les défenfeurs de 
.k vérité. Tous les vrais fidèles 6ns exception 
s'inftruifoient des difpures , & y prenoient part, 
au moins par les fentimens de leur cœur ,' par 
kurs prières & leurs gemiffemens : & Thittoire 
ne nous apprend •point qu'aucun d eux ait pré- 
tendu demeurer neutre & indiffèrent , dans 
les difputes qui fe font élevées fur leô diffèrens 
points de la doârine de l'Eglifè. Leur exem- 
ple efl une loi pour nous. Dieu efl notre Père 
& notre Roi ; des ufurpateurs veulent dé- 
trôner ce Roi bienfaifant ; dts enfans déna- 
turés outragent un Père fî tendre & fi aimable ; 
& nous croirons avoir rempli nos devoirs 
à fon égard en demeurant d^ une molle in- 
ŒfFerence ? 

Le M. Mais il y a une grande différence 
entre Dieu & les hommes. Un Koi ne peut 

pw; 



Vérité rendue finJible.EïirK. I. xt 
par lui-même confarver fa couronne ; fi fc$ 
fujets l'abandonnent il fuccombera. U en eft de 
même d'un Père , il a beibin du fecours de 
&s enfàns. Au contraire Dieu & fuffit à lui- 
même , parce qu'il eft tout-puiflànt ; tous les 
hommes enfemble ne peuvent rien contre lui, 
ils ne peuvent lui faire ni bien ni mal : la vé- 
rité fubfiftera éternellement, elle triomphera 
tôt ou tard ^ & FEglife fera délivrée nûdgré 
les eflbrts des hommes & des démons. 

JLe C, Parce que Dieu eft tout-puiflànt & 
invincible, les hommes feront -ils diipenfëÎB 
des grands devoirs de la créature envers le 
Createuir ? Dieu n a befoin d'aucun homr 
me , pas plus des grands que des petits , pas 
plus des favans que des {impies & des igno- 
rans ^ mais tous les hommes ont infiniment 
befoin de Dieu. C'eftpar mifericordc &non 
par befoin, qu'il veut bien fe fervir de &$ 
créatures pour l'exécution de fesdefleins, mais 
la gloire des hommes, leur bonheur & leur 
véritable intérêt, c'eft d'être fidèles executcnn 
de ks volontés. La vérité faura bien triom.- 
pher des artifices & de la violence de fes en- 
nemis j mais elle n'afibciera à Ton triomphe 
& à fa vidoire, que ceux qui auront parta- 
gé avec elle les outrages qu'elle a fouflFerts de 
la part des mechans. 

Le M. De fimples fidèles fans favoîr 
qui a tort , qui a raifon des deux partis, ne 
pourroient-ils pas s'interefTer en gênerai aux 
combats qu'éprouve la vérité , engemiffant fur 
les maux que produifent les divifibns , en priant 
pour la manifeftation de la vérité & pour la 
paix de l'Eglife ? 

Le C. Je vais vous repondre par un exem- 
ple. Que diriex-vous d'un homme qui fè voyant 

A 6 en- 



If 2 Vërtti tendue fenftbîe. Emtr. I. 
environné de deux armées, qui fâchant que 
Tune des deux eft compofée de fidèles fujets 
qui combattent pour fon Roi, que l'autre eft 
compofée de fujets révoltés qui ont à leur tê- 
te l'ufurpateur delà couronne, fe contente- 
roit de penfer &de raifonncr fur la fidélité in- 
violable qui eft due au Prince Intime, fans 
'daigner feulement s'informer laquelle de ces 
deux armées combat pour le Prince, fans fc 
mettre en peine d'affifter en toutes les maniè- 
res poflibles ces fidèles & généreux foldats , & 
&1S donner aucune marque de fon ï.ele pour 
le fervice de fon Souverain. Un tel homme 
ne courroit - il pas grand rifque d'être confon- 
du avec les rebelles ? 

Le M, Il n'y a pas moyen de s'en défen- 
dre: après toutes les raifons que vous m'avez 
apportées , il faut convenir que nul d'entre 
te fidèles ne peut légitimement fe difpenferdé 
prendre quelque part aux difputesqui troublent 
JEglife. 

L,e C. Non feulement il n'eft pas permis, 
mais même il n'eft pas poffible de s'en difpen- 
Ter;car en premier lieu il y a pluficurs devoirs 
généraux & particuliers qu'on ne peut ac- 
complir à moins qu'on {ne foit au fait des 
difputes , & qu'on ne iache quels font les 
défenfeurs de la vérité , & quels font les da- 
Ôeurs de Terreur. Par exemple, qu'il foit que- 
ftion de choifir pour vous & pour votre fà* 
mille un confefTeur ou un diredeur éclairé 
qui puifïè vous conduire dans la voie du iOdut ; 
^u'il faille choifir des maîtres pour l'éducaticMï 
:e vos enfàns, qu'il faille les établir, les gui- 
der dans le choix d'un état , confentir à feur 
entrée dans les ordres facrés ou dans l'état re- 
ligieux, pourra-t-on fe OHKluiire en cesreo- 

contres 



i 



Feritè tendue fenfhle. Emtr. I. 13 
contres iidon ks règles de b prudence chré- 
tienne , fi on ignore k danger auquel on s*expofc 
en donnant Ùl confiance à un feduâeur ^ & 
en fe liant par les vœux de la profeilion reli- 
gieufe. En tecond lieu , toute perfonne qui veut 
penfer à fon fklut & embraflèr la piété ^ doit 
iê tenir comme afifurée que tôt ou tard on la 
forcera de prendre parti & de s'expliquer clai- 
rement. 

L^ M. ]t comprens bien qu'on fera expo- 
fé à faire des £mtes d'une terrible conféquen- 
ce, fi on ne connoit pas l'état deTEglifè; 
mais quieft-ce qui peut avoir le droit de nous 
contraindre à prendre part dans les diipute^ 
préfentes î 

Le C. Qu'on en ait ou qu'on n'en ait pas k 
droit, il eft certain qu'il v aune multitude de 
curés, de prêtres fecuUers oc de moines confti- 
tutionnaires qui , avec l'approbation & bm l'au- 
torité de leurs évëques, portent k 2.ele jufqu'à ce 
point ; & qui ex^ent des fimples fidèles cfe tout 
âge , de tout fexe 6c de toute condition , 1 ac- 
cepution de k Conftitution comme une diipo^ 
fition abfolument neceffaire pour être admis 
auxfacremens de pénitence & d'euchariftie 
pendant la vie & à l'article de la mort. Ce mal 
gagne à vue d'œil ^ ces démarches fchifmati- 
ques deviennent de jour en jour plus commur 
nes & plus fréquentes. Les pârlemens n'ont 
plus l'autorité necefl&ire pour reprimer de tels 
csjzhs ; k proteâion de M. k Cardinal de 
Fleury affure l'impunité aux coupables : nous 
fbmmes peut.être;à k veille d'éprouver le mê- 
me fort que tant d'autres, car enfin notre ilr 
lufbre Prdat n'eft pas immortel j je vouskiflc 
à penfer s'il fera, tcms alors de fe mettre au fait 
ides difputes > & û ceu^ qui n'ont pas voo- 



14 Vérité rendue JenJible.^ïirK. I. 
kl prendre de parti, ne feront pas dans un 
danger évident d'en prendre un fort mauvais. 
Le M. D faut avouer que voilà une fitua- 
tiôn bien embarraflàntepour les £mples. Des 
perfonnes qui font inftruites & qui ont quel- 
que ouverture d'cfprit pourroient peut-être 
fe tirer d'af&ire ^ mais que deviendront de 
pauvres ar tifans , des laboureurs , des vignerons y 
des gens de campagne qui n'ont ni loiôr^ni 
intelligence ? 

Le C. La droiture du cœurôc une prière 
liumble & fervente les conduiront plus furc- 
ment à la connoii&nce de la vérité , quetou- 
tes les lumières naturelles 5 qui fouvcnt nefcr- 
vent qu'à nous jetter dans Tégarement. S'ib 
ont à cœur de plaire à Dieu & d'opérer leur 
^ut , ils ne manqueront pas de faire en cet- 
te rencontre ce qu'ils font tous les jours dans 
ieurs afiàires temporelles. Quand ils ont queL. 
que procès, ils ne négligent rien pour k gar 
gncr y ils s'informent quels font les bons avot. 
cats; ils empk>yent leurs patrons & leurs amis 
pour folliciter les juges ; ils font les depenib 
& les voyages n ce ffaires. Le falut éternel leur 
fera-t-il moins précieux qu'une fomme d'ar- 
gent , ou qu'un fond de terre ? N'auront-ils 
l'efprit bouché que lorfqu'ils s'agira des biens 
éternels ? Car c'eft dequoiileftqueftion dans 
les difputes prefentes ; & les deux partis op- 
pofésfe réunifient àfoutenir, qu'on ne peut/è 
tromper en cette occafion fans s'expofèràune 
damnation prefque certaine. 

Le \M. Mais encore quels moyens prendront- 
ils pour éviter une meprifè qui auroit des fuites 
fi facheufes ? 

Le C. Les fidèles qui ont été inftruitsfoli- 
dément 9 ne manquent pas4e moyens qui- leur 

font 



Vertti fendue pnfible, Entr. Ï. ly 
font proportionnés. Ils doivent lire attentive, 
ment la Conftitution Umgenitns , h comparer 
avec les vérités qu'on leur a enfeignées, avec 
cellesqui font renfermées dans les Livres faints 
de l'Ancien & du Nouveau Teftament , dans 
les li^hrês de piété univerfellement approuvés 
avant la Bulle ; tels que l'Imitation de Jefus- 
Chrift , les Ouvrages des faints Pères tra- 
duits en notre langue y le Catechifmehifto. 
rique de M. Fkuw , le CatechifmcdcMont- 
pdlier , les Elévations & Meditationi^à grand 
&>fliiet Évêque de Meaux , TUiâge des fa- 
cremen0 ^ l'Inftruâion de pénitence & tant 
d'autres excdlens livres qui ont paru dans le 
dernier fiecle. Ils doivent auffi examiner quel 
cft cdui des deux partis où l'on prêche l'éten- 
due 6c la necefCté du grand commandement 
de l'amour divin , TcAligation de marcher par 
la voie étroite , de renoncer à foi-même , de 
porter fa croix & de fuivreJefiis-Chrift , où 
Von exhorte les fidèles à s'inftruire de plus en 
plus par la ledurede TEcrimre fàiùte & des 
bons livres ; & quel eft celui au contraire où 
l'on élargit le chemin du ciel j où l'on fubtti- 
tue au grand commandement & aux maxi- 
mes de l'Evangile de menues pratiques de dé- 
votion , fie des livrets remplis de fables aux 
faintes Ecritures, en un mot, où l'on s'appli- 
que à conduire les fidèles par l'ignorance & 
par une obéifTance aveugle. Enfin ils doivent 
Ure entre les ouvrages &its fur les difputes 
prefentesj ceux qui ont pour but d'inftruire 
ks fiddes. 

Le M. Voilà qui eft bien pour les perfon- 
nes qui ont le bonheur d*être bien ihltruites. 
Mais vous n'ignorez pas qu'elles font pour 
Tordioaire en petij: nombre. L^ autres qui 



i6 Vérité fendue fenfible. Entr.I. 
n'ont pas eu le même avantage, & qui n'ont 
que quelques idées confufes de$ vérités du chri- 
Itianârae , auds moyens trouveront -elles de 
fe procurer les lumières dont elles ont tant de 
bcfoin? 

Le C. Ces peribnnes doivent faire ce que 
je vous ai dit il n'y a qu'un moment : recou- 
rir à la prière , puriher leur cœur des mauvai- 
(es incHnations & des defirs terreftres y afin de' 
fe rendre par-là dignes de connoitre la vérité. 
EnfuiteVureufàge des lumières que la raàfon 
& la religion leur foumiflent, pour tâcher 
de connoitre quel éft Fefprit qui anime duu 
cun des deux partis. 

Le ilf.£lt- il permis d'aller ainfi fouiller dans 
le cœur des hommes , pour découvrir les motife 
qui les font agir? 

Le C, D n'appartient qu'à Dieu de fonder 
les cœurs , mais il eft permis^ & quelquefois 
mêpe commandé de juger de Tarbre par foa 
fruit; c'eft-à-dire de juger des hommes. par 
leur conduite. Lors donc que les fidèles apr 
perçoivent des hommes qui fuient la lumière^ 
qui ne difent jamais clairement quelles font les 
erreurs qu'ils combattent , quelles font les vé- 
rités qu'ils défendent , qui ne refpirent que la 
divifion & la violence , qui nes'appuyent que 
fur la proreûion des puiflances temporelles y 
qui n'employent cctotre leurs adverlàires que 
les voyes de feit , les exils, les prifons, les 
mauvais traitemens, le mépris des règles , le 
renverfemcnt des loix de l'État , les artifices , 
les délations fecretes & les calomnies ^ ils doi- 
vent f§ dire à eux mêmes : Cç n'eft point 
reiprit de Dieu qui anime ces hommes-la. j^ 
de tels tno)rens ne conviennent qu'à l'erreur 
& au menlonge^ & ils font indignes de fer^ : 



î 



Veritéfindue fenfble. Emtr. I. 17 
vir à la vérité. 

Le M, Cela eft vrai. Un bon arbre ne 
ûuroit porte» des fruits fî acres & fi amers. 

LêC C. Mais lorfqu'ils voient des hommes 
ui tt déclarent hautement pour un parti oii 
iï y a tout à craindre & rien à gagner félon 
le monde; qui ne*cherchent qu'à faire con- 
noître à tout le monde le fujet des difputes ,' 
qui fe conduifent avec droiture & fincerité, 
qui ne défirent que la proteâion des loix ^ 6c 
PobfèrvatiQn des r^es ; qui demeurent invio« 
kblement unis à r£glife, lors même qu'on 
s'eflfbrce de les en retrancher ; quiconfervent 
le refpeâ dû aux Puiilknces au milieu des mau« 
vais traitemens qu'ils en reçoivent ; enfin qui 
fouffirent l'exil , k prifon & toutes fortes de 
vexations plutôt que de trahir leur confcien* 
ce , ou d'ufer de diffimulation : lorfque les fim j 
pies trouvent des hommes de cette cfpecc,' 
ils doivent s'adrcflèr à eux avec confiance, 
afin d'apprendre ce qu'ils doivent faire pour 
n'être pas enveloppes dans les malheurs qui font 
périr tant de chrétiens. 

Le M, Je vois bien que lorfou'on veut v 
apporter une attention convenable , ce n'eft 
pas une chofe impoflàble aux fimples de difcer- 
ner & de connoître quelles font les pcrfbnnes 
auxquelles ils doivent donner leur confiance ; 
mais quelle mifere , quel embarras d'être obli- 
gé à un examen fi pénible ? Il me femble que 
cela réduit les fimples à marcher dans un che- 
min bien étroit , bien difficile , & qui efl rem- 
pli de pièges & de précipices. Qui eft-ce qui fe« 
ra affez privilégié pour en fbrrir heureufement ? 
Certes il faut avouer que le falut efl devenu 
prefqu'impoffible aux fimples & aux petits ; 
& cependant il femble que N. S.Jefus-Chrifl 

ait 



j 8 Vèrit/ rendue fenjible. Entr. I. 

ait eu pour eux une prediledion & uue ten- 

dreflè toute particulière. 

Le C. JQ faut convenir que ce que vous 
venez de dire eft très jufte , & que la dif- 
ficulté du falut auroit été extrême par* rap- 
port aux fimples , fi Dieu n'y avoit pour- 
vu d une manière digne de fà puiffance , de 
fa fcgeflè & de fa bonté infinie. Mais grâ- 
ces à fa divine mifericorde, les chofes en 
ifbnt maintenant à un point que les fimples 
n'ont plus befoin que d'ouvrir les yeux à 
la lumière admirable qui éclatte de toutes 
parts. Cette foule de miracles & de pro- 
diges de toute efpece que Dieu ne ceflè 
d'opérer au milieu de nous , foit dans la 
capitale du royaume , foit dans les provint 
tes y fur-tout depuis dix ans.^ devient une 
inftruâiion bien proportionnée aux fimples ^^ 

Îui leur apprend a difcemer les amis de 
Heu d'avec fes ennemis. J'aurai bien des 
chofes à vous dire fur ces grands évenc- 
xnens , qui fans doute ne vous font pas in- 
connus ^ mais le tems n'en eft pas encore 
venu. 

La M. J'aurai foin dans le tems de vous 
rappeller cette promefTe ^ mais independam- 
ipeht des miracles, il me rèfte encore une 
diflSculté, c'eft de fàvoir fi les fimples pour- 
ront comprendre quelque chofe aux vérités 
^ui font le fujet des difputes. 

Hé C. Eh pourquoi non ? Les vérités dont 
on difpute aujourd'hui feroient-elles plus rele- 
vées que le myftere de la fainte Trinité & que 
celui de Tlncarnation ? La foi de ces myftercs 
eftneceflàire à tous les fidèles, c'eft pourquoi 
on les en inftruit dès leur enfance , & l'ex- 

periencc 



Verst/ fendue finfble. Entr.I. i) 
perience &it voir que ce n'eft pas inutile-*, 
ment. 

Le M, U me ièmble pourtant avoir oui dire 
que les points fur leTquels on difpute étoient 
fi fubtils 9 fi obicurs & fi difficiles que le$ 
gens d'efprit même , & fcs favans avoicnt bien 
de la peine à y entendre quelque cho&. 

I> C. Cela fera vrai, lorfqu'on voudra 
creuferôc approfondir ces vérités, connoître 
la liaifon qu'elles ont entre elles, éclaircirles 
difiSicultés qu'elles renferment, & £ûre voir 
çpn^ment elles s'accordent fie fe concilient avec 
d'autres vérités qui ptroifient leur être oppo- 
iees^ Mais dès qu'il n'eft queftion que de^- 
voiî ce que l'I^^iiè j^opofe à fes enfans fur 
cette matière, & de s'y attacher par une foi 
qui n'hefite points il ne faut que du bonfeog 
& de rattenrioo pour profiter des inffaruâioag 
qu'un bon catecfaifle ou un bon prédicateur 
doit donner aux fidèles. Croyez -vous donc 
que les gens de la campagne, que les enifiuof 
mêmes ne pourront pas m'entendre IcMrlque je 
leur dirai , par exemple , que Dieu efl tout- 
puifTant , qu'il fait tout ce qu'il veut dans le 
ciel & fur la terre, que c'eft lui qui nous a 
faits tout ce que nous fommes , qu'il efF le 
maître abfolu de notre efprît & de notre vo- 
lonté, de notre ame & de notre corps, qu'il 
ne nous doit rien, que nous fommes obligés 
de l'aimer de tout notre cœur, de toute no- 
tre ame & de toutes nos forces , & de travailler 
à lui plaire & à le glorifier par toutes nos pen- 
fées,nos paroles & nos avions. 

Le M, Oh pour cela quel eft le chrétien , ou 
plutôt quel eft l'homme qui ne fente que tout 
cela eft vrai, pour peu que les lumières naturelles 

ayent 



io VertfirenduefenRlle.EYtm. I. 
ayentété foutcnues & fortifiées en lui par qudt^ 
eues inftruûions ? Certainement fi les difputei 
du tems rouloient fur des points auffi clairs, 
fl fàudroit avouer que tout le monde & mê- 
me les plus fimples feroient en état d'y enten- 
dre quelque chofe. 

L»e C. Eh bien il feut donc l'avouer ; car 
ce font ces mêmes vérités qui vous paroiflènt 
fi claires & fi fimples , qui font Tobjet des con- 
teftations prefentes. 

Le M, Eft-il poffible qu'il y ait des gens 
aflex aveugles & affez téméraires pour atta- 
quer des vérités fi claires & fi certaines ? 

Le C. Cela n'cft que trop poffible ; & nous 
avons la douleur de voirqu'eficaivemcntd- 
les éprouvent une contra^âion opiniâtre de 
h part d'une multitude d'hommes parmi Icf. 

auels il y a des &vans , des gens d'efprit, des 
evots , & un nombre de religieux , de 
moines & d'ecclefiaftiques feduUers , qiH 
tous enfemble forment un parti très puiflant 
& très accrédité. 

Le M. Tout ce que vous me dites -là 
ne fait qu'augmenter mon embarras & mes 
difficultés. 

Le C. Je le crois bien ; mais je ne vous 
dis que des chofes vagues & générales , parce 
que le détail nous meneroitbien loin, & de* 
manderoit non une heure ou deux, mais plu- 
fieurs jours ôcplufieurs femaines : ainfic'eftà 
vous de voir fi vous êtes d'humeur à entrer 
dans cette difcuffion. 

Le M. Eh pourquoi n'y entrcrois-je pas, puifi- 
que c'eft une chofe où mon làlut fe trouve mte- 
reflé,& qu'il s'agit ici de ventés fi neceflàires & 
fi importantes ? La foi n'eft-elle pas un bien 
coipmun à tous les chretiens,aux ignorans com- 
me 



Verit/ rendue fenfkle.Eî^rîL. I. ii 
me aux ùyms ? Y a-t-il au monde quelque 
autre bien <jui doive m'être plus précieux ; 
& ne dois-je pas faire tous mes enorts pour 
confèrver ce dépôt dans fà pureté , & le 
tranfmettre de même à mes en£ms ? Je fuis 
donc relcdu de m'inftruire autant que j'en 
fuis capable fur les difputes prefentes & fur 
les vérités qui en font l'objet , & je vous 
prie y afin d'y parvenir , de m'accorder tou- 
tes les femaines quelques heures de votre 
tems. 

Le C. Je fuis bien charmé de vous voir 
dans ces difpofitions. De mon côté je fuis 
très dîfpofe à vous donner de mon tems, 
autant qu'il fera necefiàire. Je voudrois avoir 
beaucoup de paroiffiens qui me fîflent la 
même' demande que vous, & qui voulurent 
être prefens à nos entretiens avec un cœur 
auffi bien préparé. Mais jefpere qu'un jout 
vous fuppleerez, au moins enparticjà ce que 
je ne puis fidre à leur égard , & que vous 
communiquerez ce que vous aurez appris à 
V05 parens, à vos amis, à ceux qui ont 
confiance en vous, mais fiir-tout à votre fa- 
mille & à vos domeiliques. 

Le M. Mais faut-il que je fois le feul qui 
profite de la grâce que vous m'accordez ? Y 
auroit-il quelque inconvénient , quand toutes 
les perfonnnes de la maifon affifteroient à nos 
converfations en prenant les précautions con« 
venables ? 

Le C. Je ne vois rien qui empêche que 
toute votre maifon ne fe réunifïè avec nous. 
Demandons à Dieu qu'il beniflc notre defTein , 
& qu'il fafle fervir à notre fandification les 
entretiens que nous nous propofons d'avoir eii- 
fembk. Peut-être n'avèz-vous jamais lu h 

Confti- 



M Vèf Ht tendue Jhj^hU. Ektr.I. 
Conftitution i eh bien il cft juftc que Vbut 
commencicix à connoître cette pièce qui £nt 
tantde bniitjelle eftdansce petit Caloidrier. 
Tcoex voilà les cent & une propoûdons. Lt 
citation qui eft après chaque prc^fîtion^ 
tnarque Tendroit du Nouveau Tcftainent au- 
quel eue a rapport. Ce que vous voyez I 
côté fur l'autre page , ce (ont des paffages d« 
l'Ecriture & des faints Pères qui diiènt la 
même chofe que les propofitions. Cbntentez- 
vous pour cette fois de lire attentivement les 
loi. Propofitions, avec les endroits du Nou- 
veau Tèftament auxquels elles fe rapportent, 
& les paflàgcs qui font à côté. Je ni'apperçois 
qu'il eft tard : notre converfàtion nous a coù- 
duitplus loin que nous ne penfions , mais je 
n'ai garde d'en être fâché , je voudrois avoir 
fouvent de pareilles rencontres. 



ENTRETIEN IL 

Jmprejfton que fait fur Us fimpl es fi- 
dèles la levure de la Bulle Uni- 
GENITUS, Pour bien juger des dij^ 
putes , le meilleur woyen eft d'en 
confiderer l'origine & les progrès. 

T E Cure'. Eh bien, Monfieur, êtes- 
■■-^ vous prefentement affeï. libre, pour que 
nous puiffions parler tranquillement de ce qui 
tfait le fujet de la converfàtion que nous eû- 
mes enfemble il y a quelques jours ? 

Le Marchand. Vous avez bien de la 
bcMité, mon cher Paftcur, de me prévenir 
de la (brtc*, je vous en fuis très obligé. J*ai 

fait 



aie part à toute mt famille ,c'eft-à-dire, i 
vam épouiè , à nos enfftns , & à nos do* 
meftiqucs de tout ce que vous m'avez dit 
dernièrement) autant que j'ai pu m'en feu* 
v^iir, je leitt ai dit auffi la demande que 
j'ai feitc , & la grâce que fai obtenue pour 
eux de pouvoir affifter à tous nos Entretiens. 
Tous en ont témoigné leur joye , ils vous 
txk font bien des remerciemoiS) &ib viennent 
poitir en profiter. 

Le C. Je baiis Dieu de ce qu'il leur a 
donné aufS bien qu'à vous, un amour fîncere 
de & k)i, & de fa parole fàinte, & le de- 
fir de s'infouirc de tout ce qui peut inte- 
refier leur falut. Iliaut efperer qu'à dés dons 
fi précieux , il ajoutera encore la grâce de fai- 
re un bon ufage des lumières qu'il leur don- 
^)era. Je voudrois de tout mon cœur trou- 
ver les mêmes difpofitions dans toutes les fa- 
milles qui composent ma paroifiè. Mais afin 
de ménager le tems , je viens au fait. Avez- 
vous lu dans le petit C5alendrier ce que j'eus 
l'honneur de vous indiquer ? 

Le M. Oui certes, je l'ai lu, ou plutôt 
nous Vavons lu & relu plufieurs fois : les en- 
fins Éivent déjà par cœur un bon nombre de 
propofitions, & fij'avois plus de loifir & de 
mémoire ^ je crois que j'aurois fait comme 
eux. 

Le C. Vous êtes donc bien content de 
ces propofitions ? 

Le M. Tout-àfàit content; & àTexcep- 
tion de quelques-unes qui me paroiflent un 
peu obfcures, toutes les autres expriment les 
vérités & les maximes de l'Evangile , mais d'u- 
ne manière qui éclaire refpritôc qui perce juf- 
mi'au cœur. Voilà l^preffion qu'elfes ont 

fait 



2^ Vif Hé fendue fenRbk. EmTT. II. 
£ût fur moi, &je miaiagine qu'il en eftdé 
même pour tout le monde. Si c'eft»là cette 
fkmeufe Conftitution IJnigemtm y je vous 
avoue que je ne comprens pas comment S 
peut y avoir des gens afle^ aveugles pour 
s'ékver contre des vérités £i claires âc fi é^-^ 
dentés. 

Le C. Avez-vous quelquefois trouve des 
proportions femblables à celles-là d^ois l'Ecri- 
ture fkmte j fur-tout dans le Nouveau Tcfta- 
ment. ôc dans les livres de piété que vou^ 
lifez. 

Le M, Oui. n me fembk que l'Ecritu- 
re làinte , L'imitation de Jefas-Chrift ^ Tjêh^ 
née chrétienne , les Bffais de Morale y Vln^ 
firuBion de peniteme , & autres livres de 
piété en ibntremplis : mais onne lesy tiouve 

r comme cela tout de fuite. Âinil*N. S. P. 
Pape a fait une très bonne chofe d'en- 
voyer par toute PEgUfê un recueil de fenten- 
ces ou de maximes fi édifiantes : en un mot 
elles me paroifient fi belles, & fi touchantes 
que je voudrois qu'on les mît entre les maiâg 
& fous les yeux de tout le monde ^& fij'a* 
vois aiTez de crédit chez les Gipudns ^ je 
les engagerois à fidre écrire ces propofitions 
fur les murailles de leur cloître à la place des 
quatrains qu'on y voit qui n'en approchent 
pas pour la beauté. 

Le C. Vous parlez bien hardiment , & 
vous donnez bien des éloges à ces propofi- 
tions. Doucement, s'il vous plaît. S'il (c 
trouvoit qu'elles fuiTent combattues ou mê- 
me condamnées par une autorité refpeâable, 
où en feriez- vous ? 

Le M, Je ne fuis ni homme d'efprit, ni 
iavant : je ne fai ce que c'eft que d'ufer de 

détours ; 



hrlt/ rendmfinfhk. Entret. IL àf 
détours ; je dis tout naturellement ce que je 
pcnfe y & quoiqu'on en puiflè dire, je pcn^ 
ierai toujours de niême, jufqu'à ce qu'on me 
fàfft yoir en quoi je me trompe, & en quoi 
CCS propoficioBS méritent condamnation. Mais 
je crois que vous voulez m'teibarraflèr ua 
peu y & qu'il y a là - deflbus quelque my. 
ftere que vous mecadiez^ voue voyez avec 
quelle ûmpUdté & quelle fianchtiê je voua 
parle: parlez moi , je vous prie, de la mèam 
manière. 

Le o Cda eft jufte dans une chofe fi 
iêrieuiè. Mais j'ai voulu vousfaire une<petite 
malice que je fuis fur que so^ me pardon- 
0a«z tout-à-l'heure, quûid je vous l'aurai de« 
couverte. En liiant ks loi . proportions , vous 
avez cru que c'étmt-làTinftruâion que le 
Pape donnoit à tous les fidèles dans £i Cof* 
ftitudojDL 

1> M. Sans doute , je l'ai cru & le crois 
encore. 

1> C. Vous n'êtes pas le feul qui ayfczété 
trompé de la forte. Èeaucoup de perfonnes 
fimpies, & même des eccleûaftiques , des 
prêtres , des curés ont penfé que l'intention 
du Pape ctoit que ces propoûtions ferviflent 
\ former la cioyance des fidèles, & a r^er 
leur conduite. 

Xtf M. N'ont-Jfls pas eu raifon de le pen- 
ièr,& cdan'eft il pas vrai? 

Ije C. Il n'y a qu'à lire ce qui ptecede & 
ce qui fuit les propoûtions , & vous verrez 
que c'eil juftementle contraire. Le Pape con- 
dunne toutes ces propoûtions comme fcan- 
daleufes , Wafphematoires , impies , hérétiques, 
dignes de tous les anathemes & de l'horreur 
^ tous k* fidcka. U déclare que c'eft-là i'i- 
" ^ ' B vraie 



'^6 VtriiéfimiuefeuphU. Emtret.I!. 
vrak quç le P. Quefiiel, comme un £iux 
prophète ia un feduâç^r b^bile , a mêlée 
^htps km iivrç des Fiêékximf M^alts , aviec 
Je bo» grdnide^ y^nt^s.ii^^ mais le ^Gni^t 
IPiere en fstf }?m ^qes ,瀻tT^^ propoûdqps^ 
l£nden]ie^ei03;évl(jenQdeiiri^Ui'^ 4« ^ 
livre eo^i/Ebcyoïfé ; e^n ii|n i^^t ^ MCHçi l'i^ie 

Îue le B^ «ms d^»{Ms <k jâ ÇppftiituâQii^ 
A livre (au .P.. QjHk?^ etoit un apKtl^. 
S^^Ou^MP i^hpès 1^ de^i|rritiW9'ii)iii 
cette pourriture étoit cachée ; par.l^JBiidlr 
]e Ps^ a ouvert .'FKbq^, & Ips cent-une ,pio- 
|)!Qgtk»Qs font k p^s qui ^ 4ecpj^. 
|g|i> iif. Oh Aksiii que dites -vpvis !|l ? 
X2ïiQi .les cent - un$ .;proporitions &^ X'v^m 
feparée du bon grain >.c'<;iEl 1^ pus .qui^fort d'un 
abcès ouvert , & ejic^ font condaou^ oome* 
01C impi^ & hérétiques ? 

la C Tellement condamnées que toutç 
perfonne qui foutiondroit quelqu'une de ces 

ropoûtions, ou qui en parleroit fimpleoMO^ 
moins que ce :ne fut pQur If^ çombtt^i 
le P^ la decteop e^^cotptnuniéç. 

J> M. Qyd .fcandale ! eft-ilpoffiUe qu^ 
fon condamne de la iorte despiopoûtions 9^ 
SLt refpirent que les fentiq^ns éc les expr^^- 
fkms naturelles de la foiâc de la pièce çbrc- 
tienne ? Il faudra donc defonoais ^tbStpm 
de lirerScriturefainte & tes Uv?^ de piiiité, 
ou plutôt il faudra brûler comme înutilear An- 
cien & le Nouveau Teftamei^ , l'Imiuirâi 
jde Jdus- Chrift^ & les autres liyres qu'cNl 
fioi» met entre les mains y puifqu'on y trou- 
ve aâèx fouvent la ^up^ des prQpoâaoof 
condamnées. 

Le C. Vous vm r^on. Qui^ £ hAde 
4ii£¥7ai>iik.Fapeii.i2ien deodé «gkoonda»- 

»tnc 



VerUé fêmlm fiwpbh. Ektret.1}. %^ 

nant les cent^une propoûtioos , il faut aneaix* 
tir l'Ecriture iàiote & tous les bons liyrei^ 
& enconfequeacerupprinia:l<KBremres,hp 
ÎSSàs ff mêtnes les CatèchUtnes , & é^^ 
lir les Offices divins qui ne font compolâi 
aue di,! chant des Pibuunes, & des leâuc9 
des lài^tes Ecritures , c^eft- à-dire qu'il iaur 
droit çb^u^er entièrement la Rdkion que noua 
avons reçue de nos pères. Un fcandaleiihorT 
rîUe 4cçQande toutes^nos larmes^ & des larr 
œes de bsî%. Il fiiut que nos iniqi|itésiibîent 
bien^gxaqdes , & qu'elles ibient montées à Jour 
comble , pour que la. fureur du Seigneur ft 
foit alignée contre fon Ejàik jufqu'à per- 
mettre un fi efiroyable mameur. Le fuccefi 
feur d^ S. Pierre , le premier Vicaire de Je- 
fus-Cérift y prononcer anathême contre da 
vérités û claires , fi importantes y & pcecieu. 
fes , fi neceflàkes ^u lalut 1 qui & feroit at- 
tendu à une prevarica,tion fi étonnante ? Mai« 
l'indolence dçs chretiois , leur flupidité, leut 
infenfibilité au milieu de tant de xxiauxeftua 
prodige encore plus étonnant. 

léÇ M. Hélas \ once iQdt pas de quoi il s'a-! 
git , & on ne va pas s'imaginer que le Papt 
condamnera des vérité^ fi fimpis Se fi qe- 
cefiàires. Si oa le fiiyoitqud eft le chrétierf 
qui n'en fut pénétré de la plus vive douleur ? 

Le C. Mais pourquoi ne pas s'infbuire ? 
Pourquoi du moins ne pas lure la .ConititU'* 
don y puiique le Pape l'adrefTe à tous les fido* 
les ? (^land on entend dire que le Roia don- 
né un édit pour a.ugmenter ou diminuer, le 
prix des mocupoyes y pour établir ou fiippri* 
mer qmdques impôts y tout le monde veut être 
informé desr^emens contenus dans ces édita 
Mais qv'ojB.^jfe <Mix cb;i;etiens. qu'il y a dans 
Ba rEglife 



aï rerif^ tendue fenfhk, Entret. II. 

f Eglife une grande divifîon y que les deux par- 
tis s'açcufcnt lun l'autre de corrompre la 
foi de 1 Eglife , & d'entraîner les âmes dans 
f enfer par unedoilrine pernicieufe j qu'ils doi- 
vent prendre part à ces malheurs de l'Eglife, 
& que kur falut éternel dépend dà parti 
qu'ils prendront dans ces difputes , ik ne daî- 

Sient pas vous enteiftire, ni prendre la moin* 
e peine pour fe mettre au feit. N'eft-il pas 
yifitâc que cda vient de ce qu'ils font très at- 
t^tits 4 leurs intérêts temporels, au lieu qu'ib 
n'ont que de l'indifierence pour les chofo de 
Dieu & pour leur propre felut? 

Le M. QuandonavuparoîtrecetteCon- 
ftitution, tout le monde chrétien ne s'eft-i! 
pas foulevc pour étouffer un fi horrible feaih- 
âale dès fa naiflànce ? 

Le C, Toutes les Eglifes, excepté^cefie de 
France , ont gardé un profond filence. On 
a écouté tranquillement la publication qui 
en a été faite prefque par tout, ou par les 
€véques, ou par les inquifiteurs qui font des 
moines établis en Eipagne , en Portugal & en 
XtaUe^ pour rechercher & punir les héréti- 
ques. 

Le M, Mais, du moins en France, tout 
le monde ne s'eft-il pas recrié à l'arrivée delà 
,Ccmftitution ? 

1^ X^ C II eft vrai que dans les premiers mo- 
mens. Il s'âeva un cri qui paroilfoit univer- 
fd, tant il étoit violent. La foi & la piété 
sllarmées , la douleur , la furpriiè & l'indig^. 
tion éclatèrent cle toutes parts. Mais ce pre- 
»ierfoulevementfut bientôt appaMe. UnreU 
;ft&, mal-entaidu pour l'autorité du Pape ^ 
plus encore la crainte de l'indignation du feu 
jKDÎX^ouis XIY. & sûUc moâft humains di|^ 



ykritérstntbe/ènfiUe. Ei^TUfiT. IT. ^$ 

porerenc la pl&parc des eTprics à li {butniUion; 
Les évêques alTstnblé^ par les ordres & fous 
les yeux de la Cour y fe confbrmçrent aux vo- 
lontés du Roi, ou plutôt du Jefuite qui étoic 
confefTeur. de ce Prince, & acceptèrent la 
Con&xtntioriUMsgenitm au nombrede XL. Lei 
trois quarts des évêques du royaume fuivi- 
rent l'exemple des XL. & la plupart desq^ 
rés , chanoines, eccle(iaftiques& moines & 
laJfTerent entraîner au torrent de la prevari-^ 
cation. 

Le M. Tout cela me paroit incroyable & 
incomprehenlible. Dites-moi donc, je vous 
prie, conuQâitcdaeâ: arrivé. Q^£>ntceux; 
qui ont engagé le Pape à publier cette Con-» 
ftitution? Qiielsont été \eurs motifs ôcleun 
deûéins.^ Comment ont -ils pu réuifir? Com« 
ment ne s'y eft-on pas oppolë ? Commenc 
la plupart des évêques, des prêtres feculios,' 
des moines £c des religieux ont-ils eu la Ûl^ 
cheté de iefoumettre aune Conftitution fi 
révoltante? 

. Le C. Je vois Wen que vous êtes vivement 
frappé & qu'il fe preCmte à votre efprit une 
foule de difficultés fur lelquelles vous fou» 
haiteriez être tout d'un coup éckird ^ mais 
cela n'eft j)as poffible. Pour repondre à vos 
aueftions il faut remonter jufqu'à l'cniginedesi 
difputes afin de conGderer les intrigues , les 
arafices, & les difièrens moyens qu'il afalla 
employer pour enfanter la B\ji}kU?iigenitus. 

Le M. Voilà juftement ce que je de-^ 
mande. 

Le C. Vous avez raîfon de le demander.' 
Car. le vrat moyen de juger fidnement d'une 
affaire, c'eft de la confiderer dans fon origine 
& dans fes -progrès. Par-U on voit tout 



^ Vifîtt rendue fenfihU. Emtret.II. 
d'un coup & au naturel le jugement qu'en a 
j^rté le commun des perfinines éclairées & 
defintereilées y dans un tems où les efprits 
À^étoient point encore ébranlés par les vues 
dTinOarét, par lea motifs de crainte &: d'e£: 
^èrtnce^, & où k yerïté n*étoit pas encore 
obfcurcie "çzx les niu^ des paffions humai- 
tm. Alors il étoit aifê de découvrir quel eft 
F^nit qui animoit ceux qui orié conduit 
Mlè efitte^rife. Aujourd'hui cela n'efl: pas 
auifi facile , parce que la face des chofo eft 
Kd) cfiai^ ^ fi on jugeoit febh les appa- 
*eticfe , on courroît gtSid rifi^ue d'être ic- 
duit Mais pour éviter ce malbeur, il faut 
fembnter aux évenemens qui nous ont pre* 
tedés, fit profiter des monumens que la mvi-* 
ne providence nous a confervés , pour )r étu** 
dier les caraâeres, la conduite^ le génie de 
ceux qui ont domié le mouvement^ & qpi 
Çnt para à la tête des diflèrens paftis. Ou' 
les defènfeurs de k vérité fie les pardfàn^ 
de l'erreur , ont des allures & une façon d'a« 
^ bien différentes. La vérité fe montreavec 
confiance 6c avec afTurance, elle cherche h 
himiert, ellène craint que de n'être pas aflèz 
connue, eUb fbUidte un examen , die efl 
fidde à fuivre toutes les re^) die ne demande 
point grâce > inaÎB jultice , die a hotreut 
du d^ifement & des détours contraires à b 
fincerité , & die n'accepte point un filme 
qui lui eft toujours injurieux. L'erreur a 
contraire fuit le grand jour, die s'envdopr 
dans les ténèbres, die redoute les règles , e 
fuit un examen ferieux , die employé les me 
fbnges & les fourberies , k violence & te 
les moyens lesphis iniques^ dès qu'ils peuy 
ièrvir a fea deSèins. 



Veritt Têfkhe finfith. E NTRET, IL % f 
L»e M. Voilà bien de belles chofes , mais 
je crains fort mi'il ne m'en reft^ rien fi vou* 
n'avez k bonté d« lesrappdler fouyeac. 

Le c. G'eâ: ïÀa% raoa intcatioD ^ mai» 
ce ne fera pad aujourd'hui que je com- 
mencerai à le £ûre. D faut men^er lei 
jeunes gens, & ne pas fatiguer leur efpric 
par unes appfication ferieufe qui foit trop 
longue^ d'aâletu^ nous avonsducun nosoc* 
cupations , ainfi je fuis d^avis d'en demoim 
là pour aqourdljEui. D'ici à notre premîete 
entrevue, je vous etborceàlire ÏAkreté^kf^ 
mâUpji^ qui eft dbns ce CalêndrkrEubfis- 
/îfwdepids Ymsétié^. juiqu'en i7i).cdft 
vousdomieraune idée aSfcèaSt âcjseneraledei 
chc^ dont je dt^is v<MM encreGnur. Souvt- 
nons-nou^que t» vanté eft une fetlitoctfqw 
nous devons cacher dans notre coeur y qi/oife 
y doir pMidtV mdbe de y produire le fruit 
de toutes fortes de bdflfMi ccuvrtt. DttkuUh 
dons à Dieu Ce câttur bon & très^ bob, dans 
lequel la divine pftrole râppiMTe le centuple $ 
car & la vmté ne nous fauve pas , certaine- 
ment elle nous jugera & nous condamnera* 

III. ENTRETIEN. 
Origine des RjEtLEXioNS MORALES: 
Elles font ofprotnfées par les Eve- 
^s y ér gêner aïtfHent goûtées & 
eftimées. Les Jefuites entreprennent 
de les faire condamner ^ motifs de 
leur haine y moyens qiiils emplayent^ 
pour ta fatisfasre. 

E Marchai»». Vous étiez, attendu avec 

impatience y mon cher Faftcuiy car k 

B4 P^ 



L 



•ja Vérité tendue fenfihle. Entret. III. 
petit Calendrier Ecclefiaftique peut bien nous 
apprendre quelques évenemensitnportans , & 
par-là exciter notre curiofité & nous fournir 
4natiere à beaucoup de queftions, znais il ne 
peut en relbudre aucune ^ ni montrer la liai- 
son & renchaînemeut des di^entes parties 
del'hiftoire. 

Le Cure'. Eh bien. Monsieur , il n'y 
a qu'à y fuppléer , d'autant plus que je mê 
fuis engagé à k faire. J'ai eu l'honneur de 
vous dire dans notre dernière entrevue, que 
la Conftitution Unigemtt^ condamne cent-une 
propo&tions tirées du Livre des 'Refie^nvm 
Tnwales fur le Nouveau Tefbment ; aujour- 
d'hui je dois vous parler de ce livre & des 
moyens qu'on a empbyés pour venir à bout 
de le faire condamner par le Pape Clément 
XL 

1^ M, Dites-nous , je vous prie , qu'eil- 
ce donc que celivre qui a fait tant de bruit 
& quda été le defl^ de fbnauteur? Carà 
entoidre certaines gens , jamais les hérétiques 
n'ont compofe de uVre plus deteflable ficplus 
dangereux. 

Jje C. Rien de plus fimple que l'origme 
de cet ouvrage. Qiidques pedbnnes de piété 
voulant fàciUter aux fimples fidèles la leâure 
du fàint Evangile , engagèrent le P. Quefhd 
"i faire fur chaque verfet de ce livre divin, 
de courtes réflexions capables d'éclairer l'dprit 
*& de nourrir la piété. M. Felix VialartEvê- 
que de Chalons fur Marne , dont la menxiire 
t^ en benediâion , & dont Dieu a manifefté 
la faintêté par des miracles avérés, adopta cet 
ouvrage par un Mandement, & le fit mipri- 
iner en fbn nom Tan 1671. ibus le titre 
^Abtegé de la Mfnrale de fEvansik. Qud- 

que 



FifhfreMjMêJenpk.E^TJitrlil. ^y 
que tems après le P. Qyefiiel fit fur tout le. 
refte du Nouveau Teftament des reflexions 
courtes £c édifiantes comme il en avoit fait 
fur ks Evangiles ^ dles furent imprimées en 
1^87. puis en 1693. après avoir été revucsâc 
augmentées par l'Auteur. 

Le M, Nous ne ferions pas fâchés de fii^ 
Yoir qui étoit ce P. Qjiefiiel^ étoit-ce un 
homme de mérite ? 

Le C. Il eft jufté de Satisfaire votre eu- 
riofité, & de vous fidre oonnoicre un homme 
qui eft devenu fi cdebre. Pâquier Qjidnd 
naquit à Paris en 1634. il reçut de iès parens 
une éducation chr^enoe, & après avoir 
achevé fon cours de Thedogie U entra en 
1657. dans la Congrégation des Pères deTO* 
raroire : il s'y diftingua par une piété & une 
fcience éminentes , qui ont paru dans un 
grand nombre d'excellens ouvrages dont 3 a 
enrichi TEglife. Sa droiture Se ion amour 
pour le Ixxi ordre de ùl Ccmgregation luiat*. 
tirèrent de puiflàns ennemis ; & ibn attadie* 
ment inviolable à la doârine de Sw Auguftin 
& aux maximes £ûntes de la morale chrétien* 
ne le rendit odieux aux Jefuite$& à leurs par- 
ti&Ds. Pour céder à la mauvaife volonté cle fa 
ennemis il fe retira en 1685. à BruxeUesdans les 
JPays-bas auprès du célèbre Doâeur M. Ar^ 
nauld : il fiic la confolation de ce grand hom. 
lK)mme dans ià profonde retraite, il prit parc 
aux ouvrages qu il y compofoit pour h de- 
fenfe de la venté > & il hii ferma les yeux^ 
Après qu'il eue demeuré environ 18. ans à 
Bruxelles , U fut arrêté mr ordre du Roi 
d'Efpagne àh fcUicitation des Jefuites en 1 701 . 
iBais au bout de trois mois Dieu le tirade 
priim par we voie ineiperée âc qui tenoic 

Bi du 



j4 yM^^ f^^ fenfhU. EntrëT. III, 
du mirade. Alors il k retira en Hollande od 
B a continué de yivre comme il ayoit fait par- 
tout ,c'eft-à-dire, dans h retraite , dans la 
prière, dans les fiuntes leâures. Se occupé i 
eompofer divers ouvrages pour Tédification 
des fidèles, pour le m^ntien de la faine do- 
Arine & pour fa propre juftificadon. Une vie fi 
fidnté 6c uédifianteaété terminée par une nxnt 
vraiement precieufe aux yàut du Se^neuf . En* 
tre tous fes ouvrage , celui des 'Rtfitxhns 
fnêtahs eft devenu kpluscdebrepar lagueiv 
rp que les Jefuites lui ont déclarée. 

lue M. Mais, en fadflant à part les pères 
Jefuites , comment les Reflétions morales fu- 
itnt-dlcs reçues du puMcî Furent-elles efK- 
mées , goûtées , approuvées par un grand 
Nombre de lâvans & de perlbnnes illuftres par 
leur dignité ou leur mérite perfonnel ? 

Le C. On peut direfitns crainte d'être de., 
fttienti que depuis toi^-tèmsil n'aVoit paru 
aucun livre de piété aâi généralement ap. 
pfaradi-queeelui des Reflexions mc^ales. Les 
prdâts du royaume les plus recommandables par 
une vie fainte & un zèle éclairé, rendirent à 
cet ouvrage les toxioignages les plus avanta- 
geux & en recommandèrent la leâure au der. 
eé fie auxfidelesde leurdiocefë; c*efl; cequr 
firent entr^auttes M. le Cardinal de Koaflles 
Archcvêûuc de Par» , M. Gafton de Noaillcs 
Evéque de Chabns fur Marne, M. Ginuxi 
Evêque de Poitiers « M. de MontgaiOard de 
Svnt-Pons, M.dlJrfé de Limoges. Ceux 
même qu'on ne pouvoit fbupçonner de fit* 
Torifer le P. Q^efiid, fe declaroient haute- 
ment en fiiveur de fon Hvre. M. de Bifly 
alors Evëque de Toul le mettoit publique* 
mène au iiombrc des livres abiblument nece& 

faires 



Veriti fenAÊèfiMt, Eif T&xr. III ^^ 

fiûres à chaque Cure. Tds.étoient ks faxàt^ 
ipeosdenos ércqueslorfiju'ilsjugcoientayee 
Uberté & connoii&nce de caiife ,£uu qùepec- 
ibime les contraignît à emhrailèr un pôtipk»^ 
tôt qu'un autre. 

Le M. WoSk qui eft fixrt bien pour te 
évêques ; mais il ne icroit pu inutile d'»^ 
puver leur avis par celui det dbâeurs £c im 
haoUes gens. 

LeC Cda n'eftpas di£cile dans cctteoc»' 
caiion. Vous li&SE^ks Effiûf de morale, n'eft.* 
il pas yniy Se vous ftitts grand cas de ML 
Nicole qui en eft Faoteor? 

Le M. Aflurénxnt^âcjeneetoisfaa qitt 
peribnne veuille m'en détourner. 

Lt C. £h bien ; v<^ de quelle manîefi 
ce grand Thec^gien s'eiprime au ityct duE* 
vre dont nousparltins. jFr m trtmvt. tmwii 
dit-il dans ià Itttre au P. Osiefod du moia 
d'Oâx)bre 1689. J^ ^ #rMn;^ fomt Je Ihir^ 
flm digne éPimfritffyieplus n$àle i fEg/ifiydt 
fhs propre à teutle mmde ; érfi f avais i cbei* 
Jlr un livre avec le Neuveem TeftamenS y à Fest^ 
clmfion de tout autre y je vous avoue ^m cefe^ 
toit celui-là. Tout nfy paroit non jeulemejB$ 
J^dcj mms raviffant. Les lumières y fini 
vives y profondes y . ér dans une akômdamo 
prodigienfe. )Emfi» cefi un livre à l'égard dm- 
fuel je me me fanroif ^urfer. M. Nicole 
n'écoit pas le feul qui peniât de la (brte au 
fujet des Reflexions morales. Plufieurs auttei 
doâeurs les approuvèrent avec éloge, &pen«' 
chnt {dus de trente ans onnevit ni éivant oi 
ignorant qui ofât contredire publiquement 
i'eftime que tout le tnûode Ëttfoit die cet ou- 
vrage. 

Le M. Après des temoiœages, fi forts en 



. 5< refitétendui fenfhU. Entret.III. 
Ëiveur des Reflexions morales , je m'imagine 
que ce livre a du avoir un grand cours par* 
mi les fidèles & qu'il a du être fort re 
'Cherché. 

Le C. Vous ne vous trompez pas. letLi- 
if aires , dit M. Boflfiiet Evêque de Meaux, 
un des plus favans hommes de notre tems , 
•dans ùi Jufiification des Reflexions morales 3 
ks libraires ne fouvoient fuffire à la dévotion 

des fidèles Les éditions innomiraHes 

at^on faifiit couf^fisTHOUf étoieuS enlevées â 

tinflant. Cette ardeur ne fut ni pa£&gere'ni 

fterile , elle a toujours continué & n'a cefl 

le.de produire d'excellens fruits. On crut 

voir renouveller en nos jours ^ dit encore M. 

Bofiuet , r ancien zèle des chrétiens ponr la 

eontinuelle méditation de la parole de Diem y 

ks nuits et les jours, . . . Le fruit de ce livre 

fi multiplioit .... en firte que l'on fouvmt 

appliquer i cet heureux événement ce qui efi 

AÛ.XIY ^^^^^^^^ ^^^ a&es^ Que la parolb dk 

»©. Dieu alloit croissant, ^jrne lenonn 

hre défis zélés leBeurs ^augmentoit tous lès 

jours. Enfin une preuve fans réplique de Pefti- 

me générale que s^étoit acquife le livre du 

P. Quefiiel, c'efi: que nous pouvons corn- 

Î>ter k cour de Rome , & qui plus efi: les 
efuites eux-mêmes y ou au moins plufieisrs 
célèbres Jefuites au nombre de ceux qui ont 
«fHmé & approuvé cet ouvrage dont ils fime 
maintenant ennemis déclarés. 

Le M. Efl-il poffible ? Quoi , Rome mê- 
me & les Jefuites ont approuvé les Réflexions 
mcnrales? 

- Lo C. Oui. Lescenfêurs& les inquifiteurs 
romains à qui le moindre prétexte ;> la chicane 
k plus frivole fufSt pour condamner de très 

boitt 



Vérité tenJhêe fenfhU. Ektret. m. 37 
bons livres , par deux fois ont renvoyé abfoui 
le livre du P. Queihel. La première fois on 
conuDuniqua à cet auteur les dilBBcuItés qu'on 
formoic contre fon livre, &oa fuccontentdcs 
reponiès qu'il y donna. La ièconde fois, ce 
fut àTocca&on du TroUeme donc je vous par- 
lerai dans la fuite. De plus M. Fromendn 
grand- vicaire d'Orléans a rendu témoignages 
que Qcmenc XL lui avoit parlé des Refle- 
xions morales avec éloge > & lui avoit dit 
qu'il en éxcitfimgulienmeMf édifié. Par rapport 
aux Jefiiites, c'eft unfàit notoire à Pans & 
dont on tiouve encore des témoins , que le P. 
Bourdabue célèbre prédicateur , a pané a van- 
tageuièment des Reflexions morales chez M. 
de Lamoignon Avocat gênerai , & que îèi 
penitens de pénitentes le uibient avec fà per* 
mifi^ & Ibn approbation. Outre, cela M. 
Hébert Èvêque d Agen , qui avoit été Cuitf 
de Verfiûlles, a rapporté dans des Lettres pu- 
Uiéesdans le tems, les éloges quefaifoient de 
ce livre k P. la Chaixe confèuèur de Louif 
XIV. & deux autres Jefuites qu'il defigne. On 
pourroitleurjoindre ceux de leurs confrères qui 
dans des ouvrage imprimés ,ont copié du P. 
Qpe(hel ks c^roits mêmes que b BuUe % 
condamnés dans h fiiite. 

La M. Certes après cette fouk de preuve» 
on peut bien dire hardiment & fans crainte 
d'être contredit , qu'il y a eu un tems où le 
Uyrie du P. Qjieuiel étoit univerfelkment 
eftùné & approuvé. 

L» C. Je mis bien aife cependant de voua 
produire encore deux témoignages qui met- 
tront k combkà toutes ces preuves.. Le pre- 
mier eft du Cardinal de Noailles dansfà Ict^ 
trc à M. l'£yêqued'Agen. Ce livre, dit-il^' 

B7 /nT 



|< Pirif/rendife finJthle.EnTR. ni. 
ptf lu avec éducation fendémt 30. mm y fi 
^Ue ni prifres y ni doêients , ni U$^m9$y fd 
febg,kuXyni évijnes ^ ni Cétrdinamxy mamit^ 
ni ennemis y per/otme en nn mo$ eât rem^rfiâf 
h féifin dangereux que Fana nutnlnydtcoiÊvri^ 
depuis. Le fécond témoignage eft des XL» 
^éques afemUésy comme le difoic M. de 
Biffy , pour condamner le P. ^ueJheL Ccf 
ptielacs, dans leur lettre circulaire^ avouent 
^tt'tl rtdvoit paru depuis tong-tems aucun livra 
jMf eêf M plus applaudi. L'eftime univer-- 
fSte dont ce livre a été fi long-tems en po& 
ifcflion y doit être rqntrdée|comme un fait bien 
certain,, puifqu'il m atteflé par tes amis^ft 
^ tes ennemis. 

Ije M, Il me femble que cettecirconilan^ 
ce eft bien remarquable > & digne d'une fm«- 
guliere attention, voilà un ouvn^e oompo- 
ft par un .prêtre catholique , cpû n-a jama» 
été convaincu d'avoir de mauvais ièntimens; 
cet ouvrage n'a pas plutôt vu le jour, qu'il 
«^attire FoDprobatKm & ks éloges des évêquet 
À: des doaeurs, des grands 2c des petits^ des 
û.vans & des ignorans, en un mot il eft re- 
çu avec un appaudifTement fi univerf^ que 
pendans 30. ans les ennemis mêmes de Fau- 
teur ne peuvent ou n'ofent attaquer fim livre. 
Cependant au bout de qudques années , ce 
même livre eft condanme par (le Pape ofixXk^ 
ipe le plus deteftable dç t}Ous les livres & le 

Ïus dangereux qui ait jamais été au monde. 
iCs chofes font bien changées. 
JLe C. Oui : mais le livre n'eft pas changé. 
Ce qui étoit vr» dans le fiede paflé l'eft 
encore dans celui-^ci. Les années s'écoulent 6c 
^e fuccedent . mais la vérité du Semeur de* 
meure éteraeSement. Siavant l'ao 1700» les 

Re. 



VerHé fênéhêfenj^Ue.'Em^VL.ia, ^y - 
Re&exioi» moraks étoient xin excellent ^rrej 
rempli d'onâioD & de lumière^ comment cec^ 
te lumière 8*eft- elle changée en ténèbres dtnt 
les années fuivantes ? £ft-ce donc que tout Itf 
monde êtolt aveu^ pendant 30. ans? N'y, 
avoit-il donc m bonsfens , ni huniere , matu' 
tention parminos prélats £c nos dodeunpoar 
leur faire appercevoirle prétendu poifimdonc 
on veut que ce livre foit remnli ? Par aud 
charme, par quel preftûpe le P. Quefiid u 
voit-il fu fàfciner èc enforccller ks yeux dtf 
tout le mcmde. Se ceux mêmes de fes en« 
nemis? 

Le M. Si le livre du P. Que&d étxàt 
du nombre de ceux(^ui moiûflënt dans tes \A^^ 
bliotheques ^^ ou qui ne font lus tout au jAis 
que par un petit nombredeftvans ou decvU 
rieux y je comprens bien qu'il auroit pu «ni. 
ver, qu'au bout de 30. ans on y auroit de-^ 
couvert des erreiirs , quoiqu'auparavant on ne 
s'oi fôt point app»^ ; mais qu'un Uvre ft 
l'u&ge des fimples, répandu entre les mainsde 
tout le monde, imprimé nombre de fois , a* 
près avoir été univerfeDcment eftimé, &^uh 
avec édification pendant 30. ans, devienne 
tout d'un coup un livre rempli d'enteurs ,' 
c'eft, il faut l'avouer, ce qu'il n'eft pas aile 
de comprendre. 

Le C. n eft vrai que cek paroit d'abord 
incomprehen&ble ^ mais quand on connoit un 
peu le génie des hommes , fie les revoIuticHis 
prodigieufes que des paifions violentes font ca- 
pables de produire, on fent qu'il n'y a rien 
d'incropble dans un td changement. Et quand 
je vous aurai fait voir par quds motifs , par 
quds moyens, ôc par qudsdcgrésil s'eftope- 
ré j vousrcconnoitrez qu'a y a plus fujct de- 



. M rtfitt tintbiifinfihle. Entr. III. 
f affliger que de s'econner^ en voyant te fuc- 
çès de la confpiration que des hommes té- 
méraires ont formée contre un ouvrage {icx« 
çeUent. 

^ Le M. Mais au milieu d'une approbation 
^ univerfelle^ comment s'eft-il trouvé des 
ffens aflèx luurdis pour former le deffida cle 
ttire condamna les Rc^exions morales ? 
. Le C. Dieu y dont les jugemens font impe- 
Dietrables y a permis que les Jefuites a^ent con- 
(u & exécuté un pareil deflèin. Ce fot en 
1(98. que ces habiles politiques commencè- 
rent leurs attaques contre le livre du Père 
la janvîrrQiiefiiel , en publiant un petit écrit intitulé 
b6^$. frehleme ecclenafii^ue. Mais cette première 
attaque produifit un effet tout oppofé à celui 
qu'ils en avoient efperé. Uindignatioa écla- 
ta de toutes parts contre le TroHeme : il fut 
condamné au feu par ua arrêt du parlement 
de Paris & par un décret de rinquifition de 
T *liet ^^°^^9 ^ '^ auteurs de ce miferable libd- 
1700!' te & virent réduits à, en rougir & à le dés- 
avouer. 

Le M, Un ouvrage audi décrié que te fbc 
te Vrobkmt ne dut pas apporter un grand 
changement à l'eilime generate dont jouiâbit 
le livre du P. Quefhel. 

La C. Bien au contraire, on s'afiFènoit 
de plus en plus dans l'idée avantageufe qu'oc 
en avoit conçue. U reçut de nouvelles appto 
badons de la part de ceux qui fe trouvereo 
engagés à en faire l'examen. Et le Cardin/ 
de Noailles ayant fait revoir ce livre afin 1 
chaîner ou de retrancher tout ce qui aurr 

Eu donner te moindre prétexte aux plain 
s pli^ malfendées^ ou aux chicanes les p 
fxivolet^ te fit impnmer de nouveau en 

n 



yerh/rendtfe/hMle.EixrJL.ÏIl. 41 

Aom & enga^ lecdebre M. BofluetàœnH 
pofer U yupificstw» Jks "Rijkxiam marsltê 
qui fut depuis imprimée en 1710. 

Le M. Un tel fuccès auroit du étourdir 
les JefuitesSc les détoumerdepourdiivreleur 
cntrqjrife. 

Le C. Auffi garderent-îis k filence nen- 
dant quelque tems , voyant que M. de No** 
ailes écoit très bien dans l'efprit du Roi y te 
que ce Prince l'a voit nommé Cardinal. Mais 
comme ils ne font pas gens à fe rd>uter fiai* 
iement, ils ne tardèrent pas bi^-tems à re- 
venir à la charçe. Les troubles que produi- 
fit dans rSglifede France k renouvdlttnent def 
diTputes^ kuv parurent uneoccafion&vorable 
dont ils ne manquèrent pas de profiter. Dsen- *^*^ 
gagèrent donc M. Forelb de Coloogue Evê- 
que d* Apt à figner une Ordonnance par laqud- 
le il condamnoit les Réflexions mondes. Soo ,^. ai^ 
exemple futfiiivi par quelques autres prélats 1703. 
qui en défendirent la leâure comme d'un tt^ 
vre fiifpcâ:. 

Le M, Pour cette fois ce n'eft plus un 
libelle fans nom, ce font des prdats qui par* 
lent y & qui employent kur autorité pour 
interdire aux fiddes k leâure d'un livre qui 
déplaît aux Jefiiites. Les bons pères ne per« 
doient pas entkrement kurs peines» 

Le C. Quoique ces manckimens ne fiflent 

fueres de bruit , quoique M. d'Apt en particu* 
er, fût très décrié par l'approbation qu'il avoit 
donnée aux vifions extravagantes & impies d'u« 
lie ReRgieufe Efpagnble, & qu'il fiit clair par 
fon' Mandement au'il n'avott jamais vu k 
Kvre du P. Qîiefiiel, il eft vrai néanmoins 
que ces coups portés par des évêques , & feu- 
tenus par des libelles anonymes ^ ne hi floîfn t 

pa» 



fA FefitémkbefimfUe. Eutk. III. 
fÊS d?é72aïCGr kbefc^ne des Jefuites , & pre- 
psoieac les voies aux démarches éclattantes 
qui dévoient fiiivre. 

* J> ikf . n me iêmbk qu'il/ ne dévoient 
p» être meconcens de leurs travaux & qu'ils 
auroient dus en tenir là y car enfin n'étoit - ce 
p» beaucoup d'être parvenu à faire condani- 
aer- par pluûeurs évêques les Reflexions noto- 
cdes? 

: Le C. Vraiment ils ne fe contentent pa» 

à.fi peu de frais. lis avoient bien d'autres 

iljùllctpwténtions? fie ib ne s'endormoient pas fuc 

»;ûg. lés moyens d'exécuter leurs deflèins. Par leur» 
fidKdtadoQs ils obtinrent du Pape Clément XI: 
un Bref dans lequel le livre du P. Qiie<hel 
eft condamné au feu , & clwgé des quali^ 
fications les plus atroces. Les Jefuîtes s'atteiK» 
doient bien qu^un td jugement rendupar Fini 

l / ^pîfition romaine neîèroit point reçaen FraoL 
ce, où l'on ne co&noit point l'autorité de oe 
Kibonal^ mais cette démarche de la Cour 
de Rome leur fervoit toujours pour rendre 
ce livre fiiipeâ: au fidèles^ & elle leur failbit 
^SpetcT que Rome après untd engagementie 
kiffooic aUsr qudque jour à pn>noncer une 
condamnation precife^ autentique & fidem. 
nelle, téHe m unâiot^ qu'dle pût avoir fioc* 
ce debi dans toute l'^^fe. 
: Le M. Mùg d'où vient que tas Jcfintet. 
éflOîcBr-fi tchàmés à pourfuivre k amdam"-^ 
màon d'un livre qm était fi univerfellanenC 
eftuné? n fimUe que des gens habiles 8e 
prude» n'amoknt pas d» le raidir ccHitrele 
iDrnBiit de TapprobaociiD apenerale dont ce li 
"ne èfxm en poOeffiotn : M faUoit donc quT 
euâint de goDgdci nifona poq^ agir coour 



Vifitt finim fenpHè. EUTR.nf. 4f 
L.e C. lis avoient fins doute de puiflani 
modfi dans toutes ces detnarches. Un ou** 
yn^ généralement apj^audi obfcurdilbit la 
réputation des écrivains de leur fodeté ; ou* 
tre cek le Père Qjiefiiel étott du nombre de 
ceux qui étoient très attachés aux règles {kin« 
tes de la morale éyangeUque ^. & à £ doâri- 
ne du grand fiint Âuguma fur les matières 
de la grâce, & par confequent fort ojppoft 
aux nouvelles opinionsfic i la morale rdacbée 
des Jefuites. En confcquenceil «voit eu grand 
foin de propofer dans fon livre 8c d'incmquer 
kH vérités de la rdi^oû 6c 1» principes de 
nioràte cotattitire^ aux fmtimens nouveaux de 
ces révérends pères. Par exemple, kfouve- 
Uin pouvoir de Dieu for les coeurs des honW 
mes y ÙL parfaite liberté dais k diftribudoii 
de fe& dons, la force ifiviiicible'de fi grace^ 
te difcemeftient de la ££fërence qa'il mec en^ 
tre les ènfiitt d'Adam, dont il abandonne ïti 
fins à leurs corruption 6t à leur ténèbres; 
tandis qu'il a préparé' aux autres h vie éter« 
tielle & les mojensinfiilEbles pour y arrivera 
la mifere extrême de l'homme dqmisle péché; 
fa foibkflè, fi comipdon , fon impuiŒmce 
au bien fans le fecours d'une grâce dont il 
eft totabtnent indigne , le befoin oà il eft 
d'un Sauveur pour vaincre le péché fie pout 
éviter Pefifer : l'obligatbit d'aimer Dieu par-; 
deilus toutes chofes, de lot rapporter tout^ 
nos aâions, d'imiter dcde fuivreJefus-Chriil: 
en portant fa croix. Toutes ces vérités & au*, 
très (ëmblables y font dé^doppées avec une 
lumière fie une onâûm admirables. Cen 
étoit aflèz pour exdter h mauvai& humeur 
des Jefuites. 

Le M. Eh pourquoi ? £ft-ce que ces 

vérités 



4+ Vtrité tendue fenfhîe, Entr. IIL 
vérités ne font pas rg)andues de tous côtés 
^ans les livres de piété ^ & même dans k 
Nouveau Teftament? N'y liions- nous pas 
Mos, ^^ l'homme cft efclave du péché : ^u'ilareft 
' par lui-même que fbibkiIiB,que péché, que 
ténèbres , que mort , que Jeius-Chrift eftiboa 
libérateur, fa force, ià lumière, £i vie, en ua 
mot que fans lui nous ne pouvons rien Eure? 
Voudrieii-vous par-là nous Êûreentendrrque 
les Jefuites fur des points fi confiderables ne 
De penfent pas comme tous les Catholiques ? 
Ïa€ CVl faut bien que cela foit ainfi ,- puis- 
qu'un livre où tout le monde ne decouvreque 
les vérités de la foi & les maximes de l'Evan- 
gile., leur paroit à eux feuls tout rempli dlie^ 
refies abominables. S'ils n'avoient pas eu une 
àoârine difierente decelledes autres Catholi- 
ques , ils a'auroient pas jugé autrement qu'eux 
Gu livre des Réflexions morales : k diflerence 
de conduite &it voir k difierence de fënti- 
mens ^ Iqs évêques les plus recommandabks 
par leur fcience, par leur zèle & par k fàio- 
teté de leur vie s'épuiiènt ea â^esfurlei 
Réflexions morales , les doâeurs- y appkii- 
diflènt , les fidèles en font édifiés \ cependant kf 
Jefuites s'en o£fenfent, ils crient \ rherefie: 
sprès 12. ans de travaux , d'intrigues £c de 
idie cabales ils viennent à bout de f^e con- 
damner par k Bulle cent-une propofidons cx- 
.extraites tant bien que mal de ce livre , & quel- 
les propofitions ? propofidons qui n'expriment 
^que les fentimens les plus naturels à la piété > 

Îrôpofitions qui fe trouvent fi'equemment dans 
:s livrés les plus autorifés. & les plus eftimés; 
Jbi remarquez que ces propfitions roulent pour 
k plupart fur les articles dont je parlais u n'y 
t qu'un moment. Toiu cek ne ferme-t-n 

.. . ' ■" " P« 



Peritè mkbte pnfhk. Emtr. 111! '« 
pas une preuve évidente -que les Jefuites mr 
des articles importons , ont une doârine op- 
pofée à celle de TE^ifê. Je ne m'arrêtend 
pas pour le prdènt à vous foire connoitre cet* 
te doârine , cela viendra mieux dans la fuite 
de nos Entretiens. 

lue M, Puifqu'il y avoit bien d'autres li- 
vres de piété où on retrouve les mêmes vc^ 
TÎtés y pourquoi s'étoient-ib attachés à fiîire 
<:ondatnner les Reflexions morales préférable! 
m^t aux autres, tandis que cet ouvrage étoit 
généralement approuvé & avoir un puiflant 
protedeur en la perfonne de M. le Cardiitt) 
de Noailks ? 

Le C, Ce fut precifement cette proteâion 
déclarée du Cardinal de Noailles , qui deter« 
mina les Jefuites à pourfuivre opiniâtrement 
la condanmation des Réflexions morales. Ce 
Cardinal éiok z^ pour la aine doârrine , de 
oppofé aux erreurs & aux masdmes rdachéei 
des bons Pères \ il ne leiH* avoit jamais fiût 
bcour j & après être parvenu aux plus hau- 
tes dignités bm leur participation , & leur a- 
voit déclaré j«'f/ vouloH être lami des Je^ 
fuîtes ér Jamais leur vskf. Dèflors fa perte 
fut jurée , & afin de le décrier d^is l'efprit de 
Louis XIV. ib refiriurent de foire condamner , 
comme un livre rempli d'erreurs, les Refle- 
xions moraiesque ceote £mine9ce avoit ado- 
ptées. 

Le M. Je v<ms msântenant les raifbns qui 
portoîent fcs Jefuites it pourfuivre avec tant de 
chaleur k condamnation du livre du Père Quei^ 
nel, mais je fuis fin-pris que la Cour deRome 
qui n'avoit pas les mêmes raifons , fe foit prê- 
tée fi aifement au defir des Jefuites en con- 
damoant uo Uvre auquel^ fcK>n ce que voxn 

nouf 



i7«t. 



Ifi Veriti fi9An finfhle. |£ntr. III. 
n^^* flous zvcL dit 9 elle n'avoit rien trouvé à re- 
dire dans les àioixt examensqu'eUe ea avoit faits 
quelques années auparavant. 

i> C. Celaferoit en efièc fuiprepant, û. 
Ton ne fàvoit qu'en cette rencontre les int^ 
jèxs de la Cour de Romefe réuniflbiem: avec 
ceux des Jefuites, pour l'engagera fe déclarer 
contre les Reflexions morales, hc P. Q^ef- 
ad y étabÙflbit y comme dans fes autres ou- 
vrages, les droits des évéques» & la dîftîa- 
âion des deux^puiflances^la temporelle & k 
fpiritudle, d'une manière très amxxfpxe aux 
{^étendons ambideufes de cett^ çQur ; outre 
cela on étoit très irrité à Rome contre le Car- 
dinal de Noailks <\jà dans les aflèmb)ées dû 
clergé de 1700. & 1705. avoit Qgnalé ipn zek 
pour fbutenir ces mêmes vérités , & pn ne 
cherchoit qu'une oçcaiion de le lui Ëdre {bâ- 
tir. Le Cardinal Fabrcmi nûniftrede Qatûent 
XI. ne s'en cachoit pas ^ puifqu'ilditunjpur 
à M. de Polignaç qui dans la fuite a été 
fait Cardinal , fve Von fiutroit biem trpmvet 
4am Us'Refiexions tnarales du P. Sljfejnel .., 
4e qugi fai^e repentir M, de Noailles de l/e çêw^ 
duite^qt^ il avait tenue dans tAjfemblée de X70f, 
Clément XI. lui-même n'étoit pas mieux 
difpofé. U avoit été élevé chez les JdTuittSy 
te en quittant leur habit, il n'a voit jKut r^ 
noacé à leurs iêntimens : il en avcHt doiuié 
ime preuve éclattante étant Cardinal , en pi», 
nant hautement la defenfê d'un livre pernicieux 
dénoncé au psqpe Innocent XII. par cinq év£- 
ques de France àk tête deTqueis étoit leGvr 
dinalde Noailles. Vous jugez bien qu'après une 
telle démarche, cette Eminence nedevoitptf 
.êtrebiep av^ d|U)slçst)pfttes grâces de Cb- 

IQC&t ^. 

U 



ririté rtnJbe fimfkle. Entr. III. 47 
J> M, Ilparoit que Tair^u bureau n'it»tf . 
;ueres favorable ni au livre ni au proceâèur i7«l; 
lu livre. Mais encore &Uoit-îl hieaen ùisç 
judque examen avant que .de le confiamncr. 

Le C. L^examen fut bien tôt fiiit. \Jn JLazwr 
te avec queloues moines choifis à la ccKÔnfiii^c^ 
établis juges aun livre approuvé par ^nqamr 
ytt de prélats i]luftrei& de cdebresdoâeun^ 
Se fur l'avis dedeux cardinaux le bref de con- 
damnation fut expédié. Mais comme je vouf 
le dUbis tout-à-rbeure, aux yeux des Jefuites 
tout cda n'étoit qu'un preouratif qui devoit 
hcvix à l'exécution du grand deflèin .qu'ils fu 
voient conçu de couler à fond.tout-à-ia ioi&^ 
8c le Cardinal de Noailles , & le livre des Re- 
ïexions Morales, ficladoârinede TËçlifequi 
s'y trouve û bien développée. L'entrepriib écoit 
grande & hardie^ ainfi â n'eft pas Kirprenan^ 
qu'il ait fallu em^yer tant de machines poui* 
reuffir. Mais je peniê que notre {lAtreticn ^ 
duré aflez long-tems y & qu'il ^t reièrv^ jl 
une autre fois le détail des dernieij^attaques dcf 
Jefuites,& des travaux qui ont enfanté la fa-^ 
meule Conftitution TJnigenitus, 

Jjt M. Encore un petit mot s'il vous plaît, 
svant que de finir. Vous nous avez parlé de 
mandemens d'évêques &d'un bref de Rome 
contre le livre du Père Quefiid , ^mais vous ne 
ix)us avex point parlé de ce qu'on fit pour k 
ibutenir. \Jn ouvrage qui avoir eu tant d'ap- 
protMiteurs, netrouva-t-ilpas auffides defen- 
leurs, & fut-il idxuidonné à la merci des Je- 
fuites } Le Cardinal de Noailles , psu* exemple^ 
qui avoit du crédit auprès du Roi^ dans le 
dergé de France , ne jppuvoit^itpas , VU eût 
youlii, rendre inutiles lies n^ccuvi;^ ' 4es 
jcTutos en Jpseiwant Jl^Mm^l^ ^ deârâ^tè 

d'un 



jA Vérité reniue fenfffh. Entr.UI. 
d'un Uvre qu'il avoit fait imprimer en' fon nom. 
L# C. Malgré le crédit énorme des Jefuitcs ^ 
i|ui retenoit bien des gens dans le filence^ il efti 
indubitable que le Cardinal de Noailles par une 
T^oureufe reûftance les auroit terriblenicnt 
€mharra(Iés, & qu'il auroit peut-être même dé- 
concerté leurs entreprifes ^ fonhonneur 8c lôa 
devoir l'y obligeoient, mais une douceur xslcA 
five, qu'on peut bienappeller molleflè , & un &• 
mour mal entendu de la paix le retinrent dans le 
lilence. Il neigea même les moyens que k pro* 
vidence lui oSrit^ & il détourna M. Fdiz 
Evêque de Chalons fur Saône, du deflcin 
qu'il avoit de faire condamner le Mande- 
ment de M. d'Apt, ôcautorifer le P. Qud*- 
nel par l'ÂfTemblée du clergé de 1705. il ne 
demandoit rien autre chofè pour y reuffir , fi- 
non que le Cardinal de Noailles y donnât lei 
mains, -ou du moins qu'il ne s'y oppofiitptf. 
Son Ëminence ne jugea pas à propos de 
profiter d'une fi beUe occafion , & pcr u- 
nc patience & des menagemens fi de{dacés, 
au lieu de deiarmcr fes ennemis , comme il Tef- 
peroit , il ne fit que les rendre plus hardis à pour- 
iiiivre Tejcecution de leurs deflèins. Les 
Réflexions Morales furent donc réduites ? 
n'avoir pour defenfe & pour foutien qu 
k plume des iàvans , à k tête de^irels / 
toit k P. Quefiid lui - même. Mais qi 
peuvent les Ecrits les [dus folides & ; 
plus lumineux fiir Tefprit & fiir le coeur < 
bonmies ? Âyei k meilleure caufe du rur 
de 9 faites en voir k bonté par les ùr 
yes les {dus fenfibks, & par les na^ 
ks plus {râlptbles , tout cck ne vous emp£ 
ra pas de padre votre procès fi vousavez 
panie un bomme riche, puiûànt & iq 



i^HffêndueJenjiyie.^HrvL. 111. 49^ 
fib grand credit. Âuffi les Jefuitei fe moque* 
reat des ou^ages des théologiens , & pourfui* 
virent leur pointe ; ils cèdent volontiers à leurt 
adver&ires les beaux (ouvn^, les raifonne^ 
mcBs iôlides y les autorités de rÈcriture fiante 
&: des £dms ip&4s : pour eux ib ont reûouit 
à des yoyesplus fures & plus abîmées j It»^ 
bileté à concluire les affiûres, & à employer 
fon crédit : l'^eflè pour s'kifinuer dans 1 cC- 
prit des grands, & les coups d'autorité fi)tt 
les moyens dont ils fe fervent pour arriver | 
leurs fins. H faut avouer qu*eû cela 3s tiOtH 
pas tout-à-fàit tort, car c'eft par-là qu'ils orit 
fjrefque toujours rcuffi. Voici un livre qui 
vous mettra fous les yeux les reflbrts fecretf 
qu'ib ont fiait jouer ckns l'affidre dont nous 
nous entretenons ; il eft parfaitement bieq 
écrit & il fe fait lire avec un finguKer plaifir : 
il a pour dtre: Anetdotes ptr la ConfiHuti^n: 
J'aurois du vous le mettre en main à notre 
dernier Entrerien, je ne fais pourquoi cdi 
m'échappa ^ lorfquenous nous re verrons vous 
me direz ce que vous en peafez^ 



ENTRETIEN IV. 

Trois Evêqt^s condamnent le livre dà 
Tere ^téêjnel. Intrigues des "fe fuit et 
de4:oUveri€S par les lettres de F Abbé 
Sochard. L'affaire emportée à Romel 
La Conftitutton Unigcnitus eft dref- 
fée ér publiée. 

LE Marchanb. Vous nous avez fbuN 
ni , mon cher Pafteur , un livre bien agréa- 
Tome ï. C ble j 



I7T«i. 



50 V^iti rendue fenflble.EvirK. IV, 
tyiei, iicy quand on a commencé à yjetter les yeux 
on ne (âuroit plus le quitter. Il &ut pour- 
tant que je vous dife y que la manière d'écri*- 
xe<le cet auteur n'a y cerne femble , gueres de 
rapport avec les fentimens que doivent pro- 
duire dans ceux quik liTent y les triftes évene- 
inens ^fx'û rapporte. 

Le Cure'. I^a remarque que vous faites 
Monfieur > eft jufte. Comme on n'entre, fe- 
lon S. Ai^uitin y dans la vérité que par la dba- 
fité y aum on ne doit défendre ia vérité que par 
k charité : c'eft-à-direqueles écrits Ëutspour 
k dcfcnfe de la vérité devroienc produire un 
ÀHiUe effet y d'inftruire les leâeurs & de les 
édifier , mais auûi il faut vousdire qu'il eft bon 

Îu'il y ait des ouvrages de différentes efpeces. 
Jn livre qui refpircroit un goût de pieté j re» 
buteroit 1^ gens du monde y bien loin de lo 
attirer 9 au lieu que celui dont nous parlons 
« été recherché & lu avec avidité pcr ks 
perfonnes de h Cour , les beaux efprits & 
autres qui fe piquent le moins de rdigion & 
de dévotion. Le livre des Anecdotes ne kiûè 
<lonc pas d'être fort avantageux à la bonne 
caufc , & très capable d'ouvrir les yeux à ceux | 
que leurs paffîons ou leurs préventions n'aveu- 
glent pas entièrement. Avec un telfècours, 
en peut aifement faire ufage de k regk im- 
portante que Jefus-Chrifl nous a donnée , pour 
nous conduire dans les tems de nuages & de 
^*^^^^^*kdu&ion: Donnez-vous de garde y nous dit- 
•'• * ÏL y dês féuix prophètes . .. . Vous les reconnoi- 
tret» à leurs fruits. 

Joe M. Si cette règle eft véritable, com- 
me on ne peut pas en douter, c'eft un juge- 
ment tenibk prononcé contre ceux qui ont 
^foUicité & obtenuk condamnation des Refle* 

ZiûQI 



xiôns morales, ou qui ont concouru à cette ijfi 
manœuvre^ Car jufiju'à prefcnt, toute leur 
conduite ne prefente que de fort mauvais fruits. 

2> C. Tel commencement, tel progrès, 
telle fin. Vous verrez toujours le même eN 
prit, des moyens & une conduite à-peu-prèi 
ièmblables. Les Jefuites s'étoient lervis de 
quelques évêques qui leur étoîent aveuglement 
dévoués, pour porter les premiers coups au 
livre du PcrcQuefiiel; ce moyen ne leura- 
voit pas mal réuffi : ils jugèrent à propos de 
remjrioyerune féconde fois. On vit donc tout 
d'un coup paroitre dans le public , & affi. 
cher dans Paris jufqul h porte de rAr-D«i/./«a- 
chevêché , une Ordcinance & Inftru<aion'««» 
paftorale de MM. de LeTcure & de C3iamp- 
flour évêques de Luçon & de la Rochelle. 
Ces Prdats y reprefentoicnt le [livre du Père 
Q^efoel comtne rempli de dosmes impies, 
d'un poifim mortel , d'erreurs & de blafphemes. 
Ils furent fécondes Tannée fuivante par un'^4«Mirf 
Mandement de M- de Maliflbles Evêque de''"' 
Gap , où il ofoit avancer que les écrits de S. 
Auguftin fur lés matières de la grâce , font 
dangereux & trèsobfcurs. 

JLe ^. Voilà une étrange conduite pour des 
évêques. Les égards qu'ils dévoient au Car- 
dinal de Noailles &: aux autres prélats appro- 
bateurs du livre, ne devoient-ik pas les por- 
ter à prendre auparavant toutes les voies de 
douceur pour remédier au mal, s'il avoitété 
réel? Va-t-onainfidegayeté decœurinfultcr 
des confrères? 

Lf C. n eft fur que parmi les gens du 
monde on auroit peine à trouver des exem- 
ples d'une pareil conduite; mais il faut con- 
fiderer deux choies : la première eft que Louis 

C2 XIV. 



Î' % Vtrlté rtnduefenftble. Entr. IV. 
[IV. ayant eu toute ia vie des confirilèurs Je- 
fiiites ^ ces pères étoienc devenus k canal des 
grâces, & difpofoient A(^s cvêchés , des ab. 

, bayes & autres bénéfices de nomination rojale ; 

' en confequence ils avoient eu grand (bin do 
n'élever à ces placesque des pertonnes qui leur 
fuflènt entièrement ibumifês & dévouées ; ainfi 
ïépifcopat, cette dignité fi ûinte & ûveofr* 
rable, ie trouvoit rempli d'une troupe d'hom- 
mes fbibles y ignorans , meprifables , deftL. 
tués de zde , de lumière & de courage , 
& difpofés à fuivre toutes les impreffioos. de 
ceux à qui ils étoient redevables de leur ëlc- 
yadon. La féconde chofe que je veux vous 
:£dre remarquer, c'eft que parmi les gens du 
monde, même ceux qui n'ont gueresde te- 
li^ion , il refte prefque toujours quelque ièa« 
tmaent de probité , d'honneur , d'humanité ^ 
de crainte de fe deshonorer aux yeux des hom- 
mes^ mais il n'en eft pas de même des gms 
d'E^e, évêques xm prêtres, ni des pemn- 
nés conéicrées à Dieu comme les moines & 
les religieux. Plus la dignité de ces peribo- 
nes eft facrée , plus leur état eft élevé, plut 
auffi ils deviennent criminels aux yeux de Dieu^ 
fi leurs difpofitions & leur vie ne répondent 
î leurs devoirs ^ d'où il arrive aflèz. .ibuveot 
qu'çprcs avoir deshonoré Ja fidnteté de .leur . 
état par une horrible pro&aation. Dieu per- 
met qu'ils fe deshonorent eux-mêmes par des 
démarches dont les gens du monde commu- 
nément feroient incapables. 

JLe M. Il eft bien trifte de voir les prin- 
ces donner ainfi leur confiance à des perfon* 
nés qui en abufent pour fatisfaire leurs paâiops^ 
Mais le peu de bons évêques qui reftoit, 
m devoit-il pas s'oppofer à reatreprifè des Je-^ 

fuites^ 



Vmti fênJuifenfUe: Entr. IV. ÇJ 
lirites ? D me fembfe qu'après Téclat qu*avoicnt «Tif^ 
fait MM. de Luçon , de la Rochdk & de 
Gap ^ on ne pou voit plus elperer de paix qu'en 
faifint bonne aierre , & que c'ctoit l'unique 
parti que puflent prendre les évcques appixv- 
bateurs & proteâeurs des Réflexions morales ^ 
& fur - tout le Cardinal dcNoailles. 

lie C. Sans doute : on ne gagne jamds rien à 
céder auï ennemis delà vérité; une conduite 
fbible & timide augmente leur audace Scieur 
fbumit de nouvelles armes. La vérité ne me- 
rite.t-elle pas bien que l'on fa(& tout &: que 
Fon âcrifie tout pour die ? Si lé Cardinal de 
Noailles eût eu de bons confeils & affezi 
de couragç pour les mettre en pratique, 
au Ueu de fê borner à défendre , com- 
me il fit, à fes dioceâins, de lire & de gar- ^^^^ 
der les mandemens' des trois évêques; au lieu ^ ' 
de retenir dans le &cret les témoignages des 
ôvêquesbiehîntèhtfonnés, ilauroitdiraucon-k 
traire exciter leur zde & fe mettre à leur tê- 
te pourvençer les Êdntes verités'outragées par 
les trois évcques,. &fidre connoître au Roi 
l'abus que les Jefuitesfaifoient de la confiance 
qu'il avoit en eux. Une conduite fi genereu- 
fi, fi fimple , & fi épifcopale lauroit rendu 
Kdoutable aux mechans , ôc lauroit mis en 
état de_ les combattre avec avantage ; au lieu 
qu'une conduite toute diflFerente leur donna 
beaucoup dfe faciHté pour avancer Texecùtioa 
de leurs projets. 

Le M, En efFét il étoit interefle perfon* 
ndlement dans cette affidre. Les accufations 
attoces formées contre lès Reflexions morales 
xetomboient fur lui , puifqu'il avoir approuve 
& adopté- ce livre. Se défendre avec tant 
de referve & de foibteffe, c'étoit donner lieu 

C3 \ 



y4 Vérité rendue fenfihle. Entr. IV. 
I7iit à Tes ennemis de pubtier qu'il fe deftoic de la. 
bonté de ia caufe. ^ 

Le C. Ceft ce qu'ils ne manquèrent pas 
pas de dire ^ & pour en perfuader Louis XI V. 
lesévêquesde Luçon, la Rochelle & Gap, 
dont toutes les démarches étoient dirigées par 
fc Jefuite Tellier confefleur de ce Prince , écri- 
virent à Sa Majefté une lettre emportée, oii 
ils parbient des Reflexions morales comme dm 
flus ttfuiàeux livre que Vkerefie ait enfimté^ 
!& ils demandoient juftice de l'outrage qu'ils 
jpretendoient avoir reçu du Cardinal de Nooil* 
les. Tous les évêques dévoués à la Société de« 
voient écrire au Roi pour appuyer la lettre de 
ces trois prélats : les mefures étoient pri&s j ^ 
le Cardinal de Noailles, auffi bien que le fiè- 
vre du Père Qpefiiel alloient fuccomber fous 
les intrigues de la Société. Mais le tetni du 
triompl^ des mechans n'étoit pas encore ar- 
rivé dans les deflèins deDieu,&afin de pr9» 
munir les fidèles cointre le fcandale avenir ^6 
ifageflè infinie voulut découvrir la folie de cet 
faux fâgcs , & faire connoître à toute laterrc^ 
de quel efprit étoient animés ces hommes qui 
pourfiiivoient avec tant d'ardeur la condam- 
nation du livre des Réflexions morales. Vous 
avex lu les circonftances d'un événement fi 
digne d'être remarqué. 

Le M. Oui : mais tous ceux qui font ici 
prefens n'ont pas affifté à la leârure que nous 
en avons faite , ainfi je vous prie de ne rien 
omettre de ce que vous deviez nous en dire. 
Ceux qui ne le &vent pas l'apprendront , 6c 
ceux qui le Vivent déjà le retiendront mieux. 
i> C. Très volontiers : car je vous avoue 
que j'aime à me rappeller des évenemens où 
le doigt deDieu paroit d'une çoaniere fi admi- 

rablc 



Vérité fendue pnfile. Entr. IV. Jf 
rablc. Voici donc comment la manœuvre fut 1711; 
decouycrtc. La divine providence fit tom- 
ber entre les mains du Cardinal de NoaiOcs 
un paquet tout ouvert que l'Abbé Bochart de 
Saron , Trefi>rier de la feinte Chapelle de Vin- i j. J»» 
cennes , envoyoit à M. l'Evêquc de Qcrmonc 
fon oncle. Ôc paquet contenoit un projet 
de lettre au Roi contre le Cardinal de Noail- 
les que TEvêque de Oermont devoit figner; 
& Ion neveu lui marquoit en même tems qu*U 
avoit reçu du P. Tellier ce moddc qui avoit 
auffi été envoyé à plufieurs autres prdats^que 
ce Jefuite avoit déjà en main les lettres d'une 
trentaine d'évêques , & qu'avant huit jours, 
il comptoit en avoir encore autant. Âinfi 
tandis que le P. Tdlier protcftoit à tout le 
inonde, & offiioir d'afliirer par ferment qu'il 
ne (e mêloit en aucune forte des a£iires de 
rEdifè de France, dans la réalité cependant^ 
il demeuroit pour confiant que c'étoitluiquî 
iregloit & conduifoit toutes les démarches qui 
tè fàifbient contre le livre des Reflexions mo- 
rales. Je ne m'arrête pas à vous faire remar- 
quer combien une telle conduite efl horrible 
aux yeux de la foi , combien elle eft contrai- 
re à la fincerité chrétienne & à refont de 
la religion , & combien il eft étonnant de voir, 
non feulement des chrétiens , mais des reli- 
gieux, des prêtres & même des évêques fe 
prêter à un complot fi odieux. 

Le M, Ce qui' m'étonne le plus dans tout 
cela,c'eft;de voir qu'un événement de cette efbe- 
ceaitétéfipromptement oublié: qu'il n'en foit 
revenu aucun avantage au Cardinal de Noailleg : 
que les Jefuites n'en ayent pas perdu un poulèc 
de terrain : que les a£Ekires ayent continué 
d'aller leur train comme auparavant j & qu'après 
C4 une. 



fS VMtéfinduefenfiHe. Emtr. IV. 
t^if. une tdle découverte le P. Tellier & fes coo*^ 
frères ne foient pas devenu ll'objet de Tindi^ 

rtion & de l'horreur du Roi y de la Cour 
de tout le public j car je vous avoue qu!en 
filant cette hiftoire J'éprouvoisen moi-mêcoc 
tous ces mouvemens. 

JLe C. Je Iç crois bien : c'efl: l'impreflîon 
naturelle qu'elle fait fur tous ceux qui ont en? 
cdre quelque fendmentde religion, de pix>hi« 
té ou dlionneur. La Cour & le public fcxk' 
tirent parfaitement l'indignité d'un tel procédé. 
Le Roi lui-même, qui avoit de Féquité & 
de la droiture ^^ en fut vivement frappe auffi 
bien M. le Dauphin. Tout annon^t ad 
P. TeDier une di^race cerraine ^ mais Dieu 
irrité contre nc^echés , permit que ce Jdùite 
trouvât des reflources dans une occafion oà 
tout fembloit defefperé. Madame de Mainte^ 
non qui gouvernait abiplumentreipdt du.Roi9 
avoit donné depuis quelque tems toute fà coo- 
fiance à M. deBifly. Le P. Tellier crut donc 
que s'il pouvoit mettre ce Prdat dans fes in- 
térêts , il ne lui feroit pas difficile de fc rcr 
mettre dansl'efprit de Louis XlV.auffibico 

Î[u'il y étoit auparavant. En coniequence k 
efuité. epiploya toute fon habileté à fe procur 
rer un tel protedeur : il tranfporta ce Prdat 
fiir ime haute montagne , d'où il lui montra 
Us royaumes du monde & la gloire qui lesac- 
'compagne, c'eft-à-dire-, les dignités eccJefii- 
ftiques & Téclat dont elles font environnées : 
il étala devant fes yeux toutes les grâces & les 
recompenfes qu'il auroit droit d'attendre de la 
Société, s'il la tiroit d'un fi mauvais pas. M. 
de Bifly fut ébloui par un fpeôacle û char- 
mant ,&TOr des promefïès fi flatteufes , & 
3'ctant laiué gagner , il perfuada à Madame de 
" Maia- 



Vfffît/ fifUba finfhie: Emtr: IV: 57 
Maiotenon que k P. Tdljcr étoit un homme i^n; 
necel&ire auorès du Roi , & que la faute qu'il 
avoit faite n était après tout qu'un excès de 
^^ele-, qui étoit bien pardonnibte. Cette Damo 
rark au Roiyles^iiuages qui s'étoient élevés 
dans FeTprit du Prince femiBperent^ & par- 
là, non feulement k Jefuite conièrva k cqq« 
fiance de Louis XIV. mais (on crédit n*ea 
devint que plus grand >& plus affermi. 

Le itf. Il me fèmble- qu'en cette oecafioù 
k Cu-dinal de-Noailks ne fe donna guerres de 
mouvement pour fiûre valoir fon bon droit. 

La C. H paroit qu'il ne fe prefla pas de ' 
fiûre fentir au Roi les confequences des eiK 
'trqnifès du E. TelUer : il crut que k fimde 
leâure des deux ktuesdel'Àbbé Bochartiuf* 
firoit pour decrediter ce Jefuite 9 mais voyant 
que cek ne produifbitr- rien, il écrivit à Loutt 
aIV. &à Madame de Maintenonplufieuia 
lettres refpeâueufes , mais vigoureufes , poik 
demafquer k P. Tdlier & fes coa&eFes. Il 
aUa plus loin : il retira aux. Jouîtes les poiH - 
voirs de prêcher &. de confeÔèr dans fon dio^- 
cefe \ mais toutes les excellentes raifons du 
Cardinal de Noailles ne firent pgs k moindre 
impreffion. Le Roi regarda tout cek comme - 
l'eflèt d'une pique & druneanitnoficéiperibn^ 
nelle , & fe tint fort offenfé de k^ fermeté que 
Son Eminence fit paroitre en»cccte occafioik 
C'eft ainfi que les ennemis du Cardinal fiu 
voient profiter de tout, & qu'ib rendoient in- 
utile la fermeté qu'il temoignoit alors , par" 
les men^emens exceffife qu'il avoit gardés par 
lepade* 

Le M. Je n'entens pas bien ce que vous 
voulez, dire , fur k conduite que le Cardinal ' 
de-Noailks avoit gardée en diflerens tems. . 

Çî L#^^ 



ÇS Veriti tinJue fenfiHe. Entr. IV. 
If 1 1. Le C, Vous aBffi être éclairci tout à l'heurt; 
Le Cardinal àt NoaîUes n^avoit pis toujours 
parlé <iesjefuîtes comme S faiibit alors: ilavoit 
dit hautement qu'il TOuioit (être leur imi : û 
leur avoit toujours donné les pouvoirs de prê- 
cher 8c de confefllèr : en un mot il ayoit paru yi- 
rre avec eux en bonnt iotell^ence ; je dis qu'il 
tvoit paru , car dans le ibnd , le Cardinal dece- 
ftoit ladoârine & la morale des Jefuites , & les 
Jdfuites regardoient le Cardinal commfe un en* 
nemis d'autant plus dangereux qu'il fe tenoit 
phis caché. Enfin vient une occafion éck- 
cante : le Cardinal dit au Roi tout ce qu*il 
penfè desjefiiites , il les lui reprefemeconnnc 
des peiles deTEglifeSc de l'Etat, comme do 
hommes qui font un horriUe abus de la con- 
fiance dont Sa M ajefté les honore : û conjure 
k Prince de fe choilîr un confeflèur ailkuis 
que parmi les Jefuites. Li-defTus voici com- 
ment raifonnoient les courtifans flatteurs. Sites 
Jefuites étoient tels que le Cardinal deNoaîBes 
les dépeint , auroit-Ù voulu livrer fes brebis 
à dea loups en leur confiant la conduite des 
âmes , auroit-il foufFert que le Roi , donc le iâ- 
lut doit lui être fi précieux , eût donrié fa con- 
fiance à des fixluâeurs dangereux , n'auroîc-îl 
'pas au moins averti & Maj^é du darder au- 
quel elle s'expofoit en prenant ces guides aveo- 
files ? Cependant depuis i((. ans qu il efl: i^che- 
TéquedePariSjila gardé lefilence: il ne crie 
contre les Jefuites que depuis qu'ils l'ont atta- 
qué perfonneDement. N'eft il pas vifibleque 
c^eft un efiètdefon reflëntiment contre eux; 
autrement il faut qu'il avoue qu'il a été un 12- 
che, im prévaricateur , qu'il a manqué i un 
devoir eflèntiel , & par coniêquent qu'il n'a 
^'autre patti à prendre que de quitter uw pbt- 

ce 



Vertu tendue fenpble, Entr. IV. K^ 
ce dont il s*eft rendu enderemcnt indigne. Par 
ces raiiônnemens qui ne laiûbient pas d'avoir 171 *« 
quel(}ue chofè de plaufible^ on tncUfpoià plus 
Gue jamais Pefprit du Roi contre le Cardinal 
de Noailles ; & ce Prince fatigué des difcuA 
tions que Im caufoient toutes ces adirés ^ 
entra volontiers dans les viies du P. Tcffier,, 

3ui étoient de renvoyer le tout au jugement 
u Pape. 

1> M, Voila ce qu'on gagne ànepasfecoo. 
duire avec une exaâe droiture , 2c à soena^ 
ger les mechans ^ on n'évite point leur fiatileâç 
leurs vejQicions , & on n'a pas la confolatîoa: 
de s'être acquitté de fon devoir. Voilà donc 
le Cardinal de Noailles entre les mains de la 
Gourde Rome. Selon le peu que. vous nou^ 
avez dit, je m'attens bien que le livre dtt 
Père Que&el ni k- Cardinal fon protedeur, 
ne gagneront pas à ce marché. 

2> C. U n y a qu'à confiderer la choie ea 
en elle même , pour voir quel fiiccès elledc- 
voit avoir. Le Roi fait prier le Pape paiLJe 
Cardinal delà Trimouiue fon Ambaffiideur ^^j ^^,^ ^ 
à Rome , de rendre fon jugement fur le livre ' 

du Père Quefnd, d'en faire extraire & d'en 
flualifier les plus mauvaifes propoûtions , & il 
s engage à faire recevoir la Conftitution ou le 
jugement du Pape dans fba royaume. Par,- 
U on fait injure aux évêques de France qui 
étoient les premiers juges d'un^af&ire quielt 
liée dans le royaume j on livre le Cardinal 
de Noailles & les Reflexions morales & leur 
auteur à des hommes qui avoient déjà pris der 
cngagemens publics , & qui meritoient mieur 
fc nom de parties adverfes & d'ennemis de^ 
cbrésque celui de jûges;& pour comble d'im- 
quitéonengagela parole & rhonneurduPxin- 

C5 et 



'6o Vérité nndite finfiUe.EvTK. IV. 
irii. te. pour faire exécuter te jugement qui. inter- 
viendra tel qu'il puiiTç être, jufte ou injiufte. 
Après de femblables commepcemeas e(perer 
un jugement bien éqiûtable , ce fçroit vraier 
ment faire comme ceux qui après un été plu- 
vieux & de fortes grêles y iç flatteroient de 
Cure d'excellent vift Sç enabondance* 

Le M. Je feroiâ curieux de (avoir un peulè 
détail des procédures qu'on fit à Rome pour 
parvenir à juger une affaire de cette impor- 
tance. Car û c& clair , ce me femble , qu'il 
^agiffbit ici de points- de doârine > fî le livre 
des Réflexions morales étoit, commeLlesJj> 
fiiites le pretendoient ^ rempli dliereiies, de 
blafphemes & d'impiétés , il falloit donc 

3ue ce grand nombre d'éveques , de prêtres, 
e doâeurs qui avoient approuvé ce livre , 
gui l'avoient loué , qui l'avoient efHmé .9, û 
^oit que toutes ces perfbnnes euflènt cles 
iëntimens impies & une doârine pemi- 
cieufe , ce qui auroit fait dans te royaume une 
feue d'heretiqucs quieûtétépuifTanteScnom- 
breufe. Mius d'un.autre côte fi. le Perc Quef- 
iiel n'avoit enfèigné dans ion Uvre qvie les vé- 
rités de la religion ôc la: pure doarinc.del'£. 
glife 9 les Jefuites étoiênt donc des G3ik>mnia- 
teurs 5 & leur doârine , qui étoit floppofée à 
celle des Reflexions morales, ne pouvoir être 
qu'une doârine fauflë & erronée. Cela fbr- 
moit donc une efpece de procès où il s'agif- 
foit y nçn d'un arpent de terre, ou de quelque 
intérêt temporel 3 mais d'apprendre auxfideks 
* à juger faincment de l'un & 1 autre parti , & à ne 
pas rifquer leur falut entonnant leur confîanceà 
•des hommes imbus defentimens dangereux.; 
c'-efl-à-dire que c'étoit un procès de. grande 
wnfequence, & qui, pour être decidcdcf 

maa» 



VSfrit/ rendèe finSUe. Entr. IVi 6% 
mandoit beaucoup d attention , un examen ifxai 
ftrieux & de biigues difcufSons. 

Le C. L'idée que vous vous formez de cet- 
te afl&ire eft' très jufte. Ceft . un vrai pixH 
ces 9 & un diîs plus grands qu'on ait jamais, 
vus , foit qu'on con&dôre les points de doâri-- 
ne qui en étoient k fujet , ibit qu'on regar^ 
de laqualité des parties. Vous verreZi û ows 
\t jugement qui a été rendu, on s'en conduit 
comme l'importance de l'afiaire le demandoîL 
Clément Xi. jaloux comme.il étoit de con-» 
ièrverfit d'étendre fes droits reçut, agréables 
ment k demande que lui iailbit Louis. XIV. 
d'orne Cônftitutiônqjaidevoit terminetlesdif- 
putes. En confequence il forma ime congréga- 
tion ou ailèmblée compofêe de deux cardinaux, 
Fabroni & Ferrari, avec rAflèâeur & te Corn** 
nùiSdre de rinquiûdon , & neuf tbeologiens 
qui dévoient donner leurs avis, après avoir 
examiné le livre fur les extraits qu'on leur ea 
foumi{Ibit.Lorfqu'après environ dix-huit mois, 
k Bulle eût été drefleê^ lé.Pape hi, commuT 
niqua encore à cinq cardiiiaux , avant que d']f 
mettre & Rature qui devoir confommer tour 
tc.rafliirc. 

Le M: Jûfqu'à'prefcht cela ne va pas mal j 
St il paroit qu'on voulôit ^der les règles. 
Cependant ce n'eft»-là que l'extérieur , ^& il 
£iut Ëivoir qui^écôient ces gensrlà,& com- 
ment ils feconduiûrent^ Car on .peut fort bien ^ 
être refolu à commettre uneinjuftice, & avec 
cda fkuver les apparences. 

Le C: L^ Cardinal Fabroni homme de coQi- 
fiànce de Clément XL écbitle maître abiblu 
& l'ame de toute 1 af&ire. Son zèle outré 

Sur les prétentions de Ja Cour de. Rome 
voit rendu ^^ coouue je vous l'ai dit , en^ 
C^ ne- 



4l2 refit/ renJwe fenfbh. Entr. IV. 
«7<»» Demis dechré du Cardinal de Noailles , &Lr 
doârine qu'il avoit apprife desjefiiitcsnes'ac* 
cordoit pas avec celle des Reflexions morales. 
Les neuf dicoh^iens qu'on nomme Confiil- 
teurs , étoient tûus mcnnes ou gens de com- 
munauté , efdaveâ par confequenc de la Cour 
de Rome. Un d'entre eux portoit Iliahitrae 
Jefuite i quatre autres en avoient êpouie le» 
fentimens, & fuivoient aveuglement les vo* 
tentés du Cardinal Fabroni j qudques-uns a- 
voient pris "partiau Décret de 176». contre les 
Reflexions morales ; en un mot ces confiilteurd 
étoient Gens feu cafahie^ ou devwés auxje^ 
frites, * Ces bons pères qui par le mc^en duG^-- 
dinal Fabroni conduifoient toute Tafifàire, n'a- 
voient garde d'y employer des pet {bnnes trop 
fermes ou trop clairvoyantes. Enfin entre tous 
ces juges , fl n'y en avoit pas trois qui fiiflènç 
bien la langue mmçoife ehkqueOeefl: écrite 
Hvre qu'ils cxaminoierit. 

"Le M, Entre ceux qui compolbient cette 
aQcmblée n'y en avoit-il pas quelqu'un qui tût 
éclairé , courageux & capable de défendre ia 
Tcrité & l'innocence ? 

ILe C. Pour faire honneur à ce tribunal ^ 
cm y avoit mis deux peribnnesde cecaraâe- 
rc 5 le Cardmal Ferrari Jacobin ^ & M. le 
Drou Evêque de Porphvre , de Tordre des 
Auguftins « très attachés l'un & l'autre , à la 
doorme de S. Auguilin & de S. Thomas, 
Mais ils fè trouvoient accablés parle nombre 
de ceux qui étoient dévoués à Fabroni & aux 
Jefuites. Ces pères trouvèrent même k moyen 

dç 

• e« fcNK lef ttrmes dont reftfvîr an Mlalft^e da Fm 
flî rcfiMilkPii ^uif ua^ C«ui écraDfpffk 



VtTitf renMe fenpUi. Entr. IV. 6^ 
de faire congédier honnêtement M. le Drou 1711; 
dont k prefence ks incommodait & retardoit 
Vexecution de leurs deflèins. De cette forte 
ils vinrent à bout de cohfbmmer leur oavrage ; 
& de 1 5 5 . propofitions qui avoieot été dénon- 
cées , on en dboifit loi. dont la condamna* 
tion fut refoluc. 

lif M, C'eft-à-dirc c{ue par le moyen du 
Cardinal Fabroni , les Jefuites arrangcoient tou- 
tes dxkës ^ leur gré. Mais fi ceh eft , pour- 
qui Œit-ils fixé à loi. le nombre des propo. 
fitions condamnées ? Dans un ouvrage auffi 
confiderabk que les Réflexions morales y n'j 
avoit-il pas Inen d'autres propofitions qui pou- 
voient leur déplaire autant que les cent-une 
qu'ils ont préférées ? 

1^ C. 11 eft très fur qif ils auroient pu en 
trouver deux ou trois cent & plus ^ qui à leurs 
yeux étoient tout auffi condamnables quelea 
10 1. qu'ils avoiciit choifies par préférence. 
Mais un plus grand nombre auroit prolonge 
une affaire dont ils defiroient ardemment la fin j 
& ce nombre de loi. ctoit {ufiîfànt pour éta- 
blir leurdoûrine fur les ruines de ceUc du P. 
Quefiîel, & pour d^;ager rhonneur du P. Tel- 
lier. Car ce J efuite ayant dit un jour en prefence 
du Roiquilyavoit plus de 100. propofitions 
condamnables 5 & Louis XIV. ayant trouvé 

3ue c'écoit trop dire, il fidloit Qu il y eût plus 
e 100. propofitions condamnées, afin que le 
Prince fût convaicu que le nere confefïcur avoir 
parlé très exademcnt. vous tf auriez certai- 
nement pas deviné que telle étoit la raifbn de 
ce nombre myfterleux de cent & une pro- 
pofitions. 

Le M. Voilà une circonftance tout-à-f^t 
plaifinte, 6c dans une matière moins feriêufe. 



^ Vérité rend» fenpble: IV.Ehs^^ 
^jju jl y auroic fujet de s'égayer , mais il pe faut 
'' ' Vf& abufer de votre bonté en laiflànt écouler- 
pudiement un temsqui vous eftfi précieux. 
Vous nous avex parlé- des mouvemens que & 
donoknt lesjefuites, & du train que prenott 
Tafiàire entre les mains des Romains. Maislo 
JCardinal de Noailles & le P. Q^el n'étoient^ 
ils pasenéut de (è défendre, &de traverlêr 
les defTeins desjefuites ? Pouvoient-ikgaider 
le filence dans uneafiàire qui les iptereflicHt per* 
Ibnnéllement?. 

L,e C Le P. Qpefiiel ne n^iigea rien de 
ce . oui étdt en foa pouvoir , foit pour dcfeo. 
dfe la vérité , foit pour manifefter Jbn intio» 
çence. Informé par les nouvdles publiques de 
ce qu'on machinoit contre fon livre , il éai^ 
vit au Pape une ktte foumiie & très râ^* 
Suaïk.^ pour le prierde nepas le coodam? 
ner &ns l'avoir entendu. £n confeqi)enceil 
JTuppUoit Clément XL de lui faire commuai- 
quer les proportions extraites de fbn livre que 
Ton avoit dénoncées, comme dû;nes de ceiw. 
fure y afin qu'il pût les juftifier h ellesétoteot 
innocentes 9 les expliquer û elles n'étoîent-pad 
exades , &.les retraâer û elles écoientfiiuf^ 
fcs. 

Le M, Cela parle de fol-^même. L^tnatum 
re a gravé dans le qoeur de tous les hommes 
cette règle efTentielle , qu'on ne doit jamais 
condamner perfonneûiy l'entendre ; & Rome 
n'avoit garde de .&'en écarter dans le jugement, 
d'une amiire de cette importance. 

i> C. C'eft ce qu'auroit fait fàns^-doute^ 

Rome payenne-jcar ce n'étoit pas lacoutu-^ 

A«. * *v.^^ j^ Romains , difoit un de leurs ofEderis , 4^ 

condau.ner quelqu un . n oins qu'on ne lui ait 

donné laliberxé de fe juftifier devant ibaccu^ 



VtritéfinJMifinftile. Ehxh. IV. 6^ 
fiiteura. Mais Rome qui levante non feukmcQt . lyiil 
d'être cfaredenne^ mais même d'être la Jburcefic 
hrqgledu chrifUanifme, fit lafouide oreille aux 
deoDttndes. réitérées, du P. Qsieûiel j oncrai- 
gDoit que ce pieux & ûvant auteur n'appor- 
tât trop de lumière dans une œuvredetener 
nebres. 

Iac m. Quelle façon d'agir ! les allàffins 
& les vdeurs de grand chemin fimt traités 
plus favorablement dans les tribunaux ieculiert. 
Mais fi on traitoit de cette forte le P. Q^- 
nd qui étoitun fimple particidier^on nepouT- 
voit pasen uferde même à l'égard du Cardi- 
nal de Noailks à qui ÙL naif&nce, ion mérite 
& ion rangdevoient donner un certain crédit. 

Le C. C étoit une pauvre reilburce que 

lê Cardinal de NoaiUes, lorfqu'il&lloitnKKir 

trer de.la vigueur & de.la fêrmçté ; les vues 

de cette Eminence étoieot.fî bornées , qu'il re- 

gardoit la amdamnationdu livre du P. Outef- 

^nd comme une chofe impoffible, il crovoit 

ne s'ei^ager à rien , en déclarant qu'il etoic 

j^rêt.à Tafaondonner fitôt que le Papel'auroit 

condamné. Far une fiiite de && idées, il ne 

voulut point prendre fait &caufë pour le livre 

des KeSexions morales^ il fê contenta de faire 

répandre dans Rome par fon Agent pluûeurs 

ouvrées & mémoires , entr'autres k Jufii- 

fication des ReflexioTis morales y compofée en 

16^^, par le cdebre M. BofTuet. Le Pape 

reçut toutes ces pièces qui furent lues & ad^ 

mirées par la plupart des cardinaux ^ mais Ta- 

âivité du CardinalFabroni Scies foliicitacions 

ardentes, & infatigables du. P. d'Âubenton, 

qui n'épargnoit ni foins, ni veilles ppurlefuc- 

cés d'une a£Faire où il s'agifibit de tout pour 

btSocieté , l'emportèrent fur les folides raifons 



tyij. ^f Vefttifiiiwetinfihle. Entr. IV. 

du CardJndl de >j[oaille8 : h Bulle fut dreflée ^ 
& k Pape Ift fignale vendredi 8. Septembre 
1713. 

1^ M, QjKM ! le P. d' Aubcnton notre eom« 
^triote afait un petfonnage diftii^é dans cec- 
t€ affaire? 

JLe C. Œk ne doit point vous furprcndre, 
c'étoit un des gros bonnets de la Société ^ il de- 
meuroit alors à Rome en qualité de premier 
Affiilant du General & avoit très grande part au 
gouvernement y il nequitta cette place que^pour 
aller gouverner FEipagne feusie titre de ccfnfef- 
fcur du Roi Philippe y. Noropatrie, comme 
"Vous voyez , n'a pas hifle de prcxiuire des hom- 
mes célèbres , mais je ne ciois pas que ce lui Soit 
un titre d'honneur dans la pofterité > d'avoir 
donné naiâànce au Père d' Aubcnton. 

Le Jïf.Voiladonc la Bulle dreflée&fignée. 
•Mais iavant que de h publier, nefklloit-tl pas 
-encore cja^dle iut ararouvéepar lés cardinaux» 
À: cek ffedontUKt-il pas lieu a quelques diffir; 
cultes ? 

Le C. Après avoir violé bien d'autres rè- 
gles 5 Clément XI. ne crut pas devoir s'aflù- 
jettir à demander Tavis des cardinaux. Dfe 
contenta d'en confulter cinq , Ferrari qui s'op^ 
pofa de toutes fes forces à k publication dek 
Bulle, Fabroni qui n'avoit garde de détruire 
fon ouvrage , Albani neveu du Pape , entière- 
ment incapable d'entendre quelque chofe dans 
des matières de theolc^e, Ottobonipenfion- 
naire du Roi de France, & Tolomd Jefiiite. 
On fu de Rome que les cardinaux Carpegna 
& Caffiiû avoient priéinfbmment le Pape de 
fupprimer là Bulle ; & que trois autres s'é- 
toient excufés fur Icurvieilleffe & leurs infir- 
mités pour ne prendre aucune part dans cette 



^ Vérité tenJuë fenfihU. Entr. IV. «7 

l^àt Tel fut le fuccès preique incroya- irtf^ 

^iies travaux , des intrigues & du crecÛt 

«jiîiires. Ainfi fiit dreflee la ûmeufe Bulle 

^pùtnsy par laquelle les, Jediites rcmpor- 

^ une vi£toire cocnplecte fur tx)us leurs 

^KQiis. Nous ea refterons^ s'il vous plaît > 

3ttr aujourd'hui à ce grand événement , au- 

i!Ki on ne peut penfer fans frémir, & quia 

^dans rÈgUfe un boule verièment uni ver* 

A Je vous exhorte à lire de nouveau cette 

Coofiitudon d'un'bout à l'autre , & à en con^ 

User attendyement toutes les parties. 

ENTRETIEN. ¥• 

laievement gênerai contre la Bulle, 
yifjens employés pour la faire rece- 171^ 
wr. Affemblée des XL.Çonduite^des 
Mats pour fatisf aire le Pape ér le 
Roi. Embarras \ explications ylnjlrtê^ 
3im pajioràle , différent partis qut 
frerment les Evèipées. 
T E Cure'. Eh bien, Monfieur, avez- 
^ vous relu attentivement la Conftitution ? 
Ne vous paroit-elle pas plus fupportable quel* 
première fois.? 

Le Marchand. Point du tout, tnoà 
cher Pafteur y die eft toujours la même. Je 
(us toujours paiement furpris, affligé, in- . 
ûCTé (bit que je confidere rhorrible portrait 
qu'on y fait d'un Prêtre catholique après l'a- 
voir condamné fans l'entendre , (bit que j'ar- 
rête mes yeux fur cette foule demalediâions 
& d'injures pononcées contre les cent-une 
piopofitions. Mais apprennez-nous , je vous 

E'e, ce que devint k grande affaire que Je 
pe preteodoit tjsrminer par nu jugement fi 

extraor-^ 



St Vérité ftndMiJinfiHe. Enthet. V. 
%I^ extraordiDaîre. Comment la BuUe fut-dbr 
tccudllie lorfqu'dle parut aux yeux du public ? 
- L§ C, On peut dire, &ns exagérer^ Qu'die 
cxdta un foulev^ment univericldansle roytu« 
me. Tous k» corps de F£^e & de TEtat; 
ks courtifans & les bourgeois , ks gens de robe 
£c les gensd'épée, les &yan5& les ignorons, 
le clergé feculier éc régulier, en un mot de- 
puis les évêques jufqu'aux fimples fidèles- tous 
parurent frandalifés & firent éclatter leur mé- 
contentement. LéCardinatde Noaillesdans 
ks lettres qu'il écrivit au Fapè& au Roi avec 
huit autres prélats , afliire qu'il k vue de -IrCOft» 
fiitution ''il s'efi excité de grands- troubles 
.''dans Paris & dans tout le royaume, que 
trCu^^ '^ks hérétiques en ont pris occaiion de s'ék- 

F7M» " veravec . . . mépris contre . . . . EEgBlc 

/* catholique : que k foi des nouveaux con-, 
" vertis en à été ébranlée : qu'un grand- 
•* nombre- de perfonnes <le k plus haute piété 
r en ont été alkrmées ^ de forte que tous les 
** corps , tant de l'Eglife que de l'Etat , fèfc^ 
•'trouvés plus portés à s'en oficnfor qu'à sV 
r foumettre. ,^ Ce fait qui efl fi peu honorable 
iU Conflitution, fe trouve atteué cependant 
par ceux-mêmes qui en ont été ks plus zdés 
{lartifans. Si vtoussviez entendu &lu^ écrivoit 
•M. dcBifTy à M. de Montpellier , tout ce atà 
'2,6. \iivt^^fi f^S^ ''^^ liâtes cet hyver contre la EmÙe-^ 
11714^ vous auriez jugé e^on ne fouvoitfas. la troP' 
ter plus indignement à Genève mime\ M. de 
•Fendon Archevêque de Gambray, quiavoit 
eu grande part à toute l'intrigue & qui écoit 
par^tement content de k Bulk y s'expri- 
me fur ce Tujet auffi fi:>rtement que M. de 
Bifly«dans fon Mandement pour k-pubUcB" 
tionde k Bulk. Twtes les fe&ei bereti^nes-y 

dit- 



mift rendue finpU. Emtr. V. 69 
dit-il , n^en ent-elUs tas triomphé} Et les fi- 17»*^ 
herttns ne ^en fint-its pss joués malignement 
dans Umtes\les nations f .... Quel efi le tays 
oile fcandak n^Mt feint encore pénétré f Ta 
efl le témoignage que k force de la vérité t 
tiré delà boud^mêmede fes ennemis? 

Le M. Je fuis furpris que votis infiftiez fi 
fort fur une chofe qui étoit toute naturelle « 
Se dont il eft £u:ile d'avoir des preuyes, pui^ 
qu'elle s'eft paffée en quelque forte de noi 
jours ficibus nos yeux. 

Le C. I^elêntez-vouspascombienceibuf- 
levement excité par la BuOe eft un éveoemenf 
remarquable p combien il répand de lumière 
fur une affidre que les pâmons des hommes 
ont prodiçieufëment emorouillée ? Car ce 
premier cri , ce cri gênerai qui s'élevoit contre 
la Bulle , n'étoit autre chofè que le . cri na.- 
turel de la foi étonnée Se ailarmée de la 
condamnation de tant de vérités qu'on enfei- 
,gne aux fidèles dès leur enfance. Il arrive 
à la naiffance des erreurs ^ dit le ûvant Ms 
Bofliiet, au premier abord ^ une déclaration 
éclattante de la foi y c^ eft comme le premier coup 
de r ancienne tradition qui repoujje la nouveau^ 
té. Voilà preciièment ce qui eft arrivé à ia 

Jiublicadon de la Conftitution. Vit-on rien 
e pareil lorique le livre des Reflexions mo^ 
raies fut mis au jour ? Point du tout. Remar- 
quez, je vous prie 9 cette prodigieufèdiftèren- 
ce. Un ftm|)le particulier , ùjns crédit & &ns 
appui humam, compofe un livre ^ & à peine 
ce livre eft raidu public qu'il eft approuvé ^ 
loué^ applaudi & goûté par les éveques , le^ 
fàvans & le commun des fldeles. La Con- 
ftitution an contraire, émanée du premier fie- 
ge de l'Egliie^ & revêtue d'une autorité très 

rcC» 



70 Veriti rendue fenpble, ÏNTR. V. 
"%1\\* icfpcâable , rfa pas plutôt vu le jour que tout 
le monde s'élève contre die, elle devient un 
figet de triomphe aux hérétiques, de raillerie 
aux libertins , de fcandale aux foibles . de dou* 
tour & d'amertume aux perfonnes de piété, 
d'étonnement & d'ind^;nation aux granck & 
aux petits. Après cela peut-on être embar- 
Taflèfiir le jugement qu'on doit porter du li- 
du F. Quefhd & de la Bulle quile condam* 
■^amne ? 

Le iïf . Il eft vrai qu'un tel foulevttnent à 
Tarrivéc de la Conftiturion , eft un temoigna- 
non fufpeâ du jugement que la plupart des 
hommes en ont porté lorfqu'ik n'ont fuivi que 
les inouvemens de leur confcience. Mais je 
voudroisfavoir ce qu'en penferentlesévéqucs, 
<& qu'elle conduite ils tinrent dans cette im^ 
portante occafion. 

Le C, A l'excepticm^d'un petit nombre qui 
étoit abfolument vendu fit dévoué aux Jcfiii- 
tes, tous les autres en penferent comme le 
public, c'eft-à-dire, qu'ils en furent très me- 
contens. Le Cardinal de Rofaan en parla fur 
ce ton au Cardinal de Po%nac , &■ M, de 
Bifly déclama hautement contre la Bulle dans 
le bureau du Secrétaire d'Etat où elle veooit 
d'arriver. Les autres prélats n'étoicnt pas plus 
favorablement di^fcs , & s'ils avoient agi fui- 
vant leurs lumières, il eft hors de doute que 
la Conflitutioneutété honteufement renvoyée 
i fon auteur. Mais le P. TelKcr après avoir 
Téuffi jufqu'alors , n'étoit pal homme à refter 
en fi beau chemin. 11 avoir tout prévu & pris 
«le loin toutes fes mefures : il avoit retnplila 
évêchés de perfonnes dont il pouvoit difpofcr 
i fon gré, & qui n'avoient ni les lumières , 
su k ^dC) ni le coursée neceilaires pourdie- 

fendre 



ynlti rendue nnfthk. Entr.V. 71 
fendre k vérité. Four confommer ion ou^ 171}» 
¥rage cet liabile Jefuite employa le* nom & 
l'autorité du Roi qui ne pouvoic, dKbit-on^ 
iè dirpoifo de faireaccepterla Conftitutiony 
après b ppomefiè (blemnelle qu'il en avoit faite 
au âint Père. U mit en œuvre des agens & 
des émiflaires aftift £c yigihns pour fonder les 
intentions des prélats , pour leur reprefenter 
ce que l'on avoit àefpêrer & à craindre, félon le 
parti que Ton prcndrcrit dans cette occafion. 
Ces difcouis étoientibutenuspardes exemples; 
on voyoit ks faveurs de la Cour fe remndre fur 
ceux qui entroient dans les vues du P. Tellier 
&, ceux qui temoignoient du mépris ou de 
Toppofition pour la Conftitution, éprouver les 
effets de Findignation; du Prince. Il n'en fel- 
lut pas d'avantage pour abattre prefque 
tous nos évêques , & pour les porter à don* 
ner aux Jefuitesk&tisfaâion quils pouvoienc 
defirer. 

L»e M, Une lâcheté ii déplorable dans des 
fucceflcurs des apôtres , paroîtroitincroyable, 
fi l'on ne fàvoit combien eft petit le nombre 
de ceux qui n'ont en vue que de plaire à Dieu , 
& qui foulent aux pieds toutes les craintes & 
les efperances humaines. Mais quoique dans 
le gênerai je n'aye pas de peine à croire que les 
Jduires avec leur grand crédit ibient venus à 
bout de leiurs deflèins , cependant je crois qu'il 
eft neceŒure de favoir en quelque détail les 
circonftances y les divers incidens , & lesfiii- 
tes de cette grande afiàire. *, 

Le C. Il n'eft pas diflBcile de'^Jes entre- 
voir , lorfqu'iMi fait reflexion que la Cour de 
Rome ne fait ce que c'eft que de reculer , que 
Louis Xl\' . avoit engagé fa parole, & qu'ou- 
tre cela ce prince fuivoit toutes les impref- 

£ont 



72 Vffit/ r$nJue ffnfiiU. EUTH.V'. 
nr<3« fions que lui donnoit le P. Tellierlba ~ 



feur, ou qu'il lui&ifbit donner par A» éaûffii^ 
res. Le Roi étant donc bien refolu à fiûre 
accepter la Qniftitudon par les évêquei, il 
n'étoit queftion que des mefures qu'on pren- 
droit pour parvenirà cettefin, en forte qu'os 
iàurât les apparences ^ & aue l'accepcation dei 
des prditsne parût point forcée & extorquée 
par violence. Le Père confeflèur eût bien vou- 
lu qu'on eût envoyé de la part duRoi uoefer- 
mule d'acceptation que tous les év£queseii* 
fent été obUgés de publier, mais cet expedieaC 
ayant été rejette par le Cardinal de NoaiUesAc 
par le Procureur gênerai & les Avocats g»- 
ûeraux du Parlement y Louis XIV. ordonna 
que les évêques qui (t trouvoient à Pteisj 
s aflèmbleroientpour avifer aux moyens de re- 
cevoir la Conftitution ; car on fuppofbittDuj 
jours comme une cho& indubitable qu'il fal- 
loit la recevoir , & qu'on n'avoit à dfelibcner 
que fur la manière dont (èfèroit cette accepta- 
tion. Le P. Tellier vouloit être à port^ dé 
conduire toutes les démarches des évêqua : 
il n'auroit pu le fidre fi chaque Archevêque 
eût ailëmblé && fuiSragans , comme le Cardi- 
nal de Noailles & les ma^ftrats l'avoient de** 
mandé. A ces aflèmblées provinciales fi con» 
formes aux règles de rEglUè, le prudent Jefui- 
te fiibftitua l'aflèmblée des évêques qui £è 
trouvoient à Paris ou à la Cour: il eutfoia 
d'y fortUier fon parti en fàifknt venir, même 
des provinces du rovaume les plus éloignéet, 
les évêques qui lui etoient les plus dévoués : 
le Cardinal de Noailles pu: fon antiquité fie 
par fon rang,fe trouva Prefident de raflèoa^ 

Ls M. Le Qurdinal de Noailles ayast twt 

d'au- 



Verké f4mbfefi»SHe. Ehth. V, ji 
d'autorité dans cette afièmblée y 6c connoH* 
fitat tout le mérite du livre des Réflexions 
morales, £c le prix des vérités que le Pape 
avoit condamnées , ne s'oppoia-t-il pas à 
raccq)tation de la Bulle Unigenitus. 

Le C. C'eft ce que les lumières de la re« 
ligion , & même celles de la raifbn auroient 
du lui infpirer. 11 avoir été faid d'horreur 
à la première leârure de la Conititution^ mais 
voyant le aedit iounenfe des Jefuites, Se la 
Bulle appuyée de toute Tautorité du Pape de 
du Roi^& n'appercevant aucune reflburce^ 
il crue que y pour &uver la venté , il n'y avoic 
d'autre parti à prendre, que de recevoir k 
Bulle en la liant avec des ezpUcadoas qui 
raettroient k l'abri de la condamnation tou- 
tes les vérités contenues dans les loi.propo-, 
Gcions. 

Le M. Si vous voulez être entendu , mon 
cher Pafteur , ayez la bonté de vous expli- 
quer : car je ne compreos rien à ce qUe vous 
venez de dire. Si le Cardinal de NoaUles 
regardoit les loi. proportions conune autant 
de vérités certaines , comment pouvoit-il re- 
cevoir la Bulle ? Car il les propoûtLons n'ex- 
primoieat que les vérités de l'Evangile, on ne 
pouvoitni recevoir, ni même tolérer la Bul- 
le : (i au contraire la Bulle étoit recevable, il 
Falloit que les loi. proportions, fuflënt rem- 
plies des erreurs que le Pape leur attribuoir. 
11 me femble qu'il v a une contradiâionma- 
nifeftc à foutenir aes vérités, & à recevoir 
un jugement qui^ condamne ces mêmes ve- 
rtes. 

X.f C. Vos penfées & vos raiibnnemens 
font très juftcs. Mais ce qui vous paroit fi 
deraifonnable , c'étoit pourtant là precifcment 

Tgme I. D ce 



I7t|^ 



74 y^riti ttmJMt finfibk. Entr . V. 
et «que k Cardinal de NoaiHes preteodoit 
îmst y U Bulle eft monfiriteufi , dit-il , à Ma* 
dame la Vrmctvk'^mais elle efi fuhliée ^zf^x* 
aoit-il ) 'Rome ne reculera fosnf. Il faut dowe 
is recevoir juix meilleures conditions jme ton 

Le M. Bon Dieu , quel langa|e ? Eft-il 

SoŒible qu'il fbit jamais forti delà bouche 
'un chrétien , d'un Prêtre, d'un Evêque. 
iQuoi? la Bulle eft monftrueufê,c'eft*à-din^ 
qu'elle tend à établir ou à favorifêr des cr« 
ffeufs monftrueuiês ^ Se il faudra la recevoir, 
parce que Rome n'eft pas difpofée à recu- 
«er ? U faut que la veritié recule, parce que 
Rome ne veut pas reculer ? Je demanderais 
volontiers ^ où eft donc la foi, où eftlare- 
ligion de ceux qui tiennent de pareils dtf- 
cours? 

Le C. Cependant le Cardinal de NoaiOes 
étoit éclairé, il avoit de la religion & de fat 
jneté^ mais avec fès bonnes intentions ^ les 
vues fàuilès d'une prudence toute humaine, 
iSc des confeillers timides lui faifbient preo- 
ért un très mauvais parti. Ainfi non feide- 
lement il ne donna pas aux autres évêques 
l'exemple de la droiture & de la fermeté in- 
trépide avec laquelle on doit fbutenir la vé- 
rité , mais après avoir condamné par un Man 
dément le livre des ReSexions morales, con 
me il s'y étoit engîçé, il ouvrit encore ' 
route oblique , tortueufe & perilleufë dese 
plications, par le moyen defquelles tant 
pofonnes ont cru pouvoir , en fureté de ce 
lUence, accepter la Conftitution. >> * O 

* Ceft le difcours que tint à M.Colbertl 
^ de Montpellier, M. Hennin Lietard Et 



PMti ftndue finpkle^ Entr. V. 75 
fedifinc un Evêque de l'aflëmblée ^ fi ie i^ci. 
«Gffdioal de Noailks te fûtprefentélaBul^ 
%ti \sL main au milieu de nous^ & qu'il 
•àdin Voici une Bulle qui renverferE van- 
9 fit: je perdrai la vie plutôt que delare- 
tcevoir: pas un de nous n'eût ofé le con-' 
iQcdire. Mais il fè contenta de dire: La 
«BoDe eft obTcure, il faut l'expliquer^ fie 
»dis lors nous dîmes: Nous le tenons." En 
c&t' fur cette pîurde du Cardinal de Noail- 
b les Evéques de l'afTemblée , qui ne- 
àerdioient qu'à fortir d'embarras fie à con- 
taoer Louis XIV. fè crurent autorifés à 
ttevoir la Conftitution. 
Le M. Après ce que vous venexdem'ap- 
Vodre des fâufTes démarches du Cardinal de 
Noiles, je m'attens bien à voir la plupart 
^ éîêques ië ranger du côté du plus fort, 
&ihnidonner les Réflexions morales fie leur ' 
^AORir à la paffion des Jefuites. 

là C. C'eft en eflPet ce que Ton vit arrî- 
ncr, L'aflèmUée des Evêques, qu'on nom* 
oe ordmairement raflèmblée des XL. ou 
faflêmblée de 1714* s'étoit ouverte le i5. 
Odobre. Le P. Tellier fie les Prélats dévoués 
à la Cour de Romeauroient bien voulu qu'en 
ve feule iêance toute cette afhire eût été 
ttnninée, par une acceptation toute pure & 
toiue fxmple de la Bulle du Pape. Mais la 
piupirt des Prélats étoîent encore trop al- 
armés 9 fie trop edàrouchés de ce qu'ils 
troient vu dans cette Bulle. Le Jefuité crut 
qrïl fialloit s'accommoder au tems fie à la 
Srpoficion des évêques, fauf à regagner par 
D 2 une ' 

^Aiûs» mort Archevêque d'Embrun. Voyez, les \ 
mvns de M. Colbert Evêque de Ment f 4 Tem. 2, ^ 



f6 Vnite rtnditi fènjible. Entr. V. 
une autre voie ce qu'if paroiflbit perdre àlor»: 
Tous les Prélats étant donc convenus ^ qu^ 
fidloit nommer des commiflàires , pour exa- 
miner la Bulle .& en faire leur rapport à Vz£- 
(emblée y le Cardinal de Noailles, avec Pap- 
probation de Taflemblée , chargea de cette 
importante commiffion les fix prélats^ que le 
Roi lui avoic de&gnés. 

Le M, Voilà un beau commencement fie 
une apparence de jugement r^ulier : mais 3 
faut avoir dans le fonds comment tout ceb 
étoit conduit. 

Jje c. Les règles des jugemens ou eccle- 
fiaftiqueS) ou même civils, ont été établies 
pour protéger l'innocent, pour reprimer h 
violence & rinjuftice , & nullement pour 
opprimer le jufte & iàvorifer le coupable: 
de-là vient que ceux qui n'ont d'autres inte- 
lêts que ceux de la vérité & de la juftice^ 
s^attacnent exaâement à J'obfervatîoa do te- 
lles , parce que non feulement elle ne leur 
cft pas nuifible , mais qu'au contraireelleleur 
cft très avantag^ufe^ ils marchent, pour ainfi 
dire, dans un chemin droit & uni. Ceux an 
contraire qui fouciennent l'erreur & l'injulti- 
ec> craignent la lumière^ ils redoutent un era- 
roen ferieux, une difcuffion patûble^ ils ont 
recours aux artifices & à la violence, ils em- 
ployenc les carefTes & les menaces ; en un mot 
les moyens les plus odieux .& les plus noirs, 
tout leur eft bon pourvu qu'ils réuŒfiènt 
.dans leurs deflèins. Ceft par ces principes 
que vous devez juger de la conduite qu'on f 
tenue ^ans toute cette affaire. Les fix pré 
kts commiflàires étcrientouvendusauP.Td 
Ker, ou courtiiàns fournis aux volontés d 
Rpi, ou trop £(^bles pour fuivre les lumi 



Vertti rtndui finfiUe. EWTit. V. 77 
reS' de leur confcience. Ds avoient pour chef 17^^ 
le- Cardinal de Rohan, mais M. de Bifl^ 
étoit l'ame de toutes leurs délibérations; il 
prenoit le haut ton dans: kurs aflèmUées , fie 
peribnne n'ofoit le contredire. Mais dans la 
realité ils n*étoient l'un^te l'autre que les très 
humbles vate du Père confeiTeur. Ceil de 
£1 main que le Cardinal de Rohan reçut les 
théologiens qui lui fàifoient ià be&gnej&de 
tems en tems ce Jefuite venoit fefareiendre 
compte de tout ce que les CommiiSures 
avoient &it dans leurs afièmhlées^aprèS'quQi 
il donnoit &s ordres pour changer, ajouter^ 
ou retrancher ce qu'Û jugeoit à propos. 

Le M, Voilà une docUité bien adtnirable, 
ou plutôt une lâchecé & une baiTeûè bien 
indigne d'un homme fi élevé par £1 condi- 
tion & par (es dignités. 

Le C Cela eft fort aifé à dire. Maispcn- 
fez. donc, que cette déférence aveugle envers 
le Révérend Piere étoit un moyen afluré de 
faire jpleuvoir les faveurs & les bienfaits du 
Roi fur le Cardinal de Rohan & (à famille. 
Pour M. de Bifïy^ il (ècondoit encore plus 

Îarfaitement lés mtentions du P. Tellier. 
>epuis que fbn indignation contre la Confti- 
tution , par de: profondes réflexions s'étoic 
changée en âdmiratioa, il avoit un zèle ardent 
pour lui foumettre tous les efprits ; ^ pour 
en venir à bout plus furement & plus aifé- 
ment , au defeut des preuves convaincantes, 
il avoit recours à un raiibnnement qui étoit 
iâns réplique : il menacoit de &ire lonner h 
grofïè cloche, c'eft- à-dire , de faire venir 
des Ordres du Roi. C'étoit un bon moyen 
pour réduire les plus opiniâtres. Mais auffi 
il. faut avouer qu'avec de femblables moyens^ 
D^3 on 



78 yerif/ ttnJue finfihU. Ehtr. V. 
on auroit pu faire recevoir l' Akoran , c'eft- 
à«dire , k loi des Turcs , à des hommes auffi 
dependans de la Cour, auffi complaifims,& 
tuffi dxnides que Pétoient k plupart desévê- 
ques. 

Le M. Mais les quatre autres commiffiû- 
res , qui apparamment n'étoîent pas auffi de* 
TOués au r. TeUier , ne s'apperçurent-îb 
pas, en examinant attentivement la ConAi- 
tution, que les propofitions ne meritoient 
aucune condamnation? & ne pouvoieot*ik 
pas obliger MM. de Rohan & de Bifly à fc 
comporter en juges équitables ? Car enfin ik 
avoient autant de droit de dire leur avis que 
ces deux Meffieurs,& on deddoit fimsdou* 
te à la pluralité des voix. 

Le C. Cek feroit fort bon, (i MM. de 
Rohan & de BifTy avoient été fimpkment 
évêques & Commiilaires , mais ces deux 
Meflîeurs étoient étroitement unis au P. Td- 
lier ; & par-là ils étoient en état de tourner 
a leur gré l'eTprit du Roi , & ils avoient 
l'autorité royale en leur difpofition. Les qua« 
ue autres Commii&ires n'étoient pas matin* 
tentionnés. Mais avec toutes leurs bonnet 
intentions, ils avoient pour règle fupréme de 
pkire à la Cour, ou au moins de ne pas lui 
déplaire : une expérience journalière leur M^ 
foit voir qu'on ne pouvoits'oppoferauxvue 
de MM. de Rohan de de BiUy ,fans enoou 
rir l'indignation du Roi : la crainte de tonr 
ber dans ce malheur les reduifoit à garder 
filence & à opiner du bonnet, en appro 
Tant tout ce que ces deux Meffieurs k 
propofoient. On a vu M. de Silleri , Ei 
que de Soldons, Tun d'entre eux , plei' 
qudquefok de dépit, de n'avoir pas le c 
• 7 



Vertu rendme fenpite. Entr. V. f^ 
fage de fuivre ce qu'il croyoit jufte ,& avouer 17XS* 

que toute cette aflkire n'ctoit qu'un myftertf 
d'iniquité. Ce Prélat avoit de la droiture âc 
^çs lumières : mais la crajnce de & voir ex* 
pofé i l'ind^nation du Prince, lui fermoit la 
bouche devant MM. de Roinn & de Biffy. 
. Que s^il échappoit quelquefois à un des Corn» 
miiTaireS) de faire modeftement quelaue ob- 
iervation qui tendît à juftifier le P. Qieibel^ 
ou à mettre à l'abri de la condamnation quel- 
ques vérités odieuiès aux Jefiiites, M.deBi/^ 
(y le relevoit û vivement qu'il lui ôtoit l'en* 
vie de &ire à l'avenir des remarques fi mal 
placées. Ceft ce qui arriva un jour à M. 
l'Ëvêque de Blois, qui s'étoit avifé de faire De Berifticr. 
rema^uer qu'une des propofidons qu'on exa* 
minoit, nétoit pas exaâement tirée du livre 
du P. Qycfiidl. M. de BiSy^ oflfenfé de ce 
difceurs , lui ferma la bouche , en diûjit^ 
qu'ils étoient aflemUés^oirr condamner h /#- 
nire dé ^ejml ér nom four le juftifier. 

Le M. voilà une idée fort plaifànte. Tout 
le monde avoit penfé jufqu'à prefent que de» 
}uges étoient établis pour abibudre les inno« 
cens, & condamner les coupables: & mê- 
me qu'en gênerai ils dévoient être plus porté» 
k la douceur qu'à ufer de rigueur^ M. deBif- 
Cy vient reformer nos idées iur ce point. Ce 
iieroit un grand malheur pour le genre hu* 
main, fi ceux qui ont dreue les Codes & le» 
Ordonnances félon lefquels on rend la jufti* 
ce , avoient eu de pareilles idées. Mais fi 
M. de BifTy & les cinq autres CommifTaires 
a'étoient aflèmblés que pour condamner le li«* 
vre du P. Quefhei^ à quoi bon tant deide^ 
libérations ? Dès la première feance, ils n^a« 
^Client qa'à prononcer la condamnation des 
D4. Bj^ 



lO ViTtté rendue fenftkk. ElïTR. V.^ 
Reflexions morales , puis qu'elle étoit touto 
reiblue & toute arrêta. 

!<# C. Ce n'eft pas ainfi , vous le iâveï 
Uen , que ks hommes fe conduifcnc: ils ne 
veulent point pailèr pour injuftes , lors mèxot 
qu'ils commettent les plus grandes ii^uilices , ils 
cmployent mille détours & mille artifices pour . 
déroba: aux yeux des autres l'inquité de leur 
conduite. Rien n'étoit plus vrai quecettepa- 
ax)le échappée à M. de Bilfy. La condam- 
nation du livre du P. Quefiid étoit d^uis 
long-tems arrêtée dans le cabinet du P. Tel« 
lier^ & les Commiffaires n'étoient afIemUés 
que pour la leur faire prononcer: maisilfal- 
loit bien (kuver les dehors, & obferver quel- 
ques bienfèances, pour ne pas deshonorer en- 
tièrement les Prekts, pour ne pas trop ré- 
volter le public, & ne pas donner trop de 
prifè aux adveriaires de U Bulle ; enfin pour 
Ëitisfaire le Prince & ceux de fes miniftres 
qui entroient dans cette affidre. C'eft pour 
cela qu'on tenoit des aflèmblées , que les 
Commi(£drestravailioient, deliberoient,opi- 
Doient; que M. Voifin fecretaire d'état écri« 
voit de la part du Roi au Cardinal de Noail- 
les^ que Sa Majefté laiflbit auxévêquesune 
entière liberté d'opiner fuivant leurs lumiè- 
res. Mais d'un autre côté, afin que le pe* 
re Confèflëur ne fût pas fruftré , les chofes 
étoient arrangées de manière que MM. de 
Rohan & de Biffy decidoient avec une au- 
torité abfolue ^ & en employant le nom 
du Roi , dont on fâvoit qu'ils pouvoien* 
tout obtenir , ils fbrcoient les autres Goro 
niii]Qdres à entrer dans toutes leurs vues. C 
.£dt étoit fi confiant & fi public dans 
tems > que le Cardinal de Poligoac tout cou 
^'" tif 



VffiUfemUn JefifiHt. Enta. V. Si 
tifin & pditique qu'il cft , ne put s'empê- ï7*i» 
cher de le dire un jour à Louis XIV. ce 
Prince lui demandoit fi en voyant XL. pré* 
1^ qui avoient accepciéla Bulle, contre VIII. . 
qui s'oppofoient à lacceptation^on pouvoit 
balança: un nxMnent entre les dem partis. 
„ Sire, repondk le Cardinal de Pdignac, 
„ à parler jufte» ce n'eft pas quarante con- 
,, tre huit^ mais huit contre fix, ou plutôt 
^ deux contre huit : car le Cardinal de Ro- 
„ han & r£v£que de Meaux ont tout fait 
„ & tout conduit dans l'ai&mblée^'' c'efl* 
à-dire que , félon l'idée du Cardinal de Po- 
lignac, & félon la vérité, il ne falloit com- 
pter que deux acceptans, ccHitre huit oppo-* 
(ans. 

