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LE 



BULLETIN DE L'ART 



ANCIEN ET MODERNE 



V 



LE 






BULLETIN DE L'ART 



ANCIEN ET MODERNE 



SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE 



REVUE DE L'ART ANCIEN ET MODERNE 





PARIS 
28, Rue du Mont-Thabor, 28 



Numéro 486. 



Samedi 7 Janvier 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Paroles de bon sens 



Ayant à présider, le 29 décembre, l'assemblée 
générale annuelle de la Société nationale des 
Heaux-Arts, M. Alfred Roll a voulu terminer 
l'année 1910 en adressant à ses jeunes confrères 
autre chose qu'une allocution de simple politesse. 
Il leur a prodigué des conseils marqués au coin 
du bon sens et il a saisi l'occasion pour insister 
sur un mal dont nous avons bien souvent montré 
ici-même les dangers croissants : je veux dire 
l'abus des expositions. 

« Je ne vous étonnerai pas, s'est-11 écrié, en vous 
disant que le mal qui nous nuira, c'est l'afllux effrayant 
des exhibitions d'art. 

» Les tout jeunes gens ne savent plus attendre. 
Beaucoup se préoccupent, avant la trentaine, de faire 
l'exposition d'ensemble de leur œuvre. Le goût de la 
pochade mise toute fraîche dans un beau cadre devient 
épidémique. 

» Tous veulent hâtivement jouir de la vie, et les 
patients et amoureux labeurs, mûris avec la science 
et le temps, disparaîtront bientôt du domaine de l'art. 

» Chacun dressera sa petite boutique de Noël, au 
long des boulevards; et le passant les verra toutes 
d'un même regard indifférent. Il avait cru que l'Art 
était un temple à la Beauté où l'on pénétrait avec 
respect : ne lui donnons pas le droit de penser que 
le temple est devenu bazar... » 

Ces fortes paroles n'ont assurément rien perdu 
de leur signilication à passer par la bouche de 
M. Lhermitte, qui lisait le discours présidentiel, 
en l'absence de M. Roll, indisposé : elles résument 
l'opinion de tous les artistes sérieux et sincères, 
et aussi celle d'une grande partie du public, peu 
à peu écœuré par un déballage quotidien de 
peintures inachevées et tiraillé par l'annonce de 
de tant salonnets qu'il ne sait ni ne peut plus 
choisir. 

« Travaillons ! tout le reste n'est rien », a 
conclu M. Uoll, en faisant appel aux laborieux, 
entêtés d'indépendance et dédaigneux de la 



réclame. C'était le mot de la fin qui s'imposait ; 
reste à savoir s'il sera entendu des intéressés, 
ou si le pullulement des petites expositions ne 
finira pas par excéder les visiteurs même les 
plus convaincus et les plus persévérants, au 
point qu'ils n'auront plus d'autre ressource que 
de se réfugier dans les musées — et encore 
dans ceux de peinture ancienne ! 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des inscriptions et belles-lettres 

séance du 30 décembre). — M. Philippe Berger signale 
le retour de mission de M. Henri Viollet, architecte, 
ancien élève de l'École des beaux-arts de Paris, et fils 
de M. Paul Viollet, membre de l'Académie. 

M. Henri Viollet, qui vient de passer deux mois en 
Mésopotamie pour y poursuivre ses recherches rela- 
tives à l'art musulman, rapporte de très nombreux 
documents dont les plus précieux proviennent des 
fouilles qu'il a pu pratiquer, grâce à l'obligeance des 
autorités turques, dans les ruines du célèbre palaii 
abasside de Samara, résidence des califes arabes qui 
furent à cette époque obligés de quitter momenta- 
nément Bagdad, dont ils étaient chassés par des 
séditions militaires. Ce palais, qui date de la première 
moitié du ix* siècle, offre le grand intérêt d'être l'unique 
spécimen de cette période encore très obscure. 

M. Viollet fut assez heureux pour retrouver, outre le 
plan de l'édifice, de nombreux fragments décoratifs 
en stuc, en marbre, en mosaïques diverses, qui fixent 
d'une façon définitive le style ornemental de l'art 
musulman mésopotamien, en même temps qu'ils en 
révèlent les diverses intluences. 

Après ces découvertes, il ne peut plus être mis en 
doute que les artisans de la Mésopotamie s'inspirèrent 
largement de l'art gréco-byzantin, tout autant d'ail- 
leurs que de l'art sàssanide, généralement seul admis 
jusqu'à présent comme l'agent d'influences ayant con- 
tribué à réclusion de l'art musulman. 

— Après diverses présentations d'ouvrages, l'Aca- 
démie a procédé au renouvellement de son bureau 



LE BULLETIN DE L'ART 



M. Henri Omont, vice-président actuel, a été élu 
président pour 1911. 

Il sera remplacé dans ses fonctions de vice-prési- 
dent par M. Louis Léger. 

— La fin de la séance a été consacrée à l'élection 
des membres des commissions. 

Musée du Louvre. — M. H. -Georges Bercer, en 
souvenir de son père Georges Berger, ancien président 
de la Société des Amis du Louvre, vient de faire don 
au musée de dix pièces de céramique italienne choisies 
dans sa collection : un buste en terre cuite émaillée 
de Giovanni délia Uobbia, un pot et deux assiettes de 
Kaenïa du xv« siècle, de beaux plats d'Urbino et une 
splendide assiette de Gubbio aux reflets cuivrés. 

Cette petite série est exposée dans la salle des 
céramiques italiennes, à la Colonnade, en même 
temps que quelques pièces de la plus grande beauté 
de la céramique persane aux xii* et xiii* siècles, dont 
le Conseil des musées a ratifié l'acquisition à sa der- 
nière réunion. 

Musée des axts décoratifs. — Dans quelques 
jours va s'ouvrir, au musée des Arts décoratifs, l'ex- 
position de l'estampe japonaise {3" série), accompa- 
gnée d'une exposition d'objets japonais (ornements 
de sabres, boites à médecine, etc.). En même temps 
aura lieu, dans la nef, une exposition de l'œuvre 
décorative du peintre Willette. 

A La Malmaison. — La Malmaison vient de rece- 
voir diverses œuvres d'art, qui feront bonne figure 
dans ce musée du premier Empire. Dans le salon de 
musique a été placée une vaste composition de 
IL Lecomte, Joséphine au tac île Garde, provenant 
du musée de Versailles. Le ministre de la Guerre a 
envoyé des aquarelles représentant des vues de Mon- 
dovi, de Marengo, lionaparle blessé à lialisbonne, 
Napoléon à Auslerlilz. Du Louvre, sont venus quatre 
bas-reliefs, commandés au sculpteur italien Spallu 
pour le palais de Turin et décorés de scènes de 
Marengo, du sacre, d'Austerlitz. d'iéna. etc. Enfin un 
habitant de Kueil, M. Reymond, a ofi'ert au musée 
une tasse blanche à filets d'or, décorée de pensées, 
au chiffre de Joséphine surmonté de la couronne 
impériale ; cette tasse provient de la laiterie que 
l'impératrice avait fait établir à l'étang de Saint- 
Cucufa. 

Société nationale des beaux-arts. — L'Assem- 
blée générale de la Société nationale des beaux-arts 
a eu lieu le 29 décembre, sous la présidence de 
M. Lhermitte, vice-président de la Société, rempla- 
çant le président, M. Roll, indisposé. L'allocution 
que M. Roll avait écrite a été lue par M. Lhermitte ; 
on en trouvera plus haut le» passages essentiels. 

Les sociétaires ont appris ensuite de leur trésorier, 
M. Agache, que l'exercice financier se clôtur.iit sur 
un bénéfice. 

L'Assemblée, appelée à renouveler le tiers des 



membres de son Conseil d'administration, a maintenu 
MM. Agache, Cottet, Dagnan-Bouveret, Damoye, Di- 
net, La Touche, Lepère, Lhermitte, Ménard, Panne- 
maker. Plumet, Renouard, Simon, Waltner et Weerls. 
A ces noms il faut ajouter celui de M. Auburtin, élu 
membre supplémentaire en remplacement du peintre 
Lagarde, récemment décédé. ' 

Société française de reproduction de manu- 
scrits à peintures. — Une société vient de se consti- 
tuer sous ce vocable, qui entreprendra de sauvegarder 
les manuscrits à miniatures contre l'incendie des 
bibliothèques d'une part, et d'autre part contre l'usure 
provenant de trop nombreux passages entre les mains 
du public, en faisant reproduire ces manuscrits par 
la photographie. 

Cette nouvelle société, d'une utilité incontestable, 
est entrée en activité avec l'année 1911. Elle a pour 
président M. le baron Fould-Springer ; pour vice- 
présidents, MM. Emile Picot et Henri Omont, membres 
de l'Institut; pour secrétaires, M. le comte Alexandre 
de Laborde et M. A. Boinet; pour trésoriers, MM. Jac- 
ques Doucet et Albert Vuaflart. La cotisation annuelle 
sera de 100 fr. ou de 2") fr. Toutes les personnes que 
la question intéresse recevront gratuitement une 
notice détaillée, sur demande adressée à M. le 
comte Alexandre de Laborde, 81, boulevard de Cour- 
celles. 

Le comité de publication, composé de MM. le 
comte Paul Durrieu, J.-J. Guiffrey, membres de 
l'Institut, et Henri Martin, administrateur de la 
Bibliothèque de l'Arsenal, a décidé, comme entrée 
de jeu, de reproduire intégralement une Bible mora- 
lisée, ornée de miniatures appartenant à l'art français 
du XIII* siècle. Cette Bible est aujourd'hui dispersée : 
le premier volume se trouve à la Bodiéienne d'Ox- 
ford; le second, à la Bibliothèque nationale de Paris; 
et le troisième, au Musée britannique, à Londres. 

Au Conseil municipal. — M. le comte Fortuné 
d'Andigné, conseiller municipal du quartier de la 
Muette, a été élu rapporteur général des musées de 
la Ville de Paris, en remplacement de M. Quentin- 
Bauchart, décédé. 

École du Louvre. — L'n cours d'histoire de l'art 
français du xvir et du xviii» siècle vient d'être créé 
à l'École du Louvre. 

M. de Noihac, chargé de cet enseignement nouveau, 
traitera, cette première année, de l'histoire du château 
de Versailles et de sa décoration sous le règne de 
Louis XIV. Il fera sa leçon d'ouverture au Louvre, 
lundi prochain 9 janvier, à deux heures et demie. 

Les autres leçons seront professées, à partir du 
16 janvier, dans les salles mêmes de Versailles. 

La Démolition du Conservatoire. — Le Conser- 
vatoire déménage et va s'installer rue de .Madrid. On 
sait que les vieux bâtiments du faubourg Poissonnière 
doivent être démolis et les terrains lotis pour la 
construction d'immeubles de rapport. La Commission 



ANCIEN ET MODERNE 



du Vieux-Paris s'ell'orce en ce moment d'obtenir que 
la salle des concerts, au inoins, soit épargnée. On 
l'isolerait; elle pourrait continuer à servir pour les 
auditions musicales et on l'utiliserait aussi pour 
l'agrandissement du musée du Conservatoire, depuis 
longtemps installé dans des locaux insuffisants. 

Hommages à l'art français. —Le gouvernement 
mexicain vient de commander au peintre Luc-Olivier 
Merson, membre de l'Institut, le carton d'une grande 
mosaique destinée à la décoration du vestibule du 
palais du Parlement de Mexico, que construit égale- 
ment un de nos compatriotes, l'architecte Emile 
Bénard, grand prix de lîome. 

D'autre part, M. Luc-Olivier Merson a reçu du che- 
valier de Stuers, ministre des Pays-Bas, au nom de 
la reine 'Wilhelmine et de la Conférence internatio- 
nale de la paix, la commande du modèle d'une tapis- 
serie, ayant pour sujet la l'aix, laquelle sera exécutée 
aux Gobelins pour le palais de la Conférence que 
construit à La Haye l'architecte français Cordonnier, 
grand prix de Rome. 

A Amsterdam. — Le tableau de M. A. Stengelin, 
Clair-obscur en Hollande, que la Hevue reproduisit à 
l'occasion du dernier Salon, où il figurait, vient d'être 
acquis par le musée d'Amsterdam. 

A Athènes. — M. Léonardos, éphore du mu.sée 
épigraphique, vient d'être nommé chef du service 
archéologique au ministère de l'Instruction publique, 
en remplacement de M. Vyzaudinos qui, à la suite 
des accusations de faux portées contre lui, s'était 
suicidé. 

En Italie. — Une mission archéologique italienne 
dirigée par le professeur Halbherr, de l'Université de 
Rome, vient de rentrer de la Cyréna'ique, où elle a 
fait une fort intéressante expédition. Elle a trouvé 
des traces, non seulement de la civilisation grec(|ue 
et romaine, mais encore de l'ancienne civilisation 



lybique et même quelques stations troglodytes, à 
Sahariz et à Slonta. L'attention des archéologues 
italiens a spécialement porté sur les anciennes villes 
grecques de Teuchira (Tocra) et de ïolemaide (Tol- 
meta); ils y ont copié près de 250 inscriptions grec- 
ques, pris le relevé de plusieurs anciens monuments 
et découvert de vastes nécropoles. — L. G. 

Nécrologie. — Le peintre (Juslave Colin, dont la 
Société nationale organisait une exposition d'ensemble 
à son Salon de 1909, est mort le 29 décembre, à Paris, 
à l'âge de 82 ans. Ce vétéran de la peinture contem- 
poraine, élève de Dutilleux et de Corot à Arras, sa 
ville natale, puis disciple d'Ary Schcder cl de Couture 
à Paris, ami personnel de Delacroix, avait débuté au 
Salon de 1857 avec le Porlrail de l'aïeule. Il s'éprit 
ensuite des paysages et de la lumière du Midi,ots'étant 
installé près de Saint-Jean-de-Luz, il y passn presque 
tout le reste de sa vie, envoyant aux Salons parisiens 
des scènes et des paysages du pays basque et de l'Es- 
pagne; le musée du Luxembourg possède une de ses 
toiles les plus connues : le Quartier des gitanos. 
Souvent récompensé, notamment par une médaille 
d'argent à l'Exposition universelle de 1889, il fut 
fait chevalier de la Légion d'honneur en 1899. Au 
Salon de 1910, il était représenté par deux peintures 
qui, en dépit de certaines défaillances, attestaient 
encore la fermeté du dessin et la sincérité d'émotion 
devant la nature, qui furent toujours les qualités 
distiuctives de ce laborieux et modeste artiste. 

— M. Joseph Uphnes, sculpteur, membre de l'Aca- 
démie de Berlin, est mort dans cette ville à l'âge de 
soixante et un ans. Élève de Begas, il est l'auteur de 
nombreuses statues de souverains et grands hommes 
allemands, entre autres de celles de Guillaume 1", 
liismarck, Schiller, etc. C'est lui qui exécuta l'élégante 
statue de Frédéric II, érigée dans l'allée de la Victoire, 
celle du maréchal de Moltke, sur la Kœnigsplatz, à 
Berlin, et le monument de Frédéric 111, à Charlot- 
tenbourg. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Berlin. — "Vente de la collection La 
Roche Ringwald (tableaux modernes). — 

.Nous avons donné dans notre dernière chro- 
nique lerésultatdes ventesA.GrubicyetSchwart/,, 
faites à Berlin au mois de novembre dernier. 
Protitons des loisirs que nous laisse encore l'Hôtel 



Urouot pour rendre compte d'une autre vente 
allemande, faite à peu près à la même lipoque 
et qui mérite de ne pas ^tre passée sous silence. 
Faite le 19 novembre, la vente de la collection 
La Roche Ringwald s'est terminée sur un total 
de 880.000 francs. La collection comprenait 
surtout des peintures de maîtres allemands 
modernes, dont il est intéressant de relever les 
principales enchères. 



LE BULLETIN DE L'ART 



Le plus gros prix a été pour le Château dans 
la montagne, de Bœcklin, 35.000 fr., suivi de près 
par les Chevaux valaques de Schreyer, 31.250 fr. 
(nous avons eu souvent l'occasion de constater 
les enchères remarquables réalisées en Amé- 
rique par les toiles de cet artiste). Citons encore : 
la Veillée, par Fritz von Uhde, 25.000 fr.; les 
Invalides, par Max Lieberman, 17.500 fr. ; le 
Uont-de-Piété, par Munkacsy, 16.250 fr.; Campe- 
ment de bohémiens, par le même, 15.750 fr. (à la 
National fialleryi. 

A Amsterdam. — "Vente de tableaux mo- 
dernes. — Nous avions annoncé sommairement 
la vente de tableaux modernes, — dont un grand 
nombre appartenant à l'école française, — qui a 
eu lieu le 29 novembre à Amsterdam, par les 
soins de MM. Ross. 

Nous y relevons une série d'enchères qui, sans 
être exceptionnelles — puisque la plus élevée 
est celle de 18.900 fr., réalisée par le Pécheur de 
coquilles, de VVeissenbruch, — méritent cepen- 
dant une mention. 

Du côté des Anglais, on ne trouve à citer que 
deux Alma-Tadema : Jeune femme à l'éventail, et 
Hercule, vendus chacun 5.250 fr. 

Les Français étaient mieux représentés ; 
d'abord les maîtres de 1830 : Corot : Ville d' Avray , 
5.565 fr.; — Jour déclinant, 4.200 fr.; — Soleil 
couchant, 7.150 fr. — Daubigny. iVocturne, 5.050 fr. 

— J. Dupré. Le Chemineau, 9.240 fr. — Troyon. 
Taureau blanc, 5.050 fr. 

Parmi les modernes et les contemporains, on 
trouve à citer : Fantin-Latour. Fleurs, 5.250 fr. 

— Harpignies. Saint-Privé, 5.050 fr. — Roybet. 
L'Enseigne, 10.750 fr. 

Mais les Hollandais et Flamands modernes 
l'emportèrent de beaucoup, ainsi qu'on en jugera 
par les prix suivants : 

J. Maris ; Fillette de profil, 0.300 fr.; — Buste 
de fillette, 5.900 fr.; — le Pont à barres blanches, 
8.400 fr. — \V. Maris : l'Heure de traire, 12.000 fr.; 

— Canards, 11.340 fr. — Blommers. La Causette, 
4.400 fr. — J. Israëls : le Vieuxpécheur, 11.340 fr.; 
le Premier pas, 1 1 .340 fr. — Mauve : Pâturage, 
5.565 fr.; — Intérieur d'écurie, 13.250 fr. — Van 
Marcke. Le Taureau brun, 4.400 fr. — Weissen- 
bruch. Le Pêcheur de coquilles, 18.900 fr. 

Ventes annoncées. — A Ne'w-York. — Col- 
lection Robert Hoe. — On annonce pour ce 
présent mois de janvier la vente de l'importante 
collection Robert Hoe, qui sera faite par les 



soins de M. Thomas E. Kirby, de VAmerican art 
association. 

Cette collection compte plus de 3.000 numéros 
et contient de remarquables peintures par Cra- 
nach, Rembrandt, Ruysdael,Van Miéris, G. Dow, 
Teniers, Hogarlh, Romney, du côté des écoles 
étrangères; et parmi les Français, des œuvres de 
Le Brun, Rigaud, Boucher, Chardin, Greuze, 
Daubigny, Ch. Jacque, etc. Elle renferme aussi 
des œuvres de maîtres américains contempo- 
rains et des peintures modernes des diverses 
écoles européennes. 

La collection Hoe est également fort riche en 
porcelaines anciennes de la Chine bleues et 
blanches, de la famille verte et de la famille 
rose, etc., ainsi que des pièces monochromes de 
la période des Ming. Citons enfin les tapisseries, 
dont le catalogue donne une liste contenant 
plusieurs pièces anciennes et rares. 

Ce catalogue de luxe, suivant une façon de 
faire qui tend à devenir courante en Amérique, 
est tiré à peu d'exemplaires et vendu aux seuls 
souscripteurs à un prix relativement élevé. 



M. N. 



ESTAMPES 



A Paris. — Vente d'une collection de cos- 
tumes militaires et civils. — Cette importante 
collection d'estampes en feuilles ou en albums, 
relatives aux costumes civils et militaires de tous 
les pays, auxquelles étaient joints quelques 
livres illustrés anciens et modernes, comprenait 
près de 1350 numéros et n'a pas nécessité moins 
de huit vacations, faites salle 7, du 21 au 29 no- 
vembre, parM» Desvouges et M. Leclerc. La vente 
s'est terminée sur un total de 250.842 francs. La 
plupart des prix se sont tenus au-dessous de 
1.000 francs ; on peut signaler pourtant la belle 
enchère de 1!>.300 francs donnée pour le n° 715, 
Description historique de l' habillement et de l'équi- 
pement des troupes russes de 862 à tSSS (collection 
de 3.935 lithographies en 30 vol. in-fol. Saint- 
Pétersbourg, 1841-1862) ; et celle de 10.120 fr., 
pour le Journal des dames et des modes de La 
Mésangère (n" 875), 23 vol. renfermant 3.413 
planches gravées et coloriées (1797-1836). On peut 
citer encore les 8.100 francs payés pour le Journal 
de la mode et du goût de Le Brun (n» 869j, 3 vol. 
(Paris, Buisson, 1790-1793). 

Voici les autres enchères supérieures à2.000fr.: 

84. Renouvellement de l'habillement des gardes de 
la Ville de Paris, & l'occasion du mariage du Dauphin 



ANCIEN ET MODERNE 



(1768), 21 aquarelles avec texte ms. original, rel. 
ancienne aux armes de A.-E. Hay, colonel des gardes, 
4.120 fr. — 132. Galerie des enfants de Mars. 313 pi. 
gravées et coloriées des uniformes militaires sous 
Napoléon I" {Paris, Martinet, 1807-1814), 2.420 fr. — 
133. Troupes françaises, I" Empire el Restauralion. 
439 pi. en 3 vol. in-S» (Paris, Martinet), 2.020 fr. — 
553. Costumes militaires autrichiens ."idi lithographies 
(Vienne, 1820), 3.650 fr. — 833. Galerie des modes et 
costumes français (Esnault et Uapilly, 1178), 2.700 fr. 
— 876. Collection de 313 pi. gravées du recueil de 
La Mésangère, 2.050 fr. — 926. Gallery of fashion, 
par Heideloff (Londres, 1794-1802), 3.020 fr. — 1195. 
Clioix de chansons, de La Borde, fig. de Moreau 
(1773, 4 vol.), 2.530 fr. 

Vente d'estampes du XVIII« siècle. — 

Dans une vente d'estampes du xvnie siècle, faite 
le 10 décembre, salle 10, par M« H. Baudoin et 
M. L. Delteil, on trouve à signaler : 130. D'après 
Lavreince. Jamais d'accord et le Serin chéri, deux 
pièces gravées en coul. par Le Grand, 4.200 fr. — 
171. Augustin de Saint-Aubin. Au nioins, soyez 
discret et Comptez sur mes sermens, deux pièces 
avant toute lettre, le nom de l'artiste gravé à la 
pointe, 4.000 fr. — 172. Les mêmes estampes, 
épreuves avec la première adresse, 3.001 francs. 
Total des enchères : 43.030 francs. 

R. G. 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



La Cimaise (galeries Georges Petit). — Si le 
troisième automne de l'Éclectique s'est recom- 
mandé d'abord à nos yeux par son importante 
contribution décorative, c'est la peinture qui 
domine au troisième hiver de la Cimaise; et sans 
faire tort aux pâtes de verre polychromes de 
M. François Décorchemont, que leur nom seul 
rattache aux mystères chimiques de la couleur, 
ce sont les peintres qui nous arrêtent par leur 
nombre à travers cette quarantaine d'exposants. 
En guise de préface, le président lettré du groupe, 
M. Gaston Varenne, a décoré le catalogue de 
quelques rimes de Samain, qui conseille à l'ar- 
tiste « las des vaines fanfares u et des « parades 
étranges », de rentrer enfin « dans la vérité de 
son cœur » : puisqu'ici-bas toute aspiration 
comporte un excès, ce goût de silence, qui semble 
inspiré de Carrière, a le grave défaut de conduire 
nos intimistes au dédain du métier que le poète 
veut dépasser; l'art silencieux du peintre n'est 



pas naturellement une abdication devant la 
richesse des choses. Et tandis que la fausse 
naïveté redevient barbare avec M. Fornerod ou, 
plus encore, avec M. Bloomfield, dont le Jugement 
de Paris se fait maladroit pour complaire aux 
« fauves », trop de jeunes voyageurs s'envelop- 
pent de brume aux pays du soleil : en Italie, 
MM. Bernard Harrisson et Paul de Castro; en 
pays basque, MM. Emile Méret et Marcel Bain; 
les gris qui nimbent les natures mortes de 
M. Calvet, les intérieurs de M. Jean de La Hougue 
ou la province déserte de M. Lechat, répudient 
trop la belle matière. On a peur de peindre. 

Quelques-uns, cependant, n'affichent plus le 
mépris de la couleur : M. Jean Rémond, dans une 
Bretagne romantique ; M. Edouard Monchablon, 
dans une Italie pittoresque; M.F'ernand Maillaud, 
dans son Berry natal; M. Dabadie, sous les cyprès 
d'Alger; M. Cauvy, surtout, cloisonnant de tur- 
quoise les ruines roses de la ville d'Arles. Contre 
la barbarie de l'ignorance et l'anémie de l'atmo- 
sphère, M. Morerod, portraitiste des gitanes, 
proteste à la fois; et c'est un amant de l'Espagne 
avec lequel il faudra compter. La santé, qui ne 
contredit pas la poésie, désigne une Lisière de 
6ots, eau-forte crépusculaire de M. Jacques Beur- 
deley, le Vieux poirier, bois au canif de M. Paul- 
Émile Colin, les blondes aquarelles de M. Joyau, 
les fantaisies montmartroises de M. Chahine et, 
par-dessus tout, le bronze lumineux oîi le sculp- 
teur Bouchard éclaire l'àme latine du peintre 
Henri Martin. Par oii mieux finir ? 

Raymond Bouvrh. 



NOTES & DOCUMENTS 



L'emploi de la polychromie 
dans les musées de moulages. 

Un article récent de M. Robert Stiassny (1) sur 
le musée de moulages de l'Académie des beaux- 
arts de Vienne, qu'il a été appelé à réorganiser, 
soulève, en passant, un problème qui a été très 
vivement débattu en Allemagne depuis vingt- 
cinq ans : il s'agit du rôle de la polychromie en 
sculpture. La question se pose non seulement 
pour la sculpture originale, mais aussi pour les 
moulages. 

(1) Museumskunde, VI, 1 (1910). 



LE BULLETIN DE L'ART 



Les « puristes » condamnent énergiquement la 
sculpture polychrome qu'ils qualifient de bar- 
bare; ils prétendent qu'un moulage en plâtre n'a 
d'autre but que de représenter la « forme 
abstraite »; ils ajoutent que le plâtre doit se 
donner pour ce qu'il est et accuser franchement 
son emploi sans prétendre simuler, par des 
patines plus ou moins adroites, le bronxe, le 
bois ou le marbre. Que faut-il penser de cette 
thèse ? 

Il est hors de doute que le préjugé contre la 
polychromie dans la sculpture originale n'a 
d'autre origine qu'une fausse conception de la 
statuaire antique. Nous savons pertinemment 
aujourd'hui que l'art grec a connu et pratiqué, 
la polychromie, que les métopes, les frises, 
les acrotères des temples d'Athènes, de Delphes 
ou d'Olympie étaient rehaussés de couleurs vives. 
Cette tradition s'est conservée chez les « ima- 
giers 11 du moyen âge qui avaient coutume de 
peindre les statues de pierre des portails de 
cathédrales et de dorer ou d' « estofl'er » les sculp- 
tures en bois des retables; elle s'est même 
perpétuée en Espagne jusqu'au xviii' siècle. Ce 
n'est qu'à la Renaissance que, par respect pour 
des monuments antiques que le temps avait tout 
simplement décolorés, on proscrivit complète- 
ment la statuaire peinte. Ainsi s'explique l'illu- 
sion des « monochromistes » qui prétendaient 
de très bonne foi prendre la défense de l'art 
antique, alors qu'ils en méconnaissaient le vrai 
caractère. 

S'il s'agit de moulages, les objections se pré- 
sentent encore plus nombreuses. La monochromie 
ou Visochromie des reproductions en plâtre pré- 
sente l'inconvénient grave de donner des sculp- 
tures originales une traduction inexacte et 
abstraite. De plus, la poussière qui s'accroche 
aux aspérités et aux saillies du plâtre non patiné 
fausse le jeu des lumières et des ombres et 
altère les rapports délicats des plans. Sans 
prétendre singer les différents matériaux par 
des Irompe-l'œil de mauvais goût, n'est-il pas 
désirable de suggérer par une patine appropriée 
l'impression que l'original qu'on prétend évoquer 
est en marbre, en bronze ou en bois ? 

Si une polychromie indiscrète offusque avec 
raison les délicats, croil-on que la blancheur 
crayeuse, monotone et triste du plâtre soit de 
nature à satisfaire des yeux un peu affinés ? 
i< Le plâtre, disait Thorwaidsen, c'est la mort; la 
terre est la vie ; le marbre la résurrection. » En 
patinant le plâtre, on l'avive, on le ressuscite. 



Des essais nombreux ont été tentés en Alle- 
magne pour réintroduire la polychromie dans 
la sculpture. Dès 1884, M. G. Treu, conservateur 
de l'Albertinum de Dresde, posait nettement la 
question dans une brochure sensationnelle inti- 
tulée : Devons-nous peindie nos statues '.'{{} En- 
traîné par son exemple, M. Aldenhoven, conser- 
vateur du musée Wallraf-Richartz de Cologne, 
faisait peindre entièrement quelques moulages 
d'antiques. A Rome, le sculpteur allemand .\rthur 
Volkmann, élève de Hans von Marées, s'appli- 
quait à teinter discrètement le marbre. Enfin, 
dans ses demi-figures de Salomé et de Cas- 
sandre (musée de Leipzig), Max Klinger prenait 
nettement parti pour la sculpture polychrome 
et contrastait heureusement la blancheur ivoirine 
des chairs avec le marbre teinté des draperies : 
son monument de Beethoven (1902), où les mar- 
bres de diverses couleurs se marient avec l'ivoire 
et le bronze, marquait un retour à la tradition 
des statues chryséléphantines de Phidias. 

Il faut avouer que ces tentatives des sculpteurs 
et des conservateurs de musées pour rendre à 
la polychromie son prestige eurent, en général, 
peu de succès. L'emploi de la polychromie exige 
infiniment de tact et de mesure : sans quoi elle 
dégénère aisément en bariolage ou en marque- 
terie. Appliquée maladroitement, la couleur em- 
pâte les formes au lieudelesrehausser.Quantaux 
moulages, ils ne se prêtent pas tous également à 
un traitement polychrome. Les statues et les 
groupes s'en accommodent assez mal. Mais en 
revanche, les bustes, les statuettes, les bas-reliefs 
gagnent presque toujours à être patines. Il est 
même certaines catégories d'œuvres d'art pour 
lesquelles la polychromie est indispensable : ce 
sont les sculptures sur bois des retables gothi- 
ques qui étaient généralement peintes et dorées 
et dont le caractère est essentiellement pitto- 
resque. Traduire de pareilles œuvres en plâtre 
froid et crayeux, comme on le fait dans la plu- 
part des musées de sculpture comparée, c'est 
les trahir. 

Ainsi, l'introduction non pas systématique, 
mais mesurée et discrète de la polychromie 
dans des musées de moulages comme le Troca- 
déro présenterait, semble-t-il, de réels avan- 
tages tant au point de vue de la fidélité de 
reproduction que de l'esthétique. Au reste, les 
progrès de la photographie en couleurs, qui sera 

(1) G. Treu : SoUen wir iinsere Staluen hemalen ? 
Berlin, 4884. 



ANCIEN ET MODERNE 



un admirable moyen de contrôle, permettront 
d'arriver, pour la reproduction du ton et de la 
patine des originaux, à des approximations de 
plus en plus exactes. 

Louis RÉAU. 

LES REVUES 



France 

Art et décoration (noût). — Jeanne Sinwn, par 
Jean- Louis VAUnovEH . — M"" Jeanne Simon et 
M. Lucien Simon « lonl pendant » à ce ménage de 
peintres que sont M. et M"* Duhem. Ses portraits, ses 
tableaux religieux. La santé et la pureté de son art 
(fig. et pi. en coul.). 

— Un Musée de la médaille au Petit Palais de la 
Ville de Paris, par Ch. Saunirh. — A propos de Ih 
nouvelle salle, inaugurée l'été dernier et consacrée à 
l'histoire de la médaille, depuis l'antiquité jusqu'aux 
artistes contemporains (fig.). 

— L'Architecture aux Salons, par M. -P. Vekneuil 
(fig.). — Nils Kreuger, peintre animalier suédois, par 
Et. AVEΫARD (fig.). 

(Septembre). — Ma Maison, étude d'architecture 
domestique, par M.-P. Vebneuil (fig. et pi. en coul.). 

— Roubille, dessinateur humoriste, mais aussi déco- 
rateur, illustrateur, alBchiste, etc., par Du Chas.vet 
(fig. en coul.;. 

— Fritz Erler, le peintre décorateur allemand, par 
François Gos (fig.). 

^Octobre). — Céramique de grand feu. — .Notes 
techniques de L. Auci.aib , ancien préparateur de 
J. Carriès de 1891 à 1893, sur la fabrication des grés 
à émaux mats, créés par J. Carriès en 1889, dans son 
.atelier de Saint-.4mand-en-Puisaye (Nièvre) (fig.). 

— Lne Maison pour un médecin, d'après les plans 
de l'architecte Tauzin, qui l'a construite à Melun, par 
Du Chasxet (fig ). 

— Léo Pulz, peintre portraitiste allemand, par 
F. Gos (fig.). — La Décoration et le mobilier d'une 
villa moderne, par 11. Phudent (fig.î. 

(Novembre). — Le. numéro est entièrement consacré 
au Salon d'automne. Texte par M.-P. VEBXBurL (fig. et 
une pi. en coul.). 

L'Art et les artistes (août). — Les figurines 
d'In-Tépé [trois petits chefs-d'œuvre inédits du Musée 
impérial ottoman), par Ad. Thalasso. — Trois figu- 
rines de terre cuite provenant d'un tombeau découvert 
dans un village de la Troade, In-Tépé, entre Erem- 
Kelly et Koum-Kalé; fin du v ou début du vi* siècle 
(fig-)- 

— Quelques sculpteurs sur bois, par G.Coquiot. — 
œuvres de U. Bigot, A. Bloch, R. Carabin, Desbois. 



Hesteaux, Lacombe, Axel Petersson et A. Réalier- 
Dumas (fig.). 

— Les Pastels de Louise lireslau, par Arsène 
Alexandre. — Portraits d'enfants (fig.). 

— André Wilder, paysagiste, par L Vauxcelles 

(fig-)- 

— Pierre Cogell, un Roslin provincial, \>&T R. BoN- 
NAMES. — Peintre suédois, qui travailla et professa 
près de cinquante ans à Lyon, où on le trouve en 
1763 (fig.) 

— Les Décors russes, par L. Vaii,i,at. — Avec 
reproduction de décors et de costumes dessinés par 
Bakst pour Schéhérazade. 

(Septembre). — Le Costume dans l'œuvre de J.-B. 
Perronneau, par L. Vaillat. — U y a dans les por- 
traits de Perronneau, indépendamment de leurs 
qualités pittoresques et de leurs révélations sur la 
société de son époque, toute une histoire de la mode 
en France de 1744 à 1783. Exemples à l'appui (fig.). 

— Quatre peintres hollandais, par Adrienne Hei- 
keken. — Jacob Maris, Josef Israëls, A. Mauve et 
IL W. Mesdag (fig. et I pi. en coul.). 

— Charles Despiau, sculpteur, originaire des Landes 
et auteur du monument de V. Duruy, par G. Dela- 
r.uY» (fig.). 

— Un mariniste belge : Alexandre Marcelle, par 
•M. SuLZBBBOBR (fig.). — Un jeune sculpteur danois : 

Vigo-Jarl, par F. de Mio.mandbk. 

(Octobre). — Le Génie gothique, par Armand Foub- 
beau. — Examen de plusieurs figures de la cathé- 
drale de Reims et de quelques 'vestiges de la sta- 
tuaire du xiii" siècle dans l'Ile-de-France (fig). 

— La Peinture américaine moderne, çUlT G. Brindon. 
— Avec reproduction d'oeuvres de W. Homer, L R. 
Wiles, J. Du Camp, L. Walden, J. Pennel, W. M. 
Chase, G. de Forest Brush. IL D. Martins, W. Mac- 
Ewen, E. C. Tarbell, R. Kent, dont plusieurs sont 
les habitués de nos Salons parisiens. 

— La I rise de la peinture française, par Georges 
Lecomte. — Examen des expositions de l'année. 
Cri d'alarme d'un partisan passionné de l'art moderne, 
qui a donné des preuves d'indépendance et n'est pas 
suspect de traditionalisme, mais qui voit clair dans 
l'abus des expositions d'œuvres bâclées et qui apprécie 
sévèrement les dithyrambes de la presse. " Il faut que 
cette effronterie, ce sans-gêne et cette ijçnorance des 
uns, cette Uagornerie aveugle des autres cessent de 
pervertir les jeunes artistes et de compromettre l'art 
moderne u. Charge à fond contre n les apôtres de la 
laideur, de la déformation et des aveuglantes caco- 
phonies ». L'auteur souhaite, en terminant « que les 
critiques n'accordent désormais leurs louanges, les 
pouvoirs publics leurs encouragements et les ama- 
teurs leurs sympathies qu'aux œuvres sincères, 
honnêtes, scrupuleusement étudiées et réalisées, où 
se reconnaîtront de la conscience, le respect du beau 
et le souci de la construction » (fig. d'après les maî- 
tres de rimpressiounisuie). 



LE BILI.ETIN DE L'ART 



— Un Mignard oublié, par Pierre Hepp. — Mignard 
auteur de cartons de tapisseries, « alexandrin de la 
plus docte espèce » et habile metteur en œuvre des 
trésors du passé, à propos de l'exposition de tapis- 
series des Gobelins faite l'été dernier au musée de 
Versailles (fig.)- 

— Ludwif/ von Hofmann, peintre allemand ; déco- 
rations, nus, etc., par W. Rotiienstein (fig.)- 

— La Maison et le musée du Greco à Tolède, par 
A. D. — Visite à la maison du Greco, aménagée 
en musée, grâce au goût et à la libéralité du marquis 
de La Vega Inclan, ainsi que le Buttelin l'a annoncé 
eu son temps (fig.)- 

— Crotne et Tumer, peinlresde Paris, par L. Ba/.al- 
OETTE. — L'auteur a recherché les toiles où les deux 
maîtres du paysage anglais du xu* siècle ont retracé 
des paysages parisiens ; il reproduit le Boulevard des 
Italiens, par J. Crome (1815) ; les Grands Boulevards, 
le Pont-Neuf et le Marché aux Fleurs et le Pont au 
Change, de Turner (1830), et donne quelques notes 
sur le séjour de ces deux artistes à Paris. 

— Les Tapisseries de 3/"" Fernand Mailluud, par 
L. Vaillat (fig.). 

— Le Nouveau musée de Genève, construit sur les 
plans de l'architecte Camoletti, par L. Vailuat (fig.). 

(Novembre). — Les Maîtres du quattrocento : Luca 
Signorelli, par Henry Marcel. — Résumé biographique 
et caractéristiques de ce maître « qui déploya à tra- 
vers le cycle imposant de son œuvre une force expres- 
sive, une entente du drame, que nul artiste n'a 
dépassées ». 

— Une amie de Mme Vigée-Lebrun : Mme Filleul, 
peintre de portraits, par Ed. Clekay. — Anne-Kosalie 
Bocquet, plus tard M°" Filleul, née à Paris, apparte- 
nait à une famille d'artistes : elle était la petite-ûlle 
de Noël llallé et la nièce de Bocquet, dessinateur des 
costumes de l'Opéra. Fit partie de l'Académie de 
Saint-Luc dès 1713 (à l'âge de 19 ans). Ses portraits. 
Épousa le " concierge » du château royal de la Muette 
et mourut sur l'échafaud en 1193 (fig.). 

— Mary Cassait, ses portraits, ses o maternités « ; 
avec une liste de ses expositions, des collections pos- 
sédant des œuvres de l'artiste, et une bibliographie, 
par André Mellerio (flg.). 

— L'Art décoratif allemand au Salon d'automne, 
par L. V. [L. Vaillat) (fig ). 

(Décembre). — Quelques mots sur Nicolas Manuel, 
soldat, peintre, graveur, poète, diplomate et préfet, 
par Armand D >yot. — N. .Manuel, né à Berne en 1484 
et mort en cette ville en 1530 ; étrange artiste dont 
les peintures sont rares, mais dont on connaît des 
portraits, une danse macabre à l'aquarelle, des ou- 
vrages mythologiques (/ui^emen^ de Pdris) ou symbo- 
liques, des tableaux religieux (entre autres deux 
Décollations de saint Jean-Baptiste, aux musées de 
Berne et de Bâle), des dessins et des gravures. Après 
avoir combattu dans les rangs des troupes de l'Élec- 



teur de Saxe, après avoir été membre du Grand 
Conseil de Berne et préfet d'Erlach, après avoir fait 
jouer plusieurs farces de carnaval , composé des 
poésies et des chansons, il mourut à 46 ans, et sa vie 
fut extraordinairement remplie, si on ajoute à des 
occupations si diverses son œuvre de peintre. 

Allemagne 

Die Kunst (novembre). — K. M. Ri'zmany. L'Expo- 
sition internationale de Venise; nombreuses repro- 
ductions. 

— H. Vollmer. Les collections artistiques en Alle- 
magne. — Le moyen âge ne connaît guère d'autres col- 
lections d'art que les trésors des couvents. Les vraies 
collections d'art commencent au xvi* siècle, dans les 
cours princières; mais avant tout, on collectionne des 
curiosités, des raretés; on réunit les portraits des 
ancêtres de la dynastie. Les patriciens, dans les villes, 
suivent bientôt cet exemple. Après la Guerre de Trente 
Ans, dans la seconde moitié du xvii* siècle, on collec- 
tionne de plus belle; les curiosités exotiques font leur 
apparition, grâce au commerce des Hollandais; on 
songe à réunir les tableaux pour leur valeur propre. 
Les collections ont néanmoins un aspect hétéroclite, 
les cu7-iosa naluralia, y sont encore mêlées aux curiosa 
artificialia. Cependant les collections de tableaux 
commencent à se différencier des autres (collection 
de l'Archiduc Léopold-Guillaume, à Bruxelles, connue 
par les tableaux de Téniers). Mais c'est seulement au 
xviii' siècle que les collections des curiosités devien- 
nent des cabinets scientifiques nettement déterminés 
et les collections d'objets d'art des galeries de tableaux, 
de dessins, etc. C'est également au xviii' siècle qu'on 
commence à acheter méthodiquement, en vue de 
combler des lacunes, et à dresser des inventaires 
exacts. Au xix* siècle, les collections princières 
s'ouvrent au public, en même temps que leur contenu 
est popularisé par l'art des graveurs. 

— M. Smid. L'Art moderne à l'Exposition inter- 
nationale de Bruxelles. — Seule, l'exposition alle- 
mande était réellement bien organisée et contenait 
des œuvres bien choisies. L'exposition française était 
bonne, mais contenait trop d'œuvres connues, trop 
de vieux « chevaux de parade ». Dans les divisions 
belge et italienne les médiocrités dominaient. 

— E. Sciii'B. Bruno Paul. Travaux d'architecture, 
art décoratif. Nombreuses reproductions des œuvres 
de ce rénovateur, officiellement reconnu, de l'art 
industriel allemand, qui fut chargé d'en organiser 
l'exposition à Bruxelles. 

— R. Mevkr ^iekstaiil. L'Exposition de l'art mu- 
sulman à Munich et l'art industriel moderne. — 

G. HUET. 



Le Gérant : H. Uk.nis. 



P»ri>. — Imp. Gcorgm HaliC, il, rue Uodol-de-Hauroi. 



Numéro 487. 



Saonedi 14 Janvier 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



L'affaire de Soudeilles 



Il y a quelques semaines, on résumait ici- 
même les dispositifs du nouveau projet de loi 
sur le classement des objets d'art, destiné à 
réviser et à renforcer les lois de 1887 et de 1909 ; 
et voici que rincroyable affaire de Soudeilles 
arrive à point nommé pour montrer qu'il n'y a 
pas de loi qui tienne contre la cupidité et le 
mercantilisme, alliés au plus complet mépris de 
tout ce qui est souvenir ou beauté. 

On connaît les faits. Un « chef » de saint 
Martin et une navette à encens, objets d'art 
classés, qui se trouvaient dans l'église de Sou- 
deilles iCorrèze), ont été vendus à des brocan- 
teurs étrangers pour la somme de 4i.000 francs. 

Le «chef" de saint Martin, d'une hauteur de 
30 centimètres, est en cuivre fondu, retouché au 
burin el doré; la chasuble dont le saint est 
revtMu et la mitre dont il est coiffé sont ornées, 
la première, d'élégants rinceaux imitant une 
étoffe damassée, retenue sur le devant par une 
agrafe à cabochons et pierreries, et la seconde 
de bandeaux émaillés en couleurs. L'œuvre, qui 
paraît appartenir à la fin du xv*^ ou au commen- 
cement du xvi« siècle, fut envoyée à l'Exposition 
universelle de 1900 et figura à la rétrospective 
du Petit-Palais; elle fut assurée à cette occasion 
pour la somme de 250.000 francs. Au moment 
de la Séparation, l'administration des Beaux- 
Arts, sur la demande de la Société archéologique 
du Limousin, la fit enfermer dans un coffre-fort 
que l'on installa dans le mur môme de l'église et 
dont la clef fut confiée au maire. 

Or, c'est précisément le maire qui, avec l'appui 
du député de la circonscription, a décidé de 
passer outre à la loi et de vendre à des mar- 
chands étrangers un objet d'art classé, partant 
inaliénable. Les auteurs de ce détournement, 
prévenus par l'administration des Beaux-Arts 
qui refusa le déclassement, ne peuvent pas 
arguer de leur ignorance, et d'ailleurs ils n'y 



songent même pas : ils se vantent, au contraire, 
d'avoir rendu service à leurs concitoyens en 
« réalisant » ce Saint Martin de cuivre, non seu- 
lement inutile, mais » faux au point de ne rien 
avoir à envier à la tiare de Saïtapharnès ». 

Une instruction est ouverte. Elle nous apprendra 
si la justice peut approuver de pareils arguments, 
discutables à la fois au point de vue du droit et 
de la simple honnêteté, — car si le Saint Martin 
vendu est faux, où est l'authentique ? et si l'on 
savait que l'objet était faux, pourquoi le vendre 
une seconde fois comme original, à supposer 
qu'on eût été en droit de le vendre ? 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Institut de France. — Dans sa séance du 4 jan- 
vier, l'assemblée trimestrielle de l'Institut a nommé 
M. Élie berger, de l'Académie des inscriptions et 
belles-lettres, conservateur du musée Condé, en rem- 
placement de M. Léopotd Delisle, décédé. 

Académie des beaux- arts (séance du 7 jan- 
vier). — La séance est consacrée à l'installation du 
bureau qui se compose, pour 1911, de MM. Cormon, 
président, et Coutan, vice-président. 

— Ont été admis au concours pour le prix Achille 
Leclère (architecture), les esquisses portant les numé- 
ros 4, 8, 10, 13, 14, 15, 18, 19, 20, 21, 27. Il y avait 
33 candidats. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 6 janvier). — M. Edmond Pottier, prési- 
dent sortant, invite M Omont à le remplacer dans 
ses fonctions. M. Omont remercie l'Académie et prie 
M. Louis Léger de s'asseoir au bureau comme vice- 
président pour 19H. 

— M. PanagiotisCavvadias, correspondant de l'Aca- 
démie, député à l'Assemblée nationale grecque, 
éphore des beaux-arts à Athènes, fait une commu- 
nication sur les fouilles qui sont exécutées sous sa 
direction à Céphalonie, la plus grande lie de la mer 
Ionique. 



LE BULLETIN DE L'ART 



Ces fouilles ont révélé trois étapes de civilisation ; 

1* Une civilisation néolithique (fouilles à C.ranc, 
près d'Argostoli). qu'on peut dater de 3.000 ans avant 
notre ère. Elle est reconnaissable à une poterie 
monochrome grossière, très primitive. Le peuple 
habitait dans des cabanes en bois II enterrait ses 
morts soit dans ces cabanes, suit dans l'espace 
compris entre elles. Les tombeaux consistaient en de 
simples trous creusés dans le sol et ayant une forme 
irrégulière, circulaire ou ellipsoïde. 

2° Une civilisation préiuycénienne (fouilles entre 
Cocolata et Menejata^ qu'on peut dater de 2 000 ans 
!iu moins avant notre ère. Elle est reconnaissable à 
une poterie noire dépourvue de tout ornement. 

Les tombeaux ont une forme oblongue rectangu- 
laire et se composent de quatre plaques de pierre 
e.ilcaire. 

3° Une civilisation mycénienne (fouilles à Mazara- 
cata), dont la date peut être fixée entre le xv" et le 
•x* siècle avant notre ère. 

Dans cette fouille, M. Cavvadias a fait des trouvailles 
très intéressantes consistant en des objets en or et 
bronze, en pierre et en pâte de verre, une ceinture 
d'or, des agrafes en bronze, des épingles, des poi- 
gnards, des pointes de flèches, des pierres gravées, etc. 
Il a pu aussi faire des remarques très curieuses 
sur le rite funéraire. Les morts étaient déposés dans 
la tombe dans la position qu'ils avaient lors de leur 
décès. 

— M. Dieufafoy résume une lettre et un rapport de 
M. le D' Carton ayant trait à des découvertes faites à 
Kulla-Regia, en Tunisie. 

il s'agit de trois maisons romaines dont les caves 
sont aménagées pour être habitées pendant l'été, tels 
que les zirgamins et les serdats des soldats du sud 
de la Perse et de la Mésopotamie. Il semble que la 
lumière y était distribuée par un impluvium ouvert 
dans la cour d'honnear. Les voûtes, les colonnes, les 
cliapitaux qui recouvrent la retombée des voûtes, les 
enduits, les mosa'iques, sont en parfait état de conser- 
vation. 

Conseil des musées nationaux. — Par décret 
du Président de la République, rendu sur le rapport 
du ministre de l'Instruction publique et des Beaux- 
Arts, sont nommés membres du Conseil des musées 
nationaux, pour une période de trois ans, à dater 
du t" janvier 1911 : M.M. L. Bourgeois, sénateur; 
H. Poincaré, sénateur, membre de l'Académie fran- 
çaise ; E. Aynard, député ; )i. Leygues, député ; 
Tétreau, président de section au Conseil d'Ëtat ; 
A.Cumbarieu, conseiller maître à la Cour des comptes; 
L. Bonnat. membre de l'Institut, directeur de t'Ëcole 
des beaux-arts; M. Coltignon, membre de l'Institut, 
professeur à la Faculté de» lettres de l'Université de 
Paris ; Coutan, membre de l'Institut ; L. tionte, 
membre du Conseil supérieur des beaux -arts; 
Quilletnet, artiste peintre : le baron Edmond de 



Rothschild, membre de l'Institut ; Jules Maciet, pré- 
sident de la Société des Amis du Louvre. 

Société des Artistes français. — Le comité de 
la Société des Artistes français s'est réuni au Grand 
Palais des Champs-Elysées, sous la présidence de 
M. Saintpierre, président d'âge, pour procéder à la 
nomination de son bureau pour l'année 1911. 

Ont été élus : M. V. Laloux. membre de l'Institut, 
président; — MM. Dawant et Boisseau, vice-prési- 
dents ; — M. Louis Itonnier, secrétaire rapporteur ; — 
M. Focillon, secrétaire trésorier ; — M.M. E. Renard, 
Georges Lemnirc, Pascal, membre de l'Institut, et 
Jules Jacquet, secrétaires ; — M. Giibflel Ferrier, 
membre de l'Institut, président, et M. Antoine Guil- 
lemet, vice-président de la section de peinture ; — 
M. Gardet, président, et M. Allouard, vice-président 
de la section de sculpture ; — M. Dauniet, membre 
de l'Institut, président, et .M. Vaudremer, membre de 
l'Institut, vice-président de la section d'architecture ; 
— M. Jules Jacquet, président, et MM. Bouchard et 
Huvey, vice-présidents de la section de gravure et de 
lithographie ; — M. Larche, président du jury de la 
sous-section des arts décoratifs. 

Le Conseil d'administration de la Société des 
Artistes français, pour l'année 1911, est composé 
comme suit : 

MM. Laloux, Dawant, Boisseau, Louis Bonnier, 
Focillon, E. Renard, Georges Lemaire, Pascal. Jules 
Jacquet, E. Adan, J. Bail, A. Guillemet, P. Chabas, 
Boutigny, Gossclin, V. Gilbert, Petiljean, .M. Baschet, 
Saubès, Gardet. Blanchard, A. Cariés, E. Carlier, 
Yvon. Mignon et Boulard. 

Société nationale des beaux-arts. — Le comité 
de cette Société vient de constituer ainsi son bureau 
pour l'année 1911 : 

Président : M. Roll ; — vice-présidents : MM. Bes- 
nard, président de la section de peinture : Rodin, 
président de la section de sculpture ; Waltner, pré- 
sident de la section de gravure ; de Baudot, président 
de la section d'architecture ; Lhermitte, président de la 
section des arts décoratifs ; — secrétaires du bureau : 
MM. Jean Béraud et Billotte ; — trésorier : .M. Agache. 

École des Chartes. — La chaire d'archéologie du 
moyen âge à l'École des Chartes est déclarée vacante. 
Un délai de vingt jours, à partir de la publication de 
l'arrêté du 9 janvier, est accordé aux candidats pour 
produire leurs titres. 

Manufacture de Sèvres. — Le sous-secrétariat 
d'état des Beaux-Arts informe le public que le magasin 
de vente des produits de la manufacture nationale de 
Sèvres sera transféré, à partir du 11 janvier, rue de 
Rivoli, 240 (angle de la rue Rouget-de-l'Isle). 

Le Prix de Rome de la "Ville de Paris. — 
Grâce à un legs qui lui a été récemment fait par 
M. Poirson, la Ville de Paris pourra, tous les deux 
ans, décerner à de jeunes peintres parisiens un prix 



ANCIEN ET MODERNE 



11 



de 4.500 francs, dont le montant devra être employé 
à un voyage d'études, semblable à ceux que l'on 
impose aux pensionnaires de la Villa Médicis. Un 
jury spécial, qui comprenait, entre autres membres, 
MM. Léon Bonnat, Edouard Détaille, J.-P. Laurens et 
Lhermitte, vient de décerner ce prix à M. Marcel de 
Parède, élève de M. Cormon, qui a exposé au Salon 
lie 1910 un Héliogabale. 

Bourses de voyage en Algérie. — Le Gouver- 
nement général de l'Algérie met chaque année au 
concours deux bourses de voyage en Algérie, destinées 
aux artistes âgés de moins de 3o ans. La durée du 
séjour dans la colonie ayant été portée à deux ans, 
il ne sera mis au concours cette année, exceptionnel- 
lement qu'une seule bourse. Les jeunes artistes qui 
voudraient y prendre part devront adresser leurs 
demandes, avant le 20 janvier, à M. le Gouverneur 
général de l'Algérie (OtBce de l'Algérie, ii, galerie 
d'Orléans, Palais-Boyal, Paris), où tous renseignements 
leur seront donnés sur le règlement du concours. 

Protection des sites et monuments natu- 
rels. — Le ministre de l'Instruction publique et des 
Beaux-Arts vient d'adresser aux préfets une circulaire 
pour attirer leur attention « sur la nécessité d'assurer 
d'une façon plus efficace la protection des sites et 
monuments naturels de la France, et pour préciser le 
rôle que doit assumer, dans chaque département, 
la commission chargée de veiller à leur conservation ». 

Nous reviendrons sur cette circulaire pleine de 
sagesse, qu'on attendait depuis trop longtemps. 

L'Affaire de Soudeilles, — Bien qu'on ait lu plus 
haut l'essentiel de cette scandaleuse affaire, il importe 
de résumer ici les singuliers détails que l'enquête 
a déjà révélés. 

Le 27 octobre dernier, M. F. Marcou, inspecteur 
général des monuments historiques, au cours d'une 
visite à Soudeilles, avait constaté que le « chef » de 
saint Martin, classé en 1891. avait été remplacé par 
un objet faux dans le coffre-fort de l'église. Il en 



avisa I administration des Beaux-Arts par un rapport 
en date du 3 novembre, réclamant l'ouverture d'une 
instruction contre inconnu, pour substitution d'une 
copie à un original. Le 8 novembre, le sous-secrétaire 
d'État des Beaux-Arts déposait une plainte entre les 
mains du garde des sceaux et en saisissait le parquet 
de Limoges. Le n novembre avait lieu la vente du 
reliquaire, accompagné d'une navette à encens en 
cuivre doré, datant de la première moitié du 
XIII" siècle ; cette vente était faite au prix de 
41.000 francs a un antiquaire de Bruxelles, chez 
lequel le « chef » a été retrouvé et qui a oflert de le 
restituer, contre remboursement du prix d'achat. 

H y aurait donc deux reliquaires : l'un authentique, 
qui aurait été vendu après avoir figuré à l'Exposition 
de 1900 — mais à qui ? et quand ? on ne le sait pas 
encore, — et l'autre truqué, qui aurait alors remplacé 
l'original et qui vient d'être à son tour vendu comme 
authentique, sur les instances et par l'entremise du 
député de la circonscription d'Ussel. 

A Monte-Carlo. — Chaque année, l'ouverture de 
l'exposition du palais des Beaux-Arts marque une 
date dans la grande saison artistique de la principauté. 
Dix-huit années de succès ont consacré cette exposi- 
tion, à laquelle prennent part les peintres, sculpteurs, 
pastellistes et aquarellistes les plus réputés. 

La dix-neuvième exposition vient d'être inaugurée 
par M. Jaloustre, faisant fonctions de gouverneur 
général et représentant le prince de Monaco. 

Comme ses devancières, la nouvelle exposition des 
Beaux-Arts est des plus intéressantes. Nous aurons 
d'ailleurs l'occasion de lui consacrer un compte rendu 
détaillé. 

Nécrologie. — On annonce d'Anvers la mort du 
peintre paysagiste Frajiçois Lamoiinière, décédé à 
l'âge de 83 ans. Né à Anvers, il avait obtenu en 
France, une médaille de 3* classe à l'Exposition uni- 
verselle de 1878 et une médaille d'or à celle de 1889, 
année où il avait été décoré de la Légion d'honneur. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 
A Paris. — "Vente de tapisseries. — L'Holel 
Drouot reprend peu à peu son animation, et 
nous avons, dès cette semaine, quelques prix 
à retenir. 
Dans une vente après décès, faite le 5 janvier, 



salle -2, par M'^ Appert, uue tapisserie verdure 
du xviiie siècle, paysage avec cours d'eau et 
habitation, animé d'un berger et d'une bergère, 
de moutons, etc., a été adjugée 11.400 francs; 
et une tapisserie flamande du zvii« siècle, figurant 
deux personnages combattant, bordure de fleurs 
et ornements, 7.500 francs. 



It 



LE BULLETIN DE L'ART 



A New-York. — Vente John H. Converse 
tableaux modernes). — La saison des ventes 
américaines, qui promet, celte année encore, 
d'être fort animée, s'est inaugurée, le 6 janvier, 
par lavante des tableaux modernes composant 
la galerie de feu M.John H Converse. Faite à 
l'American Art Gallei-y cette vente a produit un 
total de 642.500 francs, pour 67 numéros seule- 
ment. 

Le plus beau prix a été obtenu par un Corot 
d'assez grandes dimensions. Paysage ait bord de 
la mer, avec personnages et animaux, qui a 
atteint dOO.OOD francs. On peut signaler en 
outre, parmi les enchères marquantes, celle de 
34.500 francs pour PArrivée au bal, scène tyro- 
lienne, du peintre munichois Defregger ; celle de 
.35 000 francs pour un petit panneau de Daubigny, 
représentant une Vue de village; et enfin celle 
de 25.000 francs pour un paysage de Diaz. 

Vente de porcelaines de la Chine. — A 

New-"York également, s'est faite la semaine 
dernière la vente de porcelaines et objets anciens 
de la Chine, provenant de la Yamanaka Company. 
Dans le total de 282.805 francs, atteint par ces 
objets, on trouve à citer l'enchère de 21.500 fr., 
donnée pour un vase Lang-Yao, rouge sang-de- 
bfEuf, de la période Kang-hi. 

M. N. 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



III' exposition d'estampes japonaises 
(Musée des Arts décoratifs). — Les amateurs 
nombreux, qui ne partagent pas le dédain de la 
doctrine classique pour l'art naïvement raffiné 
de l'Extrême-Orient, ne se plaindront pas de la 
(X)ïncidence qui fait précéder cette nouvelle et 
merveilleuse série d'estampes nipponnes d'un 
certain nombre de peintures chinoises, plus ou 
moins anciennes, réunies en même temps chez 
Uernheim jeune et chez Durand-Huel : le peu 
qu'on sait, jusqu'à présent, de leur chronologie 
mystérieuse nous interdit de faire acte de critique 
ou d'historien; mais, sans aborder les problèmes 
de date ou de style, l'artiste émet son impression 
sur ces rouleaux précieux qui lui parlent de leur 
temps et du nôtre; il remarque, auprès de ces 
Lotus, la candeur tardive dont ces vieilles choses 
ont empreint notre curiosité la plus récente ; il 



songe parfois à Manetet, plus souvent, à M. Ingres 
que la malice romantique appelait « un peintre 
chinois égaré, en plein xix« siècle, dans les ruines 
d'Athènes »; il observe, devant le portrait si vrai 
des Deux sœurs, combien la réalité stylisée de 
ces doux visages diffère de l'ovale conventionnel 
qui prive de physionomie les futures geishas du 
Japon... Pareillement, tel portrait de l'antique 
Egypte n'est-il pas réaliste, à côté d'un profil 
grec des vases peints? La Chine fut l'éducatrice 
du Japon, comme l'Egypte apparaît la devancière 
de la Grèce, et la (irèce vaincue la lumière de 
Rome, oîi Virgile est « la lune d'Homère ». 

Mais, tandis que notre art occidental est 
partagé, depuis la Renaissance, entre le spectacle 
de la vie qui passe et le souvenir permanent de 
l'idéal ancien, l'estampe japonaise, comme son 
aînée la peinture chinoise, a l'heureux privilège 
de ne rien imaginer en dehors du monde 
restreint qui Tinspire : de là, son unité dans la 
variété de ses lents progrès; et son réalisme har- 
monieux n'est pas seulement une leçon de style 
décoratif, mais une merveille de coloration tech- 
nique. Loin, déjà, de l'époque timide des Primitifs 
ou des premiers tirages à deux tons sur le bois (1), 
nous voici, vers la (in de notre xvm" siècle, au 
pays de l'aurore : en coloriant la Galerie du 
Palais-Royal ou la Promenade publique, le Parisien 
Debucourt ne se doutait guère que son contem- 
porain Kiyonaga mariait si subtilement la 
puissance à la grâce, et que l'actualité faisait 
aussi tous les frais d'un art si différent du sien ; 
dans ces teintes plates, l'accord d'un rose et d'un 
gris perle évoque la vie sans passions des belles 
indolentes ; le format s'agrandit, la taille s'al- 
longe, la ligne se calme ; un style se crée, qui 
deviendra, comme toute trouvaille d'artiste, un 
poncif nouveau : témoin le charme des émules, 
Shuncho et Masanobu, Shighemasaet Masayoshi. 
Chez Toyoharu, le paysage, encore sommaire, 
débute à l'heure où Louis Moreau l'Aîné le 
retrouve autour de Vincennes ou de Meudon. 
Plus original que Buncho dans l'évocation du 
théâtre, Sharaku, le portraitiste audacieusement 
inspiré des acteurs, Uatte si peu ses modèles que 
ceux-ci se seraient fâchés... Aussi bien, la styli- 
sation caricaturale de leurs grimaces respire 
l'énergie d'un masque antique ; et le Japon nous 
rappelle une fois de plus la Grèce, à la fin de 
cette troisième excursion que nous offre l'aimable 

(1) Voir le BulUtin du 30 janvier 1909 et du 5 février 
1910. 



ANCIEN ET MODERNE 



13 



savoir de M. Raymond Kœchlin. Ce n'est pas la 
dernière. 

Décorations et dessins d'Adolphe Willette 
(Musée des Arts décoratifs). — Japonaise ou 
grecque, la muette furia des masques de théâtre 
est restée sans pouvoir sur ce Banville du crayon, 
sur sa fantaisie tendre et vaporeuse où le 
nez se retrousse aussi poétiquement que la jupe ; 
et ce Parisien de la Butte sacrée restera comme 
l'historien très indulgent de Pierrot. Le Parce 
Domine du Chat-Noir de Salis et les épaves, si 
mystérieusement patinées, du Clou voisinent avec 
r£t'« montmartroise et plus récente du Bal 
Tabarin pour nous rappeler que l'illustrateur 
ingénu de l'Enfant prodigue a toujours tenu, dans 
son rêve de poète, la brosse plus ambitieuse du 
décorateur : aujourd'hui, Willette, élève de 
Cabauel, inspire les Gobelins, comme autrefois 
Hamon, l'élève oublié de Gleyre, inspirait Sèvres ; 
depuis trente ans qu'il invente, il n'a jamais fait 
plus grand, mais il a fait mieux... En attendant 
la patine blonde du temps, — ce maître-peintre.— 
il est permis de préférer les dessins dont le goût 
de M. Louis Metman a spirituellement encadré 
de plus vastes allégories. 

Association des Artistes de Paris (galerie 
Ch. Brunner). — C'est la seconde manifestation 
d'un nouveau groupe, subventionné par le Conseil 
général de la Seine, où, fraternellement, les 
grands aînés continuent d'encadrer les jeunes : 
aussitôt, une Eve moderne nous attire, une 
jeune femme pensive à l'épaule d'ivoire, à 
l'écharpe bleue, où le pinceau plus libre de 
M. Dagnan-Bouveret semble avoir voulu fixer le 
style du joli. Revoici l'ampleur de M. Uoll, 
portraitiste de VAllée herbue, l'enveloppe de 
M. Raphaël Collin, l'ingéniosité de M. Cormon ; 
près d'une statuette de M. Debrie et de la 
Liseuse de M. Waltner, un jeune chat de marbre, 
de M. Gardet, et les médailles athéniennes 
de M. Roty se distinguent dans l'intervalle des 
études italiennes de MM. Fournier, Lavergne et 
Gorguet. Les Salons dont la sagesse se prolonge 
ici, nous ont déjà fait apprécier la palette 
et le sentiment de M.Biloul. Sansvouloiréciipser 
Claude ou Corot, le Forum crépusculaire de 
M. Havel nous retient. Remarquons la Tricoteuse 
de M. Henri Bréard, une verdure de M. André 
Delpey, le plein-air vraiment rustique de M. Pierre 
Tranchant, près des noms connus de MM. Lauth, 
Gourdault, Gumery, Marcel Roll, Iwil, Capgras, 



Dagnaux, qui ne contredisent pas cette sagesse 
du printemps où M. André Chapuy jette la note 
plus ironique de l'automne... 

Raymond Bouyer. 



A propos 
de la démolition du Conservatoire 



Le Salon de 1853 aux Menus-Plaisirs. 

Partout tes ruines mêmes s'en vont : au coin du 
faubourg Poissonnière et de la rue des Petites- 
Écuries disparaît la maison dite de Ledoux, vieille 
auberge basse et mansardée de l'ancien régime, 
et voisine, autrefois, de l'hôtel des Menus-Plaisirs 
du Roy (1762) qui devint, en 1784, l'École Royale 
de Chant, puis, sous la Révolution, le Conserva- 
toire, aujourd'hui menacé d'un sort pareil, avec 
sa jolie salle pompéienne qui remonte à 18H. 

Qui donc se souvient des Menus-Plaisirs où le 
Salon de 1853 fut inauguré le 15 mai ? Ce nom 
désigna longtemps un vaste local entouré de 
jardins, où s'abritaient des expositions, des ventes 
et des fêtes, en face de l'auberge, à l'angle des 
deux rues; et cette dépendance de notre vieux 
Conservatoire avait deux entrées : l'une, presque 
en face de l'hôtel Marmont, rue du faubourg 
Poissonnière, et l'autre, en pleine rue Richer; le 
plan se retrouve au dernier feuillet du livret de 
1853 (1). C'est sur ce terrain que, dès l'année 
suivante, on éleva l'église Saint-Eugène, suc 
cursale de Saint-Vincent-de-Paul, dans un cadre, 
alors nouveau, de maisons de commerce et de 
rapport, à la croisée des petites rues Sainte-Cécile 
et du Conservatoire. Et les jardins disparurent. 
Hébergé, jusqu'en 1848, au Musée du Louvre, 
puis traversant les Tuileries en 1849 et le Palais- 
Royal en 1850-51 et en 1852, le Salon n'émigre 
ici qu'une seuje fois, avant de se confondre, en 
1855, avec la première des expositions univer- 
selles au Palais de l'avenue Montaigne et de 
s'installer pour quarante ans, en 1857, au Palais 
de l'Industrie. 

1853 : n'est-ce pas le premier printemps du 
Second Empire et l'année du mariage de l'Em- 
pereur? Des bois, dans plusieurs journaux illus- 
trés du temps (2), évoquent les attelages à_la 

{{] 1 vol. in-i2; Paris, Vinchon, 1833. 
(2) V. l'Illustration de l'année. 



u 



LE BULLETIN DE L'ART 



Daumont dans les rues étroites et l'erapresse- 
ment des « lionnes » enjuponnées à la « soixante- 
seizième exposition des ouvrages des artistes 
vivants » : on fait cercle autour des portraits de 
la blonde Impératrice, caressés par le pinceau 
d'Edouard Dubufe ou le crayon de Vincent Vidal ; 
et Rachel, par Mm» O'Couneil, a sa petite cour 
d'admirateurs. — Salon choisi : 1768 numéros 
seulement, et trois envois par artiste au maxi- 
mum. Une « indispensable » rigueur a remplacé 
l'indulgence. 

Le 16 avril, le jury s'était réuni : Delacroix y 
ligure, avec Delaroche; et, dans ses agendas, il 
retient les œuvres qu'il a vues dans l'atelier : un 
portrait du Gallicien Rodakowski, qu'il déclare 
« un véritable chef-d'œuvre » ; plusieurs Decamps, 
non moins beaux ; les bergeries de Millet, un de 
ces « artistes à barbe qui ont fait la révolution 
de 48» et dont la « tournure ambitieuse » lui 
déplaît, mais qui n'en recevra pas moins une 
seconde médaille; les Lutteurs, des Baigneuses et 
la Pileuse de Courbet, dont il n'admire que le 
métier. M. Ingres (73 ans) est absent; et Delacroix 
(5b ans) n'expose pas de toiles belliqueuses : les 
deux rivaux se réservent pour le duel prochain 
du Palais Montaigne. On ne voit pas Gleyre, ni 
Flandrinque l'institutva recevoir au mois d'août; 
mais les yeux s'arrêtent sur deux toiles de deux 
jeunes peintres qui vont prématurément dispa- 
raître. 

« On songe à la Rome de Tacite devant le Tept- 
darium de Chassériau », dira bientôt, au Luxem- 
bourg, le styliste Paul de Saint-Victor qui voit 
dans le sérieux de cette scène familière « la 
sombre volupté des Thermes»; et non loin de 
cette transfiguration de Pompéi, si grandiose en 
sa chaleur d'étuve, un pâle recueillement nimbe 
la Mort de Saint-François d'Assise, par Léon Be- 
nouville qui retrouvera Chassériau dans l'immor- 
talité du Louvre. 

Récompensé d'une première médaille, comme 
Benouville et Jalabert, et di'S lors inspiré par la 
verte Vallée d'Optevoz, le paysagiste Daubigny 
représente ici << la victoire de l'art moderne ». 
Près du vieux Watelet, Théodore Rousseau montre 
un Marais dans les Landes ; François-Edouard 
Bertin, le portraitiste éloquent de la Grèce, 
expose pour la dernière fois, car il prend la 
direction du Journal d*s Débats; l'exquise petite 
Solitude antique de Paul Flandrin voisine avec 
les verdures des campagnards, Lambinet, Brissot, 
Servin, Chinlreuil; une vue de Rome alterne avec 
la Fin de l'hiver sous le sage pinceau de Français 



qui va receroir la croix, comme Hébert, pour le 
Baiser de Judas, et le statuaire Cavelier, pour la 
Vérité. 

La lutte entre « l'histoire » et le «genre », qui 
divise encore le paysage, apparaît partout : 
l'idylle du « néo-grec » Hamon, Ma sœur n'y est 
pas! séduit mieux la foule élégante que la philo- 
sophie peinte par Chenavard pour le Panthéon; 
prolongée par les vieillards, Heim et Vinchon, 
lauréats de 1807 et de 1814, la tradition davi- 
dienne recule devant les morceaux de circon- 
stance où la gloire bonapartiste éveille un grand 
passé napoléonien. Le jeune Carpeaux décrit 
la Réception d'Abd el-Kader à Saint-Cloud. Les 
voyages et la nature attirent les nouveaux venus : 
Léon Belly revient de Syrie ; Dehodencq, de l'An- 
dalousie des bohémiens en fête; Brion peint son 
Alsace et Jules Breton, son Artois; voici M. Har- 
pignies près de Stevens et de Gustave Moreau, 
les Gracques de Guillaume à côté des animaux de 
Frémiet. Le Marche aux chevaux, de Rosa Bon- 
heur, est aussitôt fameux ; mais personne ne voit 
la Pompe Notre-Dame, eau-forte signée Charles 
Meryon, car on ne voit pas la gravure... Et c'est, 
dorénavant, l'invasion du réalisme ou le triomphe 
de l'anecdote prôné, dès 1852, par les Concourt 
au Palais-Royal. 

Assurément, l'exposition de 1853 << laisse d'ho- 
norables souvenirs et fait concevoir de grandes 
espérances», dit Achille Fould, ministre d'Ëtat, 
le jour de la distribution des récompenses, au 
Louvre, en remarquant, avec les critiques les 
plus judicieux, « que les productions de l'année 
dénotent des progrès sensibles dans la partie 
technique de l'art, dans l'imitation matérielle »; 
mais. " tout en applaudissant à ce résultat », le 
discours officiel ajoute « qu'on peut regretter de 
ne pas voir nos jeunes artistes poursuivre le Beau 
idéal avec la même ardeur qu'ils apportent 
à l'étude de la réalité. On souhaiterait qu'à 
l'exemple des anciens maîtres, ils cherchassent 
à concilier l'idéal et la réalité, en unissant la 
contemplation du type éternel du Beau à l'étude 
intelligente des formes et des scènes que le spec- 
tacle de la nature offre à nos yeux (1) ». Et le 
poète Corot, qui vient de transporter son atelier 
dans le voisinage (2), avouera bientôt que la 
Muse, amie du silence des bois, «n'habite plus 



(0 Voir le Moniteur du 27 juillet 1853 et la livret 
de l'Exposition universelle de 18ôS, pp. xlvi-xlvii. 

(2) Au n'BSdekrue Paradii-Pois8onniëre,à l'angle 
du faubourg. 



ANCIEN ET MODERNE 



le quartier Poissonnière et qu'il faut laisser les 
concerts du Conservatoire pour le chant des 
oiseaux ». 

lÎAYMONn Roi'YF.R. 



© 



LES REVUES 



Bulletin des musées de France (1910, n' i). — 
Les bustes des deux frères Coypel, — celui d'Antoine 
Ooypel, en marbre par Coyzevox, et celui de NoM- 
Nicolas Coypel, en marbre, par J.-B Lemoyne — , ré- 
cemment acquis parle musée du Louvre, sont étudiés 
par M. André Michel (pi.)- 

— Dessins nouveUemenl acquis par le musée du 
Louvre à la vente A. von Lanna, de Prague, faite à 
Stuttgart au mois de mai dernier; ces dessins, dont 
plusieurs appartiennent à l'école française, ont fait 
l'objet d'un article de M. Paul Leprikuu dans la Revue 
du mois de septembre dernier (fig.)- 

— Le Musée de la Société des Amis du i'ieu.r Heiuis. 
par P. V. [P. ViTRv] (fig.). 

— Objets chinois anciens et chinoiseries du XVIIl' 
siècle au Musée des Arts décoratifs, par L. Desiuihs, 
à propos de l'exposition ouverte l'été dernier et dont 
M. J.-L. Vaudoyer a rendu compte ici-même. 

— Ce numéro contient également le texte in extenso 
des décrets des 25 et 27 mai 1910, relatifs au personnel 
des Musées nationaux et de l'École du Louvre. 

Art et décoration (décembre). — La Mer, sa faune 
et sa flore comme éléments décoratifs, par M.-l'. Vek- 
NKciL (fig. et pi. en couL). 

— Paul Henouard, par Charles Sauniek, à propos 
de l'Exposition d'ensemble qui a eu lieu récemment 
au Pavillon de Marsan (fig.). 

— Quelques reliures de Giraldon, par Maurice 
Guillemot (fig. et 2 pi. en couL). 

— Un monument humoristique, par Henry Marcel : 
la Fontaine Piron, à Dijon. — la dernière œuvre 
d'Eugène Piron. dijonnais, élevée à son lointain 
ancêtre, l'auteur de la Mélromanie. 

Helciouk 

L'Art flamand et hollandais (août). — Un 

peintre de la joie Arend llijner. par H. de Boer. 

— Peintre hollandais qui s'est spécialisé dans les 
scènes campagnardes et les intérieurs rustiques (fig.^ 

— Décorations d'intérieurs dans la maison de 
M. Th. (i. Dentz van Schaick. à Amsterdam, projets 
et dessins de A. Lion Cachet, par J. Gratama (flg ). 

(Septembre). — Charles de Haes. par Paul Lafond. 

— Le paysage, dans l'école espagnole du xix° siècle, 
était resté soumis aux traditions pseudo-classiques, 
c'est-à-dire conventionnel et pompeux, quand survint 
Charles de Haes, — Carlos de Haes. disent les Espa- 



gnols, — lequel, né à Bruxelles en 1829, devait rem- 
plir, dans les C.astilles, le même rrtle et la même 
mission que Crome et Constable en Angleterre, 
Théodore Rousseau et (lorot en France. Sa carrière 
et son œuvre; peintures, eaux-fortes et dessins. Sa 
mort, le 17 juin 189s, après la « libération « du 
paysage espagnol et l'enseignement de la source 
vivifiante de l'étude d'après nature (fig.). 

— L'Art industriel liollandais à l'Exposition de 
liruxelles, par T. Lanoré (fig.). 

(Octobre). — Les Mystères et les arts plastiques, 
par Jacques Mesxii, (suite). — Influence manifeste 
des Mystères sur les retables. Sa date : « Ce n'est 
qu'assez tard dans le xv* siècle, lorsque les Mystères 
prirent de plus en plus le caraclère de réjouissances 
populaires et de spectacles faits pour le divertisse- 
ment du public plutôt que pour l'édification des 
fidèles, qu'ils exercèrent une certaine influence sur 
les arts plastiques ». L'auteur ajoute : « Bien loin 
d'être un élément de rénovation artistique à la fin 
du moyen âge, comme le prétend M. Mftle, les Mys- 
tères ont été un élément de routine et une cause de 
dépravation du goût » (fig. et pi.). 

— Remhrandiiana, par Jean Vetii : VIII. Le Bateau 
de la Fortune. — A propos d'une gravure ainsi 
dénommée, exécutée en 1633 par Rembrandt pour le 
livre de E.IIerckmans,;DecZee-iiae/7 lof l'Éloge de la 
navigation) et sur la signification de laquelle on est 
luin d'être d'accord. M. Veth y voit une illustration 
serrant, d'aussi près (|ue possible, les vers qu'elle 
accompagne et il propose en conséquence d'intituler 
cette image: Bellone ordonnant l'armistice [Gg et pi.). 

— L'Art industriel hollandais à l'Exposition de 
llruaelles (fin), par T Lanuré (fig.'. 

Angleterre 

The Burlington Magazine (octobre). — Édlto- 
rial : la Sational Gallery et ses dernières transfor- 
mations; — notice nécrologique sur Hotnnin Uunt. 

— Notes sur des peintures appartoiant aux collec- 
tions-royales : XVIII. Sur quelques portraits attribués 
ù Antonio More et sur une biograpliie de ce peintre 
par Henry llymans. par Lionel Cusr. — A propos du 
livre récemment publié par II. llymans, M. L. Cust 
résume la vie d'Antonio Moro et signale les princi- 
pales œuvres de ce peintre conservées en Angleterre; 
entre autres, un portrait de Philippe 11, infant d'Es- 
pagne, et un portrait de Jeanne d'Autriche (celui-ci 
seulement attribué à Moro), conservés à Buckinghani 
Palace; le premier provient des collections du roi 
Louis-Philippe vendues en IS.'iS. Il cite encore un 
portrait d'homme et un de femme, à New-Bottle- 
Abbey (15511, des portraits de Thomas Greshaui 
appartenant à divers amateurs, un f^aint Sébastitn, 
à M. Lesser. etc (3 pt.). 

— . Notes sur des médailles italiennes. piiT^'i. F. Hill. 
— Ce dixième article est consacré partie à quelque* 



16 



LE BULLETIN DE L'ART 



médailles de Benvcnuto Cellini, partie à celles d'An- 
tonello délia Moneta, orfèvre et graveur vénitien du 
milieu du xv" siècle, et partie au «monument de Jean- 
Jacques Trivulce», médaille milanaise de la première 
partie du xvi* siècle (2 pi.). 

— La faiblesse et la force de Turner, par A. Clutton 
Brock. — Turner a combiné la curiosité et la passion 
pour la nature, qualités modernes, avec l'ancien mé- 
tier de peinture, et seul il montre le passage de l'art 
ancien au moderne sans rupture dans la transition; 
on a si mal compris cette signification de l'œuvre de 
Turner que les peintures sur lesquelles est basée sa 
renommée sont celles qui se font remarquer par un 
mélange confus de vieux romantisme et d'observation 
nouvelle, et que quelques-uns de ses chefs-d'œuvre 
ont été tout récemment retirés d'une cave. 

— Nouvelles peintures par Francisco Napolilano, 
par Seymour de Ricci. — L'auteur examine d'abord 
les trois peintures connues de cet artiste (collection 
Bonomi-Cereda, à Milan, musée Brera et New- York 
historical Society). Il propose d'ajouter deux nou- 
velles œuvres à cette liste : une Vierge à l'Enfanl, 
appartenant à M. Salomon Reinach ; une autre, au 
musée de Zurich (celle-ci signée). — Une note de la 
rédaction porte que, depuis la composition de cet article, 
on a trouvé une sixième œuvre de F. iNapolitano, 
dans la collection G. Brauer, à Munich (cette peinture 
est reproduite comme les deux précédentes). 

— Vers un groupement des porcelaines chinoises, 
par Friedrich Pebzvnski — Dates et familles d'après 
les motifs d'ornementation (fig. et pi.). 

— Giovanni Caroto, par B. Bahon. — I" article. Peu 
de renseignements sur ce peintre de Vérone, né 
entre 1540 et 1566. Examen de ses œuvres authen- 
tiques : l'auteur en compte sept (2 pi.). 

— Une ancienne gravure sur bois hollandaise de 
saint Christophe, par Campbell Dodoson. — Récente 
acquisition du Musée britannique ; description et 
comparaison ; sigle de Jost de Negker, fameux graveur 
sur bois originaire d'Anvers, sur les exemplaires de 
ce Saint Christophe que possède le Cabinet des 
estampes de Paris et l'Albertina de Vienne ; l'œuvre 
de ce maître (pi.). 

— Une chasuble du moyen dge à Barnslaple, par 
Mary Phillips Perky. — Cette pièce curieuse, récem- 
ment découverte dans le Devonshire, a été restaurée 
et offerte à la paroisse de S' Peter, à Barnstaple, d'où 
l'on a de bonnes raisons de croire qu'elle provenait. 
Description et reproduction de cette broderie qui date 
du début du xvi- siècle (pi.). 

— Lettres aux éditeurs : sur U7ie « Minerve » de 
bronze attribuée à Benvenuto Cellini, par Ch. Lobseb 
(pi.); — sur des peintures de la collection Robert Hoe, 
qui va être prochainement vendue en Amérique, par 
\V. R. Valentiner ; — sur les fresques de Tiepolo au 
palais Labia, à Venise, par Alethea Wiel. 

(Novembre). — Éditorial : sur les expositions inter- 
nationales et les prêts d'œuvres d'art (à propos des 



pertes causées aux collectionneurs anglais par l'in- 
cendie de l'exposition de Bruxelles). 

— Daphnéphore {le Porte-laurier), par Eugénie 
Sthong. — La Jeu7ie fille d'Anzio, du musée des 
Thermes, naguère étudiée dans la Bévue par 
M. Max. Collignon, ne serait pas une statue féminine, 
mais représenterait un jeune homme. Examen anato- 
mique de la statue; étude de la draperie; rapproche- 
ments; signification de cette statue, qui est celle d'un 
daphnéphore ou porte-laurier des fêtes d'Apollon 
Ismenios à Thèbes (pi.)- 

— Peintures chinoises au Musée Britannique, par 
Laurence Binyon (2* article). — Période de Yuan (fini; 
période des Ming. Des nombreux éléments qui nous 
manquent encore pour entreprendre une étude réel- 
lement scientifique et complète de l'art chinois (pi.). 

— Vincent van Gogh, par R. MEVER-RitFSTAiii.. — 
Le groupe d'impressionnistes synthétistes Cézanne- 
Seurat-Gaugnin-Van Gogh et son influence; Van Gogh 
est la nature la plus profonde du groupe, avec 
Cézanne. Carrière du peintre depuis sa naissance en 
Hollande (1833) jusqu'à son séjour en Provence (1889). 
Sa mort en 1890. Considérations techniques et diffé- 
rentes manières du peintre (pi.). 

— Tapis hispano-moresques, par H. G. Thomson. — 
Rareté de ce genre de tapis et, parmi ceux qui existent, 
rareté de ceux qui remontent plus haut que la fin du 
XV* siècle, spécimens décrits et étudiés : musée Em- 
pereur-Frédéric, à Berlin, collection L. Harris, musée 
de South-Kensington, collection Lenygon, etc. ; carac- 
téristiques de l'ornementation (fig. et pi. en noir et en 
coul.). 

— L'argenterie de She/field: la période des marques 
enregistrées, par H. Newton Veitch. — Cette période 
va de 1180 à 1800 : marques de Thomas Law and C", 
Morton and C', Daniel, Iloly, Parker and C*. S. C. 
Younge and C"; Silk. Reproduction de ces marques et 
d'objets de la même période (fig. et pi.). 

— Notes sur diverses œuvres d'art : la « Femme à la 
/lèche », par Bembrandt, par C. J. Hol.mbs : le modèle 
n'est certainement pas une Hollandaise, mais une 
Française ou une Anglaise; — les Janssens signés et 
datés de la National Gallery, par C. U.C. B. : à propos 
d'un article précédemment paru (février 1910) l'auteur 
rappelle que les deux portraits de Janssens, représen- 
tant Agloniu! Voon et Cornelia Remoens. sont signés 
C. J. fecit et datés /6-ii. 

— Lettresaux éditeurs : à propos d'un article précé- 
demment paru et intitulé : Ood bye to Monvaerni 
(mai-juillet 1910), par II. P. Mitciiell; — à propos du 
legs Turner et de l'authenticité contestée des dessins 
de la National Gallery, par W. Whitb. 



Le Gérant : H. Ucnis. 



I . Patit. — Imp. (leorgM Petit, It, rue Uo<loi-<la-ll*<in>i. 



Numéro 488. 



Samedi 21 Janvier 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



La Circulaire ministérielle 

sur la protection des paysages 



La circulaire adressée aux préfets par M. Mau- 
rice Faure, ministre de l'Instruction publique et 
des Beaux-Arts, pour préciser le rôle que doit 
assumer dans chaque département la commission 
chargée de veiller à la conservation des sites 
et monuments naturels, mérite au moins une 
rapide analyse. 

Elle débute en abordant franchement la ques- 
tion de l'abus de la publicité et en rappelant aux 
préfets les articles formels de la loi du 20 avril 
1910, laquelle non seulement inti'rdit l'affichage 
sur les édifices et dans les sites classés, mais au- 
torise à établir un péiimètre de protection. Entre 
parenthèses, je serais curieux de savoir combien 
de fois cette loi a été appliquée depuis huit mois 
qu'elle est votée... 

La circulaire propose ensuite d'étendre les 
pouvoirs des commissions départementales des 
sites : elles ne devront pas se borner à trans- 
mettre les propositions de classement qu'il leur 
paraîtra nécessaire de formuler, et donneront 
leur avis officieux toutes les fois qu'un site sera 
menacé par des travaux, tels que l'ouverture 
d'une route, l'exploitation d'une carrière, le 
déboisement, la dérivation d'un torrent, la 
modification du cours d'une rivière, etc. C'est 
sans doute beaucoup demander aux commissions 
pour le moment, et il semble (|ue l'objet précis 
en vue duquel elles ont été créées doive leur 
réserver une t;\che déjà suffisamment étendue, 
surtout si l'on veut bien les prendre au sérieux 
et tenir la main à ce que leurs décisions soient 
respectées. 

A propos de ces avis consultatifs, le ministre 
rappelle que la loi du 21 avril 1906 a fait une 
place dans les commissions départementales 
aux ingénieurs en chef des ponts et chaussées, 
et il se llatte que cette présence apportera « toutes 



les garanties nécessaires à une entente salutaire 
et efficace qui permettra d'éviter de regrettables 
transformations ». C'est d'un bon optimisme, 
d'un optimisme ministériel, si je puis dire, et 
malheureusement contredit par l'expérience. 
Ainsi, quand il s'est agi de détruire le vieux 
pont de Cahors pour le remplacer par une pas- 
serelle en ferraille, nul n'a montré autant 
d'acharnement contre le vénérable monument 
du moyen âge que l'ingénieur des ponts et 
chaussées du département, membre de la com- 
mission des sites et chargé de la construction 
de la passerelle. 

La circulaire traite enfin d'une question capi- 
tale pour l'existence et l'autorité des com- 
missions départementales, qui est celle de la 
périodicité de leurs réunions. Il est à peine 
besoin d'insister sur les avantagées que pourrait 
offrir la convocation de ces assemblées à dates 
fixes et à intervalles réguliers, tant pour la bonne 
conduite du travail que pour la surveillance 
générale des paysages de la région ; et, sur ce 
point comme sur tous les autres, il est heureux 
que le ministre ait enfin nettement formulé des 
prescriptions. Les préfetsne pourront plusarguer 
désormais de l'absence de texte précis pour dis- 
simuler leur apathie, et même, dans bien des 
cas, leur mauvais vouloir. 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 14 jan- 
Tier) — - M.M. Marqueste. Allar et Injalberl sont 
désignés par l'Académie pour examiner les iimqiiottes 
présentées par MM. Landowski et Lambcrton et 
destinées à orner le monument à élever à Lille en 
l'honneur de Jacquard, l'inventeur des métiers à 
tisser qui porteot son nom. 

— La séance a été terminée par la lecture faite par 
M. J.-L. Pascal du rapport sur les envois de Home 
en 1910. 



18 



LE BULLETIN DE L'ART 



— L'Académie des beaux-arts, chargée de décerner 
en 1913 le prix Bordin, dont l'attribution revient à tour 
de rôle à chacune des sections de l'Institut, a décidé 
de le donner à l'ouvrage le mieux documenté sur 
« l'histoire des bâtiments du Louvre et des Tuileries 
depuis leur origine jusqu'à nos jours ». Les concur- 
rents devront rechercher et mettre en relief les tra- 
vaux des nombreux artistes, architectes, etc.. qui se 
sont occupés de ces constructions, et notamment 
traiter avec tous les détails possibles la question des 
soubassements qu'on vient de découvrir, grâce à la 
tranchée récemment pratiquée rue de Rivoli. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 13 janvier). — Après diverses communi- 
cations relatives à l'épigraphie, M. Marcel Le Tour- 
neau, architecte, expose les ré.sultats de la mission 
qui lui a été confiée pour étudier les monuments 
byzantins de Salonique. 

Il rappelle une précédente communication, dans 
laquelle il exposa comment il avait relevé et remis au 
jourles mosa'iquesqui décorent l'église Sainte-Sophie. 

Au cours des années 1909 et 1910, .VI. Le Tourneau 
a, d'une part, étudié et relevé de précieuses mosaïques 
récemment découvertes à Saint-Déniétrios; il a com- 
plété la série de ces relevés en dégageant d'autres 
mosaïques décoratives qui ornaient le dessous des 
arcs des bas-côtés. 

Il a, d'autre part, dressé le programme des travaux 
que le gouvernement ottoman a entrepris pour la 
restauration de la belle basilique d'Eski-Djouna et 
qui rendront prochainement un aspect intéressant à 
ce bel édifice. 

M. Le Tourneau a prolité de ces circonstances pour 
rechercher les restes des mosaïques qui décoraient 
jadis la basilique. Si les sondages pratiqués n'ont 
rien fait découvrir, en revanche ils ont permis de re- 
mettre au jour une belle suite de trente-si.N mosaïques 
décoratives qui ornaient les arcades de la grande nef 
et des narthex. Ce sont des ouvrages du v siècle, 
d'une variété, d'une richesse et d'une couleur admi- 
rables. 

M. Le Tourneau montre, en faisant sa commu- 
nication, une série de projections dont plusieurs 
reproduisent de superbes aquarelles représentant les 
morceaux les plus importants de l'architecture et de 
la décoration des édifices étudiés par lui. 

— M. Dii'bl examine quelques-uns des problèmes 
qui se posent au sujet de ces mosaïques, aussi bien 
au point de vue de l'interprétation de leurs sujets 
que de l'époque où elles furent exécutées. Il s'efforce 
d'en préciser le classement chronologique. La suite 
de curieux tableaux votifs (|ui décorent le bas-côté 
est du VI' siècle et antérieure à l'incendie qui ravagea 
l'église au courant du vu*. Quelques remaniements 
seulement apparticunent à la restauration qui suivit 
cet incendie. L'ensemble constitue une des œuvres 
maîtresses de l'art byzantin du vi* siècle. 



Musée du Louvre. — Le Louvre exposera pro- 
chainement dans ses salles de sculpture un petit 
marbre de Pijçalle, pendant du célèbre Enfant à la 
cage, qu'il vient d'acquérir 

Musée Guimet. — Le musée Guimet a fermé ses 
portes cette semaine. Une partie des collections va 
être envoyée à Lyon, où M. Guimet organise un 
musée d'art oriental ; elle sera remplacée, à Paris, 
par de nouvelles séries d'objets. 

Musée Galliera. — La Ville de Paris possède 
cinq admirables tapisseries, retrouvées il y a quelques 
' années à l'église Saint-Gervais et représentant le 
martyre de saint Gervais et de saint Protais. Ces 
précieuses tentures, qu'on a pu voir au musée Gal- 
liera, exécutées vers le milieu du xvii" siècle dans 
les ateliers du I-ouvre, d'après les cartons de Sébas- 
tien lîourdon, Lesueur et Philippe de Champaigne, 
sont privées de leurs bordures. Le comte Moïse de 
Camondo, qui possédait ces bordures, les a oll'ertes 
à la Ville et la Manufacture des Gobelins a été 
chargée de rétablir ,les tapisseries dans leur état 
primitif. 

Commission du 'Vieux Paris. — M. Adrien 
Mithouard, conseiller municipal, a été nommé vice- 
président de la commission du Vieux Paris, en rem- 
placement de M. Ouentin-Bauchart, décédé. 

Société de l'histoire de l'art français séance 
du 6 janvier 19lf. — .\I. A. Roux, à l'aide de textes 
et de dessins anciens, montre que le tombeau de 
Diane de Poitiers, aujourd'hui à Versailles, est en 
partie défiguré par des additions modernes. Il pro- 
pose une restitution de l'état primitif, qui n'offrirait 
pas de difficultés. 

MM. Vitry, Marquet de Vasselot et Brière apportent 
quelques renseignements à l'appui de celte thèse. 

— M. G Brière. à propos du nouveau catalogue du 
musée de sculpture comparée, rappelle les diverses 
tentatives faites en France pour réunir des moulages 
de sculptures du moyen âge et des temps modernes : 
au Musée des monuments français, à la galerie d'Aa- 
goulèmc, à Versailles et enfin au Trocadéro. Il examine 
les programmes successifs de ce dernier musée et 
expose comment il devrait se développer s'il disposait 
de la place et des crédits nécessaires. 

MM. Rœchlin, André Michel et Vitry présentent 
quelques observations. 

Les Amis de 'Vincennes. — M. le capitaine 
de Fossa, l'historien du château de Vincennes, a fondé 
la Société des amis de Vincennes. Rappelant que la 
protection du château, déjà réclamée en 1843 par Mon- 
talembert, a fait l'objet de plusieurs vœux du Conseil 
général de la Seine et du Conseil municipal de Vin- 
cennes et que la question a été portée à la Chambre, 
le 10 février 1910, par M. Charles Deluncle, il veut 



ANCIEN ET MODERNE 



19 



faire appel à l'opinion. En conséquence, la nouvelle 
société se propose de faire aboutir le proftrauinie 
suivant : séparer le donjon, monument absolument 
intact de l'époque de Charles V, de l'enceinte du vieux 
fort, et constituer dans le vieux fort une enclave 
historique en annexant la chapelle au donjon. 

M. Albert Mousset, archiviste-paléographe, secré- 
taire frénéral du bureau provisoire, 3, rue Eugénie, a 
Saint-Mandé, reçoit les adhésions. 

Société de l'art à l'école. — La Société de lart à 
l'école vient de procéder au renouvellement de son 
bureau. 

Ont été élus : président : M. Ch. Couyba, sénateur 
membre du Conseil supérieur des beaux-arts; vice- 
présidents : MM. Ferdinand Buisson, député, Gasquet^ 
directeur de l'enseignement primaire, Franlz-Juur- 
dain, président du Syndicat de la presse artistique, 
Edmond Pottier, conservateur au musée du Louvre 
membre de l'Institut, et J. Van Brock, vice-président 
de la Ligue de l'enseignement; secrétaire-général: 
M. Léon Riotor (quai de Béthune, 26, Paris, 1V°); 
trésorier, M. Victor Dupré, directeur de l'iuiprimerie 
nationale; secrétaires : MM. Jean Bédorez, J. Chanase 
et Maurice Testard ; archiviste, M. le docteur Galtier- 
Boissiére. 

Une délégation ollicielle, accréditée par le gouver- 
nement français et à laquelle pourront se joindre tous 
les membres ou auiis de la société, se rendra l'été 
prochain en Italie et visitera les écoles de Turin, 
Florence, Rome, Pise et Gênes pendant huit jours. 

Exposition J.-D. Ingres. — Du 23 avril au 15 mai 
prochain, s'ouvrira dans les galeries Georges Petit, 
une importante exposition d'œuvres d'ingies dont les 
bénéfices seront consacrés à la réorganisation du 
musée qui porte le nom du maitre, à Montauban. 

Il s'agit de présenter au public d'une façon conve- 
nable quatre mille dessins d'Ingres qui, depuis 1867, 
reposent dans les cartons où celui-ci les a lui-même 
placés. Tout l'atelier du maitre est là et une semblable 
exhibition, faite dans les conditions d'espace désira- 
bles, ne demanderait pas moins de quinze salles et en- 
traînerait a de grosses dépenses auxquelles subviendra 
l'exposition projetée. Celle-ci promet d'être du plus vif 
intérêt, tant pour la valeur que pour le nombre des 
œuvres promises aux organisateurs : on compte dès 
maintenant sur cinquante tableaux et portraits peints, 
et environ sept cents dessins, dont deux cents portraits. 

Faite sous les auspices du ministre de l'Instruction 
publique et des Beaux-Arts, l'exposition Ingres a 
pour président de son comité M. Léon Bonnat; pour 
vice-présidents, trois compatriotes d'Ingres : MM. 
Adrien Hébrard, directeur du Temps, Henry Roujon, 
secrétaire perpétuel de l'Académie des beaux-arts, et 
Albert Sarraut. L'initiateur de l'exposition en est 
aussi le secrétaire général : M. Henri Lapauze, con- 
servateur du Petit-Palais, l'historien d'Ingres. Le 
trésorier du comité est M. George» Petit, et les trois 



secrétaires sont MM. Ad. Fauchier-Magnan, Camille 
Gronkowski et Robert Ilénard. 

l'n comité de dames patronuesses a été également 
constitué sous la présidence de M"' la duchesse de 
Itohan. 

Diverses questions accessoires sont en ce moment 
à l'étude : c'est ainsi qu'on projette d'organiser, devant 
les tableaux d'Ingres, deux séances umsicalesau cours 
desquelles seront exécutées les œuvres particulière- 
ment affectionnées par celui-ci et les morceaux qu'il 
jouait de préférence. Pendant ces deux auditions, 
l'âme du violon d'Ingres, qui ligurera à l'exposition 
au milieu d'autres souvenirs du maître, ressuscitera 
sous l'archet de Kubelick. 

Le legs Queutin-Baucbart. — Par son testament, 
M. Quentin-Hauchart, le regretté conseiller municipal 
de Paris, a légué : au musée Carnavalet, une collec- 
tion de gravures, estampes, etc., sur le quartier des 
Champs-Elysées et une collection de caricatures sur 
la guerre de 1870 et la Commune; au musée Cai- 
llera, en souvenir des expositions d'art industriel 
qu'il a fondées, son buste par Victor Cornu, bronze à 
cire perdue d'Ilébrard, pour être placé dans une salle 
de ce musée ; au musée des Arts décoratifs, sa collec- 
tion de bronzes romantiques et autres objets dits « à 
la cathédrale ». 

A Amsterdam. — La France n'a pas le monopole 
du plus stupide vandalisme, de celui qui consiste à 
lacérer un tableau, dans un musée, pour attirer sur 
soi l'attention. Un Hollandais vient de s'en prendre 
à la timide de nuit, de ce qu'on ne l'avait pas rengagé 
comme cuisinier à bord du navire de guerre où il 
servait : par vengeance contre l'État, il a donné 
quelques coups de couteau au capitaine Banning 
Cocq. Étrange manière de se faire rendre justice ! 

Heureusement, la détérioration du tableau était 
toute superficielle et le dommage a pu être réparé 
sans qu'il en reste aucune trace. 

A Bruxelles. — MM. le baron II. Kervyn de 
Lettenhove et Ch.-L. Cardon organisent, pour le 
printemps prochain, une exposition rétrospective de 
la miniature, du xvii' au xix* siècle, qui se fera dans 
les salons du Cercle Noble, à Bruxelles, en même 
temps qu'une exposition de meubles, petites tapis- 
series, pastels, dessins et objets précieux de la même 
époque. 

Le comité d'organisation est présidé par la comtesse 
Jean de Mérode. 

En Italie. — On vient de découvrir des tombes 
gauloises préroiiiaines à Beinette, dans la provinee 
de Cuneo, en Piémont. 

A Rome. — La Commission chargée d'étudier la 
question du tombeau de Raphaël a proposé : 1* de 
rétablir la chapelle de Raphaël selon ses volontés ; 
2* de laisser où elle se trouve son inscription funé- 



zo 



LE BULLETIN DE L'ART 



raire ea plaçant symétriquement l'inscription de sa 
fiancée Maria Bibbiena; 3° de ne pas toucher à l'in- 
scription du Carrache; 4° de laisser la couronne des 
'< Virtuosi » au Panthéon dans la chapelle voisine, 
près de l'inscription rappelant la découverte des osse- 
ments de Raphaël — L. G. 

Nécrologie. — M. Jules Maciet, vice-président de 
l'Union centrale des arts décoratifs, président de la 
Société des amis du Louvre, un des collectionneurs 
parisiens les plus réputés et en même temps un des 
bienfaiteurs les plus généreux de nos musées, est 



mort dimanche à Paris. On a dit très justement de 
lui qu'il n'achetait que pour le plaisir de donner : les 
musées du Louvre, de Carnavalet et de CUiny le 
savent bien et lui doivent beaucoup ; mais il aimait 
tout particulièrement le Musée des arts décoratifs, 
pour avoir pris une part personnelle à son organisa- 
tion, et non seuleu)ent il ne cessait point de l'en- 
richir, mais on peut dire que c'est à lui que revient 
l'honneur d'avoir fondé la riche bibliothèque du 
pavillon de Marsan. La mort si soudaine de ce véri- 
table et sincère ami de nos musées est une perte 
irréparable. 



■ » r < ^ooe»« 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Vente d'une terre cuite- — Un 

buste de femme, en terre cuite du xviiie siècle, 
attribué à Pajou, — numéro unique d'une vente 
faite, salle 4, le 17 janvier, par M= Pecquet, — a 
été adjugé 3.000 francs. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Dessins 
anciens (3= vente de M. L. Joly). — M" André 
Desvouges et M. L. Delteil disperseront le 26 jan- 
vier, à l'Hôtel, salle ■;, une réunion de dessins 
anciens, qui forme la troisième partie de la 
collection L. Joly. 

Parmi les cent quatre-vingt-deux numéros 
portés au catalogue, on peut citer un Portraii 
d'homme à la sanguine et au crayon brun, attri- 
bué à Joseph Ducreux; un important dessin à la 
plume, lavé d'aquarelle, représentant une vue 
panoramique de la Place Louis XV (ou de la 
Concorde), de l'école française du xvni" siècle; 
un Siitgc contemplant une femme nue, dessin à 
l'encre de Chine sur vélin, école hollandaise du 
XVI" siècle; un Ménage de paysans, de Ph.-L. 
Parizeau, dessin plume et sépia, signé et daté 
l"74; le Retour d'Egypte, plume et sépia, par 
Tiepolo. 

Vente Civialle. — Les 27 et 28 janvier, 
M"Coulm et Baudoin, assistés de MM. Mannlieim. 
dirigeront la vente des objets d'art comprenant 
le stock de M. Civialle, antiquaire parisien. Cette 



réunion de marchandises comprend en parti- 
culier, une réunion de meubles et d'objets d'art 
de l'époque du Premier Empire, parmi lesquels 
on remarquera un surtout de table par Thomire 
et un secrétaire monumental. 

Ventes diverses. — La saison tarde à re- 
prendre et, dans les ventes des jours prochains, 
à Paris, nous ne trouvons guère à signaler que 
la seconde vente Vallesse de La Bigne, qui aura 
lieu du 26 au 28 janvier, salle 2, par le minis- 
tère de M" l.air-Dubreuil et de M. Jules Bataille. 

Des vacations importantes que l'on promet 
pour le printemps prochain, rien n'a encore 
transpiré. On sait seulement que plusieurs belles 
collections, d'objets d'art principalement, seront 
dispersées à la galerie (ieorges Petit; plus lard, 
vers mai ou juin, se placera la seconde vente 
Kann, comprenant des tableaux anciens, qui 
sera sans doute l'événement de la saison. 

En province. — En province, où la mar- 
chandise de second ordre se vend parfois à des 
prix insoupçonnés à Paris, — témoin la récente 
vente de Bellegarde,à Rouen, — nous ne trouvons 
à signaler, sur la foi des annonces, qu'une vente 
qui paraît dépasser le niveau ordinaire, celle du 
mobilier et des objets d'art garnissant le chiUeau 
du Plessis-Bouré, près d'Angers, où elle aura 
lieu du 5 au 7 et les t2 et 13 février, par les 
soins de M. H. Cherière jeune, notaire à Angers. 

A l'étranger. — Même calme à l'étranger, 
où la seule grande vente en perspective reste 



ANCIEN ET MODERNE 



21 



celle de la collection Robert Hoe, tableaux et 
objets d'art, dont nous avons déjà dit un mot, 
et qui aura lieu à New-York, du i'' au H février 
(Tbomas Kirby, American Art Association). 

M. N. 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Cercle Volney — En regard do l'estampe 
japonaise, qui n'a jamais ambitionné d'autres 
modèles que les acteurs farouches ou les naïves 
promeneuses de son entourage, il nous plaisait 
hier de montrer notre art occidental partagé, 
depuis la Renaissance, entre l'appel immédiat de 
la modernité qui passe et la persistante obses- 
sion d'un beau rêve antique : aujourd'hui, cepen- 
dant, le déclin de notre longue éducation latine 
éparpille à vue d'oeil les souvenirs de l'Olympe 
et des dieux anciens; et, de plus en plus, c'est. 
« l'école familière », comme dirait l'Extrême- 
Orient, qui prévaut. 

A ce point de vue, le premier Salon de l'hiver 
parisien n'est-il pas typique en sa discrétion ? 
Seule, une Femme au bord de la mer, par M. Gui- 
nier, semble y mettre un pàlerefletdes traditions 
classiques; et si M. Gorguet profile, à Tibur, le 
petit Temple de Vesta, son paysage, qu.i n'a rien 
d'/u',s(ongu<;, oublie les contemporains d'Horace et 
peint seulement la ruine blonde entre la lueur 
d'un toit rouge et la sombre verdure des cyprès. 
Loin de l'antiquité païenne, M. Luc-Olivier Mer- 
son paraît seul lidèle à notre légende nationale; 
et sa petite esquisse du Mariage de Louis XII avec 
Annede Bretagne a l'air d'une miniature arrachée 
d'un missel. Pour persévérer dans le style, la 
finesse pensive de M. Henri Hoyer ne quitte pas 
la Bretagne, où l'héroïne de ses rêves habituels 
est simplement une jeune pêcheuse de goémons; 
et môme nos prix de Rome sont devenus, comme 
on disait à Pompéi, des « ryparographes » : 
M. Déchenaud peint la Partie de cartes jouée par 
les paysans ; M Auguste Leroux, une jeune villa- 
geoise ensoleillée dans le chemin creux; M. De- 
vambez, les Bossus dans un clair-obscur espagnol ; 
et son Étude de nuages n'est qu'un repos de son 
humour. A défaut de grands songeurs, émus par 
le regret du passé, nous possédons encore des 
peintres, qui ne dédaignent pas les voluptés de 
la palette et le plaisir des yeux : témoin M. Ray- 
mond Woog, un coloriste qui pense à l'infante 
de Velazquez pour conduire au Bal costumé 



l'ingénuité d'une fillette ; et sa belle passion pour 
les bleus veloutés des poteries persanes est par- 
tagée par M. Maurice Bompard. A(in d'éclairer 
dans un même jour vigoureux le Magasin des 
accessoires d'un vieux théâtre de province , 
M. Laulh se souvient du mur blanc de Decamps 
qui préoccupait Danmier. 

Avec M. Paul Chabas, qui note un frais sourire 
d'enfance en virtuose mondain, nous voici déjà 
dans le portrait, qui domine toujours ici : l'élé- 
gance féminine, à laquelle revient M. Bonnat, est 
diversement sentie par MM. W. Laparra, René 
Carrère et Guillonnet; et le maître Henner avait 
raison de supposer que l'avenir ne se mépren- 
drait pas aux contrefaçons de M. Zwiller... Le 
sexe fort, ou qui se croit tel, a réclamé l'analyse 
plus aiguë de M. Gabriel Ferrier, portraitiste de 
Af» Barboux, sans oublier MM. Cormon, Marcel 
Baschet, Louis-Edouard Fournier. Près d'un inté- 
rieur de MM. Emile Renard ou Paul Thomas, le 
portrait de la nature a gardé quelque parfum de 
soir romantique chez MM. Jean Rémoiid. Bru- 
gairolles,Nozal. Iwill etCachoud; loin de la Corse 
illuminée par M. Guignard, MM. Tattegrain, 
Chigot, Dambeza, Gosseiin, Moisset, décrivent la 
mélancolique physionomie des vieilles pierres ; 
et si les ligurines de MM. Levasseur et Loysel 
revêtent encore la forme de la muse, c'est le 
portrait qui règne à la sculpture avec les bustes 
choisis de MM. Denys Puech, Landowski, Paulin, 
Sicard et Gréber, ranimant les traits accentués 
du Maître Frèmiet. 

« Quelques» (galerie des Artistes modernes). 
— « Le mérite n'a pas de sexe » ; et c'est appa- 
remment pour illustrer celte opinion d'un intel- 
lectuel que ce pluriel assez barbare désigne un 
groupe féminin, dont la V= exposition, très variée, 
résume toutes nos tendances, depuis la sagesse 
française, incarnée par M"» Marie Cazin, jusqu'à 
l'outrance polonaise, importée par M™" Mêla 
Mutermilch. Parmi ces vingt-cinq exposantes, la 
couleur se fait énergique avec M"": Galtier-Bois- 
sière, portraitiste d'une Jeune fille dans un inté- 
rieur, délicate avec M"" Jeanne Duranton, mys- 
térieuse avec M'»" Desbordes-Jouas, affectueuse 
avec miss Béatrice How, diversement voyageuse 
avec M""" Séailles, Bristol-Stone, Ethel Carrick 
et Marguerite Klee, pour devenir physionomiste 
avec M"" Olga de Boznanska, styliste avec 
Mlle Florence Esté. M°" Suzanne Pichon préfère 
la tristesse classique du Lac d'Albano, que sur- 
monte la cime ardoisée du Monte Cavo. Le bronze 



22 



LE BULLETIN DE L'ART 



se fait robuste avec M"" Jane Poupelet, nerveux 
avec M">'= Bernières-deuraux, une nouvelle venue, 
qui met un peu d'inédit dans un ensemble 

intéressant. 

Raymond Bouyeh. 

Les Rétrospectives françaises 

à l'Exposition de Turin 



En même temps que l'Exposition universelle 
de Rome, l'année 1911 verra une exposition 
internationale à Turin, où la ville de Pans, d'une 
part, et le Gouvernement français, de l'autre, 
organiseront deux intéressantes rétrospectives. 

La Ville de Paris aura un pavillon spécial, 
dont l'architecture est inspirée de celles des ailes 
du palais de Versailles. L'intérieur sera divisé en 
une suite de salons ornés de boiseries Louis XV 
provenant de divers hôtels parisiens récemment 
démolis rue de Grenelle et rue de Fleurus. 
Ces boiseries appartiennent au musée Carna- 
valet, auquel elles reviendrontaprès l'exposition; 
elles sont d'une richesse décorative et d'une 
(loesse d'exécution incomparables. Elles feront 
un cadre magnifique à une rétrospective du 
Vieux Paris, analogue à celle de l'Exposition 
universelle de 1900. sur le Cours-la-Reine, qui 
sera constituée partie grdce à des oeuvres d'art 
prêtées par des amateurs, partie avec des em- 
prunts faits aux réserves de Carnavalet. 

Beaucoup plus importante, la rétrospective de 
l'État commémorera, d'une certaine manière, 
l'unité ilalienne, en retraçant trois chapitres 
des relations de l'Italie et de la France. 

Une première section comprendra les ta- 
bleaux et objets divers intéressant les rapports 
de la Maison de France et de la Maù^on de Savoie : 
alliances, traités politiques, mariages princiers 
entre les deux maisons, ambassadeurs des deux 
puissances; campagnes de 179i>~et de 1800; 
Napoléon en Italie; campagne de 1859, etc. 

Une seconde section rappellera le souvenir des 
Italiens illustres en France : portraits d'hommes 
politiques, de littérateurs, d'artistes, ayant sé- 
journé en France; œuvres d'art exécutées par 
les artistes italiens en France (originaux ou 
reproductions). 

Enfin la troisième section retracera l'histoire 
de la Comédie itulienne et de l'Opéra italien en 
France : portraits et souvenirs de compositeurs 



et d'artistes italiens du xvi" au .\ix'= siècle. 

Les trois sections composant la rétrospective 
française occuperont la partie centrale du palais 
de la France et seront aménagés dans une dou- 
zaine de salles autour du salon d'honneur, sous 
la haute direction de M. Stéphane D'Tvillé, com- 
missaire général, par MM. Georges Cain et Jean 
Robiquet, conservateur et conservateur-adjoint 
du musée Carnavalet. (Juatre comités, présidés 
par MM. Gabriel Hanotaux, Théodore Reinach 
et d'Estournelles de Constant (I), sont chargés 
de réunir les objets d'art et les documents. 
Le secrétaire du comité est M. le comte Allard 
DuChollet, H 4 6t.s, boulevard Maleslierbes. 

Le Garde-Meuble national, le musée Carna- 
valet, le musée de Versailles, le muséede l'Armée, 
les collections du ministère de la Guerre, seront 
seront mis à contribution, et nombre de collec- 
tionneurs français ont également promis leurs 
concours Un mouvement analogue se dessine 
parmi les amateurs italiens, et les organisa- 
teurs peuvent déjà compter sur de précieuses 
contributions de l'autre côté des Alpes. 

LES REVUES 



Belgique 

L'Art flamand et hoUandaig (novembre). — 
Rembranilliana, par J. Vbtii : iX. La Gravure dite 
de l'ijr/malion. — La gravure dite de Pygmalion, 
qui représenic un dessinateur (lequel n'est autre 
que Rembrandt), travaillant d'après une femme nue, 
dcl)out, serait l'estampe à laquelle fit allusion Titus 
van Hijn, lorsque le libraire 1). van Gaesberq lui 
demanda, le 22 décembre 1664, s'il connaissait un 
graveur au burin et que le lils de Kembrandt lui 
répondit, en citant connne une œuvre de son père, 
en ce genre de gravure qu'il employa rarement, 
« une curieuse petite femme avec un petit pot à 
bouillie». Aucune gravure de Kembrandt n'a prêté 
à tant d'hypothèses pour sa date que ce prétendu 
l'!/r/»ialion; l'identification de M. Veth, — si on 
l'admettait, — .nurail pour résultat de la dater avec 
précision et de la rejeter parmi les dernières œuvres 
gr»vée» du maître (Kg.). 

— F. HarlNihbrig, peintre originaire d'Amsterdam ; 
ses paysages du Limbuurg, de l'Allemagne et de 
l'Algérie, par J. Gosschalk (lig.). 

GRANnK-BHKTAUNI 

The Burlington Magazine (décembre). — Édi- 
torial à propos des monuments nationaux à la mé- 
moire d'Edouard VII. 

(1 ) Le quatrième comité était présidé par le regretté 
président des Amis du Louvre, M. Jules Mactet. 



ANCIEN ET MODERNE 



23 



— Une peinture de Vermeer de Del/t noiwellemenl 
découverte, par C. Hofstede de Gkoot. — Rappelant 
le petit nombre d'oeuvres laissées par Vermeer de 
Délit (1632-1675), l'auteur publie la liste de celles qui 
passèrent en vente, à Amsterdam, en lfi96; elles étaient 
au nombre de vingt et une. Il en donne en même 
temps les prix et les identilie à l'occasion. Le n» 1 du 
catalogue de 1696, une Femme pesant de l'or, suivie 
depuis cette vente jusqu'au .\ix-' siècle (vente Casiuiir- 
Périer, 1848, où elle fut rachetée par le fils du précé- 
dent possesseur), a été retrouvée, cette année, chez 
la comtesse de Ségur, sœur de feu le président Casimir- 
Périer (pi.). 

— Portrait d'un médecin, attribué à Raphaël, par 
fioger Fby. — Ce portrait est attribué à Raphaël par 
certains critiques et par son possesseur M. Toniuiaso 
Virzi; d'autres ont prononcé le nom de Sébastien dcl 
Piombo; lauteur propose d'y voir une œuvre de Lo- 
renzo Lotto (pi.), 

— L'A rt bouddhique dans le « Far Hast n et les docu- 
mentsprovenanlduTurkestan chinois, par R. Pernucci. 
— Changements apportés à l'art bouddhique durant 
son long voyage à travers l'Asie ; quand il atteignit la 
Corée et le Japon, il avait été profondément modifié 
au contact de la Chine (pi.). 

— Giovannino de' Grossi et les frères de Limhourf). 
par sir M. Co.nwav. — On savait déjà que les frères 
de Limbourg visitèrent Florence : une Présenta- 
tion de la Vierge peinte par T. Gaddi à Santa Croce, 
est reproduite dans une miniature de la ' urilication, 
des Très riches heures du duc de Berrij. Aujourd'hui, 
on trouve une trace de leur passage à Milan sur le 

livre de dessins de Giovannino de'Gra.':si, artiste em- 
ployéaux travaux delacathédraica lafindu xivsiècle: 
une page de ce livre (bibliothèque de Bergarae) repré- 
sente ïiu traitle sanglier et les chiens, scène principale 
d'une miniature bien connue des Très ricites heures : 
la Chasse au sanglier dans le bois de Vincennes (pi.). 

— Notes sur des peintures conservées dans les col- 
lections royales : A7.V. Tableaux attribués à Lucas de 
Leyde, par L. Cust. — Ces trois peintures, un Martyre 
de saint Sébastien, un Jugement de Titus Maniius 
Turijuatus ('.'). une Communion d'Ilerkeiibuld, ont été 
acquises par Charles I"; elles offrent une parlie seu- 
lement des caractéristiques de Lucas de Leyde. et on 
a proposé de les donner à sou frère Dirk Iluygensz(pl.). 

— Vincent van Gogh, par U. MEYEH-RiEKSrAiii.. — 
2' article : le « style de Van Gogh en relation avec la 
nature »; le « lyrisme de Van Gogh » (pL). 

— Portraits-crayons français à Knoicsley, par 
L. D1.MIK11. — Catalogue critique des portraits-crayons 
français conservés dans l'alhiiin de Knowsley, connu 
depuis la vente des collections Horace Walpole (1842). 
Trente portraits fran(;ais sont ainsi examinés et rap- 
prochés dœuvres analogues ; seize autres sont des 
dessins interpolés ; lacsimilés des inscriptions. Exa- 
men de la question : si l'album porte quelques inscrip- 
tions de l'écriture de Brantôme; l'auteur se prononce 



pour la négative et donne plusieurs raisons de son 
opinion facsimilés). 

— Vers un groupement des porcelaines chinoises, 
par Kr. Pehzvnski. 2* article (pL). 

— Giovanni Carolto, par B. BÀkox (2' article). — 
Couvres attribuées à l'artiste (suite) : peintures, du 
n° 8 au u" 13 et dernier; peintures non retrouvées ; 
dessins (pL). 

— Le Maître du Cabinet d'Amsterdam et deux 
nouvelles œuvres de sn main, par W. F. Stokck. — 
Ces deux nouvelles œuvres sont deux dessins conser- 
vés à la bibliothèque de l'Université d'Erlangen et 
représentant, l'une un jeune cavalier et une dame, et 
l'autre des dames se promenant. 

Italif. 

Bollettino d'arte del ministero délia Pubblica 
Istruzione (IV, '7). — l,es « Danseuses » de la Via 
l'renestina. par G. Cui.treba. — Sur sept plaques de 
marbre a surface convexe, récemment entrées au 
musée des Thermes, représentant chacune une dan- 
seuse eu moyeu-relief, qui furent trouvées en 1908, 
près de la Via Prenestiua. à quatre kilomètres de la 
Porta Maggiore. — Description des figures; rappro- 
chements avec des sujets analogues, soit isolés, soit 
ainsi réunis en cycle; elles dateraient du iv siècle et 
seraient originaires d'Asie-.Mineure (fig. et pi.). 

— Pour le (1 palazetlo » de Venise, par Corrado 
Ricci. — On sait que la nécessité d'agrandir la place 
de Venise et d'ouvrir une perspective au gigantesque 
monument de Victor Emmanuel a amené la des- 
truction du palazetlo de Venise et du palais Torlonia. 
L'auteur voulant essayer de sauver, au moins en partie, 
cette « fleur de la Renaissance», propose de garder 
seulement une des façades de la loggia intérieure 
du pu 1(1 :el ta el de la j-eporter sur la même ligne que 
le palais de Venise : on aurait ainsi une sorte de 
décor architectural, qui sauverait le souvenir de ce 
monument stupidement détruit fig. et plans). 

— Une fresque du Guide, par G. Cantai.ampssa. — 
Un Saint Charles en prières dans l'église de S. (Jarlo 
de' Catinari a Rome (fig.). 

— Un souvenir du concours pour les portes du 
buptistère de Florence dans une ancienne gravure, 
par P. Rhistf.i.leii — Cette gravure, de la seconde 
moitié du xv siècle (cabinet des estampes des Ollices), 
parait au premier abord se rattachera la fois aux bas- 
reliefs de Brunellesco et de Ghiberli (Musée national), 
représentant ie .Sacci'/îce d'/46)'a/iam, sujet du célèbre 
concours; elle offre aussi quelques détails originaux 
et serait une sorle d'esquisse faite par un concurrent 
inconnu, qui aurait eu vent du travail de ses illustres 
rivaux pour certaines parties de la composition, mais 
qui y a ajouté des idées personnelles (fig.). 

;IV, 8). — Peintures du musée civique de lleltuno, 
par G. FoooLAKi. — Elude et reproductions d'œuvres 
de Jacopo da Montagnana (fragments de fresques^ 



LE BULLETIN DE L'ART 



représentant des guerriers), de Bartholommeo Mon- 
tagna et de son école [Viergea à VEnfanl), de Tinerio 
Tinelli {Portrait de Charles I" d'Angleterre), de 
Seb. Ricci (buste de la Samaritaine, fragment de 
fresque), de P. Longhi {Portrait d'un jeune noble), de 
fra Vitt. Ghislandi (étude de tête). 

— Les peintures de Francesco de Mura acquises 
par la galerie du musée national de Naples, par 
Mario Mobeli.i. — Le plus illustre des élèves de 
Solimena, 1'. de Mura, né à Naples en 1744, légua en 
1780 (quatre ans avant sa mort) au monastère del 
Monte délia Misericordia, tout ce que contenait sa 
maison, et notamment ses peintures au nombre de 
160. Une grande partie lut vendue, mais le musée de 
Naples a pu entrer en possession de celles qui restaient 
à Monte délia Misericordia, et qui forment encore un 
magnifique ensemble de vingt-deux numéros (fig.). 

— Les accroissements du Musée national de Rome, 
par R. Pabibeni. — Avec des reproductions des princi- 
pales œuvres étudiées : deux têtes d'Artémis, une tête 
de jeune femme grecque, une autre appartenant à la 
période hellénistique, deux tètes de dames romaines, 
une tête de canéphore, un acrotère d'angle, un autel 
funèbre d'Atia Jucunda. 

— Fragment d' « oscillum » à sujet dionysiaque, 
par E. Gali.i. — Fragment de marbre blanc, sculpté 
sur ses deux faces, d'un côté d'une figure de femme 
et de l'autre d'un motif décoratif, récemment acquis 
par le Musée archéologique de Florence (fig.). 

(IV, 9). — D'une basilique chrétienne des premiers 
siècles remarquable et peu connue : la basilique 
S. Pietro in Sylvis, près de Dagnacavallo, par Ant Mes- 
SERi. — Histoire, description, sculptures, peintures, 
inscriptions (fig.). 

— Les bronzes du musée civique de Belluno, par 
Lionello Ventubi. — Cette collection, fort remar- 
quable, provient d'un legs fait, en 1872, par le Comte 
Carlo Miari, donc le père avait réuni ces statuettes, 
plaquettes et médailles, jusqu'à présent décrites insufli- 
samment. L'auteur les passe en revue, les décrit et les 
étudie. Du côté des statuettes : un Lucifer, un Faune 
(ait. à Riccio), deux Vénus (att. à Al. Vittoria, élève 
de Sansovino). Les plaquettes forment le groupe le 
plus important de ces bronzes : elles appartiennent 
les unes a l'école de Donatello, les autres à B. Melioli, 
d'autres à Moderno, à Caradosso, à Hiccio (un Sacri- 
fice antique, etc.), au maître de l'Histoire d'Orphée, 
etc., jusqu'à des artistes du xvni* siècle. Enfin la 
collection de médailles, inférieure en intérêt et eu 
rareté à la série des plaquettes, comprend cependant 
les noms de Matteo de' Pasti, Leone Leoni, Petrecini, 
etc. (33 fig.). 

(IV, 10). — Les restaurations récentes de l'abbaye 
de Cliiaravalle Milanese, par Ugo Nbbbia. — Abbaye 
située à cinq kilomètres au sud-ouest de .Milan, Chia- 
ravalle remonte au xii* siècle, d'après une inscription 
ancienne. Description de l'église; sculptures des stalles 
du chœur, œuvre de Garovaglio (1645) ; peintures 1 



( Vierge de Luini) ; cloîtres et clochers avant et après 
la restauration (fig. et plans). 

— Girolamo Marchesi, à propos de sa seconde 
œuvre à la Pinacothèque de Brera, par G. Fbizzosi. 
— Cette peinture représente Notre-Seigneur mort, 
soutenu par Joseph d'Arimathie et Nicodème, en 
présence des saintes femmes et de saint Jean; elle 
appartint jusqu'en 1811 à l'oratoire de S. Maria in 
Acumino, à Rimini. A son sujet, l'auteur rappelle la 
vie de G. Marchesi, né à Cottignola en 1481 ; il rapproche 
la déposition de Milan d'autres œuvres analogues, 
soit de Marchesi, soit d'autres peintres de son époque, 
et aussi d'autres peintures du même Marchesi ^fig.). 

— Deux volumes de dessins de Filippo Paladino, 
par Enrico Mauceri. — Ces deux volumes ont été 
donnés en 1872 au vieux musée civique de Syracuse ; 
ils sont aujourd'hui conservés au musée archéologique 
de cette ville. Us constituent une importante contri- 
bution à l'œuvre du peintre F. Paladino, né en 1514, 
près de Florence, qui travailla surtout dans les pro- 
vinces de Syracuse et de Caltanissetla, et mourut en 
1614. Ces deux volumes contiennent 128 feuillets, 
ornés au recto et au verso de dessins au crayon noir 
ou à la sanguine (fig. et pi.). 

Russie 
Staryé Gody (octobre) — P. Mocbatov. La 
Peinture italienne au musée Rouminntsov {à Moscou). 
II. — Attribution ou restitution de toiles indéterminées 
à Guidoccio Cozzarelli, Matteo Balducci, Fiorcnzo di 
Lorenzo, ou à leur école. Relevé d'une fausse signa- 
ture : '< Rartholomes vivarinus de Miiriano F. iiSi ». 

— A. Tboubmkov. Pierre le Grand et le • Juge- 
ment dernier » de Memling. — Notes et documents 
su^ le désir que manifesta Pierre le Grand, à son 
passage à Dantzig, en 1718, de se faire donner ce 
tableau par les Dantzigois. L'œuvre, qui a figuré au 
Louvre sous Napoléon 1", se trouve à l'église Sainte- 
Marie. 

— Remarques de C. Hofstedk de Gboot sur les 
tableaux hollandais de l'exposition des «Staryé Gody» 
en 1908. — Article traduit des Monatshefte fiir 
Kunslwissencliaft, et suivi de : Notes de la Rédaction 
et de : Encore quelques mots sur notre exposition, par 
le baron N. VVbaxoeli,. 

— Émii.k Dacieb. Les Portraits de ta Camargo par 
Lancrel. Étude de toutes les données graphiques ou 
littéraires qui concernent ces portraits ; comparaison 
du portrait de l'Ermitage avec celui de la collection 
Wallace — le plus proche de la gravure faite par 
L. Cars — et celui du musée de Nantes. Le portrait 
de Polsdam dilTcre des précédents, uotanimenl en 
ce que la Camargo y est accompagnée d'un danseur. 

— P. Weinkii. L'E.rposilioH d'art musulman à 
Munich. — D. Roche. 

Le Gérant : H Dtms. 

Paru. — imp. uaarx» Petit, It, rac Uo<lai-<l'-Maur«i. 



Numéro 489. 



Samedi 28 Janvier 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Le Pont des Vandales 



Un jour, il y a de cela douze ans, un sculpteur 
en mal de bluff émit la prétention de transformer 
la pointe aval de la Cité en un monument sym- 
bolique ligurantune proue de navire, agrémentée 
de diverses figures allégoriques. L'accueil du 
public ne répondit pas aux espérances de l'ar- 
tiste : on fut unanime à trouver qu'un tel monu- 
ment, non seulement n'ajouterait rien à la 
beauté d'un décor universellement célèbre, mais 
risquait même d'en altérer à jamais les lignes 
harmonieuses, l.e sculpteur n'insista pas : sym- 
boles et allégories s'en allèrent à vau-l'eau. 

Ce projet saugrenu avait eu du moins un heu- 
reux résultat : il avait attiré l'attention des 
Parisiens sur une des beautés de leur ville que, 
l'habitude aidant, ils regardent sans la voir; et 
quand, vers la même époque, le service de la 
voirie parla de lancer un pont entre le Pont-Neuf 
et le pont des Arts, ce fut un tel concert de pro- 
testations que l'administration réintégra pru- 
demment ses plans dans les cartons verts, en 
attendant une occasion meilleure. 

L'occasion ne s'étant pas rencontrée, on la 
fait naître aujourd'hui, et voici le joli tour de 
passe-passe que nos conseillers municipaux ont 
imaginé pour berner les Parisiens d'abord, et 
avec eux tous ceux qui aiment Paris et ont le culte 
de sa beauté. 

Dans la première série de travaux dits « d'em- 
bellissement » qui vont commencer cette année, 
série pour laquelle on prévoit une dépense de 
cent cinq millions, un crédit de cinq millions et 
demi est affecté au prolongement de la rue de 
Rennes jusqu'au quai Conti, où elle débouchera 
entre l'Institut et la Monnaie. 

On voit déjà passer le bout de l'oreille : une 
fois cette rue percée, on fera valoir les exigences 
de la circulation et la nécessité de raccorder 
directement la voie nouvelle avec la rue du 
Louvre, qui lui fera face sur l'autre rive; et on 



sortira des cartons les plans du fameux pont, 
véritable n pont des Vandales », dont une pile 
doit s'appuyer à la pointe même de la Cité. Tout 
se passera ainsi, et on en est tellement sûr que 
le pont figure dès maintenant dans la seconde 
série des travaux. 

Voilà oe qui arrivera si tous les amis de Paris 
ne manifestent pas leur hostilité à l'égard de ce 
pont, dont l'utilité, d'ailleurs contestable, ne 
saurait faire excuser les déplorables résultats. 
On a beaucoup parlé des embellissements de 
Paris pour justilier le gros emprunt municipal : 
ce serait une étrange manière d'employer les 
millions ainsi obtenus que de s'en servir pour 
saccager ce qui reste encore de beauté dans 
cette ville. 

É. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 21 janvier^. 
— Après la communication de quelques modilications 
apportées au concours pour le prix Achille Leclère 
(architecture) dont le sujet est la Décoration d'une 
place publique dans une ville de premier ordre, 
l'Académie a désigné M. Vernon, membre de la sec- 
tion de gravure, en remplacement de M Cliaplain, 
comme membre de la commission des inscriptions et 
médailles de l'Académie des inscriptions et belles- 
lettres. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 20 janvier). — Outre une communication 
de diplomatique faite par M. Léon Levillain, et une 
autre, d'épigraphic chinoise, par M. Chavannes, l'Aca- 
démie entend une lecture de M. J. Beck, dont on 
connaît les travau-x parallèles à ceux du regretté 
Pierre Aubry sur la musique médiévale française : 
cette lecture était plus particulièrement consacrée à 
la musique des chansons de geste des xii" et xin* siècles. 

Musée Condé — L'Institut a reçu notification 

d'un legs de M"' Augustine Collin, destinant au musée 
Condé un tableau de l'école (lamande qui représente 
la Flagellation du Christ. 



26 



LE BULLETIN DE L'ART 



Société nationale des beaux-arts. — Une nou- 
velle donation vient d'être faite à la Société nationale 
des beaux-arts : M"* Lecreux a fondé un prix annuel 
de 1.000 francs, qui devra être attribué, à l'occasion 
du Salon, à une femme artiste. 

Société artistique des amateurs. — La Société 
artistique des amateurs vient de convier ses membres 
à une conférence sur les gravures de Heinbrandt, que 
fera lundi prochain, à deux heures un quart, M. Henry 
Lapauze, conservateur du Palais des beaux-arts de la 
ville de Paris. 

Le jeudi 9 février, au Musée des Arts décoratifs, 
une autre conférence sera faite aux Amateurs par 
M. Raymond Kœchlin sur l'estampe japonaise. 

Les legs Georges Berlin. — M. Georges Bertin. 
entre mitres dispositions testamentaires, a donné au 
musée du Luxembourg des peintures de son cousin 
M. René Ménard, de M. Charles Cottet, de M. Waller 
Gay et de M. Humphrey Johnston; au musée des Arts 
décoratifs, une poterie appliquée, genre chinois, 
travail du xvni* siècle, avec six panneaux d'Hubert 
Robert, un cartel Louis XVI, par Decaen. et des objets 
de vitrine; enfin, au musée de l'jirmée, des livres 
militaires, des cartes et une collection de médailles 
et de décorations. 

L'Affaire de Soudeilles. — L'affaire de Sou- 
deilles n'est pas encore complètement éclaircie ; et 
nous aurons sans doute à en reparler avant qu'elle 
ne vienne devant le tribunal correctionnel. On sait 
qu'en vertu de la loi de séparation, quiconque aliène 
ou exporte un objet classé est puni d'une amende 
de 100 à 10.000 francs et d'un emprisonnement de 
six jours à trois mois, sans préjudice de l'action en 
dommages-intérêts : du jugement qui sera rendu, 
dépend le sort d'une grande partie de nos richesses 
d'art. 

A Roubaix. — A l'occasion de l'Exposition inter- 
nationale du Nord de la France qui va s'ouvrir au 
mois (l'avril prochain, la ville de Roubaix prépare une 
exposition rétrospective ayant pour objet les arts 
dans les l''landres françaises après les conquêtes de 
Louis XIV. Cette exposition sera divisée en deux 
parties. 

D'une part, elle comprendra une série de salons de 
réception qui évoqueront l'image de ce que pouvait 
être, par exemple, l'hôtel d'un gouverneur de Lille à 
la lin du xviir siècle. Ces salons, décorés de boiseries 
anciennes, ornés de meubles, de tableaux, de cos- 
tumes, d'étofTes et de bibelots choisis avec un soin 
scrupuleux dans des collections de tout premier ordre, 
montreront les types les plus purs des styles français 
qui se succédèrent depuis le milieu du règne de 
Louis XIV jusqu'à la lin de celui de Louis XVI. 

La deuxième partie de l'exposition sera spécialement 
consacrée à l'archéologie régionale et aux arts somp- 
tuaires particuliers aux Flandres françaiies. Chaque 



ville importante — Lille, Douai. Amiens. Arras, Valen- 
ciennes, Dunkerque, etc. — aura à sa disposition un 
ou plusieurs salons où seront réunis les objets d'art 
et les souvenirs historiques qui lui sont propres, tels 
que spécimens des anciennes fabriques locales, mo- 
biliers et costumes, portraits dés personnages célèbres 
de la contrée, documents iconographiques de tous 
genres pouvant servir à l'histoire artistique de la 
période fixée par le programme. 

Il est à souhaiter que les collections particulières 
s'ouvrent généreusement pour la réalisation d'un 
aussi attrayant programme : il sera tout à fait inté- 
ressant de constater sur un ensemble d'œuvres d'art 
le brusque changement d'orientation qui se manifesta 
dans toute cette région après l'incorporation à la 
France de villes telles que Lille, Cambrai, Arras, 
Valenciennes, etc. 

A Amsterdam. — On nous écrit d'Amsterdam 
que la restauration de la maison de Rembrandt, dont 
nous avons déj.i parlé, est maintenant un fait accompli. 
On a rendu à l'extérieur de la maison, autant que 
possible, l'aspect qu'il avait au xvii* siècle; quant à 
l'intérieur, il est à peu près complètement aménagé 
et préparé pour l'exposition permanente des eanx- 
fortes du maître. On espère pouvoir l'ouvrir au public 
au mois de mai de cette année. 

A Bucarest. — Le ministère de l'Instruction 
publique et des cultes n décidé de faire enfin photo- 
graphier et publier en album les objets d'art ancien 
des monastères de Neamtz et Secu, qui possèdent 
un véritable trésor de documents d'art et d'his- 
toire. — M. M. 

A lassy. — Le conseil communal de la capitale 
moldave songe à la conservation des souvenirs 
historiques de la ville, qui en est plus riche que 
Bucarest. Il vient de décider la réparation de la chau- 
mière faubourienne, où le célèbre conteur Joan Creanga, 
l'ami du poète Eminesco, un des premiers restau- 
rateurs de la langue roumaine, passa humblement 
ses dernières années. On reconstituera lidclement 
l'intérieur de la maisonnette et aucune modification 
ne sera apportée a son extérieur. Une fois remise en 
état, la Commune achètera a M"* Cath. Creanga. 
actuelle propriétaire, cette maison précieuse aux 
lettres roumaines. — M. M. 

A Rome. — La mission italienne dirigée par 
M. Ilalbherr, professeur à l'Université de Rome, dont 
le lUillelin a parlé récemment, va repartir prochai- 
nement pour la Cyrénaïque afin d'y compléter ses 
recherches. 

— Le ministère de l'Instruction publique a fait 
saisir chez un antiquaire de Rome un tableau de 
Lanfranc, représentant la Vierge et l'Enfant. Il 
aurait été vendu par l'hôpital deCivila-Vecchia, malgré 
la loi de 1909 qui interdit aux personnes publiques 
l'aliénation de leurs objets d'art. — L. G. 



ANCIEN ET MODERNE 



27 



Nécrologie. — Le peintre Léon Ducaruge. qui 
vient de mourir à Saint-Étienne, était né en 1842 ii 
Lavoute-Chillac (Haute-Loire). Depuis 1878, date a 
laquelle il remporta sa première récompense à l'Ex- 
position universelle , il s'était surtout adonné au 
fusain et employait ce procédé de main de maître; il 
était membre du comité des monuments historiques. 

— A Abbazzia, est mort, à 72 ans, le peintre muni- 
chois Georf) Conrirder, élève de l'école de Piloty. Après 



avoir quelque temps professé à Weimar, vers 1860, 
il revint à Munich et s'y fit une réputation comme 
peintre de grands tableaux d'histoire : la Conquête de 
Carlhaz/e par Scipion iA/'riciiiu, la Fondation de 
l'Académie des sciences, Hencontre de l'empereur 
Joseph 11 et du pape Pie VI, etc. 

— On annonce également la mort du doyen des 
sculpteurs viennois, le Tyrolien Frans Ckristopli 
Erler, né à Kitzhubcl le o octobre 1829. — M. M. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — 'Ventes diverses — L'Hôtel 
Drouot ne nous offre pas encore matière à des 
comptes rendus de quelque intérêt. Notons sim- 
plement dans les résultats des vacations de ces 
jours derniers, l'enchère de b.OOO francs obtenue 
par un canapé et trois fauteuils, en bois sculpté et 
ciré d'époque Louis XV, et celle de 2.460 francs 
pour une petite table ovale, en bois patiné et 
bronzes, d'époque Louis XVI; ces deux prix 
dans une vente faite le 23, salle 5, par M« Char- 
pentier. 

