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Full text of "Le Bulletin de l'art ancien et moderne"

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LE 



BULLETIN DE L'ART 



ANCIEN ET MODERNE 



LE 



BULLETIN DE L'ART 



ANCIEN ET MODERNE 



SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE 



REVUE DE L'ART ANCIEN ET MODERNE 




^o-JcT/f 



[■y.& -Se 



PARIS 



28, Rue du Mont-Thabor, 28 



K' 






Numéro 606. 



Samedi 3 Janvier 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Autour du Palais-Royal 



Il est de certaines gens qui ne peuvent pas 
admettre que le Palais-Etoyal demeure vide et 
inemployé. On a beau leur vanter le silence et 
la tranquillité de ce refuge ombreux, la noblesse 
des architectures qui encadrent le paisible jar- 
din, et tant de souvenirs attachés à chacune des 
galeries, rien ne saurait trouver grâce devant la 
frénésie d'une bande de sauvages, dont l'idée 
fixe est de jeter bas ce qui reste du vieux Paris, 
pour donner de l'ouvrage aux architectes et aux 
maçons... 

Comme le Palais-Royal est mort, condamné 
par les lois mystérieuses de l'évolution des villes 
vers l'est, il n'appartient pas aux plus ingénieux 
de nos démolisseurs de ramener la foule dans 
les galeries désertes et de rouvrir les boutiques 
abandonnées. Mais on n'a pas perdu tout espoir 
de rendre une vie factice à l'une des dernit-res 
retraites qui s'offrent aux promeneurs, en faisant 
« bénéficier » le Palais-Royal des « avantages » 
de la circulation. A cet effet, les uns proposent 
de le percer du sud au nord, et les autres, de 
l'est à l'ouest ; celui-ci ouvre une avenue partant 
du Théâtre-Français pour aller rejoindre les bou- 
levards, et cet autre réunit la Bourse de com- 
merce à la place de l'Opéra par une avenue toute 
semblable. Encore ces enragés prétendent-ils 
utiliser les arcades et couper le jardin sans tou- 
cher à l'ensemble des bâtiments, se séparant 
ainsi des auteurs de projets monstrueux dans le 
goût de celui qui préconisait naguère la construc- 
tion d'une Hourse en style monégasque au beau 
milieu du quadrilatère historique I 

Peut-être nous reste-l-il encore assez de bon 
sens pour que celte énorme sottise nous soit 
épargnée. Par contre, il sera nécessaire de veiller 
attentivement à ce qu'aucun des projets de voirie, 
dont le programme des « grands travaux » doit 
amener la réalisation prochaine, ne vienne sour- 



noisement menacer le Palais-Royal. Précisons : 
l'ancien hôtel de la Chancellerie d'Orléans, qui 
donne à la fois rue de Valois et rue des Bons- 
Enfants, et une partie des immeubles qui l'avoi- 
sinent, vont être abattus ; c'est le prélude ordi- 
naire du percement d'une voie nouvelle. Ou je 
me trompe fort, ou nous allons voir reparaître 
un tracé écornant ou traversant le Palais- 
Royal. 
Attention ! 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 27 dé- 
cembre). — M. C.-M. Widor entretient ses confrères 
d'une éventualité qui fait, en ce moment, grand bruit 
à Rome^: il s'agirait du morcellement et de la vente 
d'une partie importante de terrains appartenant à la 
France et dépendant de la Villa Médiois, sur le Pincio. 
Cette entreprise aurait pour résultat la construction 
d'une rangée d'immeubles en bordure de la Villa 
Borghèse ; un plan de lotissement est même déjà 
dressé, et l'on a cru masquer l'inconvenance de l'en- 
treprise en promettant d'allecter une partie des béné- 
fices produits par la vente à la construction, pour le 
moins inutile, d'une école d'archéologie. 

L'Académie, profondément émue de cette commu- 
nication, émet, à l'unanimité, le vœu qu'aucune par- 
celle du domaine national français à Rome ne soit 
aliénée. 

— A propos de la demande faite par le ministre de 
l'Agriculture pour que l'Académie désigne deux de 
ses membres à la commission consultative des séries 
artistiques dans les forêts domaniales, le secrétaire 
perpétuel communique une lettre par laquelle M. Mo- 
reau-Vauthier exprime le vœu, au nom de la Société 
des Amis de la forêt de Fontainebleau, que l'Académie 
des beaux-arts soit représentée dans cette commission 
par im plus grand nombre de ses membres, afin que 
l'élément artistique prédomine dans la commission 
sur l'élément utilitaire. 

L'Académie procédera ultérieurement i la désigna- 
tion de ses délégués à cette commission. 



LE BULLETIN DE L'ART 



— L'exécution des envois de M. André Gailhard, 
pensionnaire musicien de la Villa Médicis. est ren- 
voyée à l'année prochaine. En 19U, il y aura donc, 
au Conservatoire, l'audition de» envois de M. Gailhard 
et de M. Mazellier. 

— Pour le concours Roux de miniature de 1914, 
l'Académie propose comme sujet une figure à mi- 
corps : Saint Sébastien attaché à un arbre et percé 
de flèches. 

— L'Académie propose pour le concours d'archi- 
tecture Achille Leclère, qui s'est ouvert le 21 décem- 
bre, la construction d'un « Pavillon de la Ville de 
Paris à l'Exposition de Lyon ". 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 26 décembre). — M. Saloinon Reinach 
donne lecture d'une note de M. José de Figueiredo 
sur un grand tableau de Rogier van der Weyden, 
autrefois conservé au couvent de Batalha, en Por- 
tugal. Ce chef-d'œuvre n'est plus connu que par un 
croquis du xvm' siècle, œuvre du peintre portugais 
Arlorio de Sequeira. que M. de Figueiredo a eu la 
bonne fortune de retrouver dans un .nlbum. La com- 
position représentait la Vierge et l'Enfant adorés, 
d'une part par Isabelle de Portugal, duches-e de 
Bourgogne, de l'antre par le duc de Bourgogne, Phi- 
lippe le Bon et par son fils Charles le Téméraire. 
M. de Figueiredo a pu démontrer que ce panneau a 
a été peint vers 1449; il est probable qu'il a été 
détruit au cours des guerres qui ravageaient le Por- 
tugal au début du iix* siècle. 

— M. Fougères, directeur de l'École française 
d'Athènes, donne lecture de la suite de son rapport 
sur les travaux effectués par les membres de cette 
Ecole. Après avoir résumé les découvertes faites à 
Délos, il parle des travaux entrepris à Delphes, à 
Orchoinène d'Arcadie, à Némée, à Tbasos et en Asie- 
Mineure. 

En terminant, M. Fougères a rendu hommage au 
zèle savant des membres de l'École française d'Athènes 
qui se montrent vraiment dignes du haut patronage 
de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. 

— L'Académie a procédé au renouvellement de 
son bureau qui. pour 1914. sera ainsi constitué : 
MM. Châtelain, président; Chavannes, vice-président; 
Georges Perret, secrétaire perpétuel. 

Société des Antiquaires de France (séance du 
24 décembre; — M. F. Martroye entretient la Société 
de la légende de Saint-Antide, où se retrouvent des 
traditions de l'époque des invasions barbares dans 
les Gaules, au m* siècle.. 

— M. Héron de Villefosse, après avoir étudié le 
texte d'une inscription romaine récemment décou- 
verte dans le Cher, à La Celle-Bruére, montre qu'un 
sujet ligure au fond d'une des palèrcs d'argent du 
trésor do Bernay représente Oinphale endormie sur 
la peau du lion de Néioée tiré par Hercule. 



— M. P. Monceaux communique plusieurs plombs 
de bulles byzantines recueillis à Cartbage par le R. P. 
Delattre. 

— M. L. Mirot entretient la Société du voyage de 
.\icolas d'Esté, marquis de F'errare. en France, au 
début du XIV' siècle. Un récit fort intéressant de 
ce voyage, jusqu'à présent presque complètement 
inconnu, a été retrouvé par M. Mirot dans les archives 
de Modène. 

Société nationale des beaux-arts. — Le Comité 
de la Société nationale des beaux-arts, dont le der- 
nier Bulletin adonné la composition, a nommé son 
bureau. Ont été élus : 

Président de la Société, M. Roll ; vice-présidents, 
MM. Bartholomé et Jean Béraud ; présidents de sec- 
tion : peinture, .M, Aman-Jean; sculpture, M. Rodin: 
gravure, M. Waltner; architecture, M. de Baudot; 
arts décoratifs, M. Agache. Secrétaires : M.Vl. Bil- 
lolte, Prinet et Aubert; trésorier, M. Georges Picard. 

Société d'iconographie parisienne (séance du 
26 décembre). — M. Lucien Lazard prononce l'éloge 
de M. Jacques Mayer, le jeune savant mort brusque- 
ment au mois d'août dernier. 

— M. le D' Daily fait une communication sur les 
colonnes, médaillons et autres accessoires qui ser- 
virent, avant 1718, à la décoration de la place des 
Victoires. 

— M. Etienne Deville continue son enquête sur les 
manuscrits à peintures du xv siècle, offrant des vues 
de Paris. 

— M. Albert Vuaflart présente et commente une 
curieuse peinture anonyme de la fin du xviii* siècle, 
appartenant au comte de Malaitic, représentant le 
Carreau des Halles, avec la fontaine et le pilori, lors 
des réjouissances populaires organisées a l'occasion 
de la naissance du duc de Normandie, le futur 
Louis XVII. en 1785. M. Vuaflart attribue ce tableau 
à Duplessis-Bertau.x. 

Musée du Louvre. — Le Musée du Louvre s'est 
enrichi d'une belle sculpture japonaise du xvrsiècle, 
une statue de bonze assis, tenant un chapelet, en 
bois doré, qui faisait partie de la collection Aynard, 
et qui était reproduite à la fin de l'article sur cette 
collection, publié dans la Revue du mois de novembre 
dernier. 

L'antiquaire, qui s'était rendu acquéreur de cette 
sculpture à très bon compte, a bien voulu s'en 
dessaisir au prix coûtant, en faveur du musée. 

Musée Galliera. — Lundi dernier, 29 décembre, 
la municipalité de Paris a inauguré, au musée Gal- 
liera, en même temps que l'exposition annuelle d'art 
appliqué, le médaillon de M. Maurice Quenlin-Bau- 
chart. ancien président de la commission des Beaux- 
Arts de la Ville de Paris. On a joint à l'exposition 
habituelle les tapisseries des saints Gervais et Protais, 



ANCIEN ET MODERNE 



reconstituées dans leur état primitif par la manu- 
facture des Gobelius, grâce au don généreux de 
M. le comte M. de Camondo. 

Musée Guimet. — Le Musée Guimet est rattaché 
ù l'administration des Betiux-Arts k partir du 1" jan- 
vier 1914. 

La « Joconde » retrouvée. — Dimanche dernier, 
28 décembre, dans la matinée, le secrétaire de l'am- 
bassade de France à Kome s'est rendu à la Villa Bor- 
ghèse, où M. Corrado Ricci lui a remis la Joconde. Le 
tableau a été aussitôt transporté au palais Farnèse 
et placé dans la salle des Carrache. 

Le roi et la reine d'Italie se sont rendus à l'ambas- 
sade de France pour voir encore une fois la peinture 
avant son départ de Rome. 

Le soir même, la Joconde est partie pour Milan, où 
elle a été exposée lundi et mardi. 

Mercredi, elle est arrivée à Paris. Jeudi, 1" janvier, 
elle a été exposée dans la salle du rez-de-chaussée de 
l'École des beaux-arts ; cette exposition payante, 
ouverte pendant trois jours, est faite au bénéfice des 
œuvres italiennes de bienfaisance à Paris. 

Demain dimanche, elle reprendra sa place au Musée 
du Louvre. 

Demande de classement. — Dans une de ses 
dernières séances, le Comité des sites et monuments 
pittoresques du département de la Seine, a émis un 
avis favorable au classement, parmi les monuments 
historiques, du pont des Belles-Fontaines, à Juvisy. 
Tout le monde connaît ce pont monumental, jeté sur 
l'Orge, qu'on aperçoit de la ligne d'Orléans et qui, 
composé de plusieurs arches juxtaposées, est sur- 
monté de deux fontaines, ornées de sculptures. Il fut 
construit sous Louis XV. 

Chronique du vandalisme. — Par un arrêté du 
20 février 1913, pris en exécution tant de l'article 97 
de la loi municipale que de la loi du 21 juin 1898, le 
maire d'Orléans a ordonné que la vieille tour de l'an- 



cienne église Saint-Paterne, qui, selon lui, menaçait 
ruine, serait démolie dans le plus bref délai. Le 
Conseil de préfecture du Loiret, appelé, en vertu de 
la loi de 1898, à statuer sur le litige confirma l'arrêté 
du maire. 

Alors, le curé de l'église Saint-Paterne résolut de 
déférer ces arrêtés au Conseil d'État : il demandait en 
outre à la haute juridiction d'ordonner préalablement 
qu'il fût sursis à leur exécution. Le Conseil d'État, 
qui a fait droit à cette demande de sursis en mars 
1913, vient de statuer sur le fond du litige. 

Il a décidé que la loi de 1898 organise entre le 
maire et le propriétaire d'un édifice menaçant ruine 
une procédure contradictoire qui, par sa nature 
même, est sans application lorsque l'immeuble en 
cause est la propriété de la commune. 

Le maire d'Orléans a donc, à tort, engagé la procé- 
dure prévue par la loi de 1898, mais son arrêté sub- 
siste en tant qu'il a été pris par application de l'ar- 
ticle 97 de la loi de 1884; or, si la loi du 2 janvier 
1907 ne fait pas obstacle à ce que le maire, dans des 
circonstances exceptionnelles et urgentes, puisse 
faire usage des pouvoirs qu'il tient de la loi de 1884, 
l'exercice de ces pouvoirs se trouve limité, tant que 
la désaffectation des édifices n'a pas été prononcée, 
à l'exécution des mesures absolument nécessaires 
pour assurer la sécurité publique. 

En l'espèce, aucun décret n'a mis Un à l'allectation 
de la tour Saint-Paterne et à l'exercice du culte catho- 
lique. Mais en présence des contradictions existant 
entre les constatations et les conclusions des rapports 
d'architectes, le Conseil d'État s'est trouvé dans l'im- 
possibilité de reconnaître si l'état de la tour Saint- 
Paterne créait un danger tel pour la sécurité publique 
que sa démolition totale ou partielle s'imposât immé- 
diatement; il a en conséquence ordonné une vérifi- 
cation complémentaire. 

Expositions annoncées. — La Société moderne 
annonce sa sixième exposition, qui se tiendra, à la 
galerie Devambez, du 3 au 23 février prochain. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CtJRIOSITÉ 

A Paris. — Vente de la collection de 
M"" A. H... (tableaux, objets d'art). — Dirigée, 
salles 7 et 8, les 19 et 20 décembre, par M« Des- 
vouges, assisté de MM. Caillot, Duchesne, Duplan, 



Sortais et Loys Delleil, cette vente, qui avait 
fait l'objet d'un catalogue illustré, a produit 
28.3.125 francs. 

PRINCIPAUX PRIX 
Tableaux. — 42. N. Mignard. Portrait présumé de 
Mme la duchesse de Bourgogne enfant, 11.800 fr. — 44. 
Nattier. Apollon et les Mtises, 18.000 fr. (dein. 20.000). 



LE BULLETIN DE L'ART 



OwBTS DE VITRINE. — 133. Montre or émaillé, sujet 
allégorique, xviii* s., 6.250 fr. (dem. 1.500). 

Scuup-ruKES. — 142. Groupe terre cuite, xviii' s., 
amour debout. 14.800 fr. (dem. 6.000). 

SièoEs ES TAi'issKRiK. — 187. Dsux petits fauteuils, 
bois doré et tapiss. Aubusson, médaillons à person- 
nages et fables de La Fontaine, Ti.OOO fr. (dem. 3.500 ; 
rest.). — 190. Deux petits canapés, bois doré, ép. 
Louis XVI, anc. tapiss. Aubusson, scènes mythologi- 
ques et fables de La Fontaine, 12.100 fr. (dem. 14.000; 
bois redoré). 

Tapissekies. — 194. Grand panneau anc. tapiss. de 
liruxclles, paysage montagneux, écusson d'armoiries, 
12.600 fr. (dem. 18.000). — 195. Panneau anc. tapiss. 
Beauvais ou Paris, nymphes dans un médaillon, com' 
ïn' s., 14.300 fr. (dem. 18.0U0; bordure rapportée); 

— 197. Panneau des Flandres, scène de bataille, 
XVI' s., e.OlO fr. (dem. 7.000). 

Vente de la collection du baron de C... 
(tableaux, etc.). — Annoncée également par un 
catalogue illustré, celte vente, faite salle 6, par 
M« llaudoin, MM Ferai et Mannheim, le 20 dé- 
cembre, a produit 194. bOO francs. 

Notons le prix de 32.500 francs obtenu, sur la 
demande de 30 000, par le n" 21 : Drouais, le 
Portrait d'un acteur, et contentons-nous d'enre- 
gistrer les autres enchères dignes de remarque. 

PRINCIPAUX PRIX 

Tableaux a.\ciens. — 15. De Lacroix. Vue d'un port 
de la Méditerranée, 4.000 fr. (dem. 5.050). — 50. 
Leyster. Jeunes musiciens, 6.100 fr. (dem. 12.000). — 
58. Nattier. Portrait de la marquise de Lenoncourt, 
20.000 fr. (dem. 20.000). — 67. J. Raoux. La Femme 
aux castagnettes, !i.200 fr. — 71. Uubens. La Vierge 
avec l'Enfant, 8.100 fr. (dem. 4.000). 

Uhon/.es. — 133. Deux candélabres bron/.e doré, 
statuettes, petite paysanne et petite paysanne debout, 
d'après Boucher, ép. Louis X VI, 1 9.000 fr. (dem. 20.000). 

— 135. Deux candélabres bronze, statuette d'amour 
debout, ép. Louis XVI, (i.400 fr. (dem. 8.000 fr.). 

Les grandes ventes à l'étranger en 1913. 

— A Londres {suite i. — Nous mettrons à profit 
les loisirs que nous accorde l'Hôtel Drouot, pour 
en liniravec ce compte rendu de la saison étran- 
gère, interrompu par la reprise des grandes 
ventes parisiennes. 

'Ventes de tableaux et d'estampes. — Le 

20 juin, se luisaient deux ventes de tableaux 
anciens, l'une clieiSotheby, l'autre chez Chrislie. 
Le clou de la première étaitun Portrait de Gentil- 
homme, par Frans Hais, adjugé 22b 000 francs. 
Dans la mi'me vente, un dessin de Itembrandl 
s'est vendu 12 000 francs; l'estampe célèbre de 
Uuclos, d'après Aug. de Saint-Aubin, le Concert, 



7.500 francs; et le Portrait de Newton, gravure 
en couleurs, de C. Turner, d'après Raeburn, 
11.250 francs. 

— De beaux prix ont marqué aussi la vacation 
faite chez Christie : ceux de 149. t)2!) francs et de 
105.000 francs, le premier pour un Portrait de 
femme, par F'rans Hais, et le second pour le Châ- 
teau de Bentheim, par Huysdael ; et les enchères 
suivantes, qui méritent mention (en guinées) : 

2. Beechey. Portrait de Mrs Hall, 1.020 g. — 15. 
Itaphael. Portrait d'un cardinal, 240 g. — 30. A. van 
Ostade. Intérieur de taverne, 440 g. — 35. D. Teniers. 
Un Philosophe, 340 g. — 36. G. Ter Borch. La Lettre. 
880 g. — 47. A. van der Neer. liord de rivière, 680 g. 

— 00. S. Kuysdael. Bord de rivière, 440 g. — 00. J van 
Goyen. Envii'ons de Harlem, 300 g. — 69. Judith 
Leyster. Musiciens, 350 g. — 73. Patinir. Paysage 
rocheux près de la côte, 290 g. — 76. Luttichuys. 
Portrait d'homme, 580 g. — 83. Fabrilius. Isaac et 
Hebecc-i. 3.100 g. (81.375 fr.) — 86. École an}:lnise. 
Portrait d'enfant, 820 g. — 90. Nasmyth. Paysage, 
520 g. -^ G. Morland : 91. Bords de mer. 1.200 g 
(31. .500 fr.). — 92. Paysage, 1.100 g. 28.875 fr.'. — 93. 
Le Vieux Cheval blanc, 480 g. — 94. Hospitalité afri- 
caine, 500 g. 

103. Mirevelt. Portrait d'un gentilhomme et de ses 
enfants, 420 g. — 105. Moreelse. Portrait d'homme et 
Portrait de femme, 2 200 g. i57.250 fr.). — 106. École 
espagnole. Portrait de femme, 750 g. — 116. Titien. 
La Vierge et l'Enfant, 280 g. — 124. J. van Goyen. 
La Rivière, 950 g — 125. Hondeweter. Le Poulailler, 
420 g. — 126. Les Frères Le Nain. Les Astronomes, 
500 g. — 127. N. Macs. I.a Dentellière, 260 g. — 133. 
J. Kuysdael. Paysage avec cascade, 830 g. — 134. 
J. Steen. Les Joueurs de Iric-lrac, 1.020 g. (26.775 fr.). 

— 13H. D. W'ilkie. Les Joueurs de cartes, 480 g. — 
139. Ph. Wouwermans. La Porte du cabaret, 800 g. 

— Parmi les beaux prix qui ont été enregistrés 
dans une vente d'eslampes faite le 2.') juin, lirons 
de pair ceux de 14.700 frams pour Villageois et 
voyageurs, de Ward ; de 6.975 francs pour une 
suite d'estampes sur les sports, gravées par Alken, 
d'après Hodges, et de 9.450 francs pour le Matin 
et le Soir, par Grozer. 

Vente de la collection Murray Scott 
(tableaux, objets d'art). - La irrs importante 
vente de la rollection de Sir .Murray Scott, com- 
posée d'objets «l'art et d'ameublement anciens 
et de tableaux, a été annoncée dans le n" 589 du 
Bulletin. Elle a eu lieu du 24 au 27 juin. Avec 
son total de près de trois millions et ses enchères 
remarquables, celle vente est comme le « pen- 
dant » de la vente Oppenheim à Londres, de la 
vente Borden à New-\ork, des ventes Steengracht 



ANCIEN ET MODERNE 



et Neraes à Paris, et run des grands événements 
de la saison de 1913. 

La première vacation, à elle seule, a fourni 
1 million 438.775 francs d'enchères : on y a vu 
quatre tapisseries de Beauvais du xvni* siècle, à 
sujets d'animaux dans des paysages, atteindre le 
beau prix de 472.500 francs. Lne statuette de 
Cupidon menaçant, en bronze, d'après Falconet, 
a trouvé preneur à 183.750 francs Huit fauteuils 
d'époque Louis XVI en bois sculpté, par Jacob, 
couverts en tapisserie de Beauvais à décor de 
vases et de fleurs, ont été poussés jusqu'à 
HO. 000 francs. 

Les objets d'art ont contribué pour 2 millions 
080.525 francs au total de la vente. 

Les tableaux ont réalisé 680.675 francs, avec, 
comme prix capital, les 162.750 francs obtenus 
par une FHe ihampHre de Wattèau, tableautin' 
de m. 42 sur m. 52 environ lne autre FHe 
v.hiimpèlre, de dimensions analogues, celle-ci par 
l'ater, a été adjugée 60.375 francs. 

Voici une liste détaillée dès principaux prix 
(au-dessus de 200 livres sterling, soit 5.000 fr.) : 

Objets he vithinh, mimaturf.s. — H. Tabatière ronde, 
écaille avec miniature, deux femmes dans un paysage, 
par Lawrence, 819 I. (20.47S fr.). — 26. Maria 
Fagninvi, marijuise d'ilerford. miniature, 262 1. — 
29. Nymphes au bain, deux gouaches d'après Bou- 
cher, manière de Charlier. 210 I. 

Objets d'akt hi d'amelbi.event kb.\nçai8 du xviii* siè- 
cle. — 31. Pendule ép. Louis XVL cadran tournant, 
vase sur socle en marbre b1., statuette de l'Amour 
indiquant les heures, mont, bronze, 892 1. (23.300 fr.). 

— 34. D'après Kalconet. L' Amour menaçant, statuette 
br., T.S.™ I. (183.7S0 fr.). — 35. Vase ép. Louis XV, 
céladon craquelé, mont, br., 1.837 1. (45.252 fr.). — 
36. Deux vases porcel. de Sèvres gros bleu, avec 
couvercle, mont, br., ép. Louis XVL 1.0501. (26.250 fr.). 

— 38. Candélabre br., ép. Louis XVI, 315 I. — 39. 
Pendule br. doré, ép. Louis XVI : Femme jouant de 
la lyre et Jeune homme jouant de la flûte, de chaque 
côté du cadran, 651 I. — 40. Deux candélabres, 
l'Amour et l'syclié, bronze, d'après Falconet, ép. 
Louis XVI, 1.207 I. (30.175 fr.). — 41. Deux vases 
marbre, mont, en bronze, ép. Louis XVI, 1.050 I. 
(26.250 fr.). — 42. Vase ovale marbre, mont, br., ép. 
Louis XVI. formant garniture avec les précédents, 
1.102 I. ; fr.). — 43. Vase ovoïde, porcel. Sèvres 
gros bleu, médaillons de personnages et bouquets en 
coul., mont. br.. 336 1. — 44. Deux vases forme 
bateau, porcel. Sèvres gros bleu, décor en relief, 
mont. br. dans la manière de'Duplessis, ép. Louis XVI, 
2.100 I. (52.500 fr.). — 45. Deux candélabres, l'Amour 
et l-.syclié. br., ép. Louis XVI, 1.050 1. (26.250 fr. — 
46. Candélabre br., ép. Louis XVI, 756 I. — 47. Cartel 
et baromètre br. doré, 336 1. — 49. Pendule par 



Lepaute, vase ovoïde en porcel. de Sèvres gros bleu, 
mont, br., ép. Louis XVI. 997 I. (24.925 fr.). — SO. 
Pendule marqueterie de Boule, ornée br., 231 1. — 51. 
Commode ép. Louis XV. marqueterie à Heur, br., 
451 1. — 52. Table ép. Louis XVI, marqueterie et br., 
1.572 I. (64.300 fr.). — 54. Secrétaire droit, surmonté 
d'une vitrine, marqueterie et br. , signé Dubois, ép. 
Louis XVI, 5.145 1. (128.625 fr.). — 55. Huit fauteuils 
bois se. peint blanc, signés Jacob, couv. en tapiss. de 
Beauvais à vases de fleurs, ép. Louis XVI, 4.400 I. 
(110.000 fr.). — 56. Deux cabinets en marqueterie de 
Boule, ornés br., 283 I. 

ScDLPTUBES. — Deux bustes marbre, Louis XVI et 
Marie-Antoinette, xvin* s., 787 1. 

Tapissebies. — 64. Quatre tap de Beauvais, xviii* s.; 
sujets d'animaux sur fond clair, formant médaillons, 
encadré de portiques à verdures et à fleurs; au-dessus 
de chaque portique, un trophée d'attributs et de fleurs, 
18.900 I. (472.500 fr.). 

Objets de vitrine, porcelaines de siîvbes (suite). — 
79. Tabatière ronde, bois d'amboine avec miniature, 
288 1. — 111. Service à thé. Sèvres, décor d'oiseaux 
dans des paysages, fond œil de perdrix, par Evans et 
Massy, 252 I. — 114. Service de table et service à 
dessert, Sèvres, décor de fleurs, 193 pièces, 672 I. 

Objets d'art et d'a.meublement (suite). — 125. Deux 
candélabres br., amours tenant des cornes d'abon- 
dance, ép. Louis XVI, 819 I. — 133. Deux candélabres 
br à fig. de nymphes, ép. Louis XVI, 420 I. — 134. 
Deux autres, analogues, 441 I. — 135. Deux autres, 
378 1. — 136. Deux vases Empire br,, 204 I. — U6. 
Chenets ép. Louis XVI, br., forme de vases, 315 I. — 
149. Pendule marqueterie de Boule, groupe br. de 
Persée et Pégase, 567 l. — 150. Pendule br supportée 
par un amour, ép. Louis XVI, 262 1. — 153. Encrier 
ovale, br. doré, 441 I. — 154. Deux chenets br. doré, 
325 I. — 162. Deux jardinières Empire br., 336 I. — 
171. Table ovale acajou et br.. ép. Directoire, 609 1. 

Bronzes, objets d'abt. — 211. Bacchante et petit 
satyre, statuette br., 220 I. — 215. Bacchus et Flore, 
statues br., grandeur nat., xviii* s , 588 I. — 219. 
Vénus, br , Italie, xvr s., 325 1. — 220. Vénus et un 
Faune, deux bustes, Italie, xvii' s., 220 1. 

234. Panneau broderie, xvii' siècle, sujets de la 
Vie de Salomon, 325 I. 

Objets d'art et d'a.meuble>ient {fin). — 244. Carte 
et baromètre, ép. Louis XV, 441 I. — 251. Un autre, 
ép. Louis XVI, 346 I. — 257. Encrier, ép. Directoire, 
br., décor d'attributs militaires, 1.102 1. (27.550 fr.; 
on a fait remarquer que cette enchère est la plus 
élevée qu'ait obtenu, jusqu'ici, un objet d'art de cette 
époque). — 258. Pendule br. doré, cadran tournant, 
sphère supportée par trois enfants, 241 1. — 261. Deux 
chenets br. doré, fig. de femmes et d'amours, ép. 
Louis XVI. 651 I — 26i. Encrier br. doré, fig d'homme 
portant une coquille, 304 1. — 275. Deux vases por- 
phyre, mont, br., 367 I. — 277. Régulateur acajou et 
b., ép. Louis XVI, 472 l. — 288. Deux tables, ép. 



LE BULLETIN DE L'ART 



Louis XVI. ornées île plaques d'émail et de br., 325 l. 
— . 29S. Table-bureau, iiiurqucterie de Boule sur 
écsille, et br., 945 I. 

Voici maintenant les prix des tableaux et des- 
sins vendus le 27 juin, et dont nous avons dit un 
mot dans le compte rendu de la vente. 

AgUAKFLLBS ET PKSsiNs MOUEBKRS. — 1. BoningtOD. 
Le l'a lais des dogrs à Venue, 420 I. — 17. Uecamps- 
N;/iiiphes nu '<«in, 210 1. — Zieni : 44. Constantinuple, 
220 I. — 4."). Venise. 220 I. 

Tablkaux .«odek.xks. — 62 Diaz. Trois nymphes et 
amours, 1.176 I. (28.400 fr.). 

Taulkaux et uessiks anciens. — 96. Charlier. 
Nymphes et satyres, gouaehc, 220 I. 

106. Goya, tspagtiols dansant le boléro, 262 I. — 
109. Sir Th. Lawrence. Francis-Charles Seyinour, 
marquis (/e IlertfiirJ, 399 I. — 111. L. Parct. Fête 
dans une ville. 693 I. 

114. L. Boilly. l-a Lettre d'amour, iiO I. -^ Boucher : 
115. Les Hlaiichisseuses, 1.207 1. (30.175 fr.). — 116. 
Le Couple yalanl, 231 1. — 117. Hergère et jeune 
homme, l.fiiiO I. (42.0U0 fr.). — 119. Chardin, hvste de 
Mercure et nature morte, 283 I. — 120. C.-A. Coypel. 
Jeune Femme et perroquet. 94."i I. — 122. F. -H. Urouais. 
l'ortrnilde femme en Flore. 336 I. — 125. R. Leièvre. 
l'ortrail desdeux fiiles du maréchal l.e/ebvre, 252 1. — 
126. C. Vanloo. La Musique, la Littérature, la Guerre. 
trois peintures, 840 I. — 133. Nattier. Madame Vic- 
toire, 2.205 I. (55.125 fr.). — 134. Pater. Fête cham- 
pêtre. 2.U5 I. ^60 375 fr ). — «35. Le Prince. Dame 
jouant de la guitare, 294 1. — 136. J. Haoux. La 
Femme au chat. 367 I. — 138 A. Watteau. Fêle cham- 
pêtre, 6.5101. (162.730 fr.). 

140. J. Buijs. Les Fiançailles et le Mariage, deux 
pendants (.1774;, 252 I. — 141. A. Cuyp. Bergers rame- 
nant leur troupeau, 283 1. — 132. R. Zeeuian. Un 
Arsenal, 225 I. — 133. J.-G. Ziesenis. l'ortrail de 
gentil/tomme, 220 I. 

M. N. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Aman -Jean décorateur et portraitiste 

(galerie Manzi -Joyanl). — L'intensité colorée 
d'Eugène Delacroix, rejoignant dans l'or d'un 
plafond les Vénitiens qu'il n'alla jamais voir à 
Venise; ou le calme suave de Puvis de Chavanues, 
retrouvant sur la blancheur de la pierre la 
fresque antique qu'il devinait seulement : c'est 
entre ces deux poétiques que devait choisir la 
décoration moderne, et c'est la seconde qu'a 
préférée, par un tacite penchant de son àme 
rêveuse et raffinée, le peintre Aman-Jean. Déco- 



rateur, le portraitiste ou le pastelliste le fut dès 
ses premiers succès à l'unique Salon du Palais 
de l'Industrie, depuis 1883 ; et la préseule expo- 
sition d'un choix de ses œuvres nous attire, en 
môlaiit un souvenir silencieux de notre jeunesse 
à ce chapitre encore inédit d une évolution d'un 
quart de siècle, qu'on pourrait intituler le retour 
au style. Alors, en plein apogée du plein-air et 
des documents plus ou moins humains, un ancien 
élève de Lehraann était de ceux qui décou- 
vraient dans une douceur apaisée leur personna- 
lité naissante ; et sans recourir à la division 
du ton, comme son condisciple Ernest Laurent, 
il trouvait dans l'harmonie d'une rose avec un 
ciel de turquoise un accord nouveau. Portraits 
recueillis ou voluptueux pastels, la délicatesse 
native de son œuvre ressemblait à la lente éla- 
boration d'un secret qui. depuis quelques années, 
se dévoile ; et c'est aujourd'hui le décorateur qui 
reparaît dans quatre allégories composées pour 
la salle des séances du Parlement chilien : Jus- 
titia, Virtus, Lex, Pax ; la Justice, qui tient sa 
balance rigide; la Force du guerrier, qui reçoit 
l'hommage de la faiblesse; la Loi qui protège et 
la Paix qui réconcilie, en ravivant l'antique 
symbole du caducée. Dès l'abord, à distance, en 
dehors de toute préoccupation des sujets, ce 
rajeunissement des thèmes éternels parle dou- 
cement aux yeux : car la couleur a son langage, 
et l'admirateur de Velazquez ajouterait que 
« l'art naît du métier (1)» ; mais ce métier n'est 
lui même que la traduction d'un sentiment inté- 
rieur, que rellète le buste du peintre modelé par 
le statuaire Dampt, en une fraternité de mys«* 
tère et de mélancolie. 

1>'« exposition du u Bon ton » (galerie Le- 
vesque, 109, faubourg Saint-Honoré). — Ce titre 
seul nous emporte un siècle en arrière, sur le 
manteau capricieux de la mode : alors, c'était 
Jean-François Bosio, le frère aîné du sculpteur, 
préconisant dans le Bon genre ou le Suprême bon 
ton " le Dàïidisme en spencer (2) » et les lois 
olympiennes de l'antique appliquées à l'éphé- 
mère modernité ; maintenant, c'est la miniature 
persane ou le ballet russe qui séduit les jeunes 
collaborateurs de la Gazette du bon ton, réunis 
autour du magicien Léon Bakst. L'humour, qui 
souligne, a conduit les plus spirituels d'entre 
eux à la stylisation, qui simplifie; et les sages 

(1) Voir Aman-Jean. Velazquez. dans la collection 
Art et Esthétique (Paris, Alcao, 1913). 

(2) Mot de RenouTier, cité par M. Beraldi. 



ANCIEN ET MODERNE 



contemporains de La Mésangère s'elîarouche- 
raient-ils des croquis de MM. Carlèïï;le, Abel 
Faivre et Roubille, des dessins de M. Louis 
StrimpI, des peintures de M. Hermann Vogel, 
des aquarelles de M. Drésa, des enluminures de 
M. Lepape, des pastels de M"" Valentine (Iross, 
inspirée par le Spectre de ta liose, ou du style 
décoratif de M. Gosé? l.,es héritiers du regretlé 
Boutel de Monvel, son fils Bernard, MM. l'ierre 
lîrissaud et Maurice Taquiiy, composent une 
petite famille où se perpétue savamment la 
désinvolture rétrospective des dandijs ; et quel 
dommage de ne pouvoir compter sur une lon- 
gévité patriarcale, alin de savoir comment se 
travestira celle que les Concourt appelaient 
(I la poupée sublime » en 2014, et quelle sera la 
couleur de ses cheveux ondulés ! 

Société des Peintres et Graveurs de 
« Paris » (galerie Bruiiner). — Montrer un por- 
trait de David par lui-même, dessin dédié en 1794 
à Robes|)ierre, en face de quelques vues bru- 
meuses de Paris, datées de t898 par Pissarro ; le 
Départ des coitcous, par Boilly, près d'une eau- 
forte de M. Lepère ou d'un pastel de M. Chéret ; 
len Courses, vues par Carie Vernet, non loin du 
Pesage de Longchamp, transcrit, en 1880, par 
M. Forain ; la Maifon de jeu du Palais-Hoyal, 
aperçue par le vieil Isabey, près des cafés de 
nuit fréquentés par M. Louis Legrand ; la crino- 
line chère à Constantin (luys, à côté d'une élé- 
gante de Caston La Tourbe ou des pâles midinettes 
de M. Steinlen ; un crayon d'Ingres, au-dessous 
des esquisses décoratives d'Eugène Delacroix ou 
d'un étonnant petit portrait féminin de Manet : 
— tel est le bienfait des « rétrospectives », et 
tel est l'agrément de cette cinquième exposition, 
formée, avec le concours du collectionneur 
Alfred Keurdeley, par le président de la Société, 
M. Georges Gain. Pour le plaisir instructif des 
yeux, aquarelles et croquis de Charlet, de RafTet, 
de Laini, de Daumier, de Daubigiiy, d'Hervier, 
de Jongkind, voisinent avec de récentes peintures 
ou gravures de MM Renefer, Auburtin, Gillot, 
Girardot, Vauthrin, de la Gandara, Charles Hey- 
man et Béjot. Il reste entendu que tout portrait 
ressemble à son portraitiste encore plus qu'au 
modèle ; mais, en nous parlant de son art et de 
son temps, M. Forain nous parle ici de notre 
Paris, qnand il crayonne l'Idylle sur les forlifs 
ou lave magistralement la claire silhouette du 
Mont Valerien vu de la Seine, sous l'arche d'un 
pont. 



BIBLIOGRAPHIE 



■ 



RAYiMOND BOUYER. 



Autissier, miniaturiste, 1772-1830, 

par M. Lucien Lemaibe ;i,ille. 1912). 

A l'exposition de la Miniature de Bruxelles, en 
1912, OD remarquait, dans la section française, un 
fort curieux portrait d'officier de l'époque révolution- 
naire signé Autissier; d'autres œuvres, comme le 
portrait de M"* Mallait, daté de 1820, bien que moins 
importantes, attiraient également notre attention sur 
ce miniaturiste fort peu connu. Aucun portrait de 
lui n'avait, en elfet, été exposé à la Bibliothèque 
nationale en 1906, et la courte notice du catalogue 
de Bruxelles ne nous permettait pas de satisfaire 
notre curiosité sur cet artiste qui, s'il n'atteignit 
jamais la réputation de Dumont, d'Augustin ou 
d'Isabey, mérite cependant une bonne place parmi 
les miniaturistes de l'Empire et de la Restauration. 

Cette lacune vient d'être heureusement comblée 
par l'excellent livre que M. L. Leraaire a consa- 
cré à Autissier. La carrière de ce Breton, ué à 
Vannes en 1772, se passa presque t(mte entière à 
l'étranger. En elfet. à part un court séjour, en 1795, 
à Paris, où il arrivait solidement préparé à son 
métier deminiaturisle par l'enseignement d'un ancien 
peiutre du roi de Pologne nommé Vautrin, il s'éta- 
blit, dès 1796, à Bruxelles et ne quitta guère cette 
ville que pour la cour du roi Louis de Hollande (de 
1803 à 1809) et pour un second séjour à Paris (de 1818 
à 1S24). Peut-être avait-il compris qu'à Paris il serait 
toujours éclipsé par les Isabey, les Augustin et les 
Dumont, et préféra-t-il être le premier a liruxelles !..- 
S'il lit ce calcul il eut raison, et ses succès aux expo- 
sitions de Lille, detiaud, de Bruxelles et a la cour du 
roi Louis, témoignent de la renommée qu'il sut 
acquérir en Belgique et en Hollande. Les nombreux 
portraits cités par M. Lemaire, dont beaucoup sont 
reproduits dans son volume, expliquent aisément 
cette réputation ; ils sont généralement 1res solide- 
ment construits et bien peints, et les com|jaraisons 
qu'on peut faire montrent une heureuse compréhen- 
sion des caractères de ses modèles. Artiste habile et 
consciencieux, Autissier fut donc un bon portraitiste, 
parfois un peu lourd, comuje Augustin, qu'il rap- 
pelle souvent, mais généralement intéres.sant. Nous 
l'aimons beaucoup moins diins ses sujets mytholo- 
giques ou de fantaisie, comme l'Amour el l'Amitié 
ou l'Élude répandani. des fleurs sur le Temps, c'est 
de beaucoup la partie la moins intéressante de son 
œuvre, et on l'y sent mal à son aise. M. Lemaire, au 
reste, nous a surtout parlé d'Autissier portraitiste, et 
il a bien fait. La seconde partie de son livre contient 
une précieuse liste des élèves d'Autissier et un cata- 
logue de l'œuvre du miniaturiste : elle sera un 
instrument de travail des p s utiles et complète 
fort bien cette étude, claire, précise et savamment 



LE BULLETIN DE L'ART 



documentée, qui sera accueillie avec recoapais- 
sance par tous ceux qui s'intéressent à l'art de la 
miniature. 

P.-André Lemoisne. 

LES REVUES 



Les Musées de France (1913, n° îi). — Paul Vithy. 
Les Accroissements de la salle Barye. — Nouvelles 
générosités faites au Louvre par un amateur russe 
qui désire garder l'anonymat, — le même dont les 
donations avaient permis, l'an passé, la création de 
la salle Barye. 

— Louis Demonts. Un Dessin de Rembrandt nou- 
ellement acquis par le Musée du Lottvre. — Étude 

de femme nue, provenant de la collection J.-P. 
Heseltine (vente à Amsterdam, mai 19)3, n' 21). 

— G. Briére. Nouvelles acquisitions du musée de 
Versailles. — Médaillon de Louis XIV, par Antoine 
Benoist, bronze provenant de la vente Kraemer ; 
études pour le Serment du jeu de paume, dessin 
de David, provenant de la vente Cheramy ; portraits 
du général comte Legrand et de la comtesse Legrand, 
par Gros, don de M"" Legrand ; portraits de Théodore 
de Banville, par Alfred Dehodencq, et de Claude- 
Théodore Faultain de Banville, père du porte, par 
Emile Deroy, don de M. Georges Rochegrosse. 

— René Schneider. Le « Mariage de la Vierge » au 
musée de Caen. — On sait que ce chef-d'œuvre était 
autrefois attribué au Pérugin, sur la foi de Vasari, et 
que M. Berenson a mis en doute cette attribution et 
a donné le tableau au Spagna. Depuis lors, des docu- 
ments découverts par M. W. Bombe, à Pérouse, ont 
prouvé que la peinture avait bien été commandée 
au Pérugin par la Confraternité de Saint-Joseph ; 
M. Bombe en a conclu que le maître avait travaillé 
seul au Spozaligio. M. Venturi combat de nouveau 
cette conclusion et attribue le tableau à un élève du 
Pérugin : Andréa di Luigi d'Assisi, dit l'Ingegno. 

— Henri Chabelk. A propos de la « Bacchanale » de 
Bénigne Garjnereaux ilTMi-nyi). — Peinture inache- 
vée de cet artiste dijonnais, conservée au musée de 
Dijon. 

— Supplément : P. V. L'Arl ancien dans les Flan- 
dres à l'Exposition de Gond; — Raymond Bodver. 
L'Ameublement et la Curiosité dans les grandes ventes 
récentes. 

(1913, n' 6). — Un Triptyque de Roger van der Wey- 
den au musée du Louvre. — Le Christ avec la Vierge 
et saint Jean l'Évangéliste. sur le panneau central ; 
saint Jean-Baptiste et la Madeleine, sur les volets 
intérieurs ; une ti'-te de mort et une croix de marbre, 
sur les volets extérieurs. L'œuvre vient de la collec- 
tion du marquis de Westminster, où elle avait été 
signalée par Waagen en 1851. Elle a été exécutée 



pour Catherine de Brabant, après Uô2, date de la 
mort de son mari, Jean Braque. 

— Louis Demonts. Un Tableau de Luca Signorelli 
au musée du Louvre. — C'est un Saint Jérôme (?) 
Comparaisons avec les œuvres du maître qui justifient 
l'attribution. 

— Gaston Mioeon. Sculptures et céramiques musul- 
manes au musée du Louvre. — Plaque de marbre 
provenant de Rhagès ; plat de fa'icnce à décor géo- 
métrique, provenant de Bahnasa iHaute-Égypte) ; 
fragment d'azulejo, mosaiquc arabe. 

— Gaston Briére. Restauration de la galerie du 
Grand Trianon. — On a replacé, dans cette galerie, 
les tableaux qui en formaient la décoration primitive, 
œuvres de Jean Cotelle, Etienne Allegrain et J.-B. 
Martin. 

— Henri Chabeif. Quentin de la Tour au musée de 
Dijon. — Portrait d'un chanoine ; ti''te d'homme en 
bonnet de nuit ; étude pour le maréchal de Saxe., 

— Supplément : Le « Louis A7I'» du liernin à Ver- 
sailles, analyse d un article de M. Marcel Reymnod, 
réceiinuent publié dans la Revue; — Château de Ver- 
sailles, compte rendu de la réunion de la Commis- 
sion des monuments historiques, tenue en juillet 
dernier, où l'on a examiné diverses questions relatives 
aux travaux de restauration du château; — Raymond 
BouYEH. L'Art antique et l'estampe moderne dans 
les grandes ventes récentes. 

Italie 

Rassegoa d'arte senese (janvier-juin 1913). — 
V. Ll'>im. iJe quelques sculptures au Dôme. — L'au- 
teur croit trouver, dans l'inlerprétalion de quelques 
documents, la preuve que les fonts de la chapelle 
Saint-Jean au Dôme sont les anciens « petits fonts • 
du Baptistère; il les suppose de 1414-1416 et de Jacupo 
délia Quercia. Il attribue aussi à Jacopo le bénitier 
qui se trouve à l'entrée du Dôme. L'auteur croit 
enfin que la base de la colonne, à l'entrée de la 
chapelle Saint Jean, est une œuvre antique, au con- 
traire de M. de Nicola qui a démontré qu'il s'agit d'un 
travail quattrocentiste et, nomminent. de Kederighi. 

— A. Canestheli.i. Mesures à prendre pour lu 
conservation des restes de l'abbaye de San Gnlgano, 
proposée dans le rapport présenté au comité « l'ro 
Galgano », le 10 mai I90S. — Projet de consolidation 
et de surveillance en partie exécuté. 

— V. LusiNi. l'our l'étude île la vie et des œuvres 
de Vuccio di Buoninsegua. — Par une suite de déduc- 
tions un peu aventureuses, l'auteur conclut que la 
Vierge de l'église de Crevole, qu'il croit de Duccio, 
est le tableau pour lequel un legs fut fait en 1230 à 
l'église de Montepescini. 

— D.-E. Merlotti. L'Aqueduc siennois, — L'auteur 
détermine une partie du tracé de l'ancien aqueduc 
de Sienne. — L. G. 

Le Gérant : H l)».vi.>. 
P »ri». — Imp. Georges Petit, Ii, rue Godot-de-&lauroi. 



Numéro 607. 



Samedi 10 Janvier 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 



ANCIEN ET MODERNE 



Les Jardins du Pincio 



I 



La protestation de l'Académie des beaux-arts 
contre la vente de terrains sur le Pincio, dépen- 
dant de la Villa Médicis, a produit grande impres- 
sion, encore que le sous-secrétariat d'Etat des 
Beaux-Arts ait communiqué aux journaux la 
note que voici, dans l'intention de rassurer le 
public : 

Les ministères intéressés étudient depuis un an, 
d'accord avec la municipalité de Rome, la possibilité 
d'aliéner, dans des conditions avantageuses pour le 
Trésor, les terrains français qui bordent la Via 
Porta Pinciana. et à travers lesquels le plan régula- 
teur prévoit le passage de voies publiques. Ces ter- 
rains, fort éloignés de la Trinité-des-Monts, situés en 
dehors des jardins de la Villa Médicis, sont actuelle- 
ment clôturés et loués à bas prix à des maraîchers. 

Le produit de la vente serait consacré au dévelop- 
pement des établissements français en Italie. Le 
programme actuel, élaboré par le département des 
Alîaires étrangères et celui de l'Instruction publique 
et des Beaux-Arts, prévoit d'importantes améliora- 
lions pour la Villa Médicis, la construction d'un 
pavillon pour l'école d'archéologie, dont l'installation 
soulève depuis longtemps les plus légitimes critiques, 
et, éventuellement, une dotation pour l'Institut fran- 
çais de Florence. 

Le projet vient d'être soumis à l'examen du ministre 
des Finances et devra, s'il y est donné suite, être 
présenté à l'approbation du Parlement. 

Cette note est parfaitement explicite et montre 
à quel point l'émotion de l'Institut était justifiée. 
Traduite « en clair », elle signifie que, dans la 
pensée de réaliser une bonne spéculation, l'État 
français s'est hâté, plus que de raison, de faire 
siens les projets de voirie élaborés par une 
municipalité romaine en mal d'« haussmannisa- 
tion» (cette môme municipalité, dont on connaît 
les idées sur la transformation du Capitole, vient 
d'ailleurs de démissionner). Il y a aussi, dans 
cette affaire, un architecte qui désire construire 
une école d'archéologie, c'est-à-dire un palais 



magnifîque et coiiteux, — et ceci encore explique 
bien des choses. 

Le public, toutefois, et particulièrement le 
public parisien, n'a pas été convaincu par toutes 
les raisons alléguées (1). On lui a montré com- 
ment les immeubles qui occuperaient les terrains 
aliénés sur la colline du Pincio offenseraient la 
vue des hôtes de la Villa Médicis et des prome- 
neurs de la Villa Borghèse, et il a assez l'expé- 
rience de cet art d'embellir les villes, qui est 
propre aux municipalités d'aujourd'hui, pour 
avoir vite compris ce qui se préparait sournoise- 
ment à Rome, avec la complicité de l'État fran- 
çais. Il lui a paru inconvenant que, pour faire 
une bonne affaire, nous prenions les devants dans 
une opération de voirie dont la réalisation n'était 
point immédiate. 

Si l'aliénation d'une partie des terrains que 
l'on a voulu vendre est inévitable, comme on le 
prétend, nous devons attendre qu'on nous l'im- 
pose et nous n'avons point à devancer les projets 
des auteurs du « plan régulateur ». C'est bieu 
assez que nous ne puissions pas nous opposer 
aux enlaidissements de Rome, sans encore venir 
y collaborer (2). 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Actes officiels. — Le Journal officiel du 4 jan- 
vier a publié les décrets par lesquels M. Arsène 
Alexandre, conservateur du palais de Couipiègne, est 
nommé inspecteur général des musées des départe- 
ments, en remplacement de M. Roger Marx, décédé ; 



(1) On lira plus loin, dans les Échos, une note que 
nous recevons de notre correspondant d'Italie, et 
qui montre que l'émotion causée par la nouvelle de 
la vente des terrains du Pincio n'a pas été moindre 
à Rome qu'à Paris. 

(2) Dans le dernier Bulletin, un lapsus m'a fait 
parler de l'évolution des villes vers l'est : c'est vers 
l'ouest qu'il fallait dire ; les lecteurs auront certaine- 
ment rectifié d'eux-mêmes. 



10 



LE BULLETIN DE L'ART 



et M. Gabriel Mourey, uonservateur du palais de 
Compiègne. 

— Le Journal officiel du même jour a publié le 
texte de la nouvelle loi sur les monuments histori- 
ques, dont le Bulletin a déjà donné les dispositions 
essentielles (n* 601). 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 6 janvier). — M. Châtelain, président pour 
1914, est installé par M. N. Valois, président sortant. 

— M. Félix Sartiaux expose les résultats des recher- 
ches qu'il a poursuivies, en septembre 19)3, sur le 
site de l'ancienne Phocée, la célèbre métropole de 
Marseille, au cours d'une mission que lui a confiée le 
ministre de l'Instruction publique. 

Société des Antiquaires de France (séance du 
31 décembre). — M. Et. Michon entretient la Société 
d'un vase en verre peint, récemment découvert dans 
les fouilles de Kertch, l'ancienne Panticapée (Crimée). 
Le décor de ce vase se compose d'une double branche 
d'olivier et d'une vigne aux rameaux luxuriants et 
aux pampres abondants. Il rappelle le motif dont est 
orné un bol en verre trouvé dans l'Afrique du Nord, 
à Khamina, et qui fut étudié en 1873 par M. Héron 
de Villefosse. 

— M. J. Maurice montre que la vie de Constantin, 
par Eusèbe, est l'œuvre beaucoup moins d'un véri- 
table historien que d'un panégyriste sans scrupule. 

Société des artistes français. — Le Comité de 
Il Société des artistes français, réuni sous la prési- 
dence de M. E. Adan, président d'âge, a procédé à la 
nomination de son bureau pour l'année 1914. Ont 
été élus : 

M. Antonin Mercié, membre de l'Institut, président; 
M. F. Flameng, membre de l'Institut, vice-président ; 
M. Marqueste, membre de l'Institut, vice-président ; 
M. Daniel Saubès, secrétaire-rapporteur ; M. Defrasse, 
secrétaire-trésorier; MM.E. Renard, Georges Lemaire, 
Pascal, membre de l'Institut, et Abel Mignon, secré- 
taires. 

Le Conseil d'administration pour l'année 1914 est 
constitué comme suit : MM. Antonin Mercié, F. Fla- 
meng, Marqueste, D. Saubès, Defrasse, E. Uenard, 
Georges Lemaire, Pascal, Abel Mignon, E. Adan, 
Louis Bernier, Boisseau, J. Coutan, Coutheillas, Da- 
want, Dété, V. Gilbert, Gosselin, Guillemet, Jeannin, 
Maillart, Olive, Paulin, Petitjean, Saint- Germier, 
Verlet. 

Conseil des Musées nationaux. — M. Max. Col- 
lignon, membre de l'Institut, est nommé membre du 
Conseil des Musées nationaux, en remplacement de 
M. Edouard Aynard, décédé. 

Musée du Louvre. — Les noms ci-après seront 
gravés sur les plaques placées dans la rotonde de la 
galerie d'Apollon, à la suite des noms de» principaux 
bienfaiteurs du Musée du Louvre : 

Dana/«urs .' Les enfants de M. Jean DoICTus; Jac- 
ques JoubalotT; Sechan-Lahens ; M"* Boursin; M. et 



M"* Emile Masson; les donateurs de la collection 
Victor Gay. 

Missionnaires : Mission Pelliot, 1907-1909. 

— L'inauguration des salles de la collection Ca- 
mondo aura lieu au mois d'avril prochain. 

Musée des arts décoratifs. — Aujourd'hui samedi 
10 janvier, a lieu, au Pavillon de Marsan, l'inaugura- 
tion de l'exposition des estampes japonaises de 
Toyokuni et Iliroshighé, de l'œuvre de M. Manzana- 
Pissarro (peintures, tapisseries, etc ) et de l'œuvre de 
M. Giraldon (illustrations, reliures, tissus, etc.). 

Musée Carnavalet. — Une exposition du théâtre 
est en préparation nu Musée Carnavalet. 

La « Joconde » retrouvée. — Samedi soir, le 
tableau de Léonard a quitté l'École des beaux-arts, 
où il avait été exposé pendant trois jours, pour le 
Musée du Louvre, où il a repris sa place dans le 
Salon carré. 

L'exposition à l'École des beaux-arts, faite au 
bénéfice des œuvres italiennes de bienfaisance à Paris, 
a produit 3..Ï00 francs; c'est dire que le public ne s'est 
guère dérangé pour revoir la Joconde, tant que les 
entrées ont été payantes. Par contre, dès dimanche 
matin, une foule nombreuse s'est dirigée vers le Salon 
carré; on avait organisé un service d'ordre qui n'a 
point été inutile, l'après-midi surtout, où l'aflluence 
fut considérable. 

En Angleterre. — M. Léopold Salomons vient 
d'acquérir et d'offrir à la nation anglaise le magnifique 
domaine de Box-IIill, situé aux environs de Londres. 
Le donateur ne met à sa générosité qu'une condition, 
c'est que Box-Hill, célèbre par la beauté de son site 
et par les souvenirs de l'écrivain George Meredith, 
qui vécut tout auprès, soit toujours conservé comme 
espace libre et soustrait à toute entreprise susceptible 
d'en altérer le caractère. 

En Allemagne. — Une statistique, établie à propos 
de la participation de l'Allemagne à l'Exposition de San 
Francisco, dans l'intention évidente de stimuler artistes 
et ouvriers d'art à l'emporter sur leurs concurrents, 
montre la baisse de l'exportation artistique allemande. 
L'Allemagne n'est même plus, sous ce rapport, le 
pays d'exportation qu'elle était depuis cinquante ans, 
mais elle est passée pays d'importation. Sauf la 
Suisse et l'Amérique, tous les autres pays lui envoient 
plus d'œuvres d'art qu'ils ne lui en achètent. 

En 1907, l'Allemagne achetait pour 6 millions de 
plus qu'elle ne vendait, et ce chiffre s'est augmenté 
de 5 millions, c'est-à-dire a presque doublé, en ces 
sept dernières années, tandis que le chiffre des vente* 
n'augmentait que de 4 millions, en même temps que 
le nombre des artistes passait de 4.390 à 14.610. 

Et même pour les États-Unis, le chiffre des ventes 
qui était de 8.Ô0.000 marks en 1907, tombait à 550.000 
dès 1908. En 1909. l'exportation d'œuvres d'art alle- 
mandes aux États-Unis ne représentait j)as la septième 



ANCIEN ET MODERNE 



11 



partie des œuvres anglaises et pas la seizième partie 
des œuvres françaises qui s'y importaient dans le 
même temps. — M. Mtd. 

A Berlin. — Le Musée Empereur-Frédéric vient 
d'exposer VAdoralion des Mages de Hugo van der 
Goes, qu'il a pu acquérir en Espagne au prix de 
1.180.000 francs. Le Huile tin a rappelé naguère 
(n* 603) que l'œuvre, appartenant au couvent de 
Monforte, avait été l'objet d'une revendication de la 
part du gouvernement espagnol et que les difficultés 
n'avaient pris fin que tout récemment. 

A Brescia. — On travaille actuellement, aux frais 
de l'État et de la municipalité, à la réorganisation du 
musée de Brescia, et l'on annonce que quatre tableaux 
viennent d'être restaurés par M. Cavenaghi, le res- 
taurateur bien connu du Cenacolo du Vinci : deux 
Raphacls,le Rédempteur eiV Ange récemmentretrouvé 
qui faisait partie du retable de Città-di-Castello, un 
Christ de Solario, une Tête de saint Jérôme du Bra- 
mantino. — L. G. 

A Mantoue. — On vient d'arrêter un des prêtres 
du Dôme qui avait coupé, dans un missel précieux, 
quatre miniatures de l'école lombarde du xv* siècle, 
pour les vendre. Deux d'entre elles furent identifiées 
à Munich, d'où l'on avertit immédiatement la direc- 
tion générale des Beaux-Arts italienne, qui fut mise 
ainsi sur la piste du voleur ; une troisième fut 
retrouvée dans la cellule du prêtre qui s'était retiré 
dans un couvent des environs de Mantoue pour y 
accomplir ses exercices spirituels; la quatrième avait 
été vendue à un antiquaire de Reggio Emilia. — L.G. 

A Rome. — L'émotion soulevée à Paris par le 
projet de vente des terrains appartenant à la Villa 
Médicis, n'a pas été moindre à Rome. M. Albert Bes- 
nard n'a pas caché son opposition très nette à ce 
projet, et les élèves de l'École française de Rome 
semblent n'avoir aucun désir de quitter le palais 
Farnèse. On sait qu'il s'agirait d'aliéner les terrains, 
loués pour la plupart à des horticulteurs, situés 
au-dessous de la Villa et qui vont jusqu'au couvent 
de la Trinité-des-Monts; on en retirerait environ 
deux millions et demi, dont une part serait affectée 



à l'École française de Rome pour lui construire un 
palais particulier, une autre servirait à des réparations 
il la Villa Médicis et une troisième serait attribuée à 
l'Institut français de Florence pour l'achat d'un palais 
où il s'installerait. 

Ce serait détruire cette ceinture de verdure et de 
Heurs qui fait à la Villa une si belle solitude; mais il 
faut dire, pour l'impartialité, que les auteurs du projet 
assurent que la perspective de la Villa, avec quelques 
précautions, n'y perdrait rien, tandis que les institu- 
tions françaises d'Italie y gagneraient beaucoup. — 
L. G. 

Nécrologie. — M. Albert Babeau, membre de 
l'Institut, chevalier de la Légion d'honneur, ancien 
président de la Société de l'histoire de Paris et de 
l'Ile-de-France et de la Société académique de l'Aube, 
vient de mourir à Paris, âgé de 79 ans. Né à Cambrai, 
il s'était fixé à Troyes, d'où sa famille était originaire, 
et c'est là qu'il commença ses recherches et ses publi- 
cations historiques; il donna d'abord des travaux 
d'histoire et d'archéologie locales, puis des études 
d histoire générale non moins estimées. Il eut souvent 
l'occasion de traiter des questions relatives aux beaux- 
arts; on lui doit, en particulier, un Catalogue des 
sculptures du musée de Troyes (1882) et, parmi d'in- 
nombrables articles de revues, plusieurs monographies 
de châteaux et d'églises du département de l'Aube, 
comme aussi des études sur plusieurs artistes et 
amateurs de la même région. Il a publié un ouvrage 
plus important sur le Louvre et son histoire (1895). 

— M. Massillon-Rouvet, architecte, archéologue et 
collectionneur, vient de mourir à Nevers, à l'âge de 
67 ans. Né à Saint-Saturnin-lez-Avignon, le 4 février 
1847, il avait été élève de Viollet-le-Duc, à Paris. 11 fut 
longtemps inspecteur des édifices diocésains de .Nevers 
et des monuments historiques de la Nièvre, et chargé, 
à ce titre, de divers travaux importants, notamment 
à la cathédrale de Nevers. 

— Le célèbre pianiste et compositeur Raoul l'ugno, 
qui vient de mourir à Moscou, et le sportsman Michel 
Ephrussi mort à Paris au début de cette semaine, 
étaient tous deux des collectionneurs et des habitués 
des grandes ventes publiques. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 

CURIOSITÉ 

Les grandes ventes à l'étranger en 1913. 

-— A Londres {fin). — 'Vente d'objets d'art. 

A signaler, dans une vente de sculptures anti- 



ques et objets d'art du moyen âge et de la Renais- 
sance, faite ]e 3 juillet à Londres, l'enchère de 
23.100 francs obtenue par une suite de quatre 
tapisseries de Bruxelles, à scènes de chasses, 
xvii= siècle. Parmi des antiques, les deux plus 



12 



LE BULLETIN DE L'ART 



beaux prix ont été pour une coupe en marbre 
blanc, à feuille d'acanthe en relief, vendue 
6.300 francs, et pour une tête de Dyonisos, tra- 
vail gréco-romain, adjugée 5.500 francs. 

Vente de la collection de lord Joicey 
(tableaux anciens et modernes). — Cette 
vente, que nous n'avons pas eu le loisir d'an- 
noncer, s'est faite le 4 juillet. Elle a donné de 
fort appréciables résultas, et les portraits de 
l'École anglaise ont eu. une fois de plus, les 
honneurs de la journée. Qu'on en juge : 

17a. 87a francs pour celui de Richard Paul 
Jodrell, par Gaiiisborougli ; 157.500 francs, pour 
celui de Mrs. Haike^ et son fils, par Homney ; 
120.750 francs, pour celui de Lady Saint-John, 
par Hoppner; HO. 250 francs, pour celui de Lady 
Melbourne, par Reynolds. Voilà qui pouvait suf- 
fire au succès de la vente ; pourtant, on peut 
encore ajouter les nombreux prix suivants, qui 
dépassent 5.000 francs. Ces prix nous sont com- 
muniqués en guinées (26 fr. 25). 

Dessins. — 1. G. Barret. Après-midi, 323 g. — 
D. Cox : 8. Malheur, 200 g. — 9. Bolswer Castle, 
250 g. — 37. J. Turner. Le Collège de Stonhurst, Lan- 
cashire, 750 g. 

Peintures. — 52. Vicat Cole. Coin de champ, t95 g. 
56. Farquharson. Coucher de soleil, 400 g. — 57. 
P. Graham. Rocher au bord de la mer, 420 g. — 64. 
Sir D. Wilkie. Le Colporteur, 400 g. — 65. Wimperis. 
Le Pâturage, 300 g. 

Dessins {suite). — 66. Israeis. Temps calme, 640 g. 
67. W. Mario. Jour d'été, 270 g. 

Tableaux {suite). — 77.Schreyer. Poste unlaque, 650 g. 

— 78. Israels. Petit pêcheur portant sa sœur, 620 g. 

— 80. Fantin-Latour. Roses dans une coupe de verre, 
270 g. — 83. W. Mario. Le Cours de la rivière, 1.200 g. 
(31.500 fr.). — Fantin-Latour: 84. l'ivoines dans une 
coupe de verre, 660 g. — 85. Pétunias, 650 g. — 86. 
Rotle de roses sur une table, 740 g. — 87. Roses dans 
une coupe, 440 g. — 88. Roses dans une coupe de 
verre, 490 g. 

103.Meissonier. Cavalier Louis XIII, 290 g. — J. Tur- 
ner : 104. Heidelberg, Vêle, 2.200 g. (57.775 fr.). — 
lO'i. Château de Ca'iew, Pembrokeshire, 400 g. — 106. 
Thunn, 800 g. — 107. Plymouth, 600 g. — 108. P. de 
Wint. Lincoln, 320 g. — G. F. Watts : 113. Jeune 
fille personnifiant l'Espérance, 1.300 g. (39.375 fr.). — 
114. V Amour et la Vie, 820 g. — 115. L'Amour et la 
Mort, 1.000 g. (26.250 fr.). 

Gainsborough : 116. Portrait de Richard Paul 
Jodrell, 6.700 g. (157.500 fr.). — 117. Portrait du 
vicomte llampden, 3.300 g. (68.825 fr.). — 1 18. J. Hopp- 
ner. Portrait de R. B. Sheridan, 240 g. — Sir J. Rey- 
nolds : 119. Portrait de lady Melbourne, 4.200 g. 
(110.210 fr.). — 120. Portrait d'un gentilhomme, 520 g. 



— G. Homney : 122. Portrait de Mrs Raikes et de son 
fils, 6.000 g. (157.500 fr.). — 123. Portrait de Mrs. 
Rrown, 2.300 g. (60.375 fr.). 

128. Mierevelt. Portrait de femme et de gentilhomme, 
380 g. — 132. J. Hoppner. Portrait de lady Saint- 
John, 4.600 g. (120.730 fr.). — 133. Sir Th. Lawrence. 
Portrait de lady Saint-Johnen Hebé,2M0g.{52.500[r.). 

— 135. Pater. Le Bain des nymphes, 1.730 g. (45.925 fr.). 

— Raeburn : 136. Portrait de lady Gibesone, 700 g. 

— 137. Portrait de Chartes llope de Gran/on, 1.050 g. 
(27.560 fr.). — 140. H. Brosamer. Portrait^ de yenlil- 
homme, 1.300 g. (34.125 fr.). 

Vente de la collection du duc de Suther- 
land (tableaux anciens et modernesi. — Faite 
le H juillet, chez Christie, cette vente a donné 
lieu à quelques enchères notables, que l'on trou- 
vera ci-dessous indiquées en guinées. Tirons 
de pair la seule enchère vraiment digne de 
remarque de toute cette vente : celle de 
52.500 francs pour deux figures de saints, .Saint 
André et Sainte Rufine, de Murillo, se faisant 
pendant ; après ces peintures, ce sont les deux 
Véronèse qui ont réalisé les plus beaux prix, 
encore ne dépassent-ils pas, l'un 26.250 francs 
et l'autre 34.437 francs. 

15. P. Delaroche. Le Comte de Stra/ford allant au 
supplice, 360 g. — 27. Ph. de Chanipaigne. Por- 
trait de Colbert, 300 g. — P. Leiy : 29. Portrait de 
Marie de Modène, 400 g. — 30. Portrait de la duchesse 
de Portsmouth, 260 g. — 35. N. Poussin. Nymphe et 
satyre, 240 g.— 36. Heynolds. Portraits de Georges III 
et de la reine Charlotte en costume du sacre, deux 
pendants, 250 g. — A. Watteau : 37. Concert, 440 g. 

— 38. Groupe de personnages, 500 g. 

41. Bissolo. La Sainte Famille entourée de saints 
et de saintes. 310 g. — 73. Le Parmesan. Portrait de 
jeune homme, 550 g. — 84. Le Tintoret. Portrait du 
doge Marina Grimani,120 g. — 89. Titien. L'Éducation 
de l'Amour, 230 g. — P. Véronèse : 94. Portrait d'un 
noble vénitien, 1.000 g. (26.250 fr.). — 95. Le Christ 
et ses disciples à Emmails, 1.350 g. (33.437 fr.). 

102. G. Decker. Paysage boisé, 210 g. — 104. J. van 
Goyen. \'ue de Scheveningue, iiO g. — 107. J. Ilackaert. 
Vue des bois des environs de La Haye, 400 g. — 129. 
E. de Witte. Le Marché au-r poissons, 380 g. 

132.Coello. Portrait de Philippe II d'Espagne, 300g. 

— 133. Murillo. Saint Juste et Sainte Rufine, deux 
pendants, 2.000 g. (52.500 fr.i. — 141. Vclazquez. 
Voyageurs demandant leur chemin à un mendiant, 
720 g. — Zurbaran : 143. Sainte Famille, 500 g. — 144. 
Saint André, 260 g. 

Vente de la collection de la duchesse de 
Newcastle (tableaux). — Cette vente, terminée 
le 25 juillet, a marqué la clôture de la saison 
chez Christie. 



ANCIEN ET MODERNE 



13 



On ne trouve à relever que quelques prix 
d'importance secondaire : un Portrait de David 
Hartley. par Romney, s'est vendu 26.250 francs ; 
un Portrait de femme, par Cotes, 12.600 francs ; 
un Portrait de John Hunter, par Lawrence, 
11.400 francs. 

"Vente de la collection Fitzhenry. — On 

ne voit guère à signaler, à Londres, pendant les 
derniers mois de 1913, que la vente des collec- 
tions de feu M. Fitzhenry, décédé peu de temps 
après Pierpont Morgan, dont il était le conseil 
et l'ami. Encore cette vente, que nous avons 
annoncée avec quelques détails (n"> 600), n'a- 
t-elle pas donné tous les résultats qu'on en 
espérait. 

Elle a commencé le 18 novembre par la dis- 
persion des sculptures : les 156 numéros de cette 
catégorie d'œuvres d'art ont produit un total de 
140.000 francs, avec, comme plus fortes en- 
chères, le prix de 10 000 francs pour une sta- 
tuette de Marie-Madeleine en pierre, du xvi» siècle, 
et celui de 7. .350 francs pour deux sphinx du 
xviu' siècle. 

Le 19, parmi les objets d'art, on a remarqué 
une coupe sur pied, avec couvercle en argent, 
travail hollandais du xvii» siècle, vendue 7.07b fr.; 
une écuellf^ en argent, avec couvercle et plateau, 
d'époque Louis XV, 5.000 fr.; une aiguière et un 
bassin d'argent, d'époque Louis XV'L 'à. 000 fr.; 
une pendule en marbre et bronze doré, surmon- 
tée d'un vase et ornée de figures de nymphes 
avec l'Amour, d'époque Louis XVI, 10.500 fr.; 
un Hercule et Cacus. statuette de bronze, Italie, 
xvi« siècle, 7.350 fr. 

Parmi les antiquités, une lète de Perséphone, 
en marbre, de style hellénistique, a été adjugée 
7.925 fr. 

M. N. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



La Cimaise (galerie Georges Petit). — Léonard 
de Vinci, Richard Wagner : quelle que soit la 
haute magie de ces deux noms rapprochés, il ne 
faudrait pas que les étrennes grandioses, offertes 
aux Parisiens par le retour de la Joconde et la 
venue de Parnfal, rendissent le critique injuste 
pour les manifestations plus récentes de la moder- 
nité, qui retournent si vite à l'oubli de la tombe... 

Aussi bien, à l'espoir apporté par les vœux de 



saison, s'ajoutent toujours des regrets ; et le 
sixième hiver de la Cimaise est solennisé par la 
<i rétrospective » de deux de ses fondateurs : le 
peintre Jean Rémond (1868-1913), que son admi- 
ration pour les poètes du paysage, Poussin, 
Corot ou M. René Ménard, avait naturellement 
conduit dans les vallons de la Corrèze ou les 
ravins de Pasajes ; et le xylographe amoureux 
de la forêt verte, Amédée Joyau (1871-1913), qui 
savait acclimater à Fontainebleau l'estampe légè- 
rement coloriée du Japon. D'une année à l'autre, 
on ne saurait attendre un renouvellement com- 
plet, qui serait inquiétant pour la conviction des 
artistes ; il faut saluer seulement la persévérance 
dans l'effort vers le style, attestée par les nou- 
velles fresques de M. Henri Marret : de Petites 
baigneuses et des Natures mortes décoratives. 

M. Gustave Jaulraes s'attarde avec trop de non- 
chalance parmi les Plaisirs d'été. M"» Térouanne 
et M. Cauvy poursuivent la solution malaisée des 
problèmes lumineux. Il y a plus d'accent dans 
les bois en camaïeu de M. Schmied, dans les 
paysages ou figures du D' François De Hérain, 
peintre, buriniste et sculpteur, ((ui se partage de 
verve entre les Baux de Provence et le Finistère; 
de M. Edgar Chahine, pastelliste, aquafortiste et 
dessinateur, attiré par Montmartre; de M. Paul- 
Emile Colin, peintre-graveur, repris par la Lor- 
raine natale. Et toujours beaucoup de notes de 
voyage, de M. Lechat, dans les petites villes 
mortes des Flandres, de M. Monchablon, en pleine 
mer houleuse, de M. Fornerod, au pays basque, 
de M. Jean-Gabriel Domergue, à Tolède, de M. La- 
parra, devant la blancheur d'Assise, de M. Bernard 
Harrison, sous les nuits bleues d'Italie, des gra- 
veurs Jacques Beurdeley, Jouas-Poutrel et Lucien 
Pénat, dans la vieille France. 

On connaissait déjà les goûts plus sédentaires 
des peintres Fernund Maillaud, Jean de la Hougue 
et Calvet; mais, dans le groupement présidé par 
M. Gaston Varenne, on n'avait pu voir encore, à 
côté des jolis émaux coutumiers de M. Feuil- 
làtre, les essais décoratifs et les menus bronzes 
nerveux de M. Maurice Charpentier-Mio, qu'ins- 
pirent les (1 gestes dansés » par la féline sou- 
plesse de Nijinsky. 

Société des Peintres du Paris moderne 
(galerie La Boëtie). — La onzième exposition 
du groupe fondé par M. Jean Guiffrey, présidé 
maintenant par l'aîné des frères Rosny, qui 
parle surtout du passé, dans la préface du cata- 
logue. A travers les métamorphoses du Paris 



14 



LE BULLETIN DE L'ART 



actuel, Tambition de l'artiste est, selon le mot 
du nouveau président, « de créer des joies avec 
des tristesses » et de retenir à temps la lin de 
Montmartre ou l'Ue-Sainl-Louis menacée : de la 
Seine à la Butte, ce rôle de témoins trop émus 
pour n'Otre pas véridiques convient aux dessi- 
nateurs, MM. Mantelet-Martel et Gabriel Belot, 
l'un captivé par les vestiges moyen-Ageux des 
vieilles rues, l'autre attiré par les arbres des 
quais, dont l'ombrage remonte de la boîte du 
bouquiniste à la façade sculptée d'un hôtel 
désert... Leurs crayons prennent la noirceur 
estompée des souvenirs. Et c'est un plaisir, en 
vérité, que de retrouver ici quelques lins dessins 
rehaussés de M. Charles Jouas, d'ardentes aqua- 
relles de M. Fernand TrulTaut, d'émouvantes 
eaux-fortes de M. Bouroux, des perspectives aux 
p;Ues verdures de M. Igounet de Villers, parmi 
les planches ou les études de MM. Raoul Serres, 
Vauthier, Pinet, Pavil, Jean Lefort, Bauche et 
Villard, près des Pauvres gens de M. Steinlen, 
des Champs-Elysées silencieux de M. Duhem ou 
d'un mélancolique Jardin de C/tmy, de M. Blanes- 
Viale, qui laissent à la littérature l'impression- 
nisme de la locomotion vertigineuse et de l'en- 
seigne multicolore aux feux intermittents dans 
la nuit. . 

Expositions diverses. — Il ne faudrait pas 
moins des quatre-vingts pages de la Revue pour 
les cataloguer seulement : les o petits tableaux » 
des très petits maîtres de 1914, chez Georges 
Petit; l'Art intime, après l'Effort, chez Marcel 
Bernheim; la seconde année d'un o Retour de 
vacances » des paysagistes, chez Reitiinger, où 
s'imposent les lins effets de neige de M. Berson; 
les photographies vraiment « artistiques » des éta- 
blissements Boissonnas, réunies, .■}, rue de Moga- 
dor, et supérieures à tant de tableaux sans émo- 
tion, qui s'en inspirent ; les œuvres offertes par 
les artistes ou par l'État pour former je prochain 
musée de Tananarive, chez Bernheim jeune où, 
par extraordinaire, on a vu des toiles très civili- 
sée» destinées à catéchiser des sauvages; c'est 
plutôt le contraire, habituellement... 

Ailleurs, les aquarelles de Cézanne, chez Blot; 
l'œuvre posthume de F.-S. Cordey (1854-19H), 
influencé par les débuts de l'impressionnisme, 
à la galerie Choiseul; l'évolution paysagiste de 
M. Guillaumin, à la galerie Montaigne; les pay- 
sages corses de M. Camille Boiry, à la galerie 
Vivien ; les impressions tunisiennes de M. Julius 
Rolshoven, chez Allard ; çù et là, les sculptures 



volontairement archaïques de M. Maillol; chez 
Hébrard, les céramiques instinctivement persane» 
de M. Méthey; rue Lalfitte, à la Galerie d'Art 
décoratif, le tourment du style, apporté par ua 
jeune peintre tchèque, M. Aloïs Bilek; rue Riche- 
panse, chez Bernheim jeune, les intimités cou- 
tumicres et les décorations nouvelles d'un Pari- 
sien, M. Vuillard, l'harmoniste ingénieux, mais 
insouciant, de la Terrasse verdoyante et de /a Dame 
en mauve, dont le plein-air aimablement familier 
se souvient sans remords des Japonais, de Manet, 
de M. Degas. 

Parmi tant d'iniluences d'atelier, de poncifs 
nouveaux, la passion de la nature en sa naïveté, 
mi^me un peu fruste, apparaît la bienvenue; et 
voilà pnurquoi nous sommes restés longtemps, 
chez Druet, devant les grands paysages d'automne 
et les loyales études du peintre dauphinois Jules 
Flandrin. qui travaille au pied du Saint-Eynard 
où s'éveilla le cœur précoce de Berlioz enfant; 
et, 16, rue de Seine, à la galerie Marseille, les 
horizons romains prolilés sur l'azur par un élève 
et compatriote de M Jules Flandrin, M. Lucien 
Mainssieux, nous hantent par une même ampleur 
de brosse et de vision. La « ligne d'Italie » relleuri- 
rait-elle "? Après MM. J.-F Schnerb et P.-L. Moreau, 
revoici, chez Druet, M. Henri Farge (1), un admi- 
rateur de Claude et de Guardi, qui sait rajeunir 
la vieille sépia traditionnelle afin de résumer à 
grands traits la magie de Venise ou la majesté de 
Rome ; et la jeunesse inquiète retourne à la terre 
classique : " Que ne conduit-elle, comme Corot, 
ses moindres études jusqu'à cette perfection de 
matière, jusqu'à cet achèvement de toutes les 
parties qui sont la suprême parure et la matu- 
rité de l'œuvre d'art? » C'est M. Maurice Denis 
qui parle (2), et souhaitons qu'en 1914 ce conseil 
ou ce regret soit entendu ! 

Raymond Bouykr. 



GORRESPONOÂNGE D'ITALIE 



Les Restaurations à Florence 

On ne saurait assez louer l'activité du service 
des Beaux-Arts en Italie. Le Bulletin a souvent 
l'occasion de parler des travaux exécutés par ses 
soins, restaurations, fouilles, découvertes, mais 
on ne pense guère, sans doute, en lisant ces brèves 

(il Voir \e Bulletin du 21 décembre 1912, p. 311. 
(2) Dans la préface du catalogue de l'exposition 
Mainisieux, en décembre 1913. 



ANCIEN ET MODERNE 



15 



notices, à l'esprit de suite, à l'énergie, à l'ingénio- 
sitë, à la parfaite organisation nécessaires pour 
mener à bien, sur tous les points de la Pénin- 
sule, un nombre aussi considérable de délicates 
et pénibles et coûteuses opérations. A Bologne, 
c'est la place de Neptune (]ui change d'aspect, le 
palais Hu Podestat dégagé des constructions 
adventices qui le cachaient en partie et le désho- 
noraient, des palais particuliers qui reprennent 
leur l'orme primitive. A [{orne, à Pompéi. dans 
les Marches d'Ancône. ce sont lespatientesrecher- 
ches des archéologues. A Pienza, près Sienne, 
c'est une cathédrale dont on refait les fondations, 
avec des dépenses énormes. Dans l'Italie entière, 
c'est partout un labeur opiniâtre, qui ne néglige 
point les petites choses, pas plus qu'il n'hésite à 
s'attaquer aux grandes. 

Ces jours passés, j'étais à Florence et je suis 
resté émerveillé de tout ce que la Ville et l'État 
ont su faire durant ces dernières années. La 
Revue a parlé des restaurations du Palais-Vieux, 
de l'ancien appartement du duc Cosme et d'Éléo- 
nore de Tolède ouvert au public, du Tesoretto 
remis en état (voir en particulier les articles de 
M.ErnestForichon,t. XXV,p.459ett.XXVI,p.307). 

Au palais Riccardi, la seconde cour est accom- 
modée avec un goût parfait. 

On rétablit, au Baptistère, l'ancien autel roman, 
dont on a retrouvé des fragments dans des collec- 
tions diverses; sous l'église, on fait des fouilles 
qui remettent à la lumière les restes de maisons 
romaines. 

Le Cenacolo de S. Apollonia devient un sanc- 
tuaire d'Andréa del Castagne; on a repris aux 
magasins militaires la partie du réfectoire qu'ils 
détenaient encore et l'on a pu disposer, sur ses 
vastes murailles, les fresques provenant de la 
villa de Legnaia dans l'ordre où elles étaient 
primitivement, reconstituant de la sorte un 
ensemble magnifique. La Galerie des Offices s'est 
dessaisie, en faveur de ce petit musée, du Christ 
en croix qu'elle possédait, afin qu'il soit, pour 
ainsi dire, dans son cadre véritable. 

A San Lorenzo, les travaux sont d'une impor- 
tance bien autrement considérable. La vieille 
sacristie de Rrunelleschi avait été défigurée; on 
avait édifié des constructions sur sa coupole ; elles 
ont été enlevées; les lignes élégantes de la cou- 
pole ont reparu, la lanterne qui avait été recou- 
verte et aveuglée est de nouveau visible. A l'inté- 
rieur, des couches de chaux successives avaient 
fait oublier que les bas-reliefs de Donatello étaient 
primitivement coloriés; les couleurs ont réapparu; 



des couches de chaux avaient également voilé 
la décoration de la petite coupole de l'abside : on 
y a découvert des peintures sur fond bleu repré- 
sentant les constellations et l'on s'est aperçu que 
les sculptures ornementales en pietra serena 
étaient en parties dorées. Et toujours à S. Lorenzo, 
on a d'autres travaux en vue : des décorations 
peintes, dont quelques traces ont été récemment 
découvertes, changeront d'une manière inat- 
tendue l'aspect d'un des monuments d'archi- 
tecture les plus illustres. 

Est-il besoin de conclure? Ne faut-il pas envier 
à l'Italie l'organisation de son service des Beaux- 
Arts, qui donne de tels résultats? Et cette orga- 
nisation ne permet pas seulement de faire des 
restaurations parfaites ; elle empêche, et avec 
quelle claire volonté! les restaurations mau- 
vaises : une banque qui veut s'installer dans le 
palais dei Pazzi, à la via del Proconsolo, avait 
jugé bon de modifier certaines parties du cortile : 
le ministère est intervenu et exige que rien ne 
soit fait sans son autorisation. Les journaux 
suivent les débats avec passion. 

Une organisation excellente, soutenue par l'opi- 
nion publique! L'Italie est un pays heureux! 

L. OlELLY. 



LES REVUES 



Fbatick 
Les Arts (octobre). — Georges Lecomïe. David et 
ses élèves. — A propos de l'exposition du l'elit-l'alais. 

— Gabriel Mouhev. Gaston La Touche [IHô^-l!)!'!]. 

— Gustave Fkizzoni. Sur les toiles agr/inclies à la 
qalerie du Louvre. — Nouvel exemple, ajoutés à ceux 
précédemment donnés par M. Ch. Coppier : l'Enlève- 
ment d'Europe, de Boucher. 

riR.4XRF.-RRKT.\GNE 

The Burlington Magazine (octobre). — Roger 
Fkv. Quelques peintures du Grèce. — Sur quatre 
peintures de ce maître, — un Christ en croix, une 
l'énitence du saint Pierre, un Saint Tliomas et un 
Christ prenant congé de la Vierqe, — appartenant 
à M. Lionel Marris. 

— Lionel Cust. Un l'ortrait de l'époque de la reine 
Élizabeth. — Portrait anonyme de RadciitTe, comte 
de Sussex (collection L. Harris), peint en LSAS. 

— Laurence Binvon. Cholscho. — A propos de la 
publication, par le D'A. von Le Coq. des résultats de 
la mission entreprise avec le D' Grûnweiicl, en 1904, 
dans l'oasis (Je Turlan (Haute-Asie), et en particulier 
dans les ruines de Chotscho, 



16 



LE BULLETIN DE L'ART 



— Rev. A.-C. IIeadlam. Oxford. — A propos du 
livre de MM. Aymer Vallance et Çatsford sur les 
vieux collèges d'Oxford. 

— Bernard Kackham. Trois verres du temps de la 
reine Élizabeth. — L'un au British Muséum, daté 
1586, et les deux autres dans la collection Wilfred 
Buckley, datés 1580 et 1581. 

— Gino FoGOLARi. Un Nouveau primitif vénitien à 
V Académie de Venise. — C'est une Vierge à l'Enfant, 
derrière laquelle deux anges voltigent en tenant une 
draperie; elle est du xiv* siècle et la plus ancienne 
peinture de la célèbre galerie vénitienne. 

— O.-M. Dalton. Gemmes gravées du moyen-dge et 
des siècles suivants .au British Muséum (II). — Exa- 
men de seize camées reproduits, portraits et têtes de 
fantaisie, des xv-xvi' siècles. 

— Tancred Borenius. Reconstitution d'un polyp- 
tyque de Lucâ Signorelli. — Polyptyque peint pour 
la chapelle de saint Christophe à l'église Sant' Agos- 
tino de Sienne, en 1498. Les deux peintures des côtés 
du retable sont au Musée Empereur-Frédéric, à Berlin : 
leur identification est depuis longtemps hors de dis- 
cussion. Le panneau central {Baptême du Christ) 
serait, en partie, dans la collection de sir Frederick 
Cook. Enfin la prédelle aurait eu trois parties, qui 
seraient aujourd'hui conservées, l'une à la galerie 
nationale d'Irlande [la Fête chez Simon le l'harisien), 
une autre dans la collection de sir John Stirling- 
Maxwell (Pieta) ; et la troisième dans la collection 
E. A. V. Stanley (Martyre de sainte Catherine). 

— G. F. IliLL. Notes sur des médailles italiennes 
(XV). — Revers d'une médaille du nord de l'Italie, 
datée de 1500; une Femme inconnue, du premier quart 
du xvi' siècle ; médailles dXJttaviano Pallavicini (vers 
1525-1330) ; d'Ottavio Farnèse, par Pastorino ; de 
Jules de la Rovère, cardinal d'Urbin ; de Niccolo 
Madruzzo, par Antonio Abondio ; revers d'une mé- 
daille de 1582. 

— Aymer Vai.lancb. Mobilier ancien (\l\). — Pan- 
neaux sculptés de décorations imitant des linges plies. 

— Ethel Ross Bahker. te Symbolisme de certaines 
fresques des Catacombes (I). — L'auteur range les 
fresques des Catacombes en trois groupes, selon 
qu'elles sont relatives à la vie d'un défunt (les plus 
fréquentes) à Notre-Seigneur, aux sacrements. 

Roumanie 

Buletinul Comisiunei Honumentelor istorice 

(Bucarest, VI, fasc. 21). — Notice sur l'architecture 
du Mont-Alhos, par G. Bals. — Après avoir retracé, 
d'après les principaux ouvrages spéciaux, l'histoire 
générale des monastères, l'auteur donne une descrip- 
tion de chaque catégorie de constructions qui com- 
posent l'incomparable citadelle monastique. 

Il y a ajouté des notes sur la part qu'ont prises les 
voévodes roumains — demeurés à peu prés seuls à 
s'en occuper A la chute de l'empire byzantin — 
à rédifirntinn. 'iii\ restaurations et embellissements 



des églises. A Protaton, le nartex fut construit ea 
1507 aux frais de Bogdan-Voda. — A Ivir, la tour de 
l'horloge est élevée en 1525, aux frais de Visarion 
de Bucarest; Serban-Voda Cantacuzino fait peindre le 
paraclisen 1683; un évangéliaire à ferrures date de Mat- 
thieu Bassarabe. — Caracal a été restauré par Pierre- 
Rares et Alex. Lapusneanu, xvi* siècle. — Lavra, refait 
par Matthieu Bassarabe, possède, de ce prince et de la 
princesse Hélène, sa femme, un évangile et une châsse 
précieuse (1643). — Prodrom, commencé parGrégoire- 
Ghica est entièrement roumain. — Etienne le Grand 
fit faire l'aqueduc de Saint-Paul (1500); à ses succes- 
seurs, on doit la tour, et à Brancovan, en 1708, les 
cellules, la peinture et le paradis des SS. Constantin 
et Hélène. — A Dionislu, on conserve la châsse en 
argent et émaux de S. Nifon, donnée par Neagoe-Voda 
(1515) qui fit construire la tour; un ner (voile de Ven- 
dredi-Saint) et un épitraphir de Pierre-Rares (1545); 
la chapelle de S. Jean le Théologue a été peinte aux 
frais de proégoumène Anton de Moldavie (161:i). — 
Etienne de Moldavie renouvelle la construction de 
Grégorin (1500), qui possède une icône de la Vierge, 
don de la femme du prince. Maria de Mangop. — Simo- 
petra est construit en 1.599 avec des aumônes recueillies 
en Roumanie par l'égouuiène Evghenie. — Cutlumus, 
qui s'appelle le grand cloitre roumain, a eu pour pro- 
tecteurs les princes Radn et Neagoe. .\1ircea-le-Berger 
et Vintila-Voda. — Au Pantocrator, une inscription 
nommait comme fondateur le grand logothète Stan 
d'IIongro-Vlahie ; les logothètes Barbu et Gavril, 
archontes valaques, l'ont restauré; les maisons d'ha- 
bitations furent édifiées avec l'aide du grand logothète 
Gabriel Trotusanu en 1537. Neagoe fit reconstruire la 
chapelle de Saint-Amict( 1526'.'); une plaque de marbre 
dans la tour présente l'effigie, le nom et les armes 
d'Etienne le Grand oBrant l'église à la Vierge il 496). — 
Le Zograf contenait des travaux dus au même Etienne 
(1495-1. N02), qui ont été remplacés: il possède encore 
une icône de S. Georges, une bannière, et un aer brodé 
de perles, du même temps. — Uiochiariu, restauré 
en 1568 pour Alex. Lapusneanu et la princesse Ruc- 
sandra, par le Métropolite de Moldavie Teofan qui y 
est mort et enseveli ( 1 .SGS).— Xenofonle a des peintures 
de 1545. de 1504, dues à la munificence des boiers 
roumains, et d'autres de 1637 à celle de Matthieu Bas- 
sarabe. — S. Pantelimon reçut tant de dons du prince 
Callimach et de sa famille que le monastère avait 
pris un temps le nom de <• chinovion des Callimach ». 
Au reste, les documents du Mont Athos demeurent 
encore presque inaccessibles; les moines gardent la 
plus grande méfiance envers tous les étrangers qui 
demandent à fouiller dans leurs archives ; certaines 
expériences regrettables leur donnent raison. — 
M. Mtd. 



Le Gérant : H. Dïnis. 



P arii. — Imp. Georg:e« Petit, li, rue Godot-de-Uauroi. 



Numéro 608. 



'7. 



Samedi 17 Janvier 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Monnaies et Timbres-poste 

Il y a quelques mois, quand radministralion 
compétente annonça l'ouverture procliaine d'un 
concours pour l'établissement d'une nouvelle 
monnaie de nickel, on ne manqua pas de faire 
observer que ce concours était une innovation 
et de rappeler comment, lors du dernier renou- 
vellement des types de monnaie, trois artistes 
éprouvés — Chaplain, Moty et Daniel Dupuis 
— avaient été chargés d'oflice de fournir les 
modèles, le premier des pièces d'or, le second 
des pièces d'argent et le troisième de la monnaie 
de bronze. 

Ces jours derniers, on a appris que le gouver- 
nement avait résolu d'émettre prochainement 
des timbres-poste d'un nouveau modèle, et que 
l'administration compétente avait décidé de con- 
fier l'exécution de la vignette à un artiste de son 
choix, sans concours préalable. Un communiqué 
exposait d'ailleurs au public les raisons de cette 
mesure : u Le dernier concours pour la création 
d'un type de timbre-poste, y lisait-on, remonte 
au 5 février 1894. Le jury, chargé de juger les 
684 projets soumis à cette occasion, a estimé 
qu'aucun d'eux n'était susceptible d'être retenu. 
A la suite de cet esiai infructueux, le service 
postal a renoncé à la procédure du concours et 
a décidé, pour ses émission- nouvelles, de faire 
directement appela des arli>tes éprouvés ». 

Loin de moi la pensée de discuter les conclu- 
sions du jury de 1894 ! Toutefois, n'est-il pas 
permis de trouver que l'administration des postes 
tire de ces conclusions un argument singulier, 
puisqu'elle se retranche derrière l'insulfisance 
d'un concours ouvert il y a vingt ans, pour éta- 
blir qu'elle ne procédera plus désormais que 
par voie de commande directe? Cour un « essai 
infructueux », voilà au moins un résultat, et 
inattendu. 

Il y a quelque chose de plus imprévu encore 
dans la décision du service des postes ; c'est 



qu'elle supprime le concours pour un modèle 
de vignette postale au moment précis où un autre 
service instaure ce concours pour un type de 
monnaie. Ainsi les artistes sont prévenus de ce 
que l'Administration pense officiellement des 
concours : vérité pour la pièce de nickel, erreur 
pour le timbre-poste... 

D'une part, nn nous dit : puisqu'aucun de nos 
médailleurs ne s'impose plus aujourd'hui, comme 
autrefois Chaplain et Roty, il n'est pas sans inté- 
rêt de faire appel à l'ensemble des artistes et de 
les sélectionner par voie de concours. De l'autre 
côté, on nous dit exactement la même chose en 
ce qui concerne les décorateurs ; mais, comme 
ces artistes se sont montrés insuffisants voilà 
vingt ans, on en conclut qu'ils le seraient encore 
aujourd'hui et l'on juge qu'un concours entre 
eux est inutile... 

Ne cherchons pas à comprendre : à cette variété 
dans les moyens choisis pour résoudre le même 
problème, on reconnaît bien l'aimablo fantaisie 
de notre Administration. 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Légion d'honneur. — Sont promus ou nommés, 
dans l'ordre de la Légion d'honneur, sur la proposi- 
tion du ministre de l'Instruction publique et des 
Beaux-Arts : 

Au grade d'otlicier : M. Le Sidaner, M"* Virginie 
Demont-Breton, artistes peintres ; M. Camille Erlan- 
ger, compositeur de musique; M. Valeutino. chef de 
division au sous-secrétariat d'État des Beaux-Arts ; 

Au grade de chevalier: M"' Sarah Bernhardt, artiste 
dramatique ; M"* Vallet-Bisson, artiste peintre ; 
M. Ernest Filliard, aquarelliste: M. Hippolyte Rous- 
sel, stiituaire ; MM. Jacques Beltrand et Léonard Jar- 
raud, graveurs; M. Charles Lemaresquier. architecte 
du gouvernement; MM. Louis Ganne et Reynaido 
Hahn, compositeurs de musique. 

— Sur la proposition du ministre des Affaires étran- 
gères, au titre étranger : 



18 



LE BULLETIN DE L'ART 



Au grade de chevalier : M. Pablo Casais, sujet espa- 
gnol, violoncelliste. 

Académie des beaux-arts (séance du 10 jan- 
vier). — M. Dagrian-Bouveret prend possession du 
fauteuil de la présidence. 

— Après avoir reçu de nouveaux éléments d'infor- 
mation sur In question de la vente des terrains du 
Pincio, qui appartiennent au domaine national fran- 
çais, la Compagnie confie l'étude de cette question à 
une commission qui sera ainsi composée : M.\l. Fla- 
raeng, pour la section de peinture ; Marqueste, pour 
la section de sculpture ; Bernier, pour la section 
d'architecture; W'altner, pour la section de gravure; 
Widor, pour la section de composition musicale ; 
de Selves, pour la section des académiciens libres. 
MM. Nénot et Carolus Duran sont adjoints à cette 
coniuiission. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 9 janvier). — M. Sénart annonie à la Com- 
pagnie le décès de M. Hubert, professeur h l'École 
d'ExtrC-me-Orient, dont les études philologiques de 
sanscrit et de chinois font autorité. 

— M. J. Toutain, directeur d'études à l'École des 
Hautes Études, expose les principaux résultats de la 
huitième campagne de fouilles entreprise parla Société 
des Sciences de Semur sur l'emplacement d'Alésia. 

M. V. Remet, qui dirige ces fouilles, a découvert 
un ensemble de constructions, de très bonne époque, 
composé d'un bâtiment rectangulaire entouré dan- 
nexes, dont la plus importante est une salle sur cour 
presque carrée de 18 mètres de long sur 17 mètres 
de large. 

A l'intérieur de ces annexes et autour de la salle 
rectangulaire, ont été trouvés de nombreu.x sarco- 
phages et débris de sarcophages chrétiens du haut 
moyen âge. 

Cet ensemble, qui date de l'époque mérovingienne 
et du début des tecnps carolingiens, représente un 
lieu de culte chrétien, établi autour d'un tombeau 
vénéré, et doit être vraisemblablement identifié avec 
la basilique primitive de sainte Reine, connue par 
des documents du viii* et du ix* siècle et dont l'em- 
placemeot était encore ignoré. 

Musée du Louvre — On vient d'apposer au Musée 
du Louvre deux plaques commémorativpsqiii rappel- 
lent comment le monument et les collections furent 
sauvés, en 1871, de l'incendie allumé par In Comumne. 

Ces plaques portent les noms de Henri Barbet de 
Jouy, du commandant de Sigoyer, de Léon Morand 
et d'Antoine Héron de Villefosse. 

De ces quatre • sauveteurs», M. Héron de Villefosse, 
membre de l'Institut, est le seul survivant; on suit 
qu'il est conservateur du département des Antiquités 
grecques et romaines, auquel il appartenait comme 
jeune attaché, lors des événements de 1871. 

— Ainsi que le Hulletin la déjà annoncé, l'inaugu- 
ration des collections Cauiundu au Musée du Louvre 
sera faite au mois d'avril procbain, par M. le Prési- 



dent de la République. Le legs Camondo sera installé 
au second étage du pavillon Mollien, qu'occupaient 
précédemment les services d'architecture du musée. 
Il sera réparti dans sept salons, chacun d'eux formant 
un petit musée complet, évoquant une période de 
l'histoire de l'art. C'est ainsi qu'il y aura les salons du 
moyen âge, de la Renaissance, de l'art japonais, de 
l'art français moderne et contemporain; enfin, deux 
salles renfermeront des meubles et des tapisseries 
anciens. Les dépenses d'installation s'élèvent à 
100.000 francs. Cette somme a été. dans cette inten- 
tion, laissée par le généreux donateur. 

— En même temps que la collection Camondo, le 
Louvre pourra présenter au public les œuvres d'art 
oriental que lui légua la baronne Dclort de Gléon. 
On aménage en ce moment cette collection, à l'étage 
du musée de Marine, en des salles qui ne furent 
jamais ouvertes aux visiteurs, pour la raison qu'elles 
faisaient partie de ce qu'on a appelé les greniers du 
Louvre. La donatrice avait laissé à cet effet une cen- 
taine de mille francs et le mobilier spécial qui ren- 
fermait chez elle sa collection. Celle-ci se compose de 
cuivres, d'étoffes, de bijoux, d'armes, d'objets d'art 
arabe : aiguières, chandeliers, bottes, bassins; de 
pièces de céramique, d'ivoire et de bois, de verres émail- 
lés, de sabres et caparaçons des iv'etxvi* siècles, etc. 

Musée de l'Armée. — Le Musée de l'Armée va 
recevoir prochainement une armure complète de 
l'empereur Charles-Quint, qui lui est oITerte par le roi 
d'Espagne. 

Quand Alphonse XIII visita le Musée de l'Armée, 
lors de son dernier voyage à Paris, il remarqua 
quelques pièces d'une armure de Philippe 11. qui était 
conservée incomplète à l'Armeria Real de Madrid, et 
exprima le désir de reconstituer cette armure, en 
oQ'rant en échange une armure complète de (.harles- 
Quint, l'incomparable musée d'armes de Madrid en 
possédant plusieurs. 

H va sans dire que cette proposition fut acceptée. 

Société nationale des antiquaires de France 

(séance du 7 janvier). — .M. Adrien Blamhet. prési- 
dent sortant, prononce U discours d'usage et cède le 
fauteuil à M. Noël Valois, président pour 1914. 

— M. René Cagnat lit une note de M. Lautier, rela- 
tive à des inscriptions romaines en Espagne. 

— M. Joseph du Teil communique un dessin italien 
du xvi* siècle qui représente Michel-Ange et qui est 
un des meilleurs portraits du maître. 

— M. Monceaux entretient la Société de quelques 
plombs trouvés à Cartbage. 