JLe iir. Il me ièmbk,par tout ce que vous 
venei; de dire , que les affiires de l'EglifQ 
étoient dans un effix)yable cahos, & que les 
efprits dévoient être dans une violente s^i* 
tation^ cependant MeiBeurs les CommifSii- 
res furent ikns doute obligés de finir leurs 
graves délibérations, & de communiquer le 
rcfultat de leurs travaux à l'aflèmblée des été- 
ques. Je fuis curieux de (avoir comment ils 
s'y prirent pour iàdsfidFe tout le monde. 

i> C. Je ne fid fi vous appercevez tout 
l'embarras où dévoient être les Commiflài- 
res. D'un côté la Cour de Rome, & les 
évêques qui lui font dévoués vouloient une 
acceptation pure £c fimple : le Pape poréten- 
doit que ùl bulle écoit claire^ il y avoit, di« 
ibit-il , exfoji au grand JQwr des erreurs fer" 
wcieufis 'y il avoit /«i/ dès iucsfions dans rab^ 
cèsyû ne falloic qu'ouvrir les yeux pour en 
yokfirsir la pourriture. Le Père Tdlier & 
fts coD&cres etoient fort coatens delà Bulle ^ 



il Verîté renAi fenfiUf, Ektr. V: 
If 14. & des esrplications ne pouvoient que lesen»^ 
barrafièr dans Tuiàge qu'ils ea vouloiem fai- 
re. D'un autre côté, le plus grand nombre 
des évêques avoir été trop allarmé à la vue* 
de la ConfUtution y les remords de leur con--^ 
fdence, 6c la crainte de le deshonorer aur 
' yeux du public leur donnoient trop d'éloigner 
ment pour une acceptadon pure & ûmple 
de la BuUe. Comment faire pour contenter 
des perfonnes dont les vues étoient £l difiè» 
rentes? De plus grands eQ)rits que ^fixCoo»- 
miflaires, auroient pu fe trouver embarrafiSa 
ipour Ibrtir d'un û mauvais pas. Mais l'af- 
faire étoit en bonnes mains, de ces MeiSema 
n'ayoient befiûn que de docflité pour £e lai& 
fer conduire. 

Le M. Plus rembarras étoit grand , jdua 
je fuis curieux de {avoir par quâle porte ila 
en fortirent. 

Le C. Le Père confefleur eut befoio de 
toute fon babileté pour manier ddicatement 
une afiàire fi épineufe. 11 fendt bien qu'A 
âlloit accorder quelque chofè aux dilpoii- 
tions des efprits revdtés & allarmés par k 
Conftitution, & qu'il n'auroit pas été pnk« 
dent de heurter de front, & de ccMitredire 
ouvertement une impreffion fi vive & fi ge- 
noale; il fe referva donc à hiflèr raUentùrc» 
premier feu, & à difpofer les cho&s à une 
acceptaticHi pure & fimi^e, en amufànt lea 
prékucs par 1 efperance des explications ; ou , 
pour mieux dire, il refbhit d'amener les pré- 
fets à une acceptation qui auroit deux faces,: 
enfbrte que, faon les befbkis & les drcoo?* 
ftances des tems ôc des lieux, on pôurroitla 
&ire paflèr à fbn gré pour une acceptation 
pore & ûmplC) ou poui: une acceptation re- 
V latiTf 



Peritireiuhi fenJitU. EkTR. Tl f f 
jkdve & liée avec des explicatioDs. 1714^' 

Le M. Hé, mon cher Pafteur! en que^ 
pays nous tranfportez vous? O'eft yraiment 
pour nous un pays perdu. 

Le C. Je le crois bien^, & je ne fuis pai 
fiché que toutes ces dupUcités, ces détoun 
& ces artifices vous foient inconnus ^ & fi 
je vous transporte dans ce pajrs-là, ce n'eflr 
point du tout pour vous y luflër, c'eft au 
contraire pour vous en in^irer de l'horreur, 
& pour vous fidre éviter ces routes détour- 
nées qui font remplies de précipices. Au re- ' 
fte, il faut avouer que- ta CônfUtutkm avoit 
befbin de tels movens , fie qu'ils étcûent di^ 
gnes d'âtre employés en fk faveur. C'eft auffi 
ce que fit le F. Tellier. il trouva bon que 
les prélats Conuniflkires travaiHafTcnt à dref* 
&ï un* Rapport qui devoit être comme uo 
commentaire & une explication de k Con^ 
ftitution , il fournit même des ouvriûrs pour 
cette befogne au Cardinal de Rohan chetdei 
GbmmifTaires^ & il fê faiibit rendre un-com* 
pte exaâ de tout ce qu'ils faifoient dans leurp 
aflëmblées. Par^là il fe rendit maître du Rap- 
port, & il le farcit tellement des opinions 
favorites de £1 Société, que le Cardinal de 
Rohan fie les autres Commifikires refolurent 
de le fupprimer,par la crainte de fe voir des- 
honorés, fi. un tel ouvrage paroifibit dansLle 
public fous leur nom. Ils crurent qutmPré'* 
cis, ou un abrégé de ce Rapport, pourroic 
fiûre le même effet, fans être fujet aux mê- 
mes inconveniens. Mais 1& Précis auffi bien 
que le Rapport ne pouvoit fè fbuflraire aux 
mains du P. Tellier ; ainfi après qu'il eut été 
fabriqué, fondu fie refondu une infinité de 
foig^ les CommiifiureB;le trouvèrent fimau^ 
D 6 rais: 



84 rniié rendui fenfible, EWTR. V. 
tyi4. vais , ils en furent fi rebuctés & iîd^âté^^ 
qu'ils aimèrent mieux s'en paflèr: us pre- 
fererent à ce Précis une Inftruâion Pallo- 
raie , où la bonne doéhine feroit devdop- 
pées , & qui étant publiée & adoptée par 
tous les évéques auroit encore plus de for- 
ce & d'autorité que le Rapport ouïe Pré- 
cis. 

L,9 M. Mais il me femble que le P. Tel- 
lier n'avoit pas fujet d'être fort content. Car 
enfin des explications font toujours ezfdic»- 
dons y foit qu'on leur donne le nom deRap- 

?[>rt) ou cdui de Précis, ou d'inftruâioâ 
tftorale. Le Pape n'en devoir pas étrep]ui 
£ujsfàit que lui, car les explications données 
dans une Inftruâion Paftorale avoient quel- 
que chc^e de plus authentique & dej^us fb- 
femnel, que ti elles étoient demeurées dans 
les regiftres de l'afTemblée. 

Xif C. Sans doute que le P. Tellier & k 
Pape auroient bien Ibuhaitté que l'aifidre eût 
^té terminée plus promptement & plusfim- 
plement. Clément XI. dcfesminittres lou- 
voient de cruelles inquiétudes. Une aflon- 
blée d'évêques , des feances, des confereo- 
ces , des délibérations ,des Commiflàiresnom- 
raés : tout cela defidoit la Cour de Rome 
dont on ne refpeâx>it gueres l'infaillibilité. 
Le P. Tellier de fon côté avoit à craindre 
que ]a*lumiere ne perçât jufqu'au Roi, & 
qu on ne fît connoitre à ce Prince Pabus énor- 
me que le Père ConfeiTeur fâifoit de fii con- 
fiance. C'eft ce qui l'obligeoit à menago" les 
tSpnUy de peur de perdre tout en voulûit 
trop eadger. Il confentit donc à rinftruftion 
Paftorale oui devoit être adoptée & publiée 
far raUJuaUÉe, um ççiutà condition quo. 

Tac» 



l'acceptation de la Biilie feroit détaché &in« i?>4! 
dépendante des explications , afin qu'on pût 
dire que les évêques avoient accepté pure^ 
ment & fimplement. 

Le M. Mais peut-ondireavec vérité qu'oa 
accepte purement & fimplement^ quand oa 
accepte avec explication ? 
' Le C. Rien ne l'empêche,* mais il fàutde 
k droiture & de la fincerité en- toutes cho» 
fes. Totx bon catholique reçoit purement 
^ fimplement tous les livres de TEcriture 
fainte^ & toutes les dcdCions des Conciles 
•généraux, cependant il eft très permis d'ex* 
pliquer l'Ecriture iâinte , & les canons des 
Conciles. Cela n'eft point du tout contrai* 
re à la foumiffion qui leur eft due; parce 
4}u'on ne fait point dépendre cette fournie 
fion des explications qu on leur donne. C'eft 
pour cela que la Cour de Rome ne trou* 
voit pas mauvais que les évêques expliquai- 
iènt la Conftitution, fi bon leur fembknt; 
mais elle fe plaignoit amèrement de ce qu'en 
difièrant leur acceptation, jufqu'à ce que les 
explications fuflènt dreflées, c'étoit annon* 
cer hautement une acceptation qui fèfoit re- 
ftrainte & limitée par les explications, & qui 
en feroit dépendante: c'eft cequ^ellenepou* 
voit digérer ; & c'eft auffi ce que le P. Tel- 
lier trouva le moyen d'empêcher, en obli- 
geant les évêques à opiner, & à conclurre 
l'acceptation de la Bulle, avant que de déli- 
bérer fiir rinftruâioD paftprale. Se avant 
même qu'on y eut mis la dernière main. 

Le M. C'eft-à-dirc que la Cour de Ro- 
me dit aux évêques : recevez ma decifion , 
& croyex fermement qu'elle ne renferme que 
yer it6 ; W^H» quoi, vous rezdimereZi tant 



«$ VèfiférenJuefenfitU.lLKri^.y. 
'f!H* 4^'^ ^^^ plaira: bien entendu que fx rat 
explications me deplaifènc, je pourrai aufS 
les cooduùoex y & vous obliger à recevoir 
cette condamnation , en< vous permectanc 
néanmoins de l'expliquer après que vous l'au^ 
itL reçue. Âinfi les évêques feront oU^éi- 
de recevoir comme mot d'Evangile tout or 
4ui leur viendra de Rome, ;^ès quoi ik pour* 
lODt l'orner de reflexions , & d'explirâliooi 
auffi amples qu'ils le jugeront à propos. U 
efi: bien étonnant que des prélats^ dont phi*- 
;iieurs fans doute avoient quelques luaucrei ^ 
& quelques iêntimens d'honneur & de x^ 
gion, ayent fouffert tranquillement qu'on de» 
gradit & qu'on avilit de la f(»terépifi:opa& 
^ Le G. Ope vottlex^vous, mon cher A&o-' 
.fieur ? il y a bien peu de gens , & moûv 
qu'on ne poiiè, qui ne foient paa étourdir 
ou au moins troublés quand on vient àySar^ 
mr U grojfe cloche. Louis XIV. ibuhatttoit 
extrêmement de voir l'ailemblée finie , & k 
iConftitution reçue ;& il s'imaginoitqu'apcèr 
jcela la pair feroit enfin rétablie: il favottque 
les évéques étoient convenus fiir l'accepci-^ 
don de la Bulle , & qu^ n'étoit plus que» 
ftion que de la manière dont eUe feroit wù^ 
i:eptée. Or tout cela ne lui paroiflbit plor 
qu'une formalité fur laquelle il necroyoicpar 
qu'j} ii41ût être fi fcrupuleux; Telles étoiest 
ks idées qu'en lui avoit fait concevoir de 
cette affaire. £Q.con(êquence, dans le def^ 
fân de faire plaifir au Pape qui ne voyait 
iqu'avec chagrin tant de dekus , û crut devoir 
prefier extrêmement la conclufion* de cette 
afiàire^ le P. Tellier qui trouvoit ibn coiiw 
pte dans cette difpofîdon du Prince, avoit 
gnuid .bùff .dc.l!eiitieteiur & de Ja fboifier^ 



Pèritê remàÊefinfihle. Ektr. V. ff 
De tems m teoos le Prefident & les Gom-^ X|îc92 
mifi&ires de yaSembiée recevoîent des lettres 
du Secrétaire d'Etat pour leur marquer ceit 
înteotioiis du Roi ; les CotnmijQSires étoient 
gens trop dociles pour ne pas^s'y conformer^ 
û fîit donc cefidu entre eux qu'on, procède* 
toit iàns délai à l'acceptation de la ConfUtu^ 
tion , fie que cependant on condnueroit de 
cravadUer à l'Inftruâion paftorale. Tel fixt 
Texpedient que te P. Tdlier emploTa pour 
contenter tout le nK>nde. Avouer donc que 
c'étoit un homme d'efpric fie habile à. coi^ 
ëuire les affaires. 

Le M. Obijen'eadoutepas^Ses'ilavoiù 
donné* autant de preuves de faintetéqued'te^ 
faileté,je n'aurois aucune peine à l'invoquer;, 
mais à s'eafaut un peu. Au rdle quoique 
je commence à voir le dénouement de cette 
afiàire, je vous prie de voubir bien nous 
devèloper les mymres ficlesfecrets des grands 
politiques qui la conduifbient. 

Lé C, Rappellei^vous ce que jedifins, il- / 
tt'y à qu'un moment, des divers mens^emens. 
^e le P. Tellier étott oUigé de garder. La 
Cour de Rome ne vouloit point d'àcceptar 
tion jointe avec des explications^ les evê-- 
ques, du moins pour la plupart, les thecdo- 
giens, le public étoient foulevés contre une 
acceptation pure & fimple. Que pouvoit- 
on faire de mieux, que d'amener les évêques^ 
à une acceptation telle qu'elle fut conclue 
par l'aflèmbîée ? Cette acccptationavoit, pour 
ainfi dire , deux &ces : en la regardant d'un 
certain coté , elle parpiflÎMt être pure, fim- 
.ple Se entièrement détachée & independan*- 
te de toute explication , puifqu'elle avoit 
été fiûu ayant que l'Inftmâion paftorale fut 

acbe« 



tS Vérité teffdue finpble. Entr. M. 
tchevée. D'un autre côté auffi cette accep^ 
tadoQ paroifibit limitée, reftrainte, depem 
dante des explications , puifque les évêquei 
i&voient accepté qu'en confequence du lUp* 

rrt des Commif&ires £iit de vive voix pn 
Cardinal de Rohan ; outre cela elle écok 
liée à l'Inftruâion pailorale & parl'incentiOB 
des évêques acceptans, & parce, que J'ade 
d!acceptationn6 devok être rendu public qu'a- 
vec cette Inftruâion , & que ces deux p» 
ces dévoient être renfermées fous une mk 
& unique foufcription dans les regi^ftiti de 
l'afTemblée. 

.L# Af. Je ne me ferois jamais imariné^ je 
vous l'avoue , que des chrétiens , des prê^ 
très , des évêques puiTent de £mg froîa k 
conduire d'une manière û pleine & duplid* 
té, ou pour mieux dire, de fourberie. On 
vouloit contenter tout le monde : xnaù fkk- 
loit-il que ce fut aux dépens de la vérité ,de 
la iinceritéy de la bonne-foi ? £t poùvoit-oo 
iè flatter de contenter tout le monde , tandis 
que réellemept on fe jouoit de Dieu & des 
hommes , pour (ktisfaire la paflîon des Jefiii- 
tes? Les prâats de l'aOèmblée devoienc-3i 
être fort contensdel'étrangeperfonnage qu'on 
leur faifoit jouer? 

J> C. Contents ou non : iliàlbit bienqu'f 
le fuflènt^ou qu'ils flfTent femblant del'êtn 
depeur de qudque fâcheux accident; ms 
on eut foin de s'ajQTurer de leurs fuffi-agp 
avant la feance où ils dévoient opiner ; & po 
cela tous les évêques de Taftemblée f\ui 
invités par bandes les uns après les autre 
venir diner chezi M. le Cardit^ de Roh 
là étoient préparés de magnifiques repas , 
r^poient la dclicateûè & la profuiiopi 



Vetitt tmdue (enfiUe. ENTa. V. S9 
vant & après ces reftins on faifoit aux évê- 1714^ 
ques une Icdurc rapide du projet d'accepta- 
tion & de rinftruâion paftorale : enfuite le 
Cardinal de Rohan , pour avoir le fu£fi-age 
de chaque PreUt , employoit tout ce qu'ily 
a de plus feduifknt :. il fimoit voir la necem- 
té qu'il y avoit de prendre des menagemens, 
& de contenter le Pape & le Roi , dont Tin- 
dignati(m accableroit infailliblement tous ceux 
qui s'éouteroicnt de l'avis commun. Pref- 
que tous les Prâats fe rendirent. Qud moyen 
de refîHer à des ndfons û convaincantes ? Auffi 
les plus fermes rat avoué, qu'ils avoient été- 
étrillés. M. de BifTy de ibn côté ne négli- 

feoit rien pour gagner tous Tes confrères. 
*our y réuffir plus furement,il proportion- 
noit lès difcours & fes exhortations aux diA 
ppfîdons de ceux avec qui iL traitoit. Il fai- 
foit entendre aux uns que les propoûtion^ 
ctpient condamnées en elles-mêmes y fans 
toucher à la perfonne du F. (^efnel^ aux 
autres , que les proportions n'étoient pas con- 
damnées en elles-mêmes , mais feulement à 
caufe des mauvais fens & des intentions per- 
verfes de leur auteur. Tantôt il avouoit que. 
la Bulle étoit obfture & avoit befoia d'ex* 
plication; tantôt il préteodoit qu'elle étoit 
claire mais profonde. Aux* uns il vantoit le 
long examen de la Conftitution , que lontt^ 
noit y difoit'il^fur lajèllette depuis trots mois : 
aux autres, l'attention qu'on avoit eueàcon-^ 
clurre l'acceptation fans faire mention ni de 
Rapport ai de Précis, nid'Inftruâionpafto-^ 
rak. Enfin il aépargooit ni promeflès, ni 
menaces, ni carrefTes pour parvenir ï {otk 
but. Tous ces mouvemens ne furent pas 
inutiles.; d'environ cinquante Prélats qui corn- 



fO Vérité renJme finphïe. EhtR- V. 
1714. pofoient railèmblee , quarante confemireat 
à ce qu'on fouhaittok creux ,& par-là le Po- 
re Teilier fe vie affiiré de plus des trois quarts 
de raflèmblée. 

Le M. Voilà une plaifânte manière de te 
préparer à une démarche auili importante 
pour la religion: il n'y manquoic plus que de 
prononcer leur jugement entre les verres Se 
les pots. Je penibis qu'on auroit du attirer 
les lumières du fàint Ëf^Arit par des prierai 
publiques & particulières , afin de ne pas men- 
tir groffierement^lorfqu'on dit dans les Man» 
démens , le faint nom de Dieuinvûqué. Mais 
fcs évêques ne s'apperçurent-ils pas qu'on fe 
jouoit de la droiture >de la religion & d'eux* 
mêmes? 

Le C. Sans doute , la plupart s'en apper* 
cevoient fort bien : mais il falloit en pa(&f 
par où les Commiûàires vouloient, ou s'it'- 
tendre à porter le poids de l'indignation du 
Roi , fans pouvoir efperer ni appui , ni ref- 
iburce de la part des hommes. Or la phn 
part étoient difpofes à tout recevoir & à tout 
ègner plutôt que de s'expofer à une telle dît 
grâce. Ob s a0èmbla donc pour la forme 
afin de terminer cette grande a£Eàire. Lt 
tf. Janvier. Cardinal de Rohan après avoir fiiit ibaRjqp-^ 
port y conclut au nom des Commiffiutes à 
A2. 23. jaD- l'acceptation de la BuUe, en quoi il fut ûà* 
^*^' vi par trente quatre autres. Prélats. Quelques. 

jours après ^ les évêques fe rai&mblerent & 
!• Février, adoptèrent en pareil nombre rinftruâte 
paftorale, quî devoit apprendre aux fiddeii 
à diftinguer les vérités oitholiques d*avecles- 
erreurs que le Pape a prétendu condamner 
dans les ici. propofitions. 
Telleiui: la concluiioa de cette ifibmUéfl^ 



Vèrîtt refklne fenfikk. Entr. V. >I 
& le fuccès de toutes les intrigues du P. Tel- .171^ 
lier & de fes confrères. 

Le M, Il me iêmble que ces Pères n*a- 
voient pas fujet de regretter les peines qu'ils 
s'étoient données dans cette affaire, & qu'il* 
dévoient être fort fatisfaits de la docilité de* 
XL. Prélats à embraflèr l'avis des CommiC- 
iaires : mais je doute fort que le public et> 
ait été auflî content que les Jefuitcs , & qu'xme 
telle conduite ait attiré beaucoup de compli- 
mens aux évoques de TafTemblée^ 

Le C. Us furent complimentés « comme 
ils le meritoient, c'eft-à-dire, qu'is eurent à 
efliiyer bien des reproches , auxquels plufieurs 
répondoient d'une pkdfknte manière. La plu- 
part difoient naïvement: Cefi que le RoiTa^^^' ^ 
voulu. D'autres difoient : Nous avons hien^^^* 
TiUté. M. l'Evcque de Vences'cxcufoit d'a- 
voir accepté, farce ^ difoit-il , qu'il uiétost^t Crilloi^ 
fas pojjihie de faire autrement , frm.s*arra-» 
cher le hlanc des jeux y ou fi battre les uns 
contre tes autres. M. de Soiflbns Tun de» 
Commiflâires avouoit franchonent que tout 
ce qu'on avoit fait, ne valdt riea, ôc que 
toute cette intriguie , depuis la Lettre des évê« 
ques de Luçon & de k Rochelle , n'étoit 
^ qu'un myftere d'iniquité. Les réflexions lê- 
rieufes que fît dans la fuite ce Prélat fur la 
conduite qu'il avoit tenue dans cette afiSure ^ 
le jetterent dans une melancoUe qui ne. con^ 
tribua pas peu à la maladie dont il mourut 
Tannée fuivantc. Enfin M.l'Evêquedu Mans, 
qui en opinant dans l'affemblée , avoit dit^^eCrtvi^ 
qu'a f allait donner des exflicatiom & defen^ 
dre de lire la Conftitution fims ces expUca^^ 
t ions y afin quelles luifirvijfent de contrepoi^ 
\fi»9 9Ç^^ Faf&mblée difoit (ans façon : / le 

parti 




I..' w. Shi 
CT-CaClt 3bf- bis» : 
rir ce -« CjrrTniSifCS fi 
sscii i pornzf k poids àts^^ 
Rci , ùiâ poavoa- d|icfcr * 
aocro; ^f m pnt des bofsci 
r.1:: e^r:^m di%c£s à tout rt 
2Ç:>2' rlurot me de s'cipofcr;. 

ic camàiÊr cette graiick\' 
ir. /!£«-«'. Cuuizul de Rohm après â voirie 

potT j coDcItit m nom des C^^»- 
âi.sî.jit-iicceprarion de a Buiie, co^-^t- 
'•<f- vi par trente quatre autres PréktVî^c* 

jours après , les é^'éques te n&sfOL.: 
i.Fcrrîer. adoptèrent en Dareil nombtiiJNa^-'- 

paftorak, qui 

à diitinguer les ' 

erreurs que 

dans les 




YiSr. Entr. V. 95 
'ils tombent , p^ce 
& être plus humbles 
fier d'eux-mêmes y & 
zbm duTouc-puif- 
n:icé,àsotreilluftre 
lia. pu vixip^-quatre 
'Xpaàaa juiqu'au- 
T vu aoitre en 
nie pour defen- 
e«nulerie8& les 
89 & les fatyres 
'flk en certains 
ti ceux de Tes 
'insen buttfeà 
lûtes :& ték- 
e4*£iBbrun9 
épàiSc dé- 
tient pour k 
rteiboMe- 
%Qa. Au 
txunquoit 
û toute- 
fgmour 



1714. 



' ^ ^ — • — 
t , J*n« s arr*- 

fe battre les ••»« 

cesHfhh 



•cadre 
8c ks 

V€- 

ns 

i 




■yft yèrttf rmdue fenjible. Entr. V. 
VfH. farts que les XL. Eviques ont fris y met A 
foi à couvert y il eft certain qu'il »jr mttfas 
la bonne foi, 

liC M. Les Jcfuites ne dévoient pas être 
contens de pareils difcours, qui donnokot 
un air de ridicule à ce qui s'étoit faic en hr 
veur de la Con{litution. Mais je m'imagine 
que ces habiles politiques diflimutoient ca 
badineries, d'autant plus qu'elles venoient de 
k part de gens dont la complai&nce meri- 
toit bien qu'on leur pafiat qudque chofe^flc 
ou'ils trouvoient un objet oien plus capfdde 
de fixer leur attention , & de leur caufer dfe 
l'inquiétude ^ dans la conduite des huit ou 
dix évêques qui- ne goûtèrent point l'avis du 
refte de rallemblée. Je luis impatient , je 
vous l'avoue, de fa voir quel parti prirent ces 
Prélats dans une occafion û embarraŒmtry 
quelles démarches ils firent , & comment ils 
les foutinrent. Car depuis long-tems vous 
ne nous avez entretenu que d'évenemcns tir- 
ftes & afRigeans: nous n'avons vu juiqu'i 
prefent que des intrigues y des complots ^ & 
une coiàpiration contre la vérité & Tuino- 
cence dans laquelle on a fait entrer le Papeflc 
k Roi, les Cardinaux & les évêques. Void 
maintenant plufieurs Prélats à qui l'excès do 
maux fait ouvrir les yeux, & quireftifènt 
genereufement de prendre part à l'iniquité; 
c'eft un effet de la' mifericorde du Seigneur 
-qui eft digne de notre reconnoiflànce & de 
toute notre attention: je m'attens bien que 
le Cardinal de NoaiUes va fè trouver à h 
tête de ces Prélats. 

Le C. Vous ne vous tromper pas , car il 
étoit leur chef ^ quoiqu'il fut très porté à 
& relâcher par un amour mal-eatendu dt 

k 



Ver'tti rendue pnfibk. Entr. V. 95 
Va .paix, & qu'il eût même pris une efpece vimH 
d'engagement par le Mandement qu'il avoit 
publié pour ciefcndre la leâure des Refle* 
xions- morales dans ion diocefe, cependant 
il ne put fe refbudre à joindre ion fuffrage 
à celui des -quarante ivêques. Il confèncoic 
à recevoir h Confticution , pourvu que les 
explications fullènt conformes à la iàine do« 
dbrine 3 ou'on ne touchât point à la perlbone 
du P. Qyefiiel) & qu'il y eût une dépen- 
dance & une liaifbn bien claire entre l'ac- 
ceptation & les explications. Mais voyant 
qu on n'avoit aucun égard à iès reprefenti- 
tions 9 que MM. les Commiflàires étoient 
dirigés par le P. Tellier , fic-que l'accepta- 
tion qu on devoit faire de la Bulle , n'ecoit 
qu'un tiflii de duplicité , d'ambiguïté & d'é- 
quivoques, il Rejoignit avec fept autres pré- 
lats qui étoient encore plus mécontens que 
lui de la maniae dont on conduifoit une idF- 
faire û importante. Après avoir conféré en- 
femhle, ils refi;>lurent de ne plus fè trouver 
aux f^ces de l'Aflëmblée. Us en donnèrent 
avis au Roi, par une lettre commune, & 
lui en tnarquerent les raifons, dont la prin- 
cipale étoit le peu de (iacerité & de bonne- 
foi qui paroifibit dans les moyens par les- 
quels on vouloit faire accepter la Conftitu- 
tion. 

lat M, Un incident de cette nature n'oo-^ 
vrit-il pas les yeux à Louis XIV. & ne fit- 
il pas naître en lui quelques foupçons par 
rapport à ceux qui abufoient de fa confiance? 

L,e C. Nullement : les huit Evcques ne 
furent point écoutes , .pour réponre à leur 
lettre ils recurent un ordre d'affifter jufqu'à 
Ja fin aux féances de TAflèmblée. Ils obéi- 

lent; 



94 VerUf rendue fenJtUe. ÈNTR. V. 
^H* rent, mais fims fe départir de leurs premieii 
(èndinens : ainfi ils retuferenc d'opiner {îir h 
BuUc, jufqu'à ce qu'ils euflcnt vu Tlnfiru- 
ftion paftorale^ & dans la dernière feance 
où cette Inftruâ:k)û paftorak fut approuva 
. le Cardinal de Noaâles, tant en ion nom 
eu'en celui des évêques qui lui étoienc unis, 
déclara que , ne jugeant pas fuffi&ntet lo 
précautions que l'Aflemblée avoitprifèspoar 
mettre à couvert la faine doârine , ils étoienc 
teicdus de s*adre{Ièr au Pape pour luideman- 
der des explications y & que ce parti leur , 
avoit paru plus re(pe<aueux pour le Pape^ 
plus conforme aux r^cs & à refprit de VE- 
glife, & plus convenable en toutes manières. 
Les évêques au nom defquels il parloit , 
étoient MKf . de Tours , de Verdun ,cie laâù^ 
de Chaalons, de Boulqgne, d'Âuxerreficde 
Bayonne, & dans la fuite MM. d'Auzerre 
& de Laon s'écant laide perfuader d'approu- 
ver les ddibcrations de l'Aflèmblée^ ils fu- 
rent remplacés par MM. de Senez & de ûint* 
Malo, qui n'étoient arrivés à Paris qu*à la 
fin de l'Aflèmblée. 

La M. fàky que dites vous là ! je me le- 
jouiflbis de voir notre Prélat parmi ces g^ 
aereux defenfeurs de la vérité; & tout d'un 
coup vous changci ma joie en trifteflè. 

Ltè C. Je ne fuis pas moins jabux que 
vous de la véritable gloire de celui que Dieu 
dans fa mifericorde nous a donné pour £vê- 
que : mais quand j*aurois voulu vous cacher 
h faute qu'il fit en cette occafîon , nos en- 
nemis ont tant de foin de la publier 6c de la 
relever que vous ne pourriez pas l'ignorer 
long-tems. Tout contribue au &lut des 
ékis 9 les fautes mêmes dans lefqueUes Dieu 

pcr- 



VèTit€ rendue finfhk. Entr. V. 95 
permet quelquefois qu'ils tombent , parce 171^ 
qu'elles leur apprennent à être plus humbles 
èc plus vigilans ^à fe défier d'eux-mêmes ^& 
à ne s'appuyer que fur le bras duTout-puif- 
fant. C'eft ce qui çft arrivé à notre iUuftrc 
Prélat. Depuis vingt-trois ou vingt-quatre 
ans qu'il a révoqué fbn acceptation jufqu'au- 
jourd'hui on l'a toujours vu croître en 
lumière, en fermeté & en zèle pour défen- 
dre la vérité; il a meprifé les railleries & les 
reproches iniblens des Jediites , & les fatyres 
dont ils ont inondé cette vilie en cotains 
tems : il s'eft uni étroitement à ceux de fès 
illuftres Coliques qui étoient plus en buttfeà 
la Cour & plus odieux aux J^fuites : il a éle- 
vé fa voix contre le- Brigandage d'Embrun, 
en faveur du Ëdnt Ëvêque de Senex;& de- 
puis dix ans il combat genereufèment pour k 
jieceffité de ranx>ur de Dieu contreibn Me* 
tropolitain , M. l'Archevêque de Sens. Au 
refte l'exemple d'un Ëvêque qui ne manquoit 
ni de lumière, ni de courage, & qui toute* 
fois fe laiflà furprendre par un excès d'amour 
pour la paix, & de refpeâ pour le Roi & 
le Pape, peut fervir à vous fiure comprendre 
comluen étoient grandes les perplexités Scies 
ténèbres dont on fe trouvoit environné. 

Je n'irai pas plus loin pour aujourd'hui; je 
Yous laifle aux réflexions dont vous trouve- 
rez une ample matière dans les évenemens 
qui ont fait le fujet de notre converfation : 
je compte que vous m'en ferez part, quand 
nous nous reverrons. 



EN- 



«7X4. 



^6 V^ite ratâue fin/ihle. Ekth. VL 



ENTRETIEN VL / 

mrange ii^arrure dans facceptatm 
de la Bmle. Le grand nombre cède 
À la violence^ & eft entraîné dam 
de faujfes démarches. Témoins cm* 
rageux & fidèles en petit nombre. 
Conduite des prélats oppofans. Aprèi 
quelques négociations y on fe prépare 
A les poujjer à bout. La mort du Md 
change la face des affaires^ 

LE Marchand. Vous nous furprenes 
st^^lflement , mon cher Paftoir , car 
nous craignions que vos occupations ne yoiv 
permiflènc pas de nous procurer Ç\ prompte- 
ment le plaifir & l'avantage de pouvoir voua 
entretenir. Au refte vous venez fort à pro- 
pos : en vérité il y avoit confcience à nous 
quitter, comme vous avex fait la denûare 
fois^après nous avoir reprefenté le trifteéoit 
éçs aâàires, fans nous confoler un peu en 
nous montrant quelques remèdes & qudquai 
reflburces à de fi grands maut. Âujourdlmi 
â hxXy s'il vous plait, réparer la ^te que 
vous avez Ëdte ; & nous ne vous lailIèroBf 
point aller , que vous ne nous appreniez 
quels fecoifrs le Semeur préparait à fim 
Êgliïè dans ufie fi extrême afSiâioa. Mei 
occupations, & les leâures nécef&ires pour 
la pieté ne me laiflènt pas aflèz de loifir, 
pour apprendre tout cela par les livres en h 
eu de tems. J'efpere bien le faire dans 
iiiite par cette voie ^ mais cela fera long* 

Lo 



Thif/ rendue femfihk.^HrfL.Vl. 9/ 
Lb con\rer&tions que vous roulez bien 1714' 
tt aceordo: font un moyen .plus court 6c 

^wanag^nx pour arriver à mon but. 

k Cure*. Vos reproches , mon cher 
Jfaéeur, & les plaintes que vous me fai- 
fli me rejouiflènt & me confolent ;cdame 
■voir que vous êtes vivement touché des 
OBx qui affligent TE^Ufe, que vous vous 
]'uatS€L par le cœur, que vous en êtes 
caq)é & que vous y faites de fèrieufes re» 

U M. Oh ! pour des réflexions , n'en at^ 
odeL pas de grandes ni de profondes; je ne 
b ni homme d'efprit, ni homme d'étude. 
SiUis 3 £uidroit n'avoir point d'ame , pour 
«Kfi s^intereflcr à des malheurs qui toudient 
tt & près tous les enfâns de }'£^{ë. Que 
dTCt-OD d'un enfant qui, voyant la maifbn 
jVBadle toute en feu, & une troupe de 
nbn qui à la faveur du tumulte «ileve- 
RMot Targent , les papiers de famille , & tout 
ce çu'il y a de précieux, s'amuferoit pen- 
sât ce tems-là à jouer fur la place, au lieu 
<ie crier de toutes Tes forces au feu , au vo-- 
br, au fecours ? Ne diroit-on pas avec rai- 
faïqu'fl eft dénaturé ouinfenfé,fidumoins, 
te de pouvoir mieux faire, il ne repan- 
te bien des larmes fur un tel defaftre ? 11 
de iêmble que c'eft là une image toute na- 
tSTdie des malheurs dont vous nous avez 
«menus. Et peut- on , fans être pénétré 
c'oonnement, de trifteflfe &d'cfiix)i, voir 
^ Bdie & étrange partir du premier fiege 
ê FEglife , du premier Vicaire de Jefus- 
Oaifl; voir toute l'autorité royale employée 
à À foutenir , & à écrafer tout ce qui s'y 
^aoft'y voir enfin un fi grand nombre d'6« 
Temh E vê- 



5^« Verit/ fendue fenphle. Entr. VI. 
X7I4. veques abandonner honteufement la veiité,' 
les uns par ignorance , par foibkffis , par ti- 
midité , par prévention , par une fuite de 
leurs premiers cngagemens, les autres par des 
motifs encore plus condamnables? Lorfijoe 
je roule cela dans mon eiprit , qudquefbis je 
ine dis à jmoi-même : Mais ne me ièrois-je 
})oint trompé ? Eft-il bien vrai que la Bule 
Vnigenitus condamne des vérités palpables & 
cfièntielles au chriftianifme ? Alors je prendr 
la Conftitutîon : je lis & je relis les propofi- 
dons; & plus je les lis^ moins elles me pa- 
loiflcnt condamnables. N 'eft-il donc jw 
vrai que Jefus-Chrift eft moofalut & ma m- 
ce^ qu'il éft la voie ,1a vérité & la vie^qw 
^s lui je ne fuis que teneiDres, qu.'égar^ 
ment , que menfonge & que mort ? hTdJ. 
tl pas vrai que fans le fecours de (a grâce je 
fie puis rien ^ que c'eft cette grâce qui me 
6iit accomplir Tes divins commandemens , & 

3ui me fait marcher dans les fentiers dehju- 
ice ? N 'eft-il pas vrai qu'on ne doit pdnt 
^'approcher de Dieu avec des paflions bru- 
tales, mais par im amour filial ? Jefus-Chrift 
jui-même ne m'apprend-il pas toutes ces veri- 
$és dans fon Evangile, &c l'Ëgliiè dansfe 
{Mîeres , même dans celle que nous recito» 
9. Ciim. 4Cette femaine : „ O Dieu proteâeur de ceux 
*P'^* l' ^ qui efperent en vous ; ô Dieu , &m qui il nV 
**'***'*^^ ;^ ariendefort,riendefeint."jelestrdlivcaûŒ 
ices vérités, dans toutes les pages du livit 
•de l'Imitation, qui de tout tems a été ap- 
prouvé de tout le monde. Je ne faurois donc 
■ douter que les propofitions condamnées ne 
jfoient vraies, innocentes & catholiques ^ je 
Ae puis ni m'arracher les yeux , ni mécoa- 
CK)icre des vérités que j'ai fucées avecfelait, 

& 



S 



Ferh/ rendue Jenfibk. Entr. VI. 99 
Bc qu'on m'a enfeignées avant que la Cot^ iyx4« 
ftitudon fût au monde. A Dieu ne [daUê 
que je les révoque en doute ^ je devroi» dire 
anathême à un Ange du ciel, s'il vouloitme 
perfuader le contraire. Mais que deviendra 
donc la vérité ? Qui ea inftruira les fidèles ? 
Qui aura aflèz de lumière & de courage , 
pour la défendre contre une conjuration fi 
puifTante & (i générale , contre une &dtion 
^ui a furpris les Rois, les papes, & tantd'é- 
véques qui appuyent la Bulle de toute leur au* 
torité ? 

Le C. Quand les maux feroient encore plus 
grands , nous ne devons pas en être ébran- 
lés. Ne craignons point , mon cher Mon* 
fieur : Jefus-Chrift a promis d'être avec foa 
Ëglife jurqu'à la fin des fiecks: il ne l'aban- 
donnera jamais : il eft fidèle dans fts promef- 
ks yi\ t& le véritable & le Toutpuiflànt. 
Tous les hommes en fà préfence font moins 
qu'un grain de poufQere , ils feront diffipés 
au moindre fouffle de fâ bouche. La véri- 
té peut bien paroi tre humiliée & opprimée j 
mais elle ne peut jamais être vaincue : tenons- 
nous fortement attachés à elle, & fbyonsaf' 
fiirés qu'elle nous délivrera. Faifons notre de- 
voir : rendons témoignage à la Vérité lorfque 
l'occafion s'en préfente : ne rougiflbns point 
de l'Evangile , quand il devroit nous en coûter 
tout ce que nous avons de plus cher , les biens, 
la liberté, la vie même. Laiflbns à Dieu le foin 
des évenemens , dont nous ne fommes poin« 
du tout chargés: repofons-nous fur lui du 
foin de délivrer fes fidèles fcrviteiirs,&d'ab- 
battre l'orgueil des méchans. Pour nous ne 
mettons point de bornes à notre patience : 
attendons à nous repofcr de nos travaux après 
£ 2 cett% 



lop jrertt/ rendue fenfible. Entr. VI. 
^714. cette vie; n'envions point. le fiiuj. repos & 
k m^eureufe prolperité des ennemis delà 
«rerité. Quand nous ferons dans ces.di^x)- 
.fitions, nous pouvons être, affligés, & mê- 
me nous le devons, des fcandales dont nous 
£^mmes témoins , mais nous n'en ferons ni 
renverfés, ni ébranlés. Au refte, au milieu 
des.plus grands maux , Dieu referve toujouv 
ii.fon Eglife quelque coniblation : il fait bzjl- 
lêi une lumière qui eft.fuffiiknte pour coor 
djiiîie ceux qui ont Je cœur droit ; c'cft ce 
que vous pourrez remarquer dans la fiiicedtf 
cvenemens dont je dois vous entretenir: à 
|>roportion que les maux augmenteront ,Dieu 
xepandra auâi fur Ton Edife des coniblatioas 
plus fblides & plus abondantes. 

Le M. Helas ! je m'attendois à quelque 
marque fignalée de la miièricorde de Diea 
.fur fon Eglife, & vous me parlez d'uneouit 
jiplicatfe>n de malheur^ç. 

LeC. Oh! nous ne fbmmespas encorear- 
•ri^és à ce tems des grandes mifèricordes & 
4'une luaiiere parfaite. Nous fbtnmes en- 
core dans les jours de ténèbres & decoleni 
ic je me propofe aujourd'hui de vous ezpo- 
Sia quelles furent les fuites de l'aûèmblée dei 
quarante, & à quelles extrémités nous édooi 
.i^mxz.y lo^que iDiea p^u: vfi coup édatinc 
.^e ià providence'renveriâ toutes. les .mefincfi 
.& déconcerta tput^ les entreprifes des Je* 
iuites. Vqus avez vu les indignes moyen 
jHur leTquels on avoit engagé les êvêques à 
jjecevoif la Cooftitudon, xmlgré les remoixb 
de leur cpnfçience. l^odque le P. Telfier 
vit fon ouvrage fi heureufement avancé par 
la docilité des XL. évêques de l'aflèmhlée, 
Jl /«oiog» de courage pour cooibauoffièsdêt 



Verîtè rendue fenftbïe. Entà. VI. loi 
Gsins. Il avoic en fa difpoûtion la Cour de 171^ 
Rome & celle de France^ tant par fon cré- 
dit & celui de fa focieté , lequel étoit im^ 
menfe, que par les engagemens publics que 
l'une & l'autre Cour avoient pris : ï ne »'a- 
gifToit que de concerter les moyens les phu 
propres pour écrafer par cette double auto- 
rité ceux que les promeflès , ni les menaces 
tfavoient pu renverfèr. Entre ceux qui s'é- 
toient oppofés aux délibérations de raflèm« 
blée y le Cardinal d& Noailles étoit le plut 
diftingué , tant par fes digqités que par 
la réputation de fa pieté: le Roi auffi avoit 
plus à cœur de le voir fbutms à la Bulle, & 
les Jefuites refpiroient depuis long-tems la 
vengeance des injures qu'us pretendoient en 
avoir reçues ^ainû tout l'efibrt du combat ic 
tourna contre cette Eminence. 

Le M. £ft-ce que dans toute l'étendue de 
FEglife, la Conftitution n'éprouva d'oppo- 
fition que de la part de ces huit évéques unis 
au Cardinal de Noailles? 

JLf C. Je ne dis pas cela^ & vousverrez 
tout à rheure qu'ils étoient foutenus par plu - 
fieurs autres prélats, 6c par un nombre con« 
fiderable de prêtres, d'ecdeûaftiques^de re« 
Ikieux , de doâeurs ;> de chanoines & de cu«- 
r^. Mais ils n'avoiênt aucun appui qui fût 
Capable de renverfer les mefures du P. TeU 
Uer. En effet d'où auroient-ils pu tirer quel- 
que fecours ? Scroit-ce des Eglifes étrangè- 
res , des évêques d'Ëfpagne, de Portugal^ 
d'Allemagne , ou d'Italie ? Les Jefuites y exer- 
cent leur domination ^on y croit le Papcin- 
fiûlUble, on y fait profeffion de recevoir tou- 
tes iès décidons uns les lire ni les ouvrir ; 
d'ailleurs la plupart d'entre eux n'avoieot pas 
E î tûr 



toa Vertti tendue fenftbk. Entr. VI. L 

BjJ[i4, encore vu la Conftitution. Vous ne vous ? 
attendez pas fans doute à les voir protégés I ï 
par la Cour de Rome. Clément XL étdi * 
extrêmement irrité contre euxj& ne croyoit 
pas qu'il y eût de châtiment trop rigoureux 
pour venger Toutrage qu'ils faifoient à ùl Cosir 
ititution. Quoique la plupart des cardinaux 
n'approuvaffent pas la conduite de Clément 
XL & qu'ils en fuflènt affez mé^ntens^ 
cependant , la Bulle étant afiSchée 8c publiée, 
ils fe trouvoient engagés à la foutenir; au« 
trement il auroit fallu abandonner l'infaillibi- 
lité que Rome s'attribue. Ainfi tout ce qui 
f'oppofoit au règne paifible de la Conftini- 
tion, étoit à peu près renfermé dans le ro- 
yaume de France^ fi vous exceptez quelques 
théologiens de Flandres & de Hollande. Car 
ceux qui dans les Cours y & dans les Egjiièa 
étrangères attendoient quel feroit l'événement 
de cette difpute n'étoient pas difpofës à & 
commettre. 

L,e M. Si le Cardinal de Noailles avoît pour 
lui quinze ou vingt évêques & un grand 
nombre de prêtres 2c de doûeurs, cela n'é- 
toit -il pas capable d'arrêter les progrès de h 
Bulle? Car enfin avant que d'en venir aux 
dernières extrémités avec des perfbnnes de 
mérite, quand leur nombre eft confiderable, 
on y regarde à deux fois. 

Le C. Il eft certain qu'un grand tiombit 
d'évêques penfoit de la Conftitution comme 
le Cardinal de Noailles, & qu'une multitu- 
de prodigieufe de curés, de chanoines, de do- 
âeurs , de religieux étoient encore plus éloi- 
gnés que cette Eminence de toute accepta- 
tion. Cela s'êft manifefté bien fènfiblement 
après la mort du Roi: mais^ dans le g^rand 

feu 



reftte rendue finfihle. Ektr, VL lorf 
icu de la perfecution, la plupart de ces pre- Iji^l 
acs bien intentionnés , cédèrent à la crainte. 
Parmi le clergé même feculier ou régulier 
plufieurs s^accommodercnt au tems^ilslaiflè- 
"ent croire qu'ils avoient accepté la Bulle, & le«^ 
plus courageux fe renfermèrent dans un filen« 
ce qui donnoit lieu aux conftitutionnaires de 
les mettre au nombre des leurs ^ par ce moyen, 
ils groiliflbient leurs troupes à peu de frais; 
& ils reprefèntoient leurs ennemis, c*eft-à- 
dire les Oppofàna, comme une poignée de 
gens infeâés de foitimens pernicieux qu'il 
falloit écrafer & mettre hors d'état de nuire 
lux fiddes^ après quoi la paix fêroit bientôt 
rétablie dans l'Eglife de France. Aureftc 
pour vous mettre plus au fait de tout cda , 
je crois devoir vous donner une idée gênera* 
le de la conduite des évéques,& des difpo- 
fidons où fe trouvoient alors les difièrentes 
perfbnnes, que leur charge ou leur état obli- 
gent plus particulièrement à prendre part aux 
diiputes de religion. 

Le M. Vous nous ferez im fenfihle plai- 
(ir ^ & je crois que ces détails font bien pour 
le moins aulfi dignes de notre attention, que 
les évenemens dont on remplit les Gazettes, 
pour la ledure defquelles on a tant d'ardeur. 

Le C. Les XL. prélats , après avoir ap- 
prouvé rinftruéHon paftorale , avoient auiïi 
adopté un modèle de Mandement pour la 
publication de la Bulle & des explications -y 
& on avoit envoyé ce modèle à tous les évê- 
ques du royaume, en les priant de s'en fcr- 
vir, afin que la Conftitution fût acceptée 
d'uçe manière uniforme. De cent vingt-fix 
cvêques qui compofcnt le clergé de France, 
treize feulement fuivirent le Cardinal de Noail* 
£ 4 les.^ 



ÏQ4 TeriPéfindùê finfhle. EiïTR. Vt 
^i^ ks , & cent-douze acceptèrent la Bulle ^ tnair 
conune T Aflèmblée n'étoit pas en droit d'itn- 
pofer aucune oU^ation fur cet tuticle, k 
phi^Kut uferent de la liberté qu'op.zie pou- 
rvoit leur ôter j ce qui produifit une variété 
prodigieuiê dans les mandemens qui furent 
publies pour Tacceptadon & la publicatkA 
de la Conftitucion. Qpelques-uns des pé- 
Jats mirent leur acceptation après les expiiez 
lions auxqudks die étoit clairement Vét^ 
d'autres , pour entrer dans les vues- de la 
Cour de Rome & des Jefuites^ne firent im- 
primer rinftruâion paftonde de T Aflèmblée 
que féparement ,à la fuite de laConftitution 
& de leur Mandement ; par-là ils fë ra^^iro- 
cfaoient davantage de l'acceptation pure & 
fimple. Les. uns fe contentèrent d'adopter TJb- 
ftruâion paftorale des X t .les autres donneront 
leurs expUcations particulières. Les. uns or- 
donnèrent que la ConiUtution ièroit cnre« 
giftrée au Greffe de leur 0£Scialité y la plu». 
part y ajoutèrent qu'elle feroit lue en entiec 
dans les conmiunautés : d'autres enprefcrivi- 
rent la publication aux prônes des méfiés i»-^ 
roiffiales. Il n'y eut pas moins, de vanetè 
dans la conduite que tinrent les éveques en* 
vers leur clergé. Les uns, & ce futlegrand 
aombre, fe contentèrent de âdre un Mande- 
ùent ou d'en ordoimer la publication, fana 
s'embarraflèr s'il étoit publié, & ilsfennereoc 
lu yeux fur. les fentimens & la conduite du 
clei^é de leur diocefe^ les audses exigerenc 
des curés & des fuperieurs de communautés 
un certificat de la publication de leur Man- 
dement & de la Crâftitution^ d'autres enfin 
demandèrent la fignature, ou au moins Fac-^ 
ccptadon de la Bulle i tous ceux qui &pr6-^ 



1^if»ifinJbifenfihtê.t,ViriL.Vl. xof 
ièntoient pour les iâints Ordres, ou pour les rji£i 
bénéfices , & pourfuiyirent avec beiucoup 
de vivacité ceux qui refuibient ces marques 
de foumiffion. 

Iu9 M, Ceft-à-dire, que tous ces gens*» 
ta qui recevoient k Conftitutk>n,& quis'ef- 
forçoient de la faire recevoir à tout le nx>n- 
de, étcxent des imitateurs de ces hommes 
infeiiics qui bîtidbient U T$ur dt Batelyèc 

3ue Dieu confondoit leurlaoç^, comme 
avoir autrefois c(Kifondu celui des defcen* 
dans de Noë. 

Le C, Vous ne crOveTi peut-être pas avoir 
fi bien dit ^ mais il eti vrai qu'il feroit diffi* 
cile de trouver une image plus parfaite de la 
conduite des conltittRionnaires. Oui, ceux 
qui s*e£R>rcent d'établir l'empire dck BuUe^ 
& de k hirc régner dans l'EgliJè, élèvent 
un édifice d'oigudl, tel qu'étoit k Tour de 
Babel , & enfuite k fuperbe ville de Baby- 
lone y dont cette tour étoit comme k cita» 
delle ou la forterefTe ^ car k Conftitudon pa« 
roit if être faite que pour difpenfer Thomme 
de l'obligation d'aimer Dieu, & de lui ren« 
dre ce culte fouverain , intérieur & verita^ 
Ue, £ui6 lequel tout l'extérieur de la religion 
ne feroit quemomerie &bypocrifie,&pour 
hû apprendre ik mettre la confiance en lui* 
méme;puifque félon ce décret c'eftluî-mê« 
me qui' fe donne ce qpi décide de fba falut , 
Dieu; n^étant pas atte^ puifSmt pour le lui 
donner. Ainfi on pournxc dire en bon fran« 
çois, que k Comlitution enlevé à Dieu & 
boute-puif&ice' & le culte qui lui eil du^ 
pour les trani^rter à l'homme ; qu^clle fait 
dcfcendre Dieu de fbn thrône peur y faire 
ttkoix rhomxne* Tds font les (èptimens, 
£ S Q^ 



tf>6 Vefitf renJhn fenpHe. Entr. VI; 
fm'l ou plutôt les horribles blafphêmes, que dcr 
vroient embraffer 5 pour agir confequemment, 
ceux qui reçoivent la Conftitutioa tteffrit 
& de cœur ^ c'eft-à-dire , qui en reçoivenc 
le fens naturel & la doéhine. J'aurai occa- 
fion quelque jour de m'étendre là-defius , & 
de vous parler de la doârine de la Confti- 
tution. Je reviens à l'idée de la Tour de 
Babel qui vous eft venue dans l'elprit. Des 
perfonnes de mérite, frappées de la metne 
penfée , ont voulu la rendre fenfible âc pal* 
pable 9 & ont fait imprimer une efpece de 
table ou pancarte , où l'on voit d'un coup 
d'oeil tous les difFerens partis que les évéques 
de France ont pris dans l'aâàire de la Ccia<* 
ftitution. • 

"Le M, Il fèmble que tous ces partis aui* 
roient du fe réduire à deux ^ fi elle étoit bon- 
ne, les évêques dévoient la recevoir, Jaâi- 
re recevoir dans leurs diocefes^Sc punir qui-^ 
conque refuferoit de s'y foumettrc: fi die 
étoit obfcure, elle n'étoit bonne à rien, il 
felloit ou demeurer en fufpens, ou plutôt la 
rejetter (implement: à plus forte raifbn fkl- 
loit-il la rqetter , fi elle étoit mauvaife. Tout 
cela étoit fimple , & en prenant parti cha- 
cun félon fes lumières, on pouvoit aifëmenc 
s'entendre & tenir une conduite uniforme. 
Faute de fe conduire ainfi , il pouvoit fort 
bien arriver que entre deux curés , par exem- 
ples, oppofés à la Conititution, mais pla? 
ces dans deux diocefes dont les évêques Ta- 
Toient également acceptée, l'un eût part i 
l'amitié, à l'cftime & à la confiance de fim 
évêque, tandis que l'autre étoit pourfuivi, 
emprifonné, excommunié par lefien; l'un 
jKcoonu pour bon catholique, fie f autre tnû^. 



VMt/reikbfi/hfiUe. Entr. VI. 107 
té comme un heredque. Or, je vous d&- 1714J 
mande a-t-on jamais rien ru de femblahle 
dansPEglife? 

Le C. Je vous admire, quand vous parlez, 
ainfi ; vous raifonnez là fuivant les lumière» 
de la religion 6c de la droite raifon , èc vour 
fuppofez les hommes tels qu'ils doivent être: 
tout càz eft beau & bon; mais danslacon* 
duite des affidres, in sgibilihts^ vous diroic 
un célèbre poUtique de nos jours, ce n'eft 
plus la même cbofe ; il &ut faire du mieux 
que l'on peut : fouvent on gâte tout par une 
fermeté inflexible : il faut fevoir plier à pro- 
pos, & facrifter quelque chofe pour fauver 
reflëntiel. Ces maximes ne vous plaifent 
pas ? Vous avez raifon , je les detcfte auffi 
bien que vous ; mais cependant c'eft par el« 
les que fe conduiiènt la plupart des hommes^ 
évêques & curés, moines fie chanoines , ec- 
clefiaftiques & laies : tous {ont enfi«is d'A- 
dam , & fujets à leurs paffions à rexcq>tion 
d'un petit nombre que la grâce de Jefus- 
Chrift en a délivré. Après cela , devez- 
vous être furpris de voir une fi grande varie- 
té de conduite dans les évêques acceptans ? 
Si on les eût laifles à eux-mêmes, à leura 
lumières , à leur oxifcience , &ns doute il 
n'y auroit eu entre eia que quelaue petite 
diverfité de conduite ; mais dès qu on remue 
ks paffions , qu'on ôte la liberté , qu'on fait 
efpercr des recompeniès certaines , & crain- 
dre des difgraces inévitables , rien n'eft plus 
naturel que cette divifion qui vous étonne fi 
fort ; ce n'eft plus la religion, ni la raiiosi 
qui eft le motif & l'ame de la démardie 
commune , mais chacun agit félon les difiè^ 
rentes vue$ humaines dont il eft iufcepti-( 
E 6 blc^ 



lo8 Vérité nniue fenfihk.ExirK. VF. 
l7^• ble. Ceux des prélats qui eftinooicot les Je^ 
fuites , qui goûtoient leur doârine,qui voo- 
loient plaire à la Cour deRome^quivifiiieQt 
à c^enir qudque Abbaye ouunj^vécfaéplui 
coafiderabie, ceux-là entroient avec Txieflc 
avec chaleur dans toutes les vues da P.Tel- 
lier 9 & pourfuivoient à toute outrance leun 
ecclefiaftiques oppofés à la ConfUtutioa ^ceuz 
qui fë laiflbient entrainer par le torrent, oa 

rr des- vues de paix , ou paF la crainte de 
difgrace du Roi > n'en uibient pas de mê- 
me : ils accordoient à la neceffité leur Man-> 
dément d'acceptation , fans changer pour l'or- 
dinaire ni de fentiment ni de ccxiduite. C'cft 
ce qu on a vu arriver même dans ]es beaux 
jours de l'Ëglife y toutes les fois que les Prince» 
quoique chrétiens ont pris le parti de l'erreur.. 
. Le M. Je comprends maintenant par queb 
motifs & de qudle manière la Bulle fut ac- 
ceptée par plus des trois quarts & demi de» 
évêques de France. Mais je m'attens à trou- 
ver plus de lumière & de fermeté dans les 
fiicultés de théologie, dans les dcâeurs^daiis 
les curés, & dans les religieux. 

Le C Quoiqu'il Ibit vrai , généralement 
parlant, qu'on trouve dans le i^ond ocdie> 
c'eft-àniire , parmi les curés ^ chanoines &; 
autres prêtres, un [dus grand nombre degens 

Îieux y éclairés £c courageux y cq)endane 
faut avouer, à notre confufion, que ibu<* 
vent on voit des curés qui tiennent à leur 
portion congrue & à leur cabane^ .autant 
qu'un évêque dent à ton palais & à (es gros 
xevenua. Qiiand Vamour de Dieu ne rem- 
plit «is le cœur de l'homme, les paffioois f 
£ibfittent toujours , il n'y a que les objets des 
faffioos qui cban^ ii^oo les çro^tiong^ 



nrité-fift^Êê finJliU. Ektr. VI. ro^ 
9c les dififerentes utuadons; & quoique ces wfi^ 
cbjets fbient petits Se mepr^bles > il peut ar« 
river que le cœur y fok très fortement atta- 
ché. C'efl: ce oui a caufé tant de chutes Se 
tant de fauflès démarches dans Pa£fàire de la 
Gonftitution. £n effet de cette multitude 
infinie de prêtres, oud'ecclefiaftiquesféculierj 
&c réguliers que la première leâure de la Bul- 
le avoit alhrmés^ effrayés & fcajodaliiés, il 
ne s'en eft trouvé qu'im aflfeL petit nombre 
qui ayent renda témoignage à la vérité , fic 
qui ayent refiifé conftamméAt & l'accepta- 
tion , & la publication de la Bulle & dea 
mandemens faits en & faveur. Plufieurs de . 
ceux qui paroiiToient les plus inftruits & les 
plus courageux, sieftimoient heureux de pou- 
voir fe rcdèrmec dans le (ilence, Ans. remet- 
tre ed peine des mauvais eâècs que leur filen* 
ce pouvoit produire : d'autres moins éclairés 
£e kiûbient perûiader de publier le Mande- 
ment de leur évêque. Cous prétexte que la 
publication', ou même l'enregiftrement de» 
mandemens & de la Bulle n'âoit , difoient- 
ils y qu'un aâe d'obéiflànce extérieure , Ôc 
non un témoignage de leurs fentimens. 
. Le M. VoiUt une maxime qui eft fort com- 
mode pour & tirée d'iiffidre dans des tem$ 
comme ceux-ci. Mais je voudrois avoir & 
elle eft auffi vraie, qu!elle paroit commode. 
Jat C. Rien n'eft plus faux que. cette ma- 
sdime : il n'eft jamais permis de prêter fou 
miniftere quel qu'il £nt pour donner quel- 
que authentieité à. des aâes qui bleiTent la 
vérité j & un Curé qui pubUe un mande- 
ment qu'il croit être contraire à la foi de 
fEglifê , commet deux grandes fautes. Pre- 
mîCT^rocnt il trompe lôn fuperieur par une 



i:io Vérité refubefinSUi. Ektr. VI. 
Wr4b diffimulatkni crimmelle. En fécond Ifeu 9 

manque au plus eflèntiel de fes devoirs, qui 
eft de conferver dans ùl pureté le dépôt de 
la foi qu'il eft chargé d'enfeigner aux fiddes. 
Car les évêques n'étant plus dans Tufàgede 
confulter leur clergé , lorfqu'ils prononcent 
fur la doârine de l'Eglife , il ne refte plus 
aux pafteurs du fécond ordre d'autre moyen 
pour s'acquiter de leur devoir, que de refu* 
{a leur miniftere aux tnandemens des évê- 
ques , lorfqu'ils font contraires à la foi dt 
l'Eglife. Mais qudque faux que foit ce prin- 
cipe, une infinité de gens ne laiflèrent pai 
de le prendre pour règle de leur conduite } 
la terreur a voit tellement faiii les efbrits, 
qu'on n'étoit pas fâché de fè voir diipenic 
d'un devoir dont raccompliflëment aurait 
attiré une rude perfecution. De -là vient 
que tous les évêques qui laiflèrent une en- 
tière liberté, & ceux qui n'exigèrent que la 
publication ou l'enregiifarement de leurs man- 
démens, ne trouvèrent prefque point de re^ 
fiftance : il n'y eut d'opp^fition éclatante 
qçe dans les diocefes ou onexigeoitlafioia- 
ture ou l'acceptation delaConftitution.Teb 
étoient ceux de Rouen, de Reims ^ de Ne^ 
vers, de Marfeille, & quelques autres eol^ 
fez petit nombre. 

Le M. Les chapitres, & les communau* 
tés religieufes, par exemple les Benediâtins . 
^ les Jacobins, les Pères de TOratoire qui pal^ 
^ iènt pour favans & attachés à la bonne do* 
ârine,£c tant d'autres reli^euxfuivirentap-i 
parenunent le même prinape que les curesi 
Mais fans doute que la Sorbonne & les au* 
très facultés de théologie fe donnèrent bieû 
de garde de fuivre ce mauvais exemple. 

Lé 



Veritt reniMB fenfthU. Ektr. VI. iii 
"Le C. Dans les ordres religieux & les C(m- 171^ 
gregations que vous nommez , & dans pla- 
ceurs autres communautés la bulle avoit un 
très grand nombre d'ennemis, mais les fupe- 
rieurs ihirent toute leur prudence à empêcher 
que rien n'en parût en dehors ^ quelques-uns 
même eurent h lâcheté d'entrer dans les vues 
de la Cour, & firent le procès à quelque» 
religieux dont la conduite & ks fmtimeni 
avoient ofiènie les Jefuites : en gênerai ils ne 
s'embarrafToient gueres de paiOfer pour acce- 
ptans.ou difpofes a accepter. Les facultés 
de théologie pour la plupart reçurent la Con* 
flitution fans faire de reûfbmce qui ait écla- 
té : quatre ou cinq feulement combattirent 
Îuelque tems^ mais il n'y eut que celles de 
^aris & de Reims où, malgré toutes les in- 
trigues , les violences, les lettres de cachet & 
autres moyens de ce^te nature, il demeum 
toujours un nombre de doâeurs fidèles à leur 
devoir qui s'oppoferent conflamment à l'ac- 
ceptation & même à l'enregifbement de la 
Bulle, aimant mieux fbu£5rir toutes fortes de 
mauvais traitemens , que de trahir leur con- 
fcience. La plupart des autres fuivirent le 
principe dont je vous ai parlé , & confentirent 
à l*enregiflrement de la Bulle. 

Le M. La Conftitution fut donc enr^* 
flrée prefque par tout; & les regiflres mê- 
mes de la Sorbonne furent charges de cette 
miferable pièce. 

Le C. Les conflitutionnaires ne s'en tinrent 
pas là : ils vouloieilt qu'on pût dire que It 
Sorbonne avoit accepté la Bulle, & voyant 
que malgré la terreur qu ils avoient répan- 
due par leurs menaces & par les lettres de 
cachet adreflees à k Faculté ^l'avis qui pré- 



lit Vettti raubtè fenShïe. ESTA, Vf. 
Iyr4. valôit étoit d'écrire amplement la Bulle dtfv 
les r^iftre^, fans dire un mot d'acceptx- 
tion^ ils eurent recours à des expediens cfi« 
gnes de la caufe qu'ils defendoient.- Jo fikis 
fur que vous ne les devineriez pas. 

Le M. Comment s'y prendre potir finie 
dire à un Aâe tout le contraire de ce qo^ 
contient ? La probité ni la religîoo ne fixir- 
niflènt aucun moyen pour cela. Des fiîpoof 
pourroient en trouver ; ils n^auioient qiA 
felfifier r Aûe. 

Le C. Ceft préciferaent ce que firent b 
chefs du parti confUtutionnaire^ ils eoeœf 
rent le Syndic de la Faculté nommé leîton- 
ge^ qui leur étoit parfaitement dévoué ^ 1 
&ire imprimer fous le nom de la Faculté unr 
Conclufion totalement dijSêrente de celle qui 
avoit été formée dans les aflemblecs 'yZVi liev 

Îu^on y avoit conclu à la pluralité^ que h 
lulle feroit infcrite dans lesR^ftresaveckt 
deux lettres du Roi qui ordonnoient cet en* 
regiftrement , on lifoit dans la Conclufion 
imprimée, que là Faculté avoiiE zaxçxé It 
Bulle avec un grand refpeâ: & une par* 
fdxtt obéiflànce, & qu'elle prefcrivoit VenA* 
me refpeâ à tous ks membres^, fous petne 
d'être retranché» de fon corps. Les con- 
ftitutionnaires triomphoient déjà, & rqpan* 
doient par tout cette fàuCfe Conclufion. Mais 
Hn grand nombre de doâeurs s'étant apper« 
çu de la fourberie du Syndic, Se plufieun 
ayant eu le courage de s'en plaindre en' plei- 
ne aflèmblée de la Faculté , & de requérir 
qu'on approfondît cette affaire pour décou- 
vrir & punir l'auteur de la falfificatibn , la 
fiieche fut éventée, & le public fut averd 
lie l'indigoG mançeuyre d«$ wxi&oa de 1» 

Bulle, 



finphk. Entr. VI. it^ 

Ue. Il eft vrai qu'ib eurent recours à leurs iji^i 

i flopis ordinaires pour fe laver de Taâront 

; fou leur faifbic , & qu'ils firent exiler ou 

; 9ùmt des aflèniblées par Lettres de cachet, 

ou des doâeurs qpi s'écoient élevés plus 

kncment contre la fauflè Concluûon ^ mai» 

m vexations odieufb ne iêrvirent qu'à don- 

m plus d'éclat & de poids au temoign^ 

de ces coofeflèurs de k vérité. Tille eft l'op- 

preffion où iè trouva r^uite la Sorbonne^ 

on pour mieux dire, toute TEglifè de Fran- 

oe pac les. intrigues des Jefuites , ôe par Thor* 

wk abu$ que fit le P. Tellier de laconfian*-^ 

GB paoiaice dont Louis XIV. Thonoroit. Les 

Kpes de l'Ëglife violées, les loix de lEtat 

mo aux pieds , l'épifcopat avili , le fécond 

orire. t7ranniquement opprimé , les gens de 

IiÎBD porlecutés,^ tout le royaume en corn- 

kftioQ : voilà en peu de mois ua portrait du 

gouyemenicnt du P. Tellier. 

Le M, Voilà un portrait bien hideux^ 
mi» par malheur il n'eft que trop refTemblant. 
Il y avoit cependant encore une refTource 
dus les évêques qui refiiferent d'accepter la 
BuUe. Vous nous avez dit, ce me femble,; 
ff^'ûs étoient quatorze^ mais vous ne nous 
«vez pas a;^ris quelles furent leurs démar- 
ches :U y a long-tems que vous ne nousen-^ 
nosDm qu£ d!évenemens afiftigeans; il eft 
tems que vous nous confbliez un peu , ei> 
Bcxis racontant les combats que foutinrent 
ces généreux prélats pour k defenfe délave*: 
rite. 

Le C. Vous vous fcuvenezTans doute du 
parti que prit le Cardinal de Noailles avec 
Kpt autres évêques , de recourir au Papepouï 
le pder de lever leurs difficultés fur la BuUe^ 

ât 



114 ^^^^^^ ^^^^^ fenfibîe. EnTR. VL 
;i7i4.' & de les mettre en état de la recevoir par de- 
bonnes explications. La refolution de cei 
prélats , quoique refpeaueufe & modérée à 
l'excès, déplut fouverainement au P. Téllier 
& par confequent à Louis XIV. le Prince 
ne leur permit pas d'écrire au Pape en com- 
mun: il exigea qu'ils lui communiquailènt 
leurs lettres avant que de les envoyer à Ro- 
me; & enfin pour aller plus vite en befi^ne^ 
on leur envoya ordre de fe retirer dans leurs 
diocefes , où le P. Tellier eut foin de leur 
procurer tous les chagrins & les mortificft^ 
tions dont il put trouver l'occafion. 

JLe M. Quoi ? on chagrinoit ces prélats 
comme ayant montré trop de fermeté & de 
roidcur ? Mais n'étoit-il pas à craindre que 
la vérité ne les accusât de trop de condef- 
cendance & de foiblefïè? Car, puifqu'ilsde- 
mandoient des explicitions au Pape , fi le 
Pape en eût donné de bonnes , ils auroient 
donc reçu la Bulle, ils auroient condamné 
les loi. propofitions & le livre du P. Oflef- 
nel d'où elles font tirées. 

JLe C. Pour le livre du P. Quefiidlacho^ 
fe étoit déjà comme £ûte : ils avoient prisdef 
engagemens publics pour le condamner âir 
plutôt & pour en défendre la ledhire à leur» 
diocefains. 

Le M. Je n'ai pas aflte d'efprit pour com- 
prendre tout cela. Car enfin les loi. propos 
îitions étoient apparemment ce qui pouvoît 
donner plus de lieu aux chicanes bien ou mal 
fondées , & plus de prife fur le livre du P,- 
Qyefiiel. Si on croyoit donc pouvoir con- 
damner le livre , quelle difficulté y avoit-U à 
teceyoir la Bulle ? £t fi on ne croyoit pas 
louvoie accepter la Bulle , pourquoi con* 

duk* 



Pbrlté rendue CenfibU. Entr. VI. iiy 
kmner le livre ? il y a là dedans quelque 1714$ 
:hofe qui cloche. 

Le C. Vous avcx raifon:la vérité ne s'ac- 
:ommode point de tous -ces menagcmens. 
C'étoit le Cardinal de Noailles qui , après 
ivoir fait cette démarche fort mal à propos, 
dès avant Taflèmblée , & à ce que publièrent 
fcs ennemis, afin de pouvoir y préûder, en- 
traina encore fes confrères , qui avoient quel- 
quefois trop de déférence pour lui. Quelques 
uns n'y confentirent qu'avec beaucoup de 
répugnance, & la plupart dans la fuite fou- 
tinrent la vérité d'une manière plus fimplc 
& plus genereufe j ils abandonnèrent la voie 
des explications, qui étoit encore du goût du 
Cardinal de Noailles, & rendirent plus de 
juflice à la Bulle, & à l'auteur des reflexions 
morales. 

Le M: Eft-ce que les XIV. évêques Op-: 
pofans fuivirent les vues du Cardinal de Noail- 
les? & n'y eût- il dans l'Eglife aucun Evê- 
que qui traitât cette affaire dans la vérité & 
dans une entière fincerité ? 

Le C. La promeflCb de condamner le livre 
du P. Quefhel, & la demande des explica- 
tions ne regardoienJt quck Cardinal de Noail- 
les & les fept prélats qui s'étoient trouvés à 
FafTemblée des XL. Les fix autres qui étoient 
reftés dans leur diocefe ne fe crurent pas obli- 
gés à fuivre la même route ; quoique quel- 
ques-uns d'entre eux penfafTent là-defTus à 
peu près comme le Cardinal de Noailles, 
aucun ne condamna les réflexions morales; 
& par rapport aux explications que le Cardi- 
nal de Noaifies demandoit, ils prirent le parti 
d'attendre le fuccès des n^tiarions où cette 
Eminence étoit. embarquée, parce que cdn 

te- 



M^ Vèrnf fendue fenftbîe. Ehtr. Vt ' 
ïf 14. tetx>it les chofes eniUrpens , qu'ainfi ils avoiot 
plus de loifir d'examiner & de pefer mûre- 
ment toutes chofes, & qu'ils fcroient tou- 
jours en état de dkcleur dernier mot furb 
Conftitution , fi les explications que Foo 
efpéroit ne leur paroiflbient pas fufiSiântar 
Quelques - uns d'entre eux croyoicnt aie» 
qu'abfolument parlant une acceptation de b 
Bulle clairement liée avec de bonnes cxf^^ 
cations, n'étoit pas ufxe chofe impraci^uft- 
ble ; & ce ne fut qu'un examen {dus iàneiix 
de la Bulle , & Tulage pernicieux qu'ils vi^ 
rent qu'on en faifoit pour appuyer des er- 
reurs déceftables, qui les convainquit quePu* 
nique parti étoit de la rejetter fimplement^ 
D'autres apperçurent dès k commencematt 
qu'il faudroit en -venir là. ,, Je conviens^ 
,, difoit M. de Pâmiers,dansunelettreéori- 
,, te avant la mort du Rot^.qa'fl n*y a pas 
^ de voie plus courte , plus fure, pjas ca- 
,, pable de donner le calme, .que tPatta^ur 
., la Conftitution,'* Mais, de tous les pré- 
lats du royaume^ aucun ne fit paroîcre oaioi 
cette occafion tant de droiture & de ferme- 
té, aucun ne remplit toute juftice auffipkf- 
nement que feu Al FEvêque de Mon^d-, 
lier. 

Le M. J'ai fouvent entendu parier de ce 
prélat, & j'ai vu admirer fon courage &f& 
fermeté à. des gens qui étoient fort indiffé- 
rens aux difputes préièntes. Ainfi je m'at- 
tends que vous allez nous mettre devant ki 
yeux un beau fpeâack, en nous reprefin- 
tant la conduite qu'il a tenue dans des cir- 
confi^mces fi difficiles & fi emfaarraflàntes. 

Le C. Rien, fans doute, n'eft [dus gpraod 
aux yeux de la foi qu'un Evêque ^ qui mas- 

cbe 



VertU rendue fenpUe. Entr. VI. 117 
marche droit félon k vérité de TEvangile, 171^7 
qui n'a en vue que Con devoir, & qui foule 6i]iuII»i4; 
aux pieds toutes lès conâderadons humai- 
nes j c'cft ce que nous trouvonsdansM.de 
Montpellier. No\x% ûvex apparemment qu'il 
sTappeHoit Colbert de Croifly , & qu'il etoit 
neveu de l'avant-demier mort de nos év£r 
ques, M. Nicolas Colbert, dont Ja memoi* 
re eft en benediâion dans ce diocttfe. M. de 
Montpdiier n'eut pas befoin d'un long exa- 
men pour être convaincu que l'unique parti 
ii prendre étoit derdetterla-Dulleahtolumenc. 
Il connoiflbit le cremt immenfe des JefuitesLi 
il .âvoit que la Cour de Rome ne recule 
.point j mais, la religion de Jefus-Chrift eft 
vraie, fe dîfoitril à lui-même; j8c la Con- 
ikitution ne peut pas s'allier avec la religion 
de Jefus-Chiiil , ainiî elle ne peut jamais pré- 
valoir. Il prévit bien dès-lors tout ce qu'il 
lui en coûteroit pour reodrettémoignage à la 
.vérité^ & à la vue de ces tribuktions qui^ 
lui étoient préparées, il ne put retenir fes 
larmes : mais l'amour de la vérité l'emporta / 
fur l'amour de fon repos j & fortifié par la 
grâce de Jefus-Chrift, il n'heGta pas dès les 
premiers mois <le 1714. à déclarer en plu- 
fieursoccafions , & entre autres dans fa let- 
tre du 5. Juin à M. de la Vrilliere, qui fut 
l>ientôt rendue publique , qu'il ne croyoit pas 
pouvoir accepter la Bulle ùxn trahir.fk con- 
idence. Si ice prélat parbit fi clairement 
dans une lettre qui devoit'<étre lue au Roi, 
.vous jugez bien qu'il parioit au moins auffi 
.fortement dans toutes les occafions. Nom 
.devons reGfter non i&Atm&^x. jufqu' à la di^ 
£ofitîony écrivoit-il vers le même tems à M. 
de Mirepoix , mêis Mmor^ j^Ji^^è '** ^^ 



#714. 



ii« Vertté rendue fenfîHe. Entr. VI. 

Le M, Ah ! parlez moi de cela 9 ▼oîla ce 
qui s'appelle parler en Evêque. Après cà 
je ne crois pas que M. de Montpellier s'cm- 
barraflâc beaucoup y ni de demander des ex- 
plications , ni d'en donner lui-même. 

Le C. Si le Pape avoit donné de bonna 
explications, M. de Montpellier étoit difpo- 

S^fé à les recevoir avec joie ^ mais pourk 
ulle y comme les explications ne pouvoiem 
pas la rendre bonne , il l'auroit toujours i«- 
jettée comme une fort mauvaife pièce. ,, Peut- 
^, on, difbit-il, par des fubtilités& destoun 
,, d'imagination , ou plutôt par des raifômu- 
,5 mens qui feront toujours groflSers & qd 
yy fcandaliferont l'Ëglife, rendre bon ce fà 
„ efi mauvais en Joi ? " Voilà l'idée quï 
avoit des accommode mens, & des ncgpc» 
dons dans lefquelles on difpofe de la venté, 
comme on pourroit faire d un bien^ ou d'an 
intérêt temporel, dont on cède une portion 
pour conferver l'autre. „ La vérité n'cft 
„ point à nous , difoit-il encore fur le mé- 
„ me fujet , mais dans une autre occafion, 
„ pour en difpofer comme il nous pUt 
„ Qu'un homme cède une partie de fbn bien 
„ pour conferver l'autre , non feulement il 
„ le peut , mais fouvent il le doit. Il n'en 
,, eft pas de même de la vérité. EDe dt 

5, une , elle eft fimple On croit tout 

„ perdu fi on ne fe relâche fur quelque cho« 
„ le : fauHè prudence , avec laqueUe on ne 
„ réuflira jamais. Quand on défend la ve- 
„ rite, on eft aflliré de la viâoire, pourvu 
^ qu'on demeure inviolablement attaché à la 
,, vérité. " Telles étoient dès lors les vucï 
de M. de Montpellier fur une afiàireoû tant 
éc gens prenoient à gauche. Plufleurs de 

fcc 



Vertu fendue ftnphk. Entr. VI. ii> 
ieB confrères , qui avoient donné dans Tex- ijit^ 
pedient des explications , furent touchés de 
la folidité de iès raifons^âc peu-à-peu le ran- 
gèrent à ion avis. 

Le M, Mais comment tout k nx>nde ne 
fe rendoit-H pas à des raiibnnemens £i (im- 
pies & û conv^ainquans ? Car on fent, dans 
ce que vous venez de rapporter, que c'cft 
la raifon & la Religion qui parlent. 

L,e C. Une infinité de gens penfoient com- 
me ce grand Evêque, & ils étoient comnac 
lui convaincus que la Bulle étoit eflcntielle- 
ment mauvaife , que rien n'écoit capable de 
la redifier & de la mettre en état d être ac- 
ceptée y mais tous n'avoient pas comme Rii 
le courage de fe conduire fdon leurs lumiè- 
res ,' un grand nombre iè lailToit aller à rece- 
voir avec explications , .r^ardant cela com- 
me un malheur inévitable , & un mal qui 
étoit devenu ncceCEdre pour conferver la bon- 
ne doârine, & les éubliflëmens utiles à r£- 
glîië. D'autres encore en très grand nom- 
bre qui étoient dans les mêmes fentimens, fie 
très refolus à y conformer leur conduite , 
croyoient devoir fè renfermer dans lefilence, 
tant qu'ils n'étoient pas juridiquement inter- 
rogés. Les diocefes dont les Evêques n'a- 
voient pas reçu ht Bulle , ou qui , après Ta voir 
reçue, ne fe mettoient pas en peine de la 
faire publier ni accepter par leur clergé, ces 
diocefes pouvoient être remplis de perfonnes 
ainfi difpofées fans qu il en parût rien au de- 
hors ;& les partions de la Bulle tiroient avan- 
tage de tout cela , comme s'il n'y avoit eu 
d'Oppofans à la Conftitution , que ceux qui 
avoient manifeilé leurs fentimens en public. 
Enfin il y en eut un nombre que l'ordre de 

la 



120 Vérité rendue fenfihïe. "E.^^TKi VI 
tin» 1* providence obligea de proféffd-lêur foi& 
de rendre témoignage à la vérité , & qui 
éprouvèrent tous les 'effets de>la colère des 
Jefuites. Ce nombre étbit compofé tfévê- 

Sues^ de curés & autres ecdefialUques , de 
oûcurs cn-theologie 5 & de religieux dt 
' diGfiarens ordres. Les évêques furent rekgués 
dans leur diocefe , & exclus des aflèmblées 
ecclefiaftiques & des Etats de leurs provia- 
ces ^ les rdigieux furent enfermés dans les 
priions de leurs Monafteres ou envoyés dans 
les maifons écartées & malfaines^ les autro 
furent en partie exilés , en parâe emprifon- 
nés; quelques-uns furoit entermés dans des 
cachots deftkiés pour les plus grands fcelnats j 
d'autres furent dépouillés de leurs béneficesjiii" 
•terdits de leurs fonâions, •& excotnxnuméf j 
plufieurs enfin évitèrent la pcrfecution -cft 
quittant leur pays, & demeurèrent cachés, 
tant que dura ce terrible orage; 

Le M, Voilà une plaifànte manière de fidre 
-recevoir une decifion touchant la doârine de 
l'Eglife. Eft-ce qu'on éclaire les gens &qu'Qn 
Its perfuade à coups de bâton ? Apparemment 
on n'avoit pas de meilleures raiibns à leiar 
donner pour les convaincre : mais que gagoe- 
t-on parla violence? on ne fait pas changer 
^e fentiment à ceux qui en ont de contrai- 
res j & on fait beaucoup d'hypocrites fc de 
•menteurs. Mais au milieu de cette tempê- 
te les quftonsie évêques demeuroient fermes 
dans le parti qu'ils ^voient pris, & les Jouî- 
tes n'ignoroient pas fans doute 4e nombre 
prodigieux de ceux qui étoient unis à ces 
prélats , fur tout dans la ville & le diocefe 
de Paris, Tout cela devoit les inquietter fur 
fayenic 

lé 



VerHé tendue fenjible. EntïI. VI. iit 
Le C. Auffi ne s'endormoient-ilspasi & 
le P. Tellier prenoit toutes les mefurespour 
abattre les quatorze é vêques ^ ou pour les écra- 
fer. Mais il n'étoit pas aile de leur £ure le 
.procès.Car Louis XIV .vouloit qu'on oUèrvât 
quelques règles: or ces règles embarrallbieat 
cruellement le P. Tellier. D'aiUeurs le Roi 
auroit bien voulu que tout cela fe fût ter- 
miné d'une manière douce & pacifique. C'eft 
ce qui donna lieu à faire des propolitions de 
paix & d'accommodement.^ c'eft-à-dire qu'on 
.propoiâ aux .prélats Ûppofans de donner eux- 
mêmes à la BuHe les explications lèlon les- 
quelles ils dévoient la recevoir. 

Le Jtf. Si M. de Montpellier avoit été 
feul à Paris , & qu'il eût traité au nom des 
évcques Oppofans , l'affaire auroit été en 
bonne main: par malheur c'étoit le Cardi- 
nal de Noailles à qui on avoit affaire^ & 
avec fon humeur douce & pacifique il y 
avoit bien à craindre qu'il ne felaifTàtentrai"*^ 
ner dans quelque fauflè démarche. 

Le C. Cda étoit très à craindre; car dam 

le fonds le Cardinal de NoatUes n'étoit 

pas extrêmement éloigné des évcques del'af- 

lèmblée : il demandoit feulement qu'il n'y eût 

rien de contraire à la doârineder£glifedans 

es explications, & une liaifon moins obfcu- 

c entre les explications & l'acceptation ; il é- 

Dit prêt d'accepter la Bulle à ces condi- 

ons. Les expUcations que le Cardinal de 

[oaiUes préfentoit, étoient fi mefurées & 

exaâes que , quoiqu elles ne plufTent pas 

« Jefuites , perfonne ni à RomenienFran- 

n'ofoit dire qu'il y eût quelque erreur , 

même M. de BifTy. La grande difficul- 

étoit donc dans la tournure de iaccepta- 

^ome I. F ûoOk 



m Veritf rendue fenTihle, Entr. VT. 
If iji don. Le Cardinal de Noailles , qui étoic 
attaché à la bonne do£hîne, yodoic que k 
condamnation prononcée par la Bulle , fût 
ieftreinte uniquement aux mauvais fens tels 

3uels qu'il donnoit aux prqpofîtions^&is cepen- 
ant attribuer des {êns û forcés & fî extra- 
irions au P. Qpefhel^^âc que leiënsortlio- 
dbxe des propofitions fût entièrement à cou- 
irert de k cenfure. Par-là il préteadoit em- 
pêcher qu'on ne fe iervît de la ConfUtution 
pour attaquer la iàine doârine^ou pour éta- 
blir les erreurs des Jefuites. C'étoit là fc 
point fixe & le but du Cardinal de Noail- 
Jes ? la Bulle lui mroiflbit monftrueufë.^ il 
l'auroit attaquée cfe front , s'il avoit efperé 
pouvoir l'anéantir j mais ne croyant pas que 
^cek fût pofllble, il vouloit du moins en la 
recevant 9 ia rendre inutile aux deflèitis des 
Jefuites. 

I-ff Af. Le Cardinal de Noailles étant ainfi 
^difpofé, il n'étoit pas difficile de fahre un 
accommodement. Car vous nous avez dit, 
^e me femble, que racGq)tàtion des évê- 
4jues de Taflèmblée^ dans le fonds, étoitliée 
\ leurs explications ^ & même que d'autres 
^vêques avoient eu foin de rendre cette liai- 
fon plus claire & plus fenfîble. Le bon Car- 
■dinal n'avoit qu'à êiire comme ces derniers, 
& alors on auroit été content de lui. 

' lue C. Il eft bien vrai que Tacceptatioa 
<le l'Aflcmblée des XL. étoit réellement Kéc 
avee leur InftrudHon paftorale^maîs ce lien, 

qui auroit du être une bonne groflè corde, 
par les foins du P. Tellier , étoit devenu ua 
cordon , ou plutôt un fil de foie qui en peu 
de tcms étoit devenu prefque invifible. On 
iusroit envoyé à Rome fouslenomderAflèm- 

^' Uéc 



PMt/ fimbe fènfitle. Ektr. VÏ. 125 
blée un Ââe qui ne prefentoic qu'une acce- sTij*] 
ptation pure & fimple }le Pape avoic fkic de 
grands complimens aux prâao fur leur fi)u- 
miiSon à ùl ConfUcution^ & fur leur zeleà 
en procurer Texecution ; & , fans parler de 
leur Inffaruâion paflorale, il afièâoit de re« 
lever la clarté de fa dedGon. Tout cela em^ 
brouilloit les affaires ^ & c'étoit une queftioa 
à refoudre que de favoir fi l'acceptation des 
XL. étoit relative à leurs explications , ou fi 
elle en étoit indépendante. Les évéques qui 
avoicnc voulu éviter cet inconvénient, y. 
étaient retombés en approuvant d*une ma- 
nière ^nerale ce qu'avoit fiut l'AfTemblée^' 
ou bien avoient été regardés à la Cour comb- 
ine Oppofàns. Les cbofes étant dans cette 
fituation, on pouvoit bien propofer un ac« 
commodément, mais il n'étoit pas aifë de le 
conclurre. D'un coté le Cardinal de Noail- 
les ne pouv<Mt fe refoucke à imiter les XL; 
évêqucs^Sc à employer des e)q)re(fionséqui* 
voques, & des [Mirafes entortillées, dans un 
Aâe qu'il regardoit comme une profef&on 
de foi fiiite à la face de l'E^ifè : il vouloir 
qu'elle fut daire 6c intelligible aux fimples 
fidèles. D'un autre côté, une acceptation 
clairement dépendante d'explications bien exa- 
Aes , bleCfoit infiniment le Pape & le P. 
*Tdlier, parce quelle leur cnlcvoit une gran- 
de partie des avantages qu'ils avoient préten- 
du retirer de la Confthution. 

Le M. Comment pouvoit-il y avoir des 
négociations & des propofitions de paix . fi 
tout cda déplaifbit au P. Tellict ? Puifque 
d'une feule parole ce Jefîiitc pou\'oit renver- 
fer tous les travaux des plus habiles negotia- 



teurs^ 



F 2 Le 



XH Vérité renùe fenfibie. ^nriOi. VI. 
I^jj. JL^ C. Il eft très fur que tout cda lui d&- 
plaifoit, & qu'il auroit voulu aller tout d'us 
coup à fes fin^, c'^rà-dire, pouflcr à bout 
lies prélats Oppofans^ mais çompe le Roi 
Confervx>it. (encore qu/clqucso:eftes d'eAime&: 
(Je bonté pour Je Cardinal (je Noailles, il 
écoutoit avec peine les confèils violens qu\»i 
Ipi infpiroit contre cette Ëmincnce^& ileât 
bien voulu que cette afiaire eût pu ibtermi- 
qer d'une inanieris plus 4Quce. Le Jefuite 
^toit doue cpntraint de-,laiflçr les négotiar 
tbns aller leur çrainj pour lui il.ne.s'çaxné- 
Ipit jamais, m.ais il étpit bien aile que MM. 
de Rohan & de BifTy , qui étoient &s deux 
agens , y entraflènt avec aâivité : .par et 
moyen il étoit informé de tout cequiiètrair 
toit^ jSc fe trouvoit çn état de âiredi£p«roî- 
tre toutes Jes efperauces de-paisc. . 

Le M. Si le P. Tellier & fes deux agens, 
comme vous les appeliez y n'avoient pas ea- 
yie d'accorder au Cardinal de NouUes ce 
Çu'il demandoit, pourquoi ces deux prélat! 
çptroiçQt-ils dans ^es n^otiatiops ? ToutQ 
jeurs ,4emarcbes4i'étoient donc qu'iui amu* 
fement ^ un jeu joué pour tromper leRoi^ 
|e public & le Cardinal dp Noailles ? 

Le C, Vous avez raifon-.tout cela n'étc^ 

S 'un jpp^ c'étoit une comédie, mais qiU 
an leurs deipfeins devoit finir par une un- 
jglante tragedip. Ces deux MM. qui étoient 
vraiment les parties adverfes du Cardinal de 
ï^oailtes^ étoient néanmoins les arbitres fii- 
prêmes des négociations^ parce que finale- 
ment le Roi ne confultoit qu'eux & leJP. 
Tellier: aw(i ils étoient bien fiirs Qu.e.tout 
/éuffiroit à kur gré. Mais s'ils réuffifibieoc 
à tromper le Roi > ils ne purent pas de^.ê' 

me 



PeritfWetuhte fenfihïi. ËMTR. Vf. ilf 
tbt en impofer au public ni. aux perfbnnet i7i!^ 
cMftinguécs par Icui? mente ou pair leur rang, 
qui entrèrent dans ces négotiations avec un' 
defir fihcere de procurer k paix: Les Cardi-* 
naux d'Etrées & de Pôlig^cenûre autres, 
deux grands ^poUriqùes', mais non entière^ 
ment vendus' à l'iniquité , que le Roi avoic 
chargés de cedfe importante & pénible coth-' 
miflion, apperçureht bientôt l'indigne mane<: 
ge de MM. de Rohan^ de BifTy, & s'erf 
expliquèrent avec beaucoup delibertéXe Car- 
dinal de NoaUIes ûvoit fort bien* qu'il n'y 
a voit aucune iincerité dans toutes les propo- 
fitions qifon lui faifoit^ & qu'on ne cher-' 
chûît qa'& lui- tendre des picges : mais dans 
la crainte dci -^atfirer l'indignationr du Roi^ ip 
écoutoit tout ce qu'on" avoit à lui projpo-J' 
ftr^ & comme la liaiibn de ion acceptation 
avec les explications pouvoit être exprimée 
avet: pltis ou moins de force ou de clarté^ 
il n*y avoit jamais- de dernier mot, & les né-' 
godateurs trouvbient toujo^uis aiïeTr* de ma- 
tière à faire de nouvelles avance^. 

Ije M. Qjiel avantage MM. de Rohan & 
de Bi(ry trouvoient-ils dans ces négociations' 
8c ces conférences qui ne finiflbient point ? 
Tout cela n'avançoit point leurs aSàires ^ air 
contraire cela n'étoit propre qu'à les retarder. 

Le C. Point du tout: une telle conduite 
avançoit très- bien leurs affaires & celles de' 
la Couftitution* Parie nooyen de ces pour- 
parlers fans fin j fi& de toutes ce; dUcuflion^ 
dont le Roi les fàifoit arbitres > ib fe ren«' 
dolent néceflàires : ils empêchoient qu'on n^ad« 
mit dans cette afiàire des gens quiauroient 
pu la conduire d'une n»uûere plus droite & 
plus avantageufe au Cardinal de Nosûlles: ils 



il6 Vérité ftndtie fenJihU. Ektr. VI. 
1715. confervoient & augmentoient leur crédit : ib 
£ûfoient pleuvoir fur eux les faveurs de la 
Cour: M. de Biffy par exemple méritoit par- 
là un chapeau de Cardinal & une Abbayede 
cent mille livres de revoiu qui lui furent don- 
nés l'un & l'autre vers ce tems-ci,* enfin 
par ce moyen ils indi{î)ofbient le Roi con* 
tre le Cardinal de Noailles^en lui £ûfiuit en- 
tendre que pour eux ils ne cherchoioit que 
U paix èc qu'ils portcnent la condefcendance 
jufqu'à Texcès ; mais que le Cardinal de Noail* 
les écoit intraitable , qu'il n'avoit nulle en- 
vie de finir, & qu'il ne cberchoit qu'à gagner 
du tems, en atQuiânt ikMajeftédontlânxMt 
pouvoit ne pas être fort éloignée. Ces diicouj» 
charitables aigrirent tdlementrefprit du Prin- 
ce qu'il refdut d'en venir aux dernières ex- 
trémités contre le Cardinal deNoaiUes & te 
autres prélats Oppofans. 

i> M, C'eft-à-dire, apparemment queld 
Roi prétendoit les £ûre depofer & noininer 
d'autres évêques à leur place. . Mais étcHt il 
bien aifé de trouver dans les évêques Oppo* 
fans quelque crime qui méritât un traitement 
fi rigoureux ? 

JLe C. Si on avoit voulu fuivre les règles 
de TEglife & les loix du royaume ^ rien n'eut 
été plus difficile ^ mais quand on a la (oxct 
en main, & qu'on eft animé d'une violente 
paffion, il eft ai(e de fouler aux pieds tou» 
tes les loix. Auflî cela n'arrêta pas le P. Tel- 
lier qui, avec (es deux adjoints MM.deRe» 
ban & de Bifly, perfuada au Roi que le 
moyen le plus court & le plus facile pour 
terminer cette aiO&ire , étoit d'aflëmbler un 
Concile national , c'eft-à-dire , de tout le 
royaume 9 où il ne feroit queftion que de fai- 
re 



Fertte rendue fenfikïe. EntR. VI. «7 
re recevoir la Conftiturion par tous les évê- lyrç. 
ques^ & de depofêr tousrceux qui le refîife- 
roient. En confèquence^ M, Âmeloc Ccni- 
feiller d'JËcat fut envoyé Ambaflàdeur àRo« 
me pour concerter avec le Pape la manière 
dont on agtroit dans le Concile. 

JLe M, Un td Ambafladeur devait être 
bien reçu à Rome, & on devoit y être fott 
aife de voir Louis XIV. fi xdé pour feirc 
r^ner la Gonftitation dans tous fes éuts. 

JLe C. On y étoit bien charmé des progrès 
que la Bulle éiibit par* la protedlic»i du Roi; 
mais on n^'y goutoit pas les moyens par lef- 
quels il pretendoit lui aiTu^tôr tous les évé- 
ques , & on étoit fort cmbarraiTé de la pré- 
fence de M. Amébt qui venoit faire des pro- 
pofitions qu'on- ne voubit ni accepter m re- 
jetter. Le ioA nom de Coacilt âuiôit trem' 
bler la Cour de Rome; & le Pape ài&Àx, 
naïvement' qu'S ne voulbit pas fe~ livrer à 
mm centaine Jfeurs qui t auraient dévoré tout 
lùvant. Telle eft l'idée que Rome a des 
évêques quand ils font aflëmblés en Conci- 
le; car hors ce caS'là die les traite avec une 
extrême hauteur. On étoit donc bien réfo- 
lu à Rome de ne point confentir à la tenue 
du Concile nation^; mais pour nepasofFen« 
fer le Roi par un refus, on prit le parti d'a- 
muTer M. Amdot par des proportions qui 
dbnnoient lieu à des conférences Se des dé' 
Hberations fens fin. Le Pape qui prétend être 
fcul en droit de juger. & de dépofer les évê- 
ques, ne vouloit point confentir à céder ce 
droit tu Concile national ; il demandoit qu'on 
lui envoyât le Cardinal de Noailles à Roroe^ 
ou qu'on laiflât agir les Commifiaires qu'il voh^ 
kût nommer pourfiure le procès àrCetteEmi^ 
F 4 neo»; 



Ïa8 Vérité fendue fenfibk. Emtr. VL 
«17x5; nence, & aux éveques qui lui étoient ufiis; 
mais le Roi à fon tx>ur rejettoitcesexpédiens 
comme oppofés aux ufages de (an royaume. 
Enfin le P. Tellierôc les deux Cardinaux de 
Rohan & de Bifly ennuyés de tant de délais, 
& impatiens de conibmmer leurs deflèins, 
déterminèrent le Roi à convoquer lui-même 
le Concile national; & afin que les évêqucs 
Oppofans ne puflènt y affifter que comme 
accufés, il fut réfolu entre eux que le Rd 
donneroit une Déclaration, quiieroit enre- 
giftrée dans tous les Parlemens , pour enjoiii- 
dre à tous les éveques du royaume de rece- 
voir k Bulle confoormément aux deliberatioas 
de Padèmblée des XL. afin que ceux qui te re- 
fuièroient fuifent dès-là même réputés coupa- 
bles, fie comme tels dépouillés de la qualité de 
juges. Tous ces beaux projets alloient être mlsî 
exécution, fans la reûllance genereufe des 
magiftrats qui les fufpendit & les fit atarter. 
Le M. Vous ne nous avei; encore rien dit de 
la part que le Parlement de Paris avôitpriiè à h 
malheureufe affaire de la Conititutiom Je fuis 
curieux de fkvoir ce que penfoieût de cette 
pièce des magiflrats fi éclairés & fi z«iés pour 
fe bien public. 

he C. Ils avoient eu déjà une occafion de 
manifeiter leurs ièntimens; car après lacoa* 
dufion de TaiTemblée des XL. Le Roi-, vou- 
lant revêtir de fon autorité les délibérations 
de ces prélats, av(Ht &it expédier des Let- 
tres patentes par lefquelles il était enjoint 
à tous les éveques de publier la Conftitu- 
tion, afin que ces Lettres étant enr^ftrées 
dans tous les parlemens,elledevmtuneIoide 
fËtat, comme on la difbit déjà loi del'Egliië. 
1$ H. L'occafion étoit délicate pourdts 

per^ 



Vérité fifu&efinfihte. Emtr. VI. Mj 
çeribnnes qui avoient des (èntimens dlx)n- i Te- 
neur, mais qui d'autre parc avoietit à craindre 
rmd^nadon d'un Roi qui vouloic être obéi^ 

Le C, ^ffi le trouverent-ik dans un grand 
embarras TTur tout MM. les Gens du Roi, 
c'eft-à-dire,Ie Procureur gênerai & les Avo-» 
cats généraux, qui dévoient tenir la main à 
l'enregiftremenc Ac à l'exécution des Lettres 
patentes; Ces>Meffieurs n'terentr pas le coa« 
rage de s\)i^ièir à CC9 Lettres, quoiqu'elles 
leur paruflènc infoutenables^ ils fe conteU"* 
terent de faire des Remontraïtces à ùl Maje» 
fté fur quelques proportions ddnt \fi con* 
damnation attaquoit les droits de ûl couron- 
•ne, & fur . ce que Ton enjoignait aux évè^ 
ques de publier la Bulle ytam le Prince ani* 
mé par le P. Tellier, voulut être obéi. Oa 
porta donc au parlement les Lettrée f^tentei 
& la Conftitution; &, k h pluralité des fuf« 
frageff, ces deux pièces y furent lues & en* 
reglikéesy^ mais avec des modifications, des 
reftridions ou explications qui fur plufieurf 
points donnoiei!it*le dèolemi à la BuÛe. 

Le M, Ëft-ce que les magiftrats n'étoient 
pas effirayés & fcandalifés comme les autres 
de voir condamner comme hérétiques , blaf- 
phematoires, impies, &c. tant depropofitions 
fi*édifiantes , fi-exaâes, (î conformes au lan* 
gage des'livres de pieté Its plus autorifés ? 

Le C. Pardonnez-moi", ils penfoicnt U* 
defliis comme le Public^ mais- us ne fe cro- 
yoient pas obl^és d'élever leur voix pour Lt 
defenfe des ventés auxquelles on dotmoit at- 
teinte: ils' en laiflbient le ibin aux évcques^ 
aux doûeurs & aux ecdefiaftiqucs ; pour eux: 
ils croioient pouvxîir borner leur attention à 
confervcr en leur entier les droips du -Roi &i 
F j le$ 



1^0 Verh/ rendue fenfble. Entr. VI. 

'^7i5« les u&ges du ro^ume. £n cda ils remplît* 
Ibient à la vérité le devoir de magifhats dé- 
pofitaires de l'autorité du Roi, & cbirgés 
de veiller à robrervadon des 1q||^ mais ils 
avoient encore un autre devoir à remplir. En 
qualité de chrétiens , ils dévoient refuicr leur 
miniftere, dès qu'il s'agiflbit dedonnerqud- 
que force ou quelque authenticité à un dé- 
cret qui condamne un grand nombre de ve- 

. rites capitales du dogme & delamonk, 

dont h confervadon intereflè les laïques oom- 
me ks eccleûaftiques . les fidèles comme ki 
pafteurs. H ne fufiiéit donc pas de gsurda 
k filence en refîiiànt d'opiner, comme firent 
]dusde cent magiftrats^ni de s*aUèntercom* 
me quelques-uns. Il fâlbit opiner, £c oni- 
per contre l'enregiibrement : il fidbit imiter 
BenevoI^Secretaire d'Etat fous Valenrinien IL 
qui jetu par terre les marques de & dkni- 
té fie fe retira , brfqu'on voulut l'obier 
à dreflèr un Edit contre les cathdiqttes en 
faveur des ariens. 

Le M, Voilà une démarche bien ficheu- 
jè pour des perfonnes éclairées & bien in« 
mentionnées. Par-là les magiftrats fèmUoient 
s'être engaeés à foutenir fie à appuyer la Coq* 
ftitution , & à punir cooune rebdles au lUù 
ceux qui la combattroîenc^ ce qui m'étonne 
K c'eft qu'après avoir cédé à une première at- 
taque , ils ayent eu le courage de refifter à 
un^ féconde* Je ne comprens pas qu'dle 
diâèr^ce efTentidle il y avoit entre les let- 
tres patentes fie la Déclaration dont vous par* 
tiez tout-à-Fheure. Puifque les Lettres en- 
joignoient Si\xx, évêques de publier la Coo- 
ftitution, que pQuvoit faire de plus laDeda- 
ration? 

Le 



reritèfeiubu fénfibh. Enta. Vli^.i^' 
Iitf C. 11 eft vrai que les lettres patencci 171^. 
renfermoient tous les vices & les dmuts e& Juîilat. 
fendels de k Dédaradon. Egalement le Roi 
iy rendoit juge des difputes fur la doârine 
de l'Eglife; égatement U y fiùfbit k loi aux 
évéques en matière fpirituelle^ k diflSsrence 
k plus cooiklenble qu'on pouvoit y trouver, 
c'eil que k Dédaradoo devoît ièrvir à £Îirt 
le procès aux évêques oppolâns, & par coi^- 
ièquent caufer uo^ boukvcriêmeDt e£&oyaUe 
dans l'E^e & dans l'Etat. Ce fut appa- 
remment par ce motif que les mz^&x^xs^èc 
fur tout M.k premier Preûdent & MM. les 
Gens du Roi^ crurent devoir s'oppo&r coik 
ftamment à la Déckratîon propoiee. L'excès 
des maux leur fit regretter 1 excès, de con* Aou& 
defcendance où ik s'étaient portés dans l'en* 
regiffa-ement des lettres patentes^ &, pour 
lé reparer ,ik procefterent à M. Voifki Chan- 
celier, que jamais ik ne prêteraient leur mi* 
2iiftere pour £ûre enregiftrer k funelle Edit.- 
JLe M. Voilà une aâion bien belle dans 
des magiftrats^ & qui aunût du faire rougir 
tant d evcques qui n'avoient pas eu k coura- 
ge de faire la moindre refifbnce. Mais k 
Roi prit-il en bonne part k genereufc liberté' 
des Chefs de ion parlement? 

1,9 C. Point du tout; & il étoit fort k- 
craindre qu'eUe ne leur attirât les traitemen» 
ks plus rigoureux, La cabale du P. Tc^ 
lier prefibit vivement l'exécution de (on pro- 
jet. Le Roi devoit aller au parlement tenir 
fbn lit de jufUce, & y faire enregilb-er la 
Déclaration foudroyante : Ite ordres étoient ex- 
pédiées, & k jour étoit marqué 7 mais Dieu 
jetta un regard de mifêricorde fur fon Egli- 
fc i il fut touché de roppreffion extrêmeoii 
fts &rvitcu2;s étoient réduits : il écouta kurs 



Ij* Verit/ nnAe fenfibh. Emtr. VI. 
^JiJT. cris , il trrêtt ce torrent iihpecueuz qui 'pa« 
roiiToit devoir tout renverfer. Se il apprit 
aux defcnfeurs de la vérité, à mettre toute 
leur confiance dans fon bras tout-puiflànt, 
qui peut les délivrer de l'extiêmité de la tyî- 
.buladon , & qui aura bien faire triompher 
foL vérité quand le moment fera venu. 

Le M. Qyel fut donc , s'il vous plait , le 
grand événement qui produifit un tel chao^ 
gement dans les afiSdres delà Couftitution? 

Le C. La maladie & la mort du Roi firent 
'évanouir tous les projets violens de fat caba- 
le jefuidque. Le P. Tellier fit les deuar-Qir- 
dinaux obfederent ce Prince juTqu^à k^&i^ 
ils l'empêchèrent de voir le Gurdinal de 
Noailles , ils lui firent faire plufieurs diipofr 
dons confbrmea à leurs-vues ^ mais il ne pu- 
rent jamais obtenir de- lui qu'il donnât des 
ordres à M. b Duc d'Orléans pou; faire re« 
cevoir la Conflitution : il parut même ciain-* 
dre d'en avoir trop fait fur cet article, mais 
ils lui parlèrent avec une aflurance qui fit 
firemir quelques-4ins des afTiftans quin'etoient 
pas bien convaincus, de la dK)iture de leurs 
mtentions. Louis- XIV. é&anc mort le Di- 
manche I. Septembre, le jeûna Roi igé de 
cinq ans & demi fucc»da à ion Bifàyed , 2e 
M. le Duc d'Orléans fut déclaré Régent du 
soyaume pendant la minorité du Roi. Le 
changement de gouvernement apporta un pro^ 
digieux changement aux affaires de rEglilè. 
Tous lespreparatife du P. Tellier pour écnh 
&r les évêquea oppo&ns s'évanouirent com- 
me un fi>nge, & l'indignation publique écla- 
ta contre ceux qui avoient abufé de -k con- 
fiance de Louis XIV. Nous verrons une. 
autre fois . le détail de ces évenemens» Je 
oaioa de vws awir reteau trop long-tema 



yMié fiwJbr fenfiHe, EWTIt. VU. i^f 
aujourd'hui ^ mais je 'tfaî pas vorfu- -finir, «7«H 
fans vous oonfoler au milieu de ninc de maury 

rir laprotcftion Icnfible que Dieu accords* 
fon Eglife^lorfque tout paroiflbit deTeTpa^.* 

E N TRE TIEN VII. 
Effets de laHberfé rendue par M. le Re-^ 
gent. Jiifpfitimt des prélats aece- 
ptans. Négociations à Rome & etf 
France , également inutiles. Soulevé^, 
ment éclatant du Clergé de Paris. Ap^ 
pel des IF. Evêqtées. 

LK Marc. Enfin , mon cher Pafteur , vous^eptenkii; 
aurez peut-être aujourd'hui quelque chofë 
de bon A nous apprendre ^ la fin de notre 
dernier Entretien m'a donné l'eTpenuice d'en-, 
tondse d'orénftvanc de votre bouche des^cbo^. 
fes confolantes- & agreables.- 

Le C. Si vous vous attendez ii voir la ve« 
rké triomphante, la Bulle rejettée de toutlo* 
monde ^ W auteurs des maux punis, & les- 
défenfèurs de la- vérité honorés &recompen* 
fés, je vous avertis que vous vous trompez 
tres-tbrt. Mais cela n'empêche pas que le* 
changement arrivé à la mort du Roi , n'ait 
eu des fuites aflèz grandes , & avantageufes' 
à la bonne caufe. M. le Rcgent avoir , coma* 
me tout le monde fait, beaucoup d'efprit &• 
de pénétration j il avoit vu demies yeux tou-^ 
tes les intrigues di> P: Tellier j il favoit de- 
quelle manière, ào par quels moyens s'étoit 
formé ce violent orage qui devoit écrafer le' 
Cardinal de Noailles &-tous ceux qui lut 
étoient uiûs^il démêloit fort bien l'efpritqul- 
animoit d'un côté les confUtutionnaires, âc* 
de l'autre les oppo&ns , & il rendoit juftice - 
aux yns ^ aux autres^outre cda il connoif. 
F 7 "* toû. 



mr^ 



X34 VéfitfftndàefenRbU. Entr. VII. 
fuit les difpoûtioas du public^ il n^^noroit 
pas combien la tynumie du P. TeUier étaoit 
devenue odieuiè & infupportable, combien 
tous les Corps de rEg;liie & de l'Etat étaient 
sfevoltés dés violences inouies exercées &U8 
le règne précèdent, & que rien nefèroitidus 
cropre à lui concilier tous les dprits, £c 
fur tout à gagner le Parlement de Paris dont 
% avoit befiûn pour établir foa autorité, que 
de rendfie ime ^eine liberté ,& de faire cef- 
fa toutes les vexations que les difputes de 
religion avoient occaûonnees. Ainfi à peine 
Louis XIV. eut-il les yeux fermés y que M. 
k Rq^ent déclara hautement qu'il ne prêtent 
deit ni arrêter le cours des loix, ni gêner 
perfbnne par rapport aux. aâàires de l'^lifè. 
Je vous laide à peaièr les effets que devoir 
noduire une pareille déclaration, faite par uir 
rrince revêtu de l'autorité fbuveraine.. 

Le M, Je m'imagine qu'dleen^eutdebieQ' 
idSigeans pour ceux qui s'intereiS>ient par le 
cœur aux heureux fuccès de la Bulle. Mais 
je ne m'amuferai pas à les deviner, tandis 
que vous pouvez m'en donner une coonoii^ 
&nce affiffée & détaillée.. 

làû C. Rien fans doute ne pouvoit être-, 
plus affligeant pour les zélés confBtutionnai- 
Ks, qui n'avoient ii bien avancé leurs afiai« 
res que par les vioknces & les coups d'au- 
tmité, que de voir difparoitre en un mo- 
ment le fruit de tant de travaux^ devoir kl . 
priions ouvertes , les lettres de cachet révo* 
quéès , & les tribunaux ouverts à tous & les 
curés & ecclefiaftiques vexés par kurs évêr 

rs. Mais tout cela n'étoit qu'un prélude 
leurs chagrins^ ce fut bien autre choie, 
lorfque l'on entendit s'élever de toutes les par-- 
lies du royaume un grand cri d'une multitu- 



Veriti rendue finfkle. EKTlt. Vil. ijç 
de innombrabk de perfixmes qui réclamoicnt 171A 
contre la violence & k furprifè qu'on leur 
avoit fiûte. Les uns s'accuibient de s'être 
aiffî feduire par le principe de l'obéif&nce 
iveugle, d'autres d'avoir trahi la vérité en re- 
cevant la Bulle contre les lumières de leur 
Donfcience; d'autres enfin. & ceux-ci fai- 
Cbknt le plus grand nomore , dechroient 
qu'ils n'avoient jamais prétendu accqxer la 
OsnfUtution, phifîeurs dcmandoienc paxdon 
à leurs évéques ou autres fiqierieurs de la 
diffimulation dont ils avoient rnë en publiant 
6c enregifbant la GonfHtution, ou en auto- 
riiant par leur preiènce cette publication fie 
cet enregiftrement. De ce nombre étoient 
des Chapitres de Cathédrales & de Ccdlegiales,^ 
des commtinautés, des Facultés de théolo- 
gie. La Sorbonne entre autres déclara fbiem- 
ndlement qu'elle n'avoît point accepté la Bul^ 
k, & chaâk de (on corps k fieur k Rouge 

2ui avoit abufé de (à place de Syndic peur 
Jfifier la Conclufion qu'elk avoit portée fur 
b Bulle. Les Facultés de theok^e de Reims 
& de Nantes fuivirent cet exemple ^ en un 
mot , la terreur qui avoit^ûiâ les efprits étant 
diflipée, la lumière ne trouvant plus les mê- 
mes obftacks, ft fit jour dans les coeurs, & 
produifit une foule de témoignages contre la 
Conftitution. 

JLe M. Je fuis im peu curieux, je vous 
Favoue, de fàvoir comment M. le Rœent 
traita les chefs des deux partis , k Cardinal 
de Noailks d'une part, & de l'autre le P. 
TdUer avec ib deux Cardinaux. 

J> C. II en ufii fort librement avec k P. 
Teîlier : il éloigna de la Cour ce Jefiiite in- 
triguant |ôç enfuiteilkfit partir pour Amiens 

dont 



n^ Vefitf fiiube fenfikrt. EntR. VIT. 
^7%ip dont )'£v£que voulut bien le recevoir daiH 
iim diocefë; il remercia MM. de RcAaa & 
de Bifly de toutes les peines qu'Hs Vétoieiit 
données pour pacifier les troubles de l'Eglift 
de France^^ les pria de ne s'en plusm£]er^fii 
de lui laiflèr traiter l'afiàire de la Bulle lèul à 
lèul avec le Pape.- Au contraire il manda le 
Cardinal de Noailles le jour- même dela^moit 
du Roi, il le reçut avec toutes les maïquei 
d^eftime & de confideration, & il le miftl 
la tête du confèil de confcience^^ afin -de re-< 
gkr par Tes avis les affiûres de rfigHfe. - 

Lé M. Le Pape ne • devoit pas être fort 
content de voir H honorablonenc tcaitét dêf 
gens qu'il jugeoit dignes des plus rigouran 
cbârimens , & d'apprendre qu'on s'élevoit 
contre fà Bulle d'une manière fi éclatante. 
- Le C. Non feulement il n'en futpaa con^ 
tent^mais il en fut étrangement irrité &oqo^ 
ftemé; mais ir fallut, dévorer Ë>n chagrinr^ 
en attendit quelque coi^néhirefkveniblek 
fes defTeins; ^ malgré les vives follidtations 
du Cardinal Fabroni, fon confident, de foâ 
Nonce en France, des Jefuites & de not 
évêques conftitutionnaires, il ne putjamaia 
fe-rdfoudre à éclater xontre M.-le Régent flo 
contre le» prélats oppefans , dans kcraiote do 
s'attirer quelques traitemens encore plus fi-r 
cheux. 

Le M. Comment ! les évêques de Fran« 
ce cxcitoient le Pape à faire quelque cou^ 
d'éclat? Vous nou5 avieftfeit entendre, ce 
me fembie, que la plupart des évêques n*ar<* 
voient reçu la Conftitution qu^avcc . repi»» 
gnance, fie parce que le Roi le vodoit. 
Après la. mort du Roi rien ne les obligeoi: 
à foutentr le parti -qu'ils avoicat igm. A>uc- 

^uoi 



Veriti rendue fenJAle. EKTR. VII. 1571 
luoi donc fiufoient-ib paroitre tant de xde 171A 
XH» les intérêts de la Cour de Rome? 

l.f C. Oh! je n'ai pas prétendu attribuer 
une démarche û violente à tous les évêques. 
qui avoiest. reçu la Bulle : la plupart, defi»^ 
roient la paix & y auroient contribué vo-i 
iontiers ^ mais l'hanitude où ik étoient deib 
conduire par les impreflions- qu'ils recevoicnt 
des Jefuites, & des deux Cardinaux qui du 
vivant de Louis XIV. avoient été à la tête 
des affaires ecckfiaftiwes , cette .habitude 
donnoit encore aa P. Telliar tout di^acié 
qu'il étoit, la facilité d'en entraîner un cer- 
tain nombre dans des démarches oppofees à 
teurs inclinations. Plufieurs motifs venoient 
à l'appui: le point d'honneur ^^ la fermeté de 
la Cour de Rome,, à . ne point démocdre, 
l'efperance qu'avoient les Jefuites de recou« 
vrer leur ancien crédit, oli du moins dela& 
fer 6c d'intimider M. le R^ent, tous ces 
ûiotift. retencMent beaucoup .d'jévêques dans 
leurs premiers eng^emens.. U y en eut ce* 
pendant pluûeurs qui- fe rapprochèrent des 
Dppofans, âc qui au nombre de trente deux 
itteilerent & prouvèrent dans une déclara- 
ion authentique , que l'acceptation qu'ils 
Lvoient faite de la Bulle y eux & les autres 
:vcquesde l'aflèmblée & ceux durovaume^ 
stoit' relative aux explications données d'a-^ 
xird de vive voix^danskiRapport des Coca-» 
3)i(&ires3& renfermées enfiiitc dansl'Inftru*» 
lïion mftorale qui étoit un véritable Précis 
le ce Rapport. Ils ajoutoient qu'ils avoient 
:rii . naettre la vérité à couvert 6c donner la 
paix, à TËglifê) mais qu'ils s'appercevoient 
g[u^ la vpye qu'ils avoient prife n'étoic pas 
Tuffifànte pQur âoir l'aâîdre.. 



1^ Vérité Tïndife 'fenfibk, Entr. VIL 
^i0k lue M. Voilà une conduite qui marque It 
droiture de ces prélats, & leur amour pour 
la paix. Pourquoi les autres éveques accès- 

rms ne fe joignoient-ils pas à ceux-ci? Si 
chofe étoit véritable, qui pouvoit lesemf 
pêcher de le déclarer, ^dfque M. le Régent 
faiflbit là-defius une pleine liberté? 

J> C. Si tous les prélats acceptansavoicot 
été difpofés comme les trente-deuxxlont nous 
parlons , ils n'auroient pas fait difficulté de 
fè joindre à eux. Mais les uns avoientépou*^ 
& les fentimens des Jefuites ^ les fulpideni 
iêmbbient croire le Pape infidllible, & voo- 
kient au mmns (elon leur coutume , que Poa 
te conduisit comme s'il Tétoit: plufieuxs étoient 
piqués de l'honneur que L'on faiibit au Gtf^ 
jdinal de Noailles : <l'autres enfin avoicDC àà 
jvues & des prétentions fur le chapeau de 
Cardinal ^ tous ceux-là n'avoient garde de 
. fiure une démarche qui déplàiibit très fort 
su Pape , & qui fiu£>it voir que k Bul- 
k n*avoit pas une autorité fufiuante pour 
réunir les eibrits & calmer les conrdeiioe& 
Outre ceux-là il y en avoit enoxe d'autres 

3ue la ConfUtution avcMt d'abord revokés^. 
t qui enfuite par des vues d'iafierêts^étoknt 
&miliarifés avec elle, & avoient étoufiî k 
cri de leur confcience ; de ce nochbre étaient 
ks deux cardinaux de Rohan & de Bi£^> 
qui avoient conduit l'adàm de la BuDe. Or 
fcs prélats de cette claflè fe voyoient désho- 
norés & mcprifés du public , leurs procédu- 
res contre les ecclefîaftiques oppolàns caf- 
iees, leurs Mandemens flétris par les arrêts 
des Parlemens : ils n'avoient plus en mainces 
lettres de Cachet par lefquelles la Bulle avdt 
fiût tant de progrès. Dans une telle fitua- 

tion^ 



i 



Vtriti rini»e fenfhW. Entr. VIL ijp 
^on , le fèul pard qu*ik avoient à prendre i7i6« 
étoit d'avouer humbkinent leur faute & de 
la reparer. Mais au lieu de (è conduire d'u- 
ne manière qui leur eût été fi honorable de- 
vant Dieu & devant les hommes^ ils aimè- 
rent mieux par xin miferable pomt d^on- 
neur foutenir leurs démarches précédentes , £c 
les couvrir du prétexte d'un zde ardent pour 
k Religion^ ils crurent que les Bre6 fou- 
droyans qû'âs fèroient venir de Rome^ & la 
cx^xïtt d'un iôtdevement obligeroient M. le 
R^ent à leur accorder ce qu'ils defiroient. 
Enfin, pour dernière reflburce , ils refelurent 
de ibuffler le feu de la divifion par tout le 
royaume, de confommer le fchiune par des 
anathêmes fie des excommunications^ en un 
mot ils vouloienc pêcher en eau trouble. 

ta M. £h mon Dieu ! cela fidt horreur; 
Il n'y a que le defi^kdr qui puiiTeinQnrerde 
pareils deuèins. £ft il- poffible que des évê». 
ques ayent pu iè porter à ces extrémités ?Cc: 
u paroit incroyable. 

JLe C. Je pounois auffi vous demander^ 
s'il étoit fort croyable qu'entre douze Apôtres 
appelles & choifis par Jefiis-Chrift même, 
inftruits à fon école, témoins de fes adions 
& de fês miracles, & comblés de fes bien- 
faits , il s'en trouveroit un qui vendroic ibn 
Maître, & qui le livrerait à fes ennemis par 
la trahifbn la plus noire. L'épifcopat dtune 
dignité très fainte ; mais ceux qui trouvent 
le moyen d'y parvenir , n'en deviennent pas 
toujours meilleurs^ au contraire le crime que 
commet un ambitieux en prc^anant une 
chofè fi fainte, mente que Dieu l'abandonne 
à fes ténèbres & à toute la corruption de 
Ion cceurj & alors de quoi l'homme n'eft-il. 



1+2 Kff/V/ reniM Jenjibïe. Entr. VIL' 
1716. premières allures, mais pluiieurs des prâatt 
oppoians refufoent nettement de le luivie 
dans les engigemens qu'il prenoit d'accepter 
la Bdle. Tant qu'il ne fut queftion que de 
prefenter au Pape les difficultés qu'on trou- 
volt dans (à Conftitution, les prélats oppo- 
ians étoient tous d'accord; mais il n'ai fut 
pas de même pour le Corps de doârine: 
plufieurs refuferent de travailler à cet ouvra- 
ge qui leur paroiflbit être deftinépourfèrvir 
I l'acceptation de la Bulk. Ainfi conunen- 
^ Il (è former entre les prélats oppofiuû une 
divifion qui devint très (ènûble ckns la fui- 
te. Cependant M. le Regeot fit partir- pour 
Rome M. Chevalier Grand-Vicairc du Qb^ 
dinal de Billy, homme capable de conduire 
habilement une n^ociation. & dont la pro- 
bité empêchoit qu'il ne pût être fulped à 
ducun des deux partis. Cet Abbé fiit char- 

fé de reprefencer au faint Père de la part 
u Prince, les difficultés des évêquesScdes 
théologiens oppofans , les allarmes des per« 
fonnes de pieté, le foulevemeot genml des 
cfprits ) le triomphe des hérétiques , 6c de pria 
& Sainteté de remédier à tous ces mauz^ 
ou en donnant à Ùl Bulle desesplicadoasc»- 
pables de mettre la vérité à couvert, ou en 
sçpTOuvant celles qu'on devoir lui pre&neo; 
Le M, Voici donc encore l'affaire de la 
Bulle qui va fe jnromener à Rome. £n in- 
t-€ile mieux pour avoir repris fon air natal, 
& fera-t-elle plus chrétienne , lorfau'elle re- 
viendra en France , que lorfqu'elle y vint 
pour la première fois? A vous dire le vrai, 
j'en doute fort. Cependant c'étoit une oc* 
cafion bien favorable pour tâcher de cou- 
vrir les défauts de cette piece^ ôc de pie- 

vc- 



Vérité rendue fetiphle. Entr. Vn. 143 
jKsàx les fuites âcheufes qu'elle devoir na- tiii» 
rureUement avoir. Mais après tout^eoue voua 
aous avez dit de la oxKluite que k Cbur de 
Rome avoit tenue du vivant de Louis XIV: 
3a ne pouvoit gueres fe flatter qu'die ferait 
souchée des maux que la Conftitutioo avoic 
:aufés , & qu'dUe ie mettrait en devoir d'y 
i{qporter qudque remède. 

JLf C. Vos conjeâures ne font que trop 
bien fondées. On vit en cette ocâtfion qud 
dl le génie de la Cour de Rome : combien 
elle eft fenûbie à fts propres intérêts Jak>u(è 
de. toutqs fb prétentions, zélée & attentive 
pour étendre ùl domination , & indifférente 
pour tout ce qui n'interefle que la jufticefic 
la vérité 9 le repos des confciences & le (à-; 
lut des âmes. La prefence de l'Abbé Che^ 
valier mit le Pape dans le plus cruel embar- 
ras. Clément AL regardoit fit Conftitution 
comme un Chef-d'oeuvre & comme diâée 
par le Saint-Efprit ^ & il s'étoit perfuadé qu'el- 
le avoit été acceptée purement & fimple* 
ment par pre&ue tous les évêques de Fran- 
ce ^ 1 Abbé Chevalier au contraire n'étoit 
envoyé que pour lui reprefenter les défauts 
de cette admirable BuUe, & les difficultésqu'd*- 
le faiibit naître ; pour le prier de remédier aux 
maux qu'elle avoit caules , & pour lui faire 
toucher au doigt & à l'œil que l'acceptation des 
évêques de France n'étoit nullement pure & 
fimple , mais relative & d^endante des ex- 
plications qu'ils avoient pubuées. Ces éclair, 
ciflèmens étoient infupportables au Pape : 
mais il ne fiivoit comment £dre pour (ë de- 
barraflër de celui qui étott chargé de les lui 
donner. L'Abbé Chevalio- demandoic à hau* 
te voix des explicadoos t>u OU refus, & le 

Pape 



'144 Vèfiti^ rendue jeiiftbU.-TLiirvi. VH. 
^71^ P^pè oc vouloit ni accorder les explicatiom 
di les refufer nettement, parce que les ex- 
plications lui fembloient injurieufes àfiiSul- 
le dont il avoit tant vanté la netteté •& h 
xiarté, & qu'un refus. pouvoit4ui attirer de 
terribles chagrins. 11 -prit donc le parti dV 
mufer TÂbb^ê Chevalier par des négotiatîooi 
qui n'aboutiiToient à rien, en attendant que 
ies GonftitutioilBaires de France le tinflcnt 
d'embarras , ou -que l'occaiion fê prefèntit 
de frapper quelque grand coup ciqpaUe de 
rompre toutes les voies de conciliation, iynfi 
k Pape nommoit des cardinaux ou des of- 
ficiers de fbn Palais pour conférer avec M. 
Chevalier , car pour lui il ne voulut, jamtii 
Jui donner audience ^ -mais à.;peine^les eofi- 
ierences étoient commencées qu'il ks^fitiiôâ 
ceflèr. Quelques jours après u fidfbit âûoe 
de nouvelles proportions qui n'avoieot pas 

Îlus de folidité que les premières. D'un jour 
l'autre félon les nouvdles boones oamtu* 
vaifès que le Pape recevoit de France > or 
voyoit fe fuçceder tour-à-tour les naenioei 
•& les promeiTes., les craintes & les tfi^ 
rances. C^ux qui connoiûènt un peu lei 
allures de la Cour de Rome , ne îoat pdac 
du tout furpris de lui voir faire ce manœ^ 
fur tout fous Clément XI. natur^etnentir- 
refolu , & qui après avoir beaucoiu) baba* 
ce prenoit ordinairement le parti le txxâdê 
bon. 

JLe M. A la bonne heure donc pour ceui 
qui ia connoifTent:^ mais ce n'eft pas -là IV 
dée qu'en a le commun des hommes. Boux 
vous pnrler franchement ^ je m'imaginoisbîea 
que les Papes ^ les Cardinaux , les évêqucs^ 
ks prêtres ^ ks moines ne font pas tous de» 



VerHé renJuB finpbh. Z^rti. VII. x+î 
Unts à cwatù&x & que parmi les gens Aw. 
L'Êgl^e & les moines, à Rome comme en i7i<* 
France» il y a du bon & du mauvais, & 
noins de bon que de mauvais. Mais je cro- 
rois que la plupart de ceux qui tiennent un 
"ang diftingué ^ étant pour l'ordinaire des 
i;ens de condition ou des hommes de rneri* 
:e, avoient des ftntimens de probité, d'hon* 
neur & de rd^km, les uns plus, les autres 
moins^ £c qu'us avoient attention à con(èr« 
^er la Àiî de l'Egliiè dans & pureté, du moins 
à ne pas altérer ni corrompre les vérités iâin- 
:es dont iils font les dépoiitaires, à mainte- 
nir la paix dans TËg^e , à ne point y ex- 
dter de troubles ni de difputes, & enfin à ne 
point s'embarquer de gayeté de cœur duis 
des démarches cqpabks de nuire au iâiutdes 
imes, & de les déshonorer eux-mêmes de-^. 
vaxu Dieu Ae devant les hommes. 

Le C. Vous ne vous trompez pas entiè- 
rement : car en eâet la Cour de Rome , c'eft- 
à-dire , cet allèmblage d^mmes dont les 
intérêts & la fortune font liés avec Fac- 
croiflement da richefîès, de la puiflànce & 
des autres avanttf es tempcMrds dont les pa- 
pes font en poflë^n , cette Cour n'eft pas 
d'humeur à renverfer de gayeté de coeur la 
doârine de rEgIiife,nl à are naîtredescon- 
teftatioBs entre les théologiens: mais aufli 
il £uît vous dire que fon grand objet , & 
l^iole auquel elle ûcrifie tout le refte, c'eft 
fon propre intérêt, & *ùl grandeur tempo- 
relle. Dans les difoutes qui s'élèvent, fi cBe 
favorife un parti plutôt que l'autre, ce n'cft 
pas toujours parce qu'elle croit Tes fentimens 
meilleurs & mieux fondés: mais c'eft qu'elle 
y trouve mieux foncosipte. La vérité , la ju- 

Tome ï. ~ G fticc^ 



Ijj/Î Feritf renihe finfihk. Ehth. VIL 
X7KS. fticc, l'innocence, le bon droit, tout cdt 
cft une fbible recommandation auprès d'dle, 
^r tout fi cela s'accorde mal avec fès inté- 
rêts; car le capkal de la religion des politi- 
ques Romains , c'eft d'élever le Pape au dct 
fus de tout. Pour le refte , leur CreJè A 
fort aifc & fort abrégé : ik fe contentent de 
cfôire que le Pape peut tout & fait tout, ou 
du moins qu'il peut quand il veut pronon* 
ccr la vérité fur tout j & ils ne fe mettent 
gueres en peine d'en favoir davane^. En 
confequence ils ne s'amufent pas à étudier li 
dodrine de l'Eglife dans l'Ecriture fitinte flc 
dans les ouvrages des &ints doâeurs. Pour 
Tordinaire, leur théologie efl: renfermée dam 
les Bulles des Papes : avant que de les avoir 
lues ils croyent fcrmethçût qu'diéi 4:ontien* 
Tient la pure Vérité, mars ils; nepouflcnt pas 
la curiofité jufqu'à vouloir- connoître qucBes 
ibnt en détail les vérités qui y ïcfok decidée& 
Ainfi toutes ces perfbnries font convaincue! 
ou paroilTent l'être que le Pape cft inf«Ilî- 
ble, qu*il eft le fouverain maître de toutei 
chofes, des couronnes & des mitres ^ des 
charges & des bénéfices, &: que tousdoivent 
recé^eif fes ordres & fes decifions avec la 
dodlité là plus parfaite , lesévéques con^melëi 
curés,lesrois commeles magifmtsj&legnpdi 
ou pour mieux dire l'unique objet deleur zde^ 
c'efl que tout le monde (bit convamcu auffi 
bien qu'eux de ces prérogatives & de ces droits 
eu Pape , afin qu'on vienne apporter aux pieds 
du Saint Père les hommages , les fbutdiffions & 
ftufli les richefles detoute la terre. Remarquez, 
s'fl vous plait5que les Papes & les Cardmaux 
font à la tête de ce$ hommes donc je vous 
parle 9 & qu'ils font plus intereflës & plus f 



rerité renAte Jenpbk. Ektïi. Vil. t^ 
ttelés que perlbnne à £iire vabir cespreten-. ijiHy 
tions û exorbitantes. Après cela je vous luflè l( 
penfer dequel œil ils pouvoient regarder l'Abbé 
Chevalier^âc les propoûtioDs qu'il venoit faire. 

JLe M, Mais û le Pape croyoit être infidl- 
lible, que rifquoit-il à parler clairement , te 
à inftruire les évê^ues qui avoient recours à 
lui ? Si la Bulle luiparoiflbit fi lumineure & fi 
conforme à la doébine de TEglife , les di£ScuI» 
cés des évêques oppo£ms n'en étoient qu« 
plus aiiees à réibudre , & la conduite du Pa", 
pe qui refiiibit de faire une cbofe fi aifëe^' 
qu'on lui demandoit avec tantd'infbnce^ea 
etoit d'autant plus inexcufàble ? 

liff C. La réflexion que vous fiûtesefttrèi 
fenfée. Si Jefus Chriil avoit donné aux fiic* 
ceflèurs de S. Pierre le privil^ de l'infail- 
libilité, fans doute que ç'auroit été pour in* 
ilruire les fidèles dans les doutes qui s'élèvent 
fur la foi ; ainfi Clément XI. devoit faire 
ufage de fa prétendue infaillibilité pourexpli^ 
quer fa Bulle, comme il croyoit l'avoir em- 
ployée en la drefTant , ou fi vous voulez en 
adoptant le projet qu'on en avoit drefïe. C'tfl 
ainfi qu'auroit agi un tribunal vraiment infail- 
lible. Les Conciles généraux , par exemple, 
allures de leur infaillibilité qui eft fondée fur 
la parole de Jefus-Chrifl , ne trouvent pas 
mauvais qu'on leur demande des éclairciflc- 
mens fur les decifions qui ont été pronon- 
cées , & ne font aucune diflSculté d'en don- 
ner, parce qu'ils font Cément incapables 
de fiavorifer l'erreur €n fwmant leurs décrets 
& en les expliquant. Cette infeillibilité fi 
fimple, fi utile à l'Eglife, n'efl pas celle de 
la Cour de Rome. Quoiqu'elle foutienne 
liautement & chaudement l'infaillibilité du 
G 2 B^^^ 



f 4S retstif remkàe fenfble. E^TTR. VIL 
171^. P^PC) cependant au fait & au prendre coi 
'^ rules poUdques n'oiëroienc s'y fier: ils trem- 
blent toujours lorfqu'il eft queftion de déci- 
der clairement quelles font les vérités aux- 
jquelles on doit s'atucher, & ils cra^œnt 
d'être .pris en défauc. 

Le M.VL paroîcroit par-là qu euz-mêmo 
ne font .pas trop ajQTurés de leur infaillibilité; 
j& en ce cas^ il iboit prudent à eux de ne 
h pas trop riiquer. Mais il me iêmble qu'ib 
Vavifent bien tard de pendre ces precaii- 
^tions, car outre la Bulk Unigtnitus quifuf* 
fie pour couler à fond leur inâullibilice, j'ai 
oui dire que depuis cent ans on i^voit pu- 
blié à Rome beaucoup de Bulles^ 6c coodam- 
né un grand nombre de livres. 
. JLtf C. Ce ^ju'on vous a dit eft vrai, maîi 
cela s'accomiDode fort bien avec la polidque 
Ronuine. Car prefque toutes ces BuUes & 
ces cenfures ne font que des condamnations 
v^;Hes9 où l'on accumule un tas d'injuro 
/ur un livre entier, ou fur un certain non^K 
de propofidons. Ces fortes de décifions fine 
^out-à-fait du goût de la Cour de Rome» 
^ il eft vrai que depuis un (iecle elle ne Is 
épargne pas, parce que à force de fubdlic&i 
-de diicanes, de diftiàâions, & en donnant 
-iiux proportions les plus ezaâes des fens foroéi 
Jk extravagans^ou trouve toujours le movcQ 
xie juftifîer les condamnations les plus injuftei^ 
& de ramener ces oracles ambigus àun feu vé- 
ritable. Ëneore les meilleurs politiques de cette 
Cour font ils <x-dinairement les plus oppofîf 
aux decifions nouvelles, quand il s'agit de 
fa voir fi on prononcera, quoiqu'ils fo faflcnc 
enfuite un merice de les foutenir , en lai(&Qt 
^ux théologiens le foin de les expliquer. Mais 

pour 



Vériti ftndui Jenfible. Entr. VIL 14> 
pour des deciûons claires- & {niécifes où Ton j7xf( 
propofe nettement ce qu'ils faut croire, Ros- 
ine né fe bazarde gueres i en* donner , & 
depuis quelques fiecl» nous n'envoyons preJt 
que plus de cette dpece. 

Le M. Mais fi 1» Bulles qu'on envole de 
Rome (ont fi vagues & fi embrouillées, je 
ne vois pas qu'elles puiflënt être d'aucune 
utilité^ au contraire elles doivent produire des 
difputes éternelles entre les Théologiens ^ cha« 
cun voudra s*en fovir pour appuyer ion in- 
timent bon ou mauvais , & pour finir la 
querelle on aura bdCbin d'une nouvelle Bulle 
qui ex|dique & détemoine le fens de ki 
précédente^ & qudle mer i^ boire, filafe- 
conde eft auffi obfcure que la première? 

Le C. Croyex-vous que la Cour de Ro- 
me s'embarraflè de ces inconveniens ? point 
du tout. L'£glife & la vérité en fouSreiit, 
taais Rome y trouve fon compte. Ces déci- 
£ons embreuilléoi lui fervent à- merveille pour 
étendre à l'infini fit domination. £lle voit 
tranquillement une foule de doâeur5*& de 
théologiens fe donner la torture, & fuer à 
groflès gouttes pour tâcher de deviner ce 
qu'elle a voulu dire, & pour empêcher qu'on 
ne hSé retomber fur les vérités les plus eilën- 
tidles du chriftianifme ces condamnations va- 
gues où elle a renfermé des propofitions bon- 
nes & mauvaifès^ quelquefois compofcr des 
volumes pour foutenir qu'en telle Bulle à tel 
endroit , il doit y avoir une vii^le : Rome 
voit tout cela du haut de Ibn thrône : elle 
pourroit y remédier : deux mots feroient eef- 
ta toutes ces difputes, mais die ne juge pas 
i, propos de s'expliquer. Cependant 1^ dis- 
putes s'éçhAuSoit & fe perpétuent; llafa* 
G 3 Ycur 



I 



tfo Vérité rendue fenfble. Entr. VIL 
0îCî veur de ces troubles l'erreur s'infinue, les vé- 
rités fondamentales de la Religion font ébran* 
16es & révoquées en doute; parce que des 
liommes téméraires ont la harcUeflè de lesat* 
taquer, on s'accoutume à les r^rder com- 
me des queftions fubtiles, fur lefqudles oa 
peut ifidifièrement prendre parti pour ou con- 
tre , fie qui ne méritent pas qu'on en faflfe uoe 
étude ferieufe. A Tabri d'une proteftation gène- 
raie de foumiffion à tous les décrets de Kome 
faits ou à faire^ on voit des théologiens avancer 
des erreurs monftrueufes , fie défigurer la monde 
de r£vangile par des relâchemens honteux"^ 
fie cela impunément parce qu'ils ont fcMn d'a- 
vertir qu'ils ne^foutiennent tout cela que pir 
proviûon , fie jui^u'à la deci&on du fàintSw^ 
ge , deciûon qui ne vient jamais , fie qui 
^)argne toujours ceux qui font dévoués à la 
Cour de Rome. De cette forte TJ^Ûë de 
Jefus-Chrift, qui eft l'école de laveiké^pil- 
roit être changée en une école de pUldo- 
phes, où chacun fuit fes idées, fie fë Ait 
des d)pinions fie des fyftêmes félon (bn capri- 
ce , fie au milieu.de toute cette cohue, la 
feule chofe qui femble demeurer claire, cer- 
taine, fie inébranlable, c'eft qufcle Pape eft 
l'Arbitre fouverain de la foi de l'Eglife. 

Le M. Les difpofîtions que vous attribuez 
à la Cour de Rome, font fi àffi-eufes, que 
f ai peine à croire qu'il n'y ait pas qudquè 
exagération dans ce ^ue vous venez de nous 
dire. Pardonnez-moi , fî je vous parle de la 
forte i mais je crains que la chaleur des di^u** 
tes ne porte à repouuer les ennemis de la vé- 
rité avec une vivacité qui approche trop de 
{'aigreur. 
Ié9 C. Vous me faites pkufîr dcTous ex- 



Vérité rendue Jenfihîe. EnTR. VIL 151 
pUquer librement ^ vous me gêneriez beau- I7tff, 
coup , fi je vous voyois agir autrement. Mais 
malheureufèment tout ce que je vous ai dit 
a'efl que trop vrai. Les £uts parlent d'euz- 
nêmes. U eft public, & il eft notoire que 
depuis environ deux-cens ans il eft fort! de 
dôme un grand nombre de décrets ^quipref- 
^ue tous condamnent des livres ou des pro- 
portions d'une manière vague & générale. U 
eA confiant que dans plufieurs de ces de* 
crets on trouve des propoiitions les unes bon* 
ses, les autres mauvaises, confondues pcle- 
nêle^ condamnées également & confuièment. 
[1 ei(l certain que ces décrets ont occaiion- 
lé des difputes (ans fin, & que des auteurs 
lardis s'en font fervi pour altérer la foi de 
'fglifè & pour corrompre lamorakdejdfus* 
Chrift ^ une multitude de livres compoféf 
ians le dernier fiecle font une preuve lubû- 
bmte de l'embarras que ces décrets ont cau- 
£ aux théologiens attachés à la doârine de 
'£glifê, & de Tuiàge pernicieux que d'autres 
in ont fait au vu & au fçu de la CourRo- 
naine, fans qu'elle s'en loit mife en peine. 
Snfîn il ne niut qu'ouvrir les yeux pour rc- 
:onnoître que tout cela a fervi à entretenir 
]c à fortifier la domination abfblue & defpo- 
ique que cette Cour exerce dans l'Eglifè.De 
)retendre qu'elle ait publié ces décrets, & fait 
laîcre ces difputes dans la vue. d'établir foa 
LUtorité, je ne voudrois point le lui attri- 
mer , tant cela me paroit diabolique ^ & 
['ailleurs il n'y a que Dieu qui pénètre les in- 
entions fecretes qui font agir les hommes. 
Vlflis ces Politiques fi jaloux de leur autorité,, 
int été bien aifes de l'exercer quand l'occa- 
ion s'en eft préfentée ^ pour ne point riC» 
G 4. qucï 



Ija Vérité rendue fenfitle. Entr. VII. 
Sji6. qucr leur infidllibilite ils ont donné des dt-" 
crets embrouillés & embarradës qui reiflècn* 
bloienc à des énigmes: ils ont obligé les dMD- 
logicns à s'y foumcttre , en leur permettant' 
de les exf^quer à leur mode ; ils ne (e font 
pas mis en peine des pernicieux effets qu 3r 
ont produit: enfin trouvant que c*étoicuDe 
occafîon favorable d'étendre leur autotité, 
ils ont eu loin de la mettre à profit. Au re- 
fte, vous comprenez bien que tous les par* 
ticuliers qui compofent ce qu'on appdle 11 
Cour de Kome, ne font pas tous égûêaat 
jabux Se infatués de fes prétentions ambî« 
deuiès 'y il peut fe £EÛre même que qud^uci- 
uns gemiflènt en fccret fur une coodute fi 
oppcSëe à l'efprit du chriftiamfine, mais ea 
gênerai on peut dire que tous avec phjs ou 
moins de zèle tendent au même but ^ Se & 
propofent la même fin , qui eft de rendre 
k Pape Monarque abfolu de tout l'iuiivers. 

Le M. Une conduite & des diiîx>fitîons fi 
I>eu chrétiennes ne font gueres capables d'at- 
tirer la benediâion de Dieu fur r£^{ë, & 
de ramener dans fon fein ceux qui en font 
feparés. Mais je voudrois bien (avoir fi oo 
appcrçoit rien de femblable dans ceux qui 
ont été afOs fur la Chaire deiàint Pierredan 
les beaux tems de TEglife. 

Lie C. Si cela étoit vous n'en verriez pas 
un fi grand nombre dans tes Vies des laints. 
Mais fans m'arrêter à vous faire voir ks bor- 
nes étroites dans kfqudles l'autcM-itédesPapci 
étoit alors reflèrrée, il fuffit de vous cure 
que ni la fituation des chofes^ ni les loizde 
lËglifè qui étoient en vigueur, & auxqud- 
ks les P^pes eux-mêmes étoient founiis > si 
{eur huçâlké ne leur pérmcttoient point de 

rica 



y^ifiiftndte/hjitle. Ektr. VH. 15} 
^Urt d^pprochant. Depuis même que i^|f. 
■tons d'i^nmce ont donné moyen aux 
^diétecdre prod^ieufement leur autori- 
•> ««X d'entre eux qui étoient les plus ja- 
■fc leurs droits prétendus, trou voient bon 
P» fiilpcndît Tezecution de leurs décrets 
■ Jjfon y trouvoit quelque difficulté , 
*Vmi s'idreflât à eux pour en avoir Vt^ 
■"ôDanoit. La conduite queaementXI. 
ilBBcàasrafl&ire de k Conftituti<Hi, eft 
«dofcioouie dans l'Eglife; & il étoit ro- 
* ^^°ot re ficde de voir~ un Pape rcfuftr 
' ■•■■"ua de donner le mcMndreédairciifi- 
yfr une BuUc quiavoit cauic de fi grandi 
*■*?> & ne répondre que par- des mar- 
1*wdçnation> des menaces & des ex- 
5p*^tions aux reprefentations hum- 



. J^^ appuyées de la^reconrnMmda- 
ttt d'un grand Prince. 

J^ ^. Le voy^e de T Abbé Chevalier fut 
•oc cnticremait inutile , &- le Pape ne vou- 
« jimaii accorder ce qu'on lui denaandoit 
"wctanttfinftance? 