A New-York. — 'Vente de la collection 
John H. Converse (tableaux modernes). — 
Nous avons signalé, dans une précédente chro- 
nique, le produit total et les quelques enchères 
les plus importantes de cette vente, dont les 
résultats sont intéressants à consulter pour la 
valeur courante des maîtres modernes, en ce 
moment, à New- York. 

PRINCIPAUX PRIX leii francs. 

Tableaux modernes. — Aubert. L'Amour désolé, 
4.000 fr. — llenjamin-Constant. Scène mauresque, 
4.730 fr. — J.-C. Cazin. Cour de ferme, le .«oie, 40. 2a0 fr. 

— Chelminski. Élégante course en traîneau, 2.750 fr. 

— Corot. Calvaire de la cale de Grâce, 9.000 fr. — 
Paysage au bord de la mer, 100.000 fr. — Daubigiiy. 
l'aysage avec village dans le fond, 38.500 fr. — De- 
fregger. L'Arrivée au bal, 34.500 fr. — Diazdela Pena. 
Danse des aimées, 21.000 fr. — Élude de paysage, 
2.500 fr. — Mare aux environs de Fontainebleau, 
25.000 fr. — J. Dupré. La Charrette, 20.750 fr. — 



K. Kagerlin. Le Convalescent, 2.750 fr. — A. Ferraris. 
La Visite du grand Skeik à l'Université du Caire, 
1.000 fr. — Francia. Portrait du comte Oderieo Popoli, 
2.500 fr. — E. Fromentin. Berger arabe, 10.000 fr. — 
GroUeron. Les Feux du camp, 2.600 fr. — E. Isabey. 
Le Vengeur, 3.050 fr. — L'Entrée du port, 3.300 fr. — 
J. Israels. A l'entrée de la cathédrale, 29.750 fr. — 
Ch. Jacque. Le Troupeau à l'élable, 14.000 fr. — 
Jongkind. Canal hollandais au clair de lune, 10.000 fr. 

— Kever. La Classe de coulure, 10.250 fr. — D.-R. 
Knighl. L'Attente des bateaux, 10.230 fr. — Les Com- 
mères, 10.500 fr. — L. Lhermitte. Paysage, 26.730 fr. 

— A. Moreau. Une mascarade, 5.125 fr. — A. Pasini. 
Hazar oriental, 6.875 fr. — Richard. Effet de lune, 
2.750 fr. — Rico. Maria délia Misericordia, 13.375 fr. 

— T. Rousseau. Chaumière en Picardie, 34.000 fr. — 
Fritz Thaulow. Rue de village, effet de lune, 3.625 fr. 

— E. van Marcke. Vaches au pâturage, 36.000 fr. — 
B. Vautier. Danse de paysans, 18.000 fr. — La Halle 
de la diligence, 10.000 fr. — L'Attente de la permis- 
sion. 3.250 fr. — Vibert. La Toilette du perroquet, 
8.875 fr. — Vollon. Sature morte, 4.000 fr. — Von 
lirozik. Le Petit Kreutzer, 7.250 fr. — E. Zamaco'is. 
Le Rendez-vous, 6.875 fr. 

■Vente de la collection Leslie Ward (ta- 
bleaux modernes). — Cette vente, qui a eu lieu 
le 13 janvier, par les soins de V American Art 
Association, a donné un total de 7(56.428 francs. 

La plus belle enchère a été obtenue par un 
Schreyer, Chef arabe et son escorte, adjugé 
;i8.000 francs. 

Autres prix : Van Marcke. L'Entrée au pâturage, 
50.000 fr. — Israëls. Vieux scribe, bO.OOO fr. — 
Corot : Paysage, 31.500 fr. — Paysage, 26.500 fr. 
Paysage, 23.500 fr. — Daniel Ridgway Knight : 
A Poissy, 8.500 fr. — Les Commères au pont, 



28 



LE BULLETIN DE L'ART 



5.500 Ir. — Troyon. Bétail à iabreuvoir, 35.000 fr. 
— Rosa-Bonheur : Tête d'âne, 4.000 fr. — Per- 
cheron, 3.750 fr. 

Nous publierons procliainement une liste plus 
détaillée des enchères principales. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Collec- 
tion R. Portails ^dessins et estampes). — 
Les 2 et .! février, salle 10, >!>= Lair-Dubreuil et 
M. Loys Delteil procéderont à la vente de la 
collection de M. le baron Roger Portalis, compre- 
nant des dessins et estampes de diverses écoles, 
mais appartenant en majeure partie au xviii' 
sièclo. 

Parmi les dessins, nous remarquons : te Jar- 
dinier et son Seigneur, par Cochin fils, d'après 
Oudry ; le Portrait de l'actrice Hélène Pilet 
IM"" d'Kpinay , femme de F.-li. Mole, par J.-A. 
Darmancourt ; le Village, attribué à H. Fragonard ; 
une étude de Jeune femme tenant un enfant, par 
.S. Freudeberg; une Étude pour le fils puni {'.'}, par 
.l.-B. (ireuze; un Portrait de femme, pasiel, par 
C. Hoin; des Groupes de fujures en buste, par 
J.-B. Le Prince; la Bacchante surprise, gouache, 
par J.-B. Mallet; un Marchand en plein air, par 
Henri Regnault; les Dansetirs, par Hubert Robert- 
une étude de personnage et de mains, par (i. de 
Saint-Aubin; le Parc, gouache, par A. -P. Mongin ; 
les Amusements dangereux, par J. Touzé ; une 
Assemblée dans un parc, par A. Watteau; enfin 
une Composition pour un fleuron, attribuée à 
Ch. Monnet. 

Du côté des estampes, notons une épreuve en 
couleurs du portrait de Mirabeau, par M™' Allais 
(1791). 

M .\. 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



L'Acanthe (galerie Allardj. — De la moder- 
nité, comme partout ailleurs, en dépit de ce beau 
nom qui semble ombrager quelque légende 
harmonieuse sous les volutes d'un chapiteau 
corinthien ! N'en déplaise à la douce Bacchante 
de M. SiefTert, au.x petits bronzes alexandrins de 
M. Piron, au Bosco verdoyant de la Villa Médicis, 
amoureusement décrit par le pinceau moelleux 
de M. Gibert, — nos prix de Rome, ici fraternelle- 
ment groupés, ije s'évadent guère plus de la vie 
triviale ou souffrante que les boursiers de voyage 
(|ui les accompagnent ; et la frissonnante esquisse 



de l'Accident, par M. Louis Roger, les intimités 
de M Victor Guétin, qui fit mieux, les médailles 
même de M. Pierre Dautel ou les dessins romains 
d'un graveur, M. Lucien Pénat, sont des docu- 
ments au mémo titre ijue les observations 
provinciales de MM. Jean Hulot et Fougerat, que 
les notations de M"" Marguerite Delorme, en 
Bretagne, ou de MM. Henri Rapin, sur l'Acropole, 
Benner, en Alsace, et Suau, dans l'Artois. De 
toutes ces notes de voyage ne sort aucune œuvre; 
et pas un des lauréats réunis à cette II' exposition 
ne semble avoir subi l'austère incantation de la 
campagne romaine, dont le silence parlait à 
M. de Chateaubriand. Au surplus, si l'imagination 
brille désormais par son absence, l'exécution se 
fait trop souvent prosaïque ; et, pour prolester 
opportunément contre l'impertinence du délire, 
l'aut-il que la sagesse d'une réaction prévue 
devienne elle-même excessive ? 

Société de la miniature, de l'aquarelle et 
des arts précieux (galeries Georges Petit). — 
Uuand on s'est arrêté pour la dernière fois devant 
la vitrine de M^c Camille Isbert, qu'entoure un 
crôpe fleuri, quand on a séparé Mm» Debillemont- 
Chardon de la pléthore de ses élèves et distingué 
les figurines de M. Levasseur, les aquarelles de 
M"» Courboin, des portraits aux crayons de 
couleur, par M"" Herfeld, et sa passante à la 
blanche voilette, on se trouverait quitte à l'égard 
de celte X' réunion, surtout féminine et mon- 
daine, si les yeux n'étaientretenuspar le ponctuel 
envoi d'un graveur qui cultive encore le portrait 
dessiné, M. Jean Corabœuf : aussi bien c'est 
un ingristc, qui dessine, au musée de Nantes, 
le sourire immortel de M"'f de Sénonnes el grave 
en couleurs légèrement nuancées la Famille Sta- 
malxj, de la collection Bonnat ".' Aimer Ingres 
devient une vertu, par ce temps rebelle au parfum 
discret de l'attirisme. 

Intimistes et peintres de villes. — C'est le 
titre d'une modeste exposition visible à la nou- 
velle galerie de « l'.Xmateur », 43, rue Lafayette, 
et qui nous désigne, entre autres noms sympa- 
thiques, les dessins de M. Ernest Herscher dans 
une Cité qui lentement se métamorphose et les 
intérieurs féminins de M. Paul Renaudot. .Nous 
n'avons plus à découvrir le goût de .MM. Lechat, 
François Simon, Gaston Prunier, pour le calme 
des petites villes lointaines ou pour le fantastique 
de notre paysage urbain. Trop rarement, ailleurs, 
la copie du motif se rehausse à l'imagination du 
point de vue; el la forme se perd trop volontiers 



ANCIEN ET MODERNE 



29 



dans une hâte à sténographier l'atmosphère, 
chez M. André VVilder, par exemple, à la galerie 
Moglia, plus encore chez M. Paul Signac, aux 
galeries Hernheim jeune, où la série des Pontu de 
Pavii; et de ses environs ne fait guère oublier telle 
planche gravée d'après Turner voyageur (1) ouïe 
romantique petit Pont de Sèvres peint par Samuel 
Reynolds, une des perles du Musée Condé. 

^ Expositions diverses. — ><'en retenons que 

deux, dans la foule... Une rétrospective, d'abord, 
chez Druet : celle d'un Lyonnais, élève du suave 
.lanmot, Joseph Trévoux (1831-1909), qui dé- 
laissa vite la ligne d'Ingres pour le paysage où 
brillait la pléiade locale des Garrand, des Vernay, 
des Ravier; celui-ci ne cessa d'appeler Trévoux 
« le jeune homme » : et ce nom ne messied pas 
à sa très inégale facilité d'amateur qui, sous 
l'azur nuageux de Morestel, invoquait avant tout 
le romantisme des empâtements. 

La formule « indépendante » est un poncif 
comme un autre : or, M. Jean Puy, chez Blot, ne 
bannira tout à fait les vilains souvenirs de cette 
geôle qu'en présence de la nature qu'il paraît 
comprendre; et, malgré ses débuts de sectaire 
au Salon d'automne, il nous suggère l'espoir 
d'un affranchissement prochain. 

Raymond Bouyer. 



Les Préoccupations chirologiques 
des artistes 

A propos d'un livre récent. 



Ce serait là un chapitre curieux d'une étude 
sur la représentation de la main dans l'art. Nous 
en trouvons une ébauche dans l'intéressant 
Essai sur la psychologie de la main{2) du regretté 
biologiste et philosophe N. Vaschide, enlevé tout 
jeune à son travail, sans avoir eu le temps de 
mettre en ordre les résultats de ses recherches, 
pieusement publiées aujourd'hui par ses héri- 
tiers. 

Autant qu'il est possible de le résumer, on 
pourrait, selon lui, répartir les artistes, sous le 



(1) Dans un livre devenu rare et connu seulement 
des fureteurs du vieux Paris : the Hivers of France 
(1837). 

(2) L'n vol. in-8*. Rivière, édit., Paris. 



rapport des préoccupations chirologiques, en 
trois classes : les canonistes, qui s'en tiennent 
à une ou plusieurs formules ; les physionomistes 
(les classiques, comme il les appelle), qui cher- 
chent à donner à la main prise en elle-même 
une physionomie propre, indicatrice; les por- 
traitistes, enfin, qui se contentent de représenter 
les mains des modèles qu'ils ont devant eux. 

Dans l'antiquité, c'est le canon, et un canon 
extrêmement simple qui règne : les Égyptiens 
ont fous les mômes petites mains étroites, spa- 
tulées et sans nœuds; plus encore les Assyriens 
des bas-reliefs du British, malgré la diversité de 
leurs attitudes, ont tous le même geste et la 
môme main L'insouci de la variété dans cette 
représentation se retrouve chez les premiers 
Grecs; tout juste peut-on observer que la main 
de femme se distingue de celle de l'homme par 
sa petitesse. En revanche, à partir du v[« siècle, 
avec la grande époque classique, entrent en 
jeu les préoccupations chirologiques. Les artistes 
semblent tous être sous l'influence d'Anaxagore, 
pour qui la main est la partie noble de l'homme. 
La main prend alors un sens par elle-même ;• 
Apollon et Vénus n'ont pas la même, ni Mercure 
et Mars. Le Mercure au repos de Naples a une 
« main utile » ; ï Apollon du Belvédère, une « main 
psychique»; V Athlète apoxiomenos, une «main 
élémentaire » ; le Démosthène du Vatican a une 
main nettement >■ philosophique ». 

A l'époque romaine, il n'en est plus de même : 
les types disparaissent; les mains de Minerve et 
celles des Muses du Capitole sont carrées, sans 
physionomie; en revanche, les Romains sont 
d'admirables portraitistes : leurs mains copiées 
sont pleines de vie; la main de Marc-Aurèle est 
bien significative : « Sur une quarantaine de 
déterminations de chiromanciennes, à qui j'en 
montrai le moulage, aucune, dit Vaschide, ne 
s'est trompée sur sa valeur psychique ». 

On pourrait poursuivre cet aperçu historique : 
on trouverait sensiblement la même série d'écoles. 
Les Byzantins, les premiers sculpteurs des cathé- 
drales, sont canonistes; chez eux, chez les der- 
niers surtout, le geste domine la main. I-a repré- 
sentation s'affine peu à peu, par suite, semble-t-il, 
de recherches réalistes; mais les types, jusqu'au 
xiv« siècle, sont encore en nombre très réduit : 
« mains de saints » longues et osseuses, << mains 
d'évêques» grasses aux doigts arrondis. Avec la 
Renaissance, c'est le retour aux préoccupations 
classiques, aux types nombreux et définis,.: 
main psychique » du David de Verroccliio ; 



30 



LE BULLETIN DE L'ART 



« main artistique sensuelle » de la Lucrèce Borgia 
du l'inturicchio... Au xvi« siècle viennent s'ajouter 
les préoccupations anatomiques ; les types sont 
alors plus humanisés, parfois trop accentués : 
la Joconde a une main classique de Vénus, mais 
plus charnelle ; le Moïse, une grande main phi- 
losophique aux tendons trop prononcés... Il est 
curieux d'étudier les mains dans les Soces de 
Cana; elles se réduisent presquexactement à 
trois types. 

Les Flamands du xvi« siècle se rattachent à 
l'école classique (Van Eyck est un admirable 
peintre de mains) ;à partir du xvii=, on ne trouve 
plus guère, semble-t-il, que des portraitistes ; 
les mains sont des mains de modèles. De mf-me 
chez les Hollandais. 

Nous arrivons, d'ailleurs, à un temps où 
l'école n'est plus ce qu'elle était. Les artistes ne 
sont pas plus individuels, mais le sont autrement. 
Il faudrait, dans chacun, étudier la représen- 
tation de la main ; ce serait une indication sur sa 
nature même : les mains grasses des femmes 
de Rubans !... 

C. L. P. 



NOTES & DOCUMENTS 



Rembrandtiana . 



Il n'arrive pas tous les jours qu'en étudiant 
des documents sur l'histoire monétaire on ren- 
contre, dans une même pièce, deux noms indis- 
solublement liés à l'histoire d'un grand artiste. 
C'est ce qui nous est arrivé un de ces jours, en 
examinant une série d'ordonnances sur les mon- 
naies des Pays-Bas, entrée il y a quelque temps 
(par le don Morel-Fatio) au département des 
médailles de la Bibliothèque nationale ; nous 
y avons trouvé (n» 506 de la collection) une 
feuille in-folio piano destinée à l'affichage ; au- 
dessous des armoiries de la ville d'Amsterdam, 
on lit : Extract uyt het Register van de Wille- 
keurcn der iîtadt Amstelredamme... (Extrait du 
registre des ordonnances de la ville d'Amsterdam). 
L'ordonnance, fixant la valeur de certaines mon- 
naies {ducaton et patacon) pour leur dépôt en 
banque, a été publiée le 25 novembre 1654, en 
présence de (je traduis ici le texte hollandais) : 
" Messieurs Cornelis deVlamingvan Oudtshoorn, 
chevalier, seigneur d'Oudtshoorn et Griephoeck, 
écoulète ; docteur Xicolas Tulp, docteur Pram 



Banning Kock, chevalier, seigneur de Parmtrlandt, 
et llpendam, etc., et de tous les échevins .. ». 

Tous ceux qui connaissent peu ou prou les 
œuvres de Rembrandt, reconnaîtront immédia- 
tement ici les noms du professeur de la Leçon 
d'anatomie, du musée de La Haye, et du per- 
sonnage principal de la Ronde de nuit. C. de 
Vlaming van Oulshoorn a également laissé un 
nom dans l'histoire intellectuelle de la Hollande : 
le poète Vondel lui dédia une traduction des 
Phéniciennes. d'Euripide (1). 

Il ne mancjue que le nom de J. Six, qui aurait 
transformé ce beau trio de Mécènes amsterdamois 
en un magnifique quatuor. 

La pièce ne nous apprend naturellement rien 
de nouveau ; nous croyons, cependant, devoir la 
signaler aux collectionneurs qui s'occupent de 
réunir ce (jui touche de près ou de loin à Rem- 
brandt et à son œuvre et qui auraient la chance 
d'en rencontrer un exemplaire. 

{;. iitKT. 



LES REVUES 



Franck 

Revue lorraine illustrée (octobre-décembre,;. 
— Suite de l'étude de M. Uené Pkbrol-t sur les Images 
d'Êpinal; 3* article : Jean-Charles Pellcrin et ses 
images, sujets divers. Illustrations en coul. dans le 
texte; hors-texte tirés sur les vieux bois originaux. 

— Haint-Mihiel, par Henri Bernard. — Artistes 
originaires de Sainf-Mihiel : les Richier, les Bérain; 
savants, littérateurs, hommes d'État. 

Bulletin de la Société pour la protection des 
paysages de France (octobre). — Les Congrès d'oc- 
tobre : à Bruxelles, Congrès international d'art public; 
à Londres : Conférence sur la construction des villes. 

— Encore un méfait des ingénieurs, par Ch Beau- 
QOiBR. — Les paysages des rapides du Doubs menacés 
par le tracé de la ligne de chemin de fer par Frasne- 
Vallorbe. 

— Un bon exemple, par A. C. [A. Changecr). — 
Protection du site de Moncastre (Manche), menacé 
par une entreprise de carrières. 

— La protection des beaux-arbres, par A. C. 
I A. Cuanoedr]. — A propos d'une excellente circulaire 

(1) Le même Vondel a composé (éd. Van Leunep. 
VII, 20), un charmant sonnet sur le portrait d'une 
demoiselle De Vlaming van Outshoorn, par Phil. dr 
Koning. l'élève de Rembrandt ; était-elle la fille de 
l'écoutète, plus tard bourgmestre? Pour le moment, 
je n'ose rien afBmicr. 



ANCIEN ET MODERNE 



31 



de la direction générale des eaux et forêts relative 
aux beaux arbres. 

— Application de la loi de classement. — Classe- 
ments des sites prononcés par les commissions dépar- 
tementalcsde laSeine-Intérieure, des Alpes-Maritimes 
et du Pas-de-Calais. 

— Les sites parisiens, les classements récemment 
prononcés : Champs-Elysées, Esplanade des Invalides, 
lie de la Folie. 

Bulletin des musées de France (1910, n* 6). — 
Le l'ortrail de d'Alembert, par La Tour, au musée du 
Louore, par L. Gonse. — La Bévue a reproduit ce 
portrait avec une étude de M. Tourneux, dans le n° du 
10 janvier de cette année (pi.). 

— La Statue de Washiur/lon par Uoudon et sa 
reproduction au musée de Versailtes. par G 1îhièi;k. 

— Histoire de l'œuvre, dont le plâtre lut achevé en 
1788 et le marbre envoyé en 1796 seuleuient; étude 
de la reproduction en bronze inaugurée à Versailles 
le 18 août dernier (fig.). 

— Un nouveau tableau de Toussaint Dubreuil à 
Fontainebleau, par L. Dimikr. — Identification d'un 
tableau représentant les Adieux d'un guerrier à une 
reine, mentionné dans un inventaire de 1788 comme 
étant l'œuvre de dans van Aken et dans l'inventaire 
de Bailly comme étant une œuvre de Uubreuil. 

— Les Le Sueur de Mannoutier au musée de Tours, 
par Henri Gueklisi. — En 1785, le comte d'Angiviller 
demanda aux moines de Marmoutier de vouloir bien 
soumettre à l'examen d'un expert ceux de leurs 
tableaux qui étaient attribués à Le Sueur et qu'on 
voulait faire entrer dans les collections du roi. L'expert 
ne retint que quatre de ces tableau x : un Saint Sébastien , 
un Saint Louis, une Apparition de la Vierge, une Messe 
de Saint Martin. Ces deux dernières sont au Luusre; 
les deux autres s(jnt au musée de Tours, avec une 
réplique de la Messe de saint Martin. L'auteur 
démontre (ju'un Saint Benoît, aujourd'hui en l'église 
de Sainte-Hadcgonde (près de Marmoutier) est éga- 
lement l'œuvre de LeSueuret provient de Marmoutier; 
il aurait représenté à l'origine un miracle de saint 
Martin, et la confusion se serait établie quand on le 
plaça en 171.5 dans la chapelle de saint Benoit (lig.). 

— Altiret au musée de Dijon, par Henri Chabeuf. 

— A propos d'une nouvelle œuvre du sculpteur du 
xviii* siècle donnée au musée de Dijon par M. G Jolliet 
(un buste, en terre cuite, de jeune femme, dite la 
Chercheuse d'esprit) (pi.). 

Les Arts (décembre). — Le numéro est entière- 
ment consacré à ['Exposition des arts musulmans à 
Munic/i. Texte par G. Migeon (fig.). 

(Janvier). — Le Sarcophage d'Alexandre au musée 
impérial de Cunslantinople, par Adolphe Thalasso. 

— La rédaction fait précéder cette étude de la note 
suivante : •> .Nous recevons de M. Thalasso communi- 
cation des admirables docuuients reproduisant l'un 
des sarcophages trouvés en 1887 aux environs de 
Saida et nous sommes heureux de les publier, en 



laissant à M. Thalasso la responsabilité de ses appré- 
ciations, soit dans l'attribution, que nous savons 
contestée, du sarcophage; soit dans les explications 
qui accompagnent son étude ■■ (fig. reproduisant les 
ensembles et les détails du sarcophage;. 

— L'Exposition de tapisseries des Gobelins au 
château de Versailles (ouverte l'été dernier), par 
M. P. de NoLiiAC (fig.). 

Allemagnk 

Die Kunst (décembre). — G. J. Wolf. Cari von 
Marr. — Étude d'ensemble sur l'œuvre de ce peintre, 
né en Amérique, mais de développement tout alle- 
mand. Von Marr a débuté par des tableaux d'histoire, 
qui rappellent encore un peu l'école de l'iloty; mais 
il s'est développé d'une façon de plus en plus origi- 
nale dans la peinture de figure et de portrait et surtout 
dans la composition décorative. Nombreuses illus- 
trations. 

— P. ScHOMANN. La Première exposition de l'Union 
artistique de Dresde, 1910. 

— E. Behgrh. La Théorie des couleurs de Gœthe et 
les doctrines actuelles. — Ce qu'il y a de vrai dans la 
théorie de Gœthe et les analogies de ses vues avec 
des théories enseignées de nos jours. 

— G. von Pechma.nn. L'Exposition de l'art industriel 
de Munich à Paris. — Le succès de celte exposition 
est dû avant tout à la collaboration bien entendue 
d'artistes indépendants; o dans ce sens, il est juste de 
dire, avec <les critique» français, que l'exposition 
témoigne avant tout pour l'organisation de l'industrie 
d'art à Munich ». 

— W. Hiezlek. Munich et le mouvement moderne. 
Promenade à travers les salles de l'exposition muni- 
choise au Salon d'automne. — Les écoles d'art indus- 
triel à Munich. — G. Fucus. Le « kilnstlertheater » 
de Munich. — W. Michel. Marionnettes. — L'Expo- 
sition des Munichois (au Salon d'automne) jugée par 
la presse parisienne. 

(Janvier). — G. J. Wolp. Edouard Manet. l'.oup 
d'œil général sur le développement du peintre et pa- 
négyrique. Nombreuses illustrations. 

— B. Harndcke. Les bases historiques de la pein- 
ture claire et de la peinture en plein air. 

— A. Gessi,eb. L'Art suisse contemporain. — 
Prédominence des écoles locales. Nombreuses repro- 
ductions. 

— Hartlaub. Jardins, par F. Oildemeister. — Avec 
des illustrations en couleur dans le texte. 

— Les silhouettes de Johanna lieckmunii. llluslra- 
tions pour les contes d'Andersen. 

— Im nouvelle caserne des chevau-légers, à Ba- 
lisbonne.. Nombreuses illustrations, spécimens très 
curieux d'architecture militaire modernisée, d'inté- 
rieurs de mess pour officier?, etc. 

— I'azauiiek. SouveUes céramiques d'Albin Millier. 

— Mi'SiiT. I.e nouveau collier officiel du premier 
bourgmestre de Leipzig. Curieux travail «l'orfèvrerie. 



32 



LE BULLETIN DE L'ART 



— P. Westhïim. L'art local {Heimatkunst). Protes- 
tation contre l'abus de l'art local dans l'Allemagne 
actuelle, contre la tendance qui voudrait obliger les 
gens à bâtir leurs villes dans le style des maisons des 
paysans de la région où ils s'établissent, à ne se servir 
que de faïence en style paysan, etc. 

— G. J. WoLF. Les ateliers d'apprentissaye pour 
l'art industriel, à Munich. — G. Hoet. 

Italie 

Bollettino d'arte del ministero délia Pubblica 
Istruzione (IV, 11-12). — Lorenzo et Jacopo Salim- 
heni da Sanseverino, par Ard. Colasanti. — Impor- 
tante étude, abondamment illustrée, sur ces deux 
artistes, le premier né peu après le mois de janvier 
1374 et mort entre 1416 et 1420; le second, dont on 
ignore la date de naissance et qui vivait encore en 
1427. La meilleure base pour l'examen de l'œuvre des 
deux frères est le triptyque de la pinacothèque muni- 
cipale de Sansererino, mais c'est aux décorations de 
l'oratoire deSaint Jean-Baptiste, à Urbino, que l'auteur 
demande la solution du problème qui se pose sur les 
éléments distinctifs de l'œuvre de chacun des deux 
Salimbeni (notamment à la grande Crucifixion qui 
fait partie de cet ensemble). L'auteur expose la 
distribution de ces fresques, indique leurs sujets, les 
décrit et les analyse en faisant la part de chaque 
artiste. Il étudie ensuite l'œuvre des Salimbeni à la 
crypte de S. Lorenzo dans l'église de la Miséricorde, à 
l'ancienne cathédrale et à l'église S. Maria délia Pieve 
de Sanseverino ; enfin à la galerie municipale d'Urbino. 
11 termine en montrant les rapports entre le style de 
ces artistes et la manière de leurs contemporains, et 
en particulier des étrangers (fig. et pi.). 

— Les livres de chœur à miniatures de Monleoliveto 
MaQqiore, conservés ù la cathédrale de Chiusi, par le 
chanoine Giovanni di Cocco. — Introduction historique 
et description analytique et critique de vingt livres de 
chœur du xv siècle avec reproductions de grandes 
miniatures. 

— Une peinture célèbre de Paul Véronèse, par 
Gellio Cassi. — Le Baptême du Christ, de l'église 
paroissiale de Latisana. peint en 1566-1567 et mis en 
place le 21 juin lo67 ; histoire et description ; documents 
relatifs a l'œuvre, exécutée à Venise, par P. Véronèse, 
pour le compte d'un certain Andréa Fosco, de Kaenza, 
sculpteur sur bois habitant Venise, qui avait passé 
marché avec le chapitre de Latisana. 

Russis 

Staryé Gody (novembre). — V. GiÉonoiêvsKi. 
Dons d'Ivan le Terrible et de sa femme au monas- 
tère de l'Intercession de ta Vierge à Souzdal. — 
Étude de huit icônes, datées par les noms de leurs 
donateurs et qui ont très heureusement conservé leurs 
parements, souvent brodés par les tsarines, et leurs 
pendeloques de fils de perles. 



— V. ViRtTKiKOv. Lampi père et ses idées sur 
l'Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg. — 
Analyse d'un plan de réformes, rédigé en français, et 
présenté au président de l'Académie, Moussine-Pouch- 
kinc, vers 1794-1796. 

— Denis Roche. Xotes complémentaires sur quel- 
ques miniaturistes (dont on a signale des œuvres 
en Russie). — Ces notes, tirées des registres de notre 
École des beaux-arts, concernent les le Roy, Hoyer, 
Pinchon,Élie Martin, Letronne, Lûtz, Hess, Collas, etc. 

— A. GoLOMBiÉvsKi. Un portrait de femme enfin 
identifié. — Un gracieux portrait de Rotari que l'on 
disait être celui de M'"' A. Ribeaupierre, devrait être 
tenu aujourd'hui pour le portrait de la princesse 
E. Kourakine. 

— E. M. Une manufacture de faïence à Bevel. — 
Manufacture de C. Fick qui dura douze ans (1780-1792). 

— S. DiÉTiNov déplore le manque d'entretien absolu 
du palais de Tsaritsino; notes, signées P. E., approu- 
vant les plaintes du même genre du Kwartalink 
Lileirski, à propos du château de Mir, bâti vers 1500 
et qui a longtemps appartenu aux Radziwill. — Denis 
Roche. 

Roumanie. 

Arta romàna (septembre). — Vue du célèbre 
monastère de Cozia, sur l'Olto, fondé en 1386 par 
Mircea le Vieux et qui fut un des plus riches du pays. 
<• Ses trésors ont été pillés par les Turcs, puis par les 
Grecs, et ce qui en restait a été enlevé par les hommes 
de science qui les ont enfouis dans les caves et les 
armoires du Musée et de l'Académie » (de Rucarest). 

(Octobre-novembre). — Reproductions de groupes 
mouvementés et de bustes délicats du jeune sculpteur 
D. Kliiparus. — M. M. 

Luceafar f16 novembre). — Reproduction de In 
Hora et de Après vendanges de Th. Aman ; la Laveuse 
de Luchian ; la charmante C/io;)e//e de village de Grant. 

(23 et 24 novembre). — Vues intérieures et repro- 
ductions d'œuvres du musée Sitnu, de Bucarest, en 
particulier le beau vieillard, Mos Ilie, dessin de 
Stefan Popescu; l'Intérieur tyrolien de Walter Thor. 

— Avec le n* 1 de la nouvelle année, la revue s'enri- 
chit de reproductions en couleurs et, commençant 
par Raphai'-I, se propose de donner par leur commen- 
taire un résumé de l'histoire de l'art. — M. M. 

Revue de Roumanie (mai-juin). — Avec ce 
numéro, commence la publication, dans la traduction 
française de M. L. Bachelin, de la biographie du 
peintre Grigoresco par M. Veahutza, qui doit paraître 
en volume par les soins et aux frais du ministère de 
l'Instruction publique et constituer un hommage 
national au grand artiste (pi.). — .M. M. 

Le Gérant : H. L)kni.«. 

Ptru. — imp. iiKott»' Hetit. li. ne Uodoi-ilt-Mauroi 



Numéro 490. 



Samedi 4 Février 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



L'Isolement 

des vieilles églises 



On a récemment dégagé l'église Saiiit-Julien- 
le-Pauvre,etil estquestion d'accomplir un travail 
analogue autour de Saint-Méilard, vénérable 
monument des xve et xvie siècles dont la façade 
septentrionale est masquée par les maisons de 
la rue Mouffetard. I,a lecture semble donc oppor- 
tune de la brochure que M. Gb. Buis, président 
du comité des études historiques du Vieux- 
Bruxelles et auteur bien connu de l'EHhétique des 
villes, vient de publier sur l'isolement des vieilles 
églises. 

Cette question préoccupe à bon droit ceux qui 
soutiennent qu'on ne doit pas toucher au cadre 
des édifices anciens sans beaucoup de discrétion 
et surtout sans de minutieuses études préalables. 
Elle a été portée à l'ordre du jour de divers 
congrès d'art public, tenus en Allemagne et en 
Belgique ; et c'est en quelque sorte l'opinion 
motivée de ces congrès que résume l'exposé de 
M. Ch. Buis, approuvé à l'unanimité à l.iibeck en 
1908, imprimé dans les mémoires de la société 
Denl;malpflcge, revu et complété enlin dans la 
traduction française qui vient de paraître (I). 

Le problème du dégagement des anciennes 
églises, constate d'abord M. Buis, donne lieu à 
d'ardentes polémiques, où le zèle des « conser- 
vateurs intransigeants dont le fétichisme pour 
les vieilles pierres va jusqu'à vouloir respecter 
des constructions parasites i> se trouve en conllit 
avec l'opinion des « utilitaires qui sacrifieraient 
les sites les plus pittoresques, les souvenirs les 
plus vénérables aux besoins de la circulation et 
de la bâtisse »; enlin, une troisième catégorie de 
polémistes intervient parfois dans le débat : 
11 celle dont le sens esthétique est faussé par 

1) l.'isiilfme.nl des vieilles églises, par Ch. BuLS. — 
Bruxelles, G. Van Oest, gr. iu 8°, avec des plans et 
des ptaDches. 



l'admiration exclusive des monuments de l'archi- 
tecture classique» et pour qui un édifice doit 
répondre à deux conditions essentielles : Ctre isolé 
et symétrique 

Avec beaucoup de bon sens, M. Buis ne for- 
mule pas de règle générale : le problème ne 
comporte pas, en effet, une solution unique, 
parce que ses données ne sont pas toujours iden- 
tiques. Il faut étudier chaque cas en particulier, 
voir s'il s'agit, ou bien de débarrasser les lianes 
d'une vieille église des constructions parasites 
qui les masquent, ou bien de modifier le cadre 
des maisons qui entourent l'église, soit pour 
ménager des points de vue sur de belles parties, 
soit pour satisfaire aux exigences de la circu- 
lation. 

Prenant pour exempb's ce qui s'est fait aux 
cathédrales d'Anvers, de Tournai, de Louvain et 
ce qu'il est question de faire à Bruxelles, pour 
Sainte-tiudiile, M. Buis arrive aux conclusions 
suivantes : 

1" Il faut débarrasser les vieilles églises des 
constructions banales accolées à leurs flancs, 
quand elles ne présentent aucun intérêt artis- 
tique ou archéologique; 

2° Il ne faut pas isoler les vieilles églises, 
mais leur conserver, le plus possible, leur cadre 
ancien, en ménageant à bonne distance des 
points de vue sur leurs parties les plus intéres- 
santes, en utilisant dans certains cas des rideaux' 
d'arbres comme écrans, quand des constructions 
seront impossibles; 

3° Avant de procéder à des modifications au 
cadre ancien des églises, il faut étudier avec soin 
leur répercussion sur les environs immédiats, 
au point de vue de l'activité commerciale, de la 
vie sociale de la cité, du concours que 1 église 
apporte au décor d'une place publique, etc. 

La manie moderne du dégagement a déjà causé 
trop de préjudice à certains monuments célèbres 
pour qu'on ne recommande pas l'observation de 
ces règles, dictées par le goût et par la pru<lence, 
à ceux que leurs fonctions peuvent mettre en 



34 



LE BULLETIN DE L'ART 



présence de problèmes aussi complexes. A les 
suivre, on évitera sans doute bien des erreurs; 
" cependant, dit à propos M. Ch. Buis, comme 
il faut tenir compte d'appréciations fort déli- 
cates, on sera toujours exposé à être critiqué ". 

É 1). 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 28 janvier) 
— Ont été désignés par voie de tirage au sort, comme 
membres adjoints et supplémentaires aux membres 
des sections de l'Académie chargées de juger les 
concours pour les prix de Rome à décerner en 1911. 

Peintures. — Adjoints : MM. Baschet, Etcheverry, 
Schommer, Ménard, Dawant, Popelin et E. Laurent. 

Supplémentaires : MM. Priant, Agache, Henri 
Martin, Latouche. 

Sculpture. — Adjoints : MM. Bartbolomé, Boucher, 
Bouchard, Landowski. 

Supplémentaires : MM. Michel et Convers. 

Architecture. — Adjoints : MM. André, Cassien 
Bernard, Marcel, Cordonnier. 

Supplémentaires : MM. Leclerc et Hulot. 

Gravure en médailles et en pierres fines. — Adjoints : 
MM. Pellet, Patey. 

Supplémentaire : M. Grégoire. 

Composition musicale. — Adjoints : MM. Georges 
FIuc, Charles Lefebvre, Henri Busscr. 

Supplémentaires : MM. Xavier Leroux et Gabriel 
Pierné. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 27 janvier).— L'Académie entend diverses 
communications relatives à l'histoire et à l'épigraphic. 

— Puis M. Diehl signale le développement pris par les 
musées de Bucarest et, en particulier, le groupement 
récemment fait par M. Sirau des précieuses collections 
de M. Kalindero, où se retrouvent plusieurs centaines 
d'icônes dont les plus anciennes datent du xv siècle (1). 

— M. le capitaine Raymond W'eill établit l'impor- 
tance des monuments rencontrés à Koptos au cours 
des fouilles entreprises sous les auspices de la Société 
française des fouilles archéologiques. Plusieurs stèles 
y ont été trouvées, dans les ruines du grand temple, 
qui remontent à la fm de la sixième dynastie. M. Wcil 
précise l'intérêt de ces monuments. 

— M. Bréal entretient l'Académie des recherche» 



(1) Rappelons que le Bulletin a déjà eu l'occasion 
de parler l'an passé du musée Simu (voir n* 472). 



que poursuit M. Pelliot, grâce à l'ensemble de docu- 
ments que sa mission a rapportés du Turkestan chinois. 

Au point de vue de la linguistique, quatre dialectes 
nouveaux s'y rencontrent. L'histoire des religions y 
trouvera des données nouvelles jusqu'au xii* siècle. 
L'archéologie y note des fresques remarquables et des 
fragments d'architecture dont l'art constitue un chaînon 
intermédiaire entre la Perse et la Chine. La littérature 
s'enrichit non seulement de textes religieux, mais 
encore de pièces relatives à la médecine et au théâtre. 

Il y a là une véritable mine de documents, d'une 
variété et d'une richesse exceptionnelles. 

Musée des arts décoratifs. — L'exposition d'es- 
tampes japonaises et l'exposition Willette, actuelle- 
ment ouvertes au pavillon de Marsan, sont prolongées 
jusqu'au 11 février. 

Musée de Dieppe. — Le musée de Dieppe vient 
(le s'enrichir d'un portrait de M. Ansoult. ancien chef 
du bureau de l'ctat-civil de Dieppe, par Gustave 
Courbet, donné par les héritiers du modèle. 

A Angers. — Un décret récent vient d'affecter 
l'ancien évfché d'Angers, situé dans le voisinage de 
la cathédrale, à l'administration des Beaux-Arts, pour 
y installer les services annexes de la cathédrale ainsi 
que la riche collection de tapisseries autrefois conser- 
vées dans cet édifice. 

A Rouen. — A l'occasion des fêtes anniversaires 
du millénaire de la Normandie, une exposition va être 
organisée l'été prochain, à Rouen, qui montrera l'art 
normand sous toutes ses formes et dans toutes ses 
manifestations, depuis l'origine de la Normandie jus- 
qu'aux jours où nous vivons. « Chefs-d'œuvre de la 
peinture, de la gravure, des arts décoratifs, dit la 
circulaire oUiciellc publiée à cette occasion, se dres- 
seront aux regards de tous, attestant avec quelle rapi- 
dité, dès l'origine, ta race normande prit le bon goût 
de France en le revêtant d'une puissante originalité; 
attestant aussi que jamais ne fut interrompue chez 
nous la production des merveilles de l'art, et que les 
Normands des derniers temps ont continué fièrement 
les glorieuses traditions des ancêtres. » 

En même temps que cette exposition de l'art rétros- 
pectif et de l'art moderne, se tiendra, du 6 au 10 juin, 
un congrès dont une section sera réservée à l'archéo- 
logie normande et à l'histoire de l'art. 

A Bruxelles. — La classe des beaux-arts de l'Aca- 
démie de Belgique a, au cours de sa dernière séance, 
élu en qualité d'associés: dans la section de sculpture, 
M. Bartbolomé, en remplacement de Frcmiet ; dans 
la section d architecture, M. Jackson, de Londres, 
en remplacement d'Aitchison ; dans la section de 
musique, -M. Théodore Dubois, en remplacement de 
Bourgault-Ducoudray. 

A Ancône. — Les objets découverts dans les 
fouilles de Uclmuute Pireuo, dont le Bulletin a parlé 



ANCIEN ET MODERNE 



35 



en mai dernier, viennent d'être réunis et classés dans 
trois nouvelles salles du musée national d'Ancône, 
par le professeur Dali' Osso. Ce sont surtout des 
bijoux, des morceaux d'étoffes, des armes, des frag- 
ments de chars de guerre, des poteries d'origine indi- 
gène et grecque, remontant tous du vu- au m- siècle 
avant J.-C, antérieurs donc à la conquête romaine. 
On y a joint les photographies des fouilles, des restes 
de tombes, cabanes et petits édifices qu'on a eu la 
bonne fortune de découvrir. — L. G. 

A Florence. — Une société d'hommes d'affaires 
et d'antiquaires s'est constituée dans le but de fonder 
une galerie artistique qui aura son siège au premier 
étage du palais Strozzi. 

On se souvient qu'à la mort du prince Pierre, l'État 
avait refusé la donation du palais, en raison des 
charges considérables qu'il aurait dfi assumer. Le plus 
beau palais d'Italie, malgré ce refus, s'ouvre au 
public, mais dans des conditions qui ne pourront point 
ne pas attrister les amis du passé florentin. — L. G. 

A Londres. — M. Claude Phillips, conservateur de 
lagalerie ■V\'allace, prenant sa retraite, c'est M. D. S. Mac 
Coll, conservateur de la Tate Gallery, critique d'art au 
Spectalor et à la Salurday Review, qui va le remplacer 
à la direction d'Hertford Ilouse. 

A Nuremberg. — Pour le Musée municipal, la 
ville vient d'acheter un portrait du roi Louis I" âgé, 
grand format, au prix de 9.000 marks. — M. M. 

A "Vienne. — Le conseil municipal de la capitale 
autrichienne a affecté une somme de 60.000 couronnes 
au monument que l'on a décidé d'élever à l'excellent 
peintre de paysages et portraits Ferdinand G. Wald- 
miiller. Ce monument, dontl'exécution sera confiée au 



peintre et sculpteur Joseph Engelhardt, sera placé en 
1912 dans le jardin de l'hôtel de ville. — M. M. 

Nécrologie. — On annonce la mort : de M. Yvon, 
architecte en chef des bâtiments civils et des palais 
nationaux, ancien vice-président de la Société centrale 
des architectes français, olHcier de la Légion-d'Hon- 
neur, décédé à l'âge de cinquante-trois ans ; — du 
sculpteur Théophile Camel, né à Toulouse, élève de 
Falguière et Mercié, décédé à l'âge de 48 ans; il expo- 
sait depuis 1903 au Salon des Artistes français, où son 
Premier regret (aujourd'hui au Petit Palais) lui valut 
une 3* médaille; on lui doit aussi la Montmartroise 
du square Carpeaux, une Maternité, Fleur d'ajonc, 
l'Ère nouvelle (1909), etc. 

— Le 20 janvier est décédé à Munich Hubert von 
Heyden, peintre et graveur animalier, fils du peintre 
d'histoire Aug. von Heyden. Né à Berlin le 13 sep- 
tembre 1860, il y fréquenta l'Académie des Beaux-Arts, 
avant de devenir élève de Meyerheim à Munich. Il 
montra dès l'abord une prédilection et un réel don 
d'observation pour les oiseaux ; la Pinacothèque 
moderne acheta sa Basse-cour de 1897. Il se rallia 
au mouvement sécessionniste et modifia sa manière 
un peu vieillote, en y introduisant plus d'air et de 
lumière. Ces dernières années, il se mit à l'cau-forte 
et à la gravure sur bois, qu'il traita avec habileté et 
esprit. 

— A Berlin, vient de mourir, âgé de 77 ans, le plus 
connu des graveurs berlinois, le Prof. Eilers. Son 
premier succès date de sa magistrale reproduction du 
Denier de César de Titien (musée de Dresde), en 1874; 
la série de ses plus belles gravures comporte des por- 
traits d'après Ilolbein, Van Dyck, liubens; pour le 
80' anniversaire de Menzel, Eilers grava, sur commande 
du ministère de l'Instruction, le Frédéric le Grand 
en voyage du vieux maitre. — M. M. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — 'Vente Civialle. — L'intérêt prin- 
cipal de cette dispersion du stock d'un antiquaire 
parisien, résidait, on s'en souvient, dans la pré- 
sence d'un certain nombre de bronzes et autres 
objets d'art et d'ameublement de l'époque du 
Premier Empire. Bien que ce style ne connaisse 



pas encore les gros prix que l'on est habitué à 
voir débourser pour des pièces des époques 
Louis XV et Louis XVI, lamoyenne des chilTres de 
la présente vente a été des plus satisfaisantes. 
Le surtout de table en bronze ciselé et doré, 
par Thomire, composé de cinq pièces et prove- 
nant du Chilteau de la Maimaisou, a produit 
19.250 fr., sur la demande de 15,000. Parmi les 
meubles, le grand secrétaire monumental Em- 



36 



L'E BULLETIN DE L'AHT 



pire, en acajou el bronze, n'a pu dépasser 
3.900 fr., sur ia demande de 6.000. Notons 
encore : Pendule, porcelaine de Chine et bronze 
doré, personnage étendu sur un dauphin, 4.000 fr. 

— Deux vases avec couvercles, en serpentine 
ornée de bronzes, 2.800 fr. — Lit, commode et 
table de nuit, bois clair orné de bronzes, 4.230 fr. 

— Table ovale en bois de placage avec panneaux 
laqués, en partie de la fin du xviii' siècle, 2.800 fr. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Succes- 
sion Caclard (1" vente). — Objets d'art, etc. 

— Un catalogue illustré de quelques planches 
nous apporte l'annonce de la première vente des 
objets d'art et d'ameublement comprenant la 
succession de M. Caclard. Dirigée par M" l.air- 
Diibreuil et M. ('•. (iuillaurae, cette première vente 
Caclard aura lieu, salle 6, les et 7 février. Sans 
contenir de pièces hors pair, celte réunion d'objets 
très au goût du jour, présente cependant quelques 
numéros dignes de remarque : une pendulette 
en bronze ciselé d'époque Louis XV ; une pendule 
cage en bronze ciselé d'époque Louis XVI; une 
pendule en marbre blanc et bronze, même époque; 
une commode en marqueterie de bois de couleur 
et bronzes d'époque Louis XVI; un secrétaire, à 
abattant, en bois satiné «tbronzeS) portant l'es- 
tampille de (iilbert. même époque, enfin une 
suite de trois tapisseries des Flandres, du 
xviii" siècle, à décor de paysages animés de vola- 
tiles. 

Collection de M. D. . (art musulman). — 

M" Lair-Dubreuil, assisté de M. Hing, dirigera, le 
8 lévrier, salle 10, une vente d'anticjuités et 
d'objets d'art oriental, composant la collection 
de M. D... 

Parmi les anticjuités égyptiennes, notons : 
une t(^te d'Osiris, bronze vert, art thébain; un 
petit épervier, même origine ; une petite sta- 
tuette d'Osiris marchant, en faïence bleue, art 
thébain; un buste de déesse, faïence; une sta- 
tuette de dieu à tète d'Ibis, faïence bleue, art 
thébain; une petite ti'te d'homme, basalte noir, 
art saïle ; — parmi les antiquités grecques et 
romaines : une petite tète de femme, en terre 
cuite ; — parmi les objets d'art musulman : un 
chandelier de cuivre repoussé, à panse concave, 
incrusté d'argent, Egypte ou Syrie, xiv" siècle ; 
un bol, faïence de Rhagès, décor de reflets 
métalliques sur fond blanc. Perse, xiii« siècle; 
un vase,- même faïence, mètne décor. Perse, 
xui* siècle ; enfin, des miniatures persanes des 



écoles du Turkestan, de Hérat et de perse des 
xvc et XVI' siècles. (Cat. illustré). 

Objets d'art de la Chine et du Japon. — Les 

mêmes commissaire-priseur et expert disperse- 
ront, dans la même salle 10, le 9 février, les 
objets d'Extrême-Orient composant la collection 
de M. G... Dans le catalogue illustré, dressé à 
l'occasion de celte vente, nous remarquons : 
parmi les sculptures en bois : une statuette de 
N'iù-o en armure et une petite statuelle de Bodhi- 
salva, d'art japonais du xv» siècle; parmi les 
bronzes : un Manjuscrit assis sur le lion, Chine 
méridionale ; un petit personnage debout, art 
chinois, dynastie des Ming, xiv<-xv« siècles; un 
saint bouddhique debout, art chinois: un autre 
saint bouddhique assis sur un buffle, même art; 
une statuette de femme debout, même art; un 
petit vase en forme de poisson dressé sur sa 
queue, même art; — parmi les laques japonais : 
une boîte, atelier de Koyetsou, en partie du 
XVII' siècle ; une boîte ronde en laque noir, 
décorée de fleurs en or; — parmi les peintures : 
un kakémono, représentant Jiso trônant sur la 
fleur de lotus, d'art bouddhique japonais, xvi* 
siècle ; une peinture sur papier, femme vêtue 
d'une robe verte, art de l'Oukyoyé, xviii« siècle; 

— du côté des estampes: deux portraits d'acteur, 
Sharakou, xviii' siècle ; une Femme debout mar- 
chant, Kyonaga, xviii' siècle ; enfin, la Carpe 
remontant le courant, de Keisai-Yescu, xi\' siècle. 

■Ventes diverses. — Nous empruntons à notre 
confrère la Gazette de rHôtel Drouot l'annonce 
des ventes suivantes : 

— Les 9, 10 et H février, M« H. Baudoin, diri- 
gera la vente des tableaux, objets d'art et d'ameu- 
blement, appartenant à M. le comte de S. H..., 
une figure bien connue du monde diplomatique; 

— le même commissaire-priseur assisté de son 
confrère M* Coulon, dispersera vers le 20 février 
les tableaux el objets d'art composant la seconde 
vente de M. Civialle. 

— Deux autres ventes, sans indication précise 
de date jusqu'à présent, seront également diri- 
gées par M« Baudoin. Tout d'abord, dans les 
premiers jours de mars, la vente de la collection 
d'objets d'art provenant du baron Achille Seil- 
lière, autrefois retirés de la vente de cette 
fameuse collection qui eut lieu en 1890; parmi 
les numéros marquants de cette vente, on parle 
de bronzes italiens de la Renaissance, dont un 



ANCIEN ET MODERNE 



buste d'homme de l'école de Padoue; dos porce- 
laines de Sèvres, dont une garniture à décor œil de 
perdrix à réserves, comprenant deux cache-pots 
etcinq vases; et une commode d'époque Louis XVI; 
— et d'autre part pour le mois de mai, la vente 
de la collection de tableaux modernes de feu 
M. Alexis Rouart. 

— Entre temps, M« Baudoin dirigeraune seconde 
vente Goury du Roslan, comprenant des porce- 
laines de Saxe et de Sèvres et des tapisseries; et 
une vente anonyme de boîtes, objets de vitrine 
et petits tableaux du xvme siècle et du commen- 
cement du xix« siècle. 

— De son côté, M' Lair-Dubreuil, en plus des 
ventes Caclard, D... et G..., dont nous venons de 
parler, dirigera, dans le courant de février, une 
seconde vente l.owengard et deux ventes d'objets 
de vitrine anciens appartenant à M"" B...; et au 
mois de mars la vente d'une collection d'instiu- 
ments de mathématique et d'astronomie anciens 
et d'objets de haute curiosité. 

— Notons encore, parmi les ventes que diri- 
geront les autres commissaires-priseurs : celle 
d'une collection de céramiques anciennes, par 
le ministère de M« Bignon. dans le courant de 
février; celle de la collection de M. Georg(s 
Martini, tableaux et objets d'ail, qui iiura lieu, 
le 20 février, par les soins de M« Midel et de 
M.M. Mannheim et Ferai; enfin. M' Desvouges et 
M. Rahir procéderont à la dispersion de la biblio- 
thèque Lebeuf de Montgermont, qui fera l'objet 
de deux ventes : la première en mars, compre- 
nant les livres modernes; la seconde, en mai, les 
livres anciens, dont la valeur n'est pas loin, 
paraît-il, d'atteindre un million. 

M. N. 

ip ip '^ ifc ift Ifc ip ^ Tp Ift ip 7p 1^ fp j^ i^ yp ff! 1^ lp ff 7^ 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



XIX" exposition internationale des beaux- 
arts de Monaco. — L'année dernière, ici- 
même (I ), on essayait de caractériser brièvement 
l'accord entre ce classique Salon d'hiver et le 
ciel qui l'illumine ; et la musique n'était pas 
oubliée dans cette sélection d'œuvres régulières 
comme l'horizon de la Côte-d'Azur : n'est-ce pas 

(1) Voir le Bulletin des 19 et 26 mars 1910 



elle qui donne le ton, grdce aux meilleurs de nos 
maîtres, MM. Saint-Saëns et Massenet? Les 
Parisiens, heureux d'applaudir non Quichotte. 
hier, l'Ancêtre, aujourd'hui, Thérèse, demain, 
savent que ces chants non moins lumineux sont 
venus à nous en passant par l'Opéra de Monte- 
Carlo. Perpétuels et féconds échanges ! En effet, 
si le Midi grec propose à nos bravos de claires 
partitions françaises, Paris fait ponctuellement 
parvenir plus d'un bon morceau plastique ou 
pittoresque à ce Salon de bon ton. 

Celte année, à défaut de son président, M Bon- 
nat, voici le double envoi de M. Feriier, portrai- 
tiste d'un aimable docteur et du frais sourire de 
M"' Lily Houjon, petite reine ou moderne fée 
dans ce milieu d'élégance. L'amoureux d'art et 
de lumière se garderait hien d'ajouter que la 
composition, trop ambitieusement intitulée par 
M. (iustave Courtois Hercule et Ompliale, a beau- 
coup gagné dans le voy.ige de notre Société 
nationale au rivage emtiaumé par un éternel 
printemps; mais il aime à revoir ici, non loin 
de quelques bluetles posthumes de Bergeret. le 
Hepox viiluplueusemenl assoupi sur de sombres 
coussins par M"" la princesse Gagarine-Slourdza : 
très savourt-ux morceiui de nu, deux fois fémi- 
nin, par la beauté du modèle et par la distincliou 
de l'interprète. Et nous connaissions déjà la 
jeune fniiime obscurément ensoleillée derrière 
une " jalousie » par M. .Iules Triquet, qui semble 
jouer à la fois sur la chose et sur le mol... Les 
discrètes intimités de M. Tony Robert-Fleury, 
comme les petits portraits en blanc majeur, 
chers à M. Jean Patricot, sont des visages de 
connaissance. Nous avions respiré ces tieurs 
aquarellées par M°" Faux-Froidure et retenu 
ces profils de la campagne romaine dessinés par 
M. Jean Corabœuf. 

Comme l'abeille virgilienne que le maître 
Saint-Saëns ranime si poétiquement dans l'An- 
cêtre, un critique a partout mission de choisir; 
mais, ici, la lâche est simplifiée par l'exiguilé 
du parterre lleuri ; 03G numéros catalogués, et 
guère plus de 200 peintures, tout comme aux 
Salons du vieux Louvre explorés par Diderot et 
décrits par Saint-Aubin : n'est-ce pas l'âge d'or 
du salonnier? Cependant, le beau rêve de la 
légende ou de l'histoire ne ressuscite plus en 
celte lumière antique : Shakespeare et Wagner, 
sous les pâles apparences d'Ophélie ou des Filles 
du Rhin, ne hantent que M. Gaston Bussière ; 
VAphrodite, de M. Henry Farré, n'est qu'un 
portrait de M"" Régina Itadel ; la Coquetterie 



38 



LE BULLETIN DE L'ART 



n'inspire ni M. Zwiller, ni M. (;uétin; mais ceux 
qui ne préfèrent pas encore les fièvres de l'im- 
pressionnisme aux joies du Uni remarqueront le 
nu de M. Kochegrosse et la Pierrette de M. Kondel. 
Laissant aujourd'hui M. Maurice Orange suivre 
l'épopée napoléonienne de l'Egypte en Espagne, 
M. Henry Jacquier colore simplement un Spahi 
en tirailleur, et M. Tattegrain reste fidèle à la 
brume du Nord où se débattent les loups de mer. 
Ici comme ailleurs, l'anecdote l'emporte; et la 
modernité se confond avec le portrait : témoin 
la Femme au chapeau, de M"" Louise Abbéma, 
voisine de la Jeune fille au voile bleu, de M. Wil- 
liam Ablett; portraitiste aussi, M. Henri Mettez 
fait honneurà son nom; moins sévère que M.Jean 
Roque. M. Maurice rtriin se souvient des roses en 
présence de Jf"'^ Fernand Depas. 

Ici comme partout, c'est le portrait de la nature 
qui domine ; et la bravoure de M. Raymond Allègre 
persévère à décrire finement Venise ou Menton; 
MM. Noirot, Jobannès Son, Gaston Roullet l'ont 
rencontré sur le saphir verdi des lagunes ; 
MM. Nardi, Paulin Bertrand, Montenard, Aublet, 
Théo Mayan partagent son inclination pour la 
splendeur poudreuse des oliviers provençaux. 
M. Marché descend jusqu'en Algérie; M. Albert 
Girard décrit le palais romain des Césars; et 
passionné désormais pour l'italienne limpidité 
du paysage corse, M. Gaston Guignard a senti le 
poème aérien d'un Lever de lune sur l'étang de 
Biguglia. Plus rare que le sentiment, le style 
appartient à M. Léon Cabié, portraitiste éloquent 
du Chêne vert sous la neige. Un peintre anglais 
des Dunes, M. Hugues Stanton, aquarelle avec 
brio les rouges remparts cVAlbi; le chanteur Max 
Bouvet peint la llore méridionale; et fertile en 
noms appréciés, le chapitre du paysage se 
prolonge en une longue suite d'eaux-fortes en 
couleurs, i\\\\ rivalisent avec les pastels des vir- 
tuoses, MM. Chabanian et Pizella. 

Toujours peu nombreuse, mais intelligemment 
distribuée par M. Marins Jacquier, la statuaire 
offre au souvenir les fantaisies de M. Denys Puech, 
la Voluptf de M. Félix Charpentier, la Bacchante 
de M. Laoust, un ivoire de M. Jean Camus, un 
petit l.ron/e de M. Halou, des bustes espagnols de 
M. Juan Clara. Dans cette lumière posée sur une 
Brise de mai, de M. Gustave .Michel, comme on 
comprend mieux que la Grèce ait été la patrie 
des sculpteurs ! 

R. B. 



NOTES & DOCUMENTS 



L' « Apollon » de Cherchell. 

On connaît son histoire. 
L'an passé, un colon de Cherchell, M. Félicien, 
en bêchant sa terre, découvrait, enfouis dans 
l'enceinte d'une maçonnerie romaine, les mor- 
ceaux au complet d'une statue de marbre, plus 
grande que nature, en merveilleux état de con- 
servation, que l'on ne tarda pas à idenlitier : 
c'était un Apollon de l'école de Phidias, un ori- 
ginal peut-être, en tous cas une réplique pleine 
de maîtrise. 

Le colon, alléché par les offres de quelques 
antiquaires, refusa de vendre sa statue aux repré- 
sentants des musées nationaux, ou du moins il 
en demanda un tel prix que les acheteurs ofticiels 
se retirèrent désappointés. 

Ils eurent bientôt leur revanche : l'adminis- 
tration des Beaux-Arts eut l'idée de vérifier les 
droits de 1' « inventeur » de l'Apollon et reconnut 
que la propriété de M. Félicien était d'origine 
domaniale, comme lui ayant été jadis concédée 
gratuitement par le service de la colonisation. 
Le Conseil d'État consulté opina dans ce sens, 
et la statue, réclamée par l'État, est en ce moment 
sous séquestre, en attendant que la justice se 
prononce et que ses conclusions gagnent, comme 
il est probable, au musée du Louvre une œuvre 
des plus remarquables. 

A propos de la valeur archéologique de la 
statue, un des collaborateurs de la Revue l<>s plus 
qualiliés en l'espèce, ayant eu l'occasion de voir 
V Apollon de Cherchell, a bien voulu préciser, à 
l'intention de nos lecteurs, ce que n'ont fait 
qu'indiquer les journaux : 

(. Cette précieuse statue, nous a-t-il dit, appar- 
tint aux collections du roi de Maurétanie Juba, 
dont on connaît le goût pour les sculptures 
antiques et particulièrement pour les œuvres 
encore teintées d'archaïsme : on a déjà recueilli 
dans les fouilles de Cherchell un certain nombre 
de sculptures de même provenance, qui, réunies 
au musée de la ville, lui donnent un rang très 
honorable parmi le« ualcHes de sculptures an- 
ciennes. 

.. L'Apollon est une réplique, plus complète et 

mieux conservée, de VApollon du musée des 

Thermes, à Rome, retrouvé dans le Tibre, il y a 

I quelques années. Il ne lui manque guère que 



ANCIEN ET MODERNE 



39 



Textrémité des bras. Il est frais, poli, luisant, et 
il a gardé tous les accessoires, arbre, serpent, 
carquois, dont le goût romain l'avait attifé. 

» Je l'aimerais mieux, pour ma part, moins 
blanc et dégagé de ces insignes. Mais ce n'en est 
pas moins la reproduction (malheureusement 
embellie par des artistes et par des amateurs au 
goût un peu « rococo ») d'un original du début 
du V» siècle, que quelques archéologues ont cru 
pouvoir attribuer à Phidias. 

» La pièce est donc intéressante, très impor- 
tante même; elle ne prendra pas place, comme 
on l'a dit, parmi les chefs-d'œuvre de l'art 
antique; mais elle possède une grande valeur 
archéologique; elle est aussi d'une réelle beauté, 
sévère et fine tout ensemble; et il est très dési- 
rable qu'elle entre un jour au Louvre ». 

CORRESPONDANCE 



A propos de l'Exposition d'art musulman 
de Munich. 

A la suite des articles de M. Gustave Mendel 
parus dans la Revue de septembre et octobre 
derniers sur l'Exposition d'art musulman de 
Munich, M. le D'' Ernest Kiihnel, qui était chargé 
de la rédaction du catalogue pour la section des 
miniatures de cette exposition, nous demande 
l'insertion de la lettre suivante, que nous pu- 
blions volontiers. 



6 janvier 1911. 



Monsieur le Directeur, 



Dans son second article sur l'Exposition des arts 
musulmans de Munich (n° 164 de la Heviie de l'art 
ancien et moderne), M. Gustave Mendel m'a adressé 
quelques reproches que je n'aimerais guère laisser 
sans réponse, si votre aimable hospitalité veut bien 
l'admettre. 

M. Mendel dit d'abord que j'ai attribué, avec une 
« audacieuse sérénité », au xvii* siècle des miniatures 
" que tous les connaisseurs s'accordent à placer au 
XV » ; puis se demande pourquoi mes « principales 
victimes » se trouvent être des collectionneurs étran- 
gers, et enfin ne peut croire « que le D' Martin ait 
donné son assentiment » à certaines dates imposées 
par moi. 

La dernière remarque est tout à fait juste; car il 
n'a jamais fallu l'assentiment de M. Martin pour 
aucune des. attributions faites par les collaborateurs 



au catalogue; de sorte que je suis tout seul respon- 
sable en ce qui concerne les miniatures, y compris 
celles de la collection de M. Martin lui-même. 

Quant à " l'audacieuse sérénité », s'il y en avait, elle 
était parfois dictée par les circonstances, trop notoires 
dans n'importe quelle exposition de ce genre pour 
qu'on en parle ici. Je dirai seulement que les indica- 
tions des propriétaires étaient presque toujours ou 
insulhsantes ou fausses, mais dans tous les cas con- 
tradictoires et pour la plupart inutilisables dans un 
catalogue qui ne tenait nullement à satisfaire des 
vanité.s d'auiateur et des intérêts commerciaux. 

D'ailleurs, les miniatures dont parle M. Mendel 
n'avaient jamais été attribuées auparavant, d'une 
manière argumentée, ni au xv, ni au xvif siècle. 
Tout en révélant des réminiscences tiniourides, elles 
portent, dans la conception des détails, dans l'attitude 
des personnages, et surtout dans l'exécution tech- 
nique, toutes les caractéristiques de l'époque de Chah 
Abbas, à laquelle elles doivent avoir été peintes sous 
l'inspiration d'œuvres de style mongol. L'exemple 
du Prisonnier |,dit n Tamerlan ») de M. Doucet, cer- 
tainement antérieur à Behzad, et de celui de M. Koe- 
chlin, répétant plus tard le même sujet, est typique à 
cet égard. C'est un problème sur lequel ne sont point 
d'accord « tous les connaisseurs », mais dont la dis- 
cussion n'a même pas commencé. 

Si M. Mendel s'était donné la peine de comparer à 
ces feuilles celles que j'ai attribuées moi-même au 
xv siècle (notamment parmi les envois du musée 
des Arts décoratifs, de MM. Doucet, Ducoté, Bour- 
geois, Jeuniette, de Goloubew, Martin — tous étran- 
gers, — et de M. Schulz — seul Allemand), il aurait 
peut-être mieux compris mon point de vue et ne se 
serait certainement pas permis la petite insinuation 
de chauvinisme qui lui a échappé, et que je ne crois 
pas devoir prendre au sérieux. 

Veuillez agréer, etc. 

Ernest Kûhnel. 



Notre collaborateur, auquel nous avons trans- 
mis la lettre du D' Kiihnel, nous adresse en 
réponse la note suivante : 

M. le D' Kiihnel a eu, je n'en ai jamais douté, 
d'autres raisons que des raisons patriotiques d'attri- 
buer à certaines miniaturKS la date qu'il leur a 
donnée. J'ignorais ces raisons, au moment où j'ai 
écrit les lignes dont il s'est offensé et ne pouvais les 
discuter. Mais puisqu'il y avait là « un problème sur 
lequel ne sont pas d'accord tous les connaisseurs », 
un problème « dont la discussion n'a même pas com- 
mencé », puisque la forme du catalogue ne permettait 
pas à l'auteur de s'en expliquer, c'était un devoir 
élémentaire de justice et de courtoisie à l'égard de 
ceux qui avaient contribué par leurs envois au succès 
de l'exposition, de mentionner la date traditionnelle 
à côté de la date nouvelle qu'on préférait et qu'on 
n'avait pas la place de justifier. Il est regrettable 



iO 



LE ItILI.KTIN DK L'AHT 



qu'on n'ait pas senti ot qu'un ne sente pas encore à 
Berlin ce qu'avaient de déplaisant ces exécutions 
sommaires et non motivées. l'Iusieurs personnes en 
ont été blessées, qui — je puis l'assurer à M. le 
D' Kûlinel — n'étaient ni des coniuierçants cupides 
ni des amateurs perdus de vanité. J'en ai été blessé 
comme elles et je l'ai dit. 

(JUSTAVE MkNDEL. 

#< "f"^ 'f"5Ë"f"t "^ "^ ^ -^ 'f"t"5î? "^ "^ *!• ^ "f** 

LES REVUES 



Belgique 

L'Art flamand et hollandais (décembre). — Us 
Mtjstères et les (iris plitsli(/ues (fin), par Jacques 
Mksml. — L'art italien et la production des « retables 
guignols » : les retables disparaissent quand on des- 
cend vers le sud ; eu revanche on voit paraître un 
nouveau groupe d'oeuvres analogues au point de vue 
de l'inspiration : les cr.èches, les sépulcres à person- 
nages. Étude de ceu.t de Guido Mazzoni et Antonio 
Begarelli (,\v-.\vi' siècles; ; leurs relations avec l'art 
théâtral (fig.). 

— I.e peintre Muncrulan. par J. 0. Kkosio. — 
J. Mancadan, paysagiste hollandais du xvii* siècle, 
est un de ces peintres dont, malgré les recherches 
dans les archives, ou nu encore trouvé le nom que 
sur ses tableaux. Liste des œuvres de cet artiste fort 
estimé au xviii* siècle il'auleur en reproduit trois). 

— A propos de l'Ejpusitiun du travail à domicile 
en Soroège, organisée à Harlem, par II. Fbls. — 
Objets d'art populaire, meubles, tapis, céramiques, 
etc. 

Les Arts anciens de Flandres ;t. IV, fuse. 4). — 
Les r/randes œiicres d'arl inédile.t, par Arnolil (ioKKix_ 
— A propos de l'Adoration des Mui/es de Hugo van 
der Goes, récemment découverte à .Moiitlorte, 
étudiée et reproduite dans le dernier numéro de la 
Iteoiie. par M. Emile liertaux (pi ). 

— Fin de l'étude de Al. S.iXUKK I'iehho.n sur les 
Musluert: Gillis Mustaert et son (ils ipi.). 

— Solive liistorii/ue el bioijrapliiifue des principaux 
artistes flamands (/ui travailièrenl à Séville depuis le 
AT/" siècle jusqu'à la fin du .Vl///- (suite), par 
J.^liissruso V Pehkz. — Cet arlicle est consacré à 
Gil Kernandez, Juan Uiaz, Arnao, Juau Kuiies, Juun 
Baulista. — L'auteur étudie ensuite i|uelqiies tableaux 
llamands signés existant aSéville.dont l'un est l'cuuvre 
de Martin de Vus (un Jugement dernier, signe et d^té 
15*0). — H parle ensuite de « quelques artistes indus- 
triels qui résidèrent a Séville » (pL). 

Italie 

L'Arte (septembre-octobre). — Diverses œuvres 
d'arl rappelées par les dessins du musée Steedel, par 



Gustavo Khiz/oni. — A propos des 4' et 5* fascicules 
de la publication des dessins de maiires anciens con- 
servés au musée Sla'del, à Francfort, par S«arzenski. 
Étude critique, avec reproductions, dessins d'Alt- 
dorfer, de Boucher (ou plutôt d'un de ses élèves), de 
B. Pinturicchio (précédemment attribué à Raphai-I), 
de A. van Ostade, de Rembrandt, de Vcruieer de 
Delft, de Sobald Deham. de II. Siiss von Kuimbacb 
(et non de Diirer, comme on l'a cru à tort), de Rallael- 
lino de Capponi (et non de F. Lippi. qui est une 
attribution non justifiée), de G B. Mola. de Dirk 
Bouts, de Van Ujck, de E. van de Velde, etc. Rap- 
prochements avec d'autres dessins et avec des pein- 
tures (fig.). 

— Les fresyues de S. M. di Vezzolano el la peinture 
piémonlaise du trecenlo, par Lisetta Motta Cmccio. 
— Description des décorations de cette église du xii* 
siècle, près Castelnuovo d'Asti; elles datent de l.'J54 
environ et semblent plutôt rappeler un essai de pein- 
ture locale qu'une œuvre d'art exécutée par un 
peintre de l'Italie centrale de passage dans le pa.vs. 
A ce propos, l'auteur examine diverses autres produc- 
tions de la peinture piémontaise conteiiiporaine de 
ces fresques à San Uoinenico de Turin, à Piobesi 
Torinese, etc. (fig ). 

— La miniature ferraraise dans le fonds urbinate 
de la Valicane, par 1*. d'ANCo.XA. — Catalogue des- 
criptif et examen des manuscrits à miniatures de ce 
luuds célèbre, provenant de Federigo da Montefellro 
ou d'Lrbino ifig.). 

— l'ietro el Lorenzo Luzzo, et Morto da Feltre, par 
Lionello Vhniuhi. — L'auteur propose d'identifier le 
peintre connu sous le nom de « Morto, pitture da 
Feltre » et cité par Vasari, avec Pietro Luzze de 
F'eltre, collaborateur de Giorgione. Élude de la vie et 
des œuvres de cet artiste, qu'il faut distinguer d'avec 
uu certain Lorenzo Luzzo, meutionné a la uiéme 
époque En appendice, examen des diverses solutions 
proposées sur le problème du « Morlo » el des œuvres 
à lui attribuées sans fondement ,fig ). 

— Miscellunea : sur Arcangelo di Cola da Came- 
rino, par A. VtNTUiii, et diptyque de cet artiste dans 
la Collection de .Mrs. Longland, à Londres fig.); — 
l'orlruil de femme de Lorenzo Lollo, par V. Bek.nakdi, 
appartenant uu comte Uino Secco Guardi; sorte de 
première pensée du portrait de la galerie Carrara, à 
Bergiime (fig.) ; — un tableau de Cliiodarolo dans 
l'i'yiise de S. \icola in Curcere, à Home, par A. Cola- 
?A.\Ti : une Ascension, due à ce peintre ferrarais du 
xv siècle jfig ); — les Sculptures des sarcophages de 
t'rancesco et de Sera Sasselli à la Trini'é de Flo- 
rence, par A. VïNTi'Hi : attribution a Berloldo di 
Giovaoui (fig.). 



Le Gérant : H. Denis. 



KwM. — lup. Umtku Hetil, H, me Uadot-d«-H>uroi 



Numéro 491. 



Samedi 11 Février 1911 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIKN ET MODERNE 



De l'Hôtel Biron 

à la Maison des Musiciens 



Pendant qu'on tergiverse autour de Thôtel 
Biron, que la Commission du budget iiésite et 
marchande, que la Ville de Paris continue de se 
tenir à l'écart et paraît se soucier aussi peu de 
l'existence de cet éditîce et de ses jardins que 
s'ils étaient situés aux antipodes, une ville de 
province montre plus de décision et plus de goût. 

Il est vrai qu'il s'agit de Reims, cité riche en 
merveilles et (ière de ses richesses, prête à les 
défendre, ingénieuse à les mettre en valeur; où 
s'est fondée, voilà tantôt deux ans, une Société 
des amis du vieux Reims (t), qui compte à l'heure 
actuelle près de trois cents adhérents et dont les 
efforts persévérants viennent de trouver une 
éclatante occasion de se manifester. 

Il y a quelques jours, à la récente assemblée 
générale, M. Hugues Krafft, le dévoué président 
de la Société, annonçait aux Amis du vieux Reims 
un événement prochain, bien fait pour consacrer 
l'utilité et la raison d'être de leur groupement, 
et cet événement, c'est « la sauvegarde totale de 
la célèbre Maison des Musiciens, sauvegarde qui 
deviendra définitive par l'acquisition que la ville 
de Reims va pouvoir faire de la seconde partie 
de cet édifice ». 

On sait que cette charmante demeure du xui^ 
siècle, décorée sur sa façade de cinq statues de 
musiciens qui lui donnent son nom, fut jadis 
menacée de quitter Reims et la France : un 
Américain se proposait simplement de l'acheter, 
de la démonter pierre par pierre et de la recon- 
stituer pour son usage personnel dans quelque 
ville d'outremer. Elle ne dut son salut qu'à une 
singularité de son existence : à ce fait qu'elle 
appartenait à deux propriétaires, lesquels ne 
purent arriver à se mettre d'accord. 

(1) Voir le RuUelin, n" 416. 



L'alerte avait été si chaude qu'on se préoccupa 
d'en empêcher la récidive. Une souscription fut 
ouverte en 1908, sur l'initiative de l'.Xcadémie de 
Reims et la ville put acquérir une des deux par- 
ties de cette maison liistorique (1). 

Les Amis du vieux Reims viennent d'achever 
heureusement l'œuvre commencée il y a cinq 
ans, et grâce aux négociations reprises et pour- 
suivies personnellement par M. Krafft, la ville 
de Reims va bientôt devenir propriétaire de la 
Maison des Musiciens toute entière. L'Ktat ayant 
consenti à participer à la dépense, le Conseil 
municipal ayant voté une importante contribu- 
tion, l'Académie de Reims ayant versé le reliquat 
des sommes recueillies lors de la première sou- 
scription, il ne restait plus qu'à parfaire le mon- 
tant du prix demandé : là encore, les Amis du 
vieux Reims se sont mis en campagne et, partie 
par des prélèvements sur les fonds de la Société, 
partie par des dons généreusement faits pour la 
circonstance, ils ont mené à bien une œuvre de 
sauvegarde qui demeurera exemplaire. 

Hélas ! qu'il y a loin de l'hôtel Biron à la Maison 

des Musiciens... 

E D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 4 février). 
— M. Arthur Stockdale Cope, de la Hoyal Academy 
de Londres, a été élu correspondant de la section de 
peinture en remplacement de M. Kroyer, de Copen- 
hague, décédé. 

— L'Académie a désigné comme sujets pour les 
concours Roux à décerner en 1911 : 

Peinture : la Guerre. 

Sculpture : l'Hiver. 

Architecture : un Grand casino de bains de mer. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 'J février). — M. Héron de Villefosse ht un 

1) Sur cette afLiire, voir le llullelin, n" 259, 6 mars 
190.5, p. 137. 



42 



LE BULLETIN DE L'ART 



rapport de M. F.-P. Thiers sur les recherches enlrr- 
priiies par lui, an octobre 1910, dans le voisinage de 
Ca»tpl-Roniisillon sur remplacement de l'antique clic 
de Ruscino. 

Il n exhumé des fragments d'une trentaine d'iii- 
scriplions votives provenant toutes du forum et 
fournissant des renseignements précieux sur l'or- 
ganisation de cette petite colonie de droit latin. 

— M. Philippe Berger communique une note dans 
laquelle le docteur A. Vcrcoutre appelle l'attention de 
l'Académie sur d'intéressants exemples, non encore 
signalés, de souvenirs puniques conservés dan» 
l'Afrique du nord. 

En examinant les poteries kabyles, poteries qui 
n'avaient jamais été étudiées sérieusement jusqu'ici, 
M. Vercoutre a constaté que, aujourd'hui encore, elles 
sont ornées de dessins au trait, en roufie et noir, d'un 
caractère archa'ique, parmi lesquels apparaît avec 
netteté, et souvent comme décoration principale, le 
symbole triangulaire dit de Tanit, pourvu d'un ren- , 
llement céphalique et accosté de deux bras écartés, 
les mains ouvertes. 

— M. Salomon Heinach étudie les deux épisodes 
connus de la légende de Marsyas, le Silène phrygien, 
qui ont été fréquemment représentés par les artistes. 

Dans le premier, Marsyas découvre et ramasse la 
double flûte qu'Athéna a jetée de dépit, parce quelle 
a remarqué que l'usage de cet instrument déformait 
l'ovale de ses joues. Cette histoire est relativement 
récente. C'est une tentative pour concilier deux tradi- 
tions dont l'une attribuait l'invention de la flûte à 
Marsyas, l'autre à Athéna. Le mérite de l'invention 
fut laissé à la déesse ; Marsyas se contenta de 
celui d'une trouvaille qui devait, du reste, lui porter 
malheur. 

Le second épisode est celui du supplice de Marsyas, 
écorché par Apollon à la suite d'un concours musical 
où le dieu cilharède l'emporta sur le Silène flûtiste. 
La peau de Marsyas était exposée comme une relique 
àCélènes en l'hrygie ; elle frémissait aux sons de la 
(lûte. 

L'Hôtel Biron. — La comuiissi(rn du budget a 
examiné les nouvelles propositions du gouvernement 
concernant l'acquisition de l'hôtel Hiron. 

Elle a accepté de distraire du domaine, dont l'achat 
avait été décidé par la loi du 16 avril 1910, une cer- 
taine étendue de terrain à lotir au mieux des inté- 
rêts de la liquidation. L'engagement de dépense 
consenti sera ramené de 8 millions 500,000 francs à 
6 millions. 

La commission a chargé le rapporteur général de 
se mettre d'accord avec le gouvernement sur l'utili- 
sation qui devra ftro faite de Ihotel Hiron, de ses 
dépendances et des jardins à la française. 

Au Cbamp-de-Mars. — Au milieu des nouveaux 
jardins du Champ-de-Mars, un vaste espace libre n 



été réservé où l'on avait songé d'abord à mettre une 
pièce d'eau, ce qui était une excellente idée. Mais on 
a pensé 'disent avec candeur les Journaux quotidien*) 
'I qu'un monument bas s'harmoniserait mieux avec le 
fond du parc formé par la belle façade de l'Ecole 
militaire bdtie par Gabriel », et la Ville va ouvrir un 
concours entre architectes et sculpteurs, en vue de 
cette décoration. Le programme est inquiétant, car 
il tient dans cet article unique : " La plus grande 
liberté sera laissée aux concurents ». 

Pauvre Champ-de-Mars I Pauvre Gabriel! Et pau- 
vres de nous... 

Les surélévations dans Paris. — Le propriétaire 
d'un hôtel voisin de la place de l'Etoile, qui avait 
outrepassé les hauteurs permises pour la construc- 
tion des immeubles aux environs de l'Arc-de-Triomphe 
et qui avait été condamné en 1907, par le Conseil de 
préfecture de la Seine, à démolir la partie surélevée, 
vient de se pourvoir coi.lrc cet arrêté devant le 
Conseil d'Etat. 

Monuments historiques. — L'église de Paimpaul- 
Guimiliau (Finistère) vient d'être classée comme 
monument historique. Cet édifice, bon spécimen de 
l'architecture en Bretagne aux xvi* et xvii* siècles, 
est orné de sculptures sur bois, nombreuses et de 
bonne sorte: retable, baldaquin des fonts baptismaux, 
chaire, buUet d'orgue, etc.; il possède également une- 
belle mise au tombeau, signée Anthoine. et il forme, 
avec les deux remaniuables calvaires et la chapelle 
ossuaire qui l'avoisinent, un ensemble des plus inté- 
ressants. 

— Est également classée parmi les monuments 
historiques, l'église de Courtenay (Loiret), cl ce, mal- 
gré le vote du Con.seil municipal de l'endroit, qui 
s'opposait au classement. 

A Athènes. — Un concours international est 
ouvert pour la construction d'un palais de justice à 
élever à Athènes. Un crédit de quatre millions de 
drachmes est prévu pour les travaux. Les projets dé- 
taillés, accompagnés des éludes et des ménmires exi- 
gés par le programme, devront être remis à la section 
d'architecture du service central des travaux publics, 
au ministère de l'intérieur de Grèce, le 8,21 août 1911. 
Le jury sera nouuné le lendemain et devra prononcer 
.son jugement dans les deux mois qui suivront sa 
nomination. 

Deux projets seront primés : l'auteur du premier 
recevra une récompense de 20.000 drachmes; l'auteur 
du second, une somme de 8.000 drachmes. 

La légation de Grèce en France tient le programme 
détaillé à la disposition des intéressés. 

A Rome. — Un industriel allemand a fait donation 
de 500.000 marks pour l'achat d'un terrain, près la 
villa Torlonia, et la construction d'un édifice qui 
servira de demeure aux jeunes artistes allemands. 



ANCIEN KT MODERNE 



43 



— On vient d'ouvrir à la galerie Corsinl une expo- 
sition temporaire de gravures et de dessins anciens qui 
représentent tous des paysages. L'usage s'est mainte- 
nant établi en Italie de ces expositions partielles des 
collections de l'Etat; il permet de faire connaître ou 
grand public, en les groupant clairement, les trésors 
possédés par les cabinets d'estampes, tout en tenant 
habituellement dessins et gravures en cartons, où ils 
n'ont pas à souffrir de la lumière. — L. G. 

A Newr-York. — M. Frank Weitenkampf, con- 
servateur du cabinet des estampes de la Bibliothèque 
publique de New- York, vient d'organiser à l'aide des 
riches collections d'estampes du fonds S. P. A very, une 
exposition qui obtient beaucoup de succès. Elle a 
pour titre : Paris in elcltiiig, et présente une série 
remarquable de gravures reproduisant des aspects 
parisiens. 

Meryon y occupe une place d'honneur, entouré de 
Félix Buhot, de H. Guérard, de Bracquemond, de 
L. Flauieng et de Lepère. On trouve encore Fr. Simon, 
artiste originaire de Bohême, mais parisien d'adop- 
tion, et l'Américain Lester G. Hornby. Rochcbrune, 
Péquégnot, Delauney, Brunet-Debaines, Toussaint, 
Jacquemart, H. Osgood, C. Warner, Martial condui- 
sent le visiteur dans les divers quartiers de la capitale 
et montrent les aspects variés de la vie parisienne. 
Lalanne retrace les scènes de la guerre de 1870-71 ; 
et l'on a exposé une vue du Pont-Neuf au xvii* siècle. 



par Cullut, qui contraste avec les vues dos quaia de 
Béjot, Laing, etc. 

Nécrologie. — Le vicomte Al/'red-l'uul-.Marie de 
lliclieinont, artiste peintre, membre de la Société des 
artistes français, est mort le 28 janvier à l'âge de 
.13 an.s. Né à Paris, élève de DouMIard, Bin et Albert 
Maiguan, il se lit une réputation louinie peintre de 
sujets historiques, légendaires et surtout religieux. De 
cet artiste, dont le mutée du Luxembourg possède les 
Crêpes (19011, on peut citer ie iiét;« (d'après le roman 
de Zola, 18901, les Moines servis par des anges {i$9i), 
l'Encens (1900), la Charité de sainl Vves (1903), etc. 
Il avait obtenu les récompenses suivantes: ment, 
bon. 1884; mcd. 3" classe, en 1886; méd. de bronze 
en 1889 (Exp. unlv.); méd. 1" classe, 1890; méd. 
d'or en 1900 (Exp. univ.); il était chevalier de lii 
Légion d'honneur depuis 1894. 

— Mlle Jane Mirman, qui a été victime, le 7 février, 
d'un si uialheureux accident, était une habituée du 
Salon des artistes français; élève de M"' Ouvivier et 
de M. Thomas, elle exposait à la section de gravure 
et avait obtenu une mention honorable en 1891 pour 
une de ses gravures sur bois. 

— Gustave Serrurier, l'un des artistes belges qui 
ont contribué avec le plus de talent et de goût au 
développement de l'art moderne par des créations de 
meubles et objets de toutes sortes, est mort à Liège, 
âgé de â2 ans. 



t 1JO q « > » < ■ 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Vente de la collection Roger 
Portalis (dessins, estampes). — Faite les 2 et 
3 février, par les soins de M« Lair»Dubreuil et de 
M. L. Delteil, elle a produit 415.623 francs. 

Peu d'enchères notables. Le plus gros prix de 
la vente a été obtenu par le ii° 139 : six dessins 
de Le Prince, Groupes de /igures, adjugés 5.000 fr. 
.Notons encore : 121. Cl. Hoin. l'ortrait de femme, 
pastel, l.OSO fr. — 151. Mongin, Le Parc, gouache, 
1 .800 fr. 

Vente de tableaux et objets d'art. — Dans 

une vacation dirigée, salle il, le 2 février, par 
M« André Couturier et M. Guillaume, et dont le 
total s'est élevé à 19.834 francs, se trouvait, sous 



le n" 1, un Portrait pi-ésumé de Louis XVI par 
Uuplessis. Adjugé 8.000 fr. à la vente d'Ilautpoul. 
en 1908, ce tableau a réalisé juste la moitié de 
ce prix, soit 4.000 fr., à la présente vente, où 
nous ne trouvons guère à signaler que les 1.350 fr. 
obtenus par un autre tableau de l'école française 
du xvni» siècle. Portrait de M"' DepUle. 

— Dans Une autre vente faite, le 2 février, 
salle 5, par le ministère de M» Coulon et de 
M. KIotz,, une pendule d'époque Louis XVf, en 
bronze ciselé et doré, ornée d'un groupe : Bac- 
chante et amour, a réalisé B.Î'aO fr. 

— Le 4 février, .\1« Lair-Dubreuil, assisté de 
M. Haro, a dirigé une vacation anonyme com- 
posée de tableaux anciens des diverses écoles, 
qui a produit un total de 38.802 francs. 

Le plus gros prix a été atteint par une décora- 



44 



LE BULLETIN DE L'ART 



tion en quatre panneaux, figurant les Quatre âges, 
de l'école française, qui a réalisé 3.440 fr. sur la 
demande de 4.000. Notons encore : École de 
(iiotto. La Vierge et l'Enfant, 2.400 fr. — École 
de Drouais. Portrait présumé de M""' Favart^ 
1.960 fr. — Attribué à Lépicié. Le Petit espiègle, 
1.700 fr. 

Ventes annoncées. — A Paris. — M« H. Hé- 

guin assisté de M. Caillot, dirigera, salie H, le 
■22 février, une vente de faïences et porcelaines 
anciennes, parmi lesquelles on remarquera en 
particulier une paire de potiches en Delft doré 
et de beaux plats en Rouen. En dehors des caté- 
gories céramiques, celte vente comprend des 
tapisseries anciennes. 

— Aux ventes que nous avons déjà annon- 
cées dans notre dernière chronique, il convient 
d'en ajouter d'autres, dont les dates sont dès à 
présent fixées. 

Les 3 et 4 mars, M" Lair-iJubreuil, assisté de 
MM. Mannheim, Paulme et Lasquin, procédera 
à la seconde vente Lowengard, comprenant les 
objets d'art et de haute curiosité qui font partie 
de la succession de l'antiquaire parisien. 

— Lavented'objets du mrraegenre, comprenant 
une curieuse réunion d'instruments de mathéma- 
thiques et que M» Lair-Dubreuil et M. Léman 
dirigeront en mars, comme nous l'avons déjà 
indiqué, est celle de la collection de M. Roussel. 

— C'est le 9 mars qu'aura lieu, à la galerie 
(ieorges Petit, par les soins de M" Baudoin et de 
MM. Mannheim et Jules Ferai, la vente Seillière 
dont nous avons déjà signalé l'intérêt ; et c'est 
du 1.3 au 16 mars, salles 9 et 10, que le même 
commissaire-priseur assisté de MM. Mannheim, 
dirigera la vente de la collection de feu 
M. Goury du Roslan, comprenant des porcelaines 
de Chine, Sèvres et Saxe, des bronzes, des 
meubles et surtout des tapisseries des xvi«, xvii" 
et xviii» siècles. 

— M" Henri Baudoin et MM. Mannheim et Ferai 
procéderont à deux ventes anonymes, qui auront 
lieu à peu de jours d'intervalle : la première, 
le 20 mars, salle 6; la seconde, les 27 et 28 mars, 
même salle, et qui comprendront l'une et l'autre 
des objets d'art et d'ameublement ainsi i|ue des 
tableaux anciens. 

— Le 3 avril, une vacation du même genre 
sera dirigée, salle 6, par M* Lair-Dubreuil et 
MM. Paulme et Lasquin. 

— Donnons maintenant quelques détails sur 



l'importante série de vacations que va nécessiter 
la dispersion des collections Alexis Rouart. Cette 
vente sera dirigée par M« Baudoin, assisté de 
MM. Mannheim pour les objets d'art et d'ameu- 
blement, de M""« Langweil pour les curiosités 
chinoises ou japonaises, et de MM. Chaîne et 
Simonson pour les tableaux. 

L'ordre des vacations sera le suivant : du l-^'au 
4 mai, objets de la Chine et du Japon, porce- 
laines, bronzes, émaux cloisonnés, pierres dures, 
laques, ivoires, gardes de sabres; du 8 au 10 mai, 
tableaux et dessins, en majeure partie de l'école 
française du xix« siècle, en particulier des 
(l'uvres de Degas; les 12 et 13 mai, meubles, 
objets d'art européens, miniatures persanes. 

Cette première vente sera complétée par celle 
de la bibliothèque Alexis Rouart, livres moder- 
nes, éditions de luxe, reliures, qui sera dirigée 
par l'expert Cornuau, à une date non encore 
lixée, vers la lin de mai. 

— D'autre part, les 16 et 17 mai. M» Henri Bau- 
doin et MM. Mannheim procéderont, salle 6, à 
la vente de la collection de M. X... (objets d'art 
et d'ameublement du xviii» siècle). 

— Enlin le 9 juin, galerie Georges Petit, la 
vente des tableaux anciens des écoles anglaise et 
hollandaise provenant de la collection Maurice 
Kaun aura lieu par le ministère de M" Lair- 
Dubreuil et Baudoin, assistés de M. J. Ferai. 

A Berlin. — Collections Lanna. — La seconde 
partie de la collection d'objets d'art et de haute 
curiosité de feu le baron Von Lanna, de Prague, 
fera l'objet d'une vente qui aura lieu à Berlin 
chez Lepké, le 21 mars et jours suivants. 

lin catalogue illustré, préfacé par le D'' Bode, 
donnera la meilleure idée de cette réunion 
d'objets parmi lesquels on remarquera les 
séries de petites sculptures : médailles en bois, 
pierres de Munich, ivoires et nacres; plaquettes 
en bronze; fa'iences italiennes et hispano-mau- 
resques. 

M. N. 

ESTAMPES 

A Paris. — 'Vente de lithographies. — 
M» A. Desvouges et M. Loys Delteil vendront, le 
14 février, salle 7, une importante réunion de 
lithographies, ne comprenant que des œuvres 
d'Honoré Daumier et de H. de Toulouse-Lautrec. 

L'œuvre de Daumier compte 134 numéros, 
parmi lesquels un bon nombre en épreuves avant 
lettre ou en états non décrits. Citons la série des 



ANCIEN ET MODERNE 



4b 



Chemins de fer; la Loge (seule épreuve connue), 
la Rue Transnonain, Avocats et plaideurs, la série 
des Bons Bourgeois, Actualités, etc. 

Toulouse-Lautrec occupe le reste du catalogue : 
n<" 135-216, avec plusieurs épreuves en états 
remarquables : la Clownesse, Marcelle Lender en 
buste, la Viennoise (en couleurs), Lassitude (san- 
guine), le Tonneau (en couleurs), Cécy Lof tus, etc. 

H. (j. 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Les gravures originales de Louis Legrand 

(Palais de la Mode). — Par son trait toujours sûr, 
qui relève ses sujets souvent scabreux, un artiste 
ne détonne point dans ce palais de la modernité 
qui nous montrait naguère le paysagiste anglais 
Seymour Haden auprès du maître Bracquemond : 
ce rare dessinateur méritait de prolonger ici la 
gravure originale par son œuvre abondant et 
robuste, à la fois correct et troublant. Par ce 
trouble de l'être, il est bien de son temps; par 
cette fermeté de la ligne, il le dépasse et remonte 
à nos plus saines traditions. Son Curé de cam- 
pagne, au.x remarques » ultra-gauloises, sort 
d'un conte rabelaisien de La P'ontaine ou de 
Voltaire; mais, depuis l'entourage pimpant de 
Boucher, quelle évolution dans les mœurs de 
l'art, miroir de la vie, et comme un nouvel état 
de l'àme sociale se mire au plus profond dune 
dme individuelle ! A la jovialité d'une fantaisie 
inventive et légère, a succédé la sombre inquié- 
tude d'une analyse aiguë : dans un accès de 
spleen baudelairien, son rire même a le sérieux 
d'une observation. Sans doute, un bel amour de 
la vie retenue par un œil de peintre est frappant 
chez ce Dijonnais, jeune encore, et dans la naï- 
veté rusée de ses profils villageois : le vieux 
garde-cbasse et le bon bedeau, la Vieille servante, 
penchée sur sa jeune maîtresse avec un bonheur 
qui s'apparente à la Joie maternelle; et te Pari- 
sien même est un superbe bébé vu par un maître 
du crayon, dont la sensualité s'illumine au con- 
tour gras d'une jeune chair. Mais, dès qu'il a 
quitté le clos pour le bar où la fille de ferme est 
devenue soupeuse, il collectionne trop complai- 
samment tous les échantillons de la « faune » 
montmartroise ou boulevardière, toutes lesétoiles 
de la fête ou de la danse, depuis l'exercice dou- 
loureux jusqu'au grand écart, et le soireux 



désœuvré près de l'ivresse nue... Charles V/était 
le patron tout désigné de ces noctambules. Un 
relent d'amertume luxurieuse emplit la chambre 
oii le demi-jour du Réveil accuse les rides pré- 
maturées; et la tristesse d'un poète envahit ce 
réaliste illustrant son Livre d' heures atin d'ouvrir 
une fenêtre sur un peu de ciel : avec les jeux 
innocents des petites Rieuses ou le sommeil pur 
de l'enfant tel que l'ont vu Greuze ou Cochin, 
son aquatinte raffinée paraît heureuse de sourire. 

Exposition du Nu (galerie Devambez). — 
« Pur marbre de Parcs, rosé de vie » ', ce n'est 
pas la Source du vieil Ingres qui règne ici, ni 
même la majesté charnelle du Bain turc : le 
splendide mensonge de l'idéal a fait place au 
désenchantement du réel; à part (juelques figu- 
rines des statuaires Halou, Bernard, Bourdelle 
et Desbois et les pilles naïades du peintre 
Auburtin, l'imagination le cède à l'observation. 
Pastel de M. Louis Legrand, l'heure du Tub nous 
redit que nos artistes n'admirent plus assez la 
chair du modèle pour oublier ses tares et s'éva- 
der naïvement dans l'éternelle modernité du 
rêve. Les beaux morceaux mêmes deviennent 
l'exception : telle la Jeune Italienne au ton 
d'ambre, de M. Charles Cottet, qui n'a d'autre 
rivale que la Toilette d'Herminie, de M. Caro- 
Delvaille, où la fermeté d'un jeune corps quitte 
la mollesse fanée d'un peignoir. Le goût de 
l'intimité favorise l'impatience ou la paresse 
de Vétude, qu'agrémente diversement le crayon 
mystérieux de MM. Lévy-Dhurmer, Aman-Jean, 
Morerod et Dethomas ou la brosse ensoleillée 
de MM. Maurice Eliot, Morisset, Biloul et Frie- 
seke; et des sanguines de M"» Delasalle émane 
une puissance de synthèse que peut envier plus 
d'un talent masculin. 

Les Arts réunis (galerie Georges Petit). — 
Le meilleur morceau de cette onzième année 
n'est qu'une étude assez indiscrètement intitulée 
par M. Cornillier : la petite M"'" G..., nue; mais 
le savant dessin d'un peintre a stylisé le portrait 
dont nous reconnaissons ailleurs la coiffure et 
la malice. Et si l'aquafortiste Arthur Mayeur ou 
le peintre Henri Royer restent fidèles à l'accent 
de la ligne dans leurs portraits dessinés, nos 
paysagistes, fort nombreux ici, se rappellent 
trop rarement que le style est un hommage que 
l'art veut rendre à la nature; aussi loin de la 
romantique ferveur que des modernes excès 

1. Jolie déDnition de Théophile Gautier. 



46 



LE BULLETIN DE L'ART 



(l'orchestration, l6s plus discrets amis de la 
provincîfi taciturne ou d'un Paris resté provin- 
cial sont MM. Gosselin, Dambéra, Fcrnand 
Maillaud, Marché, Moisset, Toussaint, Lechat, 
Jean Hémond, Chigot. Nous les avions rencon- 
trés hier, à côté de MM. Lauth, Louis Ridel et 
Déchenaud, confident des humbles comme le 
sculplnur Sicard, qui détaille le portrait de 
M. Henry Fahre, le naturaliste Inspiré. Près de» 
jolies éludes de M. Glostre et des émaux déjà 
vus de M. Feuiliâtre, un crêpe évoque la dispa- 
rition récente du statuaire Eugène Boverie. 

Expositions diverses . Société des 

peintres orientalistes français ( au (irand 
Palais). — Ils ne sont pas seuls dans cette 
glacière immense ; et cette exposition, la 
vingtième déjà, voisine avec la onzième année 
do l'Association syndicale professionnelle des 
peintres et sculpteurs Irançais, qui s'intitule 
sans modestie Salon d'hiver, avec le VIII" Salon 
dit de l'École française et le XXX" Salon de 
l'Union des femmes peintres et sculpteurs : soit 
plusieurs milliers d'envois. A quoi bon ces 
saturnales froidement ponctuelles dU médiocre, 
el que redire de deux Salons qui se confondent 
dans leur banale inutilité, malgré la divergence 
de leurs statuts? Ne suflit-il pas à l'équité d'y 
reconnaître la palette de M™" Desbordes-Jouas, 
le goût de M. Paul SielTert, la souplesse de 
M. Marcel Béronneau, paysagiste à ses heures? 
El puisque le groupe de Quelques vient de nous 
ofl'rir la Heur de l'art féminin, pourquoi perdre 
le temps et l'espace à dénombrer toutes les 
maîtresses d'aquarelle, inévitablement suivies 
de leurs chères élèves? Le vaste elTort en plein 
air de M"" Jouclard accroît aussitôt la mono- 
tonie de son entourage. 

Restent les Orientalistes, de plus en plus 
nombreux, mais intéressants, bien qu'ils aient 
eux-mêmes oublié l'âge héroïque des songes 
pour l'attrait plus humblement lumineux de lu 
chose vue... On ne saurait leur eu vouloir: ils 
sont peintres. Et quel dommage qu'un peu du 
soleil méridional retenu dans les cadres de 
M"'» Morstadt, Karpelès ou Raulin et de MM. Gal- 
lon, Vigoureux, Dagnac-Rivière, Cottet, Pierre 
Uuménil ou René Binet ne descende pas sur le 
visiteur de cette pénombre glacée ! La mort est 
la vraie justicière, au moins pour l'artiste aus- 
sitôt gralitié d'une « rétrospective »; et combien 
vont découvrir la délicate vision de Constant- 
Georges Gaslé (I869'1{)I0), qui marcha plus loin 



que Belly, plus loin que Guillaumet, en paisible 
conquérant de l'esquisse peinte et de la san- 
guine précise, jusqu'à ce temple indien de 
Madura qui fut son tombeau ! 

La vie continue ses promesses et les tient 
quelquefois, grâce à la prospère institution de» 
bourses d'études en Algérie, dont le bienfait 
persiste cheî le peintre t^auvy, le statuaire Pois- 
son, le dessinateur Paul Jouve et le paysagiste 
de la verte Kabylie, M. Jacques Simon, (^ette 
année, voici les lauréats de i909, MM. Jean 
Migonney et Léon Carré, l'un portraitiste des 
blanches Mauresques qui fument et des jeunes 
Ghizanes qui sommeillent; l'autre, observateur 
de la vie qui passe, et non moins subtil à l'heure 
blonde du Thé dans le jardin; tous deux retrem- 
pés et rafraîchis pour longtemps par ce bain 
d'algérienne clarté. 

Raymond Rolvkm. 



CORRESPONDANCE DE MUNICH 



Expositions d'hiver. 

L'exposition d'hiver de la Sécession est presque 
toujours réservée à une réunion d'œuvres, post- 
hume ou rétrospective. Dans ce second ras. 
l'artiste en a encore les honneurs et le bénélloe, 
et la critique n'est pas désarmée ; souvent même, 
au contraire, la présence du maître la stimule 
dans l'éloge. Car il s'agit bien entendu, en général, 
d'une gloire à consacrer, d'une carrière à cou- 
ronner. 

M. Ileinrich aujourd'hui ion ZCigel célébrait le 
22 octobre dernier le 60" anniversaire de sa nais- 
sance. Fils d'un pâtre \» urtembergeois, il est in- 
contestablement l'animalier le plus fort et le plus 
célèbre d'Allemagne, professeur à l'Académie des 
Beaux-.\rts de Munich, après l'avoir été un an à 
celle de Carlsruhe. Gomme d'autres artistes 
vivants, il a déjà eu sa monographie dans les 
collections allemandes. A dix-neuf et vingt an», il 
peignait ses premières études d'animaux, qui sont 
de vrais portraits. Pendant vingt ans ses tableaux 
attestent l'étude la plus attentive des formes et 
des expressions, des laines et des poils, de la 
lumière et de l'atmosphère. La béte ne lui sert 
pas à meubler un paysage ; elle est le sujet même 
de se» œuvres. Le grand mérite de ces toiles, pour 
l'époque, c'est à la fois la véracité et l'animation 
naturelle de ce bétail, rendu sans intentions 



ANCIEN ET MODERNE 



aiiecdotiques; et la sincérili- d'un coloris auquel 
n'écliappent ni les nuances délicates du plein-air, 
ni la franchise du ton local, poussée parfois 
jusqu'à la richesse d'une matière précieuse, 
comme dans le groupe du taureau roux et de la 
vache noire, dans le vert de l'herbe, à l'Abreuvoir 
de 1874. A partir de 1889 environ, l'exposition d(^ 
Paris, les voyages eu Hollande introduisent dans 
la manière du peintre une préoccupation d'im- 
pressionnisme : les troncs des arbres bleuissent 
et portent à terre des ombres mauves; à travers 
les feuillages, le soleil jette sur les troupeaux des 
taches de lumière, dont les bêtes sont de plus 
en plus zébrées et bigarrées; les vermillons 
s'allument dans les transparences; l'efTet de 
couleur envahit l'intérêt du tableau et la facture 
s'enhardit jusqu'à la brutalité. Que le peintre 
conserve, sous la maestria de la brosse et de la 
truelle, la sûreté du dessin et la justesse des 
éclairages, nul doute; mais il nous semble que le 
jeu furieux de ces rayons et de ces ombres, la 
gageure de ces (laques de couleur, moins consis- 
tantes que grosses, n'offriront mf me plus une 
certaine curiosité de la technique, quand on 
admirera encore pleinement des œuvres comme 
celle de la Pinacothèque de Munich (I8'.I2) el 
mt^me des derniers temps, Sur la route poudreuse 
(1907),oiiladinusion de la lumière, les différentes 
attitudes, si personnelles, des bfltes, le Charme 
environnant du paysage, sont dits avec une sim- 
plicité de moyens persuasive. Ce que pourtant 
M. de Ziigel a évidemment gagné, c'est la force; 
l'emportement du pinceau l'a conduit à retenir 
des scènes plus mouvementées, que, même avec 
le secours de la photographie, il n'est encore 
possible de traiter que de mémoire : moutons 
accourant en rond autour du berger qui fait la 
distribution du « léché >> ; bouvillons et gamins se 
ruant à l'eau, qui éclabousse et se brise en un 
brouhaha de rehauts et de reflets symphonisés. 
Il y a là un élan, une vigueur, une fougue, qui 
auraient été dangereux pour un peintre moins 
sérieusement formé à ses débuts. 

On ne se ligure pas contraste plus radical que 
celui de l'œuvre de M. Karl Haider affronté au 
robuste réalisme de M. von Ziigel. Une peinture 
lisse comme au temps de Meister SVilhelm de 
Cologne; un amour de primitif à compter tous 
les arbres d'un vallon avec leurs branchages, et 
toutes les Heurs d'une pelouse ; des ciels unifor- 
mément alourdis de longs bourrelets de nuages ; 
des sujets d'une simplicité rigide qui dénote autant 
la lente gravité de la fantaisie créatrice que la 



gaucherie du métier, pratiqué déBorinnis avec 
habileté, ("ependant les grands paysages, unillés 
dans une tonalité générale et d'un réel parti-pris 
décoratif, traduisent de profondes impressions de 
nature. Et dans les dessins, la même netteté 
du trait, qui sera sèche et dure dans les portraits 
à l'huile, devient intéressante quand le peintre, 
d'une mine de plomb incisive, lixe les rudes types 
populaires de son Alpe bavaroise. 

MAnCEI. MONÏANDdN. 



L.ES REVUES 



France 

Revue des Deux-Mondes (\" février). — Une 
heure à la collection Chauchard, par R. de la Sizkranbp.. 
— Jugement d'ensemble «avant d'entrer» : deux 
maîtres sont fort bien représentés : Millet et Meisso- 
nier; deux le sont fort mal: Rousseau et Corot; le reste 
est à son ordiniiirc. L'auteur fait ensuite le tour de la 
salle de l'Anf/elus, de la salle du /a'/ { et de la salle 
des Corot, notant ses impressions. Les peintres de 
lR30ne furent pas des méconnus, mais des « invendus". 
Ce qu'ils ont découvert de nouveau : Millet a découvert 
le paysan et l'a fait entrer dans la granile peinture; 
Decamps, les effets de lumière: Meissonier, qui 
manque d'atmosphère, le réalisme saisissant des poses ; 
pour Corot, le plus novateur de tous, « sa grande dé- 
couverte fut de peindre les choses au moment où, ne 
les voyant pas encore, ou ne les voyant plus, on les 
devine»; Troyon et Rousseau s'efforcèrent toute leur 
vie d'améliorer leur facture ; Delacroix a fait vivre les 
fauves, et si ses lions sont vivants sans être vrais, 
ceux de Barye sont à la fois vrais et vivants. 

Italie 
Rassegna d'arte (octobre). — L'Inventaire çiénérnl 
de* dessins des musées du Louvre et de Versailles. 
par Gustave Fmz/oxi. — A propos des volumes publiés 
par M.Vl. Jean Guilîrey et Pierre Marcel, dont il est 
rendu compte dans la Hevue, au fur et a mesure de 
leur apparition. Examen des principales reuvre* con- 
tenues dans les quatre premiers volumes (fig. et pl.\ 

— Un portrait de /'ra Vitlore (Ihislandi, iiii musée 
Wallraf-lUchart: de Cologne, par L. Camci — Por- 
trait d'homme, jusqu'ici attribué à J. Kiipet/ki, élève 
de B. Klauss; l'auteur le restitue à Vittore dhislandi. 
dit frate fîalgario do Bergame (te.5.')-n431 (lig. '. 

— Les miniatures de l'éloge funèbre de Jean dnléns 
Visconti, par P. Toksca. — Manuscrit lat. 5888 de la 
Bibliothèque nationale do Paris, contenant l'éloge 
de J. Galéas VIsconti prononcé â Milan, le 20 octobre 
1402, par Pietro de Castelletto; ce manuscrit fut 
emporté par Louis XII lors de sa campagne d'Italie et 
n'a pas quitté la France depuis lors. Examen des 



48 



LE BULLETIN DE L'ART 



miniiitures qui l'ornent; l'auteur les date de 1403 et 
donne les raisons qui lui font trouver plausible leur 
attribution à Michelino da Bcsozzo (fig.). 

— Transitions et fillralions d'art : Madones sculptées 
dans la province de Heggio, par A. Balletti. — Influ- 
ences de l'art toscan et de l'art veneto-lombard visibles 
dans les sculptures trouvées en Emilie (fig.). 

— Le château de Trezzo, aujourd'hui en ruines, 
notes sur sa construction et transformations apportées 
à ce monument et à ses entours, à l'occasion d'une 
étude accompagnée de documents et de dessins inédits, 
publiée récemment par L. Beltrami. Quatre dessins 
sont reproduits, qui représentent l'édifice vu sur les 
quatre faces. 

— Parmi les Corrieri, il faut signaler un important 
article illustré, signé G. C, sur l'exposition d'art 
musulman de Munich. 

L'Arte (novembre-décembre). — La galerie Hage 
à Nivaagaard, près de Nivaa [Danemark), par Gust. 
Fhizzo.m. — Nivaa est à quelques kilomètres de 
Copenhague et la galerie Hage, n'étant pas d'un 
accès facile, ne reçoit guère de visiteurs étrangers. 
Elle renferme pourtant des tableaux qui méritent 
qu'un voyageur fasse le déplacement et comprenne 
Nivaa dans son itinéraire. Il pourra admirer, parmi 
les Italiens : un Portrait d'homme de Giovanni Bel- 
lini, une Vierge avec l'Enfant et deux saints de Cimn 
da Conegliano, un Portrait d'homme de Lorenzo 
Lotto, une Sainte conversation de Bonifazio Veronesc, 
un Portrait de femme d'Antonio Badile, une Sainte 
famille avec saint Etienne de Luca Longhi, un Por- 
trait de la famille Anguissola par Sofonisba Anguis- 
sola, une Madone avec l'Enfant de B. Luini; et 
parmi les peintres des autres écoles : des paysages de 
Claude Lorrain, d'Ilobbema, de A. van der Neer, de 
E. van Driest, de A. van de Velde, une Marine de Van 
Goyen, les Enfants de Jan Steen par leur père, une 
Sainte Famille de F. Bol, un Portrait de femme de 
Rembrandt, un Portrait d'un père et de son fils de 
Corneille de Vos, un Portrait d'Itomme de Bubens, 
une Vierge à l'Enfant d'un primitif néerlandais 
la Charité de Lucas Cranach, etc. Toutes les œuvres 
ci-dessus mentionnées sont étudiées et reproduites. 

— Les débuts artistiques de Benozzo Gozzoli, par 
G. Pacchioni. — Si B. Gozzoli était mort à l'âge de 
Raphai'l ou de Corrège, son œuvre serait peu connue. 
La renommée ne lui vint que tard, avec la décoration 
de la chapelle du palais des Médicis et le fameux 
cortège des rois Mages; qui date de 1459-1463. 
c'est-à-dire d'une époque où B. Goz/.oli avait dépassé 
la quarantaine. L'auteur recherche quelle fut la forma- 
tion de l'artiste; il rappelle son passage chez Ghi- 
berli (1444-1447), et ses travaux avec Fra Angèlico à 
Orvieto(1447) et à Rome (1147-1449); il admet qu'il 
a eu certainement part aux peintures de Home et 
d'Orvieto et recherche quelles sont celles où l'on peut 
retouver trace de sa collaboration. De 1450 à 1459 a 
lieu dans l'art de Benozzo un véritable renouvellement. 



et c'est la période la plus difficile à étudier et la 
moins connue de sa vie. Examen des travaux de 
l'artiste à la petite église de S. Fortunato, près Mon- 
tefalco (début de 1450) et à San Francesco de Monte- 
falco (1451-52); à Samte-Rose de Viterbe (1453), etc. 
L'auteur suit ainsi Benozzo et note combien son acti- 
vité fut féconde, alors que son développement artis- 
tique était au contraire plutôt lent (fig.) 

— Michelino da Besozzo miniaturiste, par G. Zappa. 
— A propos d'un article récemment publié par 
M. Pietro Toesca sur le vieux maître milanais, 
auquel il a rendu un Mariage mystique de Sainte 
Catherine de l'Académie des Beaux-Arts de Sienne, 
signé Michelinus fecit. L'auteur étudie le ms. latin 
5888 de la Bibliothèque nationale de Paris, qui 
contient le discours prononcé par Pietro de Castellelto 
le 2 octobre 1402, à Milan à l'occasion des obsèques 
de Jean Galeas Visconti; il rapproche les miniatures 
de ce manuscrit de l'œuvre authentique de Miche- 
lino da Besozzo, et conclut pour leur attribution 
à cet artiste (fig.). 

— Les Mosaicistes de Saint-Pierre au XVIU' siècle. 
par Louis Hautecoel'ii. — Les mosaïques de Saint- 
Pierre sont de deux sortes : celles de la coupole, 
brillantes à la lumière, et les autres, opaques et comme 
enduites de cire; les premières sont des mosaïques 
de verre du xvu* siècle, et les secondes, des mosaïques 
de stuc, du xviii* C'est depuis la découverte de ce 
nouveau procédé que fut constitué le laboratoire des 
mosaïcistes de Saint-Pierre. L'auteur étudie le fonc- 
tionnement de cet atelier, les principaux artistes 
qui y travaillèrent au xviii' siècle et les œuvres qui 
y furent exécutées, dont il donne les dates et les prix 
d'après des documents d'archives (fig.). 

— Miscellanea : Pietro Faccini. peintre bolonais 
(1562-1602), par M. Maraxgo.m : notes sur ce peintre, 
élève des Carraches; liste de ses œuvres retrouvées 
et de celles à retrouver (fig); — Oiolto ù Bologne, par 
L. Fkati : la tradition veut que Giotto soit allé à 
Bologne; examen des documents, d'après lesquels 
il aurait peint un polyptyque pour l'église Santa 
Maria degli Angeli; et leur réfutation ; — une des 
premières œuvres de Caravage, par J. Bheck : un 
Bacchus, aujourd'hui dans la collection C. Glucksham. 
à New-York (fig.); — le Missel de Giovanni di Maes- 
tro Ugolino, miniaturiste milanais, par V. Vitali 
RdSATi : missel de l'évèque de Ferme, « Giovanni de 
Firmonibus fl420-1421), conservé à Fermo, dans le 
trésor de la cathédrale, orné de miniatures et ter- 
miné après la mort de l'évèque ; les miniatures sont 
de deux mains; les quatre grandes de Giovanni di 
Maestro Ugolino et les petites d'un autre artiste (fig.) 

— Parmi les Corrieri, à citer une notice aur l'église 
de Santa Maria di Porto nova, dans les Marchei par 
G. AuBiM, avec fig. et plan. 



Lp (iéra' t : H. Uinis. 



fana. — imp. uasrgM Ketii. Ii, nr ikmo' -<1ii.fe«urai 



Numéro 492. 



Samedi 18 Février 1911 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ]ET MODERNE 



L'Institut français 

de Saint-Pétersbourg 

Le mouvement général d'expansion des Univer- 
sités françaises à l'étranger, attesté par la 
création récente de l'Institut de Florence, fondé 
sous le patronage de l'Université de Grenoble (1), 
et de l'Institut des hautes études hispaniques, 
établi solidairement à Madrid parles Universités 
de Bordeaux et de Toulouse, devait forcément 
suggérer à quelques bons esprits l'idée de faire 
une tentative analogue du côté de la Russie. 
Comment négliger, en eflet, un champ d'action 
aussi favorable? Depuis le xviii« siècle, la société 
russe n'a cessé de montrer sa prédilection pour 
la culture française, et la France, de son côté, 
manifeste une curiosité et une sympathie crois- 
santes à l'égard de la littérature et de la pensée 
russes. 

Aussi bien, favorablement accueilli dans les 
deux pays et chaudement appuyé par d'éminenfs 
« parrains », au nombre desquels il faut citer en 
première ligne M. Paul Doumer, le projet d'orga- 
niser un Institut français à Saint-Pétersbourg 
n'a-t-il pas tardé à entrer dans la voie des réali- 
sations. Aujourd'hui, cet institut est virtuelle- 
ment fondé et, chose digne de remarque, les 
fonds de premier établissement ont été fournis 
uniquement par des souscriptions privées. 

Ce n'est pas à dire pour cela que le gouverne- 
ment et les grandes institutions scientifiques se 
soient désintéressés de l'affaire : l'Institut de 
Saint-Pétersbourg sera placé sous le patronage 
de l'Université de Paris, du Collège de France, 
de l'École des Chartes, de l'École des langues 
orientales et des trois grandes Universités de 
l'Est et du Nord : Dijon, Uille et Nancy. C'est 
celle-ci, notamment, qui donnera à la nouvelle 
fondation le directeur à la fois artiste et lettré 
qui convenait, en la personne de notre collabo- 
rateur M. Louis Réau, ancien élève de l'École 

(1) Voir le n" 363 du Bulletin. 



normale supérieure et de l'École des langues 
orientales, professeur à la Faculté des lettres 
de Nancy. 

Reste à dire de quelle façon cet Institut, que 
l'on pense pouvoir inaugurer dès le mois pro- 
chain, collaborera au développement des rela- 
tions intellectuelles de la France et de la Russie 
Il aura un double objet : d'une part, il sera un 
centre d'études à l'usage des Russes désireux de 
se familiariser avec la langue et la littérature 
françaises; et en môme temps, une école de 
hautes études russes à l'usage des slavistes fran- 
çais qui seront envoyés à Saint-Pétersbourg, soit 
comme pensionnaires de l'Institut, soit comme 
charges de missions en vue de recherches scienti- 
liques ou même simplement pour se familiariser 
avec la langue russe. 

Il est intéressant d'ajouter qu'on a prévu une 
section spéciale d'archéologie et d'histoire de 
l'art, qui sera sans doute très suivie, tant par 
les historiens de l'art slave que par les hellé- 
nistes curieux d'étudier les colonies grecques 
de la Russie méridionale, tant par les byzanti- 
nistes que par les historiens de l'art français, qui 
trouveront les uns et les autres dans les musées 
et les collections une riche moisson d'oeuvres 
inédites. 

On le voit, l'œuvre est encore au berceau et 
pourtant déjà pleine de force et de santé. A 
peine est-il besoin de lui souhaiter, selon l'usage, 
longue vie et prospérité : elle a tout ce qu'il faut 
pour croître et porter fruit. 

E. D. 

î^ iaa (îae iae las «ae *^ «ae «ae .aeriae liae «ae «ae «gp 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie française (séance du 16 février). — 
.M. Henry Roujon, secrétaire perpétuel de l'Académie 
des beau.t-arts, a été élu membre de l'Académie fran- 
çaise, en remplacement de M. Barboux. 

Académie des beaux-arts (séance du tl février). 
— M. Daumet communique à l'Académie le compte 



50 



LE BULLETIN DE L'ART 



rendu des constatations très intéressantes faites par 
M. Birot, architecte à Vienne (Isère) et conservateur 
du musée de cette ville. 

Il s'agit de la découverte récente du cirque romain 
de cette métropole; l'édifice longeant le lîhône est 
fort important, car il mesure environ 100 mètres de 
long et au moins 20 mètres de large. 

Son tracé a pu être déterminé; il permet d'iden- 
tifier le petit édifice connu sous le nom d'Aiguille 
de Vienne, arc à quatre faces entouré de colonnes et 
surmonté d'une pyramide, avec le centre de la .S'pi/m 
du cirque. Jusqu'à présent, l'origine de ce vestige, 
fort remarquable, de l'époque antique était restée 
indécise. 11 n'en est plus ainsi- depuis les constata- 
tions de M. Birot, que sa qualité d'architecte dési- 
gnait particulièrement pour interpréter avec précision 
ses découvertes. 

Musée de Marine. — La Société des amis du 
musée de Marine a offert au musée, le 8 février, un 
modèle réduit reproduisant la nef Sanla Maria, que 
montait Christophe Colomb, lorsqu'il fit, en 1492, la 
découverte du nouveau monde; cette reproduction 
est l'œuvre de M. G Soi', architecte naval. 

Société de l'histoire de l'art français (séance 
du 10 février). — M. Esmonin lit de nombieu.\ textes, 
en partie inédits, sur le voyage du Bernin en France 
et sur les circonstances qui ont accompagné son 
départ et l'abandon du projet du Louvre. Ces docu- 
ments tendraient à démontrer que l'artiste, contrai- 
rement à l'opinion reçue, avait quitté Paris fort content 
de la libéralité du roi et dans les meilleurs termes 
avec Colbert. Rien ne faisait prévoir la rupture, que 
M. Esmonin croit pouvoir attribuer à la volonté 
personnelle de Louis XIV. 

M. Henry Lemonnier fait observer qu'il y aurait 
imprudence à prendre tous ces documents au pied de 
la lettre. Moins on était disposé à réaliser le plan du 
célèbre artiste, officiellement mandé en France, et 
plus on était entraîné à ménager sa susceptibilité 
par des faveurs et des compliments. L'adoption du 
plan de Perrault était vraisemblablement décidée 
avant qu'on eut trouvé une délaite honorable pour 
se dégager vis-à-vis du Bernin. 

— M. Albert Vuaflart, au nom de M. Hené Ghar- 
lier, présente la photographie d'un tableau peint par 
L.-M. Vanloo en 1767. Grâce à un croquis de Gabriel 
de Saint-Aubin, en marge du livret du Salon de 1769, 
il est possible d'identifier cette composition avec 
l'Étude vif/ilante, exposée à ce même Salon. 

Conseil supérieur des beauz-arts. — Un récent 
arrêté vient de nommer membres du Conseil supérieur 
des beau.x-arts : MM. Gardet, statuaire ; François 
Carnot, président de l'Union centrale des Arts déco- 
ratifs, en remplacement de M. Georges Berger, et 
André Bouilhet, qui succède à son père, M. Henry 
Bouilhet. 



Union centrale des Arts décoratifs — Le rem- 
placement de M. Maciel. président de la commission 
du Musée des Arts décoratifs, a produit un mouve- 
ment à l'Union centrale des Arts décoratifs : M. Olivier 
Sainsérc, le collectionneur bien connu, est nommé à 
sa place, avec MM. Georges Boin, comme vice-prési- 
dent, et André Bouilhet, comme secrétaire général. 

A Dijon.— Un groupe d'amateurs vient de fonder 
à Dijon la Société bourguignonne et champenoise 
des Amis de l'eau-forte, dont le bureau est ainsi con- 
stitué : MM. Stephen Liégeard, Léon Mougeot et 
Gaston Joliet, présidents d'honneur; Emile llumblot, 
peintre-graveur, président; Dubret, orfèvre-joaillier 
à Paris, vice-président; etDrouhot, architecte à Dijon. 
secrétaire. 

A Anvers. — Le musée d'Anvers vient de faire 
l'acquisition d'un grand portrait équestre attribué 
à Van Dyck. Ce portrait, qui fut admiré à la récente 
Exposition d'art ancien, à Bruxelles, appartenait à 
la maison Agncw, qui le tenait de la galerie du duc 
de Sutherland. Il date de la période génoise du maître 
flamand. Le personnage qu'il représente, saluant en 
soulevant son feutre, parait être le peintre anversois 
Cornélis de 'Wael. 

La société Artibus patrise a fait don au même 
musée d'un très beau tableau de Frans Snyders. 

— La ville d'Anvers aura bientôt son musée des 
Arts décoratifs. Il sera installé dans la Vieille Bou- 
cherie, restaurée à cet effet, et formera comme le 
complément du musée d'antiquités, établi non loin 
de là, et fort à l'étroit, dans le Steen, sur le bord de 
l'Escaut. 

A Bruxelles. — Le peintre J.-L. Forain vient 
d'être nommé membre correspondant de l'Académie 
ftoyale de Bruxelles. 

En Italie. — A l'occasion des fêtes du cinquan- 
tenaire, la .Monnaie italienne fait frapper des pièces 
de dix centimes, et de deux et cinq francs, dont elle a 
eu l'heureuse idée de demander le n)odèle à Domenico 
ïrentacosla, le premier des médailleurs et l'un des 
meilleurs sculpteurs de l'Italie contemporaine. Les 
monnaies, qui sont toutes du même dessin, portent à 
l'avers l'effigie de Victor-Emmanuel et au revers la 
jeune Italie, entre un vaisseau et une charrue enguir- 
landée, protégée par la statue de la Rome assise qui 
se trouve au Capitole Elles sont d'un excellent elTet. 
On peut se demander si le choix intelligent qu'on a 
fait de Domenico Trentacosta ne revient pas un peu 
au roi, grand amateur et grand collectionneur de 
médailles, dont on vient de publier un important 
Corpus numinorum Ilalicorum. — L.G. 

— On sait que deux expositions sont organisées, 
cette année, en Italie, à l'occasion des fêtes du 
cinquantenaire de l'indépendance italienne : l'une à 
Rome et l'autre à Turin. La première, qui aura un 
caractère artistique, archéologique, ethnologique et 



ANCIEN ET MODERNE 



51 



historique, ouvrira le 27 mars; la seconde plus spé- 
cialement industrielle et commerciale, mais contenant 
aussi une partie artistique dont nous avons récem- 
ment donné le programme (tout au moins en ce qui 
concerne la France), sera inaugurée le 29 avril. 

A Milan. — La Galerie de Brera a récemment 
acquis deux tableaux importants. L'un est une jWai/one 
avec i' Enfant et deux anf/es, par Vinzenzo Civerchio, 
disciple de Foppa ; l'autre est un portrait de femme 
par Largillière. Ils seront prochainement exposés. 

On pense également pouvoir ouvrir bientôt les nou- 
velles salles destinées à recevoir les fresques de 
Luini, provenant de la villa de la Pelucca, près 
Monza. — L. G. 

A Rome. — La commission royale pour l'édition 
nationale de l'œuvre écrite de Léonard de Vinci s'est 
réunie et a établi un plan préliminaire pour la réu- 
nion de tous les écrits, publiés et inédits, de Léonard, 
qui se trouvent en Italie et à l'étranger. Elle espère 
commencer l'année prochaine à travailler au texte de 
l'œuvre du grand Florentin. Le ministre de l'Instruc- 



tion publique a reçu la commission et lui a assuré 
qu'elle aurait les fonds nécessaires pour mener à bien 
cette tâche si importante. — L. G. 

Nécrologie. — On annonce la mort : du peintre 
Léon - Pierre - Vrbain Boun/eois, né à Nevers, le 
19 août 1842. élève de Flandrin etde Cabanel; peintre 
d'histoire et de sujets religieux, on lui doit aussi des 
décorations (théâtre d'Alger, amphithéâtre de l'école 
de médecine de Paris, etc.); second grand pri.\ de 
Rome en 1863 et accessit au concours de 1866, il 
obtint une méd. de 3* cl. en 1877, une méd. de 2* cl. 
en 1880, une méd. de bronze en 1889 (E. U), et fut 
nommé peu après chevalier de la Légion d'honneur; 
— du statuaire Anatole Guillol, décédé à l'âge de 
45 ans; né à Etigny (Yonne), il était élève de Gau- 
therin et de Falguière ; on lui doit la Frise des Ouvriers 
à la porte monumentale de l'Exposition universelle 
de 1900, une statue de Vauban, le monument Coque- 
lin à Pont-aux-Dames. Il obtint une méd. de 3* cl. en 
1889, une méd. de bronze en 1900 (E. U.), et une 
méd. de 2' classe en 1901. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Succession Caclard objets 

d'art, etc.).— Celte vente, que nous avons annon- 
cée précédemment avec quelques détails, a eu 
lieu salle 6, les 6 et 7 février, par le ministère 
de M' Lair-Dubreuil et de M. Guillaume et a pro- 
duit un total de 145.591 francs. Les résultats ont 
été des plus satisfaisants. 

Les honneurs de la vente ont été pour la série 
de trois tapisseries verdures à décor de paysages 
animés de volatiles, de fabrication llamande du 
xviii" siècle^ remarquables surtout par leur état 
de conservation. Sur lademanilede 20.000 francs, 
ce lot, constituant les numéros 263 à 265 de la 
vente, a été adjugé 25.350 francs. 

PRINCIPAUX PRIX 

Pendules. — 60. Horloge bronze ciselé et doré, mo- 
dèle de la Henaissance exécuté au xvni* s., 3.503 fr. 
— 71. Pendule, marbre blanc, huit eolonnettes en 
bronze doré, etc., ép. Louis XVI, 2.800 fr. (dem. 5.000). 

Bbonzes d'ameihlemknt, etc. — 73. Deux girandoles 
br. patiné et doré, gerbes de lis, etc., ép. Louis XVI, 



3.000 fr. — 118. Lustre â six lumières, orné cristal 
de roche, ép. Louis XV, 3.830 fr. 

Meubles. — 225. Commode marqueterie de bois de 
couleur, à vases de fleurs, ép. Louis XVI, 3.200 fr. 
(dem. 4.000). — 229. Secrétaire à abattant et deux 
portes bois satiné orné de br., estampille de Gilbert, 
ép. Louis XVI, 8.500 fr. (quelques restaurations: 
dem. 5.000). — 242. Table-bureau bois de violette, 
ornée de br., ép. Louis XV, 2.620 fr. 

Tapissekies. — 263 à 265. Suite de trois tapisseries 
flamandes, xviii's., verdures à volatiles, etc., 25. 350fr. 
(dem. 20.000). 

■Vente d'objets d'art musulman — Faite, le 
8 février, salle 10, sous la direction de M« Lair- 
Dubreuil etde M. Bing, cette vente, dont nous 
avons également déjà parlé, a produit 14.453 fr. 

Quelques prix : Bol, faïence de Rbagès, à 
reflets, travail persan, xiii» s., décor roi et cava- 
liers, 2.400 fr. — Miniatures persanes : Jeune 
seigneur et femme, xv s., 1.600 fr. — Figure 
ailée, xvi" s., 1 100 fr. — Portrait d'un Sultan, 
xvii" s., 1.300 fr. 

"Vente de manuscrits persans. — Deux ma- 
nuscrits persans à miniatures ont fait l'objet 



52 



LE BULLETIN DE L'ART 



d'une vente, dirigée salle 11, le 10 février, par 
M« Lair-Dubreuil et M. Demotte : 1. Schah- 
Nameli (Livre des rois) de Firdousi. Début du 
xvie s., reliure originale, cuivre repoussé et doré, 
14 miniatures, 3.600 fr. — 2. Même ouvrage. 
Début du XVI» s., reliure originale cuivre repoussé 
et doré, 10 têtes de chapitre et ."iC miniatures, 
2.000 fr. 

Ventes diverses. — De la vente des objets 
appartenant au Comte de S... H... (Souza-Rosa), 
faite salle 6, par M" Baudoin et MM. Mannheim, 
Ferai et Guillaume, les 10 et 11 février, il n'y a 
à retenir que le produit total qui s'est élevé à 
64.285 francs et les quelques prix suivants : 
Jongkind. La Grande route près Saint-Eloi-sur- 
Loire, 2.0bO fr. — Commode marqueterie, époque 
Louis XVI, bronze rapporté, 2.40b fr. 

— Dans la vente après décès de M. Pillas Panis, 
faite salle H, le 15 février, par M« Bivort et 
MM. Ferai et Mannheim, notons : Ecole française. 
Portrait de jeune femme tenant des fleurs, b.400 fr. 
— Grande pendule, (in xviir siècle, marbre blanc 
et bronze doré, portique avec figurines, 3. .SOS fr. 

— Le même jour, dans une vacation anonyme, 
dirigée, salle 6, par M« Lair-Dubreuil et M Blo- 
che, trois tapisseries verdures d'Aubusson du 
xviii<= siècle ont réalisé : 2.9S5 fr., 3.300 fr. et 
3.480 fr. 

Ventes annoncées. — A Paris.— Collection 
M. Martini (tableaux, objets d'art). — Le 
catalogue illustré de la collection Martini nous 
donne l'opinion la plus favorable sur la vente 
que dirigeront salle 6, les 20, 21 et 22 février, 
M" G Hidel et MM. Danlos, Mannheim et Ferai. 
De la marchandise très parisienne, tout à fait au 
goût du jour et de bonne qualité. 

Parmi les gravures françaises et anglaises du 
xvni« siècle, notons : deux épreuves en couleurs 
de Debucourt : Heur et malheur ou la Cruclw 
cassée et l'Escalade ou les Adieux du Matin, et 
une pièce d'après Sir J. Heynolds, Diana, vis- 
countess Crosbie, en pied, gravée à la manière 
noire par Dikinson. 

Parmi les peintures : l'Enfant au polichinelle, 
de l'atelier de Drouais ; le Portrait présume 
d'Anne -Henriette d'Assailly, par Heinsius ; le 
Départ pour la promenade, par Eugène Isabey ; 
Danaé, par 0. Tassaert ; le Bouquet, par VVille ; 
enfin, un Portrait de jeune femme de l'école fran- 
çaise du xvui* siècle. 

Dans la seconde partie de la collection, com- 



prenant des objets d'art et d'ameublement, on 
remarquera en particulier : deux cornets et un 
vase en ancienne porcelaine de Chine, époque 
Kang-Ili, à décor de compartiments, contenant 
des branches fleuries, des oiseaux, etc.; une 
importante réunion de boîtes en ors de couleurs, 
émaillées, etc.; une pendule en bronze doré et 
patiné rouge, d'époque Louis XV, à mouvement 
surmonté d'un enfant sauvage assis et supporté 
par un rhinocéros ; une encoignure à deux portes, 
marqueterie à fleurs, chutes bronze, signée 
J. Tuard, époque Louis XV ; enfin, un grand tapis 
d'ancien travail oriental, à décor de branches 
fleuries sur fond rouge. 

Faïences anciennes, etc. — La vente que 
dirigeront salle 11, le 22 février. M' R. Bignon et 
.M. Caillot contient quelques numéros dignes 
d'intérêt, notamment : deux assiettes en faïence 
de Marseille ou Mousliers, à décor de cama'i'eu 
bleu, avec lambrequin dans le goût du Rouen, 
de jolies assiettes de Moustiers à décor poly- 
chrome; un grand plat ovale à décor en camaïeu 
bleu de lambrequins avec écusson d'armoiries, 
et un grand plateau à décor polychrome, sujet 
maritime, signé Drot, ces deux pièces de Rouen 
ou de Lille ; un très grand plat rond, à décor de 
rinceaux en bleu et ocre avec armoiries, Rouen; 
une jardinière en forme d'éventail, à décor poly- 
chrome. Sceaux; un plat rond, décor chinois, 
Alcora; une paire de potiches en Deift doré 
d'Adrian Pinacker; enfin un compotier rond, 
décor polychrome et or, ancienne porcelaine de 
Marseille, fabrique de Robert. 

Parmi les quelques tapisseries que comprend 
la vacation, notons un panneau à composition 
d'après David Téniers, en ancienne tapisserie 
fine des Flandres. 

A New- York. — ^ Le 12 mars aura lieu à 
New- York la vente de la collection PelerSchemm, 
de Philadelphie, comprenant trois cents tableaux 
modernes, qui sera très vraisemblablement la 
dernière de la saison américaine. 

M. .N. 
ESTAMPES 

A Paris. — Vente de lithographies de Dau- 
mier et de Toulouse-Lautrec. — La vente des 
lithographies de Daumier et de Toulouse-Lautrec 
que nous avons annoncée la semaine dernière, 
s'est faite le 14 courant, salle 7, par les soins de 
M* A. Desvouges et de M L. Delteil, et s'est ter- 
minée sur un total de 37.550 francs, pour un peu 
plus de 200 numéros. 



ANCIEN ET MODERNE 



53 



Il faut citer parmi les plus belles enchères: 
no» 3(. La Loge, de H. Daumier, pièce non décrite 
et seule épreuve connue, 1.000 fr.; et 50, Carica- 
turana, 100 planches coloriées, par le mi^me, de 
la série de Robert Macaire, 1,000 fr. Un grand 
nombre de numéros se sont vendus entre 500 et 
900 francs. 

I.e plus beau prix pour les Lautrec, a été celui 
de 500 francs, donné pour la Clownesse assise, 
épreuve en noir(n>' 174). 

R. G. 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Henry Somm, 1844-1907 (galerie U. Weill). 
— Ce nom, qui ne rappelle plus guère que le 
collaborateur du Chat-Noir ou du Rire et la plus 
/ine caricature politique, était le pseudonyme 
d'un Rouennais trop amoureux de la Parisienne 
pour la déshabiller impitoyablement comme les 
émules nombreux et récents de M. Degas. Plus 
artiste que Grévin, moins poète que Willette, et 
plus peintre que tous les deux, dessinateur et 
coloriste par la grâce d'une touche d'a(]uarelle 
enguirlandée d'un trait d'encre, il suivait la 
mode en suivant la femme à travers un Paris 
qui change et les ans qui passent... Il a papil- 
lonné plus de trente ans, heureux de respirer 
tous les parfums artificiels de la grand'ville et 
d'en suggérer le souvenir dans une série d'insou- 
ciantes vignettes. Et que de tacite mélancolie en 
cette vivante nécrologie du costume, entre la 
crinoline et l'entrave ! Au boudoir, au Bois, au 
café-concert, sous les verdures peu champêtres 
de l'Élysée-Montmartre ou Ménilmontant, la 
reine de ce petit monde est la contemporaine de 
Nana restée jeune sur la feuille jaunie, avec son 
lourd chignon de gamine et l'impertinence de sa 
longue traîne empesée, qu'assiège un essaim 
quelque peu japonisant d'impayables « gom- 
meux ». La « tournure », qui détrône la « ba- 
layeuse », a l'air d'un fragment de panier Louis XV 
ou d'une bosse inédite de Polichinelle.,. Et que 
cette modiste nu-tête est rétrospective! Mais 
l'observateur, qui sait o qu'il n'y a pas de four- 
reau sans lame », aime ù retrouver la ligne dans 
un décolleté lumineux, à surprendre la pensée 
dans un regard cerné sous la frange', et, par ce 
grain de sagesse ou de fantaisie dans sa distinc- 
tion, la personnalité menue d'un artiste a le 



droit de survivre au milieu de ces poetse minores 
de l'aquarelle ou de l'estampe, très supérieurs à 
leur entourage, aussi fugitif que leur succès, 

La Société moderne (galerie Durand-Ruel). 
— Elle l'est peut-être moins que son nom; car 
elle prolonge ici le crépuscule des demi-dieux 
de l'impressionnisme. . Or, le plus souvent, c'est 
le critique ou le visiteur qui met un peu d'ordre 
et de philosophie dans ces réunions hétérogènes 
d'individus qui n'ont d'autre but évident que de 
replacer leurs dernières œuvres sous les yeux las 
du public; et ce n'est pas un crime de lèse- 
majesté, de leur part, envers la Beauté, pourvu 
qu'ils ne fassent pas de son o temple » un 
« bazar » et qu'ils se souviennent à temps des 
conseils du maître Roll (t) ! Ici, l'étude foisonne 
encore trop; mais l'intention du groupe n'en 
ressort que plus vive de se réclamer de l'impres- 
sionnisme, dont l'aurore éclaire ce musée avec 
une aquarelle de Jongkind, un Claude Monet 
d'avant 1870, un portrait de M, Renoir, élève de 
Gleyre, Aujourd'hui, le soir de la formule est 
descendu : paysages de M, Guillaumin, fleurs de 
M. Odilon Redon, les envois des « invités » ne 
scandalisent plus personne et ne se distinguent 
pas de la sagesse des « sociétaires », parmi les 
portraits de M, Caro-Delvaille, les automnes de 
.M, Paul Madeline, les souvenirs algériens de 
M, Morisset, les notes méridionalesde M. Carrera, 
les rêves de MM Lévy-Dhurmer et Jeanès, les 
observations de MM. Louis Legrand et Dethomas, 
les fantaisies de M, Drésa, les bustes de M. Marque 
ou les natures mortes de M. Louis Sue. MM. de 
La Villéon, Déziré, Maurice Chabas reviennent 
au paysage composé; la mode récente ou le pon- 
cif nouveau d'une synthèse pseudo-décorative 
n'améliore pas les essais de MM. Zak, Alcide 
Lebeau, Picart-Ledoux Seul, un coloris vigou- 
reux manifeste une virile indépendance : et 
c'est la palette d'une femme vraiment artiste, 
M"" Galtier-Boissière, amie des fleurs pourprées. 

Expositions diverses. — Devant quelques 
toiles, assez espagnoles, de Ribot, que vient de 
réunir la galerie Bernheim jeune, on retrouvait 
la permanente vertu de l'exécution, qui n'est pas 
matérielle seulement, mais « toute sentimentale », 
et qui se dérobe trop de fois dans les poèmes 
nocturnes groupés chez Georges Petit par M. Ca- 
choud : ce confident de l'ombre claire, au lac 
chanté par Lamartine, aime son métier sans y 

(1) Voir le a' 486 du Bulletin. 



54 



LE BULLETIN DE L'ART 



découvrir encore ces transparences à la CoFot 
qui savent traduire le sentiment et le faire passer 
dans le regard ému. 

Nous estimions déjà les ravissantes petites 
eaux-fortes de peintre, inventées par M. J.-J. 
Gabriel, et les fleurs élégamment aquarellées par 
M"" Matliilde Sée ; mais, après Quelques, une 
anthologie, après les Vnes, un groupe médiocre, 
après le caravansérail du Grand-Palais, à quoi 
bon, chez Allard, cette inutile et troisième réu- 
nion du i< Syndicat des Artistes femmes, peintres 
et sculpteurs » qui ne nous révèle pas encore 
l'art vraiment féminin de l'avenir"? 