Expositions annoncées. — Aujourd'hui samedi 
17 janvier, a lieu l'inauguration de l'Exposi'ion 
annuelle de peinture et de sculpture du Cercle Volney. 

A Bruxelles. — La Société des Amis des musées 
de l'État vient de faire don, au Musée ancii n de 
Bruxelles, du beau portrait de Marguerite d'Autriche, 
gouvernante des Pays-Bas, attribué à Bernard van 



ANCIEN ET MODERNE 



i9 



Orley, qui tigiirait à la dernière Exposition d'art 
ancien dans les Flandres, organisée à Gand. 

— Indépendamment d'une collection de dessins et 
d'aquarelles, qui a été versée au Musée ancien, M°" de 
Gretz douairière a fait don à l'État d'environ cinq 
mille estampes, parmi lesquelles une série d'eaux- 
fortes de Rembrandt, de nombreuses gravures de 
Callot, de maitres italiens, hollandais, anglais, etc., 
ainsi qu'une centaim; de portraits qui offrent, outre 
leur valeur artistique, un précieux intérêt documen- 
taire. 

Cette libéralité apporte un important enrichissement 
au Cabinetdes estampes de la Bibliothèque royale de 
Belgique. 

En Italie. — Les vols d'objets d'art continuent 
avec une inquiétante fréquence, en dépit de l'habileté 
de la police italienne à retrouver les voleurs. On 
annonce la disparition, de l'église de Novalesa, dans 
la vallée de Suse, d'un graud tableau attribué à 
Itubens et représentant V Adoration des rois. — L. G. 

A Florence. — Le Cabinet des dessins des Offices, 
qui organise tous les ans plusieurs expositions de 
dessins choisis dans ses cartons, vient d'ouvrir une 
exposition des dessins et gravures de Jean Callot qui, 
on le sait, vécut longtemps à Florence. L'exposition 
comprend, entre autres, les esquisses pour la fa- 
meuse Foire de iimprunela. On y a joint des dessins 
et gravures de Giulio Parigi, Stefuno délia Bella, 
itemigio Cautagallina, qui n'ont pas été sans influence 
sur le talent de Callot. 

On doit déjà aux organisateurs. M. Neriuo Ferri, 
directeur du Cabinet des dessins, et M. Filippo di 
Pietro, secrétaire, plusieurs expositions analogues qui 



ont toujours été préparées avec beaucoup de savoir, 
de goùl et un soin minutieux dont on ne saurait 
assez les louer. — L. G. 

A Rome. — M. Giacomo Boni, qui dirige les 
fouilles du Palatin, vient de faire une découverte de 
grand intérêt archéologique ; ses recherches lui ont 
permis de retrouver un des sanctuaires les plus impor- 
tants de la Home primitive, le Mundus, consacré à 
Pluton cl à Proserpine, vénéré comme le centre de la 
Homa (juadrala et où se conservait, selon des rites 
solennels, le grain des semences. — L. G. 

Nécrologie. — M. Gaston- Alfred-Manuel Lecreux, 
artiste peintre, vice- président de la Société des Pari- 
siens de Paris, est mort le 9 janvier, à l'âge de 68 ans; 
élève de A. Bouchot et J. Noël, il commença d'ex- 
poser des aquarelles, en 1877, au Salon des Artistes 
français, auquel il demeura tidèle jusqu'à sa mort, 
car il exposait encore en 1913 trois tableaux de fleurs. 

— M. Jules-Octave Triquet, artiste peintre, décédé 
le 8 janvier, à l'âge de 46 ans, était un élève de Bou- 
guereau et de Tony Robert-Fleury. Il exposait aux 
Salons des Artistes français des portraits, qui lui 
avaient valu une médaille de 3' classe en 1894, une 
médaille de 3' classe en 1897 et une médaille de 
bronze en 1900. 

— On annonce la mort du grand brasseur Cari 
Jiœohsen, de Copenhague, ii l'âge de 72 ans. Il avait 
fondé la Glyptothèque de .\y-Carlsberg, musée de 
sculpture, ouvert au public, qui contient une mer- 
veilleuse collection d'art grec et de sculpture française 
moderne, et donné des millions pour d'autres fonda- 
tions artistiques ou charitables. 



CHRONIQUE DES VENTES 



i 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

Les grandes ventes à l'étranger en 1913 
'finj. — A Amsterdam. — 'Vente de tableaux 
it d'objets d'art. — >"ous avions annoncé cetlc 
vente, faite par .\1.\1. l-"rederik Muller el O", du 
•2'à au 2S novembre. Elle a produit 800.000 francs, 
grâce à de belles enchères, en particulier dans 
la catégorie des tableaux anciens. Le plus beau 
prix des tableaux, celui de 39.100 fr., pour une 
Vue de rivière à& VanGoyen(n°343), aété presque 
doublé par celui de deux grandes tapisseries de 
Bruxelles à scènes de la Vie de ScipioH, dans de 



riches bordures, vendues ensemble 60.800 francs. 

Citons encore, parmi les tableaux anciens : une 
Vue de rivière de Van Goyen, de format plus petit 
que la précédente, 27.300 fr.; — un Village au bord 
de l'eau, de S.Ruysdael (n" 383), 30.000 fr.; —une 
Vue d'une de.s portes d'Vtrenht, de Cuyp (n» 385), 
22.800fr.; — wnPay^ageàak. vaiiderNeer(no370), 
8.800 fr.; — une Servante cecucan* /a t^aisse/^e, œuvre 
d'un maître inconnu, 16.000fr.; — deux Intérieurs 
de Brekelenkam, 17.000 et 11.000 fr.; — deux por- 
traits par J. van Ravensteyn, 19.800 fr.; — un por- 
trait miniature, par Pot, b,300 fr.; — une Vierge à 
l'enfant, par Bartolommeo Montagna, 21.400 fr. 

C'est un grand tableau de la première manière 



■ 



20 



LE BULLETIN DE L'ART 



lie .). hraels, Méditation, qni& obtenu le plus haut 
prix des peintures modernes, 12.000 fr. Deux 
paysages de V. van Gogh ont été adjugés 7.000 fr. 
chacun. 

Parmi les objets d'art, outre les deux tapisseries 
déjà mentionnées, il faut noter les prix de 
9,800 fr. pour quatre vases rouleaux, en ancienne 
porcelaine de Chine à décor bleu, et de 8.100 fr. 
pour un grand plat, même porcelaine, fond bleu 
royal, le centre décoré d'émaux de la famille 
verte; — un service en porcelaine de La Haye a 
lait 20.100 fr. ; — une collection de midzou-irés 
(compte gouttes japonais), 8.000 fr.; — un dessus 
de cheminée, panneau décoratif de Jacob de 
Witt, à sujets d'amours entourés des attributs 
de la navigation, 8.600 fr. 

Des colliers de perles et des bijoux, qui ne sont 
pas de notre domaine, complétaient cette vente, 
formée des successions de M°"= V»" Van Gogh, de 
de M™" Witsen Hraalman douairière, du D"' Noilet, 
et autres. 

.M. .\. 
ESTAMPES 

A Paris. — Ventes diverses. — Dans une 
vente d'estampes modernes, faite, ainsi qu'il a 
été annoncé ici-même, à l'Hôtel, le 10 novembre, 
par M* Desvouges et M. L. Delteil, les plus beaux 
prix ont été pour Meryon et pour Zorn. 

Du premier, la Tour de l'horloge (3* état) s'est 
vendue 2.030 f r. ; le Pont-Neuf [i' état, avant les 
vers), 2.000 fr.; la Morgue {4* état, avant la lettre) 
2.600 fr. Du second, Zorn et sa femme (sur japon) 
a fait 2.570 fr., et le Toant'^i" planche, sur papier 
ancien), 2.800 fr. 

— Beaucoup plus intéressante a été la vente 
d'estampes du xvni» siècle de la collection 
L G. R..., faite les 20 et 21 novembre, par les 
mêmes commissaire-priseur et expert, et que 
nous avions également annoncée. Elle a produit 
1111. OUO francs, et dans cette somme, la seule 
épreuve de Diana, vicomtesse Crosbie, par Dickin- 
son, d'après Reynolds, avant toute lettre et avec 
les armes, entre pour la belle somme de 32.100 fr. 
(on en demandait 20.000 fr.) ; c'est le plus beau 
prix atteint par une estampe dans une vente 
publique française. 

f lusieurs autres pièces se sont vendues à de 
beaux prix : entre autres Mrs. Mathews, aussi 
par Dickinson, d'après Reynolds, 15.000 fr. ; 
Élizabeth, comtesse de Derby, par et d'après les 
mêmes, 4.000 fr.; Mrs. Robinson, par Sraitb, 
d'après Reynolds, 3.400 fr. 

l'armi les estampes françaises, les Janinet ont 



été fort disputés : Marie-Antoinette, 4.500 fr.; 
M"-! Duthé, 4.000 fr.; V Agréable négligé, 2.005 fr.; 
le Baiser de l'amitié, 2.500 fr. 

Citons encore : Lord Thurlow, par Dickinson, 
d'après Romney, 2.100 fr.; sans parler des très 
nombreuses estampes qui ont dépassé l'enchère 
courante de mille francs. 

— Janinetdevait, d'ailleurs, prendre sa revanche 
quelques jours plus tard, à la vente d'estampes 
du xvi" au xviii" siècle, provenant de la collec- 
tion B..., faite le a décembre, par M" Lair- 
Dubreuil et Desvouges, et M. L. Delteil, et qui a 
produit 164.060 francs. 

Le plus gros prix a été celui de 15.900 francs, 
payé pour l'Indiscrétion, par Janinet, d'après 
Lawreince, épreuve en couleur, à toutes marges, 
avant la lettre et avant l'un des pieds de la femme 
assise. 

D'après Lawreince encore, il faut citer le 
Déjeuner anglais, par Vidal, vendu 5.400 fr.; 
l'Assemblée au roncert et l'Assemblée au salon, par 
Dequevauviller (l"' état, à l'eau-forte pure), 
9.100 fr.; Pauvre Minet, par Janinet (en coul., 
état non décrit), 6.000 fr.; Qu'en dit l'abbé?, par 
de Launay (avant la dédicacel, 4.000 fr. 

Une série de douze estampes d'après Moreau 
le Jeune, par divers, a été vendue 9.900 fr. 

Los célèbres » pendants » d'Augustin de Saint- 
Aubin : Louise-Emilie, baronne de ..., et Adrienne- 
Sophie, marquise de ..., épreuves avant l'adresse. 
5.800 fr. ; Au moins, soyez discret ! et Comptez sur 
mes serments, avant toute lettre, 6.000 fr. 

Parmi les Watteau, le plus beau prix a éti' 
celui de 2.200 fr. pour le l'' état de l'Embarque- 
ment pour Cythère, par Tardieu. 

On sait que la vente comprenait aussi quelques 
estampes de Durer et de Rembrandt; elles n'ont 
pas obtenu moins de succès que les pièces du 
xvni" siècle, l'armi les Diirer, on notera : Adaiu 
et Eve (l" étatl. 3.910 fr. ; la Passion (16 pièces). 
3.800 fr. ; le Cheval de la Mort, 4.000 fr. Mieux 
partagés encore ont été les Rembrandt: te Paysage 
aux trois chaumières (épr. avec barbes), 12.900fr.; 
le Canal, 7.000 fr. : la Chaumière et la grange <i 
foin, 5.100 fr . etc. 

La place manque pour citer les nombreuses 
enchères de 1.000 et 2.000 francs. 

— La vente de la collection Gustave Bourcard, 
de Nantes, que nous avions annoncée comme 
devant se faire le 10 décembre par le ministère 
de M* Desvouges, assisté de M. L. Delteil, a pro- 
duit 27.000 francs, avec, comme enchères prin- 



ANCIKN ET MUDEKNE 



21 



cipales, celle de 2.800 francs pour le Parlement 
à 9 heures du soir, Londres, gravure sur bois 
d'Auguste l.epère, et celle de 2.700 francs pour 
la Valse, d'Anders Zorn. 

Rien de saillant à noter dans le reste des 
enchères. 

— Le 23 décembre, M" Desvouges et M. L. Del- 
teil dispersaient un oeuvre gravé d'Antoine Wat- 
teau. Il a produit 39.159 francs. 

Il faut retenir le prix de 3.230 francs pour 
l'Enseigne de Gersaint, par Aveline, et celui de 
2.000 pour la Finette et Vlndifférent, par Scotin 
et B. Audran, sur la mAme feuille. 

— Rappelons que la vente de M™» D... [Delizy] 
comprenait, outre des objets d'art et des meubles 
anciens, une remarquable série d'estampes fran- 
çaises du XVIII" siècle, vendues à de fort beaux 
prix, ainsi qu'on a pu le voir par la liste des 
principales enchères, publiée par M. Marcel 
Nicolle dans sa chronique du n" tiOb du Bulletin. 

R. r,, 

MONNAIES ET MÉDAILLES 

A Paris. — Ventes diverses. — Dans une 
vente de médailles et monnaies grecques, faite à 
l'Hôtel, les 9 et 10 juin, par M" Desvouges, assisté 
de M. Feuardent. le décadrachme de Syracuse, 
à tête d'Aréthuse, par Kimon, avec le quadrige 
au revers, a été adjugé 4.100 francs, et un tétra- 
drachme de Pyrrhus, roi d'Épire, avec la tête de 
Zeus Dodonéen au droit et Déméter assise au 
revers, 2.G:i0 francs. Ce sont les deux plus impor- 
tantes enchères de la vente. 

— Dans une vente de monnaies romaines, faite 
du 16 au 18 décembre, par M' Boudin et M. Bour- 
gey, et qui a produit un total de 137.000 francs, 
il faut tirer de pair : un aureus à l'effigie de 
Domitia, avec le paon au revers, vendu 2.270 fr.; 
un autre, avec le buste radié de Constantin au 
droit, et au revers Constantin en habit mili- 
taire, '.i.'ii"<0 francs (au musée de Berlin). 

.1. F. 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



"VI" et dernière exposition d'estampes japo- 
naises : Toyokuni et Hiroshighé (Musée des 
Arts décoratifs). — A la fin d'un beau spectacle, 
on devrait nommer le metteur en scène; et 



remercions d'abord M. Raymond Kœchlin d'avoir 
déroulé sous nos yeux, depuis l'hiver de 1909, 
tout le style de l'estampe japonaise et de nous 
avoir conduit, par les chemins variés de In ciâce 
un peu mièvre ou de la ligne presque grandiose, 
jusqu'à l'œuvre aussi vaste qu'original du dessi- 
nateur Hokusaï (1760-1849), qui sut réconcilier 
dans sa passion d'artiste le naturalisme et la 
fantaisie En face de ce vieux maître, après lui, 
que restait-il? L'éclectisme ou le paysage; et l'un 
s'appellera Toyokuni (1768-1825), l'autre, Hiro- 
shighé (1796-1858). 

Toyokuni, c'est l'habile et fécond illustrateur 
des scènes de théâtre et de la vie des acteurs, 
dont la dextérité tourne au mélodrame; et la 
dynastie de ses successeurs, Kunimasa.Kuniyoshi, 
Kunisada, ne manquera point d'exagérer sa der- 
nière manière anguleuse, grimaçante et gesticu- 
lante. Quant au paysage, il vient toujours tard 
dans l'histoire; et ce n'est pas d'aujourd'hui que 
nous savons que son aurore naïve coïncide avec 
les crépuscules décadents : la Grèce alexandrine 
ou la peinture bolonaise nous l'ont dit; mais, 
dans une école familière oîi le « paysage histo- 
rique » et le grand art de la composition sont 
inconnus, ce retard est une surprise. 

Aussi bi«n, longtemps reléguée dans les fonds, 
la nature nipponne apparaît-elle déjà dans les 
Cent vues du Fujiyama, plutôt rêvées que notées 
par le lyrique Hokusaï; et le vrai paysage se 
rattrape avec le paisible Hiroshighé : témoin ses 
Huit vues du lac d'Omi, ses Cinquante -trois stations 
du Tokaïdo, la fameuse route côtière de Yédo à 
Kyoto (1). Ce contemporain lointain de noire 
Corot, c'est le bon Japonais qui déménagerait 
volontiers pour mieux voir le clair d»* lune 
monter sur la noirceur des pins; c'est l'obser- 
vateur qu'intére.sse. en son jarilinel fleuri, le vol 
d'un oiseau de mer, le passaae d'un poisson 
volant, le frémissement d'un insecte ou d'une 
branche de bambou; c'est l'initiateur de nos 
impressionnistes, qui retient d'un pinceau leste 
et sans repentirs l'horizon capricieux et l'instant 
fugace, les golfes de saphir et le calme azuré de 
la nuit, la brise qui tord les arbustes noueux sur 
le précipice ou la fin d'un beau jour répétée par 
l'onde, les flèches obliques de la pluie sur la 
rizière ou la nacre du givre sur la route, que' 
domine au loin le cône sacré du volcan neigeux. 

(1) ?i'i vues et non pas 36, comme nous l'avions dit 
par erreur en 1913, en songeant à la série très japo- 
naise (le M. Henri Rivière sur la Tour Eiffel. 



S2 



LE BULLETIN DE L'ART 



Primesautière synthèse de savoir et d'enfantil- 
lage, de candeur primitive et de subtilité colorée, 
qui s'encadre en une perspective étrange et restée 
chinoise à travers les siècles ! Charmante et 
prompte véracité, qu'en dépit de Keisaï Yeisen, 
les imitateurs alourdiront dan» leurs premiers 
plans encombrés ! Le dernier Toyokuni, le cin- 
quième, meurt en 1895, le dernier Hiroshighé, le 
troisième, en 1896; et, déjà, c'en est fait de 
l'originalité du Japon. 

Deux décorateurs : Manzana-Pissarro, — 
Adolphe Giraldon (Musée des Arts décoratifs). 
— Dans l'opposition de ces deux décorateurs 
occidentaux, en face des dernières lueurs origi- 
nales de l'estampe japonaise, faut-il apercevoir 
un contraste prémédité par la malicieuse érudi- 
tion de M. Louis Metman? Car il était impossible 
de mieux définir, d'une part, la magique influence 
de l'Extrême-Orient sur un peintre-graveur non 
moins entiché que nos musiciens des Mille et 
une Nuits ; de l'autre, la complète indépendance 
d'un illustrateur des Églogues de Virgile et de 
la Vie des Abeilles à l'égard de ces lointaines 
séductions réprouvées par les derniers amis du 
latin. 

Depuis le romantisme encore bourgeois des 
lithographies de 1830 où, « belle d'indolence », se 
balançait Sara la baigneuse, l'idée que l'Occident 
se fait de l'Orient s'est fort enrichie ; et n'est-ce 
pas cette opulence un peu barbare que traduit 
aux yeux le vif instinct décoratif de .M. Manzana- 
Pissarro, dans un vitrail, dans un tapis, dans un 
laque, dans une détrempe rehaussée d'or qu'en- 
flamme le bec empourpré des cygnes noirs ou 
l'incarnat d'un turban '! 

Ces curiosités, ces carmins, ces ors, ces au- 
daces techniques, ces négligences volontairement 
naïves ou ces gaucheries voulues, M. Giraldon 
les sacrifie de bonne grâce à la sage eurythmie 
du bois sacré qu'il doit au virgilien souvenir de 
Puvis de Chavannes, k l'austère enseignement 
de son maître, M. Luc-Olivier Merson : ce n'est 
qu'avec précaution qu'il admet la fantaisie de la 
couleur à la décoration d'un livre; et le besoin 
d'irréel qui nous est resté se résume à ses yeux 
dans l'art ornemental d'une belle reliure pour 
les Nuits passionnément classiques d'un Alfred 
de Musset ou U* Trophées d'un Heredia. 

Raymond Bouyer. 



VARIÉTÉS 



Chateaubriand continuateur de Le Nôtre. 

Ln pan de mur eu deçà du pavillon de Marsan, 
du côté de la cour du Carrousel, rappelait naguère 
au regard fureteur d'un Parisien (1) que le palais 
des Tuileries n'avait jamais été terminé ; mais, 
ce n'est point d'hier que les amis de Paris médi- 
taient d'achever l'héritage compromis des siècles 
et d'harmoniser l'architecture avec la verdure ; 
et, dès la première année du règne de Louis- 
Philippe, chacun fournissait son plan. « Voilà, 
Monsieur, sans autre préambule, quel serait le 
mien, si j'étais ai-cftifecte ou roi »: quel, est donc le 
citoyen qui se permettait d'écrire ainsi, le 12 avril 
1831, " au rédacteur de l'Artisie», c'est-à-dire à 
Ricourt, qui venait de commencer cette publi- 
cation ? C'était M. de Chateaubriand. 

En 1795, une lettre datée de Londres, en plein 
hiver douloureux, nous le montrait, à vingt-sept 
ans, paysagiste et professeur de paysage (2) ; en 
1831, c'est une longue lettre encore qui le révèle 
architecte, à soixante-trois ans, et dessinateur 
de jardins toujours guidé par l'instinct du paysa- 
giste. Sur la transformation projetée des Tui- 
leries, voici son plan. 

Pour isoler ce « charmant» palais, .M. de Cha- 
teaubriand commence par abattre " les deux 
adjonctions massives » qui relient les deux pavil- 
lons à l'oeuvre originelle de Philibert de l'Orme 
et rêve d'étendre le jardin à l'entour, " jusqu'à 
la huitième arcade » au-delà de la grille qui 
ferme la cour sur la place du Carrousel. 11 prévoit 
tout : les deux façades nues, du nord et du midi, 
qu'il conviendrait d'orner dans le style primitif; 
les toits arrondis qu'il rase en même temps que 
toutes les autres <i constructions postœuvres ■■ 
qui déshonorent, depuis Le Vau, le pavillon cen- 
tral ; les deux nouveaux pavillons .' en retrait » 
qu'il élève en coupant trois arcades, afin de rem- 
placer les deux pavillons de Flore et .Marsan, 
datant du règne d'Henri IV, et qu'il faut jeter 
bas... 

Ni le vieux Fontaine, ni ses deux successeurs 
immédiats, Visconti, depuis 1836, Lefuel, à partir 
de 1853, ne rêveront avec une pareille audace 
un tel 11 ensemble d'architecture se jouant au 
milieu des arbres » ; il faudra, pour le réaliser 

(1) Notre confrère L. Borgex, dans Comœdia (1912). 

(2) Voir notre étude sur ce sujet dans la Petite 
Revue de» I" février et !" mars 1913. 



ANCIEN ET MODERNE 



23 



plus largement, la brèche ouverte par les incen- 
dies de l'Année terrible... La volonté du génie 
devance de quarante ans la fatalité des révolu- 
lions. Écoutons-le, dans ses vœux d'artiste en 
paysages, que ses rancunes politiques n'étoulTent 
point : « Lorsque je porte le Jardin des Tuileries 
jusqu'à la huitième arcade au-delà de la grille 
du Carrousel, c'est que je veux l'aire entrer l'Arc- 
de-Triomphe dans le jardin mf-me ; trop petit 
comme monument dans un immense forum, il 
serait charmant comme fabrique dans un jardin. 
Ce jardin serait clos sur le Carrousel par une 
grille de fer dorée »... 

La prédiction de l'avenir ne s'arrête pas à la 
grille de la cour pavée du palais des Tuileries, 
qui remontait, comme l'Arc lui-même de Percier 
et Fontaine, aux jours glorieux de 1806 ; « à partir 
de la porte biUie qui sépare l'ancienne et la nou- 
velle galerie du Louvre », l'amateur de verdure 
veut planter un second jardin, pour faire dis- 
paraître l'amas d'hôtels et de maisons « qui 
piicombrent le reste de la place ». Ces simples 
mots évoquent le noir Paris de 1830, le Paris de 
la jeunesse romantique et des débuts d'un jeune 
provincial, appelé Théophile Gautier, la rue du 
Doyenné, l'hôtel de Nantes, que les eaux-fortes 
de Martial nous montrent encore, en 1849... 
Après leur démolition, c'est entre deux magni- 
fiques palais et deux superbes jardins que l'on 
passerait d'une rive à l'autre, du faubourg Saint- 
Cermain au quartier Saint- Honoré. M. de Chateau- 
briand a calculé l'espace entre les deux grilles, 
environ .373 pieds, et réclame de larges trottoirs. 

.Mais rien ne coûte au poète-architecte « pen- 
dant qu'il a le marteau, la truelle et la bèrhe en 
main » ; à l'est, en face do la colonnade de Per- 
rault, il renverse les laides habitations qui, 
inasi(uanl la rivière et le Pont-ÎSeuf, < font la 
moue » au chef-d'œuvre classique ; il débarrasse 
Saint-Germain-l'Auxerrois des masures accumu- 
lées dans ses angles, et veut entourer darbres 
ce vénérable témoin du passé qui sert à « mesu- 
rer » la marche de l'art et des siècles en face 
des palais ; à l'ouest, au beau milieu de la place 
Louis XV, il fait jaillir une vaste fontaine, « dont 
les eaux perpétuelles, reçues dans un bassin de 
marbre noir, indiqueraient assez ce que je veux 
laver »... .4vis aux llatteurs du nouveau règne ! 
Et plus inventif que le bon Cointereaux en l'an 
VII (1), « le courtisan du mallieur » érige quatre 

iTi. Voir Un Défenseur des espiices lihrps ii l'niis, 
.«OMS le Direcloire, par M. r.h.irles Du Bus ilans la 
Chy.tiiiqve des Arts dq l.ï février 191,'), pj). :ij-ii4, 



autres fontaines aux quatre angles de la place 
immense, alors déserte et délabrée. Perpendi- 
culairement aux deux façades rectilignes de 
Gabriel, il élève deux colonnades doubles, ajou- 
rées, sur les deux massifs des Champs-Elysées 
de Le Nôtre, à droite et à gauche, afin de limiter 
la place ; il achève la Madeleine, « cela va sans 
dire », et prend sur le pont Louis XVI, qui 
deviendra celui de la Concorde, les colosses qui 
l'écrasent, pour les aligner en avenue. C'est 
l'avant-cour du château de Versailles qui va 
recueillir ces fantômes géants de l'histoire de 
France ; et le roi Louis-Philippe n'exaucera pas 
le vœu de son vieil adversaire. 

Au II point rond » des Champs-Elysées, celui-ci 
dresse un des deux obélisques qui nous viennent 
d'Egypte et termine plus loin l'Arc-de-Triomphe 
de l'Étoile, en devançant de cinq années la date 
de son achèvement : de l'Arc-de-Triomphe à 
Saint-Germain-l'Auxerrois, il lui semble que cette 
foule de monuments, de statues, de jardins, de 
fontaines, « n'aurait rien de pareil au monde »... 
Aussi bien, veut-il moins édifier qu'abattre ; et 
plus pratique dans ses rêves que dans sa vie, 
M. de Chateaubriand a souci du plan « le plus 
économique ». Quant aux inégalités de niveau, 
de terrain, aux défauts de symétrie et de paral- 
lélisme des monuments du Louvre et des Tui- 
leries, tout cela s'évanouit « dans les déco- 
rations de mes jardins», conclut-il; et comme 
il pense à tout, il assigne la forme pyramidale 
aux arbres du jardin de la cour du château 
pour en faire « une promenade d'hiver au centre 
de Paris ». 

« Vous allez me demander. Monsieur, ce que 
fais du palais de Philibert Delorme (s/c)? Un musée 
de choix, où je dépose nos plus belles statues 
antiques et les tahleaux de l'école italienne » : 
tel est le rêve que le plus voyageur des Français 
voudrait réaliser, pour n'avoir plus rien n à envier 
aux villas Borghèse et Albani » ; mais, ici, les 
révolutions en ont décidé tout autrement. «... Et 
moi, qui suis architecte ou roi, oîi me loge-t-on'? 
Architecte, dans une altique de Philibert 
Delorme ; roi , au Louvre . .l'ai l'honneur 
d'être, etc.. » Hautaine conclusion d'artiste 
égaré dans la politique, dont le ton suffirait à 
faire deviner la signature! Et pour une fois, à 
un obélisque près, le grand rêveur a été prophète 
en son pays : depuis 1878, année où les ruines 
mêmes ont péri, l'art et l'histoire se sont chargés 
de combler ou plutôt de dépasser, au Carrousel, 
les vœux de M, de Chateaubriand. Aussj bien, 



24 



I,E BULLETIN DE L'ART 



notre souvenir prononce toujours le nom de ce 
continuateur improvisé de Le Nôtre, chaque fois 
que nos yeux rencontrent le petit aro romain 
serti, comme un .joyau de pierre, dans sa ceinture 
de fleurs, avec ses colonnettes roses sur la ver- 
dure. 

Ratmond Bouykk. 

LES REVUES 



France 



Les Arts (novembre). — L. Gikixy. La Galerie 
des beniix-iirls de Sienne. — Examen des peintures 
et aperçu de l'évolution de l'école siennoise : car il 
ne faut chercher à Sienne que des œuvres siennoises 
et « l'àine de ce petit peuple fier et charmant » qui 
toujours mit son orgueil à fm'e dn se, revit dans cette 
galerie, où les œuvres d'art sont si mal exposées. 

— E. Chartkairk. Le Trésor de la cnlhédrale de 
Sens. — Ivoires, tissus, ornements liturgiques, tapis- 
series, pièces d'orfèvrerie, ces richesses sont d'admi- 
rables restes de l'ancienne ville de Sénons. 

— André Girodie. Le Maître à l'œitlel. — Sur les 
peintures sur bois de cet artiste, conservées à l'an- 
cienne cathédrale de Berne, aujourd'hui affectée au 
culte protestant. Place de cet artiste après Lucus 
Moser, Conrad Witz et Martin Schongauer, parmi les 
plus expressifs de l'art du Haut-Rhin. 

(Décembre). — Le numéro est entièrement consa- 
cré à une étude de M. André Michel sur le Château 
de Montai, récemment donné à l'État par M. Maurice 
Fenaille. 

Allemagne 

Die Kunst (novembre). — G.-J. Wolf. La Sécession 
de Munich. 

— Glaseh. Le Premier Salon d'automne de Berlin 
— Premier essai de ce genre en Allemagne. Cubistes 
venus de Paris. Extravagances. 

— F. BUROER. La <• Pietù » de Ludwig Herlench. • 

— K Braunoabt. Julius Diez — Artistes muni- 
chois, se rattachant quelque peu à l'art de Bœcklin. 

— K. WiKnusH Villa construite à Wiesbaden par 
Varchilecle Max Lceiiger. 

— Riss Uroit de l'auteur d'une œuvre d'art et droit 
du propriétaire — A propos d'une sentence du Tri- 
bnnnl d'Empire dans un procès entre une dame de 
Berlin, propriétaire d'une maison, ornée d'une pein- 
ture murale, que cette dame avait fait repeindre, et 
l'auteur du tableau. Le Tribuoal d'Empire donna 
raison au peintre. , 



— H. Steiobrer. h. Obrist. — Travaux de sculp- 
ture décorative. 

— Les Études de cavaliers d'AngeloJanl.-.— G. Huet. 

[Décembre). — A. Dreyfus. Vincent van Gogh. — 
Le succès de Van Gogh en Allemagne s'explique par 
l'analogie de son tempérament avec celui des roman- 
tiques allemand.s. « Van Gogh n'est pas un commen- 
cement, mais une fin: il accomplit l'impressionnisme 
en l'épuisant. » 

— F. Stahl. Erich Wolfsfeld. — Jeune frraveur 
berlinois. 

— Le Monument de la Bataille des Nations, à 
Leipzig, mérite entre tous l'épilhète « kolossal ! ». 

— J. Bbnrdbi. Jacques-Emile Blanche. — Le talent 
de Blanche est en dehors de toutes les classifications. 
Il a bien des qualités, et l'on ne trouve pas chez lui 
la recherche voulue de l'excentrique, de l'affectation. 

— A. IIeilmeyek La Sculpture munichoi.ie contem- 
poraine. 

— E. H^enel. Maison construite par l'architecte 
Sandig, à Dresde. 

— .1. SciiiN.NEREK. Livres illustrés récents. — .\pcrçu 
très intéressant des diverses tendances de l'art de 
l'illustration en Allemagne. 

— L'Art pour l'enfance à l'aris. — A propos de 
l'Exposition au Musée Galliera : article très défavo- 
rable ; l'auteur oublie trop que les goCits nationaux 
ont le droit de ditférer, même en matière de poupées. 

(Janvier 1914). — A. IIeilmeyer. La Sculpture muni- 
choise contemporaine (fin). — Spécimens intéressants, 
notamment de travaux de Georgii. 

— L. Weber. Albert Welli. — Détails touchants 
sur ce graveur munichois, d'origine suisse, mort en 
1912, à l'âge de cinquante ans. Spécimens de son 
œuvre humoristique. 

— A Dreyfus. Gustave Moreau. — Article ou l'admi- 
ration est tempérée par des critiques révères jusqu'à 
l'injustice. Suivant l'auteur, le tort de G. Moreau a 
été de s'écarter de la voie indiquée par Cbassériau. 

— C. GuASER. Le Salon d'automne beiUnois. 

— P. Westheim. Maison construite à Francfort, 
par l'architecte Hugo Eberhardl. 

— R. WinMFB. Les Fresques de W. Georgi dans 
l'église abbatiale de Saint-Btaise. — Essais mtéres- 
sants de peinlore religieuse modernisée. Jolies étude* 
d'enfants, pour les angelots de l'Assomption de la 
Vierge. 

— Jardins dessinés par F. Gildemeisler. 

— P. Westhbim. Sculptures de l'aul Wgnand. — 
G. Huet. 

Le Gérant : H Iunis. 

P«ri». — Imp. Urorfr*» t>lil. li, me Go<tol-(te-Mauro(. 



Numéro 609. 



Samedi 24 Janvier 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Autour du Palais-Royal 



Le Commencement de la fin. 

bans sa séance du 31 décembre 1913, le Conseil 
municipal de Paris, sur le rapport de M. Adolphe 
Chérioux, a voté, sans discussion, l'ouverture 
d'une voie nouvelle, qui. partant de la Bourse 
de Commerce, viendra aboutir rue de Valois, 
« devant les toutes dernières arcades du Palais- 
iloyal, langentiellement à la galerie d'Orléans ». 
Le Bulletin municipal du 8 janvier, auquel 
J'emprunte ces renseignements, ajoute, à propos 
de cette rue : « Un accès au Palais-Royal pour- 
rail lui être assuré dans l'avenir au travers des 
arcades riveraines de ce jardin, transformé en 
passage, sans apporter à ce site de modifications 
apparentes ". 

C'est clair et précis : les démolitions qui bou- 
leversent tout le vieux quartier compris entre la 
rue Baillif et la rue Sainl-Honoré d'une part, la 
rue Croix-des-Petits-Champs et la rue de Valois 
de l'autre, ont offert à nos édiles cette occasion 
d'une percée aboutissant au Palais-Royal; pour 
le moment, on laisse entendre que cette voie 
pourra traverser le jardin et que le passage sera 
réservé aux piétons ; quand la rue sera faite, 
elle devra forcément, sous peine d'être inutile, 
se prolonger jusqu'à la rue Richelieu et l'avenue 
de l'Opéra, en assurant le passage aux voitures, 
et elle sera le premier signal de l'éventrement 
du Palais-Royal, le commencement de la (in de 
ce jardin tranquille, que la beauté de son cadre 
et la richesse de ses souvenirs ne réussiront pas 
à sauver de la destruction ! 

En effet, si de rares protestations se sont fait 
entendre à l'occasion de ce travail d'approche, 
donije signalais tout récemment encore le danger 
(n^eoe du Bulletin), des desiderata ont été expri- 
més par un syndicat qui se propose d'exploiter 
le Palais-Royal et qui ne recule pas devant la 
manière forte pour assurer la réussite de sa 



spéculation. Ce syndicat, tout en donnant son 
approbation au projet dont on vient de résumer 
les grandes lignes, demande en outre : 

<■ 1» l'ouverture et la construction d'un large 
escalier destiné à faire communiquer la rue des 
Petits-Champs et la rue de Valois élargie ; 

" 2° l'ouverture à la circulation publique 
[entendez : à la circulation des voitures] des 
arcades faisant face à la nouvelle voie projetée, 
et son prolongement jusqu'à la rue Richelieu ; 

■<( 3° l'ouverture, à la circulation également, des 
arcades centrale» des galeries du Palais-Royal pour 
en faciliter les traversées obliques ». 

Et à cela, que répond la Ville ? Elle prend note 
de ces desiderata « pour en tenir compte dans 
telle mesure qu'il appartiendra lorsqu'on dis- 
posera de nouvelles ressources susceptibles de 
faire face à la dépense qu'occasionnerait l'exé- 
pution de ce comp\émettt d'améliorations ». 

Vous avez bien lu, Parisiens : douze millions 
sont prévus pour les expropriations et les tra- 
vaux nécessités par le percement de la nouvelle 
rue, et une fois le Palais-Royal éventré dans un 
sens, on « améliorera » encore cet éventrement 
quand on possédera les ressources nécessaires. 
On peut être assuré que le syndicat susmentionné 
ne fera rien pour retarder cet heureux événe- 
ment, — au contraire ! 

Voilà la dernière trouvaille des Haussmann au 
petit pied, qui ont inventé les « grands travaux 
de Paris » ! Ils se sont essayés lors du per- 
cement du boulevard Raspail ; ils viennent de 
commencer à travailler dans le quartier du 
Palais-Royal et l'on sait maintenant quelles 
grandes choses ils y projettent; ils vont pro- 
chainement saccager l'île Saint-l.ouis... 

A qui le tour ensuite ? On ne voit plus guère 
que le Marais, qui garde encore de vieux hôtels 
à démolir. 

Patience ! On y viendra. 

E. D. 

P-S. — Pour répondre à une protestation de 
la Société des Amis des monuments parisiens 



56 



LE BULLETIN DE L'ART 



contre la démolition de l'hôtel de la Chancellerie 
d'Urléans, — démolition nécessitée par le per- 
cement de la rue dont on vient de parler, — 
M. Chérioux a trouvé quelque chose de tellement 
délicat, de tellement heureux et consolant, que 
je ne puis résister au plaisir de citer le passage 
de son rapport : 

La valeur artistique de la Chancellerie d'Orléans n'a 
pas échappé i l'administration municipale, et c'est 
pourquoi, dans la convention conclue avec la Banque 
de France, il a été stipulé que cet établissement 
devrait reconstituer, dans son nouvel édifice, toutes 
les parties intéressantes de ce joyau du passé. Si l'on 
peut regretter qu'il n'ait pas été possible d'éviter 
toute atteinte à ce monument, il faut du moins recon- 
naître que l'engagement pris par la Banque de France 
(iffre cet avantage d'assurer la conservation défini- 
tive de toutes les richesses que contient cet immeuble, 
alors que l'augmentation de valeur des terrains dans 
le quartier eût très bien pu amener son propriétaire 
à en raser un jour les constructions pour édifier une 
maison de rapport sur l'emplacement de la Chancel- 
lerie actuelle. 

Ces édiles, tout de même, quels artistes ! Et 
dire qu'il y a de méchantes gens pour les traiter 
de vandales... 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Légion d'honneur. — Parmi les nominatioDs 
dans l'ordre de la Légion d'honneur, faites sur la 
proposition du ministre du Commerce, nous relevons 
le nom de M. Wildenstein, négociant en tableaux et 
objets d'art. 

Académie des beaux-arts (séance du 17 jan- 
vier). — L'Académie des beaux-arts a appris avec 
satisfaction la nouvelle — que nous commentons 
d'autre part — de l'abandon des projets d'aliénation 
des terrains du Pincio, qui font partie du domaine 
français à Rome. 

— Le prix Doublemard, destiné à u préparer les 
élèves sculpteurs au grand prix de Kome », est ainsi 
partagé : 

I" prix et 1" médaille {1.800 fr.) : M. Gazan, élève 
de M. Antonin Mercié. 

î* prix el 8* médaille (100 fr.) : M. Casla, élève de 
M. iDJalbert. 

— Dans sa prochaine séance, l'Académie publiera 
les programmes des concours Roux de peinture, 
sculpture et architecture. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 16 janvier). — M. Gagnât annonce k l'Aca- 



démie qu'il a reçu du D' Carton, de Tunis, le texte 
d'une inscription découverte par lui au cours de 
fouilles exécutées, grâce à une subvention prélevée 
sur la fondation Piot, dans les Thermes de Bulla- 
Uegia. M. Cagnat se propose de la commenter ulté- 
rieurement devant l'Académie, mais il tient à en 
signaler, dès maintenant, la découverte et à mettre 
ses confrères au courant des progrès des recherches 
du D' Carton. 

Le déblaiement méthodique du monument lui a 
permis de mettre au jour des parties très remarqua- 
bles de l'édifice et notamment une construction sou- 
terraine d'une disposition particulière ; le D' Carton 
se propose de prendre, au printemps, des vues des 
détails les plus intéressants et de les remettre à l'Ac.v 
démie. 

— De la part de M. .Iules Renaut, architecte à Tunis, 
M. Paul Monceaux communique une inscription chré- 
tienne lisible sur une jarre récemment découverte en 
Tunisie, au sud-est d'Hammam-Lif 

— M. Louis Navex commente un passage de la 
huitième églogue des Bucoliques. 

— M. M. Pézard, chargé, en 1913, de pratiquer des 
fouilles archéologiques à Bender-Boucbir (golfe Persi- 
que), rend compte de sa mission qui a fixé d'une 
façon définitive l'emplacement de l'antique Liyan, 
l'une des places-fortes de l'empire élamite les plus 
éloignées de la métropole; parmi les documents 
archéologiques et épigraphiques recueillis, urnes, 
vases, textes sur brique et albâtre, un des plus 
importants est une inscription relative au roi de 
Suze lloumbanamana (milieu du deuxième millé- 
naire). 

En terminant, M. Pézard rappelle l'importance, an 
point de vue de l'archéologie musulmane, du port de 
Tahiri, sur le golfe Persique, dans le voisinage duquel 
se trouvent les mines de la ville de Siraf. 

— M. Boussac commente un passage d'Hérodote 
(II, 18) où est rapportée une légende courante des 
anciens Égyptiens qui plaçaient les sources du Nil à 
Philce. 

Société nationale des antiquaires de France 
(séance du 14 janvier). — M. Buttin fait une com- 
munication au sujet de plusieurs pièces provenant 
d'une armure de Philippe II, conservée au Musée de 
l'Armée, et que le gouvernement français va céder au 
roi d'Espagne en échange d'une armure de Charles- 
Quint. Il montre l'importance et la valeur des pièces 
dont le Musée de l'Armée va se dessaisir. 

— M. Lefèvre-Desnoëttes présente divers objets 
en fer trouvés par M. René de Saint-Pèrier dans la 
grotte de Lespugne (Haute-Garoone). 

Conseil des Musées nationaux. — Le Journal 
officiel du 18 janvier a publié un décret aux termes 
duquel sont nommés membres du Conseil des musées 
nationaux, pour une durée de trois ans h dater du 
1" Janvier 19U : MM. Louis Barthou, député, en 



ANCIEN ET MODERNE 



âî 



rpiuplacement de M. Aynard, décédé ; Pierre Baudin 
sénateur, en remplacement de M. Raymond Poincaré. 

— D'autre part, sont nommés membres temporaires 
du Conseil des musées nationaux, pour une durée de 
trois ans, à dater du 1" janvier 1914 : 

MM. Bourgeois, sénateur; G. Leygues, député- 
Homieu, conseiller d'État; Combarieu, conseiller 
maître à la Cour des Comptes ; L. Bonnat, membre 
de l'Institut; M. Collignon, membre de l'Institut, 
professeur à la Faculté des lettres; Coutan, membre 
de l'Institut; Guillemet, membre du Conseil supérieur 
des beaux-arts; L. Gonse, écrivain d'art, membre 
du Conseil supérieur des beaux-arts; H. Kœchlin, 
président de la Société des amis du Louvre ; le baron 
Edmond de Rothschild, membre de l'Institut. 

Société nationale des beaux-arts. — La Société 
nationale des beaux-arts avait ouvert, entre ses mem- 
bres, un concours pour une affiche destinée au Salon 
de la Société. Le jury de ce concours vient de rendre 
son jugement. 

MM. Albert Martine, Silice, Cppénauer et Carot 
reçoivent chacun une prime ; leurs projets seront en 
outre exposés au Salon. Mais le projet classé premier, 
ne donnant pas entière satisfaction, ne sera pas 
exécuté. 

Les autres concurrents, dont la Société ignore les 
noms, sont priés de retirer leurs œuvres avant la fin 
du mois. 

Musée de l'Armée. — Le llullelin a annoncé, 
dans son dernier numéro, que le Musée de l'Armée 
allait se dessaisir, au profit de l'Armeria real de 
Madrid, d'un chanfrein et de quatre pièces provenant 
de l'armure de Philippe 11. L'n loi étant nécessaire 
pour distraire d'un musée national un objet classé, le 
décret du ministre de la Guerre précise que ces pièces 
seront envoyées à Madrid « à titre de dépôt », mais 
qu'elles resteront «propriété de la France». 

Ces pièces sont inestimables, au dire du spécialiste 
de l'histoire des armes, M. Buttin, car l'armure de 
Philippe II est une des plus belles du monde; il n'avait 
pas fallu moins de deux années (1349-1350) àDesiderius 
Colman, le meilleur armurier d'Allemagne, et à Georges 
Siegmann, l'orfèvre réputé, pour la parachever. 

C'est pour répondre à un désir exprimé par le roi 
d'Espagne, lors de son dernier voyage à Paris, que 
cette cession a été consentie. Il avait été convenu 
alors que l'Armeria Real enverrait en échange au 
Musée de l'Armée une armure complète de Charles- 
Quint. Mais, jusqu'ici, les seuls objets que le directeur 
de l'Armeria Real ait proposés au directeur du Musée 
de l'Armée sont deux pistolets de fabrication fran- 
çaise et une rondache de Philippe II, pièces connues 
et de peu de valeur. 

La « Joconde » retrouvée. — Le gouvernement 
français, pour témoigner sa reconnaissance à MM. Cre- 
daro, ministre de l'Instruction publique d'Italie, 
Corrado Ricci, directeur général des Beaux-Arts, et 



G. Poggi, directeur de la galerie des OEBces, de l'ini- 
tiative déployée par eux dans l'affaire de la Joconde, 
a nommé, le premier officier, et les deux autres 
chevaliers de la Légion d'honneur. 

D'autre part, l'antiquaire florentin. M. X. Geri, a 
été non)mé oUicier de l'Instruction publique, et il a 
reçu la somme de 25.000 francs, que les Amis du 
Louvre avaient promise à celui dont les indications 
permettraient de retrouver la peinture de Léonard. 

La Société des Amis du Louvre communique à ce 
propos la note suivante : 

« La Société des Amis du Louvre a envoyé le 21 
janvier, au consul de France à Florence, pour être 
remiseàM.Geri, antiquaire, la somme de 25.000 francs 
qu'elle avait décidé, au moment du vol de la Joconde, 
de donner en prime à la personne dont les rensei- 
gnements décisifs feraient rentrer le tableau au Louvre. 

» C'est d'accord avec le ministère italien de l'Ins- 
truction publique et l'ambassade de France à Rome 
que M. Geri a été reconnu par la Société comme 
devant bénéficier de cette prime. 

» Les membres du Conseil d'administration des 
Amis du Louvre ne voulant opérer, pour payer cette 
dette aucun prélèvement sur les ressources ordinaires 
de la Société, ont ouvert entre eux une souscription 
qui, rapidement conduite, a produit la somme néces- 
saire. » 

il parait, d'ailleurs, que cette récompense ne satis- 
fait point M. Geri : il réclame du gouvernement 
français une allocation correspondant à 10 "/,, de la 
valeur du tableau, valeur qui serait fixée par un expert 
nommé par le tribunal civil de la Seine. A cet ellét, 
M. Geri vient d'assigner le ministre de l'Instruction 
publique et des Beaux-Arts en payement de cette 
somme, réclamant une provision immédiate de 
100.000 francs à valoir sur l'indemnité qu'il demande. 

Paris qui s'en va. — Le Musée Carnavalet va s'en- 
richir de l'enseigne Au Vieuj satyre, qui datait du 
xvnf siècle et qui figurait une tète de faune barbu et 
cornu, surmontée d'une corbeille de fleurs. Cette 
enseigne se trouvait au-dessus de la porte d'une mai- 
son située à l'angle de la rue Montfaucon et de la rue 
du Four, et qui va disparaître. 

— Au coin du quai Conti et de la rue de .Nevers, 
une autre vieille maison va disparaître : celle du 
bijoutier de Marie-Antoinette, Grauchez, marchnnd 
de curiosités, à l'enseigne : Au l'élit Dunkerque. 
Graucheztransportaensuite sa boutique rueRichelieu, 
mais son enseigne resta quai Conti, au-dessus de la 
porte du cabaret qui remplaça la boutique de joail- 
lerie. 

A Besançon. — On a inaugure le 10 janvier, au 
palais de justice de Besançon, dune part, le médaillon 
de l'ancien bâtonnier du barreau de Paris, le Franc- 
Comtois Eugène Pouillet, dû à cet autre Franc-Com- 
tois qu'est le sculpteur Gardet, et, d'autre part, les 
grands panneaux décoratifs exécutés par le peintre 



28 



LE BULLETIN DE L'ART 



local, M. Emile Isembart, qui les a ofi'erts à la ville 
de Besançon. 

A Rome. — De grands travaux d'embellissement 
doivent être prochainement entrepris à Saint-Pierre 
do Kome : on va recouvrir de marbres précieu.x les 
pilastres et les autres parties intérieures de l'édifice 
qui n'en sont pas encore revêtus. 

Les Terrains du Pincio. — A la protestation' de 
l'Académie des beaux-arts contre l'aliénation de ter- 
rains appartenant au domaine national, — protesta- 
tion dont nous signalions, il y a quinze jours, le 
retentissement, — sont venues se joindre les pro- 
testations de M. Albert Hesnard et des pensionnaires 
de la Villa Médicis, et celles de Ma'' Uuchesne et des 
membres de l'École de Home. Les journaux d'Italie 
ont montré que les Romains ne voyaient pas très 
favorablement les projets de l'architecte du gouver- 
nement, qui avait mis l'affaire sur pied ; les journaux 
français ont reproduit ces témoignages de réprobation ; 
et devant cette unanimité, le gouvernement n'a eu 
qu'à désavouer son architecte. La vente des terrains 
du Pincio est abandonnée : le sous-secrétariat d'État 



des beaux-arts en a donné offlciellement la nouvelle, 
le 16 janvier. 

Ce n'est d'ailleurs pas la chose la moins singulière 
de toute cette histoire que l'aliénation ait été pour- 
suivie, non seulement contre le gré de l'ambassadeur 
de France à Kome et du directeur de la Villa Médicis, 
mais même avant qu'aucun projet de loi ne l'eût auto- 
risée. Bien mieux : ces terrains, occupés actuellement 
par des jardiniers, et sur lesquels on projetait, après 
lotissement, de construire des immeubles, on sait 
aujourd'hui qu'ils se trouvaient frappés, en vertu de 
la loi italienne, d'une servitude non mdificandi .. 

Il faut remercier l'Académie des beaux-arts d'avoir 
pris si nettement position, et. par son attitude si ferme, 
d'avoir épargné à notre pays le scandale qu'eussent 
été la vente et le lotissement de ces jardins. 

Nécrologie. — Ce numéro est sur le point de 
paraître, quand nous arrive la nouvelle de la mort de 
notre collaborateur M. Dtirand-Grévitle : nous remet- 
tons a la semaine prochaine la notice sur cet érudit. 
()ui a poursuivi ses études sur l'histoire de l'nrt .-ivec 
tant de conscience el de ténacité. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — 'Vente de tableaux par Amaa- 
Jean. — M° Baudoin, assisté de M. Manzi, a 
vendu, le IG janvier, galerie Man/.i, trente-huit 
peintures el pastels de .M. Aman-.lean : il ont 
produit un total de 49.;)8Î) l'rancs. La plus belle 
enchère est celle de 4.V00 francs obtenue, sur 
demande de 5.000, par un Portrait en plein air 
(n° 11. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Galerie 
Crespi, de Milan. — La vente de la célèbre 
galerie Oespi, de Milan, dont il a été maintes 
fois question en ces dernières années, est aujour- 
d'hui décidée. Elle aura lieu au début de juin 
prochain, à la galerie Georges Petit. 

A Berlin. — Collection Raffauf (objets 
d'art, etc.). — .Nous recevons le catalogue illus- 
tré de la collection du conseiller de légation 
RafTauf, dont la vente aura lieu chez R. Lepke, 
,les 3 el 4 février. Dans cet ensemble d'objets 



d'art el d'ameublement anciens, on resnarquera 
des meubles et des sièges des xv» et xvi« siècles, 
d'art allemand et italien; des sculptures en bois 
des mêmes époques, de divers ateliers germa- 
niques; un buste antique d'époque romaine; 
une Sainte ronversation de Rissolo; une Madone 
de R. .Montagna; une autre Madone du .Maitre île 
Vicence (vers 1500), et divers autres tableau.x, 
dont un Dirk van Deelen, un P. Claesz et un 
P. Molijn; des faïences italiennes et orientales; 
quelques bronzes; enfin des tapis persans et des 
étoiles, lue courte préface du Dr. W. Rode 
donne un intérêt particulier au catalogue de 
celte vente, dont la composition dénote un goût 
(l'ameublement ancien, — plutôt que de collec- 
tion, à proprement parler, — très répandu en 
Allemagne. 

Collections de feu le Baron Albert von 
Oppenheim, de Cologne (peintures et objets 
d'art. — On annonce dès maintenant que les 
célèbres collections de feu le Baron Albert von 
Oppenheim seront vendues à Berlin, l'automne 
prochain, chez Rudolpli Lepke, sous la direction 



ANCIEN ET MODERNE 



2» 



des deux maisons de vente, Hugo Helbing, de 
Munich, et Rudolph Lepke. 

La première partie sera consacrée aux pein- 
tures du xv au XVII» siècle. Parmi ces tableaux, 
il faut citer des œuvres de Petrus Chrislus, Quin- 
ten Metsys, Gérard David, Rembrandt, Frans Hais, 
Rubens, Pieter de Hooch, Van Dyck, Hobbema, 
Huisdael, Jan Steen, Ter Borch, Teniers, Guijp. 

La seconde partie comprendra les objets d'art : 
la collection de cruches, les vitraux gotliiques, 
les meubles, les émaux de Limoges, les sculptures, 
les ivoires, etc. 

Le catalogue des tableaux sera rédigé par le 
Dr. Bode; celui desobjetsd'artparleDr. vonFalke. 



M. N. 



LIVRES 



A Paris. - Vente de la bibliothèque du 
marquis de Piolenc (livres anciens et mo- 
dernes). — Les quelque six cents numéros qui 
liguraient au catalogue de la bibliothèque de feu 
le marquis de Piolenc avaient de quoi satisfaire 
les goûts des bibliophiles qui s'attachent surtout 
aux livres du ïviii' siècle et aux éditions origi- 
nales modernes : c'était là, avec quelques clas- 
siques et des reliures, les deux grosses « séries » 
de ce cabinet d'amateur, et on a pu voir, à l'ar- 
deur des compétitions, que le beau livre est 
toujours assuré de se voir très chaudement dis- 
puté toutes les l'ois qu'il passe eu vente publique. 

M n'a pas fallu moins de cinq jours, du 26 au 
■^O novembre, à M"' A. Couturier, assisté de 
MM. Leclerc et Blaisot, pour disperser la biblio- 
thèque du marquis de Piolenc. La vente s'est 
terminée sur le chiflre coquet de 399.210 francs, 
et non sans qu'on ait eu l'émotion de plusieurs 
enchères fort intéressantes. 

Les quatre plus belles ont été celle de 13.560 fr. 
pour un exemplaire sur vélin des Liaisons dange- 
reuses, de Choderlos de Laclos (1796), avec les 
figures de Monnet, M"' Gérard et Fragonard fils, 
en deux étals; celle de I3.B00 fr. pour un exem- 
plaire des Contes et nouvelles de La Fontaine (1795), 
avec 78 figures; celle de 10.120 fr. pour les Chan- 
sons de La Borde (1773), avec figures de Moreau ; 
et celle de 10.000 fr., pour l'Abrégé chronologique 
de l'Histoire de France, par le président Hénaut 
(1752), relié aux armes de Louis XV. De nom- 
breuses enchères importantes sont encore à citer 
que l'on trouvera dans la liste ci-après. 

Avant de passer à l'énumération de ces beaux 
prix, disons un mot des livres modernes : ils ont 
fait fort bonne ligure, ainsi que le prouvent des 



enchères comme celle de 6.000 fr. pour la Cité 
des eaux, d'Henri de Régniet-, avec ligures de 
Jouas, et celle de 4.900 fr. pour Notre-Hame-de- 
Paris, de Victor Hugo (éd. Testard, 1889), avec 
illustrations par L.-O. Merson. 

Les éditions originales, toutes proportions gar- 
dées, ont fait également de fort beaux prix : on 
a vu un exemplaire de Dominique, édition de 1863, 
sur papier de Hollande, avec reliure par Marins , 
Michel, poussé jusqu'à 3.502 francs; il avait fait 
1.520 francs à la vente Legrand. 

Voici la liste des prix au-dessus de .i.OOO francs. 

PRINCIPAUX PRIX 

(Au-dessus do 3.000 francs.) 

Aucune enchère n'est à retenir parmi les livres 
anciens et éditions classiques, tous restés au-dessous 
de 1.000 francs. 

Livres illustrés du xvni' siècle. — 31. Anaeréon, 
Sapho. Bion et Moschus (Paris, 1773), fig par Eisen, 
rel. aac, 5.150 fr. — 34. Berquin. Idylles el romances 
1775-1776), lig. par Marillier, rel. anc, 3.400 fr. — " 
37. Choderlos de Laclos. Les Liaisons dangereuses 
(1796, 2 vol.), ex. sur vélin, (ig. de Monnet, M"° Gérard 
et Kragonard, eaux-fortes et épr. avant la lettre, rel. 
de LeI'ebvre. 13.560 fr. — 38. Corneille. Théâtre (1764), 
12 vol., fig. par Gravelot, rel. de Deroine, 17.200 fr. 
— 41. Uesornieaux. Histoire de la Maison de Bourbon 
(1772-1788), 5 vol., fig. de Moreau, Cholîard, Krago- 
nard, etc., rel. anc. aux armes du prince de Conti, 
,").000 fr. — 42. Dorât. Les Baisers (1770), lig. par 
Eisen, rel. anc, 5.130 fr. — 43. Dorât. Fables nou- 
velles (1773), lig. par Marillier, rel. anc, 8.050 fr. — 
46. Gravelot et Cochin. Iconologie (1791), rel. anc, 
3.300 fr. — 48. Le Président Ilénault. Nouvel abrège 
chronologique de l'histoire de France (1752), lig. par 
Cochin, rel. aux armes de Louis XV, épreuves tirées 
dans des cadres ornés, etc., 10.000 fr. — 49. La Borde. 
Choix de chansons (1773), lig. par J.-M. Moreau, Le 
Barbier, etc., rel. anc, 10.120 fr. 

51. La Fontaine. Contes elnouvelles ^nil.'i), lig. par 
Choff'ard, suite des lig. du t. IV en deux états, rel. 
anc, 13.500 fr. — 57. Marmontel. Contes moraux 
(1765), portr. de Marmontel par Cochin et fig. par 
Cholîard, rel. anc. aux armes de Mérard de Saint- 
Just, 4.520 fr. — 58. Meunier de yuerlon. Les Grâces 
(1769), lig. par Moreau, rel. anc, 4.950 fr. — 59. 
Molière. Œuvres (1734), 6 vol., lig. par Boucher, rel. 
anc, 6.100 fr. — 61. Molière. Œuvres (1773). fig. par 
Moreau le jeune, rel. anc, 5.700 fr. — 64. Ovide. Les 
Métamorphoses (1767-1771), flg. par Eisen, Moreau, 
Boucher, etc., rel. anc. 8.120 fr. — 67. L'abbé Pré- 
vost. Histoire de Manon Lescaut et du chevalier Des 
Grieux, fig. de Lefèvre çn trois états, rel. 'anc., 
4.100 fr. . ; ' 

69. Racine. Œuvres [{160), portr. par Daullé, lig. 
par de Sève, rel. anc. aux armes de Mir.ibeau, 7.020 fr. 



to 



LE BULLETIN DE L'ART 



— 70. Racine. CEuvres (1768), portr. par Santerre. 
fig. par Gravelot, rel. anc, 3.630 fr. — 72. Regnard. 
Œuvres complètes (1790). portr. par Rigaud, fig. par 
Moreau et Marillier. rel. anc, 4.020 fr. — 76. Le Sacre 
de Louis XV, etc., lig. et pi. par Audran, Coctiin père, 
etc., rel. aux armes royales, 3.033 fr. 

Livres .M0IIFI1NF8. — 136. V. Hugo Notre-Dame de 
Paris, ill. de L -0. Merson, gr. par Géry-Bichard, rel. 
de Marius Michel, 4.900 fr. — 137. Huysmans. A Re- 
bours, grav. sur bois en couleurs par A. Lepère, rel, 
de Marius Michel, 4.200 fr. — 167. H. de Régnier. La 
Cité des eaur, eaux-fortes originales de Ch. Jouas, 
rel. de Marins Michel, 6.000 fr, — 180. Virgile. Les 
Êglogues, ill. de A. Giraldon, gr. en coul. par Florian, 
rel. de Cnnape, 4 000 fr. 

Nombreuses autres enchères entre 1.000 et 2.000 fr. 
que nous n'avons pas la place de signaler. 

Éditions originales. — Dans cette série abondante 
d'ouvrages de l'époque romantique ou de l'époque 
contemporaine, tous relativement très bien vendus, 
nous nous contenterons de citer : 

316. E. Fromentin. Dominique, ex. sur Hollande, 
rel. par Marius Michel, 3.502 fr. — 323. T. Gautier. 
Mademoiselle de Maupin, rel. par Mercier, 3.400 fr. 

— 364. V. Hugo. Noire-Dame de l'aris, rel. par Kief- 
fer, 3.200 fr. 

B. J. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Cercle "Volney. — La« ligne d'Italie » va-t-elle 
reprendre possession de l'art, au début d'un 
siècle'? Ici, comme à l'avant-garde, nous la retrou- 
vons dans une série d'études inégalement savou- 
reuses, mais toutes significatives par la tendance 
qu'elles expriment; on dirait que les deux gran- 
dioses petites vues de la Voie Appienne, si large- 
ment brossées par M. René Ménard, et qui 
passèrent trop inaperçues au Salon de 1008, ont 
rouvert une fem^tre oubliée sur la terre nourri- 
cière de la beauté classique... En attendant de 
nouveaux Corot, voici donc, ici même, l'Église 
San Giovanni e Paolo qui se dore, en pleine verdure 
matinale, aux yeux attendris du peinlre-slaluaire 
Jean Hugues; le Monastère anonyme, qui parle 
au cœur de M. Dambéza, sous un joli ciel nuageux 
que traverse l'aiguille noire des cyprès ; le Colisce 
formidable et blond et le Cœlius vu du Palatin, 
avec ses couvents rosés sous la sombre eurythmie 
des pins, qui retiennen t la correction de M. Bernard 
Wolff M. Bégnault-Sarasin, que nous ne connais- 
sions pas encore non plus, colore avec plus d'in- 
tensité les Eucalyptus de la Campagne romaine et 



la perspective rocheuse de Girgenti, depuii le 
temple de Castor et Pollux; M, J.-F. Bouchor laisse, 
à Venise, M. Iwill sur la Hazzetta pluvieuse et 
M. Le Gout-Gérard devant la splendeur fauve de 
Saint-Marc, et descend de la fontaine du Pozzo, 
chère aux ramiers, vers la Sicile où les ruines 
harmonieuses du Théâtre antique de Taormina se 
découpent sur le golfe azuré que domine le cAne 
lumeux de l'Etna; M. Gaston Guignard reste en 
Corse, mais la Route de Calvi lui découvre l'austère 
noblesse de ses horizons. 

L'histoire du paysage inaugure- t-elle un 
nouveau chapitre? En tous cas, c'est une indica- 
tion. Ce n'est pas la seule, et nos maîtres (igurisles 
donnent le bel exemple, avec le Chant du Soir 
ou le Chasseur et la Source que M. Luc-Olivier 
Merson stylise comme des sonnets florentins en 
l'honneur du sixième centenaire de Boccace;avec 
les Mcnades qu'invoque M. Raphaël Collin : daus 
le rêve guerrier que M. Fernand Cormon précipite 
Vers la frontière avec l'élan minutieux de ,ses 
petits poèmes homériques. Ni la Buveuse 
d'absinthe, au corsage cramoisi, de M. Devambez, 
ni le Nu délicat de M. Décheiiaud n'affichent une 
pareille nostalgie de lyrisme ; mais ce sont d'excel- 
lents morceaux de peinture, au même litre que 
la Leçon de tissage, de M. Laparra, le fiid enso- 
leillé de M. Guillonnet. les études voyageuses de 
M. Lauth, les poteries persanes de M. Bompard 
ou la symphonie d'or vert que l'Automne à Trianon 
propose à M. Chigot. D'autres cherchent du nou- 
veau, M. Montagne, devant une façade gothique 
ou sous les arches radieuses du Pont du Gard 
M. Pierre VVaidmann, sur les dunes du Nord 
M. Tattegrain, dans une vieille rue villageoise 
M. Saint-Germier, dans un harem de Tunis 
M. Paul-Thomas dans un patio de la Renais- 
sance espagnole. 

Le portrait demeure paisiblement égal à sa 
tradition de charme virginal avec M. Henri Royer, 
de conscience virile avec M. Gabriel P'errier, 
d'adresse loyale avec MM. Pascal Blanchard et 
Marcel Bascliet, de brio capiteux avec M. Paul 
Chabas, de tendresse avec un marbre de M. Paul 
Roussel, de maitrise avec les bustes vivants de 
M. Denys Puecb, portraitiste du penseur Alfred 
Fouillée, el de M. Sicard, portraitiste du charmeur 
Anatole France ; et, dans ce décor imprévu de si tes 
italiens, le sourire d'un sage ne nous suggère-t-il 
pas que tout renouvellement n'est qu'un reflet 
d'autrefois ? 

Raymond Bouyeb. 



ANCIEN ET MODERNE 



31 



La Céramique ornementale 

en Haute-Normandie 

à propos d'un livre récent ill. 



Dans la première galerie du Musée d'anti- 
quités de la Seine-Inférieurp, à Rouen, une vaste 
armoire vitrée présente une collection remar- 
quable, aussi variée qu'abondante, de carreaux 
émaillés du moyen âge et de la Renaissance, 
recueillis dans la région de la Haute-Normandie. 
Nous nous imaginons volontiers que c'est dans 
la vue journalière de (.elte vitrine et l'étude de 
son contenu, on se manifeste un esprit déco- 
ratif si franc, si bien approprié à sa destination 
et si moderne, que le directeur de ce musée, 
M de Vesly, a pris l'idée du présent livre, on il 
a su faire œuvre à la fois de savant et d'artiste. 

On est trop porté à ne considérer les produc- 
tions des arts du feu, en Haute -Normandie 
comme ailleurs, que pour la période postérieure 
à la Renaissance. Si le Vieux-Rouen, la reine 
des anciennes faïences françaises, mérite tou- 
jours la première place dans notre admiration, 
celle-ci ne sera en rien diminuée par l'étude des 
travaux céramiques qui ont précédé Abaquesne 
et les premiers essais de la fabrication rouen- 
naise proprement dite. Laissant de côté, dans 
le présent travail, les pièces « de forme » : plats, 
vases, etc., dont le Musée des antiquités de la 
Seine-Inférieure possède aussi une riche réu- 
nion, bien digne d'une étude approfondie, M. de 
Vesly s'est préoccupé de montrer la diffusion 
de la céramique ornementale dans la Haute- 
.Normandie, où, condition indispensable, la ma- 
tière première ne faisait pas défaut, — l'argile, 
fortement colorée par l'oxyde de fer, se rencon- 
trant en abondance dans la Seine-Inférieure et 
dans l'Eure. 

Les plus anciens carreaux incrustés sont ceux 
trouvés par l'auteur lui-même dans des fouilles 
opérées à Boos. Ces premiers essais, qui n'ont 
pas résisté aux injures du temps, datent du 
VI" siècle. D'autre part, le musée d'Evreux con- 
serve des carrelages ornés de dessins gravés, 
mais sous couverte. Ils proviennent de l'abbaye 
de Saint-Sanson-sur Risle,et datent du vni« siècle. 
Les pavés émaillés commencent à apparaître au 

A). I.n Céramique ornementale en Haule-Sor- 
mandie, pendant le moyen dge et la lienaissance, 
par I.. <|p VpsIv (Hniifn, ^9^^). 



XI» siècle, et dès le xw, nous avons un assem- 
blage de pavés formant des rosaces, provenant 
de l'église Saint-Ouen, de Rouen, et aujourd'hui 
au Musée des antiquités de la Seine -Inférieure. 
A partir de cette époque, les parés vernissés à 
l'oxyde de plomb, soit unis, soit décorés d'orne- 
ments, deviennent tiès fréquents en Haute- 
.\ormandie. 

Si l'origine de ces carreaux historiés «t ver- 
nissés au moyen de l'oxyde de plomb est encore 
obscure, la Haute-Normandie a, du moins, livré 
des vestiges de carrelage qui se classent parmi 
les premiers en date. D'autre part, dans aucune 
autre région, la fabrication n'a été aussi floris- 
sante du xiii" au xvi» siècle : carreaux de pave- 
ment, pavés funéraires, plaques de revêtement 
et briques ouvragées, la céramique ornementale 
tint alors, dans la décoration architectonique, 
une place qu'on aimerait à lui voir reprendre di; 
nos jours. Mais le xvi= siècle, qui vit apparaître 
les robustes pavés en grès de Brémontier-Massy, 
chefs d'oeuvre du genre, vit aussi venir d'Italie le 
pavé faïence à couverte stannifère qui fit dé- 
laisser le carreau émaillé. Le procédé nouveau, 
plus séduisant, fut adopté immédiatement en 
Normandie même, dans le carrelage bien connu 
du château d'Écouen, qui marque le début de la 
faïence de Rouen. 

Aujourd'hui, si les céramistes modernes uti- 
lisent de préférence une matière première qui 
ne nécessite pas un éraaillage, et si, par consé- 
quent, les procédés de fabrication diffèrent, on 
revient, par contre, et avec raison, aux véritables 
modèles de décoration sobre et expressive que 
sont ces carreaux du moyen f'ige, dont M. de 
Vesly nous donne aujourd'hui, en quelque sorte, 
un corpus régional. 

Nous ne pouvons suivre l'auteur, comme il 
conviendrait, dans ses recherches archéolo- 
giques sur les centres de production, ni dans ses 
explications techniques sur les procédés usités 
pour la fabrication proprement dite et la déco- 
ration, selon qu'il s'agisse de pavés mats, de 
pavés unis, de pavés sigillés (en relief ou en 
creux), de pavés historiés, ceux-ci les plus nom- 
breux et d'ordinaire en rouge et jaune, parfois 
en rouge et vert, ou noir et jaune ; enfin, pavés 
de Brémontier-Massy, à la fois très résistants et 
d'un émail très coloré, les derniers en date en 
Haute-Normandie, se plaçant à l'époque de 
Louis XII et de François I", et qui, pur le fini de 
l'exécution et la résistance du grain, constituent 
In perfection du "Piipo. 



32 



LE BULLBTIN DE L'ART 



Nous ne pouvons non plus passer, avec M. de 
Vesly, la revue des différents motifs d'ornemen- 
tation, si nombreux et si variés dès le xiii» siècle, 
employés sur ces pavés, ni suivre l'évolution de 
cette grammaire décorative à travers les siècles 
suivants. Mais il nous faut signaler le chapitre 
spécial consacré aux pavés ou dallages funéraires 
qui furent, en Normandie, une branche impor- 
tante de l'industrie céramique. Les plus fameux 
sont ceux de l'abbaye de Jumièges, dont il ne 
reste que quelques épaves, mais dont l'aspect 
général est conservé dans les dessins de la col- 
lection fiaignières, aujourd'hui à Oxford, et qui 
sont ici reproduits. 

La dernière partie du travail, si consciencieux 
et si parfaitement ordonné, de M. de Vesly, con- 
cerne les applications de l'industrie céramique 
dans le revi' lement des murailles, tant extérieures 
qu'intérieures, des bâtimenis. De l'emploi, qui fut 
si général en Haute-.Normandie, des briques 
ouvragées, des plaques céramiques et des tuiles 
historiées, concourant tant à la décoration des 
façades qu'à celle des toits, cheminées et des 
intérieurs des habitations, certains spécimens ont 
subsisté, attestant le développement et l'impor- 
tance de celte fabrication. 

A cette élude archéologique si attachante, M. de 
Vesly a joint une série de planches, la plu- 
part d'après ses propres dessins, comprenant 
deux cents motifs de décorations usités dans ces 
carreaux vernissés : instruments géométriques, 
rosaces, entrelacs, arbres et feuillages, ornements 
conjugués, flf'urs de lys, chiffres et armoiries, 
animaux, figures diverses, personnages, attestent 
la fertilité d'invention, en même temps que l'es- 
prit décoratif des céramistes normands. Si cette 
dernière partie du travail de M. de Vesly com- 
plète très heureusement, à la manière d'un atlas, 
son étude archéologique, elle ne mérite pas 
moins l'attention de tous ceux qui s'intéressent 
à l'emploi de la céramique ornementale dans la 
décoration moderne. 

M. N. 



LES REVUES 



Russie 

Starye Gody (juillct-septembrel. — Triple numéro 
se rapportant à l'histoire iirtlstique de l.i maison 
lioin.'inov. 



— A. MrHÔxov. L'Authenticité des portraits du 
tsar Michel. — Seul celui d'Olearlus fut dessiné 
d'après nature. 

— P. MoiBATOv. J,n Peinture d'icônes sous le pre- 
mier tsar de la maison Homanov. — Fin de la belle 
époque d'iconographie religieuse qui, au coinmence- 
nient du xviii' siècle, était « retombée dans l'en- 
fance ■>. 

— A. T. Documents pour servir ù l'histoire des 
collections impériales, — Ces documents concernent 
l'Ermitage : Al Copie des Loges de Raphaël ; lij Lettre 
de Chodowiecki ; C) Lettre de Keynolds au sujet de 
ses deux tableaux ; D) Clerisseau et Catherine II. 

— Baron N. Wkanofi,i.. L'Empereur Mcolas l" et 
les arts. — Tableaux vendus aux enchères ou donnés. 
• — V. LoUKÔMSKi. Lettres d'investiture du XVII' et 
du XVlll- siècles. 

— A. Brnois et N. Lancekav. L'Architecture sous 
Nicolas /•'. 

— S. Iarémitch. Un Portrait [détruit] du tsar Ivan. 
— il se trouvait sur une fresque, à Kiev xvn* siècle). 

— D. Roche. Les l'urlrails de l'Impératrice Elisa- 
beth par Moreau le Jeune. — Portraits décrits par 
.Mahérault ou lui ayant appartenu ; l'un, à la sanguine, 
se trouve au Cabinet des Estampes, à Paris. On 
aduieltait. à tort, qu'aucune œuvre faite pendant le 
séjour de Moreau en Russie ne subsistait. 

— P. StolpUnski. Le Monument de Pierre le Grand 
par liastrelti. — C'est le monument, non inauguré, 
que Catherine II résolut de faire remplacer par celui 
de Falconet; Paul 1" le fit placer, en 1800, devant le 
palais qu'il s'était fait bâtir. 

— Baron N W. Un Nouveau portrait de Catherine II 
par Falconet. — Portrait-médaillon du Musée Jar- 
qiiemart-André, que la statue de la Gloire entoure 
d'une guirlande. 

— Baron .N. W. Une Distraction artistique de l'Im- 
pératrice Marie Féodorouno. — Tableaux vivants 
en 18^2. 

(Octobre:. — A. Pôi.ovtsov. Notes sur l'art musul- 
man, d'après tes collections du musée Stieglitz. 

— \. Lerfda. La « .Madone llenois » de Léonard de 
Vinci. — Raisons de croire à laulhenticllé de cette 
œuvre (laquelle vient d'être acquise, depuis peu, par 
l'empereur, pour l'Ermitage). 

— P. StolpIanski. Les Ventes d'objets d'art au 
XVIII' siècle à Sainl-Pélersbourg [suite). 

— A. T. Un Paysage de Gerrit van Hees au Palais 
d'hiver. — C'est le cinquième tableau connu de ce 
peintre, dont beaucoup dœuvres sont manifestement 
attribuées à Ruysdael. 

— P. Oc;sTi.MoviTCii. Un Billet d'invitation à une 
mascarade chez le prince Potemkine en 1779. — 
Reproduit. 

Le Gérant : H. Demis. 

P»ri«. — Itnp. Ueorge» Petit, ti. rue Godol-dp-M»uroi . 



Numéro 610. 



5-> 

Samedi 31 Janvier 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Générosité excessive 



La nouvelle avait couru dix fois, depuis le 
retour de la Joconde. A la lîn de la semaine 
dernière, un journal Ta reprise et publiée avec 
de tels détails que le sous-secrétariat des Beaux- 
Arts a dû communiquer un démenti catégorique : 
non, il n'est pas, il n'a jamais été question 
d'offrir à l'Italie deux des peintures italiennes 
du Louvre, en reconnaissance de la restitution 
du chef-d'œuvre de Léonard. 

Les cœurs généreux, qui trouvaient toute natu- 
relle cette manifestation de la gratitude natio- 
nale, devront en faire leur deuil. Mais n'est-il 
pas déjà bien singulier qu'une pareille question 
ait pu ('tre agitée"? 

On voudrait savoir pourquoi la remise à la 
France, légitime propriétaire, d'un tableau volé, 
entraîne pour le pays l'obligation de manifester 
sa reconnaissance, en offrant à l'Italie une sorte 
de compensation prélevée sur le patrimoine 
national. Croit-on que si le voleur de la Vierge 
à Véloile-, au lieu d'avoir été pris à Florence 
même, était venu se faire arrêter à Paris, nous 
ne nous serions pas crus obligés, par la probité 
la plus élémentaire, à restituer à nos voisins la 
peinture de l'Angelico? Que la restitution se 
fasse avec une certaine solennité, que l'on prenne 
texte des circonstances pour échanger des paroles 
de sympathie, que l'on y ajoute mêma quelques 
décorations, rien de plus légitime et de plus 
conforme à la courtoisie internationale. Mais 
vouloir que la « récompense honnête » accordée 
à M. Geri soit également due au pays de l'anti- 
quaire llorentin et que l'importance de cette 
récompense soit calculée selon la proportion de 
ce qu'est une nation par rapport à un individu, 
pour tout homme de bon sens cela s'appelle 
passer la mesure. 

A supposer, d'ailleurs, que le principe d'une 
telle générosité fût hors de discussion, c'est se 
faire une singulière idée du Conseil supérieur 



des beaux-arts que de le croire autorisé à puiser 
dans le fonds des musées nationaux pour les 
besoins d'un échange nu d'une compensation. 

Si la nouvelle d'une cession à l'Italie de pein- 
tures du Louvre a pu rencontrer quelque créance, 
en dépit de ce qu'on sait de l'inviolabilité des 
musées nationaux, cela vient de l'équivoque 
répandue dans le public sur les origines d'une 
partie de nos collections. A en croire certains, 
nos musées n'existeraient pas sans les conquêtes 
de l'Empire ! On oublie que des restitutions 
considérables ont été faites et que, pour le reste, 
des traités sont intervenus qui règlent la situa- 
tion actuelle ; on oublie aussi qu'il n'est peut- 
être pas un grand musée au monde qui ne 
tomberait sous le coup d'une restitution, le jour 
où l'on devrait rendre à chacun ce qui lui appar- 
tient; enfin, si l'on insiste volontiers sur telles 
de nos peintures, autrefois enlevées à l'étranger, 
on ne parle jamais de celles des œuvres d'art qui 
nous appartenaient et qui, ayant été envoyées 
dans les musées d'Anvers, de Mayence, de Milan, 
par exemple, au temps où ces villes étaient fran- 
çaises, y sont bel et bien restées quand les fron- 
tières de notre pays se sont vues ramenées aux 
limites actuelles. 

Moralité : gardons notre Centile da Fabriano 
que l'Italie ne nous demande point, et que, nous 
le demandât-elle, nous ne pourrions lui rendre. 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 

Légion d'honneur. — Par décret, en date du 
21 janvier, M. Edmond Borchard, artiste peintre, 
inspecteur de l'enseignement du dessin et des musées, 
a été nommé chevalier de la Légion d'honneur. 

Académie des beaux-arts (séance du 24 janvier). 
— M. Henry Lemonnier donne lecture dune notice 
sur la vie et les travaux de M. Jules Comte, le regretté 
fondiiteur de la Revue de l'art, son prédécesseur dans 
la section des académiciens libres. 



34 



LE BULLETIN DE L'ART 



— L'Académie propose les sujets suivants pour les 
dittérentes épreuves dés concours Roux de 1915 : 

Arctiitectura : un Institut français dans une capi- 
tale étrangère: 

Sculpture : Secours aux al'/lirjés, tiré des sept 
œuvres de miséricorde du cloître de l'École des beaux- 
arts ; 

Peinture : Thésée a abandonné Ariane et son navire 
disparait à l'horiion. Ariane demeure éplorée sur le 
rivage. Bacchus, accompagné de son cortège habi- 
tuel, survient alors et cherche à la consoler. 

Pour ce dernier concours, l'Académie prévient les 
concurrents que, étant donné les dimensions très 
restreintes du tableau à faire, elle exige une toile qui 
soit, non pas une simple pochade, mais une œuvre 
sérieusement exécutée et dont les morceaux résistent 
à l'examen. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 23 janvier). — M. René Gagnât commu- 
nique, de la part de M. Carespins, professeur à l'Uni- 
versité d'Alger, un fragment d'inscription honorifique 
provenant de Constantine. 

-— M. André Boulanger expose le résultat des 
fouilles qu'il a exécutées, en 1913, à Aphrodisias de 
Carie (Asie-Mineure), au cours de la mission qui lui 
.1 été confiée par lé ministre de l'Instruction publique. 
Tout l'eDort de la campagne a été consacré au déga- 
gement des grands Thermes, vaste ensemble archi- 
tectural de l'époque d'Hadrien, qui est peut-être 
l'exemplaire le plus parfait et le mieux conservé de ce 
genre d'édifice. 

— M. Louis Châtelain rend compte de la mission 
dont il a été chargé, l'année dernière, par la direction 
des Antiquités et des Arts du gouvernement tunisien. 
Poursuivant ses recherches sur la partie du plateau 
de Maklar où il avait découvert, au cours d'une pré- 
cédente campagne de fouilles, un macetlum, ou mar- 
ché, il a, cette fois, mis au jour une vaste construc- 
tion composée d'un péristyle et de plusieurs salles. 
Une prochaine campagne permettra de déblayer com- 
plètement l'édifice et d'en préciser la destination. 

M. Louis Châtelain a exhumé, entre autres objets, 
une statue d'Esculape, en marbre, d'un travail curieux. 

— M. L. Havet continue ses commentaires des Buco- 
liques. 

Société nationale des antiquaires de France 

(séance du 21 janvier). — M. Marquet do Vasselot 
présente .i la Société un ivoire oriental récemment 
acquis par le Musée du Louvre. 

— M. Formigé fait une communication au sujet 
du château de Salon (Bouches-du-Rhôue), dont il 
montre un plan qu'il vient de relever. Cet édifice 
est malheureusement menacé d'une destruction assez 
prochaine, car il a beaucoup souHert d'un tremble- 
ment de terre survenu eo 1909. 

Société de l'histoire de l'art français ;séance 
du 9 janvier). — M. Jules GuifTrey entretient la 



Société de la suite de dessins pour l'histoire de la 
reine Artémise, exécutés à la fin du xvi* siècle par 
Antoine Caron et plusieurs de ses contemporains, 
sous la direction de Nicolas llouel. 11 signale, dans 
une collection de dessins nouvellement découverte 
et achetée par un amateur parisien, quatre feuihets 
se rapportant à l'histoire d'Artémise, qui viennent 
s'ajouter aux trente-neuf dessins du Cabinet des 
Estampes, aux trois du Louvre et aux six composi- 
tions du musée de .Madrid appartenant à cette suite. 

— .M. Jean Locquin établit que les « Lettres de 
C.-N. Cochin à un jeune pensionnaire de l'Académie 
de France à Rome» furent écrites entre décembre 1773 
et avril 1774 et adressées à Pierre-Charles Jombert, 
prix de Rome en 1772. 

— M. François Monod communique des notes sur 
un certain nombre d'œuvres françaises antérieures 
au xix' siècle, conservées dans les musées d'Amé- 
rique. 

Commission du "Vieux Paris. — La Commission 
réclame avec insistance une réparation devenue 
nécessaire à l'Arc de Triomphe du Carroussel, dont 
les inscriptions, qui commémorent les triomphes de 
la Grande-Armée, sont devenues complètement illi- 
sibles. 

Société nationale des beaux-arts. — Samedi 
dernier a eu lieu, sous la présidence de M. Roll, 
l'assemblée générale des sociétaires de la Société 
nationale des beaux-arts. C'est M. Bartholoiné, un 
des vice-présidents, qui a prononcé le discours 
d'usage. M. G. Picard a ensuite lu le rapport finan- 
cier annuel. 

— La Société rappelle qu'une section de musique a 
été créée, il y a huit ans, sur l'initiative de M. Paul 
Viardot ; les œuvres soumises à l'examen du jury de 
cette section, pour le prochain Salon, devront être 
déposées au siège de la Société, au Grand Palais, 
dans la journée du samedi 14 février. 

Musée Carnavalet. — Le service d'architecture 
du Musée du Louvre a cédé au Musée Carnavalet, 
plusieurs aigles et couronnes impériales en bronze 
doré provenant de l'ancien palais des Tuileries. 

La Grotte du Luxembourg. — Sur le rapport de 
MM. Lambeau et Mareu.se, le Comité des inscriptions 
parisiennes a arrêté, dans sa dernière séance, le texte 
de la nouvelle inscription qui sera placée sur là 
grotte du Luxembourg, dès que seront terminés les 
travaux de réparation auxquels est soumis actuelle- 
ment ce monument. 

La nouvelle inscription rappelle simplement que la 
grotte fut édifiée de 1624 à 1630, qu'elle fut rétablie, à 
l'emplacement qu'elle occupe aujourd'hui, en 1862, 
par A. de Gisors, et qu'on lui adossa alors une façade 
où fut placé le bas-relief de la fontaine de la rue du 
Regard. 

On sait que la construction de ce gracieux monu- 
ment, élevé sur l'ordre de Marie de Médicis et appelé 



ANCIEN ET MODERNE 



à tort fontaine de Médicis, eit attribuée à Jacquet 
de Brosse. 

Expositions annoncées. — La Société artistique 
des amateurs prépare, pour cette année, une expo- 
sition, qui aura lieu, au Pavillon de l'Alcazar, du 
4 mars au 2 avril, et qui sera accompagnée d'une 
« rétrospective » analogue à celle qui eut tant de 
succès, à la Galerie Georges Petit, en 1899. 

Dans cette rétrospective, la Société se propose de 
réunir le plus grand nombre possible d'oeuvres exé- 
cutées autrefois par les devanciers des Amateurs 
d'aujourd'hui et ayant un mérite artistique. Elle 
s'adresse à tous, et même au.\ personnes étrangères 
à la Société, en vue d'obtenir le plus de concours 
possibles pour cette exposition, qui s'annonce comme 
devant être fort curieuse, à en juger d'après les 
promesses déjà reçues : boutons peints par la reine 
Marie -Antoinette ; ornements d'église brodés par 
Madame Elisabeth; dessins ou peintures de Louis X 111, 
du prince de Joinville, du comte de Chambord, du 
prince impérial, de la reine Hortcnse, etc. 

Les travaux artistiques de toute espèce seront admis 
à cette exposition. 

Le nouveau billet de 500 francs. — M. Jean- 
Paul Laurens vient de terminer la composition du 
nouveau billet de cinq cents francs, recto et verso, 
dont il avait été chargé par la Banque de France. 
Voici la description qu'en donne le Figaro : 

« Au recto, deux ligures assises : le travailleur de la 
terre tenant l'aiguillon avec lequel les bouviers diri- 
gent l'attelage de la charrue, et, lui faisant face, une 
Gérés moderne, une femme des champs armée de la 
faucille qui vient de coucher la moisson. On voit, au 
centre du tableau, des collines et des champs labourés 
que traversent des bœufs achevant de tracer les sillons, 
une falaise coupée dans le roc, et, au loin, la nier 
bleue sur laquelle passe une voile." L'entourage ovale, 
indispensable dans le billet de cinq cents francs, est 
formé d'une guirlande de fruits de France. Le cadre 
est une Une broderie bleue Renaissance. Gomme ins- 
cription : Banque de France et le chiffre SOll à droite 
et à gauche. La teinte dominante est un violet bleuté 
sur lequel se détachent les verdures du chêne et du 
laurier fermant la guirlande de fruits, les couleurs 
vives de ces fruits, la mer azurée, les carnations des 
deux ligures. 

« Au verso, un groupe, — la Science instruisant 
deux enfants, — occupe le bas de la composition que 
deux médaillons — .Mercure et Hercule en grisaille — 
et une guirlande de fruits très dilTérente de celle du 
recto, complètent, sur un semis en filigrane de mono, 
grammes de la Banque de France et du chitire !>()«■ 
Ce verso recevra au centre les indications et signatures 
validant le billet. » 

Souhaitons à la composition de M. Jean-Paul Lau- 
rens une gravure meilleure que celle du dessin de 
M. Luc-Olivier Merson pour le billet de cent francs, 



aquelle est bien une des plus remarquables vérilica- 
tions de la vieille formule : Traduttore, traditorel 

A Dampierre. — Le magnifique château de 
Dampierre a failli être la proie des llammes : heureu- 
sement, l'incendie a pu être éteint avant qu'il n'ait 
causé de trop grands ravages; la moitié des boiseries 
et toutes les tapisseries de la chambre bleue, dite de 
.Marie Leczinska, ont été détruites. 

A Copenhague. — l ne exposition de tableaux et 
dessins des principaux artistes français de 1800 à nos 
jours, s'ouvrira le 15 mai. dans les salles du musée 
royal de Copenhague, mises à la disposition des orga- 
nisateurs par le gouvernement danois. 

Un comité de patronage est eu voie de formation, 
où l'on relève déjà les noms de .MM. le ministre de 
France à Copenhague, Léonce Bénédite, conservateur 
du Musée du Luxembourg ; R. Kœchlin, président de 
a Société des Amis du Louvre : Théodore Duret, 
Ernest Uouart, Gallimard, Moreau-Nélaton, Olivier 
Sainsére, Petitdidier, Alfred Beurdeley, 1)' \iau, Loys 
Delteil, etc. 

Nécrologie.— Notre collaborateur iM. K. Durand- 
Gréville, mort la semaine dernière à Paris, était âgé 
de 76 ans. Il s'appelait, en réalité, Emile Durand, et 
il était né à Montpellier. Après avoir fait ses études, 
il fit un voyage et se fixa à Saint-Pétersbourg: il 
était professeur de français à l'École de droit de 
cette ville, quand il épousa la fille d'un de ses 
collègues. M"' Alice Henry, que ses nouvelles et ses 
romansavaientdéjà fait connaître sous le pseudonyme 
d'Henry Gréville; c'est à dater de ce mariage qu'il 
associa à son nom le pseudonyme de sa femme et 
qu'il collabora assidûment aux principales revues 
d'art. H s'attacha à l'histoire de la peinture, en parti- 
culier à celle des primitifs, et il a publié nombre 
d'articles sur les questions qui l'intéressaient; on 
rappellera, en particulier, ceux qu'il a donnés à la 
Hetiue sur les primitifs ombriens, sur Albert van 
Ouvfater et Gérard de Saint-Jean, sur les deux Pelrus 
Christus, enfin sur plusieurs peintures de Kaphaël. De 
môoie qu'il avait consacré toute une série d'ingénieux 
articles à la Ronde de nuit, de même il se donna pour 
tâche de discerner, dans l'œuvre des Van Eyck, la 
part (jui revient à chacun des deux frères (le résultat 
de ses recherches forme un gros volume, publié 
on 1910); enfin, pendant la dernière partie de sa vie, 
il s'est elforcé de reconstituer l'oeuvre de jeunesse de 
Raphai'^l, mise trop généreusement, selon lui, sous 
le nom du Pérugin. C'était un homme affable et un 
travailleur scrupuleux, qui apportait, dans les polé- 
miques, autant de courtoisie, qu'il mettait de minu- 
tieuse conscience dans ses observations. 

— Le peintre Gaston Mêlingue, mort le 12 janvier, 
à Paris, était le fils du célèbre comédien, qui fut anssi 
sculpteur. Élève de Cogniet, d'Y von et de son père, 
il débuta au Salon de t863 et exposa depuis iors des 



36 



LE BULLETIN DE L'ART 



sujets de genre et des compositions historiques. Il 
avait reçu une mention honorable en 1817 et une 
médaille de 3° classe en 1891. 

— L'un des plus célèbres directeurs des Musées d'Al- 
lemagne, Alfred lAchlwark, vient de mourir à Ham- 
bourg, à l'âge de 61 ans. Né à Hambourg, il y revint 
en 1886, après avoir fait ses études à Leipzig et à 
Berlin, où il fut bibliothécaire du Musée d'art indus- 
triel. On lui doit la transformation du petit musée 
provincial de Hambourg en une des plus belles gale- 
ries modernes qui soient. Il a exprimé ses idées sur 
l'art et sur le rôle des musées en une série de brochures 
qui serviront longtemps de guides. Contrairement à 
d'autres célèbres directeurs « modernes », il favorisa 
l'art local : c'est à la Kunsthalle de Hambourg que 
l'on peut le mieux étudier les maîtres régionaux, 
depuis Francke, au début du xv» siècle, jusqu'aux 
plus récents ; mais il se tint à l'écart des nouveautés 
outrancières. S'il fit la part large aux peintres alle- 
mands (il a réuni, en particulier, une remarquable 
collection d'ouvrages de Liebermann),il n'a pas hésité 
à leur donner en pendants les œuvres françaises qu'il 
jugeait nécessaires pour compléter la galerie. Enfin, 
il a marqué un intérêt des plus vifs pour les arts 



graphiques, et c'est encore à la Kunsthalle de Ham- 
bourg que l'on peut suivre, pour ainsi dire sans lacune, 
le magnifique développement de la gravure moderne 
sous ses aspects si variés; Lichtwark fut, en outre, 
un des premit;rs à mettre en œuvre et à présenter les 
précieux feuillets en véritable amateur. — M. Mtd. 

— Le baron Michel Klodt, qui vient de mourir à 
Saint-Pétersbourg, était né en cette ville, le 11 »ep- 
tembre 1835. Fils d'un sculpteur célèbre, il se «on- 
sacra à la peinture et se distingua par un talent plein 
de caractère. Ses meilleures œuvres, à la galerie 
Trétiakov, à Moscou, et au Musée Alexandre III, à 
Saint-Pétersbourg, sont d'une inspiration élevée. 
Trop modeste pour prétendre faire autre chose que 
des « scènes de genre », il ne put pourtant pas empê- 
cher ses belles qualités d'âme de se manifester. Ses 
œuvres ne confinent jamais à l'anecdote; elles ont, 
au contraire, une réelle valeur historique ; plusieurs 
sont pénétrées du sentiuient religieux le plus sincère. 
Le baron Klodt avait terminé sa formation artistique 
en France vers 1865; il gardait un amour profond 
pour la France et pour l'art français. Il était membre 
de l'Académie des beaux -arts de Saint-Péters- 
bourg. — I). H 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — 'Vente de bustes en bronze 
anciens. — Salle 10, le 28 janvier, M* Ballu et 
M. Klolz ont procédé à la vente de deux bustes 
en bronze, représentant un jeune homme et une 
jeune femme. Annoncés comme auciens, mais 
sans aucune désignation d'époque, ces deux 
bustes, adjugés d'abord provisoirement 11.600 
francs l'un et 10.000 francs l'autre, ont été réunis 
en un seul lot, qui a réalisé 26.050 francs. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Succes- 
sion de M. M... (tableaux, objets d'art, etc.). 
— Les 2 et .'1 février, salle 6, M" Oudard et Bau- 
doin, assistés de MM. G. Sortais, Duchesne et 
Uuplan, et Loys Delleil, procéderont à la vente 
des tableaux, objets d'art et d'ameublement, dé- 
pendant de la Succession de M. M... Dans le cata- 
logue illustré, dressé à l'occasion de ces vacations, 
nous remarquons : un pastel par A. Besnard, 
Jeune femme de face, à mi-corps, accordant une 



mandoline; un dessin rehaussé, par Dagnan- 
Bouverel, Jeune Bretonne; deux gouaches, par 
Gustave Moreau, la Licorne et le Reitre; enfin, 
trois bronzes de Barye, en épreuves anciennes, 
Thcsée combattant le centaure Bienor, Lion assis 
(des Tuileries) et Cerf aux écoutes. 

Succession de M"" la marquise du "V... 
(objets d'art, etc ). — Du 2 au 4 février, 
salle 1, à l'Hùtel, .M» A. Le Ricque, assisté de 
MM. Paulme et Lasquin, procédera à la vente 
des objets d'art et d'ameublement dépendant 
de la Succession de M""^ la marquise du V... L'intérêt 
de ces vacations réside surtout, pour nous, dans 
une réunion de miniatures, de l'époque du pre- 
mier Empire, par Jacques. Notons encore un 
bureau plat, d'époque Régence, en bois de pla- 
cage et bronzes. (Catalogue illustré.) 

A Pau. — Collection Lawrance (2« vente). 
— Contentons-nous de signaler la vente, qui 
aura lieu à Pau, rue du Lycée, du 10 au 14 fé- 
vrier, par le ministère de M« Kigoulet et de 



ANCIEN ET MODERNE 



37 



M. E. Descamps, des objets de vitrine, d'art et 
d'ameublement, argenterie ancienne, etc., pro- 
venant de la Collection de feue M"'« F.-C. Latvrance, 
et renvoyons, pour plus de détails, au catalogue 
illustré qui a été dressé à cette occasion. 

A Berlin. — Tableaux modernes, etc^ — 
Le 10 février, chez Lepke, aura lieu une vente de 
tableaux et d'aquarelles modernes, provenant des 
collections P. Friedrich et P. Mohn. Il a été dressé 
un catalogue illustré à l'occasionde cette vacation 
qui ne comprendra guère que des ouvrages de 
peintres allemands modernes. 

Les ventes prochaines. — A Paris. — 

Dans le courant de février, doit se faire la vente 
des porcelaines et objets d'art dépendant de la 
Collection de feu M. Fitzhenry, que celui-ci avait 
naguère prêtés au Musée des Arts décoratifs. 

— Au mois de mars, aura lieu, à la (ialerie 
(ieorges Petit, la première des venins (|iii doi- 
vent disperser, par suite de dissolution de société, 
le stock de marchandises commun à MM. Jac- 
ques et Arnold Seligmann, les antiquaires pari- 
siens bien connus. 

— On parle encore, comme devant se produire 
en mai, de la vente des tableaux, dessins et 
objets d'art modernes coraposaut la Collection 
de feu M. Roger Marx, noire confrère, récem- 
ment décédé. 

M. N. 
ESTAMPES 

Ventes annoncées. — A Paris. — M" A. Des- 
vouges et M. L. Delteil annoncent, pour la 
semaine prochaine, deux ventes d'estampes : 

— La première aura lieu le 5 février, salle 10, 
et comprendra des estampes françaises et an- 
glaises du xvni« siècle; au catalogue illustré, qui 
décrit 2a0 numéros, on relève, en particulier, 
des œuvres de Boucher, Baudouin, Bonnet, De- 
bxicoxirl (les Deux baisers), Kragonard (les Hazards 
heureux de l'escarpolette), Janinet, Lavreince 
(Qu'en dit l'abbé?}, Reynolds (Lady Smith et ses 
enfants), G. Morland {Constancy. Variely\. 

— La seconde se fera le 10 février, salle 7, et 
sera composée d'çstampes modernes ; le cata- 
logue illustré énumère 203 numéros, parmi les- 
quels on citera : un œuvre abondant de Mary 
Cassait (n"' 20-41). de Daumier (n". 47-77), des 
gravures ou lithographies de Carrière [Verlainei, 
Daubigny, Meryou (n°» 143-163; la Morgue, la 
Rue des Mauvais Garçons, le Stry^e, etc.). Gail- 
lard, Jacque, Lepère, etc. 

R. G. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



I" année de « l'Exposition » (galerie Brun- 
ner). — Peinture, sculpture, objets d'art, à défaut 
de vocable disponible, ainsi se désigne un groupe 
nouveau; mais, sous ce titre vague, une bonne 
volonté se révèle. Aussi loin de l'impression- 
nisme expirant que du cubisme mort-né, le fait 
n'est-il pas expressif d'avoir donné la présidence 
au styliste discret d'une claire Églogue virgi- 
lienne, M. Francis .\uburtin? La statuaire d'un 
Catalan, M. José Clara, ne décèle pas un moindre 
penchant pour l'antique; et la Rome réelle appa- 
raît encore auprès de la Grèce rêvée : c'est 
M. Robert Lemonnier qui nous conduit, à son 
tour, au Mont Palatin. Quand le sentiment se 
recueille, la lumière s'apaise : le mystérieux 
portraitiste G. de La Perche, une pastelliste de 
talent. M"» Claude Marnef, et plusieurs dis- 
ciples de M. Ernest Laurent, M"« Suzanne Jué, 
M. Maurice Mathurin, M. Descuàé, M""= Hertz- 
Eyrolles, ne diraient plus avec Delacroix ou 
Hegnault : « Haine au gris ! ■> L'Italie même, à 
leurs yeux, s'embrume; et le paysagiste André 
Strauss ne voit plus les gorges d'Apremont avec 
la profonde et méticuleuse ardeur d'un Théodore 
Rousseau, qui consternait la critique retarda- 
taire de 1830. 

II» Salon des Artistes animaliers (galerie 
La Boétie). — Serait-ce l'absence d'une « rétro- 
spective » de Barye ou de la faune exotique du 
peintre finlandais Bruno Liljefors? Mais cette 
seconde année paraît notoirement inférieure à 
la première (1); et malgré la préser)ce d'une 
gouache érudite de M. Mathurin Méhent ou d'une 
gouache fantaisiste de .M. Manzana-Pissarro, la 
palette des coloristes le cède à l'ébauchoir plus 
savant des statuaires, aux bronzes musculeux de 
M. Georges Gardet, aux bronzes palpitants de 
M. Rembrandt Bugatti, aux bois nerveusement 
sculptés par M. Raymond Bigot, aux études 
attentives de MM. Perrault-Harry, Jacques Fro- 
ment-Meurioe, Pierre Christophe, Henri Vallette 
et Navellier. Dessinateur et sculpteur, ami des 
fauves, des reptiles et des oiseaux de proie, 
M. Paul Jouve domine la série des croquis où se 
distinguent les fusains rehaussés de M. Deluer- 
moz et les observations ornithologiques du 
Dr Joseph Oberthur; et, minets ou matous, les 

(i) Voir le Bulletin du 1" mars 1913, p. 69. 



.)« 



LE BULLETIN DE L'Atlt 



chats du peintre-graveur F.-H. Oger raviront, par 
leur naturel, les amoureux fervents ou les savants 
austères qui réservent une prédilection baude- 
lairienne au « tigre du foyer ». 

