PlIUelIASED FOR THE
UNlVERSlTi- OF TORONTO LIBRARY
FROM THE
CAi^ADA COUNCJL SPECIAL GRANT
FOR
HISTORY
LA VILLE DE PARIS
ET LES
FÊTES DE LA VICTOIRE
13-14 JUILLET I919
RENE WEISS
CHEF DU CABINET DU PRESIDENT DU CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS
LA VILLE DE PARIS
ET LES
FÊTES DE LA VICTOIRE
13-14 JUILLET 1919
PARIS
IMPRIMERIE NATIONALE
MDCCCCXX
X)
//
REPUBL1Q.UE FRANÇAISE
LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ
CONSEIL MUNICIPAL
DE PARIS
BUREAU
DU
CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS
(ÉLU À L'OUVERTURE DE LA DEUXlÈAlE SESSION ORDINAIRE DE I919, LE LUNDI 23 JUIN).
Uice-F résidents .
Secrétaires.
Trésident M. Emmanuel Évain.
MM. César Caire,
d'Andigné,
Paul Fleurot,
Jean Varenne.
MM. Aucoc,
Georges Pointée,
Georges Fiant,
Grangier.
Syndic M. André Gent.
Chef du Cahimi dit Présidait du Conseil Municipal. M. René Weiss.
Chef du Secrétariat du Président du Conseil Municipal M. Gillouin.
Chef du Sicrétariat du Syndic du Conseil Municipal M. E. Moreaud.
ADMINISTRATION
DE LA
VILLE DE PARIS ET DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE.
Préfet de la Seine : M. A. Autrand.
Secrétaire général de la FréfeBiire de la Seine : M. Au-
BANEL.
Direfltiirdu Cabinet du Vréfet delà Seine: M. Darras.
Préfet de Police : M. Raux.
Secrétaire général de la Préfecture de Police : M. Paoli.
DireÛeur du Cabinet du Préfet de Police : M. Denis
GiNOux.
SERVICES ADMINISTRATIFS.
Directeur des Finances : M. Regard.
DireBeur de l'Enseigiement primaire : M. Lefebvre.
Diredenr des Services adminillratifs de l'Enseignement :
M. Godard.
DireBeur des Affaires municipales 'Ù' du Contentieux :
M. MorlÉ.
DireEleut des Affaires départementales : M. Ferlet.
DireBeur des Travaux : M. Malherbe.
Diredeur des Services d'Arc/jiteffure, des Promenades
'Ù' Plantations : M. G armer.
ïnspeBctir général des Services dArchiteéîure (Ù' d'Es-
thétique : M. BONNIER.
Receveur municipal : M. de Pontich.
DireBeur du Personnel : M. Raiga.
DireBeur de l'InipeBiou générale : M. Jayot.
DireBeur des Travaux du Cadafire de Paris (Ù" des
Contributions : M. Dubost.
DireBeur de lAfiflance publique : M. Mesureur.
Secrétaire général de T Afîi fiance publique : M. Goul-
LEY.
DireBeur de l'OBroi : M. Quennec.
DireBeur de la Caife de Crédit municipal : M. Maze.
DireBeur des Beaux- Arts (ù° des Musées : M. Fal-
COU.
DireBeur du Matériel : M. Labié.
DireBeur des Pompes funèbres : M. Baudry.
DireBeui des Secrétariats du Conseil Municipal (Ù^ du
Conseil Général : M. Dauly.
DireBeur de l'Hymne, du Travail (Ù° de la Pré-
voyance sociale : M. CaZEE.
DireBeur du Difftensaire d 'hj^ène sociale (Ù" de pré-
servation antituberculeme : M. Guillon.
Contrôleur central : M. V^celet.
DireBeur de l'Extension de Paris : M. Doumerc.
DireBeur de l' Approvisionnement prierai de Paris :
M. Clairgeon.
LISTE ALPHABÉTIQUE
DES
MEMBRES DU CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS.
(1919.)
MM.
Achille (L.), négociant, quartier des Archives
(m" arrondissement), boulevard Beaumarchais,
37 {nf).
Alpy, dofteur en droit, avocat à la Cour d'appel,
fiartier de ÏOdéon {vV- arrondissement), rue
Bonaparte, 68 (vi=).
AndignÉ (d'), fiartier de la Muette (xvi' arron-
dissement), rue de Boulainvilliers, 49 (xvi").
Aucoc (Louis), négociant, quartier GaiJlon
{\t arrondissement), rue du Faubourg-Saint-
Honorc, 217 (vm*).
Becret, représentant de commerce, quartier de la
Porte-Saint-Martin (x" arrondissement), boule-
vard de Magenta, 27 (x").
Bellan (Léopold), négociant, quartier du Mail
{iV arrondissement), rue des Jeûneurs, 30 (11').
Brunet (Frédéric), industriel, quartier des Epi-
nettes (xvii° arrondissement), rue Jean-Leclaire,
17 (xvii").
Caire (César), dofteur en droit, avocat à la
Cour d'appel, quartier de l'Europe (viir arron-
dissement), rue de Constantinople, 39 (viii").
Calmels, doiEleur en médecine, quartier de la Sal-
pétriere (xiii° arrondissement), avenue des Go-
oelins, 22 (v°).
Chassaigne-GoyOxV, do£lcur en droit, avocat,
quartier du Fauiourg-du-Roule (vm" arrondisse-
ment), rue Montaigne, 11 iis (viii").
Chausse, ébéniste, quartier Sainte- Margierite
(xi' arrondissement), boulevard Diderot, 168
(xii').
ChÉrioux (Adolphe), entrepreneur de maçon-
nerie, quartier Saint-Eambert (xV arrondisse-
ment), rue de l'Abbé-Groult, 9; (xV).
Dausset (Louis), agrégé de l'Université, quartier
des Enfants-Kouges (m' arrondissement), place
Saint-Georges, 22 (ix").
Delavenne (Georges-Hilaire), négociant, quar-
tier du Grvs-Caillou {vu' arrondissement),
avenue de La Bourdonnais, 3 (vir).
Delpech, tourneur-mécanicien , ^«i/ry/cr </^ Grenelle
(xV arrondissement), rue Fallempin, i (xv°).
Deslandres, imprimeur typographe, quartiet de
Croulebarhe (xiii'= arrondissement), rue Vul-
pian, I (xiii").
Desvaux (Emile), journaliste, quartier d'Amé-
rique (xix* arrondissement), rue des Fêtes, 7
(xix").
Deville, avocat à la Cour d'appel, quartier Notre-
Dame-des-Champs (vr arrondissement), rue du
Cherche-Midi, loi (vi").
Dherbecourt, sellier, quartier de Cligiancourt
(xvm° arrondissement), rue de Trétaigne, 7
(xviii").
DoRMOY, employé, quartier de Picpus (xn° arron-
dissement), boulevard Poniatowski, 6^ (xii").
Duval-Arnould, dofteur en droit, avocat à la
Cour d'appel, quartier Saint-Gem/ain-des-Pr/s
(vr arrondissement), rue de Rennes, 9j (vi°).
EvAiN, avocat à la Cour d'appel, quartier dAu-
teuil (xvi° arrondissement), boulevard de Cour-
celles, 72 (xvif ).
FiANCETTE, employé, quartier du Combat (xix" ar-
rondissement), avenue Moderne, i (xix').
— XII —
Fiant (Georges), industriel, quartier des Arfs-
ù'-M/tiers {m" arrondissement), rue Dupctit-
Thouars, 17 (111°).
Fleurot (Paul), publicistc, quartier du Jardin-
des-Vlmtes (v' arrondissement), avenue des
Gobelins, 7 (v').
Froment-Meurice (François), industriel, quar-
tier de la Madeleine (vin" arrondissement), rue
Albéric-Magnard, 3 (xvi").
Galli (Henri), homme de lettres, quartier de
l'Arsenal (iv° arrondissement), rue d'Offé-
mont, 17 (xvii").
Gay, publiciste, quartiei de la Poife-Dauphine
(xvi" arrondissement), rue de Sfax, 4 (xvi").
Gent (André), publiciste, quartier de la Chapelle
(xvni" arrondissement), rue Pajol, 19 (xYiii"").
Grangœr, représentant de commerce, quartier
de Plaisance (xiv' arrondissement), avenue du
Maine, 174 (xiv").
Habert (Marcel), avocat à la Cour d'appel,
quartier de Kochechouart (ix° arrondissement),
avenue de la Grande-Armée, 40 (xvii'').
Henaffe, graveur, quartiei de la Sant/ (xi\' arron-
dissement), rue de la Tombe-Issoire, 36
(xiv").
JoussELiN, rentier, quartier des Ternes (wn" arron-
dissement), avenue de la Grande-Armée, 64
(xvii").
Lajarrige (Louis), chaudronnier en cuivre,
quartier du Pont-de-Flandre (xix" arrondisse-
ment), avenue du Pont- de -Flandre, 10-12
(xix").
Lallement (Alfred), ancien direfteur d'école
communale, quartier Saint- Ambroise (xi' arron-
dissement), rue Bretonneau, 9 (xx").
Lalou, avocat à la Cour d'appel, quartier de la
Monnaie (vi' arrondissement), boulevard Saint-
Michel, 6 (vi").
Lampue, propriétaire, quartier du Z.'al-de-Grâce
(v° arrondissement), boulevard de Port-Royal ,
72 (v").
Le Corbeiller, avocat, quartier Saint- Merri
(iv' arrondissement), rue de Grenelle, 81 (vu").
Lemarchand (Georges), ancien agent technique
du Service des Travaux de Paris, quartier Notre-
Dame (iv° arrondissement), rue Le Regrattier,
28 (iv^).
Le Menuet (Ferdinand), commerçant, quartier
Saint-Gerwain-lAuxerrois (i" arrondissement),
rue de Lyon, 2 ils (xii").
Levée, industriel, quartier du Palais-Royal [i" 3.r-
rondissement), rue de Rivoli, 176 (i").
LoYAU (Alphonse), mécanicien, quartier du Phe-
hachaise (xx" arrondissement), rue Dupont-de-
FEure, j (xx'').
Massard (Emile), publiciste, quartier de la
Plaine- Monceau (xvii" arrondissement), boule-
vard Pereire, j8 (xvii'').
MiCHAUD (Tony), représentant de commerce,
quartier Nec^r (xv" arrondissement), rue des
Volontaires, 22 (xv').
MiNiOT, dessinateur-graveur, quartier de la Folie-
Mértcourt (xi' arrondissement), boulevard Vol-
taire, j (xi").
MoRiN (Jean), employé, quartier de Bercy (xii" ar-
rondissement), rue de Charenton, 206 (xii°).
Navarre, doâeur en médecine, quartier de la
Gare (xuf arrondissement), boulevard Arago,
18 ils (xiii").
OuDiN (Adrien), dofteur en droit, avocat à la
Cour d'appel, quartier de la ChauRe'e-d' Antin
(ix° arrondissement), rue de Varenne, 86 (ix").
OuDiN (Etienne), quartier du Montparnajie (xiy' ar-
rondissement), rue de Grancey, 2 (xiv").
Paris, ouvrier charron, quartier de la l-'illelte
(xix° arrondissement), rue de Flandre, y-,
(xix").
Payer (André), entrepreneur de travaux publics,
quartier de l'Hopital-Saint-Louls (x.' arrondisse-
ment), avenue des Champs-Elysées, ii4(viii").
Petitjean, fabricant de papiers peints, quartier
du Bel- Air (xii" arrondissement), rue Fabre-
d'Eglantine, 4 (xii°).
Peuch (Louis), ancien direfteur d'école commu-
nale, quartier Sainte- Avoie (ni'' arrondissement),
rue de Turbigo, 30 (ni'').
XIII —
PoiNTEL (Georges), négociant en matériaux,
quartier du Faiihoiirg-Montmarhe (ix° arrondis-
sement), rue Cadet, 3 bis (ix°).
PoiRY, peintre d'enseignes &c décorateur, aiiarfitr
de Javel (xv*^ arrondissement), rue des Ber-
gers, 16 (xV^).
PuYMAiGRE (de). Lieutenant-colonel en retraite,
quartier des Invalides (vii° arrondissement), rue
de Constantine, 7 (vu").
Quentin (Maurice), dofteur en droit, avocat
à la Cour d'appel, qnaifier des Halles (i" arron-
dissement), rue du Louvre, 44 (1"').
Rebeillard, inspefteur départemental des En-
fants-Assistés (E. D.), quartier de Bonne-Nouvelle
(11° arrondissement), rue de Palestro, i (11°).
Reisz, mécanicien, quartier de Charonne (xx' ar-
rondissement), rue deBuzenval, 48 (xx°).
Rendu (Ambroise), dofleur en droit, avocat
à la Cour d'appel, quartier Saint-Thomas -
d'Aquiii (va" arrondissement), rue du Bac,
108 (vii'=).
RoBAGLiA (Barthélémy), Capitaine de Irégate de
réserve, avocat à la Cour d'appel, quartier de la
Sorhonne (v° arrondissement), boulevard Saint-
Michel, 16 (vi").
RoLLiN (Louis), avocat à la Cour d'appel, quar-
tier Saitit-Ui^or {y" arrondissement), boulevard
Saint-Michel, 87 (y").
Rousselle (Henri), commissionnaire en vins,
quartier de la Maison-Blanche (xiii° arrondisse-
ment), rue Halle, 34 (xiV).
Sellier (Louis), commis des Postes, quartier de
la Goutte-d'Or (xviii° arrondissement), rue
Myrrha, 52 (xviir).
Varenne (Jean), journaliste, quartier des Grandes-
Carrières {li" arrondissement), rue de Maistre,
jo (xviii").
ViROT (Paul), ancien receveur de l'Oftroi de
Paris, quartier Sainl-Fargeau (xx" arrondisse-
ment), avenue Gambetta, 117 (xx°).
N. . ., quartier des Batigiolles (xvu° arrondisse-
ment).
N. . ., quartier de Belleville (xx° arrondissement).
N. . ., quartier de Chaillot (xvi° arrondissement).
N . . ., quartier des Champs-E/js/es (viii" arrondis-
sement).
N . . . , quartier de la Place-Uendôme ( !"■ arrondis-
sement).
N. . ., quartier de la Porte-Saint-Denis (x" arron-
dissement).
N. . ., quartier des ^Qiàifre-'L'inffs (xii" arrondis-
sement).
N . . . , quartier de la Roquette (xi° arrondissement).
N. . ., quartier Saint-Georges (ix" arrondissement).
N. . ., quartier Saint-Gervais {iv" arrondissement).
N. . ., quartier Saint-Uincent-de-Vaul (x° arron-
dissement).
N. . ., quartier du Petit-Montrouge (xiv" arrondis-
sement).
N. . ., quartier de /'École-Militaire (vu" arrondis-
sement).
N. . ., quartier Uivienne (11° arrondissement).
AVANT-PROPOS.
Le 14 Juillet i()i^, nos grands soldats é^ leurs héroïques
frères d'armes des Nations alliées, ayant à leur tête les
chefs immortels qui les conduisirent à la viâoire, pafî aient
sous V Arc de Triomphe, escortées par les acclamations de
tout un peuple femifant d'orgueil dr d'enthousiasme.
Avant leur rentrée dans Paris, les Aiaré'chaux Ù' les
troupes étaient reçus par les Kepré'sentants de la Munici-
palité qui, après avoir salue leur uaillance, déclaraient
ouvertes pour eux les portes de la Capitale.
ha ueille, le i^ juillet, d'émouvantes 7nanifeflations
avaient marque" l'hommage de Paris :
Au Tribun qui fut, il y a cinquante ans, dans l'autre
guerre, l'organisateur de la Dejense nationale Ù^ garda
toufjurs, malgré les douleurs de la Patrie, sa joi dans la
'pi§lice imînanente : Gamhetta;
Aux Maréchaux Joffre, Foch, Pétain, à qui firent
remises solennellement sur la place de l'Hôtel- de -%J die les
épées d'honneur offertes par la %Jille de Paris, en même
temps que les fo?nragères aux couleurs de la Légioii d'hon-
neur étaient remises aux délégations des Régiments;
— XVI
Aux morts innombrables qui, par leur sacrifice, sau-
vèrent les libertés du Monde, Ù^ dont le cénotaphe engésous
l'Arc de Triomphe évoquait le glorieux souvenir.
Le Bureau du Conseil Municipal, s'in^irant d'an-
ciennes traditions, a décidé de fixer dans un document
officiel ces grandes heures de l'hi§loire de Paris, inséparable
de l'hifloire de France, é^ il a chargé M. René Weifi,
Chef du Cabinet du Président du Conseil Municipal, de
rédiger cette Relation.
On trouvera en annexes le récit, d'après les journaux
officiels de l'époque, la Gazette nationale é^ le Moni-
teur universel, de la rentrée des troupes à Paru en i8oj,
après les viâoires napoléoniennes, ir en i8j^, après les
uiâoires d'Italie.
LA VILLE DE PARIS
ET LES FÊTES DE LA VICTOIRE.
LES DECISIONS DU CONSEIL MUNICIPAL.
f: 27 juin 1919, veille de la signature des Préliminaires de
paix, dans la Galerie des Glaces, à Versailles, le Ministre
de rinstruftion publique & des Beaux-Arts déposait sur
le bureau de la Chambre des Députés, au nom du Gou-
vernement, un projet de loi portant ouverture d'un crédit de 4 millions
300,000 francs pour la célébration des fêtes de la Viéloire.
Messieurs, disait M. Lafferre, le crédit que nous avons l'honneur de
solliciter a pour but de subvenir aux dépenses qu'entraînera la célébration
de la Viéloire.
Le Gouvernement estime qu'aucune date ne saurait mieux convenir à
cette solennité que celle du 14 juillet. La Nation associera dans son hom-
mage les libertés conquises par nos ancêtres & le triomphe délînitil- du Droit
assuré par nos soldats.
I
2 —
Des retraites militaires ouvriront les fêtes dans la soirée du 13 juillet. Une
veillée d'honneur sera faite autour d'un monument dressé sous la voûte de
l'Arc de Triomphe, en l'honneur des héros tombés pour la Patrie. Devant
ce glorieux emblème aura lieu le défilé des troupes dans la matinée du 14.
Ce défilé, partant de la porte Maillot, gagnera la place de l'Opéra par
l'avenue de la Grande- Armée, les Champs-Elysées & la rue Royale.
La décoration de la voie Triomphale portera principalement sur la place
de l'Etoile où seront élevées les tribunes officielles ^ elle s'étendra, suivant
les possibilités, au reste du parcours & notamment à la porte Maillot & à la
place de la Concorde.
Pendant la journée, des représentations gratuites seront données dans les
théâtres de Paris.
Le soir, la ville sera illuminée; des fêtes orchestrales & chorales seront
célébrées en divers lieux, & en particulier sur la place de l'Opéra; les
Comités de quartiers organiseront des réjouissances publiques à l'aide de
subventions qui leur seront accordées.
Tel est, dans son ensemble, le programme des fêtes projetées.
La Ville de Paris s'associa à l'initiative du Gouvernement. Deux pen-
sées inspirèrent ses Élus à l'heure où ils décidèrent la participation de la
Capitale de la France aux solennités nationales qui s'annonçaient :
honorer les vainqueurs, — les chefs, les soldats, qui allaient passer
sous l'Arc de Triomphe, vision de nos rêves depuis cinq ans 5 honorer
pieusement — cette fête devant, par la volonté de M. Clemenceau,
Président du Conseil, Ministre de la Guerre, garder le caraêlère d'une
cérémonie du souvenir & de la reconnaissance envers les disparus —
les morts dont le sacrifice sauva la Patrie.
Le Bureau du Conseil Municipal vota a l'unanimité qu'une épée
d'honneur serait offerte aux Maréchaux Joffre, Foch & Pétain.
Confondant dans un même sentiment les heureux vainqueurs de
1918 & le grand patriote qui, en 1870, aux sombres heures, organisa la
Défense nationale, & sans cesse « pensa » à l'Alsace &c à la Lorraine,
le Bureau du Conseil Municipal décida que, le 13 juillet, une couronne
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serait déposée, au nom de Paris qui n'oublie pas, sur le monument
Gambetta, place du Carrousel.
Les Élus de Paris tinrent à rendre un solennel & émouvant hommage
aux martyrs de la grande guerre, — viâimes propitiatoires qui tom-
bèrent pour le salut des libertés humaines & ne virent pas les lueurs du
triomphe. La soirée du 13 juillet devait être consacrée a leur mémoire,
& un cénotaphe*'* érigé sous l'Arc de Triomphe. Le Bureau décida que
le Conseil Municipal en corps irait, le même soir, déposer au pied du
mausolée une palme au nom de Paris & s'incliner devant ce monument
évocateur de leur souvenir.
Enfin la Municipalité devait, le 14 Juillet au matin, se rendre, sui-
vant la tradition, à la porte Maillot pour ouvrir les portes de Paris aux
troupes qui allaient faire leur rentrée dans la Capitale.
Par délibération du 12 juillet, le Conseil Municipal, sur le rapport de
M. Devillc, Président de la Commission de l'Enseignement, ratifiait
la résolution prise par le Bureau & la Commission de l'Enseignement
&: des Beaux-Arts concernant les épées d'honneur qui devaient être
offertes aux Maréchaux. Le rapporteur exposa dans quelles conditions
cette décision avait été adoptée :
Le Bureau, disait-il, toujours saisi en l'absence du Conseil, eut quelque hésitation j il
s'arrêta un instant à l'idée d'offrir un autre souvenir qu'une épéc; mais bientôt, sur de vives
sollicitations, il décida de rechercher une œuvre d'art symbolique, qui pourrait être attribuée
à d'autres personnes ayant contribué à la défense de la France & de sa Capitale, Se revint i la
conception de l'épée, signe du chef & emblème de la Viéloire pour les héros militaires : les
Maréchaux.
Et, sur son indication, nous ouvrions un concours pour l'exécution d'une épéc d'honneur
sur un programme soigneusement établi.
Au concours étaient appelés des artistes — ciseleurs, sculpteurs, orfèvres, joailliers —
connus de nous, mais il était en même temps admis que ceux qui le solliciteraient en dehors
de la liste formée par nous pourraient présenter leurs projets.
'" Voir page 45
Vingt-trois concurrents envoyèrent dans les délais fixés leurs propositions, & le jury, con-
stitué par M. le Préfet de la Seine, les examina, sous sa présidence, au Musée Galliéra, le
28 décembre.
Les projets présentés étaient tous intéressants, indiquant non seulement la compétence
spéciale, la recherche d'art, mais aussi l'intelligence parfaite du caradère de l'objet. La seule
réserve qui domina les préoccupations du jury était relative aux possibilités d'exécution , qui
devaient être appréciées à ce point de vue que l'épée d'honneur, souvenir glorieux, était en
même temps destinée à être portée & maniée.
Le jury, qui avait le droit de décerner des primes de 1,000 francs, retint dans ce but dix
piojets, qui furent ceux de MM. Aucoc, Becker, Capon, Nocq, Oury, Roussel, Rozet, Sel-
mersheim, Vermare & Vever. Sur notre demande, il en choisit ensuite trois dont il recom-
mandait l'exécution, à savoir ceux de MM. Becker, Nocq & Vever.
M. Deville, après avoir décrit les épées''', œuvres de MM. Becker,
Nocq & Vever, qui devaient être offertes aux Maréchaux, continua son
exposé en ces termes :
Les trois Maréchaux doivent faire ensemble une entrée triomphale. Mais il appartient à
Paris de les unir dans son hommage magnifique.
On les a entendus tous les trois, dans leur glorieuse modestie, dire : «Ce n'est pas nous
qui avons gagne la viâoire, ce sont nos soldats «les Poilus».
Sans doute, nous voulons nous associer à ce qui est un juste témoignage de l'héroïsme
admirable des soldats français, & nous entendons bien — ce fut notre première décision —
élever un monument superbe à l'immortel anonyme qui personnifie toutes les forces tradi-
tionnelles de la race &c du sol français & aux efforts coUeftifs inspirés par l'attachement à la
terre 8c aux souvenirs & par l'amour de la liberté.
Pour les «Poilus» on ne fera jamais trop. . ., jamais assez.