Quant aux dessinateurs du présent, ils ne des- 
sinent pas tous et quelques-uns semblent se faire 
une gloire d'oublier ou de cacher leur science ; 
aussi quelle instructive joie de revoir, à la galerie 
de 11 l'Amateur », la savante liberté de MM. Stein- 
len et Bernard Naudin ! — El n'est-ce pas sur- 
tout par la fermeté de ses crayons de couleur et 
la décision de ses masques que la finesse de 
M. Hermann-Paul a l'air d'une heureuse excep- 
tion, chez Druef.' Le métier, seul, n'est rien; 
mais l'art ne peut rien sans lui. 



RayuoiNo BouYEa. 



'^^^^^^ 



CORRESPONDANCE DE GRÈCE 



Les fouilles à Athènes en 1910. 

Dans le courant de 1910, deux fouilles impor- 
tantes ont été pratiquées à Athènes : à l'Agora 
romaine et au cimetière du Céramique. Toutes 
deux ont été faites aux frais et sous les auspices 
de la Société archéologique d'Athènes. 

Depuis que Koumanoudis, il y a une vingtaine 
d'années, avait mis au jour Tangle sud-est de 
l'Agora romaine, les recherches dans ce quartier 
étaient restées à peu près interrompues. Grâce 
à l'expropriation d'une maison et d'une cha- 
pelle catholique, elles ont pu être reprises par 
MM. Kaslriolis et Philadelphèus qui ont déblayé 
une notable portion de l'aire centrale et dégagé, 
sur environ trente mètres, la continuation du 
portique méridional. Le long de l'Agora, de 
nombreuses colonnes ont été trouvées encore en 
place, quelques-unes conservées jusqu'à une hau- 
teur de quatre mètres. Sous le portique étaJeul 
installés, comme sur le côté est, des ateliers et 
des boutiques. A leur suite, en se dirigeant vers 



l'ouest, une fontaine formée d'un bassin de 
marbre dont l'eau s'échappe par plusieurs bou- 
ches; au-devant du bassin, on remarque une 
plaque de marbre dans laquelle sont creusées 
des cavités peu profondes destinées à recevoir le 
fond des hydries. Cette fontaine était sans doute 
alimentée par l'eau de la fameuse source Clep- 
sydre qui jaillissaità l'angle nord-ouestde l'Acro- 
pole et qu'une dérivation amenait à l'horloge 
d'Andronicos (ou Tour des Vents); elle était 
également distribuée autour de l'Agora par des 
conduites en pierre et en marbre, dont plu- 
sieurs ont été retrouvées. Il faut souhaiter que 
cette fouille, intéressante pour la topographie 
d'Athènes à l'époque romaine, puisse être achevée 
par le déblaiement des terrains qui la séparent 
encore de la porte d'Athéna Archégétis et sur- 
tout par la démolition de la boulangerie mili- 
taire qui la réunirailà la Bibliothèque d'Hadrien. 

Au Céramique, M. Briickner, assisté de M. Oiko- 
nomos, a poursuivi les recherches qu'il avait 
commencées en 1907, et il s'est particulièrement 
attaché à nettoyer la bande de terrain comprise, 
à l'est de la chapelle de Hagia Triada, entre 
l'allée des tombeaux et le remblai qui limite le 
champ de fouilles. Il a ainsi dégagé, le long du 
chenal voûté où coule i'Eridanos, un réseau assez 
compliqué d'aqueducs et de conduites en terre, 
datant de diverses époques. Mais la découverte 
la plus importante a été celle d'une construction 
rectangulaire de médiocre étendue qui se dres- 
sait dans cette région, à peu près en face du 
point où une allée transversale s'embranche sur 
la voie principale. Les bornes plantées à deux 
des angles nous renseignent heureusement sur 
sa destination, et nous apprennent que c'était 
là un abaton (lieu sacré interdit), sanctuaire des 
tritopator (les archégètes ou les héros ancêtres, 
probablement les bisaïeux) Ce monument est 
donc à rapprocher de l'enclos circulaire trouvé 
en 1906 à Délos et consacré au tritopator de la 
famille attique des Pyrrhakides; au point de vue 
de l'histoire religieuse, il présente un très grand 
intérêt. — Parmi les petits objets recueillis au 
cours de la fouille, il faut signaler un nombre 
relativement élevé d'ostraka (tessons de poterie), 
sur lesquels sont inscrits les noms de condamnés 
à l'ostracisme; notre collection, encore si ré- 
duite, de documents de cette espèce, va être 
considérablement accrue par cette trouvaille. 

En dehors de ces fouilles, des sondages inté- 
ressants ont été tentés sur deux autres points : 
sur la Pnyx, M. Kourouniotis a découvert un 



ANCIEN ET MODERNE 



5S 



nouveau mur de soutènement demi-circulaire, 
plus ancien que le mur déjà connu ; au Par- 
thénon. le dallage a été soulevé en plusieurs en- 
droits par les soins do l'École américaine ; on a 
ainsi mis au jour des sortes de caveaux qui ont 
servi, durant l'époque byzantine, à la sépulture 
des évêques 

Charles Du(;as. 

LES REVUES 



France 

Le Correspondant {\0 février). — Chambord el 
la maison de France, par le prince Sixte de Bourbon. 
— Le prince Sixte de Bourbon, Dis cadet du duc de 
Parme et neveu du comte de Chambord, étudie l'his- 
toire du domaine dont il est un des co-propriétaires. 
Après avoir servi de résidence à François 1" et à ses 
successeurs, puis à Stanislas de Pologne et à .Maurice 
de Saxe, le château de Chambord fut donné par Napo- 
léon au maréchal Berthier. Vendu en 1820, par la 
veuve du maréchal, il fut offert au jeune fils de la 
duchesse de Berri par souscription nationale, et c'est 
alors que la duchesse de Berri prit cette décisiou, 
respectée depuis lors par le comte de Chauibord, le 
duc de Parme et ses fils, de consacrer les revenus du 
domaine à l'entretien et à la restauration du châ- 
teau. Ces travaux se poursuivent sans cesse : on a 
commencé par refaire les toits, les cheminées, 
la lanterne, qui menaçaient ruine, tous ouvrages 
uffients. A l'intérieur, on a respecté les aménage- 
ments du temps de Louis XIV et de Louis XV lors- 
qu'ils présentaient un caractère artistique. Au dehors, 
sans démolir les communs, comme le demandait 
M. de Caumont, on va supprimer les mansardes qui 
cachent une partie des façades, et rétablir les terrasses 
à balustres de pierres qui figurent dans les estampes 
de Du Cerceau; plus tard, un nouveau système de 
chauffage permettra de faire disparaître les cheminées 
disgracieuses qui encombrent ces terrasses et en 
altèrent les lignes. Le prince Sixte de Bourbon ter- 
mine son étude en déclarant que Chambord ne s'est 
jamais trouvé en des mains plus respectueuses et plus 
sures. 

Allemagne 

Die Kunst (février). — Kijzmam. L'art de la femme. 
— A propos d'une Exposition internationale et rétro- 
spective d'art féminin à Vienne. Nombreuses repro- 
ductions. 

— Hae.ndcke. Les bases historiques de la peinture 
claire el en plein air, 111 (suite et fin). — Cette sorte 
de peinture n'est pas une mode du jour; elle exprime 
un puissant amour de la nature et un effort énergique 
vers la vérité. Des tendances analogues se sont pério- 
diquement manifestées dans l'histoire de l'art. 



— Behinokh. Wilhelm Tiiibner.— Élude d'ensemble, 
avec reproductions, sur l'œuvre de ce peintre, né en 
1851 à Heidelberg : portraits, histoire, études d'ani- 
maux, paysages, n L'art de Triibner est de l'art vrai- 
ment allemand. » 

— G. J. W[olf]. h'ritz Ossivald. — Paysages et 
marines. 

— LccHNEK. Christian l'iatlner, sculpteur tyrolien. 

— VonGleichen-Russwabm. Une maison seigneuriale 
moderne : la villa de Osa, au lac de Starnberg, cons- 
truite par l'architecte Haiger, 

— KuzMANY. Exposition d'art industriel autrichien 
à Vienne. 

— L'art de l'ornementation, d'après le livre de 
K. Knoll et F. Ileuter. 

— Figures d'animaux en bronze, par F. Behn et 
J. Vierthaler. 

— II. Tafel. Tapisseries brodées de .1/"'' Fberhardt, 
à Stuttgart. 

— Porcelaines de Thuringe. — Figurines par Paul 
Wynand et Paul Zeiller. — G. M cet. 

liELOlOUK 

L'Art flamand et hollandais (janvier). — Max 
UooSES. Exposilioti de l'Art flamand du XVII' siècle 
au palais du Cinquantenaire, à Bruxelles en 11)10 : 
les tableaux (("article, avec 7 fig. d'après des œuvres 
de Rubens). 

— Julius de BoER. ycnn Toorop. — Ce peintre et gra- 
veur est né à Poerworedjo (Ile de Java) en 1859; il a 
fait ses études à Amsterdam; son évolution comme 
portraitiste, peintre de mœurs et paysagiste {1-' article 
avec 6 reproductions d'œuvres de l'artiste . 

Italie 

Rivista d'arte (septembre-décembre 1910). — 
Chnries L(*.ser. Une Madone inconnue en terre cuite 
de Mictielozzo à Buda-Pesth. — Elle se trouve à la 
Galerie de Buda-Pesth ; l'auteur la rapproche du groupe 
de l'église de Sant'Agostino à Montepulciano (3 fig.). 

— Paolo d'ANCOXA. Une œuvre inconnue de Atta- 
vante degli Attavanti à la liihl. Corsini de Rome. — 
Il s'agit d'un manuscrit historié, {'Anima peregrina, 
de frère Tommaso Sardi, offert à Léon X; l'auteur en 
attribue les miniatures à Attavante (3 flg.). 

— C. Gamra. Un portrait de Ctime l'par Ponlormo. 
— L'auteur donne auPontormoun dessin et un portrait 
des Offices, et y retrouve les traits de Côme 1" que 
nous avait déjà conservés un portrait exécuté au Palais 
Vieux par Vasari f2 fig.). 

— Giacomo Rioom. Alfonso Lombardi à Bologn» 
(1519-1537). — Étude des œuvres de ce sculpteur qui 
vécut surtout à Bologne. 

— Notes d'archives : M. Cioni : Un étendard peint 
par Dolci. Documents se rapportant à un procès entre 
Doici et la confrérie de S Filippo Benizzi au sujet d'un 
étendard impayé (1642); — C. Carnesecciii. Heaumes 
de cérémonie el de' joute; — G. Poooi. Nouveaux" 



s« 



LE BULLETIN DE L'ART 



documents sur Maso di Branco. Deux documents de 
1341 sur le séquestre de ses biens; — Quelques amis 
florentins : Cornelio de Fabriczy. Notice biographique 
et liste de ses principales études d'art italien. — L. G. 

Rassegna d'arte (novembre). — L'Orfèvrerie de 
Reggio d'Emilia, par Fr. Malaguzzi Vai.bri. — Début 
d'une importante étude, abondamment illustrée, sur 
l'orfèvrerie, qui fleurit à Reggio avec des caractères 
particuliers et se manifesta par une grande variété 
de beaux objets. L'auteur remonte au xiii* siècle et 
passe en revue successivement les œuvres les plus 
diverses — sceaux, nielles, bustes, reliures, croix capi- 
tulaires, tabernacles, etc. — en donnant les détails 
qu'il a pu recueillir dans les archives sur les principaux 
orfèvres dont les noms nous sont parvenus. Cet article 
va jusqu'au milieu du xvi" siècle (fig. et pi.). 

— Un fragment des fresques de la Pelucca, par 
G. Natali. — On installe au musée Brera une salle 
spécialement destinée à recevoir les fragments des 
fresques de Luini provenant de la villa de la Pelucca, 
près de Monza ; l'auteur signale qu'un de ces fragments 
existe dans la galerie Malaspina, à Pavie, et le reproduit. 

— L'Art et les artistes dans le comté de Chiavenna, 
par P. BuzzETTi. — Premier article illustré de vues de 
monuments et d'œuvres d'art de Novate-Mezzola, 
Chiavenna, Prosto, Samolaco, Campodolcind, Piuro, 
etc., villes et villages de la région de Chiavenna, qui 
se compose de deux comtés, le premier, celui de Chia 
venna, appartenant politiquement à l'Italie, et le 
second, celui de Pregallia, à la Suisse (fig.). 

— Un dessin de Benedetto da Carpaccio. par T. Bo- 
HENius. — Dessin pour le Couronnement de la Vierge, 
du palais communal de Capodistria, aujourd'hui con- 
servé au Cabinet des estampes de Copenhague (fig.). 

(Décembre). — L'Orfèvrerie de Reggio, par Fr. Ma- 
laguzzi Valkki (suite et fin). — Croix, paix, statuettes, 
calices, crucifix, casques, armures, torchères, etc., 
appartenant aux xvi', xvii* et xviii* siècles. L'auteur 
publie en appendice un inventaire antérieur à 1546, 
d'objets appartenant à l'œuvre de la cathédrale de 
Reggio. 

— Atigelo di Lorentino d'Arezzo, par A. dei.la Vita. 

— Cet artiste, élève de Bartolommeo dclla Gâta, est 
cité dans Vasari; l'auteur lui attribue des peintures 
ornant l'église S. Domenico d'Arezzo : la Vierge avec 
l'Enfant entre deux saints, et la Madeleine entre 
deux saints (fig.). 

— Une <i Déposition de croix » de Basaiti, par R. d'A. 

— Nouvelle acquisition du musée Brera, celte peinture 
est signée et elle appartient certainement à la meilleure 
période de l'artiste vénitien, postérieure à 1510 (pL). 

— L'art d'intelvi et son exposition, par R. Gioi.Li. 

— On ne peut réellement dire qu'il existe un arle 
intelvese, toutefois on a eu récemment l'idée d'orga- 
niser une exposition d'œuvres d'art provenant de cette 
région et on est arrivé à réunir un très curieux 
ensemble; a ce propos l'auteur reproduit les deux 
plus anciennes peintures qu'il a pu retrouver dans 



la contrée : l'une est une Déposition de l'église parois- 
siale de Claino, œuvre d'un certain Gentilino, datée 
du 9 août 1492; et l'autre, à SS. Gallo et Desiderio de 
l'église de Ponnalnferiore, représentant la Vierge avec 
l'Enfant et deux saints, et signée : « 1504, 27 marcii, 
Ambrosius V'alia Soldi », pour Ambrogio délia Val 
Solda (fig.). 

(Janvier 1911). — Peintures italiennes dans la col- 
lection Platt (à Englewood, Nev) Jersey, V. S. A.), 
par F. Mason Perkins. — 1" article : étude et repro- 
ductions, entre autres, d'un portrait d'homme de 
Francesco Salviati ; de Vierges à l'Enfant de A. Loren- 
zetti. A. di Bartolo, G. Boccati, de l'école de Botticelli 
et de celle de Filippo Lippi; d'un Saint Jérôme de 
J. del Sellaio; etc. (fig. et pi.). 

— Un «S. Remardino », dans le couvent de Sainte- 
Anne Il Capodistria, par G. Musher. — Peinture dans 
la manière d'Alvise Vivarini (fig.). 

— Deux tableaux importants acquis par les musées 
publics, par G. Cagnoi.a. — La première de ces .• acqui- 
sitions » est celle du Saint Sébastien de Mantegna, 
vendu au Louvre par la municipalité d'Aigueperse; 
la seconde, celle d'une toile célèbre de P. Véronèse; 
Vénus, Mars et l'Amour, récemment entrée au Metro- 
politan Muséum de New- York (fig.). 

— Sotes à propos de l'église de San Maurizio à 
Moniistero Maggiore, par Ugo Nbbbia. — Description 
de cette église, et en particulier des fresques de 
B. Luini qui la décorent (reproductions en partie 
inédites); étude des fresques des xiv et xv* siècles, 
ornant la tour ronde, dite tour d'Ansperto, qui se 
trouve au milieu des anciens monuments conventuels, 
adjacents à l'église (premières reproductions de ces 
fresques), 

— Une peinture de Jacopo de Antonello de Messine, 
par P. ToRscA. — Vierge à l'enfant, de Jacobello, ou 
Jacopo, fils d'Antonello de Messine, conservée à la 
galerie Carrara, à Bergame; signée et datée du 14 dé- 
cembre 1490 (fig.). 

— Les fouilles de San l.orenzo, par D. Sant'Am- 
RHooio. — A propos des fouilles qui vont être faites 
sur l'emplacement de la basilique de S. Lorenzo, à 
Milan; représentations de ce monument dans les 
peintres de la fin du xvi* siècle. 

— Deux nouvelles expositions de dessins anciens, 
par F. MAI.A0LZZI Valbri. — A propos de l'exposition 
de dessins d'Andréa del Sarto, récemment ouverte 
aux Offices; ell'exposition de dessins anciens du Palais 
blanc, a Gènes, plus électiquc (Corrège, Tibaldi, Bron- 
zino, Baroche, S. Cantarini, etc.); fig. d'après ces dessins 
et des peintures qui en sont rapprochées. 

— Notes d'art novarnis i3" article), par R. Giolli : 
l'art de la sculpture sur bois (fig.). 



Le Géra-t : H Denis. 



Paru. — Imp. i>mirK«*> retii. 11, nip tjodo<-d-*-Maiiroi. 



Numéro 493. 



Samedi 25 Février 1911 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Manœuvre 
de la dernière heure 



Au moment où la Cliambre va discaler le 
budget des Beaux-Arts et aborder la fameuse 
proposition Jules Hoche concernant le Mont 
Saint-Michel, l'administration des Ponts-et- 
Chauss(^es se décide, comme on dit, à jeter du 
lest. 

Nous avons trop souvent résumé la question 
pour qu'il soit utile de la reprendre tout au long (1); 
elle se réduit à ceci, qui est la simplicité mO'me : 
pour tenter de rendre le Mont Saint-Michel à la 
mer et pour enrayer autant que possible l'ensa- 
blement progressif de la baie, on propose depuis 
trente ans de couper la digue insubmersible du 
Couesnon, établie par le néfaste décret du 
23 juin 1874; à cet effet, la Commission du 
budget, sur la proposition de M. Jules Hoche, 
demande à la Chambre de voter un premier 
crédit de 0.000 francs; et force va être à nos 
honorables de se prononcer catégoriquement à 
ce sujet. 

En présence de cette- manifestation de l'opi- 
nion publique, les Ponts-et-Chaussées ont feint 
de céder. L'an passé, ils n'admettaient pas qu'on 
changeât rien à la baie du Mont Saint-Michel; 
maintenant, ils concèdent qu'on pourrait rac- 
courcir la digue submersible de Roche-Torin et ils 
font valoir l'hypothèse qu'en rendant « la Sée et 
la Séhune à leurs cours naturels, les eaux de 
ces rivières viendraient comme autrefois baigner 
la base du Mont et créer à l'est une zone d'isole- 
ment, comparable à celle qui existe à l'ouest, 
du côté de la mer, du fait du Couesnon » (2). 

Qui ne voit la licelle? Offrir de raccourcir la 
digue submersible de Roche-Torin quand on 



(1) Voir notamment le llullelin du 17 sept. l'J'O 
(n" 475). 

(2) De M. Henri Defert, dans la Revue du T. C. F. 
de ce mois, p. 65. 



réclame la coupure de la digue insubmersible 
du Couesnon, c'est là une diversion à laquelle 
on ne doit pas se laisser prendre. 

La proposition Jules Hoche, sanctionnée par 
la Commission du budget en attendant qu'elle le 
soit par la Chambre, a déjà produit ce résultat 
de modifier l'attitude intransigeante des Ponts- 
et-Chaussées; car si l'on cherche à parer le 
coup, c'est qu'on le juge redoutable. Raison de 
plus pour se tenir ferme à la proposition de 
M. Jules Roche, et pour écarter les trompeuses 
demi-mesures suggérées par l'administration. 

E. D. 

€3® 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 18 février). 
— L'Académie reçoit communication fies résultats 
du jugement sur le concours de l'École des beaux-arts 
pour le prix Doublemard (sculpture), de la valeur de 
1.800 francs. 

Le premier prix (1.700 francs) a été décerné à 
M. Kevola, élève de M. Injalbert, et le second prix 
(100 francs) à Mlle Heuvelmans, élève de MM. Mar- 
qucste et llannaux. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 17 février). — Le ministre de l'Instruction 
publique informe l'Académie que l'assemblée des 
professeurs et le Conseil de perfectionnement de 
l'École des Chartes ont classé, comme candidats à la 
chaire d'archéologie du moyen âge : en première ligne 
M. Eugène Lefèvrc-Pontalis, directeur de la Société 
française d'archéologie, et en deuxième ligne, M. Bru- 
tails, archiviste de la Gironde. L'Académie, invitée à 
émettre son avis sur ces présentations, les ratifie par 
son vote. 

— M. Morel-Fatio annonce que la Bibliothèque 
nationale vient de s'enrichir, grâce à la libéralité de 
la marquise Arconati Visconti, d'un manuscrit du 
seizième siècle contenant une histoire inédite de 
r.harles-Quint, due à Hugues Cousin, nommé fourrier 
de l'empereur en 1548. Cette histoire, écrite en 1556, 
porte surtout sur la rivalité entre Charles-Quint et 



bs 



LE BULLETIN DE L'ART 



François 1". Chargé comme fourrier de préparer les 
installations de la conférence qui eut lieu à Marcy 
près Calais en \'yj:i, Hugues Cousin en a donné, dans 
son ouvrage, un très curieux dessin. 

— En étudiant le célèbre manuscrit des « Très riches 
heures du duc de Berry, conservé à Chantilly ». M. le 
comte Durrieu a déterminé que ses miniatures ne 
sont pas ducs à une main italienne, mais qu'elle sont 
d'une inspiration très italienne. Cela n'est pas sur- 
prenant, car Jean, duc de Berry, avait pour beau- 
frère le premier duc de Milan; les artistes français ou 
bourguignons ont dû être en rapport avec l'art 
lombard. S'appuyant sur une découverte récente d'un 
érudit italien, M. Giulio Zappa, M. Durrieu a étudié 
plus parliculièremcnt ce Miclielino da Besozzo, connu 
depuis 1394 jusqu'à 1442, qui, jouit de la plus grande 
réputation comme peintre et miniaturiste auprès des 
ducs de Milan. Un livre d'heures de la lamille Ros- 
pigliosi permet d'apprécier son talent. M. Durrieu 
pense qu'on peut retrouver quelques dessins de lui 
chez nous, notamment dans le ms. lat. 5.888 de la 
Bibliothèque nationale. 

Musée de l'Armée. — Quatre nouvelles salles, 
qui ont été ouvertes cette semaine au public, viennent 
d'être aménagées au Musée de l'Armée. Elles ren- 
ferment une riche collection de coiffures militaires 
depuis la Révolution jusqu'à nos jours (état-major, 
garde impériale, garde royale et armes diverses) et 
deux collections de huit à dix mille petits soldats de 
carton, peiuts à l'aquarelle et rangés par armes dans 
plusieurs vitrines. 

L'une de ces collections, donnée il y a quelques 
années déjà par M. Wiirtz, représente tous les uni- 
formes de la liévolution et de l'Empire. L'autre, don- 
née par M. Paul Schmid, de Strasbourg, montre en 
miniature les armées de 1843 à 1848, et présente, indé- 
pendamment de sa valeur documentaire, une réelle 
valeur artislique. M. Schmid, en ellct, ne s'est pas 
contenté de représenter des soldats etdes oUicicrs quel- 
conques. Il a fait des portraits C'est ainsi que toute la 
garde nationale de Strasbourg a figuré sous les traits 
d'ofliciers de cette arme connus en 1843 et dont les 
familles vivent encore à Strasbourg, et que l'état- 
major général et les princes de la famille de Louis- 
Philippe ligurent, en portraits d'une parfaite ressem- 
blance, à côté du roi lui-même, à une revue qui a 
permis de présenter tous les uniformes de l'armée du 
temps. 

Musée de Dijon. — Le musée de Dijon vient de 
s'enrichir de plusieurs œuvres d'art : un Christ bénis- 
sant, œuvre d'un primitif espagnol, don de feu 
M. Maciet; un portrait d'Alexandre Bertrand, créateur 
du musée de Saint-Germain en-Laye, dessin aux deux 
crayons par Carôlus-Duran, don de M. G. Joliet; 
les Fondiimenta Nuove, par Iwill, don de M. Berg- 
mayer; Hëverie, pastel par Aman-Jean, don de feu 
M. Maciet. 



Société des Artistes français. — .Mardi dernier 
ont eu lieu les élections pour le renouvellement ^u 
jury de peinture de la Société des Artistes français. 
Voici les noms des soixante membres du nouveau 
comité : 

.Membres sortants réélus : MM. Bonnat, Collin, 
Cormon, Détaille, Kerrier, Plameng, Ilumbert, J.-P. 
Laurens, J. Lefebvre, Morot, Bail, Baschet, Ilarpignies, 
Henri Martin, Hochegrosse, Kobert-Fleury, Uoybet, 
ïattegrain, Adau, Adler, Barillot, Bordes, Boutigny, 
Paul Chabas, Coaicrre, Dawant, Déchcnaud, Demont, 
Dulfaud, Etcheverry, Gagliardini. Gervais, Gilbert, 
Glaize, Gorguet, Gosselin, Guillemet, Guillonnet, 
Laugée, Ernest Laurent, Luigi Loir, Maillart, Maxence, 
Olive, Pelez, Petitjeau, Quost, Renard, H. Uoyer, Saint- 
Germier, Saint-Pierre, Saubès, Schommer, Vayson, 
\\'encker, Zwiller. 

Nouveaux élus : M.M. André Dcvambez. Henri Foreau, 
P. Albert-Laurcns, P.-M. Dupuy. 

Monuments historiques.— Par un récent décret, 
une partie de l'ancien séminaire de Brou a été affectée 
à l'administration des Beaux-Arts en vue de l'instal- 
lation d'un musée lapidaire. 

Deux dessins inédits de Callot. — Au cours 
des recherches qu'il poursuit en vue d'un important 
travail sur Jacques Callot, M. BruwaiTt vient de faire 
une découverte des plus intéressantes. 

Il a remarqué sur la couverture en parchemin d'un 
volume de la Bibliothèque nationale, intitulé Scelta 
d'alcuni mivacoli e ffrazie delta santissima Siinziala 
di Firenze, descrilli dal l'.-F. Gio Anipolo Lattini, 
juiprimé à Florence en 1619, le nom de Jac. Cattol 
écrit à l'encre sur le plat postérieur, tandis que la 
face antérieure porte, également à l'encre, les armoi- 
ries de l'artiste : un écusson ovale avec cinq étoile.i 
en sautoir. 

L'attention de M. Bruwaërt ayant été mise en 
éveil, il examina attentivement le volume et trouva : 
au recto d'une des feuilles de garde l'inscription à 
l'encre : Jacomo Callot di Lorre [na]\ puis en regard 
du titre, une esquisse à l'encre et au lavis, en hauteur, 
et une autre esquisse analogue, en largeur, sur une 
des feuilles de garde de la fin du volume. Celle-ci 
parait être une première pensée de la l'rédicnlion de 
saint Jean-Baptiste. La facture de ces esquisses et 
les inscriptions du volume sont une preuve que 
l'exemplaire dont il s'agit provient de la bibliothèque 
de Callot. 

Le Palais de Dioclétien.— On se souvient que 
M. Ernest Uébrard, ancien pensionnaire de Rome, 
exposait au dernier Salon les relevés du palais de 
Dioclétien, à Spalato, accompagnés de planches 
donnant les plans et élévations d'une reconstitution 
de cet ensemble d'édifices ; cet important travail 
valut à son auteur la médaille d'honneur de la sec- 
tion d'architecture. 



ANCIEN ET MODERNE 



59 



Le Comité esécutif des fêtes qui doivent avoir lieu 
cette année à Home commanda aussitôt à M. Hébrard 
un modèle en relief de sa reconstitution. Cette 
maquette en plaire, réduction à l'éclielle d'un cen- 
tiiiiélre par mètre, est actuellement terminée; elle 
vient d'être exposée à Paris et partira incessamment 
pour liome, où on pourra la voir dans une salle du 
palais des Thermes de Dioclétien. 

Expositions annoncées. — Aujourd'hui samedi 
2.'i février, au iiuisée des Aris décoratifs, ouverture de 
l'expositiim des Artistes décorateurs; et de l'exposition 
de la Collection de peintures japonaises de l'École 
populaire (collection Fukuba), appartenant à M. Ku- 
wahara. commissaire fréuéral de l'exposition anglo- 
japonaise de Londres en 1910. 

— l.e 1" mars, s'ouvrira chez l'éditeur Sagot, 39 bis, 
rue de Chàteaudun, une exposition de 60 peintures, 
dessins et gravures de M. Auguste Lepère. 

^ Le succès de l'Exposition des Cent Portraits de 
femmes, de 1909, a suggéré au correspondant parisien 
du liuili nylon Magazine, M. Hobert Dell, qui fut le 
collaborateur de .\l. Armand Uayot dans l'organisa- 
tion de celte exposition, l'idée de faire connaître en 
France les pastellistes anglais du dix-huitième siècle, 
(in peut dire que ces pastellistes, sauf Hussell, sont 
à peu près ignorés chez, nous, quoique leur nombre 
ait été grand et que plusieurs d'entre eux puissent 
■■tre comparés à liussell. L'exposition envoie d'orga- 
nisation des œuvres de cette brillante plé'iade sera 
donc une véritable révélation. Elle aura lieu à la 
galerie Brunner, du coumiencement d'avril au 15 juin 
de cetie année, au profit du Victoria Home de Neuill.y 
(maison anglaise de retraite pour femmes âgées) et 
de l'Orphelinat des arts. Pour tous renseignements, 
s'adresser au commissaire général, M. Robert Dell, 
9, rue Pasquier, Paris. 

A Gavinana- — On vient de retrouver chez un 
anti(|iiaire parisien des terres cuites qui ont été 



récemment volées dans l'église de Gavinana, prés 
Pracchia (province de Florence). — L. G. 

A Pérouse. — Des voleurs ont détaché de la 
statue de Jules 111, par V. Danli, qui se trouve sui 
la place du Dôme, un morceau de bronze de la dimen 
sion de m. 40x0,40. C'est exactement un fragment 
de la partie postérieure de la chape; il porte des bas- 
reliefs représentant le Triomphe de la Foi, les prin- 
cipaux docteurs de l'Église occidentale avec quatre 
anges, et la Foi foulant aux pieds l'Hérésie, — L. G. 

A Rome. — A la dernière réunion de la Société ita- 
lienne d'archéologie et d'histoire de l'art.M.G.Cantala- 
inessa a parlé d'un buste du Bernin jusqu'alors inconnu. 
11 représente le cardinal Donienico Giuseppe Ginnasi 
et se trouvait dans le monastère des Teresiani, fermé 
par une clôture sévère; le départ récent des religieu- 
ses pour Fano a permis à M. Cantalamessa d'examiner 
ce buste qui sera prochainement transporté à la gale- 
rie Borghèse. — L. G. 

A Venise. — Venise a trouvé une manière bien 
personnelle de s'associer aux fêtes du cin(|uentenuire 
de l'Unité italienne. Le campanile de Saint .Marc, 
entièrement réédifié, sera inauguré solennellement le 
14juillet prochain, neuvième anniversaire de sa chute. 
Nous avons eu plus d'une fois l'occasion de suivre dans 
ce Bulletin la progression des travaux : ajoutons qu'il 
sont à peu près achevés; il ne reste plus qu'à remettre 
en place les figures de la Justice et les lions allrontés 
qui couronnent le clocher. 

Nécrologie. — On annonce la mort : de M. Emile 
Cugniart, artiste peintre, décédé à Paris, à l'âge de 
55 ans; né à Paris, élève de Guillemet, il débuta au 
Salon de 1877 et exposa jusqu'en ces dernières années 
des paysages remarqués ; chevalier de la Légion 
d'honneur depuis 1906, il avait obtenu une médaille 
d'argent à l'Exposition universelle de 1900; — du 
paysagiste Francisque Le Moine, décédé à Saiut- 
lirieuc, à l'âgé de 67 ans. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — "Vente de la collection G. Mar- 
tini. — Avec cette vente, faite du 20 au 22 jan- 
vier, par M« Bidel et M.\l Ferai, Mannheim et 
Danlos, nous avons vraiment le commencement 
de la saison. De bons prix sont à signaler, les 



résultats dépassant le plus souvent les demandes. 
Tout ceci est d'un bon présage pour les vacations 
qui vont suivre. 

Les honneurs de la vente, du côté des pein- 
tures, ont été pour le tableau de P. -A. Wille, le 
Bouquet, qui est monté à 20.SOO fr , sur la 
demande de 7,000 seulement, lionne plus-value, 
mais dans des conditions plus normales, pour 



60 



LE BULLETIN DE L'ART 



l'Eugène Isabey, le Dèpait pour la promenade, 
adjugé 10.100 fr., sur la demande de 0.000. 

Parmi les boîles, qui ont obtenu de Tort bons 
pri.i;, on noiera celui de 8.000 fr. obtenu par le 
11" loi. une boite en or ciselé, d'époque Louis XV, 
lU'corée (le vues de ports de mer (dom. 5.000); 
eiiliii, parmi les objets mobiliers, le tapis persan 
ancien a été adjugé 12.S00 fr. sur la demande 
de 12.000. 

Le produit total de la vente s'est élevé à 
280 578 francs. 

PRINCIPAUX PRIX 

GiiAVLiiES. — 5-6. Debucourt. Iteui et malheur ou la 
Cruche cassée. L'Escalade ou les Adieux du matin, 
iiiip. en coiil., 8.000 fr. — 7. La l'romenade publiiiue, 
inip. eu cdtil , 4.150 fr. — 15. D'après Lavrcince. Le 
Déjeuner anglais, par Vidal, iiiip. en coiil., 3. 150 fr. 

Ukssi.\s. — 25. Eiig. Lami. Elle aime à rire, elle 
aime à boire, aq., 2.600 fr. 

Tahi.i;,\u.x. — 38. Atelier lie Drouais. L'Eufanl nu 
pulictiinelle, 8.200 (r. (deiu. 8.000). — 39. Uiiplessis. 
l'orlrait du comte de f/oyence, 2.020 fr. (dcui. 2.500). 

— 40. Ilcinsiiis. Portrait présumé d'Anne-llenrietle 
d'Assailly, 6.500 fr. (dem. 8.000). — 41. Eiig. Isabcy. 
Le Départ pour la promenade, 10.100 fr. (dcni. 6.000). 

— 48. Genre de Heynolds. Ilébé, 2.250g fr. — 50. 
Spacndonck. Un Vase de fleurs, 3.430 fr. — 51. Tas- 
sacrt Daiiaé, 6 200 fr. (dem. 6.000). — 54. P.-A. Wille. 
Le Bouquet, 20.500 fr. (dcni. 7.000). — 55. École franc., 
xvin* s. l'orlrait de jeune femme,lMO St. (deui. 6.000). 

Faïences, etc. — l'orcelaines de Chine. 60. Dcu.k 
cornets Kang-hi, décorés comp. branches fleuries, 
oiseaux, insectes, 5.500 fr. (dem. 3 500). — 61. Vase 
Kang-lii, comp. paysages animés, branchages, etc., 
fond vert pointillé noir, 3.000 fr. (dem. 3.500). — 67. 
Pot ovoïde avec couvercle, fond carrelé, comp. à cor- 
beilles de lieurs. 2 200 fr. 

Objets de vitrine. — Époque liégence. 98. Drageoir 
coquille, or émaillé, plaques de nacre avec applica- 
tions or émaillé et ciselé, 4.600 fr. 

Époque Louis AT. 103. Boite nacre gravée, avec 
applications d'or, sujet galant, -"i.SOO fr. (fissure, dem. 
3.000). — 104. Grande boite or ciselé, vues de ports de 
mer, 8.600 fr. (dem. 5.000). 

Époque Louis X\'1. 132. Boite or émaillé vert, donnée 
par la reine à M. Badouville, poinçon de Clavel, 2.750 fr. 

— 133. Boite ronde, or émaillé à filets blancs ondulés 
sur fond bleu, poinçon de Clavel, 2.620 fr. — 134. Boite 
or émaillé à décor d'arbustes sur fond oraogé, poinçon 
d'Alaterre, 2.900 fr. (sans garantie). 

Pemili.es, Biio.NZES. — 205. Pendule bronze doré et 
patiné rouge, mouvement suniuinté d'une figure d'cn- 
fant sauvage assis et supporté par un rhinocéros, 
ép. Louis .XV, 5.850 fr. (deui. 6.000). — 208. Dcu.< vases 
porphyre rouge oriental, monture br , en partie ép. 
Louis XVI, 3 150 fr. (dem. 3.000). — 210 Deux candé- 



labres, br. ornés chiuièrc, anc. porc, de Chine, 6.000 fr. 
(dem. 5.000). 

Meubles — 224. Écran bois scuIpltS feuille tapis, 
liégence, vase de fleurs sur fond jaune, 4.500 fr. — 
Commode Louis XVI, marqueterie, signée V. Petit, 
2.7.50 fr. 

Tapis. — 270. Grand tapis d'ancien travail oriental, 
décor de branches fleuries sur fond rouge, 12.500 fr. 
(dem. 12.000; couture dans le haut). 

Vente de faïences et tapisseries. — Le clou 
de celte vente faite, salle 11, le 22 février, par 
M« nignon et M. Caillot, était la paire de poti- 
ches en Delft doré, polychrome, à décor de 
chinois, d'Adrien Pijnacker. On sait de combien 
la valeur des faïences anciennes de Delft s'est 
accrue en ces dernières années. .Mais le plus 
gros prl.\ jusqu'ici obtenu pour un spécimen de 
cette fabrication, est celui de cette semaine : 
.'^;■).100 francs, sur la demande de 20.000. 

.Vuprès de cette enchère, les autres prix de lu 
vacation dont le total s'est élevé à 88.200 francs, 
sont plutôt pâles. A peine trouvons-nous à signaler 
celui de 1.805 francs obtenu par un grand plat 
de Houen à armoiries en bleu, couronne et 
lambrequins en bleu et jaune, avec fêlure. 

Les tapisseries, qui complétaient celte vente, 
nous présentent deux enchères plus élevées : 
celle de 12.500 francs sur la demande de 12.000, 
pour un panneau, d'après Téniers, et celle de 
250 francs pour une verdure, Chasse au san- 
glier, sur la demande de 8.000 francs. 

'Ventes annoncées. — A Paris. — Tableaux 
anciens. — Lue brochure illustrée d'un certain 
nombre de reproductions, nous apporte l'annonce 
d'une vente de tableaux anciens, qui sera dirigée, 
salle H, le 2 mars, par M" l.air-Dubreuil et 
M. Sortais. 

On remarquera en particulier les numéros 
suivants : Aved, Portrait d'une abhes$e; M"« Bou- 
liar, Portrait de Talieyrand; Coypel, Renaud et 
Armide ; École de Greuze, Portrait présume de 
M"" Raurourt; Baron Guérin, (Edipe et Antigone ; 
L. Boilly, ta Bacchante; Hicois, deux Vues de 
Bagatelle, se faisant pendant; attribué a'u Greco, 
Portrait de Saint-Charles Borromcc; François de 
Troy, Portrait présumé d'Honoré de Barentin; 
II. van Balen et Brueghel de Velours, le Paradis 
perdu: et G. Schalken, Sijmphe euddrmic. 

IV vente Lowengard (objets d'art et de 
haute curiosité |. — Les 3 et 4 mars, salle C, 
.M' Lair-Dubreuil et MM. Mannheim et l'aulme et 



ANCIEN ET MODERNE 



61 



Lasquin, dirigeront, la seconde vente Lowengard. 
La première, on s'en souvient, avait dispersé la 
série des tapisseries provenant de la succession 
de l'antiquaire parisien. Celle-ci est consacrée 
aux objets d'art et de haute curiosité, parmi 
lesquels on remarquera : un tympan en terre 
émaillée de l'atelier de Luca délia liobbia, repré- 
sentant Sainte Ursule et tes onze mille vierges ; 
des émaux peints de Limoges, notamment : deux 
raédaillons ronds en grisaille, par Martin Didier 
dit Pape, xvi' siècle, représentant Josué et Artus, 
roi de Bretagne; deux plaques ovales, par Couly 
1er Noylier, xvi° siècle, représentant Ricliard de 
Normandie et rArchcvrqiie Turpin; une plaque de 
l'atelierdes l'énicaud, xvi" siècle, la liésiirrection; 
une plaque par Jean II Pénicaud, xvi" siècle, à 
sujet tiré de l'Enéide; un baiser de paix en 
argent, en forme de portail gothique, orné d'une 
plaque en émail peint, du xvi' siècle, représen- 
tant l'Annonciation; des émaux champlevés dont 
une châsse en forme de maison, Limoges, 
xiv« siècle, à décor de sujets du Nouveau Testa- 
ment et de raédaillons; des ivoires, en particu- 
lier un diptyque d'art français du xiv siècle, 
représentant ['Adoration des Mages et la Cruci- 
fixion; et parmi les objets variés, notons: un cadre 
de miroir en bronze doré, enrichi de bas-reliefs 
d'argent et de plaques en émail translucide sur 
argent, de travail allemand, atelier d'Attemstet- 
ter, xvi= siècle. 

Passons aux sculptures. Quelques bois sculptés 
sont tout d'abord à signaler : une petite Vierge 
à l'Enfant, du xv« siècle, un encadrement en 
forme de niche aux armes des Piccolomini, de 
travail siennois de la lin du xv" siècle; trois sta- 
tues, grandeur petite nature, les Trois rois mages, 
attribuées à Veit Stoss, Nuremberg, fin du 
XV" siècle; une statuette d'ange céroféraire, sur 
un support cantonné de quatre enfants tenant 
des écussons, Allemagne, commencement du 
XVI" siècle. On remarquera aussi des sculptures 
en pierre, marbre ou terre cuite, notamment: 
un grand retable en pierre sculptée, présentant 
au centre la Vierge et l'Enfant, et de chaque 
côté deux rangées surperposées d'arcades conte- 
nant des scènes du Nouveau Testament; un bas- 
reiief en marbre blanc, une madone italienne du 
xvc siècle, attribuée à Verroccliio; un groupe de 
sainte Valérie et deux anges, pierre, art fran- 
çais, xv= siècle (vente Molinier, 1900); une sta- 
tuette en pierre peinte d'enfant nu étendu, école 
de Verrocchio, lîii du xv° siècle; un grand 
médaillon rond en terre cuite, de l'atelier des 



Robbia, commencemcntdu xvi" siècle, représen- 
tantla Vierge en adoration devant l'KiifantJésus, 
saint Jean-I!aptisle et ciiu] anges; un buste de 
moine, en terre cuite, Italie, fin du xv" siècle; 
enfin une statuette en marbre blanc d'enfant 
nu accroupi, xviii" siècle. 

Il nous faut renvoyer au catalogue illustré, 
pour la série des bronzes italiens, des xvs et 
xvi<^ siècles pour la plupart; mais n'achevons pas 
cette rapide énumération sans signaler deux vases 
en ancienne porcelaine du Japon, à montures en 
bronze ciselé et doré du temps de Louis XVI, et 
parmi les meubles, un meuble à deux corps, 
d'art français de la fin du xvi= siècle et une con- 
sole en bois sculpté et doré d'épo(jue Louis XIV, 

Collections G. du R. — Cette vente, qui 
aura lieu, salles D et 10, du 13 au IC mars, par le 
ministère de M" Baudoin et de MM. Mannlieim, 
comprend surtout des porcelaines anciennes: 
Saxe, Sèvres pâte tendre et Chine, ainsi que des 
objets de vitrine, des meubles et des tapisseries 
des xvi', XVII" et xviii" siècles. Nous aurons 
l'occasion d'y revenir sous peu avec plus de 
détails. 

M. N. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Automobile-Club. — Sous le soleil des lustres, 
la physionomie d'une luxueuse exposition ne 
change pas : la dixième ne doit sa supériorité 
sur la précédente qu'au retour de M. Roll, peintre 
d'une Fleur rouge dans une brune chevelure. 
Cette robuste fraîcheur de « plein-air », qui 
manque au joli Farniente de M. Bourgonnier, 
ne parfume pas davantage, sous le froid pinceau 
de M. Debat-Ponsan, la plastique légende de 
Phnjné àEleusis,Tpris<i pour Aphrodite par la naïve 
admiration des pêcheurs; et ce grand nom ne 
divinise plus l'anecdote païenne dont le maître 
Saint-Sacns a fait naguère une des belles pages 
de l'ait musical. Le style oublié, pour qui plaide 
encore une Baccliantc au repos de M. (iuiiiier, 
se modernise dans un sourire crayonné par 
M. Kl iant : ce dessinateur paraît le seul portrai- 
tiste élégamment familial ou naturellement 
féminin, dans cette atmosphère mondaine; et 
presque aussi rare que le style, le sentiraeul qui 
s'est exilé dans quelques menus paysages noc- 
turnes ou pluvieux de MM. Cachoud et Foreau, 



62 



LE BULLETIN DE L'ART 



brille obscurément sous l'abat-jour doré de 
M. Hieder avec la douce magie des souvenirs 
d'enfance ; habiluellement plus libertin, M. Victor 
Lecomte évoque la même heure mystérieuse 
auprès d'un berceau. Style ou sentiment, — la 
sculpture semblerait bien pauvre ,sans la coupe 
■grandiose de M. Gustave Michel, près des figu- 
rines de MM. Levasseur et Gréber ; et les arts 
précieux mériteraient peu leur nom sans l'émail 
dont M. Lalique a fait un poème d'automne. 

Société internationale de la peinture à 
l'eau (galerie des Artistes modernes). — Un 
régal annuel, et non seulement par la saveur 
des procédés, mais par la qualité des arlistes ; 
car le choix intelligent des invités renouvelle à 
souhait le brio des sociétaires, et la palette étran- 
gère oppose son harmonie subtile à la clarté 
française. Cette année, les masques énigmaliques 
de l'esthète flamand, M. Fernand Khnopff, riva- 
lisent avec les Roses d'automne d'un préraphaélite 
anglais, M. Hobert Anning liell, et les surpassent 
en précision mystique, en raffinement burne- 
joncsqiic. On sait le dilettantisme anglais de Sir 
Alfred East ; l'humeur voyageuse d'un Américain, 
M. Frank Armington et sa dévotion pour Bruges- 
la-Morte ; l'opulence sédentaire des talents belges, 
MM Delaunois, Marcette, Henry Cassiers et 
Fraiilz Charlet, que rappelle la palette lyonnaise 
de M. Luigini. L'accent de M"' Esté, le ton de 
M"" Monlalba, ne sont pas plus inédits que les 
portraits des riches bibliothèques par M. Walter 
Gay. C'est de Venise, aujourd'hui, que nous vient 
un frisson nouveau, d'une Venise nocturne, 
argentine ou pourprée des dernières lueurs d'un 
orage, et toujours estompée sous l'étrange dé- 
trempe de M. Gennaro Favai, dont la matière 
offre la séduction d'un Monticelli déverni. Loin 
du Nord chercheur ou du Midi virtuose, le Vont 
au Change, aperçu par M. Besnard, devient un 
paysage romanesque, aux scintillements d'or en 
un brouillard d'améthyste : collaboration d'un 
regard avec l'heure, qui favorise autrement le 
style de M. Francis Auburtin dans un repli de 
falaise normande où s'encadre un pur lever de 
lune, un soleil rose, le vent du soir, la mer 
démontée. Portraitiste éloquent des petites Bre- 
tonnes, .M. Lucien Simon nous montre l'étude en 
blanc majeur île la Cérémonie religieuse d'Assise 
qui retint le salonnier de 1908. l'rès de la flore 
de M™» Crespel, aussi précise que la faune de 
M. Haymond Bigot, In gouache compliquée de 
M, Gaston La Touche a pour antithèse la pres- 



tesse de M. Fernand Truffant qui s'amuse à laver 
d'aquarelle pure les débris du vieux Marseille ou 
du vieux Montmartre. 

Société des aquarellistes français (galerie 
Georges Petit). — L'aquarelle pure : c'est elle 
qui devrait oITrir la seule raison d'être de ce 
trente-troisième hiver, si l'adresse, qu'il ne faut 
pas confondre avec le savoir, ne remplaçait ici 
par les redites de l'habitude l'émoi de l'heure 
sentie ou de la chose vue! Au risque de nous 
répéter nous-même, oublions la quantité pour la 
qualité : touches vives d'un voyageur arnHani le 
nuage ou le rayon qui passe sur la ruine ou sur 
la mosquée, M. Pierre Vignal ; dessins nellemeiit 
rehaussés d'un peintre-graveur qui comptera 
parmi les amants de Sienne ou de Venise dans 
les musées de l'avenir, M. Henry Paillard ; 
oublions vite la série des Centaures de M. Doi- 
gneau devant le Luxembourg en 1809, évocation 
d'un archéologue ami de l'enfance, M. Maurice 
Boutet de Monvel; retenons un orage en Savoie 
de M. Filliard, la Loire a/.urée de .M. Paul 
Lecomte, des soirs neigeux de M. Henri Jour- 
dain, le culte de M"« Carpenlier pour Versailles, 
quelques notes provinciales de MM. de Broca, 
Paul Rossert, Henri Duhem... Le reste est 
repoussoir et silence. 

Un groupe d'artistes américains de Paris 

(galerie Devambez.'i. — Ces virtuoses de la brosse, 
de la patine ou de la pointe nous sont presque 
tous familiers, étant Parisiens; et l'intluence de 
M. Rodin sur les bronzes de M. Barllett ou de 
M. Claude Moiiet sur le plein-air des coloristes 
n'est pas moins irréfutable que l'enipreinle plus 
mystérieusement fraternelle de feu \Vhisller sur 
le secret d'un visage, la rareté d'une harmonie, 
l'accord d'une verdure ou la magie d'une belle 
épreuve. Aussi bien, c'est l'eau-forle originale 
qui triomphe à ce concours de virtuosités : fine, 
à travers la France monumentale, avec M. George 
Aid; intense, à travers l'Italie limpide, avec 
M. Mac I.aughlan; rigide et mcryonesque, en plein 
vieux Paris, avec M Webster; aérienne et très 
artiste à Tolède, à Venise, à Londres, avec 
M. Pennell. Le bois trop teinté de M. Cole, d'après 
le portrait du baron Gérard, ne donne pas à 
M""" Récamier cet air d'antique vivant qu'elle 
suggère à l'Hôtel de Ville. La palette nacrée de 
M. Richard Miller domine les peintures nom- 
breuses : Heurs de M. Steichen, jardins élégants 
de M. Frieseke, Norvège • nsoleillée de MM. Singer 



ANCIEN ET MODERNE 



63 



et GrilTin, marines de M. Walden, intérieurs de 
miss Tliomason, paysages de M. Dougherty. Par- 
tout plus de brio que d'émotion, sauf dans les 
fusains fixés par M. Fromuth ; mais, seul, 
M Maurer partage la démence des fauves. 

Philippe Zilcken (galerie d'Art décoratif). — 
Rue Laflîtte, en ce demi-jour qui nous révéla 
plus d'un artiste étranger, les amis de la clarté 
calme et de la nuance retrouvent sans déplaisir 
un délicat. Peintre-graveur, orientaliste, écrivain, 
recueillant ses Impressions d'Algérie ou catalo- 
guant l'œuvre de ses confrères, depuis l'ancêtre 
Jozef Israëls jusqu'à M. Slengelin, juré des e.xpo- 
silions internationales et voyageur assez excep- 
tionnel parmi des sédentaires, Hollandais de 
naissance et Français de goût, l'admirateur 
d'Anton Mauve a voulu descendre des moulins 
reflétés par la Meuse aux lagunes, miroir de 
Venise, du canal paie à la Bièvre, de la dune 
froide au Sahara. La ruine d'Arles le connaît, 
comme le vieux Delft : il a tout vu ; mais il n'a 
retenu des choses que la discrétion qui répond 
à sa distinction. Sous le soleil même du désert, 
il reste homme du Nord, un peu silencieux; il 
s'exprime à l'écart, en un petit cadre ou dans un 
essai d'aquatinte etde vernis mou. Depuis trente- 
cinq ans qu'il grave à l'ombre du Rois de la Haye, 
son œuvre, qui comptait déjà deux cents pièces 
en 1891, affirme sans bruit l'amour de la lumière 
et l'horreur du clinquant. 

R.W.MONl) BOUYER. 

craaocracrocraaocraaoaocracyyocœcracracra 

CORRESPONDANCE DE MUNICH 



Expositions d'hiver [fin) (1) 

En l'honneurdu jubilé de l'Empereur d'Autriche 
et pour fêter le cinquantième anniversaire de son 
entrée au liunstverein de Munich, cette société a 
organisé une exposition de peinture viennoise de 
la première moitié du xix" siècle. 

Elle n'offrait pas grand chose de nouveau à ceux 
qui avaient pu voir dans la capitale autrichienne les 
expositions du centenaire de Schubert et du Con- 
grès de Vienne. Mais pour Munich c'était presque 
de l'inédit. Les peintres de cette époque, iniluencés 
par Sir Th. Lawrence et par J.-B. Isabey, sont 
presque tous remarquables dans le portrait, la 

(1) Voir le n« 491 du Bulletin. 



scène de genre et la miniature. H. Fr. Fiiger(17ol- 
1818) et son élève M. M. Daffinger (1790-1849) 
l'emportent quelquefois sur leur modèle français. 
Joseph Danhauser (180b-184'o), le plus apprécié 
peut-être d'entre eux, baisse à nos yeux par la 
quali té doucereuse et de la facture et du sentiment, 
encore qu'un portrait comme celui du fabricant 
de pianos Graf demeure un chef-d'œuvre ; mais 
un P. Fendi l'égale, et un Fr. Amerling le dépasse 
de toute la fermeté, dans le dessin et la pâte, 
acquise à l'école de Lawrence. Un artiste que ces 
différentes expositions remettent chaque fois en 
valeur et que l'on n'apprécie cependant pas encore 
autant qu'il le mérite, c'est Ferd. G. VValdmiiller : 
paysagiste, on peut dire qu'il a découvert le plein- 
air (179.3-186S); la couche d'atmosphère de ses loin- 
tains, la vivacité et la fraîcheur de son coloris, 
d'une vérité si merveilleusement observée, lui 
permettraient de supporter encore à son avan- 
tage la comparaison avec des tableaux peints 
depuis ces vingt dernières années; ses scènes de 
genre sont d'une intensité de vie et d'une joliesse 
de détails exacts qui font, de l'anecdote dans le 
goijt de l'époque, un document humain; ses por- 
traits, des œuvres telles que la Famille de Neuhaus 
(1827), le Prince Razumovsky (celui des quatuors 
de Beethoven (1835), placent Waldmiiller aux 
côtés d'Ingres et d'Holbein. A retenir encore 
A. de Pettenkoffen, avec ses petites Sci:ncs de 
marchés hongrois largement traitées; E.-J. Schin- 
dler tout influencé par l'école de Barbizon; les 
Alt, maîtres de l'aquarelle; puis un buste de 
Ant. Dietrich pour lequel Beethoven a posé et 
dont le modelé donne bien l'impression de la 
réalité vue et fidèlement copiée. 

.M.^nCEI. MONT.XNDO.N. 

LES REVUES 



A.NGLETKHRE 



The Burlington Magazine (janvier).— Éditorial : 
sur le monument en mémoire d'Edouard VU et les 
jurys charges de son choix. 

— Roger Fitv. Un portrait de Lionel d'Esté par Roger 
van der Weyden. — Kécemment identifié, ce portrait 
est actuellement la propriété de MM. Colnaghi ; 
description, comparaison avec le portrait du même 
personnage, exécuté par Pisanello; étude du blason 
et des devises, peints au revers du panneau; attri- 
bution à U. Van der Weyden, qui s'arrêta à Ferarer 



64 



LE BULLETIN DE L'ART 



en venant à lîoine pour le jubilé de I4;i0. I,e portrait 
daterait de 1449; Lionel d'Esté jnoiirut en octo- 
bre urjO, âgé de 33 ans (pi. en noir et pi. en couleur). 

— l.ionelCuST. Noies siirdespeinliiresUescolleiiions 
royales : \X. — L'article est consacré à la suite de 
l'étude, précédemment commencée, sur les portraits 
équestres de Charles I" par Van Dyck, et parti- 
culièrement à l'histoire de In grande peinture de 
Charles I" à cheval, à la National Gallery, de la 
petite répétitiondece tableau conservée àBuckingham 
Palace, et des autres répliques du mOme portrait (pi.). 

— Tancred Bokenius. Uneu Sainte Conversation » du 
musée de l'Ermitage. — M. Claude Phillips, dans un 
précédent article, a attribué cette peinture à i'.ar- 
paccio; l'auteur la revendique pour Andréa Previtali 
et la compare à plusieurs œuvres analogues de cet 
artiste (pi,). 

— Paul Lafond. Les Jougs de bœufs dans le 
nord du l'orlugal. — Jougs actuellement en usage, 
sculptés et décorés suivant d'anciens dessins d'origine 
orientale (pi.). 

— A. Ci.UTTON-BiiocK. Les Posl-impressionnisles. — 
Gauguin, Cézanne et Van Gogh en tant que cheTs de 
groupes; leurs qualités respectives. 

— Herbert Cescinsky. — Le Mobilier des livres de 
comptes de la maison Gillow (2" article). Suite de cette 
étude, accompagnée de documents et de dessins 
tirés des livres de comptes de la célèbre maison 
Gillow-, établie à J^ondres aux environs de. 1760 (pt). 

— Egerton Beck. Monvaerni et Monlbas. — A 
propos de l'explication, précédemment proposée par 
M. II. -P. Mitchell, de l'inscription Monvaerni (ou 
Monvaerzni) comme étant l'abrégé de Monlbas, 
episcopusNazarethi; l'auteur combat cette lecture et 
résume la polémique engagée à ce sujet. 

— Notes sur diverses œuvres d'art : deu.r co//'res 
du A'/l'" siècle, par Martin Co.nway : colfre anglais 
récemment passé en vente, rapproché d'un coH'rc 
français du musée de Cluny (pi.); — John Osbome, 
par Martin Cosway : notes complémentaires sur ce 
tourneur sur ivoire, originaire de Worcesler et établi 
à Amsterdam au début du XVII* siècle, qui inventa 
une façon de ramollir et de coaguler les fanons de 
baleine au point d'en faire une substance noire 
comme du jais, malléable au point de recevoir 
au moule l'empreinte de très fines décorations et 
qu'il employait à faire des manches de couteaux, des 
montures de miroir, etc. ; — le nouveau Manlrgna du 
musée du Louvre, par L. C, avec une reproduction 
du Saint-Sébastien d'Aigueperse(pl.); — les l'rères Le 
Nain, par L. C, à propos d'une exposition récemment 
organisée au Burlington fine arts Club; — le l'alais 
de Cintra, en Portugal, à propos d'un livre récent du 
comte Sabugoza sur cette demeure, illu.>tré de 
dessins par la reine Amélie ; — Guardiel l'Académie de 
peinture de Venise, par George A. Simo>son : docu- 
ment tiré des archives de l'Académie de Venise, sur 
nue séance du 7 décembre (789 . à laq\içllc assiste 



Guardi ; — Noie additionnelle sur les armes de Lionel 
d'Esté, il propos de la peinture de U. Van der 
Weyden étudiée au début du numéro, par A. \an de 
Pir. 

Italik 

"Vita d'Arte (janvier). — Antonio Cii-i-ico. Un 
peintre de Venise : Urass Halo. — Étude sur le peintre 
dalmate Italo Brass,un des meilleurs artistes de l'Italie 
contemporaine, (|ue l'auteur définit : un Guardi anec- 
dotique (portrait et 20 reproductions). 

— Doct. G. degli Az/.i. Un sculpteur romain à Flo- 
rence : D. l'avelescu Dimo (5 fig.). 

— Francesco Sapoki. Aquafortistes italiens : l'ier 
Antonio Gariazzo. — Né à Turin en 1879. L'auteur 
apprécie surtout ses porlraits et les deux séries : les 
villas romaines, les villes italiennes (12 fig.). 

— Chroniques d'art : Ettore Cozzani. Deux bijoux. 
Une plaquette pour lampe-pendule sculptée par Angiolo 
de! Santo; une coupe à parfums sculptée par Kugenio 
Baroni(2fig.); — C.-W.CoLUCci.VHies Vn/i lliesbroecit. 
— Quelques notes sur les dernières statues de J. Van 
Biesbroeck, le Sage, Eros, et le groupe Force, lleauté, 
Sagesse (3 fig.). 

Russie 
Staryé Gody (décembre). — V. Linkovski. Les 
modèles architecturaux en Russie. — Belevé avec 
notes et commentaires, des modèles originaux ou 
autres des monuments russes qui se trouvent répartis 
dans plusieurs musées de Pétersbourg et au Palais 
des Armures à Moscou. Modèles de Trézini, Itastrelli, 
de La Molhc, Thomas de Thomon, Montferrand, etc. 
Une somme a été votée en 1910 pour réparer une 
partie de ces modèles. L'auteur souhaite qu'ils soient 
exposés dans une salle spéciale. 

— V. CiiTciiAvi.NSKi étudie sous le nom qu'il propose 
de lui donner : Le Maître des paysages d'hiver, un 
paysagiste hollandais, élevé à Anvers, et qui ressemble 
à Jean Breughcl et à Abraham llovarts. L'auteur 
connaît quatre œuvres de son peintre dont l'une est 
figurée dans un tableau do F. Floris, du musée de 
Vienne. Une autre est signalée au musée de Nancy, où 
elle est attribuée à François van Pool, et une autre 
au musée d'Orléans. M. Ilosfstede de Groot croit 
identifier le » Maître des paysages d'hiver » avec 
Denis Alslot. 

— A. d'Escbao.noli.es-Tauxay. Nicolas -.Antoine 
Taunay (avec reproduction de trois des Taunay de 
Russie). 

— Baron de Fwxkehsamh. — Compte rendu 
critique du livre de M"* de Basily-Callimaki sur 
Isabey. Liste complétée des Isabey connus en Russie 
(au nombre de 22), dont quatre sont reproduits. — 
Denis Roche. 



Le Gérart : H. Dinis. 



Puis. — Imp. ()eorg«i Pâlit, 11; nie Uodsl-ds-Maïuoi. 



Numéro 494. 



Samedi 4 Mars 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



A propos du Salon 

des Artistes décorateurs. 



Dans une élude sui- larl industriel à TExpo- 
silion universelle de Bruxelles de 19iO, M G.-J. 
Woir, après avoir parlé de la section allemande 
en termes dithyrambiques, ajoutait cette simple 
phrase : a Ce que la France. l'Angleterre, la 
Belgique et l'Italie nous montrent est si médiocre 
et si pauvre qu'on ne peut se défendre d'un 
élonnement douloureux » (1). 

S'il est quelqu'un de nos compatriotes que 
cette opinion ait troublé ou qui se soit laissé 
émouvoir par le bruit fait autour de la section 
munichoise du dernier Salon d'automne, on ne 
saurait trop lui recommamler une visite au 
pavillon de Marsan, où les Artistes décorateurs 
viennent d'ouvrir leur sixième exposition et où 
l'on trouve la meilleure réponse qu'il nous était 
possible de faire au jugement de la critique 
allemande. 

Le nombre et la qualité des exposants sont 
déjà de nature à nous rassurer, à supposer toute- 
fois que nous ayions pu être inquiets; mais en 
outre, le choix des œuvres qu'ils nous présentent, 
et notamment les ensembles mobiliers, le goût 
qui a présidé ù l'élaboration, à l'exécution et à 
la présentation de ces ameublements, tout 
témoigne ici d'une séduisante originalité, tem- 
pérée par cette discrétion et cette mesure qui 
demeurent les impérissables qualités de nos 
artistes. 

Certes, le style moderne n'est pas encore 
indiscutable; mais, n'est-ce pas déjà beaucoup 
qu'il soit souvent plaisant, et acceptable presque 
toujours ? Et, n'est-ce pas d'un bon indice pour 
son avenir qu'il ait définitivement rompu avec 
les fantaisies échevelées de ses débuts, pour 
adopter plus de calme et plus de logique dans 
ses lignes et son décor"? 

1. Oie Kiinst, septembre 1910. 



L'effort de nos Artistes décorateurs mérite 
d'autant plus d'être souligné qu'il est véritable- 
ment collectif. Trop de fois, et lors du dernier 
Salon d'automne encore, on leur a reproché leur 
dispersion et leur manque d'entente; ils prou- 
vent aujourd'hui qu'il leur sullisait de vouloir 
pour montrer un imposant ensemble et que 
l'esprit de cohésion n'est pas le monopole de 
leurs rivaux. 

Enfin, à ceux qu'un chauvinisme excessif avait 
trop vite poussés à pronostiquer la décadence de 
l'art décoratif français, ils répondent par des faits, 
non seulement que l'art décoratif français n'a 
rien perdu de sa vigueur et de son éclat, mais en 
outre que le style moderne, tel qu'on l'entend 
chez nous, n'a aucun besoin, pour améliorer ses 
formules, de prendre le mot d'ordre à l'étranger. 

C'est pourquoi il a semblé ([u'il n'était pas inu- 
tile de marquer le point, et d'associer dans un 
même tribut d'éloges la société des Artistes déco- 
rateurs, qui a préparé cette instructive exposition, 
et l'Union centrale des Arts décoratifs, qui, tou- 
jours fidèle à son rôle, lui a permis de la 
réaliser. 

E. D. 

•^ •$■ f^ '^ '$•'$»'$• 'i* »$• «^ "^ ^t* *$**$»'$*'$» F^ '^ ^ -$• F^ W 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 23 février). 
— M. Fritz von Uhde, de Munich, est élu correspon- 
dant de la section de peinture en remplacement de 
M. Knaus, de Berlin, décédé en décembre 1910. 

Ainsi qu'on le verra plus loin, la nouvelle de la 
mort de M. F. von L'hde est parvenue à Paris après 
la séance de l'Institut. 

— L'Académie rend son jupiMiienl sur les esquis.^cs 
présentées aux concours Roux ; sont admis à prendre 
part aux épreuves définitives : 

PBixruiiE. — Sujet : ta Guerre. MM. Duluc, Louis 
Fidrit, Tourné. 



66 



LE BULLETIN DE L'AftT 



I 



ScuLi'TL'iiE. — Sujet : l'Hiver. MM. Le Gofl', Moulin, 
l'aupion, Ponsard. 

AuCHiTECTCRE. — Sujet : un grand Casino de bains 
de mer, MM. lïené Barré, Lauzanne, Trévelas. 

Gravure en T.uLi.E-nouCE. — Sujet : l'Infante Mar- 
guerite, d'après le tableau de Velazquez au Louvre. 
MM. Manchon, Mazelin, Serres. 

ENi.uMiNunE. — Sujet : une Lettre ornée d'un épisode 
du roman de Tristan et Yseult. M. Galle, M"* Lam- 
brette, M. Charles Martin. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 24 février). — M. le secrétaire perpétuel 
communique une lettre de M. P. Paris, correspondant 
de l'Académie à Bordeaux, faisant connaître les der- 
niers résultats de l'enquête menée en Espagne par 
M. Albertini, ancien membre de l'École de Rome, 
pour relever les inscriptions et décrire les marbres 
antiques qui sont dispersés en ce pays. En dernier lieu, 
M. Albertini a pu photographier à Javea, dans la pro- 
vince d'Alicante, un fragment de bas-relief, repré- 
sentant trois personnages de profil, notamment un 
cavalier, qui lui parait être de style hellénistique. Ce 
bas-relief est sculpté sur une plaque de marbre blanc 
dont l'épaisseur est de 75 centimètres. 

M. Collignon reconnaît, dans ce motif, celui des 
Dioscures et pense que cette sculpture, dont une 
moitié seule subsiste, doit remonter au quatrième 
siècle avant notre ère. 

— A propos de la correspondance, M. le comte 
Durrieu annonce que M. Soyer, archiviste du Loiret, 
lui a communiqué la photographie d'un tableau por- 
tant, au verso, une inscription de laquelle il résulte 
que cette œuvre fut commandée en 149i par Jean 
Poyet, âgé de soixante-quatre ans, notaire et secré- 
taire de Charles VIII, à un peintre allemand, nommé 
Jean Ilay, qui est ainsi venu peindre en Blésojs. 
M. de Mély a pu identifier cet artiste et publiera 
l'étude qu'il lui a consacrée. 

— Le reste de la séance est réservé à des commu- 
nications relatives à l'épigraphie, à l'histoire des 
institutions, etc. 

Conseil supérieur des beaux-arts. — Par arrêté 
du 27 février ont été nommés membres du Conseil 
supérieur des beaux-arts, sur la proposition de M. le 
sous-secrétaire d'Etat des béaux-arts : M.Vl. Michel 
Tardit, conseiller d'État, membre du comité technique 
de la Manufacture de Sèvres; et Gabriel Faure, écri- 
vain d'art. 

Commission des perspectives monumentales 
de la 'Ville de Paris. — On se souvient peut-être 
que, l'an passé, à la suite des questions posées au 
gouvernement sur les atteintes portées à certaines 
perspectives parisiennes, une grande commission fut 
nommée « à l'elTet de centraliser l'action des divers 
services chargés de veiller au maintien des perspec- 
tives monumentales de la Ville de Paris ». 



Cette commission s'est réunie le 25 Janvier pour 
entendre la lecture de deux rapports, l'un de M. Ilé- 
nard, l'autre de M. L. Bonnier, tous deux « pleins de 
goût et de bon sens», suivant l'expression de M. André 
Ilallays, qui les a analysés dans son feuilleton des 
Débats du 24 février. 

M. Ilénard a dressé une liste de 33 «points critiques», 
c'est-à-dire de 33 aspects monumentaux ou pittores- 
ques dont la sauvegarde importe à la beauté de 
Paris. M. L. Bonnier, architecte-voyer en chef de la 
Ville, a dressé la liste des hôtels qui, par leur carac- 
tère artistique, archéologique ou historique, méritent 
l'attention de la commission; il en a signalé 42 qui 
sont menacés par les décrets d'alignement actuelle- 
ment en vigueur, et 70 autres qui demandent à être 
protégés pour l'avenir. 

Nous pourrons sans doute revenir sur ces rapports, 
avant que la grande commission ait fait savoir ce 
qu'elle en pense. 

Union des femmes peintres et sculpteurs. — 
Le vote des prix décernés à l'occasion du Salon de 
l'Union des femmes peintres, actuellement ouvert au 
Grand Palais, a eu lieu la semaine dernière. 

Le grand prix de l'Union a été attribué à M-" La- 
devèze-Gauchois; le second prix, à M"* Bézard-Pératé. 
Le prix d'art décoratif a été décerné à M"" Suzanne 
Beck ; le prix de nature morte, à M"" Hélène Bon ; 
le prix Guérinot, à .M"" Minoggio-lloussel ; le prix de 
sculpture, à M"* Robert Mérignac. 

Musée de Rouen. — M. Ilouzeau, correspondant 
de rinstltut, qui vient de mourir à Rouen, a légué au 
musée de celte ville un tableau de Van der Meulen. 

Les Legs de M. Maciet. — Le regretté président 
de l'Union centrale des arts décoratifs a légué à l'État, 
tous ses tableaux et ses dessins anciens et modernes, 
dont on fera deux parts, l'une pourlemusée du Louvre, 
l'autre pour le musée du Luxembourg. Les œuvres 
qui ne seront pas retenus pour ces deux musées 
reviendront au musée de Dijon. Tous les objets d'art 
sans exception seront remis au musée des Arts 
décoratifs. Enfin l'Union centrale pourra faire un 
choix parmi les livres de l'importante bibliothèque de 
M. Maciet; les livres non retenus iront à la ville de 
Château-Thierry. 

A Bruxelles. — La Libre esthétique de Bruxelles 
préparc une exposition des œuvres de feu ll.-E Cross, 
comprenant une trentaine de tableaux — paysages et 
figures — et une douzaine d'aquarelles ; cet ensemble 
date de la dernière période du peintre. L'art français 
sera représenté, à ce Salon, à côté de nombreux 
Belges, par M.M. Maurice Denis. Maxime Dethomas, 
Lebasque, Flandrin, Louis Maret, André VN'ilder; les 
écoles allemande, italienne, suisse, espagnole et russe 
par MM. Baurield, Giacometti. Tcaldi, Fornerod, An- 
glada, Roïg, la princesse Ténichef, etc. Un hommage 
spécial sera rendu à la mémoire de Charles van der 



ANCIEN ET MODERNE 



67 



Stappen, le grand sculpteur belge, dont les produc- 
tions les plus significatives seront réunies. 

A Florence. — Un journal allemand a annoncé 
que les papiers de Vasari. possédés par le comte Ras- 
poni et que doit publier M. Frey, étaient passés en 
Allemagne. Le comte Rasponi dément cette infor- 
mation ; seules les copies faites par M. Frey ont quitté 
l'Italie. Le i;omte Rasponi, rallumant une polémique 
qui fil autrefois quelque bruit (voir les n° 460 et 461 
du liullelin), insiste sur le lait que si la publication 
de ces documents importants ne se fait pas en Italie 
et par les soins de savants italiens, c'est que les 
démarches qu'il tenta lui-même en ce sens n'ont pas 
abouti. 

— On se souvient que la Galerie des Offices, depuis 
que M. Corrado Hicci a été nommé directeur général 
des Beau.x-Arts, n'a pas de directeur effectif, et que 
les concours ouverts pour pourvoir à nouveau ce 
poste important n'ont pas abouti. Les Otfices seront 
dirigés désormais par une Commission composée de 
M. Corrado Ricci, de M. Ilermanin, directeur de la 
Galerie Corsini à Rome, et de M. Parisotti qui aura 
surtout des fonctions administratives. 

U'aulre part, M. Poggi a été nommé surintendant 
des objels d'art de Florence et de la province, ce qui 
lui donne la haute main sur la galerie des Offices elle- 
même, dont on lui avait aux deux derniers concours 
refusé la direction. On voit en quelle estime la Direc- 
tion générale tient ce jeune savant. — L. G. 

A Pienza. — Le ISiillelin a parlé autrefois des 
fonds votés par les Chambres pour la consolidation 
du dôme de Pienza (province de Sienne), un chef- 
d'œuvre de liossellino. Une première somme vient 
d'être mise à la disposition de l'ingénieur Spighi, 
surintendant des monuments de la province de 
Sienne, chargé de la direction des travaux. Par suite 
de riilTaissemcnt et de la décomposition du terrain, 
l'abside se trouve à plus d'un mètre au-dessous du 
niveau du reste du dôme. Il s'agit, en soutenant pro- 
visoirement l'abside par des échafaudages, d'enlever 



tout ce terrain inconsistant qu'on remplacera par une 
énorme substruction de briques et de pierres. — L. G. 

A Rome — Les journaux ont fait grand bruit d'une 
prétendue violation du tombeau de RaphaPl au Pan- 
théon. 11 s'agissait seulement de retrouver le sarco- 
phage du peintre d'Urbin, elles recherches ont eu un 
entier succès. On s'arrangera probablement pour que 
le sarcophage reste visible. — L. G. 

Nécrologie. — On annonce d'Orléans la mort de 
M. Léon Diimuys, conservateurdu musée Jeanne-d'Arc; 
érudit fort estimé , on lui doit un grand nombre 
de travaux sur des questions d'archéologie locale. 

— Le 25 février, au moment où l'Académie des 
beaux-arts le nommait membre correspondant, mou- 
rait à Munich le peintre Fritz von Ulule, l'interprète 
universellement connu des scènes de l'Évangile 
interprétées à la moderne. Cette hardiesse, où perçait 
plus de complaisances socialistes que d'esprit chré- 
tien, valut à Uhde un immense succès, et n'empêcha 
pas une faculté de théologie de lui décerner un beau 
jour le titre de docteur honoris causa. .Né à Wol- 
kenburg en Saxe, le 22 mai 1848, Uhde avait d'abord 
embrassé la carrière militaire ; il quitta l'uniforme à 
29 ans pour devenir peintre et se rendit en 1877 à 
Munich, d'où il passa à Paris, terminer ses études 
chez Munkaczy. Toutes ses toiles célèbres ont été 
peintes à Munich. 11 y a deux ans, la Sécession avait 
célébré son 60" anniversaire par une grande exposition 
rétrospeclive de son œuvre. 

— A Munich encore, est mort le portraitiste Aloys 
Erdtell, né en Silésie le 5 novembre 1851, élève de 
Stelleck à Berlin et de W. von Diez à Munich. Peintre 
de genre et de figures, d'un dessin très serré, d'une 
couleur peu variée mais délicatement nuancée, ses 
débuts remontent à 1879; il reçut la grande médaille 
d'or du Glaspalast à Munich, lors de l'Exposition 
internationale de 1909. 

— A l'âge de 84 ans, est mort directeur de la Galerie 
grand-ducale de Mannheim, le peintre animalier 
Wilhelm frey, apprécié à Berlin, à Londres, comme 
à Munich, — M. M. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — - 'Ventes diverses. — En atten- 
dant les vacations qui vont se succéder prochai- 
neraenlet ramener à l'Ilôtel Drouot et à la galerie 



Georges Petit le public des grands jours, nous 
ne trouvons guère que quelques résultats à 
signaler çà et là, dans des vacations de mininae 
importance, qui se sont succédé ces jours der- 
niers : 
— Dans une vente d'objets d'art, faite salle 1, 



LE BULLETIN DE L'ART 



le 2.) février jiar M" Bignon et M. (iuillaume, et 
qui a produit 35 000 francs, un surtout de table 
en bronze doré, signé Thomire, comprenaiU 
dix-sept pièces, a été adjugé 3.100 francs. 

— Le 2i février, M' Lair-Dubreuil et M. Georges 
l'élit ont dirigé, salle 0, une vacation anonyme 
composée de lableau.\ modernes. Notons : Jac- 
quet. Amour maternel, 3.000 fr. — Daubigny. 
Les Graves de Villeriillc, 3.100 fr. — Produit de 
la vente : 26.300 francs. 

— Le même Jour, dans une vente faite, 
salle 11, par M<' Couturier et M. Guillaume, huit 
grands panneaux décoratifs, formant suite, de 
l'école flamande du xviii" siècle, représcnlant 
des paysages animés, ont réalisé 3.000fr., et une 
tapisserie verdure, 2.550 fr. 

— Une vente d'objets d'art, qui a eu lieu, le 
25 février, salle I, sous la direclion de M« Lair- 
Dubreuil et de MM. Paulme et Lasquin, a produit 
37.170 francs. Nous n'y remarquons que les deux 
enchères suivantes : 

Salon bois doré, époque Empire, couvert en 
velours, 4.900 fr. (dem. 5.000). — Deux fauteuils 
en tapisserie Régence à pavots, 2.605 fr. 

— Le même jour dans une vente après décès 
faite, salle 11, par M« Oudard, une pendule et 
deux candélabres, en bronze doré, ép. Empire, 
ont réalisé 2.850 fr. 

— Salle 3, le 27 février, dans une vacation 
anonyme d'objets d'art, dirigée par M<: Tixier, 
deux prix sont à noter : 

l'otite table ovale, Louis XV, bois de placage, 
avec tablette d'entrejambe, ornée de bronzes, 
' 2.910 fr. — Plat, ancienne porcelaine de Chine, 
époque Kang-hi, corbeille de Heurs et comparti- 
ments, émaux verts, louges et noirs, 4.500 fr 

— La Seconde rente Civialle, faite, le même 
jour, salle 6, par A^» Coulon et Baudoin et 
iMM. Mannheim a produit 26.900 francs. Aucun 
prix à signaler. 

— Salle 2, toujours le 27 février, M» Gabriel a 
adjugé 4 500 francs une tapisserie du xvii" siècle 
représentant le sacre de Charles VII à Reims. 

■Ventes annoncées. — A Paris. — Les 7 et 
8 mars, aura lieu salle 6, la vente des tableaux, 
objets d'art et d'ameublement, faite après décès 
de M. C..., par les soins de M" Lair-Dubreuil et 
de M.M. Haro et Mannheim. 

Parmi les tableaux de celte petite collection 
oD remarquera la Nymphe lutinée par les amours, 



toile due à la collaboration de Prud'hon et de 
M"<= Mayer, et bien connue par le commentaire 
qu'en ont donné les Concourt; on sait que l'es- 
quisse par Prud'hon, qui lit un moment partie 
de la collection de la comtesse de Béarn, est 
maintenant au Louvre. 

Notons encore : des Vaches au pâturage, par 
Van Marke;{ainsi orthographié) et les Cavaliers 
amies de Schreyer. (Catalogue illustré.) 

Collection Seillière (tableaux, objets d'art). 
— Le 9 mars, M" IL Baudoin, assisté de .M.M. Man- 
nheim et Ferai, dirigera, galerie Georges Petit, 
cette vente qui porte un nom fiimeux dans l'his- 
toire de la curiosité. 

La présente vacation, qui fait l'oliji-t il'un 
catalogue illustré de belle taille, comprend les 
objets dont la mise aux enchères publiques avait 
dû être ajournée lors de la vente du mois de 
mai 1890, et qui proviennent du château de 
Mello. 

Peu de numéros, mais de choix; de la belle 
marchandise et qui promet de gros chiffres. 

Du côté des tableaux anciens, on remarquera : 
le Vortrait de dame d'Haraiicourt, par N. de Lar- 
gillière; celui de Nicolas Fouquet, par Ch. Le Brun 
(vente d'Espinoy, Exposition universelle de 1878); 
celui de Henri Coifper de Ruzé, marquis de Cinq- 
Mars, attribué aux frères Le Nain (vente Louis- 
Philippe); celui d'Anne- Henriette de France, fille 
de Louis XV, par Nattier; celui de François de 
Neuville, maréchal de France, par H. Rigaud (gravé 
par Edelinck); enlin. une Marine, soleil couchant, 
et une Marine, effet de lune, deux pendants, par 
Joseph Vernel (Salon de 1775). 

Parmi les objets d'art et d'ameublement, 
notons :-deux groupes d'animaux en ancienne 
porcelaine de Saxe, sur des socles en bronze 
doré, composés de motifs à rocailles, du temps 
de Louis XV; deux petits vases avec couvercles 
en forme de coquillages, en ancienne porcelaine 
de Sèvres, pAle tendre, émaillée bleu turquoise 
uni, garnis de galeries en bronze doré ; un 
cache-pot en ancienne porcelaine de Sèvres, pâte 
tendre, fond bleu tiir(|uoise à œils-de-perdrix 
avec médaillons d'amours dans des paysages, 
dans le goût de Boucher; deux cache-pots à deux 
anses, deux jardinières rondes et deux verrières 
ovales provenant du même service; un cabaret 
en ancienne porcelaine de Sèvres, pâle tendre, 
à fond bleu de roi et à larges bandes d'ornements 
dorés et d'émaux saillants en relief, imitant des 
pierres et des perles ; il se compose d'une 



ANCIEN ET MODERNE 



69 



théière, etc., et de six tasses avec soucoupes; les 
ors par Le Gay, les émaux vraisemblablement 
par Coteau. Puis, clans un tout auUe genre : 
deux plaques de l'atelier de Luca délia Uobbia, 
présentant chacune un trophée surmonté d'une 
tête de Gorgone. 

Quelques bronzes également méritent d'être 
cités : un buste de grandeur naturelle, portrait 
d'un personnage baibii, travail vénitien du 
XVI» siècle, patine noire; deux grands landiers 
italiens, xvi« siècle, patine noire, à mascarons, 
rinceaux, fruits et génies ailés; deux statuettes, 
le Tibre et le Nil, art français du temps de 
Louis XIV, patine brune; quatre ligures d'es- 
claves maures enchaînés, réductions des statues 
célèbres de Pietro Tacca à Livourne, bronzes 
de travail français du temps de Louis XIV; enlin 
deux grands candélabres du temps de Louis XVI, 
composés, l'un d'une ligure de satyre, l'autre 
d'une ligure de satyresse, en bronze vert, d'après 
Clodion, tenant des cornets d'où s'échappent les 
branches porte-lumières en bronze ciselé et doré. 

Parmi les meubles, signalons au moins : deux 
coffres de mariage du temps de Louis XIV, avec 
leur consoles, en ébène incrustée d'étain et mar- 
queterie de Boulle, écaille et cuivre; une grande 
table ù quatre faces eu bois sculpté et doré du 
temps de Louis XIV; enfin une grande commode 
du temps de Louis XVI, en marqueterie de bois 
de couleur, garnie de bronzes ciselés et dorés; 
elle provient de la vente duclidteau de Montbard 
et aurait appartenu à Buffon. 

N'oublions pas, en terminant, deux grandes 
tapisseries de la fin du xvp siècle, à sujets tirés 
de l'histoire romaine, avec encadrements de 
médaillons à figures allégoriques et de vases de 
fleurs. 

Succession Boisleve. — Salles 9, 10 et H, 
à l'Hôtel Drouot, du 27 mars au i" avril, aura 
lieu, sous la direction de M» André Couturier et 
de jM. Guillaume, la vente du stock de feu 
M. Boisleve, antiquaire parisien, qui compren- 
dra, en particulier, des objets d'art et d'ameu- 
blement du xV au XVIII" siècle, et des étoffes 
anciennes 

A Amiens. — Succession Lefèbvre. — Les 

0, 7, 8, 9 et 10 mars. M»' Gontier et Tiefaine, 
assistés de M. R. Gandonfin, disperseront, à 
l'Hôtel des ventes d'Amiens, le stock de feu 
M. Lefèbvre, antiquaire en cette ville (objets 
d'art et d'ameublement, etc.). 

M. N. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Cercle de l'Union artistique. — Quelles que 
soient nos préoccupations d'harmonie colorée ou 
d'atmosphère vraie, le dessin n'est pas seulement 
la probité de l'art; il en reste, pour ainsi dire, 
la politesse, avec toutes les nuances tradition- 
nelles et foncièrement françaises du mot : soyons 
donc sans surprise de le retrouver, avec la pré- 
tlominance habituelle du portrait, dans ce véri- 
table salon qui prolonge discrètement l'accord 
entre d'aristocratiques visiteuses et leurs por- 
traitistes, laissant le tapage et l'inquiétude aux 
baraquements nomades des Indépendants. L'n 
demi-siècle a passé, sans apporter ici les discordes 
de l'atelier ni les mascarades de la rue. 

Cette Heur de politesse ou ce parfum d'élégance 
a le droit de s'appeler le style en présence d'une 
jeune beauté mystérieusement brune, analysée 
par M. Dagnan-Bouveret; la physionomie d'un 
visage est une musique muette : on ne la note 
pas avec des mois; mais l'art et la vie conspirent 
dans le secret d'une pâleur mate et d'un petit 
front, fwns minima, disaient les lettrés de lîome, 
admirateurs tardifs des statues grecques; et le 
dessinateur devient coloriste en posant cette 
rose sur l'obscure blancheur d'une robe de bal. 

M. Ingres, qui laissait pareille morbidesse à 
Prud^hon, ne reconnaîtrait pas moins certaine- 
ment le bel eflort de sa conscience dans la grande 
effigie plus sévèrement féminine retracée par 
.M. Bonnat, qui montre un portrait non moins 
pri'cis de M. Paul Hervieu; dans la virginale et 
moyenâgeuse image azurée par M. Boutet de 
Monvel; dans l'aimable vieillesse de M»"' C/iarco/, 
comprise par M. Bordes; dans l'allure de la 
Comtesse de Menthon, définie par M. Maxence ; 
dans les portraits de U"'« de Alvear et de sa fille, 
groupés par M. Gabriel Ferrier, qui retient 
aussi fidèlement les traits du Baron d'Auhigny. 
.M. Marcel Baschet campe avec brio la désinvol- 
ture du Marquis de Dion; M. Henry Jacquier se 
montre coloriste et physionomiste en éclairant le 
fin sourire et le camail violet d'un évêque. 
Si M. Joseph Wencker se peint sagement pour la 
galerie des Offices, M. Jean Béraud silhouette 
parisiennement la haute stature du Prince 
Troubcizkoi ; plus familièrement, M. Jacques 
Baugnies a profilé son oncle, Af. Hogcr Jourdain. 
M. .Morot ne délaisse la toilette de bal que pour 
le souvenir marocain d'une Fantasia; .M. Lauth 
se partage entre la grdce mondaine et les rudes 



70 



LE BULLETIN DE L'ART 



bergers d'Avila. MM. Priant, Courtois, Muenier, 
traduisent diversement la jeune fiila conlem- 
poiaiiie; et l'enjôleur, qui fait jouer le velours 
noir dans les blonds cheveux, c'est toujours 
M. Paul Chabas, portraitiste sémillant de 
il/""" Aston Knight. 

l-'habit rouge, qu'endosse une tradition sei- 
gneuriale, fait tous les frais de la Alesse de la 
Saint-Hubert, décrite par M. Tenré, réunion de 
portraits moins emphatique que la Messe des 
fiauvres, entrevue à Séville par M. Clairin. Dans 
un petit triptyque, M. Fournier-Sarlovèze évoque 
(incment ta Croix-Rouge avx inondations de 1910. 
En l'absence de M. VValter Gay, le goût français 
du duc de Guiche et de MM. Paul Thomas, 
Drnuin, de Lassuchette et Parfonry s'inspire de 
sa précision pour d.étailler le portrait des inté- 
rieurs opulents comme des musées. Près des 
bustes délicats de MM. de Saint-Marceaux et 
Denys Puech, qui sont aussi des portraits 
ressemblants, on retient particulièrement celui 
de M. Forichon, premùr président de la Cour 
d'appel de Paris, par M. Verlet. Enfin, M.M. >'o7,al, 
Hené Billotte et Gaston Guignard entr'ouvrent 
une fenêtre silencieuse sur la douceur du ciel 
français, moins romantique que l'orage espagnol 
retenu par la palette de M. Pedro Gil. Et 
voi>ine du liepos mythologique de M. Mercié, la 
nouvelle Journée d'été de M. IJoll introduit sans 
fracas dans ce décor un poète qui survit à tous 
les blasons : le soleil. 

Cercle Volney. — Deuxième exposition, de 
dessins .. Décidément, on dessine encore; et cer- 
tains nous l'ont déjà prouvé, qu'il faudrait réunir 
dans un groupe spécial dont la courageuse origi- 
nalité ne saurait se confor)dre avec tant d'autres! 

Autour d'un fragment de la Famille symbo- 
lisée par le maître Olivier Merson, voici plusieurs 
cadres où se perpétue sans bruit la tradition 
d'Ingres et, d'abord, un éloquent visage féminin 
de M. Henri Hoyer, portraitiste de M. Marcel 
baschet. Plus sec avec M. Louis-Edouard Eour- 
nier, le crayon se refroidit avec M. Triquet pour 
s'afl'adir avec M. Cayron : car le savoir ne suffit 
pas. En illustrant les Méditations de Lamartine, 
M. Guinier semble s'être souvenu qu'elles furent 
contemporaines de la publication des idylles 
posthumes d'André Chénier. L'aquarelle pure et 
voyageuse ajoute ici le nom de M. Pierre Vinil à 
celui de M. Vignal. 

Auguste Lepère (rhez Edmond Sagot). — 
« Mes amis, croyez-moi, pour faire de l'art, c'est 



beaucoup plus simple que çà ! » disait Corot 
parmi les complications de son temps. Otte 
simplicité d'art et de coeur, cette naïveté, qui 
n'exclut pas l'esprit, se plall à revivre dans 
l'instintc savant de M. Lepère, un maître trop (in 
pour se montrer orgueilleux ; et voilà ce que nous 
redisent cinquante nouveaux dessins, parmi 
quelques gravures, bois et eaux-fortes : dessins 
rehaussés, où tous les procédés se coalisent au 
gré de l'inspiration, touche d'aquarelle ou de 
gouache, trait de pastel ou de crayon, tache har- 
monieuse de blanc sur le papier teinté; véri- 
tables dessins de peintre-graveur, où la nature 
semble s'exprimer elle-même, heureuse de se 
reconnaître embellie dans cemiroir où le moindre 
profil de masure et de forêt s'illumine de la 
double clarté du ciel et de Témoi ; compositions 
spontanées, qui pénètrent de lumière et d'ombre 
la clairière provençale, le marais vendéen, l'océan 
nuageux, la dune blonde et l'olivier pâle ; atmo- 
sphère à la fois romantique et villageoise, émi- 
nemment française, où la distraction de La 
Fontaine adore le soleil de Claude 

Ravmo.M) BoiVKR. 
"î& "^ "^ "^ "^ "^ "^ "ÏÏ"^ "^ "^ "S* # "ï"^ ^ •!2"î£"f"$' 

CORRESPONDANCE DE GBÉCE 



Les fouilles de la Société archéologique 
d'Athènes en 1910 

Bien que ses ressources financières aient été 
considérablement réduites, en 1910, par le 
nouveau régime politique, l'activité de la Société 
archéologique d'Athènes ne s'est pas ralentie. 
En dehors des fouilles, pratiquées à Athènes 
même, dont nous avons déjà parlé, elle a pu, 
dans les différentes régions de la Grècç, entre- 
tenir plusieurs chantiers dont les recherches ont 
été très fructueuses et que nous allons passer en 
revue. 

En Béotie, M. Kéramopoulos a fouillé le 
sommet de la colline qui s'élève au sud-est de 
Thèbes et sur laquelle est construite la chapelle 
d'Hagios Loukas. C'est là qu'on plaçait générale- 
ment le sanctuaire d'Apollon Isménios, mais, 
jusqu'à présent, on n'en connaissait que quel- 
ques débris épars. M. Kéramopoulos a eu la 
bonne chance de mettre partiellement à jour les 
fondations d'un éditici' considérable ainsi que 



ANCIEN Et MODERNE 



d'importants fragments d'architecture dorique. 
Il n'est guère douteux qu'il ait retrouvé là les 
restes du fameux temple d'Apollon. — Sur la 
même colline, il a également découvert un cer- 
tain nombre de tombeaux mycéniens, contenant 
de beaux vases. 

En Arcadie, M. Rhomaios a poursuivi l'explo- 
ration de la Tégéatide, à laquelle il s'est attaché 
depuis plusieurs années, et dirigé ses recherches 
sur deux points principaux : d'une part, sur le 
sanctuaire de Déméter à Hagios Sostis, d'où il a, 
comme par le passé, exhumé en abondance des 
statuettes de terre-cuite; d'autre part, sur le 
petit village de Vigla. Dans ce dernier endroit, il 
a reconnu l'emplacement d'un temple de 
Poséidon mentionné par Pausanias, et découvert 
quelques fragments du temple, qui date de 
l'époque archaïque ; il a, de plus, trouvé en 
assez, grande quantité d'intéressantes plaques de 
bronze estampées, également archaïques et 
provenant d'ex-voto. 

En Phocide, M. Sotiriadis a continué ses 
fouilles à Drachmani, non loin de l'ancienne 
ville d'Elatée, et rencontré un important établis- 
sement préhistorique, qui appartient à l'âge du 
bronze prémycénien. Quelques fragments de 
vases, ornés de lignes blanches tracées sur un 
fond noir analogue au vernis primitif (Urfirniss) 
de Tirynthe et d'Orchomène, présentent un 
intérêt particulier. 

AErétrie, M. Kourouniotis a terminé la fouille 
du temple d'Apollon Daphnéphoros. L'aire 
de l'édillce et ses alentours immédiats sont 
aujourd'hui entièrement déblayés. Sous les 
fondations du temple, on a dégagé plusieurs 
murs d'époque plus ancienne, en particulier 
des constructions à abside. En outre, .M. Kourou- 
niotis a découvert sur l'acropole un petit sanc- 
tuaire de Déméter et de Koré. 

En Thessalie, M. Arvanitopoulos a trouvé, à 
Pagasai, de nouvelles stèles peintes. Il a aussi 
fouillé à Gonnos, à l'entrée de la vallée de 
Tempe, et dans d'autres localités delà région. 

Enfin, dans les Cyclades, M. Klon Stéphanos a 
poursuivi ses études relatives aux tombes 
préhistoriques des îles. 

On voit que les diflicultés financières n'ont pas 
entravé les travaux de la Société archéologique 
d'Athènes; étant donné les circonstances, les 
résultats obtenus sont aussi brillants que méri- 
toires. 

Charles Dugas. 



LES REVUES 



Italie 

L'Arte (janvier-février). — Comte Adalbert Eiuiach 
DK FuESTENAU. La Miniature bolonaise au XIV° siècle 
(1). — Étude sur le développement artistique de 
Nicolô di Giaconio. Résumé de l'histoire de la minia- 
ture à Bologae avant le xiv" siècle et des influences 
qu'elle subit. Sa célébrité à cette époque. Nicolô di 
Giacomo était naguère encore considéré comme le 
maître qui avait influencé et dirige toute l'école 
bolonaise des miniaturistes pendant le xiv siècle; 
mais les travaux récents de Lisetta Ciaccio ont montré 
que ce rôle appartenait à un anonyme, — appelé 
pour la circonstance le pseudo-Nicolô, — lequel 
exécuta, peu d'années avant .Nicolô di Giacomo, des 
œuvres offrant une grande ressemblance avec celles 
de cet artiste. Examen des œuvres de ce pseudo- 
Nicolô (fig.). 

— G. ZippEL. Paul II et l'art. Notes et documents : 
111. L'Église de San iMarco, à Rome; étude de l'inté- 
rieur, de l'extérieur, etc., travaux du xv» siècle, 
indiqués par des pièces d'archives et montrant l'inter- 
vention de Paul 11 (fig.). 

— Ad. Ventuki. Fresques du peintre des voûtes 
d'Assise. — A San Marco, de Jesi ; autrefois attribuées 
à Francescuccio Ghissi da Fabriano ; l'auteur les 
revendique pour le maître des voûtes d'Assise, élève 
de Giotto, le même auquel M. Vcnturi a déjà attribué 
une partie des fresques de la basilique inférieure 
d'Assise (Vie de la Vierge et du Christ) (fig.). 

— G. Pacchioni. Notes sur le Guerchin. — Peintures 
murales dispersées et oubliées, citées dans les anciens 
auteurs ; comparaison et identification avec ce qui 
reste aujourd'hui des œuvres de jeunesse du Guer- 
chin. — Les fresques de la villa l'annini-Chiarelli, 
transportées sur toile en 1840. — Deux petits tableaux 
de la Pinacothèque communale de Cento : une h'ête 
champêtre ol une Itixe, qui se passent dans le même 
décor; acquis en 1842, et provenant de la famille 
Benotti, pour laquelle le Guerchin travailla en 1617. 
— Deux dessins du Guerchin conservés au Louvre, 
représentant l'un, un jeu, et l'autre une rixe se 
réfèrent à ces deux tableaux (fig). 

— Aldo'FoiiATTi. Les polyptyques « palmesques » de 
Dossena et Serina. — Description de ces deux 
polyptyques, dans la manière de Palma le Vieux: 
celui de Dossena est divisé en six compartiments, 
avec, au centre, le Baptême du Christ ; celui de 
Serina est démembré en six panneaux qu'il est possible 
de rétablir dans leur ordre ; avec, au centre, la Présen- 
tation au temple (fig.). 

— Maria Ciartoso. Notes sur Antoniazzo Romano.— 
Sur les fresques de Santa Croce in Gerusalemme, de 
Rome, et sur deux images votives, deux Vierges à 



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LE BULLEtlN DE L'ART 



l'Enfant, l'une conservée dans la salle présidentielle 
du Sodalizio dei Piceni et l'autre à Santa Maria délia 
Consolazione (fig). 

— Ad Venturi. L'avide la jeunesse du Pérugin. — 
On ne sait rien de certain sur l'éducation artistique du 
Pérugin : de 1446, date de sa naissance, à 1475, date 
à laquelle il peint la grande salle du palais public à 
Pérouse, on n'a rien de positif sur l'œuvre du 
maître. L'auteur essaie de débrouiller cette période en 
examinant d'abord une Assomption de la Vierye 
(Pinacothèque de San Sepolcro), qu'il croit avoir été 
conçue par Piero délia Francesca et peinte par Péru- 
gin, vers 1454; ensuite six tableaux de la Pinaco- 
thèque civique de Pérouse, représentant l'Histoire de 
saint Iteinardin, et datés de 1473, naguère attribués 
à Fiorenzo di Lorenzo. et dont deux sont donnés par 
M. Venturi aux siennois Neroccio di Lando et Fran- 
cesco di Giorgio Martini, et les quatre autres à Péru- 
gin. De ces tableaux l'auteur rapproche la prédelle du 
Louvre, attribuée à Peséllino, puis à Fiorenzo di 
Lorenzo ; V Adoration des mages, de la Pinacothèque 
de Pérouse. Il se base sur ces considérations pour 
retirer diverses peintures à Fiorenzo di Lorenzo et à 
Pinturicchio : notamment le Saint Jérôme de la galerie 
Borghèse et le portrait de jeune honune du musée de 
Dresde. 

Russie 

Apollon (septembre). — La saison russe à l'aris, 
par l. TioENDiioLD. Croquis de Bakst, Golovine, Uœh- 
rich, Bilibine. 

— L'Illusion et le style à la scène, par Oscar Bie. 

(Octobre-Novembre). — Le Problème du « corps » 
en peinture, par S. Makovski. — Contrairement au 
manifeste des « futuristes » italiens, croyance à la 
nécessité primordiale du corps humain dans un art 
synthétique, «grand», monumental. 

— Le Nu dans l'art français, par 1. Tugexdiioi.d. 

— Les problèmes du Théâtre allemand, parG. Flchs. 

(Décembre). — B. Kouslodiév, par A. Rotisi.avov. 
Héaliste par tempérament, le peintre Kouslodiév, 
excellent portraitiste, se détache entièrement des 
influences de Uépinc et de Sérov. Reproductions des 
scènes populaires, synthétiques et d'un coloris clair, 
que l'artiste a peintes récemment. 

— A'. Tarkhov, par S. Makovski. — Peu connu en 
Russie avant les deux achats du musée Alexandre III 
et de la galerie Tretiakov, cet artiste d'un « grand 
talent spontané » a déjà un nom à l'étranger. Tarkov 
n'a presque rien pris dans les ateliers de J.-P. I.aurens 
et de I..-0. Merson; Manet, Besnard, Gauguin, Van 
Gogh, Carrière lui ont ouvert les yeux. 

— L'Exposition Tarkhov. par G. Kissélov. — Expo- 
sition organisée par la revue Apollon. Liste des œuvrei 
de Tarkhov jusqu'à ce jour, ainsi que la liste des 
œuvres de Kouslodiév. — Denis Hoche. 



Staryé Gody (janvier). — A. Golombievski, Une 
Résidence abandonnée, Sadéjdino, ci-devant aux 
princes Kourakine. — .Nadéjdino fut bâti et aménagé 
par le prince Alexandre Kourakine, ami du grand - 
duc Paul, et que le courroux de Catherine 11 relégua 
dans ses terres du gouvernement de Samara. C'est ce 
prince Kourakine qui fut ambassadeur à Paris sous 
Napoléon I". 

— Baron de F(Jelkkhsam. La Nouvelle galerie des 
objets précieux à l'Ermitage. — Ouverte en automne, 
cette galerie renferme plus de 6.000 numéros, y com- 
pris ceux de la collection du grand-duc Serge 
Alexandrovitch, donnée à l'Ermitage l'année dernière. 

— E. DE Lipiiart. L' « Enlèvement des Habines »> 
par Sébast. Ricci. — Cette grande toile a été récem- 
ment donnée à l'Ermitage par le prince S. -M. Vol- 
konski; elle ornait sa maison de fauiille à Saint- 
Pétersbourg. Pour la première fois, une tablette avec 
inscription mise au bas du tableau, portera, au Musée 
impérial, le nom du donateur. 

— P. SiMo.xi. Le Métromane Nicolas Slrouiskiel son 
imprimerie villageoise. — Strou'iski avait une impri- 
merie à Houzaévka, gouvernement de Penza. Il 
n'imprimait que ses œuvres, et avec le plus grand 
luxe typographique; puis il les envoyaftà Catherine II 
ou les donnait à ses amis. 

— Igor Grabar. Les Limites du vandalisme. — A 
propos de la destruction projetée du Magasin aux 
suifs de Saint-Pétersbourg, construit par M. de 
Thomon, et du Pavillon de pharmacie, à l'Université 
de Moscou, œuvre de D. Grigoriév (1821). — Denis 
Roche. 

ESPAGNB 

Muséum (n" 1, janvier 1911). — Nous souhaitons 
la bienvenue ii cette nouvelle revue mensuelle d'art 
espagnol ancien et moderne, publiée à Barcelone, 
richement illustrée en noir et en couleurs. 

Ce numéro contient les articles suivants : 

— le Retable disparu de saint Antoine abbé (détruit 
pendant les troubles de juillet 1909); 

— la Danse de l'amour, peintures décoratives du 
peintre J. M. Sert (qu'on a vues à Paris au dernier 
Salon d'automne), par R. Codola. 

— ta Civilisation actuelle et les arts, par R. Aobasot. 

— Enfin des informations artistiques, ornées d'illus- 
trations (notamment sur la collection Chauchard au 
Louvre). 

Une liste des collaborateurs qui ont promis leur 
concours réunit les noms les plus avantageusement 
connus de la critique d art européenne, ainsi que des 
archéologues qui se sont fait connaître par des études 
sur l'art hispanique. 

Notons qu'une traduction française est jointe au 
numéro de la Revue et tirée à part. 



Le Gérart : H. Dk.nis. 



Ptrii. — Imp. liaorges Petit, It, me Oodol-ili-Hauroi. 



Nvunéro 495. 



Samedi 11 Mars 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Les Musées dans le Musée 



La récente exposition du legs Chauchard inspire 
au Burlington Magazine des rélle-xions singuliè- 
rement opportunes sur la « vanité posthume » 
des amateurs qui laissent leurs collections aux 
musées, en exigeant qu'elles y soient incorporées 
dans leur ensemble et non pas dispersées et 
réparties suivant les nécessités du classement 
général (1). 

C'est là, sans doute, une petite faiblesse assez 
excusable, et l'on comprend qu'un amateur soit 
désireux de voir une réunion d'ceuvres d'art qui 
l'ut si chère à son cœur, et souvent plus chère à 
sa bourse, conserver son autonomie et en même 
temps perpétuer un nom que la postérité aurait 
peut-être oublié. N'empêche qu'il n'y a pas de 
générosité mieux faite pour donner du souci à 
un conservateur de musée, obligé d'accepter ou 
de refuser en bloc. Car, s'il refuse, il s'expose au 
mécontentement du public, aux yeux duquel la 
grosse valeur marchande d'une œuvre d'art suflit 
à justifier son entrée dans les collections natio- 
nales; s'il accepte, non seulement il lui faut 
exposer ensemble, sans en rien distraire, des 
œuvres qui ne sont ni d'un égal intérêt, ni parfois 
d'une même école; mais en outre il doit tenir 
compte pour cette exposition de conditions tout 
à fait différentes de celles dont se préoccupe un 
particulier pour l'arrangement de sa galerie. 

Cette forme de générosité se manifeste de plus 
en plus fréquemment, à l'étranger comme en 
France, à Paris comme dans les départements, 
et dans les bibliothèques tout autant que dans 
les musées. Elle ne laisse pas de paraître inquié- 
tante pour l'avenir des dépôts publics, en ce 
que, si elle venait à se généraliser, elle rendrait 
fort complexe là tâche des conservateurs et par 
surcroît gâterait en partie le plaisir des visiteurs. 



I 



(1) Burlington Magazine, 
février. 



article éditorial du a' de 



Aussi l'article du Burlington Magazine suggere-l-'û 
quelques remèdes, dont certains fort ingénieux, 
comme, par exemple, de n'accepter les collections 
données en bloc que pour un certain laps de 
temps, passé lequel on les disperserait et fon- 
drait dans chacune des sections du musée léga- 
taire, quitte à inscrire le nom du donateur sur 
chacune des œuvres ayant appartenu à la collec- 
tion. 

Mais il va de soi que les meilleurs de ces 
remèdes ne peuvent être appliqués sans le 
consentement des donateurs. C'est à eux qu'il 
appartient de trouver la bonne formule et de 
donner à leur générosité un caractère tel que, 
sous prétexte de sauvegarder une petite pointe 
d'amour-propre, elle ne porte pas préjudice à 

l'intérêt général. 

E. I). 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 4 mars). — 
Après la lecture du procès-verlial de la dernière 
séance, l'Académie a décidé de remettre à un mois 
l'élection du successeur de M. F. von Uhde, qui avait 
été élu samedi dernier correspondant de la section 
de peinture, et dont le décès ne fut connu à Paris 
que le soir mJuie de son élection. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 3 mars). — M. le comte Paul Durrieu fait 
la seconde lecture de son mémoire sur Michelino da 
Besozzo et les relations entre l'art italien et l'art fran- 
çais à l'époque du règne de Charles VI. 

— M. F. de Mély reprend l'étude des Tris i-iches 
Heures du duc Jean de Itcrry, conservées à Chantilly 
et attribuées aux frères Limbourg. Il rappelle que. si 
plusieurs miniatures très françaises peuvent être 
attribuées à Henri Bellechose, tous les critiques qui 
ont examiné le manuscrit y ont reconnu d'indéniables 
influences italiennes, et surtout siennoises, car on y 
voit des copies, presque serviles, de tableaux de 
Taddeo Gaddi, de Taddeo di Bartolo et des souvenirs 
de Duccio. Mais comme, jusqu'ici, on n'a jamais ren- 



LE BULLETIN DE L'ART 



contré, dans aucune pièce d'arcliives, le nom d'artistes 
italiens au service du duc de lîerry, on croit pouvoir 
affirmer que c'est un des frères Limbourgqui rapporta 
d'un voyage en Italie des copies d'œuvres d'art dont 
il s'inspira. 

M. de Mély communique deux lettres échangées 
entre le duc de Berry et un de ses familiers, en 1409. 
Celui-ci, qui se trouve alors à Gênes et à Sienne, pro- 
pose au duc de lui envoyer un artiste merveilleux 
qu'il a rencontré dans cette dernière ville, et le duc 
lui répond qu'il accepte. L'artiste n'est pas nommé, 
mais certaines indications permettent de l'identifier 
avec Domenico di Nicolo del Coro, le célèbre marque- 
teur, qui travailla au Dôme de Sienne vers 1400. A ce 
moment, son style est très italien. Quand il exécute, 
quelques années après 1428, c'est-à-dire à son retour 
de France, les stalles du Palais de la Seigneurie, il 
s'inspire d'une œuvre essentiellement française, le 
Livre d'Heures enluminé vers 1402 par Beauneveu 
pour le duc de Berry, conservé aujourd'hui à la Biblio- 
thèque nationale. 

On ne saurait affirmer que Domenico del Coro ait 
travaillé aux Très riches Heures. Mais, dans une des 
plus célèbres miniatures de ce manuscrit,— V Adoration 
des Mages, — on aperçoit dans le fond une ville : c'est 
Sienne, dont l'aspect traditionnel est facile à recon- 
naître. Cette miniature est signée Filippus. Or, en 
1394, on trouve à Sienne un miniaturiste appelé 
Filippo di Francesco di Piero di Bertuccio. Il est 
donc possible que cette vue de Sienne soit signée 
d'un nom siennois, puisque nous savons la pré- 
sence de Siennois à cette époque chez le duc de 
Berry; on peut croire que Filippo est venu avec Dome- 
nico del Coro auprès du duc, ce qui expliquerait très 
simplement les influences siennoises si manifestes 
que nous trouvons dans un certain nombre de minia- 
tures de ce manuscrit, cependant si français dans 
son ensemble. 

M. le comte Durrieu fait observer que, si M. de Mély 
n'est pas le premier à avoir étudié dans leur ensemble 
les Très riches Heures du duc de Berry, l'identification 
particulière du miniaturiste Filippus, qui travailla à 
embellir ce manuscrit, avec le Siennois Filippo di 
Francesco, est un résultat nouveau dont on doit le 
féliciter. 

Musée de ■Versiilles. — M. Pierre de Nolhac 
vient de faire placer dans la galerie historique des 
portraits du xix* siècle, au château de Versailles, un 
très beau portrait du prince impérial, par Jules Le- 
febvrc, qui se trouvait au nombre des œuvres d'art et 
des souvenirs légués par la princesse Mathilde à 
l'État. 11 représente le prince impérial à mi-corps, 
en habit, avec le grand cordon de la Légion d'hon- 
neur; et c'est, avec le buste de Carpeaux, une des 
effigies les plus belles qui aient été faites du fils de 
Napoléon IlL 

Société de l'Histoire de l'Art français (séance 
du 3 mars. — M. Henry Lemonnier examine les 



raisons du discrédit dans lequel est tombé peu à peu 
l'art italien de la fin du xvi* et du ivii* siècles. Il 
montre qu'une étude plus sympathique des Carrache 
et de leur école serait désirable, notamment au point 
de vue de leur inlluence sur l'art français. M.\l. Mar- 
quet de Vasselot, Stryienski et Alfassa présentent 
quelques observations. 

— M. Albert Vuaflart donne lecture de documents 
inédits sur un concours institué entre sculpteurs, en 
1779, pour la décoration du parc royal de Bruxelles. 
Iloudon, qui faisait partie du jury, tout en coiiinien- 
taiit avec éloge, dans son rapport, le projet du sculp- 
teur Godcharle, s'est offert lui-même à exécuter un 
bas-relief pour le monument tel qu'il l'imaginait. 

— M. Paul Alfassa communique les photographies 
de plusieurs dessins inédits de Bernin pour le Palais 
du Louvre. Ces dessins font partie d'un album con- 
servé au musée du Louvre, que personne n'a encore 
utilisé, bien qu'il contienne un grand nombre de docu- 
ments fort intéressants pour l'histoire de notre palais 
national. Les dessins de Bernin sont les suivants : 
1' les plans et la perspective de la façade du premier 
projet envoyé par lui de Rome; on ne connaissait 
jusqu'à présent aucun dessin de ce projet, qui dilfère 
considérablement du projet définitif. 2" Le demi t 
plan imaginé par Bernin avant de quitter Paris; ce 
plan, sur lequel figure une chapelle ovale isolée, fut 
la conséquence d'une vive discussion avec Colbert, 
rapportée tout au long dans le Journal de Chanlelou. 

Société nationale des beaux-arts. — La Société 
nationale des beaux-arts, ipii organise chaque année 
à Bagatelle des expositions rétrospectives, abandon- 
nant niomentanément l'exposition projetée des por- 
traits de souverains, a décidé de faire, revivre, cette 
année, la Mode à travers les trois derniers siècles. 
Des portraits d'hommes et de femmes, des tableaux 
de genre, des costumes, des p.irures et tous les objets 
se rapportant à la toilette masculine cl féminine, 
réunis en un môme local, peniioltront de reconstituer 
les élégances de ces temps passés. Une large part 
sera donnée aux collections de gravures do modes, 
en couleur, aujourd'hui si recherchées des amateurs. 

La Société nationale des beaux-arts compte une 
fois encore sur le concours des collectionneurs, qui 
ont contribué pour une si large part au succès des 
expositions précédentes. 

La protection des paysages et des monuments 
à l'étranger. — Le conseil municipal actuel de 
Nuremberg, estimant que la ville a été suffisamment 
défigurée pour les besoins de la circulation moderne, 
vient d'interdire a tout jamais les coupes de bois pra- 
tiquées parmi les beaux arbres des fossés qui entou- 
rent le burg. 

En revanche, à Meran (Autriche), la société Heimat- 
schulz [protection de la « petite patrie »), appuyée 
cependant par la commission impériale centrale et 
par quelques conseillers municipaux éclairés, désespère 



ANCIEN ET MODEHNE 



-5 



de sauver la Porte de Vintschgau, qui devait déjà être 
éventrée le 1" février dernier. Après celle-là, les deux 
autres qui subsistent encore seraient également 
jetées bas. Vieille de six cents ans, témoin des nom- 
breuses luttes du pays, la vénérable porte constitue 
un monument historique dont la disparition ne tar- 
derait pas â être déplorée. — M. M. 

A Berlin. — La Commission artistique de la 
municipalité de Berlin vient de décider la création 
d'une galerie municipale de tableaux et d'y alTecter 
une première somme de 12.000 marks. Elle a adopté, 
pour l'inslallation de ce nouveau musée, le Palais 
Podervils dans la Klosterstrasse. 

(•n y logera les œuvres qui sont déjà propriété de 
la Ville et celles qu'elle continuera d'acquérir aux 
exposilions. — M. M. 

A Francfort-sur-Mein. — Des travaux de déblaie- 
ment dans la vieille ville ont mis à nu les fondations 
de la cliapelle de l'ancien couvent des « Nonnes 
blanches ». Sous des dalles de pierre, on a trouvé 
dill'érentes figures gothiques, en sluc peint en rouge 
et bleu vils, et orné de dorures; et une statue 
d'évêque, en grès, que l'on date du xiv siècle. Le 
couvent, fondé en 1228, désaiîecté à la Réforme, est 
propriété municipale depuis 1588. — M. M. 

A Florence. — Demain, 12 mars, s'ouvre à 
Florence, dans les salles du Palais Vieux, l'e.vposilion 
du Porirait italien, qui constitue la participation de 
la ville des Médicis aux fêtes du jubilé patriotique 
célébrées celle année en Italie. 

Toutes les galeries publiques et privées d'Italie et 



d'Europe, qui possèdent des portraits intércssanU'art 
et Ihistoire, depuis le xvip siècle jusqu'au milieu du 
xix% ont été mises à contribution; et ce n'est pas 
moins de sept cents œuvres d'art que la Commission, 
présidée par M. Ugo Ojetti, a dû disposer dans les 
appartements des Médicis. On y trouvera, non seule- 
ment les œuvres des portraitistes italiens les plus 
célèbres, du Baroche à Tiepolo, et de I.onglii à 
Morelli, mais encore des portraits d italiens dus à des 
artistes étrangers comme Kubens, Pourbus, Lawrence, 
David. Winlerhalter, etc., et l'Exposition otl'rira à sts 
visiteurs un admirable tableau de l'art et de la vie 
italiennes depuis la fin de la Renaissance jusqu'au 
milieu du dernier siècle. 

A Milan. — On a décidé de procéder à l'isolement 
de l'église de S. Ambroise. la plus ancienne et peut- 
être la plus belle des églises milanaises. Le projet des 
architectes Moretli et Zacchi consiste à renverser 
toutes les constructions qui se sont élevées contre 
l'église et qui servaient de demeures aux chanoines, 
à transformer l'espace qu'elles occupaient en jardins, 
et ,i réédifier plus loin les cures en style lombard très 
simple. On espère que tous ces travaux seront terminés 
dans deux ans. — L. G. 

Nécrologie. — Le paysagiste Ale.randre Hoiicfié 
vient de s'éteindre, âgé de soixante-treize ans, à 
Luzancy (Seine-et-Marne), d'où il était originaire. 
Klève de Corot, il exposa pendant une trentaine 
d'années avec succès; médaillé à plusieurs reprises 
aux Salons de 1883, de 1895, de 1898, et à l'Exposition 
universelle de 1900, il obtint le prix Rosa Bonheur en 
1901 et l'ut fait chevalier de laLégion d'honneur en 1905. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — II" vente Lowengard (objets 
d'art). — La seconde veiile Lowengard, dirigée, 
salle 6, par M' Lair-Dubreuil et M.\l. Mannlieim, 
l'aulme et Lasquin, s'est terminée sur un total 
de 296 379 francs pour deux jours de vente, 
les ;) et 4 mars. On ne s'attendait pas à retrouver 
les enchères sensationnelles obtenues l'an passé 
par les tapisseries de cette même collection; 
toutefois les principales pièces de liante curiosité 
qui ont été vendues cette fois n'ont pas déçu 
l'espoir des experts et ont en générai dépassé les 



prix de demande : c'est ainsi qu'un bas-relief en 
marbre blanc, Iravaililalien du xv« siècle, attribué 
à Verrocchio et représentant la Vierge allaitant 
l'Enfant, dont on demandait .30.000 fr., a été 
poussé jusqu'à 45.000; et que deux vases en 
ancienne porcelaine du Japon, à montures de 
bronze doré d'époque Louis .\VI, ont été adjugés 
31.000 francs sur demande de 25.000; une autre 
plus-value a marqué l'adjudication d'un retable 
en pierre, du xiv siècle, représentant la Vieige 
et l'Enfant au centre, entourés de compartiments 
ornés de scènes de la vie du Christ, vendu 
26.605 fr. sur demande de lO.OOO. 
Ce sont là les trois plus belles enchères de la 



76 



LE BULLETIN DE L'ART 



vente. Dans la liste des principaux prix que nous 
publions ci-dessous, il y a de la hausse et de 
la baisse; mais il semble qu'un nombre assez 
important des numéros de second ordre n'ont 
pas réalisé les prix de demande. Sans parler 
de la plaque en émail bleu du xvie s., représentant 
un combat de cavaliers (n" 29), vendue 020 fr. 
sur demande de i .000, après avoir réalisé 3 900 fr. 
h la vente Chapp('y,on trouve à citer des exemples 
moins exceptionnels : ainsi un groupe de sainte 
Valérie avec deux anges (pierre, xv s.), vendu 
5.800 fr. sur demande de 10.000, avait atteint 
7.000 fr. à la vente Molinier ; une statuette d'enfant 
nu (éc. de Verrochio), 5.500 francs sur demande 
de 8.000; un bras-reliquaire du xv= siècle, 
15.300 fr. sur demande de 20.000; un miroir en 
bronze et argent, travail allemand du xvi» siècle, 
7.000 sur demande de 8.000; un tympan de l'a- 
telier de Luca délia Robbia, 8.700 fr. sur demande 
de 10.000; quatre appliques d'angle, de bronze, 
trav. italien du xvi« siècle, 3.000 fr. sur demande 
de 8 000, etc. — Principaux prix : 

Faïences et porcelaines. — 15. Atelier de Luca délia 
Hobbia. Sainte Ursule et les onze mille Vierges, tym- 
pan terre éinaillée (fract]. et restaur.), S. 700 fr. 
(dem. 10.COO). 

Emaux. — 25. Châsse forme de maison, cuivre 
champlevé et éniaillé, Limoges, xiv s., 2.450 fr. (dem. 
3.000). — 32. Plaque du xvi» s., par Jean II Pénicaud, 
sujet de l'Enéide, 12.000 fr. (rest.; dem. 12.000). 

Objets diveks. — 40. Arquebuse à rouet ciselé et 
dore, crosse et fut en bois incrusté d'ivoire gravé, 
8.000 fr. (dem. 4.000). — 46. Grand bras-reliquaire 
cuivre doré, orné émaux translucides, xv* s., 15.300 fr. 
(dem. 20.000). — 46. Miroir, cadre bronze doré à bas- 
reliefs et statuettes d'argent et émaux translucides, 
travail allemand, atelier d'Attemstetter, xvi' s., 
7.000 fr. (dem. 8.000). 

Marbhes, teiires cuites, etc. — 113. Betable pierre 
sculptée -. au centre, la Vierge portant l'Enfant Jésus: 
de chaque côté, deux arcades superposées à sujets 
.saints, 20.605 fr. (dem. 10.000). — H5. Bas-relief 
marbre blanc, la Vierge allaitant l'Enfant Jésus. 
attribué à Verrocchio, Italie, xv s., 45.000 fr. (dem. 
30.000). — 118. Groupe pierre. Sainte Valérie accomp. 
de deux anges, France, xv* s., 5.800 fr. (dem 10.000; 
vente Molinier, 7.000 fr.). — 120. Statuette pierre 
peinte, Enfant nu étendu, école de Verrocchio, fin 
XV s., 5.500 fr. (dem. 8.000). — 127. Buste terre cuite, 
un Moine, Italie, fin xv s., 4.000 fr. — 134. Statuette 
marbre blanc. Enfant accroupi, xviii' s., 3.800 fr. 

Bois sculptés. — 96. Petit encadrement simulant 
une niche entre deux colonnes (pii supportent un 
entablement aux armes des Piccolomiui, 5.950 fr. — 
97. Trois statues des Itois Mages, atlr. à Veit Stoss, 



Nuremberg, (in xv s., 2.000 fr. (dem. 4.000; rest. et 
parties modernes). 

Tableaux. — Atelier de Kosalba Carriers. Deux 
portraits, allégories de l'Été et de l'Automne, 3.450 fr. 
seul prix intéressant de cette catégorie, d'ailleurs 
peu nombreuse). 

Bronzes. — 138. Trois applique» d'angle, Italie, 
XVI' s., 3.000 fr. (dem. 8.000). — 179. Trois vases anc. 
porcel. du Japon, réserves de paysages et person- 
nages, monture bronze ciselé et doré, ép. Louis XVI, 
31 000 fr. (dem. 25.000). 

Meubles. — 188. Meuble à deux corps, bois sculpté, 
France, fin xvi' s., 5.400 fr. — 194. Console bois 
sculpté et doré, ép. Louis XVI, 3.850 fr. (dem. 6.000). 

— 203. Console-étapère, marqueterie de bois de coul., 
garnie bronze, ép. Louis XVI, 5.005 fr. (dem. 4.000: 
fortes rest., bronzes douteux). — 218. Grand canapé- 
bergère et cinq fauteuils bois sculpté et doré, 3.505 fr. 

Total de la vente : 296 379. 

Vente d'objets d'art. — Le 4 mars avait lieu, 
salle fl, une vente d'objets d'art et d'ameuble- 
ment, dirigée par M« Baudoin et M. Pape; elle a 
produit 70.486 fr., avec quelques prix méritant 
d'être signalés : 12.000 fr. pour un llambeau en 
argent à trois branches, par Meissonnier, ép. 
Louis XV; 7.800 fr., sur la demande de 3.000 
seulement, pour un lustre, fer forgé et cristaux, 
ép. Louis XIV; enfin 10.100 fr. pour un salon en 
tapisserie d'Aubusson d'époque Louis XVI. 

Voici d'ailleurs la liste des enchères prûici- 
pales : 

29. Porcel. de Sceaux. Soupière à bouquets poly- 
chromes. 2.050 fr. — 108. Flambeau à trois br., en 
argent, de Meissonnier, ép. Louis XV, IS.IOO fr. (dem. 
12.000). — 109. Grand lustre, fer forgé et doré et cris- 
taux de roche, fin ép. Louis XIV, 7.800 fr. (dem. 3.000). 

— 110. Salon bois se. et doré, couvert tapis.scrie 
d'Aubusson, fond clair, oiseaux et animaux (canapé, 
4 fauteuils et 4 chaises, 16.100 fr. (dem. 18.000). — 
112. Tapisserie représentant une colonnade cl im vase 
de fleurs, avec fond de paysage et personnages chas- 
sant, XVI' s., 6.000 fr. ;dcm. 6.000). — 113. Grande lap. 
d'Aubusson, représentant Cérès, 3.050 fr. 

"Vente d'objets d'art. — M-» Lair-Dubreuil et 
Baudoin, assistés de M.M, Mannheim, Paulme et 
Lasquin, ont procédé, le 6 mars, salle 11, à une 
vente d'objets d'art et d'ameublement qui s'est 
achevée sur un total de 71.500 francs, sans qu'il 
y ait lieu de rien tirer de pair parmi les enchères; 
voici simplement les prix les plus remarquables : 

84. Pendule br. doré, ornée de deux fig. d'enfants 
nus en marbre blanc, ép. Louis XVI, 2.345 fr. — - 87. 
Pendule marbre bl. et br. doré. ép. Louis X\I, 2.700 fr. 

— 124. Console d'entre-deux, bois de placage et br., 



ANCIEN ET MODERNE 



77 



ép. I.ouis XVI, estampille de Guignard, 6.350 fr. — 
128. Armoire tjoi.s de rose et marquet., garnie br., ép- 
Louis XVI, 5.200 fr. — 134. Petit bureau ai;ajou forme 
commode, orné br., estampille de N. Petit, 4.100 fr. 
— 141. Tapisserie d'Aubusson, animaux dans un 
paysage, ivni" s , 3.310 fr. 

Vente Seillière. — Cette vente, précédemment 
annoncée ici avec tous les détails que justifiait 
son importance, a eu lieu jeudi dernier et s'est 
terminée sur le total de 1.04.3.42;! francs. Nous 
remettons à une prochaine chronique le compte 
rendu de la vacation, au cours de laquelle la plus 
belle enchère a été réalisée par un buste d'homme 
barbu, en bronze à patine noire, travail vénitien 
du xvi« sif'/cle, qui est monté du pri.v de demande 
de 80.000 francs au chiffre de 185 000. 

A New-York. — "Vente R. Hoe. — La vente 
Hoe, que nous avons annoncée en son temps 
avec quelques détails, a tenu ce qu'elle promet- 
tait : on annonce en efiet qu'elle a pris fin la 
semaine dernière sur le total imposant de 
3.052.890 fr. Nous reviendrons sur cette belle 
vente et nous en publierons les résultats détaillés. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Vente 
après décès de M. G. du R... [Goury du Ros- 

lan|. — Les quatre premiers jours de la semaine 
prochaine vont être consacrés à la dispersion de 
la collection d'objets d'art vendue après décès de 
M. Goury du Roslan; et ce sont M' Henri Bau- 
doin et MM. Mannheim qui procéderont à cette 
vente, à l'Hôtel, salles 9 et 10. 

La collection, outre des montres, des objets de 
vitrine, des bronzes et des meubles, comprend 
deu.'c parties principales : en premier lieu des 
porcelaines; et d'autre part des tapisseries. 

Les porcelaines, dont les principales sont 
reproduites au catalogue, réunissent auprès des 
Saxe, des Vincennes et des Sèvres p;Ue tendre, 
des pièces de Chine, du Japon et d'Allemagne. 
La série des statuettes de Saxe est particulière- 
ment remarquable et riche : on citera parmi les 
plus importantes les quatre pièces représentant 
les Saisons, la Minerve assise, un Fleuve assis, une 
salière tenue par une femme assise, etc. Du 
côté des Sèvres, on remarquera : une cafetière 
à décor d'animaux (1768), des assiettes, des 
tasses trembleuses, etc. Parmi les Chine : deux 
cornets à réserves de personnages et dragon en 
bleu sur fond brun clair, et un grand vase 
balustre à décor de fleurs de l'époque Kicn-lung. 

Les tapisseries seraient toutes à citer; conten- 



tons-nous de signaler : une tapisserie rectan- 
gulaire du milieu du xvi« s., Seine de tournoi 
dans un parc; trois tapisseries flamandes du 
xvie s. à sujets de chasse; une grande tenture 
de la fin du xvii= s., où l'on voit un jeune 
seigneur et une dame se promenant dans la 
campagne, suivis d'un valet portant un parasol 
et précédé de deux musiciens dansant; une 
grande tapisserie rectangulaire à sujet relatif 
à Proserpine, signée L. Van der Gotten, atelier 
de Madrid, xviii" s.; enfin trois tapisseries de 
Beauvais, l'une du début du xv!!!" s., à sujets de 
cavaliers dans un paysage, et les deux autres du 
xviii» s., à compositions mythologiques. 

Collection Roussel (objets d'art). — Nous 
recevons le catalogue illustré de cette vente qui 
aura lieu, comme nous l'avons déjà annoncé, du 
13 au 15 mars, salle 6, sous la direction de 
Me Lair-Dubreuil et de M. H. Léman. 

Cette vente comprend d'une part une impor- 
tante collection d'anciens instruments de mathé- 
matiiiues, qui firent l'objet jadis d'un article de 
M. Kdmond Honnaffé, dans le journal l'Art 
(8 août 1880) reproduit en guise de préface dans 
le présent catalogue, d'autre part des objets 
d'art et d'ameublement, notamment des bois 
sculptés et des meubles du xvr siècle. 

Succession Auguste Raffet fils. -— Si tous 
les habitués du Cabinet des estampes, qui ont eu 
l'occasion d'apprécier la bienveillante érudition 
d'Auguste Haffet, se donnaient rendez-vous à 
l'Hôtel, le jeudi 10 mars, ce ne serait pas la 
salle II, oii l'on va disperser ses collections, ni 
les salles voisines qui pourraient contenir la 
foule'de ces obligés; mais il suffira d'annoncer 
cette vente pour qu'il y ait foule tout de même, 
et une foule dont la présence aurait enchanté 
Auguste Halfet, dans sa lierté filiale et son culte 
pour celui que, septuagénaire, il appelait tou- 
jours « le Papa ». 

Car ce qui constitue le véritable clou de cette 
vente, ce sont précisément les peintures, les 
aquarelles, les dessins et les lithographies de 
l'auteur du névcil. Bien peu de personnes ont 
été admises à feuilleter ces albums et à admirer 
ces croquis et ces aquarelles, dont M. François 
Courbdin a écrit, dans l'excellente préface du 
catalogue où il a si bien évoqué son collaborateur 
et son ami : o A côté d'escjuisses fiévreuses, 
sabrées de coups de plume volontaires, on y 
trouvait des études minutieuses, des portraits 



LE BULLETIN DE L'ART 



d'une acuité, d'une souplesse infinies et des 
croquis faits en voilure, en baleau, dans tous 
les relais, dans tous les camps, dans tous les 
musées de l'Europe ». Le siège d'Anvers, la prise 
de Conslanline, l'expédition et le siège de Rome 
(1849), le voyage de RafTet dans la Russie méri- 
diotiale et la Crimée en compagnie du prince 
Deinidolî fl837), forment le sujet de ces dessins 
et de ces aquarelles, auxquels il faut ajouter 
toute une suite de costumes militaires, de pay- 
sages, d'éludés de mœurs, etc. Le regrelté con- 
servateur-adjoint du département des Estampes 
avait Iravaillé toute sa vie pour constituer à la 
Bililiollièque nationale le plus bel œuvre de 
RafTet qu'il y ait au monde ; mais les pièces qu'il 
avait conservées pardevers lui et parmi lesquelles 
il avait puisé la matière de ses Notes et croquis de 
linfl'et (1878) ne sont pas moins précieuses; et 
les Goncourt, (|ui les avaient vues, en ont parlé 
avec enthousiasme. 

Sur 216 numéros, près de 220 sont consacrés 
aux œuvres de RafTet; néanmoins, il y a encore 
quelques pièces intéressantes à signaler dans le 
resle de la vente; du côté des peintures, d'abord : 
une importante composition de Debucourt, Vré- 
paratifs de la fête de la Fcdéralion, qu'on a vue à 
l'Exposition universelle de 1900; l'esquisse d'un 
projet de plafond pour l'hi'iiel de la Banque 
royale, par François Le Moyne, non exécuté, 
mai» célèbre par la gravure de Sylvestre; du 
côté des dessins et aquarelles : des œuvres de 
Duplejsi-Bertaux, H Flandrin, Éd. Détaille, etc ; 
enlin, parmi les objets de curiosité : l'aigle d'un 
drapeau d'infanterie en 1814, une montre aux 
armes du prince Demidoff, etc. 

La vente se fera par le ministère de M'" II. 
lions-Olivier et Albert Delavigne, assistés de 
MM. Mannbeim, L. Delteil et J. Ferai. Étant 
donné la hausse qu'on a pu constater plusieurs 
fois, au cours de ces dernières années, sur les 
lithographies mêmes de RafTet, il est hors de 
doute que les œuvres originales de ce maître 
dessinateur ne soient 1res chaudement disputées. 



M N. 



LIVRES 



Ventes annoncées. — A Paris. — Biblio- 
thèque de M. L. de Montgermont (1" vente : 
livres et reliures modernes). — Une nom- 
breuse série de vacations va être nécessaire pour 
disperser la bibliothèque de M. L. de Montger- 
mont, et tes bibliophiles, à quelque spécialité 



qu'ils s'attachent, vont pouvoir trouver, dans ce 
cabinet d'amateur, des ouvrages à leur goût : 
livres illustrés français du xv" sièc'e à nos jours, 
recueils d'estampes, albums topograpliiques. 
livresde cérémoniesoflicielles, suitesde costumes 
et d'ornements, livres classiques en éditions 
originales, livres curieux, livres et reliures 
modernes, on rencontre ici un ensemble choiïi 
et complet à la fois, d'autant [)lus remarquable 
d'ailleurs qu'il constitue la seconde collection 
formée par M de Montgermont, dont la première 
vente remonte à 1876. 

A peine était-elle terminée que ce bibliophile 
éclectique se remit à collectionner, et, depuis 
trente cinq ans bientôt qu'il s'est refait une 
bibliothèque, il n'est peut-être pas une grande 
vente à laquelle il n'ait emprunté quelques 
numéros : ventes de lord Sunderland, de \\ . Reck- 
ford, du duc d'Hamilton, de lord Ashburnham, 
en Angleterre ; du comte de Mosbourg, du baron 
de Ruble, du baron Pichon, du comte Sauvage, 
de M. Guyot de Villeneuve, en France; c'est là 
de quoi satisfaire les plus exigeants acquéreurs 
de livres à provenances. 

D'autre part, M. de Montgermont ne négligeait 
pas les beaux livres illustrés contemporains, 
édités soit par des sociétés de bibliophiles, soit 
par des éditeurs comme Conquet, Jouaust, 
Carteret, Boudet, Ferroud, Pelletan, Conard, 
etc ; comme on peut s'y attendre, ces volumes 
sont presque toujours des exemplaires de choix, 
tirés sur papiers spéciaux, contenant les pre- 
miers états des figures et souvent enrichis 
d'illustrations originales, dessins ou aquarelles; 
enfin il mettait à contribution les plus réputés 
de nos artistes relieurs pour habiller ces pré- 
cieux exemplaires de somptueux vêtements de 
maroquin doré, ciselé, mosaïque, etc. 

C'est précisémentaux livresmodernesqu'échoit 
l'honneur d'ouvrir la vente et, depuis les médio- 
cres vacations delà vente Rélinac (voir le nulletin 
de 1901), p. 37, 45, 52, 61 et 69), on n'avait pas vu 
un lot aussi remarquable d'illustrés modernes et 
de reliures d'art contemporaines. Un vif intérêt 
de curiosité s'attachera donc à ces premières 
vacations, qui comprendront 612 numéros : 
d'une part, les plus beaux livres illustrés et les 
reliures (n"' 1-235) qui seront vendus les 15 et 
16 mars, à l'Hôtel, salle 7, par M" Desvouges et 
M. Rahir; d'autre part, une autre série de livres 
Illustrés, d'albums d'illustrations et d'ouvrages 
sur la bibliographie et la reliure (n»* 236-612), 
dont la vente aura lieu Us 17 et 18 mars, dans la 



ANCIEN ET MODERNE 



79 



même salle et par les mêmes commissaire-pri- 
seur et expert. 

Pour les reliures, il suffira d'énumérer les 
noms des artistes qui les ont signées : Cuzin en 
a 7, Marius Michel 23, Mercier 55; les autres 
portent les noms de CliamboUe-Duru, Canapé, 
Meunier, etc. ; 4i sont en mosaïque. 

Les livres ornés de dessins originaux sont 
trop nombreux pour qu'on en puisse donner ici 
la liste; néanmoins, il est des numéros que leur 
importance permet de signaler particulièrement, 
tel est le n° 06, comprenant 26 dessins originaux 
de l,.-0. Merson pour le Saint-Julien L'Hot^pilalier 
de l'Iaubert; tels les n'"35 et 101, /'oésies d'André 
Chénier et les Trophées de Hérédia, avec les 
dessins originaux de Giraldon; tel enfin le 
n" 139, la Chronique de Charles IX de Mérimée, 
avec les dessins d'Edmond Morin. 

Bien d'autres encore seraient à citer : dessins 
originaux de Lepère pour les Dimanches parisiens, 
de Boilvin pour Rabelais, de L. Morin pour le 
Dernier chapitre de mon roman, de E. llédouin 
pour le Voyage autour de ma chambre, du même 
pour les Confessions de J.-J. Rousseau, de Sonim 
pour les Cousettes, de P. Avril pour la Nuit de 
Cléofàlre, etc., etc. 

Enfin un grand nombre d'ouvrages sont ornés 
d'illustrations originales dans les marges, aux 
en-tête, aux culs de-lampe, et hors texte : 
Ciacomelli {\os oiseaux), W'agrez, Vidal, L. Morin, 
et l'inévitable L. Leloir, illustrateur des Trois 
Mousquetaires, des Confessions de J.-J. Rousseau, 
et du Jeu de l'amour et du hasard, où l'artiste, au 
dire du catalogue, « s'est surpassé avec seize 
aquarelles finies comme des miniatures »; voilà 
un volume auquel on peut prédire à coup sûr un 
acquéreur généreux ! 

Nous ne manquerons pas de renseigner les 
lecteurs du Bulletin sur les enchères obtenues 
par cette catégorie d'ouvrages de luxe. 

Il est incontestable que les productions de la 
bibliophilie moderne avaient vu leurs cours 
faiblir, il y a deux ans; la question est donc de 
savoir si la tendance à la baisse va se maintenir 
ou s'accentuer, ou bien au contraire si la collec- 
tion I.. de Moiitgermont va marquer un relève- 
ment sensible des prix. Etant donné les 
circonstances et aussi la qualité remarquable des 
livres que l'on va disperser, il serait logique de 
pencher pour la seconde alternative; mais 
chacun sait que la logique n'a pas toujours gain 
de cause en matière de ventes d'œuvres d'art, 



quelles qu'elles soient. Attendons le résultat, 
sans rien préjuger. 

Livres anciens. — Le 14 mars, salle I, 
Xl« Desvouges et M. H. Leclerc disperseront une 
intéressante réunion de livres anciens des xvi=, 
xvii« et xvni= siècles, et du début du xix«, 
comprenant des éditions originales (comme celle 
des Fables de La Fontaine) ou recherchées des 
amateurs (des livres d'heures du xvi" s. en parti- 
culier). 

Quelques manuscrits complètent la vente, 
parmi lesquels on citera des Heures du xv« s. et 
les Sept offices de la semaine, manuscrit de Jarry, 
exécuté pour la Grande Mademoiselle. 

R. J. 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Société artistique des Amatîurs (pavillon 
de l'Alcazar, avenue Gabriel) — Dans la Babel 
contemporaine où les trois quarts des artistes ne 
sont que des amateurs, n'éprouvons nulle sur- 
prise à découvrir, parmi des amateurs, de véri- 
tables artistes. En voici d'authentiques, portant 
les plus grands noms du Gotha : s'il faut déplorer 
l'absence définitive de feu S. A. R. la princesse 
Waldemar de Danemark, qui signait Marie, les 
Souvenirs de voijage de S. A. R. la duchesse de 
Vendùrae, qui signe Henriette, illustrent un livre 
manuscrit d'une suite d'aquarelles véridiques et 
variées; un peintre-graveur ne désavouerait point 
les envois de S. \. R. la comtesse de Flandre, 
amie des Ardennes moyenâgeuses, des sombres 
étangs, des clairières et des montagnes; moins 
romantique, S. A. R. la princesse Marie de Rou- 
manie fait jouer les Heurs sur une claire série 
de panneaux décoratifs; portraitiste, S. A. R. la 
princesse Pierre d'Orléans-Bragance n'ambitionne 
pas moins les effets lumineux; nommons encore 
S. A. I. la grande-duchesse Cyrille et S. A. I. la 
grande-duchesse Olga Alexandrovna, parmi plu- 
sieurs princesses de Saxe ou de Bavière et deux 
archiduchesses d'Autriche, à côté de S. A. R. le 
prince Charles de llohenzollern, portraitiste 
hanté par le mystérieux souvenir de Lenbach. 