L'Évolution de l'art moderne à travers les 
expositions diverses. — l.e temps n'est plus 
où l'humour de Félix Buhot nous emprisonnait 
dans le dilemme du Whistlérisme et du Pissar- 
risme [l], el les révolutionnaires appartiennent 
dorénavant à l'histoire. Ciiez Manzi, c'est Camille 
Pissarro (1830-1903), l'aîné de nos impression- 
nistes et le plus près de la réalité rustique. Chez 
Bernheim jeune, c'est encore Cézanne, depuis 
ses débuts inspirés, comme ceux de Pissarro, 
par les robustes verdures de Courbet, jusqu'à 
son déclin douloureux que la jeunesse a trop 
regardé. Cliez Edouard Pelletan, c'est Carrière 
et son Théâtre populaire, qui fut l'événement 
très discuté du Salon de 1895, au « Champ-de- 
Mars » : on l'appelait alors le Théâtre de belle- 
ville ; on l'appelle aujourd'hui le Théâtre des 
Baliç/notlef ; et dix-neuf ans ont patiné déjà son 
mystère inquiétant. Chez Paul Rosenberg, 21,rue 
La Bnétie, c'est Toulouse-Lautrec, le noctambule 
encore plus troublant dans sa psychologie clair- 
voyante et fiévreuse, qui contraste avec les objets 
d'art élégants de M. Paul Iribe et la belle santé 
française du statuaire Halou, qui se comprend 
mieux ici que dans la cohue des Salons. 

Chez Druet, c'est un jeune peintre suisse dont 
la Liseuse nous arrêtait au Salon d'automne : 
M. Charles Moutag; il peut beaucoup, s'il veut 
oublier, devant l'émouvante et simple nature, la 
synthèse barbare de Cézanne et des Cézanniens, 
qui n'est qu'un n résultat » incomplet. Avis à 
M. Itaoul de Mathan, paysagiste ou dessinateur 
des cours d'assises, un des plus décevants parmi 
lesanciensélèvesdu visionnaire Gustave Moreau ! 

Chez Georges Petit, ce sont les aquarelles trop 
adroitement gouachées de M. Kosenstock et les 
jolis petits pastels trop également vaporeux de 
M. André des Fontaines. Chez Ueitlinger, ce sont 
les << impressions » de voyage de M. Charles Hall 
Thorndike, qui descend de la Bretagne des 
pêcheurs à la Venise des Duges, en passant par 
la Corse, veuve de ses bandits. Chez Devambez. 
après les notes de voyage de M. François Pascal, 
que séduit Constantiuople, et de M. Iloberlo 
Ramaugé, que le souvenir de Venise ensorcelle, 
c'est la troisième exposition du paysagiste russe 

(I) Voir /* Journal des Arts, n° 2, janvier 1888, à 
propos de re.xposition des XXXML cher Georges Petit. 



Alexandre Altmann, le peintre des aatomnes, 
qui garde un certain parti pris dans son àpreté. 
Chez Marcel Bernheim, c'est la première expo- 
sition particulière du paysagiste français Frnest 
Vauthrin, qui dévoile la discrète émotion de 
sa sensibilité native dans le choix de ses motifs 
crépusculaires au fin fond de la Bretagne, de la 
Hollande, de la campagne angevine ou de notre 
vieux Paris qui meurt; et parmi tous les cris du 
cabotinage, ce murmure sincère est d'un charme 
éloquent. 

Nous parlerons, dans un prochain numéro, 
de la trente-sixième exposition des Aquarellistes 
français, chez Georges Petit, de la neuvième 
année de la Société internationale de la l'einture 
à l'eau, chez Chaîne et Simonson, et des deux 
« rétrospectives » de Daniel Vierge et de Gustave 
Doré, que la Société artistique de la Gravure sur 
bois vient d'organiser au Cercle de la Librairie. 

r^AVMOMi HOUYEB. 

LES 

Églises romanes des Vosges 

à propos d'un livre récent (I). 



M. G. Durand, qui avait soutenu en i883, à sa 
sortie de l'École des Chartes, une thèse sur T/lrc/a- 
tecture religieuse du pays de Vosges ( / 000-1230), a 
repris son sujet, complété son enquête et publié 
sa thèse trente ans après la soutenance. Avec 
quel succès il a mené, dans l'intervalle, la besogne 
archéologique, lui seul ne s'en rend pas compte. 
Dans son introduction, il écrit à propos des 
inlluences : » Toutes ces questions sont... mieux 
à leur place dans les œuvres synthétiques des 
maîtres, qui sont plus autorisés et mieux placé** 
pour voir les choses de haut. » Certes, l'auteur à 
qui est due la magnifique monographie de la 
cathédrale d'Amiens est un maître. J'ajoute que 
voir les choses de haut, ce n'est pas toujours les 
bien voir : on peut considérer nos architectures 
provinciales de si haut et de si loin qu'on les 
distingue assez mal Fort heureusement, mon 
confrère n'a pas suivi à la lettre son programme 
et. plus d'une fois, il remonte jusqu'à l'origine 
des formes et des procédés. 

(1) Églises romanes des Vosges, par Georges Duhakd 
(Paris, Champion, in-**, ii-396 pages, 299 figures; 
Supplément de la Hevue de l'art chrétien. 11). 



ANCIEN ET MODERNE 



39 



M. fi. Durand étudie les églises romanes. Certains 
regretteront peut-i-'tre qu'il n'ait pas déllni pins 
nettement ce qu'il entend par là; c'est un point 
secondaire : de quelque nom qu'on les appelle, 
romans ou non, les édifices qu'il examine forment 
un ensemble d'un remarquable intér*''t. 

I.e département des Vosges est une partie, la 
partie méridionale, de l'ancien royaume de 
Lorraine; son territoire appartenait presque en 
'Mitier au diocèse de Toul. Il n'a pas d'églises 
antérieuies à l'an 1000, et bien peu de la période 
1000-1 IfiO. Vers cette dernière date, on prit l'habi- 
tude de vortter les églises, et longtemps on 
employa les voûtes romanes concurremment avec 
la croisée d'ogives. 

■Le pays des Vosges n'était pas un foyer d'art 
dont le rayonnement fiU intense; il a plus reçu 
que donné. D'où vient son architecture'? Si on 
jette les yeux sur une carte, on voit que cette 
architecture vosgienne est placée dans le rayon 
d'influence de la Champagne, d'une part, des 
pays rhénan et germanique, de l'autre. Or, 
M. G. Durand connaît ces marches, ce qui lui 
permet maints rapprochements instructifs. 

Le caractère » lombardo-germanique " le plus 
accusé dans les églises des Vosges est le plan 
carré des travées de la nef, avec les conséquences 
que ce plan entraîne : l'alternance des supports 
et les fenêtres couplées. L'usage des chapiteaux 
cubiques, l'absence de contreforts aux angles 
des clochers, la présence de lions en avant des 
portes sont encore des similitudes avec le style 
germanique. Par contre , les architectes des 
Vosges ont renoncé de bonne heure « aux cor- 
dons d'arceaux et aux bandeaux verticaux », en 
d'autres termes, aux arcatures et bandes lom- 
bardes ; leurs tours centrales sont carrées, comme 
en Champagne, et non polygonales, comme en 
Alsace et de l'autre côté du Rhin. 

Vers le v)u° siècle, une architecture se serait 
constituée, que les Italiens dénomment lom- 
barde, que M. de Lasteyrie appelle carolingienne 
et à laquelle M. Durand prête un rôle primordial. 
L'art vosgien aurait répudié certaines de ces 
traditions carolingiennes. (]ui se sont développées 
dans les écoles normande et germanique ; il en 
aurait conservé d'autres. A la fîn du- xi' siècle, 
son originalité s'affirma; il se tint en contact 
avec l'Ouest et le Midi plutôt qu'avec l'Est et le 
Nord, il est plus français qu'allemand. 11 pré- 
sente avec la Provence et l'Italie quelques ana- 
logies, dont il faudrait chercher la cause dans 
une même origine, 



Cette idée d'un fonds commun aux diverses 
écoles romanes revient plus d'une fois dans le 
livre. N'est-ce pas, cependant, moins une consta- 
tation positive qu'une hypothèse commode pour 
donner la raison de certains faits".' Prenons 
comme exempte l'alternance des supports, qui 
s'observe en divers pays et notamment en Nor- 
mandie: on a dit que, si les architectes normands 
ont adopté cette disposition, ce n'est pas à l'imi- 
tation d'autres écoles, mais uniquement parce 
qu'elle présentait des avantages. Cette explica- 
tion est fort insuffisante, parce que d'autres 
partis étaient possibles, et il s'agit précisément 
de savoir pourquoi les Normands ont fait choix 
de celui-là. La question s'éclaire si on admet 
que Normands, Lorrains, etc., ont pris cette 
combinaison dans le style carolingien. 

Par malheur, il n'est pas bien établi que ce 
style ait existé ; M. de Lasteyrie est, sur ce point, 
moins afiirmatif que M. G. Durand (1). Et, sans 
doute, ses réserves sont justifiées : l'histoire du 
vin" siècle n'aide guère à comprendre cette vaste 
centralisation artistique, et je ne sais pas si la 
Renaissance de Charlemagne fut autre chose 
qu'un mouvement officiel et superficiel, sans 
action profonde sur l'évolution de l'architecture. 
Pour tout dire, je suis porté à faire la part plus 
restreinte à l'influence du style carolingien, plus 
large aux échanges d'école à école. 

Qu'on veuille bien le remarquer, jo ne rejette 
pas absolument la théorie de M. Durand : elle 
est parfois bien séduisante. Mon confrère signale, 
dans une famille d'églises dotées d'un clocher sur 
le chœur, un dispositif de piliers et d'arcs longi- 
tudinaux, qui rappelle étrangement un groupe 
d'églises archaïques des Charentes et du Libour- 
nais. D'où peut bien provenir cette similitude".' 

Il ne m'est pas possible de résumer le livre 
très nourri dont je rends compte. Voici, du moins, 
quelques faits.qui ont attiré mon attention. 

En plan, plusieurs absides vosgiennes sont 
courbes en dedans, polygonales en dehors. Les 
déambulatoires sont exceptionnels, aussi bien 
que les triforiums. 

Parmi les particularités de construction, je 
note le tracé irrégulier d'un grand nombre d'ex- 
trados. L'arc brisé, inconnu auxi» siècle, est rare 
au sue. L'emploi de la voûte d'arêtes est long- 
temps de règle sur les bas-côtés, même lorscjne 



(1) \on l'Archilec/ure reliffieuxe en France à l'épo- 
que romane, p. 36, 



40 



LE BULLETIN DE L'ART 



la nef est voûtée d'ogives. Dans des croisées 
d'ogives, l'ogive est pointue à la naissance ; cette 
foiiibinaison n'est pas inconnue dans le Sud- 
Ouest : on l'observe dans l'église de Villeneuve- 
de-Marsan et dans la salle capitulaire de Huerla, 
une abbaye fondée en Castille par les Bénédictins 
de Verdun (Tarn et-Garonne) (1). Dans presque 
toutes les voiites d'ogives, l'ossature seule est 
appareillée, les remplissages sont de moellon- 
nage. Les Vosges, qui ont quelques coupoles 
nervées, possèdent un seul cul-de-four sur ogives. 
Dans lés clochers, les fenêtres sont parfois gémi- 
nées, et les deux arcs retombent sur une colonne 
dont le tailloir s'allonge dans le sens du tableau, 
de façon à supporter le mur dans toute son 
épaisseur. 

La statuaire est mauvaise. Les chapiteaux 
cubiques sont très fréquents, et les chapiteaux 
godronnés, très rares. De l'antiquité, il subsiste 
quelques motifs : l'acanthe, l'ove, des colonnes 
torses, des baies carrées à chambranle qui s'en- 
cadrent bizarrement dans les portes arquées, 
des chapileau.x à feuilles de laurier, comme il en 
existe, bien loin de là, au Musée d'Oviédo. Les 
ornemanistes ont taillé volontiers, sur les sur- 
faces planes qu'ils voulaient décorer, des étoiles 
à quatre rais imitées de l'Orient et que l'on 
retrouve, très anciennement, dans l'ouest de 
l'Kspagne. 

Enfin, le style roman a persisté jusqu'à une 
époque avancée : « A défaut de documents pré- 
cis, — et ils sont rares, — les églises romanes 
de la Lorraine ne peuvent, le plus souvent, être 
datées qu'avec la plus grande prudence et sous 
les plus expresses réserves». La Lorraine a cela 
de commun avec bien d'autres provinces. 

Le livre est copieusement illustré de dessins 
et de photographies, dont beaucoup sont fort 
Jolies. Les dessins sont à une échelle constante, 
ce qui permet d'évaluer plus aisément les di- 
mensions de chaque édifice ; par malheur, 
l'échelle (0°'002b pour les plans) est un peu petite 
quand il s'agit de constructions compliquées. 

En écrivant ce volume, M. G. Durand a, une fois 
de plus, donné un exemple qui mérite d'être 
suivi. Les archéologues publient force monogra- 
phies : cela, évidemment, est utile; mais il y a 
mieux à faire : c'est d'étudier des séries d'édi- 



(i) Marquis de Cerraibo, Discurws leidos antt la 
Real Academiii de la hislona en »/ de mayo de I90S, 
pHoche après la p. 252. 



fices, les églises d'un diocèse ou d'un départe- 
ment. Les travaux de ce genre sont ceux qui 
nous manquent le plus, non pas les généralisa- 
tions hâtives, mais les enquêtes, comme celle- 
ci, patiemment conduites, longuement mûries. 
Après avoir lu le beau livre de l'archiviste de 
la Somme, j'ai eu la curiosité de reprendre les 
positions de thèse de l'étudiant de 1883 : le 
rapprochement est instructif; il montre qu'en 
archéologie, le temps est un collaborateur néces- 
saire; il faut laisser les impressions se tasser et 
revoir, plusieurs fois même si l'église est com- 
ple.\e et le problème difficile ; entre deux voyages, 
on lit, oh compare, on réiléchit. Le travail appa- 
rent suppose un travail invisible et souterrain 
qui est considérable, comme en ces cathédrales 
gothiques, dont les fondations « sont aussi colos- 
sales que le monument lui-même •> {\). A ce prix, 
M. Durand a construit, cette fois encore, un édi- 
fice solide et durable : certains détails pourront 
être emportés; le gros œuvre défie le temps. 

J.-A. Bbutails. 

LES REVUES 



Fra.ncf, 



L'Art et les artistes (octobre). — Marquis de 
Tbessan. La l'einlure en Orienlet enEjrlréme-Oi-ienl. 
— -Numéro spécial, comprenant la peinture chinoise, 
la peinture japonaise, la peinture musulmane (école 
(le Mésopotamie, peinture persane, peinture indo- 
musulmane . 

KussiF. 

Staryé Godie inovembre'. — Alexandre Bknois. 
La Collection de dessins de M. larémitch. — Toutes 
les écoles, depuis le xvi* siècle, sont représentées. 
Un Rembrandt. Beaucoup d'oeuvres françaises. 

— Baron A. de Foelkkrsam. Le Galuchat et son 
application aux arts — Étudié d après les objets 
appartenant à l'Ermitage. 

— P. Sroi.plASSKi Les Ventes d'objets d'art nu 
XVIII' siècle à Snint-l'éle)sl)ouri/. (h'inj. 

— Baron ÎS. Wbanoell. La Vente de la collection 
Delàrov. — Elle aura lieu à Paris, dans le courant 
de cette saison 1914 ; l'auteur regrette que la Russie 
ne l'ait pas conservée — Denis Kociic. 

(I) Durand. Monographie de l'église Noire-Dame, 
cathédrale d'Amiens, t. I, p. 202. 

Le Gérant : H. Di.nis. 

Pari». — Imp. Oeor^s Petit, li, ru« Godot-de-Uauroi . 



Numéro 611. 



(H 



Samedi 7 Février 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 



ANCIEN ET MODERNE 



La Photographie 
dans les Musées nationaux 



La Question du privilège. 

Il y a quelques mois, l'administration des 
Beaux-Arts a fait passer dans les journaux une 
note portant à la connaissance du public que le 
traité qui concédait depuis trente ans, à une 
maison d'édition photographique de Paris, le 
privilège de la photographie dans les Musées 
nationaux, étant arrivé à un an de son expira- 
tion, venait d'être dénoncé et qu'il allait être 
procédé à une révision de ce traité, en vue d'une 
adjudication nouvelle (1). 

Depuis lors, silence absolu... (Jue s'est-il passé? 
Uuel accord est intervenu ? Une adjudication 
nouvelle a-t-elle eu lieu, et sur quelles bases? 
Autant de questions que le public se pose sans 
qu'on puisse lui fournir une réponse satisfai- 
sante. 

Ces questions ne sont pourtant pas de celles 
qui n'intéressent qu'un petit nombre d'initiés; 
elles sont liées à quelque chose de plus élevé 
qu'une alTaire commerciale, et, comme on vou- 
drait le montrer en quelques articles, leur réper- 
cussion peut se faire sentir bien au-delà des 
limites de notre pays. Il serait singulier qu'elles 
fussent réglées sous le manteau. 

Pour en faire bien saisir la portée, il importe 
tout d'abord de rappeler les dispositions essen- 
tielles du traité établissant le privilège de la 
maison Braun. Et, soit dit en passant, on voudra 
bien croire qu'il ne s'agit point ici d'une cam- 
pagne dirigée personnellement contre la maison 
Braun, avec laquelle la Revue a toujours entre- 
tenu d'excellentes relations commerciales ; on 
est bien obligé de la mettre en cause, puisque 
c'est en sa faveur que le privilège de la photo- 
graphie dans les Musées nationaux a été établi ; 



I 



(1) Voir le n* 602 du Bulletin. 



mais, encore une fois, cette affaire est de celles 
dont l'intérêt, on peut dire : national, dépasse 
de beaucoup les questions de personnes ou de 
firmes. 

Par traité en date du 3 décembre 1883, déclaré, 
par arrêté ministériel du 30 mai 1885, exécutoire 
à partir du 1"' février de cette dernière année, 
l'Etat a concédé à la maison Braun, pour trente 
ans : 1" le droit de prendre le titre officie! de 
photographe du .Musée du Louvre et des Musées 
nationaux ; 2» un atelier de photographie au 
Louvre; 3" une salle de vente des photographies 
du Louvre; et divers avantages accessoires. 

Il va de soi qu'en regard de ces avantages, la 
maison Braun se reconnaissait tenue à divers 
engagements, portant, en particulier, sur le dépôt 
d'un certain nombre d'épreuves, sur la nécessité 
de s'en tenir à des prix de vente fixés par avance, 
et surtout sur l'abandon à l'État, à l'expiration 
de son contrat, des sept raille clichés que le 
traité l'obligeait à exécuter. 

Chacune de ces questions mérite d'être exa- 
minée en détails, et l'on y reviendra. 

Pour aujourd'hui, la seule qui importe, c'est 
la question de principe. 

Admissible, peut-être — et encore ! — dans 
les conditions où la photographie se trouvait il y 
a trente ans, un tel privilège est devenu, à la 
longue, indéfendable, et M. Massé, dans son rap- 
port sur le budget des Beaux-Arts à la Chambre 
en 1903, n'a pas eu de peine à montrer combien 
les obligations fixées par ce « monopole exorbi- 
tant» étaient loin d'être la contre-partie des 
avantages concédés. Aujourd'hui, un tel privilège 
est en contradiction non seulement avec la vul- 
garisation de la photographie, mais encore avec 
la jurisprudence établie à l'étranger pour la 
durée de protection des épreuves photographi- 
ques, durée dont le minimum est de cinq ans 
(Hongrie, Danemark, Suède) et le maximum de 
dix ans (Allemagne, Autriche). Un tel privilège 
est un obstacle à la grande trtche sociale du relè- 
vement du goût et de la diffusion du sentiment 



42 



LE BULLETIN DE L'ART 



artistique. Un tel privilège est anti-démocra- 
tique. Enfin, un tel privilège est humiliant pour 
notre pays, qui est le seul au monde où l'on 
rencontre un monopole de ce genre, mais qui 
n'est pas le seul à en subir les fâcheuses consé- 
quences. 

Voilà quelques-unes des raisons pour les- 
quelles le privilège de la photographie dans les 
Musées nationaux ne devrait pas t>lre renouvelé. 

E. D. 

CfiO<^C«3C0OC0OC«3CraC6OCeOC6OC6QCraC«OOK)C9O 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Actes officiels. — Le Journal officiel du 27 jan- 
vier a publié la liste de répartition, entre le Musée 
du Luxembourg et les musée? de province, des œuvres 
d'art acquises récemment par l'État. 

Académie des beaux-arts (séance du 31 janvier). 
— L'Académie est autorisée à accepter le legs, qui 
lui a été fait par M. Daumet, d'une rente de 4.500 fr. 
devant être partagée en trois annuités de l..'iOO fr. 
chacune, qui seront servies, pendant trois ans, à des 
pensionnaires architectes, sortis de la Villa Médicis 
après avoir rempli toutes les obligations prévues par 
les règlements. 

— MM. Laloux et Cûrmon sont délégués pour faire 
partie de la commission des séries arti.«liqiies des 
forêts domaniales, récemment créée au ministère de 
l'Agriculture. 

— L'Académie a procédé à la désignation des jurés 
qui seront adjoints aux membres des sections com- 
pétentes pour le jugement des diverses épreuves des 
concours de Rome. Ont été désignés ; 

Peinture. — Titulaires : MM. Muénier, Schommer, 
Saint-Geruiier, Chabas, Gorguet, Déchenaud, Roger; 
supplémentaires : MM. Albert Laurens, Maxence, 
Henri Martin, Renard. 

Sculpture. — Titulaires : MM. Boucher, Hannaux, 
Blondat, Gasq; supplémentaires: MM. Terroir, Cor- 
donnier. 

Architecture. — Titulaires : M.M. Mayeux, llanno- 
tin, Redon, Guilliero; supplémentaires : MM. Patouil- 
lard, Tournaire. 

Gravure en taille douce. — Titulaires : MM. Qui- 
dor, Vyboud; supplémentaire : M. Patricot. 

Gravure en médailles. — Titulaires : MM Rotté, 
Henri Dubois; supplémentaire ; M. Grégoire. 

Composition musicale. — Titulaires : MM. Puget, 
Charles Lefebvre, Bilsser; supplémentaires : MM. Vi- 
dal, Debussy. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 30 janvier). — M. DIeulafuy rend compte 
du résultat des recherches entreprises à Saint-Ber- 



trand-de-Comminges, l'antique Lugdunum Convena- 
rum, par la Société des fouilles archéologiques, et de 
la découverte d'une basilique chrétienne remontant à 
l'époque de Constantin. 

La première trouvaille fut celle de trois sarcophages 
en marbre des Pyrénées qui, par leilr forme, sem- 
blaient remonter au v ou au vi* siècle. Le déblaie- 
ment méthodique entrepris à la suite, sous la direc- 
tion de M. Lizop, permit de dégager onze nouveaux 
sarcophages et de reconnaître qu'ils avaient tous été 
placés dans l'enceinte d'une basilique chrétienne. 

M. Dieulafoy rappelle que Luqdunum Cunveiiarum 
fut, une première fois, saccagé par le» Vandales, 
vers 409, et détruit de fond en comble par les Bur- 
gondes, sous les ordres de leur roi Contran, en 584 
ou 585. 

Or, les fouilles prouvent qu'on a défoncé le dallage 
en marbre de l'église et ia couche de béton qui le por- 
tait pour préparer les fosses : la basilique est donc 
antérieure au début du vi' siècle. Les fouilles ont 
nic'me montré qu'à cette époque elle aurait elle-même 
été déjà, sinon reconstruite, du moins restaurée et 
agrandie, et que la primitive basilique épousait, en 
partie, les fondations d'un édilice romain hypoityle. 
Il y a donc lieu de supposer que la basili(|ue primitive 
fut en partie détruite par l'invasion de 409, restaurée 
quelques aunées plus tard et que c'est dans la basi- 
lique nouvelle que furent déposés les sarcophages. 

On en a la preuve dans ce fait qu'on a trouvé sur le 
sol de la basilique de nombreuses monnaies frappées 
par Constantin, par Constance et par Gralien, asseis- 
siué en 382. l'ne pierre tuumiaire d'un prêtre mort 
sous le consulat de Dufln et d'Eusèbe (341 fournit un 
argument nouveau de précision chronologique. 

La basilique, ainsi datée, se composait d'un vais- 
seau long de 32 m. 60, large de 13 m. 60, divisé en une 
nefetdeux collatéraux par deux files de huit colonnes. 

Les fouilles ont dégagé les murs enduits ilun crépi 
rose sur une hauteur variable mais toujours faible, 
les fondations de plusieurs colonnes, dos fragments 
de vases, de ffits, de chapiteaux, plusieurs carreaux 
de marbre blanc provenant du dallage, les tuiles à 
crochets de la toiture et des éclats extrèweuient nom- 
breux de pierres sculptées. En outre, en creusant une 
fosse dans le cimetière Saint-Julien, contigu aux ex- 
cavations et à cinq mètres de l'abside, on a trouvé 
six fûts de colonnes et un chapiteau à peu près 
intact. 

Désormais, la restitution complète et certaine de 
l'édifice devenait possible. M. Dieulafoy l'a effectuée 
et en retrace les grandes lipnes : il conclut en remar- 
quant que si l'édifice n'était pas luxueux, du moins 
il était vaste et bien aménagé. 

L'intérêt tout à fait exceptionnel de la découverte 
tient à ce que la basilique de Liiydimum Convennrum 
est de beaucoup le plus ancien monument chrétien 
de la Gaule et que sa fondation doit être placée à une 
date très voisine de celle de la basilique d'Orléansville. 

— M. Pelliot commente une série de nouveaux 



ANCIEN ET MODERNE 



43 



documents sur le christianisme en Asie centrale au 
moyen Age. 

Société nationale des antiquaires de France 

(séance du 28 janvier). — M. Dimier Tait une commu- 
nication au sujet de la statue d'Hercule en argent, 
commandée à Benvenuto Cellini par François 1" pour 
l'entrée de Charles-Quint à Paris, en 1540. 

— M. J.J. Guiffrey montre â la Société les photo- 
graphies d'une série de dessins français du xvi' siè- 
cle, pour une tenture de tapisseries en l'honneur des 
rois de France, depuis François 1" jusqu'à Henri III. 
Ces dessins ont été exécutés, comme ceux de la ten- 
ture d'Artémise, par les soins de Nicolas llouel, 
apothicaire parisien ; s^rtains d'entre eux sont pro- 
bablement l'œuvre du peintre Antoine Caron. 

Musées nationaux. — Par décret paru au Jouninl 
officiel du 2 février, le traitement de directeur des 
Musées nationaux et de l'École du Louvre est fixé à 
15.000 francs. 

Musée du Louvre. — A qui n'est-il pas arrivé 
d'être questionné sur l'exposition et les services de 
la Chalcographie? Une grande partie du public ignore 
trop quelles sont les richesses de cette collection de 
nos Musées nationaux et la facilité qu'on peut avoir 
d'y trouver, à des prix relativement modiques, de 
fort belles estampes, exécutées d'après des chel's- 
d'œuvres par des graveurs réputés. 

Le public l'ignorera moins dorénavant : M. Henry 
Marcel, directeur des Musées nationaux, vient de 
faire établir, dans la galerie du bord de l'eau, à l'en- 
trée des salles Rembrandt, ufl comptoir spécial de 
vente, où les plus belles gravures seront à la disposi- 
tion des amateurs, ainsi que le catalogue de la Chal- 
cographie. 

Musée des Arts décoratifs. — Le bas-relief 
<lédié à la mémoire de Jules Maciet par ses amis, 
œuvre du sculpteur Alfred Lenoir, vient d'iHre achevé 
et mis en place au Musée des Arts décoratifs. Le 
Comité de souscription organise une réunion intimi' 
d'inauguration, qui aura lieu à la Bibliothèque de 
l'Unioncentrale des Arts décoratifs, demain dimanche, 
8 février, à 10 heures. 

Expositions annoncées. — La Société des pein- 
tres orientalistes français a invité la Société hindoue 
d'art oriental à participer à son exposition au Grand 
Palais. Nous aurons ainsi, du 8 février au 8 mars, 
une manifestation de l'art contemporain de l'Inde. 
Les peintres qui seront représentés sont ceux de l'école 
des Tagore, nom illustré par le grand poète lauréat 
du dernier prix Nobel : Abanindra-Nath Tagore, le 
neveu de l'écrivain, chef du groupe, Gogonendra-Nath 
Tagore, et plusieurs autres disciples. Le succès obtenu 
en 1912, au Pavillon de Marsan, par une exposition 
de peintures hindoues et persanes fait prévoir que les 
œuvres envoyées par Vlndian Society retiendront 
l'attention du public. 



La Rétrospective de l'Exposition de Lyon. — 

On sait que Lyon prépare pour le mois de mai une 
importante Exposition internationale. Cette Exposi- 
tion aura, naturellement, sa rétrospective, pour 
laquelle on a demandé le concours de l'État et la 
collaboration du Mobilier national. 

Une commission spéciale s'est réunie à Paris, en 
vue d'organiser cette rétrospective, de concert avec 
M. Dumonthier, administrateur du Garde-Meuble. 

M. Dumonthier a présenté à la commission les 
plans des salles ou cette rétrospective sera installée : 
une galerie de cent mètres, aux deux extrémités de 
laquelle pourront être reconstitués des ensembles 
décoratifs de répo(|ue napoléonienne. On sait que 
notre Garde-Meuble est fort riche en tissus de cette 
époque, et l'on se rappelle avoir vu naguère à la Mal- 
maison, puis au musée des Arts décoratifs, des expo- 
sitions d'ensemble de ces tissus qui, commandés pour 
le palais de Versailles à l'industrie lyonnaise, en 1812, 
ne furent jamais utilisés. Les petits-fils de ceux qui 
les créèrent il y a cent ans, vont donc les revoir. 

Le merveilleux musée lyonnais des tissus formera 
comme le prolongement naturel de cette rétrospec- 
tive. 

A New-York. — Aurons-nous à annoncer la 
vente, assurément sensationnelle, de la collection 
Pierpont Morgan'? On sait que le célèbre amateur 
américain avait laissé à son fils, M. J. P. Morgan, 
toute liberté de disposer de ses collections, en expri- 
mant le désir que ces « collections pussent rester, 
d'une façon permanente, ji la disposition du peuple 
américain pour son instruction et son plaisir ». 
M. J. P. Morgan avait d'abord eu l'intention de placer 
ces collections au Musée métropolitain de New-York 
pour un temps indéfini; mais on dit maintenant 
qu'ennuyé par les retards apportés à la réalisation de 
ce projet par les autorités municipales, il songerait à 
vendre tout ou partie des collections, sur les instances 
des marchands. H a déclaré, du reste, n'avoir pris 
encore aucune détermination. 

A Liège. — M. François Flameng, qui fut, en 
juillet dernier, délégué par l'instjtut aux fêtes orga- 
nisées en l'honneur de Grétrj, à Liège, vient d'oD'rir 
à l'administration communale de cette ville une 
esquisse très poussée de son fameux tableau repré- 
sentant la Charrie de la cavalerie française sous le 
commandement du maréchal Ney, à Waterloo. 

A Florence. — Le Conseil supérieur des Beaux- 
Arts, réuni à Florence, a refusé à la municipalité la 
permission qu'elle demandait de remplacer par une 
copie le pulto de bronze de Verrochio, qui orne la 
fontaine du corlile du Palais-Vieux. On aurait mis au 
musée, installé dans le palais même, l'original qui est, 
hélas ! en mauvais état et percé de trous. Le Conseil 
supérieur invoque, pour motiver son refus, des raisons 
d'art. Mais ce sont des raisons d'art aussi qu'on peut 
invoquer pour mettre en sûreté une œuvre charmante 



^~ 



44 



LE BULLETIN DE L'ART 



i|uc rongent et détruisent peu à peu l'huiuidité et les 
intempéries, et que par surcroit on voit assez mal. — 
L. G. 

Le procès Perugia. — La section d'accusation a 
délinitivement renvoyé devant les juges du tribunal 
de KIorence, pour le 26 février, Vincenzo Perugia, le 
voleilr de la Joconde. 

L'acte d'accusation dit que Perugia « s'est emparé, 
le 21 août 1911, du célèbre tableau de la Joconde, de 
Léonard de Vinci, qui est estimé à environ un million 
et qui est la propriété de l'État français ». 

Dans la liste des témoins, en outre de ceux qui 
coopérèrent à la découverte de la Joconde^ se trou- 
vent deux fonctionnaires de la police parisienne et le 
commissaire de la police de l'ambassade italienne 
à Paris. La peine que les juges appliqueront à Perugia, 
selon le Code italien, varie de trois mois à quatre ans 
de prison. 

Comme on le voit, c'est pour rien... 

Nécrologie. — Le peintre Timoléon Lobriclion, 
qui vient de mourir dans sa 82* année, était né à 
Corvod (Jura), le 26 avril 1831. Après avoir passé par 
l'atelier de Picot, il débuta au Salon de 1859 par des 
tableaux d'histoire ; les scènes de genre, en particu- 
lier, les scènes enfantines, et les nombreux portraits 
de femmes et surtout d'enfants qu'il donna par la 
suite, lui valurent une certaine notoriété et plusieurs 
récompenses (ment, hon., 1868; méd. de 2» cl., 1882). 
11 avait été fait chevalier de la Légion d'honneur en 
1883. 

— Le peintre-graveur Daniel Mordant, membre de 
la Société nationale des beaux-arts, qui vient de 



mourir à Paris, à l'âge de 60 ans, était né à Quimper. 
Il s'était distingué à la fois dans l'eau-forte originale 
et dans la gravure de reproduction, en même temps 
qu'il se faisait remarquer par ses peintures de paysage. 
M. D. Mordant avait obtenu une médaille de 3* classe 
en 1883, une mention honorable à l'Exposition uni- 
verselle de 1889 et une médaille d'or à celle de 1900. 
La Revue a publié une vigoureuse eau-forte de cet 
artiste. l'Espérance, d'après Watts. 

— Le paysagiste Daniel Kœchlin, membre de la 
Société des artistes français, est mort à Kingersheim 
(Alsace), dans sa soixante-neuvième année. Né à 
Mulhouse, élève de Français et de llenner, il expo- 
sait régulièrement aux Salons parisiens depuis 1874. 
Il était également un des habitués du Cercle Volney, 
où on a eu souvent l'occasion d'apprécier ses marines, 
ses vues de la vallée de Chevreuse et de la forêt de 
Fontainebleau. 

— Le peintre Hené l'rinceteau, mort au château de 
Pontus, près de Fronsac (Gironde), était âgé de 
70 ans ; né à Libourne, élève de Dumont et Deloye, 
il exposait depuis de longues années des portraits, 
des sujets de chasse, des peintures d'histoire et des 
paysages ; il s'est fait également remarquer par ses 
sculptures. Récompensé d'une mention en 1881, il 
avait reçu une médaille de 3* classe en 1883, une de 
2* classe en 1883, et une de bronze à l'Exposition 
universelle de 1900. 

— Le paysagiste milanais Filippo Careano vient 
de mourir à l'âge de 74 ans. Ce fut un des chefs de 
l'école du vérisme et un des maîtres italiens dont 
l'inlluence s'est fait davantage sentir dans le dernier 
quart du xix* siècle. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

"Ventes annoncées. — A Paris. — "Vente 
Henriette Rodggers (objets d'art, etc.). — 

Mobilier ancien, plutôt que collection, la réunion 
d'objets d'art et d'ameublement, dont la vente 
aura lieu salle 11, le 9 février, sous la direction 
de M"^ Lair-Dubreuil et de MM. Mannheim et Loys 
Delteil. a fait l'objet d'un mince catalogue illus- 
tré. Nous y remarquons : une table-coiffeuse en 
marqueterie de bois de couleurs, d'époque 
Louis XV ; un lit de milieu, de la même époque, 



en bois sculpté, à décor rocaille, et, enfin, une 
commode en marqueterie de bois de couleurs, 
avec bronzes, de la fin de l'époque Louis XV. 

Ventes prochaines. — A Paris. — Aux 

diverses vacations, que nous avons précédem- 
ment annoncées, nous pouvons encore en ajouter 
quelques-unes qai doivent également prendre 
place au cours de cette saison. 

— Le 16 février, salle 6, M' A. Couturier, 
assisté de MM. Mannheim, Pape et Loys Delteil, 
procédera à la vente des objets d'art et d'ameu- 
blement provenant de la Collection de feu 



ANCIEN ET HUDERNE 



45 



M. Rochard, qui, pour cause d'usufruit, ne 
lurent pas compris dans ia vente faite après le 
décès de cet amateur en 190!). 

— Le 20 février, le même commissaire-priseur 
vendra, boulevard de l'Hôpital, aux magasins 
des hôpitaux, des Boiseries anciennes du temps 
de la Régence, appartenant à l'Assistance pu- 
blique. 

— Le 2 mars, M= Baudoin dirigera une vente 
de peintures du genre ultra moilerne, apparte- 
nant à une Société dite » la Peau de l'Ours », qui 
s'était formée, il y a une quinzaine d'années, 
dans le but d'acheter des ouvrages de l'école 
impressionniste la plus avancée. 

— Le 5 du même mois, à la Galerie (jeorges 
Petit, le même commissaire-priseur présidera à 
une vente de tableaux, objets d'art et tapisseries 
anciennes. 

— • De son côté, M« Lair-Dubreuil, assisté de 
MM. Paulme et Lasquin, procédera, dans le cou- 
rant de mars, à la première des nombreuses 
ventes que va nécessiter la dispersion du stock 
de marchandises appartenant à M. Jules Couderc, 
l'un des doyens du commerce parisien de la 
curiosité. 

— Vers la lin du même mois de mars, le même 
commissaire-priseur dirigera la vente des ta- 
bleaux, objets d'art et d'ameublement dépen- 
dant de la Succession de M. Lévéque. 

— Pour compléter ce que nous avons déjà dit à 
ce sujet, ajoutons que la vente des objets d'art 
et de curiosité provenant de la Succession de 
M. Fitzhenry, aura lieu salies 7 et 8, du 19 
au 21 février, par le ministère de M« Lair- 
Dubreuil et de MM. Mannheim et Léman; et que 
les deux premières des ventes, qui vont disperser 
les ([uelque deux mille objets composant le 
stock de MM. Seligmann, seront dirigées, à la 
Galerie Georges Petit, du 6 au 17 mars, par 
M" Lair-Dubreuil et Baudoin. 

M. N. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Société des Aquarellistes Français (galerie 
Georges Petit). — Quarante-cinq exposants, plus 
de trois cents cadres: toujours beaucoup d'appe- 
lés, mais peu d'élus, du moins au point de vue 
de l'art; et pourquoi l'aquarelle nous apparaît- 



elle toujours plus banale que sa voisine et sa 
sœur cadette, la peinture à l'eau, qui la suit à 
quelques jours près, rue Gaumartin ? Parce que 
l'aquarelle enrôle moins d'artistes que d'amateurs 
ou de spécialistes trop préoccupés du métier. 
Quelque galante que soit la précision de notre 
xviii» siècle, illustré parM. Maurice Leloir, leplus 
artistique succès de ce trente-sixième hiver reste 
acquis à M. Pierre Vignal : sous le portail éblouis- 
sant d'une vieille église espagnole ou devant la 
douceur matinale des Ilots bleus de Capri, c'est 
le maître des limpides lumières; et la moindre 
réserve de blanc, cernée par son pinceau de 
martre, a cette justesse qui nous en fait oublier 
l'adresse. A Versailles, à Fontainebleau, dans un 
décor déjà stylisé de pierre blonde et de verdure, 
M"" Marie-Paule Carpentier sait ennoblir d'un 
vigoureux trait de crayon Conté de beaux effets 
d'ombre et les tons de l'automne. La plupart du 
temps, les « notes » des peintres-graveurs et leurs 
dessins rehaussés l'emportent sur la préciosité 
du fini : témoin VÉmiqrante de M. Jeanniot et les 
croquis, non catalogués, que M. de Latenay re- 
c\i%\\\6 Autour des Pardons, sans oublier les coins 
de province ou de banlieue illuminés par M. Luigi 
Loir, ni le Coteau sombre empourpré par M. Paul 
Ressert, et quel que soit l'esprit ou le talent de 
MM.Devambez,Maxence, Julien Le Blant, Georges 
Scott, du virtuose Ernest Filliard ou du miniatu- 
riste Maurice Ray. 

Les Imagiers modernes (au Cercle de la 
Librairie). — C'est une seconde exposition de la 
Société artistique de la Gravure sur bois, fondée 
en 1885, qu'il ne faut pas confondre avec la Société 
de la Gravuresur bois originale, fondée en 1912. Ses 
tendances s'expriment en beauté dans la « rétro- 
spective » de deux maîtres d'hier, dont le dessin 
contribua diversement à l'évolution de la gravure 
traductrice : Gustave Doré (1832-1883) et Daniel 
Vierge (1851-1904); l'un, romantique enfant de 
l'Alsace et fécond illustrateur de beaux livres, 
« interprété » par Pannemaker père ou par le 
virtuose marseillais Héliodore Pisan, qui substi- 
tua, vers 1860, la grisaille compliquée des teintes 
aux clairs linéaments du fac-similé ; l'autre. Espa- 
gnol ivre de soleil et fougueux illustrateur de 
journaux où l'actualité palpitait dans une coulée 
de lumière; et l'échoppe du regretté Tony Beltrand 
traduisait à souhait ses puissants contrastes. 

Aujourd'hui, toutes les formules voisinent : les 
teintes, dans les traductions des maîtres peintres 
par MM. Dété, Paul Bornet, Dutertre, Emile de 



46 



LE BULLETIN DE L'ART 



Ruaz et Léonard Jarraud, qu'il ne faut pas con- 
fondre avec le peiulre du inâine nom; le trait, 
dans les fac-similé de M. Ernest Florian pour 
les romans d'Anatole France ou le chef-d'œuvre 
de Balzac, Eugénie Grandet; le camaïeu, dans 
les Souvenira d'Italie, de M. Pierre Gusman; la 
couleur, avec MM. Girardot et Paul Baudier; le 
papier peint, avec M. Guttero ; l'archaïsme un 
peu décadent, avec M. Gaspard Maillol; la xylo- 
graphie primitive, dans les bois originaux du 
peintre-graveur Emile Bernard, pour les Amours 
de Pierre de Ronsart (sic), qui semblent illustrés 
par un contemporain de Geoffroy Tory. 

Société internationale de la Peinture à 
l'eau (galerie Chaîne et Simonsonj. — La vie, 
c'est la mort, observait un sage; et c'est aussi 
par une importante « rétrospective » que se re- 
commande à nos yeux ce neuvième hiver : le 
fondateur de la Société, le regretté Gaston La 
Touche (1854-1913), qui souriait malicieusement 
à la Comédie humaine, sç montre ici sous un 
nouvel aspect, ou plutôt sous tous les aspects de 
sa virtuosité brillante et vagabonde qui préférait 
les fluides harmonies de la peinture à l'eau pour 
effleurer tous les sujets, depuis les pâmoisons du 
Calvaire jusqu'au Baise-mains du five-o'clock, en 
passant, dans une atmosphère de théâtre, par 
toute la féerie des heures, des mascarades, des 
corridas, des fêtes, des flirts, des réalités élé- 
gantes ou des rêves galants. 

Les vingt-deux artistes vivants qui l'entourent 
nous réservent un régal toujours savoureux, mais 
pas inédit, où nous reconnaissons sans regret les 
souvenirs de Bretagne ou d'Italie, toujours large- 
ment colorés, par M. Lucien Simon; les études 
de danses, recueillies par M. Francis Auburtin 
à l'école de Miss Loïe Fuller, rivale d'Isadora 
Duncan; les flgures symboliques de M. Fernand 
Khnopff ou de M"" Jeanne Lucien-Simon; -les 
intérieurs ou les parcs de M.M. Walter Gay, Franiz 
Charlet et Gillol ; les effets de lumière vénitienne, 
moins vus que rêvés par M"« Clara Montalba; 
les oiseaux nettement stylisés par M. Itayraond 
Bigot; les gouaches, diversement vigoureuses ou 
limpides, de MM. Luigini, Marcette, Henry Cas- 
siers, qui songe, en Hollande, aux atmosphères 
nacrées de Turner; l'aquarelle pure, et d'autant 
plus vive, de -M. Fernand Truffant, quittant son 
vieux Marseille animé pour Bruges-la-Morle. 

A côté de Versailles ou de Venise, Rome, ici non 
plus, n'est pas absente et sa majesté se prêle aux 
petites notes de M. Avy, tandis que, sinistre et 



rosée devant son jardinet fleuri, la Maison de 
Berlioz à Montmartre, revue par un ami de Paris, 
M. Ernest Laborde, évoque la prison d'un génie 
captif. 

Paul Madeline {galerie Georges Petit). — 
Encore mieux ici qu'aux Salons d'automne ou 
qu'à la sixième exposition, chez Devambez, de la 
Société moderne dont nous parlerons bientôt, se 
perçoit le talent discrètement lumineux et natu- 
rellement harmonieux de M. Paul Madeline, un 
délicat parmi tant de pseudo-violents. Paysagiste, 
il trouve le calme et la douceur à Toulouse même, 
aux Martigues, sous les pins ensoleillés de la 
Côte d'Azur; dessinateur, il obtient du modèle 
des mouvements heureux, pareils au rythme de 
ses horizons qui s'élèvent, sans complication, 
dans une fine clarté, de la nature au décor. 

Raymo.no Bouter. 



LE PARTHENON 

d'après un livre récent (1). 



L'Acropole d'Athènes demeure le lieu d'élec- 
tion où une âme, nourrie de notre civilisation, 
se sent le plus près de la beauté pure, et respire 
le mieux le souffle de l'esprit, dépouillé de toute 
contingence : là, un idéal mystérieux et toujours 
présent l'appelle et l'exalte, et fait monter en 
elle la prière, dont Renan a écrit les versets. 
Qu'y a-t-il pourtant, sur l'abrupte colline, si ce 
n'est quelques colonnes mutilées et quelques 
débris de sculpture '? Sans doute. Mais, en cha- 
cun des fragments de ce qui fut la beauté par- 
faite, subsiste quelque chose de divin. On trouve, 
dans nos musées, des morceaux de coupes alti- 
ques du v» siècle, où l'on ne voit plus (]u'une 
silhouette animée par quelques traits précis et 
nerveux ; la scène a disparu, le sens est indé- 
chiffrable ; mais ce qui survit sufflt à évoquer le 
plus beau printemps de l'intelligence humaine. 
Si un débris de poterie du temps d'Epictète ou 
de Douris garde ce pouvoir, ne conroit-on pas 
ce que peuvent imprimer dans notre esprit les 
restes du chef-d'œuvre d'Ictinos et de Phidias '.' 



{l) Maxime Coi.honon. Le Parthénon, l'histoire, 
l'architecture, la sculpture. — Paris, Machette et C'*, 
un vol. in-V, 22 pi., 79 fig. 



ANCIEN ET MODERNE 



47 



Aussi, l'on écrira toujours sur un si noble 
sujet. La curiosité humaine ne se lassera pas de 
fouiller la base du monument, ni d'en ri^ver la 
reconstitution. Il y a une bibliothèque entière 
consacrée à l'Acropole d'Athènes : mais elle 
s'augmentera toujours. Quel archéologue, fervent 
de l'hellénisme, ne vient pas un jour ou l'autre 
interroger la colline sacrée et lui demander l'un 
de ses secrets ? Mais à bien peu il est réservé de 
pouvoir traiter l'ensemble du sujet, et de fixer 
pour un temps l'aspect du grand problème que 
la ruine suscite. Et cependant, pour l'immense 
public lettré auquel il n'est pas donné d'aller 
prier sur l'Acropole, quoi de plus précieux qu'un 
grand volume de synthèse, qui lui raconte l'his- 
toire de ces monuments détruits et les lui montre 
tels qu'ils étaient dans leur première jeunesse ? 

M. Maxime Collignon a entrepris, pour le Par- 
thénon, sinon pour l'Acropole entier, un pareil 
ouvrage d'ensemble. Il en avait donné, il y a 
quelques années, une première édition accom- 
pagnant des planches d'un très grand format. 
Cet ouvrage étant épuisé, il l'a refondu tout 
entier, pour le publier sous un format commode, 
en le mettant au courant des plus , récentes 
études ou trouvailles. Aucun archéologue, en 
Europe, n'était mieux désigné pour condenser 
ainsi, en des pages aussi claires que substan- 
tielles, ce que la science la plus pénétrante a 
découvert sur l'histoire du temple, et pour l'évo- 
quer à nos yeux tel qu'il se dressa au plus beau 
moment de l'histoire d'Athènes, qui y mit à la 
fois tout son orgueil et tout son génie. Les lec- 
teurs de la Revue de l'Art devinent avec quel 
charme et quel délicat atticisme est écrit ce 
volume, qui fait tant d'honneur à la science 
française. 

En parlant ici de ce beau volume, il ne nous 
est pas possible de suivre l'auteur pas à pas tout 
au long de ses recherches. Nous renvoyons le 
lecteur au livre même, qui les séduira autant 
qu'il saura les instruire. Nous voudrions seule- 
ment souligner ce qu'il enferme de tout à fait 
nouveau en comparaison des anciens ouvrages 
sur l'Acropole d'Athènes, familiers au grand 
public, comme le livre classique de Beulé. En 
elTet, depuis une trentaine d'années, l'histoire 
des temples athéniens a été renouvelée par les 
fouilles heureuses pratiquées à leurs bases Une 
époque, jadis mal connue, est ressuscitée, toute 
parée d"attraits singuliers, où un peu de barba- 
rie primitive se mêle à beaucoup de raffinement ; 
un peuple de statues peintes, les coquettes corés 



aux robes tuyautées, aux cheveux calamistrés et 
enrubannés, aux sourires précieux, a surgi du 
sol antique ; un ancien Parthéuon est même 
apparu, qu'on ne connaissait pas. 

Parthénon n'est pas ici le nom qui convient, 
du reste. On croit généralement que le nom du 
temple vient de celui d'Athéna Parthénos. Le 
contraire serait plus vrai. Au v» siècle, seule une 
cella du temple, plus spécialement réservée aux 
vierges qui jouaient un rôle poétique et impor- 
tant dans les Panathénées, était nommée « Par- 
thénon ». Par extension, le nom de cette ce//ofut 
donné plus tard à l'édifice entier. 

Mais un temple d'Athéna, fondé vers S60, se 
dressait sur l'Acropole, avant l'invasion perse, au 
sud de la « forte demeure d'Erechtée ». C'est cet 
« Hécatompédon », dont Dôrpfeld a découvert 
l'existence, en 188b, édifice eu tuf, dont les fron- 
tons étaientdécorés de sculptures peintes, parmi 
lesquelles le groupe du triple Typhon, minutieu- 
sement étudié par M. Lechat, dans ses beaux 
ouvrages sur l'archaïsme attique, qui a acquis une 
sorte de popularité, que légitime le style étrange, 
vigoureux, allègrement» primitif» qui s'y mani- 
feste. 

C'est ce temple que les Pisistratides ceignirent 
d'une colonnade dorique, et ornèrent de reliefs 
d'un style nouveau, tout brillant d'i'onisme, dont 
il reste quelques précieux morceaux, — notam- 
ment un aurige drapé d'un élégant manteau, et 
devenu célèbre. Les corés dont le subtil sourire 
anime aujourd'hui le musée de l'Acropole y 
occupaient la cella occidentale, où les Perses 
massacrèrent les trésoriers d'Athènes. 

L'Hécatompédon fut détruit par les Perses. 
Mais, bien avant sa destruction, la démocratie, 
victorieuse des Pisistratides, avait projeté d'édi- 
fier à la déesse poliade un Temple nouveau, dont 
la spendeur elTarAt celle de l' Hécatompédon 
agrandi par les tyrans. Pour le construire, elle 
éleva de puissantes assises, régularisant les iné- 
galités de la colline, au bord de son abrupte 
déclivité : c'est là l'emplacement et la base mi'me 
du Parthénon d'Ictinos Les Perses incendièrent 
c-; nouveau temple en cours de construction, 
dont le plan avait pris, après Marathon, des pro- 
portions plus vastes, en sorte que le Parthénon 
de Périclès est, non pas le second, mais, en réa- 
lité, le troisième Parthénon. 

On voit, par ce bref résumé, quels problèmes 
suscite cette histoire du Parthénon avant Péri- 
clès. Ce sont là des questions enchevêtrées, sur 
lesquelles les spécialistes ont discuté longuement. 



48 



LE BULLETIN DE L'ART 



Sous la plume de M. Collignon, tout s'éclaire, et 
la solution la plus naturelle se dégage comme 
d'elle-même de l'exposé seul des faits. En même 
temps, ces lointaines époques revivent, avec leurs 
passions, leur religion patriotique, et tous ces 
sentiments qui ont déterminé la naissance de ces 
chefs-d'œuvre, — sentiments qui, à vrai dire, ne 
sont pas si éloignés des nôtres : il suffit à l'auteur 
de quelques mots pour évoquer parmi ces ruines, 
tout ce qui fut debout et tout ce qui y fut vivant, 
et pour nous le rendre présent et voisin. 

On devine que le reste du livre consacré au 
Parthénon de Périclès n'est pas moins attachant : 
c'est le centre moral de toute l'histoire d'Athènes, 
au moment oh l'humanité approcha le plus près 
de la perfection esthétique, que M. Collignon 
décrit avec cette simplicité où entre tant de sen- 
sibilité contenue mais profonde. L'auteur atteint 
même, à la fin de cet ouvrage, à un degré d'émo- 
tion sans emphase où l'écrivain se montre inti- 
mement artiste et poète. Laissons au lecteur le 
plaisir de découvrir lui-même tout l'attrait de 
cette étude. Nous voudrions seulement, en termi- 
nant, citer quelques mots de l'auteur touchant 
certains projets de restauration qui ont menacé 
le Parthénon, comme tant d'autres édifices. Le 
Bulletin a souvent combattu pour défendre les 
chefs-d'œuvre, aussi bien d'un culte indiscret 
que de la profanation des vandales : il ne veut 
pas oublier de souligner que les dangers qui 
menacent nos églises et nos palais de jadis, n'ont 
pas épargné l'Acropole. Il y a eu, pour le Parthé- 
non, un projet de restauration complète, dû à 
l'Allemand von Klenze, qui eût défiguré sans 
retour de si nobles débris. M. Collignon a défini, 
en quelques mots, l'attitude qu'il convient d'adop- 
ter en face de la plus belle des ruines, et ses 
paroles nous serviront de conclusion : « Sauve- 
garder ce qui reste du teinfile et n'y rien ajouter, 
tel est le vœu auquel se sont ralliés, en 1905, au 
Congrès archéologique d'Athènes, les plus fer- 
vents admirateurs du monument. Le Parthénon 
ne doit pas être profané par des pierres neuves. 
Il doit rester ce qu'en ont fait les siècles, la plus 
noble et la plus auguste des ruines, enveloppée 
de poésie, précisément parce que l'imagination 
seule la complète, parée d'un incomparable 
prestige par le temps, par son histoire, par sa 
beauté cruellement défigurée, mais toujours 
vivante, par la grandeur du passé et par la mélan- 
colie du présent ». 

J.F. 



LES REVUES 



France 

L'Art et les artistes (novembre).— MIIosMaktbh. 
Un Gothique : le sculpteur tchèque François Bilek. 

— Marcel Sembat. Albert Marquet. — Notes sur ce 
peintre qui, ayant découvert « un aspect spécial de la 
nature, s'y est identifié; si bien qu'on ne comprend 
pleinement certains paysages qu'à la condition de les 
voir en Marquet ». 

— Emile Sedevn. Frank Boggs. — Les aquarelles 
de cet artiste voyageur, souvenirs vivants de la France 
monumentale. 

— William Rittbb. Max Svabinski. — Peintre 
tchèque, né en Moravie, professeur à l'École des 
beaux-arts de Prague; portraits, vues de villes, études 
de nu, natures mortes. 

— Cari G. Laubin. Exposition de portraits d'Idune 
à Stockholm. — Exposition de portraits de membres 
de la société « Idune », qui vient de fêter le cinquan- 
tième anniversaire de sa fondation. 

— Lyco Laoiios. La Cité morte : notes sur le Musée 
du Caire. 

— Léandre Vaillat. I^'Art décoratif : l'art rus- 
tique en Savoie. 

Itauk 

Bollettino d'arte del Ministero délia P. Istru- 
zione (avril). — Giulio Canïala.messa. Souvelles 
acquisitions de la galerie llorg/iese. — Parmi ces 
nouvelles acquisitions du beau musée de la villa 
Borgtiese.M.Cantalamessa signale une Sainte Famille 
3e Simone Cantarini, peintre de Pesaro [xvir siècle, 
influencé par les Bolonais et le Caravage, et deux 
tableaux de Gio. Benedetto Castiglione. le peintre 
génois si célèbre en Europe au xvii' siècle et trop 
oublié aujourd'hui ; ces deux tableaux représentent 
des bergers à cheval ou milieu de leurs troupeaux en 
marche. 

— Mario Salmi. L'Église de San Donnino, à Majano. 
— Petite église romane, à trois lieues d'Arezzo, offrant 
de curieuses particularités ; on y trouve des fresques 
du commencement du xv siècle, d'un style d'ailleurs 
retardataire, notamment un Saint Donnino, et une 
Vierge, du même siècle, en bois polychrome. 

— Giuseppe Mohktti. Terres cuites inédites du 
Musée des Thermes. — Terres cuites décoratives 
gréco-romaines. 

— Vittorio SPI^AzzoLA Sur un rhinocéros de marbre 
du Musée national de Naples. — Bas-relief de l'an- 
cienne collection Borgia, imite d'un modèle d'Albert 
Diirer, et qui n'a jamais passé, au Musée de Naples, 
ni pour antique, ni pour avoir été trouvé à Pompéi, 
comme l'a récemment affirmé à tort et avec grand 
bruit un savant allemand. 

Le Gérant : H Uïnis. 

Paris. — Inip. Georges Petit, ii, rue Godot-de-Mauroî. 



Numéro 612. 



Samedi 14 Février 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 



ANCIEN ET MODERNE 



La Photographie 
dans les Musées nationaux (*) 



Le prix des épreuves. 

.)'en appelle à tous ceux qui ont visité l'Italie, 
et je leur demande combien il en est, parmi 
eux, qui sont revenus de leur voyage sans rap- 
porter de photographies. 

I.a richesse des collections de l'excellente 
maison Alinari, pour ne citer que celle-là, et 
l'extrême bon marché des épreuves comptent 
parmi les Joies complémentaires d'une prome- 
nade aux sanctuaires de l'art. Petites villes et 
grands musées, paysages illustres, monuments, 
objets d'art, ensembles ou détails de peintures et 
de sculptures, tout a été photographié de ce qui 
peut intéresser le voyageur, l'artiste et le savant, 
et tout lui est livré sur sa demande, au format 
qu'il désire, et dans des conditions si modiques 
que les épreuves les plus » artistiques » n'arrivent 
pas à grever sensiblement le budget d'un touriste. 

Faut-il donner des prix "? 

Pour des épreuves aux sels d'argent : format 
58x43 : 5 fr.; 43x33: 2 fr. bO; 25X.30 : fr. 7b 
(6 fr. la douzaine) ; 14 1/2x9 1/2 : fr. 30 (3 fr. 
la douzaine). Il existe des épreuves au platine, 
un peu plus chères, et des épreuves au charbon, 
procédé inaltérable, encore un peu plus coii- 
teuses : 12 fr., 7 fr., 2 fr. bO et 1 fr. 25, selon les 
formats. 

Ilien d'approchant n'existe chez nous. Il suffit 
d'avoir voulu se procurer la photographie de tel 
ou tel tableau appartenant à une de nos galeries 
provinciales pour savoir ce qu'il en coûte, et ce 
que vous livrent quelquefois des opérateurs sans 
doute plus habiles à traiter le portrait d'atelier 
qu'à reproduire des peintures anciennes. 

Mais là n'est pas la question, et il faut se bor- 
ner pour aujourd'hui à parler du Louvre. 

(1)2' article. Voir le n» 6U du BiUlelin. 



Or, les prix des photographies vendues par la 
maison concessionnaire du privilège ont été 
établis voilà trente ans et fixés par les articles 5 
et 7 du traité du 3 décembre 1883. 

Ce traité établissait une différence entre le 
prix des photographies achetées dans les salles 
mf^mes du Louvre et le prix des photographies 
achetées dans les magasins de l'éditeur. Singu- 
lière chinoiserie. Pourquoi, si, ayant employé 
toute votre journée à visiter le musée, vous vous 
trouvez manquer du temps nécessaire pour passer 
faire vos emplettes à la salle de vente avant la 
fermeture des portes, seriez-vous obligés de sup- 
porter une majoration de prix quand vous irez 
au magasin de l'éditeur? Mystère. 

On pourrait aussi se demander pourquoi, 
d'après le traité, les sculptures et objets d'art 
peuvent être photographiés au format 18x24, 
alors que les tableau,x n'ont pas droit à ce format 
plus que suffisant, et ne peuvent supporter que 
le 24x 30; pourquoi, alors que les épreuves des 
tableaux peuvent être tirées aux sels d'argent, 
celles des sculptures et objets d'art ne peuvent 
l'être qu'au procédé, plus coilteux, du charbon ; 
et encore pourquoi il n'est, dans aucun cas, prévu 
d'épreuves au format 13x18, le format par excel- 
lence des travailleurs. 

Négligeons ces questions de détail et retenons 
seulement qu'il est impossible de trouver une 
photographie faite par la maison ayant 1^ privi- 
lège de la reproduction dans les Musées natio- 
naux à un prix inférieur à 3 francs pour une 
épreuve aux sels d'argent du format 24x30 et 
à 6 francs pour une épreuve au charbon de 
même format; et que ces prix ont été établis 
voilà trente ans et tixés sans tenir aucun compte 
du perfectionnement incessant des procédés 
photographiques qui ont amené la reproduction 
à un extraordinaire bon marché. 

Si bien que le privilège de la photographie 
dans les Musées nationaux, au lieu de se faire 
excuser, si l'on peut dire, par la modicité des 
conditions dans lesquelles pourraient être livrées 



!iO 



LE BULLETIN DE L'ART 



les épreuves, se double, en fait, d'un autre pri- 
vilège, qui est de pouvoir vendre ces épreuves à 
des prix, peut-iHre acceptables voilà trente ans, 
mais depuis longtemps hors de proportions avec 
la vulgarisation de la photographie. 

E. D. 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 7 février). 
— L'Académie a accordé à M"" Lili Boulanger, 
grand-prix de Rome de composition musicale, un 
sursis pour se rendre à la Villa Médicis. 

— M. Henry Uoujon, secrétaire perpétuel, ayant 
donné lecture d'un télégramme annonçaDl la mort de 
M. V'audremer, M. Dagnan-Bouveret rend un dernier 
hommage à la mémoire de l'éminent architecte qui 
était le doyen de la Compagnie. 

La séance est ensuite levée eb signe de deuil. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 6 février). — M. Paul Pelltot continue sa 
communication sur le christianisme en Asie centrale 
et en Extrême-Orient au moyen âge. 

— M. Pottier lit une note de M. Gaston Darier, qui 
a dirigé, avec M. Nicolle et M. Gauckler, les fouilles 
du Janicule, à Rome, où a été découverte, dans un 
sanctuaire syrien, une curieuse idole de bronze en- 
tourée d'un serpent : on y avait vu une image de la 
déesse Atergatis, mais le bronze a été nettoyé avec 
soin et on a pu constater qu'il s'agissait d'une divinité 
masculine. In archéologue italien, M. Pasqui, a pro- 
posé d'y reconnaître le dieu phénicien Hadad; mais 
cette conclusion ne s'impose pas, car le choix à faire 
est assez large parmi les dieux du panthéon syrien. 

— M. Paul Monceaux a donné lecture d'une note 
de M. Mer in, directeur du Service des ahtiquités de 
la Tunisie, sur la découverte de mosaïques tombales 
à inscriptions et sujets ligures, qui ont été trouvées 
au nord de Kourfa (l'antique Curubis). dans la pres- 
qu'île du cap lion. 

Société nationale des antiquaires de France 
(séance du 4 février). — M. Chapot, ancien membre 
de l'École d'Athènes, bibliothécaire n la bibliothèque 
Sainte-Geneviève, et M. Serbat, ancien élève de 
l'École de» Chartes, secrétaire de la Société fran(;aise 
d'archéologie, sont élus membres résidents. 

— M. Johnny Uoosval et i\I. le G" Sanche de 
Graniont sont élus associés correspondants, le pre- 
mier à Stockholm et le second au Vigaal (Basses- 
Pyrénées. 

— M. Héron de Villefossé fait une communication 
sur une partie, récemment retrouvée, du rempart 
gallo-romain d'Angers. 



— M. Monceaux étudie quelques plombs récem- 
ment découverts à Carthage. 

Société pour la protection des paysages. — 
Dans sa dernicre réunion, la Société pour la protection 
des paysages a émis le vœu : que des mesures immé- 
diates soient prises pour conserver la fon't de Fon- 
tainebleau et la défendre contre les dangers qui la 
menacent; que la digue du Mont Saint-Michel soit 
détruite ; et que l'ile Saint-Louis, dont l'élargissement 
de la rue des Deux Ponts altérerait le caractère, soit 
maintenue dans son état traditionnel et historique. 

Hélas ! trois fois hélas ! 

Musée du Luxembourg. — La famille du peintre 
Damoye a offert au Musée du Luxembourg le portrait 
de cet artiste par M. .Vlfred Holl. 

Musée de l'Armée. — A la suite d'une réunion 
tenue la semaine dernière, les membres du Comité 
de perfectionnement du Musée de l'Armée, qui n'ap- 
partiennent ni à l'aduiinistration ni à l'armée, ont 
adressé au ministre de la Guerre une lettre attirant 
son attention sur les conséquences que pourrait avoir, 
pour l'avenir du Musée, la cession, à r.\rmeria Real 
de Madrid, de quelques-unes de ses plus belles pièces, 
ayant fait partie de la célèbre armure de Philippe II 
(voir à ce propos le n' 609 du HiiUelIn . 

Musée de 'Versailles. — 11 faut signaler, parmi 
les récents enrichissements du .Musée de Versailles, 
la donation, faite par M"" Jules Claretie. d'im por- 
trait de .Iules Claretie. par Benjamin-Constant. Il sera 
pincé dans une galerie de l'attique du Nord, consacrée 
aux portraits des écrivains de notre époque, où l'on 
a reçu, récemment, le portrait d'Henri Houssaye, par 
H. Bereny, et celui de Gustave Flaubert, par Giraud. 
On doit y installer aussi le portrait de Stendhal, par 
Si'idermark ilegs Cheriimy), et celui d'Henri Kochefurt, 
peint par Courbet en Suisse, à l'époque où le polé- 
miste revenait de la Nouvelle-Calédonie. 

La nouvelle monnaie de nickel. — Nous avons 
annoncé, il y a quelques mois déjà, ijue lu monnaie 
de bronze et les pièces de nickel de 23 centimes, 
fabriquées en exécution de lu loi du 31 mars 1903, doi- 
vent être retirées de la circulation et remplacées par 
des pirces de nickel de 5, 10 et 25 centimes. 

Ln concours a été ouvert pour la détermination du 
type de la nouvelle monnaie. Ce concours porte sur 
la pièce de 25 centimes. 

Sur les cent dessins qui lui ont été présentés, le 
jury en a retenu dix. Les candidats, admis à cette 
épreuve éliminatoire, ont fait parvenir» la Monnaie : 
un poinçon de la face, un poinçon du revers, deux 
coins de la face et deux coins du revers de la pièce 
de 25 centimes. Des pièces ont été frappées avec les 
coins, l'exposition en a eu lieu cette semaine et le 
jury se prononcera apns examen. 

Le jury, dont lé lluUelin a donné la composition, 
s'est adjoint deux nouveaux membres : M. Bottée, 



ANCIEN ET MODERNE 



51 



graveur, et M. Luc-Olivier Merson, l'un et l'autre dé- 
signés par les concurrents. 

Les dix concurrents retenus sont : M. Vernier, qui 
a pris pour motif un •■ coq gaulois», tourné vers le 
soleil ; M. Varenne, qui a représenté un homme et 
une femme figurant l'Agriculture et l'Industrie ; 
M. Prouvé et M. Delpech, qui ont également employé 
des figures allégoriques ; M. PiUet, qui a montré un 
faisceau surmonté d'un bonnet phrjgien ; M. Peter, 
un paysan près d'une charrue ; M. Becker, une 
balance près d'un bonnet phrygien ; M. Coudray, une 
Uépublique allaitant un enfant ; M. Guis, un cercle 
entouré d'un rameau d'olivier ; et M. Liadauer, un 
cercle surmonté d'un bonnet phrygien. 

Monuments historiques. — Il existe à Villesalem 
(Vienne), une ancienne église désaffectée, possédant 
de belles décorations sculpturales, dont le propriétaire 
négociait la vente à des marchands. La Commission 
des Monuments historiques, saisie à temps, intervint 
et introduisit une instance de classement devant le 
Conseil d'État, en vertu de la nouvelle loi sur les mo- 
numents historiques, que l'Administration des Beaux- 
Arts va appliquer ainsi pour la première fois. On se 
souvient que la disposition essentielle de cette loi 
est de donner à l'État le droit de prononcer impérati- 
vement le classement d'un édifice appartenant à un 
particulier, par voie d'un décret rendu au Conseil 
d'Etat, sauf à payer une indemnité au propriétaire. 

A Dijon. — Le umsée de Dijon vient de s'enrichir 
d'une curieuse peinture deZiem, représentant une vue 
de Dijon, prise des hauteurs dites les Perrières, à 
l'ouest de la ville. Ce tableau anonyme fut découvert 
par M. Gaston Joliet, frère de M. Albert Joliet, con- 
servateur du musée , qui crut y voir la manière 
de Ziem ; présenté au vieux peintre bourguignon, 
celui-ci y reconnut une œuvre de sa jeunesse, 
exécutée en 1822, alors qu'il avait 21 ans et qu'il 
faisait ses études à Dijon, et il authentiqua la pein- 
ture en y apposant sa signature. 

A Nantes. — Des antiquaires étrangers ayant 
voulu acheter un fragment de retable en bois sculpté 
et peint du xv siècle, représentant une Madone avec 
l'Enfant et des figures d'anges, qui se trouve dans la 
cour d'une vieille maison de la rue des Carmes, à 
Nantes, M. P. de Lisle du Dreneuc, conservateur du 
musée Dobrée, se rendit acquéreur du monument. 

11 se pourrait que cette œuvre d'art, au lieu d'être 
transportée au musée Dobrée, fût rachetée par un 
groupe de fidèles et prit place, après agrément de 
1 État, dans la cathédrale de .Vante». 

Société des Amis du 'Vieux Reims. — L'as- 
semblée générale annuelle de la Société des Amis du 
Vieux Reims a eu lieu le samedi 31 janvier dernier. 

Le président, M. Hugues KralTt, en inaugurant à 
cette occasion les locaux supplémentaires, récem- 
ment aménagés au siège social et garnis de nom- 
breux vestiges décoratifs d'art rémois ancien, an- 



nonça aux membres présents que, par décret du 
29 décembre 191.1, la Société des Amis du Vieux 
Heim» avait été reconnue d'utilité publique. 

Le rapport du secrétaire général relata les faits et 
gestes de la Société en 1913. et le rapport du conser- 
vateur constata les achats faits et les dons reçus, dont 
le nombre porte actuellement à 906 les articles de la 
bibliothèque, à 2.016 ceux du lartulaire et à 4.")4ceux 
du musée de la Société. 

Après avoir approuvé les comptes de l'exercice 
écoulé et le projet de budget pour l'année 1914, l'as- 
semblée entendit le rapport relatif au concours de 
photographie, institué en 1913. A la suite de ce con- 
cours, dont le programme imposait des vues inté- 
rieures et extérieures de maisons anciennes ou de 
monuments réiuois, et qui a donné des résultats 
extrêmement intéressants, plusieurs membres de la 
Société ont reçu des médailles d'or ou d'argent. 

A Bruxelles. — Le Salon de la Libre Esthétique 
s'ouvrira au début de mars dans les salles du Musée 
de peinture moderne. 11 comprendra une exposition 
rétrospective du peintre Dario de Uegoyos. Pour 
honorer sa mémoire, la Libre Esthétique groupera 
autour de ses œuvres celles des artistes espagnols 
qui furent ses amis et ses frères d'armes : MM. Zu- 
loaga, J. de Echevarria, II. AngladaCamarasa, José et 
Hamiro Arrue. Raïuon Pichot, Ricardo Canals, Juan 
de la Pena, S. llu3inol,J.Mir, P. Durrio de Madron, etc. 

Une place importante sera réservée à la jeune 
école belge, dont l'orientation nouvelle se précise par 
des œuvres qui, pour n'être peut-être pas définitives, 
méritent néanmoins de fixer par leurs tendances 
l'attention des artistes et du public. 

Quelques envois de peintres étrangers compléteront 
cet intéressant ensemble. 

A 'Venise. — Des travaux de restauration ont été 
entrepris à la chapelle du Rosaire, dans l'église des 
SS. Giovanni e Paolo. (In sait que cette chapelle, 
élevée en souvenir de la bataille de Lépante, fut, 
en grande partie, détruite par un incendie en 186'!. 
On ne tentera pas de reconstituer l'avant-corps de la 
chapelle dont la décoration consistait en peintures et 
en lambris de bois sculpté. Dans le «presbytère" dont 
l'ornementation était faite de marbre et de stuc, on 
limitera la restauration aux parties architectoniques 
sans toucher aux statues ni aux bas-reliefs. Les 
travaux ont été confiés à l'ingénieur Marangoni. qui 
est également chargé de la direction ^es restaurations 
de San Marco. — L. G. 

A New- York. — Un collectionneur américain, 
M. William liigg», vient de donner au Metropolitan 
Muséum de .New-York une riche collection d'armes et 
d'armures de toutes les époques, qu'il a formée pen- 
dant ses longs séjours en Europe. 

Nécrologie. — M. Joseph- Auguste-Êmile Vaudre- 
mer, qui vient de mourir, était né à Paris en 1829. 
Élève de Rlouet et de Gilbert, grand Prix de Ruine en 



52 



LE BULLETIN DE L'ART 



1854, plus tard inspecteur général des Monuments 
historiques et membre du Conseil supérieur des bâti- 
ments civils, il laisse d'admirables uionuments, remar- 
quables à la fois par l'élégance de la ligne et la logique 
de la construction. On lui doit la maison d'arrêt et de 
correction de la Santé, où il s'inspira des principes 
posés par ses maîtres pour la construction des édilices 
pénitenciaires; le groupe scolaire de la rue d'Alésia, 
le lycée Molière, pour les jeunes fllles, à Passy, et le 
lycée Bullon, pour les garçons, boulevard Pasteur; on 
lui doit trois des églises parisiennes, Saint-Pierre de 
Montrouge. son chef-d'œuvre, Notre-Dame d'Auteuil 
et l'église grecque de la rue Bi/et; on lui doit encore 
une chapelle funéraire à Saint-Urice Seine-et-Oise), le 
palais épiscopal de Beauvais, la restauration du Con- 
servatoire des Arts et Métiers (ancien prieuré de Saint- 
Martin-des-Champs), les plans de la cathédrale de 
Marseille, etc. Il restera comme une des plus intéres- 
santes figures de l'architecture française au xix* siècle. 
Membre de l'Académie des beaux-arts depuis 1879, il 
était, depuis 1900, commandeur de la Légion d'hon- 
neur. 

— M. Edmond Tuii/uel. qui vient de mourir à Paris, 
était né à Senlis en 1836. Après avoir fait ses études 
de droit, il entra dans la magistrature, fut élu député 
après la guorre de 1870, et devint en 1879 soussecré- 
taire d'État aux Beaux-Arts; réélu député en 1881, il 
fut de nouveau appelé à ce poste en 1885 et l'occupa 



jusqu'en 1887. C'est lui qui fut amené, M. Armand 
Fallières étant ministre de l'Instruction publique, à 
signer le traité, tout récemment dénoncé, accordant 
à la maison Braun le privilège de la photographie 
dans les Musées nationaux. 

— A Bucarest, vient de mourir, dan» sa soixante- 
quinzième année, Jeati Kalindéro. une des personna- 
lités les plus marquantes etlesplus populaires du pays. 
Ce n'est pas ici le lieu de parler de sa carrière de ma- 
gistral, de son activité d'administrateur des Domaines 
de la Couronne (depuis 1884), ni des ouvrages histo- 
riques qui lui ouvrirent, en 1893, les portes de l'Aca- 
démie roumaine. Il faut se borner à rappeler qu'il 
présida la Commission des monuments historiques 
depuis sa fondation. Sa grande fortune personnelle 
lui permit de prendre une part prépondérante au 
mouvement intellectuel et artistique du pays, en 
premier lieu par les larges subsides dont il encoura- 
geait les jeunes talents : puis, par les riches collec- 
tions qu'il réunit, lien avait encombré sa maison, et 
s'était vu obligé, ces dernières années, de leur cons- 
truire un bâtiment spécial. La Galerie. Kalindéro, qui 
doit revenir àla ville de Bucarest, contientbon nombre 
d'œuvres anciennes, italiennes et françaises, de valeur ; 
mais elle vaut surtout, pour la Roumanie, par un 
choix de peintures de Grigoresco, recueillies par le 
D' Kalindéro, frère du défunt et ami intime du grand 
artiste national. — M. Mtd. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Succession M... [Marchand] 
(tableaux, objets d'artj. — Kaile salle 6, les 2 et 
3 février, par M" Oudard et Baudoin, assistés de 
MM. Sortais, Duchesne et Duplan, et Delteil, cette 
vente a produit 57.900 francs. Une seule enchère 
digne deremaniue : celle de 9. 100 francs, obtenue, 
sur la demande de 6.000 par une gouache de 
Gustave Moreau, la Licorne. 

Succession de la marquise du 'V. . (objets 
d'art, etc.). — Nous avions annoncé également 
cette vente. Dirigée, salle 1, du 2 au 4 février, 
par M" Lericque et MM. Paulme et Lasquin, ellea 
produit 70.000 francs. Ici encore, une seule en- 
chère vaut d'i'tre notée, celle de 6.500 francs, 
réalisée, sur la demande de 5.000, par une table- 



bureau, en bois de placage, ornée de bronzes, 
de l'époque de la Ilégence. 

■Vente de tapisseries, etc. — M* Lair-Dubreuil, 

assisté de MM . Paulme et Lasquin, a dirigé, salle 6, 
le 7 février, une vacation anonyme qui a produit 
5". 000 francs. Deux enchères méritent seules 
d'ôtre signalées : celle de 7.930 francs, obtenue, 
sur la demande de 5.000 francs, par une tapisserie 
flamande de la Régence, à sujet mythologique 
dans un paysage, et celle de 7.825 francs, réalisée 
par deux tapisseries de la même suite, plus petites. 

■Vente Henriette Rodggers (objets d'art, 
etc.). — De cette vacation, dirigée salle U, le 9 cou- 
rant, par M« Lair-Dubreuil et MM. Mannheira et 
Loys Delteil, il nous suffira d'indiquer le total, soit 
29.542 francs, et l'enchère de 4.580 francs obtenue 
sur la demande de 2.000, par une Uble-coifTeuse 



AMCIËN ET MODERNE 



53 



en marqueterie de bois de couleurs, d'époque 
Louis XV, avec bronzes rapportés. Le lit de milieu 
en bois sculpté, que nous avions signalé, n'a pas 
été vendu. 

Vente de tapisseries, etc — M= Lair-Dubreuil, 
assisté de MM. l'aulme et Lasquin et Portier, a 
dirigé le 11 février, salles 5 et 6, une vacation 
anonyme, qui a produit un total d'environ 
100.000 franis. Lne suite de dix panneaux, en 
tapisserie de Bruxelles du xvi« siècle, à sujets de 
l'histoire ancienne, a réalisé 25.000 francs, sur 
la demande de 30.000. Cinq autres panneaux 
flamands, de la même époque, à sujets de chasse, 
pour lesquels il avait été demandé 15.000 francs, 
ont été adjugés 14 000. Six tapisseries d'Au- 
busson, dans le goiit du xvin' siècle, à sujets 
pastoraux, ont été vendus 8.000 francs. Notons 
encore le prix de 4.600 francs, pour une verdure 
en Aubussori du xvii" siècle. 

Vente de tableaux modernes. — Une seule 
enchère mérite d'être signalée parmi les résul- 
tats d'une vente anonyme de tableaux et dessins 
modernes, à laquelle ont procédé, salle 10, 
M" iiaudoin et MM. (iraat et Madoulé, le 11 février 
également. C'est le prix de 4.800 francs, obtenu 
par une aquarelle de Lucien Simon : Pendant te 
prêche. 

Cette vacation a produit 36.756 francs. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Collection 
Fitzhenry (Objets d'art, etc.). — Nous avons 
déjà signalé la vente que dirigeront, salles 7 et 8, 
du 18 au 21 courant, M= l^air-Dubreuil assisté de 
MM. Mannheim et Léman, des objets d'art et de 
curiosité dépendant de la succession de M. Fitz- 
henry. Dans les cinq cent et quelques numéros 
qu'enregistre le catalogue illustré publié à cette 
occasion, on remarquera surtout une réunion de 
miniatures, certaines signées : Sicard, Labille- 
Guyard, Augustin, etc ; un tableau par Heinsius, le 
Portrait présumé d'Eugène de Beauharnais, enfant ; 
et parmi les objets de haute curiosité, une custode 
en émail peint de Limoges, du xvi" siècle, à 
sujets religieux; un petit monument en buis 
sculpté d'art allemand de la mi'me époque, à 
nombreux personnages et deux coupes en ambre 
sculpté du xvn* siècle. La plupart des objets com- 
posant cette vente ont figuré au Musée des Arts 
décoratifs à Paris, prêtés temporairement par le 
collectionneur anglais qui fut un des bienfaiteurs . 
de ce musée. 

Tableaux et objets d'art. — 11 faut signaler 
les deux ventes de tableaux anciens et modernes, 



qui seront dirigées, la semaine prochaine, par 
M» H. Baudoin : la première, le 18 février, avec 
M. J. Ferai, comme expert, comprend un certain 
nombre de peintures, des écoles flamande et 
française pour la plupart, avec les noms de 
N. Berghem, C. Coypel, l.eprince, Rigaud, Diaz, 
Troyoïi, etc. ; la seconde, les 20 et 21 février, avec 
M. (j. Sortais et M. E. Pape, se compose de pein- 
tures, d'objets d'art et d'ameublement, de porce- 
laines et bibelots, le tout provenant du chdteau 
de R... 

M. N. 
ESTAMPES 

A Paris. — Vente d'estampes du XVIII' siè- 
cle. — La vente que nous avions annoncée comme 
devant être faite le 5 février, par M° A. Des- 
vougesetM. L. Delteil, a pris fin sur un total de 
70.414 francs. 

Il faut tirer de pair le prix de 9.100 francs, 
obtenu par le n» 62, les Deux baisers, gravé en 
couleurs par Debucourt, avec grandes marges; 
et celui de 4.100 francs, pour une épreuve avant 
la lettre et avant le fleuron des Hazards heureux 
de l'escarpolette, gravé par N. de Launay, d'après 
Fragonard (no 98). 

— Une autre vente d'estampes du xvui« siècle 
a été faite, le 6 février, par M" Lair-Dubreuil et 
MM. Paulme et Lasquin; elle a produit 63.065 
francs. 

On ne trouve guère à retenir que le prix de 
.■!.500 francs pour deux pièces en couleur d'après 
Morland, Industry, Idleness (n"' 196-197), celui 
de 2.900 francs pour deux Pastorales, pendants 
gravés en couleur par Demarteau, d'après J.-B. 
Huet (n» 77); et celui de 2.350 francs pour trois 
pièces gravées en couleur par Bonnet (xi°' 35-37) : 
Vénus et l'Amour, la Chemise enlevée, les Trois 
Grâces. 

Dans ces deux ventes, de nombreuses pièces 
ont dépassé l'enchère de 1.000 francs; mais 
nous n'avons pas la place pour les signaler. 

R. G. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



La Société moderne (galerie Devambez). — 
Chez Durand-Ruel, les comparaisons devenaient 
trop dangereuses, dans un musée de l'impres- 
sionnisme, au milieu de morceaux choisis par le 
goût et déjà patines par le temps... Ici, la jeune 
Société parait plus « moderne », sans rien nous 
proposer, toutefois, de nouveau ; plus d'invité 



'6i 



LE BULLETIN DE L'ART 



magistral, ni de sociétaires inquiétants : ce 
sixième hiver est de tout repos; les délicats n'y 
semblent pas trop souffrir du voisinage des 
violents. Ceux-ci persévèrent dans la synthèse 
brutale : M. Lemordant, lidèle à la Bretagne des 
lourdes Bigoudènes aux tabliers multicolores; 
M. Carrera, séduit par l'Extrême-Orient de Gau- 
guin, comme nos musiciens avides d'harmonies 
rares et de fausses notes; M. Suréda, plus sobre, 
au pays mauresque; M. Georges Dorignac, dessi- 
nateur à l'instinct décoratif; M. Claude Rameau, 
paysagiste, qui n'est pas en progrès. Serait-ce pour 
nous démontrer que le vieil Hiroshighé fut « le 
premier des impressionnistes » moins par l'ana- 
lyse de l'atmosphère que par la simplification des 
lignes, mais, en plein Occident, M. Âlluaud réalise, 
en teintes plates, un paysage japonais. Autour du 
poète Francis Auburtin, la délicatesse un peu 
grise appelle MM. Marret, Vauthrin, Maurice Eliot, 
William Horton et sa Vue de Vevey, se colore au 
soleil de M. Paul Madeline, s'arrête aux plages 
bretonnes avec M. Morisset, préfère les parfums 
du home avec M. Paul Renaudot, moins ambitieux 
que M. William Malherbe, éclaircit les tables 
fleuries par M. Abel Truchet, empourpre les fleurs 
de M""" Galtier-Boissière ou se divertit malicieu- 
sement dans une aquarelle de M. Drésa. Trois 
noms résument les tendances de la sculp- 
ture: M. Henry Bouchard, assez vigoureux pour 
réconcilier le savoir classique et la vie moderne; 
M. Quillivic, lourdement décadent; M. Berthoud, 
maniéré. Les bijoux de M. Uivaud sont là pour 
nous rappeler que la sûreté du métier fait partie 
de la probité de l'art. 

Société des Peintres orientalistes français 
et quatre Salons d'hiver au Orand-Palais. — 

Tandis que l'hiver de la nature a la tiédeur dorée 
d'un avril, la tristesse glaciale du (irand-Palais 
n'est pas réchauffée par la peinture qui l'en- 
combre : à quoi bon, dans ces demi-ténèbres, le 
onzième et pénible .Salon dit de l'École française, 
le quatorzième Salon d'hiver constitué par l'As- 
sociation syndicale professionnelle des peintres 
et sculpteurs français, et ce trente-troisième 
Salon de l'Union des Femmes peintres et sculp- 
teurs, dont on n'avait pas besoin pour apprendre 
que M"»" Madeleine Carpenlier, Blanche Moria, 
Bourgonnier-Claude et Suzanne Minier sont des 
artistes ? Et serait-il inconvenant de souhaiter un 
cadre meilleur à la vingt-deuxième affirmation 
de nos Orientalistes, trop nombreux aussi, mais 
toajonrs intéressants? 



Ils sont trop, parce que la peinture est le mal 
du siècle; mais, ici, dans un millier d'envois, 
l'art a vite reconnu les siens, l'oint de rétrospec- 
tive, cette année, pour montrer à la curiosité du 
présent le beau passé romantique des héritiers 
d'Eugène Delacroix, Chassériau, Dehodencq, ou 
la science ethnographique et lumineuse d'un 
Léon Belly; mais l'Orient lui-même, en face de 
l'Occident qui l'explore, et toute une salle réser- 
vée par M. Léonce Bénédite à l'École de Calcutta : 
parmi des objets d'art ancien, bronzes, étoffes, 
instruments de musique ou copies de fresque, 
un art local moderne, inspiré par le souvenir de 
la miniature persane, où la légende est habituelle 
et le portrait rare; et les enluminures de ce 
Tagore, dont M"" Andrée Karpelès nous a trans- 
mis les traits, semblent avoir influencé l'illus- 
trateur de Badourah, M. Edmond Dulac. 

C'est notre Algérie réelle, plutôt que l'Inde 
rêvée, qui retient nos observateurs : le peintre 
Henry d'Estienne, quittant l'Amirauté d'Alger 
pour les ruelles lointaines de Bou-Sa.ïda, paysa- 
giste des heures respirables et lin portraitiste au 
pastel des jeunes beautés tatouées; les boursiers, 
MM. .Migonney, Charles Dufresne, un Breton sur- 
tout, le graveur Adolphe Beaufrère, qui saisit le 
style d'un site lumineux dans un croquis à l'eau- 
forte ou taillé sur bois; .M. Léon Cauvy, dans les 
marchés ou les cafés maures; M. Suréda, dans 
l'ombre des quartiers juifs; M. ûabat, confident 
des danseuses rouges; M. Morerod, remarquable 
interrogateur du caractère, en Espagne autant 
qu'au Maroc; M. Maufra, qui descend toujours 
vers la lumière; M"» Suzanne Crépin, talent 
décoratif et spirituellement français sous le ciel 
de feu du Sénégal ; les paysagistes Henri Dabadie, 
Jacques Simon, Richard Black, Amédée Buffet, 
moins romantiques que M. Sydney Adamson au 
Cimetière d'Eyouh; le statuaire P.-M. l'oisson, 
dont les nerveux petits bronzes ne sont pas 
écrasés par la puissance musclée de M. Herbert 
Ward. Loin des peintres habituels de Venise, 
l'Espagne nous envoie deux sombres primitifs, 
les frères de Zubiaurre, Valentin, plus concentré 
que Bamon, au pays basque; et, sans quitter son 
Ile-Saint-Louis, le peintre-sculpteur Emile Ber- 
nard a pu faire le portrait de la danseuse persane 
Annène Ohanian, qui détrône dans les caprices 
de la mode le triomphal souvenir de Matahari. 

Jacques-Emile Blanche [galerie Bernheim 
Jeune). — Une note, au catalogue, nous prévient 
que cette exposition restreinte ne devait com- 



ANCIEN ET MODERNE 



S5 



porter que des études d'Angleterre ou d'Italie, 
ces claires vues de Londres ou de Venise où le 
plus t'Tudit do nos peintres a recomposé ses 
impressions dans un bain d'ambre et d'or où 
Constable et Bonington respireraient tout à loisir 
un air aristocratique; mais, vu le nombre insuf- 
fisant de ces études, « on a cru devoir ajouter 
des Heurs et des visages» : ces figures sont des 
portraits datés de 1913, qui nous prouvent qu'un 
virtuose de la psychologie boldinise avec goût, 
quand il lui plaît; et les yeux ne seraient pas 
surpris de retrouver la hautaine silhouette de 
cette jeune princesse ou la désinvolture musquée 
de M. Jean Cocteau parmi les élégants de la place 
Saint-Marc, «à l'heure du thé», par un temps 

gris. 

Raymond Bouykr. 



NOTES & DOCUMENTS 



Sur un bas-relief du Louvre 
attribué à Francesco Francia. , 

Dans la salle de la sculpture italienne, au 
Musée du Louvre, est exposé un beau relief -de 
bronze où est figuré, dans un style précis, déli- 
cat et sobre à la fois, le buste du cardinal Fran- 
cesco Alidosi. Cette œuvre excellente est attribuée 
à Francesco Francia (1), qui, on le sait, aimait 
signer ses peintures : francia avrikex, tenant à 
rappeler ainsi qu'il avait été orfèvre avant d'être 
peintre, — et le beau bronze du Louvre a bien 
tous les traits d'un relief d'orfèvre. 

Au demeurant, Vasari nous raconte que le 
Francia était un artiste universel, et il insiste, 
notamment, sur les médailles qu'on lui doit. Ces 
médailles, l'artiste bolonais ne les a pas signées; 
aussi, les historiens de la médaille italienne se 
sont-ils tous attachés à les identitier; et, préci- 
sément, il existe une très belle médaille du car- 
dinal Alidosi que Friedliender, suivi par Armand, 
a attribuée au Francia. Sans doute, plusieurs 
auteurs, liode notamment, ont combattu cette 
attribution. Elle n'en est pas moins passée dans 
l'usage, tous les rédacteurs des catalogues de 
ventes l'ont adoptée, et il est évident que, si le 
relief de bronze du Louvre est donné comme un 
ouvrage de F'rancesco Francia, c'est qu'il est 

(1) A. Saglio, l'Art, 1893, I, p. 125. 



nécessairement de la même main que la mé- 
daille : en effet, le portrait du cardinal est si 
pareil de style et d'aspect dans les deux monu- 
ments, qu'affirmer que le relief est un premier 
modèle exécuté d'après nature, par l'artiste, en 
vue de sa médaille, serait à peine une hypothèse. 

Donc, relief et médaille n'ont qu'un seul et 
même auteur. Mais cet auteur est-il Francesco 
Francia ? A cela, une remarque permet de ré- 
pondre, avec la plus grande certitude : non. 

H existe une autre médaille tellement iden- 
tique de style à celle de Francesco Alidosi, que 
tous les auteurs ont noté cette identité et l'ont 
attribuée au même maître : c'est celle de Ber- 
nardo Rossi, évéque de Trévise, de 1499 à 1527, 
médaille d'un beau caractère, net et savant, que 
les catalogues de vente, suivant en cela Armand, 
donnent régulièrement comme une œuvre du 
Francia, précisément à cause de sa similitude 
avec celle d'Alidosi. Cette similitude est d'ail- 
leurs des plus convaincantes : impossible de 
disjoindre les deux pièces. Aussi bien les revers 
que les effigies révèlent, de la façon la plus expli- 
cite, le faire d'un même artiste. Aux deux revers, 
on voit un char d'une forme très particulière, 
un aigle battant des ailes, pareillement dessiné 
et modelé (1). La lettre même et le grènetia se 
ressemblent étroitement sur les deux médailles. 
Bref, en les attribuant à un seul médailleur, on 
ne fait qu'obéir à l'évidence. 

Mais, si l'on examine celle de Bernardo Rossi, 
qu'y remarque-t-on? Que la légende lui donne 
le titre de vice-légat de Bologne : bbh . hv .co.u. 

KPS . TAR . LE . BO . VlC . GV . KT . PRAE., c'cSt-à-dlre 

Bernardus Rubcus, cornes Berceti, episcopus Tarvi- 
ainus, legationis Bononiensis vice gubernator et 
praeses, transcription qui nous est certifiée par 
l'inscription funéraire de Bernardo Rossi, qu'on 
voit à Trévise et que rapporte Cappelletti (2). On 
remarque encore que la légende du revers : Ob 
virtutes in Flaminiam restitutas, fait allusion aux 
fonctions que Bernardo Rossi eut en Romagne 
(provincia Flaminia), où le pape le nomma légat 
en I'dIT. Or, que suit-il de ces remarques? C'est 
que la médaille n'est pas antérieure à 1519 
et date très probablement de cette année-là : en 



(1) Dans le relief du Louvre, des aigles sembinbie» 
ornent le cartouche où est inscrit le nom du cardinal. 

(2) Cappellelli. Cliiese d'Italia, X, p. 683 sqq. « ller- 
vardo fiiibeo Com. Berceti episcopo Taroisino sub 
Leone Xpont. max. Urbispraefect.paulopost universae 
Flaminiae praesid, llononiae simul Proteg », etc. 



56 



LE BULLETIN DE L'ART 



effet, c'est en 1319, qu'à la mort du vice-légat de 
Bologne, Lorenzo Flisco, Bernardo Rossi fut 
nommé à sa place, et, probablement, en raison 
des services qu'il avait rendus en Romagne, 
06 virtutea in Flaminiam restitutas, et de la fer- 
meté, allant jusqu'à la hauteur et à la dureté, 
dont il y avait fait preuve (1). Mais Francesco 
Francia est mort le 6 juin 1517 (1818, nouveau 
style) (2). 11 n'a donc pu exécuter la médaille de 
Bernardo Rossi (3). 

On voit la conséquence de ces remarques. 
Puisque la médaille de Bernardo Rossi ne peut 
(Hre de Francesco Francia, celle du cardinal 
Francesco Alidosi n'est pas de lui, elle non plus, 
etle relief du Louvre ne saurait donc Hre attribué 
à l'artiste (4). Francesco Francia a laissé des fils 
qui pratiquèrent son art, et il est permis de se 
demander si les œuvres que nous retirons à leur 
père pourraient leur être attribuées, encore 
qu'ils fussent jeunes à la mort du cardinal Ali- 
dosi (tué en 1511, et dont la médaille doit dater 
de 1507). Le but de cette note n'est pas, d'ail- 
leurs, d'émettre une hypothèse quelconque au 
sujet des trois monuments dont nous avons 
parlé, mais seulement de ruiner, d'une façon 
définitive, celle qui avait cours jusqu'ici (5). 

Jf.a."« de Foville. 



(1) PompeoYhani, Historia, {Bologne, 1596).Certani, 
La Verità vendicala, etc. (Bologne, 1659), p. 301 sqq. 
Litta, Famigle celebri ilaliane, Rossi. 

(2) Caivi, Memorie inlorno a Fr. Francia (Bologne, 
1812), etMllaaesi.p. 547, n. 4, de son édition de Vasarj, 
Vite, etc., t. III. 

(3) Cornélius de Fabriczy en avait déjà fait la 
remarque en passant (Medaillen der ital. Ren., 
p. 45). mais sans en tirer toutes les déductions qu'elle 
entraîne. > 

(4) On a quelquefois attribué à Francesco l'Yancia 
les belles médailles de Musotti et de Toniuiaso Hug- 
gieri, tous deux de Bologne. Sans entrer dans la 
discussion de cette hypothèse, notons que les portraits 
de ces deu.x Bolonais dilTèrent profondément de ceux 
d'Alidosi et de Bernardo Rossi : ces médailles for- 
ment donc deux groupes qu'il serait impossible 
d'attribuer à un seul artiste. Donc, en retirant au 
Francia VAUdosi et le Rossi, nous ne touchons pas 
au problème que suscitent le Uusotli et le Ruggieri. 

(5) M. Ad. Venturi [VArle, 1904, p. 470, et St. delV 
art. il., VI. p. 799) tend également à retirer au Francia 
les médailles d'Alidosi et de Uossi. et, par conséquent, 
le relief du Louvre, mais pour des raisons de style, la 
médaille de Rossi lui semblant une œuvre du plein 
xvi* siècle. Cet argument est toutefois insulhsant. à 
lui seul, puisque la médaille d'Alidosi, identique de 
style à celle de Rossi, date de la période 1507-1511, et 
probablement de 1507, dix ans avant la mort de 
Francia. 



LES REVUES 



Franck 

Revue des deux mondes (1*' janvier). — Maurice 
Bahrés. La grande pitié des églises de France. — 
C'est le troisième article sur la campagne entreprise 
par M. Barrés en faveur des églises menacées de ruine 
par suite de la loi de Séparation. Les deux premiers 
ont été précédemment analysés ici-mème (n* 605). 

Ce troisième article continue J'expose de la cam- 
pagne menée par le député de Paris en 1912 : cam- 
pagne personnelle dans les couloirs de la Chambre, 
réunion faite à Caen, sur l'initiative de M. F. Enge- 
rand, et qui groupait sur l'estrade, aux côtés du 
maire radical de la ville et de l'évoque de Bayeux, 
des professeurs, des hommes politiques, tous réunis 
pour affirmer, en dehors de toute division politique, 
que les églises de France devaient être sauvées. 

Le deuxième discours des églises fut prononcé le 
25 novembre 1912. On le trouvera tout au long dans 
Iq chapitre suivant. 11 a été analysé ici à son heure, 
ainsi que l'intervention de M. Sembat en faveur de 
la thèse de M. Barrés et la réponse du ministre de 
l'Intérieur, M. Steeg. On sait aussi les résultats du 
vote sur l'ordre du jour pur et simple proposé par le 
gouvernement, et qu'il eût suffit de déplacer treize 
voix pour sauver les églises. 

(13 janvier). — Le quatrième article raconte des 
événements qui sont d'hier : l'histoire de la caisse des 
monuments historiques, et le troisième discours des 
églises, prononcé le 13 mars 1913, quand le texte 
vint en discussion. M. Maurice Barrés parla d'abord 
contre l'amendement Landry-Honnorat qui créait une 
caisse pour les monuments classés et une pour les 
non classés, mais sans rien demander à l'État pour 
l'une ni pour l'autre; le député de Paris déposa un 
sous-amendement, modifiant la proposition de ses 
deux collègues et donnant des droits aux particuliers 
contre les communes. Le sous-amendement fut 
repoussé; M. Barrés se rallia alors à l'amendement 
Landry qui fut adopté. 

(1" février). — L'article s'ouvre par l'ignoble his- 
toire des « uccroupis de Vendôme», qu'on a lue à 
son heure dans les Échos du bulletin. 

M. Barrés, en guise de conclusion, reproduit sa 
belle lettre à Charles Le Goffic, qui lui avait demandé 
d'intervenir en faveur des cimetières bretons. « L'in- 
telligence française, lui dit-il, a sauvé son honneur 
en se dressant contre les barbares devant l'église du 
village. En cela un résultat certain a été obtenu, et les 
parlementaires se sentiront mal à l'aise datlicher trop 
claircmentun désaccord avec l'élite des pcnseurset des 
artistes de notre pays. » Mais, pour lui, la sauvegarde 
de l'église, c'est la continuité de la vie religieuse au 
village : « les églises de France ont besoin de saints ». 

Le Gérant : H. Dinis. 

Pari*. — Imp. Georges Petit, it, rue (jodot-de-Mauroi. 



Numéro 613. 



y 7 

Samedi 21 Février 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 



ANCIEN ET MODERNE 



La Photographie 
dans les Musées nationaux (^) 



Le Droit de reproduction. 

Une jurisprudence a fini par s'établir sur la 
protection due à la reproduction des photogra- 
phies; mais cette jurisprudence varie avec les 
pays, selon qu'on a considéré ou non la photo- 
graphie comme une œuvre d'art. Tantôt, ce pro- 
cédé est assimilé aux œuvres artistiques, comme 
en Angleterre, où le délai de protection s'étend 
sur cinquante années; tantôt, il a paru inad- 
missible de faire bénéficier la photographie des 
mômes droits que la peinture, et alors le délai 
ne dépasse pas cinq ans (Hongrie, Danemark, 
Suède, etc.), ou dix ans (Allemagne, Autriche); 
tantôt, enfin, la question de principe n'a pas été 
tranchée, et les tribunaux examinent chaque cas 
en particulier, pour décider d'abord si la photo- 
graphie relève ou non de l'œuvre d'art (France, 
Belgique, Italie). 

Quand il s'est agi de fixer un délai de protection, 
en Allemagne, on a envisagé certaines reproduc- 
tions photographiques dont le grand intérêt est, 
avant tout, de rendre accessibles au plus grand 
nombre, sous une forme convenable, les œuvres 
d'art étrangères; on a estimé que les photogra- 
phies de cette espèce méritaient d'être protégées, 
mais sans qu'il faille aller, pour cela, jusqu'à 
créer en leur faveur un monopole qui contredi- 
rait à leurobjetmême de vulgarisation artistique; 
c'est pourquoi on a limité la protection à dix ans, 
à partir de la création du cliché négatif ou de la 
publication de l'épreuve. La difficulté reste, 
pour les intéressés, — et c'est à la résoudre que 
le Congrès international des éditeurs emploie 
tous ses efforts, — d'obtenir pratiquement un 
moyen de contrôle permettant de savoir quand 
un cliché n'est plus sous le coup de la protection 
et tombe, comme on dit, dans le domaine public. 