J^^- Clément XL demeura inflexible à 
™'^l« explications qu'on lui demandoit, 
«/Abbé Chevalier revint de Rome les mains 
'■'o après un fcjour de dix-huicmois. Mais 
Iflcluiavoit pas fallu tout ce tems-là poyr 
•■P^c le caraûere des gens à qui il avoit 
*■*: dèslexx>mmencement il s étoit bien 
V^ fi'oD n'obtioidroit rien du Pape tant 
f^ o'empbyeroit qtie les raifons les plus' 
■'"b&lei reprefentations les plus touchan-- 
*; k qtt.*oa ne ^lonneroit point <lc marques ^ 



IÇ4 Vérité fenJtte fenfibk. Ehtr. VII. 
i7X6. de vigueur & de fermeté : il ne fiit point k 
dupe des petites fineflfes , & des arcifio» 
dont Clément XL fe fervoit pour l'amufo. 
Il connut de plus en plus le génie de la Cour 
Romaine: là hauteur & fa fierté , lortqu'elle 
fe croit la plus forte, & qu'elle s'imagine qu'on 
la redoute : fa lâcheté & Ëibaflcflè lorfqu'OD 
lui fait fentir qu'on ne la craint point; & 
fon indifférence parfaite pour tout ce quint 
touche point fes intérêts. Ainfi l'Abbé Che- 
valier ne rapporta pas de Rome les cxi^àar 
tions qu'il étoit allé demander, mais en lé- 
compenfè' il en rapporta des lumières dont 
' on auroit pu faire un grand uâge. Il en r^ 
vint très convaincu qu'il ne fâUoit attendre 
rien de bon de la Cour de Rome, & très 
en état de donner des confèils fidutaires aux 
'miniftres du royaume, s'ils avoient eu zSEsL 
de courage pour les fuivre. 

Le M. £h quoi ! falloit-fl donc tant de 
courage à des perfonnes qui avoienc enmaia 
l'autorité fouveraine pour faire fëntir au 
Pape qu'ils étoient indignés de la manière 
dont il les jouoit ? N'avoient-ils pas un ixnt 
moyen pour le réduire à la raifbn ? Ils n'a- 
voient qu'à donner aux Parlemens pkine li- | 
berté de traiter la Bulle comme elle meri- 
toit de l'être. 

L,e C. n eft vrai qu'ils étoient très en état 
de fwre trembler la Cour de Rome, ma» 
ib ne connoifibient pas bien leurs forces & 
ne favoient pas en curer avants^. Us vou- 
kMent, difbient-ils, mettre le Pape dans fin 
tort, en épuifànt a fbn égard toutes les voici 
de douceur & de modération: ils craignoient 
les cabales des Jefuites & des conftitutioo- 
naires : la feule menace d^ fbudits du Vati- 
can» 



Verîf/ fendue fenfibk, EKTlLVÏf. rff 
cm, c'eft-à-dir€, des excommunications de 173^ 
Rome les fiûibit tremUer : enfin ils regar- 
doienc la nipture des négociations & des ac* 
commodemens comme le plus grand de tous 
Ibs maux, & ils étoient difpofés à tout fk- 
crifier pour le détourner. Telles étoient les 
difpoQdons de M. le Régent & de ceux qu'il 
aflbcioit au gouvernement du Royaume : le 
. Pape en étoit informé; il iavoit en dâiil 
tout cequifepailbitdansle Confeil le plusiè- 
cret du Prince: ion Nonce & plufieurs de 
nos évéques conftitutionnaires avoient foin 
de l'encourager à tenir ferme; ils rafliiroîent 
que la Cour de France n^en viendroit jamaif 
à des coups d'éclat , ni à une rupture , & 
qu'aind le vrai moyen de rétablir les aâairet 
de la Conftitution étoit d'envoyer des decreci 
fiilminans, & d'excommunier une bonne fois 
tous les oppofims, auquel cas ils lui promet-- 
toient qu'il feroit bien fbutenu de leur part. 

Le M, Dès que M. le Régent £c fes mi* 
nifh-es montroient fi peu de refolution , il 
»'eft pas furprenant que le Pape, qui fè vo- 
yoit en France un parti nombreux & puii^ 
fimt , n'ait voulu entendre à aucune propo* 
fition d'accommodement, & qu'ainfile voya- 

Ede l'Abbé Chevalier à Rome ait étépar-* 
tement inutile. 

Le C. Non feulement ceux quiécoienten 
France à la tête des af&ires ne fecondoient 
pas , comme ils l'auroient du , M. Chevalier,, 
mais même ils donnèrent dans un pi^aflèz 
groffier que le Pape leur tendit, & ik con- 
coururent avec lui à -rendre inutiles tous les 
travaux de cet Abbé. Clément XI. voulant 
travcrfer cet habile n^ociateur qui fuivoit 
toujours fà pointe, & alloit à fbn but, enta* 
C d mx 



15< yeritf nmàté fenfibk. EMTit. VH. 
If zffi ma une,Degocktion iècrette avec la Cour di 
France. Le ûint Père ne paroiflbit en.riea 
& ne prenoic aucun engagement: les çropo* 
(idons n'avoient d'autre appui du coté du 
Pape que la parole du P. Laffiteau Jcfuifea, 
c'eft-à-dire y d'un avanturier ans coiàëquei^ 
ce y qui n'avoit rien à nTquer , & que lePa* 
peferoit toujours le makre de defitvouer. Ce 
jdiiite qui, dans la crainte qu'oa ne leccxi- 
fuidît avec fes confrères, afiëâoit dedéchr 
mer contre fa Société, vint à Paris en poftc» 
avec toutes les iaçons d'un homme impof- 
tant: il entra en conférence avec M. le R& 
gent , & avec le Maréchal d'HuxeUes Mîm- 
Jtre des afikires étrangères : il fit de belles 
proportions , & donna des eQ)erances fitc- 
teu{es;niais quelque tems après lePapelaiffii 
tomber ce projet , & de&voua le P. La£Steau, 
comme s'il n'avoit pas eu la moindre part à 
fim voysge. C'cft ainfi que le Papejouoit 
la comédie pour éluder les inftances del'Ab- 
bé Chevalier, en attendant quelque conjoo- 
âure favorable pour faire en faveur de 6 
Bulle qudque démarche éclatante. 

Le M. Quoiqu'une pareille conduite ibh 
bien indigne cfu premier Vicaire dejcfus^ 
Chrift , cependant j'y trouve un avanti^ 
pour la bonne cauiè y c'eft que le Pape ne 
voulant pas entendre parler d'une acc«)tatioa 
fondée fur des explications, le Cardmal de 
Noaillés & les évêques oppo&ns iè trouvoîent 
par là délivrés de rembùrasdesn^ociatiom^ 
£^ pouvoient prendre dans cette affidre un 
parti. plus conforme à k droiture 6c àlafio- 
cerité. 

Le C. Oh vraiment ils n'en étoîent p«s 
•acore quittes, & M. le R^ent n'étottpts 

£Îpo- 



Verit/finAÊifennUi. EntH. VU. IÇ7 
d^)oi% à lâcher priie fi tilËmeot. Au con- xyt^ 
traire, voyant qu'il n'y avoit plus rien à df- 
perer du côté de Rome> il tourna toutes fes 
CNitteries du côté de la France, & àibrcede 
iblUcitatîoQs il obtint parole du Cardinal de 
Noaillei qu'il accepteroit la Bulle, pourvu 
qu'il lui fut permis de Uer ion actmcation 
avec de bonnes explications approuvées par 
cinquante éviques. Âinfi ce Cardinal rentra 
de nouveau dans le labyrinthe des négocia* 
dons avec les prélats qui voulurent bien* l'y 
fulvre : il fallut produire la formule ouïe mo- 
dèle d'accepution , & les explications qui en 
dévoient être le fondement,afinque ces deux 
pièces ayant été examinées & approuvées par 
les évêques conftitudonnaires,on pût annon- 
cer que le paix étoit faite & que les évéquei 
étoient d'accord. Mais tout cela ne réuffit 
pas comme l'efperoit M. le Rcgent: à chaque 
pas on étoit arrêté par mille difficultés j les 
Cardinaux de Rohan & de Bifly & leurs évê- 
ques n'étoient pas contens du Corps ou Pré* 
cis de doârine du Cardinal de Noailles,c'eft« 
à*dire des explications fur Idquelles il vou* 
loit fonder fon acceptation. A conliderer cet- 
te pièce en eUe-même, ces prélats avouoient 
me c'étoit une belle er Jkvante Dijfettathm 
%r un grand nombre des frincifaux feints de 
U Helipen ^ mais dès qu'on la rappro- 
choit de la Conftitutioa , ils en parloient 
tout autrement : ils trouvoient que les véri- 
tés y étoient exprimées trop fortement : 
qu'on n'y ménageoit pas afièz certaines opi- 
nions de r£cole, c'efl*à-dîre ,les nouveautés 
des Jefuites : qu'on y prenoit des précaudoot 
pour con&rver des ventés dont il n'ctoitpai 
^ueftion ^ comme fi la Bulle y eut donné 
G 7 quel- 



^ 



t^ Vérité renJui fenphh. EntR. TH. 
'I7î7« qudque atteinte ^ qu'on mectoit à Fécart le 
livre des Reflexions morales , en donnant 
pour objet de la cenfure des erreurs dont il 
n'étoit pas queftion: enfin ils difinent qu'ac- 
cepter h Bulle avec de pareilles ezplicadoasi 
e'étoit dans la réalité accepter les cz[dia- 
tions , mais non pas accepter la Bulle. 

Lé M, Dans tout cela je ne vois encore 
rien de clair, ni de précis: en s'expliquaix 
de cette forte, les négociations ne dévoient 
pas aller bien vite. Mais enfin M. le Ré- 
gent n'obligea-t-il pas ces prélats à parier 
clairement & à dire leur dernier mot ? 

jLf C. Se voyant prefles par M. le Duc 
d'Orléans , ils prirent le parti d'écrire à ce 
Prince une lettre où étoient inferés huit Ar- 
ticles de doârine qui n'étoient autre chofe 
Sue le Précis du Cardinal de NoaiDes un peu 
efiguré:ies évêques acceptons approuvoienc 
jftv\% du ces VIII. articles, à condition qu'on ne les 
card»n^^«fcpareroit point du refte de leur tettre , &. 
■* ^^ " que leur approbation feroit r^rdée comme 
non avenue au cas que l'on ne pût convenir 
entre les deux partis fur le modèle d'accepta- 
tion^ Voilà jufquoù les prélats^ acceptans 
•pouilèrent leur complaifimce pour M. le Ré- 
gent : car ils nous alTurent eux-mêmes, qu*il 
***• y avoit dans ces VIII. articles beaucoup de 
chofes Qu'ils n'avoient paffées qu'à regret; 
maïs, ils les avoient pafTées dans refperance i^ 
qu'on ne fepareroit point ces articles du re- 
fte de leur lettre, ou là vérité tnmvoH tmnt 
tP éclair cijfemens é^ tant de Jècomrs. %^. qutate 
bonne acceptation remedieroit à une partie des 
inconveniens dont ils n'avoient pu obtenir le- 
. remède. 30. Enfin que l'Inftruâion paftorak 
des XL. qui étoit rappellée dans ce& articles» 

te- 



rerîtf femki fenfibh. Entr. VIL 159I 
faoit comme le lupplemenc de ce qui pou- 17 'Ti 
Yoit manquer à ce nouvel ouvrage. C'eft 
à la £iiveur de toutes ces précautions, de ces 
fiifpkminsy remèdes-^ écUirciJfemens ^ ^ fi* 
€ûtnrs^ que les Cardinaux de Rohan & de 
âifly & les prélats de leur bande approuve* 
rent le Précis de doârine du Cardinal de 
Noailles, après lui avoir donné une forme dif* 
fierente & y avoir Sût quelques changemens. 
Si tout cela vous paroit embrouillé &inintd- 
ligibJe j je puis vous aÛurer pourtant que 
€;étoit l'ouvrage de gens d'efprit, & qui pis 
eft, c'eft qu'i£ y avoient employé tout leur 
eQ)rit. 

Le M. Eh bon Dieu! Quel cahos?jpour« 
quoi ne pas s'énoncer comme le refte du 
genre humain ? Si ces Meffieurs parloient pour 
n'être entendus de peribnne, & s'ils avoient 
mis leur efprit k Talembic dans le deûèin de. 
£aire un galimathias où Ton ne pût rien com- 
prendre, on peut dire qu'ils avoient parfai- 
tement réulli. Il fallcMt donc que ce Précis 
du Cardinal de Noailles , même après avoir 
été retouché par ces Meffieurs , fut une 
étrange pièce pour avoir befoin de tant de 
fipplemeus , de remèdes ^ de fe cours & iécUir* 
cijfemens, 

JLe C, Ce Précis cependant n'étxîit autre 
chofe qu'une expoûtion très fimple & très 
claire des vérités qu'on doit croire, & des 
erreurs qu'on doit condamner , & cette ex- 
poûtion rouloit fur les matières qui ont rap- 
port aux 101. propofitions du P. Qucfiicl. 
Rien n'étoit plus aife , ce fembk , que de dé- 
clarer nettement ce qu'on en penfoit : fi l'er- 
reur y étoit infinuée , fi on y donnoit quel- 
que, atteinte à b £ûae doârine, les prélats 

de- 



xtfo Vérité fendue fenfUe. EllTlt. VIF: 
jjip dévoient le faire remarquer ; mais ce xi'étt^ 
pas làcequiIe8arrêtoit& cequilesempechcÀ 
de donner à ce Précis une pleine & entiè- 
re approbation. Cétoit k crainte que le 
Gar£nal de Noailles n^en tirât untroperaod' 
avantage, & que fe voyant juftiflé & viào^ 
ârine reconnue pour bonne & orthodoxe, il nt 
voulût plus entendre parler d'accepter 1% Bul- 
le; ils craignoient encore qu'après un terne»-- 
niage fi authentique rendu à h foi des oppo- 
&ns , à k vue de tout le io]raume., it ne 
reftât plus aucun prétexte de déclamer con- 
tre eux, de crier à llierefie , de les excooi- 
munier & de les tourmenter en quelque au* 
tre > manière. Or il étoit important pour k . 
Gour de Rome, pour les Jefuices & pour un 
ftombre d'cvêqucs acceptans , d'entretenis 
dahs refpit des puiflànccs & des peuples IV 
dée d'une kât d'beretiques pemicieuÉeàMr*.. 
gUfe & à l'Etat; en. excitant un grand brait 
contre cette prétendue kStCy clncun trout- 
voit le moyen de faire fes petites afiSûres àk 
ftveur de tout ce vacarme. 

Le M. Au -milieu de tous ces eml»rras & 
de ces <îétours , il paroît que les évêouesac-* 
reptans étoient prefque entièrement d^accord 
avec les oppofans fur k doârine; il n'étdt 
donc plus queftion que de convemr d'un mo- 
dèle d'acceptation^ ce qui n'écoii pa»im- 
ppffiUe , vu les dii'pofitionsoù étoit le Càr^ 
dinal de Noailles^ & les ^cilités quonavok 
de k part de M« le Rcgent. 

Lêr C. n eft vrai que tout {èmbloit annoD- 
cer un fuccèsde ces négociations conforme 
aux vues de M": le Régent; le Cardinal ;de 
Noailles s'afibibitflbit imenfiblément : fedok 
par fon humeur pacifiquc^dc par ksctfeflb 

4» 



Vérité tendue fenfible. Entr. VIL i6t 
iu Prince, il rd&choic chaque jour quelque 171^ 
chefe des conditions, qu'il avoic exigées y fie 
s'écartoit de fes premières vues. D un autre 
côté M. le Duc d'Orléans , qui. è^ jour en 
jour devenoit favorable aux acceptans , le 
prefibit vivement de finir , fie adiftoitlui-mc* 
me aux conférences qu'on tenoitpour lever 
ce qui relboit de difficulté& Mais deux grands 
éveneœens réveillèrent cette Eminence , lui 
firent appercevoir le précipice où il alloit 
tomber, fie lui fournirent un prétexte honnê- 
te pour fè tirer dea fïcheux engagemens . où 
il s étoit jecté par un excès de condescen- 
dance. 

LêB m. Qiids furent donc ces éveneme»; 
iqui vinrent (i à propos pour tirer d'embarras 
te Cardinal de NoaiUes? 

l^e C. Ce fut xo. le fbulevemeot^eralde 
tout ion diocefb contre l'acceptation de la 
Bulle. Jufqu'à ce teznsrci le Clergé de ce 
grand dioccie. rfavott point eu L'occafion de 
manifefler en public d une manière folemnd- 
k Tes fentimens fur la Conftitution. Du vi- 
vant de Louis XIV. la fermeté du Cardi^ 
ml avoir mis Ton Qergé à l'abri des vexa- 
tions y fie l'avoit difpenié des démarches qui 
auroient pu attirer l'orage; mais le bruit qui 
fe répandit que ce Prélat (i chéri fie fi refpe- 
âé atloit recevoir la BuUe avec des explica- 
tions , ce bruit caii& une allarme générale : le 
Cardinal fê vit auifitôt accablé de députa- 
tions fie de lettres que lui adrefferentprefque 
tous les Curés de la ville fie de la campagne, 
Us vicaires, le clergé de chaque paroiflè, fie 
]ja plupart des communautés feculieres fie ré- 
gulières: tous l'afTuroient qu'ils lui.demcu- 
teroienc invie^blement unis , tant qu'il con- 
tinue' 



t62 Vérité rendue fenftble.EYUrvi. VII; 
^17. tinueroic à défendre la vérité ,- & ils protc^ 
tdïoient en même tcms que jamais rien ne 
lèroit capable de leur faire accepter la Bulle, 
de quelques explications qu'elle fût accom- 
pagnée. La Sorbonne voulut joindre fà voix 
à la réclamation générale du Clergé^ de IV 
veu & au nom de la Faculté plus de cent Do« 
âeursfè traniportercntàrArchevêchéayant]à 
leur tête le Syndic & le Doyen qui parlant au 
nom de tout le Corps, afTurerent le Cardi^ 
nal , que la Faculté, lui iêroit inviolahlement 
attachée, tant qu'il continueroit à fbutenirle»- 
intérêts de la patrie, de TEgUTefic de la vérité» 

JLe M, L'autre événement que vous m*** 
vex annoncé eft-il auili confolant & auffi 
avantageux à la bonne caiiiè? 

JLe C, Vous allez en juger vous-même^ Je 
crois que vous n'avez pas oublié ce que je 
vous ai die touchant quelques-uns des évé* 
ques oppofâns, qui refufèrçnt nertement de 
fi'engager dans des n^ociations qui dévoient 
aboutir à une acceptation de la Bulle. Ces; 
prélats fc fortifièrent de plus en {dus dans: 
cette réfblution en voyant les mauvais e£Feti 
que produifoit la moUeflè du Cardinal de 
Noailles. Ainfi après en avoir délibéré en- 
tre eux & avoir pris l'avis de quelques per* 
finmes également difHnguébs par leur fcience 
& par leur pieté, ils crurent qu'il étoittenu 
de remettre les chofes en rcçle^de pourvoir 
à la fureté du dépôt de la foi, de mettre fin 
aux égards , aux condefcendances ^ & aux 
ménagemens exceffiCs qu'on avoitjeusjufques- 
là envers le Pape, & d'appliquer les derniers 

«edes aux maux extrêmes que la Bulle avoir 
« & qu'elle ne pouvoit manquer de pro* 
' pv la fuitei ils refolurenf; de portée 

toute 



Vérité renâue fenhble, Entr. VIL 1*3 
toute cette grande affidre au jugement de l'E- 1717^ 
ghfe univerfelle, d'appeller au Concile gêne- 
rai de la Bulle Unigenitus ^ & de reclamer la 
proteâionde ce fupreme Tribunal contre tou- 
tes les pourfuites , vexations ou cntreprifes 
qu'on pourroit faire à leur préjudice en ver- 
tu de ladite Bulle. Pour donner à cette im- 
portante dematche toute raurfienticité con- 
venable, les prâats après avoir figné leur 
A<ae d'arod le i. Mars, fe tranfportercntle»- ^ar» 
5. du même mois en Sorbonne, où la Fa-'^'^' 
culte de théologie .étoit affemblée: ils y fu-^ '^"*^ 
rent reçus avec toutes les marques dcrelpeâ: 
& de vénération^ &: après que M. de Mi« 
tepoix eut annoncé le fujct qui les amenoit, 
M. de SeneZi lut leur Aâe d'Appd. Cette 
leâure excita des cris de joie & des applau- 
diilcmens dans Taflèmblée; Tafiàire fut mîfe 
tn délibération', & les Doâeurs prefqueunac- 
oimcment , non fealement louèrent & approu- 
verent la démarche des prélats, mais encore 
fe joignirent à eux & s'engagèrent à pour- 
fiiivre & à fijUidter par tous te moyens con- 
venables le jugement de cet Appd. Je ne 
crois pas , après le récit que je viens de faire, 
que vous vous plaigniez pour cette fois que 
je finis nos converCitions , fans vousfidrc en- 
vilàger de confolation au milieu des maux 
^nt je vous ai entretenus. 



EN. 



Wvr* 



'164, Verni rendue fenfihk. Eimt. VlII. 



ENTRETIEN VIIL 

Suites de T Appel des IF. Évêques. M- 
frejfton qtîil fait à Rome cr enFram 
ce. Dijpofitions de M. le Régent. Né- 
gociations également infru^ueeêfes. 
Déclaration dti Roi pour impefer fi- 
lence. Rupture des négociations. Ajf^ 
pel du Cardinal de Noailles^ 

LE Marchand. . Je crois ; mon did 
Fadair» qu'en finiffint fi bruiquÊmeot 
ftotre dernier entnietien^ vous avez voulu jrir 
•quer notre curioûté^fic nous faire coi^Mvoir 
jm grand defir d'apprendre les évencmeos* 
dont vous tvez à nous inftruire. Si cda eSty 
wom avez. fort biearéulBi &, lâoa r^pd^ 
ier ce que vous nous avez dit en fimmuit}' 
vous pouve?^ tout d'un coup entrer en ma- 
ticre, après que vous nous aurezdit lenomr 
bre Se les noms des prélats oui allèrent p(V* 
ter leur Aâe d*Âppd en Sor Donne. 

Le Cure'. Cétt>it IV. des Evëquei du 
royaume les plus recommandables par âne 
TÎe régulière & édifianfie, par une pieté fi>- 
lide & éclairée, par un attachement innDh 
lable à la doârine de l'EgUfe, 8c par une 
grande fidélité à remplir te devoirs de leur 
miniftere^favoir M, Fierre de laBroueEvc- 
que de Mirepoix^ M* Jean Soanen., de Se- 
nez, M. Pierre de Lan^e^de Boulogne^êc 
M. Colbert , de MontpdUer : ces lY . pré- 
dits ont perfeveré jufqu'au dernier foupir dans 
le glorieux témc^^;oage qu'il; tvoicnt renda 
|hvçrit$- Lt 



Vérité rendue fenféle. Entr. Vin. itfj 
La M. Voilà qui eftbien.^prcnez-notis^ t7|J| 
maintenant s'il vous plaie, les iiutei de ce 
grand événement. 

Z.e C. Elles furent telles qu'on pouvoitlei 
attendre. Cette démarche des éveques rani* 
ma le courage de ceux qui étoicnt attachés à 
la iàine doârine, fie par coniêquent oppoiSt 
à la Bulle. Ce Ait conune une nouvelk lu- 
xxuerc qui montcoit à chacun fon devoir 6c 
la route qu'il devoit fuivre. La confuûon 
& le cahos épouvantable que la Bulle avoir 
cauiës, rommenccrcnt à & débrouiller; les 
r^es ielon lefquelles on devoit fe conduise, 
furent édairdes fie expofées au grand jour; 
les vérités attaquées furent défendues comme 
très certaines & très imi>orcaiiM;on renon- 
ça au verbiage, aux équivoques^ -au langage 
embrouillé auquel on s'accoutumoit inioiQ- 
idement depuis la Conftitutionî enfin onap- 
pdla chaque chofè par Ion nom. Les ly, 
Eveques par leur Appel avoient imité Maca- 
thios, ce prêtre des Juifs quis'oppc^a avec 
tant de courage à l'apoffaifîe de fês frères ; ils 
avoient crié comme lui : §ljUcon^e efi zeU^^ Maccak 
four la loi , e^ veut demeurer ferme dans *'* 
V alliance du Seigneur , fifil nousfiive. Le 
iignal du conâbat {étant donné, tous ceux qui 
avoient du zde pour la vérité fie pour les 
intérêts de l'EgUie^ fe revêtirent des armes 
fpirimelles de !h foi; ils & raâèmblerent de 
toutes parts fous l'étendard de rAppd , fie 
ils formèrent un Corps d'armée chargé de 
foucenir les Droits du Tout-puiilànt. 

Le M. Certes, il fait bon s'enroller dans 
de pareilles troupes ; on ell adliré de vain- . 
cre, quand même on y perdroitlavie. Mais 
s'/ avoit-il pas à cra^Kure que les gens de 

biqp 



\66 Vefttf rendue finfihk. EmTR. VlII. 1 
!^ry, bien en fe réuniifent de la forte ne fe fif- 
fcnt trop conhoître, qu'ils ne fuflcntexpofii 
aux vexations de leurs ennemis, & quer& 
glife ne fe vît privée de fes meilieurs asini- 

J> C. Cela étoit à craindre^dc enefiettm 
l'a vu arriver dans la fuite ; mais cet incoci- 
venient n'eft pas comparable aux avaata» 
-qui fè trouvpient dans cette méunion. âr 
die donnoit moyen de connoître la fitmtkn 
des affidres : il étoit aifé de avoir à qui oa 
devoit s'adièilèr pour demander confeil^tfec 
qui on devoit fe lier pour agir de concert & 
pour défendre avec fuccès la cauiè commoiK: 
Si les defenfèurs de la vérité étoient demeura 
dans le filencc, & que chacun eût coniêr- 
vé foigneufèm«it dans le fond de fim cœur 
ce qu'il penfoit de la Bulle, ils fe feraient 
privés de tous ces fecours , ils auroient don- 
né lieu au triomphe de Terreur, & tôt ou 
tard , ils fe feroient vus forcés de rompre le 
filence, & de fouflrir la perfecution. Mais 
peut-on regarder les fbuârances des Ikints 
comme un inconvénient à craindre, tandis 
xi^'iuv, ic.que l'Evangile déclare heureux ceux qui ibuf- 
fi-ent perlecution pour la juftice ? Et TEdiÊ 
ne fèroit- elle pas heureufe, fi fès minimes 
même les plus excelleiis, après avoir travail- 
lé dans le faint nûniftere, avoient le bon- 
heur de fceller & d'arrolèr de leur ûng 
les inffarudions qu'ils ont données aux fidè- 
les? 

Le M, J'entens ' bien ce langagp , mon 
cher Pafleur: je vois bien à quoi nous dc- 
. vons un jour nous attendre. Cefl une nou- 
velle raifon qui nous oblige à mettre à pro- 
fit le tems prefent, afin que la privation de 



Vérité reniite fenfhle. Entr. VIII. 1^7 
fecours où nous pourrons être réduits, ne ijrif; 
foit pas nuifible \ notre iâluc. Au relie 
j'aimerois beaucoup mieux vous voir fouflfrir 
la prifôn & la mort même pour les fàintes 
vérités que vous nous avex annoncées, que 
de vous voir élevé à des dignités qui fèroient 
la recompenfe de votre foumiffion à la Bul- 
le. Je fuis.pofuadé que vous approuvez très 
fort mes lentimeos à cet égard. Si tout le 
monde avoit été dans ces difpoûtions, TAp* 
pel des IV. Prélats auroit caufe une joie uni* 
verfelle ^ mais je m'imagine qu'il y a bien à 
rabbattre. 

Le C. Si PAppd des IV. évêqucsnecau- 
fa pas une joie univerfelle, du moins il eft fur 
<[\x^'û confola & fortifia un très grand nooH 
Ijre de perfonnes qui Êns perdre un moment 
de tems s'emprcflcrent de marcher fur les De BethnJ 
traces de ces généreux Prélats. A la tête de"*» «*« ^«^ 
tous ces àdherans à l'Appel fe trouvoient *™^ 
deux évêques MM. de Verdun & de Pa- 
miers; enfuite venoîent plufieurs Facultés de 
théologie , prefque tout le Clergé de la ville 
^ du diocefe de Paris , une grande partie de 
celui deRheims, de Chaalons furMirne, 
de Laon, de Nantes, de Rouen , d'Orléans; 
plufieurs Chapitres de Cathédrales, prefque 
tous les Benediétins, & les pères de l'Ora- * 

toire, la plupart des Doûrinairesôc des Cha- 
noines Réguliers delà Congr^ation de Fran- 
ce qui ont pËhir gênerai l'Abbé de iâinte Ge- 
neviève , un grand nombre de Curés , de 
Chanoines, de Vicaires, d'autres Ecclefiafti- 
ques , & de Religieux de tous les Ordres , mê- 
me des Mahdians,fur tout des Jacobins. C'eft 
ainfi que l'amour de la vérité engagea une 
foule d'hommes de ^crcns pâysôcdedifïè- 

ren- 



t6% refit/ rendue fenfile. EtïTa. VIH. 
A jxy. ïcntes conditions , qui jufques-Û tfaviricnt et 
entre eux aucune relation , à s'élever contre 
la Confibitution. 

Le M. Mais les parti£uis de la Bulle, ki 
Jefuites> la Cour de Rome, comment ^ac- 
-commodoient-ils de tout ce vacarme, & d'un 
foulevement fi public contre une pièce qâ 
leur étoit fi chère? Tout cda d^it loir 
paroître bien dur à digérer. 

JLe C. Lorfque ces nouvelles jurrivercotà 
Rome, toute la fierté Romaine ea fût abat- 
tue comme d'un coup de foudre : la confter- 
nation , l'allarme & l'effroi n'y auroient pas bk 
plus grands aux approches d'une armée en- 
nemie & viâorieufe. Mais il n'en fût p» 
de même des Jefiûtes. Ces hommes pifu- 
dens & habiles à faire le mal n'étoieQt.|ii 
pris au dépourvu: ils s'attendoient bien à de 
pareils revers de fortune, & ils s'étoient pré- 
cautionnes de longue main contre ces acçi* 
dens : ils fentirent leterrible dérangement que 
l'Appel étoit capable de caufer dans leurs af- 
faires & dans leurs projets^ mais au Ikuâc 
tomber dans l'abattement, ils n'en de vinrent 
que plus animés & plus ardens à rompre cet- 
te barrière, qu'on vcnoit d'oppoièr aux pro- 
j;rès de la Bulle: ils s'appliquèrent à-rékvcr 
• le courage abattu de la Cour de Rcmie, & 

.à irriter de plus en plus l'efprit du Papej & 
en France ils rallièrent leurs troupes que l'Ap- 
pel avait un peu étourdies; et forte qu'en 
peu de tcms ils parurent n'avoir fait aucune 
per-fe. 

Le M, Quelle reflburce pouvoient encore 
avoir ces habiles politiques , & quel moyen 
leur reftoit-il n'ayant plus l'autorité royale en 
leur diipoiition? 

Lt 



rerité ftndtte finfble. Emtr. VÏII. \6^ 
L»ê C. Quoique les Jefuices fufiènt bien dé- Aik 
chus du comble de l'élevadoQoùilss'étoieat X7i7« 
vus pendant le règne du P. Tellier^ il ne 
faut pas vous imaginer qu'ils n'euflënt plus au* 
cun crédit dans le monde. Penfez-vous donc^ 
difbit fort bien le P. Tellier à fes évêques, 
que les Jefuttes foicnt fi malhabiles, que de 
n'avoir pas fu en cent années d'abondance 
faire des provifions pour fept années de fte- 
rilité ? Pendant le long r^e de Louis XIV. 
jb avoient eu tout le loifir de fe faire un grand 
nombre de matures : ainfi il n'eft pas éton* 
nant que même après la mort de ce Prince 
ils euflènt encore à la Cour un parti nom« 
breux fie puiflànt dans lequel entraient quel- 
ques-uns des favoris de M. le Régent. Mdft 
■ leur grande reflburce fie les parcifans les plut 
dévoués à exécuter tous leurs ordres , c'étoic 
un certain nombre d'évéques qui, redeva- 
bles de leur fortune au P. Tellier , par une 
. genereule reconnoiflànce, fe reduiibient à la 

2ualité de grands-vicaires de ce Jefuice^ 6c 
; repofànt lur lui du gouvernement de leurs 
diocdès, ne fè re&rvoient outre les revenus 
& les honneurs de TépiTcopat, que la noble 
commiffion d'exécuteurs des volontés du ré- 
vérend Père. On vit doBC des prélats de 
cette trempe fe donner tous les mouvemcns 
poffibles pour arrêter les progrès de l'appel , 
mettre tout en œuvre pour inquiéter & tour- 
menter ceux qui y avoient adhéré : on vit na- 
roître plufieurs Mandemens remplis d'inve- 
<ftives & des déclamations les plus violente?, 
& qui prononçoient des interdits ,& des ex- 
communications à tort fie à travers. £n un 
mot les appelkns fe trouvèrent expofés à une 
perlecution d'autant plus douloureufe qu'elle 
ITmé I. H leur 



iyo Veriti fendue fenfible. Entr. Vm. 
1717^ leur étoit fufcitée par une autorité plut ref- 
' peûabk. 
f Le M. 'Ne nous avez-vous pas dit qui 
M. le Régent auffî-tôt après la mort du Roi 
avoit déclaré qu'il ne pretendoit gêner per* 
Xonne par rapport aux. affaires de TEgiferoà 
étoit donc alors cette liberté ? & comment 
ce Prince pouvoit il laiflër les Âppellans à k 
difcretion de leurs plus cruels ennemis ? 

Le C. Ohl vraiment cette liberté n'avait 
gueres duré , & M. le Regenc n'aimoit 
•pas aflèx une forme de gouvernement aflii- 
jettie aux kix, pour reûfter k>ng-tecns à k 
tentation de remetjtre en ufage les lettres de 
cachet (i commodes pour trancher toutes lo 
dLfKcultés. Peu de tems après là mon da 
Roi , on avoit employé ce moyen û odieux 
pour arrêter les réclamations éclatantes con- 
tre la Conftitution, & de jour en jour les 
voies de fait devenant plus communes rame- 
noient infenûblement les tems orageux dont 
on ne fàifoit que defortir. Ce n'étoit pal 
^ue M. le Duc d'Orléans eut changé de foi* 
timent par rapport aux contefkations quitroa* 
bloient i'Egliiè^ mais des vues de politique^ 
la crainte de fe brouiller avec la Cour, de 
Rome ^ enfin les fellicitations de quelques per- 
sonnes qui avoient un grand pouvoir fur ion 
efprit y tout cela le fit pencher iniènfiblement 
vers les confticutionnaires qui commençoient 
à fe rendre redoutables , & le porta fbuvent 
à employer félon leurs defirs, l'autorité fou- 
yeraine dont il étoit dépofitaire. 

Le M. Si M. le Raient favorifoit de-lt 
ibrte les conftitutionnaires, il dévoie être fort 
mécontent de l'appel, & on pouvoit bien 
«'attendre qu'il traver&roit les Appellans. 

.. : Le 



Vetiti ttnJMe fenfibk. Ehtr. VIII. l^t 
. lue C. Ceft aufli ce que l'on vit arriver. 171^; 
Le chagrin de voir && meûires lompues^fic 
&s projets pour la réunion des évoques en- 
tieremeat renveriës, poru ce Prince à faire 
éclatter fbn indignation. On n'oibit pas di« 
re que FAppd au Concile fat une voyeinre- 
guliere ; mais on pétendit que les évoques 
n'auroient pas du le faire , ni la Sorboone y 
adhérer, ans fe concerter avec la Cour. Sous 
ce prétexte les IV. évéques reçurent un or- 
dre de fe retirer dans leurs diocefes : le Syn* 
die de Sèrbonne qui avoit eu beaucoup de part RitccImi: 
à la démarche des prélats , fat exilé dans le 
fond de la baflè Bretagne: le Notaire quiTonvenoc; 
avoit eu aflez de foi & de courage pour 
prêter fin) miniflere en cette occafion, fut 
arrêté avec éclat flc enfermé à la Ba(ti]le,& 
les afiëmblées de Sorbonne farent interrom* 
pues par des ordres de la Cour. Mais tout 
cela étoic peu de chofe au gré des zdét 
conftitudonnaires ^ ils auroient voulu qu'on 
eût abandonné les Appelions à leur ducre- 
tion, & que l'autorité lèculiere fe fût réunie 
avec cdle de TEglife pour les accabler. Le$ 
deux Cardinaux de Rohan & de BiCTy qui 
fentoiént le crédit qu'ils avoientauprèsdeM. 
le Duc d'Orléans, lui firent à cette occa- 
fionOdes demandes que ce Prince trouva 
trop violentes : il ne voulut pas néanmoins 
les refufcr abfolument, & pour les fatisfaire 
il écrivit aux parlemens & aux évêques plu- 
fieurs lettres circulaires qui, fous prétexte de 
la paix & du bon ordre , tendoient à priver 
ceux qui appelleroient à l'avenir de la prote- 
âion qu'ils avoient droit-d'attendredelapuif- 
fance feculiere , contre les vexations des évê*- 
ques. Toutes ces démarches de M» le Re* 
H ft gent 



iji VerM rendue fenflbk. EMTR."VIir. 
1717. genc ranimèrent le courage des conftitutioth^ 
naires y & donnèrent moyen à leurs évêquei 
dlntimider & de contenir dans le (iloice un 
grand nombre de peribnnes qui étoient dif- ' 
pofees.à rejoindre aux Appellans. 

Le M, Avec toute cette belle politique de 
M. le Rœent , les appellans fe trouvèrent 
donc expofes à tous les effets de la tnauvaife 
humeur des évêques xelés pour la Bulle, fims 
avoir de proteâion à efperer ni des jparle- 
mens ni du Prince ? Cétoit là un pkufiuit 
. rpréparatif pour la paix, quetle âdre triom- 
jdier un parti & d'accabler l'autre. 

Le C. Ce n'étoit point du tout l'intentioa 
de M. le Régent d'accabler les appellans : il 
eilimoit leur droiture & leur fermeté, jt il 
les auroit volontiers protégés s'il avoir 9^ 
fuivant fes lumières ; mais il traitoit Taffidre 
de la Conftitution par des principes de poli- 
tique , & il vouloit la faire fervir à fës pro- 
pres intérêts. Il étoit bien aife d'avoir en main 
un moyen afTuré de mettre de ion côté h 
Coitr de Rome ôc le parti conftitutionnairq 
c'cft pourquoi voyant que la démarche des 
évêques avoit ranimé le courage, & queles 
diâèrens corps de l'Eglifë & de l'Etat, les 
parlemens , les univerûtés , les communau- 
tés, les Chapitres, les ordres religieux étcAnt 
ébranlés , & paroiflbient tout dilpofes à cm- 
braflèr la voie de l'Appel , il crut devoir em- 
ployer l'autorité royale, non pas pour étouf- 
tcr l'Appel, ni pour accabler les Appellans. 
mais -feulement pour empêcher qu'ils ne ful- 
l'cnt en trop giand nombre , il vouloit bien laif- 
fer fubfifter les Appellans pourvu qu'il fut 
toujours le maître de les lacrifier quand fon 
intérêt le demanderoit^ Ko confequence de 

ces 



Virii/ rendue finjjtle. Entr. VIII. T73 
CCS admirables principes de conduite , les Ap- 1717; 
pellans^malgré toutes les lettres circulaires^ ne 
furent pas entièrement abandonnés^ ils trou« 
verent quelque proceâion<lanslesparlecnens; 
& les procédures ^tes contre eux àcau&dr 
leur appel furent mifes à néant. 

Le M. Voilà des maximes de politique qui 
me parbiflènt bien étranges , mais on s*ima- 
ginoit apparemment que le bien ig l'Etat 
demandoit qu'on les fui vit. Quoi qu'il en fbit, 
les appellans par ce'moyentrouvx>ient au moins 
quelque repos fous la proteâion des parlemens. 

Le C, Vous avez raiibn de dire quelque- 
repos^ car outre les menus chiagrins , & mil* 
le petites tracaûèries que des évêques & au- 
tres fuperieurs trouvent le moyen de fufcitcp 
quand m veulent à leurs inférieurs ^ il y eut 
toujours parmi les conftitutionnaires un nom- 
bre de prélats qui n'en devinrent que (dus 
animés , & qui , n'ayant plus d'autre rcflôur- 
ccy exhalèrent l'amertume de leur zèle par 
une multitude de lettres & de mandemcns y 
remplis d'inveftives & de calomnies contre 
les appellans : quelquefois même lis atta- 
quoient fans aucun ménagement les magiftrats 
& M. le Régent lui-même. A entendre par- 
ler ces zélés , ils ne demandoient qu'à fbuf* 
fVir des outrages & des mauvais craitemens^ 
&c même à répandre leur fang pour la Bulle. 
Mais le public n'étoit pas la dupe de tous 
ces beaux dehors : on n'ignoroit pas que la 
plupart de ces prélats auroient été charmés 
de voir leur zde récompenfé par un cha- 
peau de Cardinal, & qu'à l'exception peut- 
être de quelques dévots ignerans , la plupart 
n'étoient pas fort délicats en fait cle con- 
fcicnce^ on iàvoit que ces prélats^ vilsef'- 
H 3 cla- 



17+ Vérité rendue fenfible. Entr. VHI. 
17 17. clavcs du P. Tdlier à qui ils dévoient leur 
clevâtxDn, n'avoient que la peine de même 
leur nom à tous ces beaux écrits, qui fenr 
toient fi fort le collège , qu'on ne pou- 
voit s'empêcher de. les attribuer aux Jefuitet 
plus occupés de l'étude des auteurs profane» 
que de celle de l'Ecriture fainte & des pera 
de PEglife. Auffi tout le crédit des Jçfuita 
& des conftitutionnaires ne put ibuftraire la 
plupart des ouvrages de cette efpece à l'in- 
dignation des parlemens qui en fupprimoient 
les uns , & en faifoient lacérer & brûler ks 
autres par les mains des exécuteurs. 

Le M. Tout ce que vous venex de nous 
dire fait voir que les acceptans & les appel* 
lans étoient chacun de leur côté bienrarme» 
dans le parti qu'ils avoient pris , & très réfi>- 
l«s de fuivre leur pointe y Se que c'étoit faicD en 
vain qu'on fe âattoit de pouvoir les réunir par 
Acs accommodemensquine remedioientàTUn; 
puiique aucua des deux partis ne voulait fince- 
rement & de bonne foi embraffer les fentimem 
de l'autre. 11 n'y avoit plus moyen de dcmea- 
rer entre les deux , & il falloit fe détermioer 
" ' pour l'un ou pour l'autre. 

I^f C. Il y avoit cependant bien des gem 
cTefprit qui s'appliquoient encore à cherdicr 
des moyens de réunir le Cardinal de Noail- 
Ics & les prélats qui lui demeuroient unis^ 
avec les évêques acceptans: cette Eminence 
fuivant fes premières allures , étoit toujours 
prête à écouter & à faire de nouvelles pro- 
pofîtions qui fe fuccedoient les unes aux au* 
très fans interruption ,• & M. le Régent ne 
voyoit pas , ou plutôt ne vouloit pas voir que 
par cette voie, on ne feroit jamais rien de 
^lide. L'Appel des évêques , . des docteurs , 

& 



Vérité TtitiMe fin fible. Entr. VIII. t1< 
& d'une portion fi confiderable du Qergé i7i7« 
feculicr & régulier, par lequel l'aflàire de la 
Bulle étoic portée. au tribunal fuperieur du 
Concile gênerai , cet appel , reconnu Inti- 
me & canonique par la Cour de France & 
par les magiArats, rendoit entièrement inuti* 
les toutes les négociations ; puifque nul tribu- 
nal autre que fe Concile ne pouvoit termi- 
ner les difputes : autrement ce feroit comme 
fi M. le Lieutenant gênerai vouloit vous for- 
cer d'acquiefcer à fit fentence dont vous au- - 
riez appK^IIé au parlement. Malgré cela oa 
▼ouloit toujours négocier; apparenunent que 
chacun croyoit y trouver fon compte, & fe 
flattoit d'en tirer à Favcnir quelque avantage. 

JLe M, Maïs que pouvoit-il en revenir aux 
uns & aux autres, finon de pafTer le rems & 
d'amufer le tap^ ? ÂfTurément je ne crois pas 
que tout cela fut fort utile ni à l'EgUTe , ui à 
ÏEtat. 

Le C. Non : mais la Cour de Rome s'en 
accommodoit très bien, parce que cela lui 
donnoit moven de fe remettre un peu de la 
frayeur que rappel lui avoit caufée , & de 
prendre les mefures pour réparer à la premiè- 
re occafion favorable toutes les pertes qu'elle 
avoit faites depuis la mort de Louis XIV, 
Les conilitutionnaires avoient auffi befoinde 
quelque tems pour tourner en leur faveur 
lefprit de M. le Régent, pour mettre en 
mouvement les courdfàns qui leur étoient 
dévoués, pour divifer les tnagiftrats 6c rai- 
lentir leur zèle, pour calmer les efprits que 
l'appel avoit mis en mouvement, enfin pour 
difpofer les prélats de leur parti à faire des 
coups hardis capables d'exciter les. peuples £c 
de les foukver contre les appelions. 

H 4 Lé 



Ij6 Vérité rendm fenpble. Entr. VIII. 
4717. Le M. Oh bien, à la bonne heure pour 
les gens qui veulenc pêcher en eau trouble; 
mais le Cardinal de Noailles n'écoic pas de 
ce nombre là : quel avantage pouvoit-ildonc 
trouver dans toutes ces difcuflîons qui -n'é- 
toient propres qu'à embrouiller les choies ki 
plus {impies & les plus claires? 

Le C. Pour des avantages folides 6c véri- 
tables, l'expérience a fait voir qu'il n'y en 
a voit point à cTperer^ mais le Cardinal de 
Noailles n'en écoit pas convaincu. U étoit 
très attaché à la faine doârine : il regardât 
la Bulle comme une très mauvaife pièce & 
il en connoiûbit aÛëz. bien les défauts : mais 
n'apperccvânt aucun moyen pour empêcher 
qu'elle ne prévalût, il fe reduifit à ne l'ac- 
cepter qu'aux meilleures conditions qu'il lui 
feroit poŒble ^ c'eft-à-dire , en mettant i 
couvert les vérités exprimées dans 1^ lox. 
propofitîons, & fans toucher à la pef&nne 
du P. Quefiid; les eng^cmcns pris parFau- 
torité royale & l'acceptation des trois quarts 
& demi des évêques de France ne lui ladf' 
foient point entrevoir de meilleur parti: il 
avoir agi fur ce pied-là avant la mort du Roi, 
& iâ facilité à entrer dans les négociations lui 
avoit donné moyen de couler le tems tout 
doucement, & de Icdfïèr diflîpcr l'orage dom 
il étoit menacé. Le changement qui Air- 
vint aux affaires de l'Eglife fous le nouveau 
gouvernement ne changea pas totalement (es 
idées. D'un côté lufage pernicieux qu'on 
fâifoit de la Bulle la lui failoit connoître de 
plus en plus pour ce qu'çllc étoit, & lesjdif- 
pofitions de tout fon clergé le confirmoioit 
dans fon oppofition à la recevoir ^ mais d'un 
autre côté £1 pieté & Ci douceur lui £ûfi>ient 

appre- 



Vertu fenJue fenfihli. Entr,. VIII. 177 
appréhender extrêmement le fchifme & toos i^iS*^ 
les maux quepouvoit caufer la continuation des 
dKputes: fà reconnoiflànce & fàcomplaifân<* 
ce pour M. le Regjmt qui le combloit de 
/carefTes, & fâ famille de bienfifdts , le dif> 
pofoient à fidre une chofe que ce Prince 
avoit û fort à coeur ^ ces differens motiâ le 
portèrent à £t relâcher en &veur de laCrai» 
ftitution^ & à fe prêter aux negocitadons , 
même après Pappd des IV. évêques. En • 
cas qu'on parvint à conclurre unaccommo* 
dément 5 il comptoit que fon Corfs om Frécis 
de destine étant approuvé par le Pape & par 
les évêques> ou du moins par la plupart des 
évêques , & enfuite fouteau par une Décla* 
rationrdu Roi, &roit une pièce très avanta- 
gcufe à TEglife, parce qu'elle empêcheroit 
qu'on ne fît retomber la condamnation des 
10 1. proportions fur les vérités (kintes de la 
religion ^ & qu'on y trouverok expofés d'une 
manière exaâe & claire tous les points du 
dogme & de la morale qui faiibienc le fujec 
des contefiations. N^étoit-ce pas là un avan- 
tage réel & folide? 

Le M. Affurément , un ouvrage comme 
celui-là revêtu de Tapprobation de prefque 
tous les évêques , & de l'autorité royale eût 
été fort utiles cela auroitinftruittoutlemcm- 
de des vérités qu'il faut croire^fic on auroit 
fu à quoi s'en tenir au milieu de tant de dis- 
putes. Mais fi on ne pouvoit pas convenir 
fur la manière d'accepter la Bulle, &' que les 
négociations vinflènt à fe rompre , le Car* 
diml de NoaiUes ne tenoit plus rien. 

Le C. Dans ce cas là , il avoit plufieurs 

reffourcesj comme il avoit voulu abfolument 

que l'on commençât par traiter de la doâri- 

H 5 ne. 



17» Vérité nndue fenfible, Emtr. VllI. 
1718, ne, & qu'il avoit été appuyé wM. IcKe^ 
gent, les deux Cardinaux de Rohan Se de 
DiSy avec leurs évêques avoient été obligés 
de ie rendre, & de dire leur avis fur le Pie- 
ds de dodrine que le Cardinal de NoaiUei 
avoit propofé pour fondement de ibn acce- 
ptation ; & ils étoient convenus après faica 
des chicanes que la doârine en étoitpureft 
ordiodoxe. Le Cardinal de NoaiUes dpe- 
rok que ce témoignage rendu à la pureté de 
fk foi fubfifteroit ma^é la rupture^ fie dte- 
roit tout prétexte d'accufer dlierefie ni lui 
ni ceux qui étoient oppofés à la Bulle. Ou- 
tre cela 9 il comptoit qu'en cas que les deux 
Cardinaux ne vouluflent pas £b rendre à des 
propofîtions raifonnables , M. leRqgent , fêkn 
k parole qu'il hii en avoit donnée, ièbrooil- 
leroit avec eux , qu'il prot^proit les Appd- 
lans, & qu'il permettroit à tous les parle- 
xnens d'appeller au nom de la nation au fo- 
tur Conole gênerai Le Cardinal de Noail- 
les faifbit beaucoup de fonds fur desprome(^ 
fcs qui lui paroiflbient fi avantagcufcs; c'eft 
pour ceh qu'il difFeroit de publier PAéte 
d'Appel qu'a avoit figné le i. Avril 1717. 
un mois enviroa après les IV. Evêques. Maïs 
ces efperances flatteufes ne tardèrent pas i 
s'évanouir : vous avez vu dans notre demis 
entretiea les précautions toutes fingoUeres 
dont s'aviferent les évêques conlUtutionnai-^ 
1^ , afin que le Cardinal de NoaiUes ne pût 
tirer aucun avantage de l'approbation qu'ils. 
donnoient à {on Précis de doârine ,& vous 
verrez bientôt à quoi aboutirent toutes ks 
belles promefTes dont M. le Relent amufoic 
cette Eminencc. 
l^ M, Dons tout ce que vous nous av« 

dit 



Vifiti ffntbÊf fenphle. Entr. VIII, l^^ 
èxt du Cardinal de Noailles^ il y a une cfaofè I7«t« 
qui m'étonne extrêmement pour un homme 
qui avoit de la pieté £c de la religion. Je 
vois par toute u, conduite qu'il s^appuyoic 
beaucoup fur la proteâion des hommes, & 
^u'fl étoit fort attentif à fêla procurer^ mais 
je n'y vois gueres de traces de la confiance 
qu'il devpit avoir en Dieu, dans une a£&ire où 
Ûs'agiilbit de plttfieuxs vérités très importantes. 
' Le C. La réflexion que vous faites eft très 
jufte; &: â paroit malgré la pieté du Cardi* 
nal de Noaâles, que fi>n grand défaut à ért 
de compter trop fur les hommes , & trop 
peu fur Dieu ; & que telle a été la cau& 
de toutes les fautes qu'il a faites dans l'af- 
faire de la ConfHtution; Car cette difpo- 
fition qui efl plus commune qu'on ne peut 
dire ', attire les' plus grands- châtimens de 
Dieu , & die eft condamnée de la manière 
du monde la plus terrible dans les fàintes 
Ecritures. „ Malheur, dit l'auteur de VEc-^^^^'^J^*- 
„ clefiafHque , à ceux qui manquent de*^' * "^ 

„ cœur , qui ne fe fient point à Dieu 

„ Malheur à ceux qui fe font lafïësd'atten*' 
„ dre le fecours de Dieu , qui ont quitté 
5, les voies droites , & qui fe font détour- 
„ nés dans des routes égarées. Maudit t&yj'^ 
„ Thomme , dit le prophète , qui met fa 
„ confiance en 1 homme , qui s'appuye fur 
„ un bras de chair , & dont le cœur fe 
„ retire du Seigneur. Il fera femblable à ces 
„ herbes qui naiflènr dans un defert aride." 
Vous avez dqa vu & vous verrez encore - 
le Cardinal de Nodlles abandonner les voies 
dmites de la fimplicité & de la fincerité 
chrétienne, & fe détourner dans les routes 
garées des négociations Ôc des accommo- 



i8o Vff Hé f indue fenfihle. Ehtr. VIU. 
1718» démens^ mais vous verrez aufC dans la fuite 
de quelk manière les paroles de rEcriture 
fe font vérifiées par rapport à lui , & Dieu 
veuille que l'humiliation oà il s'efl vu réduit, 
.lui ait iervi à expier les fautes par lefqucUo | 
"il l'avoit méritée. 

Le M. Puifque nous n'en {bmmes pas en- 
core à ces triftes évenemens que vous nom 
fûtes entrevoir par avance ^ ayez, la bonté 
de continuer l'hiftoire de ces malheureufa 
iiegociations qui ont occa&onné ce petir 
écart. 

JLe C. Elles n'aboutirent à rien non {dus 
que les précédentes , malgré tous les éfiforti & 
ks travaux de M. le Régent, & malgré-tou- 
tes les £icilités qu'on trouvoit dans k Car- 
dinal de Noailles. Le Pape ne fut pas plus 
traitable qu'auparavant : tantôt il donnait 
quelques elperances, tantôt il mcnaçoîc d'ex- 
communier les Appdlans ,* en un mot il trou- 
va le moyen d'amufer la Cour de France par 
une infinité de tours de fouplefTe & de pcd- 
tes finefTes , où il feroit bien difficile d'sp- 
pcrcevoir une étincelle de probité ni de reli- 
gion. Tout ce qu'on put obtenir de lui dans 
les vives allarmes que lui avoient caufees la 
' nouvelles des Appels , c'eft de ne pas s'op- 
^ y.cMtob. pofcr à la Déclaration du Roi queM. leRc- 
*^'^' gent fit publier pour impofer im ûlence gê- 
nerai fur la Conflit ution. 

JLf M, Voilà une Ordonnance duRcûqui 
me paroit bien extraordinaire. C'eft éteodre 
bien loin l'autorité du Prince , & traiter les 
affaires de la Religion d'une manière un peu 
militaire j mais je luis trop ignorant pourvu* 
ipnner là-defliis. 
Le C. 11 ncft pas ici qucftion de fciencc; 

a 



VerHe renJue fenfikU. ILn^rK. VIIl. iSi 
a fufl&t d'avoir du bon faw, & d'ctrci»- ijx8*, 
ftruit de iâ rdigion comme vous l'êtes. Ainû 
vous me ferex toujours plaiûr de me faire 
parc des réflexions qui fe prefenteront à votre 
cfprit. 

Le M. Ob très volontiers^ parce que fi 
je me trompe ^ je compte que vous aurez la 
bonté de m'inftruire. Voici donc la penfée 
que j'avois fur cette Déclaration du Roi: 
c'eft que dans les difputes qui s'élèvent fur h 
doârine de l'Eg^» il me femble qu'on ne 
doit jamais impofer ûknce aux deux partis^ 
autrement on impofe filence à la vérité auiii 
bien qu'à l'erreur^ & ainfi on ne fait ni plus 
ni moins de cas de la ytrité que du menlon- 
ge 9 ce qui efk un borribk outrage £ûc à Je- 
fuS'Chrift qui nous afTure qu'il & la vérité. 

Le C. Vous parlez, en chrétien, qui penfe 
& qui juge fuivant les lumières de la foi. Ce 
n'eft pas aii^ que font la plupart des hom* 
mes: la vérité n'eft pas une chofe qu'ils pren^ 
nent fort à cœur , flc qui leur paroiflë mé- 
riter qu'on fe facrific pour elle. Ainfi lorf- 
qu'elle eft attaquée par des hommcs^ puiûàns. 
êc accrédités 9 on eft très porté à entrer en 
des accommodemens par lefquels on «'iajft-» 
gine qu'on remplit fon devoir , fans cepen^ 
dant nuire à f<m repos ni à fa fortune. Une 
Déclaration du Roi comme celle dont nous 
parlons ne pouvoit donc manquer d'être bien 
reçue par tous les gens mitoyens : eUe parut 
un Chef-d'œuvre aux politiques quiconnoif- 
foient la Bulle pour ce qu'elle étoit y & tous 
les parlemens du Royaume l'enregiftrerenc 
& s'y conformèrent très volontiers. Mais 
les vrais AppeUans & les zélés conftitution- 
naires en furent également méconteus : les 
H 7 una 



ttz Î^TitfrenAifenRhk. Ekth. VIIT. 
k7i8. uns & les autres violèrent le filence prefiajr 
par la Déclaration^, & il^ fe plaigmrâEit daoï- 
des écrits publics 9 de ce queli puiflimce 
ièculiere impofbitûlence aux deux pût|s,dau 
une conteftation où il étoit queflîon de k 
foi de l'ËgliTe . ce que l'Ëglife elle-mêaie ot 
pourroit pas faire. 

Le M, Pendant qu'on inpofoit fiience^ 
les négociations alloient-elles toujouvs leur 
train, & avançoient-dles quelque cholèf? 

Le C. Cétoit pour en fiiciliter le fiiccèf 
qu'on avoit voulu calmer les efprits en im-^ 
pofànt le filence y mais eUes n'en avançoknt 
pas davantage pouc cela. Cependant tien ne 
fembloit être plus aifë que de finir après le» 
avances que le Cardinal de Noailletf avait 
faites, fi MM. de Rohan & de'Bifiy avoiene 
agi de bonne foi. Car ices deux Cardinaux 
après avoir retouché & châtié le Précis de 
doârine du Cardinal de Noailles, Tcvcnent 
approuvé & fait approuver par les évèques^- 
* de leur parti : outre cela le projet d'accepta- 
tion que k Cardinal de Noailles prefêntoît 
avoit été dreflë de concert avec le Cardinal, 
de Rohan par M. le Chancelier Dagueflèau^. 
oa pouvoit donc dire que raccommodement 
étoit conclu. Mais ^e qui étoit bon au mois 
de Janvier 1718. ne valoir plus rien aumott 
de Juillet de la même année. 

Le M. Comment cela pouvoitril être? ap- 
paremment ces deux Ëminencesavoienit quel- 
ques ndibns fecrettes pour fe conduire de kt 
finrte. 

Le C. Sans doute qu'ils en avoient^ vous 
jugerez de leur folidité &de leur valeur. MM.' 
de Rohan & de Bifly fe propofoient deux" 
.diofes, ou de verger raflcmbléc de 17 14. 

dr 



Verit/ rendue finfibU. Enth. VIII. 185 
ie l'injure que le Cardinal de Noailles lui 1718L 
avoir hits y & de contraindre ce Cardinal à 
recevoir la Bulle avec rinftruâjcxi paftorale 
de cette aflëmblée , ou de lui £dre perdre les 
bonnes eraces , Se la protedion de M. le Ré- 
gent. Âinfi tant qu ils tirent que ce Prince 
n'entmk pas dans toutes leurs idées , & ne 
vouloit point abandonner les oppdâns ni les 
appellans^ib (e contentèrent de prendre leurs 
mefurês éc de drefler leurs batteries , à Rome 
Se en France^âc cependant ils iâiibient mf- 
ne d'entrer de bonne grâce dans tous les expé- 
diens qu'on leur propofbit, à condition tou* 
tefois de ne rien condurre ; par là ils ibn- 
dolent le Cardinal de Noailles, dans rdpe- 
rance qu'il pourroitrejetter quelques-unes des 
proportions qu'ils faii(Hent,& que M. le Ré- 
gent pourroit s'en ofiènfèr. Nbis quand Us 
virent que le Cardinal de Ncnilles étoir de 
bonne comportions & que par les raouve- 
mens qu'ils s'étoient donnes ils avoient rafTu- 
ré la Cour de Rome, encouragé les évè- 

Îucs de leur parti, rallcntiremprâcmcnt du 
Ilergé pour P Aj^l , & mis la divifion dans 
te Parlement de Paris 3 quand par le moyca 
de l'Abbé du Bois favori de M. le Rçgent, 
ils fè crurent affurés d'avoir pour eux l'au- 
torité royale, alors ils firent une contenance 
plus fiere : ils fe plaignirent qu'on avoit arra- 
ché leur confentement : ils voulurent foire < 
des changemens dans le Précis de doârine fie 
dans P Aâe d'acceptation : enfin ils firent des 
propofitions fi deraifbnnables que le Cardinal 
de Noailles, & le Prince & les miniftres ju- 
gèrent qu'ils ne vouloient point d'accomnio* 
dement, & qu'ils exigeoicnt une acceptation 
pure & fimpW 

Le 



t84 Vifiié tefUbii fenfbk. Entr. VIIL . 
1718. Le M. Qjioi ! M. le Rcgent lui-mêmç 
fut convaincu que les deux Cardinaux ne 
VQuloient point de conciliation ^ & qu'ils agUT* 
foient de mauvaifè foi ? & maigre cela il 
gardoit tant de menagemens avec eux ? 

Le C. Eh 1 comment ce Prince n'auroit- 
il paâ été convaincu de la duplicité de MNf • 
de Rolun & de Bifly > puifqu'il en avoit ea 
diverfes fois en main des preuves palpables? 
n (àvoit que dans les tems mêmes où ib 
afoient paru portés à la paix, ils faifi>iéciccn 
fecret un perfonnage bien difièrent ^ en text* 
levant les evêques de leur parti, en les exci- 
tant à rompre toute communion avec ksop- 
pofans & les appellans , par des Mandemcm 
de fchifme dont ils leur envoyoicnt des ma* 
deles ; quelques prélats , quoique conftitutioii« 
naires , avoient eu horreur des noirs deffisos 
de ces deux Cardinaux , & après avoir reçu 
leurs paquets les avoient faitpaflèrjufqu^M. 
le Régent; il n'ignoroit pas non plus qu'ils 
écrivoient fans ceflè au Pape pour l'auiirer 
qu'ils ne conclurroient jamais d accommode- 
ment qui pût lui déplaire , pour l'encouni- 
ger à lancer Télécommunication contre tous 
ceux qui rehifoient d'accepter la Bulle, & 
pour lui promettre qu'il feroit puiflàmment 
fbutenu dans cette démarche par les évêquea 
de France. 

Le M. Excufex. ma furprife: on ne s'ac- 
coutume pas à voir des procédés ii noirs & fi 
. odieux dans des perfbnnes revêtuesd'uned^nité 
fi iàinte. Qudle efperance de paix pouvait- 
il y avoir avec des hommes qui ne refpi- 
roient que la divifion & le fchifine ? & le 
Cardinal de Noailles ne devoit-il pas enfin 
s'appercevoir qu'on abufoit de fà condefcen*^ 

dan* 



reritfteiuhifenjihk. ENtft. VIU. XS5 
dance, & qu'on tendoic des pièges à ibnhu- ijil* 
meur pacifique? N'auroit-il pas dû rompre 
toutes k^ négociadoDs & prendre le parti 
de publier fon Appel de la Cooftitution au 
Concile général? 

Jae C. Ceft le parti qu'il fe vit enfin obli- 
gé de prendre, quand ce n'eût été que pour 
prévenir la Bulle ou Bref contre les appeU 
kns , qu'on difoit devoir être publié à Ro- 
me. U annonça cette re(blution à M. le Ré- 
gent^ en même tems il rappella tout ce qu'il 
a voit fkit pour la paix, les facilités czcelG- 
ves qu'il 7 avoit apportées^ au contraire les 
difficultés {ans fin des deux Cardinaux, lai6.ftplE»'. 
nuuvaife foi, k duplicité qu'ils avoient fâit^'** 
paroître, & leurs démarches turbulentes & 
fchifmatiques ; il fit ibuvenir ce Prince des 
promeflès qu'il lui avoit tant de fois réité- 
rées de fe déclarer hautement contre les deux 
Cardinaux , û la rupture venoit de leur part, 
de donner toute proteâion aux ÂppeUans, 
& de laifTer appdler les Parlemens. X.e Prin- 
ce avoua que tout ce qu'il venoit de dire 
ctoit véritable , mais il déclara qu'il nevou- 
loit point fe brouiller avec le Pape : feule- 
ment il promit de demeurer neutre & de ne 
pas s'oppofcr aux progrès de l'Appel. Au 
fortir de cette audience le Cardinal de Noail- 
les ne poifii plus qu'à fe mettre en defenfe 
contre les entreprifes de la Cour de Rome: 
fon Aâe d'Ajppel accompagné d'un Mande- 
ment fut rendu public quelques jours après ; 
& dès le même jour cette Eminence fe vit 
appuyée dans cette démarche par le Chapitre 
de Notre-dame , & par les curés de Paris 
qui en peu de tems furent fuivis de prefque 
tout le clergé du Diocefc. Pluficurs évd- 

ques 



tt6 Vérité ffndue fenjihk. Ektr. VAT. 
1718* ques fuivirent rexémpledu Cardinal de Noait 
les , & on vit dans le royaume un renou- 
vellement d'ardeur pour entrer dans cette 
voie; beaucoup de perfonnes fbibles fietiné* 
des qui n'avoient pas eu le courage de fe 
joindre aux IV. Evêques Tannée precedeott^ 
voyant qu'il n'y avoit rien à craindre en a 
tems-ci, s'empreffcrent d'adhérer à l'Appel, 
fur tout ceux qui fe trouvôient eocouragéî 
& excités par l'exemple de leurs évêquof. 
Toutes ces conjonâures favorables produis 
firent un nombre de nouveaux Appeilans. 

Le M. Ce que vous venez de diredemiif- 
deroit quelque petit détail , afin de aûwrfiiie 
connbître queues étoient les forces da Ap- 
peUans, & ce qu'on pouvoit attendre pour 
l'utilité de l'Eglife de cette multitude de ge*: 
nereux ibldats. 

Le C. Je confenç à entrer dans qaelqucf 
détails 9 mais à condition que ce ne fera pas 
aujourd'hui. Je les rcfcrve pour notre pro- 
chaine entrevue. 

ENTRETIEN IX. 

Nouveaux progrès de fJppel parmi les 
énjêques & dans le fécond ordre. Te»* 
tatives de fchifme rendues inMiles: 
elles tournent k l'avantage des Ap- 
peilans. Ecrits publiés pour ér eo9h 
tre la Bulle: CaraSieres di£ercnsde 
ces Ecrits. 

LE Marchand. Je m'attens^mon cher 
Pafteur , que vous allez dégager la pa- 
role que vous nous donnâtes l'autre jour en 

£aif« 



nrUt fendue finphU, Emtr. IX. 187 
finiflànt, & nous apprendre quelques détails ijrS. 
fiir la fituadon avantageufe où fe trouvoient 
les a£Eàires de l'Eglife, s^près que le Cardinal 
de Noailles eût publié ibn Appel. Depuis 
l'arrivée de la Bulle, il me iemble que les 
oppofans n'avoientpas eu de conjonâure plus 
Êivorable, ni de liberté plus entière pour fui* 
vre les mouvemens de leur confcience, & 
déclarer une guerre ouverte à cette mifera- 
blc pièce 9 fans avoir à craindre d'être traver* 
iés par l'autorité rcqrak. 

Li; Cure'. Vous avex bien raifon dédire 
que c'étoit )^ tems le plus âyorable qu'op 
eut yu ju&ue-là pour ceux qui étoient op^ 
pofês à la Conftkution:je puis hienajoutery 
que c'en le feul tems où les parlemens ayent 
eu la liberté toute entière de mettre les Âp-* 
pellans à Tabri des vexations de leurs évéques: 
Cette protedion aflurée ne pouvoit manquer 
de faciliter & de multiplier prodigieufement 
les adhefions à l'Appd. L'Univerfité de Pa- » 
ris qui depuis long-tems attendoit la po-mif « 
fion de fc joindre à TAppd des I V. évcques, 
fe liâta de maniifefter fes fentimens fur cette 
grande aflÈire^ôc après avoir interjette 1* Ap- 
pel au Concile gênerai avec l'unanimité la 
plus parfaite , elle publia en latin & en Fran* 
çois une Exfojition des mctifs qui Tavoient 
portée à faire cette démarche. Beaucoup de 
Communautés fecuiieres & r^ulieres fuivi* 
rent ce bel exemple : Chanoines réguliers de 
S. Vidor & de fiinte Geneviève , pères de 
l'Oratoire, Dodrinaires, BenediéHns^Feuil'. 
lans, Jacobins, Carmes, Celeftins, tous ad- 
hérèrent à l'Appel par des aâes drefles dans 
leurs aflëmblées capitulaires à l'unanimité ou 
au moins à la très grande pluralité des voix. 

Ceux 



l88 rerst^ fendue Jenfihie. EntH. IX. 
171 8. Ceux mêmes qui avoicnt dcja appdlé tvec 
les IV. Evêques 3 prirent part à cette joieptf- 
blique , & fe joignirent à ces nouveaux com- 
battans afin de porter des coups redoublési 
la fatale Bulle qui devenoit l'objet de lahaû» 
publique. Tel cft le traitement que la Buh 
éprouvoit dans Paris , c'eft-à-dire , dans k 
ville du monde qui renferme tout ce qu'il y 
a de plus diftii^é foit pour rc(jprit, ik 
pour la fcience, foit pour la pieté. 

Le M. Plût à Dieu qu'elle eût été «iffi 
maltraitée dans tous les diocefe3: il 7 aloog- 
tems qu'elle feroit coulée à fonds j mds ton- 
tes les villes du royaume n'ont pas les a vaiiti- 
fes qui fe trouvent à Paris. 

Le C. Il ne falloitpas tantdefciencepoor 
fentir que la Conftitution attaque la Ke& 
gion jufques dans le cœur : il fufiSfoit de fr- 
voir fon Catechifme. Ce qui OGtanquoîtpriai* 
cipalement dans la plupart des dic>àafei,c'é- 
toit le xele & le courage à défendre la vé- 
rité qu'on voyoit être lâchement abandon- 
née par ceux mêmes qui la connoiflbient. 
Mais comme après l'Appel du Cardmal de 
Noailles le nombre des Âppellans étoit pro« 
digieufement multiplié^ £c qu'il n'y avoit point 
de perfécution à craindre ^ on devenoit plus 
hardi en fe voyant fi bien accompagné. La 
publication de l'Âppei du Cardinal de Noail- 
les , fit édorre en même tems celui de dou- 
ze évêques qui étoient unis à fon Eminen- 
ce ^ & la plupart de ces Prélats eurent la 
confolation de fe voir accompagnés dans 
cette démarche par les Chapitres de leurs 
Cathédrales & par la plus &ine & la plus 
confiderable portion de leur clergé ^ le Qia* 
pitre de Tours qui gouvemoit le diocelë 

pcn- 



1 



Viritf finJài finfhU, Emtr. IX. it J 
validant la vacance du fiegç , iè joignit aux xyiH 
hrêquês Appellans : plu&euFs Qiapicres de 
Ca^edrales priretic le même parti pour (è 
mettre i couvert des pourfuites de leurs évê- 
qpies qui avoîent accepté. Au moyen de ces 
Douvdles recrues les Appellans iè trouvèrent 
former un parti fort nombreux , rempli d'un 
très grand nombre de gens de mérite & de 
pieté, & capiMe de donner de l'embarras âc 
de Tinquietude aux conflitutxonnaires. 

L,e M. Voâà bien des évêques qui iè dé- 
clarent pour PAppel. Vous nous avez de^ 
parlé ae iix j & maintenant voici le Cardi- 
nal de Noailles avec douze prélats : cda fait 
dix neuf évêques , iâns compter le Chapitre 
de Tours qui repreientoit fon Archevêque. 
Tous ces évenemens me paroifiènt bien re- 
marquables & bien cooiblans; mais cepen- 
dant je ferois bien aiiè d'être inftruit plus exa- 
âement des diofes qui me touchent de pkis 
près j je voudrois iavoir qu'elle part Mgr 
notre Evêque & fon cierge ont prife à tous 
ces mouvemens , en un nx)t quel a été dans 
ce diocefe le fort de la Bulle. 

I.^ C. D efl naturel que vous vous iatercffiez 
d'une manière particulière à ce qui regarde 
votre patrie, & la portion de l'EglifeCar 
tKoUque dans laquelle vous vivex; il eft très 
Julie & même neceflàire que vous fàchicx 
dans quelles difpofitions on y eft parrappori: 
aux vérités fiintes qui font Tobjet des con- 
teftations, à quel point elles y font connues 
& ignorées, combattues & foutenues. J'en- 
trerai d'autant plus volontiers dans ce détail , 
que vous pourrez, juger par-là de ce qui s'eft 
pafle dans beaucoup de diocefes qui fe trou- 
voicat à peu près dans le même état que ce- 
lui- 



ijo Vefitf renJtfefenfiUe. Esrx. IX. 
I7i8. lui-ci. Vous connouTez k pajs tuffi bia 
que cnoi^ vous fayex que i*éducatk>îa & Vit 
ftruâion de la jeunelTe eft entre les mains dtt 
Jefuites, & que ces Pères, il n'y a pas enco- 
re long-tems, étoient aflëz. généralement » 
mes & eltimés. Les ecdcfiaftiques qui écoîat 
en place dans ce diocefe, brique la Biilki 
paru, avoient été formés dans leurs écdbi 
& n'avoient ajouté aux préjugés qu'ils avaient 
pris chez les Jefuitcs qu'une teinture fort nus- 
ce de théologie telle que les LazAriftes poo- 
voient la donner pendant les deux annéerde 
Séminaire. Âuffi , excepté un petit nomixc 
qui avoient eu l'avantage d'étudier à Parii| 
& de puifer dans cette fource la ccMinoii&ii- 
ce des grandes vérités de la Religion , ouqoi 
les avoient appriiès par la leâure des bans » 
vres^la plupart des curés & autres ecdefiafih 
qucs n'avoient que des idées vagues & fert 
confufes fur les points importans de k do- 
ârine de l'Eglife qui font le fujet des difeuto; 
ils étoient pleins de ce refoeâ; aveugle que 
les Jefuites ont grand foin dWpirer poof tout 
ce qui vient de Rome y & fans ofèr foutenir 
nettement que le Pape fût infaillible , ib 
étoient difpofés néanmoins à fe conduire tout 
comme s'ils l'avoient cru. Maintenant je vow 
laiilè à penfer comment la Bulle fut accudi* 
lie y lorfqu'elle parut pour la première fbif 
dans notre pays. 

Le M. il me femble qu'elle auroit du ou- 
vrir les yeux à tous ceux qui avoient de l*e- 
ftime pour les Jefuites, & qui regardoient le 
Pape comme infaillible. Car voyant le Pa- 
pe condamner comme impics, fcandaleufcs, 
& hérétiques des propofitions parmi leCqueU 
les il s'en trouve au moins pluûeurs qui font 

do 



Tteriti nniuefinfikle. Emtr. IX. i^x 
kes yerjtés de foi, & voyant les Jefuitesap- 171?; 
pkudir ii hautement à cette concfamnation , 
ils devaient fe dire à eux mêmei : Certaine- 
sient le Pipe peutiè tromper, puifqu'il con- 
iaouie des vérités û certaines fie fî éviden- 
:es; fie il faut que les Jefuites ibient infeûéi 
Tune doâxine bien inauvûfè , puifqu'ils fë re- 
ouiiTent d'une pareille condamnatioa Voilà 
comme, ils auroient du raiibnner : Tont-ib 
Eàit? jelevoudrois. 

Le C. U n^étoit pas poffible, àjmoinsque 
3e n'avoir aucune teinture de religion, de 
(butenir tranquillement le premier afpeâ: delà 
BuUe. Dans cette ville comme dans le refte 
du royaume on fut allarmé, troublé fie ef- 
frayé^ DQais ce premier cri de la confcience 
ne tarda pas boiucoup à être calmé ^ on fè 
Eamiliariû bientôt avec le monifare ; les dif^ 
cours des Jefuites qui ne s'çndormoient pat 
dans cette rencontre, le nom du Pape, lie- 
ceptation des XL. Ëvêques, l'appui que la 
Bulle trouvoit dans l'autorité royale , tout 
cela fit prendre une tournure auxefprits^une 
pieté fcrupuleufè fie une faufTe humilité vin* 
rent à l'appui pour faire illufion : croire que 
le Pape fie un nombre d'évêqueseufïènt con- 
damné des vérités certaines fie capitales , quoi- 
que la chofe fautât aux yeux , cela paroiflbit 
une témérité épouvantable ; refufèr de fuivre 
leur jugement, c'étoit donc préférer fes lu- 
mières à celles de fes fuperieurs, fie fe ren- 
dre coupable d'orgueil. Voilà les raifbnne- 
mens que faifoient la plupart de. ceux qui 
avoient une réputation de pieté. Joignez à 
cela les maximes qu'ils avoient apprifes des 
Jefuites , fie que nos regens nous ont rebat- 
tues, favoir qu'il faut toujours demeurer uni 

au 



'192 Veriti fendaê fenpile. ËUTlt. IX. 
t7i8. au (âint fi^e , & à U chaire de S. Piàii^ 
qu'il ne faut jamais & feparer du gros de 
l\rbre. Voilà les lumières par Idqudles k 
plupart de nos anciens curés & cnanoinà 
fe conduifoient dans l'importante a£Bâre de 
la Conftitution. 

Le M. Il eft vrai que ces raiioiiDetâaislà 
font afTez communs en ce pays-ci , & qulb 
i'étoient encore davantage il y a vingt os 
vingt-cinq ans ; il faut^ comme vous dits 
que cela vienne des Jefuites: car jexnefixh 
viens encore que nous avions dans nos bip 
Tes claflès un Régent qui nous étourdifSÉ 
fans celle avec ces paroles qu'il diioit êat 
de S. Jérôme. Ego intitim cîamito: Sinà 
cathedféB Pétri îungitur , meuf efi. Ta» 
ces difcours ne hiflënt pas de faire impret 
fion fur beaucoup de peiibnnes qui ont de 
la pieté, & cela en failbit autrefois fiir moi, 
parce que je n'avois fur les difoutcs prelèn" 
tt$ aucune lumière qui pût m^rapêàier de 
fuivre ces maximes communes. A prefox 
lorfque je vois qudqu'un toiir de pareils diP 
cours y je n'en fuis pas ébranlé , parce que 
j'ai devant les yeux que plufieurs des xoi. 
propofitions font des vérités certaines & palpa- 
bles qui fe trouvent prefquemot-à-motda» 
le nouveau Teftament , dans les Pfêaumes, dani 
l'Imitation de Jefus-Chrift : par exeniple n'eft- 
«* I »tf • ce pas la même chofe de dire comme David: Si 
h Seigneur ne bâtit -la viaifon^ en vaintré- 
vaillent ceux qui la hâttjfent , ou de dire 
avec le P. Quefnel dans la troiliemepropofi- 
don condamnée: ,, En vain vouscomman^ 
9, dex, Seigneur, fi vous ne donnez vaus^ 
„ même ce que vous commandez. »* De 
même encore ^ quelle différence y a-t-il eii* 

tic 



Vérité f indue feMIe. EntR. IX. IJJ 
tPe ces paroles de Jefus-Cbrift : Sans moi An^ 
vous ne pouvez rien faire; & celles-ci du P. 1718- 
„ Quefiiel. „ Sans la grâce de Jcfus-ChriftJwn*^^'/^ 
„ on ne peut rien faire. " Si le Pape a le 
malheur de fe laiflèr furprendre jufqu'à con- 
damner l'Evangile de Jefus-Chrift ; li Icsévê* 
ques ont la foiblefic d'aquiefcer à cette con*- 
damnation, Dieu ait par quels motifs y tant 
pis pour le Pape & pour les évêques ^ mais 
je ne leur dois pas plus de refpeâ qu'aux Apô- 
tres, ou à un Ai^e deicendu du ciel j ainfi 
je dois les rejetter comme S. Paul me l'or- 
donne, yy quand nous vous annoncerions OaUL L $t 
yy nous-mêmes , ou quand un Ange defcen- 
,, du du ciel vous annonceroit un Evangile 
yy différent de celui que nous vous avons an^ 
„ nonce , qu'il foit anathemc, " Cela fuffit , 
ce me fembIe,pour ne pas m'embarrader de$ 
difcours que j'entens quelquefois. Cepen- 
dant , puilque Toccafion s'en prefente , je 
vous prie de m'apprcndre comment je dois 
y répondre, en débrouillant ce qu'il peut y 
avoir de vrai & de fiiux. 

Le C. Pour répondre à tous ces raifonne- 
lYicns frivoles, vous n'avez qu'à obliger ceux 
qui les font de s'expliquer clairement : s'ils 
veulent dire qu'on eil obl^é de recevoir (ans 
aucun examen toutes les decifions qui vien- 
nent de Rome, en un mot que le Pape eft 
iniaillible^ il n'y a qu'à leur répondre que le 
Concile gênerai de Baie tenu il y a environ 
500. ans a déclaré qu'il eft certain que le Pa- 
pe peut errer : que le Clergé de France af- 
ièmblé en 1682. a décidé que le jugement 
du Pape n'eft pas irreformable , „ s'il n'eft re* 
^y vêtu du confcntemcnt de toute l'Eglifc", on 
ii'çft donc pas obligé de s'y foumettre^ à moins 

Tbme L 1 qu'il 



154 ^^^'^^ tendue Jinfble. Entr. IX. 
:i7l8. qu'il n'ait été reçu de toute l'Eglife. * VoiB 
quelle eft k dodrine de la France, qui n'em- 
pêche pas que Rome ne nous regarde com- 
me très bons catholiques. Mais (i en exhor- 
tant à demeurer attachés au gros de l'arbre^ 
& unis au faint Si^e , ils entendent feufc- 
ment qu'il ne faut jamais fe feparer de TE- 
glifë catholique , qu'il faut toujours confe- 
ver l'unité, la communion & la paix avec 
tous les ^ palpeurs, avec les évêques, &fur 
tout le Pape & l'EgliTe de Rome qui efl le 
centre de 1 unité Ecclefiafliquc, il n'y apa> 
fonne qui foit plus zélé que les AppeDans 
pour remplir ces devoirs, peribnne qui aie 
plus d'horreur du fchifme & de tout ce qui 
tend à la feparation. L'Appel au Concik 

Î ^encrai eft lui-même la proteihition la plus 
olemnelle d'un attachement inviolable irE- 
glife dont on reconnoit & dont on rechme 
l'autorité. Les conftitutionnaires,au moins pour 
la plupart, font bien éloignés de ces diipofî- 
tions; ils paroiflènt ne refpirer que la rupture, 
que le fchifme,que la diviûon : bien difFerenscQ 
cela des fâints qui ont vécu dans lestetnsde 
trouble & de diiputes, & qui regardoient le 
Ichifme comme le comble de tous les malheup. 
Vous voyez les fondemens ruineux fur lelqueb 
étoit appuyée la coiuluite de la plupart des 
Ecclefiaftiques de ce Diocefe , & le parti qu'ib 
prirent par rapport à la Conftitution ; il n'y 
en eut qu'un certain nombre qui inftruitsdc 
la doûrinc de l'Eglife n'étoient point du tout 
difpofés à recevoir une Bulle qui lui eft li 
contraire i mais tant que. Louis XIV. vécut 
ils n'eurent point occaûondemanifÛterleurf 

fen- 

♦ Voyci cette matière traitée Ck^après Toui' 
IL Âru i.QvieCL. 1» 



Verlt/ unJue pnJUïe. Emtr. IX. i^f 
fentimens: car vous pouvex bien pcnferque 17 if. 
Mgr. notre Evêque ne propofa à pcrfonne 
d'accepter la Conftitution , & n'inquictta 
peribnne fur une Bulle dont il n'avoitpasdct 
idées fort avantagcufes , quoiqu'on lui en eût- 
extorqué une c(pece d'acceptation. 

Zif M. Laiflbns-là ces tems malheureux 
6c ces jours de ténèbres : mais après la mort 
du Roi, la lumière pénétra fans doute juf- 
qu'ici ? & Texemple des Evêqucs & de cet- 
te foule de Curés & de Chanoines quis'éle» 
verent contre la BuUe,& qui en appdlerent 
au Concile gênerai, fut fiins doute fuividans 
ce Diocefe par un très grand nombre de per- 
fonnes. 

Le C. La liberté rendue par M. le Ré- 
gent rompit le charme qui avoit trompé tant 
de perfonnes,. & leur ouvrit les yeux fiirles 
moyens dont on s'étoit fervi pour les furpren- 
dre. Notre Uludre Prélat fut des premiers 
à revenir fur la démarche qu'il avoit faite : 
il engagea trente & un évêques à fe joindre 
à lui pour déclarer aux Puidànces que les 
prélats de l'afTemblce de 17x4. ni le refte 
des évêques du royaume n'avoient point ac- 
cepté la Bulle purement & fimplcmcnt , mais 
relativement aux explications données dans 
rinitruftion paflorale des XL. & que ces 
explications n'étant pas fuffifantes pour ren- 
dre la paix à l'Eglife de France , il n'y avoit 
plus que celles que le Pape donneroit lui- 
même qui pufTent produire cet effet. Mais 
le Pape ayant fait la fourdc oreille à toutes 
les foUicitations de. la France, notre Prélat 
voyant que les maux de l'Eglife ne failbient 
qu'augmenter , fe détermina à fuivre le bel 
exemple que les IV. Evêques avoient donné 
la V 



'zç6 Vérité rendue finfible. Entr. IX. 
%7iS, à tous leurs collègues, & après avoir fufpœ^ 
du par un Mandement Tacceptation qu'il 
âvoit faite de la Bulle, il adhéra le 14. Mai 
1717. à l'Appel du Cardinal de Noailles: 
toutefois il ne publia fon Aâre d'Appel qu*att 
mois d'Oâobrc 17 18. lorfque le C^diiûl de 
iN-oaiUes après la rupture des n^ociatiQDS 
veuoit de lui en donner l'exemple. Depuis 
ce tems-là on peut dire que Mgr. notre 
Evêque n'a £ût que croître en courage &ea 
lumières. 

Le M. Dieu foit béni : vous mWez biea 
Ibulagé en m'apprenant un événement fi in- 
tereŒmt pour notre Dioccfe; la joie fèroit 
compictte fi les Curés & les Chanoines en ua 
mot tout le Clergé avoit marché fur tetnh 
4ces de Ton Evêque; mais après ce quevouf 
m'avez fait remarquer il n'y a qu'un moment , 
il ne faut pas s'y attendre. 

Le C. Cela n'étoit pas pof&ble , à moins 
d'un miracle des plus extraordinaires ^ cepen- 
dant il faut vous dire que le nombre des 
i^ppellans ne laiflà pas d'être confideraUe 
dès le mois d'Avril 171 7. quatorze Chanoi- 
nes de la Cathédrale avoient adhéré à l'Ap- 
pel des IV. £vêques,& ils avoient eu parmi 
les Curés du Diocefè & psiirmi les religieux 
un très grand nombre d'imitateurs , mais 
l'exemple du Prélat en excita encore beau- 
coup d'autres 5 & leva les fcrupules qui ea re- 
ienoient pludeurs dans le filence par un nf- 
peâ excedif & mal-entendu. Les années 
qui fe font écoulées depuis ce tems-là ^ non 
feulement n'ont pas diminué parmi oous le I 
nombre des Appellans, mais par une faveur 1 
iînguliere de la divine providence, elles n'oot I 
fer ri qu'A Je faire croître de plus en plus s les l 

^. I 

\ 



Vérité fenJue finfible. EuTR, IX. 197 
dtfpofitions excellentes que Dieuamifesdana i|i8^ 
le premier Pafteur fe font répandues fur le 
clagé & fur le troupeau. Dieu feul con- 
noit tout ce que fa grâce a opéré dans les 
cœurs y mais il y a bien de l'apparence que 
la Bulle fera fort maltraitée, lorsqu'on s'ef- 
forcera de l'introduire dans ce Diocefe. Je 
crois m'être aflez étendu fur ce qui s'efl 
pafTé dans ce pays-ci par rapport à la Bulle; 
il efl tems de reprendre la iîiite des évene*: 
mens. 

Le M. Ceux dont vous nous avez entre^ 
tenus aujourd'hui nf'étoieat gueres favorables 
à la ConiHtution , & dévoient étrangement 
chagriner fes défoifeurs , d'autant plus que 
M. le Régent ayant promis de demeurer 
neutre , ils n'avoient gueres de moyens pour 
repoufTer les coups que Ton ponoitàlaBulle 
de toutes parts. 

lue C. Quoique les conjonâures ne leur 
fuffent pas favorables, cependant il ne per- 
dirent pas courage. Le Pcçe & les évcqucs 
croient trop avancés pour reculer, ainfi les 
Jefuites n'eurent pas de peine à leur infpirer 
des refolutions hardies. Clément XL preilé 
par les Cardinaux de Rohan & de Bifly & 
fur- tout par le Cardinal Fabroni, fit puolier 
un Bref qui commence par ces mots Pafio* Le 1 9. Se^ . 
ralis Officiiy par lequel il déclare fcparés dc^c^b"- 
£1 communion tous ceux qui ne rendent pas 
à la Conftitution une obéiifince pleine , en- 
tière & fans referve , & il exhorte tous les 
évêques à fe feparer auffi de leur commu- 
nion. Cette exhortation du Pape n'eut pas 
tout l'effet qu'il en attendoic , malgré toutes 
les follicitations des Jefuites, malgré les effort» 
des Cardinaux de Rohan 6c do Biify il vlj 
i î «vit 



I 



xjS Kersf/ rendue fenfible. Ehtr. ÏX. 
^i8. eut dans tout le royaume que trente ouqui<5 
rante évéques qui fe laiiTerent aller à publier 
des Mandemcns conformes au Bref du Pape. 
La plupart des évcques conftitutionnaircs 
continuèrent à communiquer avec ceux qui 
if avoient point accepté h Bulle & avec lo 
Appellans ^ pluficurs blâmèrent hautement la 
conduite violente de ceux de leurs collègues 
qui, pour faire plaifir au Pape & aux Jefui- 
tes , s'efForçoient de déchirer le fein de TE- 
glife. Quelques-uns de ces Mandemei»fchif- 
matiques ont demeurés en&veli& dans la pouf- 
iiere des 0£5cialités, fans avoir jamais été 
imprimés y d'autres mrent publiés & affichés 
furtivement & à la derobée^comme fi les prâsts 
en avoient eu honte & ne les avoient publiés 
qu'en tremblant : mais ce qu*il y a de plus 
remarquable 3 c'eft qu'aucun de ceséyëques 
ne confulta fon clergé, & que plufieurs éprou- 
vèrent de fa part une contradiftion éclatante. 
Le M. Si le Pape & les évoques acceptans 
s'imaginoient d'un trait de plume mettre ho» 
de l'iOglifc catholique tous ceux qui avdcQC 
appelle de la Bulle , c'ctoit une pretention 
de? plus étranges. Car enfin étoient-iis en droit 
de contraindre les Appellans à fè ibumettie 
au jugement du Pape après qu'ils avoient eu 
recours au fuprême tribunal de TEçlife? Ne 
dévoient- ils pas demeurer tranquilles en i^ 
tendant la dccifion du Concile gênerai? quand 
nos MM. du Préfidial ont condamné qud- 
quun à mort, & qu'il y a Appel au Parle- 
ment, la fentcnce ne demeure-t-dle pasfuf- 
penduc jufqu'à ce qu'elle ait été confirmée 
par ce tribunal fupencur ? Apparemment ck)nc 
que les évcques conftitutionnaircs regardoicnt 
comme uac badincrie ^ de retrao(±icr tou: 

d'ua 



Vèrste rmktue Jenfihle. Emtr. IX. 195F 
A^un coup de r£gUfe tant de milliers d'hom- 1711^ 
mes, dont pluQcurs au moins écoient recom- 
mandables par leur fcience & par leur pieté. 
Le C. Ce feroit bien en vain qu'on cher* 
cheroit dans les lumières de la foi ou de la 
nifbn , les motifs d'une conduite où on ne 
voit que paflion & qu'emportement. La plû«, 
part de ceiix qui feprétoient à ces démarches^ 
auroicnt été aflèz embarraflés de dire par 
quels motife ils le fàifoient, & ce qu*ils ea 
dperoient^ mais tes Jefuites & les chefs du 
parti le fàvoient bien : ils efperoient par tout 
ce vacarme d*excommunicacioD & d'ana* 
thèmes allarmer les fcrujpuleux, intimider Içs 
/impies , arrêter les Parlemens y enfin obliger 
M. le Régent \ leur fiicrifier les Appdhns 
par la crainte d'un fbukv^cment gênerai dans 
le royaume. Par malheur , ou plutôt par 
bonheur pour eux , toute cette expédition 
militaire s'évanouit en fumée, & tourna pref- 
que entièrement à la honte des partiians de \% 
Bulle. La plupart des Prélats confHtuviou- 
naires refuferent d'entrer dans un fi horrible 
complot : prelque par-tout les peuples demeii* 
rerent tranquilles ; les Ecrits publiés par lej 
Appcllans firent voir combien ces excommu- 
nications bazardées écoient injuftes & frivo- 
les ^ enRn pour comble de chagrin dans tou» 
les Parlemens du Royaume les Lettres Pii/?£>- 
ralis OfficH furent fupprimées, les Mande- 
mens fchifmatiques des évêques n'eurent pas 
un mdlleur fort : feulement quelques-uns des 
plus feditieux & des plus emportés furent 
ucerés & brûlés par la main du'bourreau , 
& les Âppellans trouvèrent dans cesauguftes 
Compiles la proteûion qu'ils pouvoienc 
deCrer contre les eptreprifesdeséveques con- 
1 4. ftitu- 



ioo Ferit/ rendue fenjtble, Emtr. IX. 
|?i8. ftiturionnairc5. Ainfî toute cette levée de 
bouclier^ non feulement ne fit pas triompher 
la Bulle, mais die fortifia & augmenta om- 
fiderablement le parti des AppeUans 

Le M, Ayez la bonté de nous expliquer, 
comment les eiTbrts des conftitutionnairer 
contre l'Appel , fervirent à fortifier les Ap- 
peUans & à en augmenter le nombre. Qr 
il firmble que cela devoit produire un efltt 
tout contraire. 

Le C. Les démarches violentes & iriega- 
lieres de la Cour de Rome , & de qudqiia 
évêques révoltèrent les efprits: bien desgat 
qui étoient difpôfés à garder le filence^fè cru- 
rent obligés d'adhérer à l'Appel pour fe mcr- 
tre à l'abri de l'excommunication; & les Ap- 
peUans , pour donner des preuves de leurat- 
tachemcnt inviolable à TËglife catholique, 
confirmèrent & renouvellerent leurs Appds 
precedens , & publièrent plufieurs écrits qui 
}^rou voient aux yeux de tout le mondelapu« 
rctc de leur foi & la régularité da la condui- 
te qu'ils a voient tenue dans l'afïaire de la Bul- 
le. Depuis que cette pièce infortunée avoit 
vue le jour , les Théologiens zélés pour la con- 
fervation de la bonne doârine n'avoient pa» 
cefle d'exercer leurs plumes fur un fiijet aufi 
fécond, ils avoient mis en évidence les dé- 
fauts cffentiels dont elle étmt remplie ; après 
la mort de Louis XIV. les Ecrits contre la 
Bulle s'étoient fort multipliés , mais dans ce 
tems où l'Appel fe trouvoit en quelque 6x^ 
te protégé éi autorifé , outre les ouvragçsdei 
favans qui pour Tordiniire avoient foin de ca- 
cher leur nom , on vit la Bulle attaqué par 
la favante Déclaration de l'Univcrfité de Fi- 
ns^ par les Mandemens des évéques Appel- 

lamj 



Petite tenJàe Jenfibk. Entr. IX. 20« 
lans, par une fameufe Inftruâion paftoi^ ^T^ 
du Cardinal de Noailles qui fut reçue avec 
de grands applaudiâeincns , & fur tout pat 
le célèbre MeEDoire que les quatre Ëvêquef 
premiers Appellans publièrent en ce tems-cL 
Ce Mémoire étoit joint à un nouvel Aâe 
d'Appel dont le but étoit de repouflcr lei 
coups que la Cour de Rome leur avoit por- 
tes (bit par un décret de l'Inquifition contra 
leur Aâe d'Appel, (bit par les Lettres Tsfiê^ 
ralis OfficU. 

Le M. Ce fooit une occupation bictt 
^eable que de lire tant de beaux ouvrages; 
& je ferois bien charmé de le faire fi j'en 
«vois le loifir, & fi j'avois aflèz, d'efprit pour en 
profiter. Ne pourrie2.-vous pas y lupplecr,^ 
nous donner quelque idée de quelques-uni de 
ces ouvrages , & fur tout du Mémoire dcf 
quatre Evéques Appellans : car ce qui vient 
de leur part mérite, ce me femble, une ao 
tention toute particulière j & c'eft pour ce- 
la que je ièrois bien aife de connoitre auflt 
le fameux Adle d'Appel qu'ils portèrent ea 
Sorbonne, duquel vous ne nous avezencort 
rien dit. 

JLf C. Vous n'adrcflêz pas mal en choifi£- 
fint TAûe d'Appel & le Mémoire des IV. 
Evêques ; car ce font deux pièces redoutables 
aux partifans de la Bulle. Dans TAâe d'Apr 
pel, ces prélats après avoir raconté en peu 
de mots les funeftes eiFets que la Conditui-^ 
tion avoit produits & tout ce qu'ils avoient 
fait pendant trois ans pour engager le Pape 
à y remédier , propofent leurs accufations con- 
tre la Bulle; & ils fe plaignent de ce que par 
la condamnation des ici— propofitions, 05 
doxuie atteinte aux principes du, gouvemc- 
1 S >^^nt 



loi rertté fendue JenfMe. Emtr. IX; 
fiip. ment de TEgliiè & aux droits des Ëvêques» 
aux règles ûintes. de l'adminiflration du ià- 
creroent de penkence , au dc^me de la tou- 
tc-puiflànce de Dieu & de l'obligation iodif 
penfable de Taimer pour erre reconcilié avec 
lui, & pour faire des aâions qui lui ibient 
agréables : on confond la nouvelle alliance 
avec l'ancienne , & on égale les Juifs aux 
Cbretienston arrache les faintes Ecritures d'en- 
tre les mains des iîdeles : on charge d'anathêmes 
les expreflions les plus innocentes & le langage 
de l'Ecriture & de toute la Tradition; enfin ifc 
fe plaignent de la mauvaife foi avec laqudle 
plufieurs propofitions font extraites , & A 
rinjuflice criante commife à l'égard du Père 
Qiiefnel : tels font les motifs qui les déter- 
minent à déférer toute cette aâaire au jug& 
ment de l'Eglife univerfelle. 

JLe M, Voilà de terribles chefs d'accuû- 
tion formés contre la Bulle & propofe bien 
clairement & bien vigoureufèment: mais au 
refle la Cour de Rome ne doit s'en prendre 
qu'à 'elle-même de l'embarras où die s'cft 
^ttée ; & tout le monde doit convenir que 
les IV. Evêques n'ont rien dit ni rien fait de 
trop, (i les plaintes qu'ils font de la BuDft 
font fondées fur la vérité. 

X-f C. C'efl ce que les Evêques prouvent 
dans leur Mémoire dont il me reffc à vous 
parler , & je ne puis mieux faire pour vous 
en donner une jutte idée que d'emprunter 
leurs propres paroles. 3, Jamais , difcot-ib, 
^ k convocation d'un Concile gênerai ne 
,, fut d'une necefSté plus pref&nte. Le fb» 
^ d'une malheureufecuvifion allumé dans rE- 
0^ g^^c^ I^ doârine de l'Eglife attaquée dans 
,^ des points pportao^^l^ ooiiYeautés mifêi 



i 



Vérité rendue fenfUe. Emtr. IX. aoj 
^, honneur, les maximes des Cafuiftes relâ- Z7r|| 
yy chés converties en règles de conduite, un 
„ corps entier d'une doârine dangereufè 
,, qui, félon le témoignage même de fesau- 
„ teurs,eft marquée au coin de lanouveau* 
„ té , qu'on a vu fe former peu àpeu , qui 
„ s'eft avancé par d^rès , & qui le conten- 
„ tant d'abord de fe mettre à côté de l'an* 
„ cienne doûrinc, a entrepris enfuite de re- 
„ gner feul fous f autorité d'une Conftitu- 
^, don obtenue par furpriiê: voilà le fujetde 
,, notre douleur fie les motifs de notre Ap- 
9, pel." Enfuite les prélats fe propofentdeux 
chofes. lo. d'expoièr les erreurs qui & fi)nc 
répandues dans les derniers tems , erreurs G, 
accréditées qu'il n'y a qu'un Concile gênerai 
^ui puifle les bannir de TEglife. Cet expo* 
le leur panrit d'autant plus neceflàire que, 
le Pape déclarant qu'il a voulu mettre fin pay 
b. Bulle aux divedês conteftations, il faut 
pour en comprendre pleinement le fens , fê 
mettre au fait des queilions qui font la ma« 
tiere de ces difputes. Voilà quel eil la fu« 
jet de la première partie du Mémoire. Dans 
la féconde partie, ils font voir les avantages 

Sue les nouvelles opiniofls tirent de la Con* 
itution; ils font fentir l'inutilité des efforts 
de ceux qui veulent en couvrir les défauts^ 
puifque les expreffiôtis de la Bulle detruifènc 
tous leurs raifonnemens , fie que ceux de fes 
defenfeurs qui en connoifTent mieux l'efpri^ 
fit qui parlent fous les yeux fie avec l'appro* 
bation du Pape prennent une route bien dif- 
férente. En un mot, tout le deflèiii de ce 
Mémoire eft de juftmer l'Appel, en faiiànt 
voir dans l'expofé du nouveau fyfleme quel- 
le cft rorigioe de la Builej fie daiis le con^ 
I ( tcna 



ft04 yerit/rendite fenfUe. EHTlt. IX. 
x^r^. tenu de la Bulle, quel eft le terme où tei^ 
dolent les nouvelles opinions \ ^ en montrant 
,, quelle eft la doârine qui a donné naiflàn* 
„ ce à la Conftltution Unigenifus , & cde 
„ à laquelle cette Conftîtution donneroitau» 
„ toriré , fi elle étoit reçue." Peut-être 
feriex-vous bien-aiiê de me voir encrer dav 
te détail de ces profanes nouveautés ^ & que jt 
Yous fiffè fentir le rapport qu'elles ont avech 
Bulle; mais cela pourra venir plus nacureUement 
dans une autre occafion. 

JLf M, A la bonne heure, fefpere que ce? 
la ne fera que diffère. Mais J>uirque nous ca 
fomir.es venus à parler des Ouvrées par let 
quds les Appellans ont attaqué la Bulle, off 
feroit-il pas à propos de nous donner aufi 
(quelque idée de la manière dont les conftitu- 
tionnaires fe défendirent, & des Ecrits qu'ils 
publièrent à ce fujet. En connoiflânt ainfi 
tes raifonnemens ordinaires des partiiàns de h 
Bulle dont vous nous aurez découvert le fia- 
ble, nous ferons plus en état de demeures 
fermes , & de n être point ébranlés par les 
difcours de ceux qui voudroienc nous le- 
duire. 

Lit C. Vous avéS* raiibn : ceb ne peut que 
rous être avantageux , & vous convaincre 
de plus en plus qu'on a une mauvaise cau6 
à défendre , quand on entreprend de Ibute- 
nir la Bulle Uuigemtus. Tant que les Jefiii- 
tes avoient eu la force en main , c*e[t-à-dir^ 
jufqu à^ la mort de Louis XIV. ils ne s^é- 
toient gueres amufes à compofer des ouvra- 
ges. Les intrigues & les violences, avançoienc 
mieux leurs afiàires : la plume des Sësietai* 
res dXtat leur paroifloit plus propre à faire 
triompher la BuUe que celle de ]fm Avans.» 



Vettfi reniiuê fênjltle. Emtr. IX. l*f 
les Arrêts du Confeil d'£tac& les Lettres de r7xi| 
Cachet concenoient des argumens auxqueb 
on ne pouvoir rien répliquer. Mais la mort 
du Roi ayant fait une grande brèche à leur 
crédit , ils crurent qu'il étoit tems de pren- 
dre la plume: & ils publièrent un grand nom- 
bre de libelles emportés & feditieux , a&i 
d'étourdir par ce moyen les oppofans , d'af- 
krmer les (impks , & de relever le courage 
de leuts partilans dont un grand nombre pa« 
Toiflbit tout déconcerté & prêt à quitter Ici 
armes. C'étoit dans le Ck>llege des Jefuitei 
de Paris que fe fabriquoient ces Ecrits qui 
«'attirèrent Thorreur & le mépris des perfonn» 
iênfées, & qui donnèrent tant d'exercice aux 
bourreaux auxquels ils étoient livrés par lei 
Arrêts des Parlemens : les confUtudonnairei 
s'apperçurent bientôt du mauvais fuccès de 
ces premiers ouvrages , ainfî ils ne tardèrent 
pas à leur en fubftituer d'autres compoféf 
ftvec plus d'artifice, & où il paroifloit de It 
modération. Entrtf tous ces Ecrits il n'y CQ 
eut point de plus célèbres que ceux qui pa- 
rurent fous le nom de M. le Cardinal de Bif- 
fy & fous celui de M. Languet, alors Eve- 
que de Soifibns , & maintenant Archevêque 
de Sens. 

Le M. Eh bien , ces deux prélats ne s'ef- 
forcent-ils pas dans leurs ouvrages de juftificr 
la Bulle des accufations queles Appelîansfor*- 
xnent contre elle, & de faire voir quelles 
font les erreurs renfermées dans les loi.pro- 
pofitions, pour lefquelles elles ont été jn- 
fiement condamnées ? 

JLtf C. Oh ! les Ecrivains défenfèurs de la 

Bulle ne vont pas fi rondement. Leur in- 

tcmioa^ à la vérité^ dt d'infpirec à tous ka 

1 7 fido^ 



2o6 Vérité rendue fenjitle. EiîTR. IX, 
fjifl fidèles beaucoup de rapeâ & de ibumif&ofc 
pour la Bulle^ mais ils ont bien foin de œ 
point la leur prefenter^ ils ne la leur decon- 
yrent pour ain(i dire que par un petit coîn^ 
& ne la montrent que du plus loin qu'ils peu- 
vent: encore ne le font-ils qu'à regret^ fc 
ce n'eft qu'à force d'être prefies qu'ils entrent 
dans la difcuSion des loi. proportions. M 
refte cette referve e& une marque de kar 

i prudence ; car toutes les fois qu'ils ont vou- 
u découvrir les erreurs cachées dansles lox. 
propofitions, ils s^en font mal trouvés ^ & k 
Conftitution quand elle a été vue de pii» 
n'a excité que l'horreur & l'indignation do 
£deles. Four avoir plutôt fait, ils fuppolait 
prefque toujours que la Bulle eft reçue pu 
l'Ëglife, ce qui eft précifement le fujetdch 
difpute : après quoi ils prouvent fort bîeo ce 
que perfonne necontefte^iàvoirlafoumiffion 
que tout cathdique doit rendre aux ded-i 
bons de l'Ëglife de Jcfus-Chhft : viennent 
enfuite les inveâives & les dédamaticHis con- 
tre les Âppellans auxquels on attribue ordi- 
paîrement des fentimens & des motifi très 
diâêrens de ceux qui les font agir ; & on les 
compare aux hérétiques les plus deteftablck 
Voilà le fort des conftitutionnairesj c'eftlà- 
delTus qu'ils étalent leur foience & leur éb- 

Sueqçe. Mais s'agic-il d'entrer en matière 
ir les proportions condamnées, de dire clai- 
rement & nettement quelle eft Terreur renfer- 
mée dans chaque propoûtion, de Êdre vonr 
h dififèrence qu'il v a entre ces propoikkxv 
& les padàgès qu on tire de 1 £criture & 
des faints Feres ? alors vous voyez des gsm 
qui s'embarrafTent^qui fe contredirent les uns 
k^ autres^ qui 4'envdoppent 440$ .des iiibtii 

Utcn 



VnHé refiJue finfiUe. Entr. IX. 107, 
lités & des chicanes pitoyables ^ & qui ai* 17^ 
ment mieux avancer des faufletés & desmt« 
ximes erronées que d'abandonner une mau« 
vaKè cauiè dais laquelle ils font engagés. C'efi: 
ainfi que M. Languet^ par exemple , a bien 
eu la hardiefTe de foutenir que l'EgUTe peut 
condamner des proportions véritables ^ qu'il 
fuffit pour cda qu'on en abufe , qu'on puiflè 
en abufer^ ou même qu'on puiflè craindre 
cet abus. 

JLe M. Vdlà une prétention bien fingu-^ 
licre. Ne peut-on pas abufer des meilleurei 
chofès^ & n'abufê-t-on pas en e£fèt des pa«^ 
rôles même de l'Ecriture iâinte? J'ai enten- 
du quelquefois nos buveurs de ce pays-ci en 
citer quelques-unes pour autorifer leurs ex- 
cès : on ne s'eft pourtant pas encore avife do 
condamner ces paroles ikintes dont on fait 
un abus fi criminel. 

JLe C. Comment faire ? M. Languet né 
vouloit pas convenir que la condamnation 
prononcée par la Bulle fût injufte : il vou- 
loit, à quelque prix que ce fût, trouver un 
prétexte de condamner les propoûtions du 
P. Quefhel. Cependant plufieurs de ces pro* 
pofitions expriment des vérités certaines & 
les gemiflèmens d'un coeur chrétien : ellc^ 
préfentent les propres paroles des fainrs Pe^ 
res j le Prélat en convient ,& c'eft pour for- 
tir d'embarras qu'il avance la maxime qui 
TOUS paroit fi étrange, & qui eft fi fauflè 
éc fi pemickujfe. En eflFet en condamnant de« 
propofitions qui n'expriment que la vérité , 
on outrage la vérité elle-même, on la con- 
fond avec l'erreur , on fournit un moyen de 
condamner les paroles de Jefus-Chrift mc- 
•inc* de rcnverfer tout le langage que l'Eglife 



lo8 V>rlU tendue fenjibte. Ehtr. IX. 
m^^? a reçu des Apôtres & des faines Pères, âcdoitri 
die Te fert pour annoncer les vérités du fidut^ 
& d introduire dans la doârine de l'Egée unor 
CDnfufion & un cahos qu'on ne pourroit-ja* 
mais débrouiller : ks decifions de l'Eglife Icf 
plus authentiques pourroient quelque jour être 
condamnées, s'il prenoit fanufie à quelqu'inr 
<fen abufer. A Dieu ne plaife que les ven- 
tés de notre foi & les exprelfions confacréfli 
par l'ufage des &ints Doâeurs de l'Eglife ^ 
viennent te jouet du caprice des hommes ûno-. 
fans & téméraires. Dès qu'une propohtiar 
dans le fens qu^elle prcfente naturellement ï 
Telprit , n'exprime que la vérité i cette pro- 
polition eft donc innocence , elle ne mcri» 
Aucune condamnation: mais, dit M. Lto- 
guet, on en abufe, ou on peut en abufir. 
Kh bien ! cet abus tiï étranger à la propor- 
tion, celui qui en abufe eft coupable, maîi 
h proportion demeure toujours innocente: à 
h bonne heure empêchez l'abus , condam^ 
nez l'abus, mais ne condamnez pas -la pro* 
polition. Où en ferions nous (i la mazinie 
de M. Languet étoit reçue dans les tribu- 
tiauz des juges, (i on condamnoic quelqu'un 
à mort parce qu'on craint qu'il ne commet- 
te quelque crime, ou parce que, ayant pour 
Père un méchant homme, on pourroitcnuib' 
dre qu'il ne lui reflëmblàt. Au reftc en (hi- 
vant le principe de ce Prélat on pourroft 
fort bien condamner (es ouvrages & la Bulfe 
elle-même , car non-feulement on* en peut 
fibufer, mais on en abufe, ou plutôt on en 
fbit un ufage très naturel , en appuyant fiir 
cette pièce des erreurs monftrucufcs. G'cft 
aînlî qu'on a vu le Père AllèrmetCordelier, 
dans un ouvrage compoie pour la défoUcds 



Virité rendue fenfiHe. Entr.. IX. 209 
i Conftitution , avancer cet horrible bbif- Vfi^ 
pheme: „ Je dis que Dieu eft tout-puilTant 
,, fur le cœur des hommes dans les choies 
,9 qu'il peut abfolument, mais non pas aie- 
xy gard du falut de Thomme. " 

La M, PAi mon Dieu! Comment un chre- 
den & un Religieux a-t-il pu avancerune telle 
impieté qui attaque la religion par le fonde- 
ment^ car û Dieu n'étoit pas vraiment tout- 
puifTant) il ne feroit pas vraiment Dieu. Cer* 
tes les Avocats de la Conftitution fe trom- 
pent lourdement û avec de tels plaidoyers ib 
prétendent gagner leur caufe : lis courent 
grand rifque oêtrc condamnés eux-mêmes 
avec la Bulle. 

JLf C. Ceft le fort ordinaire de ceux qui 
ibutiennent une mauvaifecaufe, de gâter leurs 
affaires au lieu de les racommoder. Le Père 
Affermer n'cft pas le feul qui, en voulant ju- 
ftifîer la Bulle , Ibit tombé dans des excès fi 
horribles^ le P. Fontaine Jefuitc a imité ce 
Cordelier j fi même il ne Ta furpafle. M. Lan* 
guet lui-même, qui malgré la modération 
qu'il aflFeâoit dans fcs premiers Ecrits n'a- 
voit par laifle dy gliflèr beaucoup d'erreurs 
& de feux principes , tels que celui dont je 
vous parlois tout à l'heure, a levé lemafque 
dans la fuites il en eft venu jufqu'à prendre 
hautenîcnt la defenfe du Père Aflèrmet , & à 
s'élever contre Xll. Articles dedodlrine,ou 
XII. propolirions qui n'expriment que des 
. vérités eiièncielles de la religion , & de la ma- 
nière du monde la plus exadte & la plus me- 
furée: vous pouvez bien pcnfer que lesévê- 
qucs & les théologiens Appcilans n ont pas 
gardé le filence fur de pareils écarts: plus d'u- 
BC fois ofi a convaincu ce Picl&t ; ou ceux 

qui 



aïo Vérité rendue fenfihk. EîlTR. IX: 
i;t9. qui travaillent à ces Ouvrages^ d'erreur ^ de 
&UX raifonnemcns , de fupcrcherie, de fidfr 
fications^de calomnies, enfin depuis qu'il eft 
notre Métropolitain vous favez qu'une por- 
tion confiderable du Clergé de Sens fbote* 
nue de deux Sufïragans , M. de Troycs & 
notre digne Prélat , Tont dénoncé à l'JËg^ 
comme un dell;ruâeur du grand commaih 
dément de Tamour de Dieu, & le coiTa- 
pteur du Catechifme du Dioceiè. 

Le M. Je vois bien par-là que les Jefinto 
& les autres conititutionnaires ne mettent p» 
leur principale confiance dans la plume de 
leurs auteurs, & que la Bulle n'aurait]» 
iàit tant de progrès , fi elle n'avoit eu pour 
ibuden que les Ecrits de ces défenfeurs. 

JLe C. Non certainement, elle n'auroit pu 
fait tant de progrès, fi les voies defàitn'a- 
voient tenu lieu des bonnes railbns: elle tf eft 
redevable de fes conquêtes qu'aux violences 
exercées en fa faveur j& toutes les fois qu'el- 
le a paru deftituée du fecours de l'autorité 
royale, ùl foibleflè a été apperçue de tout 
le monde. Mais ce qui a fait le triomphe 
' de la Conftitution , efl ce qui découvre iba 
ignominie aux yeux~des perfonnes qui ont de 
la raiibn Se de la religion : car tout ce qui 
porte le caradere de la violence , fiir-tout 
dans les difputes qui s'élèvent dans. r£gliib 
fur les vérités de la foi, porte en même teins 
ù. condamnation fiar le front. 

Le M, Vous nous avez beaucoup parlé 
de la guerre que fe faifbient mutuellement les 
Appellans & les conftitutionnaires; mais vous 
ne nous avez pas dit un mot de M. le Re* 
gent: eit-ce qu'il demeura oifif pendant tout 
oe tems-là, & fc conteota-t-il d'être le fpe- 






Vertti fendue Jenfhh. EKTft. IX. Ml 

âateur du combat dont ilavoit permis qu'op 17^ 
: donnât le fignal? 

i lue C. Il ne tint pas tout-à-fàit la parole 
qu'il avoit donnée au Cardinal de NoaiUes^ 
\ car il empêcha que les Parlemens n'adheraf- 
i iënt à rA{^ de cette Eminence^ & il fie 
I plufieurs autres démarches pour fàvorifèr le» 
r conftitutionmires: à cela près, il n inquiéta 
; point les Âppellans, & n'employa point con« 
tre eux les voies de fàit^ mds il n'abandon^* 
tia pas fes premières vues, & il prie iès me« 
iures pour faire Icrvir tous les évenemens donc 
je vous ai parlé, à l'exeCudon de fes pro- 
jets ambitieux. Ceft ce que nous verrons ua 
«utre jour. 



ENTRETIEN X. 

Situation des Appellans : foiblejfe de 
flufieurs dentre eux. Changement 
de M. le Régent à leur égard: ma^ 
tifs de ce changement . M. le Car-^ 
ainal de NoaiTles fe laijfe détermi-^ 
ner à recevoir la Conftttution avec 
dis explications approuvées par 100. 
Evêques de France. Moyens emplo^ 
y es pour conclurre V Accommodement .. 

LE Cure'. Nos Entretiens precedens ,' 
mon cher Monfieur, vous ont prefenté 
bien des fujets de confolation. Vous y avcT; 
vu la fituation avantageufe où fe trouvèrent 
les défenièurs de la vérité , torfqu'après la 
mort de Louis XIV. on commença à refpî- 
tgx uo psu des vexations que le P. Tellief 

excr* 



212 Vérité rendue fenfiUe, Ekttr. X 
1719. cxerçoit fous le nom de ce Prince: 

avez vu la protedion qu'ils trouvèrent auprif 
des premiers Magiftrats,lorfqu'on ceflSi aff- 
réter le cours des loix & de la juftice , voai 
avez entendu les cris quejctterent cantrek 
BuUë des milliers de témoins , dès que leur 
langue fut déliée ; enfin vous avez pu remff» 
quer combien à la faveur d'une demie liber- 
té les Appellans ctoient devenus ruperiean» 
& en quelque forte redoutables àleursadvcr- 
faires. Déformais la fiice des affaires va dun- 

S;er : la lumière qui avoit brillé avec tut 
'éclat dans les quatre années qui fuivireoe 
k mort du Roi, va s*obfcurcir peu àpeo: 
les ténèbres fuccederontôc deviendront qprf 
k^ de plus en plus : la puiffànce ro^, 
après avoir tant de fois reconnu la pureté de 
la foi des Appellans- & la régularité de loin 
démarches, fe tournera entièrement contre 
.eux j quoiqu'on ne puiflè leur reprocher rie» 
de nouveau: ils éprouveront les traitcmen 
les plus rigoureux, & ils deviendront le jouet 
de la Dàilion & de la fureur de leurs eoïK- 
mis. Dieu , qui dans fa juftc colère avoit 
permis le fcan-iale de la Conftitution, pardP- 
foit avoir arrScé les effets de fbn indignation: 
il avoit appaifé une tempête des plus furieu- 
fes:il avoit fait ceffer une tentation qui fcm- 
bloit capable de renverfer les élus mëmeSy 
fi elle eat duré plus iong-tems ; enfin pour 
accomplir les promeffes qu'il a faites à foi 
W i3i.i7^Eglilë, il a voie prcparé une lampe pour fi» 
Chrill, en procurant aux vérités attaquées un 
témoignage très éclatant & très folerancl delà 
part d'une foule innombrable de pcrfonnes ré- 
.pandues dans tout le royaume. Déformais Dieu 
prendra une autre voie ; il laiûèra aÛer le coi» 

' dfi 



Vtrtt^ rendue fenfible, Entr. X. ai 3 
de Ëi juftice, elle s'exercera d'une manière ijif^ 
d'autant plus terrible qu'elle fera plus pro- 
fonde & plus cachée : la miféricorde qu'il 
répandra fur fcs enfàns ne fera plusaulfifcn- 
fible : elle les fouticndra dans l'oppreffion , 
mais eHe ne les en délivrera pas. £n un moti^poeti. 
ce fera le tems de la patience & de la foi desxiii. i9i 
Saints. Les Appellans feront deftitués de tout 
appui humain > 6c dans l'extrémité de leurs 
atUiâions ils n'auront d'autre reflburce que 
le bras du Tout-puiflànt pour les droits du- 
quel ils combattent, & us n'auront d'autre 
coniblation que celle que peuvent produire les 
vues de la foi & les fentimensdela Religion. 

Le Marchand. Affurement , mon cher 
Paftcur 5 nous ne nous attendions pas à un 
pareil début , après la defcription que vous 
nous aviez faite dernièrement de la fituation 
avantageofe des affaires de l'Eglifè. Je vois 
bien que vous voulez nous préparer aux tri* 
ftcs évenemens dont vous devez nous entre- 
tenir, & empêcher l'impreffion qu'ils pour- 
Toient foire fur des perfonnes foibles & igno- 
rantes comme nous. Ce n'eft pas qu'on foît 
à pkindrc d'être réduit à n'avoir que Dieu 
pour fouticn, mais il faut une grande foi 
pour fe contenter de cette unique rcfîburce, 
& pour en fentir toute la valeur. Dites nous 
donc, s'il vous plaît, comment s'eft opéré 
le prodigieux changement que vous nous an- 
noncez ^ car il faut convenir que tout ce 
que vous nous avez dit des progrès de l'Ap- 
pel donnoit lieu d'efperer toute autre chofe. 

Le C. Avant que de répondre à votre que- 
flion , trouvez bon que je m'arrête un mo- 
ment pour vous faire remarquer combien, 
étoit grand le nombre de ceux qui croient 

oppo- 



#7IJ- 



it4 Verltl rendui fenfibk. Emtr. X. I 
oppofés à la Bulle ^ ou oui ea avoient sqppd- 
le. Parmi les 126. Eveques qui compoiot 
le Qergé de France^ il y en avoit eavin» 
cinquante qui ne croyoient pas que raffiûc 
de la Conftitution fût finie , ni que la Cofr 
ftitudon fût reçue par rEglife. De ces dn- 
quante {a) dix neuf avoient appelle au Goo- 
cile gencxal : deux (Jf\ refufoient abfblumot 
d'accepter la BuUe^ (c\ deux autres Tavoicac 
acceptée avec des expucations û ezaâes^ i 
coi^mes aux propoutions que les conflBB- 
tionnaires les avoient regardées comme une 
infulte faite au Pape & à & Conftitutiooy 
& avoient compté ces prélats parmi lescp- 
po(àns> les autres enfin après avoir acceni 
avec des explications des reibriâioas , des 
modifications, avoient £ût connoltre par des 
Aâes publics qu'ils n'étoient pas contens de 
leurs démarches précédentes , & qu'ils fou» 
haittoient qu'on prît des mefures convem- 
bles pour terminer l'aiEdre de la Bulle d'une 
manière utile à l'Ëglife. A la fuite des évo- 
ques venoient plufieurs Chapitres de Gadx- 1 
craies dont les uns , {d) avoient appelle n 1 
Concile gênerai, d'autres {e) avoient dédat I 



(«) MM. de Mirepoix , de Senezj de Moll^ 
pellier, de Boulogne» de Verdun, de Pamieni 
d' Auxerre » d'AngouIême • de Cliaalons fur Ma^ 
ne , d' Acqs , de Bayonne , de Leiâonre » d'Ages, 
de Condom , de Laon, de Mâcon, de Saln^ 
Malo , le Cardinal de Noailles dc l'ancien Evéque 
de Tournai, {b) MM. d'Arras 8c de Treguuir. 
(r) MM. de Mets 8c de Sideron. {i Les Cha- 
pitres de Tours , de Paris , de Reims , de Chaa- 
Ions fur Marne, de Laon, du Mans, de Bou- 
logne, de Sencz, de Leiâoure, de Saint- malo, 
d'Acqs , de Bayonne , de Saintes 1 de AfïcoiL 
(0 Orléans , Nevers > 6»:« 



pari 



Vérité rerubte fenftbie, Entr. X. 2iç 
^nx des aâes qu'Us ne rece voient, ni n'a- 1719, 
voient reçu la Bulle , enfiiite plulieurs \a) Uni- 
verfitcs & {h) Facultés de Théologie, & une 
mulrirude d'hommes qui étoient ce que l'E- 
glife de France avoit de plus pieux & de plus 
éclairé parmi les Curés, Chanoines & autres 
EccleGaftiqueSjauffibien que dans les Com- 
munautés & les Ordres religieux. Si vous 
joignez à cela un nombre encore plus con- 
fido-able de perfonnes (bit Eccleliaftiques, {bit 
Réguliers auxquels on n'avoit jamais propofé 
l'acceptation de la Bulle, & qui, penfant à 
ce' fujet comme les Appellans, ne jugeoient 
pas à propos d'adhérer à l'Appel, les uns par 
timidité , d'autres par un amour mal enten- 
du de la paix, par men^ement pour leurs 
évêqucs ou leurs liiperieurs , & par d'autres 
motifs de cette efpece ^ vous pourrez vous 
former une idée aflèz jufte du grand nom- 
bre des Appellans. 

Le M, Selon la fupputation que vous ve- 
nez de faire , il paroit que le nombre des 
Appellans étoit prodigieufement grand. Ce- 
pendant j'ai entendu plus d'une fois des con- 
ftitutionnaires en parler comme fi ce n'étoit 
qu'une poignée de monde, & même en pren- 
dre occafion de leur infulter. Seroit-ce une 
ignorance de leur part, ou un défaut de fin- 
cerité ? 

Lie C. Si les conftitutionnaires n'avoicnt 
reproché aux Appellans leur petit nombre 
que depuis huit ou dix ans ils n'auroient pas 
eu fî grand tort ; car en effet pendant les 23, 
années qui fe font écoulées depuis le tems 
dont je vous parle , la mort nous a enlevé la 

plù- 

(«) Paris, Reims, Caen, &c. (^) Pari% Reim»' 
Nantes, Poitiers, &c. 



1 



ai6 Terîti nndue fènftbh. Ekts.. X. 
9719. plupart de . ceux qui étoient en pbee Evê^ 
ques , Curés & Chanoines. Par ezcm^ 
des vingt-deux prélats ^pdlans du non te» l 
ceptans , je crois qu il n'y en a pas un fal F 
en vie, excepté notre digne Prélat : jugeiéi ' 
refte à proportion, & vous verrez comUa 
le nombre des Âppellans doit ctre dinuimf ; 
la plupart ont été remplacés, par des po" 
fonnes de fentimens bien jdifièrens. Mais a 
n'eil pas d'aujourd'hui que les conftkiitiofr 
naires reprefentent les Âppellans comme noe 
poignée d'hommes mepriubles ^ des i7X7.ft 
171S. M. Languet afièâoit de ne comoi- 
tre d' Appelions que ceux donc l'Appel éoit 
devenu public par Timpreflion^ & fl camp- 
toit parmi les partifans de la Bulle tous OOB 
lui eardoient lefilence, même le Cardmil 
le Noailks & les Prélats unis à cette Em^ 
nence, avant qu'ils eullènt publié lêufi^p- 
pel. C'étoit, comme vous voyez unboi 
moyen à M. Languet de groflir €ss troups 
& de diminuer celles des Âppellans. lAm 
falloit-il acheter un avantage (i chetif au dé- 
pens de la fincmté? Au refte il faut que 
vous (àchiez que tous les partifans delaBul* 
le n'ont pas tenu le même langage jquelquo* 
uns d'entre eux ont parlé avec plus d'exaâi- 
tude & de fincerité. Il parut * en 1728.ua 
ouvrage, où l'auteur, qui écoit félon les ap- 
parentes un Jefuite , le plaignoit ametemenc 
du nombre de ceux qui étoient oppofes \ 
la Bulle, & faiibit voir en détail tjue ce nom- 
bre étoit prodigieufement grand » & ce qui 
«ft encore plus fort, on a vu U n'y a que 
fix ou fept ans , quelques prélats confticutioa- 

nai- 

* Voye^ les Nouvelles Ecclcfîaftiques du ai. 
Juia 1718. 



rerHi rendue Jh^tbk, Entr. X. llf 
ms des {dus zdés répéter les mêmes plain- Ktti 
\ dans des Ouvrages qui ont été imprimés. 17 ifi; 
Le M. Tout cela xie £û£ qu'augmenter mt 
fficuhé. Plus le nombre des Âppellans étoîc 
and , plus il v avoit lieu d'efperer que l'Âp- 
X auroit un keureux fuccès & qu'un fi 
and nombre d'hommes pieux & (kvanta 
roient ua jour triomi^er la vérité. 
Le C.MtSt vrai qu'à juger des chofês par 
ertsiines appmocesj^ilfemUoit que la Con^ 
icution auroit du succomber aux rudes at-* 
jques qu'elle eut à foutenir; bien des eeni 
isuaginereot qu'elle ne pourroity refifter: 
\ le flattèrent que tout le monde ouvriroic 
8 yeux 6c reconnoltroit le bon droit dei 
kppellans, & que les Princes Chrétiens exc- 
itas par les magiftrats y par les iàvants, 
c même mr les politiques, obligeroient la 
lour de Rome à revenir fur fes pas fie 
révoquer la Bulle , ou du moins à lait 
^r tomber cette afiaire dans l'oubli. Mais 
uidis que beaucoup d'Âppellans chantoienc 
.éja vidtoire, il 7 en avoit d'autres qui.de^- 
iraot autant que les autres le triomphe de la 
^erité ,ae pouvoient croire qu'une auffi gran^ 
le aâaire que celle de la Conftitution feroit 
erminée à â petit bruit : les profondes reflé- 
tons qu'ils avoient fiâtes fur la fituadon de 
'Ëglifèjfur les deibrdrcs, les abus, les fcan- 
taies dont elle gémit depuis fi long-tems ,fic 
fur tous les maux qui avoient préparé les 
voies à un Décret auffi monftrueux qu'étoit 
îsL Bulle, leur faifoient appréhender pour l'a- 
venir des évenemens, que les autres regv* 
dolent prefque comme impodibles. 

Le M, Sur quoi pouvoient être fondée* 
les allarmes de cesperfonnes? Car enfin, it 

Terne l^ KM; 



art Vérité rendue fenfibk. Entr. XI 
1749* M. le R^ent avec le génie fuperieur qi 
avoir 9 s'étoic mis en tête d'anéantir & 
£ûre condamner la Bulle , croyez-vous q 
n'en fût pas venu à bout? Pour moi ^ il i 
iêmble , & je l'ai oui dire plus d'une fo 
que ce Prince en fai&nt voir aux Prin 
Chrétiens combien la Conftitution efl: a 
traire à leurs intérêts , pouvoit ei^ 
FEmpereur le Roi d'Efpigne 6c les aoc 
Souverains Catholiques à fe joindre avecli 
qu'alors il auroit été en état d-oUiger Rai 
à retraâer fa Bulle ou même défaire aflfa 
bler un Concile General qui pût temâ 
toute cette affaire félon les règles & pourT 
tilicé del'Eglife. A ce que je vois, vouij 
goûtez pas de pareils expediensj pourgu 
cela? 

Le C, Il fàudroit connoître bien peu T 
tat des chofes pour donner dans de fémlA 
bles chimères , après que les évenemens o 
répandu tant de lumière. Ne voyez-vo 
pas qu'une multitude de perfbnnes avob 
concouru à faire éclorre la Bulle, & qu*e 
étojt le fruit d'une longue fuite de cabak 
d'efforts , & d'intrigues ? Croyez- vous qtf< 
puiffe d'un tour de main déraciner un arb 
qui a jette de profondes racines ? Quand B 
le Régent auroit eu les lumières , & k & 
pour la Religion qu'il n'avoit furement pa 
qu'auroit-il pu faire dans un gouvememe 
d'un petit nombre d'années? Il pouvoit bai 
nir la Conftitution du Royaume, mais ili 
pouvoit rien dans les autres Etats Cathol 
eues : en France même , il pouvoit \A 
rcniplir les Evêchés & les autres places q 
vicndroicnt à vaquer, de bons fujets & < 
perfonncs de mérite j mais il ne pouvoit i 

.; . .Je 



fUritê nnàie finfhîe. Emtr. X. 2x9 

Inctnet toos les abus, ni reformer tous lei tjTf; 

Ubrdre8> ni répandre la lumière de la veri- 

lèms les cœurs, ni infpirer aux Êvêques 

kTdeaéceflkirejpour travailler^ réparer les 

MX que la Buite avoit caufés : en un mot 

Inroit pu faire comme les Médecins qui, 

Ufi'ib ne peuvent guérir un mal radicale- 

M, s'effiircent au moins de l'adoucir & 

fatârécer le cours pour quelque tems. Voi« 

lioe qu'on auroit du penfer^ à la feule in-; 

lAion de l'état de l'Églife , du crédit im« 

;itofc des Jefuites & du génie de la Cour de 

|n& Mais fi on avoit porté fes vues plus 

m le que Ton eût confideré l'aâàire de la 

Mtpr rapport à la conduite que Dieu tient 

fvteEglife,<^^bîcQ n'auroit?-on pas appcrçu 

dr aSm de croire que le triomphe de la 

mén'étoit pa&im événement prochain^ 

• Um: Ayez la bonté de vous expliquer^* 

JlBD cher Fadeur. Je conçois afTez les rai<^ 

que vous nous avez rapportées^ mais 

la fin de votre difcours, je vous avoue 

ft je n'y comprends rien , & je ne crois 

qaaucun de ceux qui ont maintenant 

KKur de vous entendre, y comprenne 

kKDiip plus que moi. 

'U C. Je le crois bien; vous n'avez pas 

•fc t«rs d'y faire reflexion ; mais vous fè- 

au feit dans un moment, lorfque je voué 

î rappelle quelques vérités dont vous êtes 

■ . Vous fivez que Jefus-Chrift eft; 

des complaisances de Dieu & la fin 

Ittmtcs. fes oeuvres ; & quand je dis , Jefus- 

Iriil , je n'eiîtcnds pas feulement la per- 

taïc adorable du Verbe incarné , mais auffî 

p Corps myftiquc dont il efl le Chef, & 

lieclequd il ne forme, félon l'expreffionda 

f Ki S, 



ff.Corkit. 
XXL IX* 



«M Vtrit/ rinJtte finttk. Entr. X3 
i79^. S. Paul» qu'un feul Chrift; vous ifimori 
{Mtf combien Dieu eft attoitif^ oomhicD 
eft fenûbic, pour ainfi dire, à tout ee q 
touche fon Èglife , Tépoufe bioMÛniéc ( 
ion fils unique. Tous ceux qui coacribm 
iiu bien àt l'Eglife, qui travaillent êc 4 
combattent pour Tes intérêts, s'aquierencia 
f ecompenfe infinie : ceux au comraiie qril 
troublent, qui la {candaliiait,£c qui àhm 
ja pureté de ia doârine , fe pr cp a r cut ni 
dtecfibk jugement. Cela TuppoTe je voui Ul 
ie à poifer combien Dieu devoit fitxe infc 
|)ar un fcandaie ûhorrible & fi Àeodu, n 
toutes les iniquités , les prevaricattoos , le 
outrages faits à la vérité , en vn mot parm 
les crimes qui avoient produit la Bulle ftp 
tous ceux qui la fuivirent Jk dont die do 
vint une fource inépui&ble. Joignez à (n 
ces maux dont je vous ai donné quelque 000 
noifTance^la corruption des mœurs des dni 
tiens depuis les premiers Pafleun ji^bu'fli 
ilerniers des fidèles, l'oubli de Dieu > rindif 
ference pour la Religion, P^norance deiTfl 
rites & des maximes de FEvangile^ k dca 
dence de la r^ukrité monaftique , & le 9 
lâchem^t horrible de certains ordfo Rdf 
gieux, joignez-y enfin la perfecutîon ouvcn 
iqu'on exerçoit dqniis plus décent aneoooB 
les défcnfeurs de k vérité. 

Le M^ Voilà en efifèt de grands mm I 
Sûen capables d'attirer ia colère du Seignea 
Mais je ne vois ^ oioore où vous voiik 
venir. Car plus Dieu étoit irrité contre k 
Auteurs de ces maux , plus il 7 avoit lieu d 
iCroire qu'il les puniroit d'une manière éd 
tante , & qu'il delivreroit fou EgUJè de Tof 
jpr^ilion dcsmcchanfc 



Teritêf indue Jenfiïe. Ektr. X. an 
Xe C. Une telle conduite de Dieu auroic ijifk 
Ité une grande mifbncorde fur la multitude 
des Chrédens^qui de cette forte n'auroienc 
plus été expoiës au danger d'être feduits par 
les Dodeurs d'erreur & de menfonge ; & 
fiir les ièduâeurs eux-mêmes auxquels elle- 
eût ôtèle moyen d'ajouter de nouveaux cri- 
mes à leurs premiers égaremens. Mus ce 
n' eft jpas ainti que Dieu traite les hommer 
dans u grande colère : alors il garde un pro- 
fond filence iîir les fouffirances des juftes £c 
iûr les violences des mechans jusqu'à ce que 
les uns ayent rempli la mefure de leurs bon- 
nes œuvres X & ^ autres, celle de leurs ini«- 
quités. C'eft ce que nous voyons aujourd'hui.. 
La Cour de Rome, ks Jeiuites & tous les^ 
ConAituticMinaires xdés font aa comble de 
leurs voBux: ils ont en main Tautoricé fou- 
yeraine', nea ne leur refifte^ & les Appel- 
ions fon& abandonnés à leur dilcretion^ IW 
prennent ces heiureux fuccès pour des gage» 
alTurés de l'approbation & de la proteâion* 
divine : ainû leur aveuglement & leurendur- 
eiflèmenc deviennent prefque incurables: let^ 
Chrétiens font livrés- à des guides aveugles, 
^ après avoir négligé de s'inftruire des 
rerites de la Religion, & n'avoir témoigné 
pour ces vérités que de l'indifférence, du me- 

5 ris & de la haine, par un jufte jugement 
e Dieu ils ne trouvent plus perfonne qui les 
leur annonce. £nfin les ferviteurs de Dieu 
ibnt perfecutés en mille manières , & par là 
ils expient toutes les fautes qu'ils ont corn- 
tnife, foit en prenant quelque part aux ini- 
quités communes, foit en ne s'y oppofànt pa^ 
comme ils le dévoient. 
Le M. Eft-ce qu'un û grand nombre 
Il j d'hom- 



M2 Vérité rendue fejtfhle. Entr. X. . 
j*.,o, dTiommes remplis de zèle, de lumière & 
pieté , n'étoit pas capable de fléchir la q 
re de Dieu , d'attirer fa mifericorde & de 
pandre de toutes parts la lumière de bi 
rite ? 

Le C. Peut-être auroit-on pu cfpcrcr 
tel bonheur , fi tous les Appellans ayd 
été des hommes tels que vous vous les ^ 
jou.v.3r.rez,^ s'ils avoient été dts lampes ardentes 
éclatantes : mais il s'en falloir bien que c 
fût ainfi ^ & dans cette multitude de p 
fonnes qui s'étoient rangées fous Tétend 
de l'Ap^5 il y avoit un grand triage & 
grand difcemement à faire. Le puis ^ 
nombre étoit de ceux qui connoifibiac 
prix & l'étendue des vérités pour lefqud 
ils combattoient y & qui fe les propofok 
pour en faire h règle de leur vie j la plûp 
ou ne connoifïbient gueres les veric&aci 
quécs par la Bulle , ou les regardoicnt coi 
me des queftions fubtiles & peu.importan 
pour lefquelles on ne devoit pas s'expofa 
la periecution j ils ne vouloient pas qu' 
s'appliquât à en inftruire les fidèles, ni qu 
les mît en état de prendre part auxcontcfl 
dons d'une manière proportionnée à leur fici 
don : ils regardoient comme une precauck 
fupcrflue le foin de prémunir les fimples co 
tre la feducîlion qui ne leur paroillbic pas 
craindre, & de leur fournir des armes po 
des combats auxquels ils ne croy oient pasqâ' 
pufïènt être expofés : bien plus , qudqiM 
uns avoient appelle par Compagnie cozzu 
des moutons , ou pour fe donner un rdl 
& une réputation de gens d'efprit. Vo 
ne devez pas être étonné de voir untelzEi 
lange parmi les defenfeurs de h vérité. Voi 

lilc 



Vérité rendue janfihk. Entr. X. 7A% 
Jiifex rEcritiire ûinte & fur-tout le faint ijtj; 
Evangile. Dites-moi , je vous prie, pour 
reconnoître Jefus-Chrift comme le Meflîe, 
malgré la contradiction des- Prêtres, des Do- 
cteurs de la loi, des Pharifiens , pour fc 
mettre à fa fuite après avoir tout quitté , ne 
falloit-il pas du nK)ins autant de foi & de 
courage que pour adhérer à TAppel ? Cepcn- 
dant combien voyons-nous de défauts, de 
miferes , de foibleflè , d'ignorance dans ce 
nombre deperibnnes qui rcgardoient Jcfus- 
Chrift comme le Sauveur promis aux hom- 
mes & qui s'étoient miiês à fa fuite? Plu- 
£eurs Tabandonnerent fcandaliz.es du difcours 
admirable qui cft rapporté au Chapitre VI. 
de Saint Jean ^ & à la fin de fa vie il fut 
renoncé par le premier de fes apôtres , trahi 
par un d'entre eux & lâchement abandonne 
de tous les autres. Vous voyez par là qu'on 
p.eut faire une aâion admirable , grande & 
genereufc, & la faite d'une manière très pau- 
vre & très defe(îlueufe. 

lue M. Je m'étois formé une autre iiéc 
des Appellans, & je ne comprois pas c,iîe 
ce feroit vous qui m'apprendriez à en raL^a:- 
tre. Je vois fort bien que cette portion d Ap- 
pellans fi peu éclairés & fi peu attaches ù ia 
vérité, n'était pas une grande reffource pour 
l'Egliie ; & on pouvoit bien prévoir que des 
ibldats {\ lâches & fi mal équippés ne pour- 
roient foutenir les attaques de l'ennemi. 

lue t\ AufE plufieurs fe font-ils rendus 
avec une grande facilité & fans prefque faire 
de refiftance, les uns pour être admis aux 
ordres fâcres , les autres pour obtenir les pou- 
voirs de prêcher & de confcfTer j quelques- 
uns pour & procurer des bénéfices , pour fe 
K 4 frayer 



5i4 teritt rendsÊe JenKBb. EKTR. X 
^rp. frayer le chemin aux c^;nités de PEgl 
un mot pour faire chacun ùl petite i 
iêlon fon état y ou (bn ambition y d 
par amour d'une vie douce & tran 
par la crainte des vexations , des exij 
priions, des interdits, des excommuni< 
de la privation des &cremens à la mort 
bonneuis de la fepulture : d'autres enfir 
avoir ibuffèrt pendant quelque tems , : 
kflis de fe voir réduits à mener une 
rante , à n'avoir pas un chez fbi, à < 
dre ibuvent de la charité d'autrui , « 
Mttf. itt jufqu'à la fin de leur vie. Ceft ainfi 
^' Seigneur a pris fon van à la main, 2 

a commence à nettoyer (bn aire; une 
quantité de paille a été enlevée par 1 
de la tribidation, & cette multitude 
pellans, Ëvêques, Curés, Chanoines 
âeurs, Religieux & autres qui fbrmoie 
armée fi nombreufe, s^eft trouvée pa 
réduite au petit nombre que nous m 
aujourd'hui. De trente-deux mille fi 
Gedeoii s'cfl: trouvé réduit à dix mil 
dans la fiiite il fera réduit à trois cens, 
un terrible changement. 

Le M. Apprcnex-nous donc comn 
s'eft fait 'y car jufqu'à prcfcnt vous n*av 
repondu à ma queftion. A la verit< 
nous avez fait fentir que cechangemen 
pas aufli étonnant qu'il le paroit d'abor 

3u'en confiderant les difpofidons de pli 
'entre les Appellans, on pouvoit m^ 
prévoir. Mais ces Appellans timides fie 
teurs de leur tranquillité, n'auroient p 
èxpofés à la tentation, s'fls a voient coi 
à jouir de la proteâjon des Parlemei 
fource de tout le changement doit dor 



VMt4 rniêbe ftnJlUe. Emtr. X. 125 
«ir de h Cour de France , c'eft-à-dire, de «7<^ 
Il k Régent qui aura changé de conduite 
diDS raffiure de la Conftkution, quels peu- 
vent être les modâ & les raifons qui Vy ont 
engagé, c'eft ce que vous avez maintenant 
à nous devèbpperr 

Xiff C. Plufiet» niions contribuèrent à ren- 
8re M. le Régent » entièrement favorable aux 
prtiiaDs de la Bulle. Ce Prince étoit ennc* 
ad des difiniffions pénibles & de PapplioH 
tkn ièrieufe , qui eue été ncceflalre pour 
«awirmir les loix du Royaume contre les en* 
trepriiès continuelles d'un parti auffi pul{]^c 

3ue reçoit alors celui des conftitutionnaircs : 
itoit bien plus aile de fiitisfaire des gens 
fù éloient en état de fe faire craindre. Ou« 
tn cda, il s'accommodait beaucoup mieux 
de la morale des JeTuites & des paniTans de 
k Bule que de cdle des Appellans. Enfin 
FA^id m étoit devenu en quelque fbrte 
odSeux parce que le Parlement de Paris qui 
tn étoit proteoeur déclaré , avcût encouru 
fim indipiation. Mais la raiibn capitale qui 
epera ce changement, ce fut la crainte d'ê- 
tre traverié par la Cour de Rome dans fes 
pojecs^ ambitieux , de le defir d'd>tenir un 
chu^cau de Cardinal pour Ton favori FAb- 
bé du Bois qu'il voubit faire déclarer premier 
minifbre. Le bruit s^étant répandu du. Traite 
fue M. le Régent avoit defiein de conclurre 
trec la Cour d'Efpagne, à cmdition que le 
Rd de France épouiêroit l'infante d'Éfpa* 
toe, & que les deux fils du Roi d'Efpàgne 
«ouferoient deux Prmceflès d'Orléans , le 
ïf. d'Âubenton repréfenta au Roi d'Efpagne 
Philippe V. dont u étoit le Confeiïeur, qu'il 
m •OftHOOit point à Sa Majcft^ Catholique 
■" K J dç 



aitf P'erit/ renJue finjthle. ÈKTit. X 
1719. de s'allier avec un Prince tel que M, 
d'Orléans, qui favorifoit des heretiq 
des hommes rebelles au faint Siège: 
cours du P. d'Aubencon firent irap 
for Philippe V. M. le Régent en fut l 
informé, & il n'en fallut pas davantag 
k porter à donner toute fetisfàdion ai 
en faifant recevoir (à Bulle par tous 1< 
ques du Royaume , autant qu'il feroi 
ble,& en ôtant toute force & toutes 
aux Appels qu'on en avoit ci-devàni 
jettes au Concile General. 