Mais nous savons aussi que si des chefs ne peuvent gagner des batailles sans des soldats dis-
ciplinés & résolus, les armées ne peuvent non plus obtenir la viéloire sans des chefs qui con-
çoivent & dirigent; tout élément combattant a besoin d'entraîneurs j toute bataille comporte
une préparation, &, en témoignant aux chefs la reconnaissance publique, en retenant leurs
noms, on assure le souvenir de tous ceux qui étaient avec eux.
Les noms sont des points de repère de l'Histoire.
On a donné des noms de viéloires aux Maréchaux de l'Empire; il faut donner aux viéloires
de la République les noms des chefs de ses armées.
Et si les noms de Turenne & Condé, des Maréchaux de Villars, de Luxembourg, de Saxe
& de ceux de l'Empire sont à bon droit inscrits en lettres étincelantes sur l'airain de l'Histoire,
(1! Vo
ir pages 31-35.
il n'est plus aucun de ces noms du passe qui brille d'un plus grand éclat que ceux des Maré-
chaux Foch, Joffre & Pétain, héros de la plus formidable guerre. On trouverait même plus
tard, quand les annales de ce temps seront écrites définitivement, assez de noms glorieux
pour honorer une nouvelle ceinture extérieure de Paris.
Ceci nous amène à proposer de compléter l'hommage que nous rendons en ce moment en
écrivant sur les murs de notre Cité, sur les grandes voies par lesquelles passera éternellement
le monde entier sympathique & curieux, ces noms dans lesquels aussi les enfants épèleront
la gloire.
Cette page d'histoire serait incomplète 8c garderait une partie blanche, ce qui ne s'expli-
querait plus, si l'on n'inscrivait pas en lettres indélébiles, à côté du nom des chefs de guerre,
celui du chef de la guerre, celui du citoyen Clemenceau.
Grand Français réunissant en lui toutes les forces de la race, les vieilles traditions d'héroïsme
de l'ancienne France &c les jeunes ardeurs de la démocratie, patriote tenace, passionné pour la
réparation des injustices & pour la préparation d'un avenir de grandeur, se donnant pour
tâche d'assainir. . ., d'intensifier, galvanisant tous les efforts, supportant le travail énorme de la
guerre, sans lassitude ni relâche, se consacrant ensuite au labeur terrible de la paix, dont on
n'appréciera que plus tard les difficultés & les résultats, — M. Clemenceau, soutenu par tous
les élans spontanés des cœurs confiants, triomphant de toutes les hostilités, sauf du parti pris
imbécile & presque criminel de l'animosité politique la plus misérable, apparaît non seule-
ment comme le libérateur du territoire, mais comme le libérateur de l'Humanité.
L'hommage lui est déjà rendu dans les cœurs ; il se renouvelle tous les jours par les accla-
mations publiques. Il n'y a qu'à le consacrer pour la postérité.
Un autre oubli serait une injustice.
Nous avons voulu, dans notre courtoisie traditionnelle, devançant le jour de gloire, accor-
der notre hommage public aux Nations alhées & à leurs chefs. C'est juste que demeurent
honorés les Chefs d'État qui ont participé à la guerre & à la viéloirc.
Mais nous avons aussi un Chef d'Etat qui a sa place dans l'histoire de ces temps héroïques
Se qui a droit au souvenir &c à l'hommage par le souci de la vérité &c par l'admiration réflé-
chie de tous ceux qui savent & qui pensent.
Le Président Poincaré a été à la tâche & doit rester à l'honneur.
Orateur éloquent, politique avisé, patriote ardent, il a été choisi comme un pilote sur
quand l'orage menaçait déjà.
Il n'a pas trompé les espérances.
Avec la conception sévère de ses devoirs constitutionnels, il s'est toujours conforme aux
indications de l'opinion publique, sans souci de préférence ou ambition de pouvoir person-
nel, pour désigner ceux qui auraient la charge du Gouvernement.
II n'était que leur conseil & leur interprète devant le pays &. l'étranger.
Mais il sut toujours prononcer des paroles nobles & fortes & accomplir des aâions pru-
dentes & habiles.
11 fit appel à l'union quand la guerre éclata, puis tour à tour réconforu le courage de»
combattants, calma les angoisses, affirma les espérances, célébra les héroïsmcs, honora Ic.n
- 6 -
viftimes &, dans son haut & fin langage, après avoir tracé le programme des négociations
de paix, il sut rappeler les sacrifices de la guerre, dégager les leçons de la viéloire &c tracer les
devoirs de la paix.
Déjà les villes libérées & d'autres lui ont adressé leur hommage, mais Paris le lui doit à
bien des titres.
S'il était passionné pour la libération des provinces captives, il s'est toujours montré sou-
cieux de la grandeur & de la beauté de Paris. Il a montré qu'il tenait l'Hôtel de Ville comme
le cœur de Paris qui est le cœur de la France. Il ne laissa passer aucune de nos souffrances ou
de nos joies sans s'y associer, & sa courtoisie habile à su accueillir, retenir & ramener les visi-
teurs amis.
C'est donc à bon droit qu'on trouvera sur les murs de Paris reconnaissant le nom du Prési-
dent Poincaré, collaborateur fidèle & utile de ceux qui ont conduit la guerre «Si assuré la
viftoire.
M. Devillc faisait adopter par l'Assemblée l'attribution des noms des
Maréchaux Foch, Jofire & Pétain, de M. Georges Clemenceau & du
Président Poincaré à des voies publiques de Paris.
r,<c^^rsr^
L'HOMMAGE
DE LA VILLE DE PARIS ET DU DEPARTEMENT DE LA SEINE
A GAMBETTA.
une heure de l'aprcs-midi, le 13 juillet, M. Emmanuel
ÉvAiN, Président du Conseil Municipal 5 M. A. Au-
trand, Préfet de la Seine ^ M. Raux, Préfet de Police^
MM. César Caire, d'Andigné, Paul Fleurot, Jean Varenne,
Vice-Présidents 3 Aucoc, Georges Pointel, Georges Fiant, Grangier,
Secrétaires du Conseil Municipal j MM. Paul Virot, Barthélémy Ro-
baglia, Etienne Oudin, Louis Rollin, Vice-Présidents 5 Fontaine, Le
Menuet, de Puymaigre, Bachelet, Secrétaires du Conseil Général j
André Cent, Syndic des Conseils Municipal & Général, accompagnés
de leurs Collègues des deux Assemblées, se rendent place du Carrousel
devant le monument Gambetta.
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M. Emmanuel Évain, Président du Conseil Municipal, dépose au
pied du monument la palme offerte par la Ville de Paris, puis il pro-
nonce les paroles suivantes :
Messieurs,
Devant celui qui fut le Uerbe de la Patrie en deuil, pas de discours.
y\pres i8yo, quand le ^aive allemand eut séparé du sein de la France
l'Alsace <Ù^ la Lorraine, Ganibetta se recueillit (Ù^, le cœur meurtri, laijia
échapper ces paroles : ce Pensons j toujours, n'en parlons jamais».
Précepte profond, qui nom montrait que, pour une si grande douleur, il n'était
pas de mots capables de la panser (Ù^ qu'un a£ie seul pouvait j parvenir. (Vifs applau-
dissements.)
E/- voici que l'aéte efl accompli. Nom pouvons parler aujourd'hui a haute voix
de l'Alsace (Ù^ de la Lorraine <â^ clamer notre joie : nos sœurs chéries nom sont
rendues. (Applaudissements prolongés.)
Mais Paris n'oublie pas. A l'aube des fêtes de la UiHoire, Paris s'incline avec
une tendrefe mêlée de vénération devant l'image du grand patriote qui jadis nous
inmffla l'espérance invincible.
Uive Gambetta (ù^ vivent l'Alsace (Ù^ la Lorraine l
Uive la République l (Salve d'applaudissements.)
M. A. AuTRAND, Préfet de la Seine, s'exprime en ces termes :
Messieurs,
Les mains pleines de lauriers, nous irons demain a la rencontre des vainqueurs.
Aujourd'hui , nous portons une palme au grand vaincu qui fut l'âme de la
Défense nationale, au prophète ardent de la revanche, à celui qui, dam les heures
les plus néfaffes, fut la plus pure personnification de la Patrie. (Vifs applaudissements.)
Sauver l'honneur, quand tout semble perdu, efî la devise française inscrite a
toutes les pages de notre hifîoire.
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Mais garder dam sa pensée le souvenir silencieux des blejiures, se jurer a soi-
même de n'oublier jamais les provinces captives, les chères disparues; croire malgré
tout a la juHice, quand le mal <Ù^ l'iniquité l' empo)-tent , c> crier sa foi dans
l'Armée nationale, dans les retours vengeurs, dam le triomphe final du Droit,
c'efl un beau programme de vie (â>' qui conduit a l'immortalité (Applaudissements
prolongés.)
yi Gambetta qui n'a jamais douté, jamais faibli, jamais déseïpéré, la France
doit la même reconnaifiance pieuse qu'a ceux qui sont morts pour elle.
Saluons sa noble figure : elle eft maintenant consolée, <ù^ elle nous apparaît plus
fiere, plus rayonnante dans la lumière de ce jour de gloire. (Salve d'applaudissements.)
M. Paul ViROT, Vice-Président du Conseil Général, après avoir dé-
posé la palme offerte par le Département de la Seine, prononce cette
allocution :
Messieurs,
Ce fut en tous temps l'honneur de ce pays de savoir af^ocier aux artisans de ses
triomphes la mémoire de ceux de ses enfants qui, aux jours de détrcfe, se sont refusé
ci douter des delîinées de la France.
Il voit dam cet hommage le symbole de l'unité de l'âme nationale, <Ù^ l'une des
plus nobles formes du culte du Droit.
Le Conseil Général de la Seine vénère trop profondément ces hautes traditions
pour manquer d'apporter aujourd'hui , a côté des Keprésentants de Paris, son souvenir
pieusement ému a Léon Gambetta.
Demain nos troupes viéforieuses laveront la souillure, vieille de cinquante ans,
imposée par l'envahifeur a notre Arc de Triomphe. Quel plus beau prélude
pourrions-nous aujourd'hui trouver a cette allégrejle qu'un pèlerinage au monument
de celui en qui l'Année terrible vit s'incarner l'âme éternelle de la France ? (Vifs
applaudissements. )
IJeffort que ft Gambetta depuis septembre i8yo, avec cette étonnante faculté de
s'imposer qui frappait ses contemporains, après avoir recueilli, au nom de la Répu-
blique, l héritage lourd de fautes de l'Empire défaillant, ne peut se juger à ses
résultats immédiats. Sa valeur se mesure à ses répercufrions lointaines.
lO —
Celles-là, ce sont les viMres de la France républicaine en ipi4 <Ù^ içi8.
C'eff la foi de Gambetta qui, pajlant par Georges Clemenceau, proteffataire
comme lui, a une seconde fois galvanisé le pays; c'eff son indefîruâible volonté de
puifance qui nom a donné la revanche <Ù^ apporté l'apaisement aux âmes en deuil
des Membres de l'Af emblée de Bordeaux. (Applaudissements.)
Soldats de i8yo, soldats de ipi^, hommes d'Etat de i8yo, hommes d'État
de ipi^ <Ù^ de içi8, vous ave^rtom, avec des fortunes diverses, gardé votre foi
au culte de l'honneur. Puisque l'unité d'une Nation eH faite de la continuité de ses
aspirations, proclamons bien haut qu'au même titre, les uns <Ù^ les autres, vous
ave'7 fait ce qui convient pour bioi mériter de la Patrie.
Uive la France! TJive la Képubliquel (Salve d'applaudissements.)
-..tfï
LA REMISE DES EPEES D'HONNEUR
AUX MARÉCHAUX JOFFRE, FOCH, PÉTAIN
ET DES FOURRAGÈRES
AUX COULEURS DE LA LEGION D'HONNEUR
AUX DÉLÉGATIONS DES RÉGIMENTS.
'accord avec le Gouvernement, b Municipalité de Paris
proposa aux Maréchaux de fixer au 13 juillet, 4 heures, la
cérémonie de la remise des épées qui leur seraient offertes.
Le 8 juillet 1919, M. Emmanuel Évain, Président du
Conseil Municipal, leur adressait la lettre suivante
Paris, le 8 juillet 1919.
Monsieur le Maréchal,
Le Conseil Municipal, après avoir pris l'avis du Gouvernement, a pensé
que la remise de l'épée que la Ville de Paris a décide de vous offrir en
l'honneur de la ViiSloirc ferait une digne préface aux Fêtes nationales du
r4 .Juillet.
2.
I 2
Nous venons vous demander, Monsieur le Maréchal, d'avoir pour agréable
la date du 13 juillet, à 4 heures, prévue pour cette cérémonie. Se nous vous
serions reconnaissants de bien vouloir nous assurer que nous aurons le grand
honneur de votre présence.
Veuillez agréer. Monsieur le Maréchal, l'assurance de ma haute considé-
ration.
Le Vrésideiit du Conseil Municipal,
E. EVAIN.
Les Maréchaux Jolîre, Foch, Pétain acceptèrent avec empressement
l'invitation de la Ville de Paris & la date proposée.
D'autre part, M. le Maréchal Foch avait exprimé le désir que les
soldats de la Grande Guerre fussent associés à cet hommage rendu à
leurs chefs suprêmes. Le Bureau du Conseil Municipal, adoptant la
proposition de M. Chassaigne-Goyon, alors Président de l'Assemblée,
décida d'offrir, en même temps que les épées aux Maréchaux, des
fourragères d'honneur aux soldats des Régiments dont la bravoure avait
mérité la fourragère aux couleurs de la Légion d'honneur.
Le 13 juillet, le Palais municipal oc la place de l'Hôtel-de-Ville
avaient reçu une décoration des plus éclatantes.
Partout des drapeaux, de la façade jusqu'au faîte où veillent les porte-
étendards de bronze brandissant leurs fanions d'or. Autour des grilles
d'entrée, dans les baies cintrées de l'entresol, aux portes, aux 'fenêtres
du Conseil & des bâtiments d'angle, de chaque côté de l'horloge, sur
les balustrades & crêtes des toits, aux membrons, entre les membrons
des toits des deux bâtiments d'ailes, aux deux tourelles, au campanile,
au clocheton supérieur du campanile, plus de quatre cent cinquante
étendards de France &: des Nations alliées mêlaient leurs couleurs cha-
toyantes. D'immenses pavois nationaux avaient été hissés sur les para-
tonnerres des quatre pavillons d'angle &: sur les deux paratonnerres des
deux bâtiments d'ailes de la façade.
ii
>
-3
<o
— lA —
Sur chaque terre-plein de l'Hôtel de Ville étaient disposés en hémi-
cycle vingt & un mâts décoratifs surmontés de bannières &c d'oriflammes,
rattachés par une double ligne de câblés vieil or. La hauteur comprise
entre les deux câblés constituait une frise garnie par un lacet à trois
mailles constellées d'ampoules éleâriques. Au-dessus des câblés inférieur
& supérieur, une guirlande de feuillage naturel, doublée par une guir-
lande de ballons lumineux couleur orange, courait de mât en mât. L'effet
ainsi obtenu était celui d'une résille lumineuse tricolore aussi décorative
La décoration des terre-pleins de l'Hôtel de Ville.
(Photographie Excelsior.)
le jour que la nuit. Entre chaque mât, un troisième câblé lamé d'or
retenait la résille dans son plan horizontal.
Au centre de chaque terre-plein se dressait un grand mât de
33 mètres de hauteur surmonté d'un pavillon national de 8 mètres
sur 12.
Ce mât central servait de pivot à un vélum constitué par vingt & une
guirlandes lumineuses & six guirlandes de pavois multicolores. Toutes
ces guirlandes s'attachaient, d'une part, a une corbeille suspendue au mât
&, d'autre part, aux vingt et un mâts.
A chaque coin du monument, des mâts reliés par cinq constituaient
deux grands pylônes, &c ces demiers portaient une ornementation en
forme de carène où se lisaient la devise FliiBtiat me niergitiir Se les dates
A l'entrée de l'avenue Viftoria s'élevait un arc de triomphe immense,
de 25 mètres de long sur 15 mètres de haut, constitué par quatre groupes
de trois mâts ornés de bagues, pommes &: palmes lumineuses, dorées,
dont chacun formait pilastre. Entre les deux pilastres de droite & de
La décoration de l'entrée de l'avenue N'idona.
(Photographie Ex(elsior.)
gauche, l'arc était décoré d'un grand écusson portant le monogramme
R. F. & d'une bannière tricolore. Le centre de l'arc était surmonté des
armes de la Ville de Paris, qui se détachaient sur une auréole en forme
de croix de la Légion d'honneur. Onze grands pavillons alliés se décou-
paient verticalement dans l'arche centrale de l'arc, parmi un rideau de
guirlandes fleuries, drapées sur toute la façade de l'ensemble. Le décor
était complété par des trophées de drapeaux aux couleurs des Alliés.
Les noms des vidoires : Marne, Aim. Yser, Champagne. Argonne. Ver-
dun, y apparaissaient en lettres de feu. Le soir, tout le décor devait
- i6 -
devenir lumineux & être éclairé par plus de dix mille lampes éleâriques,
dont six mille réparties dans les deux vélums, les résilles d'or &c dans
les immenses mâts des terre-pleins 5 deux mille dans les pylônes de la
Ville de Paris &c deux mille sur tout l'ensemble de l'arc de triomphe de
l'avenue Vi6loria,
Devant la porte principale de l'Hôtel de Ville avait été dressée une
estrade de velours vieil or rehaussé de franges d'or, recouverte d'un
vélum à raies blanches & jaunes dont la façade était ornée de faisceaux
de liéleurs & de trophées de drapeaux.
Et là-bas, au loin, dans l'azur, se détachait Notre-Dame, au haut de
laquelle flottaient deux immenses pavillons dominant les sirènes évoca-
trices des jours d'angoisse.
Ce 13 juillet 1919, que devait favoriser la lumière d'un beau jour, dès
I heure de l'après-midi, la foule s'était portée aux abords de la place
de l'Hôte l-de-Ville, impatiente d'acclamer les soldats de la Grande
Guerre & leurs glorieux chefs. Les Délégations des régiments occupaient
seules le centre de la place. Les speâateurs, massés autour & tout au
fond de cette place, formaient une sorte de décor vivant encadrant le
décor d'art. Ils étaient partout, debout sur des installations de fortune, —
tables, chaises, tréteaux, échelles, — penchés par grappes à toutes les
fenêtres des immeubles avoisinant la place, perchés jusque sur les toits,
& pendant des heures entières, à l'arrivée de chacun des Maréchaux,
à celle du Président de la République, tandis qu'on décorait les régi-
ments ou qu'on leur remettait les fourragères, ces hommes, ces femmes,
ces enfants, confondus dans un même sentiment, manifestèrent en des
clameurs ardentes leur joie & leur enthousiasme.
MM. Emmanuel Évain, Président du Conseil Municipal 5 A. Au-
trand. Préfet de la Seine ^ Raux, Préfet de police 5 Robaglia, Vice-
Président du Conseil Général, remplaçant M. Jean Martin, Président
du Conseil Général 5 les Membres du Conseil Municipal & du Con-
seil Général, se tenaient sur l'estrade & recevaient à leur arrivée les
personnages officiels & les Représentants du Corps diplomatique.
- 17 -
On remarquait, au premier rang, les iMaréchaux Joffre, Foch
&: Pétain.
Avaient également répondu a l'invitation de la Municipalité de
Paris :
M. Antonin Dubost, Président du Sénat; M. Paul Deschanel, Président
de la Chambre des Députés; M. Mandel, Chef du Cabinet du Président
du Conseil des Ministres, représentant M. Clemenceau qui, obligé de
Le Maréchal Joffre, au moment où i! gravit les gradins de la tribune officielle,
reçoit les souhaits de bienvenue de M. Emmanuel Evain, Président du Conseil Municipal.
(Photographie Exctlùor.)
s'absenter de Paris, s'était excusé auprès du Président du Conseil Municipal
de ne pouvoir assister à la cérémonie; M. Nail, Ministre de la Justice;
M. Stephen Pichon, Ministre des Affaires étrangères; M. Pams, Ministre
de l'Intérieur; M. Klotz, Ministre des Finances; M. Georges Leygues, Mi-
nistre de la Marine; M. Lafferre, Ministre de l'Instruftion publique & des
Beaux-Arts; M. Claveille, Ministre des Travaux publics; M. Clémente!,
Ministre du Commerce & de l'Industrie; M. Noulens, Ministre de l'Agri-
culture & du Ravitaillement; M. Henry Simon, Ministre des Colonies;
M. Colliard, Ministre du Travail & de la Prévoyance sociale; M. Louchcur,
- i8 -
Ministre de la Reconstitution industrielle; M. Lebrun, Ministre des Ré-
gions libérées;
M. Jeanneney, Sous-Secrétaire d'État au Ministère de la Guerre; M. Al-
bert Favre, Sous-Secrétaire d'Etat au Ministère de l'Intérieur; M. Charles
Sergent, Sous-Secrétaire d'État au Ministère des Finances; M. Léon
Abrami, Sous-Secrétaire d'État au Ministère de la Guerre, chargé du
Contrôle des Effe6ïifs & Pensions; M. Edouard Ignace, Sous-Secrétaire
d'État de la Justice militaire; M. Jules Cels, Sous-Secrétaire d'État au Mi-
nistère des Travaux publics; M. Ernest Vilgrain, Sous-Secrétaire d'État au
Ministère de l'Agriculture <k du Ravitaillement; M. Deschamps, Sous-
Secrétaire d'État à la Démobilisation; M. Paul Morel, Sous-Secrétaire d'État
aux Finances, chargé de la liquidation des Stocks;
Son Excellence le Comte de Derby, Ambassadeur extraordinaire Se
plénipotentiaire de Giande-Bretagne Se d'Irlande; Son Excellence Hugh
Campbell Wallace, Ambassadeur extraordinaire Se plénipotentiaire des
États-Unis d'Amérique; Son Excellence le Comte Bonin Longare, Ambas-
sadeur extraordinaire & plénipotentiaire d'Italie; Son Excellence Keishiro
Matsui, Ambassadeur extraordinaire Se plénipotentiaire du Japon; Son
Excellence José Maria Quinones de Léon, Ambassadeur extraordinaire
Se plénipotentiaire d'Espagne; M. Manuel de Peralta, Envoyé extraordi-
naire Se Ministre plénipotentiaire de Costa-Rica; M. Milenko R. Vesnitch,
Envoyé extraordinaire &: Ministre plénipotentiaire de Serbie; M. Régis de
Oliveira, Envoyé extraordinaire Se Ministre plénipotentiaire du Brésil; le
Prince Charoon, Envoyé extraordinaire Se Ministre plénipotentiaire du
Siam; M. Rafaël Martinez Ortiz, Envoyé extraordinaire & Ministre pléni-
potentiaire de Cuba; M. Hoo Wei Teh, Envoyé extraordinaire Se Ministre
plénipotentiaire de Chine; M. le Baron de Gaiffier-d'Hestroy, Envoyé
extraordinaire Se Ministre plénipotentiaire de Belgique; M. A, Romanos,
Envoyé extraordinaire Se Ministre plénipotentiaire de Grèce; M. A. Bet-
tencourt Rodriguez, Envoyé extraordinaire Se Ministre plénipotentiaire du
Portugal; M. Carlos A. Villanueva, Chargé des Affaires du Nicaragua;
M. le Baron R. Lehmann, Chargé des Affaires de Libéria; M. Guillermo
Matos Pacheco, Chargé des Affaires du Guatemala; M. Raoul A. Amador,
Chargé des Affaires de Panama; M. René Letourneur, Chargé des Affaires
du Monténégro; M. Sychrava, Chargé des Affaires de la République
*.
- 19 -
Tchéco-Slovaque; M. C. Candamo, Envoyé extraordinaire & Ministre
plénipotentiaire du Pérou; M. Dorn y de Alsua, Envoyé extraordinaire
& Ministre plénipotentiaire de l'Equateur; M. Juan Carlos Blanco, Envoyé
extraordinaire & Ministre plénipotentiaire de l'Uruguay; M. TertuUien
Guiibaud, Envoyé extraordinaire 8c Ministre plénipotentiaire de Haïti;
M. Ismaël Montes, Envoyé extraordinaire & Ministre plénipotentiaire de
Jj
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Le Maréchal Joffre serre la main du Maréchal Foch.