(1) 3- article. Voir les n" 6H et 612 du Bulletin. 



Il serait infiniment souhaitable que la juris- 
prudence de notre pays reçût quelques précisions. 
Ou ne verrait plus certaines maisons d'éditions 
photographiques frapper leurs épreuves d'un droit 
de reproduction perpétuel, contre lequel on ne 
saurait trop protester. Quand bien même, en effet, 
la valeur d'art de ces épreuves serait indiscutable, 
n'est-il pas inique d'étendre ad perpetuum la 
protection d'un produit obtenu objectivement, 
comme un cliché, alors que la protection des 
œuvres d'art, de création purement subjective, 
est liée à la vie de leur auteur et s'éteint un cer- 
tain nombre d'années après la mort de celui-ci? 

Enfin, si le droit de reproduction de la photo- 
graphie est un abus en soi, un obstacle à l'illus- 
tration des revues et des livres d'art, une entrave 
à la vulgarisation artistique, comment admettre 
que cette taxe arbitraire puisse s'appliquer aux 
épreuves vendues par la maison concessionnaire 
du privilège de photographier dans les Musées 
nationaux? Elle a le monopole de reproduire les 
peintures et les sculptures du Louvre, et cela 
depuis trente ans; et elle impose un droit de 
dix francs par épreuve à qui veut utiliser dans un 
journal ou dans un livre le cliché qu'elle est seule 
à pouvoir exécuter. Si bien qu'il n'y a rien de si 
coûteux à acheter ou à publier chez nous que 
la photographie des œuvres d'art appartenant au 
patrimoine national. 

E. D. 

P.-S. — Nous avons reçu de la maison Braun 
une demande de rectification portant sur un 
pointde notre dernier article, le Prix des épreuves, 
rectification que nous insérons bien volontiers : 

<i On peut trouver au Louvre et dans les Musées 
nationaux des épreuves photographiques aux sels 
d'argent, format 24x30, d'après les peintures, 
sculptures ou objets d'art, à 1 fr. bO et non 
3 francs; — des épreuves de même format, au 
charbon, à 5 francs et non 6 francs; — et des 
héliogravures 11x15, sur marges 17x25, à 
1 franc ». 

Les prix de 1883 ont donc subi une réduc- 



m 



LE BULLETIN DE L'ART 



tion. Ils restent pourtant encore deux fois plus 
élevés que ceux de la maison italienne que nous 
citions dqns notre article, et quj, elje, n'a aucun 
privilège. 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



I^égiQn d'honneur. — Par décret en date du 
H février, rendu sur la proposition du ministre de 
l'Instruction publique, M- Georges Costeau, artiste 
peintre, a été nommé chevalier de la Légion d'honneur 

Académie des beaux-arts (séance du H février). 
— Voici les noms des candidats qui ont subi avec 
succès la première épreuve du concours Roux. 

Peinture. — MM. Doœergue (élève de MM, Hum- 
bert et Flameng), Lagrange (élève de M, Cormon), 
Parera (élève de M- Gabriel Ferrier). 

Sculpture. — MM. Grange (élève de M. Injalbert), 
Lavrilier (élève de M. Injalbert), Mathey (élève de 
M. Injalbert), Moncassin (élève de M, A. Mercié). 

Architecture. — MM. Castel (élève de M. Bernier). 
Ferrand' (élève de M. Laloux), Delaon (élève de 
M. Laloux). 

Gravure, -r- MM. Guillez (élève de M. Donnât), 
Godart (élève de M. 'Waltner), Berthaud (élève de 
M. Waltner). 

Miniature. ~r M, IJuet (él^ve de M- L.-O. Mersqn), 
M"' Chartran (élève de M. Ilurabert), M"" Martin- 
Uegniard (élève de M- Humbert). 

Le jugement définitif sera rendu le 10 octobre. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 13 février), -r- M. Cagnat donne lecture 
d'une lettre de M. L.-A. Constans, membre de l'École 
française de Rome, relative à la découverte faite par 
M. Boni, sur le Palatin, d'un oavean que le savant 
italien croit être le munciua civitalis palatinae, la 
fosse dans laquelle, lors de la fondation d'une ville, 
on jetait quelques objets de bon augure. 

— Les autres communications relèvent de l'histoire 
littéraire et de la philologie. 

Société nationale des Antiquaires de France 
(séance du U février), -t }i. Awédée Boinet lit une 
étude sur les stalles de ta cathédrale de Poitiers 
(xiii* siècle), dont les panneaux du fond présentent 
un intérêt tout particulier i^u point de vue iconogra- 
phique et (Jonqent lieu à des comparaisons avec les 
sculptures du portail des églises contemporaine». 

— M. N. Valois présente la copie d'un couteau de 
poche, découvert récemment dans le cimetière galto- 
romain des Longues-Raies, à Boissons. 

— M. de Mély fait passer sous les yeux de la 
Société ta photographie d'une fresque de Saint-Biaise 



de Brunswick représentant la Danse de Salorné et 
portant une inscription chronogfammatique donnant 
la date de 1246, qui convient parfaitement aux carac- 
tères archéologiques de la fresque. 

— M. J. Roman présente l'empreinte de la matrice 
d'un sceau appartenant à M"' la comtesse de Rof- 
fignac, à Périgueux, et qui date du xiv siècle. Il 
représente une cage contenant un oiseau. 

— M. Louis Châtelain communique les photogra- 
phies d'une statue d'Escutape qu'il a découverte à 
Macta, en Tunisie, au cours de ses dernières fouilles. 

Société de l'histoire de l'^rt français (séance 
du 6 février). — M"' IngersolUSmouse communique 
des notes sur un certain nombre d'oeuvres de Iloudon 
conservées en Amérique. 

— M. Paul Vitry ajoute quelques détails sur ces 
œuvres. 

Société d'iconographie parisienne i séance du 

30 janvier) — M. Cherrier présente cinquante-sept 
boutons d'habits, ornés de gravures en couleurs pu 
rehaussées au pinceau, représentant des vues de Paris 
à la fin du XVIII* siècle et (Jes vues des châteaux de 
Chpisy et de Bellevue. 

— M. René Farge évoque la physionomie du Palais- 
Royal à la fin du xviii' siècle. On sait que les docu- 
ments relatifs aux boutiques de ce coin de Paris, 
autrefois si fréquenté, sont très rares. Il faut remon- 
ter à 1786 pour en retrouver trace dans un petit 
volume : les Délices du Palais- Royal, orné de dou2e 
figures de Dambron, gravées par Queverdo. fi'ast 
d'après un exemplaire de cet almanach, appartenant 
à M. de Savigny de Moneorps, qu'il a été possible à 
M- Fsrge de présenter des vues du salqn de Curtiuty 
du théâtre des Comédiens de hois, da café du Caveau, 
ouvert par Dubuisson en 1783, du théâtre Séraphin 
de 1785, des Bains de santé, etc. 

— A la suite de cette communication, et en manière 
de conclusion, M. Farge a proposé à la Société, qui 
l'a adopté à l'unanimité, le vœu suivant : 

« La Société d'Iconographie parisienne, émue par 
le projet présenté au Conseil municipal de Pari», le 

31 décembre 1913 et adopté le môme jour par cette 
assemblée, qui s'est déclarée favorable à l'ouverturp, 
dans l'axe de la Bourse du Commerce, et à la hauteur 
des dernières arcade» du Palaii-Royal, d'une voie 
publique reliant la rue Crois-des-Petits-Champs à la 
rue de Valois et pouvant se prolonger, à travers tes 
jardins du Palais-Royal, pour aboutir à l'avenue de 
l'Opéra, émet le vœu : 

1* que, conformément aux prévisions du rapport 
de M. Chérioux au Conseil municipal de Pari», cette 
voie nouvelle reste inaccessible aux voiture» dan» sa 
traverȎe du jardin du Palais-Royal ; 

« a» que l'ouverture à la circulalinn des bâtiments 
du Pqlais-Royat faisant f^ce à la nouvelle voie n'en- 
traîne aucune modification de l'aspect extérieur de» 
arcadts i 



ANCIEN ET MODERNE 



6» 



" 3° que l'aspect du jardin lui-même ne subisse 
aucune atteinte par la construction d'un mur, d'une 
grille ou de toute autre barrière destinée à séparer le 
jardin de la nouvelle voie publique ». 

Congrès des Sociétés d'histoire de PaHs. ^ 

Le prochain Congrès dés Sociétés d'histoire de t'arin 
se tiendra, au mois de mai, dans les nouveaux locaux 
de la Bibliothèque Le Pelelier de Saint-Fargeau. rue 
de Sévigné. 

Présidée par M. Jules Guiffrey, membre de l'Institut, 
la Commission permanente d'organisation, formée à 
la suite du CongrÔS de l'an dernier, vient de publier 
une liste des questions qu'elle soumet aux études des 
membres des diverses Sociétés parisiennes. 

Ces questions sont divisées en deux sections. La 
première, la section d'histoire, comprend les mono- 
graphies des rues de la capitale, les travaux sur les 
anciens cimetières, les foires disparues, les jardins 
d'autrefois, les moyens de transport de jadis, les 
numérotages des maisons, la voirie urbaine et fluviale, 
les études sur les anciens membres des corps muni- 
cipaux. La deuxième section, celle d'archéologie, 
réunira les communications sur les monuaients dis- 
parus, les vieux hôtels démolis ou menacés de démo- 
lition, les statues, enseignes, fontaines qui survivent 
encore, les monographies des îiiicleftS corps de métief, 
'étude des œuvres d'art TOnSerVées dans les églises, 
cimetières ou théâtres. 

Le Budget des Beaux-Arts. — Le rapport sur 
le budget des Beaux-Arts, dû à M. Simyan, a été 
distribué à la Chambre des Députés le 13 février. 

Le budget des Beaux-Arts à été expédié daiis la 
Séance da matitt du lî février, autant vaut dire sans 
discussion. Il y a eu quelques « échanges de vues » 
sur la reconstruction de l'École des arts décoratifs, 
sur les théâtres subventionnés, sur les concerts popu- 
laires de la salle du Jeu de paume des Tuileries, sur 
l'autonomie des manufactures des Gobelins et de 
Beauvais, sur le Mont Saint-Michel, et sur la sur- 
veillance des gisements préhistoriques. 

En ce qui concerne la coupure de la digue du 
Mont Saint-Michel, retenons cette déclaration du 
sous-secrétaire d'État des Beaux-Arts : « le projet est 
revenu des Travaux publics et sera incessamment 
déposé ». 

Manufactute des Gobelliis. — Les ateliers de 
haute lisse de la Manufacture des GobelinS travaillent 
èh ce moment à l'exécution de plusieurs tapisseries, 
d'après des cartons d'artistes contemporains, qui sont: 
le Général José de San Martin au passage des Andes, 
par Roll, tapisserie destinée à la République Argen- 
tine; Toulouse, par II. Rachou, poUr le Capitole de 
Toulouse; la Bretagne, par Raflaclli, pour le Parle- 
ment de Rennes; les Pàmprts, par Jules Ghéret; la 
Bourgogne, par Louis Attquetitt; Psyché servie par 
lés Grdees, par Zo, pouHe Luxembourg; la Bélin au 



boit dormant, d'après ieitx Vebet; des écrans et des 
paravents pAr Félix Bracquemond. 

La Chancellerie d'Orléans. — On sait que l'admi' 
rable hôtel du xvm' siècle qu'est la Chancellerie 
d'Orléans .se trouve menacé d'être jeté bas pour faire 
place à la fameuse rue nouvelle qui, partant de la 
Bourse du commerce, aboutira au Palais-Royal. On 
sait aliisi ^ et le Bulletin a cité, datis Soti n- 609, 
le passage du tapport présenté sur celle question, 
par M. Chérioux, au Conseil municipal — que, pour 
faire excuser la déniolilion de cette belle demeure, 
on a prétendu qu'elle bê niourfait paS tout entière, 
puisque la Banque de France devait recueillir tout 
ce qu'elle renferuie d'intéressant ! « Qu'on ne se dé- 
sole qu'à demi, a dit en substance M. Chérioux, 
puisqu'il restera ainsi quelque chose de la Ch&ûcel- 
lerie, alors que son propriétaire eftl très bien pu la 
raser, après avoir dispersé les peintures de Goypel et 
les décorations de Boffrand. » 

M. Chérioux ne nous dirait pas qu'il aurait été 
possible et facile de S'opposer à Cêâ sauvages desseins, 
à supposer que le propriétaire les eût formés : c'était 
tout simplement de recourir au classement du vieil 
hôtel comme monument historique. 

Or, on annonce que, dans une de ses dernières 
séances, la Commission des monuments historiques 
s'est prononcée à l'unanimité en faveur de ce clas- 
sement. 

La Monnaie de Nickel. — Le jury du concours 
pour la monnaie de nickel a fait connaître jeudi son 
jugement. 

Il a attribué le premier prix (20.000 fr.) à M. E. Lin- 
dauer, le deuxième prix (2.000 fr.) à M. Peter, et le 
troisième prix (1.000 ff.) à M. Becker. 

Le projet dii lauréàl, M. Llhdauet-, comporte âl'avèr», 
dans l'encadrement d'une couronne de chêne et de lau^ 
rier, lès initiales R. F. séparées par le disque central 
de la pièce perforée, et surmontées du bonnet phry- 
gien ; au revers, le chiffre de la valeur, entre la devise 
républicaine et la date d'émission. 

A Annecy. -^ On Sait qU'uh monument doll ètïe 
élevé, à Annecy, à la mémoire de saint François de 
Sales. C'est l'Académie florimontarte, fondée en 1606 
par le saint évêque de Genève, qui a pris l'initiative 
de cette érection. Elle avait ouvert, à cet elfet, un 
concours auquel quinze artistes ont répondu avec 
vingt-deux projets. Après une première élimination, 
trois ce ces projets restèrent en présence, sur lesquels 
le jury du concours a rendu son jugement. Le pre- 
mier prix a été attribué à M. Descatoires, le deuxième 
à M. Noël, le troisième à M. Lamberton. C'est M. Des- 
catoires, jeune sculpteur connu déjà par son monu- 
ment de Jean Bologne, à Douai, qui est, en consé- 
quence, chargé de l'exécution du monument. 

A Limoges. ^ Le ministre de l'Instruction pu- 
blique et des Beaux-Arts est autorisé à accepter, pour 



60 



LE BULLETIN DE L'ART 



le musée national Adrien Dubouché, à Limoges, une 
somme de 40.000 francs, léguée à cet établissement 
par M"" Jeanne-Krançoise-Ermance Bisquit, veuve de 
M. Adrien-François-Louis Bourcin-Dubouché. Cette 
somme sera convertie en reote sur l'État français, et 
les arrérages serviront à l'acquisition d'objets des- 
tinés à enriciiir le musée. 

A Florence. — On vient d'exposer, dans la grande 
salie des marbres du Musée du Bargcllo, une statue 
de marbre représentant la Vierge et l'Enfant, œuvre 
sicilienne du xv* siècle, donnée au musée par le 
marquis Eduardo Albites di San Paleruiano. — L. G. 

A Rome. — La Surintendance des Monuments 
vient de terminer la restauration de l'église et du 
cloître des SS. Quattro Coronati qui a donné des ré- 
sultats fort intéressants; le cloître du xiu* siècle, qui 
avait été complètement défiguré au xvn*, a repris son 
aspect primitif; on a découvert dans l'église des 
peintures fort anciennes ; la crypte, qui remonte au 
II* siècle, est curieusement pavée de colonnes an- 



tiques disposées horizontalement; dans une salle du 
couvent, on a trouvé, peint à fresque sous une couche 
de chaux, un calendrier du xiii' siècle, d'une grande 
importance liturgique. Enfin, on s'était servi pour 
le dallage de l'église, en les retournant, de pierres 
tombales, de bas-reliefs, de plaques de clôture de 
chœur, etc., que les récents travaux ont dégagés, et 
qui permettent de reconstituer la Sckola cantorum 
médiévale. C'est à M. Munoz, inspecteur des Monu- 
ments, qu'a été confiée la direction de cette impor- 
tante restauration. — L. G. 

Nécrologie. — Le D' Hippolyif Mireitr, qui vient 
de mourir à Marseille à l'âge de 72 ans, était un ama- 
teur d'art bien connu par le Dictionnaire des ventes 
d'art en France et à l'étranger au XVIII' et au 
XIX' siècle, important travail auquel il a consacré une 
bonne part de sa vie et qui, malgré des lacunes diffi- 
ciles à éviter dans un ouvrage de cette ampleur, rend 
encore de grands services aux travailleurs et aux 
curieux. Le D' Mireur était chevalier de la Légion 
d'honneur. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — 'Vente de tableaux anciens. — 
M" Lair-Dubreuil et Baudoin, assistés de MM. Sor- 
tais et Ferai, ont dirigé, le 15 février, salle 7, 
une vacation anonyme qui a produit 28.085 francs 
pour dix numéros. Un seul prix à retenir, celui 
de 8.100 francs, pour une Vierge à l'Enfant de 
l'école flamande du xV siècle. Reproduit dans le 
catalogue de la vente, ce panneau avait réalisé 
1.800 francs en 1892, comme appartenant à 
l'école de Van Eyck, et, plus récemment, à la 
vente Dollfus en 1912, où il fut vendu comme 
Petrus Ghristus, 23.200 francs. 

■Vente d'objets d'art. — Une seule enchère à 
signaler également, dans une vacation anonyme 
dirigée, le même jour, salle 1, par M* Hémard et 
M. Guillaume, celle de 7.100 francs, obtenue par 
une tapisserie d'Aubusson du xviii» siècle, repré- 
sentant Flore et des enfants bacchants, dans un 
paysage. • 

'Vente de la collection Rochard (objets 
d'art, etc.). — Le 16 février, M* André Couturier 



et MM. Mannheim, Pape et Delteil, ont procédé, 
salle 6, à la vente que nous avons annoncée des 
objets ayant fait partie de la collection de feu 
M. Rochard. 

Cette vacation a produit 199.251 francs, avec, 
comme enchère maîtresse, les 47.000 francs réa- 
lisés, sur la demande de 40.000, par un triptyque 
en émail de Limoges, de Nardon Pénicaud. 

PRINCIPAUX PRIX 

Porcelaines DE LA Chine. — 74. Deux potiches, Kien- 
lung, réserves fieurs et scènes familiales sur fond 
côtelé polychr., 8.320 fr. (dem. 4.000; couvercle dé- 
fectueux). — 76. Vase-rouleau, fond corail, 7.200 fr. 
(pas de demande, fêlé). 

Objets varias. — 87. Triptyque, émail peint de 
Limoges, par N. Pénicaud, fin xv s., l'Annonciation 
et deux saints personnages debout, 47.000 fr. (dem. 
40.000). 

Tapisseries. — 117. Petit panneau, tapiss. flam., 
xV s., tissée de métal, la Présentation au Temple, 
20.000 fr. (dem.i5.000;rest.). — 118. Fragment tapiss. 
Qam., commencement xvi* s., tissée de métal, groupe 
de dix-sept personnages, fond de paysage, 12.000 fr. 
(dem. 15 000). — Trois tapiss. flam., xvr s., allégories 
des mois de janvier et février, mari et avril, sep- 



ANCIEN ET MODERNE 



61 



tembre et octobre, nombreux personnages, bord., 
27.000 Ir. (dem. 40.000; parties mod.). — 120. Deux 
cantiinières llain., xvi* s., fig. allég., fruits, fleurs, 
9.350 fr. (deiii. 4.000; parties mod.). 

Vente de tableaux anciens. — Une seule 
enchère mérite dVUre notée parmi les résultats 
d'une vente anonyme, dirigée salle 6, le 18 février, 
par M" Baudoin et M. Péral. Composée de tableaux 
anciens et de quelques dessins et gravures en cou- 
leurs, cette séance a réalisé 50.519 francs. Le 
Portrait d'un gentilhomme, par Heinsius, seul 
tableau reproduit dans le catalogue, a été vendu 
8.210 francs. 

A Londres. — Vente d'argenterie anglaise 
ancienne. — Le 4 février, a eu lieu, chez Christie, 
une vente de vieille argenterie anglaise, dans 
laquelle ont passé deux objets historiques, très 
chaudement disputés. Le premier est une coupe 
avec couvercle en argent doré, datée de 1611 et 
portant le monogramme de Tyl ; cette coupe, 
très finement gravée, fut offerte, en 1620, par la 
Corporation des tailleurs à John Plomer de New- 
Windsor, à l'occasion de son mariage avec Anne 
Gérard. A la même occasion, John Plomer reçut 
un plat et une aiguière en argent doré, exécutés 
en 1618. La coupe a été adjugée 112.500 francs; 
le plat et l'aiguière, 41.250 francs. 

Ventes annoncées. — A Paris. — On annonce 
comme devant avoir lieu, le 20 mai, la vente de 
la collection formée par M. Anthony Roux, le 
collectionneur de Marseille; elle comprend d'im- 
portants tableaux modernes et une série de 
sculptures de Rodin. 

A Berlin. — Tableaux anciens. — Nous 
recevons d'Allemagne les catalogues illustrés de 
plusieurs ventes prochaines. Et d'abord, celui 
d'une vacation anonyme qui aura lieu chez 
R. Lepke, le 24 février, et qui comprend des 
tableaux anciens provenant de collections pri- 
vées. Des œuvres d'art d'ordre secondaire, à en 
juger par les reproductions. 

Collection L. von Schacky (objets d'art). 
— Plus importante est la vente de la seconde 
partie de la Collection du baron L. von Schacky de 
Schu'nfeld. 

Composée d'objets d'art et d'ameublement, elle 
aura lieu, toujours chez R. Lepke, leslOet 11 mars. 
De composition très variée, elle comprend des 
sculptures en bois, dont une Madone de l'école du 
Tyrol de la (in 'du xv siècle ; des meubles, des 
tapisseries et des porcelaines, des orfèvreries 



allemandes des xvi' et xvii' siècles; des émaux; des 
plaquettes italiennes et des bronzes, également 
d'art italien, du xvi" siècle; une réunion intéres- 
sante de majoliques italiennes de Deruta, Urbino, 
Gubbio, etc; des faïences hispano-mauresques; 
des faïences persanes et des faïences de Rhodes ; 
des sculptures antiques; des vases grecs; des 
bronzes antiques et des statuettes de Tanagra. 

M. N. 
ESTAMPES 

A Paris. — Vente d'estampes modernes. 
— La vente d'estampes modernes que nous avions 
annoncée comme devant être faite le 11 février 
par M' A. Desvouges et M. L. Delteil, a produit 
31.351 francs Trois estampes de Meryon : laTour 
de l'horloge (3" état, sur papier verdâtre), la Tou- 
relle de la rue de la Tixéranderie (2" état, avant la 
lettre, sur papier verditre), et Saint-Ètienne-du- 
Mont (avant la lettre, papier verdâtre), toutes les 
trois avec légende manuscrite de l'auteur, ont 
été adjugées 2000 francs chacune. Ce sont les 
plus beaux prix de la vente. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Estampes 
modernes. — Dans la collection d'estampes 
modernes, que dispersera, le 28 février. M» A. 
Desvouges, assisté de M. L. Delteil, ce qu'il faut 
remarquer surtout c'est un œuvre abondant de 
Fantin-Latour (n»» 40-80) et de Toulouse-Lautrec 
(158-215 bis). Des pièces par Forain, Mary Cassatt, 
Degas, Carrière, Lepère, H. Rivière, Steinlen et 
Zorn, pour ne citer que ceux-là, complètent le 
catalogue, qui comprend 228 numéros. 

A Berlin. — Un mince catalogue illustré a 
été dressé à l'occasion d'une vente qui aura lieu 
chez R. Lepke, les 3 et 4 mars, d'une réunion 
de gravures, de lithographies, et de quelques 
dessins. Des pièces imprimées en couleurs, des 
écoles française et anglaise du xviii' siècle ; des 
pièces en noir des mêmes écoles et de la môme 
époque ; enfin des pièces d'autres maîtres anciens, 
Rembrandt, van Ostade, etc., paraissent être le 
principal attrait de cette vente. 

R G. 

1^1^ j»î .s^ js^ jQ^^is^ ij3^«stets^«s^t^^i)g^<a^ts^is^ 
EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Les Pastellistes français (galerie Georges 
Petit). — Vous souvient-il (c'était au début de 
l'année dernière) de l'unique exposition des 
« Pompiers »? Telle est la physionomie de cette 



63 



LÉ BULLETIN DE L'ART 



it première exposition » d'une brillante Sôeiétéj 
fnoins réellement nouvelle qu'entièrement re- 
nouvelée par son nouveau président, M. Henri 
GerveXj qui se plaît à rapprocher ses anciens 
voisins de la Société nationale de ses récents 
collègues de l'Institut; le pastel, qUi n'a pas 
Oublié son passé glorieux, se priHe élégamment â 
cette réconciliation de la sagesse avec l'audace 
et trouve en ce rapprochement délicat, dans tous 
les sens du terme, un nouvel aspect de ses 
destinées : voici donc Guelfes et Gibelim, sombre 
dessin rehaussé de rouge tragique et de noir fauve 
par M. Jean-Paul Laurens, en face de la Procession 
à Plougastel-Daoulas, largement ensoleillée par 
M. Charles Cottet; la Femme en deuil, un des 
portraits les plus purement stylisés par M. Dagnan- 
Bouveret, non loin des croquis endiablés de 
M. Forain; le Aficotr ardent de M. Besnard, à côté 
du plein-air mondain de M. Flameng qui ne 
rivalise pas plus, au pesage, avec M. Degas, que 
M. Guirand de Scévola, dans le froid des coulisses 
désenchantées, ne sera pris pour Toulouse- 
Lautrec... 

Ici corahie à la Société nouvelle, uh artiste 
s'impose; une œuvre d'art, vraiment digne de ce 
nom, le désigne : et, parmi tant de parfums de 
théâtre ou de boudoir, lèS bryades de M. René 
Ménardnousapportertt la robuste et réconfortante 
senteur Ju bois sacré : telle est la toute-puissance 
silencieuse du crayon, quand il enveloppe le 
rythme athénien des lignes dans les frissons 
mordorés de l'aulomne où la nuit qui vient fait 
luire une eau pâle... Après Henner et PUvis de 
Chavannes, le poète René Ménârd ajoute sa tra- 
duction personnelle à nos réminiscences de la 
Grèce divine. Pareille loyauté chez un maître du 
portrait dessiné, M. Marcel Baschet : depuis 
Henner portraitiste, on avait trop oublié cette 
simplicité lumineuse où s'éclaire sans effort le 
secret d'un visage^ où parle aux yeux le blanc 
sourire d'une (illette ou la ressemblance du « bon 
maître >> Jules Lefebvre en 190b, de Hoche fort, 
dans sa blême vieillesse, de Jf, Poinèaré, prési- 
dent de la République, de MM. Henri Lavedan, 
Maurice Donnay, Jean Richepin. 

Parmi les portraits romanesques de MM. Loup 
et Léandre et les nus diversement voluptueux de 
MM. Abel Faivreet Prinet, la vie rustique vue par 
M. Lhermitte et des paysages de MM. Luigini, 
Dauchez. Le Sidaner, Ulmann et René Billotte 
font honneur à la maestria de nos pastellistes 
toujours groupés sous le patronage de M"" la 
marquise de Gan&y. 



Un II" groupe de graveurs sur bois (galerie 
Grandhomme). — Emile Roustan (galerie Blot). 
— La photographie n'a pas tué l'estampe ; et le 
vaillant peintre-graveur Paul-Emile Colin ne se 
Contente pas de terminer un nouvel album où 
Diai aspects de la Lorraine seront commentés par 
un texte de M. Maurice Barrés, en attendant 
l'illustration de là Colline inspirée, mais il réunit 
autour de ses bois imposants les essais des jeunes : 
le bon dessinateur Alfred Latour, fidèle à l'Ile 
Saint-Louis; l'érudit critique Louis llautecœurt 
l'auteur de Rome, qui prépare un livre, illustré 
par lui, sur les Types russes ; M"" Bertha Zuricher, 
et de nouveaux venus plus farouches, MM. Amédée 
VVetter, Berdon, Berthet, Roger (ïrilion. 

C'est la lithographie délicatement colorée de 
nuances discrètes et poétiquement appliquée au 
paysage, à la nature morte, à la fleur, que préfère 
le peintre Emile Roustan : depuis 1906, nous 
connaissions quelques-uns de ces thèmes fami- 
liers qu'un des meilleurs élèves d'Eugène Carrière 
enveloppe mystérieusement d'une atmosphère 
décorative. 

XXI 1° Exposition internationale des 
beaux-arts de Monaco. — Je n'oserais affirmer 
que les Sirènes dont M. Lalyre a décrit le sommeil 
soient les charmeuses que le regard des anciens 
imaginait sous les rellets irisés des Ilots bleus; 
mais, dans cette lumière, on comprend mieux la 
préoccupation constante d'un comité de direction 
présidé par le maître Léon Bonuat, de n'admettre 
ici que des deuvres sages, à défaut d'œuvres par** 
faites, et qui laissent à nos brouillards septen- 
trionaux les essais informes, les ruines volon- 
taires, les songes décadents. Ici, pour relleurir, 
l'année n'a pas attendu la reprise de Panifal ni 
son mélodieux « enchantement du Vendredi- 
Saint)); mais qu'elle soit de Richard Wagner oude 
nos maîtres plus discrets, Saint-Saèns ou Fauré, 
la musique, au Théâtre, fait toujours une redou- 
table concurrence aux œuvres d'art groupées par 
le bon goût de M. Marins Jacquier dans le Palais 
lumineux de Mohte-Carlo. 

L'hiver artistique de 1914 tt'y réunit qu'une 
excellente moyenne, et les grands ouvrages déjà 
consacrés par la vogue ou par les ans y font un 
peU trop défaut; mais, à côté d'une pAle Jéatine 
d'Arc de M. Lynch, des danseuses plus ou moins 
antiques de M.M. Rochegrosse et Comerre et de 
l'intimité richement costumée par M. Roybel, utt 
Couple de Chevnnx cônes, brossé eh pleine pâle 
mouvante par la belle futiU ffnncesè du maître 



AIVGIEN ET MODERNE 



Alfred Holl nous rappelle que le style n'est pas 
fatalement l'ennemi juré de la vie, encore que la 
noblesse native de ces coursiers ne doive rien de 
sa fougue aux classiques souvenirs du Parthénon ! 

Nul Pc^gase, aujourd'hui, ne survient pour leur 
tenir t(*'te et nous emporter dans l'idéal au vent 
de sa crinicre ensoleillée; le rêve manque, et le 
soleil ne parattplus suffire aie ressusciter: un des 
mieux doués de nos prix de Ilome, qui sait tra- 
duire les horizons de la canjpagne poussinesque, 
le bois virgilien de la Villa Médicis et l'automne 
sous les pins de la Villa Borghèse, M, Georges 
l.eroux, fait simplement le portrait d'une Fçynme 
des Abruzzes, laissait à la douceur de M. Guinier 
le soin de prêter un? forme à la Poésie du soir. 

L'histoire, cette lointaine réalité rêvée, ne 
brillerait guère non pliis que par sop absence, 
sans la petite Salammbô que la palette de M. Albert 
Charpentier fait apparaître " au festin des bar- 
bares » ; et les aquarelles de M. Maurice Orange* 
ne sont que des anecdotes, bien qu'elles veuillent 
évoquerles «bleus » de i794ou les braves del812. 
Contemporain du romancier polonais Sienkiewicï, 
le peintre hongrois Jan Styka, qui a lu Par le fer 
et par le fev,, réunit devant Kowno qui llambe en 
Tan i'i%2. les prince? slaves jurant de tirer ven^ 
geance de l'ordre teutonique ; à côté, c'est Vrsus 
terrassant l'auroch, comme dans Quo vadis; et ces 
ambitieux décors d'opéra, qui nous ramènent au 
temps des Makart et des Munkacsy, sont seuls à 
parler aux yeux de nos Salons d'autrefois. Le fils 
de Jan, M. Tadé Styka, se montre pareillement 
historien, mais plus moderne, en groupant les 
portraits ressemblants du célèbre trio masculin, 
Titta Ruffo, Ckaliapine et Caruso, pendant leur 
séjour à Paris, en 1912. Nous avions déjà vu l'ou- 
vrage au dernier Salon de la Société nationale ; et 
c'est un document pour l'avenir. 

Le portrait, cet instant d'une réalité retenu par 
l'art, réserve ici d'autres documents à l'histoire 
future, car voici Son Altesse royale Monseigneur 
te prince Don Jaime de Bourbon, par M. Henry 
Jacquier; Sa Grandeur Monseigneur du Curel, 
évéque de Monaco, par M. Robert de Cuvillon; le 
poète Jean Rameau, barbu comme Lucius Verus, 
par le vieux peintre Diogène Maillart, sans oublier 
l'allure de it/"f Geneviève Vix, de l' Opéra-Comique, 
stylisée par M. Jean Corabœuf, ni la gri'ice de 
.M"'' Berthc Cerny, de la Comédie-Française, édul- 
corée par M. Jules Cayron. Nommer une fois de 
plus MM. Gabrief Ferrier, Dawant, Henri Hoyer, 
Girardot, Jef Leempoels, la princesse Gagarine- 
Stourdïa, M"» Demont-Breton, c'est parcourir, 



avec le talent pour guide, une évolution du 
portrait; et, parmi tant de paysages, n'est-ce pas 
une leçon toujours instructive que de comparer 
sur le vif le portrait de la nature avec la splendeur 
de l'original? Tel est le divertissement que nous 
proposent les Oliviers à Villefranche, de M. Isen- 
bart, la Principauté de Monaco vu? du cap Martin, 
par M, LaqreiU-Gsell, les horizons corses, aimés 
de MM, Guignard et Nuzal, les Martigues de 
M. Ponehin. les crépuscules de la Côte d'Azur 
notés par M, Paulin Bertrand et, surtout, le Soir 
sur les bords du Gardon, par M. Montagne, non 
loin des nombreux peintres de Venise où se 
distinguent MM. Gaston Roullet, Brugairolles, 
Iwill et Maurice Bompard. 

Après avoir interrogé l'aquarelle ou l'eau-forte 
en couleurs, ou Bonie se découvre à M. Pierre 
Labrouche au tournant d'un Pont sur le Tibre, il 
faudrait s'arrêter longteirips, à la sculpture, 
devant les faunes rieurs de M. Injalbert, l'Aurore 
et les nymphes de marbre de M. Denys Puech, 
les danseuses de bronze, aux rythmes dionysia- 
ques, de M. Piron, l'Ptreinte de M. Béguine, 
admirée des Parisiens, au printepips de 1913, et 
les statuettes de MM. Michelet, Bacqué, Sandozet 
Gaumont, pour mieux apprécier les antiques 
sympathies de la forme plastique avec un climat 
favorable; et le buste du regretté maîtreMas.senet, 
par M. Bernstamm, ajoute à la clarté du décor la 
mélancolie du souvenir. 

Raymond Rouyer, 

L.ES REVUES 



Franck 



L'Écho de Paris (24 janvier). — Gomme corol- 
laire à ses articles de la Hevue des Deux-Mondes, 
M. Maurice Bahrks plaide, dans \'Écho de Paris, 
auprès du nouveau sous-secrétaire d'État aux Beaux- 
Arts, la cause des « églises qui meurent". M. Barrés 
a obtenu tout ce qu'il pouvait attendre d'un débat 
public : « Au dehors du Parlement, l'opinion est 
faite : elle est toute favorable aux églises... La 
parole n'est plus à M. Barrés. Elle est au gouver- 
nement ». Pour lui rappeler son devoir, M. Barrés 
lui communique « quelques pièces les plus récentes 
de son dossier, quelques cas tout à fait dégoûtants » 
et qui attestent que ce qu'il faut vaincre c'est l'incurie 
ou l'hostilité des municipalités, h Je demande que les 
communes ne puissent pas s'opposer, coqiitie elle» te 
fo{it aujourd'hui, au classement de leuï église réclamé 



64 



LE BULLETIN DE L'ART 



par la Commission des monuments historiques. Enfin, 
je demande la constitution de ce fond de secours pro- 
mis solennellement au cours des débats de la sépa- 
ration et qui a fait l'objet d'un projet gouvernemental 
signé de MM. Clemenceau, Caillaux et Briand. » C'est 
sur ce projet, inspiré de la nécessité du concours de 
l'État, que M. Barrés attire l'attention du gouverne- 
ment. « Jamais ce projet n'a fait l'objet d'un rapport. 
11 n'y a qu'à le reprendre. » Les subventions que 
suppose ce concours seront aisées à trouver. 11 n'y 
a qu'à leur affecter les sommes rendues disponibles 
chaque année par la suppression du budget des cultes. 
« Je suis tout prêt, conclut M. Barrée, à causer avec 
vous... Si j'étais à votre place, je demanderais à cinq 
ou six députés de tous les partis de se rendre à mon 
cabinet et nous examinerions la situation avec le désir 
d'aboutir. Le problème est si clair (et si douloureux), 
que tout individu qui n'est pas une brute, conviendra 
qu'il faut le régler et que c'est facile. » 

Grande-Bretagne 

The Burlington magazine (novembre). — Cor- 
rado Ricci, liarnaba da Modena. — Notice sur ce 
maître, né entre 1.335 et 1340, et dont les œuvres 
montrent une considérable influence siennoise ; à 
propos de la donation faite à la National Gallery, par 
la comtesse de Carlisle, d'une peinture à six compar- 
timents, signée et datée 1374, c'est-à-dire appartenant 
à la dernière période de la vie de l'artiste, dont on 
n'entend plus parler après le 3 novembre 1383. 

— Frank Jewet Mathkr. Quelques coffres sculptés 
de la Renaissance. — En particulier, trois coffres ita- 
liens du xvf siècle, en noyer, les uns attribués à 
Tatti et le troisième signé Baccio Bandinelli et daté 
1^36 (ancienne collection de Mrs. Lydig); les deux 
premiers sont sculptés d'ornements et d'armoiries, le 
troisième représente l'histoire des .Miobides. 

— Tancred Borknius. Deux ■ natures mortes de 
Murillo (?). — Une Cour de poulailler (coll. de 
Mrs. Odell); un Intérieur de garde-manger (coll. de 
sir Frederick Cook). 

— José PiJOAN. Primitifs aragonais. — Étude, en 
particulier, d'une peinture représentant Saint Pierre 
Martyr avec des scènes de sa vie (provenant de Sixena 
et aujourd'hui au musée de Barcelone); d'une autre 
peinture représentantSain/Dominiçueavecdes scènes 
de sa vie (ancien « antependium » de Tamarite ; au- 
jourd'hui au musée de Barcelone); d'une Vierge à 
l'Enfant, avec des scènes de la vie de la Vierge (ancien 
« antependium » de Rudèle ; aujourd'hui coll. Lionel 
Ilarris); de trois pièces provenant d'un plafond de 
bois peint, trouvées dans la province de ïernel (musée 
de Barcelone). Toutes ces peintures remontent au 
xiv siècle. 

— Sir Martin Conwav. Une dangereuse méthode 
archéologique (11). — Fin de cet article contre les 
méthodes de rajeunissement excessif employées par 



certains archéologues, à propos des travaux de 
M. Marignan et de M. A. -S. Cook. 

— L. DiMiER. Un Portrait idéalisé de Diane de 
Po\liers, dans la collection du comte Spencer, à 
Althorp, rapproché d'un crayon de 1560, au Musée 
Condé ; iconographie chronologique de Diane de Poi- 
tiers. 

— K. A. C. Creswell. Les Origines du double dôme 
persan (I). — Ce double dôme, légèrement bulbeux, 
est une des caractéristiques de l'architecture persane; 
il n'apparaît pas avant Timour (fin xiv siècle); l'au- 
teur étudie la possibilité de rattacher cette forme à 
l'art hindou. 

— G. BaldwinBnowN. Une ancienne cuiller trouvée 
dans le Kent. — Rapprochée d'objets analogues, cette 
cuiller d'argent parait être un travail anglo-saxon, de 
la seconde moitié du v siècle. 

— Ethel Ross Barker. Le Symbolisme de certaines 
fresques des catacombes (11). 

BoUettino d'arte del Ministero délia P. Istru- 
zione (mai). — li. Paribbxi. Nouveaux monuments 
exposés au Musée national romain. — A signaler : un 
fragment de vase de marbre antique, avec une belle 
figure de Pailas Nicéphore, une très belle tête de 
Lucius Verus, d'autres bustes romains, un curieux 
masque comique, une grande mosaïque, ornée d'une 
tête de Méduse d'un style élégant et pathétique, une 
margelle de terre cuite où sont sculptées de sveltes 
figures féminines ailées tenant des thyrses, et de 
nombreux objets moins importants, datant de l'épo- 
que impériale. 

— Qinto ToSATTi. L'Évolution du monument funé- 
raire à l'époque de floraison du style baroque. — 
Monuments funéraires du xvii- siècle, à pyramides de 
marbre de couleur, devant lesquelles sont groupées 
des figures de marbre blanc. Nombreux exemples, 
surtout à Rome. 

— Giulio C>iXTM.JiytB»sk. Deux peintures de Giovanni 
Lanfranco. — Il s'agit de deux tableaux décoratifs de 
Lanfranco, peu connus jusqu'ici, la Pentecôte du 
palais Ginnasi, à Rome, et un Saint François, auquel 
la Vierge, apparaissant dans une nuée, remet l'Enfant 
Jésus, grand tableau habilement composé, qui fait 
penser à la fois à Corrège et à Murillo, conservé à 
Sezze (province de Rome). 

— Alfredo Luxoro. A propos d'une arrienne sculp- 
ture sur bois, en Ligurie. — Très beau retable tlauiand 
du XVI' siècle, avec la représentation du Calvaire, 
conservé dans l'église de Tcstana (province de Gênes), 
œuvre dont l'origine est inconnue, et que l'auteur 
souhaite voir transférée au palais Blanc, à Gênes. 



Le Gérant : H. Oinis. 

Paris. — Irap. Georges Petit, 1:2, rue Godot-de-Uauroi . 



Numéro 614. 



é/ 



Samedi 28 Février 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



La Photographie 
dans les Musées nationaux (^) 



Les sept mille clichés appartenant à l'État. 

Ainsi présentés, les principaux arguments qui 
militent contre le privilège de photographier dans 
les Musées nationaux apparaissent irréfutables; 
mais si on les a exposés en détail, c'est moins 
dans la crainte de voir le privili'ge renouvelé sur 
les mêmes bases draconiennes, que dans l'espoir 
qu'il sera tenu compte de ces critiques, sur les- 
quelles l'opinion est unanime, quand il s'agira — 
ce qui ne saurait tarder — de régler la question 
des sept mille clichés qni vont devenir propriété 
de l'État. 

Rappelons, en deux mots, cette question. 

Au cours de ses trente années de privilège, la 
maison concessionnaire était tenue, par traité, 
d'exécuter sept mille clichés (art. 3), — ces clichés 
devant devenir la propriété de l'Etat à l'expi- 
ration du contrat (art. H). 

Un an avant l'expiration du traité [c'est-à-dire le 
1" février 19141, ajoute l'article 16, l'Administration 
mettra en adjudication l'exploitation des clichés dont 
l'État aura alors la toute propriété. 

En considération de la participation de M. Braun 
et C'* à la confection de ces clichés et de l'exécution 
par lui du traité pendant toute sa durée, l'Adminis- 
tration lui accorde la faculté de se rendre adjudicataire 
du droit d'exploitation des clichés, par préférence à 
tous autres, aux conditions suivantes : 

Au jour de l'adjudication, la Société Ad. Braun 
et C'* aura le droit, qu'elle ait ou non participé à cette 
adjudication, de déclarer qu'elle entend exécuter, aux 
lieu et place de celui qui aura été désif^né comme 
adjudicataire, aux conditions faites par celui-ci, et de 
prendre, pour son compte, l'adjudication. 

Cette déclaration devra être laite au moment de 
l'adjudication. 

Pour ces mêmes considérations qui viennent d'être 
indrquées, elle sera dispensée de fournir le caution- 

(t) 4- article. Voiries n- 611, 612 et 613 du Bulletin. 



nement auquel seront tenues toutes autres personnes 
adjudicataires, etc. 

...Dans le cas où la mise en adjudication ne donnerait 
pas de résultat, l'Administration des musées serait 
dégagée envers la Société Ad. Braun et C'* et aurait la 
faculté de traiter, même par voie de concession, avec 
telle personne que bon lui semblerait. 

Comme on le voit, la maison Braun a obtenu, 
en 188,3, un droit de préemption tel qu'il paraît 
difficile que l'exploitation des sept mille clichés, 
propriété de l'pitat, puisse lui échapper. Sans 
doute, il faut prévoir le cas où, aucun adjudica- 
taire ne se présentant, l'Administration des 
musées se trouverait dégagée vis-à-vis de la mai- 
son privilégiée et pourrait alors, non pas concéder 
l'exploitation de ces clichés, mais les exploiter 
elle-même, — ainsi que procède, par exemple, la 
direction de la collection Wallace.à Londres, — 
en réunissant à la Chalcographie l'atelier actuel- 
lement occupé par la maison Braun; on aura, 
d'ailleurs, l'occasion de revenir sur cette solu- 
tion si simple et si logique à tous égards, quand 
on parlera ici de la photographie au Cabinet des 
manuscrits et au Cabinet des Estampes de la 
Bibliothèque nationale. 

Pour aujourd'hui, il suffit d'envisager le cas le 
plus vraisemblable, c'est-à-dire celui oi!i la mai- 
son Ifraun conservera l'exploitation des sept mille 
clichés appartenant à l'État. Trente ans de privi- 
lège exercé dans les conditions que l'on a dites 
constituent une expérience suffisante et dont le 
public a suffisamment payé les frais; l'Adminis- 
tration est donc fondée à montrer quelques exi- 
gences dans l'établissement de son cahier des 
charges; elle doit obtenir, avant tout, deux amé- 
liorations capitales; savoir: 

1° que le prix des épreuves de clichés depuis si 
longtemps amortis soit établi suivant le tarif le 
plus réduit, et proportionné au peu de frais de 
revient du tirage actuel sur papier au citrate ou 
au gélatino-bromure-; quelque chose comme cin- 
quante centimes au maximum. 

2° que, pour ces clichés, exécutés d'après des 



66 



LE BULLETIN DE L'ART 



œuvres d'art appartenant au patrimoine national 
et devenus propriété de l'État, le droit de 
reproduction soit purement et simplement sup- 
primé. 

Ces demandes n'ont rien d'exagéré, certes, 
mais ce serait déjà beaucoup si l'on y faisait droit. 

E. D. 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 21 février). 
— Au nom de MM. Arthur Dillon, élève de M. Pascal; 
Hugh Mac Lellon, élève de M. Deglane; Henry L. 
Beadel, élève de M. Laloux, architectes américains, 
anciens élèves de rÉcole des Beaux-Arts de Paris, 
M. Germon fait hommage à l'Académie de dessins de 
ces artistes pour les deux monuments élevés dans 
l'État de New-York à la mémoire de Samuel Cham- 
plain, gouverneur du Canada. 

Les architectes américains, dans leur lettre d'envoi, 
s'expriment ainsi : 

« Nous sommes heureux que cette occasion nous 
permette de vous expriraei" combien nous apprécions 
l'honneur que nous avons eu de contribuer par notre 
œuvre à la mémoire de votre grand compatriote 
Ghaniplain. Nous regardons l'accomplissement de 
notre tâche comme une expression de gratitude 
envers la France, à laquelle nous devons notre édu- 
cation d'architectes; nous avons fait de notre mieux et, 
avec la plus grande satisfaction personnelle, pour que 
ce travail soit digne de cette occasion. Nous n'oublions 
jamais que, s'il y a quelque chose de bien dans notre 
œuvre, nous le devons à l'enseignement inappréciable 
de nos maîtres français, a 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 20 février). — M. Camille Jullian annonce 
que M. Dubalen, conservateur du musée de Mont-de- 
Marsan, a entrepris des fouilles dans des tumuli du 
département des Landes 11 a découvert dans l'un 
d'eux, à Aubagnon, une tombe de guerrier renfermant 
un grand vase contenant une urne remplie de cendres 
fines et, à côté, une cotte de mailles faite de petits 
anneaux de fer et de bronze ; enchâssée en partie 
dans cette cotte, se trouvait une lamelle d'argent 
présentant une inscription en repoussé dont M. Duba- 
len envoie la description et le moulage. C'est une 
inscription en caractères dits celtibériques très nets, 
ce qui permet de reporter la tombe aux temps qui 
ont précédé la conquête romaine. 

— M. le comte Durrieu expose qu'il a entrepris des 
recherches à travers toute l'Europe pour retrouver les 
manuscrits qui renferment des œuvres littéraires du 
roi René d'Anjou : les écrits du bon roi René ont été 
publiés ou analysés à diver.ses reprises, mais les 
érudits qui s'en sont occupés n'ont presque jamais eu 



entre les mains les meilleurs manuscrits. Ces exem- 
plaires cependant sont d'autant plus dignes d'être 
étudiés que les compositions littéraires du roi René 
constituaient des « livres illustrés » ornés d'images 
d'un très grand intérêt pour l'histoire de l'art français 
au XV' siècle. 

On y rencontre des représentations précieuses au 
point de vue historique et archéologique. M Durrieu 
cite à cet égard le récit d'un tournoi donné par le roi 
René en 1446, récit dont le manuscrit existait au milieu 
du xvir siècle chez le chancelier Séguier : tous les 
historiens récents du roi René ont considéré ce 
manuscrit comme perdu, sinon détruit; il était passé 
à la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg où 
M. Durrieu a pu l'examiner. 

— M. Cagnat commente une inscription latine 
trouvée à BuUa Regia, en Tunisie, par M. le D' 
Carton, mentionnant la série des fonctions exercées 
à la fm du ii' siècle de notre ère par )in chevalier 
romain, intendant de l'armée de Septime Sévère lors 
de son expédition en Gaule contre Claudius Albinus. 

— M. Pierre Paris communique, par l'intermédiaire 
de M. Jullian, les récentes découvertes, faites à Mérida, 
d'idoles néolithiques en os qui prouvent que la ville 
latine d'Augusta Emerila a dlî être habitée dès les 
temps les plus reculés. 

Société nationale des Antiquaires de France 

(séance du 18 février). — M. Kormigé communique à 
la Société des photographies et relevés de cabanes en 
pierres sèches du département de Vaucluse, et dis- 
cute la date de ces constructions. 

— M. Max Prinet signale le seing manuel de Robert 
d'Esnes (1408), qui est constitué par l'image du 
heaume héraldique de ce personnage. 

— M Monceaux montre quelques plombs bilingues 
découverts récemment à Carthage. 

— M. Cagnat donne lecture d'un mémoire de 
M. J. Bayet sur quelques statues d'Hercule, décou- 
vertes dans la salle froide des Grands Thermes de 
Lambesc. 

— M. Demaison présente des photographies de plu- 
sieurs vases gallo-romains conservés au musée de 
Reims. 

L'École des arts décoratifs. — On s'est étonné 
d'entendre M. le sous-secrétaire d'État des Beaux-.\rt»' 
dans la discussion sur le budget qui a eu lieu la 
semaine dernière à la Chambre, parler de la recons- 
truction de l'École des arts décoratifs comme d'une 
question à l'étude. 

Elle a été si longtemps à l'étude, cette question, 
que l'on s'est sans doute accoutumé, en haut lieu, à 
cette formule vague et commode. Il faut pourtant rap- 
peler que la Ville de Paris procède, en ce moment 
même, a l'enquête d'utilité publique sur la réédifica- 
tion de celle école et le dégagement de l'église Saint- 
Julien-le-Pauvre. Le projet qu'il s'agit de réaliser a 
été approuvé par le sous-secrétariat des BeauxArts, 



ANCIEN ET MODERNE 



67 



il y a deux ans ; son exécution a été retardée par les 
formalités administratives , aussi longues rue de 
Valois qu'à Iflùtel-de-Ville. 

L'enquête sera close le 4 mars, à la mairie du 
V' arrondissement, où le commissaire-enquêteur rece- 
vra, de deux heures à quatre heures, les 2, 3 et 
4 mars, les observations qui lui seront apportées. Un 
crédit de trois millions et demi, prévu sur la deuxième 
tranche de l'emprunt de 900 millions, garantit la par- 
ticipation de la Ville à cette opération. 

Le Prolongement de la rue de Rennes. — 
Cette absurde, coûteuse et dangereuse opération a été 
annoncée et critiquée ici-même (n" 596 du ItuUetin). 
Nous ne reviendrons pas sur le détail du projet et 
nous nous bornerons à rappeler qu'il comprend le 
dégagement de l'Institut et la reconstruction d'une 
partie de ses bâtiments. 

Ur, la Ville de Paris trouvant que le vieux projet 
d'Ilaussmann. repris en la circonstance, se montrait 
beaucoup trop généreux pour l'Institut et lui accor- 
dait une surface trop grande, revient sur ses propo- 
sitions, acceptées par l'Institut, et propose une sur- 
face beaucoup moindre. 

1/Institut refuse d'admettre les nouvelles conditions 
qu'on veut lui imposer et, en outre, il a émis le vœu 
que les bâtiments condamnés à disparaître ne soient 
démolis que successivement, au fur et à mesure que 
les nouvelles constructions seront achevées. C'est 
une précaution fort sage, car, les travaux projetés 
devant être répartis en plusieurs <■ tranches », l'Ins- 
titut serait condamné, s'il n'obtenait pas cette garan- 
tie, à vivre de longues années au milieu des démo- 
litions et des échafaudages, ou dans des installations 
provisoires. 

M. André Hallays montrait encore, l'autre jour, à 
quel point cette opération du prolongement de la 
rue de Uennes est néfaste de toutes les manières : 
« Si elle consiste simplement à relier la place Saint- 
Germain-des-Prés aux quais par deux grandes rues, 
elle est coûteuse et ne sert à rien. Si elle s'achève, 
comme le veut la togique, par la construction d'un 
pont, elle anéantit le plus magnifique des aspects 
de Paris. Et voici maintenant qu'une de ses consé- 
quences inévitables est de forcer la Ville à offrir un 
palais neuf aux cinq Académies. Tout cela n'a pas le 
sens commun. » 

Expositions annoncées. —L'Exposition annuelle 
de la Société des Artistes décorateurs, au Pavillon de 
Marsan, a été inaugurée hier 27 février. 

— - Le prochain Salon des Artistes indépendants 
aura lieu, cette année, au Champ-de-Mars (près l'École 
militaire) et ouvrira ses portes demain dimanche 
1" mars. 

— Le Salon de l'Automobile-Club sera ouvert du 
7 au 25 mars. 

A 'Wurzbourg. — Les archives très importantes 
du célèbre hôpital fondé par le prince-évêque Julius 



Echter de Mespelbrunn ^xvi' siècle), viennent d'être, 
pour la première fois, inventoriées : l'archiviste, le 
D' Solleder, de Munich, y a passé seize mois. Mais 
voici livrée aux investigations des érudits une des 
archives privées les plus importantes de toute l'Alle- 
magne du Sud, particulièrement riche en renseigne- 
ments sur l'histoire et les arts, non seulement du 
duché de Franconie, mais des pays avoisinants. Ce 
sont 2.000 documents et plans, 22.800 fascicules d'actes 
et 27.900 volumes, qui remontent jusqu'à l'époque de 
Frédéric Barberousse, et dont fort peu, jusqu'ici, 
avaient été étudiés ou utilisés. — M. Mtd. 

A Prague. — La Société des Artistes tchèques 
Martes étant sur le point de publier, dans sa collec- 
tion Zlatoroh (la Corne d'abondance), un catalogue 
raisonné de la Galerie du Hudolfinutn, dû à M. Ma- 
tejcek, l'Administration allemande de ce musée d'art 
moderne s'empressa de changer toute la numérota- 
tion des œuvres de la Galerie. Charmante manière 
d'entretenir les bonnes relations tchéco-allemandes ! 

Malheureusement, l'Administration allemande s'était 
trop tôt réjouie : dans sa hùte, elle n'a pas attendu 
que le livre fût mis en vente, et la Société Mânes 
put encore, au brochage, faire ajouter au volume 
un carton qui indique la concordance de la nouvelle 
numérotation et de l'ancienne. — M. Mtd. 

A Naples. — (Jn restaure actuellement les deux 
fragments du tableau que Raphai'l peignit pour l'église 
des Augustins, à Città di Castêllo, et qu'on a récem- 
ment retrouvés au Musée national de Naples. Le 
premier fragment, représentant le l'ère Éternel, fut 
identifié, comme on sait, par M. Oscar Fischel. Le 
second fragment, la Vierge tendant une couronne, 
fut découvert tout dernièrement dans les magasins 
du musée et ferait partie du même retable, selon 
M. Vittorio Spinazzola, directeur du Musée national. 
Il mesure 51 centimètres sur 41. On enlève, présen- 
tement, des repeints ajoutés par de précédents res- 
taurateurs et on redresse les panneaux qui avaient 
gondolé. — L. G. 

Nécrologie. — Le directeur du Musée national 
bavarois, le D' Hans Stegmann, vient de mourir 
subitement à Munich. Bien qu'il ait trouvé le musée 
tout prêt, lorsqu'il y fut appelé en 1909, c'est à lui 
que revient le mérite de l'organisation intérieure et du 
classement rationnel des trésors qui y sont amassés. 
II s'était préparé à cette tâche au Musée germanique 
de Nuremberg, dont il fut conservateur (1 893-1905), 
puis second directeur (1905-1909). Fils du D' K. M. 
von Stegmann, directeur du Musée d'art industriel de 
Nuremberg, Hans Stegmann, né à Weimar en 1862, 
avait fait ses études à léna et à Munich, et de longs 
séjours en Italie. Sa thèse de doctorat étudiait la 
Chapelle Saint-Roch à Nuremberg et sa décoration 
artistique. Nommé professeur d'histoire de l'art 
moderne à l'Université de Munich (1888-1894), il fit 
partie, en même temps, de la Commission des Monu- 
ments historiques de Bavière, ce qui le mit au cou- 



68 



LE BULLETIN DE L'ART 



rant des antiquités dupays.Stegmann a publié diverses 
études sur les Meubles et boiseries, sur les Dentelles, 
broderies et passementeries du Musée germanique, 
sur les Meubles de la collection Fir/dor (Vienne), un 
excellent travail sur les Arts plastiques d'Occident, 
un volume des chefs-d'œuvres de l'art et des arts 
appliqués depuis le Moyen âge jusqu'à l'époque du 
rococo, et, en collaboration avec son père et M. de 



Geymûller, un grand ouvrage illustré sur ïArchitec- 
lure de la Renaissance en Toscane. — M. Mtd. 

— A Berlin, vient de mourir, âgé de 40 ans, le 
peintre munichois^do//"//e//er, qui s'était fait remar- 
quer par ses intérieurs d'autrefois avec personnages, 
et ses portraits. Né à Hambourg, il avait étudié avec 
Peter Jaussen, à Dusseldorr, puis à Munich et Paris. 
— M. M. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Vente de la collection Fitz- 
henry (objets d'art, etc.). — Faite salles 7 et8, 
du 18 au 21 février, par M" Lair-Dubreuil, assisté 
de MM. Mannheim et Léman, cette vente a pro- 
duit un total de 245.253 francs, mais n'a pas 
donné lieu à des enchères bien marquantes. Il 
nous suffira d'indiquer les plus élevées. 

PRINCIPAUX PRIX 

Porcelaines anciennes. — m. Sèvres. Aiguière et 
bassin, décor de guirlandes de Heurs, cama'ieu bleu, 
4.800 fr. (au Musée des Arts décoratifs). 

Boites. — 278. Boite or émaillée, queue de paon, 
miniat., portrait de Louis XVI, inscription : Donnée 
par Louis XVI à Dumouriez, ép. Louis XVI, poinçons 
de Clavel, 7.010 fr. (dem. 7.000; rest.). 

Miniatures. — 324. Portrait de femme vêtue de 
blanc, avec ceinture rayée, par Sicardi, 9.200 fr. 
(dem. 5.000). — 333. Portrait de femme, à mi-jambes, 
vêtue de blanc, fond de paysage, par Augustin, 
6.100 fr. (dem. 3.000). 

Tableaux. — 3i>0. Ileinsius. Portrait présumé d'Eu- 
gène de Beauharnais enfant, 9.000 fr. (dem. 8.000). 

Objets uivehs. — 409. Custode, émail peint de 
Limoges, xti* s., compos. à nombreux personnages; 
émaux de coul., rehaussés d'or, mont, argent doré, 
5.900 fr. (dem. 5.000; rest.l. 

Sculptures. — 491. Statue terre cuite, d'après Coy- 
sevox, chasseur assis, 5.000 fr. (dem. 5.000). 

'Vente d'objets provenant du château 
de R... [Roquencourt], 2* vente. — Dirigée 
salle 6, les 20 et 21 février, par M« Baudoin et 
MM. Sortais et Pape, cette vente a réalisé 
130.000 francs. 

Peu de prix a signaler. Du cdté des tableaux, 



le n» 6, le Moulin à eau, par Van Everdingen, a 
été adjugé 8.000 francs, sur la demande de 
10.000. Ce même tableau avait été vendu 1.100 fr. 
à la vente Piérard, en 1860, et 6.800 à la vente 
de Morny en 1865. Du côté des sculptures et 
objets d'ameublement, notons : 86. Quatre sta- 
tues de femmes portant une corne d'abondance, 
bois sculpté et doré, xviii= s., 25.750 fr. (dem. 
15.000). — 149. Quatre chaises, bois sculpté et 
doré, lauriers, rais de cœur et cordelettes, etc., 
ép. Louis XVI, 10.000 fr. (dem. 8.000). — 150. 
Très petit canapé, bois sculpté et doré, décor 
rocaille, ép. Louis XV, 9.000 fr. (dem. 4.000). 

Vente de tableaux modernes. — Ln seul 
prix vaut d'i'tre signalé parmi les résultats d'une 
vente anonyme dirigée salle 10, le 19 février, 
par M« Bignon et M. Marboutin, les 5.400 francs, 
obtenus sur la demande de 5.000. par un tableau 
de Corot, la Prairie, le soir. 

Vente de boiseries anciennes. — Nous 

avions annoncé la vente qui devait avoir lieu, le 
20 février, boulevard de l'Hopilal, de boiseries 
anciennes provenant de l'ancienne chapelle de 
la Pitié. Ces boiseries ayant été réclamées, au 
dernier moment, par le Musée Carnavalet, la 
vente n'a pu se faire. 

Ventes annoncées. — AParis. — Collection 
de u la Peau de l'Ours n (tableaux modernesi. 
— Cette vente, dont nous avons déjà parlé, aura 
lieu, salles 7 et 8, le 2 mars, sous la direction de 
M* H. Baudoin, assisté de MM. Bernheim jeune 
et Druet. On sait que le titre que porte la collec- 
tion est inspiré des conditions mêmes dans les- 
quelles elle fut formée Quelques amis, amateurs 
d'art moderne, et même du plus moderne, ache- 



ANCIEN ET MODERNE 



69 



lurent en société, l'une après l'autre, quelque 
cent cinquante œuvres, tant peintures qu'aqua- 
relles et dessins, au cours de ces dix dernières 
années. Dès l'origine de cette opération, il avait 
été entendu qu'une vente publique apporlerail, 
en lin de compte, la sanction à cette expérience, 
plus curieuse, d'ailleurs, que concluante, car on 
prévoit bien que si chacun, ou la plupart, de ces 
mutualistes d'un genre spécial s'efforce de con- 
server pour lui-même les morceaux qui lui 
plaisaient davantage dans le patrimoine commun, 
il en sera de cette vente comme de celle où les 
héritiers se disputent chèrement les pièces qu'ils 
convoitent dans une succession. D'autre part, 
trop de personnes, aujourd'hui, sont intéressées 
là la plus value des productions qui composent 
cette collection pour que l'on puisse vraiment 
savoir, d'un jugement public et impartial, si « la 
Peau de l'Ours » a été ou non vendue par avance. 
N'ayant pas reçu le catalogue illustré de la vente, 
nous ne pouvons en signaler les numéros princi- 
paux. Contentons-nous de noter les noms de 
De la Fresnaye, P. Gauguin, Henri Malisse, 
P. Laprade, Laurencin, Mauguin, Picasso, Puy, 
K.-X. Houssel, qui, auprès de ceux de Forain et 
de C Guys, indiquent suffisamment la compo- 
sition de cette vente, à laquelle il n'est pas 
difficile de prédire un vif succès de curiosité. 

Objets d'art et d'ameublement. — Un mince 
catalogue illustré nous apporte l'annonce de la 
vacation anonyme que dirigeront, salle 6, le 
.3 mars. M" H. Baudoin et MM. Manuheim. Les 
numéros les plus marquants de cette réunion 
d'objets d'art et d'ameublement, paraissent être 
une pendule sur socle et deux candélabres à 
quatre lumières, en ancienne porcelaine de Saxe, 
à décor fleuri, et un tapis oriental du xvi" siècle 
à grosses fleurs sur fond rouge. 

Objets d'art, etc., appartenant à M™» X... — 
Plus importante est la vente à laquelle les mêmes 
commissaire-priseur et experts, et MM. Bernheim 
jeune, procéderont, à la galerie Georges Petit, le 
5 mars. Dans le catalogue illustré, dressé à cette 
occasion, nous remarquons, tout d'abord, du 
côté des peintures : la Vierge, l'Enfant Jésus et 
sainte Anne, sous un portique, œuvre anonyme de 
l'école néerlandaise du xvi" siècle; un Effet de 
nuit au bord de ta rivière, par A. van der Neer; 
le Bravo, par F. Roybet; une Scène rustique en 
Hollande, par P. Wouwermans ; et Devant lepalais 
des Doges, par Ziem ; puis, du côté des objets d'art 
et d'ameublement : des majoliques italiennes de 



Faenza et de Derufa, des statuettes et des groupes 
en ancienne porcelaine de Saxe; deux cache-pots 
en ancienne porcelaine tendre de Vincennes, et 
une jardinière en Chantilly; un meuble de salon 
en tapisserie à corbeilles de (leurs et guirlandes, 
d'époque Louis XVI; une tapisserie flamande du 
xvi« siècle, présen tant Salomoii etlareinedeSaba; 
trois tapisseries de Bruxelles, du xvi' siècle, à 
sujets tirés de l'histoire romaine; une grande 
tapisserie, même fabrication et même époque, 
présentant le triomphe d'un souverain victorieux; 
un fragment de tapisserie flamande du xvi« siècle, 
présentant Salomon et la reine de Saba; quatre 
panneaux en tapisserie de la manufacture royale 
d'Aubusson, atelier de Picou, d'après François 
Boucher, à sujets chinois : le Thé, le Marchand 
d'oiseaux, la Pêche et le Jardinage; trois tapisse- 
ries flamandes de la fin du xvi" siècle, à compo- 
sitions champêtres; enfin, un tapis d'ancien 
travail oriental à grosses fleurs sur fond rouge. 

"Ventes prochaines. — A Paris. — Collec- 
tion Sambou. — Aux grandes ventes que nous 
avons annoncées pour la saison qui commence, 
il convient d'ajouter celle des collections d'objets 
d'art et de haute curiosité appartenant à l'anti- 
quaire parisien, M. Sambon. Cette vente aura 
lieu du 25 au 28 mai, à la galerie Georges Petit, 
sous la direction de M« Lair-Dubreuil. 

A Londres. — Tableaux anciens. — Parmi 

les tableaux anciens, provenantde diverses collec- 
tions, qui seront vendus, le 6 mars, chez Christie, 
notons : le Portrait d'une jeune dame, par F. Bol; 
un Bord de rivière, effet de lune, par A. van der 
Neer; le Portrait de William Gomm, par Beynolds; 
celui de Mrs William Gomm, par Romney; une 
Vue de la Tamise à Westminster et une Vue du 
vieux port de Londres, par Samuel Scott; une 
Scène rustique, parD.Teniers;une Flotte à l'ancre, 
par W. van de "Velde ; le Portrait de Mrs Ann 
Fisher, par Liotard ; des Vieilles Maisons au bord 
d'une mare, par Van Goyen; le Portrait du Rev. 
Robert Walker, par Raeburn ; le Port»*at( de Miss 
Dee, par J. Opie ; les Portraits des trois Miss 
Kenrick, par J. Highmore; le Portrait de Marie- 
Christine, lady Arundell, celui d'Henry, huitième 
baron Arundell, de Marie, lady Arundell, et 
d'Henry, septième baron Arundell, tous les quatre 
par Reynolds. 

Un catalogue illustré de deux planches a été 
dressé à l'occasion de cette vente. 

M. N. 



1 



70 



LE BULLETIN DE L'ART 



ESTAMPES 

A Paris. — Vente d'estampes du XVIII" 
siècle. — La vente faite le 23 février, par M' A. 
Desvouges et M. L. Delteil, que nous avions 
annoncée, a produit 29.996 francs. 

Il faut retenir l'enchère de 3 020 francs 
obtenue par deux pastorales gravées par Demar- 
teau, d'après Huet, et celle de 5.720 francs payée 
pour une suite de pièces d'après Moreau le jeune 
(n" 128-139). 

Ventes annoncées. — A Paris. — Estampes 
modernes. — Le 5 mars, les mêmes commis- 
saire-priseur et expert vendront une réunion 
d'estampes modernes, où Charlet, .lacque. Car- 
rière, Meryon, Daumier, Daubigny, Leheutre, 
Lepère, 0. Hedon, sont parmi les mieux repré- 
sentés. 

R. G. 
LIVRES 

A Paris. — Vente de la bibliothèque 
de M. G... (livres modernes). — Les 19 et 
20 février, M« André Desvouges et M. A. Blaizot 
ont dispersé les livres modernes formant la 
bibliothèque de M. G... La vente s'estterminée sur 
un total de 9S.326 francs, et voici les enchères 
les plus importantes : 

8. Th. de Banville. Les Princesses, ill. de Roche- 
grosse, gr. en coul. par Decisy; ex. sur Japon ; ill. en 
3 états et aquarelles originales hors texte ; rel. de 
Chambolle-Duru, 5.510 fr. — 86. G. Flaubert. Sa- 
lammbâ, ex. sur J«pon de l'éd. Quantin, aquarelles 
orig. de J. Wagrez hors texte et dans le texte ; rel. 
de Chambolle-Duru, 6.350 fr. — 233. A. de Musset. 
Lorenzaccio, ex. unique sur vélin; aquarelles orig. de 
Itubaudi ; rel. de Cuzin, 5.500 fr. — 295. E. Rostand. 
Cyrano de Bergerac, ex. unique sur vélin ; aqua- 
relles de J. Wagrez ; rel. de Kieffer, 5.000 fr. — 325. 
Trois comédies de l'amour : Molière, l'Amour méde- 
cin ; Marivaux, le Jeu de l'amour el du hasard; 
A. de Musset, On ne badine pas avec l'amour, ex. 
unique ; eaux-fortes en trois états, et aquarelles orig. 
de Maurice Leloir, L.-E. Fournier, A. Moreau ; rel. de 
Rieffer, 5.000 fr. 

B. J. 

C«3CKX:œC«3C9OC9OC&OCO3C0OCOQCOQCOOC9DCOOCOO 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



La Phalange (galerie J. Chaîne et Simonson). 
— Groupes divers. — De ces trop nombreuses 
sociétés qui ne se piquent nullement de puritaine 
homogénéité, mais que le hasard des intérêts ou 



des camaraderies a fait naître, la Phalange est, 
malgré son nom solennel et lourd de promesse», 
une des plus réellement intéressantes; car elle 
offre un choix discret de bonnes peintures et de 
bons peintres. A défaut d'inédit, c'est une rare 
joie, par ce temps de détrempe et de grisaille, 
que de retrouver un coloriste qui semble pétrir la 
montagne brune ou bleudtre avec des éclats de 
pierres précieuses, et tel est le cas particulier de 
M. Communal; par ce temps d'ambitions infor- 
mes, c'est un heureux enseignement que nous 
proposent quelques dessinateurs : M. Charles 
Jouas, chroniqueur avisé du vieux Paris qui s'en 
va; M. Herman Webster, amoureux des vieux 
quartiers de Meryon ; M. Bernard Naudin, crayon- 
nant ses rôves ; M. Jules Adier, rehaussant le por- 
trait des humbles ; M. Grosjean, profilant les som- 
bres horizons du Jura. MM. Degallaix et Henri 
Dumontsonldeuxpoètesdelalleur. SiMM.Berson 
et Boggio signent des jours de neige qui pourraient 
illustrer les contes d'Andersen, MM. .Montagne, 
Bourillon, Llano-Florez,Cauvy, Raoul duGardier, 
préfèrent la lumière chantée par Mistral; de la 
Bretagne, M. Gaston Balande descend jusqu'au 
Pont de Tolède que reflète à peine une eau métal- 
lique; et la ligne d'Italie, définitivement recon- 
quise, retient deux anciens prix de Rome qui 
portent le même nom sans être parents : M. Au- 
guste Leroux, retrouvant Hubert Robert aux 
Thermes de Poinpéi; M. Georges Leroux, osant 
peindre la verdure et, plus hardi que les Bolonais, 
notant la tiède clarté des heures blondes, du 
haut des ravins de la Sabine ou de la terrasse 
ombreuse du Pincio. 

Si la troisième exposition de la Phalange nous 
rassure, en reconduisant nos pas sur les chemins 
radieux de la Ville Éternelle, la cinquième année 
du Groupe libre, réuni chez Bernheim jeune, nous 
inquiète, en s'éternisant dans les sentiers déca- 
dents de tous les poncifs nouveaux : le ciel de 
Naples ou de Nice n'a pas encore converti 
MM. Frédéric Fiebig et Jean Peské; le ciel de 
France aurait beaucoup à dire à MM. Batigne et 
Jacquemot... Cependant, M. Marcel Bach com- 
prend la majesté crépusculaire de la Vallée du Lot, 
M. Offner entrevoit la poésie de la lumière, 
M. Paul Baudier reste un intelligent xylographe, 
et le sculpteur Despiau s'est déjà révélé comme 
le plus savoureux des portraitistes que l'ar- 
chaïsme a séduits. 

16, rue de Balzac, chez Hessèle, /e.s Artiftes- 
Peintres de Versailles ont transporté leur seconde 
exposition pour décrire, une fois de plus, « la Cité 



ANCIEN ET MODERNE 



71 



des Eaux », son parc immense où son immense 
château met, vers le soir, la lueur allongée d'un 
nuage lointain; M. Maurice Delcourt s'y distingue, 
à côté de M"'' Pauline Adour et Zuber et de 
M. Henri de Nothac dont le nom, comme noblesse, 
oblige. 

L'annuelle exhibition de la Société de la Minia- 
ture, de l'Aquarelle et des Arts précieux, chez 
Brunner, nous permet d'apprécier le dessin dans 
la docte personne du peintre-graveur Jean Cora- 
bœuf ; et c'est le dessin qui nous appelle, en plein 
carnaval, à la seconde et toujours discrète expo- 
sition du Cercle Volney, car cette pureté du trait 
devient aussi rare qu'une vertu dont on parle 
trop souvent pour la posséder! La voici, pourtant, 
qui réserve sa douceur aux fins crayons du por- 
traitiste Henri Rover, parmi les vesprées roman- 
tiques de M. Gaston Guignard, les petites eaux- 
fortes de M. MariusBorrel, les aquarelles romaines 
du statuaire Jean Hugues, les vues de Vérone de 
M. Pierre Vinit et les notes de voyage où le 
maître Pierre Vignal prend une liberté de grand 
artiste à travers les ombrages virgiliens de la 
Villa d'Esté et les splendeurs nacrées de Capri. 

Fyzee-Rah.amin (galerie Georges Petit). — 
C'est un peintre indou mélomane, illustrant naï- 
vement douzes mélodies sacrées qui se chantent, 
comme notre angélus, à certains instants de l'au- 
rore ou du crépuscule... Il a trente ans; très jeune, 
il visita l'Europe et reçut, en Angleterre, les con- 
seils de M.John Sargent; mais son art se réclame, 
avant tout, de la miniature indo-persane. C'est la 
première fois qu'il vient exposer au milieu des 
Occidentaux; et Paris, après Londres, prendra 
plaisir à l'opulente sobriété de ses aquarelles 
musicales, rehaussées d'or et d'argent, qu'il inti- 
tule en anglais the Music Séries, — sans négliger 
ses autres peintures oii l'étrangeté de la fable 
légendaire et religieuse alterne avec le portrait, 
le paysage et l'intimité la plus contemporaine. On 
dirait parfois d'un Gustave Moreau moins érudit, 
plus candide; aussi bien, rien ne rappelle ici 
l'Inde rutilante aperçue par M. Besnard. 

Expositions diverses. — Parmi les innom- 
brables Occidentaux, nommons M et M™«Fernand 
Maillaud et le statuaire Jean Baffier qui repré- 
sentent l'art berrichon à la galerie Montaigne; 
le peintre Maximilien Luce et le statuaire Paul 
Moreau-Vauthier, l'auteur du Mur des fédérés, qui 
Toudraientglorifier le travail à la galerie Choiseul ; 
un dessinateur que hante le rêve. M, Ciolkowski, 



déjà remarqué pour son penchant décoratif au 
SaloQ d'automne; enfin, chez Marcel Bernheim, 
un peintre de Paris, M. Georges Souillet, qu'attire 
à son tour l'Italie des cloîtres ensoleillés et des 
ruines : San Gtmtginano, décidément, possède une 
vertu magique. 

Raymond Bouyer. 

7^ yjt 7^ ffC 7ft y^ tJc ffc yfc ift ip spr Jfc t^ fp tjç îjt yp îjt t|ç tjt ijc 

CORRESPONDANCE DE MUNICH 



A propos du M Petit pâtre « de Lenbach. 
La Galerie municipale de Rosenheim. 

Le fameux tableau de Lenbach à la Galerie 
Schack, le Vêtit paire étendu sur le dos en plein 
soleil, dont il se vend, bon an mal an, une cin- 
quantaine de copies et pour environ cinq mille 
marks de reproductions de tous formats, avait 
sa légende. 

Une version, accréditée depuis longtemps, 
assurait que Bocklin y avait autant travaillé, 
sinon plus, que Lenbach lui-même. Celui-ci 
n'avait que vingt-quatre ans lorsqu'il signa cette 
œuvre, devenue par la suite si populaire, et dont la 
facture paraît répondre si peu à celle de la pein- 
ture habituelle de l'auteur dont il porte le nom. 
M™" Bocklin, dans ses Mémoires, ne craignit pas 
d'affirmer que son mari termina le tableau pour 
Lenbach; et l'on cite, en outre, plusieurs lettres 
de Lenbach où l'artiste parle à Bocklin de «son» 
pâtre. Cependant la toile est signée du seul 
F. Lenbach et datée 1860, et l'on a voulu voir 
là l'origine d'un différend qui refroidit les rela- 
tions des deux artistes. 

Il n'en est rien. Un contemporain de Len- 
bach, M. Alex, von Wagner, rapporte l'avoir vu, 
de ses yeux, peindre ce Petit pâtre au village 
d'Aresing, d'où il rapporta son tableau achevé à 
Munich. Toutes les études de ce temps ont le 
coloris dur dont Lenbach ne devait se défaire 
qu'en copiant, pour le comte Schack, en Italie 
et en Espagne, tant de chefs-d'œuvre des vieux 
maîtres. 

Quant à M"' Bocklin, elle a confondu avec un 
autre jeune pâtre, qui est bien du maître bâiois, 
celui-là, et qui figure également à la galerie 
Schack, mais qui représente un chevrier courant 
à toutes jambes, effrayé par une apparition du 
Grand Pan au sommet de la montagne. 



72 



LE BULLETIN DE L'ART 



La petite ville de Rosenlieim, en Bavière, qui 
compte à peine 16.000 habitants et qui n'a d'im- 
portance que comme point d'intersection des 
lignes de chemins de fer de Salzbourg et du Tyrol, 
inaugurait dernièrement une Galerie municipale 
de peinture. Disposée avec une jolie entente déco- 
rative dans l'ancienne chapelle Saint-Michel désaf- 
fectée, dont les murs ont été tendus d'étoffe d'un 
ton brun violacé qui met aussi bien en valeur les 
couleurs sombres des tableaux anciens que les 
claires de la peinture moderne, cette galerie 
réunit environ cent vingt toiles et une trentaine 
de dessins qui représentent, presque sans lacune, 
l'école d'art bavaroise de la seconde moitié du 
xix« siècle. 

On y voit un des paysages si frais, de l'humoriste 
Spitzweg; les Charretiers de W. Diez, d'un sobre 
réalisme ; deux Chasseurs, de Defregger, robuste 
ébauche qui vaut infiniment mieux que ses 
paysanneries composées; un Christ de Makart; 
des paysages de Schleich, Willroider, Wenglein. 
Parmi les peintres les plus récents, on citera 
Stuck avec une séduisante tête de femme; Léo 
Samberger, avec deux de ses puissants dessins; 
Zumbusch, Hermann Urban, Marr, Hayek, etc.; 
en un mot, rien que des noms signilicatifs. 

Mais ce qu'il y a de plus remarquable dans cette 
intéressante collection dont s'orne une petite ville 
de province, c'est qu'elle a été réunie avec autant 
de goût que de désintéressement, par un simple 
particulier, M. Max Bram, qui en a fait don à sa 
ville natale. Combien de centres plus importants 
pourraient envier Rosenheim ! 

, Marcel Montandon. 



LES REVUES 



Italie 

BoUettino d'arte del Ministero délia P. Istru- 
zione Juin). — Corrado Hicci. Noies d'art. I. Fresques 
de Piero délia Francesca, à Ferrare. II. Le a Musi- 
cien « de la Hibliolhèque Amhrosienne, à Milan. — 1. 
M. Mazzolani a fait réceiniuent détacher de la muraille 
où elles étaient peintes, et transférer dans la Pinaco- 
thèque de Ferrare, des fresques de l'ancienne église 
Saint-André, l'une des plus riches de cette ville, jadis, 
mais fermée et désaffectée depuis 1865. Or. parmi ces 
fragments de peinture murale, M. Corrado Ricci a 
étudié deux figures, un Saint Christophe et un Saint 



Sébastien, qu'il croit pouvoir attribuer à Piero délia 
Francesca. — II. Dans une seconde note, M. Corrado 
Ricci rapproche un dessin de Léonard, conservé au 
Louvre, du tableau de l'Ambrosienne intitulé autre- 
fois: Un duc de Mt/an, attribué tantôt à Luini, tantôt 
à Ambrogio de' Prédis, et récemment dépouillé de ses 
repeints par M. Cavenaghi, qui a ainsi montré qu'il 
s'agissait d'un portrait de Musicien. M. Corrado Hicci 
voudrait, par ce rapprochement, démontrer que le 
tableau est de la main même de Léonard de Vinci. 

— Arduino Colasanti. Un Palimpseste inconnu de 
Federico liaroccio. — Autour d'un tableau du Baroche 
se trouvant à Rome dans une collection particulière. 

— U. Fi.KHES. Pour la réédification de Messine. 

— Enrico Maucehi. A propos d'un précieux petit 
triptyque et de quelques autres peintures de l'école 
byzantine. — Triptyque d'art byzantino-slave du 
XV* siècle, récemment acquis par le musée de Syrai* 
cuse. Autres peintures du même musée appartenant 
à la même école. 

(Juillet). — Lucio Mariani. Statuette en bron'ze 
de Sutri. — Il s'agit de VEphibede Sutri dont M. Ales- 
sandro Moriacii a parlé dans la Revue, le 10 août 1913. 

— Ant. McNoz. Monuments d'art de la province 
romaine. Études et restaurations. — Fresques du 
XV' siècle de l'église Saint-François, à Angulllara. 
L'église de San Martine al Cimino. Fresque de l'église 
Saint-Fiançois, àNettuno.Trevignano, le ch&teau-fort 
ruiné de la famille Vico, et les églises. 

— O. Valenti.m. i^'ur un polyptyque de Jacobello del 
Fiore conservé à Lecce. — Polyptyque figuraut, au 
centre, la Vierge et l'Enfant, et dans les comparti- 
ments, des saints debout, commandé vers 1420 au 
vieux peintre vénitien par Marie d'Enghien, comtesse 
de Lecce, plus tard reine de Naples. 

(31 août 1913). — Giacomo Dk Nicola. Le a Saint- 
Jean des Martelli •• de Vonalello. — A propos de 
l'entrée au Bargello du fameux Saint Jean des Martelli, 
dont M. Emile Bertaux a parlé dans le numéro du 
10 août de la Revue. 

— Corrado Ricci. Notes d'art. I. La « Coupe de 
l'ilale ». II. Le premier projet de Domenico Tibaldi 
pour la porte du Palais Public à llologne. III. Les 
croix dans les pavements. — I. Cette vasque conservée 
dans l'église San Stefano de Bologne est une œuvre 
du XVI* siècle et non du viii*. il. Dessin conservé au 
musée de Naples. III. Étude sur les croix des pave- 
ments en mosaïque de l'époque chrétienne. 

— Antonio Mcnoz. Monuments d'art de la province 
romaine. Etudes et restaurations ;fin). — Églises, 
couvents et palais de Vilerbe. Bas-relief daté de 1303. 
Fresque du xv* siècle. CEuvres d'Antonio del Massaro. 



Le Gérant : H. Dbnis. 



Paris. — Imp. Georges Petit, li, rue tiodot-de-Hauroi. 



Numéro 615. 



•^2>. 



Samedi 7 Mars 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 



ANCIEN ET MODERNE 



L'Armure de Philippe II 



Le Bulletin a annoncé (n» 609), que cinq pièces 
provenant de la célèbre armure de Philippe II, 
conservées au Musée de l'Armée, avaient été 
offertes à la Real Armeria de Madrid, où se 
trouve le reste de l'armure ; il a enregistré les 
protestations qui se sont élevées contre l'abandon 
de ces merveilleux spécimens de l'art du repoussé 
et de la damasquine, envoyés, par décret spécial, 
« en dépôt» dans un musée étranger. 

On avait espéré, un moment, que la décision 
n'était pas irrévocable et que les engagements 
pris par le Gouvernement n'étaient pas à ce point 
impératifs qu'on ne pût remplacer les pièces 
manquant à l'armure de Madrid par une repro- 
duction en galvanoplastie de celles du Musée de 
l'Armée. On sait aujourd'hui que ces espérances 
étaient vaines, et l'on doit se résigner au départ 
du chanfrein, des deux rondelles et des deux 
cubitières qui l'accompagnent. 

A celte occasion, l'un des spécialistes les plus 
autorisés en la matière, M. Ch. Buttin, con- 
sacre un article de la Revue du présent mois de 
mars à l'étude de cette armure illustre et magni- 
fique. On trouvera dans cette étude tout ce qui 
concerne l'histoire et l'art; mais il reste encore 
quelque chose à dire, que M. Buttin n'a pas dit, 
et qui ne doit pourtant pas être passé sous 
silence, surtout après la note officielle que le 
Gouvernement a communiquée cette semaine aux 
journaux. 

Voici d'abord cette note : 

La remise, à titre de dépôt, à l'Armurerie royale de 
Madrid, des pièces d'une armure ayant appartenu à 
Philippe II, roi d'Espagne, a donné lieu, dans la presse, 
à des commentaires divers. 

Il parait nécessaire de préciser exactement les 
circonstances qui ont conduit le ministre de la Guerre 
actuel à tenir la promesse faite par le Gouvernement 
précédent. 

L'opération dont il s'agit a été décidée dans le 



courant de novembre 1913, et elle a été régulièrement 
instruite par les services des ministères des Affaires 
étrangères, de la Guerre et de l'Instruction publique, 
en dehors de toute intervention du chef de l'État. 

En outre, M. le général Niox, directeur du Musée 
de l'Armée, appelé, dès le 2 décembre 19t3, à faire 
connaître les observations qu'il aurait à présenter, 
n'a cru devoir, dans sa réponse, ni formuler d'objec- 
tions contre la mesure elle-même, ni proposer de 
soumettre cette mesure à l'examen du Comité consul- 
tatif. 

Le ministre de la Guerre actuel ne pouvait donc 
que prendre acte des engagements pris avant son 
arrivée au ministère et régulariser une question ainsi 
engagée. 

Il y a lieu aussi de remarquer que les pièces d'ar- 
mure dont il s'agit, ne figurant pas sur la liste des 
objets mobiliers classés en vertu de la loi du 30 mars 
1887, ne sont pas inaliénables, ainsi qu'il résulte 
d'un avis de l'administration des Beaux-Arts. 

C'est, du reste, seulement a titre de dépôt que les 
pièces d'armure ont été mises à la disposition du 
Musée de Madrid. 

Nous n'avons pas à savoir qui a promis ces 
pièces d'armure, et peu importe, en vérité ! Ce 
qu'il y a de certain, c'est qu'on a fait cette pro- 
messe et qu'on a «instruit régulièrement l'affaire» 
dans trois ministères, sans avoir la moindre idée 
de la valeur et de l'intérêt des pièces promises. 

Second point : le directeur du Musée de 
l'Armée, consulté, n'a formulé aucune objection 
à la cession des objets dont il avait la garde. De 
deux choses l'une : ou bien il connaissait le prix 
de ce qu'on lui demandait d'abandonner, et alors 
il est incroyable qu'il ait accepté celte demande 
comme une chose toute naturelle ; ou bien il 
l'ignorait, et alors on ne comprend pas pourquoi 
il n'a pas demandé l'avis du Comité consultatif. 

On s'étonne de celle dernière hypothèse? Elle 
est pourtant parfaitement plausible. Le directeur 
du Musée de l'Armée aurait ignoré à quel point 
ces pièces d'armure étaient rares et précieuses, 
qu'il n'y aurait là rien d'invraisemblable : on 
peut être un excellent organisateur, d'une com- 
pétence indiscutable en tout autre domaine, et 



74 



LE BULLETIN DE L'ART 



n'f'tre pas pxarlfraent renseigné sur les questions 
d'armures qui exigent, des études particulières. 
Or, le Musée de l'Armée est organisé de telle 
fai'on qu'il ne comprend pas seulement une col- 
lection de costumes militaires, de tableaux de 
batailles et de reliques historiques; mais qu'il 
est formé, pour une bonne part, du Musée d'Ar- 
tillerie, lequel devrait avoir à sa tête un conser- 
vateur qui fût un spécialiste. Cette organisation 
défectueuse nous coûte assez cher aujourd'hui 
pour qu'une réforme soit étudiée ; et quand on 
devrait, comme le voulait Emile Molinier, réunir 
i\ celles que possède le Musée du Louvre les 
armes et armures les plus précieuses du Musée 
de l'Armée, cela ne vaudrait-il pas mieux que 
de les voir exposées à être cédées à la première 
demande ? 

On nous dit que ces pièces ne figurent pas 
sur la liste de* objets classés comme monuments 
historiques, et donc qu'elles ne sont pas inalié- 
nables. Le bon billet! Comme s'il était besoin d'un 
arrêté de classement pour les œuvres d'art con- 
servées dans les Musées nationaux et devenues, 
par là-mème, propriété de l'État! 

Il semble, d'ailleurs, qu'on ne soit pas très sûr 
de la valeur de cet argument, puisqu'un dernier 
paragraphe de la note officielle ajoute : c C'est, 
du reste, seulement à titre de dépôt que les 
pièces d'armure ont été mises à la disposition 
du Musée de Madrid », — paragraphe, en vérité 
bien inutile, si l'on admet que les objets peu 
vent être aliénés. 

Quoiqu'il en soit, voici ces pièces parties 
Est-ce sans espoir de retour"? 1,'opinion se refuse 
à le croire. Elle ne peut pas admettre que le roi 
d'Espagne, avec le caractère qu'on lui connaît 
consente à profiter d'une méprise pour accroître 
de cinq objets la plus riche Armeria du monde. 

Et puisque ces pièces sont envoyées à Madrid 
« en dépôt », pourquoi la durée de ce dépôt ne 
serait-elle pas limitée, — à un an, par exemple, 
— et pourquoi, lorsque la curiosité serait satis- 
faite en Espagne, ne reprendraient-elles pas la 
place qu'elles n'auraient jamais dû quitter? 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 28 février). 
— L'Académie fixe au samedi 9 mai la date de la 
déclaration de vacance du fauteuil que M. Vaudremer. 



décédé, occupait dans la section d'architecture ; 
l'clection aura lieu le samedi .30 mai. 

— Lecture est donnée, au nom de la section de 
peinture, d'un rapport sur l'envol de M. Billautey, 
ancien pensionnaire de la Villa Médicis ; cet envoi, 
intitulé Hélène, est destiné su musée de la fondation 
de Caen. 

— Sur les arrérages de la fondation Dcbrousse. 
l'Académie des beaux-arts propose les attributions 
suivantes : 2.îi00 francs pour la continuation de la 
publication des procès-verbaux de l'ancienne Aca- 
démie d'architecture; l.ôOO francs pour l'inventaire 
des dessins du Musée du Louvre; 2..')00 francs pour 
le relevé des plans de la partie des bi'itiments de l'In- 
stitut qui sont appelés ^ disparaître. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 27 février). — M. le comte Durrieu continue 
sa communication sur les manuscrits contenant des 
oeuvres littéraires du roi Uené. Il signale, en parti- 
culier, un exemplaire d'un des «romans» composés 
par René d'Anjou, le Cœur d'amour épris, qui se 
trouve à la Bibliothèque impériale de Vienne. 

Ce manuscrit est enrichi de miniatures admirables 
et qui ne peuvent avoir été exécutées que par un 
artiste ayant fréquenté la cour du roi René. 

— M. Ilomolle expose les recherches nouvelles de 
M. Courby sur le temple d'Apollon, à Delphes : le 
sanctuaire, qui a été déblayé de 1894 à 189.5. a été 
l'objet des minutieuses études de M. Courby, qui a 
vérifié et complété les mesures et les plans établis il 
y a vingt ans. Deux sanctuaires, on le sait, sont 
superposés : le premier, qui a été détruit par un 
incendie ou un treinbleraent de terre, a été édifié de 
548 à 515 av. J.-C ; le second remonte à la fin du 
IV* siècle. M. Courby a constaté que les fondations 
du premier sanctuaire ont été utilisées en entier pour 
la construction du second, qui en épouse tns cthc- 
tement le plan. 

Société nationale des Antiquaires de France 
(séance du 25 févricrj. — M. L. .Mirot étudie deux 
documents relatifs au peintre Jean Malouel, datés de 
1406 et 1409. 

— M. le comte de Loisne communique le sceau de 
Pierre, fou de la comtesse d'Artois, apposé à une 
quittance de l'an l.'iOO. 

— M le comte Durrieu entretient la Société du récit 
d'un tournoi présidé par le roi René en 1446. près de 
Saumur. Le manuscrit enluminé de ce récit, que l'on 
a, pendant longtemps, considéré comme perdu, a été 
retrouvé par M. le comte Durrieu à la Bibliothèque 
impériale de Saint-Pétersbourg. 

— M. Dimier signale quelques portraits peints du 
XVIII* siècle dont l'authenticité lui semble tout à fait 
douteuse. 

Musée du Louvre. — Le Musée du Louvre pos- 
sède, depuis mardi dernier, une nouvelle salle Barye. 



ANCIEN ET MODERNE 



■K 



MM. Gaston Migeon et Carie Dreyfus, conservateur 
et conservateur-adjoint du Département des objets 
(l'art, qui ont organisé cette salle, l'ont consacrée à 
des œuvres du grand sculpteur animalier données à 
l'État, comme celles qui constituent la première salle 
Barye, ouverte l'an dernier, par un ami du Louvre, 
M. J. Zuubaloff. La nouvelle salle, i(uiest, dès mainte- 
nant, accessible au public, contient toute une série 
de sculptures de petite dimension, 19 bronzes. 22 plâ- 
tres, et autant de tableau.x et aquarelles du maître. 

— Grâce à une donation faite à la Caisse des 
musées par les enfants de M. Edouard Aynard, en 
souvenir de leur père, le Musée du Louvre s'est 
enrichi d'une belle statue en bois de prêtre bouddhi- 
que et d'un magnifique buste en pierre du xiif siècle. 
La statue de bois faisait partie de la collection Edouard 
Aynard ; elle a été reproduite à la fin de l'article 
publié par M. Leiarge-Desar sur cette collection, dans 
la Revue du 10 novembre 1913. Le buste de pierre 
représente un homme encapuchonné, du plus beau 
style et du réalisme le plus puissant ; il avait été 
signalé à M. André Michel par M. Edouard Aynard, 
qui l'avait baptisé le Bourreau, et le conservateur de 
la sculpture au Musée du Louvre a aussitôt pensé à 
acquérir ce beau morceau, quand on lui eût annoncé 
la donation faite par les enfants de M. Aynard. 

— Le Musée du Louvre a été autorisé, récemment, 
à recevoir, entre autres dons, pour le département des 
Antiquités, une stèle funéraire du jv siècle, offrant, 
en haut-relief un vase dit loutrophore, don de la 
Société des Amis du Louvre; et pour la galerie 
d'Apollon, un reliquaire en argent niellé, de la fin du 
XIII" siècle. 

Société nationale des beaux-arts. — Le comité 
de la Société nationale des beaux-arts a décidé, dans 
sa dernière réunion, de donner à la Société coloniale 
des artistes français une salle pour y organiser, cette 
année, une exposition rétrospective des boursiers 
coloniaux. 

Le Droit de suite. — M. Abel Ferry a déposé sur 
le bureau de la Chambre son rapport sur la proposi- 
tion de loi du Droit de suite, destinée à assurer aux 
artistes un pourcentage sur les plus-value de leurs 
œuvres en ventes publiques. I^a loi a été votée dès 
cette semaine. 

Le Delacroix de l'église Saint-Paul. — Un 
tableau de Delacroix, voilé depuis de longues années 
par une épaisse couche d'erabu et de poussière, vient 
d'être nettoyé par les soins de la Ville de Paris et de 
reprendre son premier éclat. Il s'agit d'une toile repré- 
sentant Jésus au Jardin des Oliviers, commandée 
sous Charles X. Exposé au Salon de 1827, le tableau 
reparut à l'Exposition universelle de 1 8.55 et à l'Expo- 
sition de la Ville de Paris en 1878. Dans la chapelle 
du transept gauche de l'église Saint-Paul, où il est 
placé, on le voyait fort mal sous la patine du temps 
qui vient heureusement de lui être enlevée. 



Chronique du vandalisme. — Le village de Bar- 
gemon, situé dans l'arrondissement de Draguignan, et 
un de» plos pittoresques de la Provence, possède pour 
unique monument une élégante église du xv siècle, 
qui n'a jamais été ni remaniée ni restaurée. Sous 
prétexte d'adoucir la pente d'une route qui longe l'édi- 
fice et qu'on voudrait faire passer sur l'emplacement 
de celui-ci, le ministre de l'Intérieur demande aux 
Chambres de « désaffecter ■> cette église du xv siècle, 
d'une solidité à défier les siècles. Entendez bien ce 
que signifie, ici, « désaffecter»: c'est la démolition pure 
et simple. 

— Des malfaiteurs, qui se sont introduits, la nuit, 
dans l'église Saint-()utrille, de Bourges, édifice classé 
comme monument historique et datant du xiv siècle, 
ont brisé des vitraux et renversé des statues; ils 
ont volé les couronnes d'or placées sur la tête des 
statues de la Vierge et de sainte Solange. 

A Dijon — D'accord avec l'administration des 
Beaux-Arts qui participera pour moitié dans le prix 
d'achat et assume les frais de réparation, le Conseil 
municipal de Dijon vient de voter l'acquisition d'un 
ancien cellier de l'abbaye de Clairvaux, situé rue 
James-Uemontry. Cet édifice, qui date de 1130, avait 
été classé par la Commission des monuments histo- 
riques, enl912. C'est un des spécimens les plus curieux 
de l'art du constructeur pendant la période romane. 
La ville de Dijon l'acquiert pour 37. .500 francs. 

Nécrologie. — M. h'élix Julien, architecte du 
Gouvernement, professeur à l'École nationale des 
beaux-arts, chevalier de la Légion d'honneur, vient 
de mourir à Paris. Né en 1840, élève de Louvet, Lebas 
et Paccard, il collabora à presque toutes les grandes 
constructions élevées à Paris pendant la seconde 
moitié du xix" siècle, notamment au Pavillon de 
Marsan (1873-1877), à Saint-Ambroise, à la Trinité, 
au Collège Chaptal, à la Caisse des Dépôts et Consi- 
gnations, etc. 

— Sij- John Tenniel, qui vient de mourir à l'âge de 
94 ans, était le plus célèbre dessinateur politique 
anglais. Le terme de carloonist, dont on le dési- 
gnait ordinairement, correspond à une idée plus sé- 
rieuse que celle de la caricature et, le plus souvent, 
les dessins de John Tenniel, qni fut créé baronnet, 
n'avaient pas l'intention de taire rire, mais de faire 
rétléchir. Il dessina le cartoon de la première page 
du Punch, toutes les semaines, pendant près de cin- 
quante ans, de 1853 à 1901. Son dessin classique 
avait quelque chose de la sécheresse des gravures de 
Ifogarth; ses figures symboliques de Britannia et de 
Marianne rebutent par leur monotonie. Mai.s la pensée 
de la légende était écrite d'une façon saisissante dans 
son dessin, et la légende souvent remarquable par sa 
force et sa brièveté. 11 a illustré un grand nombre de 
livres et s'est exercé aussi à la peinture historique. 



76 



LE BULLETIN DE L'ART 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Vente d'objets d'art, etc. — 
Un seul prix à signaler parmi les résultats d'une 
vacation anonyme dirigée, salle H, le 27 février, 
par M= Bignon et M. Bataille, les 5.100 francs, 
obtenus, sur la demande de 4.000, par une 
console-desserte en acajou patiné, d'époque 
Louis XVI, portant l'estampille de l'ébéniste 
Dautriche. 

Vente de tapisseries. — Une vente d'objets 
d'art et d'ameublement dirigée, salle 6, le 28 fé- 
vrier, par M= Lair-Dubreuil et MM. Paulme et 
Lasquin, a produit 98.400 francs. Quelques prix: 
trois verdures flamandes du xviii" siècle, avec 
volatiles et encadrements de bordures, 14.100 fr. 
(dem. 10.000). — Panneau de tapisserie du 
XVI» siècle, représentant une chasse au cerf, 
12.300 fr. — Tapisserie de Bruxelles duxviii* siè- 
cle, représentant Diane et une suivante dans 
un paysage, 9.075 fr. — Buste en marbre, 
5.400 fr. 

Vente de « la Peau de l'ours w (tableaux 
modernes). — Cette vente qui a eu lieu, salles 
7 et 8, le l" mars, par le ministère de M« Baudoin 
et de MM. Bernheim et Druet, a obtenu le succès 
de curiosité qu'il était facile de prévoir. Elle 
a produit 106.350 francs pour 145 numéros. 
Contentons-nous de signaler, parmi les pein- 
tures : Picasso. Les Bateleurs, 11.500 fr. (dem. 
8.000). — H. Matisse. Compotier de pommes et 
d'oranges, 5.000 fr. (dem. 2.000); — et parmi les 
dessins : Picasso. Les Trois Hollandaises, gouache, 
5.200 fr. (dem. 2.000). 

Un catalogue illustré dressé pour la circon- 
stance, conservera, dans la bibliothèque des 
curieux, le souvenir de cette vacation peu banale. 