LiC M, Ce n'étoit pas une petite af 
fidre accepter la Bulle par tous les év 
après tout ce qui s'étoit palTé les anni 
cedentes. Les diflScultés dévoient fe 
ter de tous côtés : car les Jefuites & 1 
de Rome vouloient une acceptation 
fimple, & une obéiffance pleine & i 
D'un autre côté, dix-neuf évêques \ 
appelle au Concile , & trente environ 
déclaré par des aâes publics que la Bi 
toit recevable qu'à la faveur de bon 
plications auxquelles elle feroit liée. 
ment réunir enfemble des hommes qui : 
cmbraffi'dcs partis fi dilïèrens , & ; 
cngagèmcns publics.? Louis XIV. q 
un Prince" fi abfolu & fi redouté , n'av< 
réuffir; & en mourant il avoit eu le 1 
de voir qu'il a voit compromis fon auto 
aucun fuccès. 

Le C, L'entreprife étoit certainem 
difficile, mais eUe étx>it conduite p 
hommes d'un génie fuperieur , qui fi 
bien qu'elle n'étoit pas impoflSble ,• ô 
fec y a-t-il' quelque chofe dlmpoffit 
Srince habile, qui eft le diftributeiir 



Veriti renJve fenfiHe. Entr. X. 227 
CCS & des châtimcns 5 & qui a entre ics 1719. 
mains les faveurs de la fortune qui cil lidole 
de la plupart des hommes. M. le Rcgent 
après avoir concerté toutes chofesavecrÀb- 
bé du Bois fon favori s'appliqua tout de bon 
i faire entrer dans lès vues ceux qui dévoient 
concourir à cette grande affaire, & pour ce- 
la il employa fucceflîvcment les carrcflès & 
les menaces. Le Cardinal de Noailles n'eut 
pas le courage de réfifter aux inftances,aux 
ibllicitations , aux complimcns fiatteur> & fê- 
duifans & aux belles promeflcs de M. le Duc 
d'Orléans: il alloit devenir l'arbitre delauo- 
ârine & le pacificateur de TEgliil : les ex- 
plications de la Bulle dreflecs ièlon Tes vues 
& fes principes , fignées par quarrevingt cvc- 
qucs, érigées en loi de TEglifc & de l'Etat 
par le concours de la puiflancc ten;poreLe 
avec celle des cveques , dévoient fcrvir de 
barrière contre toutes les nouvelles erreurs & 
empêcher le tort que h Bulle pouvoir cau- 
fcr à la doârine de î'Egîife : en un ti.ot on 
k laiflbit maître de drefl'er fon A&e d'ac- 
ceptation de la Riiilcjuc le icî.dic cependant 
d'uD excellent Corps ce doûrine capable de 
mettre la vcritc à couvert. 6c de lier cnfcm- 
bie ces deux pièces fondamentales non plus 
avec un cordon de ftvc, cor.uve du vivant 
de Louis XiV.maii avec un cable. Tci:>ctoïcnt 
ks pièges qu'on tendoit à i'huiiicur c.ouce & 
pacifique du Cardin il de Noaiiles , &c ics 
anincês auxquels cette Imminence fe iaiffa 
furprendre. Par ce moyen, M. le Rcj;ent 
fc tcnoic fur d avcir les AppcUans , ne rou- 
tine pas qu'ils ne fuivilTcnt ou n-.oin-: M^ur la 
I plupart Tcx-nvlc du C^îdin.i de î-^oaillcs, 
' quoa rcgaraoit comuie leur Chct 



aaS rtfiit tendue finfihh. EKTft. X 
171^. Le M. M. le Regcnt comptoit J 
hôte y à ce que je crois, & je m'atti 
voir dans la fuite obligé de décompte 
pour ne pas interrompre votre récit . 
nuez, s'il vous plait^ à nous infbn 
moyens que ce Prince mit en ulà 
«mener à fon but les évêques accept: 
Ion ce que vous nous avez, dit des 
tions qu'ils avoient fait paroître daûi 
gocîations précédentes, on devoit s' 
S trouver de leur part une grande re 
Car en cette occafion on leur de 
ime choie que M. le Régent n'avd 
devant obtenir d'eux , quoique appar 
il eût employé dès-k>rs tous les mi 
iréuf&r qui étôient en fon pouvoir. 

Le C. Oh pour ceux-là M.leReg 
étoit pas embarrafle; il ûvûit bien 
Cardinaux de Rohan & de Bifly , A 
part de leurs afibciés n'étoient ni int 
ni inflexibles ni infènûbles aux confîd 
humaines ^ufqu'à refufer de s'accot 
aux defîrs d'un Prince qui âvcMt me 
€n œuvre pour parvenir à &s fins, 
cela, la déroute que les Appels muli 
les arrêts des Parlonens avoient tr. 
kun ajBàires les rendcHt très difpofés 
ter des propofitîons qui paroiffoient 
étoient en efièt très avantageu&s p 
Car on leur promettoit que les exp 
4u Cardinal de Noailles , ierûient fo 
leur examen ; qu'ils pourroient y chî 
qui leur deplairoit: que la fbrmide 

rition fcroit telle qu'ils pourroient 
leurs idées , qu'enfin faccommt 
€Onciu entre les évêques fcroit aut< 
une déclaration dii Roiquirendroitk 



TifHimiMtliuJthh. ËNtR. X. M^ 

inatiks , & en arrâoxnt le cours , & qu'ainfi .I7t]t1 

k Cnoftitutkm fooit cenfée reçue dam tout 

k Royaume fie appuyée de toute Fautorîté 

loyale. Enfin pour couper court à toutes 

kl difficultés des Prélats conftitutîonnaires^ 

M. le Duc d'Orléans les menaça delesaban- 

donner entre les mains des Parlemens, & de 

•&ire iaterjetter un hpçài au Concile gène*- 

•ni lu nom du Roi & de toute la Nation: 

jl n'en faUoît pas tant pour engager desPié* 

lus (XHirtifims à entrer dans des négodationa 

.èsat ik pouvoient tirer par la fuite degrands 

«vantaga* 

XiT Jf. CSeft^-dire, que nos Prâats pour 
h plftpart vont faire tout comme en 1714; 
La .ndonté abfolue du Roi. les lettres de 
caebee, les menaces, les vtoknces avoient 
«don obligé les évêques à recevoir kBulle& 
à étouficr les cris de leur confeience pour 
fttisfiiire la Oxir; & M. k Régent va em- 
ployer ks mêmes moyens pour forcer les 
Froats.à condurre uneeipeced^LCCommode- 
•snent fie de réunion dont ib n'ont qu'une ex* 
treme âoîgoemeat. Quelle honte & quel 
-tvilifièment pour l'épiicopat de voir la foule 
de'ceux qui feot honorés de ce caradereâ- 
'oé devenir k jouet des paffions des hommes 
& tourner à tout vent comme des girouet- 
tes I 

Le C. Si vous aviez lu FHiftoirc de l'E- 
ffilè, vous iàuriez que ce n'eft pas une cho-^ 
i&înouvdk de-voir la multitude des évêques, 
Màet aux volontés des Princes, au préjudice 
• 'dektu: devoir. Si ks beaux jours de rEglife, fi 
' k quatrième )le'cinquîeme , le •fixieme fieck âc 
ies fiiivans <^ les évêques choitis par le cler- 
'fiét&par-kpeupkécoient communément, ce 



2^0 Verlt/r0nJs»/infihle.EHtJi.X: 
1710. qu'il y avoït de meilleur en chaque dibcefê^ 
&, dis- je ^ ces tems heureux nous fourniflè&c 
des exemples, de lâcheté , de foiblefië > ^'de 
prévarications prefquc générales jdevoos-noïii 
être furpris de voir quelque choTe deiêmblahle 
dans le dixhuitiéme iiecle der£glife, daoi 
des tems malheureux où les r^es fidntet 
prèfcrites par l'Eglife pour le choix de fcs pre- 
miers pafieurs , font anéanties , où la nomi- 
nation aux évêcbés eft pour Tordinaire une 
fuite de la naiflànce & un eflèt des brigues 
& des Sollicitations, & prefque jamais une 
recompenfe de la vertu , de la fcience & du 
vrai mérite^ où les Princes enfin difpofentdef 
cvêchés comme des dignités & des chargés 
de leurs états, avec cette diSèrence que pour 
l'ordinaire ils ne voudroient pas confier l'ad- 

• miniftration d*une partie de leur autcMicé^à 
' des hommes qu'ils appellent au gouvememeàc 

• de l'Eglife de Jefus-Chrift ? Au refte quoique 
le defîr de plaire au Prince ou la crainte de 

' 6m indignation ait fait entrer la plupart des 
évêques dans les propofitions d'accommode- 
ment, il ne faut pas croire que les choies 
fe fbient pa (Tées comme en 1714. M. k Ré- 
gent, étoit trop habile pour employer*des 
moyens fi groflîers^il lavoir que la violenoe 
ne fait pour Tordinaire qu'aigrir & foulever 
les elprits: il crut qu'il réuiîîroit mieux par 
la voie des carre fTes, des inlinuations ; des 
promeflTes entrem-êlces de menaces; & Tcx- 
peuence fit voir qu'il ne &éioit pas trompé, 
& que fes foins n avoient pas été inutiles ; 
car en n^oin de iix fën aiuea 1 Accommode* 
ment fut prefque entfcrtn^enr confommé» 

Le Aj. Je ne m'attendo.s pa^ à voir Fal^ 
fsâit conclue cn.fi peu de.texus j.£c il joefâl- 

loit 



'Vmtt^fnJbie fenfbh: Entr. X. ayi 
Ut pas nxnns que le génie fuperieur & le 1710^ 
pouvoir abfolu de M. le Régent j pour réuffir 
dans une chofè fi pleioe de difficultés. Re- 
fit à fiivoir commene le travail fut conduit ; r 
par les habiles ouvriers que ce Prince em- 
ploya^ & comment on vint à bout de lever 
tous les obftacks qui pouvoient en empêcher 
k fuccès. Je compte que vous voudrez 
Max âtisfiôre notre curiofité fur cet article; 
Le C. Voici de quelle manière on s'y mit. 
M. le Régent retnit entre les mains des Car* 
Auruz de Noailles & de Rohan . un Corps 
à ThSrmê qui contenoit les explications à 
k faveur defqudles les Appellans dévoient 
Kcevoir k Bulle, afin qu'ils l'examinaflènt 
diacun de leur côté. En confequence le 
Cardinal de Rohan , aflèmbh chez lui qua* 
tte à quatre les Prélats de fon parti qui & 
tiouvQient à Paris; là on leur ftifoitleâure 
du Onpa de Doârine, & les évêques fai- 
iôîenc yerbalement leurs obfërvationsauxquel- 
b on avoit tel égard qu'on jugeoît à propos : . 
£ quelque Prélat un peu plus fcrupuleux vou- 
lût approfondir & demandoit copie de l'ou- 
vrage pour en faire un examen ferieux, on 
Farrêtoit en difant Sifm Altejfe royale veut 
ffon fimffè. Après que tous les évêques ac- 
ceptans curent pris communication du Corps 
de doârtne à tour de roBe chez le Cardinal 
de Rdian , & que leurs Chefs , qui avoient 
k (êcret de la négociation, c'eft- à-dire^ les 
Cudinaux de Rohan, de Biffy & de Gef- 
TOS & Mi: de Soifibns, eurent fait au Corps 
dedoÂTine les changemens que M. le Re- 
BBE voulut leur paflèr, on les aflèmbla en 
duz bandes pour leur en donner une fècon* 
ie kâiu»j £c pour s^afliu-er de leurs ludra* 



ât^l VtTtti rendue finale. E^nt. X: 
X^l6• ges 'j tous ces preUminaires étant fùus y Oft 

fa. Mari, compta les voix & on indiqua rAfTemUé- 
genôak où le Gurdinal de Rohan , produis 
ut TacceptatioQ du Cardinal de Noailles, en 

W- >^^^ déclarant aux Prélats que cette pièce n'étok 
point fouœiiè à leur examen , & tous cock 
vinrent de fe rendre le lendemain au Pala» 
Royal afin de conclurre en prelènce de M^ 
le R^ent^ & de donner leur approbatiQii> 
au Corps de doârine. C'eft ce qui fut 
exécuté , les évêques au nombre d'envirao 
quarante fignerent une Lettre adreifée }l M. 
le R^ent, dans laquelle ils déclarent que 
L'Ouvrage qu'ils ont examiné, dk, conforme 
Jt la doârine de l'ËgUTe, à celle de laCoiK 
fiitution , £c de Tlnftruâion paftorale dci 
XL. Mais comme cxi avoit promis au Car- 
dinal de Noailles,lafignature déplus dequt-^ 
tre-vingts Prélats, le Prince envoya4afiitoij« 
tes les Provinces du Royaume des couriers 
Eccleûaftiques avec des inftruâions & dcr 
Lettres proportionnées aux dififerena canp 
âeres des évêques. Le fuccès de leur cour- 
fe repondit aux deûrs de celui qui les avoit 
envoyé; la plupart des évêques fur une fifo*- 
ple leâiure du Corps de Doârine, y 4oa<^ 
nerent leur approbatic»t & fign»tat h, LtO' 
tre addreflee à M. le Régent. De cette ibr- 
te le Corps de doârine fe trouva autoiiïe 

fir les fignatures de quatre-vingts dix-huit 
rélats; & ainûfut conclu k fameux .^^onK 
mâdemenâ. 

Le M. Oui, du côté des conftituciooBih: 
res; mais ce n'eft pas ce qui m'inquiète le 
plus. Je me doutois bien que Mw le Reg^ 
tourncroit à fon gré la plupart de ces Pié- 
hc&. Ce q^ m'iocereife parcicuUcxemeou. 



nrtti mube finfUe. Ekttr. X. i^i^ 
A de lavoir comment cette affaire fut traî- ipêè 
e du côté des Prâats' Appelions. Car je 
i crois pas qu'ib fuflènt difpofés à fuivre 
Pttiglémcnt toutes les impreflions que vou- 
xût kur donner k Cardinal de Noailles. 
Le C. M. le Régent qui connoidbit la 
KMture & h fermeté de plufieurs des Pré« 
is Appelians, ne voulut point avoir afiài- 
s à des gens fi peu traitables^ ce Prince 
c TAbbé du Bois ton confident n'avoient 
inre qu'au Cardinal de Noailles, en lui per* 
lettant néanmoins de confulter tels Evcques 
a Théoiogiens Appellans qu'il jugeroic à 
lopoa. Mais il ne ht gueres d'ufage de cet** 
t lumté qu'on lui donnoit : ni M. de Chaa- 
ns fini frère, ni MM. de Montpellier 8c 
B Boulogne, qui étdent alors à Paris, ni 
icun EvequeAppellant, excepté M. de fia* 
Toac^ ne furent admis dans cette négocia* 
30} Se au milieu de cette foule de gens de 
erite, & de fàvans qui compofoient la Fa« 
ibé de Théologie & le Qergé de fon dio- 
ft , cette Eminence fe livra totalement aux 
ses fiiufTes d'une prudence toute humaine, 
: d^une politique timide qui lui étoient fug- 
9^ par trois hommes devenus célèbres 
jor teur malheur, le P. de la Tour Gene- 
1 de l'Oratoire , l'Abbé Couet , qui eft 
lort il 7 a quelques années d'une manière 
igique,, te M. Gueret Curé de S. Paul à 
toîs, qui eft enc(»re vivant. Ce fut avec 
ùde de ces trois ouvriers que le Cardinal 
e Noailles , parvint à dreffer un modèle 
'acceptation de la BuUe qui fut agréé par 
SI Cbdii- du parti Conftitutionnaire , & un 
nfandement pour annoncer aux fidèles de fbn 
)ixeliB ft ibumilSon k k Bulle & les ex-^ 
" - ■ pli-» 



aî4 Vérité fendue fenlibk. Envr. X." 
X7>». plicacioDs auxquelles il précendok- qu'elle écc 
liée. 

he M.. Voilà une conduite qui me parc 

bien extraordinaire pour un homme tel qi 

le Cardinal de Noaillcs, qui étoir éclairé ^^ 

qui avoit de la probité & de la Religioi 

Si l'afifàire de la Conftitution lui avoit éi 

perfbnnelle & qu'elle n'eût incereiTé que lu 

à la bonne heure qu'il eût fait un accomm< 

dément avec fès ennemis tel qu'il l'auroit ji 

gé à propos > en n'auroit eu rien à lui dir 

Mais dès qu'il étoit queftion de la doâri] 

de TEglife , & qu'un nombre d'Evêquc 

d'Univerûtés, de Facultés de Théologie,' 

.une portion très conûderable du Qei^é^d 

moines & des Religieux ^ avoient porté a 

te afiàire au tribund du Concile gênerai , { 

.un Appel folemnel , comment le Cardinal 

Noailles pouvoit-il prétendre terminer J 

feul une affaire où tant de gens étoient int 

jefTés ? Les fentimens de probité , & les ] 

gles de k Société ne pcrmettroient pas 

terminer ainfî la moindre aâàire temporel] 

uns appeller toutes les parties intcreffé< 

.£ms doute que les r^les de l'Egli&y le p 

mettront encore moins , torfqu'il fera . qi 

Hion des vérités de la Religion. 

Le C. Rien n'eft plus oppofé à l'efprit 
l'Eglifè &. à fes règles fàintes que la ccxid 
duite qu'on a tenue dans TAccommodeme 
& on pourroit peut-être dire que depuis 
apôtres jufqu'à prefent on n'a jamais rien 
dans TEglife de fimonftrueux, que janc 
peu>être on n'y a vu les règles des juj 
mens Ecdefiaftiques fi ouvertement violé 
& toutes les maximes de l'équité naturel 
de la bonne foi, de la droiture ôc de-ki 

ce 



VerM ffniwe finphle. Entr. X. ajy 
Vierité Cbrédeniie renverfiEes d'une manière tfvi» 
fi criante. Car le but derAccommodemenc 
toit de recnroir la Bulle & de lui donner 
force de loi dansFËglife, dès qu'on prend part 
irAccommodement^ on participe à rinjuitice 
& à Tiniquité des Auteurs de la ConAltu- 
ixm, on approuve les abus & les irregulari- 
tfs que cette pièce renferme , & de plus on 
ft rend coupable de toutes celles que TAc^ 
commodément y ajoute. En effet lorfqiron 
oamine les cho(ês attentivement, que dé- 
couvre t-on ? Un Prince qui a en main Tau- 
tarité fouveraine , fe met en tête de procu- 
. icr une réurnoo^- entre les Evoques diviiSs : 
b dîiputes de Taveu des deux partis inte- 
icflent k foi de TEglife dans des points ef- 
teoûês & très importans. Comment $"y 
pendxa-til, & comment conduira-t-il une 
cotreprifë fi difficile? Pour remédier effica* 
oement aux maux que produifent les difpu* 
tes de- Religion , il auroit fallu afièmbler les 
Evêques , les Théologiens & les favans ; obli- 
ger les deux parties à conférer enfembled'u^ 
ne manière purifique, & à éclaircir les ma*- 
tioes qui font le lujet des conteftations; p^ 
là on auroit vu quel étoit le point de la dis- 
pute , en quoi lies deux parties fe réuniflbient, 
fiur quoi ils étoient divUes ; & on auroit été 
CD tut de juger des moyens les plus pro- 
pres pour appaUêr les troubles de l'Eglift. Mais 
ce tfétoit pas là le compte de M. le Régent. 
Sans s^embarraflèr de faire éclaircir le iûjet 
des conteftations. làns fe mettre en peine (î 
h réunion des Evêques fera fincere , & fi 
die pourra fubfifter, &ns confulrer ni evê- 
ques ni théologiens , ce Prince avec T Abbé 
du BoiS'fon confident imagine un moyenne 
••' ' " " réunir 



a%t Vérité fênifiB finfith. Emth. X; 
jr7lo« réunir les évêques dans une acceputioa teB^ 
quelle de la Conftitution ^ ce moyea c'd|: 
d'arracher du Cardinal de Noailles, une ac< 
ceptadon de la Bulle avec les eiq^cadooi 
qu'il voudra y joindre, & d'oUiger par car- 
refTes , par menaces & par promeflès les 
Che£s des évêques conftitutionnaires aie 000^»- 
tenter de ce qu'il aiura extorqué du Cardinat 
de Noailles, parles mêmes voies* Voici u» 
nouveau tribunal qui eft érigé pour décider 
k plus grande a£&ire qui ait peut-être jamav 
été dans l'£gli&. 

JLeJif.Le Tribunal efl vraiment nouyeau>&^ 
je crois que depuis long-tems oa n?en avoi( 
point vu de femblable ^ car il y manque ièule-^ 
ment le Juge & laplupart des parties interedéci- 

Le C. Cela n'y fait rien : l'aflFairc n'en Ce* 
ra pas moins jugée. Le Cardinal de NoaiK 
ks d'un côté repréfentera tous les Appellans^. 
& ceux qui te font oppofes i la Bulle: MM^ 
de Rohan,de Bifry,& de Gefvres,ô:M,de 
Soifibns reprefenteront tous les acceptans} 
mais M. le Régent fera le médiateur ou plu- 
tôt l'arbitre fuprêtae de k négocktioo. 
C'efl lui qui arrête les articles du traité , qui 
^onne k dernière forme aux pièces qui ca^ 
Ibnt le fondement 9 c'eft-à-dire, au Corps de 
^odrine 6c à k fbrmuk d'acceptation du 
Cardinal de Noailles, c'eil lui qui tour-à*^ 
tour engage tantôt un parti, tantôt l'autre 
à accorder quelque choie, à ik relâcher fur 
^luelques expremons trop claires , & )i fè 
contenter de ce qu'on veut bien lui accor- 
der; fi k difpute s'échauffe ùxr quelque mot 
important, & que chacun des deux partis (ë 
roadiflè , le Prince tranche k difficulté en 
Rivant de & propre maiu le mot £ital> 

aprc* 



fW^ fenJke fiiÊ^k. Enth. X. 237 
% quoi a fiuic en ptffer par^là. Enfin il ijaôS 
fcfmet volondersiiux deiu^parcû de conferver 
mnxts kunftetoKîûiis^urvu qu'ils ne les ex- 
jprimttic pis duranent » & qu'ib ayent foin de 
les eavtibpper feus des eipreûkMis entortil* 
iêes que m uns & les autres incerpreteroot 
4 kur &çûOy & à leur avantage , après que 
jfiCCPnuBOdemcnt fera conclu & figné. Le 
Cndinal de Noailles préimd n'accepter la 
Goofticuimi que rdativccnent à Tes explica* 
lioos : fl Teuc que ks anaibemes & les con« 
dunnadcms prononcées par la Bulle foiencli* 
aillées y reftraintses fie bornées uniquement 
Joz erreurs qui font rapportées dans le Corps 
•de doârine; ^ qu'au contraire les vérités 
qtfîl ooatienc demeurent inébranlables, Ëuis 
•qw/maîs on puiflS: fo fenrir de la Bulle pour 
jfls attainier; en un mot il ne veutpointre^ 
cevair k Bulle dans le &ns qu'elle prefente 
flamrdlemenc à Vtfynty mais uniquement dans 
■k fens étranger fie forcé auqud il tâche de 
h nuneDor par fon Corps dé doârine. M. te 
Riqgent ne s^ oppofe point: il coniènt que 
«e Qrdinal infère tout cela dans fon Aâe 
fsccqptation en autant de manières qu'il vou- 
<dn 9 pourvu que les ezpreffions foient tour« 
nées u adroitement, fie ménagées fi délicate* 
ment qu'on puiflè paiement leur faire figni- 
fier toute autre chofe; mais â permet aufli à 
Vautre parti d'en faire tout autant ,fie defourr» 
dans les" explications des phrafes & des ex- 
preffions contraires à la iàine doârine fie fa- 
90rd)les i l'erreur, fie de gliOTer dans rAâ:e 
d'acceptation des tcanes qui puiflent deta« 
<her 1 acceptation des explications , fie la fai- 
«c r^arder comme pure , fimplc ôc indepen- 
4nm du Corps de doârine , pourvu qu'ils 

cou* 



a^S Vérité finine fenfék. Emtr. X, 
^éf». couvrent leurs prétendons {bus des mots éqol^ 
voques & cmbarraffés. 1: 

L9 M. Vous aviez bien mSotx de nottÉ* 
dire qu'on n^a jamais vu rien de fembkUê^' 
& qu'il n'y a dans F Accommodcmcftt m 
droiture, ni bonne foi, ni finceritéj & % 
eft fur que toute perfonne, qui fe jnquerôic 
d'avoir un peu de probité , feroit bien fâdiâ 
qu'on pût lui reprocher d'en avoir ufé de tl 
forte dans un contraâ de peu de confequen- 
ce. On voit bien par-là que ni l'un ni l'ai?- 
tre parti ne fàifoit T Accommodement àt'\ 
bonne grâce, mais n'ayant pas le courage dfr^ 
réfifter aux menaces & aux careflès de M. le ' 
Régent , ils tâchoient d'obtenir la meilleure 
compofition qu'il leur étoit poffiblc; & pour 
cela ils jouoient au plus fin, ^ tâchoient de 
fe tromper les uns les autres, à qui mieux micuXi 
Entre gens du monde & dans une afitire 
temporelle, quiconque fe conduiroit ainfime* 
riteroit d'être appelle un malhonnête hom- 
me. & un fripon. Que dire quaixl envoie 
cela dans des évêques qui traitent une afifâi* 
re de Religion ? En vérité cela fait fremr. 
Encore s'il n'y avoit que les Prélats qui trai-' 
toient l affaire avec M. le Régent, quî.fefbfi 
fent prêiés à une manœuvre fi indi^e^maia 
comment a -t-on pu obtenir la fignatured'a- 
ae centaine d'autres évêques , tant de ceut 
qui étoient à Paris que de ceux qui étoient 
dans leurs Diocefes ? 

Le C, Cela n'ett pas fort difficile à con- | 
cevoir, quand on envifage toute cette affaire : 
comme il me paroit qUTvous le faites. C'efl 1 
le Prince qui en forme le deflèin & qui en 
fait fon aflfaire. Pour y réuiTîr il s'applique 
I gagner un. petit nombre d'év^ues qui font - 

à la 



5 da deux partis. Le Cardinil de ij^^i 

leurré par Teiperance de la paix, 
par les menaces & par la crainte du 

trompé j)ar les marques de refpecî 
s promeiles les plusfeduirantes,n*a 
orce de refîfter, & il confcnt à re- 
A Bulle à certaines conditions , mal* 
les engagemens contraires qu'il avoic 
des démarches publiques. Le Car- 

Rohan , 8c fes trois aflbciés ennu- 
nbrpficadpns que les Parlemens leur 
Ùc éfluyer^ craignant d'avoir dans la 

phis grancls chagrins y flattés par 
:e de rentrer en crédit & en faveur,' 
enfin par la diftindtion avec laquelle 
Iraicoit en les admettant dans le fe- 
:• en les fai&nt confidens de la négo- 

oublient toute le^r conduire pauee, 
>roteftations qu'ils avoient faites de 
18 conièntir à uns acceptation de la 
ri feroit relative & reftrainte par des 
ons : ils s'engagent à tolérer une ac- 
Q de cette nature dans le Cardinal de 
ij & à donner leur approbation au 
le doârine que ce Cardinal vouloit 
re. Les chefe étant une fois gagnés 
itTinftrument dont le Prince fe fervit 
icner à fon but les autres Prélats ac- 
ês'kCe laiflcr conduire par ceux qui 
ï leur tête. Delà vient la facilité admi- 
ton trouve dans prcfque tous les cvê- 
Sc la confiance avec laquelle, fins au- 
ncn du Corps de doârine qu une ou 
îftures affez, rapides, ils approuvent 
r fignature cet Ouvrage : \\s portent 
gtment fur des centaines de propoG* 
[ui -ont rapport aux grands principes 

de 



240 Vérité rendue /mpbh. Entr. X; 
%]%o. de la morale Chréticooe, âc aux points d 

la doârine de r£gltfe les plus fiibiimes, {p 
plus relevés ^ les plus difficiles, & outre o^ 
ohfcurds par de longues difputes, &par m 
le fubdUtés & mille chicanes. Les Theolo 
g^ens les plus rafês Se les plus exercés da» 
ces matières ne voudroient jamais bazarder di 
la forte leur jugement : ils voudroimt lire A 
relire à tête rqpofêe un Ouvrage de cette n» 
turei & nos évêques fiir la parole de leun 
cbefi n'héfitent pas à donner leur fiifiBragie 
BejV€nfaa- M. de Cooferans fut le feul qui ofât lem 
iènter qu'il étoit nécellàire que chaque Eve^ 
eut une copie du Corps de doârine fie qifi 
pût en confmr avec fes Théologiens. Oi 
convint qu'il avoit raKbn^ mais il n'en fii 
ni plus ni moins, & on ne lail& pas d'dk 
fon train. 

Le M. Voilà qui eft bien pour lies évéque 
qui étoient à Paris fous les yeux de kCour 
& qui pouvoient être gagnés par les careflic 
du Prince & par les dScours de leurs cheâ 
Mais ceux qui & trouvoient en Province ,cha 
cun dans fon Dioceië, dévoient être beau 
coup plus libres pour prendre parti félon leur 
lumières & leur comcience, & pourâir 
un examen convenable des pièces fur Idqud 
les on demandoit leur approbation. 

jLp C. Cétoit un inconvénient; mais o 
trouva bien le moyen d'y remédier. Pou 
cela on choifit des peribnnes capables <i'ob 
tenir des évêques ce qu'on leur demandait 
chacun de ces députés étoit proportionné ai 
caraûcre des évêques auxquds il étoit envo 
yé : pour les évêques poUtiaues & court 
fins , c'étoit un homme de Cour : pour k 
xelés coioflitutionnaires, c'étoit un homm 

9 



VMti nmlue finfiblê. Ewtr. X. 2dr 
«nfbic à peu près comme eux : enhn An: 
l un Ecdefialiique de mérite & Ap- 17%^ 
t qui alloit Iblliciter Tapprobation ées 
les ÂppeUans. Ces couriers £cclefîa« 
s «voient auffi chacun dififerentes in-< 
ions , & des Lettres feduiiântes tant de 
i R^ent que des chefs des deux partis. 
Jardinai de Noaillcs écrivoit aux Pré** 
Lppellants , fur-tout à ceux qui lui étoient 
ittachés : il leur çrefcntoit Taccommo* 
nt par le bon coté, & relevoit beau- 

les avantages que la vérité devoit re^ 
de rapprobation du Corps de doâri* 
îtt-tout il avoit grand foin de dire que 
jcceptation étoit relative, & dépendante 
dq>lication5. Les chefs des acceptant 
raient de leiu: côté, & faifoient valoir à 
évêques tout ce que raccommodement 
: de favorable à leurs intérêts : ils re- 
oiflbient que l'acceptation du Cardinal 
>ToaiIles étoit relative , mais ils prêtent 
it que cette relation n'étoit que pour 
irmer la Bulle , & non pour la reformer^ 
-à-dire, que les explications étoient corn- 
celles qu'on donne à l'Ecriture fainte^ 
ont uniquement pour la faire entendre, 
on pas pour la corriger ; enfin ils in(i« 
nt particulièrement fur l'autorité que la 
ftituDon alloit aquerir , devenant une loi 
*Eg^ & de l'Etat ,& fe trouvant fou* 
e de toute la puifiince Royale, tandis 

les Appels étoient déclarés nuls pour le 
; & défendus pour l'avenir- Les couriers 
Êtoient gens dxfprit,iâifoient valoir tou* 
Cies raiibns & y en ajoutoient beaucoup 
XC8 qui 9 quoiqu'elles ne faflènt ^ilbeo^ 
Mes ni tirées du fond -de fai ReKgîon, 
^flx h no» 



114A VifHi rendue fenfihk, Enth. X: 
Mie. ^^^ écoient pas moins efficaces, 2c proprti 
* à déterminer les Prélats, Voilà comme voui 
Yoyex bien des précautions ; mais M. le Re- 
gént y en ^outa une dernière: ce fut de te- 
.nir en fufpens tous ceux qui demandoient 

Quelques grâces & de difièrer la nonnnatiOB- 
e tous les bénéfices vacans , Ëvêchés , ab- 
bayes ,'&c. jufqu'après la conclufion de l'ac- 
commodement. C'étoit un motif dVfàiœ 
entrer bien des gens , motif qui n'etoit ni 
Tieclêgiquây ni tiré des principes de la Reli« 
gion, mais qui n'en étoit pas moins prc^ 
à faire reffet que M. le Régent en e4>eroic. 
Toutes les mefures étant G. bien prifès, eft- 
il étonnant que les évêques difperfés dans Ici 
provinces ayent eu la même docilité , 9c 
n'ayent pas examiné plus fcrupuleufèment que 
ceux qui étoient à Paris ? Pouvoieat-ils A 
difpôifer de fuivre leurs chefs dans uneafiài- 
re qu'on leur preTentoit comme finie? Au- 
roient-ils voulu demeurer feuls, ayant con- 
tre eux la Cour , & ceux de leurs Confrères 
pour lelquels ils avoient plus de défiarence.? 
d'autant plus qu'on leur ^foit efperer , ou roé- 
ine qu'on leur promettoit expreHement que 
le Pape approuteroit tout ce qui fefaiibitea 
France par rapport à la Bulle ? Qui peut (à- 
Yoir outre cela toutes les rufes que ces zdét 
iaiiffionnaires imirent en ufâge pour vaincn 
la répugnance .des évéques j mais jufqu'à pré- 
fent tout cela eft demeuré inconnu au pu- 
.blic, excepté le tour de fouplefTe dont uû 
M. deJa Fare l'un d'entre eux: cet Abbé 
n'ayant .point de Lettre du Prince pour M, 
l'Evêque d'Apt, en fabrriqua une, & con- 
trefit fi bien la fignature de M. le Régent, • 
.qu'il trompa ce Prélat & en. obtint la figna-. 



nritf nnèif fiiiphte. Ektr. X. 143 
tvt tie l'Accommodement. On peut juger 1721^ 
^ un pareil échantillon du iàvoir &ire de 
œtouTners. 

- J> M. Gomment pouvoit-on (ë flatter de 
rendre la paix à rEglife par des moyens fi 
enraordinaires ? Ne dev(Ht-<»i pas s'attendre 
au contraire \ voir les difpuces plus échauf* 
fteg que jamais ? Car toutes les difputes que 
la Bulle avoit naître fubfîfloient en leur en- 
tier; & la manière dont l'Accommodement 
tvoit été négocié donnoit lieu à de nouvel* 
la querdles, fie à s'acculer les uns les autres 
de duplicité, de fourberie, de mauvaifefbi. 
Eft ce que tousks Prélat du Royaume iê 
Ufierent prendre dans les pièges qu'on leur 
avolt tendus ? Et ceux qui etoient les plua 
fermai. ISc. les plus éclairés, ne s'oppoferent- 
^ pià à- mse manœuvre qui nepouvoit man^i 
quor tl'flvoir/des fuites funefles? 
: L^ €. Ouiikns doute, il fe trouva des évê- 
ques qui. refîiferent de prendre part à TAc- 
commodément. On en compta cinq parmi 
les zélés conititudonaaires *, & quatorze 
ou quinze d'entre les Appellans , ou oppoiés 
à k Bulle f. Les Conftitutionnaires trou* 
voknt que le Cardinal de Noailles iaifoit in- 
jwe à la Bulle en ne voulant l'accepter qu'a- 
vec tant de précautions fie d'explications. La 
Bulle , difoient'ils , eft claire : la doârine 
91'elle prefeûte dans fon fens aaturd eft celle 
L 2 de 

* MM. deNifines, de Gap , de Dol , de Char<; 
très & de ^axâtes. 

t MM. de Mirepoix 9 Senez , Montpellier , 
-Bgulogoea Angoulême» Dax, Pamiers, Leitou- 
itt Auxerre » Verdun , Chaalons fur Marne» 
Caîlres, Cohferans » l'ancien Ëvêque de Tournis» 
^ le- Chapitre de Tours le Siège vacant. 



144 Vérité rendue fin^k. Entr. X; 
>fE^o^ de l'Egiife : pourquoi donc lui aflbcier dC 
longues ezplicatioQs qui iaxontredifênt fou-, 
vent j & qui ne font propres qu'à obfcurcir 
& embrouiller ce qui cfl: clair par foi*mê: 
xse. £i le Cardinal de Noailles^ ajoutoient* ' 
ils, ireçoit la Bulle fincerement, s'il veut fi 
réunir au Pape & aux évêques , xie doit-il 
pas recraâer les Mandemens & les Appeb 
par lefquels il s'efl: élevé contre leur dcd- 
lion ? C'eft ain&.que raiionnoient les Prâats 
conftitutionnaines .qui regardoient Ja Cooilî- 
tiîtion comme une loi de l'Eglifè. Les Pré- 
lats Appellaas (t fbndoient fur un principe 
teut oppofé. La Bulle ^ diibient-ils , con« 
damne des propoiitions qui n'expriment dain 
leur fens naturel «que des vérités certaines,' 
cUe ^eft donc efièntiellement mauvaiiè , A: 
iHilIes explications ne peuvent la xx)rngcr & 
Ja mettre en état d'Être acceptée. Si fcs ex- • 
plicadons font bonnes, elles condamnent la 
Bulle ^ fi elles ne valent rien, il faut les coiv- ; 
damner aufli bien que la Bulle. Jufques^U î 
comme vous voyez, les deux partis oppo- j 
fis rejettoient l' Accoeimodement par des mo« : 
ttis bien difFereos^ les uns croyoient qu'il iài- - 
ibit injure à la Bulle, les autres qu'il luifài- 
iôit trop d'honneur ; maiSienfuite les uns & 
ks autres fe plaignoient «gaiement de la m»- 
ftiere dont cette importante affaire avoit été 
Sraitée, de la .précipitation, du peu d'eza- 
anen . du profond iecret •qu'on y avoit ap- 
fX)rtes : ils fe pla^noient de ce qu'on y avoit 
tlolé t^jutes les rqgles de l'Egiife, & en par- 
ticulier de pe ou'un petit jaonîbre d'évcques 
avoicnt préteacru,faQS la participation du fàint 
Sipge ^terminer une aflFaire très împoxtaBite, 
^ui r^rde tQUte ^£g^& ^ & ou le Tv^ 

éxoè 



VMffftidu€ ftnfiile. Entr. X. ^4^ 
peribnnellemenc interefle. 17&S; 

M, Vous lie m'aviez point parlé die 
drconftance, qui cependant mcparoît 
it-fidt furprcnantc.. Cc«nment les évê- 
conftitutionnaires^ ^i avoient paru fî 
pour les intérêts du- Pape , ont-ils pu fe 
dre à faire une diofè qui lui* eA li in^ 
tlè. S'ils croyoient que l'Accommode^ 

fût agréable au Pape, ils dévoient lui 
ire part & ne rien conclurre qu'après 

obtenu fon confentemcnt. Mais s'ils 
rient que tout cela lui deplaiibit , pour* 
fr'enprcfïbicnt-ils \ offenter lefeintPcrei 
' voir kurs travaux rendus inutiles par 
œcontentement? 11^ faut qu'il y ait là-* 
as quelque myfterev car d'un autre cô-^ 
DU viem q«ie te Pape gardoit tefilence? 
kccommoidetnent lui dcplaifoit , ân'avoiil 
écktter ^ il aUK/it tout arrêté; 
': C Vous avez raifon- de dire qu'il y 
'du myftcre dans cette conduite. Voicf 
étoit ce myftere. M. le Régent ayant 
u par expérience que jamais on n ob-^ 
roit du Pape qu'il expliquât la Bulle , ou 
approuvât les explications qu'on vou^ 
f donner, fc reduifit à prier Sa Sainte-' 
s garder un filence de quelques mois^ 
inc qu'on négocieroit en France un Ac- 
nodcment qui feroit tomber les Appelsj 
cntcûdu que fi le Pape n'étoit pas con- 
des conditions du IVaité, il feroit le 
fC de fidre ce qu'il jugeroit à propos poiir 
^ucr fijn indignation. Clément XL n'ai- 

point toutes ces négociations &c ccs^ 

nblées d'Evêques : il les regardoit coni-- 

contraires à Tobéiflancc qu'il exigeoit , 

t qu'elles donnoient lieu de penftr qut-- 

L 3 \u{- 



Ù46 Vérité rendue ftnfible. Entr. X, 

{i^2o. jufqu'à ce tems Tafiaire de la Confti 

n'étoit pas encore finie ; cependant p< 

pas defobliger un Prince qui écoic ei 

de (ê flaire craindre, & ne pas s'op[: 

une entreprife qui devoit avoir un fui 

avantageux pour & Bulle, il confcntic 

der le iiknce fur les moyen5 qu'on i 

cmpbyer pour en procurer Taccepts 

mais' il fc referva de reprendre (es droits 

l'affaire feroit finie, & de ne laifferlu 

que la foumiffion rendue i fà Conflit 

Voilà pourquoi le Pape ne paroiflbic i 

dans l'Accommodement. Lc& évêqili 

étoient du fecret ,favoient bien qu'il n*) 

pas d'approbation à attendre du Pape . 

d'autres fe font plaints qu'on leur avoii 

né des errances, & même desaflU 

que rien ne paroîtroit un jour fans < 

fiint Père eût approuvé ce que les en 

auroient fait. U ieroit.bien difficile d'à 

tout cela avec la bonne foi & la (in 

Chrétienne, mais au(Q il faudroit êqr< 

habile pour en trouver une étincelle 

l'Accommodement. Tels ctoient les m 

par lefquels M. le Régent prétendoit 

une efpece de réunion entre les év( 

pans la realité , ils étoient plus divifi 

jamais : l'accord n'écoit fondé que fur un 

té plein d'équivoques £c de fubtilités pi 

qudiles ils avoient tâché de fe tromper li 

les autres^ mais enfin il y avoic uneapp 

ce de paix; on pouvoit dire que preique to 

évêquCs du Royaume étoient réunis dan 

acceptation de la Bulle , & M. le R 

n'en demandent pas davantage. Par-I 

preuves de Catholicité étoient faites à la 

d'ËfpagnCy & rien ne s'oppofoit à la 



Vèftti finiue finphl 9. Entr. X. 247 
dufion des alliances qu'il 7 négocient. Le i7i»« 
fiiccès de cette négociation éroit Tunique 
but qu'il s'étoit propoTé dans l'Accommode^ 
ment : que la foi & la bonne foi y fuffent 
indignement outxagées, c*cft de quoi il ne 
s'embarraflbit gueres. Pourvu que le phan- 
tôme d'une acceptation. générale put fubfifler 
quelque peu de tcms, ce Prince étoit con- 
tent du fuccès de fcs travaux ; & il crut que 
pour confomner ce grand Ouvrage , il ne 
manquoit plus que de l'autorifèr par une Dé- 
duation au Roi qui feroit enregitréc dans 
tous les Parlemens du Royaume. Mais com- 
me cette Déclaration donna lieu a pluficurs 
évenemens intereflans , je referve pour une 
autre fois à vous entretenir là-defTus ^dans 
quelque détail. 



E N T R E T I E N XI. 

Uce de ceux qui recevoient la Bulle 
avec des explications ^ elle ejl oppo- 
' fée k la raijm & k la Religion. Dé- 
fauts eiïentiels du Corps de do6irine 
^ de r Accommodement. Repuman- 
' ces des Magiftrats /à enregijter la 
' "Déclaratimiu 4. Aouft. Rejfi/iance 
wgoureufe des IF. Evêques & dun 
grandwmbre dAppellans'^vexations 
qiéelle leur attire. 



Ê Marchand. Vous nous avez parlé 

Uen des fois y mon cher Pafteur , de la 

méthode des Ex^kéUtonsy £c de la conduite 

- -^ L 4 de 



L 



148 Vif Hi rendue pnjiik. Emtr; XT; 
^t%o. de ceux qui croyoicnc qu'on pouvoic par Cl 
moyen recevoir la Bulle. Malgré tout ce 
que vous nous en avez, dit , je vous avoue 
que le fèntiment de ces perfonnes n'eft pai 
encore bien clair pour moL Cependant je 
fcrois bien aife d'être inftruit fur cet article ^ 
car j'ai oui dire que pluiieurs perfonnes de pieté 
ftvoient donné dans ces idées , & en étoienc 
venues a recevoir la Conftitution. 

Le Cure' Il cft vrai que plufieurs per* 
ibnnes de pieté, ne voyant pas de moyens pour 
empêcher que la Bulle ne prévalût, ont cru que 
pour conferyer le bien qui étoit dans. l'£gli- 
te , & fur-tout celui qu'elles faifoient ou 
qu'elles croyoient faire , elles pouvoicnt re- 
cevoir la Bulle, pourvu qu'il leur fût per- 
mis d'y joindre de bonnes explications, & 
capables de fauver toutes les vérités que les 
loi. propofitions expriment dans leur icnsr 
xIiV I "^^^^" ^^ perfonnes font tombées dans 
^' le malheur que Jefus-Chiifl annonce auxfem- 
mes grofTes & aux nourrices, c'efl-à-dire, aux 
fuperieurs de CommjLinautés , aux Pafleurs, 
& en gênerai à tous ceux qui dans les tems 
de perfecution & dé trouble ont la conduite 
de quelque établiflèment ou de quelque bon*- 
ne œuvre qui leur paroit être utile ou né- 
cefTaire à l'Églife. Mais quoique des perfon- 
nes de pieté ayent été feduites par la métho- 
de des explications, il n'en efr pas moins 
vrai que cette méthode a été inconnue dans 
FEglile jufqu'à la Bulle; que les faints Do- 
âeurs, qui ont défendu la vérité dans les 
tems orageux , ne l'ont jamais employée j 
qu'elle n'efl propre qu'à obfcurcir la faine 
doârine, en un mot qu'elle efl contraire au- 
&nj commua & à la nôtbo» autant qu'à Ii 

droi« 



hfMrmiêi finfith. Ehtr. XI. 249 
e & . i la fiocenté Çhrecienne. Vous 1710.' 
bCD jiwer, VOIV&. toutes lesperfbn- 
L'ont du bon kos ,par l'expofe que je 
m faire des vues du Cardinal de Noail* 
'on peut regarder comme le chef de 
s accommonaas. Ge Cardinal étoit 
li la bonne doârine^ il étoit perfua* 
9 les ICI. proportions dans leur fent 
' 41: /naturel ne prefentoiisnt que des 
iiCçrcaioe» de lir Religion revêtues det 
ions coD&crées ;par rufiffi;e de rEcri* 
dote» des ikints Pères, des prières de . 
réc des livres de pieté ^ il n'ignoroit 
t les Je&dtes, qui étoient les verita- 
vxtixcs de k Bulle, ne ravoicnt foUi* 
yec tant d*ardeur que pour mettre leurs 
m nouyelles .& pemicieufes à la place 
ckonodoébine de TEglife. C'eftpour 
QCB raifons qu'il difoit que la Bulle étoic 

m; £h bien , fi elle étoit monftrueu- 
avoit-il à balancer? Ne falloit-ilpas 
rter avec horreur & l'attaquer ouvtr* 
:i 

?.*G'eft ce qu'uutoit Eut iani doute 
dinal de NoaiUes-,. s'il n'a voit écouté-' 
cri de (à pieté allàrmée, & s'il avoic 
*isnpreiSon naturelle que la Bulle fki- 
ir lui;: mais au lieu de n'envi&ger que 
mHr & de n'arrêter les yeux que fur 
efté & la toute puiflànce du Dieu pour 
ilicombattoit , il porta fbn attention 
^fAgp^ qui l>nvironnoient , & conû- 
\^ crédit immenfe des Jêfuites , l'aur 
du, Pape & du Roi engagée, la fbi^ 
ic le. peu de lumière du très grand 
I. 4es evêques, il crut que tout étoic 
X S pcr- 



2)0 rerh/fii^dueAnfibh.EHrii.Xi: 

jjio] perdu : û ne vit plus d'autre reflburce 

coDferver dans 1 £glife k dep6t (âcré 

foi, qu'dle à reçue de fes Pères, que 

cepcer cette Conftitution en prensuit t 

les précautions poffibles pour empêch 

ennemis de la vérité d'en faire ru&gje 

prétendoicnt. Ceft-à-dirc, que poui 

venir la playe mortelle que la Bulle pc 

faire à la vérité & à r£pUfe, il ne t 

d'autre expédient que d'enfoncer le pok 

Ëiuf à ufer après ce^ d'un cauplafiw 

lient. Une ii^té de gens- embrailbii 

parti qu'ils trouvèrent mt commode;^ 

qu'il les mettoit à fabri de la perfeci 

en même tems qu'il leur paroifloic a 

geux & même neceflaire à la bonne ci 

ne & à FE^ifè. „ La Bulle eft monf 

„ fe; mais elle eft publiée: Rome i: 

,, culera point. Il faut dpnc la recevo 

,, meilleures conditions que l'on pou 

Tels étoient les fentimens du Cardi] 

Noailles fur la Bulle dès le comn 

ment ; & c'eft là-deffus qu'il a r^lé 

ks démarches jufqu'à la fin de â. vie 

parti étant pris de recevoir la Bulle 

cependant abandonner les vérités qui i 

condamnées ^ on s'enfiimça dans un lai 

the de fubcilités, afin de lui faire dir 

k contraire de ce qu'elle dit : on en 

toutes les chkanes imaginables poui 

fignifier aux expreflions du P. Quefn 

que jamais elles n'ont fignifié: on n'e 

I cun égard ni à la bonne foi , ni aux 

tes du P. Qpefhel qui proteftoit con 

mauvais ^fens qu'on donnoit à fes pi 

tions , & on voulut k rendre: hcretiqi 

gré malgré lui ; enfin fans, avoij auéi 



PèrHifinènfinptU. Ektr. XI, ayr _ 
tëâ pour le Pqw qui proteftok que &Bul- 1710; 
K étoit plus clkue que te fi)leil en ibn xnidi^ 
^ les erreurs qu'il condamnoitfiiutoient aux 
jeux, tant. dlçs. étoicnt palpables 6c éviden* 
tesi & que les xoi. propofitions étoient le 
nmn fie le pus ad découbitderabcès après 
qifon en avoit ait PincifioD, on s'obftsioic 
ttfoKiment à fi>uteidr que la Bulle étdt ez- 
Mmemeoc obfcure, & on & donnoît lator- 
tore pour imaginer les erreurs fur lefquellesoa 
prftndoit^ue tomboit la condamnation. 

Xif Jlf. Gomment peut-on dire que la Goff-' 
fikution (bit fi obfcure ? Dàs la première 
fias que je l'ai lue , quoique je ne fois qu'un 
iponnt, je l'ai trouvée aiTex claire 9 & il 
me Icinble que pour peu qu'on fbit iz^fruii^ 
m entend aiîiment prefque toutes les propo- 
fitions condamnées. Dès lors que les propo^ 
fidons font claires, la BuUe* qui les coni» 
damne, ne Feft-dle pas suffi r 

Ij9 C. Oui (ans doute, elle n^eft quetro{^ 
dsîre; & quand le Pape ne l'auroit pas de- 
cbré fi hautement & ufblemnellement, tout 
. Ikxntne qui Ura la Bulle, & qui voudra par- 
ht finceremeht. avouera qu'eÛe eftfortclai- 
te. Mais après la manière dont le Pape avoit: 
idevé h précifion & la netteté de & Bulle ,. 
& avoic ^tefté qu'il tenoit à injure la con- 
duite de ceux qui prétendoient qu'on ne 
pouvoit la recevoir qu'avec des explications >, 
^étoit ft moquer du monde que de venir 
BDUi donner pour objet des anathemes di» 
P!^ ctes fi» extravagans , forcés ^ imagi^ 
làB à phifîr^ des erreurs & des impiétés de-^ 
teftéH de tout le monde*, & dont cm. né 
trouvât pas k moiixlrer trace dans les {»'o- 
poûtiOBS du P.' Qpefnd. Comment dos^ 



%^2 VtrHi tendue fenpbh.'SMr'SL. XK 
21710. tous ces donneurs d'explications , & ces te» 
commodans, dont pluGeiu^ avoient des fèn* 
timens de probité, d'honneur & de Relir 
gion , pouvoient-ils foutenir que la Bulle 
étoit très obfcure ? Le voici. Toutes ces 
perfonncs convenoient à la vérité que la Bul- 
le prife dans le fens qu'elle préfente naturel- 
lement à l'eTprit, ne valoit rien, & ils di- 
Ibient publiquement qu'il y avoit un bon 
nombre de propoûtions qui dans leur uns 
naturd n'écoient fufceptibles d'aucune con- 
tdamnation^ mais ils prétendoient qu'ablolu- 
ment parlant on poiivoit donner un bonieni 
à la Confiitution, qu'on pouvoit la concilier 
«vec la bonne doârine, en un mot que la 
irerité étoit dans la Conftitution, mais qu'el- 
le y étoit comme cachée & profondément 
^fohc^e^enibrte qu'on ne pouvoit. la decou*» 
yrir & la déterrer qu'avec de grand eâôrts 
Â: de grands travaux. Or û ces perfixmes 
«Lvoient raifon de foutenir qu'on pouvoit ac« 
corder la Bulle avec la doûrine de VTE.^c^ 
il faut avouer que cela étoit prodisieuiëment 
obfcur , & que les ténèbres dont Ta vérité 7 
^toit couverte, n'étoicnt pas moins épaiilb 
que celles dont Dieu couvrit autrefois touto 
,ï Egypte, 

Le M. Voilà une conduite étrai^^ment 
deraifonnable. La vérité (ë préfente tout na- 
turellement dans les propoûtions du P..Quef- 
nel , & on ne veut pas l'y voir : on veut à 
force de creufer, & de cnicanner, y trouver 
des herefîes. La Bulle au contraire priië Hanf 
le fens naturel combat la doârine de l'EgU- 
fe & le langage des livres de pieté , & oa 
donne la torture à fon eferit afin d'y trou- 
yer unlxm feos. Eocore ti c'écoit des hom« 



yèrlttf^ni»finplfU. Ektr. XL 25$ 
Ises accoutumé aux cabales & aux ÎDtri- ii^ 
fiucs, qui tinflent une pareille conduite, on 
en fooic xpoini étoniaé^ mais que ce foie 
iSes . perfiiones comme, le Cardinal de Noail- 
I0, qui agiUënt ainû , cda paroit incioya* 
Ide. Car' enfin il femble que. ce foie un jeu 
{r une momerîe de recevoir une Bulle dam 
p fi» qu'elle n'a ni ne peut avoir raiibnna* 
fckment; & de condamner des propofitions 
âe même- en. ks. txcant.aux cheveux, pour 
leur fidre dire, des herefic» dont elles font très 
ilg^iiées. Dans b fonds on ne peut pas di« 
le gué ce ibit \k vraiment accepter la BuUé; 
fk bon François cela s'appelle tromper & don* 
per le change par des détours incompatible» 
•fec la fincerite Chrétienne. 
. J^ C. TVMtiCe que- vous venez de direeil; 
ffaitâbJes & ce au'il.y a de fingulier, c'eft- 
que les plus grands adverfaires de la Bulle & 
DÉumflênc fu& ce point avec Tes plus zélés 
deicnfêurs. Les Jefuites auffi bien que les Ap3 
palans zélés (bùtiennent que la Bulle eft très 
daire , & qu'il ne faut qu'un peu debonfens 
&.àit bonne foi pour comprendre tout d'un 
<jbùp ce que le Pape a voulu condamner^ 
que la BuUe n'eft pas fufceptible. d'explica- 
tions, ni d'Âccomtnodemeiit ^ que l'unique 
parti qu'on puiflè raiibnnablement prendre^ 
c'eft oe la recevoir purement & fimpiement, 
ou de la rcjettcr ouvertement & de lacom- 
battre â que de condamner des propontions 
dont le ièns naturel ne prefente que des ve^ 
4b6b certune^de la Religion , c'eft outrager 
lîSeu.mème qui eft la fbuveraine vérité ^ en 
nia. mot que c'eft fe jouer de la fincerité ,& 
ft Dooquer de Dieu & des hommes que de 
Brteflidrc recevoir un Décret ou une déci- 
le 7 ^^t: 



2(4 Vefitï reitdue fenphîe, ElTTR. XE 
•tf id. fion , tandis qu'on en rejette le fens nai 
Voilà des témoins qu'on ne foupçonnei 
de s'être donné le mot, & on ne ièr 
tenté de croire que la complaiûnce lei 
fidt faire quelque cbofè les uns par le 
très : il n'y a donc que l'évidence de 
fons & la force de la vérité qui ait pu 
nir des hommes aufli oppofés les uns au 
très que les Âppellans le font aux Jefi 
dans le témoignage uniforme qu'ils rei 
ila clarté xie la Bime. Ainfi les accon 
dans qui avoient prétendu pacifier toutes 
tssy èc réunir^es deux partis oppofés, < 
à-dire, les conftitutionnaires & les A 
lans, fe trouvoient comme placés dai 
milieu entre les deux partis , attaqués p 
luis & par les autres, battus par des ra 
nemens accablans , & convaincus d'un 
verfèment de- bon fens , & d'une dupl 
capables de revdter.les^peribnnes les pli 
différentes fur le fond des difputes. 
les accommodant n'étoient pas feulemei 
guerre avec les francs conftitutionnairej 
les bons Appellans ; chacun d'entre eux 
encore en contradiftion avec lui-mêm< 
ne pouvoient pas ouvrir la bouche uns 
ner des armes contre eux ; leurs démarc 
leurs difcours , leurs Ecrits , tout étoit 
de contradiftions. S'ils vouloient relevé 
défauts de la Bulle , afin de faire voir U 
ceflîté d'une acceptation liée à de bonne 
plications, ils établiflbient des principe 
ruinoient Tacceptation qu'ils pretendoier 
re ^ & d'un autre côté en ft foumettan 
Bulle, fit en reconnoi£&nt qu'elle avoit 
<x de toi, ils renverfbîent toutes les pr^ 
ns qu!ils avoîent priib pour la con( 



^ftm de k bonne dooritie j pui&u'après tout v^ 
\k Gonftitutîon, nutaint que cdi dependoit 
d'eux, étoic rœardée comme une loi fie une 
decifion de TEdilê, au lieu qu'il s'en falloit 
infiniment que leurs explications n'euflent It 
même autorités Comme le Cardinal d^ 
Noailles eft cdui des accommodans qui a 
&it le phu grand perfbnnage, c'eft auffi ce* 
hii qm eft tcMnbé dans des contradidHont 
^iû édatuites, & plus jMdpables ^ les Ap^ 
pdkni qui ont Sut les écrits les plus triom* 
plans contre rAccommodement, n'ont pas 
en bdbîn àt chercher ailleurs que dans les 
Aâes & les mandemens de cette £minence$. 
fls y ont trouvé tous les principes qui ren* 
soient TAccommodement de finyi en corn- 

Le M. Mais enfin tous ces accommodans 
émient-ils donc aveugles >^£ft-ce qu'ils n'ap- 
percievoient point des chofo qui crevoient 
tel yeux ? Que prétcndoient-ils ? Qu'efpe- 
loient-ik ? ils n'avoient apparemment pas 
intention d'einployer la ûipercherie ^ ni ua 
mmibnge groffier. 

XiT C. ^fon fans doute : il n'y a pas moyen 
de ks eafixipçonncr^ mais leur conduite eft 
un trifté exemple de la mifere humaine, où 
nous voyons de quels égaretneas font capa- 
bles des perfonnes même éclairées, des pi- 
lonnes qui ont de la pieté , lorfque Dieu, lea 
abandonne à leurs ténèbres , & à leur fragi* 
Kté. Les accommodans étoient feduits , & 
ik fe fidfi»enc illufioh à eux-mêmes par mille 
liailfonnemens plaufiblè^.- Us prétendoient que 
leur Cwps de doârine approuvé par cent 
Evêques > feroit an 'rempart pour la iàine 
doârine^ & une barrière capable d'arrêter 
^ tous 



fç< rethf rendue finlible, Emtr. Xfc 
JÏ7Ï0. tx)iis les mauvais çflfets de la Bulfei: ils ft 
flatroient que» M. Je R^ent , tiendroinlçr^ 
paroics qu'il leur * donooit , ^ que 1^. Aj>- 
pellans eux-mêmes jouiro^Qt de laproceâion 
des loix , & de la paix que l'Accommoder 
inent devoit procurer à l'Eglife :- enfin ils 
B'étoient pas d'humeur à employer la fupçr- 
cherie, ni un menfongegroffier, mais pour- 
tant dans tout ce qu'ils .faifoient pour roarr 
quer leur fi)umi{&on au Pape par leur^ accip* 
ptation, ik entendoient que. tout cela lï'é^ 
toit qu'un f^«rf/riw«r^ ^ r 

lac M. Comment, un-comidîmeflt?G'eft7 
à-dire, donc que les Prélats qui publioieilt 
la BuUe avec des explications, inftruifoient 
les fidèles par des complimens;, ce feroit aflii- 
rement une nouvelle manière d'inftruire. Mais 
p'eft-ce point vous, mon cher Paftcur, qui- 
voulez vous égayer un peu, & quiinto'prçtex 
de cette forte la conduite des accommodant 
Car il n'y a pas d'apparence qu'ils ayent ja- 
mais dit rien de femblable,. qyand même ils 
Kauroient penfé. 

I*e C. je puis vous aflurer que je ne leur 
prête rien, Ceft l'un des chefs des accom* 
modans^ c'eft un Prélat qui entrok pleine** 
ment dans touties le» vuea du Cardinal da 
Noailles, & qui étoît le confident de cette 
Eminence^^dans toutes les négociations, c*eft 
M. TEvêque de Bayonne qui, dans Ton Man« 
dément pour l'Appel, nous apprend que tel* 
les étoient les vues des Prélats qui recevoicnt 
la Bulle avec des explications. Ils ne fê pro« 
pofoient autre choie,, ieloa M. de Bayonn^ 
& ce n'eft A^v&x zy^^c dextérité à'\in mena-- 
gement honnête pour le Papej & quand ils 
OÊoicat .de dire: Nous recevons USulle^ 



Mt/nmbe'fiMpk. EilTR. XI. i^f 
hïkÂt p2s fretfJre i la lettre des fA^ 17 A| 
pv/ dmm le fond t^ étaient qu^un eompii'» 
Après un tcmoignage û net fi précis 3 
authentique rendu par un homme de 
& de probité., on. ne peut pas douter 
Qtention des accommodans ne fut telle 
YOus Tai dit ^ & ce qui doit faire re^»- 

Al de Bayonne comme un fcmoin 
ij>eâ, c*eft que ce Prélat, après mêr- 
oir fait cette déclaration au public , a 
ué d'offrir au Pape le même compU* 
& qu'il a eu beaucoup de port à la 
GoD de l'Âccommodemenc. 
M. N'en deplaife à M. de Bayonne, 
orter bien loin l'ii&ge des.complimcns. 
oins il auroit fallu en- avertir toute 
ij & après avoir déclaré qu'on accc- 
a Bulle, il falloir ajouter que tout ce- 
Mt qu'un compliment. Faute de prcn- 
ttc précaution , on trompoit les ndele$ 
les expofoit à une meprife très dange- ' 

car nous autres bonnes gens nous 
idon^ pas tant de finefle , nous pre- 
s chofes tout Amplement , & nous ne 
s pas trouver des cotuplimens dans les 
!meos par kfquds nos Evêques nous 
vent une deci&on d& dodlrine ^ ainG 
on voit des Prélats qui pafTent pour 
des lumières & du zcle, recevoir la 
moyennant quelques précautions ^ on 
.ne que la Bulle eft une bonne pièce, 
qui a quelques petits défauts. Outre 
Q'étoit-ce pas faire injure au Pape & 
r le tromper, que de lui ofirir de. tels 
imens? 

C?. Oh! pour Je Pape, il n'yétoitpaj 
Si il avoit trop de pénétration , dit M, 



158 yerh/ fendue finjibh. EîTra. XK 
if*o« de Bayonne, pour ne pas démêler la dexte 
té de ce ménagement , f^ pour prendre à 
lettre des paroles qui dans le fojtd n^étok 

Su^un compliment; & c'eft pour cela que 
nnandc des explications le mettoit de m 
vaife humeur'. Mais fi le Pape n'avoît ] 
compris par lui-même ce que figniâoîent 
complimenStdeinDs.Evêques^il auroictrc 
vé dans fa propre Cour un jeune Prélat < 
le lui auroic £ait entendre. C'eft M, L» 
bertinl, qui eu: aujourd'hui Pape (bus teùc 
de Benoît XIV. Un jour Clément XL 
demandant ce que youloient donc dire 
François avec ces explications dont ib 
ceflbient de parier j M. Lambertini avs 
que de repondre à cette quelKon, fit< 
(enrer au Pape que jamais on ne. dîibit a 
Princes les chofes telles qu'elles étoieot. ] 
exemple 9 ajoutart-il^ ea regardant la m 
ïu îPape qui étoit couverte d'une multiti 
tfélevurcs, on dira en parlant à votre Sa 
^eté^ que ce font là des marques d'un fi 
échauffe.; mais fi l'on parloir à un autre , 
lui diroit crûment , que c'efi une maitrt 
galle. 11 en eft ainfi, très ùdm Père, 
la Conflitution. Selon le langage que F 
tient aux princes , ce font feulement de j 
tits éclairciflèmens dont cette Conftituti 
a befoin; mais dans la vérité , c^efi une m 
^ejfe galle. Ceft-à-dire , qu'elle ne vî 
rien du tout. Vous voyez par là que le 1 
pe n'étoit pas en danger, de fe tromper , 
prenant à la lettre les complimens des £^ 
ques. Mais il n'en étoit pas de même < 
fimples fiddes; ils n^entendent denaux fi 
tilités & aux chicanes par lefqudles on p; 
leoA rendre la Bulle (Jhredenne; ona bc 



nrit/ nndtÊêkMBtU. EwTft. XI. 259 
b leur psefenter lite & garottée avec des ex* xjfii^ 
p K ca ri ons les meilleures du monde , dès brs 
ne tour cela (e termine à leur propofer Ut 
Cooftitution comme une dedfion de l'Êgliiè 
à liAudle ils doivent £cre fournis, ils s'en 
dencfifont toujours au fens naturel que cette 
Bulle leur préfbnte, & ils ne s'aviferont pas 
de la contrbnter avec les explications, afin 
de k recevoir dans le fens auquel die eftde-^ 
torminée par ces explications. Ainfi les fide- 
kl preadiODt pour des herefîes abominables, 
4m inroppfitiQns qui au jugement des accom- 
flioaans mêmes expriment des vericés qui ap-- 
mmennent à \la foi. Mais fuppofons qu'un 
Sdde foit aflez attentif pour comparer en*- 
ftoibk les explications & la Conftitudon;. 
êc pour (èntir toute l'oppofition qui eft en- 
tre le texte de cette pièce & le commentai- 
ie que l'oa y jcnnt, dans quelle perplexité; 
iiai quel embarras ne foa*t-il pis réduit ^ 
Auquel des deux croira-t-il? Rejettera*t-il la 
Slilk que fon Evêque lui préfente comme 
un jugement de TËglife accepté par tous les. 
£veques,pour s'attacher à des explications. 
qu'on n'o{eroit lui propofer comme avant la 
aiême autorité. Il fera donc forcé ae s'en< 
tenir^à la Conftitution :. il fera réduit à pren* 
4re pour règle de ùl foi le fens qu'elle pré* 
icote natureUement à Teforit^ & non pas le 
koÊ caché & imperceptible que les donneurs 
f exfdications y ont dctercé à force de fubti- 
Scés & de recherches. 

Zéê M. ]t comprens par-tout ce que vous 
VW ^yn <^9 ?u^^ ^^^^ lapenfcedeceux 
qtti lecevoient la Bulle avec des explications; 
tt me paioit bien clair que le parti qu'ils pre- 
; étm contraire au boQs fens ^ à la droi<f 

turc^ 



aifo VerHi nnJue [enfihk. Entr. XT. 
j^M droiture & à la fmcerité Chrétienne; qu^l 
étoit propre à obfcurcir les vérités de la Rc* 
ligion ^ & à jetter les ficnples fiddes dani 
Terreur. Maintenant je feroîs bien aîfc de 
(avoir un peu en' detait quel fîit le fuccès 
de l'Accommodement; fi M. le Cardinal de 
Noailles , obtinr ce qu'il avoir demandé, 
lavoir des explications botmes & bien exa* 
âes, où toutes les vérités attaquées par h 
Bulle fuflènt développées avec clarté , & 
mifes à couvert de la coridâmnarion-,& ou- 
tre cela une formule d'acceptation liée Sc 
enchaînée avec les explications. 

lue C. Ct que j'ai eu l'honneur de Voi^ 
dire dans notre dernier Entretien fur lama^ 
nicre dont l'Atrcommodement fut conduit, 
à dû vous^ire entrevoir que ce Cardimi 
n'avoit pas obtenu à beaucoup près tiMJt ce 
qu'il demandoir. En premier lieu , ce n'é^ 
toit point du tout une chofe évidente que 
fo» acceptation fût reflrainte , limitée, & 
relative aux fens expofës dans le Corps de 
dodlrine. II y avoir à k vérité quâquet 
expreffions qui marquoieut la liailbn de ce» 
deux choies, mais il y en avoit auffi quék 
ques autres qui paroifibient rendre Tacce* 
ptation entièrement indépendante des etpli-- 
cations; ainfi la nature de cette acceptatioa' 
devenoit une matière à de nouvelles difeiH 
tes. Les Prélats conftitutionnaires difoient' 
hautement , & même dans des Ecrits pu- 
blics, que la relation qu'ils avoienc paflee aa> 
Cardinal de Noailles n'étoie point pour re- 
former la Bulle ou pour la reltraindre par 
les explications, mais uniquement pour la 
confirmer. Le Cardinal de Noailles de fi)i>* 
(Bâté protej[h)ic qu'il n'avoic accepté la BuUe: 

quç 



rei^lfembtffenJSW. E?ïTa. XI. ajft 
faosc Je fins du Corps de doârine, & nx^ 
wfkit pu qu'il ffit permis de donner à 
te d'antres fens que ceux qui étoienc 
DUS dans cet Ouivage. Ainiî ce Car- 
3qm s'ctoit /eparé de l'AOèmblce des 
parce que, en acceptant la Bulle avec 
splications, il tfavoicnt pas eu foin de 
icr d'.une manière claire & intelligible 
ifoii & la d^endance qui fe trouvoit 

ces deux pièces., après avoir bataillé 
nt fix ans, & reduifoit à faire à peu 
comme ces Prélats. Voilà quel hit le 
ie ibc années de travaux , de confèren* 
le o^ciatioDs, & à quoi aboutirent 
ues fuperieures & profondes de ces 
b politiques dont le l^ardinal de No^* 
ivoit les confeils. 

iV. Mais du moins c^hmtMX Corps Je 
m étoit^il digne de l'autorité qu'on 
idpic lui donner , en le &i(ânt approu* 
nur cent Evêques ? Les vérités obfcur- 
par la Bulle, y étoient-elles propoiéoi 
k fîmplicité « la force , & la dignité qui 
conviennent? 

C. Rien de tout cela. On trouve, il 
ni 9 dans k Corps de doârine la plû- 
ies vérités que la Bulle condamne dans 
,' Qu^el , mais elles y font expofées 
; .nuuiiere li peu exaûe, fi embrouillées 
i a hien de la peine à les y reconnoître. 
tne il a fallu ibufiFrir les changemens 
les Prélats acccptans ont voulu y faire , 
d'ayoir leur approbation , -cet Ouvrage 
!Bipli de contradidions, de propofitions 
X)ques, iSc entortillées, d'expreffions fa- 
des âux nouveautés , & il femblc «que 
ur ait'épuifé xoutes les fubiiiitésduplus 

grâttd 



i<2 Verît/ fendue pnpie. Ekth. XI. 

X2%^ gnuid diicaoeur pour txouver des berd 

dans les prqpofitions les plus exaâes, pc 

obfcurcir ks vérités delà RéUgkiii> ficpc 

donner des armes aux erreursperaideufesi^ 

il. Petit- la Bulle favorife, ^' Le ÇcMps de doâni 

ipitd. ,, dit un grand Théologien,... €& trè8| 

,> exaâ. Il n'y a ni lumière, m dignitég 

,, grandeur dans les fentimens. Tout y 

,, bas, arûficieux, plein de oiauvalfes fin 

„ Tes & de petites fubdlités, fims jufteâ 

,, (ans principes , &ds bonne foi, fans dv 

„ ture, &ns hcmneur. Rienn'^ plus*; 

3, digne du Clergé de France. Sa med 

„ de, dit-il ailleurs , €&. de s'appliquer bei 

„ coup à mettre à couvert des vérités < 

„ perfonne n'attaque; & à l'égard de ce 

), qui font en péril, de Ëu:rifier abfolum 

„ les uneS;, de dcmner aux autres une p 

„ teâion bien foible, & de s'ezfdiquer 

„ plufieurs en termes ordinairement pbs 

„ vorables à leurs adverâdresqu'à leurs < 

^ fenfeurs.'' U en eft de même des erre 

qui y font condamnées. On coule très 

gerement, ou on pàiTe fous filenoeleseq[C 

pernicieufes & les maximes delà morale 

lâchée que ks Jefuites & lebrs parti&ns 

mndent de tous côtés ; mais en recompe 

l'Auteur déployé fon éloqu^ce pour foud 

ver une multitude d'herefies, d'impiétés, 

blafphemes, d^extravagances qui font re 

tées avec horreur par tous te Catholiqî 

Par là on allarme les fidèles qui ne s'ims 

nent pas que les Evêques iront pourfui 

des chimères ; on autcorke & on encout 

les calomniateurs qui imputent aux detènfi 

de la vérité de foutenir ces impietés , & 

"donne lieu de croire que le P. Qudbel 



fMngébi/emptb. Xntr. XL aC^^ 
pfthk. n eft vrai qu'on ne dit pas x;iji, 
incnc dans le Corps de doârine que 
Ges fixent dans les loi. proportions^ 
b P. Qiieihel les ait enteignées^mais 
ot^ on dit que c*eft là ce quelaBul^ 
«Mie , & que condaame-t>elle finon 
des Kefiexions morales, & les loi. 
BOQS ? £t dans le Corps de doârine 
quel eft le refulcat de cette enume- 
d'enreurs , finon une condamnation 
pofitions & du Livre ? ^ C'eft un 
dit Je célèbre Auteur que je viens de 
, qui dans fk fentence énonce une 
de crimes, & qui s'applaudit de Ton 
é parce qu'il ne les impute à perfon* 
ui furplus la concluûon qui luit cet- 
mmeration de crimes, eft de con- 
ler à mort i'accufé&ns l'avoir dit cri- 

kf. Vous me furprenez beaucoup en 
onant une fi mauvaife idée du Corps 
bine : car j'avois oui dire à quelques 
les même d'entre les Âppdlans que 
fonds il étoit bon , quoiqu'il ne fût 
cçDpt de déËiuts. Je ferois bien ai- 
lavoir ilà-defTus qudque chofe que je 
etenir> par exemple, peut-on dire qu'il 
ans cet Ouvrage des erreurs , & des 
» contraires à la foi de l'EgliTe? 
0. Gui certes, on peut bien le dire, 
e MM. les Curés du diocefe do Pa- 
ns leurs Remontrances au Cardinal de 
M., déclarent qu'ils y ont remarqué </<^^ 
: cdfttaies. En eflet n'eft-ce pas une. 
capitale de dire queyS»^ U charité on, 
ffi fas iie faire des avions 'véritable^ 
:hretiennes ? N'cft ce pas rcnverfcr U, 

mo- 



W4 reritf renJvè finfble. Ëntr.XJ 

jTio. morale. Chrétienne & anéantir le pren 

le grand commandement, que de rep 

trc des aârions vraiment bonnes & 

Chrétiennes, qui ayent pour principe 

tre amour que celui de Dieu? N'eft 

une erreur de foutenir comme une ve 

foi , qu'il y a en Dieu des volontés ré< 

finceres, qui ne feront jamais ^ccon 

tandis que le faint Elprit nous cric d 

pfeaumes^ -que le Seigneur -feit tout c 

veut dans le Cid y -fur la terre , & d 

abyfmes? Enfin n'eft ce pas une cm 

nous propofer comme un article de fo 

opinion erronée & extravagante , que '. 

ce eft prefente à tous les juftes qui ton 

qu'il ne leur manque rien pour pouvôi 

-ieverer, qu'ils en ont le plein & parfki 

voir , izm quoi ils auroient une excu 

vant Dieu? Nous avions cru ju(qu'àp 

que la grâce étoit néceflàire pour n 

bien , & que pour pécher, nous n'i 

befoin que de nous mêmes , & de notr 

pre corruption : le Corps de doftrine 

nous apprendre tout le contraire, il no 

feigne qu'un jufte a befoin dé h grâce 

pécher ^ mais qu'3 n'en a pas befoin 

feire des avions Chrétiennes. Car la { 

fclon la doarine de S. Auguftîn , n 

autre chofe que l'inlpiration de Famou 

Dieu , dès ^u'on peut faire une adlion ( 

tienne fans amour de DieU, on peut 

auffi k faire fans l'affiftance de la grâce. 

le Corps de Doflrinc, qui devoir rem 

tus: maux que la BuHe avoit caufSs, n' 

?ù€ îes augmenter , en autorlfant quelqi 
erreur d'une manière plus nette & plui 
mk qtie B'a fait la fii^ £c rendant ie 



I^ÊrtitffwJbtfinphle. Entr. XI. i€% 
ftKtÈ i^liis emtnouillées & plus difËciles à An» 
tenniner. £0 un mot le Corps de doârine \^^^ 
A tS&L boD , fl Goatienc aflez de vérités pour 
fious obliger à pi conclurre qu'il fautrejecter 
It Bulle^ & il eft aflcz mauvais pour mériter 
• d'êire condamné avec la Bulle. 

I^ M, Mais comment le Cardinal de Noail** 
kl & les Ëvéques bien intentionnés , qui 
tttàeai pris parc à 1* Accommodement , ne 
fiircnc-ib pas efirajés , loriqu'on leur fit en* 
viager tous les maux que cette démarche al- 
m, caulèr à l'Eglife? N'étoient-ils pasenco- 
le afièz à tems pour retirer leur parole. Se 
déclarer une bonne fois qu'ils s'en tenoienc 
. pour coujoars à leur Appel? 
I . IfC M. Oui (ans doute , ils auroicnt pu 
i PKCpdic ce parti , d'autant plus que leurs 
[ Mandcmcps n*écoient pas encore publiés , 
br^u'on vie paroitre un grand nombrcd'ou- 
TTiges qui devoiloient tout ce myftere d'ini- 
quité 9 mais il auroit fallu une fermeté & une 
idohition qui aujourd'hui font très rares par* 
toi les perfi>nnes conftituées en dignité. Le 
Cardinal de Noailles auroit bien voulu que 
f Acconunodement eût été rompu p:r quel(.]ue 
événement imprévu j mais il étoit trop engagé 

B ur pouvoir reculer, & fe, tirer des mains de 
Je R^^t.Ce Prince s'embarraflbit fort peu 
des défauts qu'on relevoit dans le Corps de do- 
ârine, & des funeftes fuites que dévoie avoir 
l-Accommodement , il ne penfoi au contraire 

E*ft mettre en ailurance le iruir de (bi travaux, 
a cpdfommer'cetteaffàirepir uneDeclara- 
tioo du Roi qui donncroit à la Bulle & au Corps 
■iie doârine la force de bide 1 £glife& de TEtat. 

Lr J/. Ceft-à-dire que le Roi, ou plu- « 
tfit M. le Regenc fe mettoit à la place dv 



^66 refît/ rendue fenphk, Emtr. Xf . 
ïjîo. Concile général, qu'il dccidoit que la BiiOé 
•ctoit bonne & qu'on devoît s'y fbumcttre, 
& qu'il mettoit à néant les Appels ci-devant 
intérêt tés au Concile^ ainfi il fe rendoit ju- 
ge de la fou 

Le C. Dans le fonds c'étoit rendre le Rd 
juge de la doârine; & la Déclaration étoft 
une ufurpation xnanifefte du pouvoir iàaré 
^ui a été donné à l'Eglife pour régler h 
croyance de Tes enfàns. Mais tout cda étoit 
deguifé adroitement dans la Déclaration. Sa 
Majefté , fuppofànt que la Bulle eft devenue 
un jugement de fE^Ufè par l'acceptation de 
prcfque tous les Evêques du Royaume, con- 
firme & renouvelle le Lettres Patentes de 
17 14. ordonne que la Conftitution ibitôb- 
fervée dans tous fes Etats ; défend de rica 
dire, écrire, foutenir, enfeigner, imprimer 
contre la Conftitution, rinftrudUon Pafto- 
raie des XL. & le Corps de doctrine i de^» 
clare que les Appels interjettes au futur 
Concile gênerai font nuls & de nul efiîc, 
«défend à fes juges d'y avoir égard , & a 
tous fes fujets de rien faire de fembUble à 
l'avenir. Telle étoit la Déclaration du ^ 
Aouft 1720. qui devoit difbit-on rendre ïi 
paix à l'Eglife de France , & qui dans Tet 
pace de quelques mois fut enr^iilrée dam 
ious les Parlemens du Royaume. 

Le M. Voilà donc à quoi fe terminèrent 
toutes les grandes vues de M. le Régent, 
& toutes les belles cfperances de paix qui 
avoicnt feduit le Cardinal àt Noailles. Rl- 
loir-il , pour faire une fi mauvaife befbgné^ 
mettre tout le Royaume en mouvement & 
arracher la fignature de tant d'Evcques î 
iAm comment tous les Parlemens du Ro- 
yaux 



VerîtinmketinfMe, Entr. XL iSf 
ytiime pucenc-ils & refbudre àenr^fterune ijA 
tdle Dedaradon } car enfin c'étoit exciter 
une cruelle petfêcution contre les bons Ap« 
pdians , qui ju(qu'alors avoient trouvé un 
foutien dans la proteâîon que lesParlemens leur 
tYoient accordée ? Les Appellans ne dévoient* 
fls pas 8'âever hautement contre un Edit fi 
funefte \ la Religion^ & re veiller par leurs 
plaintes & par leurs cris le zelc des magiftrats? 
I> C. La volonté abfblue d'un Prince qui 
fivcHt fè faire obéir l'emporta fur les crisdcg 
Appellans qui n'avoient pour appui que la 
jdace de leur caufe & leur innocence: il n'y 
eut que le Parlement de Paris qui fit de gran- 
des mfficultés, & qui fiifpendit pendant quel* 
que tems la publication folemnelle de l'Ac* 
oommodement. Cette Compagnie étpitaloii 
ezSée à Pontoife, à fept lieues de Paris, 2 
caufe de fon oppofition au nouveau fyftême 
des finances que M. le Régent vouloir in- 
troduire. Dès qu'on fut dans le public que 
h Déclaration etoit portée au Parlement, 
les Appellans fe hâtèrent non feulement d'é- 
clairer les magiftrats par des ouvrages impri* 
piésy mais encore de les arrêter par des Aâes 
authentiques. Les IV. Evêques Appellans, 
MM. de Mirepoix, de Senez, de Mont- 
pdlier & de Boulogne, firent préfenter en 
fcnr nom une Requête dans laquelle ils re« 
prefentenc que par leur Appel, tout autre tri- 
bunal que celui du Concile étoit devenu in- 
Gompetent pour terminer l'affaire de la Con» 
ftimtion; qu'ainfi on n'a pas pu la terminer 
pb un prétendu Accommodement où tou- 
tes les r^es faintes de l'Eglife ont été vio- 
lées 9 que le Corps de doéhine, qui en cft 
k picce fcNudamentale, a été approuvé par 
M 2, les 



ttt Vifiti nnJue fiupu. Enth. XI. 
X/Jfto. les Evêques fur quelques leâures y bm 
qu'on leur eo ait donné copie , fans qu'il ait 
été depofé dans aucun Greffe ou R^iftre 
public , fans Concile , fans Afièmblée , fimi 
qu'ils y ayent été appelles eux qui écoient 
parties interreffées , en un mot iàns aucun 
veftige des formes canoniques ;en confequen- 
ce ils demandent à être reçus Appellans corn* 
me d'abus de tout ce qui s'eft hïi en cette 
occa&on en faveur de la Bulle, âc au préjudi- 
ce de leur Appel. Pareilles Requêtes furent 
prefêntées au Parlement.de la parc de TUni** 
verfité y de la Faculté de Théologie & da 
Curés de Paris. Ces démarches des Appel* 
lans ne furent pas inutiles ; & M. le Régent 
informé de la refifUnce du Parlement retiii 
h Déclaration du Roi, mais ce ne fut pai 
pour la fupprimer. 

'Lf M, Et quel autre ufage pretendoîr-il 
^onc en faire? Vouloit- il quelle fubfiftât & 
«qu'elle eût force de loi dans les autres Par* 
lemens^ tandis qu'on n y auroit aucun ég^ 
dans le ReKIbrt du Parlement de Paris ? Ou 
bien a veit-il. quelque itutre defTein ? Croyoit« 
il pouvoir fe ..pafTer de cet enregiftremcntj 
t>c faire exécuter la Déclaration quoiqu*eUe 
.xnanquât de cette formalité eflènticUe ? 

LeC. Ce dernier parti efl celui auquel il 
s'attacha. Ne voulant pas en avoir le de- 
•»«.5eptem* menti, il fît porter la Déclaration au Grand- 
*"**' Confeil, qui efl une Compagnie plus depcn* 

dante de la Cour, & dont il cfperoit venir 
à bout par le moven des deux principaux 
membres de ce Corps , qui lui étoient en- 
tièrement dévoués. MM. du Gra«d-Con- 
fèil ne fe laiflèrent pis éblouir pir les beaux 
dehors fous lefquels on leur préfcntoit cette 



rifMnntbe finfhk. Emta. Xf. atfj 
tfl&ire; &- après un examen ferieux, ils ju- iji^i 
gp'ent< qu'on ne pouvoit en aucune manière 
enregiftrer la 'Déclaration; parce que, pour 
lemedier aux abua- & aux inconvénients qui 
a dftvcMenc mitre, il auroit fallut Taneantir, 
te non pas y joindre des reftriâions ou àes 
modifications. Ainfi à la pluralité de vingt 
Toiz contre fix il fut arrêté que Sa Majefté 
feoit fuppliée de retirer fa Déclaration. 
Le M. Mi\ voili de braves gens. Pour- 

r»i njétoienc-ils pas Itvcques? Les aflFairc* 
l'Eglife auroicnt été bien mieux entre leurs 
mains que dans celles de la plupart de nos 
Prélats. Mais peut-être que je me prei'ie 
trop de me rejouir, & que nous aUons voir 
aprts-cela de fâcheux retours. 

Lf C. Vous avez bien raifon de craindrez- 
car dans des tems audi malheureux que les 
aâtresy c'eft une cbofe aflez ordinaire de 
vdr. des peifonnes céder à l'autorité & à 1» 
vkdence , après avoir témoigned'abord quel< 
eœ vigueur & quelque fermeté. Au relie 
S finit rendre juftice à MM. du Grand-Con« 
loi, fi la Déclaration a été inférée dans Icura 
RgUlns, ce ne fut point par leurs fu£Frages: 
il fidlut jpour cela que M. le Régent allât 
prendre ieance à ce tribunal ^ fuivi de M. Ie2).5cptrm- 
Chanceliers, & d'une troupe de Princes dubre. 
Sang, de Ducs & Pairs, de Maréchaux de 
Fiance, de Confeillers d'Etat, de de Mai* 
tns des Requêtes. Toutes ces perfonnes ef* 
dtvci de la Cour récitèrent fidèlement la le- 
(oo qu'on leur avoit donnée, & par leur 
mihitude remportèrent fur les membres du 
Grand-ConM. 11 eut été à fouhaittcr que 
M. k Regenc s'en fût tenu à ce qu'il venoie 
I de fiure^lc qii'il eftt voulu fe paiTer de MMl 
-| M 3 dvi 



ijo Vetitt f indue finjibh. ENTït. XI* 
|A2t« du Parlement 9 mais ce Prince fentoit 
qu'il manqueroic quelque chofe à rAc< 
modemenc, tant que le Parlement de 
y feroit oppofé j & d'ailleurs le Cardin 
rfoailles prenoit ce prétexte pour fê di 
icr de publier fon Mandement d'accepta 
On revint donc encore au Parlement 
après vui mois de négociations ^ la cr 
d être exilés à Blois , & le defir de rev€ 
Paris engagèrent le très grand nombr< 
magiftrats à fe rendre aux volontés de I 
Régent. La Déclaration fut enregiftr^ 
4* «ecemb. Parlement de Paris , pour être exécutée 
fermement aux règles de FEglife (qui y 
violées ,) aux maximes du Royaume Jur i 

tortté de CEglifi & fur les Appels 

futur Concile ^ (qui y font entièrement 
rerfées.) 

lue M. Comment des hommes fi éd 
& fi zélés pour le Ken public ont-ib p 
xefoudre à devenir les exécuteurs d'une loi 
jufte , & fi préjudiciable à la paix del'] 
ic ? Par là ils s'engageoient à perfecuter 
les vrais Appellans. qui fe croiroient ob 
de rompre le filence & de s'élever ce 
l'Accommodement. 

Le C. Ce feroit une efpece de prodige 
«le voir une Compagnie fi nombreufc re 
courageufèment jufqu'à la fin à un Pi 
tel que M. le Régent , & cela dans m\\ 
faire de Religion. Combien d'Evêqueî 
Prêtres , de Religieux ont cédé aux prc 
Tes attaques 9 malgré les cris de leur 
fcience ? Eft-il étonnant que des perfo 
qui tiennent au monde par tant de li 
ayent rendu les armes après quelques c 
l^ts ? Sur*tout voyant que leur refiftanc 



Veritifiniiie Jenfthïe. ÉNTR. XL ayt 
mit inutile ) que les chofes iroient leur train, i72#. 
& que les Âppellâns n'en feroient que plus 
maltraités. Bien loin de fe croire par l'en- 
i^giftreinent ei^agés à perfecuter les Appel- 
kM, c'étoit en partie pour fe conferver les 
moyens de les protéger, que les magiftrats 
eomèodrent à cet enr^iftrement ; parce qu'ils 
k âactoient que M. le R^cnt , leur tien- 
droit parole, & que les modifications qu'ils 
joignoient à la Déclaration feroient fuffifan- 
tes pour mettre à couvert les droits des Eve- 
..qaesjles Appels, & les Appellâns. Mais l'ex- 
périence leur fit voir que toutes ces précau- 
tions ctoient une barrière trop foiblc pour 
vrêter les maux infinis que la Déclaration 
alkdt caufër. 

Le M. Et le Cardinal de Noaillcs , après 
fvoir tant biaifé , tortillé & tergiverfé , 
que devint-il? Trouva-t-il encore quelque 
moyen pour (ë tirer d'embarras , ou bien rc- 
fla-t-il dans le bourbier où il s'étoit jette ? 
Le C. Pour cette fois M. le Duc d'Or- 
kans tvoit trop bien pris fes mefures, & il 
ne fut pas poffible au Cardinal de Noaillcs 
de & tirer des mains du Prince , qui ne cefla 
de le harceler jufqu'à ce qu'il eût public fon 
Mandement pour l'acceptation de la Bulle. 
On ^t donc enfin la Bulle revêtue du nom 
de cdui qui gouvemoit TEglife de Paris, 
cette Ëglife qui renfermoit dans fon fein tant 
de lumière & de pieté y mais ce ne fut pas 
pour y recevoir les hommages ni du Clergé , 
ni du peuple^ au contraire rien ne fut plus 
humiliant pour la Conftitution que ce pré- 
tendu triomphe que fes partifans s'étoicnt 
fdK>rcés à grands frais de lui procurer. Ni 
. 1^ Mindemcnt^ ni la Bulle noferent entrer 



ira Vifîtf rendue fenfilk. EUTR. ÎOL 
1710. dans les £glifes, ni ie montrer dans les A£r 
fcmblécs de Religion i ik ne furent poînC 
lus aux prônes des paroiflès^ Its oreilles des 
fidèles n'auroient pu fbuârir ie langage pro« 
£ime de la Confticution: on fut donc réduit 
à notifier aux fidèles cette prétendue loi de 
TËglife par des placards affichés aux coios des 
rues. Pour comble d'ignominie prefque tout 
les Curés du Diocefe s'élevèrent hautement 
contre l'Accommodement par dts Remon-^ 
trances qui furent dreflées & fignées dans kl 
Aflèmblées de chaque Doyenné^ & envo* 
yées au Cardinal de Noailles : cette Emineii* 
ce fe vit accablée de plaintes, dedeputationi^ 
de lettres de toutes fortes de perfonnesj en- 
fin quand on vit que l'adàire étoit confom* 
née & qu'il n'y avoit plus de reflburce y h 
plupart des Appcllans zélés reiblurent de ma* 
nifefter. leur oppofition à l'Accommodement 
par des proteftations publiques & fblemn^ 
les. C'eft ainfi que le Cardinal de Noaille^ 
ijui avoit prétendu tout réunir par fon Ac- 
commodement , fe trouva prefque feul de fk 
bande 3 également odieux à la Cour de Ro« 
me, aux Jefukes & aux francs conltitution? 
naires malgré fon acceptation de la Bulle ^ 
abandonné des Appellans & de. prefque tout 
fi)n Clergé^ meprifé par M. le R^eot & 
par les Courtifans , réduit en un mot à la 
trifte condition d'un Cafitsine fans tronfes^ 
qui étoit le nom qu'il avoit donné aux £vê« 
ques acceptans qui avoient contre eux le Cler- 
gé de leur Diocefe. 

LeM.Ct devoit été une chofe bien trifte âe 
bien douloureufe pour les bons Appellans, de 
voir le Casdinal de Noailles , qui avok une 
fi grande roputatîon de pieté y paOèr. flu cô- 



VeritffiwAê fiffpiU. Ent&. XI. 173 
té de kim ctmcmis, & fe joindre à eux ptf 1720 
rflcceptadon de la Bulle. N'y eût-il p» 
bien dof gens à qui la conduite de cette Ewir 
iience fut un fujet de chute, & qui, après 
Pavoir fuivi dans fon Appel , le fuiyirent encore 
dans la faufie deinarche quil venoit de faire? 
Le C. B tfj en eut que trop qui portei^ 
ICDC h. défeitnce & reftime qu'ils avoient 
pour le C^ardinal de NoaiUes jufqu'à prendre 
pot à PAccoonnodcnient. De ce nombre fu« 
lenc huit £y£quc8 qui à Tezemple de cttte 
Eminence s'étoient dedarés contre k Bulle. 
Il y eut outre cela un nombre d'Appdlans du- 
Clergé ièculier & régulier qui, fans étrepei»- 
fiiadea m par les raifons ni par l'exemple du 
Caidinal de Noailles , ne laifferent pas de 
pn^ter'de f occafion: pour tver leur épingle 
du jeii, & pour fe retirer 'du combat, fans 
fe voir deshonorés aux yeux des hommes. 
Cétoit d& cette efpece d'Appellans dont je 
YfniM ai parlé dernièrement, qui avoient em«- 
braflë TÂppcl fàm connoître bien l'étendue^ . 
Is nature, & les fuites de la démarche qu'ils 
iidfinent ; qui comptoient beaucoup fur les ap^ 
puis humains, & s'imaginoient que la yenp 
té alloit triompher avec éclat. Lesunsétoient 
fiûbles, timides, & peu inftniits des vérité 
importantes pour, lefquelles ils combattoient ^. 
&• ceux-là etoient feduits par l'exemple que-- 
leur doimoient des hommes qui leur paroif* 
foienc éclairés & pieux, & trompés par ctf . 
phantomc: d'acceptation prefquc univerfelle- 
dont k Bulle paroiflbit revctue fur^tout de- 

ris TAccommodemcnt. D'autres vouloieof: 
procurer ou fc conferver de petits etablii* 
fcmens, des places, des bénéfices, les cocn-^- 
nodités & les douceurs de la vie: ils app;e-- 



/ 



474 y^iti rendue fenfbk. Entr. XL 
p/^» hendoient d'être inquiétés , exilés , txninneotâL 
& emprifonnés ^ & ceux-ci voyant rautorité 
royale entièrement déclarée contre les Appel- 
lans, crurent que le tecns étoit venu de quitter 
les armes & de pourvoir à leur tranquillité.L'au« 
torité & la réputation de ceux qui s'étoient prê- 
tés aux voies a Accommodement leur tenoient 
lieu d'un prétexte honnête pour couvrir leur 
lâcheté. Ainfi on ne peut pas douter que le 
Cardinal de Noailles n'aie été pour plusieurs 
une occaiion de chute. Mais fila condultçde 
cette Ëminence étoit un fcandale, on peut 
dire aufli qu'elle étoit un grand remède & • 
un grand prefervatif contre le fcandale. 

I> M. Comment l'entendez-vous , mon 
dier Pafteur , je n'avois pas encore oui 
£re que le fcandale fût un remède contre 
le fcandale: il me femble que ce ne (èroic 
plus un fcandale, s'il porroitfon remède avec 
lui. A quel fcandale pouvoit donc remo^er 
k .chute du Cardinal de Noailles, qui étoit 
tllê-même un grand fcandale? 

Le C. N'étoit-ce pas 'un fcandale que de 
t^oir la conduite qu'avoit tenue le Cardinal 
de Noailles , depuis qu'il avoit été élevé fur 
le premier fiege du Royaume, & fur-tout 
depuis l'arrivée de la Conftitution ? Ce Pré- 
lat avoit une pieté & une r^ularité d'autant 
plus édifiantes qu'elles font moins communes : 
il étoit très attachent la doûrine de l'Eglife 
fur tous les jHjints' qui faifoient le fujet des 
difputes, & il en étoit fort bien inftruit. 
Qui n'auroit cru qu'un tel homme , devenu 
par le choix du Roi Evêque de la Capi- 
tale du Royaume , alloit fe rendre le proto» 
ûeur & le foutien de ceux qu'il fàvoit être 
les defenfeurs des vérités {aintes de la Reli- 
gion , & le fléau de ceux qui avoient decla- 



fèrtt/mubfêfenpHe. Entr. XI. 175 
lié la guerre à ces mêmes vérités ? Qui n'au- i/i». 
^t cru qu^il alloit employer toute Tautorité 
que hii joonnoient fon rang , ùl place y fa 
grande réputation, 6c fon crédit auprès du 
Prince» pour élerer les uns en honneur. Se 
pour abattre & reprimer les autres ? Mais 
cft-ce ^nû que fe conduisît le Cardinal de 
Noailles? Vous en avez vu des échantillons 
dans nos premiers Entretiens. Le grand cre- 
!dit des Jefuites auprès du Pape & du Roi, 
lui fit peur : quoiqu'il les connût pour des 
fioœmes pernicieux à TEglifê & à TEtat, il 
dedara qu'il vouloit être leur «mi^il les em- 
ploya dans le iàint miniftere , & il eut pour 
eux des menagemens infinis. Au contraire, 
ceux qui étoient en butte aux Jefuites à cau- 
fc de leur zde à défendre les vérités dont ces 
Pères ont confpiré la ruine, éprouvèrent fou- 
vent de fà part des traitemens rigoureux : il 
t^eut garde d'époufer la caufe de ces hom- 
mes qu'il favoit bien être trèsinnocens, mais 
que les Jefuites avoient rendus odieux aux 
pniflànces^ la crainte d'être confondu avec 
eux lui fit commettre à leur égard plufieurs 
tnjuftices criantes. Ainfi au lieu de les tirer 
de l'oppreffion où ils étoient feduits, en ren- 
dant hautement témoignage à leur innocen- 
ce, il fortifia par fa manière d^agir les pré- 
ventions qu'on avoit infpirées au Roi con- 
tre eux, parce qu'il ne crut pas pouvoir les 
diflSper j & il s'unit jufqu'à un certain point ' 
ï ceux qui les perfecutoient avec plus d'a- 
rmement & de fureur. Un particulier ne • 
pourroit agir de la forte fans ie rendre cou- 
pable ; que fera-ce donc d'un Evcque qui 
par état efl: chargé d'élever fa voix pour la 
jeriîé & pour la juflice ? De plus vous pou- 



276 Vifitt tendue fenfrbU. EWTR. XL 
1710. vez vous (buvenir de la manière dont le GaiS 
dinal de Noailles fe conduifit, lorfqu'il fût 
queftioa de foutenir le livre des Refiexions 
morales contre les attaques des Jefiiites ; 
quelle fut fa foMtfSk 6c fa timidité , avec 
quels menagemens & quelle referve il park 
pour un livre qu'il avoit approuvé avec tant 
d'éloges. Enfin depuis la publication de h 
Bulle jufqu'à l'Accommodement , toute & 
conduite a été une contràdidion perpetud^ 
le ; ta Bulle efi monfttueufe /cependant onfe§ft, 
fit mime il faut la recevoir. Le livre des Re- 
flexions morales eft bon. cependant il faut le 
condamner. Le P. Quemd eft innocent ^ ct^ 
pendant il faut accepter h Bulle qui le diffamé 
& le calomnie de la manière la plus cnidle 
& la plus indigne. L'acceptation &rinftru« 
âion paftorale de l'Afïèmblée de 1714. eft 
contraire à la vérité, à la fincerité & à la 
bonne foi ; cependant il faut imiter cesPré^ 
lats , & recevoir la Bulle relativement à def 
explications qui lui feront contraires , & d'au* 
tant plus contraires qu'elles feront plus cxa- 
âes. Voilà quels ont été pendant fcpt an- 
nées les difcours ,les raiibnnemens & les vues 
du Cardinal de Noailles : pendant tout ce 
tems là on Ta vu marcher dans des fentien 
détournés, dans àts voies obliques, tortucu- 
itSy Sx. embarraflees : enfoncé dans des né- 
gociations perpétuelles, ou il gardoit un fis 
€ret femblable à celui que le Pape avoit gar- 
dé en faifant la ConfHtution, ne confultant 
point fbi^ Clergé , fe cachant de ceux de fcs 
collègues dont il redoutoit la droiture & It 
fermeté , & violant toutes les règles de l'E*» 
glife dans une affaire de cette confequence. 
Toute cette conduite n'étoit-elk pas un grand 

fcan- 



ni^ffiffébi fin/aie, EHTK. XI. 277 
ibmdafe? Et qud' moyen plus prcore pour 1719^ 
lever le famdale Oc pour y remofiei y que 
de confideitr à quoi tout cela étoit renu 
iboutir? 

I> Jlf. Je ne vois pis encore bien clair 
dans ce que vous venez de dire. Je vois 
. Wm que la conduite du Cardinal de Noail* 
kl éum un fcandale^ mais il me fembleque 
rAcooœmodenient auquel avoient abouti tou-* 
[ tes les négociations du Cardinal de Noailles^ 
! mettott le comble au fcandale , & en éroit la 
: oofffixnniadon. Gomment donc en éroit-il 
fe remède ? Ceft ce ^ue je ne fens pas. 
!> C. Le voici. Si le Cardinal de Noail* 
[ les apès toutes les avances qu'il avoit faites 
veiB K précipice , après toutes fes offres de 
recevoir la Bulle avec des explications, en 
ctoit decneuré à fon Appel, & qu'il eût per- 
ièveré jufqu'à la fin dans la defenfe de la vé- 
rité ; rfcft-îl* pas vrai qu'on auroit été porté 
1- croire que toutes ces négociations politi-* 
quo étoient dans l'ordre, qu'elles n'a voient 
nen de contraire à TeTprit de TEglife, & à 
jsapottx cette Eminence aux fîecles avenir 
comme un modèle accompli de la fageflè avec 
bqudUe on doit défendre la venté? Or la dl* 
vine providence pouvoit-eUe mieux détruira 
cette dasgereufe perfua&on , & nous faire 
mieux comprendre combien cette prudence 
humaine te terreftre eft abominableaux veux 
db Seâpieur, qu'en permettant qifil reiultit 
de là une diolè aufli abfurde , auffi ridi-- 
txiçj aufli monftrqeufe que F Accommode'^ • 
nenc- On aflfcmble les plus grands génies, 
la hommes les plus prudens, pour terminer 
une gnmde affaire de manière que la paix 
puiflè étte reiidue à TEglife de France, & 
M 7 CCS 



; 



iy% Verîtf rendue fenfhk. Ektr- XI: 
i7iou ces gens û habiles, après toutes leurs recheN 
ches & leurs piofondes réflexions , n'^ troit* 
vent d'autre moyen que de recevoir une 
BuUe qu'un croit mbnftrueufe^en la mettant 
côte à côte d'un Corps de dodlrine qu'on* 
c^roit bon ; de publier pour l'inllruâion àsg 
,^deles une profef&on de foi, où on leur en- 
(èigne avec beaucoup d'étendue & de clarté 
le Qui &clene»i de recevoir le blanc relative* 
ment au noir, ou comme difolt un homme 
éclairé, de recevoir rdpeaueufêment rcmcur 
relativement à la vérité dont on ne feibude- 
gueres. ÂfTurémènt vous m'avouerez que 
Dieu , en permettant que le Cardinal de Noail*- 
les conclût fon Accommodement, a voit prii- 
un bon moyen pour convaincre de folie & 
d'extravagance la faufTe fagefTe des hommes 
du monde , & pour apprendre à tous les fie- 
cles à ne point allier la vérité avec le mm^ 
fimge, comme û elle en avoir befoin pour 
fe foutenir , mais à défendre la vérité par la 
droiture & la fincerité Chrétienne, & à n^et- 
tre fa confiance non dans l'habileté ni le coa- 
feil des hommes^ mais dans la force invin» 
cible de la vérité même. £h bien n'étoit- 
cc pas là remédier au fcandale? 

Le M. Oh je comprens maintenant votre 
penfee. C'eft-à-dire, que Texcès du mal en 
devient le remède. C'eft une reflexion qui 
efi: grande & folide, mais il faut avouer qu*el« 
le ne fe prefentera pas d'elle-même à des ef> 
prits bornés & peu éclairée, tels que font la 
plupart des homnr;es : il faut avoir de boni 
yeux pour découvrir des inftruâions & des 
confolations dans le^ évenemens les plus fâ- 
cheux ;& après ce que vous nous avez dit du 
niêlange qui fe trouvoit parmi Icj^Appell^is, 



Vniténwébe finfUe. Emtr. XL 279 
jt doute que la plupart d'entre eux fiiflènt i7t«« 
aflèx éclairés pour faire de icmblables reâe- 
zîotis. 

2> C. Si la plupart des Appdlans n'ont 
ma fait ces réflexions fur la chute du Car- 
dinal de Noailles, au moins eft-il certain que 
k plupart ne furent point ébranlés par Ion 
mauvais exemple. 11 n'y en eut qu'un petit 
qombre qui, comme je vous l'ai dit, profita 
de cette occaficxi pour quitter les armes: les 
antres pcrfcvererent dans leur Appeî^ & r&- 
girderent l'Accommodement comme un at- 
tentat fiir Tautorité de l'Ëglife dont le tribu- 
SHd étoit fidû de l'afiàirc de la Bulle par un 
ksçiçA Canonique. Mais entre ceux-ci qui 
fe tenoient fortement attachés à leur Appel y 
il y eut une di£fèrence de conduite : les uns 
en i^ grand nombre prétendant que leur 
Appel fiibfiftoit en fon entier, & que le Pa- 
pe ni ks Ëvêques ne pouvoient y donner au- 
cune atteinte, crurent qu'il n'étoit pas né- 
oeflàire de fiaire de nouveaux aâes d'Appel, 
ou du moins qu'il ne fâlloit pas les rendre 
•publics, pour ne pas attirer la perfecution 
en irritant les puiuances. D'autres plus in- 
trépides (ë firent un devoir de manifeitcr leurs 
&Dtimens , & de confeflèr de bouche ce 

Ï^ils croyoient de coeur ^ le danger auquel 
fiai de l'E^lè fç trouvoit expofée , par 
Tantorité que la Bulle acqueroit en vertu de 
l'Accommodement , leur parut être un mo« 
lài fu£Bfiu2t d'élever leur voix contre la Bulle 
Ce. OMitre l'Accommodement ^ enfin ils pri- 
vent pour règle de leur conduite ces paroles 
du Doâeur angeliqùe : „ Dans le cas denc-f; 1^} 
^ ceffité, lorsque la foi eft en danger, cha-2! 
y cun eft obligé de maaifefter (à foi aux au* 



I 



2So rétlUmubufenJihU. Eimt. XL 
i|:«*. ^ tmy foit pour rinftruâiôn ou rafiërmj 
^y fement des autres fidèles , foie poup repi 
9, mer les infultes des infidèles. " £n coi 
fe^enceils fignerent des àôes parlefqu< 
ils declaroient qu'ils perfiftoient dans leu 
Appels, qu'ils proteftoient contre tout ccqi 
pourroit avoir été fait ^ ou fe poiuToic faire dai 
Ja fuite aupféjudice de; l'Appel , qu'ils nepn 
noient aucune part à l'AccomixxKlement) i 
qu'ils demeuroient attachés à Tunité de Ff 
glife & à la chaire de faint Pierre, & dai 
le re^â & l'obéiflànce dus aux fuperieui 
légitimes; & ces aâes quelques tems apri 
furent imprimés &. rendus publics avec 11 
noms de ceux qui les avoient fignés^ 

Le Ml Cétoit un coup bien hardi, flcqi 
marquoir im grand courage^ que de s'éierc 
fi hautement contre la Ekille dans un tem 
où Tautorité royale-étoit entièrement déc^sé 
en ùl faveur. 

Le C. Ce courage étoit un effet de la mi 
fcricôrde de Dieu fur fon Eglifè. A mefur 
que l'erreur s'v répand davantage, que la& 
duâion fait de plus grands progrès, & qui 
la tentation- devient plus violente , fà piovf 
dence auentivc aux befbins de cette épouiî 
bien aimée de fbn Fils unique, fè forme de 
témoins qui élèvent leur voix pour ladefcn 
fe de la vérité, & qui font une guerre irre 
conciliable à Terreur quelque autorifée qu'd 
le foit ; elle les rempUt d'un zèle A: d'm 
courage qui les portent à rendre temoigns^ 
à la vérité, malgré Ibppofition de toutes k 
puifTances, & au milieu its vexations, de 
mauvais trairerocns , & des outrages les plu 
fenfibles. On vit arriver quelque chofe d 
fcmhlablc, . lor%e la Déclaration du Rc 

pou 



WMHHwiêi pnfiUi.EHrvi. XL aft 
pour r Accommodemen t eût été enregiftrée. l^x%h 
Les Appdlans paroiflbient réduits aux abois; 
ils avoient perourappuidu Carditul de Noail* 
les qui avoic eocniné avec lui fepc ou huit 
Evalues i ils n'avpient plus de proteâion à 
ttteodre des Parlemens, & la Cour écoicen- 
tierement dedasée contre eux^ cependant ce 
fat daiUL ces ficbeufes circonftances qu'on 
vit parmi les Appdlans un renouvellement d» 
2ele & de courage : la vue & la proximité 
du péril fembloient augmenter leur ardeur^ 
Les IV. Evêques qui avoient frayé le che^- 
fflin de T Appd, (butbrent parfaitement leurs 
précédentes démarches: après avoir fait en 
vain tous leurs efibrts pour arrêter la concIu'* 
fioQ de l'Accommodement^ ils protégèrent 
contre cette entreprilè par un Aâe commun 
dios kquel ils relèvent les vices Sa les défauts 
dfaitiefc dont TAccommodetnent eft .rempli^ 
& ils confirment & renouvellent tous leurs 
kpaàg précedens. Lxs Curés & autr(» £c« 
defiaftiques Appellans ne tardèrent pas à fui* 
vre l'exemple des IV. Evêques : on vit d'a- 
bord paroitre un Aâe de renouvellement 
f Appd avec les noms de plus de 300. per- 
honts tant Curés que Chanoines, Doâeurs 
te autres Ecdefiafiiques (eculiers & réguliers 
de la Ville 2c du Diocefe de Paris. Dans une 
nouvelle édition de cet Aâe , leur nombre fe 
trouva monter jufqu'à 500. ce quiioincavec 
b fimatures de plus de mille Cur4, Se au- 
tres Ecdefiaftiques & Religieux, quirenour 
TcBomt leur Appd dans les difièrens Dio- 
cei du Royaume , fài&it en tout plus de 
«linze cens peribnnes dont le renouvellement 
fA{^ était. rendu public, & auxquels on 
WûOL le hdol râippâbos.. 



/ 



aSa rmV/ nninB finjthte. Emtr. X 

f 7T1. Le M. La Cour de France dut êi 

irritée contre ces réappellans, qui avoic 

vcrfé d'un trait de plume un Ouvr 

lui avoit coûté tant de foins & de tr 

& je m'attens à voir s'élever contre 

grande perfecution. 

1» Le C. Les réappellans eux-mêmes 

tendoient bien; ils avoient compte 

Cour feroit éclater contre eux toute 

dignation , & ils ne furent pas trom 

kur attente. Des 300. dont les r 

trouvoient far la première lifte des 

lans du diocefe de Paris, foixante 

furent cités devant M. de BaudriLû 

de pdice, ils y fubirent un interr 

auquel ils repondirent avec une fimi 

ime generofité Chrétienne, & aucui 

eux ne démentit le témoignage qu 

jendu à la vérité. Leur fermeté 

€!our ; l'Abbé du Bois qui étoit alo] 

«aire d'Etat & Archevêque de Cam 

qui regardoit avec raifon F Accomm 

comme fon Ouvrage, fe joignit au 

naux de Kohan ôc de BifTy, & c 

M. le Régent qu'une telle hardicf 

meureroit pas impunie. En confeqr 

de ces généreux confefleurs de la 6 

relégués par des lettres de cachet ai 

mités du Royaume , où ils ont po 

miere & la bonne odeur de Jefus-C 

réappellans des Provinces ne furent j 

traités que ceux de Paris. Les Pri 

pour la BuDe leur firent fentirle 

crédit que l'Accommodement leurs 

curé auprès du Prince -■ on vit de to 

les Curés & les Ecclefiaftiques les i 

léi & les plus pieux^ exilés, errans 



Vêriff finiMê finfiU. Entr. XI. if) 

rgues-UD8 même emprifonnés , & depouil- i^xi^ 
de leurs bénéfices. Il y a près de vingt 
ans que nous poflèdons dans cette Ville un * 
de ces bienheureux perfecutés pour la jufti- 
ce: vous le connoiàèz & vous favez auffi 
bien que moi combien fk charité cil grande^ 
& combien & pieté eft aimable. Vous pou- 
vez par cet échantillon vous figurer quels 
étaient la plupart de ces exiles. Les Kvê- 
vpgs mêmes qui avolent donné l'exemple du 
nouvellement d'Appel, éprouvèrent en tou- 
te occafion le mécontentement de la Cour. 
Mais les réappellans ne furent pas feuls ex- 
poCés }l toutes fortes de vexations : les con- 
ftitiiticmnaires, qui fentoient que Itur crédit 
toit iâns bornes, vouloient que tout fûtaf- 
figetti à la BuUe, & que tout genouil vînt 
fledûr devant elle^ quiconque refufoit de (e 
fmmettre à la Conftitution , leur étoitodieux$ 
Un qu'il eût gardé le filence, foit qu'il eût 
ippdté ou réappellé , c'étoit toujours un en« 
Bcmi plus ou m(Hns caché, plus ou moins 
dai^ereux qu'il falloit gagner ou écrafer. 
Ainfi en peu de tems on vit uneperfecution 
naerale dans toute l'Egiifê de France^ ce ne 
mtplus qu'injuftices , que violences, que Voies 
de fait, lettres de cachet, exils, emprifon- 
Bemcns, en un mot ce fut un vrai brigan- 
ge. M. le Régent avoit formé un Confe'tl 
A dt €om/cience qui étoit compofé de MM. de 
Rohan & de BifTy y de l'Abbé du Bois, de 
fancien Evêque de Fréjus & de quelques au* 
fies Prébits cfe même trempe. C*étoic k ce 
tribunal , où les parties étoient les juges , que 
Fcb décidoit en dernier reflbrt de toutes les 
J affidres ecclefis^ques. Ce nouveau tribu- 
1 «al avoit auffi une jurilprudeDce toute nou- 
/ Tdlc:. 



a- 



at4 VerHireiube finfiUe. EviTK. XL 
I7ti. velle : on y etoic jugé, condamné , m 
& cela avant que de {avoir 61*00 étoUac 
• les délacions lecretes,. les accu&cions ca 
nieules d'un ennemi, de tout homme 
fidlbit le xdé pour la Bulle, étoient les 
tih des fentences & des arrêts de ces . 
intègres ; les Secrétaires d*£tat en éo 
les Greffiers, & ii les parties lezées ft 
gnoieat & demandoicnt juftice, l'cril < 
prifon leur fcrmoient la bouche en pe 
tems. Telle a été depuis T Accommoje 
k forme du gouvemen.ent par rapport 
âSàuTs de r£gliic, iî ce n*eft que les 
ftices & les violences fe font multipliée 
jour en^jour, & que la face du Roya 
CD a été conune inondée. Les dioce&s 
mes qui. étoient gouvernés par des 
lats oppofes à la Bulle n'ont- pas été 
tieremeot'^à l'abri de ce dduge de maus 
fouvent les calomnies de quelques fàui 
res ont produit les mêmes effets que h 
k amer de cenaios £vêques conftitutk)] 
xei. 

Le M. Mais de quel œil le Cardin^ 
Noailles & les Magiftrats,à qui onavoi 
de (i belles promdiès, voyoicnt-ils toc 
boukverfemoit? Ils auroient du rappel 
M. k Régent les promeflès qu'il leur s 
faites , & k fommer de tenir fa parole 
bien, fi ce Prince fermoit Toreille à 
pkintes , il dévoient letraâer le confentei 
qu'ils avoient donné à TAccommoden 
& reparer ainfi h faute qu'ils avoient c 
mife par un excès de complai&nce. 

i> C. Pauvre reflburce que des gais 
k Cour avoit mis fous fes pieds ! M. k 
gCDt ks âvoît attrapés, & enfuite il k 



«^ HmhiJnfiUi. EtiTR. XI. %%% 
l'eus affla ouvenemenc. Tous les \^%tl 
o voyott des Arrêts du Conièil du 
ur enlever au Parlemenc la connoif- 
le toute ^ les affaires qui interreilbicac 
: de près ou de loin ; il ne reftoit aux 
"acs que U voie des Remontrances ^ 
linairement nétoicnt point écoutées , 
proiuifiùent aucun etïèt. C étoit la 

choie par rapport au Cardinal de 
s : on lui avoit promis que les Ap« 

ne feroient point inquiecéi, & quoQ 
jeroit point de lettres de cachet dans 
icefe , uns ùl participation ^ malgré 
la non feulement ilvoyoitgrondnom* 
: de dioceiès ravagés par les confticu- 
res , mais fous fes yeux même on exi* 
3D emprilbnnolt , <on difperfoit des 
, des Vicaires & les Eccleiiailiquesles 
iifians de fon Clergé. Outre cela il 
a douleur de voir la defolacion de la 
: de Théologie, accablée d'une grêle 
res de cachet , les unes pour taire ren- 
ias fon fcin des enfans rebelles & de- 
! qu'elle avoit été forcée de chaffer , 
Tes pour exiler ou exclurre de fes af- 
es ceiix qui en,é:oient le fouri^n 6c 
icnt , d'autrci enhn pour reiivcrler 
Ml gouvernement ,- fes loix,fss Sra- 
Sc fes ulages , en arrêtant fes délibéra- 
& en lui ioanant pour tyran, fous le 
le Syndic, un homme vendu à rini-aomigfiy< 
8c aux manrcuvres les plus tioircs *. 
xdinal de Noailles vpyoit toutes ces 

cho- 

s Docteur fut convaincu en )?r*fence des 
rs Magiftrst* d'avoir faififii lics ronclu^ 
8c d'avoir forcé le coif.c foit djs archi« 
la Faculté. 



a6 Veriti rendue finjlth. EKTlt.Xl. 
fjiu chofes , & il n'avoit ni le pouvoir cfy rcmi^ 
dier, ni le courage de reparer une faute dont 
les faîtes étoient ii funeftés à l'Eglife. S'il 
ouvToit quelquefois la bouche pour fe plain- 
dre de ce qu'on lui manquoit de parole, & (M 
ce qu'on lui enlevoit fes meilleurs Ecclefiaài* 
ques, on lui repondoit qu'il fe rcndoitfiiP 
pea en prenant la dcfenfc des réappcUan^ 
qui avoient defobéi à la Déclaration du.Rqî^ 
ou tout au plus on lepayoit de compliméoL' • 
de politefTes , & de belles promeflès qui q€ 
Temedioient à rien, & qui n'arrêtoient pd 
le cours des maux. Tel fut le fuccès, tell 
furent les fruits de l'Accommodement. 

lue M. Certes il falloit que ce fut un af- 
bre bien mauvais puifqu'il produifbit def 
fruits fi deteftables. Mais je voudrois biea 
favoir fi ce maudit arbre n'a point étendu 
jufques vers nous quelques-unes de iès raci^ 
iies ou de fes branches ; car j'ai oui dire que 
notre Prélat avoit beaucoup de refpeâ: & 
de déférence pour le Cardinal de Noailles, 
&: qu'il y avoit entre eux une grande liai- 
ion. 

Le f. Cela eft vrai : Mgr notre Evêque 
ctoit plein d'eftime & de refpeâ: pour IC' 
Cardinal de Noailles , mais non pasjulqu'àle 
fuivre aveuglément dans toutes fes démarches; 
au contraire voyant cette Eminence prête à 
tomber dans le précipice , & T Accommo- 
dement jprêt à fe conclurre , il crut , en quit- 
tant le fejour de Paris , devoir faire un der- 
nier effort pour l'arrêter & lui ouvrir Ici 
yeux. Pour cet effet il lui écrivit une let- 
tre pleine de témoignages de refpeft & d'at- 
tachement, mais qui en même tems attaque 
l'Accommodement pardesraifonnemensaux- 



i^Mt/ unAtê Jhphk. Ei^TR. XI. 2(7 
|iieb on ne pourra jamais répliquer. Vous l^%< 
ourez bien penfer qu'après cela notre Pré- 
II' fte fut ;p8s testé de prendre part à cette 
Iri&rable affaire : niais il ne crut pas être 
M^ de renouvéller fon Appel ^ qui lui pa- 
ÉCkhc fubûfter en (bn entier, fans que ni 
licCbininodemenc ni la Déclaration du Roi 
pflènc. 7 donner aucune atteinte ; il fe con- 
ltt& de faire connoître dans toutes les oc- 
OficAis qui te prefènterent qu'il s^en tenoit à 
lÉ'- Appel 9 & qu'il étoit refolu d'y perfifter 
)ilqu''i la fin. rrefquc tous les Appellans de 
it diocefe fuivirent l'exemple de leur Evêquc, 
tt par ce moyen tout demeura aflbz. tran- 
quiÛe. 

lit M. Cela elt fort commode^ & à ce 

tnit je reconnois mes compatriotes qui font 

de bannes gens , amateurs du repos, & qui 

tfbnt pas l'ame guerrière. Mais pendant qu'on 

Aoit fi tranquille 3l 'A***, la guerre étoic al- 

inmée à Paris 6c ailleurs, ôc les quatre Ëvê- 

^œs avec les réappellan^ dont les noms étoient 

imprimés, avoient tout l'eiFort du combat 

iioutenir. N'auroit-il pas été convenable de 

TOUT il leur fecours, & de partager avec eux 

fa tribulations qu'ils enduroicnt pour la dé- 

feaSt des vérités faintes qui interrcHent tous 

ks membres de TEglife? 

Le C, Oh, oh! vous êtes bien zélé. Au 
icftc je ne crois pas qu'il y ait d'excès dans 
TOtrc xele, & l'amour de la patrie ne m'a- 
veugle pas jufqu'à me faire entreprendre l'a- 
pologie d^une condiûte que je ne âiirois ap- 
fvouver. Cependant je dois vous dire pour 
*otrc confolation que notre Clergé a reparé 
cette Êiute qudques années après , ôc qu'il a 

nobda un gra&d & illuftrc témoignage con- 

, ^.^ _ ^^ 



) 



ft^BS Veriti fendue fenRUe. EktR. XB. 
à/ii. tre la Biille, lors quon entreprit de ftû 
procès à M. de Scnez Tun des. quatre ] 
qucs réappellans. Ainiî notre dioceie à ra 
vcllé fon Appel, non pa^en 1720. ni cn.i. 
où il eût été difficile de trouver dans un § 
nombre d'£cclefiaft)ques, le degré de m; 
re & de force nectffiiire pour foutenir 
démarche fi vigoureulèj n.ais eniyav,^ 
1728. où le courage étoit augmenté, jj 
lumière beaucoup plus grande qu'ai^ïarav 
Mais il n'cft p<is encore teirs de vousj 
le détail de ces évcnemens confolana , 
d'ailleurs je m'apperçois que notre convc 
tion a duré'afleZi long-tems^Sc qu'il eft& 
de la terminer. 



ENTRETIEN XIL 

t,a Cour de Rome mécontente des j 
commodans é" encore plus des réi 
pellans. Vexations de toute efp 
que ceux-ci éprouvent. Fhanto 
a acceptation univerfelle de la Bu 
capable de jeduire , mais facile 
dijftper. Les Conftitutionnaires 1 
recours à la fignature du Formula 
pour tourmenter les Appellans. 

T E March AN D. Vous nous avez beaucc 
•*-' parlé, mon cher Pafl:eur,de ce mifi 
ble Accommodement & de tout ce qu 
fit en France pour lui donner de Tauiori 
mais vous avez oublié de nous dire ce 
ment le Pape & fes courtil'ans prenoi 
toute cette ^ûSmt^ 6c s'ils en étoicnt c* 



n»«r/ rendue finBhle. £ntr. XII. ^%9 
L|Çu&B^ Ce n'en point par oubli, mon A»; 
r^iloiificiir^que j'ai gardé le ûlence fur les I7^>i 
de. Ift Cour de Rome par rap- 
à rAccommodement : c'eft parce que 
Dcot XL ne manifefta fès {entimens^ 
> lorfque Tafiâire étoit finie ou prefque 
Qiioique rAccommodement fut très 
à ÙL ConfUtution, & que par 
confiderarion il eût donné parole à M. 
: de garder le filence poidant quel- 
I ttott , cependant iji n'attendit pas que 
EDmodement fut confommé pourf^re 
ion mécontentement: une accepta* 
fji faite avec tant de conditions & de pre- 
étoit injurieufe à & prétendue in- 
' , & contraire à Tobeiflànce ans 
qu'il cdgeoit des Evéques: il crue 
reclamer pour la confervation de fès 
I ayant même l'enregiftrement delaDe- 
ciûD du Roi du 4. Aouft. Ceft ce 
1 fit d'abord par unBrefadrefleàM.l'Ar^ 
tcquc d'Arles , dont ce Prélat crut de- 
rfiure pan au Public, & quelque tems 
ar plufieurs autres Breft adreflës au 
& à M. le R^nt , mais qui n'ont ja- 
va le jour. On prétend même que 
XI. ne s'en {èroit pas tenu là, s'il 
c Yecu,& qu'il auroit fait quelque coup 
contre l'Accommodement, mais fa 
naturelle, fa timidité, & k$ Irrefo- 
ayant fait écouler un tems aflèz con- 1^, ^ifj^ 
'^ la mort l'enleva au milieu de fes 

M. Cétoît une conjonfture favorable 

^ ceux quiétoient oppofés àlaBuUe; car 

— •< pouyoitgueres efperer que Clément XL 

airoit *lui-même fon ouvrage & revo- 

««»f I, N que? 



290 Vefitfftndue finfhk.TiillTEi:Tai 

<^ti. queroit fit Conftitution: fluUeuqa'uii 

veau Pape n'avoit pas les mimes engs^ 

^ pouvoit abandonner l'entrepiiiè < 

precieceflëur. 

Le C. Cétoit la peciee de bkn des 
"& entre autres d'un grand nombre d^ 
ians 9 fiir tout quand ils eurent sppris rél< 
d'Innocent XIII. Ce Pape n^étant c 
que Cardinal Gonti avoit ntru peu hyt 
à la BiûleJJmgenitwf : il s^étoit plaint 
librement de la conduite de Qem»l 
qui avoit embarqué le iâint Siège dans 
afiàire fans avoir pris Tavis des Cardix 
enfin on lui avoit entendu dire que le 
Siège pourroit bien nepasfoutenir u6e 
ftitution, qui n'ctoit l'ouvrage que de 
François Aibani; c'étoitle nom de de 
XI. Tout ceia faifoit concevoir cte- 
cfperances, mais elles ne tardèrent pas ; 
vanouir. La fiiite du tems fit voir q 
Pape Innocent XIII. & le Cardinal i 
croient deux hommes fort difïèrcns; c 
Pontife ne parut pas moins zélé pour fi 
libilité Romaine , & pour k fiulle Un: 
tus, ni moins oppofè à F Accommode 
que fon prcdeccflèur. U en donna de» 
ves éclatantes à Foccafion de la Lettr 
lui écrivirent fept évêques am)dlam '' 
nombre defquds cétoit notre Prélat, 
cette Lettre^vrairoent épifcopale & digi 
premiers fiedes de l'Egliièp on failbit 
que la Bulle -dans i^cm enaer autoriië: 
Corps dedoûrineerronnée,& imaflcm 
d'opinions monftrueufcs ,& qu'elle tfavc 

♦ M. l'ancien Evêquc de Tournai , .& M 
P.'micrs, deSenez, de Montpellier > de Boi 
d*AuxcMC ôc de Mâcon; ^ 



nmtmàtêfiiêfhU. Ekta. XII. i^f 

Mb & publiée qu'en foulait aux piédsles ifM% 
û kiphii iaviobtblesj on y rdevoi^to^s 
^Qcès oieaemetit Xi. avcnt commis dam( 
^c(m de cette afiàire^ enfin apifis avoir 
K fatir IMuffifimce des e3q>lidÀions pour 
Bokr II Bulle , les Prdats demandoienif 
pB k Bulle fût révoquée & aanuOée. It 
■Bttte de fin auteur flétrie y comme elle la 
■nfe> & que ià Sainteté aflèxnblât un Con?*- 

* {inerai pour remédier aux maux dont 
^pfcganiâbît depuis filong-t^ns^âc aux« 
P* i* Gonftitu^n femblolt avoit mis la 
™fe II n'y eut que VII. Evêques qitf 
VWMcctte lettre, parce que les appellac» 
■•"Çtt |ierdu peu de tcms âiçaravant qtiai-; 
«loBs Prdats*. 

■^M, Je fuis bien rejôul de voir notre 
y dam une fi bonne rcneôfitre,& en fi^ 
gy compagnie^; Une telle lettre étolt^ 
Jlî'tkùte à un rènouvdlemcnt d'Appel}' 
■jc ne doute pas que la liberté & la forcé 
Jcliqudlc on y parknt de Qemcnt XI. 8c 
f* Bulle, n'ait mis en fureur h Gour de 
*?«& même la Cour de France, ou du 
Jjj hs Ëvêques confKtutioonaires qui y; 
■*»icùt alors, 

SC'eft à quoi on devcrft s'attendre; 
arriva en eflfet. Depuis bien des 
me n'avoit point vu d'Evêques lui 
f^ d'une manière fi précife 6c fi vigou»- 
^itinfi elle déchargea fa colère fur Ift 
j[Jtdc$ Prdats qui fut condamnée par un 
**W de rinqulfition comme toute fchîf-' ' 
•■que & pleine d'un efpric hérétique. La 
N 2 Cour 

•mm, de Mircpoix, de Verdun, de Lcitou- 

* k de Chaalons fur Matut . 



^9^ Vèftténndmfevftbk. Emtr. XH. 
gyj^i, Cour de France vint à Tappui de cdk 
' Rome ; les pr^l^ts qui cotnpofoient le C 
fidl jde coQfci^ce,.ne fe contentèrent d'an 
fitit; impiftmcr les Brefâ du Pape remplis 
csçprçmons'les plus véhémentes contre les: 
évêques, ils vouloient encore engager le] 
Icmcnt à entrer dans leurs vues ^ 6c n'a] 

Îu y réuffir , ils firent rendre au Coi 
'Etat: un Âi^êt qui fupprime la lettre 
ièpt évêques avec les qualifications les: ] 
dures & les. plus injurieufes , & qui ordc 
qu'on fera le procès à tous ceux qui Faui 
compofée, fignée, ou diftribuée. II ne 
pas difficib aux Prélats fi ind%nemenc t 
tés de repoufTer les accuiàtions intentées c 
tre eux,& defe juftifier des reproches qi 
leur faifoit dans l'Arrêt du Confeil ; c'a 
qu'ils firent avec la dignité, le re^peâ t 
gencrofité convenable par des Remontm 
qu'ils adrefTerent à fà Majefté. A la v( 
on ne -kur rendit aucune juftice, & il 
Teiperoient pas non plus ; mais aufli les ; 
Mces par lefquellcs finifToit l'Anêt du C 
fHl, n eurent pour lors aucune executi* 
M. le Régent n'étoit pas encore difoo 
porter les chofes jufqu'à ce point. (Jq 
dant cts menaces ne laiflbient pas de pn 
rer les voies aux grand defièin que les c 
^tutionnaires avoient dès lors formé d'aï 
tre tout ce qui s'oppofoit au règne paifibl 
U Conftitution. Vous pouvez juger pi 
peu que je viens de vous dire du trifte 
ou étoient les afi&ires de l'Eglife , & d 
perfecution violente à laquelle fe trouvo 
expofés les reappellans, les appellans & 
gênerai tous ceux qui rcfufoient de fl© 
k genouil devant la Bulle. 



Verit/rembijenjihié. Entr. XII. S93 
' Lf M. Vraiment, il n'y a pas de quoi s'en 17^ 
étonner. Dès lors que les^ évêques conftitu- 
tionnaires avoient rautorité royale en lear 
Mpoûiion^ iesappellansdevcMent elTuyer bien 
des mauvaia craitemens y & je comprens que 
k delblanon devoit être bien grande dans ïes 
diocelês qui Soient gouvernes par de zjelés 
conflitutionnaires. Mais il y avoit encore 
un Dcimbre d'évêques qui avoient refîiie d'en* 
trer dans l'Accommodement. Cétoit une 
reffinirce pour les appellans^ de du moiaa 
ceux qui étoient dans leurs diocefes pou- 
VDienc vivre tranquilles , le trouvant à 1 abri 
de la perfëcution. 

lif C. Je ne m'engagerai pas à vous don- 
na une idée de la portecution que les appeN 
kos avoient à fouttrir. Cek m^ coaduiroic 
trop loin ; & d'ailleurs je vous mettrai quelque 
jour en main THiftoire de la Confticiitioa , afin 
que vous la lifie^ en famille, &c que vous y 
voyiez cela dans le détail. Je me concente- 
lai de vous dire que , excepté les tourmens 
& les fupplices que Tautorite publique n'a pas 
cmi^yés contre les appellans, il n'y a force 
de mauvais traicetnens, de violences, d'inju* 
ftices , d'outrages. Se de vexations qu'ils 
n'ayent éprouvées ; enforte qu'on ne iàuroic 
l'empêcher d'être frappé d'ctonnement, Se 
qudquefots même faiû dliorreur & d'indi* 
goatioQ , lorfqu'on envilâge la conduite des 
nnifiuis de la Bulle, £c les moyens odieux 
donc ils fc fervoient pour alfujettir tout le 
monde à ce Décret infortuné. Tantôt ce 
font des chanoines à qui on défend de fe 
trouver au choeur, ou d'y faire quelque fon- 
âicn lorfque leur Evêque y affifte , ou y 
officie: tiotôt ç'eft un Archidiacre ^ ou 
N j un 



^94 VeriUremdëefinJlile.LnTli. XBt. 
i!^ift, un Théologal qui reçoivent un ordre de ^é 
&SXWC des fondions attachées è leur dignid 
aujourd'hui ce font des cuxés, des cfaaiic 
ses ^ ou d'autres beneftciers qu'on, dépoul 
de leur bénéfice , fans garder aucune formi 
lité ^ d'autres fois ce font des Grands^vioi 
ïesdeftitués de leur emploi, des Compagnii 
privées d'une partie oe leurs memores i 
violentée dans le choix de leurs offiden 
dès Reâeurs d'Univerfitcs , des Syndics de £ 
cultes de théologie 3 & des Profe0eurs cha 
fés de leurs places, des Conununautés l 
des Congr^ationsreligieufesdont on renye 
fe les uiages les plus légitimes & les plus ti 
torifés, en leur ôtant k liberté des eleison 
Enfin ce font de pauvres rdigieufos qu'o 

E' rive des fâcremens & des iècours de la n 
don y même à la mort, qu'on enlevé de la 
cfoître, & qu'on tranfporte dans des Oona 
munautés, où le zèle pour la Conflitutio 
leur fait trouver dans leurs propres foeursdf 
Geôlières impitoyables,qui fe font un devoir d 
lès accabler d injures & de mauvais traitemeoi 
En un mot dès qu'il s'agit de k Bulle d 
près ou de loin, ce n'eft plus le droit, ni! 
raifon, ce ne font plus les loix qui déciden 
d'aucune afiàire, c'eft le Confeil de con 
fcience dont je vous ai parlé, c'eft à dit 
que l'intérêt de la BuUe décide de tout , 6 
que les Appellans font abandonnés à tout 
^amertume & à tout l'emportement du id 
des Conftitutionnaires. Les fecretaires d*E 
tat, M. d'ArmenonvUIe & M. de la VriUic 
rc, notifient les volontés du Roi , c'eft 
dire celles du Confeil de confcience, ils en 
trent dans les derniers décails du gouverne 
mi^ des diocefes , des compagnies & de 
i Com 



VkfMrnuba fif^hU. Entr. XII ao)^ 
ÇooimuDautés, 6c us tranchent toutes les i^^xi 
difficultés m^ menaçant de Tindignation de 
Mr le Regèot^ quoique fouvent ce Prince 
nUc aucune connoifïance de tout ce qui fe 
p^e. Ceft par de femUables moyens qu'on 
eft parvenu à changer la face de plulieurs 
(fiDOefi»,& de plufieurs univcrûtés & facul- 
À de tneolc^j l'exil Se la difperfion des 
uns, la fiiibleuë & la licheté des autres ont 
donné lieu à la révocation de l'appel & à l'ac- 
c^tation xle laBulle^ c'eft ce qu'on a vu ar^ 
97er dans- les univerûtés & dans les facultés 
de thfol^g de Reims & de Nantes, & en- 
iiite de Paris, & dans plufieurs diocefes, com- 
me à Reims, à Laon, à Leitoure, à Chd« 
ftos fur Marne, à Boulogne, à Rouen, à. 
Odéans , à Nantes & en beaucoup d'autres 
Boa, où la per&cudon étoic plus ou moins 
ibienteàproponion du xde des prélats con- 
finuîonnaires, qui étoientfurs d'obtenir tout 
ce qtflls vouloient contre les appelions. Mais 
le tingandage du Confêil de confcience ne 
&ft pas rentermédans les dioceies qui avoicnt 
des évêques zdés Conftitutionnaires , il s'efl: 
iuffi étendu fur les diocefes des évêques ap- 
«Uans on oppofes à la Bulle, & fur ces 
ptélats eux mêmes. Our le Confeil de con-^ 
Jqence étoit animé contre eux foit à eau*» 
fii de leur xele à combattre la Bulle , foit à cau- 
^ des cabmnies que les Jefuites&les Con- 
flâtucionnaires avançoienc ùm ceflè pour les 
décrier. Ceft ce qu'ont éprouvé MM. de 
Boulogpe.& de Bayeux, & fur tout M. de 
lifontpellia:, qui étoit plus odieux qu'aucun 
autre au Confeil de ccflEUcience . & qui penr 
dant bien des années a efluyé de la part des 
Xduitea & de quelques broiulions. de fonxlio- 
I . N4, ccfit 



ipfi Vêtit/ rendue fenjlbte. Emtr. XII. . 
lj%x, cdfe toutes les tra\rerres, les contradiâriont 
& les tracafferies imaginables. Notre Pré- 
lat même, quoiqu'il ne fe fût pas élevé fx 
publiquement contre F Accommodement. n*â 
pas laiffé de refTentir en quelques occaiiong 
m effets de la haine des Jefùites. & il a eu 
la douleur de voir exiler ou même enlever 
comme des criminels x^uelques uns des meiï- 
leurs Cufés du diocefe. Vous vous fbuve* 
neL ùm doute du traitement qu'éprouva it 

Îr a fix ans le célèbre Père Terraflbn , dont 
a conduite repandoit dans tout le pays li 
bonne odeur de Jefus^Chrift. En attendant' 
que vous trouviez un détail de ces violences 
dans l'Hiftoîre de la Conftitution & dans tea 
Nouvelles ccclefiaftiques, vous pourrez voua 
cin former une idée en jettant les yeux à vo- 
tre loifir fur cet ouvrage, qui eft un Recueil 
des ordres expédiés fous le nom du Roi avant 
172^. en faveur de la Conftitution : c' eft par 
ironie qu'on Ta intituler "Preuves de la lAerté 
de PEglife de France &c. car-il eft fidt aa 
contraire pour prouver qu'il n'y a eu aucune 
liberté dans tout ce qui s'eft fait pour l'ac* 
ceptation de la Bulle. 

Le M, Dès que les appellans étoient aban- 
donnés au Confeilde confcience & auxPrér 
kts conftitutionnaires, il eft aifé de com- 
prendre qu'ils dévoient être expofës à beaiN 
coup de mauvais traitemensj mais ce n*cft 
pas ce qui me paroit le plus fâcheux dans 
leur fituation : ce que j'y trouve de plus tri- 
ftc & de plus affigeant, c'eft de voir qu'en 
même tems qu'ils étoient en butte à toutes 
les Puiflànces , ils avoient contre eux le Pa- 
pe & les évêques, c'eft à dire ceux mêmes 
à qui Jefus-Chrift a confié le gouvernement - 
deibnEglifc. N« 



^êfit/rmlKi fimpUe. Entr. XIT. 197 
e pouvok-OQ pas leur dire alors que la lya». 
! ecoic devenue une décillon de TÈglife 
^acceptadonde tous lesévêques du mon- 
8c qu'ainii ib n'avoicnt plus aucun pré-* 

pour fe difpenfer de lui rendre h fou- 
3n que TE^Uiè a droit d'exiger de ics 
s ? Voilà le raifonnement que j'ai en- 
L faire à quelques-uns de vos contreits 
e penfent pas comme vous ; & je vois 
cribnnâ oe pieté, mais timides & peu 
ces , qui font frappées de ces difcours & 
cce autorité qui paroit appuyer la BuUc. 

C Vous avez bien ndfon de dire , que 
tine chofe pénible d'écre obligé de iè 
ur de garde de ceux que Dieu nous a 
b pour nous conduire , fie même de 
efilter en certaines occafions. Les hom« 
Ibnt portés naturellement à confondre 
rité avec les^ perfbnnes qui en font re- 
s j fie parce que rautorité eft ûinte fie 
!, ils ne iàuroient s'imaginer que celui 
I eft revécu puifle être un ennemi, fie 
ïuâeur dont il faut fe défier. Mais les 
es des hommes ne changent pas l'or- 
le Dieu a jugé à propos oe fuivre ^ ila 

cooununiquer aux hommes quelque 
a de fon autorité, mais il n'a pas vou- 
s cette autorité dépendît des qualiro; 
i fie mauvaifes de ceux qui en font icn 
Dures. En les choifiiTant pour fes lieu- 

fic fes miniftres, il ne s'eil pas engagé 
endre tous éminensen Ëûnteté , ni mer- 
les exemter des miferes fie des péchés 
BJk les autres hommes font fujets y en 
X en les afTociant à fon autocité, il 
I prétendu qu'ils fuâènt jamais endroit 
ï mvir contre lui-même, contre ûl vc*- 
N î mé> 



« a$S Viritirembe finjitlè. Entr. Xn. 
inil ^^ > contre fes intérêts. Il faut toujours 
' ^ ^ 4diftinguer l'autorité que les hommes ont re- 
çue de Dieu & qui eft toujours digne de 
refpeâ , d'avec l'uTage que les hommes kM 
de cette autorité, lequel peut être deteftable. 
; I«es Prêtres des Juiis avoient une autoritt 
légitime qu'ils avoient reçue de Dieu, & h 
loi ordomioit de leur obéir. Mais kxftiM 
Caïphe s'en fèrvoit pour condamner Jeft» 
Gbn& comme on fèduâeur & un £ud 
Meffie^ & pour excommunier fes difdpleB. 
filloit-il deferer au jugement de Caïpke^ Ci 
xefpeâer un abus fi horrible de l'autonté i 
' Les apôtres manquerent-ils au relpeâ quH 
lui d^oient, lorfqu'ils annoncèrent l'Evan 
gile malgré k defenfe du Grand-prêtre & é 
Ion Comdl ? 

Le M. Mais n'y a-t-il poa une grandedif 

ference entre les miniftres de l'ancienne lo 

-& ceux de la nouvelle ? & pouvez- vous <&( 

'jàix Pape & des évêques ce que vous dites de 

:prêtres de la Synagogue ? 

: . JLtf C. 11 eft fur que l'autorité des minî 

•fires de Jefiis-*Chrift efl* infiniment plus gran 

srie , plus fiiinte, plus refpeâable que oe 

des (uccefTeurs d'Aaron^ mais dans TE^ 

comme dans la Synagogue -, ceux qui exercen 

cette autorité ibnt des hommes environné 

de ténèbres & d'infirmité, fujets à Terreur 

aux préventions & aux paflions humaines 

Les évêques font les vicaires de Jefiu 

Chrift, le Pape eft fon premier vicaire ^^leu 

autorité eft toute fkintc fie divine^ mais Tu 

fage qu'ils en font peut quelquefois êtr« abe 

minable. S'ils vouloient s'en fervir pour pdi 

ter quelqu'un au crime, pour l'obliger à ooffl 

fi&ectre im homicide ou un adidtere^ &xdk 

€ 



nrH/ tÊ^ÊàÊt fimfiUt. Entr. XII. 2» 

cri 



fie mtoquer au rdpêâ que de leur re&fter?. tjxu 
Lois, par exemple, queles Pap^ ont entre- 
pni de détrôner des rois, & qu'ils ont em-- 
nioyé rezcommunîcation pour obliger les 
ugecs à prendre les armes contre leurs prin- 
cei te leunfouverains, fâlloit-il déféreràdes 
cnmmanriemeni fi contraires à la religion ? 
Aigounfhui fi le Pape & un nombre d'évê- 
«oesa'eAMrcent de corrompre Tépoufè deje- 
iui-Chrift, m^ altérant k foi de l'Eglife & 
kfirâtc xnorale de TEran^^ s'ils veulcne 
nous obliger à croire que Dieun'eft pas tout- 
niîflànt, que nous ne (bounes i»s oblige de 
Eaimec ea toutes cho&s, en failànt tout pour 
fim amour , ^ils veulent nous engager en 
d'autiCB fenihlahks erreurs , le reTpeâ que 
aoos kur devons doit -il nous empêcher de 
nous élever- contre un attentat fi horrible, âc 
de dénoncer à l'Eglife ceux qui en font cou- 
faUfis? N(Mi certainement. Jefus-Chriii a 
donné un grand pouvoir aux évêques, maïs 
€e pouvoir eft borné & limité par les r^es 
qui! leur a prefcrkes pour l'exercice de ce 

rivoir: ils peuvent tout pour l'édification 
futilité de l'Eglife , mais ils ne peuvene 
den contre k vérité. Ua Miniftre du Roi, 
-un Gouverneur de Province, un Intendant 
•ent une grande autorité , & on doit leur 
«béir i mais s'ils machinent quelque chofe 
contre k (èrvice du Prince, s'ils fe révol- 
tent contre lui , ou s'ils prennent le parti de 
fen ennemi, k refpeâ qu'on a pour l'auto- 
xbé dont ilsalxi&nt, oblige les fujets du Roi . 
à kur idEîfter. 