(Photographie Ménanteau. )
Bolivie; M. Miguel Duenas, Envoyé extraordinaire & Ministre plénipoten-
tiaire de Salvador; M. Marcelo de Alvear, Envoyé extraordinaire & Ministre
plénipotentiaire de la République Argentine; M. Maximiliano Ibanez,
Envoyé extraordinaire & Ministre plénipotentiaire du Chili; M. Viftor
Antonesco, Envoyé extraordinaire & Ministre plénipotentiaire de Rou-
manie; M. Dunant, Envoyé extraordinaire & Ministre plénipotentiaire de
Suisse;
M. Hébrard de Villeneuve, Vice-Président du Conseil d'Etat; M. le
20 —
Général Dubail, Grand Chancelier de la Légion d'honneur; M. Sarrut,
Premier Président de la Cour de Cassation; M. Bulot, Procureur général
près la Cour de Cassation; M. Payelle, Premier Président de la Cour des
Comptes; M. Bloch, Procureur général près la Cour des Comptes; M. le
Général Berdoulat, Gouverneur mihtaire de Paris; M. Paul André, Premier
Décoration des drapeaux par M. Raymond PoincarÉ , Président de la République.
(Photographie Mcnanteau. )
Président de la Cour d'Appel; M. Lescouvé, Procureur général près la Cour
d'Appel; M. Lucien Poincaré, Vice-Re6leur de l'Académie de Paris;
M. Reveillaud, Président du Conseil de Préfe£lure de la Seine; M. Servin,
Président du Tribunal civil; M. Scherdlin, Procureur de la République près
le Tribunal de première instance; M^ Henri Robert, Bâtonnier de l'Ordre
des Avocats; M. Georges Lecomte, Président de la Société des Gens de
2 I
lettres; M. Charles Petit, Président du Tribunal de commerce; M. Pascalis,
Président de la Chambre de commerce; M. le Général Lacotte, comman-
dant le Département de la Seine;
Etaient également présents : M. Painlevé, Député, ancien Président du
Conseil des Ministres, ancien Ministre de la Guerre; M. de Selves, Séna-
teur, ancien Ministre des Affaires étrangères, ancien Préfet de la Seine;
M. Steeg, Sénateur, ancien Ministre de l'Instruilion publique & de Flnté-
Remise de fourragères d'honneur par le Président de la République & le Maréchal Joffre.
(Photographie Exceisior.)
rieur; M. l'Amiral Ronarc'h ; MM. les Généraux Gouraud, Debeney,
Guillaumat, Hirschauer, Alby, Maistre, Mordacq, Valabrcgue, Porte, Le-
comte, de Darstein, Blaque-Bélair, Brécard, Collin, Hébrard, Paulinier,
Tanant, Weygand, Deville; MM. Charles Deloncle, Magny, Mascuraud,
Ranson, Paul Strauss, Sénateurs de la Seine; IvIM. Aubriot, l'Amiral Bien-
aimé, Charles Bernard & Veber, Députés de la Seine; MM. Lépine & Lau-
rent, anciens Préfets de police; MM. Vevcr, Becker & Nocq, auteurs des
épées offertes aux Maréchaux; M""* la Maréchale Foch.
Sur la place de l'Hôtel-de-Ville, du côté du pont d'Arcole, étaient
ranimées les Délégations des unités — placées sous le commandement
22
du Général Pillot, commandant la place de Paris — qui avaient mérité
la fourragère aux couleurs de -la Légion d'honneur :
Les 11% 26% 152% 153' régiments d'Infanterie 5
Le 43" régiment d'Infanterie coloniale^.
Remise de fourragères d'honneur par le Maréchal Foch.
(Photographie M. Roi.)
Le 6" bataillon de Chasseurs à pied 5
Les 3'', 4', 8", 9" régiments de Zouaves 5
Le 4'- régiment mixte de Zouaves & Tirailleurs^
i3 -
Les 2% 4% 7' régiments de marche de Tirailleurs indigènes^
Le bataillon de Fusiliers marins j
Le régiment d'Infanterie coloniale du Maroc5
Le régiment de marche de la Légion étrangère (ces deux derniers,
titulaires de la double fourragère aux couleurs de la Légion d'honneur
& de la Croix de guerre).
> ' **
^.. * t ^ ^ éh iâ^ ï^âh t
J* 'l.
WÉg '^^vK^^^fjH^^^B^H
a-
Remise de fourragères d -honneur par le Maréchal PÉtain.
(Photographie Mcnanteau.)
Du côté de la rue de Rivoli se tenaient la musique de la Garde
républicaine & la musique du 62'' régiment d'Infanterie ainsi que les
chœurs du Conservatoire.
A 4 heures &: demie, des sonneries retentissent; des acclamations
s'élèvent de la place de l'Hôtel-de-Ville où se trouve massée, derrière
les troupes & la musique, une immense population ^ elles saluent le
Président de la République qui arrive en viéforia découverte, attelée
à la daumont. Il est accompagné du Général Pénelon, Secrétaire général
de la Présidence.
Le Président du Conseil Municipal, entouré des personnalités citées
plus haut, reçoit M. le Président de la République au pied de l'estrade ^
puis M. le Président de la République vient prendre sur l'estrade les
trois Maréchaux &, suivi par eux, redescend sur la place.
Les drapeaux des 23% 26% 152^ & 153'' régiments d'Infanterie; 4.^ & S'' régi-
ments de marche deZouaves; 9^ régiment de Zouaves; 4^& 7'' régiments
de marche de Tirailleurs indigènes ; 4'' régiment mixte de Zouaves &
Tirailleurs; 43" régiment d'Infanterie coloniale, du bataillon de Fusiliers
marins; ceux du 3'" régiment de marche de Zouaves, du 2^ régiment de
marche de Tirailleurs, du régiment d'Infanterie coloniale du Maroc
viennent se ranger face à l'estrade.
Le ban est ouvert.
Le Président de la République & les Maréchaux épinglent la croix
de la Légion d'honneur aux drapeaux des 23% 26'', 152^ & 153'' régiments
d'Infanterie; 4." & S" régiments de marche de Zouaves ; 9^ régiment de
Zouaves; 4*^ & 7"^ régiments de marche de Tirailleurs indigènes; 4" régi-
ment mixte de Zouaves & Tirailleurs; 43'' régiment d'Infanterie coloniale
& du bataillon de FusiUers marins, & baisent la soie déchirée des glorieux
étendards.
Puis ils procèdent à la remise de la Médaille militaire aux 3" régiment
de marche de Zouaves, 2® régiment de marche de Tirailleurs &c au régi-
ment d'Infanterie coloniale du Maroc.
Le Président de la République revient alors prendre le Président du
Conseil Municipal &, suivi des Maréchaux, du Préfet de la Seine, des
Membres du Bureau du Conseil Municipal, il se porte devant le front
des troupes.
Le Président de la République, les Maréchaux, le Président du
Conseil Municipal, le Préfet de la Seine & les Conseillers passent dans
les rangs de ces troupes d'élite &c remettent à chaque soldat la fourragère
de soie rouge, tandis que la musique de la Garde républicaine fait
entendre Sam bre-(Ù^ -Même.
- 25 -
Cette première partie de la cérémonie accomplie, le Président de la
République, suivi des personnages officiels, prend de nouveau place
sur l'estrade pour présider à la remise des épées d'honneur offertes aux
Maréchaux.
Au milieu d'un profond silence, le Président du Conseil Municipal
s'avance vers les trois Maréchaux, s'incline profondément devant eux
& s'exprime en ces termes :
DISCOURS DE M. EMMANUEL EVAIN,
PRÉSIDENT DU CONSEIL MUNICIPAL.
Monsieur le Président,
Messieurs les Maréchaux,
Messieurs,
Après le colorai guet-apens d'août içi^, qui devait mettre toute l'Europe en
feu, le mot d'ordre lancé de Berlin fut : uNach Paris!»
Humilier, souiller, détruire quartier par quartier, comme Ypres, comme Reims,
la Lutèce de sainte Geneviève, le Paris de saint Louis (â^ de Henri IV, le Paris
de la Révolution (â^ de l'Empire, le Paris bombardé en i8yo, le Paris de la
République, auquel l'Allemand avait voué une haine a mort, — a tout moment,
ce fut l'objeéfif des armées allemandes.
Pendant les cinquante-deux mois de cette terrible guerre, notre Utile a supporté
ses misères, ses deuils, sans qu'un seul jour son moral fût atteint. Mais quels tour-
ments lui ont été infligés !
Dès ic/i^, les hordes allemandes déferlaient vers elle, comme un flot furieux
détruisant tout sur son paj^age. Il j a un an encore, dans une ruée suprême,
l'Allemand atteignait presque notre banlieue. Paris allait-il être inveffi?
Comment exprimer l'angoifie qui afiaillait nos âmes, l'anxiété de tous les
in fiants (
- i6 -
Et, tout d'un coup, des larmes — mau des larmes de joie — ont jailli de
nos jeux. Tout ce que des cœurs humains peuvent contenir de reconnaijïance montait
vers vous, Me^ieurs les Maréchaux,
Pour la seconde fois, par votre science militaire, par votre génie, vous aviev
sauvé la Capitale de la souillure boche.
Ce jour en évoquera le petpétuel souvenir. (Bravos.)
(S'adressant à M. le Maréchal JofFre.)
Monsieur le Maréchal,
"Vous fûtes le premier artisan de la TJiétoire.
Il semble que le sort vous ait choisi d'avance pour la défense de notre Cité. En
iSyo, c'était déjà sous les murs de la Capitale que combattait le Sous-hieutenant
Joffre, (à^, quarante-quatre ans plus tard, comme Généralifime, vous reprenie'7
le même combat contre le même ennemi.
U insolente témérité du Kaiser avait fixé la date du 2j aoiit içi^ pour son
entrée dans Paris. Or, à cette date même, avec une audace (Ù^ un sang-froid remar-
quables, vous rompiez la bataille de Belgique, ordonnant une retraite générale.
Quelle émotion ici!
Soudain vous accompUfie'^ cette volte-face admirable qui reffera légendaire,
<Ù^, d'un bout a l' autre du frwit , c'eli la bataille de la Marne. Première viêîoire :
Paris eff sauvé! (Vits applaudissements.)
Dès lors, votre nom efl entré dans l'Hifloire : Joffre, c'efl la Marne. (Accla-
mations.)
Le Corne il Municipal a voulu en marquer le souvenir <ù^ vous prie de recevoir
cette épée comme un faible hommage de la reconnaifrance de Paris. (Acclamations
prolongées.) "♦
(S'adressant à M. le Maréchal Foch.)
Monsieur le Maréchal ,
Engagé volontaire de i8yo, étudiant de Met7 (Ô^ de Nancy, votre esprit a
gardé l'empreinte ineffaçable de l'Année terrible. Méditer sans cefle, examiner tous
27 --
les problèmes de l'art militaire, les exposer — avec quelle maîtrise I — G^ vom
vouer tout entier a la tâche effroyable que vom réservait l'avenir, voila l'unique
but de votre vie, <Ù^ vom fûtes toute la guerre. (Bravos.)
Commandant le 20' Coips d'armée en ipi^, c'efl vom qui organise^ la défeme
de Nancy. Uom étie^ prêt a toutes les tâches. En pleine bataille, on crée de
toutes pièces la IX' Armée. TJom en amalgame^, séance tenante, les éléments
de telle sorte quelle résifle a la furieuse pouf^ée de von Hausen, cÙ^ votre fivni
s'auréole d'un premier laurier : celui des marais de Saint-Gond. (Applaudissements.)
Les Maréchaux Joffre, Foch, PÉtain
écoutant les discours prononces par M. Emmanuel Evain, Président du Conseil Municipal,
&: M. A. AuTRAND, Préfet de la Seine.
(Photographie Excelsior.)
Puis c'efl cette série de batailles que la chronique appelle la course a la Mer,-
c'eH la bataille de l'Yser, ou trois corps d'armée français, manœuvres par vos
mains merveilleuses, arrêtent (ù^ brisent quator're corps d'armée allemands. ^ Nou-
veaux applaudissements.)
TJotre génie f-an^ais , si clair, eH partout : vom coure'^de l'un a l'autre bout du
front occidental, (Ù^ som votre impulsion ce sera, che'^ nos alliés d'Italie, la vifhire
de la Piave.
Mais voici venir les fours d'épreuve. Nous sommes en mars ipiS, lors de l'offen-
sive désespérée de Ludendorff. La ruée eft formidable : cinquante-deux divisions
4-
- 28 -
allemandes se matent dam la boude de la Marne ; nue fois de pi m, Pans efï
menacé.
Déjà l'ennemi crie viEloirel
Avec ce calme imposant du grand capitaine, vous guette^ la minute favorable
<Ù^, a l'inffant propice, vous lui décoche'r dans le flanc cette flèche acérée, Manginl
U Allemand efl touché à mort. C'eit la deuxième viéfoire de la Marne. Pour la
seconde fois, Paris efl sauvé (Acclamations.)
Comment vous exprimer la reconnaifïance qui déborde de son cœur"?
Je ne saurais cacher mon émotion : le Deffin a voulu que ce soit un de vos
vieux poilus, qui a eu le grand honneur de servir sous vos ordres <Ù^ d'être formé
a votre grande école du devoir, qui vienne offrir cette épée au Sauveur de Pam.
(Acclamations prolongées.)
(S'adressant à M. le Maréchal Pétain.)
Monsieur le Maréchal ,
Il faut, pour un jour, me pamettre de tirer de l'ombre, dans laquelle votre
modeffie aime à cacher vos hauts mérites, votre éminente personnalité.
Ayant horreur de la publicité, la guerre seule devait permettre au pajs de vous
connaître : (Ù^ cependant, des longtemps, le coips des officiers savait votre valeur.
(Très bien ! Très bien !)
Le 21 février ipi6 la mit en pleine lumière. Ce jour-là, le KronpriuY d'Alle-
magne commençait son attaque contre TJerdun. Bataille fantaflique, qui devait
durer, dix mois. Sous les uifauts sans cefe réitérés des medleures troupes allemandes,
vous ave^ organisé la rési fiance C^ crié a vos troupes : u Courage, on les aurai»
Fidèle a votre parole, a force de ténacité, vous les ave'r eus! (Acclamations.)
Notre Cité ne peut oublier que, Uerdun, c'était la couverture de Paris. Fn son
nom, je viens vous présenter cette épée <Ù^ vous témoigner ses sentiments de recon-
naijSance. (Acclamations prolongées.)
Messieurs,
Les trois Maréchaux de France sont, par leurs vertm. dignes des temps
antiques.
29
hiduiom-mm avec émotion devant eux. A.me de F Année, ils incarnent a nos
yeux le De'sintérejiement. A notre époque de luxe, de /ouifance effrénée, il leur
suffit, a eux, de sennr, les jeux immuablement fixés sur leur idéal : l'Honneur
<Ù^ la Patrie.
Gloire aux Maréchaux !
Gloire à FArmée !
(Salve d'applaudissements.)
En remettant a chacun des Maréchaux l'épée d'honneur qui lui est
offerte par la Ville de Paris, le Président du Conseil Municipal lui donne
l'accolade au milieu des ovations de toute l'assistance.
M. A. AuTRAND, Préfet de la Seine, s'adresse a son tour en ces
termes aux trois Maréchaux :
DISCOURS DE M. A. AUTRAND,
PRÉFET DE LA SEINE.
Monsieur le Président de la Bépubl/cue,
Messieurs les Maréchaux,
Messieurs,
Au jour de triomphe, dont l'attente le fait frifionner d'un indicible emoi, Pans
prélude par un aéte oit s'exprime son admiration enthousiaffe pour les plus glorieux
des héros qui nous ont donné la Uithire.
Demain verra l'efhr de la Fierté nationale, l'élan impérieux d'un peuple,
transporté d'orgueil e>' d'amour, vers l'Armée qui revient après l'accomplifement
de sa tache [plendide, vers les drapeaux flottant au souffle de l'universelle alhgrefc.
Aujourd'hui, dans un décor a peine moins grandiose, c'efl l'hommage unique
- 30 -
e^ solennel rendu par la première des Utiles françaises, en présence du Premier
Maçriflrat de la République, a ceux qui ont, dans le succès de nos armes, la part
la plus mémorable.
Nous fêtons les grands capitaines dont le génie a rendu vains les plans les mieux
concerta de l'adversaire. Leurs noms, que nous répétions avec ferveur aux infiants
de trouble (Ù^ d'inquiétude, sont devenus pour toujours symboliques du plus haut
talent militaire. Et chacun de ces grands hommes de guerre, sous l'afpeéi qui le
caraéférise, efl entré vivant dans F immortalité l (Applaudissements.)
Le Maréchal Joffre, personnification du sang-froid immuable dans le déchaîne-
ment d'une horrible tempête, arrêtant l'invasion aux rives de la Marne, faisant
refluer en désordre l'ennemi qui croyait nous porter un coup mortel. (Vifs applau-
dissements.)
L£ Maréchal Foch, ce chef incomparable pour la science, la méthode <Ù^ l'in-
spiration qui gagnent les batailles, a la fois tout audace (Ù^ toute prudence,
invincible dans la défensive comme dans l offensive, Ô^ dont l'illuflre personnalité
se résume dans le titre éblouiflant de Généralifrime des armées alliées. (Vifs applau-
dissements.)
Le Maréchal Pétain, qui a brisé l'efl^ort fabuleux des afr ai liants de "Verdun,
après une mêlée de géants dont l'acharnement inouï efl sans exemple dans l'Hifloire.
(Vifs applaudissements.)
Mepeurs les Maréchaux, la "Ville de Paris vous présente refpeêiueusement ces
épées d'honneur. Leur acier efl trempé comme vos a mes (Ù^ les éclairs qu'il projette
au soleil de juillet évoquent ceux de la bravoure française synonjme de viêioire.
(Acclamations.)
Pour que cette cérémonie achève de revêtir son sens magnifique, nom y aflocions
les soldats sur la poitrine desquels fleurit le plus éloquent des insignes de la "Valeur.
(Applaudissements chaleureux. )
Combattants héroïques, dont l'intrépidité a fait pâlir la gloire des "Volontaires
de l'an ii C^ des Grenadiers d'Auflerlit7, nous vous unifions a vos Chefs dans
la même gratitude infinie, dont nous vous offrons un faible témoignage.
Paris, deux fois menacé par un affreux péril, (â^ deux fois souflrait a la
tentative de l'envahi fleur, acclame en vous, avec une émotion attendrie, les Sauveurs
de sa Deflinée. (Salve d'applaudissements.)
31 -
L'épée d'honneur offerte au Maréchal Joffre a été exécutée par
M. Henry Nocq. Elle se rapproche le plus possible d'une épée mo-
derne de général français. Les différentes parties : pommeau, fusée,
garde, quillon, coquilles, conservent sensiblement les proportions de
l'épée d'ordonnance. Le détail des ornements diffère pour correspondre
à la destination de cette arme.
Sur la coquille de face, en relief très adouci, un guerrier gaulois
demi-nu, coiffé du casque de bronze, combat de son court glaive
un aigle éperdu 3 au fond, Paris est indiqué par le chevet de Notre-
Dame,
Le chiffre du Maréchal, gravé entre les deux bâtons croisés, se trouve
placé sur la coquille arrière, la coquille pliante. Le quillon se termine
par une tète de bélier déhcatement ciselée.
Sur la garde, ornée de feuilles de laurier ciselées dans l'or massif,
brillent les sept étoiles en diamant, insigne du Maréchalat.
La fusée, décorée d'émaux, présente sur sa face antérieure les armoi-
ries de la Ville de Paris, la nef à carène d'argent, voilée d'argent sur
champ de gueules, au chef d'azur semé des lis de France, sous la
haute couronne murale, enguirlandée de branches de chêne, qui forme
le pommeau de l'arme, en émail champlevé. Au revers de la hjsée,
sur un fond d'émail écarlate strié d'or, une banderole d'or porte la
devise : Flutfuat uec wergitur. En bas, dans un cartouche entouré de
brillants ôc de roses sertis en platine &: souligné d'un rang de perles, la
date IÇI4 émaillée en rouge. Sur les côtés, quelques feuilles de chêne
& un petit réseau de roses & de platine ciselé.
La fusée étant formée ainsi des armes de la Ville, le pommeau les
timbre de la couronne murale. La lame gravée & dorée porte sur la
première face la dédicace : Au Maréchal Jojfre, la TJille de Paris, sur
une banderole accompagnée d'une épée, d'un fusil & de feuilles de
laurier. L'autre face s'orne de deux drapeaux avec un casque de poilu
& des lauriers.
Le fourreau, en peau de requin gris poli, se termine en haut par
une chape unie dont le bouton est relevé d'un coq chantant &: en
- 32 -
bas par une bouteroUe, d'or comme la poignée entière, portant les
fmits de la terre nourricière où s'enfonce une lame désormais inutile, le
blé des sillons, la grappe des vignobles.
L'épée d'honneur offerte au Maréchal Foch est l'œuvre de M. Henri
Vever. Conçue par lui, elle a été modelée & mise au point par M. J,
Chadel.
La poignée est toute en or d'une chaude patine. Une hgure de la
France représentée debout, droite comme une cariatide & armée, forme
la fusée. Elle tient d'une main son épée nue dont la pointe est appuyée
sur le sol, indication que la guerre est terminée. Se de l'autre la hampe
du glorieux drapeau national dont les plis l'enveloppent & sur lesquels
se lit la devise : Honneur (Ù^ Patrie. Une tresse de fourragère compose
l'ornementation du soubassement.
Aux pieds de cette figurine, ciselées sur la garde, l'Alsace & la
Lorraine délivrées lèvent vers la Patrie recouvrée leurs regards recon-
naissants. Elles suspendent une guirlande de laurier à un cartouche
portant les dates ipi^-ipiS.
Sur la coquille postérieure de la garde, les armes de la Ville de Paris,
encadrées de chêne &c de laurier, apparaissent en bas-relief.
Le pommeau, couronné du casque désormais légendaire, qui fut,
dans la bataille, la coiffure des généraux comme celle des soldats, est
décoré d'une frise de Poilus en marche, — fantassins, cavaliers, héros de
la Grande Guerre, — sculptée dans l'or massif.
La branche ou arc se termine en haut par une figure de la Vidoire,
raccordée au pommeau par ses ailes déployées, drapée d'une chlamyde
modelée à larges plis &: laissant tomber de ses mains la guirlande de
laurier sur laquelle brillent les sept étoiles du Maréchalat, en diamants,
seuls éléments étrangers de décoration sur tout cet or.
A l'extrémité supérieure du fourreau élégamment orné, le Coq gau-
lois, claironnant sa viâ;oire, forme le bouton d'arrêt du porte-épée.
Une riche ornementation de feuilles de chêne d'or termine le bas du
fourreau, qui est en maroquin noir.
- 33 -
La dédicace en lettres d'or : Au Maréchal Foch, la ZJille de Paris, est
gravée dans l'acier de la lame.
L'épée d'honneur offerte au Maréchal Pétain est l'œuvre de M. Ed-
mond Becker, qui l'a conçue & exécutée avec toute la souplesse & la
liberté de l'art moderne.
Une statuette d'or forme la fusée. C'est la Ville de Paris sous les traits
d'.une jeune femme svelte & vigoureuse. Sa main gauche retient près
d'elle la hampe du drapeau dont les plis harmonieux l'enveloppent déli-
cieusement. Sa main droite, élevée au-dessus de sa tête, offre au vain-
queur une couronne sculptée en plein platine j cette couronne forme
pommeau.
La garde de l'épée représente l'esquif héraldique dont la carène s'al-
longe sous les pieds de la statuette. L'éperon de la proue se termine
en coq gaulois. Les rames, enchevêtrées de palmes &: de lauriers, four-
nissent les deux coquilles. La coquille externe, rigide, porte la devise :
FluHuat me ?nergitur, &c l'écusson de la Ville en émail champlevé. La
coquille interne est pliante.