Oui, l'œuvre seule importe; et l'aristocratie 
française, dont le comte Jean de Cossé-Brissac 
rappelle les plaisirs champêtres et les malheurs 
guerriers au xviii" siècle, n'est pas moins fidèle. 



80 



LE BULLETIN DE L'ART 



ment représentée par le pinceau spirituel d'un 
galant homme, M. Fournier-Sarlovèze, évocateur 
de la Fête de Jeanne d'Arc à Compiègne en 1909, 
où revit un instant, sous une éclaircie d'azur, la 
somptueuse illusion ilu passé... Mais ce peintre 
d'histoire est un isolé dans un groupe où l'inti- 
misme se prodigue, ici comme ailleurs, en por- 
traits élégants, en paysages estompés, en objets 
d'art adroits, en pastels subtils, en aquarelles 
fleuries. Non loin des fraîches Études de plein 
air de la princesse Gagarine-Slourdza, les por- 
traits du Général de Ltistows et de M. Jean Riche- 
pin, parla baronne Lambert, née de Holhscliild, 
se distinguent aussitôt par leur ressemblance, et 
les pastels de M"" Marie d'Épinay par leur colo- 
ris; le joli sourire malicieux de il/"'' de La Farc 
est retenu par la baronne de Mazières-Mauléon ; 
W" Alice de fiertier de Sauvigny sait accorder 
les crayons de couleur à l'expression d'un visage ; 
et, dans l'or brun d'un profil, la duchesse de 
Noailles avoue son inclination pour la palette de 
Frago. 

L'a(iuarelle a gardé ses virtuoses : témoin la 
flore ou la faune interrogée par la duche'sse 
d'Estissac, par la comtesse Pierre de Cossé 
Brissac. par M™' Jameson; les paysages parisiens 
notés par le comte (iuy de La HocliefoucuuUI, le 
plus lin des nombreux élèves de Vignal; les ver- 
dures automnales de M»": Laure Brouardel et de 
M"!» Revenaz, qui fait honneur à son mailre 
Harpignies; les roses du comte de Vibraye, 
élève de M"« Philastre; les souvenirs do chasse 
ou de voyage du baron de Lassuchette, du baron 
Karl Heille et du comte de Sainl-Genys. La 
nature, que photographie avec art M. Robert 
Demachy, parle à la baronne Frank .'^eillière, à 
M"» A.-b. de Trincaud La Tour, à MM. Ilély 
d'Oissel et Jacques de Vilmarest. Nommer les 
émaux religieux de la marquise de Courtavel et 
les émaux savants du comte duSuaude La Croix, 
les éventails de la comtesse Froidefond des 
Farges, un intérieur du duc de Guiche, un buste 
de M. Etienne Latrnj, de l'Académie française, par 
le comte de liony de Lavergne, les statuettes du 
marquis de Chaumont-Uuitry, les maquettes de 
M°" de Goupray, les miniatures de la comtesse 
de Menthon, les reliures de .M"" Isabelle Mallel, 
une Ti'te de Christ crayonnée par M"' Edith de 
Reistegui dans une section étrangère où la 
Relgique s'impose avec l'Italie, à côté de l'Au- 
triche, de l'Angleterre et de la Russie, c'est 
rendra justice à la neuvième manifestation d'un 
Salon déjà bien avisé, puisqu'il se contente d'être 



biennal, et que suflirait à protéger sa belle devise 
lapidaire : Ars et Caritas. 

Ernest Laurent (galerie Durand-Ruel). — 
Portraitiste aérien de la femme et de la fleur 
dans la tiédeur des chambres ou la fraîcheur des 
verdures, peintre sachant extérioriser le secret 
d'un visage ou d'un parfum, poète de son art par 
la technique la plus aventureuse au service du 
sentiment le plus respectueux, on retrouve en ce 
novateur le classique issu de l'atelier Lehmann, 
qui remportait paisiblement le prix de Rome un 
demi-siècle après son vieux maître Hébert, en 
1889, l'exposant qui débuta par des sujets roma- 
nesques ou religieux et par de fines études ita- 
liennes en ces beaux lieux dont les noms déjà 
chantent un poème, avant d'exprimer, à son tour, 
l'évolution du jeune peintre moderne à travers 
toutes les musiques silencieuses de l'atmosphère 
diffuse et les réalités contemporaines que la 
lumière revût de la magie du rôve. Plus de sujets, 
des portraits; et la Jeune fille d'Assise (1892) a le 
charme intimidé d'une transition : le peintre 
avoue ne savoir faire que ce qu'il voit; mais son 
regard sait approfondir les mobiles physionomies 
qu'il ne fait point poser, on déshabille sans 
impudeur la nudité virginale, avec la délicatesse 
d'une science de plus en plus précise sous une 
enveloppe qui ne cesse pas d'être mystérieuse. 

Expositions diverses et groupes nouveaux. 
— N'est-ce pas la même aspiration vers le mystère 
des formes enveloppées qui caractérise diver- 
sement les nocturnes que M. Henri Le Sidaner a 
groupés chez Georges Petit et les crépuscules 
décoratifs que M. Théo van Rysselbergbe réunit 
chez Druet? Le savoir du dessinateur, qui n'en- 
trave pas en chacun d'eux la curiosité du lumi- 
nariste, disparait trop souvent chez les exposants 
des groupes libres et nouveaux que viennent 
d'accueillir les galeries Rarbazangcs et Devambez 
ou des groupes connus que nous retrouvons, plus 
ou moins clairsemés, à la petite galerie de 
l'Amateur ou chez Hessèle. Aussi bien, la plupart 
du temps, la seule nouveauté de l'exposition, 
c'est le litre' du groupe. 

Ravmo.nd BoLVKri. 

Nous parlerons la semaine prochaine de l'ex- 
position des peintres et sculpteurs (ancienne 
Société nouvelle), qui s'ouvre aujourd'hui à la 
Galerie Georges Petit. 



Le Gérant : H. Dums. 

H*na. — Imp. naorgu faut. 11, rue uodoi-d«-Mauroi. 



Numéro 496. 



Samedi 18 Mars 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Les Églises de France 

et la pétition des artistes 



On saiL que la loi de 190b, en déclarant que les 
l'ijlises élaiL'iil la propriété ou de l'État, ou des 
déparlemenls, ou des communes, a négligé de 
dire à qui incomberaient désormais les travaux 
d'entretien et de réparation de ces édifices; et 
l'on a déjà pu juger, par des exemples encore 
présents à toutes les mémoires, de quels funestes 
effets serait cette lacune de la loi, relativement à 
la conservation de monuments dont l'ancienneté 
réclame des soins attentifs et constants. 

Cette inquiétante situation a ému nombre de 
bons esprits, et le Bulletin a parlé à diverses 
reprises de la persévérante campagne entreprise 
par M. Maurice Barrés en vue de sauver de la 
ruine les églises de France (i). Le meilleur éloge 
qu'on puisse faire de cette initiative, c'est de 
constater qu'elle est accueillie avec une évidente 
sympathie et qu'elle provoque un sérieux mou- 
vement d'opinion de la part de tous ceux, catho- 
liques ou non, qui ne sont pas insensibles à la 
signification morale et plastique de nos vieilles 
églises. 

On a vu naguère que plusieurs sociétés savantes 
de province s'étaient préoccupées de la ques- 
tion (21. Voici aujourd'hui les artistes qui par- 
lent: s'inspirant des termes mêmes de l'admirable 
discours prononcé, il y a quelques semaines, au 
Parlement par M. Maurice Rarrès, ils ont rédigé 
une pétition que le député de Paris a déposée 
en leur nom sur le bureau de la Chambre. Voici 
ce document, au bas duquel la liste des signa- 
tures s'allonge de jour en jour (3) : 

« Monsieur le président. 
» Profondément émus par de nombreuses et récentes 
destructions d'humbles églises, sans style peut être, 

(1) Voir le n" 470 du Bulletin. 

(2) Voir le n* 476 du llulletin. 

(3) Les adhésions sont reçues chez M. Aaiédée 
liullet, 71, rue Jacques-llulud, Neuilly. 



mais pleines de charme et d'émouvants souvenirs, 
de pittoresques calvaires et de vieux cimetières, nous 
venons nous grouper, arti.stes et écrivains de toutes 
croyances, sans distinction de partis, qui avons 
trouvé auprès de ces modestes sanctuaires tant 
d'émotions et de sensations d'art, pour protester et 
demander au Parlement qu'une protection analogue 
à celle des monuments historiques, des sites pitto- 
resques et des réserves artistiques, leur soit atlril)uée. 

» Nous voulons conserver ces restes du passé, ces 
sources de vie spirituelle ; nous voulons sauvegariler 
la physionomie architecturale, lu figure physique et 
morale de la Terre de France. 

" Nous avons la Cdnfiance, .Monsieur le président, 
que le Parlement voudra bien prendra en considéra- 
tion la demande que nous vous adressons, et nous 
vous prions d'agréer l'e.Tpression de nos scutiuienls 
les plus distingués. » 

Il n'était pas inutile que les artistes, particu- 
lièrement autorisés en la circonstance, lissent 
entendre ainsi le langage du bon sens, du bon 
goût et du patriotisme. Bien souvent déjà, on les 
a loués d'avoir manifesté leur solidarité par des 
élans magnillques; cette fois encore, ils n'ont pas 
fait moins qu'on n'attendait d'eux en prenant 
résolument position et en revendiquant sur le 
patrimoine commun du souvenir et de la beauté 
leurs droits, qui sont autrement fondés que ceux 
de nos aveugles politiciens. 

i: 0. 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du It mars;. 
— L'Académie a rendu son jugement sur le concours 
pour le prix Achille Leclére (architecture;, de la valeur 
de 1.000 francs et dont le sujet était : Décoration 
d'une place publique dans une ville de premier ordre. 

Le prix a été décerné à i\L Gaston Caste!, élève de 
M. Louis Bernier, et une mention honorable a été 
attribuée à .M. Maurice Durand. 

— On se rappelle que M. le baron Alphonse de 
Uothschild avait légué à l'Académie des beaux-arts 
une somme de 200.000 francs, dont les arrérages 



8â 



LE BULLETIN DE L'Aftî 



devaient servir à la fondation d'un prix biennal des- 
tiné à encourager les travaux d'un artiste de mérite 
ou à récompenser une carrière artistique. 

Les arrérages de cette fondation disponibles cette 
année et s'élevant à 12.000 francs ont été partagés 
par parties égales de 6.000 francs l'une, entre M""" V"" 
Chaplain personnellement et comme couronnement 
de la carrière artistique de son mari, et M. Gabriel 
Dupont, compositeur de musique, comme encourage- 
ment à un artiste de haut mérite. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 10 mars). — M. le comte Durrieu signale 
que le li. P. dom Blanchard, bénédictin de Solesmes, 
a découvert à Portsmouth la plupart des feuillets jadis 
enlevés au précieux livre d'Heures qui a péri en 1904, 
dans l'incendie de la Bibliothèque de Turin, et qui 
était connu, dès le xv siècle, sous le nom li'lleitres 
de Savoie. Exécuté pour une petite-fille de saint 
Louis, il avait appartenu successivement aux rois 
Charles V et Charles VI, au duc Jean de Berry ; 
M. Durrieu en avait constaté les lacunes avant sa 
disparition et il indique celles qui subsistent encore. 
M. H. Yates Thompson vient de publier la reproduc- 
tion intégrale des feuillets si heureusement découverts 
.par le P. Blanchard. 

— M. Philippe Berger analyse les résultats acquis 
par les fouilles entreprises depuis 1908, sous la direc- 
tion du service des antiquités de la Tunisie, pour 
dégager les substructions antiques de l'ilot amiral 
qui constituait à Carthage le centre du port militaire. 
Un déblaiement méthodique a fait reconnaître que 
cet ilôt circulaire était entouré d'une terrasse dont 
la terre était maintenue sur ses deux faces par deux 
murs parallèles, construits, non pas en appareil, 
mais en moellons agglomérés. De loin en loin s'ob- 
servent des contreforts saillants à l'extérieur. L'ilot 
contient trois citernes et une abside semi-circulaire 
en blocage. Des piliers rectangulaires, dont les pierres 
se superposent sans mortier, remontent certainement 
à l'époque punique. 

— MM. Clermont-Ganneau, Dieulafoy, Perrot et 
Th. Reinach présentent quelques observations. 

Musée du Louvre. — Notre collaborateur M. Jean 
Guilfrey, conservateur-adjoint du département de la 
peinture au musée du Louvre, vient d'être, sur la 
demande de l'ambassadeur des États-Unis et après 
avoir obtenu un congé de mission pour quelques années, 
nommé conservateur de la section de peinture du 
musée de Boston. 

— M"« de Miremonde vient doUrir au musée du 
Louvre toute une collection de dessins et esquisses 
de Girodet et de Géricault. Dans ce don figurent 
l'étude faite par Géricault pour le Uadeau de la 
Méduse; et quatre dessins de Girodet, études au 
crayon noir rehaussé de blanc pour un autre ta- 
bleau du Louvre : Alalu au tombeau, et un crayon 
noir fait pour le Déluge; plus une réplique de la 



Femme couchée sur une peau de panthère, atispi 
au crayon noir. 

Musée Carnavalet. — Le Président de la Répu- 
blique inaugurera mercredi prochain les nouvelles 
salles du musée Carnavalet, où l'on a groupé tem- 
porairement des dons et legs récemment faits au 
musée. Le même jour, dans l'après-midi, ces nouvelles 
salles seront ouvertes au public. 

Musée Cernuschi. — Une exposition de broderies 
chinoises anciennes organisée au musée Cernuschi, 
sous les auspices de l'administration des beaux-arts 
de la ville de Paris, a ouvert ses portes le 3 mars. 
Elle réunit environ 2.000 pièces originales se rappor- 
tant au costume et à l'ameublement, et embrassant 
une période de plusieurs siècles. 

École des Chartes. — Par un décret paru dimanche 
dernier au Journal officiel, M. Eugène Lefèvre-Pon- 
talis, directeur de la Société française d'archéologie, 
est nommé professeur d'archéobgie du umyen âge à 
l'École nationale des Chartes, en remplacement de 
M. H. de Lasteyrie, admis sur sa demande à faire 
valoir ses droits à la retraite. 

Préfecture de la Seine. — M. J. Bouvard, direc- 
teur administratif des services d'architecture et .des 
promenades et plantations à la préfecture de la Seine, 
admis, sur sa demande, à la retraite, est nomme 
directeur honoraire. Il est remplacé par .M. Louis 
Bonnier, architecte-voyer en chef de la Ville. 

Le Budget des Beaux-Arts. — M. Paul Bon- 
cour étant devenu ministre du Travailla Commission 
du budget l'a remplacé comme rapporteur du budget 
des Beaux-Arts à la Chambre, par M. Albert Sarraut. 

Le Pont de la Monnaie. — Mercredi dernier, 
l'agence llavas a communiqué aux journaux la note 
suivante : 

Il Certaines inquiétudes se sont manifestées au 
sujet de l'éventualité d'un projet de construction 
d'un pont à la pointe du square du Vert-Galant, dit 
pont de la Monnaie, qui serait destiné à relier direc- 
tement l'extrémité de la rue de Rennes prolongée ;i 
la rue du Louvre. 

>i Un projet dans ce sens a bien été élaboré en 186,ï, 
mais il n'est, à l'heure actuelle, repris en aucune 
manière. D'ailleurs, si la question de la création d'un 
pont prolongeant la rue de Rennes venait à se poser, 
l'administration municipale ne manquerait pas, en 
l'étudiant, de s'inspirer du vif souci de concilier le» 
nécessités de la circulation avec les intérêts esthé- 
tiques de la ville de Paris » 

Le château de Maisons. — Le ministre de l'iu- 
struction publique, sur la proposition du sous-secré- 
taire d'État aux beaux-arts, a soumis à la signature 
du Président de la République un décret rattachant 



ANCIEN ET MODERNE 



83 



au musée (lu Louvre le château de Maisons-Laffitte, 
qui l'ut acquis en 190o par l'État moyennant la somme 
(ie 200. COO francs. 

Dans cette magnifique demeure, à laquelle se rat- 
tachent tant de souvenirs de l'histoire, de l'art et de 
la littérature, on installerait une exposition perma- 
nente de tapisseries et d'objets d'art des xvii* et xviii* 
siècles, auxquels viendraient s'ajouter un certain 
nombre de tableaux des mêmes époques, choisis 
parmi les œuvres de second ordre des collections du 
Louvre. 

Plus lard, lorsque l'agencement sera complet et 
que les œuvres réunies évoqueront toute une époque, 
le château de .Maisons deviendra à son tour musée 
national par mesure législative. 

A Limoges. — On annonce que la fameuse châsse 
d'Amti.-izac va quitter Limoges, où elle séjourne de- 
puis Infl'aire des frères Thomas, c'est-à-dire depuis 
près de trois ans, et revenir â Ambazac. L'adminis- 
tration des lîeaux-ArIs a décidé en effet ce transfert. 

La châsse sera placée dans l'église; elle n'occupera 
plus l'emplacement qu'elle avait autrefois, c'est-à-dire 
le tabernacle du petit autel eor.sacré à saint Etienne 
de Muret. On a jugé que ce tabernacle, insutlisam- 
nient sfir par lui-mên)e,ne pouvait ôtre consolidé de 
manière à rendre vaine toute nouvelle tentative de 
vol. La châsse sera donc placée vers le milieu de la 
nef de droite, dans un renfoncement de la muraille 
actuellement occupé par le confessionnal. Elle sera 
conservée dans un coffre-fort et une grille solide 
fermera toute l'ouverture du mur. 

On ne dit pas, jusqu'à présent, à qui l'on confiera 
la clef du cotl're-fort. La question a cependant son 
Intérêt : la municipalité de Soudeilles, M. le député 
DeluKiF et le chef de Saint-Martin en savent quelque 
chose... 

A 'Vérone. — On se souvient des protestations 
qui s'élevèrent dans la presse italienne quand on 
apprit le projet qui devait défigurer la place dclle 
Erbe, à Vérone, par la construction de maisons de 
rapport. 

On apprendra avec plaisir que la place tout entière 
vient d'être déclarée monument national. Il était 
temps, si l'on en juge par le procès-verbal d'une 
séance du Conseil municipal véronais, qui réclame 
contre cette intrusion de l'État dans les affaires de la 
Ville. Cette fois du moins les Béotiens sont vaincus, 
et l'on ne saurait assez, féliciter la direction générale 
des beaux-arts d'avoir su mener à bien sa campagne. 
— L. G. 

A Florence. — Les fêtes du cinquantenaire de 
l'Indépendance italienne ont été inaugurées le 1 1 cou- 
rant par l'ouverture, à Florence, de l'exposition du 
Portrait italien, que le Bulletin annonçait dans son 
dernier numéro. Le duc de Gênes présidait la céré- 
monie, où les maires de Florence, Rome et Turin 



prirent successivement la parole, suivis par M. Cor- 
rado Ricci, directeur général des Beaux-Arts, qui fit 
à grands traits l'histoire des portraitistes italiens. 

L'exposition ne contient pas moins de 800 portraits 
qui proviennent des différentes galeries de l'Italie et de 
l'étranger, et qui vont de 1600 à 1861. Ils sont placés 
au Palais Vieux, dans la salle des Cinq-Cents et dans 
les appartements de Léon X, d'Éléonore de Tolède et 
de Côme de Médicis. Ils permettront d'étudier une 
période mal connue de l'art italien et qui conmience 
à devenir à la mode. Une exposition temporaire 
organisée par le Cabinet des estampes, aux Offices, 
comprendra des gravures et des dessins et complétera 
fort heureusement cette fête artistique. 

L'exposition est à peine ouverte qu'elle suscite déjà 
une vive polémique. Un journal allemand, le Lokal 
Anzeigev, prétend aimablement qu'elle n'a été faite 
qu'en vue de favoriser le marché des antiquaires : les 
trésors du xv et du xvi* siècle étant désormais épui- 
sés, on chercherait à diriger le goût des collection- 
neurs vers des siècles qui pourraient fournir de 
nouvelles et abondantes moissons; les critiques d'art 
se prêteraient à la manœuvre. 

La presse italienne a aussitôt remarqué que les 
critiques allemands les plus réputés, MM. Bode, 
Gronau, von Tschudi, Ilans Posse, directeurs des 
galeries de Berlin, Cassel, Munich et Dresde, ont 
prêté leur concours à l'exposition. D'autre part, le 
maire de Florence, don Filippo Corsini, a aussitôt 
protesté auprès du mmislrc des Affaires étrangères et 
de l'ambassadeur d'AUemagfne, et M. Ugo Ojetti, le 
promoteur de l'exposition, intente, au nom du Comité, 
des poursuites au joufnal allemand si mal et si peu 
gracieusement inspiré. — L. G. 

En Bavière. — Dans la séance annuelle de la 
Société d'histoire de l'AlIgaai, le président M. Fehiner 
a rendu compte des travaux des fouilles pratiquées 
sur le Lindenbcrg, que dirige depuis 188,"> M. A. Ulrich. 

Il s'agit d'un immense bain romain, comparable et 
tout à fait analogue aux grands thermes de Pompéi. 
On en a retrouvé les salles carrées, avec des murs 
superbement exécutés, trois entrées rcconnaissables, 
dont celle de l'ouest montre encore la charmante 
maisonnette du portier, les canalisations et les hypo- 
caustes en bon état de conservation. Mais la Société 
ne dispose que de très maigres ressources, et en huit 
périodes de fouilles elle n'a pu explorer qu'un septième 
des 200.000 mètres carrés qu'occupent les restes de lo 
ville romaine. Une partie de l'emplacement est menacée 
par la prochaine construction d'une gare et les spécu- 
lations de terrain qui s'ensuivront. Ce serait d'autant 
plus déplorable que, grâce à des circonstances excep- 
tionnelles, la ville du Lindenberg, ayant été complè- 
tement abandonnée depuis l'époque romaine, pourrait 
être remise au jour dans son enlier. — M M. 



84 



LE BULLETIN DE L'ART 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ. 

A Paris. — Ventes diverses. — La vente 
aprô.s ilécès de M. C..., faite salle 6, les 7 et 
8 mars, par M" Lair-Dubreuil et MM. Haro et 
Maniilieiin, a réalisé un total de 60.969 fr. dont 
34 142 pour les tableaux. Les honneurs de la 
vente ont été pour un panneau deSchreyer, daté 
de ^S62, les Cavaliers arabes, dont on demandait 
i SOO francs seulement et qui est monté à 
8.800 fr. Par contre, la grande toile de M"« Mayer 
et l'rud'hon, Nymphe lutinée par les amours, 
don ton demandait. 15 000 fr., est restée à 7. 400 fr., 
et les trois tapisseries d'Aubusson du xvni" s., 
ù paysages avec volatiles et habitations, n'ont 
fait que 6. .310 fr. sur une demande de 8.0CO fr. 
Ces quelques enchères sont, avec les 3.250 fr. 
obtenus par des Vaches au pâturage, de Van 
Marcke, tout ce qu'il y a d"ii)léressai)t à signajer 
parmi les résultats de cette vente. 

— Dans la vente de tableaux modernes prove- 
nant de la collection Sordet, faite salle ), le 
8 mars, par M' Bivort et MM. Chaîne et Simon- 
son, le Trompette de Roybelaété adjugé 4.200 fr. 
— Itésullat total: 27.436 fr Rien d'autre à signaler 
dans la vente. 

Vente Seillière (tableaux, objets d'art et 
d'ameublement). — Nous avons donné le 
résultat de l'unique vacation du 10 mars : 
1.043.425 francs. Le chiffre est assez éloquent 
par lui-même ; il l'est davantage quand on con- 
sidère les prix d'adjudication dans toutes les 
catégories et qu'on voit de combien ils ont 
dépassé le chiffre des demandes . Quelques 
exemples, choisis parmi les enchères les plus 
caractéristiques, feront mieux apprécier la tenue 
de la vente et le gros succès qu'elle a obtenu. 

Parmi les tableaux, il n'y a guère eu de sur- 
prises, sauf pour le Murillo, Têtes d'enfants, 
vendu 12.000 fr., sur demande de 5.000; mais 
les deux Marines de Joseph Vernet, à 20.500 fr. ; 
le Largillière, l'ortrait de la duchesse de Phataris, 
à 2I.00O fr. ; et le Naltier, l'ortrait de Madame 
Henriette, plie de Louis XV, à 25.000 fr., tout 
cela n'était pas trop inattendu. 



Avec les objets d'art, les enchères sont deve- 
nues plus animées. D'abord, du côté des porce- 
laines, deux groupes d'animaux, en ancien 
Saxe, atteignirent 33.COO fr., sur demande de 
18.000 fr. (malgré l'annonce de quelques restau- 
rations) ; et l'on rencontra, parmi les Sèvres, des 
enchères de 12.700, de 15.000 et de 17.400 fr , 
pour des cache-pots et des jardinières provenant 
d'un service bleu turquoise à médaillons 
d'amours dans le goût de Boucher. Les beaux 
prix continuèrent avec les faïences et les objets 
divers, pour atteindre leur apogée avec les 
bronzes ; nous avons déjà donné l'enchère capi- 
tale de la vente, les 185.000 fr. obtenus, sur 
demande' de 80.000, par un buste d'homme 
barbu, bronze vénitien du xvi* siècle; il faut 
y ajouter deux landiers italiens du .\vi« siècle, 
vendus 70.000 fr. (dem. 40.000) ; deux statuettes 
du Nil et du Tilire, époque Louis XIV, 49.000 fr. 
(dem. 25.000) ; deux candélabres, ép. Louis XVI, 
39.000 fr. (dem. 25.000), ei nombre d'objets 
également fort disputés. 

Enfin, les meubles terminèrent fort brillam- 
ment la séance ; on citera, en particulier, les 
deux colîres de mariage, en travail de Boulle, 
époque Louis XIV, 64.100 fr. (sur une demande 
de 25.000 seulement) ; et la commode Louis XVI, 
provenant de Monlbard et ayant peut-Hre appar- 
tenu à Buffon, 91.000 fr. (sur demande de 
60.000 fr.). 

Avant de donner la liste des principaux prix, 
rappelons que la vente était dirigée par M' Bau- 
doin et MM. Mannheim et Ferai. 

T.\BLïAt'x A^cIE^s. — 2. QeTroy. Jacques-Théodore 
Houxel, comte de Médavy, maréchal de France, 
1 000 fr. (dem. 3.000). — 3. Kr.-Il. Drouais. Charte»- 
Philippe de Frante, comte d'Artois {plus tard 
Charles X). 8.500 fr. (dem. 10.000). — 5. Largillière. 
Dame d'Ilnrancourl, mariée <i Georges d'Enlraigues. 
duc de l'halaris, 21.000 fr. — 6. Cliarles Le Brun. 
Nicolas Fouquel, surintendant des finances, 10.000 fr. 
— 7. Claude Lefèvrc. Portrait présumé de Molière 
jeune. 8.500 fr. (dem. 4 000). — 8. Ait. aux frères 
Lenain. Henri Coifper de Huzé, marquis de Cinq- 
Mars, 4.200 fr. — 9. Murillo. Têtes d'enfants, 
12.000 fr (dem. 5.000 ; veote Soult, 1852,9.000 fr.). — 
J.-M. Nattier. Anne-Henriette de France {Madame 
Henriette), seconde fille de Louis XV, 25.000 Ir. 



ANCIEN ET MODERNE 



85 



(dciii. 20.000). — II. nigaud. François de Neuville, 
maréchal de France, 9.500 fr. — 12. Ait. à Rigaud. 
François III. comte d'Estainr/, 5.000 fr. — 15. J. Vernet. 
Marine, soleil couchant : Marine, effet de tune, 
20.500 fr. — 16. J. VVeenii. l'aysaye et architecture, 
3.850 fr. (deni. 5.000 ; vente Salamanca, 1867, 8.000 fr.). 

— n. Wertmuller. Portrait de Marie-Antoinette, 
4.010 fr. — Éc. franc., ivii' s. Portrait de Louis XIII. 
4.050 fr. — Éc. franc., xviii* s. Madame Pugazon, de 
la Comédie-Italienne, 6.050 fr. 

Porcelaines. — Le plus haut prix pour les Chine 
a été celui de 1.800 fr. pour le n° 27, six plats à 
décors de vases de Heurs. 

Parmi les Japon, citons le a° 33. Deux lapins sur 
des troncs d'arbres, 3.800 fr. (fract. et restaur., 
dem. 1.200 fr.). 

Saxe. — 36. Deux groupes d'animaux en anc. 
porcel. de Saxe, socles br. doré, ép. L. XV, 33.000 fr. 
(dem. 18.000). 

Porcelaines Je Sèvres. — 39. Deux petits vases, 
forme coquillages, émail bleu turquoise, mont. br. 
doré, 8 300 fr. (dem. 12.000 . — 40. Cache-pot fond 
bleu turquoise, médaillons avec amours dans le goût 
de Boucher, 5.800 fr. — 41. Deux cache-pots du même 
service, 12.700 fr. (dem. 7.000). — 42. Deux jardi- 
nières rondes du môme service, 13.000 fr. (dem. 7.000). 

— 43. Deux verrières ovales du mêmeservice, 17.000 fr. 
(une fêlée ; dem. 10.000). 

Faïencrs. — 46. Plat ovale en coul., te Triomphe 
d'Amphilrite, anc. faïence de Nevers, 9 500 fr. (fract. 
et restaur., dem. 6 000). — 50. Deux plaques, trophées 
surmontés d'une tête de Gorgone, émail blanc sur 
fond bleu, atelier de Luca délia ilobbia, 6.400 fr. 
(dem. 8.000). 

Objets vakiés. — 55. Grande vasque ovale, argent 
repoussé, trav. de Londres, 1767-1768; et 56. Vasque 
analogue, mais de trav. postérieur, 7.600 fr. — 58-S9. 
Quatre vitraux, en partie du ivi* s., 6.600 fr. 

BiiONZES. — 72. Buste bronze à patine noire, per- 
sonnage barbu gr. nat., nu-tète, costume vénitien du 
XVI' s.; le pied porte le nom : Antonius Gallus; trav. 
vénitien, xvi» s , 185.000 fr. (dem. 80.000). — 73. 
Deux landiers italiens, xvi' s., patine noire, 70.000 fr. 
(dem. 40.000). — 74. Deux statuettes patine brune, 
d'après l'antique : le Tibre et le Nil, figurés par des 
personnages couchés, ép. Louis XIV, 49.000 fr. (dem. 
25.000). — 75. Quatre esclaves maures, nus et en- 
chaînés, réductions des esclaves de la slatue de 
Ferdinand l" de Médicis à Livourne, br. français, 
ép. Louis XIV, 26.000 fr. — 76. Vase anc. bronze à 
patine brune, orné de quatre tètes de cerfs, 10.000 fr. 

— 79. Deux grands candélabres, ép. Louis XVI, 
satyre et satyresse en br. vert, d'après Clodion, 
39 000 fr. (dem. 25.000). — 80-81. Deux lustres ép. 
Louis XVI, br. doré, cristaux de roche et cristaux 
taillés, 19.000 fr. (dem. 8.000; sans garantie). 

Marbres. — 8i. Deux aigles gr. nat., marbre blanc, 
Italie, xvi* s., 7.800 fr. — 85. Deux bustes d'empe- 



reurs romains, porphyre rouge, trav. ital., fin xvi* s.' 
6.500 fr. 

Mpubles. tapisseries. — 89. Deux coU'rcs de ma- 
riage, ép. Louis XIV, ébène incrustée d'étain et 
marquet. de Boulle, écaille et cuivre, garnis br. doré, 
64.100 fr. (dem. 25.000). — 90. Grand meuble à deux 
portes, marquet. de Boulle, ép. Louis XIV, 8.100 fr. — 
91 Autre meuble analogue, 6.200 fr. — 92. Table à 
quatre faces, bois sculpté et doré, ép. Louis XIV, 
5.550 fr. — 9.'). Deux encoignures, ép. Régence, gar- 
nies bronzes, 4.000 fr. — 96. Table tricoteuse, modèle 
rognon, bois de rose, en partie ép. Louis XV, 5.600 fr. 
(dem. 2.000). — 97. Grande commode, ép. Louis XVI, 
marquet. de bois de coul., avec br. ciselés et dorés, 
qui provient du château de Montbard et aurait appar- 
tenu à Bullon, 91.000 fr. (dem. 60.000). — 100. Écran 
de cheminée, ép. Louis XVI, bois sculpté et doré, 
garni de soie, 8.000 fr. 

101-102. Salon ép. Louis XVI, bois sculpté et peint 
blanc, garni dtimas soie bleue, comprenant une cau- 
seuse, dix fauteuils et un canapé, 37.000 fr. — 103. 
Deux gr. bergères, l'une ép. Louis XVI et l'autre 
moderne, couverte brocatelle moderne, 5.600 fr. — 
106. Grande table à quatre faces, acajou orné de br., 
7.000 fr. — 108-109. Deux gr. tapisseries du xvi" s., à 
sujets tirés de l'histoire romaine, 36.000 fr. 

Total : 1.043.423 fr. 

"Vente de la collection Roussel 'objets d'art, 
instruments de mathématiques anciens). — 

Celte vente, que nous avons annon'-ée la semaine 
dernière, s'est terminée mercredi sur un total 
de 190.617 francs, dont H6.310 pour les instru- 
ments de mathématiques. Quoique de composition 
un peu spéciale, on voit qu'elle a obtenu un cer- 
tain succès, et le résultat total, plutôt que les quel- 
ques prix intéressants qu'on trouvera ci-dessous, 
suflit à le prouver. IJn grand nombre d'objets, 
en effet, tels que compas, octants, astrolabes, 
anneaux astronomiques, cadrans solaires, etc., 
se sont très bien vendus, mais à des prix que 
leur importance toute relative ne nous permet 
pas d'énumérer faute de place. Conlentons-nous 
de citer à part les enchères les plus importantes 
qui sont celle de 9.100 fr. sur demande de 12 000 
pour deux sphères terrestre et céleste du xviii» s., 
de Haradelle l'aîné, à Paris, portées par deux 
torchères de bronze doré, avec une inscription 
indiquant qu'elles ont été dédiées et présentées 
au Dauphin ; et celle de 12.000 fr. pour une partie 
de boiserie du xvi" s., ornée de quatre bustes. 

Rappelons que la vente s'est faite salle 6, les 
13, 14 et 15 mars, par le ministère de M» l.air- 
Dubreuil assisté de M. Léman ; et citons encore : 

Parmi les instruments de mathématiques : 
57-58. Deux sphères armillaires br. doré, signées 



86 



LE BULLETIN DE L'ART 



li. Polanski, xvi^ s., 3.000 fr. — 69. Astrolabe 
cuivre gr. et doré. Signé : Erasmus Hahermel, 
xvi« s., 2.8S0 fr. — 259. Pendule astronomique 
en br. doré et marbre blanc, ép. Louis XVL 
5.000 fr. Parmi les objets d'art et d'ameublement : 
Un panneau en bois se , fin xv!»: s., représentant 
l'arbre de Jessé, 2.500 fr. — Une crédence 
Renaissance, trav. lyonnais, 4.07.5 fr. — Une 
enquêteuse, xvi= s., .T.SOO fr. — Un plat de Deruta, 
représentant Saint François recevant les stigmates, 
8.(100 fr. 

Enfin parmi les peintures et sculptures : un 
tableau du xv^ s., à sujets du Nouveau Testament, 
4.050 fr. et un groupe en br. doré, Saint Sébastien, 
3.100 fr. 

Vente de la collection Goury du Roslan 
(faïences, porcelaines, objets d'art; — Faite 
salles 9 et tO, du 13 au 16 mars, par M" H. Bau- 
doin et MM. Mannheim, cette vente, importante 
surtout pourlesamateursde céramique ancienne, 
a pris iin sur un total de 377.121 francs. 

Dans ce total, les porcelaines d'Allemagne et 
de Saxe, vendues lundi dernier, entrent pour 
78.175 francs, avec l'enchère de 10.000 francs 
pour quatre statuettes des Saisons, en Saxe, 
dont on demandait juste ce prix; une statuette 
de Mindve, mi^me porcelaine, a fait 4.000 francs 
et un vase en ancienne porcelaine d'Allemagne, 
4.000 également, sur demande de 1.200. 

La seconde vacation a produit 62.952 francs, 
avec deux enchères intéressantes, l'une de 
4.100 fr., sur demande de 2.800, pour une sou- 
pière avec couvercle et plateau en Saxe; l'autre 
de 4.050 fr., pour deux cache-pots en porcelaine 
de Vincennes (dont l'un fêlé|. 

Le troisième jour, le total s'est élevé à 44.812 
francs, et les porcelaines de Chantilly ont con- 
tribué pour une forte part à ce résultat : une 
assiette, à décor chinois rouge et or, a fait 
2 400 fr. sur demande de 800. 

Enfin, la quatrième vacation a donné 194.192 
francs, avec 137.415 pour les seules tapisseries 
de Beauvais, dont les prix ont été de 32.000, 
24.515, 24.100, 21.200, 19.900 et 15,500 fr. 

Nous donnerons dans une prochaine chronique 
les enchères les plus intéressantes dans chaque 
catégorie. 

"Vente Auguste Raffet flls peintures, œu- 
vres de Raffet). — Faite jeudi dernier, celte 
vente, longuement annoncée ici il y a huit jours, 
s'est terminée sur un total de 71.078 francs. 



Nous reviendrons sur ce résultat et publierons 
les principales enchères; signalons simplement 
pour aujourd'hui les plus importantes, qui sont : 
celle de 10.000 fr. pour les l'iéparatifs de la fi'le 
de la Fédération, peinture par Debucourt ; celle 
de 6.002 fr. pour une esquisse peinte de Le 
Moyne ; et, parmi les œuvres de Raffrl, celle de 
4.300 fr. pour une aquarelle : Itonaparle en Syrie. 

Ventes annoncées. — A Paris. ~ Tableaux 
et objets d'art. — Le lundi 20 raar-:, salle 0, 
M= H. Baudoin, assisté de MM. Mannheim et 
.L Ferai, dispersera une collection d'objets d"art 
et de curiosité, comprenant aussi quelques 
tableaux anciens et modernes des écoles fran- 
çaise et hollandaise des xvii= et xvin« siècles. 

Les plus intéressants de ces tableaux sont 
trois œuvres de Marguerite Gérard : le Triomphe 
de Raton (qui a figuré à la Centennale de 1889i. 
des Jeunes filles ornant une statue de l'Amour, et 
l'Enfance de Paul et Virginie On petit citer 
encore, dans cette catégorie, une toili' de Hon- 
decoeler représentant des Oiseaux de basse-cour. 

Du côté des objets d'art, on trouve des porce- 
laines de Saxe et de Sèvres, des niiiiiatures et 
toute une série de boîtes, tabatières, dm geoirs, etc. 
du xvni' siècle; enfin des dentelles, d>>s bronzes 
(en particulier deux candélabres pp. Louis XVI 
composés chacun d'nne statuette de femme 
drapée dans la manière de Marin, et portant un 
vase d'où s'échappent les branches porte- 
lumières), des pendules (notamment une pendule 
en marbre blanc et bleu, garnie de bronzes et 
ornée d'un groupe représentant une bacchante 
étendue ayant près d'elle un enfant). 

Ventes diverses. — Le 20 mars, salle 7, 
M" Lair-Dubreuil et MM. Paulme et B. Las()uin fils 
disperseront une petite réunion d'objets d'art de 
la Chine et du Japon, de porcelaines anciennes, 
de lapis, d'étoffes de soie Brodées, vendus après 
décès de M. P... 

— Le lendemain, salle 11, le même commis- 
saire - priseur, avec M.M. Mannheim comme 
experts, vendra des objets d'art et de curiosité 
comprenant des faïences et des porcelaines 
:faïences espagnoles et porcelaines de Chine en 
particulier), des objets de vitrine (boites, mon- 
tres, etc.), des lapis et étoffes. 

— Les 20 et 21 mars, aura lieu, salle 8, une 
vente de monnaies anciennes grecques, romaines 
ot françaises, jetons et médailles (M< E. Bouin. 
M. E. Bourgey). 



ANGtEN ET MODERNE 



— Le mercredi 22, salle 6, aura lieu la vente 
après décès de M. G..., comprenant une collection 
de tableaux modernes, objets d'art et d'ameu- 
blement (en particulier des meubles et sièges de 
l'époque Premier Empire) ; les commissaires- 
priseurs sont M" Lair-Dubreuil et H. Baudoin; 
les experts, M. Georges Petit et MM. Mannheim. 

— Le m<'une jour, M* G. François vendra, 
salle 1, quelques tableaux anciens gratifiés de 
noms illustres, (jui l'otment la collection de 
M. Victor Périn. 

— Enfin, le samedi 2b, des objets d'art et 
d'ameublement variés ( bronzas , pendules , 
liiïences, porcelaines, étoffes, etc.) seront ven- 
dus salle I, par le ministère de M'' H. Baudoin, 
ussisié de MM. Mannheim. 

— La dernière semaine de mars nous réserve 
lies ventes plus importantes, telles que la vente 
Hoilesve, la vente J.J. 0..., une vente de tableaux 
anciens et une autre d'objets d'art, sur lesquelles 
nous reviendrons avec quelques détails dans 
notre prochaine chronique. 

M. N. 



LIVRES 

Vente de livres anciens. — 

anciens que nous avions 



A Paris. 

La vente de livre 
annoncée pour le 14 mars (M« Desvouges et 
M. H. Leclerc), a produit .'!.'}. 430 francs. Une 
seule enchère vraiment capitule : celle de 8.000 fr. 
(sur demande du même chiffre) pour les Sept 
offices de la semaine, manuscrit de Jarry, orné de 
huit miniatures, reliure maroquin avec fermoir 
d'or, daté de 16b0, exécuté pour la Grande 
Mademoiselle. 

Vente de la bibliothèque L. de Montger- 
mont (l'= vente : livres modernes). — Cette 
vente, commencée mercredi dernier, n'est pas 
terminée au moment où nous mettons sous 
presse ; elle obtient un vif succès et son résultat 
sera sans doute imposant, à en juger par les 
premières vacations : 107.710 fr. pour celle de 
mercredi, et 1.33.194 fr. pour celle de jeudi. Les 
plus beaux prix réalisés jusqu'ici sont ceux de 
l.i.IOO fr. (sur demande de Ib.OOO) pour un 
exemplaire de Saint Julien l' Hospitalier, avec 
vingt-six dessins originaux de I,.-0. Merson et 
de lii.OOO fr. pour le Jeu de l'amour et du hasard, 
avec seize aquarelles de M. Leloir. 

.Nous donnerons prochainement les résultats 
complets et la liste des principaux prix. 

B. J. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Exposition de peintres et de sculpteurs 

(galerie Georges Petit). — « Sous la présidence 
d'Auguste Hodin », le romantique auteur d'un 
buste de bronze, pourquoi la douzième année 
de « l'ancienne Société nouvelle » nous fait-elle 
plus que jamais songer à la discrète parure des 
Salons d'autrefois? Qui rend au salonnier cette 
illusion trop brève'.' Est-ce le petit nombre 
choisi d'ouvrages et d'exposants, ou plutôt, la 
toute-puissance d'une œuvre d'art parmi trop 
d'études? Survivance et rajeunissement de la 
tradition poussinesque,une Bucolique de M. Uené 
Ménard domine ici l'actualité des paysages les 
plus respirables et des intérieurs les mieux 
ensoleillés, où l'imagination du poète est 
absorbée par la joie du peintre; et pas un chef- 
d'œuvre de la photographie, qui devient un art, 
ne remplacerait à nos yeux cette cadence des 
contours ou cette harmonie des tons. « Par un 
couchant d'or du beau rôve antique », les 
frondaisons de pourpre et d'émeraude ombragent 
les chèvres blanches et leurs pAtres nus : 
Arcadie crépusculaire et plus vraie que la Grèce 
réelle, parce qu'elle semble un paradis perdu 
par le déclin de notre éducation classique ou la 
terre promise aux plus purs de nos désirs ! 

Loin de ce « paysagiste historique », qui 
contredit noblement notre atmosphère de moder- 
nité, la fantaisie libertine de .M. Gaston La Touche 
s'amuse à nous conter Peau d'âne avec brio, 
mais sans nous faire « un plaisir extrême »; et 
moins joyeusement décoratif, le songe de 
M. Anlan Jean stylise avec subtilité les jeux 
des tiUettes pensives; rustique et familier, 
M. Henri Martin nimbe leurs portraits datis le 
cadre éblouissant des verdures méridionales et 
des vignes rouges : lumière aussi favorable au 
sentiment que la pilleur. Tendrement lumineuse, 
l'Action de grâces aperçue par M. Lucien Simon 
devient la plus suave des réalités qui se compo- 
sent dans un regard de peintre ; et, sous la 
blancheur blonde d'un pilastre, une émotion 
colore les joues roses des communiantes dans 
la neige de leurs voiles immaculés. Loin de ce 
poème de la jeunesse, qui retrouve l'art dans la 
vie, la sombre agitation d'un Jour des Hameaux 
ou d'un 14 Juillet, à Pont-l'Abbé, nous reconduit 
à cette Bretagne fervente et violente où l'austérité 
de M. Charles Cotte t veut dorénavant s'éclaircir 



88 



LE BULLETIN DE L'ART 



il la mouvante polychromie des cabarets ou des 
processions. 

Portraitiste, des intérieurs clairs et des fleurs, 
d'un jeune danseur russe et d'une jeune femme 
brune désignée sous le nom de Salomé, M. Jacques 
HIanche reste le coryphée des virtuoses, près de 
M. Walter fiay, le confident subtil des chAteaux 
de France ou des palais vénitiens; M. Zakarian 
demeure fidèle à la nature morte. 

Tandis que nos décorateurs assagis clier- 
chent un style au siècle nouveau, les plus beaux 
peintres gardent le goût joliment érudit du 
bibelot et se souviennent encore du roman- 
tisme devant la nature même, où M. Le Sidaner 
se renouvelle audacieusement dans le tourbillon 
mystérieux des heures, près de M. Henri Duhem, 
poète silencieux d'un Matin d'hiver, et de 
M. llaoul Ulmann, voyageur de plus en plus 
délicat. Le jjaysage, où MM. Prinet, Dauchez et 
RafTaëlli dessinent plus solidement que MM. IJaert- 
soen, Glaus, J.-W. Morrice et La (landara, ne 
fait pas moins d'honneur à ce brillant rendez- 
vous d'artistes que la statuaire, où se distingue 
une exquise figurine de M. Despiau, parmi les 
envois très variés de MM. Ségoffin, Desbois, 
Lucien Schnegg, Lagare et Dejean, du prince 
Paul Troubetzkoï et de Mlle Jane Poupelet. 

R.WMOND Bouykh. 



LES REVUES 



Franck 

Les Arts (février). — M. Art. Jaiin-Rusconi. Le 
« Studio » de Firinçois de Médicis au Palazzo f'ecchio. 
— Étude sur le Sludio construit par Vasari au Palais- 
Vieu.x de Florence, de 1570 à 1573, pour François de 
Médicis, et somptueusement décoré par des peintres 
et des sculpteurs comme Ammannali, Elia Candide, 
Giovanni dell'Opere, A. Allari, Cavallari, Jean de 
Bologne, etc. Cette salle secrète a été identifiée par 
M. Poggi qui en retrouva les tableaux et les sculptures 
au musée du Bargello et en d'autres pièces du Palais- 
Vieux, ce qui lui permit de la reconstituer avec une 
précision remarquable, grâce aux descriptions que 
Baldinucci. Borgheni et divers autres auteurs nous 
en ont laissées. Nombreuses figures. 

— Charles Saumbb. I.a collection CItauchard au 
musée du Louvre, avec reproduction des principales 
œuvres de Corot, Millet, Meissonier, etc., etc. 

— Gabriel Mocrev. Louis Legrand, ses gravures 



originales. — A propos de l'exposition d'ensemble ré- 
cemment ouverte à la galerie des Modes. 

L'Art et les artistes (janvier). — C. Mauclaih. 
L'Art de Venise et l'dme de Florence. — « En art, 
Florence a tout trouvé par la lorce de l'amour divin, 
et Venise par la force de l'amour profane. » Esquisse 
du développement de l'art toscan et de l'art vénitien, 
avec illustrations d'après les chefs-d'œuvre les plus 
célèbres. 

— Baymond Bouïeb. Charles Collet. — Histoire du 
peintre de la Bretagne et de l'Espagne depuis ses 
débuts, au » Champ-de-Mars » de 1893; ses portraits et 
ses paysages; comment il allie la fermeté du style à 
la vigueur du ton, et comment, en son labeur varié, 
il se révèle constamment préoccupé de se renouveler. 

— Ph. Mah ciiAL. Un Portrait inconnu de l'empereur 
Léopold I". — ,\ujourd'hui chez M. E. Bolot, à Gy 
(Haute-Saône); peinture du xvii* siècle, identifiée 
grâce à une gravure ; elle provient sans doute des 
Granvelle. 

— L. Vaillat. L'Œuvre de Gunnar Ounnarson 
Wennerberg. — Décorateur suédois; poteries, tapis- 
series, meubles. 

Italie 

■Vita d'arte (février). — Piero Misciatelli. Dessins 
et ébauches de Siccolo Barabino. — Peintre génois 
mort en 1891, à l'&ge de 59 ans, dont les œuvres 
principales, à fresque, sont surtout dans sa ville 
natale (9 rep.). 

— Pier Ludovico Occhim. Karl Frédéric Frieseke. — 
Artiste américain, peintre de la femme et des harmo- 
nies colorées (9 rep.). 

— Chronique artistique. Alfredo Melani. Dentelles 
modernes. — Dentelles sur les dessins nouveaux de 
Guido Fiorini (5 rep); — Concours pour la liourse 
nationale de décoration. Le prix fut décerné à 
M. G. Biagini (3 rep.). — L. G. 

Rassegna d'arte Umbra (décembre 1910). — 
F. Mason Pkkkins. l'eintures inédites du l'inturicchio 
et de llernardino di Mariotlo. — Une Sainte Famille 
du premier peintre, un Mariage de sainte Catherine 
du second, acquis par le Fogg Muséum de l'Université 
d'Harvard (États-Unis). 

— Walter Bombe, liapharl en Ombrie. — Élude 
des œuvres de Hapharl exécutées dans sa jeunesse à 
Città di Castello et à Pérouse. 

— U. G[noli]. J7n tableau inconnu de VAlunno. — 
Il fut retrouvé par l'auteur à S. Lucia de Foligno et 
représente Saint François recevant les stigmates. 

— Notes et documents : Documents inédits concer- 
nant des peintres de Pérouse. Notamment Pintur- 
ricchio, Giannicola et Fiorenzo di I.orenzo. — L. G. 



Le Gérant : H. Dinis. 



Pftrit — Imp. Gaorget Petit. IS, rac Uodot-de-Hauroi. 



Numéro 497. 



Samedi 25 Mars 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



L.-O. ROTY 



Le maître graveur L.-O. Roty est mort jeudi 
dernier, à Paris, où il était né le 12 juin 1846. 
Depuis longtemps déjà, un mal impitoyable l'avait 
terrassé, lui retirant la force et la joie de pro- 
duire; il s'éteignait dans une agonie prolongée, 
et la mort fut pour lui une véritable délivrance. 

Élève d'Augustin Dumont et de Ponscarme à 
l'École des beaux-arts, grand prix de Rome 
en 1875, Roty n'avait pas attendu cette date pour 
exposer aux Salons; mais ce fut seulement à 
son retour d'Italie qu'il donna les médailles et 
les plaquettes qui devaient lui valoir une si rapide 
et si juste célébrité. La liste de ces chefs-d'œuvre 
de la médaille française serait trop longue à 
dresser ici, dans cette rapide esquisse biogra- 
phique; au surplus, tout le monde les connaît, 
car beaucoup ont eu la fortune de devenir popu- 
laires : tels sont, par exemple, l'Immortalité 
(au revers de la médaille de Victor Hugo), le 
Centenaire de Chevreul, le 70" anniversaire de 
Pasteur, les Obsèques de Carnot, la plaquette de 
M. Boutmy, les portraits des parents de l'artiste, 
de sa femme, les médailles du Mariage, de la 
Maternité, et tant d'autres. 

Toutes ces productions classent Roty à côté 
de Chaplain, son aîné, parmi ceux qui ont le 
plus heureusement contribué au renouveau de 
l'art du médailleur à la lin du xix" siècle; elles 
ont d'ailleurs leur charme propre, bien à elles, 
et sensiblement difl'érent de celui des œuvres de 
Chaplain. Certes, Roty excellait dans le portrait, 
mais oii il triomphait sans conteste, c'est dans 
les compositions pittoresques dont le sujet de 
ses médailles lui fournissait le prétexte; il était 
maître en ce domaine; il y faisait preuve d'une 
ingéniosité d'agencement toujours nouvelle, d'une 
simplicité, d'une élégance et d'une clarté de 
rendu toujours séduisantes. A Chaplain, les effi- 
gies marquées pour jamais avec une vigueur et 
une certitude saisissantes; à Roty, les allégories 



et les symboles inscrits sur les « revers » avec 
une plénitude et une eurythmie inoubliables. 
Comme son aîné, Roty vit s'ouvrir devant lui 
les portes de l'Académie des beaux-arts (il y 
entra en 1888); comme lui, il obtint un grand 
prix à l'Exposition universelle de 1900; il était 
comme lui commandeur de la Légion d'honneur ; 
comme lui enfin, il laisse une nombreuse lignée 
d'élèves, et l'influence qu'il avait exercée n'avait 
pas attendu la mort du maître pour se manifester. 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 18 mars). 
— Ont été désignés pour entrer en loge et prendre 
part au concours pour les grands prix de Home à 
décerner en 1911 : 

1. Gravure. — MM. 1. Dromps (élève de MM. Injal- 
bert et Vernon) ; 2. Bernard (Coutan et Vernon) ; 3. 
Gaston Lavrillier (Vernon); 4. André Lavrillier (Cha- 
plain et Vernon); 5. Bargas (Vernon); 6. Navarre 
(Vernon et Verlet). 

2. Architecture. — MM. 1. Madeline (élève de 
M. Deglane); 2. Tournon (Bernier); 3. Chaurès (Pas- 
cal); 4. Japy (Pascal); 5. Maurice Durand (Deglane); 
6. Hennequet (Paulin); 7. Mirland (Laloux); 8. Brière 
(Iléraud); 9. Girardin (Paulin); 10. Teissandier (Ber- 
nier). 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 17 mars). — M. le duc de Loubat propose 
de doubler la somme mise annuellement par lui à la 
disposition de l'Académie, en vue de venir autant que 
possible en aide à des savants malheureux et âgés. 

— M. de Géroncourt expose les résultats, au point 
de vue archéologique, de la mission qu'il a dirigée 
dans les bassins du Sénégal et du Niger, en 1908 et 
1909. 

— M. Haussoulier lit une note de M. Merlin, 
directeur du service des antiquités de la Tunisie, 
consacrée à deux bronzes, de petites dimensions, 
trouvés dsuis les fouilles sous-marines de Mahdia. 



90 



LE BULLETIN DE L'ART 



Ce sont deux demi-bustes d'Ariane et de Dionysos, 
décorant chacun le revêtement de bossoir qui provient 
sans doute d'une trière athénienne. On peut penser 
que ces deux objets ont appartenu à des navires 
d'apparat et, par conséquent, aux galères sacrées 
d'Athènes. Le vaisseau échoué à Mahdia contient, on 
le sait, une partie des dépouilles d'Athènes pillée par 
Sylla en 86 avant notre ère : ces galères sacrées 
existaient encore à cette date. 

M. Haussoulier ajoute à titre personnel que les 
deux bustes, mesurant à peine 20 centimètres de 
haut, ne peuvent provenir des deux galères sacrées 
dont parle Thucydide. Ce sont plutôt deux bronzes 
qui ont décoré des ex-voto en forme de galère. 

Société des antiquaires de France (séance du 
15 mars 19tl). — M. de Mély reprend l'examen des 
œuvres de Michelino da Besozzo et de Giovannino de 
Grassi, l'auteur de l'Album de l)er(/ame, dans lequel 
se trouve le dessin original de la Curée du sanf/liei-, 
des Très riches heures du duc de Berry. M. P. Durrieu 
« proposé de voir dans cette esquisse la copie d'un 
original antérieur de Michelino qui aurait eu une 
grande intluence sur l'art de Giovannino. M. de Mély 
rapproche les œuvres authentiques des deux artistes 
et il montre la ditlerence qui sépare leurs deux ma- 
nières; enfin il apporte des documents qui prouvent 
que Giovannino est mort très vieux en 1398 et conclut 
qu'il est didicile de croire que Michelino, né en i37">. 
ait eu, aussi jeune, quelque influence sur un artiste 
célèbre et alors a la fin de sa carrière. 

M. de Mély montre ensuite les photographies qu'il 
vient de faire d'un manuscrit appartenant au comte 
Xavier Branicky, qui le possède dans son chàleau de 
Villanow, près de Varsovie II contient sept grandes 
enluminures semblables fi celles des Heures d'Anne 
de lirelagne, de l'atelier de Bourdichon. C'est ainsi le 
sixième exemplaire de cet admirable manuscrit qui 
vient à la lumière depuis que M. de Mély a découvert, 
il y a deux ans, un mandat qui indiquait une réplique 
de ce volume qu'on croyait unique. 

— M. le commandant Lefebvre Des Noettes fait 
une communication sur le principe du harnachement 
antique. 

— .\I. Lefèvre-Pontalis esquisse, d'après les décou- 
vertes de M. Socard, l'histoire des vitraux civils. 
Du XII' siècle on ne possède qu'un vitrail incolore 
qui vient de l'Hôtel-Dieu de Sens. Du xim% il signale 
un panneau qui provient de l'Hôtel-Dieu de Tonnerre; 
au milieu du vitrail, composé de morceaux en gri- 
saille, on voit un médaillon coloré représentant un 
portrait. En restaurant les verrières du haut du 
chœur de Saint-Père de Chartres, on a trouvé des 
morceaux qui proviennent d'une source inconnue. 
Ce sont certainement des fragments de vitraux d'ap- 
partement du xiv* siècle. Ils représentent de petits 
médaillons avec des animaux chimériques comme 
ceux des portails des cathédrales de Houen et de Lyon. 



Société des Amis de 'Versailles. — Grâce à la 
Société des Amis de Versailles, on vient de remettre 
en place, au Grand Trianon, les tableaux coiimiandés 
par Louis XIV au peintre Cotelle et représenl-int les 
châteaux de France, lesquels ornaient autrefois la 
salle à manger du palais. Cette remise en place, ainsi 
que la restauration des tableaux de Cotelle, a été 
faite aux frais de la Société. 

Il a été décidé, en outre, à la demande de la Société, 
que la grande ^'alerie de Trianon serait débarrassée des 
meubles Empire et l.ouis-Philippe qui l'encombrent 
et décorée dans le style Louis XIV aux frais de l'État. 

Musée du Louvre. — On peut voir exposée au 
musée du Louvre, dans la première salle des dessins 
italiens, après les salles du mobilier, une tapisserie 
de Bruxelles, du début du xvi* siècle : Cupidon et 
Vénus voient compannlre devant eux les victimes de 
l'amour. L'achat de cette tapisserie vient d'être ratifié 
par le Conseil des musées nationaux. 

— Un collectionneur marseillais, M. Fayel, a donné 
au musée du Louvre deux peintures de Monticelli. 

Musée Galliera. — Poursuivant son programme 
d'expositions sériées des diverses matières et de leur 
transformation par l'art, le musée Galliera consacre 
cette année sa manifestation spéciale aux grès, aux 
faiences et aux terres cuites. 

Les envois pour cette exposition seront reçus au 
Musée du 1" .lu 15 avril prochain, inclu.siveinent, 
tous les jours, le dimanche excepté, de 9 heures .i 
midi et de 1 heure à 3 heures. 

Musée de 'Versailles. — Désorm'iis, tous les ves- 
tiges décoratifs du chàleau de Versailles, que l'on 
SI' verra forcé de remplacer pour cause de vétusté, 
seront réunis et formeront une sorte de musée dans 
une des salles du rez-de-chaussée, voisine de la cha- 
pelle, aménagée ù cette intention. 

Salon de 1911. — Le jury de peinture pour le 
prochain Salon de la Société des artistes français 
est constitué comme suit : 

M. Gabriel Ferricr. membre de l'Institut, président: 
MM. .lean Paul Laurens, membre de l'Institut, et 
Antoine Guillemet, vice - présidents : MM. Etche- 
verry. Foreaii. Gorguet, Saint-Germier, secrétaires; 
MM. Emile Adan, J Bail, Bordes, Coraerre, Victor 
Gilbert, Gosselin, E. Laurent, D. Maillard, Henri 
Martiu, .Mayence, Aimé Morot, membre de l'Institut, 
Petit-Jean, E. Renard. J. Taltegrain, membres. 

Chronique du vandalisme. — La municipalité 
de Cavaillon (Vaucluse) a voté la démolition d une 
porte rebâtie au xviir siècle, seul vestige des anciens 
remparts de la ville, malgré l'opposition de l'admi- 
nistration des Beaux-.\rts. Cette porte n'est pas 
classée. 

— A Besançon, les ponts et chaussées abattent les 
spleadides peupliers de la route de Beure qui bor- 



ANCIEN ET MODERNE 



91 



daient le Doubs ; le génie militaire s'apprête à faire 
subir le même sort aux peupliers bordant le Doubs, 
en face de la promenade Micaud. 

— La ville de La Rochelle, ayant restauré la tour 
de la Lanterne, entreprend de construire des tours 
crénelées toutes neuves, engagées dans le vieux mur 
d'enceinte entre la tour de la Lanterne et la tour de 
la Chaîne. 

— La passerelle de fer, qui a remplacé le vieux 
pont de Cahors (xiv° siècle) démoli sans lombre de 
raison, ainsi qu'on l'a conté ici même, il y a quelques 
années, la hideuse passerelle est enfin lancée ; mais 
elle évoque de si fâcheux souvenirs qu'on n'a pas eu 
le courage de l'inaugurer oUicipllement. 

A Rouen. — Au nombre des manifestations orga- 
nisées à l'occasion du millénaire de la Normandie 
figure, ainsi qu'il a été récemment annoncé ici (n- ), 
une exposition rétrospective de tout ce que le génie 
normand a pu créer depuis dix siècles, dans toutes 
les branches de l'art : peinture, sculpture, architecture, 
gravure, dessin, imprimerie, reliure, sigillographie, 
numismatique, orfèvrerie, armurerie, tapisserie, ser- 
rurerie, céramique, mobilier, costumes, étoffes, den- 
telles, miniatures, art populaire, etc. 

11 a paru désirable que cette exposition — à 



laquelle les hantes voûtes de l'ancienne église Saint- 
Laurent, désormais rendues ;i l'admiration du public, 
serviront de cadre principal — comprit une sélection 
d'œuvres et d'objets les plus remarquables par leur 
valeur propre et leur état de conservation. Aussi, la 
ville de Rouen, par les soins de laquelle est organisée 
cette grande manifestation d'art normand, et le comité 
à qui elle en a confié la direction, adressent-ils un 
pressant appel à tous les collectionneurs, possédant 
des œuvres d'art que leur intérêt ou leur qualité 
appellent à y prendre place. 

A Athènes. — Le Bulletin a eu l'occasion d'an- 
noncer [w ) le concours international pour la 
construction d'un palais de justice à Athènes. On 
nous informe qu'un récent décret a prorogé le délai 
fixé pour la remise des projets jusqu'au 12/ 25 septembre 
1911. 

A Londres. — On vient d'ouvrir à la National 
Giillery plusieurs salles nouvelles consacrées à la pein- 
ture ancienne et moderne; l une d'elle est consacrée 
à Poussin et à Claude Lorrain et une autre à l'école 
de l'errare et de Bologne, une grande galerie est réser- 
vée à l'école anglaise. Ces salles sont remarquable- 
ment éclairées, et les tons des tentures dont elles 
sont tapissées ont fait l'objet de recherches atten- 
tives de la part des organisateurs. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — "Vente Goury du Roslau ^céra- 
miques, objets d'art, etc.). — .Nous avons 
donné dans notre dernière chronique le résultat 
complet de cette vente et les principales enchères 
dans chaque catégorie ; si nous y revenons 
aujourd'hui, c'est pour publier une liste des prix 
les plus importants, en nous bornant, faute de 
place, aux enchères supérieures à 2.500 francs. 
Rappelons que la vente s'est faite salles 9 et 10, 
du 13 au 16 mars, par le ministère de M» Bau- 
doin et de MM. .Vlannheiiri, et qu'elle s'est termi- 
née sur le total de 377.121 francs. 

PRINCIPAUX PRIX 

PoHCïLAiHEs d'Ai.lemaone. — 4. Vase orné, écusson 
d'alliance, branches fleuries, etc., 4.000 fr. 

P0RCELAi;sES DE Saxe. — 49. Cinq figurines, Apollon 
et quatre Muses, 3.400 fr. — 50. Minerve assise sur un 



trône, 4.100 fr. — 54. Les Saisons, quatre statuettes, 
10.000 fr. (dem. 10.000). — 73. Écuelle, plateau et 
couvercle, paysages animés, fonds dorés, 3.350 fr. — 
140. Soupière ovale, couvercle et plateau, décor fleurs 
et insectes, 4.100 fr. (dem., 2.500). 

PoRCEi.Ai.vEs DB SEVRES. — 191. Deux grands cache- 
pots, oiseaux et plantes, Vincennes, 4.050 fr. — 193. 
Tasse trembleuse, médaillons oiseaux et arbustes 
sur fond rose, datée 1763, 2.770 fr. (dem., 1.000). 

PoHCEi.AiNES DIVERSES. — Bien que n'ayant pas 
dépassé 2.400 Cr., certains numéros composant cette 
catégorie, notamment les porcelaines de Mennecy et 
de Chantilly, ont réalisé des enchères extrêmement 
intéressantes, étant donné les objets ; nous avons 
déjà dit combien les prix de demande avaient été 
dépassés dans cette série ■. a preuve l'enchère de 
2.400 fr. sur demande de 800, pour une assiette en 
Chantilly de style chinois. 

Porcelaines de i.a Chine. — Se sont généralement 
vendues au-dessous des prix de demande; plus haute 
enchère : 253. Deux potiches, décor dit « à manda- 
rins », fond bleu, 1.800 fr. (dem., 1.000). 



92 



LE BULLETIN DE L'ART 



Porcelaines ob Japon. — Trois numéros seulement. 
Le 337, deux potiches à décor bleu, rouge et or, 
1.700 fr. 

Objets divers. — 341. Deux gros vases, décor dit 
. aux cent cerfs », 4.200 fr. (dem., 1.200). — 379. 
Montre, or ciselé et émaillé, le Jugement de Paris, 
ivii- s., 4.600 fr. (dem.. 1.200 fr.) — 380. Autre 
montre émaillée, la Mère de famille, etc., émaux 
signés : les frères Huaud, xvii' s., 4.200 fr. — 382. 
Autre montre émaillée. Scène familiale, ép. Louis XV, 
3.100 fr. 

Bronzes, meubles, TAPissBHikS — 393. Lanterne du 
Petit Trianon, reproduction en bronze, 4.000 fr. — 

394. Pendule bronze doré et porphyre rouge, scène 
de sacrifice, fin xviii* s., 3.100 fr. (dem., 6.000). — 

395. Grande table-bureau, genre Louis XV, 2.850 fr. 
397. Tapisserie, milieu xvi' s., Scène de tournoi, 

15. .500 fr. — 398-400. Trois tapisseries Ham., xvi" s., 
à sujets de chasse, 19.900 fr. — 401. Tapisserie, fin 
XVII* s.. Jeune seigneur et dame se promenant dans la 
campagne, 24.100 fr. — 402. Tapisserie à sujet de 
l'histoire de Proserpine, atelier de Madrid, xvni' s., 
21.200 fr. — 403. Tapiss. de Beauvais, comm' du 
XVIII* s.. Cavaliers dans une clairière, 24.513 fr. — 
404-405. Deux tapiss. de Beauvais, xviii* s., composi- 
tions mythologiques dans des paysages, 32.200 fr. 
(dem., 25.000 ; partie des bordures modernes). 

Succession Auguste Raffet flls (tableaux, 
dessins, lithographies). — -Nous avons publié 
le résultat de cette vente, faite salle H, le 
16 mars, par M" Hons-Olivier et Delvigne et 
MM. Delteil, Ferai et Mannheim. Nous avons dit 
aussi quelles étaient les principales enchères 
remarquables dans ce total de 71.078 francs. 
Il nous reste à ajouter que le musée du Louvre a 
pu acquérir six aquarelles (armures du xvie s.), 
au prix de 950 fr. ; une autre aquarelle du même 
sujet pour 330 fr., et un Circassien, aquarelle, 
pour 300 fr. 

Voici d'ailleurs les principaux prix : 

Debucourt. Les Préparatifs de la fête de la 
Fédération, au Champ de Mars, 10.000 fr. — 
Le Moyne. Projet de plafond pour l'hôtel de ta 
Banque royale, esquisse, 6.002 fr. (dem., 3.000). 

Œuvres d'Auguste RalTet : Bonaparte en Syrie, 
aquarelle, 4.300 fr. — Portrait du Maréchal de 
Saint-Arnaud, aquarelle, 2.800 fr. — 104 et 106. 
Deux dessins pour le Cinq mai, 1.850 et 1.2S0 fr. 
— Parmi les lithographies, cinq albums, années 
1834-1837, 2.200 fr. 

Vente de tableaux modernes. — Dans une 
petite vente de tableaux modernes, faite le 
16 mars,salle 1, par M* Lair-Dubreuil et M. Druet, 
on trouve de»x enchères dignes d'être notées : 



9. A. Besnard. Les Ouled-Nails, 4.000 fr. — 
18. Carrière. Mater do lorosa, 7.850 fr. 
Total de la vente : 32.000 francs. 

Vente d'objets d'art et de tableaux. — Une 
vente anonyme assez importante a eu lieu le 
20 mars, salle 6; elle était dirigée par M« Bau- 
doin et MM. Mannheim et Ferai et a produit 
178.795 francs. 

Une enchère vraiment remarquable a été réa- 
lisée par une garniture de lit en broderie véni- 
tienne du xvu« siècle poussée à 30.000 fr. sur 
demande de 15.000; du côté des objets d'art 
encore, il faut citer cet autre prix important de 
14.700 fr. pour 222 pièces de service en pâte 
tendre de Sèvres, à décor de fleurs. Les tableaux 
n'ont pas atteint ces chiffres : le Triomphe de 
fiaton, par Marguerite Gérard, s'est vendu 8. 000 fr., 
ce qui est le plus gros prix de la catégorie. 

Voici les principales enchères : 

Tableaux. — M"* Gérard : 12. Le Triomphe de 
Haton. 8.000 fr. — 13. Jeune fille ornant une sta- 
tuette de l'Amour, 7.000 fr. — U. L'Enfance de Paul 
et Virginie, 2.800 fr. 

Porcelaines. — 21. Douze couteaux et douze four- 
chettes cuivre doré, manches anc. porcel. de Saxe, 
2.500 fr. — 25. 222 pièces de service en Sèvres ancien, 
décor de Heurs et filets bleus, 14.700 fr. 

Objets de vitrine. — 39. Boite or émaillé bleu; un 
homme en armure, peinture sur émail, ép. Louis XIV, 
5.000 fr. — 43. Boite or émaillé, fin ép. Louis XV ; 
sur le couvercle, jeune homme en habit rouge, peint, 
sur émail, 3.950 fr. (sans garantie d'époque). — 47. 
Boite en ambre, monture ép. Louis XVI, or de cou- 
leur, avec portr. d'homme sur émail, ép. Louis XVI, 
2.300 fr. — 48. Boite or guilloché, ép. Louis XVI; 
sur le couvercle, personnages de la Comédie, peint, 
sur émail, 2.020 fr. — 51. Boite or ciselé; sur le cou- 
vercle, portr. de femme, xviii* s., 2.605 fr. — 52. 
Boite or émaillé bleu; sur le couvercle, portr. de 
femme, 3.005 fr. — 53. Coffret-nécessaire en or, 
émaillé à fleurs, contenant une montre et divers 
accessoires. 4.110 fr. — 54. Botte or émaillé vert: 
peint, sur émail : Mucius Scitvola. 4.250 fr. — 59. 
Navette or ajouré et émaillé, 2.510 fr. 

65. Médaillon émail, homme en bleu; cadre enrichi 
de brillants, 3.000 fr. — 68. Botte or émaillé, peint, 
style antique, 2.350 fr. — 69. Botte or ; peint., paysanne 
et son enfant, 2.905 fr. 

Objets variss. — 75. Grand volant guipure de 
Venise, 7.300 fr. — 76. Garniture de lit en broderie 
sur toile, trav. vénitien, xvii* s., 30.000 fr. — 80. 
Deux candélabres bronze patinéet doré, statuettes de 
femmes drapées, dans la manière de Marin, tenant 
un vase, partie ép. Louis XVL 5.020 fr. — 81. Pen- 
dule br. doré, surmontée d'une corbeille, ép. Louis XV, 



ANCIEN ET MODERNE 



93 



3.805 fr. — 82. Pendule br. doré et marbre blanc, 
stat.de jeune femmeet figurine d'amour, ép.LouisX VI, 
3. 050 fr. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Succes- 
sion Boilesve.— 11 est assez difficile d'annoncer 
avec détails cette vente qui aura lieu salies 0, 
10 et H, du 27 mars au 1" avril, par le ministère 
de M» A. Couturier et de M. G. Guillaume, et le 
mieux est de renvoyer au catalogue illustré, 
dressé à cette occasion. Beaucoup de marchan- 
dise, mais d'ordre courant, comme il est naturel 
d'en rencontrer ici, puisqu'il s'agit, du stock d'un 
antiquaire. Peu de tableaux, aucun d'impor- 
tance ; des dessins et des gravures; une abon- 
dante série céramique, riche surtout en porce- 
laines anciennes, soit d'Extrême-Orient, soit 
d'Europe; des faïences aussi, dont un groupe 
en terre de Lorraine : Renaud et Armide, portant 
la marque de Cyfflé, à Lunéville; des pendules 
et des bronzes d'ameublement du xvriie siècle; 
des sièges et des meubles des époques Louis XV, 
Louis XVI et du premier Empire; enfin, quantité 
d'objets d'art, d'ameublement et de bibelots de 
vitrine, de toute espèce, parmi lesquels se ren- 
contrent même quelques pièces de haute 
curiosité : sculptures gothiques, bronzes italiens. 
Voilà de quoi alimenter le commerce parisien 
qui sera certainement le grand acheteur des quel- 
ques mille numéros que comporte cette vente. 

Objets d'art et d'ameublement — Une vaca- 
tion anonyme, composée de numéros provenant 
de diverses sources et que dirigeront, salle 6, les 
27 et 28 mars, M. H. Baudoin et MM. Mannheim. 
à en juger par le catalogue illustré qui en a été 
dressé, présente quelques pièces dignes d'intérêt : 
deux assiettes en Delft doré, à décor de style 
japonais, de Pynacker ; un grand plat du même 
genre ; ceci parmi les céramiques ; puis, parmi 
les bronzes, une statuette de négresse debout, 
de l'école de Jean de Bologne, Florence, 
XVI' siècle ; parmi les pièces d'ameublement : 
six fauteuils couverts en tapisserie de la fin de 
l'époque Louis XV, à décor d'enfants et d'ani- 
maux ; enfin, parmi les tapisseries : un fragment 
de verdure llamande du xvi« siècle, à décor 
d'oiseaux sur un fond de larges feuilles ; et un 
panneau en Aubusson du xvni« siècle, représen- 
tant le Repas de Sancho Pança dans l'île de 
Barataria. 

Collection de M. J.-J. C... (tableaux mo- 
dernes). — La vacation que dirigeront, salle G, 



le 31 mars, M« F. Lair-Dubreuil et H. Baudoin et 
MM. Georges Petit et J. Allard, mérite plus qu'une 
annonce sommaire. Composée de tableaux mo- 
dernes de bonne qualité, elle comprend à peine 
quarante numéros, mais presque tous seraient à 
citer. 

Contentons-nous de signaler : la Chasse au 
faucon, par John-Lewis Brown ; te Champ devant 
la ferme, par J.-C Cazin; le Malin, par Corot; 
Boulevard de Port-Royal à Paris, par Jongkind; 
la Jeune fille aux roses, par Chaplin ; le Village au 
bord de la rivière, par Daubigny; Filles d'Orient, 
par Diaz; Rencontre de cavaliers arabes, par 
E. Fromentin; le Sentier creux dans la forêt, par 
Harpignies; Hérodiade et la Nymphe qui pleure, 
par Henner; le Marché et Pendant la tempête, par 
E. Isabey; Bergère faisant paître son troupeau 
et la Rentrée du troupeau, par Ch. Jacque; le 
Labour, par Lhermitte ; l'Heure de la traite, par 
Van Marcke; et la Sortie du Grand Canal, par 
Ziem. 

Ventes annoncées à l'étranger. — A Ams- 
terdam. — Un catalogue illustré, assez copieux, 
nous apporte l'annonce d'une vente qui aura lieu 
chez Boos et O", à Amsterdam, du 28 au 30 mars. 
Cette vente comprend des objets d'art et d'ameu- 
blement anciens, provenant de différents pro- 
priétaires, notamment des porcelaines de Chine 
et des faïences de Delft ; des meubles hollandais 
et des meubles français; et aussi des tableaux 
anciens, parmi lesquels nous notons : la Leçon 
de mandoline, par Ludolf de Jongh ; deux por- 
traits au pastel, par Liotard; un Portrait de 
femme, parDirck Dircksz Santvoort;un Portrait 
d'homme par Abraham de Vries ; et quantité 
d'objets divers, bronzes d'ameublement, bi- 
joux, etc. 

M. N. 
LIVRES 

A Paris. — Vente de la Bibliothèque L. de 
Montgermont (1" vente : livres et reliures 
modernes). — Dans le total de 269.994 francs 
réalisé par les quatre vacations de la première 
vente Montgermont consacrées aux livres mo- 
dernes et annoncées en détail ici même voilà 
quinze jours, il y a tant de beaux prix à signaler 
qu'il nous faudra faire un choix et ne donner 
que les enchères tout à fait remarquables, faute 
de quoi la place nous manquerait pour publier 
tout ce qui mériterait d'être cité. 

Le résultat est donc satisfaisant, même pour les 



94 



LE BULLETIN DE L'ART 



plus difficiles, et le livre moderne a magnifique- 
ment soutenu le choc ; il s'est comporté de façon 
à montrer (}ue, fût-il jeté en grand nombre sur 
le marché, sa qualité s'impose toujours et ses 
prix se maintiennent; la classe parle, comme 
on dit en argot sportif. 

Outre les enchères, qui ont déjà été mention- 
nées, — celle de 13.100 fr. (sur demande de 15.000) 
pour la Légende de saint Julien l'Hospitalier, avec 
26 dessins originaux de L.-O. Mersoii, dans une 
reliure de Mercier, ornée d'un cuir incisé de Le- 
père; et celle de 10.000 fr. (sur dem. de 10.0001 
pour le Jeu de l'amour et du hasard, édit.Conquet, 
avec 16 aquarelles originales de Maurice Leioir, 
dans une reliure de Mercier, — on peut encore 
relever : Nos Oiseaux, de Theuriet. avec 22 aqua- 
relles de Giacomelli, 7.000 fr. ; la Chronique 
du règne de Charles IX, de Mérimée, avec les 
dessins originaux d'Edmond Morin, 5 100 fr.; 
une Nuit de Cléopàtre, avec les 22 dessins origi- 
naux de Paul Avril, 5.300 fr.et plusieurs enchères 
de b.OOO fr. pour les Dimanches parisiens de Morin, 
avec 41 dessins originaux de Lepère, pour les 
dessins des Confessions de Jean-Jacques Rousseau 
par E. Hedouin, etc. 

On le voit, c'est toujours le livre enrichi d'illus- 
trations originales qui fait prime ; plus il contient 
de dessins ou d'aquarelles, plus il se vend cher, 
et ce ne sont pas toujours les ouvrages les mieux 
faits, — j'entends au point de vue de la présen- 
tation, impression, illustration, etc., — qui 
obtiennent les plus hauts prix. Question de 
goût ou de mode plutôt. Tout de môme on com- 
mence à voir passer en ventes certains livres de 
bibliophiles qui se présentent avec leurs seules 
qualités, et sans aucun embellissement extrin- 
sèque, et l'on peut ainsi se rendre compte d'abord 
de la considérable différence de prix qui existe 
entre l'exemplaire enrichi et l'exemplaire « tout 
nu )>, si l'on peut dire, et aussi de la différence 
de prix qui sépare les livres bien faits, les vrais 
livres de bibliophiles, de la camelote pour snobs. 
A ce point de vue, la liste des principales en- 
chères de la vente Lebœuf de Montgermont est 
assez instructive, et c'est pourquoi nous la don- 
nerons prochainement, avec quelques détails ; 
il est bon de saisir l'occasion d'une semblable 
vente pour donner les << cours » du jour dans 
une catégorie aussi spéciale. 

B. J. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Société des Artistes-graveurs originaux 

(galerie Mauzi-Joyant). — Encore une ! Depuis 
les temps lointains où Buhot prenait la plume 
afin de recommander à nos musées de province 
l'estampe dédaignée par les Salons, les groupes 
et leurs expositions se sont multipliés : ici, le 
noir et la couleur fraternisent volontiers dans 
tous les genres de gravure originale et ne pros- 
crivent respectivement que la gravure de repro- 
duction. Tous les exposants sont-ils originaux'.' 
C'est une autre affaire... Mais, défendue par les 
petits paysages ou portraits de MM. Borrel et 
Marcet Fleury, l'eau-forte de peintre voisine avec 
le burin des boursiers de voyage ou prix de Rome, 
MM. Charles Coppier, Mayeur, Raoul Serres et 
Lucien Pénat; MM Charles Pinet, Jouas-Poutrel 
et Lucien Gautier plaident pour nos vieilles églises, 
à côté de M"« Pauline O'rorke, de MM. Féau, Vy- 
boud, Dallemagne, Ardail et Loys Delteil, le gra- 
veur-écrivain, partraitiste de Paul Renouard et 
de Bracquemond ; la couleur séduit MM. Raoul du 
Gardier, Camille Fonce, Oudart et Louis Prat; la 
lithographie, très sage, badine avec MM. Léandre 
et Maurice Neumont. 

Société des peintres de montagne (au 
Cercle de la Librairie). — Expositions diverses 
et groupes régionaux. — La <> belle horreur » 
des monts entassés que les poètes grecs bannis- 
saient, comme le vague de la nuit, de leurs des- 
criptions ou réservaient au seuil de l'au-delà, 
n'intéresse l'art que par la couleur qui ne 
semblait guère émouvoir un regard ancien. Mal- 
gré les progrès de la technique et de la vision, 
le secret du coloris reste exceptionnel : nom- 
mons donc aussitôt l'aquarelle de M. Vignal. une 
vue de Bassano sous un grand nuage entre un 
ciel de turquoise et des fonds d'améthyste; et 
n'oublions pas un soir au lac du Bourget, vu par 
M. Iwill; de petits nocturnes, plus ou moins 
lainartiniens, de M. Cachoud ; l'Hiver alpestre, 
série en blanc et en bleu, de M. Jacques Buch ; 
le portrait de Sisteron que M. Nozal aperçoit rose 
au couchant comme une acropole antique ; enlin, 
l'exposition rétrospective de (îeorges Appia 
(1827-1910), scrupuleux et patient dessinateur 
des Alpes italiennes avec des rehauts de blanc 
sur le papier teinté. 

C'est un vrai « poème des montagnes » qu'un 



ANCIEN ET MODERNE 



95 



peintre d'Auvergne, M. Maurice Bussel, semble 
avoir voulu noter dans une série d'études sous 
la brume orageuse on matinale, qu'anime une 
tlèclie d'un soleil pi'ile comme le cliant voilé 
d'un chalumeau lointain... Mais ce caractère 
régional, qui parfume tout l'œuvre du maître- 
musicien Vincent d'Indy, parait très rare en 
peinture; et de récents groupes provinciaux 
apportent peu l'odeur du terroir : témoin la 
Société artistique et littéraire de l'Ouest, à la 
galerie Marcel Bernheim, qui groupe, rue Cau- 
martin, des personnalités connues, comme 
M"" Desbordes-Jouas, MM. Paul Madeline et 
Gaston Nicolet, près des beaux dessins d'un 
graveur breton, M. Jean Corabœuf, et des fins 
croquis d'enfants d'une provinciale inconnue, 
M"" Madeleine Fleury; témoin Part septentrional 
des Bosati, qui réunit pour la première fois, 
boulevard Malesherbes, à la galerie Moleux, ses 
membres voyageurs ou naturalisés Parisiens 
pour la plupart, où se distinguent pourtant les 
peintres des petites villes mortes ou muettes, 
MM. Hraquaval et Lechat, les presbytères fleuris 
d'un primitif, l'abbé van Hollebeke, les pâles 
intimités de .M. Leclercq et les fortes observa- 
tions lilloises de M. Jamois, autour des études de 
MM, l.hermitte, Agache, Harpignies et Carolus- 
Duran, portraitiste, à Home, du sculpteur Heniij 
fiouchard. Encore un véritable Salon d'hiver ! 

Les groupes et leurs expositions se multiplient 
faslidieusement; taisons la seconde année du 
Pastel et la première de l'Effort, malgré ce nom 
qui promettait mieux i Faut-il compter parmi 
les groupes régionaux celui qui s'est intitule, 
chez Devambez, Montmartre et le boulevard et 
rapprocher des peintres de montagne les paysa- 
gistes de la Butte sacrée, .MM. Frank Boggs, Ché- 
nard-Huché, Capgras, Villard, Barwoltf et Vallée, 
à côté des observateurs, plus ou moins humoris- 
tiques et noctambules, où se révèle aussitôt le 
trait sûr de .MM. Louis Legrand, Devambez, llo- 
chard, Neumont, Synave et Truchet? (/humour, 
comme la gravure, abuse un peu de nos instants. 
Le dessin console. 

Peintre de montagne et voyageur aussi, nous 
connaissions, depuis deux ans (4), un jeune 
peintre graveur, fils d'un maître finlandais, 
M. Harald Gallen, qui s'est fait le plus raffiné 
des orientalistes après avoir interrogé l'horizon 
romain. Mélancoliquement toujours, à la galerie 
liernheim jeune, un croissant de lune au ciel 

(1) Voir le Bulletin du 30 janvier 1909, p. .tO. 



mauve ou la réverbération d'un soleil orangé 
poétisent ses peintures nouvelles et la sombre 
fraîcheur de ses aquatintes. 

ItAY.MO.NI) BoUVF.Il. 



LES REVUES 



Fra.n'ce 
L'Art et les artistes (février). — Henry Marcel. 
/l/essanrfio .Woce/<o, —Monogniphiedu célèbre peintre 
de Brescia (1498?-t555) et caractéristique de son art; 
SCS portraits et ses tableaux religieux. ■• Aucune 
corde ne manque donc au clavier de ce grand artiste : 
la hantise et les espérances de ta vie éternelle, les 
ambitions et les soucis de l'existence terrestre, lus 
spectacles de beauté pure qui font patienter tes unes 
et adoucissent les autres... voilà les thèmes de médi- 
tation qu'il nous propose... » 

— A. de liRiiuRTE Y MoHET. Valdès Leal. Contem- 
porain de Murillo, et né en 1630 à Séville ou à Cor- 
doue, cet artiste inégal, incorrect parfois, est toujours 
« empreint d'émotion et de pensée " ; il ne ressemble à 
nul de ses contemporains et, quand on le connaîtra 
bien. Il il sera considéré comme l'une des personna- 
lités les plus saillantes et les plus indubitablement 
intéressantes de la peinture espagnole ». 

— Gabriel iMocRKV. Lihero Andreotii, sculpteur 
florentin moderne. 

— L. Vaillat. Lei liichesses du Mobilier national: 
pendules napoléoniennes, à propos d'un ouvrage ré- 
cent de M. Dumonthier sur ce sujet. 

Les Arts imars). — Numéro entièrement consacré 
à une étude de la Collection l'ierre Uecourcelle, par 
Jean-Louis Vaudoyek. Reproductions de pastels de 
La Tour, Perronneau, J.-B. Lenuir, Boucher, Uucreux; 
dessins de Moreau le Jeune, Cochin, G. de Saint-Aubin, 
Fragonard, Hubert Kobert, Hoin, Prud'hon. etc.; 
sculptures de Coysevox, Lemoyne, Pajou, Houdon, 
Defernex, Clodion, Marin. 

Eq dehors de ces artistes du xviii* siècle français, 
qui lormeut le gros appoint de la collection, quelques 
étrangers : peinture de Guflrdi, peinture et dessin de 
Tiepolo, pastel de Kusscll, etc. 

ALLE.MAGNE 

Die Kunst (mars). — G. J. Wolk. Karl llaider et 
//. von XUgel. — A propos de l'exposition de leurs 
œuvres à la n Sécession » de Munich. Contraste 
que forment les deux artistes : Haider, paysagiste et 
portraitiste, est avant tout l'homme des contours; 
Von /Cûgcl, paysagiste et animalier, l'homme du 
plein-air. Nombreuses reproductions. 

— P. Clbmks. Auqust Seven Du Mont. — Étude 
d'ensemble sur l'oeuvre de ce peintre, mort en 1909, 
à l'Age de 43 ans. Originaire de Cologne, il avait passé 



96 



LE BULLETIN DE L'ART 



les quinze dernières années de sa vie en Angleterre et 
avait subi profondément l'influence de l'art anglais. 
Reproductions de ses portraits et paysages. 

— Léon Werth. Aristide Maillol. — Ce qui carac- 
térise l'art de Maillol, ce qui lui permet d'être original 
à côté de llodin, c'est que sa sculpture est monu- 
mentale. 

— W. von Okttinoen. Les peintures murales de 
R. Schuster-Woldan dans le palais du Reichstag, à 
Berlin. 

^— F. Manmieimeii. La inlla Brilggemann,à Heilbron, 
construite par l'architecte Bentinger. 

— G. von Pechmann. Le « ion Ion» dans l'arl indus- 
triel, à propos des nouveaux travaux d'A. Niemeyer, 
— Memeyer s'ellorce de réagir contre l'utilitarisuie 
et la lourdeur de l^art industriel allemand contempo- 
rain; il réagit en faveur du w bon ton » et du « bon 
goût ». 

— L. MiooE. Le Jardinage moderne ; nécessité de la 
collaboration du propriétaire du jardin avec celui 
qui est chargé de l'arranger. — G. Huet. 

Angleterre 

The Burlington Magazine (février). — Éditorial sur 
les legs aux musées et les difficultés qu'ils créent par- 
fois aux conservateurs des galeries, quand les collec- 
tionneurs expriment le désir que leurs collections ne 
soient pas dispersées. 

— F. Sch.midt-Degfnek. Deux dessins par Andréa 
Manlegna au musée Boymans de Rotterdatn (2 pi ). — 
Deux dessins à l'encre de Chine, sur la même feuille 
(recto et verso), précédemment attribués à Quinten 
Metsys ; l'un représente un fragment de Vierge à 
l'Enfant, l'autre une tête de vieillard; celui-ci est 
daté : 1479, et l'autre porte les initiales A. M. Com- 
paraison avec les œuvres du maître. 

— G. F. IIiLL. L'influence classique sur les ynédailles 
italiennes (2 pi.). — Les médaillcurs de la Renais- 
sance, sous l'influence des idées des humanistes, 
s'inspirèrent fréquemment des œuvres de l'antiquité 
pour l'ornementation de leurs coins; l'auteur repro- 
duit et examine un certain nombre de médailles du 
xvi* siècle, exécutées pour des personnages et à 
l'occasion d'événements connus, à l'imitation d'œuvres 
antiques. 

— Lionel CusT. Sur un portrait dessiné par Hans 
llolbein le jeune !1 pi.). — Ln des portraits de la 
série des personnages de la cour d'Henri Vlll, dessinés 
par Holbcin, et faisant partie des collections de Wind- 
sor, désigné comme étant sir Charles WingAeld, se 
trouve également dans la collection de sir John 
Leslie; comparaison de ces deux œuvres : celle de la 
collection Leslie serait la plus ancienne. 

— Martin Ai.duk. Études de composition (1 pi.). — 
Au moyen d'exemples empruntés à quelques œuvres 
célèbres, l'auteur étudie les recherches faites par les 
artistes en vue d'obtenir la perfection d'arrangement 
et de mise en page. 



— L. HoopEH. La technique des tissus grecs et 
romains (fig. et 2 pi.). — Avec des exemples emprun- 
tés d'une part aux auteurs anciens qui ont traité 
occasionnellement la question, et d'autre part aux 
figures de vases représentant soit des métiers à tisser, 
soit des étoiles à ornements. 

— Notes sur diveises œuvres d'art : A. de Bkruete. 
Portrait d'un ecclésiastique par D. Velazquez, de la 
collection du marquis de La Véga-Inclan : identifica- 
tion récente proposée en raison de ses analogies avec 
le Portrait de jeune homme inconnu du Prado; des- 
cription (1 pi.); — L. C. Sur un portrait par Rem- 
brandt, nouvellement découvert (1 pi.); c'est un 
portrait de Johan van Echlen, représenté en buste, 
et entouré de seize écussons armoriés, avec inscrip- 
tions, acheté il y a quelques années pour un prix 
dérisoire par un amateur anglais; — Herbert Cook. 
Francesco Napolelano, complément à la précédente 
étude de M. S. de Ricci, avec une planche reprodui- 
sant quatre Madones de cet artiste, celles du musée 
Brera, du musée de Zurich, de la collection Morison 
à New-York, et du nmsée de la Société historique de 
cette même ville; — C. H. C. B. Peintures de Kneller 
non identifiées n la National portrait Oallery, et 
attribuées faussement l'une à P. Lcly, le Comte de 
Nottingham, l'autre à Mary Beale, l'Archevêque 
Tillotson; — L. BiNvoN. A propos du nouveau Musée 
de Cologne pour l'art de l' Extrême-Orient : — H.Fbv. 
Acquisitions faites par la Galerie nationale d'Hel- 
singfors : acquisltipn d'Ulysse et Calypso, par Mau- 
rice Denis; les .Maisons jaunes, par Cézanne. 

— Dans la correspondance : l'Art en France : 
visite à la collection Chauchard, par R. E. D. 

Italie 

BoUettino d'arte del ministero délia Pubblica 
Istruzione (janvier). — Peleo Bacci. Les Fresques de 
Uu/falmacco découvertes dans l'église de l'Abbaye, à 
Florence. — Importante étude concernant l'histoire 
de la Badia à la fin du xiii* siècle et aux premières 
années du xiv, en particulier l'histoire de la chapelle 
des Giochi et des Bastari, décorée de douze scènes 
de la Passion, par Rufl'almacco, dont il ne subsiste 
que quatre sujets {le Christ insulté, le Christ flagellé, 
le Chemin du Calvaire, Judas pendu et l'ilate en 
prison). Examen de ces scènes, dont les figures et 
les planches reproduisent les ensembles et les détails. 
.Notice sur la vie et les œuvres de Bufl'almacco. 

— D. Vivr»Ni. Le Temple de S. Ângelo à Pérouse, 
étude de restauration dans l'état primitif (fig. et pi.). 

— A. CoLASANTi. Une peinture ignorée de (Irntite 
da Fabriano : Vierge avec l'Enfant, qui fait partie de 
la collection de M"' Sartoris et qui a été récemment 
exposée au musée des Arts décoratifs (pL). 



Le Gérant ; H Iirnis. 



Paru — Unp. lisomu Petit. Il, rme Uodoi-da-Hauroi 



Numéro 49S. 



Samedi 1" Avril 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Victoire 
ou défaite du trolley? 



Le Conseil général de la Seine s'est réuni le 
15 mars et, dès sa première séance, il a eu à 
discuter la question du trolley, à propos de la 
réorganisation du réseau des tramways. 

Ce n'est pas une question nouvelle; plus d'une 
fois déjà, le Bulletin a dit ce qu'il pensait, — tout 
le mal qu'il pensait, — de l'intrusion dans Paris 
de ces toiles d'araignées, barrant les monuments 
et les perspectives de leurs affreuses » rayures », 
et plus d'une fois il s'est étonné du singulier 
privilège réservé à cette sorte de (ils aériens, 
alors qu'on s'est donné tant de peine et qu'on a 
fait tant de dépenses pour cacher dans le sous- 
sol les fils du télégraphe et du téléphone. 

Mais la question, — cela va de soi, — n'est pas 
de celles qu'on enterre facilement. On l'a bien 
vu l'autre semaine au Conseil général. 

M. .\drien Mithouard avait déposé une motion 
catégorique, tendant à ce que le Conseil général 
refusât toute nouvelle extension du trolley dans 
I^aris. Le Conseil n'a pas voulu prendre cette 
décision, pourtant dictée par la logique, et reje- 
ter en bloc tous les projets nouveaux de tramways 
à trolley réclamés par la commission ; par 46 voix 
contre 33, il a préféré adopter une autre motion, 
stipulant qu'on voterait sur le trolley espèce par 
espèce. 

On nous permettra de trouver fâcheuse cette 
hésitation et regrettable cette solution, qui n'en 
est pas une; car enfin, ou le trolley est accep- 
table, et alors à quoi bon discuter sur son adop- 
tion? ou il est condamnable au point de vue de 
l'esthétique d'une ville comme Paris, et alors il 
ne faut l'admettre en aucun cas. Un vote de 
principe, voilà ce qu'on attendait du Conseil 
général; il ne l'a pas émis et il va falloir batailler 
sur tous les cas particuliers. 

On bataillera plus tard; pour l'instant, on juge 



la victoire suffisante et on renvoie, en consé- 
quence, la suite de la discussion à la session pro- 
chaine. Comprenne qui pourra... Peut-être les 
conseillers généraux ont-ils besoin de réflexion 
avant de voter l'installation du trolley sur l'ave- 
nue des Ternes, le boulevard Pereire, la place 
Saint-Michel, les quais en face de la Cité et 
jusqu'au Pont-Xeuf! Peut-être se disent-ils que 
tout cela sera difficile à faire accepter aux élec- 
teurs ! Les « cas particuliers » les taquinent ; 
c'est tant pis pour eux : que n'ont-ils voté la 
proposition Mithouard? 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 25 mars;. 
— Le président annonce à ses confrères la nouvelle 
perte que l'Académie vient de faire en la personne de 
M. Roty, membre de la section de gravure. Après 
avoir retracé la vie et l'œuvre du maître, il déclare la 
séance levée en signe de deuil. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 25 mars). — M. Morel-Fatio dépose les 
conclusions du rapport de la commission chargée de 
décerner, en 19U, le pri.\ Saintour (.3.000 fr.) au meil- 
leur ouvrage relatif au moyen âge ou à la Renaissance, 
publié depuis le 1" janvier 1908. Ce prix est divisé en 
quatre allocations, parmi lesquelles nous citerons les 
deu.v suivantes qui relèvent de l'histoire de l'art : 

une somme de 1.200 fr. à Mgr Fuzet et à M. le 
chanoine Jouen, pour leur publication des Comptes, 
devis et inventaires du manoii- archiépiscopal de 
Rouen; une somme de 500 fr. à M. Emile Bertaux, 
pour son mémoire sur l'Exposition rétrospective de 
Saragosse de 190/1. 

— M. Philippe Berger poursuit sa con)niunication 
relative aux fouilles de l'ilot-amiral, à Carthage. Il 
analyse le plan encore inédit des substructions mises 
au jour par ces fouilles; il montre le dessin des 
caractères de l'alphabet punique et des symboles 
religieux qui se trouvent tracés, les uns à la pointe, 
les autres à l'encre rouge sur les blocs primitifs de 
ces substructions. 



98 



LE BULLETIN DE L'ART 



MM. Perrot, HaussouUier et Dieulafoy prennent la 
parole à propos de ces caractères symboliques. 

— M. Pottier lit une note de M. Charles Dugas 
analysant les résultats acquis par les fouilles du 
temple d'Athéna, à Tégée (1). 

Société des Antiquaires de France (séance du 
22 mars). — M. de Mély apporte quelques remarquables 
miniatures d'un manuscrit richement enluminé de la 
bibliothèque de Lille. C'est un Dit des Philosophes 
en français, du milieu du quinzième siècle. Au fron- 
tispice, dans une riche bordure, on lit en grosses 
lettres historiées, Johannes, vraisemblablement le nom 
de l'artiste qui le décora. Le faire des miniatures est 
admirable, mais c'est bien plutôt celui d'un peintre 
que d'un miniaturiste. M. de Mély propose de l'iden- 
tifier avec un artiste très célSjre du quinzième siècle 
auquel Jean Lemaire de Belges adresse en 1502 des 
louanges posthumes dans son poème la Plainte du 
Désiré : « Johannes qui tant fut élégant ». 

— M. le comte de Loisne communique la photogra- 
phie d'un tableau inédit conservé au château de Mont- 
mirey (Jura), qui présente la composition que l'çn voit 
sur les plaques de cuivre gravé que la duchesse de 
Bourgogne Isabelle de Portugal aurait fait poser dans 
diverses Chartreuses. 

Musée du Luxembourg. — M. Dujardin-Beau- 
metz, sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts, a donné 
au musée du Luxembourg son portrait peint par 
Déchenaud, qui a figuré au Salon de 1906. 

Musée de Cluny. — Le ministre de l'Instruction 
publique et des Beaux-Arts est autorisé à accepter, au 
nom de l'État, pour le musée de Cluny, les objets 
ci-après désignés, légués audit musée par M'" de 
Chambine, veuve Lasseux : 

Trois aiguières en faïence persane ; quatre volets 
de fenêtre portant chacun quatre vitraux suisses du 
dix-septième siècle; une pente en drap brodée en soies 
de couleur sur fond noir, travail du dix-septième 
siècle; un émail peint de Limoges, quinzième siècle; 
six émaux de Limoges, formant série, seizième 
siècle; une figure d'applique. Christ provenant d'une 
croix, Limoges, treizième siècle; une Pietà, entourée 
des emblèmes de la Passion, bois et cuivre émaillé. 

Le surplus des objets légués aux musées du Louvre 
et de Cluny par la testatrice est refusé par l'État. 

Le Budget des Beaux-Arts. — La discussion 
du budget des Beaux-Arts à la Chambre a commencé 
mardi dernier; nous la résumerons dans un prochain 
numéro, quoiqu'elle ne nous ait pas apporté de 
grandes nouveautés. 

Il faut retenir cependant les propositions faites par 
M. F. Engerand pour assurer la conservation des 

(1) L'exposé de ces résultats a fait l'objet d'un 
article de MM. Ch. Dugas et J. Berchraans dans \& Revue 
du iO février dernier. 



objets mobiliers classés des églises et l'adoption de 
l'amendement Jules Roche, en faveur de la coupure 
de la digue du Mont Saint-Michel. 11 faut retenir 
aussi, à un autre titre, les explications fort confuses 
apportées à la tribune par M. Delmas, l'instigateur de 
la vente du Saint-Martin de Soudeilles, à qui M. le 
sous-secrétaire d'État aux Beau.x-Arts a eu l'occasion 
de dire quelques dures vérités. 

Commission consultative des acquisitions 
d'oeuvres d'art. — Le ministre de l'Instruction 
publique vient de reconstituer de la manière suivante 
la Commission consultative spéciale d'acquisition aux 
expositions organisées par la Société des artistes 
français et par la Société nationale des beaux-arts : 

MM. Besnard, Bonnat, Raphaël Collin, Cormon, Paul 
Gervais, Gervex, Lhermitte et RoU, artistes peintres ; 
MM. Alfred Boucher, Félix Charpentier, Georges 
Gardet, Injalbert, Marqueste, Puech, statuaires; 
MM. Flameng, Vernon, graveurs; MM. Laloux, Vau- 
dremer, architectes; M. Lalique, ciseleur d'art; 
M. Thesmar, artiste céramiste; M. Bigard-Fabre, chef 
de division au sous-secrétariat d'État des beaux- 
arts; MM. de Fourcaud, Gustave Geffroy, Georges 
Lecomte, Louis Lumet, Roger-Miles, Thiébault-Sisson, 
critiques d'art. 

Chronique du vandalisme. — Sous prétexte que 
les façades des maisons du I" arrondissement doivent 
être «ravalées» cette année, on a commencé à grat- 
ter et à nettoyer les bâtiments construits par Louis 
en 1781 autour du jardin du Palais-Royal. Ce magni- 
fique ensemble architectural va donc perdre la patine 
sombre et dorée qui contribue si fort à sa beauté. 

Le Palais-Royal n'est-il pas monument historique? 
Et ne mérite-t-il pas d'être traité autrement qu'une 
« maison de rapport » ? Si les protestations qui se 
sontdéjà faitentendre n'arrêlentpasà temps ce déplo- 
rable nettoyage, nous apprendrons un jour ou l'autre 
qu'on se propose de « ravaler » Notre-Dame ! 

Le Prix Lheureux. — La commission adminis- 
trative des beaux-arts de la ville de Paris a procédé 
à l'attribution du prix Lheureux, qui est décerné 
chaque année, à tour de rôle, à une œuvre d'archi- 
tecture et à une œuvre de sculpture. 

Ce prix revenant cette année à un sculpteur, la 
commission a désigné M. Larche, auteur du Miroir 
d'eau, bassin décoré de figures représentant la Seine 
et ses aftluents, que le public a pu voir au Salon de 
l'année dernière et qui viendra prochainement com- 
pléter la décoration du jardin du Carrousel. 

Expositions annoncées. — Le vernissage du 
vingt-septième Salon des Indépendants aura lieii au 
quai d'Orsay (pont de l'Aima) le jeudi 20 avril; 
ouverture au public le 21. 

Au Puy. — M. Achille Montelhet, inspecteur de 
la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée, à Arvant, 
vient d'offrir à la ville du Puy, pour être placé au 



ANCIEN ET MODERNE 



99 



musée Crozatier, son importante collection de numis- 
matique. 

Celte collection comprend 12.000 pièces romaines 
depuis le cinquième siècle avant J.-C. jusqu'au cin- 
quième siècle après J.-C; 2.000 pièces gauloises et 
françaises depuis Charlemagiie; 2.300 pièces de 
nations étrangères; 3.000 médailles, jetons, méreaux, 
poids monétaires depuis le treizième siècle et enfin 
500 pièces diverses, grecques, égyptiennes, etc. 

M. -Montelhet a mis deu.x conditions à cette libéra- 
lité : l'obligation d'e,\poser toutes les pièces de la 



collection, et sa nomination comme conservateur de 
la galerie de numismatique, dont il se propose d'éta- 
blir le catalogue critique. 

En Italie. — Le gouvernement italien vient 
d'obtenir de la Turquie l'autorisation de faire procéder 
à des fouilles archéologiques sur l'emplacement de 
Tolema'ide, en Cyréna'ique. Elles seront dirigées par 
M. F. Halbherr, professeur à l'Université de Rome, 
qui fut déjà précédemment chargé de mission en 
Cyrénaïque. 



CHRONIQUE DES VENTES 



I 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Vente de la collection de feu 
M. G... (tableaux modernes, etc.). — Cette 
vente, faite, salle 0, le 22 mars, par M" l.air- 
Dubreuil et Baudoin et MM. Georges Petit et 
Mannlieira, a produit un total de 130.626 francs. 

Les honneurs de la vacation ont été pour la 
page bien connue de P. liaudry, l'Amour et 
Payché, réplique partielle d'une composition 
décorative peinte pour l'hôtel 'Vanderbilt à 
New-York. I.a présente toile a déjà passé en 
vente il y a peu d'années, lors de la dispersion 
de la fameuse collection Humbert; elle a été 
reproduite à ce moment dans la Revue. Elle a 
d'ailleurs largement retrouvé ici le prix qu'elle 
obtint alors : estimée .'iO.OOO fr., elle a réalisé 
28.500, alors qu'à la vente Humbert, en 1902, elle 
n'avait atteint qu'à l'enchère de 23.000 fr. sur la 
demande de 40.000. 

Il nous suffira de renvoyer, pour les autres 
résultats de quelque importance, à la liste de 
pri.x que nous donnons ci-dessous. Faisons encore 
remarquer cependant le prix de 19.000 fr. obtenu 
par le Repos du modèle par Stevens, adjugé seu- 
lement 10.000 fr. à la vente Guasco en 1910. 
Rien de bien marquant du côté des objets d'art 
et d'ameublement anciens ([ui composaient le 
reste de la vente. 

PRINCIPAUX PRIX 
Tableaux modernes. — 1. P. Baudry. L'Amour et 
Psyché, 28.500 fr. (d. 30.000. — V. Humbert, 1902, 
2S.OO0). — 6. Jongkind. L'Hiver en Hollande, 8.000 fr. 



(d. 8.000). — 7. L'Observatoire vu du faubourg 
Saint-Jacques, 5.600 fr. — 8. Le Chemin sur la Côte 
Saint-André, 3.000 fr. (d. 3.000). — 9. Coucher de so- 
leil sur la mer aux environs de Rotterdam, 3.400 fr. 
(d. 3.500). — 19. A. Stevens. Dans l'atelier, le repos 
du modèle, 19.000 fr. (d. 20.000 — V. Guasco, 1910 
10.000). — 20. Mélodie, 3.650 fr. (d. 5.000. — V. Guasco 
1910, 4.200). — 26 Zicm. Le Départ du Bucentaure, 
11. ,500 fr. (d. 15.000). — 27. Le Bucentaure, 12.000 fr. 
(d. IS.OOO). — 28. Le Jardin public, 9.000 (d. 7.000). 
Objets d'abt et d'ameublement. — 31. Salon ôp. Emp. 
acajou se, orné br., recouv. lampas, 5.900 fr. (d. 5.000). 

■Vente de la collection Périn (tableaux an- 
ciens) — Cette vente ne comprenait que huit 
tableaux, qui ont réalisé I0.0:t0 fr., salle i, le 
2Î mars, sous la direction de M"; François. 

Il n'y a d'autre enchère à signaler que celles 
obtenues par deux grands paysages anciens 
attribués à Claude Lorrain : VEnlèvement d'Europe 
adjugé 4 000 fr , et VEpisode d'un siéye, 5.000 fr. 

Vente de faïences, objets d'art, etc. — La 

vente anonyme faite, salle 6, les 27 et 28 mars, 
par M" Baudoin et MM. Mannheim, réservait 
une véritable surprise à ses assistants. Sur la 
demande déjà respectable de 21). 000 fr.,le u° 225, 
un plat creux en ancienne faïence de Deruta, 
décor à reflets métalliques, présentant au fond 
un buste de femme, a été llnaleraenl adjugé 
72.000 fr. C'est, dit notre confrère la Gazette de 
l'Hôtel Drouot, le plus gros prix payé jusqu'à ce 
jour en France, pour un plat en céramique. 
Belle plus-value, dans des- proportions plus 
modestes, mais digne d'être notée également, 
pour le n» 221, une coupe en ancienne faïence 



100 



LE BULLETIN DE L'ART 



d'L'rbino, à décor de personnages brûlant une 
femme, avec, au revers, des rinceaux à reflets 
métalliques exécutés à (iubbio, qui a atteint 
IS.OOO fr. sur l'estinaation de 4.000. 

La vente s'est d'ailleurs poursuivie avec un 
succès très marqué : parmi les bronzes, comme 
parmi les objets de vitrines et les meubles, les 
enchères intéressantes ont été nombreuses; on 
en trouvera la liste ci-dessous. Ajoutons seule- 
ment que leur total atteint 339.423 francs. 

PRINCIPAUX PRIX 

(Au-dessus de 2.000 francs.) 

Faïences. — Hanap-casque, Rouen, décoré en bleu, 
2.150 fr. — 66. Coupe, Gubbio, décor bleu à reflets 
rnétall., 3.000 fr. 

Porcelaines. — Série peu nombreuse; un seul prix 
notable : 102. Garniture de trois potiches et deux 
cornets, Chine, ép. Kien-lung, 2.000 fr. 

Objets de vitrine. — 105. Boite or et six panneaux 
nacre, ép. Louis XV, 7. 000 fr. — 114. Boite or ciselé, per- 
sonnages, fruits et fleurs, ép. Louis XVL 3.203 fr. — 
118. Boite ovale or émaillé bleu, médaillon émail à 
trois figures de femmes, xviii" s., 2.320 fr. 

Objets divers. — Crosse en cuivre champlevé, 
Limoges, xiii" s., 2.255 fr. — 141. Coffret contourné, 
nacre gravée et or, xviii* s., 6.100 fr. 

Bronzes. — 175. Statuette de Xégresse debout, nue; 
Florence, école de Jean de Bologne, xvi' s., 7.100 fr. 
— 182. Pendule, Jeune fille, amour et c/iien, br. doré 
et marbre blanc, 2.810 fr. 

Meubi.es. — Bureau plat, bois de placage et br., 
3.200 fr. — 202. Six fauteuils à dossiers-médaillons, 
bois se, ép. Louis XVI, couverts en tapisserie ép. 
Louis XV, 8.700 fr. 

Tapisseries. — 203. Tapisserie flamande, feuillages 
et oiseaux, xvi* s.. 5.000 fr. — 204. Tapisserie d'Au- 
busson, sujet de l'histoire de Don Quichotte, x\i.ii' s., 
2.700 fr. — 205. Tapisserie flamande, deux femmes 
sur fond de verdure, xvii°s., 2.500 fr. — 207. Six pièces 
pour sièges en tapisserie à personnages et animaux, 
XVIII' s., 2.450 fr. — 208. Fragment de tapis à fleurs, 
anc. trav. de la Savonnerie, 3.505 fr. 

A la suite de cette vente, M" Albinet et Henri 
[iaudoin, assistés de MM. Mannheim, dispersèrent 
une quarantaine de numéros, d'une autre pro- 
venance, parmi lesquels nous signalerons : 

Faïences et i-orcelaikes. — 209. Plat, anc. faïence 
hispano-mauresque, décor bleu à reflets métalliques, 
écusson, 5.000 fr. — 210. Plat hispano-mauresque à 
reflets métalliques, écusson armorié, 6.500 fr. — 212. 
Bassin hispano - mauresque à reflets métalliques 
rouge cuivreux, écusson armorié, 3.000 fr. — 21S. 
Deux bouteilles côtelées, Deift, à vases de fleurs, 
marque de Pynacker, 4.000 fr. — 221. Coupe, Urbino; 
personnages brûlant une femme ; au revers, rin- 



ceaux à reflets métall., exécutés à Gubbio, 15.000 fr. 
(dem. 4.000). — 225. Plat, Ueruta ; buste de femme, 
reflets métalliques, 3.900 fr. — 226. Plat, Deruta ; 
reflets métalliques en jaune cuivreux et rouge 
rubis, buste de femme avec banderole à in.scrip- 
tion.s, 72.000 fr. (dem. 23.000). — 230. Deux grosses 
potiches ovoïdes, Japon ; habitations, 3.900 fr. 

Objets divers. Tapisseries. — 233. Plat rond à 
godrons en spirales en bleu, vert, blanc et rouge, 
émail vénitien, xvi* s., 3.500 fr. — 236. Deux candé- 
labres, br. doré du temps de Louis XVI (?), d'après 
Falconet, 8.900 fr. {il n'a pas été fait de demande pour 
ce numéro). — 237. Pendule br. doré, modèle dit « de 
l'Étude », xviii* s., 2.805 fr. — 238. Armoire bois de 
rose et bois satiné, ép. Louis XVI, 2.900 fr. 

239. Tapisserie flamande, xvir s., l'ersonnages au 
bord de la mer, près d'une ville, 4.000 fr. — 240. 
Tapisserie flamande, xvir s., Triomjilie d' un souverain 
et d'une reine, 3.200 fr. — 241. Tapisserie flamande, 
XVII' s.. Festin près d'un palais, 4.950 fr. 

■Vente Boislesve. - Les trois premières vaca- 
tions de la vente Boilesve, faite par M» A. Cou- 
turier et M. Guillaume, s'élevaient mercredi à 
88.942 francs, sans que jusqu'alors on ait eu à 
signaler aucune enchère vraiment importante. 
Le seul prix notable, et la surprise de la vente, a 
été celui de 2.080 francs pour une Conversation 
dans un parc, peinture de l'école française du 
xviii" siècle, dont on demandait 300 francs. 

A huitaine les résultats complets. 

Ventes annoncées — A Paris. — Succes- 
sion de M. J.-J. C... — Dans le catalogue 
illustré de cette vente, qui aura lieu le o avril, 
salle 1, par le ministère de M"" Lair-Dubreuil et 
H. Baudoin et de MM. Mannheim, nous notons 
en particulier : un meuble de salon, composé 
d'un canapé et de six fauteuils en bois sculpté et 
peint gris, couvert en tapisserie d'Aubusson 
du temps de Louis XVL à dessin de jeux 
d'enfants et d'animaux, avec encadrements de 
draperies; une petite table-toilette, forme cœur, 
en marqueterie de bois de couleur, de la lin de 
l'époque Louis XV, signée Landrin; un secrétaire 
à abattant, en marqueterie de bois de couleur, 
garnitures bronzes, d'époque Louis XVI; et un 
petit bureau bonheur-du-jour en marqueterie de 
bois de couleur, de la fin du xviii' siècle. 

Tableaux, estampes et objets d'art. — Le 

3 avril, salles 5 et 6, M» Lair-Dubreuil, assisté de 
MM. Paulme et Lasquin fils, dirigera une vente 
de tableaux, objets d'art et d'ameublement an- 
ciens, composée de pièces provenant de divers 
amateurs. 



ANCIEN ET MODERNE 



101 



l'n catalogue illustré nous donne une idée 
avantageuse de cette vacation, qui continue la 
série de ces ventes préparées avec le plus grand 
soin, comme M» Lair-Dubreuil en dirige une au 
début de chaque saison et toujours avec un égal 
succès. 

Cette réunion comprend tout d'abord quelques 
estampes en couleurs, par Janinel et Debucourt 
notamment; puis des tableaux, parmi lesquels 
nous citerons : deux petits Chardin : le Deasina- 
teur et l'Ouvrière en tapisserie; l'Amour, la Folie, 
gouaches de Fragonard, les compositions des 
gravures en couleurs bien connues de Janinet ; 
et du même Fragonard, le Portrait du sculpteur 
Foucou; l'Abreuvoir, par J.-B. Huet; \e l'ortrait 
présumé de la comtesse d'Argcnson, par J.-M. 
Nattier; le Portrait de la marquise de Boucherolles, 
par L.-M. Van Loo ; le Portrait présumé de Marie- 
Thérèse de Savoie, comtesse d'Artois et un Portrait 
de femme, par M"": Vigée-Lebrun ; l'Entretien 
dans un parc, par Antoine Walteau. 

Contentons-nous d'indiquer la présence d'un 
choix de faïences et de porcelaines anciennes. 
Notons parmi les miniatures : le Portrait de 
i]nie Haryuerite Gérard, par Dumont. 

Les bronzes d'ameublement et les meubles 
offrent quelques pièces dignes de remarque : 
une paire de candélabres, et un important sur- 
tout de table par ïhomire; plusieurs pendules 
de l'époque de Louis XVI ; un petit bureau 
bonheur-du-jour, en marqueterie de bois de 
couleur, à décor de paysages, de l'époque 
Louis XV; une commode même époque, en laque 
et bronzes, estampillée de Moriaerd ; une con- 
sole en bois sculpté et peint, estampillée de 
Jacob, époque Louis XVI; un lit de face, forme 
bateau, en acajou et bronzes d'époque Empire; 
un grand lit de face, également acajou et bronzes, 
môme époque. Enfin, parmi les tapisseries, 
notons : un petit panneau en Gobelins du 
xviiie siècle, à décor d'oiseaux dans un paysage, 
et une tapisserie de Bruxelles, du temps de la 
Uégence, représentant Cérès et Mercure, avec 
bordure d'encadrement à guirlandes de (leurs, 
fruits et feuillages. 

Objets d'art, etc. — Le même jour, salle 11, 
Me 11. Baudoin et MM. Mannheim et Ferai diri- 
geront une vente de tableaux, objets d'art, etc., 
appartenant à M. L. 

La même brochure illustrée qui compose le 
catalogue de cette vente attire l'attention sur 
trois meubles ; une petite table bureau à tiroirs, 



en marqueterie de bois de couleurs et bronzes, 
d'époque Louis XV; un écran en marqueterie de 
bois de couleur, d'époque Louis XVI, signé : 
L. Boudin ; et un secrétaire droit à abattant en 
marqueterie de bois de couleur et bronzes, 
d'époque Louis XVI. 

M. N. 

LIVRES 

A Paris. — Vente de la bibliothèque L. de 
Montgermont (i™ vente : livres modernes, 
fin). — Nous avons, en l'annonçant d'abord, 
puis en donnant ses résultats, longuement parlé 
de cette vente ; bornons-nous aujourd'hui à 
publier la liste des principales enchères : 

PRINCIPAUX PRIX 

'au-dessus de i.OOO francs.) 

35 A. Chénier. Poésies, décoration orig. de Giraldon 
(1896), rel. de Mercier, 4 800 fr. — 42. F. Coppée. 
Severo Torelli, aquarelles de J. Wagrez, 3.730 fr. — 
34 A Uumas père. Les Trois movsquelaires, grav. sur 
bois de Huyot, d'après M. Leloir, dessins orig. de 
Leioir, rel. de Mercier, 3.600 fr. — 66. Flaubert. 
Dessins orifî. de L.-O. MersoQ pour la Légende de 
saint Julien l'Hospitalier, rel. de Mercier, 13 100 fr. 
— 69. La Tentation de saint Antoine, aq. orig. de 
J. Wagrez, rel. de Mercier, 2 SOO fr. — 72. A. France. 
La Rôtisserie de la reine Pédanque, aq. de L. Morin, 
rel. de Mercier, 2.260 fr — 80. Th. Gautier. Jean et 
Jeannette, 25 dessins orig. de Lalauze et une aq. orig. 
du même, rel. de Mercier, 4.500 fr. — 83. Th. Gautier. 
Une nuit de Cléopdtre, comp. et aq. orig. de P. Avril, 
rel. de Mercigr, 5.300 fr. — 91. Gondeau. Paysur/es 
parisiens, ill. de Lcpère, rel. de Carayon, 2.200 fr. — 
92. l.a Guirlande de Julie, aq. orig. de Giacomclli, 
3.000 fr. 

100. llainiltun. Mémoires du comte de Grammonl, 
ill. de L. Delort, rel. de Cuzin, 3.005 fr. — 101. J.-M. 
de lleredia. Les Trophées, aq. orig. de Giraldon, rel. 
de .Mercier, 4.503 fr. — 128. X. de Maistre. Dessins 
orig. d'Edmond Ilédouin pour le Voyage autour de 
ma chambre, rel. de Carayon, 4.950 fr. — 130. Mari- 
vau.\. Le Jeu de l'amour et du hasard, 16 aq. orig. 
de M. Leloir, rel. de Mercier, 16.000 fr. — 133. G. de 
Maupassant. Contes choisis, illustr. par Itops, Vidal, 
Lunois, P. Avril, etc., 2.360 fr. — — 139. Mérimée. 
Chronique du règne de Charles IX, eau.v-fortes de 
F. Morin, 5.100 fr. — 145. Mérimée. Mosaïque, aq. orig. 
de Hobaudi, rel. de Mercier, 3.700 fr. — 152. II. Mo- 
rcau. Le Myosotis, dessins et aq. orig. de Hobaudi, 
rel. de M. Michel, 4.300 fr. — 154. L. Morin. Les 
Dimanches parisiens, dessins orig. de Lepère, rel. de 
Mercier, 3.000 fr. — 177. Abbé Prévost. Histoire de 
Manon Lescaut, rel. de Mercier, 3.700 fr. — 189. J.-J. 
Housseau. Les Confessions, ill. par Ed. Bédouin, Tel. 
de Mercier. 3.000 fr. — 190. Dessins orig. de E. Bé- 
douin pour les Confessions, rel. de Carayon, 5.000 fr. 



102 



LE BULLETIN DE L'ART 



— 191. Rousseau. Les Confessions, rel. de Mercier, 
2.900 fr. 

206. Dessins originaux de Cii. Delort pour les 
Mémoires de Ni°* de Staël, 4.000 fr. (les Mémoires, 
avec illustr. de Delort, n- 20o, 805 fr.). — 213. Theu- 
riet. Nos oiseaux, comp. orig. de Giacomelli, rel. de 
Mercier, 7.000 fr. — 218. Theuriet. La Vie rustique, 
coQip. et dessins de Lhermitte, rel. de Marius Michel, 
2.5.'i0 fr. — 223. A. de Vigny. Servitude et grandeur 
militaires, dessins de H. Dupray, rel. de Mercier, 
3.160 fr. — 233. Voltaire. Zadig, fig. gravées par 
Gaujean, rel. de Mercier, 2.350 fr. 

Toute la dernière partie de la vente (w" 243 
à 606) était consacrée à des livres modernes 
illustrés, mais non accompagnés d'illustrations 
originales : ils ont tous fait des prix inférieurs à 
1.000 francs. Au milieu de ces ouvrages, se trou- 
vait un recueil des portraits et figures dessinés 
et gravés par Ed. Bédouin pour le Voyage senti- 
mental (n° S26) ; ce volume, relié par Garayon, 
s'est vendu 2.095 francs. 

B.J. 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Georges Appia, 1827-1910 (à l'Union chré- 
tienne des jeunes gens ; 14, rue de Trévise). — 
L'art n'était qu'une distraction pour un pasteur 
protestant, qui dessina toujours depuis sa loin- 
taine jeunesse et pendant ses voyages nombreux. 
Cet homme de bien maniait avec goiîtle crayon, 
comme son compatriote, le genevois Topffer; et 
pas plus que Chateaubriand paysagiste (1), il ne 
sacrifiait la grande nature au voisinage des villes: 
il courut jusqu'au Niagara. La nature change, 
autant que l'art, avec les ans; et, même au delà 
des mers, le touriste a retenu l'image d'un vieux 
monde, avant l'invasion des chemins de fer et 
les progrès de la photographie. Il a pris la der- 
nière diligence au temps des romantiques excur- 
sions sur les bords du Rhin; vers 1850, son 
Abbaye de Saint-Laach, profilant ses « fabriques » 
sous de grands arbres, garde une bonhomie très 
hollandaise de paysage composé. Le Cloître de 
Saint-Trophime estompe sa lumière, auprès de 
nos portails gothiques. Datée de septembre 1846, 
une vue d'Aoslc aux toits italiens inaugure, à 
travers le Piémont, une moisson de croquis jus- 



(1) Dans sa lettre, déjàcitée, sut l'Art du dessin dans 
les paysages (Londres, janvier 1793). 



qu'en Sicile; mais ces dessins, parfois rehaussés, 
décrivent surtout le silence des Alpes italiennes 
ou des vallées vaudoises; et, sans jamais chercher 
l'impression subjective ni l'atmosphère diffuse, 
leur trait précis n'est que la satisfaction d'une 
conscience devant les architectures de l'homme 
et l'œuvre de Dieu. 

Jean "Veber (galerie Allard). — « Vous êtes 
musicien et vous avez de l'esprit .., disait, avec 
une surprise assez malicieuse, le vieux Voltaire 
au jeune Grétry qui convoitait l'expression 
comique des passions humaines au moyen des 
sons. Le coloriste de la Boucherie symbolique et 
de Madame l'Oie, du Voyage en automobile et du 
Monsti-e, du Casino de Biarriti et de Pasiphaé, le 
portraitiste sans obséquiosité de tous les vir- 
tuoses, depuis le pianiste chevelu d'un récital 
jusqu'aux /eadcrs de la Chambre, apparaîtmaintes 
fois spirituel comme un Jules Renard qui racon- 
terait ses « histoires naturelles » avec le pinceau: 
qualité qui ne le prive pas d'être peintre et 
d'associer aux caprices moqueurs ou fantas- 
tiques de la forme le souci de la belle matière 
qui s'enrichit déjà sous la patine du soleil et du 
temps. Peintre, il empourpre la laideur expres- 
sive au reflet d'un soir rose; et même quand il 
inquiète, il rassure. Avant la romantique préface 
de Cromwell, les Contes de Perrault lui soufflèrent 
la passion de l'étrange; mais son goût français 
d'enfant de Paris est de ceux qui savent retrou- 
ver dans la hideur de Caliban le sourire d'Ariel. 

Expositions diverses. — Elles sont toujours 
trop; le tri s'impose. Au deuxième Salon des 
Médecins, Esculape se montre artiste en la per- 
sonne de deux peintres-graveurs déjà très connus, 
M. François Dehérain, le confident des physio- 
nomies joviales ou souffrantes, et M. Paul-Émile 
Colin, l'illustrateur d'Hésiode, un vrai poète 
rustique qui traite le bois en camaïeu comme un 
émule d'Ugo da Carpi : dans le verger le plus 
humble, il sait voir du style; et ce don, c'est le 
secret de l'amour. 

Morose et vigoureux illustrateur du Trust de 
Paul Adam, de la Turque d'Eugène Montfort et 
de l'amour moderne interrogé par la voluptueuse 
ironie d'un Maurice Donnay, M. Maxime Dethomas 
conserve, chez Druet, cet accent d'amertume 
caustique et d'ombre désenchantée que Venise 
même(l) ne tempérait point; crayon ferme et 

(1) Voir le Bulletin du 28 avril 1906, p. 133. 



ANCIEN ET MODERNE 



103 



sévère, et plus moral que le charme, car il nous 
console instinctivement de la brièveté de la vie... 
Bon gré mal gré, ce dessinateur est un moraliste. 
Les Salons nous ont suffisamment fait connaître 
le plein-air, délicat ou violent, de MM. Frieseke 
et Hertram, revus à la petite galerie de l'Amateur 
ou chez Georges Petit; mais la galerie Weiil, à 
deux pas de la place Pigalle, nous autorise à 
mieux apprécier un des plus libres observateurs 
de Montmartre, M. Grass-Mick, le peintre des 
intérieurs encombrés de bibelots comme des 
ateliers ou des ruelles neigeuses de la Butte 
endormie à l'ombre de sa vieille paroisse et de 
son dernier moulin. 

RAy.M0.ND BOUYÉR. 



CORRESPONDANCE D'ITALIE 



L'Exposition du Portrait italien 
à Florence. 

Les organisateurs de l'Exposition du Portrait 
italien ont obéi, pour le choix des tableaux qu'ils 
ont présentés, à des principes qui n'ont point 
encore cours dans nos expositions rétrospectives ; 
ils ont préféré à la qualité non point la quantité, 
mais le souci d'être complet, de montrer sous 
tous ses aspects l'histoire du portrait en Italie. 
Ils ont ainsi réuni près de neuf cents tableaux 
dont la plupart, il faut l'avouer, ont un intérêt 
artistique fort secondaire. On trouve à l'Expo- 

isition du Palais Vieux fort peu de vrais chefs- 
B'œuvre, quelques bonnes peintures, beaucoup 
de choses médiocres. 
l C'est en partie la faute de l'époque choisie, 
Bne des moins heureuses de la vie italienne, 
puisqu'elle abandonne les siècles classiques pour 
ne commencer qu'avec le xvh" siècle et se ter- 
miner en 1861, l'année môme où se constitua 
l'Unité italienne dont on fête maintenant le 
cinquantenaire. 

Les œuvres les plus intéressantes sont celles 
qui sont le moins éloignées des grandes traditions 
nationales. Le portrait d'Anna Parolini-Guicciar- 
dini, par Augustin Carracche, qu'a envoyé le 
Musée Empereur-Frédéric, ne pâlirait point à 
côté des plus belles toiles du xvi<! siècle. Parmi 
d'autres tableaux qui appartiennent par leur date 
au xvii» siècle, mais par leur manière au siècle 
précédent, il faut citer un charmant Baroche, le 
Prince Frédéric d'Urbin enfant, de bons Bassan, 



particulièrement un Joueur de luth, deux Cara- 
vage, deux tableaux un peu lourds de Sofonisba 
Anguissola. 

Les Bolonais sont représentés par quelques 
bonnes toiles. Malgré tout le bien qu'on a dit 
des portraits des Cardinaux Sfondrato et Spada 
par le Guide, je ne peux m'empêcher de les 
trouver académiques; par contre, le portrait de 
la Mère du peintre est fort beau et plein de vie. 
Mais que dire des Dominiquin exposés, malgré 
le cardinal Filomarino, ou des fiuerchin encore, 
sinon que ce sont des tableaux habiles, hono- 
rables, louange singulièrement amère pour un 
artiste véritable. Les Génois, Strozzi, Carbone, 
sont bien lourds et bien médiocres. Trente 
Sustermans, c'est beaucoup pour montrer à 
quelle distance de leurs maîtres restaient les 
imitateurs de Rubens et de Van Dyck. Le 
souvenir des créations nationales des siècles anté- 
rieurs, la comparaison avec la merveilleuse 
production des écoles étrangères contemporaines, 
des Velazquez, des Frans Hais, des Rembrandt, 
écrasent la peinture du xvu» siècle italien. Sans 
doute Maratta est un bon portraitiste, sans doute 
le Fra Arnolfo de' hardi est une toile de Dolci 
tout à fait inattendue par sa force et son réalisme, 
le Giuseppe Ghisilieri de Pierre de Cortone est 
une excellente œuvre, mais le voisinage des 
Offices et du Pitti nous donne le droit d'exiger 
mieux de l'Italie. Trois très belles choses pourtant 
à signaler :1e portrait délicieux d'une Gentildonna 
envoyé par la Galerie impériale de Vienne, d'un 
maître vénitien inconnu, et deux portraits attri- 
bués autrefois à Velasquez, provenant l'un et 
l'autre du Musée Empereur-Frédéric, un Vieux 
gentilhomme que l'on voudrait maintenantdonner 
à Daniele Crespi, et le merveilleux Capitaine 
Dal Borro pour lequel on a prononcé avec, je 
crois, quelque imprudence, le nom d'Andréa 
Sacchi. 

Les portraitistes anglais et français fournis- 
sent à leur tour des points de comparaison 
douloureux pour le xviii* siècle italien. Les 
Lampi, Battoni, Pellegrini, Crespi, les Raphaël 
Mengs et les Angelica Kaufman ne méritent peut- 
être pas toute la place qu'on leur a faite au 
Palais Vieux. Quelques Tiepolo, quelques Rosalba 
Carriera, qui ne sont point parmi les meilleurs. 
De bons Alessandro Longhi, de charmants Pietro 
Longhi , dont le joli portrait de Jeune fille à 
l'éventail. Toute une salle enfin du bergamasque 
Ghislandi, le plus intéressant de beaucoup de 
tous les peintres de ce temps, mêlant aux grdces 



104 



LE BULLETIN DE L'ART 



et à la manière habituelle à son époque un 
réalisme particulier d'un effet inattendu. 

De toutes les pauvretés que nous montre le 
xix" siècle commençant, retenons un nom, P>an- 
cesco Hayez, peintre correct et froid, mais dont 
un tableau au moins est un petit chef-d'œuvre, 
le portrait de la Princesse de Sant' Antimo. 

La méthode qui a prévalu chez les organisa- 
teurs de la Mostra del Ritratto et qui met le 
goût de la connaissance avant celui de la beauté, 
choquera peut-être un peu le public non préparé. 
S'il réussit toutefois à s'orienter parmi ces toiles 
innombrables, il reconnaîtra sans doute ce que 
comporte de sincérité, mais aussi de lourdeur, 
cette conception de l'histoire de l'art si appré- 
ciée aujourd'hui de l'autre côté des Alpes, mais 
qui est loin d'ailleurs d'être unanimement 
admise. 

L. GiRLLV. 

LES REVUES 



Francs 

La Revue lorraine illustrée (janvier-mars). — 
Henri Pollet. Jean-Iiapliste habey au musée du 
Louvre. — A propos de l'exposition, au musée du 
Louvre, des œuvres d'Isabey léguées par M"* Margue- 
rite-Thérèse Manceau, veuve de M. Henri-Armand 
Rolle; examen des miniatures, aquarelles, sépias et 
pastels exposés dans la nouvelle salle qui portera 
désormais le nom de l'artiste n«ncéen (fig. et pi.). 

— Alfred Pierbot. Le Sculpteur Désiré Fosse. — 
On a confié l'exécution du monument qu'on va élever 
à Void à la mémoire de l'ingénieur Cugnot, à l'artiste 
meusien Désiré Fosse, originaire de Nantillois, dont 
l'auteur esquisse la vie et rappelle l'œuvre (fig. et pi.). 

— Jean Julien. Un artiste décorateur messin : 
Eugène Borius. — Né à Metz en 1839 et mort en 1909; 
peintre de panneaux décoratifs et de décors de 
tliéâtrc (fig.). 

— Henri Bernakd. Sainl-Mihiel (suite). — La ville 
et ses monuments (fig. et pi.). 

Grande-Bretagne 

The Burlington Magazine (mars). — Roger 
Fry. Sur un portrait de profil, par Baldovinetli. — 
Portrait de femme de la National Gallery de Londres 
(n* 758), avec une palme brodée sur la manche ; 
attribué à Piero délia Francesca» L'auteur propose de 
le donner à Alesso Baldovinetti, à cause du caractère 
général du dessin et des caractéristiques que présen- 
tent le visage et la draperie ; en second lieu, à cause 



de la couleur; enfin, à cause de la technique parti- 
culière à cet artiste (pi.). 

— Martin Conwav. Durer et le Maître du livre de 
raison. — La jeunesse de Durer au moment où il 
quitte Nuremberg, en avril 1490 jusqu'à son retour en 
sa ville natale en 1494; les influences qu'il reçut des 
divers maîtres auprès desquels il travailla : en 1492, 
il était à Colmar et travaillait chez les fils de Schon- 
gauer; puis il se trouva en contact, sans doute à 
Strasbourg en 1493, avec le Maître du livre de raison, 
dont l'influence est marquée dans les œuvres de cette 
période (1493-1494) et demeure perceptible, d'une 
façon générale, pendant toute la carrière de l'ar- 
tiste (pi.). 

— F. W. Hasluck. Linteaux à reliefs génois à 
Chios. — L'Ile de Chios, qui appartint à Gênes (1346- 
1566), fut habitée à cette époque par nombre de 
nobles familles génoises. Les portes des palais de ces 
familles furent fréquemment ornées de linteaux 
sculptés, exécutés par Gaggini da Bissone et ses 
élèves. L'auteur en reproduit et en étudie une di- 
zaine (pi.). 

— C. H. Kead. /.'« Allantis» de Platon re-décou- 
verte. — A propos de l'annonce, faite à grand bruit 
par l'explorateur allemand Frobenius, que l'Atlantis 
décrite d'une façon si circonstanciée par Platon dans 
le Timée avait été retrouvée par lui. La découverte se 
réduit à ceci que le D' F. Frobenius a trouvé à Ifé, 
capitale du Yoruba, dans le Niger anglais du sud, 
diverses œuvres d'artconsidérées comme objets sacrés, 
et notamment une tête de bronze, dont le British 
Muséum possède la terre cuite originale, provenant 
également d'Ifé (pi.). 

— Dudley C. Falcke. .ancienne joaillerie en marcas- 
site. — Histoire de ces bijoux composés de fragments 
de marcassitc (ou plutôt de pyrite) montés sur argent; 
reproductions de divers spécimens (pL). 

— Alice Kemp Welcii L'Emblème de Saint Ansano. 
— Identification de représentations du premier saint 
patron de Sienne, figuré tenant à la main des pou- 
mons humains, non pas comme on l'a dit en sym- 
bole de son martyre; mais, selon l'auteur, par suite 
d'une persistance des traditions paiennes, celle des 
aruspices étrusques ou de quelques autres de ce» 
prêtres qui lisaient l'avenir dans les entrailles des 
animaux sacrifiés (pi ). 

— Tancred Borexics. Une peinture inédite de Bar- 
tolomeo Montagna. — C'esl un saint JérOme agenouillé 
dans un paysage orné de diverses constructions à 
l'arrière-plan; cette peinture, qui appartenait encore 
récemment aux Misses Montalba, était attribuée à 
Carpaccio (pi.). 

— Friedrich Perzvnski. Vers un groupement des 
porcelaines de Chine (111). — Remarques sur les di- 
vers groupes de l'école K'ang-hsi (pi.). 



Le Gérant : H. Dbnis. 



Paru. — Imp. iiaorgm Cent, 11, rue uadoi-da-Mtur*!. 



Numéro 499. 



Samedi 8 Avril 1911 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Encore l'affaire de Soudeilles 



Selon l'usage adopté par la Chambre des 
députés, le budget des Beaux-Arts a été enlevé en 
deux ou trois séances, et, sauf l'adoption de 
l'amendement Jules Roche portant ouverture 
des crédits nécessaires à la coupure de la digue 
du Mont Saint-Michel, la discussion ne nous a pas 
apporté autre chose qu un flot de réclamations 
suivies d'un flot de promesses. 

Je me trompe : on a eu la satisfaction d'entendre 
à la tribune M. Delmas, député de la Gorrèze, 
raconter à sa manière l'affaire du chef de saint 
Martin de Soudeilles et revendiquer hautement 
sa part de collaborateur dans l'opération ; à quoi, 
M. le sous-secrétaire d'État des Beaux-Arts riposta 
très heureusement en remettant les choses au 
point et M. Delmas à sa place. 

La théorie du député Delmas est bien simple : 
ayant été avisé par l'administration des Beau.x- 
Arts qu'un inspecteur des monuments histori- 
ques considérait le chef de saint Martin comme 
faux, il télégraphia au conseil municipal de 
Soudeilles de se débarrasser au plus vite du 
reliquaire en le cédant aux marchands étrangers 
qui désiraient l'acquérir. Ainsi, bien loin de se 
défaire d'une œuvre d'art classée, la ville de Sou- 
deilles aurait vendu, en connaissance de cause 
et à l'instigation de son député, un objet truqué 
comme authentique ! 

Or quelle est l'attitude des antiquaires ainsi 
dupés? Se sont-ils plaints? Ont-ils menacé Je 
poursuivre la commune de Soudeilles pour escro- 
querie? Ont-ils exigé tout au moins le rembour- 
sement de leur argent contre restitution du faux 
buste? Pas que l'on sache. A les en croire, ayant 
voulu vendre GOO.OOO francs, à Londres, le reli- 
quaire qu'ils avaient payé 41.000, ils ont été fort 
surpris d'apprendre que l'original était déjà entre 
les mains d'un amateur; alors, ils ont avisé le 
maire de Soudeilles qui leur a répondu que leur 
reliquaire était bien le seul et vrai chef de saint 



Martin. Et cela suffit, paraît-il, à calmer leur 
inquiétude ! En vérité, voilà des antiquaires bien 
naïfs... 

L'instruction actuellement ouverte pourra sans 
doute découvrir les dessous de cette feinte naïveté. 
Elle nous apprendra à quelle date le vrai reliquaire 
fut vendu et remplacé par un faux, et comment 
on simula la vente de ce faux, le jour où la sub- 
stitution fut découverte. 