Le M. Tout ce que vous venez de direeit 
kconteftable^ & nos Conftitucionnaires en- 
eonvirndwmtà ce que je crois : car fuis cela. 
N 6 com- 



^00 Veriti teniwe finfhk. Entr. XIL "^ 
îiyir; comtncnt juftifieroient-ils la conduite qu*ils 
tiennent envers notre Prélat en certaines oc* 
cafions ? Les évêques & les pêtrcs peuvent 
tomber dans Terreur & dans le dérèglement, 
& il eft bien clair qu'on ne doit jamais prc- 
ferer les commandemens des lèrviteurs à ceux 
du fouverain Maître. Mais il me fcmUe 
Gue vous ne repondex pas entièrement aurai* 
Kmnement des Conftitutionnaires. Ce que 
TOUS dites fcroit bon , fi la Bulle n'étoit ap. 
puyée que de l'autorité du Pape & d*un 
lîombre d'évêques. Le Pape, pourriez vous 
dire alors, eft fujet à l'erreur, auffi bien que 
les évêques qui reçoivent 6 decifion : j'at- 
tends le jugement de l'Eglife , & je fiiis di»- 
fpofé à me foumettre dès qu'dle aura parlé. 
Maintenant ce n'eft plus la même choie. 
Le Pape a publié une Conftitution : excepté 
ime douzaine de Prélats , tous les évêques 
de France l'ont reçue & perfiftent dans leur 
acceptation ; elle a été pareillement put^ée 
& acceptée dans tous les pays catholiques: 
on a entre les mains des certificats & d'autres 
pièces qui nous en aflfurent. Toute TK^iiê 
eft donc réunie dans la condainnation de l'er- 
reur; & il ne refte plus qu'une poignée de 
gens entêtés, dont le nombre diminue de jour 
en jour , & dont le parti ne (âuroit manquer 
de s'éteindre bientôt. Faudra-t-U pour un 
fi petit nombre de rebelles foutenus par qud- 
ques évêques , mettre toute l'Eglife en mou- 
vement, & aflcmblcr un Concile gênerai? 
Après tout que feroicnt les évêques dans ce 
Cônciie, finon de confirmer & de renouvel- 
ier le jugement qu'ils ont prononcé avec le 
fiunt Siège contre les erreurs du P. Quefnel 
& de fes ièâateurs ? Dans tout ce que je viens 

k. Am 



yMti renJkê finphk. Emtr. XII. %oi 
de dire^^ voos faitez bien que ce n'eft pas ,.jû^ 
moi qui parie; je ne fais que vous repeter 
des difcouis dmt j'ai les oreilles rebattues. 

JCiT C. Oh, jéreconnois fort bien dans ce 

difcours le langage ordinaire des Conftitution- 

mires. Leur grande reflburce, c'eft de dire 

que l'Eglife a parlé, & que la Bulle eft une 

kn, fie un jugement auquel tout fidèle doit 

£cre fournis. Cda eft fort aifé à dire & à 

écrire j & ce n'eft pas la première fois qu'on 

a yu des novateurs, après avoir gagné ou 

abattu un grand nombre d'évêques, attribuer 

leurs erreurs à PËglife, & les propofer aux 

fidèles fous ce nom û vénérable. Falloit-il 

kl en croire fur leur parole ? non certes. 

Qsic les Conftimtionnaires nous difent donc 

quand & comment l'Eglife univerfelle a reçu 

fli Bulle, & qu'ils nous foumiflent des preu« 

ta authentiques de cette acceptation. A pei* 

ne quarante Prélats de raflëmblée de I7if. 

avaient accepté la Conftitution, que les Je- 

fiiites & leurs partiiâns fe mirent à publier 

que la' Bulle étoit un jugement de TËglife, 

auqud on ne pouvoit refufer de le foumettre 

fas & déclarer rebelle à cette &inte Merc, 

te lâns fe rendre digne des cbatimens les plus 

rigoureux; cependant il eft certain au^alors 

la Bulle n'avcHt point encore paru dans les 

antres pays catholûiues ; & à moins de 

batûcnix que XL. évéques, refidans pour la 

plupart à Paris & à la Cour & par confe* 

Quent bons cournTans, reprefentoient fuffi- 

•iunment toute TEglife, rien n'écoic plus faux 

eue cette prétention , qui néanmoins fervoit 

de fondement aux vexations que le P. Tel- 

ber exerçoit fous le nom du feu Roi. C'eft 

aioû qu'on oommcncoit à employer la vio* 

1 N 7 knce 



102 PW// tendue fenfihU. Entr. XIE 
iV0Li knce & les traicemeos les plus rigoureur^ , 
' ^ ' avant même qu'il y eût la moindre appaien* 
ce de crime ^ & qu'on propofoit comme 
unedecifion de rEglife , lejugement du Pape 
reçu tellement queUement par XL. evêqucf*. 
Cefl la vue d'une injuftice û criante quipar* 
ta les premiers Magiftrats à s'oppofer counn 
geufêmentàlaDeclaratioB du Roi^ en vertu 
3e laqudle on pretendoit dépofer les prélatl 
qui per{ifloient dans leur oppoiition à la Bul-? 
le^ ces hommes inftruits des loix que FËgltfe 
• prcicrites à fes miniftres dans les jugemena 
de doûrine, & chargés par leur place de 
maintenir & de faire obferver ces loix fian- 
tes, voyoicnt clairement qu'on les avoit vio- 
lées ouvertement dans l'af^e de la Confti» 
tudon; ils fentoient parfaitement que fil» 
XL. Prélats & enfuite les autres évêquesdit 
Royaume l'avoient reçue, ce n'étoit point 
du tout qu'ils y euilènt reconnu la.traditiofi 
de leurs ^ifes^ mais que leur acceptadoo 
étoit le fruit des intrigues, des cabales &du. 
crédit immenfe des Jefuites. Âuffi ^ peine 
M. le Régent eut-il rendu un peu de liberté,. 

?>rès la mort de Louis XIV. que tous les- 
arlemens du Royaume en firent ufage pour 
arrêter les en^rtemens des partilàns de k 
Bulle, & pour déclarer iblemnellement que 
cette pièce n'avoit aucune des marques & 
des caraâeres auxquds on reconnoit les ju« 
gemens de l'Eglifè. 
) Le il/. Les Parlemens n'cmt-ils point paf- 
fié leur pouvoir dans ces occafions ? Con- 
vient-il à des tribunaux feculiers de rendre 
des Arrêts en matière de doânrine , £e de pro- 
nc»icer fur ce qui efl ou ce qui n'eft pasune 
dédiioii de TEglife ? N'eftrcc pas là mettre 



VMtt fiMêkt finfUle. Entr. XII. 303 
b mtin à reacembir ? & nos Conftitution- 
mires ooc-ib fil giand tort de dire , que les 
Parlemens devroient fe borner à juger les 
procès 2 8c régler les afiàires temporelles y 
ans & mëa daafiàkcs eccleilaftiques,donc 
h dédfioD appartient au Pape & aux éve^ 
ques? 

XiT C. Il convient bien en effet aux parti- 
ittis de la Bulle, de fe plaindre que les Par- 
lemens empiètent fur l'autorité deTEglife, 
& qu'ils mettent la main à l'enceofoir, tan- 
dis que leur miferableConftitutioa eft rede-* 
vafale de toutes fes conquêtes au ibutien qu'el* 
k a trouvé dans k puifQmce royale ? Qu'un 
Prince dâfende à un Théologal de prêcher, 
à un Archidiacre, de faire fes vifites, à un 
dmnoinft de & trouver un Chapitre, d'aûi* 
fler au chceur ou d'y faire aucune fonâion^ 
qu'il ordonne à un évêque de congédier un 
gnuid-Vicaice, de donner des pouvoirs à tel- 
les perfbnnes, de les retirer à d'autres, de 
donner tds confeflëurs à des particuliers Ac 
a des communautés, enfin qu'il dépouiUedc 
leufis places des curés , des chanoines ou d'au- 
tres bcneficiers & titulaires, après une Ion* 
gpe & paifible poflèflion , & que le Roi 
Mb tout» ces chofes par ù feule volonté, 
par un Arrêt du Confeil , par une Lettre 
d'un Secrétaire d'Ëut, tandis que ni Evê- 
que, ni Pape, ni Concile ne pourroient le 
nbre qu'^ès les procédures converables; 
bien plus : que le Prince après avoit reconnu 
ittis Ses Deckrations de 1717. & de 1719. 
qoè la Bulle n'étoit point une loi de l'Egée , 
nétende un an après , en vertu d'une nouvelle 
Déclaration, obliger tous fes fujecs à fe fou« 
BiCttK ice.Decretâns excepter ni prêtres^L 
î"^- ■ ' * ni 



n^ 



504 Veritf rendue fenfUe. Entr. XII, 
Tjxt. ni évéques^ quoique toutes chofes fiiûène 
dans le même ecat qu'ai^ravanr ; parce que 
ce font les conftirutionnaires qui ont follxci- 
té & obtenu des ordres & des loiz û étxaB- 
ges, & que c'eft pour Tavancement de k 
ConAitution , tout cela fera Intime , & od 
ne dira point que c'eft mettre h main à Tea* 
cenfoir. Mais que le Parlement arrête ksi 
emportemens de certains Prélats , dont le zde 
amer reflèmble à un accès de phrenefie, & 
qu^il les oblige à fe conformer aux loix ds 
TEgliiè & du Royaume dans les proceduret 
qu'ils font contre leurs Ecclefiaftiques, au(fi« 
tôt tout eft perdu , on réduit TEglife en fer» 
vitude, & on met la main à Tenccafoin 
Que nos confticutionnaires me difent, fi oa 
peut tomber d'une manière plus groflGere dam 
un. défaut que TEcriture dit être en abomi-' 
nation aux yeux du Seigneur , qui eft de fc . 
fèrvir de deux poids & de deux mefurcs* 

Le M, 11 n'y a point de réplique à ccU . 
mais je n'en fuis gueres plus avancé. Il eft 
bien clair qu'on a engagé le Roi à mettre la 
main à l'encenfoir : mais fi les Parlemens Ibnt 
fait auiïi , cela ne les juftifiera pas , & on 
pourra toujours reprocher aux Appellans de 
les avoir portés à le faire, en s'adreflant à 
eux dans des affaires qui n'étoient point da 
reflbrt des tribunaux feculicrs. Faites nous 
donc voir, s'il vous plait, comment les Par* 
lemens ont droit de prendre connoiflancedei 
afl&ires ecclefiaftiques. 

Le C. Les Princes , & les Magiftrats dé* 
pofitaires de l'autorité des Princes ont jdiflé* 
rens devoirs à rem^ir , & par conféquent 
divers dégrés de puiflànce, dont ils ont be« 
foin pour remplir ces devoirs. Usfontchat^ 



l/fèubkfeMpfe. Ëiïtr. Xlt. 30^ 
Eut de maintenir le bon ordre & la 172*2 
ité publique. Comme ce bon ordre 
tnsiquiUité doivent fcrvir à i^re re- 
vérité & la juftice, & qu'il n'y a 
te paix folide, qu'autant qu'on ap- 
inc & Tautre, l'autorité feculiere doit 
ir à l'erreur & à l'injuftice, à la fé- 
& à l'oppreffion , auffi bien qu'à Tir- 
, au fchifme . & à la révolte contre 
: à l'abus de 1 autorité eccleriâfHque, 
au méprb qu'en pourroient faire ded 
8 indociles & fàdtieux. Ils doivent 
cr la leur à défendre l'Eglife, & à 
" ki droits légitimes de tous les corps 
MIS les particuliers, afin de confërver 
rétablir une paix véritable. 
qu'il s'élève des difputes fur des points 
trine, ils ne peuvent, ni décider par 
îmes les queitions agitées, ni impofer 
aux deux partis , puifque ce leroit 
ber qu'on n'enfeignat la vérité ^ fie 
ne reJFudLe l'erreur, ni ob^ger l'un des 
«rtis à & rendre au fentiment de l'au- 
V^ûs ils peuvent & ils doivent conte- 
défenfeurs de l'une & de l'autre dsais 
hes bornes que l'Eglife a prefcrites. Ils 
IC iblliciter la décifion, & la procurer 
i moyens légitimes qui dépendent d'eux , 
à ce qu'elle fe fafle febn les règles des 
eiis ecclefiailiques, avoir (bin qu'il n'y 
précipitation, ni cabales, ni violence, 
: les Evêques & les Théologiens aient 
me pleine liberté de parlier félon leurs 
te» & leur confcience. C'eft pourquoi 
[upereurs qui ont convoqué les huit pre- 
Conciles oecuméniques, s'y font trou- 
a-mêmes, ou y ont envoyé des Corn* 

mif' 



J^oS Vérité finébe fenfhle. Em». 3 
t^i. xniflàlres pour y conrerver Tordre & k 
té^ & les Conciles, loin de s'en pk 
ont applaudi à la conduite de ces ] 
religieux. 

Si les dîTputes roulent fur des poin 
portansde laRdigion, les Princes & h 
giftrats ne doivent pas y être iodiâ 
mais au contraire s'y incereflèr, y f 
çut , rendre témoignage aux vérités 
liées , en la manière qui convient à < 
deles zélés, &àdes hommes chaigés 
.térêt public : fi»on attaque des points de 
Qu de difcipline confbtmment reçus ^ 
dans des Conciles généraux, fideiemec 
iêrvés dans les Etats donc ils font tei 
conferver les maximes & les uÊiges, 
doivent point faire difficulté de s'^p 
.tout leur pouvoir à de nouveaux decr( 
y domieroientdes atteintes dangereuiês. 
en conféquence de ee droit & de cecD 

S don , que les Procureurs Généraux < 
ois ODttantdefbis appelle au nom des 
ce^ & de$ peuples de certaines fiaUe 
comme d'abus , ibit au futur Cond 
^u'on a fait de juftes defenfes de les re 
^u de les exécuter, Ceft fur. les i 
.principes, qu'en recevant, comme on 
voit, les dçcifionsdu Concile de Trei 
la foi, on s'eft difpenfé de le publiei 
jse pas adopter tous les Reglemens de 
plirîe, qui y avoient pafle à la plurali 
voix. 

' Enfin, quand la décifion eft portée 
point de dodrine, & qu'elle eft Éaitc 
içs r^les de r£glife, en forte qu'on pe 
j^e ^ue c'eft l'Eglife qui a parle & qui 
jdde, alors les Princes) doivent s'applit 



WirM f9mbi fe»pie. Entr. XII. 307 
(dit exécuter le jugement y & réprimer ceux t7»i. 
iui ofoit s*âever contre. Mais iLi doivent 
pien prendre eude de ne pas appu}er à titre 
de jugecneBS œ VE^it ceux qui n'en portent 
fm les camâeres. Autrement ils tombe* 
ttient dans Féeucil , où donna l'Empereur 
TbeodoCt le jeune , loifqu'il prétendit fidre 
valeur comme loi de TEçlife & de l'Etat la 
dédfion erronée du Brigandage d'Ephde, 
oo^il regardoit comme un Concile régulier 
te oecuménique. De là il s'enfuit qu'il cft 
Al devoir de ceux qui préfident au gouvcr-^ 
Kment de l'Eut, de difcemer queUes font 
kl Traies décifions de l'Edife , & quelles font 
cdki qui en portent fiiuflanent le titre. Et 
odoe adt pu craindre que û on reconnoit 

ÏHs ont ce droit, on ne leur donne celui 
juger des dxofo lâintes. Il n'y a rien qui. 
6k plus iàint que' les Sacremens: rien qui 
tttpiusdufbrecdefiaftique que les cenfures. 
Cependant la juges feculiers proixnicent tous 
|Bi jours fur la validité ou l'invaUdité des 
ttark^^es: ils jutent qu'il aéré mal, &aba* 
fivcmeiit procédé dans les officialités, ils de«» 
darent nulles des fufpenfes & des excommu-^ 
Ricanons,* 6ç en cela ils n'ufurpent. point le 
pouvoir ecelefiaftique , parce qu'ils ne font 
qu'examiner les faits , que maintenir les ca- 
aoosdont ils font proteâeurs, que conferver 
ceux qui recourent i leur tribunal dans la 
jouiflànce de leurs droits , qu'empêcher l'abus 
de k puif&nce ecelefiaftique. Il en eft de. 
aiênac du droit que l'on reconnoit en eux 
par rapport, a^x dédûons vraies ou préten* 
eues de l'Eglâ. Si la Cour du Rome vou< 
iok nous contraindre à recevoir le V. Con- 
cile de Latnm^ fieUcentreprcnoitd'adrefferà 

tous 



^oS Vérité rendue finltble, Emtr. XIE 
>7ii. tous les Evêques la Bulle In CœnaDomh^l 
où l'on condamne avec les hérétiques & ki 
fchifmatiques , tous ceux qui appellent lia 
futur Concile, fi ellepublioic la BuUe qiif A^ 
Icxandre VIII. preft de mourir fit dreflèr coUf 
tre ^ la Déclaration du Clei^ée de France i$ 
l'an 1682. s'ilfe jfbr moit dans le royaume udë 
Ligue fecnblable à celle qui fe forma autrefojl 
pour exclurre les Bourbons du trône j (i oh 
Youloit forcer, comme on le fit alors, lo 
fidèles d'entrer dans la L^e par le refus dei 
Sacremens , qui pourroit trouver mauvaiçqaijf' 
les Parlemens & les Princes mêmes ^^bf^cU'i 
faifent à ces entreprifes, fous prétexte <jplT 
s'^iroit de matières fpirituelles ? -^ 

Le M. Ces Eclairciflemens nous font rfrf-* ; 
fur , & commencent à faire fentir que les Pâf* ' ' 
lemcns rfont point excédé leur pouvoir. Mali ■ 
vous nous ferez plaifîr, Monfieur, de TWf^'\ 
procher les faits des principes ^ & de nouÉ ' 
faire voir par l'application des r^les confb&i 
tes aux divers Arrêts qui ont été reiklm^l^] 
que les Evêques CocfHtutionnaires n'ont poîmi 'I 
eu fujet de fe plaindre que l'on entreprit fiir 
leurs droits. 

Le C. Je ferai, fi vous le voulex bien,' 
quelque dio& de plus, & je dirai d'abord 
que conformément aux principes que >*ai po- 
fës, & que je ne crois pas que l'on pmfifew 
contefler, le feu Roi aur oit été en droit fiff 
la fimjde teânire de la ConfUtution, de Ur 
renvoyer à Rome, & d'en faire appellertJOt 
comme d'abus , qu'au futur Conciie, de fWre 
defenfes de l'imprimer, de la publier, ou de 
faire aucune délibération ou aucun aâe pour 
l'accepter. Trois motifs efTencielsyauroicnt 
uns doute déterminé ce Prince, sH avoîi 
> « « com* 



i ¥ê9Jê§ Jtnf^k. Entr. XII. 309 
-cecue Bulle avec le CatéchiTme, 171^ 
Mmfidéré combien elle donnoit d'at"- 
noi Libertés, & qu'il eut prévu 

dk alloit caufcr de troubles & de 
ut fim royaume. Si nos péchés 

pas mis obftaclc à une démarche 
e, qui eft ce q^ui ne la beniroit pas 
uy ? Me auroit été imitée par les 
inces, eUeauroit ensagé la Cour de 
prendre plus de précautions avant 
fononcer fur ce qu'elle n'entend pas : 
£ fiarvi de règle à la poftérité; & 
ne & feroit avilé de dire tjue la Puif- 
ipoftlle avoit envahi les droits de la 
: ipirituelle. 

i-maintenant à cequi regarde les Par- 
Je fixitiens qu'ils auroient pu & du 
Looup plus qu'ils n'ont fait contre la 
•a première queftion qui fe préfen- 
ce Décret étoit de Avoir s'il pou- 
\ reçu , & s'il ne devoit pas au 

être rejette comme contraire à la 
de l'EgUiê, dont des Magiibats chre- 
rcnt être inftruits , & à nos précieu- 
is , dont ils font les proteâeurs. 
éCDÎt de leur devoir , non de pro- 
iir le d(^me & de régler les con- 

mais , eo réglant la leur fur des prin-* 
ins, de reftifer TenregiArement d'un 
ecret, avec plus de fermeté que le 
it n'avoit autrefois refufé d'enregi- 
oncordat, qui renfcrmoit l'abolition 
igmatique fanÛion. Au lieu d'ap- 
modifications, pour empêcher qu'on 
sconfequences feditieafes de la con- 
ndes Propofitions XC , XCI , XCII 
L il étoit bien plus fur & plus natu- 
rel 



^10 Verit/ retkbe feMphle. Entr. XÛ* 
ff%u rd de ne pas recevoir une telle condamstn 
tion. Mais les. Magiftrats ac crureat p^i. 
pouvoir faire coûter à la Cour un refus tb% j 
folu , & ils fe bornèrent à ces foibles. modk « 
fications, qui après tout ne dcmndent fm \ 
tine idée avantageuTe de la Bulle^ & qui tt | 
demandoieat pas moins de pouvoir de. ïoÊt- \ 
• part, que le refus qu'ib auroieat du fûst d» 
renregmrer. -. 

II s^éleva bientôt une féconde queftios^K 
c'écoit de favQJr û la Bulle «toit une kd dq» ^ 
rEglife, & fi chaque Evêque étsoit eq^drolb 
de forcer les fidèles ^ l'accepter^ JDes JSoif. ; 
<:Iefiaftiques qui furent pourfuivis à ce figQ[;> 
dans quelques o£Ecialités, fe pourvurent fppi 
Appel comme d'abus au Parlement. Lwr, 
caufê fut évoquée au Confeil par les intriguei! 
des Confiitutionnaires , oui ne penibient m. ^ 
■que la PuiQànce temporelle f£it incapable dd \ 
juger , pourvu qu'elfe iê montrât favoraUe i/ 1 
leurs excès. Après la mort de Louis XlVirr ^ 
les parties eurent permiffion de pourfiiiviti' - 
leur affaire devant les tribunaux ordioaireiv' 
Le Parlement de Paris , qu'on n'avoit pu fiûroi 
confenrir à l'enr^iffarement de la DecLntiodt 
projettée fur la nn de la vie du feu Roi, &i 
trouva donc obligé d'examiner ii on pouvok 
Soutenir que la BuUe fut reçue par 1 E^ife; 
& ces Magiftrjits éclairés jugèrent aifemenu 
'que cette prétention étoit abfolument finifle- 
& infoutenable. Ils auroient pu fe contentff \ 
de dire, que la Bulle étant auflî mauvaift ,' 
qu'elle l'ëtoit. il étoit impoffiblé que FEgHic. ; 
leût acceptée. Mais ils évitèrent d'entrer ' 
dans le fond de la doârine, & n'examine^.. { 
rent que la forme. D'une part ils fe rappd-. 
lerent les maximes du toyaume fur rautoritéj 

des 1 



ti finim fenphÎÊ. Entr. XII. fti 
!t & fiir cdle des Evéques, qinftmt 171* 
sqifcHi puiflè foufiriren France. De 
3 y jo^nireotla connoillànce de cer- 
ts notoires. Ils en inférèrent que la 
Rvoit pas acquis une autxmté fôuve- 
Qii'y avoit-4 là qui excedit le pou- 
juges laïques mais chrétiens ? Si S. Aâes 
:ru être en droit d'appdler à Céi&r,^*^^"' 
drer des mains de fes ennemis, & de 
:. b proteftion que les loiz accordoient 
8 , pourvu qu'ils ne fuflent point fe- 
mais feulement attachés à leur Re* 
gui ppûrroit faire un crime, ou aux 
is d'avoir imploré U proteâion du 
elle de fes Parlemens , ou à ces Corn* 
d'avoir pris la défcnfe des innocens ? 
le Public applaudit-il d'une voix 
eenende aux Arrêts qui (è rendoienc 
nveur. LeConfeil du Roi & fei 
» jugeoient de la Bulle comme les 
ns. Si par des motifs de politique 
âux^é de langage & de conduite, ce 
It vrai en 1717. & en 1719. eft-il 
&UX en 1720? 

le fond.^ les Prélats qui montrent 
idc pour la Conftitution , prétendent^ 
les pcrfonnes les mieux inftruites de 
s^cft paffé foient obligées de fe cré- 
meux, pour croire fermement fur leur 
wole ce qu'il leur plaitde nous débi- 
si qu'il s agiCTe de faits qui fe font 
e nos jours & comme fous nos yeux ? 
r ceux qui ne font pas fi fort au fait, 
ils pas en droit de douter, en confia 
du parole même qu'il y a dans TE- 
i die avoit généralement & notoire- 
ccepté la BuUe, comment tant de 

Magi-à= 



^la Veriif rendue finfèle. Entr/ XIL I 
jij^i^_ M^^rars auroiem-ils ignoré ce fait qui der ' 
vroit être connu de tout le monde ? Et oc 
font- ils pas d'autant plus croyables en le niant » i 
qu'ils font en même tems plus éclairés, & i 
plus defuiterefles que certains Evêques, qui^ ] 
fê font un point d honneur de ne point reçu-' \ 
1er 9 & de vouloir que les autres couvieot ^ 
kur faute en l'imitant ? 

Le M. Mais les Mag^iftrats ne pourrQient<p j 
ils pas fe tromper, en examinant fi les Evêv | 
ques ont porté leur jugement iekm les re^ ^ 
prefcrites par l'EgJife? 5 

Le C. Oui £ms doute ; mais lorfqu'uoe - 
multitude de gens fenfés & deiîntereflés i 
porté un jugement fur des faits publics, qui ^ 
ont eu des centaines & des miÛier? de t^ 1 
moins 9 ce feroit une pitoyable défaite > que ; 
4é prétendre rejetter I^ temoknage, parce - 
qu'ils ne font pas infaillibles. Si un homme 
Vtnoit ici aduellement nous dire qu'il eft 
nuit, 8c qu'il le foutînt contre nous tous, 
parce que nous ne fbmmes pas infidllibles} u 
un autre prétendoit qu'il n'eft pas certain qu'O a 
y ait une ville qui s'appelle Paris^ parce que 
de tous ceux qui l'ont dit ou écrit nul n'écoic 
infaillible ; ne vous moqueriez vous pas de 
pareils raifonneurs ? 

Le M. Eh bien apprenez-nous donc au 
moins les raifons fur ferquellesfê font appuyés 
les Magilhrats, pour déclarer que la Conlli- 
tiition n'eft point un jugement de rEgIife,& 
qu'elle n'a point été acceptée par l'Eglife 
' univerfelle. Car enfin fî prefque tous les Évc- 
ques de France la reçoivent, fi tous les Evê- 
ques des autres pays Catholiques en font de 
même, comme l'afTurent les Conftitution- ^ 
naires, comment peut-on dire qu'elle n'efl , 
point une dédfion de TEglifè ? L# 



LeC. On peut k dire pour plufieurs rai- A »: 
M» aûzqudlei on ne rej^quera jamais rien 1711. 
f*&Mic. -H eft ftiâc que prefque tous les 
féques ât 'France «f ent accepté la Bulle. 
Vms avez vu dans nos Entretiens precedens, 
oTiliê trouva dans le Royaume plus de vingt 
fêques qui içpeUerent au Concile général ^ 
u qui approuvèrent cet Appel; qu^viron 
t«te de ceux qui avoicnteuh ibifaSefle d'ac- 
eptCTv témoignèrent n'être pas contens de 
Mte'Oemarélie, ded^tfërent qu'ils iie r^;ar- 
loteBt^jpoint la Bidle conuùe un ju^ment 
bl'Ekuièauqud on fût obligé de fe (oumet* 
le, K que Facceptadon qu'ils en avoient 
Une euï & la iplûpart dés Prélats . étoit rc- 
i^ ^ liée aux explications qu ils avoient 
gMiéfié Or il fimt 'que vous fàchiéZi quela 
Bnr 4e Rome & les zélés Conftitutionnai- 
Épreg^rdent comme oppo&ns tous ceux qiri 
Ait xQçù )}ue'*réativcment à. des explica- 
llMM, flc Me le Rqpe dans Ton Bref Pajfard^ 
hJMlcii 4x1 S* Septembre 1718. fepare de 
|>cfiBîté 8e -de ceHe de l'Eglife Romaine 
Mil tâit'^'nb rendent bas à fa BuUc une 
è^iéffimcé uns bornes & ans referve, omni* 
WÊêésm oh£entiànm. Vous voyez déjà que 

EUT rapport aux évêques de France il y a bien 
éDceiapter. Si de la France nous pallbnà 
dliii'Jes aâ&es mvs Catholiques , ce fera bieii 
nitrè chbfe. D un côté nous trouvons de$ 
Ifetts obnfidérables , 6c des provinces cccic- 
irfhiques fort nombreufes en évêques, dûrit 
ûa ne produit pas le moindre témoignage. 
lyim autre trôté ce font àc grands royaumes 
idi que ceux de Pologne, de Hongrie , de 
Portugal, de Naples, dont on ne rapporté 
qa^UQ conoignage ou deux tout au plus. Etk 

O UÈ 



314 9Mie Titkhe fimfUe.E^TM^:X 

17^2. un mot 4'êQYiron cinq œas évçchés^^ 
tagent tomç TEg^e Cadaolique en £ 
mis compter le Royaume ds France. 
tcMi« le&mQaYemeo3 qu'on s'eft donnés 
les intr^es des Jefuites. après les {ç 
tioD^ vives & preflàntses des Nonces d 
reûdans auprès des Princes Catholiq 
n'a pas ité polSble aux partiûns de u 
de produire plus de cinquante certifie 
mandemens d'évêques^avec des letc 
déclarations de quelques Abbés, cha 
Se univeriités. £ft-on en droit de dir< 
cela, que tous les évêques du mon 
reçu la Conftitution? Nepourrions-ni 
dire avec bien plus de raifon , ^que dan 
les pays Catholiques, excepté cinqu^ 
:foixante évêques^ tous les autres rejet 
Conftitution ? Car .qu'eft->cevqui a [ 
pêcher ces prélats fervilement devou 
•Cour de Rome de parler .hautement 
veur de la Bulle , finon les peines qu': 
rreflèntiesà la vue d'une pièce fi monftr 
Ils n'avaient que cette raifon de garde 
lence , tandis qu'une foule de motife de 
les porter à parler pour faire plaifir ai 
£c aux Jefuices. 

Le M. Je ne m'attendois pas à voiri 
^toute l'E^e à fi peu de chofe^ & c\ 
Xupercherie inexcufable de faire entend 
:tous les évêques des pays Catholiques < 
cepté la Bulle, tandis qu'il n'y en a qi 
equaute qui l'ayent fait. Mais peut-êtJ 
rquc ces cinquante prélats parlent non 
jnent pour eux, mais encore pour U 
.ques de leur voifinage, & même poi 
.ceux de leur pays. Alors cela feroit un 
de diffcisenGej &les Conftitutionnairc 
Titoient pas fi grand tort. 



^a^ fmi4fr fhifiUe. EiiTa. XII. )if 
^ O^faifit fort bon û ces évêquei 171»: 
)t,.$9i#f )^-^e^ ^vec ieun colle* 
fie fi chacun d'eux, après un examen 
|4b ta jQc#ftmiâipn;t y avoit reconnu 
.^ ^ ^)^^ dç XQa.4iocc;iè. Encore 
^^ iK^is {tooncrer un £te par lequd 
leiiv^e&rpitce&i^ déclaration ^ ou du 
I par lequel il donoeroic pouvoir à fon 
er^ de k &ire en ion nom. Dans Icg 
Wix 'fixculîers coaqpoies de pluGeurs per* 
8^ il fi^t que chacun des ^uges dife fon 
iM&t, ou .déclare qu'il adopte celui de 
^^ae qui a opiné avant lui. Un feul 
mat, fut-il chef de (à Compagnie, ne 
; f9B regu ^ vouloir que fon avis paflat 
ij £his {Mréteacte qu ilauroit quelque lieu 
lâumor, que resc<mfreresnevoudroient 
t dcmentûr. Pretend^a*t-on que les évê- 
, jXMctqu'il s'apt de prononcer un juge- 
: touchant la 4oârine de r£glifb, ne fe- 
t p^ obligés de fe conduire avec autant 
Ecçautioa, eue la loi namrelle & lesloix 
0«a demandent d^ juges laïques, dans 
fSâixes bien moins importantes ? IL fau- 
h^ peu conooitre lefprit de l'Eglife, 
Ifi former une idée & éctange ddQ&s ju* 
lU. Ainfi les cinquante évéques dont on 
lût le temoigns^e comme ut^e preuve 
9aïêntema3t de rEgliiê univerfelle ^ font 
ipate prélats <{di parlent chacun pour foi , 
À de plus^ & quand ce petit nombre de 
lignages feroit dans une forme authentique, 
idjlferoit revêtu de tous lescaraderesqui 
jiennent à un témoignage d'évêqucs^ qui 
L'înftitutîoB de Jefus-Chrift font juges 
i foi , cela prouveroit que la G)hftitu- 
rcunit en 6 faveur ks.fufïrages de la 
ieme ou dijfieme partie des Prélats qui 

G Z COïÛr 



5t< rertté fendMê finfhle. Ektr.'XH.' 
T7î2. compofent les églifes ctrangcrcs. Refte à 
lavoir maintenant qifelle eft la valeur de cer 
pièces. ' 

Xf M. Vous ne prétendez, pas appareoK 

ment que ceux qui ont produit ces temoi- 

. gnages, les ayent âbriqués; ce féroit une 

{oiinierie bien criminelle dont vous n'avelT 

garde de les accufer. 

Le C. Peribnne n'a foupçonné les parti- 
Cms de la Bulle d'avoir fabriqué tous ces te^ 
moignases des eglifes étrangères ; mais màHg/tê 
cela je ferois bien fîehé de garantir leur bofH 
lie foi & leur fincerité. La conduite qu'ils oët. 
tenue dans FafiEàire de la Gonftitucion neteor 
procurera jamais 'la réputation de gens plein» ' 
de droiture, pour ne pas dire qu'elle leitf ' 
fera, une réputation toute contraire. Ge qiA l 
y a de certain , c'eft que -les Jefuites ont dèi ! 
règles de morale aveclefimellesonpeutavaîi I 
cer des fauflëtés fie <les calomnies fans qiA j 
y ait le moindre péché, pourvu qu'on k i 
ittSci bonne intention. ^Jui nous reponcfii • 
que dans cette occaGon ils n'en ont point. 1 
lait ufage pour l'avancement de leur chère j 
Conftitution ? Ce qu'il y a de certain enco^ j 
re, c'eft qu'on voit parmi ces pièces unëtet- î 
-tre fous le nom de M. Ravechet Syndic*" ; 
-Sorbonne, laquelle a été defavoilée par ce i 
•Dodleur, 6c porte des marques vifibles de j 
ôuflèté. 'Outre cela M. le Cardinal deBifly ] 
.qui a procuré cette quête générale de fuflfhh \ 
vges en faveur de la Bulle ,• dans la grande In- 
.ôrudion paftorale par laquelle il a prétendu 
•en recueillir les fruits, nous cite lui-rtêroc 
•^MM de^*^"^ ^^ nomdedeuxévêques de France ♦uric 
Kîofjtiuban*^' lettre qui :n'a jamais éxifté ; il falfifie cû 
•«tiicCahorj* plufieufs endroits par une traduûion infidcfc 
:ie texte qu'il produit en Latin ; ea un met 

^ ^ ^ a 



nhfitf Tinà^ femfitk. Entr. XII. ^17 
il donne lieu de le convaincre de plufieurs i;^. 
fiiuflètés par la feule infpeâion des pièces 
.91'ilpublie. Un homme qui fe trompe & 
pofuerement, ou qui cherche à nous crom- 
per (iir des mts arrivés dans le Royaume, 
ferart-il bien propre à nous garantir la veiicé 
de pièces & de lettres qu'il nous dorme com- 
me venant de pays fort éloignés ? £ngn ce 
Jui rend ces témoignages abtolument inuci- 
s , & incapables de faire foi en juftice re- 
.^éCy c'eft qu'on n'a point pris les précautions 
.iiece(&ires pour en affurer l'authenticité : leurs 
origimuxoot été depofés au Greffe de rOffi- 
daUtéde Meaux, & on a ofim de les produire 
devant un Commiilàire Royal , mais nous n'en 
Ibounes pas plus avancés^car qui eâ>ce cnFran- 
cequiconnoitrala fîgoûuuredes Archevêques 
& des évêques de Leopold , de Strigonie^ 
de Spalatro ^ de Lucqua y de Trebigna & des 
luties? Vous voyez que cette prétendue ac- 
eepcmoa de l'Eglife univerfelie qH un bâti* 
œcDt qxii croule de tous côtés ^ mais fuppo- 
fins , je le veux , que ces temoigru^es 
lyent des marques de vérité qui nous alTurent 
yfis font des prélats dont ils portent les noms ; 
jfi ibutiens (c je veux vous faire voir que les 
.Cpnftitutionnaires ne peuvent en tirer aucuii 
avantage. 

Le M. Pourquotcela^ s'il vous plait ? Ne 
ftioit-ce donc pas une très grande autorité 
pour la Conftitution , que le témoignage de 
dnquame Préiats qui , répandus dans les dif- 
férentes parties de rÉglile , prononceroiaic 
^ m*il8 ont reconnu dans la Bulle du Pape la 
""ooârine & la tradition de leurs diocefes? 
I> C. Oui fims doute , fi ces Prélats n'ayant 
lacune violence à craindre , après avoir af- 
O 3 fcm- 



%il Vérité nnthe jinfhle. EfîT'^R. X 

1711. femblé leur fynodc, ou dti riioirtf le» 1 

paux de leur Clergé , avec lés plus f 

gens de leur dioccfe , & après avoir < 

ne la Bulle declaroient uniformément t\ 

articles & tels points de doftrine, que 

pc décide par 6 Conftitutîon, font o 

mes à la foi & à la tradition fubfiftar 

leurs églifes j * un tel jugement fcroit 

très grand poids, & on pourroit mé 

regarder comme un préjugé du confenc 

de TEglife univerfeBe. Eft-ce là et \ 

fait les évêqucs que l'on nous cite ai 

d'hui ? Ont-fls examiné la Bulle ? C 

tflcmblé leur clergé ? Ont-ils reconribl 

formité de la Bulk, avec la dodrincA 

Eglifès ? en un mot s'accordent-ils t 

nous dire qu'elles font les erreui^ precifi 

nous devons condamtïcr, Sr les vérité 

nous devotis embraflcr pour nous confi 

à la decifion du Pape ? Rien de tout 

il n'y ont pas feulement penfé. Toi 

qu'il nous difent , tout ce qu'il nous ap 

nent de clair & de précis , & qu'ils no 

pètent en miHe manières , c'eft qu'ils 1 

dent le Pape comme infeillible, fie, co 

le diicnt plufieurs d'cntr'eux , fcul infa 

(ce qui eft ane erreur manifefte j ) qu'il 

çoiven^ toutes les decifions de Rome co 

. des oracles de Dieu , diôés par le i 

Efprit; qu'ils les regatdent avec la mêm 

neration que l'Ecritute fainte; qu'il leui 

fit de iâvoir qu'il y a un jugement du I 

ou de lire fbn hom a k tête pour s'y fou 

tre avec Pobéiflànce aveugle de la foi 

pour écautitf dans un profond fie réfpeû 

Sence lesf oracte émafxés du fiege de Pi 

%ue les Cottftitutions de$ Papes n'oùt a 



Fêfitf Tifubte-fenjitk. Entr. XTI. 319 
befoia de l'oaaien, ni de l'acceptation ou ijm 
du conftntcKneiitdes évêques; que c'eft ctre 
anatbême d'en contefter un feul ïoca , une 
&ule fjWahCy que ce feroic un crime au.^ 
é?êques mêmes, de prétendre en porter leur 
jugement , 6c de ne pas leur rendre une en- 
tière foumiffion , & une parfaite obciflànce ^ 
que ce feroit une honte abominable à h foi 
CadioUque, de former feulement des dourcs 
fiir-ce qu'eues contiennent^ en un mot qu ils 
n'ont pas la prefomption de difcuter ni d cxa* 
udoer les Bulles apoftoliques, avant que de 
Im recevoir 3 mais feulement après les avoir 
nçues 9 comme ils font à l'égard de l'Ecri- 
tuie ûfaite } & le fondement de tous ces 
difixHirs 6c de toute leur conduite , c'eil 
qii^âf twardent l'infaillibilité du Pape com- 
n» fe ioiitien de la religion orthodoxe, Ce- 
OOOlBie un dogme qui n'eft contefté que 
pir kÉ hérétiques , 6c pour lequel tout Ca- 
flxdique fenfe doit être prêt de répandre 
'fim &ng. VoUa ce que nous enfeignent,. 
avec les exprelli(His les plus fortes 6c les plus 
énergiques , ces Prélats qu'on nous prelente 
comme les fidèles interprètes du fentiment 
de i'Eglife univerfelle. 

Le M. Je ne fais pas à quoi penfent les 
Oxifthudonnaires de produire des pièces 01) 
fou parle un laiçage fi étrange. Si le te* 
nXMgnags de ces prélats prouve fufHlamnienr 
que U BuUe eft reçue par toufe l'Ëglife , 6c 
qiie tout le monde doit s'y fbumettre \ il 
ide fiAnble qu^il prouve bien davantage que 
ndils devons croire fermement rinfaiUibilité 
du Pftpe, que ces évêques nous prêchent fi 
liaocemenc Cependant je n'avois point en* 
Gore TU de go» tfTez hardis pour fâke 
O 4 un 



320 Vèrstf rendue fenftk. Entr. XI 
Ï711. un article de foi de. cette prctendo] 
Le C. La reflexion que vous faite 
très jufte ; & elle fufBroit feule pour 
fondre les partifans de la Bulle. Ca 
quel front ofent-ils nous donner comna 
guides affurés , des gens qui nous prop 
un tel article de foi , tandis que les 
Tjdés defenfeurs des prétentions roma 
tels que Bellarinin Cardinal Jefuite, & 
dré Duval, ont toujours avoué que ce 
tiroent n'appartient point à la foi de V 
fe. En effet l'exemple du Pape Liber 
foufcrivit une formule hcretique , ceh 
Pape Honorius dont les lettres, à Serj 
quoique faites de l'avis du Clergé de 
me, furent condamnées dans le fixiem« ( 
cile gênerai , l'exemple de plufieurs gi 
faints qui ont refifté à des decifions de 
me ; la pratique de TEglife qui a aflb 
des Conciles généraux dès les premien 
clés , même après les decifions des Pa 
ce qui auroit été bien inutile fi on i 
cru le Pape infaillible ; la conduite de 
£dnte$ Aflêmblées qui ont foumis à 
examen les decifions des Papes, & qui 
condamné comme hérétique Honorius 
de leurs prédécefleurs ; l'aveu d'un très g 
nombre de Papes qui ont reconnu c 
pouvoient tomber dans l'erreur , tout 
doit convaincre toute perfonne fenfée 
les Papes font, comme les autres homt 
fujets à l'erreur & à l'ignorance. Mai 
qui doit fixer tout les Catholiques , 
que le Concile gênerai de Bade a da 
avec Fapprobation des Papes mêmes , 
#/l certain jne le Pape peut errer ; & qi 
ae pouvoir errer dans la foi^ c'en le p 



l 

1^ de TEglilê fie du Concile gênerai qui k 171^ 
nprê&nte. Ceft donc avec grande raiioB 
^ rSg^ de France fait profelfionde re- 
Jttter Topinioii de riafaiUiblité> comme tiae 
nouveauté pemideuiè } & c'eft par un 01^ 
dre merveilleux de la divine provîdencequ'une 
cdebre AflëmUée du Cierge fit, ilyafoixan* 
te ans. une Déclaration fur cette madère^ 
^ a été d'un imnd ufiige dans les difputei 
ne&ntee. Ccft donc un vice ellèntieldant 
aoocpcatiea/des évêques étrangers, & qui 
CB ruine toueeJa- force, que de nous propos 
fir comme un dogme de foi , une opinion 
fû meriteroit d'êoe traitée d'erreur^ mais 
ce n'en eft pas Punique défaut. On y en de- 
ooQivxe {diuueurs autres qui ne font pas moins 
eflrntirls; 90 n'y voit ni unanimité , ni exa- 
men, canonique, ni-jugement, ni liberté, au 
mojns dms les. pays d'inqmfition. 

Le M. ChJ oh! Voici bien des affaires; 
fi un jugçment de TEglife doit être accom- 
pqpié de toutes ces conditions, s'il doit être 
porté avec examen ^ avec unanimité , & avec 
Iberté, je crains fort pour la ra-etçndue ac« 
I eeptatîon univjcrfelle de la BuUe. Mais 
I peut-on diie que tout cela foit abfolument 
aecei&âre, enlorte qu'un jugement qui man- 
!- Queroit de quelqu'une de ces conditions^ ne 
[ icroit d'aucune valeur? 
L La C. Oui £ins doute, on peut & ondoie 
I même le dire, puiique c'eft une chofe incon- 
I teftaUe. Par rappcûrt à la liberté , la lumiè- 
re naturdle apprend à tous les hommes que 
I tout Aâe qui n'eft pas fait- avec liberté, &c 
qui eft extoroué par violence , eft , comme 
k dit M. Boffuet, nul de plein droit & ré- 
gime coittre foi-même. En effet û un hom- 
" '^ O S tôt 



322 Vetitt fH^dUt fitfbU. fiimi. Xn. 
i.|»ft. me entroit dafts ufie AIftmblétt de jugé* ^ 8s 

Îi'en leur prefoicâfit 1<5 piftéfet fousltf ^Mge^ 
les obligeât de ^tottôotec ufitf fèiSJèéIktt èii 
. ÙL faveur , de qucdte viàèut Tèl^t uh pàreâ 
jugement ? nt feroit-it pts éaflé H mis ftfiéàbt 
par les tribunaux (kj^rieuirs, àu^tôt ^6 It 
Tiblence feroit ptwyéé ? ôllft dftufe d6 eâd 
quirauroit ôbteâu pttf d« ftfôbkblëè xoÊ&fixi^ 
en feroit-elle tâettléui^e? Gda éft 6^ dai» 
pour s'y arrêter daVstm^. Le& aotsretf éèti^ 
cticbiis dont Je vous id j^Mé â^fi^ j^llMU 
aeceflaires. l'our que Ton pUiQK dM ^3 
y a un jugement de TËgltfi^ iW qUd^toiH 
teftation, il faut qu'en ^(ndldiï^ mé PEÉ|ff« 
& a jugé , c'eft^-diré ^ ixSit ^\Â ôét Vki^ 
torité dans l'Ë^ife, flt qui é«! foMI éMMHri 
lesMâgiftrats, ûtk preUMâé lân ji^MnftF. 
Les p£ti&]l8 d« h GoOr de Rotue ft>iiââfr< 
nent que le V^ k\A a reçu h paiflSfchcè déf 
juger lé« quèiliôite dé foi , et que les êVâqtes 
n'ont de pouvoir que celui qu'A Veut biai 
fcur communiquer; qu'ils n'ont point droit 
d'examiner fes décrets , & cjuc feàr fonSich 
cft fimplemérit de léi c^éicutet avec foutoif- 
fionj en confequcnce ils prétendent que le 
Pape eft feul infeillibte j & qu'il .èft iM dtJffus 
des Conciles généraux , qui ftite lui HC-ftiiDieDt 
pas infaillibles. La plupart des Èvfiques 
étrangers dont on a produit les témoignages, 
font dans les mêmes prejugéi, & ils nous dé- 
clarent eux-mêmes , qu'ils croiroicnt fitire un 
crime d'examiner une decifion du Pape pour 
cô porter leur jugement. Ert France nous re- 
gardons toutes ces opinions comme des er^ 
reurs direftement contraires à la parole de 
Jcfus-Chrift, qui dit à tous fes Apôtres, 
îx[ai\t auffi bien qu'à S. Pierre, Je ww tffvth 

c0m* 



f wèiÊ Tftt i^a envoyé... Lei feiM Je^ i^ixV 
tHih à ceux i fui vous les femettrezy Ace. 
eurt : AlUs^^ injhuifiz toits les jfessfks. s. Matt. 
pour ne point efl&rouchcr Icj gens,^*^*^* 
xxiB tuz ultramontains , c'eft à dire '^* 
aktftis 2 <}u'i]8 ont peut-être railbn cfàt* 
r tiuiPtpeé tomes ces prérogatives^ de 
M il ftât qà'ibayouent que ce né font 
di pcnnts tbfolument certains, oty du 
qinf ce ne fent pas des articles dé îbu 
^*3s en conviennent , comtné en t9fii 
doéhîHrs & leurs théologiens Ici ^s 
es eh font toujours convenus. Cela 
!S , on ne peut pas me fiiire un criine 
Iftr de rintailiibihté du Pape. 
fi. Non fans doute y 6c je ne ctôia 
i^ucun de nos dèmts Conftitutionnâi« 
: tffcz hajWî pour le faire; mais qucpté- 
. vous conclurrc de tout cela.? 
t. J'en conclus que l'autorité du Pa- 
lel^uê grahde & tcfpedable qu'elle foit , 
Qt par elle-même obliger les fidèles à 
ir fa decifion. ,, Comme la foi, dit ,.irft.pag« 
te Cardinal de Noailles 3 doit être d'une 171. 
itude qui exclue tout doute , le prin- 
; en vertu duquel on l'exige , doit être 
artain qu'il ne foit pas permis d'en dou- 
** Une maifon ne peut pas être plus 
que le fondement fur lequel elle ett bâ- 
L'infaillibilité du Pape n'eft pas une 
ftbfolûmerit certaine & incohteftable : 
des chrétiens doit être ferme & ine- 
ble: elle ne peut donc pas être fondée 
ifidHîbilïté du Pape. Le jugement du 
ïfc fiiflSt donc pas pour fixer la croyan- 
^&!Ùt&y ni pour terminer les difputes, 
S mf il ne wit appuyé & confirmé par 
O 6 le 



ifift^ le jugement de l'Églife univerfeile. Mais 
comment k deci&ôn du Pape pourra-t-elk 
devenir te jugement de TEgUie univerfdle?. 

nî(l•^U^C'efl:, dit le Cardinal de NoaiUes, n?^^ 
^y concours des témoignages libres & éclai- 
yy rés des évêques de tous les pays qui, après. 
^ avoir comparé la dedfion .du Pape avec 
^ la doârine de leur Eg^tife & de Ffi^ 
yy univerfelle, atteftent qu'elle y e& confot- 
,, me; & c'efl: par cette union... que le jtt- 
^ gement du Chef des Pafteurs devient h 
^ deciûon irreformable du corps des Vû^ 

vtSMutcn fteurs." Car, comme le Qergé de Fno*. 

>^y^ ce l'a dedaré dans pluûeurs de Tes aflëmblées^ 
99 le jugement du Pape n'eft pas irreforma- 
^ blc , s'il n'eft joint à un confentemcot 
,, unanime de l'^liiè , appuyé d'un ji^ 
^ moit porté après un examen & une miiic 
^ délibération. 

En dkty dès que les évêques fimt }vm 
de la foi par TinAitution de Jefus-Chrift ,lSc 
qu'ils doivent porter leur jugement fur la 
points de doârine que le Pape a pretenda 
décider , il faut bien qu'ils examinent avant 
que de juger. Croit-on relever beaucoi^ 
lies évêques, en (butenant qu'il leur eft per- 
mis de prononcer leurs jugemens iàns aucun 
examen , c'eft a-dire à l'aveugle & au ha- 
xard? ou plutôt ne d^rade-t on pas le tri- 
bunal auguile de l'Eglite p^ une idée û bi- 
zarre, & ne le rabamè-t-on pas au deûbus 
des tribunaux ordinaires ? 

Enfin, ce qui prouve que l'obièrvadon de 
cette r^e c& d'une neceffité abfoUie, c'eft 
que les Conciles même généraux ne s'en di- 
fpenfent jamais & ne peuvent s'en difpGnfèr ; 
& Ans cela à quoi ierviroient ces grandes 

jiflcm- 



^nr^étenJui [fnfith. Entr. XII. )if 
lêtnldées? S'ilnrétoit qdcftion que d'opi- i^^xl 
BT par un oui ou ua non ^ &ns autre dif* 
affion . les évëques pourroienc s'épargner la 
eiiie aun grand voyage, en envoyant au. 
ieu de raflèmblée un biUet , où ils diroient ce 
ai ou ce non. Mais ce n'eft pas ainû que 
Eglilè qui eft conduite rar le faint Efprit, 
iDDonce fês jugemeos. uè& le commence- 
xnt de ÏEjèi&^ nous voyons* qu'il s'élève 
ne cib(pute touchant l'oblêrvation des cere« 
looies dé la loi de Moyfe : que fâit-on, 
oin: k terminer ? Les Apitres é' l^s fri^ 
rw, dit l'Ecriture, iaffemUerent four ^xm- .f. „- 
Rtawr & rsfiudri atte érffsiri'^ & ce ne fut * 

ftéfrit f» avoir hismcoup conféré enfimbk^ 
pe Titm ft leva & parla, & que Jacques 
ofiiite deoura qu'il jug^oit. Cette conduite 
lo premier Cmcile de l'Eglife , Concile 
ont compofé d'apôtres & d'hommes apofto- 
igoes , a été le modde & la règle de tous 
MX qu'on a tenus dans la (uite, & fur tou( 
les Conciles généraux, & c'eft à caufe de 
xt examen feneuz , & de cette longue dif- 
»ffion que les derniers Conciles généraux 
ouïs il y a deux &: trois cens ans , ont duré 
i.longtems, & n'ont pu être terminés que 
llfiis fefpace de pluûeurs iUinées. 

I> M. Si cela' eft, le tribunal de l'Egliiè, 
MT exemple, un Concile gênerai n'aura pas 
band avantage au deffus d'un Parlement, & 
(ci promeflës qu'a fait Jefus-Chrift d'affifter 
bo Eglife , ne feront pas d'une grande utilité. 
fe. croyois bien que pour le mieux les évê« 
joes dévoient examiner, & faire examiner 
[Wr des perfonnes capables , les pgints con- 
leftéi; mais jenepenfoispas que cet examen 
Bbt une condition ii abfolument neceûàire. 
9 Z ^ 



32tf Verké teniM finphh. Entr. Xlt^ 
i;9i. Le C. Elle eft û neccffâîre & fi cflfentîeK 
k que foute de Tavoif obfervéc, un Ccmcfle 
quelque nombreux qu'il fut feroit rejetle pÉr- 
TEglife. Jcfus-Chrîft t promis d'affifter "^ 
Eglife, & d'empêcher ^'dlene tombe c 
Terreur, mais il n'a p9$ jugé à propos de 
faire par une àfaiHon eSterîeuiaritot et 
iiblement miracakuTe, id même par des 
ydadons ptereiDès ï, celles qu'avoient les P— . 
phetes dans l'âticienRe loi; & il n'a potfP^ 
élevé les Pàfteurs de l'Eglife" au dèffiis tfjf 
l'état ordinaire des hommes en cette vie: §«' 
voulu qu'ils dependiflènt des moyens humaW* 
& ordinaires, qu'Us ftiilènt obligés à ôMV' 
ver dans leirfs jagéfihéf» les règles que ôW** 
fcrivent lé bon fenîj ^ Féqnité naturelle & ht- 
loi divine; & que pàtit êonnoître la vélîÉi^' 
ils euflèht befoin, càrhme les autres, dth' 
rechercher, de l'etudfef, fié de confuWr det' 

Sns éclairés. En ^udi eôsfifte donc Pâffi* 
mce qu'il leitf à pf6rtttft?Elle conlifteàW . 
conduire dans Tufifge de tts moyens, & à * 
bénir cet u£%e enforte que, lorfqu'après W 
avoir employés, b totalité, ou l'unammBé ^^ 
des Pàfteurs fe réunifa potur enfeigner qud^ 
que point de dodlrirte. Il decifion qui enrfr* 
fultera fera certainement & immanquablement 
conforme à la vérité. Voilà le privilège de 
l'Eglife que nul autre corps, nulle focieténe ■ 
peut s'attribuer ; car après avoir pris toutct 
les précautions, & employé les moyens huH:^ 
mains, l'erreur peut encore fe gliiîcr dani r 
leurs jugemens ; fl n'y a que l'Eglife & te ;! 
Concile gênerai qui la repreiente, que la pf(^ 
mcflë de Jefus-Chrift prcfèrvera toujours d'jr 
- tomber. Les partifâns de la Bulle, qui fen- 
dent combien- toutes ces r^es condaxûnent 

la 



V^mé ffHAtf fiiiftte. Entr.JCII. 317 
1 la BuUe 6c k mamere dôât elle t été accep- 171^; 
tée , fc recrient K di^ qne ce font des chî- 
Lc3n€s , & des fubtilkés qu'on invente tous 
jours pour prokmgqr les dtfputcs; mais 
leur fcTrticr la bouche îl n*y a qu'à leur 
adutre deux Éucorités (jui pour eux en vau* 
t mille. -La première cft de M.leCar* 
de Robatt , dans fa lettre à M. l'Arche* 
Qc d'Arles: jj Acceptation pure & fim- 
lie, dit ce Prdat, dans laquelle on ne 
roic que lés fondions d'exécuteurs des 
dres du Pape, n^s rejettâns celle-là.. • 
""c derogétoit aut droits des évêques. '* 
reptation qu'il reconnoit pour légitime, 
celle qui le fait éfrèsun mAr examen & 
xà&e dffinffitmy en jvgjtant comme le 
Celu eft clair. La féconde autorité 
le du P. Bi^t célèbre Jcfuitedu fiecle 
qui dans fe kiftitutioRS theologiquesLîb.4.D;^* 
|iae fort bi^, & prouve par l'ufiige Se S«cap.4* 
iquc de l'Eglire lès r^les qu'on doit 
dans les jugemens ecclefiaftiques, & 
ut éatis ceux où il eft queftion de la 
3, Il faut , dit-il , entendre de part & 
'iurre ceux qui difjmtent fur la queftion 
m il s'agît... On lie dok rien définir fur 
controverfts de la foi, ans que beau- 
up de petfonnes en ayent conféré en- 
semble j 6c fans quelque Concile. " U 
lire que tes juges qui prononcent la deci- 
\y doivent le faire, ^ non par contrain- 
Ftfij ni par violence, ni par qudqu'autre 
[préjugé humain ^ mais avec liberté & fé- 
lon leur propre jugement. De plus il faut 
qa*ils fc réunifient dans le même fenti- 
ineiit. 

Vow Tcrfct que fekm le P. Bagot il faut 
'" '. que 



5^8 Vérité rendue feTiJibk.isnrK. XII. 
171t. ^"c *^ évêques jugent non feulement aifcc* 
examen & avec liberté , mais encore ave&j 
unanimité,- c'eft-a-dire qu'ils doivent fc réu^ , 
nir tous ou preique tous , non pas ûmplemenft ; 
à dire, je refois quelques feuilles de- paf^tf" 
& quelques pages d'impreflion^ mais à eiH^ 
fiâgner taies & telles vérités, & à caoàaûoik-^ 
ner telks & telles erreurs. Pour vous ùkt^ 
fentir quelle eft la valeur d'un jugemeatpro^/ 
nonce par des gens qui ne s'entendent pas l'uii , 
l'autre, & qui ne font point d'accord en*; 
tr'eux, je fuppofe qu'on prefente à nés Mef» 
fieurs du Preudial une cinquantaine de prK* 
fonniers accufés de difièrens crimes, & ffiie> 
tous h^ confollers & les prefidens d un.. 
commun accord rendent ce jugement , je. 
les condamne tous., les uns a être brûlés^; 
les autres à être pendus, d'autres à être en-, 
voyés aux gakres. Après un pareil jugement 
on n'en ferait pas plus avancé, & il âudrok 
recommencer û procédure comme fi de rien \ 
fi'étoit. 

Le M. Voilà bien de bonnes chofes que 
vous nous dites : je n'eipere pas de pouvoir . 
tout retenir ; mais du moins il faut que je 
tache de ne pas oublier les marques ' 
€fû caraâeriiait les jugemens de r£glifè, ; 
<}ui font la liberté , rexamen & l'unani- 
mité des Pafteurs. Je m'attends que vous 
allez appliquer à l'affaire de la Con£bitutioa^, 
tout ce que vous venez de nous dire. 

Ije C. L'application en eft fi aifée à &îtc • 
que jepourrois prefque m'endifpenfer, aprèa' 
tout ce que je vous ai dit dans nos Entre- ; 
tiens precedens. Vous pouvez vous fouve- 
»ir des moyens odieux qu on a employés pour 
^xabiir ta Fi^ace k x^e de la Bulle, des ' 

voies 



ff fimii9 finfihk. Emtr. XII. 32$ 
fiût, des coiips d'autorité, des vio- ^ ^^^ 
u'on a exercées, de cette multitude ' 
\ du Confcil qui ont arrêté le cours 
ftice, enfin de ces milliers de Let- 
»chet follicitées & obtenues par les 
acionnaires. Voila les preuves de la 
Lvec laquelle la Bulle a écé acceptée. 
icore pis dans les lieux où Tlnquifi- 
établie , comme en Efpagne , en Por- 
: enjtalie^ ce tribunal inconnu àrnos 
depouUlé les évêques des droits les 
xés attachés à leur caraâeie^ ce font 
iiûteurs qui font publier les Conftitu- 
» Papes, & les evêques en écoutent 
:ment la leâure comme les plus (im- 
kles; & s'ils avoient la hardieflè de 
)ofer , ils {broient auffitôt condamnés 
rofTes amendes & traînés dans les pri- 
e rinquifition. Après cela comment 
iera-t-on voir que ces Prélats ont accep- 
lulle de leur plein gré ? Le défaut de 
entraîne après foi le défaut d'examen ^ 
quoi bon examiner une Conftitution, 
[u'il faut bon gré malgré la recevoir : 
unen ne feroit propre qu'à faire naître 
dnes & des embarras. Auffi voyons- 
lue tous les évêques étrangers déclarent 
oent , ou donnent à entendre qu'ils n'ont 
examiné la BuUe^ & M. deBifTy^qui 
rce de fiedre vabir leur témoignage, fè 
nte de nous aiTurer qu'ils ont fait uji 
9» très exaâ des tQtnts décidés far la 
, au moins après Favoir acceptée, C'eft 
i que ce font des juges qui condamnent 
:cufé à la mort , fauf à examiner enfui- 
I pièces du procès. 11 eft vrai qu'en 
ce on a voulu fauver les apparences, Sx, 

que 



Î50 Vérité rendre fenf Me. Entr. XIT 
1721. que les évéques ont examiné, mais c'étoit'' 
uniquement pour &voir de qudle fiianiereib 
recevraient la Bulle,. Sa non pas pour favoît 
s'il falloit la recevoir ; car c'eft ce que por* 
toitnt les ordres du Roi addreiTés aux piQ^ 
hts de l'aûèmbléede 1714^ &, comme dl<' 
foit fort bien M. de Bifly, on les avoir af- 
fèmblés pour cendamner ie livre de §jfejnel^ 
& non fottr le jufiifier, Ainfi Tacceptatioa 
des évêques n'a été ni accompagnée de ^ 
bextèy ni précédée d'un exaâien ferieux. 

Le M. Mais au moins elle a été en qud^ 
que façon unanime ; car ils ont tous dit : Je 
refois. Qge voudriez, vous davantage ? 

Le C. Oui , leur acceptation a été uûtQk 
me, comme ht fentenceoe ces juges qui tout 
d-une voix condamneroient cinquante acoh 
ies, les uns à être brûlés, les autres à être 
pmdus & les autit» aux galères , fans riefl 
^cifier davantage; peut-on vjoir un jugement 
porté avec plus d'unanimité ? Ainfi à ne con- 
fidererqueles termes de foumiffion, d'acccp^ 
tation , de refpcâr & autres que les évêques 
cmployentj ils paroiflènt tous d'accord; mais 
fi on veut y regarder de près, tout eft plein 
de Gontradiâic^ns. A Rome Clément XI. 
& fes courtifans difent que la Bulle eft cl^-^ 
rc, & que le venin des propofitions du P. 
Qpefnel , faute aux yeux : ils veulent qu'oA 
reçoive la Conftitution dans le fens qui & 
piêfente d'abord à Tefprit ; en France au con- 
traire on la trouve obfcure, pleine de diffi- 
cultes qui demandent neceflîaireinent de&prep 
cautions , des explications , des édairciiSs- 
mens ; & M. Languet convient lui-même 
qu'on ne doit pas condamner chacune dd 
c«nt uoe prQpoâtions dans le fens qui fepré* 

feote 



^ihtftHMfenfUê. Entr. XII. ^^1^1 
Pabosd. I>âns les pys étrangers on la 1721? 
: comme un oracle du Saint Elprit, & 
I anathêtne à ceux qui en retranche-* 
une lettre ou unefyllabe: en France il 
ptut-être pas un fèul évêque qui la re<- 
ùurement & fimplement ^ rÂflembléc 
L. ne l'accepte qu'avec une inftruâion 
aie qui la détermine , qui la reilraint, 
I contredit CNuvertement fur plufieurs 
I. Ainfi les évêques étrangers anathe- 
ent ceux de France; le Pape lesfepare 
de fil charité, comme ne rendant pas à 
dk une obéiflànce pleine & entière, 
e cohue ^ quelle comufion! comment 
noitre au milieu de ce defordre la voix 
Iglifê ? En tfous bornant feulement à la 
S0 qudle variété , qudle bigarrure ne 
lÉKnous piM dan» l'acceptation des Pré^ 
Une partie k donne pour une règle de 
Me autre comme une loi d'oeconomie 
$ police j les uns foutiennent que leur 
tation quoique relative eft en même 
pnre & fimple. les autres s'en tiennent . 
f acceptation depeftd»)te des explica- 
, les uns prétendent que le Pape a vou- 
âdamfiér tels points de doârine , d'au* 
iMit tomber la condamnation fur une 
ae tCHitc diScrerite. Tel eft l'accord 
» évêques, telle eft l'unanimité avec 
le & reçoivent la Bulle. L'un condam- 
^l'autre reçoit; l'un reçoit la Bulle, 
ï Reçoit les ex^ations qu'il lui donne, 
? lefquellès il croit pouvoir la rendre 
éonê 'j au refte c'eft tout ce que pou- 
: faire \ts évêques , & M. de Bifly nous 
que s'ils avoient voulu aller plus loin, 
rOîcnt voulu s'entendre & fe concerter 

pour 



5?2 VetHé rendue fenfibU. Entr. 3( 
172a. pour fixer les piopoûtions qui font ce 
nées comme hérétiques, celles qui 1 
comme fcândaleuiës, ou comme imp 
comme blafphematqires &c. ils ië fi 
cxpoÊs à agir contre les intentions du 
Il leur doit fuffire de favoir, ou plu 
croire que les 10 1. prôpofitions m 
d'être condamnées^.les unes d'une façc 
autres d'une autre , mais de.favoir qudli 
damnation eft prononcée contre cl 
en particulier .3 c'eft un nwftere qu'ils d 
adorer avec une foumiflion aveugle, 
tendant qu'il plaifè au Pape de le le 
couvrir. 

Le M, n faut donc que la Bulle a 
verfe le fens commun, & qu'elle ait i 
dans les hommes les lumières de la r 
pour leur fidre tenir une conduite & u 
gftge qui font G. peu raifotmables. 
on fè tue de nous dire que la Bulle e 
règle de. foi, qu'elle un jugement, pno 
par le Corps des pleurs , que tes 
doivent écouter k voix de J'Eglife q 
p«tle par la Conftitution ; & il je tr< 

3ue ce prétendu a^iêignenïent derE^ifi 
uit à nous dire : tenez, voilà loi. pr 
tions que vous devez rejetter avec 00 
& vous devez croire comme article d 
qu'elles font toutes ou hérétiques, ou 
xnatiques , ou impies, ou.fcandaleufèi 
véritables , mais captieuiès , malfonant 
fiifpeâes, àraifon des intentions qu'on 
au P. Qiiefiiel qui les a avancées ; < 
troublera toute l'Eglife , & on mettri 
fims deilùs deflbus pour forcer .tout le m 
cmbraflèr ce nouvel article de foi ! En e£ 
donnera une.grande lumière aux.âdeiè 



kurtpprcndre à ^icer l'erreur, & à s'acta* Vfv^ 
Aet à la vericé. 

: XiT C* Vous y êtes; & vous comprenez 
kgf bjeale^^ devoir qu'on prétend impoTer 
itts fiddes:^ ne vous manque plus que de 
ttre ce nouvel aâe de foi; mais à ce que 
je. vois vous nty- êtes pas di^ft. Le Pape 
fittç predfemenctoomme ces juges dont nous 
pulioni cout-à-Theure. Voilà « dit -il aux 
mques, loi. criminds dont j'ai fait lepro* 
cès : ils fi>nt tous oucoupabies, ourufpeâs, 
fi on donne un mauvais iëns à leur conduis 
te, .les uns d'un crime, les autres d'un au- 
R : ils ont été convaincus d'être les uns 
VK^eurs, les autres iâux-monnoyeurs , les au- 
m «flaflms , d'autres contrebandiers, d'au- 
tns -filoux, {dofîeurs fufpeâs dliypocrifie, 
mdgré la régularité de leurs démarches; ea 
con&quence je les condamne cous, les uns 
an carcan , les autres aux galères, d'autres à 
kpotence, d'autres à la roue, & d'autres àla 
pnfim avec defenib expreflës d'avoir avec 
suxiucun.commcrce : je vous ordonne d'exe^» 
cuter nu ibitence & de leur faire fubir la 
pdne que j'ai prononcée contre eux. Vous 
poavesb vous ngurer l'embarnis où (ë trou- 
vait' nos évêques : d'abord ils murmurent de 
ce que le Pape les prend pour exécuteurs de 
ta ji^emeas^ enfin comme le Roi gronde , 
hiz mettent en devoir d'exécuter la fenten- 
ce du Pape. Mais comment faire? quel- 
oues-uns aes Prélats reprefentent qu'on ne 
ttuicdc exécuter un tel jugement , & qu'il 
Suit que le Pape defigne en particulier quels 
finit- ceux des criminds qui doivent être rom- 
■ , quels doivent être pendus Sccll-delTuf 
Pîçe fis fâche, il trouv» qu'une telle de- 
mande 



Cî 



)34 JMfé^fmubieJhfk»,ï>BT9L.7 

;i7At. QS^ixle jeft impertinente» il veut qu'A 
nent à obéir 6c à n'être pas & cuvk 
Xii. prélats, qui s'atteadoienfbien àcc 
dbroit au but ; & afin qu'aucun coujpi 
-cbappe, Ûs veulent que les xoi. foui 
pus : d autres éveques trouvent que 
trop dur, & ils crpyent qu'il fuffil 
mettre au carcan ou de les envoyer 
kres j Huds çn attendant il faut que 
monde croye fermement que ces lo 
fés font ducment convaincus & bii 
damnés, & qu'il n'y en a aucun d'à 
qui ne doive fubir quelqu'une de o 
dons , & aufli qu'il ii'y a aucune de 
nés qui ne doive avoir lieu pour qi 
uns des accufés. Voilà une image 
de la conduite du Pape & de qeUe 
prélats conftitutionnaires. Les loi. 
fitions, dit le Pape, font un poifon 
ble : . eues font toutes , les unes impics , 
très blafphema^oires , les autres malfc 
les autres fufpeâes, les autres heretiqi 
Les éveques de Taflèmblée de 1714 
chant comment feire pour diftribuc 
ces qualifications , pour avoir plutôt 
fent qu'elles font prefquc toutes heri 
ils contredifent le Pape , mais cela n' 
Vient cnfuite M. Languet qui trouve 
damnation trop rigoureufe ; dans 
Avertiflèment fl parôit ne voir dans 
que des propofitions fufpeâes , ou m 
tes i plufieurs feroient jugées innoc 
ce tf étoit qu'elles font en mauvaife 
^e , ou qu'elles ont im mauvais vo 
plufieurs ne font (Condamnées que parc 
en abuie. ou que l'on pourroit en 
où que lon;pourroit craindre cet ab 



-VHrM naiÊÊ ^tifkU. Entr. XII. 37c 
Hadanc œ prflat, qui porte un jugement n rj». 
JÛRptcat dé cdui de iès confrères , prétend 
fil Y A e&tr^euz & lui la plus poiédte una- 
■nicé. iSi <hi obl^;e(^t tous ks évêques qui 
BQça k BuUe de s'exdSquer chacun en 
"Icr fiir l'erreur ou ils ont voulu con- 
danf dacune des proportions , & 
énr les dogmes oppoflb à ces erreurs, on 
!f«rQtc bien d'tutres preuves de cette nouvel- 
Âeflljpecae d'unanimité. Pour les évêques écran- 
(en, comme ils nous aflùreot qu'ils n'ont 
yoinc porté de jugement , on ne peut pas dire 

Ïï 7 ak entr^ux une variété de jugement ^ 
jont reçu la Bulle fans l'avoir ni vue ni 
enmiiiée, & fins fiivoir ce qu'elle contenoit. 
.fit on vient nous dire que le cri conilis de 
OKc multitude, où les unsdifent blanc, les 
4nt» noir, les uns oui, les autres non^ où 
fhifieurs ne forment que des fons deftitués 
de fins, qu'un tel cri eft la voix de l*£gli- 
ifi! à Dieu ne plaife , FEglife n'eft pas une 
£ifrylone, c'eft-à dire une ville de confufion 
le de trouble^ elle eft la vraie Jerufalem , 
^4^eft-)Hiire k ville de paix, d'unité & de 
MQCOide. „ Si U trompette ne rend qu'unr.cor.X2V* 
^ iqn confus, dit S. Paul, qui eft-ce qui fe>*9« 
préparent au combat ? De même fi en 
^ parlant vous ne vous énoncez d'une ma- 
j, niere intell^ble, comment (kura-t-on ce 
■91 que vous dites? Vous ne parlerez qu'en 
^fair." 

L# M. Nous voife fommes très obligés, 
mon cher Pafteur, de nous avoir inftruits 
ta une matière fi importante , & de nous 
ivoir appris les marques auxquelles on peut 
«eoonnoitre une decifion de llLelifc, & la 
dîflii^er d'avec ce qui n'en a que I apparence , 

& 



%%6 Vertf/ rendtfe fikfkU.'E^rii.KSÊ. 
if4i. & qui en prend fauffement le nom, - 
dw que la Conftitution n'a aucune i 
marques, & que Facceptadon que la 
ques en ont faite, n'a été ni libre, ni 
me, ni précédée d'un examen ferieux. 
la BuUe eft (implement le jugement du ! 
lequel étant homme a fort bien pu le 
iurprendre aux artifices des mechans. 
pourriez en demeurer là pour aujoun 
mais puifque vous me paroiflez en difjpc 
de continuer encore la converfation, i 
avant que d'entamer un autre fujet , qu 
ayez la bonté de nous éclaircir fur qi 
cnofe qui a rapport aux matières dont 
nous avez parle. J'ai vu des gens qi 
voulant me ,perfuader que la Bulle ét( 
ceptëe par l'EgUfe univerfelle, prêtent 
qu'il n'é toit pas neceffairede produire i 
moignagcs des évêques -étrangers^ & 
ces prélats gardoient le filcnce, cela fuÉ 
& que plufieurs decifions de TEglife a^ 
été acceptées de cette manière. En ur 
ils foutiennent que toute decifion éman 
Pape , & reçue par un nombre conûd 
d'évêques., devient un jugement de TJE 
dès que les autres évêques gardent le £J 
& ne s'y oppofènt pas. Ils appellent 
une acceptation tacite , & ils prête 
qu'elle fuffit pour obliger tous les fide 
fe foumettre à une Bulle du Pape qui 
acceptée en cette manière; parce que 
cela il n'y auroit plus dans TEglife î 
moyen de terminer les difputes. 

%e C. Pour démêler ce qu'il y a d 
dans ce difcours , il faut confiderer qu 
l'objet de la decifion. Si ce font des { 
<ie doâriae qui foient crûs diftinâenii 



i*7"i 



ffênAefenpk. Ïntr. OSà. ^i 
ï dans toute TEglife , fî la opiùicmt **: 
'apc condamne lont des prdduâioQS 
E dont on coanoit la datte 8c Tori- 

ces opîjaions attaquent S» vérités 
été autrefbb décidées dans'l'EgS&y 
rEglife hit pour ainfi dire une pro- 
luraallere & contitiudle ^ telle cp'etiric 
iple la créance du péché ôngtibid) 
c jugement du Pape porte It luoikifb 
^prits^ôc rappelle àk connàtflBince 
iïté ceux qui s'en ctoîent écàrtSs^ 
rrivera que ce jugement étaht.iacoqn 
tin nombre cohtiderable dl5vêquîe», 
ue les aatres gardent le filence, ac- 
'autorité , d'un jugement de YE^i& 
lle^ mais ce ne fera jamais en vettu 
ce des Prélats* Ce iera au ,cbatnu- 
: que dans ces bccafiOQs la predica- 
cnmune 6c la foi dont TJ^liTe 6ût 
ïOjfupptéeà ce qui manque £ lapait 
Wtnt fblemnel des Eirêques ,. ti]ib vièfit 
î de la decilion^ ou plutôt elle Ibrmfi 
ïie la decifion > mais il faut ranarquer 
H)fe5: la preraicre c'eil qu'il eftoe- 
iH efpace de tems confiderable, pour- . 

s^alfiircr qu'to jugement du Papb 
quelques évcqttes eil de^eàu tine.Ioi 
Lifë p*r titie acceptation tacite, li 

chofe qui eft à remarquée,. c%ftijuc 
ve du confentcment ncfe tiré pas du 

mais de rufagcqueron fait d'un de* 
i n'a pas été publié dins les formes: 
|ére des Catecliifincir ^ & des àii* 
liitteem 4uî conftatcQt la fol âes 
iv- CTeftainfi que les décrets du Ôbn* 
Ri^icéihr la foi font loi en Êrahcé, 
mijuatk été paUfiSs âim les formdi/ 
# La 



77fl Vifit/ rendue fenfhle^ Eni:». i!C 
^j^. La décifioa ne xeçoic. dboc aucune fia 
filence des évêques ^ & ce a'èft. point d 
en vertu de ce iîlence que la dccifi 
cenfée acceptée dans ces EgUfes; 
cflfet le filence tfeft pas par lui-mln 
preuve de confentement : u peut venir < 
rancc , d'erreur , de tinridûe , d'indif 
&; de bien cf autres mpti^. Ce qui • 
:me donc la dçciûon, ce qui lui doc 
corité 3 quoiqu'elle parte d'un tribunal qi 
pas inftillîble , c'eft-le confenteroent 
jKie de r£glile lequel efL aianifeftér 
prof^on claire & diftinâe (j/ps mêix 
lités qui paroit dans toutes les par 

rEgUfc; 

Ee M, Je çomprens.bicn cela. Dj 
efi: queftion de vérités dont tous les 
ftmt une profcffibn claire & diftii^ 
,€^ la déaiion du Pape ou des évSqu 
tnt les efprits dans ks pays où Terre 
.âevée,. il eil naturel que cette deci 
répande peu à peu dans les autres pa 
.^elle y foit reconnue conforme à la- 
ne qui s'y enfèigne fîm contradiûion j 
IS eUe y aquiert de l'autorité. Mais 
•Jès" dtfputes qui s*^lev^t dans TEglifc 
lent pas fur des vérités bien claires i 
SKKS des fidèles ; quelquefois on dii^i 
:àcs points obfcurs & difficiles. 

Le C. Gui ftns doute, il arrive quel 
,.^e les queftions agitées dans l'Êgli 
fiibtilcs, difficiles, obfcurcies par dej 
tés longues & animées, & embrouill< 
Jes pâmons & les intérêts des bomm 
alors, ce n'eft plus la même chofe. î 
,ijue le P^pe a décidé ,&.que fon juge 
xtcjeçujparpi^iiQmb^ç d'eyçqtuçs, i 



vmfnniMiatjMt. EÏHtr. XII. 339 
pi]flà&^âcNretd.nftrKein!tot contre ce juge- ijti; 
mcDC j: fie fe'pbHmàit da prqudiceqa^il por^ 
tic à la. âjoc-dottriney âe du rio te ui e ut dd 
x;^ de/fig^^ fi ces prâfltsfontfiHiteoidr 
liP une gnade ptrde do fiicohd ordre, pdr 
id^ifieiuv unlrêkïtés & ftcuhér de theoio- 
g^» &pàr tttié multitude de Casés, deCha* 
HOBEM 9 d*Eéelefiaflaqucâi ^ de Religieux âe 
m£iiie de amples fiddes; ee ne fera ph» lé 
m. d'iifte acceptation tadee: le filence def 
^êqîies & dii Clergé dans les E^lifes n'ayan- 
^oa de rim ^tcoaHy tiwNCc% pas non plu«^ 
h^ pcofeflEloii claire & dlftmâe des vérités 
«oceftées; Dçs juges qui ne prononcent 
rân, des témoins qui denheurent muets, ne 
lorviroiiC dtrïen pour avancer la deciiion des 
dlQftites. 
, .. Xe M. Eh bien^efl: ce que le mal fera fane 
mâle ? & faudra-t-il que les difputes du- 
vsst éternellement ? 

. LiB C. Pardonnex-moi, il y a un remède; 
h un lethede très efficace, pourvu qu'on 
veuille en faire ufage^ c'eil que les Pafteurs 
de FRgKfe s'ai&mblent , & qu'ils appellent 
1m fivaots & les théologiens, afin que par 
4ci fOoÀareGiees pacifiques on puifTe difcuter 
to.miteieres, éclaircir les points conteflés, 
fe.féunir 1^ paftëurs dans une profefQon 
dure & diftinae des vérités que les diipu- 
«0 avoîent obfcurcies. Cefl-à-dire qu'imut 
^tflieii3>ler un Cencile gênerai , où les évêques 
4c les théologiens de tous^ les pays Catholi* 
"qiio rendent témoignage de la foi & de la 
tndickn de toutes les ^glifes difperlëes dans 
b monde, lifin que la decifion du Pape, fi 
dleycfl: trouvée ^conforme, foit reçue de 
tacie 4xnadecomme un jugement del'^g i- 
4? a fc, 



iTti. ie^ & qu'au contraire elle foit condamnée^ 
& anathematixée , fi: die y eft contraire. 
Voilà le remède que nos pères ont connu y Se 
dontilsontfidtulagç dans les tems^de trouble 
.. & d'ocag^femblables à ceux quenous voyons. 
. Le M. Pourquoi réduire FEslifê à un re- 
mède qui^ ï ce qu'on dit, n'^ plus d'u&- 
ge^&même efl: prefqueimpofSble? L'£^ 
fc n'a-t-die pas i^ement le pouvoir déju- 
ger & de décider les queftioos de foi, fixt 
que les pafteurs foient difpei^ chacun de 
leur côte, foit qu'ilsvfè reuniflènt dans un 
Concile geno^ ? Qp'eft-ce donc qui peut 
Feippecher d'en faire ufkge, toutes les fois 
que cela eft neceflàire? 

Le C. 11 eft bien certain que FEglifè a dans 
tous les tems & dans tous les momcns k 
pouvoir de prononcer des jugemens, avec 
cette ibuveraioe autorité! laquelle toutfidde 
doit fc foumettre; mais peut-on dire qu^dk, 
prononce toujours & à chaque inftant des 
ji^emeas de cette efpece ? Il n'eft donc pas 
queftion du pouvoir de décider, mais de 
ïuûge & de rcxercice de ce pouvoir. Au- 
tant il eft vrai qu'elle a toujours le pouvoir, 
autant il eft faux qu'dle en fafTe uiage con- 
tinuellement & à chaque inibnt. £lk n'en 
irait ufàge que lorsqu'elle décide adueUement; 
j&c combien n'^ a-t-il pas de quefHons fiir 
lefquelles l'Eghië ne prononce point d'une 
jmaniere qui termine les difpufiK ? Depuis i»rès 
.de deux cents ans on enfèigne dans l'Eglife 
plufieurs erreurs : nous avons vu il y a vingt- 
cinq ans un Profèflëur en théologie enfeigner 
Le sieor lePu^'^u^"^^^» qu'un homme après quatit- 
R«ux. vingts ans de vie, pourroit entrer dans k 
xid, ûos jamais avoir aimé Dieu^ qudques 

uni* 



fHtt finale finfihk. Entr. XII. 341 
rfitéS) & facultés de théologie, &piu- \y%x. 
Prélatsiè ibnt élevés contre une dodtri- 
monftrueufè j mais tous les pafteurs de 
(ë fe font-ils réunis pour anatheniatizcr 
rreur û abominable , &; pour retrancher 
fodeté des. fidèles cehû qui prefentoit 
Ubn fi pernicieux aux jeunes £cde{iafti« 
qui alloient prendre fes leçons ? Point 
uc : cet homme au contraire a été re- 
>ai£é par les partiTans de la Bulle . & 
rii d'une Cure confiderable dans leDio- 
«Rouen. L'EgUfenVt-elIedonc pas le 
DÛT de décider ? Elle l'a certainement ; 
la divifion qui eft entre les Pafteurs 
chê qu'elle ne faflè ufàge de ce pouvoir. 
ce oui arrivera toutes les fois que les 
bos ^ont ^embrouillées par les difputes , 
le Terreur aurapourdéfenfeur^deshom- 
labiles^ artificieux & accrédités, qui au- 
Tu pgner les puiflànces feculieres , & 
NUtie des évéques. Dans ces occafîons 
Qcnt v(Hdez«vous que TEglife fallè ufa- 
pouvoir qu'elle a reçu de décider ? Elle 
lit prononcer de jugement , ni exercer 
iitorité que par le canal des Pafteurs qui 
nt les depohtaires, & à quiJefus-Chrift 
ifié la conduite du troupeau ^ mais s'ils 
divi{<Fs entre eux, fi les uns difent d'une 
, les autres d'une autre , vous voyez bien 
n'cft pas poflible de trouver ni juge- 
^ ni decihon de l'Eglife dans les cris 
18 d'une multitude de gens qui fe con- 
fcnt. L'unique moyen de parvenir à for- 
DCttc decifion , c'eft d'aflembler les Pà- 
I .de l'Eglife , afin qu'après s'être mutuel- 
le communiqué leurs lumières, ils puif- 
l'on commun accord pronoacer ce JMBf- 
P 3 ment 



^2 Ferst/ rendue Jetffiih. Entr. XII 
77311. ment fupreme qui difSpe tous les douto 
qui réunit tous les fidèles dans la prôft 
claire & diftinâe des mêmes veritâ. J 
clair que tout cela ne peut fe faire que 
un Concile gênerai, ou chacun peut dir 
avis en toute liberté , & où , fans avoi 
cun égard à Topinion de l'infidllibilit 
Pape. Ton examine tout ce qui s'eft fa: 
puis rorigine des difputes, & l'on di 
foigneufement tous les points de doâric 
en font le fujet, ep les comparant avec 1*. 
ture fainte & avec les monumens de h 
dirion de TEglife. 

Le M. Y a-t-il dans Thiftoire de TJ 
quelque exemple qui confirme tout cic 
vous venez de nous dire, & qui fàllè 

3u'il y a des occafions, ou il eft nece 
'affemBler un Concile gênerai, pour 
miner une difpute, & réunir les pafliea 
yifés ? 

Le C. U y en a une foule d'exemples. 
|)our nepas prolonger un Entretien qui 
ja trop duré, je me contenterai de voi 
apporter un exemple cdebre. Deux ceni 

âuante ans après la naifTance de Jefus-Q 
. s'éleva dans TEglife une grande dif 
D'un côté S. Etienne Pape decidoit q 
baptême donné par les hérétiques étoic 
& valide. D'autre part S. Cyprien £ 
noit qu'il étoit ahfolument nul, & vo 




qu un petit 
Jats : le Pape avoit de fon côté la verîti 
h qmltitude de^ évêques ^ & il fèpgroit 
communion ceux ^ui penfoieqt diffc 
ment. !5. Cyprien refiftoit donc à une < 



^firitirenim jenjiblé: Entlt. XII. %^î 
âstunbti d'im Pupe acceptée par la mulcitu»- t^tL 
dexlet éirêques; étoit-il chminei en agiflàtir 
riafi? Non, die S. Auguftin le plus éclair6 
ft-le pius humble des faints doâeurs, parce 
lececcer quefti(m, même après la decifiofi 
t Pape embraflëe par la multitude des évê^ 
n , n'itoit pas fafféûtement difcutée^ m 
imimtt à un entier Méùfcijfement ^ ficqu'ain^ 
fi S. Qrprien^ pouvok (ans orgueil foutenîr 
fi)i^lènciment'> qui étoit appuyé fur des rai- 
dqnt on ne lui montroit point la fauflc» 






\ 



xL Que fâlloit-il<ioAC pour obliger S. Cy« 
fvien à qui»^ fini erreur, & à embrafTcrle 
fintiment du Pape ? il falloit, dit S. Auga- 
ma , que cette oueftion embarralTée eut été 
tndÀ & dîfcutee entre les évêqoes par un 
très feigneux, & qu'après avoir été 
cienc cclatrcie elle tût décidée par le 
wi«Ac3e ftoiter . dont la decifion pouvoic 
dtffiper tous les doutes. Sans cela S. Augu* 
ftîn déclare qu'il n'auroit ofé lui-même par- 
ler fiir cette matière avec une entière affu- 
imce. CdCb-à-dire qu'il falloitncceflkiremenc 
aflfemUer un Conçue gênerai pour terminer 
lies dKbiites par un jugement définitif. En 
tfièt ceft une choie confiante dans la doâri* 
ne de r£glife , que les Conciles généraux font 
BieoeflGiires en certaines occafions. li ejl »^-Epi(l.Syno4; 
«jJUfv, dit le Concile de Bafle, de célébrer 
finvenft (des Conciles généraux.^ La mérité j^ 
<&t le cinquième Concile gênerai, ne /><?»/ y^coîl. t. 
mmeèfejter autrement dans les di/putes commu»^ 
êtes fit la foi ^ que par les conférences conrmu^ 
«ff qui fe font dans ces faintes afTembiées. 
.Les plus grands Papes s'expriment de la mê* 
me manière. Enfin la neceflité des Conciles 
: «ft un des points de dodrinc que 
P 4 rEgli- 



944 Vérité fiitélni fenfthk. Entk. XH. 
l^fA^ l'Ëglife de France conferve precieidibmcn& 
Mais quand eft-ce que cette neceflité aurt 
lieu, & que le befoin des Conciles fera plut 
preuànt., il ce n'eft dans les teois de nuages^ 
.QÛ les vérités font; ohfcurciçs pas ks conte- 
fêtions,, où les pr^ats fe partagent en dtf* 
fp-ens partis , & où les paflions des hommcf 
empêchent queles règles des jugemens ccdêr 
JGafliqucs ne foient obfervées ? Certainemeot 
pu. bien il ne faut jamais tenir de Conçiki 
généraux, ou c'efid^^ uneparçjUe.4K:ca£k)Q 
.qu'on doit, le faire. Je finis fur ce^e^ matier 
rç en vous rapportant les. paroles du. Ps.ïhf 
got que je vous ai déjà citées. ,, Ceft^une 
^ vérité évidente , dit ce Jefuite, qu^ilVâ 
^, des queftions fur la^ foi qui font fi dimdr 
^ les , qu'on ne peut les terminer ni les de? 
,, cider prudemment , ni par confequent in? 
„ failliblement> comme on l'a expliqué, que 
^ dans un Coiicile œcuménique^ '' e'cft à 
dire gênerai. 

he M, Je vois bien que cette preteqduc 
^acceptation de l'Eglife univerfeUe, queles.ÇonT 
ftitutiônnaires font tant valoir n'a rien opi 
doive nous effrayer , & que ce n'efl qw*uq ' 
phantôme qui s'évanouit lorfqu'on veut \Bt 
prendre avec la maim 

JLeC. Ce n'efl pas autre chofê, mais mal* 
gré cela les partifans de la BuUe n'ont pai 
laiflé par là de bien avancer leurs a0kires;pai£e 
qu'ils avoient foin de foutenir tous ces pauvres 
^^dibnnemens par des lettres de cachet & de^ 
arrêts du Confeil, qui.alloient droit au but, 
& qui ncL pouvoient manquer, de perfuader 
bien des, gens. Avec tout cela les choies 
n'alloient pas. encore afTez vîteà Icurgi»; 
Ss auroienc voulu pouvoir 4'uq fèul coup 
' '. ■ ex- 



Vèfiti rnÊdm JtMk. Snta. XS. %Lf ' 
ezdisrre de toutes les places, & depoulHer 
,de leurs bénéfices tous ceux qui refufoientde 
fléchir k genouil devant la Bulle. Cettemi* 
lerahle pièce » après tout ce qu'on avoit fait 
pour là- mettre en honneur ^ n'étoit pas en- 
core aflèzautorifëc j la crainte des paâemens 
empêchait fes iv^qes de la donner pour 
qne règle de foi, & d'en exiger la fignature ; 
il'fàlhit donc la làiflèr tepofer, sfin qu'elle 
eût le xxxsA de meurir, pour amfi dire, âc 
xefliifcicer une vieille amure qui paroifibit af- 
faipie, afin de pouvoir chercher querelle aux 
^pdlaxis fur une matière où ils n'auroient 
point de proteâion à efperer de la part des 
Magifliràts. *Ceft auffi ce que firent les Con- 
"ftitutioonaires.' Us obtinrent des ordres du 
Roi qui fiirent envoyés dans tout le Royau- 
me aux évêaues , aux univerfités, aux £acul- - 
tés dé théologie, & même aux* fuperieurs * 
des communautés & des congrégations reli- 
gieuiês y pour faire fi^r le formulaire à tous 
ceux qui fe jprefcntoicnt à la profeffion relî- - 
gieufe, aux uints 'ordres, aux bénéfices, ou • 
qm vouloîent prendre des d^és. Mais 
'ComDfie Paffiiire du Formulaire cft d'une gran- - 
de étendue, & que je mepropofedelapren- • 
dré dès fonorkàfto) afin de vous en donner 
des idées plus jutb, je la referve en entier-^ 
pour notre prochaine entrevue : d'autant plus • 
que ^He d aujourd'hui a été beaucoup plus -^ 

I que je ne croyois. 



lyia: 



Fjr • ÏHr- 



34^ VerHi f indue finftk.tnrK.XtlL 



ENTRETIEN Xin. 

Vrighe des difputer. tlufieprs JefuHh 
infeigMnt des erreurs çapitiues , fm^ 
Uvemera aiiellet excitent ha So- 
ciété gdfee & i»fe£fée em^ frend la 
dcfenj,e , & fait ewttpur tes enMefia- 
tims À Rome. CaraBerè ^tmitiiêe ^, 
dr ge?pie des Jefiêites: cwnment ils 
sétablipnt par fotrt: afférentes ré- 
ceptions qu'on le forfait. Ce, q^c0 

gfie, le Pelagianifme. 

< 

LE Majichand. Nous vous attendioor 
avec impatience , mon cher Pafteur^ 
car la manière dont vous avez fini notre der- 
nier Entretien , nous fait efperer d'entendre 
aujourdliui des chofts bien intereflànces. 
Qiand vous avez commence à noua inftrui- 
re des difjputes pre&atei^, vous nous avez 
Eût voir fout d'un couple Uvre du P. Quef- 
ncl approuvé d'un côtépaMmc,foule de Pré- 
lats y de dodeurs^ en mBma^ applaudi do 
J)refque tout le mondes ce d'ua autre côté 
es Jefuites cuji lui déclarent une guerre opi- 
niâtre. AinTi dès-lors la divifion étoit toute 
formée, & par la fuite elle n'a fait qu'écla- 
ter de plus en plus. Cependant vous ne nous 
aviez rien dit jufqu'à prefent fur la manière 
dont s'eft formée une divifion fi affligeante , 
ni fur l'origine des conteftations dont nous 
ne voyons pas encore la fin. 
Le Cure', Il eft vrai, mon cher Mon- 

f ei:r , 



nfitt mtbè fmpk. Ent&.XIIL }47 
fieut, que peut-être j'turois du commcnoer 
ptr voitt inftnitre de rorigine des difpucet ^ 
cafiike vous faire voir les différentes formel 
fu'dles ont prifo» fie les progrès qu'ellei 
ODt faits jufqirà ces dernières années. Matf 
j'ai cru qu'il valoît mieux vous parler d'abord 
des évenemens qui nous touchent de plus 
fièa , & dont vous pouviez aifément avoir 
qudques idées confuies; (âuf à revenir fur 
ftos pas, fi vous enavicab le tenu , fie quece^ 
k vous fût agjréaUe. 

, Ijt M.Rn doutsx-vous 7 fie quand vous 
kn auriex douté dans le commencement, le 
pourriewous maintenant ? 

lé C. Ofa,. pour cda je n'en doute point; 
«nffi vom voyez qu'à l'occaQon du Formu* 
IsÏk dont j'étois obligé de vous parler , je 
vous ai annoncé que jereprendrois les chofes 
dès le commencement. Il faut donc que 
vous (âchiez que les divisons qui aâEligent 
r£g}i£e, n'ont paâ commencé il y a quaran- 
te ou cinquante ans , mais qu'elles ont écla- 
té il y a environ centfoixante ans. Â peine ^.g^^ 
?£gliiè commençoit à re(pirer des ravages 
if]t les huguenots avoient faits dans un grand 
•nombre de royaumes fie de provinces , lorf- 
«n'ellcvic paroitre dansfon fein de nouveaux 
«odeurs qui, répandus dans tous les pays 
dÉhoIiques, ou pour mieux dire dans tout le 
monde , commencèrent à y produire au grand 
jour des princijpes tout-à-fait nouvcatix , eit 
■D mot un fyitsme fie un corps de doârine 
mû iétt>it de leur invention. C'étoit un nom« 
bre de Jefiiites qui fembloient s'être donné 
Jsmot pour attaquer de concert & ruiner, 
^Aitoit poflible, l'ancienne doôrine de TEgli- 
-îe^ les uns .c& Italie, d'autres en Flandre &c 
1^ 6 en 



94^ t^tÏ¥ëÈJiÊefinfihh. Ektr. KSF. 
en Allemagne , d'autres en Efpj^ne te en Poi> 
tugal. Le plus célèbre <i'entr'eux s'appdloH 
Louis Molina; & il eft regardé comme ieof 
< Chef, parce qu'il fut le.premier à publier la 
nouveUe dodrioe dans un. livre imprimé en 
jStt* X5S8. & qu'il s!eft fait honneur d'avoir iiiT 
venté ce qui en<fait le c^ûtaL 

Le M. Voilà donc la datte de la doârîne 
des Jefuites. Après que T^life pendant 
quinze ou feize cens ans a profeue la foi 
; qu'elle a reçue par la prédication des Apd« 
' ts^y venir lui apprendre quelque chofe de 
nouveau^ c'^ s'y prendre bien tard ; & j'ai 
peine à croire que les theolc^ens, 1^ fiivâis 
48c les paileurs de ce tems4à fufient di^)oflfs 
i quitter ce qu'ils avoient appris dans leur cn^ 
:£uice, pour embrailçr lea idées d&ces nou* 
veaux-venus. 

Le C. Bien loin de felaillèr (ëdidre par les 
artilBces de la nouveauté, ils s'élevèrent vi- 
goureufement contr'ellc. On vit^rriver alors 
ce qui, félon M Boffuet, arrive à la naifi 
fance des erreurs. On fut étoimé d'entencbv 
des choies toutes noutdles; les écofes de 
dieolc^e furent émues^ les /(impies fureoi: 
troublés: les perfonnes de piété furent.. dhiv 
mées : les fàvans fe mirent en. devoir de ré- 
futer l'^erreut, &les puifïàncesecdefiaft^ucs 
•'efforcèrent de h reprimer. C'efl ce que 
M. BofTuet appelle une déclaration éclatanie 
de la foi y Sa annme le fremier coup de t^mm* 
\ tienne tradition éfui refouffe la nouveauté. 
Ce fut principalement en Eipagne & cknslei 
Pays-bas que le cri de la foi (b fit entendre. 
Les évêques & les inquifiteurs , les facultés, 
de théologie & les ordres religieux^ les corps. 
& lies paracMlier$, tous s'oppo&reot à l'err 

reuf 



VMf/finéhfiMfiUè.EviTK.XUl. t^f 
itur chacun en & manière. Je ne tn^arrece- 
m pat à 'TOUS Eure le détail de leurs demar** 
d» y je me contenterai de vous rapporter 
fe jitfjnncnc que portoit du livret de Molim 
k.Qudinal Baxonius, l'un des plus grands 
hommes de ce tems-là. Ce (avant Cardinal, 
oui d'ailleurs éxoit û ami des JeTuites, àsau 
4 lettre à Pieere de Villars Archevêque de 
Vienne, déclare qu'il n'a pu lire le livre de 
Molina iâns . être indigné nom fine fiam4ubê 
de la cémenté de cet Auteur, & dis Tinfo- 
Jcnce avec laquelle il parle de S.Auguftin; 
.& qu'il y a trouvé plus de cinquante propo*- 
•fitkns qui reflëntent l'herefie des Pclagiens 
fie d^ Demipelagiens. C'eft ainfi qu'on 
VDjfOU: en^ difitrences parties de l'Eglile un 
igrand nombre deperfonnes élever leur voii^ 
oc porter un tem(^nage public contre iecri» 
.me des novateurs. 

. La M. Il me femble qu'il y avoit un re- 
jnedc: à tout cela , & même ce remède n'étoit 
pas bien di£5cile^ lé P. General des Jefuites 
n'avoit qu'à obliger. Molina & fes confrères 
de retraaeF & d^bandonner leurs nouveau- 
tés. Par-là toutauroit été bientôt termmé^ 
car? on dit que chex les Jefuites le General a 
une autorite-abfolue. Des gen^ qui ont de 
lÙprit, qui font fi prudens & fi habiles, 
pouvolent-iis befiter à prendre un parti finer 
^ceflSûre & fi avantageux à l'Eglife & à leur 
Société? 

. Le CPlufieurs célèbres Jefuites étoient de 
.cet avis. & ils vouloient que Ton abandon* 
tÂk MoUna à fon mauvais fort^ il y en eut 
même un nommé Heiuique^ qui porta du 
Jivre de Molina un jugement bien remarqua- 
■Uo», Dans les deux Cenfures qu'il en fit par 
P 7 ordre 



ifJio rerHéreuàm fii^lk: Ent&. XIIT. 
ordre du Pape , il accufe Molina de bla&he^ 
nier ccxitre les biaa Pères, £c de refiiioter 
les erreurs des PeUgiens fie des Demipdft* 
-neos ; il ajoute que ibn-Uvre frefê^ Is vêk 
s FAnUchrifi , par fagtàâtim Mme isumdk 
il relevé les forces naturelles dm lihe éamtHy 
emstre les it^ites de Jefas-Cbrifi^ les fecmtn 
de U ffTMee & U fredefimatkm ; fie il finie 
en diiànt que ,/ une telle deSMne vieMS à être 
fimtenne fer des hommes Mdr^s & t^tffant^ 
^i fiieut membres de quelque ordre relipemsy 
elle mettra toute PEgûfi en feril ^ é* confira 
la ferte d'un grand nombre de CatboUqun^ 
Les coûjeârures d'Henriquex. n'ont été que 
trop bien vérifiées par révenement) mais des 
avis fi iàges ne fineoit point tcomé^ Un 
miferable poinc d'faonQeur doitt ki peribniNSi' 
de Communauté fie iisr tout les Jefuîoes ne 
font pas moins jaloux que les gens du monde , 
l'emporta fur tous les mociâ de religion 2c 
de prudence^ fie il fut refblu entre le P. Ge- 
neral , fes Âffifbuis, fie les gros bonnets , que^ 
la Société en corps prendroit Élit fit cauft 

g>ur Molina , pour (on livre fie iâ domine, 
es ce moment , tout ce que les Jâfuices 
«voient de fcienoe, d'kabileté, de Ëtvoir-âttre 
& decredit > tout cela fut mis en oeuvre pour 
Tavancement du nouveau fyftême ; fie com« 
me ils s^appercevoient que les cenfutcs des fa- 
cultés de théologie alknoit être confiroiée»^ 
par les jugemens des évêques de Flandres fie 
éù grand Inquifiteur d'Ëfpagne, ils fe t&te- 
«nt de prevcaiir un cfotip îi redoutaUe: ils le 
fervirent des prétentions ambicieuTes de h 

i;88. Cour de Rome nour obtenir de Sisrte V. 

1/94. fie de C3ement VIII. des Lettres, par Irf- 
quelles ces Palpes fe refervoienc la ooMoiiStsir 

ce 



PifitfrnubfifeMjlUe. Entr. XIIT. 351 
ft 8ç k jugcmcDC âa conteftations, & îm*^ 
pofolçac UQ rigoureux filence far ces made- 
«Q aûrordresrdirienz , auxiacultés decbeo^ 




«i . . 

fit éi U doSrmi cbretiempre; é* q»e eelm 
wt^êftitiit à sMCMM mttre. Voila le fruh du 
itefe de la 'Cour de Rome à faire valoir des 
Âpits cUflaeriaues; die renverfè les règles 
dol'EjliUè^ & dépouille les évéques de la plus 
eflbitidle de leurs prerc^acives. 

XiT itfl n eft vrai que de pareils commen- 
eemeos fimt ficheux. parce qu'ils font crain* 
die pour la fiiite.. Mais, pounrft que les 
]Pipes aiqportaflet£ tout leur foin pour bien 
lùger GCCte aSaire , y avoit-il un fi grand incon* 
.wueiit à impofer filence au^ deux partis qui. 
éa^imicnt emèmble, tandis qu'à Rome on. 
nvaiOoît ft décider les queflions agitées? 
. JjtCy N'eft-ce donc pas un grand incon- 
vetuent que d'outrager la vérité, de la rc« 
duire au iilence, & de la mettre au même: 
rang, que Terreur ? N'efl ce pas un grand in- 
coaireoienc que de fermer la bouche à ceux 

Ïi enfôgpenc la dodtrine de l'Eglife , & par 
de ralleutir leur zde, de privet- les fidèles 
Â^liimîeres qu'ils pouvoient recevoir de ces 
fluniilies zélés , & de donner aux novateurs 
k tems de répandre leurs erreurs, de de for- 
tiicr leur parti? En évoquant l'afFaireà Ro< 
aw^ Ja dedfion fe trouvoit reculée de phi-* 
fi£un années, & pendant ce tems-Ià, on fe 
fiîDiliarifbit peu à peu avec la nouveauté, 
& on s'accoutumeîfc à vivre avec des mon- 
ftrcs donc le premier afpédl avoir porté Tef* 
fcoi dans les efprits : on ne pouvoir pas s'ima- 

Eir.cr 



3$2 rêPitifr§$ubâ-fif^k.E}xrK.XIïS: 
gu^r qu'une doârine eofdgnée par deâ. prê- 
tres & des religieux y & dont le Pape âyoit' 
empêché la ccfidamnation . qu'une paieflle 
doârine pût être pemicieufe ; & àit^ peni^i 
dant que la .Cour de, Rome fàilbit fonner 
bien haut ion autorité^ les fidèles êtokat- 
cxpofés à tomber dans, les pièges des nouveaux 
doâeurs, & à prendre pour guides daùs h* 
voie du £dut 9 des aveugles qui i^étoient pxy 
près qu'à les faire tomber dans'^le precipipR 
di on a voit refpeâé les loix de l'Ëglife, JS^ 
que la Cour de Rome n'eût pas empêche kà 
érêques d'ulèr d'un^droic attaché à leur dî^ 
goité , les nouvdles opinions, auroient été 
condamnées pp: les^évêques dans ks lieta oïl 
ielles avoient ofé fe produire^ par là les fidè- 
les auroient été avertis de fe donner de ^de 
des feduâeiirs, en attendant que le. Pîrpe 
confirmât le jugement des évêques , &: termi- - 
Bât. les difputes par une fentence dtefinitivt^ 

Le M, A vous entendre parler , on croi- 
roit que dans ces dîiputes il àuroic été qaefljon '. 
des vérités les plus importantes de la religicHi ^ 
& que les Jefuites auroient,déclaré une. guer«» 
re ouverte à ces fidntes vérités. Mais com- 
ment feroit-ilpoffible que la Société en corps - 
eût entrepris de foutenir la doârine de Mcb^ 
lins, y fi elDe eût été. fi mauvaife? Oyelle ap- 
pjuence qu'une Compagnie fi nombréu(è,qul . 
rcnfermoit beaucoup defiivans hommes^ eût 
embraflë des erreurs capitales, dans un tems 
pûi'efprit & les. maximes de S. Ignace dé- 
voient être encore en viguçur ., & où fg» . 
èxemples.étoient tout recens 2 car on m'a dit 
que les Jefiiites 'n'étoient au monde que de* 
puis environ, deux cens ans. 

Le C. Q eft vrai quç. c'eft une choie qm 



nMÊi nwAé fimJlbU. Entr.XUI. 3f{ 
lal^ord paroit hkn étonnante^ de voiries pro^ 
vb$ que rerreur a £dt parmi les difciples de 
«^nace^&.psclque de Ton vivant^ ficarec 
|i^ midîte l!erprit> du monde s'y eft ixt- 
rodiiîc ce. en. a t^uini r£^ric de Dicu^ de 
aanjere qu'ils en font venus à s'efibrcer de 
cDveribr la deârine de l^EgUfè fur un nomr 
m, dç points des plus importans. Mais fi 
'on examine attentivement & à la lumieit 
le l'Ëvangile la conduite de ces nouveaux 
IpAcurs, M motifa & les vues qui. les fai« 
bient .agiii^ & les moyensqu'ilsemployoienC) 
l^faiODement ceflèrar Vous a'ignorez pas 
Opoahien l'état des pafteurs fie d^ miniftrei. 
de^PEdiièeft relevé ^ combien leursfbndtionf. 
Iboc laintes fie divines y mais auffi con>- 
Um elles fimt periUeufe^ l'Eglife dans ua^ 
Qxicile gênerai les appelle un &rdeau redou*- 
tiUe aux. Ai^es metnes ^ onus nngeUcis hu^ 
wmsfarmidamhm ;, c'eft-à dire qu'il faudroit 
totauffi pur fie même plus, pur que les An- 
ns pour s'approcher fi près de Dieu, pour 
nire en qudque fone la fonâion de media«> 
tçxtt fie d'intercefièur pour les hommes, pour 
k charger.de la conduite des âmes, &.de 
b d^poi&tian . detf faints myiteres , en un 
mocpourtenicla place de Jefus-Chrift le Mé- 
diateur des hommes fie le Pontife fans tache: 
mais s'il n'eft pas pofiible à des hommes fbi- 
. Ucs , revêtue d une chair corruptible , d'appor- 
. Xft une fi grande pureté-, que doivent-ils fai- 
lieautre choie, ^ finon de r^arder avec frayeur 
.ug, état fi fiûnt fie fi releva, de s'en juger 
ipfdigpes y de s'en tenir bien éloignés . de trém- 
ie lors, même qu'il paroit que Dieu, les y 
ippelle y . de, s'approchiçr avec, unc^ conviâdon 
iU^JM agi kuir oçu^C. fie; de>ur corruption, 

& 



«54 VMtttmJÉiJ^b. Eiffira. tSSÏ. 
Âc avec un ^céom ûmtEBxneasc <le cœnr^^ 
^'un Dieu fi faiDt,& qui decefte fi fort la 
orgueilleus , enfin d'apporter aux - feodtiofif 
jdu &int nuniftere un cœur pur, & qui ob 
<:bercfaeni l'eftime, ni la gloire hiunaine,m 
les avantages temporels, mais uniquement ft' 
i;loire<le Dieu & le (àluc des âmes. 

Le M, Ah mon Dieu ! fi on if ordonnohT 

Îrêtres que des perfonnes de cette iorte^qUB 
: nombre en feroit petit ! 
. X^C. J'en conviens: mais VKgJiSi ttt b*- 
roit mille fois plus beureufe^ & fi les jefid- 
ïtes avoient été dans ces dt^fitioii^, eUe oèr 
^feroit pas rediûce dans le depbrable état oâ 
jKHis la voyons au}oui>d'lKir^ mais h€to^uf& 
uen étoîent élcôgnés! Qae voit-on ^i eux, à 
s'en rapporter à leurs propres hiftoriensf 
Des gens très peu éclairés fur les vérités qoi^ 
&>n trame de la religion ^ qui, parce <^'ikireF> 
fentent en eux^^mêmes quelque xde pour k 
lâlut des- âmes , s'imaginent être demnés dé 
■ Dieu pour renouveller l'Eglife , & ne trou- 
vent aucun empbi, aucune fbnâion au de& 
fus de leurs forces , des gens qui recherchent 
avec ardeta: les places les plus dangereufii^ 
qui fe chargent des collées., des fenikiaires> 
de la pred£ation de l'Evangile, de la con- 
duite des âmes; qui ambitionnent d^être les 
eonfefiëurs des Empereurs , des Rois , des 
Princes, des évcques & de- tous les grands^ 
ièigneurs; des gens qui ont un foin £c une 
' •drefiè merveiUeufe pour fe procurer tous 1er 
avantages temporels, i'eftime des peuples, la 
coniSance des grands, de bonsétabliflemens; 
des ^ns enfin qui fous prétexte de la ^oire 
de Dieu paroifiënt uniquement occupa à 
te«l«, à^uidir, àenrichirleurSoctot^ 



WMtffifubifinfUi. Entr.XIII. 959 
% fiiiit avouer quekurs travaux apoftolique» 
■*^oiit pas été inutiles V car s'ils n'ont fait 
•Hcun bien (oOàt d$n8 TEglife , au moins 
•fe-i certain que par ce moyen la Société 
fé& répandue dans tous les pays ds moiide 
irêc une prodigieu(è rapidité , qu'elle y a 
iqoia dans l'efpace de quinze ou feize ans 
vie multitude d'établif&mens, des richeflès 
immenfo Se un crédit (ans bornes. C'eft 
Ken dommage que les Apôtres n'ayent pas 
tu le même ftciet^ & qirau lieu des perfi* 
€Qtk«8) des prifons^ des fupplices, des ou* 
imfiB, & de tous les mauvais traitemois^ 
Wraiiek ils ont été expofês, ils n'aient pas 
prfe procurer les honneurs 6c les ricbeflès 
éç ce monde. Cela étoit refervé à ces nou- 
^pçapz Apôtres plus induftrieux & plus habi^ 
In que les premiers. 

' Le M, Urne femble que cette eftime ge^ 
telle, ces richeflès, ce grand crédit qiriîs 
ÉQt acquis en li peu de tems , tout cela fait 
letar élc^. Car s'ils avoient été aufli mau* 
M» que vous le dites , fe feroit-on fi fort 
Mqpreflë de leur donner des marques d'efti*; 
fie & de les combler de biens ? 
^ JLr C. Crovez-rvous qu'il n'y ait que lapiô^ 
té, k (àintete, en un mot le vrai mérite qui 
kdrent l'eftime & les carreflcs du monde ? 
Ëè moyen le plus fur au contraire, n'eft-ce 

Cl de flatter les hommes dans kdrs paflions , Luc. vi»&a. 
leur facUiter le chemin du ciel, oc de leur 
apprendre à &tisfaire aux devoirs de la reli-^ 
un , ians reformer le fonds de leur cœur : 
er ToUà ce que firent les Jefuites. Mais en 
lil&Dt leur conduite à Técart ,^ eft- il bien 
fti p rena nt qu'on les ait reçus avec tant d'em- 
yi ^anent , & que ks gens de bien mêmes 

ayent. 



3%6 Vert^ rendue, fennie. ÈNTR. Xlff. 
ayeiit conçu tant d-dtitne pour eux ,dans^u|i 
tems où la face der£gli(è étoit toute défigih' 
rée par l'ignorance & p^ h corruption d^ 
^ OBiœurs? On-.cherchoit.despçrfonnes quicuP 
(ènt le zde & la capacité néceCTaires pour ior 
ftruire les fidelles ^ & pour les porter à me* 
ncr une vie chrétienne ; & on croyoit avoif - 
trouvé Tunôc l'autre dans cette nouvelle e(per 
ce de religieux , avant que de les connoîtr^ 
M^s au refte il ne faut pas que vous croyie?l 
que ces Pères. fuITeot gener^ement applaudîii 
& eftimés. Il y eut beaucoup de perfôonei 
zecommand^bles par Jeur.pieré^ par leur fcien- 
ce & par leurs digpites^. qui augvu-erenc trèi 
mal de la Compagciie de J^us , entr^autra 
Melchior Canus Prélat Efpagnol. Ce grand 
théologien qui étoit regardé comme une dcf 
lumières de rEfpagne, voyant la conduicp 
•des Jefuites^ le;Lir OŒ-effe pour s>infinuer chez . 
les Grands, leurs intrigues dans les Cours dfli 
Princes , leur manière de vie toute fii^ulicre, 
fcar ambition deraefurée & leur avidité pow 
acquérir des richeffes , les regardoit cominie 
te precurfeurs & les emifTaires de l'Aott^ 
chrift 5 il étoit perfuadé qu'ils étoient ces fàiuc 
i.rin.i]W!ipotres. qui. doivent, félon la prediâion de 
S. Paul,, s'élever dans les-, derniers tems; & 
il fe croyoit obligé d'avertir tout le rnoode 
de fe donner de garde de leurs artifices : en- 
fin la pénétration de fon efprit lui. faifoit pre^ 
voir qu'il viendroit un ttms^oit /es RoûvoU' 
droient rejtfleri cette Société ^ ^ ne le foutr 
rotent. Si quelques • perfonnes de mérite 
avoient cette opinion des. Jefuites-en £^- 
pie j en Flandre il i^. avoit pobt de parta- 
ge à leur fujet : les Evêques , le3 cures^ les 
imiveriités^ les religieux^ les grands & lès 



VêrlièrêmimfinfUf. ÏNtR. XtIL %^ 
wdts écokoc parfiucemetic d'tccord ^ tout 
iSâcverent contre ^ eu, & rendirent k>ng« 
nraf inutiles les efibtcs réitérés qu'ils fàifoienc 
pour 8*étaUir dftns ce pays. 

Xe JH Mais du moinsen Fraijice il paroic 
ffOs ^dnt^ £06 très bien reçus, car ils v cmt 
qn srand mnnbre de maifons & de collèges^ 
À: n^me imble qu'ils fe louent fort de ridh 
fcâîoa que les Rois & lès peuples leur ont 
laaoipiiee. Ce que Je fais bien, c'eft qu'il 
T a vmgt ans ils avoient l'^ftime & la coih 
isiice & prelque tous nos compatriotes. 

I«r C» 11 cft vrai que la France eft le pajm* 

ta on leur a rendu plus de juftice , & on les 

a traités vraimant iclon leur mérite^ c'eft*à 

-are qu'on les a rqettés avec horreur comme 

des hommes^pmiicieux à r£glifè& à l'Etat. 

ta Sacultô de theolc^ de Paris s'étant af* 

fimblée pluGeurs fois par ordre des premiers 

MfigiftratSjpour examiner les Bulles des^Pa- 

fes que les Jefuites produifoient en leur fà- 

ttur, après les avoir fUifteurs fois lues^ te* 

kti.,. iy mûrement examinées peTtdantflufieurt 

wtès^lufieurs jours érplufieurs i&eirrex,pronc»iÇa 

CD^ fonji^ement,«^*«» commun avis^^nm 

tliffiuttmeuS unanime. „ Cette nouvelle So- 

,,-GÎeeé, dilmtlesdoâeurs, nousparoitcon* 

n traire à l'honneur de la profeilion mon^« 

n que... Elle eft très propre à occafionner 

], fapoftafie... EUe ne peut occaGonner que 

,1 des troubles & des diflènûons , & cau- 

»*fir des querelles... desjaloufics 8c des fchif> 

p mes. Toutes ces chofes , 6c plufieurs au« 

,, 9es encore murem«it examinées & dili- 

], gpmmcnt conQderées , cette Société nous 

9 paroit eutremement dangereufe font ce ijui 

n couarmlsfûy ennemie^ lafaïxJe PBgU 



^^'é VififfreMamfftHj»^. iSiYTit. JlliJ 

^yfi^funefie i Pétât itnmafii^Uf ^ ^ 
„ firàhh phtot Tfié pciïïr la rwbte fte 
^ PéMfication des pdeks.^ ^ Voïà ce <] 
Sorbonne a penfé dès le coiamat i bement 
chant lés Jefoité^ ^ & voflà poÏK^iioî il 
eu tant de peine à obtenir a penxïffî 
s'établir à Paris & dans la refté du royia 
£fi vain par leurs intrigues ils ôbtiiU 
difiërentes repriiês des lettre» patentes d 
Rois, le Parlement de Paris refufacoD 
ment de ks etlr^ftrer: il (cmble qu 
magiffaats pnidens ^ de zélés pour le bic 
hKc prevoyoient ks maux infinis fjà 
hommes dangeteuir dévoient cau(èr à T! 
<:ar après plus de vingt ans de refiftanc 
JVoyaiK toujours preffés de confentii^ \ 
cubliflèmcnt , ils ne purent s*y relbi 
mais ils fe contentèrent de renvoyer la 
ùofù. de cette aâilire aux évêques qui éi 
^rs afièmblés : les Jetiittes fureat admiii 
le Royaume, à condition qu'ils feroier 
.rierement foumis aux évêques, & qu'ils ri 
ceroient aux privilèges excefSfs qu'ils a\ 
obtenus des Papes \ ils promirent to 
qir'on voulut, bien refolus de n'en rieni 
qu'autant que cela conviendroit \ leui 
terêts. £n tout ceci la conduite des , 
tes nous fait voir des hommes habiles^' 
grands politiques qui vont droit à lem 
^ns fe rebuter des difficultés , & qui pa 
patience infatigable, & par tous les s 



ikiM dadtamir vdSv rf efenfc urs de tontoi 
I prétendons^ Romaines ^ ib ftmdennenc 
HMlihlUlé- da^ Pape, fon pouvoir fouve* 
to & iA)fl)lU far le temporel, flt fur le^- 
■kI, fir tn mis & les empereurs, comme 
■ \m év€qpfa } pour leurrer le Pape , outre 
it fwrar OTdinaires de refigion , ils en font 
»qQMari«M de lur obâr ea toutes cbofes^ 
M de mtoiore que ce Toeu ne les engage 
■iBHitAl quf fit jugent \ propos; Quand une 
ib ib om mis la Cour deitome dans leurs 
■bIw, ilkur eltaiië de s'établir dsuis les 
qFi^ou' cette Cour ocerce fon empire par 
iVÊOa^ de nnqmfidon^ VoVït, qu'ils font 
f i fiiigiiiîr gratuitement leur ouvre la porte 
^dTautres endtaics^ & lieur fidt donner des 
Tnfcftcr^ dies (èminaires & des univerfitési 
■Bn Vil 7 a quelques endroits où Ton s'ob* 
Hnr k les rejetter. ik trouvent moyen de 

e' lies princes , dis s'iniinuer dans leur con- 
,& de furmcnterpar des coups d'auto- 
ÉÊ h refiftance des Parlemens , des £vê- 
MB|. des- univerfités. Voilà queUes ont été 
tsk ailuiies de cette Société dès fa première 
■Wm : £nit41 avoir un grand difcemement j 
InAre beaucoup de reflexions, pour fentir 
cmUeir tout cela eft oppofé à Tcforit de la 
riUm: & aux maximes de rEvangÛe ? 
< £ff iffl Je vous avouerai que j'avois un 
fis meilleure opinion des premiers compar 
fH« de S. Ignace \ mais malgré tout ce que 
«DUS nous en avez dit , je ne reviens pas «1- 
axe de mon étonnement \ ^car enfin pour- 
fBSi des hommes fi fages tSc fi habiles au« 
«oknt-ib rifi^ué tout leur crédit, & toute la 
fanunodeliBur Société, cnfomenantréiour- 
ArtB 01'la.fetcife d^ùajRarticalier? De^ gens 

iea- 



\So VeriffrembfefitifiHe. EtXTK. XUÏ; 
tenfés- & qui entendent bien kOrs tOûtrèà^ 
Icroicnt-ils une pareille faute ? 

Le C. Oui , uns doute, ûDieu les aSta- 
donnoit à leurs ténèbres ; ear il n'y a poibt 
d'igaremenc dont les hommes laiiiés à eox» 
mêmes ne foient capables. Mais je n'ai M 
befoin de remonter jufques-là, pour vous net 
re vcnr qu'il n'y a pas fujet de s^étonner^qoe 
la Société en corps ait pris fait & caufèpoor 
^olina & jfes complices; il fuffira. de vous 
idire que ces particuliers ne faifoient que&i^ 
vre les intentions dela^cieté, ou du moios. 
ide ceux <}ui ia < gouverooient & qui en^toîait 
Tame. Des troupes bien réglées ne oom^ 
menceront jamais le combat fans ordres ds 
celui qui commande : il en efl de mêtne chsA 
les Jeiuites y l'autorité du General efl ahfb» 
lue^ & les particuliers n'entreprennent rioi ^ 

2[ue par ordre, ou du moins avec approbatîai . 
es fuperieurs. Après cela il n'eift pas-fiirp l 
prenant que ces mêmes fuperieurs ibutieo- L 
nent avec tant de zde des gens oui ne fiflC l 
coupables que d'avoir été trop fideks à leur k 
obéir, r 

Le M, Ceft-tà-dire donc que les che&'dc '^ 
la Société, ceux qui donnoient le branle.i -^ 
ce grand corps ,^ qui en conduLfotenc ks dê« | 
marches, avoient £ut cpn^lot de fubflkutf ^ 
une nouvelle doârine ^ la^lace de celle qui ^ 
s'étoit confervée jufqu'alors dans l'figlilfr , 
C'efl Une entreprilê bien hardie & bien cri- « 
minellc ^ mais y a-t-il d'afTex fortes preiivci 
pour en accufer les Jefuites? . j 

Le C. Malheuremement on n'en -trouve \, 
que tfop , quand on jette les yeux fur l'hiftoi- - 
re de la Société. On y voit que >du vivant \ 
même de S. %nace , Lainez ^ Sabneroo 

deux 



box de fis pieouérs compagnons, fe trod* 
wc «n Conak et Trente, y découvrirent 
r^mauva» levain doht ils étoîent déjà infe- 
téi ; ils voukrâit qifoû change&t dans un 
Mortt du GcMidle 'quelques e5çpreifions qui 
Ittquait PopeMuion de Dieu fût le libre âf* 
1^ ou la volonté de Phomme^ pour la pôr* 
V au bien. Mus lorfque Laiiiez , après la 
iorc de S. Ig^ce, fut jMrvenu à force de 
M^ues 6ç d'intrigues au Oeneralat de la So- 
teé,reneur y fit bien d'autres progrès. Daûf 
fJÛÎbinlHée géherak qui lavoir choUi pour 
icotàgr à S. Ignace , on fit un Décret qui ,^^^ 
Àété que trop fiddement obfervé. S. Igna-» ^ 
toâvoit ordonné de fuivre dans la théologie 
IfedoâfiDe de S.Thomas, qui eft univerul* 
hment approuvée dans rfigUfe : Lainez , èa 
pamiirtliia ce Réglementée , en fàifant fem* 
Hm^ de le cnxfirmer , y rajouta une exce* 

Kifal aB»it à ie détruhre entièrement , Ce 
t ^ ter m è aje d'enfeîgner à la place de S. 
mÊoàmy np/t nouvelle théologie ^/kt ac^om^ 
iÊ$M ou "j^ convenable au um^ c'efl-à* 
dbe idl» pro^ à inftruire les fidèles , & à 
compattre & èoilvertir les Luthieriens > les 
QUviniftes & les autres nouveaux hérétiques. 
-X» JK Mais le Décret ne dit pasapparem- 
qndleeft cfette nouvelle theolo^e qu*il 
X de fubftituer à cdle de S. Thbmas; il 
: même qu'il n'en pairle'què comme d'u- 
be dioriè^ui n'eft ni refolue, ni prochaine. 
- X.r'C. Ge que le Décret ne dit pas, l'éve» 
nement le dit aflez. En efifèc tandis queVoii 
nannet felemhellement de fubftituer à la <!o* 
ârine de S. Thomas une nouvelle théologie 
flm cowveniAk Oi iems ^ on apperçoit prëf- 
qnb en. ta^me tems un-Corps , ou ûû Qrfte- 




^«2 Vtriti rtniue fenfibk. Entr. XHL 
me de nouvelle doârine qui fe répand & s'ea* 
feigne dans la Société ^ qui peu à peu y prévaut 
fur l'ancienne dodfine, qui fe produit enfiii- 
xe au grand jour y &c que la Société entière 
adopte & protège de toutes fes forces. Le De-. 
creteftfait^n 1558. & Molina nous apprend 
qu'il avoir enfeigné ks nouvelles opinions dans 
<des difputes publiques . dès l'année 166^1. or. 
pour être en état de les enfeigner, il fàlloît 
qu'il les eut inventées quelque tems aupar»* 
vant, ouxju'il leseutapprifesiie quelqu'autrcL 
IM'eft il pas viûble que le Deccet de iÇfS. 
itoit une eipece de iignal donné aux inven-. 
tcurs des nouveautés , pour commencer ce 
long & opiniâtre combat qui dure encore au- 
jourd'hui. Pendant dcnviron jEireme ans cxq 6. 
contente d'attaquer en fecret l'anciennç <k>* 
ârine,.£c de répandre iburdemoit la nouvelle 
té y maislorfqu'on croit avoir m>uvé ktcDm 
favorable, on déclare une guerre ouverte atnr 
vérités de la foi par des tnefes bc des livra 
imprimés. Jugez après cela ii on a tort d'ac- 
culer les Jcfuites d avoir formé un compkx & 
une confpiration contre la vérité. Mais ua 
célèbre ouvrage ^ publié en 16&6. par leP« 
Aquaviva leur General, nous prouve d'une 
xxîaniere encore plus évidente cette confpira- 
tion 6c ce malheureux complot. Cet ouvrir - 
ge intitule, Règlement four Us études y étoîc 
Te &uit des réflexions & du travail des plus 
habiles Jefuites que le P. General avoit ailem- . 
blés des dififeenres parties de l'Europe, & il de- 
voit fer vira dcmnar une forme aux études de 
la Société , £c à en fixer la doârine. Rien 
par jsonfoquent ne devroic être plus clair & 
plus précis qu'un tel ouvrage : on devroit y 
firourer des inâruj^ions lumincufes qui apprifr 

fCDt 







^mtéwf fenph. Entr. XIIL ^ 
à difcçrncrladodhrine qu'on doit {nhnt' 
se ceEc qu'on doit lejcctcr. Mais <fdl 
fc contraire : on y apperçoit le vrai c»- 
fe des Novateurs ; on y voit des hom- 
qui n'ofcroicot s^cxpliq ucr nettement , fc 
les mauvab fenticncns échappent naai« 
is ; des hommes qui s'embarra/Tcnc & 
ortillcot dans leurs ex'preffions ^ 6c qoi fe 
lamnent eiix-mcmcs par leurs contmdi- 
as5 qui en témoignant un grand rel|)eft 
r k doétrinc de S . Thomas , permettent de 
Écârtcr dans des points cffcntiels : dcsgpnt 
ayant entrepris de détruire la vérité , fc 
knt Taitraquer à découvert j employent pour 
Kiilîr la rofe & FadrefTe : enfin on y voit " 
Is font les changemens que les Jefoites vou- 
!ït faire dans k théologie j afin de lai-eii- 
fïus propoTthmtée au tems ; & que Cela 
«luit à y introduire les pernlcieufes nou- 
iités que MoUna & plafieurs autres Jefui- 
repatidoîent alors de toutes parts* 
[*e M. N 'y auroir-îl pas moyen de Ëivotr 
peu en quoi confiftoient ces nouvelles opi- 
ns ? Ôe ne pourriex-vous point nous don-, 
fiir ces matiereSj des inftrudions qui foienc 
t portée d^tous ceux qui ont rhoaneurdc 
as entendre ? 

Le C. Puîfqu'il eft quellion de vous pre- 
inir contre ces nouveautés, il faut bien 
Ufi les fiaire connoirre , afin que vous puif- 
t vous en donner de garde. Quoique cei 
tticres foicnt relevées , & fuTceptibles de 
lucoup de difficultés & de fubdlités,.lt» 
fuites ne laiffent pas de répandre leut do- 
rine- & de rinfînucr aux fidèles en mille mt- 
dans les mftrudîons particulières & pu- 
^ Coux l qui Dieu â fait la graCé 3é 



5^4 y^i^f »'«*^ fnfUe. Entr.XIII. 
conferver l'andenne doârine,.&de combae- 
tre pour ùl defieofe, auront-ôls moms de zdc 
pour faire connoitre la vérité , que les nova- 
teurs n'en ont pour répandre leurs erreurs? 
En ufer autrement ce feroit une negl^enoe 
puniflàble dans laquelle je ne. veux pas tom- 
'her. Mais avant 91e de vousexpofèr lesopê 
nions publiées parMolina,& adoptées par k 
Société y je crois devoir vous dire un mot des 
diQ)utes qui ie bpl élevées autrefois dans 1!E- 
glifë fur h même madère, c'eft-à-direfinr iâ 
manieredont Dieu cboifitfes élus, &fiirki 
joaoyens qu'il emplove pour les conduire au 
boiàieur éternel. Ce fut au commencement 
du cinquième ûede de l'Eglifê que l'on vit 
naître une berefîe, dont les fèâateurs furent 
^BommésPelagiens,.à caufëdePel^eleurdief. 
Ces hérétiques , ibuç prétexte de conlèrveck 
fiberté de lliomme^ aneantifTcient le bienfint 
de kj-edemptiondeJefus-Chrift. Ik detmî* 
vfôient le péché ori^nd: ils fbutenoient que 
nous naiflbns dans l'innocence, exemts de ton- ! 
te fouillure du pecbé, enfbrte que les enfims 1 
qui meurent dans cet état n'auront rien à lôof*- j 
jrir dans l'autre vie, £c feront étemellemott ; 
dansunlieu de.repo5,maisiiorsduci£L Ikre- \ 
connoiHbientquel'honmiéà'beBinkiuièooois J 
de Dieu pour faire le bien, & ikdonnoîeot j 
à ce fecours le nom de.grace^ mak ik pre- ^ 
tendoient que la ^ace ne donnoit que /?/•»- j 
y oit de faire lé bien, & qu'elle n'operoit pai \ 
le fvouUnr^yët^''^'^^ le bon mouvement de j 
ik volonté, en im mot que Dieu nepouvoîc 
.pas déterminer k vokmteà unebonne a^oo^ \ 
j)arce%qu'a]ors k volonté ne fëroic pas libre; '^. 
•que k grâce ne produit point en nous k bon- J 
me volonté, ^u'eUe ne nous fait pas fiire k 



FMà/nmiÊêretifiHe.EsrK. XIII. ^6$ 
lMeii,,qqe ce n'eft pas elle qui décide de nos 
bonnes oeuvres j. & que c'eft à la volonté de 
Phomme à fe déterminer eUe-même en premier 
à fiuure le tnen^ quoique toujours accompa- 

£Ee de la grace^ que c'ell à elle à décider 
bon u&gçde la giace , & qu'elle eft elle-me- 
me k caufe unique de fk coopération. 

Le- M. Je me ibuviens d'avoir quelquefois 
caiendu parler de ces hérétiques; mais il me 
fanble avoir oui dire Qu'ils étoient ennemis 
deJapiracedeJefus-Chriit^ & qu'ils n'en conh 
fcflbicnt pas k necefficé. 

LeC. Êdan'eft que trop vrai^&neanmoiiK 
ce que je vous id dit n'eft point faux. Les Pela* 
ffKDS reconnoiflbient autant d'efpeces de grâces 
qu'on vouloit, pourvu que l'homme demeurât 
toujours libre de cette liberté fou veraine & in- 
dq^endantequ'ils lui attribuoient, pourv fi qu'il 
CMfervât toujours Pempire fouverain de fcs 
iâions^enferte que l&confentement àla grâce, 
o«le bm uâge de la zrace fût k portion refera 
vée à fit liberté. Ceft-à-dire qu'ils reconnoif- 
flîcnt toutes fortes de grâces ^ excepté la vraie 
gnce de Jefus-Chrift y cette grâce qui incline 
aocre volonté au bien, qui nous fait aimer la 
ki de Dieu, qui nous fait marcher dans k 
medefescommandemens, qui crée en nous 
iiii'>coeuriK>uveau & un efprit nouveau, cette 
|itce que S. Âuguftin ap^élc Tm/firation Je 
fm nêm y te dont il dit que ceux qui ne la re^ 
conooi&nt pas ne méritent pas le nom de 
Chrétiens, mais doivent être r^ardés com- 
aie à» Juii8£ parce qu'en eâèt le malheur des Rom. ix. 
Jw&> lUonS. Paul, a été de s'imaginer qu'a- 3 1- 3». ^c-î* 
fant reçu k loi de Dieu , ils pouvoient l'ac-^ 
oomplir par leurs efforts ùm aucun autre fe* 
^> « qu'aii]£ ik n'ont point eu recours 



^66 Terité rendue fenpie. Ei^TB.. XHI. 
«u Médiateur pour obtenir de Dieu par Tes me* 
rites la véritable juftice. Ceft donc avec rai- 
fon qu'on regarde les Pdagiens cocaïne enne*- 
mis de la grâce deJefus-Cbrift : puiTquetan- 
^ qu'ils en admettent le mot ^ ils en rèjeâ»Qt 
la (unification & la realité. En effet (elo& 
leurs idées on ne pourroit pas dire aux fidc- 
XfkeT. II* 1^ ce que dit S. Paul, c'eft par la grâce que 
». vous êtes fauves , puifque ce n*cft point la 

g ace qui décide dans Taflàire du Ëdut. U 
udroit plutôt leur dire que c'eft par leur pro- 
pre choix, par leur liberté qu'ils fontfkuvé^ 
& que c'eft à eux-mêmes qu'ils font redeva- 
bles du bon ufage qu'ils ont £ût du fecooi» 
de la grâce , & par conlèquent du fàlut qOl 
cft attaché à ce bon u%e. 

Le M. Je ne comprenois pas d'abord tou^ 
te Timpieté de cette dodrine xies Pelagiensr J 
mais il eft bien clair que félon leur fentimenf,. 
c'eft l'homme qui par fa liberté décide de fon 
falut éternel; 6c ainfi c'eft à lui & non pas ; 
à Dieu que la gloire en doit revenir. ' j 

l*eC. Toutcdaétoit une fuite neceflàirc de 1 
leurs erreurs. Dieu, félon eux, vouloir éga- j 
lement ôcindiâèremment fauver tous les hom- 
mes, & il leur donnoit tous les fecours ne- 
ceflàires pour pouvoir fe fauver ; mais d'opé- 
rer leur falut & de fe fauver en eflSbt , ce- ■ 
toit leur afiàire : Dieu demeuroit fpeûatcur 
du combat, bien refolu néanmoins de re- 
compenferdans là juftice ceux qu'il prevoyoît 
qui feroient bon ufage de fa grâce, & de 
punir ceux qu'il prevoyoit qui ne jugeroient 
pas à propos de coopérer à cette même grâ- 
ce. Telle étoit la part que ces hérétiques 
donnoient au Seigneur dans le grand ouvra- . 
ge de kl rédemption des hommes > dans le j 

chois: I 



Or 



Vmtt nnéii fènpit. Emtr. XIII. 3^7 
choix des éhis y & dans les bonnes oeuvres pair 
kfquelles ils arrivent à la juftice & au falur. 
VoAlà à quoi ils reduifoient le myftere de la 
predeftinadon ; cela n'étoic pas difficile à 
comprendre, & ne valoit pas la peine de fe 
fecrier, comme fidt S. Paul, ê profondeur ^^^^ j^. 
^ trefors de la fagejfe d* de la faence de^^. 
JMf». Ce- qui avoit jette les Pelagiens dans 
f &;aremenc , c'eft l'ignorance où ils étoient fur 
Frat de comq>tion, defoibleOè 8c d'infirmi- 
té où les homme» font réduits depuis le pe« 
dbé d'Adam , & l'idée qu'ils avoient de ht 
liberté des créatures nufonnables : ils s'étoienc 
imaginé» que l'homme ne feroitpas vraiment 
libre , s'U a'étoit maître abfolu ôc fouverainr 
de bs aâions , s'il n'avoit le même pouvoir 
pour faire le bien que pour faire le mal, en- 
tant qu'A ne tint qu'à lui feul de faire l'ua 
pliKÔc que l'autre. Après cela ils n'avoicnt gar- 
de de reconnoître une grâce forte, puiiTante,' 
viâorioife, qui tourne le cœur de l'homme 
▼ers Diea, qui le fait marcher dans la fkin- 
Mé & dans la juitice , en un mot une grâ- 
ce qui détermine fa volonté , qui opère fou 
confqrircment, & qui décide dufuccès defe» 
combats Se de fes travaux : une grâce de 
cette nature auroit détruit cette liberté fou- 
vcraine qu'ils accordoient à l'homme. C'eft 
aiziâ que les* Pel^ens , en voulant afTurer là 
libertô de l'homme, le rendoient indépen- 
dant de Dieu dans la chofe du monde la 
fhis importante, ou plutôt la feule impor- 
tuite, c'eft à dire dans l'obfervation de la loi 
à laquelle eft promis le faluc étemel : par là 
ib fiulbieiit du libre arbitre de l'homme une 
dpece de divinité , & ils le plaçoient fur le 
duône donc ils faifoient defcendre le Très^ 
Q^4 haut,' 



%6% Vêtit/ rendit fenSHe. Ektr. Xm. 

hiAii: y piûfqu'ils rauiQient rbomme arUcw 
fouverain de la vie & de la mort, ce qiû 
dans les Ecqtures nous eft prefenté ccunme 
un caraâere de la divinité. 

Le M, Comment ^-t-il pu ft trouver des - 
k>mmes.aflêz aveuglas pour* donner dansda 
impiétés & des extravagances pareilles ? Le 
bon {pns & les lumières de la raifbn fu£5- 
roient feules pour étouffer des monftres fi hor* 
fibles. Cela étoit trop groffier pour ièduîrc 
des Chrqtiens , ou plutôt cela n'étoit prqpft 
qu!à iQur infpirer de Tborreur pour ceux spi 
oipient débiter de pareils blarpbeitne&. 

Le Ç. SileçPebgiiens avoient pippofêkun 
erreurs comme je viens de le ndre^ ils au? j 
roient révolté tout le monde. Mais quoique ^ 
dans le fond toute leur doârime fe réduire j 
i rendre Fbomme maître fouverain de 6xk 
•fort étemel, ils n'avoi^t garde de l'avouer, 
ni de parler fi nettement^ au contraire ib 
cmployplent l'artifice pour embrouiller les 
difputcs Se 'pour d^uifer leurs fentimens : ils 
;ivoient grand foin de dire que tout venoit 
éc Dieu , qu'on devoit lui rendre gloire 
de tout d^l!a£Eàire du iâlut, & que lapor^ 
don de Thooime n'étoitricA ou prdque rien« 
IPar leurs fubtiUtés ils feduifirent b^ucoup 
de perfbnnes qu'ilsfentraînerent dans leur hcf 
refie , & ils Iai0er4nt dans l'Ëglife uoe raô^ 
ne amere qui n'en a jamais été entieremenc 
arrachée. Cela ne doit poim vous étonner^ 
car cette herefie eft extrêmement ièduifiuue 
non feulement pour le commun des chredens» 
Biais auffi pour les perfonnes de pieté ^ par.* 
ce qu'elle s'accorde fort bien avec les tendbres 
àt notre raifon corrompue , fie avec Torgueil 
!|ui eft comme naturel à tans les hoaunes^ 



I 



; 



FMiirmSii hnphk. Entr; 3011. %$f 7 
tt qu'elle ippreu tux perlônoes les phislàin-- 
tel 4 ièooiqdaire,6c àfe confier daoseUei- 
aênies, dm leurs mérites, dans leurs bon- 
nes œuvres & dans leur propre juftice. Ou- 
tre oelt, die porte un canâere fîngulier : 
die reflèmble k ces poifons fubtils & pêne* 
ttios dont la moindre pircdle peut cauièr la 
mort, ou à-certaines herbes qui quoiqu'oii 
!■ ak coupées ouramchées, rcpouflent tou^ • 
joins de» quW en laiflè la moindre petioe - 
lidne... Dku qui veille fur ion ^^liie^ lut 
SDTOfa un puiffimt-fècours contre une erreur 

r' attaque la rdigion ju^ues dans le coeur^ , 
qui anéantit l%umilite^ la vigilance^ h 
crainte, la reconnoiflànce > la confiance en; 
Dieu, la prière 8c lesautres vertus chrétien- - 
nos qui ibnt l'âme & la vie de la pieté , & 
iâns le^uelles on nkdore point Dieu en efprit 
te en verttéc Itoppofii à cette fuperbe he* 
icfie le plus humble des dod^eursde fon Egll* 
iè, le grand S. Âuguftin, &il l'établit poup 
être le Doâ^r & le vangeur. de la p^cc - 
doitt il avoit éprouvé les clwrmcs viâ»rieur. 
Sou» la conduite de cet homme admirable 
TE^ife demeura viâorieufe: les emeurs des 
Pe^iens furenc^condamnées par*toutc TE-» 
diiê d'Afrique, par plufieurs Papes dont les 
dedfîons furent univerfellement reçues , ô^. 
|Bfin.far le Concile gênerai d'Ephefe. 

Le M. Pui(que cette maudite hcrefie a été 
élouflSe-tlepuis'tant^de fiedes,- je ne vois pas ^ 
pouiquoî,vous.vousarrête2.^à nous;, en parler.* 
Ce qui nous intereflè . c'eft d'être^ inftruirs 
dei vérités fur lefqueUes ou difpute de nos 
JMTB 9 mais pour les erreurs des ficelés par- 
fis , Jaiflbns. les dans Tabyfme où elles Ibnr 
tombées} ôc pilons Dieu que jamais ellesn'enr. 
fiutenc. Q.5 Led. 



jj7o yerHfttndaiffnfhh.%nnL. XlII. 
X^ C. Si le Pehtgiaiiiûne étoit toibbé âi- 

. tieranent dam l'abjfme , fie qcfil n'en dkt 
rien paru davantage dans TEglÛe^ à la boih- 
ne heure, od pourrait laiflor en oubli des 
erreurs dont il n'eft plus queftion; mais te 
triomphe de la vérité ne fut pas (i complet. 
Les JPelagîens trouUerent encore TEglife en 
quelques endroits , &S. Germain, la ^oire 
de notre patrie > fit deux voyages en An* 
gleterre pour remédier aux maux qu'ils y 
avoient caufes^ Outre ceÈi , à peine l'E- 
glife avoit triomphé des Pdagiens , qu'el* 
k vit paroître les Demipelagiens , qui rejet- 
toient ce qu'il y avoit de plus groffier cbms 
k Pelagianifme, fie qui néanmoins en rete- 
noient afièz pour mettre entre les mains de 
l'homme la aédfion de ion falut. Quoi- 
qu'après cent années de combats, toutes ce^ 
erreurs aient été condamnées dans l'EglUe, 
elles n'ont pas laiflë d'y reparoitre en diflfe- 
rens tems , fie en différentes manières , les uncf 
dansun tems, les autres dans un autre ^ mais 
îl étoit refervé à ces jours de ténèbres 8c 
de calamités, de voir une pui(£ince Socié- 
té de Prêtres 8c de Religieux empirer 
toute ibn habileté , fon crédit fie (es richdfe> 
pour faire revivre prefque toutes les erreun 
des Pelagiens. 

Le M. Ah L je vois maintenant pourquoi 
vous nous avez, parlé de cette ancienne he- 
refic ; c^eft que vous prétendez qu'eUe a beau- 
coup de rapport avec les nouveautés que ki 
enfims de S. Ignace ont introduites dansTË- 
gKfe de Jefus-Chrift. 