Vente d'objets d'art. — Nous avons annoncé, 
dans notre dernière chronique, cette vacation à 
laquelle ont présidé, salle 6, le :! mars. M» Bau- 
doin et MM. Mannheim. Elle a produit 136.. (53 fr. 
Il nous suffira d'indiquer ces quelques prix : 70. 
Pendule à cadran tournant, br. doré, composée 
d'un vase, ép. Louis .XVI, 6.500 fr. — 88. Secré- 
taire à abattant en marqueterie de couleurs à 



bouquets de fleurs, fin ép. Louis XV, 7.100 fr. — 
(Sans numéro). Tapisserie-verdure avec chilteau, 
parc et volatiles, 5.100 fr. — 121. Tapis oriental, 
XVI" siècle, à fleurs sur fond rouge, 9.200 fr. 
(dem. 8.000). — 122. Tapis oriental, xvi" siècle, 
à grosses fleurs sur fond rouge, 9.100 fr. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Liquida- 
tion Seligmann (1" vente : objets d'art, etc. |. 
— S'il fallait juger de l'importance des ventes 
d'après la taille et l'épaisseur des catalogues qui 
les annoncent, les vacations que dirigeront, du 9 
au 12 mars, à la galerie Georges Petit. M" Lair- 
Dubreuil et Baudoin, assistés de MM. G. Sortais, 
Ferai, Mannheim, Paulme et Lasquin, ne sem- 
bleraient pas devoir dépasser le niveau de cer- 
taines ventes, abondantes en numéros, mais 
d'intérêt plutôt secondaire, comme on en voit se 
succéder, chaque saison, à l'Hôtel Drouot. Mais 
il est facile de comprendre que, pour une vente 
qui n'est, après tout, qu'un mode de partage, rendu 
nécessaire, d'un stock immense de marchandises, 
on ait réduit au minimum les frais du catalogue, 
alors qu'en d'autres circonstances, tels des 
mêmes objets passant aux enchères, les tapisse- 
ries notamment, auraient appelé une édition et 
une illustration tout autres. 

Nous ne pouvons nous étendre comme il con- 
viendrait, sur les plus importants des quatre 
cent et quelques numéros qui vont être dis- 
persés. Contentons- nous d'attirer l'attention 
sur la riche série de porcelaines de Chine par 
quoi s'ouvre cette première vente, et où l'on 
remarquera, en particulier, deux vases-rouleaux 
d'époque Kang-hi, décoré, l'un (no 25), de person- 
nages et de divinités, l'autre (n« 26), d'oiseaux et 
d'insectes dans des rochers, et deux statuettes 
d'homme et de femme debout, sur des socles de 
forme haute, d'époque Kien-lung (n" 104). De 
même, nous devons renoncer à passer la revue 
des meilleurs des spécimens ici réunis de porce- 
laines de Saxe, de Vincennes, de Sèvres, etc., et 
nous devons encore renvoyer au catalogue pour 
la série précieuse des boîtes et autres objets de 
vitrine; mais il nous faut, cependant, parmi les 
émaux, tirer de pair le Portrait de George IV, roi 
d'Ângletetre, par Bone, et parmi les miniatures. 



ANCIEN ET MODERNE 



le Portrait présumé de ta marquise de Louvencourt 
par Hall, et deux portraits de femmes, parisabey, 
et parmi les sculptures, le petit monument funé- 
raire à la mémoire d'un chien, terre cuite, par 
Clodion. De même, indiquons simplement, en 
passant, la richesse de la réunion des bronzes 
d'ameublement et des pendules des époques 
Louis XV, Louis XVI et Empire. Parmi les 
meubles, notons : un bureau bonheur du jour, en 
marqueterie de bois de couleurs, d'époque 
Louis XV; un meuble à trois rangs de tiroirs, en 
marqueterie de bois de couleurs, orné de bronzes 
redorés, de la fin de l'époque Louis XV; et un 
secrétaire droit à abattant, en marqueterie de 
bois de couleurs, avec bronzes, d'époque 
Louis XVI. Nous arrivons ainsi à la catégorie des 
meubles en tapisserie, où nous remarquons un 
écran à feuille en Beauvais, de la Manufacture 
royale, du temps de la Régence, à personnage 
antique, et un autre écran à feuille en tapisserie 
du temps de Louis XV, représentant le Lion et le 
moucheron, d'après La Fontaine, un canapé et 
deux fauteuils couverts en Aubusson, du temps 
de Louis XVI, à bouquets de fleurs et rubans sur 
fond blanc, et un grand paravent à six feuilles en 
Savonnerie d'époque Régence, à décors d'oiseaux 
et d'attributs. 

Les tapisseries proprement dites seront un des 
gros attraits de la vente. Peu de numéros, mais 
de choix. Notons : un panneau ovale en Gobelins, 
le Portrait du roi Louis XV, en buste, travail de 
l'époque ; une tapisserie en Gobelins du xvm" siè- 
cle, les Enfants jardiniers, d'après Le Brun ; un 
plafond également en Gobelins, signé de Cozette, 
et daté 1766 ; une tapisserie de la manufacture 
royale de Beauvais, Mars et Vénus, de la tenture 
des Amours des Dieux, d'après Boucher, xvni« siè- 
cle ; enfin, une tapisserie de la même manufac- 
ture, de la tenture des Bohémiens, d'après Casa- 
nova, représentant le Vol de la malle et exécutée 
sous la direction de Charron, xviii» siècle. 

Il nous reste à dire quelques mots des tableaux 
qui constituent'la seconde partie de cette vente. 
Tout d'abord, du côté des écoles primitives, nous 
remarquons : le Portrait d'un homme jeune, par 
Corneille de Lyon ; Jésus et les enfants, par Lucas 
Cranach ; enfin, deux panneaux de l'école fla- 
mande du xv= siècle : le Portrait d'une donatrice, 
assistée d'une suivante portant une couronne et 
la Vierge et l'Enfant Jésus; et un double panneau 
de l'école llorentine du xvi» siècle, Saint Domi- 
nique, abbé mitre, et saint Grégoire, pape ; puis, du 
côté des écoles des xvii<^et xvin» siècles : le Clavecin, 



par Boilly ; deux pendants, Oiseaux exotiques dans 
des paysages, parJ.-B. Huet; une Récréation dans 
le parc, par J. de Lajoue ; le Portrait de la comtesse 
Hegnault de Saint-Jean d'Angély, par M""" Vigée 
Le Brun ; le Lièvre et Après la chasse, par Oudry ; 
l'Escalier en ruines, par Hubert Robert ; le Por- 
trait de M™^ Roslin, née Suzanne Giroust, et le 
Portrait du peintre par lui-même, par Roslin ; le 
Buveur galant, par J. Steen ; enfin, seul spéci- 
men de l'école moderne, David jouant de la harpe 
devant Saûl, par Monticelli. Parmi les dessins, 
notons encore, en terminant : une gouache de 
Boucher, les Pêcheurs; un crayon rehaussé de 
Edridge, la Comtesse de Wilson et son fils ; un 
Portrait de femme, pastel par Valade, et deux 
portraits de jeunes femmes, également au pastel, 
par Louis Vigée. 

Collection de M. X... (objets d'art, etc.). — 
Un mince catalogue illustré attire notre attention 
sur la vente, que dirigeront, salle 11, le 9 mars, 
M» G. François et M. G. Guillaume, des objets 
d'art et d'ameublement composant la Collection 
de M. X... Des porcelaines et des faïences an- 
ciennes, des meubles et sièges des époques 
Louis XV et Louis XVI, constituent le principal 
intérêt de cette vacation. 

Collection de Mm" L. H. R... (tableaux). — 

Nous recevons le catalogue illustré des tableaux 
anciens et modernes dépendant de la succession 
de M™" L. H. R... et provenant, en partie, de la 
galerie du marquis de Salamanca, dont la vente 
aura lieu, salle 1, le d.3 mars, par le ministère de 
M" Lair-Dubreuil et Albinet, assistés de M. Ferai. 
On remarquera, en particulier, dans cette vaca- 
tion : le Portrait de l'Impératrice Isabellede Portugal, 
épouse de Charles-Quint, par A S. Coello; David 
pardonne à Absalon, par B, Fabritius; Toréadors 
devant la Madone, par Eugenio Lucas ; le Reniement 
de saint Pierre, par B. Manfredi; le Portrait de 
l'Infante Marie-Thérèse, par J B. del Mazo ; le Songe 
de saint Joseph, par Murillo ; la Lecture de la lettre, 
par C. Netscher ; les Cinq Sens et la Partie de tric- 
trac, par G. Seghers; et, enfin, la Moisson, par 
Veyrassat. 

M. N. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Cercle de l'Union artistique. — Qui donc 
affirmait que l'horloge de l'art moderne aime 
à retarder un peu dans les brillants salons de 



78 



LE BULLETIN DE L'ART 



la rue Itoissy-d'Anglas '? Si l'on découvre avec 
(luelque bonne volonté la sagesse el le savoir 
parmi les 3626 envois catalogués au trentième 
Salon des Indépendants, on trouve immédiate- 
ment, ici, l'audace non moins savante parmi 
les 102 numéros seulement qui composent la 
paisible «exposition de 1914» : il suffit de signaler 
la présence de MM. Roll et Forain; l'un, maître 
du plein air et continuateur de Manet, comme 
peintre de la chair ensoleillée dans un portrait 
plantureux ou plus finement embrumée dans 
une de ces ligures que l'auteur d'une série de 
femmes symboliques intitule aujourd'hui l'Adieu; 
l'autre, observateur de l'atmosphère irrespirable 
des prétoires et vigoureux héritier d'Honoré Dau- 
rnier, comme peintre à la fois humoristique et 
compatissant de l'emphatique Plaidoirie qui fait 
sangloter l'accusée... Ici, comme aux Pastellistes 
fiançais, l'audace voisine avec la sagesse. Dans 
une gamme moins noire, M. Priant détaille 
la frimousse montmartroise et la désinvolture 
hardie du Modèle ou la danse demi-nue devant 
le miroir, c'est-à-dire devant la glace complai- 
sante de la Psyché. La tec/wre de M. Harlamoff et 
les éludes de M. R. deChabuud-La Tour relèvent 
plus cruellement du réalisme. Un petit triptyque 
où M. Fournier-.Sarvolèze dit aux paysans déra- 
cinés : licvenez à la terre! est un amusant discours 
en trois points en faveur du dégrèvement rural. 
Aussi bien, cette année, la nature, à son tour, 
nous emporte loin des portraits flattés ou des 
sujets mondains; et « la ligne d'Italie» s'impose, 
ici comme ailleurs, dans le plus fin paysage 
méridional qu'un peintre habituel de l'automne 
ou de l'hiver ait encore signé : par sa pdie 
perspective verdiUre qui devient mauve à l'hori- 
zon, dans l'intervalle heureusement cadencé des 
tristes cyprès, la Plaine d'Assise éclaire soudain 
le nom de M. J.-F. Bouchon; le rêve, embrasé 
par l'azur de Sicile, éveille chez M. André 
Humbert le souvenir des bergers de Théocrite; 
les ruines du Temple de la Sibylle, à Tivoli, 
semblent avoir moins ému le regard de M. Schom- 
mer; mais le plus franc parfum du paysage 
rustique enveloppe une Matinée à Middleburg 
(Hollande), tout emperlée de rosée par M. Gaston 
(luignard, un pur Lever de lune, aperçu dans un 
ciel ardoisé par M. René Killotte, et les sierras 
espagnoles de M. Pedro (iil, et môme le Versailles 
sous la neige, de M. (iuirand de Scevola. C'est la 
fraîcheur du sentiment qui nous désigne les 
fleurs estompées de M. Henri Dumont, les fleurs 
précises de M. de Lassuchette, les jardinets prin- 



taniers de M. Nozal, les intérieurs silencieux de 
M. Réalier-Dumas, qui change de sujets, le vieux 
Nohant exploré par M. Lauth, un Salon du Musée 
Jacquemart- André, décrit par M. Paul Thomas, 
l'Autel de la Vierge, retenu par .M. Jacques 
Baugnies, sans oublier l'esquisse du Saint-Sépulcre 
à Saint-Jacques de Dieppe, par M. (Jervex, ni la 
Symphonie en blanc de M. Walter (jay. 

La jolie Distraite de M. Antonin Mercié, l'austère 
Sérénité de M. Maxence sont des figures de fan- 
taisie; mais « le Salon du portrait » reste fidèle 
à sa tradition représentée par quelques-uns de 
nos maîtres : M. Léon Bonnat, portraitiste octo- 
génaire et toujours vigoureux de Af. le Marquis de 
Ségur, président du Cercle; M. (Jabriei Ferricr, 
portraitiste toujours scrupuleux de M' Du Huit, 
ancien bâtonnier; M François Flameng, portrai- 
tiste exalté par le profil rose d'une blonde miss 
penchée sur sa petite glace. M. Ferdinand Hum- 
bert, qui ne répugne pas au portrait masculin, 
donne l'exemple à M. Guiiiier, notant la ressem- 
blance du Lieutenant- colonel Rimailho en petite 
tenue Le portrait de Jf""" la princesse Anina 
Gagarine-Stourdza peignant, statuette en bronze 
de M. Denys Puech, et le buste en marbre de 
M. Mayen, par M. Raoul Verlet, se distinguent 
parmi (|uelques morceaux de sculpture oi'i se lit 
la signature du vice-amiral de Jonquières. 

IX° Salon de la Société des Artistes 
décorateurs (Musée des Arts décoratifs). — l".e 
n'est pas d'un hiver à l'autre que l'insensible 
élaboration d'un nouveau style, h ses débuts, 
peut manifester des avatars subits et de sur- 
prenantes métamorphoses; et la plupart de nos 
« artistes-décorateurs», que nous avons retrouvés 
d'ailleurs au Salon d'automne, avant de les revoir 
à la treizième exposition ponctuelle du Musée 
Galliera, restent aujourd'hui ce qu'ils étaient 
hier, et tels que notre confrère Henri Clouzot les 
a présentés plusieurs fois aux lecteurs de la 
Revue. 

En effet, si le découragement du pessimisme 
est seul à répéter que « tout est dit » et que l'on 
vient « trop tard » pour sortir de l'ornière des 
pastiches nonchalants et des camelotes frelatées, 
il ne serait pas moins dangereux de vouloir 
constamment jeter de l'inédit en pâture à tous 
les snobismes : l'effort moderne, — comme l'in- 
dique à propos, dans la préface du catalogue, le 
nouveau président de la Société, .M. Paul Vilry, — 
l'effort de quelques-uns pour créer à la vie 
actuelle <■ un cadre en harmonie avec son carac- 



ANCIEN ET MODERNE 



79 



tère », est fait beaucoup plus de studieuse per- 
sév(5rance que d'excentrique et perpétuelle 
inquiétude ; et ce qu'il faut d'abord estimer, 
chez plus d'un novateur de la veille, c'est un 
retour à cette » longue patience >> qui ne rem- 
place jamais, mais qui n'exclut pas davantage 
l'instinct du génie. Après avoir distingué les 
« ensembles» de M. Eugène Gaillard, un clas- 
sique du genre, et de M. Mathieu Gallerey, probe 
et lumineux artisan du meuble, nous nous arrê- 
terons donc, entre tant de salles à manger qui 
nous invitent au frugal repas des yeux, devant 
celle, en bois d'orme, que destine à la campagne 
M. André Groult ; et si la Chambre d'homme, 
composée par M. Paul Follot, ne peut nous faire 
oublier sa poétique Chambre de dame du Salon 
d'automne, la chambre de M. André Mare appa- 
raît plus habitable que ses inventions précé- 
dentes, en dépit de certains accords de bleu- 
vert et de iilas qui font songer, en Bretagne, à 
l'Extrême-Orient... Au contraire, le Salon de 
repos de M. Louis Sue ne nous retient pas ; et le 
Tiureau d'architecte de M. Maurice Quénioux est 
clair, mais glacial. 

Retenons encore le bureau de M. Maurice 
Dufrône, les impressions sur étoffes de M. Georges 
de Feure, la multiple imagination de M. Clément 
Mère, le beau vase en cuivre oxydé de M. Jean 
Dunand, les ferronneries de MM. Laurent Mal- 
clès et Szabo, les bibelots de M"" O'Kin, les ver- 
reries émaillées de M. Marinot, et, près des 
toujours belles poteries de grand feu de M. Le- 
noble, les faïences décorées par notre confrère 
Etienne Avenard ou par M. Maurice Dhomme qui 
songe, en plein xx" siècle, au mystère des « rus- 
tiques ligulines » de notre vieux Bernard Palissy, 

Marie-Paule Carpentier (galerie Georges 
Petit). — Diverses expositions d'aquarel- 
listes. — Entre toutes les femmes peintres de 
la Société nationale ou du Salon d'automne, un 
grand sentiment de la couleur sertie dans la 
majesté des lignes tiendrait lieu de signature à 
M"° Marie-Paule Carpentier : ce n'est pas la 
première fois que le regard trouve un noble 
plaisir à se poser sur ses vues de Versailles et 
de Trianon, sans préjudice de ses études inspi- 
rées par le vieux Paris, la campagne française 
ou la lumière méridionale, sous les pins gris de 
la Côte d'émeraude ou les pins ensoleillés de la 
Côte d'Azur. Au service du style, son procédé 
même est personnel : c'est la peinture à l'eau 
reprise au crayon, qui fait de ses aquarelles 



autant de dessins rehaussés où le métier traduit 
impérieusement l'émotion, dans le sobre éclat 
des printemps verts ou des tons de l'automne. 
C'est aussi l'aquarelle qui sert de langage 
rapide et limpide à la vivacité voyageuse de 
M. Fernànd Truffant, galerie Vivien ; à la préci- 
sion linéaire de M. Jacques Brissaud. galerie 
Louis-le-Grand; à l'ardeur visionnaire d'un colo- 
riste polonais, M. Boleslas Buyko, dans son ale- 
lier du square Delambre. où ses vues de Rome, 
de Sienne et de Venise nous rappellent avec pas- 
sion que le paysage exprime moins la nature que 
le songe intérieur du paysagiste. 

R.^YMONI) BouvRn. 

P. -S. — L'abondance des expositions nous force 
à remettre à un prochain numéro la X" exposi- 
tion de la Société artistique des Amateurs, accom- 
pagnée de sa rétrospective (à l'Alcazar, M, avenue 
Gabriel); les Indépendants; l'Automobile-Club ; 
et divers salonnets de moindre importance. 



LES REVUES 



Fra.nce 
Revue lorraine illustrée (t 913. n° 3). — Ch.PnsTER. 
Un l'ortrail du duc Antoine. — Peinture sur bois, de 
la collection de M. Moreau-N'élaton. L'auteur le rap- 
proche des trois autres portraits authentiques du duc 
Antoine de Lorraine, qui nous sont parvenus, et le 
date de 1525-1530. 

— Général J. Dbnnery. Vieilles silhouettes mes- 
sines : Lepetit, cordonnier et modeleur (ISDG-Iflîtl}. 

— Abbé L. Bigot. l.'Êvangéliaire de saint Gauzelin. 
— Commencement d'une étude sur ce précieux ma- 
nuscrit du trésor de la cathédrale de Nancy. La pre- 
mière partie est consacrée à « l'âge du manuscrit, son 
lieu d'origine et son premier possesseur, sis vicissi- 
tudes et son histoire » ; le deuxième chapitre, à la 
« calligraphie du manuscrit : minuscule, onciale, 
semi-onciale, capitale, grandes initiales ». 

(in.XNIIR-BRRT.^GNK 

The Burlington Magazine (décembre). — A. de 
liKiiUF.TE V MoHKT. Un Velazqiiez jusqu'ici inconnu. — 
La Cuisinière, de la collection Otto Beit, récemment 
exposée à l'exposition des anciens maîtres espagnols 
a Londres. 

— Alice Baibi). La « Colonna Santa ». — Sur la 
colonne torse, conservée dans la chapelle de la 
l'ietà, à Saint-Pierre de Rome, où elle a été placée 
en 1438 par le Cardinal Orsini. Autres exemples de 
ce même genre de colonnes, uolamment sur un reli- 
quaire d'ivoire trouvé à Samagher, près de Pola, et 
datant du iv* ou v* siècle de notre ère- 



80 



LE BULLETIN DE L'ART 



— Morton Bebnath. Le Livre de prières d'une sainte. 
— Ce livre d'heures, qui a fait partie de la collection 
von Lanna, récemment vendue en Allemagne, est un 
manuscrit à miniatures, écrit entre 1368 et 1312, et 
provenant du monastère franciscain d'Apt (Vauclusej. 
Il a été vraisemblablement exécuté pour sainte Del- 
phine, femme de saint Eb.éar. mort en 1329 et cano- 
nisé en 1368. 

— Arthur M. IIind. Giovanni liallisla Hiranesi, 
notes complémentaires et liste de ses ouvrages (à 
suivre). — Études relatives aux dates des principales 
gravures de Piranèse; précisions à ce sujet. 

— W. R. Lethaby. Soies byzantines dans les musées 
de Londres (à suivre). — Examen des principales 
pièces conservées dans les musées de Londres, pour 
établir une base sûre dans les questions si contro- 
versées des dates et des origines des décors de ces 
tissus. 

— Aymer Vallance. Mobilier ancien (XIII). — Les 
panneaux à décors imitant des linges plies. 

— Francis Stewart Kekshaw. Le Vase à inscriptions 
de la collection Uana. — Vase chinois de l'époque 
des llan, dont l'inscription ludique qu'il a été fait 
pour la tombe de l'empereur Wu,en une année qui 
correspond à 133 avant J.-C. 

— K. A. C. Creswell. L'Origine du double dôme 
persan (fin). 

— Sir Claude Pbillips. Quelques portraits par 
Cariant. — Le portrait de deux Vénitiens, du Louvre, 
(autrefois attribué à Gentile Bellini et intitulé les 
Deux Bellini), est rapproché d'un double portraitana- 
logue, au Musée Empereur-Frédéric, à Berlin, attri- 
bué par le catalogue à l'école de Giovanni Bellini. 

— Edouard Speyek. Le Buste de Beethoven de la 
Société ptiilharmonique. — Buste en plâtre, œuvre de 
J. Schaller, de Vienne, offert, en 1871, à la Société 
philharmonique de Londres; c'est une sculpture fort 
conventionnelle, académique et idéalisée, exécutée 
pour Cari Holz, l'ami de Beethoven. 

— Egerton Beck. Notes a ecclésiologiques » au 
catalogue des Anciens maîtres espagnols. — Rectifi- 
cations de descriptions incorrectes au point de vue 
du costume des religieux, cardinaux, papes, et des 
accessoires religieux : croix, crosses, etc.; discussion 
de la scène figurée sur un tableau de Valdès Léal 
(collection Frederick Cook), que le catalogue dit 
représenter « snint Bonaventure, après sa mort, écri- 
vant les mémoires de saint François ». 

(Janvier). — Le « Repos de la Sainte Famille », de 
Blake. — Note sur un dessin lavé, signé et daté 1806^ 
aujourd'hui au Metropolitan Muséum de New- York. 

— W. R. Lethaby. .Soies byzantines dans les musées 
de Londres (fin). — Examen des motifs principaux . 
dragon sassanide, lions affrontés, grand griffon, mo- 
dèles arabes, etc. 

— Arthur M. IIind. G. B. Piranesi. notes complé- 
mentaires et liste de ses œuvres (suite). — L'auteur 
commence la publication de la liste de l'œuvre consi- 



dérable du graveur des Carceri, dressée par ordre 
chronologique (1143-1778). 

— Aymer Vallance. Mobilier ancien (XIV). — 
Panneaux sculptés de motifs inspirés du linge plié. 

— Ananda K. Coomabaswamy. Les Mains et lespieds 
dans l'art hindou. — 11 existe, dans l'art hindou, un 
langage conventionnel des mains et des pieds, cons- 
tamment utilisé dans la peinture et la sculpture ; 
l'auteur l'explique par des figures choisies dans une 
vingtaine de monuments. 

— G. F. HiLL. Notes sur des médailles italiennes 
(XVI). — Médaille dite de Raphaël Martinus Gotha- 
laniis (Raphaël Martin, catalan), école florentine, fin 
du XVI* siècle ; médaille de Bartolommeo Cepola, 
attribuée à Bellano. ^ 

— Abraham Bkediis. Encore le • Portrait d'Elisa- 
beth Bas ». — Ce portrait, conservé dans la Galerie 
royale de Dresde, et autrefois attribué à Rembrandt, 
a été donné, récemment, à Ferdinand Bol, par M. Bre- 
dius, dont plusieurs érudits ont accepté les conclu- 
sions. Le savant critique hollandais apporte deux 
nouvelles preuves en faveur de son attribution : l'une 
tirée de la facture des plis larges, qu'on cherche en 
vain chez Rembrandt ; l'autre, de la facture des mains 
d'Elisabeth Bas, entièrement différente de celle de 
Rembrandt et, au contraire, rappelant exactement la 
technique du Repos de la Sainte Famille de Bol, 
conservé aussi à Dresde et peint en 1644, environ 
cinq ans après le portrait. 

— Thomas Asiiby. Turner à Rome.— Vues de Rome, 
tirées de la collection des dessins légués par Turner à 
la nation britannique et dont le catalogue vient d'être 
dressé par M. Finbcrg. Cette collection compte plus 
19.000 pièces, d'une extrême variété. Les plus inté- 
ressants de ces dessins sont ceux qu'il exécuta lors 
de son voyage à Rome, en 1819, quand il était en 
pleine possession de son talent. L'auteur en repro- 
duit quelques-uns. 

— Friedrich Winkleb. Quelques dessins de pri- 
mitifs néerlandais. — Les Sept Sacrements, dessins 
à la pointe d'a,rgent publiés par la Vasari Society ; 
ils sont très voisins de Roger van der Weyden. — 
Un Portrait d'homme de la collection Salting ; le 
dessin original est conservé au Cabinet des Estampes 
de Berlin ; il appartient à l'entourage de Jean van 
Eyck. — Un Triptyque d'après Roger van der Weyden: 
un ancien dessin du Louvre dérive d'une peinture de 
Van der Weyden qui a été maintes fois copiée au 
ivi* siècle; le centre est une Déposition de la croix; 
et le dessin d'un des volets, un Portement de croix, 
appartient à M. Becker, de Leipzig. 

— August L. Mayeb. Un Portrait inconnu de Mu- 
rillo. — Portrait en pied d'un gentilhomme de Séville ; 
collection Julius Bôhler, de Munich. 

Le Gérant : H. Uims. 

Parii. -^ Imp. Oeorgo Petit, IS, rue Uodol-de-Uauroi. 



^1 



Numéro 616. 



Samedi 14 Mars 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Le Parc de Watteau 

au Conseil d'État 



Depuis le vote de la loi de 1906 sur la protection 
des paysages, il ne s'est pas passé d'année sans 
que l'on ait eu à constater combien l'administra- 
tion apportait de mauvaise grice, pour ne pas 
dire d'hostilité, à classer les sites pittoresques 
et surtout à faire respecter leur classement. On 
l'a dit vingt fois ici : la loi de 1906 est restée 
lettre morte, et la preuve en est dans le nombre 
ridiculement infime des paysages classés du 
département de la Seine : deux à Paris, les 
Champs-Elysées et le Gours-la-Reine (encore le 
classement n'a-t-il pas empêché les travaux qui 
ont bouleversé la dernière de ces promenades), 
et un dans le département, le seul exemple de 
classement d'un paysage appartenant à des par- 
ticuliers : celui du parc de Watteau, à Nogent- 
sur-Marne. 

Nous avons raconté, en 1908, l'histoire de cette 
municipalité de Nogent qui, hantée de spéculation 
et de bâtisses, avait formé le projet de couper 
d'un boulevard ce qui reste de l'ancien parc de 
l'intendantdesMenus LeFèvre.L'endroitest char- 
mant : les pelouses et les frondaisons descendent 
en pente douce jusqu'aux bords de la Marne; du 
pavillon bâti vers le sommet du coteau, le regard 
embrasse un merveilleux panorama, et les échap- 
pées que l'on prend sur la rivière rappellent plus 
vivement le souvenir mélancolique de Watteau, 
qui vint vivre ses derniers jours et mourir ici, 
au milieu de ses amis les plus chers. 

Aux projets saugrenus de la municipalité 
nogentaise, moins sensible à ces rêveries qu'à 
de plus immédiates réalisations, et peu soucieuse, 
au surplus, de respecter « l'espace libre » que 
constitue ce parc magnifique, le propriétaire 
opposa la loi de 1906 et obtint le classement de 
son domaine, dont l'accès fut permis à tout 
venant. 



Nous nous sommes réjouis alors sans réserves. 
Nous pensions que les projets de boulevard se 
trouvaient définitivement anéantis par l'article b 
de la loi qui interdit, » après l'établissement de 
la servitude, toute modification des lieux « sans 
autorisation spéciale de la commission de clas- 
sement. 

Mais c'était compter sans la ténacité des van- 
dales. On apprend aujourd'hui que la municipa- 
lité de Nogent et le Conseil général de la Seine, 
après diverses manœuvres préliminaires, s'adres- 
sentauConseild'Étatetluideraandentdedéclarer 
d'utilité publique les travaux du boulevard, autre- 
ment dit de détruire un paysage admirable, 
devenu parc public et régulièrement classé. 

Les propriétaires ont de solides arguments à 
opposerlà contre : ils invoquent l'intérêt général, 
d'abord, qui prime celui de la commune ; ils rap- 
pellent à l'État la donation récente d'une riche 
bibliothèque, donation faite sous la condition que 
le parc de Watteau resterait intact à jamais... 

La réponse du Conseil d'État sera d'un intérêt 
capital et sa portée dépassera de beaucoup le cas 
particulier que l'on vient d'exposer : c'est une 
question de vie ou de mort pour la loi de 1906. Si 
le Conseil d'État donne raison aux propriétaires 
du parc, sa réponse viendra renforcer heureu- 
sement une loi mal connue, mal appliquée et 
mal défendue. S'il conclut en faveur des adver- 
saire du classement, c'en est fait de la loi ; il 
n'en restera plus rien. 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 7 mars). 

M. J.-L. Pascal, qui fait fonction de secrétaire perpé- 
tuel, en l'absence de M. II. Roujon, donne lecture 
d'une lettre de M" Jullemier, exécuteur testamentaire 
ii'Édouard Détaille : celui-ci a légué à l'Institut son 
buste, œuvre de M. de Saint-Marceaux. 



82 



LE BULLETIN DE L'ART 



Académie des' inscriptions et belles-lettres 
(séance du 6 mars). — M. Héron de Villefosse com- 
munique, au nom de MM. Philippe Fabia, corres- 
pondant de l'Académie, et Germain de Montauzon, 
tous deux professeurs à l'Université de Lyon, une 
note relative aux fouilles qu'ils ont pratiquées à 
Fourvières, cet hiver, dans le clos du Calvaire. Ils y 
ont retrouvé les vestiges d'un quartier de la ville 
romaine, spécialement ceux d'une riche habitation, 
plusieurs salles, dont deux pavées, l'une en mosaïque, 
l'autre en mosaïque et en marbre; des fragments de 
céramique et des monnaies, fournis par le remblai, 
prouvent que ce quartier fut habité au moins pendant 
les trois premiers siècles de notre ère. 

— M. le comte Paul Durrieu termine sa communi- 
cation sur les manuscrits des œuvres du roi René, en 
parlant du Traité des Tounois. Sur un exemplaire de 
ce traité, acheté par le roi Louis XV, en 1766, il a 
découvert qu'une signature de possesseur, autrefois 
grattée, portait le nom de la belle-sœur du roi René, 
femme du comte du Maine, à qui le roi René avait 
dédié le traité. Cet exemplaire est orné de grands 
dessins rehaussés d'aquarelle, que M. Durrieu attribue 
au même auteur que les merveilleuses miniatures 
contenues dans le manuscrit du Cœur d'amour épris, 
de la Bibliothèque impériale de Vienne, Barthélémy 
de Clerc. 

— M. Edmond Pottier présente, de la part de 
M. F. Cumont, membre associé étranger de l'Aca- 
démie, une inscription latine découverte à Côme 
(Italie). 

— M. Ernest Hébrard, architecte, expose le résul- 
tat de la mission qui lui a été confiée par le minis- 
tère de l'Instruction publique, pour l'étude des monu- 
ments construits par les Turcs Seidjoukides, àKonia, 
en Asie-Mineure ; quatre monuments très intércssanla 
ont été relevés et dessinés minutieusement : la mos- 
quée Ala Eddine, les médressés Karataï, Indjé Minaret, 
et les ruines du Palais des sultans Seidjoukides. Des 
fouilles ont complété ces travaux. 

Société de l'histoire de l'art français (séance 
du 6 mars). — M. Georges Pélissier communique 
l'inventaire dressé après le décès de J.-B. Pigalle. 

— M. Louis Réau entretient la Société de l'œuvre 
de Iloudon eu Russie. Houdon n'est jamais allé en 
Russie, mais une vingtaine de ses œuvres sont con- 
servées à Saint-Pétersbourg et à Moscou, parmi les- 
quelles des chefs-d'œuvre comme le Voltaire assis et 
la Diane en marbre qui se trouvent au musée de l'Er- 
mitage. 

Société d'iconog;raphie parisienne (séance du 
2'J février). — M. le U' Daily termine sa couununjca- 
tion sur l'iconographie de Belleville : il étudie d'abord 
des portrait» de personnages marquants (le Père 
Enfantin, Debucourt, Favart, Ramponneau); puis il 
parle des vues de guinguettes, du bal Favier, du 
lac Saint-Fargeau, du potager du chftteau de Ménil» 
montant, etc. 



— M. Etienne Deville continue l'exposé de ses 
recherches sur le» miniatures de» xvr et xvir siècles, 
représentant des vues de Paris. Il étudie quatre nou- 
velles pièces empruntées aux Passages faiz oullre 
mer, de S. Mamerot; au Livre des faiz Monseigneur 
Sainl Loys; à un manuscrit attribué au roi René, et 
à un Commynes, conservé au musée Dobrée, de 
Nantes. 

— M. Emile Dacier étudie une peinture d'Hubert 
Robert, conservée au musée de Dijon, dont le dessin 
préparatoire à la sanguine appartient au musée de 
Valence. Le rapprochement de celte peinture avec 
divers dessins de G. de Saint-Aubin et des gravures 
permet de reconnaître dans cette peinture une vue 
des Thermes de Julien à Paris, représentés à la fin du 
xviii' siècle, au temps où ce vénérable monument 
servait de magasin à un tonnelier. 

Musée du Luxembourg. — Dans sa dernière 
séance, le Conseil des Musées nationaux a accepté 
les dons suivants pour le Musée du Luxembourg : 

Une grande aquarelle du peintre suédois .Cari 
Larsson, représentant une jeune fille endormie ; un 
portrait de M. Wertheimcr, peinture de J.-E. Millais, 
datée 1888, offert par M"* Wertheiuier ; un portrait 
de femme, peinture de Louis Devedeux, don de 
M. Clémentel ; une Fêle champêtre, peinture de 
M. Dagnan-Bouveret, datée de 1892. 

Les trouvailles de M. Mithouard — M. Adrien 
Mithouard, conseiller municipal de Paris, au cours 
d'un examen des œuvres entassées dans le dépôt 
des beaux-arts de la Ville de Paris, i Auteuil. a attiré 
l'attention sur un certain nombre de peintures, d'un 
intérêt indéniable, qui ont échappé aux prélève- 
ments faits, naguère, par la commission spéciale 
nommée pour organiser le musée municipal du 
Petit Palais. 

Il faut citer en particulier : l'Adoration des bergers, 
mentionnée au catalogue des œuvres de la Ville de 
Paris comme appartenant à l'ancienne église d'Au- 
teuil ; M. Mithouard l'attribue au Tintoret ; — Jésus 
chassant les vendeurs du Temple, qui a appartenu A 
l'ancienne église paroissiale des Missions étrangères, 
et qui serait de Kcstout ou de Boulogne l'aîné : — un 
Saint Jacques, de l'Ecole de Rubens ; — une Sainte 
Isabelle, fondatrice de l'abbaye de Longchamp, pein- 
ture médiocre de Philippe de Champaigne. mais très 
intéressante au point de vue de l'histoire de Paris; — 
ta Flagellation, peinture d'un artiste allemand in- 
fluencé' par l'Italie ; — plus une douzaine d'autres 
tableaux fort honorables et qui méritent mieux que 
d'être relégués là oiï ils le font. 

Découvertes artistiques. — Au cours des travaux 
de réfection de la façade de l'église Saint-l.ouis-en- 
rile. on vient de découvrir de fort belles sculptures 
sur bois du xvii* siècle, dissimulées sous une épaisse 
couche de peinture. On sait que l'église Saint-Louls- 
en-l'Ue fut reconstruite en 1664 sur l'emplacement 



ANCIEN ET MODERNE 



83 



d'une ancienne chapelle érigée en paroisse, en 1623, 
par Jean-François de Gondi, et devenue insuffisante; 
le chœur fut achevé en 1679, la nef en 1723 et la cou- 
pole en 1725. Cette église commencée sur les dessins 
de Louis Le Vau, premier architecte du roi, fut conti- 
nuée par Gabriel Le Duc. <€ C'est sur les dessins de ce 
dernier que la grande porte a été élevée, dit le Dic- 
tionnaire hisloriqtie de la Ville de l'aris, de Ilurtaut 
et Magny. Quant aux ornements de sculpture qui 
embellissent cet édifice, Jean-Baptiste de Champaigne, 
peintre et neveu de Philippe de Champaigne, en a 
donné les dessins. » 

A Rouen. — Le maire de Rouen vient de prendre 
un arrêté des plus intéressants en matière d'esthé- 
tique des villes. Le règlement de 1881 relatif à l'ali- 
gnement des rues ne lient aucunement compte ni du 
pittoresque ni de l'histoire. Son application à Rouen 
avait fini par constituer une menace pour ce qui fait 
le charme et l'intérêt archéologique de cette admi- 
rable ville. C'est pour parer à ce danger que le maire 
de Rouen vient de constituer une commission muni- 
cipale « chargée de désigner et de cataloguer les bâti- 
ments publics, immeubles privés ou sites de la ville 
de Rouen, qui, en dehors des monuments historiques 
classés, offrent assez d'intérêt, tant au point de vue 
architectural qu'archéologique, historique ou artis- 
tique, pour que le Conseil municipal en assure la 
conservation par une modification des alignements ». 

Nous avons trop souvent protesté ici contre la né- 
gligence — pour ne pas dire plus, — des administra- 
tions municipales en matière d'esthétique urbaine, 
pour ne pas féliciter le maire de Rouen de son intel- 
ligente initiative et souhaiter de voir suivre l'exemple 
donné par la belle capitale normande. 

A Londres. — Mardi dernier, 10 mars, une suffra- 
gette du nom de Mary Richardson est entrée, à onze 
heures du matin, dans la salle de la National Gallery 
où se trouve e.x posée la Vétius au miroir de Velazquez, 
et tirant de son manchon une hachette, elle a brisé la 
glace et tailladé la toile, déchirant le dos de la Vénus 



à la hauteur de l'épaule. La suffragette arrêtée aussi- 
tôt, a été condamnée à six mois de prison. 

On sait que la Vénus au miroir, dite Vénus Rokeby, 
du nom de Rokeby Hall dont elle fut, pendant près 
d'un siècle, l'un des joyaux, et attribuée par les uns 
à Velazquez et par les autres à J. B del Mazo, a été 
acquise, pour plus d'un million, en 1907, par souscrip- 
tion nationale, au moment où l'antiquaire qui en était 
devenu possesseur allait la vendre à un collectionneur 
américain. Elle a été alors étudiée dans la Revue et 
gravée par M. R. Favier (t. XXII, p. 413). 

A Bruxelles. — On a installé récemment, au Musée 
ancien de Bruxelles, par les soin» de M. Fierens- 
Gevaert, secrétaire des Musées royaux, les pièce» les 
plus remarquables de la collection de dessins et d'aqua- 
relles donnée à l'État belge par M"* de Grez douai- 
rière. L'école française est représentée par Callot, 
Boucher, Parrocel, Eustache Lesueuret Natoire; l'école 
Mamande, par des aquarelles et des sanguines de 
Jordaens. Du côté des Italiens : G.-B. Castiglione, 
plusieurs dessins du Bernin, un Bronzino (Empe- 
reur romain acclamé par des soldats), une tête 
de vieillard d'Annibal Carrache et VAdoration des 
Mages, de Taddeo Zucchero. Parmi les Hollandais : 
une vue de Middelbourg, par Jan van der lleyden, 
une sanguine et des dessins à la pierre noire de Paul 
Potter, de fins portraits par Cornelis Troost, des aqua- 
relles et des sépias de Jan Bosboom, plusieurs Van 
O-itade, des vues de villes par Jan van Goyen et, de 
Rembrandt, un dessin représentant une jeune femme 
assise devant son miroir. 

A Florence. — M. Philippe di Pietro, secrétaire 
du Cabinet des dessins des Offices, a eu la bonne 
fortune de découvrir chez le marquis A. -P. Lotta- 
ringhi délia Stufa, un tableau du Caravage qu'on ne 
connaissait plus que par une gravure et qu'on 
croyait perdu ; c'est une des œuvres importantes du 
maître, le Concerto di giovani ritratti, représentant 
cinq jeunes gens faisant de la musique et un sixième 
personnage écoutant. Le tableau est peint sur toile et 
mesure 2-40 x 1"50. — L. G. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 
A Paris. — 'Vente de la collection de 
M°'« X... [M"'« H. Menier], — La vente des 
tableaux, objets d'art et d'ameublement, appar- 
tenant à M°ie Henri Menier a produit 456.440 l'r., 



à la galerie Georges Petit, le 5 mars, sous la 
direction de M" Baudoin et de MM. Mannheim et 
Bernheim jeune. Une belle enchère à retenir, les 
90.1,00 fr. réalisés, sur la demande de 100.000, 
par la suite de quatre panneaux en Aubusson, 
d'époque Louis XV, à sujets chinois. 



84 



LE BULLETIN DE L'ART 



PRINCIPAUX PRIX 

Tableaux. — 12. J. Uomani. La Belle rousse, 
5.300 fr. (dem. 2.000). — 1.5. Wùuwermans. Scène 
rustique en Hollande, 4.800 fr. (dem. 8.000). — \1. 
Ziem. Devant le palais des Doges, 11.800 fr. (dem. 
10.000). 

Mbhbles. — Salon (canapé et six faut.), bois sculpté 
et redoré, couv. tapiss. à corbeilles de fleurs et guir- 
landes sur fond blanc, ép. Louis XVI, 45.500 fr. 
(dem. 40.000). 

Tapissehiks, etc. — 92. Tapiss. flam., xvi* s., Salomon 
et la reine de Saba, etc., 13.000 fr. (dem. 12.0001. — 
93. Tapiss. Bruxelles, xvi» s.. Combat de style antique 
dans un paysage, 16.000 fr. (dem. 10.000). — 94-96. 
Trois tapiss. Hruxelles, xvp s., sujets de l'histoire 
romaine, bordures, fig. allégoriques, etc., 46 000 fr. 
(dem. 45 000). — 97-99. Tapiss. Bruxelles, xvi' s., le 
Triomphe d'un souverain victorieux, large bordure; 
deux tapiss. flam. comp. de l'histoire ancienne, nom- 
breux person., large bordure, 34.005 fr. (dem. 30.000\ 

— 100. Deux cantonnières composées de bord, de 
tapiss. flam., fin xvi- s., 19.000 fr. (dem. 10.000). — 
101. Fragment de tapiss. flam. du xvi' s., Salomon et 
la reine de Saba, 10.500 fr. (dem. 12.000). — 102-105. 
Quatre tapiss. d'Aubusson, atelier de Picon, d'après 
Boucher, ép. Louis XV, scènes chinoises, le Thé, le 
Marchand d'oiseaux, là Pêche et le Jardinage, 
90.100 fr. (dem. 100.000; rest.). — 106-108. Trois tapiss. 
llara., XVI* s., compos. champêtres, nomb. person. 
dans la campagne, bordure cadre, 28.200 fr. (deiii. 
45.000; rest. et parties mod.). — 109. Tapiss., anc. 
trav. oriental, fleurs sur fond rouge, 31.000 fr. (dem. 
15.000). 

Liquidation A. et J. Seligmann. — Celle 
vente, que nous avions annoncée avec quel- 
ques détails, a pris tin jeudi sur un total de 
1.800.560 francs, pour les quatres journées de 
la première vente. Nous donnerons, la semaine 
prochaine, un compte rendu complet avec la 
liste des principaux prix ; contentons-nous de 
signaler, pour aujourd'hui, les plus belles en- 
chères qui sont celles des tapisseries : Mars et 
Vénus, tapisserie de Beauvais, xviii* siècle, de la 
suite des Amours des dieux, de Boucher, 193.600 fr. 
(dem. IbO.OOO); le Vol de la malle, tapisserie de 
Beauvais, de la suite des Bohémiens, de Casanova, 
187.000 fr. (dem. 100.000); un paravent de la 
Savonnerie, à décor d'oiseaux et d'attributs, ép. 
Régence, 167.200 fr. (dem. 100.000). 

Ventes annoncées. — A Paris — Liqui- 
dation Seligmann (2» vente : obj ets d'art, etc. ) . 

— Les 16 et 17 mars, M" Lair-lJubreuil et Bau- 
doin, assistés de MM. Mannheim et Léman, pro- 
céderont à la vente des objets d'art et de haute 
curiosité, composant la seconde partie de la 



liquidation de l'ancienne Société Seligmann. 
Majoliques italiennes, faïences persanes et his- 
pano-mauresques, terres cuites émaillées des 
Délia Robbia, ivoires, émaux champlevés et émaux 
peints, dont un plat ovale, par Jean Courtoys 
(Limoges, xvi» siècle), orfèvrerie et bijoux du 
xvi" siècle; sculptures, notamment un buste en 
bronze du roi Louis XIII ; et meubles, — autant de 
catégories où les amateurs trouveront ample 
choix de pièces intéressantes. Mais nous ne pou- 
vons nous étendre davantage et nous devons 
renvoyer au catalogue illustré. Comme dans la 
précédente vente Seligmann , les tapisseries 
forment la partie la plus importante. Notons en 
particulier : deux panneaux d'art llamand, de la 
fin du xv« siècle; une tapisserie tlamande du 
commencement du xvi« siècle, tissée d'or, repré- 
sentant la nativité et l'Adoration des Rois Mages; 
d'autres tapisseries flamandes du xvi» siècle, et 
une tapisserie française de la même époque, à 
composition allégorique, figurant le mois de 
Juillet. 

Objets d'art, etc. — M» H. Baudoin et M. E. 
Pape dirigeront, salle 6, le 16 mars, une vente 
de faïences, porcelaines, etc., appartenant à 
M"^ iV... Dans cette vacation, qui a fait l'objet 
d'un catalogue illustré, se rencontrent quelques 
miniatures, notamment un Portrait présumé du 
Dauphin Lotiis X VII, signé Heinsius. 

Objets d'art, etc. — Contentons-nous de 
signaler la vacation anonyme, qui aura lieu, le 
18 mars, salle 6, sous la direction de M« Lair- 
Dubreuil et de MM. Paulme et Lasquin, et dont 
le principal intérêt parait consister en la pré- 
sence de tapisseries du xviii» siècle; certaines 
d'entre elles sont reproduites dans le mince 
catalogue illustré de cette vente. 

Tableaux et objets d'art provenant du châ- 
teau de N... — l.e 27 mars, salle 9, M» A. Des- 
vouges, assisté de MM. G. Sortais, Duchesne et 
Duplan, dirigera la vente des tableaux anciens, 
meubles, etc., provenant du château de N... Dans 
le catalogue illustré dressé à cette occasion, nous 
remarquons, tout d'abord, du côté des tableaux : 
un Paysage, soleil couchant, par David Teniers; 
puis, parmi les meubles : une commode en aca- 
jou, avec bronzes ciselés et dorés, signée de 
P. Garnier, et deux encoignures, également en 
acajou, de même décor que la commode et signées 
du même nom; enfin, deux panneaux en an- 
cienne tapisserie Une de Bruxelles. 



ANCIEN ET MODERNE 



85 



Les ventes prochaines. — A Paris. — Nous 
empruntons à notre confrère la Gazette de l'Hôtel 
Drouot, les renseignements qui suivent, concer- 
nant les grandes ventes de la saison, dont les 
dates sont déjà fixées. Ces renseignements com- 
plètent ceux que nous avons publiés à plusieurs 
reprises sur ce sujet. 

A l'Hôtel Drouot, le 26 mars, M« Lair-Dubreuil 
vendra les objets d'art de la collection du comte 
de F...; et le 31, le même commisaire-priseur 
dirigera une vente composée d'objets apparte- 
nant à divers amateurs et d'un salon provenant 
de la succession du marquis d'ivry. 

Dans le courant d'avril, M" Lair-Dubreuil et 
Doublot dirigeront, à la galerie Georges Petit, la 
première des ventes qui disperseront la collection 
Delaroff. de Saint-Pétersbourg. Troisautres ventes 
qui auront lieu à l'Hôtel Drouot, du 27 avril au 
6 mai, seront nécessaires pour épuiser cette réu- 
nion considérable — plus de mille numéros — 
de tableaux, de dessins et objets d'art. 

Nous avons déjà annoncé la vente des collec- 
tions de notre confrère récemment décédé, 
M. Roger Marx. Les estampes modernes feront 
l'objet (l'une première série de vacations, que 
présideront, du 27 avril au 2 mai. M"' Lair- 
Dubreuil et Baudoin; les tableaux et objets d'art 
seront vendus à la Galerie Manzi.du H au 13 mai. 

En avril, et toujours sous la direction des deux 
mêmes commissaires-priseurs, auront lieu, le 27, 
la vente des tableaux anciens et modernes, com- 
posant la collection de feu M. Willems, et le 30, 
celle des dessins anciens, dépendant de la collec- 
tion de M. Hodgkins. 

Notons dans le courant de mai ; le 7, vente des 
meubles anciens et estampes de M™* Délia Torre ; 
le 8, des tableaux modernes et dessins, compo- 
sant la collection Jules Claretie; les 14 et 15, des 
tableaux anciens et modernes, objets d'art et 
tapisseries, dépendant de la succession de M""" H. 

Nous avons déjà annoncé la vente de la collec- 
tion Antliony Roux, comprenant des tableaux 
modernes et des bronzes de Barye. Elle aura lieu 
le 20 mai, à la Galerie Georges Petit, où cinq 
jours après, se fera la vente de la collection Sam- 
hon, dont nous avons déjà dit un mot. 

En juin, la vente, déjà annoncée, des tableaux 
anciens de la collection Crespi, de Milan, aura 
lieu, le 4, à la Galerie Georges Petit, où, du 8 au 
11 juin. M" Lair-Dubreuil et Baudoin disper- 
seront les dessins, tableaux, sculptures, objets 
d'art et meubles du xviii« siècle, provenant des 
collections du Marquis de Biron. 



A Leipzig. — Dessins anciens. — Nous 
recevons le catalogue illustré d'une vente de 
dessins anciens, qui aura lieu à Leipzig, les 19 et 
20 mars, par les soins de la maison Bœrner. Cette 
réunion de dessins, qui provient de la collection 
Arnold Otto Meyer, de Hambourg, et de divers 
autres amateurs, comprend, tout d'abord, une 
réunion importante d'œuvres d'Anton Grafî 
(Winterihur. 1736-Dresde, 1813). Ce sont, pour 
la plupart, des portraits au crayon, dont un pro- 
fil de Frédéric 11, et aussi des études de figures et 
même de paysage. Dans le reste de la vente, on 
remarquera des dessins allemands du xvi» siècle, 
dont une feuille d'Aldorfer et une d'Hans Burk- 
msir, des dessins hollandais du xvii" siècle, por- 
tant les noms de Cuyp, Bakhuysen, Everdingen, 
Hobbema, Van Goyeu, Mieris, A. van Ostade, 
J. et S. Ruysdael, Ter Borch, Esaias et W. van de 
Velde, et Rembrandt; quelques dessins de l'école 
italienne et des primitifs des écoles du Nord com- 
plètent cette intéressante réunion. 

A Milan. — Collection Battistelli — Du 23 
au 26 mars, MM. Lino Pesaro et Carlo Clerici 
dirigeront, à Milan, au palais Cova, la vente des 
tableaux, dessins, objets d'art et d'ameublement, 
composant la collection de M. Luigi Battistelli. A 
en juger par les noms inscrits au catalogue, où 
nous relevons ceux de P. P. Rubens, Holbein, 
Michel-Ange, Paris Bordone, Van Dyck, A. Moro, 
et même Lancret et Watteau, la galerie serait 
de premier ordre ; elle se complète encore de 
quelques sculptures, dont un putto donné à Mino 
de Fiesole, de meubles italiens du xvi" siècle, 
de faïences, de tapisseries, etc. Mais rien qu'à 
examiner les reproductions qui enrichissent le 
catalogue de cette vente, il est facile de se ren- 
dre compte que ces attributions trop magnifiques 
n'ont, sans doute, que la valeur d'une indication. 

M. N. 
ESTAMPES 

Ventes annoncées. — A Paris. — Succes- 
sion Paul Delaroff, de Saint-Pétersbourg 
(estampes anciennes). — En attendant la pro- 
chaine dispersion de l'importante collection de 
peintures provenant de la succession Paul Dela- 
rofl'. M" Lair-Dubreuil et C. Doublot, assistés de 
M. L. Delteil vendront, le 17 mars, des estampes 
anciennes qui s'ajoutaient à la collection de 
l'amateur russe. 

Le catalogue compte 184 numéros, et les pièces 
les plus dignes d'intérêt sont : le Jardinier ga- 



86 



LE BULLETIN DE L'ART 



lant, gravé par Heleman, d'après Baudouin ; 
Mrs. Duff et Lady Heathcote, deux pièces gravées 
en deux tons par J. Agar, d'après Cosway ; plu- 
sieurs Drevet et Edelinck ; parmi les premiers, 
le portrait d'Hyacinthe Rigaud par lui-même, 
rare épreuve du premier état avant toute lettre ; 
une gravure de Samuel van Hoogstraten non r,a- 
taloguée par Rovinski, la Présentation au Temple. 
avec un paysage dans le haut de la planche ; une 
suite importante de Robert Nanteuil, parmi les- 
quels le portrait de Pompone de Bellièvre en très 
belle épreuve ; Qu'en dit l'abbé ! gravé par 
ti. de Launay, d'après Lavreince, épreuve après 
la dédicace. 

H. G. 
LIVRES 

A Paris. — Vente des livres de la succes- 
sion S... (livres anciens et modernes). — 

Faite le 6 mars, par M" Gabriel et Auboyer, et 
M. Reinach, la vente des livres, qui figuraient 
dans la succession P..., a produit 30.000 francs. 
Un Orlando furioso, sur grand papier, avec 
46 estampes de Cochin, Eisen, Moreau, etc., 
dans une reliure du xviii» siècle, a atteint 
5.350 fr. ; l'Heureux jour, par le marquis de 
Pezay (1768), avec 4 dessins originaux d'Eisen, 
2.200 fr.; même prix pour le Quadrille de Marie 
SÉ«arî, 27 planches sur Chine, d'Eugène Lami. 

R. .1. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Société artistique des Amateurs (Pavillon de 
l'Alcazar, avenue Gabriel). — « Pour qu'une 
page de Michelet soit tout à fait admirable, en- 
core faut-il qu'elle soit signée » : si la sagesse a 
dit vrai, le prestige des noms suffirait à glorifier 
la « rétrospective » qui rehausse d'œuvres au- 
thentiques, rares, curieuses, et plus d'une fois 
excellentes, la dixième exposition de la Société 
des Amateurs, depuis les portraits crayonnés par 
le roi Louis XIII jusqu'aux militaires coloriés par 
le Prince impérial, en 1864, à l'âge de huit ans. 

L'art nous désigne aussitôt un petit intérieur 
gouache par la princesse de Lamballe, une inti- 
mité romanesque et silencieuse où « la douceur 
de vivre » ne sera troublée que par l'intrusion 
des Septembriseurs... Et voici des boutons déco- 
rés par la reine Marie-Antoinette ; une chasuble 
brodée, peut-être au Temple, par sa belle-sœur, 



M"" Elisabeth ; des pêches peintes par la du- 
chesse de Berry ; des sépias lavées par son jeune 
fils, le comte de Chambord ; des gravures exécu- 
tées par la princesse Charlotte Bonaparte, la fille 
du roi Joseph ; des portraits de famille dessinés, 
en 1805, par un émigré qui sera le roi Louis- 
Philippe ; des croquis rehaussés, au fort de Ham, 
par un prisonnier qui sera l'empereur Napo- 
léon III ; un paysage de l'impératrice Eugénie ; 
des aquarelles de la princesse Mathilde ; une sé- 
pia datée de 1847 par la reine d'Espagne Isa- 
belle ; des cadres signés de l'empereur du Brésil 
ou de la princesse Marie-Louise de Bulgarie. 

Des raretés encore : un éventail offert par les 
demoiselles de Saint-Cyr, à M°" de Maintenon, le 
jour de sa fête, le 2 avril 1699 ; un croquis fait à 
Constantinople par l'ambassadeur Cboiseul- 
Gouffier ; des paysages fignolés en 1816 par le 
compositeur Adrien Boïeldieu, la même année 
que le boudoir austère aquarelle par M"« Ter- 
naux... Si l'âge du romantisme a mis son em- 
preinte sur les vues de Venise ou du vieil Heidel- 
berg aquarellées par Tony Hélyd'Oissel, auditeur, 
en 1840, au Conseil d'État, la plus classique 
« probité de l'art» recommande les dessins pro- 
vençaux de Max de la Sizeraune (1825-1906); les 
salonniers de naguère connaissaient le baron 
Charles de Coubertin, élève de Picot, le coiole 
Albert de Balleroy, peintre de chasses et de che- 
vaux, dont le portrait figure dans l'Hommage à 
Delacroix de Fantin-Latour. L'esprit ou le talent 
signale les petites gouaches du comte Eugène 
Le Bon, les croquis de Mer de Ségur, les pein- 
tures de la comtesse d'Arjuzon, les enlumfnures 
du comte Georges d'Aramon. A défaut de 
M. de Chateaubriand dessinateur, ce n'étaient 
pas des « amateurs » ordinaires que le portrai- 
tiste Prosper Mérimée, que le paysagiste Victor 
Hugo, dont la plume, entre deux rimes, silhouet- 
tait les Bords du Rhin, le 20 novembre 1842... 

Le présent ne se montre pas inférieur au 
passé quand il nous apporte les vues de châteaux 
prises par S. A. R. M°>« la duchesse de Ven- 
dôme, qui signe Henriette, non loin d'un éventail 
illustré par M. Pierre Loti ; le portrait que 
S. A. R. M™* le princesse Mathilde, duchesse de 
Saxe, a tracé d'elle-même à son bureau, dans la 
familière clarté du matin; les gouaches colorées, 
où M. Fournier-Sarlovèze évoque l'Orient et 
continue les Mille et une nuits avec la malice de 
notre xviii* siècle, et ses petits triptyques où la 
Croix- Rouge aux inondations de /,9<0 fait pendant 
aux paysans déracinés ou déchus que le peintre 



ANCIEN ET MODERNE 



87 



^Tb c 



veut rendre o à la terre « ; et le second terme de 
la belle devise An et Caritas est superflu pour 
nous recommander les pastels de M"" la baronne 
Lambert, née de Rothschild, portraitiste de 
S. M. le Roi des Belges et de Mfr Duchesne; les in- 
ti rieurs de M"" la comtesse Pierre de Cossé^ 
lirissac, les scènes historiques de M. le prince 
Jacques de Broglie, les fleurs de M"" la duchesse 
d'Estissac, de M. de Lassuchetleet de M. le comte 
de Vibraye ; les crayons rehaussés de M™» Elle de 
Beaumont et de M"' Alice de Bertier de Sauvi- 
gny ; les trois jolies « esquisses » modelées par 
M°" Christine de Coupray, les médaillons de 
Mme Edgard Slern, le Poète Gilbert de M>"" la du- 
chesse d'Czès, un buste élégant de M"" de Char- 
donnet ; les études de M. Warden et du D' Hans 

bl ; les broderies de M™" Adolphe Javal, les 
aux de M"" la marquise de Courtarvel et de 
le comte du Suau de la Croix, les reports col- 
lograpldques coloriés par M. Robert Demachy, le 
portrait de M. Maurice Barrés, photographie vrai- 

eiit artistique de M"" Bugnion-Lagouarde. Les 
alides sous la neige, vus par M"' Brouardel, et 

clair paysage lavé par M"'^ Gaston Gouin, la 
meilleure des élèves nombreuses du maître 
Vignal, se distinguent parmi les aquarelles du 
regretté comte Guy de La Rochefoucauld, de 
M"'^ la comtesse Em. de La Rochefoucauld, de 
M. le comte de Fossa, de M"" la duchesse de Tré- 
vise et de M"« Marthe Richard, qui nous mène, à 
son tour, vers la ville aux sept collines par les 
ruelles ensoleillées du Mont Palatin. 

i 

"^Automobile-Club. — Loin de contredire, 

sous l'éclat de ses lustres, son imposante voisine 
de la rue Boissy-d'Anglas, la treizième exposi- 
tion du Cercle de la place de la Concorde offre 
de nouvelles preuves à nos arguments : revoici le 
maître Alfred Roll, ici peintre et sculpteur, 
brossant sur un fond de cinabre et d'incarnat 
une primesautière étude pour un portrait 
d'homme, ou caressant le marbre coquet de 
l'Indifférence ; revoici M. Priant, cette fois dessi- 
nateur de spirituels et savants portraits, datés 
d'amicaux souvenirs ; revoici la précision de 
M. Gabriel Ferrier, près de jolies figures virgi- 
nales, retenues par MM. Georges Lavergne et 
Walhain ; revoici la nature italienne, avec 
M. J.-F. Bouchor, le frère du poète, interrogeant 
la lumière sur la vieille place Saint-François, 
dans le silence d'Assise, ou devant le Grand 
Canal de Venise, au palais Dario. C'est encore de 
l'Italie que s'inspirent les études plus chaudes 



de M. Lauth et les notes plus- pâles d'un ancien 
lauréat, M. Henri Danger, qui s'arrête à Ronci- 
glione, sur le chemin de Rome, où Victor Bertin 
travaillait plus naïvement pour le Salon de 1808. 
Le voyageur Le Goût-Gérard et le poète Cachoud, 
qui viennent de nous convier à leur exposition 
particulière chez Georges Petit, redisent leurs 
thèmes favoris à côté de MM. Guinier, Moisset, 
Dambéza, Foreau, Johannès Son. Loin des lampes 
chères à MM. Rieder et V. Lecomte, M. Cazaban 
s*? manifeste un lumineux intimiste; M Lionel 
Royer décrit en miniature une Fête enfantine au 
Cercle; et quand M. Zwiller veut bien oublier 
Henner, la réalité lui propose une savoureuse 
nature morte. Ici, les arts qui s'intitulent " pré- 
cieux » complètent la sculpture : une aimable 
statuette d'albâtre, de M. Jacques Loysel, de 
petits sangliers de bronze, de M. Georges Gardet, 
voisinent avec des bijoux de MM. Vever et Fou- 
quet. L'orfèvrerie se fait symbolique avec 
M. André Falize.qui traite avec talent deux sujets 
d'actualité : le Saint-Graal et le Calvaire des 
pauvres vieux chevaux anglais. 

R.WMO.ND BOUYER. 

NOTES & DOCUMENTS 



L'Acte de naissance 
de Philippe de Champaigne. 

Une série d'études et de recherches nouvelles 
auront servi, pendant ces vingt dernières années, 
à compléter et à éclaircir la figure d'un grand 
peintre du xvn« siècle, longtemps négligé par la 
critique, comme la plupart des artistes de son 
époque : Philippe de Champaigne. 

MM. Henri Stein {Philippe de Champaigne et ses 
relations avec Port-Royal. P\on, 1891); — A.Gazier 
{Philippe et Jean-Baptiste de Champaigne. Libr. de 
l'Art, 1893); — Henri Lemonnier {L'Art français 
au temps de Richelieu et de Mazarin. Hachette, 
189.3); — Ch. Gailly de Taurines {Père et ftlle : 
Philippe de Champaigne et Sœur Catherine de 
Sainte-Suzanne, à Port-Royal. Hachette, 1909); — 
André Hallays dans divers articles, — pour ne 
citer que les principaux parmi ceux qui se sont 
occupés de ce peintre, nous ont donné une image 
très nette et très précise de ce que fut la vie de 
ce grand ami des Jansénistes. 

Un document important a cependant toujours 
échappé à leurs investigations, c'est son acte de 



I 



88 



LE BULLETIN DE L'ART 



naissance. Comment expliquer cette lacune? 

Déjà, en 1872, A. Jal écrivait : « Papillon de la 
Ferté, après les premiers biographes de l'hiiippe 
de Champaigne, et les biographes modernes, après 
Papillon de la F'erté, disent que l'illustre peintre 
naquit à Bruxelles en 1602 et qu'il mourut à 
Paris le 12 août 1674. J'ai essayé de me procurer 
l'acte de bapt(5me du grand artiste, mais on n'a 
pu me l'adresser » {Dictionnaire critique de bio- 
graphie et d'histoire. Paris, 1872). 

En 1873, A. V/auters {Biographie nationale, 
t. III, p. 411 ; Bruxelles, 1873), parlant de Jean- 
Baptiste de Champaigne, le neveu de notre pein- 
tre, nous avait donné son acte de naissance ainsi 
rédigé : 

« Jean-Baptiste de Champagne, peintre de 
renom, fut baptisé à Bruxelles (Coudenberg), le 
10 septembre 1631. Parrain : Etienne van der 
Schrieck ; marraine : Barbe fHuys. Il mourut à 
Paris, le 29 octobre 1681 et fut inhumé à S. Ger- 
vais, en cette ville. » 

L'Indicateur généalogique, héraldique et bio- 
graphique (Bruxelles, 1913) a reproduit, à son 
tour, l'acte de naissance de Jean-Baptiste de 
Champaigne, tel qu'il avait été donné par A.Wau- 
ters, mais sans retrouver non plus celui de 
Philippe. 

Grâce à l'extrême obligeance de M. G. Des Ma- 
re?,, archiviste de la ville de Bruxelles, nous 
avons pu retrouver le document qui avait jusqu'à 
présent échappé à toutes les recherches. Il a 
dû être connu, cependant, soit de A. Wauters 
lui-même, soit de l'un de ses secrétaires, cardans 
l'acte de naissance de Jean-Baptiste de Cham- 
paigne, cité par A. Wauters et reproduit par 
l'Indicateur, les noms des parrains de Jean- 
Baptiste se trouvent être, en réalité, ceux de 
Philippe : il y a eu confusion entre les deux 
actes. 

En effet, l'acte de baptême de Jean-Baptiste de 
Champaigne, tel que nous l'avons relevé dans le 
registre des actes de naissance de la paroisse 
Saint-Jacques sur Coudenberg, à Bruxelles, con- 
servé actuellement à l'Hôtel de Ville, est ainsi 
rédigé : 

Il iO" septembris I6S1 . Eodem die baptiaatus est 
Jo[ann]es liap[tis]ta filius Icgitimus Everardi Cham- 
pagne et Catharime Bemmerye conjugum. Susceptor 
Jo[ann]es Bàp\tis]ta Champaigne. Susceptrix Maria 
du Bois, no[mi]ne Uagdalenœ du Bois a . 

Et voici, par contre, celui de Philippe de 
Champaigne, qui se trouve dans le registre des 
actes de baptême de la Collégiale de Sainte- 



Gudule, à Bruxelles, également conservé aujour- 
d'hui à l'Hôtel de Ville (Registrum baptizatorum 
in hac eccl[esi]a D. Gudule oppidi bruxellen.; quod 
incepit a septima Martij ipso D. Thome de Aquino 
Anno 1602) : 

26 Mai 1602. 

Philipp[u]s fil[iu]s fle[n]nc» Shampaine et Eliza- 
bet. S. Stefanus vand Schrieck Barbara t huys; 
c'est-à-dire : Philippus filius Henrici Shampaine et 
Elizabet. Susceptores : Stefanus van der Schrieck, 
Barbara Thuys. 

On remarquera que, dans cet acte de naissance, 
la mère de Philippe est indiquée par son seul 
prénom: Elizabet; mais nous savons par l'acte de 
mariage de Henri de Champaigne, père de 
Philippe, que sa femme s'appelait Elisabeth de 
Troch (7 janvier 1597). 

Voilàdonc comblée, pour l'histoirede l'art, une 
lacune qui complète définitivement la biographie 
du peintre de Port-Uoyal. 

Albert S. Hknraix. 

LES REVUES 



France 



Les Arts (janvier). — André-Charles Coppibk. La 
ejoconde » est-elle le portrait de Mono Usa ? — Pour 
l'auteur, la Joconde n'est pas le portrait de Mona 
Lisa; c'est « l'idéale conception du plus grand maître 
de la Renaissance ». 

— René Jban. Une Collection d'art analique : la 
Collection Victor Goloubew. 

(Février). — Seymour de Ricci. Musée Jacquemart- 
André : les Peintures. 

La Revue lorraine illustrée (octobre-décembre 
1913). — Henri Poulet. Vieitles abbayes de Lorraine : 
Sainl-llenoil-en-Woëvre. 

— Abbé L. Bigot. L'Êvangéliaire de saint Gauzelin 
(fin). — L'auteur consacre son troisième chapitre à la 
décoration du manuscrit : enluminure, initiales ornées, 
canons d'Eusèbe, bandes et encadrements. 

— Commandant Ciiavannk. La Tour Saint-Jean à 
Sancy. — A propos d'une aquarelle de Collignon, 
représentant la chapelle et la tour de l'ancienne 
comnianderie de Saint-Jean, en 1873. 



Le Gérant : H. Iirmis. 

Paris. .^ Imp. Georgci Petit, li, rue Godot-de-Uauro) . 



Numéro 617. 



ï1 
Samedi 21 Mars 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 



ANCIEN ET MODERNE 



La Photographie 
lans les Musées nationaux (0 



Une Chalcographie moderne. 

11 y aura, dans quelques jours, deux mois que 
traité Braun, dénoncé dès novembre 1913, est 
rrivé au terme fixé par la loi pour sa revision, 
l'administration des Heaux-Arts ne se montre 
astres préoccupée de mettre fin à une période 
bansitoire qui peut présenter toutes sortes de 
|5sagréments, tant pour la direction des Musées 
îationaux que pour le public. On ne sait rien des 
intentions ni des projets de l'administration, à 
ipposer qu'elle en ait ; et son silence nous auto- 
ise à reprendre aujourd'hui un des points qui 
S'ont été qu'effleurés dans un précédent article. 
• Le Louvre possède une Chalcographie, dont 
origine remonte à Louis XIV, mais qui ne fut 
églementée que sous la Révolution : ce n'est pas 
eulement un musée de gravures, c'est aussi un 
délier pour le tirage des planches et une salle 
pour leur mise en vente. Alimenté par les com- 
mandes de l'État, enrichi en 1902 par le don 
géné^eux des planches de la Société de gravure 
_au burin, le fond de l'ancien cabinet du Roi est 
Bvenu, selon le mot de M. Jean finiffrey, « une 
Brte de Panthéon de la gravure française »; et 
l^algré les prix modiques auxquels sont vendues 
fes estampes de la Chalcographie, le public a si 
lien pris goût à cette annexe du Louvre, que la 
|ente des gravures y atteint maintenant une cin- 
lantaine de mille francs par an, appoint fort 
ppréciable pour la Caisse des Musées nationaux. 
Or, à l'heure actuelle, la gravure a une terrible 
[Svale,avec laquelle elle est bien obligée de com- 
poser : c'est la photographie. Procédé mécanique, 
simple, d'une fidélité, en certains cas, absolue, 
permettant des reproductions innombrables, à 
toutes les échelles voulues, inaltérables si on le 



(1) Cinquième article. Voir les numéros 6U à 614 
du Bulletin. 



désire, et au demeurant peu coûteuses, la photo- 
graphie est un admirable moyen de vulgarisation 
des œuvres d'art et un excellent adjuvant des 
études artistiques. Tout le monde en use, depuis 
le savant à qui elle facilite des rapprochements 
impossibles sans elle, jusqu'au plus modeste des 
visiteurs de musées qui emporte un souvenir de 
sa promenade sous la forme d'une carte-postale 
illustrée. 

Une Chalcographie bien entendue devrait donc 
comprendre aujourd'hui un atelier de photogra- 
phie. Bien plus, tous les établissements scienti- 
fiques, musées ou bibliothèques, instituts médi- 
caux, muséums d'histoire naturelle, etc., devraient 
s'adjoindre cette annexe indispensable, et se 
l'adjoindre non pas comme un service o en 
marge », mais comme un rouage officiel et régu- 
lier. M. Jacques Doucet l'a si bien compris qu'il 
a attaché à sa Bibliothèque d'art et d'archéo- 
logie, un véritable artiste photographe, dont le 
concours rend, chaque jour, les plus précieux 
services aux travailleurs. 

Or, voici que l'État va entrer en possession des 
sept mille clichés, exécutés depuis trente ans par 
la maison concessionnaire de la photographie 
dans les Musées nationaux, laquelle avait à sa 
disposition, par traité, un atelier de photographie 
et une salle de vente dans le Louvre. 

Que va-t-il advenir de cet atelier, de cette salle 
de vente et de ces sept mille clichés? On persiste 
à ne pas nous le dire. 

Mais nous, nous avons le droit de nous deman- 
der s'il n'y aurait pas tout avantage pour l'admi- 
nistration des Beaux-Arts à exploiter elle-même 
le fond dont elle va devenir propriétaire et à 
doubler son ancienne Chalcographie, réservée 
aux estampes, d'une Chalcographie moderne, 
consacrée aux photographies. Non seulement la 
Caisse des Musées y trouverait son profit, mais 
l'exploitation fournirait encore largement de 
quoi payer les employés nécessaires au nouveau 
service. Et quant au public, tout lui semblera 
préférable à la situation actuelle. g p 



I 



90 



LE BULLETIN DE L'ART 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 14 mars).— 
L'Académie apprend avec regret la mort de M. Anto- 
nino Salinas, directeur du Musée national de Palerme, 
qui était correspondant libre de la Compagnie depuis 
vingt-huit ans. 

— A la suite des épreuves d'essai pour le concours 
de Home d'architecture, sont admis en loge : 

MM. Bray (élève de M. Pascal) ; Girault (Dufresne et 
Recoura); Haffner (Laloux); Marleix (Redon); André 
Maurice (fléraud); Fromage (Defrasse); Chicandard 
(Duquesne et Recoura); Ferran (Laloux); Vian (De- 
glane); Grapin (Louis Bernierj. 

— Sont admis en loge pour le concours de Rome 
de gravure en taille-douce : 

MM. Rigal(élèvedeMM.Sulpis,G. Ferrier, Baschel); 
Manchon (Waltner et Ferrier); Bouflanais (Laguiller- 
mie, Cormon et Jean-Paul Laurens) ; Godard (Waltner 
et Ferrier); Paulin (Laguillermie, Ferrier, Brémond et 
CoUin); Binet (Laguillermie, Collin et Dezarrois) ; 
Buthaud (Waltner et Ferrier); Matossy (Waltner et 
Ferrier). 

— Un membre de l'Académie saisit ses confrères 
d'un avant-projet tendant à la constitution d'une 
Société d'artistes, analogue aux Sociétés des Auteurs 
dramatiques et des Gens de lettres, qui aurait pour 
mission de percevoir des droits d'auteur sur les 
œuvres des peintres, sculpteurs, etc., passant en vente. 

L'Académie fait \et plus chaleureux accueil à cette 
proposition qui concorde avec le projet de loi Abel 
Ferry, concernant le droit de suite sur les ventes 
d'œuvres d'artistes. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 13 mars). — M. Dieulafoy étudie la tour à 
étages dégagée par M. Place, à Kougondjik, l'antique 
Dour Charrsukin que Sargon avait fondée au nord de 
Ninive. 

— M. Gagnât analyse une note qui lui a été envoyée 
par M. A. L. Constans, membre de l'école franoai.«e 
de Rome, relativement aux fouilles pratiquées par le 
gouvernement italien à Licenza, sur l'emplacement 
de la soi-disant villa d'Horace. Les constructions 
déblayées se composent de trois groupes : des bâti- 
ments du début de l'Empire, qui faisaient partie d'une 
maison de plaisance, un établissement de bains qui 
date de la lin du i" siècle et un deuxième établisse- 
ment similaire, du ii* siècle. Aucun des objets trouvés 
au cours des recherches ne prouve que l'on se trouve 
sur l'emplacement de la villa d'Horace 

— M. Schlouch, docteur ès-letlres, fait connaître 
les résultats historiques et épigraphiques de sa mis- 
sion dans le Grand Atlas. 

Société nationale des antiquaires de France 

(séance du 11 mars;. — M. Serbat présente un dessin 
ancien, représentant l'église Saint-Paul d'Issoire et 
antérieur aux restaurations que cet édiûce a subies. 



— M. Roy lit une note sur des travaux eitécutés au 
château de Fontainebleau, par Philibert Delorme, 
sous le régne de Henri 11. Ces documents inédits sont 
extraits des minutes de divers notaires parisiens. 

— M. Monceaux signale quelques plombs byzantins 
récemment découverts àCarthage par le R. P. Delattre. 

— M. Dieudonné étudie quelques monnaies royales 
françaises du xv siècle, de la série appelée testons 
nouveaux. 

Musée des Arts décoratifs. — Après l'expo- 
sition annuelle des Artistes décorateurs, actuellement 
ouverte, l'Union centrale organisera, avec le concours 
du gouvernement anglais, une exposition d'art déco- 
ratif anglais moderne, qui sera inaugurée pendant le 
séjour du roi Georges V à Paris et qui restera ouverte 
tout l'été. 

Elle comprendra tout le mouvement d'art décoratif 
anglais, depuis l'initiateur moderne William Morris 
jusqu'à nos jours, représenté dans toutes ses mani- 
festations : tapisseries, vitraux, décorations de livres, 
meubles, bibelots, etc. Le choix des œuvres a été fait 
par des artistes compétents, ceux-là mêmes qui avaient 
organisé, l'an dernier, la section anglaise si remarquée 
de l'exposition de.Gand. 

L'Armure de Philippe II. — La semaine der- 
nière, M. Emile Constant, député, a déposé sur le 
bureau de la Chambre la proposition de loi suivante : 

« Le gouvernement de la République, ayant pris 
l'initiative de déposer à l'Armeria real de Madrid le 
chanfrein et les pièces accessoires de l'armure de 
Philippe 11, le Parlement tient à associer le pays à ce 
témoignage des sentiments d'amitié qui unissent la 
France et l'Espagne. 

En conséquence, nous avons l'honneur de vous 
proposer l'article de loi suivant : 

Article unique. — Le ministre des Affaires étran- 
gères est autorisé à oB'rir au gouvernement espagnol 
le chanfrein et les pièces accessoires de l'armure de 
Philippe II, actuellement conservés au Musée de 
l'Armée. » 

Cette proposition a été votée à mains levées : elle 
confirme non le dép6t, dont on avait parlé, mais la 
donation des pièces d'armures du Musée de l'Armée 
à l'Armeria real de Madrid. 

Nous ne reprendrons pas aujourd'hui une question 
qui a été traitée naguère ici (n° 61.5,i, mais il nous sera 
bien permis de dire que le vote de la Chambre n'a 
rien changé à notre sentiment sur cette regrettable 
affaire, et tous ceux qui auront lu l'article de M. Ch. 
Buttin, dans la Revue de ce mois, seront de noire avis. 

La Donation de M"' Arconati-'Visconti. — 

Dans la séance du Conseil des ministres de jeudi, le 
ministre de l'Instruction publique a annoncé que 
M"* la marquise Arconati-Visconti, dont on connaît 
les nombreuses générosités en faveur des musées 
et des établissements scientifiques français, donnait 
au Musée du Louvre toutes ses collectioni de pein- 
tures, sculptures et objets d'art. 



ANCIEN ET MODERNE 



91 



Le Legs Gaston Mélingue. — Le peintre Gaston 
Mélingue, dernier du nom, mort récemment, a légué 
à la Ville de Paris, l'hôtel familial, sis rue Delessert, 
avec le jardin qui l'entoure, et toute sa fortune, à part 
une dizaine de mille francs, destinés aux pauvres de 
Caen, ville natale de son père. Quant aux collections, 
«lies seront réparties entre le Louvre, Carnavalet, 

uny, le Musée de l'Armée, la Comédie-Française, 
t'Odéon, les musées de Rouen, de Caen, de Clermont- 
Ferrand et de Menton. 

Concours annoncés. — La Chambre syndicale et 
la Société d'encouragement de la bijouterie, de la 
joaillerie et de l'orfèvrerie ouvrent, entre tous les artis- 
tes français, un concours pour un projet de parure de 
dame pour toilette de jour, destiné à être exécuté en 
métaux précieux et pierreries. 

Les dessins seront reçus jusqu'au mardi 20 avril 
rochain, au secrétariat de la Chambre syndicale, 
2 bis. rue de la Jiissienne, et l'exposition des dessins 
aura lieu au Musée des Arts décoratifs, du tO au 
2o mai. 

Des prix de 1.000, 400 et 100 francs seront décernés 
aux trois meilleurs projets. 

RPour les renseignements complémentaires, s'adres- 
er à M. Maurice Hénin, président de la commission, 
\l, rue des Archives. 
A Aire-sur-la-Lys. — Un incendie vient de dé- 
ruire le beffroi d'Aire-sur-la-Lys qui datait de 1724. 
il n'avait, depuis lors, subi que de légères atteintes et 
les Airois se ilatlaient d'échapper à la malchance qui 
poursuit les beffrois de leur petite cité, les uns détruits 
successivement par des incendies en 1373 et 1405, un 
autre renversé par une bourrasque en 1410, et le troi- 
sième écroulé au début du xviii« siècle. 

A Bruxelles. — La ville de Bruxelles vient d'ac- 
érir, au prix de S'iO.OOO francs, pour y loger les 
rvices de la comptabilité communale. la Maison des 
rasseurs, l'une des plus belles maisons historiques 
de la Grand' Place. La façade en est surmontée d'une 
atue du prince Charles de Lorraine, due au ciseau 
fe Jacquet Très anciennement, cette maison s'appe- 
lait « l'Enfer » ; puis on la dénomma « l'Arbre d'Or » ; 
elle appartenait alors à la Corporation des tapissiers 
de haute et de basse lisse; entièrement construite en 
pierre, elle s'ornait d'un fronton triangulaire à cré- 






neaux. Achetée par la puissante compagnie des bras- 
seurs, elle fut restaurée en 1678. Les « doyens >■ 
commandèrent à Marc de Vos le Vieux une statue 
équestre de Maximilien Emmanuel, électeur de 
Bavière, qui fut placée au faite de l'édifice et qui, 
renversée par le vent, en 1751, fut remplacée, le 
16 juin 1832, par une statue de Charles de Lorraine, 
supportée par un piédouche que décore l'image de 
saint Arnold, patron des brasseurs. 

A Constantinople. — Les fouilles commencées 
en 1906, par l'Institut archéologique russe de Cons- 
tantinople, sur le site de l'ancien couvent byzantin 
de Stoudion, ont donné, quoique prématurément 
inlerrompues, des résultats importants. L'emplace- 
ment de l'église du couvent est occupé aujourd'hui 
par la mosquée en ruines dite Miz-Akhor-l)jami 
(mosquée de l'Ecuyer) dans le quartier de Narli-Kapou, 
près de Yédi-Koulé, L'église se trouvait autrefois sur 
la voie triomphale qui conduisait de la Porte Dorée 
au Palais Impérial. On a retrouve le plan de l'édilice, 
élevé sous Léon le Grand, en 436, par le patrice Stu- 
dius. Ce plan rappelle celui des anciennes basiliques 
romaines, notamment Saint-Laurent-llors-les-Murs. 
— Ch. P. 

A Dresde. — La municipalité de Dresde a voté un 
crédit de 430.000 marks (365.000 fr.) pour la création 
d'un musée de peinture moderne. 

A 'Venise. — La municipalité de Venise annonce, 
pour le 13 avril, prochain l'ouverture de sa XI* expo- 
sition internationale des beaux -arts, qui durera 
jusqu'au 31 octobre. 

L'affiche, comme celle des expositions précédentes, 
est due à M. Auguste Sézanne, qui, avec la fantaisie 
et le sens de la décoration qui lui sont habituels, a 
représenté le Rialto, transfiguré par une vision toute 
personnelle, mêlée d'histoire et de poésie. 

Nécrologie. — Le graveur Louis-Eugène Mouchon, 
qui est mort le 3 mars à Paris, dans sa soixante et 
onzième année, plusieurs fois récompensé aux Salons, 
notamment en 1888 et en 1894, est surtout connu par 
la gravure de l'ancien timbre-poste de Sage (1876), 
qui représente la Paix et le Commerce s'unissant et 
régnant sur le monde, du timbre qui lui succéda et 
de celui de la Semeuse, enfin du timbre proportionnel, 
d'après Oudiné. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OR JETS D'ART 
CURIOSITi. 

A Paris. — Liquidation de la Société 
A. et J. Seligmann (Ire vente). — Dans notre 
dernière chronique, nous n'avons pu que donner 



le chiffre total de cette vente, faite, du 9 nu 12 mars, 
à la galerie Georges Petit, par M" Lair-Dubreuil 
et H. Baudoin, MM. "Portais. Ferai. Maniiheim, 
Paulme et i.asquin. Nous avons (5gaiem"nt indi- 
qué les plus hauts prix obtenus, qui ont nota-- 



92 



LE BULLETIN DE L'ART 



blement dépassé les demandes, et qui se trouvent 
tous dans la catégorie des tapisseries. 

Avant de publier une liste des enchères prin- 
cipales, il faut tirer de pair les prix les plus 
élevés dans les autres séries de la vente; ce sont, 
parmi les porcelaines de la Chine, très nom- 
breuses et particulièrement disputées, celui de 
20.0S0 fr. (sur demande de 2S.O0O, il est vrai), 
obtenu par un vase-balustre, d'époque Kang-hi, 
à sujets de mandarin, femme et enfants; parmi 
les porcelaines de Vincennes et de Sèvres, celui 
de 10.000 fr. (sur demande de 18.000) pour un 
service à zones bleu clair et rinceaux dorés, 
daté 179i; parmi les objets de vitrine et les 
miniatures, celui de 9.2W fr. pour une boîte 
ovale en or émaillé, ornée, par Degault, d'une 
miniature en grisaille, à sujet de bacchanale; 
parmi les sculptures, celui de 14.000 fr. pour un 
groupe en plâtre de deux femmes nues portant 
une coupe, de l'atelier de Marin; parmi les 
très nombreux bronzes et pendules, l'enchère 
remarquable de 28.500 fr. (sur demande de 
12.000 seulement), pour une pendule à musique 
du XVIII" siècle, en bronze ciselé et doré; on 
trouvera aussi des prix notables parmi les 
meubles, en particulier celui de 15.100 fr. par 
un secrétaire en marqueterie et bronze, de 
l'époque Louis XVI; nous ne reviendrons pas 
sur les écrans et les tapisseries où presque tous 
les prix seraient à mentionner ici. 

Quelques tableaux complétaient la vente : 
tirons de pair le Portrait de Roslin et celui de 
M"" Roslin, née Suzanne GirouU, tous deux par 
Roslin, qui ont atteint 72.550 fr., sur demande 
de 65.000. 

PRINCIPAUX PRIX 
(Au-dessus de 5.000 francs.) 

Porcelaines de Chine. — 2. Deux potiches, rochers 
et fleurs, fond violet vermiculé noir, ép. des Ming, 
9.000 fr. — 7. Deux vases-balustres côtelés, émaux 
verts, jaunes et violets, ép. Wan-li, 8.000 fr. — 
10. Deux vases-rouleaux: mandarin sur une estrade, 
guerriers et sujet militaire, ép. Kang-hi, 7.500 fr. — 
14. Deux vases ovoïdes, décors variés, ép. Kang-hi, 
5.800 fr. — 15. Vase: personnages avec le cerf et la 
grue de longévité, ép. Kang-hi, 6.500 fr. — 16. Vase: 
fen)mes et enfants, ép. Kang-hi, 5.200 fr. — 19. Deux 
potiches émaillées sur biscuit; décor de fleurs et 
quadrillés en vert, jaune et violet, ép. Kang-hi, 
11.400 fr. (dem. 6.000). — 24. Vase-rouleau et paysage 
animé, inscription sur fond noir, ép. Kang-hi, 10.000 fr. 
(dem. 6.000). — 25. Vase-balustre; mandarin, femme 
et enfants, ép. Kang-hi, 20.050 fr. (dem. 25.000). — 
26. Vase-balustre à rochers, fleurs, oiseaux et insectes, 
ép. Kang-hi, 13.000 fr. — 31. Vase-rouleau ; personnage 



sur un mulet et enfant, ép. Kang-hi, 8. .500 fr. — 34. 
Vase-rouleau; fond bleu fouetté, lettré assis et pay- 
sage animé, ép. Kang-hi, 6.200 fr. — 36. Deux pots 
ovoïdes, ép. Kang-hi, à rinceaux fleuri» en vert sur 
fond jaune clair, 9.100 fr. — 43. Jardinière ronde; 
scènes familiales et personnages sur fond de rinceaux 
et de fleurs, ép. Kang-hi, 5.000 fr. — 58. Deux pots 
ovoïdes, à branches fleuries, insectes et oiseaux, ép. 
Kang-hi, 6.400 fr. — 76. Vase-rouleau, paysages, per- 
sonnages, etc., sur fond de rinceaux, ép. Kang-hi. 
6 300 fr. — 104. Deux statuettes : homme et femme 
debout, souriant, ép. Kien-lung, 5.100 fr. — 140. Deux 
potiches à scènes familiales dans des paysages, ép, 
Kien-lung, 6.000 fr. 

PoilCELAINES DE ViNCENNES ET DE SÈVhES. — 187. 

Deux vases, roses semées sur fond vert; monture 
br. doré, ép. Louis XVI, 8.000 fr. — 193. Service, à 
zones bleu clair et rinceaux dorés, 1791, 10.100 fr. 
(dem. 18.000). — 194. Boite rectangulaire montée à 
cage, en or gravé et six plaques en ancienne porce- 
laine tendre de Sèvres, 6.000 fr. 

Objets de vitrine. — 197. Botte oblongue à pans 
coupés en or émaillé. médaillon repercé, peint sur 
émail, femme occupée à coudre, ép. Louis XV, 
9.100 fr.. — 207. Boite pans coupés, panneaux de 
nacre, monture en or ciselé, composition mytholo- 
gique en grisaille sur fond rose, ép. Louis XV, 
6.900 fr. — 214. Boite en or ciselé à paysage animé et 
entrelacs; George, à Paris, ép. Louis XV, 5.000 fr. — 
218. Boite ovale en or émaillé, miniatures en grisaille 
à sujets de bacchanale, par Degault, ép. Louis XVI, 
9.200 fr. — 225. Corbeille simulée en or ciselé, et 
montre; Genève, xviii' s., 5.800 fr. — 231. Boite ovale 
en or ciselé et gravé, plaques émaillées, le Combat 
naval de Trafalr/nr, armoiries et attributs; commen- 
cement du xix* s., 6.800 fr. 

Miniatures. — 233. Miniat. ronde, par Hall : portr. 
présumé de la marquise de Louvencourt, 8.600 fr. 

Objets variés, orfèvrerie. — 250. Deux vases, 
ancien émail cloisonné de la Chine, 7.500 fr. 

ScULPTL'RES. — 252. Deux statues marbre blanc 
enfants personnifiant : VArchileclure et une Saison; 
signées et datées : L. Willemssens, fecit 1700; ancien 
travail flamand, 7.000 fr. — 264. Cheminée marbre 
blanc et bronze doré, ép Louis XVI, 6.060 fr. — 267. 
Groupe marbre blanc, deux amours luttant pour la 
possession d'un cœur, xviir s., 5.000 fr. — 269. Groupe 
plâtre: deux femmes nues, debout, portant une coupe, 
atelier de Marin, 14.000 fr. 

Bronzes, pendules. — 274. Deux vases de jardin à 
coinpos. inyth., xvii' s., 8.000 fr. — 275. Pendule br. 
doré et bois, amour, dragons, rocailles ; cadran signé : 
J.-Baptiste Bâillon, ép. Louis XV, 13.000 fr. — 278. 
Deux chenets, rocailles fleuries et enfants, ép. Louis XV, 
6.500. — 279. Quatre appliques, ép. Louis XV, 6.200 fr. 
— 281. Pendule à rocailles et arbustes, éléphant 
monté par un personnage, en Saxe ; signé : Wul- 
liamy, London, ép. Louis XV, 8.000 fr. — 290. Deux 



ANCIEN ET MODERNE 



93 



1^ 



candélabres à cariatides adossées, ép. Louis XVI, 
7.100 fr. — 291. Trois bouteilles, Chine, à dragons et 
oiseaux, monture bronze, ép. Louis XVI, 6.300 fr. — 
294. Pendule, personnage jouant de la lyre et deux 
femmes faisant de la nmsique ; signé : Dubuc le jeune, 
à Paris, ép. Louis XVI, 13.000 fr. — 296. Pendule, 
volumes et muse assise personnifiant VAstrotiomie : 
signé : Charles Leroy, ép. Louis XVI, 7.100 fr. — 

199. Pendule, amour tenant un livre, et coq perché ; 

igné : Leblond l'ainé, ép. Louis XVI, 9.200 fr. — 
302. Pendule à musique, br. doré, à trois cadrans, 
panache et dais entre deux sphinx, xviii" s., 25.S00 fr. 
(dem. 12.000). — 306. Deux candélabres, à trépied, 
vases à têtes d'aigles, ép. Empire, 7.2.Ï0 fr. — 307. 
Pendule et deux aiguières, à cariatides de femmes 
ailées; signé : Thonisson, à Paris, ép. Empire, 7.000 fr. 

Meubles. — 318. Commode marqueterie de bois, 
encadremements en bronze ; signé : iioussel, ép. 
Louis JCV, 5.000 fr. — 319. Bureau à dos d'âne, mar- 
queterie, garni de bronzes, ép. Louis XV, 6.700 fr. — 
320. Deux encoignures marqueterie, ép. Louis XV, 
5.100 fr. — 321. Meuble marqueterie orné de bronzes 
redorés, ép. Louis XV, 9.700 fr. — 326. Deux encoi- 
gnures acajou et bronzes dorés, dessus marbre, ép. 
Louis XVI, 5.100 fr. — 327. Bibliothèque, marqueterie 
de bois de couleur et bronzes dorés, dessus marbre, 
ép. Louis XVI, 24.000 fr. (dem. 13.000). — 332. Secré- 
taire droit, marqueterie .et bronzes dorés, dessus 
marbre, ép. Louis XVI, 15.100 fr. 

ÉcR.tNS ET SIÈGES EN TAPIS8EBIE. — PaBAVESÏ OE LA 

Savonnerie. — 333. Canapé bois sculpté, couvert en 
tapiss. à bouquets de fleurs, xvicr s.. 14.700 fr. — 
339. Canapé bois sculpté, couvçit en tapiss. à cor- 
beilles de fleurs, ép. Louis XV, 10.100 fr. — 341. Six 
fauteuils bois sculpté, couverts en tapiss. d'Aubusson 
à fleurs, ép. Louis XVI, 10 903 fr. — 342. Canapé et 
deux fauteuils bois sculpté et doré, et tapiss. d'Au- 
busson à bouquets de fleurs, ép. Louis XVI, 19.000 fr 

— 343. Paravent à six feuilles, en tissu de la Savon- 
nerie : oiseaux sur fond jaune chargé d'attributs, ép. 
Régence, 132.000 fr. (dem. 100.000). 

Tapisseries. — 344. Panneau ovale, tapiss. des 
Gobelins : portrait de Louis XV en buste, ép. Louis XV, 
6.200 fr. — 346. Tapiss. des Gobelins : les Enfants jar- 
diniers, d'après Le Brun ; bordure de feuilles, fleurs, 
avec cartouches xviir s., 24.600 fr. — 347. Plafond 
tapiss. des Gobelins, direction de Cozette, 1766, signé 
et daté : divinité montée sur un dragon ailé, temple, 
et amours, écusson avec monogramme A. H., 10.100 fr. 

— 348. Tapiss. de Beauvais de la tenture des Amours 
des dieux, d'après Boucher : Mars et Vénus; bordure 
simulant un cadre aux armes de France et de Navarre, 
xviii" s., 176.000 fr. (dem. 130.000). — 349. Tapiss. 
Beauvais. direction de Charron : le Vol de la malle, 
de la tenture des Bo/iémtens, d'après Casanova; bordure 
simulant un cadre, avec la signature : H. C. C. Beau- 
vais, précédée d'une fleur de lys, xviii" s., 170.000 fr. 
(dem. 100.000). — 351. Deux tapisseries de travail 



italien, xviii' s., personnages de la Comédie Italienne, 
dansant dans la campagne, jouant à l'escarpolette; 
fond de paysage; bordure simulant un cadre, 30,700 fr. 
(dem. 20.000). 

Tableaux anciens. — 362. L. Cranach. Jésus et les 
enfants, 19.400 fr. — 373. L. Boilly. Le Clavecin, 
21.100 fr. — 376. Ch. Challes. Deux peintures déco- 
ratives à sujets allégoriques, 5.000 fr. — 378. J.-B. 
Huet. Oiseaux exotiques dans des paysages, deux 
pendants, 5.000 fr. — 381. M"V,L.-E. Vigée-Le Brun. 
Portrait de la Comtesse Regnault de Saint-Jean 
d'Angély iLaure de Bonneiiil), 17.000 fr. — 383. 
J.-B. Oudry. Après la chasse, 5.000 fr. — 386. Hubert 
Hobert. L'Escalier en ruines, 5.400 fr. — A. Roslin : 
388. Portrait de Mme Roslin, née Suzanne Girousl; 
et 389. Portrait du peintre par lui-même, 72.550 fr. 
(dem. 65.000). — 396. Van Blarenberghe. Bataille, 
gouache ovale, 7.100 fr. 

Produit total de la première vente : I million 
800.560 francs. 

'Vente de la collection de M"" L. H. R... 
(tableaux). — Faite, salle I. le 13 mars, sous la 
direction de M" Lair-Dubreuil et Albinet et de 
M. Ferai, cette vente a produit un total de 
99.300 francs. 

Tableaux. — 8. Coello. Portrait de l'impératrice 
Isabelle de Portugal, épouse de Charles-Quint, 
5.000 fr. (dem. 5.000). — 16. Fabritius David par- 
donne à Absalon, 7.400 fr. (dem. 5.000). — 25. Man- 
fredi. Le Reniement de saint Pierre, 6.300 fr. (dem. 
1.500). — 26. Mazo Martinez. Portrait de l'infante 
Marguerite-Tliérèse, 13.200 fr (dem. 3.000). — 38-39. 
G. Seghers, Les Cinq Sens, la Partie de tric-trac, 
7.000 fr. — 43. Snyders. Loup défendant sa proie, 
5.400 fr. (dem. 2.000). — 47. Veyrassat. Moisson, 
8.500 fr. (dem. 10.000). 

■Vente de sièges. — Dans une vacation ano- 
nyme dirigée, le même jour, par M* Baudoin et 
MM. Mannheim, un petit mobilier de salon, 
composé de : un canapé, deux fauteuils et quatre 
chaises, en bois sculpté et redoré, d'époque 
Louis XVI, signés Boulard, a été adjugé 37.000 fr. 
sur la demande de 25.000. Hien d'autre à signaler 
dans cette vente, qui a produit 70.000 francs. 

■Vente d'une pendule. — Une enchère impor- 
tante est à signaler dans une vente après décès, 
faite, salle 5, le 13 mars, par M>= Trouillet, les 
27.000 francs obtenus par une pendule en marbre 
blanc et bronze doré et deux candélabres en 
bronze doré, d'époque Louis XVI. 

Vente de la collection du marquis de M... 
[Marmier] (tableaux anciens). — Cette vente, 
qui avait fait l'objet d'un catalogue illustré de 



94 



LE BULLETIN DE L'ART 



quelques planches, a produit 89 018 francs, 
salle 10, le 14 mars, sous la direction de M" Lair- 
Dubreuil et de M. Sortais. Notons : 61. Le Nain. 
Le Repas de famille, 12.900 fr. (dem. 8 000). — 
64. Oudry. Panneau décoratif. 8.050 fr. (dera. 
8.000). 

Vente d'objets d'art, etc. — Dans une vaca- 
tion anonyme, qui a réalisé 52.000 francs, salle 6, 
le 16 mars, sous la direction de M» Baudoin et de 
M. Pape, une tapisserie d'époque Louis XVI, 
représentant un berger et une bergère dans un 
paysage, a élé adjugée 18.000 francs, sur la 
demande de 15.000. 

Liquidation A. et J. Seligmann (2e vente). 

— Elle s'est faite, à la galerie Georges Petit, les 
16 et 17 mars, sous la direction de M" Lair- 
Dubreuil et H. Baudoin et de MM. Mannheim 
et Léman, et elle a pris flu sur un total de 
1.242.395 francs; ce qui fait 3.042.965 francs 
pour les deux premières ventes. 

Obligés de remettre à une prochaine chronique 
la liste détaillée des prix les plus importants, 
citons les plus grosses enchères : celle de 
112.500 fr. (sur demande de 80.000), pour un 
plat ovale en émail de Limoges, par J. Courtoys, 
xvi" siècle, représentant le Sacrifice d'Iphigénie; 
et celle de 150.000 fr (demande 70 000), pour une 
tapisserie flamande du x\i' siècle, tissée d'or, à 
compositions juxtaposées, la Nativité et l'Adora- 
tion des Mages. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Collec- 
tion de M. G. V... (tableaux, etc.). — M=A.Des- 

vouges et M. Loys Delteil procéderont, salle 7, le 
23 mars, à la vente des tableaux, dessins et objets 
d'art composant la Collection de M. G. V... Dans 
le mince catalogue illustré de cette vacation, 
nous remarquons, tout d'abord du côté des pein- 
tures : uti Christ en croix, de l'école française du 
xv siècle; un Portrait de jeune garçon, de la 
même école, mais de la fin du xvie siècle ; un 
Portrait de femme âgée, également français, du 
xviii» siècle: un paysage par Demarne, te Bouquet 
d'arbres au bord d'une rivi&re ; le Retour du chas- 
seur, par S. Lundens ; la Source et sa famille, par 
F. Lemoyne; et un Intérieur d'église parj. Nic- 
kelé ; puis, parmi les dessins : la Sainte Trinité, 
par F. Boucher; une Bacchanale, par Clodion ; 
et l'Approche de l'orage, gouache, par L. Moreau. 

Objets d'art, etc. — M» Baudoin, assisté de 
MM. Mannheim, procédera, les 23 et 24 mars, 



salles 5 et 6, à la vente des objets d'art et d'ameu- 
blement appartenant à Af"» X... Signalons les 
deux numéros reproduits au catalogue : une 
tapisserie flamande du xvi« siècle, présentant 
l'Enlèvement d'Hélène, et une cantonnière, com- 
posée d'une bordure de tapisserie flamande du 
XVII» siècle à médaillons et arabesques. 

Objets d'art, etc. — Avec le concours, celte 
fois, de M. E. Pape, le même commissaire-priseur 
dirigera, le 25 mars, salle 10. une vacation ano- 
nyme, comprenant des porcelaines et faïences 
anciennes, quelques pièces d'argenterie Vieux 
Paris, et enfin huit fauteuils eu bois sculpté du 
temps de Louis XV, recouverts en tapisserie du 
xviii" siècle à dessins d'ornements dans le goût 
de Salembier (catalogue illustré). 