L'arc de garde est fait d'un mince faisceau de lauriers issu du
pont de la nef, épanoui vers le pommeau ou il vient réunir & con-
solider les éléments décoratifs qui s'y rencontrent. En son milieu,
une bague de platine porte les deux dates ipi^-ipiS en brillants. Au-
dessous de cette bague, jusqu'au pont du navire, la constellation des
sept étoiles de diamants va grandissante sur l'épanouissement de la
courbure.
Le fourreau est en maroquin bleu maréchal. La chape est une résille
de palmes & de lauriers dont l'allure, très étudiée, va rejoindre la
grande courbure de garde. On y retrouve les petites émeraudcs cabo-
chons dont les lauriers se fleurissent ici & là.
Le bouton d'arrêt du porte-épée est une tête de Viftoire ciselée en
médaille de platine. L'embout du fourreau est un motif de lauriers d'or.
Sur la lame d'acier bleuté, un damasquinage d'or inscrit l'hommage :
A.U Maréchal Pétain, la ZJilie de Paris.
- 34 -
Après la remise des épées, les troupes massées sur la place de l'Hotel-
de-Ville défilent, aux accents de Samk'e-<Ù^'-Meme &c de la Marche
Lorraine, devant le Président de la République, les Membres du Gou-
vernement & du Corps diplomatique, les Maréchaux, les Représentants
des Pouvoirs publics, les Elus de la Ville de Paris & les personnalités
officielles. Avec entrain, dans un ordre impeccable, d'un pas rapide,
ils passent, — chasseurs, zouaves, tirailleurs, fantassins, — suscitant les
clameurs enthousiastes de la foule.
Au cours de la cérémonie, la musique du 62^ régiment d'infanterie,
dirigée par M. Pommier, fait entendre sur la place les morceaux sui-
vants :
Strasbourg Andrieu.
Samhre-Ô'-Meuie. KarestrÉ.
ha Saint-Qirienne HouziAux.
Défié Wettge.
La Marseillaise, accompagnée par les chœurs du Conser^'atoire.
La cérémonie terminée, le Président de la République est reconduit
jusqu'à sa voiture par le Président du Conseil Municipal, les Membres
du Bureau, le Préfet de la Seine & le Préfet de Policc5 il quitte la place
de l'Hôtel-de- Ville, salué de nouveau par de chaleureux vivats.
A ce moment, les portes de l'Hôtel de Ville s'ouvrent toutes grandes.
Les trois Maréchaux, portant au côté les épées qui viennent de leur
être offertes par la Ville de Paris, encadrés par M. Emmanuel Évain,
Président du Conseil Municipal, M. A. Autrand, Préfet de la Seine,
& suivis des personnalités officielles, pénètrent dans la Salle des Prévôts,
traversent la cour Louis XIV, transformée en jardin d'hiver, où est
groupée la cohorte des drapeaux entourés de leur garde d'honneur,
puis gravissent les degrés de l'escalier où se tiennent les gardes muni-
cipaux en grande tenue, sabre au clair, pour gagner les salons.
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- 36 -
Aussitôt que le cortège apparaît dans la Salle des Fêtes, magnifique-
ment décorée de plantes & de fleurs & resplendissante de lumière, la
Marseillake retentit, exécutée par la Garde républicaine. Les invités de
la Municipalité se lèvent & font aux glorieux chefs une inoubliable
ovation. De toutes parts s'élèvent les cris de «Vive JoAre!», «Vive
« Foch ! », « Vive Pétain ! »
Les Maréchaux prennent place au premier rang dans les fauteuils
qui leur sont réservés, ayant à leurs côtés le Président du Conseil
Municipal, le Préfet de la Seine, le Préfet de Police, les Membres du
Gouvernement, les Généraux, les Représentants des Pouvoirs publics,
les Membres du Bureau du Conseil Municipal. A ce moment, les
Délégations des régiments pénètrent dans la Salle des Fêtes. Les
« Poilus », qui ont déposé leurs armes dans la Salle Saint-Jean, sont là
plus de deux mille, debout, tous portant la fourragère d'honneur rouge.
Ils vont assister au concert qui leur est offert par la Municipalité & dont
le programme est donné à la page ci-contre.
Il faut avoir assisté à ce concert pour savoir dans quelle atmosphère
il se déroula, he Midi bouge, Fanfaii la Tulipe, A^upres de ma Blonde,
suscitèrent des bravos sans fin. Les applaudissements crépitaient de
toutes parts, plus nourris après chaque morceau, & quand les artistes
& les chœurs chantèrent Madelon, ce fut du délire. La salle entière
— « poilus » & invités de la Municipalité — reprirent ensemble le
refrain 5 des milliers de voix puissantes montèrent sous les voûtes
qui, quelques instants après, retentirent des accents de la Marseillaise
chantée par les chœurs & M''" Hatto 3 la strophe finale « Aux
armes, citoyens!» fut entonnée par toute l'assistance, vibrante d'en-
thousiasme.
Le concert achevé, les Maréchaux, accompagnés des Représentants
de la Municipalité, traversent, au milieu d'une haie formée par les
invités, la Salle des Fêtes, ôc, parmi les acclamations, se rendent dans
le Salon des Arcades, ou ils sont également l'objet de magnifiques
ovations.
- 37 -
PROGRAMME.
1. Soleil de la France (Paul DéroulÈde) H. Busser.
Chœur.
2. Le Chant du Départ (1794) MÉhul.
M. Gaston DUBOIS, de l'Opéra.
3. Chansons de la IJoëvre H. Février.
M°" Nelly M ARTYL , de l'Opéra-Comique.
4. L,es Poilus du jivnt sont tous beaux MiGUEL Zamacoïs.
M"° Simone DAMAURY, de la Comédie-Française.
5. a. Grégoire G. Gabaroche.
b. Sidi-Brahim A. Porot.
M. NOËL , de l'Opéra.
6. Le Rhin Allemand (Alfred de Musset) Félicien David.
M'" Jane HATTO, de l'Opéra.
7. n. Alsace, Erckmann-Chatrian.
h. Le Midi bouge Paul ArÈne.
M. SYLVAIN, de la Comédie-Française.
8. a. Fanfa/i la Tulipe E. Debraux.
b. Auprès de ma Blonde E. Joui.LOT.
M. CERDAN, de l'Opéra.
9. ,Quand Madelon BousQUE i- &i Robert.
MM. DUBOIS, NOËL, CERDAN & les Chœurs.
. ( Weckerlin, Singler
10. Danses Alsaciennes (Ù" Lorraines „ ~
& T1ERSOT.
Réglées par M. STAATS, Maître de Ballet de l'Opéra.
Dansées par :
M"" ZAMBELLI & MEUNIER,
M"" DiPRÉ, H. Dauwe, Sauv.\geau, de Craponne, S. Dauwe, Delord,
Tervoort, E. KuBLER, CoNSiANT, RoLLA, RoussEL & RiLBAUT, de l'Opéra.
Chantées par M"" Yvonne GABAROCHE.
1 1. La Marseillaise Rouget de l'Isle.
M'" Jane HATTO & les Chœurs.
ORCHESTRE DE L'OPERA.
Chœurs de la Classe d'ensemble du Conservatoire National de Musiqjje
sous la direélion de M. Henri BUSSER, Chef d'Orchestre de l'Opéra.
- 38 -
A ce moment, les « Poilus », sur le désir exprimé par le Maréchal
Foch, sont introduits dans le Salon des Arcades : un grand nombre
viennent se placer aux côtés des Maréchaux.
Devant le buflFet qui a été aménagé, &c près duquel a été placé
un immense Coq gaulois tout en plumes aux couleurs nationales,
M. Emmanuel Évain, Président du Conseil Municipal, porte le toast
suivant :
Parisiens,
(j)nfondant dam le même élan de notre cœur Chefs (Ù^ Soldats, je bon a
l'incarnation vivante de la vaillance françake, au Poilu !
TJive J offre! Uive Foch! Uive Pétai n! "Vive la France!
L'assistance répond à ces paroles par des cris chaleureux & acclame
à son tour les Maréchaux.
Les Maréchaux se rendent ensuite dans le Cabinet du Président du
Conseil Municipal ou ils apposent leurs signatures sur le Livre d'or
de la Ville de Paris, puis ils sont reconduits, à travers les galeries du
Conseil Municipal, l'escalier d'honneur, la cour Louis XIV, jusqu'au
parvis.
Les Maréchaux remontent dans leurs voitures. La foule, qui est
restée massée sur la place, pousse en leur honneur des clameurs fréné-
tiques.
^^
l^ZLé-eà^fc^H^^-i^n^ ^^ /tnrrta»%cc^ A-ar-^/C <^yia>cn^ . A t ^ ^t^tzé-.^^^ CcHtOed/^
'..fe,.
Fac-similc du parchemin
signe en commémoration de la remise aux Maréchaux Joffre, Focii, Petain
des cpccs d*honncur offertes par la Ville de Paris.
[jj-^^^iAi^tAZd
-£ 'S,diii.^^-ue^j,îv.„.,^^
X^ ^u4^3i«'
Ju- M4,.
.tX (Mi^tnx^'kU^ùd
|tn*tA*^ « J*' U'*^.^^t~
.^...^^/'^
- 41 -
Dans le Salon des Arcades, la Garde Républicaine fait ensuite en-
tendre les morceaux suivants :
1. Les Noces Je Figaro (Ouverture) Mozart.
2. Scènes alsaciennes J. Massenet.
a. Dimanche matin.
h. Au cabaret.
c. Sous les Tilleuls.
(/. Dimanche soir.
3. a. Sérénade G. PiernÉ.
b. Menuet Boccherini.
4. Phiyné ( Séleftion ) Saint-Saëns.
5. L'Arlésienne G. BiZET.
a. Prélude.
h. Minuetto.
c. Adagietto.
</. Carillon. •
6. Danse persane E. Guiraud.
L'HOMMAGE
DE LA VILLE DE PARIS ôc DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE '
AUX MORTS DE LA GRANDE GUERRE.
i
1
w.
E Gouvernement avait eu la touchante inspiration — pieuse
pensée qui devait dominer la fête triomphale du retour
des vainqueurs — d'associer les morts à la glorification des
vivants. Le 13 juillet, à 9 heures du soir, les Conseillers
municipaux de Paris, les Conseillers généraux de la Seine, ayant à leur
tête les Présidents des deux Assemblées, M. Emmanuel Evain &:
M. Jean Martin, auxquels se soni joints M. Autrand, Préfet de la
Seine, M. Raux, Préfet de Police, ainsi qu'une Délégation de l'Union
des Pères &c des Mères dont les fils sont morts pour la Patrie, précédés
de gardes républicains à cheval, encadrés de pompiers porteurs de tor-
ches, vont déposer des palmes d'argent sur le cénotaphe''' — vision
évocatrice de douleur &c de gloire — érigé avec ferveur sous l'Arc
de Triomphe à ceux qui ont rédimé de leur vie la Patrie en danger.
" Dressé par MM. Louis Suc, André Marc & .laulmes.
- 44 -
En cette soirée émouvante & le lendemain, au cours de la journée
d'apothéose, leur image chérie ne cessera d'être présente à tous les
esprits.
Lentement, tête nue, les Ediles montent l'avenue des Champs-Elysées
ou palpitent les drapeaux & les banderoles, à travers un peuple immense,
massé des deux côtés de l'avenue, qui attend dans le recueillement
l'aurore & le défilé du lendemain. Combien sont-ils ces hommes, ces
femmes, ces enfants, entassés tout le long de la Voie triomphale? Pari-
siens qui, dans quelques heures, feront entendre des clameurs d'en-
thousiasme & qui, en cette soirée funèbre, — veillée des armes, —
sont graves, l'émotion étreignant tous les cœurs, leur pensée s'en allant
vers tous les morts de ces années de luttes tragiques.
Les Conseillers Municipaux continuent à avancer. Au loin, sous
le ciel éclairé d'une lueur étrange, se détachent la Porte de gloire
& le Mausolée consacré à nos disparus. Sur le cénotaphe, les derniers
rayons du soleil couchant projettent com.me de la poussière d'or.
Toujours encadré de lumières, dans la douceur d'une belle nuit sereine,
le cortège poursuit sa marche, &c sur son passage les Parisiens se décou-
vrent. Le Président du Conseil Municipal, les Membres des Assemblées,
les Représentants de l'Administration sont maintenant devant cet Arc
de Triomphe qui vit passer les cendres de l'Empereur, qui abrita la
sépulture du Poète & qui, ce soir, est comme une chapelle ardente
élevée à la mémoire de nos grands morts. Ils s'arrêtent au pied du cata-
falque devant lequel, toute la nuit, défilera une population fervente. Les
statues sculptées sur ses quatre faces sont illuminées. La Vi6loire ailée
resplendit. Les urnes funéraires d'où s'échappent des flammes vertes sont
embrasées. Des cuirassiers, des dragons, quelques soldats : un zouave,
un chasseur, un marin, un artilleur, compagnons de vaillance de ceux
qui sont tombés, montent la garde, porteurs de torches flamboyantes qui
éclairent l'amoncellement des couronnes & des fleurs déposées par de
patriotiques délégations. Dans ce décor de tragédie épique semblent
planer, comme de mystérieuses ombres, au-dessus d'un bûcher mystique,
les âmes innombrables des grands soldats de la Grande Guerre. Les
g
3
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- 46 -
Représentants de la Municipalité & du Département, qui se sont ren-
contrés devant le cénotaphe avec M. Clemenceau, Président du Conseil,
Ministre de la Guerre, & les Membres du Gouvernement, déposent
des palmes d'argent & s'inclinent devant le monument vers lequel
montent la douleur &c la gratitude de tout un peuple.
LA RECEPTION DES MARÉCHAUX
À LA PORTE MAILLOT
LE 14 JUILLET I9I9.
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N 1807, M. Frochot, qui était Préfet de la Seine & Maire
de Paris, accueillait solennellement & en grande pompe la
Garde impériale vidorieuse à léna & l'invitait à entrer dans
la Capitale pour y recevoir l'hommage de l'admiration &
de la reconnaissance publiques^".
Le 14 Juillet 1919, la Municipalité de Paris vient à son tour recevoir
aux portes de la Ville, avant leur triomphale entrée, les glorieux vain-
queurs.
La journée s'annonce radieuse 5 les rayons du soleil, de bonne heure
le matin, dissipent la brume de la nuit.
A la porte Maillot, les grilles de l'oftroi, devant lesquelles se dérou-
lera le premier a£le de la grandiose journée, sont tendues aux couleurs
'" Voir pages ii4<;î.: 115.
- 4^ -
nationales, décorées d'écussons aux armes de la Ville. La petite place,
qui marque la limite de Paris & le commencement de la commune de
Neuilly, étincelle de tout l'or des uniformes assemblés, brille sous l'éclat
des cuivres & des baïonnettes des soldats formant la haie, frissonne dans
le cliquetis des sabres, le claquement des étendards, le piaffement des
chevaux des gardes républicains &c des dragons. Partout autour s'entasse
Les Marcthaux & les Généraux à la porte Maillot le i+ Juillet 1919, au matin,
avant le défilé triomphal.
(Photographie Léon Gimpel.)
la foule : aux fenêtres, aux balcons, sur les arbres, sur les toits, sur le
talus des fortifications. Et là-bas, dans le somptueux cadre de verdure,
sous les futaies touffues du bois de Boulogne, les troupes, depuis les
premières heures du jour, arrivent. Au son des musiques, elles gagnent
les emplacements qui leur sont réservés, se massent, attendent l'heure
du défilé triomphal. A l'entrée des Acacias, on a vu arriver un à un,
descendant de voiture, les Généraux, puis les Maréchaux. Et des scènes
- 49 -
touchantes se produisent avant la réception au seuil de Paris. Des
femmes, des jeunes filles offrent des fleurs à Joffre, à Fochj une Délé-
gation de volontaires hollandais, presque tous mutilés, leur apporte des
gerbes. De l'avenue de la Grande-Armée monte jusqu'à la porte Maillot
la rumeur des foules joyeuses, enthousiastes.
Vers 7 heures et demie, les Membres du Conseil Municipal, portant
en sautoir l'écharpe bleue & rouge, auxquels se sont joints leurs Col-
lègues du Conseil Général, ainsi que M. Autrand, Préfet de la Seine,
M. Raux, Préfet de Police, M. Lépine, ancien Préfet de Police, sont
réunis sur l'avenue devant les grilles.
A 7 heures 40, les Maréchaux Joffre &c Foch, tenant à la main le
bâton de velours semé d'étoiles, accompagnés de leurs Chefs d'État-
Major, les Généraux Belin & Weygand, franchissent à pied les grilles.
Le Maréchal Joffre a revêtu la tenue du temps de paix : dolman noir
&: culotte rouge ^ le Maréchal Foch, la tenue de campagne bleu hori-
zon. Les Représentants de Pans se portent à leur rencontre, puis s'ar-
rêtent. M. Emmanuel Evain, Président du Conseil Municipal, &
M. Autrand, Préfet de la Seine, se détachent du groupe qui forme
cercle autour d'eux. Un grand silence se fait. Les têtes se sont décou-
vertes 5 les soldats ont porté les armes.
M. Emmanuel Evain salue les Maréchaux & prononce cette ha-
rangue :
Messieurs les Maréchaux,
Généraux, Officiers e^ Soldats,
Offrons d' abord '^h nos Allies, a nos frères d'armes, le tribut de notre inaltérable
reconnaifance.
Soldats de France,
Au mois d'août ipi^, d'un seul élan vous ave'r bondi aux frontières. Des
milliers <Ù^ des milliers d'entre vous sont morts; mais, avec la rage sacrée d'un
- jo -
peuple. qui ne veut pas périr, pendant cinq ans, chaque Jour, chaque nuit, vous
ave'7 subi Hoïquement toutes les atrocités que peut inventer le génie de la Deflruétion
(Ù^ de la Barbarie, — (Ù^ vous ave'7 sauvé la patrie des ateux. (Acclamations.)
Varis a jamais 7-econnaijiant vous acclame, car voici rprise par vous la superbe
chevauchée de notre épopée à travers les siècles. (Bravos.)
Soldats de l'Idéal, vous ave^r forcé le Delîiti.
Monte'7 vers l'Arc de Triomphe des vainqueurs : votre vaillance j inscrit les
noms de la Marne <Ù^ de l'Yser, ceux de Lorette, de Uerdun <Ù^ tant d'autres
a côté de ceux d'yiuflerlit'r, d'iéna <Ù^ de Friedland.
Cendres de Majiéna, de Hoche <â^ de Marceau, fi-émij^cr d'enthousiasme : le
vent de la TJi^ioire souffle a nouveau dans les plis du drapeau tricolore.
Le ((grognard» de l'yln x a engendré le ((poilu» de ipi^l
Soldat français, héros obscur, sans peur (Ù^ sans reproche, sous l'égide des J offre,
des Foch <Ù^ des Vétain, tu as terraj^é le Moloch sanguinaire <ù^ libéré le Monde.
Sonne"^, clairoml batte'r, tambours! La France immortelle efî debout dans sa
gloire! (Acclamations.)
M. A. AuTRAND, Préfet de la Seine, s'exprime ensuite en ces
termes :
Messieurs les Maréchaux,
La République a décrété que les vainqueurs de la plus formidable des guerres
connaitraietit l'accueil le plus grandiose que la Capitale de la France ait jamais
réservé a des troupes viâorieuses.
Imitant l'exemple donné Jadis par leurs prédécefïeurs , dam des circonSlances apure-
ment moins émouvantes, les Membres de la Municipalité parisienne se tiennent a
l'entrée de la Uille. Ils offrnt a leurs hôtes glorieux les prémices de l'enthousiasme
populaire. Ils s'inclinait avec une piété recueillie devant les nobles étendards dont
l'a^eâ évoque la furie des combats. (Applaudissements prolongés.)
Chefs <Ù^ Soldats de la Grande Armée du Droit (Ù^ de la Juflice, soye'^ les
bienvenus !
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- 52 -
Les acclamations, sur votre pajïage, vont gronder comme un torrent. Tout un
peuple va vom crier son admiration <Ù^ son allégrejlel (Bravos.)
Ce peuple connaît la valeur §plendide des trophées que vous lui rapporte^.
Uom ave^' conjuré le péril qui menaçait l'intégrité de notre sol, notre patri-
moine moral, notre rang dans le Monde, tout ce qui fait notre fierté, notre
honneur <Ù^ notre raison de vivre. Par vom ont été sauvegardés l'héritage de nos
pères <ù^ l'avenir de nos fils. U ennemi, qui méditait notre aflemflement (Ù^' notre
mine, vous l'avez mis à genoux. Exécutant le teflament de Gambetta, vom ave'?
relevé le défi jeté par un Empire de proie à la Juftice immanente. Uom nom
avex rendu Metj <Ù^ Strasbourg, l'Alsace <Ù^ la Lorraine. (Acclamations.)
La victoire n'a été obtenue qu'a un prix inouï. Il vous a fallu refier floïques
au milieu de luttes effroyables, de souffrances sans nom , endurées sur terre (Ù^ sur
mer. Un fleuve de sang a coulé. Et vom ave"/ vu tomber autour de vom, comme
les épis som la faux du moifonneur, les morts innombrables.
Ces morts vom accompagnent. Ils sont, bien qu'invisibles, au milieu de votre
cortège ou l'inflinét myBérieux des veuves <Ù^ des mères saura découvrir leur image
chérie. Avec vom, ils recevront en offrande leurs larmes (Ù^ leurs gerbes de fleurs.
Ensemble vom pafiere"^ som cet Arc de Triomphe, dont la hauteur <â^ la magni-
ficence sont à peine proportionnées à votre gloire. (Acclamations.)
Libérateurs de la Patrie, vengeurs de l'Humanité, Paris vom ouvre tout grand
son cœur rempli de reconnaiflance <Ù^ d'amour.
IJivent l'Armée (Ù^ la Marine \ Uivent nos braves (Ù^ loyaux Alliés! Tjive
la France éternelle \ (Acclamations.)
Le Maréchal Foch répond en ces termes :
Messieurs,
Nom sommes très touchés, très honorés, très flattés des paroles que vom vene'r dt
prononcer <Ù^ de l'accueil qu'a notre entr-ée dans Paris vous voulez bien nous réserver.
En notre nom, au nom de tom nos soldats, je vom exprime ici nos sentiments de
très profonde gratitude, i Acclamations. )
- 33
Gagnés par l'émotion, les Maréchaux qui personnifient l'héroïsme
& le génie militaires, le Président du Conseil Municipal & le Préfet de
la Seine, qui représentent la citadelle sauvée, se jettent spontanément
dans les bras l'un de l'autre & s'embrassent. Et la foule, a ce speélacle,
éclate en acclamations & jette des fleurs.
M. Emmanuel Évain, Président du Conseil Municipal,
prononce les paroles sacramentelles : ^ Mepeiirs les Maréchaux, les portes de Taris vom so>ii ouvertes i>.
(Photographie M. Brangcr.)
Le Président du Conseil Municipal, M. Emmanuel Évain, s'eff-ace
alors devant les Maréchaux & prononce ces paroles sacramentelles :
(( Mepeurs les Maréchaux, les portes de Pans vom sont ouvertes».
Les Maréchaux montent en automobile & se rendent avenue des
Champs-Elysées porter leur hommage aux morts de la Grande Guerre,
54
puis repartent pour la porte Maillot ou ils vont prendre la tête des
troupes rentrant daiis la Capitale.
Les Conseillers municipaux de Paris prennent place de leur coté dans
les voituj-es qui les attendent, & gagnent les tribunes qui leur sont
réservées avenue des Champs-Elysées.
LE DEFILE TRIOMPHAL
E jour tant espéré depuis cinq ans est arrivé ! Pour la
première fois depuis le 14 Juillet 1914, la Fête nationale
arbore dans Paris ébloui l'éclat des drapeaux tricolores
claquant au vent, de ces «couleurs nationales», disait
Mirabeau, «signe de la sainte confraternité des amis de la Liberté sur
toute la terre».