Le C. Vous y êtes: c'efl cela même; & 
vous en jugerez , quand je vous aurai rappro- 
ché l'ua del'atttre le Fchgianiâne fie le Mo- 

lini-i 



rffMrêmhefinfihli. Ektr. XIV. 371 
fioifine , c'eft^ànlire les erreurs Pelagiennog^ 
& celles quci» Tefuites ont embraflees, & 
que Molina tété l'un des premiers à publier. 
Mais je m'apperçois qu'il eft tems de finir ^ 
& qu'il faut remettre à notre première con<; 
nriatioa ce que f ai à vous dire là-delTus. 



ENTRETIEN XIV. 

Doffrhc des Jefuitesfur la grâce ^ ér 
Cm la manière dont Dieu contribue 
aufaîut de Vhomme. Leurs idées fur 
ces matières font aufft conformes aux 
erreurs des Pelagiens^ quelles font 

. oppofées k la foi de VEglife & k la 
doiirine des propofitions coridamnées 
dans la Omftitution. 

LEi Marchand. Je ne fais fi je me trom- 
pe, mon cher Pafteur: mais je m'ima- 
gine que vous allex nous parler aujourd'hui 
de choies difficâes, & bien fubtiles; & je 
ciains fort qu'elles ne nous échappent au 
moins en partie, malgré toute l'attention que 
nous pourrons y apporter. 

Le Cure*. 11 cil vrai, mon cher Mon- 
ficur , que fi je voulois vous inftruire de 
tootes les fubtilités, de tous les détours, & 
la £iuz-fuyans que les Jefuites ont employés 
pour deguifer leur doârine aux yeux des théolo- 
giens, vous pourriez ne les pas entendre: 
Biais cen'eft: pas là ce que je veux faire. Au 
contraire je veux vous expofer la doârine 
des Jdfuices dqpouillée de toutes les fubtilitéâ[ 
0^6 dont 



ûfi Vm$i rembtefenfiUe. Entr. XIVl 
éoDtilsrenvdoppeiic: jeveuTTOushmoD^ 
trer ftu naturel, tdle que les Jefuites W prê- 
chent au peuple, & tdle qiie|le* commun: 
des hommes la comprend. Or en la cmifi-* 
derant de cette manière, je pourrez vous dire 
en un mot qu'elle n'eft pas diflerentede cdle 
des Pèbigiens dont je vous parlois la demie- 
re fois. La preuve en eft imûble, c'eft que 
les Jefuites auffi bien que les Pekigiens n'<»it 
aucune idée de la corruptioa de lliotiUBe^ 
de ÛL foibleflè, & de fon impuiflànce à tou- 
te, bcqime oeuvre: les. uasv &ç les^ autres ren» 
dent l'homme pleinement & ibuverainemeot 
maître de &s aâions, & des mouyemens^de" 
fâvobnté: ib le rendent indépendant de Djjea, 
en {butenaqt que Dieu.n'exerce point ik toute- 
puiSànce fur la volonté de l'bonmie , dxo$ 
rafifah-e du &lut : les uns & les autres cm-^ 
plc^eat les mêmes preuves , les mêmes rai- 
ibnnemeus, les mêmes paŒiges deTËcritHre 
fiante, fbit pour foutenir leurs erreurs, (bit 
pour combattre la doârine de l'Eglife. £a* 
fin il y a entr'eux une telle uniformité de 
doârine, que plus d'une foison a vu desje* 
fuites reconnoitce leurs fentimens ckns des^ 
Auteurs Pdagi€ns,& citer en leur&veur ces 
Auteurs qù!ils croyoient être des Pères de 
FEglifè. Tant il cA vrai que le Molinifme 
& le Pdagianifine fè reifemblcnt par^e- 
men^^ 

J> M. Voilà des raifons frappantes, qui 
fuflBroient feules pour attirer furleMolinfine 
la honte d'une rigoureufe condamnation ; 
maisjem'atcensquevjous n'en demeurerex pas 
là, ^ que pour nous infpirer une plus grande 
horreur de cette pernicieuic dodlrine, vous 
oexis la fecez.. connoître dans un détail, qui 

la 



ifMi/mfàmfimJlhU. Ekt&.XIV. 3^ 
h mettit divamage* à notre portée. 

Li C. Je le ferai très Tolonden, fur-tout 
en fiiveur de ro$ enfuis que notre conyer&« 
tioa pourroit ennuyer^ s'ils ne comprenoiene 
rien à ce que nous dirons. Rien tfeft plus 
interdfiat & plus digne de notre attendoa 
queœquien&telefujet. S s'agit des mwens 
oui peuvent conduire lliosune au bonheur 
tenieL: les uns diiènt quec'eft ua td chemin 
qui oouft y fiût aniver } lés autres dîiènt que 
dcft un chemin tout oppoië. U eft impoA 
fibk aue tous les deux chemins aboutiflènt 
an même terme . il faut abiblument choifîr 
Fan ou Tautre des deux^ & fi on vient à 
dnlfir mal, au lieu d'arriver au bonheur, 
on tombera infiulliblement' dans un malheur 
étemeL La dodrine de rfiglife nous mon- 
tre un chemin ; &:les Jefliites nous en de« 
couvrent un autre tout difièrent. Selon ces 
nouveaux doâeurs, Dieu donne fa grâce à- 
fious les hommes &ns exception, il leur met 
en main tous les fecours neceffaires pour fai- 
re le bien; & il defire, autant qu'U eft en 
ki 9 que tous les hommes fàflènt un bon ufa-» 
g^ de ces fecours; mais ce bon ufage c'eit 
aux hommes à fe le procurer. Dieu ne le 
leur dorme point, & ne peut ps le leur don^ 
uex: iîr ^ prévu feulement qu entre les en» 
£uis d'Âd^,les uns jugeroient à propos de. 
fiure un bon uiâge de la grâce & par là 
merîlsioient le bonheur étemel,* & que les 
autres meriteroienc la damnation éternelle , par 
le mauvais ufage qu'ils en feroient : en corne* 
ouence il a préparé aux uns la recompenfe^ 
étemelle , & aux autres des fupplices éter- 
nels. Voilà, fi nous en croyons Molina & 
&$ confireKs^ tout le myftere de la grâce 
0.7 & 



374 rerttift9àt0jiuphUr.^&nT%. XXV. 
& de. la prtdeiUnatioii divine- . 

1> M. Ce myftcrc ne me paroit pas fort 
difficile à croire; & je penfe qu'il rfy a pcr- 
fomie qui ne comprenne tout cela très lufé- 
ment : fi un homme fiiit un* bon u&g^ del* 
grâce , tandis qu'un autre la rgette> fi l'un 
arriveau Cid^ tandis que l'autre tombe dans 
l'enfo, il eft facile de rendre raifon de la 
difièrenCe, qui fe trouve entre ces deux bonw 
mes ) en diiant que l'un a voulu faire bon 
ufàge de la grâce, & l'autre ne l'a pasyoïilu, 
: Le C. Vous avezraiibn^ cela eft toutfim» 
pie : le libre arbitre de lliommefera la ù»xh 
ce & la caulè primitive de la différence pio* 
digieufe qui fe trouve entre les élus & le» 
Feprouvés. Mais* afin de rendre cela plus 
fènûble , je veux vous faire quelques queftionst 
ayez fedement la bonté d'y repondre. Sans 
doute que vous dcfirez fincerement de vous 
iàuver : mais dites moi , je vous prie , qu'a, 
vez vous à faire pour obtenir un fi grand 
bien ? • 

J> Jkf . Ce que j'ai à faire, c'eflr d'accom- 
plir la loi de Dieu & de faire le bien juf* 
qu'à la mort. 

Le C. Pour favoir fi vous ferCL iàuvé, 
il né s'agit donc que de favoir fi vous it' 
xa le bien jufqu'à la mort. Mais dequide^ 
pend-ilque cda arrive? 

Le M. £b de qui cela dcpendroit-il,{inon 
Lac, L 73^ de Dlcu? Le Cantique de Zacharie que je rt; 
cite tous ks jours, ne m'apprend-il pas que 
c'eft Dieu qui nous fait la g^ce de marcher 
dans une fiûnteté & une juftice véritable tous 
ks jours de notre vie ? 

Le C. Cela eft ainfi félon le dodrine de 
TEglife^ mais icloa la doârine des Jefixites, 

c'cfk 



rMi/rmbefênSHê. EiItr. XIV; 37^ 
c^eft de TOUS qae cela dépend , de même de 
TOUS feul. Our remarquer, s'il vous plaie ^. 
que tout fouvrage du falut eft renferme dant 
cei trois chdcs. i. La grâce. 2. Le bonula* 
ge delà grâce. 3, La recompenfedu bon u(à« 
ge de la grâce. De ces trois chofes ^ il y en 
a deux dont vous êtes afiuré. 11 eft certain 
Sàon les Moliniftes que vous aure^ toujours 
la grâce. & que Dieu vousrecompenfera, fi 
▼DUS enhdtes un bon u£ige: ce bon u(àgeeft 
.donc la iïeule des trois choies qui ibit incer» 
tûne , & il n'7 a que vous qui puiffiez lever 
cette incertitude. Car c'eft un principe fixe 
dans récolede Molim^que Dieu ne peut pas 
déterminer la volonté de l'homme^ & que 
nous n'agirions pas librement , fi Dieu opé- 
rait ainfî en nous le bon vouloir, & le con- 
ièntement au bien. 

Le M. £ft-ce que Dieu ne m'aide pas afin 
que je fafic bon ufage de fa grâce? 

Le C. Les Moliniftes diront que vous êtes 
ridé par la grâce dans le bon ufage que vous 
faites de la grâce ; mais voici de quelle ma- 
nière. Selon eux la grâce vous donne le pou- 
voir de faire le bien , elle vous met en état 
de le faire, mais elle ne vous fait pas vouloir: 
lor^ue vous confentez & que vous coopérez 
à la grâce, cela vient uniquement de vous, 
& la grâce n'y a aucune part. Mais terfque 
votre volonté fc détermine & qu'elle fe met, 
pour ainfidircL en mouvement, aufGtôt la gra- 
ee fe joint à la volonté, afin de communi- 
quer à votre aûion une d^ité & un mérite 
que la grâce peut feule lui donner. Ainû Dieu 
attend humblement & refpedlueufement qu'il 
pkMë à la volonté de fe déterminer, mais il 
»â garde de déterminer la volonté : il te tient 

prêt 



iy6 VerUffênéte.fiiMk* ESTR* XIV^ 
prêe.firakmeat pour h icsconder^Gtôt qi^dk * 
ièra en humeur d'agir. Âp«è& que Dieu you» 
a donné tous les fecouis, que vous pouvez 
attendre de lui, il eil encore incertain fi vous 
fèrezxdlcbonne oeuvre, oujQ vous ne laie* 
rck.pas : pour favoir lequel des deux arrivertj, . 
cen-eftpasàDieu quevousdevez vousadreH 
fo^cdan'eft pas de ion redbrt ^ifeft vous mfrr 
ooe^deft votre libre arbitre, c'eft votre vdonté 
que vous devez confulter: c'eft à die (èule à de^ 
. dder de ce quiarnvera. Votre volonté eft cooa^. 
me une balance qui eft en équilibre ,ç^ chatEéo 
de deux poids ^ux'.bfonâion de la grâce c^ 
d'avoir grand foin d'entretemr cet équilibre 9 il 
n'y a^que votre volcmté elle-même qui puifi& 
fàure pancherla balance d'un coté plutôt que 
de l'autre. Dieu ne le poqrroit faire &ns de* 
truire votre liberté. Telle eft l'idée que nous» 
donnent les Jefuites de la force delà grâce, & 
telle eft la portion qu'ils rcferyent au libre arn 
bitre de^ l'homme dans l'aftàire du iàlut. 

Lf M, Il me (èmble que cette portion que> 
les Moliniftes refervent au libre arbitre, eft 
bien confidcrable,, !& même qujac'efl; ja prin* 
cipale. 

Ije C, Cela.cft vrai. En effet pour qu'un;* 
bomme fe. rende d^edu bonheur étemel,, 
il faut deux chofes , i . qu'il puiffe faire le bien,, 
a. qu'il veuille fiairele bkajufqu!àla,fin delà. 
yie4]apremieïe,qui eft l'ouvrage delà grâce,, 
eft-commune aux élus & aux reprouvés : lafè-ï- 
conde,qui eft l'ouvrage du libre arbitre , lîe. 
fè trouve que; dans les éUis. Vous voyez donc, 
que la volonté de l'homme fait prelque tout, 
dan^ l'affaire du falut, que c'eft elle qui fait, 
lafeparation des élus d'avec les reprouvés, en. 
UB mot que c'eft elle quir<gle le fort des bom-^- 

mea 



VmUtf9nààfi%IAUn Entr.XIV. 377 
flWS pour toute* l^teroké. Je nc&is fi vous 
nperceveï les afiSneufes confequences qui s'en- 
(oivenc d'une pareille doârine, & le prodi- 
gieux changeaient qu'elle doit apporter dans 
k religion. 

I>-ilf. Je ne £ds pasf maislepeu quej'en 
apperçois me fait frémir. Car fi Dieu me 
dcmne feulement le pouvoir de faire le bien*, 
& aue ce ibit mon libre arbitre qui me don- 
né oe -viduloir faire le bien ^ il eft d^ que 
je dDi8.idus imon Ubre arbitre , qu'à Dieu : ce 
«pli floe fiuive , cen'eft pas de pouvoir faire 
febien^ c'efi: de le vouloir faire & dele faire 
c6E6âivementi û donc c'dt le hbre arbitre 

S'me-fidt vouloir le bien, & qui me lefiedt 
e, alors le libre arbitre fait la fbndion de 
fiuveur 9 & il faut lui en donner le titre plu- 
tôt qu'à notre Semeur Jefus-Chrift. 

Ijs C. Vous pourriez., même ajouter qu'il 
fiiadroit auffi ku donner le titre de Dieu. En 
effet lequel des deux mérite mieux ce dtre^. 
celui qui eft l'auteur de la nature , ou cdui. 
oui eft l'auteur de la juflice^ celui qui nous 
âiît des hommes, ou celui qui nous fait des 
&int8? Vous voyez quel avantage aura le U- 
hne arbitre au deflus même du Créateur \ & 
vous pouvez, juger parla fi un célèbre Théo- Eftini. 
Ipgien avoit tort de dire que , pour fc confor- 
mer à kdoârine des JdIiites,ilfâudroit re* 
iprmer le Gkria Patri , &c. & qu'après avoir 
di( : GUtre 4» Père y a^ Fils ér au faint Efi 
frit y il fàudroit ajouter, ^ au libre arbitre 
ifFli^mme^^ Après avoir ait du libre arbitre 
uneeipece de divinité^ après lui avoir élevé 
,un Q:âne à côté de celui . du Toutpuif&nt , ic 
Fayoir mis en droit de tenir ce langage fu- 
fCxbc^jefitififemUnkle au Trit-haul^ûf^-i^^ »« 

loit '^ 



37» Vérité rêndmé fenfible. Entr. XlVr. 
îoit neceiËdrement établir une religion qui eût 

Ç3ur but de révérer ce Dieu de nouvelle fii-^ 
rique; c'eft aufli ce que fait le Molinifise. 
JLe M. Que voulez- vous dire par-là, mon 
cher Pafteur? Les Moliniftes iront-ils dreflar 
des autels & bâdr des temples au libre arbi- 
tre ? Il n'y a pas d'apparence qu'ils tombeoc 
dans des excès ii gromers. 

Le C. Nous vivons dans un ûecle^ & dans^ 
an pays où l'on n'eft pas tenté de tomber dans 
des extravagances de cette efpece^ mais lequel 
vaut mieux de tranfporter à une créature k 
culte extérieur de la religion, de lui élever 
des autds^&de lui ofirir de l'encens, ou bien 
de tranfporter à cette créature les fentimens 
intérieurs qui font l'ame du culte extérieur^ 
^ fans lefqucls ce culte ne peut-être agréable 
à Dieu? £n eâbt à quoi tend toute la rcli* 
gion,- finon à montrer à l'homme fa mifere, 
& la mifericorde de Dieu ^ à le tenir anéan- 
ti & abbatu en la prefence de Dieu par un 
vif fentimeot de â corruption, 6c de fa foi' 
bleflè, & à le relever en .même tems Mrk 
vue de la charité incomprehenfible que Diea 
t fait parcMtre envers les hommes? Voilà les 
ièntimens que les faintes Ecritures noiis infpi- 
renten mille endroits. Humiliez-vous, nous 
I, ?€t. T. ^•difent-elles,fous la puiflànte main deDieu.Efpc- 
pfaU LXI ^^ ^^ '^ ' mettes votre confiance en lui : ^- 
tiv, * tez vos inquiétudes dans fon fein. Je fiiis 
XXXIX. pauvre & indigent, dit le Prophète royal, 
■ *^'''* mais le Seigneur prend foin de moi. Je fui» 
dans YzSRx&on & dans la douleur^ que vo- 
tre mainfidutaire, ô Dieu, me relevé. Dieu 
-lui-même nous affure qu'il ne fait aucun cas 
de toute la pompe du culte extérieur ^ & qu'il 
iifa.LXVi,ne jette les yeux que fur le pauvre^ qui a k 



fMté refuke fenpbte. Enth. XIV. 37^ 
cœur brife & humuié, & qui écoute ùl pa- 
rôle ftvec tremblement ; & le Prophète Ba-Biradi 9 
ruch dit que c'eft Tame qui marche toute cour- >8. 
bée & toute abbatuc , Tame qui eft pauvre 
frpreflie de la faim. qui rend gloire à Dieu.. 
Or ces devoirs û eflentiels à la pieté, & qui 
en fimt comme l'amc & la vie, font abfo- 
kunent anéantis par la doârine des Jefiiites. 
L'homme, dans leurs idées, n'eft jamais pau* 
Tie, pnifqu'il a toujours une grâce fuf&fantc,. 
c^ctt a dire , qui lui fuffit, en forte qu'avec* 
die il n'a phis befoin q[ue de lui-même pour 
fidre le Ûen ^ il n'eft jamais fbible, puifqu'iL 
« toujours dans le fond de fa volonté des for^ 
ta qui lui donnent un pouvoir égal de £iire 
le bien ou le mal, enforte qu'il ne tient qu'à' 
lui de rendre inutile la grâce la plus puiifan*^ 
te, & de vaincre la plus violente tentation. 
A quoi ferviroit donc de recommander à 
l'homme de s'humilier devant Dieu , de vi-^ 
▼re dans la crainte, dans le tremblement, 6d 
dans une vigiknce continuelle ? Tout cela eft: 
par£dtemeht inutile, dès-lors que la grâce ne 
peut pas lui manquer. 

Le M. Mais au moins, dans la doârine 
des Jefuites, qu'eft-ce qui empêche qu'un 
homme n'aime Dieu, qu'il ne mette fon 
efperance & fa confiance en lui , qu'il ne lui 
adreflè fes prières , & ne lui rende grâces de 
fa biosfaits? 

Le C. Pour ce qui eft de l'amour de Dieu, 
les JeTuites n'en détournent pas l'homme, au 
contraire ils l'y exhortent; mais ils font très 
rdcTv& & très timides, lorfqu'il s'agit de lui 
en fidre une étroite obligation : ce n'eft pas 
id le lieu de m'arrcter là-deffus ; cela vien- 
dra plus à propos une autre fois. Mais je* 

vous 



vcw prie de me cuce qùd fera i^bjec.d 
autres vertus que vous croyez pouvait 
fifter avec les erreurs Moliniennes. 
pelle^vous les trois chofe dont je vie 
vous parler, i. la grâce. 2. leconfemx 
de la volonté , ou le bon u£tg& de la ( 
a. le bonheur étemel qui eft la recom 
de ce bon ufage. Laquelle dje ces trois 
/es (ëra l'objet des prières ,. de TeTpenQ 
delà reconnoifSmce dun Molinifte? JC 
fera ^ la première : elle ne fàuroit lui 
quer tant qu'elle lui eft neceilàire ^ il a^e 
moins ajETuré de la troifieme , lorfqu'il 
deux premières:. "Ùka qui c& infinuocp 
tene peut pas manquer de donner la recon 
feàceux QuiFont méritée A d'ailleurs il Ti 
mis. Un y adonc que la féconde de cei 
chofes^ c'eft à dire le bon uiàgedelâ grac« 
puiflèetrerobj^tde la prière.^ deMperas 
de la» reoQiieoiffimce ^ puifque c'eft la 
dbo& dont un MoUmfte ne (bit poii^ 
ré. Mais neferoitce pas fe moquer del 
&: infulter à fon impuiflànce , que* d'alk 
demander une chofe qu'il ne peut pas 
ner. ou bien de l'en remercier? Dieu 
eft Lijuftice. même, & qui n'ufurpe poi 
dipits ^autrui, ne devroit-il.pas parl< 
cette forte aux MoUniftesiCé n'eft 
moi que vous devexprefenter leshomn 
de vos prières^ & de votre reconnoK 
poiv le boa dage^ de ma grâce : ce n'e 
moi.qui vous donne, ce bon uikge , c'c 
YOtire libre arbitre que vous le recevez : 
en.Uii que vous devez, mettre votre coi 
ce pour l'obtenir; & c'eft. à lui que voi 
vez. porter le tribut de votie reconnoifl 
Si k fyftemc'des Jefuices étoit veritaU 



nritirewébijfhfijtk, Entr. XIV. 3S1 
d laogagç n'aurott rien qui fût indigne de 
3ieu, pui&[u*il iêroit conforme à la ye- 
KO. 

Li M. Une fëmble pourtant que dan^ce 
jffleme la reconnoii&nce a encore lieu. Car 
ofin les'hommes ne ibnt-ils pa^Fouvragede 
Qieu? N'^ ce pas lui qui leur a donne une 
rolonté & forte oc fi vigoureufè, & une li- ' 
jertéfiparfitite? Comment donc pourroient* 
b iè di^ienTer de lui rendre gbire de tout le 
sien qu'ils font, puKque ians lui ils fooient 
More dans le néant? 

Li C. Je ne pretens pasque les Moliniftes 
lij^penlmc. les hommes de toute reconnoiŒÛi* 
ce envers Dieu: mais^il faut f avoir qudleeft 
la nature du devoir qu'ils impofent aux hom- 
mes à cet ^d. Il eil jufte de rendre à 
ducuocequi luiappartient. Dieu nous a tirés 
dn néant, il a formé & arrangé les membres 
de notie corps, & il a uni à ce corps une 
ame qui penie, quireflechit,. qui defire,qui 
une, & qui fait cela avec choix, avecdiC- 
cènement, & avec liberté : c'eft de lui que 
nous tenons la vieL la ùnté & Tuiàge de toutes 
les créatures : c'eit être ingrat que de manquer 
à Jui rendre grâces de tous ces biens naturels. 
U.y a encore d'autres bien&its d'un ordre 
Iqperieur, tels que la connoiOànce de la loi 
de Dieu, & des myfleres de Jefus-Oirifl, 
h. prédication de l'Evangile , tous les iècours 
àœrieurs de la religion, & les grâces par 
Icfturilcs Dieu nous donne lepouvoit detiû- 
xe le bôen & d'éviter le mal. Un Molinifte 
leooiuioit que tout cela vient de Dieu , ainfi 
ii peut & û doit l'en remercier. Tout va 
bien jufijues Jà. Mais quand il eâ: queftiôn 
^Taffiure du^ut,& de toutes les bonnet 

ceuvres 



58a Verit/ rendife fen^. Entr. XIV. 
<£uvTes par lerquelles il s'opère^ c'eft toute 
,autre chofe. Ce n'eftpas la grâce de Dicit 
<jui nous fait faire le bien ; die fe prefcntc i • 
•nous, elle nous, oflfre fon fecours: après ce* 
la c'eft à nous à employer la grâce , & à^ 
donner notre confeRtemcnt , mais ce boa^ 
emploi , ce bon confentement y un Molini- 
&c croit que la grâce ne nous le donne pas,. 
&qu'cllene peut pas nous le donner. Com»' i 
ment donc pourrions nous remercier Dieu' i 
d'unbien que nous croirions ne pas tenir delui?' i 
Ain tel remerciment ne feroit â pas une Tert*' | 
table infulte ? à la bonne heure qu'on ren- 
<le grâces à Dieu de tout ce qu'il donne: 
'qu'on le remercie de ce qu'il nous donne le 
pouvoir de faire le bien & de nous fauvcr; • ' 
ipais ^ju'on ne le remercie pas de ce qu'à* 
Dous fait faire lé bien, & de ce qu'il nous fiu-' 
ve^ fi ce n'eft pas lui qui le fiait. Si c*efHa ' 
volonté de l'homme qui décide des bonnet^ 
œuvres &. du falut, c'cii à elle qu'on en* 
doit rendre toute la gloire & tout^lesaâioni ' 
de Igraces. £n un mot de ce que nous fem^ « 
mes des créatures raifonnabies , de ce qœ^ 
nous fommes nés de parens chrétiens, cet:' ' 
Dieu que nous en devons remercier; mais fi' 
tious fâifcms le bien, fi nous finximes juftef 
& agréables à Dieu , la gloire Se les aâicmf 
^e grâces en (ont dues au libre arbitre. 

JLe M, Mais n'eft-il pas vrai que fi Diea 
tie nous avoit pas créés , nous n aurions ja- 
mais pu faire aucun bien ? & qu'aiirii on peut * 
toujours dire 5 que c'efl au Seigneur qu'appar- 
tient toucek gloire du bien que font les hom- 
mes? 

£*f C. On pourrok dire cda par flatterie 
4c par complkneat > mais félon l'éxaâe veri-' 

té. 



^ VerisifenJàê ftnfhk. Entr. XTV. 38^ 
ty il iâudioîC6'e3a>riaKr autrement. Et pour 
ouft/endre fënfibîe ce que je dis, fuppofont 
btx duredens, ou (îvous voulex, deuxre- 
gieui: qui ont reçu de Dieu les mêmes gra- 
w& les mêmes fecours: l'un fait bon ufa- 
ledela grîbce, &par l'obfervation de la loi 
lu Seigneur il anrive au bonheur étemel, tan- 
Ssque rautn rejette la grâce de Dieu, & 
pfiètf ft voir paffî fit vie dans le crime, tom- 
isjiiaiis rcrifcf. Cela fuppofé, je foutiens 
pirrua n*efl: pas plus obligé à remercier & 
i riorifîer Dieu , que l'autre qui fc perd. 
Non 2 celui qui eft dans le ciel ne lui a pas 
dwd obligation que celui qui eft dans TEn- 
'vt. Ce prétendu fkint de la fabrique des 
Molinifles pourra dire à Dieu : Seigneur, 
p'eft vous qui m'avez créé : mon corps & 
DUa-amefont votre ouvrage; & vous ma- 
rez coniblé d'une infinité de bienftits , & 
le gmces; mais après tout je ne vous dois 
M plus que mon compagnon qui eft dans 
raittr: vous avez fait pour lui tout autant 
gae pour moi , vous lui avez donné com- 
•k à moi toutes les grâces necefTaires pour 
ttre ion iàlut : il ne tenoit qu'à lui d'en iBû- 
R Tuâge que j'en ai fait : il ne l'a pas voulu, & 
S cft tombé dans l'abyfme. S'il y a eu , 
ft s'il Y' a encore maintenant une u prodi- 
JffooSt différence entre moi & lui, cette dif- 
ttCDce vient de moi, & non pas de vous 
Sé/gptsx. De ce que je fuis homme, & ca- 
pablede vous aimer & de vous poflèderpour 
Fétemité, c'en à vous que j'en ai toute l'o- 
Uigation; mais de ce que j'ai fait bon'ufàge 
de votre grâce jufqu'à la fin de ma vie, & 
que je fuis fauve & heureux pour jamais , ce 
jfefi; pas à vous que la gloire en eft due, 
- ' mais 



i ^^igneau qm agparftenf la giotrc aie mt 
falut. Vous voyez le traitement que 
Seigneur Jefiis des hommes qui proi 
nom de Jèfuites ou Compagnons <k 
Mais ils ne fe ibht pas contentés d'ec 
Jefus-Chrift ce qtfil y a de capital & 
tieldans l'affaire du falut, c'eft à dire 
ièntement de la volonté , & le bon u 
la grâce ^ ils ont encore appris à rhomi 
touvoit faire une inanité de bonnes c 
ce éviter le péché , par les feules fora 
rdles de ùl volonté^ 

Le M. Qjie nous dites- vous là^Mc 
Quoi! les hommes foni de bonnes aâi 
ïk évitent le mal par les feules force 
nature ? Si cela eft , à quoi donc fervks 
ce deJefus-Chrift? Car toute la loi de 
réduit à nous ordonner d'éviter le ms 
£ûre le bien. Leâ Jèfuites feroient to 
bien de dire que, pour opérer notre iàlm 
û'avohs pas bdoin de la grâce de 
Chrift. 

tie C. Une erreur fi groffiere & fi c 

nl^ frrnîf fans Hniîf#» mr»îfic nprriîr»î^ii 



VMft rendue finjihie. Entr. XIV. %t% 
le dire qu'on peut faire le bien & éviter le 
ipil par les bm forces de la nature > ou dé 
butmir que la grâce de Jefus-ChriA n'eft 
K»nc necdOidre aux hommes ? & peut-on 
«re qu*il y a de la différence entre ces deux 
piopofitions? 

jLff C. Dans le fond il eft (l&r que cela re- 
rient au même^ mais les cheolcgiens de la 
Société de Jefus fe mettent en quatre, pour 
f fiupre appercevoir quelque différence. Il eSt 
frai , difent-ils , que l'homme peut faire tou- 
tes Cortes de bomies œuvres par les feules for- 
ces de la nature; il peut croire en Dieu, il 
peut Taimer par defllis toutes chofes & eipe- 
icr ea lui, il peut l'adorer, le prier , lui rea- 
dce grâces, en un mot faire toutes les aâiona 
que nous prefcrit la loi de Dieu. 

i> Jtf . £h bien! un homme qui fera tou- 
tes ces 4x)nBes oeuvres par les forces naturel-^ 
les de £i volonté.ne fera-t41 pas fauve fans 
svoir eu befoin oe 4a grâce de Jefus-Chrift? 
.. La C. Point dtt^out, vous diront ces ar- 
tificieux theolc^ens : toutes ces bonnes œu- 
fres -font purement naturelles , & elles ne 
peuvent Jamais mériter le royaume descieux. 
: lie M. Cbmmênt donc ? ces bonnes oeu- 
vres, appeliez, les comme il vous plaira, ne 
jbcHit-elles pas agréables à Dieu ? qu'eft ce 
donc qui leur manquera, & qui empêchera 
-qu'elles ne méritent la vie éternelle'? 

Le C, Oui fans doute , elles font bonnes , d- 
Ibs font agréables à Dieu , mais avec cela il 
lotr manque quelque chofe pour mériter le 
dd; & ce quclqtie chofe, je ne fauroîs mieux 
tous ■ le faire conhoître , qu'en vous difànt 
que c'eft comme un vernis & une couche 
tie fumaturel. Lorfque les bonnes œuvre» 
R ïoftc 



..<Le Mi n nV a rien de tel que d'ai 
reprit. & de 1 étude : on dit ce qu'on 
on attrappe les pauvres ignorans , 
étourdit , & oo les étcmne par de graiN 
qu'iIs..]i'cntendieDt pas. Nous avions c 
qu'à .prefènt que pour arriver à la vi 
. nellc' il fuffiibit) félon la parole de 
KSitit:,xix>C3iriit^ de garder les commandeme 
'7' . mais vous ne nous avez parlé, nivouj 

cher JPafteur , ni vos predeceflèurs , 
deux ibrtes de foi, d'efperance & de c 
dont l'une, produite. par lavobntédc 
me affiftée ac la grâce, eft fumaturd 
nierice la vie éternelle, & 1 autre çjfl 
naturelle , & vient uniquement des cfit 
turels de l'homme, i Le Nouveau Tcft 
lès livres de pieté, que nous lifons^ & \ 
téchifmes ne di&nt pas un mot de toi: 
ils nous apprennent feulement que tou 
qui auront^cru en Dieu, qui auront 
en lui , qui l'auront aime de tout leur 
& qui feront morts dans ces diipofitio 
riveront au ciel infailliblement. Paut*i 



tfmlM'Jenjiyh. Entr. XÏV. 3^7 
ilbrvée jufqu'aujourdliui en fou en*, 
ni nous. Vous avez railbn de re« 

qu'on ne dit pas un mot dans les 
iàes de toutes ces folles imaginâm- 
es Catechifines étoient faits avant les 

ou du moins, avant- que les erreurs 
'eres fitSènt accréditées; & qadque 
que ces erreurs ayent fait & faflent 
uns TE^iiè, elles ne font pas enco- 
enues , 2c elles ne parviendront jà« 
ns. la plupart des'(uocefes , à cor* 
le Catecbifoe » & à changp: la predi* 
onunune, c'eft-à-dire les inftruâions 
es que les pafteurs donnent aux fîdel- 
: en efifet ne feroit-ce pas une chofe 
fiante, & fort utile aux fidellesquede 
Mter dans la chaire de vérité toutes lès 
gsnces dont je viens de vous parler; & 
dire, par exemple, que par les feules 
de la nature, & {sis le fecours de la 
ils peuvent croire & efperer cnDieis, 
ler de tout leur cœur ? 
H D y a encore une chofe^ue jefvife 
: de {avoir , au fujet de ces bonnes œu* 
âes par les feules forces de la nature : 

aboutiront-elles ? & quel fera donc 
d'un homme qui aura-paiïe fa vie dans 
•nnes œuvres de cette efpece ? U ne 
as entrer dans le ciel , à ce que difent 
•liDi{tes : que deviendra-t-il donc ? Se- 
pofHble qu'un homme qui aura aimé 
par dcfTus toutes chofes d'un amour 
1 , & qui fera mort dans cet amour, 
îcipité dans Tenfer , & banni pour jà- 
e -la prefcnce du S^neur ? 
::. Non certes ; auffi quelques Molini- 
it-ils.pourvu à cet inconye nient. Ils ont 
R 2 pre- 



;t» Viritf fendue finfih.lLlXttL: 
préparé aux hommes qui fëtrouTèn 
ce cas-là un fejour pour Pétemité, 
fii le Paradis, ni Yçnkty iii lé Pu 
& ils nous adiirent que dans ce li 
pos ils feront pendant toute Yéxem 
coup plus heureux» & plus contens 
mais, aucun .homme ne l'a été fur 
Ceft- ce lieu <:himerique que l'on app 
munement '4es limbes, & où l'on 
cnfans qui meurent avant l'ul^e-d 
fims avoir reçu le bateme. Les Pela 
nioient le péché originel ^ &quipre 
que les hommes naiilënt purs & i 
avoient deftdné aux enfàns morts iàr 
ce lieu de repos & de bonheur, n' 
ks placer dâns>-le ciel, contre la i 
s îcanlll. P^^fl^ de Jefus-Chrift.^l.esMoliniit 
jj ^ * hérité de la doârine des Petagi^is 
ché originel, dont ils ne reconnoi 
le nom , ont recueilli precieuièm 
^utre erreur comme une portion & 
pendance de la fucceffion de leu 
sis l'ont confervée foigneufement , 
les anadiemes dont l'Eglifë l'a fraj 
les Pelagiens ,^ & ils l'ont tellem^t 
parmi les fiddles , que le conHnun 
tiens n'eft . que trop imbu de Gett< 
pemicieufè par rapport aux enfans. 
îie feroit choqué, fr l'on favoit que 
doârine des Jefuites , il faut pla 
ces mêmes limbes des adultes qui a 
«oé Dieu fans graoe, ou qui fautec 
jDoitre, ou de penferà lui, n'auront 
-que dçs ^péchés pbilofophiques ? 
abr^é quel eft ce corps & ce fji 
,Douvelle doûrine que les Jefuites c 
^t da^J'JEgUfe: ç'eft une multin 



Viriti rendue fenfible.'B^^rvi.XW. ?»? 
reurs Pdajgiennes que ces pères ont rcfurci* 
céiBS ou reunies , pour en former cet afTem- 
Uflge d'opinions qui font liées enfcmble, qui 
£~ prêtent la main^fic qui fe fbuciennenc mu« 
nidlcment. En un mot c'eft une religion 
nouvelle y qui eftaufli différente de la Religion 
de'Jerus-Chrîftj' que la nuit eft difiFcrcntedu 
jour. 

I> M. Plus cette doârine des Jefuites efl: 
horrible; y plus aufll je fuis étonné de voir 
qu'elle ait été avancée par des prêtres & Aqs re- 
Iffiieuz, qui pafTent pour être habiles & gens 
dcfpric/ 

I> C. Oh ! lie crôyeï. pas que les Jefuites pro- 

g&nt leurs erreurs auffi nettement & auiC 
txplement que je viens de le faire y au con- 
rxtàre ils ont grand foin dans leurs ouvrages 
de les de^ulfer & de les farder pour ainfi dire, 
ifin d'en cacher la difformité. Ils s'enfon- 
cent dans un labyrinthe de fubtilirés & de 
dcchicaoïies^lafin de faire croire que leur doâri- 
ne' eft difièfentê de celle des Pelagiens, & 
qu'dle s'accorde fort bien avec les decifions de 
lEglifë. Par là ils réuffifTent à tromper bien 
des gens, ou du moins à leur embrouiller l'e- 
fprit. Mais^ quand on examine attentivement 
les ouvrages des jefuites , quand on met à 
Fécart tout ce fatras d'cxpreflîons qui n'eft 
propre qu'à obfcurcir les chofes les plusclai- 

• resy' quand avec cela on a égard à la maniera 
dont ils prefentent leurs erreurs dans les in- 
ftruâions & dans les converfations, alors on 

- dcQoeure convaincu que dans les points les 
plus importans il n'y a prefquc aucune difFe* 
lencc réelle entre le Molinifme & le Pelagia- 
nifine. En efïèt les Pelagiens foutenoient que 
la .nature humaine n'a point été infeâéc ni 
R 3 cor- 



lyy Veritt^inJui finfible. Ektr. XÏ 
corrompufr^par le péché d*Adam : ils 
doicm^ Tignorance, la concupifcencc 
à dire ce penchant violent qui nous i 
chercher notre bonheur dans les cres 
& toutes, les miferes corporelles & fpiri 
4e cette vie, comme des chofcs qui ^ 
naturelles à l'homme , & par conf 
bonnes & innocentes ^ de tout cela il 
cluoient que le péché. d'Adam n'avoit 
pafTé à fes defcendans. Les Jefuites i 
article font parfaitement d*accor4 avec 
excepté- qu'ils admettent le mot de pc< 
riginel. Les Pelagiens ne reconnoî 
dgns la volonté de Thomme ni foîbl 
corruption : ils pretendoient que la v 
étoit maitreflè ui^ique & fouveraine« 
confentement & de fes déterminations , i 
croyoient capable de produire par es 
forces naturelles une infinité de l 
aûions. Les Jefuites n'ont pas d'autres 
mens : feulement ils ajoutent que ces t 
œuvres foires par, les feules forces de la 
re, ne peuvent conduire l'homme au i 
me des cieux. Les Pelagiens reconnoi; 
que l'homfne , pour faire le bien, a 1 
du fecours de Dieu , &. ils admettoien 
ferentes' efpeces de fecours , mais ces fi 
ne determinoient point la volonté, il 
peroient point en elle le confentemen 
ne lui feifoient pas vouloir & faire le 
& voilà pourquoi l'Eglife les conda 
comme ennemis de la grâce de Jefus-C 
Les Molîniftes doivent fubir la mcm< 
damnation : ils ont beau dire qu'ils x 
npiflent une grâce que les Pelagiens n'a 
toient pas^j qu'ils fouticnnent que la 
aide la volonté à fe déterminer au bien 



VéÂUnniMè finfbk. Ektr. XIV. 39Ï ■ 
1» fiuroient empêcher que Icsanathcmespro^ 
aoncés contre les Pdagiens ne retombent fur 
euz^ timdis qu'ils ne reconnoitront point la ne- 
oèflité de cette grâce , qui ne nous donne 
jp feulement le pouvoir de'nous fàuvcr, 
flius qui nous fauve efifedivemcnt j qui pro- 
duit en nous le vouloir & le faire,* qui nous 
fittt conlcntir & qui nous détermine au bien: 
de cette grâce qui eft infailliblement fuivie 
de l'effet pour lequd elle efl donnée : de cette 

Sec enfan qui eft efficace par eUe-mCine, 
par £1 nature. 
. Xrf -Af. n fiiut que je vous dife une chofc, 
mon- cher Pafteur. Depuis notre dernier En- 
tretien , j'ai parlé de ce qui en avoir fait le 
Iqct , à une perfonne refpedable qui eft de 
yos amis \ & elle a été furprife de ce que 
vous nous avez dit, que les Pelagiens accor- 
doKQt à l'homme , pour faire une bonâe 
lâion , les mêmes ïecours quçluiaccor* 
dent les Moliniftes. 

ZmC. Je ne crois pas m'être exprimé de 
cette manière : il me femble que^ je vous ai 
dË Ceulement que les Pelagiens admettoient 
toutes fortes de grâces, excepté la-^vraie grâ- 
ce de Jefus-Chrift j mais je ne voudrois pas 
ifiiirer qu'ils aient jamais connu la gracè des 
Mdlinîftes : peut-être ne leur étoit-elle ja- 
mais venue dans l'efprit. Au refte c'eft urté 
vgisSàoTi peu importante, & cela ne Tauroit 
mettre une difièrence confiderable entre Id) 
Pelwens & les Moliniftes. En eflèt lors- 
que S. AugufHn , priant au nom de l'Eglif^ 
preflbit les Pe^giens de cônfeffer la necef* 
fité de la grâce de Jefus-Chrift, il ne leur 
demandoit pas fimplément qu'ils reconnue- 
R4 feac 



yoyez oonc Dien que ics iviouiuid 
d'accord avec les Pèlagiens dans le p 
fentiel , qui eft 4^ conferver à ITioi 
droit de décider en. premier & fbu\ 
ment de fes adions , & par confeqi 
fon iàlut. Après que Dieu a fait tout 
dépend de lui pour engager un homm 
re quelque, bonne aftion j confultez i 
lagieA : deniandex lui fi Dieu réuŒ 
vous repondra que cela eft douteux , i 
faut coaftilter cet homme, pour ny 
lui plaira dç faire cette bonne aûion. 
Moliniffie vous repondra de même qu< 
a beau vouloir dans ces occafions : le 
fera toujours douteux , jufqu'à ce qn 
Çlu à là volonté humaine de décider. 
.0)1 vpir un accord plus parfait pour 
l'homme tnaitre de Ton fâlut, & m 
dant de fon Créateur dans l'affaire 1 
importante,^ qui eft la feule neceflài 
remarquez , je vou;? prie la bizarra 
imaginations Pelagiennes &ç, Molinic 
l'homme, ne peut rien faire &ns Dieu 
Dieu ne peut pas lui refufer ion fo 



rifitif^ndMêfenphk. Entr. XIV. 39)' 
b cnfSùis des hommes, devienidronc le joi^ec 
du caprice d'une vile créature, {a) 

L,e M. Poùrriez-vous nous donner quel- 
que preuve! à notre portée, qui faflc voir 
Que le MolinKme tend à renare l'homme in- 
aepcndftnt de Dieu , dans rafiàlre du falur. 
Gn- il paroit que voilà le point capital de 
cette pemicieuie doârine , & que tout le 
icften en eft qu'une Tuité. 

I> C. Quelque foin que les Jefuitcs ayent 
ca de ^envelopper , & de cacher le venin 
dont ils font infeûés, il leur eft arrivé en 
^odqûes occalîons de laiCfer échapper des 
choies qui manifeftent toute l'horreur & 
toute l'impiété de leur doârine. Je n'ai qu'à 
vous rapporter qudaues-uns de ces traits 
échappés y ce font des chofes frappantes & 
qui font à la portée des plus (impies. Dans 
les diiputes publiques où les Jacobine defen* 
dirent les droits de la grâce contre les Jefui- 
tB,'au tribunal du Saint Siège, le Jefuite 
oui parloit au nom de tous les confrères, 
oedara que ni lui ni eux ne pouvoient re- 
Gonnoicre pour véritable cette propofition :„ 
^ La grâce tire fon efficacité de la toute- 
» puiffiincc de Dieu , & du domaine que la 
„ fouveraine Majefté divine exerce fur la vo« 
^ lonté humaine, comme fur toutes les au* 
ç très créatures". Voilà donc le dogme qui 
d^bdc aux Jcfuites : ils ne veulent pas que 
Dieu exerce fa toutepuilTance fur les vo-> 
kntés humaines pour les déterminer au bien. 
Qs^and cette vérité leur eft propoice d une 
R 5 ma- 

(i) Ergo hominis valida arbitriodivinavoluntac, 
Aut ctiam invalida eft ? S.VrQfftr éltin^rjtr. 



^^3^4 Vêtit/ rendue fet^iUe. Entr. XH 
manière fi claire & h precife qu'il n*y x 
moyen d'échapper par dès fubdlités > al 
prenent le parti de la combattre ouvcrti 
Le M. Mais peut-être les Molinifld 
lis eu honte de combattre le premier ' 
du Symbole, & peut-être ont-ijs c 
quelque chofe dans leur fyfteme? 

Le C. Point du tout : k Société 
un point d'honneur de ne jamais recul 
dans le Molinifme, comme dans tout 
fie, elle n'a été que trop fidde à (bute 
premières démarches : les Jefuites s^e 
vantés publiquement , dans l'ihfolent 
montrance qu'ils ont adreflee à notre ] 
au fujet de la condamnation de leur 
Moine. Il faut leur rendre juftice, ils 
vrai en ce point , & ils en ont don 
preuves convaincantes dans l'afiàire 
Cpnftitution, c'eft même dans un.Oi 
coxnpofé pour foutenir la Bulle qu'or 
im Cordelier Molinifte avancer ce bl 
LeP Aflêr-"^®*55 J^ disque Dieu eft toutpuifla 
mtu i> le cœur des hommes dans les cho/b 
,, veut abfolument , mais, non pas à 1 
„ du falut de l'homme". C'eft encor 
une Apologie de la Bulle , imprimée 6 
yeux du Pape, ôr avec l'approbation des t 
gicns qui ont donné leur fufFrage à Ron 
Fs^aire delà Bulle, que le P. Fontaine, 
, foutient hardiment, qu'il ny a aucun in 
nient,,., à attribuer à themme en partie ji 
fr£ difcernement : au refte il ne veut f 
rhomme s'en glorifie j parce que c< 
met du Cen dans les bonnes ceuvresu ei 
peu de choie pour s'en vanter. Mais 
ftcieux Jefuite ne dit pas que ce peu d< 
eft ce qui décide de tout le refte , qu 



cr gndn de ûble qui fait pancher la bdance^ 

r" rend mutiles lô grâces les plus puiflàntes^ 
qui donne le fuccès aux grâces les plus 
ioibles. Voila les leçons que les Moliniftes 
donnent auz^fiddes en leur expliquant la Bul- 
l^-c elles (ê reduifènt à leur apprendre que 
Dieu n'eft pas i&i puiŒmt fur la volonté 
de llnmime , pour lui fidre opérer le bien^ Se 
pour la déterminer à une bonne œuvre ^ mais ce 
mé TXgsa avec fz toutepuiflànce ne fàuroit 
ndre,. k vpkmté humaine le fait, pour ain(i 
dire y m fe jouant i elle fe détermine elle- 
tnêœe au bien , 2c eue donne fon cbnfence- 
aient l-ia grâce. Tdle eft la portion refcr* 
^ an libre arbitre : s'il vouloit ufèr de fou 
droit i la rigueur, il pourroit fe glorifier de 
cette portion qu'à a miiè du fien datij les 
bionnes oeuvres, mais il faut lui conréill t de 
K' pis en ufèr de la forte avec fon Dieu & 
&k Oeateur. N'ctes-vous pas bien édifié de 
Vbîr k»^ Moliniftses confèiîler aux homities 
Fiiuniilité & la modeftie? 

Le M. Dites plutôt que nous fommes bien' 
Iv d'entenàre tant d'impiétés. Mais pou- 
yex-vous les attribuer aux Môliniftes & aux. 
amftitutionnaires en gênerai , parce que deux 
Centre eux , un- -Cordelier , & un Jcfuite , qui 
ne font que de fimples particuliers, ont eu Ja * 
budieflë de les avancer ? 

Le C. On peut très bien le fàirc^^ fans 
commettre k moindre injuflice. Le P. Af- 
Ibmet^ & le P.Fontaine font deux particuliers: 
cda eft vrai j mais l'ouvrage du P. Fontaine 
pttoit (bus les yeux du Pape : il paroit en 
ftaielque forte fous les aufpices de la Cour de 
de Rome, puifqu'il eft imprimé au Vatican: 
il^dtapptduvé par deuxévêques de Flandre 
^^ K6 de 



19< Pifité finMteJinfihk. E1IT&. XIV. 
dévoués aux Jdiutes, & très zdés pour Is 
Bulle , & par quelques-uns des Confulteurs 
qui ont concouru à fornier ce Décret > enfin 
on ne peut pas douter quie , iHon L'ufiige 
de la Société , il n'ait été publié avec la per- 
miffion du Perc General donnée fiir Taviade 
deux thec4ogiens Jefuites. Un ouvrage qui 
cft revêtu de tant de marques d'àuthenticiGe^ 
n'eft-U pas un garant afluré du iëntimentdeB 
Jefuites & des conftitutionnaires? H en eft 
à peu près de même du P. Aflèrmet. Les 
conftitutionnaires ne fe font point élevés 
contre lui non plus que contre le P. Fontat« 
ne : au contraire ib ont pris la defènièdece 
blaQ>hemateur contre les appellans; fie M. 
Languet notre Métropolitain^ qui étoit ja^ 
dis le plus célèbre écrivain du parti conftitu* 
tionnaire ^ n'a pas rougi de prendre un tel 
botnnie (ous fa proteâion. D'ailleurs les itn« 
pietés Gue ces deux auteurs ont avancées ne 
ibnt qu une fuite naturelle du fyfteme Jefui* 
tique , & on trouve des expreiSons prêt 
qu aufli impies dans plufîeurs Moliniftes an- 
ciens & nouveaux. 11 eft donc vifible que 
le Corddier & le Jefuite n'ont £ut autre 
chofê que d'e;cprimer plus naturellement & 
plus clairement , ce que les autres Moliniftes 
ont foin d'adoucir & de tempérer j Scia 
Jefuites auffi bien que les partifans de la Bul- 
le ^ font convaincus , par la conduite qu'As 
tiennent 2 d'être les uns ennemis de la gloire 
& de la toutepuiflànce de Dieu ^ les autres 
au moins indiSèrens pour ces vérités fonda* 
mentales de la Religion. 

JLe iif. D me femble, mon cher Pafteur,' 
que vousâ paflèz. tout d'un coup du MoU- 
nifme à fa Conftitutiop^ & que vous cc»i« 



VrtitifênJiÊêfinpUe. ENffu. XIV. 397 
fondis enfemble les Moliniftes & les Conr 
ffitudomiaireSyConiaie ne formant qu'un me- 
SIC parti. Cela eft-il éxaâement vrai ? & ne 
trouye-t-on pas^ entre ceux qui reçoivent la 
Bulle^ beaucoup de perlbnnes qui prétendent 
encore ibutenir la bonne doârine ? 

X.r C. U faut convenir qu'il y a bien des 
ttDf de cette efjpece qui ^ recevant la Con« 
nitution par fbibleflè , & par difièrens mo- 
dfi tout numains y confervent en eux-më* 
mes une doâfine bien oppoiee à celle de la 
Bulle. Pour ceux-là, quoique d'ordinaire ils 
n'aient gueres de zde pour les vérités que la 
Bulle condamne , ni contre les erreurs qu'elle 
tutorife. ce feroit leur faire injure que de les 
confondre avec les Moliniftes; mais auffi il 
fiuit avouer que des perlbnnes de ce caraâe- 
le ne font pas d'un grand fecours pour la 
ConfUtution, & que h elle n'avoitpas d'au-- 
tre fbuden . elle feroit fort mal dans Tes af* 
fidres. Quels font donc les hommes dont efl 
Gompofe ce parti formidable qui bouleverfc 
FEgÊfê & l'Etat, qui foule aux pieds toutes 
les K>iz & toutes les règles, & qui excite une 
perfccution fi violente pour abattre , diffiper 
ou écrafer tout ce qui s'oppofe au règne 
paîfîble de la Bulle? £fl-il befoln de vous les 
nommer ? Ce font les Jcfuites , eux qui font 
les véritables auteurs de la Bulle , qui ont 
poufS des cris de joie & de viâoire quand 
c}le a paru , & qui ont employé tout leur 
crédit & leur favoir-fàire pour lui affujettir 
tput le monde : ce font encore ceux que les 
J^Iiiites ont feduits, quils ont infedçs du ve- 
nin de leurs erreurs, ou qu'ils ont mis dans 
leurs intérêts par rcipcrance des recompen* 
fts tempordlcs : enfin ce font tous ceux qui 
R 7 rc- 



i^^rit/ tendue fepfUe.El^rK. Xtf. 
reçoivent la Bulle lincerement & de boftv 
Gceur, qui la prenent pour règle de leurs fèn« 
timens 6c de leur doarine, ou qui pardi^ 
ferens motifs fe font un. devoir de lafôu^r.: 
tenir de toutes leurs forces. Voila ceux qu'ans 

rit & qu'on doit appeller les parti&ns de 
Bulle y mais vous voyex qu'ils font aulQ 
les partirons du Molini(me> foit qu'ils foieat • 
attachés aux Moliniftcs par la dpârine & 
parles ièntimens. , foit qu'ils aient fodc- 
ment avec eux une liaifon d'intérêt. \ 

Le M. Cèft-à^C' qi|e. les Jefiiîtes ne* 
&..font pas tontentés d avoir introduit dei 
nouveautés dans l'Eglife, mais qu'après. ki 
avoir répandues durant cent cinquante aih. 
nées avec tout le làc & toute Inhabileté dont 
ils. font capables, ils ont enfin trouvé moyen 
de faire condamner ^ancienne . doârine , afin > 
de mettre à Ir place leurs nouvelles opinions. 
Le C. Vi n'y a qu'à ouvrir la Conftitùtion 
pour être convaincu que c'efl là ce que ks 
Jefuites ont fait ^ & que réellement la Bulle 
elle-même efl: un Arrêt folemnel qui fSut gaj 
gner aux Jefuites avec dépens , dommages 
^ & intérêts , le grand procès que leur avoient - 
intenté, depuis plus de cent ans , les do- 
ôeurs de Louvain & de Douai, l'Ordre de 
S.Dominique, & tous les defenfeurs de l'an- 
cienne, doûrine. En effet fi nous jettons les 
yeux fur le préambule de la Conflitution, le 
Pape nous y afTure qu'il prétend terminer 
par fa BùUe les troubles & les contcflations 

?uî agitent depuis lone-tems le royaume de 
rance: nous connoiffons les deux partis op- 
pofés , les Molinifles d'une part. & de l'au- 
tre les defenfeurs de l'ancienne aoûrine; & 
fiiut*il demander auquel des deux le Pape 

don- 



yefitirtnduifenphk. Entr! XFVT. 399 
donne gain de caufe ? La joie & le triomphe 
des UQB,^ la douleur & la conftemation des 
Hicrea œ le di&nt-elles pas aOè^.à auicon* 
aue n'eft pas enderetneoit dépourvu de bon 
IQPB ^ FauMl avoir un génie fuperièur , 2c de 
profondes âtudes pour diftinguer entre deux 
plaideurs cdui qui perd Ion procès d'avec 
oâui. qui le g^i^pe, dans le moment ou on 
leur prononce lexxx (èntence ? Ne fe font-ils 
ps afièz connoître l'un & l'autre par les 
mouvjemens que produit en eux le.gafn ou 
U perte de leur procès ? Si du préambule de 
1^'Conftitution nous paflôns à conûderer les 
Bopofiqons condamnées j il ne fera pas dJF> 
fidle de reconnoitre lar.main qui en a fait îc 
cboiz fie le triage > & par rapport aux pro- 
portions qui traitent de la fbibkflè & de la 
corruption de l'homme ^ & de Ja necefSté 
â( de. la force de la srace, toute perfonne 
qui coimoitra un peu U doârine des Moli- 
nulles, conviendra fans peine que, fi cen'eft 
pas un Jefuite qui a cnoiii ces propoCtiona 
pour, les envelopper dans l'anatheme > au 
moins il eft bien certain que le plus adroit 
Jefuite, & le jplus xclé Moliniile n'auroient- 
pju^pu mieux raire. 

Lé M, Cela cft beau & bon pour vous, 
fiç pour les perfonnes qui ont de Tincelligen* 
ce, & qui. font accoutumées à faire des re- 
flexions. Mais il n'en eft pas de mcme pour 
ceux qui ont l'efprit borne, & qui ne com- 
prennent les chofes qu'autant qu'on les leur 
lènd fcnfibks, & qu'on les leur fait tou- 
cher au doigt. Traitez nous, s'il vous plait, 
oomme des perfonnes groffieres & peu intel- 
ligentes , plutôt que de nous expofer à per- 
dre une, partie du rruit de vos converfations, 

ta 



'400 Verttf rendue fenfihk. EntR. XIV. ' 
en nous fuppofant plus inceUigensqueDûtane 
ibmnies. 

Le C. Eh bien , puifquc vous le vorfez*; 
arrêtons nous fur les pro{X}fîtions' de la BuOe 
qui traitent des madères de la grâce : queUr 
idée ces proportions nous donnent-elles delà' 
grâce de Jefus-Chrift ? Elles fe reduîfent 
toutes à nous enièignèr que l'homme n'eft* 
par lui-même que ténèbres ^qu'^arement^fic 
9rop.4f. que péché ; qu'il n'a de fon propre fond 
^*' qu'impureté , "qu'indignité , que pauvreté , 

qu'une impuimilce générale à tout bien j 
)f* Que fans la griace du Sauveur il eft caf)ahle 

de tout mal, il n'a de lumière que pour s'é- 
garer & de force que pour fe bleflcr ^ il ne 
^«; peut rien aimer qu'à fa condamnation , il n'ac* 

)* ^ complit jamais la loi de Dieu , & il abufè 

* * toujours des dons du Créateur. Tel eft le 

portrait que nous fait le ÎP. Qucftiel de l'état 
de l'homme depuis le péché. Que vous en 
femblc ? cela fc rapporte-t-il aux idées que' 
la religion nous donne de la mifere & de la 
corruption de l'homme ? 

Le M, Cela S'y rapporte tout-à-fait; & 
il me fcmble que je ne faurois ouvrir l'Evan- 
gile , ni reciter les Pfeaumes , ou lire quel- 
que bon livre fans y rencontrer ces mimes 
f.jein vérités exprimées en plufieurs manières. Je- 
ViiLi». fus-Chrift ne nous crie-t-ilpas dans TEvan- 
^^^ ^ giie j qu'il eft la lumière du monde, qu'il eft 
w voie , la vérité & la vie ? Sans Im donc , 
pouvons-nous être autre chofe que ténèbres, 
qu'égarement , que menfonge & que mort ? 
& les Pfeaumes ne font- ils pas remplis de 
plaintes, de foupirs, de gemiffemens qui font 
autant d'aveux de notre mifere ? combien de 
fois David n'y repete-t-il pas ces paroles : 

Sci- 



JklV.é. 




notre Seipieur Jefus-Chrift ne dic-il pas qu'il 

eft la vraie vigne , dont nous ibmmes les 

branches ; & que comme les branches qui 

ne (ont plus attachées au iêp, ne peuvent 

porter aucun fruit, & ne font bonnes qu'à 

brûler ^ il en eft aind de nous : quand nous ne 

recevons plus la (êve de la grâce , non feulement 

nousncpouvons porter aucun firuit, mais nous 

ne ibmmes bons qu'à être jettes dans l'enfer ? 

r«# C. Vous voyez que les expredîons des 

Livres fiants, font pour le moins aufli fortes 

mie celles du P.Quefocl, & que ce faine 

rrêtre a propofe , comme un fidèle difci^ 

pie, la doârine de fon divin Maître. Mais 

combien les erreurs des Moliniftes font-d- 

ks oppofees à ces enfeignemens de notre 

Sauveur? Je ne repetetai pas ce que je vous 

a ai dit: fouvenez.voiis feulement que les 

Jefiûtes en admettant le nom du péché ori- 

rl , n'en reconnoiflènt ni la nature , ni 
eflèts. Selon leurs idées , la nature de 
l'homme après le péché d'Adam eft de- 
meurée faine, entière, & innocente. Ainfi 
ce péché fi énorme, que les faints Pères ap- 
pellent ineffable , intffabilis ruinai n'a eu 
d'autre eflfct , fi nous en croyons ces nou- 
veaux doâeurs, que de faire paûerThomme 
d'un état plus noble & plus relevé, dans un 
état moins noble ^ mais fa nature n'en a 
point été blcflèe. Les Moliniftes n'ayant 
w connu la miicre de l'homme, ni lesma- 
hdies fpirituelles dont il eft accablé,, ils ont 
ignoré la nature du xemede que le fouverain 
Médecin nous a préparé. Ils ont mefuré 



401 Piffit/ rendue feftpBle.E^Tïi. 'KVt. 
l'idée qu'ils fc font forgée du remède fur* 
celle qu'ils avoient de la maladie,* & enefièc 
cela eit afTez. raifonnable : un homme qui 
eft en bonne fanté, mais qui n'eft pas <fuft 
tempérament robufte-. ou qui a quelque lé- 
gère incommodité, aa pas befoin des m£mei' 
8.LQC.X. remèdes , qu'un homme couver f de plaies ^ 
5^ ^ à demi-mort. Je crois que vous reconoif- 

feï ks paroles par lefquelles Jefiis-Chrift t 
voulu peindre l'état de l'homme pécheur , car 
c'eft ainfi que les faints Pères nous ont ex- 
pliqué la Parabole du^Samaritain. Un:li4o« 
lïnifte aurott-il employé une pareille image? 
Non certes, car elferenverfedefondeBcotft^ . 
ble tout fon fyftemc. Pour le P. Quefiiâ; 
après avoir puifé dans le faint Evacue l'idée 
qu'on doit avoir de la-foibiefTe, de la mifert ~ 
& de reffix>yable corruption de l'homme de- ^ 

fms le péché, il n'-a pas voulit chercher afl*^ J 
eur^ la connoiilànce du grand remède que i 
Dieu a préparé a de fi grands maux. J 

Lie ikf . 11 auroit été bien à plaindre d'agÎMiK ] 
trement, & de préférer les rêv«ies^deqiSqacf 
aou veaux auteurs , aux paroles adorables de'b 
vérité incarnée. S'il àvoit eu le malheurdc le fii^ 
re , fon livre n'auroit peut-être pas été condam-- 
né, mais il auroit bieamerité de Terre j & en 
ésnappant la . condamnation des hommes il 
n'auroit- pas échappé celle du fouverain juge 
Le Ç, Mais en puifant dans cette fburcc 
pure, le P. Quefncl n'avoir garde d'y trou^- 
ver une grâce qui' eft foumife à la volonté 
de l'homme , qui luL-donne Amplement le 
pouvoir de faire le bien., mais qui attend ^c 
fon libre arbitre le bon vouloir, la ^détermi- 
nation ,^ & le cônfentement au bien, cnim 
mot une gracts qui ne ifauve pas l'homme» 

& 



Vitité renditi fenfihle. Entr. XIV. 405 
& qui ne décide pas de fon falut^ mais avec 
le fêcours de laquelle Thomme fe fauve & 
décide de fon fort étemel. Il n'avoit garde 
fy trouver ces prrtendues bonnes œuvres 
^ l'homme fait fans le fecours de U 
grâce. Qu'efl>-ce donc que ce pieux auteur 

Euvoit apprendre aux fidèles, nnon ce qu'il 
j a enfeigné, après l'avoir appris de l'E- 
glifc, de S.Paul, de Jefus-Chrift même,fi-P«>redeto 
nrir qu'il n'y a dans l'homme rien d'inno-pj??*^^^ 
cent , rien que d'impur & de fouillé fans la s. fnn xv 
pace du Saveur ^ que fans elle nous ne pou-^* 
fOQs rien faire de bien, & que la Idtde '^**»^ 
Dieu, ni les exhortations, nilesautresfecoursT-i3*i^ 
atcrieurs ne fervent par notre faute qu'à nou$ 
Qidurcir -y mais Qu'avec cette grâce nous ne 
Rfiflons point à.la main. de Dieu^ nous air 14* 17* t|; 
bus à Jefus-Chrift, & nous noushumiUons 
levant lui, nous fbmmes vivants, nousfojba->4«»J«4« 
i&es éclairés, nous fommes. guéris, en un 
Bloc nous pouvons tout s Pf^^^^ 4^^ <^^c 
gtcc n'efl autre chofe que la Volonté ' toutc^ ^-^ 
pûilànte de Dieu à laquelle nulle volonté hu- 
itaine ne refiflç , & dont l'efFet efl indubitable ju loi 
8r infaillible y que c'efl une opération de la 
nain toutepuif&nte de Dieu que rien ne 10. i s- 
peut empêcher ni retarder ^^qui^feit & ope- 
it en nous ce qu'il nous commande, qul8«ii. 
donne la vie &'la fânté aux âmes comme aux^S^-^i* 
corps avec une admirable facilité ^ qui forme 
[cfus-Chrifl au dedans de nous comme il l'a 
formé d^uis le fein de la ..fâinte vierge, fc^^^i 
comme il l'a refufcité .glorieux, en un mot 
fii nous attire à lai par des charmes vido- 1^, 
11CUX3 fans blefïèr notre liberté , quieft o«* 
hfi Icîs qu'il commande, &àquitouteflfou-»«.. 
rsk k)r&u'il parle en IVbître. £h bien, vous 

recoaV 



4Q4 Vèriti tendue Jenftble.Y.ï\rVi. XTV/ 
reconnoiffez-vous & vous retrouvez-voui 
dans ces exprcfllons ? 

Le JM, Oui, Dieu merci , je me reconnois, 
& je ne fuis pas dans un pays perdu. Il tne 
fcmble que je les rencontre tous les jours - 
dans les Icdures que je fais du nouveau Tc-^ 
ftamcnt , de l'Imitation & des livres de pie-' 
té, dans la recitation . des Pfeaumes &:dà 
prières de l'Eglife , & que j'en fais profeffion • 
. chaque fois que je dis : J^ crois en Dieu lé ' 
Tere ToUT-puissant. 

Le C, Eo. effet , n'eft-ce pas là ce que • 
«ïCQf.JUi» FEcriture fàinte nous répète en mille en- 
'* droits, que nous ne fommes pas capables de 

■ former de nous-mcnSes aucune bonne penflkî , 
inais que c'eft Dieu qui nous en rena a^ 
blés y que * uns Jefus-Chriû nous ne pou- 
vons rien, & nous ne fpmmes que des fit- 
mens inutiles , & deftinés au feu ; que la VA ' 
inênae de Dieu toute bonne & fainte qu*dlc 
teft, nè.fett, lorfqu'elle eft feparécdc la grâ- 
ce , qu'à 'nous rendre plus coupables & plus 
. . d^es de la colère: de Dieu , mais que nous 
pouvons tout lorfque Jefus-Chrift nous for- 
tifie par fa grâce, lorfqu'il élargit notre cœur 
en y répandant un faint plaifir & une dou- 
ceur abondante j que nous allons immanqua- 
blement à Jefus-Chrift, Iprfquc nous avons- 
'entendu la voix intérieure du Pe'te éternel,' 
kwfqu'il nous a donnés & attirés à fon Fils; 
que nous failbns infailliblement le bien loif*^ 
qu'il écrit fa loi dans nos cœurs , lorfqu'il- 
BOUS la Élit pratiqiier, lorfqu'il nous donne- 
&.; qu'il crée en nous un cœur. nouveau & 

un* ' 

•S.JcanXV.j-.^. Rojn.VlI. ii. ij.V.^o.lY.iS. 
Philip. IV. 13. Pf. ex VIII. 31. Pf. 10. S. Jean. Vir 
37 • H. 45- Hcb. VIII. ip.io. Ezcch.XXX VL 2^.17 • 



rMtifenJ»9fenRhk.^mii. XIV. 4d5 
ta dpric nouveau , lorfqu'il répand fon amour 
iâns notre cœur, torfqu'il fait lui-même ea 
nous ce qui lui efl: agréable^ brfqu'il tourne 
ju'il incline , qu'il difpofè '& qu'il prépare 
notre volonté aux bonnes œuvYcs , parce 
ju'il cft le Toutpuiflânt qui fait tout cequ^il 
?euc aucid & fur la terre, & dans ksabyf* 
Blés du cœur humain ? Enfin ne nous cut- 
dle pas que notre Dieu eft Tunique fauveur , 
que c'eft lui qui décide du fort de tous les 
hommes , comme un potier règle Ja deflina- 
tion des rafes qu'il forme avec l'argile j que 
c'eft lui qui choifît ceijx,;gu'il veut fauver par 
Jcfus-Çhrift ; qu'il les %, ^rcdcflinés avant 
tous les fiecles , non pour Irgloîrc du libre ar- 
bitre, mais pour la gloire de la grâce, non 
à caufe de leurs merires, mais uniquement 

rrce que cela lui plait ainfî, non parce quTl 
prévu qu'ils fe rcndroient faints , mais afin 
de les rendre (àints ; & qu'aucun de ces hom- 
mes bienheureux que Dieu a choifis & pre- 
écftinés, qu'il a donnes à fon Fils pour ê|fc 
les brebis du fouverain Pafteur, aucun dis-je 
le périra pour jam:iis , & ne fera arraché de 
h main de Jefus-Chriftj parce que Dieu qui 
les a donnés à fbn Fib ur.ique ell plus grand 
Que toutes chofesj que ni les hommes, ni les 
démons , ni la mort , ni la vie , ni aucune 
créature ne pourra les feparcr de l'amour de 
Dieu , parce que perfonne ne rclifte & ne 
peut refiflcr à la volonté de Dieu , lorfqu'il a 
rdblu de fauver un clu? Voilà la dodtrine 

que 

Pf. L. II. Rom. V. 5. Hcb. XIII. 21. Pf. 
CXXXIV. 6. Ifai. XLIII. 3. 11. Eccli.XXXllI. 
13.14.. Jcrcm.XVIIl.6. Ephcf.L 4-5-6. S. leaa 
X. a7.x8.19. Rom. VIII. 38. ï9. IX19. EITm. 
XIII. 19. 



4o6 Verit/ tendue finple.EnrK. XÏV. 
que lès Prophètes ont annoncée, que Je(tt^ 
•0»ift vivant (ùr la terre, a enfei^iéc^ qùQ 
r£gli& a reçue des Apôtres pour la conÊr- 
ver jufqui la fin du monde j qui même i 
prefent fe confcrve dans les prières publiques dé ^ 
l'EgUre, dans les MifTels, les Bréviaires pies 
Rituels , les Catechiûnes , dans les inflruâk»! 
^publiques, & dans la profef&on de tous ceux 
qui lui rendent témoignage en difièrentes 
manières. Ceft cette dbarine qui eft la vie 
& la nourriture de la veriuble pieté, ScYêt 
^ me de toutes les vertus chrétiennes , de rcP" 
rperance, de l'humilité, de la vigilance^ delt 
^crainte de Dieu, de la foumiffion i fa vo- 
^nté, & de k défiance de foi-même. Nçuf 
devons conferver precieufement cette do- 
ârine aux dépens de tout , & rejetter avec 
horreur Se indignation tout ce qui y eft con- 
traire. 

Le M, Ceft une grâce que nous attea- 
dons de la nidfericorde du Seigneur, & nous 
vous prions de la lui demander pour nous 
"tous. 

Le C. Çeft une de mes obligations les phu 

^^îndifpenfables , mais elle vous regarde auffi, 

^car nous avons des intérêts communs. Dieu 

nous faffe la grâce de nous acquitter comme 

il faut de ce grand devoir. Je ne veux pas 

•vous tenir plus iong-tems : je Crains même 

d'avoir furchargé vos enfans par une trop 

longue attention. Vous avez vu commeût 

les Jefuites ont entrepris d'introduire dans 

TEglife une dodrine nouvelle, & comment 

ils ont trouvé moyen de faire autorifer cette 

•doâxine êrronnée par la Bulle Vnigenitus: 

'VOUS comprenez, maintenant combien lefuc- 

M:è5 de leurs travaux feroit plein ^parfàit^fi 

•3t: 



PMtiwtdififenpie.BïlTSL. XIV. 407 
klii. la Bulle pouvoit devenir une loi de 
[^ '8c une règle de foi. Mais comme irsîfXL; 
is ibmmes afliurés que tout homme n'eft^' '* 
one herbe qui fk fane en un moment, fie 
s ht parole du Seigneur demeure étemelle- 
iit> nous ne devons pas craindre le grand 
mbre ni la puiflànce de nos ennemis, fie 
J8 devons être certains que la vericé que 
II» Soutenons triomphera un jour , comme 
tous voyions toute TËglife prononcer d'u- 
feule voix un anatheme folemnel , fie au 
iliniûne qui a enfanté la Bulle, fie àlaBul- 
|ui canontfe le Molinifme. Puiflions-nous 
ir bientôt ce grand événement. Ainfi 
txL 



ENTRETIEN XV. 

^€ur quon doit avoir de la doctrine 
des Je fuit es: elle eji condamnée dans 
lesCo7igregationsàzK\jL\^^s»^ malgré 
leurs chicannes & leurs fubterfuges. 
ClementriILmeurt.faulV.fait drejfer 
le jugement ^ mais ilnelepubliepoint 
& iJimpofe unfilence gérerai fur ces 
matières. Motifs & fuites déplora^ 
blés d'une telle prévarication. 

E Cure'. Eh bien, Monfîeur, com- 
' mencez-vous à vous accoutumer 6c à 
us familiarifer avec les opinions Molinien- 
j '^i d'abord vous ont paru fi étranges ? 
Le Marchand. A Dieu ne plaife,mon 
er -Paileur , que je me fomiliarife jamais 

av^ 



4<6t Veriti tendue fenphU. Ekm. ItV. 
mvec de pareils monftres , dont k foufiBe Ùh 
' roit capable d'einpoifonner: Au contratie't 
xneTure que je fês réflexion fur tout ce qoe 
Jirous nous avez dit la dernier^ fbis^ il ine 
(èmble que mon étonnement ne fait qu'aïs- 
Hienter , auffi bien que Thorrcur que nrt ; 
xaufé dans le premier abord une . doârine fi ' 
impie. Mais plus cette doârine efl horrible, 

Ïlus aufÇ il eft difficile de fe perfuader qu'^ 
î ait pu entrer dans Tefprit d'aucun homni 
•Comment pourroit-on foupçonner cela, ds 
Jefuites dont la vie paroit fi régulière, qid ; 
..ont un air fi fimple ce fi modefte dans là 
,rues j qui font fi afïàbles envers tout le mon- 
de . & qui difent la meflè fi dévotement? | 
Le C, Pourvu que vous confcrviez lâcha- \ 
rite chrétienne envers les Jefuites & leun 
partirons , foyeZi perfuadé que vous ne pou- 
vez avoir trop d'iiorreur de leur doârine. 
Pour fcntir en quelque forte la grandeur de 
/outrage & de l'inlulte qu'elle fait au Seifr 
«eur, reprefentez-vous la majeflé redoutabls 
de celui qui s'appelle le Très-haut, le Tou^ 
puifTant, l'Eternel, le Fort , le grand Rd, 
to un mot, Celui qui est. Devant k 
trône où ce Roi de gloire reçoit les homma- 
ges de mille millions d'efprits bienheureux, 
vient paroitre une vile créature, un homme 
-qui n'efl que néant & que pouffiere ; & ce 
ver de terre ofera dire à fon Créateur : Se- ' 
gneur vous êtes bien grand & bien puifTant^ 
mais votre toutepuiffance ne s'étend pas jot 
que fur ma volonté dans les chofes qui ont 
rapponàmônfalut; dans cette affaire qui eft fi 
'emportante, ou plutôt qui efl l'unique impo^ 
tante & l'unique neceffaire, ma volonté ne dc- 
,pend point de vous, mais j'avoue que je vous 

fiiii 



I 



VMiinnM Jempk. EiïTA. XV. 409 
itre en a fiit de plus grandes & de plus 
urables : vous avez crée la cid & k ter* 
Se tout ce qu'ils contiennent ^ & ma vo« 
p6 a produit fis bonnes déterminations & 
oônfentement au bien. Si les principes 
Moliniftes iécoîent veriubles, rhomme 
Ht eh droit de tenir à fi>n Dieu un pareil 
Sfige. Jugez de là combien ce Dieu ja- 
|C de u gloire doit être irrité contre des 
aunes qui la lui raviflënt. Un fujet qui 
iidroit à (bn Roi ce langage infblent, qui 
i difputercHt une parue de fà puiflànce 6c 
plus belle portion de Tes Etats, feroittrai- 
comme criminddelexe-Majefté, &jugé 
gne de mort. Comment feront donc traités 
9BX qui font un tel outrage au Roi des Rois? 
bis, dites-vous, eft-il croyable, eft-ilpof* 
Ue que les Jefuites le foient rendus coupables 
fàn b horrible attentat , eux qui paroiflent 
bc des gens rœlés & fi pieux ? Quand cet 
çierieur feroit pSus édifiant qu'il ne Teft on 
K pourroit les regarder que comme les Pha- 
ilieD»de la nouvelle loi, qui eft le titre qu'ils 
fcibnt donné eux-mêmes. Or cette régulari- 
sé de conduite n'eft point du tout incompa- 
iUe avec les erreurs ennemies de la grâce de 
fefus-Chrift : l'orgueil & la prefomption qui 
bat la (burce de ces erreurs, s'accommodent 
brt bien avec une vie édifiante qui attire Te- 
hme des hommes j & vous favez que les Je- 
ilites n'ont pas la réputation d'être des gens 
fune profonde humilké. Mais fans m'embar* 
Piflcr de leur conduite quej'abindonne au ju- 
gent de Dieu , il eft certain que leur do- 
ftrine eft telle que je vous l'ai rapportée. Il 
me iëmble que je vous en ai donné des preu- 
Tmt I. S vos 



410 rerltf rendue JhpUf.EistrK. XV. 
ves fenfihles , auxquelles je pourrois en ajou* 
ter bien d'autres. 

Le M. Celles que vous nous enavexdoi^ 
ni^s dam le dernier Entretien, me paroip 
fcnt plus que fuâfi&ntes; & après tout ce qoé 
vous-nous avez dit à ce fujet, il n'y a pis 
pioyen de douter que les Molinîiles ne de- 
truifent le dc^tne de la toute-puiffiuiceiê 
Dieu , & ne rendent l'homme independàiK 
de Ton créateur. Mais commuent une doâcl* 
ne û impie & fi abominable a-t-elle pu ié] \ 
tablir dans TËgUTe; fur tout après le foulé* ' 
vcment qu'elle avoit eiccité, & l'oppcfitioa ^ 
qu'elle avoit éprouvée ? & comment a-t-cBc J 
pu enfin y prévaloir, jufqu'à obtenir en & ^ 
faveur une Bulle telle que la conftitutionE^ x, 
genitus. 

Le C. Vous fentez bien que tout cda A 
pu fe faire qu'avec beaucoup de tcms & de 
travaux. D'abord la nouvelle doârine s'cft 
montrée en tremblant: elle a demandé en en- 
ce de n'être point traitée comme crimindiej 
elle s'ellimoit trop heureufe d'être fouffcrtc , 
.& tolérée ; enfuite elle a voulu marcher de I 
pair , & elle s'eft mife à côté de rancienoe f 
dodrine , enfin voyant que tout lui reuflîA '- 
foit heureufementj elle a voulu régner féa- 
le. Pour vous donner quelque idée de ces dif- 
-fcrcntes fituations où le Molinifme s'eft trou- 
:vé, & des moyens qui lui ont fiiit faire tant 
■dt progrès , il faut reprendre la fuite de Fh»" - 
iloire que nous avons interrompue , & voir , ' 
quelles furent enfin les fuites de ce grand K* " 
le que la Cour de Rome avoit témoigné pour 
fc rei'erver le jugement du procès, en impo- 
sant fiknce .à t;out le monde. 

LiA 



nrké rnubÊe fenfibh. Entr. XV. 411 
9 M. Par le peu que vous nous avezde- 
it, je n'ai pas bonne opinion du fuccèf 
me af&ire^ & je crains fort que la Cour 
Lomé n'ait montré plus de zèle pour fes 
rcs intérêts ^ que pour les droits du Tout« 



Sint. 



e C. Ceft ce qui parut en efïet dans Li 
luite que les Papes tinroit finalement, Se 
i le parti qu'ils prirent par rapport à cette 
ide & importante af&ire : mais les corn- 
icemcns avoient été plus heureux , & a- 
nt donné lieu d'en tipexcr unfuccèstout 
îrent. Le Pape Clément VIII. fe voyant 
K de prononcer fbn jugement fur lanou- 
e doârinc des Jefuites ^ui cauibit tant de 
ibles dans l'Eglife. refolut enfin de faire un 
Dcn ferieux de Tobjet de cette difpute. Il 1/97. 
>iiit pour cet effet deux Cardinaux , qua- 
cvêques, & fept théologiens de diffcrens 
res , dont deux étoient doâeurs de Sor« 
ine; & n leur ordonna d'examiner le livre 
Molina, & de lui rendre compte de tout 
Qu'ils jugeroient être oppofé à la doârinc 
Ixglife. L'examen dura environ dix-huit 
is durant Icfqucls il fe tint plus de quaran- 
congregaticns. On y examina foigneufe-'^^'* 
nt tout le nouveau fyitême de Molina: /fe 
in tous les juges, à rexccption d'un ftul 
ctoit Carme, prononcèrent que ladodri- 
de jMoiina étoïc fauife cc erronnée, & 
en plufieurs points ce n etoit autre choie 
; Terreur des Pclagicns & des Demipela- 
ns. Le projet de cenlure ayant étédreffé,!;^^. 
revu & figné par les évéques & les theO' 
;i6ns &c enfin remis encre les mains du 
pc. 

Le M. Mais les Jefuites, qui voyoient le 
Sa Mo- 



i>endant rexamcn du livre de MoUi 
jcfuites n'avoient garde d'abandonna 
rtrine que la Société* en corps avoit i 
AU contraire ils fe préparèrent à k fe» 
tout leur pouvoir : pour cela Us firc 
^ Rome leurs plus habiles theologj 
•compoferent divers écrits pour étr< 
'tés au Pape, aux Cardinaux & aux c 
•teurs nommés pour cette affaire : i 
^ant que les chofes âlloient leur traie 
delon les ufages de la couir de Rome 
-Dîfme ne pouvoir manquer d'être cor 
'\S^9' Us fupplicrent inftamment de nomm 
ques Cardinaux, enprefence defquel; 
•fent conférer à l'amiable avec les ] 
<:ains , qui s'étoient dedarés acaiû 
Molina en Efpagne, & qui pourfui\ 
condamnation devant letribunaldufa 

Le M. Eh bien , ces conférence 
ques entre les Jefuites & les Don 
-produifirent-elles quelque bon effet ? 

Le C. On ne devoit pas s'attendre 
itermineroient les difputes, ni qu'elle 



VMtifewdmffnpie, Entr. XV. 415" 
A^à-dirc celle de rEglife. Dès que lés 
là ni les autres ne vouloient point fe reli- 
er de leurs prétentions, il étoit impoffiblc 
les réunir. Ce n'étoit pas non plus ce que 

Jcfuitcs preteftdoient : leur but étoit de 
ire comme les mauvais plaideurs , de gar 
er du tems âi faifinit naître mille obflacics 
râr empêcher le jugement définitif, & de 
Mflger la fece des aflàires , en fe portaiTt 
Hir accufateurs des Dominicains , au lieu 
ic jufijue là ceux-ci avoient fait le perfon- 
fc d'accufateurs contre les Jefuites. Mafc 
• ne £è laiflcrent point furprendre aux fineiP» 
I- & aux artifices des bons Pères ; s'ils ne 
arcntpasles empêcher de confumerplusd'^u- 
t année par leurs chicannes, ils ne voulu- 
EDC jamais confentir à la tournure que lesje" 
Btes s*eflR)rcoient de donner aux difputes. 
k finitinrent toujours que c'étoit aux Jcfui- 
B (êuls à fe juftifier ou à abandonner leur 
iDâsine, que pour eux ils ne faifoient qu'en- 
Cfner la doârine de S. Thomas, comme 
k avoient toujours fait , & que perfonhe né 
■ ayant jamais accufés d'avoir innové, ils 
%oient point obHgcs de fe juftifier. AinG 
■ut le fruit que prcduifirent ces conférences 
atre les deux panis , ce fut de manifefter de 
ifas en plus les diftindlions des Jefuites , là 
Riinte8rla défiance où ils étoientdelabon- 
i de leur caufe^ leur habileté dans Tart de 
kchicanne & dans les intrigues. 

Le M. Qyand un procès cft inftruit , & 

Clés parties ne veulent point s'accomnio- 
oiiëmble, qu'eft-ce que doit faire le juge, 
tnon de prononcer la fentence qui doittcr- 
Bùier le procès ? N'étoit-il pas tems que le 
fcpe mit fin à des difputes û échaufiëes ^ & 
S 3 qui 



Tpoint de chicanner j ils avoient toujc 
que chofe de nouveau à produire 
trouvoient toujours de nouveaux ( 
propres à reculer le jugement de leu 

i6©o. Après que le Pape, pour les {atis£ 
ordonne aux evêques & aux cheolo| 
avoit chargés de cette aflSiirCj d'en 
nouvel examen , & de revoir foign< 
la condamnation qu'ils avoient port< 
la dodrine de Molina; après qu'i 

1601. donné que les Jefuites & les Jacobi 
ent admis dans la Congrégation, afii 
der leur caufe de vive-voix & par i 
prefence des juges, les'Jefuites voyai 
Molinifme étoit toujours condamn 
cherent de nouveaux moyens pour e 
la publication du jugement. Ils fepl 
hautement qu'une affaire QÙ Thonm 
Société étoit intereffé, une affaire 
toit queftion dçs points les plus r< 
les plus difiSciles de la théologie, fui 
à un petit nombre de juges peu éc 
jnal difpofés envers leur Société : 



ré 
s e 

ûr 
fc 

2X3 

air 
M 
ce 



Vlfrtté rendue fenftble, Entr. XV. +lf 
blc5 de faire craindre au Pape un foulcveiiicnc 
contre fa Bulle ; tantôt ils rcpandoi^nc des* 
bruits capables d'effirayer la Cour de Rome : 
3s faifoient entendre que la decifion du Pape 
ne feroit point reçue en Efpagns, encore 
mcMns en France j que l'Univenité de Paris 
& plufîeurs autres Univerfités s'y oppofcroient, 
& peut-être en appelleroient au Concile gê- 
nerai j qu*ainli le Pape dévoie convoquer 
cette £iinte Aflemblée avant que de pronon- 
cer, ou que du moins il devoit coniUlrer les 
évëques & les dOvSteurs dedifïerentesuations, 
afin de s'affurer du conlentemcnt unanime 
de rEglilê ; tantôt ils fatigUoicnt & impor- 
tunojent le Pape par les recommandations des 
Glands , des Princes , des Rois , & entr'autres 
d'Henri IV. Roi de France, en faveur de la 
doârine de Molina^ d'autres fois ils nilbienr 
nlok en leur faveur les fuffrages de quelques 
Uniyerfités dont ils font maîtres abfo.us , Se 
dont ils tiroient des lettres ou dzs décrets , 
^.Ics Jefuitej fignolent , comme s'ils cuiront 
été leculiers j & fans intérêt dans cette cau-^ 
fe Enfin ik reprefentoientauPape que cesdi* 
butes n'intereffoient point la foi & qu'après 
«re convenu entre les deux partis de certains 
irticles cflèntiels , qui apparccnoicnc à la foi 
de l'Eglife, il falloit abandonner le fur-plus 
lux difputes des théologiens qui expliquoient, 
du. mieux qu'ils pou voient, la manière dont 
les vérités fe concilient les unes avec les au- 
tres ^ d'autant plus que les Dominicains & 
eux Jefuites fai&nt tous deux profeOTion de 
taivrc la dodrine de S. Auguftin & de S. 
Thomas , toute la difputefe reduifoit à fa voir 
œ .que ces faints doâeurs avoient enfeigné : 
ce qui ne pouvoit pas faire la matière d'un- 



1 



4lfi Vèftt/ renJm fenfihle, Entr. XV. 
jugement dogmatique ; puiiqu'il efl: certaio 
que TEgliië peut fe tromper dans les que- 
ftions de fait, par exemple, lorfqu'elle déci- 
de que tel auteur a enfeigné telle doârioeei^ 
particulier. ? 

Le M. Quels chicanneurs! je ne crois pas j 
qu'on en trouve de fi habiles dans les tribu* jj 
iMuxfeculiers. Cependant toute cette condui- | 
te devoir faire un bon effet , & elle ctdt | 
propre à donner une très mauvaife opiniott 
de la doârine des Jefuites à ceux mêmes qui 
ne connoifToicnt pas le fond des difputes;car 
s'ils avoient foutcnu une bonne caufë^ pour- 
quoi auroient-ila employé de fi indignes mo- 
yens ? Tous ces artifices & ces détours tu- 
toient du irriter le Pape, & le porter à ne* 
pas différer davantage de prononcer (on juge- 
ment. 

JLe C. Clément VIIL étoit effe<aivcment 
indigné contre eux , autant à caufe de leur 
pernicieufe dodrine, qu'à caufe des moycnr 
©dieux qu'ils employoient pour la défendre, & 
ibuvent il en faifoit des plaintes ameres i 
mais d'un autre côte il étoit effi-ayé en con- 
fiderant lopiniâtreté des Jefuites, & le grand 
crédit qu'ils avoient acquis dans tous les pays 
Catholiques. 11 craignoit qu'après Ion juge- 
ment ils n'en vinfTent à une révolte publique, 
& qu'ils ne fuffcnt protégés par la plôpan 
des Rois & des Princes dont ils a\'X)ient ga« 
gné le confiaiKC. Ces coniiderations le por- 
tèrent à ufer de condefcendance , efperant par 
cette voie, ou de gagner les Jefuites, ou au 
moins de convaincre toute la terre que s'ils 
étoient condamnés, ce n'étoit qu'après avoir 
été entendus jufqu'au bout en prefence de 
kun accuiàteurs, & après l'examen le plu9- 

mûr 



Fèrit/ mulnifenfiUe. Entr. XV; 4x7 
mûr & la plus exaâe difcuiTion ! 11 leur ac- 
ccnrdt donc, comme ils le demandoienc,que 
kur caufe- feroit tout de nouveau examinée 
& dHcutéê dans des congrégations plus nom- lâôi. 
breuiës que les précédentes ^ il augmenta le' 
nombre des éveques & des thcojogicns qui 
jorques-là avoient été chargés de cette aithf- 
re y enfin fl refolut de prefider lui-même è 
ces illiiftres «flemblées , accompagné de plu- 
fieurs Cardinaux dont il augmenta le nombre 
peir à peu.- C'eft princip&ment ce dernier 
cxaaiea hit en preTence du Pape qui eft dé- 
tenu cdebre dans r£^i&, & c*eft ce ou'cm 
tppdle les Conjgrq;ations Je auxiliis , c eft-à 
dire les aflèmbl^ tenues touchant le^feccurs 
divins , ou touchant la grâce par laquelle 
Dieii nous aide pour faire le bien. 

La M. Je m'imagine que ce devoit être 
tti beau fpedbcle pour les gens du métier, 
de voir d'une part les Jefuites, cette focietc 
fipuiflânte déclarer la guerre à la grâce de Je* 
to-Chrift , & de l'autre les Jacobins coir» 
h0ttr^ pour les droits du Tout-puiflunt : inivs 
ces combats de théologiens ne font pas i 
■otrc portée , ce qui nous interefTe , c'crt de 
fivoîr comment les chofes fe paflbient , £0 

rd fut le refultat d'un examen fi lôlemnd, 
tant de fois réitéré. 

Irf C. Clément VIII. donna tous (ts foînj 
8c toute fon attention à cette afftire dont il 
oonnoiflbit' l'importance. Afin de prcvenir 
tous te détours des Jefuites , il fe chargea 
du foin de defigner les matières qu'on devoir 
tniter dans chaque congrégation \ & poar 
cda il reduifit Li doftrine de Molina à un 
certain nombre de propolitions , qu'il fir rc- 
par écrit aux Jefuires & aux Jacobins, 
S 5 aSn 



Enfuite on fit entrer les deux Geo 
des Jefuites & des Jacobins accomp 
chacun de leurs théologiens. Le Pa]^ 
adrefla la parole & reprocha aux Jefuit 
prcferer aux Saints Pères de rEglife l^ai 
té de quelques nouveaux doâeurs , de 
bler toute rEgUfe & d'y introduire le ', 
gianifme y en voulant juftifîer Molina; 
après avoir recité une courte prière, qi 
prime d'une manière très énergique la 
êc la puiflànce de la grâce, il declan 
{on intention étoit que la doârine de S 
guftin fervît de rc^le pour examiner les 
Telles opinions de Molina ; enforte que 
ce qui s'en écarteroit , feroit des-lors 
condamnable. 

. LeJM. Il me femblc que cette règle ne c 
gueres accommoder lesjefuites^car vous m 
vezditque Molina s'étoit vanté d'être l'ii 
teur defonfyftême. 11 falloir donc qu'il n 
pas trouvé dans S. Auguftin, autrement il i 
eu tort de s'attribuer la gloire de l'avoir im 
Le C. Molina n'étoit pas le feul qi 



/I.jL.'î 



Vtrit/rembefiMpte. Entr. XV. 41^- 
S. Âuguftin d'une manière infolente^ com- 
me il ce grand Doâeur de la grâce eût mal 
défendu la caufe de TEglife contre les Pela- 
giens^ & comme s'il eût donné occaiion aux 
erreurs des Demipdagiens par fa dodrine 
dure & rebutante. Tels «toicnt les aveux qui 
échappèrent aux JeTuites dans les commen- 
cemens, lorfqu'ils étoient épris par les char- 
mes de la nouveauté. Mais le foulevement 
excité contre leur doârine les obligea bien- 
tôt à changer de langage. Après avoir re- 
connu en difièrentes rencontres & dans des 
écrits publics , que leur doârine fur la grâce 
& la prcdeftinarion étoit nouvelle , & dirïè- 
xcnte de celle que S. Auguftin &c S. Thomas 
tvoient enfeignée, ils jugèrent à propos, pour 
briicr la condamnation , de fouccnir le con- 
traire , & de dire que Molina écoit d'accord 
avec ces Saints Doûeurs. Ceft ce que fi- 
rent dans les congrégations 3 les Jefuites qui 
^aidoient la caufe de Molina, mais avec fi 
jeu de fuccès , que tout le monde s'apperce- 
voit de Tcxtrcmie embarras où ils étoient fou- 
vent réduits par Ici preflàns raifonnemens du 
Célèbre Jacobin Thomas de Lemos. 

Le M, N'y eut-il point , dans le cours de 
ces Congrégations, quelque évcnemcnt remar- 
quable que vous puiffiex nous raconter, & 
qui foit propre à nous faire connoître en 
quel état fe trouvoicnt alors les aflfàires des 
Jefuices & celles des Jacobins ? 

Jje C. Je me contenterai de vous en rap- 
porter deux qui ne font gucrcs hononibies 
pour les Jcfuites. Le premier cVft le tour 
que fit leur P. Valentia qui, pour faire voir 
que Molina étoit d'accord avec S. Augurcin^ 
lot devant k Pape un paQkge de ce Sai:it^ 
S 6 do- 



420 yMt^renJMtfenfUe.EHTR.Xy. 
doâeur en y faifanc un changement qui ea 
alteroit le fêns. Thomas de Lemos fe doo- 
tanc de la friponnerie voulut veri&er lepaC&r- 

Îp de S. Augufttn dans le livre même que k 
efuite avoir à la main, & il lui fut aue de 
convaincre toute Taflemblée de la fourberie 
de ce bon Père. Le Pape ne put s'empêcher 
de faire paroitre Ton incugnation par quelques 
paroles accompagnées de geftes qui furent 
comme un coup de foudre poiu: Valentiaj 
il tomba fur le champ en défaillance, & fiit 
emporté du lieu de rafTcmblée pour n'y plus 
reparoitre , car après avoir la^ui quelque! 
mois il fut appelle au tribune de Jefus* 
Chrift. L'autre événement dont je veuzvoi» 
parler , ce font les propofîdons de paix que 
les Jefuites firent poner aux Jacobins en dif 
ferens tems , foit pendant les précédents exa- 
mens du livre de Molina, (oit pendant ce- 
lui-ci qui fe faifoit en prefence du Pafie. 
Toutes ces ofires d'Accommodement te re- 
duifoient à ceci. Vous prétendez, deux cbo* 
ib, difoient les Jefuites aux Jacobins: vous 
(putencT. que la grâce de Jefus-Chrifl eft ef- 
ficace par elle-même, c'eft-à-dire, que c^cft 
<Ue qui par fà puiflànce opère en nous le bon 
vouloir > qui nous fait confentir , & noua 
détermine aux bonnes oeuvres , vous fbutc- 
nc2. encore que Dieu choiût & prcdeflinc 
fes élus de toute éternité par une bonté tou- 
te gratuite , enforte que les bonnes oeuvres 
qu'il prévoit qu'ils feront ne font pas le tno- 
tif ni la caufe de leur predeftination , mais 
qu'elles en font l'efifèt ; parce qu'elles Ibnt 
produites en eux par fa grâce , qu'il leur a 
préparée dans fa predcflination. En deux 
Xiots : félon youi ^ la grâce eft. efficace par 



yerit/riMJMefimJlHe.Ei^rK.XV. +21 
dle-même, & la predeftination eft gratuite. 
Nous autres Jeliiitcs , nous pcnfons bien dif- 
féremment fur ces dieux points. Nous cro- 
vons que la grâce ne détermine pas notre vc- 
loncé mais que c'eit la volonté qui fe deicr- 
ftiine elle-menie j nous croyons que la grâce 
ne tire pas fon efficacité de la toutc-puilHince 
de Dieu, mais de l'adrefle Se de la fineiTede 
Dieu , ou plutôt du confcntement du libre 
arbitre y nous penfons en confequcncc que 
Dieu en predeftinant les hommes, a quelque 
égard aux bonnes œuvres qu'il prévoit que 
leur libre arbitré leur fera faire. Vous nous 
tccu&z de renouveller les erreurs des De- 
mipelagiens Se des Pelagicns ^ & nous pré- 
tendons que votre doârineeft celle de Luther 
8c de Calvin. 

. Le M. Vous nous avez long-tems entre- 
tenu de ce qui faifoit le fujet de la difpute 
entre les Jacobins & les Jefuites , mais vous 
if aviez pas dit un feul mot de cette accufa- 
don que les Jefuites formoient à leur tour contre 
ks Jacobins, avoit-elle quelque fondement? 
ou bien étoic-ce uniquement pour repouflèr 
leurs attaques, que les Jefuites s'avifoient de 
leur faire un pareil reproche ? 

Le C. Cette accufation n'avoir pas le moin- 
dre fondement ; car les Jacobins navoientpas 
changé de dodrine : depuis leur ctablifïc- 
naent ils avoient fait proFeflion des mêmes 
iêntipiens qu ils foutenoient contre les Jefui- 
tes^ & aucun Théologien de quelque nom & 
de quelque autorité ne les avoit accufés de 
Soutenir les erreurs des Luthériens & des Cal- 
vipiftes. Pourquoi donc les Jefuites s'avi* 
i^t-ils de former cette accula» ion ? Pour 
deux raifons : la première qui étoit la moin- 
S 7 dre^ 



422 Ferft/ renéie finfible. EUTK. XV. 

drc , c eft qu'en confequence de leurs nou*- 
vcUes opinions, & de la haute idée quH!» 
«*étoicnt forgée de la liberté de rhommc,îb- 
croyoient qu'une grâce qui tire fon efficacité 
delà toutc-puiflànce de Dieu, une grace^^- 
nous détermine & nous fait confentir au bîar,. 
détruit la liberté de l'homme. Mais la féconde 
raifonqui touchoit bien davant^e les Jefuitcs,, 
c'cft qu'ils vouloient par ce moyen arrêter lo- 
pourfuites des Jacobins , en les mettant dam 
l'obligation de fe juftifier eux-mêmes, ôcpar 
là établir une efpcce d'égalité entre les vm 
& les autres , puifque fi les Jacobins accu- 
foient les Jefuites , ceux-ci de leur côté ac» 
cufoient les Jacobins. Afin que nous ne pitf- 
fions pas ignorer que tel étoit le veritaMè 
motif de cette conduite des Jefuites, ils ont 
eu fbin eux - mêmes de nous en infbruirc. 
Cefl Ripalda , l'un d'entre eux qui nous api 

?rend que fes confrères te voyant accufcs de 
'elagianifme par les Jacobins , commencè- 
rent à impurer aux Jacobins de foutenir les 
erreurs de Luther. L'aveu c& naïf, mais iL 
di précis. 

Le M, C'efl-à-dire que les Jefuites difbicnt 
aux Jacobins: ccfTez de nous accufer, & a- 
lors nous ne dirons plus rien contre votre 
doârine ^ mais ^vous vous acharnez à noiu 
faire paflèr pour des Pcbgiens, nousfbutien- 
drons que vous êtes Luthériens & Calviniftcs. 

Le C. Voilà juftement ce que les Jefuites 
difoient par toute leur conduite. Cela fuppo- 
fé, vous fêntez. bien que lors que les Jefui- 
tes faifoient des propofitions de concilîatioQ' 
&: d'accommodement , il n'étoit plus quef« 
tion de ces accUfations de Lutheranifme & 
de Calvinifixie ; les Jefuites ne failbient au- 



refit/ rendue fenfibk. Emtr. XV. 4^5 
:iiDe di£5culté fur k doârine des Jacobins ^ 
ils trouvoient bon qu'elle fût enfcignce avec 
li même liberté qu'auparavant. Sculccnenc ils 
demandoient que les Jacobins en ufa lient de 
nême par rapport, au Molinifme. £t afin de 
b y engager , ils ofFroîent d'y faire quelque 
changement : ils conièntoicnt à foutenir la 
predeftination gratuite, pourvu qu'il leur fût 
permis de continuer à enfeigner que la grâce 
n'cft pas efficace par elle-même, & qu'elle 
tire K)n efficacité de la coopération & du 
confentement de la volonté de l'homme & 
mm pas de la coute-puiflàncede Dieu. Miis 
b Jacobins n'étoient pas d'auffi bonne coni- 

Sfition que les Jefuites. Les queilions de 
i , difoient-ils , ne font point fufcépribles 
d'accommodemcns, parce que la vérité efl 
une & indivifible j nous n'en fommes que les 
depofitaires , ainH il ne nous eft pas permis 
d'en di(pofer comme d'un champ ou d'une 
Tignc qui nous appartiendroit , ni d'en céder 
une partie , pour conferver l'autre : ou vous 
avez raifon, & nous fommes dans l'erreur j 
ou bien vous êtes dans l'erreur, & c'cftnous 
qui avons raifon. 11 n'eft pas jufte que Tcr- 
rcur ait la liberté de paroitre dans TEglife , 
& qu'elle y jouifle des mêmes droits que la 
vérité j & nous fommes très fcandalizés' de 
voir que vous confcntiez à laiiTcr enfeigner 
librement notre dodlrine^ que vous prcicn- 
dez être la même que celle de Luther & de 
Cilvin. Ea un mot ou vous êtes dans l'er- 
reur y ou nous y fommes-^ pour Faire une 
véritable paix , il faut que ceux de nous qui 
fimt dans l'erreur, y renoncent & qu'ils em- 
braflènt le fentiment des autres. Nous ne de- 
voiu dcoaander que le triomphe de la vérité: 

at- 



bien digne d'un hbnMnc oui en foutcn 
droits de Dieu , fc tient afliiré de la ri 
Il Moit que cet hotnme4à eût une [ 
foi , pour demeurer inebranhble dans 
fenfe de la vérité, fans craindre ni le c 
ni les intrigués , ni les cabales de la S< 
Le C. Il fâlloit certainement avoir 
foij & auffi de Lemos en avoit beaucoup 
la foi n'étoic pas alors deftituée d'appuis 
fbutiens extérieurs. L'erreur n'avoir pas 
re eu le tems de fe répandre de tous < 
& d'infeder les Corps & les particulic 
lè-portoit encore fur fon front la man] 
fôn infamie c'cft-à-dire k caraftere de 
veautc : on pouvoit lui* dire, vous n'éti( 
hier j vous n'étiez pas au monde il y % 
rante ou cinquante ans ; & tout le n 
fc fouvenoir encore du jour qui avoit v 
te zizanie germer dans le champ du 
ncur. La vérité au contraire étoit ah 
Eoflcflîon de toutes les écoles, elle avoîi 
elle un très grand nombre de defa 
courageux ^ les Puiffànces n'étoient p 



Vèrtt/ rtndMi Jenphle. Emtr. XV. 4#y. 
ion, enfin par h confufion dont les Jefuites e- 
dicnt couverts & par rextrême embarras 
ki ils étoienc réduits , leurs plus vaiUans 1603. 
JKUnpions fe trouvant attaques de vapeurs , 
>u n'ayant plus le courage de combattre 
XMir une caufè qui leur paroiQoit déièf- 
pcrée. 

lae M. Tout cela cft beau & bon ; mai» 
il faut encore autre chofe pour le triomphe 
de la vérité. Ce qui décide d'un procès c*eft 
le jugement définitif, & jufqu'à ce qu'on Tait 
obtenu, on ne peut pas dire qu'on ait gagné 
Ion procès. 

Le C. Eh bien la caufe de Dieu défendue 
fir les Jacobins a encore eu cet avantage ; 
car dans lesfoixante & huit congrégations qui 
le tinrent dans Tefpace de trois ans , en prc- 
faice de Qement VIII. tous les juges, à 1 ex- 
ception de deux , fe réunirent toujours à 
prononcer que la doârine de Molina étoit 
£uiile, erronée, contraire à l'Ecriture Sain- 
te, à la tradition & à S. Aagullin ,& con- 
forme à 1 herefie des Pclagiens & des Demi- 
pek^ens. Il ne rcftoit plus après cela qu'à 
dreuèr & à publier une Bulle fur cette affai- 
re. Qement VIII. étoit bien reiblu de le fai- 
te, & au commencement de Tannée 1605. 1605- 
il déclara à une perfonne de confiance que 
bu defTein étoit de publier la Bulle contre 
k Molinifme la veille de la Pentecôte , aux 
premières vêpres de la fête, & de faire en 
même teras de Lcmos Cardinal. Mais Dieu é- 
toit trop irrité contre les péchés des Chré- 
tiens pour accorder à fon Eglife une telle fa- 
veur i & dans fà colère il retira du monde le 
f. Mars un Pontife fi zélé pour la confer- 
ratioft du dépôt iàcré dç la foi. Il étoitjufte 

en 



^6 Vérité rendue fenfibk. Entr. XV. 
en *efFet que les chrétiens qui avoient oublié 
& négligé les vérités de la grâce fuflènt punis ; 
de leur négligence par les tcncbres où cci- 
vérités alloient être enveloppées ^ & il écoit-, 
bien convenable que TEgliie qui n'a triora- 
phé de Tidolatrie & dç toutes les herefic»- 
que par les combats & les foutfrances de fcs- 
cnfans , achetât encore au même prix la 
poireffion libre & tranquille de ces vérités fi. 
precicufes & fi eflentieÛes à la religion. 

Le M, Ah y mon cher Pafteur , vous allez 
encore nous annoncer des malheurs , à ce que 
je vois. Apparemment que le fucccflcur de Cle-. 
ment y m. n'eut pas le même 2.ele que lui,pour 
venger l'injure que les Jefuites feifoicnt à la 
grâce de Jcfus-Chrift. 

JLe C, L'événement vous en inftruira tout 
à l'heure. Le Cardinal Borghefc qui étoitde-. 
venu Pape fous le nom de Paul V. fevo-/ 
yant fortement follicité par les proteûeuit 
des Jefuites & par les Jefuites cux-mémcs> 
d'abandonner l'entreprife de fon predeflcur, 
heiiîâ durant quelques mois fur ce qu'il avoit 
i6os» à faire ^ mais enfin il refolut de continuer 

tJ;f' ^" l'ouvrage de Clément VIIL & d'v mettre 
la dernière main. On recommença donc en- 
core les Congrégations & on en tint julqu'à 
dix-fept , où l'on.traita de la grâce efficace. 
D y fut décidé que Dieu par la grâce effi- 
cace meut les volontés des hommes, non 
feulement en les invitant & en les excitant, 
mais auffi en les déterminant au bien , fans 
toutefois bleirer leur liberté^ & que cette 
grâce tire fon efficacité de la toute-puiffanccdc 
Dieu & du . fouverain domaine fur les vo* 

' 1696. lontés humaines comme fur toutes les autres 
créatures. Ls9 Congrégations écant finies, il 

ne- 



FèriUrenJffefinfbre.EvirK.XV. 417 
ne rcftoic plus qu'à dreflcr la fentencc & à la 
publier conformément aux fuffragcs des évc- 
ques & des théologiens qui avoient été char- 
ges de cette aflàire j Paul V. s'y é:oit deter- 
miné après avoir confulcé les Cardinaux , en- '^°"' 
trc plufieurs projets de Bulle qu'on lui avoit 
présentés il s'étoit fixé à celui que les iccre- 
ttires de la congrégation avoient drefle &: qui 
tvoit été revu & approuvé par tous les juge», 
excepté le Carme qui avoit toujours fbutenu 
Molina. Tout étoit donc préparé pour écralèr 
le Molinifme j mais les Jefuiies par leurs in- 
trigues firent fi bien que tout cet appareil s'é* 
vanouit en fumée. & fc reduifit à rien. Le 
%i. Aouft jour de S. Âuguftin le Pape après a«- 
voir confulté un nombre de Cardinaux, prit 
k rcfolution de ne point publier alors la Bul- 
le drcflce contre Molina 9 & trois jours après, 
ayant &it appeller le General des Jacobins Se 
celui desjefuitcs, il leur déclara qu'il public- 
roit fon jugement lorfqu'il en feroit tcms; 
& en attendant U permit aux uns & aux au- 
tres de foutenir chacun leur fcntiment , avec 
ddenfe de s'attaquer & de fe condamner les 
uns les autres. Telle fut l'inftruâion , telles 
furent les lumières que Paul V. donna à tou- 
te l'Eglife fur les grandes queftions qui depuis 
dix ans avoient donné tant d'exercice aux con- 
fulteurs que les Papes avoient choiiîs , & fur 
lefquelles toute l'Eglife attendoit une dcciiion 
claire & precife. 

Le M, Quels peuvent être les motifs qui 
ont engagé Paul V- à laiifer indécis un pro- 
cès de cette importance, &: à ne pas publier 
une fentence qui étoit toute prononcée & lou- 
tcdreflee? Ccrrainement il talloit que ce fufTent 
desjcfuîtcspour fe tirer d'un fi mauvais pas. 



428 Verit/ fênJtti fenple. Eum. JLV^ 

Le C. Toutes les vues de Religion obli- 
geaient Paul V. à ne pas laifler fublîftcr dans 
1 Eglife les erreurs Pclagiennes de Molina ^ mas 
les Jefuites , en bons, politiques, s'étant Eût 
chafTer en ce tems-là des Euts de Venife à 
caufe de leur xcle à foutenir les prétention» 
tmbitieufes de la Cour de Rome, Paul V 
s'eut pas le courage de flétrir par une coi!- 
damnation folemnelle , des gens qui vcnoiciït 
de fe facrifier pour fes intérêts. Le zèle qu'ib 
avoient tefnoignc pour la puiflànce que Rome 
s'attribue fur le temporel, leur valut une per^ 
miffion d'attaquer ouvertement la toute-puiA 
iànce de Dieu^ & parce que les Jelùitcs a- 
voient bien défendu les droits chimeriquei 
du ferviteur, celui-ci abandonna à leur difcre- 
don les droits les plus fàcrés & les plus invio- 
lables de fon Maître & du leur. Voilà qudr 
Jes ont été, par un terrible jugement de Dieu, 
les fiineftes uiites de l'orgueil & deTambitioù 
de la Cour de Rome. La domination qu'dk 
exerce fur les évcques, la porte à empêcher 

aue le Molinifhie ne foit condatnné en Ean- 
res & en Efpagne, & la domination qu'elle 
veut exercer fur les Rois & les Souverains k 
porte à fupprimer la condamnation du Moli- 
nifme, après que le procès a été inftruit & 
que la fentence eft préparée. 

Le M. Il me femble que vous parlez bien 
fortement de la faute de Paul V. Eft-ce qu'el- 
le étoit fi grande & fi énorme ? 

Le C, Comment, fi elle étoit grande? Rap- 
pellez-vous ce que nous avons dit dans notre 
dernier Entretien , fur l'horrible outrs^e que 
fait à la divine Majefté la doûrine impie de 
Molina. 
Lt M. Je m'en fouviens fort bien ; mais 



PkritifiniMefenfthk, Emtr. XV. 429 

ce n'efl: pas tout-à-fait la même chofë^ 
r Paul V. ne devint pas Molinifte : il ne 
dda pas le procès en faveur de Molina; il 
contenta de fufpendre la publication de fon 
;ement, & de la remettre à un tems plus 
rorable^ & en attendant il recommancia la 
>uceur éc la modération aux deux partis. 
I*e C. Il eft vrai que la faute de Paul V. 
A pas la même que celle de Molina & de 
I confrères; mais eneft-elle moins énorme? 
es Jefuites, comme je vous le difois tout-à- 
leure , font des fujets infolens qui viennent 
fqu'au pied du trône de leur Roi lui difpu- 
r la plus belle portion de fon empire; & 
aul V. qui eft le premier Miniftredece Roi, 
c depoûtaire de fon autorité , eft témoin de 
et horrible attentat: le Prince fe repofe fur 
i prudence & fa fidélité pour en arrêter les 
ûtcs par un châtiment exemplaire, & ceMi- 
iftrc laiflè impunie l'audace de ces révoltés; 

défend feverement que perfoane leur faflè 
i moindre peine & le moindre reproche ; & 

fe conduit de' cette forte, parce que ces re* 
dlcs lui ont fait un petit compliment après 
roir infulté le Roi. Enfin tout fon zelc pour 
i gloire de fon maître , fe termine à faire in- 
Tuîre le procès des coupables à grand bruit 
C à jgrancfc frais , à dreflcr la fcntence de leur 
oncËmnation, puis à dire gravement, qu'il 
renoncera fon jugement fur leur conduite, 
ans k tems qu'il jugera convenable ; ôc la 
Qort emportera le premier Miniftre, elieem- 
ortera les coupables avant que ce tems favo» 
Me {bit venu. Car c'eft ce qui eft arrivé. 
*aul V. auroit eu honte de dire qu'il ne vou- 
ait point publier fa decifion , & qu'il ne la 
^blieroit jaqiais : il craignoit les plaintes , les 

repro-^ 



430 Vérité rendue finfile. EMTa.XV* 
reproche^ &le foulevemenc qu'un té^Ccou 
auroit excités ; mais ce qu'il auroit eu bon 
de dire, lui-même & fes fuccefTcurs n'ont pas < 
honte de le faire. Les années fe font écoi 
lées, mais le tems favorable n'eft point vdï 
& au lieu d'une decifion qu'on demandoit i 
téii. qu'on attcndoit de Rome, il en eft venud 
defenfesrigoureùfes àtouteperfonnc, évêqui 
& curés, profeflèurs en théologie & prejl 
cateurs , Jefuites & Jacobins , de traiter en 4 
cune forte des matières de la grâce, nid 
queftions de théologie qui y ont rapport: ck 
fenfes quiôntétérenouvelléespar differcns h 
pes , & notifiées dans toute l'Eglife cadiol 
que : defenfes auxquelles les évêques & i 
théologiens n'ont que trop déféré : defcnî 
•nfin qui n'ont pas empêché les progrès rap 
xles de l'erreur , mais qui ont fervi à rendre <; 
dieux les defenfcurs de l'ancienne doârine^i 
à leur fufciter mille vexations & mille traça 
feries. 

Le M. Ohl je ne favois pas tout cehj f 
je m'imaginois que Paul V. étoit dans la « 
folution de publier fa decifion tôt ou taw 
Mais vous en direz tant qu'a la fin il n'y tt 
Ta plus moyen de le juftifier. 

Le C. Plût à Dieu qu'on pût le juftifier 
ou du moins Tcxcufcr ! Mais de quelque côB 
qu'on enviiiigcfi con'iuice, elle paroit cgal« 
ment infoutenable. En effet ii on la coniide 
re en elle-mcme, on y voit le premier àcsl 
vêques, charge fpeciaicmcnt de l'iallruâio 
des fidèles, garder le iîlcnce fur des queftioB 
portées à Ion tribunal, examinées, difcutéfl 
jugées & décidées par ceux quHl achoifis poï 
être fes Confeillers & IcsAlkiTeurs dans cejug 
mqnt : on le voit refuler d'inilruire les cto 

ûct 



yerMrewAê JèmpUe. Entr. XV. 451 
is , & de leur apprendre de qui ils doivent 
mdre la decifion de leur ^ut , à qui ils doi- 
it prefenter leurs prières fie leurs aâions de 
ces pour le bon uiàge de la grece de Dieu, 
pour les bonnes déterminations de leur vo- 
ité. S'adreflèront-ils auTout-puilTant, s'a- 
îflcront-ils au libre arbitre; ils peuvent choi- 
Fun ou l'autre indifféremment , pourvu 
Us ne le faflcnt qu'en attendant & par pro- 
km, ôc qu'ils foient difpofesà paflèrderun 
Tautre au moin'ire figne que le Pape leur 
nncra de fa volonté. Que decouvre-t-on 
C5orc dans la conduite de Paul V ? Terreur 
le menfonge mis au même rang que la ve- 
S, ordre à elles de fe traiter mutucttement 
ne manière honnête & refpeaueufe, &li- 
rte à tout le monde de cnoifîr entre Ter- 
ir 6c la vérité, & de rendre fes hommages 
'une ou à l'autre ; c'eft-^-dire que dans le 
âïiaire Se fur Tautel du Dieu qui s'appelle 
Véritable^ & la verit/ même ^ on place à 
té de lui une infâme idole, on metDagon 
Até de l'arche du Dieu vivant, & permis 
ous les chrétiens de fe rendre les adorateurs 
même les miniftres de celui des deuK qu'il 
r plaira de choifir j & tout cela fe fait avec 
jrement du premier Vicaire de Jefus-Chrift,^ . ^ 
icft venu dans le monde pour rendre tc-xv!*!. 
lignage à la vérité. Enfin Paul V. eft le 
«nier des Pafteurs du troupeau de Jefus- 
irift : il eft averti que l'ennemi a femé une 
mvaife graine dans les pâturages du Pcrede 
nille, & qu'ils font remplis d'herbes capa- 
bs de caufcr aux brebis des^naladies mortel- 
i&conragieufes^ après avoir affemblc J'au- 
ji pafteurs , il trouve que cela eft vrai : il 
îibàit cette herbe venimeufe^ mais au lieu 

de 



rei runage de la conduite ae raui v . a 
bien alTuré quetout^p^rfonne quife le 
me une jufte idée de la doârinedes J 
telle que j'ai tâché de vous la donner 
▼iendra fans peine qu'il n'y a rien que < 
& de vrai dans tout ce que je viens d 
dire. 

Le M, Dès qu'il étoit queftion dans 
fputes, de (avoir fi Dieu eft tout-puiffi 
conçois que c'a été une faute énornje 
-fer indecifîe & incertaine une vérité d 
importance , & je commence à craindre 
ne telle conduite n'ait attiré fur l'Egli 
foule de maux. 

Le C. Vous avez bienraifon d'être c 
car la prévarication de Paul V. étoit un 
fe inouie dans l'Eglife. Si les Juifs avo» 
jcrtéJcfas-Chriftla vérité incarnée, fil 
dats Romains l'avoient traité avec inful 
uns & les autres meconnoiflbient ce ] 
gloire. Mais après les Congrégations i 
xi/tis 5 on connoît parfaitement la v 
Home ; on la diftingue très bien d'av< 

TrMf • Ar /*nr\f»tyA^é\t' nr\ lui «•««Ai/a 1*m» l*#- 



NÉi 'éffe fitmis de dette foule de m^x qtli 
IC ddblé l'É^e^aos k fiede pailë, & qui 
Motenant fecnblèiic former un dduge prêta 
mœalixwit} La yerieé ifeft dérobée tux 
■r de* komtnes qui ea nMbienc (i peu de 
its .Diea a œfle de répandre fur eux (a gra* 
^àoDX. Ib cni]roient avoir befoin pour pe« 
Mr^ mais non pour faire le bien : il leur a 
IC ftire Peflai des forces immenfes qu'ils 
Éfeuoient à leur libre arbitre; enfin le ce- 
1^ Medecm a abandonné des malades indo- 
ki& prefomptueux entre le mains des char* 
mû qu'ils lui avoient préférés , c'eft-à^ire 
SIC les mains des Jefuices ou des Moliniftes. 
t qu'efl-il arrivé delà ? c'eft que la maladie 
itugmenté , & a réduit les malades dans un 
i^ deidperé. La Cour de Rome s'eft pfe<« 
■b£e dans de nouvelles ^utes: la conduite 
î Paul V. a été une loi pour fes fuccefTeurs : 
kd d'entr'eux ne s*eft mis en devoir de re* 
îrer Foutrsge fait à la grâce deJefus-Chrift; 

eques * uns ont même oté l'égalité que 
l V. avoit mife^ & ont fiivoriS l'erreur 
à prgudice de la vérité. A la faveur des te- 
iJnaJe Moiinîfme ^ cette doârine empoifon« 
ie» stA répandu comme un fleuve fur la 
hce de rEgufe, Se a caufé la mort à Une infi* 
ké d'ames. 

Le M. Et ce grand Aombre d'hommes fî 
dés pouf l'ancienne dodtrinc , tous ces Ja- 
obins qui "avoient foutcnu les intérêts de la 
race dans les congrégations, ne s'oppofbieiit* 
s pas à ces progrès de Terreur? 
'Irf C. Oui fans doute , dans les premiers 
BttB qui luivirentles congrégations : ilsétoi-^ 
Bt.cncore alors {^eins de vigueur & de cou- 
iigc; mais cette génération d'hommes oui 
.'•iHwrrl. T avoicnt 



.xpû toat la vie de la piefié, & Tame d 

Je culte qu'on rend à Dieu , ces divôx 

tés furent oubliées &ignosée5daosF£g^ 

ji'en fie {dus mention en inibuiâoc ks i 

& elles fièrent mifes au rang des qa 

inutiles 6c douteuiês, auzqudles on s 

,dans les écoles decheologie: iapietsé de 

.tiens étant deftituée de cette nourritu 

de devint lingui{rante»& s'éteignit peu 

.dans les cloîtres au(B bien que parmi h 

iDun des fiddes : la vertu devint ra 

elle parut fufpeâe, ficodieuTe, jAc les | 

>bicn furent perfecutés. Enfin après { 

cent ans de travaux, d'intrigués, & 

baies les Jefuites font venus à bout d\ 

ja deciGon du procès que Paul Y. zn 

ie indécis; & quelle deciGoa.I Cleme 

publie la3ulle Vmgenitus ,qui relevé li 

nifme de toutes les çcHKlamnationsqu'o 

prononcées contre lui dans les congre 

Je ^uxiliis ; & par cette dernière dem 

la Cour de Rome a mis le comble à 

Jcs iniquités ,.qui l'ont conduite coni 



•■tr\m^ »ir\r*r\wé^ 



»^1.... 



ytcfmcMàun if jm fenA homme qui ait 
ir ks chiedo» dct chadmens fi ri- 

V flilapHiiioaaité fi générale, c'eft 
jniié-ravoic été. Paul V. n'étoit pas k 
IpaUe : me nfinîté de peribnnes par- 
■I I fil preraricatioiiy les uns pliu , 
ea-iQoini« Toub €eux qui apptiyoîefit 
lixaouleurdoâriae: lous teuz quide^ 
entindifiGarens : tous ceux qui ne (buct* 
îaa là vérité « ou qui ne s'oppofoient pas à 
jmSEUit Qulb aurpicftt dujrob^& prince^ 
s & ciues^cardinaux & theologiou^ tous 
/^udaœ choie à k reprocher, même 
pjp fidèles qiû auroient du par leurs 
oc leurs gpialûêmcDs découmer un fi 
malheur. Le Molinîfme atcaquoic la 
I jufques dans le coeur , il tendoit \ 
d'iespiiAcipes delà vie ^ tous les mem- 
t F£glifi: dévoient s'emprellèr dere- 
: Jimc attaque fi dangereufe: il falknC 
1er un Concile général pour ji^er cette 

SLâàire , du moins il Moit le deman* 
c appeUer de la conduite de Paul V. 
c SMTi déni de juftice. Pcrfonne ne 
. Mais Dieu û'a pas pour cela aban- 

ten Eg^ife: au milieu de fit plus gran-^^^*'^ 
ère, il s'eft (bu venu de là mifêricorde. ^ 
iecems même des congrégations ^ Dieu 
oit à fon Eglife des hommes qui de- 

combattre toutes les erreurs & defen- 
utes les vérités avec un zèle & un cou- 
nvincibles ^ & il s'étoit à peine écoulé 
QOis , depuis le 2î$. Aouft 1607. où 
/. outrigea la vérité en impofant filen- 
a defenfeurs, lorfquc Dieu le 25. Mars 

commença à jetter les fondemens d'u- 
T 2 ne 



4^6 Vititi tenJm finfiyit.lSsnr^.. 9C7I. 
fie œuvre qui devoit ièrvli: à former ,&. à 
perpétuer dans (on £|life une race de (sait. 
leurs fidèles, qui conterveront le dépôt dcf 
iàintes vérités, pour le cranfmettre àunejp- 
«leratioa nouvelle qui rendra au Toutpuiifint 
une gloire d'autant plus pleine & plus parfiâcci 
gue l'outrage que lui ont fait Paul V. & Oj^' 
ment XI. a été plus horrible. Q^e jce teoi 
arrive bientôt- Aoçp. 

^1 

ENTRETIEN XVL • 

La M. Angélique eft touchée de Diei^ 
ér elle reforme fon Monaftere. Eli 
fe met avec fesjules & beaucoup dtai 
fres ferfonnes fous la conduite de 
de faint Cyran : fruits et fs^ccès ---,„^ 

. ?nirable des travaux de cet Abbé. JMJ i" 
jMle lui procure la prifm , oiil ccrn^ i^ 
Sinue defervir l'Eglife^ ^ \ 

LE CvR£'. Vous aveK vu , mon dui^ 4 
Monfieur, dans nos precedens Entretient i. 
le Molinifme cité au tribunal duikint Siege^; ^ 
Soutenu par les Jefuites , attaqué paries Jtco* | 
.binSj & condamné prcique unanimement ptf; i, 
}es Théologiens , par les Cardinaux & par là ^ 
Evêques que les Papes avoient établis jugd t^ 
Je cette grande affitire, & cela après dix an- ' 'i 
wcs de l'examen le plus mûr & le plus fo- ^ 
Jemnel. - Vous avez vu la fentence qui dfr ^ 
(y£>it exterminer cette pernicieulè dûârine» ^ 
xoure prononcée, & toute dreSec, mais h; ^ 
ipublication de cette fentence diflèrée à ufl' i 
^jsms plus fawtnrabky qui n'eft pas encore a^- ' ,; 
.:i rivé' t 




Pèrhé Ttniui Jenfhh. Entr. XVT. 43 jr 
ft depuis plus de cent trente ans. Qui au* 
«t cru qu'après une telle fietriflure, les Je- 
to puflènt avoir le crédit & la hardicflè 
^ nous prcfemer le Molinifme comme 
ne l'ancienne dodbrine de TEglifc , & 
sfidrc retomber fur k tête des defenièurs 
\ la grâce de Jefus-Chrift , les foudres qui 
evoîent écrafer Molina avec la Société? 
?eft cependant ce que nous avons eu ladou'» 
w de voir arriver, par la publication de la 
iidle UnigenitMS, Le procès que les Jciuitcs 
ment perdu au tribunal du faint Sicgc lous 
lonent VIU. ce même procès , Oemene 
D.le leur a fait gagner avec dépens, dom-* 
ijyes & intérêts. Mais tous ces cvcncmens 
K je vous ai rapportés , ces aveux impor« 
p échappés aux JeJuices, la crainte où il» 
Heot de la deciûon du Pape , les chicanncs 
lioom les mauvais moyens qu'ils employé*' 
âr pour l'empêcher ou au moins pour la ditfè* 
1;, lea cris de joie que la Société fit enten- 
le de toutes parts , comme fi le délai de la publ.-^ 
tîon du jugasaent eût été un triomphe pour 
iolina: ht conftemation des Jacobins, leurs 
bmtes fupjdicacions pour obtenir des Pape:) 
publication du jugement rendu par Paul V. 
1^ k coaduite de k Cour de Rome en 
tte. rencontre, tout cda éteit une vive lu- 
cre que Dieu préparoit aux cceurs droits 
lie les cems de ténèbres & dobfcurciilèmcnt 
i dévoient furvenir. Car enfin la vérité eft pfu.cxvL 
lyours la même, elle fubfifte éternellement.^* 
t tcina qui s'eft écoulé depuis les congre- : 
lions Ji Auxiliis , n'y a fait aucun change- 
ait. Qieu qui fut alors reconnu tout-puif- 
ic. n'a pas perdu fa toutepuiflànce , parce- 
leiea Jc(uitesontofélalui difputer^ leMoli* 
T 3 ni- 



'43" Vetitf fendue f^nfhle. Entr. XVL 
nifme en vieilliflànt n*a pas cefR d'être uar 
«k)ârine Pelagienne, & les années qui fefonc 
écoulées n'ont point efïàcé' la tache ni l'infin 
xnie de fa naiflànce^ on pourra toujours lui 
dire: en tel tems, par exemple en 1540. vous 
n'étiex pas au monde. Ce font des cholèi 
qu'il ne faut jamais oublier. 

Le Marchand. Nous efperons bien, t-^ 
vec la grâce de Dieu de ne les oublier jamais , & 
d'avoir toujours en horreur une do£brine qui 
contefteà Dieu fon domaine fouverain (iir kl 
Tobntés des hommes.Maintenant nous ibmmci. 
difpof& à écouter ce que vous voudrez bîa 
nous apprendre , touchant les coofiriadons & kt- 
fecours que Dieu preparoit à fim Eglife. Cv 
il &ut avouer que rien ne iêroit plus defbhntl 

2ue la peinture que vous nous es avez fôat^ 
vous ne nous aviez pas fait entrevoir en mê* j 
me tems qudque lueur d'efpcrance an mUicar. i 
de tant de maux. f 

LaC. Vous avex bien raifon d'tppeBer ce-'^ 
k une lueur ; car en effet l'oeuvre de Port- 
Royal , qui devoit procurer à l'Eçlife de J^ 
ius-Chrift les fecours que je vous ai annoncé^ 
n'écoit dans fon origine qu'une foible lueur, 
qui par la fuite elb devenue une vive luraioii 1! 
malgré tous les efforts que la malice dcf ? 
feommes a feits pour l'éteindre. Dieu , poiff" f 
£dre voir qu'il eft le Toutpuiflant , & qrfî ^ 
n'a nul befoin de fcs creamres , choiiic pour L 
l'exécution de fes deOeins une jeune fille de L 
fdze ans & demi. Cette fille élevée dans une ^ 
grande ignorance delà religion^ (è trouve pir 
Pambition de ks parens comme forcée a en- 
tier dans un Monaftere : i 1'^ de -neuf ans 
Ae s'engage par des vœux dans un état pour 
e(ud ék n'a ai goât ni vocation ^ & à n- 



'onze tns , loriqu'dle n'eft pas en état de ' 
onduire elle-même, elle cft chargée en-^ 
ité d'Abbeflc du gbuverncment d'une 
ooiunauté rellgieufe. Tel eft le perfon- 
5 que Dieu choifit pour jettcr les fonde- 
Il d'une œuvre, qui dévoie confoler TE* 
sdaoB les jours de fit vieillefleâc àz fa ftc- 
i. Pendant que celte jeune Abbeflc tâche 
liTiper fon ennui, & le dégoût de ion é-* 
, par les jeut, les promenades, & les au« 
'divenilTemen^ que le monde appelle inno^ 
s, ë&e entend par hazard le fermon d'un- 
piKia: die en eft vivement touchée; & 
[^■ce toutcpuiflante de Jcfus-Cbrift l'cle- ,^^5 ,4,^,-, 
ff^au delTos delà foiblelTe de fonâge & de 
.fcxc, forme ea elle dès ce premier mo- * 
R les difpofitions (ainces oui ont été le gér- 
er ka iemenee de la perreâion rclîsieufe, 
dsia piecé^Êminente qu'on a admira danf 
liAoDaitere de Porc-Royal, & dans ceux qui - 
ont été unis. 

Le m. Certainement Dieu prenoit un bon ' 
yea pour confondre l'orgueil des hommes, 
pour faire éclatter (apuiuànce. ChoiQr un ' 
«lit pour l'exécution d'un grand deffein, il 
a que ie Tout puilfint qui puiffe employer- 
pareUs moyens. Mais U faut avouer que 
us fixnmes encore bien éloignés de voir les 
ndes chofes que vous nous avex fait efpe- 
'. Car que cette Abbeflc travaille à le rc- 
nncr, que par fon exemple 6c iês foinr elle 
ryîenne à mettre la reforme dans fa' Corn- 
UDUité, c'eft un grand bien; mais efl-celà 
I femede aux maux de l'Eglife? Ces Reli*- 
Bufo deviendront-elles des doâeurs Se des 
apei de l'£g^iiê ? prendront^^Ues la pkime ; 
: compoferoat^lles des ouvrages pour com^ - 
T+ bat- 



440 Vérité fenJm fenfibk. Entr» XVt. 
battre les erreurs , pour éckircir & défendre^ 
ks faintes veritçs? 

Le C. Non , elle^ ne feront rien de tout 
cela ^ mais elles répandront aux pieds de Je- 
fus-Chrift des larmes plus puiflantes & plus 
câScaces que les Ecrits les plus lumineux^ & 
les plus convaincants : par la ferveur & k per- 
féverance de leurs prières, elles obtiendront 
«.MittlX.^^ Maître de la moiflbn, qu'il y envovedcs 
38. ouvriers , qu'il donne à fon Églife des paneun, 

des direûeurs, des doâeurs, des theologiais 
remplis de zèle, de lumière, de courage, en 
un mot eminens en pieté aufli bien qu'en ioen* 
ce. Quand il eft queftion des œuvres de Dieu, 
tous les hommes enfemble font incapables d'y 
contribuer , & de les avancer, à moins que 
Dieu ne les en rende capables : mais quand 
il choifit quelqu'une de les créatures pour It 
faire fervir à raccompliffement de Tes deflov 
éternels, alors tout c& bon entre les main» 
d'un fi habile ouvrier y & les inftrumens les 
plus vils & les plus foibles produiiênt les plus 
grandes merveilles. Ceft ce qui a paru dans 
h jeune AbbefTe Marie-Angélique Arnauld. A 
peine la lumière de la grâce eut brillé à fes 
yeux, qu'elle commença tout de bon à met- 
tre la main au grand ouvrage auquel Dieu la 
deftinoit. Elle entra dans les fentimens d'une 
profonde humilité, qui la portèrent à r^rder 
ù, dignité comme un fardeau accablant , & 
lui firent deiîrer la condition la plus baflè dans 
la Communauté la plus auflere^ mais la divi* 
ne providence ne lui permettant par alors de 
fuivre les penchants de fa pieté, elle s'appli* 
qua avec un zèle ardent à (è reformer elle- 
même . & à établir la reforme dans fa Corn* 
muaute qui étoit tombée dans le relâchement. 

Elle 



mitinméit fimJOfU. Sntr. XVI. 441 
Elle enocpric ce gr&d ouvrage, & l'cxecu* 
tk avec un fiiccès admirable, ùm avoir prd*' 
au'tticun fecours humain, malgré l'oppoiltion 
des Abbés de Tordre de Cîteaux> iss fupe- 
rîeurs, &ceUe de fis parens, quiétoknc dea 
amemis d'autaotplus dangereux, qu'ils em» 
{Ao^oient pour la vaincre la tendreflfe & l'a* 
miaé encore plus que l'autorité. Au milieu 
de toutes ces contadiâions elle eut la confo* 
ladon de voir touce là Communauté entrer ^ 
dans fes pieux deflëins^ elle en bannit la pro*- ^ ^' 
priecé, ficPuAgedu linge^elley rétablit Tab- 
ftinence de viande, la clôture, loffice de la 
nuic, & toutes les pratiques régulières, en un 
mot elle fit revivre parmi fes Religieufes refpric 
de leur père S. Bernard, c'efl:-à-dire Tefprit 
'obéiflànce , d'union , de pénitence , de pau- 
vreté, de defintereflèment , de retraite & de 
finiplicité. Le feu celeile dont elle étoit em- 
hnfiSe , ne put fe renfermer dans ks borne» 
étroites du Monaftere de Port-Royal ; il fc 
communiqua aufli au dehors à un très grand- 
nombre de perfonnes , parens & autres , à 
cinq de fes (beurs qui fe coniâcrercnt à Dieu > 
cntce iès mains , & à cinq de lès nièces , fille»: 
(k M. Arnauld d'AndilU. Elle vit M. Ar- 
nauld fon père mourir dans de grands fenti- 
mens de pieté : elle vit fa mère fiaire profeïïioox 
de la vie reïgieufe entre £es mains : enfin elle. 
vit dans la fijitc trois de i&% frères , quatre de 
fes neveux , H, une multitude d'^utrts perfon- 
nes de tout âge & de toute condition, gens de 
k première qualité, & gens du commun, fa- 
vans & ignorans, ecclelîaftiques & kiqiues. 
Ici uns embraffer une pieté foUde, les autres 
ië confâcrer \ la plus auftere pénitence , & 
d'autres à l'étude & à la defenfe de la vérité;, 
Tf cUe 



442 VefifireniÊi JenfiUe. EKrrit. XVL 
die vit toutes ces perfonnes accourôr dans fbli 
defert^ cotmne dans un port & un aTyle » oft 
les uns fixoient leur demeure, fie les autres ve« 
noient de teœsen temspour j rerpirer, 6c pour 
fé repofer un peu des agâat&ons, 6c des em* 
barras du monde qu'as ne pouvoient pw en-* 
core abandonner enderemem. 

LeM. Voilàdesévenemensbienconfolms^ 
mais il me femble que vous les fidtes paficr . 
trop rapidement devant nos ycur. Trouves 
bon que je vous arrête , en vous fup[diantde 
ne pas couler fi légèrement fur des chofb fi 
capables de reveiller la foi, 6c de rankDa lâ 
pieté. 

LeC, Jefuis bien charmédevoir que voo» 
écoutez ce que je vous ai dit de la fiante mak 
fon de Port-Royal, comme une perfooneqiB 
s'y intereflc par le cœur. Vous ave^ bien raifSo' 
de le faire, ôc peut-être en avez- vous plus de 
raifon que vous ne penfêz ^ car fi nous vouHoos 
remonter jufqu'à la four ce , d'où la lumière de h 
vérité , 6c le goût de la pieté ont découlé julqu^ 
nous , nous trouverons immanquablement que 
nous avons reçu la connoiflànce 6c l'amotr 
de la verirc, ou par le moyen des li/res qui 
font fonis de Port-Royal , ou par le cansl 
de ceux qui, étant unis à cette maifon", en 
ont recueilli 6c confervé FeTprit. Une vert» 
suffi émincnte que celle de la M. Marie-Angé- 
liques ne pouvoit pas manquer de jetter un 
grand éclat. Tout ce qu'il y asroit alors dans 
raris de perfonnes de pieté, 6c de diredteurs 
célèbres, même les Jefuites, s'empreffoient 
d'applaudir 8c de contribuer à l'heureux fuccis 
de (es travaux. Toutes les fuperieures 6c ab- 
bcHes qui vouloient établir la régularité dans 
leurs maifons, s'adreObient à la jeune refor- 

AlU- 



VMtf rtniui fiiêfiblt. £mtr; XVt. 44^^ 
flOitriGe de Port-Royal , ou pour prendrem 
avis dans une afiàire û importante, ou pour 
^tafffp^ à venir^ elle-même travailler à cet 
ouvrage , ou pour lui demander quelque»- 
unoi de fes Religieuiès capables de fiqppleer à 
toa aUèncci & de cette manière les hm^ 
diâions & ks gmoes que Dieu avott repan» 
duca fur la maifon de Fort-Royal , onrpene* 
06 d«as les diffcrentei parties du Royaume. 
Notre patrie m£me en a reçu quelques écou- 
kmens^ ou du moins les Bernardines qui j 
Haol éftaUieB; car cefut par lesconTeilsdeJa 
IL Angélique, & parle fecours dedeuxreli*^ 
geu&s envoyées de Porc-Royal , que T Abbeflè 
OM Ifks étaolit dans Ion Monaftere la refor^- 
nedcMic nous voypnsencore aujourd'hui quel- 

e petits reftes. Mais un trait que je ne 
pas oublier! & qui vous fera voir juf* 
qa'oAk M. Angélique portoic la foi, lacon^^ 
ûnop en Dieu, & le dellmereflement, c'eft^ 
ce qu'elle fit en quittant l'abbaye de Maubuif- xCit -. 
£» pour s'en retourner à Port-Royal. £lle '''^ 

avoic été envoyée dans cette maiion par T Ab- 
bé de Citeaux , pour remédier aux dclbr* 
dœs qu'une Abbeiièy avoitcaufés par facori'"^"' 
doise fcandikufe^ & ufanc de Taucorité qu'on - 
liû avoic cionnée, elle avoitrcçu au Noviciat 
tii, la profellion trente-deux aies, qui toutes - 
en&mble n'apportoient pas cinq £cnc livres 
de rente. Après qu'on eue fait le procès^ à 
l'ancienne AbbeOe , & que le Roi en eue noTti - 
loé une nouvdle, toutes ces filles voyancque" 
cetce nouvelle Abbeife n'écoic gueres propre -^ 
i maincenir la reforme qu'on avoit établie , 
pôerenc la M. Angélique de les emmener - 
dans la petite maifon de Port-Royal j elle leur - 
accorda ce qu'elles demandoicnt ^ après avoir ■■ 
T 6 obcis- 



44*4- Verni findnefi»fikh. EtfTA. XVI. 
oBtenuragrement de coûte & Commiinauté. 
Ain&on vie une abbaye qui avoic à peine fit 
miUe livres de revenu , & qui avoic un nom- 
bre fufiSfanc de rdigieufes, ouvrir ion ion 
«vec joie pour recevoir tour d'un coup tren- 
te-deux perlbnnes qui n'apportoienc prelque 
rien, fims compter huit aucres rdigieuTea de 
difièrens monafteres, que famourde larefbr- 
aie attira vers ce même tems à Port- Royal. 

Le M. On ne voit plus d'exemples aun 
defintereilèment fi héroïque , même dans 
les communautés les plus régulières : il fèm- 
ble qu'il n'y ait plus de vocation à la vie re- 
tigieuie pour les filles qui n'apportent pas une 
bonne dot,* enibrte qu'elles ne peuvent fiûre 
vœu de pauvreté, à moins qu'elles n'aient une 
fomme d'argent confiderable. Mais ce qui 
m'-étonne davantage, dans ces cSkx% mer- 
veilleux que la grâce operoit par le minifteie 
de la M. Angélique,. ceft devoir qu'cme per- 
sonne qui n'avoic point été infbolte des véri- 
tés de la religion , ni formée à la pieté , non 
feulement foit parvenue à connoitre & à rem- 
plir parfaitement (es devoirs, mais qu'elle (bit 
devenue un inftrument de iklut pour une 
fi grande multitude de personnes , & cda» 
comme vous nous l'avez dit, fims tirer pref- 
que.iUicun fecours des hommes. 

Le C. Cela cft en effet très étonnant ; car 
pour l'ordinaire la pieté des religieufes , je 
leur fanâification dépendent du caraâere de 
leurs direâeurs & de leurs fupertturs ; & quand 
Dieu veut répandre fes miiêricordes fijr une 
Communauté de filles , communément il k 
fait par le moyen des bons conduâeurs . & 
tfes direâeurs pieux & éclairés qu'il leur don* 
me. M»s il a'eft «ftreint à aucunes re^^ 



VMfiffmbifenpk. Ektr. XVI. 44.5 
te il diftribue fe (fons avec une ibuverainè 
ibercé. U ne jugea pas à propos de procu* 
er à k M. Angdique des hommes capables 
le l'aider dans les grandes chofes qu'elle en* 
reprenoic , afin qu'on ne put en attribuer le 
iiccès quit la grâce de JeTus-Chrift, qui (c 
cnroit d'un fi toible inftrument. Cette lainte 
iUe pendant plus de dix ans fe vit réduite à 
nofulcer, tantôt les uns , tantôt les autres 
ie ceux qui avoient quelque réputation de 
tience & de pieté . (èlon qu'elle cfperoit do 
b trouver favorables aux dciTeins que l'Ëf- 
prit de Dieu lui infpiroit : ce ne fut qu'en 
1619. que le bienheureux Evêque de Gcne- 
fe, fidnc François de Sales étant venu à Pa- 
ris , die eut l'avantage de l'entretenir plu'* 
ieurs fois , & de lui découvrir tout le fond 
de ion cœur. Elle trouva dans ce Prélat une 
ibondance de grâce & de lumières qu'elle a- 
voie dherchée inutilement jufques-là ^ & la 
oonibrniké de vues & defentimens forma en* 
tre ces deux faintes âmes une liaifon fi étroi** 
te, que ce Saint Evêque la regarda toujours 
comme (a cherefille, entretint jufqu'àla mort 
m commerce de lettres avec elle, & iuipro- 
cura la connoiflànce & l'amitié de la bien- 
hcureufe Madame de Chantail , qui , après S. 
François de Sales , paflè pour 1 inftitutrice de 
l'ordre de la Vifitation, La mb^t du bien- 
heureux Evêque de Genève, larfiiila M. An- 
gdique dans la même peine où elle s'écoitvue 
nparavanr; mais peu de tems après elle ac- 
quit par fon frcre, M. Arnauld d'Andilli, la 
Goonoiffimce du plus grand homme qui fut 
alors danc l'Eeliiè de France, de celui que 
Dieu avoir préparé pour être le canal de ïts 
grâce» & de fei benedidhons far la maiibnde 
T 7 Port- 



Î^6 Veritt rtnJbê fii^Uê. Bkth. 3ÇVi. 
ort-Royal, & fur une multitiide innombms- 
ble de perfonnes qui dévoient s'y rtilèaihlcr^ ^ 
c'eft-à-dire qu'elle eut rayanuge de coonoi^ 
tre M. Jean du Vergier de Hauranoe Abb6-: 
de Saioc-Cyran. 