Miniatures. — Le même jour, salle 11 , M« Lair- 
Dubreuil et MM. Mannheim procéderont à la 
vente de plus d'une centaine de miniatures, 
appartenant à M. X... Les meilleurs noms des 
écoles française et anglaise du xviii" siècle sont 
représentés dans cette collection, qui a fait 
l'objet d'un catalogue illustré. 

Collection du comte de F... (tableaux, 
objets d'art). — Dans le catalogue illustré de 
cette vente, que dirigera, salles 7 et 8, le 26 mars. 
M» Lair-Dubreuil, assisté de MM. Ferai et .Man- 
nheim, quelques dessins anciens sont à signaler: 
le Festin, par Oudry, et, du même artiste, une 
suite de quatre compositions pour l'illustration 
du Roman comique, de Scarron ; aussi quelques 
tableaux anciens : les Deux cages, ou la plus heu- 
reuse, peinture attribuée à Lavreince ; le Colom- 
bier ei le Moulin, deux pendants, par Pillement; 
et, enfin, deux tapisseries de la Manufacture 
royale d'Aubusson, du temps de Louis XV, 
d'après Boucher : la Danse chinoise et r Audience 
impériale. 

Succession Cb. Levesque (tableaux, objets 
d'art, etc.). — Le nom que porte cette vente est 
bien connu du monde' des amateurs, où l'on se 
souvient que M. Levesque fut, pendant un temps, 
l'heureux possesseur de ces deux toiles célèbres, 
le BartoHni d'Ingres et la Danac de Greuze, 
qui figurèrent à diverses expositions. Si les cir- 
constances amenèrent le collectionneur parisien 
à se séparer de ces deux pages, d'un format un 
peu encombrant, il conserva du moins une réu- 
nion de tableaux anciens et modernes, d'objets 
d'art et d'ameublement qui seront dispersés, 



ANCIEN ET MODERNE 



9» 



salle 6, les 27 et 28 mars, par ie ministère de 
M' Lair-Dubreuil et de MM. H. Brame, Paulme et 
Lasquin. 

Dans le catalogue illustré de cette vente, on 
notera tout d'abord parmi les dessins anciens : 
quatre gouaches, /es Saisons, par Jacob van Bla- 

Irenberghe, le premier en date et le moins connu 
des trois artistes de ce nom; un dessin de l'école 
française de la fin du xviii» siècle, le Portrait 
d'une jeune femme; puis, parmi les peintures 
anciennes : un l'ortrait de jeune homme, de l'école 
hollandaise du xvii" siècle ; le l'iqueuret ses chiens, 
par J. Jordaens; les Plaisirs du camp, par Pater et 
d'après le même artiste, une répétition ancienne 
de la composition gravée par Voyez sous le titre : 
Essay de bain ; le Portrait de Philibert Orry, 
par H. Rigaud, gravé par Lépicié; le Contrat de 
mariage, par J. Steen, répétition, avec variantes 
et dans de plus petites dimensions, du tableau 

I célèbre de Brunswick; enfin, parmi les tableaux 
modernes, la Fontaine Jacob, Alise-Sainte-Reine, 
j>ar Corot; le Braconnier, par G. Courbet; Hélio- 
iore chassé du temple et la Lutte de Jacob avec l'ange, 
les deux esquisses des fresques célèbres de Saint- 
..Sulpice, par Ingres; la Meuse aux environs de 
^ordrecht, par Jongkind; une Vue de Rouen, par 
Lépine; une Troupe de mousquetaires, par Meis- 
sonier; Saint Sébastien, par G. Moreau; tes Ruines 
du château de Mallièvre, par Th. Uousseau; 
^^^V Abandonnée et Bacchus et Erigone, par Tas- 
^^baert; un Paysage de Hollande, par Troyon, et 
^^^Be Jardin français à Venise, par Ziem. 
I^f Du côté des objets d'art et d'ameublement, 
nous ne trouvons à signaler qu'un grand écran 
en ancienne tapisserie, genre Gobelins, repré- 
sentant Amphilrite. 

Les Ventes prochaines. — A Paris. — Il 

convient d'ajouter aux listes que nous en avons 
déjà données, la vente de la Collection du baron 
Michel de Gunzburg, composée de tableaux, objets 
d'art et d'ameublemet du xviii» siècle, que M» Bau- 
doin dirigera les 4 et 5 mai, et la vente de la 
Collection de M'^e Charles André, dessins anciens, 
bois sculptés des xv« et xvi» siècles et tapisseries 
gothiques, qui aura lieu les 18 et 19 mai. 



M. N. 



ESTAMPES 



A Paris. -— Ventes annoncées. — Estampes 
du XVIII» siècle. — Le 28 mars. M" A. Des- 
vouges et M. L. Delteil disperseront une réunion 



d'estampes du xviii« siècle, comptant 220 nu- 
méros. 

Au catalogue illustré, on remarque : Lavinia, 
comtesse Spencer, par Ch. Turner, d'après M. A. 
Shee ; la Blanchisseuse et la Fontaine, deux 
planches de Cochin, d'après Chardin, avec la 
première adresse; Tête de Flore (M'"« Baudouin?) 
et M'^o Coypel ("?), deux planches par Bonnet, 
d'après Boucher, en manière de pastel ; la Villa 
Médicis, gravé en couleurs par Janinet, d'après 
H. Hobert; le Bal masqué et le Festin royal, deux 
pendants par Moreau le jeune; l'Escalade ou les 
Adieux du matin, par Debucourt, en couleurs ; 
Vénus désarmée par les amours, gravé par Demar- 
teau, d'après Boucher et tirée en trois tons ; le 
Jeu du pied de beuf, gravé par N. de Larmessin, 
d'après Laiicret; Foire de village, J\'oce de villaç/e, 
deux pendants gravés en couleurs par C. Des- 
courtis, d'après Taunay; le Fawcon, gravé en cou- 
leurs par Bonnet, d'après Huet ; le Lever, gravé 
en couleurs par Regnault ; et, parmi plusieurs 
gravures d'après Watteau, le Mezzetin, gravé par 
Audran. 

II. G. 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



XXX" Salon de la Société des Artistes 
indépendants (au Ghamp-de-.Mars, devant l'École 
militaire). — Pendant que la théorie, mise en 
goût par le succès des conférences, s'amuse à 
comparer, dans l'atelier d'un peintre érudit, la 
Vénus du Titien, l'Odalisque d'Ingres et VOlympia 
de Manet, la pratique de l'art s'exaspère sans 
tr(''ve, et la joie de peindre ou de modeler vient 
encore d'enfanter 3.626 ouvrages catalogués par 
le trentième Salon de l'indépendance. Aussi bien, 
la surenchère en faveur dans les ventes ne paraît 
pas étrangère à cette surproduction pénible, et 
les 11.500 francs obtenus hier par les Arlequins 
de l'intransigeant Picasso semblent autoriser la 
contagion de l'outrance. Ici, rien de changé dans 
ce vaste désert d'oeuvres, aujourd'hui voisin des 
« mansardes philosophiques » de l'École militaire, 
que M. de Chateaubriand trouvait bien prosaïques 
et bien basses en regard du «pinacle religieux » 
des Invalides : l'extrême banalité toujours,*mêlée 
à l'extrême extravagance; toujours de pseudo- 
Cézannes ou de faux Grecos, sans parler des ves- 
tiges morts-nés de l'orphisme, du cubisme ou du 



dô 



LE BULLETIN DE L'ART 



synchromismequi, dans une symphonie d'orange 

ou de pourpre, conçoit la Création de Vhomme 
comme le résultat d'une force génératrice natu- 
relle » et la fait ressembler seulement à l'en- 
seigne géométrique et versicolore d'un marchand 
de couleurs... 

Passons, car on peut trouver mieux, en chemi- 
nant péniblement sur la terre glacée de ces bara- 
quements : la peinture décorative, ou plutôt la 
grande peinture (qui ne se mesure jamais aux 
dimensions d'un cadre) n'en est pas absente ; elle 
se réclame ici de M.M. Claudius Dalbaniie et Gus- 
tave Florot. Le jour où nous avons déchiffré sur 
une toile sans numéro le nom trop obscur de 
M. Florot, notre regard devinait dans ce jeune 
peintre, ami de Florence et desiîeuces du Poussin, 
l'un des rénovateurs possibles de l'éternelle tra- 
dition : cette année, la ronde poétiquement 
nuancée, qu'il intitule les Grâces dansent, vient 
heureusement confirmer notre espoir et nos pré- 
visions, dans une tonalité fanée de topaze et 
d'améliiyste, de rubis et d'émeraude, qui fait 
songer à quelque ancien fragment de fresque ou 
de tapisserie. Plus austère, avec un évident souve- 
nir de la Sixtine, le Songe de l'homme, imaginé 
par M. Dalbanne, est l'invention d'un pur idéa- 
liste lyonnais qui doit se plaire au « parfum 
dantesque » de Louis Janmot, l'élève d'Ingres et 
le préraphaélite français. 

Ces deux ouvrages et ces deux peintres ne sont 
pas les seuls à représenter dans ces parages loin- 
tains l'exil de la Beauté; car les Fiançailles, 
nouvel et séduisant carton de tapisserie de l'au- 
teur des Syracusaines de 1913, M. Dusouchet, 
voisinent dans une parenté de style volontaire et 
quelque peu rude avec VÈve décorative de 
M. Michel Silvany. 

Ce n'est pas tout : tâchons d'oublier les accès 
trop répétés du delirium tremens qu'une avant- 
garde retardataire osa prendre pour du génie, et 
saluons au passage la bonne peinture, quand elle 
se présente à nos yeux sous les aspects d'un 
mystérieux effet de neige ouaté par MM. Hazledine 
ou Gabriel Belot, d'un site italien coloré par 
M. Lucien Mainssieux ou par M""" Suzanne Pichon, 
d'une étude largement caractérisée par le pein- 
tre-écrivain Tristan Klingsor, d'un crépuscule 
sous les cyprès stylisés par M. Auguste Fabre, 
d'un nocturne de M. Louis Massin, d'un petit nu 
lumineux de M"» Olga Bing, d'un paysage de 
MM. Wittmann, Arnavielle ou Pâtisson, d'une 
nature morte de M. Rougeot, d'une pochade même 
de M. Georges Bouche, de M""» Jeanne Peinte ou 



de M. Georges Fournier. N'allons pas oublier une 
fraîche décoration de M"»» Marval, les décors de 
théâtre de M. Ciolkowski, des marines de MM. Bel- 
lan-Gilbert et Ladureau, des dessins de .M. Rou- 
quayrol et de M"' Marie Baudet, des bois de 
M. Lespinasse, une des plus suaves lithographies 
en couleurs de M. Emile Roustan. 

La sculpture, qui s'inspire trop fréquemment 
des aberrations préméditées du peintre-statuaire 
Henri Matisse, prend, ici même, sa revanche avec 
le petit bronze classique oîi M. Georges Caron 
symbolise le Temps; avec le grand plAtre, énergi- 
quement réaliste, que M. Jacopin, déjà couturaier 
du fait, appelle l'Expiation : le visage du con- 
damné s'éclaire étrangement comme le masque 
d'un Pierrot blême, et cette figure convulsée dans 
ses liens semble évadée d'une pantomime pathé- 
tique... Le buste en bronze du poète Emile Verhae- 
ren, par M. Marins Cladel, le fils du grand écri- 
vain méridional, ajoute l'âm* à la ressemblance; 
et les Chats au repos de M. Edwin Rucher ne 
dépareraient aucun Salon des Animaliers. 

Claude Monet (galeries Durand-Ruel). — 
Rien de plus instructif que ces fragments d'expo- 
sition rétrospective, — disjecti membra poetx, — 
rapprochant quelques échantillons des fériés 
les plus fameuses d'un « sténographe d'atmos- 
phères » qui paraît toujours faire des éludes 
pour des tableaux jamais exécutés... Des toiles, 
datées de 1873, ont déjà pris un vernis de musée ; 
dorés par vingt-trois ans de patine, depuis 1891, 
les Peupliers au bord de l'Epte, au soleil couchant, 
nous rappellent le classique effroi d'un vieil 
élève d'Ingres, quand notre jeunesse osait 
admettre leur « impressionnisme » dans l'évolu- 
tion du paysage (1) ; et de 1886 à 1908, des Fa- 
daises de Pourville aux Palais de Venise, en passant 
par tel spécimen des Meules, des Cathédrales, de 
la Tamise ou des Nymphéas, chacune de ces 
variations de l'heure ou ilu « point de vue » sur 
un thème unique semble extraite du diction- 
naire des nuances fugitives ou du catalogue des 
effets lumineux. 

Raymond Bouyer. 

(1). V. le Paysage dans l'Art (Paris, l'Arlisle, 1893). 



Le Gérant : H. Denis. 



Paris. — Imp. Georges Petit, li, rue Godot-de-Msuroi. 



Il 



'7 



Numéro 6lâ. 



Samedi 28 Mars I9l4. 



LE BULLETIN DE L'ART 



I 



ANCIEN ET MODERNE 



A propos 
d'une donation nouvelle 



Le dernier numéro du Bulletin annonçait 
brièvement la donation faite au Louvre, par 
M"» la marquise Arconati-Visconti, de la totalité 
de ses collections. 

Ce n'est pas d'aujourd'hui que la donatrice 
s'intéresse à nos grands établissements scienti- 
fiques et artistiques : ses fondations à l'École des 
Chartes, pour ne citer que celles-là, lui ont valu 
depuis longtemps la reconnaissance des érudits, 
et tout récemment encore, le don du Portrait du 
général Milhaud, par David, venait enrichir le 
Louvre d'une peinture précieuse pour l'art et 
pour l'histoire (1). 

Mais qu'est cela auprès de la réunion d'œuvres 
rares et choisies dont M°" la marquise Arconati- 
Visconti va se dessaisir en faveur de nos galeries 
nationales? Les amateurs connaissent déjà, de 
réputation tout au moins, les pièces principales 
ui composent cette collection oii, parmi des 
sculptures décoratives lombardes, des meubles 
italiens, des céramiques de Faenza, des tableaux 
de Ghirlandajo, de Luini, de Mainardi, resplendit 
un tondo célèbre de Desiderio da Settignano, 
l'Enfant Jésus accompagné du petit saint Jean, 
accompagné des deux statuettes de petits pages 
qui ornaient le mausolée du général Emo, dans 
une église vénitienne. Parallèlement, se déploie 
la richesse deséries françaises analogues: émaux, 
ivoires, sculptures et meubles de la Renaissance, 
en particulier la fameuse armoire de Hugues 
Sambin, si admirée à l'Exposition rétrospective 
de 1900; et pour finir, la seule pièce qui ne soit 
pas de la Renaissance, un portrait de fillette au 
pastel, par La Tour. 

Loué soit donc le généreux abandon à tous de 
ces chefs-d'œuvre jusqu'ici réservés à l'admi- 
ration de quelques privilégiés ! 

(1) Sur ce portrait, voir l'article de M. Jean Guiffrev, 
dans la Revue, t. XXXIV, p. 41. 



Et pourtant, notre joie n'est pas sans mélange. 
Bien que les conditions de la donation n'aient 
pas été précisées, nous croyons savoir que la 
collection de M"» la marquise Arconati-Visconti 
devra être exposée dans une salle, ou une suite 
de salles spécialement aménagées à cet effet. Il 
nous sera permis de regretter une disposition, 
qui n'est pas nouvelle sans doute, mais qui tend 
à se généraliser chez les amateurs soucieux 
d'assurer à leurs collections la perpétuité et la 
consécration des musées nationaux. 

Au temps jadis, quand Sauvageot ou Davillier 
offraient des œuvres d'art au Louvre, ils travail- 
laient modestement à l'enrichissement du musée, 
et La Gaze lui-même, quand il fi t l'admirable dona- 
tion que l'on sait, laissa les conservateurs libres 
non seulement de choisir, parmi sa collection, 
les pièces qui leur conviendraient, mais même 
de les répartir entre les diverses salles, s'ils le 
jugeaient opportun. 

Depuis lors, combien de dons inestimables 
sont venus enrichir et bouleverser à la fois le 
Musée du Louvre ! Et de combien de « petites 
chapelles», de petits «musées dans le musée «, 
sera constituée un jour notre galerie, si les dona- 
teurs continuent d'imposer ainsi, sans les tem- 
péraments apportés en pareil cas par le comte 
de Camondo (1), une disposition aussi préjudi- 
ciable à la logique et aux fins d'un musée ! 

E. D. 



tCHOii £ 



KJ 



VLLLti 



Académie des beaux-arts (séance du 21 mars). 
— L'Académie rend son jugement sur le concours 
Achille Leclère, dont le sujet était : « le Pavillon de 

(1) La collection du comte Isaac de Camondo, qui 
sera inaugurée prochainement, a été donnée au 
Louvre à condition qu'elle resterait exposée pendant 
cinquante ans dans son entier; après quoi, toutes les 
pièces qui la composent seront fondues dans lis 
autres séries du musée, auxquelles elles appartien- 
nent. 



LE BULLETIN DE L'AftT 



la Ville de Paris à l'exposition de Lyon »; le prix de 
1913 restant à attribuer, deux prix de 1.000 franc» 
sont décernés {ex aequo) à MM. André Bernard, élève 
de M. Bernicr, et Marcel Périn, élève de M. Laloux. 
En outre, M. Texereau, élève de M. Laloux, obtient 
une mention honorable. 

— La section de gravure de l'Académie des beaux- 
arts et les jurés adjoints ont statué sur le concours 
des grands prix de Rome de gravure en médailles. Ce 
concours ne se renouvelle que tous les deux ans. Le 
jury a admis aux épreuves définitives les logistes 
suivants, par ordre de mérite : 

MM. A. Lavrillier (élève de MM. Vernon et Patey), 
G. Lavrillier (Vernon et Patey), J. Martin (Patey et 
Coutan), Jouret (Coutan et Eustache), Bargas (Vernon 
et Patey), et Turin (Vernon et Patey). 

— Par décret en date du 9 mars, le secrétaire per- 
pétuel de l'Académie des Beaux-Arts est autorisé, au 
nom de cette Académie, à accepter, sous bénéfice 
d'inventaire, le legs universel qui lui a été fait par 
M"' Besche (Eugénie-Arsène), veuve de M. Cellier, « à 
charge, après placement en obligations de chemins de 
fer, des fonds provenant de la liquidation, de dési- 
gner une veuve d'artiste peintre de mérite se trouvant 
dans le besoin et dont l'honorabilité sera constatée, 
pour toucher jusqu'à son décès, depuis le décès de la 
testatrice, les intérêts de ces obligations, et, au décès 
de cette première veuve, d'en indiquer une autre dans 
les conditions ci-dessus pour toucher, sa vie durant, 
les intérêts des mêmes obligations, et ainsi à perpé- 
tuité ». 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 20 mars). — M. Loth, professeur au Collège 
de France, donne lecture d'une élude intitulée : « Le 
dieu Lug, les Lugoves et les vestiges des cultes 
chtoniens ». 

— M. Charles Samaran, archiviste aux Archives 
nationales, étudie une peinture sur bois du musée de 
Versailles, où un grand nombre d'historiens de Jeanne 
d'Arc, depuis Jules Quicherat, jusqu'à M. Anatole 
France, ont pensé qu'on pouvait voir la Vierge entre 
saint Michel et Jeanne d'Arc. M. Samaran montre que 
l'inscription mutilée qui se trouve sur le socle du 

rônedela Vierge, où on lisait les mots Jehanne d'Arc, 
n'est en réalité, ni en français, ni en latin, mais en 
provençal, qu'elle contient un simple appel à la 
miséricorde et à la pitié de la Vierge Marie, et qu'il 
n'y est en aucune manière question de la Pucelle. Il 
estime aussi que le bouclier et l'étendard du saint 
placé à la gauche de la Vierge ne portent pas, comme 
on l'a cru, les armes et les insignes de Jeanne d'Arc, 
et que ce personnage n'est autre qu'un saint militairei 
saint Georges, selon toute vraisemblance. 

— M. le comte Paul Durrieu ajoute de piquantes 
indications sur l'imagination du collectionneur qui a 
vendu le tableau en question aux Musées nationaux. 

Société nationale des antiquaires de France. 
(séance du 18 mars). — M. Koy, continue la lec- 



ture de son mémoire sur les travaux exécutés au 
ch&teau de Fontainebleau sous la direction de Philibert 
Delorme. 11 décrit le nouveau logis d'Henri II et 
montre, avec documents à l'appui, que la chapelle de 
la Trinité ne remonte pas au règne de François I", 
mais qu'elle a été construite par Philibert Delorme 
sur les fondations de l'ancienne église des Mathurins. 

— M. R. Fage, étudiant la signification du mot 
« capmanse » d'après les cartulaires du Bas-Limousin 
du x° siècle, en arrive à la conclusion, que ce terme, 
à partir de cette époque, ne désigne plus un chef-lieu 
d'exploitation, mais une simple tenure qui ne dill'ère 
plus du manse ordinaire. 

— M. d'Allemagne communique une bague trouvée 
récemment à Cherchell et portant l'inscription : Cres- 
cens. Au-dessous, est représenté un cœur percé d'une 
flèche. 

— M. Formigé communique trois inscriptions funé- 
raires qu'il a découvertes à Die (Drôme), et une 
marque de pottier gallo-romain portée par une brique 
qu'il a mise au jour au même lieu. 

Conseil supérieur de l'ensei|;nement des 
beaux-arts. — Par arrêté du ministre de l'Instruc- 
tion publique, en date du il mars, M. Girault, archi- 
tecte, membre de l'Institut, inspecteur général des 
bâtiments civils, est nommé membre du conseil 
supérieur de l'enseignement des beaux-arts, en rem- 
placement de M. Vaudremer, décédé. 

Musée du Louvre. — La France, qui ne possédait 
qu'un nombre fort restreint de dessins de Claude Lor- 
rain, s'est enrichie, tout récemment, d'une notable 
série de magnifiques dessins de ce maître, — exac- 
tement trente-huit. 

L'an dernier, lors de la dispersion des collections du 
grand amateur anglais, M. J. P. Ueacitine, M. Paul 
Leprieur, conservateur du département des peintures 
et dessins, entreprit des négociations en vue d'assurer 
au Louvre cette suite précieuse à tous égards, et, 
grâce au concours de la Société des Amis du Louvre 
et à l'appui de celui qu'on trouve toujours prêt à 
contribuer généreusement à l'enrichissement des 
collections nationales, — M. Maurice Kenaille —, il 
fut assez heureux pour retenir les dessins convoités. 

L'all'aire est aujourd'hui conclue; mais le public 
devra attendre quelque temps encore avant d'être 
convié à admirer ces dessins, qui viendront sjajouter 
aux quelques pièces dessinées de Claude que possédait 
déjà le Louvre. C'est seulement, en eiTet, après qu'une 
publication de ces dessins aura été préparée et que les 
reproductions auront été faites, qu'ils seront remis au 
musée et montés pour leur exposition temporaire. 

\jne Protestation des artistes. — La Société 
nationale des beaux-arts et la Société des artistes 
français ont adressé au sous-secrétaire d'État des 
Beaux-Arts une protestation contre le projet, récem- 
ment émis, d'une exposition internationale quater- 
nale ou quinquennale, estimant la réalisation do ce 



I 



ANCIEN ET MODERNE 



99 



g 



i 



projet préjudiciable aux intérêts des grands groupe- 
ments d'artistes. 

Prix national et bourses de voyage. — Les 

artistes qui ont l'intention de solliciter, soit le Prix 
National, soit une bourse de voyage ou un encou- 
ragement spécial, sont informés qu'ils devront se pré- 
senter, munis de pièces justificatives d'identité 
xtrait d'acte de naissance, carte d'électeur, etc., éta- 
lissant qu'ils sont Français et n'ont pas atteint l'âge 
le trente-deux ans au i" janvier 1914), au sous- 
•ecrétariat d'État des beaux-arts, bureau des travaux 
'art, musées et expositions, avant le 8 mai 1914. 
Passé ce délai, aucune inscription ne sera plus 
idmise. 

Les demandes seront reçues tous les jours, de dix 
leures à cinq heures, et consignées sur un registre 
lar les artistes eux-mêmes. 
Cette formalité n'est applicable qu'aux candidats 
habitant Paris et la banlieue Seuls, les artistes rési- 
dant en province conservent le droit d'adresser leur 
eoiande d'inscription par correspondance. 
La même date (8 mai 1914) reste fixée comme dernier 
élai pour la réception des demandes d'achat par l'Étnt 
d'oeuvres exposées aux Salons. Ces demandes pour- 
ront être faites par lettre. 

Bourse de voyage au Maroc. — Le gouverneur 
général du Maroc vient de créer une bourse de voyage 
destinée aux peintres ou sculpteurs orientalistes qui 
désireraient aller passer quelques mois d'études au 
Maroc. En cela, le général Lyautey a suivi l'exemple 
des gouverneurs de l'Indo-Chine, de l'Afrique occi- 
lentale, de Madagascar, de la Réunion et du gouver- 
eur de l'Afrique équatoriale, qui ont créé des fon- 
ations semblables au profit de la Société coloniale 
des artistes français. C'est à M. Louis Dumoulin, pré- 
sident de cette Société, que le général Lyautey s'est 
adressé, à l'elfet d'instituer la bourse de voyage au 
Maroc, qui sera attribuée dès le mois de mai, après 
is deux Salons prochains. 

A Arles. — Le Bulletin publiait naguère (n* 581), 

sous le titre : Une Ville d'art déchue, un petit article 

résumant quelques-unes des tristesses qui accom- 

agnent le visiteur au cours d'une promenade à travers 

les monuments d'Arles. 

L'aU'aire des Alyscamps a fait assez de bruit l'an 
dernier. Mais les Alyscamps mis à part, que de monu- 
ments, témoins de la splendeur de la cité de Cons- 
tantin, sont dans une lamentable situation. Voici les 
nouvelles que publiait la semaine dernière, le Journal 
des Débats : 

« Le grandiose et magnifique vaisseau architectural 
de l'église des Dominicains ou des Prêcheurs, de style 
gothiques et qui a de belles ogives, est dans un com- 
plet état d'abandon. La nef principale sert de dépôt 
de fumiers. 

(I Le Grand Prieuré, qui date de la Renaissance et 
qui est superbe avec ses fenêtres à meneaux, ses 
gargouilles à têtes de chimères et de gorgones, ses 



poivrières d'angle, est chaque jour mutilé, sauf l'aile 
occupée par le musée ; on y a installé le .\lont-de-Piété, 
et il y a deux ans, on y a coupé une cheminée monu- 
mentale; déjà, en 1904, une autre cheminée Renais- 
sance avait été détruite. 

n Cet édifice qui abrita les Templiers et les chevaliers 
de Malle, n'est pas même classé. 

« D'autre part, l'église Saint-Biaise, qui pourtant 
est classée, est abandonnée aux pompes funèbres Cette 
égli.se, de style roman, et dont Mistral parle dans son 
poème Nerto, contientla fameuse épitaphe d'Eudiarde 
qui se trouve ainsi à la disposition du premier vandale 
venu. 

« Enfin, la charmante église de Saint-Jean-de- 
Moustiers, romane elle aussi, et datant du xii' siècle, 
aurait pu être acheté pour quelques milliers de francs • 
on ne l'a pas fait et les dégradations continuent. » 

A Bayonne. — Une intéressante initiative vient 
de se produire à Bayonne, dont la municipalité a 
chargé la Société des Amis des arts de Bayonne- 
Biarritz d'organiser, pour les mois d'aoùt-septembre, 
une importante exposition franco-espagnole. M. Léon 
Bonnat en a accepté la présidence d'honneur. De 
nombreux artistes français ont déjà promis d'exposer, 
et notamment, parmi les sculpteurs, MM. Rodin, 
Bouchard, Bourdelle, Jean Baffier, Cariés, Landowski, 
Froment-Meurice, Quillivic, etc.; et parmi les peintres, 
MM. Léon Bonnat, Albert Besnard, Roll, Jean-i'aul 
Laurens, Henri Martin, Aman Jean, Cottet, Simon, 
Laparra, Désiré-Lucas, etc. Les meilleurs parmi les 
artistes espagnols ont également promis leur concours. 
M. Foitzer, secrétaire général de la Société des Amis 
des arts, rue Jacques Laffitte, à Bayonne, se fera un 
devoir de fournir les renseignements utiles. 

A Florence. — On annonce de Florence que le 
tribunal a chargé le professeur Amalfi, directeur de 
la maison d'aliénés de San Salvi, de procéder à l'exa- 
men mental de Perrugia, l'auteur du vol de la Joconde, 

En conséquence, le procès a été ajourné. 

A Constantinople. — Les travaux entrepris pour 
transformer en jardin public l'espace dit Pointe du 
Sérail (Sera'i-Bournou) à Stamboul, ont fait découvrir 
les restes d'une très vaste église, en contre-bas de l'en- 
trée du Vieux Sérail qui fait face au Bosphore, au- 
dessous du Pavillon dit Kiosque de Bagdad, non loin 
de la colonne de Théodose ou de Claude le Gothique. 
L'église découverte, et dont une quinzaine de colonnes 
sont encore debout en place, serait peut-être celle de 
Saint-Démétrios, mentionnée déjà à cet endroit, par 
la topographie du patriarche Constantios 1"(1840-1 834). 

Dans le 4' fascicule du Jahrb. d. K. d. arc/i. Insti- 
tuts, xxvni (1913), p 370-396, K. Wulzinger, consacre 
un article aux substructions byzantines récemment 
découvertes à Constantinople : ces constructions sont 
des citernes souterraines, actuellement recouvertes 
par des mosquées ou des casernes. — Ch. P. 



I 



100 



LE BULLETIN DE L'ART 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITE 

A Paris. — Liquidation Seligmann (2° vente: 
objets d'art, etc.). — Nous avons déjà indiqué ie 
produit total et les plus grosses enchères de cette 
seconde vente Seligmann. La liste que nous don- 
nons ci-dessous des autres adjudications dignes 
de remarque, nous dispensera d'un plus long 
commentaire. 

PRINCIPAUX PRIX 

Faïences anciennes. — 4. Plat de Damas, œillets et 
pivoines, etc., 9.200 fr. (dem. 8.000; l'ract.). — 5. 
Faenza. Plat présentant deux forgerons, 4.600 fr. 
(dem. 5 000). — 10. Deux aiguières décorées bustes de 
personnages, 6. 250 fr. (dem. 8.000; fêl., rest.). — 13. 
Derula. Plat creux, décor bleu et reflets, au fond : 
femme, etc., inscriptions, 6.500 fr. (dem. 8.000). — 
21. Caslel-Duranle. Grand plat, reflets métalliques, au 
fond : amour tenant un arc, 8.000 fr. (rest., dem. 4.000). 
— 2.Ï. Urbino. Vasque trilobée, person. occupés à la 
pêche, 7.600 fr. (dem. 5.000; rest.). — 26. Grande 
vasque trilobée, le Jugement de Paris, etc., 10.000 fr. 
(dem. 5.000 ; rest.). — 30. Coupe à reflets, personnages 
assistant au supplice d'une femme, 7.150 fr. (dem. 
10 000; rest). — 33. Grande amphore terre vernissée 
allem., atelier de llirschvogel, groupes allégoriques 
sous des arcades, 9.100 fr. (dem. 4.000; ace). 

Terres émaillées des Rodbia. — 35. Haut-relief, la 
Vierge assise tenant l'Enfant Jésus, niche ornée de 
têtes de chérubins, 5.100 fr. (dem. 5.000). — 36. Grand 
médaillon, xvi' s. Buste d'empereur romain, 10.100 fr. 
(dem. 3.000; rest.). — 37. Grand haut-relief, le Christ 
au mont des Oliviers, 28.500 fr. (dem. 15.000; rest.). 

Ivoires. — 40. Plaque de cuivre, le Christ en croix, 
la Vierge et saint Jean, ép. romane, 8 300 fr. (dem. 
6.000). 

É.MAUX CHAMPLEVÉs DU XIII* SIÈCLE. — Limoges. 32. 
Châsse présentant le Martyre de Thomas Becket et le 
Christ de pitié, 8.550 fr. — 60. Châsse forme maison, 
ornée d'angelots à mi-corps, 9.500 fr. (dem 10.000; 
crête moderne). 

Émaux peints de Limoges — 61. Plat ovale en coul. 
avec rehauts dorure et paillons, par Jean Courtoys, 
présentant le Sacrifice d'Iphigénie, d'après Polydore 
de Caravage, 112.500 fr. (dem. 80.000). — 62. Plaque, 
atelier de Nardon Pénicaud, l'Adoration des Rois 
Mages, 6.600 fr. — 63. Deux plaques en grisaille, 
atelier des Pénicaud, combat de cavaliers, 9.000 fr. 



(dem. 3.000). — 68. Plaque en coul., atelier de Léonard 
Limosin, le Jugement de l'dris, 5.600 fr. — 71. Six 
assiettes en grisaille par Pierre Reymond, allégories 
des Mois de l'année, 6.700 fr. (dem. 6.000). — 74. Six 
assiettes en grisaille, atelier de F. Courteys, suj. 
allég. avec légende, 5.050 fr. (dem. 4.000). 

Orfèvrerie. — 86. Calice argent doré, sur pied 
décoré émaux translucides, travail italien, iiv* s., 
8.600 fr. (dem. 7 000). — 92. Nef argent gravé et doré, 
montée par trois personnages, trav. de Nuremberg, 
commenc. xvii* s., poinçon de Tobias Woltf, 5 400 fr. 
(dem. 2.500). 

Bijoux. — 101. Collier composé de onze maillons et 
de trois pendeloques en or ajouré et émaillé avec 
pierres de couleurs et perles, travail italien xvi* s., 
35.000 fr. (dem. 30.000). — 102. Médaillon-pendeloque, 
or émaillé et pierres de couleurs. Italie, fin ivi* s., 
6.000 fr. (dem. 15.000). — 108. Statuette de paysan 
debout, formée d'une perle baroque et d'or émaillé, 
travail allemand ivii* s , attr. à Dinglinger, 6.100 fr. 
(dem. 2.500). 

Cristaux de roche. — 112. Bocal monté argent doré, 
Nuremberg, poinçon de Jacob Frohlich, xvi* s., 
15.000 fr. (dem. 10.000). — 117. Coupe forme canard, 
raont. or émaillé, 5.100 fr. 

Objets variés. — H9. Calice cuivre doré, orné 
émaux sujets saints, signé Guerbini, travail italien, 
fin XIV s., 7.300 fr. (dem. 6.000). — 120. Hanap for- 
mant coupe, Allemagne, xvi* s., 8.100 fr. (dem. 3.500). 
— 121. Volume simulé formant boite, enrichi orne- 
ments de reliure, travail italien xvi* s., 5.500 fr. (dem- 
5.000). — 123. Petit cabinet architectural ébène, décoré 
appliques en or ajouré et émaillé, travail italien, fin 
XVI* s., 12.000 fr. (dem. 20.000; parties refaites). — 
124. Horloge de table, br. cis. et doré, travail allemand, 
XVI* »., 7.100 fr. (dem. 3.000). — 126. Coffret br. doré 
et arg., sujet allég., Italie, ivi* s., 5.100 fr. (dem. 3.000)- 

Sculptures. — 178. Statues marbre, Portraits pré- 
sumés d'Antonio Cabeza de Vacael de Mariade Castro, 
attr. à Pedro de Cuadra, xvii* s., 8.500 fr. (dem. 8 000). 

Bronzes. — Antique. 179. Buste d'adolescent, trav. 
romain, 7.000 fr. (dem. 4.000). 

Italie, XVI' siècle. — 188. Petit groupe, monstre 
marin supportant une statuette de Neptune, 5.020 fr. 
(dem. 3.000). — 189. Satuette, Vénus nue et debout, 
XVI* s., 13.500 fr. (dem. 8.000). — 191. Deux bustes, 
empereur romain drapé, 16.500 fr. (dem. 15.000). — 
194. Statuette, chasseur debout, travail allemand, 
xvi* siècle., 13.000 fr. (dem. 20.000). — 197. Statuette, 
guerrier debout et nu d'après l'antique, 5.000 fr. 
(dem. 2.000). 



ANCIEN ET MODERNE 



(01 



t 
I 



XVII' siècle. — Buste grandeur naturelle, le roi 
Louis XIII, ép. Louis XllI, 29.500 fr. (dem. 40.000). — 
205. Phénix, les ailes éployées, 5.000 Ir. (dem. 3.000). 

Meubles. — 213. Meuble à deux corps, bois sculpté, 
fin xvr s., 8.200 fr. (dem. 8,000), 

Tapissekies. — 216. Tapiss. flam., fin xV s.,compos. 
à personnages richement vêtus, 31.200 fr. (dem. 
40.000; rest.). — 217. Tapiss. flam., fin du xV s., pré- 
sentant quatre compositions à personnages, tirées 
'un roman, 80.000 fr. (dem. 80 000). — 218. Tapiss. 
flam., comm' XVI' s., tissée d'or, la Nativité et l'Ado- 
ration des Mages, bordures, 150.000 fr. (dem. 70.000; 
graves restaurations). — 220. Tapiss. flam., xvi- s., 
personnage essayant son armure, etc., 15.100 fr. 
(dem. 15.000). — 221. Tapiss. flam., xvi* s., sujet de 
chasse, etc., large bord., 11.800 fr. (dem. 10.0001. — 
222-223. Tapiss., trav. franc., xvi' s., allégorie du 
mois de Février. Autre analogue, mois de Juillet, 
66.000 (dem. 30.000). — 224. Tapiss. flam., comm' du 
XVI' s., deux compos. à personnages, juxtaposées, 
33.700 fr. (dem. 40.000). — 22."). Tapiss. flam., xvii' s., 
le Jugement de Satomon, large bord., 15.100 fr. (dem. 
12.000). 

Tapis.— 226. Tapis d'ancien trav. polonais, 14.350 fr. 
;dem. 10.000). 

Le total des deux premières ventes Seligmann 
s'élève à .3.042.955 francs. — Une troisième aura 
lieu à l'Hôtel Drouot, le 6 mai. 

Vente de tapisseries, etc. — Parmi les résul- 
tats d'une vacation anonyme, dirigée le 18 mars, 
«aile 6, par M» Lair-Dubreuil et MM. Paulme et 
Lasquin, il y a lieu de relever le prix de 6.030 fr., 
sur la demande de 6.000, pour un écran en 
tapisserie du temps de la Régence, présentant 
deux jeunes filles dans un paysage, et celui de 



P8.000 francs, sur la demande de 2.500, pour une 
I 



I 



tapisserie flamande du début du xviii» siècle, à 
médaillon sur fond noir chargé de fleurs. 
Produit total de la vente : 57.745 francs. 

"Ventes annoncées. - A Paris. — Tableaux 
objets d'art, etc. — M" Lair-Dubreuil, assisté 
de M. Georges Petit et de M.M. Paulme et Las- 
quin et H. Léman, dirigera, salle 6,1e 31 mars, 
une vacation composée de numéros appartenant 
aux genres les plus divers et provenant de divers 
amateurs. 

Les tableaux et dessins, tant anciens que mo- 
dernes, occupent la bonne part du catalogue de 
cette vente. Nous remarquons tout d'abord, 
parmi les peintures modernes : le Chemin, par 
Corot ; la Mare dans la vallée, par Diaz ; le Crépus- 
cule, par Gustave Doré ; le Marchand de chevaux 
et la Fantasia, par Fromentin. Puis, parmi les 
dessins modernes : Saint Symphorien, par Ingres. 



Passant aux dessins anciens, quelques feuilles 
sollicitent notre attention : le Savetier et une 
Fontaine dans le parc d'une villa italienne, par 
H. Fragonard ; le Portrait d'une jeune femme ei 
le Portrait de l'un des fils Adelon, pastels par Hoin, 
et du même, les portraits de l'artiste par lui- 
même, ceux de son frère et de sa belle-sœur, 
et encore un portrait d'homme, dessinés au 
crayon. Quelques tableaux anciens sont aussi à 
citer : les Enfants au perroquet et les Enfants aux 
colombes, deux pendants, par Ch. Goypel ; une 
Marine, parJ. Van Goyen ; le Portrait de M. de 
Laforcade, par M. de Largillière ; le Port, par 
J. B. Weenix. 

Du côté des objets d'ameublement, il faut 
mettre à part le salon, composé d'un canapé 
et de huit fauteuils, du temps de Louis XV, 
couverts d'ancienne tapisserie à fleurs sur fond 
jaune; puis, une table-étagère en bronze vert 
d'époque Louis XVI, n» 313 de la vente Doucet ; 
une petite console d'entre-deux, de la fin du 
xviM° siècle ou du commencement du xix", en 
rtiarqueterie de bois de citronier, avec plaques 
de porcelaine décorée en camaïeu dans le goût 
de Sauvage ; une tapisserie de Bruxelles du 
xvi« siècle, à composition de l'histoire ancienne, 
à grands personnages ; une tapisserie du temps 
de la Régence, présentantDiane dans un paysage, 
et entourée d'une belle bordure ; enfin, un tapis 
d'ancien travail oriental à rosace, médaillons 
et animaux. 

Tableaux, dessins. — Un mince catalogue, 
enrichi de quelques illustrations, nous apporte 
l'annonce de la vacation anonyme que dirige- 
ront, salle 10, le 1" avril, M« Gh. Dubourg et 
M. E. Martini. Dans cette réunion de tableaux et 
dessins anciens et modernes, nous remarquons: 
la Flotte des Croisés, par i. Bennetter; le Portrait 
de Louis Blanc, par H. Daumier ; les Bûcherons, 
toile attribuée à N. Diaz ; le Dessinateur aux 
champs, par Ten Cate ; Vaches au pâturage, par 
W. Maris ; la Batteuse et la Rue Lepic, par Piette ; 
le Troupeau surpris par la neige, par Schenck ; 
le Gourbi, par Veyrassat ; la Moisson, par Webb ; 
le Passage du ruisseau, par Berghem ; l'Entrée 
triomphale de Napoléon I^r à Amsterdam, par 
Brée ; un Portrait de jeune femme, de l'école de 
1... David ; un Portrait de jeune femme, pastel de 
i'école française du xviii" siècle, et une Jeune 
Femme viHue de rouge, par Girodet-Trioson. 

Tableaux, dessins. — Une autre vacation 
anonyme du même genre et qui a fait, elle aUssi, 



102 



LE BULLETIN DE L'ART 



l'objet d'un petit catalogue illustré, sera dirigée 
salle 7, le i" avril, par M" A. Desvouges, assisté 
de M. Loys Delteil. Parmi les peintures et des- 
sins la composant, notons : un dessin de Corot, 
Portrait du grand-père Roussieau, et une peiïiture, 
le Village, attribuée au mt'me artiste ; un Portrait 
de femme, par Danioux ; un Portrait de jeune 
homme, par A. Devéria ; la Bergère et le Berger, 
par J.-B. Huet; V Impératrice M arie- Louise, tninisi-' 
ture, par Isabey ; les Deux Barques et les Chau- 
mières, la Rivière, le Retour du voyageur et la 
Ferme, par E. Moreau l'aîné ; un Portrait d'homme, 
par Moreau le jeune ; la Forge, par Pillement ; 
le Commissionnaire, par Portail ; les Cinq Cochons, 
par P. Potter ; le Cruel rit des pleurs qu'il fait 
verser, par P. -P. Prudhon ; Saint Martin, par 
Rembrandt; le Temple antique, par II. Robert ; 
Prométhée, par P. -P. Rubens, et Jeune Homme 
assis, par A. Watteau. 

A Berlin. — Tableaux anciens. — Nous 
recevons le catalogue illustré d'une vente qui 
aura lieu chez R. Lepké, à Berlin, le 31 mars. 
Composée de tableaux anciens, provenant en 
partie de la Collection de Sir Charles Robinson, de 
Londres, et pour le reste de divers amateurs; 
elle comprend des spécimens de diverses écoles 
et époques du xiv» au xviii» siècle, portant 
notamment les noms de Juan de Burgos, Ercole 
Grandi, Francesco Francia, Titien, J. J. de Espi- 
nosa, D. van Alsloot, J. Siberecbts, F. Le Moyne, 
Canaletto, Pablo Aregio, Diego Correa, Rem- 
brandt, Velazquez, B. Fabritius, A. Mor, le Péru- 
gin, Teniers, Everdingen, etc., et même de 
Michel-Ange, ce dernier représenté par une 
feuille de dessins d'ornements. 

A Londres. — Tableaux anciens. — Le 

3 avril, chez Christie, aura lieu une vacation 
composée de tableaux anciens provenant des 
collections du Comte d'Ellenhorough, de M. A. 
Mailland Wilson et de divers autres amateurs. 
Un catalogue illustré a été dressé à l'occasion de 
cette séance ; nous y remarquons : le Quai, par 
S. van Ruysdael ; l'Adoration des Mages, par J. 
Bosch ; la Mort d'un saint, panneau de l'école de 
Simon Marmion ; le Portrait d'un seigneur et le 
Portrait d'une dame, par le Maître de la Mort de 
Marie ; et une Vierge sur le trône avec l'Enfant, 
de l'école de Memling. 

A Bruxelles. — Tableaux, etc. — Nous 
recevons le catalogue illustré d'une vente de 
tableaux, objets d'art et d'ameublement, appar- 



tenant à un amateur et à M. Jules de Pauw, vente 
qui aura lieu Galerie Le Roy, à Bruxelles, les 
3 et 4 avril. Notons parmi les tableaux : le Retour 
de la pêche, par J. Aigelyn ; l'Hiver, par J. Beer- 
straaten ; le Cortège nuptial, par P. Breughel le 
jeune ; une Jeune Marchande de fruits, par .1. 
Northcote ; un Portrait de gentilhomme, attribué 
à F. Pourbus; un Paysage boisé, par Isaac Ruys- 
dael ; un Paysage, par T. van Bergen ; une Marine 
par un gros temps, par J. van der Croos ; le Cou- 
cher du soleil, par A. van der Neer ; et, parmi les 
objets d'ameublement, une tapisserie flamande 
du xviie siècle, à personnages dans un paysage. 

M. x\. 

MONNAIES ET MÉDAILLES 

Ventes annoncées. — A Paris. — Collec- 
tion de Traynel (monnaies romaines, objets 
d'art). — M« A. Desvouges et M. M. Feuardcnl et 
H. Léman procéderont, salle '.), du 2 au 4 avril, 
à la vente des monnaies romaines et des objets 
d'art du xvu« siècle, composant la Collection du 
Marquis de Traynel. Pour la partie numismatique, 
de beaucoup plus importante, de ce cabinet, force 
nous est de renvoyer au catalogue illustré qui en 
a été dressé. Parmi les objets d'art, signalons 
une statuette équestre du roi Louis XIII, en 
ivoire sculpté, travail du xvii« siècle. 

L. D. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



La Société nouvelle (galerie Georges Petit). 
— Que si la critique voulait s'adonner au jeu 
facile des concetti, ne pourrait-elle avancer que 
la quinzième exposition de la Société nouvelle 
manque de nouveauté? Le reproche serait, dan» 
tous les cas, aussi banal qu'injuste : car il est 
impossible ù des artistes connus, et même 
consacrés pour la plupart, de se renouveler sans 
trêve, d'un printemps à l'autre, et de rivaliser 
avec ces figurants d'opéra qui repassent inces- 
samment sous le regard des spectateurs en chan- 
geant de costume ; et les conditions mêmes d'une 
Société pareille l'obligent à quelque périodique 
uniformité. L'important, c'est de fournir des 
œuvres, et cette exposition nous en montre plu- 
sieurs. Deux maîtres, le peintre de l'Inde, Albert 
Besnard, et le statuaire d'Aphrodite, Auguste 
Rodin, ne figurent encore cette fois qu'au cata- 



ANCIEN ET MODERNE 



103 






logU€ ; et, sur trente et un sociétaires, on pour- 
rait compter au moins dix absences ; mais conso- 
lons-nous par la présence de trois compositions : 
une Bucolique, de M. René Ménard, les Carrioles de 
M. Lucien Simon, Don Quichotte et Sanclio, de 
M. de LaGandara, sans parler de plusieurs beaux 
paysages ou de quelques vivants morceaux de 
sculpture. 

Le Flamand voyageur Herman van Swanevelt 
ou l'Anglais fantaisiste William Turner n'auront 
as été les seuls ou les derniers héritiers de 
Claude; et son soleil mystérieux, à force de 
clarté, rayonne encore au fond du ciel crépus- 
culaire où s'allume obscurément la fin d'un beau 
Ijour : au bout du promontoire, et parmi les 
troupeaux épars, des pâtres demi-nus jouent de 
la double flûte ; mais ce n'est pas « l'oubli » qui 
rêve sur les ruines ensoleillées, comme en un 
Bonnet fameux de José-Maria de Heredia ; c'est 
une réminiscence nouvelle de « l'dge d'or » vir- 
gilien, vers l'heure où l'ombre est plus longue : 
V majoresque cadunt de montibus umbrœ ; dans son 
^^ atmosphère d'ambre et d'opale, cette Bucolique 
^Bbous montre M. René Ménard fidèle à l'idéal 
^'^austère et paisible de ses débuts, et cette fidélité 
n'est pas la moindre preuve de la sincérité de sa 
haute inspiration. 
Dans l'antique familiarité de leur décor breton. 

Blés Carrioles aussi portent bien la marque de 
leur peintre : étrangement rouges sur la lande 
fauve, elles suivent l'interminable ruban du 
chemin montant, dans une de ces lumières de 
plein-air qui préoccupent depuis des années la 
magistrale inquiétude de M. Lucien Simon. 

Maigre, livide, efllanqué comme l'idéal à jeun, 
près de son écuyer rubicond et ventripotent, le 
Don Quichotte de M. de La Gandara défend, parmi 
tant d'études sur nature, les droits, de jour en 
jour méconnus, de l'imagination : l'Espagne de 
Cervantes aurait beaucoup à nous rapprendre... 

Il suffit, cependant, à M. Charles Cottet, de 
styliser à nos yeux l'Anse de Goulphar pour nous 
suggérer la tristesse foncière de son âme et toute 
la mélancolie d'Armor : ce coin sinistre est 
devenu sur la toile une œuvre superbe. Il suffit 
à M. Henri Martin de faire son portrait dans la 
splendeur de la Pergola matinale, à M. Le Si- 
daner de colorer des rayons d'un soir rose et 
gris la Fontaine de Pontrieux. à M. Raoul Ulmann 
de retrouver les maîtres anciens sous le ciel 
nuageux de Dordrecht, pour nous rappeler, en 
pleine nature, l'autonomie du paysagiste. Un 
Vase du parc de Versailles dans un bosquet fleuri, 



c'est assez pour que M. Maurice Lobre apparaisse, 
une fois de plus, le poète de la nature morte ; 
une Pendule en bronze doré dans un vieil inté- 
rieur, c'est assez pour que M. Walter Gay détaille 
son goût de collectionneur. Meilleure, ici, qu'au 
Salon d'automne, la fantaisie vagabonde du colo- 
riste canadien J. \V. Morrice se reconnaît d'em- 
blée parmi de bons paysages de MM. Dauchez, 
Georges Griveau, Duhem, Claus et Prinet ; et, 
près d'une petite Eve de bronze de M. Desbois, 
les études ou les bustes du statuaire Ségoffln, 
portraitiste étonnant de feu Dujardin-Beaumetz, 
suffiraient, par leur accent viril, à soutenir 
l'honneur, trop souvent compromis, de la sculp- 
ture française. 

n« Exposition d'art décoratif (galerie Man zi ) . 
— Malgré la présence des plus originaux de nos 
c< artistes décorateurs », que nous venons d'ap- 
précier au pavillon de Marsan, c'est une véritable 
Il exposition d'art contemporain », qui prend des 
aspects anticipés de musée quand elle remet 
sous nos yeux émus les grands cartons harmo- 
nieux du poète de la décoration, Puvis de Cha- 
vannes, la sérénité sévère de leurs camaïeux, la 
suave candeur des pures compositions pour la 
Bibliothèque de Boston, les Muses inspiratrices 
qui figuraient, en 1895, à l'un des derniers Salons 
de la galerie Rapp, les allégories si noblement 
ingénieuses du progrès moderne, voisinant avec 
les souvenirs virgiliens. De frissonnantes mater- 
nités d'Eugène Carrière, d'impalpables Ca(/iédra/es 
de Rouen, de M. Claude Monet, plusieurs pastels 
ironiques de M. Degas et son Violoncelliste qui 
bouleverserait les enchères, des portraits au 
crayon, plutôt devinés que regardés par Tou- 
louse-Lautrec, composentalentour une anthologie 
significative, où l'intimité fantaisiste de MM. Vuil- 
lard et Bonnard, les bois en couleurs de M Schmied, 
les masques en terre cuite de M. Desbois, les frises 
intensément fleuries par M""" Galtier-Boissière et 
les lumineux cartons de tapisserie du plus clas- 
sique des novateurs, M. Henri Martin, semblent 
autant de documents ofTerts à l'historien qui 
saura débrouiller le chaos opulent de notre 
époque. 

A.-E. Gumery (galerie Georges Petit). — On 
n'a pas oublié le peintre-lithographe qui notait 
naguère l'extase inconsciente des mélomanes au 
promenoir de nos concerts dominicaux; c'est un 
ami de la couleur, d'humeur voyageuse et de 
goûts toujours variés, qui réconcilie l'imagination 
et l'observation quand il esquisse t'Attente du 



104 



LE BULLEtIN DE L'ART 



miracle aux Saintes-Maries-de'la-Mer, après avoir 
décrit les Hospitalisés de la Chartreuse de Neuville. 
Il quitte souvent l'intérieur pour la nature et 
peint avec un visible plaisir l'Espagne ou la Bre- 
tagne, un blême lever de lune à la fin d'une 
après-midi d'automne, la Neige mystérieuse ou 
le Départ des sardiniers aux premiers feux de 
l'aube. 

Raymond Bouyeb. 

1-ES REVUES 



Franck 



Les Musées de France (1914, n* 1). — André 
Michel. Dons de la famille de M. Edouard Aynard 
au Musée du Louvre. — Statue de bois, de prêtre 
bouddhique, ayant fait partie de la collection Aynard ; 
buste d'homme encapuchonné, sculpture française 
du xtii' siècle, en pierre. 

— Gaston Migeon. Bas-relief en pierre sculptée de 
la dynastie chinoise des Han (ii* siècle de l'ère) au 
Musée du Louvre. — Récente acquisition. 

— Etienne Michon. Vase en marbre provenant 
d'Athènes, au Musée du Louvre. — Vase votif, ayant 
la forme extérieure d'une œnochoé à embouchure 
trilobée, avec une anse et un petit bas-relief. 

— P. Clamoroan. Le Musée Jacquemart-André. 

— Conrad dk Mandach. Une Madone de Giovanni 
Bellini, copiée par Barlolommeo Montagna, au 
Musée de Lyon. — L'original est au Musée Brera, à 
Milan. 

— Jean Locqoin. Le nouveau Musée de Nevers. — 
11 est installé dans l'ancien évêché et va prochaine- 
ment ouvrir ses portes. 

Italie 

BoUetino d'arte des ministère délia P. Istru- 
zione (septembre 1913). — Corrado Ricci. Notes d'art: 
I. Un petit tableau du Greco à Hergame. II. Un tableau 
du Cerano. — I. L'auteur revendique pour le Greco, 
et avec raison, un petit tableau conservé dans l'Aca- 
démie Carrara, à Bcrgame, provenant de la collection 
Lochis, et donné, par le catalogue de 1881, comme 
un Titien. C'est un Saint François d'Assise recevant 
les stigmates, assez voisin de sentiment et d'arrange- 
ment du tableau de la collection de Zuloaga figurant 
le même sujet, et publié le 10 janvier 1913 dans la 
Revue, par M. Emile Bertaux. — 11. Giambattista 
Crespi, né en 1557, à Cerano, dans la province de 
Novare, est un imitateur du Baroche, en qui M. Cor- 
rado Ricci retrouve quelques traits de son compa- 
triote, le Piémontais Gaudenzio Ferrari. Le ministère 
des beaux-arts d'Italie vient d'acheter à Lucques, un 
tableau de ce maître, qu'il destine à l'un des musées 



de Florence. C'est une Vierge entourée de saints, 
longtemps attribuée à Van Dyck, mais où il n'est pas 
douteux qu'il faille reconnaître une des plus belles 
toiles du Cerano. 

— Francesco Filipcim. Francesco del Cossa sculp- 
teur. -^ L'auteur attribue au célèbre peintre, qui s'est 
illustré à Ferrare, le monument funéraire de Dome- 
nico Garganelli, de Bologne, dont plusieurs documents 
signalent l'amitié pour l'artiste. Il ne subsiste de ce 
monument, qu'une dalle de marbre, avec un gisant 
et deux angelots. Le style en a des analogies frap- 
pantes avec celui de certaines peintures de Fr. Cossa. 

— Alessandro Del Vita. Fresque découverte à 
Arezzo, dans l'église de l'Annunziata. — Curieuse 
peinture d'un oublié, ce Niccolo Soggi, dont Vasari a 
parlé et dont il a cité cette fresque Cgurant la Vision 
d'Octavien, c'est-à-dire la scène légendaire de l'appa- 
rition de la Vierge à Auguste, lorsqu'il consulta la 
Sibylle de Tibur. 

— Roberto Papiki. Peintures inédites du Sodomaet 
de Beccafumi. — L'auteur commente trois peintures 
figurant la Montée au Calvaire, l'une conservée au 
château de Beauregard (lac de Genève), l'autre à Gênes, 
dans la collection Viazzi, la troisième à Rome, dans 
l'église Sainte-Marie-Majeure, et toutes trois très ana- 
logues, œuvres certaines du Sodoma et de ses pre- 
miers imitateurs. A Sainte-Marie-Majeure, dans la 
même chapelle, on trouve une Madone maniérée qu'il 
faut certainement attribuer à Beccafumi. 

— Pietro GiA.NLizzi. Marina di Marco Cedrino, de 
Venise, ingénieur, arcliitecte et sculpteur. — Cet 
obscur artiste, qui vivait au milieu du xv* siècle, est 
l'auteur du portail de l'ancienne cathédrale de Forli, 
d'un autre portail d'église, à Amandola, et a travaillé 
à la basilique de Lorette. 

(Octobre). — G. G. Pohro. Le Prétoire de Gortyne. 
— Au cours d'une campagne de fouilles, en Crète, 
M. Porro a mis au jour, à Gortyne, des monuments 
de l'époque impériale romaine, des statues de ma- 
gistrats et des inscriptions. A signaler aussi de belles 
statues d'Artémis et de l'Isis-Fortune. 

— Lorenzo Fiocca. Eglise et abbaye de S. Maria di 
Valdiponle, dite « de Monlelabate ». — Cette ancienne 
abbaye fortifiée, voisine de Pérouse, a une crypte 
romane et un beau cloître du iii* siècle; l'église, 
commencée au xii', fut voûtée au xiii», en style ogival. 
Elle possède des fresques de l'obscur Mco de Sienne 
(fin du xin- siècle), et de peintres ombriens du 
quattrocento. 

— Antonino Sorrentino. Une esquisse de Giacomo 
Serpotta au musée de Trapani. — Statuette équestre 
de ce sculpteur palermitain du xviii* siècle, esquisse 
d'un monument à Charles II de Bourbon. 



Le Gérant : H. Dïnis. 



P»ri». — Inip. George» Petit, IS, rue Godol-de-Mauroi . 



Numéro 619 



Samedi 4 Avril 1914. 



I 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



« Les Amis du Palais » 
et le Palais 



Des magistrats, des avocats, des avoués, des 
huissiers, des greffiers viennent de fonder la 
ociété des Amis du Palais. C'est une bonne 
idée : les Amis du Palais nous manquaient; ils 
■■nous manquaient môme terriblement, et, si l'on 
en croit les communiqués relatifs à leurs inten- 
tions, il faut regretter que cette bonne idée 
I d'affirmer ainsi leur «amitié » ne soit pas venue 
un peu plus tôt aux Amis du Palais. 
Quel est, en effet, l'objet de la Société ? Elle 
se propose de « veiller à la conservation artistique 
du Palais de justice », de rechercher les docu- 
ments relatifs à son histoire, de « faire aimer et 
Jirotéger leur maison par tous les membres de la 
grande famille judiciaire, associés dans le culte 
du souvenir». 
Voilà qui va des mieux. Par malheur, il est 
trop tard : l'aile du Palais, en façade sur le quai 
des Orfèvres, est achevée... 
Elle est achevée et elle est hideuse. Et à mesure 
que la bâtisse sort des échafaudages, elle étale 
l'incroyable pauvreté de ses lignes et la déso- 

Ilante prétention de ses sculptures. Allez, la voir, 
allez prendre la leçon de style et de goût que 
vous offre l'archilecture officielle. Depuis le pan 
coupé, à l'angle du quai des Orfèvres et du bou- 
levard du Palais, avec ses deux tristes fenêtres 
et la poivrière qui le llanque, jusqu'à la tour 
carrée qui s'élève à l'extrémité des nouveaux 
bâtiments et dont on entrevoit déjà les pâtisseries 
allégoriques, que de trouvailles et que d'à-propos ! 
La lourde grecque courant au-dessus du rez-de- 
chaussée, les niches à statues avec leurs absurdes 
consoles, les guirlandes qui encadrent et souli- 
gnent les fenêtres, les cariatides de la porte 
d'entrée, la frise où des glaives de la loi, entre- 
mêlés de branches de chêne, alternent avec des 
mascarons à têtes de Jupiter tonnant, il n'est 
rien qui ne mérite un attentif examen. 



Mais le détail n'est pas tout, et la vue de l'en- 
semble réserve d'autres surprises. Passez le pont 
Saint-Michel et regardez : les combles aigus et 
surélevés de la construction nouvelle masquent 
entièrement la Sainte-Chapelle, dont on n'aper- 
çoit plus que le sommet de la flèche. Gloire à 
l'architecte du Palais de Justice : il ne s'est pas 
contenté de faire laid, il a pris soin de cacher à 
nos yeux ce qu'il y avait de beauté dans le pano- 
rama du Palais vu de la place Saint-Michel! Il a 
d'ailleurs commis sciemment son erreur, puisque, 
quand il a eu à figurer l'élévation de sa façade 
sur un savant lavis, complaisamnient offert à 
notre admiration (1), il a pris spin de placer son 
angle de vision à peu près à la hauteur d'un troi- 
sième étage, — artifice ingénieux, qui lui a permis 
de montrer le toit et toute la flèche de la Sainte- 
Chapelle dominant les bâtiments du quai des 
Orfèvres. Le malheur esl que le commun des 
mortels a un autre point de vue, et qui est moins 
flatteur, comme il sera facile à chacun de s'en 
rendre compte. 

Après cela, les Amis du Palais pourront tou- 
jours » faire aimer et protéger leur maison » et 
veiller, comme ils disent, « à sa conservation 
artistique )>... 

E. D. 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Institut de France (séance trimestrielle du l"avril). 
— M. Appell, président, met l'assemblée au courant 
des démarches qui ont été faites au sujet du projet de 
reconstruction de l'Institut : copie a été envoyée au 
ministre de l'Instruction pubUque du voeu émis à 
l'unanimité par la commission centrale administrative 
et par l'assemblée plénière, vœu demandant qu'on 
donne à l'Institut le périmètre prévu par le baron 
Ilaussraann (voir le n° 614 du liullelln). 

Le bureau de l'Institut s'est ensuite rendu auprès 

j ■ 

(1) On le trouvera reproduit dans le livre de 
M. H. Stein, snr le Palais de Justice. 



i06 



LE BULLEÎIN DE L'ART 



du ministre et, après lui avoir rappelé ce vœu, a 
insisté sur ce point que la question est essentielle- 
ment d'ordre gouvernemental : quelle que soit la 
décision du Conseil municipal, cette décision doit 
être soumise à la ratification du préfet et, en dernier 
lieu, du ministre, puisque l'Institut est une pro- 
priété de l'État. Le ministre a promis d'étudier le 
dossier dans cet esprit. 

A son tour, M. Ribot a dit ce qu'il avait fait au 
Sénat : malheureusement une solution ferme n'est 
pas encore intervenue. Le Conseil municipal, après 
une délibération secrète, serait disposé à commencer 
les travaux selon le projet nouveau. On ne peut 
accepter cette proposition et laisser entreprendre les 
travaux sans que le ministre donne son autorisation 
formelle. 

— Sur les arrérages des fondations Debrousse et 
Gas, l'Académie des beaux-arts reçoit : 2.500 francs 
pour la publication des Procès-verbaux de l'ancienne 
Académie d'archileclure, et ).500 francs pour la 
publication du Catalogue des dessins du musée du 
Louvre. 

— En fin de séance, M. R. Stourm a donné lecture 
du rapport annuel sur le domaine de Chantilly. 

Académie des beaux-arts (séance du 28 mars). 
— M. Pascal, qui fait fonction de secrétaire des 
séances en l'absence de M. Henry Uoujon, secrétaire 
perpétuel, donne lecture d'un décret autorisant l'Aca- 
démie à accepter le legs qui lui a été fait, comme il 
a été annoncé précédemment, par M"" veuve Cellier, 
pour créer un fonds destiné à donner des secours 
aux veuves d'artistes dans le besoin. 

— Le Prix Duc, de la valeur de 3.'700 francs, est 
attribué à M. L. Bonnier, inspecteur des services 
d'architecture de la Ville de Paris, pour ses plans du 
groupe scolaire de Grenelle. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 21 mars). — M. le marquis de Vogué 
attire l'attention de ses confrères sur l'intériM que 
présente Bethléem, l'ouvrage des PP. Vincent et Abel, 
professeurs à l'École biblique de Jérusalem, qui a 
été offert à l'Académie. 

— La commission de la Fondation Duchalais, con- 
stituée en faveur de la numismatique médiévale, a 
décerné, cette année, le prix à. l'ouvrage intitulé : 
Corpus nummarum italicarum ; quatre volumes in-4° 
de ce vaste recueil ont paru depuis 1910. 11 a été 
entrepris sur l'initiative personnelle de S. M. le Roi 
d'Italie, et la rédaction s'est poursuivie sous sa haute 
direction. 

La commission du Prix Edmond Drouin, destiné 
à la numismatique orientale, a attribué ce prix à 
M. R.-A. Whitbread, membre du service civil des 
Indes anglaises, pour son Catalogue of coins of 
Pendjab ( Lahore muséum). 

-^ M. Colllgnon communique à l'Académie un 
rapport de M. Comby sur la mission qu'il a accomplie 



à Delphes de juin à octobre 1913, pour y poursuivre 
des recherches en vue de la publication officielle des 
fouilles de Delphes. 

M. Comby s'est attaché à mettre au point son travail 
sur les deux temples d'Apollon du vi* et du v* siècles 
et surtout à étudier la région comprise entre la Voie 
Sacrée à l'Est, le mur de soutènement au Nord, l'en- 
ceinte à l'Ouest et le mur polygonal au Sud. 

— M. Jullian combat une opinion qui, depuis 
quelques années, tend à se répandre dans le monde 
savant au sujet des textes de Slrabon et de César, 
relatifs au peuple gaulois des Médiomathiques, dont le 
pays, qui comprend aujourd'hui Metz et la Lorraine, 
s'étendait jusqu'au Rhin. 

— M. Henri Cordier a donné lecture d'une élude 
de MM. G. de Créqui-Monfort et du D' P. Rivet sur 
l'origine des aborigènes du Pérou et de la Bolivie. 

Musée Carnavalet. — Sur l'intervention de 
MM. A. Mithouard et d'Andigné, conseillers muni- 
cipaux, l'Assistance publique a fait déposer au musée 
Carnavalet, par l'Administration des Beaux-Arts, les 
boiseries anciennes qui ornaient la chapelle de l'hô- 
pital de la Pitié. L'Assistance publique reste, d'ailleurs, 
propriétaire de ces boiseries, de dimensions fort im- 
portantes et qui auraient nécessité de gros frais de 
réparation et de remise en place après la démolition 
de la Pitié; mais la solution actuelle est, en tout cas, 
préférable à la mise en vente de ces œuvres d'art, dont, 
un moment, il avait été question. 

Musée Galliera. — L'exposition ordinaire d'art 
appliqué a fermé ses portes le 29 mars, et l'on procède 
maintenant à l'organisation de l'exposition spéciale 
annuelle, qui sera consacrée, rappelons-le, à la sta- 
tuette et au meuble destiné à la présenter. Les envois 
sont reçus jusqu'au 18 avril, sauf le dimanche. 

Le Musée Jacquemart-André à Châalis. — 

L'abbaye et le château de Chialis, légués à l'Institut 
par M"* Edouard André, en même temps que l'hôtel 
du boulevard liaussmann et ses collections, seront 
ouverts au public dans la seconde quinzaine d'avril. 
Le catalogue est maintenant sous presse, et le règle- 
ment, analogue à celui du musée Coudé, à Chan- 
tilly, sera prochainement publié. 

École nationale des beaux-arts. — Par arrêté 
du ministre de l'Instruction publique et des Beaux- 
Arts en date du 30 mars 1914, M. Paul Guadet, archi- 
tecte du Gouvernement, a été nommé professeur de 
perspective à l'École nationale des beaux-arts, en 
remplacement de M. Julien, décédé. 

Les Legs Delort de Gléon. — Un décret récent 
vient d'autoriser le ministre de l'Instruction publique 
à accepter, au nom de l'État, pour le musée du Louvre, 
avec le portrait de M. Delort de Gléon par Gérôme, et 
son buste par Gasq, les enivres arabes, armes, verre» 
émaillés, céramiques, ivoires, étoffes, bijoux, bronzes 
et œuvres d'art, les armoires, vitrines, vitraux, pla- 



ANCIEN ET MODERNE 



407 



I 



fonds, boiseries, décorations, meubles et immeubles 
par destination, laissés à cet établissement par M"' De- 
lort de Gléon, sous condilidn que le musée fera installer 
au palais du Louvre, dans le délai d'un an, à compter 
du présent décret, une salle arabe portant le nom de 
« salle Delort de Gléon » où seront groupés tous les 
objets légués au Louvre. 

Le ministre est autorisé à accepter en outre une 
somme de 100.000 francs, affectée aux frais d'enlè- 
vement, de transport et de réinstallation des objets 
légués. 

Encore une louable générosité, mais faite, comme 
le Bulletin le montrait dans son dernier numéro, à 
des conditions qu'on ne peut que déplorer, puis- 
qu'elles tendent à ouvrir une nouvelle «chapelle» 
dans le Musée ! 

Concours pour un jardin. — Un concours d'un 
genre assez particulier vient d être organisé, entre les 
artistes français, par la Société des amateurs de 
jardins, pour l'établissement d'un parc dans la pro- 
priété acquise à la Muette, par M. le Baron Henri de 
Rothschild. 

Les concurrents devront tenir compte des allées 
existantes, qu'ils pourront modifier, mais dont ils 
seront tenus à préserver les arbres; on leur rappelle, 
en outre, que le château, édifié sur un emplacement 
désigné sur le plan joint au programme, sera inspiré 
du style Louis XIV; on leur demande, enfin, de joindre 
à leur projet un mémoire indiquant les méthodes 
préconisées et un état de plantation. 

Les projets devront être déposés au Pavillon de 
Marsan, au siège de la Société des amateurs de jardins, 
le i" mai 1914, de 10 h. à 5 h. Une exposition publique 
aura lieu du 2 au 14 mai; le jugement sera rendu le 
8 mai. Trois primes seront allouées de 3.000, 1.500 et 
500 fr. chacune, et les projets primés deviendront la 
propriété de la Société. 

Pour obtenir communication des plans et de tous les 
renseignements pouvant leur faciliter leur travail, les 
concurrents devront s'adresser sur place aux jardins 
de la Muette, à l'agence des travaux, rue de Franque- 
ville, qui leur délivrera un permis pour visiter le 
terrain, s'ils le désirent. 

Les Amis de 'Vincennes. — La Société des Amis 
de Vincennes s'est réunie, dimanche dernier, dans 
une des salles du donjon, dite « la Chambre de la 
Reine ». 

Après l'approbation des comptes de l'exercice écoulé, 
M. Lefèvre-Pontalis a pris la parole pour exposer suc- 
cinctement le plan des travau.ic entrepris récemment 
au château. 

Il n'est pas question d'entreprendre une restaura- 
tion : il s'agit simplement de débarrasser le monument 
de tout ce qui y fut ajouté après coup et de tout ce qui 
le dénature. Les résultats de ces travaux sont déjà 
fort remarquables : sous de faux plafonds, on a 
retrouvé des sculptures et des votites sur croisée 



d'ogiTes; des portes murées depuis de longues années 
ont été rétablies, et la base primitive de l'escalier de 
service du donjon a été retrouvée. 

On s'occupe actuellement de percer, au premier 
étage, la porte par laquelle, après avoir franchi la 
passerelle, le public avait accès dans le chàtelet. Puis 
on rétablira l'entrée principale, conformément aux 
décisions de la commission interministérielle. 

On pense pouvoir, au mois de juin, permettre de 
nouveau la visite du monument et de la collection 
iconographique. 

M. le commandant de Fossa a évoqué, en fin de 
séance, les souvenirs historiques se rapportant à 
toute cette partie du donjon, dénommée les Appar- 
tements de la Reine, notamment ceux relatifs à la 
pièce où avait lieu la réunion. 

Médailles et plaquettes. — Après avoir frappé 
la médaille du graveur Lamourdedieu, commémorant 
le Congrès de Versailles qui a élu M. R. Poincaré 
président de la République, la Monnaie va procéder 
à la frappe de la médaille qui doit, selon la tradition, 
reproduire les traits du Président; elle est l'œuvre du 
graveur Léon Deschanips. 

L'Église Saint-Louis-en-1'Ile. — Le Bulletin 
a reproduit (n" 616) une note qui a fait le tour de la 
presse et d'après laquelle, en procédant à des travaux 
de réfection à la façade de l'église Saint-Louis-en- 
rile, on aurait retrouvé, sous une couche de peinture, 
de fort belles sculptures sur bois du xvii" siècle. 

Ainsi présentée, cette information est inexacte. Le 
travail dont il s'agit est celui du grattage et du net- 
toyage des trois portes sculptées de l'église, — les 
deux portes latérales, qui datent, non du xvii', mais 
du début du xviri* siècle, et la petite porte du clocher, 
moins ancienne (1741). L'intérêt des remarquables 
sculptures de ces portes, empâtées et alourdies par 
de nombreuses couches de peinture, était difficile- 
ment appréciable ; et si aucun de leurs motifs ne 
disparaissaient au point qu'il faille prononcer aujour- 
d'hui le mot de découverte, la beauté des ornements 
dégagés par le nettoyage sera pour les curieux une 
véritable révélation. 

Chronique du vandalisme. — Depuis quelques 
années, les architectes des monuments historiques 
s'acharnaient à défigurer l'admirable ensemble que 
forment, à l'entrée du port de la Rochelle, les tours 
de Saint-Nicolas et de la Lanterne, refaites dans le 
« style primitjf », selon la marotte des restaurateurs. 
Aujourd'hui, voici qu'ils s'en prennent à la tour de la 
Chaîne, qui s'élève en face de la tourSaint-.Nicolas, de 
l'autre côté de la passe. 

o Elle date de la fin du xiv siècle, écrit M. André 
Ilallays dans le Journal des Débats; mais, durant la 
Fronde, le comte du Daugnon, un aventurier révolté 
contre le roi, la fit sauter, et elle resta à demi ruinée 
jusqu'au xviii* siècle; alors on la répara tant bien que 
mal. Elle a perdu créneaux et mâchicoulis; à l'inté^ 



108 



LE BULLETIN DE L'ART 



rieur, toutes les voûtes, sauf celles du rez-de-chaussée, 
se sont écroulées. On va donc la reconstruire; non pas 
la consolider, mais la reconstruire. On la surélèvera 
de cinq mètres, on lui rendra sa couronne de créneaux 
et de mac/ncouliset on la coiffera d'une toiture conique 
en ardoise. Nous ignorons combien coûtera cetouvrage 
niais et inutile; mais nous sommes sûrs que, pendant 
que nos gens s'évertueront à remettre la tour de la 
Chaîne dans l'état où elle se trouvait avant l'exploit 
du comte du Daugnon, ils laisseront périr de belles et 
vieilles églises et, pour s'en excuser, ils allégueront 
la pénurie de leur budget. 

« Tandis que les architectes fabriquent du vieux- 
neuf, dans la même ville, on démolit les beaux 
ouvrages de Vauban qui rendaient si pittoresques les 
dehors de la place de guerre. » 

A Tolède. — La ville de Tolède s'apprête à célé- 
brer, pendant la Semaine Sainte, le troisième cente- 
naire du Greco. Une exposition de tableaux et de 
photographies a été organisée au musée du Greco et 
sera ouverte le dimanche 5 avril. Des conférences sur 
l'œuvre de l'arliste auront lieu le même jour, ainsi 
qu'une réception à l'Hôtel de Ville de Tolède. 11 y 
aura séance académique, service funèbre au couvent 
de Santo Domingo el Antiguo et concert le lundi 
6 avril. Le mardi 1, une messe de Hequiem sera dite à 
la cathédrale ; on inaugurera un monument du Greco ; 
une fête littéraire au théâtre de Rojas couronnera les 
cérémonies. 

A Éphèse. — Les fouilles autrichiennes d'Éphèse, 
en 1913, ont dégagé les ruines voisines de la Biblio- 
thèque, ruines désignées, jusqu'ici, sous le nom de 
temple de Claude; l'édifice est, en réalité, uniV^mpAeum 
de l'époque antonine. A part cette trouvaille — néga- 



tive, — les fouilles n'ont pas donné de résultats 
importants. Les travaux d'Éphèse ne seront pas repris 
en 1914. — Ch. 1>. 

A Rhodes. — Un décret récent autorise l'accep- 
tation par l'État de la donation, faite l'an dernier, 
par M. Bompard, ambassadeur de France à Constan- 
tinople, de 1' « Auberge de France », à Hhodes, la plus 
belle demeure des anciens chevaliers de Rhodes, qui 
date de 1480 et porte, au centre de sa façade, les 
armes de Pierre d'Aubusson, avec la devise: Monljoye 
Saint-Denis. 

Nécrologie. — L'illustre poète Frédéric Mistral, 
qui vient de mourir, le 25 mars, àMaillane, où il était 
né le 8 septembre 1830, avait consacré toute une part 
de sa vie à la restauration des traditions locales de 
sa petite patrie. Parmi se» nombreuses initiatives en 
ce sens, il nous faut signaler ici la création du Muséon 
Arlalen, consacré à l'ancien art provençal, et qui 
reste le véritable modèle des musées régionaux. 

— Le Comte Frédéric-Emmanuel-Enguerrand du 
Suau de la Croix, né à Petit- Val (Seine-Inférieure), 
est mort le 19 mars, à Paris, dans sa soixante-quin- 
zième année. Les émaux translucides de cet artiste 
furent souvent remarqués et récompensés aux Salons 
(ment, hon., 1899; méd. 3' cl., 1902). 

— Le graveur Ernest Florian, né en Suisse et natu- 
ralisé Français, qui appartenait à une bonne lignée de 
graveurs sur bois, vient de mourir à Paris. On lui doit 
la traduction de nombreuses illustrations, telles que 
celles pour Eugénie Grandet (1912j et celles pour la 
Udlisserie de la reine l'édauque (1913), pour ne citer 
que les plus récentes. Hécompensé plusieurs fois aux 
Salons parisiens, Ernest Florian avait reçu une 
médaille d'argent à l'Exposition universelle de 1900. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Vente d'objets appartenant à 

M™' J...— Faite, salies 7 et 8, les 20 et 21 mars, par 
yi" Engelmann et Baudoin, assistés de M.M. Man- 
nheim et Simons, cette vente a produit 133.000 fr. 
Trois enchères seulement sont à signaler : 234. 
Tapisserie flamande, xvi« siècle, animaux dans 
une forêt, 10.500 fr. (dem. 12.000). — 235. Tapis- 
serie flamande, -xvi° siècle, cortège de guerriers 
dans la campagne, 5.210 fr. — 239. Tapisserie 



flamande, xvii" siècle, panthère guettant des 
singes dans une forêt, 7.600 fr. (dera. 8000). 

"Vente d'objets appartenant à M"" X... 
[Méuier] (2" vente). — Cette vente, dirigée, 
salles 5 et 6, les 23 et 24 mars, par M" Baudoin 
et MM. Mannheim, a produit 167.000 francs. Ici 
encore quelques prix seulement sont à retenir 
dans la catégorie des tapisseries : 

Flandres, Xi'l' siècle : 277. Tapisserie, combat de 
style antique, large bordure, 8.900 fr. (dem. 7.000; 
rest.). — 278. Cantonnière, composée d'unfe bordure 



ANCIEN ET MODERNE 



109 



eu 



à compositions galantes, etc., 6.300 fr. (deui. 6 000). 
— 279. Tapisserie, animaux dans un jardin, large 
bordure, 9.400 fr. (dcm. 8.000). — 280. Tapisserie, 
l'Enlèvement d'Hélène, bordure figures, 12.050 fr. 
(deni. 8.000). — 284-283. Fragment, saints personnages 
avec monuments, fragment, vue d'un port de mer 
avec grands personnages, 4.700 fr. {dem. 3.000). 

AV7/" siècle. — 287. Grande tapisserie, Antoine et 
Cléopdtie, bordure, 8.400 fr. (déni- 6.000; mauvais 
tat). — 288. Cantonnière, médaillons à sujets bibli- 
es, etc., 8.S60 fr. 

XVIII' siècle. — 293. Tapisserie, paysage avec mare 
nimée de deu.\ canards, 4.715 fr. (dem. 4.000). 



I 



» 



Vente d'objets d'art, etc. — M« Baudoin et 
M. Pape ont dirigé, salle 10, le 25 mars, une vaca- 

ilion anonyme qui a produit 73.604 francs. Une 
beule enchère vaut d'être notée, les 39.000 francs 

'obtenus sur la demande de 35.000, par une 
série de huit fauteuils en bois sculpté, d'époque 
Louis XVI, signés Courtois, couverts en tapisserie 
lu XVIII" siècle à vases fleuris sur fond clair. 

Vente de la collection de M. X... (minia- 
Inres). — Le 25 mars. M' Lair-Dubreuil et 

IM. Mannheim ont procédé à cette vente qui a 

éalisé 82.000 francs. Deux prix à retenir : 
^abey: '32. Portrait préfiuiné d'Elisabeth Alexieivna, 

npératrice de liussie, 4.000 fr. (dem. 5.000). — 
Portrait de l'impératrice Joséphine, 5.400 fr. 
|dem. 5.000). 

Vente d'objets provenant du château de 

— Annoncée par un mince catalogue ilius- 
|ré, cette vente, dirigée, salle 6, le 27 mars, par 
I' Desvouges et MM. Sortais, Duchesne et Du- 
plan, a produit 70.000 francs. 



PRINCIPAUX PRIX 

Tableaux. — 3. U. Teniers. Paysage, soleil cou- 
chant, 7.300 fr. (dem. 8.000). 

Meubi.es. — 4-5. Commode en acajou à pans coupés, 
pieds forme carquois, ornements en bronze ciselé et 
doré, signée de P. Garnier, ép. Louis XVI. Deux encoi- 
gnures en acajou, ornements bronze doré, signées de 
Garnier, ép. Louis XVI, 30.700 fr. (dem. 32.000). 

Tapissebies. — 6. Panneau, ancienne et fine tapis- 
lerie-verdure de Bruxelles, perspective d'un jardin à 
a française, décoré de portiques, 10.300 fr. (dem. 
10.000). — 7. Panneau, ancienne et fine tapisserie- 
verdure de Bruxelles, sujet analogue, bordure à guir- 
landes, etc., 18.500 fr. (dem. 22.000). 



Vente de la collection du Comte de F... 
(tableaux, objets d'art). — Faite, salles 7 et 8, 
par M" Lair-Dubreuil et MM. Ferai et Mannheim, 
cette vente a produit 182.855 francs. 



PRINCIPAUX PRIX 

Tableaux anciens. — 25. Huet. Le Colombier, 5.030 fr. 
(dem. 4.000). — 31. Attr. à N. Lawreince. Les Deux 
cages ou la Plus heureuse, 8.430 fr. (dem. 8.000). — 
38-39. Pillement. Le Colombier, le Moulin, 6.230 fr. 
(dem. 4.000). 

Faie.nces. — Delft. 63. Assiette décorée fleurs, 
4.600 fr. (dem. 3 000). 

Tapissehies, tapis. — 125. Tapiss. d'Aubusson, ép. 
Louis XV, d'ap. Boucher, La Datise chinoise, 32.000 fr. 
(dem. 40 000). — 126. Tapiss. d'Aubusson, ép. Louis XV, 
d'ap. Boucher, L'Audience impériale, 16.200 fr. (dem. 
20.008). — 127. Tapiss d'Aubusson, ép. Louis XV, 
paysage avec château et chiens poursuivant un lièvre, 
9 000 fr. (dem. 8.000). — 133. Deux bandeaux et quatre 
montants, bordures tapiss. Dam., xvi* s., 6.100 fr. 
(dem. 10.000) et 6.100 fr (dem. 8.000). 

Succession Levesque (tableaux, objets 
d'art). — Faite salle 6, les 27 et 28 mars, par 
M' Lair-Dubreuil, assisté de MM. Brame, Paulme 
et Lasquin, cette vente a produit 308.558 francs. 
Les détails que nous avons donnés en l'annon- 
çant, nous dispenseront d'ajouter un long com- 
mentaire à la liste des enchères les plus élevées. 

PRINCIPAUX PRIX 

Tableaux anciens. — 1. Jacob van Blarenberghe. 
Les Quatre saisons, quatre gouaches, 41.000 fr. (dem. 
26.000; V. Evrard-Rhoné, 1861, 500 fr. ; v. Lévy-Cré- 
mieu, 1886, 29.000 fr.). — 9. J. Jordaens. Le Piqueur 
et ses chiens, 6.700 fr. (dem. 8.000). — 10. Pater. Les 
Plaisirs du camp, 36.100 fr. (dem. 25.000; v. Wilson, 
1881, 17.500 fr.). — 13. Rigaud. Philibert Orry, comte 
de Vignory, et 14. D'après Rigaud. Philibert Orry, 
gravure par B. Lépicié, 10.300 fr. (dem. 15.000; v. de 
la comtesse de la Kerronnays, 1897, 6.400 fr.). — 15. 
J. Steen. Le Contrat de mariage, 13.500 fr. (dem. 
20.000). 

Tableaux modernes. — 19. Corot. La Fontaine Jacob, 
A lise- Sain le- Heine, 5.000 fr. (dem. 10.000). — E. Dela- 
croix : 21. llélioilore chassé du temple, 14.000 fr. (dem. 
15.000; V. Delacroix, 1864, 1.050 fr. ; v. de La Roche- 
boisseau, 1873,7.500 fr.; v.Tabourier, 1898, 15.500 fr.). 
— 22. Lutte de Jacob avec l'ange, 20.000 fr. (dem. 
15.000; V. Tabourier, 13.500 fr.). — 28. Meissonier. 
Troupe de mousquetaires, 14.500 fr. (dem. 15.000; 
V. Secrétan, 1889, 36.600 fr.). —29. G. Moreau. S^aint- 
Sébastien, 24.200 fr. (dem. 20.000). — 37. Troyoïji. Pay- 
sage de Hollande, 6.200 fr. (dem. 10.000). — 38. Ziem. 
Le Jardin français à Venise, 5.000 fr. (dem. 10.000). 

Objets vabiés. — 81. Deux vases simulés marbre 
gris-bleu veiné de blanc et monture bronze ciselé et 
doré, style Louis XVI, 6.810 fr. 

Tapisseries anciennes. — 144. Grand écran, anc. 
tapiss. de Saint-Pétersbourg, genre Gobelins, Amphi- 
trite, etc., 7.000 fr. (dem. 8.000; — au musée Stiglitz, de 



I 



ilO 



LE BULLETIN DE L'ART 



Saint-Pétersbourg). — U5-1 48. Quatre tapiss. -verdures, 
Louis XIV, paysages avec volatiles, bordures à Qeurs, 
16.000 fr. (dem. 10.000). 

Vente d'objets d'art, etc. — M« Lair-Dubreuil 
et M. Léman ont dirigé, le ,30 mars, salle 7, une 
vacation anonyme comprenant des objets de 
haute curiosité, d'ordre secondaire. Cette vente 
a produit 42.000 francs, avec, comme prix prin- 
cipal, les b.COO francs réalisés par une tapisserie 
de la fin du xv siècle, offrant des animaux, 
oiseaux et fleurettes sur fond bleu. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Collection 
J. Couderc(l" vente ; objets d'art). — Un des 
doyens du monde des antiquaires parisiens, 
M. JulesCouderc, poète à ses heures, ayant décidé 
de prendre sa retraite, va faire passer au feu des 
enchères les objets d'art, d'ameublement et de 
curiosité, de toute époque et de toute espèce, 
qui composent son stock de marchandises. La 
première vente qui va commencer cette disper- 
sion, aura lieu salle i, les 6 et 7 avril, parle 
ministère de M" Lair-Dubreuil et Baudoin, assis- 
tés de MM. Paulmeet Lasquin. 

Dans le catalogue illustré, nous remarquons : 
une pendule en bronze ciselé et doré, dite Au 
Déserteur, d'époque Louis XVI, et une autre, du 
même temps, en marbre blanc et bronze, com- 
posée d'une pyramide flanquée de sphinx ; une 
commode en marqueterie de bois de couleurs, 
avec bronzes, d'époque Louis XVI; puis, parmi 
les dentelles, une aube en ancien point deFrance, 
ép. Louis XIV, à grands ramages ; enfin, parmi 
les tapisseries, deux tapisseries flamandes du 
xvi» siècle, à nombreux petits personnages, re- 
présentant, l'une, une fête dans le parc d'un 
château, l'autre, une fête de village, toutes deux 
avec bordures. 

Collection William (tableaux anciens et 
modernes). — Le 27 avril, à la galerie Georges 
Petit, M"' Lair-Dubreuil et Baudoin, assistés de 
MM. Georges Petit et Ferai, procéderont à la 
vente de la Collection de M. Alphonse William, 
de Bruxelles, composée de peintures de l'école 
de 1830, dont un important Corot, les Bergers 
d'Arcadie, et de quelques tableaux anciens. 

A Amsterdam. — Dès à présent, MM. Fred. 
Muller et C", prennent date pour les ventes sui- 
vantes : 

— Le 29 avril, vente de tableaux modernes 
provenant de diverses collections. 



— Du 12 au Ib mai, vente d'antiquités et d'ob- 
jets d'art européens, orientaux et d'Extrême- 
Orient, appartenant à divers amateurs. 

— Les 26 et 27 mai, vente de tableaux anciens 
comprenant la Collection PeUzer, de Cologne, et 
des tableaux de diverses provenances, en majeure 
partie de l'ancienne école hollandaise. 

Ces ventes fcymeront l'objet de catalogues 
illustrés. 

A Berlin. — Armes. — Lne vente d'armes 
européennes et exotiques, provenant de diverses 
collections, aura lieu à Berlin, chez R. Lepke, les 
7 et 8 avril. Quelques planches, jointes au cata- 
logue, reproduisent les numéros les plus mar- 
quants de cette réunion d'armes et de pièces 
d'armures. 

A Milan. — Collection Félissent. — Les 

experts Carlo et CesareClerici dirigeront, à. Milan, 
dans un des salons du Palais Cova, le 27 avril et 
les jours suivants, la vente du véritable musée 
napoléonien, jusqu'ici conservé dans la célèbre 
villa Corner, près de Trévise. Commencée par 
le comte Jean-.lacques Gayet de Félissent, capi- 
taine dechasseurs dans la Grande Armée, etconti- 
nuéeparson petit-fils, cette collection comprend, 
d'une part, des séries numismatiques, de l'autre, 
des estampes, autographes, livres, enfin des 
curiosités historiques et des objets d'art, le tout 
se rapportant à Napoléon I"'' et à son temps. 
(Catalogue illustré.) 

M. N. 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



IV" Salon de la Société des Dessinateurs- 
Humoristes (galerie La Boétie). — C'est un 
aimable divertissement de véritables dessina- 
teurs, et qui contient un chef-d'œuvre, une page 
d'actualité politique à qui l'art prête un peu de 
son éternité : l'Abîme, de Willette; avec sa nudité 
tragique et les raccourcis épais de ses membres 
raidis, la République, qui glisse au gouffre sous 
les coups des sacs d'or et des pots de vin brandis 
sur sa coiffe phrygienne, évoque le réalisme élo- 
quent de la Hue Transnonain... C'est une haute 
leçon donnée par l'humour ; et Willette, ici, n'est 
pas le seul héritier de notre Daumier : voici 
F'orain. qui connaît l'envers du théâtre aussi 
bien que la tragi-comédie des tribunaux ; Stein- 
len, ami compatissant de la Bouquetière gogue- 



ANCIEN ET MODERNE 



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m' 



narde ou des pitoyables lavandières ; Dethomas, 
cruel observateur de Vavara meretrix ; Hobert 
Noir, ami moins connu de la misère ; Bernard 
Naudin, confident des gueux, plutôt hanté d'Hol- 
bein ou de Goya. L'optimisme apaisant du sourire 
s'est réfugié dans une vaporeuse eau-forte, duo 
d'amour printanier que Maurice N'eumont, peut- 
t'tre en musical souvenir de Louise, intitule Mont- 
martre. On songe à l'Alsace de jadis en regardant 
l'Alsace d'aujourd'hui, décrite par le crayon 
coloré de Hansi. Depuis Chéret jusqu'à Drésa, 
c'est le XVIII" siècle qui se réveille et qui voudrait 
pposer sa grdce malicieuse à la fantaisie plus 
ou moins romantique ou romanesque de Louis 
Morin, de Léandre et d'Abel Truchet. Le talent 
surabonde ici comme ailleurs ; et les petites 
femmes entravées par Carlègle apprendront à 
l'avenir étonné la tyrannie de la mode. 



^P Société des Peintres de montagne (au 
Cercle de la Librairie). — » Pour la patrie, par 
la montagne », cette dix-seplièrae exposition 
d'une Société de plus en plus discrètement fidèle 

Pi sa flère devise n'apporte aucune révélation ; 
mais, ici plus qu'ailleurs, la palette de M. Joseph 
Communal ressemble aux écrins d'un lapidaire, 
et l'anneau de saphir qui sertit son Lac du Bour- 
get, vu de la Serra:, apparaît magique. Atmo- 
sphère plus trouble, les crépuscules nuageux de 
M. Lévy-Dhurmer font songer aux décors wagné- 
riens. M. Nozal peint les glaciers bleus et la lune 
de soufre au ciel mauve, qu'Obermann a vu 
« monter au-dessus du Velan ». Fidèle à sa devise 
britannique, M. Iwill se dislingue toujours à côté 
. de M.M. Gharreton, Cachoud, l'ierre Waidmann, 
Lemaître et Noirot. Les bruyères continuent de 
nommer M. Didier-Pouget, comme les peupliers 
annoncent l'eau. L'aquarelle réclame une magis- 
trale petite Vue d'Assise, de M. Pierre Vignal, et 
^■les notes neigeuses de M. Schrader ; la gravure, 
^^ les « estampes décoratives » et curieusement 
auvergnates de M, Maurice Basset, les eaux-fortes 
de M. Etienne de Martenne et les essais de « gra- 
vure au marteau » de M. Edouard Monod- 
Herzen (I). A côté des études de Jacques Huch 
et des synthèses de Gabriel Loppé, la section 
rétrospective nous rappelle, toujours discrète- 
ment, que notre ancien condisciple Henri Havet 
(1862-191.3) aimait à prendre le rude chemin des 
Alpes pour aller admirer le Soir au Forum. 

(1) Voir, dans la Gazelle des Beaux-Arts de mars 
1914, l'étude écrite par l'artiste sur cette technique 
nouvelle. 



Les Peintres de neige (galerie A. -M. Reitlin- 
ger) et Groupes divers. — Puisque le paysage, 
entre tous les arts, est « l'homme qui s'ajoute à 
la nature », ce n'est pas une fâcheuse idée de 
confronter les peintres d'un genre ; et, dans la 
mystérieuse monotonie du thème, les variations 
exécutées par chacun d'eux sur la blancheur 
irisée de la neige nous auront permis de mieux 
sentir l'accent magistral du peintre-graveur gan- 
tois, M. Albert Baertsoen, et de ses grandes aqua- 
tintes, la saveur originale de M. Gustave Pierre, 
un élève de Gustave Moreau retiré dans sa pro- 
vince, mais remarqué dans la cohue de nos 
Salons parisiens, la belle pAte de MM. Henry 
Gassiers et Victor Gharreton, les humides atmo- 
sphères de MM. Lebourg et Luigini, la Hollande 
de M. Gorter, le Tyrol de M. Lachman, le Canada 
de M. Clarence Gagnon, l'Auvergne de M. de Ter- 
likowsky, l'Espagne de M. Gaston Balande, qui 
trouve Avila sous un lourd linceul que n'avait 
pu voir M. Chartes Cottet ; et la neige nous fait 
déplorer l'absence de M. Berson. 

Signalons seulement plusieurs groupes nou- 
veaux : chez Manoury, rue Boissy-d'Aiiglas, les 
Rémois, où nous avons plaisir à reti-ouver M. Gus- 
tave Pierre, à côté de M. Paul Bocquet; chez 
Guérault, rue Roquépine, les Bretons, sauf 
M. Pierre Bertrand, qui s'est volontairement 
isolé chez Devambez ; chez Marcel Bernheim, rue 
Caumartin, le premier « Salon international de 
la gravure originale en noir et en couleurs », qui 
nous répète les mérites variés de M™« Hopkins 
et de M.M. Paul-Émile Colin, Gobo, Gagnon, Le 
Petit, Achener et Roger Grillon. Les peintres- 
graveurs se rassemblent à la galerie Levesque ; 
les dessinateurs, à la galerie Grandhomme ; les 
décorateurs, à la galerie Groult. Après les Peintres 
de Versailles et les Intimistes, où se distinguaient 
les jolies aquarelles de M. Ernest Herscher, la 
nouvelle galerie Hessèle accueille, rue Balzac, 
les Peintres de nu, dont nous reparlerons très 
prochainement. 

L'art ne chôme pas et, pour suppléer aux 
bourgeons tardifs, le paysage abonde ; mais qui 
ne sut se borner ne sut jamais faire de critique: 
il faut résolument choisir et se contenter de 
retenir, parmi trop de paysagistes, « les trois 
mois à Séville » que nous raconte, chez Allard, 
au milieu des bosquets fleuris d'amaranthes, 
l'entrain de M. Georges Berges et « le voyage en 
Flandre et en Picardie » que nous propose, chez 
Georges Petit, dans la pâleur des ciels pluvieux, 
la gravité de M. Michel Cazin, sans oublier l'aride 



112 



LE BULLETIN DE L'ART 



splendeur de la Provence hardiment disséquée, 
chez Paul Mosenberg, par l'âpreté de M. René 
Seyssaud... Au demeurant, n'est-ce pas en art, 
en peinture surtout, que le philosophe Scho- 
penhauer aurait eu bien raison d'assigner des 
limites à notre capacité de sentir'? 

Études de ciels, par Louis Braquaval (gale- 
rie Chaîne et Simonson). — Entre tant d'expo- 
sitions particulières, il faut remarquer ces très 
fines études d'atmosphère et d'espace, exécutées 
par un ami du ciel sur la baie de la Somme. 
Après Turner et Delacroix, en même temps que 
Whistier et Jongkind, Eugène Boudin s'était déjà 
fait le conlident de ces heures pâles et de ces 
nuages dans de simples notes que célébrait 
Baudelaire au Salon de 1859 ; et c'est Boudin, 
surtout, que rappelle la délicatesse de M. Bra- 
quaval, avec autant de précision, mais avec moins 
d'enveloppe dans la gamme des gris nacrés. 

Raymond Bouyer. 

LES REVUES 



France 



Les Arts (mars). — Gabriel Moukey. Trois pasto- 
rales de Boucher. — Elles font partie de la collection 
Demotte. 

— Achille Seoard. Fresques inédites de l'tivis de 
C/iavannes. — Elles datent de 1835 et ont été exécutées 
pour la maison de campagne du frère de l'artiste, à 
Cuiseaux (Saône-et-Loire). Les Quatre Saisons, avec 
un panneau central, le Retour de l'enfant prodigue, 
décorent la salle à manger; il y a également quatre 
dessus de portes, un Clirist aux outrages, daté de 1858, 
et enfin une série de décorations extérieures sur les 
murs des écuries, représentant des personnages et 
des animaux. 

— Charles Saunier. Un Revenant : Julien Le Blant. 

— A propos des envois de cet artiste à. la dernière 
exposition des Aquarellistes : l'ancien peintre militaire 
a trouvé une voie nouvelle dans les représentations 
de marchés et de paysages corréziens. 

— E. Ciiahtkaire. L'Autel de Notre-Dame de Beth- 
léem, à Ferrières-en-Gdtinais. — Sculptures de Gilles 
Guérin, né en 1606, exécutées en 1650. 

— Maurice Hamel. Camille l'issarro, exposition 
rétrospective de ses œuvres. 

Allemagne 

DieKun8t(février). — J.-A.Uerinuer. H. A. Biihler. 

— Peintre, né en 1877; art symbolique, monumental. 



très allemand; nombreuses reproductions; le Pro- 
méthée est une composition singulière, mais inté- 
ressante. 

— M. K. Roue. Le Salon d'hiver de la Sécession de 
Munich. 

— II. Pai.lmans. Fritz Sckwarlz. — Notice nécro- 
logique ; Fritz Schwartz était le rédacteur en chef de 
la Kunst et le directeur de la maison Bruckmann, de 
Munich. 

— A. Castell. E.-A. Bourdelle. — Aperçu général 
de l'œuvre. L'auteur apprécie surtout les sculptures 
du Théâtre des Champs-Elysées, « la seule œuvre 
architecturale de la sculpture française moderne ». 

— Deux acquisitions pour des musées. — Le Concert 
d'enfants de A. Keuerbach, acheté 185.000 marks pour 
le Musée de Hanovre, et le fameux Hugo van der 
Goes, de Monforte, acheté pour le musée de Berlin. 

— R. Braunoaht. « La Lutte des Éléments », par 
R. M. Eichler. — Fresque exécutée dans le bâtiment 
de la Compagnie de Réassurances, de Munich. Repro- 
ductions de l'ensemble et des détails de la composi- 
tion. 

— II. E. Wallsee. Alfred Lichtwark. — Notice 
nécrologique sur le décorateur du Musée de Ham- 
bourg. 

— P. ScHOMANN. Deux nouvelles muvres du sculp- 
teur Max Klinyer. 

— II. Kaiser. Le Nouvel hélel de ville de Hanovre. 

— Construit par l'architecte Halmbuber; peintures 
décoratives par Ilerler et Engeler; sculptures par 
Bredow et autres. 

— G. Amma.n.n. Nouveaux jardins. 

— P. Westheim. Franziska Bruch et son école de 
décoration florale, à Berlin. 

(Mars). — H. Fietz : Oskar Laske. — Étude d'en- 
semble sur l'œuvre de cet humoriste original, qui 
excelle à peindre la foule individualisée. 

— F. E. Washrurn Frelnd. .Aquafortistes anglais. 

— Muirhead Bone, J. Penuel,Cameron. MacLaughIan, 
Brangwvo, etc. 

— G. i. WoLF. Anselm Feuerbach et notre temps. 

— Ce qui, de nos jours, plaît le mieux dans l'œuvre 
de Feuerbach, ce sont les études, les tableaux peints 
dans les intervalles des grandes machines, bien plus 
que ces machines elles-mêmes. 