En plaidant l'abus de confiance, le député 
Delmas et le conseil municipal de Soudeilles 
espéraient échapper aux sanctions prévues par 
la loi sur les objets d'art classés : des deux cul- 
pabilités, ils choisissaient la moindre. C'est un 
point de vue. Reste à savoir si la justice s'y ran- 
gera. En tout cas, elle nous doit une solution de 
cette étrange affaire, et nous voulons croire, avec 
M. Dujardin-Beaumetz, qu'elle ne tardera pas à 
nous la donner. 

E. n. 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du f" avril). 
— L'Académie a entendu le rapport de la section de 
peinture proposant une liste de trois candidats à la 
place de correspondant vacante dans cette section 
par suite du décès de M. von Uhde, de Munich. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 31 mars). — M. Héron de Villefosse 
annonce que M. l'abbé Lcynaud, curé de Sousse, a 
rencontré sous le cloctier de son église les traces d'un 
sanctuaire phénicien, notamment une douzaine de 
stèles, des lampes à deux et trois becs, des vases 
divers. 

— M. le docteur Capilan, au nom de M. Peyrony 
et au sien, communique à l'Acadéuiie le résultat des 
dernières découvertes faites à la Kcrrassle (Dordogne). 

— M. H. Viollet, architecte, rend couipte à l'Aca- 
démie de l'exploration des ruines de Dar-el-Kalife, 
qu'il a faite pendant sa dernière mission en Mésopo- 
tamie. Ce vaste et somptueux palais, construit par 
El Moutasim, fils de llaroun al Raschid. vers l'an 836 



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LE BULLETIN DE L'ART 



de notre ère, à cinq kilomètres de Samara, c'est-à-dire 
à cent kilomètres de Bagdad, offre im ensemble 
d'habitations et de jardins dont l'examen est précieux 
pour connaître, à l'époque abbasside, les origines de 
l'architecture arabe. M. Viollet présente, dans tous ses 
détails, le plan complexe de cet édifice. 

La plupart des gros murs se trouvaient chaînés par 
des pièces de bois de santal. Les jardins comportent 
des grottes creusées dans le rocher : l'eau, empruntée 
au fleuve, atllue par des canaui dans de grands bassins 
peu profonds. M. Viollet montre tout l'intérêt que 
présentent les motifs de décoration ornementale, 
exécutés par des ouvriers coptes, grecs et syriens. 
Cette décoration subissait des influences extérieures 
et variées, tandis que la construction proprement 
dite restait l'expression traditionnelle du passé de la 
Mésopotamie 

MM. Dieulafoy, Perrot, de Vogue présentent diverses 
observations. 

Musée du Louvre. — On annonce que le Lion 
de Barye, magnifique bronze fondu à cire perdue 
par Honoré Gonon, qui décore la terrasse du bord de 
l'eau du jardin des Tuileries, va être placé au musée 
du Louvre. 

On peut se demander quelles considérations ont 
bien pu motiver cette décision de l'administration 
des Beaux-Arts : un bronze, fût-il à cire perdue, ne 
souffre nullement d'être exposé au grand air ; au 
contraire, il acquiert ainsi une patine que ne lui don- 
nera jamais l'atmosphère d'une salle de musée. 

— Les salles de la Renaissance du Louvre vien- 
nent de recevoir la statue gisante de Catherine de 
Médicis, œuvre de Girolamo délia Robbia, destinée à 
la chapelle funéraire des Valois de Notre-Dame-de-la- 
Rotonde, à Saint-Denis, qui, après diverses vicissi- 
tudes, était restée dans un coin obscur dé l'École des 
beaux-arts, à l'entrée de la chapelle où se trouvent 
encore quelques épaves du Musée des monuments 
français eréé par Lenoir. 

Musée des Arts décoratifs. — Aujourd'hui n 
lieu, au Pavillon de Marsan, l'ouverture au public do. 
l'Exposition des travaux de la femme, dont le vernis- 
sage s'est fait hier. 

Musée Carnavalet. — M. L.-P. Basset, ancien 
capitaine de frégate et descendant de Tourville, qui 
vient de mourir à Avranches, a légué au musée Car- 
navalet, outre une intéressante collection de manu- 
scrits, d'autographes et d'albums géographiques et 
historiques, le portrait de son aïeule, M"' de Tour- 
ville, par Nattier, et le portrait de son père, par 
Ingres. 

Musée Cernuschi. — Le musée Cernuschi sera 
fermé du l" avril au i" rhai pour l'organisation de 
l'Exposition d'art chinois. 

Manufacture des Gobelins. — Cette semaine, on 
a pu voir réunies à la Manufacture des Gobelins, avant 



leur départ pour l'Exposition de Turin, toutes les 
tapisseries, tentures et pièces d'ameublement, qui 
composent le salon Cbéret. 

Manufacture de Sèvres. — Un amateur de céra- 
mique, M.Albert Bichet, vient de faire don, au nmsée 
de la Manufacture de Sèvres, d'une importante série 
de faiences françaises du xviii' siècle, particulière- 
ment de Niederwiller, Sceaux, Marseille, ainsi que 
d'anciennes porcelaines tendres de Sèvres, de Paris 
et de Nymphenbourg. 

Société d'iconographie parisienne (séance du 
31 mars). • — M. Albert \uallart, rapprochant une 
série de dessins et de gouaches de Gabriel de Saint- 
Aubin, dont on ne connaissait pas jusqu'à présent le 
sujet, reconstitue les principales vues du Colisée, ce 
palais d'attractions diverses et d'expositions, inau- 
guré sur les Champs-Elysées en mi, dont on ne 
connaissait jusqu'ici aucune autre représentation 
qu'un plan de Lerouge. Les œuvres d'art qui ont 
permis cette double identification sont : deux des- 
sins au crayon qui se trouvent sur la garde d'un 
volume du Cabinet des estampes, une gouache con- 
servée au musée Wallace, une autre gouache et un 
dessin qui font partie de la collection de M. Henri 
Pannier. 

A ces cinq vues du Colisée, M. Emile Dacier pro- 
pose d'ajouter une sixième, que le travail de M. Vua- 
flart lui permet d'identifier de souvenir, et qui est 
un dessin de G. de Saint-Aubin, relevé d'aquarelle, 
appartenant au musée du Louvre et non exposé. 

École du Louvre. — Une thèse vient d'être sou- 
tenue à l'École du Louvre par M. Jacques Robiquet. 
élève du cours de l'histoire des arts industriels ; il 
avait pris pour sujet : /'. Goiilhière, ciseleur-doreur 
fies Menus-plaisirs du ro</. qui travailla pour M"' Du 
llarry, à Louveciennes, pour le duc d'Aumont, pour 
la duchesse de Mazarin, etc. 

Le Legs Sosthène-Aimé Moreau. — Un ama- 
teur parisien. M. Sosthène-Aimé Moreau. a légué à 
l'Etat vingt-deux tableaux, parmi lesquels plusieurs 
œuvres de David et d'Hubert Robert, à répartir entre 
les musées du Louvre, du Luxembourg, Carnavalet, 
de Rambouillet, de Compiègne et de Fontainebleau. 

Les Legs de sir Charles Dilke. — Par son testa- 
ment, sir Charles Dilkc lègue le portrait de Gambetfa, 
par Legros, au musée du Louvre ou du Luxembourg, 
et un camée du poète anglais Reats à la Maison de 
Keats, à Rome. 

Prix national et bourses de voyage pour 1911. 

— Les artistes qui ont l'intention de solliciter soit le 
Prix national, soit une bourse de voyage ou un encou- 
ragement spécial, devront se présenter, munis de 
pièces justificatives d'identité (extrait d'acte de nais- 
sance, carte d'électeur, etc., établissant qu'ils sont 
Français et n'ont pas atteint l'âge de trente-deux ans 



ANCIEN ET MODERNE 



107 



au 1" janvier 1911), au sous-»ecrétariat d'État des 
beaux-arts, bureau des travaux d'arts, musées et expo- 
sitions, avant le 8 mai. Passé ce délai, aucune 
inscription ne sera plus admise. 

Les demandes seront reçues tous les jours, de dix 
heures à cinq heures, et consignées sur un registre 
par les artistes eux-mêmes. 

Cette formalité n'est applicable qu'aux artistes habi- 
tant Paris et la banlieue. Seuls, les artistes résidant 
en province conservent le droit d'adresser leur de- 
mande d'inscription par correspondance. 

La même date du 8 mai reste fixée comme dernier 
délai pour la réception des demandes d'achats par 
l'État d'oeuvres exposées aux Salons. Ces demandes 
pourront être faites par lettre. 

Le « ravalement » du Palais-Royal. — En pré- 
sence des protestations unanimes, soulevées par les 
travaux dont le Bulletin a parlé dans son dernier 
numéro, M. le sous-secrétaire d'État des Beaux-Arts 
a donné des ordres pour que l'opération du ravale- 
ment entamée au Palais-Royal soit arrêtée. 

A Rome. — Les fêtes du Cinquantenaire de l'Unité 
italienne ont été solennellement inaugurées i Rome 
parle roi, le 27 mars. l.'niiicrGpcment des diverses 
expositions qui auront lieu à cette occasion n'est 



cependant pas entièrement terminé. L'Exposition 
rétrospective du château Saint-Ange, les pavillons de 
la France, do la Hongrie et de l'Angleterre seuls ont 
ouvert leurs portes. 

Le château Saint-Ange contient une quantité 
d'oeuvres d'art de toutes sortes, relatives à l'histoire 
de la Ville Éternelle : topographie de Rome à travers 
les siècles, collections d'armes, de tissus, de tapisse- 
ries, majoliques, exposition du costume, musée du 
môle d'Adrien, sculptures des Cosmates, de Michel- 
Ange et son école, de Bernin et de son école, reconsti- 
tution de boutiques anciennes, d'nteliers de marbriers 
et de potiers, d'un laboratoire de pharmacie, d'une 
cuisine, d'un cellule de moine... On espère qu'une 
partie de ces richesses ne quitteront pas le châ- 
teau et formeront le noyau d'un musée romain du 
Moyen Age et de la Renaissance. 

Le pavillon hongrois montre le développement de 
l'art national des débuts du xix* siècle à nos jours, 
avec des œuvres de Brocky, Szekely, Munkacsy, 
Ladislas de Paal, etc. 

L'Angleten'e a envoyé les merveilles de ses collec- 
tions publiques et privées et présente ses portraitistes 
du xviii' siècle, ses paysagistes, ses préraphaélites 
et ses peintres contemporains. 

Nous donnons, d'autre part, un aperçu de la section 
française. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Succession de M. J. J. C-- 
(tableaux modernes). — Comme il était aisé de 
le prévoir, d'après la qualité des pièces qui la 
composaient, cettevente a donné de très bons ré- 
sultats et produit le total de 25îi.l80 fr., salle 6, le 
31 mars, sous la direction de M"» Lair-Dubreuil 
et Baudoin et de MM. Ceorges Petit et AUard. 

Les honneurs de la séance ont été pour un des 
Jacque, le Berger faisant paitre son troupeau, qui 
a réalisé juste le prix de demande, soit 20.000 fr. 
Un peu moins favorisé, le CarAn, le Champ devant 
la ferme, n'a obtenu que 17.000 fr. sur la demande 
de 20.000 De même le Marché, par Isabey, n'a 
pas dépassé la. 100 l'r., sur ce même prix de 
demande de 20.000 fr. Par contre, d'autres 
numéros, notamment les Ziem, ont dépassé les 
estimations. 



PRINCIPAUX PRIX 

Tableaux modeknes. — 1. J.-L. Brown. Chasse 
au faucon, 3.750 fr. (dem. 5.000). — 3. Cazin. Le 
Champ devant la ferme, 17.000 fr. (dem. 20.000). — 
4. Chaplin. La Jeune fille aux /leurs, 9.000 fr. (dem. 
6.000). — 6. Corot. Le Matin, 4.000 fr. (dem. 8.000; 
vente Chavane, 6.000). — 7. Courbet. Le Château 
d'Ornans, 3.300 fr. — 8. Daubigny. Le Village au hord 
de la rivière, 5.700 fr. (dem. 12.000). — 9. Diaz. Filles 
d'Orient, 9.000 fr. (dem. 12.000). — 10. Fromentin. 
Itencontre de cavaliers arabes, 17.000 fr. (dem. 15.000; 
vente Eug. Lyon, 1903, 20.000: vente Viguier, 1906, 
12.100). — H. flarpignies. Le Sentier creux dans la 
forêt, 6.500 fr. (dem. 10.0001. — 12. Ilenner, Hérodiade, 
13 500 fr. (dem. 12.000). — 13. Im Nymphe qui pleure, 
12 600fr. (dem. 10.000). 

15. Isabey. Le Marché, 15.100 fr. (dem. 20.000). — 

16. Pendant la tempête, 6.100 fr. (dem. 10.000). — 

17. Le Duel, 8.000 fr. (dem. 7.000). — 18. Ch. Jacque. 
Bergère faisant paitre son troupeau, 20.000 fr. (dem. 
20.000). — 19. La Kenlrée du troupeau, 15.600 fr. 



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LB BULLETIN DE L'ART 



{dein. 16.000). — 20. L'Agneau et la brebis, 5.000 fr. 
— 21. Jongkind. Boulevard du Porl-Poyal, à Paris, 
6.500 fr. (dem. 6.000). — 22. Vaisseaux à l'ancre dans 
le port, 3.700 fr. — 23. Maisons au bord de l'eau, 
7.100 fr. (dem. 8.000). — 27. Lépine. Bateaux amarrés 
dans le bassin, 3.600 fr. — 28. Lhermite. Le Labour, 
12.500 fr. (dem. 10.000). — 30. Van Marcke. L'Heure 
de la traite, 12.750 fr. (dem. 15.000). — 34.0. Tassaert. 
Bethsabée au bain, 5.100 fr. (dem. 5.000). — 37. Ziem. A 
la sortie du Grand Canal, 15.000 fr. (dem. 12.000). — 
38. Santa Mariadella Salute, 11.100 fr. (dem. 10.000). 

Vente Boilesve. — Il nous suffira d'ajouter 
à ce que nous avons dit précédemment de cette 
suite de vacations qui a duré du 27 mars au 
1='' avril, sous la direction de M* A. Couturier et 
de M. Guillaume, salles 9, 10 et H ,que le total s'est 
élevé à 246.000 francs. Un certain nombre de 
meubles et autres objets du xviii« siècle ont 
atteint à des prix honorables variant de 1.000 à 
2.000 francs. Contentons-nous de signaler l'en- 
chère de 3.180 fr. obtenue par le n" 685, une 
petite commode ventrue, d'époque Louis XV, en 
marqueterie de bois de couleur, avec bronzes et 
signée Reizell. Encore une fois les résultats de 
cette vente, intéressante pour le commerce pari- 
sien de la curiosité, ne valent pas la peine qu'on 
s'y arrête plus longuement. 

Vente de tableaux et objets d'art. — Nous 
avons annoncé, avec détails, la vacation ano- 
nyme dirigée, salles 5 et 6, le 3 avril, par M° Lair- 
Dubreuil et MM. Paulme et Lasquin, et qui était 
composée d'objets d'art et d'ameublement, ta- 
bleaux, dessins, estampes, provenant de divers 
amateurs. 

Le. produit s'est élevé au chiffre de 441.990 fr. 
et plusieurs enchères méritent d'fitre signalées. 

En particulier les deux gouaches par Frago- 
nard, l'Amour et la Folie, compositions connues 
par les gravures de Janinet, sont montées à 
35.000 francs sur la demande de 20.000; les 
deux petites peintures par Chardin, le Dessina, 
leur et l'Ouvrière en tapisserie, à 31.000 francs 
sur la demande de 30.000, tandis que le Portrait 
de femme, par M"'» Vigée-Lebrun, est resté à 
22.500 francs sur la demande de 35.000. 

A noter encore le beau chiffre de 31.500 francs 
réalisé par la miniature de Uumont, le Portrait 
de Af"« Marguerite Gérard, estimé seulement 
20.000 francs. 

PRINCIPAUX PRIX 

Estampes du xviii* siicLK. — 7. Debucourt. Le 
Menuet de la mariée, imp. en coul., marfce, 2.600 fr. 



— 14. D'après Lavreince. La Comparaison, par Jani- 
net, imp. en coul., toute marge, 2.520 fr. — 17. 
D'après Taunay. La Noce de village, la Foire de vil- 
lage, la Rixe, le Tambourin, par Descourtis, imp. en 
cou!., marge, 2.600 fr. 

Tableadx a.>ciens. — 21-22. Chardin. Le Dessinateur, 
l'Ouvrière en tapisserie, àeux pendants, 31.000 fr. (dem. 
30.000). — 32. Fragonard. L'Amour, la Folie, deux 
gouaches, 35.000 fr. (dem. 23.000). — 33. Portrait du 
sculpteur Foucou, 19.000 fr. (dem. 20.000). — 3*. 
L'Abreuvoir, 5.100 fr. (dem. 5.000). — 35. Nattier. 
Portrait présumé de la comtesse d'Argenson, 14.500 fr. 
(dem. 20.000). — 42. L.-M. Van Loo. Portrait de la 
marquise de Ronclierolle, 8.000 fr. (dem. 8.000). — 
43. M— Vigée-Lebrun. Portrait présumé de Marie- 
Thérèse de Savoie, comtesse d'Artois, 4.900 fr. (dem. 
8.000). — 44. Portrait de femme, 22.500 fr. (dem. 
33.000. Réserves sur la signât.) — 46. Ant. M'atteau. 
L'Entretien dans le parc, 14.500 fr. (dem. 20.000 ; vente 
Bryas, 1898, 18.200). 

Faïences et pokcelainks anciennes. — 49. Deux 
plats, Delft, polychr. et or, de Pynacker. Pas vendus. 

— 79. Vase carré Kang-hi, décor émaux de cou!., 
les Saisons, 3.000 fr. 

Objets de vitrine. — 96. Miniature par F. Dumont. 
Portrait de M"' Marguerite Gérard, 31.500 fr. (dem. 
20.000). 

lÎHO.NZES d'ameublement. — 105. Surtout de table, 
br. ciselé et doré, par Thomire, vingt-quatre pièces, 
5.000 fr. (dem. 5.000). — 108. Pendule à double cadran 
tournant, forme vase, couv. sur socle carré orné 
appliques en or, ép. Louis XVI, 12. 000 fr. (dem. 13. 000). — 
109. Pendule marbre blanc et bronze doré, mouvement 
surmonté d'un groupe attribué à Falconet, Vénus 
allaitant l'Amour, corn' ép. Louis XVL 19.000 fr.(dem. 
20.000). — 110. Pendule à double cadran tournant, br. 
éniaillé et doré, groupe de femmes nues debout 
figurant les Trois Grdces soutenant un vase, ép. 
Louis XVI, 10.000 fr. (dem. 15.000).— 111. Pendule 
marbre blanc et br. doré, mouvement enfermé dans 
un autel, l'Offrande à l'Amour, ép. Louis XVI, 
10.500 fr. (dem. 6.000). 

Sièges et meubles anciens. — !15. Salon de quinze 
pièces, bois sculpté ciré, style Louis XIV, recouvert 
tapisserie à personnages, en partie ép. Louis XIV ou 
Régence, 13.000 fr. (dem. 8.000). — 120. Bureau 
bonheur-du-jour, marqueterie de couleur, paysages, 
ép. Louis XV, 4.560 fr. — 121. Commode contournée, 
laque en dorure sur fond noir, garnie br., estampille 
de Moriaerd, ép. Louis XV, 6.200 fr. — 125. Meuble 
formant armoire, marquet. placage à gerbe de fleurs, 
ép. Louis XVI, 2.620 fr. — 127. Commode mouve- 
mentée, marqueterie à personnages, trophées, etc., 
ép. Louis XVI, 2.600 fr.— 128.Bureau bois satiné, ép. 
Louis XVI, 10.000 fr. (rest. ; dem. 8.000}. — 129. Con- 
sole bois sculpté et peint, estampille de Jacob, ép. 
Louis XVI, 4.820 fr. — 133. Lit de face, forme bateau, 
acajou etbr., ép. Empire. 5.000 fr.— 134. Lit de face, 



ANCIEN ET MODERNE 



109 



acajou, statuettes de génies, bois sculpté, et garni 
bronzes, ép. Empire, 7.100 fr. 

Tapisseries anciennes. — 137. Dix pièces pour 
sièges, tapisseries à petits personnages, ép. Uégence, 
3.900 fr. — 138. Huit pièces tapisseries au petit point, 
petits personnages, en partie ép. Régence, 3.000 fr. — 
139. Dix bandes tapisserie au petit point, fond noir, 
figures allégoriques et fleurs, ép. Louis XIV, 5.100 fr. 

— 141-142. Deux garnitures de banquettes, tapisserie 
fine de Beauvais, arabesques et fleurs, comui. du 
XIX' s.; garniture de tabouret analogue, 3.550 fr. — 
143. Panneau tapisserie desGobelins, xvm-s., paysage 
et oiseaux, 6.050 fr. — 144. Deux tapisseries de Paris, 
avant les Gobelins, ép. Louis XIV, fond bleu de roi, 
quadrillé fait de massues croisées avec Heurs de lis, 
armes de France et de Navarre, 8.010 fr. — 145. 
Tapisserie de Bruxelles, ép. Louis XIV, parc orné de 
portiques et char de l'Amour, 8.310 fr. (dem. 4.500). 

— 146. Tapisserie de Bruxelles, ép. Régence, Gérés et 
Mercure dans un paysage, 7.010 fr. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Objets 
d'art, etc. — Une mince brochure illustrée de 
deux planches nous apporte l'annonce de la 
vente qui aura lieu, par suite du décès de 
M">« veuve M..., le 10 avril, salle 6, sous la di- 
rection de M" G. Larbepenet et Lair-Dubreuil 
et de MM. Paulme et Lasquin fils. 

Parmi les objets d'art et d'ameublement qui 
feront robjet de cette vente, on notera un ameu- 
blement de salon, composé d'un canapé et de 
six fauteuils, couvert en ancienne tapisserie 
d'Aubusson du xviii' siècle, à sujets de petits 
personnages d'après J.-B. Huet et d'animaux 
tirés des Fables de La Fontaine ; et un grand 
meuble flamand à quatre portes, du xvii» siècle, 
qui proviendrait de la maison de Rubens à 
Anvers. 

Collection C... (bagues, etc ). — Dans le 
courant du mois sera dispersée, par les soins de 
MM. Rollin et Feuardent, une collection de plus 
de trois cents bagues des époques égyptienne, 
grecque, romaine, gallo-romaine, mérovingienne, 
gothique etde la Renaissance. Cet ensemble remar- 
quable constitue une véritable histoire de la bague 
depuis l'antiquité jusqu'au xvii" siècle. Beaucoup 
des numéros de cette collection ont été publiés 
dans la Revue française d'archéologie et la prove- 
nance de la plupart est connue. Cette vente, sur 
laquelle nous aurons l'occasion de revenir, com- 
prend encore une parure mérovingienne décou- 
verte dans le département de l'Aisne et un vase 
en bronze trouvé dans la Saône. 

M. N. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



I" Salon des Dessinateurs humoristes 

(galerie des Modes). — M. de La Palice aurait- 
il mauvaise gr;\ce à déclarer que la plus terrible 
conséquence d'un schisme est d'enfanter aussitôt 
deux sociétés concurrentes? Devançant d'emblée 
le Salon annuel des Artistes humoristes au Palais 
de glace, voici donc le premier Salon des Des- 
sinateurs humoristes, qui devient comme le 
« Champ-de-Mars » de l'humour et qui se hâte 
d'en offrir la Heur en un palais visité par la mode 
et, dorénavant, par le Tout-Paris des vernissages. 
Résignons-nous à ce surcroît de distractions .. 
Il est vrai que le rire est le propre de l'homme 
et qoe les sots seuls ne badinent point; mais 
n'est-ce pas abuser un peu d'une llatterie à l'in- 
telligence humaine, et qui n'atteint pas constam- 
ment son but, car des gens coalisés pour nous 
dérider nous laissent le plus souvent impassibles? 
Sans parler des groupes nouveaux qui décrivent 
Montmartre et le Boulevard ou la Parisienne, ne 
possédions-nous point la Comédie humaine, où 
chatoie discrètement, comme ici, la vitrine de 
M"« Leone Georges? Sans doute, à la suite de 
M. Louis Morin, le galant préfacier d'un somp- 
tueux catalogue, il est de bon ton de répéter que 
cette école, héritière de notre xviii= siècle, est 
plus française que le groupe romantique de Bar- 
bizon, qui se souvint de Constable, ou que l'im- 
pressionnisme, qui sortit de Turner;et le visiteur 
ne dit pas non, devant la gnVce libertine de Wil- 
lette ou l'espièglerie de Drésa; mais le mot 
même d'humour est anglais, comme William 
Hogarth; et, si MM. Léandre, Truchet, Neumont, 
Jean Veber savent encore sourire, MM. Forain, 
Steinlen, Jeanniot, Dethomas, Naudin, Labou- 
reur , Hermann-Paul ont une amertume que 
nos aïeux, même dépoudrés, ne connaissaient 
pas. 

Expositions diverses. — Ce n'est vraiment 
pas suffisant, disait la critique de jadis en pré- 
sence de Puvis de Chavannes et d'abord, de Corot, 
cet original qui passait pour n'imiter rien, pas 
môme la nature... Que dirait-elle aujourd'hui 
des suaves pochades où M. K.-X. Roussel, chez 
Bernheim jeune, justifie plus d'une fois sa pré- 
tention d'évoquer, dans notre atmosphère de 
pétrole, la Grèce des poètes et ses bois sacrés, 
avec la blancheur vagabonde des nymphes ? Et 
par quel sortilège ces à-peu-près charmants 



no 



LE BULLETIN DE L'ART 



peuvent-ils trouver grâce devant les derniers 
défenseurs du dessin? C'est le secret de leur taclie 
iiarmonieuse, qui nous dévoile, par son indécision 
même, combien le beau r6ve antique s'éloigne 
de nos yeux... 

Non moins décoratif, mais tout autrement, 
dans une gamme à la fois plus familière et plus 
chaude, M Georges d'Espagnat continue, chez 
Durand-lluel, avec ses groupes de jeunes liseuses 
ou de musiciens, à nous faire rêver de tous les 
opulents motifs de tapisserie que fourniraient 
les tons complémentaires de sa palette. 

Si l'art moderne a trop souvent péché par la 
base même du savoir, n'est-ce pas une grande 
mélancolie que d'entrevoir combien le caractère 
et le labeur de l'homme peuvent être supérieurs 
au résultat de l'artiste '! C'est une tristesse de 
cette nuance que nous réservaient les loyales et 
nombreuses études sorties de l'atelier d'un paysa- 
giste-animalier, dont la ponctualité n'allait point 
sans monotonie : Julien Dupré (1851-1910), qui 
naquit et débuta dans le négoce, était de ces 
peintres «beaucoup trop herbivores» que Baude- 
laire, peu tendre à Troyon, nommait dédaigneu- 
sement. 

Ne dédaignons jamais la franchise; et, parmi 
tant d'expositions inutiles, retenons la tendresse 
avec laquelle M. Alfred Jeanmougin, chez Marce 
Bernheim, aperçoit la fraîche vétusté du Jura 
natal, avec ses vieilles tourelles reflétées par le 
Boubs. 

Raymond Bouyer. 

Qo©©crac«oc«oceoc«DC©crac»ocrac60crooKD^ 
CHOSES DE PROVINCE 



Pour un Palais des expositions à Nancy. 

Dans le dernier numéro de la revue les Mimées 
de France, notre collaborateur M. Louis Réau 
insiste sur le spectacle aflligeanl que présente 
le musée de Nancy, installé de la façon la plus 
insuftisante dans une partie de l'htUel de ville, 
et où, chose incroyable, la section des arts déco- 
ratifs n'existe qu'à l'état d'embryon. 

Juste au moment où paraissait cet article, nous 
recevions de Nancy une circulaire, signée des 
présidents des diverses sociétés artistiques de la 
ville, réclamant de la municipalité la construc- 
tion d'un palais des expositions, car, autre chose 
incroyable, la capitale artistique de l'Est, la ville 
où de récentes et fécondes initiatives dans le 



domaine des arts décoratifs se sont montrées 
dignes héritières des admirables modèles que 
leur avaient laissés les maîtres du xviii« siècle, 
cette ville, qui n'a pas de musée digne d'elle, ne 
possède pas non plus de salle d'expositions digne 
de ses artistes ! 

« Oui, nous écrit-on de là-bas, dan» une ville où les 
arts décoratifs débordent, d'où plus d'une fois ils 
sont venus s'affirmer à Paris, d'oii ils ont rayonné 
jusqu'à Strasbourg, Liège, Bruxelles, Turin, Milan, il 
n'existe pas un palais où l'on puisse en étaler les 
spécimens : à peine trois galeries d'une insutTisance 
notoire, et qui semblent dater de l'Age de pierre, 
quoiqu'elles n'aient que vingt ans d'existence, à peine 
bonnes à accrocher des tableaux ! Évidemment, 
l'étranger s'attend à trouver mieux dans ce milieu si 
réputé. Il ne rencontre absolument rien et il en 
arrive à se demander si la réputation de Nancy 
n'est pas usurpée et si tous les écrivains d'art n'ont 
pas bluffé. 

» Nous avons parlé de trois galeries, il n'y a qu'un 
instant; elles n'existent même plus, la direction 
théâtrale en a pris possession depuis qu'un incendie 
a détruit le théâtre municipal, en octobre 1906. Depuis 
ce temps, la malheureuse Société des Amis des Arts 
est réduite à la portion congrue; elle se maintient 
tant bien que mal, plutôt mal que bien, errant de 
local en local, et il en sera ainsi, au grand dam de 
tous, jusqu'à ce qu'enfin le nouveau théâtre soit 
reconstruit et que les galeries reviennent à leur desti- 
nation première, dans trois ans peut-être. 

» Mais voilà qu'il y a quelques mois, naquit l'idée 
de créer cette fois un véritable palais d'expositions 
sur l'emplacement de cet ancien théâtre toujours en 
ruine, emplacement idéal d'ailleurs et susceptible de 
répondre à toutes les conditions exigées par les 
artistes et les amis du Nancy de Stanislas, car c'est 
bien sur la place de ce nom qu'il s'agit non de l'élever, 
mais de le relever. 

» On se souvient certainement des désaccords qui 
se sont élevés dans la population au sujet du choix 
de l'emplacement du nouveau théâtre. Finalement, 
après des Bots d'encre versés, on se décida pour 
l'ancien évêché, dont la façade forme l'un des demi- 
côtés de la magnifique place Stanislas (lU 

» Il est écrit que, dans cette ville plus qu'ailleurs, 
il y aura toujours des dissensions sur des points qui 
devraient, scmble-t-il, rallier les suffrages de tous 
les artistes. Ne voilà-t-il pas que l'idée d'un palais 
d'expositions est repoussce par les peintres de 
chevalet ! C'est pour eux surtout qu'on le demande. 
Us n'en veulent point... 

• Après tout, c'est chose très simple ; qu'ils retour- 
nent seuls à leurs galeries Poirel et qu'ils laissent les 

(1) Le liullelin a résumé ces discussions et signalé 
les dangers de la solution adoptée (voir : n" 336. 373. 
376 et 401). 



ANCIEN ET MODERNE 



m 



artistes du décor poursuivre la réalisation de leur 
rêve... » 

Tout cela parait très raisonnable, et la ville de 
Nancy s'honorerait en prenant en main la cause 
(les artistes qui ont contribué pour une si large 
part à sa renommée. Voilà quatre ans que les 
murs calcinés de Tancien théâtre attendent la 
pioche du démolisseur; malgré les protestations 
les mieux fondées, on s'est obstiné alors à utiliser 
le pavillon de l'évêché désaffecté pour y établir le 
nouveau théâtre. Que l'on se décide donc mainte- 
nant à reconstruire le monument détruit par 
l'incendie pour en faire un palais des exposi- 
tions... ou un musée. 



CORRESPONDANCE D'ITALIE 



La section française 
à l'Exposition internationale de Rome. 

I/E.xposition internationale de Home vient de 
s'ouvrir pour la partie concernant l'art contem- 
porain. 

Située dans une dépendance des jai'dins Bor- 
ghèse, où le terrain se relève en pente douce 
des deux côtés d'une dépression, elle offre un 
ensemble harmonieux que dominent, en vis à-vis, 
les deux pavillons de la France et de l'An- 
gleterre. Cette dernière, dotée de ressources 
illimitées, affranchie de l'intervention des grou- 
pements artistiques, a pu donner à sa section 
un éclat splendide. La France, qui attend encore, 
après maintes tergiversations, de la Ville de 
Paris, une contribution décorative, a réussi, 
dans de moindres proportions, à présenter une 
image fidèle de notre mouvement artistique 
actuel. Les éléments académiques sont repré- 
sentés, dans la peinture, par un Lion et le Por- 
trait d'Hébert, dus à M. A. Morot, une Pieta, de 
M. Gabriel Ferrier, deux images féminines de 
M. Fr. Flameng, et l'on peut y rattacher le 
portrait de Richepin et une effigie de dame âgée, 
par M. Baschet. La Société Nationale a contribué 
pour une part très importante au succès de notre 
exposition, avec nombre d'ouvrages extrêmement 
appréciés à nos derniers Salons. M. Roll oppose 
à sa Manda Lamettrie une fraîche jeune femme 
en blanc; .M. R. Ménard a une de ces belles 
Jylles antiques où il excelle; M. G. Latouche, 
In feu d'artifice sur l'eau , du plus prestigieux 



éclat ; M. J. Blanche, le portrait de Rodin et son 
touchant tableau de l'an dernier : Anniversaire ; 
M. Dauchez, ses admirables pius du Salon de 
1910; M. Prinet, les portraits groupés de la 
famille Saglio, d'un charme sévère, et une Vue du 
coicvent de Saint-François-d'Assise, tout argentée 
parle feuillage des oliviers; M. Cottet, son émou- 
vant marin mort au milieu de l'éploration des 
femmes, auquel s'oppose le défilé des Condo- 
léances, de M. J. Béraud; M. Dinct, d'aimables 
fillettes arabes; M. Lucien Simon, ses bigouden 
se baignant, de l'an passé, auxquelles il a joint 
un charmant Jour des Rameaux dans une église 
bretonne. La contribution de M. Besnard est 
magistrale : c'est d'abord un panneau décoratif. 
Maternité; le portrait assis, de profil, de Af'"'' Bes- 
nard; enfin, l'effigie en pied, dans son uniforme 
ramage d'or, de notre ambassadeur, M. Barrère. 
Celle du directeur de la Villa Médicis ne lui cède 
pas, avec sa Croizetle à cheval; la même, pelo- 
tonnée dans son fauteuil, morceau d'une fraî- 
cheur exquise, et le portrait de M"« C. Duran. 

Les jeunes de la Société des artistes français 
forment un ensemble d'un éclat et d'une diver- 
sité remaniuables. M. Henri Martin tient la tête, 
avec une de ces compositions rêvées où des muses, 
parmi l'ensoleillement des branchages, passent 
sur d'humbles tâcherons. Son émule, M. Ernest 
Laurent, joint à un exquis portrait de jeune 
femme en blanc, une jatte de roses délicates 
et mouillées ; M. Du Gardier groupe sur un palier 
lumineux des jeunes gens en costume de bain 
autourd'une raondaineen toilette claire ; M. Adler 
a des hauts fourneaux et une Manifestation 
Ferrer, aM fourmillement farouche; M.Devambez 
y oppose une Charge d'agents sur les boulevards, 
et un gentil Déjeuner de première communion; 
M.Desch, deux charmants enfants en vêtements 
des dimanches. Deux toiles sévères et profondes 
de M. Lavalley doivent être citées avec élofres, de 
même que les paysages, très divers d'effets, de 
MM. Billotte, Gillot, Boggio, Moullé, etc. 

Le groupe impressionniste a donné pour la 
première fois avec quelque ensemble, sous la 
direction de ses vétérans : M. Cl. Monet, qui 
expose deux vues de Londres, et M. Renoir avec 
un portrait de jeune fille. Les novateurs, mysti-, 
ques ou réalistes, du .Salon d'automne se groupent 
derrière M. Maurice Denis. Citons MM. Guérin, 
Flandrin, Vallotton, Roussel, Vuillard, Bonnard, 
Laprade, Lebasque, Dufrénoy, etc. L'ensemble 
offre de la fraîcheur, parmi ses gaucheries ef 
ses outrances . 



H2 



LE BULLKTIN DE L'ART 



La sculpture s'honore de nobles œuvres : 
M. Rodin en tête, avec son bronze, l'Homme qui 
marcfie, une cariatide accroupie et le buste de 
Dalou; M. Sicard et sa Nuit; M. Gustave Michel 
et son Penseur ébloui par le mystère du ciel 
nocturne; M. de Saint-Marceaux et sa figure tra- 
gique de femme tâtonnante; un faune titubant, 
de M. Injalbert; la Sève, de M. Larche; la Tra- 
gédie, de M. Lombard; un fragment du Monument 
aux morts, de Bartholomé; la Galatée, de M. Mar- 
queste; l'émouvant Hiver, de M. Hippolyte Le- 
febvre ; la Femme au bain, de M. F. Charpentier. 
La petite sculpture montre nombre de charmants 
morceaux. 

L'exposition de la gravure en médailles est 
considérable, elle compte plus de cinquante 
pièces; enfin la gravure originale, de MM. Bes- 
nard et Lepère en Ifite, occupe une place impor- 
tante, auprès de l'estampe de reproduction. Ce 
raccourci rapide montre assez la vigueur et l'en- 
semble de l'effort accompli par nous à Rome. 

J. L. 



LES REVUES 



Franck 

Les Musées de France (19H, n° 1). — A. Héron 
DR Vn.LEFOssE. Une plaque antique de bronze à incrus- 
talions d'argent. — Don de la Société des Amis du 
Louvre, provenant de la collection Campe, de Ham- 
bourg. Elle représente deux épisodes de chasse, rentre 
dans les séries romaines et ne paraît pas antérieure 
au IV' siècle. 

— Jean Guiffbky. La collection Chatichard ou 
musée du Louvre. — Extrait de la notice lue par 
M. J. Guiffrey, à l'Assemblée générale des Amis du 
Louvre, le 24 janvier dernier. 

— Paul ViTBT.. /uies Maciel. — Notice nécrologique 
sur le regretté président de l'Union centrale des Arts 
décoratifs. 

— Raymond Kokchlin. La III' exposition d'estampes 
japonaises au musée des Arts décoratifs. — Consacrée 
à Kiyonaga, Sharaku et Buncho et aux artistes de 
la même époque (fin du xviii' siècle). 

— Louis Réau. Le Musée de Nancy. — Examen 
critique des principales œuvres; les desiderata nom- 
breux qu'on est en droit de formuler sur la présen- 
tation, le classement, l'encombrement du musée; les 
ouvrages de sculpture y sont plus mal partagés 
encore que les peintures, et la section d'art* appliqué, 
dans une ville célèbre par ses industries d'art, est 
d'une insuffisance incroyable. 



Belgiquf. 

L'Art flamand et hollandais (février). — Max 
RoosKS. Exposition de l'art flamand du XVII' siècle 
au Palais du Cinquantenaire à Bruxelles en 1910 (II). 

— Ce second article est consacré à Van Dyck (repré- 
senté par 101 numéros), à Jordaens et aux peintres 
de grandes toiles historiques ou religieuses de l'en- 
tourage de Rubens : V. Wolfvoet, G. de Crayer, 
Cornelis Schut, Gérard Zeghers ; enfin à Philippe de 
Champaigne (pi.). 

— Julius de RoEB. Jan Toorop. — Suite de la 
monographie du peintre et graveur hollandais. 

(Mars). — Max Rooses. Exposition de l'art flamand 
du XVII' siècle au Palais du Cinquantenaire à liru- 
xelles en 1910 (fin). — Article consacré aux petits 
maîtres : Adrien Brouwer, Joost van Craesbeeck, 
David Teniers, Gonzalès Coques, Jan Fyt, Frans 
Snyders, Jan Sieberechts, etc. (fig. et pi. d'après ces 
artistes). 

— W. van DiEDENiiovEN. A propos de quelques 
bijoux de Bert S'ienhuis. — Cet artiste d'Amsterdam 
est connu à la fois pour ses décors de céramiques et 
pour ses bijoux de tous genres, curieux surtout par 
la recherche de l'association des émaux et des pierres 
précieuses (fig.). 

— Jac. van den Bosch. Deux vases exécutés d'après 
des dessins de Bert Nienhuis, par la fabrique amster- 
damoise « De Distel ■> (flg.). 

Russie 

Starye Gody (février). — Vladislav I^ockomski. 
L'art héraldique en Russie. — Les armoiries com- 
mencèrent à paraître en Russie dans la seconde 
moitié du xvii* siècle, sous l'influence de l'Europe 
occidentale et particulièrement de la Pologne. Plu- 
sieurs furent empruntées; beaucoup furent dessinées, 
dans un style trop français, par l'Italien Santi (1722- 
1727). Il eut pour continuateurs les Russes Baranov, 
Tchernavski, etc. Paul I" fit commencer le recueil de 
l'Armoriai général, dont dix-huit parties ont été 
imprimées. 

— Georges Lolkomski. Le Palais du Sénat [à 
Saint-Pétersbourg]. — Construit de 1827 à 1833, par 
l'architecte Rossi, à la suite d'un concours auquel 
participèrent six architectes, parmi lesquels le Fran- 
çais Jacquot. 

— A. Anissisiov. Restauration des peintures mura- 
les de l'église Saint-Théodore le Stratélate, à Sov- 
gorod. — Examen des peintures découvertes depuis 
le commencement du travail, en automne dernier. 

— Denis Rochi. 



Le Gérant : H. Denis. 



Paru — imp. (taoricw pMii, 11, me Uodol-de-Mauroi 



Numéro 50Ô. 



Samedi 15 Avril 1911 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Générosité éclairée 



La mort du comte Isaac de Camondo apporte 
à nos musées nationaux un des enrichissements 
les plus considérables qu'ils aient jamais reçus, 
autant pour le nombre et la qualité des œuvres 
que pour leur variété. 

Ce n'était mystère pour personne que le grand 
collectionneur qui vient de disparaître avait dès 
longtemps marqué au Louvre la place de ses 
richesses d'art. Avec une délicatesse vraiment 
touchante, il ne se considérait que comme l'usu- 
fruitier de ses collections, et, quand il leur 
ajoutait quelque chose, il pensait moins à ses 
[satisfactions personnelles du moment qu'à 1 ac- 
Icroissemeht raisonné des collections du Louvre, 
Ipour un jour à venir. Président de la Société 
(des Amis du Louvre, membre du Conseil des 
I musées nationaux, membre de la Société des 
[Amis du Luxembourg, il trouvait d'autres occa- 
[sions, plus immédiates, de servir une cause qui 
tlui tenait tout particulièrement au cœur et de 
[montrer qu'il était non seulement un composi- 
[teur distingué, mais un connaisseur au goût 
lires sur et à la générosité inépuisable. 

Sans énumérer le détail des libéralités de 
de Camondo, on peut rappeler les plus cé- 
Plèbres œuvres d'art qu'il avait réunies et dont 
Icertaines ont souvent figuré dans les exposi- 
tions . La série du xvin^ siècle français est 
incomparable : outre les meubles qui ornaient 
la chambre de Louis XV à Versailles, elle com- 
j prend des tapisseries, des bronzes, la pendule 
[de Falconet, les Trois Grâces, si admirée à l'Expo- 
'sition universelle de 1900, des portraits de La 
Tour et de Perronneau, des dessins de Watteau, 
FragonarJ, Boucher, etc , provenant des plus 
fameuses collections. Toute une part de la galerie 
était réservée à l'art de l'Extrême-Orient, avec des 
pièces de premier ordre dans la série des bronzes, 
des peintures, des estampes, etc. Une autre part 
était consacrée aux œuvres d'art du moyen âge 



et de la Uenaissance. Une autre enfin aux pein- 
tures modernes, où Corot, Delacroix, Manet, 
Monet, Sisley, Degas, sont représentés par quel- 
ques-uns de leurs chefs-d'œuvre les plus jus- 
tement réputés. 

Il faut savoir gré à ce véritable amateur d'avoir 
épargné à tant de trésors les hasards d'une vente 
publi(]ue et de leur avoir assuré un asile digne 
d'eux dans les musées de France. Mais on con- 
naîtrait mal M. de Camondo si l'on croyait qu'il 
s'est borné à léguer ses colkclions au l,ouvre, 
avec une somme nécessaire à leur aménagement. 
Répondant par avance, eût-on dit, à une ques- 
tion que nous posions naguère ici même (II, 
il a voulu donner un exemple aux bienfaiteurs 
des collections publiques, à quelque pays qu'ils 
appartiennent, et. pour parer au danger de ce 
que nous appelions « les musées dans le musée», 
il a exprimé le vœu que ses collections restassent 
groupées pendant cinquante ans, mais il a laissé 
toute liberté de les répartir ensuite entre les 
diverses sections du musée auxquelles elles 

ressortissent. 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Institut de France (séance du 5 avril). — Parmi 
les attriliutions des fondations Dcbroiisse et Camille 
Gras, faites par l'Institut dans sa dernière séance 
trimestrielle, citons : 

900 francs pour l'établissement du catalogue des 
objets d'art et des collections de l'Inslilut ; 

Cl. 000 francs pour la continuation des fouilles de 
Mahdia, entreprises par M. Merlin, directeur du 
service des antiquités de la Tunisie ; 

3.000 francs au H. P. Uelattrc, correspondant de 
l'Académie des inscriptions et belles-letires, pour la 
continuation des fouilles de Carlhage ; 

1.500 francs pour la publication de l'album des 
restaurations exécutées par les pensionnaires de la 
Villa Médicis ; 



(1) Voir le n* 49.") du Bulletin. 



H4 



LE BULLETIN DE L'ART 



2.500 francs pour l'édition des refjistres de l'an- 
cienne Académie d'architecture ; 

1.000 francs à M. Bonnet, pensionnaire de la Villa 
Médicis, pour la restauration du temple de Priène. 

— En suite du rapport de M. Darboux, secrétaire 
perpétuel de l'Académie des sciences, sur le prolon- 
gement de la rue de Rennes, l'assemblée a formulé 
la protestation suivante : 

i< L'Institut proteste énerglquement contre toute 
modification du bassin fluvial de la Seine compris 
entre le Pont-Neuf et le pont des Arts ; — demande 
qu'il lui soit donné communication du projet de la 
convention qui doit, dit-on, être passée entre l'État 
et la Ville de Paris au sujet de la reconstruction de 
l'Institut ; — demande aussi que ce projet contienne 
la condition suivante : nécessité absolue de la recon- 
struction préalable des bâtiments affectés aux ser- 
vices de l'Institut avant qu'il soit procédé à aucune 
démolition. » 

Académie des beaux-arts (séance du 8 avril). — 
L'Académie a élu correspondant dans la section de 
peinture, en remplacement de M. von Uhde, décédé le 
2a février dernier, M. Anders Zorn, de Stockholm. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 7 avril). — M. le comte Durrieu entretient 
l'Académie d'un très bel exemplaire manuscrit des 
Statuts de l'ordre de Saint-Michel conservé en Angle- 
terre, dans la collection du colonel sir George Holford. 

Dans une des miniatures de ce volume, iM. Uurrieu 
croit reconnaître un portrait du jeune roi Edouard VI 
d'Angleterre, qui fut créé chevalier de Saint-Michel 
dans sa quatorzième année, et il en conclut que ce 
superbe manuscrit pourrait bien être un don du roi 
de France Henri II au souverain anglais à l'occasion 
de sa nomination dans l'ordre, en 1551. 

Conseil des musées nationaux. — Dans sa séance 
de lundi dernier, le conseil a accepté le magnilique 
legs fait par M. Isaac de Camondo au musée du 
Louvre. 11 a décidé d'installer la collection de M. de 
Camondo dans les galeries de l'aile sud des Tuileries 
qui avoisine le pavillon de Flore. Ces galeries seraient 
divisées en plusieurs salles, de manière à présenter 
les objets de la collection dans un cadre approprié à 
leur époque, suivant le désir exprimé par le donateur. 

Le conseil a abordé ensuite l'étude des projets rela- 
tifs à l'extension du musée du Louvre dans l'ensemble 
des bâtiments laissés vacants par le déménagement 
du ministère des Colonies. Une première décision a 
été prise : celle de placer dans les sous-sols éclairés 
par le saut-de-loup du jardin, les services d'ateliers, 
moulage, rentoilage, etc. 

Quant à l'utilisation des galeries, l'opinion du 
conseil parait favorable au projet qui consiste à 
affecter les grandes salles du rez-de-chaussée à l'expo- 
sition de la sculpture et des tapisseries du xviii' siècle, 
et les salles du premier étage aux œuvres des peintres 
français de la même époque. 



La salle de la collection Camondo, consacrée à la 
même époque, serait placée dans l'angle nord du 
pavillon de Flore et servirait d'entrée aux galeries de 
peinture du xviii' siècle. 

École du Louvre. — M. Marquet de Vasselot fera 
après Pâques quelques conférences sur diverses 
séries du département des objets d'art, le lundi, 
à 2 heures et demie, dans les salles du musée. 

La première leçon aura lieu le lundi 24 avril. 

Une exposition internationale d'Art décoratif 
en 1914. — Les présidents de l'Union centrale des 
Arts décoratifs, de la Société centrale d'encouragement 
à l'art et à l'industrie et de la Société des Artistes déco- 
rateurs, viennent d'adresser à M. Dujardin-Beaumefz 
une lettre collective oii ils le prient de vouloir bien 
demander au Parlement de voter le principe d'une 
exposition internationale d'art décoratif, qui aurait 
lieu à Paris en 1914. L'exposition serait organisée avec 
le concours et sous le contrôle de l'État par ces trois 
associations solidaires. 

Salon de 1911. — A la Société des Artistes fran- 
çais, le jury de sculpture pour le Salon de 1911 est 
ainsi composé : 

Président : M. Gardet; vice-présidents : .VIM. Al- 
louard et Hannaux ; secrétaires : M.M. Champcil, 
Laporte-Blairsy et Mengue ; membres : MM. Albert 
Lefeuvre, Antonin Cariés, Th. liarrau , Béguine, 
Alfred Boucher, Curillon, Desca, Grcber, LanHowski, 
Pierre Laurent, Miserey, Perron, Itécipon. Bollard, 
SégolTln, Verlet, Vidal, Cornu, Terroir. Lecouturier 
et Peyrol, sculpteurs; Borrel, Bottée et Grégoire, 
graveurs en médailles; M. Lambert, graveur sur 
pierres fines. 

— Voici la composition du jury d'architecture : 
président : M. Daumet, membre de l'Institut; vice- 
présidents : MM. Moyaux et Pascal, membres de 
l'Institut; secrétaires ; M.M. Guilbert et Héraud ; 
membres : MM. André Defrasse, d'Espouy, Mayeux, 
Louis Bonnier, Paulin et Itoussi. 

L'Affaire de Soudeilles. — On savait d'où le 
chef de saint Martin de Soudeilles était parti; on sait 
maintenant où il est arrivé et où il se trouve à l'heure 
actuelle : .\1. Pierpont Morgan a reconnu qu'il était le 
possesseur du reliquaire; il le reçut d'intermédiaires 
qui, naturellement, lui laissèrent ignorer l'irrégularité 
de sa provenance. Quels sont ces intermédiaires '? 
C'est ce que la justice ne manquera pas de nous 
apprendre prochainement. 

Elle nous dira sans doute aussi ce qu'il y a de vra 
dans les bruits qui circulent depuis quelques jours et 
d'après lesquels ce ne serait pas une copie du «Chef» 
authentique, mais six ou sept, qui auraient été fabri- 
quées et vendues à des antiquaires. 

Chronique du vandalisme — Le Conseil muni- 
cipal de Paris ayant discuté sur la construction d'un 
nouveau palais d'expositions réclamé par le ministre 



ANCIEN ET MODERNE 



115 



de l'Agriculture et choisi un emplacement situé entre 
la porte Dauphine et la porte Maillot, quatre tiectares 
du bois de Boulogne se trouveraient, de ce fait, 
déboisés et livrés aux constructeurs. 

— Depuis plus de dix ans que la dernière Exposi- 
tion universelle a fermé ses portes, le pont d'iéna 
attend sa remise en état. Les passerelles de bois. 
soutenues par une armature de fer, dont on l'avait 
élargi, en abattant les parapets, se sont pourries et 
ont Uni par disparaître; il ne reste plus qu'une inutile 
ferraille, d'un aspect lamentable. Que peut-on bien- 
attendre pour enlever ces débris ? 

Contre le pont de la Monnaie. — On a lu plus 
haut le vœu formulé par l'Institut de France, dans sa 
séance trimestrielle du ."> avril; il faut joindre à cette 
protestation celle qu'ont votée dans le même sens les 
membres de la Société pour la Protection des paysages 
de France, de la Société des Monuments parisiens, 
de la Société française d'archéologie, de la Société 
nationale des beaux-arts, du Touring-Club, etc , réu- 
nis le m mars au Cercle de la Librairie. 

A Rome — Les inaugurations à l'Exposition de 
Rome ont commencé le 30 mars, par le Pavillon de 
la France et le Palais des Beaux-Arts qui contient les 
œuvres des artistes italiens et plusieurs petites expo- 
sitions étrangères. 

Le Bulletin a sommairement indiqué, dans son 
dernier numéro, l'intérêt présenté par la section 
française. 

Le Palais des Beaux-Arts ne contient pas moins de 
400 œuvres d'artistes italiens ; le succès le plus décidé 
va à deux peintres, Tito et Mancini ; mais on est 
unanime à regretter l'absence d'artistes comme 
Boldiiii. Bistolfi, Trentacosta, Sartorio, Michetti, qui 
comptent parmi les meilleurs de l'Italie contem- 
poraine. Dans le même palais, une salle entière est 
consacrée à Zuloaga, qui n'expose pas moins d'une 
trentaine d'œuvres. 

La Norvège, la Suède, le Danemark occupent plu- 
sieurs salles par des peintures diversement appréciées. 



Grand succès pour la Hollande avec les Maris, 
.Mauve, Mesdag, Israols. 

La Suisse a envoyé de fort bonnes choses ; on 
remarque surtout les toiles de Hodlcr. Max Buri, 
Giron et Silveslre. 

Le pavillon allemand a été inauguré le 3 avril. 
C'est une exposition fort complète des meilleures 
œuvres de l'art allemand des cinquante dernières 
années. Lcibl. Tnibner, Menzel, Hans von Marées, 
Fritz von L'hde y côtoient des jeunes dans plus de 
vingt salles où ils sont distribués par école : Munich, 
Berlin, Dusseldorf, Francfort, Carisruhe, Dresde et 
Weimar. On loue beaucoup l'esprit méthodique avec 
lequel cette exposition a été organisée ; le public 
italien semble moins en apprécier la valeur artis- 
tique, et la presse n'en parle qu'avec des réserves ou 
même de franches critiques. 

On vient d'ouvrir également le pavillon de la Bel- 
gique et les huit salles fort intéressantes du pavillon 
hongrois. 

— Aux Thermes de Dioctétien, enlin libérés par 
de longs travaux des constructions parasitaires qui 
les masquaient en vérité avec tant de grâce, s'est 
inaugurée l'Exposition archéologique. Un passage du 
discours du professeur Luciani en résume le grand 
intérêt : « Nous avons eu un triple but. Nous avons 
tenté avant tout de recomposer le tableau de la civi- 
lisation romaine sous l'empire en demandant àchacune 
des trente-six provinces quelque souvenir des bien- 
faits reçus de Rome sous les aspects variés de la vie 
civile et privée, et surtout en ce qui concerne les 
travaux publics. Puis nous avons tenté de restituer à 
Home, par des copies, les trésors d'art qui lui ont été 
soustraits à partir de la Renaissance pour enrichir les 
musées étrangers. Enfin nous avons tenté la recons- 
titution de monuments et de groupes statuaires que 
le temps a détériorés ou dispersés ». C'est donc un 
musée immense d'art ancien où se mêlent aux origi- 
naux les copies, les restitutions savantes, les mou- 
lages, parmi lesquels un grand nombre reproduisant 
des ouvrages grecs et donnés à Rome par le gouver- 
nement hellénique. — L. G. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — "Vente de faïenc3S, porce- 
laines, etc. — Une vacation anonyme, dirigée, 
salle 10, le 4 avril, par M' l.air-Dubreuil et 
M.M. Paulme et Lasquin, a produit 43.883 francs, 



avec, comme prix principal, les b.900 francs 
obtenus, sur la demanile de 8.000, par deux pots 
en Delft polychrome et doré, décor japonais, 
avec couvercle moderne et quelques restaura- 
tions. Notons encore, dans la même séance, trois 
verdures llamandes du xvii» siècle, adjugées 
ti.90ii francs. 



H6 



LE BULLETIN DE L'ART 



Succession de M. C... (tableaux an- 
ciens, etc ). — Annoncée par un mince cata- 
logue illustré, la vente faite, le b avril, par 
M"" Albiuel et Maurice Couturier, assistés de 
M. Ferai, a produit 52.480 francs. 

Celte vacation comprenait une suite de quatre 
panneaux, les trois premiers par Hubert Ilobert, 
le quatrième par liertin. Sur la demande de 
20.000 fc. pour chacun des Hubert Hoberl, les 
Caacalelles de Tivoli ont réalisé tout juste ce prix ; 
les deux autres, le Temple de Vesta et rAbreu- 
voir, n'ont obtenu que li.iiOO fr. chacun. A titre 
de comparaison, signalons le prix plus modeste, 
1.150 fr. sur la demande de 1.500, pour le der- 
nier panneau de la suite, un paysage historique 
de Berlin. Dans la même vente, une toile attri- 
buée à Fragonard, l'Amour vainqueur, a été 
adjugée 4.700 fr. 

Succession de M. J.-J. C... (meubles an- 
ciens, etc.). — La vente des objets d'art et 
d'ameublement anciens provenant de cette suc- 
cession a eu lieu, salle 1, le 5 avril, par le 
ininisli're de M«' Lair-Dubreuil et Baudoin et de 
MM. Mannheim. 

I^e produit s'est élevé à un total de 99.408 fr., 
avec, comme principale enchère, les 18.800 fr. 
obtenus, sur la demande de 15.000, par le mobi- 
lier de salon en Aubusson d'époque Louis XVI, 
à décor de jeux d'enfants et d'animaux. 

Notons encore : 89. Petite table toilette, forme 
cœur, maniueterie en bois de couleurs, fin ép. 
Louis XV, signée Landriu, 7.000 fr. (dem. 4 000 ; 
vente Sardou, 1909, 5.000 fr.). — 106. Secrétaire 
marqueterie de couleurs, bronzes, ép. Louis XVI, 
3 250 fr. — 111. Petit bureau bonheur-du-jour, 
marqueterie de bois de couleurs, lin xvin« s., 
7.000 fr. — 125. Deux petites armoires, placage, 
5.400fr.— 1,'n. Cantonnière, tapisserie flamande, 
xvn» s., 2.650 fr. 

Objets d'art, etc. — Dans une vente faite, 
salle 6, le 1 avril, par M« Lair-Dubreui 1 et 
MM. l'aulme et Lasquiu, se trouvaient quatre 
plaques ovales en ancienne faïence polychrome 
d'Alcora, à sujets allégoriques, qui ont réalisé 
600 francs sur la demande de 1.200. Une plaque 
analogue, mais fi'^lée, n'a obtenu que 505 francs. 

Tableaux, objets d'art. — Dans la vente des 
tableaux, objets d'art et d'ameublement, appar- 
tenant au comte de /(..., qui a eu lieu, salles 7 et 8, 
le 7 avril, par le ministère de M» Baudoin et de 
MM. Ferai et Mannheim, el a produit un total 



de 34.070 francs, nous ne trouvons à signaler 
que les 2.900 francs obtenus pour un panneau 
Gibier mort, par Oudry. Un Hallali de sanglier, 
de l'atelier du mf me peintre, n'a pas dépassé 
2.050 francs. 

Ventes à l'étranger. — Nous sommes bien 
en retard avec les ventes à l'étranger ; on sait 
que nous nous bornons à annoncer ici celles qui 
ont lieu pendant la saison parisienne, quitte à 
en donner le compte rendu lorsque l'Hôtel 
Drouot nous laisse quelques loisirs. C'est préci- 
sément le cas pendant la semaine qui précède 
et la semaine qui suit Pilques ; aussi, en profi- 
lerons-nous pour publier par ordre chonolo- 
gique les résultats des grandes ventes à l'étranger 
faites pendant les premiers mois de cette année. 

A New- York. — Vente Converse (tableaux 
modernes). — Étrange réunion de peintures 
modernes que celle qui fut dispersée le 6 janvier 
par les soins de l'American art association. 
A côté des noms les plus illustres et des œuvres 
les plus justement recherchées, on y rencontrait 
une pléiade de peintres de second et de troisième 
ordre, de ceux qui se isont fait aux Salons 
une renommée éphémère par leurs peintures 
de genre, anecdotiques et sentimentales. Il est 
juste de dire que ces médiocrités ont eu le 
sort qu'elles méritaient ; leurs enchères ont 
été piteuses. Parmi les personnalités contempo- 
raines plus en vue, certains prix ont été remar- 
quables ; mais c'est parmi les plus vieux des 
peintres modernes qu'il faudra chercher les 
meilleures enchères; la plus élevée a été réalisée 
par un Corot, Paysage au bord de la mer, qui a 
fait juste 100.000 francs. 

Au surplus, voici les enchères au-dessus de 
5.000 francs : 

Cazin. Cour de ferme, 10.250 fr. — Corot, lion/leur. 
le Calvaire de la cale de Grâce, 9.000 fr. — l'aysar/e 
au bord de la mer, 100.000 fr. — Daubigny. l'aysage 
avec villar/e, 38..Ï00 fr. — Defrcgger. L'Arrivée au bal, 
34.500 fr. — Uiaz. Danse des Aimées, 21.000 fr. — 
Mare à t'onlainebleau, 23.000 fr. — Jules Dupré. La 
Charrette, 20.750 fr. — Ferrnris. Le grand f^cheik à 
i Université du Caire, 5.000 fr. — Fromentin. Le ber- 
ger arabe, 10.000 fr. 

Israi'ls. L'Entrée de la cathédrale, 29.750 fr. — 
Jacque. L'Êtable, 14.000 fr. — Jongkind. Canal hol- 
landais, effet de lune, 10.000 fr. — Knight. L'Attente 
des pécheurs, 11.250 fr. — Les Commères, 10.500 fr. 

— Lhermitte. Les Glaneuses, 2&.''>0 fr. — Ad. Moreau. 
Mascarade, 5.625 fr. — Pasini. Bazar mauie. 6.875 fr. 

— Martin Rico. S. Maria delta Sliseiicordia, 13.375 fr. 



ANCIEN ET MODERNE 



117 



— Th. Rousseau. Chaumière en Italie, 34.000 fr. — 
Van Marcke. V'ac/ies au pâturage, 36.000 fr. — Vaa- 
tier.' Danse de paysans, 18.000 fr. — l.a Halle de la 
diligence. 10.000 fr. — Vibert. La Toilette du perro- 
quet, 8.875 fr. — Brozik. Le l'élit Kreutzer, 7.250 fr. 

— Zauiacoïs. Le Rendez-vous, 6.875 fr. 

Vente Seixas (tableaux modernes) — Encore 
lies (ableau-v modernes, œuvres de peintres ac- 
tuellement vivants pour la plupart. Il nous est 
impossible de nous étendre longuement sur les 
petits prix de cette vente, faite le 12 janvier; ils 
n'ont d'autre intérêt que de montrer les cours 
des reuvres d'art de second ordre, de l'autre côté 
de l'Océan. Tout au plus pourrons-nous glaner 
une enchère de 9.000 francs pour le .Jardin 
français à Venise de Ziem, une autre de 6.2o0 fr. 
pour une Fantaisie de Palmaroli; l'Appel du 
passeur fCatling the hoatj, de Hallavoine, s'est 
vendu S.'îiO francs; le reste est au-dessous de 
1.000 francs et plus souvent même au-dessous 
de 1 .000 francs. 

Vente LeslieWard. — Toujours des tableaux 
modernes; mais ici, dans l'ensemble, de qualité 
un peu plus relevée. Aucune enclière capitale; 
la plus belle a été pour le Chef arabe et son 
escorte, de Schreyer. 58.000 francs. Voici les 
autres prix en se bornant aux enchères supé- 
rieures à mille dollars I,a vente a eu lieu le 
13 janvier. 

Vibert. La l'iace disculée, 14.000 fr. — Détaille. 
l'antassins, 11.000 fr. — Meissonier. L'Argument, 
7.000 fr. — Wyano. Jour brumeux, 19.500 fr. — 
Miralles. Jeunes pêcheuses, 13.000 fr. — Murphy. 
Coucher de soleil, 13.000 fr. — Knight. A l'oissy, 
8.500 fr. — Menner. Jeune fille lisant, 12.500 fr. — 
Corot. La Chaumière aux sureaux, S'ormandie , 
31.000 fr. — Clairière, 26.500 fr. — Houle en forêt, 
Ville-d'Avray, 18.000 fr. 

Daubigny. Paysage avec rivière, 11.500 fr. — Diaz. 
Les Ramasseuses de bois mort, 6.250 fr. — J. Dupré : 
La Ferme à VIsle-Adam, 20.000 fr. — Troupeaux à 
l'abreuvoir, 35.000 fr. — Troyon. Vaches blanches et 
rouges, 12.500 fr. — Fromentin : Arabes < kassnnl dans 
le désert, 8.750 fr. — La Halte, 6.750 fr. — \an .Marcke. 
l'dturage prés du Tréporl, 20.500 fr. — Eug. Isabey. 
Auberge de l'Écu-de- France, 15.000 fr. — Clays. Le 
l'art d'Anvers, 5.500 fr. — M. Rico. Canal à Venise, 
6.500 fr. — Ch. Jacque. Bergerie. 25 500 fr. 

Uiélerle. Troupeau au pâturage, S 000 fr.— Schreyer. 
L'Abreuvoir, 27.000 fr. — Neuhuys. Division d'intérêt, 
13.500 fr. — Israi'ls. Vieillard donnant à manger à 
un chat, 25 000 fr. — Tliaulow. La Cathédrale de 
Venise, 6.500 fr. — Van Marcke. Vache rouge, 21.000 fr. 
— Harpignics. Au bord de la mer, 11.500 fr. — 



Schreyer. Charge de cavaliers arabes, 34.500 fr. — 
Mesdag. Le Déchargement des bateaux de pêche, 
5.250 fr. 

Jules Breton. Printemps, 18.000 fr. — Knight. Les 
Commères sur la passerelle, 5.500 fr. — Uérônie. 
Tigresse et ses petits, 10.750 fr. — Ziem. Venise, 
aurore, 15 000 fr. — Sclircycr. Chef arabe et son 
escorte, 58 000 fr. — Van Marcke. Entrée de pâturage, 
50.000 fr. — IsraPls. Le Vieux scribe, 50.000 fr. — 
Bouguereaii. Les Petits voleurs, 16.000 fr. 

Collection Laffan i tableaux anciens et mo- 
dernes). — Faite le 20 janvier; total : lOO.SoO fr. 
pour 56 peintures, et quelles peintures ! ou, du 
moins, quelles attributions ! A côté des noms les 
plus connus des peintres de genre contempo- 
rains, on lisait ceux des plus illustres maîtres 
anciens, auxquels étaient trop généreusement 
donnés une grande partie des tableaux. Le public 
ne paraît pas avoir partagé cette générosité ; 
aussi, les Antonio Moro, les Lucas de Leyde, les 
Zurbaran, les Filippo Lippi, les Gainsborough, 
les Reynolds et autres chefs-d'œuvre du même 
genre n'ont-ils obtenu que des prix dérisoires. 
C'est à peine si l'on trouve à citer la Rieuse, par 
Meynolds, vendue 8.000 fr., prix obtenu égale- 
ment pour un Portrait équestre de Charles /''• par 
Gainsborough, d'après Van Uyck, et une Adora- 
tion par F^ilippo Lippi, 6.750 fr. 

M. iN. 

Les Nouvelles salles 

du Musée Carnavalet. 



Plus que jamais, les amis du passé recon- 
naissent aux musées le droit d'être « les prisons 
de l'art », quant ils les voient recueillir des 
épaves documentaires échappées des prisons de 
l'histoire : tel , entre autres souvenirs de 
l'époque révolutionnaire, ce mobilier d'un archi- 
viste des chevaliers de Malte, ((ui devint, du jour 
au lendemain, celui de la famille royale captive 
au Temple, dans une des quatre tourelles d'un 
noir donjon féodal. 

Grâce à l'érudile activité de M. Georges Gain, 
le musée de notre histoire parisienne vient, en 
effet, de s'annexer deux grandes salles, séparées 
par un escalier somptueux : l'une, au rez-de- 
chaussée, contenant des plans et des vues de la 
capitale a travers un siècle; l'autre, au premier 



118 



LE BULLETIN DE L'ART 



étage, réunissant des portraits et de précieux 
témoins de la Révolution : rendez-vous tempo- 
raire de dons ou de legs récents, où rien n'inter- 
dit au visiteur friand de souvenirs d'introduire 
par avance un classement ; et c'est alors toute 
l'histoire de France et de Paris qui se déroule à 
ses yeux, depuis le manteau de l'ordre royal 
du Saint-Esprit au chilîre de son fondateur, 
Henri 111, Jusqu'au berceau du Prince Impérial, 
offert par la Ville à S. M. l'Impératrice Eugénie, 
en ISMB, et donné par elle au musée. Détachées 
des parois démolies de l'hôtel de Luynes, les 
peintures murales des Brunetti père et fils, qui 
décorent maintenant l'escalier monumental, 
remontent à n48, et, comme les décorations 
voisines de Naloire, aux Archives, elles attestent 
ce parfum d'italianisme que n'a jamais proscrit 
la clarté française. Vue élude de Carpeaux pour 
la Danse a l'air d'être leur contemporaine. 

En présence d'une petite F<He de nuit dans les 
bosquets de Trianon, par Chdtelet, le paysagiste 
à l'azur imaginaire, et qui fut « peintre de la 
Heine » avant de se révéler citoyen farouche, 
notre xvm= siècle apparaît comme une berqui- 
nade prolongée dans un rêve nocturne, jusqu'à 
l'heure d'un brusque réveil dans la réalité d'un 
matin sanglant : le modeste mobilier de l'archi- 
viste Barthélémy se retrouve à point sous nos 
yeux pour nous parler, avec la discrétion de 
mémoires muets, de ce lendemain de fête... 
A deux pas, un plan en relief du vaste quadrila- 
tère de ce Temple où le peintre Ollivier décrivait 
sans pressentiments les réceptions du prince de 
Conti (1), nous permet de replacer ici môme le 
mobilier' dans son cadre ; et, dans ce cadre 
entrevu d'ombre séculaire et de murs épais, où 
rôde la rouge vigilance des bonnets phrygiens, 
le mobilier sans apparat devient le décor d'une 
tragédie. En dehors de toute valeur esthétique, ces 
objets familiers ne sont-ils pas les accessoires 
du drame historique qui se renouvelle incessam- 
ment dans l'imagination des âges, et dont l'his- 
torien le plus circonstancié ne fournira jamais 
qu'un froid scénario'? Mieux que les documents 
écrits, leurs formes sans rareté recèlent un 
mystère où le roman seul pourrait faire deviner 
la vie. Voici la table ù coilfer de Marie-.Vntoinetle 
prisonnière et, sur cette table poudreuse, la 
glace ternie où la ci-devant reine-bergère de 
Trianon pouvait mesurer la griffe du malheur 

(I) Voir le Thé ù ranglaise lau Louvre) et le Souper 
aux chandelles (à Versailles). 



sur ses traits impérieux; le couvre-pieds de la 
a veuve Capet » décore tristement le lit de 
Mm» Elisabeth qui partit la première, au prin- 
temps; classiques dans ce romantique donjon, 
ces chaises à la lyre ont porté le petit jeu de 
loto du Dauphin, dont l'histoire n'a pas encore 
exactement suivi la trace... L'n secret est 
gardé par ce jeu d'enfant. Loin de l'éliquetle 
de Versailles ou des Tuileries, ce mobilier 
réalise, au gré de Rousseau, le songe éphémère 
d'une intimité familiale et nous parle des 
longues heures monotones où l'angoisse de la 
mort centuplait l'émotion de vivre. 

Or, ces pièces ne sont pas seules à suggérer 
la plus sublime aventure et le plus pathétique 
instant de l'humanité: sans doute, on a cru 
devoir retirer le masque de Robespierre, que 
David avait vu boulevard du Temple, au musée 
des figures de cire de Curlius ; mais voici le 
pastel pâli d'Éléonore Duplay , la fille du 
menuisier de la rue Saint-Honoré, qui faillit 
devenir l'épouse de l'Incorruptible; voici l'une 
des nombreuses assiettes décorées par Hubert- 
Robert, quand il ne jouait pas au ballon dans 
le préau de Saint-Lazare ou de Sainte-Pélagie; 
voici des dessins d'Isabey le père ou de Boilly, 
des miniatures, des bustes, plusieurs bons por- 
traits, où les visiteurs de la seconde Centennale 
de 1900 reconnaîtront le mélancolique Mchul 
peint par son ami Gros, en 1199 {{), près d'un 
admirable Prud'hon, figure anonyme qui n'in- 
téresse que l'art dans sa lutte avec la nature. 

Documentaire avec le Guichet du Louvre en 
1191, transcrit par la précision toute architec- 
turale du spécialiste Demachy, le paysage lui- 
même devient émouvant sous le ciel blafard 
que l'instinctive magie du précurseur Georges 
Michel épandait sur une plaine pelée du nord 
de Paris, près de Montmartre, et dans un des 
plus troublants dessins de Victor Hugo, cette 
vue de Paris prise de la vieille rue de la Tour- 
d'Auvergne où le poète visionnaire habitait, vers 
1849, au n" 37 : panorama livide comme un 
cauchemar, et que Théophile Gautier n'avait 
pas manqué d'admirer dans ce mobilier de 
poète dont il a décrit si lyriquement la vente (2), 
à l'heure de l'exil. N'oublions pas une vue de la 
maison de François I'"', à Moret, par Renoux (Salon 
de 1824), une vue de la Lanterne de Diogène, 



(1) Cf. le pastel de Dticreux, à Versailles. 

(2) Article de la /Ve.v.'-. " juin 1852, reproduit dan» 
les Solices romantique.^ posthumes. 



ANCIEN ET MODERNE 



119 



à Saiiit-Gloud, par Troyon (Salon de 1838), ni les 
plans si curieux d'un vieux soldat, qui font 
revivre des journées historiques : le 31 juillet 
1830, sur la place de (jrève; l'attentat de Fieschi, 
devant le Café Turc, le 28 juillet 1835 ; la mort 
du duc d'Orléans sur la route de la Révolte, le 
13 juillet 1842; et, parmi des notations plus 
récentes, la Porte-Maillot en novembre 1870, 
ferme dessin de M. Détaille, à côté des pages 
■signées Edmond Morin, Félix Buhot, l'antin- 
i.alour, Auguste Lepére, etc., témoignages d'ar- 
tistes, qui fortifient notre ferveur pour ce Paris 
que nous n'adorons point seulement jusque 
dans ses verrues, mais aux heures les plus 
oppressantes de son passé. 

Raymond Bouyer. 

«■ae,S»e.jaeiae,S5^riaP*'ae«!aeiS^«!aeiS*e<S^<Jae*"aeiS3^ 

CORRESPONDANCE DE BELGIQUE 



Le Chef-d'œuvre de van Eyck mimé 
à l'Exposition Universelle de Gand. 

(iand, l'ancienne capitale de la Flandre, si 
justement renommée pour le nombre et l'impor- 
tance de ses beaux monuments, organise une 
exposition universelle en 1913, où la section des 
beaux-arts comprendra d'importantes parties 
modernes et rétrospectives. 

I.a partie moderne 'consistera en un salon 

international de peinture et de sculpture, installé 

^dans un palais spécial, dont la direction est 

l^^fcsumée par la Société gantoise pour t'encourage- 

^^HUnf des beaux-arts. A ce salon sera annexé un 

^^Kilon de la médaille d'art contemporaine dirigé 

^^H^r M. De Witte. Un autre palais sera affecté à 

^^Brt décoratif, auquel seronladmis des meubles, 

des tapisseries, des bijoux, des reliures, des 

éventails, à condition que ces objets présentent 

un aspect nettement original et artistique. 

Des soins tout particuliers seront apportés 
à l'exposition d'art ancien, installée dans les 
nouvelles salles du Musée des Reaux-Arts, 
randi à cet eflet. Le choix du local nous parait 
3 plus heureux, car il offrira toutes les garan- 
!s de sécurité au point de vue des risques de 
1 ou d'incendie et rassurera les colleclion- 
iBurs belges ou étrangers qui, nous n'en doutons 
as, accorderont largement leur concours à cette 
elle manifestation de l'art médiéval. 
En vue de lui imprimer ce caractère didac- 



tique que les entreprises analogues tendent de 
plus en plus à assurer, il a été fait choix du 
thème suivant : la Liturgie et les mystères dans 
l'art, en limitant le sujet, au point de vue 
géographique, aux pays de la vallée de l'Escaut 
et en comprenant, au point de vue chronologique, 
le moyen Age dans sa plus large acception, c'est- 
à-dire jusqu'en 1563, date du Concile de Trente. 

Il entre dans la pensée des organisateurs, 
parmi lesquels nous citerons nos savants confrères 
MM. Joseph Casier et Paul Bergmans, d'accorder 
une attention particulière aux sources d'inspi- 
ration artistique anciennes et notamment à 
l'influence des mystères sur l'esthétique au 
moyen Age, dont nous avons été un des premiers, 
avant mi'me les belles publications de M. Emile 
Maie, à signaler la haute importance. 

C'est M. P. Bergmans, qui a été chargé de la 
reconstitution du drame médiéval. On pourra 
donc, grAce à lui, assister, en 1913, à l'exécution 
intégrale d'un drame liturgique, d'une pièce 
profane et surtout à la reproduction complète de 
l'immortel chef-d'œuvre des Van Eyck, i'Agneau 
mystique, tel qu'il fut représenté à Gand en 1458, 
lors de la « joyeuse entrée » du duc de Bour- 
gogne, Philippe le Bon, dans sa bonne ville, 
après la victoire do (javere. 

Les lecteurs du Bulletin se souviendront que, 
dans le numéro du 8 juillet 1906, nous avons 
pour la première fois traduit divers passages 
du texte Thiois de la vieille « Kronycke van 
Vlaenderen », où l'auteur contemporain donne 
les détails les plus précis sur les diverses parties 
du polyptyque représenté et même sur la façon 
dont elles furent mimées, « avec accompagne- 
ment d'anges musiciens, qui chantaient même 
lorsque les courtines étaient baissées, pendant 
les entr'actes ». 

Voilà, croyons-nous, des projets dont on ne 
pourra contester l'intérêt, et qui passionneront 
certainement tous ceux qui s'occupent de l'art 
ancien de la Flandre, tant belge que française. 

I^. Maktf.rli.nck. 



LES REVUES 



France 

Les Marches de l'Est (15 mars). — J -M. Kaolin. 

La « Nativité d'Autun « el quel(jues autres portraits 

de la famille du chancelier de Bourgogne Sicolas 

Rolin (fig.). — Première partie d'uoe étude dans 



120 



LE BULLETIN DE L'ART 



laquelle l'auteur, faisant table rase de toutes les 
dates et attributions acceptées jusqu'ici, reprend 
l'histoire de la Nalivilé d'Autun, en revisant d'abord 
tous les tableaux connus de liolin. 

En premier lieu, il s'occupe de la célèbre Vierge au 
donateur, autrefois dans la collégiale de N.-D. du 
Chastel, et aujourd'hui au Louvre, où l'on voit le 
portrait du chancelier de Bourgogne aux pieds de la 
Vierge. A ce propos, l'auteur retrace l'histoire de 
Nicolas et de Jean Uolin : le premier, né à Autun 
peu après 1375, marié en premières noces, vers 1406, 
à Marie de Landes (dont il eut trois enfants) et en 
secondes noces à Guiguone de Salis, en HtO ou 1411. 
L'un de ses enfants du premier lit fut Jean Rolin, 
né à Autun en 1408, lilleul de Jean Sans Peur, évêque 
de Chùlons en 1431 et d'Autun en 1436, puis cardinal, 
mort en 1483. 

— AïAi.oNE. Profils messins : Ch.-L. Maréclial 
(fig. et pi.). — Fin de l'étude sur le peinire Maréchal 
de Metz ; son œuvre de peintre verrier. 

L'Art et les artistes (mars). — L. Giei.lv. Le 
Sodoma. — Giovan-Antonio Bazzi, né à V'erceil en 
14'J7, mort peu après 1545. Choix de ses œuvres 
significatives pour dégager son esthétique, qui relève 
de ce réalisme classique auquel se conformèrent la 
plupart des peintres italiens du xv* siècle; son hori- 
zon est assez étroit; peintre de la volupté, il n'a pas 
montré grand enthousiasme pour les tableaux reli- 
gieux; toutefois les deux œuvres les plus puissantes 
du maître sont le Sainl Sébastien des Offices et les 
fresques de la Chapelle Sainte-Catherine à S. Domc- 
nico de Sienne (1525-1526). 

— R. U. M. Sée. Les Pastellistes et dessinateurs 
anglais de la fin du XVIII' siècle. — La plupart de 
ces artistes, mal connus en P>ance, font l'objet d'une 
exposition tout nouvellement ouverte à Paris: repro- 
ductions' de portraits de J.-J. Masquerier, Gainsbo- 
rough-Dupont, FrancisCotes, sir Th. Lawrence, Daniel 
Gardner, W. llamilton, R. Cosway, P. Homney, 
\V. Peters, 0. Humphrey. 

— Albert Dli.ac. Une visite à André iléthey. — Le 
céramiste raconte sa formation, ses travaux et ses 
recherches dans la décoration des grès flammés. 

— Ph. Zii.cKEN. Maithys Maris. — Notes sur l'artiste 
hollandais, frère de Jacob et de Willem Maris, né en 
1839, peintre de paysages et de portraits. 

— L. Vaili-at. Le Livre. — « L'état de la question 
du livre » à l'heure actuelle, au point de vue de l'art 
décoratif. 

Italie 

Rassegna d'arte (février). — G. Fkizzoni. La Col- 
lection Mond et les œuvres qui s'y rattachent. — 
A .propos de la publication, par J. P. Richter, du 
catalogue de la collection Mond, léguée à l'État 
britannique pour la National Gallery. Elle se compose 
d'une centaine de tableaux, appartenant, à peu d'ex- 
ceptions près, à l'école italienne. L'auteur reprend le 
catalogue et fait un examen critique de ses attribu- 



tions : ce premier article est consacré aux Vénitiens 
(fig- et pi.). 

— M. Marangoni. Reliefs peu connus de la seconde 
porte de S. Giovanni à Florence. — li s'agit de vingt- 
huit tètes de lions qui se trouvent sur la face infé- 
rieure de la célèbre porte de Ghiberti ; on ne les avait 
ni étudiées ni photographiées jusqu'à ce jour. L'auteur 
les attribue à un des aides de Ghiberti (fig.). 

— A Patricolo. L'Ër/lise de Saint-François-d'As- 
sise à Mantoue.— Ce premier article d'une monographie 
de cette église des Mineurs est consacré à l'histoire 
de l'église. 

— G. Beh.nabdini. Quelques gtanures dans les musées 
allemands et autrichiens. — .Notes sur une Sainte Fa- 
mille avec des saints delà Galerie impériale de Vienne, 
attribuée à Andr.Previtali (l'auteur propose Francesco 
Rizo da Santa-Croce) ; sur un portrait de dame de la 
même galerie, attribué à Bonifazio (l'auteur propose 
G. Savoldo); sur un Jugement de Salomon, à la Pina- 
cothèque de Munich, donné à l'école de Véronèse 
(l'auteur propose G. F. Carotto); sur un porirnit de 
dame du même musée, attribué par l'auteur à Por- 
denone; sur six tableautins de Triomphes, du même 
nmsée, donnés à l'école de Mantegna (l'auteur propose 
F. Bonsignorict ses élèves); sur une Vierge à l'Enfant 
du musée Empereur-Frédéric de Berlin, attribuée à 
Fiorenzo di Lorenzo (et par l'auteur à un peintre 
d'Ombrie ou des Marches qui a vu des peintures du 
maître de Pérouse) : enfin sur ua tableau représentant 
Trois anges et le jeune Tobie, du même musée, attri- 
bué par l'auteur à l'école ombrienne, au lieu d'être 
donné à G. Boccati (fig. et pi.). 

(Mars). — G. Fbizzoni. La Collection Mond et les 
œuvres qui s'y rattachent [fin). — Examen critique 
du second volume du catalogue Richter : Léonard de 
Vinci et l'école lombarde, les écoles de Toscane et 
d'Ombrie (fig. et pi.). 

— A. Jahn Rusco.m. Rubens el l'ancien art flamand, 
à propos de l'Exposition de Bru-relles. — Article 
extrêmement sévère sur l'Exposition de Bruxelles en 
général et sur Rubens en particulier : l'école flamande 
du xvii* siècle se fait remarquer par «son éloigne- 
ment de tout concept idéal, de toute pensée morale, 
de tout sentiment du divin et de l'humain » (fig.). 

— A. Patricolo. L'Église de Sainl-François-d'As- 
sise à Mantoue (fin). — Suite de l'étude de la construc- 
tion et décoration de l'église ; part qu'a pu prendre 
Mantegna à cette décoration (fig.). 

— D. Sant' Ambiiosio. Le Musée de Porta Oiovia : 
la croir des liarbarigo. — Ce crucifix d'argent doré 
monté sur un petit piédestal, aux armes de la célèbre 
famille vénitienne, méritait une étude à cause de sa 
date si'irement établie (fin du xv* siècle) et à cause de 
l'habileté de son exécution, digne de la réputation 
des orfèvres vénitiens. 

Le Gérant : H Dknis. 
Pari*. — tmp. George* Petit, 1?, ree tiodoï-tle-Mauroi. 



Numéro 501. 



Samedi i2 Avril 1911 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



La Nouvelle loi 
sur la protection des objets d'art 



L'incroyable aiïaire de Soudeilles finira bien 
par avoir, quelque jour, son dénouement devant 
les tribunaux; il serait vraiment d'un déplorable 
exemple que les brocanteurs officiels du chef de 
saint Martin pussent échapper aux poursuites et 
garder le bénéfice de leur opération frauduleuse. 

En attendant, la séance de la Chambre où l'on 
entenditcontradictoirementM. le sous-secrétaire 
d'Etat des Beaux-Arts et M. Delmas, n'a pas eu 
pour seul résultat de tourner à la confusion du 
député de la Corrèze ; elle a valu aux objets 
d'art classés, dont la sécurité était insuffisam- 
ment assurée, une loi de protection immédiate. 

En effet, sur la proposition de M Fournol, 
M. Théodore Reinach, rapporteur du projet de 
loi déposé par le gouvernement sur la conserva- 
lion des monuments et objets ayant un caractère 
historique ou artistique (1), a détaché de ce pro- 
jet un article — l'article 24 — , et cet article 
a été voté d'urgence dans la séance du 14 avril. 
Il est ainsi conçu: 

« Article unique. — Lorsque radministration des 
Beaux-Arts estime que la conservation ou la sécurité 
d'un objet classé appartenant à un département, à une 
commune ou à un établissement public est mise en 
péril et que la collectivité propriétaire ne veut ou ne 
peut pas prendre immédiatement les mesures jugées 
nécessaires par l'administration pour remédier à cet 
état de choses, le ministre des Beaux-Arts peut 
ordonner d'urgence, par arrêté motivé, aux frais de 
son administration, les mesures conservatoires utiles, 
et même, en cas de nécessité dûment démontrée, le 
transfert provisoire de l'objet dans un trésor de cathé- 
drale, s'il est affecté au culte, et, s'il ne l'est pas, 
dans un musée ou autre lieu public national, dépar- 
temental ou communal, offrant les garanties de sécu- 
rité voulues et autant que possible situé dans le 
voisinage de l'emplacement primitif. 

(1; Ce projet de loi a été récemment analysé ici 
même ; voir les n" 483 et 484 du Bulletin. 



» Dans un délai de trois mois à compter de ce 
transfert provisoire, les conditions nécessaires pour la 
garde et la conservation de l'objet dans son empla- 
cement primitif devront être déterminées par une 
commission réunie sur la convocation du préfet et 
composée : 1° du préfet, président de droit; 2° d'un 
délégué du ministère des Beaux-Arts; S" de l'archiviste 
départemental ; 4° de l'architecte des monuments 
historiques du département ; 5" d'un président ou 
secrétaire de société régionale, historique, archéolo- 
gique ou artistique désigné à cet effet pour une durée 
de trois ans par arrêté du ministre des Beau-x-Arts ; 
6° du maire de la commune; 7° du conseiller général 
du canton. 

» La coUectivité'propriétaire pourra, à toute époque, 
obtenir la réintégration de l'objet dans son emplace- 
ment primitif, si elle justifie que les conditions 
exigées y sont désormais réalisées. » 

Voilà donc une loi de plus, et môme une 
bonne loi, ce qui n'est pas déjà si commun par 
le temps qui court. Mais, si l'on veut qu'elle soit 
eflicace, il faut tirer aa clair l'afTaire de Sou- 
deilles et intimider ceux qui seraient tentés de 
prévenir la loi par les moyens que l'on sait. 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie française (séance du 6 avril). — Le 
prix Sobrier-Arnould (i.OOO fr.) est partagé par moitié 
entre .\I. l'abbé Bossebreuf pour son ouvrage le Mont 
Saint-Michel et M. Léandre Vaillat pour son livre la 
Savoie. 

Le prix Charles Blanc (2.400 fr.). à décerner à des 
ouvrages traitant de questions d'art, est partagé de 
la façon suivante : 1.000 fr. à M.M. Daniel Baud-Bovy 
et F. Boissonnas pour leur livre lin Grèce; .lOO fr. à 
nos collaborateurs MM. Jean de Foville et Marcel 
Reymond; 500 fr. à M. Achille Sépard et 400 fr. à 
M. le marquis de Girardin. 

— Sur les prix de la fondation Montyon, notre 
collaborateur M. Gustave Maçon a reçu une récom- 
pense de 1.000 fr. pour son ouvrage : Chantilly et le 
musée Condé. 



i22 



LE BULLETIN DE L'ART 



Académie des beaux-arts (séance du 14 avril). 
— Ont été admis à entrer en loge pour prendre part 
au concours pour le grand prix de Home de peinture : 

MM. l. De Gastine (élève de M. Cormon); 2. Font 
(Cormon) ; 3.Giraud (G. Ferrier) ; 4. Imbs (L.-O. Merson); 
5. Zingg (Cormon); 6. Menlet (Baschet et Schommer); 

7. Mathurin (Humbert, R. CoUin et E. Laurent); 

8. Merle (G. Ferrier); 9. Domergue (J. Lefebvre et 
T. Robert-Fleury); 10. Rigal {G. Ferrier et Royer). 

— Ont été admis à monter en loge pour le concours 
du prix de Rome de gravure en médailles ; MM. Dropsy 
(Injalbert et Vernon); Bénard (Coutan et Vernon) ; 
Gaston Lavrillier (Vernon); André Lavrillier (Chaplain 
et Vernon) ; Bargas (Vernon) ; Navarre (Vernon et 
Verlet). 

Conseil supérieur de l'enseignement des 
beaux-arts. — M Bottée, graveur en médailles, est 
nommé membre du Conseil supérieur de l'enseigne- 
ment des beaux-arts, en remplacement de M. Roty, 
décédé. 

Société de l'histoire de l'art français (séance 
du 7 avril). — M. Max. Petit-Uelchet passe en revue 
et étudie de nombreuses œuvres d'art qui illustrent, 
aux vu" et au xviir siècle, le mythe de Psyché. M. Jules 
Guiffrey rappelle à ce sujet quelques œuvres qui 
complètent cette série iconographique. 

— M. A. Roux discute la date attribuée par la tra- 
dition aux premiers travaux du Louvre, sous la 
direction de P. Lescot. Cette date ne serait pas anté- 
rieure à 1549. De plus, il serait vraisemblable de sup- 
poser que Jean Goujon a une part importante dans la 
conception même du monument et aussi que le châ- 
teau d'Anet, alors à peu près terminé par Philibert 
de l'Orme, a pu inspirer les architectes du Louvre. 

MM. Henry Lemonnier, P. Vitry, L. Rosenthal et 
Jules Guiffrey discutent cette thèse. 

— M. Perrault-Dabot communique et commente 
des photographies de peintures du xviii* siècle, con- 
servées dans le château de Bully, en Bourgogne. 

Musées nationaux. — Aux termes d'une récente 
décision ministérielle, les musées nationaux qui, en 
vertu de l'arrêté du 14 décembre 1887, étaient fermés 
tous les lundis sans exception, seront à l'avenir 
ouverts au public les lundis de Piques et de la Pen- 
tecôte et fermés en conséquence les lendemains de 
ces deux jours. 

Salon de 1911.— Le jury de gravure pour le 
Salon de la Société des artistes français a été ainsi 
composé : Président : M. Jules Jacquet ; vice-prési- 
dents : MM. Dautrey et Léandre; secrétaire : M. Du- 
plessis ; membres : MM. Annedouchc, F. Bouisset, 
Fouquet-Dorval, Géry-Bichard, Lerendu, Mathieu, 
Maurou, Montet, Désiré, Pénat, Ruet, Sulpis, Vintraut. 

Concours annuels de la Société d'encourage- 
ment à l'art et à l'industrie, — Le programme du 
21* concours général de composition décorative 



ouvert par la Société d'encouragement à l'art et à 
l'industrie entre les élèves des écoles de dessin, des 
beaux-arts, d'art décoratif et d]art industriel, vient 
d'être publié. Les épreuves auront lieu le 22 mai 
(esquisse), et les 23, 24, 26 et 27 mai (rendu). Les 
inscriptions doivent être adressées avant le 29 avril 
à l'administration des Beaux-Arts, 3, rue de Valois, 
où l'on trouvera les conditions du concours et la liste 
des récompenses. 

D'autre part, la Société d'encouragement à l'art et 
à l'industrie ouvre à tous les artistes français un 
concours pour la composition d'un modèle de tapis 
à points noués, comportant 2.000 francs de prix. Les 
projets (maquette de l'ensemble et mise en carte d'un 
quart) devront être déposés à Paris, 17, quai Mala- 
quais, le 1" juillet 19H, de 9 heures à midi. Le pro- 
gramme détaillé est délivré au siège de la Société, à 
Paris, 10, rue Royale. 

A Malines. — Une exposition des anciens métiers 
d'art malinois, d'art religieux de la province d'An- 
vers et de folklore local sera ouverte à Malines, à 
l'Académie des beaux-arts, du 5 août au o octobre 
prochain. Cette exposition groupera des cuivres, di- 
nanderies, dentelles, cuirs dorés, étains, objets d'orfè- 
vrerie et de ferronnerie, livres, manuscrits, estampes, 
instruments de musique, tissus, etc., d'origine mali- 
noise; des retables sculptés, tableaux, tapisseries, 
broderies, boiseries, statues, etc., de la province 
d'Anvers, ainsi que des spécimens du folklore malinois. 

Nécrologie. — Le graveur aquafortiste Auguslin 
Mongin est mort la semaine dernière, à Chàtillon- 
sous-Bagneux; il était âgé de 68 ans. Né à Paris en 
1843, élève de Gaucherel, il commença à exposer au 
Salon de 1847 et devint rapidement un des plus 
adroits parmi les aquafortistes de reproduction, qui 
ont marqué leur place dans la seconde moitié du 
XIX* siècle. Nombreuses sont ses œuvres, exécutées 
surtout d'après des peintres modernes; il a gravé 
aussi quelques illustrations de livres d'art. Il était 
chevalier de la Légion d'honneur depuis 1898 et il 
reçut la médaille d'honneur pour la section de 
gravure, au Salon de 1901. 

— Le li. I'. de La Croix, l'éminent archéologue 
membre de la société des antiquaires de France et 
questeur de la société des antiquaires de l'Ouest, 
chevalier de la Légion d'honneur, vient de mourir à 
Poitiers. On lui doit un grand nombre du publications 
estimées, particulièrement sur l'archéologie et la 
numismatique. 

— Un des meilleurs graveurs hollandais, Pieter 
Duponl, vient de mourir à Hilversum, près d'Amster- 
dam, à l'âge de 40 ans; il laisse de remarquables 
gravures au burin, d'après les maîtres anciens, en 
particulier d'après Paul Potter. Il avait travaillé à 
Paris pendant plusieurs années et obtint une pre- 
mière médaille à l'Exposition universelle de 1900. 



ANCIEN ET MODERNE 



123 



CHRONIQUE DES VENTES 



K(d< 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Ventes diverses. — Dans une 
veille d'objets provenant du comte de A'..., faite 
salle 6, le 8 avril, par M« Lair-Dubreuil et 
MM. l'aulme et Lasquin, nous ne trouvons à 
signaler que le pri.\ de îl.lOO fr , obtenu, sur la 
demande de 6.S00 fr., par une tapisserie d'Au- 
busson d'époque Louis XV, représentant deux 
personnages dans un paysage. 

— Le même jour, dans une vente faite par 
M« Gabriel, rue du Cherche-Midi, une plaque en 
marbre, d'art assyrien, au nom du roi Assouf 
Vazir Pal, provenant du palais de Nimroud, et 
un bas-relief, également d'art assyrien, celui-ci en 
pierre et représentant un guerrier, ont réalisé 
7.0:iO fr. 

— La vacation anonyme, que nousavionsannon- 
cée pour le 10 avril, a produit 62.850 fr., salle 6, 
sous la direction de U'^ Larbepenet et Lair- 
Dubreuil et de MM. Paulme et Lasquin. Quelques 
prix seulement méritent d'être signalés : 

Canapé etsix fauteuils, tapisserie d'Aubussondu 

xviii" siècle, bois de style, 30.800 fr. (dem. 35.000). 

Grand meuble flamand du xvii« siècle, 5.000 fr. 

(dem. 5.000). — Potiche et deux bouteilles Delft 

polychrome, 2.900 fr. 

— Le même jour, salle 2, dans une vente 
dirigée par M» Petit, un petit canapé en tapisse- 
rie de Beauvais du xviii" siècle, à bouquet de 
Heurs sur fond blanc, est monté à 13 000 fr. 



I 



t 



"Vente de la collection Recorbet (curio- 
sités militaires). — Cette vente, qui a duré du 
10 au 13 avril, salle 12, sous la direction de 
M« Baudoin et de M. Manière, a produit un 
total de 108.542 fr. 

D'intérêt trop spécial pour nous arrêter longue- 
ment, cette vente n'offre guère non plus de prix 
très marquants. Bien que les résultats aient 
dépassé les estimations, les enchères obtenues 
par tous ces shakos, gibernes et autres pièces 
d'uniforme, d'habillement et d'équipement des 
époques allant du Premier Kmpire à nos jours, 
ne dépassent guère 1.000 à 2.000 francs au plus. 



ce qui est déjà très coquet pour des objets consi- 
dérés, il y a peu d'années encore, comme rele- 
vant plutôt du domaine des fripiers que de celui 
des colleclionneurs. Notons cependant le prix 
de 2.850 fr. obtenu sur la demande de 1.500 fr. 
par un shako d'offlpier de conscrits grenadiers 
de la garde du Premier Empire. 

Notre confrère la Gazette de l'Hôtel Drouot, au- 
quel nous recourons pour le détail des résultats, 
signale que le total obtenu est le plus gros 
chiffre jusqu'ici réalisé par une vente de ce 
genre. 

"Ventes diverses. — Dans une vente de mobi- 
lier faite le 14 avril, salle 6, par M» Le Ricque, un 
bureau bonheur-du-jour, en laque noire, orné 
de bronzes, d'époque Louis XVI, a été adjugé 
4.500 francs. 

A Nice. — Dans une vente faite à Nice, le 
y avril, par le ministère de MM. Courchet et 
Descaraps, un lit à baldaquin, en bois sculpté, 
à décor de sujets de l'histoire d'Esther et d'As- 
suérus, exécuté au xw" siècle pour l'empereur 
Charles-Quint, a réalisé l'enchère notable de 
43.000 francs. 

A Lyon. — Quelques prix sont à signaler 
parmi les résultats d'une vente de meubles 
anciens provenant d'un château, faite à Lyon, 
la semaine dernière, par le ministère de M= Ga- 
zagne : 

Meuble de salon, époque Louis XV, bois sculpté 
et doré, couvert en ancien satin de Chine brodé, 
7.340 fr. — Salon, même époque, couvert en 
broderie de soie, petit et gros point, 5.000 fr. — 
Commode, époque Régence, marqueterie de bois 
de couleur, bronzes, estampille de Roussel, 
7.300 fr. — Commode, époque Louis XV, signée 
P. Laty, marqueterie de couleur, 5.000 fr. — 
Glace, époque Louis XV, bois sculpté, 4.150 fr. 
Produit 75.000 francs. 

"Ventes annoncées. — A Paris. — Succes- 
sion Déclat (tableaux, objets d'art). — Un 
catalogue illustré nous apporte le détail de la 
vente qui aura lieu, du 25 au 27 avril, salles 9, 10 
et 11, par les soins de M° Doublot et Baudoin et 



124 



LE BULLETIN DE L'ART 



de MM. Paulme et Lasquin et .). Meynial, par 
suite du décos de M™" Uéclat, veuve en pre- 
mières noces de M. Virot. 

Parmi les tableaux, on notera : un Portrait de 
jeune femme, par Danloux ; le Portrait d'un maré- 
chal de France, par P. Mignard; le Portrait pré- 
sumé d'Alexis Piron, par Louis Tocqué; tous trois 
provenant de la vente Virot (mai 1884). 

Notons encore dans le reste de la vente : un 
buste en terre cuite, le Portrait présumé de 
Malesherbes, attribué à Pajou; un régulateur en 
bois de rose et bronzes dorés, à cadran signé 
Lcpaute ; le meuble portant l'eslampille IV. Petit, 
commencement de l'époque Louis XVI; une 
commode en acajou et ébène, avec bronzes dorés, 
estampille de Parât, époque Louis XVI ; un salon 
en ancienne tapisserie au point, à ligures, fleurs 
et animaux sur fond noir; ces deux derniers 
numéros provenant également de la vente Virot. 

Atelier du peintre Chartran (objets d'art, 
etc.). — Signalons, simplement à cause du nom 
qu'elle porte, la vente, d'importance secondaire, 
d'objets d'art et d'ameublement provenant de 
l'atelier du peintre Chartran, vente qui aura lieu 
salle 1, le 24 avril, sous la direction de M' Lair- 
Dubreuil et de MM. Paulme et Lasquin fils. 

Collection théâtrale Jules Sambon. — Un 

fort volume, copieusement illustré, nous apporte 
l'annonce de la vente que diririgera à l'Hôtel, 
salles 9 et 10, du l'"' au 3 mai, et salle 9, du 4 au 
8 mai. M" Lair-Dubreuil, assisté de MM. J'aulme 
et Lasquin fils et de MM. Rollin et Feuardent. 
Ce catalogue, qui comprend plus de 1.600 numé- 
ros, ne décrit cependant qu'une partie de la 
collection IhéAtrale de M. Jules Sambon. Dès à 
présent, un second catalogue est annoncé. Mais 
pour le moment il nous suffit d'indiquer cette 
vente sur laquelle nous reviendrons avec plus de 
détails dans notre prochaine chronique. 

Ventes diverses. — Sans indication de jours, 
diverses ventes sont dès à présent annoncées, 
qui compteront parmi les plus marquantes de la 
saison. 

En mai, M" Baudoin dirigera, à la galerie 
Geoiges Petit, une vente très importante de 
tableaux et d'objets d'art anciens de premier 
ordre. Le mi'me mois. M": Lair-Dubreuil procé- 
dera à la dispersion de la vente des objets 
anlixiues formant la collection de feu M. de Néli- 
doff, ambassadeur de Russie ; cette vente, pour 



laquelle il sera lait un catalogue très soigné, 
illustré de planches en couleurs, aura lieu, 
croyons-nous, sous la direction de M.M. Canessa 
et Sambon. Vers la fin de mai, M« Lair-Dubreuil 
dirigera la vente de l'atelier du peintre Jules 
Breton. 

En juin, M= Baudoin, assisté de MM. Mannheim 
et Van der Meersch, procédera à la vente de la 
collection de feu M. le comte de Chavagnac, 
réunion d'environ trois cents pièces de pâte 
tendre, la plupart de Sèvres. 

A Rome. — Collection Janniello. — Du 

22 avril au 3 mai, aura lieu à Home, chez Jan- 
dolo et Tavazzi, la vente des objets d'art, anti- 
ques et modernes, provenant du Cav. Pasquale 
Janniello et d'un autre collectionneur. 

L'intérêt de cette vente nous paraît être sur- 
tout dans les séries antiques, marbres, vases à 
figures, bronzes et autres objets de fouilles ; mais 
elle comprend aussi des faïences italiennes, des 
peintures, parmi lesquelles des panneaux des 
écoles primitives de la péninsule, des meubles 
et des étoffes. Bref, beaucoup de marchandises, 
d'ordre secondaire surtout, et dont on trouvera 
le détail dans le catalogue illustré. 

A Amsterdam. — Tableaux anciens. — 

A la date du 2b avril, M.M. Frederik Muller et C'' 
dirigeront deux ventes, qui l'une et l'autre ont 
fait l'objet d'un catalogue illustré. 

La première comprend une réunion de tableaux 
et de dessins des xvii" et xvni" siècles à sujets de 
marines hollandaises. 

Parmi ces tableaux, notons : une Vue sur la 
rivière du Meruede devant Dordrecht, par J. Belle- 
vois; deux pendants par J. van Diest ayant pour 
titre commun : les Flottes hollandaise et anglaise 
au V prises devant Terheyde, le 10 août tdo^'i; une 
Grande flotte de pi'cAcur.s aux harengs cl leur vais- 
seau protecteur, par A. van Salm; Charles II, roi 
d'Angleterre, traversant la rivière le Merwede, du 
Wœrdijk à Dordrecht, lors de son voyage à la Haye, 
et un pendant. Entrée du port, œuvre de Van de 
Velde le Vieux; et encore du même maitre : 
Flotte à l'ancre et Vaisseaux à l'ancre; ces cinq 
derniers tableaux exécutés à la plume sur fond 
blanc préparé. Signalons encore dans la même 
vacation deux dessins dus à Van de Velde le 
Jeune : le Vaisseau « Uollandia », commandé par 
l'amiral Cornelis Tromp et Bâtiment de guerre 
anglais, et un dessin par R. Nooms, dit Zeeman, 
Grand vaisseau de guerre en construction. 



ANCIEN ET MODERNE 



125 



Plus nombreuse est la vente de tableaux 
anciens, en majorité de l'école hollandaise, qui 
aura lieu à la même date. 

Nous y remarquons en particulier : te Village 
de Dloten , prés d'Amsterdam, en lùver , par 
.1. Beerstraten ; te Fumeur, par P. Codde ; Vue 
sur le 'I Zuider Spaarne » à Haartem, par J. Ten 
Compe; la Famille du chasseur, par G. Coques; 
te Couple mal assorti, par J. van Craesbeek ; Vue 
de la Haye, par A.-J. van der Croos ; Vue de Dor- 
drecht, par J. van Diest; Temps gris, Vue de 
rivière. Ferme dans la campagne, l'Escarmouche, 
par J. van Goyen ; Nature morte, par J.-Dz. de 
Heem; Enfants à la lueur d'une lampe, par Judith 
Leyster; la Flagellation et le Couronnement 
d'épines, deux peudants par le maître de Lies- 
bom ; le Portrait de Paola Hubbi, Comtesse 
Carli , par P. Longhi ; Guillaume 111, prince 
d'Orange, à la chasse à courre, par D. Maes ; la 
Fête chez le seigneur, par C. de Man ; le Portrait 
d'une jeune dame de qualité et celui de P. van 
der Horst, secrétaire de Rotterdam, par M.-J. 
Miereveld ; un Paysage au soir et le Lever de lune, 
par A. van der Neer ; un Feu d'artifice â Delft, 
par E. van der Poel ; le Portrait d'une jeune 
dame, par .l.-Az. llavesteyn; Dans les dunes et 
Vue de lac, par S. van Ruysdael ; le Portrait 
d'Éva Bicker, par D.-Dz. Santvoort; une Vue de 
la ville de Ratisbonne, en Bavière, par G. Scharf ; 
une Nature morte, par J. van Streeck ; enfin, 
un Coin d'église, par E. de Wilie. 

Armes et armures. — Le lendemain de cette 
double vacation, MM. l'Yed. Muller et C"' dirige- 
ront une vente d'armes et d'armures provenant 
du I)'' L .. et de sir Francis Seyinour Haden. 
Nous ne pouvons malheureusement, faute de 
place, donner de détails sur cette intéressante 
collection, et nous devons renvoyer au catalogue 
illustré qui en a été dressé. 

M. N. 
ESTAMPES 

Ventes annoncées. — A Paris. — Estampes 
relatives aux mœurs de la première moitié 
du XIX^ siècle. — M= André Desvouges, assisté 
de M. I,. Oelteil, procédera, la semaine prochaine, 
à trois importantes ventes d'estampes anciennes 
et modernes. 

La première se fera salle 7, le mercredi 20 avril ; 
elle comprend une curieuse collection d'estampes 
relatives aux mœurs et usages de la première 
moitié du xix« siècle. On sait combien certains 



recueils, comme le Bon genre et le Suprême bon 
ton, sont aujourd'hui recherchés des amateurs ; 
ils figurent à la présente vente, accompagnés 
d'un grand nombre d'albums semblables rela- 
tant les ridicules du jour, l'histoire du costume, 
des usages, du théâtre, des divertissements, des 
métiers, etc. Ensemble très particulier, où abon- 
dent les œuvres rares et où l'on rencontre de 
charmantes pièces signées Bosio, Martinet, Des- 
rais, etc. 

Estampes anciennes et modernes. — La 

seconde vente aura lieu le jeudi 2" avril, salle 7. 
Elle comprend environ 240 numéros, parmi les- 
quels ou trouve à citer : la Danse sous les arbres, 
de Cl. Lorrain; les Quatre femmes nues, de Diirer;- 
les Adieux du fermier, de J.-B. Huet (en couleurs) ; 
la Duchesse de Rutland, par Stanier, d'après 
.Stocker (en couleurs) ; et du côté des modernes : 
Vilte-d'Avray, eau-forte de Corot ; le Pâté de 
cheval, de Daumier (lithographie inédite et non 
décrite); Après la saisie, eau-forte de Forain; 
le Buveur d'absinthe, eau-forte de Manet ; ta Pré- 
caution maternelle, de J.-F. Millet, etc. 

Succession de feu M. Léon Manchon 
(estampes et dessins). — La troisième et la 
plus importante des ventes faites la semaine 
prochaine par .M« A. Desvouges et M. L. Del- 
teil est celle de la collection Léon Manchon; 
elle occupera deux vacations, salle II, les 28 et 
29 avril. L'intérêt de cette vente sera de nous 
montrer un grand nombre de pièces signées de 
maîtres graveurs et lithographes actuellement 
vivants et particulièrement recherchés ; comme 
ces pièces sont en général des plus belles, soit 
pour la rareté des états, soit pour la perfection 
du tirage, les amateurs auront une indication 
caractéristique sur les « cours » de l'estampe à 
l'heure présente. 

Il est impossible de passer en revue les iOO pièces 
qui forment cette collection; on se contentera 
d'indiquer ici les artistes les mieux représentés 
et les pièces les plus importante^. Nombreux 
sont les Chahine, les Fantin-Latour, les Forain, 
les Louis Legrand (n"" 119-189), les Lepère, les 
Lunois {W' 209-240). l'armi les numéros qui 
seront chèrement disputés, signalons : la Cathé- 
drale d'Amiens, jour d'inventaire, eau-forte de 
Lepère ; le Menuet citez iM"° Ménard-Dorian, litho- 
graphie en couleurs de Lunois; Fillette, litho- 
graphie de Carrière ; Lai-a, eau-forte de Chahine ; 
Beau soir, Private-bar, eaux-fortes de L. Legrand ; 



126 



LE BULLETIN DE L'ART 



le Bassin neuf à La Rochelle, eau-forle de Leheutre ; 
Drv(jes mystique, album de pointes sèches de 
l.equeux ; le Départ pour le travail, eau-forte de 
Millet, etc. 

Quelques estampes anciennes complètent la 
vente, qui comprend en outre une soixantaine 
de dessins anciens et modernes : la Jarretière, 
gouache de l.awreince ; les Petite oiseleurs, san- 
guine attribuée à Boucher; la Colonnade, sanguine 
d'après Hubert Robert, signée et datée 1759 ; un 
frontispice de F. Rops pour les Rimes de joie, etc. 

R. G. 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Les Pastellistes anglais du XVI1I= siècle 

(galerie Brunner). — Le pastel anglais? Au 
Louvre, à l'angle d'un passage obscur, un petit 
cadre, assailli par les copistes, resta longtemps 
seul à nous le l'aire entrevoir, une fillette brune 
et blanche, souriant aux deux cerises Jumelles 
qu'elle sort d'un panier d'osier; sous le verre, on 
lisait : J. hussel. R. A. pinxit, 1798. Ici, le roi 
du pastel d'outre-Manche est représenté par une 
vitrine de souvenirs et par une quarantaine de 
portraits : c'est beaucoup, c'est trop. Sans doute, 
la Diseuse de bonne aventure, datée de 1795, 
demeure amusante avec son air de créole, et 
certains types provinciaux, le Médecin de village 
ou le Baigneur de Brighton, illustreraient à pro- 
pos un roman du temps ; mais comme la sèche 
froideur d'un poncif mondain se trouve soulignée 
par cette pléthore ! 

Heureusement, le trop célèbre John Russel 
n'est plus seul à figurer la vogue du portrait au 
pastel dans la seconde moitié du siècle des 
Grâces. Et l'occasion s'offre de comparer l'Angle- 
terre d'alors à la France pétillante, où venaient 
de triompher La Tour et Perronneau, son 
rival. Il est très particulier, ce xvin* siècle 
anglais, et non moins différent du notre que de 
l'Angleterre actuelle, si lière de son confort scien- 
tifique et de son puritanisme élégant. Aussi bien, 
l'art est partout le miroir de la vie : la brumeuse 
patrie de Hichardson était, en ce vieux temps 
poudré, très romanesque; et la peinture anglaise, 
en son cadre de paysage hérité des Flamands, 
est une romantique avant l'heure, devancière 
de la palette française de 1830. Ce caractère de 



trait d'union, d'intermédiaire à la fois psycho- 
logique et pictural, se retrouve dans l'évolution 
du |)astel anglais, depuis le trop sage aieul 
Francis Cotes, rival de sir Joshua Reynolds et 
maître de John Russel, jusqu'au trop gracieux 
sir Thomas Lawrence, accompagné de son adroit 
élève, William Locke. 

Un air de famille assemble ces portraits ; 
aussi bien, voici les parents des grands portrai- 
tistes, et tous pastellisent : le neveu de Gains- 
borough, la charmante sœur de Reynolds, le 
frère de Romney, qui soutient son nom dans le 
feu de l'esquisse, enfin les trois filles de Russel 
(c'est encore trop !) et sa gentille élève senti- 
mentale, Mary Benwell. Humphrey, Pack, Hob- 
day sont plus ou moins des rellets de l'érudit 
Reynolds; John Downman excelle au dessin re- 
haussé comme une miniature; Masquerier, le 
portraitiste de l'olly Broun, est d'origine fran- 
çaise ; A ngelicaKauirraann, d'origine germanique, 
ainsi que lareine Charlottt. En rieuse bacchante, 
Lady Hamilton impose à tous ses portraits un 
faux air prudhonien. Mais le génie du pastel, 
c'est un Irlandais inconnu qui vécut quatre- 
vingt-dix-neuf ans et qui se révèle en deux 
grisailles délicieusement féminines, sommaires 
et poudrées, où gouache, lavis et pastel cons- 
pirent à notre enchantement : George Chinnery 
(17i8-1847) est le magicien des gris : on dirait 
d'un Manet contemporain de David; et, pour 
louer sa Belle Irlandaise, il faudrait plus d'une 
interjection du temps. 

Société de pastellistes français (galerie 
Georges Petit). — Le pastel anglais d'autrefois, 
c'est le portrait; le pastel français d'aujourd'hui, 
c'est un succédané de- tous les genres de pein- 
ture et de plein air où le paysage domine, 
victoire encombrante de l'art moderne. En 
l'absence de plusieurs de nos maîtres ligurisles, 
un portrait à contre-jour et quelques nus mys- 
térieusement féminins de M. Cornillier repré- 
senteraient ù peu près seuls la religion de la 
forme, sans le voisinage des pâles études d'un 
vrai dessinateur, M. Loup. J'en passe, et de 
moins sérieux. La Femme en bleu, de M. Abel 
Faivre, incarne Montmartre. Mais cette vingt- 
septième année, qui ressemble aux précédentes, 
favorise toujours moins le virtuose de la chair 
que le virtuose du ciel : autour de M. Lhermitte, 
revoici MM. Guignard, Eliot, Léandre, Abel Tru- 
chet, Lévy-Dhurraer, Nozal et Luigini. Près 
d'une clairière bretoiuie de M. Dauchez et d'un 



ANCIEN ET MODERNE 



IS'Î 



lever de lune zélandais de M. Ulmann, une Côte 
rocheuse de M. Uené Ménard nous rapporte, en 
un bain d'or vert, l'homérique limpidité des 
cieux grecs. 

Exposition des travaux de la femme (au 
Musée des arts décoratifs). — Ce titre inquiète, 
en un temps où la pyrogravure fait une telle 
concurrence au piano... Mais un comité présidé 
par M'"" la marquise de Ganay n'admit dans ce 
musée du goût que les témoignages d'un savoir 
à la fois consciencieux et spirituel, qui fait 
honneur aux soirs sans soirées des dames de 
France; et l'art masculin peut envier les bro- 
deries de Mme Ory-Robin, le paon au crochet de 
M"'= du Puigaudeau, les arabesques tunisiennes 
de Mra« Seyrig, sans parler des dentelles d'Au- 
vergne, de Bretagne ou de Franche-Comté. 
L'école appelée la Gcrgovia réveille les tradi- 
tions, comme le Vivarais sous l'inspiration de 
M"« de Brissac. Mn" Marie Cautier rivalise avec 
les efforts de nos décorateurs; et nos portrai- 
tistes ne reverront pas sans profit la série des 
vivantes poupées de M"°«' l.affitte-Désirat, qui 
ressuscite dix ans de mode féminine. Une section 

I italienne, présidée par M^s Tittoni, charme les 
^eux avec les étoffes vénitiennes subtilement 
nuancées par M. Mariano Forluny, dont la fan- 
taisie prolonge un grand nom. 
Gustav-Adolf Mossa (galerie Georges l'etit). 
— Expositions diverses. — La marée toujours 
montante des expositions collectives ou régionales 
ne nous permet presque plus jamais d'accorder 
une notice à chacune des manifestations par- 
ticulières qui, d'ailleurs, nous apportent peu 
id'inédit. Dans ce cycle incessant du déjà vu, la 
Burprise n'en est que plus suggestive de rencon- 
rerun autodidacte qui sait aquareller le paysage 
de la Riviera comme les professionnels du genre, 
mais qui, plus curieusement, aborde une suite 
variée d'allégories et de légendes avec une ima- 
gination neuve, à la fois anxieuse de mystère et 
de modernité. Tarquin l'impudique, Hamlet, Ado- 
nis, Adam et Eve ou Salomé, la Chimère ou iOcéa- 
inide, ces sujets sont les thèmes éternels qu'ont 
illustrés les préraphaélites d'outre-Manche ou du 
continent; mais, par ce temps d'insouciantes 
pochades, il y a du courage à les reprendre et 
du mérite à les rajeunir avec un accent de naï- 
veté qui nous engage à retenir le nom de M. Mossa. 
C'est aussi l'imagination, trop dédaignée main- 
tenant, qui tourmente un dessinateur espagnol. 



M. Marin Raraos, trop confusément entiché de 
Goya, chez Devambez,et le statuaireilalienLibero 
Andreotti, groupant, chez Bernheim jeune, ses 
symboles de bronze inspirés par Félicien Rops. 

RAY.\f0ND BOUYER. 



LES REVUES 



Allemagne 



Die Kunst (avril). — G. J. Woi.p. Fritz von Uhde. 
— In nienioriaiu (fig.). 

— A. G.tuFKiN. Cari Larsson. — Etude d'ensemble 
sur l'œuvre de ce peintre suédois, connu par ses 
tableaux décoratifs et surtout par ses scènes de la 
vie enfantine (fig. et pi.). 

— K. Erasmus. g. h. Breitner. — Coup d'œil d'en- 
semble, à propos de la publication, en Hollande, 
d'un grand ouvrage sur ce peintre de villes hollan- 
daises et de scènes militaires. 

— R. Bkau.ngaht. Alo'is Kolb. — Graveurallemand : 
grandes compositions allégoriques, ex-libris, initiales 
et culs-de-lanipe pour l'édition d'une pièce d'Ibsen 

(fig-)- 

— L. Bkosch. Ellore Tito. — Né à Castellamare, en 
1859. Peint des scènes de la vie du peuple vénitien, de 
la vie des lagunes, des portraits (Qg. et pi.). 

— E. IIaknel. — Ilellerau, ville spéciale pour 
ouvriers. — Construite en imitation des garden ciliés 
des Anglais, autour des usines des Ateliers allemands 
pour les arts manuels. La ville s'élève à une distance 
de 3 kil. 500 de Dresde. Les maisons ont été construites 
par différents architectes en renom, mais toujours au 
point de vue des besoins pratiques des habitations 
ouvrières. On s'est cITorcé de donner à l'usine elle- 
même un certain cachet artistique (fig. et pL). 

— Le Concours pour le monument en l'honneur de 
Bismarck à ériger à liingerbrUck-Binrjer. — G. IIuet. 

Autriche 

Die Graphischen KUnste, revue publiée à Vienne, 
par la Gesellschaft filr vervielfœltigende Kunst. Le 
4* fascicule de l'année 1910 contient : 

— Pour le centenaire de la naissance d'Edouard 
vonSteinle. — Reproduction de quatre dessins de ce 
peintre autrichien, né en 1810, et mort à Francfort, 
professeur de l'Institut Stœdel. Il représentait un 
art catholique assez analogue à celui d'Hippol. Flan- 
drin, mais plus romantique. Texte par A. Trost. — 
Souvenirs personnels sur l'enseignement de Steinle, 
par R. VON Sch.neider. 

— Ernst Juch, par K.-M. Kuz.mamï et T. Anthopp. 
— Krnst Juch,né en 1838, mort en 1909, a été, pendant 



m 



LE BDLLKTIN DE L'ART 



un demi-siècle, bien que né à Gotiia, le caricaturiste 
essentiel de la vie viennoise, politique, morale, 
intellectuelle. En dehors des innombrables cari- 
catures qu'il dessina pour le Fir/aro et le Kikiiiki, il 
laisse de nombreuses charges et fantaisies, qu'il distri- 
buait libéralement à ses amis, et des tableaux, qu'il 
peignait en secret et qui furent une surprise pour le 
public, lors de l'exposition de ses œuvres, organisée 
après sa mort, en 1910. 

— K.-M. KuzMANY. José/' Engelkart. — Artiste 
viennois, né à Vienne en 1864, mais qui cherche aussi 
ses inspirations à l'étranger, à Paris, en Espagne, en 
Sicile. Tableaux de mœurs, études de nu, portraits, 
paysans. C'est J. Engelhart qui prit, en 1897, l'initiative 
de la Sécession » viennoise. 

— Zoltan Takales. fiobert Lévy Lénard. — Aqua- 
fortiste hongrois qui s'est formé sous l'influence de 
Rembrandt et des Anglais. Des spécimens de ses 
eaux-fortes sont joints au texte. 

— A. WEi.\i,(i.+;uTNEB. La Gravure de liudolfJettmar : 
Cl ProméLliée délivré ». — Notice sur l'œuvre de ce 
peintre et graveur autrichien. 

— Compte rendu de la Gesellschafl : E. Walomann. 
Note sur Erasme Baldermann, juriste de Nuremberg, 
dont B. Behan a gravé le portrait. 

(19H, fasc. I). — G. Gluck. Une télé d'étude de 
Quintin Melsys. — Étude à propos de la tête en profil 
de la collection André, accompagnant une gravure 
magistrale de P. Halm. 

. — G. Pai:i,i. Un nouveau feuillet du livre d'esquisses 
d'Albert Uilrer, pendant son voyage aux l'ays-lias. — 
Esquisses prises à Anvers et à Bergen-op-Zoom. 

— M. Leiibs. Forain. — Étude générale du dessi- 
nateur, du lithographe et de l'aquafortiste. Insiste 
sur le fait que la maestria de Forain ne consiste pas 
seulement dans son impressionnisme, mais dans sa 
connaissance merveilleuse du corps humain. Repro- 
ductions de lithographies et d'eaux-fortes du mallre. 

— Comptes rendus de la Gesellschafl : J. Mriieh. 
Deux dessins de Van Dyck, exécutés pendant son 
voyage en Italie. Esquisse pour un portrait génois et 
étude d'après la Mort de la Vierge, du Caravage, 
actuellement au Louvre, alors à Mantoue ; — E. Wai.d- 
MANN. (/n portrait de Jean de Leide, clief des Ana- 
baptistes de Munster, sur une feuille volante contem- 
poraine. Ce portrait est tout simplement une copie 
d'une figure représentant Josué, dans une Bible 
illustrée de 1533; — Campbell Dodosos. Quatre nou- 
velles lettres de l'alphabet gravé sur bois, à gravures 
grotesques, de USi. — G. Huet. 

ROUMA.ME 

Junimea literara (Bucovine). — La création du 
musée Simu à Bucarest continue d'être célébrée, à 
juste titre, avec reconnaissance. Depuis le temps Où 
les voévodes et les boiers fondaient des églises et des 
instituts de bienfaisance, l'initiative privée n'avait 



rien élevé qui fit à ce point honneur au pays. — Por- 
traits des fondateurs; vues des salles romaine, byzan- 
tine, de la Renaissance. — M. M. 

Luceafarul (Transylvanie). — Chaque numéro 
apporte des reproductions pour la plupart inédites 
d'œuvres de Grigoresco, qui faisaient partie de la 
collection Carada, directeur de la Banque de Roumanie 
(portraits de fillettes; bustes de jeunes Tziganes; 
paysanne normande sur la plogc de Granville; le 
bordei, hutte couipagnarde à demi enfouie sous 
terre; etc.). — M. M. 

Arta Tomâna (Jassy). — Grâce à l'initiative du 
D' St. Possa une Maison des Artistes, au capital 
souscrit par actions, va bientôt pouvoir être édifiée; 
elle va se fondre avec \'».itc\cnne Association générale 
des Artistes. — Articles sur l'.4rt et la Science (Bene- 
detto de Luca); l'Art et la Sature (Maria Ur. Butsanu); 
la Vie et les œuvres de Millet (avec reprod.). — CoDs- 
tatations satisfaisantes du prof. Atanasiu sur le déve- 
loppement de la culture artistique en Roumanie. — 
Comptes rendus des Expositions à Bucarest de M. et 
M"' lordanescu, l'un sculpteur, la seconde peintre; 
de MM. Athanasescu et G. .Mircescu. — Notons avec 
étonnement que la langue française a été supprimée 
de l'enseignement de l'Ecole des Beaux-Arts de Jassy 
à partir du 1" février. — .M. .M. 

Buletinul comisiunei monumentelor istorice 

(Bucarest, 19101. — La 11!" année de la belle publica- 
tion du ministère de l'instruction publique vient de 
p&raitre en un volume de 200 pages in-8", au lieu des 
quatre fascicules trimestriels. Laseuleénumérationdes 
articles dépasserait les limites de ces quelques lignes 
bibliographiques. H convient du moins de constater 
la haute valeur documentaire des éludes historiques 
et archéologiques signées lorga, Lepadatu, Ceganeanu, 
Draghiceanu, Murnu, Trajanescu; l'intérêt des des- 
criptions artistiques et architectoniques ducs à MM. 
Ghika-Iiudesti, Moisil; l'abondance et l'irréprochable 
exécution des illustrations, la clarté d'une typographie 
non moins soignée (plus de taO fig. dans le texte). 

Mais la grande importance de ce Bulletin est d'avoir 
réellement atteint son but : contribué à l'étude 
exacte, à la classification des monuments et objets 
d'art du passé; assuré, et déjà réalisé en partie, la 
restauration discrète d'églises et de maisons caracté- 
ristiques, et d'autant plus précieuses que, dans le 
pays, la plupart ont subi d'incessantes modifications; 
réuni enfin une foule de vues et de détails qui consti- 
tuent les archives historiques et artistiques les plus 
riches que l'on possède jusqu'ici en Roumanie. C'est 
là la base des éludes monographiques qui ne vont 
pas manquer de suivre. L'intérêt public est mis en 
éveil; la tâche des crudits est préparée. — M. M. 

Le Gérant : H. Denis. 

Paru. — Inp. (Morgo Feul, It, rac (jodoi-dé-Hauroi. 



Numéro 602. 



Samedi 29 Avril 1911 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Le Vandalisme en province 

Saint -Florentin d'Amboise. 

Il existe, dans la charmante vieille ville d'Am- 
l)oise, une église qui n'est pas classée et qui n'a 
pas de chance : c'est Saint-Florentin, édifice du 
xv« siècle, surmonté d'une tour carrée, dont le 
dernier étage présente une ornementation de 
style Renaissance, composée de colonnes canne- 
lées à chapiteaux corinthiens. 

Jusqu'à ces dernières années, Saint-Florentin 
se trouvait engagé au milieu de constructions 
sans intérêt, au-dessus desquelles on apercevait 
son large toit et le sommet de son clocher. Un 
conseil municipal bien intentionné eut l'idée de 
mettre l'église en valeur : il acheta les maisons 
qui la masquaient au nord et à l'est, et les 
démolit; le monument se trouva ainsi dégagé du 
côté du quai, où il fit un fond très heureux au 
mail planté d'arbres qui domine la Loire. 

Or, à quelque temps de là, le conseil muni- 
cipal bien intentionné dut céder la place à un 
autre, qui, choqué sans doute de voir devant 
l'hôtel de ville le mur nu de Saint-Florentin, 
s'empressa d'agrémenter ce mur d'un édicule 
évidemment utile, mais non pas de la sorte la 
plus relevée. Plus tard, on eut besoin d'installer 
dans la ville un transformateur d'électricité; 
aussitôt ce même conseil municipal, ou un autre, 
chercha un emplacement et ne trouva rien de 
mieux que d'accoler au mur de l'église la baraque 
renfermant les appareils. Enfin on vient de 
dresser tout auprès un de ces abominables 
pylônes de ferraille, destinés à transporter le 
courant électrique, lesquels sont en passe d'en- 
vahir et de défigurer la ville d'Amboise tout 
entière. Si bien qu'on se demande s'il était 
vraiment utile de tant dépenser pour dégager 
cette église, puisque l'unique résultat de l'opé- 
ration a été de permettre aux plus ignobles 
constructions parasites de s'installer à demeure 
sur ses flancs. 



Mais ce n'est pas tout. Il y a quelques mois, 
une pierre se détacha du clocher de Saint-Flo- 
rentin et tomba sur un toit voisin. Le conseil 
municipal s'émut et, pour éviter le retour de pareil 
accident et les dommages pouvant en résulter, 
il prit une mesure, disons le mot : radicale. Un 
homme fut mandé aussitôt, qui monta au som- 
met de la tour et s'empressa de démolir à coups 
de marteau tous les vestiges de sculpture. 

Bienfaits de la loi de séparation! culte des 
souvenirs du passé ! Souci des intérêts du pays ! 
Voilà comment la charmante vieille ville d'Am- 
boise, qui reçoit chaque année plusieurs milliers 
de touristes, respecte et entretient ses monu- 
ments ! 

E. D. 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 22 avril). 
— La Société liongroise des beaux-arts de Buda- 
pest a odert à l'Académie des beaux-arts un exem- 
plaire de la plaquette qu'elle a fait exécuter à l'occa- 
sion du cinquantenaire de sa fondation. 

— L'Association des Artistes de Vienne (Autriche), 
qui doit célébrer prochainement le cinquantenaire de 
sa fondation, a demandé à notre Académie des beaux- 
arts de se faire représenter à son jubilé. MM. Bernier, 
Gabriel Ferrier et Jules Comte ont été désignés pour 
remplir cette uiission. 

— Ont été admis à monter en loges pour le concours 
du prix de Kome de sculpture : 

l. M. Cellier (élève de MM. Coutan et Larche); 
2. M. Lejeune (Thomas et Injalbert); 3. M"* Ileuvel- 
mans, 1" second grand prix en 1910 (Marqueste et 
Hannaux); 4. M. Bitter (Coutan); 5. M. Silvestre 
(Mercié et Cariés); 6. M. Casson (Coutan); 1. M. Fou- 
cault (Coutan); 8. M. Févola (Thomas et Injalbert); 
9. M. Bourget (Mercié); 10. M. Grange (Injalbert et 
Hannaux). 

Musée des Arts décoratifs. — Le Musée des Arts 
décoratifs organise pour le mois prochain une expo- 
sition de (I la Turquerie en Europe », particulière- 



130 



LE BULLETIN DE L'ART 



ment au xviii* siècle, qui comprendra des peintures, 
tapisseries, dessins, objets d'art, représentant des 
Turcs interprétés par des occidentaux. 

Une salle sera réservée aux scènes russes, on y 
verra notamment des œuvres de I.eprince. 

Le sous-sccrétaire d'État aux Beaux-Arts, le minis- 
tre des l'inances, un grand nombre de collectionneurs 
français et étrangers ont déjà promis leur concours. 

Congrès des Sociétés savantes.— Le 49" Congrès 
des Sociétés savantes s'est réuni le 21 avril, à Caen, 
sous la présidence de M. de Koville. qui a prononcé le 
discours d'usage. Les diverses sections ont constitué 
leurs bureaux respectifs et poursuivi leurs travaux 
durant les jours suivants. 

Le 21 avril, M. Lefèvre-Pontalis, professeur à l'Kcole 
des chartes, directeur de la Société française d'ar- 
chéologie, a fait une conférence avec projections sur 
les églises de styles roman et gothique dans le dépar- 
tement du Calvados ; il a exposé l'évolution technique 
de l'architecture religieuse en Normandie et en a 
délini très nettement les diverses périodes et les 
principaux caractères. 

Les Églises parisiennes — La Ville de Paris va 
consacrer à la restauration de ses églises les plus 
menacées une somme d'environ GOO.OÛO francs pré- 
levée sur la première fraction de l'emprunt pour les 
grands travaux. C'est la première application du nou- 
veau régime résultant de'l'abrogation du Concordat; 
elle est simple parce qu'il s'agit, cette fois, d'édifices 
religieux présentant un intérêt artistique : Saint- 
Étienne-du-Mont, monument classé, Saint-Sulpice. la 
Madeleine, SaintVincent-de-Paul. Saint-liernard (de 
la Chapelle) pour lesquels il existe une demande de 
classement. L'entretien de tels monuments s'impose à 
la Ville dont ils sont l'une des richesses artistiques et 
traditionnelles. Sur ce point tous les conseillers muni- 
cipaux sont d'accord. 

Mais des dillicultés s'élèvent au sujet des églises 
non classées; telle, par exemple, l'église Saint-Pierre 
de Montrouge, construite par Vaudremer, et qui est 
un des monuments d'architecture religieuse les plus 
réussis de la lin du xix' siècle. La loi définit si mal 
les conditions dans lesquelles la Ville doit pourvoir à 
l'entretien des églises que la ((uestion a été réservée 
pour le moment : on discute sur le point de savoir si 
les travaux doivent incomber à la Ville, ou si on doit 
laisser les frais de conservation des églises a la charge 
des fidèles. 

Salon de 1911. — Voici la composition du jury 
des Arts décoratifs pour le Salon de 1911 de la Société 
des Artistes français : 

Président: VI. Larche; vice-présidents :M.M. Bœswill- 
wald, Boularil et Saubès; secrétaires : MM. Decœur, 
Devambez et Uubret; membres : MM. Barillot, Bou- 
tigny, E. Cartier, Dété, Gautier, Godefroy, Huvey, 
J. Jacquet, Loiseau-Kousseau, Louis Noël, Patouillard 
et Perrin. 



Expositions nouvelles. — Cette semaine a vu 
l'ouverture du Salon des Indépendants (au quai 
d'Orsay) et de l'Exposition Ingres (à la paierie Georges 
Petit), dont le Bulletin rend compte dès aujourd'hui, 
et de l'exposition des maîtres hollandais (au Jeu de 
Paume des Tuileries), dont il parlera prochainement. 

Enfin aujourd'hui même a lieu, au Grand Palais, le 
vernissage du Salon de la Société des artistes fran- 
çais; demain, ouverture au public. 

— A propos de l'Exposition Ingres, qui devait 
fermer le 14 mai, annonçons qu'elle est d'ores et déjà 
prolongée jusqu'au 20 mai; le 1" mai, aura lieu l'ou- 
verture d'une salle nouvelle contenant des peintures 
et des dessins non encore exposés: on y verra notam- 
ment, parmi les peintures, trois œuvres importantes 
promises au comité et arrivées trop tard pour figurer 
dans la grande salle des galeries Georges Petit; ce 
sont : la Vierge à ihoslie, envoyée par le Izar Nico- 
las 11; le Portrait d'Iiif/res par lui-même, pr<^té par le 
musée des OBices, et Jupiter et Thétis, prêté par le 
musée d'Aix-en-Provence. 

A Dijon. — La Ville de Dijon, avec l'aide d'une 
subvention de l'Etat, vient de se rendre acquéreur 
d'une maison historique bien connue de tous ceux qui 
ont visité la ville : la » Maison des Cariatides o (rue 
Chaudronnerie), construite par la famille Pcullier au 
début du xvii° siècle et décorée de douze cariatides, 
cinq entre les fenêtres de chacun des deux étages et 
deux de chaque C('ité de la lucarne. 

A Rome. — Les inaugurations continuent à l'ex- 
position romaine. Le 23 avril furent ouverts les pavil- 
lons de la Serbie, des États-Unis, de la Chine et du 
Japon. 

Au pavillon serbe trône le sculpteur Ivan Mcslro- 
vich, le chef d'école, presque l'initiateur de l'art 
serbe. 

Wistler, Sargent, Hrush, Chase, A. Ilarrison. 
Frieseke sont vivement admirés dans les salles du 
pavillon américain, dont on a d'autant plus remarqué 
la simplicité architecturale qu'on s'attendait à je ne 
sais quel skij-scraper. 

Le pavillon japonais remporte, lui aussi, un vif 
succès. 

On a ouvert également, à la place d'Armes, l'Expo- 
sition ethnographique, qui contient dix pavillons des 
diverses provinces italiennes; leur architecture, 
comme leur contenu, marquent nettement les tra- 
ditions régionales. Enfin tout un vaste village est 
formé par des reproductions d'habitations populaires 
de l'Italie tout entière : une cabane de bergers 
romains, un canal de Venise; des fermes toscanes, 
romagnoles, sardes, siciliennes, des boutiques napo- 
litaines, c'est tout le pittoresque italien qu'on y 
viendra retrouver. — L. G. 



ANCIEN ET MODERNE 



131 



CHRONIQUE DES VENTES 



i 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Vente de l'atelier Chartran 
(objets d'art, etc.). — Il ne s'agit ici que d'une 
vente d'objets d'art et d'ameublement garnissant 
l'atelier du peintre Cburtran et non de peintures 
par cet artiste, comme le titre pourrait le faire 
croire. 

Faite salle I, le 24 avril, par .M" I.air-Dubreuil 
et M.M. l'aulme et Lasquin, celte vente a produit 
31 SOO Ir. Gomme elle ne contenait rien de bien 
important, elle n'avait pas fait l'objet d'un cata- 
logue illustré. Il nous suffira d'indiquer les 
principales enchères : b6. Statuette pierre 
sculptée, la Vierge agenouillée, wi' s., 2.000 fr. 
— 133. Tapisserie flam., lin xvie s., couronne- 
ment d'un roi, 2.600 fr. — 134. Tapisserie (lam., 
.wii" s., écusson d'armoiries sur fond de paysage, 
3.500 fr. — 135. Tapisserie semblable, 3. SOO fr. 

'Ventes diverses. — L'abondance des ventes 
annoncées nous oblige à remettre à un prochain 
numéro le compte rendu des autres ventes faites 
cette semaine, d'ailleurs peu importantes, à 
l'e.xception de la vente de M">' IJéclat, née Virot. 

Cette vente, faite du 25 au 27 avril, par 
M" Doublet et H. Baudoin, M.M. Paulme et Lasquin 
et Meynial, a réalisé un total de 244.000 francs. 
<ous reviendrons sur ces vacations et publierons 
ine liste des principales enchères ; bornons- 
jous aujourd'hui à tirer de pair le beau prix de 
^8.000 francs, obtenu par le l'ortiait présumé 
'^'Alexis Piron, par Tocqué. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Collec- 
tion théâtrale Jules Sambon. — Les amateurs 
ni, en ces dernières années, avaient l'occasion 
e visiter la maison de ventes Jules Sambon, à 
ilan, étaient surpris de la voir toute remplie, 
pour ne pas dire encombrée, d'une quantité 
'objets de toute espèce et de toute époque, 
înais se rapportant tous au théâtre. Portraits 
d'acteur?, peintures et estampes, programmes et 
autographes, tapissaient les murs, en compagnie 
d'instruments de musique et de curiosités di- 
verses; dans des vitrines, des vases antiques à 
sujets de comédie, des figurines de terre cuite. 



tenaient compagnie à des marionnettes, à des 
statuettes de porcelaine, et les accessoires s'y ren- 
contraient, rappelant les jeux du cirqueenmême 
temps que les salles de spectacle de nos jours, 
/e.s.s^rcs d'ivoire et billets d'entrée, éventails, lor- 
gnettes, que sais-je encore? Et l'amateur-anti- 
quaire, qui avait longuement, patiemment réuni 
ce véritable musée, vous en faisait volontiers les 
honneurs, montrant avec complaisance ses der- 
nières trouvailles, animant d'un commentaire 
piquant les pièces les plus insignifiantes en 
apparence de sa collection... Lue figure du Milan 
artiste, l'expert Sambon, devenu plutôt Parisien 
en ces derniers temps, mais qui, alors, avec 
sa large barbe blanche, l'œil très vif sous les 
épais sourcils noirs et le chef couvert d'un large 
béret de velours, apparaissait, dans ce cadre 
pittoresque d'antiquités et de souvenirs de 
théâtre, comme un antiquaire d'un âge antérieur, 
comme un peintre de l'époque romantique, 
plutôt que comme un négociant en objets d'art 
du temps présent. 

Transportée à Paris depuis plusieurs années 
déjà, la collection Sambon a figuré en partie à 
l'exposition d'art théâtral organisée au Pavillon 
de Marsan en 1908. 