La M. Ain& les chofes rentraient danf Tor^ - 
dre commun , & la M. Angélique ^ aprèn^ 
s'être longtems conduite par leskimieresqu'd* 
le recevoit de r£fpric de Dieu , trouva unepcr^ - 
fonne digne de toute û confiance. Je compte-^ 
que vous voudrez bien nous faire conoDioeutt» 
bomme d'un û grand mérite. • 

JLe C. M. l'Abbé de laint-Cyrâir ctoit nk 
à Bayonne , & il avoit fait fes émdes de tbeo- - 
logie chez, les Jefuites de Louvain . Mais mén • 
qucs années après il fit connoiflknce à Paril. 
avec un Ëcclefiaftique hoUandois , nommé.' 
Janfenius, qui avoit eu pour Maître un Do«. 
âeur de Louvain fort oppofé aux nouveilet « 
opinions des Jefuites. L'annour de la vérité 
forma entr'eux une. étroite liaifon , & afin de 
s'ap{Jiquer uuiquement à la rechercher , & à k 
connoître , ils fe retirèrent cnfemble (en 1611.) 
à Bayonne , où ils confacrerent tout te 
loifir d^unc retraite de fix années à l'étude de 
l'Ecriture fainte, & à celle. des pères de r£< 
glife,fur-toutdeS. Auguflin. La pénétration de 
leur efprit jointe à un travail condnuel, foutenu 
^r de ferventes prieres^leur fit faire des progrès 
extraordinaires dans l'étude de la Tradition, & 
par ces moyens ils acquirent une profonde coo* 
sioiCTance de la doârine de l'Eglie , dans un 
tems où commençoient à fe former ces te» 
nebres qui peu à peu ont obfcurci les veri»' 
tés les plus importantes de la religion. Dam 
}a fuite M. de Saine- Cyr an fixa fon fejour à 
Paris^ & il y vécut dan^ une graq^e retraite^ 

par- 



f m Mpmt fi» tems entre l'étude & la prie* 
re, fimnt la connoiflànce, & l'eftime des^ 
(M du monde Se fiir tout des gens de. 
âBlfté, ne Ibïtnitdeikretnite que pour rem- 
fk les devoirsde cfatrité, ou pour les bonnes 
Mtres que la divine providence lui prefen* 
ttk, enfin n'ayant d'ayant d'autre but dansfon 
Oaviîl, dans (bn étude ^ dans fès occupations 
ooe de procurer la gloire de Dieu y réclaircif« 
MMOïc & ta mamreftadoft des vérités atta* 
«ito par les heretiques^&alterées par beaucoup 
«ateurs catholiques, ne cherchant point à plai* 
li aux hommes, mais à leur être vraiment Se 
âttlenent utHe pour leur (klut. Vous pou« 
Itt ptnfer quds trefors de grâces étoient ca- 
dtti dans un homme û humble, & quelle 
AmAsicc de lumières Dieu repandoit dans 
(Hcçeur fi pur, fi d^agé de toutes les cho- 
filde la terre, quinedeiiroitôc necherchoit 
k vérité que par la charité & pour la chari- 
^ Ccpaidant durant un grand nombre d'an- 
•"BBCS cette lampe ne brilloit & nebrûloitpref- 
ifit qu'aux yeux de Dieu , pour qui elle fe 
confumoit: par rapport aux hommes elle é- 
lOken quelque forte fous le bôiflèau , car peu 
de perfonnes connoifToient cette fource delu* 
ffliae& de grâces que Dieu tenoit cachée dans 
Biris, & moins de perfonnes encore s'emprcT* 
iôknt d'y aller puifer. De fon côté M. de 
SUnt-Cyran demeutoit caché dans leiêcretde * 
h£ice ou Seigneur, & ens'avançant de jour 
CB jour dans les voies de la perfeâion , dans 
hoonnoiflànce & l'amour de la vérité, il & 
pMMiroit à fuivre Dieu, auditôt que les oc* 
cttonsdeh providence, & les engagemcnsde 
It neccffité & de la charité lui feroient con- 
nottre les œuvres auxc^elles le Semeur vou* 
Ipit remployer. Lt 



4+8 VetftinnJvèfenfik. EmTr. XVL 

Lb m. Un homme fi rempli de fcienceflc 
de pieté ne devoit pas demeurer toujours iiw 
connu j & Dieu &ns doute ne lui avoit cooh 
muniquë en fi grande abondance les dons de'' 
fil grâce, qu'afinde les répandre fiir beaucoup- 
d'autres par Ton canal. Je ferai bien aife que 
vous nous appreniez par quelle occafion ce 
grand ferviteur de Dieu fe vit engagé à fortir 
du fecret de ùl retraite- 
if C. Voici ce qui donna occafion aupr^ 
miers combats que M. de Saint-Cyran cnoe-^ ^ 

Crit pour la defaife de la vérité. Le Pape 
Trbam VIII. touché du déplorable état oà 
les Catholiques d'Ai^eterre fe trouvoient ré- 
duits^ fous la domination des hérétiques & do 
fchiunatiques , avoit envoyé un Evêque pour 

Kendre foin de cette Eglilê affligée. Ce P^^ 
: voulant prendre connoiiTance des befinni 
de fon troupeau , obligea tous les prêtres fê- 
culiers & réguliers, même les Jefuitcs, à re- 
cevoir de lui les pouvoirs de prêcher & de 
confcflcr. Ce joug parut dyr aux revcrendi 
Pères qui. comme on le fait aflèz , n'ont jmi 
pour les evêques tout lerefpeâ & la foumif- 
lion poffible: ils reprefenterent à cet é vêquc qufr 
cela diminuoit leur crédit, étlesprefins queln 
<athohques leur fsifiient. Le Prélat demeu- 
ra ferme. & mepriâ des raifoos fi frivoksi 
»ais les J efuites , pour n'en avoir pas le d^ 
menti, foulevercnt le peuple contre lui & 
l'obligèrent par leurs intrigues auprès des Mi- 
HÎftres du Roi d'Angleterre , à fortir de ce 
royaume pour fe nîettrt en fureté; & afia 
d'éviter pour l'avenir un parefl inconvénient, 
ils publièrent quelqurs Ouvrages qui alloictt 
3l détruire la juril iôion des Evêques, & i 
Eure regarder la Con&rmatioa comme un far 

crcmeot 



^(ifHf teiiJbê fenfihb. Entr XVL 449 
œnt dont on pouvoir très bien fe paflèr. 
Clergé d'Angleterre ayant dénoncé à la 
bonnnc ces livres pernicieux , cette fâvan- 
ompagnie en cenfura trente -deux pro- 1631: 
cions, & ils furent condamnés en ce me- 
ttais par M. r Archevêque de Paris, & 
le Qergé de France qui ccoit alors aflèra- 
. Lesjefuitesqui fe font un point d'hon- 
ï de ne jamais reculer, ne purent fe re- 
dre à garder le filencc: ils s'élevèrent con- 
tes évêques & contre la Sorbonne avec 
e hardiefle & une iniblence extraordinaires, 
ùsdont ils eurent fujet de fe repentir. Car 
a de tems après on vit paroître, fous le 
!» emprunté de Tetrus Aurelius^ un Ou- 
^9 ou kurs. erreurs étoient refiitées, & 
[g fp retnens relevés avec tant de force, 
gRocnce & de lumière , que TEglife fut 
P^cnt vengée, & la Société couverte de 
^fion. Tous les efforts dé Jefuites pour 
TOiffcr les coups qu'on leur avoir portés, 
jP^ décrier cet Ouvrage triomphant , ne 
7**^ qu'à rendre leur déroute plus entie- 
; «leur attirer de nouvelles condamnations, 
J^^pcuïcr au livre de Vetrus Aurelius Tap- 
JJiSon & les éloges folemnels de pluûeurs 
^«^Jécs du Clergé de France. 
' ^^V. Apparemment M. de faint-Cyran 
' * auteur de ce fameux ouvrage. 
f C. Tout le monde la cru ainfi , & le» 
J^^ eux-mêmes en ont toujours été per- 
^ t mais jamais M. de Saint- Cyran nc^ 
^ft avoué Tauteur j &il a même fait en* 
. qu'il ne Tétoit pas. Mais on ne dou- 
P^^t qu'il n'y ait eu beaucoup de part. 
^ J^. Mais pourquoi l'auteur de cet ex- 
iuw ouvrage prenoit-il un nom étranger ,' 

6c 



4îa Verst/renébu finjltle. Entr. XVK ' 
& pourquoi M. de faint-Cyran cacboit*fl ft» 
vec tant de foin la part qu'il y avoit ? Car Aa 
ne paroic pas qu'il y eût rien à craindre aprè»^ 
Taprobation du Clergé de France. 

IieC. £h,fiaut-il demander pourquoi? Lm^ 
mcchans cachent leurs mauvaifes zQsoûs y pour 
Àviter la honre & la punition j mais les Saints^ 
cachent leurs bonnes aâions par la crainte de- 
l'eftime des hommes, des louanges & deli^ 
réputation, qui font plus redoutables à k pie- 
té que les mauvais traitemens. M* de iâint- 
Cyran fe croj^ant obligé de fortir en qudkjçB.. 
forte du ûience de fit retraite, pour venger le»? 
outrages que. des hommes téméraires iaitoknt à: 
k yerité,&reparcr le tort qu'ils faiibient àl'Egit- 
fe yfa modeflie &c fon humilité lui firent troiir' 
ver le fêcret d'y demeurer d'une autre uma»- 
re, en laiiTant ignorer au public & à fesami»^ 
k pan qu'il avoit i un Ouvrage fi gqunle*' 
ment af^laudi. On eut beau le fonder & k. 
queftionner : ni les perfonnes qui lui éookot: 
le plus unies , ai les gens de k première qu»* 
lite, ni évêqoes , ni magiffaats ne purenttk 
rer de ià bouche ni un oui, ni un non bkn- 
ckùr & bien net. £n vain ks aiTemblécs da< 
Clei^éde Fi-ance décernèrent des recompenib 
& les honneurs les plus flatteurs à celui qui 
s'avoueroit être Fetrus Attrelms ; M. defâiot- 
Cyran demeura inflexible dans la refolutioD' 
Ai'il avoit faite dç fe cacher aux hommes, & 
oe n'attendre fa recompenfè que de Dieu. Mais 
malgré fon fiience tout le monde demeura cou* 
Taincu qu'il étoic ou l'unique ou k princ^ial 
auteur du livre de Tetrus Aurelws ; èc en ef- 
fet il n'y avoit gueres que lui qui fût capable 
d'un tel Ouvrage. Les Jefuites en conçurent 
«omre lui une aigreur &unc haine irrecond- 

Uabks,: 



ytritérenéMi fenfiU. Entr. XVI. 45X. 
Kables^ qu'ils ont fait paroitre depuis en tou- 
te lecomre \ & ks gens de bien en conçurent. 
un refpeâ éc une vénération extraordinaires 
pour ce grand honrnie. Tds furent les pre*» 
mîers combats que M, de fiiint-Cyran livra aux 
tfreurs ibutenues par les Jefuires-: c'eft ainfi 
aue Dieu commença de produire en quelque 
torte au grand jour, ce fidèle ferviteur qui de- 
vait conduire un fi grand nombre de perfon* 
ses dans les routes fi peu connues de la peni* 
tcoceflc delà perfeâion évangelique, former 
des defenfeurs intrépides de la vérité, fie laif- 
fir après lui des dilciples qui continueroient 
Pouvrage qu'il avoît commencé. Ceft prin- 
tipakanoent dans la maifon de Port-Royal qu'on . 
t vu le fiiccèis prodigieux des travaux de M. . 
de fidat-Cvnm. 

Lt M, J'étois bien étonné de vous enten* 
dredtfie,il y a un moment, atie Port-Royal 
éeoic devenu le fejour de tant defortes deper- 
finnes, de grands 8c de petits, de favans fie 
d'^oora» , fie je ne m'imaginois pas quel pou* 
voit être le paftcur fie le condudtcur de tout 
Oe grand troupeau; mais je comprends main- 
tenant comment tout cela fe faifoit avec un 
homme td que M. de Saint- Cy ran : oarce que 
lim grand efprit, fa fcience, fa pietc, fes lu- 
mières le rencîoient capable des plus grandes 
diolê^. Apprenez nous , s'il vous plait , quel- 
ques particularités de la conduite de ce grand . 
ftrviteurdeDîeu, fie par quelle heurcufe ren- 
•ontre la M. Angélique fe procura à elle-mê- 
me fie à les filles un Direâeur d'un fi rare mé- 
rite. 

l»e C. M. de faint-Cyran ayant connu la 
M. Ançplique par le moyen de M. Arnauld 
dTAndim, conçut u«c grandeeftime pour cette 

iàin^ 



4Ça Vtrité rendue fenpUe. Entk. XVh, 
(âince AbbelTe ; il benifToic Dieu en coofide*' 
ranc les grâces donc il Tavoit comblée , eD 
voyant la foi vive , & la charité gencreuiè 
qu'il lui avoit infpirée; il admiroit fur ^ tout 
ce grand dcfintereflcmcnt dont elle avoit doDr 
né un exemple fi héroïque en recevant avec 
joie plus de trente religieufes , fans avoir d'au-» 
tréfonds que cfcluide la providence pourfub<» 
venir à leurs befoins. Mais avec tout cela 
il n'éroit qu'un ami de PortrRoyal , & quand 
il y alloit , il fe contentoit de dire quelque cho- 
fe pour l'édification , fans s'avancer au delà i 
& la. M. Angélique de fon côté s'étoit fbrtné 
une fi haute idée du mérite de M. de iâinc* 
Cyron , qu'elle ne croyoit jpas qu'un bonunti 
fi partit & fi éclairé pût te rabaiflèr aux dc« 
-tailsque demande ladireâion des âmes. Dana 
ces conjonâures il n'y avoit gueres d'appa- 
rence que M. de fainr-Cyran devînt le Dire*. 
âeur de la Communauté de Port-Royal j & 
en effet ce ne fut que par une fuite & uneiH 
cbaîncmcnt d'évenemens imprévus que la dfc . ' 
vine providence lui procura cet avantage^ 
La M. Angeliaue pafTant par Paris (en 1623.) 
;au retour de (on expédition de MaubuifloQ) 
plufieurs personnes de pieté lui confeillerenc 
de tranfporter Ëi Communauté à Paris. On 
ne manquoit pas de raifons ou de prétextes 
pour appuyer cet avis : T Abbaye de Port- Ro- 
yal étoit , difoit on , mal fituée & trop éloi- 
gnée de la Ville ^ elle étoit dans une vallée à 
iix lieues de Paris: c'étoit un defcrt obfcur, 
marécageux, & mal-fain, & il n'y avoit pst 
àt quoi loger la moitié des religieufes , qui y 
éroient toujours infirmes & malades en grand 
nombre; enfin on s'ima^inoit aufiGi.que la re-^ 
Ibrmc de., Port-Royal étant expofêe comme 

fur 



'iif renéM /9nfiHe. ENTA. XYi. 4f) 
>lus grand théâtre , aux ytnx d'une gran*- 
:, pourroit édifier un plus grand nom* 
perfonnes. Toutes ces raifons n'écoicnc 
. plusfoUdes ^ & elles n'auroient pas fait 
Son fur M. de faint-Cfran j mais Dieu 
doit tirer de grands biens de cette tranA 
des champs à la ville , permit que la 
igeliqiie k laifiât perfuader. On prit 
es meftafcs necelTaires , & quelques an- 
rès,toutelaCommunautérint(en 1626.) 
r à la ville dans une maifon qu'on ap- 
Xt-Royal de Paris y tandis que Tancien- 
Ibn conferva le nom de Port-Royal des 
s. De cette ibrte M. de fainc-Cyran 
meuroit à Paris fc trouva être plus à 
de rendre fervice aux Religieufes de 
loyal , fie ce qui le détermina enfin i 
ger entièrement de leur conduite, ce 

traverfcs, fie les perfecutions qu'on *^î<** 
aiçoit à leur fufciter , fie lès follicita* 
reliantes de M. ZametEvêque de Lan- 
Luquel la M. Angélique avoit donné fa 
ice , fie qui en cette qualité gouvernoit 
ment le Monaftere de Port-Royal. 
M. Ce devoit être alors les beaux jours 
t- Royal ^ & une terre fi bien préparée 
voit pas manquer de porter beaucoup 
t, étant arrofée des inltru6tions de M. 
it-Cyran, Se des prières par lefquelles 
3ic fur ces âmes dociles la ro(ée celeile 
race. 

C. Auflîon peut dire que, fous lacon- idjy. 
le ce faine Abbé , il fe ht dans Port- 
un renouvelleaient qui étonnoit les a- 

la maiîbn. A conliderer la ferveur 
ligieufes , l'ardeur avec laquelle elles em- 
ienc TobéifTance^ la retraite, la pauvre^ 

té. 



^54 y^ff^ ^^^•^^ fi^pi^' £ntr. XVL 
xé > une mortihcatioa geoeralCy kar élflig;ii9^ 
ment du monde » & le gpùt qu'^s avoktft 
pour ta parole de Dku, & pourPczercicedc 
la prière , on auroit dk qu'il s'était fkit une 
Pentecôte & uneefiEuûon djuSaint-£fpritdani 
ce Monaftcre. La M. Angelic^ même , cel- 
te &intc amequiy depuis vingc-dnq ans^tnh 
vaillok fans relâche à s'avancer dans les voioi 
ide la perfedion rdigieufe^ entra dons desiaw 
timens tont-à-fait extraordinaires d'hum3tté| 
de douleur & de confu&on de kt péchés: Ife 
feu de ramour celefte dont eUe «i»it )b» 
Israfée , & la haute idée^ qu^eHeavoic conçue 
des en^gemeos de k proidfionrdigîeufe,'!» 
fidfoienc enviikger comme des fâoues énoi^ 
mes les foibleffes de & vie pafiee : aînfi ettè 
(è confideroit comme une perfoone qui ne 
£ut que d'entrer au fervice de Dieu; éc4Â 
yefibrçoit de reparer par une humilité pio» 
fonde y par une ardente charité , & par uat 
-inviolable fidélité, des années qui lui pareil^ 
ibient remplies de fautes & d'infidélités. Lei 

1616 ^^^ ^^ ^^ S^^^ ^^^ couloient avec tant d'*> 
,,^|.' l)ondance dans Port*Royal , fe repandirot 
auffi dans tous les environs , c'cft à dire fur 
ceux qui écoient unis à cette maifbn fi favo- 
ri£e du Ciel: on commença de voir alors del 
perfonnes de differentfexe & de difièrentes coih 
ditions entier , fous la conduite dç M . de âinc^ 
Cyran jdans la voie étroite de l'Evangile, re- 
noncer au monde & s'en éloigner au moÎDi 
de coeur & d'afiFeâion, lôrfqu'ils ne poa" 
voient pas le faire autrement ; rcgler toute leur 
vie , non fur les maximes du monde>mais fur Ici 
préceptes de Jefus-'Chrift j faire pénitence non 
.fclon Tufagc, ou plutôt labus déplorable qui 
écoit alors prefque uoiverfcllcrocnt érabli» 

autti 



VtfMftwJ^rt^hb. Entr. XVI. 455 
W9iê letoo U doorine des iâints peres^ &é* 
km Kefptft de r£glife : c'eft-à-dire qu'on les 
«trfOQDGer à tous les plûfirs & les divertif- 
kaUBBA pour embraflèr les auftericés & les 
aoraficadons des anciens peniccns y porter 
huodblecneac la confuGon (àlutaire d'une ex- 
çomoiunicacioa & d'une feparacîon paflàgere 
Jn Aints autds, pour éviter la fencencc (uine 
Cttottimiinicatîon étemelle que Jdlis - Chrift 
{imioncera contre les reprouvés : en un mot 
■D Tit ces perfennes vivre dans la retraite, 
dios la prière , dans les jeûnes , dans les veil< 
lea^ & dans toutes fimes de bonnes œuvres, 
donner dans leur conduite le modde d'une 
vie chrétienne, & apprendre à tout le mona- 
de par leur exemple, que la pénitence n'eft 
pas on jeu ^ que ceft une illufion de s'inu^- 
B0 qu'on peut de temsen lems perdre la ju* 
ftioe chrecienne, & la recouvrer de tems 
te tems par une fimple accuTation de (es 
faciles fuivie de l'abiblution \ enfin qu'une 
aoribnnc qui a perdu l'innocence du bacême, 
& donné la mort à fon ame par un nombre de 
fuites mortelles , ne peut d'ordinaire recouvrer 
la fiuité & la vie delà grâce qu'avec un tems 
confiderable, par un long & pénible régime^ par 
.bsMKDup de travaux , par de violens eâforcs, 
^^l'u&gc des remèdes fpirituels qui font 
IDujours amers à la nature. Je ne fînirois pas 
£ j entreprcnois de vous dire quelque chofb 
de particulier fur les grands modèles de vertu 

Iue Ton trouvoit , foie parmi les Religieufes , 
It parmi les amis de Port-Royal, foit par- 
mi les eccleftaftiques & les iblitaircs qui lo- 
noient dans les dehors de cette m ûlon, & qui 
BUS la fuite allèrent habiter l'ancienne mai- 
(bn de Porc-Royal-des champs que les Rcli* 

gieu* 



z 



fuccès ; pour cet effet elle avoit reac 

titre d'Abbcilè, & fa fceur, la M, 

à celui de Coadjutr ice ; & avec le ce 

ment du Roi elle avoit changé le^gouvcr 

.d'une Abbeflè perpétuelle, en celui d'u 

befle qui feroit élue tous les trois ans 

Religieufes , & qui ne pourroit être coï 

plus de douze ans de fuite : die avoit r 

aux privilèges & aux exemptions dont 

fi jaloux dans les monafteres, & enfe i 

'^e la dépendance des abbés Bernardins 

elle ne pouvoir tirer aucun fccours ] 

reforme, clic avoit remise maifoR, fdc 

cien ufage & Tefprit de TEglife , fous li 

. didtion de fon Archevêque. Et Dieu 

côté la H.edomrr.agcoit abondamment d 

ce qu'elle facrifioit pour lui, en k r< 

Mère , dans Tordre fpirituel , non (èul 

de fix nièces , uns compter d'autres pa: 

de cinq fœurs , & même de fa propre 

mais encore de fes neveux, de fes frcrc 

de beaucoup d'autres perfonnes , qui t 

confideroient con.me étant , après M. de 



H ftnJkiÊ Jenfiïf. EKTit. XVI. 457 
%ok acquis une échtancertpucatioiij 
par fim mérite & par la faveur des 
pouvoic prétendre aux plus grands em- 
uttouc d'un coup & à la fleur defbn 

Eûté du monde, il abandonna toutes 
efperances, rompit tous fes liens fie 
lit dûis une profonde retraite , pour 
V £cjr expier fes péchés par une peni- 
le finit (}u avec ùl vie. Cette conver^ 
parfiiite y qui étoit un des premiers 
iu miniitere de M. de Saint-Cyran, 
zde & de fa charité, fut bientôt fui*» 
plufleurs autres également fmceres. M. 
court & M. de Saci, frères de M. le 
, vinrent fe joindre à lui ^ & fon cou- 
A. de Luzanci fils de M. d'Andilli^ 
elques années après la même refolution. 
xemple attira dans la fuite auprès d'eux 
altitude de perfonnes de tout %%t & de 
condition , qui venoient à Port-Royal 
lamps comme dans un a^yle, les uns 
e garantir de la corruption du fieclc , 
très pour travailler à guérir les pkycs 
s'étoient &ites dans le monde. C'eft 
[ue Dieu repandoit à Port-Royal Tel* 
i pénitence , afin d'en tirer par la fuite 
tscucateurs & des defenfeurs de la peni* 

Af. Oh! mon cher Pafteur, pour cet- 
; vous nous avex bien trompés. Nous 
^ns attendus qu'aujourd'hui vous nous 
iex devant les yeux cette foule de maux 
TX. inondé toute la face de l'EgUfe , dfr* 
es congr^ations de Auxiltis. £t ce- 
nt vous ne nous entretenez, que d'éve- 
is confolans, que de TeffuGon des ml- 
»rdes du Seigneur, & des effets merveil- 
ml. V leux 



.^5* Pi'^frf TiTtduêfinfUêJ^mvi. 3CVI. 
leux que la grâce operoit dans ie cœur (f tia| 
multitude de j)erfonnes , ptr le tniniftere de 
M. de Saint-Cyran. Au refte nous n'auroai 
pas beaucoup de peine à vous puxkniner dos 

.tromperies îe cette elpece. 

:Xje.xr. |e le crois bien^ mais milheurciiÊ» 

.ment vous ne ferez jpas fouvent à h peine de 
m'en pardonner de temblàbies : car u me 6* 

. roit bienimpoITiblede vous en faire fbuveflCi 

.£c tous cesevenemens dont je vous ai entreteon j 
aujourd'hui,ces miracles de la grâce que vous t- 1 
vez admiré > dont vous vouantes rejoui ^ k l 
dont vous avez béni Dieu^ tout cdbi va d^ 
venir un fujet de douleur & de trifteflè^ h 
ne fervira qu'à faire voir combien les maux 
de l'Eglife étoicnt extrêmes. En .effet p»^ 
dant que Dieu faifoit fon œuvre, k Dialll 
.ne s'eadormoit pas ^ 8c afin d'arrêter le com 
..de ces converiîons qui alloient à ruiner foo 
'.empire, il tourna fà.rage contre cekd qui es 
- ctoit rinftrumcnt : il anima contre le vfcn»- 
:-teur de Dieu une midtitude d'hommes, (fà 
«confpirercnt enfemWe pour étouffer cette fi- 
>ve lumière dont leurs yeux malades ne pcxh 
^voient fupporter l'éclat. Le Cardinal deRi- 
.chdieu fit donc arrêter M. de Saint-CynU) 
v& le fit enfermer dans une obfcure priiÔD^ 
t65l. ^^ Château de Vinceones: on enleva eninê- 
14. Nuil me tems tous ks papiers dans l'efperance Sj 
.trouver de quoi le rendre coupable , & on hiift 
t<ubir plufieurs interrogatoires , dans lefqueb 
:on employoit tous les artifices imaginaUisi 
rpour le furprendre dans (es paroles. Les J^ 
-.fuites ont trouvé moyen désemparer despro- 
tcès verbaux de ces interrogatoires, & ih ont 
jugé à ^propos de les faire imprimer j m» 
loutre que d^ des jchofes dexetceziature,oa 



le^ea rqqporte fu\ desenneotis ttiffi enve* 
mes 6c auffi achamfa qu'ils Tétoienc oontre 
A. de fiMm-Cytaii) c'eft que ces interroge- 
Dires teb qu-ib lo ont puUiés, après tom 
BS changemens ^ additions, & retranche- 
Dcas dont on les a convaincus , ne con* 
iomcnc rien dont ib puifiènt lui faire uh 
aime. Le Pafteur étant ainû frappé y on 
Âvoit garde d-épàrgner le troupeau. Les 
fag Rcdrfiaftiques que M. de Saint-Cyran 
«nnoic 8c employoit aux fonâions du fâint 
•inftere, les (oUtaires qu'il foutenoit par (es 
sahomdons dans les exercices labcMÎeux dek 
penkeace , les enfàns mêmes auxquels U pro« 
Cùroic une -éducation duredenne par des mai^ 
très «fil leur avoit donnés , tous furent ia^ 
fldcns^interrogés pir des Conimiflàires duRc^ 
obligjÊs de ft iqurer & deiè diffiper Cndi£fèrett 
endroits. La mailbn de Port-Royal fut auffi 
«penacée d'une viQte âpifconde qui devoit (t 
■tattànay à ce que Von dtloit, par l'enlevé* 
^snent de la Mère An^que. Mais M. de Gon« 
'^ Archevêque de Paris , qui la connoifToit 
^ qui eftimoit beaucoup (a vertu, & char- 
gea de faire lui-même la viûte de Port-Ro« 
^jû^ Se en gagnant du tems, il laifEi ralletf* 
û u colère du Cardinal Minifbe. 
^: £# M. -Il femble tjue vous vous plaifiez. t 
.-ttius faire paSèr en un moment (l'une extre^ 
vl&é à l'autre. En confiderant le portrait que 
/YOus nous avez, fait de Port-Royal, en vo- 
jpaht refprit de pieté qui ammoit les difciples 
.de M. de Saint-Cyran j oh auroit cru que 
fdprit du Chriitianifmc aUoit peu-à-peu (ère* 
«0uveller dans TËglife. Mais point do tout : 
^rous nous reprefentcz, maintenant une aÔréu* 
Kc ddblatiOB. Ce petit troupeau comblé 'âes 
V u bciife- 



benediâions du cidf , eft. abandonné au kxipj ■ 
k Pafteur cil enlevé^ & les brebis fe di^iet^' 
iênt de côtés & d'autres. Il faut avouer- qaè 
cet événement eft très furprefiant) (bit qa'otf 
le confidere par rapport à Dieu , qui gouve^» 
ne le inonde avec une iàgeflè & une juftice 
infinie, foit qu'on l'envilàge-du côté des lx>m*' 
mes, qui tourmentent £uis fujet un £deie^ 
vitcur de Dieu, . .a 

Le C. Ne <lites -pas , Moofieur^ quejt 
yous faispaflèr, en un moment, d'une eztrs^ 
mité à l'autre , de la joie à k trifteilë, deb 
defolation à la confolation: dites plutôt qoe j 
c'eft Dieu qui le fait, puifque c'eft lui qui 
par une providence pleine de ùaxffè Se di 
mifcricorde, a difpojie -Se arrangé de cette tôt* 
te les évcnemcns dont je vous fais le reoL 1 
nous importe peu deiàvoir ce :qui a portéài 
bomqies à commettre une fi horrible âgoâi- 
ce, puifque leurs motiâ ne peuvent être qin 
frivoles ou mauvais. Q^and nous auront 

3ue le Cardinal de Richelieu a perfècuté M. 
e Saint -Cyoran par des vues de pcdidquf, 
parce que cet Abbe ne lui faiibit pas la Cotar, 
parce qu'il craignoitû droiture, fafermeté^ft . 
ion habileté, & les Jefuites ea même temspour 
fe vanger des coups qu'il leur avoir portéfdJM | 
fciivre de Petrus Aurelius , les uns par înterft| "[ 
les autres paf jalouûe : les uns en haine de h ve^ 
rite, les autres par prévention, & par un ze* 
le dcftitué de lumiert, en ferons-nous {4iii 
avancés? Il «ous fufHt de favoir que, fi 
Dieu jabapdonna fbn ferviceur à la violence 
xles hommes, ce fut pour l'éprouver & b 
j>urifiQr, pour produire au grand jour «ntre* 
io€ qui jufques-là étoit demeuré prefque io- 
^mm^ & povy: te £ûre fervir au iàmt d'ui 

plus 



Veffitf fênJut finfiMt: Emtr. XVR +5» 
lus grand nombre de pcrConncs. En eâct jamais 
if. de SaintrCyran ne fuc il grand , & nere^ 
jOt plus de témoignages avantageux & de mar^ 
pies d'eftime de u partdesévêques, despre- 
oiors magiftrats & des plus grands Seigneurs: 
UDUs on ne vit plus aempreflëment à re« 
liercber &s avis & à & mettre fous â conr 
kote, que pendant le tems de fa captivité. En- 
moï ks ennemis 9 par des rechercnes pleines- 
ieiDalig;nité^'e£R>rcerent-ils d'obfcurcir Jbn in«. 
iQçeace, eue n'en devint que plus évidente ^ 
k fl parut clairement que tout fon crime 
itoit de ioutenir qu'il faut aimer Dieu pour 
itre réconcilié avec lui par la pénitence : car 
mlà à quoi fe reduifîrent toutes les accufa^ 
ÎDiis d'erreur & de nouveauté. En vain lui-^ 
pi£me, te regardant comme (bus la main de 
IMeu fiçdans un état de pénitence , voulut-il fe 
ij^uire à un humble filence , les ordres de la 
Providence lobligisrent de fe prêter aux b&* 
fains des âmes qui avoient recours à lui , & 
fir charité ingenîeufe & féconde en toutes for- 
tes de bonnes œuvres , repandit dans tous les 
environs de £i pr^on la bonne odeur de Je- 
fu»-Chrift. 

Le' M. Mais ce petit troupeau que M.de Sainr- 
CVran avoit formé & ramafle avec tant de 
fini-, qtie devint-il> pendam la captivité de ce 
fiant Àbbé? 

XdT C. M. Singlin ,. Prêtre d'une éminente 
pieié, qui par la ilmplicité & la droiture de 
m coeur avoit extrêmement profité des ki- 
BErudions de M. de Saint-Cyran, fut obligé 
dé & charger non-feulement de la conduite 
lof ^réUgietSês, mais oicore de celle de tou-» 
(Biles perfonnnes qui compofbient ce petic 
Ikoupeau. Soutenu pai; M. deBarcoi^ qui é* 
V 3 toic 



l^% WefiPfreitAtefenfUi. Entr^ X^ 
toit un 4igne neveu de M. de Saint^C 
fie par les fréquentes lettres qu'O recev 
faint prifonniçr, il continua toutes les t 
oeuvres qu'on avpit commencées: il t 
donna pas même Péducation des cofi 
eut la confblation de voir augmenter 
derablcment le nombre décerne qui em 
avec un zçle plein de couriige dans la ca 
de k pénitence : enfin l!orage excdt^ 
Port-Royal fe trouvant un peu appaiS 
le troupeau fe r^flêmbla peu-à-pôi , & 
Iftude dé Port-Royal des champs fut d 
v;eau repeuplée par une multitude de p 
nés qui y retracèrent une image de k ^ 
premiers chrétiens. De cette forte la 
Tité de M. de Saint-Cyran^ loin de n- 
Toeuvrc de Dieu , & loin d'être pr^udi 
àl'Eglife y lui fut au contraire d^unegruide 
té. La première fois que nous nousrev^ 
je vousdirai comment il recouvra fa libert 



ENTRETIEN XV 

4/. Arnauld j^e met fous ta con 
de M.defofnt'Cyran. Cet Abbé 
de prifon ^ meurt peu après. 
Arnauld lui fuccede dans le foi 
défendre là vérité. Il combat 
fuccèslesrelâchememde la penit 
tempête excitée contre le livre { 
fréquente Communion.^ 

LE Cure*. Je vousaiparlé^ Monfiem 
niflSinmotrc dcrpier Entretien, des fin 
h captivité de M. de Saint-Cyran , X 

f 



nrité retubffinfiHe. Entr. XYlli 4^3^ 
fCËDdg avantages que l'Eglifè en retira. Vouf 
ÈvcLvu comment ce fiwit homme, fembia-- 
hk à un grain de froment qui* ne porte de 
fruit qu'après avoir été jette en terre, dans- 
Iliumilianon 6c dans robfcurité de fa prifon- 
devint pour phifieun un inftrument de iâlut.^ 
Mids ce qu'il y eut de plus zlorieux pour ce 
Uenheureux priibnnier. c'eft que Dieu lui 
donna pour)i/f dffes liens ^ un homme qui 
devok dedarer une guerre irréconciliable à 
toutes ks erreurs, & défendre avec un cou* 
n|e invincible toutes les vérités, une celles 
^(bot contredites par les hérétiques, que 
Cdies qui font obfcurcies Se altérées par de 
mauvftis Catholiques. Ce nouveau dil'ciple 
de M. de Saint«C]rran n'efl autre que le ce* 
lldxt Antoine Amauld, le vingtième & der- 
âer dff:«n£suis de M. Arnauld T Avocat , £c- 
* fare dePilluflre Abbeflè de Pôrt-Royaldonc 
je vous ai beaucoup parlé. Ayant perdu fon 

ri dans ren&nce, il avoit eu le bonheur 
recevoir une éducation chrétienne de ià 
pieufe mère , qui lui avoit donné des maî- 
tres capables de le faire avancer dans la pieté' 
comme dans les fciences : U avoit par ce moyen 
confové des mœurs pures &* innocentes, au- 
milku des dangers auxquels kjeuneflèeft expo- 
fie dans un {iecle corrompu, fie quittant toutes^ 
la études proËanes,ils'étoit appliqué à celle de la 
tkaologie: il avoit commencé les exercices qui (è 
ibnt en Sbrbonne pour arriver au Doâorat, il y 
avait pris les premiers degrés , & par une fuite 
Qeceflaire il avoit reçuleloudiaconat ^ mais il 
avoit fait tout cela'^comme par routine , en 
y iîiivant lé train commun. Cuis faire grande re- 
f Aezkm fur k pdànt fardeau dont il fe char- 
f \ i^ gcoi^,, 



'4«4 Vfittnnâue finnhk. Ektr. XVU. 
geoit , & fur les terrlblesobligadons d'un Pr& 
tre & d'ua Doâcur, Ôc fans trop examiner^ 
fi Dieu l'appelloit à un état fi fiûnt & fi rde- 
ve. Porc-Royal, qui étoic devenu fit maiibn pt« 
temdle , puilqu'il renfèrmoit environ une vi%- 
taincdeperfonnesde û famille , entre kfqueller 
.étoientdmere& toutes Testeurs^ cette ûînte 
Communauté étoit a£9igée de le voir dans un 
train de vie plus digne d'un phiiofbphe &d'iur 
honnête homme du monde , que d'un Doâeur 
de l'£glife Ôc d'un Miniftre des autels. Ces 
époufes de Jefus-Cbrift gemiflbient fiu- d» 
cngagemens qui, en frayant à M. Amauldlc 
chemin aux dignités de i'Eglifè , pouvcxent 
înfenfiblement le conduire dans la voie higr 

Ïui mené à la perdition, & elles conjuroîeat 
)ieu fans cefTe d'empêcher un fi grand wal^ 
heur. Des prières fi ferventes & û humbler, 
accompagnées de fbupirs & de larmes ^-fii* 
rent exaucées: la grâce de Jefiis-Chriil pvk 
fortement au. cœuF de M. Âvnauld: (es yeas 
«'ouvrirent , & il comprit à quel extrême dan- 
ger il s'étoit expofé en s'ingerant téméraire- 
ment dans le fàint miniflere, & en s'app&> 
quant à l'étude des vérités de* la religion , uns- 
avoirpris (bin auparavant de purifier fbn cceui^ 
afin que la parole de Dieu pût y prendre raci- 
ne & y firuâifier : il fut efl&ayé en confide* 
nuit le compte qu'il lui faudroic rendre de tou- 
tes les vérités qu'il avoit connues , & dont il 
avoit fait fi pea d'u{âge;^'8t [^efi^ du defir 
de reparer fes fautes, de fatisfaîre à la juflice 
divine. & de rentrer dans l'ordre de Dieu 
dont il s'étoit écarté, il eut recours à M. de- 
Saint-Cyran dont il connoifibit fort bien kt 
grandes lumières, la charité> le zde pour le 

iàlut 



FirMttnéte^JènShk. EKTlt. XVE 4^f 
filuc doB atpeSy & ramidé pour toute fà fa- 
iniUe; il lûLà^ofii le fond de fbn cœur, & 
conduite piflSe^ leè niouYemens que la gra-» i^^t, 
ce de JeiuflC-Oirift fbniioit en lui, & il sV^-Dtcemi 
Êandonna; eoÊierement à fa conduite . prêt à 
quitter fes études > fi c'étoit la volonté de 
Meu, à renoncer au Doâorat, & aemtmf^ 
fir une vie de retraite & de pénitence. 

L.S . M A R c H A H i>. Vous nous coniblcz 
iSiiitdement aujourd'hui, mon cher Pafteur, 
jk' p-^ le ZAle char^able avec lequel voua 
àmôiauez; à vous prêter ^ no]s befoins, &par 
Is éveiieméns. que vous mettez; fous nosyeux^ 
U&ut avouer que ces difpofitions deM.Ârnauld 
(ont bien admirables, ^ bien rares parmi les jeu- 
bd gens de condition qui fedeftinent à l'ctac ec- 
de&dHque. Je ne doute pas que M. de Saint- 
Çjran' n'en ait été charmé , qu'en apprenant 
cette nouvelle il n'ait. refTenti plus de joie que 
fi on lui eût annoncé (a propre délivrance^ 
fc qu'il n'ait pris avec fa charité ordinaire la 
conduite d'un tel pénitent. 

Le C. D eft vrai que M. de Saint -Cyrair 
h rendit aux defirs de M. Arnauld, par la 
crainte de refifter à l'ordre de Dieu dont la 
iDtin paroiflbit (ènriblcruent dans cette ren« 
oomre^ il vit avec admiration la manière dont 
h grtce avoir agi dans le cœur de ce nou- 
veau difciple. Mais il ne lutdiflSmula pas ce 
fU'il poitoit des démarches qu'il avoit faite» 
veri Je facerdoce & le doâorat : il lui fît fea- 
tir que ces fautes l'obligeoient à s'humilier pro« 
ipnâement,, fie à fe regarder comme indigne 
d'iih.Diiniftere auquel il avoit afpiré, fans y 
^C appelle de Dieu : il l'exhorta à ne point 
fe'jàifrer aller àl'abbattemcnt, mais à attendre 
m paix que la volonté du Seigneur fe mani- 

7 5 ' fc- 



tcftit fur lui. Enfin après PaToir teoa en fu&. - 
pens durant qudqae tems^ il YcDgafisa, à con- 
tinuer Ces exercices de Sorbonne, àc à faire, 
par e^t de pieté, dsms des vues de foi, fit 
dans le defirde ferWr Dieu & fon EgUiè^ ce 
qu'il fiuiôtt auparavant d'une manière toute foh - 
maine. Après avoir redtifié de cette (brtcrce 
qu'il y avoit eu de defeâueux dans fès vudL 
oc dans ù. conduite, M. Amauldne penft^ 
qu'à s'avancer dan$ la voie de Dieu, Se I 
pratiquer les excellens avis qu'A recevoir de 
M. de Saint-Cyran : en fiûGuit fbn capital de- 
là pieté, il ne perdit rien du côté de la fden-. 
ce} &r par ion humilité , ion amour pour le 
filoice & la retraite, Ibn éloignement des bé- 
néfices & des dknités ecdefiwiques il devint 
Tadmiration de h Sorbonne. autant que pir 
fon érudition & fbn habileté dans la Théolo- 
gie , qui pafibient pour un prodige dans Ftf* 
Eit de ceux qui leconnoiflbient. D ne reçut b 
iaconat & le Sacerdoce qu'après s'y cnt. 
Ua: FT^P^é» en fe dépouillant des b^eficcs quTl 
1 €4tl poâèdoit , & du bien de patrimoine qu^fl avoit^ . 
afin que rien ne Tempêchât déformais de rem-- 
plir avec une fidélité, inviolable le ferment îb* 
lemnel qu'il alloit faiFjcà la face des aut?els,en^. 
prenant. le bonnet de Doreur, de.defefidrela 
vérité jufqu'à répandre Ibn fang & facrificr^ 
fa vie pour elle. Ceft ainfi que la erace cfe 
Jefiis-Qirift outragée par les Moliniftes, mé- 
connue, abandonnée , ou au moins défigurée 
par la foule des théologiens catholiques . & . 
forma elle-même un drfenfeuB digne d'dle: 
elle lui communiqua une abondance de lu- 
mière, afin qull pût difliper les nuages de la.. 
prévention & les ténèbres de Terreur ; & d- 
ic le remjdit d'i^v courage Se d'une fermeté 

i«>. 



VMiir^mimfiMh. Ehtk. XVIT. 4^7 
iomdble êBot qu'il pût fournir li longue & 
pcmblc carrière dans laquelle il entroit, âc 

E'fl ne devoit finir qu'en, mourant, c'eft-à- 
e après cinquante ans de combats, de tra^ 
m&i & de poiêcudons. 

Le m, J'tvois bien oui parler de M. Ar^ 
«uld, & je le regardois comme un honnête 
lammc injuftement per&cuté , comme uo 
homme d'dpritfic un Avant, mais je n'avois. 
pas de fit pJecéJ'idée que vous nous en don<« 
nez.. Il me lèmble pourtant que parmi des 
Aietiens les éloges (kdvent me principale^ 
ment ibodés fur la relispion , & fur la. vertu, 
fins leiquelles un grand efpnt & une grande 
fiîence ne peuvent être que des talens fore* 
àngereux. . 

Le C, Vous avez raiibn^ fans la charité, . 
tout Pefprit, toute la fcience, la connoifOin*. 
orai&ne des vérités delà rdigioo, n& feront': 

rde grands réprouvés ^ que des prudena. ^ 
fiecle,&de faux*fages que Dieu dcteftc^ 
buverainement. Son Ëfprit qui a voit ^ in-v 
iruit M. de £ûnt*Cyran, lui avait ftic con- 
mitre le danger de la fcience : cet humble * 
bvant avoit grand foin d'inculquer à ibs di- - 
{âpies , qu'ils dévoient croître en charité pli» - 
ttcore qu'en fcience . de peur que la fcience ::: 
wnant à dominer, n'etoufRt la charité. MM,<- 
dtPort-Royal , & entre autres M. Arnauld é- - 
toient pénétrés de ces marânes fakitaires : ils ?- 
tVQÎent bien plus de foin de faire croître en ^ 
ear-mêmes le feu delà charité, que de briller v 
lux jeux des hommes par la lumière de la ve-< - 
rite: ils la pratiquoient parfaitcmenf^vant de .' 
i'cnfir^er aux autres, & ils ne fortoient-de^.^ 
Huimble filenceauqudiils fereduiibient qu'oui- 
V 6 lûfic^t 



4^8 Vtrîtt rendêtt fennUê. Ertr. XVII. 
tant que la crainte d'aDandoonet la venté att»^ 
quSe y ou de manquer aux^devoirs de la charité 
envers leurs frères les y fbrçoient. £n un moc 
foit qu'ils fiiflènt occupés uniquement de leur 
propre fanâificadon^dans les exercices de h pie» 
té & de la pénitence, foit qu'ils travaillaflènt àé- 
claircir& à defenckela vérité, ou à infbrutre 
les fidèles, ils agiûoient toujours fous les veux 
de Dieu, dans un continuel ièntiment d'hu- 
milité, de vigilance & de défiance d'eux-më« 
mes^ fembkâes à ces généreux Ibldats de 
Judas Mâccabée, dont le coeur étoit âevé ven 
Dieu , tandis que leur main combattoit les en* 
nemis, ils nedefendoientkcaufè de Dieu que 
•félonies règles de Dieu même,& par le mouve- 
ment defon Efprlt. Tel a toujours été le can* 
âerede MM. de Port-Royalk: ils ne le coa* 
C<!ntoient pas de poûeder k vérité dans leur 
efprit & dans leur mémoire: ils la iàilbrâat 
pader jufques dans leur, cœur, d'où elle k 
repandoit dans toutes leurs adions & dans tou* 
te k fuite de feur vie, comme cette eau vive 
dont Jefus-Chdfl parloit à k Samaritaine dam 
l'Ewigile de ce jour : ils fe nourriflbient de 
k vérité ^ avant que d'en nourrir les autres^ 
& ils fe rempliûbient de cette eau iklutaire a- 
vant que de k répandre furies autres, afindfe 
n'être pas, félon Texpreffioci de M. de (kioD- 
Cyran, comme des canaux qui fe vuidenttouc 
d'un coup en donnant toute l'eau qu'ik reçoi- 
vent, mais comme le boffin d'une fontaine, 
qui ne répand (es eaux par deffiis les bords que 
liorfqu'il eft tout plein, & qui ne fe vuide 
point parce qu'il ne donne que de ion. abon- 
dance. Plût à Dieu qu'on pût dire k. mcme 
cfaofe des Appelkns^ qui ont fuccedé à MM 

de 



ririti TinJbifmfihh. Entr. XVII. 4^ 
rie Porc-Royal dfans h defenfe de la vér^é! 
Mais tx>us avons bien dégénéré pour h plû'- 
pirc delà fiûmeté de ces nommes admirables : 
nous avons recueilli-, grâces au Seigneur, le pre^ 
cîeuz héritage des vérités fidmes, des dogmes 
ftcrés donc le maintien leur a coûté tant de 
travaux,, de vexations & de traverfes; mais 
pour l'efpritde pieté, de foi, de religion donc 
us écoienc animes , il faut avouer à notre con- 
fuScm qu'il eft devenu bien rare parmi nous. 
Heureux encore , fi nous connoilfions notre 
malheur , fi nous en étions touchés , humi«* 
liés fie confiis , & fi nous en gemiffions fince-» 
temenc devanc Dieu ! Mais infenfiblecnent je 
m'âoigne de la (iiite de notre hiltoire : c eD; 
un pcdc écarc qu'il faut me pardonner; car 
je fuis fi rem]di de refpeâ & de vénération 
pour ces hommes qui iont nos pères dans la 
foi, qiib je ne me lafièrois pas de vous entre- 
tenir des grands exemples qu'ils nous ont laif- 
fis: l'occaiion s'en prefencera encore en con- 
tinuant notre narration. 

!.# M, Nous prenions trop de plaifir \ con*- 
fiderer cette riche effufionde grâces que Dieu- 
fiôfoic alors dans fon Eglilè ; & nous n'avions 
gurde de nous appercevoir du petit écart que 
IPOUS avez. fait, fi même on peut lui donner 
ce nom, puifqu'il eft très propre à nous faire 
eonnoître le caraûere de MM. de Port-Ro- 
yal, fie en particulier de M. de fhint-Cyran 
que Dieu leur avoit donné pour père ficpour 
cooduâeur. Nous attendons que vous nous 
appieniez de quelle manière ladivine providen-^ 
ce rompit les liens de ce bienheureux captif: 
car s'il avoit fait tant de bien étant en prifon,' 
ce dut être bien autre chofe lorfqu'il eut rc^ 
couvre la Uberté.. 

V 7 Le 



4^0 VifUifeMài^finphh. EtlTl. XVIL 

LeC. LavertudeM.deiâinc-CyQUiétiii^ 
fiiÉùfatnment éprouvée fie purifiée, Dieu fut. 
bien lever les obftacles qui s'oppcàbient à It 
jddivraace de £bn ferviceur. La mort du Quv- 
dinal de Richelku donna mojexk de faireœiH 
Boîtrc aa Rxâ Louis XIII. l'iimoceDce dvt 
ftÎQt prifonnierr M* de lâiRC-<2irran fut donc. 
rendu aux Ëdntes fiUes de Porc-Royal deTa* 
U41. rô> ^uz penitensfic auxiôlitaires de Por&r- 

Cr Février. Koyal des champs , fie à tanicde bonnes ame» 
oue Dieu avoit fait encrer par ion miniftem 
dans la voie du fakit : & prefence & fts est 
hortations excitèrent parmi couces ces perfoo^ 
nés une nouvelle ardôir pour s'avancer dans, 
la pieté ; lui-même r^rit (es premières occu« 
pations, fie (è mit i travailler au grand oa«~ 
vrage qu'il avoit entrepris contre 1» Caivinî^- 
fiés, fie que. ùl captivité avoir interrompok 
Mais locfqu'onfe rejouiiloit par Tefperance dea 
grands avantages que TEglife devoit retirer dei 

ii»oaobrf. travaux de M. de fàint-Cyran, une mortpre- 
cieufe aux yeux du Seigneur termina (àfàin»- 
te vie 3 ficvcaufà une grande triftdlè à cette 
multitude deperfonnesquileregardoientcom^- 
me leur véritable père, Piufieurs évêques ho* 
norerenc de leur, prefence les funérailles du ùs^ 
viteur de Dieu, fie dans la fuice on. a vu un 
nombre de Prélats relever fon mérite fie & 
iàinteté , par des élevés qui & voyent imprimés 
à- la tête dc;.&s Lettres chrétiennes e^ Jfirh' 
tuelles. Mais fi la mort de M. defaint-Cy*- 
ran affligea fes amis fie fes difciples , elle ne 
te fit pas tomber dans l'abbattement ni dani- 
le découragement : ils partagèrent entre eux 
U^ diflferentcs efpeces de bonnes œuvres qui^ 
avoient été commencées. M. Singlin fut prin* 
cipalement chargé de la direâion des cooi». 

(cica-.- 



VMiirtfukêfenphU. BNTit. XVII. 471- 
(ciaioes^ 6cdu loin genertl des doiK maironi. 
de Porc-Rofd. en quai il étoit aidé par les 
omfeils de M, de Barcos neveu de M. rAbbé- 
defidnc-Cfran & fonfuccefleur dans cette 
même Afarore^ & leïoin de défendre toutes 
kl Terités, a attaquer les erreurs, de repri*- 
mer les nouveautâ fiit principalement confié 
i M. Amauld. La voix publique^ Tavoit ju- . 
e^-digne de cet important miniftere , lorfqu'iL 
&iitint fa thefes en.prefence du Cl«rge de 
France afièmblé; M. de fàint-Cyran avoit, 
gpor ainfi:jdire, fceUé cette vocation en le d^- 
rapant, &. le formant i ce même emploi: M. 
Amauld y n'ayant que vingt-fept ou vit^« 
buit ans, s'écoit exercé à cette forte de com- 
tes fous les yeux d'un fi habUe maître ; & il 
ivoît fidt voir par qudques coups d'eflài ce 
«Am pouvott attendre de lui , Dour la defen* 
te de la sracc de JeTus-Chrift : il ne fut point 
aflbyé de fe voir prelquefeul à combattre u- 
ae midtîmde d'ennemis pui(Sins & accrédités, 
Scil ne balança pas à mettre fon nom à la . 
tfte d'un ouvrage qu'il avoit entrepris & com- 
pplE fous les ordres de M.'de£iint-Cyran,& 

3ài parut imprimé peu de tems après k mort 
é ce erand homme. C'eft le fameux livre 
ik Im fréquente Cùmmunion. 

Le. M. il paroit bien par là que M. de faint« 
C^xan étoit. un vrai ferviteur de Dieu , puil* 
30e la pcrfccution , loin de TaSbiblir & de lui . 
aire wandonner la vérité^ ne fecvit qu'à en«. 
flannner fon zde & fon courage; car vous 
ttHis avex dit que fes ennemis, après toutes 
kxtn recherches, n'eurent d'autre chofe à lui 
reprocher, finon, qu'il foutenoit la ncccfïi- 
tf de Pamour de Dieu pour être reconci- 
tt. HYQC . lui. dans le Sacrement de Peniten-^ 



1^43. 



c« 



^rp. tWîf/ rendue finpie. Er^TR. XVU. 
ce ; & voici que clans fà prlfon même^ M 
de faint-Cyran infpireilMi Arnauld le defloô 
de compolër un livre pour cclaircir 8c defeor ■ 
dre cette même v«rité dont on lui fait, un ô»* i 
me: du moins c'eft l'idée qui m'eft leftéê de ce J 
livre, fur cequej'enaiouidire^ mais je comptt .' 
bien que vous ^ex nous apprendre au plus jufie i 
quel en étoit le fujet , & quel en fut le fuocèa • 
Le C. Vous voyez les abus déplorables qpi } 
iè commettent dans radminiibation des Saciei' ^ 



i 



mens de pénitence 8c d'Eucharillie , abus vfr 
pandus dans toutes les portions de r£glife,& 
lûr tout dans TEfpagne , dans l'Italiie, Se daà 
les autres pays, où h Cour de Rome exerce 
une domination abfolue, à la faveur dei'igno- 
vancc qu'dle y a introduite. Les Chreticof 
de nos jours prétendent {uivre toutes leurs pajP 
fions & toutes leurs inclinations déréglées, & 
malgré cela ils veulent fréquenter les Sacre- 
mens, les uns plus (buvcnt, les autres moini 
Ibuvent : ils prétendent fe reconcilier avec 
Dieu, fans l'aimer, fans ceflèr de l'outrager, ùm 
changer de vie : ils ne veulent pas fui vce les pre» 
eeptes de Jefus-Chrift,& ils prétendent s'alboir 

xxvi?*i8 ^ ^* ^^^^^ ^^^^ ^^ difciples, & faire laPâmic 
*ayec lui : ils veulent être admis au feflad da 
noces, fans fe mettre en peine d'y apportff f 

iKd.xxn.^ robe nuptiale de la charité: ils ne veutett F 

la. ' pas combattre contre le pcché, & ils veulcm 
recevoir la manne qui n'eftpromife qu'à ceux 

Afoc.n,i7.qu| auront combattu & vaincu: en un mot 
ils prétendent paifer autant de fois, & auffi 
promptement qu'il leur plaira de la uble des 
démons au banquet de Dieu, & de l'ordiiK 
dont les pourceaux fe nourrifTent, au pain 
ceieile qui fait les délices des ef]^rits bienheu- ^ 
ceux. Mais ce qpi eUdeplus^funeUe^ c'eft |: 

■ que 



:» 



Vinf^ rembi finfiUe. Entr. XVII. 47)^ 
s le très grand nombre des pafteurs, & 

confefleurs (écoliers ou réguliers mecon- 
Ifl&nt les fidntes r^les & TeTpric de l'Egli- 

neg^^eanc leur devoir, oubliant qu'ils ne 
iC que ksminijhes & les iervitcurs , &non 
I les maîtres, les Jijpenfateurs & non pas i.Cor.IT«|^ 
propriétaires des mjfteres de Jefus-Chrifiy 
rendent les miniftres du Diable en flatunt 
: pécheurs dans leurs der^lemens, en les 
trecenant dans une illufion oui rend inutile 
iur eux le remède âlutaire de la pénitence, 
I ajoutant , par une compaffion- pleine de* 
uaucé, de nouvelles bleQlires à celles quHIs 
étendent guérir: donnent aux chiens cequfs.Matt.TXlr 
\ ùkkty & chaînent le tribunal de la peni*^* 
sce en une horrible boucherie des âmes. 
toe tous les Religieux il n'y en a point qui 
fCQC donné plus de cours & plus de vogue 
ar|iftchement,que les Ordres de Mandians,qui 
bnsrobligationoùils (ê trouvent de depen* 
bedes aumônes des fîdéles^ont porté julqu'à 
^acès la complûfknce & l'indulgence envers 
o {dus grands pécheurs. Mais les Jcfuites ont 
Sacore enchéri fur les Ordres Mandians. 
Lt direélion des confciences leur a paru le 
Jtoyen le plus court & le plus alRiré , pour 
ttisfidre la paffion violente qui les porte à fe 
todre les maîtres & à dominer partout : au(fi 
l'ont-ils négligé aucune des inventions capar^ 
des d'attirer tout le monde à leurs Confef- 
bnaux : ils ont &it comme ces marchands, 
ui pour avoir un plus grand débit de leurs 
larchiuidires, les donnent à un- plus bas prix: 
s ont fait un indigne trafic du fang de Je?> 
is-Chrift qui eft appliqué aux hommes dans 
iiQ^ des Sacremens; 6c afin qu'on ne pût 
» troubler dons une pratique û deieftable. 



474 Vérité rtniui fenpbk. Ektr. XVII. 
ils ont foûtenu que les Confeflëurs étoient oblii^ 
gés de donner fur le champ fiatim l'abiblutioa 
à des pécheurs, qui (ont retombés plufieurs fois 
dans les mêmes crimes, & en qui on ne voie 
d'autre efperance d'amendement, ii ce n'efi: 
qu'ils font des promeflês de n'y plus retoiQp» 
oer , promeflês qu'ils ont violées pluflem»^ J 
fois. C'eit ce qu'ont enfeigné une foule d'aiK t 
teurs Jefuitcs, & ce que le le P. Francolint j 
foutenu au milieu de Kome ,.ily a trente- (êpe f 
ans, dans un livre où il remet en bonneur» ^ 
maximes relâchées des Cafuiftes delà Société. 

Le M. On voit bien, mon cher Pafieiir, 
que cet article vous tient fortement au coeui: 
car vous en parlexibuvent dans vos inifaii-' 
âions publiques; & malgré cela je fuis pei^ 
iiiadé que la plupart de vos ParoiflieDS OQ 
âuroient goûter ces maximes fàlotaires de lape* 
nttence que vous prenez à tâche de nous ii|^ 
quer.Mais je vous prie de me dire pourquoi vom 
imputez particulièrement auzjefuites lerdâche». 
ment dans l'adminiftration du Sacrement de p6- 
nitence,puifqu'il eft leur eft commun avec pra^ 
que tous les réguliers, ôcavec la plûpvt dOb 
prêires feçulii^r^. 

Le C. Ëh I comment des curés &deacoih 
feflèûrs qui connoiflènt le prix des âmes it* 
çhetées par le fang de Jefus-Chrift , & qm 
peniênt au compte rigoureux qu'ils auront à tear 
dre de toutes celles qui leur ibnt. confiées , coor 
ment , dis-je , ne (èroient-ils pas percés d^doo- 
leur en voyant les ravages prodigieux que ùk 
dans r£gliiè un abus fi généralement répandu» 

S l'on peut bien regarder comme un des j^ 
nciles effets de la rage & de la malice du 
démon; puifqu'en rendant inutiles, ou même 
jiernicicuz aux chrétiens les remèdes iâlucmi ^ 

que 



WMtéttnJMiJtnfihle. Entr. XVTI- 475^^ 
uie le (buverain Médecin leur avoic prq>arâ 
nos le Sacrement de pénitence, cet ennemi 
te honunes a trouvé, le fecret de rcndreirre- 
tDedkbles & incurables prefque tous les maux , 
les bkflures & les : ulcères dont le corps de TE- 
1^ eft couvert & défiguré depuis les pieds iiâu. i. C 
juiqu'i la tête. Les Jefuites,. il eft vrai, ne 
fint pas les premiers auteurs de ce defbrdre, 
11 y avoit plufieurs fiecles qu'il étoit devenu 

S à peu commun, fie prévue gênerai dans 
dilb 'y mais au moins on en gemiflbit, on 
dqMoroit ce malheur , fie on refibrçoit d'y 
app or c et quelque remtde^ en fe rapprochant . 
on peu de la fiante fie (alutaire feverité des 
ttoeones règles del'Eglife. C'eft ce oue nous 
voyons dans les auteurs fie dans les Conciles 
é^Qt tems-là^ fie particulièrement dans le Con- 
cjfe- gênerai' de Trente, tenu il y a environ 
faiKens ans. Mais lorfque la nouvdle 
Commgnie de Jefus commença à paroitre' 
dms le monde , on vit en peu de tems lafa- 
ce de l'Eglife toute changée, par lefyftêmc de 
«ligîon & de politique de ces nouveaux vc- 
nos: une foule d'opinions qu'on avoit regar- 
das juiqucs-là comme erronées 6c pernicicu- 
fcs, trouvèrent place dans la théologie de ces 
nouveaux doâcurs, Se devinrent ou des vé- 
rités certaines , ou des fëntimeôs permis fie 
ftmocens : les vues de politique leur firent envi- 
^er comme bonnes , utiles , ou nece(£dres des 
|)raciques qui étoient de vrais defbrdres ^ en un 
ùot ils firent comme un Médecin ignorant 
]ui prendroit pour un fommril de. iànté- la 
cdiû]gie d'un malade, ou comme un Char- 
aean qui fc contenteroit de couvrir le mal pat 
{udques emplâtres , fie afiureroit que k ma»' 
idiê cR^eri. Les Jefuites firent principaîe- 
-' ment 



f7^ Viritt rendue fenfibli. Entr. XVlIv 
ment ulkge de leur charlatanerie par rapport 
aux abus introduits dans le Sacrement depç* 
nitence. Ravis de trouver dans la facilité à don- 
ner rabfolution un moyen fi propre à s'intro* 
duire dans la'confiance & dans les fecretsdes* 
familles & des communautés^ & àfe rendie 
maîtres & conduûeurs des- grands -& des pe- 
tits, des pauvres & des riches^ de» Royaumei 
& des diocefes , ils le faifirent avec avidité i 
& en firent une de leurs maximes les plus fâ^ 
crées. Et pouvoicnt-ils en ufer autrement, 
dès qu'il s'agiflbit d'une pratique fi favorable 
aux vues de leur ambitieuiê politique, & qui 
d'ailleurs s'accorde fi: parfaitement^ avec }tt 
princijpes de la nouvelle: théologie qu'ils ont . 
introduite dans TEglife? 
' Le M. Trouvez bon que je vous anrfte 1 
là, & que je vous prie de nous faire com- \ 
prendre ce que vous venez de dire, que h \ 
Ëicilité à donner fur le champ l'ablblution t 
tous ceux qui fc confeiïènCy s'accorde {Mudlài* 
tement avec le Molinifme. Que cette faci» " 
lité vienne à propos avec des vues d'intérêt 
& de politique , cela faute aux yeux : mii^ 
quel rapport cela peut- il avoir avec les erreurt. 
des Moliniftes ? En efF.t je ne connois dan» 
la ville & à la campagne que trop de gcoi 
qui fe donnent pour Appellans , & qui ne 
trouvent prefque point de matière à difle* 
cer l'ablblution. Je connois même quelques 
curés amis des Jefuites qui recevant la Coor 
ûitution, retiennent néanmoins plufieurs,. de 
leurs paroifliens feparés de la Communion^ 
même à Pâques. Il faut donc que ces Appel- 
lans & ces Conftitutionnaires agiflent les unf 
& les autres contre leurs principes. 
Le C Si les uns étoient bon& ÂppeQam y 

& 



VMtifiniM fenfihle. Ehtr. XVIT. 477 
'les flutrés francs Conflitutlonnaires, il eft 
r. qu'Us agônoient en cela contre leurs prin- 
XM : mais il peut fe faive qu'il y ait parmî 
1 AppeUans des gens peuinftruits des règles 
-la pénitence^ ou qui n'aient pas afièz de 
le & de courage pour les mettre en prati* 
ê j & dje même parmi les Conftitutionnai- 
I vous en trouvez, qui reçoivent la Bulle 
rce qu'ils croyentle Pape infaillible, &qui 
iDS le fonds n'ont pas d'autres fentimensque 
nxdu P. Que&el.qui font condamnés dans 
-CQnftitadon. Mais cela n'empêche pas 
^ ne ibic très vrai de dire, que le; relàchc- 
tens dans le fiicrement de pénitence s'ac- 
kmnodenc à merveille avec la do(!^rine Mo- 
QieDne. £n eâèt vous pouvez vous fouve- 
ir de ce que j'ai eu l'honneur de vous dire , 
lodunt 1 erreur capitale des Moliniftes. Sc- 
a leurs idées l'bomme eft maître fbuveram 
^ abfolu de fës aâions & de ks dercrmina- 
kx» : il a toujours fous la main tous les &r 
«os neceffidres eui lui donnent un égal pou* 
loir pour faire le bien ouïe mal, & qui met- 
c&t là volonté dans l'état d'une balance char- 
)b de deux poids parBiicement égaux , en(br- 
cqa'il ne tient qu'à lui de dire le gui ou ie 
ta qui doit £ùre pencher la balance d'uncô- 
lé ou de lautre. C'efl: ce qu'on appelle la do- 
Snœ de V équilibre^ tz c'eft cette pernicieufe 
ipimon qui eft la oafc & le fondement de 
out le fyilême Molinien. 
Le M. Je me fouvicnis fort bien que vous 
nos avez parlé de cette erreur qui me paroit 
X)nftrueule âc extravagante ; mais que vou- 
!Z-vous conclurre de-là ? Suppofé que rhon>- 
le eût ce pouvoir égal de faire le bien ou lem^, 
..s'enfuivroit que l'homme eft maître de fes 

aâions 



478 VtrM remine fenpk. ÏNT^^Xl^ 
4iâk>Ds, & qu'il ne dent qu'à lui de fë cM 
vertir ^ maûfâudra-t-il àic»ife 4e*cela dooBi 
fur le champll'abfolution à des pécheurs .qd 
Tetombeat toujours dans les mêmes criinci 
& qui ne font pcxnt Toir qu'ils -foient chfll 
gcs & corriges i 

Le C. On croira au moins'le pouvoir fkinP 
car {i cet homme eft tellement maitre de & 
«âions qu'il ne tienne qu'à lui à chaque iii| 
itant de fe convisrtir, & de renoncer au M 
xhé , pourquoi le Gcmfeflëur refu(èrait>il Sm 
jouter foi aux promefTes d'un homme ^ 
^ient lui découvrir humblement tous lès p^ 
<hé$, & qui aâlure qu'il a bien du r^ret dl 
iês fautes, 6c qu'il eft'bien reiblu de ne kl 
plus commettre ? Peut-on croire, difbit U 
Cafuiftes, qu'un tel homme dans une aâia 
^ religion qu'A fait de fon plein gré^ veol 
ie mentir de propos délibéré , tancSs qu^y 
^eft fî facile de parler avec iiBoeiieé.& de.ft 
tisfaire le Confeflèur ? \\ 

Le M. Tout au plus , cela iêroit ;pardoÉ 
<nable une première fois ^ mais ce même hotf 
me viendra fe prefenter vingt fois , ' & yia§ 
fois il s'accufera des mêmes crimes , après Jl 
"voir pi-cunis autant de fois de ne les plus coi* 
^mettre : plus il eft maitre abfolu de (è detf 
oniner au bien & de renoncer au pecbé , ^ 
auffi il cft coupaUe de menfonge & dliypc^ 
•crifie, de ne pas s'éloigner du mal après » 
voir promis à la face des autels. 

Le C, Oh ! mon cher Mônfieur, je vo4 
bien que vous ne coiinoiflèz pas encore tov 
les pieux artifices y {c'e& ainfi'qu'ils les noO' 
ment) que les bons pères Jefiiites ont mistf 
oeuvre, pour fkcflitèr aux hommes l'accoa- 
i>liirement des devoirs du Chriftianifme. Ot 

hoor; 



rffUfrtmhÊefenpbTè.ElxrK.XVlL 479 
Mnme, dites -vous, avoit déclaré au Con* 
âoir qu'il écoit bienSLché de s'être enivré, 
avoir blaQdienié y d'avoir volé , il avoit pro- 
ÛÊ de n'7 ^us retomber^ & cependant il efl 
«ombé. Cela eft vrai. Mais , direz-vous 
icore, n'eft-<e pas un menteur & un hypo* 
rite? Point du tout: pourquoi juger fi mal 
orfbn prochain? Cet homme, étant aux piôls 
la'Oonfeflèur, étoit difpofé comme il ledi* 
rit: il fe determinoit à haïr le péché, & à 
e quitter : la balance de ù, volonté étoit pen- 
iïêt de ce côté-la^ mais quand il s'eft trou* 
r£ dans les occafions du péché, c'eftuneau- 
Jt affaire: alors la balance a penché de Tau* 
KC cAxé , & il s'eft détermine à fuivre les at. 
initi de ib paffions. Il a tort, il Eut mal ; 
mais il n'a pas menti au Confeûèur : feulement 
a a changé de volonté , c'eft une fuite iné- 
fitthle de fon inconfiance & de & fragilité à 
%idle on devoit bien s'attendre. Ce fereit 
Je comble de la perfeâion que d'exiger de lui 
frïlne retombât plus dans aucun péché mor- 
à ; il fuflSra , après qu'il y fera retombé , qu'il 
ait recours au remède de la pénitence. Se 

Ïil fiafië enfbrte de ne pas mourir dans 1 état 
péché. Telles font les maximes abomi- 
lÉbles par lefquelles les Cafuiftes ont empoi- 
tbnné les chrétiens qui ont été aflèz aveugles 
fom s^bandonner à ces guides trompeurs. 

Le AT. Mais je voudrais bien &voir de ces 
coofeflèurs fi indulgens , fi dans l'adminiftra* 
tbn de leur bien temporel, ils n'agiroient pas 
trec plus de foin & de circonfpedtion , qu'ils 
ne font dans la difpenfation du fang adorable 
de Jefus-Ghrift. Voudroient-ils confier une 
Ibmaie d'argent un peu confiderable à une per* 
hnac qui, après leur avoir été infidèle une 



4So Vérité renJui femphle. Entjr.. XVIL 
&.dcux fois, & vingt fois, leur Dromettroic 
chaque fois d'être j>lus fidèle à ravenlr? }t 
fuis fur -qu'ils ne le ièfoienc pas , après uà 
première infidélité^ & comment doaçjoCottt 
us confier tout ce que la religion a de pliii 
ûint à des gens qui les ont tant de fbi 
trompés, & Uvrcr Jefus-Chrift à des hooi< 
mes qui le crucjifient en eux - mêmes jpg 
le pèche mortel, autant de fois qu'ils leiifr 
doivent ? D y a là-dedans un renveribment (Si 
religion èc de bon fe^ qm n'eft pas concevti 
ble. 11 me fêmble .que ô les Moliniftes ,70» 
loient y faire réflexion , cela {èroit capable 41 
leur faire ouvrir les yeux,& de leur faire f 
tir l'extravagance & l'impiété de Jeurs p 
pes qui les jettent dans un fi prodigieux < 
ment. 

Le C. Vous voyez bien que favois raifbn db 
vous dire que le relâchement des Jefuites dan 
le Sacrement de pénitence efl une fuite d^ 
erreurs Moliniennes : cela doit vous foire fett* 
tir combien il eft exaâement vrai que le Mo- 
linifme eft une religion nouvelle , toute dific^ 
rente de celle que Jefus-Chrift a établie, ÂÉ 
qui n'a de commun avec le Chriftianifme que 
la croyance de certaines vérités fpeculativc^ 
& les pratiques extérieures delà religion. CcJ 
ce que vous comprendrez plus parfoitecocnt 
lorfque je vous parlerai de la Morale des Je» 
fuites. Mais rien n'eft capable d'arrêter l'ao- 
dace de ces hommes téméraires : leurs prind* 
^ ne font pas avancés au haxard : ils ont pre»' 
vu les horribles jnaximes qui en decouleût| 
& ils ne les defavouent point. Cependant quel- 
,gue abfurdes que foicnt ces maximes , & quoi- 
•que la comparaifon que vous venez de faire cou- 
vre de confufion les confeflèurs qui les reduifenc 

CD 



Ti^MrnimfiwafU. Zvn%. XVn. 4lf 
1 jpradqiK, £c mdeiaexcuikhles les chretieiif 
01 donnent leur oonfitnce à ces aveugles, il 
ittC avouer que le commun des Jbommes p»- 
3it te conduise fdan ces ioUes imaginatioDf 
erCafiiifbes que jeviens devons exj^r. En 
Set que versons-noQffdans quinze jours? Le 
aidi*&iat, le Vendcedi-édat, le jour de Pa- 
pes nos «lifes {èrontrempUes , une foule de 
Mode amegera les cunfeffionauz & la table 
iOfée, & chantera des cantiques de louanges 
k F Agneau dont le ûng a effacé les péchés du 
pnode. A r.exterieur quoi déplus beau, quoi 
de pius édifiant qu'un telfpedtade? Mais aN 
tmdez feulement quelques jours; peut-être, 
tldas ! dès le lendcimain ou le furlendemain 
4e Piques pluiieurs de ces hommes , dont la 
hcmûût a été con&crée par léchant des Pfëau- 
mes, âc par. la chair de la vidime (àinte , fe* 
ffooc retentir les cabarets de blafphêmes &c 
ée chanfims infâmes; & au bout de quelques 
fiJDQfidnes ou de quelques mois tous , à Texcep- 
tion. d'un nombre extrêmement petit, fe trou* 
«tront de nouveau fouillés paur des péchés 
ftortds , qu'ils viendront raconter à un Prê* 
ne ou à quelqu'une des grandes fêtes , ou au 
(lus tard à Pâques de Tannée fuivante. Ainfi 
fa recommeqçant chaque année le même train, 
la vie de ces prétendus chrétiens fe trouvera 
tfêtre autre chofe qu'un cercle continuel de 
confeilions & de rechutes monelies , qui fè 
fuccedenc tour à tour les unes aux autres. Sem* 
blables auk Juifs charnels , ils cherchent dans le 
j&ag du Sauveur , non un remède qui fkffe 
mourir en eux le péché , & qui les en prefèr* 
•Ye à Tavénk, mais un moyen de le commet^ 
•tne impunément : ils regardent la juftice chre* 
tienne comme un habillement dont ils fe re- 
^inmeL X vêtent 



4*^ Ferhf rendue fenfitle. Emtr, XYII: 
vêcenc en certains tems & en. ceitains jours/ 
& donc ilsfe dépouillent autant.de fois qu'ils 
le itigentà propos : aujourd'hui enfans de Z>iet^ 
& heridersdu dd, demainen&ns du Diable 
& dignes de l'enfer : . aujourd'hui les uns, revê- 
tus de la robe nuptiale , prononcent les xnale- 
didlions dont les Pièauroes fimt remplis , coa« 
treles autres qui IbnLcouvertsdeshaillons^lu 
pecbé^ôc demain ceuzrd, devenus àleurcour 
cito^nsde la Jeruiàkm celefte, combleront ki 
prjemicrs :des -malediftions rdèrvées aux d- 
toyeas de la Babylone réprouYee; de de cette 
£oTtt i'Ëglife fera un aûèmblage d'hommes qui 
^our à cour feront lies uns le perfimnage de ju*» 
ftes, les autres le peribnnage d'impies. Qud 
fcrange {peâade ! quel jeu! quelle Hiomerie! 
N 'eit*cc pas. fè moquer de Dieu que de préten- 
dre le fervir, &. cependant de le Quitter de 
tecns en tems pour.fc donner ii {on eononi? 
jerem: Êft-cc donc là cc peuple que Dieu a formé 
XXXI. 31. pour fa gloire ? Sont-ce là les enfans. de la 
Ezich nôurellc alliance , de cette alliance dont le a- 
xxxVi. raâere eft d'être ftableôc. de n'être point vio- 
^' »7- lée , parce que c'eft Dieu qui prend fiir 
ff^!'io^x'M^ toutes les conditions , qui fe charge (k 
lis.' * 'lesftirc obferver, qui écrit ùl loi dans b 
Luc. 1. 7 y. entrailles de ceux qu'il daigne fidre entrer dans k- 
.cette aUiance, qui grave fes commandemeof ^ 
dans-ieur, cœur par refpïit d'amour qu'il y re- 
pand , qui leur donne un cœur nouveau & 
un efprit nouveau, en faifant par la puiHàoce 
rde fa grâce qu'ils lui demeurent unis, qu'ils k 
fervent avec fidélité , & qu'ilsmarchent danslt 
iàintecéôc dans la juiHce tousies jours dekur 
.vie? Nefont-ce pas plutôt les enfims de l'an- 
cienne alliance dont le caraétere eft d'être pc^ _ 
^pctueÛemeot violée ? N'eft-c& pas là ce neupk ly 



\ 



.àTk. 



VkftH rendue fenjiiïe. Ekttil.XVIL ^t% 
(Pefelaves qui ne rendoit à Dieu qu'un ciilte 
charnel&exterieur par une crainteferyile?Sonc- Rom.vL41 
eelàeèshotnmes qui. étaùt morts au peiché 8t^|."''^ 
Crucifiés avec Jefus-Cbrift, font refufcités avec ''^ 
lui pour ne plus retomber dans la mort du pé- 
ché ? ces hommes que le Saint-Eforit nous 
dqpeint (bus l'image d'arbres plantés (or le bord 
d'uneriyier&, qui portent du fruit daâs la fiî- 
An, & dont les feuilles ne tombent jamais ? 
£t netreflèmblent-ils pas jplntôt à ces impies 
qum'ont ancune ftabihté dans le bien , fie que 
k vtnc des tentations emporte comme de me- 
nues-ptûlfes? Enfin eft-ce là cette race choisi. 8.pserjL: 
fie, cet ordre de prêtres * rois , cette natioH9* 
âmte, ce peuple conquis pour lequel Jefus-J^'AJ 
Chrlfts*eft livré lui-même afin de le délivrer * 
deteute iniquité, de le purifier, & d'en faire 
UOfieuide agnsaUe à Dieu & fervent dans les 
boiBbcs ceu^es ? Falloit-il que le Verbe éter^ 
ImI, 'le Fils utilquede Dieu s'anéantît en pre^ 
nant la nature des efclaves & la relTemblance 
du pecfaé, qu'il fûtrafMé d'c^probres & de 
douleurs, & qu'il expirât par le fupplice le plus 
cruel & le phis infâme, pour procurer aux hom- 
E knes une fainteté & une juftice audi baflë, 
suffi fbible , audi méprifable , que celle dont (è 
contentent les Cafuiftes & les mauvais chre« 
tiens? C'eft même profaner le nom dejufte-^ 
que de le donner à des gens qui croyent pou- 
voir de tems en tems feteconcilier avec i^iea^ 
en retombant aulli de tems en tems dans le 
pcché mortel : félon les Cûnts Pères ce font des 
xiypocritcs qui fe moquent de Dieu, & noh 
pas des juftes ni de vrais pénitens. 

Xrf -flf. Je fuis moins furpris de voir que le 

commun des chrétiens fe torme des idées fî 

^Miflès de leurs devoirs les pluis eflèntiels : li^s 

X 2 ne 



:4fB4 VtfHirendmJenfibk. Entr. XVH. 
•»t connoiflènt gaeres la rd^ioa , ils ne pcfl* 
iênt gueres à kur faluc: ils voudroient que Je 
)tx)ii Dieu fe contentât de leurs confe{£oQs& 
4e leurs communions coupées & entremet 
.4e rechutes mortelles , parce qu'ils n'ont pit 
ie qourage d'en faire davantage; & à force et 
ibuhaiter que le bon Dieu ses contente, ili 
viennent à bout d'efperer & de fe perfuader 
sflu'il s'en contentera. Mais comment les Je- 
Alites, des gens d'efprit & de bon feas^ dd 
Theok^ieos & des Cafuiftes qui pa0èoc leur 
vie àétudier la religion , ont-ils pufe faire dei 
principes qui autorifent âc qui juftifient dei 
<^iiofes û horribles? 

Le C. Je crois bien que les JefiûtesnefijQt 
f^ tombés tout d'un coup, ni de gay^de 
4:ceur,dans un (i profond abyjGsœ; nms n'e& 
|>érantpas de corr^er un ^us qu'ib trouyeieoe 
^établi., & n'ayant pas le courage de s'expe? 
,fer aux contradidions qu'ils fe iraient attirte 
4ms'e£^çaat de Tabolir, ils s'accoutumereat 
à &ire isomme les autres ; £c l'expérience leur 
liyantiait connoître les grands avantages qu'ils 
icn pouvoient tirer pour l'avancement de leur 
^Societé y ils & Tendirent les approbateurs te î 
les défeafeurs du relâchement. Les opiniooi ^ 
^erronées de leur nouvelle théologie vinrent 
%\X iècours dç leurs masdmes de politique, & 
Jesfiouveautés de Molinafur la grâce leur four- 
fùXÇfxt de quoi juftifier une pratique pernicieux 
iè , mais qui s'accommodoit à merveille avec 
kurs mteriêts. Par une fuite des idées orgueil» 
^ufcs qu'ils s'étoient forées touchant la Uber* 
.té de rhomme, ils mefurerent les devoirs du 
^hriftianifme , non furies comtnandemensde 
Dieu , ni fur les maximes de l'Evangile , mais 
ir ja fondakedeia multitude des i:hretieos: 

ik 



fèrtPirenimfenpik. Ekttr. XVlf. 48f 
Il raifi}iinerenr à peu près de cette manîere^ 
B ne peut pas efpérer de réduire le commua 
es hommes à mener une vie entieremenc . 
cempte dépêchés roorcek: on a beau faire ^ 
haque fois qu'ils reviennent à confeOè ils onc 
encours às'aceufer de nouveaux péchés mor« 
ds} & une expérience réitérée hdc voir que 
icSt là tout ce qu'ils peuvent fidre : ainû ils* 
K font obligés à rien de plus , fie il ne bxxt 
US leur en demander davantage. Ce feroit 
âen le meilleur fi on pouvoit leur perfuader 
kne plus commeure de péchés mortels^ maiS' 
s^eft un degré de perfeâion & de âinteté au« 
pd peu de pcrfonnes peuvent prétendre. Ccft 
linfique les Jefuices, afin de ne donner aucu« 
■e atteinte à cet équilibre dans lequd ils met-- 
HQt la volonté de l'homme,, ce qui eft leur 
eveur favorite, & le fondement du Moli* 
liïflM^cmt dégradé toutes les vertus fierabalift 
toutes les ob&itions du chrétien , afin de les 
Entre à pert& de la liberté humaine: au lieu 
de l'amour dé Dieu qui peut feul changer 
k cçeur , & Iç tourner vers le Créateur^. 
b fe font contentés que les^ pécheurs fui- 
ent touchés de la crainte de l'enfer^ en ub 
not ils ont réduit toutes les difpofitions ne* 
aeffiûrespour être reconcilié avec Dieu par la 
Ij^eoitence^ils les ont réduites à une accufâtion^ 
Ddie quelle de fes péchés, & à une iimplere* 
citation de qudques formules de prières, d'à- 
fteBdecontritio%.fc àd'autres chofes de cette- 
el^ce. Moyennant ces légers préparatifs qui, 
comme vous voyex , neibnt pas au deffiis des^ 
forces du libre arbitre de l'homme , ils ont 
prétendu que tous les confeflëursétoient obË- 
gésd'abfoudre furie champ fiatim tous lespe* 
iBkeurs qijû ont recours à leur miniftere: cer 
X 3K WHir 



'4S< VefHt rendue fenfOe. Entr. XVIfc < 
nouveaux reformateurs ont fait une re^ ior 
violable de conduite de ce qui étoit un abiif 
déplorable ^ ils ont entrepris la juûificatioa da 
miniftres infidèles , des guides aveugles , & 
des faux penitens ^ enfinilsfè font fait un point 
d'honneur & un devoir, de religion ^ de pour* i 
fuivre à toute, outrance quiconque voudrcA { 
s'oppoièr à un deïbrdre qu'ils avoicnt prisibai | 
Içur pcotedUon, comme étant une des confe» 
quences de leurs, nouvelles opinions. Cç fiiC 
la vivacité: de leur xde fur cet article qui doa* 
na occafion au. livre de la fréquente fommwf 
men. Car un jeiuite ayant voulu. blâmer la 
conduite quetenoit M. de Sai&t-Cyraa , ponr 
(Ûfpofer les peaitens àlapamcipation des uintf i 
ipyfteres, & av^t f^t un Ecrit où il fôute* | 
noit que les rechutes fréquentes dans les pechéf i 
mortels ne dévoient pas empêcher de s'amth j 
cbei: fousreat de la fainte table^ &. quel^uug^ 
de doqner l'ablbliit^a^à des homme» coupt* 
blés de péchés mortels, auffi-tAt qu'ils les oiK 
confefles, étoit une loi deTEglife dcHitiln'é- 
toit pas permis de s'écarter. M. de Saint^îy- 
ran, qui étoit alors prifonnier à Vincenoes, 
^e put fbufFrir qu'on détournât les anaes deb 
voie droke dgos laquelle il tâchoit de les conr 
duire : .il crut qu'ilne fufSfbit pas de gemir£ir 
de pareils excès, ^que le tents étoit veoadc 
lompre.le filence, & de cpoibattrf: une ilbi- 
£on funefte à tant d'ame$ , en expoiânt aux 

Î^eux de toute TEglife Ics.fencimens des faifiQ 
?cres & la dcârine de la Tradition, toi- 
cbant les difpofitions neceflaires pour partici* 
per aux Saçremens de Peniçençc £c d'Ëuçlu- 
lÂftie: c'eft. ceque M. Amauld exécuta ^ n^é- 
tant 2i%c que d'environ trente ans, par k pu- 
blication, du^ livre 1^ la freinte iwnf^ 
wen. U 



Mêi^enJui finfihk. ËNT&. XVII. 487 
^ M. Un livre entrepris par des mocifa 
urs ne pouvoit gueres manquer de pro- 
e des effets avantageux à l'Eglife , & d'ê- 
3ien reçu detous^reux qui avoient unze- 
daifé ppur le falut des ames^ & qui ge- 
bient des abus & des rdâchcmens incro- 
8 dans le fâcreœent de pénitence. Mais 
i cet Ouvrage étant fair contre un Jcfuite, 
)Our combattre un ufage qui favoriie la 
igcnce& la lâcheté des mauvais chrétiens, 
uiàge appuyé de toute l'autorité des Ga- 
res^ un u&ge enfin dont les Jcfuites £1* 
c turer de grands avantages pour leurs in- 
ts, un td Ouvrage devoit naturdlcmcnc 
yer une grande contradiâion. 
\e C. Aufli vit-on cet exceUent livre pro- 
e cedouble eSèt dont vous parlez : il fut une 
il de vie pour les uns & une odeur de 
t ppur les autres. Ce fut une nouvelle 
iere qui fe leva fur ceux qui avoient le c<£ur 
£, & qui ne cherchoient que la vérité & 
lut des âmes. Vingt-quatre doûcurs, & 
ron vingt évcques approuvèrent cet Ou- 
;c avec les plus grands éloges, & y re- 
nurent ]a dodtine de TEglife & le fenti- 
it unanime de toute laTramtion. Les vérités 
y étoitnt développées & foutcnucs, 
ique méconnues & ignorées par la multi- 
î y fc firent jour au. travers des ténèbres , 
gercèrent dans les coeurs. On vit plufieurs ^^^^ 
uenots ouvrit les yeux à cette lumière, & 
ter dans lé fein de l'Ëglifè catholique : on 
un grand nombre de cures & de confcf- 
s non feulement en France , mais auQi dans 
pays voifins, en Handres & en Hollande , 
idrç pour leur règle dans la conduite des a- 
; ks uinçcs maximes dé l'antiquité, & par ce 
X + moyen 



%n rMtéfènJm finfkk. Eirrit. XVir. 
moyen faire entrer beaucoup de peribnnesdani- 
ks voies d'une (blide pieté : enfin on vit une 
multitude dcperfonnes de tout âge, de tout 
fixe y de tout pays , & de toute condido^ 
tmbrafifer les remèdes i^utaires de la péniten- 
ce, fe fbumettre aux humiliations, aux aa- 
fterités , & àtousles exercices les plus peniblo 
i la nature: on vit ces perfonnes accourir ea 
grand nombre à Paris, (e réunir aux^aintspeoK 
tensqui habitoient à Port*Royal des champs, 
a*abandonner à la conduite de M. Singlin & do 
autres cofifefTeurs de cette maifon; & parmi, 
ces perfonnes on voyoit des jgens de condi- 
tion prendre l'extérieur des pbs pauvres pay- 
ons, mais mener une vie infiniment plus du* 
re, fiûre le métier de jardiniers, de cordon- 
niers &c. & joindre aux travaux des gens dek 
campagne, les veilles & les jeunes, le filen- 
ce & k prière: on voyoit des favans &dft: 
génies du premier ordre, renoncera toutFé- 
clat d'une vaine réputation , & ne plus étu- 
dier d'autre fcience que celle de Jefus cruci- 
fié : on voyoit des prêtres & des doâeura^ 
des curés & des chanoines quitter leurs b^ 
nefices, renoncer à tous les avantages du mon- 
de, defcendre du faint autel , fe réduire àl'é- ' 
tat de laïques, les uns pour un tems, les au- 
tres pour toute leur vie, enfevelir leurs talcm | 
& leurs prétentions dans la retraite, & y vi- 
vre dans une auftere pénitence , inconnoi 
quelquefois jufqu'à la mort aux compagoom 
mêmes de leur folitude ^ on y vit même ua 
Evêque (M. Litolphi Marom Evêque de Ba- 
ïas) qui touché parla ledure Je la frefitew!^ 
te communion y malgré la vie pure & uùioceo- 
te qu'il avoit menée depuis fon enfimce, vou- 
loir renoncer à l'éjpifcopat dans lequel ilcro^ 



* rMftrmbe /eé/lUe. Ëirttl. HMK 4«^^ 
wUt £tne encré 6ns vocatkm de Dieu, et 
ruae ÔMiilere toute humaine; mm M.SîfH 
||b& après avoir reçu ûdemiffion, & ravoir 
umi quelque tems dans la pettitence , le 
tmvopL woê fim/dlocde. Tel étoit le fpe* 
Sàfcle que prefentoit à tout» TEgUlê le bien« 
hiuFeuz ddèrt de Port - Royal des chtmpfi. 
lyua' autre côté plufieurs Dames de la 
pMmiere condition , Se même des Piin- 
tflflfis ^ iè fiâfoîent bttù: des log^mens a^ 
dihdrs de Porc-Rof sd de Pàrb, eu pour f 
Ismcurer tout-à-fiiit, ou pour s'v retirer k plus 
Huïtftnt qd'il lem- feroit poffible^ tandis que 
rmeerieuf -^lu Monaftere le rempIifTok de fil- 
ks qui , formées par la Mère Angélique & par 
h Meft Agnès, donnoient des exemples ad- 
ttinUes dâ plus rares vertus : la maîTon de 
kib fe trouva même tr(^ petite: on penia 
frrétaUir ceUe des chanH>s ; & quand cou» 
les lieux Tôliers eurent été mis en étac, la 
Mère Angélique s'y tranfporca pleine de joie ^Kr 
avec une vingtaine de Rdigieufes, & y éca* 
byt une communauté qui ne fkifoit qu'unr 
corp^ avec celle de Paris , & demeuroitfou* 
aoile à une même Âbbe(&, laquelle étXHC élue 
par les fufirages des deux maifons. 

Le M. Gomment eft-il poffible qtfu» li- 
▼fc que Dieu a béni fi vifiblement foit de* 
veau fi rare, & qu'il foit fi peu connu ? Je 
vous prie inljbamment de nous le procurer y 
afin que nous puiffions avoir aum quelque 
^art aux firuits de grâce qu'il a produits. 

Lf C. Cù qui a fait que cet excellent li- 
♦tfeeftdevenu moins commun, c'eftqueMef- 
ftcurs de Pbrt-Royal & enfuite les appellan» 
4MÎ publié fiir le même fdjet plufieurs autres ou- 
vrages égdement bons , qui empêchent que 
ÙFfrtf^enU cmmunion ne fait recherchée a< 
X $ vec 



49^ rerttfnndiH'fiMfiUe. Eirra. XVH. 
vec tant d'empreflèmenc. Vous avex entre tu» 
très Yidie de la cênverfên^ dm fesheur > oûi'oi 
explique & Ton démontre pluG«iii« ventés 
importanto que M.ÂrnauId n'a. traitées qu^en 
pftUànt y entre autres la ftabilité de la jufti- 
ce chrrtîmne, 6c la conduite que Dieu dent 
•rdinairement pour établir les nommes dam 
cet heureux état. Cependant j'approuve fort k 
ikûr que vous ayez de connoitre.ua fi bon livo: 
c'efttefource de toute la lumière qui ^eft^ie- 
paodue dans l' Eg^ife fur cette matière de la péni- 
tence , il dd bon de remonter jufques-là. Ainfi 
je me charge volontiers de vous le faire avoir, 
& l'efoere que ce fera une odeur de vie poor 
vous & ppur^^votre famille* 

14e M. Mais commentées Jefuites-sfy font- 
ils .pris pour attaquej^un Uvrefbutenu. de Tip- 
probation de tanc d'évêques &. de tant dk; 
, doâeurs ^qut étoient bien en état <le repUqver 
aux Jefuites&.de les réduire au ûlence? 

L^ C Ils etpployerent leurs moyens oïdi- 
naires , leur grand crédit , & leur habileté danf 
lesintnffues. Toute laSodeté parut déchaînée 
contre le livre Je lafrequentt cammmùên. Léon ^ 
.iâvans prirent la. plume pour k comb^tttre^ 
& leurs plus celebi^ prédicateurs remplinm 
leur;^ fermons de déclamations les plus outn- 
ggufes contre l'auteur ^ les approbateurs : pour 
foutenir ce grand éclat il; eurent fôin-d'infinuff 
aux PuiÇraqces>& à tous ceux auprès desquels ib 
■ ayoient accès,. que ce^ livre étoit le fruic d'une 
cabale dangereii&^âc d'une confpiration formée 
CQBtrele Sacrement d'Euchariftie^dont on yoo- 
loit dégoûter & éloigner les chrétiens yen en- 
géant d'eux des dirpoiitions trop^parfiûtes, & 
. trop au defTus de leurs forces. M. Amauld 
avoir touché la prunelle de leurs yeux, co 
acuqua«t une |>ratique q^i eft U9 des priad- 



KêfiU rendie bnfhh. Entr. XVIL 49 1 
Ittia leflbr» dé leur politique, &par uncri- 
oae- deleze-n^jefté jeiuitique, il avoit encou* 
m rindignatioa de là Société. Âinfi il de- 
Tint tout d'un coup, à leurs jeux le plus abo? 
mpable & le plus iû&me des ■ hereuques y & 
chef d'une nouvdle feâb dans kquelle ils fai- 
finênt e&trer les rd^iêuiês & les folitaires de 
Port- Royal 9 Secoures les perTonnes attachées 
i cette maifon : ils attribuoieat telles impie- 
tés & telles extravagances qu'il leur plaifoit à 
ces hérétiques Arnaudifies ou Cjr unifies^ Sc 
3i leur prodiguoient, même dans des Ecrits 
^bfics y toutes les injures qu'une paffion for- 
cenée peut fu^erer: ils étoient, &Ioa le P. 
Briiàcier'. des ftelats du démon ^ & des portes 
iewfer , us bâtijfoient h trefir de tantechrifie^ 
3i abolmbient les indulgences^ le culte de la 
Fhrgey les Sacremens de fenstence é^ dEu-^ 
ibsriJUe , les vertus théologales^ morales . fi 
vous voulez qoefque chofe de plus- , le P; 
Mcynicr autre Jefuitelcs accufoit d'avoir for- 
mé le deflcinde renverfer toute la Religion, 
& de détruire Plncarmtion , la Trinité , J'E-? 
vansile & les Sacremens ^ en un mot , félon le 
P.^guin, c'étoitime herefe naiffante quiat- 
taquoir fÉglifi dans le cœur^ il faut ^ ajou- 
toit-il , joindre téfée Rùjale avec celle de l E^ 
glije pour exterminer ce malheur de nos jours r ■ 
q*efl.à dire qu'il fatloit excommunier ces pré- 
tendus hérétiques 8c enfuite lés faire mourir. 
Cependant 1 unique fondement de tant de de<^ 
damations, & tout le crime de M. ArnaukJ, 
c¥toit d!âvoir combattu la facilité dés Jcfui^ 
txs\ donner fur le champ Tabiot^ition X cou^ 
ks pécheurs ^ & d'avoir ^foutenu qu'en beau- 
ccwp. de rencontres il étoit neceffaire de la 
dîfiercr. Les Jefuites ne laifToicm pas d'aller 



49^ V€fHifi9tbiifinfih.ie.^n%. XViL 
à leurs fins par tout ce fracas qp^HsfiûIbîent; 
à force de criera llittefie bien des genscon» 
cevoient des idées âcbeufe du livre^ & de 
teuz qu'on iâvoit en être les defenfeurs ^la 
tpprobateurs : la Reine niere dle-même^.qû 
gouverncûc pendant k minorité de Louis Xtv. 
effrayée de tant de clameurs, ordonna à M 
Anumld & à M» de Barcos neveu de M. di 
^nt-Qran, d'aller à Rjome ie juftifier d^^ 
Tant le Pape ; & la Cour de Rome, par les 
artifices des Jefiiites, fe trouvoit afifez dii|x>- 
(ee à prononcer qué^ue condamnation vaçie 
contre un livre qui avoit excité ou du moiiB 
occafionné un fi grand vacarme. Mais dans 
le tems que L» Jdiiites te tenoient afTurés de 
la viâoire , la vérité triompha de toutes leun 
intrigues. Les évêques qui avoient approu* 
vé le livre de la fréquente communion, ap-- 
prenant ce qui fe machinoit à Rome , envo« 

itèrent fur les lieux un député pour agir es 
eur nom, & écrivirent au Pape des lettres, 
oiï ils le prioient de faire examiner cet Ouvntr 
vrage , & de leur faire favoir ce qu'on y troik 
voit de repiehenfible : le livre fut donc exa- 
miné félon les formes ordinaires de l'Inquifi- 
tion, & il fbrtit fans aucune tache ni fletrif- 
fure d'un trihmnal, où il fuflit prefquc d'être 
accufé pour être trouvé coupable. 

Le M. Ainfi la vérité & l'innocence de M 
Amauld, & de MM. de Port-Royal furent 
donc connues & mahifeflées à Rome même : 
dès lors il ne reftoi|[ plus aucun fujct ni au- 
cun prétexte de Its àccufer , ou de ks troui 
bler dans la pratiqué des faintes règles de It 
pemtence qiills avoient mi&s dans un fi grand 
jour. 

Li C. L'orage s'appaiâ un peu ^ôc les Re- 

mon- 



rtnfAftnàièJfinJitJi. ENTft. XVII. ff^ 
.Moatmicei du Parlement & de la Sorbonno 
firenc ècfmppeûdre àb Reine Mère, comhieti-. 
itxxÂt une iniuftiee criante de livrer M. Ar-^ 
Bauld à îes ennemis en l'envoyant à Romej. 
Mais rien ne fut àmable d'adoucir la haine 
& le reflêndoient des Jefiiites: ils ne celle* 
KQt point de reproduire des calomnies &dei 
JDipoftures déjà confondues : de tems en tems ib 
CD mettoîenten avance qudquès-unes denou-» 
vdlefiibrique, afînde prendre la place de celW 
oui avoient été détruites. De cette ibrteMM^ 
oe Port-Royal étoient toujours dans Toppref* 
fioQ } & M. Amauld après avoir gagné ft 
ctufe au Tribunal du Saint-Siège, fe vit ré- 
duit à mener une vie cachée pendant vingt- 
cinq aimées, pour fe mettre à Tabri de la vio- 
lence de fes perfecuficurs. Non feulement 
lesjefùites, quoique convaincus d'impofture, 
évitoient le châtiment , mais ils confervoient 
tout leur crédit i & les nouvelles accufarioni 
^ïis formoknt contre leurs adverCdrcs é- 
CDient toujours favorablement écoutées. MMj 
de Port-Royal au contraire avoient beau fai- 
re les apologies les plus fblides, & donner les 
preuves les plus convaincantes de leur inno- 
cence, rien a'étoit capable de les laver en- 
tièrement, & jamais on ne leur rcndoit plei-^ 
nementi juflice : lorfquc les calomnies é- 
toient détruites , Timpreflion qu'elles a- 
voient faite ne.laiflbit pas de fubfifter, &le» 
fiifoit toujours regarder comme des gens fuf- 
peâs: ainû le coupable reconnu pour tel ne 
kii&Mt pas d'être élevé en gloire , & le julte 
demoiroit dans l'oppreffion, quoique fon in- 
iu>cence fût reconnue. Mais la perfccution 
.que foufïroient MM. de Port-Royal ne fervoit 
iiu!à faire éclaiter dav^tage la force invinci-- 
^^ X7 blc 



45)4 VerititenJuè finphU. Emtr. XVU; 
\Ac de la venté qui, n'avant pour dèfeofain 
qu'un petit notnbre de meolc^ieiKr qui nefé- 
fineot aucune figure dans le ononde, qdi ^ 
toient deftitués de.ricbeflès, de crédit &dà 
appuis humains , a triomphé néanmoins Scéès 
erreurs, & du cre&, & des intrigues (Tooi 
formidable Société. Car * non' feulement & 
doctrine du livre de la fréquente commmmn 
a été trouvée irr«»rehenfible à Kome , Ibis 
Innocent X. mais la Cour de Rome a enccn 
roidu témoignage aux règles Ëihires qui y bOi 
développées, en * condamnant phi&nrs.foit^ 
dififèrentes propofitîôns des Cafiiiiles neiâchâ 
iiir cette matière j & le Qergé de Fjancellt 
fait d'un manière bien [dus authentique daos 

{>Iufieurs de Tes AÛëmblées , foit en condamnant 
lis maximes de relâchement nue M. AmauÛ 
a combattues dans fon livre, foiren autorifant 
formellement les règles de la pénitence qu'ilf 
a: foutenues. En un mot pour vous faire voir 
combien les vérités que MM. de -Port-Royal 
ont défendues, ont pris le deflTus, il n'y a qu*à ou- 
vrir les flatuis fynodaux des diffircny dioce^ 
fes : je j&is bien que les nôtres , qui font fdo 
par les predeceflfeurs de notre Prélat, font for* 
meb fur cet article: ils recommandent aux 
confefïcurs ae diflFcrcr l'abfblution en plufieun 
cas qui font fpecif es , parmi lefqueb il y en 
a un qui eft d'une grande érendue , c'efHorf- 
que le confeffeur ne juge pas que le pénitent 
foir fufBlanjent diipofé j ce qui remet -la dc- 
cifion aux lumières & à la prudence duCon- 
fcifeur. Vous voyez quel a été le fucccsdes 
combats que MM de Port- Royal ont livrés 
aux erreurs & z\n *bus foutenus par les Je- 
liiitis: .j'ai voulu voas le faire remarquée-, par^ 
ce que cet étonnant fpeâade fe retracera en- 

ccvc 



VMÊifendmJhjlhîi. Entr.XVIH; 49): 
EOiç pM d'uiiÇ: fcds dans les grands évenet 
qiKDtdoat/aivvii vous parler dans les £nr 
^ttkns fiimoa, £ç quç je fi'ca(amçrai pas 
ngpurdliuû 



ENTRETIE.N XYIIL 

Sresârs des Jefuitesfur ta Morale. Ih 
^fiittêem è la vraie juftice une pieté 
jfbariràiqiée ^ & ils detruifent la re^ 
gle de tous les démoirs de Vhomme. 
MM.de Port-Royal attaquent les Je- 
fuites fur ce points & les font cofulam- 
mcrpflrlePape&parlesévêxjues. 

LE C0RE^ Vous aves^ vu dernièrement, 
mon cher Monûeur, qxiel fut le fuccès 
des travaux de MM. de Port -Royal S'ils 
fl*8voient agi que pac.des motifs humains, il 
cft s&r qu'un pareu fuccès étoit plus propre 
à les dégoûter qu'aies encourager; mais comr 
me ils étaient conduits par. l'ETprit de Dieu;^^ 
& Qu'ils (àvoient aue les (buffranccs des dér 
ficnfeurs delà vérité font le moyrendonc Diet^ 
ft fcrt ordinairement pour la taire triompher, 
tb n'avoient garde de tomber dans rabatte- 
ment. Au contraire la perfecution ranima 
kur courte; iSc dans letems ou toutes les Puif- 
ftnces réunies contre eux les menaçoient d'en 
venir aux dernières extrémités , ils formèrent 
k deiTein d'attaquer le$ Cafoiftés rdichés, & , ^^^^ 
de manifefter toute l'infàoûe Se. toute laxor- 
oiption de la morale des Jefuites. 
Le MuiCHANP. Voilà un deiTein biea 

hai^ 



49< yM^* renAeJhfiUe. Eimt.XTni; 
hardi pour dei gefls quiavoient tant d^eooesûky 
& qui dévoient £cie Éflèz occupés ifedâbi* ^ 
dre au-mêmes. Mtis de qu5i ne feoe pii } 
capables des gens qui ne craignent' & nedefr . 
rent que Dieu? Cette nouveUe querelle &ter« ', 
minera fans doute comme la précédente : nooi: , 
nous attendons bien à voir triompher k vé- 
rité, tandis que MM. de Port-Royal, par qm 
elle aura triomphé^ ùioot eux-mêmes dam 
Foppreffion. N&isffiprenezrisooss'ilvoiis-^bric 
quels furent les difliefeng évéMnetts de* cette> 
dpecc de guenc 

Le C. Je crok qu'il faut commencer par 
vous donner quelque coanoifSmce de ce qui 
en fàifoit le fujet , & de la (burce fiinefte d'où. J 
Ibnt (orties tant d\)pinions nouvelles Scpenih f 
cieufes qui ont renverfela doârinèdal'EgJifiv 
ficdéfigurctoute la morale de l'Evangile. Cc^ 
te (burce empoifonnée y <fclt la doârine et 
réquiiibre. LTtomme ne peut-être refpoii- ^ 
fable de (es adHons , difènt les Jefuites , qu'aie ■ 
tant qu'il en eft te maître abfdu, & qu'A t» ^ 
un égal pouvoir de les (aire ou de ne les pas fair^ ^ 
(ans ce pouvoir plein & parfàitPhomme ne jpcm 
mériter ni louanges, ni blâme, nirecompente,» 
châtiment. Dieu eft le maître d'impofcr au» 
hommes tcbdcvwsqu'îHui plait,mais ilne peut 
AfiJument (e difpenfer de leur donner en mê- 
me tcms des fccours proportionnés aux obli- 
gations qu'il leur impofe , de manière que leur 
volonté (bit comme une balance chargée de 
poids égaux , ou qu'au moins leur main aie. 
aflfcz dé forces pour l'a faire pancher d'un cô- 
té ou de l'autre, fdon qu'il leur plaira de k 
vouloir. Voilà le dogme favori des Jefuites, 
voilà la racine amere qui a produit tant dé rc- 
jetions pemideur, & qui en produira tou- 
jours 



WMUfmintfinfhtè. Entr. XVIII; 497 
fonn tant qu'on la laiflëra fubfifter: c'eft àe 
principe crrcxié qui a conduit les Jefuites ju(^ 
fà'à enlever à Dku & toutepuiflànce fur let^ 
cœurs des hommes, àcontefteràJefus-Chriâ: 
le pouvoir de les tourner au bien par les char* 
IDei idâorieux de fa grâce , & a mettre dans 
fe libre arbitre delà créature la première eau- 
fc, la caufe decifive des bons mouvemens,/ 
do penfêes pieufès, du fidnt amour, & des 
tftions qui nous rendent dignes de la recom* 
pcnfe étemelle. Une erreur fi monftrueuic- 
flir un point fi important , ne pouvoit gueres . 
manquer d'avoir des fuites funeftes. Après 
iroÎF placé dans l'homme la fource de la vi^\ 
•a ce qui eft la même chofe, la fource de la 
j^ce & de la pieté chrétienne, les Jefuites 
m font venus à établir une juftice toute hu- 
ttîne,, & à fe contenter d'une pieté fuperft- 
tfèfle & extérieure , telle qu'on pouvoit l'atr- 
Ittidre d'une volonté corrompue & afibjettie 
iriniquité, en un mot d'une juftice toute 
Semblable à celle des doâeurs de la loi & des s. Macth.? 
'jpbarifiens, mais totalement diflfèrente de ceUe*** 
que le FUs de- D^eu eft venu établir fur la 
terre. 

Lê^M. Comment cela 5 s'il vous plait? Eft- 
ee que les Jefuites ont donné aux hommes des 
cpmmandemens nouveaux à la place du deca-^ 
log^ie? 

Le Ç. Je pourrois vous dire qu'ils l'ont fait 
comme ks pharifiens. Jefus-Chrift reprochoit 
I ces hypocrites qu'ils apprenoient aux hom- 
•nes à violer la loi de Dieu. Cependant les 
pharifiens ne difoient pas aux tommes, de 
tran^reflèr les commandemens de Dieu : com- 
tpent donc méritoient-ils les reproches duSau- 
«uri Ceft qu'ils permettoienc comme inno- 



ocnj 



4$8 VerHi rendue fen^îe. Entsl. XVIIE \ 

centes une infinité d'aâions qui étoient réd'* i 
fcment interdites par le decalogue, &. çA • 
regard des crimes greffiers qu'ils ne pouvoicnt ^ 
pas leur permettre , ils leur donnoient la &-. * 
cilité de' lés commettre impunément, calcut i 
£d(ânt croire qu'ils en obtiendroient le pardoo {] 
moyennant quelques (àcrifices , ou quelquei ^ 
purifications Icgsies. Outre cela, ils redui» i^ 
foient à des pratiques purement extérieures k .;* 
culte qui eft du au Seigneur, & toutes les bo»; ;" 
nés oeuvres commandées à l'homme, &ib ^ 
nepenfoient gueres auy diijpofitions intérieur^ .^^ 
aux bonnes penfées, aux iaints defir^ qui doir o. 
vent être Tamc & le. principe de toutes lof ^ 
bonnes aûions. Voilà précifément ce qu'onÇ, - j 
feit les Jefuites, rr^is fharifens de la nouvd^' 
le loi y comme le dit leur père Cellot, aveè" ] 
cette difièrence que les anciens phanfiens]^ 4 
alloient plus amplement & plusgroffiereioett^ ^ 
au lieu que les Jefuites, en réunifiant & 5* t 
jguftantles vues de lour politique avec les pni^ k 
cipes de leur théologie & de leur morale, cft î 
ont formé un corps de doôrine , & un ^V 
ftême complet de religion & de conduit» 

Ïui eft un chef-d'oeuvre de Tefprit d'errcLi"* ^ 
e menfonge. En effet toutes les partie^^^ 
font fi bien afTorties & fi étroitement li^^ 
qu'on ne peut en détruire la moindre por"*^ 
fans anéantir le fyftême entier. Ainfi lesr^^^* 
veaux pharifiens fiirpafTent de beaucoup Ic^ ^ 
ciens , mais c'eft ièulemcnt en adrelTe ^ ^ 
artifices, & en habileté à farder leurs opia^^^ 
pernicieufes j car dans le fonds & parrap^^ 
a la religion, il eft sur que Dieu qui jug^^lf 
hommes par le cœur , ne trouve aucune ^\ 
fcrence entre un jufte formé à l'école des F^^Sé 
riliens, &. un .autre qui fera formé à f^cr^ 



r€9héfmbieflnftk. Entr XVUI. 499^ 
feMoliftt. Ceft ce que vous verrez clairemeoc 
ÇMique je vous aurai expofé les idées que les 
VIofini ft es & iont forgées de la juftice & de 
a pieté. 

I> Jlf.. Voyons dose un peu en. quoi ces. 
VMiveaux pharifiens fieront conGfter lajuftice 
Qc la iàinteté , dont il leur a plu de mettre la 
BMirce dans la volonté de riK>mme. A vous 
dire le vrai, je ne m'attends pas à voir fortir 
une eau bien claire d'une fburce fi bourbeufe 
& fi. corrompue. 

Le C. Vous voulez favoir en- quoi condfte 
kjuftîce que. Dieu exige de l'homme pour lui 
damer. le paradis? Eh bien, vous diront les 
Jdiitces , adreflèz vous au libre arbitre de 
ihomme : interrogez-le fur ce qu'il peut ou. 
ne jpeut pas faire: qu'il fe fonde lui-même,^ 
fill sTexamine de bonne foi & qu'il parle fm« 
çeremenc :. alors vous pouvez vous- en tenir k 
fèi reponfes,. c'eft h, règle unique .& afTurée. 
Toi» les.deivoirs qui font proportionnés aux 
fcrccs qu'il trouve en--lui-méme, toutes les 
bonnes aâions pour lefqudles il fe. fenc un pou^ 
ixûr plein & parfait, qu'on appelle pouvoir 
f équUibre, toutes les difpofitions intérieures 
^*U peut fe donner à lui-même, comme il 
Iipit. reçiucr.la langue ^^& prononcer oui ôc 
lion,, toutes ces chofes. font des obligations 
indii|)eh£ibles que Dieu a içipoiees à rhom- 
fnç: s'il les rempli^, il fêta jufle.& il aura 
âpoit à l'héritage celefte' Mais pour toutes 
I^chofês, les aâions, les penfées, lesdefu-s, 
lés àfièâions, qui ibnt au deilus de fes forces, 
q^'il n'eft pas pleinement maître de fe procu- 
ïp: dans TinfUnt, & pour lefquelles à ne.fent 
jjf&ox, en lui-même ce pouvoir d'équilibre, 
.«pii9 pouvez kardimentles rayer & ks e&çer 



f <K> Vèriff rendue finJU^k. Ektr. XVIlf ;. I 
dû nombre de tés devoirs. Après aTpir ét«^ f 
blî ce principe , les Jefiiites en ont fait on ik i^ 
{âge admirable : ils ont mis la mala^fur b caK-. j 
fcience & bonnement, fans fe flatter ib ont' ) 
examiné quelles ctoient les forces de l'Homme : ^ ' 
ils ont auffi fait attemion i la^ conduite KMifr^ 
mire de la plupart des hommes, & les re-; 
flexions qu'ils ont faites fur tout cela les ont? 
convaincus que les forces du libre arbitre n'é» 
toient pas auffi étendues qu'on auroit pu St 
Timaginer. Le fentiment intérieur & Ftarpe-* 
rience les ont forcés de reconnoîtreque Phcnn^ 
me n'eft pas le maître abfolu du fond défi» 
cœur , qu'il ne peut pas y faitre naitïe à foti 1 

Î;ré le faint amour , & tous les bons mouvement j 
ans lefquds cet amourië divcrfifie: ils ont conH. j 
pris qu'il ne dependoit pas pleinement de luidr | 
trouver en Dieu fonbonlicur&& joie, dc&ié | 
fbs delicesdela priere,des feinteslea u ies, dufeof . 
Tenir de l'éternité y Se qu'il ne poiivoit diipcNSr 
avec ceplcinpouvoirôc cette libertéd'équiKbit» 
des inclinations, deseoûts , des fentimens dtbi 
cœur. En effet pariex à nos bons boveun ^ 
n'aiment que le vin & la bonne chère : dim^ 
leur qu'ils doivent aimen le jeûne , la prioe^ 
la mortification, qu'ils doivent trouver plusdr 
goût dans la parole de Dieu que dans le vi» 
le plus agréable. Bs vous diront tout net qor 
cela efl au deflus de leurs forces^ qu^ k ve-- 
rité ils peuvent bien s'abftenir de manger l 
. certaines heures, maisquec'eft leur demander 
l'impoffible que de vouloir qu'ils jeûnent ds 
bon cœur ôc avec joie. 

Le M. Je crois qu'en parlant de la fiirte, 
9s n'auroientpas tout-à-fiut tort; carqacHqae 
cela ne ibit pasimpoflible aux hommes, pinf 
jgi'il 7 en a pluficurs (jiii jeûntncayec joie, îft 

9^ 



[Ditrou?€Bt de ut confelation & de la joie (Lus 
s «suarcices de jueté & de mortificatioQ : ce* 
cndant ils ont quelque raifon de dire qu'ils na 
B peavent jNu^ & ils auraient beau dire : je 
Eos trouver ma joie dans la prière & dansU 
icaitence, je penfeque leur cœur neclunge* 
Qîtpas pour cela, & ne fuivKMt pas la largue. 
Mais îl faudrait les confoler en les exhortant 
K.RCourir à Dieu qm répand , quand il lui 
glà. dans nos cœurs un &mt amour & unfàinc 
riiifir quifurpaflè infiaim^t toutes les fauITet 
ooK^ceurs de la terre. 

' LfC. Vous parlez en diretien, & en bom* 
ae qui met ùl joie & fon afièdion dans la lot 
^&âgoeur. Oh ! vraiment les Jefuites ne 
ffieodrontpasconfulter votre libre arbitre pour 
èeflor le catalqguedes devoirs qu'ils impofè- 
ttt au chrétien : vous gâteriez toutes leurs 
Mvres. Ce n'eft pas ainfi qu'ils raifonnent. 
(h honuiie leur dit: je ne (àurois m'occuper 
fi biens inviûUes, je ne me.fens aucun at* 
hic pour les objets fpirituels: le jeûne, la 
ijere , la parole de Dieu tout cela me parole 
^gpûtant & infupperuble. £h bien, diront- 
ê, tout cda n'eft rien^ vous n'êtes pas mai- 
3B de ces iêntimens , il &ut les laiilèr pour ce 
Pl^ik ibnt^ & vous contenter cle faire les a- 
Bobs extérieures qui vous font commandées. 
la un mot tout ce qui palTe vos forces, re- 
rancfaez-le du nombre de vos obligations , Se 
le comptez parmi vos devoirs que les chofes 
(ui dépendent entièrement de vous, & dont 
rous êtes maître, comme vous êtes maître de 
oumer la main & de remuer la langue. 
. La M, Voilà des maximes bien nouvelles 
lour moi > & je vous avoue qu'elles me fur- 
iraidroienc étrangement , fi vous ne nous a- 

viez 



à moins qUe , i malgré l'état de ftnl 
le pcché Ta réduit, il ne foit le maî 
faire , comme il l'eft -de tourner h 
tn'eft-ce pas anéantir prefquc tous'ïès 
& iùr tout les devoirs les plus eflèntie 
me Tamour de Dieu, l'humilité , le 
ment des chofcs delà terre, le defir d 
nité, la fbumiffionaux ordres de la p 
ce? Car il eft bien certain que Phoi 
trouve pas à tout inftant les forces ne 
pour accomplir ces devoirs , 8c <jn 
fent pas pleinement maître de produire 
cœur de femblables ^fpofitions. J' 
itout autant dire que l'homme n'eft 
pratiquer de la loi de Dieu que ce q 
^u ce quïl s'imagptfie que Dieu lui comi 
\Le C, Croyez -vous par là embar 
Jefuite? Point du tout: ilvousrepoii 
Amplement que vous raifonnez, très \ 
que c'eft un des principes de leur mo 
cfièt, peut-on dire qu'un homme a 
voir a équilibre de faire unechofè ,-& 
eft égal de la faire ou de iie la -pas fai 



PMti^Hkbte Jhjtife. Entr. XVIII. 503 
Dême un violent actndt pdur une aâion, & 
1 âe fidt pas que cette aAioneft défendue : tl 
f. turoit ae la cruauté, difent les Jefuites, à 
nienfidre un crime. Si les Jefuites bomoient 
Xt maximes aux devoirs qui ne font pasibn* 
U» dans la nature de l'homme, cela feroit plus 
lUbnnable : par exemple un homme ne ùàt 
pvfltf un td jour eft un jour de jeûne prefcrit 
pr xEg^ 9 fon Curé aura oublié de l'an* 
poncer au prône , il déjeunera ou mangera de 
h Tiande ce joui'-Ià : fera-t-il coupaUe ? 11 
fmt ne Pétre pas^ car il peut ignorer le corn* 
anodement de TEglife , fins qu'il y ait de Gl 
faute, âc alors cette ignorance ne vient point 
de la corruption de fôn cœur. Mais les Je* 
inbCB étendent leurs maximes à toutes fortes 
.de devoirs, même aux devoirs de la loi éter- 
fldle, delaloi naturelle, de cette 1^ que Dieu 
ta pavée dans le cœur de l'homme, de cette 
91 qui apprend à tous les hommes qu'il y a 
[fto Qieu, qu'ils doivent aimer & adorer ce 
''XMeu qui les a mis au monde, & qu'ils ne 
ibivenc point faire à autrui ce qu'ils ne veu- 
lent pas qu'on leur faife, de cette loi dont ja- 
•ttais les hommes n'ont pu être difbcnfés , & 
4cMit le violement arendu dignes de lenfer auffi 
Uen les Gentils, qui n'avoient point reçu la 
m écrite , que les Juifs qui Tavoient reçue. 
: Le M, Mais quoi? Si des hommes étoient 
9tflfez aveugles pour fe perfuader qu'il n'y a 
-pcwit de mal à tuer, à voler, à s'enivrer, à 
•commettre des adultères & d'autres aâions fem* 
•Uables , eft-ce que les Jefuites excufèroienc tou- 
.tea ces perlbnnes, & les declu-eroient inno- 
4Bentes? 

Xie C. Oui Éms doute, pourvu qu'elles rfeuC- 
iaa^ ii delTus aucuA icrupule. Alors par le 
; moyen 



^504 VètHirendui fènpbh. Emtr. XVIIl 
jxioyen de cette igooraoce^es fkxoveox, dans ime 
lieureufe impuii&nce dépêcher contre do ofaU» 
fations^uileuriboieatiDCQanue^. Après cdi 
yoyex û les Jduites n'ont pas bienraiibn deycnf 
loir que les fideks demeurent dans Tignorance^ 
des'oppoiër à ceuxquis'empreflènt de leur acb 
tre en main des livres de jpieté, & des end» 
^ions tant de l'Ecriture £dnte que des offiosi 
divins. BienJoin d'avoir tant de zèle pour kl 
vinftruire de leurs devoirs, il faudroit pbfiâCf, 
fi on le pouvoit, étouffa les lumières -qui )aà 
leftent ,afin de les ploi^er entièrement dsqp 
<:ette bienheiffeufe ignorance qui les rendrait 
incapables de commettre aucun péché. &l 
^iiânt cela ne croyez pas que je prête qudqui 
-chofeaux Moliniiies : c'eft un de leurs auceus 
«qui a tiré cette confequence de leur doârine^ j 
<8c qui a fûucenu que û les peuples barbares di' 
jiouveau monde n*avoient point connu Djc^ 
(comme en iCfiFet il y a des iàuvages qui ne k 
>connoifIènt point) cetu ignwana aurait reiÊé 
€es peuples impeccahks .... & qu'ainfi cctt 
ignorance efi un HenfaU de Dieu ^ wmefà 
4e fa mifericofde. Ce font les propres punkl 
^u Cardinal Sfbndrate dans un traité de la m» 
deftination qui^ ayant été dénoncé , il y a pv 
de quarante ans, au Pape Innocent XII. nr 
cinq des plus iUuftres prélats du royaume, ir^ 
chappa la condamnation que par les foins tu 
k proteâiondu Cardinal AlbsHÛ, c'ell-à-dîc 
du Pape Clément XL auteur de la BuUe IW* 
jenitus. Cette remarque n'eft pas hors de pro- 
pos , d'autant plus que deux desprelats denot* 
ciateurs de Sfondrate , M. Boûuet & le Ôr- 
'dinal de Noailles , étoient aufli les deux deftn* 
feurs du livre des Meflexsofts mêféUes. Mais 1 
iie ùm pas vous ixo$^xus que xe bienfait tu 

cetR 



yMs/rnkbefnJiHe. ëntr.XVHI. )t>$ 
«te 'mifériewde de Dieu > dont jparle Sfbip- 
ftàée, ne Ibient que pour les uiuvages de 
i'Ainérique ; tous lespeclieurs endurcis qui Te- 
rôiit j)aryenus à oubuer etitimment Dieu 8c 
b loi fidnte^ tous ceux qui, lorfqu'ik font 
lodque aâiûn, IwfyuUb ^Uifibement ^ c^Apolrv». te 
^ikfe flonssmt dans leurs defordres ^ «'^^t CtfiiUUi. 
Mî bsmieres , mi temordsy ni aucune connoijjance 
iu mal y fU$ iion$ aucuièe penfée de Dieu^ ni 
dé leur devoir , ni du nud qui fe trouve dans 
fàftion qu'ils vont faire, toutes ces perfbnnes 
"ptticipentàcet étrai^ bienfait. C'eft-i-dire 
4% toutâ ces perfohnes he font point cou^ 
fables devant Dieu^ dès-lors qu'elles ne con- 
Aûflènt point la malice de l'aâion qu'elles font, 
oa qu'elles ne font point attention à cette ma- 
Boe, dans le moxnent de l'aûion. Mais di- 
Arvous que Ëiut-il donc penfer de ces fortes 
faâions? Il faut Êivoir, diront les Jefuites, 

Îuélles font les diTpofitions de ceux qui les font. 
i ces liommes-là ne connoiflènt , ou ne pen- 
6nt point que leur aâion eft contraire à la loi 
ae Dieu, il eft fur que cette aâion n'of&nfe 
teint Dieu , & qu'dle ne les rend point d^es 
oe l'enfer : ce fera tout au plus un péché phi*- 
i$fipbifue y ç^ctt-^-dirc un pcchc contre la riai- 
iaa , fuppofé qu on s'apperçoive que la raifon la 
condamne. Mais ce ne.peut jamais êtreun péché 
mortel, parce qu'il ne peut, difent-ils, y avoir un 
'mépris de Dieu & de fa Loi, lorfqu'on ne fait pas 
^u on la tranfgreiTe. Qi^ie fi ces hommes ne con« 
ïwiflcnt pas même^ou ne penfent pas que leur a- 
ttion eft contraire à la railon^alQrs ou leur aâioA 
téta bonne, ou elle ne fera pas différente de celles 
dcsbetes Ou des hommes privés deTufagedela 
taifon. TeUe eft la doûrine que le P. Pirot, dans 
jlbn in(kmtjipoloiie des Cafuifles^ foucenoit hax> 
*T9mei. Y îiimènt 



50« VerHfrendwfenfihk. EmtïL XVIII. 
diment être celle de tous les théologiens , ce qui 
étoit vrai , s'il parloir des theok^cns de h So- 
ciété j car ils n'ont pas ceffc de mettre au jour 
de tems en tems de pareilles horreurs, malgré 
toutes les condamnations des Papes & des E ve- 
nues : toute la diflFercnce qui fe trouve entre 
les Jefuites du fiecle paflë , & ceux de nos jourS| 
c'cft qu'aujourd'hui ayant trouvé le fecret de 
faire canonifer leur abominable doârine par 
la Bulle Untgenitft^ , ils ont l'impudence de pro» 
pofer leurs erreurs comme autant de veric£i 
certaines, qui font partie de la foi de l'Eglilê. 
Voyez, par exemple avec quelle hauteur la So- 
ciété entière prend la defcnfede Terreur dodt 
je viens de vous parler , dans l'infolente Remoa- 
rrance qu'elle a adrellëe à notre Prdat, m 
fujet de fon Mandement contre le P. le Movpe: 
ils ydifent nettement que pour qu'une aoiûa 
puiflè être imputée comme péché, il faut qui 
celui qui la fait , connoifle qu'il y a pèche i 
la faire , il faut qu'elle foit connue entant ^uel^ 
U ejl feché y & vôloTitaire d'une volonté à 
péché; fans cela quelque mauvaifc, & qud- 
Rrmontr. que contraire qu'elle foit à la loi de Dieu, a 
V^' }^' yfefl point un péché: c'eft - là , difent - ils, Ic 
fentiment de l'Eglife. Voilà donc le terme 
" honteux auquel vient aboutir le MolinifmCi 
cette fuperbedodrine, qui dépouille le Très- 
haut de fa toutepuifTance , & qui fait de l'hom- 
me une efpece de divinité. Cet homme dooc 
la volonté eft fi faine , fi forte & fi vigoi»- ' 
reufe, qui trouve en lui-même la fource du 
bon vouloir, & des bonnes œuvres, à quoi 
en eft-il réduit , lors qu'il eft quefkion de de- 
©loyer fes forces pour refifter au péché î Dç 
vaveu des Jefuites, qui lui ont fi fort enflé I< 
curage, il n'a pas de meilleur moyen po«^- 



fêndMe finfUi. Entr. XVIII. 507 
pecfaé, que de s'y abtnd«incr entie- 
que déteindre n lui touies les lu- 
I h foi & de k xaifon , que d'oublier 
«t iaa Dieu, ic fes devoirs les plus 
j s'il peut uneiaîs parvenir à cet heu* 
, c'eft-àidire i l'étic des endurcis, 
SS9 des ûuvages, alors il fera dans 
i impaîfi^çe de pécher. Ain& les 
n voulimt ckw k libre arbitre , au 
; tenir alTujetzi à la grâce de fon Li* 
, rontprecqpité dans l'ibyfhie le plus 

^J'avais toajour'S.peiiië, difbit a-iv. Léo. 
erncnt M. Pafiàiai£ir cefujet, qu'Qa?ro^'><*<^ 
it d'autant {dus qu'on penfoit moins 
u. Mais à ce qvK je vois, quand on 
;pgncr une kÀs iur fi)i de n y pluspcn* 
tout, toutes choies deviennent pures 
revenir. Point de ces pécheurs à de- 
li ont quelque Jirour pour la vertu j 
ont tous chmnéfi ces demi pécheurs. 
pour ces francs pécheurs, pécheurs 
cis, pécheur; fimsmdange, pleins & 
hev^, Tenfer ne les tient pas; ils 
rompe le Diabk à force de s y aban- 
au" 

f. Te vous aflure, mon cher Pafteur, 
t temble que je rêve , quand j'entends 
it cela: font-ce des hommes qui ont 
des impietés â monftrueuics ? Du 
:e ne font furement pas des chrétiens, 

ils en avoient donc depofé le ftrfon" 
land ils donnoicnt de pareilles leçons. 
T innocentes & exemptes de péché les 
les plus criminelles , & cela à la fa- 
une ignorance ôc d'un oubli de Dieu 
a loi f^te, ignorance & oubli qui font 
wxvL nouveau péché, je ne crois pas 
Y 2 que 



<ie péché les aâions les plus contx 
loi étemelle, ils ont encore trouvé le 
les transformer en des adUons méi 
lavvie-éterndle. Peut-on voir une cl 
étendue que celle qu'ont faitparoît 

.fuites en ouvrant, le paradis aux adul 
voleurs, aux homicides, aux impie 
thécs , pourvu qu'ils ayont porté l'ave 

. jufqu'à fe perfuader que Dieu leur < 
doit toutes les aâions deteftahl 
ont commifes? En eflfct, difent les 
L'homme vient au monde avec une < 
berté:.r«ne par laquelle il eft maît 
laindes déterminations de (à vobntc 

rk-là il ne la perd jamais : la feconc 
conûfte en ce qu'il eil indépendant 
loi^ cette, féconde liberté.il la xon 

,.qu'à ce que la loi de Dieu y mette d 
mais il faut que cette loiluifoitnotii 
qu'il neconnoit point cette loi, il e 
ne liberté, il peut faire tout ce qt 
coût lui eft permis , & rien ne lui eft 

"Si la loi de Dieu forvient. elle met 



VeritHendue finfbh. Entr. XVIH. 509 
& en ce cas là elle ne demeurera vraiment loi 
que fdon l'état où elle {era réduite, & non 
idon ce qu'elle eft en dle-même. Toutes ces 
idées vous paroidènt fort étranges & fortnou^ 
Telles y mais quoique fubtiles elles n'en (ont pas 
moins certaines dans la dodrine des Jefuites. 
Tout cela fe réduit à dire que ce n'eft point 
k vérité, ce n'eft point la loi de Dieu qui eft 
h legle de.nos devoirs, fiu- laquelle nous fe* 
mns jugés. 

Le. M, £h! oàrhbmmetrouvcra-t-ildooc 
h règle qu'il doit fuivrc dans toutes fcff 
lâions , fi ce n'eft dans la loi de Dieu , dans 
h loi éternelle ? 

Le C. Il la trouvera , difent ces nouveaux- 
apôtres , dans lui-même : comme il y trouve 
le premier principe de fes bonnes oeuvres , il 
y.Ciouveia aufti la règle à laquelle elles doi- 
vent être conformes. Il n'a qu'à écouter ce - 
r\ lui diâe fa- conscience : il nerifquc point 
s'égarer en la fuivant, parce aue ccft la 
rcgle -que Dieu même lui a donnée. Mais ii 
la jconfcience diâe à «n homme toute autre 
chofeyOu même le contraire de la loi de Dieu;- 
alors ceft la penfée. de l'homme qui eft 
le règle & qpi doit êtrefuivie preferablemenc 
i^ceSe de Dieu. De cette forte vous voye^i 
*j9ue l'homme n'eft obligé à fuivre . la loi de 
Dieu, laJoi éternelle, qu'autant qu'il là con* 
nôit, .& en la manière qu'il la connoit. SI 
donc un homme vient à ctreperfuadé de bon* 
.fie foi ..que le menfbnge , oue l'homicide^. 
Fadultere, & le larcin font des aâions bon- 
^ nés & commandées par la loi du Seigneur . alors^ 
oês aâions quelque, criminelles qp'dles foient, . 
'deviennent cependant des devoirs dont l'hom- 
me ncpeut pas fe difpenier (ans te rendre cou- 
Y 3 pa- 



Donne cnoie de s'abitcnir de toutes ce 
Enfin que voulez-vous de plus fort 
fuite Arriaga dit en propres termes q 
né de Dieu comme objet de la vûh 
être méritoire de la vie éternelle, C*c 
qu'un homme qui eft invinciblemei 
dé qu'il doit haïr Dieu, fe rendra 
la vie éternelle en haiflànt Dieu. 

Le M, Mais peut-être que les Jef 
tiennent en même tems, qu'il n'eft ; 
bîe qu'un homme s'avtuffle jufqu'au 
fe perfuadcr que Dieu lui fait depar< 
mandcmcns. Dans ce cas là on ne 
pas encore les excufer d'impiété, mai 
ce feroit moins aâreufe. 

Le C. Un autre Jefuite va vous 
fcrupule. C'eft le célèbre Cafnedi, qa 
il n'y a que quinze ans : ce defenfeu 
de du fyftême des Jefuites , avoue toi 
ment qu'il n'y a aucun inconvénient 
noître qu'au jour du jugement demie 
Chrift dira à quelques élus : Venez 
aimés de mon père , podcdez le royj 



reriférendMe fenfibk. Entr. XVIIÏ. çii 

de mon père j polledez le royaucne , parce que 

TOUS avezr mencî , croyanc inviiKiblemenc que 

je vousavois commandé de le faire, & ain(i 

de toutes les actions défendues par la loi de 

.Dku. Cafiiedi fait voir en citant plufieurs de 

fa confrères, que cette doârine ne lui dt 

pomc particulière y il faut pourtant convenir 

qu'on lui a obligation d'en avoir poufle & de* 

Tdoppé les confequences avec tant de précifion 

Ce de netteté : avec des gens francs & fincercs 

comme lui, on fait du moins à quoi s'en tenir. 

I^ M. Efl-il poffible que la bouche d'un 
âtretien, d'un religieux 5c d'un Prêtre ait ja- 
.Qais proféré des blafphemes & horribles? Ne 
fii£5fbit-il donc pas à ces malheureux Cafui^ 
te d'avoir appris aux hommes à commettre 
fins fi:rupule coûtes fortes de crimes ? Falloit- 
îl encore les y exciter , en leur enfcignantqae^ 
Joilqu'ils feroient tombés dans rab}'fme de Ta- 
.veugteœent âc de Tcndurcif&ment , ils pour- 
Idient (ê rendre dignes du bonheur éternel par 
tes aâions les plus déteftables ? Peut-on fc 
jouer de la religion d'une manière plus impie > 
L'homme pourra donc régler fes devoirs par 
lès propres fancaidcs , & par les idées chimc* 
riques qu'il fe fera formées de la loi de Dieu^ 
& cette loi fainte & fouvcrainement jufte ne 
foa plus la règle de fes devoirs. 
' ta C. Pardonneî>moi , vous repondra Ca- 
fiiedi ou quelqu'un de fes confrères : les com- 
inandemensde Dieu font toujours la règle que 
l'homme doit fuivre dans fa conduite, mais 
c'en qu'il y a deux fortes de commandemens 
de Dieu j les commandemens dtreSs font ceux 
que Dieu nous adonnés: les commaâdemen» 
réflexes font ceux que notre conscience nous 
Y 4 w- 



Galion, où ia coplcience lui dit que le 

cft une aftion bonne & comtnandéfei 

croyez pas que les Jefuites étrangeri 

fc^uls qui guifl[ent avancer des maxir 

nicieufes. Nous avons vu , il n'y a 

ans , le P. Charly débiter les mên: 

à Rhodez , & mettre la formcatior 

bre de cesadions qui, par une ignc 

vincible, peuvent paroître à un bon 

centes & commandées de Dieu : ai 

nication dans certains cas fera ord( 

isn commandement de JC^ieu, mai^ 

commandement teflexe. Enfin au 

nous, dans cette ville même, tfay< 

pas vu le P. le Moyne enfeigner qut 

ment de la confcience efi infaillible , 

ne f eut pas porter la volent/ à agir 

conclurre de ce principe , qu'un hoi 

croit que le menionec officieux elt j 

même ordonné, obéit, en ïe fâifant 

étemelle ? & ce qy'il y a de plus efi 

c'cft que k Société entière, dans fà 

trance à notre Prélat, prend fait &ci 



WA^uniMijènfihU. Entr. XVIU. 5x3: 
e?dfc-à-dire qu'il ne faut point mentir. Mais 
imus U patiyê elh 0rJûnnera le contre , c'eft* 
àïdire 91'il mit mentir , conformément à ter- 
roMT htvmciUe de la eomfcience. Vois voyez 
^ ksjefuites, dans ce miferabie Ecrit qu'ils 
ont publié avec tant d'appareil , foutiennenc 
ouvertement la deteftable. doârine de Cafnedi 
toucbant ces commandemens rejfexes , qui . 
iion loilement ezcufènt les crimes les plus hor- 
.nbles, mail qui les .changent en.des aûiona ■■ 
méritoires. 

Le. M. Je n^aurois jamais cru que . dans l'af- 
fidre du F. lé Moyne, il eût étequeflion.' 
dp'erreurs fi groflîeres & fi pemicieufes ; je ne : 
prenois pas alors grand, intérêt à toutes ces 
.afiires: feulement rétoischooué comme tout : 
h nxmde le fut, d'entendre aire qu'on pou* 
. voit Jefofir le ferfonnsge de chrétien. Mais 
Jr vous, prie de nous dire , ce que Ton entend 
gir ces mots et ignorante invincible-^ d'erreur 
ktvineiHe tiont je vois que les Jefuites font : 
tant d*ulàge pour juftifier toute forte demau^- 
vaîfës aâions. 

I^é C: Oh convient bien en gênerai qu'une ■ 
îgi;K>rance invincible eft une ignorance qu'on . 
ne peut ni vaincre ni furmonrer , mais on 
nt convient pas.de même fur Tefpece d'igno- 
nnce qu'on doit qualifier d^invincible^ . Les - 
bons théologiens ,» qui lie fe font point loifTés > 
jnfeâer par les nouveautés- Jefuitiques, fe rcu- 
nilTent à dire, que ceux qui. manquent aux.: 
devoirs de la loi naturelle , font coupables de* 
Tant Dieu, & que l'ignorance où ils peuvent: : 
être de ces devoirs , ne doit ja»ncis. être ap- - 
p^ée abfolument invincible , parce qu'ils ont . 
toujours plufieurs moyens de vaincre cette - 
^nprance, £cde parvenir à connpîtrecrs de.-^ 
Y 5 yoifi.i 



lui (X ac i inixriiu.ion y us pcuvciic c 
■ des pcrfonnés iéclairée^ , & attirer par é 
tes prières la grâce de Jefu^-Chrîft qtil \ 
connoître tous leurs devoirs. L'ignora 
loi naturelle ne doit donc jamais être 
invincible : elle ne peut donc jamais 
aux yeux de Dieu Ceux qui manquent 
voirs qu'elle prefcrit à l'homme, pa 
cette ignorance vient de la Cofruptiot 
taire d'un cœur bbfcurci par les tene 
paffions déréglées. Mais les JeTuites 
idées bien différentes : non feulement 
cufent de toute faute ceux qui peci 
une ignorance invincible , mais ils 
nent encore que l'homme peut ignore 
ciblcment les devoirs de la loi naturdl 
paroit pas qu'ils donnent de bornes 
ignorance à laquelle ils prodiguent fi aifi 
nom d'invincible. Dans leurs principe 
ignorance dès qu'elle eft totale , & qu'< 
troublée ni par des doutes , ni par des i 
eft cenfce être invincible, Ainfi félon 
Chsrly un homme peut ignorer invincil 



ntUifinJbe (enfile. Emtr. XVÏIT. yir 
iriince tnéme, les Jefukes paroifTcnt excufèr 
Saulperfecutôir de TEglife fur Ton ignorance. 
Enfin pour vous faire (êntir cx)inbien il cft 
frcjle & commun d'être dans cette bienheu- 
teu(è ignorance invincible , il fuf&t de vous 
dire que Ca&edi appelle une ignorance mo- 
talement invincible , celle qu'an homme ^ dans 
Je moment juUl agit y ne fi fint point obligé de 
jnnnùnter. Ce n'eft plus , comme vous voyess- 
.Fignorance teule quiexcufe toute forte de pe- 
tnes : Tinadvertance, pourvu qu'elle foit totale,. 

Jroduira le mêmêenet* Mais il faut revenir 
notre fujet^ & vous faire connoirre une des 
inventions les plus admirables que les Jefuites^ 
aiflnt employées pour plaire aux hommes ^ea 
miver£uit toute ki morale chrétienne. 
'.J> M. Qjfoidonc? reftoit-il encore quel- 
me devoirs dont un homme ne put pas fc 
Charger à la faveur de tous ces beaux^ 
principes que vous venez» d'expofcr? & ne* 
verrons-nous pas bientôt la fin de tous ces 
^aremens des Cafuiftes ? 
\ Le C. Des volumes entiers ne fuffiroicnt 
pas fi on vouloit entrer dans le détail de 
ces opinions relâchées. Ce que je vous 
cp ai dit n'eft que pour vous donner quelque 
idée des principes de morale de la Société,. 
& je ne rempfirois pas mon deflcin, fi je 
pallbis (bus filence le grand fecret de U pra- 
laUlit/y qu'un célèbre Canonifte du ficelé 
pafle appdloit à Rome, une invention dia- 
Doltque^ Comme?itum Diabolh Cette perni- 
deuie doûrfaie eft une fuite naturelle de Ti* 
dée que les Jefuites fe font forgée de la liber- 
té fouverainc qu'ils nous attribuent. L'hom* 
me, à ce qu'ils prétendent, naît dans l'indé- 
pendance la pluS' parfaite : il n'eft aftrcint à 
Y 6 ^ wa^ 



fl6 Véfîiifindt^èfenfihU. EMTR. XVm: 
aucune loi, & il conierve cette liberté juf^ 

Su^à ce que la loi de Dieu, qui vient y mec** 
es bornes, lui foit bien ckiremeiit.aotifi&.: 
tant que cette loi fainte nelui eft pas ooaxm 
avec afTurance, tant qu'il lui refte des fujcts 
de douter fi elle lui commande une tdIecIiQr 
fè, ou (i die lui en défend une telle autre, 
il demeure en pofleflion de là liberté , & |[ 
fjeut en ufèr à ibn.sré fans craindre d'encoo- 
rir l'indignation de ton Dieu. H peut donc 
fllivre dans & conduite toute opinion gcoba.- 
ble , c'efb-à-dire toute opinion qui a quelque 
apparence de vérité. Ainfi par exempe^ uq 
Qfuifte vous dira qu'il n'y a point de mal à 
aller au bal, ouà la comecue^ il appuyenfim 
(èntiment par quelques mauvaiiesraiibns dont. 
Qn;.ne manque jamais, cela fiiffit. Voila utnp 
opinion, doublement probable, parce qu'dfc 
eft fondée en raifbns & en autorité: 

lue M, Mais fi elle eft fauflè &: contraire 
S la loi de Dieu , l'autorité d^un Cafmfte & 
fes . mauvaifes raifons feront^ellcs éviter le c\A^ 
titnent à celui qpi fe^£cra conduit félon cettç: 
opinion ? 

I> C. Oui fans doute, & toute la Sode^ 
té vous en fera caution ; car il s'agit icid'uiit 
point fondamental de la nouvelle Morale.. 
Que pourriez-vous craindre avec un tel ré- 
pondant? Dès- lors qu'un Cafuifte, fur tout 
îï c'eft un Jefuite , vpùs dit que telle aftion 
n'eft pas m$uvaifè , m contraire à la loi de Dieu, 
flç. qu'il vous le prouve par des raifons, n'eft- 
îl pas vrai que Ion autorité 'forme un doute 
■dans l'efprit, & qu'on ne conqoit. plus la VA 
de Dieu avec. une entière certitude ? Alors on 
ne peut pliiç dire que l'homme foit obl^é 
de robferverj parce .que c'eft lui qui eft en 

pofr 



VMttfifkbifinjAîi. Ehtk. XVIIL 517^ 
goflèffioa de la libeité « de que pour l'en de- 
SpUiller il faut lui produire des titres incon^ 
fiables; €*eft-à-dire qu'il^ £uit que la loi de 
Dieu lui feit notifiée d'une manière bien af^ 
fitrée & bien claire : tant qu'A ne la connoit 
point en cette manière , la loi de Dieu n'a 
fàbat encore force de loi à Ton égard : il croit 
par exemple qu'il lui eft permis de fe battre 
CD dud^ de tuer celui qui lui a donné un. 
fcufflet : des raifims plaufibles £c l'autorité d'un 
Cafuifte, d'un Jefuite lui font croire que vrai- 
lemblablement il n'y a pas de mal , c'en c& 
aflèz : il peut agir en conféquence, quand 
aiéme une foule de doâreurs armés de paflâ* 
«s de l'Ëcriture & des Pères ^foudendroienc 
le contraire, quand mëtne leur {êndment fe- 
rait {dus vraiïcmblable & exemt de tout danger, 
tout cela n'y fait rien : il eft en lùrcte de 
conTcience. Et en efiet , (i on youlolt ttii 
faire un crime d'avoir fuivi une opinion pro- 
bable, il pourroit repondre : j'ai fuivi ma' 
'confcience qui efbh règle procBaine & in- 
ftllible de mes adHons, fic.qui me difoit que 
cette aftion ne m'étoit point défendue; la 
Ibi de Dieu qui me la delendoit ne m'étant 
p8 connue avec aflTez de clarté & de certi- 
tude , pour que je fuffe obl%é à rôbferver. 
fin un mot j'ai cru bien faire. Lesjefuires 
trouvent fesexcufes trèsraifbnnables: Usprcn^ 
4ront fait & caufe pour lui , fii ils foutieo^ 
dront qu'y tt'ctoit pas obligé d'éviter cette a- 
âion qu'il ignoroit être dcfepdue, & qu'il y 
ailroit de l'injuftice à lui te faire fubir le 
châtiment. Vous voyex que ce font des gens 
qui raifonnent fort jufte , & que tous leurs 

r" icipes font liés enfemWe 6c le foutiennent 
uns les autres. 