Etendards, écussons, trophées, amoncellements de canons rappellent
aux Français les étapes de l'épopée magnifique qu'ils ont vécue dans la
souffrance, dans l'angoisse, dans la confiance quand même & toujours,
&: qui s'achève dans la gloire. Il y a un an à cette même date, l'Alle-
magne impériale, ivre d'orgueil, ramassée pour l'effort suprême, lan-
çait l'assaut qu'elle croyait décisif & qui devait, dans la pensée de ses
chefs, lui ouvrir enfin les portes de la grande Ville. Et aujourd'hui,
c'est la Cité préservée, inviolée, qui reçoit & fête ceux qui ont fait
évanouir ce rêve de domination.
Le 13 juillet, à la nuit tombante, les décorations de la voie triom-
- 56 -
phale & de la place de la Concorde, dues à MM. Nenot & Guillaume
Tronchet^'' & à leurs collaborateurs, sont achevées, grâce au zèle
patriotique des ouvriers civils & militaires.
La foule, avenue des Champs-Elysées, le 15 juillet dans l'après-midi.
(Photographie M. Roi.)
Place de l'Étoile, de grands mâts, doublés par d'autres un peu moins
élevés, entourent l'Arc de Triomphe. Leurs vergues soutiennent d'im-
'" M. Nénot & ses collaborateurs n'eurent
que treize jours pour exécuter ce vaste en-
semble.
Le parcours depuis la porte Maillot jusqu'à
la place de la Concorde fut divisé en trois
seâeurs. Le premier, de la porte Maillot au
Rond-Point, fut confié à MM. Sue, Mare
& Jaulmes. Avant que la dire£lion générale
fût confiée à M. Nénot, des études avaient
été préparées : M. Sue, architefte, avait
dressé un projet de cénotaphe pour être placé
dans l'axe & sous l'Arc de l'Étoile. Ce projet,
en forme de pyramide tronquée, présentait
sur chaque face une grande Viéloire heureu-
sement inspirée de la belle figure de Chapu,
du tombeau des généraux Lecomte & Clé-
ment Thomas par Coquart. Le second sec-
teur fut décoré par M. Nénot & ses colla-
borateurs , MM. Levard, Patout & Hardelay.
La décoration du troisième sefteur (place de
57
menses oriflammes tricolores, ondulant sous le vent &, parmi celles-ci,
les pavillons de nos navires de guerre coulés par l'ennemi. D'autres
Un des pylônes comme'morant les grandes vifloires de la guerre,
élevé avenue des Champs-Elysées.
mâts, où sont fixés des drapeaux &c des écussons, bordent l'avenue
de la Grande-Armée jusqu'à la porte Maillot. Le long de l'avenue des
Li Concorde) fut confiée à M. GuilLaume
Tronchet, architefte en chef du Palais de
l'Elysée, qui, chargé par M. le Président du
Conseil des Ministres de la décoration lors
des fêtes de l'Armistice, avait déjà exécuté des
maquettes de l'ensemble décoratif de la place.
Il eut pour collaborateurs MM. Ronsin &
Laverdet.
8
Les autels élevés au Rond-Point des Champs Élysées en hommage aux villes martyres.
(Photographies M. Roi.)
Les autels clcvcs au Rond-Point des Champs-ÉIysccs en hommage aux villes martyres.
(Photographies M. Roi.)
8.
6o -
Champs-Elysées jusqu'à la place de la Concorde, des pylônes jume-
lés sont debout, commémorant les grandes viâoires de la guerre : Cham-
pagne, les Èparges, le Grand-Couronné, la Somme, l'yilsace-Loiraine, la Marne,
l'Argonne, Uerdiin, Dixmude, Pogradec, S/^'a di Legen. Ils sont reliés par
des pylônes simples &c des mâts blancs parés d'ailes d'or & de verts
lauriers. Au Rond-Point s'élèvent quatre autels, en hommage aux villes
martyres, dédiés a ZJerdiin, Reims, A.rras, Soijions. Les faces principale
& postérieure portent les blasons armoriés, & les faces latérales des motifs
de sculpture en bas-relief. Au sommet est un grand foyer d'où s'échap-
pent des flammes. Au Rond-Point encore, a gauche & à droite de
l'avenue, ont été érigés deux amoncellements'') de canons allemands
brisés, surmontés chacun d'un grand coq gaulois. L'avenue des Champs-
Elysées n'est qu'une longue pamre aux couleurs de France & des Na-
tions alliées. Partout de la verdure, des fleurs, des étofl^es drapées, des
pavillons frangés d'or, des tenmres pourpre à crépines jaunes, des motifs
lumineux, des adresses de sympathie.
Quant à la place de la Concorde, comment en décrire l'harmonie,
l'aspeft enchanteur, avec son déploiement de mâts, de drapeaux, d'ori-
flammes, d'étendards de toutes les Nations alliées, mêlant le flamboie-
ment de leurs tons violents à l'atmosphère rouge & or où elle semble
en quelque sorte plongée?
Au débouché de l'avenue des Champs-Elysées & de la rue Royale
s'élèvent des mâts ordonnés en vastes motifs. Au sommet de chacun
d'eux flotte un immense pavillon français surmonté de deux cercles
d'or superposés, dont l'un porte au centre un coq gaulois chantant. Au
tiers de la hauteur, des drapeaux aux couleurs des Nations qui ont com-
batm aux côtés de la France sont réunis en couronnes dans le sens hori-
zontal, disposition nouvelle qui forme comme une vaste fleur multi-
colore. Des couronnes d'or sont piquées aux hampes des drapeaux.
Plus bas, des bagues de casques français dorés avec des guirlandes de
"' Des fils de fer barbelés furent dressés le 14 au matin, les «Poilus» les franchirent
au pourtour pour en défendre l'accès, mais, & les pyramides furent envahies par la foule.
Au Rond-Point des Champs-Élysccs.
Les amoncellements de canons allemands surmontés chacun d'un grand coq gaulois :
' Le Coq combattaiil; — hc Coq triomphant,
(Photographies Mcnanteau.)
- 62 -
feuillage vert soutiennent ces motifs 5 au-dessus deux étendards aux cou-
leurs nationales portant l'inscription K. F. forment le point de départ
d'un faisceau de lances de cavalerie réunies à la base & portant tout en
haut des flammes multicolores qui vibrent au vent.
Devant chaque statue d'une ville de France est érigé un groupe de
mâts plus petits 5 ils supportent une rangée de drapeaux alliés au-dessus
desquels est suspendu un mai aux couleurs nationales couronné d'un
coq 5 un autre groupe de mâts surmontés par des haches de li6leurs est
relié au précédent par des guirlandes de feuillage d'or. Un troisième
motif décoratif comprend trois mâts portant une cocarde bleu, blanc,
rouge & couronnés d'or, réunis par une guirlande de feuillages.
Les statues des villes sont drapées de grands voiles aux couleurs natio-
nales parsemés de couronnes d'or, symbole des héros que chaque pro-
vince a donnés à la Patrie.
Les lampadaires des candélabres sont voilés de légers abat-jour tri-
colores, — sorte de cages transparentes, — ingénieusement disposés en
losanges, que la brise fait palpiter^ ces lampadaires sont reliés par des
guirlandes dorées, lumineuses le soir.
Du sommet de l'obélisque partent également des guirlandes d'or,
lumineuses aussi, reliées à des mâts couronnés de mais.
Les refuges du centre de la place de la Concorde ont reçu comme
décoration des trophées de canons pris à l'ennemi : au centre jaillissent
les eaux des fontaines.
Les arbres de la terrasse des Tuileries ont été parés de ballons d'or
pour les illuminations du soir.
Les soldats & leurs chefs vont passer sous les voûtes augustes, —
ceintes de canons prisonniers &c délivrées aujourd'hui de leurs chaînes,
— toutes resplendissantes des rayons d'or du soleil d'Austerlitz.
Ce que furent ce cortège de nos armes, cette journée d'apothéose
& d'espérance infinie, — le dernier speftacle de la Grande Guerre, —
ceux-là seuls qui le virent peuvent le dire. Plus tard, bien plus tard,
les enfants qui eurent la vision de cette scène grandiose, devenus
- 63 -
à leur tour vieillards, en parleront encore comme d'un événement
prodigieux.
De la porte Maillot à la place de la République, le long de l'avenue
des Champs-Elysées, devenue la Voie triomphale, &: sur nos boulevards,
des millions d'êtres humains : Parisiens accourus de tous les faubourgs.
Français arrivés de nos plus lointaines provinces, étrangers venus des
La décoration de la place de la Concorde.
(Photographie Brangcr. )
confins du Monde, hommes, femmes, enfants de tous âges, de toutes
conditions, sont rassemblés sous les bannières, les orifiammes, les
images votives. Un grand nombre ont passé la nuit, roulés dans des
sacs, dans des couvertures, pour être sûrs de pouvoir crier le len-
demain leur reconnaissance, leur admiration à nos héros, qu'ils veu-
lent voir marchant vivants dans leur légende. La foule innombrable
est partout : aux fenêtres, aux balcons, sur les toits, les gouttières.
- 64 -
les cheminées, les échelles, les tréteaux improvisés, les voitures, les
statues, les automobiles transformées en plates-formes, dans les branches
des arbres. C'est une nuée immense de visages &c de corps, une draperie
vivante, frémissante, qui attend, souriante, joyeuse à la pensée qu'elle
va voir une minute sacrée de l'Histoire.
La place de la Concorde est une mer humaine dont les vagues
montent jusqu'à la terrasse des Tuileries. Des estrades ont été élevées,
réservées par la volonté [du Conseil Municipal aux enfants des écoles
de la Ville tenant de petits drapeaux qu'ils ne cesseront d'agiter pendant
tout le défilé '''.
Au haut de l'avenue des Champs-Elysées s'élèvent les tribunes offi-
C A l'occasion des fêtes du 14 Juillet,
le Bureau du Conseil Municipal, sur la
demande de M. Poiry, & conformément
aux propositions de la 4' Commission, avait
décidé qu'une importante Délégation des
élèves des écoles de Paris assisterait au Défilé
de la Viéloire.
Après entente avec le Sous-Secrétariat
d'État des Beaux- Arts, les terrasses du jardin
des Tuileries en bordure de la place de la
Concorde furent réservées à cette Délégation
qui ne comprenait pas moins de dix-sept mille
enfants des écoles primaires publiques, pri-
maires supérieures & professionnelles de la
Ville de Paris. Ils étaient accompagnés & sur-
veillés par dix-sept cents Instituteurs Se Insti-
tutrices de l'Enseignement public. Elèves
Se maîtres avaient été choisis dans les écoles
par les Inspefteurs & Inspeéfrices & concen-
trés, le matin du 14 Juillet, en un lieu dé-
terminé, dans chaque arrondissement muni-
cipal.
Tous ces groupes se dirigèrent vers le
jardin des Tuileries où ils pénétrèrent par
la porte du Palais du Louvre, qui fait face à
l'église Saint-Germain-l'Auxerrois.
Les tribunes aménagées en fajade de la
place de la Concorde n'offrant pas un espace
suffisant pour ces dix-sept mille enfants,
auxquels s'étaient joints un millier d'élèves
des lycées de Paris, un certain nombre furent
installés sur le terre-plein central de la place.
Quand le glorieux défilé arriva en face des
terrasses des Tuileries, tous les enfants agi-
tèrent d'un seul mouvement, gracieux à la
fois & frénétique, les drapeaux tricolores
dont ils étaient munis. Et ce geste des enfants
au passage des soldats fut le plus beau & le
plus touchant salut qu'aient reçu, en ce jour
inoubliable , les troupes viélorieuses traversant
Paris.
L'après-midi, vingt-cinq mille sept cents
enfants des écoles assistèrent aux représen-
tations gratuites organisées pour eux en divers
théâtres & lieux de speftacle parisiens : théâtre
Sarah-Bernhardt, Nouveau-Cirque, Alham-
bra , Cirque d'Hiver, Eden-Concert , Cinéma
des Fleurs, Clisson Palace, Bobino, Théâtre
Lyrique, Trocadéro, Empire-Palace, Salle
Wagram, Trianon, Montcalm-Cinéma, Ci-
néma Lamarck, Palais du Travail, Folies-
Parisiennes.
- 65 -
ciclles, — toutes les autres qu'on avait songé à édifier, & dont la con-
strudion avait même été commencée, ont été, au nom d'un sentiment
d'égalité & d'équité ôc par la volonté du Président du Conseil, enlevées
dans la nuit du lo au ii juillet, ^a gauche, celles du Président de la Ré-
publique, du Parlement, du Conseil Municipal de Paris, du Conseil
Général de la Seine & des Maires de Paris, celle des Maires des réeions
La tribune présidentielle, avenue des Champs Elysécs.
(Seftion photographique de l'Armée.)
libérées, celle réservée aux mutilés''' qui prendront part au déhlé.
En face, de l'autre côté de l'avenue des Champs-Elysées, dans un pit-
toresque &c harmonieux chatoiement, sont groupées les jeunes tilles
d'Alsace & de Lorraine, portant le grand nœud ailé aux couleurs variées
ou le petit bonnet de dentelle, exquises avec leurs fichus éclatants
&c leurs jupes aux teintes claires. Pendant le défilé, elles ne cesseront,
'' En face de cette tribune, de l'autre bune — semblable — réservée également
côte de l'avenue, s'élevait une seconde tri- aux mutilés qui avaient pris part au défilé.
La tribune des Généraux.
(Photographie Henri Klaniicl.)
La tribune des Alsaciennes &: des Lorraines.
(Photographie Lcvy lils & C".)
- 67 -
d'agiter leurs mouchoirs, suivant la mode locale, & d'acclamer les triom-
phateurs. D'autres tribunes s'alignent : celles des Généraux, des Pléni-
potentiaires de la paix, du Corps diplomatique.
A gauche de la tribune du Président de la République, du côté de
la place de l'Etoile, sont deux tribunes, l'une destinée aux mutilés,
l'autre aux parents des soldats morts pour la France.
Le Prcsidcnt de la République, suivi des personnalités otficiellcs,
se rendant au Cénotaphe, le i+ Juillet au matin, avant le défilé triomphal.
(Photographie Henri Manuel.)
A 8 heures 20, le Président de la République, qui, à son arrivée, a été
salué d'enthousiastes vivats, descend — accompagné des Présidents des
Chambres, des Membres du Gouvernement, des Maréchaux — les
degrés de l'estrade officielle &c se rend à pied au cénotaphe que, dans la
nuit du 13 au 14, on a fait glisser du côté droit de l'avenue des Champs-
Elysées. Le Premier Magistrat de la République a voulu, à l'aurore de
la lumineuse journée, consacrer des fleurs à ceux qui, par leur sacrihce,
9-
- 68 ~
en préparèrent l'avènement, a ces héros que pleure la France & dont il
aurait pu dire, comme l'orateur antique : «la Cité a perdu sa jeunesscj
l'année a perdu son printemps». Les tambours, les clairons de la garde
d'honneur rassemblée autour du drapeau battent &c sonnent l'appel
des braves. Au milieu d'une émotion fraternellement partagée par les
Devant le Cénotaphe.
(Photographie Paul Wackernic. )
témoins de cette scène, en présence d'un groupe de blessés, il dépose
une couronne sur le monument funéraire ou sont t^ravés en lettres d'or
ces mots :
AVX MORTS POVR LA PATRIE
Le socle du cénotaphe est jonché d'autres couronnes où se lisent :
yiux Soldats (Ù^ Marim tombés au champ d'honneur, le Gouvernement de la
République. ■ — Lf Sénat aux Morts pour la France. — ha Chambre des Députés
- 69 -
aux Français morts au champ d'honneur. — A nos Q-ands Morts, la ZJilJe
de Paris. — A. nos Héros tombés au champ d'honneur, le Département de la
Seine. — ha Marine française aux Héros morts pour la Patrie. — L'Alsace
<Ù^ la Lorraine aux Patriotes tombés au champ d'honneur. — hes Combat-
tants de l'Année terrible aux Morts pour la Patrie. — Aux Aviateurs
morts pour la Patrie. — A leurs Camarades tombés à coté d'eux, l'Union
nationale des Mutilés (Ù^ Kéformés. — Au nom des trois millions de frères
Kufes, morts pour la cause commune. — L'Armée roumaine aux Artisans
de la Grande "Victoire. — Glon-e aux Héros ?norts au champ d'honneur l le
Comité des engagés volontaires hollandais. ■ — Les Anciens Combattants du
Palais, a leurs Camarades morts a leurs cotés. — Les "Vétérans des Armées de
terre <Ù^ de mer de i8yo-yi. — Le Souvenir Français. — L'Ecole Supérieure
de Guerre. — Ftc, etc.
A 8 heures 40, le Président de la République, suivi des personnages
officiels, prend de nouveau place dans sa tribune. Le moment est
solennel. Le canon tonne3 les salves d'artillerie ne cesseront plus pen-
dant tout le défilé. Les tambours battent, les clairons sonnent. Au haut
de l'Arc de Triomphe, d'où jaillissent des fusées lumineuses, se déploient
dans un ciel d'azur nos trois couleurs. Dans le lointain, une musique,
dont les sons se rapprochent peu à peu, se fait entendre. C'est celle
du zf régiment d'infanterie qui joue : "Vous n'aure'7 pas l'Alsace (Ù^ la
Lorraine (de Bentayou).
Dans la lumière d'une journée rayonnante, le défilé triomphal
commence.
Voici tout d'abord la phalange des martyrs, — les mutilés de la
Guerre. Les premiers passent étendus dans des voitures basses, presque
ensevelis sous les fleurs. Derrière eux s'avancent un millier de jeunes
hommes, officiers, soldats, civils, — héros qui laissèrent sur les champs de
bataille des lambeaux de leur corps, les uns s'aidantde béquilles, d'autres
s'appuyant sur des cannes, &c au milieu d'eux, portant les drapeaux,
doucement soutenus par leurs camarades de souffrances, ceux qui ne
reverront plus jamais la lumière du jour! La foule les salue d'une ovation
- 70
passionnée 3 un grand frisson la secoue & bien des visages sont bai-
gnés de larmes.
Quelques minutes s'écoulent. Toutes les têtes, tous les regards se
portent maintenant vers l'Arc de Triomphe. Minute sacrée! moment
unique dans l'histoire des peuples ! Les trompettes de la Garde ont
retentij les cavaliers, sabre au clair, s'avancent, devançant les Maréchaux.
Dans ce décor d'histoire &c de légende, sous la Porte de gloire, évoca-
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Le déhlc des Mutilés.
(Photographie Paul Wackernie.)
trice d'une grande épopée militaire, qu'illustrent tant de noms de gé-
néraux & de vidoires, entre les deux images que l'Art a sculptées, celle
de Rude chantant le Départ, celle de Cortot exaltant le Triomphe, sous
ces pierres héroïques où jamais un vainqueur français ne passa, passent
les deux soldats, personnification du génie militaire de notre race :
Joffre, qui arrêta la ruée de l'envahisseur en marche sur Paris &, pour
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la première fois depuis quarante-huit ans, ramena la victoire sous nos
drapeaux^ Foch, Commandant en chef de toutes les Armées alliées de la
Liberté, qui brisa définitivement l'armature germanique. Ils chevauchent
lentement, côte à côte, tenant en main le bâton de maréchal étoile
d'or, graves, calmes, émus; ils saluent du bâton, lorsqu'ils arrivent à
la hauteur du cénotaphe, le souvenir des morts dont- l'invisible pré-
sence ne cessera de planer sur la magnificence de cette fête. Un grand
silence se fait, puis tout d'un coup, tandis que gronde le canon, des
vivats, tel un roulement de tonnerre, montent dans le ciel, ardente
expression de l'admiration, de l'infinie reconnaissance de toute une
nation.
Pendant trois longues heures, les bravos, les acclamations seront
ininterrompus. Sous les pas des deux grands chefs & des splendides
troupes qui vont les suivre, les fleurs ne cesseront de s'accumuler.
Et maintenant c'est l'histoire entière de la guerre qui s'évoque : dans
l'ordre alphabétique des Puissances alliées — chacune d'elles représentée
par une délégation comprenant des drapeaux avec leur garde &c des déta-
chements d'honneur — vont défiler les soldats appartenant à toutes les
races, accourus des divers points de la Terre — de la plaine &c de la
montagne, des îles &c du continent — pour soutenir la cause de l'éter-
nelle Justice.
Voici, droit, impassible, le Commandant en chef des forces améri-
caines, le Général Pershing, qui, le jour même de sa venue en France,
s'en était allé s'incliner au petit cimetière de Picpus devant la tombe du
jeune engagé volontaire de 1777, & s'était écrié : (cLa Fayette, mus voilai»
Pershing qui, après l'offensive du 21 mars 1918, aux heures d'angoisse,
vint offrir au Maréchal Foch le concours immédiat de troupes à peine
débarquées. Derrière lui s'avance dans un impeccable alignement la jeune
armée de croisés qui, pour ses coups d'essai, étonna les vieilles armées
par son entrain endiablé, — ■ fantassins coiffés du casque plat, marins
au petit chapeau blanc, superbes de force alerte, de robuste jeunesse,
d'énergie concentrée. Au milieu d'eux claquent au vent les drapeaux
étoiles des régiments qui virent le feu en Champagne &: en Argonne.
10
- 74 -
Des hourras retentissent^ des clameurs emplissent l'air : «Vive Pershing!
Vive l'Amérique ! »
Cris, ovations saluent la Belgique qui se leva dès le premier jour,
préférant le martyre au déshonneur. Les soldats du chevaleresque
Roi Albert, frères des nôtres par l'élan &c la bonne humeur, défilent,
ayant a leur tête le Général Gillain, parmi leurs étendards surmontés
Le Général Pershing.
(Photographie Henri Manuel.)
du Lion belge où sont inscrits les noms des combats désormais fameux :
Ypm, Poclcappele, Papcheiidaele, Hoitthiilff, Dixwude, Yser.
Voici — vision émouvante qui suscite un inexprimable enthou-
siasme — le Maréchal Douglas Haig & les légions — chantées par
Kipling — de l'immense Empire qui, au cours d'une longue histoire,
ne connut jamais la défaite : détachements des régiments de la Garde,
chasseurs du Sommerset, rifles des régiments d'York, de Lincoln & de
L'Infanterie américaine.
(Photographie M. Roi.)
La Marine américaine.
(Photographie Paul Wackcrnic.)
10.
- 76 -
Liverpool, de Dorset, grenadiers du Northumberbnd, fantassins du
Lancashire, représentants des Dominions, — Australiens, Canadiens,
fs»-:;^ar/ii.!-.
^^^R^^HbJ^nMBÏdMlKL JU^ <l
lÈTJi^wr^
^^ii. wCrSl^B
ÉHHUP^^i^MMl
Is^r
r
L'Infanterie belge.
(Service photographique de l'Armée belge.)
Néo-Zélandais, Sud-Africains, Cipayes au teint bronzé, — highlanders
du Black Watch, de Seaforth, de Gordon & dArgyll & Sutherland,
Le Marcchal Douglas Haig.
(Photooraphic M. Roi.)
L"lnf;intcric anglaise.
(Thotogr.ipliic M. Roi.)
La Manne anglaise.
( Photographie Excelsiot. )
Les Ecossais.
( Photogr.iphic Lansiaux.)
79 -
Écossais aux jambes nues qui passent en jouant de la cornemuse. Ils
descendent au rythme d'une musique recueillie & grave l'Avenue triom-
phale3 groupés en harmonieuses gerbes frissonnent une multitude d'en-
seignes aux broderies d'or, aux couleurs écarlates, — plus de deux cents,
— dans les plis desquels est enveloppée toute la gloire de la ^'ieille
Angleterre.
Le General Montl'ori à la tête des troupes italiennes.
(Photographie Henri Manuel.)
Une musique vivement cadencée retentit. Des soldats habillés de gris
vert, sur les uniformes desquels les cravates rouges des Garibaldiens
mettent des taches de sang, apparaissent. Ce sont nos amis italiens qui,
dès 1914 dans l'Argonne &c en 1918 sur la montagne de Reims, égalèrent
par leur sublime mépris de hi mort les plus réputés de nos régiments.
Ils s'avancent le fusil à la main, comme s'ils allaient à l'attaque. La foule
salue de ses bravos nourris les drapeaux déchiquetés - — vert, blanc, rouge,
ornés de l'écusson de Savoie & les fiers représentants — brigades
L'Infanterie italienne.