Maintenant, elle va être dispersée, et la pre- 
mière vente fera passer aux enchères les anti- 
quités, tableaux, objets d'art et divers qui la 
composent. 

Hien que la section des antiquités soit la plus 
importante en nombre, et peut-être la plus inté- 
ressante de la collection Sambon, elle est trop 
spéciale pour nous arrêter longuement. Elle 
débute tout d'abord par une nombreuse réunion 
de vases antiques à peintures dont les sujets, de 
près ou de loin, se rapportent au théâtre, aux 
jeux ou aux fêtes de la (Jrôce et de Rome. Une 
série de lampes antiques, de figurines et de 
masques en terre cuite, complète cette partie 
de la collection. 

D'autres figurines et d'autres masques, égale- 
ment antiques, mais de bronz.e, des instruments 
de musique, des ustensiles et autres objets de 
bronze; toute une collection de tessères, la plu- 
part en ivoire, des camées et des intailles sont 
encore à signaler. 



132 



LE BULLETIN DE L'ART 



La partie numismatique, grecque et romaine, 
ne comprend pas moins de quatre cent et quel- 
ques numéros : monnaies d'argent et monnaies 
de bronze, toutes ayant rapport aux courses, 
aux exercices athlétiques, à la musique et autres 
sujets du même genre. 

Avec la seconde section de la collection, nous 
arrivons à des époques plus rapprochées de 
nous, et à des objets s'adressant à un public 
plus étendu. 

Et tout d'abord, parmi les dessins à sujets de 
'portraits, nous trouvons à signaler un pastel par 
M'"" Labilie-Guiard, le Portrait de Le Kain, dans 
le rôle de Milhiidate. Passons aux peintures, et 
jetons un coup d'œil à ce Portrait de Joseph 
Biancolelli, dit Dominique, dans le rôle du Docteur, 
ouvrage anonyme de l'école française du xvir siè- 
cle; à ce Portrait de la Colhran-lionini, par 
Schmidt; à celui de la Lanti, page anonyme du 
ivm' siècle, vraie caricature de modes; à celui, 
plus gracieux, de la Malibran, dans le rôle de 
Desdémone, par Pedrazzi ; à celui de \a Serassi, 
par son neveu Fra Gliislandi. Contentons-nous 
de signaler, sans autres détails, la réunion de 
sujets de comédie, mais parmi les miniatures 
nous ne saurions passer sous silence le Portrait 
de la Grassini, par Quaglia. 

Quittant la peinture, nous devons renoncera 
énumérer les groupes et les statuettes, pour la 
plupart à personnages de la comédie italienne, 
fragiles figurines de faïence et surtout de porce- 
laine de Capo di Monte, de Chelsea, de Franken- 
thal, de Saxe et autres fabriques du xviii" siècle. 

Des jeux, des instruments de musique, des 
poupées et des marionnettes, des éventails et 
des lorgnettes, des costumes seraient encore à 
citer. 

Parmi les sculptures, signalons tout au moins 
deux bustes en marbre de Crispin et de Scara- 
mouche; une suite de six statuettes en terre 
cuite peinte, d'art vénitien du xv!!!» siècle, repré- 
sentant les personnages de la comédie italienne; 
le buste de la Pasta, dans le rôle de Norma, par 
Comolli ; un buste de Schiller (ces deux der- 
niers en marbre) ; et un buste en bronze de 
Verdi, par Gemito. 

Enfin, une nombreuse réunion de médaillonset 
de médailles, — portraits de musiciens, d'auteurs 
dramatiques et d'artistes, médailles comniémora- 
tives, etc., — terminent celle première partie de 
la collection Sambon, qui comprend encore, 
comme nous l'avons dit, une réunion de gravures, 
photographies, programmes, et une bibliothèque 



théiUrale dont le catalogue est en préparation, 
liappelons enfin que la présente vente aura 
lieu à IHôtel, salles 9 et 10, du 1" au 3 mai, 
et salle 9, du 4 au S mai, sous la direction de 
M= Lair-Dubreuil et de MM. Paulrae et Lasquin 
et Roilin et Feuardent. 

Il- 'Vente Rouart (objets d'art de la Chine 
et du Japon;. — La seconde vente Rouarl — la 
première, consacrée à la bibliothèque, s'est faite 
cette semaine — aura lieu salle 6, du 1" au 
4 mai, sous la direction de M* H. Baudoin et de 
MM. Mannheim et de M"" Langweil. 

Dans les quelques pages qu'il a écrites pour 
servir de préface au catalogue illustré, M. P. -A. 
Lemoisne a fait revivre très lieureusemenl la 
ligure de l'amateur, dont le goût éclairé s'affir- 
mait dans les branches les plus diverses de la 
curiosilé, et indiqué en même temps les pièces 
les plus marquantes de cette collection considé- 
rable, dont la dispersion nécessitera toute une 
suite de ventes. 

Parmi les porcelaines, on remarquera surtout 
un vase en vieux Chine de l'époque des Ming, 
émaillé sur biscuit, décoré sur la panse des 
figures des huit immortels en haut-relief sur 
fond bleu; une potiche de môme époque, fond 
bleu turquoise, à décor de personnages, arbustes 
et lambrequins en léger relief; une autre potiche, 
même époque, à décor de personnages et de 
(leurs ; deux cornets de la même époque ; un 
vase ajouré bleu turquoise, émaillé violet et 
jaune clair, à décor de personnages barbus et de 
fleurs ; et, toujours de l'époque des Ming, un 
vase à fond gros bleu, décoré de branches fleu- 
ries et de lambrequins en émaux violets, jaunes 
et bleu turquoise, et un petit vase à décor de 
fleurettes, émaillé violet sur fond bleu turquoise 
truite. De l'époque Kang-Sbi, notons : deux 
potiches à décor de branchages fleuris, et un 
grand vase à décor de paysages animés. Les 
époques Young-Tching et Kien-Lung ne sont pas 
moins bien représentées. 

De remarquables spécimens témoignent ici du 
gortt en même temps que de la virtuosité de l'art 
chinois dans le travail des pierres dures : jade 
et cristal de roche. L'art japonais ne le cède ui 
en raffinement dans l'invention, ni en adresse 
dans l'exéculion, soit dans le travail des laques, 
soit dans la sculpture microscopique des netsukés, 
dont la collection Rouart peut montrer d'excel- 
lents exemples. 

ISotons encore quelques cloisonnés et quelques 



ANCIEN ET MODERNE 



133 



bronzes remarquables : tout d'abord, parmi les 
cloisonnés de la Chine, deux cornets et un brûle- 
parfums de l'époque des Ming, et, parmi les 
bronzes : deux brûle-parfums chinois de l'époque 
des Sung, un vase de l'époque des Ming, damas- 
quiné d'or et d'argent; un brûle-parfums, même 
époque, également damasquiné ; une théière, 
même genre de travail, même époque. 

Rarement d'aussi bons exemples des arts de 
l'Extrême-Orient sont passés en vente publique 
à Paris au rours de ces dernières années. 

Ventes annoncées . — A Londres . — 
Collection de Sir "William Neville Abdy 
(tableaux anciens). — Le 5 mai aura lieu chez 
Christie une double vacation comprenant, d'une 
part, les tableaux anciens de feu sir W. !\. Abdy 
et, de l'autre, ceux de lady Abdy. Deux cata- 
logues, illustrés de quelques planches, nous 
fournissent des détails sur cette double vente 
qui mérite qu'on s'y arrête. 

Bien que cette galerie soit surtout riche en pein- 
tures des écoles italiennes, on y remarque égale- 
ment un triptyque, représentant au centre /aCru- 
cipxion, donné à Roger van der Weyden, et une 
Vierge à l'Enfant, par Lucas Cranach ; mais les 
Italiens l'emportent de beaucoup en nombre et en 
importance. Notons : l'Adoration des Mages, par 
Jacques Bassan; la Nativité et une Scène de la 
vie de saint Zanobi, par Sandro jîolticelli ; une 
Pietà, par Vittore Carpaccio; la Madone avec 
l'Enfant, par Cima de Conegliano; /'Hisioicc de 
Persée, deux panneaux se faisant pendant, de 
l'école de Piero di Cosimo; la Madone et l'Enfant 
sur le trône, par Raflaellino del (iarbo; l'Annon- 
ciation, par Doraenico (jhirlandaio; la Madone et 
l'Enfant avec saint Jean par Ridoifo Chirlandaio; 
Malatesta de Rimini et sa maîtresse recevant le 
légat du Pape et le Portrait d'un gentilhomme 
vénitien, par Giorgione; les Aventures d'Ulysse, 
deux panneaux, par Antonio Pollaiuolo; le 
Portrait de Giovanni Bentivog Ho de Bologne, par 
Andréa Solario; le Portrait d'un gentilhomme, 
par Cosimo Tura et l'Adoration des Mages, par 
Barloloinmeo Vivarini. 

Enfm, dans la partie de la vacation réservée 
aux tableaux de lady Abdy, il faut encore noter : 
l'Adoration des Mages et (juatre panneaux, pro- 
venant d'une prédelle : la Visitation, la Nativité, 
l'Adoration des Mages et la Fuite en Egypte, par 
Genlile da Fabriano, et le Portrait d'un gentil- 
homme, par .Moroni. 

M. N. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Peintures et dessins de J -A.-D. Ingres, 
1780-1867 (galerie Georges Petit). — A l'heure 
étrange où les plus déments de nos jeunes osent 
invoquer le plus loyal de nos maîtres, cette 
opportune exposition devrait s'intituler la leçon 
d'Ingres ; la leçon n'a rien de pédant : n'est-elle 
pas la nature qui parle seule, avec sa franche 
éloquence entendue et fixée par un magistral 
musicien des formes, n'est-elle pas la vérité 
promue beauté dans un cadre ? Ingres savait ce 
qu'il voulait dire, quand il s'emportait contre 
son « siècle apostat » en s'écriant : « Il n'y a que 
les Grecs ! » Comme l'entourage de Phidias et 
de Platon, le lecteur assidu d'Homère a réalisé, 
sous un ciel moins bleu, « la splendeur du vrai ». 

La leçon d'Ingres est une et variée, comme la 
beauté qu'elle réveille : une, en son principe 
absolu, mais variée selon les aspects du modèle 
et les dispositions du spectateur : elle prend 
aujourd'hui le ton d'une révélation. Sans doute, 
l'amateur n'a plus à découvrir les crayons 
d'Ingres et ses portraits dessinés, où la beauté 
se fige sans refroidir la vie d'un regard ou d'un 
geste ; et, dans cette suite discrètement chrono- 
logique, quel plaisir de retrouver Paganini sou- 
riant, non loin de la Famille Slamaty ! Depuis 
longtemps le dessinateur est déifié, comme son 
Homère; mais le peintre, qui lui rendait justice '? 
Et ne se diminuait-il point lui-même, en ne 
parlant que de la ligne? Un seul, et dès 1855, 
l'a compris : c'est Delacroix (1), plaçant d'emblée 
plusieurs morceaux " de la jeunesse d'Ingres » 
avec les coloristes afin de réchauffer un peu 
«notre triste école». Or, ce petit homme noir 
aux yeux de braise avait glorilié la nature avant 
même de partir pour la Ville Eternelle : ofliciel 
et sèchement davidien dans ses portraits, ici 
présents, de Bonaparte consul ou de Napoléon 1'"' 
empereur, comme Ingres se venge de l'école et 
du siècle en entr'ouvrant comme un fruit mûr 
la bouche enfantine de la Belle lélie '. Voilà, 
déjà, la voluptueuse pureté des Odalisques et du 
Bain turc. Ce n'est pas pour rien que le « Pau- 
sanias français » du Salon de 1800 traite de 
révolutionnaire ou de gothique ce jeune peintre 
si passionnément respectueux devant la nature ! 
Et son maître David, qui se vengea pareillement 

(I) Journal d'Eugène Delacroix, 17 janvier 1853 
(tome m, p. 3G-31).' 



134 



LE BULLETIN DE L'ART 



de ses tliéories dans ses portraits, a-t-il Jamais 
surpassé le style à la fois instinctif et réiléchi 
qui caractérise, à Home, en 1812, la gaillardise 
de la Vicomtesse de Tournon, puis à Florence, en 
1820, la romantique austérité de Bartolini? 

Plus que David et que Poussin lui-même, 
Ingres est un génie absolument français, dont 
l'imagination s'avoue très inférieure à la pro- 
bité : c'est donc, en dernière analyse, et malgré 
ses rêves homériques ou raphaélesques, un mer- 
veilleux portraitiste ; et celui qui se proclamait 
avant tout « peintre d'histoire » n'a peut-être 
Jamais été mieux inspiré qu'en immortalisant 
les « bourgeois u de son temps ou la carnation 
resplendissante du modèle idéalisé par sa pas- 
sion même de la vie. 'Vainqueur au Salon de 
1824, son Vœu de Louis XUl ne met-il pas en 
délinitive lumière ce contraste, et le portrait 
scrupuleusement reconstitué du roi ne rayonne- 
t-il pas à nos yeux d'un plus réel éclat que le 
groupe céleste, trop directement issu de la for- 
mule d'Italie ? Le poncif habite les nuages; mais 
la heaulé, splendeur du vrai, brille obscurément 
sur la terre. Kt, malgré le charme archaïsant de 
Françoise de Rimini, comme les petites composi- 
tions, trop froidement agencées, semblent avoir 
rejoint le romantisme honnête d'un Ponsard ou 
d'un Casimir Delavigne, alors que l'Odali^c/ue à 
l'esclave, datée de 1842, enchantera toujours les 
poètes de la chair par la fraîche magie de son 
torse pâle ! Ingres sourcilleux est le confident de 
l'Age d'or ; el Corot seul, avec un dessin moins 
docte, a retrouvé, dans ses figures, ce parfum 
d'Homère ou de l'Éden. En son portrait de 1862, 
le vieux chef d'école se montre « irrité » comme 
ses Tragiques grecs; mais quelle fraîcheur d'ins- 
tinct dans les esquisses de la Comtesse d'Hatts- 
sonville ou de la blonde AI"" Cave! Dans ce 
genre, ici, rien ne surpasse une grisaille ina- 
chevée où sourit naïvement M""' Madeleine Ingres, 
née Chapelle, la plus aimable et la plus dévouée 
des compagnes, à laquelle ce maître décidément 
original s'était fiancé de loin, sans l'avoir vue... 
On dirait d'un Léonard préparé par Vermeer de 
Delfl, ou d'un Rembrandt dessiné par Andréa 
del Sarto. Cette esquisse radieuse est d'un grand 
peintre; et l'idéal n'est-il pas le réel vu par 
l'amoui? 

Tel est le dernier mot de la leçon d'Ingres; 
c'est le mot même de l'art humain. Ne (juiltons 
pas cette belle exposition trop brève, organisée 
au profit du Musée Ingres, à Montauban, sans 
exprimer notre plus sincère gratitude à M. Henry 



Lapauze, l'historien zélé du plus étonnant des 
maîtres français. 

XXVII<^^ Salon de la Société des artistes 
indépendants (quai d'Orsay, pont de l'Aima). 

— Plus que Jamais, une enfilade de soixante- 
quatre salles improvisées pour abriter 6."4:j en- 
vois nous suggère une impression de contraste 
entre le spectacle fatigant de ces cadres sans 
nombre et les noms excellents qui se lisent au 
catalogue; et, mieux que toutes les enquêtes sur 
l'art de peindre, ce contraste instruit le procès 
de la crise actuelle où les énergumènes l'ont tort 
aux délicats, où la qualité se noie dans la quan- 
tité. La sculpture est clairsemée comme les 
objels d'art; mais la peinture abonde et les 
étrangers foisonneiit : « tous les aventuriers du 
monde sont ici », dirait le |)oète, et tous les 
excès avec eux, depuis l'aliénation la plus volon- 
taire jusqu'à la médiocrité la plus désarmante à 
force d'être sage... Plus légitime que le Salon 
d'automne aux statuts agressifs, ce Salon " sans 
Jury ni récompenses » admet tout, sans échapper 
à la monotonie qui caractérise au fond toute 
société, même la plus nombreuse et la plus 
mêlée. Nous sommes las de ces fauves soi-disant 
ingrisles et de ces cubistes plus ou moins pata- 
gons; mais l'idéalisme aussi garde ses fidèles, 
MM. Dalbanne et Séon ; M. Happa dessine sans 
remords, et M. Georges Bruyer cultive avec talent 
la gravure sur bois. Nous savions déjà que 
MM. Synave, Urbain, Chénard-lluçhé, Jacques 
Simon, Francis Jourdain, Pierre Laprade, Kmile 
Houstan, Jean de la Hougue, Tristan Klingsor et 
Vaido Barbey ne déshonorent pas plus la palette 
que M"" Paule Séailles, Marie Boyiesve, Alice 
Plehn, Germaine bvill, Andrée Karpelès et 
Suzanne Pichon. M.M. Madelain, Raulin, Jean 
Denisse, Auguste Fabre et M"" Rosemond com- 
prennent la brume ou le soleil, le soir ou 
l'aurore; et les snobs de l'outrance n'empêche- 
ront pas les vertes l'yrénées de nous révéler sous 
un jour nouveau la loyauté de M. Charles Lacoste. 

Société des peintres du Paris moderne 
(gnIerieCeorgesPelit). — Expositions diverses. 

— Puisque tout amour est pétri de regrets, c'est 
le Paris ancien qu'on relient de préférence, à 
l'instant poudreux de la pioche : et cette huitième 
année est illustrée d'aspects qui ne sont plus 
qu'un souvenir; si .M. Bouroux fait une eau-forte 
i. aprè.s la démolition du couvent des dames de 
Saint-Michel », M. Pavil retrace amoureusement 



ANCIEN Et MODERNE 



l.TJ 



un Coin disparu : c'est, faubourg Poissonnière, 
la maison de Ledoux. Après M. Charles Jouas, 
l'audacieux el (In dessinateur qui voit Paris des 
tours de Notre-Dame, MM. Igounet de Villers et 
(luiilemet peignent des perspectives; MM. Man- 
telet-Martel et Dehérain notent le vieux Mont- 
martre de Berlioz; MM. Bauche et Villard préfèrent 
la Seine argentine et les platanes du pont Marie. 
Depuis le voyage de Turner, tout a changé, même 
le boulevard des Italiens. 

Pendant que M. Henri Brugnot décrit, chez 
Devambez, les environs de Grenade, M. Franc 
Lamy, chez Toolh, parcourt les cités, les jardins 
et les (leurs, colorant dans une pochade les eaux 
de Venise ou les tulipes de Haarlem. 

Raymond Bouyer. 

CORRESPONDANCE DE MUNICH 



Peinture espagnole et peinture suisse 

Aucun point de ressemblance entre les deux 
[expositions qui viennent de se succéder à la 
|(jaleri(ï Ileinetnann : elles avaient cependant ceci 
|de commun de présenter, l'une et l'autre, des 

individualités marquées, encore que bien dissem- 
Jblables, et d'oITrir un réel intérêt. 

C'est la première fois que se trouvaient réunis 
[en Allemagne, avec des œuvres d'art espagnol 
lancien, une demi-douzaine de (ireco et une dou- 
Izaine de Goya.' Les musées de Munich, ofliciels 
let privés, ne sont pas riches en œuvres de ces 
ImaStres. Aussi ces peintures ont-elles fait sensa- 
' lion. Des professeurs de l'Université sont accourus 
, à la Galerie lleinemann tenir des conférences 
[devant les toiles du «philosophe de Tolède»; ce 
jfut presque de l'engouement, et cependant le 
^livre de M. Barrés n'avait pas encore paru. 

Ce n'est pas le lieu, dans ces lignes trop brèves, 
fde discuter l'exacte valeur et le caractère spéci- 
[flquement espagnol des Madones et des Saints 
tdu xv« siècle attribués aux écoles d'Aragon et de 

Castille. Les analogies que présentent ces œuvres 
'avec l'art pratiqué à la même époque, aussi bien 
là Sienne ot à Venise, qu'en Flandre et à Cologne, 

rendent une pareille attribution hasardeuse. 
Les six Greco, sans parler d'un Proverbe des 

débuts, très noir, présentaient entre eux de telles 

dissemblances de facture et de tonalité, que l'on 
1 eût reconnu plus volontiers la main de l'artiste 



dans la remarquable copie de W» Nelly Harvey, 
harmonieuse et veloutée (San Ildefonso de l'église 
de l'hôpital d'Illescas, près Madrid), que dans 
celui des deux Vortements de croix, ici exposés, 
où le bois du supplice et la tunique bleue du 
Christ sont d'une crudité froide et d'une raideur 
de copiste. 

En revanche, auprès d'un beau llerrera le 
Vieux olfrant un vigoureux etfet de lumière, d'un 
bon Saint Ignace de Zurbaran, et de quelques 
au très pièces intéressantes prêtées par la princesse 
Louis-Ferdinand de Bavière, on pouvait admirer 
une splendide série de Goya, comprenant à peu 
près tous les genres de l'artiste, depuis les portraits 
à l'anglaise jusqu'aux scènes de mœurs : parmi 
celles-ci, il faut citer, entre autres, une Procession, 
d'un impressionnisme, d'un mouvement, d'un 
imprévu, que l'on dirait d'hier. L'imitatetir des 
Combats de taureaux, Engenio Lucas, ne nous 
apparaît qu'avec une couleur pâteuse et sale. 

Une collection de travaux des peintres modernes, 
qui fut exposée ensuite, a fort bien supporté la 
comparaison avec la réunion des œuvres du passé ; 
une tradition, faite de distinction sobre et de 
fermeté aristocratique, se manifeste constante. 
Le portrait fardé, par Zuloaga; l'Espagnole dans 
les fanfreluches et la soie verte, par Ilermen 
Anglada, sont des morceaux de première impor- 
tance. Les scènes populaires des frères Zubiaurre, 
avec leurs types montagnards, endimanchés et 
attablés devant des brocs de vin et de gros 
gâteaux paysans sur des tables basses, ont suscité 
une vive curiosité par la violence'd'un coloris qui 
contraste singulièrement avec les vues panora- 
miques, clair sur clair, de M. Aurelio de Beruete, 
plein-airiste ensoleillé, aux couleurs brillantes. 

Marcel Monta.ndo.\. 
(A suivre.) 

LES REVUES 



France 

Revue des Deux Mondes (15 avril). — André 
Hali.ays. Mérimée inspecteur des monuments histo- 
riques. — Ce fut au mois d'avril 1834 que Mérimée 
devint inspecteur des travaux historiques; il çivait 
trente ans et il était déjà célèbre comme écrivain. 11 
exerça sa fonction pendant dix-neuf ans, parcourant 
toutes les provinces pour reconnaître el étudier les 
monuments et, une fois de retour à Paris, bataillant 



13C 



LE BULLETIN DE L'ART 



sans relâche pour obtenir les crédits nécessaires aux 
travaux les plus urgents. A l'aide des Noies de voyage 
de Mérimée, de ses rapports et de sa correspondance, 
M. André Hallays trace le portrait et l'œuvre de ce 
fonctionnaire zélé et de ce consciencieux archéologue, 
adorant voyager et ne se décidant jamais à abdiquer 
son talent d'écrivain, même quand il correspond avec 
M. Guizot. Après avoir commencé par s'intéresser sur- 
tout aux antiquités gallo-romaines et aux monuments 
de l'art roman, il aima et comprit le sublime paradoxe 
de l'architecture ogivale et le défendit contre les 
attardés de la secte académique. L'auteur énumère 
quelques-uns des titres de Mérimée à notre recon- 
naissance, dans le combat sans trêve qu'il mena 
contre les vandales, contre certains membres ignorants 
du clergé, contre les municipalités, contre le génie 
militaire, etc. « Dans le naufrage auquel furent 
exposés, après la Révolution, tous les monuments de 
la vieille France, Mérimée a été le plus actif, le plus 
intelligent et le plus dévoué des sauveteurs. » 

— T. DE WïZEWA. Revues étrangères : à propos 
d'une nouvelle biographie de Canova. — A propos 
d'une biographie de Canova, récemment publiée à 
Milan, par Vittorio Malamani, l'auteur retrace, surtout 
d'après la correspondance et le journal de Canova, 
les rapports du sculpteur avec Napoléon 1", pendant 
les deux séjours de l'artiste en France, à la fin de 
1802, lorsqu'il lit la statue du Premier Consul, et à la 
fin de 1810, lorsqu'il exécuta le buste de Marie-Louise. 

— Louis GiLLET. Essais et notices : un peintre de la 
beauté féminine, Ernest Hébert. — A propos d'un livre 
récent de M. Joséphin Péladan, consacré à Ernest 
Hébert, M. L. Gillet résume la vie du peintre de la 
beauté féminine, de ce maître insatiable de perfection 
et respectueux de l'art, qui a eu peu d'idées, mais qui 
eut une certitude : « il n'a cru qu'à une chose, mais 
c'est une de celles qui ennoblissent la vie 11 a été un 
des derniers croyants de la beauté. » 

Figaro illustré (15 avril). — Le numéro est entiè- 
rement consacré au Palais de Compiègne. Texte par 
le conservateur M. Arsène Alkxandhe. 70 repro- 
ductions. 

La Revue bleue (23 février). — Raymond Boover. 
Ingres atnoureuv el passionné, à propos du livre 
de M. Henry Lapauze, le Hotnan d'amour de M. Ingres. 

L'auteur retrace, à l'aide des documents réunis par 
M. Lopauze, le roman d'amour d'Ingres, fiancé à 
M"" Forestier avant son départ pour l'Italie, et sa 
brouille avec la famille de la jeune fille, qui devait 
écrire elle-même plus tard le récit de celte aventure 
peu connue sous la forme d'un petit roman auto- 
biographique intitulé Emma ou la Fiancée. 

L'Art et les artistes (avril). — Camille Mauchik. 
{.a Peinture italienne — L'Art et les artistes commence 
dans ce numéro une série d'articles sur l'histoire de 
l'art, qui embrasseront toutes les périodes et tous les 
arts, à commencer par la peinture, dont toutes les 



écoles seront passées en revue. L'histoire de la pein- 
ture italienne sera résumée par M. C. Mauclair en 
quatre articles : le premier comprend les origines et 
l'école florentine jusqu'à Ghirlandaio. 

— Élie Fauhe. L'Art aztèque, chapitre extrait de 
V Histoire de l'art récemment publiée par l'auteur. 

— Léon RosENTiiAi.. Jean Roque, peintre, né à Mar- 
seille, le 8 janvier 1880. A trente ans, il a déjà sa mono- 
graphie et l'auteur salue simplement en lui « l'espoir 
d'une évolution heureuse de notre art de demain ». 

— Un tableau inédit du Sodoma : « l'Amour el la 
Chasteté », de la collection du Baron de Schlichting. 

— Léandre Vaillat. L'Art décoratif : le Salon des 
artistes décorateurs. 

Italie 
Vita d'Arte (mars 1910). — L. Giellv. Frédéric 
Béer. Ln sculpteur réaliste épris de beauté, remar- 
quable technicien (8 fig.). 

— Antonio Mlnoz. Martine Ferabosco, architecte : 
le baldaquin de Saint-Pierre; les stucs du Quirinal. 
— Élève en 1617 la porte principale du Vatican, qui 
fut détruite lors de la construction de la colonnade de 
Bernin; dessine un projet pour le baldaquin de Saint- 
Pierre, utilisé en partie par Bernin; exécute en 1617- 
1618 les stucs de la chapelle Paolina au (Juirinal. 
14 documents inédits (13 fig.). 

— Chroniques d'art : C.!,W. Colucci. P.-A. Laszlo : 
Ses derniers portraits (6 fig.). — Pierre Rraecke. 
Pégase et la Renommée, sculpture pour le Pavillon 
belge à l'Exposition de Rome; — Charles Milcendiau. 
Ses pastels récemment exposés à Paris. 

— P. MisciATELi.i. La Vie et l'art au château Saint- 
Ange. — Compte rendu de l'Exposition rétrospective 
qui s'y trouve actuellement. — L. G. 

Russie 
Staryé Gody (mars). — N. Kondaiiov. La nouvelle 
pinacothèque du Vatican. — Étude de la première salle, 
contenant la peinture du xiv* siècle et de la pre- 
mière moitié du xv et, dans cette salle, choix des 
peintures les plus petites et n les moindres • qui, 
par contre, sont les plus intéressantes pour l'histo- 
rien. L'auteur poursuit ainsi ses investigations sur 
toutes les écoles italiennes primitives et sur leurs 
rapports avec la peinture byzantine, objet de son 
livre déjà si important l'Iconographie de la Vierge. 

— E. BoxDARENKO. Les Palais des environs de 
Moscou au XVIII' siècle. — Palais-stations sur la route 
du couvent de Tro'itskoé (Isniaïlow, Pérovo, etc.). 
Palais de Kolomcnskoé. Palais de Tsaritsyno. 

— N. RoTiiSTKiN. Encore quelques détails sur les 
peintres - miniaturistes. — Quatre nouveaux noms 
d'après des almanachs russes du commencement du 
XIX" siècle, et adresses de Barbier, Colas, Vodo, 
Molinari, Tangermann, Perrière. — Denis Roche. 

Le Gérant : H. Denis. 

Htm. — Imp. UeorgM P«lit, li, me Uodol-de-Hturoi. 



Numéro 50â. 



Samedi 6 Mai 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Deux Chefs-d'œuvre français 
au Louvre. 



li 



Il se livre en ce début de siècle un combat 
émouvant autour'de nos œuvres d'art. La vieille 
Europe a beau se défendre de son mieux, il lui 
devient de plus en plus difficile de lutter contre 
les acheteurs du Nouveau-Monde, armés de leurs 
millions et avides de se constituer rapidement 
des musées. Chaque jour amène une nouvelle 
défection : hier encore, c'était le Moulin de 
Rembrandt et le Philippe IV de Velazquez ; 
demain, ce sera sans doute le tour d'autres 
chefs-d'œuvre... Car pour une Christine de Dane- 
mark ou une Vénus couchée que l'on a pu sauver 
de l'exil, combien d'Olivarès et de Mars et Vénus 
ont passé l'Atlantique ! 

Aujourd'hui, du moins, nous avons le droit de 
nous réjouir. Deux peintures françaises — Tune 
de Poussin et l'autre d'Ingres — entrent au 
musée du Louvre, où leur place était marquée. 
D'une qualité et d'une importance exception- 
nelles, elles se trouvaient par cela même trop 
directement exposées à la convoitise des étran- 
gers pour que nous nous bornions à mentionner 
en trois lignes leur entrée dans les collections 
nationales. L'événement mérite qu'on s'y arrête 
et qu'on le célèbre un peu : en pareille circon- 
stance, le musée est mieux qu'une « prison de 
l'art » : un refuge, un asile, un port tranquille 
et sûr. 

Le Poussin est une allégorie : on y voit Apollon 
inspirant un jeune poète qu'une Muse, escortée 
d'un petit génie, regarde avec complaisance, 
tandis qu'un autre génie voltige en brandissant 
des couronnes de laurier. Noblesse de la ligne, 
harmonie de la composition, charme d'une 
poésie grave et sereine, fraîcheur et transpa- 
rence du coloris, tout s'unit pour faire de cette 
grande page une des œuvres caractéristiques du 
maître, dans cette série qui compte le l'amasse 
du Prado et surtout l'Inspiration d'Anacréon 



deDulwich. C'est assez dire qu'elle ne sera point 
déplacée à côté des Bergers d'Arcadie. 

L'Ingres n'est autre que le Bain turc, exposé 
il y a quelques années à une rétrospective du 
Salon d'automne et visible en ce moment à la 
galerie Georges Petit. Après ce qu'en a dit 
M. Henry Lapauze dans la Revue (1), il est 
superflu d'insister sur la place que cette peinture 
occupa dans la vie de son auteur : Ingres avait 
commencé d'y rêver dès 1806, c'est-à-dire aux 
premiers temps de son séjour à Rome, et pour- 
tant il ne l'acheva qu'en 1839. Auprès de l'Oda- 
lisque et de la Source, ce voluptueux morceau 
viendra compléter à merveille l'admirable série 
des nus que nous possédons du maître portraitiste. 
Apollon instruisant, un jeune poète est une 
acquisition du Conseil des musées nationaux, 
dont les membres ont fait preuve, en la circon- 
stance, d'une activité et d'une décision dignes de 
tous les éloges. Le Bain turc est un don de la 
Société des Amis du Louvre ; et l'on verra 
d'autre part quelle initiative pleine d'à-propos 
permit à la vigilante association d'entrer en 
possession du tableau. 

Tout le monde a donc fuit son devoir et plus 
que son devoir, avec un dévouement et un 
désintéressement qui trouvent leur légitime ré- 
compense dans ce double enrichissement de nos 

collections nationales. 

E. I). 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 29 avril). 
— Le directeur des Musées nationaux informe l'Aca- 
démie que la Société des Amis du Louvre a, comme 
on le verra d'autre part, voté l'acquisilioa du liain 
turc d'Ingres pour t'olîrir au musée du Louvre. 

— L'Académie a ensuite déclaré la vacance du fau- 
teuil de M. Uoty, membre titulaire de la section de 
gravure, décédé le 23 mars dernier. 



(1) Voir la Bévue, t. XVIll, p. 38:J. 



138 



LE BtJLLEtiN DE L'ART 



Dans la séance de samedi prochain, lecture sera 
donnée des lettres de candidature à ce fauteuil. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 28 avril). — M. Max. Cullignon pré.sente, 
de la part de M. Picard, membre de l'École française 
d'Athènes, la photographie d'une dalle de fronton 
archaïque du vi" siècle avant notre ère, en calcaire 
coquillier, trouvée à Corfou, mesurant 1 m. 71 de 
haut et portant, en relief, deux figures centrales tirées 
d'une stèle de gigantomachie. C'est J upiter brandissant 
un foudre en forme de double hache contre un géant 
qui se débat. Cette œuvre est de style péloponésien 
et présente des traces d'influences insulaires : Jupiter 
y est figuré imberbe, ce qui est fort rare. 

— Le reste de la séance est pris par des communi- 
cations de M. Loth sur l'écriture celtique et de M. Viollet 
sur un point d'histoire juridique. 

Musée du Louvre. — Comme on le verra d'autre 
part, la Société des Amis du Louvre a acquis pour les 
collections nationales le llain tui-c d'Ingres, actuel- 
lement exposé à la galerie Georges Petit. L'œuvre est 
célèbre ; elle a été étudiée tout au long dans la lievue 
(t. XVlll, p. 383), par M. Henry Lapauze, d'après des 
documents inédits, et nous nous bornerons à renvoyer 
à cette étude, illustrée des reproductions du tableau 
et des dessins préparatoires. Terminé en 1859, le Bain 
turc était alors de forme carrée ; il fut transformé par 
Ingres, comme le Virgile lisant l'Enéide devant 
Auguste et le Songe d'Ossian ; il est aujourd'hui de 
forme ronde. Après avoir appartenu à l'ambassa- 
deur de Turquie à Paris Khalil-Bey, il passa dans la 
coliection Constant Say, et resta dans la famille Say, 
d'abord chez M. Henry Say, puis chez le prince 
Amédée de Broglie, son beau-frère. Vendue récem- 
ment à un grand marchand parisien, la peinture fut 
achetée, au prix de 150.000 francs, par M. Maurice 
Fenaille, l'amateur parisien bien connu, qui voulut 
ainsi parer à une oUre possible, venant d'un musée 
ou d'un collectionneur étrangers. Lors de la dernière 
réunion des Amis du Louvre, M. Fenaille se borna à 
mettre le tableau à la disposition de la Société, qui 
en vota l'acquisition séance tenante pour l'ollrir au 
Louvre. Elle entrera au musée à la clôture de l'expo- 
sition Ingres. 

D'autre part, le musée du Louvre vient d'acheter une 
peinture de Nicolas Poussin d'une importance et d'une 
conservation exceptionnelles. C'est une allégorie 
représentant Apollon inspirant un jeune poète, et 
comprenant cinq figures de grandeur naturelle. Le 
dieu, à demi recouvert d'un manteau écarlate, est 
assis au centre de la composition, près d'un laurier; 
d une main, il tient une harpe posée sur sa cuisse et, 
de l'autre, étendue, il indique le livre sur lequel le 
jeune poète, debout à droite, s'apprête à écrire, tandis 
qu'un petit génie, portant une couronne dans chaque 
main, plane au-dessus de sa tête. Derrière Apollon, 
une Muse, vêtue d'un manteau jaune et d'une robe 



blanche, est debout, une flûte à la main, et regarde le 
jeune homme avec complaisance ; à ses pieds, un 
petit génie, portant un livre. L'ensemble est d'une 
fraîcheur et d'une transparence de coloris qui n'ont 
d'égales que la noblesse et la pureté des lignes : c'est 
un admirable tableau. Apollon inspirant un jeune 
poète a été catalogué par Smith, quand il faisait 
partie de la collection Thomas Hope. 

— Un décret du 4 avril 1910 avait complété de la 
façon suivante la liste des bienfaiteurs du musée du 
Louvre, établie par décret du 11 octobre 1909 : 

1890. Egypt Exploration Fund. 

1894. S. M. Nasser-ed-Din Chah. 

189o. D' Achille Malécot. 

1900. S. M. Mozafl'er-ed-Din Chah. 

Cette liste vient d'être mise à jour et elle a reçu les 
additions que voici : 

1906. Baron Alphonse de Rothschild. M— Hélène 
Cuvelier. M. Etienne Moreau-Nélaton. 

1907. Léon Dru. M'"' Henri van Blarenberghe. 

1908. Jacques Doucet. M"' Octave Homberg. An- 
tonin Marmontel. 

1909. Maurice Audéoud. Charles Seguin. 

1910. Alfred Chauchard. Charles Piet-Lataudrie. 
M— 'Wey-Isabey. M— Rolle. 

1911. Georges Berger. 

Société des Amis du Louvre — Lors de sa 
dernière réunion, la Société des Amis du Louvre a 
eu à choisir un président, en remplacement du regretté 
M. Maciet. A l'unanimité, elle a élu M. Raymond 
Kœchlin, secrétaire général de la Société depuis sa 
fondation, témoignant ainsi sa juste reconnaissance 
à l'homme actif et dévoué qui n'a jamais marchandé 
son temps ni sa peine et qui était devenu, depuis 
bien des années, l'âme de l'association. 

Le bureau est donc composé de la façon suivante : 
MM. Raymond Kœchlin, président ; le Prince d'Aren- 
berg, Ed. Aynard, le Prince Roland Bonaparte, Dois- 
tau, Gustave Dreyfus, Fenaille, Martin-Le Roy, Poin- 
caré, vice - présidents ; G. -A. Godillot, trésorier; 
Metman et L. Hémant, secrétaires. 

Le Comte Moïse de Camondo a été élu membre du 
conseil à la place du Comte Isaac de Cainondo, décédé 
récemment. 

Le premier acte présidentiel de M. R. Kœchlin a été 
de faire voter l'achat du Bain turc d'Ingres 

Société d'iconographie parisienne (séance du 
28 avril). — A l'aide de documents découverts dans 
les registres du Parlement, M. Henri Stein évoque les 
aspects successifs de la Tour de l'Horloge du Palais 
de Justice. 11 fait connaître un curieux projet d'embel- 
lissement de la façade septentrionale, proposé en 
1764, et destiné à rappeler le motif décoratif de la 
façade orientale constitué par l'ancienne horloge. 

— M. Charles Saunier communique une médaille 
due à M. Ovide 'Vencesse, récemment frappée et des- 
tinée aux bienfaiteurs des Musées nationaux. L'artiste 
y a représenté une vue de la colonnade du Louvre. 



ANCIEN ET MODERNE 



i39 



— Revenant sur sa précédente communication, 
M. Albert Vuaflart commente un sixième dessin de 
tiabriei de Saint-Aubin, daté de 1772, qui oflre un 
nouvel aspect du Cotisée. Ce dessin, relevé d'aquarelle, 
conservé au Louvre, et non exposé, lui avait été 
signalé, lors de la dernière séance, par M. Emile 
Uacier. Il représente la cour d'honneur du Colisée, 
limitée par une imposante colonnade, et l'on y voit la 
pompe de la Fête chinoise donnée le H juillet 1772. 

L'iconographie du Colisée s'établit donc ainsi : cour 
d'honneur avec la Fête chinoise (dessin du Louvre) ; 
rotonde centrale (gouache de la collection Wallace, 
dessins de la collection H. Pannier et du Cabinet des 
estampes), naumachie (gouache de la collection 
II. Pannier). Ces six œuvres de Gabriel de Saint- 
Aubin sont, à ce jour, les seules représentations 
connues de l'éphémère établissement de plaisir élevé 
aux Champs-Elysées à la fin du xviii" siècle. 

Les collections artistiques de l'Assistance 
publique. — Le service des archives de l'Assistance 
publique de Paris s'est récemment préoceupé de la 
conservation des objets d'art qui se trouvent dans les 
divers établissements hospitaliers de Paris. Parmi ces 
objets, voici les plus intéressants à signaler : à la 
Salpêtricre, diverses commodes de palissandre et 
bronzes des époques Louis XV et Louis XVI; une 
toile de I69.Ï attribuée à Mignard et représentant 
Louis XIV admiré par l'univers; les deux groupes en 
plâtre du sculpteur Étex, placés sous le porche de la 
chapelle; — à la Pitié, les vitraux et les bois sculptés 
de la chapelle (xvii" siècle); — à Saint-Antoine, une 
pierre gravée de 1643 avec inscription, et un mortier 
de bronze du xviii* siècle; — à la Charité, plusieurs 
portraits de bienTaiteurs (xvii* siècle) ; — à Cochin, une 
collection de vases de pharmacie; un buste et un 
portrait de J.-D. Cochin; — à .""Jecker, deux toiles 
du xviii' siècle, dont un portrait de M"' Necker; — 
à la Maternité, deux dalles funéraires du xviii* siècle; 
— enfin la fameuse collection de faïences de la phar- 
macie centrale des hôpitaux, quai de la Tournelle. 

Une inscription indiquant le classement dont elles 
ont été l'objet a été apposée sur ces toiles et ces 
sculptures, qui ont été signalées aux soins vigilants 
(les directeurs d'établissements. 

Expositions nouvelles. — Ainsi que le Bulletin 
l'annonçait dans son dernier numéro, une nouvelle 
salle de dessins a été ouverte cette semaine à l'Expo- 
sition Ingres et de nouvelles peintures du maître sont 
venues augmenter l'intérêt de ce bel ensemble : la 
Vierge à l'hostie, des collections impériales de Russie; 
le Portrait d'Ingres par lui-même, du musée des 
Offices ; Jupiter et Thétys, du musée d'Aix ; et enfin, le 
l'ortrait de Mme de Senonnes, du musée de Nantes. 

Expositions annoncées. — La sixième expo- 
sition du Valais-Salon, comprenant les œuvres artis- 
tiques des représentants des diflérentes professions 
du Palais de Justice : magistrats, avocats, avoués, 



greffiers, huissiers, etc., aura lieu du 13 mai au 3 juin, 
dans les salons du Cercle de la librairie, 117, boule- 
vard Saint-Germain. 

A Besançon. — M"" Chartran, veuve du peintre 
décédé en 1907, vient de faire don d'une cinquantaine 
de peintures de son mari au musée de Besançon; 
l'École des beaux-arts de la ville a reçu en outre des 
esquisses et des dessins de Chartran. 

En Grèce. — Des découvertes archéologiques très 
importantes viennent d'être faites à Corfou. Au lieu 
dit Palaiopolis, sur le bord de la baie de Kalikio- 
poulo, des sondages pratiqués par M. l'éphore Versakis 
ont amené au jour des sculptures archaïques du plus 
haut intérêt : une Gorgone qui mesure 3 mètres de la 
tête aux genoux; un lion long de 3", 30; unellarpye; 
une tête de lion; une déesse assise (peut-être la nymphe 
Kerkyra). et divers fragments. Ces sculptures peuvent 
être attribuées au vi' siècle; elles semblent avoir 
appartenu au fronton d'un édifice (temple'.' arsenal?), 
de dimensions considérables. Nous tiendrons nos lec- 
teurs au courant du progrès des fouilles qui se pour- 
suivent, au frais du gouvernement hellénique, sous 
l'active direction de M. Versakis. 

— M. l'éphore Arvanitopoulos vient de trouver, à la 
sortie de la vallée de Tempe, les restes d'un temple 
qu'il identifie avec celui d'Apollon Pythios. — C. D. 

En Turquie. — L'École française d'Athènes va 
mener, durant les mois de mai et de juin, une campagne 
de fouilles dans l'Ile de Thasos, sur l'emplacement de 
l'ancienne ville. La direction des travaux est confiée à 
M. Charles Picard. — C. D. 

Nécrologie — On annonce la mort à Paris, à l'âge 
de 69 ans, de M. Antoine Lumière, l'industriel bien 
connu, qui était en même temps un artiste remar- 
quable. Il avait fondé la célèbre maison de plaques et 
papiers photographiques, aujourd'hui dirigée par ses 
fils et qui a attaché son nom à tous les progrès de la 
photographie. Membre de la Société des Artistes fran- 
çais, il a souvent exposé aux Salons des dessins de 
portraits et de paysages. 

— M. Charles Wertheimer, un des membres de la 
famille d'antiquaires anglais dont le nom a été si sou- 
vent prononcé à l'occasion d'importantes transactions 
d'œuvres d'art, vient de mourir à Londres. Il laisse 
un frère, M. Asher Wertheimer, qui occupe également 
une situation importante dans le monde de la curio- 
sité. 

— M. le colonel d'artillerie baron d'Astier de La 
Vigerie, qui s'était distingué pendant la campagne 
de 1870, vient de mourir à Paris. Le colonel de La 
Vigerie, qui avait commandé l'École de Versailles, 
était également archéologue et écrivain. Il laisse, en 
particulier, des études appréciées sur les tapisseries 
de Flandre, d'Espagne et d'Italie. 



140 



LE BULLETIN DE L'ART 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Succession Déclat-Virot (ta- 
bleaux anciens, etc.)- — Celle vente, faile 
salles 9, iO et H, les 25, 26 et 27 avril, par 
M"^' Doublet et Baudoin et MM. Paulme et Las- 
quin et Meynial, a produit un total de 243.39" fr. 
11 est à remarquer que la dernière vacation était 
composée de meubles de style, de fabrication 
moderne. 

Nous avons déjà signalé le prix de 38.800 fr. 
obtenu, sur la demande de iiO.OOO, par le Portrait 
présumé d'Alexis Viron, par Tocqué. Quelques 
meubles anciens ont atteint également à des 
enchères assez élevées. 

PRINCIPAUX PRIX 

Tabl-eaux anciens et modernes. — 20. Dsnloux. 
Portrait de jeune femme, 3.400 fr. (dem. 4.000). — 
30. L. Tocqué. Portrait présumé d'Alexis Piron, 
38.000 fr. (dem. 50.000; vente Virot, 1884, 4.000 fr.). 

PoiicELAiNES. — 48. Deux potiches, ép. Rang-hi, 
décor bleu, 4.030 fr. — Chine. Deux vases-cornets, 
Kang-hi, à décor bleu, 2.650 fr. 

Meubles anciens et de style. — 214. Commode, 
pieds cambrés, acajou, mouluré, br. fin ép. Louis XV, 
2.765 fr. — 221. Itégulateur contourné, bois de rose, 
amarante et filets, orné de bronze, cadran marqué 
Lepnute, estampille N. Petit, com' ép. Louis XVI, 
13.200 (dem. 15.000). — 222. Commode droite, acajou 
et ébènc, bronze ciselé et doré, estampille de Pafrat, 
ép. Louis XVL — 227. Vitrine marqueterie, bois de 
rose et de violette avec filets, garnit, br., ép. Louis XVL 
2.770 fr. — 252. Armoire palissandre à deux portes, 
anc. laque de Goromandel, style Régence. Maison 
Durand, 4.300 fr. 

Sièges anciens et de style. — 260. Salon bois 
sculpté et doré, style Régence, anc. tapisserie au 
point, fond noir, 6.600 fr. (dem. lO.OOOj. 

Tapisseries anciennes. — 287. Aubusson, verdure 
avec fontaine, 3.850 fr. — 292. Tenture en trois par- 
ties, Flandres, com' du xviii' s., verdure avec oiseaux, 
7.250 fr. (dem. 6.000). 

Vente de la collection Courajod (haute 
curiosité). — Cette vente, faite salle 4, le 20 avril, 
parM« Lair-Dubreuii et MM. Mannheim, a produit 
un total de 40.ÎJ49 francs. 

Annoncée par un mince catalogue illustré, elle 



ne comprenait pas d'objets de grande importance, 
mais seulement quelque cent cinquante numéros, 
notamment une réunion de plaquettes, qui pro- 
venaient de la collection de l'ancien conservateur 
du Louvre. Le tout s'es.t fort bien vendu, sans 
réaliser d'enchères élevées. Il nous suffira de 
signaler les suivantes : 88 Cheval cabré, bronze, 
travail lloreiitin, xvi« siècle, 2 000 fr. — fi9. 
Autre cheval, du même genre, ti.OOO fr. — 135. 
Grand panneau : la Vierge debout portant l'Enfant 
Jésus, France, Jtiv« siècle, 2.001) fr. (dem. 2.000). — 
138. Deux statuettes, marbre blanc. Anges cérofé- 
raires, xv« siècle, 4.000 fr. — 139. Statuette 
marbre blanc, Moine debout, xv' siècle, 2.250 fr. 

— 143. Buste, terre cuite, grandeur nature. 
Portrait d'Alexandre-Germain ilonnot, école de 
Chinard, fin xvui' siècle, 2.500 fr. 

"Vente de la collection théâtrale J. Sambon. 

— In coup de théâtre, — c'est le cas de le dire, 
puisqu'il s'agissait d'une collection thé.ltrale, — 
a interrompu les vacations de la vente Sambon. 
(Commencée salles 9 et 10, le !«'' mai, sous la 
direction de M'Lair-Dubreuil et de M.M. Paulme et 
Lasquin, et RoUin et Keuardent, cette vente, qui 
devait continuer jusqu'au 8 mai, a été subitement 
arrêtée après les deux premières vacations, le 
gouvernement italien ayant acheté à l'amiable 
l'intégralité des objets qui devaient constituer 
toutes le» autres. Déjà, parait-il, un certain 
nombre des numéros des deux premières séances 
avaient été acquis pour le compte du gouver- 
nement italien, qui va faire de la collection 
Sambon, ainsi conservée dans sa plus grande 
partie, le fonds d'un musée théâtral, dans le 
genre de celui de l'Opéra de Paris, lequel serait 
installé à la Scala, à .Milan. 

Bien qu'il convienne de se réjouir chaque fois 
qu'une collection, qui a demandé des années de 
travail et de patientes recherches, se trouve fixée 
à demeure dans un établissement public, on ne 
peut s'empêcher de remarquer que le gouverne- 
ment italien aurait pu trouver parfois, des fonds 
dout il dispose pour l'acquisition d'œuvres d'art, 
un emploi plus indiqué que l'acquisition de la 
collection Sambon, si intéressante soit-elle, en 
retenant simplement, en vertu de son droit de 



ANCIEN ET MODERNE 



141 



préemption, tel chef-d'œuvre de l'ancienne école 
italienne qui a pu sortir de la Péninsule, toutes 
portes ouvertes, sur la déclaration d'une valeur 
modique. Mais n'en est-il pas un peu de même 
dans tous les pays? On laisse se détruire ou partir 
à l'étranger les œuvres importantes de l'art 
national, tandis que l'on achète et conserve pré- 
cieusement des marionnettes et des souvenirs 
de théâtre ! 

Quoi qu'il en soit, la première vacation avait 
produit 125.743 francs, et donné lieu à une en- 
chère aussi sensationnelle qu'inattendue, celle 
de 50.000 francs obtenue, sur la demande de 
15.000, par le Portrait de Joséphine Graasini, 
miniature par Quaglia. Notons encore : les 
16.000 francs obtenus, sur la demande de 15.000, 
par le pastel de Mm" Labille-Guiard, le Portrait 
de Le Kain ; les 28.200 francs réalisés, sur la 
demande de 17.500, par l'image anonyme de 
Biancolelli, dit Dominique, peinture française du 
xvii" siècle, et les 9.500 francs donnés, sur la 
demande de 8.000, pour le Portrait de la Mali- 
bran - Garcia , dans le rôle de Desdémone , par 
l'edrazzi. 

Cette vacation ne nous offre plus d'intéressant 
que le pri-x de 2.700 fr. pour <e Fandango, deux 
toiles signées Fabris, 1774. De la seconde vaca- 
tion, il suffira d'indiquer les prix suivants: Porciel. 
de Capo di Monte, personnage en costume du 
capitaine Spacca, 0.600 fr. •— Porcel. de Hoechts, 
acteur dans l'Avare, grande statuette, 3.900 fr. 

Le total des deux premiers jours s'est élevé à 
186.700 fr. 

"Vente de la collection Rouart (II< vente : 
objets d'art de la Chine et du Japon). — 

L'abondance des matières nous oblige à remettre 
à notre prochaine chronique le compte rendu de 
cette vente, qui a duré du U'' au 4 mai, salle 6, 
sous la direction de M» Baudoin, assisté de 
M™» Langweil et de MM. Mannheim. 

Vente de tapisseries. — Notons quelques 
prix dans une vacation anonyme dirigée salle I, 
le 3 mai, par M« Bivort et MM. Pauime et Las- 
quin : Panneau d'Aubusson, xvm» s., chien en 
arrêt devant un faisan, 6.950 fr. (dem. 6.000). — 
Panneau verdure du xviiio siècle, 5.350 fr. (coupé 
pour un escalier). — Verdure, 4.100 fr. — Pan- 
neau, Flandre, xvic s., chasse à courre avec 
licorne, 2.810 fr. 

■Ventes annoncées. — A Paris. — Collection 
de M. X... (porcelaines de Saxe]. — Les 8, 9, 



)0 et 11 mai. M" Lair-Dubreuil, assisté de 
MM. Pauime et Lasquin fils, dispersera, salles 7 
et 8, une réunion importante de porcelaines 
de Saxe, plus de 300 numéros. Figurines à sujets 
d'animaux ou de personnages, statuettes et 
groupes, boîtes, étuis, très petits vases, corbeilles, 
s.ilières, tous les fragiles et précieux spécimens 
de la porcelaine allemande du xviii" siècle s'y 
rencontrent. Nous ne pouvons entrer dans le 
détail de cette collection, un peu spéciale, et 
force nous est de renvoyer au catalogue illustré 
qui en a été dressé. 

Collection Alexis Rouart (1V<; Vente : 
tableaux modernes, etc.). — Les 8, 9 et 10 mai, 
salle 6, M" H Baudoin et MM. Chaîne et Simonson 
et Durand-Ruel dirigeront la quatrième vente 
Rouart, celle-ci consacrée aux tableaux et dessins 
modernes. 

Les œuvres de l'époque romantique dominent 
et donnent une couleur particulière à cette 
collection, la distinguant par là de ce que l'on est 
habitué à rencontrer à l'Hôtel Drouot sous la 
rubrique « Tableaux et dessins modernes ». 

La place nous est trop limitée pour nous étendre 
sur cette réunion nombreuse des toiles et des 
feuilles qui montrent en spécimens choisis les 
grands et petits maîtres de l'école française du 
xi.v= siècle, depuis l'école de David jusqu'aux 
impressionnistes, ceux-ci compris. Il nous suffira 
de signaler, d'après le catalogue illustré, les 
numéros qui paraissent les plus importants. Ce 
sont, parmi les tableaux : la Mère Boudoux et le 
Verger de l'auberge à Honfleur, par Cals ; la Nymphe, 
par Fantin-Latour; la Meuse aux environs de Dor- 
drecht, par Jongkind; l'Entrée de S A. R. la 
duchesse d'Orléans aux Tuileries, le Contrat de 
mariage, le Combat de Claye (le 27 mars ISii) et 
la Voiture de gala, par Eugène Lami, et parmi les 
dessins : un pastel, Fillette en blanc, par Mary 
Cassatt; des pastels par Degas : l'Atelier de la 
modiste. Premier sujet, Danseuses, le Pas battu et 
du même artiste un éventail sur soie : le Ballet. 

Objets provenant de la collection Deles- 
sert. — Salles 9 et 10, le 11 mai. M" Henri Bau- 
doin et MM. Mannheim et J. Ferai procéderont à 
la vente de tableaux anciens et modernes, objets 
d'art et d'ameublement, provenant de la collec- 
tion Delessert. 

Cette vente a fait l'objet d'un catalogue illustré 
oîi nous relevons les numéros suivants : parmi 
les gravures, une épreuve en couleur de Juvénile 
retirement, par J. Ward, d'après J. Hoppner ; 



142 



LE BULLETIN DE L'ART 



parmi les aquarelles, la suite de dessins de De- 
camps : VHistoire de Samson, qui mérite de nous 
arrêter un instant. 

Elle se compose de neuf dessins qui furent 
exposés au Salon de 184b. Six furent lithographies 
par Eug. Le Roux. Celui qui représente Samson 
tuant les Philistins a été gravé par Desmardryl 
et Berthaud. 

Dans son compte rendu du Salon de 184b, 
Thoré-Burger a longuement commenté cette suite 
célèbre de dessins. Les neuf numéros sont inti- 
tulés : le Sacrifice de Manoc, Samson tue le lion, 
Samson met le feu aux moissons des Philistins, 
Samson défait les Philistins, Samaon enlève les 
portes de Gaza, Samson et Dalila, Samson emmené 
prisonnier, Samson tourne la meule, et Samson 
renverse la salle du festin. 

Il existe de cette suite une copie réduite exé- 
cutée par Decamps, qui fut adjugée 2 900 francs 
à lii vente Fau, en 1861. 

Notons encore une aquarelle anonyme de 
l'école française du xvni= siècle, la Caravane, et 
passons aux peintures, où nous remarquons : le 
Haquet, par Géricault, et la Jeune fille aux cheveux 
roux, par Greuze. 

Du côté des meubles, il nous faut encore signa- 
ler : une table-bureau du temps de Louis XV, en 
maniueterie de bois de couleurs à fleurs, avec 
bronzes dorés, et un bureau à cylindre d'époque 
Louis XVI, en marqueterie de bois de couleurs 
à médaillons de trophées, avec bronzes dorés. 

Collection Alexis Rouart (V<^ vente : objets 
d'art, etc.). — Moins importante que les précé- 
dentes ventes Rouart, la cinquième, que dirige- 
ront, salle C, M" H. Baudoin et MM. Mannlieim, 
les 12 et 13 mai, est réservée aux objet.» d'art et 
d'ameublement. Nous ne trouvons à y signaler 
que le meuble de salon composé d'un canapé, de 
deux bergères et de dix fauteuils, couverts en 
Aubusson, du temps de Louis XVI. à sujets d'ani- 
maux et de petits personnages, et un écran en 
Aubusson de même époque, présentant un mé- 
daillon à sujet d'enfants; ces objets sont repro- 
duits dans la planche unique illustrant le cata- 
logue de cette vente. 

Ventes prochaines. — A Paris. — Parmi 
les vacations annoncées dès à présent, il nous 
faut signaler en particulier les suivantes : 

— Le 15 mai, par le ministère de M" Lair- 
Dubreuil et Haudoin, et de MM. Jules Ferai et 
^aulme et Lasquin (ils, aura lieu la vente de U 



collection de M'"* C..., comprenant des tableaux 
anciens et modernes et notamment les esquisses 
par J.-B. Oudry pour les Chasses de Louis XV et 
des objets d'art et d'ameublement. 

— Le 18 mai. M» H. Baudoin, assisté de 
MM. Mannheim et Ferai, dispersera, salle 6, les 
tableaux anciens, principalement de l'école fran- 
çaise du xviii' siècle, appartenant à il. X... 

— Le 22 mai. M" L. André et MM. Paulme et 
Las([uin commenceront la vente des objets dé- 
pendant de la Succession de feu M. le baron La 
Caze, par une vacation, salles 5 et 6, consacrée 
aux tapisseries anciennes, dont les Enfantsjardi- 
niers en Gobelins d'après Le Brun, et poursuivront 
cette vente, les 24 et 26 mai, salle 6, avec les 
tableaux, les objets d'art et les meubles ancieus 

et de style. 

M. N. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Grands et petits maîtres hollandais du 
XYIIi^ siècle (salle dujeu de paume, au Tuileries. 
— Sévère pour son temps, l'amateur qui déplore 
à bon droit l'insignifiante cohue des Salons ne se 
plaindra plus de manquer de réconfort : après 
la hautaine leçon d'Ingres, après les aimables 
pastellistes anglais du xviii» siècle, voici les 
Hollandais du xvii<',avec leur conscience paisible: 
encore une « rétrospective » au profit de bonnes 
œuvres, et très capable de faire réfléchir le 
présent sur lui-même en face du passé ! Grands 
et petits, les « maîtres d'autrefois » auraient 
beaucoup à nous rapprendre, et surtout cette 
patience oubliée que le manque d'imagination 
nomme le génie. 

Quoi qu'il en soit, la soudaine floraison de la 
peinture néerlandaise, si riche en petits maîtres 
patients et bourgeois, en créa deux grands pour 
qui le génie fut autre chose : Frans Hais et 
Rembrandt. Né dès la fin du xvi' siècle, à l'heure 
de l'indépendance, Frans Hais est le joyeux 
ancêtre à la louche argentine et fougueuse, dont 
l'entrain devait, si longtemps plus tard, faire 
largement déborder le Bon hock de Manet; le 
Mandoliniste, et le ifulàtre en veste rouge, avec 
sa cruche jaune, un portrait d'homme en gris, 
qui ressemble au Turenne de Le Brun, des gamins 
rieurs rappellent brillamment ici son insouciante 
facilité. Romantique contemporain de notre 
Corneille et sorcier proche parent de Faust, dont 



ANCIEN ET MODERNE 



m 



le miraculeux mystère déconcerta ses compa- 
triotes, Rembrandt van liyn ne nous a jamais 
paru plus grand qu'en un cadre minuscule de la 
collection Bonnat, qui fait rayonner douloureu- 
sement un Christ en croix dans le clair-obscur 
azuré d'un ciel; Ingres lui-même pourrait s'ex- 
pliquer ici l'aveu de Baudelaire et de son initia- 
teur Eugène Delacroix ; « Rembrandt est peut-être 
un bien plus grand peintre que Raphaël... >> Et 
celle petite Detksabée n'est que sa servante Hen- 
drickije ; mais quel idéal dans ce rayon sur sa 
chair ! l/eau-forte nous avait déjà montré les 
traits d'Arnold Thoiinx ; et le Bon Samaritain, si 
dilTérent de celui du Louvre, intéressera les 
coloristes Le Grand-prêtre au sanctuaire et le 
Christ à Emmaiii appartiennent à la jeunesse 
moins ardente du magicien méconnu, qui fit des 
élèves : témoin le Sacrifice de (Jelder. Et le soleil 
de Cuyp ne lui doit-il pas son or paradoxal au 
pays des brumes ? C'est un problème à résoudre. 
(.es portraits austères de Barthélémy van der 
Heist, les intérieurs plaisants de Jan Steen, le 
Tambour, étude nacrée de Terburg, et toute la 
sédentaire lignée des paysagistes, depuis le calme 
Jan van Goyen, si tendrement varié dans son 
éternel camaïeu, semblent plus voisins de la 
nature; et n'est-ce pas ce beau naturel qui rap- 
proche un peu singulièrement, dans la réflexion 
d'un peintre (1), les réalistes hollandais des 
anciens? A défaut du style, « l'esprit de l'an- 
tique » habite ces portraits d'une existence sans 
faste et d'une campagne sans bois sacré; mais, 
ici plus que partout ailleurs, le peu d'intérêt 
du motif exige celte parfaite « exécution » par 
laquelle la peinture se fait oublier elle-même, et 
qui nous enchante à l'heure où Jakob van Ruis- 
dael illumine les Environs de Haarlem sous un 
ciel nuageux. Et, parmi les deux cents cadres 
adroitement groupés par M. Dayot, plus d'un 
morceau de choix, comme le Vieux chêne tordu 
par Van Goyen, rappelle en même temps la 
savante leçon que ce père du paysage familier 
réservait à nos chercheurs de 1830. 

V« Salon des Humoristes (au Palais de Glace). 
— Il" exposition de « la Parisienne » (galerie 
Allard). — La parisine et V humour continuent de 
faire bon ménage et se prêtent volontiers leurs 
exposants. Mais, depuis qu'un schisme solennel 



(1) V., dans le tome III du Journal d'Eugène Dela- 
croix, les notes pour un « Dictioanaire des Beaux- 
Arts ». 



a provoqué deux Salons rivaux d'humoristes, les 
amateurs de comparaisons ne manquent pas 
d'opposer le palais des Modes au palais de Glace, 
d'apercevoir plus d'âprelé montmartroise dans 
l'un, plus de gaieté boulevardière dans l'autre, 
et de trouver des démarcations profondes, car 
on trouve toujours ce qu'on cherche : ici, donc, 
autour d'Abel Faivre et de ses dessins rehaussés, 
rnoins flatteurs que ses pastels, la satire politique 
des cabarets chalnoiresques le céderait à l'ironie 
plus légère des petits journaux... Et n'oublions 
point la « rétrospective >> où, par ce temps de 
laideurs, le regretté Jacques Wély sait élégam- 
ment contraindre la figurante à montrer sa jambe 
gantée de noir au regard sournois d'un Régisseur 
exigeant. 

C'est moins l'élégance que l'alTélerie que parais- 
sent dénicher les peintres vivants de « la Pari- 
sienne )), malgré l'attrait lumineux des études 
de MM. Lunois, Paul-Albert Laurens, Nicolet, 
Synave, Hochard. MM. Villard et Guérin Le 
Guay s'en tiennent au paysage parisien. La note 
vigoureuse est fournie par des pointes-sèches de 
M. Louis Legrand, de qui nous signalons seule- 
ment les peintures, pastels et dessins originaux, 
réunis actuellement chez Durand-Ruel, puisque 
la Revue va parler bientôt, comme il convient, 
de leur savoir sans mensonge. 

R\Y.yOND BOUYKH. 

CORRESPONDANCE DE MUNICH 



Peinture espagnole et peinture suisse. 

Fin (1). 

Les peintres suisses forment un groupe non 
moins caractérisé; mais ici c'est l'indépendance 
individuelle poussée à l'extrême; les fils delà 
Libre Helvétie » s'empressent, avec une avidité 
anarchique, à la conquête de toutes les fran- 
chises ; on les reconnaît sans peine à, une foncière 
rudesse, à une certaine force têtue et lente qui 
n'admet point les égards ou qui les considérerait 
même déjà comme une faiblesse. Pour M. J. Affels- 
franger les empalements à la Segantini devien- 
nent un crépissage de maçonnerie; le » primi- 
tivisme 1) méthodique et réfléchi de MM. M. Bury 
ou P. Bart confine au pur bariolage et à la 
gaucherie; M. Ualmer, portraitiste délicat, se 
force aux outrances de gestes de Stodier. 

(1) Voir le n° 502 du BuUelin. 



m 



LE BULLETIN DE L'ART 



D'autres gardent leur sincérité et se rappro- 
chent de la bonne moyenne munichoise ou pari- 
sienne; ce sont les plus connus : M. W.-L. Leh- 
inann avec un Matin à Davos acquis par la Pina- 
cothèque; M. Meyer-Basel avec un coin de solide 
pinède dans les rochers; les deux aquarellistes 
H. -H. Wieland, pour les sites pleins de couleurs 
alpestres, et Arn. Fiechter, pour les effets gris 
des vallées, et qui rappelle Sandreuter ; MM. Nies- 
tlé, l'un avec ses Corneilles à reflets bleus dans 
des rameaux givrés tout roses, l'autre avec un 
Jour d'été aux fleurs amoureusement étudiées. 

Enfin, deux artistes se distinguent par leur 
originalité complètement à part : M. Ernst Krei- 
dolf, à qui la vie des insectes dans les prés et les 
bois fournit un inépuisable répertoire de scènes, 
presque toujours humoristiques, mais d'un 
humour poélique, très allemand; M. Albert VVelti, 
artiste universel, le plus en vue de la Suisse, qui 
possède le don de transformer au fur et à 
mesure, et instantanément, les événements 
drloatiques ou fastidieux de la vie quotidienne 
en tableaux, en eaux-fortes et même eu verrières 
de style, avec une fantaisie du moyen âge et une 
verve toute rabelaisienne; ses projets de déco- 
rations (Palais fédéral de Berne, Hûtel de Ville de 
Zurich) sont des pages de chronique autant que 
d'imagination; il se venge de ses déboires jour- 
naliers par la satire haussée à la fresque, et se 
récrée devant des sites de nature solitaire qu'il 
traduit en coloriste inliniment délicat. 

Marcel Mont.ando.n. 



LES REVUES 



France 

Revue de Paris (15 mars). — P.-F.-L. Fontaine. 
Les Maisons du Premier Consul. — M. L. BatitTol 
publie des extraits du Journal de Fontaine, l'archi- 
tecte de Napoléon, relatifs aii.\ constructions élevées 
pour le Premier Consul à partir du 1" germinal 
an VIII (22 mars 1800). Ce sont des notes prises au 
jour le jour, extrêmement précieuses pour l'histoire 
de la Malmaison et de Saint-Cloud, et celle des 
peintres, décorateurs, tapissiers, etc., qui y ont tra- 
vaillé, pour les relations du Premier Consul avec Fon- 
taine ; on y trouve quantité de détails à-côté sur les 
événements historiques de l'époque. 

(!•' avril). — Henry Lapadxe. Ingres à Rome (iSII- 
ISW). — Dans ce chapitre, extrait de l'important 
ouvrage, paru le jour de l'inauguration de l'Expo- 



sition Ingres, l'auteur étudie la vie de l'artiste au 
sortir de la Villa Médicis et les principales œuvres 
qu'il y exécuta à cette époque : le Portrait de 
M. Marcotte, celui de M"' Devauçay, la Chapelle 
Si.vtine, M" de Senonnes, VOdalisque, le portrait en 
grisaille de Madeleine CAapei/e (la première M"*Ingres}. 
Il touche un mot, en passant, du séjour d'Ingres à 
Naples en 18!4, et des travaux qu'il exécuta pour 
Murât et la reine Caroline. Après 18U, la vie devint 
difUcilc, et Ingres dessina, suivant son mot, « une 
quantité immesurable de portraits d'Anglais, de 
Français et de toutes les nations » ; M. Lapauze 
étudie les plus importants de ces portraits-crayons : 
la Famille de Lucien Bonaparte, la Famille Stamaty, 
M"' Deslouches, etc. 11 termine en passant en revue 
les tableaux d'histoire exécutés par Ingres avant son 
départ pour Florence : le Maréchal de Berwick rece- 
vant la Toison d'or, Roger délivrant Anr/éligue, etc. 

Belgique 

Les Arts anciens de Flandre (1911, t. V, fasc. 1 ) 
— Éditorial de C. Tulpinck sur la société, nouvelle- 
ment fondée, des Amis de Bruges (fig.). 

— Alphonse Germain. Les Sculpteurs du jubé et 
du chœur de la cat/iédrale d'Albi. — Exécutées pen- 
dant la seconde moitié du xv siècle par des artistes 
appartenant à un atelier ambulant et dont on ne con- 
naît pas les origines, ces sculptures révèlent une 
influence flamande très caractérisée (pi ). 

— E. IJurand-Gréville. Notei sur les Van Eyck, à 
propos de ta o Vierge d'Incelialt • et du « Christ » de 
Saint-Sauveur de Bruges. — Pour la première de ces 
pointures, l'auteur se défend d'avoir voulu attribuer 
à Hubert van Eyck une œuvre signée de Jean et 
datée de 1432; il a simplement exprimé que, dans la 
conception de cette Vierge, « tout dénonce l'esprit 
d'Hubert; dans l'exécution, tout décèle la main pins 
énergique de Jean ». De même pour le Christ du 
musée de Berlin, qu'on lui reproche d'avoir attribué 
à Hubert alors qu'il est signé de Jean; il déclare 
au contraire : que la signature est fausse et que 
l'œuvre est absolument indigne des Van Eyck. 

— Arnold Goffin. Les Tapisseries à l'Exposition de 
l'art au XVII' siècle, à Bruxelles en 1910 (pi.). 

— J. GB.STOSO T Perez. Suite de la Notice histo- 
rique et biographique des principaux artistes fla- 
mands qui travaillaient à Séville depuis le XVI' siècle 
jusqu'à la fin du XVIII'. — Les notes sont consacrées 
à Arnao de Flandres, Vincent Menardo et Pablo 
Legot; les deux premiers peintres-verriers, le troi- 
sième peintre de retables (pi.). 

— Ilcné Van Basteher. Im Gravure et les estampes 
à l'Exposition de l'art du XVII' siècle [de Bruxelles 
1910]. Première partie consacrée à la gravure au 
burin au temps de Rubens (fig. et pi.). 

Le Gérant : H. Denis. 

Pan». — iBp. iiaoryes Po»i. Il, riac <iodoi-ii9-M«uroi. 



Numéro 504. 



Samedi 13 Mai 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



I 



1 



"King Edward YII mémorial" 



On sait que, peu de temps après la mort du 
roi Edouard VII, un mouvement spontané se 
manifesta dans tout le Uoyaume-Uni, en faveur 
d'un monument destiné à commémorer le sou- 
venir du monarque défunt. Les souscriptions 
afllucrent aussitôt, sans môme que l'on connût 
d'une façon précise à quel usage elles seraient 
affectées. Tant qu'il ne s'agit que de les recueillir, 
tout alla pour le mieux. Mais du jour où il fallut 
songer à employer l'argent, les difficultés com- 
mencèrent, et elles sont loin d'ôtre complète- 
ment aplanies à l'heure actuelle. 

Une des premières questions qui se posèrent 
fut celle de l'emplacement. Le souvenir du 
monument de Victor-Emmanuel, dont la sil- 
houette colossale n'a été dressée à la vue de 
Rome entière qu'au prix de quartiers éventrés 
et de monuments détruits, était de trop fraîche 
.date pour ne pas donner à rélléchir On se 
trouva d'accord pour juger dangereux d'exposer 
tout un coin de la ville à de graves boule- 
versements, dans l'ignorance où l'on était de 
ce qu'on pourrait gagner à la transformation. 
On agita divers projets, entre lesquels on n'a pas 
encore pris parti ; et nul ne peut dire présente- 
ment si c'est dans St. Jaines'Park, Hyde Park 
ou Parliament Square que s'élèvera le monu- 
ment cominémoratif. 

D'autre part, les artistes se montrent fort 
irrités de ce que le Comité, au lieu de faire de 
ce monument l'objet d'un concours national — 
ainsi que les circonstances paraissaient l'exiger, 
— ait, de sa propre autorité, arrêté son choix 
sur un sculpteur et sur un architecte, dont le 
moins qu'on puisse dire est que ni l'un ni l'autre 
ne semblait désigné pour une pareille tâche. 

Si bien que voilà une imposante manifestation 
nationale, issue d'un mouvement unanime et 
touchante par cette unanimité même, qui risque 



de tourner court et de sombrer dans les plus 
mesquines querelles. 

Le but poursuivi est à tous égards trop res- 
pectable pour qu'on n'ait pas lieu de regretter 
ces relards et ces discussions. Tout de même, 
on ne peut s'empêcher de constater, une fois 
de plus, à quel point la « statuomanie » est 
devenue l'idée fixe de notre époque, lorsqu'on 
voit de bons esprits, chargés de trouver un forme 
de commémoration répondant au vœu d'un pays 
tout entier, s'hypnotiser sur l'idée d'un monu- 
ment, discuter sur son auteur, sa place, etc., 
alors qu'il y aurait tant d'autres manières, plus 
utiles et plus élevées, de comprendre un King 
Edward VU mémorial. 

E. D. 

«g^ s>e ,S^ jae iae i»s ^ae ,5^ j»î ^>e »ae j5^ .as ifae j^ 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 6 mai). — 
Le président .inuonce à ses confrères la nouvelle 
perte que ï'Acadéuiie vient de faire en la personne 
de M. Joseph Tauteuhayn, correspondant de la section 
de gravure à Vienne depuis 1883. 

— Lecture a été ensuite donnée des lettres par les- 
quelles M.\l. Boutelié, Buland, Deschamps. Jules 
Jacquet, Laguillerniie, Abel Mignon, Patey, Sulpis, 
Tonnelier, Yencesse, annoncent qu'ils posent leur 
candidature au fauteuil de membre de la section de 
gravure vacant par suite du décès de M. Roty. 

Conseil des musées nationaux. — M. Raymond 
Kœchlin, président de la Société des Amis du Louvre, 
est nommé membre du Conseil des musées nationaux, 
en remplacement de M. Maciet, décédé. 

— Dans sa dernière séance, le Conseil des musées 
nationaux a décidé, à l'unanimité, d'accepter le legs 
fait au musée du Louvre parle comtelsaacdeCamondo. 

On sait que ce legs est composé de la totalité des 
collections artistiques du défunt et qu'une somme de 
100.000 francs a été destinée par lui à l'installation de 
ces objets au musée du Louvre. 

Quant à la difficulté que représentaient pour l'État 
— étant donné la tradition — l'acceptation et l'instal- 
lation au Louvre des œuvres modernes ou d'auteurs 



146 



LE BULLETIN DE L'ART 



vivants qui font partie de la collection, il est probable 
qu'un moyen élégant sera trouvé qui permettra de res- 
pecter à la l'nis la tradition et la volonté du donateur. 

Musée du Louvre. — Un superbe émail byzantin 
sur or, « Saint Démétrius », datant de la fin du neu- 
vième ou du commencement du ilixième siècle, d'une 
inestimable valeur artistique aussi bien qu'archéolo- 
gique et provenant de la succession du comte Zwéni- 
gorodslcoï, vient d'être olîert par M. Pierpont Morgan 
au musée du Louvre où il figurera désormais dans la 
galerie d'Apollon. 

Bibliothèque nationale.— A l'occasion du cente- 
naire de Théophile Gantier, on a réuni à la Biblio- 
thèque nationale, dans un des Salons de l'administra- 
tion, les éditions originales de l'écrivain et les prin- 
cipales rééditions illustrées de ses œuvres, celles-ci 
provenant pour la plupart de la célèbre collection 
Audéoud. Ces volumes, joints à un grand nombre de 
portraits et de caricatures de Théophile Gautier, 
empruntés au Cabinet des estampes, constituent une cu- 
rieuse petite ex position, actuellement ou verte au public. 

Société pour l'étude de la gravure française. 

— Sous la présidence de M. Maurice Fenaille, avec 
M. 11. Bourin comme secrétaire et M. J. Doucet 
comme trésorier, il vient de se constituer une Société 
pour l'étude de la gravure française. 

L'objet de la Société est de grouper les amateurs, 
les collectionneurs et les érudits qui s'intéressent à 
la gravure française, et de publier des ouvrages docu- 
mentaires consacrés à l'histoire de la gravure et des 
graveurs en France, depuis les origines jusqu'à nos 
jours. Ces publications seront réservées aux socié- 
taires et ne pourront qu'exceptionnellement être 
vendues à des personnes étrangères à la Société. 

La Société se compose des membres inscrits à la 
fondation, puis des personnes, associations, établisse- 
ments, présentés par deux sociétaires et admis p,ar 
le bureau. La cotisation annuelle est de 2f) francs ; 
un versement supplémentaire de 25 francs donne droit 
à un exemplaire de luxe des publications et une sou- 
scription de .")00 francs au titre de membre perpétuel. 

Expositions nouvelles. — Lundi dernier, s'est 
ouverte, au musée Cernuschi, la première des expo- 
sitions consacrées aux arts de l'Extrême-Orient que 
la Ville de Paris organisera chaque année dans le 
musée qui lui a été légué en 1896; elle comprend les 
tapis d'Orient et les pierres précieuses. 

— Aujourd'hui samedi, le Président de la République 
inaugurera l'Exposition des modes à travers les âges, 
organisée par la Société nationale des beaux-arts dans 
les pavillons de Bagatelle. 

Expositions annoncées. — Lundi prochain, 
m mai, aura lieu, à l'École des beaux-arts, l'inaugu- 
ration de l'exposition d'ensemble de Paul Huet. 

— Une exposition internationale d'art chrétien 
moderne, qui sera la huitiètoe exposition de la 



Société Saint-Jean, s'ouvrira, sous le patronage de 
l'L'nion centrale des Arts décoratifs, dans les salle» 
du pavillon de Marsan, au mois de novembre 1911. 

Les représentants les plus distingués de l'art chré- 
tien de tous les pays seront invités à participer à cette 
exposition. 

A Londres. — L'Exposition de la Société inter- 
nationale de sculpteurs, peintres et graveurs qui vient 
d'ouvrir ses portes, à Londres, est, au dire d'un de» 
meilleurs critiques d'art d'Outre-Manche, ce que l'on 
appelle en France » une exposition honnête ». Elle a 
ceci d'intéressant pour nous que les Franç.tis y tien- 
nent une large place, par le nombre et la qualité de 
leurs envois. A la sculpture, on ne voit guère qui 
peut rivaliser avec M. Itodin ile Visage émi-i-veiHé), 
suivi à distance respectueuse par son disciple M. Bour- 
delle. 

A la peinture, on admire beaucoup des Jacques 
Blanche et des Claude Monet déjà anciens {la Dame 
en blanc du premier date de 1882 et la Vue de la 
Tamise du second de 1871); des paysages de Bretagne 
et d'Espagne de M Charles Cottet; l'Enlèvement et 
Nymphe e( Faune de M. Anquetin ; la Chambre violetle 
de .VI. Maurice Denis; une Suture morte de M. Pierre 
Laprade; et les envois de M.Vl. Guérin, d'Ëspagnat et 
Forain. 

Parmi les portraitistes anglais et américains, on 
remarque MM. W. Nicholson [F. Sash esq.), Glyn 
W. Philpoti fi.-//. Edward l'acke), Lavery (Anna l'av- 
lova). miss Grâce Joël [le Grand-père dÉ tapies), etc. 
MM. Oliver Hall, Padwick, Orpen ont des paysages 
diversements séduisants; MM. J. Morrice (la Toilette] 
et Bellingham Smith des scènes de genre et des inté- 
rieurs. A citer aussi la Veste de M. Ch. Hicketts. 

A Milan. — La collection Sambon, que le gouver- 
nement italien vient d'acheter à Paris, ainsi qu'on a 
pu le voir dans le dernier numéro du Bulletin, consti- 
tuera un musée d'art théâtral que l'on adjoindra au 
théâtre de la Scala. M. Marcel NicoUe a eu précé- 
demment à détailler ici le contenu de cette collection 
spéciale : ce sont des vases grecs avec des sujets se 
rapportant au théâtre, des bronzes, terres cuites, 
ivoires, monnaies, des plaquettes publiées à l'occasion 
de victoires dans les hippodromes et dans les jeux, 
des porcelaines anciennes, des instruments de musi- 
que, de nombreux portraits. 

Sur les instances de M. Corrado Ricci, directeur 
général des Beaux-Arts, le gouvernement italien a 
contribué pour 130.000 francs à l'achat de la collec- 
tion. La somme complémentaire a été garantie par 
diverses personnalités milanaises, dans l'attente de la 
souscription publique qui va s'ouvrir. L'ambassadeur 
Titioni s'est employé avec beaucoup d'habileté à 
décider .M. Pierpont Morgan à renoncer à l'achat de 
cette collection pour lequel il était en pourparlers. 
Le Comité italien a déployé dans celte affaire beau- 
coup d'énergie et on lui sait grand gré en Italie de 
son succès. — L. G. 



ANCIEN ET MODERNE 



147 



A Torre Annunziata — On vient de découvrir à 
Torre Annunziata une villa romaine fort importante 
avec de nombreux restes de fresques et de mosaïques. 
— L. G. 

A Turin. — L'Exposition de Turin, qui vient de 
s'ouvrir et qui complète l'ensemble des fêtes orga- 
nisées pour le cinquantenaire de l'Indépendance ita- 
lienne, a surtout un caractère industriel. Le Pavillon 
de la Ville de Paris, où l'art décoratif tient une place 
prépondérante, y fait un effet d'autant plus grand, et 
il est fort admiré. Sa construction rappelle les ailes 



du château de Versailles; il contient de vastes salles 
somptueusement décorées selon les divers styles fran- 
çais de Louis XIV à nos jours; les Gobelins ont fait 
;,'rande impression. — L. G. 

Nécrologie — M. Henri Haro, peintre-expert, est 
mort à Paris à l'âge de 56 ans; c'était une personnalité 
bien connue des salles de ventes que celle de M. Haro, 
qui dirigeait seul, depuis la mort de son frère, l'impor- 
tante maison fondée par son grand-père pour la vente 
et l'expertise des tableaux. Élève de Carolus-Uuran, il 
exposa q uelquefois aux Salons des portraits et des (leurs. 



I 9 1 * a occi »! 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Ventes Alexis Rouart{2'' vente : 
objets d'art de la Chine et du Japon). — 

Faite du 1='' au 4 mai, salle 6, par M= liaudoin, 
assisté de M°" Langweil, et de MM. Mannheim, la 
2" vente Kouart a pris (in sur un total de 
207.667 francs, avec deux belles enchères seule- 
ment : l'une de 20 500 francs pour un vase en 
porcelaine de Chine éniaillée sur biscuit, de 
l'époque des Ming, et l'autre de 6.000 francs pour 
un vase ovoïde en porcelaine de Chine de l'époque 
Kang-Shi. 

On trouvera ci-dessous les enchères supérieures 
à 2.000 francs, et les plus hauts prix obtenus 
dans les séries où ce chiffre ne fut atteint par 
aucun des objets. 

POTEBIES BT GRÈS l)U JaPON ET UE LA ClilNE. — PluS 

haut prix : 15-16. Deux motifs de faitage. l'hilosophes 
debout, grès, ép. des Ming, 620 fr. 

PoKCEi.AiNES. — Époque des Ming. — 23. Vase sur- 
baissé à col bas, porcelaine de Chine émaillée sur 
biscuit : les Huit immortels en haut-relief sur fond 
bleu, 20.500 fr. — 42. Cornet évasé, Mandarin donnant 
une audience, 2.050 fr. — 49. Potiche surbaissée, 
rochers et branches fleuries en relief, 2.200 fr. 

Époque Kaitr/-Slti. — 61. Vase ovo'ide, paysages ani- 
més, 6.000 fr. — 128. Vase évasé, paysages en coul., 
2.250 fr. 

Époque Younij-Tchin;/. — Plus haut prix delà série : 
153. Trois plaques, ép. Kieu-Lung, barque et femmes, 
820 fr. 

Matières duhes chi.noises. — Plus haut prix : deux 
enchères de 1.550 fr., l'une pour un vase en jade gris 



taché de rouille (n- 206) et l'autre pour un vase en jade 
gris, à deux récipients accolés {n° 211). 

Laoues fie Chine. — 273. Six panneaux, anc. laque 
de Coromanriel, caractères d'écriture et médaillons, 
2.150 fr. 

Laques et iiois sculptés nu Japon. — Tous les prix 
se tiennent aux environs de 200 à 300 fr. Le n" 283, 
une boite à papiers et écritoire en laque d'or sur fond 
noir pailleté d'or (xvii" s.), 400 fr. 

OiuETS DK l'Extré.me-Obient. — Le plus beau prix 
de la série des objets divers est celui de 600 fr. pour le 
n" 447. Écritoire en fer repoussé, Sennin assis, tenant 
un crapaud (Japon, xvii" s.). 

Émaux cloisonnés de la Chine. — 454. Cornet ovoïde, 
ép. des Ming, branches fleuries, 2.500 fr. — 438. Brùle- 
parfuiiis, ép. des Ming, fleurs et vases sur fond bleu, 
3.600 fr. — 460. Cornet quadrilatéral, ép. des Ming, 
rinceaux, 2.800 fr. — 470. Jardinière ronde, ép. des 
Ming, tigres sur fond bleu, 2.200 fr. — 474. Brùle-par- 
fuiiis rond, ép. des- Ming. animaux chimériques et 
rinceaux sur fond bleu, 5.000 fr. — 478. Ornement de 
pagode (5 pièces;, ép. Young-tching, fond bleu clair, 
motifs irréguliers, 2.600 fr. 

Bronzes Chinois. Japonais, Thibétains, etc. — Le 
plus beau prix de la série a été pour le n" 584 : Person- 
nage debout tenant une coupe, bronze, anc. travail 
birman, 1.400 fr. 

Produit total : 207.667 fr. 

■Ventes Alexis Rouart (3= vente : gardes 
de sabres). — La 3= venle-Uouart, consacrée 
aux gardes de sabres et aux sabres et poignards 
chinois et japonais, a eu lieu les S et 6 mai, 
salle 10, par les soins de M« II. Baudoin, assisté 
de M"'» Langweil et de MM. Mannheim. 

Elle a atteint environ 30.000 francs, sans 



U8 



LE BULLETIN DE L'ART 



donner lieu à aucune enchère importante. L'un 
des plus beaux prix a été pour le n° 184, garde 
en fer en forme de serpent enroulé, travail dans 
le style d'Okamato Naoshigé, 800 fr. 

Vente de la collection J. de Vigny (tableaux 
anciens). — Dans le total de 61 .465 fr. réalisé par 
cette vente, faite salle 11, le 8 mai, sous la direc- 
tion de M" Tixier, quelques prix sont intéres- 
sants à signaler : 

5. École allemande. Les Adieux de ta Vierge, 
6.000 fr. — 8. École française, xvni= siècle. 
VEnfance d'Hercule, 4.000 fr. — 15. École ita- 
lienne, xvi» siècle. V Annonciation, 6.100 fr. — 
18. Goya. La Messatina, 10.000 fr. — Jordaens. 
Atatante, 10.000 fr. 

Ventes Alexis Rouart (4' vente : tableaux, 
aquarelles et dessins modernes). — C'était 
a plus attendue des ventes Houart et il faut 
reconnaître qu'elle n'a pas déçu les espérances 
des amateurs de peinture moderne; le total de 
597.671 francs est là pour le prouver et, si les 
enchères médiocres abondent, les beaux prix ne 
manquent pas non plus, — conséquence inévi- 
table de la composition un peu mêlée de cette 
galerie, oîi les Cals, les Hoqueplan, les Lantara, 
les Lepaulle et bien d'autres artistes de second 
ordre n'ont guère brillé que par leur nombre. 

Le succès a été pour les pastels de M. Degas, 
qui ont laissé loin derrière eux toutes les autres 
enchères de la vente; qu'on en .juge : l'Atetier 
de la modiste, Sl.OOOfr. ; Premier sujet, 31.100 fr; 
Danseuses, 1.3.300 fr.; le Pas battu, 14.600 fr. ; 
le liallet, éventail, ISl.SOO fr. 

On ne voit guère à opposer à ces beaux prix 
que les 16.500 fr. obtenus par fA'ntréc de S. A. II. 
la duchesse . d'Orléans aux Tuileries, peinture 
d'Eugène Lami (acquis par le musée du Louvre) 
et les 8.200 fr. atteints par un pastel de miss 
Mary Cassatt, Fillette <n blanc. 

La vente a été faite les 8, 9 et 10 mai, salle 0, 
par M" H. Baudoin, MM. Chaîne et Simonson et 
Durand-Ruel. Nous donnerons dans un prochain 
numéro une liste des principaux prix. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Ta- 
bleaux, etc. — Un catalogue illustré nous 
apporte des détails sur la vente des tableaux 
anciens et modernes, objets d'art et d'ameu- 
blement dépendant de la Collection de M'"' C..., 
à laquelle procéderont, le 13 mai, salles 7 et 8, 
M« Lair-Dubreuil et H. Baudoin et MM. .1. Ferai 
et Paulme et Lasquin flis. On remarquera du 



côté des peintures : Un Coin de ISoi-mandie, par 
Daubigny ; les Brisants de la mer du Nord, par 
Mesdag; puis une série d'esquisses par Oudry, 
qui constituent le clou de la vente. Ce sont les 
esquisses de la fameuse suite de tapisseries des 
Gobelins, dite les Chasses de Louis XV. Au 
nombre de huit, elles sont intitulées : le Hendez- 
vous au Puys du Roi. la Mort du cerf aux étapijs 
de Saint-Jean, Chasse à la vue de Compiigne, le 
lioi tenant le limier, On découple la vieille meute 
à la petite " Patte d'oye », la Curée du cerf, la 
Meute allant au rendez-vous, le Fortin. A l'excep- 
tion d'une, toutes ces esquisses sont signées et 
datées de 1733 à 1745. 

Poursuivons et notons encore parmi les pein- 
tures : Devant Ilonfleur, par Troyon; Vue des 
bords du hhin, par Lachbleven et l'Abreuvoir, par 
Ziem. 

Dans le reste de la vente, on remarquera : 
une paire de vases jardinières en ancienne por- 
celaine de "Saxe, montures en bronze et fleu- 
rettes de Saxe, d'époque Louis XV; une paire de 
candélabres girandoles, à trois lumières en 
bronze doré, d'époque Régence; un cartel en 
bronze doré, d'époque Louis XV; un lustre à 
douze lumières en fer découpé et cristal de roche, 
d'époque Louis XV; une statuette de Bacchante, 
en marbre blanc, attribuée à Clodion; enlin 
un écran à feuille en ancienne tapisserie de la 
manufacture royale de Beauvais, du temps de 
Louis XV, de la suite du meuble des convois 
militaires, à sujet d'après Casanova. 

Anciennes porcelaines de la Chine. — Le 
15 mui aussi, M'- II. Baudoin et M. K. l'ape ven- 
dront, salle 6, une réunion d'anciennes porce- 
laines de la Chine appartenant à M. C... Conten- 
tons-nous de signaler celte vacatio'Vi et de renvoyer 
au catalogue illustré de quelques planches qui 
en a été distribué. 

Tableaux anciens, etc. — Salle 11, le 16 mai, 
M« Lair-Dubreuil, assisté de MM. Ferai, Paulme 
et Lasquin, dispersera une réunion de tableaux 
et objets d'art et d'ameublement appartenant à 
M. D... Parmi les tableaux, notons un Portrait de 
jeune femme par N. Elias, le Portrait d'une famille 
attribué à Goya, un Buteur attribué à Fr. Hais; 
et, parmi les objets d'art et d'ameublement, deux 
statuettes en bronze patiné : Bacchus et Amphi- 
trite, dite la Vénus à l'écrevisse, commencement 
du xviii= siècle; une statuette de pèlerin d'ancien 
travail espagnol, signée Ifontcro; une paire de 



ANCIEN ET MODERNE 



149 



chenets en bronze ciselé, d'époque Louis XVI, et 
deux petites consoles d'encoignure en acajou et 
marqueterie de bois de couleur, à trophées et 
feuillages, époque Louis XVI. Cette vente a fait 
l'objet d'un catalogue illustré. 

Verres antiques, etc. — Précédé de deux 
pages de préface de M, Frœhner sur l'origine de 
la collection Durighello, appartenant à M. Henri 
Buisset, de Londres, qui forme l'objet de la pré- 
sente vente, le catalogue illustré nous donne 
l'idée la plus favorable des trois vacations que 
dirigeront, les 17, 18 et 19 mai, salle 8, M= Lair- 
Dubreuil et .MM. Hollin et Feuardent. 

A vrai dire, un coup de théâtre, analogue à 
celui qui s'est produit à la vente Sambon, pour- 
rait abréger la durée de ces vacations, car la 
série des verres comprenant les u"» 1 à 310, c'est- 
à-dire la presque totalité de la collection, sera 
offerte en bloc pour 90.000 francs, avant qu'il 
soit procédé à sa dispersion. Cette importante 
réunion de verrerie se compose de verres 
antiques et de verres arabes. 

Le reste de Ja vente comprend des bronzes 
antiques, égyptiens et grecs, une statuette d'ur- 
gent égyptienne, et un marbre grec, une statuette 
de Silène. 

Collection de M. de Bériot tableaux mo- 
dernes, etc.). — Nous recevons le catalogue 
illustré de la vente de tableaux et dessins 
modernes composant la collection de M. de Bériot 
et que disperseront salle 1, le 18 mai, M« Lair- 
Kubreuil et MM . J. Allard et Hector Brame. Parmi 
les numéros qui paraissent les plus marquants 
de cette prochaine vacation, notons : les Dentel- 
lières, par .1. Bail; le Faucheur, par A. Bouché; 
Venise, Vue d'Anvers, Environs d" Anvers, l'Escaut 
à Anvers, Anvers, le Havre, le Port de Portrieux, 
Dunkerque, le Chaland, Dordrecht, une Rue à Abhe- 
ville, par Boudin, dont la collection de Bériot ne 
présente pas moins de vingt et une toiles; Léda 
et Fleurs, par Fantin-Latour; Effet de crépuscule, 
un Canal en Hollande, Clair de lune en Hollande, 
le Moulin, par Jongkind ; le Jour de Fcte, la Confi- 
dence, par A. Stevens ; tous ces numéros du 
côté des peintures ; parmi les dessins, notons 
encore : Chez le propriétaire, par H. Daumier. 

Objets d'art, etc. — Encore une vacation 
anonyme ; celle-ci, composée de tableaux anciens 
et d'objets d'art, sera dirigée, salle 6, le 18 mai, 
parM<= H. Baudoin et MM. Mannheim et Ferai. 
Le catalogue illustré attire notre attention sur 



les articles suivants : deux portraits se faisant 
pendant, de Jeune femme et de Jeune homme, 
deux peintures attribuées à Louis David ; un 
groupe en bois sculpté, peint et doré, la Vierge 
debout, portant l'Enfant, xv^ siècle ; trois fauteuils 
couverts en tapisserie du temps de Louis XV, à 
sujets tirés des fables de La Fontaine; quatre 
fauteuils et deux chaises en bois sculpté et doré, 
couverts en satin brodé, époque Louis XV; deux 
bergères et huit fauteuils en bois sculpté peint 
gris et doré, d'époque Louis XVI, l'un deux signé 
H. Jacob; enfin, une petite table-bureau en mar- 
queterie de bois de couleur, garniture bronzes, 
époque Louis XVI. 

Collection de M. X... (tableaux anciens). 

— Le 19 mai. salles 9 et 10, M« Lair-Dubreuil et 
M. Jules Ferai vendront des tableaux anciens 
provenant de la collection de M. X... et parmi 
lesquels on remarquera : un pastel. Portrait 
de La Tour, par lui-même ; la Charrette des 
enfants, par Boilly ; un Paysage aux environs de 
Beauvais, par Boucher; le Portrait pre.-umc de 
Lord de Crewe, par lloppner ; la Ferme, par 
J.-B. Iluet; la Fermière, par Morlnnd ; le Juge- 
m-nt de Pans, par Natlier ; le Portrait présumé 
de Lady Douglas, par Sir Joshua Reynolds ; le 
Puits et Monuments et ruines, par Hubert Robert; 
le Portrait présumé de la comtesse d'Harcourt, par 
Roslin, et la Bataille de Marengo, par Swebach. 
(Catalogue illustré.) 

Collection C... bagues antiques, etc.). — 
Un petit catalogue, illustré de deux planches, 
nous apporte quelques détails sur la vente, dont 
nous avons déjà ditun mot, de la collection C..., 
comprenant une importante réunion de bagues 
et quelques antiquités en différents genres. Cette 
vente aura lieu le 20 mai, salle 9, par les soins 
de M« Baudoin et de MM, Rollin et Feuardent. 

Considérant l'intérêt qu'il y aurait à conserver 
en son ensemble la collection de bagues, dont la 
série mérovingienne est surtout remarquable, les 
numéros composant cette série seront mis aux 
enchères tout d'abord au prix de 8.000 francs 
avant la vente en détail. 

Le reste de la vente comprend : une amphore 
en bronze, trouvée dans la Saône, des objets 
provenant d'une tombe mérovingienne, des 
émaux champlevés de Limoges, du xin» siècle, 
et des ivoires français de la môme époque et 
deux portraits de Bonaparte et de Louis XVIII 
sur velours, dit velours Grégoire. 



ISO 



LE BULLETIN DE L'ART 



A Londres. - Collection Smith (tableaux 
modernes). — Un mince catalogue, illustré de 
deux planches, nous apporte l'annonce de la 
vente de tableaux et de dessins modernes, pro- 
venant de MM. Isaac, Benjamin et .1. W. Smith, 
de Bradford. 

i-a plupart des numéros qui composent cette 
réunion de peintures sont de l'école anglaise 
contemporaine et par conséquent d'un intérf't 
un peu spécial. Mais nous devons y souligner la 
présence de deux pages importantes de Lher- 
mitte : la J/ois.son (Salon de Paris, 188.i; et Expo- 
sition universelle, Paris, 1889), et le Cabaret 
(Salon de Paris, 1881), toutes deux reproduites 
au catalogue de la présente vente. 

M. N. 
LIVRES 

A Paris.— "Ventes Alexis Rouart (1'" vente : 
livres anciens et modernes). — La première 
des ventes Rouart était consacrée à la biblio- 
thèque ; elle a été faite du 27 au 29 avril, salle 7, 
par M" Baudoin et M. Cornuau, et s'est terminée 
sur un total de 64.981 francs, pour un peu plus 
de 400 numéros. 

Le plus beau prix a été pour un livre et une 
reliure rernantiques, très chaudement disputés 
et finalement adjugés pour la somme de 6.020 fr., 
somme d'autant plus remarquable qu'il s'agissait 
de la Reliure, poème didactique en six chants, par 
Lesné, relieur à Paris (2= éd., Paris, 1827, 
in-S"), exemplaire sur vélin dans une reliure de 
maroquin rouge, à compartiments à mosaïque 
de maroquin vert, bleu et rouge, en forme de 
portique, œuvre de Masquillier ; le tout dans une 
boîte de l'époque en demi-maroquin noir. 

En dehors de cette coûteuse fantaisie, nous 
n'aurons guère à relever que cinq ou six enchères 
ayant dépassé 1 .000 francs ; on remarquera 
qu'elles ont toutes pour objet des livres roman- 
tiques ; ce sont : 

67. Buvard romantique, in-4'', niar. bleu mosaïque, 
et frappé sur chaque face de l'inscription : Au Jioi, 
en lettres d'or, 1.020 fr. — 158. Gœthe. Les Soti/f ronces 
du jeune Werther {Didot, 1809), e.\emplairc sur vélin, 
avec gravures de Moreau avant lettre et 3 dessins 
originaux de l'époque, 1.083 fr. — 193. Joly. Les 
l'elils acteurs du grand théiitre (Martinet, vers 1813), 
1.300 fr. — 210. Eugène Lami. Quadrille de Marie 
Stuart, 2 mars 1Si9, titre et 26 planches de costumes, 
entrées et vue du bal offert à la duchesse de Berry, 
2.155 fr. — 304. Bossiiet, Fléchier, etc. Oraisons 
funèbres (L. Janet, 1820-1826, 4 vol.), fig. de H. Vernet, 
Dcsenne, etc., 1.210 fr. — 312. Le l'élit paroissien 



complet (Toulouse, 1813), 1.S80 fr. — 392. M— A. 
Tastu. Poésies (1827), rel. romantique mosaïquée, 

1.300 fr. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Biblio- 
thèque de M. L. de Montgermont (3= vente : 
livres illustrés du XVIII= siècle). — En 
annonçant la première vente Montgermont, con- 
sacrée aux livres et aux reliures modernes, nous 
laissions entendre que cette première série de 
vacations devait, malgré l'accueil favorable que 
lui firent les amateurs, céder de loin le pas aux 
vacations comprenant les livres anciens. On en 
aura la preuve les 18 et 19 mai, salle 7, où M= A. 
Desvouges, assisté de M. Rahir, dispersera les 
livres ilustrés du xvni<: siècle. 

Il se passe ici le même fait que nous signalions 
naguère pour des ouvrages récents : ces illustrés 
du xv!!!" siècle, si recherchés déjà sous leur 
forme la plus ordinaire, sont tantôt enrichis 
d'« états » des gravures, tantôt revêtus de reliures 
de l'époque, précieuses par leur décoration ou 
leur provenance, tantôt enfin complétés par des 
dessins originaux des illustrateurs ; quelques- 
uns même présentent à la fois ce triple intérêt. 
11 y a là 229 pièces de toute beauté ou de toute 
rareté, dont nous ne pouvons énumérer que les 
plus importantes pour donner une idée de l'in- 
térêt de cette réunion. 

Les ouvrages contenant des dessins originaux 
primeront sans doute les autres et l'on peut 
sans crainte pronostiquer les plus belles enchères 
pour le Don Quichotte dé 1799, avec 24 dessins 
de l.efèvre et de Lebarbier; pour les Contes htcus 
de 1746, avec 3o dessins dOudry; pour la llodo- 
gune de Corneille (1760), avec un dessin de 
Boucher; pour les Œuvres de Crébillon (1812), 
avec 9 dessins de Moreau le jeune; pour l'Enfant 
prodigue (1816), avec 12 dessins de Duplessis- 
Bertaux; pour CÉloge de la folie d'Érasme (1751), 
avec 17 dessins d'Eisen; pour l'Heureux jour du 
M'" de Pezay, avec 4 dessins d'Eisen ; pour les 
les Entretiens de Phocion, avec 2 dessins de 
Moreau; pourles OBMt'rcsde J.-J. Rousseau (178,'}), 
avec 27 dessins de Marillier; pour la Go-usa- 
lemme liberata du Tasse (1784), avec 82 dessins 
de Cochin, etc.; enfin pour le catalogue de la 
deuxième vente Gonti (1779), et celui de la vente 
du duc d'Aumont (1782|, illustrés de croquis, le 
premier par Gabriel de Saint- Aubin et le second 
par Germain, son frère. 

Les ouvrages illustrés, avec figures en épreuves 
d'artiste, sonttellementnombreux qu'il est impos- 



ANCIEN ET MODERNE 



IKl 



sible de les énumérer tous ; on rencontre dans 
I l'Ile ^ér\e l'Origine des Grâces (1777), avec les 
ligures de Cocliin avant la leltre et quatre eaux- 
fortes ; les Chansons de La Borde (1773) avec les 
figures de Moreau avant la lettre; les Amours de 
Cupidon et Psyché de La Fontaine (1797), avec 
les ligures de Moreau à l"état d'eaux-forles ; le 
Gil Blas de Le Sage (179a), les Inras de Mar- 
monlel (1777), le Molière de 1773, les Metan.or- 
phoses d'Ovide (1767-1771), Manon Lescaut (1797), 
la Nouvelle Héloïse (1808), la Gerusalemme Uhe- 
rala du Tasse (1784), avec les avant-lettre des 
illustrateurs qui se nomment IJuplessis-Bertaux, 
Moreau, Lclèvre, l'rndhon, Cocliin, etc. 

Enlin une troisième richesse de la vente e>t 
' onstituée par les reliures, pour la plupart an- 
ciennes, soit aux armes de bibliophiles célèbres 
— Louis XV, M""« Du Barry, Maurepas, elc; — 
soit ornées de dentelles ou de mosaïques, dont 
certaines sont reproduites au catalogue. 

Dès maintenant, on annonce une quatrième 
vente Montgermont, réservée à cette série de 
volumes, si recherchés actuellement des biblio- 
philes, qui sont les ouvrages consacrés aux cos- 
tumes, l'êtes et cérémonies oflicielles. 

B. J. 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Antoon van Welie (galerie Bernheim jeune). 
— Sous l'œil des « fauves », il est salutaire de 
retrouver les maîtres et de recevoir la leçon 
d'Ingres qui vient de s'enrichir de plusieurs 
chefs-d'œuvre. Mais la beauté recèle une verlu 
dangereuse; et, pour juger impartialement «la 
probité de l'art » chez un plus moderne et plus 
modeste dessinateur qui cultive avec un mérite 
courageux l'idéal et le portrait, ne vous semble- 
t-il pas prudent d'oublier un instant Jupiter tt 
Thétis ou la Vierge à l'hostie, la grave efligie des 
Oflices ou le sourire immortalisé de il/""" de 
Senonnes? Découvert, à Anvers, par le subtil 
Anatole France il y a quelque douze ans, le correct 
Antoon van Welie se montre attiré parle mystère 
du symbole et par le secret plus profond d'un 
visage : il vient de les réconcilier dans sa Femme 
au masque, qui tient d'une précieuse main gantée 
de blanc le faux visage souriant qu'elle promène 
à travers le monde... C'est d'un Préraphaélite 
assez voisin de MM. Fernand Khnopff et Lévy- 



Dhurmer, que hante la nostalgie des «princesses 
lointaines » ou « le remords du passé »... Tel il se 
laisse entrevoir en ses portraits aristocratiques, 
qui ne sont pas tous des portraits mondains. 

Peintrss hollandais modernes (galerie lîarba- 
zanges). — M. Antoon van Welie est originaire 
de Hollande; mais ce portraitiste qui regrette le 
rêve ne ressemhie guère <à ses compatriotes 
réunis faubourg Saint-Honoré, loin du Jeu de 
paume et de leurs ancêtres, grands ou petits. 
Héalisles, les Hollandais du xx" siècle le sont 
toujours, plus semblables pourtant à nos peintres 
de plein-air qu'à leurs maîtres anciens : si forte 
est la prédominance de l'instant sur la race, ou 
la contagion de l'exemple ! Ici, non plus, point de 
Vermeer de Deift, ni même de rivaux des frères 
Maris; mais, parfois, d'assez bon peintres : les 
uns ont regardé Stevens; d'autres, les émules 
nomades de Whistler; plusieurs gardent le ton 
de 1830; et si M. Jan Toorop a retrouvé Bastien- 
Lepage au jardin de Manet, M. David Bautz mon- 
tice//îse avec brio dans l'empâte ment de ses natures 
mortes. Les paysagistes voyageurs sont plus 
nombreux qu'au temps de Berghem: MM. Hart 
et Bauer ont vu l'Orient; M Bosch, l'Italie; 
M. Frankfort, le Transvaal ; mais, autour des 
vieilles maisons de M. (iorter, MM. Jansen et 
Wiggers préfèrent la patrie brumeuse et verte, 
M. Koster décrit avec piété les tulipes éblouissantes 
de Haarlem, M. Louis van Soest retrouve les longs 
panoramas des Hagen et des Koning; à Volendam, 
M. Willy Sluiter modernise la grosse gaieté des 
aïeux; et M. Willem Roelofs éclaircit la cuisine 
de Kalf. 

Baymoni) Bouykh. 

LES REVUES 



France 
Revue de Paris (15 avril). — P.-F.-L. Fontaine. 
Le i<acre. — Suite des extraits du Journal de Fon- 
taine, publiés par M. L. Batillol. Travaux prépara- 
toires de la cérémonie du sacre (1804) à Fontainebleau 
et à Paris; arrangement des constructions et décora- 
tions; logements de la cour à Fontainebleau pour 
l'empereur et pour le pape ; cérémonie de la distribution 
des aigles au Champ-de-Mars; autres cérémonies et 
fêtes à Paris; total des comptes : 1.050.395 fr. 73. 
Travaux au Louvre et aux Tuileries en 1805. 

Les Arts (avril). — E. Duranu-Ghévillk. Les 
Frères Van Eyck. — Késumé du grand ouvrage, 



182 



LE BULLETIN DE L'ART 



récemment publié par l'auteur, sur les fondateurs de 
la peinture llamanile. Notes sur la place des deux 
frères dans l'histoire de l'art; sur l'inscription du 
retable de l'Adorntion de l'Agneau, à Saint-lîavon de 
Gand et sa transcription exacte; sur le portrait de 
l'Homme au turban (National Gallery de Londres), qui 
serait le portrait de Jejin Van Eyck par lui-même; 
sur la part de chacun des doux frères dans le retable 
de Gand; sur l'étranKeté de ce fait qu'aucun musée 
ne conserve d'ouvrage attribué à Hubert seul et que 
tous ses ouvrages se seraient donc perdus, tandis que 
ceux de Jean se seraient conservés en partie ; essai de 
classement chronologique de ces peintures. 

— Pki.auan. Le musée et les donateurs. — Que le 
Louvre ne doit pas accepter tout ce qu'on lui donne, 
mais choisir et n'accueillir que des chefs-d'œuvre. Un 
exemple : « Thomy Thierry à donné treize Corot' 
M. Chauchard, vingt-six, M. Etienne Moreau-Nélaton, 
quarante-six ; avec ceux déjà possédés, nous arrivons 
à quatre-vingt-dix. Ce nombre dépasse et l'importance 
de l'artiste, et surtout la place disponible. » 

— Auguste Maiiouili.ikh. Un artiste ignoré : Louis 
Vallé. — A propos d'un portrait d'homme signé de ce 
nom, remarquable toile de l'école hollandaise, due à 
un élève de Rembrandt qui ne fut point un servile 
imitateur du maître, mais un véritable créateur. Or 
le nom de cet artiste ne figure dans aucun dictionnaire. 

— Gabriel Mourey. Henri Bouil/iet. — lîésumé de la 
carrière si féconde et si brillante de l'orfèvre parisien, 
un des fondateurs de l'Union centrale des arts déco- 
ratifs. 

— Georges Lecomtb. Le :>alon des Humoristes. 

— Tristan d'EsTÈvK. Exposition de la Société des 
Artistes graveurs originaur. 

Grande-Bretagne 

The Burlington Magazine (avril), — Éditorial : 
« Le Moulin i>, de Hemhrandt. — A propos de la vente 
du .Moulin, faite à un marchand américain, par le 
marquis de l.ansdowne, au prix de deux millions et 
demi; le possesseur de ce Heuibrandt célèbre avait 
ollert son tableau aux musées anglais avec une réduc- 
tion de ii.OOO livres sur le prix qu'on lui proposait; on 
l'a néanmoins laissé partir pour l'Amérique, et l'auteur 
de l'éditorial reproche amèrement aux trustées des 
galeries nationales de n'avoir pas fait le nécessaire en 
la circonstance, et à lord Lansdowne, qui est lui-même 
trustée, d'avoir eu un rôle peu en rapport avec sa 
fonction. 

— Hoger Fiiv. Le Velnzquez de Fnign. — L'original 
de ce portrait de Philippe IV par Velazquez, on le roi 
est représenté debout, à niicorps, tenant de la main 
gauche un sombrero, fut peint à Fraga en 1644; 
il vient d'être acheté par .M. 11. C. Frick, de New- York; 
on en connaît plusieurs répliques, parmi lesquelles la 
plus importante, attribuée à Mazo, est conservée à 
Uul\vich-Colle({e. Son histoire est établie, à peu de 



lacunes près; il resta longtemps la propriété de la 
famille des Bourbons de Parme, et par une suite d'hé- 
ritages, il finit par échoir au prince Élie de Bourbon, 
qui l'avait dans sa résidence de Vienne et le vendit 
récemment à M. Agnew (2 pi.). 

— Emanuel Loewv. A propos de la statue d'Anzio. 
— Les archéologues n'ont pas fini de discuter sur la 
jeune fille ou le jeune porte-laurier d'Anzio. L'auteur 
reprend la description, l'étude du style et la question 
de l'attribution de la statue (pL). 

— Ettore Modigliani. Une peinture de Giovanni da 
liologna au musée Brera. — C'est une Vierge à l'En- 
fant entourée d'anges, œuvre de ce maître rare du 
trecentu dont l'Académie de Venise possède une Vierge 
avec l'Enfant et des saints, signée, et le musée civique 
de Padoue un Saint Christophe également signé. La 
Vierge du musée Brera, outre une identification facile 
à faire par la seule comparaison iconographique avec 
les œuvres précédentes, porte également la signature 
de l'artiste (2 pi). 

— F. Melian Stawkll. Une interprétation du disque 
de l'haistos. Essai de lecture et de transcription des 
signes symboliques gravés sur le disque d'argile 
trouvé à l'haistos (Crète), en 1908, par le D' Pernier 
de la mission archéologique italienne (fig. et pi.). 

— A. CLunON-BKocK. Tintorel, a propos du livre ré- 
cemment consacré au maître vénitien par Miss Evelyn 
March Phillips. 

— Ch. F"kol'i,kks. Une Peinture de métier par Jan 
Brueghel. Il s'agit d'une peinture conservée au musée 
Empereur-Frédéric à Berlin, et représentant Vénus 
dans ta forge de Vulcain; elle a ceci de particulier 
que tout le devant de la composition est entièrement 
occupé par une foule de détails ayant trait au métier 
du forgeron, parmi lesquels il en est certains que 
nous ne connaissons par aucune autre représentation 
de l'époque. L'auteur passe en revue ces objets, les 
identifie et les rapproche de la description de docu- 
ments écrits et de pièces de musées de la même date 
(premier quart du xvir siècle (pi.). 

— Mary F. S. IIkhvev et Kobert MAKTm-IIoi,i.AXi). 
Un l'eintre franfais oublié : /■'eli.r Chrétien. — Ue cet 
artiste du xvi* siècle, on connaissait un Martyre de 
saint Etienne (1550), a la cathédrale d'Auxerre, et un 
Martyre de sainte Eugénie, triptyque, dans l'église 
de Varzy (Nièvre). Une peinture du même artiste a 
passé l'an dernier en vente à Londres, portant par 
erreur le nom d'Ilolbein ; elle représente .Muise et 
Aaron devant l'haraon, exécutée eu 1537. 

— Lettre aux éditeurs : \V. F. Stobck. Le Maître 
du livre de raison, complément d'une étude de l'au- 
teur parue dans le numéro de décembre dernier sur 
le maître du Cabinet d'Amsterdam. 



Le Gérant : H. Denis. 



Ptri*. — im^. o«vr($«» Peiil, lï, me ••odoi-di-Uauroi 



Numéro 505. 



Samedi 20 Mai 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Art et Commerce 



Il se fait un certain bruit, en ce moment, au 
ileià du Hhin, autour d'une protestation des 
artistes allemands relative à la vente des pein- 
tures françaises en Allemagne. 

Comme on a parlé, à ce propos, d'une « cam- 
pagne » antifrançaise, notre correspondant de 
Munich, M. Marcel .Montandon, nous écrit pour 
remettre les choses au point, ce qui est facile, 
puisque lu protestation de M. Cari Vinnen vient de 
paraître en brochure, avec les adhésions de cent 
vingt peintres et écrivains allemands. 

Or, écrit M. Montandon, qu'y remarque-t-on tout 
d'abord ? 

Que chacun des signataires commence par bien 
mettre hors de cause l'art français, l'influence fran- 
çaise. Les plus grands, les plus uennaniques des 
artistes allemands, qu'ils se nonmient Bœcklin ou 
Ma.\ Klinger, Liebermann ou Fritz Erler, ont étudié 
a Paris, et nul ne saurait mettre en doute ni l'impor- 
tance de l'enseignement qu'ils y ont reçu, ni le profit 
qu'en a retiré l'art allemand depuis une cinquantaine 
d'années. 

« Mais comme il sera difficile, s'écrie M. Hans 
B. Wieland, de faire comprendre que nous ne com- 
battons pas l'art français ! » Il semble pourtant que 
cette opinion soit assez clairement exprimée dans 
chacune des réponses envoyées par les artistes alle- 
mands à M. C. Vinnen, et réunies en une brochure 
de quatre-vingts pages. 

En somme, les griels des protestataires se ré- 
duisent à deux : 1» l'envahissement du marché par 
des œuvres sans valeur, prônées par la spéculation ; 
2" le snobisme du public qui paie très cher, sous le 
prétexte qu'elles viennent de France, des œuvres 
dont personne, en France, ne voudrait. 

Une protestation en ce sens était devenue inévi- 
, table, dit en terminant M. Marcel Montandon, et il 
est heureux quelle se soit élevée ; le prestige même 
de l'art français ne fera qu'y gagner ; on n'imagine 
pas l'elfet produit à l'étranger par les « choses » qu'on 
ose exhiber depuis quelques années, sous l'étiquette 
d'art français. 

Mais à qui fera-t-on croire que l'art français est 



I 



attaqué ? M. Cari Vinnen lui-même, le promoteur du 
manifeste, ne votait-il pas récemment l'achat, pour la 
Kunsthalle de Brème, de la Dame en vert el noir de 
Manet, au prix de 62.500 francs ? 

La conclusion, c'est qu'il faut, à Munich comme 
à Paris, se garder de parler d'art à propos d'af- 
faires purement commerciales : les intéressés 
n'ont pas plus de scrupule à vendre à l'étranger, 
sous l'étiquette d'art français, des tableaux gro- 
tesques qu'à y écouler les produits orduriers de 
ce qu'ils intitulent notre littérature ; marchands 
de mauvais tableaux ou marchands de mauvais 
livres, c'est tout un. 

Il est bon cependant que, de temps à autre, 
des protestations se produisent : c'est une occa- 
sion de mettre le public au courant. 

Sommes-nous bien sûrs, d'ailleurs, que le 
« snobisme », incriminé par l'artiste allemand, ne 
se rencontrerait pas en France ? 

Suivez seulement d'un peu près les ventes 
dites « d'art moderne », et vous répondrez. 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 13 mai). 
— L'Académie a classé, dans l'ordre suivant, les can- 
didats au siège vacant dans la section de gravure par 
suite de la mort de M. Hoty : en 1" ligne, ex-œ(juo, 
M.Vl. Laguillernne et Patey; en 2* ligne, M. Sulpis ; 
en 3- ligne, MM. Bulai.d et Yencesse. A ces noms, 
l'Académie ajoute, par des votes .luccessifs, ceux de 
M.Vl. Deschamps, Jules Jacquet, Boutelié, J.-L. Forain 
et Tonnelier. 

— Le prix Hossini de composition musicale a été 
décerné à M. .Marc Delmas pour sa partition portant 
la devise : Vivre et chanter. M. Marc Delmas, déjà 
deux fois second grand-prix de Rome, est actuelle- 
ment à Couipiègne, en loge pour le grand-prix de 
Rome de composition musicale. 

— Ont été décernés d'autre part : 

Le prix Trémont, de 2.000 francs, à M. Vierne. 
Le prix Chartier (musique de chambre), à M. Tour- 
nemire. 



LE BULLETIN DE L'ART 



Le prix Marillier de Lapeyrouse, de 1.600 francs 
(piano), à M"" Marie Weingarlner et Suzanne Per- 
cheron. 

Le prix Buchère (chant), à M"* Calvé ; (déclanaation), 
M"" Lyrisse, élèves du Conservatoire. 

— Enfin l'Académie à élu une commisson pour la 
représenter à la prochaine inauguration du monu- 
ment de Ilenner, à Bernviller, en Alsace, ville natale 
de l'artiste. Cette commission se composera de 
MM. Daumet, Bonnat, Marqueste, Denys Puech,Ju'es 
Comte, Louis Bernier. 

Musée du Louvre. — Comme don de joyeux avè- 
neuient, le nouveau président de la Société des Amis 
du Louvre, M. Raymond Kœchlin, a offert au musée 
un charmant petit tableau de Nericcio di Bartolouimeo, 
une Vierge avec l'Enfant Jésus et deux saints, oeuvre 
caractéristique de ce maître siennois, dont le Louvre 
ne possédait rien jusqu'ici. 

— M. Maurice Yvon, architecte, récemment décédé, 
a légué à l'État, pour le musée du Louvre, toutes les 
œuvres de l'atelier de son père, le peintre Adolphe 
Yvon, l'auteur du Solferino et de la Courtine de 
Malakoff An musée de Versailles. 

— Un forcené, qui errait la semaine dernière dans 
le musée du Louvre, a balafré d'un coup de rasoir le 
portrait de Michel-Ange et jeté sur le sol, dans la 
salle des antiquités grecques et romaines, une statue 
d'Esculape, en marbre, de soixante centimètres de 
haut. Par bonheur la peinture, qui est sur panneau, 
n'a pas été graveuient atteinte, et l'Esculape pourra 
être aisément réparé. 

Salon des Artistes français. — Voici la liste 
des conférences qui seront données au Salon des 
Artistes français : le 26 mai, la Gravure sur bois 
ancienne et moderne, par M. P. Gusman ; le 2 juin, 
Véronèse, par M. L Gillet; le 16 juin, les Magies de la 
pliotofjrapliie des couleurs, par M Meys ; le 23 juin, 
la Forêt de Fontainebleau et les artistes, par .\L U. 
Garnier. 

La médaille de M. Ernest Babelon. — Notre 
collaborateur M. Ernest Babelon, membre de l'Institut, 
conservateur du cabinet des Médailles à la Biblio- 
thèque nationale, fut, l'an dernier, l'un des organi- 
sateurs et des présidents du Congrès international 
de numismatique qui se tint à Bruxelles, et l'on se 
souvient à ce propos qu'il a consacré dans la Revue un 
article d'ensemble à la section des médailles de l'Expo- 
sition internationale de Bruxelles. La Société de 
numismatique de New-York et la Société hollando- 
belge des Amis de la Médaille ont décidé de lui oUrir, 
en hommage de reconnaissance, une médaille, dont 
l'avers représente le profil du savant, par M. G. De- 
vreesse, de Bruxelles, et le revers offre l'eUigie de 
Minerve, par M. K. Bosselt, de Dusscidorff. 

Expositions annoncées. — Le Conseil municipal 
de Paris organise, pour le mois prochain, une expo- 



sition rétrospective de documents se rapportant à 
l'histoire de l'hôtel de ville de Paris. Cette exposition 
aura lieu, à l'hôtel de ville même, dans la Salle des 
prévôts. 

Elle comprendra tous les objets se rapportant 
à l'histoire de l'hôtel de ville de Paris, savoir : 
1* Vues du monument, de ses abords et de la place de 
Grève, à toutes les époques ; 2° Représentation des 
événements, des cérémonies, des fi'tes, des inaugu- 
rations, etc : 3» Portraits des personnages, prévôts, 
échevins, maires de Paris, préfets, conseillers muni- 
cipaux et autres personnalités politiques ou admi- 
nistratives ayant exercé une action à l'hôtel de ville ; 
4° Plans, projets, maquettes, croquis du monument, 
de ses décorations intérieures et extérieures. 

— Lundi prochain 22 mai, à deux heures, s'ouvri- 
ront à l'Union centrale des arts décoratifs, pavillon de 
Marsan, les expositions rétrospectives suivantes : 
1° la Légion d'honneur et les décorations françaises ; 
2° la Turquerie en Europe (xvii' et xviii* siècles) ; 
3° collection Imbert (céramiques italiennes, xv et 
XVI" siècles). 

— L'exposition annuelle, organisée par le service 
historique de la ville de Paris en l'hôtel Lepelletier de 
Saint-Fargeau, sera consacrée, cette année, à la 
reconstitution de Paris au temps des grands clas- 
siques. Elle sera inaugurée le 24 mai. 

Au Mans. — Un touriste américain a voulu, 
parait-il, renouveler au Mans la tentative faite à 
Reims, il y a quelques années, par un de ses compa- 
triotes désireux d'acquérir la Maison des .Musiciens 
et de la démolir pour la faire ensuite réédifier en 
Amérique. Cette fois, 1' « amateur » américain avait 
jeté son dévolu sur l'hôtel orné de sculptures que le 
médecin Jean de Lépine se fit construire en 1520 et 
dont le principal bas-relief représente Eve offrant la 
pomme à Adam. 

La municipalité est intervenue à temps et cette 
habitation, qui est une des curiosités du Mans, ne 
sera point transportée outre-mer. Mais un bon arrêté 
de classement ne serait peut-être pas inutile pour 
assurer l'avenir du vieux logis. 

A Rome. — Le Pavillon russe vient à son tour 
d'être inauguré à l'Exposition du cinquantenaire à 
Rome. Plusieurs portraits, parmi lesquels celui de 
Tolsto'i et de sa fille, et un magnifique paysage inti- 
tulé la Patrie, du peintre Répine, ont été particuliè- 
rement admirés Vladimir Makowsky a paru un peu 
ancien; Constantin Makowsky, avec son Mariage 
dans une vieille cathédrale russe, a plu davantage. 
Le sculpteur Troubetzkoï, les peintres Seroff, Malia- 
vine, le décorateur Bakst, et nombre d'autres artistes 
ont contribué au succès de cette exposition de l'art 
russe contemporain. — L. G. 

En Ombrie. — Les restes du Pérugin, mort de la 
peste en 1524 à Fontignano, près Pérouse, avaient 



ANCIEN ET MODERNE 



155 



été retrouvés, il y a dix ans, et placés dans une caisse 
chez le curé de l'oatignano. Le ministre de l'Instruc- 
tion publique a chargé la surintendance de Pérousc 
de leur donner une sépulture convenable, et on vient 
de les replacer près de l'église où ils avaient été 
découverts, après les avoir enTertnés dans un sarco- 
phage de zinc et de noyer. Une plaque de marbre en 
conservera le souvenir. — L. G. 

En Grèce. — Les fouilles de Corfou sont inter- 
rompues depuis quelque temps. Les dernières re- 
cherches n'ont amené la trouvaille d'aucune sculpture 
importante ; l'on a surtout mis au jour des blocs pro- 



venant de l'édifice même, dans lequel on s'accorde 
maintenant à reconnaître un teu)ple. 

L'empereur d'Allemagne, qui se trouvait en villégia- 
ture à Corfou au moment des premières découvertes 
et qui a suivi les travaux avec beaucoup d'intérêt, a 
déclaré qu'il prenait à sa charge les frais de la fouille 
et fait don d'une somme considérable. En même 
temps, il a associé M. Unrpfeld à M. Versakis dans 
la direction des recherches et la publication des 
monuments. On dit même que Guillaume II, s'im- 
provisanl archéologue, compte faire à l'Académie de 
Berlin une conférence sur les nouvelles découvertes. 
— CD. 



■ »B<^ o oew 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — "Vente de la collection Gubbay 
(porcelaines de Saxe). — L'anonymat du pro- 
priétaire de la réunion de porcelaines de Saxe, 
dont nous avons annoncé ici même la vente 
comme devant être faite, salles 7 et 8, du 8 au 
H mai, par M= Lair-Dubreuil et MM. Paulme 
et Lasquin, n'ayant pas été respecté par nos 
confrères, c'est donc sous ce nouveau titre que 
nous rendons compte de ces vacations. 

D'intérêt trop spécial pour que nous nous éten- 
dions beaucoup à leur sujet, surtout en ce mo- 
ment où le mouvement des ventes publiques 
est si important, nous nous contenterons de 

Kientionner leur total, soit 228. .399 francs, et de 
onner une liste des principales enchères : 
PRINCIPAUX PRIX 
Porcelaines de Saxe. — 184. Échiquier, plateau à 
amier et 32 pions, 9.000 fr. (dem. 10.000). — (97. 
Deux corbeilles de surtout, forme de char à quatre 
roues, myosotis en relief, 2.860 fr. — 222. Deux vases 
cornets, tleurettes de myosotis, S.tOO fr. — 223. Deux 
candélabres, arbre orné jardinier et jardinière, etc., 
S.tOO fr. — 225. Deux coupes ajnurées, singe enchaîné 
et négresse, 2.650 et 2.6u0 fr. — 232. Coupe tenue par 
une statuette de femme étendue, 3.000 fr. — 330. 
eune femme tenant une théière, costumée en Chi- 
oise; auprès d'elle, deux petit Chinois, 4.650 fr. (dem. 
5.000). — 333. Femme tenant une cage ouverte, 
enfant, etc., 2.520 fr. — 335. Apollon sur un char, etc., 
6.200 fr. (dem. 8.000). — 336. Le Char de Vénus, 
4.400 fr. — 331. Deux statuettes, marquis et marquise, 



I 



au centre de bosquets treillages, 6.000 fr. (dem. 6.000). 
— 338. Groupe crinoline de deux personnages se 
tenant enlacés et s'embrassant, 15.000 fr. (dem. 12.000). 
PoRCEi.AiKEs DIVERSES MONTÉES. — 339. Deux che- 
vaux au galop se cabrant, anc. porcel. de Saxe, ter- 
rasses à rocailles br., ép. Louis XV, 4.405 l'r. (dem. 
6.000). — 340. Deux vases ovoïdes, anc. porcel. Chine 
ou Sèvres, fond vert uni, monture br., 4.400 fr. (dem. 
5.000). — 341. Deux candélabres, autruche près d'un 
tronc d'arbre, anc. porcel. Chine, monture br., 8.900 fr. 
(dem. 8.000). — 242. Pendule, mouvement supporté 
par un branchage en br., avec groupe en anc. porceL 
de Chine, mandarin, etc., ép. Louis XV, 8.700 fr. 
(dem. 12.000). 

"Vente de tapisseries. — l'ne seule enchère 
à signaler dans les résultats d'une vacation ano- 
nyme, faite salle 1, le 9 mai. par M" François 
et Gronier-Lecomte, assistés de M. lîlée, celle de 
6.120 francs obtenue, sur la demande de 10.000, 
par une grande tapisserie de Bruxelles du 
xvii" siècle, représentant une scène de sacrifice. 

"Vente de la collection Delessert (tableaux, 

etc.). — Faite, salles 9 et 10, le 11 mai, par 
M« Baudoin et MM. Ferai et Mannheim, cette 
vente a produit 184.745 francs. 

C'est du côté des objets d'art et d'ameublement 
qu'il faut chercher la principale enchère de la 
vacation, celle de 24.500 francs obtenue sur la 
demande de 30.000 par un grand bureau à 
cylindre en marqueterie du temps de Louis XVI 
avec des bronzes d'époque postérieure. 

La série des dessins de l'Hiftoire de Samson par 
Decamps a été dispersée, produisant un total de 



156 



LE BULLETIN DE L'ART 



26.950 francs pour les neuf numéros qui la 
composaient et dont les prix ont varié de 1.100 à 
5.200 francs. 

PRINCIPAUX PRIX 

Gravures.— 1. D'après Uoppaer. Juvénile reliiemenl, 
par Ward, imp. en coul., 13.100 fr. (dem. 10.000). 

Aquarelles, dessins. — Decamps. Histoire de 
Samson : 8. Samson lue le lion, 3.000 fr. — 9. Samson 
met le feu aux moissons, 5.200 fr. (dem. 4.000). — 10. 
Samson défait les l'hilislins, 3.600 fr. (dem. 5.000).— 
14. Samson tourne la meule, 4.600 fr. — 15. Samson 
renverse lasalle du festin, 3.C00 fr. — 16-17. II. Vcrnet. 
L'Attaque, La Poursuite, aquar., 2.600 fr. 

Tableaux. — 20. Berghem : Le Passage de la rivière, 
8.000 fr. (dem. 8.000). — 21. Rendez-vous de chasse, 
3.810 fr. (4.000). — 27. Géricault. Le Hoquet, 8.500 fr. 
(dem. 5.000). — 28. Greuze. La Jeune femme aux 
cheveux roux, 10.000 fr. (dem. 15.000). — 43. Joseph 
Vernet. L'Entrée du l'art, 9.300 fr. (dem. 6.000). — 
44. Carie Vernet. La Dilif/ence, 2.8S0 fr 

OB,iEis DIVERS. — 57. Couvercle de coupe en faïence 
de Saint-Porchaire, figurine d'enfant nu, etc., 5.400 fr. 
(rest., dem. 6.000 fr.). 

Sculptures. — 60. Statuette, marbre xviii" siècle, 
Apollon assis sur un tertre. 

Meubi.es. — 76. Petite table-bureau, ép. Louis XV, 
maïquet. de coul. à (leurs, garn. bronze, signée : Me- 
wessen, ép. Louis XV, 11.000 fr. (dem. 8.000). — 77. 
Table-bureau, ép. Louis XV, marquet. à fleurs, garnit. 
br. doré, signée : Durand, 10.500 Ir. (dem. 12.000). — 
80. Bureau cylindre, placage en partie Louis XV, garn. 
br. doré. Aurait appartenu à Franlilin, 4.000 fr. 
(br. refaits). — Bureau cylindre marq. de coul., à 
quadrillage, ép. Louis XVI, 24.500 fr. (dem. 30.000. 
Br. Louis-Philippe, rest.). 

Vente des collections de MM. V... et T... 
(tableaux modernes). — Cette vente, faite 
salle 1, le 12 mai, par M' Lair-Dubreuii et M. 11. 
Petit, a produit 68.235 francs et donné lieu à 
quelques enchères qu'il nous suffira de signaler. 

PRINCIPAUX PRIX 

Tableaux modernes. — 1. Allègre. Venise, 2.800 fr. 
— 3. Bail. Les Dentellières, 6.000 fr. (dem. 6.000). — 
21. Cazin. Marée basse, 2.620 fr. — 29. Henner. Virgi- 
nella, 3.500 fr. (dem. 5.000). —34. Jacque. Fin de 
journée, 3.530 fr. (dem. 6.000). —40. Lépine. Le Soir 
sur le canal, 3.800 fr. — 41. La Seine au pont d'Aus- 
terlilz, 3.700 fr. — 47. Lhermitte. Le Torrent à 
Charmin, 6.200 fr. (dem. 7.000). — 63. Veyrassat. 
La lienlrée du blé, 6.650 fr. (dem. 7 000). 

Ventes Alexis Rouart ( V= vente : obj e ts d'art 
et d'ameublement). — Faite salle 6, les 12 et 
13 mai, la dernière vente Houart a produit, sous 
le ministère de M* Henri Raudoin et de MM. Mann- 



heim, la somme de 68.280 francs. L'ensemble de 
la collection a ainsi réalisé un total de 065.951 fr. 

La pièce de résistance de cette dernière vente 
était le mobilier de salon en Aubusson du temps 
de Louis XVI qui a été adjugé 38.700 francs sur 
la demande de 30.000. L'n écran en tapisserie du 
même genre a été vendu 3.220 francs, et un buste 
de Hotrou, par Caffieri, en plâtre recouvert de 
cire, 3.850 fr. 

Nous donnerons plus tard la liste des autres 
enchères intéressantes. 

Vente de tableaux. — Une vacation anonyme, 
dirigée, salle 9, par M' Coulon et M. Jehu, le 
15 mai, et qui a pris fin sur un total d'environ 
30.000 francs, nous présente deux prix dignes de 
remarque : .Millet. Le Déjeuner de paysans, 7.300 fr. 
— Détaille. Le maréchal Canrobert à cheval, 
4.400 fr. 

Vente d'objets provenant de la collection 
Delessert. — Faite salles 9 et 10, le 13 mai, par 
.M« Albinet et M.M. Paulme et Lasquin, cette 
vente a produit 198.135 francs. 

Le clou de la vacation était le tableau par 
A. Cuyp : Vaches sur un tertre, dans une prairie. 
Bien qu'il existe de celle composition une ré- 
plique qui, des collections Perkins et G. Salting, 
a passé à la National Gallery de Londres et qui 
est plus vraisemblablement le tableau décrit par 
Smith, cette peinture n'en a pas moins réalisé 
130.000 fr. sur la demande de 100.000. Auprès de 
celte enchère, les autres prix paraissent bien 
paies; il nous suffira de donner la liste des plus 
marquants. 

PRINCIPAUX PRIX 

Tableaux anciens, dessins. — 1 Bellangcr. Le 
Passage dans l'île Lobau, 3.000 fr. (vente Delessert, 
1869, 8.000). — A. Cuyp. Sept vaches sur un tertre, 
dan<: une prairie, 130.000 fr. (dem. 100.000 ; vente 
Delessert, 92.000). — 3. A. Scheffer. «Laissez venir ii 
moi les petits enfants-, 2.800 fr. — 4. 'W'ynants et 
Van de Velde. Paysage avec des cochons, 17.000 fr. 
(dem. 20.000). — 3. Q. de La Tour. Portrait de 
J.-J. Rousseau, pastel, 18.500 fr. (dem. 25.000). — 
6. Kosalba Carricra. Portrait de Louise- Anne de 
Bourbon, Mademoiselle de Charolais, 14.500 fr. 
(vente de la comtesse de Nadaillac, 1887, I.OSO). 

Estampes anciennes. — 11. Debucourt. La Prome- 
nade publique, imp. en coul., gr. m., 4.700 fr. (rest.). 

Vente de la collection de M™< C... (ta- 
bleaux anciens, etc. . — L'intérêt principal de 
cette vente, faite le 15 mai, salles 7 et 8, par 
M" Baudoin et Lair-Dubreuil et MM. Ferai, 
Paulme et Lasquin, résidait surtout dans la 



ANCIEN ET MODERNE 



157 



réunion de huit esquisses peintes par Oudry. les 
Chasses de Louis XV, modèles pour les tapisse- 
ries des Gobelins. Sur la demande de 60.000 fr., 
ces huit esquisses ont atteint ensemble le prix 
de 93.000 francs. 
Le total de la vente s'est élevé à 217.317 francs. 

PRINCIPAUX PRIX 

Dessins. — 3. Th Rousseau. La Plaine, 2.500 fr. 

Tableaux. — 9. Daubigny. U71 Coin de Normandie, 
7.500 fr. (dem. 10.000).— 10. Delacroix. Le Campement 
arabe, 10.500 fr. (dem. o.OOO). — 16. Mesdag. Les 
Brisants de la mer du Nord,i. 100 fr. — 18à2o. Oudry 
Les Chasses de Louis XV. Suite de huit esquisses 
(nous avons donné le détail des titres en annonçant 
la vente), 93.000 fr. (dem. 60.000). — 27. Troyon. 
Devant Itonfleur, 6.100 fr. (dem. 3.000). — 28. Van 
de Velde. Charge de cavalerie, 3.800 fr. (dem. 5.000). 
— 29. Vlieger. L'Estuaire, 3.000 fr. — 31. Ziera. 
L'Abreuvoir, 9.100 fr. (dem. 5.000). 

Faïences et pohcelaines. — 55. Trois vases-jardi- 
nières accompagnés chacun de deux oiseaux, anc. 
porcel. Saxe, mont, br., branchages br. peint et fleu- 
rettes anc. porcel. Saxe, ép. Louis XV, 7.100 fr. 
(dem. 12.000). 

BiioNZES d'ameucilement. — 59. Deux candélabres- 
girandoles, ép. Régence, 2.500 fr. — 61. Cartel, décor 
rocaille, orné figurine de négresse, etc., ép. Louis XV, 
8.000 fr. (dem. 7.000). — 62. Pendule à rocailles, 
feuillages, trophée, etc., ép. Louis XV, 2.950 fr. (socle 
moderne, dem. 5.000). — 65. Lustre fer découpé, 
repoussé et doré, garni cristaux de roche, ép. 
Louis XV, 4.705 fr. 

Sculptures. — 69. Statuette de bacchante, marbre 
blanc, attribuée à Clodion, 4.000 fr. (dem. 8.000). 

Meubles. — 98. Écran, anc. tapiss. de Beauvais, 
ép. Louis XV, représentant deux cavaliers dans un 
paysage, d'après Casanova, 8.925 fr. (dem. 10.000). — 
100. Secrétaire sur pieds élevés, bois de rose et mar- 
queterie, garniture bronze (probablement des parties 
anciennes), 4.000 fr. (dem. 3.000). 

Ventes annoncées. — A Paris. — Tableaux 
anciens, etc. — Un catalogue illustré, de belle 
taille, nous permet de donner des détails sur la 
vente des tableaux anciens, objets d'art et 
d'ameublement, provenant de la collection de 
M. A'..., dont la vente aura lieu Galerie (jeorges 
Petit, le 22 mai, par le ministère de M^ H. Baudoin 
et de MM. J. Kéral et .Mannheim. 

Un pastel par John Hussell, la Jeune artiste, est 
tout d'abord à noter. Puis des tableaux anciens : 
la Petite fille au chapeau, par Hiiet ; le Portrait du 
chanteur Cailleau, par M™" Vigée-Lebrun ; L'Invi- 
tation à la danse et la Sérénade, par J.-B. Pater; 
le Repos dans le parc et la Promenade, deux toiles 
pouvant se faire pendant, par Schall ; une Halte 



de cAasseurs, par Wouwermans, décrite dansSmitli. 