Y 7 I> 



5i8 Vérité rendue finfUe. Entr. XVIII. 

Le M, Cela eH vrai. Mais je vois auffi 
que des hommes aufS hardis & qui ont fi 
peu de refpedl pojur TEcriturc Édnte, pour 
l'Evangile & même pour le fens commua^ 
ne laiilèront fubfifter aucune des règles de la 
Morale ^ & qu'avec toute leurs maudites inven- 
tions des commandemens réflexes y de la prD- 
habilité, & autres fei;nblables, ils trouveront 
moyen de juftifier ou même dé canonilêr (ks 
chrétiens qui mènent une vie toute payenné, 
& qui fuiyent £ui5 aucune reflâance tous lès 
attraits de leurs paifions. 

Le C. Si on les en croit, c*eft le zdepour 
le fàlut des âmes qui les a portés à fê faire 
tout à tous , & à s accommoder de cette ma- 
nière à la foible0è & kla dureté des cbrcticas 
de nos jours. Voyant qu^il ne pouvoientlcun 
perfuader de comoâttre & de vaincre leur pai- 
fions ) ils fe font épuifçs en fubtilites pour leur 
fournir des moyetxs. dé les fuivre & de lesfi- 
tisfaire innocemment. Et pouvoient-ils maih 
qucr d'en trouver, dès que l'autorité d'un Ca- 
fuillc qui déclare qu'une aûion eil innocent^ 
fuffit pour la rendre telle ? A la faveur de ces 
merveilleux fecrets, les Ecclefiaftiques pour- 
ront vendre Se acheter toutes les chofes iâin- 
tes , fans être coupables de ûmonie y les gens 
d'epée & les nobles pourront fe battre en duel, 
ils pourront tuer celui qui les aura outragés, 
toutes les fois que la loi du point d'honneur 
les y engagera ^^ non-feulement pour un (buf- 
fiet , mais encore pour un ecu ou une pom- 
me : un enfant fera innocent en deGrant la 
mort de fon père , pourvu qu'il n'ait d'au- 
tre vue en cela que te bien temporel qui doit 
lui en revenir. Dans tout cela il n'eft 
queftion que de étiri^er Jon intention , & de 

k 



VtHfifenéÊi Jmfihk. Entr.XVITI. %ié 
\% tourner non vers ce qu'il y a de mauvais 
dsns r«Aiofi que Ton veut nire, mais vers 
favtmtage temporel qui en doit revenir. Par 
le m£me moyen on pourra » (ans ëcreufurier» 
fidre profiter ion argent, & en tirer de gros 
intérêts , pourvu que Ton ait intention de 
faire non un prêt , jnais un concraâ de loua- 
-M, ou bien un contrat verbal de rente, 
«quel fubfiftera julqu^ ce qu'il plaife au pré- 
teur d'exiger le principal. Je ne finirois pas 
fi je voubis entrer dans le détail de toutes les 
aâions que les Cafuiftes ont ezcu£c8 de pe* 
d)é. Tout ceque jepuisvou8dire,c'eftquede« 
puis cette foule de Cafuiftes qui ont raiibnné fur 
tes devoirs de l*homme avec une bardielTe in- 
concevable , il n'y a prefque point d'adion cri- 
mincile que qudqu'un d'eux n'ait cru que l'on 
pouvoit commettre en fureté de confcience. 

Le M. Mais de bonne foi , ces Cafuiftes 
iont-ils aflèz fous pour croire qu'une aâion 
qui étoit défendue & mauvaife il y a deux 
ou trois cens ans , eft devenue pcrmife & in- 
nocente en vertu de leurs fubcilicës Se de leurs 
rtifonnemens? 

J> C. Oui fans doute, ils en font très per- 
fiiadés, & cette maxime paftè tellement dans 
fcurefprit pour certaine, que h doârine con- 
traire, de quelque autorité qu'elle foit appuyée^ 
ne leur paroit pas même probable ni vrai- 
fanblable. C'cft fur ce fondement que ces 
nouveaux doâeurs fe félicitent les uns les au- 
tres d'avoir rendu probables plufieurs opinions 
qui ne Tctoient pas auparavant : enforte qu'on 
peut aujourd'hui fans déplaire à Dieu faire des 
aâions qui dans les fiecles pailës auroienc mé- 
rité l'enfer; parce que pour le malheur de ces 
tems'là > il n'y avoit point encore eu de Cafuiile 

qui 



5TO rérit/refÊJne finfihtè.Eixr^. XVllE 
qui eût rendu probable l'opinion qui déclare ca 
aâions exeœtes de péché. C'eft Uen dom- 
mage que tantde (àtnts &dejpieuz auceursdei 
derniers fiedes, & même les e vaques de Fran- 
ce du fiecte paflTÀ, n'aient pas été à l'école 
des Jdiiites & des Moliniftes, ils n'auroient 
tas déploré, comme ils ont fait, les abus,. 
^Êignoratice, & la corruption des mœurs qù 
défigurent toute la face de rEglif&i: iLétoic 
refervé aux Jefuites & aux Cafuiâes de voir 
la con(bIer en ekrgiflànt le chemin du cid,, 
& en le rendant & deux , fi facile Se fi cook- 
mode mv'il-fkudreit être de bien mauvaiië hu- - i 
mcur pour refufër d'y marcher. Il eft yxai £ 




(enter la voie qui conduit à la vie cook* 
me un fcnticr étroit Sdpjsa fréquenté: c^cft 
«ne petite difficulté; mais les Jefuite&yooc 
pourvu , en étabHflànt comme une. àc leuo 
plus importantes maximes que, dansksqa^ 
ftions de morale , les Cafuiftes & autres aur 
teurs nouveaux font de beaucoup prefierabks 
aux anciens Percs de TEglife. 

Le M, Avec des maximes (î.>coomiodes.jr 
ae fuis pas furpris que les Jefuites aient attiré 
tant de monde, & que dans ce pays-ci en 
particulier, ils aient été jufqu'à ces demicrei 
années, prefque univerfeUement aimés &• efli- 
mes. Les plus grjttids pécheurs , ceux qui font 
le plus abandonnés à l'amour du monde, veu- 
lent conferver l'extérieur de la religion,, âccn 
remplir certains devoirs que la bienfèance de- 
mande : rien n'eft plus ^eable pour eux qiK 
de trouver des confefTeurs de bonne compoê 
fition^ qui excufent la plupart: des crimes ^ic 

qui 



Wiritt rnubi JhMle.EurR. XVIIL 52s 
|ui donnetc fi facilement l'abrolution de 
seux qu'ils ne peuvent ou ne veulent pas ex- 
nifor. 

Le C. Cro^ez-voua donc que les Jefuite». 
uiroient pris tant de peine pour corrompre 
toute la moratie de l'Evangile, s'ils n'y avoient. 
été portés par des moti6 au(E puiflàns 1 c'eft 
pour flatter les pécheurs dans leurs de(ordres 
fie tous ces relâchemens ont été inventés fie 
pratiqués parles Jefuites^ fie en réunifiant ces 
deuxchofes. les principes de moralerdâché^ 
& la facilite à donner rabfolutibn, quelque 
grand pécheur que vous puiffiez. prefenter à 
on Confèfièur Jefuite , ou U le trouvera exemt 
decriroies, par le moyen de l'^orance, de 
h probabilité, de la direâson^d'intention , ficc. 
eu il l'en purifiera par l'abfolution , dans un 
c^ace de tems aifez court. En efifèt quels. 
MoiToient ètxc les motifs qui l'empecheroiênt 
de fiitisfSdre fpn pénitent, en.liii donnant fur 
le champ l'abfolution ? Seroit-ce parce que & 
fiefie fes aâions paroifiènt être deftituéesde 
famour de Dieu ? Mais ce confefTeur vou- 
droit-il tomber dans l'erreur manifcflredeceux Remmitr. 
qui obligent les chrétiens d'agir toujours par Ç*f '•* 
Ife motif dé la charité, tandis qu'ils ne font 
pu même obHgés d'agir toujours en hommes 
laiibnnables , Se pour une fin honnête ? Ne 
ftic-il pas que l'amour de Dieu ne nous eft ne- 
cef&ire, ni pour arriver au ciel , puifqu'il nous 
lîiffit pour cda de ne point haïr Dieu , Se de 
fcire les oeuvres qu'il nous prefcrit, ni pour 
Fecouvrcr, la juftice dans le Sacrement de Pe- 
qitence ,. puifôue les chrétiens , par les merirçs 
dç Jefus-Œrift, ont acquis l'étrange privilège 
que n'avoient pas les Juife , d'être reconciliés 
vrcc Dicu« fans avoir la moindte étincelle 

d'ar 



Ç12 Verttf rendue fcn^k. Entr. XVIU. ' 
tf amour pour lui ? Stroit-ce parce que le pe* 
nitent après être tombé plu&eurs fois dans.k» 
mêmes crimes , malgré toutes fcs promefSs, 
ne donne pas pour l'avenir des efperMicea de 
changement qui fbient bien folides ? Mais le 
Conteffeur Jefuite ignore-t-il que c'efl: l'état 
ordinaire des chrétiens de tomber de temscn- 
tems dans des fautes morcelles, & de s'en re- 
lever de même par la réception des SacremeoSy 
& qu'il ne faut pas en demander davantage au 
commun des hommes ? Ce ibnt là du moins 
les fêntimens qu'il a du apprendre de la Rc* 
montrance £ûte à notre Prélat au nom de b 
Société, du fameux P. Sirmond, duP.Pia- 
tereau, du P. CabreTpine & de pludeurs autre» 
de ies confrères, qui ibnt inconte AaUesncm 
ides auteurs graves . dotit les opinions fimtpro- 
loables & peuvent etrefuivies en fureté decoB* 
icience. Voilà les moyens que les Jefuites ont 
inventés pour adoucir & rendre ûipportabk 
.aux chrétiens le joug de Jefus^Chrift , & pour 
faire fervir à leurs intérêts & à leurs deâèins 
. cette multitude de perifonnes , dont ils ont gi* 
gué la confiance en les flattant dans leurs defo- 
du'es. 

Le M. Si h, Société toute entière a pris 
■ hautement la de&ofe des égaremens de fe 
membres , comment cfl-il poffible après ala 
, qu'il fe trouve quelques Jediites qui pafibnt 
pour feveres, & qui différent quelquefois Tab- 
tolution ? Car on m'a affuré qu'il y en avoit 
quelques-uns de cette forte, quoique cela foit 
extrêmement rare. 

Le C, La politique &ladoârine delà pro- 
babilité favent fort bien concilier cette pence 
Yaricté qui vous paroit furprenante. Dhs qu'on 
cherchoità gagner tout le. monde, À fallok 

avdr 



reritfnndMerenJitk. Entr. XVIII. yaj 
avoir auffi quelques confelTeurs qui convint 
lènc aux perfonnes qui veulent marcher dans 
k voie étroite. D'ailleurs les Jefuiccs ne nie- 
ront pas que les maximes de FEvangile & les 
jnegles de TËglife ne foient des opinions pro- 
bsîbles , & ils ne trouveront pas mauvais qu'on 
les fuive dans la pratique à l'égard des penitens 
qui confentent à être conduits de cette ma- 
nière^ mais c'eft à condition qu'on regardera 
comme probable la pratique oppofée, fondée 
fiir l'opinion des CaTuiftes, & qu'on fe don- 
. fiera bien de garde de la condamner., AinQ 
il n'eft pas impofllîMe qu'il ne ie rencontre 
quelque Jefuite qui pafTe pour exiâ & fevere^ 
&: qui le foit en comparaifon de fes confrè- 
res. Mais rfayex pas peur que jamais il con- 
dœme la pratique commune dans la Société^ 
tcl'borrible protânarion que Ton y fait de tout 
■ce que la religion a de plus facré. Je penfe 
qu'en voilà bien afièxpour vous donner quel- 
que connoifTance de la morale toute païenne 
ooe les Jefuites ont introduite dans TÉglife^. 
& pour vous en infpirer toute l'horreur qu'el- 
le mérite: il vous fera aifépar la fuite, fi vous 
-le defirez^de vous en inftruire plus en détail ; 
fl faut maintenant vous apprendre quel fut le 
iiiccès de la guerre que MM. de Port-Royal 
déclarèrent à des erreurs fi monftrueufes. 

Le M. Il me femble que MM. de Port- 
Royal avoient beau jeu dans cette occafion ; 
car ils n'avoicnt qu'à extraire des auteurs 
Jefuites toutes ces deteftables maximes dont 
vous nous avcx parlé : Je fuis pcrfuadé 
^'un fimple recueil des beiles decilions de 
leurs Cafuiftcs auroit attiré fur la Société 
ITiorreur & l'exécration de tout le monde» 
Le C. Ceil auffi ce que firent MM. de 

Port- 



fut niluftrc M. Pafcal , cet homme 

£lus admirable par fon humilité profo 
. tendre pietéque par lafublimité, lapen 
& retendue prodigieufe de fon gesie, 
chargé de cette grande entreprifc,& qui '. 
u avec un fuccès incroyable > en put 
&xnc\x{és Lettres Frovinciales ^ qui pa 
kur genre pour un chef- d'oeuvre. ^ 
ces lettres eurent-elles été rendues publii 
l'imprefljon y que tout le monde fut faii 
reur & d'étonnement , en confidera 
pieté , & l'extravagance de ces auteiu 
raires qui avoient défiguré toute la m 
.Jcfiis-Chrift par des égaremensfimon; 
& par des maximes ii conompues. 
un cri & un foulevemcntprefquegenc 
le Royaume : le mépris & l'indignât 
blique éclatèrent de toutes parts ^ & î 
étonnementdesjefuites, tous ces gran< 
mes que la Société vantoit comme 
clés delà théologie, comme des do^< 
des pères de l'E^ifc , Suarea , Vafque 
lina. Efcobar.&c. toute cette trouoc 



VMfé tendue ûnfiUê. Entr. XVm. ^i% 
liûqu&ki».porteic des coups fi terribles, n'écoK 
^un fifnple pirticulicr & «n auteur mooii<- 
ou q^ (èjouoic, pour ainû dire, en écrivaât 
melques lettres familières à un de fes amis. 
vous pouvez, juger de la fituation des Jefui- 
tes, & du cruel embarras oà ils fe trouve- 
lent. Garder le filence dans une pareille con- 
jonâure, c'eût été s'avouer coupables & don* 
Qo: gain de caufë à leur accuîâteur. Mais 
a'un autre côté comment faire pour juitifier 
•leurs Cafuifles, tandis que tout le lûcmde 
pouvoit s'afTurer par fes propres yeux de la 
fidélité £c de l'exaé^de qu'on avoit eue en 
"apportant les extraits de leurs ouvrages ? 

Le M, £n effet les plus habiles y feroient 
cmbarraflës : comment s'y prendre pour per- 
fuader à des gens (juiont de bons yeux, qu'à 
midi il ne fait pas pur ? Mais enfin quel par- 
ti prirenttils pour fe défendre contre une fi ter- 
rible attaque , & quel fut le fuccès des de- 
marches qu'ils firent pour leur juftification ? 
Le C. Ils publièrent dés Ecrits où ils ac- 
Cabloient l'auteur des Lettres Provinciales de 
mille injures, don: la moindre étoit celle d'he- 
retique ^ mais quand il s'agiilbit de juftifier leurs 
nùtcurs , ils n'étoient pas peu embarrafies : 
tantôt ils fe plaignoient qu'on les calomnioic 
en leur imputant des erreurs ôc des relâche- 
mens dont ils étoient bien éloignés ; d'autres 
ibis ib foutenoient que c'étoit une étrange 
ignorance, & une infupportable témérité de 
traiter d'erreur & de condamner fi fortement 
des opinions qui étoient pour le moins pro- 
bables , & qui étoient cnfeignées par une mul* 
iitude de Cafuiftes & de théologiens Jeluires 
jk autres , comme fi la multitude de ceux qui 
^ôat tombés dadsune-egreur, pouvoit jamais 

por- 



Ç26 Vffité tendue finfiih. Entr. XVIII. 
porter quelque prejudkre à la vérité, & que 
la corruprion du ficde pût prcfcrire contre h 
cenitude immuaMe des maTimes de PEvatf- 
giie. Enfin ils publièrent , fans nom d'auteur^ 
une Apologie des Cafiêifles ^ qui eft devenue 
célèbre , & qui gâta toutes leurs afFkires. M. 
PaTcal ne demeura pas dans le filence : il de- 
truifit dans quelques lettres, adreflees auxj^ 
iûites mêmes, toutes les miferables chiciUines. 
par lefqueHcs il s'eflPorçoicnt de juftifier leurs 
auteurs; & afin de faire voir quel cas on de- 
voit faire de toutes les accufations que ca 
pères for moienc -contre MM.de Port-RoyaJ, 
& contre tous ceuK qu'ils r<gardoienc comme 
leurs ennemis , il expofa dans le détail ce que 

Lctt. pro* les Cafuiftes cnfeignoient fur la calomnie: â- . 

TUâCial. XV, Yoir que ce n^efi qu^une péché véniel de calom* 
nier O* d'ivipofer de fMftx crimes , peur ruiner 
de créance ceux qui parlent mal de nous, Ceft 
ce queportoient desthefes foutenues en 1647. 
chez les Jcfuites de^ Louvain j à quoi le ft- 
meuxCafuifte Caramuel ajoute que, jF cffff 
doéirrne f^étoit probable , a peine y en aureit-il 
aucune qui le fut en toute la théologie, 

Ijc m. Quelle abominable théologie ! qui met 
au nombre des maximes les plus afrurées,quc 
ce n'eft qu'un péché véniel de calomnier pour 
conferver fon honneur. Il n'y a que le démon qui 
ait pu fuggerer unedoôrinc fi pernicieufe , fie 
fi capable de boukverfer TEglife & TEtai:. 

Le C. Cependant vous fcntez bien qu'on 
n'invente de femblabks opinions que pour te 
réduire en pratique. Auffi M. Pafcal a-t-fl 
foin de rapporter pluûcurs exemples dhorri- 
blés calomnies répandues par les Jefuites , mê- 
me dans des libelles imprimés , contre MM. 
de Port-RoyaJ & coatrc les ûmtes religieufei 

de 



Verit/ rendue Jenjihk. Entr. XVIII. 527 
i^ cette maifim, qu'ils accufoicnt de ne pas 
ciQire la prcfencc réelle de Jefus-Cbrift dans 
FEuchariftie; calomnies qui avoient été de. 
truites non follement par des juftificationsqui 
ne foiiflFroient point de réplique , mais enco- 
re par le témoignage public 8c authentique 
qaé M. rArchevêque de Paris avoit rendu 
à l'innocence des accufês, en condamnant les 
eoporteniens & les excès du Jefuite Brifâcier. 
A tous ces exemples il joint le récit d'un é- 
Tenement qui étoit alors récent, où les Jefui- 
fcg, par leur propre aveu, fe trou voient con- 
Faincus d'avoir mis en pratique leurs princi- 
pes touchant la calomnie. Toutes ces lettres 
od M. Pafcalproduilbic au grand jour la doâri- 
•c empoifonnec de la Société , réveillèrent en- 
Bn le zèle des Pafteurs de TEglife. Les Cu- 
"^és des principales villes du royaume, excites 
>ar Tcxcmplede ceux de la capitale, s'aflem- 
blerent pour conférer enfemble fur cette ma- 
dère , & après s'être convaincus, par un 
s&iamen {èrieux , du crime de ces nouveaux au- 
teurs qui avoient corrompu toute la morale 
chrétienne, ils folUciterent auprès des évoques 
ia condamnation de tant d'opinions monftrueu- 
lis. On vit donc pleuvoir fur la Société & 
[îir TAfologie qu'elle avoit faite four les Ca- 
ifiifieSy une grêle de cenfures & de condam- 
■lacions épifcopales : on compta vingt & un 
fCvéques de France qui publièrent des Mm Je- 
lÊDneos contre les relâchemens des Cafuifte^. 
!Xa province ecclernftique de Sens ië diftin- 
^ijoa en cette occafion, par le xclc qu'elle fie 
"^aroîcre pour la pureté de la morale chreticn- 
JïC, & tous les évoques de la province, en- 
-ftçlefquels étoit le notre,M.deSroc, étant 
'âMiKmblés à Sçns avec les députes de chaque 

dio- 



mcDt leur defenfe. 

X.f M. N'v eut-il donc qu'en Frac 
eut horreur ces égaremens de -ces a 
de la morale? Et Rome n^ fut-eHc 
ckèe de voir les ravages que pouvo 
doârine pernicieufe de ces nouveau 

Le C. JLe bruit de ce qui fe paflbî 
ce excita le zèle de f)luricurs prélats ( 
fieurs théologiens , en Flandre & à R 
me, & les porta à combattre vigoui 
ces nouveautés dangereufes, enfin 
mêmes rompirent le filence , & on vi 
dreVII. & enfuite Innocent XL & 
dre VIII. condamner par des décret 
un grand nombre de propofitions 
nouveaux Cafuiftes. Mais, dans to 
très pays de la Chrétienté , il ne paroit 
foit arrivé aucun changement , les ^ 
•ont confervé toute l'eftime, la repu 
la confiance des fidèles dont ils jouKl 
paravant j & les ouvrages des auteui 
décriés parmi nous , y font encore en 
Et cela ne doit pas vous furprendre , 



tfmiÉÊjtnfhk. Emtr/XVIII. 529 
>bliger \ renoncer aux ^aremens de 
tteurs, on fè contenta de condamner 
ùta £ui8 avertir les fidèles de fe donner 
le de ces feduâeurs : on les laiflà ea- 
& pratique!'* impunément leurs dete- 
tn^odmesi oncotinnua de confier l'adaii* 
>n des ûcremens à des liommes connus 
s profianateors , & ta gaériibh fpirituelle 
s à des médecins reconnus pour des em- 
leurs. MM. de Port-Royal au contraire» 
lent rendu unfervicefieflèntielàrEgli- 
. PEtat, n'eurent d'autre recompoift 
' zde qu'un furcroit de per&cutions , 
éprouvèrent tous les effets de la haine 
cflcntiment de la Soliéte. Mais les per- 
tes, bien loin de raUëntir leur zèle, ne 
jue l'enflammer : à quelques extrémités 
ruflênt réduits , ils n'avoient garde de 
:her de ladcfenfe de la vérité j &tou- 
fois que Terreur ofoit fe produire au 
ib étoient toujours di5x)fés à s'élever 
elle & à la réprimer , aVfec le même 
: la même confiance que s'ils avoicnt 
tes les puiffârices de leur côté. C'eft 
on a vu principalement dans M. Ar- 
l'Oui pendant le cours d'une lorfguevie, 
uelqu'e pénible fituation qu'il fe (bit trou- 
' toujours eu les inrmes a la mâih, & 
flS échapper aïKûnedcs occaGons que la 
providence lui a prefentées de défendre la 
/la" juftice & f innocence , contre les er- 
les intrigues ÏSrles calomnies dés Jefuitesw 
M. Dans ces derniers tëms , 'fes Jefui^ 
r leur grand crédit, n'ont -ils pas trou- 
moyen de fe relever de toutes les con- 
itions prononcées contre éux^ dans le fic- 
iTé? 
'i9 1. Z Ije 



culquer aux fidèles dans leurs livre 
té , & qu'ils ont pratiquées dans 
conduite de leur vie. Julqu'à i'avei 
la Conditution^ on avoit vu les é\ 
France ^ & même les alTemblées di 
montrer quelque zèle pour la fiûne 
6c reprimer de tems en tems les i 
profeflèurs Jefuites, c'cft ce qu'on 
particulier dans rAflèmblée du cleif 
1 700. Mais depuis la Bulle , les do 
relâchement ont toute liberté de repanc 
les maximes impies de leur pernicieu 
le : ni les papes ni aucun des évêqui 
tans ne fe met en devoir de les repi 
n'y a que les appellans évêques & 
giens qui , étant en butte à toutes la 
ces, & au milieu de la cruelle pc 
qu'as éprouvent , ne kiflènt pas oe 
toute vérité , & par là fe montrent 1 
& les fucceueurs de ces grands hom 
k mémoire ièrâ pour jamais en ben 
Nous verrons la prochaine fois ces j 
foldats engagés dans d'autres combats 



reritlreuiMe finfMe. Entr. XIX. %%t 



ENTRETIEN XIX. 

Affaire de Baims. Renouvellement des 
difpmtesà Voccafian du livre de Jan- 
fenius. Bulle ctUrbain FUI. qui le 
condamne. Les cinqfameufes propo- 
fitians font condamnées par Innocent 
X. Cenfure de M. Arnauld. Ondrejfe 
le Formulaire 5 perfecution contre ceux 
^ refufent de le figher. 

T . E Cure\ Dans tout ce que je vous ai 
*-^ dit jufqu*à prefent , mon cher Monfieur, 
vous n'avez point appcrçu qu'entre MM. de 
Port'Royal & les Jeuiites il ait été queftion 
des vérités de la grâce; mais ne croyez pas 
pour cela que MM. de Port-Royal euflent 
moins d'horreur pourleMolinifme, que pour 
la morale corrompue de la Société. Dans le 
tcms même dont je vous parlois la dernicre 
fois, lorfque M. Pafchal pouflbitles Cafuiftes 
avec tant de vigueur , il y avoit dcja quinze 
ou (ëize ans que les difputes fur la grâce étoient 
renouvdlées , & que MM. de Port-Royal y 
. étoient entrés par Tengagemeni; de la provi- 
dence. 

Le Marchand. Apprenez nous, s'il voim 
plait , mon cher Pafteur , par quelle occa- 
fion MM. de Port-Royal furent engagés à 
combattre pour la grâce de Jefus-Chrift j czt 
vous nous avez dit qu'après les congrégations 
Je auxiliis^ les Papes avoienc impofe un ri- 
goureux lilence fur ces matières , & que cette 
Z 2 loi 



j^z yeritfreMduefinpie. Entr. XIX. 
loi fi injurieufè à la vérité n'àvoit été que trop 
fidèlement obfervée même par les defenfeurf 
de la vérité. Qu'eft-ce donc qui occaiipiina 
le renouvellement des difputes? 

Le C. Ce fut le livre de Cornélius Janfë» 
«ios Doâeur de Louvain & ehfuite Evêquc 
d^Ypre. Mais avant que de vous parler de 
rbuvrage Si de l'auteur , il faut vous dire un 
mot d^ine afifàirc qiii s'étoit paflee quatre* 
vingts ans tiuparavant , & qui interrcflbit fpC' 
cialement la Faculté de théologie de Louvain, 
il y avoit alors dans cette Faculté un Doâeur, 
nommé Michel Baius, qiûréuniilbit unegran- 
de pieté avec une profonde fcience^ & que 
fon mérite reconnu avoit élevé aux places let 
plus. confiderables dans cette célèbre Univer*. 
lité. Ce Doâeur qui avoit étudié les ûints 
JPeres & particulièrement S. Auguftin ^v avoit 
appris à connoître rimportance.& rrccnduc 
<les matières de la grâce : en . confequence H 
ne pouvoit goûter la manière d'enlqgner de 
plufieurs fcholaftiques modernes^ni lesx>pinions 
nouvelles & dangereufes. qu'ils introduiibieot 
dans la théologie. Ces fcholaftiques de leur 
côté ne goûtant pomt les principes de.£aii|S, 
formèrent contceM^une cabale, dans l^qudlc 
entrèrent ^principalement, les Cordelfcrs avec 
quelques-'uns des confrères de Bâius^^i (kxa 
k fonds ne penfoient pas autrement que lui fur 
les points fondamentaux de la doctrine de S. 
Auguftin. Les accufations formées contre 
Baius furent portées à Rome dans un grand 
f(icret, & par. le. crédit du fameux Cordelict 
Iferctti, qui fut .depuis le Pape Sixte V. on 
obtint du Pape Pie V. une BuÛe qui condam- 
ne foixante & feize prppofitions comme étant 
\^'çffc^ivc?nent hérétiques, fâuflcs, téméraire^, 



vérité rendue finfhle. Entr. XIX. 
Rifpeâes^&c. ccft-à-dirc, les unes fufpcfi 
ié^ autres hérétiques, d'autres fcandaleules^caf 
c-eft ce que figûifie le mot reJpeSivewenr. 
Quoique cette Bulle ne parle jpoint de Baïus, 
& quen eflfèt il n'y eût peut-etrcr pas la moi- 
tié des propofitious qu'on pût dire être de lui, 
cependant , comme il y étoitdefigné affez clai- 
rement, fc que c'étoit les ennemis de ce Do- 
aeurqpî Pavoietit follicitée,ils n'avoient gar- 
de de la laiffer, & de n'en pas faire l'ufagc 
pour lequel elle avoit été obtenue. La Bulle, 

Sui rfavoit été ni publiée ni affichée à Rome, 
it enroycc*àt;ouvain, accompagnée de let- 
tres pleines de menaces contre ceux qui ofe- 
nricnt y faire la moindre oppofition : il ne 
s'agiflbit pas moins que du dernier iiipplice 
pour les contrevenans. Avec de tels prépara- 
tifs , elle ne pouvoit pas manquer de trouver 
une grande foumiffion , & en effet les Do- 
âeurs de Louvain en écoutèrent la lecflure 
dans un refpeâueux filence: mais on ne leur 
en donna point de copie, & li on leur d(m- 
aa par écrit lei 76. propofitions condamnées, 
ce fut à condition qu'oane les communique- 
roit à perfonnc. Pour Baiùs , if eut beau le 
plaindre de ce qu'on l'avoit condamné fans l'en- 
tendre, reprefenter que parmi Jes propofitions 
condamnées, les unes étoient des vérités in- 
conteftables auxquelles on ne pouvoit toucher, 
les autres des erreurs groffiercs dont on ne 
trouvoit poiptde traces dans fes ouvrages ,.& 
^uc la plupart étoient équivoques & fuféepti- 
btes de difïèrens fcns : il falkit fc foumettre 
aveuglément. On lui fit même un crime d'a- 
voir prefenté au Pape une Apologfe très rc- 
fbcûueufe: on lui fit entendre que par cette 
démarche U^avoit encouru l'excommunication, 
Z 3 donc 



53+ Verh/ rendue fenfibfe, Entr. XIX. 
dont il fut abfous par le Grand- Vicaire deMa- 
lines, après avoir abjuré les 76. propolîtion», 
fi^on riîitention de ftt fatnteté^ laquelle intea- 
tion lui étoic parfaitement inconnue , puifqu'oa 
ne vouloic pas même lui dontier une copie de 
la Bulle. 

"Le M. Je ne crois pas que dans les tribu- 
naux feculiers on trouve des exemples d'une 
|)areille injuftice. Condamner un homme fur 
e rapport de fes accufàteurs , fans qu'il fâche 
rien de ce qui fe pafic , lui &ire un crime d'ou- 
vrir la bouche pour fa juftification, le forcer 
de s'avouer criminel , fans lui faire connoîtit 
fon crime, & d'abjurer des erreurs qu'il ne 
connoit pas , prétendre qu'après cela il a bo- 
loin d'une abfolution ,.en un mot obliger tout 
le monde à recevoir une Bulle qu'on ne cpih 
noit point 6ç dont on ne donne aucune copie 
a-t-on jamais vu rien de fèmblable ? A quoi 
pouvoir être bonne une pareille decifion, fi- 
non à embrouiller toutes chofes ? 

Le C. Ne voyex-vous pas bien que les 
moyens qu'on a employés pour obtenir & ëu« 
re recevoir la Bulle de Pie V. éioient dienes 
de cette Bulle, & de ceux qui l'a voient £Ui- 
citée Se obtenue. Les ennemis de Baius n'o- 
foient attaquer fk dodrine, ils n'avoient au« 
cune railbn fblide pour appuyer une condam- 
nation nette & precife, mais ils youloient k 
rendre furpeûe^ôc par là acquérir le droit de 
publier contre ce Doâeur toutes les accula^ 
tions vagues qu'il leur plairoit de forger : vous 
voyez donc que la Bulle étoit telle qu'ils pou- 
voient la deûrer. Mais û une condamnation 
vague, confufè & embrouillée' convenoit à 
la paffion des ennemis de Baius, elle ne con- 
ycDoit pas moins aux prétentions ambitieufo 

de 



yerif/ rimbfefeifihle. EsTR. XïX. çjy 
le la Cûur de Rome. En effet cette Cour 
pouvoU-elle mieux s'y prendre pour établir (â 
domination abibluc.&fe faire regarder com- 
me Torade inMUbie de la vérité, que d'obli- 
ger tout le monde à fe foumettre à une Bulle 
que prelque perfbnne n'a ni vue, ni lue, ni 
même entendu lire, 8c qui demeure cnfevelie 
dans les archives du Vatican ? ILcil vnd qu'elle 
ifj demeura pas toujours ; car après qu'on eut 
pendant douze ans rendu hommage à cette 
BuDe inviûble , enfin Rome fktisfâite de la fou- 
mif&on aveugle des Doâeurs de Louvain vou- 
lut bien montrer à leurs yeux cette rare pro- 
doâîon de fon infaillibilité ; & pour comble 
de fiiveur, on leur en donna des copier, 6c 
on les invita à devebpper par leurs explica- 
tions les trcfors de lumière qui y étoient ca* 
chés , ce quin'écoit pas une petite affaire^ car 
comme les copies de h Bulle qu'on avoit en- 
voyées de Rome , n'avoient ni points ni vir* 
aules depuis le commencement jufqu'à la fin : 
S s'en élevé de grandes difputes parmi les theo- 
logiois , au fujct d'une virgule que les uns 
prétendent devoir être placée en tel endroit, 
tméâs que d'autres la placent dififèremment. 

liT M. Il fèmble que la Cour de Rome dans 
cette af&ire ait joué la comédie. Car la Bul- 
le de Pie V. renfermant tant de propofitions 
bonnes & mauvailes, qui font condamnées 
en bloc & en tas , & avec cela n'ayant ni points 
m virgules^ elle doit avoir occafîonné mille 
fiijets de difputes entre les fiivans. 

LeC. Ce n'eft pas une comédie que la Cour 
de Rome a joué en cette occafion,mais plu- 
tôt une trahie, qui a été bien funefte àTE** 
dife par les fâcheux évenemens qui en ont été 
kfiiitc. Car quoique cette mifêrable Bulle 
Z 4 n'aie 



pièce lumineufe^ & die leur a fervi p 
blir leMolinifme, & pour molefter , i 
& inquiéter tous les fidèles difciples 
Auguftin & de faint Thomas. Ce n*^ 
iàn^ doute luitention de Pie V. de de 
teinte iJa dodrine de FEglife : il croy 
merveUlc d-itouffer dès leur naiilàna 
fputes, dont on lui faifoit appréhende! 
tes dangereufes ; mais faute d'ayoii 
moyens que TEfprit de Dieu a fuege 
plus faintsprcdeceffeurs, il a donne oc 
ime foule de maux. Car la Cour d( 
ayant trouvé que. la manière dont oi 
cpnduii; dans l'afiàire de Baius étoit i 
établir (on empire abfoki , fe trouva f 
tée à fuivre une méthode fi pcrnicie 
lieu de fe corriger & de reparer fa fai 
s*en fit une règle de conduite; la Bull 
Baius a fervi de modèle àptufieurs au 
crets qui font venus depuis: tous les 
ibntcrusen droit de condamner d'um 
re vague & générale im tas depro] 
bonnes ficmauvaifes, den'avoir point 



VMfinnJ^i fenfhU. Ektr. XIX. 5317 
Toyona aujourd'hui dans Taffidre de la Con- 
EBtution. Q^ielque xnauvaiics que (bient les 
ffùUes contre Baius , Topinion de l'infaillibili- 
té du Pape empêcha qu elle n'éprouvalTent de 
contndioion .fur tout à Louvain & à plus 
forte raiibn en£{pagne& en Italie j & en Fran- 
ce même 3 ou cette. erreur n'etoit pas fi do- 
minante , on s'dl contenté pour rordinaire 
le ne pointparler de ces Bulles & de les hiÇ- 
Ct à l^^cart. Mais depuis que la Confticucion 
Dntgenitas a fUtouvnr les yeux fur de fi grands , 
maux, on a feiti le danger des Bulles contre 
Baius» &' on n'a pas hefité à les rejetter & à 
lèi combattre ouvertement. Vous verrez, tout 
àPheure la liaifon qui fe trouve entre ces Bul- 
fii. & les troubles qui s'élevèrent à l'occafioa 
Âi livre de Jan(ènius. 

Le M. Lt nom feul de Janfênius reveille 
iSptre curiofité; car c'efl de lui fins douce 
'1^ vient ce nom de Janfimfte , q^ue les Jer. 
fiiices donnent à tous ceux qui ne font pas' de 
leUr fentiment. Vous ne ûuriex vous difpen- 
fer.de nous faire connoitre un homme dont 
fc nom eft devenu fi célèbre. 

Ile C- C'étoit bien mon intention de vous 

Srler de (a perfonne avant que de vous risn 
re de fon fameux ouvrage. Corneille Jan- 
fcoius étoit né à Leerdam en Hollande d'une 
fcmille catholique. Il fit fes études à Lou- 
vain, & il eut l'avantage d'y avoir pour maî- 
tre dans la théologie un des doûèurs les plus 
attachés à la doârinc de Saint Auguftin , 6c 
les plus oppofés aux nouveautés pernicicufes 

Juc Molina & fes confrères repandoient alors 
ans toutes les parties de l'Eglife. Le deran- 
renient de fa fanté l'ayant obligé de changer 
de pays, il vint à Paris , & y comraûa uoc 
Z 5 ami- 



connoiilànce exaâe de la dodbrine de S 

§uftin touchant le grand myftere d 
emption des hommes par Jefus-Chrj 
fenius étant retourné à Louvain eni6 
chargé d*enfeigncr la théologie & cnfû 
pliquer l'Ecriture (àinte , ce qu'il fit av 
coup de fuccès & de réputation. Sa 

Eondoit à fa fcience: il étoitâtreme 
re, uniforme dans fa conduite , retii 
rieux : il dormoit feulement quatre hc 
il employoit le rcftc de la nuit à Téti 
la prière. Son mérite reconnu de tout 
de le fit nommer à l'évêché d'Yprc i 
dre (en 1^36.)? ^ mourut après c 
d'épifcopat, le 6. Mai 1638. Il avoit 
fé quelques ouvrages contre les huguei 
des commentaires fur l'Ecriture faintc 
toujours été fort eftimés y mais le ph 
derable & le plus célèbre de fcs ouv 
fon Augufiinus , auquel il avoit trava 
dant un grand nombre d'années, & \ 
▼oit achevé que les derniers jours de 
Le M, Nous connoîtrons deforn 



FMt/ rendre fempie. ENTk.XIX.. 539 
^ Le C. Janfenius mnt remplides grands prin- 
cipes que ikint Auguftin a défendus contre les 
Pdagiens avec tant de force & de lumière , 
6c brûlant de zde pour faire connoître à tout 
le monde des v^erites fineceflàires & û eflên- 
âelles à la pieté , voyoit avec douleur que la 
doAmie de TEglUê perdoit tous les jours du 
terrain 3 6c que le Molinifine fbutenu par une 
^ilc & puifunte Société faifoit tous les jours 
de nouveaux progrès. U (échoit de douleur^ 
pour ainû dire, en voyant qu'une multitude 
de peffimnes abandonnant les iburces des eaux 
.vives, c^eft-à-dire i'£criture & la Tradition, 
àUoient pui&rdans des ruiflèaux bourbeux une 
cauenipoifonnée, & iè contentoient des opi- 
nions pemickufès qu'ils trouvoient dans une 
foule de nouveaux auteurs 9 & que plufieurs 
fpéffles de ceux qui , dan& les points les plus ef- 
iènticls avoient confèrvé la faine doârine, y 
liiêtoient, par le malheur des tems, des opi- 
■ nions nouvelles dont ils ignoroient tout le ve- 
nin. C*eft ce qui lui fît concevoir le deCTein 
de s'oppofer à ce dcbordement des nouveau- 
té Moliniennes , en expofant aux yeux de tout 
le monde la fuite & Tenchainement de la do-* 
firine de S. Âuguflin , & en même tans de 
fidte connoître Ta certitude, rimportance, 
& le vrai caraûere des vérités de la grâce. 
Perfbnne n'étoit plus capable que lui d'execu-- 
ter une telle entrq)rife. Il poiredoit parfaite- 
ment lâînt Auguftin , dont il avoit lu dix fois 
tous les ouvrages, & trente fois les ouvrages 
contre les PeL^iens. Il joignit à un bon efprit, 
un travail infatigable & une prière fervente & 
prefque continudle. Comme tout fon ouvrage 
tfeft prefque qu'un tiffu des paflages de faint 
AugîuUn, qu'il a mis oans un ordre qui fait 
Z 6 voir 



54f Véfitif9ni»efinfhk. EilTA. XnC 
Toir combien les principes de ce. grand Doh 
âeur font Kés & fiiivis , il indtuk foo livte: 
VAufjufiin^ ou Im doShme fue S. AifgMfiin m fi»' 
tinue contre tes FeUgiens é' ks Demipelmpens^ 
touchant le premier état defantéy oiaMU 
mature humaine , Ja maladie ^ fa guerifi». 
Janfenius avoit entrepris cet important oavn- 

Se de concert avec ton intime ami^ M. de 
aint-Cyran, & il lui rendoit compte de ioB 
travail par des lettres afïbx fréquentes. 

Le M, Ceft bien dommage qu'un Uvie 
comme celui-là ne puiflË pas être mis entre 
les mains des fidèles ^ afin de les iQftruîre far 
des matières (1 interref&ntes. DtÂs nous in , 
moins quelque choTe de ce qui eafàitlefuiet 
Le C. Il lerott à fouhaitter que Tontraduir 
sit en notre langue, & que l'on mit àh por« 
tée des fidèles du moins audquespordonsda 
livre de Janfenius: elles (eroient iort proprei 
à leur faire connoictre combien, le pèche eft 
un grand mai, combien les fuites en., font fil* 
ncftes, & quel eftle prixineflimable delà ré- 
demption que le fang de Jcfûs-ChrHt: ngos a 
méritée. Car Janfenius s'eft principalement 
attaché à faire fentir, d'après laint AùgufUo, 
la profondeur delà plaie que l'homme a reçnc 
par le péché , & l impuif&nce où il eâr de 
guérir par fes propres forces: la puiflànce de 
k grâce de Jefus-Chrift qui c& le remède que 
Dieu lui a préparé , & la maniéré adcniraUB 
dont cette grâce guérit la volonté en lui in* 
fpirant un faint amour & un fiiint plaifir , qui 
furmontcnt le penchant qui l'entrame vers la 
créature , & lui font trouver fon bonheur i 
s'attacher à Dieu, Il montre que ces vérités 
font l'ame de la religion , & le fondement de 
la vraie pieté j il prouve que le Molinifme y- eft 



nriténfubefinJltk.EsxrKKlX. ^41 
&ôâbcmenc oppo(ë , 6c que dans le. fonds ce 
a'eft autre choie que le Petagianirrne. Enfin , 
CP traitant des queftions & difficiles & C re- 
levées, jWenius a fuivi la méthode des pères 
de PEgliic plutôt que celle des théologiens de 
PEcole, c'eft- à-dire qu'il les traite d'une ma- 
nière qui rend les vérités de la grâce interref- 
batxiy & U fait voir l'inconvénient & le dé- 
finit où (bnt tombés.p]ufieurs auteurs nouveaux^ 
qui ont obfcurci 6c avili ces grandes vérités 
en les redui&nt prefque au rang des (pecula- 
tions fterileSy & des aueftions frivoles qui amu- 
lent fort fouvent les écoles de théologie. Vous 
voyez par là que Janlènius rendit pleinement 
mxc à la vérité , qu'il repara autant qu'il 
itoit en lui l'injure que les Papes lui avoienc 
fidte en rcfu^t de décider , & que {ans s'ar- 
rêter à.leuisdefenfes d'écrire fur les madères 
de k grâce, il foutint les droits de la toute- 
pu^P&nce de Diçu fur le cœur de l'homme a- 
vec. autant de lumière , de droimre & peut- 
ftre plus dlntrepidité^que les premiers adver- 
fiires de Mplina, que bemos même & tout. 
roEdrc de £unc Dominique. 

Le M. }t m'attens bien avoir les Jefuîte» 
exciter un grand orage contre un livre qui é- 
toît fi capable de décrier leurs nouvelles opi^ 
oiOns 3 mais ce que vous nous ave:^ dit dans nos 
detaiers Entretiens, me fait efperer que Dieu. 
Afiritera des defenfeurs à un fî bon Ou- 
vrage. 

Zje Ç, Vous ne vous trompez pas : car fi 
f^ttguRin de Japfenius a été rudement atta- 
qué , U a été auffi vigoureusement défendu. 
4 peine ce livre eut-il été rendu public , mu- 
li d'approbations & d'éloges de plufieurs évê- 
[iies> & d'un grand nombre de Doâeurs de 
Tx 7 Lou- 



bÛcation de ce Décret, le Pape^JrlM 
en fut irrité , & à la K)llicitation des 
U donna k 6. Mars i(f2. une Bulle < 
avoir renouvelle celle» de Pie V. & 
goireXIII. contre Baius, & la defeû 
re fur les matières de la grâce, il de< 
FAugufiin de Janfenius renferme ^ 
flupeurs propoJitsçMS deja condamnées 
Bulle fut reçue & publiée en Flandre 
torité abfblue du Prince, malgré la 
ce des évêques & de TUniverfité de 1 
dont les efforts fervirent feulement \ 
vrir la friponnerie de M. Albizzi , Afl 
rinquifition,qui avoit dreflë la Bulk 
Pape déclara aux Députés de Louva 
avoit donné ordre de ne nommer p 
mais alors la chofe étoit faite, & Ti 
lité que Rome s'attribue , au lieu de 
cher de faillir, ne ftrt qu'à rendre irr< 
les fautes qu'elles commet. Les Bu 
tre Baius , & les décrets des Papes q 
foicnt filence fur les matières , étoient ' 
fcandale. Cependant Rome fe fiit de 



Vtfité rendue feuphle. Entr. XIX. 5+3 
fara pour bien condamné, quoique Ton livre 
d'ûC point écé examiné , & il ne iera plus permis 
de prendre {à defcnfe. Mais (i Janfcnius cc(]& 
d'avoir des defenfeurs à Louvain , où la ty- 
rannie de la Cour de Rome (c faifoit fentir da« 
Ttntage, Dieu lui en donna d'autres en Fran- 
ce qui publièrent d'excellens Ecries pour (à 
juftifîcation. M. Habert Théologal de Pa- 
ris ayanc attaqué le li^crc de Janifenius dans 
dufieurs lèrmons , pour faire fa Cour au 
Cardinal de Richelieu, le zèle de M.dcSaint- 
Cyran s'enflamma ^ & quoiqu'il fut encore dans 
la prUbn, il écrivit à M. Arnauld une lettre 

Îleine de feu pour l'exciter à prendre k plume, 
le à va^er la vérité & la juftice outragées par 
M. Habert. On vit paroître peu de tems après 
une première & enmitc une lèconde Apologie 

Sur Janiênius,qui couvrirent de confuiion M. 
ibcrt , & qui reduifircnt à rien les quaran- 
te herefies , qu'il avoit calomnieufement im« 
putées à Jani'enius. 

Le M. Mais quand les Jefuites curent en 
main la Bulle d'Urbain VIII. concrc Janfe- 
nius^ n'employercnt-ils pas leur crédit pour 
h faire recevoir dans tout le Royaume, & 
pour fufcicer bien des traverles à ceux qui 
prenoient encore la defenie de Janfcnius ? Il 
paroit du moins que les circonflances leur é- 
toient aflèi favorables , ôc ils ne font pas gens 
à négliger une occaûon, lorfqa'elle peut a- 
Vancer leurs aifaires. 

Le C. Apparemment qu'ils ne trouvèrent 
pas la Cour de France ni les évcqucs , dilpofés 
a entrer dans leurs vues, car après que la 
Sorbonne eut rcfufé d'accepter la Bulle d'Ur- 
bain VIII. qui lui avoit été prefentée avec 
jxac lettre de cachet^ ils ne jugèrent pas à 

pro- 



ces moyens, ils difpofoient toutes cIk 
Texecucion de leurs deflèins. Ce fut ( 
que Ton vit cclorre leurs intrigues, 
ûeur Cornet, qui avoit porté la ro! 
fuite & qui en confervoit toujours 1 
mens, dénonça cinq propofitions à 1 
té de théologie de raris , dont il et 
Syndic, afin qu'après les avoir exi 
die en portât fon jugement : il étoit 
rinftrmnentde la Société qui fondoit 
des efperances fur la condamnation 
propofitions qui font devenues faraeufi 
les aoâeurs attachés àladodrine de S 
ftin, voyant bien que lé but des W. 
ctoit de donner atteinte aux vérités d 
ce, ou du moins de les obfcurcir par 
flire vague & embrouillée, s'oppoferc 
te cenfurc, prétendant qu'il étoit coi 
dre de condamner- des propofitions 
toient prifes d'aucun auteur , & que. 
ne foutenoit ; d'autant plus que ces 
tiens étant équivoques & fufceptible 

& dp mâiiv;ii.<: (f»n« A nn vpnnîr 4 



jrtrHirenAi^Jenple. Entr. XIX. J4f 

Sd les autres eurent recours , au nombre tic 
zanet, voulut que cette adàire fut regardée 
comme non-avenue^ âiftd la Cenfure orcflëe 
par la cab&le Molinifte fut fupprknée ^u grand 
icglKXic dos Jefuites & de leurs partions, 

!|ui fe virent d;)Iigés de prendre d^utres me- 
ures. 

I> M. Dans ce que vous venez de dire, 
je ne vols pas bien quel pouvok être le but 
des Moliniftes. Apparemment ils pretendoir 
cnt que ces cinq propofitions étaient tirées 
de Janfenius. Ce feroit une folie que de for- 
ger des propofitions hérétiques afin d'avoir lo 
plaifip de 1^ condamner. 

Le C: Les Moliniftes n'avoicnt garde de 
kiilêr entrevoir le deflëin qu'ils avoient de 
ikire condamner Janfenius : le Doâeur Cor*< 
net qui écoit leur chefnedifoit point qu'il eût 
trouvé les cinq propofiti(»is dans aucun livre^ 
éc' il declaroit pofitivement que dans tout ce- 
h il ne s'agiSbit point de Janfenius. Cepen- 
dant le fidt eft qu'ils envouloient à Janfenius, 
& que leur but étoit de le faire condamner^ 
c'cft ce qui parut clairement l'année fuivan* 
te, loriqueM. Habert, qui étoit devenu Evê- 
Qoe ck Vabres , & qui étoit piqué- contre les 
oefenièuFS de janfenius, compofa une lettre 
^ur le Pape Innocent X. laquelle à force de 
fellicitations & d'intrigues fe trouva être fi- 
gncc par quatr/s-vingts-cinq évêques : car on 
(«Ubit dire aux prélats dans cette lettre, que 
le livre de Janfenius avoit excité de grands 
Kroubiei, c'eft pourquoi Us le prioient depro- 
Kioncer fon jugement fur les cinq propofitions, 
qu'ils lui denonçoient comme étant le fujet 
des difjputes les plus vives. 

Xéf, M. Voici donc encore les^iifputes por*- 

técs 



teur , ou fi elles étoient foutenues par q' 
au lieu qu'à Rome on étoit bien pli 
à être trompé par des rapports infidc 
Le C. Ce que vous dites eft vr 
Jefuices & leur partifans n'ayoient et 
intérêts que ceux de la vérité , s'ils i 
cherché qu'à éclaircir les chofes , & 
cher tout ce qui pouvoit embrouille 
putes, il eft sûr qu'ils auroient fui^ 
& les règles de TEglife , qui veut que 
^'aâàires^ ibient d'abord examinées de 
dans le pays où elles nai^ent, par le: 
qui en font les juges naturels. M^ 
ils vouloient, comnie l'on dk,pecfa 
trouble , ils trouvoicnt mieux leur < 
Rome y où Janfenius étoit dcja od 
où la âocieté avoit à fon fervice M 
qui pouvoit leur être d'un grand fêc 
vit donc venir a Rome (en 165 1.) 
dodeurs de Sorbonne, dont les un 
doient que le Pape condamnât les cit 
fitions purement & fimplementj l 
très ,qui éccràent AugufHmens>. c'eft- 



nrhe IremJitefenpie. Ektk.XîX. 547 
«ceffité & refficacicc de la grâce de Jefus- 
Irift. Le Pape fe tauvoic atlc:^ embirraf- 
ïdans cette a^re: il n'ctoit pas fâché de 
Xpfiter d'une û belle occalion pour faire va^ 
tfr (es droits & ics piecenuoiis j mais il crai- 
hoic de s'avancer trop, & de s'attirer des 
bagrins par une dccilion bazardée. Lespro- 
sfteurs du parti Molinifte avoient foin de 
JÎ infinuer, qu^il n'étoit pas à propos d'cnten- 
rc les deux partis en prefence l'un de l'autrej 
ue cette voie le jetteroit dans des dilcuffions 
c des longueurs iniînies, & lui cauferoitdes 
3ins & des travaux qui pourroient avancer 
i fin de û vie, comme il étoit arrivé à Cie- 
oeot VIII. dans les congrégations de Auxi^ 
Va. Enfin Innocent X. fe lailla perfuadcr 
liie Tadiftance du Saint-Efprit ne poavoit 
Ml lui manquer, lorfqu'il faudroit décider; 

ÈQue les difputes «ntre les deux partis , & 
conférences des théologiens , étoient des 
jgDyens plus incommodes que necellaires. Ceg 
IPpes fi fiattcufes entrèrent d'autant plus aife^ 
iUttt dans l'efprit du Pape que, n'étant pas 
^eologien, comme il le difoit lui-même, il crai- 
îpoic beaucoup ces difcudions. Ainfi il n'avoit 
le d'accorder aux théologiens , dilciples de 
Auguftin, ce qu'ils demandoient, c'eft- 
re, des congrégations où ils puflentcom- 
itre avec leurs ad verfaircs , afin d'y éclair- 
^ en prefence des juges, ce qui regardoit 
|b cinq propolitions , 6c les bruits calomnieux 
|4jie les députés Moliniftes repandoient dans 
^me. On leur refufa conflamment jufqu'tu 
Jout une chofe fi neccffaire pour la mani- 
firftatîon de la vérité ; on ofiFrit feulement aux 
j'épucés Moliniftes & aux Auguftiniens de 
^ entendre, mais jamais les deux partis en* 

fem- 



J48 Vèrif/ rendue feHpbreiE^TTL.XïSL 
iemble: les Moliniftes n'en demandoient|j 
davantage, ainfi ils acceptèrent rofïrc,&| 
profitèrent pour donner telle idée qu'ils jy{ 
rent à pro{K)s des fênrimens de leurs advêrf 
parties. "Pour 1er Auguftiniens, ils s'en tu 
rent aux inftru6Hons des évêques qui les i 
voient envoyés , & continuèrent à foUidJI 
un examen plus régulier & .plus canonique] 
mais ce fut inutilement; '*■ 

Le M. Quand le Pape auroit été afl 
d'avdir l'afiTiftance du Saint - Efprit , il. 
femble qu'il ne pouvoit pas fe dîfpcnfer d'eîi 
dre les reproches que les deux partis fe faifi 
mutuellement, & les reponfesque lesunsi 
autres feifoient à ces reproches. Ell-ce qu'il J 
tendoit quelè Saint-Efprit vîendroic luiT 
Toreille toutes les circonftances de cette afl 
ftns qu'il (è donnât lapdne de s'en informerfC 
la feroit fort extraordinaire. Faute d'avoir r 
ces-moyens-là, il n'étoit informé de Té 
chofes (ju'à demi, & il s'expofoit à] 
cer un jugement au haxard, & à ne 
qui convîntaux befoins de l'Eglife. 

Le C. Vous verrexauffi que ce qu'il fit! 
étoit pas fort proportionné. Lorfque laC 
ftitution fut dreflce, avant que de la ; 
il fit encore offrir aux-^ députés Augii 
de les entendre en prcfencc des theok^ 
qui avoient été chargés.de l'examen dfc cettec 
fe , mais toujours en Pabfcnce de leurs i ' 
(âircs : ceux-ci voyant que le. jugement 
ftir le point d'être prononcé,' Crurent <" 
accepter cette oflFre ; ils furent donc inti 
k 19. Mai 1653. ^^^ l'affemblée' desji^ 
où le Pape étoit prefent, & parlèrent i 
une éloquence , une force, une jufteffc&i 
^ecifion qui Ait admirée du Pape auffif 



VMtfrenémfinphh. Entr. XIX. 549 
idc toute raflânblée: ils firent fêndrcom- 
a il étoic neceffiiire de diftioguer les difib- 
I fais des cinqpropofitions, pour ne pas 
rdopper la vérité avec l'erreur dans une 
me condamnation ^ & combien il étoit à 
indre , fi on les c(Hidamnoic fans rien diftin- 
s ni expliquer , que les partions du Moli- 
ine ne fiffent tomber cette condamnation 
la doârine celefte de S. Âuguftin , & -ne 
I farviflèntpour combattre la ncceflité d*u- 
grace puiflante que nous fait faire le bien, 
qui détermine notre volonté par une ope- 
km pleine de. douceur & de force. Tout 
qu'ils dirent fut trouvé beau & bon, & 
convint qu'ils n'avoient que de fcntimens 
il orthodoxes , mais on étoit trop avancé 
or reculer 9 le Pape prétendit même s'auto- 
èrde-cc qu'ils avoient avoué que-les cinq 
opofitions avoient un mauvais fens, corn- 
% fi cela eût été fuffifant pour lui donner droit 
I.ic8 condamner (împlement & fans aucune 
ffiaâion : les chofes continuèrent d'aller leur 
ain. & peu de tems après on vit paroitre 
fns le public cette Bulle que les Moliniftes 
ruent ibllicitée avec tant d'ardeur. Les cinq 
lopofitions y étoient condamnées comme he- 
l^ues, fans expliquer en quel fens ^ & quoi^ 
ïoa n'eût fait auciui examen du livre ^c Jan- 
iuus^ la Bulle ne4aifre pas deluiaccribuerces 
!Opofitions, comme (i on les eût trouvées 
lOs fi>n livre. 

X.r M. N'y auroit-il pas moyen de con- 
ânc ces fameufes proportions ? & ne pour- 
SZrvous pas nous apprendre quel étoit le my- 
tn caché dans toute la conduite des Moli- 
Eles? car il paroit qu'il y en avoir. 
XtvC. Ces proportions dans le icns qu'elles 

prc- 



les leur rendroit poffiblcs : la feconc 
ne refifie jamais à la grâce interieu 
cinquième, que c*cft une erreur I 
gienne de dire que Jefus-Chrift eft n 
tous les hommes fans exception. La 
& la quatrième ne valent pas mieux 
plus embrouillées que les trois autre 
voyez que ces propoGtions ont quel 
fe de choquant. Les commandemenj 
ne font pas impoflibles à Thomme, 
peut les obferver , s'il le veut : s*il r 
pas, c'eft qu'il ne le veut pas ; il eft 
ne le voudra jamais à moins que D 
lui fâffe vouloir par fa grâce. De me 
ce pas un langage affex commun & 
de dire qu'on reûfte à la grâce , qu* 
aux bons mouvemens , & aux infpir 
Saint-Efprit ? Enfin S. Profper reconn 
peut dire , dans un fens très véritable 
Îiis-Chrift eft mort pour tout le genre 
ce n'eft donc pas parler en Dcmipd 
de le repeter après ce faint Doâ:eur. 
Port-Royal , & les autres difciples de : 



tombât fi.,.1' '' ^''"o" donco « !?^^nt 
» de S A ';^oyai& fur ^,: , ' ^re 

'«des députés à d °" quej'on ï ■ 

: ^r ^'Sté St ' p^"^ fie S' 

^■^ " « cenfiirc 



|^&-M^%> y MU x.v>â ccwaA px^w t vrAt u^ av« •■ 

qui eftinTeparable de fa liberté^ il 

tant vrai auffi que fans le fecours ( 

ce l'homme ne peut pas faire le b; 

manque quelque chofequi eft necei 

cela, & fans quoi il ne le fera jam^ 

mot il n'a pas cette forte de pouvo: 

fuivi de l'effet : ainfi il eft vrai de 

peut, & qu'il ne peut pas j il a k 

q«^ vient de la nature, mais il n'aps 

voir qui vient de la grâce. De ip 

core, quoiqail ne foit que trop 

nous refiflonsà la grâce, il eS: cert 

moins que Dieu , quand il veut, 

par fa grâce toute la refiflance d( 

les plus endurcis. Enfin , quoique Jefi 

comme dit le Concile de Trente, i 

pour tous les hommes, tous cepa 

participent pas au fruit de fa mor 

Chrill efl mort pour la caufe com 

genre humain, il a donné un prix 

pour expier les péchés de tous les h 

mais les mérites de fa mort ne font [ 

eues à tous les hommes. 



Verltf rendue fenBle. Entr. XIX. ççf 
ommandemens de Dieu ne font pas impoIBbles 
l'homme: cela eft certain. Les Jefuitesen 
oncluent que Thomme a donc toujours tout 
e -qui eil: neceflàire pour les accomplir ; c'eft 
rdîre qu'il a toujours une grâce avec laquelle S 
le tient qu'à lui de les accomplir, grâce qui ne 
lecermlne point. la volonté, qui n'opère pas 
a nous le vouloir & Taâîon , mais grâce donc 
le fuccès & le bon ufage eft totalement aban- 
donné au libre arbitre. L'homme reiifte quel- 
quefois à la erace , tout le monde en convient. 
Mais lesje(uites en concluent que c'eft lavo* 
lûDté de l'homme qui décide du fuccès de 
la grâce , & que Dieu ne donne point aux 
hommes une grâce qui les détermine au bien, 
qui brife la dureté de leur cœur, qui crée en 
eux un coeur nouveau & un efprit nouveau. 
Toute la reflpurce qu'ils laiiTent au Seigneur 
Aour exécuter fes defleins , c'eft fon habileté 
%(épier & à fai&r les momens où il prévoit 
.^u'il plaira à l'homme de confentir , c'eft d'em- 
ployer , non les moyens les plus propres en 
'^ux mêmes, non les grâces les plus fortes, 
'^^lis les invitations auxquelles la volonté fera 
^cRiumeur de fe rendre. Enfin , Jefus-Chrift 
mort pour tous les hommes : perfonne ne 
gbat cette vérité. Mais les Jefaites en con- 
;.que Jefus-Chrift par fa mort a obtenu 
l^xar tous les hommes , tout ce qui leur eft ne- 
[CcQiiire pour opérer leur falut , &que tous en 
! tonfequence reçoivent des fecours fuffifans 
^dont le bon ufege eft laiffé à leur volonté. 
' Le M. Sur ce pied-là, les Moliniftes de- 
l voient être fort contens de la Bulle d'Inno- 
[cent X. puifqueles cinq propofitions y étoient 
I condamnées ûmpleraent , fans déterminer dans 
j guel fens elles Tétoient j & que par là ils a- 
Tovie I. A a voicBt 



554 V^iti fendue feMhπ. Entr.XIX/ 
voient moyen de rendre odieux leurs adver- 
fkires, & de décrier la doârine qu'ils foute- 
;noienc. 

Le C. Us auroient^té encore plus contenu 
£ le Pape n'avoic pas rendu témoignage i la 
pureté delà dodrinequc les députés Âuffufli- 
niens avoient foutenue devant lui , & s'il nkym 
p^ mis à l'abri de tout foupçcHi k àoffùt de 
l'efficacité de la grâce, par les déclaration 
verbales mais pubuques qu'il fit là-deflùsi 
TAmbailàdeur de France & à d'autres perfon- 
nes en place. Cétoit une barrière bien fbibie 
& peu capable d'empedier les mauvais efièis 
^ue la Bulle devoit produire^ mais MM. de 
Port-Royal & tous ceux qui leur étoient uns 
-dans la defen& de la doârine de &int Augo- 
ftin, crurent que cette déclaration du P^,' 
jointe au confentement des évêques & des dieo- 
Jogiens, remedioit en quelque forte au ddàoc 
«de la Bulle, & determinoit les cinq propofr 
rions au mauvais fens qu'elles prefentent S^ 
bord à l'efprit 9 & qu'ainfi , n'étant que de Am- 
ples particuliers , ils n'avoient pas de raiiboi 
zStL fortes pour rejetter une Bulle , dont b 
cenfure tomboit fur des propofitions rédfc- * 
ment condamnables , & qu'ils avoient toujooii 
condamnées. 

Le M. Mais n'écoit-ce pas porter la cou- 
<iefcendance jufqu'à l'excès, que de recevoir 
une Bulle dreflee d'une manière G irregulicr^ f 
•qui, àraifon des circonftances , paroifibit ned^ 
voir fcrvir qu'à rendre la veritéfufpcae , & fil 
^eienfeurs odieux^ une BuUe enfin dontlo 
Moliniftes b préparaient à fidre un ufàge fi 
-pernicieux ? 

Le C, U y a des perfonnes qui en ont ji^ 
ainfi^ mais à Dieu ne plaiiê que nous faffîoni 

QOC 



k 



VerMtmbifinfhk. Ektk. XlX. 555. 
me tdle injure à ces hommes ^ue Dieu a bé- 
nis vi&blemeat. Les defenfcurs de la venté 
lue Dieu fufdte dans ion Eglife de fiede ea 
Bede^ forment une diaîne qu'on ne doit jamais 
rompre i ceux qui veulent travailler utilement 
pour l'E^Ufe , doivent demeurer unis avec ceux 
qui les ont précédés ; ils entrent dans les tra- 
nux de leuts predecelTcurs , & ils doivent bâ- 
tir fur les fondemens que l'on a pôles avant 
«uz. Rien n'eft plus difficile en certaines oc- 
cafions que d'accorder enfemble ce qu'on doit 
\ la venté , & ce qu'on doit à la confervation 
de la paix dans l'Ë^ife : c'eft alors qu'on a be- 
fimidune lumière, d'une âgeOè & d'une pru- 
dence qui ne peuvent venir que de l'Efpric de 
Dieu. Mais qui pourroit fe flatter d'en être 

Sus rempli que ces grands hommes , plus que 
L Singlin, que M. Amauld, que M. de Sa- . 
d, & autres qui réuniflbient une éminente 
fieté avec une abondance de lumières , un zèle 
ndeat pour la vérité^ & un cœur dégagé de 
toutes les vues humaines & préparé à iuivre 
Dieu? Les cinq proportions etoientcondam* 
fiables dans leur fcns naturer^ MM. de Port- 
-ftoyal crurent qu'ils pouvoient en accepter la 
Tmidamnation, fans prendre part aux irrégu- 
larités qui l'accompagnoient. S'ils avoient étç 
^véques , ils fe feroient crus obligés de £iire 

auelque chofe de plus j mais ils n'étoient que 
e fimples paiticuliers , dont le filence doit 
^trelc partage, hors les cas de nccefïîté. 

Le M. Il me femble que toute la tournure 
^ue l'on donnoit à cette affaire ne devoit pas 
accommoder les Jefuites. Car fi tout le mon- 
"de ccmvenoit que la doélrine de faint Auguftin, 
touchant Tefficacité de la grâce & touchant 
fbn empire fur les cœurs des liommes , étoit 
A a a un 



Le €: Il cft vrai que tout cela 
|)oint aux Jefuites , mais ils ne lai 
de pourfirivre leurs deflèins. Lorfqi 
d'Innocent X. eut été publiée da 
royaume , voyant que les defenfeur 
nius s'y foumetcoient comme les aui 
accuferentdeconferver dans leur ce 
reurs des cinq propoficions , aux 
faifoient fcmblant de renoncer^ à 
repeter cette calomnie , elle trouv 
auprès d'un grand nombre de perfc 
n'avoient pas moins d'horreur des 
yanfiniftes que des Calviniftes. iJ\ 
les Moliniftes fiifciterent à M. Ar4 
l'on regardoit comme le chef des J 
fèrvit à fonifier cesfoupçons (iderai 
Le Doreur Cornet, avec ceux de 
entreprit de condamner comme hère 
propofition tirée d'un ouvrage de M 
„ Les Pères nous montrent un jui 
yy perfonnc de faint Pierre, à qui 
yy . fans laquelle on ne peut rien , à ma 
A, une occafion où l'on ne peut pas 



Périt/ remÙÊrfeiffibb.EîXrvi.XlX^ 5^7 
ifait péché en renonçant Jefus-Chrift y toucc 
Itqueilion eft donc de &voir^ fi /a grâce /ans 
kpÊelle on ne feut rien lui a manqué, £n (c 
bomantà l'Evangile il (cmble qu'on ne puiflè 

rs en douter, car Jefus-Chrifl: même difoit 
£dnc Pierre : vous ne pouvez pas me fuivre 
nâimtenant, Ainfi il eft clair que Dieu ne lui 
donna pas alors la grâce de confeOèr Jefus- 
Chrift , & qu'il ne pouvoit pas le coafelTer 
fins cette grâce. 

L» C. Cela eft très vrai félon l'Evangile :• 
niais non félon les principes des Moliniftes ^ 
car fi la grâce manquoit à faint Pierre , il n'é- 
toit donc pas en équilibre pour confeflcr Je- 
fiu-Chrift : or c'elî un article de foi MoU- 
nicnne qu'un homme ne peut pas pécher, s'il 
n'a un pouvoir d'équilibre pour éviter le pè- 
che. Âuflî les Dodleurs Moliniftes, écaiin 
fixitenus par la Cour ne s'cmbarraflerent point 
te obftâcles qui fe prcfentoient : en vain M. 
Anauld fit voir que fa propofition étoit prifs 

rlque mot pour mot de S. Auguftin & ùc 
Chryfoftomc: en vain plus de foixantc& ,^,-., 
dtxdoAeurs prirent la dcfenfede leur confre-J^uv/ier 
tt\ la cabale Molinifte ne voulut point en 
tvoir le démenti j ils n'eurent pas honte de 
dcxnner à M. Arnauld pour juges fes ennemis 
déclarés, de faire venir en Sorbonne M. le 
Cïancelier Seguicr pour intimider les defen- 
leursde l'innocence & de la vérité, ils firent 
irenir dans leurs affemblées contre les règles de 
à Faculté, une multitude de Religieux Man- 
lians, qui avoient ordre de leurs Supérieurs 
le condamner M. Arnauld : ils refuferent d'en- 
sndre ce Dofteur, & de lire fes A^logies: 
b défendirent à ceux qui vouloient le jufti- 
îer^de parler plus d'une demie heure: enfin 
Aa 3 ili 



ueurs evequcs , cntr autres le L^arainai 
Archevêque de Paris. Par là les M 
devinrent les maîtres de la Sorbonne 
rage excité contre M. Amauld ne mat 
de s'étendre fur la maifon de Por^ 
qui étoit regardée comme le centre de 
velle herefie du Janfenifme. Les folita 
deraeuroient à Port-Royal des chac 
même les enfans qu'on yéfevoit, fure 
eés par les ordres de la Cour de quito 
bienheureufe retraite i on menaçoit au( 
ligietrfcs de leur ôter les penfionnaires 
novices , mais le tems n'étoit pas enco 
où cette maifon devoit être criblée ; i 
voulut faire voir qu'il étoit le proted 
ces fainces filles , en opérant dans leui 
un grand nombre de miracles éclatans^ 
{pendirent la perfecution durant quelc 
nées. Le premier & le plus célèbre 
14. Mari, miracles fut opéré fur la jeune Demoifel 
guérite Perrier nièce de M. Pafchal j ei 
alors penfionnaire à Port-Royal de Pî 
après avoir montré dans toute la fuit 



rtrité rendue fenfible. Ektr. XIX, 5^9 
(îiires leur portoient. Dieu après avoir parlé 
d'une voix de toanerre, rentra dans le filence, 
& les hommes oublièrent bientôt qu'il avoir 
psurlé. Les af&ires continuèrent fur le même 
pied. La perfecution fe ralluma avec plus de 
violence, & on en vint aux dernières extré- 
mités. 

Ijs M. Voilà des évenemens bien furpre- 
oans. Dites-nous donc , s'il vous plait , quel 
pouvoir être le fondement de tant de vexa- 
fiODs. Puifque MM. de Port-Royal & tous 
«eux qui leur étoient unis , avoient condam- 
né les cinq propo&tions & reçu la Bulle d'In- 
nocent X. qu'avoit-on encore à leur dire, & 
foc pouvoir on leur reprocher? 

La C. N'étoiticc donc rien que d'avoir 
déclaré la guerre aux: erreurs Moliniennes , âc 
à k pemicieufe morale des Jefuites ? & après 
>Qe adtion fi noire , ppuvoient-ils manquer 
d'être aux yeux de la Société de dangereux 
iieretiques , ou de le devenir en peu de tems ? 
$7dl ce qui leur arriva en effet : car dans l'ef- 
gice de quelques mois, fans avoir changé de 
intiment fur aucun point de doctrine, il fe 
trouva tout d'un coup qu'ils étoient devenus 
fccretiques. 

. la M. Comment l'entendex^vous , mon 
cher Pafteur ? Eft -ce que l'on rertd les gens 
kereciques fans leur conientement ? ou bien 
Àit-oa de nouveaux articles de foi pendant 
qu'ils dorment , afin qu'à leur réveil ils fe 
trouvent hérétiques? cela feroit fort plai- 
jânc. 

J> c. Pas tant que vous pourriez croire; 
ce qui eft de certain, c'eft que le P. Annat 
Confeflèurdu Roi, le Cardinal Maxarin pre- 
mier Miniftre , & plufieurs autres célèbres 
A a 4, pfrî» 



as v^aram. iviazarin ne aueuiDier ions 
cil 1654. les évcques, gens cotnm 
fort dociles aux volontés de la Coui 
le rapport de quelques-uns des hui 
CommifTaircs , qui contre le fentii 
autres déclarèrent avoir examiné le 
vrage dcJanfeniuSj&tousles écrits j 
& contre, & le tout en fix jours, 
blée décida que les cinq propofîtionî 
dans Janfenius, 6c condamnées dans ! 
Janfenius. Voilà le nouvel article de 
ces apôtres du dixfcptieme fiecle on 
l'Eglife, & afin de découvrir plus fi 
& d'exterminer les hérétiques qui 
toient cet important article de foi , < 
une formule ou profeffion de foi qu 
loit faire figner à tout le monde, & 
16/6. à MM.de Port-Royal, à tous ceux 
étoient unis, & même aux Religi 
cette maifon. Ceft ce qu'on appeik 
mulaire. 

Le M. Quoi ! on a fait tant de )> 
TEglife pour fi peu de chofc ? Je n\ 



^ V^ttiftndugfenftble. Entr. XIX. 5S1 

Le C. D cft très fur qucc'étoit là l'unique 
but du Formulaire, d'obliger tout le monde 
i croire le fait de Janfenius ; car il n'y avoir 
pobt de diflSculté, par rapport aux cinqpro- 
Mfitions : toutle monde les avoit condamnées. 
Mais comme le Formulaire ne paroifibit pas 
(uffiûmment appuyé, n'étant propoféquepar 
uœ Âflèmblée du Clei^é, on eut recours au 
Fape Alexandre VIL pour demander fonjage* 
ttaent fur une queftion fî importante. Ce Pape, 
fins faire de nouvel examen du Livre de Jan- 
faius , & fe repofant fur l'examen qu'on en 
tfoît fidt,dit-il, dutemsde fon predeceflèur '^-'^^''^'^ 
qui if en avoit pas plus fait que lui , repondit par 
lue Bulle où il déclare que tes cinq pro* 
pofitions font dans le livre de Janfenius, & 
qu'elles font condamnées dans le fens de cet 
auteur. Quelques années après ce même Pa- 
pe, à la ibUicitation du Roi, dreflà un nou- 
veau Formulaire, & en prefcrivit la fignature 
Har une Bulle donc l'exécution a caufé&cau- 
ft' encore aujourd'hui des maux infinis à l'E- 
gjilè. Après toutes ces démarches du Pape 
& des évêques , il fut aifé aux Jefuites d'in- 
fpirer au Roi une extrême horreur de la pré- 
tendue feue des Janfeniftes , enforte que ce 
Prince fe fît un point d'honneur & un de- 
voir de religion de les perfccuter, & s'il ctoit 
poffible, de les exterminer entièrement. Je 
vous donnerai à notre première entrevue quel- 
que idée des violences qu'on exerça contre le 
Uînt Monaftere de Port-Royal, & de la ma- 
nière adnûrable dont Dieu éteignit cette pcr- 
ftcutioa, lorfqu'dle étoit le" Jlas enflammée. 



Aay EN- 



$6i Vérité rendue fenfhh.YAXrK.Xyi] 



ENTRETIEN XX. 

Dejeins des Jefuitesérufage qtiïlsirt- 
tendûient faire du Formulaire. Per? 
fectaion excitée contre tous ceux m 
refufent de le figner purement & jm 
plement^ ér fur tout contre les relu 
gieufes de Port- Royal. Affaire des 
IF. évèques. Paix de Clément It 
& fes fuites: atteintes qu'ony donne. 
On recommence k vexer éf ^ traeaf- 
fer Port-Royal ér beaucoup iautra 
perfonnes fous prétexte de Janfemf' 
me. Troubles /à l'occafion du Cas de 
confcience. DeJlruÛion du Monaftere 
de Port-Royal. 

IE Marchand. Dans tout ce que vouf 
- nous avez dk la dernière fois, mon cher 
Paftcur, je ne vois pas bien clairement ccquc 
vouspenfez touchant ce nouvel article de fbl 
fabriqué par quelques Evêques,''6voirquclci 
cinq propoûtions font dans Janfenius. 

Le Cure*. Ileftvrai, moncherMon- 
fieur, que je ne vous l'ai pas dit clairement, 
mais je vous Tai donné à entendre. La 
première de ces fameufes prq)ofitions fe trou- 
ve mot pour mpt dans Janfenius ^ mais quand 
on la comparé avec ce qui précède & avec 
ce qui fuit, il eft manifefte qu'elle fc réduit 
à enfeigner la neceffité d'une grâce efficace; 
^ui n'eft pas toujours {^éfente. Les quatre 

au? 



tutres ne fè trouvent point dans le livre 
de Janfenius: jamais aucun MoUnifte n'a ofé 
accepter, le défi qu'on leur a fait de les y mon* 
trer : on leur en a même produit des propo- 
fidons toutes contraires. Ce petit embarras 
eblisea les Jefiûtes & leurs pariti&ns à çhan- 

E de langage, & après avoir fait décider par le 
_^& par beaucoup d'cvcques, que les cinq, 
nropoiicions étoient dans Janfenivs, & avoir 
w eux-mêmes par la plume de leur P. An* 
Aac qu'elles y etoient mot pour mot tots* 
detKt verUs.^ ils fe reduifirent à fbutenir^ 
^'élles s'y trouvoient feulement quant au mau- 
vais fens, au fcns condamné, de manière qu'elles 
étoient, difoient-ils, un abrégé de tout lely- 
fieme de Janfenius. Lorfque le Dôflrur Cor- 
ner, quieneft le véritable auteur, & qui en a 
iâbriqué au moins quatre, les produifit au 
jour èc les dénonça en Sorbonnc, c'éroit tour- 
te auore chofè ; il ne s^agit pas de Janfenius^ . 
-difoit-il alors pour ne pas effaroucher les de- - 
fenfeurs de ce Prélat. Mais tout cela n'eft : 
lien } -quand on a des principes de morale * 
rnifH .commodes que ceux des Jefuites, cela: 
donne la facilité de parler contre la vérité ôc 
contre fà confcience , fans cependant fe ren^ - 
ère coupable de menfonge. 

Le M. Voilà une conduite bien étrange, , 
et condamner un auteur pour des chofes qu'il - 
a'a ni dites ni écrites , & de lui attribuer de * 
mauvûfes propoûdons, qui ne font, dit- on ^ , 
qu'un abrégé de toute fàdodrine, mais abrég- 
ée &it par fes ennemis déclarés. Cela feul ' 
Siffiroit pour donner à toute perfonne équita- - 
bk une afTcZ; mauvaife opinion de cette ^fKii- 
le du Formulaire. Car u le livre de Jav-icnius;-^ 
cftjtout rempU des. erreurs des. cinq propoûr 
Aa 6 ~ ' tions.v 



56+ VerhfnnJuefejfJIble.Eî^rJSi.XX. 
tions , il eft impoffîblc qu'il ne fc trouve une 
multitude depaflàgesoùces erreurs foientchi- 
rement exprimées : c'étoit ceux là qu'il falloir 
choilirpour les faire condamner fous fonnom; 
& fi on en avoit trouvé de tels, on n'aurait 
pas manqué de les faire condamner. Mais 
j'avois une autre but dans la queftion que je 
vous ai faite. Je voulois favoir pourquoi te 
Jefiiites employoient tant de détours pour ve- 
nir à leurs fins : pourquoi fabriquer des pro- 
pofitions équivoques, qui prefentent un maur 
vais fens, & qui font fufceptibles d'un boa y 
& enfuite les faire condamner fous le nom 
d'un Auteur dans lequel onne les trouve point?' 
Que pretendoient-ils par toutes leurs intri- 
gues .> 

Le C. J'ai déjà eu Thonneur de vous 1er 
dire : leur but étoit de faire régner dans TE- 
glife le pernicieux fyftêmedu Molinifme, & 
de faire condamner la doftrine de S. Augu- 
ftin. Pour en venir là, pouvoient - ils s'y 
prendre plus habilement qu'ils n ont fait ? 

Le M. Du moins ils pouvoient aller à leur 
but par un chemin plus court : ils n'avoicnt 
qu'à taire avecMM.dePort-Royal comme avec 
le P. Quefnel. Ne pou voient-ils pas choifir 
dans le livre de Janfcnius, ou dans ceux de MM.' 
de Port- Royal un nombre de propolitions, 
qui auroicnt exprime d'une manière fimple& 
bien claire les points de dodrine qu'ils vou- 
loicnt faire condamner, comme la necelTitc 
& l'efficacité de la grâce , la toutepuifFancc 
de Dieu fur les cœurs des hommes, 1 obliga- 
tion d'aimer Dieu en toutes chofes, & a'agir" 
toujours par l'impreflion de cet amour, & 
ci'aiitrcs vérités ien^.blablcs. Alors ils auroicnc 
été en état dç poulTer vigoureufement MM* 

de 



rèrit/renéte Jenfible. Entr. XX". f(r^ 
de Pon-Royal, & de leur dire : Vous êtes 
hérétiques, parce que vous foutenez. telle & 
tdle erreur , qui eft condamnée par le Papeôc 
par les évéques. 

I#f C. D eft vrai que ce moyen dont voui 
parlez, étoit le plus court & le plus naturel ; 
c'cft celui que TEglife a employé toutes les 
fins qu'il a etéqueftion d'étonf&r quelque he- 
refie. On a commencé par s'alTurer de k 
doârine des Novateurs , on les a convaincu 
d'erreur en comparant leurs fentimens avec la 
fin enfeignée dans l'Eg^fe^ & lorfqu'ils font 
demeurés opiniâtres, on a prononcé unecon- 
dtmnation contre eux. Telle a été de tout 
Itms la conduite de ceux qui . attachés à la 
foi de r£gliiè & animés de ion efprit , ont 
combattu les auteurs des nouveautés. Si le 
Molinifme étoit l'ancienne doârine de l'E-* 
riiTe y fi la doârine de MM. de Port«Royal 6c 
œ ceux qui fe tenoient attachés à eux, étoit 
une herefie naiOànte & un- amas de nouveau^ 
tés pernicieufes^ rien n'empêchoit qu'on ne 
pocedât à leur condamnation félon refprit£c 
les règles de l'Ëglife.^ Mais une conduite fi 
Aroite, fifimple, fi lumineufe & fi convena- 
He à des hommes qui ne defendroient que la 
vérité , ne pouvoit être du goût des Jefuircs; 
te en effet elle ne convcnoit pas à leurs de^ 
fÂm. 11 n'étoit pas encore tems de lever le 
mafque, & d'attaquer la vérité à découvert ^ 
en faifant condamner des propofitions telles 
que nous les voyons dans la Bulle : la dodri^ 
ne de S. Auguftin étoit trop univerfeilement 
^pedée: on fefouvenoit trop bien de la dat- 
te du Molinifme , & la tache infamante de 
nouveauté qu'il portoit fur fon front , étoit 
cpcore trop fenfibk pour ofer le présenter con> 
^ ' Aa 7 me 



en un mot il ne nlloit pas moins qw 
nées de préparatifs & de travaux^ d 
& d'intrigues d'une Société puiflanti 
& accréditée 9 pour enfanter une pj 
monftrueuiè que la BuUe Unsg/tmt$is , 
élever cet édifice, & cette citadelle i 
cette Tour de Babel qui femblè" me 
cid. 

Le M. Mais dites moi encore je v 
pourquoi ils faifoknt confifter Thei 
prétendus Janfèniftes y à. ne point coi 
les cinq propoûtions comme étant i 
nius & dans le fens de J^nfenius. ( 
bien en faire accroire au commun d 
mes, & leur brouiller la cervelle fu 
tieres de théologie^ mais toutes les p 
qui entendoient le latin pouvoient s'afl 
elles-mêmes, fi les cinq propofitionî 
dans Janfenius^ & comme on ne les 
voit pas, cela éroit capable de don 
mauvaife opinion de ceux qui cond 
toute ceire afiaire. 

Le C. Vous vous tromneT. forr. 



VetHf f9nJk9 itnfOfk. Entr. XX. 5^7^ 
x>nipenfo temporelles. La connoifTance de 
a vérité ne ferviroit même fouvent qu'à les 
mbarraflèr , parce qu'ils n'auroient pas le- 
courage de la fuivre. Âinfi les Jefuites â« 
voient fort bien ce qu'ils âdfoient, quand ils 
RDfiBnnœenfi toute l'herefie des Jaafeniftes dans 
«a mots mjrfterieuXy U fins de Jaufimns^Sc 
ffils pourfuivoient comme fufpeâs d'hereûe 
tous ceux qui refufoîent de condamner les 
dl^. propoiitions dans ce fins de Janfinius^ 

Ëxi ne vouloit point leur expliquer. G» 
politiques n'ignoroient pas que le bm de 
Jtnfenius n'étoit autre que celui de S. Augu-> 
mn, & que VAugufkinus de ce Prélat ne ten* 
kha qu'à état>lir la neceifité d'une grâce effi» 
oce par elle même. Se par (à nature, d'une 
poe qui n'attend pas le confentement de la 
folonte, mais qui opère elle-même ce con- 
fetement, en un mot d'uneerace qui ne tire 

Elbn efficacité de la fineite de Dieu & de 
habileté à faifîr les bons momens, mais 
de là toutepuifTance & du fouverain domai* 
ne qu'il exerce fur toutes iès créatures : ils 
comptoient bien , qu'après avoir perfuadé 
tout le monde, par le moyen du Formulaire, 
de l'hereticité de la doûrine de Janfenius, il 
leur fcroit aifé de fiiire voir clair comme le 
jour, que ce Prélat n'enfeigne autre chofedgns 
tout fon livre que la nçceffité d'une grâce ef- 
ficace, & d'en conclurre que c'étoit là ITie- 
refie abominable qu'on avoit voulu déraciner, 
en obligeant tous les defenfeurs de la grâce 
sflkace à (îgner le Formulaire, & à condam* 
icr les cinq propoiitions dans le fens de Jaiv* 
cnius. MM. de Port-Royal prevoyoient cet 
ùsgt que les Jcfaices vouloient faire du For-^ 
Oiuaire^ & c'eft ce qjû les rendoic li fermes 

à 



f6% Vérité rendue fenj!hle. Ektr. X2& 
à en rcfufèr la fignacure pure & fimple. Ib^ 
offi-oienc de condamner les cinq propofitioni 
quelque part qu'elles fe trouvaflent , & de A 
renfermer dans un filence refpeBueux fur & 
fait de Janfenius. ceft^à-dire de garder lefi- 
Icnce fur le livre ae ce Prdatpar refpeA pouF 
l'autorité du Pape & des évêques : ils coih 
fcntoient même à figner le Formulaire, pourvu 
qu'il leur fût permis de joindre une pareille 
explication à 4eur (ignature. Mais \x Coar 
de Rome écoit choquée de ce qu'on hefitoic 
à croire Janfenius coupable fur fa parole ^ft 
le P. Annat n'avoit garde d'être content dW 

i pareille fignature, qui enievoit à la Sodetfi 
es grands avantages qu'elle pretendoit- tires 
du Formulaire. &*ne reftoit plus qu'à eiD- 
ployer les voies de fait & la violence ouverte^ 
aum ne furent-elles pas %)argnées. 

Le M, Les fou£Rrances des- ierviteurs da 
Dieu, &> fur tout de ceux quicombatteoc 
pour la foi , font precieufes à la pieté. No» 
vous prions donc de vouloir bien nous doo* 
ner quelque idée de cette perfecution du Fcmp- 
mulaire, & des violences qu'on exerça con« 
tre tous ceux qui demeurèrent fidèles à bit 
devoir. 

Le C. Je le veux bien , mais à condition qtM 
ce fera en abrégeant extrêmement. Après 
que le Roi , dans fon lit de julHce , eût oWig^' 
lérj- ^^ Parlement d'enrcgiflrer la Bulle d'Alexaih 
dreVlI. qui decidqit que les cinq propofîtionf 
étoient dans Janfenius & condamnées dans k 
fcns de Janfenius , le Formulaire drefïe par l'ytf. 
femblée du Clergé fe trouva en quelque for- 
te autorifé j il fiit reçu par prefque tous la 
évêques du Royaume, qui en firent uiâgç 
chacun félon leurs vues ^ feurs lumières ou leuia 

prc* 



VéfiÙ rendue finfthle.Eririi.XS:. ^^ ' 
ffcventions. Ceux qui avoient donné leur- 
xmfiance aux Jefuites ^ou qui cherchoient dans 
e crédit de ces pères un moyen de fatisfairé' 
leur ambition, eurent foin de fe fignaler, e» 
erigCMit rigoureufement la lignature du For- 
mulak-e, & en perfecutant fans relâche ceux 
qui ne pouvoient fe refoudre à affirmer un faic 

În leur paroiCToit faux ou au nx)ins douteux, 
ous pouvez penfcr que cela donna lieu àr * 
tourmenter beaucoup de perfonnes dans les 
difièrentes provinces du royaume. Mais le 
fan de Torage tomba fur Paris, où fe trouvoient 
MM. de Port-Royal & un grand nombre de 
ceux qui:leuif étoient unis. On commença 
pff difperfer tous les pieux folicaires qui de- 1660I 
tenroient à Port-Royal des champs, & les 45^1. 
çoiaDs qu'on élevoit dans cetee maifon ou dans 
fa environs: enfuite on fit fortir toutes les 
^fcnfionnaires , les poftulantes & même les 
BQrices qui avoient déjà pris Tbabit de religion t 
kl pieux ecclefiaftiques qui s'ccoient conâcrés 
«1 fervice des religieufes , & fur tout M. Sin* 
glîn qui eaétoit regardé comme le chef, de- 
pois que le Carditul de Retz. Tavoit fait Su« 
yerieur des deux maifons , furent obligés de 
« enfevelir dans la retraite pour éviter l'exil ou 
k captivité. En un mot les religieufes de PorD- - 
JRoyal de Paris & des champs fe virent tout 
*^iin coup réduites à un abandon prefque total 
4xL côté des hommes , n'ayant plus d'autre 
xeffi>urce queceUe qu'elles trouvoient en Dieuj 
Bid'autres fecours extérieurs , que ceux qu'el- 
les trouvoient dans l'intérieur de leur maifon: 
Ctr^on leur donna pour Supérieurs Se pour con<^ 
leflèurs de zélés Moliniftes , qui employoient 
tous les moyens imaginables pour les ieduire 
ÛL pour les abattre ^ ôc onavoit grand fbin 

dû: 



y7<^ Vffité rendue fènJibU. Entr. XX: 
de ne kiflèr approcher de leur maiibn aucuo^ 
de ceux qui auroientpules foutenir & lescop- 
fcler. Alais ce n'étoitlà encore que le com- 
mencement des maux qu'on leur preparoit* 

lue M, Et que pouvoit - on faire encore i 
de pauvres religieufes^ après leur avoir oté 
tour fecours & toute confoktion, ôc les avoic 
réduites en quelque forte à être prifonnicro , 
• dans leur maifon .? Je m'imagine que ce de- 
voit être un grand fiijet detriiteffe à ccsfiin- 
tes filles de fe voir enlever lesSireâeurs éclah- 
rés dont le miniftere leur avoit été fi udle» 
& que la M. Angélique fur tout devoit être- 
penetrée de douleur, en voyant les efforts que 
l'on faifoit pour détruire une œuvre qui bi 
avoit coûté tant de foins , tant de prières, tant 
de larmes & de travaux. 

Le C. Cette admirable religîêufè fit paroltn 
en cette rencontre combiea étoient enraci- 
nés dans fon cœur les fentimens de foi, de 
confiance en Dieu & de charité envers le pro- 
chain , dont die avoit donné pendant toutefr 
vie de$ preuves fi éclatantes. ÈUe regarda tous^ 
les efforts des hommes comme le bourdomiçr 
ment de quelques mouches qui volent, & 
die ne fut eflfrayée que par la crainte que fis 
£lles ne fiffent pas un aOèz faint u£ige de it 
grande grâce que Dieu leur faifoit, de fouf* 
frir perfecution pour la vérité. Sa grande f» 
là rendit immobile au milieu de toutes ces ^ 
tations^ mais fon cœur ne put être inlênfibk 
aux cris, aux larmes & aux fanglots de cette 
multitude de penfionnaires , de poilulantesSc 
de novices qu'on arrachoit de fon fein pour I0 
expofèrà tous les dangers du fiecle^ fon corps 
àt]% affoiblipar les aufterités ne put fuppa^ 
1er une. douleur, il fenfible: elle tomba xnalt- 

ai 



Vérité rendue fenfbh. Ejmtr. XX. 571 
de , & inourut au bout de queloues mois. 6. Anûc. 
Elle fut âinfî. la première viâime ce la cruel-^ ^^^i. 
kperiêcurion que foa Monaftere alloic éprocK 
ver. &dont Dieu voulut lui épargner le trifte 
&eâ»cle. Car après fa mort la violence ne 
fit que croître de plus en plus : on voulut obli- 
ger les rel^ieuiés à figner le nouveau Formu- 
iure ^ & comme elles ne voulurent le faire 
qu'en déclarant qu'elles ne pouvoient prendre 
aucune part k la condamnation de Janfcnius 
le deibn livre 9 promettant de s'en tenir là- 
delTus au ûloice refpeâueux qui étoit la feule 
cho(è qui convînt à leur fi tuation : une déclara- 
tbn fi pleine de droiture & de fincerité, fut re«^ 
gardée comme une preuve de leur attachement 
ta Janfenifme^quoiqu'en même tems elles fiflènt 

gofeffionde condamner les cinq propofitions^ 
; toutes les erreurs que l'Eglife condamne. Le 
nouvel Archevêque de Paris M. de Perefixe 
fîit chaîné de punir cette prétendue révolte, 
& il s'en aquitta, comme un fidèle exécuteur 
des volontés du P. Annat. Après leur avoir 
interdit l'ufage des Sacremens , il enleva en ,5^. 
diffèrenstems de Port-Royal de Paris feize des 
principales religieufes , qu'il croyoit être plus 
capables de fortifier les autres, & les difperfâ 
dans différentes maiibns où elles furent etroi- 
tetncnt refferrées : l'Abheffe & la Prieure é-. 
toient de ce nombre, avec la M. Agnès & les 
autres que leurs lumières , leur courage & la 
fermeté de leur foi diftinguoient du rcftc de 
la Communauté. A la place de celles qu'il 
tvoit enlevées , il introduiGt à Port-Royal pour 
Supérieures ou plutôt pour Geôlières de celles 
qui rdloient , fix religieufes de la Vifitarion. 
origées par les Jefuites. Vous pouvez vous- 
fligurer tout ce qu'ont à foufinr de pauvre». 

relfc. 



57» Vetïti rendue fenfihU. Entr. XX\ ^ 
rdigîeufes dans un état fi violent, deftituéa 
des perfonnes en qui elles ont confiance, «• 
duites à des Supérieurs & des direâeurs qui 
les accablent d'injures & de menaces, & qpî 
exercent fur elles une tyrannie infupportaWc,. 
fans s'embarraQer des troubles & des petna 
de confcience qu'ils leur caufent, calomniées 
par leurs ennemis, trahies par quelques-una 
de leurs foeurs, & livrées à des perfonnes^ ani^ 
mées d'un faux zèle de religion. 

Le M. U faut être pou0e par une paffioa 
bien violente , pour exercer dô pareilles cruautés 
fur des filles qui n'ont aucun moyen de it dé- 
fendre ; & cela fans qu'on puiffe leur reprocha 
autre chofe, fi non qu'elles craignent de blet 
fer la vérité & la fincerité , en affirmant 
que cinq mauvaifes propofitions font dans un- 
livre latin qu'elles n'ont jamais lu. Quand 
elles figncroient ou qu'elles croiroient que 
Janfenius a enfe^né de herefies , en feroicn^• 
elles meilleures catholiques ? & les Jeluitesau- 
ront-ils grand fujet de triompher , quand ils au- 
ront extorqué par des violences inouies la figna» 
ture de quelques religieufesPMais peut-être n'ont 
ils pas même eu cette miferable confolation. 

Le C Bien au contraire, ils n'en ont ea 
que de la confiifion. La grâce de Jefus-Chrifli 
attaquée par: les Jefuites, a fait connoître & 
force invincible en triomphant de fes enne-. 
mis par les inftrumens les plus foibles : elle a 
transformé de fimples filles en de braves guc^ 
riers , & elle leur a infpiré.une (àgeflè & un cou* 
xage admirable.D'environ quatre-vmgt reUrâh 
&s que renfermoient les deux maifons de Fort' 
Royal, il y en eut plus des deux tiers qui-é* 
viterent tous les pièges c^oa leur tendoitfiû» 
edlb,.& qui ne prirent aucune {kutC à. Tini^ 

qob' 



Vnitf rendue fenfible. Entr. XX. 57}' 
fulté du Formulaire ^ & la plupart même de 
cdles qui avoient fuccombé fous la violence 
ou (bus les artifices des perlècuteurs ^ recon* 
mirent leur faute, la pleurèrent & en firent 
une grande pénitence. De cette forte les con- 

S êtes de M. de Perefixe fe reduifirent à dix 
es, dont les unes s'étoient gâtées par l'am* 
tûdon d'être AbbeiTes, & les autres étoient 
dn imbecilles ou des efprits fbibles. Mais 
cet Archevêque^ ne voulant pas en avoir le 
démenti, s'avifa de tranfportcr à Port-Royal 
des champs toutes les religieuics qui ne vou- '^ffî 
lurent pas entrer dans fes vues, & là il les 
tintpriîbnnieres dans leur maifon , en y éta- 
blÙ&t une garniibn de quatre garclesducorps^ 
i?cc deux Ecclefiaftiques & des tourrieres , 
pour empêcher qu'elles n'euffent aucune com- 
munication au dehors. Elles demeurèrent 
dans ce pénible état pendant quatre ans envi- 
loa, privées des Sacremens & de tous lesfë- 
cours extérieurs de la religion durant la vie& 
à la mort, n'ayant pas même la confolation 
de chanter l'Office diyin , expo£ees à efluyer 
de la part des Ecclefiaftiques qu'on leur avoit 
donnes toutes fortes de duretés , & même à 
voir dans les dehors de leur maifon des fcan- 
dales auxquels elle ne pouvoient remédier. 
Td ctoit le traitement qu'on feifoit éprouver 
aux plus faintes religieufes qui fuflent alors 
dans TEglife. Mais fi elles étoient deftituées 
d's^puis humajns, elles avoient un puifiànt 
proteâreur en la perfonne de Jefus-Chrift l'E- 
poux des vierges chrétiennes, qui les remplif- 
Ibit d'une joie continuelle & d'une fermeté 
idmirable , comme on le voit dans les diffé- 
rentes relations que ces genereufes filles nous 
ont kiflées de tout ce qui leur arrivoit alors. 

Elles 



f74 rerii/rifubtefinpbk.EfirR.XSi. 
Elles ne pouvoient pas manquer auffi d'être. ^ 
<:keres à tous les fiddes ferviteurs de Dieu, 8c | 
i tous les defenfeurs delà veriDé, auxquels elles ] 
•donnoientun exemple H éclatant de la patien- • 
ce chrétienne dans lestribdations les plus doa- l 
loureufes. M.Singlin étoitmortle 17. Avril ! 
1664. après avoir vu les commencemens àt 1 
la tempête, & M. le Maître de Saci, ne- | 
veu de la M. Angélique, avoit pris, à It 3 
place de ce ùdnt homme, le foin gênerai ds 1 
troupeau qui étoit alors bien difperfé. Ce -'; 
fidèle difciple du Bon Fafteur ne s'epargnoic 

g)int dès qu'il s^agifToit de fervir lesamesqiie 
ieu lui avoit confiées, ou celles qu'il lui adrefr 
foit même durant le fort de la perfècution. Use 
charité fi genereufè lui procura la récompcn- * 
fe ordinaire des Saints , c'eft à dire , k 
j666. bonheur de foufïnr pour la juftice & pourii 
vérité : il ftit arrêté avec quelques-uns desfb- 
Utaires de Port-Royal, & enfermé àlaBaftà* 
le ^ il y demeura deux ans & demi, parce 
<ju'il refufa d'acheter fa liberté en promettant 
de ne point aflîfter de fes confeils les religieu- : 
fes de Port-Royal. Ce pieux EccIefiafHquc | 
trouva le moyen de fervir l'Eglife même dans | 
fa prifon j c'cft là qu'il a fait cette traduaion | 
de la Sainte Bible en notre langue, tradu- j 
ôion qui eft entre les mains des fidèles & : 
qui a fait de fi grands biens. t 

Le M. Au milieu d'une fi violente tempe- f 
te, que devinrent les autres MM. de Port* î 
Royal, & fur tout ceux qui avoicnt écrit F 
pour la defenfe de la vérité, comme M. Ar- * 
nauld & les autres : car je m'imagine quec'c- [" 
toit ceux-là principalement qu'on auroit bien 
voulu tenir enfermés dans une priibn. 

Le C, Tous fiirent obligés de iè difperfcr 

& 



PMté rendue finphh. Entr. XX. 575 

de fe cacher du mieux qu'ib pouvoient. 
ieu qiu n'abandonne point les Gens, & qui 
ir a promis le centuple au nûlieu même des 
rlècuti^s , fuTcita unnombre de perfbnnes, 
rmi leiquds il 7 avoit des gens de la prc* 
icre quaUté, & même des princes ou prin- 
sflês du fàng royal, qui ouvrirent des afy- 
i à (es bienheureux perfecutés. Par ce mo- 
s M. Amauld, & M. Nicole qui ne le quit- 
Nt point, & les autres théologiens difciples 
e S. Âuguftin^fe virent en état de défendre 
: venté , par des Ecrits pleins de force 5c 
îlumiere: ils dévoilèrent les mtrigues des Jefui- 
I & Tu&ge pernicieux qu'ils vouloient faire 
s k fignature pure & fimple du Formulaire ; 
: ib- donnèrent les preuves les plus convain- 
■Ces de la pureté de leur foi, & de Tinno- 
iice des rcligieufes de Port -Royal. Les 
Dcurs de la pcrfecution étoient jcmbarrafles 

déconcertés par cette multitude d'ouvrages 
i paroîflbient dans le public, mais ils n^ 
?ènaient pas plus traitables : au contraire 
fe portoient de jour en jour à de nouvelles 
dcaaces , ils raultiplioient leurs recherches 
DL de tarir la fource d'où partoicnt ces Ecrits 
i les incommodoient fi fort. Cependant il 
f tvoit pas moyen de demeurer dans le fi* 
m : il nlloit bien dire quelque chofe, pour 
Hfier les traitemens inouis que Ton faifoit 
iflfrir à tant deperfonnes, dans lefquelleson 

decouvroit aucun crime. 
L^ JM, Je ferois curieux de fàvoîr quelles 
uvoient être les raifons fiir lefquelJes on 
ppîiyoit, pour traiter avec tant de rigueur 
e multitude de perfonnes de pieté & de 
is ûvans. Il falloit donc qu'on leur im- 
ât quelque crime vrai oii faux. 

Le 



57< Vertti tendue fenphïe. Entr.XX. 

I> C. On les chargeoit de toutes fortes dt 
reproches : mais dès qu'on en venoit à quel- 
que examen, tout fe reduifoit au refus que 
èifoient MM. de Port-Royal de figncr le 
Formulaire purement & fmiplement. Car 
rAflemblce du Qergé elle-même , & le Pape 
reconnoiflbient publiquement que les prétco- 
dus Janfeniftes ne foutenoient aucune erreur, 
& qu'ils ne defendoient le livre de Janfenim 
qu'en lui donnant un fens catholique: oné- 
toit forcé de rendre témoignage à la fainteté 
de leur vie aufE bien qu'à la pureté de leur foi; 
& M. de Perefixe avouoit que les religieufa 
de Port-Royal étoient pures comme des Ad- , 
ges. Malgré cela on foutenoit hautement i 
que toutes ces perfonnes étoient criminelles, | 
parce qu'elles refiifoient^i'afiBrmer par (ainenc 
que les cinq proportions font dans JanièniiM^ 
& condamnées dans le fenî de yanfenius. v 
Voilà le crime horrible, voila l'herefieaflBtUr 3 
fe dont ils étoient convaincus par le feul re- 
fus de la fignature pure & fimple du Formu- 
laire. 

Le M. Je ne comprens pas encore quel 
étoit ce grand crime de MM. de Port-Royal. 
Ce n'étoit pas fans doute de ce qu'ils reJu- 
foicnt d'aflurer avec ferment une chofe-qu'ils 
regardoienc comme fauffc ou au moins com- " 
medoutcufe: on ne leur demandoit pas qu'ils ' 
fiffcnt un faux ferment. Tout ce qu'on pou- - 
voit leur reprocher , c'étoit donc de ne pas .. 
croire fermement que les cinq propofiwons j 
étoient dans le livre de Janfenius: falbic il 
pour cela maltraiter des gens dont la foi étoit ^■ 
pure & la conduite édifiante? Il folloit ks 
convaincre par de bonnes raifons , & s'ils ne »■ 
iè rendoient pas , on auroit pu les regarder i 

tojt ■'• 



Vèfitiftwthejenphk. Entr. XX. 577 
goût au plus comme des efprits de travers & 
ks entêtés^ (feft un defiuit, mais cela ne 
rend pas les gens criminels. Enfin je ne vois 
pis fur quoi on pouvoit fonder une accula* 
don de crim« ou dlierefie. 

Le C. Lorsqu'on a pouflë jufqn'à ce point 
là les partions du formulaire , ilsfè fenttrou- 
Tes dans un gnnd embarras & dans laneceffité 
de (t détruire les uns les autres. En effist ,1'E« 
riiiê & le Pape . dii^ent les Jefuites , font 
m&dllibles , rauiftance du Saiat-Efprit leur eft 

rmiiè non feulement pour décider les points 
doârine, mais auffi pour juger du fens 
' des livres & des auteurs ^ ainfi on doit croi* 
le que les cinq propoûtions font dans Janfè« 
Bius, & que k fens de Janfènius eft hereti- 
jue, comme on croit qu'il nV a qu'un fêul 
Oku en trcH» perfonnes. Lcsjefuites, com- 
aie vous voye^ , alloient droit au but : mais 
en voulant à toute force 'rendre hérétiques 
MM- de Port-Royal, ils tomboient eux-mc- 
xnesdans uneherehe manifefte, &avançoient 
une maxime dont on n'avoit jamais oui par- 
\tt. Auffi elle ne fit pas grande fortune, 6c 
«1 vit bientôt paroitre une autre opinion qui 
devint plus à la mode, & qui en déchargeant 
MM. de Port-Royal du crime d'herefie,leur 
imputoit celui de révolte & de defobéiffiui** 
ce. 11 fisiut être ignorant ou malicieux , difoit 
M. de Pcrefixe, pour prétendre qu'on doit 
croire le fait de Janfenius d'une foi divine, 
tdkque nous l'avons pour les vérités révélées: 
--en cda M. de Pcrefixe ctoit d'accord avec les 
mtcndus Janfeniftes contre les Jefuitesjmais 
« exigeoit une foi humaine & ecclefiafiique ^ 
c'jcft à dire, qu'il fidloit félon lui, fouînettre 
fin fintiment avec Jîncerité à cs/ui des /«- 
TQweL Bb fnicurs 



ineiK aexeur isveque, comme ii c< 

•étoit infailliUe. 

J> M. Dire qu'on fbit oUώ d 
foi divine, ce quel'Ëglife ou les. f 
cidenc touchant le fèns d'un livre o 
tetit p&rticulier, cela meparoit ridi 
aurions donc de tems en tems de nou 
clés de foi. Maislefendmcntdela/i» 
me fècnble extravagant: comment pu 
£ui$heiîter,& affirmer par ferment 
que je ne ùx que par des gens qu 
fô tromper, fur tout fi j'ai qudqi 
penfcr qu'ils fe trompent? on poui 
m'obligcr à jurer contre la vérité , 
oui & non fur h même ckofe en difli 
Cela eft infbutenable. 

lae C. Ce font des erreurs învc 
tieceffitc pour foutenir des engage 
l'on a pris. Auffi les defènfeurs de 
maine étoicnt'iis fort embarrafles, 
les preûbit d'expliquer clairement s' 
doient que ceux qui fignolent le f 
'Criiflènt intérieurement & fuflcnt 

. .- T-_r ;.-_ - r.: i i 



VMtirenJui finfék. Entr. XX. $79 
s mie de fort mauvaife humeur, Scelles n'en 
urcDt d'autre reponfe qu'une promeflè de 
nir expliquer les intendons , quand il en a»*- 
oit le tems. Ainfî on traitoit de pauvres 
illcs avec toute la dureté imaginable , corn- 
œ rebdles & defobéiffiintes, tandis qu'on ne 
X)uy(Mt, ou que l'on n'ofoit pas kur dire 
lettement queUe étoit la foumiflion que Tofi 
aôgeoit d'elles. P6uvoic-on juftifier d'un 
naaiere plus éclatante la conduite de ces bon* 
xs rdi^eufes , & de MM. de Port . Royal 
p'on accufoit de les avoir perverties ? Mais 
pieu tiroit la juftification complette de fcs 
crviceurs de la bouche de leurs plus grands 
snoemig, d'ime autre manière encore plus ad- 
nirabie: il ne &]loit pour cela que réunir les 
ureux que faifoient d une part les JeTuites & 
le Foutre les defenfeurs de la foi humaine. En 
jflfet la conduite de MM. de Port-Royal dans 
cette afïàire étôit appuyée fur trois principes, 
qui chacun en particulier étoient foutenus & 
approuvés par le plus grand nombre des evê- 
gues & des théologiens catholiques. i.Il n'eft 
pas permis, difoient MM. de Port-Royal, 
de ugner le Formulaire purement & fimple- 
ment, à nioins que l'on ne croye fagementSc 
fermement le fait de Janfenius : les defen- 
fitirs de la foi divine & de la foi humaine en 
dilbieht autant. 2. L'Eglife peut fe tromper dans 
la decifion d'un pareil fait. Tout le monde 
en convenoit, excepté les Jefuites. 3. On ne 
doit le facrifice de fa raifon qu'à une autorité 
vraiment infaiîlible : cela éroit avoué de tous 
ks théologiens , excepté les defenfeurs de la foi 
humaine. Lesjanfeniftes ont raifon , difent les 
uns,dc ne pas faire le facrifi ce de leur r ailbn à une 
«utorité-qui peut fe tromper. Ils ont raifon , di- 
Bb 2 fent 



Jito . VerMfêfubte fenfihle. EKTR. XX- 
fcnt les autres , de penfcr que rautorité quî t 
décidé le fait de Janfenius a pu iè tromper. 
Us ont raifon, difenc les uns oc les autres, de 
ne pas vouloir afTurer par ferment un fait nocH 
jreau , tandis qu'ils le croyent faux , ou an 
moins dou^ux. Vous voyez comment aa 
milieu des^obrcurciflemens caufés par les pa^ 
fions des hommes, la'divine providence con* 
fervoit encore une lumière capable de coo* 
duire ceux qui cherchoient la vérité avec ua 
cœur droit & lîncere. Mais les perfécuteun 
p'ouvroient point les yeux à cette lumières 
toutes les Apologies de MM. de Port-Roya^ 
quelque folides , quelque lumineufes qu'ellei 
f ullènt , nt diminuoient en rien la violence 
de la perfecutiQQ. La vérité mifè dans fi)a 
plus grand jour n'arrêtôit point les eflfets de 
la violence^ & la violence pQi:^ aux demien 
çxcis n'étouffbit point la vérité. Se n'aflhi- 
bliflbit point le courage de (es defenfèiirs'.aa 
contraire jamais MM. de Port-Royal ne te-, 
moignerent plus de fermeté , de courage 
f£ d'intrépidité ;, Se non contens de défen- 
dre la vérité, ils travailloient encore en ce 
même tems à inAruire & à édifier les fi» 
deles, en traduifant en notre langue le noù^ 
ycau Teflament & les offices de l'Eglift 

Le M. MM. de Port-Rojral rfétoient-ili 
pas approuvés & .fbutenus par un nombre 
aEvequ^ & par une multitude de théologiens. 
Les Jacobins, p^ exemple,& tant d'autres corn* - 
^lunautés &de particuliers, quifaifbientpro- 
feflipn de foutenk la ^ace efficace, n'étoient- 
ils pas réunis avec MM. de Port-Royal , pour 
pmpêchpr que le MoBnifmc ne vînt à pré- 
valoir ? 

if Ç, Emt les évêqucs, il n'y en eut que 

quant 



Vettti rendue fen^ïU. Ektr. XX. 581 
(batre qui £ë déclarèrent hautement pour 
VIM. de Port-Royal ^ & parmi les Ecclefia^ 
{ues & les Religieux, le nombre de leurs de-^ 
cnfiftus, ne fut pas à proportion beaucoup 
dus grand. Toutes ces peribnnes qui fàifoient 
Ivoire de fuivre la doâriûe S.- Âuguftin , ren* 
loient bien juftice dans leur cœur à ces heu-' 
reux perfecutés, mais ne voulant point avoir 
part à leurs perfecutions , elles cherchoient 
Se trouvoient des expediens pour fe mettre à 
'abri. Les uns s'épuifoient en fubtilités fie 
ai chicannespour faire voir qu'ils ne penfoienc 
«8 fur la grâce comme Janfenius , ni comme 
5S prétendus Janfeniftes : ils prétendoient que 
^4M. de Port-Royal alloient plus loin que S. 
Vvguftin, & ils vouloicnt les obliger à fefer- 
rir de termes nouveaux qui favorifoient le 
^olinifme. Des gens de cette efpece ne 
aUbient pas difEcuité de iigner le Formu- 
aire purement & Amplement , & ce n'é- 
oient pas les ennemis les moins dangereux 
ie MM. de Port-Royale D'autres en grand 
■ombre, reconnoiffant Janfenius & MM.cte 
Port-Royal pour de fidèles difciples de S. Au- 

Eiftin, ne laiflbient pas de figner le Formu- 
re purement & Amplement, parce qu'il eft 
certain, difoicnt-ils , que TEglile n'eft point 
îo&illible pour décider qu'un td livre enfei- 
gné une telle erreur ; ainfi TEglife fie fes Mi- 
niftres ne peuvent demander autre chofe de 
ceux qui fignent le Formulaire, finon qu'ils 
condamnent de cœur fie d'efprit les erreurs 
des cinq propofitions , fie qu'ils gardent le fi- 
lence fur h fait de Janfenius , par refpeâ pour 
k Pape fie pour les évêques qui l'ont décidé. 
Avec ces principes fi commodes , ils s'imagi- 
■oient avoir trouvé le fecret d'attraper les J&- 
Bb 3 fui'. 



menfonge & la didimulation ; fie 
cette fauflè prudence, qui dans lefo 
autre chofe qu'un manque de coui 
confiance en Dieu , et oit capable, 
les perfonnes (impies & timides, 
même efprit de lâcheté & d'infidd 
Dieu qui , dans l'afFaire de la Bulle 
tus, a eu des fuites iî funeftes, qui 
trc l'idée de lui joindre des explica 
lui fervir de contrepoifon , & qu; 
toutes ces négociations & ces pr< 
commodément , qui ont abouti à p! 
gliiè de France dans la confuûon & 
verfement gênerai où nous la voyo 
d'hui. MM. de Port -Royal ét< 
éloignés de tomber dans de pareils { 
ils s'eftimoient heureux de combatt 
vérité , & encore plus heureux de fo 
die : . comme leur cœur étoit detac 
tes les chofcs de la terre , la perd 
les aSbibliflbit point , elle ne faifo 
traire que leur infpirer une nouvel 
£*i\s defiroîenr la fin de la nerfen 



reriié rendue fenfible. Entr. XX. 58$. 
ce auflSloin qu'il étoitpoffible, fans manquer 
ni à la vérité , ni à la (inceriré , & ils accei> 
doient en paix que Dieu coaimanddc aux vencs 
& aux tempêtes, iSc rendît le calme à ion 
EgUfe. Ils ne furent pas trompes dans leur 
confiance en Dieu j car cette paix qui paroif- 
Ibit fi éloignée fut rendue à TLglife de Fran^^ 
de' ^ dans le tems qu'on s'y attendoit le 
moins. 

Le M. Apprennex - nous s'il vous fiM^ 
mon cher Pafteur, de quelle manière Di:u 
procura à fon Eglife un bien fi grand & iî 
précieux. Il me femble par tout ce que vou^ 
nous avea^ dit iufqu'à prefent , que cela écoiç 
écraogement oifficile y après les démarche^ 
publique dans lefauelles la Cour de Rome de 
çdlé de France s'etoient engagées à la foUicir 
tadoos des Jefuites. 

Le C. Dieu voulut en cette rencontre coty- 
(der Tes foviteurs. & faire voir à cçux qui 
^cederojent à NIM. de Port-Royal dans la 
çlcfepiê des mêmes vérités ^ qu'il eit le mai^ 
ire de faire triompher , quand il lui plait , la 
ycrité & l'innocence , & que tout moyen lui 
êft han pour produire cet eflFet. Je vous ai 
dit que quatre évêques s'etoient unis à MM. 
dé Port-Royal, & avoient publié des Man- 
dement , où ils s'expliquoient nettement en 
&veur de la dodtrine de S. Auguftin, & ila 
raarquoient dans quelles difpoiltions on de- 
voit.figner le formulaire: ces difpofitions é- 
tûiçnt de rejçtter fincerement les erreurs des^ 
cinq .propofitions , & de garder un ftlence ref' 
fê&ueux fur le fait de Jan&nius. Moyennant 
ces précaution? , ils faifoient figner le Formu- 
laire au bas de leurs Mandemens. Ces Pre* 
lats étoient ce qu'il y avoit de plus refpeâa* 
Bb4 blc: 



<S4 Verit/riné/efimJlhU.EjiirjL.XX. 
ble dans leQergé de France, par la (àintacf 
de leur vie, & par une grande application à 
kurs devoirs : c'étoit M. Pavillon Evêque 
d'Alet , M. de Buxanval de Beauvais , M. 
Caulec de Pamiers , & M. Âmauld d'An- 
gers , frère dujcelebre Dofteur de même nom. 
Quoique en agiilànc de la (brte, ces Prebts 
euiTent porté la cendefcendanceaufliloinqifit 
écoit poiïible, vu le pernicieux uf^e que les 
Jefuices fâifoient dès-lors duFormukire^ ce- 
pendant comme par là les prétendus Janfeni- 
ues étoient pleinement juftifiés , de que k 
JanièniTme fe trouvoit réduit à un phantôme 
d'hereûe. puifque perfonne ne Ibutenoit les 
erreurs des cinq propofitions , les Jefiiices 
furent extrêmement irrites, & attirèrent fur 
ces quatre Prélats l'indignation delà Coorde 
Rome & de celle de France. On entreprit 
de les depofèr, & le Pape Alexandre VIL 
nomma neuf CommiiSdres pourinifaoûreleor 
procès ^ mais comme cette Commiffion étoit 
tort odieufe & contraire aux r^es de l'^p^ 
fe, fdon lefquelles un Eveque ne peut m 
jugé que dany le Concile de fa province, corn- 
polë au moins de douze évêques , quàqucff" 
uns des prélats nommés refiifoent la Com- 
miffion, & d*autres au nombre de dixHMuf 
refolurent de s'oppofer ouvertement à uneptr 
reille entrepriiè. Pour cela ils écrivirent an 
Pape & au Roi des lettres rcfpedueufcs , où ik 
déclarent que le crime que Ton prétend punff 
dans les quatre évêques , n'eft point partictt* 
lier à ces Prélats, mais qu'eux-mêmes, & 
tous les évêques de France en font coupable^ 
& ils foutiennent que les quatre évêque n'ont 
rien dit que de vrai dans kurs Mandemem , 
& n'ont fait que ce qu'ils avaient du faire. Lt 

gcoct 



[ririii nnJbi fenfihU. Emtr. XX. sSy 
leaerofité des dix-neuf évêques ,& le mérite 
des plâtre prélats que Ton voubit pourfuivre 
cmbarraflerent leurs ennemis : le nouveau Pa- 
pe Clément IX. & Louis XIV. fatigués de 
ces difputes qui ne firdflbient points parurent 
difpofâ à prendre un moyen de les paci&er. 
Dès4ors la choie devint ai&e , & par les foins 
de M. Vialart de iàinte mémoire, Evêque 
de Chaalons, & de M. de Gondrin Arche- 
vêque de Sens, on convint avec Rome par 
le moyen du Nonce, que les évêques, fans ■ 
révoquer leur8Mandemens,auxquels on avouoit 
^u'U n'y avoit rien à reprendre , feroicnt fai- 
le dans un Synode de leur diocefe une non- .^ 
vèlle fignature du Formulaire, au bas d'un 
procès-verbal qui contiendroit la même cho- 
fe que leurs Mandemens, & qui fans être im- 
primé demeureroit dans le Greffé de l'Evê- 
ché. Cette afKdre fut traitée dans un grand 
fêcret: Louis XIV. n'en parla ni à fon Ar- 
chevêque, ni à fon Confeffeur j & par ce 
moyen la paix fut prefque entièrement conclue 
«vant que les intrigues desjefuites & de leurs 
partions euffent pu la traverfer. Us firent 
tous leurs efforts pour la faire rompre , mais 
ils ne réunirent pas. Le Pape après avoir de- 
mandé & reçu de nouvelles afflurances de k 
fincerité des iV. évêques , témoigna- être fatif- 
ftit de leur conduite : la paix fut annoncée 
à l'Eglife de France par un Arrêt du Confeil 
d'£tat : on rendit la liberté aux captifs y les 
exilés & les fugitifs fordrent de leur retraite. 
On vit avec admiration ces hommes cachés & 
iavifiblcs depuis fi long-tems: M. AmauldSc 
M. de Saci furent prefentés au Roi qui té- 
moigna l'eftime qu'il faifoit de leur- mérite: 
les rdigieufcs de- Port-Royal^près avoir figné ^66^ 
k Formulaire en. la manière qu'elles avoietK 
Bb 5 tou- 



5*6 Vefit/nndMèfenfibh. Entr. XX. 
toujours o£fèrt de le faire, furent rétablies dans, 
la participation des Sacremens, & lesddxira 
de leur tnaiibn furent de nouveau rq>eupléf 
defaints Ecclefiaftiques, ficde pieux (blicairei 
de tout âge & de toute condition : enfin 
M. Arnauld & M. Nicole te trouvèrent eD 
état de tourner leurs armes contre les enoe* 
mis de l'Eglife, ils combattirent puiflatmneot 
les erreurs des Calviniftes , & continuèrent avec 
TapplaudifTement des Ps^^es , des évêques ft 
de tous les gens de bien , ce qu'ils avoient com« 
mencé de ^re dès le tems de la perfecution. 

lac M, Dans tout ce que vous nous avez 
dit touchant les difputes preiêntes, nous n't*' 
vons encore rien vu de fi conicdant que 
cet événement. Voilà donc MM. de Port- 
Royal reconnus innocens par le Pape & par 
le Roi , déchargés de toutes les accuâtioas 
calomnieufes dont on s'étoit efibrcé de lei 
noircir : les voilà par confequent en état de 
fervir TEglife félon l'étendue de leur zdc & 
de leurs lumières. Je m'imagine que la cod> 
clufion de la paix n'a pas du être fort agresdde 
aux Jefuites , mais qu'en recompenfe elle auift 
été tort avantageufe à l'Eglifc. 

Le C, 11 eft certain que TEglifèa retiré de 
grands avantages de la Paix de Qement IX. 
mais ils ne furent pas aufli grands que voitf 
le croyez.. 11 eft vrai que Rome entra d'afltt 
bonne grâce dans les vues de conciliation, 
mais el^ ne vouloir point paroître reculer, m 
retradér fes démarches précédentes : elle lait 
foit fubfifter cette multitude de Brefs ^ & de 
Décrets injurieux à des hommes dontoleétok 
forcée de rèconnoître l'innocence: elle en- 
veloppoit & tenoit un peu fecrettes les condi- 
tions de II Paix afin qu'il parût que c'étoit une 
coadefcendance jdonc elle uibit, & une -grâce 
^ qu'elle 



Vérité ftmd^e fenfUe. Enth. XX. 58/ 

Îu'éUe iaifoit aux guftcre évêques^ & à MM. de 
^ort-Rpyal , tandis qu'elk ne leur rendoic pas 
mêfhe u^e demie juftice : il s'enialloit bien que 
les ades qu'elle faifbit en leur faveur fudent auffi 
publics & aufii authentiques, que ceux qu'elle 
«voit faits contre eux.- Vous voyez quelle 
iacilité tout cela donnoit aux Jefuites pour 
faire revivre à Rome les anciennes cabnonies, 
& les anciennes idées qu'ils y avoient don* 
nées des Janfêniftes. Il en étoit de même en . 
France. Louis XIV. par un efjfbrt d'efpricou 

Ïlutôt par un coup de providence, s'étoité* 
vé au defTus des préjugés qu'on lui avoit 
infpirés dès fbn enfance contre le Janfenifme; . 
mais fes préventions n'étoient pas entière- 
ment effacées : le P. Annat trouva bien le 
moyen de les réveiller peu à peu. Les pro- - 
meflès que les Miniflres du Roi avoient fai- - 
tes aux médiateurs de la Paix , furent mal ■. 
exécutées : on laifTa fubfifter la Ceniure des . 
Moliniftes de Sorbonne contre M. Arnauid.: . 
on contimu , & on a continué jufqu à pre* - 
fent, d'exiger la fignature de cette monflrueu-- 
& pièce de tous ceux qui prennent des degrés ^ 
en théologie. On ôta aux rdigieufcs àe Pc^rt- - 
Royal la principale 6c la plus confider&ble . 
de Jeurs maiibns , c'cii: à dire celle de Parijt^ , 
pour la donner aux dix ou douze religiciifcs . 

2ui avoient fait ce que defiroit M, de Perc- - 
xe ; & dans le partage des biens qui fut tait 
entre les deux mailbns, la petite Communau- 
té de Paris fut cxtrcmea ent favoriféc. En- 
fin les Jefuites, de concert avec le noir/d lô'jô^'» 
Archevêque de Paris, M. de Harlai, c/igi- 
rent le Roi a donner atteinte en diftcrcnrcs ma'- 
niercs aux conditions de la Paix : ils lui re- 
preiêntercnt M. Arnauid comme.un.Cbef c!e 
Bb 6 parti 



Geneviève de Bourbon^ étant arrtv 
cntrefeites, mit les Jefuites en étal 
i#7^* kntix les effets de leur tnauvaife vc 
prétendus Jjuifeniftcs , & fur tout au 
re de Port-Royal des champs. Ce 
Princefle après avoir vécu félon k 
dinaire des perfonnes de ùl conditio 
trc trouvée enveloppée dans le mt 
guerres civiles, a voit été touchée 
& s'étoit mife au commencement < 
fecution fous la conduite de M. Sio 
M. de Saci : die avoit caché dans 
comme dans un afyle, M. Âmauld 
C(de & d'autres amis de la vérité ; c 
avoir beaucoup contribué à la con< 
la paix, elle s'étott fait bâtir un le 
Port-Royal des diamps , où die i 
auffi fbuvent qu'il lui éà)it poffible. 
fiuice & le mérite pcrfonnd d'une 
teârice fufpendoient les coups qu'o 
portera MM. de Port-Royal, ma 
ayant levé Totaftacle qui arrêtoit U 
mis, on vit recommencer, après i 



mduetinfhk. Entr. XX. 5^ 
de l'oppreiSon. Et en efièc 



refit i retêJke ^ 

entièrement 

comment remédier aiûr maux de l'EglUê, tant 
Qifbn laiflbit.auz Jefuttes la liberté de repan-* 
are impunément le Molinifme & les rdâche- 
tnens de leur morale } & comment la periè- 
cution n'auroit-elle pas recommencé, tandif 
que , par un terrible jugement de Dieu , cei 
ennemis déclarés de la vérité confervoient tout 
leur crédit ? Puifque Dieu a permis tous cet 
évenemens, il eft bon que nous en (oyons 
inflxuits 3 ou du moins que nous en ayions 
quelque connoii&nce , 6c quelque idée ge^ 
neralc. 

Le C. Ceft tout ce que je puis entrepren- 
dre, car le détail en feroit infini. La mort 
de Madame de Longueville fut, comme je 
TOUS Tai dit, le fignal' des nouveaux combats 
livrés à la maifon de Port-Royal & à tous 
lés defenfeurs de la vérité. A peine cette Prin- 
ccflc eut-elle les yeux fermés qu'on fit fortir 
de Port-Royal des champs M. de Saci , avec 
tous les Ecclefiaftiques & les folitaires , les 
poftulantes & les penfionnaires ^ & depuis ce 
tems-là il ne leur a plus été permis d en re- 
cevoir. Cependant la régularité & la (blidè 
pieté' y fubfifterent jufqu'à la fin , fous la con^ 
duite des bons Ecclefi^iques qu on leur don* 
nt^ quoiqu'ils ne fiaflcnt pas comparables à 
ceux qu'on leur ôtoit^ mais la maifon fe dé- 
peupla peu à peu par la mort des religieufes 
qui n'étoicnt point remplacées , & leur nom- 
bre diminuant de jour en jour facilita Tentiez 
rc deftruârion de leur Monaftere. M. Ap- 
nauld de fon côté, voyant que fês ennemis 
ne ceflbient d'obfeder l'efprit du Prince & de 
rebattre fans ceflè leurs anciennes calomnies, 
& voulant d'ailleurs fe confervcr la liberté die 
Bb 7 ' de- 



59<> VefitéunAie renpble.Y.^TK.XX: 

d^ndi^ la vérité 6c Pinxiocjence^ toutes Ici 
fûi$ Que b divine ProvLdeqcc lui en fourii|. 
.rpit locca(ion, reTolut de k banoir volonjtai- 
jreaient de fa patrie de de quitter tout ceqir/l 
. gvoit de plus cher au Qaonde. D vint demea- 
fier/dUns les Pays-bas ^qui étoient alors fbumjs 
au Roi d'Ëfpagae , &: 1^ il paflà les quinzie 
dernières années dç ù. vie dans une pro^ 
4e retraite , menant une vie trifte aux yeux 
de la nature 9 mais liçurjeuiiè^ aux yeux de ji 
foi^ obligé de changer ibuvent de demeure pour 
iè fouftraire à la mreur 51e fcs ennçnius. Q 
1684. fiit-làque Dieului envoya le P. Quéfiiel, pour 
être fa confolation & le compagnon de £1 
travaux. 11 employa le loiûr de ùl retraitjp 
comme il avoit employé tout le tems de û 
vie, c'eft à dire au (îerviee de l'Eglife: kt 
Jefuites le trouvèrent toujours attentif & prêt 
à relever les écarts & les egaremens dans M- 
.quels ils tomboient de tems en tems, % expo- 
1er aux yeux de toute la terre tous leurs crimq, 
toutes les injuflices , les brigandages & kl 
violences qu'ils exercoient jufques dans les In- 
des & dans le nouveau monde, mais fur tout 
.dans le royaume de France. £n un mot^ 
jce grand homme ne ceflà de travailler 
pour rLglife & pour la vérité , & d'éprou- 
ver le? effets de la haine des Jefuites, qu'en 
ccSant de vivre le 8. Aouft 1^94. Le fejour 
que cç defenieur intrépide de la vérité fit dans 
les pays-bas ne fut pas inutile aux perfonnei 
zélées pour la doârinc de S. Auguftin & 
pour la pureté de la morale chrétienne qui 
s'y trouvoient encore en grand nombre : les 
Univerfités de Louvain & de Douai fe reffcn? 
tirent de fon voifinage^ mais il eut la douleur 
en mourant de voir ccUe de Douai ruinée de 

M 



VèrUf rendue fenjible. Entr. XX. 591 
fond en comble Se privée de tous les bon^ 
figées qpx y écoient, par une fourberie diabo- 
lique donc il n'y a que des Jefuires qui Ibient 
capables. Car ces hommes Uvrés à Terreur 
& au menibnge fe fcrvireot du nom m£mc 
de M. Âmauld , & de la confiance que les 
Aeologiens de Douai avoient en lui, pour 
kur toidre des pièges^ & pour les en^^ à 
prouver des theles dreflees avec une malir 
^îté £c tm artifice infini , afin d'avoir exiSaif 
le un prétexte de les opprimer. (Voyez le 
Recueil in §luâgrto intitulé le faux Arnauld.) 
Ces théologiens , qui écoient des hommes 
droits & ûnceres, n'apperçurent point les mar- 
ques de fiiufièté dont etoient remplies les let- 
trés, de l'iinpofteur qui prenoit le nom de M. 
Amauld. Ainfi les Jeiuites réuflirent dans 
leur, deteftable intrigue ; mais tandis qu'ils en 
xecueilloient les fruits , M. Âmauld découvrit 
à tout le monde les auteurs d'une û noire 
impofture , & les moyens qu'ils avoient em- 
ployés, pour la fiairereuffir. Au refte cen'eft 
tii qu'un échantillon de la conduite des Jefui- 
tes, & de leurs faits & gcftes dont M. Arnauld 
a recueilli une partie dans un Ouvrage en huit 
volumes qui a pour titre: luu Morale frafi^ue 
des Jefintes, 

L»e M. Je vous avoue que je ne fijis pas 
extrêmement furpris, devoir les Jefuites met- 
tre en pratique les principes de leur morale. 
Pourquoi ne proriteroient-ils pas , auffi bien 
que les autres hommes, des inventions com- 
modes de leurs auteurs, & des belles décidons 
de leurs Cafuiftes? Après tout que rifquent- 
ils ? piiifqu'ils font aflTurés par des révélations 
indubitables d'aller tous en Paradis : c'eft du 
moins ce qu'un Jefuite de ces pays-ci a dit un 

jour 



ot u UMS 1» racunccc iUL-uicuic. 
cette opinion ridicule & erronée y e 
maximes de la Société ; mais un Jefui 
& plus retorsjque le bon Père. . . lèi 
gardé de la produire dans une con 
cens du monde , qui ne font pas fort < 
Jefuites. Je pourrois vous dire que 
vé en Sorbonne un compagnon aéi 
tant de leur Noviciat, qui avoit li 
idées fur la certitude du fiuut de tou 
bres de la Société. Vous fentex jul 
peut aller, & de quoi l'on eft capab] 
on s'eft mis dans la tête de pareille 
gances , fur. tout lorfqu'il s'agira d 
les intérêts d'une Société qu'on reg 
me favorifée du ciel , & d'obéir à 
rieurs dont on reibeâeles ordres coi 
nés de Dieu. Ainfi il a'eft pas 
que les Jefuites ftfoient portés à d 
excès, & qu'à l'exemple des Phî 
l'ancienne loi, l'envie & la jaloufic 
conduits à fe rendre les perfecuceui 
que tous les ferviteurs de Dieu. J 



t*#»fPr4« rvic «/«t 



Vèritf rendue fenfibk. Enta. XX. yjj , 
un détail, mais fort abrégé, des perfecutions 
que les Jefuites ont fufcitées auz plus gens de 
bien d^ le ficelé paflc*. Vous y verrez 
une multitude innombrable de perfonnes de ' 
tout fexe , de tout âge Se de toute condition 
éprouver les effets du crédit des Jefuites : vous 
T verrez des curés & des chanoines , des re« 
ngieux & des religieufes & quelquefois 
même- des laïques, les uns relégués aux ex- 
trémités du royaume dans les endroits les 
plus- triftes & les plus mal-fains , te au- 
tres enfermés dans des Monafteres , dans 
d'aflBr^ufes priions , dans àt fombres cachots 
avec des fcelerats, & cela pendant des cinq, fix^ 
& doiiTX années ; les un» condamnés contre 
toute juftice à faire amende honorable, ou à 
des amendes pécuniaires, au bannifTement, fit 
auz Galeres^i d'autres réduits à prendre la fui- 
te^ & à chercher leur fureté dans les forêts 
& fur les montagnes, & dans les pays étran- 
ger , au rifque de manquer des chofes les plus 
ncceflàires à la vie. Vous y verrez une fou- 
le d'établiûèmens utiles à TEglife, des ièmr-- 
aaires & des Ecoles, des Univerfités & des 
€oll^;es, des monafteres de l'un & de l'autre 
fexe , & même une congrégation entière de 
pieués filles , tout cela ou détruit & anéanti, Lei fiiiè» 
ou bouleverfé & livré aux Jefuites, non fcu-^^^*'^*^*** 
lemcnt fans le confentemcnt du Pape, mais 
vaù^é fon oppofition & fes plaintes , mais 
toujours fous prétexte de Janfenifme : vous y 
verrez les plus faints évêques de France traites 
avec la dernière rigueur, à caufede leur cou- 
rage invincible à defenclre la liberté de leurs 

^lifcs: 

• VoycTî les Hcxaplcs , VI. col. Xîlî. part- 
art. 3. ou bien la IV. colomne des Hexaples im^ 
- frimce à part XIII. part, page 448. 



59+ Vertféuniue fenfihle. Entr. XX. 
églifes : d'un côté c'eft M. d'Alet à qui (Ml 
enlevé ton Archidiacre &fon Tlieolo^, iSc 
dont on ravage le diocefe après fa mort : aq^ 
autre côté c'eft M. de Pamiers dont on £ûfi( 
les revenus , & qu'on réduit à vivre d'aumô* 
nés; après la mort de ce Prélat, on ruine touç 
le bien qu'il avoit fait dans fon dioceië: on 
i6So. dil'periè tout fon chapitre qui vivoit en Com- 
munauté, &c dans une régularité & une pief 

1682. té admirable , & pour obliger ces pieux cha» 
noines à abandonner ks droits de leur ËglOft 

1683. on exerce contre eux des violences inouïe» 1 
jufqu'à condamner à mort, & faire exécuter 
en effigie, leP. Cerle, celui d'entre eux qu'ik- 

iMs* avoient choifi pour Grand- Vicaire , après h 
mort de leur &int Ëvêque. En vain inno- 
cent XI. l'un des meilleurs Papes qu'on eût 
vu depuis bien long-tems , veut fecourir wt 
d'innocens perfecutés : il eft traité lui-même 

Îiubliquement de Janfinifte & fauteur dn- 
anfeniftes : on caflè ôc on fupprime fes let- 
tres & fes Décrets par des Arrêts du Con&il 
& du Parlement. Pour pouOèr l'infulte car 
core plus loin , on envoyé fur jCç& Ëtats qti 
détachement de Dr^ons qui enlèvent unikint 
M. Gcne^J^'^êq^c qui cfl: fon ftijet , mais qui a com.ba^ 
Snq. de tu la morale relâchée pstr un excellent livrer 
Sg^"* ^ pendant près de deux ans on traite cePifr 
• lat avec une dureté dont on n'uferoit pa9eQr 
vers un criminel. Et toutes ces violeoc» 
s'exercent à l'inftigation desjefuitesqui, fio» 
les en croit , font pleins de refpeâ pour k 
Saint- Père, & engagés par un vœu (pecialà 
lui obéir. 

Le^M, Je croyois qu'au moins les Jefuitei 
menageoient la (Jour de Rome, & qu'ils gar- 
4pient tom'our^ des mefurcs avec le Pape; 

uttis 



rSffk/ renJiif femfiih. Ei^TR XX. jjç 
is', à ce qu'il, paroit, quand les Papes font 
dque démarche contre la Société, elle fait 
ail s'en vanger & leur faire fentir les effets 

£l colère. 

Le C. Oui fans doute, elle eft en état de 
ire trembler & les Papes & les Rois. Cç 
l'il y a de plus étonnant, c'eft qu'ils execu- 
ient leurs plus grands delTeins par une cho- 
auffi frivole que l'accufàtion du Janfeniûne. 
nir perdre fans rcflburce un Prélat, untheo- 
gien ou tout autre perfonne de mérite, dans 
&rit de Louis XIV. il fufiBibit que le P. 

la Chaize, fbn ConfefTeur , lui eût dit que 
t homme étoic Janfeniftc : il n'y avoit plus 

moyen de fe juftifier , ni de fe laver : c'é- 
it comme un verms qui ne pouvoit jamais 
^cer : c'étoit une efpece de crime û fingu- 
fc que l'on pafibit ponr en être atteint & 
myaincu , dès qu'on demandoit en quoi 
ConfîAoit, &quon paroifibit douter de fbn 
lormité. Par ce moyen les Jefuites étoient 
irvenus à répandre la terreur dans lesefprits: 
acra^noit convne le feu d'être accule de 
urfènifme; & leâ évêques les mieux inten- 
onnés & qui avaient le plus d'accès à la 
tour , les cardinaux le Camus & de Coiflin, 1690. 
4. leTellicr Archevêque de Reims , le grand 
loiTuet, & le Cardinal de Noailles lui-même 
raignoient extrêmement de fe voir foupçon- 
és ouaccufés de cette hereGe, dont le venin j^^^, 
c pou voit jimais être clairement expliqué: ils 
fifeétoient de mettre de la diflFercnce entre eux 
c les prétendus Janfeniftes , & pour leur pro- 
re malheur , ils n'y réuffiffoient que trop , tou- 
mrs aux dépens de la fmcerité y & quelque- 
jis aux dépens de la vérité : ils enfeignoient ^^97* 
Qfex haupeqient ks yerûés de la grâce & les 

bons 



UJCS » CilUClCUll UAlid 1 CipilL UU 1X\J 

tome du Janfenifmc. dont les Jefu 
voient pour defoler rEglifc de Fra 
prélats connoiflbient bien l'innocent 
tendus Janfeniftes, mais ils n'ofbten 
bouche en leur faveur, ni faire co: 
Prince Thorrible abus quelesjefuic 
deÉi confiance: enuri mot ilsvoul 
rer deux chofes que Dieu avoit ui 
à-dire feparer la caufedela vérité, 
des defenfeurs de la vérité; ils roug 
MM de Port-Royal , tandis qu'ils n 
les vérités precieufes que ces homn: 
blés avoient défendues. avec tant d 
Vous verrez par la fuite & même 
déjà vu , lorfque je vous ai parlé 
Vnigenitus , quelles furent les funeil 
ces difpofitions dans le Cardinal de 
car les autres que je lui ai joints éto 
plufieurs années avant la Bulle. I 
giens même les plus éclairés prenc 

grès la même route que les prélats 
ort-Royal paroiflbient être morts 
Hne TX)ftcrite oui con(ervir leur non 



VMtt rendue finfhh. Entr. XX. 597 
èolë : prdque tout le monde fîgnoit le formu- 
nre purement & fimplement , en rertu de la 
?vz de Qement IX. qu'on n'ofoit pas nom* 
mer , & d'une diftioâion ou explication du 
Formulaire dont il ne reftoit aucune tra- 
ce (ur le papier où étoit la iignature. Ainfi 
KDut étoit dans une langueur , & dans une dbc* 
œ d'aflbupiflëment kchargique qui paroiffôic 
îBidreàlamort. 

Le M. Mï mon Dieu ! quelle aflreufe fi* 
tuation ! Depuis que vous avez commencé 
à nous entretenir , nous n'avons point en- 
core vu les affaires de TEgUTedans un fi trifte 
Stu: ; car la per&cution me paroit plus avan* 
Igeafè qu'une pareille langueur : les combats 
le ]cs {buffi'ances des defenfèurs de la vérité 
evîemient pour plufieurs perfonnes un prin- 
be de vie & de courage. Je vois bien où 
m va nous conduire. Nous voki arrivés par 
i fuite des évenemens, au temsoù les Jelui- 
9 commencèrent à déclarer la guerre au livre 
n P. Quefeel. Ainfi ce fera la Bulle Unige* 
itus qui viendra mettre fin à la léthargie dans 
iqaelle on étoit tombé par degrés. 

Le .C. U eft vrai que ce fut la Bulle qui 
cheva de convaincre les perfonnes attacha 
lia iàine dQârine,4que le tems des menagcmens 
toit pafle^ mais elle avoit été précédée par 
ind^ufis évenemens qui commencèrent à leur 
Hivnr les yeux. XL. doûeurs de Sorbonno 
les mieux intentionnés , étant confultés fur un 
2ss dexonfcience, donnèrent leur reponfe dans 
igudie ils decidoient nettement que TEgli- «;•«- 
le nlnipolbit point l'obligation de croire le fidt 
IcJanJenius, & qu'il étoit permis d'en douter.. 
^cui étoit très vrai ; mais ce qu'ils ajoutoient, 
aeoaoit à faire croire qu'on pouvoit figner lé 

For- 



59* Verft/rtniitefenpk.'EYirK.XK: 

Formulaire puremem&fîmplement^quoiqiANi i 
doutât du fait de Janfaiius : & ce fecond trti* 
de ne valoit rien. Auffitôt que la dedfion 
des XL. dofteurs fut devenue publique^ dfc 
excita un horrible foulevement de la part dci 
1701. Jefuites & de leurs partiiâns : la Cour & k» 
1703. évêques fc déclarèrent contre le Cas de con» 
fcience : le Cardinal de Noailles preŒi vive- 
ment les XL. dodeurs deretraôer Icurfigof 
turc, & t?ous le firent les uns plutôt, Icsitt-.j 
très plus tard, excepté lefcul M.Petitpiedqa! 1 
la retraâa quant au fecond arricle, mais n» 
quant au premier. Il fut pour ce fujet exd* 
de Sorbonne &,fcxilé à Beaune, d'où il piffi 
en Hollande auprès du P. Queûiel , pour évi- 
ter la prifondont il étoit menacé. Enfin pour 
terminer cette affaire on demanda & on ub» 
tint du Pape Clément XL une nouvelle Bull^ 
qn'on appelle la BuHcFineam^ parce que (fa 
eft là le premier mot. 

Le M, Eh bien cette Bulle ne decidoit-dk 
pas conformément à la paix de Clément K. 
& ainG n'étoit-elle pas fevorable aux prctcn* 
dus Janfeniftes?. 

jLe C. On peut dire qu'elle ne décident n