(Photographie M. Roi.)
-^-^^
La Marine italienne.
( Photogr.iphie Mcurissc. )
Les Japonais.
(Photographie Henri Manuel.)
Les Grecs.
(Photographie Henri Manuel.)
I I
Les Polonais.
(Photographie communiquée par le journal l' lUiSration.)
Les Portugais.
(Photographie Identité judiciaire.)
Les Roumains.
(Photographie Branger. )
Les Serbes.
(Photographie Branger.)
I I,
Les Siamois.
(Photographie communiquée par le Prince Charoon, Ministre de Siam.;
Les Tchcco-Slovaques.
(Photographie M. Roi.)
- 85 -
d'infanterie Alpi, de Naples, de Bresciii, de Salerne, régiments d'ar-
tillerie de campagne, bataillons d'assaut — de la nation héroïque qui,
au nom de la fraternité latine & pour reconquérir ses terres irredente,
se jeta dans l'affreuse mêlée à une heure où la fortune des armes sem-
blait nous abandonner.
Le cortège des Alliés continue de se dérouler avec les Japonais
déployant leur étendard argenté qu'irradient de pourpre les rayons d'un
disque solaircj les Grecs, qu'accueillent les cris de : « Vive Vénizelos ! »
— précédés de leurs evzones coiffés du petit bonnet à houppe, les jambes
serrées dans des maillots blancs, les pieds chaussés de souliers aux
pointes retroussées. Voici les Polonais, qui retrouvent leur patrie, mar-
chant derrière leur drapeau blasonné de l'aigle blanc ^ les Portugais, qui
partagèrent avec une noble constance les épreuves de leurs compa-
gnons d'armes britanniques5 les Roumains, descendant des légionnaires
de Trajanj les Serbes, premières vi£fimes de l'infâme agression, qui
connurent les douleurs de l'exode & de l'occupation étrangère5 les Sia-
mois, qui voulurent, eux aussi, leur place dans la bataille engagée contre
l'impérialisme allemand 5 enfin les Tchéco-Slovaques, qui font accla-
mer la bannière de saint Wenceslas.
Et voici la France... Hélas! tous les soldats de la Grande Guerre ne
passèrent point sous l'Arc de Triomphe, mais tous furent dignement
représentés par les plus décorés d'entre eux. La foule entend, d'abord
dans le lointain, puis se rapprochant, des clairons dont les sons lui
sont familiers 5 bientôt apparaît à ses yeux l'uniforme bleu horizon
consacré par la gloire, qui s'accorde si heureusement à ce théâtre lumi-
neux. Les «poilus» sont là, — les «poilus», sublimes continuateurs
de nos traditions guerrières & civilisatrices, successeurs des «gro-
gnards», héros de la Marne, de la Somme, de \Yser, de TJerdtm, qui
vont, effaçant un douloureux souvenir, descendre cette même avenue
qu'il y a un demi-siècle foulèrent insolemment les troupes alle-
mandes. Un immense enthousiasme soulève tous les cœurs qui battent
à se rompre. Mille sentiments agitent les multitudes : joie, ten-
dresse, ferveur, orgueil patriotique. L'heure passionnément espérée
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- 88 --
depuis les jours maudits de la défaite a enfin sonné : les grands soldats,
image sacrée de ceux qui ne sont pas revenus, passent, salués d'ova-
tions magnifiques, sous l'arche grandiose. A leur tête, après la musique
de la -]" Division d'infanterie, s'avance sur un cheval blanc le chef au
lucide regard, au génie organisateur, qui, à Verdun, leur disait dans
un ordre du jour célèbre : a Courage, on les aurai »^ le Maréchal Pétain.
Les Sapeurs-Pompiers de Paris.
(Photographie Henri Manuel.)
Comme eux, il est vêtu de bleu horizon 5 sa physionomie est pâle,
calme, impassible. Des fleurs lui sont jetées de toutes parts 5 des clameurs
délirantes montent vers lui. Derrière lui va passer, chacun à la tête de
ses troupes qu'il conduisit au feu, la pléiade de généraux dont les noms,
qu'immortalisera l'Histoire, résonnent comme des fanfares : de Cas-
telnau, Fayolle, Maistre, Guillaumat, Debeney, Humbert, Gouraud,
Mangin, Hirschauer, Dégoutte, de Boissoudy, Gérard, de Mitry, Herr.
- 89 -
Aux accents de Sa/>/i>re-(Ù^-Meme''^\ de Madeloii, de la Ma)'che lorraine,
du Cbaiit du Départ &c de tant d'airs populaires qui entraînaient au
combat, défilent nos drapeaux retour du front, — tous les drapeaux
Les Aviateurs.
Le Capitaine Fonck portant le drapeau de l'Aviation.
(Photographie commimiqiicc p.ir le journal Exctlsior.)
& étendards de l'Armée française'-', salués comme des reliques,
emblèmes chéris cravatés de la Lésion d'honneur ou de la Croix de
guerre, loques d'or & de pourpre dentelées par les balles, trouées par
'" L'air de S.xmbre-Ô'-M.em: — le plus
entraînant de tous les airs de défiles, celui
qui, depuis de si nombrcu.scs années, a
.scandé le pas de nos troupes dans toutes les
grandes revues militaires — tut joue le pre-
mier, sous l'Arc de Triomphe, par la mu-
sique de tête, celle de la 7" Division.
'-' Ils étaient groupés par régions d'ori-
1 2
Le Général de Castelnau.
(Photographie M. Roi.)
Le Général Fayolle.
(Photographie Henri Manuel.)
Le Général Gouraud.
(Photographie M. Roi.)
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Le General Mangin.
(Photographie M. Roi.)
I 2.
9^
les obus & dont beaucoup ne laissent plus voir qu'un lambeau de
soie. Nos héros portent la fourragère rouge, jaune ou verte 5 leurs
poitrines sont chargées de croix & de médailles qui proclament leur
vaillance. L'Arc de Triomphe voit passer les élèves de nos grandes
L'Infanterie française.
(Photographie M. Roi.)
écoles : Polytechnique, Fontainebleau, Versailles, Saint-Cyr, Saint-
Maixentj la Gendarmerie, la Garde républicaine, les Sapeurs-Pom-
gine, avec une compagnie d'honneur par
région. Chacun des drapeaux ou étendards
était accompagné du chef de corps & de sa
garde réglementaire composée des hommes
les plus décorés. La compagnie d'honneur
de chaque corps d'armée était choisie dans
le corps ayant obtenu le plus de citations à
l'ordre de l'armée.
L'armée coloniale, l'armée d'occupation
des pays Rhénans, l'armée d'Orient, l'Algé-
rie-Tunisie & le Maroc étaient représentés
dans les mêmes conditions. L'Aviation, la
Marine, l'Artillerie, la Cavalerie avaient
leurs délégations spéciales. La délégation du
Train des Equipages défila avec celle de
l'Artillerie.
I
- 94 -
piers, le Génie avec les drapeaux de ses onze régiments, les Doua-
niers, les Forestiers, les Ouvriers d'administration, les Infirmiers, les
Brancardiers 5 les troupes d'Infanterie : jeunes poilus de l'Aftive, sol-
dats de la Réserve, « pépères » de la Territoriale 5 les Coloniaux^'' :
Tirailleurs sénégalais, malgaches, indo-chinois5 la délégation de l'Armée
d'occupation des pays rhénans avec ses Chasseurs, ses Zouaves, ses
Les Troupes noires.
(Photographie communiquée par la maison Gaumont.)
Tirailleurs algériens, sa se6lion d'Autos-canons & la Nouba de tirailleurs^
les délégations de l'Armée d'Orient, de l'Armée d'Afrique 5 les Avia-
teurs, ayant à leur tête Fonck, portant le drapeau^ les Fusiliers marins,
héros de l'Yser & de Dixmude, précédés de l'Amiral Ronarc'h &c dont
la marche est scandée par la musique des Equipages de la Flotte 5 les
'" Les délégations de l'Armée coloniale celles de la Cavalerie, parle Général Féraud,
étaient commandées par le Général Mazillier, Inspe£leur général de la Cavalerie; celles des
Commandant du i" corps d'armée coloniale; Chars d'assaut, par le Général Estienne.
L'Amiral Ronarc'h.
(Photographie communiquée par le journal l'IUiSintion.)
Les Fusiliers marins.
(Photographie M. Roi.)
Les Zouaves.
(Photographie Identité judiciaire.)
Les Spahis & l.s Goumiers d'Algérie & du Maroc.
(Photographie Identité judiciaire.)
- 97 -
Canonniers marins, la compagnie de l'Armée navale, les compagnies
de Défense contre les sous-marins de l'Océan &c de la Méditerranée.
Voici l'Artillerie métropolitaine & coloniale : artillerie lourde, artillerie
de montagne, artillerie à pied, artillerie de campagne avec son 75 légen-
daire, secret de notre viftoire^ sa sedion de 155 court ^ la Cavalerie avec
la délégation de l'École de Saumur, la Garde républicaine à cheval,
Les chars d'assaut.
(Scdion photographique de l'Armce.)
les Chasseurs d'Afrique, les Hussards, les Chasseurs à cheval, les Dra-
gons, les Cuirassiers, les Spahis & les Goumiers d'Algérie & du Maroc,
splendides sur leurs selles de filali rouge brodées d'or. Les Chars
d'assaut C, avec leurs fanions, ferment la marche triomphale, comme
ils ont achevé la guerre, superbement.
(" Au nombre de dix.
U
- 98 -
Le défilé a pris fin. Les acclamations, au cours de cette marche
à l'étoile de nos armées, tandis que la Vi£loire en chantant rentrait
dans Paris, n'ont pas cessé de retentir à travers les voies pavoisées, jon-
chées de fleurs. Partout, depuis l'avenue de la Grande-Armée jusqu'à
la place de la République, sur nos boulevards où passèrent les troupes
vi6lorieuses revenant d'Italie, après Magenta & Solférino, c'est la même
ferveur, le même enthousiasme profond & tendre, un long cri d'amour,
le tressaillement de millions d'âmes. Jamais triomphateurs ne connurent
telle apothéose.
14 Juillet, date prédestinée !
Le 14 Juillet 1919 marque les temps nouveaux : l'afi-ranchissement du
monde de la servitude militaire germanique, comme le 14 Juillet 1789
avait marqué l'affranchissement de la France de la servitude de l'ancien
Régime.
La soirée ''J &c la nuit furent dignes de la journée. Paris, pour la pre-
mière fois depuis cinq ans, était illuminé. Tous les monuments publics,
les édifices municipaux '% les grands magasins, les immeubles parti-
culiers ruisselaient de lumières. L'Arc de Triomphe, rayonnant sous les
feux croisés des projeteurs '^', s'inondait de larges faisceaux éledriques
blancs, bleuâtres, & vers le ciel montaient des feux de Bengale allumés
'" Le 12 juillet au soir, reprenant une
tradition interrompue par la guerre, la Mu-
nicipalité avait offert dans le square des
Vosges, éclairé par des centaines de ballons
lumineux fixés aux arbres, une audition de
vieilles marches & de vieux airs militaires
français.
Le 13, des retraites aux flambeaux, avec le
concours des musiques (tambours, clairons,
trompettes) des régiments appelés à Parispour
participer au défilé des troupes viélorieuses,
parcoururent les divers quartiers de Paris.
'^' Services de l'Assainissement, des Pro-
menades, de la Voie publique, des Eaux;
statues de la République : place de la Nation
& place de la République; statues de Danton,
d'Etienne Dolet , de Baudin , de Jeanne d'Arc,
place des Pyramides & place Saint-Augustin,
de Jean Macé, plaque Baudin Se Lion de
Belfort, monument de Pasteur (place de Bre-
teuil).
"' Ces projecteurs, au nombre de trente-
cinq, étaient installés : cinq sur le pont de
Tolbiac, six sur la place du Panthéon, cinq
dans le parc de Montsouris, six dans le parc
des Buttes-Chaumont, huit devant l'église
du Sacré-Cœur à Montmartre, cinq sur le
viaduc du Point du Jour.
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13.
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sur sa plate-forme. Des guirlandes écarlates éclairaient l'avenue des
Champs-Elysées. La place de la Concorde, avec ses cordons descendant
de l'obélisque, ses petites lampes ondulant d'un lampadaire à l'autre,
avec ses lanternes enroulées de rubans tricolores & la perspe6tive du
Palais-Bourbon, des quais, de la rue de Rivoli, de la rue Royale &
de la Madeleine resplendissant de mille feux, apparaissait comme un
immense brasier. Si loin que portaient les regards, ce n'étaient qu'irra-
diations, aveuglantes trouées de clarté. La Seine semblait charrier des
flammes. L'Hôtel de Ville, Notre-Dame, la Bastille, le Panthéon, les
Tuileries, le Trocadéro, l'Ecole Militaire, la Tour Eiffel, Montmartre
& les Buttes-Chaumont s'embrasaient. Des foules innombrables assis-
taient à ces speftacles de féerie, aux feux d'artifice*'', aux feux de joie.
D'autres s'étaient portées sur les voies où devait passer la Fiaccolata,
girandole lumineuse'-' que la Municipalité de Paris avait fait venir de
Florence.
Des représentations gratuites étaient données dans les théâtres & salles
de spe6lacles '^'. Dans le cadre grandiose des Arènes de Lutèce, des mil-
liers de Parisiens saluaient de leurs vivats la Comédie-Française qui, avec
le concours du corps de ballet & de l'orchestre de l'Opéra, donnait le Cid.
'" Ils étaient tirés au pont Neuf, au viaduc
d'Auteuil, aux parcs Montsouris & des
Buttes-Chaumont, à la pointe ouest de l'île
Saint-Louis, sur la passerelle de l'Estacade,
à la porte des Lilas-Romainville, au boule-
vard Lefebvre, près la porte Brancion.
'^' Cette girandole, composée de deux
mille cinq cents lampes, était formée par une
série de portiques & d'arcs lumineux glissant
sur des roulettes & supportant des motifs
décoratifs ou allégoriques (inscriptions qui
évoquaient les grandes batailles de la guerre,
portraits des hommes d'Etat des Nations
alliées). Le cortège, qui se déroulait sur un
kilomètre, était mis en mouvement par huit
cents soldats. 11 partit du Grand-Palais & tra-
versa les voies suivantes : avenue des Champs-
Elysées, place de la Concorde, rue de Rivoli,
boulevard de Sébastopol, place du Châtelet,
pont au Change, boulevard du Palais, pont
& boulevard Saint-Michel, boulevard Saint-
Germain, quai d'Orsay, pont des Invalides,
avenue Viilor-Emmanuel III.
'^) Théâtre Sarah-Bernhardt, Palais du Tro-
cadéro, Cirque d'Hiver, Alhambra, Théâtre
Bobino, Théâtre Trianon, Salle Wagram,
Empire-Palace, Eden-Concert, Folies-Pari-
siennes, Excelsior Concert, Nouveau-Cirque,
Théâtre Lyrique du xvf, Palais du Travail,
Montcalm-Cinéma, Cinéma Cyrano, Ci-
néma des Fleurs, Chsson Palace, Cinéma
Lamarck.
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I02
Enfin, sur les places ôc aux carrefours, toute la nuit &c jusqu'à l'aube
naissante du lendemain, Paris dansa...*'l
A l'issue du défilé des Armées alliées, le Président de la République
adressa la lettre suivante à M. Clemenceau :
Mon cher Président,
Peiidant quarante-sept ans, la Ft-ance a gardé le cruel souvenir de la journée
sinifîre ou les troupes allemandes avaient descendu les Champs-Elysées <ù>° fait sentir
à Paris l'humiliation de la défaite. Pendant quarante-sept ans, sur la place de
la Concorde, la ftatue de Strasbourg efl reflée voilée de crêpe.
Dam la limpidité d'un matin rayonnant viennent d'être a jamais effacées les
dernières traces de ce pajié douloureux; les chaînes de l'Arc de Triomphe sont
tombées pour livrer pajlage a nos armées viéto rieuses. Paris s' efl mk en fête pour
recevoir nos soldats; l'Alsace <â^ la Lorraine sont accourues elles-mêmes pour les
acclamer jojemement.
Tous, hélas l n'étaient pas la. Les meilleurs artisans de nos succès sont ceux qui
n'en ont pas connu l' aboutifiement glorieux <Ù^ vers qui sont montés, cette nuit,
pendant la veillée des armes, les regrets <Ù^ la reconnaifiance de tout un peuple. C'eft
a eux surtout que nous devons ces grandes heures lumineuses. La Nation l'a compris,
<â^ a piemement afocié les morts a l'apothéose des vivants.
Llle a réuni dam ses ovatiom enthousiafles les braves qui sont revenus de la guerre
infirmes ou mutilés (Ù^ ceux que les projeéfiles ont épargnés, les Divisions pwiçaises
<Ù^ les détachements alliés, nos contingents coloniaux <Ù^ nos forces métropolitaines,
l'Armée de terre <Ù^ l'Armée de mer, les drapeaux de l'Infanterie <Ù^ les éten-
dards de la Cavalerie, l'Artillerie, l Aviation <Ù^ les Chars d'af!aut.
Elle a confondu dam ses vivats les trois illuHres Maréchaux de France, les
vaillants chefs qui ont commandé sous leurs ordres <Ù^ les magjùfques poilus qui
"* En dehors des bals qui, comme chaque Comités spéciaux des divers quartiers, des
année avant la guerre, avaient été organisés bals avaient lieu place de l'Hôtel-de- Ville,
à l'occasion de la Fête nationale par les place de la Nation, place Armand-Carre I.
- I03
étaient plm impajiibïes encore, l'an dernier, sous la pluie des ohm qu'aujourd'hui
sous la pluie des purs.
Entre les défenseurs du Droit, la comcience populaire n'a pas fait de diftin^wn.
Wle sait qu'il a fallu le concours de tous les dévouements, groupés autour du Gouver-
nement de la Képublique (Ù^ des Gouvernements alliés, pour écarter le plus redoutable
péril dont ait été menacée la hiberté.
ha France aura le droit d'être éternellement fière de la part qu'elle a prise
a cette guerre universelle. Ses armées sont refiées sur la brèche, du début a la fin des
hoflilités; elles ont tenu le font le plus vaste <Ù^ le plus exposé; elles ont eu en face
d'elles les ennemis les plm puif^ants (Ù^ les mieux organisés; elles ont accompli les
efforts les plus prodigieux, elles ont subi les pertes les plus effroyables, elles ont sacrifié
a l'avenir tout ce qu'elles ont pu lui donner du présent.
Par elles, la France a mérité, devant le Monde affranchi, que sa Fête nationale
fût désormais un jour de gloire pour toute l'Humanité.
Puisque j'ai, en cette minute divine, l'incomparable honneur de parler au nom
de la Patrie, laifie^moi vous prier, mon cher Président, de transmettre de ma part
aux A.rmées fadaises l'exprefiion pafsionnée de la gratitude (Ù^ de l'admiration
publiques.
CrojeY, mon cher Président, a mes sentiments dévoués.
R. PoincarÉ.
Le Président du Conseil, Ministre de la Guerre, transmit en
ces termes au Maréchal Pétain, Commandant en chef les Armées
françaises, la lettre de félicitations que le Président de la République
lui adressa :
Mon cher Maréchal,
En m'afiociant aux sentiments exprimés par le Chef de l'Etat, j'j veux joindre
mon salut d'admiration patriotique a l'adrefie de l'Armée fiwjçaise, grande par
ses chefs, grande par ses soldats.
Dans la magnificence de sa Porte de gloire, Paris, oii la France était accourue.
-o ii ^
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o J
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C
3
>
Les illuminations de THotel de N'ille & de la place de l'Hôtel-de-Villc le i+ Juillet au soir.
(Photographie M. Rolj
La toulc, place de l'Opcra, le 14 Juillet au soir.
(Photographie Agence nouvelle, .\. ll.irlinguc.)
— io6 —
kur a fait un accueil comme nul triomphateur n'en a connu jamais. Il nj a pas
dam notre belle hiffoire un plus beau moment de notre patrie. Qui de nom a vu ce
jour a vécu.
"Voici dès demain le retour aux labeurs de la vie nationale! Tant d'héroïque
dévouement ne doit pas être perdu. De la viéfoire de la guerre il refle a faire
la vi^oire de la paix. La France compte sur ses soldats-citoyens.
TJeuille'r agréer, mon cher Maréchal, l'aflurance de tnes meilleurs sentiments.
G. Clemenceau.
M. Clemenceau, d'autre part, adressa la lettre suivante au Maré-
chal Foch, Commandant en chef des Armées alliées :
Mon cher Maréchal,
J'ai l'honneur de vous prier de transmettre aux Commandants des contingents
alliés qui, ce matin, en tête de l'Armée française, ont défilé sous vos ordres, avec
leurs glorieux drapeaux (Ù^ étendards , les félicitations du Gouvernement de la
République.
Avec Paris, toute la France a fait fête a nos grands Alliés, fièrement représentés
par d'admirables compagnons de viéfoire. Dites a leurs chefs notre haute gratitude,
que nom achèverons d'une inébranlable amitié.
ZJeuille'7 agréer, mon cher Maréchal, l'apirance de mes sentiments les meilleurs.
G. Clemenceau,
M. Leygues, Ministre de la Marine, fit parvenir aux Comman-
dants en chef & aux Commandants à la mer cette lettre :
Mon cher Amiral,
Je vom prie de communiquer aux Ftats-Majors <C^ aux Equipages la lettre
que le Chef de l'Etat a adrefée au Président du Conseil, <Ù^ que celui-ci m'a chargé
I
- 107 -
de vous trammettre. Je joins aux sentiments exprimés par M. le Président de la
République l'exprej^ion émue de mon admiration (Ù^ de ma fierté patriotique.
Les détachements des Marines ont pafié sous l'Arc de Triomphe avec les détache-
ments des Armées viéioriemes.
Paris <Ù^ la France ont confondu dans leurs acclamations enthomiasles les
vaillants qui ont triomphé sur terre <Ù^ ceux qui ont ajluré aux Alliés la maîtrise
de la mer.
ZJeuille^ agréer, mon cher Amiral, l'afiurance de mes sentiments les plus cordiaux.
G. Leygues.
Le 15 juillet, à la Chambre des Députés, M. Paul Deschancl, Pré-
sident de la Chambre, & M. Clemenceau, Président du Conseil des
Ministres, s'exprimèrent en ces termes :
M. LE Président de la Chambre. — Il faudrait, même dans la langue
de Corneille & d'Hugo, des mots inconnus pour dire tant de souveraine
beauté !
Cet Arc de Triomphe de l'Étoile, dont chaque pierre respire l'héroïsme
de nos ancêtres, a vu passer hier la plus grande heure de l'Histoire. Toute
la France, les vivants & les morts, — les morts qui vivront tant qu'une
conscience animera l'Univers, — toute la France & toute l'Humanité, tille
de la Justice, ont communié dans la même gloire & dans la même religion.
ÇUifs cipplandijieiiients. )
Ces mutilés, qui trouvaient en leur cœur la torce que leurs membres ne
leur donnaient plus; ces drapeaux déchirés, eux aussi, &c trempés du sang
de leurs défenseurs; nos chers soldats, dont chacun a dans ses yeux la viéloire;
ces chets magnifiques, dont l'existence entière a été vouée au devoir,
à la patrie, à l'honneur, & qui, en des sociétés trop souvent affamées de
jouissance & de réclame, ont suivi en silence le chemin du désintéressement
& de la pauvreté {Uifs applaudi fements):, nos Africains, nos Annamites, que
nous aimons comme nos enfants; toute la famille française enfin; &, à côté
d'eux, nos fidèles &c illustres Alliés, (Confondant avec la nôtre la fleur de leur
- io8 -
jeunesse &c épanouissant aux rayons du comnaun triomphe la diversité
splendide de leur génie [Très bien! tm bien!); tous portaient en eux, avec
la noblesse de leur race, les conquêtes de la morale humaine & l'avenir du
Mo n d e . ( Applaiidifements prolongés. )
Nous n'avions vécu que pour cet instant. Et cet instant éclairera désormais
toute notre vie. Malheur à ceux qui sèmeraient des germes de défiance entre
les peuples qui ont mêlé leur sang! Malheur à ceux qui, au dedans, ne com-
prendraient pas la grandeur sacrée d'une telle leçon! CZJifs applandifements.)