— La Collection A. 0. Meyer. — Romantiques 
allemands. 

— SciiMinr. Maisons construites par F. Krilger. — 
A Cologne. 

— Travaux de H. Schmilhals. — Tapis. 

— W. FoiTzicK. Faïences et majoliques de la 
fabrique von Debschitz, à Munich. — G. Hl'BT. 



Le Gérant : H. Dinis. 



Paris. — Imp. Georges Petit, \î, rue Godot-de-M«uroi. 



Numéro 620 



1/^ 
Samedi 11 Avril 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 



ANCIEN ET MODERNE 



L'Institut 
et la Ville de Paris 



A diverses reprises, il a été question, dans ce 
Bulletin, du prolongement de la rue de Rennes 
et des travaux qui doivent en être la consé- 
quence : percement de voies nouvelles, recon- 
struction partielle de l'Institut, pont sur la Seine, 
etc. (1); il y a huit jours encore, le compte rendu 
de la séance plénière de l'Institut était presque 
entièrement consacré aux difficultés survenues 
à ce propos entre les administrateurs du Palais 
Mazarin et la Ville de Paris M. Alexandre Ribot 
ayant porté l'afTaire à la tribune du Sénat, le 
2 avril, sous forme d'une question adressée au 
ministre de l'Instruction publique, il n'est pas 
sans intérêt de mettre, une fois de plus, le 
public en présence des faits de la cause. 

l'n projet d'Haussmann, qui date de 1866, a 
dit en substance M. Ribot, a été repris, il y a 
quelques années, par la Ville de Paris : il com- 
prend essentiellement une voie qui doit partir 
de la place Saint-Germain-des-Prés pour aboutir 
à la Seine, au quai Conli, près de la Monnaie; 
sur cette voie doit s'embrancher, à peu près à la 
hauteur de la rue des Beaux-Arts, une autre voie 
qui atteindra le quai Malaquais, entre le palais 
de l'Institut et la rue Bonaparte, On se rappelle 
que la première de ces deux voies devait se 
continuer par un pont biais, entre la Cité et le 
pont des Arts ; les protestations qui se sont 
élevées contre ce projet néfaste l'ont fait aban- 
donner; on propose maintenant de transformer 
le pont des Arts en un pont carrossable. 

l,a voie aboutissant au quai Conti traverserai 
partie des bâtiments de l'Institut où se trouvent la 
salle des séances, les salles de commission et la 
bibliothèque. L'Institut ne fait pas d'opposition 
à ce bouleversement; il accepte le projet d'Hauss- 



I 



(1) Voir, en particulier, le n° 596 du liullelin. 



mann, d'après lequel le palais doit être recon- 
struit derrière sa façade actuelle et bordé par 
les deux rues qui aboutiront l'une au quai Conti, 
l'autre au quai Malaquais; il l'accepte surtout 
parce qu'il y trouve un accroissement de surface, 
cette transformation lui donnant H.900 mètres 
carrés couverts, au lieu des 8.600 qu'il occupe 
actuellement. 

Mais la Ville de Paris, elle, n'accepte plus le 
projet d'Haussmann dans son intégralité, et voici 
pourquoi : ayant prévu trente-huit millions pour 
prolonger la rue de Rennes et bâtir un pont, 
elle se rend compte que cette somme est insuf- 
fisante et voudrait combler une partie de son 
déficit en rognant sur les terrains attribués à 
l'Institut. Celui-ci a protesté avec énergie et s'est 
adressé à l'État, propriétaire du Palais Mazarin. 
Le Conseil municipal a répondu alors par une 
illégalité ; il s'est constitué en comité secret et 
il a décidé que les travaux de piolongement de 
la rue de Rennes seraient entrepris immédia- 
tement jusqu'à la rue des Beaux-Arts, c'est- 
à-dire jusqu'au point d'où partiront les deux 
voies nouvelles aboutissant aux quais. Sans 
doute, espérait-il ainsi mettre l'Institut devant 
le fait accompli et lui forcer la main ; mais l'In- 
stitut n'est pas d'humeur à se laisser jouer, et 
le Conseil municipal a dû le comprendre en 
lisant le discours très mesuré, mais très ferme, 
prononcé par M. Ribot à la tribune du Sénat. 

M. Ribot a demandé au ministre : que rien ne 
soit fait ni autorisé en dehors des termes du 
décret de 1866, tant que ce décret n'aura pas 
été modifié; que ce décret soit précédé d'un 
accord financier entre l'État et la Ville; enfin 
que l'Institut et ses représentants ne soient pas 
laissés seuls en face de la Ville de Paris, et que 
l'Etat prenne en mains l'affaire, comme il est de 
son devoir. Tout en faisant ses réserves sur la 
seconde demande, le ministre a très nettement 
donné aux deux autres la réponse favorable 
qu'on attendait de lui. 

« Que l'Institut tienne bon, écrivait l'autre jour 



m 



LE BULLETIN DE L'ART 



M. André Hallays, et le ministre fera comprendre 
à la Ville la folie d'entreprendre aujourd'hui un 
travail qu'elle ne pourra peut-être pas achever, 
faute de ressources. Si, pour la bonne règle 
électorale, il est indispensable que ce quartier 
soit bouleversé comme les autres quartiers de 
Paris, on pourrait s'en tenir à l'élargissement 
de la rue Bonaparte entre Saint-Germain-des- 
J*rés et le quai Malaquais. Ce ne serait peut-être 
pas beaucoup plus utile, mais ce serait moins 
cher et moins désastreux. Voici douze ans que 
nous ne cessons de recommander cette solutiori- 
là. Il n'est pas encore trop tard pour y revenir. » 

É. I). 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 4 avril). 

— Le président annonce à ses confrères le décès de 
Sir Hubert Ilerkomer, de Londres, associé étranger 
de l'Académie des beaux-arts depuis 1896. 

— La Compagnie commence l'étude des amélio- 
rations à apporter dans l'aménagement du musée de 
la fondation de Gaen, annexe de l'Institut. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

— M. Héron de Villelosse signale une inscription 
latine découverte à Thibiuca, dans la vallée de la 
Medjerda, par M. Fleury du Sert, maire de Tebourba 
(Tunisie). 

— M. Paul Monceaux donne lecture d'une note de 
M. Carcopino, professeur à l'Université d'Alger, direc- 
teur du musée des Antiquités algériennes, sur une 
mosa'ique tombale découverte à Tipasa (Algérie) dans 
la basilique dite d'Alexandre, par l'abbé Dubosq : cette 
mosa'ique nous fait connaître le nom d'un certain, 
Renatus, évêque de Tipasa au iv siècle. 

— M. Homo, ancien membre de l'École française 
de Rouie, donne lecture d'une étude sur les maisons 
de rapport et la crise des loyers dans la Home impé- 
riale. 

Société nationale des antiquaires de France 

(séance du 2.'i mors) — M. Maurice Roy continue sa 
communication sur les travaux elfeclués par Philibert 
Uelorme au château de Fontainebleau pendant les 
années 15.'H-1S59, comprenant la reconstruction de la 
partie entre la chapelle de la Trinité et le pavillon 
des Poêles. Le dernier ouvrage parait avoir été l'amé- 
nagement de la salle de l'armurier du roi. 

— M. V. Chapot étudie un bas-relief de Terraci^c, 
publié par La Blanchère, et représentant un vaisseau 
avec une inscription dont il détermine le sens. 

— M. le commandant Lefèvre des Noc'ttes étudie 
les casques à nasal et prouve, à l'aide de documents < 



tirés des manuscrits à miniatures des xv xi' et 
XII* siècles, que ce n'est qu'à partir de cette dernière 
époque que ce genre de casque a été porté d'une façon 
à peu près générale. Il persista jusqu'à la seconde 
moitié du xnr siècle. 

— M. Paul Monceaux communique des sceaux 
chrétiens, découverts à Carthage par le R. P. Delattre. 

(Séance du 1" avril). — MM. Prou et Blanchet font 
une communication relative à des inscriptions latines 
dont la copie est conservée dans la correspondance 
de Mabillon. 

— M. le comte de Loisne signale un intéressant 
manuscrit du xv siècle; c'est un bréviaire à l'usage 
de Thérouanne, qui a été exécuté pour Henri de Lor- 
raine, évêque de Thérouanne de 1456 à 1485 

— M. l'abbé Corbière lit une note relative à une 
attestation authentiquant un sceau en 1371. 

Société d'encouragement à l'art et à l'indus- 
trie. — Le jury de la Société vient d'attribuer ses 
primes d'encouragement à des artistes ayant exposé 
au 9* Salon de la Société des artistes décorateurs. Les 
concurrents devaient être Français et avoir exposé 
«un objet d'usage pratique, un ensemble de mobilier 
et de décoration intérieure, ou un projet d'architec- 
ture extérieure ». 

Voici la liste des lauréats : 

1" prime de 300 francs et une plaquette d'argent : 
M. Laurent Malclès (serrurerie décorative en bronze 
ciselé) ; 

2* prime de 200 francs et une plaquette de bronze ; 
M. Jules Coudyser (série de tissus et stores); 

3* prime de 200 francs et une plaquette de bronze : 
M. Louis-Philippe Sézille, architecte (maquette d'une 
maison de campagne et de jardins); 

4" prime de 200 francs (don de MM. Isidore Leroy 
et Paul Parquet) et une plaquette de bronze: M. André 
Mare (ensemble de mobilier); 

5* prime de 100 francs (fondation de M. James H. 
Hyde) et une plaquette de bronze : M. Etienne Ave- 
nard (faïences décorées); 

6* prime de 100 francs (don de M. G. -Roger Sandoz) 
et une plaquette de bronze ; M. Loys Brachet, archi- 
tecte (projet de villa démontable) ; 

■7* prime de 100 francs (don de M. Pierre Laguionie) 
et une plaquette de bronze : M. Emile Bernaux, sculp- 
teur (meubles de salle à manger); 

8" prime de 100 francs (don de M. Fcnaille) et une 
plaquette de bronze : M. Raoul Lachenal (grès décorés 
grand feu) ; 

9* prime de 100 francs (don de*M. Fernand George) 
et une plaquette de bronze : M. Auguste- Henri 
Thomas (modèles de tissus) ; 

10* prime de 100 francs et une plaquette de bronze : 
M. Maurice Quénioux (ctolfes. velours et soieries); 

11* prime de 50 francs et une plaquette de bronze : 
M"* Colette Myrtille (broderies). 

Une plaque de bronze a été attribuée, comme 



ANCIEN ET MODERNE 



H5 



récompense spéciale, à M. François Decorcheniont, 
pour ses pâtes de verre, et un rappel de plaquette 
d'honneur en vermeil a été, en outre, voté en laveur 
de M. Emile Gagnant, éditeur de serrurerie d'art. 

Musées nationaux. — M. Cormon, membre de 
l'Institut, a offert à l'État, pour le musée du Lu.Kcm- 
bourg ou celui de Versailles, le portrait de l'aiil 
Déroiilède prononçant son discours « Champigny, 
qu'il exposa au Salon de l'année dernière. Le Conseil 
des musées a accepté le don du tuaitre. 

Musée du Louvre. — Dans sa dernière séance, le 
Conseil des musées nationaux a adopté un projet 
relatif à la réorganisation des ateliers de moulage et 
de chalcographie du Louvre. 

Le Conseil, désireux de développer la production 
de ces ateliers, a voté en leur faveur une augmen- 
tation de crédit de 20.000 francs, qui sera fournie par 
la caisse autonome des Musées nationaux. Dès à pré- 
sent, la direction s'occupe de recruter des ouvriers 
mouleurs à bon creux, praticiens expérimentés et 
sûrs, pour rénover les procédés d'exécution. Le con- 
seil escompte un notable accroissement de recettes, 
en même temps qu'un regain d'activité qui permettra 
au Louvre de participer en de bonnes conditions à la 
vulgarisation des chefs-d'œuvre qu'il possède. 

École du Louvre. — M. Marquet de Vasselot, 
conservateur-adjoint au musée du Louvre, fera après 
Pâques quelques conférences sur les arts du métal, le 
lundi à 2 h. t/2, dans les salles du musée. La première 
leçon aura lieu le lundi 20 avril. 

Les Œuvres d'art de la ville de Paris. — Dans 
une de ses dernières séances, le Conseil municipal de 
Paris a adopté plusieurs propositions tendant à 
l'acquisition de diverses œuvres d'art; à la partici- 
pation financière, pour une somme de S. 000 francs, à 
l'exposition rétrospective du paysage français de Pous- 
sin à Corot, prévue pour le printemps de 1915, au 
Petit Palais; à l'ouverture d'un crédit de 40.000 francs 
pour l'aménagement des collections de dessins et 
gravures léguées par Dutuit au Petit-Palais; à l'ouver- 
ture d'un crédit de 13.000 francs pour les travaux de 
réfection du musée Carnavalet. 

La Caisse des monuments historiques et l'Of- 
fice des monuments non classés. — Dans sa 

séance du 2 avril, la Chambre n adopté : 

1° Le projet de loi, précédemment voté par la 
Chambre, sur le rapport de M. Théodore lieinach, et 
adopté avec modifications par le Sénat, tendant à la 
création d'une Caisse des monuments historiques et 
préhistoriques ; 

2° L'ne proposition de loi de M. Georges Lejgues et 
plusieurs de ses collègues, portant création, au minis- 
tère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, d'un 
Ollice des monuments ayant un caractère esthétique 
ou historique, non classés par les lois du 30 mars 1887 
et du 31 décembre 1913. 



Nous publierons prochainement le texte de ces 
deux lois. 

L'Armure de Philippe II. — Le Sénat, dans sa 
séance du 2 avril, a voté le projet de loi, déjà adopté 
par la Chambre (voir n" 617 du HuUelin\ « autorisant 
le ministre des Affaires étrangères à offrir au gouver- 
nement espagnol le chanfrein de l'armure de Phi- 
lippe II ». 

Mais alors que la Chambre avait adopté cette loi 
en cinq minutes et sans discussion, le Sénat a entendu 
une vigoureuse protestation de M. Dominique Dela- 
haye, qui s'est élevé contre cette aliénation regret- 
table, et a proposé d'envoyer àl'Armeria Real, non les 
pièces originales, mais la reproduction par la gal- 
vanoplastie du chanfrein et de ses accessoires. Le 
ministre, dans sa réponse, a donné quelques explica- 
tions pour bien mettre en évidence qu'il ne s'agissait 
plus, comme il en avait été question tout d'abord, 
d'un dépôt des pièces d'armure dans un musée étran- 
ger, mais d'une véritable aliénation faite par le Par- 
lement, « qui a qualité pour porter atteinte aux lois 
précédentes et pour prendre ses responsabilités ». 

Voilà dit le dernier mot sur cet « acte de courtoi- 
sie » que nous serions heureux, pour parler comme 
M. Viviani, « d'accomplir vis-à-vis de la noble et 
chevaleresque nation espagnole », si nous ne persis- 
tions à le considérer comme le plus regrettable des 
précédents. 

Concours pour lareconstruction de la Chambre 
de commerce de Paris. — Le registre des inscrip- 
tions pour le concours ouvert entre tous les architectes 
français par la Chambre de commerce de Paris, 2, place 
de la Bourse, sera clos le 1" juin prochain. 

Les projets doivent être déposés du mardi 9 juin au 
samedi 13 juin, dans un local qui sera indiqué ulté- 
rieurement. 

Le jugement sera rendu le mardi 7 juillet au 
plus tard. Il y aura une exposition publique après le 
jugement. 

Les primes suivantes pourront être allouées : 

1° une prime de 30.000 fr.; 2° une prime de 20.000 fr.; 
3° une prime de 15.000 fr ; 4° une prime de 10.000 fr ; 
5° cinq primes de 5.000 fr. 

Expositions annoncées. — Le vernissage du 
Salon de la Société nationale des beaux-arts aura 
lieu le dimanche 12 avril ; ouverture au public, le 
lundi 13. 

— Du 20 avril au 3 mai, à la galerie Edmond Sagot, 
39 bis, rue de Chateaudun, exposition de nouvelles 
peintures et gravures d'Auguste Lepère. 

A Montpellier. — L'administration des Beaux- 
Arts vient d'introduire une instance de classement en 
faveur de la célèbre promenade du Peyrou, commencée 
en 1689 par Davilez et achevée eu 178."i par Gérai et 
Dormat. 

A Athènes. — 11 y a trente ans, disparut de 
l'Acropole un fragment de plaque d'argile décorée 



H6 



LE BULLETIN DE L'ART 



d'un Héraclès debout près d'un char : l'œuvre tirait 
la plus grande partie de son intérêt du fait qu'elle 
portait la signature d'un artiste connu, Skjthas. Le 
Messager d'Athènes annonce qu'elle vient d'être 
retrouvée au musée de Boston, auquel un amateur 
américain l'avait offerte, après l'avoir achetée à Paris. 
Elle va revenir à Athènes, le musée de Boston en 
ayant gracieusement proposé la restitution au gou- 
vernement hellénique. 

A Bâle. — Le musée de Bâle vient de s'enrichir 
d'une importante collection de près de 300 tableaux 
anciens qui provient de la succession de feu le profes- 
seur Bachofen-Burchhardt. Cette collection comprend 
quelques pièces de tout premier ordre. A côté de 
plusieurs Primitifs allemands et d'un Crucifiement 
de l'école d'Avignon, remarquable par la beauté de 
son coloris, un Saint Jéi'ôme de Memling, une Vierge 
à l'Enfant que l'on croit pouvoir attribuer à Quentin 
Metsys, et deux Rubens, représentent l'école flamande. 
Quelques italiens des xv* et xvi' siècles, entre 
autres un Portrait de VArétin par Sébastien del 
Piombo, rivalisent avec une belle série de Hollandais 
du xvii* siècle, parmi lesquels un Rembrandt, un 
K. Bol, un N. Maes, un van Goyen, etc. Parmi les 
maîtres français du xviii* siècle, on trouve un Liotard 
et un Boilly. 

M"" Bachofen-Burchhardt, qui a fait don à la ville 
de Bùle de la galerie de tableaux de son mari, la 
conservera encore jusqu'à l'achèvement du nouveau 
musée, dont la construction va commencer. 

A Rome. — Les derniers travaux exécutés sous la 
direction de M. Giacomo Boni ont mis au jour, dans les 
anciens Orti Farnesiani, les restes des constructions 
que le cardinal Alexandre Farnèse, sur les plans de 
Michel-Ange, fit élever au bas du palais de Domitien. 



On a déjà dégagé un nymphée de Torme absidiale, 
avec des décorations de stalactites et de mosaïques, 
un escalier de. serpentin vert encadré de porphyre 
rouge, la conduite d'eau qui conduisait à la grande 
vasque. Les ruines Renaissance avoisinent ainsi les 
ruines romaines. — L. G. 

Nécrologie. — On annonce la mort de M. Joseph 
Chatrousse, architecte départemental de l'Isère, âgé 
de 66 ans ; et celle M. Joseph Gardel, statuaire, père 
de M. Georges Gardet, le sculpteur animalier. 

— On annonce la mort à Nimes, où il était depuis 
près de vingt ans directeur de l'école des beaux-arts 
et conservateur du musée, du peintre Alexis La Haye, 
né à Paris en 1850, élève de Pils et Carolus-Duran. 
H exposait au Salon, depuis 1876, des paysages et des 
portraits. 11 était membre correspondant de l'Aca- 
démie des beaux-arts. 

— Né en Bavière, le 26 mai 1849, le peintre Hubert 
Herkomer, que ses portraits d'Archibald Forbes, 
de Tennyson, de Ruskin, de Richard Wagner, de 
Miss Catherine Grant (la Dame en blanc) ont rendu 
célèbre, est mort le 31 mars dernier dans le De- 
vonshire, à Budieigh. Depuis l'âge de huit ans, il 
habitait l'Angleterre, oii son père, sculpteur sur bois, 
était venu s'établir, après un court séjour en Amérique 
et où le jeune artiste commença par travailler aux 
peintures décoratives du Kensington Muséum à raison 
d'un salaire infime. Après avoir débuté au Graphie et 
signé divers tableaux de genre, notamment le Der- 
nier appel, exposé en 187.';, il se fit remarquer par ses 
portraits, qui lui valurent une renommée considérable. 

11 avait succédé à Ruskin dans la chaire d'esthétique 
de l'Université d'Oxford, qu'il occupa avec distinction 
pendant neuf années. Il était associé étranger de 
l'Académie des beaux-arts. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Vente de tableaux. — Dans la 
vente de la Collection C. H..., faite, salle 12, par 
M* Albinet et M. Guillaume, le 30 mars, nous 
remarquons le prix de 5.900 fr., obtenu par le 
Portrait d'un ménestrel, par Holbein. 

Vente d'objets d'art. — Une vente faite, 
salle 6, le 31 mars, par M< Lair-Dubreuil, assisté 
de MM. Georges Petit, Paulme, Lasquin et Léman, 
a produit 409.414 francs. 



Dans la liste des enchères les plus notables 
que nous donnons, on remarquera surtout celles 
obtenues par les deux mobiliers en tapisserie 
qui étaient les deux numéros les plus impor- 
tants de celle vente, composée de tableaux et 
dessins anciens et modernes et d'objels d'art et 
d'ameublement, la plupart du xvui' siècle, appar- 
tenant à divers amateurs. 

PRINCIPAUX PRIX 
Tablbadx modernes. — 4. Uiaz. La Mare dans la 
vallée, 31.000 fr. (dem. 30.000). 
Dessins anciens. — 26. Fragonard. Le Savetier, 



ANCIEN ET MODERNE 



m 



dessin pour les Contes de La Fonlaive, 6.500 fr. (dem. 
7.000). — 27. Fontaine dans le parc d'une villa ita- 
lienne, 5.200 fr. (dem. 2.500). 

Tableaux anciens. — 60. H. Fragonard. Troupeau 
fuyant devant l'orar/e, 18.000 fr. (dem. 18.000). — 64. 
Van Goyen. Marine, 14.200 fr. (dem. 10.000). — 67. 
Largillière. Portrait de M. Forcade, cadre bois 
sculpté, ép. Louis XV, 4.700 fr. 

OB.IETS DE VITRINE. — 89. Boltc oF guilloctié, ciselé 
et émaillé en plein, lilas, couvercle orné sujet allég., 
fin ép. Louis XV, 4.905 fr. (dem. 8.000). 

Objets vakiés. — 92. Deux bouteilles, anc porcel. 
Chine, réserves sur fond bleu fouetté, 4.900 fr. (dem. 
1.000). 

Bhonzes. — 97. Pendule, branchages Heurs et fleu- 
rettes, statuette de femme et animaux, anc. porcel' 
Saxe, ép. Louis XV, 6.600 fr. (dem. 8.000). 

Salons en tapisserie. — Succession de M. le Mar- 
quis d'Ivry. 115. Salon (canapé et huit fauteuils), 
bois sculpté, ép. Louis XV, anc. tapiss. à fleurs sur 
fond jaune, 43.000 fr. (dem 40.000). — 115 bis. Salon, 
appartenant à M"' X... (un canapé et huit fauteuils), 
tapiss. du xviii' s., composit. à animaux, des fables 
de La Fontaine, bois sculpté et doré, 73.450 fr. 
(dem. 70.000). 

Meubles. — 120. Grande commode droite, marquet. 
bois de coul., médaillons, etc., fin ép. Louis XV, 
7.020 fr. (dem. S.fiOO; rect.). — 123. Table-étagère, 
br. vert, à deux tablettes ^de granit rose, ép. Louis XVI, 
11.000 fr. (dem. 12.000; v. Doucet, 1912, 20.500 fr.). 

Tapisseries, ETC. — 130. Tapiss. Bruxelles xvi* s., 
composit. à grands personnages, sujet de l'histoire 
anc, bordure fleurs et fruits, 5.900 fr. (dem. 6.000). — 
133. Panneau tapiss. flamande, xvii' s., paysage avec 
personnages dansant, d'après Téniers, 5.000 fr. (dem. 
7.000). — 135. Tapiss., ép. Régence, Diane et une 
compagne dans un paysage, bordure encadrement, 
10.005 fr. (dem. 12.000). — 138. Tapiss. d'anc. travail 
oriental, fond vert clair, fleurs, lions, etc., 5.000 fr. 
(dem. 10.000). 

Collection Victor Margueritte (tableaux). 

— Cette vente qui devait être dirigée, salle 1, le 
2 avril, par le ministère de M" Tixier, assisté 
de M. Max Bine, n'a pas eu lieu. Elle avait fait 
l'objet d'un catalogu'e illustré reproduisant un 
certain nombre des tableaux, tant anciens que 
modernes, au nombre d'environ soixante, qui 
composaient la collection. 

Vente de la collection du Marquis de 
Traynel (monnaies antiques, objets d'art). 

— Faite, salle il, les 2, 3, et 4 avril, par le 
ministère de M« Desvouges, assisté de MM. Feuar- 
dent et Léman, cette vente a produit environ 
33.000 francs. Une seulf rnchère est à retenir, 
celle de 4.900 francs, jju.a le numéro 440, une 



pièce d'or de Manlia Scantilla, avet, au revers, 
Junon debout. 

Ventes de tapisseries. — Le 4 avril, dans 
une vente anonyme d'objets d'art et d'ameuble- 
ment, dirigée, salie 6, par M« Lair-Dubreuil et 
M.M. Paulme et Lasquin, une petite tapisserie 
d'Aubusson, d'époque Louis XV, le Jeu du Colin- 
Maillard a réalisé juste son prix de demande de 
10.000 francs. 

— Dans une vacation, également anonyme, 
qui a eu lieu le môme jour, par les soins de 
M" Baudoin et de MM. Maunheim, une tapisserie 
flamande du xviii» siècle, représentant des 
paysans dansant dans un jardin, a été adjugée 
7.360 fr. Un meuble de salon couvert en tapis- 
serie au point, en partie du xvii<: siècle, a réalisé 

b.OOO fr. 

M. N. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Éva Gonzalès. 1852-1883 (galerie Bernheim 
jeune) et Berthe Morisot, 1841-1895 (galerie 
Manzi). — Deux exquises « rétrospectives >>, qui 
nous proposent parallèlement une définition de 
la véritable peinture féminine où s'illustrèrent, 
jadis ou naguère, la Hosalba, M"" Vigée-l.e Brun, 
Marie BashkirtsefF : heureuse et discrète résur- 
rection de deux talents essentiellement féminins, 
de deux sincères admiratrices de ce Manet dont 
les grandes qualités ne nous cachent point les 
petits défauts, et que nous avons conscience 
d'aimer beaucoup mieux que les thuriféraires 
intéressés qui le desservent. 

Mortes prématurément, l'une, à la fleur de 
l'iVge, à 31 ans, l'autre, en pleine maturité char- 
mante et studieuse, à 84 ans, Éva Gonzalès et 
Berthe Morisot, qui se ressemblent par leur pen- 
chant pour l'intimité doucement lumineuse et 
familièrement élégante, n'accusent d'autres dif- 
férences que les nuances particulières de leurs 
dispositions natives : si la plus jeune a l'air d't^fre 
la plus âgée, c'est que l'élève de Chaplin, deve- 
nue la belle-sœur du peintre-graveur Henry 
(luérard, resta toujours plus appliquée, sinon 
plus timide, devant la soudaine révélation de la 
lumière et le paisible enchantement de la vie ; 
et si la Parisienne apparaît moins hardie que la 
provinciale, c'est que la brève carrière d'Eva 
Gonzalès ne lui permit pas de manifester toute 



118 



LE BULLETIN DE L'ART 



l'audacieuse ingénuité de ses dons : déjà patinée 
par les ans, la Loge avoue l'influence, encore un 
peu charbonneuse, de l'école espagnole, alors 
toute puissante sur les premières innovations 
de M. Renoir, de Whistler et de Manet ; mais la 
Jeune Femme à la fenêtre, avec sa robe mauve et 
son éventail rouge encadré par la verdure, les 
pastels, et surtout la Jeune Fille en blanc, qui 
semble immatérielle dans le frou-frou des frottis 
légers, font à la mort trop tôt venue de cruels 
reproches... 

Née à Bourges, et d'abord élève du peintre 
lyonnais Joseph Guichard, comme le futur maître 
Bracquemond, Berthe Morisot apparaît, parmi 
les plus modernes femmes peintres, la Pari- 
sienne accomplie : en vérité, la belle-sœur 
d'Edouard Manet n'est-elle pas la plus directe 
héritière de notre xvni" siècle, dont elle a retrouvé 
la fantaisie vivante dans la nouveauté du plein 
air? Et l'impressionnisme ne serait-il point, par 
excellence, « de la peinture de femme (I) », étant 
un art superficiel et prompt, qui pénètre les 
choses et les âmes sans avoir l'air d'y toucher? 
Nous avons déjà vu, déjà dit l'art singulier de 
cette peintresse à nous suggérer la perfection de 
l'ébauche, la fraîcheur de la sensation vive et du 
ton, le parfum grisant d'un intérieur virginal ou 
d'un jardinet vert, illuminé de roses thé ; mais, 
aujourd'hui, mieux qu'à la Cenlennale de 1900, 
mieux qu'au Salon d'automne de 1907 (2), nous 
dirons : c'est de la peinture, et c'est autre chose 
encore ; c'est comme un chapitre, lui-même 
rétrospectif, mais toujours étonnamment frais, 
de la modernité d'hier qui fut le décor déjà loin- 
tain de nos jeunes années. 

XVIII" Salon international du Photo- 
Club de Paris (au Cercle Volney). — Exposi- 
tions diverses. — Sans évoquer l'An 22i0 avec 
ce Sébastien Mercier qui mourut, trop oublié 
déjà, quoique journaliste, le 25 avril 1814, ce 
Salon très spécial nous semble redoutable à 
l'avenir de l'art, encore plus menacé par la 
science exacte que par la démocratie positive; 
mais aujourd'hui que la plupart des peintres ne 
sont que des photographes, pourquoi les photo- 
graphes n'oseraient-ils pas se montrer artistes? 
Et ces reports coloriés, ces photolithographies sur 
pierre, composées par M. Robert Demachy dans 



(1) V. Teodor de Wyzewa, Peintres de jadis et 
d'aujourd'hui. 

(2) Cf. le Bulletin du 11 février 1905 et du 5 octobre 
1907. 



les vieilles rues de Rouen, d'Amsterdam ou de 
Montmartre, ne sont-elles pas de vraies œuvres 
d'art? La Leçon de lecture, de M. Biendiné, ne 
surpasse pointTerburgouMetsu •,1a pâle Académie 
de M. Park-Bertram ne remplace point les 
crayons d'Ingres; mais la vue prise à Rapallo, 
par M. le comte de Montgermont, et les notes 
rapportées de voyage par M.M. Schneeberger, 
Puyo, Tucker, Bourgeois et Darnault relèvent 
évidemment de l'art du paysage. 

Sans recourir encore au cliché, les Peintres de 
Nu, groupés, cette fois, chez Hessèle, idéalisent 
moins volontiers la nature qu'ils ne la copient : 
à part une des femmes symboliques du maître 
RoU.une étude datée IS'T" par M. Helleu, les fées 
de M. Lévy-Dhurmer, ou les belles stylisations 
musculeuses du peintre-graveur Migonney, c'est 
la seule réalité que traduisent les meilleurs 
artistes, tels que MM. Jeanniot, Ernest Rouard 
et Payret-Dortail. 

Nous connaissions déjà le Suédois Hans Eke- 
gardh, qui monticellise toujours, ainsi qu'on peut 
le voir à son exposition de la galerie Montaigne; 
et, parmi tant d'exposants, n'oublions pas un 
couple vaillant de peintres-graveurs canadiens, 
M. et Mm» Frank M. Armington, qui viennent 
de réunir, dans leur atelier, boulevard du Mont- 
Parnasse, leurs inspirations voyageuses depuis 
Gonstantine et Venise jusqu'aux brumes de Lon- 
dres, en passant par le vieux Paris. 

Raymond Bouyeb. 



COURRIER DES DÉPARTEMENTS 



A Bordeaux : 
Une exposition John Lewis Bro'wn 

Une seconde rétrospective des œuvres de 
J. L. Brown vient de s'ouvrir à Bordeaux, dans 
la Galerie du Jardin public. On y peut voir ras- 
semblés, avec 64 toiles, aquarelles ou dessins 
appartenant à M. Durand-Ruel, un plus grand 
nombre de tableaux prêtés par des amateurs 
bordelais. 

On sait que J. L. Brown naquit à Bordeaux, 
d'un père écossais, et que beaucoup de ses 
œuvres n'ont jamais quitté sa ville natale. C'est 
dans la campagne girondine qu'il se familiarisa, 
tout enfant, avec le cheval de race et qu'il eut 
ses premières visions des bois et des clairières 
traversés par les chasses à courre. 



ANCIEN ET MODERNE 



119 



L'exposition d'aujourd'hui nous montre par 
quels essais successifs, après quelles hésitations 
l'artiste a mûri la manière diaphane et brillante 
qui est celle de ses meilleures toiles. Ses pre- 
mières esquisses rappellent souvent Bonnington. 
Mais un souci excessif du fini le condamne, pen- 
dant assez longtemps, à n'utiliser d'excellents 
croquis que pour des peintures médiocres. Puis ce 
sont les sujets militaires, quelques-uns traités 
dans les tons sombres et conventionnels qui res- 
taient à la mode chez les disciples de Vernet, les 
derniers s'éclairant peu à peu. Beaucoup de petits 
épisodes font songer à Meissonier, tant par la 
tendance à la miniature que par la clarté tran- 
quille et colorée des fonds. Viennent enfin les 
œuvres de la dernière période, qui nous révèlent 
dans J. L. Brown, à côté d'un animalier de pre- 
mier ordre, un paysagiste personnel et sincère. 

Le peintre avait beaucoup fréquenté les im- 
pressionnistes. Il a même fini par se croire l'un 
des leurs A vrai dire, il ne leur emprunté 
rien de leur technique particulière, mais il 
a retenu leur goût des tonalités pures, des 
harmonies claires. En quelques années, il a 
décrassé sa palette, et ses verdures ont pris une 
fraîcheur transparente. Au reste, il ne faut plus 
dire de lui que c'est un méconnu; nous lui fai- 
sons aujourd'hui la place dont il est digue parmi 
les petits maîtres du xix« siècle. Son œuvre est 
inégal, comme celui d'un artiste amateur qui 
peint de verve et répugne à se corriger. Nous 
nous serions bien passés de revoir à Bordeaux 
son regrettable Mont Saint-Michel. Telle de ses 
toiles étonne parladuretédesfonds, l'incohérence 
plate des valeurs et des couleurs, et l'on doute 
que le même artiste ait pu signer l'œuvre voisine, 
où tant de fraîcheur lumineuse baigne l'alerte 
silhouette des cavaliers. 

G. L. 

CORRESPONDANCE DE ROUMANIE 



Le Quatrième centenaire d'un livre. 
Le Musée Grigoresco à Bucarest. 

Il y a quatre cents ans, celte année, que parut, 
sur l'ordre du vénérable voévodeMatei Basarabe, 
le premier livre imprimé en roumain. On ne sait 
pas exactement de quelles presses il sortit, mais 
on l'attribue avec vraisemblance aux moines du 
monastère de Govora (Olténie), dont plusieurs 



étaient allés étudier l'art de la typographie à 
Venise. 

C'est un évangéliaire in-octavo, de très grand 
luxe, imprimé sur parchemin, qui se trouve 
aujourd'hui au Musée d'art religieux de Bucarest, 
en compagnie de deux autres volumes, un missel 
et un autre évangéliaire, à peine postérieurs 
sans doute, et imprimés avec le même soin. Les 
caractères très nets, d'une fonte élégante, sont 
de vingt points. L'impression en noir s'orne de 
frontispices et d'encadrements enluminés à la 
main, en rouge et en bleu, rehaussés d'or. La 
première page porte les armes princières du 
pays roumain, l'aigle aux ailes éployées tenant 
la croix dans son bec. 



Le nouveau ministre de l'Instruction et des 
cultes, M. J. G. Duca, a décidé de réunir les 
œuvres du premier artiste roumain^ N. J. Grigo- 
resco, en un musée spécial. Elles viennent donc 
de quitter le Palais des beaux-arts de Filaret, où 
l'humidité risquait de les détériorer à la longue, 
et elles ont trouvé un asile dans une salle de 
l'Athénée roumain, spécialement aménagée en 
vue d'un musée. Cette salle a été inaugurée offi- 
ciellement le tî) mars, et depuis, un public nom- 
breux s'y presse. Le ministre a invité les autori- 
tés, les ministères, la Chambre, divers Instituts, 
à remettre au musée les œuvres du maître qu'ils 
possèdent, et l'on espère ainsi réunir un ensem- 
ble complet qui permettra de faire connaître et 
admirer, sous tous les aspects de son talent si 
varié, le grand peintre national : ses toiles appar- 
tiennent déjà à l'histoire; demain les scènes 
qu'elles retracent auront cessé de se retrouver 
dans le pays. 

Mahckl Montanijon. 



LES REVUES 



Fra.nce 

L'Art et les artistes (décembre). — Gabriel Mou- 
iiBv. L« Chartreuse de Pavie. — Visite du monument 
somptueux et singulier ; analyse de ses principales 
richesses ; l'œuvre d'Amadeo et de Borgogoone. 

— Georges Lecomte. l'aul Renouard. — Notes sur 
cet admirable dessinateur, qui a le don de représenter 
la vie avec tant de justesse et de caractère. 

— Max GoTH. Olga de lioznanska. Les portraits de 
cette artiste slave, « d'un art si humain, si tendre et 
si compréhensif». 



120 



LE BULLETIN DE L'ART 



— Georges Vidalenc. L'Art décoratif de Burne- 
Jones. — Article particulièrement consacré à l'art du 
vitrail. 

Grande-Bretagne 

The Burlington Magazine (février). — Tancred 
BoRENiLS. Deux anges musiciens. — Peinture inédite 
appartenant à M. R. H. Benson, et qui dut originai- 
rement faire partie d'un retable. L'auteur l'attribue à 
Lorenzo Monaco. 

— D. T. B. WooD. Les Tapissei'ies du « Credo » (à 
suivre). — Premier travail d'ensemble sur ces tapis- 
series qu'on rencontre du xiv* au xvi° siècle et qui 
avaient pour sujet, selon le mot d'un de, ceux qui les 
ont étudiées, M. Barbier de Montault, «le Credo en 
action ». L'auteur décrit une de ces tapisseries autre- 
fois offerte par la reine Marie-Christine à Léon XIII et 
aujourd'hui au Vatican (milieu duiv" siècle); et une 
autre, qui est au musée de Boston (dernier quart du 
XV' siècle). 

— Lionel Cust. Notes sur des peintures des collec- 
tions royales : XXVII. La Collection du duc de Man- 
toue et Charles I". — Histoire de la vente, au roi 
Charles I", de la galerie des ducs de Mantoue, en 
1627-1628. En 1649, après la chute de la monarchie et 
la mort du roi, les collections de Charles I" furent 
vendues et une partie des plus célèbres peintures qui 
les composaient passèrent à nouveau la mer; si 
l'Angleterre en a gardé une bonne part, recouvrée 
en 1660, à la restauration de la monarchie, l'Espagne, 
l'Autriche et surtout la France ont hérité des princi- 
paux chefs-d'œuvre des anciennes collections des 
ducs de Mantoue. 

— Eric Maclaoan. Deux portraits italiens en relief 
du musée Victoria et Albert. — Un portrait du poète 
Francesco Cinthio, de profil, en marbre; dernier quart 
du IV* siècle; — un portrait de Cosme 1", de profil, 
en porphyre, par Francesco del Tadda. 

— Arthur M. IIind. Giovanni Boltista Piranesi, notes 
complémentaires et liste de ses œuvres (fin). — Article 
spécialement consacré aux Vedute di Roma; liste des 
137 planches comprenant cet ouvrage, avec leurs dates. 

— Bernard Rackiiau. Fuiences et grès anglais, au 
Burlington fine arts club. — L'ensemble actuellement 
exposé est le plus complet qu'on ait jamais réuni sur 
les anciennes périodes de l'art du potier en Angleterre. 
L'auteur examine en détail les diverses séries, dont 
il reproduit les principales pièces. 

— C. J. Holmes. L'Atelier de Verrochio. — A propos 
d'un livre récent du D' Jens Thiis, Leonardo da Vinci, 
the Florentine years of Leonardo and Verrochio. 

— Charles Oulmont. « V Académie particulière » de 
Gabriel de Saint-Aubin. — La peinture de l'ancienne 
collection Jacques Doucet (aujourd'hui, collection 
Mortimer Schiil), est rapprochée, par l'auteur, d'une 
peinture en tous points semblable, quoique de ditnen- 
sions différentes (toile; \\. 25 cent, sur L. 31 cent., 
au lieu de : bois; H. 17 cent, sur L. 27 cent.), qui 
fait partie d'une collection particulière, à Paris. 



— AymerVALLARCE. 4fo6i7zer ancien; AT. Berceaux 
et lits. 

— Lettres aux éditeurs : Egerton Beck. Le livre de 
prières d'un saint. — A propos d'un article précédem- 
ment publié par M. Bernath; lettre de M. Walter 
W. Seton, surle même sujetet réponse de M. Bernath; 

— W. H. St.John HoPE. L'usage du châtaignier 
dans les constructions du moyen âge. — A propos de 
l'article de M. Creswell sur VOrigine du double dôme 
persan. 

(Mars). — André Girodie. Notes biographiques sur 
Aimée Duvivier. — A propos d'un portrait de jeune 
homme, peut-être le marquis d'Acqueville, peint par 
Aimée Duvivier entre 1786 et 1791 (à MM. Ehrich, de 
New-York); cette œuvre remarquable suffirait à tirer 
de l'oubli cette artiste sur laquelle on savait fort peu 
de chose avant la publication du présent article et qui 
était la fille de Pierre-Charles Duvivier, directeur de 
la manufacture de la Savonnerie; elle exposa de 1786 
à 1822 et elle vivait encore en 1824. 

— D. T. B. WooD. Les Tapisseries du <• Credo» (fin). 
— Examen de deux tapisseries du même genre : l'une 
autrefois dans la cathédrale de Tolède, et dont le 
possesseur actuel est inconnu; une autre, dans la 
collection F. Schutz, à Paris ; rapprochement avec des 
œuvres analogues. 

' — R. L. HoBSON. Céramiques de l'époque des Sung 
et des Ytlan à l'exposition de Neiv-York. 

— Osvald SiaÉN. Un des derniers poètes gothiques 
di la ligne (à suivre). — A propos des fresques peintes 
sur les murs de l'église de Figline, petite ville à 
mi-chemin entre Florence et Arezzo : ce sont des 
œuvres de l'école de Lorenzo Monaco. L'auteur a 
retrouvé plusieurs œuvres du maître inconnu qui est 
l'auteur de ces fresques, dans les musées et les collec- 
tions particulières. 

— Roger Fhv. L'Art de la céramique en Angleterre. 

— Egerton Beck La Crosse dans l'art héraldique 
et dans l'ornementation. 

— Lionel Cust Un portrait intitulé « Henry, prince 
de Galles n, par Isaac Oliver. — Ce portrait, extrême- 
ment curieux, a figuré à la récente Exposition des 
Maîtres anciens, à Londres (coll. Godfrey Williams, 
de St. Donat's Castle; il est reproduit dans le numéro 
d'avril de la Revue). 11 passait pour le portrait d'Henry, 
fils atné du roi Jacques I" et de la relue Anne de 
Danemark, qui fut prince de Galles du 4 juin 1610 au 
6 novembre 1612: l'auteur y voit, au contraire, un 
portrait du prince Charles, le jeune frère du précé- 
dent, prince de Galles le 3 novembre 1616; il l'attribue 
non à Isaac Oliver, mais à Paul van Somer, et le 
date de 1616. 



Le Gérant : H. Ûims. 



Parii. — Imp. Georges Petit, 12, rue (iodot-dc-Uauroi. 



Numéro 621. 



Samedi 18 Avril 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 



ANCIEN ET MODERNE 



La Photographie 
dans les Musées nationaux (0 



Il nous est arrivé déjà, au cours de ces articles, 
de citer l'exemple de l'Italie, quand nous avons 
voulu établir une comparaison entre le prix des 
reproductions, relativement coûteuses, vendues 
par la maison qui possède le privilège de photo- 
graphier dans nos Musées nationaux, et le bon 
marché des épreuves publiées par certains édi- 
teurs photographiques de la péninsule, la maison 
Aliuari entre autres. 

Ayant ensuite montré tout ce qu'a de suranné 
notre régime actuel, et combien il est indigne 
d'une démocratie qui se pique à ce point de libé- 
ralisme qu'elle n'a jamais voulu établir le tour- 
niquet payant à la porte de ses Musées, on a 
envisagé la possibilité de doubler l'atelier de 
chalcographie, présentement réservé à la gra- 
vure, d'un laboratoire de photographie, oîi se- 
raient exploités les sept mille clichés apparte- 
nant à l'État. 

En recherchant ce qui se fait hors de France, 
nous voici ramenés aujourd'hui à citer encore 
une fois l'Italie, non plus pour vanter les mérites 
de ses entreprises particulières, mais pour expo- 
ser les intelligentes dispositions prises par la 
Direction générale des antiquités et des beaux- 
arts en ce qui concerne la photographie des 
œuvres d'art. 

On connaît l'heureuse organisation de cette 
administration, et notre collaborateur, M. Louis 
Gielly, quand il en a démontré ici même les 
rouages et expliqué le fonctionnement, n'a pas 
manqué d'insister très justement sur la science, 
la méthode et l'activité des fonctionnaires qui 
ont la surveillance et la garde des innombrables 
chefs-d'œuvre de toutes sortes conservés dans la 
péninsule. La question de la photographie docu- 

1. Sixième article. Voiries n" 611 à 614 et 617 du 
Bulletin. 



mentaire ne pouvait les laisser indifférents, et 
voici, traduite m extenso, la note que publiait 
tout récemment à ce sujet le Bollettino d'Arte, 
organe officiel du ministère de l'Instruction 
publique : 

C'est une chose aujourd'hui connue de tous les tra- 
vailleurs que le ministère de l'Instruction publique 
possède un cabinet photographique, qui s'est spécia- 
lisé dans la reproduction des monuments et des 
œuvres d'art. Outre qu'il a été largement pourvu de 
tous les plus récents perfectionnements techniques et 
qu'il a des opérateurs d'une habileté éprouvée, cet 
organe de l'administration ofl're ceci de vraiment 
précieux que ses photographies peuvent être exécu- 
tées pour une un purement scientifique, et non dans 
un but commercial. 

Toutes les grandes maisons d'édition de photogra- 
phies artistiques, en effet, ne peuvent tenir compte 
des désirs de cette partie restreinte du public que 
constituent les spécialistes, du besoin d'un seul cher- 
cheur peut-être; elles doivent se limiter aux repro- 
ductions qui trouvent le meilleur accueil auprès de 
la foule des amateurs. 

Le cabinet photographique du ministère de l'Ins- 
truction publique, nu contraire, sans faire fi des 
préférences de la généralité des acheteurs, s'est pro- 
posé, plus spécialement, de satisfaire les exigences 
des travailleurs. C'est pourquoi, de chaque monu- 
ment, de chaque tableau, de chaque sculpture, il a 
reproduit les particularités les plus minutieuses, pre- 
nant pour direction de son activité, les considéra- 
tions non seulement esthétiques, mais aussi histo- 
riques, et recherchant les œuvres ignorées et perdues 
dans les petits pays et dans les églises lointaines de 
la montagne. 

Pour mettre plus facilement à la portée du public 
ce matériel énorme et précieux, la maison Calzone 
(6, via del Collegio romano, à Home) a assumé la 
revente des photographies exécutées par le cabinet 
photographique du ministère, sans augmentation de 
prix et en conformité avec les tarifs les plus réduits, 
approuvés par la Direction générale des antiquités et 
des beaux-arts. 

La maison Calzone mettra incessamment sous 
presse le catalogue illustré de ces photographies, 
qu'elle promet de tenir à jour par de.s suppléments 
périodiques. 



122 



LE BULLETIN DE L'ART 



On le voit, le système italien est une sorte de 
compromis entre - ia Chalcographie moderne », 
dont nous parlions, il y a quelques semaines, et 
l'exploitation par une maison privilégiée : la 
Direction des beaux-arts possède son cabinet 
photographique, « organe de l'administration » ; 
les clichés sont établis par ses soins et sous sa 
surveillance; la maison commerciale d'édition 
n'intervient qu'à titre d'intermédiaire pour la 
vente des épreuves, et cela aux conditions les 
plus minimes. Cet arrangement est assez ana- 
logue aux conditions dans lesquelles se fait la 
vente des photographies de notre service des 
Monuments historiques, et comme, précisément, 
ce service vient de publier son nouveau cata- 
logue, travail considérable dû à M.Jules Roussel, 
nous aurons l'occasion d'insister sur ce rappro- 
chement, dans un prochain article. 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 11 avril). 
— Dans la courte séance qu'elle a tenue la veille de 
Pâques, l'Académie des beaux-arts a classé, après 
concours, comme logistes pour le grand prix de 
Home de. peinture : 

MM. BoulTanais (élève de MM. Cormon et J.-P. 
Laurens) ; Despujols (Gabriel Ferrier) ; Domergue 
(F. Humbert et François Flameng) ; Hillemacher 
(Baschel et Schommer) ; Giraud (G. Ferrier) ; Font 
(Cormon) ; Geny (F. Flameng, R Collin et Déche- 
naud); Berthon (Flameng, Baschet, Royer et Déche- 
naud) ; Pongheon (J.-P. Laurens et Albcrt-P. Lau- 
rens) ; Barthélémy (Cormon). 

L'entrée en loges a eu lieu le mercredi IS avril. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 8 avril). — Le 11. P. Schell lit, au nom de 
AI. Montet, une note donnant le résultat des fouilles 
dirigées par lui, en Egypte, à Abou-Roach, localité 
qui se trouve à cinq kilomètres des pyramides deGiseh. 
Ces travaux ont mis au jour deux mastabas et onze 
tombeaux de style archaïque Ces sépultures, déjà 
fouillées et pillées pour la plupart, sont dans un 
grand état de délabrement. Ce qui subsiste de leur 
mobilier offre cependant le plus grand intérêt. Outre 
(le nombreuses poteries, on y a retrouvé des frag- 
ments de vases en albâtre et en pierre calcaire, des 
outils en silex, des couteaux de bronze et, même, 
une perle d'or. Sur des opercules de vases, subsistent 
les sceaux que des fonctionnaires royaux y avaient 
apposés en y imprimant leurs cylindres. Ces fonc- 
tionnaires se trouvaient au service du roi Den que 
l'on peut identifier, semble-t-il, avec l'Ousaphais de 



la tradition grecque, c'est-à-dire avec le quatrième 
successeur de Menés lui-même. La nécropole d'Abon- 
Roach remonterait ainsi aux débuts de la première 
dynastie historique de l'Egypte. 

— M. Monceaux décrit la mosaïque tombale, ré- 
cemment découverte, d'un évêque de Tipasa ; il 
cherche à préciser la date de ce monument. 

Société nationale des antiquaires de France 
(séance du 8 avril). — M. L. Bonnard fait une com- 
munication sur la source de Saulx (près de Decize, 
Nièvre), et de son captage à l'époque romaine. 

— M. Buttin étudie une serrure en fer forgé de la 
seconde moitié du iv siècle, qui porte un écu parti 
de France et de Dauphiné. Elle fait partie de la col- 
lection de M. Pauilhac. 

— M. de Mély rapproche une miniature représen- 
tant saint François de Paule {collection de M. Ro- 
neau) d'une gravure de Michel Lasne qui reproduit 
une peinture disparue de Bourdichon. 

Au Musée Carnavalet. — On nous prie d'annon- 
cer que le .Musée Carnavalet, en raison d'importants 
travaux intérieurs nécessités par la construction de 
galeries nouvelles, se trouve fermé pour quelque 
temps au public, depuis le début de la semaine der- 
nière. 

A Bagatelle. — La Société des Artistes de Neuilly, 
dont le président est notre confrère Maurice Guille- 
mot, a obtenu les Palais de Bagatelle pour sa 10' expo- 
sition annuelle qui aura lieu du 13 avril au 15 juin. 
Aux envois de la très nombreuse colonie artistique 
de Neuilly, s'ajoutent des rétrospectives importantes 
d'Edouard Détaille et du sculpteur Pierre Granet. 

Le prochain Congrès archéologique de 
France. — Le prochain Congrès organisé par la 
vieille Société française d'archéologie doit se tenir 
cette année dans le Finistère et le Morbihan, du 16 
au 24 juin. 

Le Congrès s'ouvrira à Brest, d'où il gagnera Mor- 
laix, visitant toutes les merveilles d'archéologie de 
cette partie de la Bretagne : calvaires, églises, châ- 
teaux, Saint-Pol-de-Léon, Le FolgoOt, Plougastel, 
Landerneau, Lampaul, Saiut-Thégonnec, etc. Vannes 
est le deuxième centre des réunions du Congrès ; et, 
de Vannes, les congressistes iront visiter et étudier 
Carnac, Ploermel. Josselin, Guéméné-sur-Scortf, Rer- 
nascleden, Saint-Fiacre-du-Faouët, etc. 

Le 23 juin aura lieu la séance de clôture, salle du 
Château-Gaillard ; puis, le lendemain, les membres 
du Congrès s'embarqueront pour se rendre, à travers 
la baie du .Morbihan, à Port-.Navalo, Saint-Gildas-de- 
Rhuys et enfin aux ruines célèbres du château de 
Sucinio, ancienne résidence d'été des ducs de Bre- 
tagne, et qui aujourd'hui appartient à ia famille de 
Francheville. 

A Charleville. — Une société locale, l'Union 
artistique des Ardennes, annonce pour le 38 juin 1914 



ANCIEN ET MODERNE 



I2S 



l'ouverture de sa treizième « Exposition des beaux- 
arts 1). 

L'Exposition comprendra les genres suivants : 
peinture, pastel, aquarelle, dessins, cartons, gravu- 
res, architecture, sculpture, etc.. Les photographies 
ayant un caractère artistique pourront être également 
ailmises. Les œuvres envoyées à l'Exposition devront 
parvenir avant le 20 juin à Charleville. L'Exposition 
durera jusqu'au 28 juillet. 

A Lyon. ^— On annonce qu'à l'Exposition inter- 
nationale de Lyon, qui sçra ouverte cet été, une place 
toute particulière sera réservée aux étoiles lyonnaises 
contemporaines des règnes de Louis XIV, de Napo- 
léon et de Louis X\1II, et que possède le Garde- 
Meuble. 

Grâce aux patients elTorts et aux découvertes heu- 
reuses faites dans les réserves du Garde-.Meuble par 
M. Dumonthier, administrateur du Mobilier national, 
^ cette Exposition revêtira un caractère unique et 
pourra oUrir aux visiteurs des reconstitutions com- 
plètement inédites En 1907, M. Dumonthier décou- 
vrait, dans un état de fraîcheur absolue, toutes les 
étoiles que commanda Napoléon I" à la fabrique 
lyonnaise, entre tStI et 1813, et que les événements 
politiques et militaires ne permirent pas d'utiliser; 
elles figureront dans la Galerie de cent mètres de 
rEx()(isition de Lyon. 

En même temps que les étotîes du temps de 
Louis XIV que M. Dumonthier envoie à Lyon, seront 
exposées les plus belles tapisseries des Gobelins tis- 
sées sur les cartons de Le Brun, de Mignard et de 
Goypel. 

En Suisse. — Le Journal des Débats a publié la 
note suivante, qui lui a été adressée par son corres- 
pondant de Suisse, touchant la protection des objets 
d'art religieux en ce pays : 

" Mgi' Bovet, évêque de Lausanne et Genève, vient, 
par une ordonnance épiscopale, d'appeler l'attention 
de son clergé sur les manquements qu'il a constatés 
aux rèfcles du droit, tant ecclésiastique que civil, en 
matière d'aliénation de biens d'église. De graves abus 
se produisent notamment en ce qui concerne les 
richesses artistiques placées sous la garde du clergé; 
ils imposent au prélat « de prendre des mesures 
" précises et efficaces pour les combattre ». 

» Mgr Bovet informe donc ses prêtres qu'il a décidé 
de faire dresser un inventaire de tous les objets 
appartenant aux églises, chapelles et sacristies, pré- 
cieux par leur matière ou par leur valeur artistique, 
archéologique ou historique, soit dans nos paroisses, 
soit dans les couvents soumis à notre juridiction Un 
catalogue photographique de ces objets sera établi par 
les Soins d'un prêtre qualifié et compétent que nous 
désignerons et à qui nous donnerons, en exécution 
de la présente ordonnance, la faculté d'entrer dans 
la clôture des couvents, si cela est nécessaire pour 
l'accomplissement de sa tâche». 

« L'évêque ne doute pas d'être obéi, mais, dans le 



cas contraire, il « prendrait effectivement des mesures 
sévères». C'est l'évêché qui supportera les frais de 
l'mventaire. Dès que celui-ci sera établi, Mg"- Bovet 
nommera » une commission compétente qui sera 
chargée d'estimer les objets inventoriés, de les classer 
méthodiquement et de préaviser sur les demandes 
éventuelles d'aliénation u Le catalogue des objets d'art 
religieux sera tiré à trois exemplaires, l'un pour 
l'évêché, le second pour la paroisse ou le couvent 
inventorié, le troisième pour être mis à la disposition 
du délégué épiscopal. 

L'Etat de Fribourg, de son côté, a, par une loi du 
22 novembre 19H, subordonné à l'autorisation du 
Conseil d'Etat toute aliénation d'objets « offrant un 
intérêt artistique, historique ou scientifique». Confor- 
mément à une entente intervenue sur ce point entre 
les autorités civile et ecclésiastique, Mg"' Bovet prescrit 
que loute demande d'autorisation en vue d'aliéner 
des objets d'art religieux sera adressée à l'autorilé 
diocésaine qui, après avoir entendu la commission, 
traitera avec l'autorilé civile». Enfin, l'évêque rap- 
pelle qu' « indépendamment des lois canoniques, la 
loi civile fournit le moyen d'assurer efficacement 
l'observation des défenses portées par l'Église... 
Toutes les fois que notre commission sera avertie d'une 
vente illicite, elle ne manquera pas, au besoin, de 
demander l'application de la loi civile ». 

A Florence. — On vient d'exposer dans la salle 
des Auloritralli du Musée des Offices, le portrait 
d'Eugène Delacroix, par lui-même, exécuté vers 18o0 
et légué à la galerie florentine par M. P.-A Chéramy. 
Selon la volonté du testateur, le portrait a été placé 
à côté du portrait d'Ingres. — L. G. 

A Olympie. — Une commission grecque vient 
d'être envoyée à Olympie pour examiner les remèdes 
à apporter d'urgence à l'état du Musée Syngros, qui 
abrite les chefs-d'œuvre découverts pendant les 
fouilles, en particulier les sculptures du temple de 
Zeus, la Niké de Paeonios de Mendé, et l'Ilerinès 
portant Dionysos enfant, attribué à Praxitèle. Selon 
le rapport officiel, les murs de la salle centrale {Niké 
de Paeonios, et sculptures du temple de Zeus) sont 
intacts. La toiture est en bon état. Mais les ailes est, 
ouest et nord (au milieu de cette dernière se trouve 
la salle réservée à l'Hermès praxitélien) montrent de 
profondes dégradations. Les murs extérieurs sont 
largement crevassés, des brèches se sont ouvertes à 
cause de l'insufllsance des fondations, ou de tasse- 
ments du sol occasionnés par des secousses sis- 
miques. Des vices originels de construction ont amené 
le fléchissement des toits sur les ailes est et ouest, où 
les poutres sont pourries par rinfiltra(i«n des eaux. 
La situation de l'Hermès est partiiuilièreiueut cri- 
tique ; chaque secousse sismique ébranle les barres, 
de fer qui le soutiennent, et le premier séisme peut 
amener une catastrophe, le Musée ayant été liàli sur 
un terrain particulièrement sensible aux trtriihle 
ments de terre. Plus loin, dans la fouille même, 



424 



LE BULLETIN DE L'ART 



l'Alphéos et le Cladeos, qui arrosent l'Altio, ont re- 
commencé leur œuvre destructrice. Le Cladeos a der- 
nièrement emporté une partie du Gymnase. L'Alphéos, 
qui s'est creusé à nouveau un lit, menace le Stade et 
peut-être l'Altio. En attendant la construction, dési- 
rable, d'un nouveau musée, la commission a proposé 
pour l'Hermès l'érection d'un abri spécial, à l'est du 
musée, selon les règles adoptées pour les construc- 
tions antisismiques. Un crédit de 40.000 drachmes a 
été demandé. — Ch. P. 

Les Amis de StambouL — Sous la présidence 
de M"' Bompard, ambassadrice de France à Constan- 
tinuple, et avec le concours de MM. Gustave Schlum- 
berger, Ch. Diehl, Omont, membres de l'Institut, et 
de M. Saladin, architecte diplômé du gouvernement, 
il vient de se fonder à Paris, une section de la Société 
des Amis de Stamboul. Le but de cette section est de 
soutenir la Société, qui a son siège à Constantinople, 
en faisant appel à la collaboration de tous les amis 
de l'Orient : 

Il Constantinople est à la veille de se transformer, 
écrivait M. Charles Diehl, à propos de la fondation 
de la Société De grands travaux sont projetés qui, 
à travers le vieux Stamboul, ouvriront de larges 
percées nouvelles... 11 faudra, en mille endroits, 
éventrer le sol de l'antique capitale et sans mécon- 
naître l'utilité, la nécessité de telles entreprises, nous 
savons de reste ce qu'en mainte ville elles ont coûté 
à l'art et laissé derrière elle de ruines et de regrets. 
11 importe qu'à Constantinople, il en aille un peu 
différemment. 11 faut qu'au cours de ces travaux où 
tant de monuments du passé risquent de disparaître 
— et quelques-uns ont déjà disparu — une main 
attentive et pieuse s'applique à sauver, à préserver 
tout ce qui peut l'être et qui mérite de l'être... C'est 
cette main attentive, cet œil toujours en éveil, que 
la Société des Amis de Stamboul nous apporte... » 

Ce programme a été rempli. Déjà, sur les instances 



de la Société, la mosquée d'Ibrahim Pacha, les tom- 
beaux de la Suleimanieb et de la Chehzadé ont été 
réparés; de grandes affiches qui déshonoraient la 
Pointe du Sérail ont disparu; des conférences ont été 
faites et des études publiées sur des monuments de 
Constantinople; un crédit à été voté pour opérer des 
fouilles sur l'emplacement de la maison dite de Jus- 
tinien, où l'on a découvert d'intéressants fragments 
d'architecture, des mosaïques et des bas-reliefs. 

En présence des résultats obtenus avec des res- 
sources encore insuffisantes, tous les amis de l'art du 
passé voudront donner leur adhésion à la section 
française de la Société, afin de contribuer pour leur 
part, à la sauvegarde de Constantinople. 

Les membres titulaires paient une cotisation 
annuelle de 1 livre turque (23 francs). 

Prière d'envoyer les adhésions à M. II. de Pontaud, 
secrétaire général, 20, rue Dufrénoy, Paris, ou au 
Musée des arts décoratifs, pavillon de Marsan, au 
Louvre. 

Nécrologie. — M. Luiqi Chialivo, artiste peintre, 
chevalier de la Légion d'honneur, est mort samedi 
dernier, 11 avril, à l'âge de soixante-douze ans. Il 
était le père de l'architecte diplômé du gouverne- 
ment. 11 exposait à la Société Nationale, où on verra 
de lui, cette année, quatre toiles ayant pour titres : 
Cour commune dans le Dauphiné, Vacfie normatide, 
Itoute près d'Uriage, Hennequeville. H était membre 
sociétaire de la Nationale depuis 1912, année où il 
avait exposé trois toiles : Printemps, Sortie des 
troupeaux et Retour au bercail. 

— On annonce la mort de M. Joseph Gardet. 
sculpteur, décédé à Paris, à l'âge de quatre-vingt- 
cinq ans. 11 était le père de M. Georges Gardet, le 
sculpteur animalier. 

— On annonce la mort d'un des doyens de la 
Curiosité à Paris, M. Gilbert Romeuf, décédé à l'âge 
de soixante-quinze ans. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — 'Vente Jules Couderc {objets 
d'art, etc.). — Faite salle 1, les 6 et 7 avril, par 
M" Lair-Dubreuii et Baudoin et MM. Pauime et 
Lasquin, cette première vente, portant le nom 
de l'antiquaire parisien, a produit 96.000 francs. 

Peu d'enchères dignes de remarque. Citons : 

163. Dentelle. Aube en ancien point de France 
Louis XI Y, décor de grands ramages, fruits, coquilles, 



9.000 fr. (dcm. 12.000). — 185. Tapisserie des Flan- 
dres, XVI' s. : Fête dans le parc d'un château, nom- 
breux personnages, bordure, 9.100 fr. (dem. 12.000). 
— 186. Tapisserie des Flandres, ivi- s. : Fête de vil- 
lage, petits personnages, bordure. 9.100 fr. (dem. 
12.000). — 192 193. Deux tapisseries-verdures des 
Flandres, xvii* s., 5.400 fr. (dem. 10.000). 

■Vente de tableaux. — - Parmi les résultats 
d'une vacation anonyme, dirigée salle 6, le Savril, 
par M» Ballu et .M. Marboulin, nous ne trouvons 
qu'un seul prix à signaler, celui de 5.000 francs 



ANCIEN ET MODERNE 



t25 



obtenu par un Portrait de l'impératrice Catherine 
de Russie, par Roslin. 

Ventes annoncées. — A Paris. - Collec- 
tion Paul Delaroff (1" vente : tableaux 
anciens). — Les 23 et 24 avril, M=sLair-Dubreuil 
et Doublot, assistés de M. G. Sortais, dirigeront, 
à la galerie Georges Petit, la première vente de 
la Collection Paul Delaroff. Dans )a préface qu'il 
a écrite pour le catalogue illustré, M. Roger- 
Miles rappelle, en même temps que le souvenir 
de l'amateur russe, le caractère de sa collection, 
d'une abondance de numéros incroyable — plus 
d'un millier — et sa prédilection pour les maîtres 
des écoles du Nord, les portraitistes surtout. 

Dans cette première vente Delaroff, qui ne 
comprend que des tableaux anciens, nous 
notons tout d'abord, du côté de l'école alle- 
mande : la Vierge allaitant l'Enfant Jésus et la 
Justice, par L. Cranach ; le Portrait de l'artiste, 
par J. Kupetski ; puis, parmi les flamands : te 
Diable semant l'ivraie, par P. Baitens; Haisin et 
cafetière, par J -P. Gillemans ; Diane et ses Nym- 
phes, par J. Jordaens; les Trois dges, par J. Sus- 
termans; Réunion dans un cafcacet, par D. Téniers. 

Passant à l'école française, nous remarquons : 
la Bacchante couchée, par Berthélemy ; Achille 
blessé, par F. Doucher ; l'Heureuse famille, par 
L.-L. Boilly ; le Pas d'Arlequin et le Festin de 
Scaramouche, par Debucourt ; Portraits d'enfants 
royaux, par Drouais ; Paysage italien, par Frago- 
nard; Offrande à Vénus, par Le Barbier ; Hercule 
aux pieds d'Omphale et Pygmation et Galatée, par 
Le Prince ; Chinois tenant une flèche, par Nattier; 
la Passerelle au-dessus de la cascade et Dans le parc 
après l'ouragan, par H. Robert. 

Nous arrivons ainsi à l'école hollandaise, qui 
comprend à elle seule à peu près la moitié des 
numéros de la présente vente ; parmi ceux-ci il 
faut citer : Jésus et la femme adultère, par P. Aert- 
sens ; la Femme aux perroquets, par G. Bisshop; 
un Portrait de famille à expression allégorique, 
par F. Bol ; des Poissons, par Dirven ; la Passe- 
relle, par Van Goyen ; le Verre de Bohême, par 
P. Claesz ; Suzanne entre les deux vieillards, par 
P. Lastmann ; le Portrait de la princesse Hedwige de 
Brunswick avec ses trois enfants, par P. Moreelse ; 
l'Enfant Jésus parmi les Docteurs et le Portrait 
d'une femme âgée, attribués à Rembrandt ; une 
Joyeuse compagnie, l'Idylle interrompue et une 
Rixe de paysans, par J. Steen ; un Portrait de 
vieillard, par P. Quast, et le Jeune Garçon au 
pichet de grès, par G. Ter Borch. 



Moins abondamment représentées, les écoles 
italiennes n'en contiennent pas moins quelques 
morceaux à signaler : une Tête de Christ à la 
couronne d'épines, attribuée à Antonello de Mes- 
sine ; le Martyre de saint Laurent, par P. Véro- 
nèse ; un Ecce Homo, par Marco Basaili, et le Christ 
mort assis au bord du tombeau, par Cima da Cone- 
gliano ; un Palais en ruines et un Pont sur un 
canal à Venise, par Guardi ; Jésus bénissant et 
la Vierge et l'Enfant Jésus, par B. Montagna ; Saint 
Nicolas de Myre et Saint Augustin de Gazothis, par 
Bonvicini ; la Vierge portant le Christ mort, par 
G. Tura ; la Vierge et l'Enfant Jésus, par A. Viva- 
rini ; enfin'. feus descendu de la croix, page ano- 
nyme de l'école italienne du xvi= siècle. 

Collection Paul Delaroff (2« vente. Ta- 
bleaux anciens, objets d'art).— Cette deuxième 
vente d'objets provenant de la collection de 
l'amateur de Saint-Pétersbourg aura lieu salle 6, 
du 27 au 30 avril et le 2 mai, par le ministère 
des mêmes commissaires-priseurs et experts, et 
de MM. Duchesne et Duplan. 

Parmi les tableaux anciens, il nous faut signa- 
ler : la Partie de cartes, par N. Belau ; une Halte 
d'un cavalier et un Paysage, par A. Guyp ; les 
Ruines du monastère, par G. Dekker ; le Buveur, 
par G. Rrekelenkara ; le Visiteur entreprenant, 
par J. Steen ; un Village sous la neige, de l'école 
hollandaise du xvii* siècle ; l'Homme au pourpoint 
héliotrope, par A. Allori ; Madeleine en contempla- 
tion devant le Crucifié, par Procaccini ; la Vierge 
et l'Enfant Jésus, par Murillo ; le Vase et la Pyra- 
mide, par Pannini ; parmi les dessins et aqua- 
relles, on remarquera deux feuilles par Gavarni : 
un Boueux et Nécessité n'a pas de loi, et V Intérieur 
d'une église, par Ziem. 

Cette seconde vente comprend quelques sculp- 
tures, notamment un Bacchus en terre cuite, par 
Clodion, et quelques anciens bronzes italiens. 

Collection Willems (tableaux modernes). 
— La vente de la Collection Willems, de Bruxelles, 
qui devait avoir lieu, à la galerie Georges Petit, 
le 27 avril, par le ministère de M" LairDubreuil 
et Baudoin et de MM. Georges Petit et Ferai, est 
remise à une date ultérieure 

Collection Hodgkins (dessins anciens). — 
Le 30 avril, à la galerie Georges Petit, M" Lair- 
Dubreuil et Baudoin, assistés de MM. J. Ferai et 
Paulme et Lasquin, procéderont à la vente des 
dessins, aquarelles et gouaches composant la 
Collection particulière de M. E. M. Hodgkins, 
l'antiquaire londonien bien connu. Les feuilles 



J26 



LE BULLETIN DE L'ART 



signées des noms les plus recherchés du xviii* siècle 
français dominent dans cette vente sur laquelle 
nous reviendrons d'ici peu avec plus de détails, 
quand le catalogue illustré en aura été distribué- 

A Berlin. — Collection O. von Kanneke 
(tableaux modernes). — Le 21 avril, chez U. 
Lepke, aura lieu la vente de la Collection du 
peintre 0. von Kanneke, de Berlin. Presque exclu- 
sivement composée d'ouvrages de Técole alle- 
mande du XIX" siècle, les tendances les plus 
opposées en art se rencontrent dans cette galerie 
de peintures modernes : J. Sperl auprès de E. von 
(■ebhardt, Andréas et Oswald Achenbach auprès 
de H. Thoma et de Fr. von Stuck, Lenbach auprès 
de Hodier. Même éclectisme parmi les quelque^ 
noms étrangers à l'Allemagne qui se rencontrent 
dans le catalogue : Pradilla-Ortiz entre Daumier 
et Monticelli, par exemple. 

M. N. 

La Loi portant création d'une 
Caisse des monuments historiques 



Voici le texte de la loi portant création d'une 
Caisse des monuments historiques et préhisto- 
riques; cette loi, adoptée par la Chambre des 
Députés, sur le rapport de M. Théodore Reinach, 
votée ensuite avec quelques modifications par le 
Sénat, est revenue le 2 avril devant la Chambre 
qui l'a votée sans discussion : 

Art. 1". — Il est créé, sous le titre de Caisse natio- 
nale des nionuuients historiques, un établissement 
public doté de l'autonomie financière, ayant pour 
objet exclusif de recueillir et de gérer des fonds 
destinés : 

1* A être mis à la disposition du ministre de l'Ins- 
truction publique et des Beaux-Arts en vue de la 
conservation et de l'acquisition des immeubles et 
meubles classés; 

2° A subvenir aux frais inhérents à la gestion de la 
caisse. 

Art. 2. — La Caisse est administrée par un conseil 
composé ainsi qu'il suit : 

Un sénateur élu par le Sénat. 

Un député élu par la Chambre de» députés. 

Un conseiller d'État élu par le Conseil d'État. 

Un conseiller maître à la cour des comptes élu par 
celle-ci. 

Un membre de l'Académie des beaux-arts et un 
membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 
élus par leurs Académies respectives. 

Deux membres pris parmi les personnes qae dési- 



gnent leurs travaux et leurs connaissances spécinles 
en histoire de l'art, archéologie ou préhistoire. 
■ Un représentant du ministre de l'Intérieur. 

Deux représentants du ministre des Finances, dont 
un spécialement pour les domaines. 

Deux représentants du ministre de l'Instruction 
publique et des Beaux-Arts. 

Les membres qui ne sont pas choisis à l'élection 
sont nommés par un décret du Président de la Répu- 
blique, rendu sur la proposition du ministre de l'Ins- 
truction publique et des Ueaux-Arls. Ce même décret 
désigne le président et les vice-présidents du conseil. 
Le chef du bureau des Monuments historiques remplit 
les fonclinns de secrétaire. 

La durée des fonctions des membres du conseil est 
de quatre ans; elles sont renouvelables. 

Aht. 3. — Les ressources de la Caisse comprennent : 

!• Les subventions, avec aQectation spéciale, de 
l'État, des départements, des communes et des éta- 
blissements publics; 

2° Une allocation fixée annuellement sur la propo- 
sition du ministre de l'Instruction publique et des 
Beaux-Arts par lacomniision chargée de répartir entre 
les œuvres d'intérêt public le produit du prélèvement 
opéré sur les jeux de hasard, sans que cette allocation 
puisse être inférieure à 300.000 fr. ; 

3° Les dons et legs: 

4° Les versements faits à titre de souscriptions 
individuelles ou collectives; si ces souscriptions 
comportent une affectation spéciale, l'objet de l'affec- 
tation devra être approuvé par le ministre de l'Ins- 
truction publique et des Beaux-Arts ; 

5° L'intérêt des capitaux ou autres fonds qui devront 
être placés en rentes sur l'État ou valeurs garanties 
par l'État, ou être versés en compte courant au Trésor; 

6' Toutes autres ressources qui pourront lui être 
affectées par la loi. 

La Caisse pourra constituer un fonds de réserve 
dont le conseil fixera lui-même le montant et les 
conditions exceptionnelles d'emploi. 

Art. 4. — Avant l'expiration du premier trimestre 
de chaque annnée, le président du conseil de la Caisse 
adresse au Président de la République un rapport ren- 
dant compte des opérations de l.a Caisse pendant l'année 
précédente. Ce rapport est inséré au Journal officiel. 

A HT. 5. — Un règlement d'administration déter- 
minera les conditions d'application de la présente loi.- 

VARIÉTÉS 



Chateaubriand 
précurseur de M. Maurice Barrés (1). 

On doit commencer la démolition de Saint- 
Gerraain-l'Auxerrois le 14 juillet. iNous sommes 

{l)Voir,dans le lluUetin du njanvier 1914, pp. 22-24, • 
Chateaubriand continuateur de Le Sôtre. 



ANCIEN ET MODERNE 



127 



en 1831, l'année où Victor Hugo vient de publier 
Kotre-Dame-de-Paris {{), où Delacroix expose la 
Liberté sur les barricades : deux ouvrages singu- 
lièrement expressifs, qui résument assez bien 
« TelTroyable bigarrure » de l'âge romantique... 
Et la condamnation d'une église déjà dévastée 
pendant « les trois Glorieuses » émeut, dans son 
nouvel exil, celui qui, vingt-neuf années aupa- 
ravant, avait si brillamment plaidé pour le 
« génie » renaissant du christianisme... 

Aussitôt, de Genève, le H juillet, «une heure 
avant le départ du courrier », M. de Chateau- 
briand « griffonne ab irato », dans sa chambre 
d'hôtel, une lettre véhémente à M™« **', sans 
doute à celle qu'il ira voir tous les jours, pendant 
les quinze dernières années de sa vie, àl'Abbaye- 
au-Bois (2) : « A qui conterais-je mes peines et 
mes idées, si ce n'est à vous? », écrit le vieux 
chevalier romanesque à la Dame de ses pensées. 
En 1831, M. de Chateaubriand a soixante-trois 
ans. On l'imagine à peu près tel qu'il apparaît de 
profil, au premier plan du célèbre tableau de 
portraits groupés par Heim |3); mais l'âge qui 
vient n'a pas refroidi son pieux patriotisme et 
ses saintes colères : à l'annonce d'un nouveau 
méfait commis par la royauté bourgeoise de 
« Philippe », le noble exilé s'enflamme ; et sa 
lettre est comme un chapitre anticipé de la 
Grande Pitié des Églises de France (4). 

Donc, on veut abattre une vieille basilique le 
jour anniversaire de la prise de la Bastille... 
Noble manière, eu vérité, « d'inaugurer la mo- 
narchie élective », et cela de sang-froid, sans 
l'excuse du vandalisme révolutionnaire exaspéré 
par la « fièvre » ! Le grand devancier de M. Mau- 
rice Barrés s'élève plus généralement contre 
cette « slupide manie » de quelques-uns de nos 
gouvernants, depuis quarante ans (5), « décompter 
pour rien les idées religieuses et de les croire 
éteintes partout comme elles le sont dans leur 
étroit cerveau »... 



(1) La préface de la 1" édition est datée par l'au- 
teur de mars 18SI. 

(2^ De 1833 à 1848, le vieux M. de Chateaubriand 
rendra chaque jour une visite à la vieille M"* Réca- 
mier presque aveugle. 

(3) Une lecture d'Andrieux à la Comédie française 
(Salon de 1847} ; aujourd'hui visible au Musée de 
Versailles. 

(4) Titre des admirables articles de M. Maurice 
Barrés, parus dans la lievue des Deux-Mondes (1913- 
1914), analysés dans le Bulletin et réunis en volume 
en février dernier (Paris, Émile-Paul frères). 

(5) C'est-à-dire de 1789 à 1831. 



Suit une vraie page d'histoire, où le poète de la 
politique analyse à grands traits dédaigneux les 
maladroites flatteries du nouveau régime : on y 
reconnaît « le courtisan du malheur ", qui parle 
au nom de toutes ses craintes pour l'avenir et de 
tous ses regrets du passé; le catholique libéral, 
que « la sainte canaille » de 1830 a porté soudain 
en triomphe à son retour de Dieppe, pour avoir 
osé défendre contre les ultras la liberté de la 
presse, mais aussi le pair de France, qui s'est ruiné 
courageusement en donnant sa démission dans 
la séance solennelle du 7 août, après avoir lu sa 
protestation contre « l'usurpateur»... Le polilique 
parle avant l'artiste et conclut : « Nos démolitions 
religieuses sont à la fois une ignorance historique 
et un contre-sens politique ». 

Mais voici l'artiste, et la plume qui rédigea de 
verve le Génie du Christianisme ajoute avec une 
ironie grandiose : « Que sont donc devenus vos 
romantiques? On porte le marteau dans une 
église, et ils se taisent... mes fils ! Combien 
vous êtes dégénérés ! Faut-il que votre grand- 
père élève seul sa voix cassée en faveur de vos 
temples? Vous ferez une ode, mais durera-t-elle 
autant qu'une ogive de Saint Germain-l'Auxer- 
rois? » Pour être juste, à distance, il faut se 
rappeler que l'auteur de Kotre-Dame-de-Paris a 
fait plus qu'une ode et qu'il s'indigne contre tous 
ces maçons « qui se prétendent architectes », à 
la fia de la note ajoutée à la huitième édition de 
son dramatique et moyen-àgeux roman (1); mais 
le vieux Chateaubriand devance encore sur ce 
point le jeune Hugo. Détruire, écrit-il, est une 
besogne facile et chère aux Français qui n'ont 
jamais tant d'empressement que pour ces jeux 
de massacre; « mais reconstruire! Qu'ont-ils 
bâti depuis quarante ans? » Cette impuissance 
de lart moderne à bâtir est une des opinions 
favorites de l'admirateur du « grand siècle », qui 
trouvait, dès 1802, les « mansardes philoso- 
phiques » de l'Ecole militaire bien basses au- 
dessous du « pinacle religieux » des Invalides et 
qui savait, dès lors, que " l'incrédulité est la 
principale cause de la décadence du goût et du 
génie » (2i. «Que ne fait-on ce que j'ai proposé?» 
continue l'auteur de la précédente lettre au rédac- 
teur de /'A/'^isïe (3); aussi bien, l'architecte impro- 
visé voulait-.ildéjàcmasquerréglisepardes arbres, 



(1) Note datée de Paris, SO octobre 1332. 

(2) Titre d'un chapitre de la lll* partie du Génie dn 
Christianisme (1802). 

(3) Lettre datée de Paris, ii avril 1831. 



128 



LE BULLETIN DE L'ART 



en la laissant subsister en face du Louvre, comme 
échelle et témoin de la marche de l'art » (i). Il 
insiste, à présent : « Saint-Germain-l'Auxerrois 
est un des plus vieux monuments de Paris; il est 
d'une époque dont il ne reste presque rien ». Le 
but avoué par l'édilité de l'époque est de percer 
une rue; très bien, mais « commencez les abatis 
par le côté opposé au Louvre, par la place de 
Grève, cela vous donnera du temps » (2); l'ima- 
gination de Chateaubriand parle au nom de la 
raison qui conseille d'attendre, de surseoir à la 
destruction de pierres vénérables; on les démo- 
lira plus tard, si Ton ne peut faire autrement... 
Ici comme aux Tuileries, l'avocat de notre archi- 
tecture nationale devance l'avenir en défendant 
le passé ; son regard entrevoit la future avenue 
Victoria, que le Second Empire inaugurera 
vingt-quatre ans plus tard, le 23 août 18S5, et 
qui ne sera jamais achevée ni prolongée jus- 
qu'à Saint-Germain-l'Auxerrois ! 

Ce qu'il faut éviter à tout prix, c'est de multi- 
plier les décombres « contre lesquels s'amas- 
seront des immondices ou des échoppes»... Le 
plus libéral des survivants de l'ancien régime 
rappelle la Bastille abattue, — démolition fort 
opportune et tout à fait légitime, — car « c'était 
une prison » ; mais par quoi l'a-t-on remplacé, ce 
donjon d'un autre âge ? Par un arbre de la 
Liberté, que remplace aujourd'hui la masse 
provisoire d'un éléphant d'argile... « Et tout cela, 
vous le savez, était à toujours, pour les siècles, 
pour l'éternité, comme nos serments ». Buona- 
parte, non plus, n'a pas vu la fin des travaux 
commencés, sous son règne aussi funeste 
qu'éphémère, au Carrousel, et la rue de Rivoli 
reste inachevée... « Qui vous répond que la 
nouvelle monarchie ira jusqu'au bout de la rue 
qu'elle va ouvrir par une ruine? ». 

On sait que l'auteur du Génie du Christianisme 
distingue les ruines faites par le temps des ruines 
accumulées par les hommes, et qu'il préfère la 
mélancolique poésie des premières... Mais les 
Français nés prosaïques semblent donner la 
préférence aux secondes : « Nous autres Fran- 
çais, nous sommes trop conséquents dans le mal 
et pas assez logiques dans le bien ». Au regard 



(1) « Comme mesure et échelle de l'art et des siècles 
en face de la Colonnade du Louvre », écrivait Chateau- 
briand dans sa lettre du 12 avril. 

(2) Voir, dans le Bulletin du 30 décembre 1911, 
pp. 316-318, notre étude sur l'Hôtel de Ville de 
Paris, 



des inspirés, la France ne fut longtemps ni poète, 
ni artiste ; et le grand-père des romantiques inau- 
gure ici les anathèmes plus ou moins discrets ou 
méprisants de la race irritable des poètes : Vigny, 
sincèrement épouvanté par l'insouciance et par 
le peu de « conviction » de l'Ame française ; 
Théophile Gautier célébrant Victor Hugo, Bau- 
delaire exaltant Théophile Gautier, comme des 
miracles littéraires dans le Paris de Louis- 
Philippe ; Berlioz traitant les Parisiens de cra- 
pauds et la France de marais (1)... 

M. de Chateaubriand n'est guère plus tendre 
pour ces Parisiens qui ne peuvent s'amuser 
« sans jeter les meubles par les fenêtres ou sans 
abattre les monuments publics »... Cette ardeur 
légèrement vulgaire, cette jovialité tapageuse et 
subversive des fils de la Révolution s'accommode 
fort mal avec la haute littérature qui voit « appa- 
raître l'âge immortel de la France » sur le dôme 
des Invalides « enflé dans la vapeur du soir »; et 
le projet de démolition, qui suitle fait d'une pro- 
fanation, ranime la « grande colère » de l'exilé : 
ne pourrait-on mieux honorer les héros de 
Juillet? Le beau mérite, en vérité, d'enfoncer le 
chapeau sur la tête pour aller mettre à sac un 
presbytère habité par uh vieux prêtre et pour 
monter à l'assaut d'un clocher » ! 

Franchement, la France nouvelle n'aurail-elle 
pas de meilleures occasions de montrer sa force ? 
Ici, le diplomate faiL cause commune avec l'ar- 
chitecte et s'emporte avec la même indignation 
contre ce peuple avide de ruines, qui ne mettrait 
chapeau bas que devant « l'insolence étrangère ». 

Qui aime bien châtie bien : malgré tout, le 
défenseur de notre vieille architecture se dit 
Français « jusque dans la moelle des os » et 
termine sa lettre par cette fervente profession 
de foi nationaliste où nous découvrons à M. Mau- 
rice Barrés un précurseur : << J'aurais cent ans 
que mon cœur battrait encore pour la gloire, 
l'honneur et l'indépendance de mon pays ». 

Aussi bien, ce « griffonnage » est-il toujours 
d'actualité. 

Raymond Bouybr. 



(I) Voir, dans la Revue bleue du 19 octobre 190", 
notre article intitulé : le Caractère français jug^ par 
l'Idéal romantique. 



Le Gérant : H ûcnis. 



Paris. — Imp. Georges Petit, 1^, rue Godot de-Uauroi. 



Numéro 622. 



Samedi 25 Avril 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Le Don du roi Georges V 
à la France 



Au cours de la réception donnée à l'Elysée, le 
soir de son arrivée à Paris, le roi Georges V a 
annoncé au président de la République qu'à 
l'occasion de son voyage en France, il se faisaii 
un plaisir de remettre au gouvernement français 
cinq médaillons de bronze, dus au sculptem 
Desjardins, qui faisaient autrefois partie du mo- 
nument de Louis XIV sur la place des Victoires 
et qui, après être restés longtemps à Kew, dans 
une maison de campagne du roi Georges III, se 
trouvent aujourd'hui dans les collections royales, 
au château de Windsor. 

Pour apprécier à sa valeur le geste du roi 
d'Angleterre, — charmante manifestation de 
l'entente cordiale, qui ne manquera pas d'être 
chaleureusement accueillie des deux côtés du 
détroit, — il est nécessaire de rappeler briève- 
ment l'origine de ces bronzes. 

Le 28 mars 1686, fut inauguré, sur la place d( s 
Victoires, un magnifique monument en l'hon- 
neur de Louis XIV, élevé aux frais du maréchal 
duc de La FeuiUade, et qui fut dépecé et en partie 
détruit par la Révolution. Sur un piédestal de 
marbre blanc veiné, haut de vingt-deux pieds, se 
dressait une statue du roi, en bronze doré, de 
treize pieds de haut. Louis XIV était représenté en 
grand habit du sacre, foulant aux pieds un Cer- 
bère dont les trois têtes symbolisaient la tripla 
alliance formée par les ennemis de la France ; 
derrière lui, une statue de la Victoire, également 
en bronze doré, le pied posé sur un globe « et le 
reste du corps en l'air », — suivant le mot de Piga- 
niol de La Force, à qui j'emprunte cette descrip- 
tion, — tenait d'une main une couronne de lau- 
rier au-dessus de la tête du roi, et de l'autre un 
faisceau de palmes et de branches d'olivier. Ces 
deux statues et les divers accessoires qui les 
complétaient, — bouclier, faisceau d'armes, 
massue d'Hercule, etc., — formaient un groupe 



de bronze fondu d'un seul jet, sous la direction 
de l'auteur, Martin van den Rogaert, dit Desjar- 
dins (1640-1694), dont ce monument était l'œuvre 
la plus considérable. 

C'est Desjardins aussi qui avait donné les des- 
sins et conduit la fonte des figures et ornements 
entourant le piédestal. Sur les quatre corps 
avancés du soubassement servant d'empâtement 
à ce piédestal, quatre esclaves de bronze, assis et 
enchaînés, représentaient les nations dont la 
France avait triomphé sous Louis XIV; six bas- 
reliefs de bronze ornaient le piédestal et rappe- 
laient quelques dates mémorables du règne : la 
Préséance de la France reconnue par l'Espagne 
(1662), /e Passage du Rhin (1672), la Conquête de 
la Franche-Comté (1674), la Paix de Nimègue 
(1678), les Duels abolis, l'Hérésie détruite (1685); 
enfin des fanaux, portés sur des colonnes de 
marbre et ornés de médaillons ovales de bronze, 
éclairaient la place pendant la nuit. 

Aujourd'hui, la statue du grand Roi et celle de 
la Victoire n'existent plus ; les quatre esclaves 
ornent la façade de l'Hôtel des Invalides, du 
côté de l'Esplanade ; les six bas-reliefs de bronze 
sont au Louvre ; les fanaux ayant été démolis 
dès 1718, les colonnes qui les soutenaient furent 
données à la cathédrale de Sens, et les médail- 
lons qui les ornaient passèrent en Angleterre. 

Lorsque M. Paul Cambon présenta les lettres 
l'accréditant comme ambassadeur de France en 
Angleterre, la reine Victoria lui fit remarquer 
ces médaillons, dont on ignorait la provenance; 
M. Cambon s'enquit, et l'identification fut 
bientôt faite de la façon la plus certaine. Un de 
ceux qui contribuèrent à cette identification, 
M. Georges Cain, obtint de la reine Victoria que 
ces cinq pièces fussent prêtées à l'Exposition 
rétrospective de la Ville de Paris, en 1900, où 
l'on put les admirer. 

Ce sont ces médaillons qui reviennent en 
France aujourd'hui, et cette fois pour toujours, 
grâce au don généreux du roi Georges V. 

E. D. 



i;îo 



LE BULLETIN DE L'ART 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 18 avril). 
— M. Dagnan-Bouveret, président, prononce l'éloge 
de M. La Haye, directeur de l'École des beaux-arts de 
Nîmes, correspondant de la Compagnie, qui vient de 
mourir. 

— M. Pascal, qui fait fonctions de secrétaire des 
séances en l'absence de M. Henry Koujon, annonce 
que l'exécution de la cantate qui a obtenu le l'rii^ 
Hossini aura lieu le lundi 4 mai, au Conservatoire; 
l'auteur de cette cantate, M. Laporte, entrera en loge 
le lendemain, au palais de Compiègne, pour le con- 
cours du Prix de Rome de composition musicale. 

— Ont été admis en loges, pour le concours du 
Prix de Rome de sculpture : MM. Silvestre (élève de 
MM. Mercié et Cariés); Mathey (Injalbert, Hannaux); 
Ambroise Donnet (Mercié, Cariés); Cassou iCoutan): 
Aubine (Coutan); Petit (Injalbert); Merigoargues 
(Mercié); Leriche (Injalbert. Hannaux); Cellier (Cou- 
tan, Larche); SarrabezoUes (Mercié, Marqueste). 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 17 avril). — M. de Mély examine la com- 
position du célèbre retable du Parlement qui, depuis 
1904, a quitté le Palais de justice pour Mre exposé 
au Louvre. On a attribué à beaucoup de peintres 
divers celte œuvre qui aurait été exécutée entre U4.'i 
et 1505; on ne sait même s'il faut y reconnaître 
Charles VU ou Louis XI. En réalité, ce tableau fut 
commandé, en 1454, par le Parlement qui chargea le 
conseiller Jean Paillard d'en surveiller l'exécution ; 
à la mort de celui-ci, en 1455, la Cour ordonna, le 
2 juillet, de réclamer à sa succession 143 livres 4 sols 
4 deniers qui, n'ayant pas été payés à l'artiste, devaient 
lui être soldés. Quant au nom de l'artiste, sur le 
collet du vêtement du valet, Oaesbi ko, qu'on a inter- 
prété par Johannes Brugensis, il faut le lire caksbkut, 
nom d'un artiste flamand qui se retrouve à Bruges, 
en 1459, entouré de ses élèves. 

— M. Jean Six, professeur à l'Université d'Amster- 
dam, fait une communication relative au sculpteur 
Calamis. Dans l'histoire naturelle de Pline, une statue 
lui est attribuée que le récit désigne sous le nom 
d'Alcumène, mot que les éditeurs ont corrigé en 
Alcmène. M. Six pense qu'il faut lire Algoumene, 
« la douloureuse ». En effet, dans le passage de Pline 
où est mentionnée celte statue, il en est plusieur.» 
autres qui sont désignées par des épithètes ou des 
périphrases marquant leur action ou leur attitude. 
Cette expression de la douleur serait l'original de la 
statue dite Pénélope, au Vatican, qui oll're des ana- 
logies de style très frappantes avec l'aurige de Delphes 
et avec les trônes sculptés de l'ancienne collection 
Ludovisi, œuvres qui ont déjà été attribuées àCalamis. 

Société de l'histoire de l'art français (séance 
du 3 avril). — M. Alphonse Roux communique 



quelques notes sur le livre d'heures de Roucicaut du 
Musée André; il montre comment ce livre put passer 
de chez Diane de Poitiers et ses descendants chez la 
marquise de Verneuil. 

— M. François Monod étudie les principales œuvres 
françaises, antérieures au xix* siècle, qui se trouvent 
au Musée métropolitain de .New-York . et dans ta 
collection John S. Johnson, à Philadelphie. 

Société nationale des antiquaires de France 
(séance du 15 avril). — M .Max Prinet examine le 
sceau d'un abbé de Stavelot et de Malmedy au 
iiv siècle qui était un membre de la famille von 
Bougard. 

— M. Germain Bapst annonce qu'il a retrouvé 
l'origine du médaillon en bronze doré du Grand 
Condé conservé à Chantilly; ce médaillon a servi à la 
décoration du catafalque du prince à Noire-Dame. 

— M. Pasquier présente une miniature française 
du xv siècle représentant sainte Catherine. 

— .M. le comte de Loisne complète la communica- 
tion qu'il avait faite à une précédente séance sur un 
bréviaire exécuté au xv siècle pour Henri de Lorraine, 
évêque de Thérouanne. 

Musée des Arts décoratifs. — Jeudi dernier, 

23 avril, s'est ouverte, au Musée d«s Arts décoratif» 
(Pavillon de Marsan), l'exposition anglaise d'art déco- 
ratif moderne, que nous avions annoncée. On sait 
qu'elle offre l'intérêt particulier d'avoir été organisée 
par la section, récemment créée au minisière du 
(iOmmerce anglai."!, pour assurer aux expositions 
laites à l'étranger une unité et une continuité de 
direction qui leur avaient manqué jusqu'à ces der- 
nières années. C'est la première occasion qui se pré- 
sente pour la France de connaître les progrès accomplis 
en Angleterre, dans le domaine de l'art décoratif, 
depuis les débuts du mouvement moderne qui, ayant 
pris naissance avec William Morris, Uossetti. Biirne 
Jones et leurs amis, s'est étendu à toute l'Europe. 

Le bulletin et la lievue reviendront sur ce sujet. 
Contentons-nous d'indiquer aujourd'hui que l'exposi- 
tion comprend d'abord une partie rétrospective où 
figurent les célèbres tapisseries de Morris et de Burne 
Jones: un choix de tentures, de papiers cl de meuble» 
exécutés dans les ateliers de Morris; des poteries de 
William de Morgan, etc. 

La section du livre montre, à côté des chefs-d'œuvre 
de la Kelmscott Press, les belles impressions et les 
reliures pour lesquelles l'Angleterre tient aujourd'hui 
encore une place prépondérante. 

L'exposition comprend, en oulre. des sections d'aria 
graphiques, de céramique, d'argenterie et bijouterie, 
de lissus et de dentelles. 

Les objets figurant dans ces diverses sections ont 
été choisis sous la direction de Sir Isidore Spielmann, 
directeur, pour les Beaux-Arts, du service des exposi- 
tions au ministère du Commerce, par un Comité dont 



ANCIEN ET MODERNE 



131 



le présicient est Sir Cecil Ilarcourt Smith, directeur du 
Musée Victoria et Albert à South Kensington, et le 
vice-président, le célèbre artiste W'alter Crâne. 

Les salles du Musée dans lesquelles a été aménagée 
l'exposition anglaise ont été complètement transfor- 
mées en vue de leur donner un cadre conforme au 
caractère national. Leur installation a été faite d'après 
l«s plans et dessins de M. Henry W'ilson qui, avec 
l'aide de MM. Walter Crâne, Anning Bell, Cockerell, 
et plusieurs autres collaborateurs, y ont travaillé 
activement pendant près d'un mois. 

Le foi et la reine d'Angleterre, qui s'intéressent tout 
spécialement à l'art décoratif, ayant exprimé le désir 
de visiter l'exposition durant leur séjour à Paria, se 
sont rendus au Pavillon de Marsan, dans la matinée 
du jeudi 23. 

L'exposition restera ouverte tout l'été. 

Salon de la Société des Artistes français. — 
Le vernissage du Salon des Artistes français aura lieu, 
au Grand Palais des Champs-Elysées, le jeudi 30 avril. 

Exposition des Artistes indépendants. — 
L'exposition des Indépendants est prolongée jusqu'au 
3 mai. 

A Belgrade. — La reine Nathalie de Serbie vient 
de donner au Musée national de son pays deux 
collections d'armes ayant appartenu aux rois Milan et 
Alexandre Obrenovitch, et qui comprennent, entre 
autres pièces remarquables, le sabre d'Abver Pacha, 
ancien gouverneur ottoman de Belgrade, que ce 
dernier remit au prince Michel, lors de la prise de la 
ville par les Serbe», et deux pistolets ayant appartenu 
au général autrichien Landon, qui prit Belgrade aux 
Turcs, au xviu' siècle. 

Elle a donné aussi à l'Académie des sciences la 
bibliothèques des rois Milan et Alexandre. 

A Copenhague. — Le Bulletin a déjà annoncé 
brièvement qu'une exposition de peintures et dessins 
de» principaux artistes français, de 1800 à nos jours, 
était en cours d'organisation. Elle s'ouvrira le 15 mai 
prochain, dans les salles du Musée royal de Copen- 
hague, mises à la disposition des organisateurs par 
le gouvernement danois. 

Le Comité d'organisation danois, composé de 
MM. Karl .Madsen, directeur du Musée royal, prési- 
dent du Comité ; A. -P. Weis, directeur au ministère 
de l'Instruction publique, des Cultes et des Beaux- 
Arts; L. Zeuthen, président de la Société de» Ami» 
du Musée, trésorier du Comité ; Tige Millier, secré- 
taire général du Comité, a trouvé auprès des gou- 
vernements français et danois l'accueil le plus favo- 
rable et les concours les plus empressés. 

Le Comité d'organisation et son délégué, M. Tige 
Moller, chargé de recueillir les adhésions et de réunir 
les œuvres, à Paris, ont rencontré le concours le plus 
cordial, le pluî actif auprès 'de toutes les personna- 
lité» marquantes du monde des arts. 



Le Comité français est ainsi composé : MM. Léonce 
Bénédite, Georges Bernheim, Bernheim jeune, E. Ber- 
taux, Alfred Beurdeley, M"' Blanchi, MM Eugène 
Blot, H. Brame, M»- J.-Th. Couture, MM. Emile 
Dacier, Armand Dayot, Loys Delteil, M"' Diéterle, 
MM. Durand-Buel, Théodore Duret, Paul Gallimard, 
V. de Coloubew, René Jean, Frantz Jourdain, 
Alphonse Kann, Raymond Kœchlin, Henry La- 
pauze, P. Leprieur, Henry Marcel, André Michel, 
Claude Monet, François Monod, Moreau-Nélaton, 
Georges Petit, Petitdidier, J. Peytel, Auguste Renoir, 
Joseph Regnault, F. Roches, Auguste Rodin, P. Rû- 
senberg, Ernest Rouart, Louis Houart, M"" E. Rouart, 
MM. 0. Sainsère, André Schœller, Alfred Strolin, 
Tempelaere, Tauber, Trotti, Vildrac, VoUard. 

Grâce à tant de bonnes volontés, il a été possible 
de réunir un ensemble imposant des plus belles 
œuvres de l'art français au xix* siècle, et l'exposition 
du Musée royal de Copenhague s'annonce comme 
devant être l'une des plu» belles manifestations du 
génie français qui aura eu lieu hors de Paris 

Nécrologie. — M. Euyène Pujalel, directeur de 
la sûreté générale, décédé le 13 avril, à l'âge de 
46 ans, était contrôleur de» services extérieurs et 
inspecteur des services administratifs au ministère de 
l'Intérieur, lorsqu'eut lieu le vol de la Joconde. Il fut 
appelé alors à remplacer M. HomoUe comme direc- 
teur des Musées nationaux, et pendant le temps qu'il 
passa au Louvre, avant la nomination de M. Henry 
Marcel, il travailla avec beaucoup de tact et d'énergie 
a la réorganisation de certains services. En ces cir- 
constances délicates, son action fut très heureuse et 
très appréciée. 

— Af. Louis Carrière, ancien capitaine de tirailleurs 
en Crimée et en Algérie, conservateur honoraire des 
.Musées nationaux, décédé à Fontainebleau, à l'âge 
de 68 ans, avait été régisseur du palais de Fontai- 
nebleau de 1882 il 1896, puis conservateur jusqu'à sa 
retraite, en 1902. 

— Un des plus grands peintres polonai», Joseph 
Chelrnonski, vient de mourir à Kukloroska, près de 
Varsovie, dans sa cinquante-cinquième année. Né à 
Borki (Pologne russe) en 1849, il avait fait ses études 
à Varsovie, à Berlin, à Munich et à Paris, où il sé- 
journa de 187,5 à 1889, exposant régulièrement aux 
Salons. L'originalité et la vigueur avec lesquelles il 
représentait les scènes et les paysages de son pays 
lui valurent une mention honorable en 1882 et un 
grand prix à l'Exposition universelle de 1889. Ses con- 
tinuels voyages à travers l'Europe et l'Amérique ne 
furent pas sans influer sur la force et la sincérité de 
son talent. Il exposait encore en 1911, au Salon de la 
Société de» Artistes français, un épisode de la cam- 
pagne de 1812. 