Contentons-nous d'indiquer l'importance de la 
réunion de figurines en porcelaine de Saxe que 
contient cette vente, qui présente également 
d'intéressants spécimens de Vincennes et de 
Sèvres, et aussi de vieux Chine, notamment une 
garniture de cinq pièces, trois potiches avec 
couvercles et deux cornets, d'époque Rang-hi, 
montures en bronze doré du temps de Louis XV, et 
deux très grandes potiches d'époque Kien-lung. 

I^arini les bronzes, notons une pendule à cadran 
tournant composée d'une sphère supportée par 
les figures des trois Grâces, d'époque Louis XVI, 
et deux paires de chenets de même époque, 
décorés de statuettes d'enfants nus. 

Si nous passons à la catégorie des meubles, 
nous ne pouvons omettre : un meuble d'entre- 
deux en marqueterie de cuivre sur écaille, 
d'époque Louis XIV ; une horloge astronomique 
en bois de violette et bronzes, d'époque Louis XV ; 
quatre fauteuils en bois sculpté, couverts en 
tapisserie du temps de Louis XV, à grosses fleurs ; 
une petite table en marqueterie de bois de cou- 
leurs, garnie de bronzes, signée : Feil. d'époque 
Louis XV ; un petit bureau à dos d'ilne en 
laque noire et or, à paysage de style chinois, 
marqueterie de bronzes, également de l'époque 
Louis XV ; un bureau bonheur-du-jour en laque, 
à paysages sur fond noir, garni de bronzes dorés, 
époque Louis XVI ; une commode en bois de 
placage et bronzes, même époque ; un mobilier 
de salon, également de l'époque Louis XVI, en 
bois sculpté et laqué gris, couvert en lampas, se 
composant d'une chaise-longue en deux parties, 
de deux bergères et de sept fauteuils ; enfin, 
parmi les tapisseries, notons encore : trois mon- 
tants d'entre-fenétres en Beauvais de la manu- 
facture royale, du temps de la Hégence, à sujets 
mythologiques dans des ornements; et quatre 
lambrequins en Beauvais de la manufacture 
royale, du temps de Louis XVI, présentant des 
compositions allégoriques dans des guirlandes 
de fleurs. 

Succession du baron Lacaze (tapisseries, 

etc.). — Nous avons déjà annoncé que cette vente, 
qui a fait l'objet d'un catalogue illustré, se fera 
en deux parties distinctes et par le ministère de 
M» Albinet et de MM. Pauline et Lasquin. 

Le 22 mai aura lieu, salles u et 0, la vente des 
tapisseries, qui comprennent notamment trois 
pièces de la suite célèbre des Gobelins, de l'époque 
de la llégence, dite les Enfants jardiniers; une 



iS8 



LE BULLETIN DÉ L'ART 



tenture formée de cinq tapisseries de Bruxelles 
du commencement du xyiii» siècle, d'après Te- 
niers, représentant des sujets rustiques; puis 
deux panneaux de Bruxelles du xviii» siècle : 
la Chasse au loup et la Chasse au renard, et enfin, 
un panneau en Aubusson, du temps de Louis XIV, 
représentant des personnages dans un palais. 

Parmi les objets d'art et d'ameublement qui 
feront l'objet de la seconde vente, salle 6, les 2'^ 
et :26 mai, notons : deux grandes bergères en bois 
sculpté et peint du temps de Louis XVI, portant 
l'estampille de G. Leclerc, et un grand cabinet 
en ébène du xvi" siècle. 

Tableaux anciens, etc. — M" Henri Baudoin et 
MM. Mannheim et Ferai dirigeront, le 23 mai, 
salles 7 et 8, une vacation anonyme comprenant 
des tableaux anciens et des objets d'artetd'ameu- 
blement. Dans le catalogue illustré de cette vente, 
nous remarquons : deux pastels, se faisant pen- 
dant, Portrait de femme et Portrait d'homme, par 
C. Caftieri, signés et datés 1706 ; une F^te cham- 
pêtre, par Bonaventure de Bar, et, du côté des 
objets d'art et d'ameublement, une table-coiffeuse 
en marqueterie de bois de couleur, signée Detvosc, 
d'époque Louis XVI. 

Collection Nelidow (objets antiques). — 
Coquettement enfermé dans un étui en carton- 
nage rouge, le catalogue de la collection de 
S. E. M. de Nelidow, ancien ambassadeur de 
Hussie, semble vouloir racheter, par l'élégance de 
son impression et l'agrément de ses planches, 
ce que pourrait avoir d'un peu rébarbatif la réu- 
nion d'objets antiques qu'il décrit. La vente 
aura lieu les 23 et 24 mai, Galerie Georges Petit, 
sous la direction de M» Lair-Dubreuil et de 
MM. C. et E. Canessa. 

Parmi les pièces les plus importantes, signa- 
lons tout d'abord trois sculptures égyptiennes : 
une Tête de scribe en basalte noir, une statuette 
d'Ostrts et une autre d'ifcis, toutes deux en bronze; 
puis, parmi les marbres grecs : une statuette 
d'Aphrodite anadyomène, du m' siècle, en marbre 
de Paros, découverte en 1884 à Pandermo, qui 
nous paraît le morceau capital de la vente, une 
tête A'Athéna casquée, et une statuette de Diony- 
sios; une série de bronzes grecs et romains; des 
vases peints, dont une amphore panathénaïque, 
décorée de deux têtes de cheval en noir sur fond 
rouge ; des figurines de terre cuite, certaines de 
Tanagra, et enfin des bijoux en or d'art égyptien 
et d'art grec. 



■Ventes prochaines. — Nous recevons, sous la 
forme de trois gros volumes, les catalogues illus- 
trés des ventes suivantes, qui auront lieu toutes 
trois à la galerie Georges Petit et par le ministère 
de M" Lair-Dubreuil. 

— Assisté de M. Georges Petit, ce commissaire- 
priseur dirigera, les 2 et 3 juin, la vente de 
VAtelier Jules Breton, réunion nombreuse de 
tableaux, pastels et dessins de cet artiste ; — 
avec le concours de M« H. Baudoin et de M. Jules 
Ferai, le !• juin, il présiderai la dispersion de la 
collection Maurice Kann, composée de tableaux 
anciens ; — enlin avec MM. Mannheim et Henri 
Léman, les 12 et 13 juin, il procédera à la vente 
des objets de haute curiosité, où dominent les 
spécimens de l'ancienne orfèvrerie allemande, 
provenant de l'ancienne collection de feu M. le 
baron Cari Mayer de Rothschild, de Francfort. 

Avec la vente de la collection Pierre Decour- 
celle (29 et 30 mai), dont nous parlerons dans le 
prochain Bulletin, voilà de belles séances en 
perspective; nous nous proposons de les annon- 
cer, avec plus de détails, dans nos prochaines 
chroniques. 

A Londres. — Collection Butter (tableaux 
anciens). — Lu catalogue illustré de quelques 
planches nous apporte l'annonce de la vente qui 
aura lieu chez Christie, les 25 et 26 mai, de la 
collection de tableaux anciens de feu Charles 
Butter. 

Elle comprend une réunion remarquable de 
primitifs italiens, notamment : Sainte Catherine 
de Sienne donnant la règle aux sœitrs du second 
ordre de saint Dominique; deux Scùnesde batailles, 
par Paolo Ucello ; la Sainte Famille avec Sainte 
Elisabeth, saint Jean et les bergers, par Bonifazio 
Veronèse ; ta Vierge et l'Enfant, par Andréa del 
Verrochio ; la Vierge et l'Enfant entourés de saints, 
par Andréa Mariotto di Viterbo; la Mort de la 
Vierge, par Bartolommeo Vivarini; et aussi des 
peintures des écoles du Nord, parmi lesquelles 
nous notons une composition de Rubens : Loth 
et sa famille quittant Sodome, gravée par Voster- 
man et provenant de Blenheim Palace. 

M. N. 

ESTAMPES 

Ventes annoncées. — A Paris. — Collec- 
tion Louis Valentin 1"^' partie : estampes 
en couleurs du XVIII" siècle;. — Les salles 
7 et 8 verront, pendant la dernière semaine de 
mai, la dispersion d'une collection remarquable 
d'estampes du ivni* siècle, exclusivement en 



ANCIEN ET MODERNE 



159 



I 



I 
I 



couleurs. I>e catalogue illustré, dressé par M. L. 
Delteil (qui assistera M<: Lair-Dubreuii, comme 
expert de la vente), ne comprend pas moins de 
400 numéros; c'est dire que l'on y trouve, par- 
fois en leurs états les plus recherchés, à peu 
près toutes les pièces célèbres de la gravure 
en couleurs de l'époque. 

Détailler un pareil ensemble est impossible 
ici ; tout au plus pourra-t-on donner l'énuméra- 
tion rapide des pièces qui doivent, selon toute 
vraisemblance, attirer les amateurs et obtenir 
les plus gros prix. Nous citerons donc : parmi 
plusieurs numéros de L -M. Bonnet, te Confidence, 
la Méfiance, deux pièces d'après Bounieu, et 
une Jeune femme en bmte, en négligé, d'après Le 
Clerc. I es gravures d'après Boucher méritent 
aussi d'être signalées. Debucourt est représenté 
par les Deux baisers, le Menuet de la Mariée (avant 
les retouches), la Promenade de la galerie du 
/'o/aîs-/îo)/o/(avantlacorrection du mot: imprimé), 
Heur et malheur el l'Escalade, le Compliment ou la 
Matinée du jour de l'an et les Bouquets ou la Fête 
de grand'maman ( avant le second point à la 
suite de la date), la Rose et la Main (avant le 
second point à la suite du nom de l'artiste), la 
Promenade publique, etc. 

Les estampes de Demarteau occupent plusieurs 
pages du catalogue (n»* 107-166) : citons, en parti- 
culier, les deux Grandes pastorales de J.-B. Huet, 
qui se font pendant (n" 154). Les pièces gravées 
d'après J.-B. Huet sont d'ailleurs presque aussi 
nombreuses : elles comptent les n"' 190 à 26a 
inclus, et Janinet n'est pas moins bien repré- 
senté (n"' 272-313) : on rencontre ici le rare 
portrait-médaillon d'une Jeune princesse, une vue 
delà Vi//aAfadoma d'après Hubert Robert, T/lmour 
et la Folie d'après F'ragonard, nombre d'autres 
sujets célèbres. Parmi les Lavreince, on remar- 
quera : l'Aveu difficile et la Comparaison; parmi 
les Smith : the Fruit-barroiv, What youwill, etc. 
Enfin Taunay, Schall, Le Prince, Boilly, Bau- 
douin et bien d'autres font très bonne figure au 
catalogue, et se comporteront sans doute de 
même à la vente, qui aura lieu les 26 et 27 mai 

R. G. 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



L'Œuvre de Paul Huet, 1803-1869 (à 
l'Ecole des beaux-arts). — « Çà et là, de loin en 
loin, apparaît la trace d'une protestation, un 



talent libre et grand qui n'est plus dans le goût 
du siècle : M. Paul Huet, par exemple, un vieux 
de la vieille, celui-là ! (je puis appliquer aux 
débris d'une grandeur militante comme le Roman- 
tisme, (\é)k si lointaine, cette expression familière 
et grandiose); M. Paul Huet reste fidèle aux 
goûts de sa' jeunesse. » Ainsi parlait, loin du 
Salon, le salonnier de te fleuue/'rançaise, en 1859, 
regrettant déjà le rêve banni de la nature et les 
abbayes crénelées qui se mirent dans les mornes 
étangs... Car « l'imagination fait le paysage « ; et 
Baudelaire avait deviné Paul Huet qui, lui- 
même, définissait son art «l'élégie, le lyrisme de la 
peinture », en s'apercevant avec mélancolie qu'il 
n'était plus de son temps... Est-il davantage du 
nôtre, un peu las de lumière diffuse et brouil- 
lonne ■? On le croirait plus d'une fois, à constater 
son inquiétude ou ses vertus décoratives. Tou- 
jours est-il que l'imagination fait la critique 
autant que le paysage, et qu'après cinquante- 
deux ans d'évolution lumineuse, un nouvel effort 
préalable est exigé pour rendre pleine et sym- 
pathique justice à ce confident des soirs plu- 
vieux : véritable précurseur, dont Sainte-Beuve 
avait salué la triste aurore et dont Miche let 
n'oublia point la fin silencieuse... Après l'étude 
robuste de M. Henry Marcel dans la Revue (1), 
il ne nous reste qu'à laisser la parole aux ou" 
vrages intelligemment groupés par M. Léonce 
Bénédite, ainsi qu'aux documents recueillis (2) 
par le (ils d'un peintre-graveur qui devança 
d'après nature, en 1822, dans l'île Séguin, la 
romantique survenue de l'école anglaise. 

Les Modes à travers trois siècles (aux pavil- 
lons de Bagatelle). — Le cas est grave, quand le 
plumage ne répond guère au ramage (il faut ren- 
verser ici les termes de la fable) ; et gare au titre 
ambitieux qui donne moins qu'il ne promettait ! 
C'est une déception de la sorte, que nous réser- 
vait, au printemps orageux de 1911, la délicieuse 
Folie du comte d'Artois. Cadre adorable, en vérité, 
pour vous recevoir, fugitives métamorphoses et 
vestiges mélancoliques de la mode, un art qui se 
définit lui-même : « la femme ajoutée à la nature »; 
mais encore faut-il que ses témoignages capricieux 
soient presque tous susceptibles d'intéresser les 
yeux à leur intérêt documentaire par leur éclat 
pittoresque... 

Ici, tout ce qui reluit n'est pas or, dans l'amer- 

(1) Voir la Revue du 10 avril et du 10 mai. 

(2) Paul Huet {1803-IS69), par Ren^-Paul Huet 
(Ivaurens, 1911), 



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LE BULLETIN DE L'ART 



tume de tant de brocarts fanés; et, depuis l'Au- 
tomne assez morose d'Abraham Bosse jusqu'au 
Bar des Folies-Bergère, de Manet, savoureux 
épouvantail du Salon de 1882, patiné déjà par 
les ans, la liste de l'art sans phrases serait brève ; 
on distingue vite, en oe raout un peu trop mêlé, 
plusieurs beaux portraits : d'abord, l'aimable 
dame en rose du Suédois Roslin, aux yeux de 
jais sous la poudre, image anonyme de l'aménité 
française en 1756; la vieille Marquise de Pange, 
l'aiguille levée sur sa tapisserie, vision de l'ancien 
régime transmise par la sagesse de Danloux; le 
Prince de Polignac enfant, par M"i' Vigée-Le Brun, 
trait d'union charmant entre le xvni" siècle et le 
romantisme ; auprès de l'opulente M'«<^ Soustras, 
(I dame pour annoncer » de l'impératrice Joséphine, 
analysée par le trait davidien de Riesener en 1808, 
un petit portrait lunaire de Prud'hon semble une 
élégie voluptueuse; en l'absence d'Ingres, uu 
admirable crayon de Chassériau domine l'époque 
de Louis-Philippe appauvrie par VVinterhalter. 
L'élégance décolletée du Second Empire a trouvé 
dans Paul Baudry son portraitiste encore préoc- 
cupé, devant les appas discrets du modèle, du 
style et de la couleur d'un Titien. Dans un inté- 
rieur ombreux de 1867, Stevens a vu Miss Fauvette 
et la crinoline qui l'ébouriffé; FeyenPerrin se 
dit contemporain d'Henry Somin, en chapeautant 
M"« Ellen Andrée, du théâtre du Vaudeville; mais 
Hébert approche de l'idéal éternel, en fixant 
dans un petit cadre la jeune fierté de A/"'« Hochon. 
Loin de la France permanente à travers les 
heures, avec la petite Vénus de Falconet sur sa 
pendulette de marbre ou les Brodeuses de Fantin- 
Latour penchées sur leur métier, ce Nicolas Maës 
ne sera jamais pris pour un des Rembrandt que 
copiait Frago; Tischbein justifie peu les éloges 
de Goethe; Hoppner est ici plus brillant que 
Goya. Maintenant, libre à l'élégante de fureter, 
comme la Sylvie de Gérard de Nerval, et de 
retrouver son aïeule tour à tour épanouie comme 
une pivoine ou mince comme un lis! Et, sur 
plus d'un joli front vivant, le turban de Mm» de 
Staël complète l'ironie de la mode, en cette 
fraîcheur aristocratique de parfums féminins et 
de verdures Ueuries. 

Les peintures, pastels et dessins originaux 
de Louis Legrand (galerie Durand-Ruel). — 
A tous les travestissements que la mode impose 
au décor de la comédie humaine, une rare qua- 
lité survit : la loyale passion de la forme que 
l'art exprime en traits substantiels et fins ; et, 



quelle que soit la réalité qui tente sa docte verve, 
un artiste se révèle en M. Louis Legrand. La 
véhémente beauté de ses gravures originales, où 
l'eau-forte alterne avec la pointe-sèche et colla- 
bore si curieusement avec l'aquatinte, se recon- 
naît dans la série, non moins nombreuse déjà, 
des dessins qui ne sont pas seulement des études 
ou des noies d'après la nature frissonnante ou 
fugitive, mais, le plus souvent, des compositions 
savammment achevées. Types et scènes de la 
vie paysanne ou du noctambulisme parisien, du 
foyer de la danse ou du restaurant de nuit, du 
plein-air candide ou de Montmartre, — on y 
retrouve aussitôt l'héritier de la naturaliste école 
de Bourgogne, à qui la plus pieuse légende ne dé- 
robait point la terrestre vérité du costume et de 
la chair. Et le visage ajoute son mystère tragique 
ou parfois, dans un Effet de rampe, la poésie d'un 
sourire. 

Raymo.nd Bouveb. 

LES REVUES 



Italie 

Rassegna d'arte senese (1910, 4* trimestre). — 
F. M. Phkkins. .Vo/îces d'art siennois. — L'auteur men- 
tionne deux tableaux inédits de l'école siennoise : une 
Sainte Lucie de Bartolo di Fredi, dans la collection 
Bhiuienthal, à New- York, et une l'ierge et l Enfant, 
de Domenico di Bartolo, dans la collection Johnson, 
à Philadelphie. Il attribue au Vecchietta une minia- 
ture des Livres de chœur du dôme de Sienne, jus- 
qu'ici retenue comme de Libérale da Verona (3 fig.). 

— G. DE NicoLA. Une fresque du Vecchietta dans 
l'église de San Francesco à Sienne. — Cette fresque 
représentant une Pie là, découverte l'an passé, est 
attribuée par l'auteur au Vecchiclta pour des raisons 
de style; il lui apporte une citation ancienne qui en 
fixerait la date : 1448. 

Une inscription retrouvée par l'auteur dans une 
des salles de l'hôpital de Sienne (Oeposito délie donne 
lui permet d'identifier cette salle avec l'ancienne 
sacristie de l'église de l'hôpital où le Vecchietta 
peignit, en 1448, ties fresques encore existantes (1 fig.). 

— A. BoNAJUDi. L'Ermitage de Santa-Maria à 
Montespecchio. Déjà édifié au xii* siècle; ruiné dès le 

XV. 

— F. Sapobi. Peintures siennoises en Russie. — 
Un Crucifiement, de Duccio et deux Madones, de 
Lippo Memmi exposées à l'exposition organisée par 
la revue russe Staryé Gody, en 1909. — L. G. 

Le Gérant : H. Dinis. 
PWM — Imp. ua«riie< Peiil, li, rac Uodoi-de-Mauroi 



Numéro 506. 



Samedi 27 Mai 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Le Geste de M. Pierpont Morgan 



Ayant acquis jadis un précieux ornement 
d'église provenant d'Italie, M. Pierpont Morgan 
apprit ensuite que cet objet avait été dérobé au 
trésor d'une petite paroisse et il s'empressa de le 
retourner à ses anciens possesseurs. 

Il y a quelques jours, le grand collectionneur 
américain a renouvelé ce beau geste, et cette fois 
au bénéfice de la France : il a remis entre les 
mains de M. Paul Cambon, notre ambassadeur 
à Londres, le « chef de saint Martin ■>, parti de 
Soudeilles en Corrèze dans les circonstances que 
l'on sait et passé en Angleterre par des voies 
encore mystérieuses. Quoiqu'il ait été de la plus 
entière bonne foi quand il conclut l'acquisition 
du reliquaire, M. Pierpont Morgan n'a pas voulu 
garder dans ses collections une œuvre d'art 
dont l'origine frauduleuse était manifestement 
reconnue; il a très libéralement restitué l'objet, 
et la loyauté de son attitude ne manquera pas 
d'être appréciée. 

Le «chef de saint Martin» rentre donc en 
France. Est-ce à dire pour cela qu'il devra 
retourner à Soudeilles et reprendre sa place dans 
cette mi'me armoire d'où le maire de la commune 
le lirait naguère pour le vendre? Rien ne serait 
plus absurde et plus choquant que cette décision. 
La commune de Soudeilles a trahi la cause du 
patrimoine national; elle ne mérite plus qu'on 
lui fasse confiance, et c'est à l'administration des 
Beaux-Arts à prendre les mesures qui s'im- 
posent (1). 

L'administration des Beaux-Arts a un autre 

► devoir à remplir : il importe qu'elle active et 

jfasse aboutir l'instruction judiciaire ouverte 

contre les meneurs de cette vilaine affaire et 

(1 j M. Pierpont Morgan a d'ailleurs insisté lui-même 
[sur ce point, en faisant observer, au cours d'une 
[récente interview, qu'il remettait le refiquaireâ l'Étal, 
fet non à la commune de Soudeilles. 



leurs complices. La loi sur les objets d'art classés 
est formelle, et la restitution du reliquaire, en 
permettant d'établir les responsabilités, va faci- 
liter singulièrement les conclusions de la justice. 
L'affaire de Soudeilles n'est pas de celles qu'on 
étouffe, et nous n'aurons pas de cesse qu'on n'ait 
donné satisfaction à l'opinion publique, en infli- 
geant au.x coupables un châtiment exemplaire. 
Car, il ne faut pas se lasser de le répéter, si 
des brocantages de ce genre restent impunis, on 
verra d'autres objets d'art classés suivre le chemin 
du « chef de saint Martin », et il ne se trouvera 
sans doute pas toujours des amateurs aussi 
désintéressés que M. Pierpont Morgan pour les 

rendre à la France. 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 20 mai). 
— Il a été procédé à l'élection d'un membre de la 
section de gravure en remplacement de M. Roty. 

Les candidats avaient été classés dans l'ordre sui- 
vant : en première ligne, er aequo, MM. Laguillermie 
et Patey ; en seconde ligne, M. Sulpis ; en troisième 
ligne, ex aequo, MM. Buland et Yencesse. A ces noms, 
l'Académie avait ajouté ceux de MM. Deschamps, 
J. Jacquet, Boutelié, Forain et Tonnelier. 

Cette élection a donné lieu à deux tours de scrutin, 
auxquels ont pris part 34 votants : 

(•'tour. 2« loup. 

MM. Laguillermie 11 19 

Patey 3 3 

Sulpis 1 

Buland 5 3 

Yencesse 1 l 

Deschamps 1 

J. Jacquet 1 2 

Boutelié 3 1 

Forain 1 5 

Tonnelier 

Bulletin blnnc .... i 

34 34 



«62 



LE BULLETIN DE L'ART 



Au second tour, a été élu M. Auguste-Frédéric 
Laguillcruiie, né à Paris le 27 mars 1841, grand prix 
de Rome (gravure) en 1866. 

— L'Académie a partagé le prix Trémont (peinture 
et sculpture), de la valeur de 1.000 fr., entre M. Mon- 
cassin sculpteur, et M. Prat, peintre. 

Académie des inscriptions et belIesTlettres 
(séance du 19 mai). — La Société historique du 
6* arrondissement adresse à l'Académie sa protestation 
contre le projet du prolongement de la rue de Rennes 
jusqu'à la Monnaie. 

— M. le comte Durrieu annonce que, grâce à un 
libraire parisien, un manuscrit français du xv siècle, 
orné de grandes miniatures d'un art délicat, qui sont 
les copies du Josèphe de la Bibliothèque nationale, 
vient de rentrer en France, à la suite d'une vente 
récemment faite à New-York. 

— M. J)urricu annonce également que M"' Hoblot- 
Delondre a constaté l'existence ancienne, au musée 
royal du Prado, en Espagne, de la réplique d'un 
tableau du xv siècle, dont une copie existe également 
à Versailles, et où elle a reconnu le portrait du duc 
de Bourgogne Philippe le Bon, accompagné de sa 
seconde femme. Bonne d'Artois. 

— M. Salomon Reinach traduit un passage inédit 
de Cosmas de Jérusalem, suivant lequel existait sur 
le port de Smyrne une statue équestre de Bollérophon, 
dont le Pégase semblait s'agiter aux souilles du vent. 
Ce groupe était en bronze, de fonte très légère; il se 
trouvait fixé à la base par les sabots de derrière du 
cheval. Grâce à M. Bethe, M. S. Reinach a pu avoir 
communication d'un commentaire latin conservé à 
Madrid, permettant de saisir la légende créée autour 
de cette statue à une époque plus tardive : on la 
croyait alors, non plus de bronze, mais de fer, et, 
privée de tout support, elle se serait maintenue en 
l'airparl'action de gigantesques aimants. Les écrivains 
du moyen fige ont prétendu connaître d'autres mo- 
numents ainsi suspendus ; ainsi, le tombeau de 
Mahomet. Ces légendes sont nëeià l'aspect de statues 
de bronze oscillant lur des supports, comme celle de 
Bellérophon. 

— M. HaussouUier annonce que la commission des 

Écoles d'Athènes et de Rome propose de décerner la 
inédaille, offerte à un archéologue par la Société cen- 
trale des architectes, à M. Charles Ougas, membre 
de l'Ecole française d'Athènes, pour les fouilles qu'il 
dirige depuis deux ans à Tégée sur l'emplacement du 
temple d'Athéna Aléa, avec la collaboration de 
M. Berchmans, membre belge de l'École d'Athènes (1). 

(1) M. Charles Dugas, collaborateur de la Hevue et 
du Bulletin, et M. Berchmans ont récemment exposé 
dans la Bévue (n* du 10 janvier dernier), les remar- 
quables résultats obtenus au cours de ces campagnes 
de fouilles. 



Musée du Louvre. — On sait que le comte de 
Camondo a exprimé le désir que. durant cinquante 
années, les collections qu'il avait réunies demeu- 
rassent classées et aménagées dans l'ordre même où 
il les a laissées au musée du Louvre. 

L'architecte du Louvre, M. Blavetle, a donc été 
chargé de prendre des mesures spéciales pour que 
cette volonté du défunt soit obéie : des vues photo- 
graphiques de la collection dans son état actuel ont 
été exécutées et des plans ont été dressés ; enfin, un 
rapport va être rédigé par M. Blavetle, à l'intention 
de M. le sous-secrétaire d'État des Beaux-Arts. Dès 
maintenant, la galerie de l'aile sud des Tuileries, après 
les salles Chauchard. est réservée à la collection 
Camondo. Cette galerie, assez longue, pourra être 
divisée en plusieurs salles dont la disposition rap- 
pellera autant que possible celle des salles où le 
comte de Camondo avait installé ses œuvres d'ari. 

Le Parc de l'ancien domaine de 'Versailles. 

— Le parc de l'ancien domaine de Versailles, compris 
dans le potager du Hoi et aménagé au xviii* siècle, 
vient d'être atlecté à l'administration des Beaux-Arts. 
Désormais rattaché au service du parc de Versailles, 
il sera ouvert prochainement au public : avec ses 
pelouses vallonnées, sa pièce d'eau, ses grottes et ses 
constructions rustiques, il présente un type fort 
curieux de l'art des jardins. 

Les Reproductions de o l'Angélus ». — L'n 

commerçant parisien, ayant reproduit sur des cartes 
postales l'Annélus de Millet modifié, réclamait 
20.000 francs de dommages-intén'ts à im autre com- 
merçant qui, disait-il, avait contrefait son travail. 

Au cours des débats, l'un des fils de l'auteur de 
l'Angélus, M. Charles Millet, est intervenu et a 
réclamé « à son profil, le droit de veiller à ce que 
l'Angélus ne soit pas représenté dénaturé ». M. Charles 
Millet a conclu à ce qu'il soit fait défense aux deux 
commerçants de publier leurs reproductions. 

Après plaidoirie, le tribunol a rendu un très 
curieux jugement par lequel : 

« ... attendu qu'il est de l'intérêt supérieur du 
genre humain que toute oeuvre soit protégée et 
maintenue telle qu'elle est sortie de l'imagination de 
son auteur, puis transmise ainsi à la postérité, sans 
avoir à souffrir du fait d'hommes plus ou moins bien 
intentionnés à son égard, soit qu'ils obéissent à 
certaines modes passagères de l'esprit, soit qu'ils 
agissent en vue d'un certain lucre « ; 

et attendu que l'Angélus a été maquillé et dénaturé 
par la reproduction, défense est faite aux deux 
commerçants, qui sont condamnés aux frais du 
procès, de « fabriquer, vendre ou mettre en vente 
des représentations de l'Angélus de Millet, et ce, sous 
une astreinte de 20 francs par chaque contravention ». 

Expositions annoncées. — Eo raison des tra- 
giques événements do dimanche dernier, la munici- 



ANCIEN ET MODERNE 



163 



palité de Pari» a décidé d'ajourner l'inauguration de 
l'exposition du Service historique de la Ville, consa- 
crée â Paris durant l'époque classique. 

A Troyes. — Dans la nuit de mardi â mercredi 
dernier, la tour de la vieille église Saint-Jean, de 
Troyes, s'est écroulée sur les maisons voisines. 

Saint-Jean est une église des xiv* et xv siècles, 
qui possède une série de remarquables verrières du 
XVI* siècle, deux tableaux célèbres de Mignard — 
le Baptême du Christ et le Père Éternel, — un beau 



groupe de sculpture locale du xvi' siècle, la Visitation, 
et un autel orné de bas-reliefs par Jacques Julyot. 

A Rome. — L'exposition annuelle des œuvres des 
pensionnaires de l'Académie de France à la Villa 
Médicis a été inaugurée le 20 mai, en présence du roi 
et de la reine d'Italie. 

En Grèce. — Les fouilles pratiquées à Délos par 
l'École française d'Athènes ont repris au milieu de 
mai. Cette année, les recherche» porteront principa- 
lement sur la région de l'inopos et sur le Gymnase. 



mmtt n m ttoo mt 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — 'Ventes diverses. — Dans les 
résultats de la vente des objeta provenant du 
château de Saint-G..., faite salle I, les db et 
16 mai, par le ministère de Me Lair-Dubreuil et 
de MM. Duchesne et Dupian, nous n'avons à 
signaler que le retrait du numéro le plus impor- 
tant, une grande tapisserie de la Renaissance, 
épisode de l'histoire ancienne, dont la mise à 
prix à 3.E)00 fr. n'a pas été couverte. 

— Dans une vente faite, salle 15, le 16 mai, 
une garniture de fauteuil en ancienne tapisserie 
fine a réalisé ,S.020 fr. 

"Vente de la collection de M. D... itableaux, 
etc.). — De peu d'importance, celte vente, faite 
salle il, le 16 mai, par M" Lair-Dubreuil et 
MM. Ferai, Paulme et Lasquin, a produit 46.027 fr. 
Nous ne trouvons à signaler que les deux enchères 
suivantes, toutes deux dans la catégorie des pein- 
tures : 29. Attr. à Goya. Portrait d'une famille, 
4.800 fr. fdera. 6.000). — 39. Hubert Robert. 
VÉtang, 3.200 fr. (dem. 5.000). 

"Vente de la collection Durighello (verrerie 
antique, etc.). — La mise à prix de 90.000 fr. 
pour l'ensemble des verreries n'ayant pas été 
couverte, celte collection a été dispersée. Les 
verres arabes ont obtenu les plus hautes enchères. 
Citons : 306. Verre ép. fatimite, décoré en or, 
5.000 fr. — 301. Omom doré, 3.4!;0 l'r. — 303. 
Omom, verre verditre, 2.705 fr. 

Parmi les autres objets qui complétaient la 



collection, une statue d'Imhotep assis, en argent, 
a été vendue 4.400 fr. ; une statuette d'acteur en 
bronze, 2.908 fr.; une figurine de Vénus, 2.820 fr. 
Cette vente, dirigée salle 8, les 16, 17 et 18 mai, 
par M" Lair-Dubreuil et MM. Roilin et Feuardent, 
a produit 10l.3;;7 fr. 

"Vente de la collection de Bériot (tableaux 
modernes). — Il nous suffira de donner la liste 
des enchères les plus élevées de cette vacation, 
dirigée, salle I, le 18 mai, par M' Lair-Dubreuil 
et MM. Allard et Brame, et qui a pris (in sur un 
total de 121.510 fr. 

Composée de peintures modernes d'ordre cou- 
rant, elle ne présentait pas moins d'une vingtaine 
de tableaux par Boudin. Les honneurs de la 
séance ont été pour un Jongkind, Effet de cré- 
puscule, qui a obtenu 15.500 fr., sur la demande 
de 12.000. 

PRINCIPAUX PRIX 

Tableacx modernes. — 1. Bail. Les Dentellières, 
5.000 fr. (dem. 5.000). — Boudin : 5. Vue d'Anvers, 
3.200 fr. — 6. L'Entrée du port d'Anvers, 3.200 fr. 

— 7. Environs d'Anvers, 3.300 fr. — 8. L'Escaut à 
Anvers, 4.050 fr. — 9. Anvers, 3.100 fr. — 12. Dun- 
kerque, 3.100 fr. — Fantin-Latour : 26. Léda, 8.000 fr. 
(dem. 8.000). — 27. Fleurs, 9.000 fr. (dem. 10.000). 

— Jongkind : 29. Effet de crépuscule, 15.500 fr. (dem. 
12.000). — 30. Canal en Hollande, 4.100 fr. — 31. 
Clair de lune en Hollande, 3.900 fr. (dem. 5.000). 

— 32. Le Moulin, 6.480 fr. (dem. 7.000). — Alf. Stcvens : 
33. Le Jour de fête, 9.100 fr. (dem. 8.000^. 

"Vente de la collection de M... (tableaux, 
etc.i. — Faite salle 6, le 18 mai, par M« Baudoin, 



164 



LE BULLETIN DE L'ART 



assisté de MM. Ferai et Mannheim, cette vente 
a réalisé 169.220 fr. Les enchères les plus élevées 
se sont produites dans la catégorie des objets 
d'art et d'ameublement. Hien de notable parmi les 
tableaux anciens que comprenait cette vacation. 

PRINCIPAUX PRIX 

Tableaux anciens. — i. Belle, l'ovlraxt alléijoriqve, 
8.250 fr. (dem. 10.000). 

Objets d'art. — 22. Deux groupes, ancienne terre 
de Lorraine, l'Oiseau mort et la Cage, 5.020 fr. (dem. 
3.000). — 29. Buste plâtre teinté, personnage, ép. 
Louis XVI, 5.200 fr. (dem. 4.000). 

Meubles. — 37-38. Trois fauteuils, bois sculpté, 
couverts tapis, ép. Louis XV, fables de La Fontaine. 
Fauteuil moderne assorti, H. 910 fr. (dem. 12.000). — 
29. Quatre fauteuils et deux chaises, bois sculpté, 
couverts satin bleu, ép. Louis XV, 10.400 fr. (dem. 
10.000). — 42. Deux bergères et huit fauteuils, bois 
sculpté, peint gris et doré, couverts soie verte, ép. 
Louis XVI, l'un signé //. Jacob, 26.260 fr. (dem. 30.000). 

— 45. Petite table-bureau, n)arquet., ustensiles, garn. 
br., ép. Louis XVI, .'5.355 fr. (dem. 6.000). 

Tapisseries. — 48. Panneau tapis, et tapis, au point, 
fin XVI" s., Orphée aux Enfers, 8.600 fr. (dem. 6.000). 

— 49. Tapis, flam., xvii' s., forêt avec personnages, 
etc., 9.100 fr. (dem. 6.000). — 51. Tapis. Aubusson, ép. 
Louis XV, le Jeu de ballon, 17.000 fr. (dem. 18.000). 

— 52. Tapis. Aubusson, ép. Louis XV, le Jeu de 
quilles, 11.660 fr. (dem. 15.000). — .53. Tapis. Aubus- 
son, ép. Louis XV, Paysans dansant, 8.800 fr. (dem. 
7.000). — 54. Deux entre-fenêtres Aubusson, époque 
Louis XV, paysanne portant des corbeilles et groupe 
galant, 4.300 fr. (dem. 5.000). 

Vente de la collection de M. X... (ta- 
bleaux, etc.). —Cette vente, faite salles 9 et 10, 
le 19 mai, par M» Lair-Dubreuil et M. Ferai, 
comprenait surtout des peintures françaises du 
xviii" siècle et quelques portraits de l'école 
anglaise. Aucun numéro hors de pair, mais des 
morceaux tout à fait au goût du jour, qui ont 
obtenu de bons prix. 

L'enchère la plus élevée a été pour un Swebach, 
la Bataille deMarcngo, qui est monté à 2,'Î.OOOfr., 
sur la demande de 15.000. Le produit total s'est 
élevé à 183.970 francs. 

PRINCIPAUX PRIX 

Aquahelles, dessins, etc. — 2-3. Iluct. Diatie et 
Calislo. Les Baigneuses. Deux aquarelles sur trait 
gravé, 6.100 fr. (dem. 4.000). — 4. La Tour. Portrait 
du maître, pastel, 10.600 fr. (dem. 15.000). — 5-6. 
Louis Moreau l'alné. La Promenade en bateau. La 
Source, gouaches, 6.500 fr (dem. 8.000). 

Tableaux A^cIENs. — Boilly : 8. La C/iarretté des 
enfants, 12.700 fr. (dem. 15.000). — 9. Louis XVII au 



Temple, 9.300 fr. (dem. 10.000). — 10. L'Indiscret, 
5.900 fr. (dem. 6.000). — 11. Boucher. Paysage des 
environs de Ileauvais, 4.800 fr. (dem. 5.000). — 12. 
Iloppner. Portrait de Lord Macartney, 7.700 fr. (dem. 
8.000).— 14. Huet. La Ferme, 3.800 fr. — 19. Morland. 
La Fermière. 6.100 fr. — 20. Nattier. Le Jugement 
de Paris, 19.000 fr. (dem. 20.000). — 21. Pater. 
liéunion dans un parc, 4.500 fr. (dem. 5.000). — 23. 
Reynolds. Portrait présumé de Lady Dot/glas, \0M0 fr. 
(dem. 15.000). — Hubert Robert: 24. Le Puits, 8.500 fr. 
(dem. lO.OOOi. — 25.. Uonumen/se/ )•!/!««, 7.8.50 fr. (dem. 
6.000). — 26. Roslin. Portrait présumé de la Comtesse 
d'Ilarcourt, 12.500 fr. (dem. 15.000). — 27. Swebach. 
La Bataille de Marengo, 23.000 fr. (dem. 15.000). — 
29. École franc, xviii" s. Le Concert d'animaux, 
4.0.50 fr. (dem. 5.000). 

Ventes diverses. — L'importance des ventes 
annoncées nous oblige à remettre à une prochaine 
semaine le compte rendu des ventes de M. L. de 
Montijermont (livres du xviii« siècle, 18 et 19 mai ; 
total : 609.841 fr.), de M"" C... (tableaux moder- 
nes, 20 mai ; total : 56.292 fr.), de M. X... (tableaux 
anciens, 22 mai; total : 79.'). 430 fr.), de ta succes- 
sion La Caze (tapisseries, 22 mai ; total : 309.170 fr.l, 
d'une vente anonyme tableaux et objets d'art, 
23 mai; total : i46..327 fr.), et enfin de la vente 
Nélidow, qui se termine cette semaine. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Collec- 
tion Pierre Decourcelle œuvres d'art du 
XVIII" siècle). — Voici une collection entière- 
ment consacrée au xviii» siècle. L'art de cette 
époque plus que jamais à la mode s'y mani- 
feste sous toutes ses formes : peintures, dessins, 
objets d'art et d'ameublement, sculptures ; et le 
catalogue, formant un fort volume copieusement 
illustré, fait présager un succès pour la vente, 
que dirigeront, galerie Georges Petit, les 29 et 
30 mai. M" H. Baudoin et Lair-Dubreuil, assistés 
deMM. Ferai, PaulmeetLasquin fils et Mannheim. 

Il nous faut tout d'abord signaler, parmi les 
peintures : le Chat gobeur d'huttres, par J.-B.-S. 
Chardin ; le Portrait du marquis de Pastoret, par 
Paul Delaroche, un des rares numéros de la vente 
qui n'appartiennent pas au xviii' siècle ; une Table 
d'office, par Fr. Desportes; un Portrait de femme, 
par J. Ducreux ; trois panneaux de portes montés 
en paravent, à sujets de Turqueries, par Frago- 
nard, et, du même artiste, le Uepentir tardif; la 
Place Saint-Marc, par F. Guardi; un Portrait de 
jeune femme, par Hall ; le Déjeuner en tiHe d télé 
et l'Ouvrière en dentelles, par N. Lavreince ; le 
Duo et l'Oiseau prisonnier, par J.-B. Iluet; le Por- 
trait de M"" Vt'j/ée-Lefcrun, par elle-même; Pécheurs 



ANCIEN ET MODERNE 



165 



au bord d'un canal, par J. van Goyen; la Rentrée 
du troupeau, les Bûcherons et l'Orage, deux pen- 
dants, la Voûte d'or, la Villa Médicis. par Hubert 
Hobert; un Entretien galant, par J.-B. Pater; les 
portraits de François Boucher et de M'"" François 
Boucher, par Hoslin; le Portrait de Howlandson, 
par Morland ; une Fête de village, par Taunay; 
enfin, la Petite fille aux cerises, peinture anglaise 
du xviii" siècle. 

Si nous passons aux dessins, nous devons tout 
au moins mentionner : Vénus et l'Amour, par 
Boucher ; la Réception par Louis XV de Sa'id 
Mehemet Pacha, ambassadeur du Grand Turc, en 
nu, et le Concours pour le prix Caylus, par 



G -N. Cochin ; « S'il m'était aussi fideU. 



le 



Taureau romain, Jeune femme assise, les Cascades 
de Tivoli, Jeune femme vue de dos, décrochant un 
tableau, par J.-H. Fragonard; une Course de gon- 
doliers sur le Grand Canal, par Fr. Guardi ; le 
Portrait d'Hubert Robert, pastel par M"" Labilie- 
Guiard ; le Frontispice pour les « Baisers » de Dorât 
et le Prélude amoureux, par Cl. Hoin ; la Petite 
famille, par Hoppner ; Thétis écoute Protée et 
Jupiter et Sémélé, deux pendants, par J.-B. Huet; 
le Portrait de l'artiste par lui-même, le Portrait 
de l'ablié Pommyer, le Portrait du compositeur 
Destouches, tiois pastels, les deux premiers don- 
nés à M.-Q. de ia Tour, le troisième seulement 
attribué à cet artiste; le Portrait de M^e Geoffrin, 
par S.-B. Lenoir; le Parc à l'italienne, par C.-L. 
Maréchal ; la Vue perspective du Palais-Bourbon, 
« vu de la rivière », par J.-M. Moreau le Jeune; le 
Portrait présumé de C.-N. Cochin, pastel par J.-B. 
Perronneau ; la Musique de chambre, par Portail ; 
Nymphese défendant contre des amours, par Prud'- 
hon ; l'Intérieur du temple de Diane, à Nimes et 
les Terrasses, par Hubert Robert; la Jeune fille à 
la colombe, pastel par Hosalba Carriera; la Vue 
de la cour du Louvre, prise sous le vestibule de la 
colonnade, par Ph. Meunier; l'Incendie de l'Hôtel- 
Dieu, dans la nuit du 29 au !iO décembre i772, 
par G. de Saint- Aubin, et l'Adoration des Mages, 
par G.-B. Tiepolo. 

Mais, si riches que soient les séries précédentes, 
la réunion des sculptures que présente la collec- 
tion Pierre Decourcelle est peut-être plus inté- 
ressante encore, parce qu'il est fort rare de voir 
I^K- passer en môme temps au feu des enchères un 
IHf certain nombre de marbres, terres cuites et 
plâtres originaux du xviii" siècle français. De ce 
côté, il nous faut encore citer : Léda et le Cygne 
et le Satyre et son fils, par Clodion ; le Faune aux 
marmousets, attribué au même artiste; Jeune fille, 



par Couasnon ; Jacques-Bénigne Bossuet et le Por- 
trait d'un magistrat, par A. Coysevox; le Portrait 
présumé de la princesse de Béthune- Sully, par 
J.-B. de l'^rnex; J.-J. Rousseau, Sabine Hoiidon, 
Anne-Ange Houdon, Claudine Houdon, parJ.-A. 
Houdon; Prosper Jolyot de Crébillon, par J.-B. Le- 
moyne ; Canadiens au tombeau de leur enfant, 
par J.-C. Marin; le Portrait de Madame la Com- 
tesse du Barry, terre cuite, signé de A. Pajou et 
daté 1775, un des clous de la vente; et du même 
sculpteur un autre portrait, en plâtre celui-ci, 
du môme personnage; enlin une figure de Fleuve 
de l'école de Jean de Bologne. 

La vente comprend encore des biscuits et 
porcelaines, dont deux bustes en faïence blanche 
de Lorraine représentant Louis XV et Marie 
Leczinska, des cadres et autres travaux en bois 
sculpté; des bronzes, notamment, un médaillon. 
Portrait de Condé, par A. Coysevox, et un autre 
médaillon. Portrait de Louis XV, par J.-B. Le- 
moyne ; enlin des meubles, parmi lesquels il nous 
faut encore citer, en terminant: un grand bureau 
plat en marqueterie de bois de violette et de bois 
de rose, avec bronzes, d'époque Louis XV; une 
petite console en bois doré, d'époque Louis XVI; 
un régulateur en bois de placage et bronzes 
d'époque Louis XVI; un paraventà quatre feuilles, 
couvert en Aubusson à corbeilles, branchages, 
fleurs et fruits, d'époque Louis XVI ; un en-cas de 
nuit, curieux petit meuble en marqueterie 
d'époque Louis XV, et un mobilier composé d'un 
canapé, d'une banquette, de deux fauteuils et de 
six chaises, travail anglais d'Hepplewhite, fin du 
xviiie siècle. 

Succession B... (objets d'art, etc.). — Dans 
cette vente de mobilier, plutôt que de collection, 
que dirigeront, salles 5 et 6, du 30 mai au 3 juin, 
M" Lair-Dubreuil et C. Doublet, et MM. Paulme, 
Lasquin et Falkenberg, nous remarquons, parmi 
des objets d'art et d'ameublement de toute 
espèce : une grosse potiche en Chine d'époque 
Kang-Hi ; une paire de chenets à personnages 
chinois, en bronze ciselé et doré, d'époque 
Louis XV ; une commode de forme contournée, 
marqueterie et bronzes, de même époque ; et 
deux tapisseries fines de Bruxelles, de la (in du 
xvi" siècle, représentant des paysages avec 
animaux; ces divers numéros reproduits dans 
le catalogue illustré de la vente. 

Atelier Jules Breton. • — Voici plusieurs 
années déjà qu'est mort l'illustre peintre Jules 



1 



166 



LE BULLETIN DE L'ART 



Breton, qui, avec Bosa Bonheur et Meissonier, 
connut, de son vivant, les plus hauts prix en 
Amérique ; la dispersion des tableaux et des 
dessins composant son atelier, jusqu'ici dif- 
férée, aura lieu à la galerie Georges Petit, les 2 et 
3 juin ; le catalogue illustré formeun gros volume, 
intéressant à feuilleter comme une monographie 
(le l'œuvre du maître. 

Les tableaux y sont rangés plutôt par ordre 
d'importance que selon leur date d'exécution. 
Aussi rencontre-t-on tout d'abord une page de 
grandes dimensions, mais qui, par sa date, se 
place déjà dans la dernière période de la carrière 
de l'artiste : le Pardon de Kcrgoat, daté de 1891, 
qui a figuré à l'Exposition universelle de 1900. 
De date plus récente est la composition intitulée 
Amour, du Salon de 1905, etque Jules Breton lui- 
mi'^me, poète à ses heures, commenta dans un 
sonnet dédié à Mistral. Puis ce sont : le Cri 
d'alarme, du Salon de 1899 ; tes Lis jaunes, du 
Salon de 1905; le Départ pour la Première Corn- 
mxmion; l'Idylle [effet de lune), datée de 1898; 
A la fontaine, étude pour le tableau portant ce 
titre, ((ui valut à son auteur la médaille d'hon- 
neur en 1872; le Garde champêtre, en Artoin, 
exposé au Salon de 1898 sous le titre de une Rue 
de village; Fille de mineur (Salon de 1879) ; la 
haie de Douarnenez, vue de Poulmarch (1878); 
les Corbeaux (1902) ; Jouinon, la Sardinière (187.3) ; 
Femme au filet; Dans les blés, le soir, à Cernay 
(1858) ; les Premières Communiantes, à Courrières ; 
le Pré fleuri, à Courrières (1888) ; Figure pour « la 
Procession» (1887); (a Souchet, avant d'être le 
canal de Courrières (1859) ; Figure pour u les Feux 
de la Saint-Jean » ; Corot travaillant à Antibes ; 
une Hue, à Cernay (1865); Entrée de Courrières 
(1856) ; la Fiteuse {baie de Douarnenez) ; la Foudre ; 
le Soir dans les champs (1882) ; une Allée du jardin 
de .1. Breton, l'été (26 avril 1901); Au mois de mai, 
à Montgeron ; Esquisse pour v l'Incendie >> ; Village 
de Saint- Jean, près de Tiéboul; baie de Douar- 
nenez (1865); le Village de Cucq, Pas de-Calais 
(1883); tes Chardons, Cotirrièi-es ; R&i'erie, ligure 
pour une Fenaison ; le Hepos des faneuses : Chemin, 
« Cucq (1882); Le Jardin de J. Breton, à Cour- 
rières, par la neige (14 décembre 1889); Village 
en Artois; If Chemin des Marais, à Courrières 
(1856). 

Ce ne sont là que le« plus importantes parmi 
les deux cent cinquante-six peintures que com- 
porte la vente. Mais on trouvera, eu outre, quan- 
tité d'études appartenant à toutes les époques 
de la longue carrière du peintre et qui mon- 



treront quel admirable paysagiste fut Jules 
Breton, — des pages dignes de Daubigny ou de 
Théodore Rousseau, où la traduction de la nature 
est plus sincèreet moinsinterpréléeque dans ses 
compositions à personnages. 

Collection H. Bordes. — Les 1" et 2 juin 
M" A. Desvouges et B. Bigum, assistés de 
MM. Caillot, Haro, Mannheim et Delteil, procéde- 
ront à la vente de la collection de feu M. Henri 
Bordes, de Bordeaux, comprenant des tableaux 
anciens et modernes, des estampes, une impor- 
tante réunion de céramiques, surtout des fabri- 
(jues françaises du xvii« siècle, et des objets d'art 
et d'ameublement. 

Parmi les faïences on remarquera un pichet 
en Nevers, daté de 1728 et un grand plat à décor 
blanc sur fond gros bleu de la mt^'me fabrique; 
un plat en Rouen, décor polychrome de Guilli- 
beaux imitant les porcelaines de Chine; un 
brûle-parfums en Sceaux, à sujet d'après Creuze ; 
une assiette en Alcora ou Marseille, ornée de 
vues de Paris, de Versailles et d'un port de mer ; 
de bons spécimens des fabriques de Delft, eiilln 
quelques mejoliques italiennes et hispano-mau- 
resques. 

Les estampes présentent en particulier une 
épreuve du Coucher de la mariée, de Moreau le 
Jeune, avec les armes, avant toutes lettres. 

Quelques peintures sont également à signaler : 
le Hendez-vous de chasse, par J.-L. Brown (1808); 
le Musicien, par Louis Leloir, et le Dbier se fait 
attendre à l'Hôtel du Lion d'Or (Bretagne), par 
Jules Noël (Salon de 1874); un pastel par E. De- 
lacroix, Chef arabe, et des aquarelles : le Repos, 
par É. Détaille ; ta Seine au Bas-Meudon, par 
Français; Terrasse de la Villa Médicis, à Rome, 
par Harpignifts; Moulins au bord d'une rivière, par 
Joiigkind ; Sous-ofprier du second Empire, par 
Eugène Lami; l'Affaire Clemenceau, par Meisso- 
nier; Salammbô, par G. Rochegrosse; le Départ 
du cardinal, par G. Vibert. 

Dans le reste de la vente, notons encore trois 
fauteuils en tapisserie, d'époque Régence, et une 
enveloppe de cheminée en bois sculpté et marbre, 
de travail moderne, ornée de hauts reliefs en 
bronze doré signés Leroux, t896, et surmontée 
de deux statuettes, le Jour et la Nuit, d'après 
Michel-Ange. 

A Amsterdam. - Collection Kuyper ta- 
bleaux modernes'. — Le .'10 mai, MM. Fred. 
Muller et C" disperseront l'importante collection 



ANCIEN ET MODERNE 



107 



de feu M. .). It. P. G. H. De Kuyper, de la Haye. 
Un catalogue illustré, formant un épais volume, 
a été dressé à l'occasion de cette vente. I.e 
manque de place nous oblige à y renvoyer, ne 
pouvant citer mOme les numéros qu'il reproduit. 
L'intérrt particulier que présente pour nous celte 
vente, c'est d'être composée — en outre de pein- 
tures des maîtres hollandais modernes — de 
productions de notre école française contempo- 
raine. Boshoom, Israels, J. et W. Maris s'y ren- 
contrent avec Corot, Daubijiny et Millet, l.épine 
et Boudin; Jongkind fait naturellement la tran- 
sition entre les deux écoles. La collection est 
d'ailleurs du goût le plus éclectique : Bouguereau, 
Détaille, Chaplin, Hoybet, Ziem et Heuner y 
côtoient Delacroix, Decamps et Courbet. 

M. N. 
ESTAMPES 

Vente de la collection d'un amateur 
(3= partie : estampes modernes). — Les i"' et 
2juin,M»DesvougesetM.EdmondSagotvendroGt, 
salle H, les estampes modernes formant la 
3' partie de cette collection, dont les peintures, 
les dessins et les estampes d'Auguste Lepère 
forment le morceau le plus important. En effet, 
sur les 388 numéros décrits au catalogue, les 
eaux-fortes de Lepère occupent 101 numéros 
(124-224), ses gravures sur bois, 44 (n°' 233-276), 
ses lithographies," (277-283), ses peintures et ses 
dessins, 12(284-295); on a rarement vupasseraux 
enchères un œuvre aussi abondant de cet artiste. 

Dans le reste de la vente, on trouvera nombre 
d'autres artistes modernes, dont les mieux repré- 
sentés sont Miss Mary Cassatt [Mère allaitant son 
enfant), J. Ghéret (un œuvre très abondant, com- 
prenant 298 pièces — dessins, croquis, couver- 
tures de livre, litres de musique, affiches et réduc- 
tions d'afliches, menus, etc. — qui sera mis sur 
table dans son ensemble et ne sera divisé que si 
la première demande n'est pas couverte), L. Le- 
grand {la Vieille servante). Legros {l'Adoration des 
berrjers), Leheutre (^^ numéros), Lunois (36 nu- 
méros, parmi lesquels une rare épreuve de la 
Belle tulipe), V. Henouard, Steinlen, Willette, etc. 

n. G. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



La Turquerie en Europe aux XVII= et 
XVIII" siècles (musée des Arts décoratifs). — 
Décidément, le siècle dernier n'a pas inventé 



l'orientalisme : après les « chinoiseries » contem- 
poraines de rOrp/teZm rfe /a CAmcetdeBoucheril), 
voici notre ancien allié, « le Grand Turc », aussi 
populaire dans la vieille France que dans la 
Venise de Carpaccio. Longtemps avant Prosper 
Marilhat et Théophile Gautier, les deux cente- 
naires inégalement glorieux de l'année, les 
arts occidentaux furent préoccupés par le mys- 
tère oriental : il suffit de nommer Bajazet de 
Racine et sa tragédie d'Esthcr, dont .■ l'histoire » 
se déroule ici dans une suite de Gohelins sans 
prix, conçue par Jean-François de Troy sous 
Louis XV. Déjà, sous la Régence, et l'année des 
Lettres persanes, Charles Parrocel le fils, qui 
venait d'entrer à l'Académie royale, décrit, pour 
les Gohelins, l'entrée, puis la sortie de Méhémet 
Effendi par le pont tournant des Tuileries, après 
son audience du 21 mars 1721. Ces ambassades 
somptueuses vivaient dans le souvenir de la 
mode; mais nos aïeux poudrés n'iront guère 
demander à l'Orient des leçons de couleur locale 
et de lumière. L'ne fantaisie très casanière de 
boudoir ou d'opéra leur suffit : témoin les cos- 
tumes de théâtre et les sanguines de Bérain; la 
Fête au harem, de Pater, avec l'anachronisme 
galant de ses verdures et de son décor; le Turc 
amoureux, de Lancret; le Ballet de J.-B. Pillement 
et ses négrillons; les projets de tapisserie de 
Noël Halle ; le Pacha de Fragonard, aussi peu 
réaliste qu'une vignette de Gravelot pour les 
Trois sultanes de Favart; c'est une mascarade, 
comme celle de l'Académie de France à Rome 
en 1748, retenue par la minutie flamande de 
Martin. La vogue est aux portraits costumés : 
voici la Marquise de Saint- Maurice, par Aved, et 
ilf'"« de Vompadour en sultane, ainsi travestie par 
Carie van Loo pour un trumeau de Rellevue. 
Le style change, la mode reste ; et le caprice 
décoratif passe de la favorite à la reine : Marie- 
Antoinelte aura son boudoir turc. 

Sans parler de Tiepolo, plus véridique à Venise, 
de rares Français, pourtant, voyagèrent et virent 
la féerie du Levant. Liotard les devança : ce 
Genevois, de deux ans l'aîné de notre La Tour et 
philosophe singulier comme lui, nota maintes 
fois sur le vif la défroque ottomane avant de 
l'adopter lui-même ; et son clair pastel des 
Femmes turques, aux ongles carminés, ses petits 
portrai ts aux deux crayons des natives de Smyrne, 
de Scio, de Tripoli, des dames franques de Galata, 



(1) V. le n« 468 du Bulletin, sur l'K.rposition chi- 
noise de 1910 au pavillon de Marsan, 



168 



LE BULLETIN DE L'ART 



de reffendi, du drogman, du guerrier, d'un négo- 
ciant anglais ou du consul de France qui fume 
sur son divan, les sourires, surtout, de la signera 
Lenetta Shepri et de sa sœur Marondia, datés de 
Paras, mai 1738, illuminent l'instructive expo- 
sition composée par le goût de M. Metman. 

Liotard est un charmeur sans mensonge ; et 
voici son portrait par ce chevalier de Favray que 
M. de Vergennes emmena de Malte à Constanti- 
nople, en 1762, pour y peindre le ciel et les gens : 
grise comme un Vernet, une Vue de la Corne 
d"Or vérifie la loi qui veut qu'un paysage reflète 
moins l'atmosphère du lieu que la couleur de 
l'époque. Enfin, plus curieux qu'Hilair ou que 
Jeaurat, Jean-Baptiste Le Prince s'aventure au 
fond de la Russie pour y deviner l'Orient. 

Aujourd'hui que les « désenchantées » du 
harem jouent du Wagner et que la mode pari- 
sienne redemande conseil aux sultanes, la tur- 
querie d'autrefois est la bienvenue. 

Raymom) Bouyeh. 



LES REVUES 



Franck 

Journal des Débats (14 et 21 avril). — André 
Hallays. En fldnant : les Grands travaux de l'aris. 
— Au moment où la Ville de Paris s'apprête à com- 
mencer les grands travaux pour lesquels elle a fait 
un emprunt de 900 millions, M. André Hallays se 
demande si le Conseil municipal s'est préoccupé, dans 
le plan qu'il a établi, des besoins nouveaux de la 
capitale et des nécessités nouvelles de la Circulation. 
Il constate tout au contraire que le plan choisi est 
une espèce de continuation d'Haussmann et il trouve 
absurde que l'on bouleverse Paris d'après un plan 
établi voilà plus d'un demi-siècle. 

Pour le prouver, il examine dans un premier article 
le plan d'Haussmann, ou mieux de Napoléon III, 
car Haussmann ne fut que l'interprète. Cette œuvre, 
extrêmement remarquable à certains points de vue, fut 
inspirée d'abord par des con.sidérations stratégiques, 
afin de rendre impossible toute tentative de guerre 
civile et de permettre de réduire promptemcnt une 
émeute; ensuite par des préoccupations d'hygiène et 
de santé publiques. Ce qu'on reproche à cette œuvre 
immense et utile, c'est d'avoir été accomplie sans 
goût, par des fonctionnaires qui n'avaient aucun 
souci de la beauté ni de l'histoire de Paris et qui 
sacrifièrent quantité de monuments dont il eût été 
facile d'assurer la conservation. Après 1870, les suc- 
cesseurs d'Haussmann terminèrent son œuvre et 
vécurent sur se» idées, jusqu'au jouroù les conditions 



de la vie parisienne changèrent assez brusquement, 
après la dernière Exposition universelle. 

Dans un second article, M. Hallays démontre 
d'abord pourquoi les idées d'Haussmann ne convien- 
nent plus au Paris actuel : le centre de la ville s'est 
déplacé, la circulation tant des piétons que des voi- 
tures s'est accrue et compliquée encore du fait des 
bicyclettes, des automobiles, des tramways et des 
omnibus à traction mécanique. Les rues de Paris, 
tracées en 1860, sont devenues insuffisantes, et insuf- 
fisantes aussi les « transversales » percées dans le 
centre du Paris d'autrefois. De tout cela, découle une 
conclusion logique : c'est que l'o haussmannisme » 
est périmé et que la nécessité d'un plan réellement 
en rapport avec les circonstances actuelles se fait 
plus que jamais sentir : sans doute « ce serait verser 
aujourd'hui dans un autre excès que d'écarter a priori 
toutes les opérations prévues sous Napoléon III ; 
dans le nombre, il en est qui conservent toujours 
leur utilité. Mais il faut les examiner les unes après 
les autres, renoncer à celles qui ne répondent plus 
aux exigences du présent ou qui défigurent d'une 
façon trop cruelle le visage de Paris, et préparer des 
projets à la fois plus modernes et moins sauvages. 
Après cela, l'on verra à dépenser les 900 millions de 
l'emprunt ». 

L'Art et les artistes (mai). — Grands et petits 
maîtres liollandais. — A propos de l'exposition ou- 
verte à Paris au Jeu de paume des Tuileries et dont 
le Bulletin a rendu compte. Reproduction d'œuvres 
de Rembrandt, Frans Hais, Terburg, Hobbema, Pieter 
de Hooch, G. Metsu, Judith Leyster, Van Ostade, 
Jacob Ruysdael, Vermeer de Deift. 

— Camille Mauclmk. La l'einture italienne (2* ar- 
ticle). — Léonard de Vinci; l'École florentine après 
Léonard; l'École toscano-orabrienne jusqu'à Siguo- 
relli; l'École ombrienne jusqu'à Pinturicchio; Man- 
tegna et l'École de Padoue ; les Écoles septentrionales. 

— Léandre Vaillat. L'Art décoratif : rE.rposiliun 
des travaux d'art féminin (récemment ouverte au 
Musée des Arts décoratifs). 

Belgiqos 

L'Art flamand et hollandais (iS avril). — Julius 
nK BoKH. Jan Toorop (fin). — Ses portraits, ses repré- 
sentations historiques et légendaires du catholicisme. 

— S. H. de Roos. L'Œuvre graphique de Georges 
Rueler. — Article abondamment illustré sur le» 
travaux du décorateur graphique hollandais Georges 
Rueler, spécialiste de couvertures de livres, de calen- 
driers, de vignettes d'cn-tèle, de lettrines, de culs-de- 
lampc, d'étiquettes, d'adresses, dex-libris, de feuilles 
de garde. 



Le Gérant : H. Dïm>. 

Pana — inp. ixortu faut. M, ne Uodoi-ile-Maurv 



Numéro 507. 



Samedi 3 Juin 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Le Vandalisme en province 



L'écroulement de Saint- Jean de Troyes. 

La manie stupide du dégagement des églises 
et de l'alignement des rues vient de causer un 
nouveau désastre : pour avoir voulu démolir les 
maisons accolées à la vieille et pittoresque église 
Saint-Jean de Troyes, monument historique, la 
municipalité de cette ville a eu la désagréable 
surprise de voir s'écrouler la tour-clocher du 
XIV" siècle, entraînant dans sa chute la ruine 
d'une partie de l'édifice et éventrant deux ou 
trois des maisons voisines. 

La surprise, d'ailleurs, n'a pas été partagée par 
tout le monde : le péril que courait l'église était 
connu et l'imprudence des travau.\ entrepris ne 
faisait de doute pour personne, hormis pour les 
conseillers municipaux et les architectes. Il y a 

. huit mois que les Troyens s'étaient émus de ce 
dangereux projet de dégagement, et M. André 
Hallays s'était fait l'écho de leurs craintes dans 
un de ses articles du Journal des Débats en date 
du 30 septembre 1910. 

Parlant de l'amas de maisons qui enveloppent 

ide toutes parts la vieille église Saint- Jean, 

[m. André Hallays ajoutait : 

Les maisons de gauche ont été naguère démolies, ce 
qui a déjà compromis la solidité du porche. La muni- 
cipalité de Troyes vient d'acheter l'immeuble situé do 
l'autre côté avec le dessein avoué de l'abattre. Et ce 
sera la ruine du charmant narthex de la Renaissance. 

La municipalité de Troyes rêve de détruire petit à 
petit toutes les maisons gui flanquent la vieille ér/lise. 
Lorsqu'elle y sera parvenue, Saint-Jean dér/ringoleru, 
et ce sera un beau jour pour la municipalité de Troyes. 
En attendant, celle-ci veut se débarasser du porche 
couvert et tracer à cette place une voie large et qui 
— est-il besoin de l'ajouter? — sera parfaitement 
inutile. 

Il ne reste plus qu'à obtenir l'agrément du ministre 
des Beaux-Arts, car l'édifice est classé. Mais il faut 
espérer que la commission des Monuments historiques 



découragera la fantaisie de la ville de Troyes, et, pour 
toute réponse classera la maison menacée. C'est le 
seul moyen de sauver le porche de Saint-Jean. 

On n'a pas voulu entendre ce conseil du bon 
sens ; on a continué les travaux ; on est arrivé à 
la maison flanquant le mur du narthex; on a 
commencé de la démolir, sans même prendre la 
précaution d'élayer l'église, et l'église s'est 
effondrée. 

La belle besogne que voilà ! Et comme la muni- 
cipalité de Troyes aurait été bien inspirée de 
méditer la brochure de M. Gh. Buis sur le déga- 
gement des vieilles églises (1) ! Gomme elle aurait 
bien fait d'écouter l'avis des Troyens soucieux 
de conserver à leur ville un édifice vénérable 
et charmant ! Elle se serait épargné la honte 
d'un acte de vandalisme aussi scandaleux. 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts {séance du 26 mai). 
— L'Académie a décerné les prix suivants : 

Prix Maillé-Lalour-Landry , de la valeur de 1.200 fr., 
destiné à récompenser des artistes dont le talent mé- 
rite d'être encouragé. — Partagé également entre 
MM. Vacossin, sculpteur, et Camille Boiry, peintre. 

Prix Deschaumes [architecture], de la valeur de 
1.500 fr., à attribuer à de jeunes architectes se dis- 
tinguant pour leur art et pour leurs beaux sentiments 
envers leur famille. — Partagé en parties égales entre 
MM. Teyssandier et Brière, élèves architectes de 
l'École des beaux-arts. 

Prix Lambert [I MO fr.) et prix Charlotte Niitha- 
niel de Holhscliild, destinés à venir en aide à des 
artistes se trouvant dans le besoin. — L'Académie 
fixe les émoluments à prélever sur les fonds de ce prix. 

— Ont été désignés pour faire partie de la commis- 
sion chargée de l'attribution du prix Ardoin, de la 
valeur de 1.600 fr., ayant pour but de venir en aide 



(1). Cette brochure a été analysée ici-même; voir 
le n* 490 du Bulletin (4 février 19H). 



i70 



LE BULLETIN DE L'ART 



aux jeunes filles pauvres qui se destinent à la carrière 
des arts, MM. Bonnat, Marqueste, Daumet, Paladilhe, 
Waltner, baron Edmond de Rothschild, et les mem- 
bres du bureau, MM. Cormon et Coutan. 

Académie des Inscriptions et belles-lettres 
(séance du 26 mai). — M. le secrétaire perpétuel donne 
lecture de l'ampliation du décret qui autorise l'Aca- 
démie à accepter la nouvelle donation qui lui a été 
faite par M. le duc de Loubat d'une somme dont les 
revenus, montant à 3.000 fr. par an, sont destinés 
« à venir en aide aux savants momentanément arrêtés 
dans leurs travaux par le manque de ressources ma- 
térielles ou par la maladie, ou à secourir les parents 
et alliés que le décès de ces savants laisserait dans la 
gêne ». Cette nouvelle donation de M. le duc de 
Loubat, membre associé de l'Académie, vient doubler 
le montant de sa première et généreuse donation. 

— A propos de la correspondance, M. le marquis 
de Vogué annonce le résultat des fouilles pratiquées 
à Jérusalem, par le R. P. Vincent, sur la montagne 
des Oliviers. Ces fouilles ont permis de retrouver les 
substructions de la basilique fondée par Constantin, 
en constatant, à l'égard de ce monument, le bien 
fondé de la tradition recueillie par Eusèbe. 

— M. Maurice Prou dépose les conclusions de la 
commission chargée de statuer sur le concours des 
antiquités nationales : quatre médailles et sept men- 
tions sont décernées à des ouvrages d'histoire et 
d'archéologie. La 3* médaille est attribuée à notre 
collaborateur M. Marcel Aubert, pour sa Monographie 
de la cathédrale de Sentis. 

Musée du Louvre. — Le chef reliquaire de saint 
Martin, de Soudcilles, a été déposé, mardi dernier, 
dans une des vitrines de la galerie d'Apollon, au 
musée du Louvre. Il est évident que c'est bien l'ori- 
ginal même, identifié d'après les photographies prises 
en 1893 (quand il fut classé) et en 1900 (quand il fut 
envoyé à l'Exposition rétrospective), que M. Pierpont 
Morgan avait acquis, avec une bonne foi absolue, 
d'un antiquaire de Londres, et qu'il a généreusement 
remis à l'État français. Les petites bandes d'émaux 
translucides, qui étaient à peu près les seuls éléments 
de beauté de l'œuvre, apparaissent d'un inégal éclat. 

L'intérêt archéologique de cette œuvre en fait un 
objet précieux pour les collections du Louvre, qui ne 
possédaient aucun chef-reliquaire d'orfèvrerie fran- 
çaise du XVI' siècle. 

Musée Galliera. — L'exposition des grès, faïences 
et terres cuites a été inaugurée par la municipalité 
de Paris et M. le préfet de la Seine, jeudi dernier, 
l"juin, et ouverte au public le lendemain vendredi. 

Musée des Arts décoratifs. — Des trois exposi- 
tions inaugurées la semaine dernière au pavillon de 
Marsan, l'une, l'exposition rétrospective de la Légion 
d'honneur et des ordres français, prendra lin le 



23 juin ; les deux autres, celle de la Turquerie au 
XVIII' siècle et celle de la collection de céramiques 
italiennes Imbert, resteront ouvertes jusqu'au 22 oc- 
tobre. 

Musée de "Versailles. — Le musée de Versailles 
vient de s'enrichir d'un surtout de table, exécuté à 
Sèvres, à la fin du xviii" siècle, dans l'esprit de celui 
de Marie-Antoinette, Dauphine de France. 

La Société des Amis de Versailles, réunie samedi 
dernier en assemblée générale, sous la présidence de 
M"' la comtesse Jean de Castellnne, assistée de 
M"' la marquise de Ganay, a décidé, en ellet, d'offrir 
au musée ce précieux objet'. 11 comporte une 
colonnade de marbre surmontée d'un cntableineni 
en biscuit de Sèvres, portant les attributs de France 
et d'Autriche et les armes du Dauphin. Il est dés 
maintenant placé dans le salon de Mars, parmi les 
autres objets du mobilier royal. 

Ajoutons que les Amis de Versailles ont eu, après 
leur assemblée, la primeur du carillon de la fameuse 
pendule de Louis XIV, aujourd'hui restaurée, et qui 
a sonné pour eux ses vieux airs, tandis qu'une gloire 
de bronze ciselé couronnait la statue du grand roi. 
Cette pendule, également placée dans le salon de 
Mars, et dont s'amusaient les enfants de Louis XIV. 
amusera désormais les visiteurs du château 

Société de l'histoire de l'art français (assein- 
blée générale du 12 mai). — Après une allocution do 
M. Henry Marcel, président, lecture est donnée des 
rapports de M. A. Tuetey, trésorier, et P. ALircel, secré- 
taire. Sont élus, pour le renouvellement partiel du co- 
mité directeur : MM. Jean Guiffrey, P. -A. I.emoisne, 
H. Lemonnier, L. Metman, Ratouis de Liiuay et 
P. Vitry. 

— M. H. Stein, en présentant le contrat de mariage 
du sculpteur Clodion avec la fille de Pajou. fait un 
tableau des infortunes conjugales du mari, qui, 
d'ailleurs, ne se piquait pas d'être un époux fidèle ; 
Il suit M'"' Clodion, divorcée deux foi.'î, jusqu'à sa 
mort (1841) et rectifie la tradition sur remplacement 
de la maison qu'habita Clodion, rue de la Chaussée- 
d'Antin. 

— M. A. Tuetey retrace, d'après des documents 
inédits, l'histoire de l'émigration de M"' Vigée-Lebrun. 
Il fait connaître les innombrables démarches qui 
furent nécessaires pour obtenir enfin, le 3 juin 1800, 
la rentrée en France de l'émigrée. Entre antres 
curieuses pièces du dossier de cette intcriiiin.ible 
procédure, il donne lecture d'une lettre de M™' ïallien 
et d'une pétition rédigée en faveur de M"' Lebrun par 
235 artistes de ce temps. 

— M. 6. Briére discute l'attribution à Houdon d'un 
buste de Voltaire conservé au musée de Dunkerque. 
Ce buste, qui est en réalité de Poncet, a le grand 
intérêt d'avoir été fait sur le vif. 



ANCIEN ET MODERNE 



171 



I 
I 



Le Legs G.-E. Berlin. — M. Georges -Eugène 
Berlin, le cullectionneur récemment décédé à Tunis, 
a légué par testament à l'État, pour le musée du 
Luxembourg, diverses œuvres de Cottet, llumphrey 
Jolinston, L. Simon, Waller Gay, etc.; et pour le 
musée des Arts décoratifs et le musée de l'Armée : 
six grands panneaux d'Hubert liobert, une grande 
décoration en soierie, à chinoiseries, du xviii" siècle, 
un grand cartel Louis XVI. une très importante 
collection d'objets d'art et de médailles, etc. 

Expositions annoncées. — L'exposition de 
Paris durant la çjrande époque classique, organisée 
par le service historique de la ville de Paris, et dont 
la catastrophe d'Issy-les-Moulineaux avait fait 
ajourner l'ouverture, a été inaugurée hier, vendredi 
2 jum. 

Monuments et statues. — Dimanche dernier, 
28 mai, a eu lieu à lîernwiller (Ilaute-Alsace), l'inau- 
guration du monument élevé à J.-J. Henner sur l'ini- 
tiative de la Société des arts de Mulhouse. Ce monu- 
ment est l'œuvre du sculpteur alsacien Enderlin. 

A Paestum. — On vient de retrouver entre le 
temple de Neptune et celui de Cérès une statue de 
l'époque impériale, plus grande que nature, qu'on croit 
représenter Drusus junior en costume sacerdotal. Les 
fouilles sont dirigées par le prof. Spinazzola, directeur 
du musée national de Naples. — L. G. 

Les Récompenses du Salon 

Cette semaine ont eu lieu les votes des récompenses 
au Salon des artistes français ; en voici le résultat : 

Pri.ntlre. — Médaille d'honneur. — La médaille 
d'honneur de la peinture a été attribuée, au 3° tour 
de scrutin, <à M. Emile Renard, qui expose cette année 
le Déjeuner des orplielines le jour de la première 
communion. 

Médailles de 2* classe : MM. Henry Tenré, Nils 
Forsberg fils,Terrick Williams, Glovis Gazes, Georges 
Leroux, François Baude, Gaston Balande, Pierre 
Ballue, Gennaro Befani, Philippe Zacharie et Loys 
Prat. 

Médailles de S' classe : MM. Charles Michel, Louis 
Malespina. Ernest Filliard, Maurice Grun, Michel 
Ekatchenko, M"' Espérance Broquet, MM. Jules 
Monge, Henri Calvet, Lucien Pouzargues, Frédéric 
Buzon, Howard Hartshorne, M"' Blanche Démanche, 
MM. Jean Cosson, Albert Bauré, M"" Suzanne Labatut 
et Guillaume, MM. Adolphe Faugeron, Joseph Lail- 
haca, Georges Maury , M"" Jeanne Mahudez, M. Stœckel, 
M"" Adriennc Jouclar, MM. Gustave Salgé, André 
Ferrier, Henri Callot, M"' Marcelle Ackein, MM. Alfred 
Couturaud, Joseph Costaing, Harris Brown, Cyprien 
bescudé et Jules BenoltLévy. 

ScuLi'TuiiE. — Médaille d'honneur. — Au 2* tour de 



scrutin, c'est M. Paul Gasq, auteur d'un groupe plâtre. 
Aux volontaires de la Révolution {1792), qui s'est vu 
décerner la médaille d'honneur de la sculpture. 

Médailles de 1" classe : MM. Emile Peyronnet, 
Louis Bertrand, Louis Mathet et Constant Uoux. 

Médailles de 2' classe : MM. Jean Tarrit, Daniel 
Bacquô, Louis Bardery, Ernest Nivet, Alexandre Des- 
catoirc, Émile-Fernand Dubois. 

Médailles de .•!' classe : MM. Louis Botinelly, Albert 
Pommier, Ernest Diosi, Louis Lejeure, François 
Tonetti, Jacques Boyriven, Germain de Mellanville, 
llené Léger, Antoine Sartorio, Méric Andrieu, Ray- 
mond Germain, Maximilien Fiol, Georges Mathey et 
Charles Yrondy. 

AiioiMTECTmiE. — Médaille d'honneur. — Un seul 
tour de scrutin a suffi, et c'est à M. Henri Prost qu'a 
été décernée la médaille d'honneur, pour un ensemble 
de relevés et d'études sur Sainte-Sophie de Constan- 
tinople et ses abords, au vi" siècle. 

Médailles de l'° classe : MM. Kaoul Brandon, Henri 
Danis et Emile Brunet. 

Médailles de 2" classe : MM. John-James Burnet, 
Armand Guéritte, Jean Lacoste et Albert Gabriel. 

Médailles de S' classe : MM. Marcel Camuzat, Mau- 
rice Pillet, Pierre Chirol, Edwin Titcomb et Jean 
Greppi. 

Arts décoiiatifs. — Médailles de 1" classe : 
MM. Edmond Becker, Eugène Feuillàtre, François 
Decorchemont. 

Médaille de 2" classe : M Théophile-Il. Laumonerie. 

Médailles de 3' classe : M. Paul-Émile Brandt, 
M"° Germaine Boy. 

Gravuke kn médailles et sur pierres fines. — 
Médailles de 2' classe : MM. Louis Desvignes et 
Georges Prudhomme. 

Médailles de i' classe : MM. Eugène Doumenc et 
Etienne Exbrayat. 

Gravure et LiTiionBAPiiiE. — Médaille d'honneur : 
Après trois tours de scrutin, aucun des candidats 
n'ayant obtenu la majorité, la médaille d'honneur 
n'est pas attribuée. La lutte était circonscrite entre 
MM. Coppier et Bouisset. 

Médailles de /" classe: MM. Busière (burin), Quidor 
(burin), Payrau (burin), Delzers (burin), Cheffer 
(burin). 

Médailles de 2' classe : MM. Bouchery (burin), 
Toupey (litho), Bouillard (litho), Favier (eau-forte), 
Bazin (bois), Jouenne fils (bois). 

Médailles de :!' classe : M. Bourgeat (burin), 
M""Sailly (litho),Simonnet(eau-forte, MM. Humblot 
(eau-forte), Brémond (eau-forte), Durel (bois). 

Prix spéciaux. — Prix Bosa-Bonheur : M. Charles 
Godeby. 

Prix Mîiguelonne Lefebvre-Glaise : M"* S. Labatut. 

Prix Théodore Halli : M. Poughéon. 

Prix Valérie Havard : M"' M. Coignet. 



172 



LE BULLETIN DE L'ART 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Collection de M'"^ C... (tableaux 
modernes, etc.). — Faite salle 1, le 20 mai, par 
M' A. Couturier et MM. Caillot, Ferai et Schnei- 
der, cette vente a produit 56.292 fr. Quelques 
enchères du côté des tableaux modernes : Ziem. 
Vue de Constantinople, 7.700 fr. (dem 5.000). — 
Le Grand Canal, à Venise, 6.900 fr. (dem. 5 000). 

— Henner : Nymphe au bord d'un cours d'eau, 
3.050 fr. — La Jeune femme rousse, 2.900 fr.; une 
autre du côté des objets d'art et d'ameublement : 
grande pagode, émail cloisonné de Chine, 3. 700 fr., 
sont seules à relever. 

Vente de la collection C .. (bagues, etc.). 

— Sur la mise à prix de 8.000 fr. pour l'ensemble 
de la collection, l'intéressante réunion de bagues 
antiques, mérovingiennes, etc., a trouvé acqué- 
reur à ce prix. Rien de marquant dans les autres 
résultats de cette vente, qui a eu lieu le 20 mai, 
salle 9, sous la direction de M" Baudoin et de 
MM. Rollin et Feuardent, comme nous l'avions 
annoncé. 

Succession La Caze (tapisseries;. — La 
première partie de cette vente, faite salles 5 et 6, 
le 22 mai, par le ministère de M" André et de 
MM. Paulme et Lasquin, a produit 309.170 francs. 
On se souvient que le « clou » de cette vacation, 
était la suite de trois tapisseries des Gobelins 
d'époque Régence, faisant partie de la tenture 
fameuse dite les Enfants jardiniers, d'après 
Le Brun. Sur la demande de 60.000 francs par 
panneau, les trois tentures ont réalisé 180.600 fr. 

PRINCIPAUX PRIX 
Tapissebies anciennes. — 1 à 3. Trois tapis, des 
Gobelins, ép. Régence, de la suite les Enfants jardi- 
niers, d'après Le Brun, 180.000 fr. — 4. Bruxelles, 
d'après Téniers, comm' du xviii* siècle. l'ersonnages 
devant une auberge, 26.200 fr. (dem. 25.000). — 
5. Même suite. La Traite des vaches, 16.400 fr. 
(dem. 15.000). — 6. Même suite. Paysage avec canal, 
14.000 (dem. 12.000). — 7. Même suite. Kepos de 
chasseurs, 23.000 fr. (dem. 18.000). — 8. Même suite. 
La Moisson, 18.000 fr. (dem. 20.000). — 10-11. Bru- 
xelles, comm' du xviii' siècle. Chasse au renard. 
Chasse au loup, 29.000 fr. (24.000). 



■Vente de la collection de M. X... (tableaux 
anciens, etc.). — Le manque de place nous force 
à renvoyer à une prochaine chronique le détail 
des résultats de la vente, faite galerie Georges 
Petit, le 22 mai, par M» Baudoin et MM. Ferai et 
Mannheim, et dont nous avons souligné ici-raéme 
l'intérêt en l'annonçant. 

Le produit total s'est élevé an chiffre de 
793.430 francs. Les plus grosses enchères ont été 
réalisées dans la catégorie des objets d'art : deux 
grandes potiches en ancienne porcelaine de 
Chine Kien-Lung, sont montées à 78.000 francs, 
sur la demande de 80.000. Notons encore : garni- 
ture de trois potiches et de deux corbeilles, 
Kang-Hi, 53.500 fr. (dem. 60.000). — Service à 
fond bleu. Sèvres, à médaillons camées, avec les 
armes de Hope de Craighall, 98 pièces, 56.500 fr. 
(dem. 70.000). — Dans la catégorie des tableaux, 
la plus grosse enchère n'a pas dépassé 21 .000 fr., 
sur la demande de 15.000, il est vrai. Ce prix a 
été obtenu par la Petite fUle au chapeau, par Huet. 

Vente de la collection Nelidow (objets 
antiques). — Faite galerie (Georges Petit, les 
23 et 24 mai, par les soins de M« Lair-Dubreuil 
et de MM. Canessa, cette vente d'intérêt spécial 
a donné un total de 154.559 francs. 

Les honneurs de la vente ont été, comme il 
était aisé de le prévoir, pour la statuette en 
marbre de Vénus Anadyomène. Sur la demande 
de 100.000 francs, elle est revenue à ce prix, à 
bien peu de chose près, ayant été adjugée 90.100, 
soit donc 99.110 francs avec le 10 °/o en plus. 

Sauf les quelques enchères que nous donnons 
ci-après, les résultats ont été, en général, peu 
élevés. Mais, encore une fois, il s'agissait ici 
d'une catégorie d'objets très spéciale et dans 
laquelle les gros chifTres ne sont atteints que par 
les pièces hors pair. 

PRINCIPAUX PRIX 

Bhonzes obecs et komains. — 43. Alexandre le 
Grand. Bronze attr. à Lysippe, 17.000 fr. (dem. 20.000). 

Mahbrks. — 248. Aphrodite Anadyomène. Travail 
grec, iir s. av. J.-C. Trouvée en 1884, à Panderma, 
dans un sarcophage. 90.(00 fr. (dem. 100.000). — 
249. Dionysios assis, nu, sur un rocher, 18.000 fr. 
(dem. 30.000). 



ANCIEN ET MODERNE 



173 



Vente de tableaux et d'objets d'art. — Une 

vacation anonyme, composée de beaucoup de 
marchandise, pour la plupart d'intérêt très secon- 
daire, a produit 146.124 fr., salles 7 et 8, le 
23 mai, sous la direction de M" Baudoin et de 
MM. Ferai et Mannheim. Il nous suffira de donner 
les quelques enchères marquantes, aucune ne 
prêtant à un commentaire spécial. 

PRINCIPAUX PRIX 

Bkonzes. — 132. Quatre candélabres, ép. Louis XVI, 
6.600 fr. (dem. 8.000). — 133. Deux vases quadrilaté- 
raux, l'un anc. porcel. Chine, émaillé bleu, l'autre en 
tôle bleuie, monture br., ép. Louis XVI, 4.405 fr. 
(deui. 3.000). 

MEtBLES. — 141. Table-coiffeuse, marquet. de coul., 
à ustensiles, signée Deloose, ép. Louis XVI, 8.020 fr. 
(dem. 8.000). — 150. Quatre fauteuils, tapis. Aubusson, 
ép. Louis XVI, animaux et personnages, 4.200 fr. 

Tafis. — 159. Grand tapis, anc. travail oriental, 
13.000 fr. fdem. 12.000). 

Rien à signaler parmi les tableaux anciens qui 
faisaient partie de cette vacation. 

Vente de la collection Pierre Decourcelle. 

— Cette vente, dirigée galerie Georges Petit les 
29 et ,30 mai, parM=" Lair-Dubreuil et Baudoin et 
MM. Ferai, Paulme, Lasquin et Mannheim, a 
donné des résultats dépassant les prévisions les 
plus optimistes. La première vacation seule, con- 
|icrée aux tableaux, sculptures et objets d'art, a 
toduit 1.035.170 francs ; à la fin de la seconde, 
produit total atteignait 1.535.105 francs. 
Du côté des peintures, le plus gros prix a été 
t>tenu par le paravent intitulé Turqueriea, attri- 
lé à Fragonard, qui a réalisé 40.800 fr., sur la 
Bmande de 50.000. Le petit Guardi, estimé 
1.000 fr.,ce qui était déjà très suffisant, a atteint 
7.000 fr., et le grand Portrait du Chancelier 
marquis de Pastoret, par Paul Delaroche, note 
d'art sévère égarée dans ce milieu de pages plus 
menues et plus aimables, sur la demande de 
15.000 fr., a été adjugé 30.000 fr. au musée de 
Uosloii. Notre collaborateur M. Jean GuilTrey, 
qui inaugurait par cet achat ses acquisitions 
pour la galerie américaine dont il vient d'être 
nommé directeur, ne pouvait mieux choisir. Le 
Portrait du marquis de Pastoret est le meilleur, 
sans doute, qu'ait signé Paul Delaroche. (Jravé 
ar Ilenriquel-Dupont, cette page importante a 
Bguré à la Centennale de 1000. 

Comme il fallait s'y attendre, le prix le plus 
flevé a été atteint par le buste en terre cuite de 
i""^ du Barry par Pajou. Sur la demande de 



100.000 fr., il a réalisé finalement 193.000 fr. 
Parmi les sculptures, il nous faut encore souligner 
les 48,000 fr. obtenus, sur la demande de 15.000 
seulement, par le buste en plâtre de Claudine 
Houdon, par Houdon. 

Les dessins et pastels n'ont pas réalisé de 
moindres prix : citons seulement le portrait de 
La Tour par lui-même, adjugé Ol.OtiO fr., sur 
la demande de 50.000 ; plus surprenante encore 
a été l'enchère de 40.100 fr., payée pour un 
dessin de Guardi, Course de gondoliers sur le 
Grand Canal, dont on demandait 15.000 fr. 

Parmi les objets d'ameublement, un bureau 
en marqueterie d'époque Louis XV, a fait 
22.500 fr., et un paravent à quatre feuilles de 
tapisseries d'Aubusson, de même époque, 
21.000 fr. 

Nous donnerons prochainement une liste des 
principaux prix. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Tableaux 
modernes. — Le 7 juin, M« H. Baudoin, assisté 
de MM J. et G. Bernheim jeune, dirigera, 
salle 6, une vente de tableaux modernes, qui a 
fait l'objet d'un catalogue illustré. Il y en a 
pour tous les goiits dans cette réunion de pein- 
tures, ainsi qu'on en pourra juger par les noms 
que portent les numéros qui nous ont paru les 
plus notables. Ce sont ; les Dàvideuses, par J. Bail ; 
le Cheval blanc, par Rosa Bonheur ; Charlemagne 
traversant les Alpes, par Paul Delaroche; la 
Soupe, par H. Daumier ; Aj)rès le bain, par Fan- 
tin-Latour ; la Grenouillère, par Heilbuth ; le 
Cabestan, par E. Isabey ; la Rivière, Vue de Rouen, 
par Lebourg ; la Grève, par Munkacsy ; l'Inonda- 
tion, le Pont Neuf, par Pissarro ; Provende de 
poules, par A. Renoir; Tournant du Loing, par 
Sisley ; le Tableau et la Lettre, par A. Stevens ; 
Sarah la baigneuse, par 0. Tassaert; Effet de 
neige, par Thaulow. A ces peintures, il convient 
d'ajouter un pastel de Millet : Pastorale. 

Collection Jean Psichari (dessins par E. De- 
lacroix). — Un catalogue, mince brochure de 
format modeste et dépourvue d'illustrations, 
mais qui ne mérite pas moins d'être conservé 
avec soin dans la bibliothèque des curieux d'art 
moderne, c'est celui de la vente que dirigeront. 
Galerie Georges Petit, le 7 juin. M* Lair-Dubreuil et 
M. Georges Petit, et qui ne comprend pas moins 
de conl-trente dessins par Eugène Delacroix. 
Dans les quelques pages de préface qu'il a écrites 
pour le catalogue de cette vente, M. Roger-Miles 
a rappelé l'origine de cette collection formée par 



174 



LE BULLETIN DE L'ART 



le h' Marjolin, le gendre d'Ary Scliefier, par des 
acquisitions faites aux ventes de l'atelier de 
Delacroix, et léguée [lar M™" Marjolin à M. et à 
M"" Jean Psichari ; il a insisté sur l'intérêt consi- 
dérable que présente cette réunion pour l'étude 
(lu maître. Toute son œuvre immense se trouve 
ici rappelée en études, croquis ou esquisses, le 
plus souvent pour des compositions connues, et 
ceci nous dispense d'en dire davantage. 

Objets d'art, etc. — Une vacation anonyme, 
que dirigeront, salle tO,le Sjuin.M» l.air-Dubreuil 
et MM. Paulme et Lasquin, mérite d'être signalée 
car elle comprend, entre autres objets: une paire 
de vases ovoïdes en ancienne porcelaine dure de 
Sèvres, d'époque Louis XIV, et de mêmes fabri- 
cation et époque, une grande soupière et son 
couvercle, ces pièces décorées de médaillons à 
Heurs et de motifs en relief simulant le bronze 
doré; une paire de très grandes potiches en 
ancienne porcelaine de Chine d'époque Kien- 
lung, à décor d'oiseaux et d'arbustes fleuris, etc.; 
enfin un paravent en bois doré, à six feuilles, 
en ancien tapis de la Savonnerie, du temps de la 
Régence, à sujets d'animaux tirés des Fables de 
la Fontaine ; ces divers numéros reproduits dans 
le catalogue illustré de la vente. 

Collection Henry Bernstein (tableaux mo- 
dernes). — D'un goût très moderne, cette réunion 
de peintures que disperseront, salles 7 et 8, le 
8 juin, M» F. Lair-Dubreuil et MM. J. et C. Hern- 
heim jeune. Il suffira de citer les pages qui 
paraissent les plus importantes pour faire com- 
prendre de quel genre d'art moderne il s'agit. 
Signalons donc, sur le vu du catalogue illustré, 
après un Besnard, Deux Jeunes filles au jardin, 
qui devient une œuvre classique parmi ces Van 
(logh et ces Henri Matisse : un Nu à contre-jour, 
par lionnard ; la Maison de Cézanne, les Marron- 
niers du Jas de Bouffan, le Paysan, Maison en 
Provence, par Cézanne ; les Nymphéas, par Cl. 
Monel ; Baigneuse couchée. Torse de femme, les 
Deux jeunes filles. Femme lisant, Femme au théâtre, 
les haigneuses, Marchande de fruits, par Henoir ; 
Plein air, par K.-X. Roussel ; Promenade fies 
maironniers, par Sisley ; la Robe noire et la Robe 
verte, par Vuillard. 

Collection Maurice Kann tableaux an- 
ciens). — Raremenl il nous a été donné, en ces 
dernières années, de voir passer du même coup, 
en vente publique, une réunion de peintures 
anciennes d'aussi belle tenue et d'une importance 
égale à celle que présentera la vente de la collec- 



tion Maurice Kann. Rappelons qu'elle aura lieu 
à la (ialerie (ieorges Petit, le 9 juin, par le 
ministère de M" F. Lair-Dubreuil et II. Baudoin, 
assistés de M. J. Ferai, et que le souvenir de 
cette vacation, qui sera sûrement un événement 
dans l'histoire de la curiosité de notre temps, 
sera conservé par un magnifique catalogue 
illustré, digne de prendre place auprès des plus 
beaux exemplaires du genre dans la bibliothèque 
des amateurs. 

La collection Maurice Kann, on le sait, a été 
écrémée par l'achat retentissant, fait àl'amiable, 
il y a quelques deux ans, d'un certain nombre de 
ses pièces les plus importantes, et la Revue a 
publié alors une étude de M. L. Oillet à ce propos 
(V. t. XXVI, p. .361 et 421) ; d'autre part, certaines 
autres pièces, et non des moindres, ont été con- 
servées par les héritiers de l'amateur; et pourtant, 
ce qui va passer sous le marteau du commissaire- 
priseur n'en constitue pas moins une réunion 
hors de pair d'oeuvres qui, à la belle qualité, 
joignent pour la plupart de justifier des meilleures 
provenances. 

Les peintures des écoles du Nord sont les plus 
nombreuses ; avec quelques bons portraits de 
l'école anglaise et de rares spécimens du xviii' 
siècle français, elles constituent à peu près toute 
la collection. C'est pourquoi, sans doute, le cata- 
logue, dont nous suivrons l'ordre, n'est pas divisé 
par écoles. 

N'ous remarquerons tout d'abord une nature 
morte. Verre de hohfme et raisins, par A. Van 
Beyeren ; /'Automne, par F. Boucher, signé et 
daté 1741 ; un Portrait d'homme et un Portrait de 
femme, tous deux datés de 1068, par Jan d(- Bray ; 
Deux amis, le Fttmeur et Coiffeurs villageois, par 
A. Brouwer; le Déjeuner et le Jambon (1759), par 
Chardin ; le Duo (Smith, suppl. n» 13), Portraits 
de famille (Smith, IV, n<- 33), par Gonzalès Coques ; 
Départ pour la chasse (Smith, V, n» 150), le Matin 
iH. de Croot, n» 270); le Beiger pécheur (Smith. 
V, n" 253); le Cheval gris (H. de Groot, n° 501 . 
le Coq et la Poule (H. de Groot, n° 853), la Lice 
|H de Groot, n» 791), par A Cuyp; le Perroquet, 
par Desportes (1713); la Mise au tombeau {Sm'xlh, 
111, no 413), Saint-Jacques-Majeur (Smith, suppl., 
no 123), Adam de Coster (esquisse en grisaille pour 
Y Iconographie'^, Duste d'homme (Smith, suppl., 
n" 122), par A. van Dyck ; le Paon, VArbaléU 
(1038), par J. Fyt; Bor(/,s de /'Vs.sc/ (1048), Marine 
(1655), par Van (;oyen ; Portrait de jeune homme 
(1634), par Fr. Hais ; le Jardin potager (1666), par 
J. van der Heyden. 



ANCIEN ET MODERNE 



175 



Après un Portrait d'homme, par Hoppner, nous 
revenons aux Hollandais avec deux toiles se fai- 
sant pendant, par.l. van Ceulen, le Portrait d'une 
dame de qualité et le Portrait d'un gentilhomme. 
Notons ensuite : Miss Glover de Bath, par Sir 
Th. Lawrence ; le Canal au clair de lune, Nuit 
d'été et l'Incendie, par A. van derNeer; te Concert 
intime (Smith, suppl., no H2); le Feu de la Saint- 
Jean, par A. van Ostade ; les Patineurs (H. de 
Groot, no 261), l'Auberge (H. de Groot, n" 327), 
par J. van Ostade; le Cheval pie (1649) par 
P. l'otter. 

Il semble que le collectionneur ait eu une 
prédilection, justifiée d'ailleurs, pour Raeburn ; 
le maître écossais ne compte pas ici moins de 
sept numéros : Miss Jane Anne Catherine Fraser, 
J A. Macdonnel bonar, Esq., James Cruikshank, 
Mrs. Campbell, la Dame au bonnet blanc, l'Homme 
en habit gris /James Hepburn, Esq.), William 
Fraser Junior, de Rœlig (1801). 
Arrêtons-nous un moment devant le Philosophe 
■ jnif, par Rembrandt, signé et daté 1C4G. 

Signalons à présent: le Portrait de Reynolds par 
lui-même; Saint Pierre repentant, par J. Ribera; 
le Portrait de Paul Cobb Methuen (1776), un Por- 
trait d'homme, un Portrait de jeune homme, 
l'Homme en habit bleu, par G. Romney ; la Madone 
(Max Rooses, II, n" 189 bis), par Rubens. 

Jacob van Ruisdael est remarquablement 
représenté dans la galerie Maurice Kann, par : 
l'Inondation, hlvicre dans la forêt, le Tertre (1649), 
ta Vallée (Smith, suppl,, n» 8), le Ruisseau, là 
Tempête, la Neige. Salomon van Ruysdael ne l'est 
pas moins bien, avec les Prisonniers (1660), le Bac 
(16V3;, la Plage de Scheveningen{Hi52), l'Abreuvoir 
(IG!i9), les Bords du fleuve et le Moulin. Jan Stcen 
est tout aussi bien partagé : la Noce (H. de Groot. 
Il" 463), Leçon de musique (H. de Groot, n" 414), 
Jnijcuse compagnie (H. de Groot, n» 757), les 
Mangeurs d'œufs (Smith, suppl , n° 63), la Rixe 
(II. de Groot, n°' 774 et 775), Amours rustiques 
(H de Groot, n» 796), la Proclamation, font la 
part belle à ce joyeux peintre. 

l'ne page importante et bien connue de David 
ïfMiiers le jeune, le Couronnement d'épines (Smith, 
III, n° 140), des collections du cardinal Fescli 
et de lord Dudley est accompagnée de trois 
autres spécimens de ce précieux petit maître : 
le Cellier (Smith, III, n- 267), Devant l'auberge et 
le Chdleau. 

Signalons les Baigneuses, grande composition 
de Carie Van Loo, exposée au Salon de 1759 et 
plusieurs fois gravée, et, terminant avec les 



hollandais, notons enfin des Bateaux de iiêche. 
par W. van de Velde le .jeune et le Cheval rétif, 
par Philips Wouwerman (Smith, suppl., n" 222). 

Palettes d'artistes. — C'est une collection peu 
banale que vont disperser, le 10 juin, à la galerie 
Georges Petit, M» Lair-Dubreuil et M. Georges 
Petit : cent vingt-trois palettes d'artistes peintes. 
C'est-à-dire qu'en abandonnant une palette 
devenue hors d'usage l'artiste y a peint un petit 
sujet naturellement dans sa note la plus ordinaire. 
C'est ainsi que la palelte de Ronvin porte une 
lle'igieuse; celle de Boulanger, un Torse déjeune 
femme nue; celle de Garo-Delvaille, une Jeune 
femme nue; celle de Chaplin, un Torse nu déjeune 
tille;ceUe de Courbet, une 'Vague; celle de Didier- 
Pouget, des Bruyères roses; celle d'Hébert un 
Torse de femme nue; celle d'Heilbuth, 7xne Pari- 
sienne; celle de Ch. Jacque, une Poule; celle de 
J. Lefebvre, des Nymphes; celle de L. LeIoir, une 
Jeune femme; celle de M. LeIoir, un Vieux buveur; 
celle de Madeleine Lemaire, des Roses; celle 
d'A. de Neuville, un Mobile; celle d'O. de Penne, 
Trois Chiens; celle de Veyrassat, une Charrette de 
blé; celle d'A. Willette, un Duel de pierrots. Un 
petit catalogue illustré, préfacé par M. Roger- 
Miles, fixera le souvenir de cette curieuse vente. 

M. N. 
ESTAMPES 

A Paris. — Vente de la collection Louis 
Valentin il-e partie : estampes du XVIII= 
siècle). — Ne pouvant donner aujourd'hui la 
liste des principales enchères de cette vente, 
annoncée ici-môme avec quelques détails, il nous 
faut tout au moins rappeler que la première partie 
de la collection L. Valentin, dispersée salles 7 
et 8, les 26 et 27 mai, par M" Lair-Dubreuil et 
M. Loys Delteil, comprenait exclusivement des 
estampes du wm" siècle, imprimées en couleurs, 
et mentionnerson produit total, soit 447. 774 francs. 
Nombreuses ont été les pièces disputées et nom- 
breux les beaux prix : on a compté plusieurs 
enchères à six, huit et neuf mille francs. Les 
Debucourt,lesLavreince, les Roucher, lesJaninet, 
les Morland, les Schall, les Smith, etc., ont fait 
l'objet de compétitions particulièrement animées. 
Retenons, pour cette fois et en attendant un 
compte rendu plus complet de la vente, les deux 
enchères capitales : celle de 120.100 fr. pour 
l'Amour et la Folie, de Fragonard, gravés par 
Janinet; et celle de 16.100 fr. pour la Rose et la 
Main, de Debucourt. 

R. G. 



176 



LE BULLETIN DE L'ART 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Prosper Marilhat, 1811-1847, et « la Veil- 
lée d'Auvergne » (galerie des Artistes modernes), 
— Le véritable orientaliste, abandonnant le 
caprice du genre pour la lointaine réalité du 
paysage, et ne peignant qu'après avoir vu, le 
voici représenté par une quarantaine d'études 
autour de la fameuse Place de l'Esbekieh qu'om- 
brage un caroubier géant. Après l'Auvergne 
natale, avant la classique campagne de Rome, 
l'élève de Camille Roqueplan visita l'Egypte et 
continua passionnément, pendant onze années, 
à partir du Salon de 1834, la trace voyageuse de 
Gabriel Decamps. Son regard était inquiet, mais 
sa main resta précise : il ne sacrifia Jamais l'exac- 
titude à l'exaltation du romantisme. Ce fut un 
sage contemplateur de la nature française ou de 
la splendeur orientale, intimidé quelque temps 
par la réaction du style et du paysage historique 
avant d'être paralysé par un mal étrange. On l'a 
justement défini >< le peintre de la ligne et du 
soleil (1) ». Coloriste un peu déçu par la Grèce, 
mais ébloui par le Caire, il dessina toujours, 
jusqu'à l'heure où l'ataxie lui fit tout oublier, 
jusqu'à son nom... 

Ce nom domine, aujourd'hui, la trop brève 
« rétrospective » d'une nouvelle exposition régio- 
nale où règne l'art vivant de M. et de M°" Denys 
Puech, à côté des toiles diversement colorées 
et composées de MM. Guillaumin, Bompard, 
W. Laparra, Loup, Noirot, Henri de Nolhac et 
Viala. Né au Puy, M. Charles Cottet, qui figure 
dans ce groupe, est originaire de la Savoie; mais, 
entre les tempéraments montagnards, on décou- 
vrirait facilement des affinités. 

Trois expositions d'art religieux. — Avant 

que la huitième réunion de la Société de Saint- 
Jean ne nous offre, à l'automne, une « rétro- 
.spective » d'art religieux au pavillon de Marsan, 
le hasard des dates évoque en raccourci la récente 
histoire d'un genre difficile qui doit au réalisme 
du siècle de paraître original, même dans ses 
souvenirs : 104, rue de Richelieu, parmi de négli- 
geables contemporains, voici les dessins de Victor 
Orsel et de son fidèle collaborateur Alphonse 
Périn pour la chapelle de la Vierge à Nolre-Dame- 
de-Lorette : « Ces gens-là ne jurent que par la 
fresque; ils parlent de tous les noms gothiques 

(\) V. Marillial et son œuvre, par IL Gomot (Cler- 
iiiont-Ferrand, 1884). 



de l'École italienne primitive, comme si c'étaient 
leurs amis», écrivait Delacroix avec une nuance 
dédaigneuse, en dépit de sa vieille affection pour 
ses condisciples de l'atelier Guérin. Ne retrouve- 
t-on pas les héritiers de ces érudits,qui voulaient 
« baptiser l'art grec », à la seconde exposition de 
la Rosace (2), petite confrérie logée pauvrement 
dans une impasse de Vaugirard, où brûle plus 
naïvement la lampe discrète du trecento fioren- 
tin? Et, malgré la prédiction des Concourt, 
n'est-ce pas dans une pareille atmosphère d'ar- 
chaïsme ou d'humilité voulue que les gouaches 
de M. Maurice Denis illustrent, chez Druet, les 
Fioretti de saint François ? Le frais parfum de la 
candeur n'est-il pas le raffinement suprême? 

Raymond Bouyer. 

(2) Voir le liulletin du 5 juin 1909, p. 183. 

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Numéro 508. 



Samedi 10 Juin 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



A dater d'aujourd'hui, le Bulletin ne paraîtra 
phta que tous les quinze jours, suivant l'usage 
adopté pour la saison d'été. Le prochain numéro 
{n" 509) portera donc la date du i4 juin. 



Le Musée Lannelongue 



Depuis cette semaine, Paris compte une expo- 
sition de plus, et je me suis promis d'en recom- 
mander la visite aux amateurs. Tout surmenés 
qu'ils soient par une saison comme on en a rare- 
ment vu d'aussi riche en Salons, salonnets, 
expositions d'ensemble et rétrospectives, ils 
apprécieront l'originale initiative qui a présidé 
à la réunion des deux cents œuvres d'art, expo- 
sées pendant ce mois de juin au Louvre, dans 
les anciens appartements du directeur des Musées 
nationaux. Comme cette nouvelle rétrospective 
comprend à peu près toutes les époques de l'his- 
toire de l'art, que les plus grands maîtres y sont 
représentés et qu'elle ne compte que des chefs- 
d'œuvre ou des œuvres types, on a beau jeu d'y 
envoyer le public. 

Au surplus, voici ce dont il s'agit. 

M. le professeur Lannelongue, membre de 
l'Académie des sciences et de l'Académie de mé- 
decine, sénateur du Gers, possède une petite 
collection qu'il a formée et qu'il aime passionné- 
ment. Un jourqu'il faisait partà sonami M. Henry 
Houjon de son désir de ne point laisser disperser 
après lui les belles choses au milieu desquelles 
il a vécu, le secrétaire perpétuel de l'Académie 
des beaux-arts lui suggéra l'idée d'entourer cet 
embryon de musée d'un choix de reproductions 
de chefs-d'œuvre de tous les arts. Moulages, 
gravures et photographies, ainsi rassemblés dans 
un local approprié — qui n'est autre que la villa 
du I)r Lannelongue, à Castéra-Verjuzan, dans le 
(iers, — constitueraient un utile musée d'ensei- 
gnement. 

L'idée à pris corps; le projet est aujourd'hui 



réalisé. Et voilà pourquoi l'on peut voir au musée 
du Louvre, avant leur départ pour Castéra-Ver- 
juzan, les deux cents reproductions de chefs- 
d'œuvre, sélectionnés par M. Carie Dreyfus, 
attaché au musée du Louvre, avec un sens très 
juste du programme à remplir. 

Pour l'excellent petit catalogue du « musée 
Lannelongue », que l'on doit également à M. C. 
Dreyfus, M. Gaston Migeon, conservateur au 
musée du Louvre, a écrit une préface où. la ten- 
tative de décentralisation et de diffusion artis- 
tique du D"' Lannelongue est appréciée avec 
beaucoup d'à-propos. Passant en revue les mou- 
lages qui vont de la statue chaldéenne de Goudéa 
aux œuvres des maîtres sculpteurs contempo- 
rains, embrassant d'un coup d'œil les photogra- 
phies de peintures et de dessins où toutes les 
expressions de la forme et du sentiment sont 
représentées, M. G. Migeon ne peut s'empêcher 
de comparer ce musée, si bien ordonné pour ne 
dire que l'essentiel, à l'encombrant amas d'inu- 
tilités annuellement dispensées par l'État aux 
galeries provinciales. Il loue l'exemple encore 
une fois donné par l'initiative privée, et souhaite 
de le voir imité. 

C'est un éloge et un vœu auxquels se rallieront 
en toute sincérité ceux qui visiteront le musée 
Lannelongue. 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 3 juin). 
— Après lecture du décret approuvant son élection 
comme membre titulaire de la section de gravure 
en remplacement de M. Hoty, décédé, M. Laguillermie 
a été invité, avec les compliments d'usage, à prendre 
place parmi ses confrères. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 2 juin). — M. le comte Durrieu dépose le 
rapport de la commission chargée d'attribuer le prix 



178 



LE BULLETIN DE L'ART 



extraordinaire Bordin (3.000 francs) « au meilleur 
ouvrage imprimé sur l'histoire ou l'archéologie du 
moyen âge, publié depuis le 1" janvier 1908 ■). En 
fait, ce prix n'est pas décerné; la commission le divise 
en cinq récompenses de valeurs inégales : la première, 
de 1 .000 francs ; la seconde et la troisième, de tiOO francs ; 
la quatrième et la cinquième, de iOO francs, qui sont 
attribuées aux cinq auteurs suivants : 1° M. Paul 
Goût, pour ses deux volumes sur le Mont Saint-Michel; 
2° M. Ebersolt, pour sa Monographie du Grand l'alais 
de Conslantinople; 3° M. Landry, pour son Essai sur 
les mutations de monnaies de Philippe le Bel « 
Charles Vil ; 4° M. Giron, pour son Mémoire sur les 
peintures murales du département de la Haute-Loire: 
3° M. Joseph Warichez, pour son Mémoire sur l'abbaye 
de Lobbes, jusqu'en 1200. 

— M. Collignon commente la scène que représente 
un vase peint du musée archéologique de Madrid, 
dont la photographie et la description lui ont été 
communiquées par M. G. Leroux, membre de l'Institut 
français de Madrid. 

Le fronton occidental du ParthénonrepréRente A thcna 
et Poséidon se disputant la possession de l'Attique et 
suscitant, l'une, l'olivier; l'autre, la source d'eau 
salée. Le vase de Madrid représente une scène ana- 
logue; mais les deux divinités y sont engagées dans 
un colloque pacifique, et cette attitude nouvelle dérive 
d'un prototype dilférent de celui que présente le 
fronton. Ce prototype est un groupe de deux sta- 
tues qui avait été consacré dans le voisinage immé- 
diat du Parthénon et que Pausanias a mentionné. Le 
vase de Madrid est un cratère apulien qui parait 
remonter à l'époque comprise entre l'an 330 et l'an 300 
avant notre ère. On peut donc penser que le groupe 
d'Athéna et de Poséidon fut érigé sur l'Acropole à 
cette même époque. 

Collège de France. — Le Journal officiel & publié, 
dimanche dernier, le décret qui nomme M. Pelliot 
professeur de la chaire de langues, histoire et archéo- 
logie de l'Asie centrale au Collège de France. 

L'Hôtel de Sens et l'Hôtel Biron. — La Ville 
de Paris vient d'acheter l'hôtel de Sens, situé rue du 
Figuier. Construit par l'archevêque Tristan de Salazar 
(1474-1319), l'hôtel de Sens est, avec l'hôtel de Cluny, 
le dernier spécimen de l'architecture privée du 
XV' siècle qui soit encore debout à Paris. 

Par contre, la commission du budget a refusé les 
crédits demandés pour l'acquisition de l'hôtel Biron 
et de ses jardins, sous prétexte que le gouvernement 
n'avait pas fait connaître à quel usage il destiuait ce 
domaine. Nous reviendrons sur cette comédie. 

Congrès de la Société archéologique de 
France. — Le prochain congrès de la Société archéo- 
logique de France s'ouvrira à Reims le 19 juin et se 
terminera le 28. Les congressistes visiteront les 
monuments de llcims et de toute la région environ- 



nante. Le dimanche 25 juin aura lieu à Orbais- 
l'Abbaye l'inauguration du monument de Courajod. 

A Chartres. — On vient de faire à Chartres, ces 
jours derniers, une découverte fortcuiieuse : en vou- 
lant recrépir une maison, juste en face du clocher 
neuf de la cathédrale, des maçons rencontrèrent des 
planches, sous lesquelles se trouvaient, assez bien 
conservées, de très curieuses sculptures : ce sont six 
tympans en arc brisé, surmontant des fenêtres sé- 
parées par des colonnettes. Trois ont des décorations 
purement végétales. Un quatrième contient deux petites 
têtes qui terminent des volutes ; un cinquième, deux 
bêtes ailées dressées l'une en face de l'autre, analogues 
à des sculptures de Reims et de .Notre-Dame de Paris; 
mais le sixième, le plus curieux, représente quatre 
personnages : deux d'entre eux jouent aux dés; les 
deux autres — un homme et une femme, semble-t-il, 
— luttent ensemble et ont déchiré leur chemise. 
D'après M. Jusselin, archiviste départemental, ce 
serait là l'enseigne d'un tripot. 

On sait, en effet, que le cloître de Notre-Dame de 
Chartres, dans l'enceinte duquel celte maison se trou- 
vait située, a été envahi à une certaine époque par 
des tripots; on sait aussi que des mesures ont été 
prises au xiii* siècle pour les faire fermer, ainsi que 
pour défendre aux ribaudes de stationner sur les 
marches de l'église. Tout cela ouvre un jour curieux 
sur les à-côté de ces grands lieux de pèlerinage. 

La maison sembla très ancienne : ses sculptures 
ressemblent beaucoup à celles du tombeau de Jean 
de Salisbury, évêque de Chartres de 1176 à 1180, 
découvert, il y a quelques années, près de Chartres, a 
Lèves; à certains détails, elles semblent même plus 
anciennes encore : on peut donc croire cette maison 
de la seconde moitié du xii' siècle. 

Par son intérêt documentaire, par sa belle situation, 
par sa beauté décorative, cette maison va être une 
des plus remarquables curiosités de Chartres. 

En Italie. — Le Gouvernement tardant à réaliser 
les améliorations qu'il avait promises au personnel 
des Écoles des Beaux-Arts, l'architecte Boito, directeur 
do l'Académie de Milan, qui considère ces améliora- 
tions comme nécessaires, spécialement pour le petit 
personnel, a présenté sa démission. Il a été aussitôt 
imité par M Pompeo Molmenti, directeur de l'Aca- 
démie de Venise, et successi»'pment par la plupart 
des directeurs des Écoles des Beaux-Arts des autres 
grandes villes. — L. G. 

A Rome. — Les fouilles entreprises au-dessous 
de la basilique de San Crisogono. au Transtévère, 
ont donné des résultats fort intéressants. On a re- 
trouvé l'abside de l'église primitive, des peintures du 
VIII' siècle, de» fragments de sculpture ornementale 
et quelques sarcophages classiques. On a découvert 
également les restes de l'ancienne maison romaine où 
était encastrée la basilique, avec des fragments de 
décoration peinte du plus haut intérêt, et plusieurs 



ANCIEN ET MODERNE 



179 



portraits de papes ; enfin, une vaste salle décorée 
de peintures qui semblent dater du xii* siècle. Les 
travaux continuent sous la direction de M. Orazio 
Marucchi. 

— L'Exposition du Cinquaùtenaire est enfin au 
complet. Les pavillons de l'Espagne et de la Grèce 
viennent dètre inaugurés. — L. G. 

Dans les Marches d'Ancône. — Le professeur 
Dell' Osso, directeur du musée d'Ancône, a fait de 
nouvelles découvertes fort intéressantes sur les traces 
de la civilisation gauloise dans les Marches. Les 
fouilles qu'il a entreprises à liipa-Bianca, prés Filut- 
trano, ont mis au jour une tombe d'une richesse 
artistique et archéologique considérable, qui doit 
remonter au iv° siècle avant Jésus-Christ. Elle con- 
tenait plusieurs colliers d'or très finement ciselés, où 
l'on retrouve fréquemment une décoration de pal- 
mettes et de volutes, deux patères d'argent, un vase 
de bronze dont les anses sont formées de deux 
guerriers luttant, plusieurs autres vases de bronze et 
de terre cuite, des objets de toilette. 

Le professeur Dell' Osso suppose que, si ces tombes 



de la région d'Ancône, qui appartiennent sûrement 
aux Gaulois Sénonais, sont aussi riches d'objets en 
or, c'est que ce fut précisément aux Gaulois Sénonais 
que furent payés par Rome les mille livres d'or de 
rançon dont parle Tite-Live. Quoi qu'il en soit, les 
fouilles que l'on fait actuellement dans la province 
d'Ancône servent à préciser les régions où s'établirent 
les Gaulois et le degré de civilisation qu'ils attei- 
gnirent; elles révèlent un art beaucoup plus avancé 
qu'on ne le supposait. — L. G. 

En Turquie. — Les fouilles exécutées en ce 
moment à ïhasos par l'École française d'Athènes ont 
déjà donné des résultats importants. L'emplacement 
d'un grand temple dorique a été déblayé. Outre de 
curieux Iragments d'architecture en terre cuite, l'on a 
découvert aussi quelques inscriptions, plusieurs 
statues et reliefs archaïques, et une fort intéressante 
'série de figurines en terre cuite. Ces monuments per- 
mettront de compléter notre connaissance de la sculp- 
ture thasienne et de recoastituer d'une façon assez 
précise l'histoire des influences ioniennes dans les lies 
de la mer de Thrace. — C. D. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

Vente des collections Alexis Rouart 
(4= vente : tableaux modernes, fin). — Le 
manque de place nous a obligé à ajourner jus- 
qu'à présent la liste des enchères marquantes 
de la quatrième vente Rouart, réservée aux 
tableaux et aux dessins. A la vérité, les vacations 
que dirigèrent, salie 6, les 8, 9 et 10 mai, 
M" Baudoin et MM. Chaine et Simonson et Du- 
rand-Ruel, lurent peu fertiles en gros chiffres, 
les petits maîtres du xix" siècle, dont la collec- 
tion Rouart était surabondamment pourvue, sont 
loin encore de connaître les cotes auxquelles 
atteignent leurs ancêtres du xvin«. Y arriveront- 
ils un jour'? En pareille matière on ne saurait 
vouloir trop prophétiser; la mode, en matière 
d'art ancien, est bien capricieuse et la clientèle 
de l'Hôtel Drouol ne se pique guère de logique. 
La plus-value toujours plus marquée sur les 
œuvres d'Eugène Lami est cependant digne de 
remarque. RalTet a toujours une clientèle fidèle 
et, parmi les enchères trop minces pour être 



citées ici, on remarquerait que même les noms 
les plus démodés commencent à être recherchés. 
Si nous sommes au point de départ d'une marche 
ascendante des petits romantiques, des dessina- 
teurs et des illustrateurs surtout, à ce titre la 
vente Rouart marquera une date dans l'histoire 
de la curiosité à notre époque. 

PRINCIPAUX PRIX 

Tableaux. — 44. Corot. Vue prise en Italie, 3.250 fr. 
— n. Fantin-Latour. La Nymphe, 3.030 fr. — 127. 
Jongkind. La Meuse aux environs de Dordreckl, 
3.700 fr. — 132. Eug. Lami. L'Entrée de la duchesse 
d'Orléans aux Tuileries, 16.500 fr. (dem. 8.000). — - 
133. Le Contrat de mariage, 9.300 fr. (dem. 4.000). — 
135. La Voiture de (jala, 3.500 fr. — 170. Th. Rous- 
seau, l'aysai/e, 4.500 fr. 

Aquarelles, pastels, dessins. — 198. Cassait. 
Fillette en blanc, pastel, 8.200 fr. (deui. 5.000). — 
209. Daumier. Mère et enfants, dessin, 3.900 fr. — 
214. Degas. L'Atelier de la modiste, pastel, 51.000 fr. 
(dem. 30.000). — 215. Premier sujet, pastel, 31.100 fr. 
(dem. 30.000). — 216. Danseuses, pastel, 13.300 fr. 
(dem. 10.000). — 217. U l'as battu, pastel, 14.600 fr. 
(dem. 10.000). — 218. Le Ballet; éventail, iS.500 fr. 



180 



LE BULLETIN DE L'ART 



{dera. 5 000). — 321. Eug. Lami. Soirée mvsicale, 
dessin, 2.520 fr. 

Vente de la collection de M. X... (tableaux 
anciens, objets d'art, etc.). — De mr-me il 
nous avait été impossible de donner en son temps 
la liste des principaux prix de cette vente, dont 
on trouvera le compte rendu dans le n» 507 du 
Bulletin. 

PRINCIPAUX PRIX 

Pastel. — a. Itussell. Im Jeune artiste, 15.500 fr. 
(dem. 20.000). 

Tableaux anciens. — 4. Boilly. Le Dîner, 9.000 fr. 
(dem. 8.000). — 5. Huet. La Petite fille au clmpeau, 
21.000 fr. (dem. 15.000). — 7. M»" Vigée-Lebrun. 
Portrait du clianteurCailleau, 17.500 fr. (dem. 25.000). 

— 8. Pater. L'Invitation à la danse, 18.500 fr. (dem. 
20.000). — 9. La Sérénade, 17.100 fr. (dem. 20.000). — 
10. Schall. Le Repos dans le parc, 7.800 fr. (dem. 
10.000). — 11. LaPromenade, 5.700 fr. (dem. 6.000).— 
12. Snyders. Chiens gardant du gibier mort, 3.900 fr. 
(dem. 5.000). — 13. Wouwermans. Halte de chasseurs, 
10.000 fr. (dem. 12.000). — 14-15. École franc., xvni* s. 
Verlumne et Pomone. Léda et le cygne, 2.700 fr. 

PoHCELAiNES. Saxe. — 22. Quatre statuettes, les 
Saisons, 3.000 fr. (dem. 7.000, accident). — 23. Deux 
statuettes, femme orientale et Chinois, 14.000 fr. 
(dem. 10.000, accident). — 24. Deux ciiats assis, 
2.800 fr. — 25. Service à dessert, manches Saxe, 
5.200 fr. (dem. 5.000). — 26. Pendule, vase, sujets 
chinois, polychr., 7.000 fr. (dem. 8.000, rest. fêlure). 

— 27. Deux candélabres, statuettes de Diane et de 
Vénus, 3.100 fr. (dem. 5.000, accident). — 28. Deux 
grands candélabres, statuettes femmes assises, 
12.500 fr. (dem. 12.000, rest.). — 29. Surtout de table, 
corbeille et neuf supports, rocaille, fleurs et figurines, 
15.800 fr. (dem. 20.000, accident). 

Sèvres. — 30. Deux vases fleurettes, coul. et dorure, 
2.800 fr. (dem. 5.000). — 31. Deux vases branchages 
en relief, 4.700 fr. (dem. 5.000, rest.). — 40. Service, 
fond bleu de roi, réserves médaillons camées, guir- 
landes de Heurs, bouquets et écussons aux armes des 
llope de Craighall, 98 pièces, 56.500 fr. (dem. 70 000, 
accident). — 41. Cent quatre assiettes, décor de fleurs, 
6.000 fr. (dem. 10.000, rest.). 

Chine. — Deux cache-pots Kang-hi, compartiments 
à arbustes, oiseaux, etc., mont. br. ép. Louis XV, 
5.400 fr. (dem. 6.000). — 45. Grande vasque Kang-hi, 
décor plantes, etc., 14.000 fr. (dem. 6.000). — 46. 
Trois potiches avec couvercles et deux cornets 
Kang-hi, décor de compartiments à habitations et 
personnages, mont. br. ép. Louis XVI, 53.500 fr. 
(dera. 60.000, br. douteux). — 47. Deux grandes 
potiches avec couvercle, Kien-lung, arbustes en tleurs, 
etc., 78.000 fr. (dem. 80.000). 

MiMATUHB. — 49. Portrait de jeune femme, par 
Hall, 14.000 fr. (dem. 15.000). 



Bronzes. — 51. Deux grands Qambeaux,ép. Louis XV, 
tige, volutes, feuilles et rocailles, 12.050 fr. (dem. 
8.000). — 53. Deux candélabres, ép. Louis XV, tige 
contournée, 7.405 fr. (dem. 8,000). — 55. Pendule 
cadran tournant, sphère bronze bleui supportée par 
les figures des Trois Grâces, ép. Louis XVI, 36.000 fr. 
(dem. 40.000). — 56. Deux grands chenets, statuettes 
dites « le garde à vous » et son pendant, ép. Louis XVI, 
20.000 fr. (dem. 25.000). — 57. Chenets à galerie, 
grenade et statuette d'enfant nu, ép. Louis XVL 
18.000 fr. (dera. 20.000). — 58. Chenets à pomme de 
pin et brûle-parfums, ép. Louis XVI, 3.800 fr. — 59. 
Deux candélabres formés de vases en marbre de 
coul., mont. br. ép. Louis XVI, 4.270 fr. (dem. 5.000). 

Mkubles, sièges — 60. Meuble d'entre-deux, mar- 
queterie de cuivre sur écaille, garnit, bronze., ép. 
Louis XIV, 10.000 fr. (dem. 12.000). — 62. Fauteuil, 
bois sculpté, couv. cuir, ép. Kégence, 2.750 fr. — 63. 
Horloge astronomique, plaquée bois de violette, garnit, 
br. doré, etc., ép. Louis XV, 9.800 fr. — 64. Quatre 
fauteuils, tap. à grosses fleurs, ép. Louis XV,7.70Ûfr. 
(dem. 7.000). — 65. Petite table, marquet. bois de 
coul., à fleurs, signé Feil, ép. Louis XV, 12.050 fr. 
(dem 8.000,1. — 66. Bureau à dos d'âne, laque noir 
et or, ép. Louis XV, 20.500 fr. idem. 12.000, rest.). — 
67. Bureau bonheur-du-jour, laque, paysage sur fond 
noir, garnit, br., ép. Louis XVI, 10.500 fr. (dem. 
12.000). — 68. Commode, placage, garnit, br. ép. 
LouisXVI, 11. 000 fr. (dem. 12.000). — 70. Table marquet. 
de coul., signée lleneman, ép. Louis XVI, 6.100 fr. 
(dera. 8.000). — 71. Salon bois sculpté et laqué gris, 
couv. lampas à dessin blanc, ép. Louis XVI, 17.000 fr. 
(dem. 18.000). — 75. Table bois sculpté et doré, 
2.600 fr. — 76. Grande table bois sculpté et doré, 
tablette mosaïque de marbre, 4.800 fr. 

Tapisseries, étoffes, tapis. — 78. Trois montants 
d'entre-fenèlres, Beauvais, ép. Bégence, sujets my- 
thologiques, 22.000 (dem. 18.000). — 79. Quatre lam- 
brequins, Beauvais, ép. Louis XVI, compos. allég., 
23.700 fr. (dem. 23.000). — 83. Six rideaux et trois 
bandeaux, satin crème brodé, ép. Louis XVI, 9.200 fr. 
(dem. 10.000). — 84. Tapis Savonnerie, fin xviir s. 
ou com' XIX', grande rosace à fleurs, 10.200 fr. (dem. 
12.000). — 85. Tapis Savonnerie, monogr. du roi, 
fond bleu, 47.000 fr. (dem. 40.000). 

Ventes diverses. — Nous remettons à une 
prochaine semaine les comptes rendus détaillés, 
avec liste des prix, de la vente du D'" Eddé \'M mai- 
2 juin; antiquités; total : 133 246 fr.); — de la 
succession Berlin (30 mai-2 juin; objets d'art, 
etc.; total : ,373 000 fr.); — de la vente Henri 
Bordes (1 et 2 juin; objets d'art, etc.; total : 
164.512 fr.); — de la vente de l'atelier Jules Breton 
(2 et 3 juin; total : 346.420 fr.), — de la vente de 
130 dessins de Delacroix (7 juin; total : 10.350 fr.); 
— de la vente Maurice Kann (9 juin ; peintures 
anciennes; total : 2.777.000 francs}. 



ANCIEN ET MODERNE 



181 



Ventes annoncées. — A Paris. — Collec- 
tion Cari Mayer de Rothschild (orfèvrerie 
ancienne, etc.). — Voici une vente d'une espèce 
rare et d'une composition précieuse : en effet, 
elle comprend à peu près exclusivement des 
spécimens d'ancienne orfèvrerie allemande, des 
pierres dures montées et diverses autres pièces 
de haute curiosité du même genre, provenant de 
la collection de feu M. le baron Cari Mayer de 
Rothschild, de Francfort. Elle aura lieu à la 
galerie (Georges Petit, les 12 et 13 juin, sous 
la direction de M" Lair-Dubreuil, assisté de 
MM. Mannheim et H. Léman. 

Dans le catalogue illustré, fort volume auquel 
nous renvoyons pour plus de détails, nous remar- 
quons tout d'abord, parmi les pièces d'orfèvrerie : 
une grande monstrance en argent doré, de tra- 
vail hispano-flamand du xv siècle ; un mors de 
chape en argent ciselé, d'art flamand de la fin 
du .w siècle; un plateau rond d'aiguière en 
argent repoussé, de travail allemand du com- 
mencement du xvi« siècle ; une série de hanaps 
et bocaux sur pied, de travail allemand du 
.\vi« siècle, certains portant les poinçons d'or- 
fèvres connus de Lubeck, d'Augsbourg et de 
Nuremberg; une aiguière d'argent avec son pla- 
teau, deux grands plats en argent repoussé, ciselé 
et doré, ces pièces d'art allemand du xvi« siècle ; 
un grand ciboire d'aspect monumental en argent 
doré, de travail hispano-flamand du xvi" siècle; 
et quantité de hanaps, chopes, canettes, ciboires, 
calices, coupes, cruches et autres travaux d'or- 
fèvrerie du môme genre et de la même époque, 
dont rénumération serait fastidieuse. Encore 
une fois, il nous faut renvoyer au catalogue où 
l'on trouvera décrits, commentés et reproduits : 
vidrecomes, gobelets, pièces de surtout, ani- 
maux, plats et plateaux, nefs, horloge en forme 
de monument, sphères, salières, tous spécimens 
de l'art allemand des xvi" et xvii" siècles. 

Cette collection d'orfèvrerie est complétée par 
une série de travaux en pierres dures montées, 
d'art français, italien et allemand des xvi-, xviie 
et xviii» siècles. 

Dans le- reste de la vente, nous remarquons 
encore des ivoires flamands du xvw siècle et 
d'art italien du \vi' ; des bois sculptés, de ces 
minuscules travaux en buis, statuettes et petits 
bas-reliefs, où ont excellé les artistes allemands 
et flamands, aux xvi" et ww siècles. 

Bien que s'adressant à une clientèle spéciale 
et très restreinte d'amateurs, cette vente, d'ordre 
peu commun, est assurée d'un grand succès, et 



il n'est pas difficile de lui prédire des enchères 
sensationnelles et un produit total fort élevé. 

Atelier de feu TchoumakofF. — Cette vente, 
qui aura lieu, salle 1, les 13 et 14 juin, sous la 
direction de M« Boudin et de MM. G. Sortais, 
Duchesne et Duplan et Loys Delteil, comprend, 
d'une part, une réunion d'œuvres de Tchou- 
makoff, de l'autre, des tableaux anciens et des 
objets d'art et d'ameublement composant'la col- 
lection particulière de l'artiste russe. 

Théodore Petrovitch Tchoumakoff, né en 1823, 
à Saint-Pétersbourg, était déjà un oublié de la 
génération actuelle quand il mourut en janvier 
dernier à Paris, où il avait fixé sa résidence dès 
1859. Par la date de sa production comme par 
le caractère de son talent, il se rattache surtout 
à la période du Second Empire. Parmi les pein- 
tures composant son atelier, des bustes féminins, 
intitulés Jeune femme blonde, Buste de jeune 
femme blonde, la Bacchante aux cheveux d'or, 
Bmte de jeune femme, nous rappellent bien la 
grâce et l'élégance comme on les comprenait il 
y a un demi-siècle. 

Dans la collection du vieil artiste russe, doublé 
d'un amateur, il nous faut signaler : les Bohé- 
miens, par Decamps ; l'Arabe sellant son cheval, 
par Delacroix ; la Rentrée du troupeau, par 
Ch. Jacque; une Nymphe couchée sous bois, par 
J. -F. Millet; un Portrait d'homme, par Ricard; 
un Portrait d'artiste et un Buste de jeune femme, 
par 0. Tassaert. 

Objets d'art, etc. — Le 14 juin, salles 5 et 6, 
M» Lair-Dubreuil, assisté de MM. Paulme et Las- 
quin flls, dirigera une vacation composée d'objets 
provenant de différents amateurs. 

Parcourant le catalogue illustré de cette vaca- 
tion nous remarquons en particulier : un Portrait 
de femme, miniature par Quaglia; des faïences 
anciennes dont une soupière de Pont-aux-Clioux, 
rare spécimen de cette qualité; des porcelaines 
de Chantilly, Sèvres, Saxe et Chine; un marbre 
important, l'Enlèvement d'Europe, groupe d'art 
français du xvni" siècle; un groupe en terre cuite 
par Clodion, Scène du Déluge, et un buste en 
terre cuite par J.-B. Lemoyne, celui de M'^e J.-B. 
Lemoyne, femme de l'artiste; des pendules, dont 
une de forme monumentale et d'époque Louis XVI, 
en porcelaine d'Allemagne, probablement de 
Saxe, et bronze ciselé et doré; un ameublement 
de salon, comprenant un canapé et cinq fauteuils, 
couverts en Aubusson du temps de Louis XVI, 
décor de corbeilles fleuries et rinceaux dans le 



182 



LE BULLETIN DE L'ART 



goût de Salernbier; deux fauteuils couverts en 
ancienne tapisserie à grosses fleurs du temps de 
Louis XIV; six fauteuils couverts en Aubusson, 
du temps de Louis XVI, à médaillons d'attributs; 
un grand canapé à joues, couvert en Aubusson 
fin du temps de Louis XVI, à petits personnages 
et amours, au dossier, et volatiles sur le siège ; un 
ameublement de salon comprenant six fauteuils 
couverts en très fine tapisserie du iviii» siècle, 
peut-être de Beauvais, à rinceaux, corbeilles et 
guirlandes d'après Salernbier; un ameublement 
de salon comprenant un canapé et six fauteuils, 
couverts en Aubusson du xviiie siècle à décor de 
petits personnages, au dossier, et d'animaux, au 
siège, d'après J.-B. Huet; une tapisserie, repré- 
sentant la Mort de Méléagre, faisant partie de la 
suite de ÏHistoire de Méléagre, d'après Lebrun; 
lissée de métal, cette pièce est du xvii° siècle ou 
du commencement du xviii<:; une tapisserie fla- 
mande du xviii" siècle à sujet mythologique tiré 
de V Histoire du dieu Mercure; un petit panneau 
en Aubusson du xviii': siècle, à composition pas- 
torale; un panneau, mêmes fabrique et époque, 
à petits personnages ; un autre panneau, mêmes 
fabrique et époque, paysage animé de volatiles 
et d'un chien, d'après Oudry; un panneau en 
tapisserie fine de la manufacture royale de 
Beauvais, du temps de Louis XVI, offrant un 
médaillon à personnages en camaïeu, dans un 
encadrement d'arabesque; la moitié inférieure 
de cette tapisserie a été reconstituée. 

Ventes diverses. — M<: Lair-Uubreuil annonce 
pour les prochaines semaines : la vente des objets 
d'art et d'ameublement appartenant à M. A. M..., 
qui sera faite le 10 juin, salle 6 (expert : M.E. Pape); 
— la vente de l'atelier du peintre E. Berne- 
Bellecour, qui se fera le M juin, salle 1, avec, 
comme experts, M. Georges Petit et MM. Paulme 
et Lasquin; — une vente de tableaux anciens et 
modernes, de tapisseries, d'étoffes, etc., apparte- 
nant à M. X...,-qui aura lieu les 20 et 21 juin, 
salle 1 (experts: M. Georges Petit etMM. Duchesne 
et Duplan); — enfin la vente de la collection 
Maurice Masson (tableaux modernes), qui se fera 
le 22 juin, salles 7 et 8 (experts : MM. Bernheim 
jeune). 

— M« H. Baudoin, de son côté, distribue le 
catalogue illustré de la vente d'objets d'art et 
d'ameublement, provenant de la succession de 
M. M. M...; cette vente sera faite les 16 et 17 juin, 
salle 7 (M" H. Baudoin et Warin; MM. J. Ferai, 
Mannheim, Paulme et Lasquin). 



A Amsterdam. — Ventes diverses (tableaux 
modernes, etc.). — MM. Krederik Muller et C'« 
vont diriger les 13 et 14 juin trois ventes, dont 
chacune a fait l'objet d'un catalogue illustré. 

— Tout d'abord, le 13 juin, vente des tableaux 
modernes dépendant de la Succession de M. Ch.-L. 
de HHe, de Bruxelles. Nous avons déjà eu une 
vente de ce nom à Paris en ces dernières années 
(Galerie Georges Petit, 10 mai 1901). Celle-ci 
comprend notamment : la Femme au paravent, 
par Besnard; un Port de mer, par Boudin; des 
Fruits, des Fleurs, Trois Nymphes à une source et 
Ariane abandonnée, par Fanlin-Latour; Paysage 
et brebis, par Ch. Jacque ; la Seine à Charenton, 
par S. Lépine; la Tourmente, par Jacob Maris; 
Lectrice dans l'herbe, par Gl. Monet; la Premiéie 
neige et l'Hiver; Ro de village, par A. Sisley. 

— Le môme jour, aura lieu une vente anonymi', 
comprenant des tableaux, aquarelles et dessins 
modernes; des estampes, parmi lesquellesdes plan- 
ches de Meryon, Seymour-Haden et Whistler; des' 
estampes japonaises, des faïences persanes, etc., 
provenant de diverses collections et successions. 
Parmi les peintures faisant partie de cette vaca- 
tion, certaines portent les noms de Jacob et 
Willem Maris, Geo Poggenbeek, et L. Apolo. 

— Enfin les 13 et 14 juin, et toujours sous la 

direction de M.M. F. Muller et C'«, se fera la vente 

de la Collection du D' H.-J. Hubert d'Oosterbeek. 

Celle-ci se compose de tableaux, aquarelles, 

dessins et estampes modernes, d'objets d'art de 

l'Extrême-Orient et de livres. Les peintures de 

cette collection comprennent des œuvres de 

G. -II. Breitner, de Jacob Maris et de J.-II. Weis- 

tenbruch ; les estampes, des épreuves de Whistler, 

Cameron, J.-F. Millet, Seymour-Haden et Mal- 

tijs Maris. 

M. N. 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Miniatures orientales (galerie Durand-Buel). 
— Ge n'est plus ici la « turquerie » de nos vieux 
peintres ou de nos jeunes poètes qui font débar- 
quer la comédie italienne au sérail ; mais la vogue 
retourne à l'Orient : après l'estampe japonaise et 
sa devancière, la peinture chinoise, voici des 
miniatures indiennes ou persanes, à l'aquarelle 
gouachée, rehaussée d'or et d'arpent; parfois un 
simple trait d'encre de Chine, et toujours une 



ANCIEN ET MODERNE 



183 



extrême finesse d'exécution. Delacroix voyageur 
semble avoirregardé ces enluminures en coloriant 
[ilusieurs dessins de la collection Psichari, dis- 
persée cette semaine. L'historien qui s'intéresse 
à la minutieuse naïveté du paysage primitif 
remarquera, dans plus d'un fond, des verdures 
proches parentes de nos visions médiévales. 

Louis Mettling, 1846-1904 (galerie Durand- 
liuel). — Expositions diverses. — « Ses" toiles 
ont un séduisant négligé ; il y a du dénoué dans 
les rubans, du dérangé dans les collerettes... 
Ses premiers jets ravissent les délicats : c'est une 
esquisse et c'est un tableau. Encore quelques 
touches, et la Heur de couleur se ternirait... Les 
peintres l'achètent. Mettling a une manière à lui, 
fuite de naïveté et de malice; il a la haute ambi- 
tion d'étonner par la grâce (d). «Ainsi parlait un 
« amoureux d'art» dans son ermitage de Belle- 
ville, en montrant à ses visiteurs du dimanche 
la bonne esquisse ou la belle pochade; et les 
petits cadres d'un admirateur de Ribot contre- 
disent plutôt rarement cette hyperbole de l'ami- 
tié. Le Dijonnais indépendant restera parmi ces 
oubliés qui négligèrent le soin de leur renommée 
dans la joie de peindre. 

La coïncidence des expositions nous raconte, 
une fois de plus, l'évolution du paysage moderne 
011 la ligne et l'imagination sont remplacées par 
lies subtilités d'atmosphère. 