Unie, la France est invincible. Puisse-t-elle, pour les grandes tâches qui
l'attendent, avoir toujoursvles yeux fixés sur ces jours bénis! {TJifs applaudi fe-
ments. )
Cher soldat de la France, nous ne serons vraiment dignes de la patrie
sauvée par ton courage, que si nous tenons toujours nos âmes à la hauteur
de tes vertus ! (Longs applaudi jïements répétés. )
M, Georges Clemenceau, Président du Conseil, Miniffre de la Guerre. — Les
paroles seraient impuissantes à rendre la tempête d'émotions qui passa sur
nous tous, hier, à la vue des immortels soldats revenant aux foyers de la chère
patrie, après avoir sauvé la civilisation. ["U ifs applaudi fements.)
J'ai dit à leur chef l'hommage que leur doit le Gouvernement de la Répu-
blique, accru de la reconnaissance éternelle des générations à venir.
Plus beaux peut-être encore dans la boue sanglante des combats, sous les
rafales de l'hiver, les mâles visages rayonnaient d'une splendeur de tous
les dévouements de la guerre.
Un temps finit. Un autre temps commence pour une œuvre nouvelle,
avec un nouveau cortège de devoirs.
La tâche n'est ni moins grande, ni moins belle. C'est la France toujours
qui, pour continuer dans le monde, a besoin de tous ses enfants. Épreuve
éclatante à son tour, mais surtout décisive, qui demande, comme hier, un
suprême concours de toutes nos énergies.
Au travail donc, à l'effort total d'ardente sagesse qui rassemble les volontés
pour faire, & s'impose le juste frein pour ordonner. Ainsi seulement nous
léguerons inta£ls à nos fils les dons du génie ancestral qui font de notre
histoire comme un glorieux sommaire des plus hautes aspirations de l'fiu-
manité. {Applaudif^enients répétés.)
— I09 —
Au Sénat, le i6 juillet, les paroles suivantes furent prononcées par
M. Antonin Dubosr, Président de la Haute Assemblée, & M. Stephen
Pichon, Ministre des Affaires étrangères.
M. LE Président du Sénat. — La fête de la Viftoire, d'une grandeur
sacrée & d'une pure beauté, est terminée. Devant nos yeux éblouis, c'est
la France elle-même, c'est quinze siècles d'héroïsme & de gloire qui ont
ruisselé du porche triomphal au cœur populaire de Paris ! {Très bien, très bien!
e^ applandif^ements.) Gardons en nos pensées & nos cœurs la clarté Se l'émotion
de ce sublime instant ! [Nouvelle approbation.)
Les fiers & francs regards des soldats qui ont défilé devant nous nous
disaient : «Nous avons préservé la France de son plus grand péril. Législateurs,
par nos mains anonymes, le génie guerrier de notre race vous la remet sauvée
& forte. [Très bien! très bien! ci>' applaiidijïe?nenis.) A votre tour de la faire
grande dans la paix & juste dans le monde, comme nous l'avons faite invin-
cible dans les combats!» ÇUifs applandijïenients.)
Législateurs, obéissons à cet appel! {Très bien! très bien! e^ applaiidif^enients
répétés. )
M. Stephen Pichon, Miniftre des Affaires étrangères. — Messieurs, je n'ajou-
terai qu'un mot, au nom du Gouvernement, à l'émouvante allocution que
vous venez d'entendre.
Aussi bien, les heures inoubliables que nous avons vécues dans l'immor-
telle journée qui vient d'être rappelée sont-elles de celles qu'aucune parole
ne peut rendre complètement.
Ce que nous avons célébré, avec la vidoire de nos armées, c'est la vi£loire
de toutes les armées du monde civilisé. {Très bien! très bien!)_
Ce que nous avons acclamé, avec nos troupes passant sous l'Arc de
Triomphe, ce sont les troupes de tous les peuples qui ont combattu à leurs
côtés, {Nouvelle approbation. )
Ce que nous avons salué, avec les chefs glorieux qui ont conduit nos
soldats aux plus mémorables batailles de l'Histoire, ce sont leurs émules
& leurs camarades qui ont conduit en Occident & en Orient, partout où se
jouait le sort du Monde, les soldats des États alliés.
Les drapeaux devant lesquels nous nous inclinions, & dont les lambeaux
— I lO
sacrés disaient assez le prix auquel fut achetée la déroute d'un ennemi for-
midable, étaient ceux de toutes les Nations qui ont eu leur part dans notre
commun triomphe.
Jamais notre Fête nationale, qui a toujours été une fête universelle, ne fut
à un égal degré la Fête de l'fiumanité. [Uive approbation. )
La guerre terrible dont nous sortons ne pouvait aboutir à une plus noble
apothéose.
Il s'agit maintenant de traduire dans la paix la pensée qui était dans nos
âmes sur le passage de tant de gloire. {Très bien! très bien!)
Il faut que les vivants soient dignes des morts auxquels s'est adressé tout
d'abord notre hommage. {Trh bien! très bien!)
Il faut que, pour l'œuvre qui nous incombe dans la réparation générale des
maux dont nous avons souffert plus que tout autre, & pour le développement
fécond d'une paix qui interdise à jamais la guerre, nous sachions nous
imposer l'union sans laquelle tous nos sacrifices seraient menacés d'être
vains. [Applaudijïements. )
Il le faut pour notre patrie, qui n'a jamais été plus honorée.
Il le faut pour tous les peuples vainqueurs, décidés comme elle à ne pas
abuser de la victoire, mais à en faire le point de départ d'une ère de travail,
d'ordre & de liberté, dont doit bénéficier le Monde entier. {ZJifs <â>' unanimes
applandîjhnents. )
LE RETOUR TRIOMPHAL DES TROUPES
EN 1807 ET EN 1859.
PROGRAMME DES FETES QLH SERONT DONNEES PAR LA VILLE DE PARIS,
A L'OCCASION DU RETOUR DE LA GARDE IMPERIALE,
LE 25 NOVEMBRE 1807.
(Extrait de la Gavette nationale [/if Moniteur universel]
du mercredi 25 novembre 1807.)
Il sera élevé au dehors de la barrière de la Villette, sur la route d'arrivée
de la Garde impériale, un arc de triomphe dédié à la Grande Armée.
Le 2j novembre, jour de l'arrivée de la Garde impériale, le Corps muni-
cipal se réunira à 10 heures, à l'Hôtel de Ville.
A II heures précises, il partira de l'Hôtel de Ville en voitures, précédé
& suivi d'une escorte de cavalerie, pour se rendre à la barrière de la Villette,
afin de recevoir la Garde impériale, & lui offrir des couronnes d'or, votées
par la Ville, à la Grande Armée, de l'agrément de Sa Majesté.
112
La distribution de ces couronnes se fera sous l'arc de triomphe élevé en
dehors de la barrière.
A l'arrivée de la Garde, le Corps municipal s'avancera sous l'arc de
triomphe, à la rencontre de l'État-Major.
Le Préfet de la Seine, portant la parole au nom de la Ville de Paris, offrira
les couronnes & en ornera les aigles des divers corps de la Garde.
Après la distribution des couronnes, la Garde étant près de défiler sous
l'arc de triomphe, le Corps municipal s'y placera sur des gradins disposés
pour le recevoir.
Lorsque la troupe aura défilé, le Corps municipal se remettra en marche,
dans l'ordre précédemment observé, & se rendra aux Champs-Elysées, où il
sera ofFert, au nom de la Ville de Paris, un banquet aux divers corps com-
posant la Garde impériale.
Les tables seront dressées sous des tentes placées de droite & de gauche
dans les contre-allées des Champs-Elysées, sur toute la longueur de la grande
avenue, depuis la place de la Concorde jusqu'à la barrière de l'Etoile.
En haut de la table de chaque régiment, il sera dressé une tente particu-
lière pour les officiers.
La tente de l'Etat-Major sera placée au rond-point des Champs-Elysées.
Le Corps municipal fera les honneurs du banquet.
La ligne des tables sera gardée par les corps de la Garde de Paris.
A la même heure que se donnera le repas de la Garde impériale, il sera
fait sur douze des principales places de Paris des distributions de vin, 8c tiré
des loteries de comestibles.
Le dépôt de comestibles sera à la Municipalité de l'arrondissement.
INDICATION DES PLACES :
Pour le i" arrondissement municipal, place Sainte -Croix, chaussée
d'Antin;
Pour le 2% place du Marché-dcs-Jacobins;
Pour le 3% place des Viftoires ;
Pour le 4% marché des Innocents;
Pour le j% place de la Fidélité-à-Saint-Laurent;
Pour le 6% rotonde du Temple;
' 113 -
Pour le 7% place de l'Hôtel-de-Ville;
Pour le 8% place des Vosges;
Pour le 9% place de la Bastille ;
Pour le io% place du Corps-Législatif;
Pour le 11% place de l'Odéou;
Pour le 12% place de l'Estrapade.
Sur la place du Marché-des-Innocents, la distribution du vin se fera par
la fontaine même, d'où le vin jaillira par quatre robinets.
Il y aura des orchestres sur chacune de ces places.
A 8 heures du soir, il sera tiré des feux d'artifice sur les douze places où
seront faites les distributions de vin & de comestibles.
Ces mêmes places seront illuminées.
Le lendemain, 26 novembre, il y aura speftacle gratis dans tous les
théâtres de Paris.
La Garde de Paris recevra, ce même jour, une distribution extraordinaire
dans ces quartiers.
L.t Conseiller d'Etat, Préfet du Département de la Seine,
Signé : Frochot.
Pour copie conforme :
L'Auditeur au Conseil d'État, Secrétaire général,
F. Hely.
Paris, le 25 novembre.
L'entrée solennelle de la Garde impériale a eu lieu aujourd'hui, à midi;
cette Garde a été reçue par le Corps municipal, conformément au pro-
gramme pubhé par M. le Conseiller d'Etat, Prclct de la Seine.
Un peuple immense s'était porté au-devant des colonnes, & avait, à une
longue distance, dépassé l'arc de triomphe élevé sur la route du Nord.
'5
- 114 -
Le Corps de ville, présidé par M. le Conseiller d'État, Préfet, ayant
atteint la tête des colonnes, M. le Préfet a adressé le discours suivant à
S. E. M. le Maréchal Bessières, sous les ordres duquel marchait la Garde
impériale :
«Monsieur le Maréchal, Généraux, Soldats qui composez cette Garde
fidèle, dont les rangs impénétrables environnent le trône, vous tous, guer-
riers, l'honneur de la France & l'admiration de l'Europe, suspendez pour
un moment votre marche, &, avant que vous ne couriez vous jeter dans les
bras de vos mères, de vos épouses, de vos parents, recevez, s'il se peut dire
ainsi, l'embrassement de la Cité.
(( Combien elle aime à vous revoir, après tout ce que la renommée a
publié de vous! avec quel orgueil elle se plaît à rechercher dans vos rangs
ceux de ses propres fils qui ont été dignes d'elle, & avec quel enthousiasme
elle contemple en vous cette Grande Armée dont vous fûtes une si grande
part!
«Cependant, sont-ce les braves de Wertingen, les héros d'Austerlitz qui
s'avancent vers nous? Depuis vingt mois, la Cité se voit enrichie des trophées
conquis par eux; depuis vingt mois, elle leur tient prêtes les couronnes de la
reconnaissance; ces héros, ces braves nous sont-ils enfin rendus? O Patrie!
ce sont eux, mais à peine ils se ressouviennent ou de Wertingen ou d'Auster-
litz; ce sont eux, mais tandis que nous les avons attendus, guidés par le génie
tutélaire de l'Empire, ils retournaient plus impétueux à de nouveaux com-
bats, &, dans les champs d'Iéna, dans les plaines d'Eylau, de Friedland, ils
ont conquis de nouveaux titres, ils ont ajouté, s'il était possible, à leur
gloire par des prodiges de valeur presque inconnus jusqu'alors aux Français
mêmes.
«Héros d'Iéna, d'Eylau, de Friedland, conquérants de la paix, grâces
immortelles vous soient rendues; c'est pour la Patrie que vous avez vaincu,
la Patrie éternisera le souvenir de vos triomphes; vos noms seront légués par
elle, sur le bronze &c le marbre, à la postérité la plus reculée. Se le récit de
vos exploits enflammant le courage de nos derniers descendants, longtemps
encore après vous-mêmes, vous protégerez par vos exemples ce vaste Empire
si glorieusement défendu par votre valeur.
«Braves guerriers, ici même, un arc triomphal, dédié à la Grande Armée,
- "5 -
s'élève sur votre passage ^ il vous attend : venez recevoir sous ses voûtes
la part qui vous est due des lauriers votés par la Capitale à cette invin-
cible armée; qu'ainsi commence la fête de votre retour; venez, & que
ces lauriers, tressés en couronne par la reconnaissance publique, de-
meurent appendus désormais aux Aigles impériales qui planent sur vos
têtes viftorieuses.
«Salut, Aigles belliqueuses, symbole de la puissance de notre magna-
nime Empereur; portez dans toute la terre, avec son grand nom, la gloire du
nom français, & que les couronnes dont il a été permis à la Ville de Paris
de vous orner soient en tous lieux un témoignage auguste à la fois Se redou-
table de l'union du monarque, & du peuple & de l'armée.
«Mais c'est trop, généreux guerriers, c'est trop retenir vos pas quand
tous les cœurs vous appellent. Entrez dans nos remparts enorgueillis de vous
recevoir. Entrez-y au milieu des champs d'allégresse & de triomphe, & que
la mémoire de ce beau jour vive à jamais avec vos exploits dans les annales
de la Cité, & dans les fastes de l'Empire.»
S. E. M. le Maréchal Bessières a répondu :
«Monsieur le Préfet & Messieurs les Membres du Corps municipal de la
Ville de Paris,
« Ces couronnes dont vous décorez nos Aigles, ces arcs de triomphe, toute
cette pompe brillante pour célébrer le retour de la Garde impériale, sont
une nouvelle preuve de votre affeftion pour l'Empereur, & un hommage
éclatant rendu à la Grande Armée.
« Les aînés de cette grande famille militaire vont se retrouver avec plaisir
dans le sein d'une ville dont les habitants ont constamment rivalisé avec eux
d'amour, de dévouement & de fidélité pour notre illustre monarque.
«Animés des mêmes sentiments, la plus parfaite harmonie existera
toujours entre les habitants de la Grande Ville & les soldats de la Garde
impériale.
«Et si leurs Aigles marchaient encore, en se rappelant le serment qu'ils
15.
- ii6 -
ont fait de les défendre jusqu'à la mort, ils se rappelleraient aussi que les
couronnes qui les décorent leur en imposent l'obligation.
«Tels sont, Messieurs, les sentiments qui animent la Garde impériale :
je m'estime heureux de vous les exprimer en son nom. »
Ces deux discours prononcés, c'est aux cris de (( Vive l'Empereur! » mille
fois réitérés par le peuple & les soldats, que les couronnes d'or votées par la
Ville de Paris ont été apposées aux Aigles de la Garde impériale, au milieu
du cercle formé par son Etat-Major.
Le Corps municipal s'est ensuite placé sous l'arc triomphal. Là, un
orchestre nombreux a exécuté le Chant du retour, dont les paroles sont de
M. Arnault, & la musique de M. Méhul. C'est sur la mesure de ce chant
que la Garde entière a défilé dans l'ordre suivant :
Les Fusiliers de la Garde;
Les Chasseurs à pied;
Les Grenadiers à pied;
Les Chasseurs à cheval;
Les Mamelucks;
Les Dragons;
Les Grenadiers à cheval;
La Gendarmerie d'élite.
Chaque régiment était précédé des officiers généraux & supérieurs, chargés
de son commandement.
A la suite de la Garde impériale, marchait, accompagné de l'Etat-Major
de la place, M. le Général HuUin, Commandant d'armes, suivi du Corps
municipal & de son cortège.
C'est dans cet ordre, & en traversant les haies formées par une innom-
brable 'population, que la Garde est parvenue au palais des Tuileries, en
passant sous le grand arc de la porte triomphale qui sert aujourd'hui d'entrée
principale au palais, où elle a déposé ses Aigles; de là, traversant le jardin
des Tuileries, où elle a posé les armes, elle s'est rendue aux Champs-Elysées
où tous les corps qui la composent & un détachement de la Garde de Paris
ont pris place au banquet qui lui était préparé. Dix mille couverts étaient
ser^às : le Corps municipal faisait les honneurs.
- 117 -
Les toasts ont été portés dans Tordre suivant :
Par le Préfet de la Seine, à S. M. l'Empereur & Roi;
Par S. E. M. le Maréchal Bessières, à la Ville de Paris;
Par le Préfet de la Seine, à la Grande Armée.
Ces toasts sont partis de la table du rond-point des Champs-Elysées, où
était l'État-Major, & ont été répétés simultanément à toutes les tables, aux
acclamations de «Vive l'Empereur! »
Un très beau temps avait favorisé l'entrée ,de la Garde, & avait singulière-
ment ajouté à l'éclat de ses armes & de sa tenue. Malheureusement, cette
température n'a pas été de longue durée; une pluie abondante & conti-
nuelle est tombée; mais elle n'a pu distraire la foule, qui s'était portée de
tous les points de la Capitale sur les lieux du passage &c aux Champs-Elysées,
du spe£lacle vraiment extraordinaire qui lui était offert.
Paris a revu avec le plus vif sentiment d'intérêt, de reconnaissance & d'affec-
tion, cette armée, éUte de la Grande Armée, dont il a tant de fois appris à
admirer la masse & à estimer les individus ; cette armée si redoutable aux
ennemis par son indomptable courage, si chère aux citadins par sa conduite
régulière, sa décence, on pourrait même dire l'urbanité de ceux qui la com-
posent, & l'excellent exemple qu'elle donne aux corps dont elle est le digne
modèle.
Les sentiments de la Ville de Paris, en revoyant la Garde de Sa Majesté,
sont difficiles à décrire; mais il serait plus difficile encore de dépeindre l'émo-
tion &: l'étonnement de cette Garde elle-même, à l'aspeâ; de ces nombreux
embellissements qui se sont succédé avec autant de rapidité que ses com-
bats, tandis qu'ils ne sembleraient devoir être que le résultat tardif d'une
longue paix; elle triomphait dans des lieux devenus presque aussi nouveaux
pour elle que ceux où elle a combattu si glorieusement; elle souriait avec
une sorte d'orgueil devant ces monuments nouveaux, élevés par le génie
des arts, dans le moment même où ils étaient consacrés par la vièloire.
Dans d'autres lieux, des réjouissances populaires, d'abondantes distribu-
tions attiraient une foule avide & joyeuse. La place des Innocents & sa
magnifique fontaine, plus libérale & plus vivement assiégée que de cou-
tume, présentaient surtout le coup d'œil le plus rcmarc]uable.
- ii8 -
Ce soir, tous les édifices publics & le plus grand nombre des maisons par-
ticulières sont illuminés, malgré le temps qui continue à contrarier cette
sorte de divertissement & ce moyen d'expression de l'allégresse publique.
Demain, la Garde assistera aux représentations qui seront données dans
tous les spe6lacles.
Une fête est préparée au Sénat pour le 28. Le palais & les jardins sont
disposés pour réunir une partie de la Garde impériale.
119 -
II
LA RENTREE DANS PARIS DE L'ARMEE D'ITALIE,
LE 14 AOUT 1859.
(Extrait du Moniteur universel, journal officiel de l'Empire français.)
Le 14 août, les troupes partiront des camps de Saint-Maur, de manière à
ce que la tête de colonne, en passant par le faubourg Saint-Antoine, soit
rendue à la place de la Bastille à 9 heures du matin.
• Le cortège se mettra en marche dans l'ordre suivant :
L'Empereur avec son escorte & sa suite.
Les drapeaux autrichiens, portés :
Le premier, par un chasseur à pied de la Garde, & escorté par deux
soldats de chaque régiment de la Garde;
Le deuxième, par des soldats du i" corps (dans le même ordre que
pour la Garde);
Le troisième, par des soldats du 1" corps (dans le même ordre que
pour la Garde);
Le quatrième, par des soldats du 4" corps (dans le même ordre que
pour la Garde).
Les canons autrichiens.
Le Maréchal commandant la Garde & son État-Major.
La r* division comprenant :
Le génie de la Garde;
Le bataillon de chasseurs à pied;
Les régiments de voltigeurs;
Deux batteries.
— I20
La 2" division comprenant :
Les zouaves 5
Les grenadiers;
Le reste de l'artillerie de la Garde.
Le Maréchal commandant le i*"" corps & son Etat-Major.
La i"^^ division :
Deux batteries.
La 2* division :
Deux batteries.
Les 2% 3^ & 4" corps dans le même ordre.
La cavalerie de la Garde fermera le cortège.
A partir de la place de la Bastille, les troupes suivront les boulevards & la
rue de la Paix; elles passeront à la place Vendôme devant l'Empereur arrêté
devant le Ministère de la Justice, & retourneront par la rue de Rivoli. Au
delà de la rue du Louvre, les corps d'armée suivront différentes direftions
pour rentrer au camp.
L'artillerie & la cavalerie passeront sur la rive gauche pour rentrer dans
leur camp.
La Garde nationale & l'armée de Paris formeront la haie de la place de la
Basti,lle à la place Vendôme, & de la place Vendôme aux Tuileries, chacune
sur un côté de la ligne.
Les troupes de l'armée de Paris seront en grande tenue de parade; l'armée
d'Italie en tenue de campagne.
Paris, le 14 août.
Paris s'apprête à recevoir la vi£lorieuse armée d'Italie; dès la barrière du
Trône les maisons se parent, se pavoisent, les mâts vénitiens soutiennent,
d'un côté de la rue à l'autre, des guirlandes de fleurs & font comme une
voie Sacrée aux héros de Magenta Se de Solférino. Un arc de triomphe.
— I 21 —
imitant par la disposition de ses lignes la façade du Dôme de Milan, s'élève
à l'entrée du boulevard, sur la place de la Bastille. Dans son vaste triangle de
marbre blanc s'ouvrent trois arcades : celle du milieu d'un diamètre immense,
les deux autres plus petites. Au-dessus de la porte principale est figurée une
statue de la Paix tenant d'une main le rameau d'olivier & de l'autre la corne
d'abondance. Au-dessous de la Paix, on lit sur un cartouche, en lettres
lapidaires : ((^i l'Ewpereur, à l'année d'Italie, la Uille de Varh». Un second
cartouche contient les noms des vi6loires remportées : ((Solfériiio, Mele-
gnano, Magenta, Tnrhigo, Pale0ro, Moiitebello » . Au soubassement de l'arc, des
statues à formes vigoureuses soutiennent les nervures qui divisent la façade
& encadrent la liste des régiments. Sur une frise transversale sont inscrits
ces mots : «Infanterie, Cavalerie, Artillerie, Génie». Des bas-reliefs représen-
tant des sujets religieux, des saints dans des niches, des pignons à crosses,
surmontés de statuettes, complètent la ressemblance & la décoration. Il est
difficile de rappeler aux troupes, d'une façon plus ingénieusement déli-
cate, une autre entrée glorieuse.
L'autre façade offre la même disposition archite6lurale, à cette différence
près qu'une statue de la Guerre remplace la statue de la Paix. Cet arc de
triomphe, d'un effet grandiose, est de M. Baltard, Architefte de la Ville.
Plus loin, à la hauteur du Cirque Napoléon, un grand portique bleu & or
découpe ses trois arcades, dont la principale a dix mètres d'ouverture en
hauteur & neuf mètres en largeur. Cette arcade est surmontée d'une aigle
d'or gigantesque, aux ailes éployées, de dix mètres d'envergure. Elle tient
dans une de ses serres le laurier, symbole de la Gloire, & l'épée de la France,
& dans l'autre le drapeau national, décoré de la croix de la Légion d'honneur,
sur lequel sont inscrits les numéros & les noms des régiments qui l'ont
obtenue. Au sommet de chaque colonne ou pilier est posé un blason impé-
rial avec le manteau d'hermine, le sceptre &: la main de justice en sautoir.