Chez Blot, plusieurs toiles anciennes de M. Guil- 
laumin nous reparlent de la première exposition 
des Impresitionnifttes, en avril 1874, chez Nadar, où 
le sévère Jules Breton lui-même apercevait, parmi 
trop d'irisations fantastiques, « quelques fraîches 
éclosions dont l'étrangeté l'avait séduit» (2). 

Chez Bernheim jeune, les Fraises ensoleillées 
par M. Bonnard ne nous dérobent pas les graves 
lacunes d'un œil fin. — Si M. Francis Jourdain 
s'éclaircit, chez Druet, les soirs neigeux de 
M. Léon Broquet, chez tleorges Petit, tiennent 
peu les promesses de sa grande toile médaillée 
au Salon. — Rue Laffltte, à la galerie d'Art déco- 
ratif, se révèle un aquafortiste berlinois, M. Herr- 
mann Struck, que sa passion de la physionomie 
humaine ou du paysage lumineux a conduit jus- 
qu'en Palestine. 

RAYMO^'D BOUYEB. 



(1) Jean Dolent, l'etit manuel d'art à l'usage des 
if/nnranls, 1874; p. 75. 

(2) Lu Vie d'un artiste, art et nature, iS90; pp. 332- 
333. 



CORRESPONDANCE DE PALESTINE 



Les fouilles anglaises de Jérusalem. 

L'attention vient d'être rappelée sur les anti- 
quités de Jérusalem par le vol, ou le prétendu 
vol, de la mosquée d'Omar; le capitaine Parker 
et les membres de la mission archéologique dont 
il est le chef, tous officiers de l'armée ou de la 
marine britanniques, auraient dérobé le sceptre 
et la couronne de Salomon, ainsi que d'autres 
objets non moins précieux, conservés, prétend-on, 
depuis des siècles dans les inaccessibles souter- 
rains du Haram-ech-Chérif. On a pu se demander, 
en lisant ces invraisemblables nouvelles, ce qui 
avait attiré des officiers anglais sur la colline du 
Temple et ce qui y justifiait leurs recherches. 

Il semble que l'intérêt pour la topographie de 
Jérusalem soit de tradition dans l'armée britan- 
nique. Il y a plus de quarante ans, la première 
exploration scientifique y fut faite par les capi- 
taines Wilson et Warren, et, depuis ce moment, 
on a vu à plusieurs reprises les officiers anglais 
s'attacher à l'étude de son sol. On ne doit donc 
pas s'étonner si, une fois de plus, un groupe de 
soldats et de marins a tenté de résoudre le pro- 
blème d'Ophel. 

Parmi les problèmes archéologiques qui se 
posent à Jérusalem, celui-là est un des plus 
passionnants. On sait qu'on donne le nom d'Ophel 
à la colline étroite et escarpée qui s'allonge, au 
sud-est de la ville actuelle, entre la vallée du 
Cédron et celle du Tyropœon. Au nord, elle 
aboutit au Haram-ech-Chérif (l'ancienne place du 
Temple, sur laquelle se dresse maintenant la 
mosquée d'Omar), qui la domine. Cette colline, 
aujourd'hui occupée par des cultures, fut très 
vraisemblablement le noyau autour duquel se 
forma Jérusalem, l'endroit que la Bible appelle la 
«cité de David»; car il est probable qu'à l'époque 
de ce roi la ville ne s'étendait guère au delà. Or 
plusieurs textes nous apprennent que David, 
Salomon, et les rois de Juda qui leur succédèrent 
jusqu'à Manassé, furent enterrés non pas hors 
des murs, comme c'était la coutume, mais dan 
la «cité de David», et non loin du Temple. 
L'Éternel reproche aux Israélites, par la bouche 
d'Ézéchiel, d'avoir souillé les abords de son 
temple par les cadavres de leurs rois. De bonne 
heure, l'on a donc pensé à chercher sur Ophel 



184 



LE BULLETIN DE L'ART 



l'emplacement des sépultures royales. Retrouver 
la tombe de David, le lieu où, après leur mort, les 
rois de Juda venaient, suivant l'expression bi- 
blique, «se coucher avec leurs pères», tel a été 
le but dernier des explorations qui se sont suc- 
cédé dans cette région. Mais toutes les recher- 
ches ont été vaines; personne n'a encore pénétré 
le secret des tombes royales. 

C'est ce secret que le capitaine Parker et ses 
collaborateurs ont tenté, encore une fois, d'arra- 
cher aux roches d'Ophel. Ils ont déjà dirigé sur 
la colline plusieurs campagnes de fouilles, en 
particulier au-dessus de la fontaine Gihon (ou 
fontaine de la Vierge) et de l'aqueduc souterrain 
qui en amène les eaux à la piscine de Siloé (on 
suppose, en effet, que les sinuosi tés de cet aqueduc 
ne sont pas occasionnées seulement par l'inex- 
périence des ingénieurs d'Ézéchias, mais aussi 
par le désir d'éviter quelque monument creusé 
dans le roc, peut-être justement les fameuses 
tombes). 

Or, quel a été le bilan de ces recherches 
interrompues et reprises à divers intervalles? A 
vrai dire, personne n'en sait rien, même à Jéru- 
salem; car il est bien vrai que jamais fouille ne 
fut conduite de façon plus bizarre et plus mysté- 
rieuse; aucune communication n'a jamais été 
faite, ni orale, ni écrite, des résultats obtenus; 
l'abord des chantiers était sévèrement interdit à 
toute personne étrangère; des soldats turcs 
priaient môme de circuler le passant qui s'attar- 
dait aux alentours; afin de mettre plus sûrement 
les travaux à l'abri de tout regard indiscret, on 
s'était imposé la lourde charge de fouiller, non 
pas à ciel ouvert, mais, autant que possible, dans 
des galeries. 

Si extraordinaires que paraissent les accu- 
sations turques , on comprend que pareilles 
précautions aient surexcité les imaginations 
orientales, toujours prêtes à bâtir des contes, et 
que ces fouilleurs si amis du mystère se soient 
transformés en chercheurs et en receleurs de 
trésors fabuleux.' La mission anglaise a fait tout 
le nécessaire pour permettre aux racontars de 
circuler; et peut-être n'est-elle pas fâchée de 
l'effet produit? Quoi qu'il en soit, on regrette 
que, par ses allures étranges, elle ait mis en 
émoi les susceptibilités musulmanes et com- 
promis, peut-être pour longtemps, la possibilité 
de nouvelles recherches dans l'antique « cité de 
David». 

Charles Dugas. 



I-ES REVUES 



Franck 
Revue des Deux Mondes (15 mai). — Robert de 
La SizEBA.NNK. L'Œil et la main de M. Ingres. — 
L'exposition récemment organisée à la Galerie Georges 
Petit a démontré deux choses, qui nous étaient déjà 
connues par les témoignages qu'ont laissés sur leur 
maître les disciples d'Ingres : •< Nous voyons, dans 
ses enseignements comme dans ses tableaux et sa 
vie, se produire deux pliénomènes fort curieux. Le 
premier est une complète incapacité de jouir des 
belles couleurs, chez un homme au plus haut point 
sensible aux moindres modulations de la ligne. Le 
second est l'obstination d'un réaliste dénué d'imagi- 
nation à imaginer des scènes irréelles, à laisser là 
ce qui le sauve et à poursuivre ce qui le perd ». M. de 
La Sizeranne étudie ce double phénomène, en consul- 
tant les œuvres d'Ingres, ses lettres et ses notes, et 
aussi les souvenirs de ses contemporains ; son enquête 
est menée avec la plus entière franchise, et, si elle ne 
diminue aucune des qualités d'Ingres, elle ne cache 
aucun de ses défauts : le jugement a son pris, en ces 
temps où Ingres est devenu la proie des snobs. 

Italik 
■Vita d'arte (avril). — Ettork Coszam. Ignacio 
Zuloaga. — A propos de ses œuvres exposées à l'Ex- 
position du Cinquantenaire, à Rome (2 iig.). 

— Francesco Sapohi. L'Arl du balik : Agathe 
Wegerif Graveslein. — L'art du batik, importé par 
M"' A. Wegerif de Java en Hollande, consiste à dé- 
corer de motifs coloriés des étoffes de velours, de 
coton, de lin et de soie au moyen de plusieurs bains 
successifs, après avoir établi des réserves par des 
applications de cire. Les motifs préférés sont des 
motifs javanais et indiens sur fond veiné. L'atelier 
que M"' A. Wegerif a installé à Apeldoorn en Hol- 
lande crée surtout des étoffes destinées à l'ameu- 
blement (19 flg.). 

— GABTA^o Battaolia. a propos d'un portrait 
attribué à Rapliacl, — Portrait d'un docteur que le 
propriétaire, M. Tom. Virzi, de Palerme, attribue a 
Raphai'l et veut identifier avec le médecin A. Turini 

(I fig.). 

— Chroniques d'art : C. W. Cotncci. Frédérika 
H. Brœhsmit, paysagiste hollandaise (2 fig.); — Okestk 
Basilio. Une statuette du W'I' siècle. Elle représente 
Acléon et parait être un travail français. 

— Chronique du costume : Rosa Genoni. Sur les 
résultats d'un concours organisé par la Vita d'arte 
pour la création d'une mode féminine italienne 
(5 flg.). 

— Les Expositions de 1911 : R. Pamciii. 1,'Erposî- 
tion rétrospective italienne à Florence. — L. G 

Le Gérant : H Iie.nis. 

Pftris — Imp. <teorK«« Petit, 11 ne (iodoi-d '-Uauroi 



Numéro 609. 



Samedi 24 Juin 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Réglementation de la statuonianie 



Les conseillers municipaux de Paris montrent 
pour la beauté de leur ville un zèle intermittent. 
Tantôt il leur arrive de commettre de singulières 
maladresses ou d'impardonnables omissions, et 
tantôt ils prennent les mesures les plus judi- 
cieuses et les plus louables. 

Pour aujourd'hui, ils ont tous les droits à la 
boule blanche, car le projet de délibération qu'ils 
viennent de voter, sur la proposition de M. Oudin, 
était depuis longtemps réclamé par les gens de 
goût, — Parisiens, provinciaux ou étrangers, — 
exaspérés par l'invasion vraiment intolérable 
des statues. 

Le Conseil municipal a donc décidé : 

1° Qu'aucun emplacement pour l'érection d'un 
monument ne sera accordé qu'après l'examen 
sur place etl'approbation d'une maquette dûment 
présentée par le comité ; 2° que le monument 
devra honorer la mémoire d'une personnalité 
morte depuis au moins dix ans (I). 

Voilà qui est deux fois sage, encore que les 
termes de cette délibération eussent dû, à mon 
sens, être intervertis. 

La seconde de ces résolutions constitue, en 
effet, la mesure la plus générale. Elle permettra 
au temps de faire son œuvre et de remettre à 
leur place tant de personnalités, à coup sûr 
éminentes, mais dont la glorification par le 
marbre ou par le bronze ne paraissait point 
s'imposer au commun des mortels. Aux inévi- 
tables comités, pressés d'honorer la mémoire des 
« grands hommes » dès le lendemain de leur 
mort, de commander leur effigie et de leur 
trouver une place ou un square, il restera la 
ressource d'ériger leur statue ou leur buste dans 

(1) Accessoirement, le Conseil a pris une troisième 
décision : c'est que, en raison de ses dimensions 
colossales et de son caractère funéraire, le monu- 
ment de Beethoven ne serait pas installé au Ranelagh. 



les cimetières, d'où tant de monuments funé- 
raires n'auraient jamais dû sortir. Les sculpteurs 
n'y perdront rien et l'art public ne pourra qu'y 
gagner. 

En admettant donc qu'une statue ait triomphé 
de cette première épreuve éliminatoire qu'est le 
stage décennal, il lui restera encore à prouver 
qu'elle est digne d'être montrée coram populo, 
c'est-à-dire que ses proportions et ses lignes 
s'accordent avec le cadre qui lui est destiné. 
Pour cela, on a imposé aux promoteurs de monu- 
ments l'obligation de présenter des maquettes à 
grandeur d'exécution. Cette mesure est d'une 
logique tellement élémentaire, qu'on s'étonne 
qu'il ait fallu l'attendre si longtemps. 

Pour peu qu'on tienne la main à l'observation 
rigoureuse de cette nouvelle réglementation, on 
ne tardera pas à reconnaître ses heureux effets. 
11 y aura sans doute moins de comités, moins 
d'inaugurations, de discours et de palmes acadé- 
miques ; il y aura aussi moins de jardins avilis 
et de perspectives gâtées, et moins de ces bons- 
hommes en redingote, auxquels le passant ne 
sait plus guère rendre qu'un hommage, qui est 
de maudire leur encombrante laideur. 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 10 juin). 
— L'Académie partage comme suit le montant du 
l'fixArdoin (1.600 fr.), créé en faveur des jeunes filles 
qui se destinent à la carrière des beaux-arts : 500 fr. à 
M"' Lavielle, peintre; 400 fr. à M"* Rozet, sculpteur; 
350 fr. à M"* Jeanne Merise, peintre ; 350 fr. à 
M"* Marguerite Maismé. 

(Séance du 17 juin). — L'Académie a décerné les 
prix suivants : 

Prix Desprez (t.OOO fr.) à M. Silvestre; — Prix 
Leclerc-Maria Houland (3.000 fr. ) à M. Lesellier; — 
Prix Edouard Lemailre (300 fr.) à M. André Prévot- 
Valery; — Prix Meurand (1.000 fr.) à M. Zingg; — 



186 



LE BULLETIN DE L'ART 



Prix Eugène Piot (2.000 fr.) à M. Etcheverry ; — Prix 
Sanford-Saltus (500 fr.) à M. Malespina. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 9 juin). — M. Héron de Villcfosse lit une 
note de M. Adrien Blanchet Bur une pierre gravée 
antique, où l'on voit un satyre faisant danser Eros 
sur son pied droit, création de l'art hellénistique 
alexandrin dont on trouve plusieurs variantes sur 
des pierres gravées et des monnaies d'Asie-Mineure. 

— M. Dieulafoy lit un mémoire de M. Fauré sur la 
forme de la croix ansée et du li égyptiens. 

(Séance du 16 juin). — M. Gagnât, au nom de la 
commission chargée d'attribuer la médaille Blanchet, 
propose de la décerner, cette année, à la Société de 
géographie d'Oran, pour reconnaître les services 
qu'elle a rendus depuis plus de trente ans à l'archéo- 
logie et à la géographie de l'Afrique du Nord. 

— M. Dieulafoy présente la photographie d'un 
ivoire roman appartenant à M. José Lazaro, de 
Madrid. Il y voit une œuvre de l'école toulousaine 
du douzième ou du treizième siècle, qui représente 
le type du Christ de majesté. 

M. Babelon communique une monnaie de bronze 

de la ville d'Artaxata; capitale de la province de 
Grande-Arménie, à partir de l'époque de Trajan. Cette 
monnaie unique et nouvelle donne au nom de la 
ville la forme Artaxisata : elle prouve, en outre, que 
la province romaine d'Arménie existait encore sous 
Commode. 

— M. le marquis de Vogué étudie, aux points de 
vue architectural et mathématique, le plan de la 
belle citerne de Rhamleh : il montre que ce monu- 
ment de la Palestine, qui remonte au deuxième 
siècle de l'Hégire, est conçu suivant les règles obser- 
vées par les architectes romains de l'âge byzantin. 

Musée du Louvre. — On peut voir exposés 
depuis cette semaine, dans la salle des portraits 
d'artistes, les nouveaux enrichissements du musée 
du Louvre, dont voici la liste : 

Ingres : le Bain turc (don de la Société des Amis du 
Louvre); Raffet : dessins (don de la Société des Amis 
du Louvre); Ph. deChampaigne : Portraits de la Mère 
Angélique Arnauld et du Duc de Itoannez: École 
espagnole : Portrait de femme (dons de M"" Nolleval 
et la Comtesse de Rochambeau) ; Monticelli : deux 
peintures (don de M. Fayet); Dehodencq : Portrait 
du peintre llamon (don de MM. Bernhelm jeune); 
Neroccio di Bartolommeo : la Vierge et l'Enfant avec 
deux saints (don de M. R. Kœchlin); G. Michel : les 
Moulins de Montmartre, dessin (don de M. 0. Denoin- 
▼llle). La coupe persane du un" siècle, offerte par les 
Amis du Louvre, sera également exposée dans la 
même salle. 

A ces donations diverses, ont été jointes les der- 
nières acquisitions du musée : 

Barthélémy Bruyn : Donateur et donatrice avec 



leurs enfants; Lucas Cranach le Vieux : Portrait de 
jeune fille et une Biche, dessins ; De Bray : Portrait 
d'homme; Eugène Lami : Entrée de la Duchesse 
d'Orléans aux Tuileries; Raffet : dessins et aqua- 
relles. 

l'Inspiration du poète, de Poussin, dont nous 
avons déjà parlé, lors de son achat par le Louvre, a 
pris place dans la salle du xvii* siècle français. 

Musée Galliera. — La municipalité parisienne 
a inauguré, le 1" juin, au musée Galliera, une expo- 
sition de grès, faïences et terres cuites, qui réunit un 
très bel ensemble d'œuvres d'artistes, tels que 
Méthey, Delaherche, Dammouse, Decœur, Lenoble, 
Moreau-Nélaton, William Lee, de Vallombreuse, La- 
chenal, Massoul, Simmen, etc. 

Cette exposition durera jusqu'à fin septembre; nous 
aurons l'occasion d'y revenir. 

Musée d'Ennery. — Les nouvelles collections 
constituées par M. Gayet, au cours de sa dernière 
campagne de fouilles à Antinoë (1910-1911), sont 
exposées, depuis la semaine dernière, au musée 
d'Ennery, 59 bis, rue du Bois-de-Boulogne. 

Palais des beaux-art» de la "Ville de Paris. — 

La salle Carriès transformée et la paierie des tapisse- 
ries, gracieusement mises à la disposition de la Ville 
de Paris par M. le sous-secrétaire d'État des beaux- 
arts [Histoire de don Quichotte, sur fond rouge), 
seront ouvertes au public le mercredi 28 juin. 

Société nationale des beaux-arts, — Le 41 juin 
a eu lieu l'assemblée générale de la Société nationale 
des beaux-arts appelée à élire de nouveaux membres 
sociétaires et associés. 

Ont été élus sociétaires : 

A la peinture : M"* Ayrton, M. Léon Carré, M"" 
Crespel, Gallier-Boissière, MM. Jeffrys, Camille Lam- 
bert, Migonney, M'"' Lucien Simon, MM. Schwartz- 
Bchild, Rayuiond Woog ; — « la sculpture : MM. Ar- 
nold, Carl-Angst, Drivier, Paulin, Vannier; — à la 
gravure en médailles : M. Durousseau ; — ù la gra- 
vure : MM. Heyman, Lefort des Ylouses, Schmied : 

— i\ l'architecture : MM. Emmanuel Chaîne, Genuys, 
Gérard; — aux arts décoratifs : M"' Germain. 
MM. Clément Mère, Robert. 

Ont été élus associés : 

A la peinture : MM. Bowie, Chapuy, Costantini, 
Dagnac-Rivière, M"' Dannenbcrg, M. Deluermoz, 
M"' llalloweil, MM. llanicottc, Bernard Harrison. 
Hohlenberg. Laborde, Ladureau, Laurent Gsell, Lo- 
creux. de Marliave, Jacques Mathey, de Waroquier ; 

— à la sculpture : M— Bauer, MM. Dutheil, Mars- 
Vallelt, Twead, Vallin-Hekking; — à la gravure en 
tnédailles : M. Rasumny ; — à la gravure : M"" Hop- 
kins, M.M. Jouve, Laboureur, Marcel Roux ; — à l'ar- 
chitecture : MM. Maugars, Pin; — aux arts déco- 
ratifs : M— Berthelot, Jaillon, MM. Vuillaume. de 
Waroquler, 'Wennerberg, M"' Lecreux, M"* O'Kln. 



ANCIEN ET MODERNE 



187 



Société d'encouragement à l'art et à l'Indus- 
trie. — Le vingt et unième concours général de 
composition décorative organisé par la Société d'en- 
couragement à l'art et à l'industrie, entre les élèves 
des écoles de dessin, des beaux-arts, d'art décoratif 
et dart industriel de France, a été jugé la semaine 
dernière. 

Le sujet du concours était « un dessus de porte pour 
un cabinet de travail ou bibliothèque » ; 229 candidats 
avaient envoyé leurs projets ; le jury a décerné les 
récompenses suivantes : 

La i" prime n'a pas été attribuée ; la 2* (400 francs) 
a été décernée à M. Quénioux (école des arts déco- 
ratifs de Paris) ; la 3" (300 fr.), à M. Courtois (école 
Bernard-Palissy, Paris) ; la 4* (300 h-.), à M. Girard 
(école Bernard-Palissy, Paris) ; la 5- (250 fr.), à M. Bec- 
meur (école des beaux-arts de Nantes) ; la 6' (250 fr.), 
à M. Rocheil (école des beaux-arts de Marseille) ; 
la 7* (225 fr.), à M. Garraud (école des beaux-arts de 
Marseille) ; la 8' (150 fr), à M. Bouvoult (école Ber- 
nard-Palissy, Paris). 

Conformément au règlement, M. Sobotta (école 
Bernard-Palissy), classé pour une 3' prime, n'a pu 
être maintenu, ayant obtenu déjà une 2' prime en 1910. 

Les Travaux de Paris. — La préfecture de la 
Seine a invité les habitants du VI* arrondissement de 
Paris à donner leur avis sur la création d'une place 
nouvelle au débouché de la rue Dauphine, devant le 
'ont-Neuf. La création de cette place, d'une incon- 
stable utilité comme dégagement, serait le premier 
jalon du prolongement de la rue de Rennes vers le 
Pont-Neuf, ce qui supprimerait du coup le projet du 
pont de la Monnaie, contre lequel s'est élevé un si 
unanime concert do protestations. 

ILe Concours des façades. — Le jury du concours 
des façades a examiné les vingt façades qu'il avait 
retenues. 
Les six maisons : 4 bis, rue aux Ours ; 6, rue Fcs- 
•ard ; 2, avenue Camoëns ; 3, rue Chernoviz ; 6, rue 
bufrénoy ; et 64, rue Pergolèse, ont été primées. 
Chronique du vandalisme. — Après avoir mor- 
celé le domaine du château de Vitry-sur-Seine, voici 
maintenant qu'on démolit cette charmante deuieure 
seigneuriale du premier tiers du xvm" siècle. Un 
moment, il avait été question d'utiliser ce château 
pour la mairie ; c'était un excellent projet, que de 
mesquines rivalités locales n'ont pas permis de 
réaliser. 



^Hke 



I 



A Nantes. — Plusieurs journaux ont annoncé 
[qu'un primitif français venait d'être découvert à 
Nantes et ont fait grand éloge de cette t'ielà, qui, à 
les en croire, serait un chef-d'œuvre du xv" siècle, 
digne de prendre place à côté de la Pietà de Ville- 
neuve-les-Avignon. 

Quelqu'un de bien informé, qui a pu voir la pein- 
ture quand elle a été retrouvée — non pas récem- 



ment, mais il y a un peu plus d'un an, — dans les 
réserves du musée, par le conservateur, M. Gatroux, 
nous a dit avoir gardé bon souvenir de ce tableau, 
certainement intéressant, mais qui ne parait pas 
réunir toutes les qualités qu'on veut lui attribuer. 

H est vrai que, lors de «a découverte, la peinture, 
roulée depuis longtemps, avait tant souflert qu'il 
fallut l'envoyer à la restauration. Peut-être cette res- 
tauration lui a-t-elle donné des mérites nouveaux... 

A Amsterdam. — On nous écrit d'Amsterdam : 
Le 10 juin a eu lieu, sur le Jodenbreestraat, l'inau- 
guration de la maison de Rembrandt, dont nous avons 
déjà eu l'occasion d'entretenir les lecteurs du Bul- 
letin. La maison, achetée en 1907 par la ville d'Ams- 
terdam, fut transférée à une association d'admirateurs 
du peintre. Grâce à la libéralité d'un riche Amsterda- 
niois, M. llartsink, la maison put être restaurée à 
l'extérieur et rétablie à l'intérieur à peu près telle 
qu'elle était lorsqu'elle fut habitée par Rembrandt. 
Elle est destinée à une exposition des eaux-fortes du 
maître, auxquelles viendront, on l'espère, s'ajouter 
des dessins. Un catalogue provisoire, précédé d'une 
description de la maison , le tout de la main du 
peintre Jan Yeth, est dès maintenant à la disposition 
du public. 

La cérémonie de l'inauguration eut lieu en présence 
de la reine Wilhelniine. M. Quack, président de l'As- 
sociation, prononça une allocution, dans laquelle il 
exposa l'utilité pratique du musée établi dans la 
maison, lequel permet au public d'apprécier l'œuvre 
gravé de Rembrandt, trop souvent enseveli dans 
les portefeuilles des cabinets d'estampes, et rendit 
un hommage ému au chef incontesté de l'école 
hollandaise actuelle, Jozef Israols, âgé de 87 ans, 
qui assistait à la cérémonie avec son fils. Ce fut 
M. Israi'ls qui, en 1906, lors du centenaire de Rembrandt, 
avait le premier suggéré l'idée des mesures spéciales 
à prendre pour la protection de la maison que Rem- 
brandt avait habitée pendant la période brillante de 
sa vie. — G. IIuet. 

A Rome. — Les travaux de restauration du tom- 
beau de Raphaël au Panthéon, dont le Bulletin a déjà 
eu l'occasion de parler, viennent d'être terminés. On 
sait qu'on avait découvert une première fois, en 1833, 
le sarcophage de Raphaël, et que le souvenir exact 
de sa place s'était assez vite perdu, au point que de 
nouvelles recherches ne parurent pas inutiles. Elles 
furent entreprises récemment, et le sarcophage fut 
découvert une seconde fois sous l'autel de la 
Madonna del Sasso. Il restera désormais visible dans 
la disposition adoptée par le directeur des travaux, 
M. A. Munoz ; on a en effet transformé l'autel qui le 
cachait en une simple table de pierre soutenue par 
deux balustres. La Madonna del Sasso a été débar- 
rassée de tous les ex-voto qui l'encombraient. 

Il n'y eut pas de cérémonie, lors de l'achèvement 
des travaux ; on se contenta, dans une pensée bien 



m 



188 



LE BULLETIN DB L'ART 



romaine, de déposer, devant le tombeau du maître 
d'Urbin, une couronne de lauriers cueillie la veille au 
Palatin. 

La surintendance des monuments de Home a 
publié comme souvenir la reproduction d'une esquisse 
d'Horace Vernet, représentant la première découverte 
du tombeau, en 1833. 

C'est un petit tableau , récemment étudié par 
M. F. Servian; il appartient à M. Emile Ricard, frère 
du portraitiste, et n'a jamais paru dans aucune expo- 
sition. Quand, en 1833, des travaux exécutés dans le 
Panthéon mirent au jour les restes de Raphaiil, Horace 
Vernet, qui dirigeait alors l'École française de Rome, 
vint rendre visite à son illustre confrère et esquissa 
une poctiade qui donne très exactement l'état des 
lieux. Le squelette de RapiiaiU est étendu presque 
au ras du sol, sous l'arceau de brique qui supporte 
la statue de la Madone, entre deux grandes colonnes 
de porphyre. Les colonnes et la statue sont vues jus- 
qu'à mi-hauteur; au premier plan, sur le dallage de 
marbre, deux caisses sont remplies de décombres ; à 
droite, un ouvrier se repose, appuyé sur sa pioche. 
Au bas de la toile, Benoît Blanc, pensionnaire de 
l'École et disciple de Vernet, a écrit une note expli- 
quant dans quelle circonstance son maître a tracé 
cette esquisse. 



Les Récompenses du Salon 

[Suite.) 



Lundi dernier, a eu lieu au Grand Palais la réunion 
du Conseil supérieur des beaux-arts et le vote pour 
le Prix national et les bourses de voyage. 

Prix national. — M. Lucien Jonas (S. A. F.), qui 
expose cette année le Portrait de il. Harpignies et 
une Consultation de médecins, s'est vu attribuer le 
Prix national au premier tour de scrutin. 

BouBSES DE VOYAGE. — Peintui'e : MM. Louis Mon- 
tagne, Léon Cannicioni et Jules Zingg (S. A. F.). 

Sculpture : MM. Marie Andrieu, Pierre Lenoir et 
Louis Barbery (S. A. F.). 



Architecture : MM. Armand Guéritte et Albert 
Gabriel (S. A. F.). 

Gravure : M. Charles Hallo (S. A. K.). 

Art décoratif : M. Gaston Le Bourgeois (S. N.). 

— Les prix créés par les gouverneurs de l'indo- 
Chine et de l'Afrique occidentale française ont été 
attribués : le premier à M. François de Marliave, 
peintre (S. N.), et le second à M. Henri Cayon, peintre 
(S. A. F.). 

Au cas où les titulaires seraient dans l'impossibilité 
de remplir les conditions du prix, le jury a désigné en 
deuxième ligne : MM. Fouqueray (S. A. F.), pour 
rindo-Chine, et M. Ant. Villard (S. X.), pour l'Afrique 
occidentale. 

Des « encouragements coloniaux » ont été décernés 
à MM. Vallin-Hekking, sculpteur (S. N.), Nicot, 
sculpteur (S. A. F.), et C. Bourget, peintre (S. A. F.). 

— Le prix Gallimard-Jaubert (1.200 fr. par an pen- 
dant quatre ans) a été décerné, par le comité de la 
Fondation Taylor, à M"* Andrée Marchai, sculpteur 

(S. A. F.). 

— Des encouragements de 1.000 francs ont été 
accordés : 

!• Pour la peinture, à MM. Descudé, Buzon, Loys 
Prat, M"" Jouclard, Nivouliès, MM. Baume, Darieux ; 

2" Pour la sculpture, à MM. Marins Cladel, Sar- 
torio, Exbrayat, Wlérick, Mathey, d'Ambrosio ; 

3° Pour Varchitecture, à M. Arnal ; 

4* Pour la gravure et la lithographie, à M. Bou- 
chery ; 

5" Pour Vart décoratif, à M. Bourgoin. 

Des encouragements de 500 francs ont été dé- 
cernés : 

1» Pour la peinture, à MM. Tranchant, Georgct, 
Dubois, Glaize, Llano Florès, Mestrallet, M"* Labatut, 
MM. Pougheon, Brudo, Marbonne, Lagrange, Battus ; 

2« Pour la sculpture, à MM. Hervé, Pommier. 
Mengue, Dutheil, Vallin-llekking, M"" Bricard ; 

3° Pour la gravure en médailles, à M. Fraysse ; 

4* Pour Varchitecture, à MM. Camuzat, Castel, 
Maurice Durand; 

5' Pour Vart décoratif, à M"" René Jean. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — "Vente de la collection Pierre 
Decourcelle (peintures, sculptures, etc., du 
X'VIII< siècle). — Pour compléter ce que nous 



avons dit du grand succès obtenu parcelle vente, 
faite les 29 et 30 mai, il ne nous reste qu'adonner 
la liste des principales enchères, avec les prix 
obtenus par certaines œuvres d'art dans de pré- 
cédentes Tentes et avec les prix de demande; la 



ANCIEN ET MODERNE 



18» 



lecture de ces chiffres rapprochés est tout à fait 
suggestive. 

PRINCIPAUX PRIX 

Tableaux anciens. — 2. Boze. Portrait présumé de 
l'artiste, 3.500 fr. — 4. Chardin. Le Chat gobevr 
d'huîtres, 18.000 fr. {dem. lo.OOO). — 6. Danloux. 
Portrait d'une jeune Anglaise, 2.700 fr. — 7. Portrait 
de fillette, 4.300 fr. — 9. David. Portrait de jeune 
homme, 3.500 fr. — 10. Debucourt. La Visite à la 
grand'mère, 6.900 fr. (dem. 2.000). — 11. P. Delaroche. 
Portrait du chancelier marquis de Pastoret, 30.000 fr. 
(dem. 15.000; vente du Plessis-Bellières, 1897, 8.000). 

— 13. Desportes. Une table d'office, 3.350 fr. — 14. 
Ducreux. Portrait de femme, 16.500 fr. (dem. 10.000). 
15. Attr. à Fragonard. Turqueries, trois panneaux de 
portes montés en paravent, 40.500 fr. (dem. 50.000). 

— Fragonard : 16. Le Repentir tardif, 8.500 fr. 
(dem. 10.000). — 17. La Chasse à l'ours, 5.000 fr. 
(dem. 2.500). — 18. L'Aile brisée. Amour nu, 5.300 fr. 
(dem. 5.000). — 21. M"* M. Gérard. Liseuse, 2.500 fr. 

— 22. Van Goyen. Pêcheurs au bord d'un canal, 
4.000 fr. (vente Cheramy, 1908, 4.905). — 23. Guardi. 
La Place Saint-Marc, à Venise, 37.000 fr. (dem. 30.000). 

— 26. Hall. Portrait de jeune femme, 18.100 ff. 
(dem. 15.000). — 27-28. Iluet. L'Oiseau prisonnier. 
Le Duo, 7.100 fr. (dem. 6.000). — 29-30. N. Lavreince. 
L'Ouvrière en dentelles. Le Déjeuner en tête à tête, 
25.000 fr. (dem. 8.000 ; vente Berendt, 1889, 4.000 ; 
vente Lacroix, 1901, 7.825). — 31. M°* Vigée-Lebrun. 
Son portrait, 13.200 fr. (dem. 10.000). — 32. L. Moreau. 

ILa Grille du parc, 2.600 fr. — 33. Morland. Portrait 
de Rowlandson, 3.800 fr. (dem. 5.000). — 36. OUivier. 
La Causerie au fond du parc, 3.000 fr. — 37. Pater. 
L'Entretien galant, 10.200 fr. (dem. 8.000). — 38. 
hubert-Robert. La Rentrée du troupeau, 23.600 fr. 
(dem. 18.000). — 39. te Berger, 4.500 fr. — 40-41. Les 
Bûcherons. L'Orage, 6.100 fr. (dem. 6.000). — 42. La 
Voûte d'or, 12.100 fr. (dem. 6.000). — 43. La Villa 
Médicis, à Rome, 14.300 fr. (dem. 8.000). — 46-47. 
^^ Uoslin. Portrait de François Boucher. Portrait de 
I^B Mme F. Boucher, 12.100 fr. — 49. Taunay. La Fête du 
'^^kvillage, 6.050 fr. (dem. 5.000). — 54. École anglaise, 
^^mxfin' s. La Fillette aux cerises, 10.000 fr. (dem. 6.000). 
^^B — 55. Le Bon exemple, 3.900 fr. — 58. École française, 
^^Bzviii* siècle. Portrait d'enfant, 8.000 fr. (dem. 3.000). 
^^" ScuLPTDBES. — Allegrain. 178. Bacchante, 8.500 fr. 
(dem. 6.000). — Clodion: 179. Léda et le cygne, terre 
cuite, 30.600 fr. (dem. 20.000 ; rest.). — 180. Le Satyre 
et son fils, terre cuite, 6.500 fr. (dem 8.000 ; rest.). — 

I^K 181. L'Innocence, terre cuite, 15.000 fr. (dem. 12.000; 
^V fract. rest., patine rapportée). — 182. Le Faune aux 
marmousets, terre cuite, 3.100 fr. (dem. 8.000 ; rest.). 
— 183. Couasnon. Jeune fille, terre cuite, 8.000 fr. 
(dem. 6.000). — 185. Coysevox. Jacques-Bénigne 
Bossuet, terre cuite, 13.100 fr. (dem. 10.000). — 186. 
Portrait d'un magistrat, marbre blanc, 5.800 fr. 
(dem 8.000). — 187. Fernex. Portrait présumé de la 
princesse de Béthune-SuUy, terre cuite, 15.500 fr. 



(dem. 15.000). — Houdon : 189. J.-J. Rousseau, terre 
cuite, 25.000 fr. — 190. Sabine Houdon, plâtre, 
20.200 fr.— 191. Anne-Ange Houdon, plâtre, 20.000 fr. 
— 192. Claudine Houdon, plâtre, 48.000 fr. (dem. 
15.000 ; rest.). — 193. Lemoyne. Prosper Jolyot de 
Crébillon, terre cuite, 10.000 fr. (dem. 12.000). 

Marin. 194 : Canadiens au tombeau de leur enfant, 
terre cuite, 9.000 fr. (dem. 10.000, rest.). — 193. La 
Citoyenne Briqueville, terre cuite, 4.600 fr. (dem. 8.000, 
base refaite). — 196. Bacchanale, 3.000 fr. (dem. 8.000, 
rest.). — A. Pajou : 198. Portrait de Mme la comtesse du 
Barry, terre cuite, 193.000 fr. (dem. 100.000, quelques 
rest., patine rafraîchie ; vente de la comtesse Le Hon, 
1861, 1.900). — 199. Portrait de Mme la comtesse du 
Barry, pi., 16.050 fr. (dem. 20.000). — 201. École de 
J. de Bologne. Un fleuve, terre cuite, 3.450 fr. — 205. 
École fr. La Vierge et l'Enfant Jésus, groupe peint 
sculpté, 4.600 fr. (mauvais état). — 208. Portrait 
présumé de Rosalie Fragonard, terre cuite, 7.100 fr. 
(dem. 2.000). — 209. Portrait d'homme, terre cuite, 
5.500 fr. (dem. 3.000). 

Biscuits, pobcelaines. — 211. Groupe de trois bac- 
chants debout, biscuit Bourg-la-Reine, ép. Louis XVI, 
3.300 fr. — 212. Statuette anc. biscuit de Sèvres, 
Thalie, d'après Boizot, 3.300 fr. (rest.). — 213. Deux 
aiguières biscuit, ép. Louis XVI, d'après Clodion, 
6.050 fr. (dem. 3.000, rest.). — 215. Statuette anc. 
terre de Lorraine, Léda nue, d'après Falconet, 3.800 fr. 
(rest.). — 216. Deux petits groupes, terre de pipe non 
cuite, la Paix et la Guerre, 4.700 fr. (rest.). — 217. 
Deux petits bustes, fa'ience bl. de Lorraine, xviii* s. 
Louis XV et Marie Leczinska, 6.000 fr. (dem. 8.000, 
rest.). — 219. Jardinière, anc. porcel. Chine, dorure 
sur fond bleu, mont, br., ép. Louis XV, 2.600 fr. — 
220. Deux flambeaux, anc. Saxe, enfants nus, etc., 
3.010 fr. (un rest.). 

Bois sculptés. — 226. Baromètre-thermomètre, 
bois sculpté et doré, rocailles, ép. Louis XV, S. 500 fr. 
(dem. 7.000). 

Bronzes. — Méd. br. Portrait de Condé, par Coy- 
sevox, ép. Louis XIV, 2.000 fr. — 231. Chenets, ép. 
Louis XVI, stat. d'amour, 4.000 fr. — 232. Deux bras- 
appliques, gaine feuillagée, école de Delafosse, ép. 
Louis XVI, 3.005 fr. 

Meubles. — 234. Grand bureau plat de milieu, mar- 
quet. bois de violette, etc., garn. br., ép. Louis XV, 
22.500 fr. (dem. 30.000). — 235. Fauteuil bas, dit à 
éperons, bois sculpté, ép. Louis XVI, 4.500 fr. — 236. 
Petite console bois ajouré, sculpté et doré, ép. 
Louis XVI, 7.500 fr. (dem. 7.000). — 237. Kégulateur, 
bois de placage, garn. bronze doré, ép. Louis XVI, 
11.500 fr. (dem. 12.000). — 238. Paravent bois sculpté 
et peint gris, à quatre feuilles tapiss. Aubusson, fond 
gris, corbeilles de fleurs, ép. Louis XVI, 21.000 fr. 
(dem. 15.000). — 239. Petit en-cas de nuit, marquet. 
bois de coul., 8.500 fr. (dem. 8.000). — 241. Canapé, 
banquette, deux fauteuils et six chaises, bois clair, 
médaillons grisaille à fig. myth., trav. angl. d'Hep- 
plevhite, fia xviii* s., S.800 fr. 



100 



LE BULLETIN DE L'ART 



Vente de la collection du D*^ Eddé (anti- 
quités). — Cette vente, qui avait fait l'objet 
d'un catalogue illustré, a produit un total de 
133.246 francs. Elle a eu lieu, salle 7, du 31 mai 
au 2 juin, sous la direction de M* Baudoin et de 
MM. Rolliu et Feuardent. 

L'enchère la plus élevée a été obtenue par une 
statuette de femme nue, en bronze, d'art égyptien, 
vendue 61.000 francs sur la demande de 120.000. 

PRINCIPAUX PRIX 

Antiquités grecques. — Poteries. 6. Grande am- 
phore panathénaïque. Minerve, d'ancien style, etc. 
Peinture noire sur fond rouge, 6.500 fr. 

Sculptures. — 333. Vénus nue debout, portant dans 
sa main gauche un petit amour assis, lironze, m' s. 
av. J.C., 5.100 fr. 

M.\HBKEs. — 384. Tête de jeune vainqueur dans les 
jeux. Haut relief. École alexandrine. Marbre de Paros, 
5.100 fr. — 397. Statue de femme debout, le manteau 
couvrant le buste, 2.500 fr. 

Antiquités éoyptiennes. — Bronzes. 447. Femme 
nue en marche. Com' du Nouvel Empire, 61.000 fr. 
(dein. 120.000).— 418. Chatte assise, 2.500 fr. 

Gbanit, POHPiiYiiB ET BASALTE. — 524. Androsphinx 
couché sur une base oblongue, 16.500 fr.(dem. 20.000), 
au musée de Copenhague. — 525. Grande statuette 
de la déesse Toueris, en hippopotame, debout, 5.000 fr. 
(dcm. 6.000). 

Succession de M. Bertin (objets d'art, etc.). 

— Cette vente, faite salle 6, du 30 mai au 3 juin, 
par M»' Lair-Dubreuil et Doublot, assistés de 
MM. Pauline et Lasquin et Falkenberg, a produit 
373.000 francs. Composée en majeure partie 
d'objets d'art et d'ameublement, de bijoux et 
d'orfèvrerie modernes, elle nous olîre peu de 
résultats dignes de remarque. Il nous suffira 
d'indiquer les enchères les plus élevées. 

PRINCIPAUX PRIX 

Porcelaines. — 116. Grosse potiche et couvercle, 
forme balustre carrée, Chine, émaux de coul., arbustes 
Ueurig,ép.Kang-hi,9.050fr. (dem. 3.500; légère fêlure 
au col). 

Bronzes d'ameublement. — 234-235. — Deux pen- 
dules-cages, br. ciselé et doré, ép. Empire, 3.000 fr. 

Meubles. — 313. Commode, marquet. à carrelages 
et br., ép. Louis XV, 2.520 fr. — 316. Commode, 
marquet. à fleurs, et br. estampé de Kemp, en partie 
ép. Louis XVI, 2.700 fr. 

Tapisseries. — 377. Paravent à quatre feuilles, anc. 
tapisserie flamande, xvi* s., 4.000 fr. (dem. 5.000). — 
378. Tap. flam., xvi" s., paysage et animaux, 3.000 fr. 
(incomplète). — 379, Tapis. Bruxelles, fin xvi* s., 
paysage avec tigre, 13.000 fr. (dem. 6.000). — 380. 
Tapis. Bruxelles, xvi- s., paysage accidenté, ani- 



maux, etc., 12.000 fr. — 381. Tapiiterie flam, xvi* •., 
personnages guerriers, 5.000 fr. 

Vente de la collection Henri Bordes (objets 
d'art, etc.) — Faite, salle 1, les 1" et 2 juin, par 
M" Desvouges etUéguin et MM. Caillot, Chaîne et 
Simonson, Mannheim et Delteil, cette vente a 
produit 164.U12 francs. 

De bons prix, dont nous donnons la liste, ont 
été obtenus dans chacune des catégories de celte 
réunion d'objets d'art et d'ameublement. 

Soulignons celui de 10.700 fr. auquel a été 
adjugée une assiette en Alcora ou Marseille, 
décorée de vues. Il avait été demandé 10.000 fr. 
de cette assiette, naguère vendue 1 .900 fr. à la 
vente Léus, en 1896. La faïence du xvii« siècle, 
comme on voit, n'a pas à soulfrir de la plus-value 
des céramiques italiennes ou hispano-moresques. 

PRINCIPAUX PRIX 

Anciennes faïences françaises. — Marseille. 16. 
Corbeille polychr. et or, paysage avec personnages 
en costumes Louis XV, 2.850 fr. (fêlure). — Severs. 
20. Pichet forme broc, décor bleu, vert et jaune, 
ornements dans le goût de Bérain, etc., 2.380 fr. — 21. 
Grand plat, décoré en blanc fixe sur fond gros bleu, 
4.995 fr. — 35. Brfile-parfums ovale, sur piédouche, 
médaillons, sujet d'après Greuze, etc., 10.100 fr. 
(égrenure, dem. 10.000). 

Anciennes faIkncbs'étrangères. — Alcora ou Mar- 
seille. 37. Assiette polychr., quatre cartouches, bouquet 
de fleurs et vues, 10.700 fr. (dem. 10.000). — Delft. 44. 
Deux grandes pyramides, camaïeu bleu, monogr. de 
Louis Fictoor, 5.200 fr. (dem. 3.000). — 45. Plat 
ovale, polychr. et or, paysage avec personnages et 
animaux, 2.800 fr. — Gubbio. 49. Petit plat, décor 
bleu, jaune et rubis à reflets, 4.350 fr. (fêlure). 

Estampes nu xviii' siècle. — 100. D'après Baudouin. 
Le Coucher de la mariée, par Moreau le Jeune et 
Simonnet, avec les armes, avant toutes lettres, 2.600 fr. 
— 105-106-107. D'après Lavreince. L'Aveu difficile, 
la Comparaison, l'Indiscrétion, par Janinet, impres- 
sion en coul. sans marges, 4.103 fr. 

Tableaux, etc. — 165. Meissonier. L'.Affaire Cle- 
menceau, aquar., 5.305 fr. (dem. 6.000; vente A. Du- 
mas, 1892, 9.600 fr.). — 170. Jules .Noël. Le Dîner se 
fait attendre à l'hôtel du Lion d'Or, Bretagne, 
3.000 fr. — 177. Vibert. Le Départ du Cardinal, 
aquar., 2.500 fr. 

Meubles. — 213. Fauteuil, tapis, à grosses fleurs, 
ép. Régence, 4.000 fr. — 214. Fauteuil, tapis, i petits 
paysages, ép. Régence, 3.110 fr. 

Tapisseries. — 224. Tapisserie flamande, fin xvi* s., 
La Sortie d'Egypte, 6.505 tT. ^dem. 8.000). 

M. N. 



ANCIEN ET MODERNE 



191 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Charles Cottet (galeries Georges Petit). — 
Cette abondante exposition de près de cinq cents 
cadres, où manquent pourtant les pages capi- 
tales retenues par les musées de Paris, de la 
province ou de l'étranger, ne résume pas seule- 
ment 1 effort déjà glorieux d'un artiste à peine 
iigé de quarante-huit ans, mais un quart de siècle 
d'art français dans son évolution la plus récente 
et si courageusement résolue à proclamer la 
revanche de la synthèse chaleureuse sur l'ana- 
lyse anémiée. Au Salon de 189.3, qui marqua 
d'un succès cette résolution, n'était-ce pas une 
atmosphère nouvelle, indice et miroir d'un sen- 
timent nouveau, que versaient des Rayons du 
soir sur un petit port breton? L'heure avait 
changé sur la toile : élève du maître Roll et libre 
admirateur du poète Puvis de Chavannes, un 
nouveau venu réagissait d'instinct contre les 
pâleurs de l'herbage normand ou du bois sacré ; 
bientôt, deux ans plus tard, les belles violences 
juvéniles de l'Enterrement, qui scandalisa les 
sages, préludaient, par les jeux sérieux d'une 
chaude palette, à la profondeur du senti- 
ment. 

Rare est l'harmonie des deux éléments qui 
dosent inégalement l'œuvre d'art : le pittoresque 
et l'émotion : cette harmonie fait l'autorité du 
talent ; et celui-ci la manifeste, avec une tlpreté 
plus touchante que la virtuosité. Ce rude senti- 
mental est un beau peintre. 

Ailleurs, cet hiver, il nous a plu d'insister 
sur le poète du réalisme, qui reconnut la patrie 
de son rûve en cette Bretagne funèbre où l'attente 
a déjà le voile noir du regret (1) : certes, il ne 
craint pas d'être appelé romantique; mais il ne 
l'est plus à la façon des Jeunes-France ou de Paul 
Huetégarant sous l'orage le cavalier de Schubert... 
N'est-ce pas la vérité du sentiment qui le ramène 
à la poésie du sujet : témoin la série de ses 
Deuils marins et l'esquisse rembranesque du 
Hepas d'adieu ? C'est le peintre, aujourd'hui, que 
cette opulente exposition printanière nous per- 
met de suivre depuis ses débuts déjà colorés et 
dans ses voyages nombreux : le peintre, qui 
traversa la Haute-Egypte et la Thébaide, le 
Bosphore matinal et le cimetière d'Eyoub, la 
Venise crépusculaire, ou nocturne des joyeux 

(1) Voir l'Art et les Artistes, n' de janvier I9il. 



pêcheurs et des voiles de sang sur l'eau verte, 
le Dauphiné romanesque, l'Espagne moyen- 
âgeuse et calcinée d'Avila ; le paysagiste 
émouvant, parce qu'ému, dans la solitude ; 
l'orientaliste assez paradoxal, par ce temps de 
poudreuse grisaille, qui, rentré dans l'atelier, 
redevient le peintre des nus sans mensonge et 
des natures mortes vigoureuses même dans les 
heures claires, le portraitiste étrangement désen- 
chanté de la chair plantureuse ou moribonde, où 
Courbet saluerait le plus éloquent de ses héri- 
tiers... Et l'œuvre du graveur continue l'œuvre 
du peintre, avec plus de caprice ou de gaucherie 
dans son clair-obscur. Éclairées l'une par l'autre 
en de savants contrastes, toutes ces recherches 
affirment ici la variété d'un labeur dans l'unité 
d'une conscience et viennent naturellement enca- 
drer la grande page intitulée Douleur, résumé 
d'un long pèlerinage « au pays de la Mer ». 

La Bretagne contemporaine (galerie Allard). 
— Expositions diverses. — L'art n'est jamais 
dans la nature : il n'y a pas de tableaux tout 
faits ; et l'ouvrage le plus voisin de la vie n'est 
qu'une création d'artiste. Ainsi nous parle à 
présent la Bretagne contemporaine où l'invention 
d'un Charles Cottet se reflète sur nombre d'imi- 
tations instinctives ou préméditées, où la fra- 
ternelle originalité d'un Lucien Simon, portrai- 
tiste violent du Quatorze Juillet à Pont-l'Abbé, 
n'a pas moins obsédé M. Lemordant, où M. Henry 
d'Estienne a préféré la douceur, à côté des études 
de MM. Henri ChefTer, Villard ou Capgras et des 
robustes eaux-fortes de M. Gobo. — Deux Ita- 
liens, chez Devambez, MM. Parisani et Carlandi, 
nous ont montré que l'art et la nature même ont 
beaucoup changé depuis l'heure majestueuse où, 
sur un chapiteau brisé. Poussin contemplait la 
campagne de Rome. — Chez Bernheim jeune, 
laissons M. Kees van Dongen oublier son talent 
d'hier pour donner aux snobs l'illusion du génie ; 
rue Tronchet, à la galerie Boutet de Monvel, les 
dessins rehaussés du suave Aman-Jean nous pro- 
posent leur consolation discrète, et revoici, chez 
Devambez, ce mystérieux Léonard Jarraud (1), 
volontairement exilé, loin des Salons, dans le 
silence de son village charentais. 

Raymond Bouyeb. 

Nous reviendrons à loisir sur l'exposition du 
musée Caillera et sur celle du service historique 
de la ville de Paris. 

(1) Voir le Bulletin du 1" juin 1907, p. r,r,, ' 



192 



LE BULLKTIN DE L'ART 



CORRESPONDANCE D'ESPAGNE 



L'Exposition d'architecture de Madrid. 

L'Association centrale des architectes et la 
Société des Amis des Arts ont organisé, cette 
année, une exposition d'architecture, la première 
que nous voyions à Madrid. Le mérite de cette 
initiative revient au professeur Lamperez y 
Romea, dont on connaît le bel ouvrage sur les 
anciennes églises d'Espagne. Les projets, dessins 
et photographies qu'on a rassemblés occupent 
tout le palais du Buen Retiro. L'exposition, en 
partie rétrospective, peut donner une idée 
assez complète des tendances propres à l'art 
espagnol d'hier, d'aujourd'hui et de demain. 

L'architecture religieuse est la seule qui 
semble fermement attachée aux traditions natio- 
nales. La cathédrale en construction de Vitloria, 
dont on a sous les yeux les ensembles et les 
détails, est un intéressant pastiche des vieilles 
églises gothiques d'Espagne. C'est dans la déco- 
ration sculptée, dans les motifs curieusement 
fouillés des chapiteaux et des clefs de voûte, que 
l'on a vu le plus habilement doser l'imitation et 
l'innovation. 

Deux salles sont réservées aux deux grandes 
écoles d'architecture de Barcelone et de Madrid. 
Ici et là, les études se poursuivent dans deux 
sens opposés et sous des influences très diverses. 
A Madrid, le goût reste classique. Les projets 
d'édifices rappellent ceux de notre École des 
Beaux-Arts, mais avec un penchant excessif pour 
les styles surchargés et l'ornemention à outrance. 
On s'étonne, par exemple, de voir une impri- 
merie de journal traitée dans un style plus 
somptueux que nos palais des Champs-Elysées. 

A Barcelone, l'on est moderne avec passion, 
volontiers exotique, et l'on tàte de toutes les 
étrangetés. Il n'y aurait là rien que de très légi- 
time, si ce modernisme ne décelait une imitation 
un peu naïve de l'art allemand, et non du 
meilleur. Sans nul parti pris, on peut dire que 
l'art catalan a été mal inspiré en se mettant à 
l'école de l'Allemagne. Il reproduit assez gauche- 
ment, dans un cadre qui ne leur convient guère, 
des modèles qu'il admire sans en bien pénétrer 
l'esprit. Les jeunes architectes de Barcelone 
lâchent d'acclimater en Espagne le célèbre 
Turmstil des gares allemandes. Sur des bdtisses 
écrasées, ils élèvent d'énormes donjons. Plu- 
sieurs traitent l'aquarelle d'architecture dans la 



manière de Bœcklin. Les styles classiques, quad'd 
par hasard on s'y tient encore, ont cet aspect 
morne et froid qu'on excelle à leur donner en 
Bavière. Dans un autre genre, d'étonnantes ten- 
tatives sont faites pour allier le « rocaille » et le 
gothique. Enfln, quelques audacieux se signalent 
à l'attention par un style effarant, avec toiture 
à facettes, qui leur appartient en propre et qu'on 
ne leur disputera pas. Ces remarques ne s'ap- 
pliquent pas seulement aux projets d'écoles, 
mais à beaucoup de constructions exécutées. 
Il suffit d'ailleurs d'une simple promenade dans 
les quartiers neufs de Barcelone, pour constater 
les mêmes tendances. 

G. L. 

l_ES REVUES 



Allemagne 
DieKunst(mai). — R. Meyer-Hiefstahi,. Sur Euçène 
Delacroix. — Delacroix a été, à la différence d'Ingres, 
le grand individualiste de la peinture moderne, et 
c'est justement pour cette raison que l'art français 
du XIX* siècle, en ce qu'il a de vivant, même l'impres- 
sionnisme, procède de lui. 

— G. J. WoLF. l.e Salon du printemps de la Séces- 
sion de Munich. Nombreuses reproductions. 

— II. VoLLMEH. Apparence et réalité dans l'art. — 
Jusqu'à quel point l'artiste a-t-il le droit de s'éloigner 
de la réalité pour produire un effet artistique ? Ques- 
tion posée à propos d'un détail de l'Ejécution de 
Ma.vimilien, par Manet. L'auteur cite plusieurs exem- 
ples de l'art ancien et moderne, où les artistes se 
sont éloignés de la réalité ou de la vraisemblance, 
en vue d'un effet d'ensemble à produire. 

— T. Heuss. Villa Bubat, à Fribourg en Brisgau, 
construite par l'architecte II. Eberhardt. 

— C. IIeicke. Jardin dessiné par J. Grossmann. 
— Jardin près de Dresde, appartenant à la duchesse 
de Mecklembourg. 

— Auguste et Célie Bodnids. Le développement de 
l'art industriel en Suède. — Efforts remarquables 
pour développer le vieil art décoratif national, qui 
s'est conservé dans les campagnes. Nombreuses 
reproductions, surtout de tissus et de Gobelins, de 
style très original. 

— E. SciiDB. Verrières pour églises, dessinées par 
Robert Pollog. 

— E. SciiCR. L'architecte Aug. Endell. — Spéci- 
mens intéressants de sa dernière oeuvre : un grand 
magasin de chaussures à Berlin. 

— Peintures décoratives de Hans Deilers pour le 
théâtre de Wiesbaden. — G. Huet. 

Le Gérant : H. Dbnis. 

P&rit, — Imp. b«orK«* Heiit, 11 ne (iodot-dn-Msurot 



Numéro 510. 



Samedi 8 Juillet 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Toujours l'affaire de Soiideilles 



Dire que la discussion du budget des Beaux- 
Arts au Sénat s'est déroulée avec ampleur, serait 
évidemment exagéré. Diverses questions ont été 
posées sur la protection du Mont Saint-Michel, 
la reconstruction de l'École des arts décoratifs, 
la beauté de Paris, etc., auxquelles M. le sous- 
secrétaire d'État des Beaux -Arts n'a pas eu 
beaucoup de peine à répondre; c'est un rite 
consacré. 

Dans tout ce programme traditionnel, une 
seule nouveauté s'est introduite, cette année, au 
Sénat comme à la Chambre : quelqu'un a rappelé 
l'airaire de Soudeilles et réclamé du gouverne- 
ment d'énergiques poursuites contre les brocan- 
teurs du chef de Saint-Martin. 
^ Malgré les protestations de M. le sous-secrétaire 
d'État des Beaux-Arts, il peut paraître en vérité 
surprenant que la justice, saisie de l'alfaire voilà 
tantôt huit mois et aidée récemment par la 
restitution généreuse de M. Pierpont Morgan, 
n'ait pas encore pu aboutir. La politique s'en 
mrlant, tout est possible, et cette manière de 
traîner les choses en longueur et de laisser le 
temps faire son œuvre semble l'unique moyen 
de tirer le député Delmas et ses acolytes de leur 
mauvaise posture. 

Peut-être commençaient-ils à se rassurer... 
Mais peut-on Jamais être tranquille ? Voici qu'à 
défaut des poursuites mollement engagées par 
l'administration, ils vont avoir à se défendre 
contre un particulier, berné par eux et qui se 
regimbe enfin. 

Il s'agit de l'antiquaire bruxellois, acquéreur 
du « chef» truqué. Maintenant que le « chef» 
authentique est rentré en France, ce pauvre 
antiquaire se voit fort empêché de vendre son 
faux. Comme il a payé ce faux 45.000 francs, 
en novembre dernier, au Conseil municipal de 
Soudeilles, par l'entremise du député Delmas, 



'1 met les vendeurs et l'intermédiaire en demeure 
de lui procurer les pièces et les éléments néces- 
saires pour démontrer l'authenticité de l'objet 
vendu, faute de quoi il exige le remboursement 
de ses io.OOO francs, contre restitution du «chef» 
dont il n'a plus que faire. En outre, il réclame 
la modeste sommede 500.000 francs de dommages- 
intérêts, en faible compensation de son « manque 
à gagner » ! 

On peut n'avoir point de considération pour cet 
antiquaire et trouver néanmoins que la première 
partie de ses revendications ne manque pas de 
bien fondé. Et l'on verrait avec plaisir un pareil 
procès s'engager à fond. 

Une chose pourtant me donne à croire que, de 
ce côté comme de l'autre, ce plaisir ne nous sera 
pas accordé de si tôt. Si l'antiquaire de Bruxelles 
savait d'où provenait son reliquaire et connaissait 
la qualité des vendeurs, il n'ignorait point qu'il 
contrevenait à la loi sur les objets classés; il a 
beau avoir été <. roulé », il n'en reste pas moins 
complice d'un délit et, comme tel, passible de 
peines prévues par la loi. 

C'est là sans doute ce qui nous privera d'un 
instructif et amusant procès.. 

E. D. 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 24 juin'. 
— L'Académie a décerné les prix suivant.? : 

l'rixAry Sche/fer (6.000 fr.), destiné à récompenser 
l'auteur de la meilleure gravure en taille-douce exé- 
cutée par un artiste français : M. Quidor, ancien prix 
de Rome. 

Prix de la Société française de gravure (2.100 fr.) 
partagé comme suit : 800 fr. à M. Taverne, 800 fr. à 
M. Ch. Bourgeat et îiOO fr. à M. Mazelin. 

Prix Maxime David (miniature), de la valeur de 
400 fr., à M"' Maley. 

Prix Houllevigue (5.000 fr.), à M. Henri Maréchal, 
compositeur de musique. 



194 



LE BULLETIN DE L'ART 



Séance du 1" juillet. — L'Académie a rendu son 
jugement 8ur le concoufs pour le grand prix de Rome 
(composition musicale), 

La cantate choisie avait pour titre : Yanitza, et 
pour auteur M. Georges SpitzmuUer. 

Les concurrents étaient, suivant l'ordre d'exéeution 
des morceaux présentés : 1. MM. Delmas (élève de 
M. Paul Vidal) ; 2 Mignan (Paul Vidal); 3. Paray (Paul 
Vidal); 4. Delvincourt (Widor); 5. W. Dyck (Widor). 

Le grand prix a été décerné à M. Paul Paray, né au 
Tréport le 24 mai 1886; le premier second grand prix 
à M. Claude Delvjncourt, et le deuxième second grand 
prix à M. Wladimir Pyck. 

M. Delvincourt, qui a obtenu le premier second 
grand prix, a droit au prix Clamageran-llérold, de la 
valeur de 1.800 fr. 

Acstdémie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 23 juin). -^ Dans la correspondance. M, le 
secrétaire perpétuel relève une lettre de M. de Mély 
signalant à l'Académie la découverte, dans un dra- 
guage,àMerville(Nord),près de la Lys, de trois grandes 
statues de bronze, qui viennent d'être acquises par 
le musée de Lille. Ces trois statues, qui mesurent 
50 ou 60 centimètres de haut, doivent remonter au 
second siècle de notre ère : elles représentent Mer- 
cure, Mars et Jupiter. La première, admirablement 
conservée, recouverte d'une belle patine bleuâtre, se 
trouve, parait-il, argentée; les deux autres sont bri- 
sées. M. de Mély, au sujet de cette découverte, cite 
un texte du bréviaire de Gand qui signale la destruc- 
tion par saint Amand d'un temple de Mercure, exis- 
tant précisément sur les bords de la Lys, quand ce 
laint, au vu* siècle, vint évangéliser les Flandres. 

— M. Edmond Potlier lit une note de M. Vasseur, 
professeur à la Faculté des sciences d'Aix-Marseille, 
relative aux trois vases archaïques conservés «u musée 
Borély. Ces trois vases peints, de style géométrique, 
appartiennent à l'époque la plus ancienne de la poterie 
grecque. Dans le cas où ils proviendraient du terroir 
même de Marseille, on serait autorisé à conclure 
que Marseille a reçu une colonisation Cretoise ou 
insulaire plus ancienne encore que celle dont les 
tessons du fort Saint-Jean gardent les traces. 

— M. Edmond Pottier donne lecture d'une seconde 
note de M. Vasseur détaillant l'exploration, faite par 
lui, d'une mine de cuivre exploitée au début de l'âge 
du bronze dans les garrigues de l'Hérault, près de 
Cabrières, à Pelharade. 

— M. Dieulafoy étudie la magnifique aiguière en 
argent de Hôriouji, qui se trouve conservée dans le 
trésor impérial du Japon. Ce vase, qui date du vu* 
siècle de notre ère et qui se trouve décoré de chevaux 
ailés, doit être une copie faite en Chine d'après les 
modèles persans. 

Musée Guimet. — En raison de son succès, l'expo- 
sition thibétaine, qui devait fermer le 30 juin, est 
prolongée jusqu'à la tin d'octobre. 



Société de l'iiistoire de l'art français (séance 
du 2 juin). — M. Léon Cahen communique plusieurs 
documents inédits sur J.-B. Pigalle, tirés du fonds du 
séquestre. Des registres du chapitre de l'église de 
Paris, M. Cahen a extrait l'autorisation donnée le 
13 juin mo à la comtesse d'ilarcourt de faire ériger 
« contre le mur de la chapelle Saint-Étienne, en 
l'église de Paris, un mausolée et une épitaphe à la 
mémoire de feu le comte d'ilarcourt, son mari », 
lieutenant-général des armées du roi. Un contrat 
passé le 1" juillet mi, devant notaire, entre la com- 
tesse d'ilarcourt et J.-B. Pigalle, stipule, avec une 
curieuse précision de détails, dans quelles conditions 
Pigalle devra exécuter ce mausolée « dont le sujet 
sera la Réunion conjugale », et pour lequel il lui sera 
payé, à diverses échéances, la somme de 60.000 livres, 
les «. fournitures n étant comprises dans ce pris. 
M. Cahen signale également deux quittances données 
par Pigalle pour des acomptes reçus sur le prix d'une 
statue en marbre de la Vierge, qu'il exécuta pour 
l'église Saint-Sulpice. 

— M. J.-J. Marquet de Vasselot fait une communi- 
cation sur la vaisselle d'argent de l'ordre du Saint- 
Esprit; il établit, d'après les poinçons dont elles 
sont nmnies, que les pièces du Louvre ont été 
exécutées à Paris par plusieurs orfèvres, entre 1579 
et 1585, 

Comité des fouilles d'Antinoë. — Le Comité 
des fouilles d'Antinoë s'est réuni cette semaine et a 
voté une somme d'environ 15.000 francs pour conti- 
nuer l'œuvre entreprise par M. A. Gayet : on sait que 
l'Allemagne et l'Italie menacent, au cas où M. Gayet 
laisserait ses fouilles inachevées faute de ressources, 
de lui ravir sa concession. 

Le Comité espère qu'il se trouvera encore assez de 
personnes généreuses pour s'engager des à présent é 
parachever la somme nécessaire. Pour tous rensei- 
gnements à ce sujet, prière de s'adresser au secrétaire 
du comité, M. C. Francit'-Caitlard, 2, rue Honoré- 
Chevalier. 

MM. J. Charles-Rom et Pierre Quenlin-Bauchart 
ont été élus, l'un président et l'autre vice-président du 
comité, en remplacement de MM. Georges Berger et 
M. Quentin-Bauchart, décédés. 

Les Récompenses du Salon. ^ Le Comité de U 
Société nationale a décerné les prix fondés par 
M. Bernheira jeune, M'"' Paquin, M. et M'"* G. Lecreux, 
à MM. Durousseau, Vannier, Boizot, Gabriel, Darnc- 
lincourt. Chariot, et à M"** J. Denise, Ant. Gautier et 
Germain. 

Congrès de 1» Société française d'archéo- 
logie — On lira plus loin le compte rendu des 
travaux et visites du Congrès de la Société française 
d'archéologie, qui s'est tenu à Reims et dans les 
environs du 19 au 28 juin, et qui, avant de se séparer, 
a décerné les récompenses dont voici la liste : 

GraKilex méiiaille* dt vet-meil : MM. Louis De- 



ANCIEN ET MODERNE 



19S 



maison, archiviste de la ville de Reims ; Henri Jadort, 
bibliothécaire de la ville de Reiras ; Hugues Kniflt, 
président de la Société des Auiis du vieux Reims ; 
Lucien Bégule, inspecteur divisionnaire à Lyon ; 
Paul Simon, peintre verrier â Reims ; le comte Henri 
de Montesquiou, n Longpont ; Etienne Moreau- 
Nélaton, a Fère-en-Tardeiiois. 

Médailles de vermeil : MM. L. Broche, archiviste 
de l'Aisne ; L. Margotin, architecte à Iteims ; 0. Vau- 
villé, à l'omuiiers (Aisne) ; F. Blanchard, secrétaire 
de la Société archéologique de Soissons ; Abel Lajoye, 
correspondant de l'Académie de Reims ; Bosteaux, 
amire de Ccrnay-les-RiMins. 

Médaille.^ d'argent : MM, l'abbé Devlgne, curé de 
la Kerté-Milon ; Sainsaulieu, architecte à Reims ; 
E. Kalas, architecte-cohservateur des collections de 
la Société des Amis du vieux Reiras ; E. Auger, à 
Trigny (Marne) ; C. Blondiot, à Orbais-l'Abbaye ; 
iNicq-Doutreligne, architecte à Cambrai ; vicomte 
d'Hennezel, secrétaire de la Société académique de 
Laon ; Maurice Cherrier, à Chevregny ; le baron 
Buithe d'Annelet, à Paris ; Delvincourl, à Crécy-sur- 
Serre ; Schmit, pharmacien à Chàlons-sur-Marne ; 
Gaston Ernest, architecte à Paris ; Jules Jeunesseaux, 
élève architecte à Reims ; Jules Orblin, attaché au 
musée de Reims ; S. Chatignoux, entrepreneur de la 
cathédrale de Reiras ; Crépaux, entrepreneur des 
monuments historiques à Soissons ; Thibault, entre- 
preneur de la cathédrale d'Angers : Jules Déhu, chef 
de chantier à la cathédrale de Laon. 

Un certain nombre de médailles de bronze ont 
également été décernées. 

Chronique du vandalisme. — La charmante 
vieille ville de Riom doit se défendre contre l'invasion 
du trolley : sur les instances du « colnmerce local » 
un tramway départemental, qui devait suivre les 
boulevards extérieurs, menace de traverser la ville. 

— Sous prétexte de dégager la cathédrale, la muni- 
cipalité de Nantes, après avoir détruit l'evêché 
(îviii' siècle), projette d'abattre le logis de Robert 
Guéguin {XV siècle) et la porte Saint-Pierre (la seule 
(|ui subsiste des portes de la vieille ville). Ce» monu- 
ments sont classés, mais on a eu, à Cahors, à Dijon, 
à Avignoti, àet exemples de la facilité avec laquelle 
s'opéraient certains déclassements, quand la politique 
entrait en jeu. Les Nantais feront bien de veiller. 

— Des ouvriers ont dressé leurs échafaudages 
devant l'ancien hôtel des monnaies d'Avignon, au- 
jourd'hui le conservatoire de musique. H parait qu'ils 
vont restaurer et remettre à neuf la superbe façade 
de cet édifice, dont la construction date des premières 
années du xvip siècle et fut dirigée par un architecte 
italien. Ils doivent aussi refaire les quatre aigles, qui 
ornaient naguère la balustrade du somtuet de la 
façade et qui furent abattu» par M. Pourquery de 
Boisserin. 

Le Parc de ■Versailles. ^ Pu décret du président 
de la Répuhlique, en date du 21 juin, une parcelle de 



terrain de 3 hectares 72 ares, provenant de l'ancien 
grand séminaire de Versailles, a été attribuée au 
ministère de l'Instruction publique et des beaux-arts, 
en raison de l'intérêt historbiue et artistique qu'elle 
présente. 

A Tourcoing. — La place de professeur de dessin 
et de peinture, à l'École des beaux-arts de Tourcoing 
(Nord), est vacante. 

Les candidats à ce poste devront »e faire connaître 
avant le 2B juillet 19U par lettre recommandée, 
adressée fi M. le secrétaire de l'École, 2, rue de Gand, 
qui leur fournira tous les renseignements désirables. 
Us devront être âgés de moins de 35 ans, et joindre à 
leur lettre de candidature un exposé de leurs titres. 

A Fabriano. ^— Le surintendant des monument» 
des Marches et des Abruzzes, M. J. Bocci, a découvert 
dans l'abside du Dôme de Fabriano, cachée sous une 
couche de chaux, une série de fresques qu'on attribue 
à Allegretto Nuzi, le maître de Gentile da Fabriano. 
— L. G. 

A Messine. — Des voleurs ont fait disparaître le 
trésor de la cathédrale de Messine qui, depuis le 
tremblement de terre, était gardé au palais de l'évêché. 
Ce trésor avait une valeur artistique et historique 
considérable. 

A Mannheim. — Mannheim, la plus américaine 
peut-être de toutes lés villes d'Allemagne, celle où le 
commerce et l'industrie ont jusqu'ici absorbé toutes 
les forces vives d'une population en pleine prospé- 
rité, s'éveille tout d'Un coup à la vie artistique ; la 
puissance de ses capitaux lui permet d'aller vite en 
besogne et de racheter dans une certaine mesure 
l'absence de tradition d'art locale. Grâce à la propa- 
gande et au zèle du directeur de la Kunsthalle, le 
docteur Wichert, une réunion de plus de 4.000 per- 
sonnes a fondé une Société libre d'« acclimatation » de 
l'art à Mannheim. Si curieux que paraisse le mot, 
c'est la traduction de einburgerung, qui implique en 
même temps l'idée de naturalisation. La cotisation 
annuelle minima peut n'être que de 50 pfennigs; c'est 
dire que toutes les classes de la population ont été 
appelées à faire partie du groupement. LaSociété tend à 
développer le goût de l'art et son application à la vie 
de tous les jours; un bureau gratuit fournit tous les 
renseignements relatifs à l'aménagement artistique 
de» intérieurs; un institut d'éducation artistique met 
à la disposition des lecteurs plus de soixante-dix 
revues spéciales; enfin des expositions permettent, 
grâce à un système d'achat et de vente sur une 
grande échelle, l'acquisition d'œuvres originales à 
des prix normaux. 

La construction de la Kunsthalle a Inarqué, «n 1901, 
le jubilé de la ville. L'année derhlère, la grande expo- 
sition de maîtres français et allemands du xix* siècle 
a contribué à enrichir la galerie municipale pour 
laquelle de généreux donateurs ont acheté le fameux 
tableau de Manet, qui n'est pas son chef-d'œuvre - 



196 



LE BULLETIN DE L'ART 



l'Exécution de Marimilien. Cette année, une exposi- 
tion graphique retrace à grandes lignes l'histoire de 
la gravure originale moderne, eau-forte, bois, litho- 
graphie, en France, en Angleterre et en Allemagne ; 
aucun des noms importants n'y manque. — M. Mtd. 

A Munich. — M. de Tschudi a eu la bonne fortune 
de pouvoir augmenter de cinq peintures de Goya la 
collection espagnole de l'ancienne Pinacothèque. Ce 
sont : un portrait de la reine Marie-Louise, récem- 
ment admiré à la galerie Ileinemann ; et quatre Ca- 
prichos, de petit format, mais jusqu'ici parfaitement 
inconnus, dont un Duel et une Scène de sabbat datant 
vraisemblablement de 1820. — M. Mtd. 

A Saint-Pétersbourg. — Une exposition cen- 
tennale de l'art français (1812-1912) sera organisée 



à Saint-Pétersbourg en janvier 1912, sous le patronage 
de S. A. 1. le grand-duc Nicolas, par les soins du 
nouvel Institut français, à la tête duquel vient d'Mre 
nommé notre collaborateur M. Louis Kéau, et de la 
revue russe Apollo. Cette exposition rétrospective 
a pour but de faire mieux connaître en Russie le 
glorieux développement de notre art national depuis 
l'époque napoléonienne. Les grands collectionneurs 
russes et français ont promis leur concours à cettt 
belle manifestation, où une section spéciale, orga- 
nisée par notre autre collaborateur M. Denis Roche, 
et consacrée aux artistes français ayant travaillé en 
Russie, révélera un côté inconnu de notre patrimoine 
artistique. Tous les renseignements sont centralisés 
par le secrétaire, M. René Jean, conservateur de la 
bibliothèque d'art et d'archéologie, 16, rue Spontini. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — 'Vente de bronzes. — Une vaca- 
tion anonyme, dirigée salle 2, par M" Albinet et 
M. Ternisien, le l"' juin, a présenté deux en- 
chères dignes de remarque : celle de 17.200 fr., 
obtenue par deux candélabres et deux flambeaux 
d'époque Louis XVI, en bronze, à figures de 
nymphes et de satyres, et celle de H .000 francs, 
atteinte parune pendule en bronze doré d'époque 
Louis XVI, formée des trois Grâces entourant un 
fût de colonne et supportant une mappemonde. 

Vente de trois meubles Louis XVI. — 
A titre de curiosité, signalons la vacation, courte 
mais peu banale, que dirigèrent salle 8, le 2 juin, 
Me Coulon et M. KIolz. Elle ne comprenait (ju'un 
lot unique formé d'un lit de repos, d'une bergère 
et d'un écran Louis XVI en bois sculpté et doré, 
que l'on présume avoir appartenu à Marie-Antoi- 
nette. 

Sur la mise à prix, non couverte, de un mil- 
lion — exigée, paraU-il, par le propriétaire des 
objets, le marquis de Cazeaux, — a pris fin cette 
séance peu ordinaire. 

Vente de l'atelier Jules Breton. — Dirigée 
à la galerie Georges Petit, les 2 et 3 juin, par 
Me Lair-Dubreuil et M. Georges Petit, la disper- 



sion de l'atelier du célèbre peintre a produit un 
total de 346.420 francs. 

Le plus gros prix a été atteint par le n" 1 du 
catalogue, le Pardon de Kergoat, adjugé 87.000 fr., 
sur la demande de 80.000. 

Notons encore : 

2. Amour, 18.000 fr. (dem. 10.000). — 9. Le Cri 
d'alarme, 21. 100 fr. {dem. 30.000). — 16. ie« Lis jaunes, 
2.700 fr. — 22. Départ pour la première communion, 
2.820 fr. — 29. Idylle, 4.500 fr. (dcm. 8.000). — 35. A la 
fontaine, 3.700 fr. — 45. Garde champêtre en Artois, 
3.700 fr. — 48. Fille de mineur, 3.620 fr. (dem. 5.000). 

— 62 et 63. Breton et Bretonne au cierge, 13.600 fr. 
;dem. 15.000). —96. Bergère à Douarnenez, 3.800 fr. 

— 116. Dans les blés, le soir, à Cernai/, 2.520 fr. 

Vente de la collection Maurice Kann 
(tableaux anciens). — Cette vente a eu le gros 
succès qu'il était facile de prévoir, et a produit, 
en une seule vacation, le total de 2.721 4110 francs. 
C'est, nous dit \a Gazette de l'Hûlel Drouot, leplus 
gros chiffre obtenu en une seule séance de vente 
publique à Paris. 

Les numéros de la vente étaient de qualitc- 
trop bien connue et appréciée par avance pour 
qu'il y ait eu des surprises, des écarts inattendus 
entre les prix d'estimation et les résultats obte- 
nus. Aussi, en ce moment où la place nous est 
fort mesurée, ferons-nous brefs de commen- 
taires, la liste des enchères, toutes importantes, 



ANCIEN ET MODERNE 



19- 



que nous donnons, en tenant suffisamment 
lieu. 

Contentons-nous de tirer hors de pair les prix 
d'adjudication qui ont dépassé 100.000 francs. Le 
plus gros chiffre a été obtenu par le Rembrandt, 
le Philosophe juif, qui a réalisé 270.000 fr. sur 
la demande de 280.000 ; ensuite viennent les' 
17;). 000 fr. obtenus par le Franz Hais, Portrait 
d'un jeune homme, estimé 150.000 fr.; puis les 
160.000 fr. pour le Cuyp, le Départ pour la chasse 
(dem. 150.000) et les 148.000 fr. pour le Matin, 
du même maître (dem. 150.000) ; enfin les 117.000 
francs pour le Raeburn, Portrait de Miss Jane- 
Ange-Catherine Fraser. 

Rappelons que cette vente mémorable a eu lieu 
le 9 juin, galerie fieorges l'etit, par le ministère 
de M" Baudoin et Lair-Dubreuil et de M. Ferai. 

Tableaux anciens. — 1. Beyeren. Verre de Bohême 
et raisin, 5.000 fr. (dem. .'i.OOO). — 2. Boucher. L'Au- 
tomne, 39.000 fr. (dem. 40.000). — 3-4. De Bray. 
l'ortrail d'homme. Portrait de femme, 51.000 fr. 
(dem. 30.000). — Brouwer : 8. Deux amis, 7.000 fr. 
(dem. 6.000). — 6. Le Fumeur, 7.000 fr. (dem. 6.000). 

— 7. Coiffeurs villar/eois, 8.200 fr. — Chardin : 
Le Déjeuner, 12.o00 fr. (dem. 15.000). — 9. Le 

Jambon, 16.000 fr. (dem. 10.000). — Coques : 10. Le 
Duo, 73.000 fr. (dem. 40.000 ; au musée de Bruxelles). 

— 11. Portrait de famille, 20.000 fr. (dem. 20.000 ; 
vente Salamanca, 1867, 4.450 fr.).— Cuyp : 12. Départ 
pour la chasse, 160.000 fr.(dem. 150.000; vente Lyne 
Stephens, 1895, 52.500 fr.). — 13. Le Matin, 148.000 fr. 
(dem. 150.000). — 14. Le Berger pécheur, 49.000 fr. 

^^(dem. 50.000). — 15. Le Cheval gris, 59.000 fr. (dem. 
^■60.000) — 16. Le Coq et la poule, 10.350 fr. (dem. 
^Be.OOO). — 17. La Lice, 18.200 fr. (dem. 10.000 ; vente 
^B Pourtalès, 1865, 700 fr.) — 18. Desportes. Le Perroquet, 
^B 9.000 fr. (dem. 5.000). — Van Dyck : 19. La Vierge au 
^H tombeau, 40.000 fr. (dem. 40.000). — 20. Saint Jacques 
^K Majeur, 8.000 fr. (dem. 10.000). — 21. Adam de Coster, 
^K 23.500 fr. (dem. 15.000 ; vente Vasserot, 1845, 220 fr.). 
^^K22. Busle d'homme, 5.000 fr. 

^H J. Fyt : 23. Le Paon, 12.000 fr. (dem. 10.000). — 
^V24. L'Arbalète, 9.900 fr. (dem. 6.000). — Van Goyen : 
^B 25. Bords de l'Yssel, 15.500 fr. (dem. 12.000). — 
^B 26. Marine, 6.500 fr. (d«m. 4.000). — 27. Fr. Hais. 
^^K Portrait de jeune liomme, 175.000 fr. (dem. 150.000). 
^^H — 28. Van der Heyden. Le Jardin potager, 21.500 fr. 
^^Ê (dem. 12.000). — Iloppner : 29. Portrait d'homme 
dans un parc, 25.000 fr. (dem. 25.000). — 30-31. 
Portrait d'une dame de qualité. Portrait d'un gentil- 
homme, 24.400 fr. (dem. 15.000).— 32. Th. Lawrence. 
Miss Glover of Bath, 75.000 fr. — Van der Neer : 33. 
Le Canal au clair de lune, 32.000 fr. (dem. 25.000). — 
34. Nuit d'été, 32.000 fr. (dem. 20.009). — 35. L'Incendie, 
5.000 fr. (dem. 8.000). — A. van Osjade : 36. Conceâ-l 
intime, 20.600 fr. (dem. 10.000). — 37. Le l'eu de la 



I 



Saint Jean, 4.600 fr. — J. Van Ostade : 38. Les Pati- 
neurs. 14.800 fr. (dem. 12.000). — 39. L'Auberge, 
6.200 fr. (dem. 6.000). — 40. Potter. Le Cheval pie, 
29.100 fr. (dem. 20.000). — Raeburn : 41. Miss Jane 
Anne Catherine Fraser, 117.000 fr. (dem. 100.000). — 
42. Portrait de J. A. Macdonel Bonar, esq., 24.600 fr. 
(dem. 25.000). — 43. Portrait de James Cruikshank, 
31.100 fr. (dem. 30.000). — 44. Portrait d'une dame 
(Mrs. Campbell), 16.000 fr. (dem. 20.000). — 45. La 
Dame au bonnet blanc, 7.000 fr. (dem. 12.000). — 
46. L'Homme en habit gris [James Ilepbum, esq.), 
17.100 fr. (dem. 15.000). — 47. Portrait de jeune 
homme (Williain Fraser junior, de Rœlig), 52.100 fr. 
(dem. 30.000). — 48. Rembrandt. Le Philosophe juif, 
270.000 fr. (dem. 250.000). 

49. Reynolds. Son portrait par lui-même, 25.700 fr. 
(dem. 25.000). — Romney : 51. Portrait de Paul Cobb 
Methuen, 25.100 fr. (dem. 25.000). — 52. Portrait 
d'homme, 7.100 fr. (dem. 15.000). — 53. Portrait de 
jeune homme, 15.600 fr. (dem. 20.000). — 54. L'Homme 
tn habit bleu, 23.100 fr. (dem. 20.000). — 55. Rubens. 
ta Madone, 52.000 fr. (dem. 60.000). — J. van Ruisdael : 
56. L'Inondation, 60.000 fr. (dem. 50.000). — 57. 
Rivière dans la forêt, 42.000 fr. (dem. 30.000 ; vente 
Brooks, 1877, 9.000 fr. ; vente Beurnonville, 1881, 
28.600 fr.). — 58. Le Tertre, 40.500 fr. (dem. 25.000). 

— 59. La Vallée, 41.000 fr. (dem. 50.000). — 60. Le 
Ruisseau, 34.000 fr. (dem 30.000). — 61. La Tempête, 
15.000 fr. (dem. 12.000). — 62. La Neige, 10.100 fr. 
(dem. 10.000). — S. van Ruisdael : 63. Les Prisonniers, 
33.000 fr. (dem. 20.000). — 64. Le Bac, 25.600 fr. 
^dem. 20.000). — 65. Le Plage de Scheveningen, 
11.Ï00 fr. (dem. 15.000). — 66. L'Abreuvoir, 51.200 fr. 
(dem. 20.000). — 67. Les Bords du fleuve, 22.100 fr. 

— 68. Le Moulin, 18.300 fr. (dem. 12.000). 

J. Steen : 69, La Noce, 76.000 fr. (dem. 50.000). — 

70. Leçon de musique, 29.000 fr. (dem. 25.000). — 

71. Joyeuse compagnie, 39.000 fr. (dem. 20.000). — 

72. Les Mangeurs d'œufs, 34.000 fr. (dem. 30.000). — 

73. La Rixe, 28.000 fr. (dem. 25.000). — 74. Amours 
rustiques, 4.500 fr. (dem. 12.000). — 75. La Proclama- 
tion, 13.000 fr. (dem. 12.000). — David Teniers le 
jeune. Le Couronnement d'épines, 62.500 fr. (dem. 
50.000). — 77. Le Cellier, 19.000 fr. (dem. 15.000). — 
78. Devant l'auberge, 6.500 fr. — 79. Le Château, 
5.100 fr. — 80. Van Loo. Les Baigneuses, 19.500 fr. — 
81. Willem van de Velde le jeune. Bateaux de péclie, 
8.000 fr. (dem. 8.000). — 82. Philipe Wouwerman. 
Le Cheval rétif, 10.600 fr. fdem. 12.000). 

Vente de la collection Henry Bernstein 
(tableaux modernes). — Faite le 8 juin, à l'Hôtel, 
sous la direction de M» Lair-Dubreuil, cette vente 
a produit un total de 221.250 francs pour les 
trente-trois numéros qui la composaient. 

Les résultats ont dépassé, pour la plupart des 
numéros, les prix de demande. Le plus gros 
chiffre a été atteint par un Renoir, la baigneuse 



198 



LE BUL'LETIN DE L'A'RT 



couchée, vendu 35.000 fr. sur l'eslimation de 
25 000. Deux toiles de Cézanne ont obtenu éga- 
lement de bons pri-v, le Pai/san, adjugé 24.000 fr. 
(dem 18.000) et Maison en Provence, 23.000 fr. 
(dem. 15.000) 

PRINCIPAUX PRIX 
Tablkaux modernes. — 1. Besnard. Deux jeune» 
filles au jardin, 4.700 fr. (dem. 5.000). — 2. Bonnard. 
Nu à contre-jour, 2.800 fr. — 4. Premier printemps, 
les Petits faunes. 3.500 fr. — 6. Cézanne. La Maison 
de Cézanne, 15.000 fr. (dem. 18.000). — 7. Les Mar- 
ronniers du Jns de Bou/laii, 19.000 fr. (dem. 15.000).— 
8. Le Paysan, 24.000 fr. (dcin. 18.000). — 9. Maison 
en Provence, 23 000 fr. (dem. 15.000). — 14. Monet. 
Les Nymphéas, 16.200 fr. (dem. 18.000). -^ 15. Uedon. 
Le Char d'Apollon, 3.800 fr. — Renoir: 17. llaigneuse 
couchée, 35.000 fr. (dem. 25.000). — 18. Torse de 
femme, 15.000 fr. (dem. 15.000). — 19. Les Deux 
jeunes filles, 2.950 fr. (dem. 5.000). — 20! Femme lisant. 
7.300 fr. (dem. 4.000).— 21. Femme au théâtre.* 600 h. 
■— 22. Les Baigneuses, 10.250 fr. (dem. 8.000). — 23. 
Marchande de fruits, 10.000 fr. (dem. 5.000). — 26, 
Sliley. Promenade des marronniers, 3.700 fr. (dem. 
5.000). — 29. Van Gogh. ïiglogue en /Voyence, 4.1 50 fr. 

Vente d'objets d'art du XVIII= siècle. — 

Cette vente, dirigée, salle 10, le 8 juin, par 
M<^ I.air-Dubreuil et MM. Paulme et Lasquin, ne 
comprenait que U numéros, qui ont produit 
83.555 francs. 

Les honneurs de la séance ont été pour un 
paravent en tapis de la Savonnerie d'époque 
Régence, qui n'a réalisé que 35.700 fr. sur la 
demande de 60.000. 

PRINOIOAUX "-RIK 

PoKCEi-AiNES. — 2. Grande soupière et couvercle, 
anc. porcel. dure de Sèvres, motifs en relief et mé- 
daillons à bouquets de fleurs, ép. Louis XVl, 2.820 fr. 
— 4. Deux grandes potiches balustres, ahc. porcel. de 
Chine, ép. Kien-Lung, décor émaux de coul., etc.. 
29 100 fr. (dem. iO.OOO, rest.). 

Sculptures. — 5. Buste-reliquaire bois sculpté poly- 
chrome, Sainte femme, xvi' s., 3.100 fr. —fi. Buste- 
reliquaire, analogue, xvi* s., 5.100 fr. 

Paravent en Savonnerie. — 10. Paravent à six 
feuilles, ép. Régence, médaillons à sujets de* Fables 
de La Fontaine, 35.700 (dem. 60.000). 

Vente d'objets d'art. — Il nous suffira de 
donner quelques prix d'une vente, après décès, 
faite salle l,parM* Marcio, assisté de MM. Caillot, 
Paulme et Lasquin. 

Le plus gros chiffre de la vacation a été obtenu 
par une boiserie de salon d'époque Louis XVl, 
peinte en vert à rehauts d'or, qui a réalisé 
26.500 fr. sur la demande de 25.000. 



Citons encore : Grande tapisserie d'Aubusson, 
ép.LonisXV, pastorale dans un paysage, 13.000 fr. 
(dem. 15.000). — Verdure, ép. Louis XIV, 
10.820 (dem. 12.000). — Deux petites verdures, 
mAme suite, 7.000 fr. — Deux fauteuils et six 
chaises, anc. tapisserie au point, ù Heurs, 7. 500 fr. 
— Commode en marqueterie, ép. Louis XVl, 
2.000 fr. 

H. N. 



Le Congrès 
de la Société française d'archéologie 



Le Cptigrès de la Société française d'archéologie 
s'est tenu cette année à Reims du 19 au 28 juin. 
11 était présidé par M, Eug. Lefèvre-Pontalis, qui 
connaît à merveille cette région dont il a étudié 
un coin dans son grand ouvrage sur l'Architecture 
religieuse dans l'ancien diocèse de Soissons auXI' et 
au Xlh siècle. Le guide du Congrès avait été 
préparé par ses soins, avec la collaboration de 
MM. Demaison et Jadart, l'un archiviste et 
l'autre bibliothécaire de Reims, et de M. Hroche, 
archiviste de l'Aisne, car les travaux du Congrès 
s'étendirent bien au delà de Reims, sur les ré- 
gions de Laon, Boissons et Cbàlons. 

A Reims, deux monuments capitaux dans 
l'histoire de l'architecture, et en particulier de 
l'architecture champenoise, ont retenu les con- 
gressistes : la cathédrale et l'église Saint-Rémi. 
M. Demaison, qui a longuement étudié ces deux 
monuments, en avait préparé une notice remar- 
quable; à la cathédrale, il nous a fait suivre pas 
à pas l'histoire de l'édifice, en mettant sur chaque 
campagne de construction le nom de l'architecte 
qui l'a dirigée ; M. Paul Vitry a expliqué et com- 
menté le grand portail, montrant qu'il ne faut 
pas chercher à certaines statues, particulièrement 
belles, des origines extraordinaires, et que, sauf 
pour le portail de la Vierge, qui est du commen- 
cement du xiii* siècle, toutes ces statues datent du 
troisième quart du xiii* siècle; la partie haute de 
la façade fut achevée aux xiv«-xv« siècles. Dans 
l'église Saint-Rémi, M. Demaison a reconnu avec 
une grande précision plusieurs campagnes allant 
de 1005 environ, pour les grandes arcades de la 
nef, à la (in du xii' siècle, pour le chœur, dont 
les chapelles absidales, voûtées sur ogives rayon- 
nant autour d'iine clef centrale et retombant 
vers le déambulatoire sur des colonnes isolées. 



ANCIEN ET MODERNE 



199 



sont un des plus anciens prototypes de ce joli 
procédé de l'architecture champenoise, que l'on 
retrouvera plus tard à Notre-Dame de Chàlons et 
à Orbais, Les deux magnifiques séries de tapis- 
series de Saint-Hémi et de la cathédrale, com- 
mentées par M. J.-J. (iiiiffrey, retinrent égale- 
ment l'attontion des congressistes. 

lieims est encore intéressant par ses souvenirs 
romains, ses vieilles maisons que l'active Société 
des amis du Vieux Heims protège contre le van- 
dalisme et les acquisitions indiscrètes, son arche- 
vêché, son Hôtel-Dieu, ses petites églises. Les 
congressistes ont pu voir toutes ces curiosités, 
le lundi 19 juin, après la séance d'ouverture. 

Le mardi 20, le Congrès visita Laon et sa belle 
cathédrale, si pittoresquement située, l'église 
Saint-Martin, la porte d'Ardon, la curieuse cha- 
pelle des Templiers. 

Le mercredi 21, on se rendit à l'église de 
Mont-Notre-Dame, dont les ruines grandioses 
dominent superbement toute la région; seule la 
nef de cette magnitique collégiale reste debout, 
et peut-être pour peu de temps, car rhumidilé 
la ronge rapidement; le chœur est complètement 
rasé, une travée de la crypte en marque seule 
les limites. Par l'église de Lhuys, on arriva au 
château de Fère, que M. Moreau-Nélaton lit visiter 
en détail; au milieu des arbres, l'amas des 
ruines du vieux château, devenu au xvi= siècle 
habitation de plaisance, est du plus bel effet; 
tout le monde connaît la magniTique galerie que 
Jean Huilant, dit-on, lança sur de très hautes 
arcades pour relier au plateau le château isolé de 
toutes parts. Le Congrès visita ensuite l'église de 
Fère, puis celle de la Ferté-Milon, et le château 
de cette ville dont l'entrée monumentale est seule 
restée debout. 

Lejeudi 22, promenade à Gourmelles et à Sept- 
monts, près de Soissons, puis à Coucy : l'im- 
mensité des ruines dominées par le vieux donjon, 
la grandeur du lieu où elles s'élèvent font de ce 
coin de France un des plus magnifiques que l'on 
puisse voir; M. Lefèvre-Pontalis, qui a longtemps 
travaillé au château de Coucy, et y a exécuté des 
fouilles importantes, donna sur place la preuve 
des théories qu'il a déjà soutenues, et qu'il se pro- 
pose de développer dans une nouvelle étude, surle 
système de fortification du château, dont la basse 
cour n'était pas, comme le prétendait Viollet-le- 
Duc, reliée aux fortifications de la ville par dei 
courtines qui auraient annulé sa valeur défensive. 

MiRUEL AUBF.RT. 

(A suivre.) 



CORRESPONDANCE DE PORTUGAL 



La Réorganisation 
du service des Beaux- Arts. 

Le gouvernement portugais vient de réorgani- 
ser les services concernant les Beaux-Arts sur 
un plan qui place le Portugal, à ce point de vue, 
au niveau des pays les plus avancés. 

Artistiquement, le pays est divisé en trois 
},'randes circonscriptions : celle du sud a son siège 
à Lisbonne, capitale du Portugal ; celle du centre 
a sou siège à Coimbre, troisième ville du Por- 
lugal, célèbre par son Université; celle du nord, 
enfin, a son siège à Porto, deuxième ville du 
Portugal. 

Dans chacune de ces villes, se tiendront des 
Conseils cT art et d'arcAéotog'îe, composés d'artistes, 
d'archéologues et de critiques d'art qui, par l'in- 
termédiaire de commissions élues par eux, au- 
ront la surintendance des musées et des monu- 
ments de leur circonscription respective et la 
distribution des bourses de voyage. Ces conseils 
feront l'inventaire photographique et descriptif 
de toutes les œuvres d'art des districts de leur 
ressort, à l'exception des peintures antérieures 
au xvn" siècle ; ce dernier travail incombera, 
pour tout le pays, à une commission, déjà nom- 
mée, qui comprend sept membres de la plus 
haute compétence. 

Les Commissions des monuments sont composées 
de onze membres, six architectes et cinq archéo- 
logues et écrivains d'art. Pour être nommé membre 
de ces commissions, il faut être élu parles mem- 
bres actuels (qui constituaient les académies 
des lîeaux-Arts de Lisbonne et de Porto), après 
la présentation d'une œuvre d'art ou d'une étude 
critique de sérieuse valeur. 

En dehors des musées spéciaux, comme celui 
du département de la Guerre, de la Miséricorde, 
etc., le conseil de Lisbonne (première circou- 
scription) a la surintendance de quatre musées : 
le Musée national dC archéologie, le hlusée national 
des caiTosseries (anciennes carrosseries royales, 
des prélats, etc.), le Musée national d'art contem- 
porain et le Musée national d'art ancien, à la tête 
duquel a été nommé M. José de t'igueirédo, 
l'érudit qui s'est fait connaître récemment par 
la découverte du fameux retable de Monforte. 
Les directeurs de ces musées seront élus par 
les conseils et choisis parmi les membres effectifs 
de ces conseils. Les conseils sont, en etîet, com- 



200 



LE BULLETIN DE L'ART 



posés de quatre ordres de membres : eflectifs, 
correspondants, honoraires et auxiliaires. 

Au-dessus de ces conseils, est constitué un 
Conseil supérieur, de recours, sous l'appellation 
de Consieil d'art national, composé de six membres 
effectifs, des directeurs des musées de Lisbonne, 
du ministre et du directeur général compétents. 

Les Académies des beaux-arts de Lisbonne et 
de Porto ont été supprimées. 

Le gouvernement a aussi réorganisé les Ecoles 
des beaux-arts de Lisbonne et de Porto. 

S. M. 

LES REVUES 



Franck 

Les Musées de France (1911, n° 2). — Gaston 
MiGEON. Une Tapisserie flamande du début du 
XVI' siècle, acquisition récente du musée du Louvre. 
— Elle représente Vénus et Cupidon et date des envi- 
rons de l.ïlO ; description et comparaison avec des 
pièces analogues (pi.). 

— Louis Dkmonts. Un Portrait et un dessin de 
Lucas Cranach, acquisitions récentes du musée du 
Louvre. — Le portrait représente une jeune fille, 
on peut le dater des environs de 1526; le dessin est 
une étude de biche (fig. et pi.). 

— J.-J. Mauquet DK Vassei.ot. Les Céramiques ita- 
liennes de la donation de M. Il.-G. Berger. — Les 
plus importantes de ces dix pièces, oITertes au Louvre 
par M. Il.-G. Berger en souvenir de son père, sont 
réunies sur une même planche ; ce sont : une coupe 
de Kaenza, décorée d'une scène de l'histoire de César 
(datée du 8 juin 1524) ; un albarello toscan à décor 
bleu et fauve (fin xv s.); et une assiette de Gubbio, 
décorée d'un écu armorié et signée M. G. 1526 (Maestro 
Giorgio Andrcoli, un des meilleurs céramistes de la 
Renaissance). 

— Léon Deshairs. Les Dessins de Sicolas et de 
Dominique l'ineau au musée des Arts décoratifs. — 
A propos du recueil de Dessins des grands décora- 
teurs entrepris par l'auteur pour permettre l'étude 
des dessins du Musée des arts décoratifs qu'on n'a 
pas la place d'exposer, et dont le premier volume 
va être précisément consacré aux Pineau, M. Ucshairs 
retrace la carrière du plus célèbre de ces artistes, 
Nicolas Pineau, fils et élève de Jean-Baptiste, « un 
des artisans du style de la première moitié du règne 
de Louis XV». Il mourut en 1754. Son fils Dominique 
prépara l'avènement du style Louis XVI (pi.). 

— Henri Ghabkuk. Un Buste de Louis XlV'par Coy- 
sevox au musée de Dijon. — Historique, avec la publi- 



cation de l'acte de commande du buste à Coysevox 
par les élus de Bourgogne, le 12 mai 1686 (fig.). 

Italie 

BoUettino d'arte del ministero délia Pubblica 
Istruzione (V, 2). — Lorenzina Cesano. Corpus 
nummorum italicorum. — Compte rendu critique de 
l'ouvrage de numismatique récemment publié sous ce 
titre par le roi d'Italie. 

— Francesco Filippini. Andréa da iiologna, minia- 
turiste et peintre du XIV' siècle. — Publication d'un 
document d'archives attribuant, sans aucun doute 
possible, à Andréa da Bologna les fresques de la cha- 
pelle de S. Caterina, que le cardinal Albornoz, fonda- 
teur du collège d'Espagne à Bologne, avait fait élever 
dans l'église de Saint-Fran(;ois à Assise ; ces décora- 
tions étaient jusqu'ici attribuées à Butlalmacco, à 
Pace di Faenza, à d'autres encore. La chapelle où 
elles ont été exécutées avait été commencée en 1362 ; 
les fresques le furent en 1368. Description et analyse 
avec reproductions. Rapprochements d'autres œuvres 
de l'artiste, les unes signées de lui, les autres à lui 
attribuées avec vraisemblance. Parmi celles-ci est 
un manuscrit à miniatures, conservé au musée Condé, 
et intitulé : Canzone delta virtii et délie scienze, de 
Baitolommeo di Bartoli (pi. et fig.). 

— Umberto G.noli. Le « gonfalon de la peste » de 
Siccolo Alunno et la plus ancienne vue d'Assise. — 
Vasari raconte dans sa vie de Pinlnricchio que Niccolù 
Alunno (ou Niccolô di Liberatore) avait peint, à 
Assise, un gonfalon qui se portait dans les proces- 
sions. On suit les traces de cette œuvre jusqu'à nos 
jours : elle est maintenant conservée au monastère 
de Kevelacr, où elle a été retrouvée par M. Perdrizet. 
Élude et reproduction de l'œuvre, dans laquelle des 
saints agenouillés implorent le Christ qu'on voit au 
ciel, entouré d'anges, etque prie la Vierge, agenouillée, 
pour ainsi dire, à mi-chemin entre la terre et le ciel. 
Au-dessous des saints, et au bas de la composition, 
se trouve la représentation d'une ville, facilement iden- 
tifiable avec Assise ; c'est la plus ancienne vue de 
cette ville que l'on connaisse. Examen de ce docu- 
ment au point de vue topographique, d'où l'on peut 
conclure qu'il daterait de 1*68-1470 environ (fig.). 

— Luigi Cai-i.ari. Esquisses de scènes s/iakespea- 
riennes à la Galerie nationale moderne. — Au cours 
de récents remaniements, on trouva dans une caisse 
seize esquisses, toutes inspirées de sujets shakespea- 
riens et signées Fr. Podesti, F. Bigioti, Fr. Coghetti, 
A. Gatti, P. Gagliardi, Fr. Gonin, V. Giacomelli et 
A. Chierici, artistes du milieu du xix* siècle. Ce sont 
des études exécutées en vue de la publication d'une 
Galleria Shakespeariana, projetée sur le modèle de 
la Galleria Danlesca de Gentilucci, et qui ne reçut 
que ce commencement d'exécution. 

Le Gérant : H. Denis. 

Ptri> — imp. liaorK» Petit, Il ne Uodot-de-Haïusi. 



Numéro 611. 



Samedi 2Z Juillet 1911. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



L'Achat de l'hôtel Biron 



Le sort de l'hôtel Biron et de ses jardins est 

définitivement fixé. Les Chambres, avant de se 

séparer, ont voté sans discussion le projet de loi 

qui leur était présenté. Iln'yaplus qu'à s'incliner, 

quoiqu'on ait eu jusqu'au dernier moment le 

droit d'être sceptique, quand on se rappelle la 

singulière façon dont le (iouvernement en a usé, 

depuis quelques mois, avec cet hôtel et son parc. 

Au temps du ministère Briand, on aurait pu 

croire leur sauvegarde assurée; on nous l'avait 

promise tant de fois ! Pourtant, M. Briand dut se 

retirer avant d'avoir réglé cette question, entre 

quelques autres. 

11 semblait, du moins, que tout le monde était 

[d'accord et que le cabinet Monis n'avait plus 

[qu'à sanctionner une mesure arrêtée de longue 

[date. Ce serait mal connaître la politique : la 

F commission du budget refusa alors les millions 

[nécessaires à l'acquisition, sous préte.\te que l'af- 

[fectation de l'hôtel n'avait pas été prévue. Et le 

[ministère Monis passa... 

Le cabinet Caillaux a trouvé l'affaire pendante, 
^l'a reprise et menée abonne (in. L'accord s'étant 
; fait entre le Gouvernement et la commission du 
budget sur l'affectation de l'hôtel, M, H. Ohéron 
a pu présenter un rapport favorable à l'achat des 
[immeubles et du jardin à la française qui les 
' enviroime. Les Chambres ont voté sans contes- 
tation les six millions nécessaires, — ce qui n'est 
point trop cher payer, cet admirable ensemble. 
Quand on songe que l'on a vu ce domaine à la 
veille d'être livré aux spéculateurs, que l'on a pu 
croire le charmant hôtel près d'être jeté bas, le 
parc merveilleux menacé d'être rasé et loti, on 
ne peut se défendre de quelque satisfaction. 
Sachons donc gré au gouvernement actuel de 
s'être conformé au vœu unanime de l'opinion. 
Quant à l'afl'ectation des immeubles, on n'avait, 
; à dire vrai, que l'embarras du choix. L'idée 
d'installer un lycée de jeunes filles dans les 



locaux du boulevard des Invalides, où se trouvait 
autrefois le couvent des dames du Sacré-Cœur, 
paraît maintenant en passe d'être adoptée Quant 
à l'hôtel lui-même, le ministre des Finances, — 
un de ceux, pour le dire en passant, qui ont le 
plus énergiquement coopéré à la sauvegarde du 
domaine — le ministre des Finances doit pro- 
poser, dit-on, de l'affecter au musée de Marine. 
Excellente idée à tous égards : du même coup, 
ce serait le Louvre débarrassé, le musée de Marine 
installé dans un local digne de lui, et l'hôtel Biron 
assuré d'une destination convenable. N'est-ce 

pas trop beau ? 

E. D. 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 8 juillet). 
— L'Académie décerne le prix Kouyer (1.000 fr.), 
destiné « à récompenser l'auteur d'un relevé d'archi- 
tecture française», à M. B.-R. Danis, pour ses deux 
relevés : le Trianon de porcelaine et la Grande salle 
de l'abbaye de Pontigny, exposés au Salon des 
Artistes français. 

Séance du 13 juillet. — L'Académie, rendant son 
jugement sur le concours pour le prix de liome de 
gravure en médailles et sur pierres fines, a décerné : 

Le premier grand prix à M Raoul-lîené Bénard, né 
à Elbcuf, le 30 septembre 1881, élève de MM. Coutan 
et Vernon. 

Le premier second grand prix à M. André-Henri 
Lavrillier, né à Paris, le 7 mai 1885, élève de MM. Cha- 
plain et Vernon. 

Le deuxième second grand prix à M. Edmond Bar- 
gas, né à Paris, le 22 mai 1884, élève de M. Vernon. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 30 juin). — M. IL Gagnât communique 
une note de MM. Homo, Germain de Montauzan et 
Fabio, professeurs à la Faculté des lettres de Lyon, 
sur la découverte qu'ils ont laite, à Fourvières, d'une 
belle mosaïque romaine, dont le motif principal, 
sur fond noir, est un Bacchus adolescent assis sur 
une panthère. Quatre carrés à fond blanc se trou- 



202 



LE BULLETIN DE L'ART 



▼aient aux angles, encadrés dans la bordure et déco- 
rés chacun d'une tête plus grande que nature. Deux 
de ces têtes ont disparu: les deux têtes qui se trou- 
vent au-dessous du Bacchus sont conservées. 

— M. G. Schlumbergcr présente un bouUotirion 
byzantin découvert à lirousSe (Asie-Mineure), par 
M. Grégoire Bay : c'est une grande pince en fer, des- 
tinée à la fabrication des sceaux ou bulles de plomb 
byzantins. Ce qui donne tout son prix à cette trou- 
vaille, c'est que, alors que l'on connaît des milliers de 
bulles oiricielles ou privées, pas un seul des appareils 
servant à fabriquer ces sceaux ne nous était parvenu. 
Le houllolivion dont il s'agit est celui d'un « sebaste », 
probablement du xii" siècle. 

Séance du 7 juillet. — M. le secrétaire perpétuel 
lit une lettre de M. Ilolleaux, directeur de l'École 
d'Athènes, à M. le duc de Loubat, lui annonçant la 
découverte faite à Délos par M. Pierre Roussel, dans 
une fouille profonde opérée sous le temple dit « Se- 
rapeion », d'un édicule archaïque qui se trouve en 
contact avec une couche de vases, de bronzes, d'os et 
d'ivoires du plus haut intérêt. Ce sont dos vases rho- 
diens, corinthiens et attiques à figures noires dont 
l'ensemble, nouveau et très instructif pour détermi- 
ner la céramique des Cyclades, va éclairer fort utile- 
ment l'histoire ancienne de Délos. 

— M. le secrétaire perpétuel communique deux 
photographies qui représentent la perspective d'en- 
semble du plan archéologique de Home reconstitué 
par M. Bigot, architecte, ancien pensionnaire de 
l'Académie de France à Rome, tel qu'il devait être à 
la fin du IV* siècle de notre ère. Ce plan, fort déve- 
loppe, occupe actuellement toute une salle du musée 
des Thermes, à Rome : établie avec une exactitude 
scrupuleuse, cette œuvre remarquable représente un 
travail minutieux qui a duré plus de dix ans ; l'Aca- 
démie s'est intéressée à son établissement et elle se 
félicite de le savoir mené à bonne fin. 

— M. Schiumberger présente des aquarelles exécu- 
tées par M. Saitzmann, architecte, qui a longtemps 
habité Rhodes, vers le milieu du xix* siècle. Ces 
aquarelles représentent des l'rcs(nu'S, maintenant fort 
altérées, qui décorent un caveau funéraire placé prés 
de l'église connue sous le nom de Notre-Dame de 
Philerme, dont les ruines subsistent à la pointe 
septentrionale de l'ile. Ces fresques, du xiv" siècle, 
montrent des chevaliers de Saint-Jean agenouillés 
aux pieds de leurs saints patrons : elles constituent 
une notable production de l'art médiéval occidental 
en Orient. 

— M. le président annonce la mort du duc de La 
Trénm'ille, l'un des dix membres libres de l'Académie 
depuis le 15 décembre 1899, survenue le 4 juillet. 

Séance du 12 juillet. — M. le comte Durrieu an- 
nonce que M. Georges Ilulin vient de publier, à 
Bruxelles, une reproduction des miniatures d'un 
manuscrit appartenant au prince Tcivulzio, à Milan. 



Ce manuscrit est un fragment, détaché jadis, du 
célèbre livre d'Heures qui se trouvait conservé à 
Turin, où il a brfilé en 1904. et dont M. Durrieu avait 
heureusement publié, en 1902, les peintures; M. Hulin 
attribue formellement plusieurs des illustrations qu'il 
reproduit, soit à Hubert, soit à Jean van Eyck (1). 

— La séance est ensuite levée en signe de deuil, à 
l'occasion de la mort de M. Auguste Longnon, membre 
de l'Académie, professeur au Collège de France. 

N. B. — Une erreur s'est glisséedans le compte rendu 
de la séance du 2.3 juin, on M. Edmond Pottier a lu 
une note de M. Vasseur, professeur à la Faculté des 
sciences d'Aix-Marseille, sur trois vases archaïques 
conserv'és au musée Horély. L'étude de M. Vasseur 
tend à démontrer que ces trois vases ne proviennent 
pas de Marseille et que, par conséquent, il n'y a rien 
à eu tirer pour l'histoire ancienne de cette ville. 

Société de l'histoire de l'art français (séance 
du 7 juillet). — M. .Iules Guillrey présente le portrait 
d'un personnage du temps de Louis XIV, exécuté en 
tapisserie par Jean Vavoquc vers 1690. 

— M. GuiCfrey communique le résultat des recherches 
faites par M. Alaret sur les tapisseries des États de 
Bretagne. 

— A l'aide du testament et de l'inventaire après 
décès de Le Nôtre qu'il a retrouvés, M. Jules Guiffrey 
montre que le célèbre architecte-jardinier avait amassé 
une fortune considérable qui servit sa passion de col- 
lectionneur; il laissa toute cette fortune à sa femme, 
qui l'avait empêché de se ruiner pour ses collections. 
En 1693, Le Nôtre avait donné au roi vingt et un 
tableaux de maîtres — pour la plupart aujourd'hui 
au Louvre — et des groupes en bronze. L'inventaire 
dressé après son décès mentionne des tapisseries, des 
tableaux, des médailles, des porcelaines, des diamants, 
une grande quantité d'argenterie. En plus des rentes 
qu'il possédait, il avait plusieurs maisons. 

— M. Furcy-Raynaud présente la photographie d'un 
buste de d'Alembcrt exécuté en 1781 par Calfieri ; 
M.Vitry sifcnale à ce propos qu'un buste du musée de 
l'Ermitage représente, non pas d'AIcmbert, mais Buffon, 
tandis que l'on peut reconnaître le savant philosophe 
dans un plâtre de la collection de Schwcrin, signé 
Houdon. 

— .M. Brière établit qu'un buste du musée de Ver- 
sailles, signé Coysevox, est catalogué à tort : Ttusle 
de Vaiiban. Le buste de Vauban par Coysevox est à 
Windsor ; .Marochctti en fit une copie — exposée 
comme marbre ancien en 1900 — actuellement aux 
Invalides, dans la galerie des plans en relief. Une 
sorte de réduction en terre cuite du buste de Windsor, 
exécutée sans doute au xviif siècle, figure au musée 
historique de l'Armée. 

(1) M. le comte P. Durrieu étudiera précisément les 
aventures de ce spiendidc livre d'Heures dans le 
Quméro de la Revue du 10 août prochain. 



ANCIEN ET MODERNE 



203 



— M. Kœchlin commuiiir|ue les photographies du 
pavillon que l'I'nion centrale des Arts décoratifs a 
l'ait édifier à l'exposition de Turin, sur les plans de 
M. l'iuinet. 

Musée du Louvre. — Le comte Albert de Vandeul, 
récemment décédé, a légué au musée du Louvre le 
buste en marbre de Diderot, par Iloudon. 

— En outre, le musée vient de s'enrichir de six 
dessins de l'école anglaise, offerts par M. E. M. llodg- 
kins ; ce sont six portraits exécutés à la mine de 
plomb, au fusain et à la plume, aquarelles ou 
gouaches : trois sont dus à John Downman, deux à 
Richard Cosway, un à Lawrence. 

— Outre la coupe de fa'ience persane du xiir siècle, 
provenant des fouilles de Rhagès, et offerte par la 
Société des Amis du Louvre, le département des 
objets d'art a vu entrer dans ses collections uu 
bronze de la Renaissance italienne, de fonte claire, 
provenant d'un atelier vénitien de la première moitié 
du xvi' siècle et représentant une danseuse nue, dont 
une étoQe drape les hanches et qui se dresse sur la 
pointe des pieds et se renverse en arrière. 

Chronique du vandalisme. — Le projet de 
fconstruction d'un Palais de l'Agriculture au bois de 
Boulogne ou au bois de Vincennes, dont nous avons 
IJéjà signalé les dangers, a amené un certain nombre 
9e députés à se grouper pour signer )a pétition sui- 
vante, adressée au président du Conseil : 

« Les députés soussignés protestent énergiquement, 
ilon seulement contre l'intention prêtée au Gouver- 
nement de laisser couper quatre mille arbres entre la 
porte du bois de Boulogne et la porte Maillot, mais 
iussi contre toute espèce de projet qui détruirait la 
noindre partie du bois de Boulogne et du bois de 
l^incennes » (1). 

Des malfaiteurs ayant volé, dans la nuit du 

$0 juin au i" juillet, un reliquaire limousin du 

lin* siècle, orné d'émaux champlevés et classé comme 

|«bjet historique depuis 1889, qui appartenait à l'église 

de Saraiicolin, près de Bagnèrcs-de-Bigorre, ont 

Inlevé de la châsse ses parties les plus remarquables 

^t l'ont jetée dans la rivière de la Neste, où ou l'a 

etrouvée, à 800 mètres en aval de Sarancolin. Il 

flanquait la face principale et le pignon gauche, 

evêtus de plaques de cuivre ornées d'émaux champ- 

evés et les statuettes de cuivre doré qui décoraient 

reliquaire. 

(t) Nous apprenons, au moment de mettre sous 
presse, qu'une commission où étaient représentés le 
iouvernement et le Conseil nmuicipal de l'ans, s'est 
Iréunie au uiinistèrc des Kinances, sous la présidence 
de M. Cochery, président de la commission du budget, 
Eet a définitivement adopté l'emplacement du Cliamp- 
Ide-Mars pour l'édification du futur Palais de l'Agri- 
Iculture. M. Marcel Dclanney, le nouveau préfet de la 
oeine, a promis d'apporter un avant-projet à la pro- 
chaine séance de la commission. 



A Tours. — Le nouveau musée de Tours, dont 
nous avons naguère annoncé l'installation dans l'an- 
cien arohevèclié (voir les n°" 479, 482 et 483 du Bul- 
letin), a été inauguré le 2 juillet, par M. le sous- 
secrétaire d'État des Beaux-Arts. 

« L'Apollon » de Cherchell. — Le Bulletin a 
parlé en son temps de cette statue d'Apollon, trouvée 
dans le sol de sa propriété par un colon de Cherchell, 
M. Félicien, et revendiquée par l'État (voir le n° 490). 
Le tribimal civil de Blidah vient de trancher le diffé- 
rend : il a reconnu les droits de l'État et débouté 
M. Félicien de sa demande de dommages-intérêts, en 
donnant pour principal argument que le colon, igno- 
rant l'existence de la statue lorsqu'il se rendit acqué- 
reur du terrain, ne saurait avoir aucun droit sur 
l'œuvre d'art. On a rappelé, en effet, que la propriété 
de M. l'^élicien était d'origine domaniale et lui avait 
été concédée gratuitement par le service de la coloni- 
sation. 

A Bruxelles. — La classe des beaux-arts de 
l'Académie royale de Belgique a nommé membre 
associé le graveur Frédéric Vernon, membre de 
l'Institut, en remplacement du graveur Roty, décédé. 

A Conversano. — La cathédrale de Conversano, 
dans les Pouilles, vient d'être en partie détruite par 
un incendie. La façade des xiii° et xiv siècles n'a 
heureusement pas trop souffert Mais l'intérieur, qu'on 
venait de décider de restaurer et qu'on aurait retrouvé 
intact sous les stucs appliqués au siècle dernier, est 
complètement ruiné. — L. G. 

Nécrologie : Maurice Maindron. 

Notre collaborateur M. Maurice Maindron est mort 
jeudi dernier à Paris, après quelques semaines d'une 
douloureuse maladie. .Né en 1837, fils du statuaire 
E.-H. Maindron, il avait commencé par s'adonner aux 
études scientifiques; mais, au cours des nombreuses 
missions dont il lut chargé en Afrique et aux Indes, 
sa curiosité ne se borna point aux travaux entomolo- 
giques : il se passionna pour les armes, les costumes, 
les coutumes, les littératures des pays qu'il visita. 
D'une compétence reconnue en matière d'armes 
anciennes, il a donné un volume sur ce sujet (1891), 
outre de nombreux articles de revues; collectionneur 
d'objets d'art indien, il a écrit le manuel de VArt 
indien de la Bibliothèque de l'enseignement des beaux- 
arts; on lui doit aussi un livre sur les Musées d'Es- 
pu'jne (1892), des souvenirs de voyage et des romans 
historiques, où la reconstitution des mœurs du xvr 
siècle est faite avec infiniment de verve, de talent et 
de documentation. A la Bévue, .Maurice Maindron a 
publié plusieurs articles sur les Armes de duel, l'Ar- 
senal des cheoaliers de Malle, le Portrait du grand- 
maitre Alofde Wî(/nacourt au musée du Louvre et ses 
armes à l'Arsenal de Malle, etc.; au Bulletin, il don- 
nait, depuis quelques années, le compte rendu des 
revues spéciales traitant des armes anciennes. 



204 



LE BULLETIN DE L'ART 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. -- Vente de tableaux modernes. — 
L'ne vacation anonyme, dirigée salle 6, le 7 juin, 
par M« Baudoin et MM. Bernheim jeune, a pro- 
duit 10:1.388 francs. Réunion des plus éclectiques, 
elle donnait plutôt l'impression d'un stock de 
commerçant de la rue I.affitte que d'une collec- 
tion d'amateur. Il nous suffira d'indiquer quel- 
ques enchères. 

PRINCIPAUX PRIX 

Tableaux moueiines. — 1. J. Bail. Les Dévideuses, 
8.100 fr. {(lem. 9.000). — H. Daumier. La Soupe, 
3.900 fr. — 13. Fantin-Latour. Après le bain, 3.000 fr. 
— 20. Ileilbutli. La Grenouillère, 2.850 fr. (dem. 5.000 ; 
vente Ilumbert, 1902, 3.000 fr.). — 24. Henner. Profil 
de femme, 3.000 fr. — 25. Isabey. Le Cabestan, 
10.600 fr. (dem. 20.000). — 33. Munckacsy. La Grève, 
2.700 fr. — Pissarro : 34. L'Inondation, 2.950 fr. — 
35. Le l'ont-Neuf, 5.000 fr. (dem. 6 000). — 36. Versier 
à Pantoise, 2.900 fr. — 37. Renoir, l'rovende de 
poules, 6.800 fr. (dem. 8.000). — 42. Sisley. Tournant 
du Loing, 3.500 fr. — A. Stevens : 43. Le Tableau, 
2.600 fr. (dem. 5.000). — 44. La Lettre, 3.100 fr. — 
45. L'Automne, 4.500 fr. (dem. 7.000). — 49. Thaulow. 
Effet de neige, 2.900 fr. (dem. 5.000). 

Pastels. — 52. Corot. Laveuses, 2.800 fr. — 53. 
Millet. Pastorale, scène cliampètre, 5.250 fr. (dem. 
10.000). — 56. Renoir. Femme à sa toilette, 3 300 fr. 

Vente de la collection Psichari < dessins de 
Delacroix). — Cette réunion, fort nombreuse, 
de dessins d'Eugèno Delacroix, très intéressante 
pour l'étude du maître, dont les principales 
compositions se trouvaient rappelées par des 
esquisses, études et croquis, ne contenait mal- 
heureusement aucune pièce d'importance. Aussi, 
les prix sont-ils restés plutôt modestes. L'enchère 
la plus élevée a été atteinte par le n» 39, Adam 
et Eve chassés du Paradis, vendu 900 francs. Le 
musée du Louvre a acquis le n° 127, Coin d'ate- 
lier, pour 300 francs, et le u» 107, Personnages 
de Birmanie, pour HO francs. Le total, pour les 
130 dessins, s'est élevé à 10. 344 francs. 

Rappelons que la vente a eu lieu, (îalerie 
Georges Petit, le 7 juin, sous la direction de 
M» Lair-Dubreuil et de M. Georges Petit. 

Vente de dessins. — Quelques prix sont à 
signaler parmi les résultats de la vacation ano- 



nyme, dirigée, salle 10, le 10 juin, par M= Des- 
vouges et M. Delteil et qui avait fait l'objet d'un 
petit catalogue illustré. 

L'intérêt particulier de celte séance résidait 
dans la présence de quatre dessins de Guardi. 
Après le prix aussi élevé qu'inattendu — folie ou 
calcul? — atteint. par une feuille de ce maître à 
la vente Decourcelle, on n'attendait pas sans 
curiosité comment allaient se comporter les 
spécimens ici présentés. Les prix furent plus 
raisonnables : 4.205 fr. pour la Place Saint-Marc ; 
2 80o fr. pour les Deux pilastres de la place Saint- 
Marc; 4.000 fr. pour les Gondoles; 1.700 fr. pour 
les Pyramides. Notons encore, dans la même 
vente, les prix obtenus par deux autres dessins : 
Watteau. Mezzetin,i.OOO{r. — Fragonard. Autant 
en emporte le vent, 2.760 fr. 

Vente d'objets d'art, etc. — M" Baudoin et 
M. Pape ont dirigé, salles 7 et 8, le 10 juin, une 
vacation composée, d'une part, de la collection 
de M. B..., comprenant des faïences, porcelaines, 
objets de vitrine et divers, de l'autre des objets 
d'art et d'ameublement provenant de la succes- 
sion de Mm' Arnauldet. C'est cette seconde partie 
de la vacation qui a fourni seule quelques en- 
chères dignes de remarque dont la plus impor- 
tante, celle de 69.100 fr., a été obtenue, sur la 
demande de GO. 000, par une suite de cinq tapis- 
series d'Aubusson d'époque Louis XVI, à sujets de 
chasse et petits personnages dans des paysages. 

Notons encore : quatre verdures du xviii» siècle, 
à volatiles, 3 600, 6.100, 2.510 et 3,900 fr. — 
Douze fauteuils, bois, ép. Directoire, tapisserie 
d'Aubusson, ép. Louis XVI,.à personnages et ani- 
maux, 20.320 fr. Idem. 18.000). 

Vente de la collection du baron Cari 
Mayer de Rothschild (orfèvrerie ancienne, 
etc ). — D'intérêt très spécial, cette vente d'objets 
précieux de haute curiosité, que nous avons 
annoncée avec détails, a produit le total de • 
1.673.190 francs, Galerie Georges Pelit, les 12 et 
13 juin, sous la direction de M* Lair-Dubreuil et 
de MM. Mannheim et Léman. 

Les résultats ont dépassé, pour beaucoup de 
numéros, les prix de demande. 

Sur l'estimation de 70.000 fr., un double bocal, 
comoosé de deux vases en forme de calice de 



ANCIEN ET MODERNE 



205 



Heurs, travail de l'orfèvre Hans Pelzolt, de Nu- 
remberg, a obtenu US. 000 fr. et sur la demande 
de 30.000 fr. Un hanap en argent uni, avec base 
sur trois statuettes de guerriers, est monté à 
90.000 fr., malgré l'annonce de quelques orne- 
ments refaits. Notons encore l'enchère de 
81.000 fr. pour une pièce de surtout en forme 
de cerf attaqué par un chien, travail de Uitter, 
de Nuremberg, daté de 1617, estimé iiO.OOO fr. 

Nous donnerons, dans une prochai ne chronique, 
Id liste détaillée des principales enchères de cette 
vente, très intéressante pourlesamateursd'objets 
de haute curiosité. 

Vente de la collection Delessert (antiqui- 
tés). — Faite salle 9, le 1.') Juin, par M" Haudoin, 
M.Vl. Rollin et Feuardent, cette vente, qui avait 
fait l'objet d'un petit catalogue illustré, a produit 
S5.640 fr. Les honneurs de la séance ont été pour 
un bronze d'art grec, de l'école de Praxitèle, une 
statuette de jeune satyre nu, qui a réalisé 
30.000 fr. sur la demande de 20.000. 

Notons encore : 17. Grande amphore tyrrhé- 
nienne, à tableaux, avec son couvercle, 2.610 fr. 

— 107. Candélabre étrusque, bronze, 3.800 fr. 

— H2. Bas-relief, fragment de margelle de puits, 
bacchante drapée, 4.300 fr. 

Vente de l'atelier Tchoumakoff. — Faite, 
salle 1, les 13 et 14 juin, par M" Boudin, assisté 
de MM. Sortais, Duchesne, Duplan et Delteil, 
celte vente a produit 32 000 francs. Il nous suffira 
de citer : Decamps, Les Bohémiens, 2.b00 fr. 
(dem. 10.000). Peu d'enchères notables pour le 
reste. Les œuvres de Tchoumakoff, des bustes 
d'aimables personnes, traités dans un goi'it qui 
date déjà, ont été vendues entre hO et 400 francs. 

Vente d'objets d'art. — Chaque année, 
Mi: Lair-Dubreuii, assisté de MM. Paulme et Las- 
quin, dirige deux ventes, l'une en hiver, l'autre 
au printemps, composée de marchandises de 
choix, se rapportant au xyin" siècle français 
principalement et provenant de divers amateurs. 

Annoncée par'un catalogue illustré, la vacation 
qui a eu lieu ainsi salles S et 6, le 14 juin, a 
produit 41 1.574 francs. Le plus gros chiffre a été 
obtenu par uu groupe en marbre du xviu" siècle, 
attribué à Boizot, l'Enlèvement d'Europe, qui a 
réalisé 40.000 fr., sur la demande de 50.000. 

La liste des prix que nous donnons nous dis- 
pense d'un plus long commentaire. 

PRINCIPAUX PRIX 
Objets de vrrRisE. — 21. Boite or de cou), ciselé, 
sujets pastoraux, comrn' ép. Louis XVI, 3.000 fr. — 



24. F. Quaglia. Portrait de femme, miniat. ivoire, 
signée et datée 1826, 6.700 fr. (dem. 10.000). 

Faïences anciennes. — 33. Soupière et couv, sur 
socle, anc. faïence blanche de Pont-aux Choux, ornée 
en relief, 3.800 fr. — 36 Plat, Deruta polychr., reflets, 
sujet de la vie du Christ, xvr siècle, 3.860 fr. (dem. 
ri.OOO ; fract.). — 39. Plat creux, Faenza, fond bleu, 
arabesques, etc., 2.740 fr. (fract.). 

PoHCEi.AiNES ANCIENNES. — 44. Chine. Potiche-ba- 
lustre, époque Kien-Lung, fond bleu, réserves de 
branchages en émaux de coul., 5.500 fr. (dem. 3.000 ; 
fract). — 51. 8èî)/'eA-. Déjeuner solitaire, décoré en 
coul. et dorure, marque de Mérault, 4.200 fr. — 

54. Paire de vases forme Médicis, fond bleu turquoise, 
marque de Vincent, monture br. rest., 2.680 fr. — 

55. Jardinière, comp. pastorale, année 1756, marque 
de Vieillard, 4.900 fr (dem. 5.000 ; coup de feu). — 
57. Saxe. Groupe galant de deux person., berger et 
bergère assis, 5.000 fr. — 58. Groupe semblable, 
3.410 fr. (dem. 10.000; rest. et fôl.). — 59. Groupe 
galant de deux person., décor couleurs, mod. de 
K.i'ndlcr, 10.2.Ï0 fr. (dem. 10.000; fract.l.— 60. Groupe 
galant de deux person , décor coul., mod. de Ka-ndler, 
7.850 fr. (dem. 10.000 ; petite rest.). — 62. Groupe 
galant de quatre personnages, 19.630 fr. (dem. 20.000 ; 
légers manques et rest.). 

SciiLnuKEs ANCIENNES. — 64. Attr. à Boizot, école 
franc., xviu' s. L'Enlèvement d'Europe, marbre, 
49.000 fr. (dem. 50.000). — 65. Clodion. Scène du 
déluge, groupe terre cuite, signé et daté 1800, 6.000 fr. 
(dem. 10.000 ; rest.). — 66. Le Moyne. Buste de 
Mme J.-B. Lemoyne, femme de l'artiste, terre cuite, 
23.100 fr. (dem. 25.000). 

Pendules anciennes. — 70. Pendule-cage, bronze 
ciselé et doré au mat, ép. Louis XVI, 3.700 fr. (dem. 
8.000). — 71. Pendule bronze ciselé et doré, marbre 
et anc porc d'Allemagne, forme monumentale, por- 
tique à six colonnes et groupe, ép. Louis XVI, 4.905 fr. 
(dem. 7.000). 

BiioNZEs MODEiiNEs. — 73. Ucux Candélabres, groupe 
de deux statuettes de femmes, d'après Falconnet, 
style Louis XVI, 3.010 fr. 

Meubles. — 78. Grand lit, bois mouluré, sculpté et 
doré, garni d'ancien damas rouge, ép. Louis XV, 
6.400 fr. (dem. 3.000). 

SiF.oES DIVERS. — 79. Deux fauteuils bois sculpté et 
doré, anc. damas rouge, ép. Louis XV, estamp. de 
lleurtaut, 5.150 fr. (dem. 3.000). — 83. Cinq fauteuils, 
tapiss. au point à person., fleurs et animaux, époque 
Régence, 4.800 fr. (dem. 5.000). — 85. Salon bois doré, 
style Louis XVI, canapé et cinq fauteuils ; tapiss. 
Aubusson, ép. Louis XVI, corbeilles fleuries dans le 
goût de Galembicr, 24.450 fr. (dem. 25.000). — 86. Deux 
fauteuils bois peint noir et tapiss. ép. Louis XIV, 
à corbeilles de grosses fleurs, 5.000 fr. (dem. 6.000). — 
87. Six fauteuils bois peint noir, recouverts de tapiss. 
d'Aubusson, ép. Louis XVI, méd. à trophées d'attrib. 



206 



LE BULLETIN DE L'ART 



15.700 fr. (dein. 18.000). — 89. Grand canapé à joues, 
style Louis XVI, recouvert de tapiss. fine d'Aubusson, 
petits person. et amours, représ. l'Embarquement 
pourCythère, 7 820 fr. (deni. 8.000). — 90. Salon bois 
doré, style Louis XVI, en tapiss. du xvtii' s., peut- 
être de Beauvais, dessin de Salenibier, retiré. — 
91. Salon : un canapé et quatre fauteuils recouverts 
de tapiss. d'Aubusson, xvia* s., petits personn. et 
animaux, d'après J.-B. Huet, bois style Louis XVI, 
34.110 Ir. (dem. 35.000). 

Tapisseries anciennis. — 95. l)cu.\ bandes tapiss. 
de Bruxelles, xvii» s., 2.505 fr. — 96. Tapiss. tissée de 
métal, de la tenture, d'après Lebrun, la Mort de Mé- 
Uagre, 6.120 fr. (dem. 8.000). — 97. Tapiss. flamande, 
xviii" s., sujet mythologique de ['Histoire du dieu 
Mercure, 19.500 Ir. (dem. 25.000. — Vente Hélène 
Chauvin, 24.000 fr.). — 98. Panneau, Aubusson,xviirs., 
pastorale, trois petits personnages, 4.250 (dem. 5.000). 
— 99. Pauneau, Aubusson, xviii* s., réunion de petits 
personnages dans un paysage, 8.050 fr. (dem. 8.000). — 
100. Panneau, Aubusson, xviii* s., d'après Oudry, 
paysage avec fontaine, 6.600 fr. (dem. 8.000). — 101. 
Panneau, Beauvais, ép. Louis XV, composition déco- 
rative à médaillon circulaire , trois personnages 
camaieu dans un cadre, 14.000 fr. )dem. 10.000; la 
moitié inférieure reconstituée). — 102.Topiss. flamande, 
XVII" s., sujet à personnages, tiré de l'histoire ancienne, 
8.100 fr. (dem. 15.000). — 103. Tnpiss. d'Aubussom 
xviii* s., verdure d'après Pillement, 3.904 fr. — 101. 
Tapiss. d'Aubusson, xviii- s., d'après Pillement, ver- 
dure avec cours d'eau, 5.000 fr. (dem. 5.000). 

M. N. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Les Envois de Rome (École des Beaux-Arts). 
— Ici, plus que jamais, la science de l'archéologue 
a prévalu sur rimagiuation de l'artiste : et c'est 
un signe des temps. En regard des travaux précis 
ou des rêves savants de nos architectes, MM. Bon- 
net, Nicod, Boussois et Boutterin, qui restaurent 
ou copient le passé, la peinture présente est 
demeurée bien pauvrement scolastique; un Sf-ul 
échappe au vérisme que la moderne Italie nous 
propose : M. Roganeau (4« année) ; morose théorie 
de porteuses d'amphores, le Soir n la fontaine 
ajoute sa note grave, un peu sourde, à celte renais- 
sance intermittente de l'idéal ancien que suggèrent 
les Salons de l'année; l'effort est méritoire de 
refaire du rêve avec la réalité des anciens jours, 
rêve plus vrai, dans la clarté latine, que les 
faits-divers trop souvent notés dans les ateliers 
de la Villa Médicis, au retour de la morne cam- 
pagne de Kome ou de la terrasse mondaine du 



l'incio... .M. Hoganeau promet un décorateur. La 
pille copie et la claire esquisse de M. Billotey, 
les enfants nus, A Capri, que M.Lefeuvre a plongés 
dans un bain de saphir et d'or, la terne ligure, 
surtout, (le .M. Bodard, ne décèlent pas cette 
conviction fière. A part le premier nommé, tous 
ces peintres ne sont encore que de bons élèves. 
A la sculpture, encore plus timide, un amusant 
petit Gardeur d'oies, de .M. Brasseur, préfère 
trop résolument le pittoresque ù la beauté. .Nou- 
veau signe des temps, les bustes de M. Grenier 
valent mieux que sa Jacquerie; le Roland de 
M. Biaise et l'aimable bas-relief de M. Benneteau 
ne dépassent guère les compositions d'école. Le 
graveur en médailles, M. Dammann, affirme plus 
de caractère, à côté des sages estampes de 
.MM. Serres et Buisset C'est égal, malgré le talent 
de nos architectes, c'est une' année maigre. 

L'œuvre de Léonard Jarraud (galerie De- 
vambez). — Avant d'analyser à loisir le Paris du 
grand siècle évoqué par M. Marcel Poète à la 
Bibliothèque de la Ville de Paris et la signilîcalion 
de la Céramique moderne au Musée Galliera, la 
prolongation d'un spectacle édifiant et doux nous 
a permis de retourner vers le peintre-paysan, 
volontairement éloigné pour toujours de tous les 
bruits parisiens de la réclame et de la rue. 

Un pareil exil n'est pas d'un mauvais exemple 
parmi tant d'exhibitions périodiques, aussi nom- 
breuses que fastidieuses, aussi disparates qu'inu- 
tiles, que l'été même ne semble pas décourager... 
Encore plus discrètement farouche que le Nor- 
mand Jean-François Millet dans son village natal 
de (iréville ou dans sa terre adoptive de Barbizon, 
l'ami du silencea déserté nos Salons depuis I8'.t2 ; 
il vit sous le chaume, à La Couronne, dans une 
région plate et mouillée ou Dominique, aller ego 
de Fromentin, devinait, sous le brouillard, une 
oasis desaules rabougris, près d'un canal : plaine 
charentaise, qui rappelait la Hollande au confi- 
dent des j|fai'f)'e.s d'autrefois. Et, dans le regard 
du solitaire, la mélancolie de la brume est 
nuancée par la tendresse : un mystère égal 
enveloppe la fenêtre indistincte où <i l'enterre- 
ment passe» et l'idylle rustique encadrée par un 
soir neigeux. Ce « silence passionné » ne parlera 
jamais qu'aux délicats. 

Quelques artistes du Paysd'Ouest, les statuaires 
Verlet et Peyronnet, le peintre Caston Balande 
et plusieurs autres moins connus, entourent 
l'œuvre de l'ermite de la palette et son buste 
énergique par son compatriote, M. Guimberteau. 



ANCIEN ET MODERNE 



207 



L'heure est aux expositions régionales ; puissent- 
elles bientôt restreindre la pléthore des exposi- 
tions individuelles ! 

Dessins et maquettes de Léon Bakst (Musée 
des Arts décoratifs). — Depuis cinq années, vers 
la lin du printemps, le ballet russe a fort ému 
peintres et poètes de France en osant substituer 
à l'illusion de la vie, poussée par nos maîtres- 
électriciens jusqu'au trompe-I'œil, une synthèse 
suggestive de tons complémentaires et de lignes 
simpliliées. Ici, décorateur et coslumier ne font 
qu'un : quand elle est réalisée par un poète de 
la couleur chantante et de la serpentine arabesque, 
cette unité fait l'œuvre d'art; et, loin des feux 
magiques de la rampe, il est très instructif d'ana- 
lyser, au grand jour d'une exposition, comment 
un artiste aperçoit Cléopâtre ou Schékérazade, 
l'antique Narcisse ou le moyen-Ageux Mystère de 
saint Sébastien, le Carnaval romantique, animé 
par le rêve de Schumanu, ou le Spectre de la Rose, 
incarné brièvement aux sons de l'Invitation à la 
valse... Autant de fleurs subtiles et de fleurs 
vivantes : car, dans leur symphonie de pourpre et 
d'émeraude, les documents de M. IJakst semblent 
déjà rythmés par la danse ; une clairvoyante 
critique nous l'a dit (1). 

Raymond Bouyer. 

cracrac»oraocracrac»ocraa/Dc»oaoao<y/o(y/Dc»o 
MUSÉES DE PROVINCE 



IiSl réorganisation des musées de Besançon 
et de Montauban. 

Les amis de nos musées provinciaux ont de 
quoi se réjouir : voici le musée de Besançon et 
le musée de Montauban qui vont prendre leur 
physionomie définitive. 

La situation lamentable du musée de Besançon 
a été signalée ici même (2). Mais déjà nous avions 
montré son distingué conservateur, M. A. Chu- 
dant, s'efforçant d'amener la municipalité bison- 
tine à une transformation d'ensemble. 

Le Conseil municipal de Besançon, sur la pro- 
position du maire, M. Grosjean, sénateur, qu'on 
ne saurait trop louer, vient d'adopter les conclu- 
sions du rapport de M. Burcey : une somme de 
l.'59.18i) francs a été votée, qui permettra : 



(1) Voir le nullelin du 9 juillet 1910, p. 

(2) Voir le n° «6 du Bulletin. 



207. 



1° L'aménagement du hall central pour l'agran- 
dissement du musée de peinture et la création 
d'une salle de sculpture ; 

2° L'aménagement des locaux occupés par la 
criée et le magasin de décors du théâtre, en vue 
de développer le musée d'art appliqué et des 
industries régionales ; 

3"> L'installation du chauffage central. 

Le Conseil municipal n'a pas voté sans discus- 
sion les fonds qu'on lui demandait. L'un des