Une circonstance touchante, qui se rattache à ce monument improvisé, ne
doit pas être passée sous silence : il est lait tout entier par les artistes du
Cirque; l'un d'eux a donné le dessin de l'élévation, un autre a modelé l'aigle,
un troisième a peint les blasons; chacun a voulu coopérer de ses mains à
l'œuvre générale, témoignage de sympathie pour notre brave armée. Le por-
tique est combiné de manière à pouvoir être splendidement illuminé. Le
soir, des cordons de feu en accuseront les lignes, & trois grands lustres,
i6
— 122
éclairés en verres de couleur, pendront de la clef de voûte des arcades & en
rempliront le vide par des girandoles étincelantes.
Des aigles dorées, des écussons aux chiflFres de l'Empereur & de l'Impé-
ratrice, décorent la façade du Cirque Napoléon.
Le long des boulevards, à des mâts peints & dorés, plantés de distance en
distance, flottent des banderoles aux couleurs nationales & sont suspendus
des faisceaux de drapeaux tricolores ayant pour centre un disque à fond vert
ou bleu, alternativement historié d'un N ou d'un E couronné. Des mâts
plus hauts Se d'une ornementation plus riche se dressent aux angles de
chacune des rues qui viennent couper la ligne du boulevard.
Au boulevard du Temple, deux colonnes cannelées supportent le chiffre
impérial placé au centre d'un trophée d'armes & des cartouches contenant
des noms de vi£loires.
Deux grands mâts formant colonnes, ornés de faisceaux, de boucliers
& d'inscriptions, sont placés de chaque côté du boulevard à la hauteur du
théâtre de la Porte-Saint-Martin.
Les fenêtres des rnaisons & les maisons elles-mêmes jusqu'aux toits sont
pavoisées de drapeaux. Partout se lit le chiffre impérial dans des cercles d'or
Se de feuillage.
Devant le Gymnase, des mâts vénitiens, splendidement ornés, sou-
tiennent, sur un câble tendu d'un côté du boulevard à l'autre, un grand
panonceau de velours pourpre avec ces mots : ce ^4 l' Empereur l ^-i l'arme'e
d'Italie! »
La façade du théâtre des Variétés est décorée d'une Vi6loire offrant des
couronnes, de drapeaux tricolores, de trophées d'armes, de guirlandes &
d'écussons.
A l'angle de l'Opéra-Comique, une colonne or & blanc, ornée de lauriers
d'or Se de drapeaux, reproduit sur des cartouches les noms glorieux des
vi6loires remportées par l'armée d'Italie.
Des transparents, des étendards, des courtines en riches étoffes, des guir-
landes, des banderoles revêtent du haut en bas les façades des maisons.
Au milieu de la chaussée, dans l'axe de la rue de la Paix, un monument,
dessiné par M. Baltard, attire & retient les yeux. La guerre a fourni à l'archi-
te£le un glorieux Se nouvel ordre; des canons autrichiens, plantés debout,
ornent les colonnes d'un large socle portant sur des marches de granit.
- 123 -
D'autres canons, posés de champ & pre'sentant tour à tour leur culasse & leur
gueule gorgée de boulets, composent entre les fûts de bronze une ornemen-
tation héroïque. Un cartouche contient ce mot significatif : (dJiUaframa»^
écrit en lettres d'or. Sur une des façades du socle, on lit : ((Paleftro,
y '%oucives, un canon; Magenta, 4 y de ligne, un drapeau,- 2" ^maves, un drapeau;
y grenadiers Garde impériale, un canon». Sur l'autre face sont burinées les
inscriptions suivantes : <(Solftrino, cbafieurs a pied Garde impériale, un drapeau;
j6" de ligne, un drapeau; -voltigeurs Garde impériale, trei^ canons; i"' coips, cava-
lerie, quatre canons; j' coips, 2' division, deux canons; 2'' de ligne, un canon; j j' de
ligne, un canon».
Sur ce socle pose une large plinthe de granit rouge, comme toutes les
parties solides du monument, servant de support au siège en hémicycle, où
est assise la statue de la Paix couronnée d'olivier, tenant d'une main un glaive
au fourreau, & de l'autre le Traité de Villafranca. La statue de M. Cortot
est en marbre blanc ; l'épée, la couronne & le traité sont dorés. Aux pieds
de la Paix se couche un grand lion de bronze, symbole de la modération
dans la force. Deux aigles d'or battent des ailes de chaque côté du siège; des
lauriers dorés s'entrelacent sur cette plinthe^ autour du monument, on a
improvisé un jardin; des gazons & des fleurs en encadrent la base.
L'entrée de la rue de la Paix est marquée par deux obélisques de granit
gris & rouge.
A l'endroit où la rue de la Paix débouche dans la place Vendôme, quatre
groupes de colonnes forment une espèce de portique triomphal. Ces
colonnes, de grandes proportions, ont des socles de marbre blanc veiné; une
gaine richement ornementée & dorée les enveloppe jusqu'au tiers de leur
hauteur; le reste du fût est en marbre rouge antique, cannelé & surmonté
d'un chapiteau corinthien. Chacune de ces colonnes, au nombre de huit,
couplées deux par deux, sert de piédestal à une statue de la Viftoirc, les
bras étendus & offrant des couronnes de chaque main. Ces viftoires, entière-
ment dorées, d'une grande fierté de tournure, sont de M. Dicbolt. A chaque
colonne est suspendu un grand bouclier de bronze au chiffre impérial, der-
rière lequel se croisent une branche de laurier & une palme nouées par une
bandelette tricolore, dont les bouts retombent avec une gracieuse symétrie.
La même décoration avec tous ses détails est répétée à l'autre entrée de la
place Vendôme par la rue Castiglione.
16.
124 -
Dans la place même, des courtines de velours cramoisi, avec N, abeilles
& crépines d'or, drapent les balcons de tous les étages. Attachées à des mâts
peints & dorés d'où pendent des oriflammes, des guirlandes de feuillages
marquent & ornent la ligne des toits. A la pointe des frontons, un trophée
de drapeaux tricolores; aux deux angles, des aigles dorées; entre chaque
mansarde, un médaillon au chiflFre impérial, complètent la décoration de la
place.
La tribune occupée par l'Impératrice, devant l'hôtel du Garde des Sceaux,
est supportée par un avant-corps d'archite£ture d'ordre toscan, orné de
trophées dans des niches; des hampes dorées soutiennent un vélarium rayé
de pourpre & d'or. Une riche tenture, avec faisceaux de drapeaux aux
couleurs nationales, revêt le iond. Une draperie de velours cramoisi relevée
par des câbles d'or, ornée du blason & du chiftre impérial, retombe sur le
balcon.
Autour de la place, dont ils laissent le milieu libre, s'étagent des gradins
de vastes amphithéâtres, capables de contenir dix mille speélateurs. Ainsi
disposée, ayant au centre cette magnifique colonne trajane, faite de bronze
ennemi & surmontée de l'image radieuse de Napoléon, la place Vendôme a
l'air d'un cirque romain un jour de triomphe.
Des hampes dorées, avec flammes tricolores, sont plantées autour de la
colonne. Aux quatre angles du socle, on a suspendu des guirlandes ayant pour
point de départ des couronnes de lauriers d'or passées au cou des aigles. La
grille qui entoure la colonne est chargée de festons, de couronnes & de bou-
quets d'immortelles.
II
Voilà la description, bien incomplète, quoique trop longue sans doute,
des préparatifs faits par la population de Paris pour recevoir l'armée triom-
phante. Paris, du reste, n'avait pas attendu le jour de l'entrée solennelle pour
exprimer sa sympathie aux héros de Magenta & de Solférino. Il envahissait
le camp de Saint-Maur dans sa curiosité & son admiration naïves, se faisant
raconter par les soldats, narrateurs modestes & complaisants, qui n'oublient
qu'eux-mêmes, les rapides exploits de la dernière campagne.
Sur tout le parcours du défilé, l'affluence est incalculable; de la barrière
- 125 -
du Trône à la place Vendôme, les chaussées latérales sont encombrées de
monde. Sur les échafaudages, aux fenêtres, aux balcons, jusque sur les toits,
entre les cheminées, fourmillent les têtes avides de voir. Dans Paris, qui
semble s'être fait élastique pour les recevoir, se sont déversés les banlieues,
les départements, l'étranger, tout ce qui a pu venir, pour le grand jour, par
un véhicule quelconque. Les multitudes se fondent avec les multitudes,
s'accroissant sans cesse jusqu'au dernier moment. Le faîte des maisons est
aussi peuplé que la rue. Des spe£lateurs intrépides, faute de meilleures
places, restent plongés dans le bassin du Château-d'Eau, trempés jusqu'à la
ceinture.
A l'heure prescrite, quoique matinale, & malgré la difficulté de circuler
en voiture, les gradins des amphithéâtres élevés place Vendôme sont couverts
d'une foule immense, parée & choisie, qui regrette, bien que sûre de ne
perdre aucun détail, de ne pouvoir courir au-devant des troupes, au moins
jusqu'à la Bastille, où l'Empereur est allé se mettre à leur tête.
Des tribunes spéciales, promptement remplies, avaient été réservées pour
les Maisons de Leurs Majestés, le Corps diplomatique, le Sénat, le Corps
législatif, le Conseil d'Etat, le Corps municipal de la Seine.
Une impatience haletante, anxieuse, tient toutes les poitrines oppressées;
c'est à peine si les yeux se distraient à considérer la magnifique décoration
des hôtels: tous les regards se tournent obstinément vers la rue de la Paix,
par où doit déboucher l'armée.
Saluée d'une acclamation universelle, la voiture de l'Impératrice traverse
la place. Sa Majesté s'assied, avec le Prince Impérial en uniforme des grena-
diers de la Garde, à la tribune élevée pour elle.
Dans les salons de l'Impératrice, qui communiquent à cette tribune, se
réunissent : S. A. I. la Princesse Mathilde, LL. A A. la Princesse Bacciocchi,
le Prince Lucien Murât, la Princesse Lucien Murât, la Princesse Anna
Murât, le Prince Joseph Bonaparte, M. le Duc & M"'" la Duchesse d'Albe,
le Marquis & la Marquise de Roccagiovine, le Comte & la Comtesse L. de
Cambacérès, M"'" la Baronne de Chassiron, les Ministres & les femmes des
Ministres, le Président du Sénat & M"*^ Troplong, le Président du Corps
législatif & le Président du Conseil d'Etat, les Grands Officiers de la Cou-
ronne, la Grande Maîtresse de la Maison de l'Impératrice, M'"" la Gouver-
nante des Enfants de France, M"" la Duchesse de Bassano, M"" la Duchesse
- 126 -
de Cambacérès, l'Adjudant Général du Palais & M"'"' Rolin, les Officiers
& Dames de service auprès de Leurs Majestés & de S. A. I. la Princesse
Mathilde.
Bientôt les cent-^ardes, avec timbales Se trompettes, apparaissent entre
les colonnes surmontées de viâoires d'or, précédant de quelques pas l'Empe-
reur monté sur un magnifique cheval alezan. Les cris de « Vive l'Empereur! »
partent de tous les gradins; les mouchoirs s'agitent ainsi que les chapeaux;
tout le monde est debout & découvert. Le Prince Impérial, à la vue des
premières troupes, se lève spontanément, tire sa petite épée & salue avec
une grâce héroïquement enfantine. Cette inspiration charmante provoque
une longue salve d'applaudissements qui a de la peine à se calmer.
Après un peloton de guides, dont le kolback est devenu roux à l'ardent
soleil d'Italie, arrivent les blessés des différents corps, assez avancés en conva-
lescence pour supporter les fatigues du triomphe : grenadiers, voltigeurs,
soldats de ligne, zouaves, tirailleurs algériens; chaque régiment a fourni son
contingent. Eux aussi peuvent dire, comme Jeanne d'Arc en parlant de
son drapeau : « Puisqu'il a été à la peine, il est juste qu'il soit à l'honneur».
Ils s'avancent, pâlis sous le hâle, par la souflFrance, éclopés, cicatrisés, man-
chots, s'appuyant sur le bâton qui, pour eux, doit remplacer le fusil quelque
temps encore, mais tendant la jambe — cherchant à marquer le rythme —
avec un stoïcisme tout rhilitaire, souriant naïvement à la foule qui les
acclame, étonnés de leur succès, comme si l'héroïsme était la chose du
monde la plus naturelle. Plus heureux que les autres, ils ont reçu, pour la
France, une de ces nobles blessures qui embellissent le soldat, voilà tout;
leurs mains mutilées peuvent à peine tenir les couronnes, les bouquets,
les palmes, les guirlandes que le peuple enthousiasmé leur a jetés sur leur
passage.
Ils défilent plus lentement, car leurs plaies, qu'a fermées la science,
s'irritent par la fatigue. Parmi eux marche triste & fier un jeune officier, les
deux bras en écharpe. A cette vue, une émotion profonde, irrésistible, uni-
verselle, s'empare des spe£tateurs; un frisson éleftrique parcourt les gradins.
Les femmes sanglotent, les yeux pleins de larmes; les hommes, la gorge
serrée, essayent un hurrah, & l'Empereur, arrêté devant la tribune de l'Impé-
ratrice, la tête tournée vers la colonne, salue à plusieurs reprises.
Trois aumôniers précédaient le groupe des blessés; quoi de plus naturel?
- 127 -
Ceux qui ouvrent les portes de l'autre vie, auprès de ceux qui chaque jour
affrontent la mort !
Le défilé des troupes a été annoncé dès hier dans le Moniteur, il est inutile
de le répéter corps par corps ; il vaut mieux noter, à mesure qu'ils se pré-
sentent, les incidents & les particularités de ce grand speftacle : la musique
de chaque régiment se masse au pied de la Colonne & joue pendant qu'il
défile, jusqu'à ce qu'elle soit remplacée par la musique d'un autre corps.
En passant devant l'Empereur, les régiments de la Garde lui remettent leurs
drapeaux : plusieurs de ces drapeaux, comme du reste ceux des autres
troupes, troués de balles, criblés de mitraille, noirs de poudre, décolorés, ne
sont plus que des lambeaux sublimes. Ils sont salués par les plus vifs applau-
dissements. La ligne, cette troupe courageuse & modeste, — le peuple de
l'armée, — est l'objet des plus touchantes ovations. On accueille avec une
bruyante sympathie les zouaves à la martiale désinvolture, à l'uniforme
pittoresque; l'on sourit en voyant leur chien, qu'ils se sont amusés, en grands
enfants, à parer de fleurs, & sur lequel ils ont planté un petit guidon tri-
colore. L'artillerie de chaque corps, dans sa mâle & sévère tenue, passe avec
ses canons festonnés de guirlandes; parfois un œillet, une rose enclouent
gracieusement la lumière qui mettait le feu à la poudre.
Les tirailleurs algériens, ces anciens ennemis de la France, qui maintenant
combattent pour elle, marchent derrière trois aumôniers, qu'ils respeftent
malgré la diff-érence de religion. Leur costume oriental bleu de ciel, soutaché
de jaune, leurs types, qui résument toutes les races du nord de l'Afrique,
depuis le nègre jusqu'à l'arabe, en passant par toutes les nuances, inspirent
une bienveillante curiosité. Sur leurs guidons figurent le croissant de l'Islam
& la main ouverte, préservatif du mauvais œil encore sculpté à la clef de
voûte de la première porte de l'Alhambra.
Après la Garde ont paru les quatre drapeaux pris aux Autrichiens, glo-
rieux trophées de la campagne, en assez mauvais état, à l'exception d'un
seul presque neuf; ils témoignent d'une lutte acharnée. Un chasseur à pied
de la Garde, accompagné de deux soldats, porte le premier; des soldats du
i""', du 3'' & du 4' corps portent les trois autres. Les drapeaux sont présentés
à l'Empereur & remis à un cent-gardc.
Les quarante canons enlevés aux Autrichiens viennent ensuite; on a
conserve leur mode d'attelage.
IZi
Le Maréchal Regnaud de Saint- Jean-d'Angély, commandant la Garde,
ouvre la marche, au milieu des cris les plus enthousiastes, des acclamations
les plus chaleureuses qui ne se ralentissent pendant tout le défilé, qui
continue dans l'ordre suivant : le i" corps, commandé par S. E. le Maréchal
Baraguey d'Hilliers; le 2'' corps, par S. E. le Duc de Magenta; le 3" corps,
par S. E. le Maréchal Canrobert, & le 4" corps, par S. E. le Maréchal Niel.
Toutes les troupes, acclamées à leur passage, ont des bouquets, des
branches de laurier dans le canon de leurs fusils. Il n'y aura plus de fleurs à
Paris pendant quinze jours. Leur marche, du camp à la place Vendôme, n'a
été qu'une longue ovation.
Le Prince Impérial, qui pendant le défilé n'a cessé de battre des mains,
est descendu de la tribune par son écuyer & porté à l'Empereur, qui l'em-
brasse Se le pose quelques instants sur sa selle, aux cris enthousiastes de
«Vive l'Empereur!)), «Vive l'Impératrice!», «Vive le Prince Impérial! »
On ne saurait trop admirer l'ordre & la précision avec lesquels le défilé
s'est accompli, sans intermittence & sans hâte.
A 3 heures, tout était terminé; l'Empereur rentrait aux Tuileries, l'Impé-
ratrice l'y rejoignait quelques instants après. Leurs Majestés ont été saluées,
à leur retour, d'acclamations aussi vives que celles qui les avaient accueillies à
leur arrivée.
TABLE
DES PLANCHES, GRAVURES ET DOCUMENTS
REPRODUITS DANS L'OUVRAGE.
Pages.
Programme des Fêtes de la Viftoire. (Affiche apposée par les soins du Gouvernement
sur les murs de Paris. ) 3
M. Raymond Poincaré, Président de la République 5
M. Georges Clemenceau, Président du Conseil, Ministre de la Guerre 7
La décoration de l'Hôtel de Ville, les 13 & 14 juillet 1919 13
La décoration des terre-pleins de l'Hôtel de Ville 14
La décoration de l'entrée de l'avenue Viéloria 15
Le Maréchal JofFre 15
Le Maréchal Foch 17
Le Maréchal Joffre, au moment. où il gravit les gradins de la tribune officielle, reçoit
les souhaits de bienvenue de M. Emmanuel Évain, Président du Conseil Muni-
cipal 17
Le Maréchal Pétain 19
Le Maréchal Joffie serre la main du Maréchal Foch 19
La décoration des drapeaux par M. Raymond Poincaré, Président de la République. 20
Remise de fourragères d'honneur par le Président de la République & le Maréchal
.loffie 21
Remise de fourragères d'honneur par le Maréchal Foch 22
Remise de fourragères d'honneur par le Maréchal Pétain 23
M. Emmanuel Evain, Président du Conseil Municipal de Paris 27
Les Maréchaux JofFre, Foch, Pétain écoutant les discours prononcés par M. Emma-
nuel Évain, Président du Conseil Municipal, &M. A. Autrand, Préfet de la Seine. 27
M. A. Autrand , Préfet de la Seine 31
17
- I30 -
L'épée offerte par la Ville de Paris au Maréchal Joffre 53
L'cpée offerte par la Ville de Paris au Maréchal Foch 35
La tribune officielle : le Président de la République, les Présidents du Sénat & de la
Chambre des Députés, les Membres du Gouvernement, du Corps diplomatique,
les Maréchaux, les Représentants de Paris assistant au défilé des troupes après la
remise des épées d'honneur & des fourragères 35
L'épée offerte par la Ville de Paris au Maréchal Pétain 37
Fac-similé du parchemin signé en commémoration de la remise aux Maréchaux
Joffre, Foch, Pétain des épées d'honneur offertes par la Ville de Paris 59 ^ 40
Le Cénotaphe érigé sous l'Arc de Triomphe (soirée du 13 juillet 1919) 45
Les Maréchaux & les Généraux à la porte Maillot, le 14 Juillet 1919 au matin, avant
le défilé triomphal 48
La réception des Maréchaux à la porte Maillot par la Municipalité de Paris :
M. Emmanuel Evain, Président du Conseil Municipal, prononce son discours . 5 1
M. Emmanuel Évain , Président du Conseil Municipal, prononce les paroles
sacramentelles : «■ Mepeurs les Maréchaux, les portes de Paris uom sont ouvertes» . . 53
La foule, avenue des Champs-Elysées, le 13 juillet dans l'après-midi 56
Un des pylônes commémorant les grandes viéloires de la guerre, élevé avenue des
Champs-Elysées 57
Les autels élevés au Rond -Point des Champs-Elysées en hommage aux villes mar-
tyres : Arras, Keims, Soijions, Uerdtm 58&: 59
Au Rond-Point des Champs-Elysées :
Les amoncellements de canons allemands, surmontés chacun d'un grand coq
gaulois : le Coq triomphant ; le Coq combattant 61
La décoration de la place de la Concorde 63
La tribune présidentielle, avenue des Champs-Elysées 65
La tribune des Généraux 66
La tribune des Alsaciennes & des Lorraines 66
Le Président de la Répubhque, suivi des personnalités officielles, se rendant au Céno-
taphe, le 14 Juillet au matin, avant le défilé triomphal 67
Devant le Cénotaphe 68
Le défilé des Mutilés 70
Les Maréchaux Joffre &c Foch passent sous l'Arc de Triomphe 71
- 131 -
Les Maréchaux Joffre & Foch &c leurs états-majors après leur passage sous l'Arc de
Triomphe 72
Le Général Pershing 74
L'Infanterie américaine 75
La Marine américaine 75
L'Infanterie belge ; 76
Le Maréchal Douglas Haig 77
L'Infanterie anglaise 77
La Marine anglaise 78
Les Ecossais 78
Le Général Montuori à la tête des troupes italiennes 79
L'Infanterie italienne 80
La Marine italienne 80
Les Japonais 81
Les Grecs 81
Les Polonais 82
Les Portugais 82
Les Roumains 83
Les Serbes 83
Les Siamois 84
Les Tchéco-Slovaques 84
Le Maréchal Pétain 86
La foule acclamant nos troupes, avenue de la Grande-Armée 87
Les Sapeurs-Pompiers de Paris 88
Les Aviateurs : le Capitaine Fonck portant le drapeau de l'Aviation 89
Le Général de Castelnau 90
Le Général Fayollc 90
Le Général Gouraud 91
Le Général Mangin 91
L'Infanterie française 92
17-
- 132 -
L'Infanterie coloniale 93
Les Troupes noires 94
L'Amiral Ronarc'h 9 5
Les Fusiliers marins 9 5
Les Zouaves 9^
Les Spahis & les Goumiers d'Algérie & du Maroc 96
Les chars d'assaut 97
La foule, avenue des Champs-Elysées, après le défilé 99
Embrasement des rives de la Seine. (Vue prise des toits du Louvre, le 14 Juillet 1919.) . i o i
Une pièce montée d'un des feux d'artifice tirés le 14 Juillet 1919. (Vue prise des toits
du Louvre.) 104
Les illuminations de l'Hôtel de Ville & de la place de l'Hôtel-de- Ville, le 14 Juillet
au soir 105
La foule, place de l'Opéra, le 14 Juillet au soir 105
Frontispices & Culs-de-lampe par Louis Léchaudel .
TABLE DES MATIERES.
Fages.
Bureau du Conseil Municipal vu
Administration de la Ville de Paris & du Département de la Seine ix
Liste alphabétique des Membres du Conseil Municipal xi
Avant-Propos xv
La Ville de Paris et les Fêtes de la Victoire i
Les décisions du Conseil Municipal i
L'hommage de la Ville de Paris & du Département de la Seine à Gambetta 7
La remise des épées d'honneur aux Maréchaux Joffre, Foch, Pétain, & des fourra-
gères aux couleurs de la Légion d'honneur aux Délégations des régiments 11
L'hommage de la Ville de Paris & du Département de la Seine aux Morts de la
Grande Guerre 45
La réception des Maréchaux à la porte Maillot, le 14 Juillet 1919 47
Le défilé triomphal 55
Le retour triomphal des troupes en 1807 & en 1859 m
1. Le retour de la Garde impériale, le 25 novembre 1807 1 1 r
2. La rentrée dans Paris de l'armée d'Italie, le 14 août 1859 1 19
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PLEASE DO NOT REMO
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