132 



LE BULLETIN DE L'ART 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

Ventes annoncées. — A Paris. — Collec- 
tion Hodgkius (dessins anciens). — Un cata- 
logue illustré, de belle taille, établi sur le type 
du catalogue de la vente Doucet, nous apporte 
les détails les plus complets sur la réunion de 
dessins, aquarelles et gouaches de l'école fran- 
çaise du xviii* siècle, composant la Collection 
particulière de M. E. M. Hodgkins, dont la vente 
aura lieu, comme nous l'avons déjà indiqué, à la 
galerie Georges Petit, le 30 avril, par le ministère 
de M" Lair-Dubreuil et H. Baudoin etde MM. Jules 
Ferai, Paulme et Lasquin. 

Parmi les cinquante-cinq numéros qui com- 
posent cette vacation, assurée d'avance du succès, 
signalons en particulier : le Mariage rompu, par 
E. Aubry ; une Noce de village, par L. van Bla- 
renberghe ; le Baiser, la Lecture du omième Bul- 
letin de la Grande Armée, un Café de Parisen 1815, 
et un Cabaret de Paris en 1815, par L.-L. Boilly ; 
le Gage touché et le Colin-Maillard, par A. Borel ; 
Vénus aux colombes, par F. Boucher; Jeune femme 
assise de côté dans un fauteuil et Femme assise sur 
un fauteuil, par Chasselat ; Illuminations des 
écuries de Versailles à l'occasion du second mariage 
du Dauphin [9 février 17i7), par Cochin le fils; 
le Sacrifice au Minotaure, Jeune femme assise, la 
Visite au grand-père. Buste de Napolitaine, par 
J.-H. Fragonard ; l'Entretien galant, par Gra- 
velot ; la Consultation de l'oracle, par Hoin ; le 
Petit Coblentz ( Vue du boulevard de Gand sous le 
Directoire), par Isabey ; Feuille d'étude, par Lan- 
cret ; les Trois sœurs au parc de Saint-Cloud et 
le Petit lever, par N. Lavreince ; Vue du Grand 
Trianon, en 1780, par N. de Lespinasse ; la 
Tireuse de cartes et le Petit déjeuner, par J.-B. 
Mallet ; Intérieur de palais, par Maréchal ; Expo- 
sition de tableaux sur la place Dauphine, par 
Maucert ; la Marchande d'oranges et la Marchande 
d'huîtres, par G. Opiz ; la Musique de chambre, 
par Portail ; le Visiteur attendu, par Van Gorp, 
et deux Feuilles d'étude, l'une de sept têtes, 
l'autre de trois têtes, par A. Watteau. 

La plupart de ces dessins proviennent de ventes 
récentes, notamment des collections P. Decour- 



celle et J. Doucet. Il sera piquant de constater 
comment ils se comporteront à nouveau sous le 
feu des enchères. 

Collection délia Torre (estampes, objets 
d'art). — Le 7 mai, salles 7 et 8, M" Lair-Dubreuil 
et H. Baudoin, assistés de MM. Danlos, Paulme et 
Lasquin, procéderont à la vente des estampes du 
xviii" siècle et des objets d'art et d'ameublement 
de la même époque composant la Collection de 
jjf"« délia Torre. 

Dans la première partie de la vente, nous 
remarquons : le Portrait, grandeur nature de 
M"" Baudoin et le Portrait, grandeur nature, d» 
A/'"« Deshays. deux gravures en imitation de pastel 
par L. Bonnet, d'après F. Boucher; les Deux bai- 
sers, par Debucourt, en couleurs ; Jeune Fille lisant 
Abailard, d'après Boucher, par Demarteau, en 
plusieurs tons, et Jeune Fille à la rose, épreuve 
en plusieurs tons, par les mômes artistes ; Fré- 
dérique- Louise- Wilhelmine de Prusse, femme de 
Guillaume !<"", roi des Pays-Bas et Frédérique-Louise- 
Wilhelminede Prusse, princesse héréditaire d'Orange 
et de Nassau, par Descourtis ; Mrs Benwetl, par 
\V. Ward, d'après Hoppner, en couleurs; 
Elisabeth, countess of Mexborough, également en 
couleurs, par le môme, d'après le môme; Marie- 
Antoinette d'Autriche, reine de France et de 
Navarre, par Janinet, et Nina, par le même, 
d'après Hoin, ces deux pièces en couleurs; the 
Right Honorable, the Countess of Derby, d'après 
Lawreince, par Bartolozzi, en couleurs; l'Indis- 
crétion, par Janinet, d'après Lavreince, en 
couleurs ; les Chagrins de l'enfance, par Le Cœur, 
d'après Mouchet, en couleurs; A Bacchante et 
Nature, par J. R. Smith, d'après Reynolds, en 
couleurs; Mademoiselle Parisot, par J. U. Smith, 
d'après Dewis, en couleurs ; What you tiill — Ce 
qui vous plaira, par J. R. Smith, en couleurs; 
enfin Master Lambton, d'aprè» Lawrence, par 
S. Cousins, en couleurs. 

La seconde partie de la vente comprend des 
anciennes porcelaines de Saxe et de Chine; des 
bronzes du xviii« siècle ; un mobilier de salon, 
— canapé et six fauteuils, — en ancienne 
tapisserie d'Aubusson, à corbeilles de fleurs, 
d'époque Louis X.VI ; deux fauteuils couverts 



ANCIEN ET MODERNE 



(33 



en tapisserie Une des Gobelins ou de Beauvais 
du temps de la Régence, à bouquets de Heurs 
et de fruits; enfin, une réunion riche et variée 
de meubles des époques Louis XV et Louis XVL 
en marqueterie et bronzes, certains portant des 
estampilles d'ébénistes connus; les plus remar- 
quables sont reproduits dans le catalogue illustré 
de cette vente. 

A Amsterdam. — Tableaux modernes. — 

Nous recevons les catalogues illustrés de trois 
ventes de tableaux, dessins et aquarelles moder- 
nes, qui auront lieu toutes trois chez Fred. Muller 
et C'', à Amsterdam, le 29 avril. 

— Le premier catalogue comprend les tableaux, 
aquarelles et dessins modernes provenant de la 
Collection J. H. C. Heyse, de Middelburg, et de 
quelques autres successions. Dans la première 
partie de cette vente, nous remarquons les noms 
de : Allebé, Blommers, Th. de Bock, Bosboom, 
Breitner, J. Israels, W. Maris, A. Neuhuys, Wijs- 
muller, Klinkenberg et Mesdag. Ce sont à peu 
près les mêmes noms que nous retrouvons dans 
la seconde partie du catalogue, avec ceux de : 
V. van Gogh, Gorter, Innocenti et Schildt. 

— L'école néerlandaise moderne domine 
moins exclusivement dans la Collection de feu 
M. J. H. L. de Haas, de Bruxelles, où nous notons 
des scènes de genre de Bakker Korf, des pay- 
sages de F. Courtens, Daubigny et Diaz, Une 
Alerte, de Fromentin, un Bord de mare, de 
P.-J.-G. Gabriel, des têtes de jeunes femmes, 
de la première manière de J. Israels, et une 
aquarelle, le Retour, du même artiste, des poules 
de Ch. Jacques, le Portrait du prince Luitpold de 
Bavière, par F. Lenbach, une Vue à Dordrecht de 
J. Maris, enfin des paysages de Roelofs, Th. Rous- 
seau et Troyon. 

— Enfin, la troisième vente est celle de l'ate- 
lier John F. Hulk, le peintre animalier hollandais, 
né à Amsterdam en 1855, mort en 1913. Cultivant 
à la fois la peinture à l'huile et l'aquarelle, il 
traite cette dernière dans la manière large et 
fondue de l'école hollandaise moderne. Sans 
négliger les modestes habitants des basses-cours, 
canards, lapins et cochons, il peignit de ces sujets 
cynégétiques qui ont tant de succès auprès d'une 
certaine catégorie d'amateurs, en particulier les 
chasses au renard, dont la présente vente nous 
offre divers spécimens. 

M. N. 



ESTAMPES 

Ventes annoncées. — A Paris. — Collec- 
tion Roger Marx (1''° vente : estampes mo- 
dernes). — Du 27 avril au 2 mai, à Ihôtel Drouot, 
salle 7, M" Lair-Dubreuil et H. Baudoin, assistés 
de M. L. Delteil, disperseront les estampes mo- 
dernes faisant partie de la collection de M. Roger 
Marx, récemment décédé. 

Le catalogue illustré comprend plus de 1500 nu- 
méros, et quand on se rappelle avec quel enthou- 
siasme Roger Marx a aimé l'estampe originale 
moderne, avec quel talent et quelle pénétration 
il en a écrit, avec quelle ténacité il s'est attaché 
à mettre en valeur les graveurs et les lithographes 
les plus personnels de la seconde moitié du der- 
nier siècle, on peut se faire une idée de la beauté 
et de l'intérêt de cette collection, — sans doute 
la plus remarquable du genre qui ait jamais 
passé en vente publique. 

L'homme qui rappela les mérites de l'œuvre 
gravé de Ghassériau, qui catalogua les pointes 
sèches de Rodin dès 1902, qui fit connaître 
Jongkind comme graveur, qui rechercha les gra- 
vures d'Adolphe Hervier et de Théodule Ribot, 
qui eut un véritable culte pour le maître Ferdi- 
nand Gaillard ; l'écrivain qui sut deviner le talent 
de tant de graveurs et de lithographes, et qui les 
fit connaître au public par des notices, des pré- 
faces de catalogues, des articles de revues, ne 
pouvait manquer de prêcher d'exemple et de 
recueillir en ses cartons les œuvres les plus 
belles et les plus rares de ses artistes de prédi- 
lection. C'est ainsi qu'on retrouvera, dans le 
catalogue très soigneusement établi, les noms de 
tous ceux à qui il a consacré des monographies : 
à ceux qu'on a déjà cités, il faut ajouter Fantin- 
Latour, Henry Guérard, Alphonse Legros, Eugène 
Carrière, Auguste Lepère, Gustave Leheutre, 
Eugène Béjot, Franck Laing, Edgar Chahine, 
Frank Brangwyn, Pieter Dupont, Albert Belle- 
roche, Paul-Émile Colin, H. Vergéssarat, Jean 
Patricot, M"" Jeanne Bardey, etc. 

Mais bien d'autres artistes se rencontrent avec 
ceux-là pour prouver, selon le mot de M. L. Del- 
teil dans la préface du catalogue, que, chez Roger 
Marx, « le critique fut constamment d'accord avec 
le collectionneur». Il est difficile de les citer 
tous, d'autant qu'il est de peu d'intérêt d'aligner 
des noms, quand on ne peut énumérer les 
pièces, préciser leurs états, dire leurs qualités, 
vanter souvent leur rareté et ce que leur ajoutent 
ces signatures, ces remarques, ces dédicaces. 



134 



LE BDLLKTIN DE L'ART 



toujours extrêmement précieuses aux yeux des 
amateurs. 

Il faut pourtant indiquer les séries les plus 
abondantes, qui sont celles d'Alhert Besnard, de 
Félix Bracquemond, de ï'élix Buhot, de Miss Mary 
Cassait, d'Edgar Degas, de Forain, d'Helleu, de 
Louis Legrand, d'Edouard Manet, d'Odilon Hedon, 
de Steinlen, de Toulouse-Lautrec, de VVhistier... 

Encore une fois, on ne peut pas tous les nom- 
mer; on doit renvoyer au catalogue, sous peine 
de ne donner qu'une idée bien imparfaite de ce 
véritable cabinet de l'estampe originale moderne, 
où toutes les manifestations vraiment person- 
nelles de l'art du peintre-graveur et du peintre- 
lithographe de ces cinquante dernières années se 
trouvent échantillonnées en pièces de choix, et 
parfois d'une insigne rareté. 

Les amateurs vont avoir une belle semaine, et 
le résultat de cette vente — la première de celles 
qui doivent disperser les collections du critique 
d'art — ne saurait manquer d'être curieux et 
instructif pour tous ceux qui s'intéressent à la 
gravure; nous allons avoir une « cote » pour 
certains artistes qu'on n'a pas souvent l'occasion 
de rencontrer si abondamment ni si remarqua- 
blement représentés en ventes publiques. 

R. G. 

Li'i'i? iTi iT 'I' " "T 'I r "M ' I i"iim rm ipi 
EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Eugène Viala, 1859-1913 (galerie Manzi). 
— De r Encre, de l'Acide et de la Souffrance : 
c'était le litre du premier album d'eaux-forles 
composé par ce peintre graveur et poêle, mort 
au printemps dernier, sans avoir connu son 
heure de gloire et qui s'intitulait lui-même « un 
sauvage ». Un lettré, pourtant, mais qui ne fré- 
quenta jamais que la solitude natale de son 
Rouergue aussi sombre que lui ; bref, un Alceste, 
un peu comme Alphonse Legros dont il retrou- 
vait l'amertume dans le décor broussailleux de 
ses ravins boisés : tant il est vrai que le paysage 
n'est que le miroir d'un songe intérieur! Sonnet- 
tiste et symboliste, entre deux études peintes 
ou gravées, paysagiste en prose poétique ou la 
palette au pouce, sous le vent hallucinant des 
causses, il animait la tristesse de la nature à la 
tristesse de son Ame : uniforme et perpétuel 
éthange, où s'absorbait silencieusement l'ami de 
ces Humbles terres qui passaient trop inaperçues 
à la Société nationale, en 1902 ! Le ciel orageux, 



les nuées, les coups de soleil, l'éclair d'une ean 
dormante au pied des collines, les rabougris 
sur le bord d'un sentier solitaire, l'aube appa- 
raissant « sur le dos amarante et nu de la mon- 
tagne », les noirs corbeaux sur la glèbe entamée 
par les grands bœufs, les chênes épandus sur les 
grès, les rêves d'un homme éveillé, le roman- 
tisme de l'ombre et du soir, tel était son mé- 
lancolique et singulier royaume, qui ne s'éclai- 
rait parfois que dans une fraîcheur d'aquarelle... 
Enlrevu chez Hessèle, rue Laffitte, en 1904, h 
côté du lithographe Auguste Fabre et du graveur 
Fritz Overbeck, aussitôt deviné par la sympathie 
de M. Arsène Alexandre, Viala, devenu décora- 
teur, avait travaillé pour le musée de Rodez, 
pour la vénerie de MM. Menier, pour l'hôtel de 
M. Fenaille ; et si, comme l'assure notre confrère 
Clément- Janin dans sa préface du catalogue, 
« il n'y a plus d'Horace pour chanter les Mé- 
cènes 11, les Virgiles obscurs au fond de leur 
province ne meurent pas tout entiers dans le 
souvenir des amoureux d'art. 

l'V" exposition de « l'Acanthe » (galerie 
Devambez). — A l'instar de la Phalange, cette 
élégante réunion de boursiers de voyage et de 
prix de Rome ne dément pas son beau nom 
corinthien, quand elle nous propose les figurines 
dionysiaques de M. André Verraare et son vigou- 
reux fragment du Rhône, les héros antiques de 
M. Constant Roux, les petites faunesses et les 
danseuses non moins grecques de M. Eugène 
Piron, l'héritier du joyeux poète dijounais, sans 
oublier les plaquettes de M. Pierre Dautel et 
Morlon, les dessins rehaussés de M"* Marguerite 
Delorme et de M. Lucien Pénat, les paysages dé- 
coratifs de M. Maurice Roganeau, qui voyage en 
Espagne, et de M. Georges Leroux, qui retrouve 
à notre Luxembourg fleuri les jardins Borghèse, le» 
loyales éludes, toutes françaises, de M. Jean-Pierre 
Laurens, portraitiste du maître Pierre Vignal, et 
de M. Emmanuel Fougerat, l'admirateur et Je 
biographe le plus récent de Holbein, ce maître 
de la conscipnce et de la forme. 

« Estampes et Dessins » (galerie A. -.M. Reit- 
linger). — On dessine encore, et la preuve n'est 
pas seulement contenue dans ce titre d'une nou- 
velle Société de peintres dessinateurs et graveurs, 
fondée à Paris, au mois d'août 1913, sous la pré- 
sidence de M. Alexandre Lunois. pour ne mon- 
trer aux amateurs que des dessins originaux et 
des estampes inédiles. Le but est louable ; et le 
résultat ne s'aflirme pas moins intéressant, 



ANCIEN ET MODERNE 



d3S 



puisque cette « première exposition annuelle » 
offre à nos yeux un peu las de peinture et de 
polychromie les plus belles épreuves orientales 
de M. Lunois, les sanguines de M. Lequeux,doux 
interrogateur des couvents d'Assise, les dessins 
rehaussés de M. Charles Jouas, spirituel histo- 
riographe de Versailles ou de sa vieille Cour de 
liohan, les fins portraits de M. Henri Royer, les 
libres croquis de M Bernard Naudin et de son 
nouvel émule, M. Georges Gobo, les patientes 
études rustiques du D'' François De Hérain. conli- 
dent des Baux de Provence, les intimités silen- 
cieuses de M. Guiguet, ce poète attendri du réa- 
lisme, qui dessine aux trois crayons la jeune 
brodeuse ou la petite couseuse appliquée comme 
le plus savant contemporain de Greuze ou de 
Chardin, — sans négliger les amants de Venise, 
MM. .I.-J. Gabriel et Georges Le Meilleur, ni 
MM. Jacques Simon, Damblans, Willaume, Camo- 
reyt, Péters-Destéract et Marten van der Loo. Le 
dessin n'est pas le seul apanage des <c rétrospec- 
tives » ou des « grandes ventes » ; et cette vue 
rassure et console. 

Le Dessin dans les expositions diverses. 

— En attendant la nouvelle exposition du maître 
Auguste Lepère, — qui se trouve remise au 4 mai 
prochain, chez Sagot, — signalons seulement, 
aujourd'hui, parmi les dessinateurs encore dignes 
de ce nom, les peintres-graveurs P.-E. Vibert et 
Paul-Émile Colin, qui montrent pour la pre- 
mière fois leurs croquis chez Grandhomme ; l'un 
des virtuoses de l'aquarelle et de la gravure en 
couleurs, M. Henri Jourdain qui réunit ses vues 
élégamment froides de canaux solitaires et de' 
vieux châteaux chez Georges Petit ; un étranger, 
M. E. van Saanen-Algi, remarquable par la cer- 
titude rapide de ses Études de danses, chez De- 
varabez ; enfin, le Vllh Salon des Artistes humo- 
ristes, au Palais de Glace, abondant toujours, 
mais inégal, oîi les dessinateurs ne dessinent 
pas tous, mais oîi se distinguent aussitôt MM.Sem, 
Abel Faivre, André Devambez et Alfred Le Petit, 
non loin d'une touchante évocation du bon vieux 
temps dans la « rétrospective >> de Boilly. 

Alfred Sisley, 4839-1899 (galeries Durand- 
Ruel). — N'est-ce pas une opportune leçon de 
peinture que cette « rétrospective » où des mor- 
ceaux scrupuleusement choisis nous rappellent 
les bienfaits et les dangers de cet affranchisse- 
ment déjà lointain qui fut l'impressionnisme ? Au 
surplus, l'évolution d« la clarté sur la toile est 
suggestive, de 1872 à la fin du siècle dernier, 



depuis les bords de Seine à Bougival et les inon- 
dations de Marly jusqu'aux verdures trop 
bleuAtres et trop déchiquetées de Moret et des 
bords du Loing; mais, entre toutes ces brèves et 
familières impressions, de nature française, l'Au- 
tomne, datée de 1881, et les Coteaux de Venetix, 
vus de Saint-Mammès, au printemps de 1884. res- 
teront comme les témoins les plus lumineux 
d'une heure décisive. 

Raymond Bouyf.r. 

Erratum. — Éva Gonzalès était non point la 
belle-sœur, mais la femme du peintre-graveur 
Henri Guérard, qu'elle avait épousé en 1879, et 
sur le talent duquel la pastelliste exerça, comme 
lelir ami Manet, une influence notoire (1|. 

R. B. 

Le 
52' Congrès des Sociétés savantes 



Le 52" Congrès aanuel des Sociétés savantes s'est 
ouvert le 14 avril, dans l'amphithéâtre Richelieu, à la 
Sorbonne, sous la présidence de ,M. II. Cordier, mem- 
bre de l'Institut, qui a souhaité la bienvenue aux 
membres présents. Les sections se sont ensuite 
constituées et ont commencé leurs travaux. 

Nous rappellerons ici' les communications faites 
dans la section d'archéologie : 

Séance du 15 avril (présidence de M. Babelon, 
membre de l'Institut). — MM. Espérandieu et le 
D' Emery : les fouilles de la Croix-Saint-Charles, au 
mont Auxois (Alésia); 

MM. le commandant Lalance, Mazaurie, Minouflet, 
G. Poulain et de Vesly : le caslrum de Juliobona 
(Lillebonne). 

Séaiice du 16 avril (présidence de M. E Lefèvre- 
l'ontalis). — MM. Brousse et Lejeune : un recueil 
d'inscriptions du déparlement de la Corréze; 

M. Etienne Devillé : vues inédites du château de 
Valinont (Seine-Inférieure) ; 

M. l'abbé Chaillan : curiosités archéologiques de 
l'église Saint-Jean, près de Brignoles (pierre d'autel 
de l'époque carolingienne, stèle avec sculptures de 
l'époque barbare, porte en bois de la fin du xv siè- 
cle, etc.) 

Séance du 17 avril (présidence de M. II. Stein). — 
M. Maury : le répertoire archéologique de l'arrondis- 
sement de Bar-sur-Aube; 

(1) Voir le Bulletin du H avril 1914, p. 117. 



136 



LE BULLETIN DE L'ART 



M. Pasquier : une miniature du iv siècle repré- 
sentant sainte Catherine; 

M. le colonel Hannezo : une urne funéraire en verre 
trouvée à Malay (Saône-et-Loire) ; 

M. l'abbé Parât : le temple antique de Montmartre, 
près d'Avallon; 

M. Edouard Salin: les fouilles du cimetière barbare 
découvert à Lezeville (Haute-Marne) en 1911. 

M. J. Toutain : un bas-relief trouvé en 1913 sur le 
mont Auxois, dans les fouilles exécutées par la So- 
ciété des sciences de Semur; 

M. P. -M. Emard : le monument des Gondy, dans 
l'église Saint-Rémy des Quinze- Vingts. 

La séance plénière de clôture a eu lieu le 18 avril 
sous la présidence de M. Bienvenu Martin, ministre 
de la Justice qui, après avoir excusé l'absence du 
ministre de l'Instruction publique, résuma les travaux 
présentés dans les diverses sections, rendit hommage 
à la mémoire des membres décédés et termina en 
faisant l'éloge du rôle des Sociétés savantes, qui 
répandent dans nos provinces le goût des choses de 
l'esprit, le culte des lettres et concourent à la mission 
décentralisatrice dont nos Universités ont reçu la 
charge. 

L-ES REVUES 



Franck 



L'Art et les artistes (janvier). — Robert Hénard. 
Andréa Palladio. — L'architecte de Saint-Georges- 
Majeur (1518-1580) a énormément construit, surtout 
à Vicence, sa ville natale; Venise et le Vénétin possè- 
dent encore des palais et des villas célèbres qui lui 
sont dus. Son inlluence a été considérable ; elle 
s'explique par ce qu'a d'exquis son interprétation 
moderne de l'antiquité. 

— Tristan Leclère. Charles Milcendeau. — Artiste 
original et chercheur, dont les peintures, les pastels, 
les dessins, les gouaches, unisscot « la tenue sobre 
de l'art de France à la forte saveur particulière au 
pays vendéen ». 

— M. Nelkkn. Eduardo Chicharro. — Un des plus 
remarquables peintres de l'Espagne contemporaine. 

— A. Seaton-Schmidt. Charles W. Hawthome. — 
Portraitiste américain. 

— Léandre Vaillat. L'art décoratif au Salon d'au- 
tomne. 

(Février). — Roger Rebousbin. Les animaux dans 
Vasuvie d'Eugène Delacroix. — Ces animaux si 
réalistes et si bien observés, comme en témoignent 
tant d'études d'après nature, reparaissent aussi 
vivants dans les grandes compositions du maître, 
au mouvement desquelles ils contribuent puissam- 
ment. 



— Gustave Gkffroy. Le Plafond du théâtre de 
Rennes. — Figures et planche en couleur, d'après 
des études et des ensembles de l'auteur du plafond, 
M. i.-i. Lemordant, lequel représente une longue 
théorie dansante de Bretons et de Bretonnes, dans 
les principaux costumes du pays. 

— Robert Hé.nakd. Un Tableau de Tiepolo re- 
trouvé. — Figure de hallebardier qui formait origi- 
nairement la partie droite d'un tableau de Tiepolo, 
conservé au musée d'Edimbourg, et dont l'esquisse 
peinte appartient au musée de Stuttgart. 

— Walter Pach. L'art de John Sloan. — Peintre et 
aquafortiste américain. 

— A. S. GoMPERTZ. Variétés : De la porcelaine et 
de la faïence. 

— Léandre Vaillat. L'art décoratif : Gustave 
Jaulmes. — Peintures pour l'Hôtel royal et le casino 
d'Évian-les-Bains ; décoration de divers hôtels parti- 
culiers. 

Italie 

BoUetino d'arle des ministero délia P. Istru- 
zione (novembre). — Corrado Ricci. Le Sépulcre de 
Galla Placidia, à Ravenne (I). — M. Corrado Ricci 
reprend l'étude de ce monument célèbre et détruit de 
nombreuses erreurs répétées traditionnellement à 
propos de lui. 

— I. A. F. Orbaar. Extraits des comptes de Dome- 
nico Fontana {15S5-I5SS). — Etude sur la topogra- 
phie de Rome au temps de Grégoire Xlll et sur les 
constructions du grand architecte, faite à la lumière 
de comptes découverts dans les archives romaines. 

(Décembre). — Le Sépulcre de Galla Placidia, à Ra- 
venne (II). — Suite de l'étude d'ensemble de M. Cor- 
rado Ricci. Le mausolée et l'église Sainte-Croix. 
L'état des lieux au v siècle, et jusqu'en 1602. Les 
modifications apportées par les moines de Saint- 
Vital. Galla Placidia repose-t-elle dans son mausolée? 
Raisons qu'il y a pour le croire. 

— Enrico Mauceki. Œuvres d'art inédites du 
musée de Syracuse. — Vieux retables des xiv et 
XV* siècles, ruinés en majeure partie. Peintures sici- 
liennes et napolitaines des xvi*, xvir et xviii- siècles. 
Etoffes, carosses. Plats hispano-mauresques. 

— Pompeo MoLMKNTi. Le tableau de Domenico 
Morone de la collection Crespi. — Il s'agit du fameux 
tableau intitule : la Chute des llonacolsi, peint pour 
François de Gonzague, en 1494, en souvenir de la 
victoire de sa famille sur les anciens seigneurs de 
Mantoue. Le gouvernement italien vient d'acquérir 
cette très importante peinture qui faisait partie de 
la collection Crespi, de Milan, dont la majeure partie 
sera prochainement vendue à Paris. Le tableau doit 
être exposé dans le palais des Gonzague, à Mantoue. 

Le Gérant : H. Dknis. 

Paris. — Imp. Georges Petit. M, rue Godot-dc-Mauroi. 



Numéro 623. 



Samedi 2 Mai 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



dans 



La Photographie 
les Musées nationaux (^) 



L'Exemple des Monuments historiques 

A la fin d'un précédent article, où Ton propo- 
sait l'exemple de l'Italie, on a fait remarquer 
que notre service des Monuments historiques 
avait, en ce qui regarde les photographies qu'il 
fait exécuter et mettre en vente, une organisation 
à certains égards analogue au système ingénieux 
de la Direction générale des beaux-arts de la 
Péninsule. 

En Italie, en effet, le cabinet photographique 
des Beaux-Arts, est un « organe de l'adminis- 
tration « travaillant spécialement à l'intention 
des érudits, et reproduisant indistinctement 
peintures et sculptures, architectures et objets 
d'art, ensembles et détails de monuments; une 
maison d'édition est chargée de la vente des 
épreuves au public, à des conditions extrême- 
ment modiques. 

Chez nous, les photographes des Monuments 
historiques, sans être de véritables fonctionnaires 
ayant une mission officielle, jouissent, néan- 
moins, de certaines prérogatives; ils reproduisent 
surtout des monuments et des détails de scul- 
ptures, quelquefois des objets d'art et plus rare- 
ment des peintures; leurs clichés sont remis à 
la maison Neurdein qui se charge de tirer et de 
vendre les épreuves. 

Précisément, M. Jules Roussel, conservateur- 
adjoint du Musée de sculpture comparée, vient 
de publier un nouveau catalogue des photogra- 
phies que le service des Monuments historiques 
met ainsi à la disposition du public. C'est un 
gros livre de plus de six cents pages, où les 



(1) Septième article. Voir les n" 6H à 614, 617 et 
621 du liulletin. — C'est par inadvertance que le sous- 
titre du dernier article ; l'Exemple de l Italie, qui 
figurait au sommaire, n'a pas été imprimé en tête de 
larticle. 



photographies sont rangées suivant l'ordre le plus 
logique, c'est-à-dire celui des départements, et 
pour chaque département, dans l'ordre alpha- 
bétique des localités. Un excellent index ana- 
lytique, qui a dû demander à l'auteur beaucoup 
de temps et de soin, permet au travailleur de se 
documenter rapidement d'après les sujets qui 
l'intéressent, et une table alphabétique générale 
complète l'ouvrage, illustré de quelques petites 
reproductions réunies sur une môme page, à 
titre de spécimens. Il y a là une mine d'une 
richesse considérable, et d'ailleurs insoupçonnée 
de bien des amateurs qui, dernier avantage, peu- 
vent se procurer des épreuves à des prix comme on 
voudrait en avoir de semblables pour les photo- 
graphies des œuvres d'art conservées dans nos 
Musées nationaux : ainsi, pour s'en tenir aux 
épreuves au gélatino-bromure ou sur papier albu- 
miné, dont les prix sont identiques, on trouve 
un 18x24 pourO fr. 50; un 21x27 pourOfr.75; 
un 24x30 pour \ fr. ; et un 30x40 pour 1 fr. SO. 
Enfin, contrairement à ce qui se passe pour les 
clichés exécutés par la maison concessionnaire 
du privilège de la photographie dans les Musées 
nationaux, amun droit de reproduction n'est 
exigé(i); il suffit de mentionner l'indication de 
la provenance. 

Il y a là un ensemble de mesures fort libérales, 
dont l'administration des Beaux-Arts pourra 
utilement s'inspirer, quand elle daignera accor- 
der sa précieuse attention à ces questions qu'il 
faudra tout de même bien qu'elle étudie et règle 
un jour prochain. Il est vrai que, quelque soit 
alors sa décision, qu'elle organise une Chalco- 
graphie photographique, qu'elle s'inspire de 
l'exemple de l'Italie ou du système des Monuments 
historiques, la moins bonne combinaison sera 
encore préférable à l'organisation actuelle. 

E. D. 



(1) Un régime spécial est établi pour les relevés 
d architectes, propriété de l'administration des Beaux- 
Arts. 



138 



LE BULLETIN DE L'ART 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance (Jp 25 avril). — 
Le président rend un dernier hommage à la mémoire 
de MM. Carapanos, d'Athènes, correspondant libre, et 
Leenhoff, d'Amsterdam, correspondant de la section 
de sculpture, qui viennent de mourir. 

— L'Académie procède à l'élection des membres de 
la commission mixte chargée de décerner le Prix 
quinquennal Estradle-Delcros (8.000 fr.), destiné à 
récompenser «un travail rentrant dans les ordres 
d'études dont l'Académie des beaux-arts s'occupe ». 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 24 avril). — Le R. P. Scheil fait une 
communication préliminaire sur la dernière campagne 
des fouilles qui ont été faites àSuze. M. de Mecquenem 
a découvert une vaste nécropole du vu* ou viir siècle 
avant notre ère. Les tombes y sont, en général, de 
petites constructions en briques et contiennent, pour 
la plupart, joint aux ossements, un mobilier de vases, 
d'outils professionnels, de bijoux. Le déblaiement n'en 
est pas complet encore. Les chantiers de l'acropole, de 
la ville royale et des palais achéménides ont également 
donné des résultats qui sont remarquables. 

— M. Henri Cordier communique des renseigne- 
ments sur la mission dont M. le U' Victor Segalen 
a été chargé par l'Académie en Chine : deux scul- 
ptures intéressantes sont signalées par lui. Ce sont 
un cheval ailé et un cheval piétinant un barbare, 
groupe daté de l'an tn avant notre ère. 

— M. Héron de Villefosse communique à l'Académie 
un fragment d'inscription grecque récemment décou- 
vertà Narbonne et envoyé par M. Uouzaud. Ce fragment 
appartient à un cartel rectangulaire qui ornait le socle 
en marbre blanc d'un buste de l'empereur Antonin. Ce 
buste, malheureusement, n'a pas été retrouvé : il avait 
été élevé par deux médecins de Narbonne appartenant 
à la famille Pompéia, tous deux affranchis; l'un d'eux 
s'appelait Fortunatus, le nom de l'autre a disparu. 

— Le Prix Bordin (antiquité grecque et romaine) 
de 3.000 fr. est ainsi partagé ; 

1.000 fr. à M. Eugène de Paye {Gnostiques et Gnos- 
ticisme); i.OOO fr. à M. Deonna {l'Archéologie, sa 
valeur, ses méthodes); 500 fr. à M. Lesquier {les Insti- 
tutions militaires de l'Egypte sous les Lagides); 
500 fr. à M. Billiard {la Vigne dans l'antiquité). 

Une mention est accordée à M. Morin-Jean {la 
Verrerie en Gaule sous l'empire romain). 

— Le prix ordinaire dont le sujet était l'Espagne à 
l'époque romaine est décerné aux l'romenades archéo- 
logiques en Espagne, de notre collaborateur M. Pierre 
Paris. 

— M. Préchac étudie les dimensions et les transports 
successifs du colosse de Néron, d'après les indications 
de la numismatique : ce colosse était primitivement 
placé dans le vestibule de la maison d'or de Néron. 



L'empereur était figuré debout montant sur le quadrige 
d'Hélios que ses coursiers emportaient au galop. 

— M. Cordier lit deux notes de M. Bonnel deMézières 
en mission dans l'Afrique Occidentale. La première 
concerne la découverte de la ville de Tiregga dont la 
réputation fut très grande chez les noirs du Soudan, 
chez les Arabes et les Berbères de la région saharienne. 
La seconde traite de Tendirma, résidence, à partir du 
xv siècle, des Kourmina, Fari ou Kanfari qui étaient 
les premiers dignitaires de l'empire de Gao. Cette 
ville était autrefois le siège d'une puissante colonie 
Israélite dont les habitations s'étendaient depuis le 
bord du fleuve Niger jusqu'à une demi journée de 
marche de celui-ci. 

— M. Collignon signale l'intérêt d'une plaque de 
terre cuite à relief d'ancien style crétois acquise par 
le Louvre et représentant la grande déesse qui domi- 
nait les bètes fauves. 

— M. Monceaux lit, de la part de M. l'abbé Bayard, 
une note proposant une correction au texte de saint 
Irénée concernant l'église romaine. 

Société des antiquaires de France (séance du 
22 avril). — M. Pallu de Lessert étudie les colonies 
romaines d'Espagne dont la fondation est attribuée 
à César ou à Auguste. 

— M. Deshoulières cherche à préciser l'origine du 
profil de certains tailloirs à l'époque romane. 

— M. Pasquier résume les résultats qu'ont donnés 
les fouilles récentes faites à Saint-Bertrand-de-Com- 
minges. 

Société d'iconographie parisienne (séance du 
24 avril). — A propos de la donation faite à la France 
par le roi Georges V, donation dont il a été parlé dans 
le dernier numéro du Bulletin, M. le D' Daily, tant 
en son nom qu'au nom de M. Albert Vuaflnrt, reprend 
et complète ses communications antérieures, notam- 
ment celles de novembre et décembre 1913, sur la 
décoration de la place des Victoires, en les appuyant 
de la production d'estampes et de photographies. 

En ce qui concerne les médaillons représentant des 
faits mémorables du règne de Louis XIV, M. le 
D'Ually rappelle qu'ils étaient au nombre de douze; 
cinq seulement existent encore (ce sont ceux que le 
roi Georges V a offert à la France) ; le sort des autres 
est inconnu. M. le D' Daily a retrouvé, dans un 
minutier parisien, le marché passé pour leur exécu- 
tion : ils étaient l'œuvre du sculpteur Jean Arnoux 
et du fondeur Pierre Le Nègre, qui travaillèrent 
d'après des dessins de Pierre Mignard. 

— M. Etienne Deville présente et étudie deux dessins 
du iviii" siècle, offrant deux aspects de l'Exposition 
de la Jeunesse, qui se tenait, chaque année, sur la 
place Dauphine, le jour de la Fête-Dieu. L'un de ces 
dessins est un crayon de Duché de Vancy, daté de 
mai nSO, conservé au Musée Carnavalet; l'autre, 
signé : A. Maucert, l'Si, a passé de la collection de 
M"* Leiong, dans la collection Ilodgkins, qui a été 



ANCIEN ET MODERNE 



d39 



dispersée cette semaine. M. Et. Deville ajoute quelques 
détails sur l'Exposition de la Jeunesse et sur les 
auteurs de ces dessins. 

Musée du Louvre. — Un décret paru à VOfficiel 
annonce que les noms ci-après seront gravés sur les 
plaques placées dans la rotonde de la galerie d'Apollon, 
en l'honneur des nouveaux bienfaiteurs du Musée du 
Louvre : 

Baronne Delorl de Gléon. 

M. el M"' Martin Le Roy. 

Le Bulletin a eu l'occasion d'annoncer précédem- 
ment que M"" la baronne Delort de Gléon avait offert 
au Musée une collection d'objets d'art musulman, et 
que M. et M"* Martin Le Roy s'étaient dessaisis, en 
faveur du Louvre, d'une importante série d'objets 
d'art du moyen âge et de la Renaissance. 

Manufacture des Gobelins. — Par un décret 
récemment paru, les fonctions de conservateur du 
musée de la Manufacture des Gobelins sont confiées 
à un des fonctionnaires du personnel administratif de 
la manufacture, désigné par un arrêté ministériel. Ce 
fonctionnaire reçoit à ce titre, un supplément de trai- 
tement de l.SOO francs. 

A Bruxelles. — On écrit de Bruxelles qu'à la suite 
d'un accord entre les filles du feu roi Léopold H et 
l'État belge, celui ci entre en possession d'un tableau 
célèbre de Rubens, les Miracles de saint Benoit. Au 
moment do la mort du roi, le tableau était en Amérique, 
ayant été mis en vente. L'Etat belge réclama le rapa- 
triement de l'œuvre qui fut mise sous séquestre en 
attendant la liquidation de la succession. 11 vient d'être 
cédé en propriété définitive au musée de Bruxelles, 
où il sera exposé cette semaine. 

A Corfou. — Les fouilles qui se poursuivent en 
ce moment à Corfou, sous la surveillance presque 
quotidienne de l'empereur d'Allemagne, ont donné, 
d'après des renseignements oraux, quelques résultats 
importants. Sur l'emplacement du grand temple de 



Palaeopolis, d'oVi proviennent les gigantesques restes 
d'un fronton archaïque (première moitié du vi* siècle 
avant J.-C), on a trouvé des décors architectoniques 
d'une cimaise corinthienne en terre cuite, appartenant 
à un grand temple antérieur, du vu' siècle, et dont 
l'entablement était en bois. Dans le parc de Mon 
Repos, la découverte de chapiteaux archaïques fait 
pressentir le voisinage d'un temple, ou peut être 
même de deux édifices distincts. Un mur découvert 
est peut-être celui d'une Acropole antique. — Cii. P. 

A Florence. — Une exposition consacrée à l'art 
des jardins en Italie se tiendra l'année prochaine à 
Florence, au Palais Vieux. Elle comprendra une 
section rétrospective. Des excursions archéologiques 
seront organisées dans les jardins et villas historiques, 
et, dans la section moderne, il y aura une exposition 
de projets de jardins. 

A Munich. — Un projet de loi relatif à l'acquisi- 
tion par l'Etat de la Nouvelle Pinacothèque de Mu- 
nich a été déposé par le gouvernement au Parlement 
bavarois. La collection était,jusqu'à présent, propriété 
de la famille royale. Le roi a consenti à s'en défaire 
moyennant le payement de un million de marks qui 
représente la somme dépensée jadis par Louis I" pour 
achats de terrains et frais de construction du palais. 

Nécrologie. — Le peintre Léo7i Girardot, qui est 
mort à Paris le 2t avril, était originaire de Besançon. 
Élève d'Albert Maignan, il exposait au Salon de la 
Société des Artistes français, où ses peintures de genre 
furent plusieurs lois remarquées : mentionné en 1893, 
il avait reçu une médaille de 3" classe en 1896 et une 
de 2* classe en 1907. 

— Le statuaire hollandais Ferdinand Leenhoff est 
mort à Nice, à l'âge de 73 ans. Professeur de l'Aca- 
démie des beaux-arts d'Amsterdam, membre corres- 
pondant de l'Institut de France, il faisait partie de la 
Société des Artistes français, aux Salons de laquelle il 
obtint plusieurs récompenses. 11 était officier de la 
Légion d'honneur. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — "Vente de la collection Paul 
Delaroff (tableaux anciens). — Faite à la 
galerie Georges Petit, les 2:i et 24 avril, par 
M" Lair-Dubreuil et Doublet, et M. Sortais, cette 
première vente Delarofïa produit b07.550 francs, 
avec, comme principale enciière, les i2.bOO francs 



obtenus, sur la demande de 40.000, par le Jan 
Steen, la Joyeuse compagnie. 

PRINCIPAUX PRIX 

Tableaux anciens. — Ecole française. 55. Boilly. 
L'Heureuse Famille, 5.000 fr. (dem. 5 000). — 57. Bou- 
cher. Achille blessé, 28.100 fr. (dem 25 000). — 59-60. 
Debucourt. Le l'as d'Arlequin. Le Festin de Scara- 
mouche, 9.500 fr. (dem. 10.000). — 62. Drouais le ûls. 



140 



LE BULLETIN BE L'ART 



Portraits d'enfants royaux, H. 000 fr. (dem. 25 000). 

— Fragonard : 65. Paysar/e italien, 8.150 fr. {dem. 
8 000). — 66. IJernier sacrifice, 5 300 fr. (dem. 4.000). 

— 79-80. Oudry. Chien levant des perdrix. Chienne 
blanche et poule faisane, 5.300 fr. (dem. 5.000). — 82. 
Hubert Hobert. Dans le parc après l'ouragan, 5.T00 fr. 
(dem. 6.000). 

ficole hollandaise. — 91. Berckheyde et Ilughten- 
burgh. Le Dam ou Place de ville à Amsterdam, 6.2.Ï0 fr. 
(dem. 4.000). — Van Goyen : 128. La Meuse prés de 
Dordrecht, 12.000 fr. (dem. 10.000). — 132. La l'asse- 
relle, 6.020 fr. (dem. 8 000). — 146. llondius. La Chasse 
à l'ours, 8.600 fr. (dem. 8.000). — 147. De Hooch. Les 
Mendiants au bord du cliemin, 5.500 fr. (dem. 6.000). 

— 155. Lastmaon. Suzanne entre les deux vieillards, 
10.600 fr. (dem. 6.000). — 167. Moreelse. Portrait de 
la princesse Hedwig de lirunswick, 10.500 fr. (dem 
12.000). — 169. Van der Neer. Le Lever de la lune^ 
5.000 fr. (dem. 5.000). — 180. Quast. Portrait de vieil- 
lard, 5.000 fr. (dem. 4.000). — 183. Attr. à Rembrandt 
L'Enfant Jésus parmi les docteurs au temple, 8.000 fr. 
(dem. 8.000). — 184. Attr. a Rembrandt. Portrait d'une 
femme dgée, 7.100 fr. ("dem. 8.000). — 192. Jan Steen. 
Joyeuse Compagnie, 42.500 fr. (dem. 40.000). — 198. 
Ter Borch.te Jeune Garçon au pichet, 7.300 (dem. 8. 000). 

Écoles italiennes. — 211. Attr. à Antonellode Messine. 
Tête de Christ à la couronne d'épines, 7.100 fr. (dem. 
10.000). — 219. Conegliano. Le Christ mort assis au 
bord du tombeau, 5.000 fr. (dem. 8.000). — Guardi : 
223-224. Le Moulin à eau. Cavaliers à l'entrée d'un 
village, 9.500 fr. (dem. 4.000). — 225. Palais en ruines, 
6.000 fr. (dem. 4.000). — Montagna : 229. Jésus bénis- 
sant, 22.000 fr. (dem. 25.000). — 230. La Vierge et 
l'Enfant Jésus, 9.000 fr. (dem. 12.000). — 233. Tura. 
La Vierge portant le Christ mort, 5.700 fr. 

Porcelaines de Chine, etc. — M« Baudoin et 
MM. Mannheim ont procédé, salle 1, les 23 et 
24 avril, à une vente composée de porcelaines 
et faïences anciennes et d'une tenture provenant 
du château de Gaibach. Cette vente, qui avait 
fait l'objet d'un catalogue illustré, a produit 
189.265 francs et donné lieu à quelques enchères 
dignes d'f'tres notées, mais dont il nous suffira 
de donner la liste. 

PRINCIPAUX PRIX 

Porcelaines de la Chine. — 27. Six bouteilles, 
réserves à vases et ustensiles, sur fond bleu fouetté, 
5.000 fr. (dem. 4.000). — 36. Six petits vases-rouleaux, 
décorés en bleu,- 6.000 fr. (dem. 5.000). — 61. Neuf 
plats décorés vases Oeuris et ustensiles au marli. six 
réserves à fleurs, 6.000 fr^ — 70. Six petits vuses 
Kang-shi, compartiments, rochers et ustensiles, 6 310 fr. 
(dem. 4.000). — 77. Deux bouteilles, Kang-shi, décor 
de réserves, fond bleu fouetté, 9.000 fr. (dem. 6.000). 

— 78. Six plats Kang-shi, décorés vase fleuri, 9.000 fr. 
(dem. 4.000). — 82. Six plats décorés réserves forme 
fruits sur fond rouge, ép. Ksng-sbi,9,400 fr. (dem. 5.000). 



Faïences. — 220. Grosse potiche, avec couvercle et 
cornet, anc. faïence de Delft, décor en bleu, enfants, 
oiseaux, etc., 7.100 fr. — 222. Cornet, deux vases et 
deux bouteilles, faïence holl., 13.900 fr. (dem. 8.000). 

Tenture. — 224. Tenture de cinq panneaux satin 
blanc chenille, décor de corbeilles de fleurs, etc , ép. 
Louis XVI, 9.000 fr. (dem. 12.000). 

Ventes annoncées. — A Paris. — Objets 
d'art, etc., appartenant au Baron de G... 

— M" H. Baudoin, assisté de M.M. Mannheim 
et J. Ferai, dirigera, les 4 et b mai, salle n" 1, la 
vente des objets d'art et d'ameublement, tableaux 
et dessins anciens, elc, appartenant àil. le Baron 
de G... Un catalogue illustré, nous permet dé 
nous rendre compte de l'intérêt de cette réunion 
de pièces du xviii' siècle, choisies avec goût. 
Bronzes, meubles en marqueterie, mobilier de 
salon en Aubusson d'époque Louis XVI à sujets 
de petits personnages et d'animaux, forment un 
ensemble de marchandise tout ;i fait à la mode, et 
que complètent encore du côté des dessins : une 
Jeune femme en buste, par Ducreux et le Mar- 
chand de gimbleltcs, par J.-B. Huet, et, du côté 
des peintures : le Déjeuner à l'auberge, par 
J.-B. Charpentier, un Portrait de jeune femme. 
par Daniou.v et la Promeneuse, par Schall. 

Liquidation Seligmann (3* vente. — Objets 
d'art, etc.). — Cette troisième vente Seligmann, 
que dirigeront, salle 6, les !> et 6 mai. M" Lair- 
Dubreuil et Baudoin et MM. Mannheim et Léman, 
comprend des objets d'art et de haute curio- 
sité, des époques du Moyen âge et de la Henais- 
sance pour la plupart, dépendant de la liquida- 
tion des antiquaires de la place Vendôme. Sans 
atteindre à l'importance des vacations du même 
genre, qui ont récemment commencé à la galerie 
Georges Petit, la dispersion du stock de l'ancienne 
Société Seligmann, celles-ci contiennent encore 
un certain nombre de pièces dignes d'attention, 
surtout dans les catégories des faïences ita- 
liennes et des émaux peints. Les meilleurs de 
ces numéros sont reproduits dans les deux 
planches qui illustrent le petit catalogue de cette 
vente. 

Liquidation Seligmann (4* vente. — Objets 
d'art, etc.). — Les mômes commissaires-pri- 
seurs, assistés de MM. Mannheim, Paulme et 
Lasquin, procéderont, les 8 et K mai, salle I, aune 
quatrième vente d'objets provenant de la liqui- 
dation Seligmann. Ces deux vacations com- 
prennent des objets d'art et d'ameublement, pour 
la plupart du xviii* siècle, des porcelaines de 



ANCIEN ET MODERNE 



m 



Chine, des objets de vitrine, etc. Un mince cata- 
logue, illustré de deux planches, a été également 
dressé à l'occasion de cette vente. 

Collection Jules Claretie (tableaux moder- 
nes, etc.). — Le 8 mai, salle 6, M» Lair-Dubreuil 
et M. H. Brame, procéderont à la vente de la 
Collection de feu M. Jules Claretie. La personnalité 
si connue de l'amateur suffirait déjà à donner un 
intérêt particulier à cette vacation qui, à d'autres 
titres également, mérite l'attention. Dans le 
catalogue illustré de cette vente, nous remar- 
quons, en effet, tout d'abord du côté des pein- 
tures: une étude par Corot, Douai, glacif, des forti- 
fications près la porte Notre-Dame, septembre I83i ; 
un Breton, par Dagnan-Bouveret; Églogue, par 
Ilenner; une Scène de ballet, par Degas; une 
Marine, environs de Cayeux, par Jules Dupré ; 
une Nature morte, par Fantin-Latour ; l'Enfant 
Jésus et Tète d'enfant, par Hébert; un Épisode de 
la Campagne de France [1 81 i), par Meunier; la 
Jeune convalescente, par ïassaert ; le Pont de 
Vignole, à Venise, par Ziera; puis parmi les 
dessins : une Hue de village, effet de nuit, par 
Cazin ; le Portrait de ^/"t's Harvey, par Ingres ; le 
Palais de Versailles sous Louis XIII, par Eugène 
Lami. 

A Berlin. — Tableaux. — Nous avons reçu 
le catalogue illustré d'une vacation anonyme qui 
aura lieu chez Lepké, le S mai. A en juger par 
les reproductions, des meilleures sans doute de 
ces peintures anciennes et modernes, apparte- 
nant un peu à toutes les écoles qui la composent, 
le niveau de cette réunion de tableaux est plutôt 
d'ordre secondaire. 

Collection Hormoz-Mirza (antiquités orien- 
tales). — Les 6 et 7 mai, également à Berlin, la 
maison Lepké procédera à la vente de la Collection 
Hormoz-Mirza, de Téhéran. Celle-ci a fait aussi 
l'objet d'un catalogue illustré, où sont reproduits 
les numéros principaux des faïences, verreries, 
miniatures, tapis et broderies, et autres objets 
d'ancien art persan, qui forment celte collec- 
tion. 

A Milan. - Galerie Pisani (tableaux mo- 
dernes). — La galerie Pisani. de Florence, est 
bien connue, depuis nombre d'années déjà. Dans 
le palais qu'elle occupait, place Manin, ont passé 
des milliers de tableaux et d'aquarelles, portant 
les noms des praticiens les plus réputés de l'Italie 
moderne. Par suite de la mortdu commandeur 
Louis Pisani, le fondateur de la maison, celle-ci 



a été fermée et la collection va être dispersée. 
Le gouvernement italien en a déjà acheté une 
partie pour la Galerie nationale d'Art moderne, 
à Rome ; le reste va passer aux enchères. Une 
première vente en sera faite, du H au 14 mai, 
au Palais Cova, à Milan, par les soins de la 
maison Lirio Pesaro, de cette ville. 

Dans la préface qu'il a écrite pour le catalogue 
de cette vente, M. Vittorio Pica souligne l'intérêt 
qu'offre, pour l'étude de la peinture italienne à 
la fin du xw siècle, la collection Pisani. Dans 
la galerie du marchand florentin, se rencon- 
traient, fort bien représentés pour la plupart, 
les noms de Domenico Morelli, Palizzi, Michetli, 
Signorini, Segantini, Boldini, Mosé Blanchi, Ettore 
Tito, Carcano, etc., bref, de tous ceux, peintres 
ou dessinateurs, qui comptent dans l'art de la 
Péninsule, de 1850 à 1900 environ. En plus de 
cette instructive préface, des notes biographiques 
sur les artistes, assez étendues, ainsi qu'une 
illustration abondante et soignée, recommandent 
le catalogue de la présente vente à l'attention 
des amateurs. 

M. N. 
LIVRES 

"Ventes annoncées. — A Paris. — Biblio- 
thèque de M. Alphonse Willems. — Les 4, 5, 
6 et 7 mai, à l'Hôtel, salle no 10, M» A. Desvouges, 
avec M. Henri Leclerc comme expert, dispersera 
la bibliothèque de livres anciens de feu M. Alphonse 
Willems, membre de l'Académie de Belgique. Le 
catalogue de ce cabinet d'historien décrit CH nu- 
méros : poètes français des xvi' et xvii" siècles; 
romans de chevalerie, poètes et chansonniers 
flamands; pièces et ouvrages relatifs à l'histoire 
des Pays-Bas; classiques grecs et latins; enfin 
toute une série d'ouvrages publiés par les EIzevier, 
ce qui ne saurait surprendre dans la bibliothèque 
de l'historien des célèbres typographes. 

B .1. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Les Arts décoratifs de Grande-Bretagne 
et d'Irlande (au Pavillon de Marsan) — Uuand 
l'ironie française, ou plutôt parisienne, a dit : 
u Les Anglais sont de grands musiciens, on ne 
saurait tout avoir », elle ne se doutait guère de 
leur prédominance musicale au moyen âge, dont 
lesouvenirs'estperpétué dans les grands festivals 
de Birmingham; et, sans parler des grâces sen^- 



142 



LE BULLETIN DE L'ART 



timentales de la fin du xviii" siècle, qui s'épa- 
nouirent si poétiquement dans leur école de pein- 
ture, ces Anglais qui passaient, comme les 
Komains de l'antiquité, pour des gens aussi 
positifs que médiocrement doués pour l'art, ne 
devaient-ils pas inaugurer la réhabilitation des 
arts décoratifs? Plus heureux que le nôtre, parce 
qu'il fut plus pratique, le romantisme d'oulre- 
Manche eut l'honneur de favoriser cette revanche 
imprévue des « arts mineurs » par l'intermédiaire 
du petit groupe subtil et savant qui s'est intitulé 
préraphaélite. Ici, depuis la première Exposition 
universelle de ^855 jusqu'aux premiers Salons 
dissidents du « Champ-de-Mars », on avait en- 
trevu quelques peintres du groupe et surtout le 
plus italianisant de tous. Sir Edward Burne-Jones; 
mais on ne connaissait que de nom le véritable 
initiateur d'un renouveau qui remonte à 1861 : 
William Morris. 

Or, ce n'est pas le moindre enseignement de 
la présente exposition d'art moderne, organisée 
par le Board of Trade londonien dans les locaux 
hospitaliers du Pavillon de Marsan, que la 
« rétrospective » consacrée par les disciples aux 
promoteurs d'une renaissance, d'abord discrète 
et purement locale, que l'anglomanie du conti- 
nent devait baptiser le modem style. 

Dès l'entrée, dans une salle somptueuse et sévère, 
la flore naïvement précise et précieuse des étoffes, 
la chaude marqueterie des meubles, les cartons 
de vitraux, d'imposantes tapisseries de haute lice, 
inspirées de nos vieilles légendes de la Mort 
d'Arthur ou de l'Aventure du Saint-Graal, nous 
présentent William Morris, grand poète et dessi- 
nateur industriel, comme un moderne Hans 
Sachs rénovant « la fiuilde des ouvriers d'art >', 
ou mieux encore, comme un Richard Wagner du 
romantisme ornemental, illustrant les romans 
de chevalerie avec les méthodes reconquises des 
anciens métiers. Aussi bien, dans cette atmo- 
sphère de science et de candeur, est-ce une im- 
pression très moyenâgeuse que suggère ce nova- 
teur entouré de ses collaborateurs familiers : le 
peintre-poète Dante-Gabriel Rossetti, qui fut plus 
poète que peintre, les peintres Madox Brown et 
Burne-Jones, dont le premier mériterait encore 
plus de renommée que le second, et l'architecte 
Philip VVebb, le décorateur de Hed House, maison 
de Morris, bâiie en 1889, à Oxford, — sans oublier 
John Ruskin, qui fut l'apôtre et le conférencier 
de l'Union-Club à ses débuts. Mais qu'elles vien- 
nent de notre Gaule chevaleresque, ou du got/iigue 
anglais, si personnel, ou môme de la Florence 



lointaine du quattrocento, ces influences coalisées 
du passé n'ont pas empêché cette « renaissance » 
de se manifester aussitôt nationale et foncière- 
ment britannique, — genuine, comme on dit en 
cet heureux pays, à la fois traditionaliste et 
moderniste, où Taine avait su voir que « les 
réformes se superposent aux institutions >> (1). 

Dès ses origines assez composites, cet art nou- 
veau fut très anglais : il montra donc, sans effort, 
cette unité sans laquelle il n'y a jamais d'art 
décoratif et qui caractérise encore aujourd'hui 
la très moderne exposition des arts britanniques 
réunis pour la seconde fois sur le continent, 
mais pour la première fois à Paris. Cette unité, 
nous la retrouvons dans la décoration du hall oii 
l'architecte Wilson a figuré, comme à Gand, tout 
un raccourci de la vie anglaise, depuis le confort 
du home jusqu'à la majesté du temple, et dans la 
disposition des différentes sections parallèles, 
organisées par le directeur du musée de South 
Kensington, Sir Cecil Harcourt Smith, et par le 
« coramendatore » Walter Crâne, ce délicieux 
illustrateur des Contes de fées, dont l'humour 
Imaginatif ou réaliste exhala plus d'une foisn un 
franc goût de terroir » à nos Salons, depuis 
1881 (2); cette unité met son empreinte sur 
l'élégante argenterie d'un Paul Cooper et de ses 
émules, sur les fines verreries d'un James Powell, 
sur les riches poteries d'un Wedgwood, sur les 
grès raffinés d'un Bernard Moore, sur les cartons 
de vitraux d'un Robert Anning Bell, sur la céra- 
mique originale des quatre frères Martin, con- 
nue, depuis 1872, sous le nom de Martin Ware ei 
proche parente des essais de nos chercheurs, 
Carriès ou Cazin, qui se fit céramiste en 1871, 
pendant son séjour à Londres. Même caractère 
dans les travaux de la Kelmscott Press, qui 
remonte à William Morris, dans toute la sec- 
tion de la reliure et du livre, organisée par 
Mr. Douglas Gockerell.Si la gravure sur bois se 
veut très moyenâgeuse, l'eau-forte reste prime- 
sautière au pays du D'' Seymour-Haden; seule, 
la sculpture apparaît mièvre et timide, à côté des 
illustrations savoureuses d'Arthur Rackham et 
de la fantaisie posthifme d'un Charles Conder ou 
d'un Aubrey Beardsiey. 

Cette union, ((ui fait le mérite et la Torce des 
arts d'outre-Manche, enfermait un danger pour 
les imitateurs du continent, qui n'ont pas assez 

(1). Taine, Notes sur l'Angleterre (Paris, 1872). — 
Cr. Jean Lahor, \\ilUam Morris (Genève, 1897). 

(2). Voir J.-K. Huysinans, l'Art moderne (Paris, 
18S3), pp. 190-201. 



ANCIEN ET MODERNE 



143 



promptement démêlé dans un style moderne 
l'élément anglais; et, plus décisive encore que 
les suggestions de l'industrie munichoise au Salon 
d'automne de 1910, telle est la leçon que nous 
propose l'Angleterre à notre Musée des Arts 
décoratifs ouvert, en 1914, à l'Entente cordiale. 

Raymond Bouyer. 



BIBLIOGRAPHIE 



Pedro de Mena (i). 

Le grand et pathétique sculpteur espagnol du 
XVII" siècle est bien peu connu en France, et il serait 
à souhaiter que l'important volume que vient de con- 
sacrer à sa vie et à son œuvre M. de Orueta fit mieux 
connaître ce maître si foncièrement espagnol, qui a 
donné à l'art de la contre-réforme, dans le pays de 
Velasquez et de Murillo, sou expression la plus 
achevée. 

La gloire de Pedro de Mena est d'autant plus ignorée 
en France que la seule de ses œuvres que des 
reproductions aient popularisée chez nous, le Saint 
François d'Assise de la cathédrale de Tolède, y est 
régulièrement donnée comme un ouvrage d'Alonso 
Cano, son maître, à qui elle a été longtemps attribuée 
par erreur. Mais ce sculpteur est fait cependant pour 
émouvoir particulièrement notre époque : dans ses 
marbres polychromes, d'un réalisme si exact qu'ils 
font parfois penser à des figures de cire, une distinc- 
tion nerveuse se combine avec un naturalisme presque 
populaire; la tradition d'un Guido Mazzoni semble s'y 
mêler au pathétique aigu que retrouvera Goya. Très 
espagnole, et nullement révolutionnaire, son œuvre 
nous parait en même temps très moderne. Il n'a 
sculpté que des Christs, des Madones et des saints, et 
surtout les plus douloureux, les plus sévères, les plus 
tragiques; il lui plait de noyer de larmes les beaux 
yeux passionnés de la Mater dolorosa, et de marquer 
sur le corps de Jésus flagellé, les meurtrissures 
violettes et les ruisseaux de sang. Son imagination 
est un jardin de supplices; et pourtant il n'a rien de 
la brutalité dcRibera: ses martyres et ses ascètes nous 
montrent des corps affinés au rythme harmonieux, 
et d'admirables visages où la passion et la souffrance 
n'abolissent rien d'une beauté précieuse ou touchante. 
Comme le dit M. de Orueta, jamais le naturalisme ne 
s'est si clairement distingué du matérialisme. 

Pedro de Mena est né à Grenade, au mois d'août de 
l'année 1628, de Alonso de Mena et de dona Joana de 
Medrano. L'artiste, élevé dans sa ville natale, où il 
se maria, passa cependant, à partir de sa trentième 



[l) La Vila y la obra de Pedro de Mena y Medrano, 
par Ricardo de Orubta y Uuakte, Madrid, Blass et C'«, 
un vol. gr. in-8». 



année, la majeure partie de son existence à Malaga, 
qui possède tant de ses œuvres, et c'est à Malaga 
qu'il mourut, le 13 octobre 1688. M. de Orueta a 
poussé très loin ses recherches, dans les archives, et 
a pu reconstituer ainsi la vie de l'artiste et celle des 
siens : son travail est tout entier soutenu par une 
riche documentation. 11 a complété la biographie de 
Pedro de Mena et l'étude de son style par un catalogue 
de son œuvre, qui pourra être augmenté, mais qui 
contient déjà un nombre considérable de sculptures. 
Grenade, Malaga, Madrid,Cordoue, Tolède, Séville, Mar- 
chena en possèdent la majeure partie. C'est le chœur de 
la cathédrale de Malaga qui en groupe l'ensemble le 
plus important, exécuté entre l'été de 1658 et le début 
de 1662, série de statuettes représentant des saints et 
occupant les niches ménagées entre les colonnes de la 
décoration des parois. Pedro de Mena, formé par 
Alonso Caiio selon les principes de ce que nous 
appelons l'art baroque, commence, avec cette œuvre, 
à se dégager des enseignements de son maître, et à se 
montrer plus véridique, plus simple, plus ému. Mais 
ce sont surtout les œuvres suivantes qui nous donnent 
l'expression la plus parfaite de son génie : ces Vierges 
de douleur ou ces Vierges de l'itié, ces François 
d'Assise et ces Saint Pierre d'Alcanlara, où le pathé- 
tique s'exprime en des lignes si simples, si rigides 
parfois, et où le réalisme est relevé par tant de dou- 
loureuse noblesse. 

Le public français doit apprendre de M. de Orueta à 
aimer ce grand arliste qui nous donne — autant que 
Murillo — une image précise de l'Espagne religieuse 
du xvii' siècle, après Velasquez. Il souhaitera égale- 
ment que ce maître, ai difficile à connaître hors 
d'Espagne, puisse être représenté bientôt dans nos 
musées. 

Jra.n de Foville. 



Les grands graveurs : 

A. Durer, Rembrandt, AVatteau et Boucher, 

J.-R. Smith (1) 

Cette élégante collection a déjà fait l'objet d'une 
petite notice dans la Hevue, lors de l'apparition des 
deux premiers volumes consacrés, l'un à Van Dyck 
et l'autre à Goya. Quatre nouveaux recueils s'ajoutent 
aujourd'hui à ceux qu'on vient de citer : ce sont 
d'agréables albums de planches, précédés d'une courte 
introduction historique et d'un répertoire bibliogra- 
phique L'introduction rappelle la vie de l'artiste, 
expose son rôle et son influence en tant que graveur, 
et résume sa technique et l'évolution de ses procédés. 
Une soixantaine de reproductions, avec des » légendes » 
détaillées, viennent à l'appui du texte. 

L'intention des éditeurs parait avoir été surtout de 
caractériser les différentes périodes de la gravure, 
plutôt que de consacrer un volume à chacun des grands 



(1) Paris, Hachette, 4 vol. in-16. 



144 



LE BULLETIN DE L'ART 



graveurs. Ils ont ainsi désigné les principales époques 
par le nom de l'artiste qui leur a semblé dominer 
chaque période et avoir eu la plus grande inOuence 
sur la gravure de son temps. Il ne faut donc pas se 
fier aux titres de ces petits livres, qui ne donnent pas 
toujours une idée exacte de ce qu'on trouve dans leurs 
feuillets. 

Sans doute, Durer, Rembrandt, Goya ont fourni à 
eux seuls la matière d'un volume, et chacun de ces 
volumes peut oll'rir aux amateurs de gravures l'intérêt 
d'un répertoire complet, puisque les éditeurs ont fait 
précéder leurs reproductions, pour Durer, du catalogue 
de ses gravures en taille-douce et de ses gravures sur 
bois (par ordre chronologique, et avec références aux 
catalogues classiques de Bartsch. Passavant, Campbell 
Dodgson, etc.) ; pour Rembrandt, du catalogue chrono- 
logique de ses eaux-fortes (conforme à celui de Arthur 
M. Hind et avec renvois à Bartsch); enfin, pour Goya, 
du catalogue des Caprices, de la Tauromac/iie, des 
l'roverbes, des Uésaslres de la guerre et des lithogra- 
phies de l'artiste. 

Par contre, dans le recueil intitulé Vnn Dyck, on 
trouvera non seulement les raaitres-graveurs llamands 
de l'entourage de Rubens, mais aussi les grands 
graveurs portraitistes du xvii* siècle français • 
CI. Mellnn, J. Morin, R. .Nanteuil, G. Edelinek, A. .Mas. 
son, les Drevet, etc , dont le lien avec les précédents 
est certainement des plus minces et le rapprochement 
des plus factices. Le volume suivant défend mieux 
son titre, puisqu'il réunit, autour de Watteau, dont 
il nous oUre les rares et précieuses eaux-fortes, 
la plupart des admirables traducteurs du peintre des 
, fêtes galantes, à commencer par Boucher, virtuose 
de la pointe dans la reproduction des dessins des 
Figures des différents caractères, et en y comprenant 
Claude Gillot et ses eaux-fortes originales, les gravures 
en manière de crayon d'après Boucher, et jusqu'à des 
spécimens de la manière de Gravelot : un ensemble 
assez composite, comme on voit, où l'on trouve repré- 
sentées des techniques et des inspirations fort dis- 
semblables. Au contraire, le recueil intitulé John 
Uaphaël Smilli ne comprend qu'un seul procédé : 
celui de la « manière noire », triomphe de l'école 
anglaise de gravure au xviii* siècle. On a pris pour 
vedette l'artiste qui s'est montré le plus admirable 
représentant du genre au temps de Reynolds, et on 
l'a entouré des plus grands spécialistes du mezzotinto : 
Valenline Green, J. Ward, J. et T. Watson, W. Dic- 
kinson, G. Keating, S. W. Reynolds, J. M. W. Turner, 
et bien d'autres ; il y a là un ensemble très homogène, 
dont les 64 reproductions du recueil donnent une idée 
assez complète. 

Six autres volumes restent à paraître. Je n'irai pas 
jusqu'à dire, avec le «prière d'insérer» des éditeurs, 
que cet ensemble de petits manuels formeront l'histoire 
complète de la gravure et que, « par leur documentatios 
incomparable, il seront, pour les amateurs et les cri- 
tiques d'art, un élément de recherches tnappcécia6/es». 
N'exagérons rien : ces douze petits albums ne doivent 



pas prétendre à tant d'ambition; il serait un peu 
excessif d'écrire qu'ils comblent une lacune et qu'ils 
peuvent tenir lieu de toute une bibliothèque spéciale. 
Il sont agréables, commodes, bien présentés, c'est 
vrai ; mais ce ne sont, après tout que de jolis aide- 
mémoire, et pas autre chose. 

E. D. 

^^■•9^'^Ôs^9kk'^3».''#9^'^9K^9k'^3».^$^*ft<'^9v'^^^3fc^^'^^*^.^9k'^9K^^ 

UEIS REVUES 



Franck 
L'Art et les artistes (mars). — William Hitteh. 
La Villa Valmarana. — La villa Valmarana, de Vi- 
cence, et sa décoration magnifique, par Tiepolo : 
décors de la fable (salle de l'Iliade, salle du Tasse, etc.), 
décors de scènes rustiques et de scènes de mœurk 
vénitiennes <\e Charlatan, la Foire). 

— Jean-Marie Cahhé. L.-G. Carré. — Peintre, dessi- 
nateur et aquafortiste, qui a trouvé une inspiration 
originale dans les scènes et les types algériens et 
espagnols. 

— J.-F. Louis Mkrlet. Le Musée provincial de 
liurgos. — Figures d'après un retable byzantin et des 
sculptures. 

— J. LoKTKL. David caricaturiste. — Deux carica- 
tures contre l'Angleterre, dont les originaux sont con- 
servés aux Archives nationales. 

— Léandre Vaillat. L'Art décoratif: Clément Mère. 

— Figures d'après des boites, des cuirs laqués, de 
petits meubles, des panneaux d'ivoire, etc.. tous ces 
délicieux bibelots qui sont toujours si remarqués aux 
Salons où expose cet ingénieux et exquis décorateur 

Allemagne 
Die Kunst (avril). — G. J. Wolf. Hermann Hahu. 

— Sculpteur munichois, aperçu général de l'œuvre. 

— Lettres de Karl Stauffer à sa famille. 

— M.-K. RoHE. Le Nouvel arrangement de la Nou- 
velle Pinacothèque [Musée d'Art moderne de Munich). 

— Un a pris pour principe de réunir autant que pos- 
sible les œuvres d'un même artiste ou de son 
groupe. 

— C. Glaskh. l'our iéternilé. — L'homme mo- 
derne et surtout l'artiste, a une idée excessive de son 
importance personnelle; l'idée qu'il travaille pour 
l'Avenir, pour l'Éternité ne le quitte pas. 

— A voN Gi,eichkn-Rdsswub!1. Une ville moderne. 

— Construite par l'architecte llaiger près de Coblence. 

— P. Westheim. Sculptures en buis. — Renaissance 
de cet art, jadis populaire en Allemagne. Spécimens 
intéressants de l'œuvre de Taschner, Dell' Antonio, 
Langer, Basiach, Wackerlé, etc. 

— W. FoRTZicii. Travaux de ferronnerie de 
W. Hazgenmacher. — G. Hlet. 

Le Gérant : H. Dcnis. 

I Paria. — Imp. Georges Petit, 11, rue Godot-de-Uauroi . 



Numéro 624 



Samedi 9 Mai 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



Chronique du Vandalisme 



Le Pont d'Héricy. 

Le Matin a publié, il y a quelques semaines, 
une vue du pont métallique projeté pour réunir 
Héricy et Samois, — une abominable ferraille, 
haute de 18 mètres et longue de 566, qui va sac- 
cager un des plus charmants paysages des bords 
de la Seine. 

M. André Hallays a dit, depuis lors, dans tes 
Débats, ce qu'il fallait penser de ce projet sau- 
vage, de la laideur et de l'incommodité du futur 
pont, et de son inutilité. Il a tracé un exquis ta- 
bleau du paysage menacé : « Gentiment posé sur 
sa petite falaise, le village de Samois fait face à 
celui d'Héricy, qui s'étend sur la pente plus 
douce de la rive opposée. Deux îles toutes ver- 
doyantes partagent le courant du fleuve. Dans ce 
tableau, tout est grâce, délicatesse et secrète 
élégance ». 11 a montré que la construction d'un 
pont— et d'un pareil pont ! — en un pareil endroit 
ne s'expliquait nullement par les nécessités de 
la circulation : « A deux kilomètres en amont, le 
pont de Valvins permet à Héricy de communi- 
quer avec Avon et Fontainebleau; à quatre kilo- 
mètres en aval, il y a le pont de Fontaine-le-Port. 
Le passeur, dont la barque va et vient entre 
Samois et Héricy, suffit à assurer la communica- 
tion entre les deux villages ». Du reste, Samois 
se soucie fort peu de ce pont, et c'est Héricy 
(1.200 habitants) qui supportera la plus grosse 
dépense et grèvera son budget d'une centaine de 
mille francs. 

On chercherait longtemps quelles sont les rai- 
sons mystérieuses de ce projet, si l'on ne savait 
que, sur la rive droite, le pont et sa rampe d'accès 
se dresseront devant la terrasse du château 
d'Héricy. Or, il y a là, comme à Nogent-sur- 
Marne, un maire entrepreneur de maçonnerie 
qui cherche « la bonne affaire ». Il se dit que, le 
jour où les propriétaires du château n'auront 



plus à contempler que des piles de ciment sur- 
montées de lourdes travées de fer, ils s'empresse- 
ront de quitter le pays et de vendre leur domaine. 
Ce domaine, on ne manquera pas de le lotir; 
on y élèvera de petits pavillons; et la triste comé- 
die sera jouée une fois de plus : le pont d'Héricy, 
inutile en soi, aura eu pour effet « non seule- 
ment de massacrer un beau paysage, mais en- 
core de détruire, dans un délai très rapproché, 
une délicieuse propriété d'autrefois ». 

M. André Hallays rapporte que, devant l'indi- 
gnation soulevée par ce projet, le préfet de 
Seine-et-Marne a décidé de consulter la Commis- 
sion des sites : il suffirait qu'elle classât la déli- 
cieuse île aux Barbiers, que le pont doit traver- 
ser, pour que les rêves de M. le Maire s'en aillent 
à vau-l'eau. 

Souhaitons que cette heureuse solution iiiler- 
.vienne et qu'un méfait nouveau ne s'ajoute pas 
à la liste déjà trop longue de ceux qui défigurent 
et salissent comme à plaisir le visage de la vieille 
France. 

E. D. 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 2 mai). — 
Le président annonce que le ministre de l'Instruction 
publique, conformément à la demande qui lui en avait 
été faite, met la salle du Jeu de Paume du jardin des 
Tuileries à la disposition de la Compagnie pour y 
organiser, tous les deu.i aus, une exposition des 
œuvres des membres de l'Académie des Beaux-Arts 
et d'un certain nombre d'artistes qui seront désignés 
au scrutin par les différentes sections de l'Académie. 

— Le 5 mai, a commencé au Palais de Compiègne, 
le concours d'essai pour le prix de Uome de compo- 
sition musicale ; y ont pris part : MM. Mignan, 
Déré, Saint-Aulaire-la-Durantine, de Pesser, Noyan, 
M"' Guyot, MM. Dupré, Grandjarry, de Lapresle, 
Delmas, Scotto, Laporte et M"' Canal. 

Le jugement du concours d'essai aura lieu le 
mardi 12 mai au Conservatoire. 



146 



LE BULLETIN DE L'ART 



Académie des inscriptions et belles-lettres 

(sénnce du 1" mai). — M. II. Cordier donne des nou- 
velles de la mission de M. lionnel de Mézières en 
Afrique. 

— M. Collignon communique un rapport de 
MM. Manidy Bey, conservateur des Musées ottomans, 
et Charles Picard, membre de l'École française 
d'Athènes, adressé à l'Académie par M. Fougères, di- 
recteur de l'École d'Athènes. 

Ce rapport expose les résultats de la première cam- 
pagne de fouilles dirigée en 1913 à Colophon sur 
l'emplacement du Ilieron d'Apollon Claros. Les tra- 
vaux ont permis de reconnaître la situation exacte du 
temple principal, construit dans la plaine, à proxi- 
mité de la mer, alors que la célèbre grotte prophé- 
ti(|ue se trouve dans la montagne. On a dégagé en 
partie les Propylées et mis complètement au jour une 
vaste exèdre située à l'alignement de la façade. Les 
fouilles ont livré, en outre, une riche série d'ins- 
criptions d'un grand intérêt historique. Parmi les plus 
précieuses, il faut signaler les proscynèmes des villes 
qui avaient envoyé des délégations à l'Apollon Cla- 
ros et qui sont gravés sur les murs et les colonnes 
des Propylées. 11 y a lieu d'attendre beaucoup de ces 
fouilles entreprises en Asie-Mineure par l'École 
d'Athènes. Les premiers résultats promettent la dé- 
couverte d'un temple d'Apollon dont Pausanias 
signale la grandeur et la richesse et qu'il compare à 
ceux de l'Artémis d'Ephèse, de la Héra de Samos et 
au Didyméion de Milet. 

— M. Collignon donne ensuite lecture d'un rapport 
de M. Coinby relatif é une importante découverte 
faite par l'auteur dans les ruines du temple d'Apollon 
à Delphes au cours d'une mission accomplie en 1913. 
A laide de photographies donnant l'état des fouilles 
en 1894, M. Comby identifie l'adyton du temple avec 
une construction qui coupe d'une manière assez im- 
prévue la colonnade Sud. Or, au même endroit, dans 
la profondeur du remblai, il a retrouvé un Omphalos 
en pierre calcaire, de travail très fruste, portant le 
nom de la déesse Gaïa gravé en caractères archaïques. 
Il expose les raisons qui lui permettent de reconnaître 
le véritable Omphalos de Delphes, la pierre sacrée 
pl.icée dans l'adyton et invisible pour le public. 
Celui-ci ne pouvait en voir qu'une copie en marbre 
exposée à l'extérieur et que M. Ilomolle a découverte 
sur l'esplanade orientale du temple. 

Société des antiquaires de France (séance du 
22 avril). — M. Henri Martin, trésorier de la Société, 
lit sou rapport sur l'exercice 1913. 

— M. Max Prinet étudie des fers de reliure qui ont 
été altribués au maréchal Strozzi et au chancelier 
l'Hôpital. 

— M. Robert Toutain lit une note de M. R. de I.aunay 
sur les labyrinthes au moyen âge, où il est prouvé 
que ces représentations sont originaires du nord de 
l'Europe. 

— M. de Mély annonce qu'il a relevé sur le vêtement 



d'un personnage, dans un tableau du Louvre attribué 
au maître de Saint-Séverin, une inscription qui don- 
nerait le nom de l'artiste Galo. 

— M. Babelon montre un petit buste en argent 
provenant du trésor de Berthouville qui représente 
probablement la déesse Maïa. 

— M. de Villefosse présente, de la part de M. Maxime 
Legrand, un moule trouvé en Afrique qui a du servir 
à fabriquer une boucle de l'époque mérovingienne. 

Musée des Arts décoratifs. — L'Union centrale 
des Arts décoratifs vient d'exposer au pavillon de 
Marsan une série de dessins, récemment acquis, 
dus à l'architecte décorateur Gilles-Marie Oppenord. 
Ces dessins, exécutés à la plume d'oie trempée dans 
cette encre d'un rouge violacé dite « encre véni- 
tienne », et traités avec une extrême liberté, ont trait 
à un projet d'hôtel, dit hôtel du Trésor royal, com- 
mandé par M. de Gandion pour être édifié au Marais 
à Paris. 

Musée Jacquemart-André à Châalis. — L'Ins- 
titut de France a communiqué aux journaux une 
information, concernant l'ouverture du château et du 
domaine de Chàalis. 

« Le château et le domaine de Ch&alis seront 
ouverts au public, le jeudi 7 mai et les jeudis suivants 
de midi à cinq heures jusqu'au 31 août, et de midi à 
quatre heures et demie du!" septembre au i~> octobre. 
Les moyens de communication sont les suivants : 

I. Par chemin de fer (Compagnie du Nord) : 

1" Parle Plessis-Belleville (en 45 minutes) : gare du 
Nord : trains de 7 h. 5o ; 12 h. 15 ; et 14 h. 48. 

Voitures au Plessis-Belleville. — Automobile de 
l'hôtel de l'Ermitage (tél. Ermenonville) ; distance, 
9 kil. 

2° Par Senlis (en une heure) : 

Gare du Nord : trains de 10 h. 25 (changement à 
Chantilly) et de 12 h 3. 

Automobiles. — Hôtel du Grand-Cerf ou chez Per- 
séguers, route de la République; distance, (I kil. 

II. Par la route : 45 kil. 
Itinéraire : 

Porte de Flandre, Louvre», Plailly, Mortefontaine, 
Ermenonville » 

On voit que le nouveau musée ne bénéficie même 
pas de la mesure appliquée au Musée Condé, à Chan- 
tilly, qui, lui, est ouvert pendant les dimanches d'été, 
exception faite pour les jours de courses. 

C'est restreindre singulièrement l'accès du domaine 
que de n'en autoriser la visite qu'un jour en semaine. 

Salon des Artistes français. — Pour le vote des 
récompenses et pour certains travaux intérieurs, le 
Salon des Artistes français, au Gr.'ind Palais, sera 
fermé au public le 8 juin. 

La réouverture aura lieu le lendemain à raidi. 

Les Peintres du ministère de la Guerre. — L'n 

récent arrêté du ministre de la Guerre a fixé les con- 
ditions dans lesquelles le titre de « peintre, sculpteur, 



ANCIEN ET MODERNE 



147 



graveur ou architecte du ministère de la Guerre » 
peut être conféré aux artistes français qui en font la 
demande 

Ce titre est purement honorifique. Il ne lie en rien le 
ministère de la Guerre au point de vue des commandes. 
En aucun cas, il n'équivaudra à un emploi et ne confé- 
rera un traitement. Dans la mesure compatible avec 
les exigences du service, les artistes accrédités peuvent 
ôtre admis par les autorités militaires compétentes à 
assister aux revues et aux manœuvres. 

Le Vol de « la Joconde ». — M Drioux, juge 
d'instruction, a rendu une ordonnance de non-lieu 
en faveur des frères Lancellotti et de M"* Clamage- 
rand, arrêtés tous les trois pour complicité dans le vol 
de la Joconde. 

Les Amis du Mont Saint-Michel. — La cam- 
pagne menée avec tant d'activité par l'Association 
des Amis du Mont Saint-Michel commence à porter 
ses fruits. L'administration des Travaux publics, 
entrant dans la voie des réalisations, vient de pres- 
crire l'enquête d'utilité publique relative à l'exécution, 
pourune somme de 500. 000 francs, des travaux suivants, 
destinés à assurer l'insularité du Mont Saint- Michel : 
1° abaissement de la digue insubmersible en pente 
douce jusqu'à l'entrée du Mont; 2° dérasement partiel 
et par couches successives de la digue submersible de 
Roche-Torin entre le kilomètre 1 kil. 200 et l'extrémité 
ouest de ce remblai. 

A Avignon. — Grâce à la Société des Amis du 
Palais des Papes et des monuments d'Avignon, dont 
l'activité est des plus fécondes, l'utilisation du Palais 
des Papes — puisque, parait-il, il faut à tout prix 
l'utiliser — va prendre un ^caractère plus digne de 
l'illustre pionument que certaines exhibitions dont 
on n'a pas perdu le souvenir. 

Tout d'abord, la Commission consultative du Palais 
des Papes, créée par la municipalité précisément 
pour étudier et réaliser l'utilisation de l'édifice, et 
dont les membres appartiennent presque tous à la 
Société des Amis du Palais, avait proposé la fonda- 
tion d'un musée médiéval de la région du Midi, com- 
posé surtout de moulages Mais déjà des dons étaient 
venus, d'œuvres d'art des xvii', xviii" et même 
XIX* siècles. Pour ne pas décourager les bonnes volon- 
tés, on a résolu de constituer un triple musée : 
musée médiéval, musée des xvii' et xviii* siècles, 
musée des œuvres modernes ; sans doute, le premier 
de ces musées comprendra-t-il aussi les œuvres de la 
Henaissance. 

La tâche ainsi fixée a reçu un commencement 
de réalisation. M. l'abbé Requin, correspondant de 
l'Institut, a été nommé conservateur des futures 
collections, et le Palais des Papes s'est enrichi de 
plusieurs morceaux importants, dans les trois séries 
du musée projeté. 

Le musée médiéval a reçu le moulage du tombeau 
de Clément VI, dont l'original, conservé à l'abbaye 



de la Chaise-Dieu, reproduit le tombeau d'un évêque, 
qui se trouve dans la même église et qui est dû à des 
artistes avignonnais du xiv siècle ; le moulage du 
buste de Benoît XII, œuvre de Paul de Sienne (1341), 
qui ornait jadis la façade de l'ancienne église Saint- 
Pierre ; enfin une collection de relevés de fresques 
des iiii-, xiv* et xv siècles, offerte par M. Nodct. 

Pour le musée des xvii* et xviii* siècles, les mem- 
bres de la Société des Amis du Palais ont pu acquérir 
la cheminée qui décorait la grande salle de l'hôtelle- 
rie à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon, chemi- 
née haute de cinq mètres, appartenant à la seconde 
moitié du xviii" siècle. 

La collection moderne comprend le Triptyque de 
saint Gens, peinture de P. Vayson ; le buste de cet 
artiste, par Charpentier ; des maquettes, dessins, 
plans, etc., provenant de l'archevêché. 

L'Annuaire, que vient de publier la Société des 
Amis du Palais des Papes, témoigne que ce groupe- 
ment entend justifier son titre et étendre sa sollicitude 
aux autres monuments d'Avignon : elle a demandé le 
nettoyage des portes et le dégagement du clocher de 
l'église Saint-Pierre, le classement de la chapelle du 
lycée ; elle a attiré l'attention de la municipalité sur 
le petit Palais, élevé au xv siècle, et aujourd'hui 
occupé par une école primaire supérieure ; elle s'est 
préoccupée de la propreté des remparts ; enfin, elle 
exerce sa surveillance sur les travaux de restauration 
qui se continuent au Palais. 

A Lille. — Mardi dernier, un accident a provoqué 
la destruction d'une œuvre de Frémiet, conservée au 
musée de Lille, le Chevalier errant, groupe équestre 
en plâtre, haut de 3 m. 50 Des gardiens remplaçaient 
le vélum de la galerie de sculpture du musée ; le câble 
qui maintenait l'armature du vélum ayant échappé 
à l'un d'eux, les deux autres durent à leur tour lâcher 
prise, et la lourde armature métallique tomba sur 
le plâtre de Frémiet, qui fut écrasé. 

A Florence. — La Galerie des Offices vient d'ache- 
ter un tableau du quattrocentiste siennois Matleo di 
Giovanni, représentant la Vierge et l'Enfant avec 
deux saints et deux anges, et qui appartenait à l'église 
de la Selva, à Sienne. 

M. Poggi, surintendant des galeries llorentines, a 
l'intention de créer aux Offices une salle siennoise 
où il réunira les diverses œuvres de l'école éparses 
dans les musées de Florence ; on y trouvera trois 
Lorenzetti (deux Pietro et un Ambrogio), la fameuse 
Annonciation de Simone Martini, les prédelles de 
Francesco di Giorgio et de Neroccio, le Matteo di 
Giovanni dont on vient de parler, un Girolamo del 
Pacchia, un Beccafumi, et enfin le Saint Sébastien 
du Sodoma. 

Au Musée National, le directeur, M. G. de Nicola, tra- 
vaille à une réorganisation. On enlèvera de la grande 
salle les Donatello pour les mettre, avec d'autres 
morceaux de sculpture quattrocentiste, dans deux 



148 



LE nULLETIN DE L'ART 



salles nouvellement ouvertes. Itien n'est décidé au 
sujet (le la destination nouvelle de la grande salle ; 
peut-être y installera-t-on la collection Carrand, mais 
ce projet n'est pas encore définitif. 

On parle d'un autre projet, qu'il faut espérer qu'on 
pourra réaliser. Le Palazzo Non-Finito, occupé pré- 
sentement par les bureaux du télégraphe, sera bientôt 
vacant; il est tout près du Musée National et on 
voudrait qu'il soit destiné à agrandir ce musée, dont 
les salles regorgent d'objets d'art et qui ne sait où 
placer ses dernières acquisitions. On mettrait dans 
cette sorte de succursale du musée les médailles, les 
étoiles, les majoliques, et on pourrait ordonner au 
Bargello, avec l'ampleur et la précision nécessaires, 
les bronzes et les marbres. — L. G. 



A 'Vicence. — On vient de rouvrir la galerie de 
Vicence que la municipalité a fait réorganiser. 

Les unes après les autres, toutes les petites ville» 
d'Italie donnent à leurs collections des soins intel- 
ligents, dépensant sans compter pour que les œuvres 
d'art soient disposées dans des salles spacieuses et 
dans l'ordre convenable, revisant les attributions 
traditionnelles, refondant les catalogues. Le Bulletin 
a souvent eu l'occasion de signaler des travaux 
de ce genre et on ne saurait assez louer — et envier — 
les initiatives si intelligemment prises, ces dernières 
années, dans l'Italie entière et jusque par les plus 
petites villes. 

A Vicence encore, la restauration de l'église de 
S. Lorenzo vient d'être terminée. — L. G. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — 'Vente de la collection Hodgkins 
(dessins anciens). — Dirigée, galerie Georges 
Petit, le 30 avril, par M" Lair-Dubreuil et Bau- 
doin et MM. Ferai, Paulme et Lasquin, cette 
vente a produit 400.188 francs, pour 55 numéros. 
Ce résultat doit être considéré comme très satis- 
faisant, si l'on lient compte, d'une part, des 
mauvaises conditions présentes du marché de 
la curiosité, de l'autre de cette circonstance, — 
que nous avons déjà signalée en annonçant la 
vente, — que la plupart des dessins composant 
la collection, avaient déjà passé aux enchères, 
en ces dernières années, à Paris môme. Or c'est 
un fait d'observation courante, que les œuvres 
d'art provenant de ventes célèbres, s'ils repas- 
sent à peu de temps d'intervalle sous le mar- 
teau du commissaire-priseur, ne retrouvent pas 
des prix équivalents à ceux qu'ils ont précé- 
demment obtenus. 

Il ne faut donc pas s'étonner que la Feuille d'étude 
de sept ttUcs, de Watteau, adjugée 71 000 francs à 
la vente Doucet, en 1912, n'ait réalisé ici que 
60.000 francs, ni que la gouache de Van Hlaren- 
berghe, une Noce de village, poussée à 62.000 francs, 
l'an dernier, à la vente Béer, n'ait pas dépassé 
54.000 francs, cette fois. Au contraire, on pré- 
voyait plutôt des différences plus marquées. Même 
deux dessins — de moindre importance, il est 



vrai, — ont dépassé leurs prix d'adjudication 
antérieurs. 

PRINCIPAUX PRIX 
Dessins dd xviii' sitcLR. — 2. L. van Blarenberghe. 
Une Noce de village, gouache, 54.000 fr. (dem. 50.000; 
vente Béer, 1913, 62.000 fr.). — Boilly : 1. La Lecture 
du onzième bulletin de la Grande Armée, lavis, 
10.000 fr. (dem. 12.000). — 5. Un Café de l'aris, des- 
sin, 11.000 fr. (dem. l.ï.OOO). — 6. Un Cabaret de Paris 
en ISIS. tl.OOO fr. (dem. 10 000). — 7-8. Corel. Le 
Gage louché, le Colin-Maillard, aquar., 15 000 fr. 
(dem. 15.000;. — 9. Boucher. Vénus aux colombes, 
dessin aux trois crayons, 6.000 fr. (dem. 6.000). — 19. 
Cochin le fils. Illuminations des écuries de Versailles 
à l'occasion du second mariage du Dauphin (9 fé- 
vrier <74'), lavis, 13. 000 fr. (dem. 12 000; vente Doucet, 
1912, 14.000 fr.). — 21. École franc Les Trois sœurs, 
gouache, 7.000 fr. (dem. 6.000). — Krngonard : 25. 
Le Sacrifice au Minolaure, bistre et aquar., 40.000 fr. 
(dem. 40.000; vente Brun-Neergard, 1814, 50 fr.; vente 
Doucet, 1912, 48. .500 fr.). — 27. La Visite au grand- 
père, sépia, 15.500 fr. (dem. 20.0001. — 32. Hoin. La 
Consultation de Voracle, 14.000 fr. (dem. 15.000; 
vente Mulhbacher, 1899, 5.600 fr.; vente Mandl, 1905, 
16 000 fr ). — 33. Isabey. Le l'etit Coblentz, vue du 
boulevard de Gand sous le Directoire], plume re- 
hausséed'aquar.,10.500fr.(dem.l5.000; vente Richard 
Lion, 1886, 805 fr ). — 38. N. Lawreince. Les Trois 
sœurs au parc de Saint-Cloud, aquar. gouachée, 
15.200 fr. (dem. 6.000). — 40. Lespinasse. Vue du 
Grand Trianon, prise du côté de l'entrée, en 17/10, 
aquar. et gouache, 10.000 fr. (dem. 10.000 ; vente 
Doucet, 1912, 11.000 fr.). — Mallet : 41. i^ Tireuse de 



ANCIEN ET MODEKJVE 



149 



caries, gouache, 6.200 fr. (dem. 5.000). — 42. Le Petit 
déjeuner, gouache, 5.500 fr. (dem. 5.000). — 43. 
Maréchal. Intérieur de palais, 8.000 fr. (dem 6.000; 
vente Doucet, 1912, 6 700 fr.). — 44. Maucert. Expo- 
sition de tableaux sur la place Dauphine, lavis de 
sépia, 11.000 fr. (dem. 10.000; vente Leiong, 1903, 
9.000 fr.). — 48. Portail. La Musique de chambre, san- 
guine, 8.200 fr. (dem. 5.000; vente Decourcelle, 1911, 
4.800 fr.). — 52. Van Gorp. Le Visiteur attendu, 
gouache, 9.000 fr. (dem. 8.000). — A. Watteau : 54. 
Feuille d'éludé, sept têtes, trois crayons, 60.000 fr. 
(dem. 60.000; vente Concourt, 1897, 17.500 fr.; vente 
Doucet, 1912, 71.000 fr.).— 55. Feuille de trois têtes, 
sang., 8.000 fr. 

Vente de la collection Delaroff (2» vente : 
tableaux anciens, etc.). — Faite, salle 6, du 
27 avril au 2 mai, par les soins de M«' Lair- 
Dubreuil et Doublet et de MM. Sortais, Duchesne 
et Duplan, cette deuxième vente Delaroff a pro- 
duit 201.713 francs, qui, Joints aux 507,550 francs 
réalisés par la première vente, donnent le total 
de 709.263 francs, pour ce qui a été dispersé jus- 
qu'ici de la collection de l'amateur russe. 

Dès à présent, une dernière vente est annon- 
cée pour l'année prochaine. 

Deux prix, ici, sont seulement à retenir : 147. 
A. Cuyp. Halte d'un cavalier, 7.300 fr. — 502. 
Clodion. Bacchvs, groupe en terre cuite, 20.800 fr. 

■Vente d'objets d'art. — Notons, parmi les 
résultats d'une vacation anonyme, dirigée salle 8, 
le i"' mai, par M« Dubourg et M. l'ape, les 
6.700 francs obtenus par deux potiches en an- 
cienne porcelaine de Chine Kang-hi, à réserves 
de paysages avec oiseaux. 

Succession Mauzaize (objets d'art, etc.). — 
Une seule enchère vaut aussi d'être notée dans 
la vente faite, salle 12, le 4 mai, par M" Baudoin 
et Albinet et M. Pape, celle de 9.050 francs, obte- 
nue sur la demande de 4.000, par une commode 
en bois de placage et marqueterie, d'époque 
Louis XV, ornée de bronzes et signée Dubois. 

Vente de tableaux modernes. — De même 
nous ne trouvons qu'un seul prix à signaler, 
dans la vacation anonyme, dirigée le même jour, 
salle 7, par M» Lair-Dubreuil et M. G. Petit, celui 
de 7.600 francs pour les Bords de la Seine, par 
Pissarro, estimé 7.000. Cette vente a produit un 
total de 49.670 francs. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Collec- 
tion Roger Marx (2" ven+e : tableaux, des- 
sins, aquarelles, etc., m /Jjrnes). — Les H et 
12 mai, à la galerie Manzi, M" Lair-Dubreuil et 



Baudoin, assistés de MM. Durand-Ruel et Ber- 
nheim jeune, procéderontàla vente des tableaux, 
dessins et sculptures modernes faisant partie de 
la collection Roger Marx. Le catalogue illustré 
de cette vente est précédé de quelques lignes où 
M. Anatole France donne un dernier souvenir à 
notre confrère, dont, dans les quelques pages de 
préface qui suivent, M. Arsène Alexandre rap- 
pelle la carrière administrative et le rôle comme 
critique, en même temps qu'il définit son goûl 
comme amateur. 

La place nous est trop mesurée ici pour sou- 
ligner comme il conviendrait combien, chez 
Roger Marx, l'unité fut complète. Fonctionnaire 
de l'administration des Beaux-Arts, écrivain d'art 
et collectionneur, un même esprit dirigea ces 
trois rôles où il déploya une égale activité. Les 
mêmes artistes qu'il soutint de son autorité, 
qu'il défendit ou célébra par la plume, sont ceux 
dont il voulut avoir des productions. Aussi, dans 
la présente vente, retrouvera-t-on les mêmes 
préférences qui s'affirmaient dans la riche col- 
lection d'estampes modernes dispersée ces jours 
derniers, et les mêmes noms, — ceux des artistes 
que Roger Marx fut des premiers à connaître et 
à faire conuaitre : Manet et Toulouse-Lautrec, 
Carrière et Pantin, et bien d'autres. 

C'est donc l'art le plus moderne, qui est ici 
représenté par deux cent cinquante et quelques 
numéros, dont certains très importants. 

Signalons tout d'abord, du côté des peintures: 
l'Orgue de Barbarie et la Tasse de café, par P. Bon- 
nard; les portraits d'Edmond de Goncourt et de 
M. Cliarles Morice, la Leçon d'écriture et un Masque 
d'enfant (iS86), par Carrière; la Femme au tour- 
nesol, par Mary Cassatt ; la Procession sous les 
arbres, par M. Denis; l'Apothéose de Berliot et la 
Vision', par Fantin Latour ; Femmes nues au bord 
de l'eau, par Gauguin ; les Anémones, par E. Lau- 
rent ; Quai de la Seine (matin de printemps) et 
Rouen {la Côte Sainte-Catherine), par Lebourg; 
le Petit bras de la Seine, quai de Béthune, par 
Lépine ; la Sultane, par Manet ; le Pont d'Argen- 
teuil {1872), par Monet; une Femme arabe (1882), 
Jeune femme en bleu et un Buste de femme, par 
Renoir ; Dans le lit, Au Moulin-Rouge et les Deux 
femmes au bar, par Toulouse-Lautrec ; le Manteau 
noir et une Cour en automne, par Vuilliard ; puis, 
du côté des dessins : une Femme vue de dos, par 
Besnard ; la Lecture, par Mary Cassatt ; le Village 
et le Moulin à Equihen, par J.-C. Cazin ; Détresse, 
le Conducteur de chevaux, Homme assis dans un 
fauteuil et le Malade imaginaire, par Daumier ; 



iso 



LE BULLETIN DE L'ART 



Dans l'atelier de la modiste, l'Éventail au portant 
de théâtre, Trois danseuses, la Toilette, Femme se 
grattant et Groupe de danseuses, par Degas; Filles 
du Rhin et la Jeune femme à l'éventail, par Faiilin- 
Latour ; Au Théâtre, par Forain ; Devant le comp- 
toir, Jeune femme, la Femme au panier et Femme 
au tablier bleu, par C, fiuys ; le Port de Uonfleur 
et un Port en Hollande, par Jongkind ; la Place 
dic Marché à Rouen et la Construction du pont 
transbordeur à Rouen, par Lepère ; la Paix (étude 
décorative pour le Musée d'Amiens, par Puvis de 
Chavannes ; la Femme en rose et des croquis, par 
Renoir ; des dessins de Rodin ; la Bacchante nue 
et un Music-hall, par F. Rops ; la Blanchisseuse, 
par Toulouse-Lautrec ; enfin, du côté des sculp- 
tures : les Émigrants, par Daumier ; la Glèbe, par 
G. Meunier ; le Baiser [ISSS'f et Femme nue, par 
Rodin. 

Collection Roger Marx {3« vente : objets 
d'art moderne). — On sait quel fut le rôle de 
Roger Marx dans le mouvement de rénovation 
de l'art décoratif moderne. Plus que tout autre 
critique, il contribua au développement de l'objet 
d'art, à cette suite de recherches, de tentatives, 
aussi de réalisations qui se sont succédées depuis 
quelque trente années. C'est au lendemain de 
l'Exposition de 1889, — où, dans une conférence 
dont le souvenir restera, Roger Marx avait signalé 
les premiers efforts vers un art décoratif nou- 
veau, original, dégagé de la tradition, œuvre 
d'artiste et non de praticien asservi à une rou- 
tine, — qu'avec la fondation de la Société natio- 
nale, l'objet d'art ou d'ameublement eut sa 
section dans une exposition au môme titre qu'un 
tableau, une statue, une gravure ou un dessin 
d'architecte. Depuis, cette innovation a été suivie, 
et par la Société des Artistes français, et par tous 
les autres Salons à l'étranger comme en France. 
On ne conçoit plus une exposition d'art moderne 
sans une section d'art décoratif. Cette idée si 
simple, qui paraît toute naturelle aujourd'hui, 
il semble bien que ce soit Roger Marx qui l'ait 
eue le premier. En tout cas, plus qu'aucun autre 
de ses confrères, il se dépensa pour faire con- 
naître, aimer et apprécier les travaux des artistes 
modernes, céramistes, verriers, orfèvres, émail- 
leurs, ébénistes, ferronniers, dont il encouragea 
les travaux comme ceux des graveurs, des pein- 
tres ou des sculpteurs contemporains qu'il avait 
été des premiers à découvrir et à comprendre. 

Rien de plus naturel que de rencontrer dans 
les collectious de Roger Marx, auprès de ce riche 



cabinet d'estampes modernes déjà dispersé, de 
ces réunions de peintures, dessins et sculptures 
dont nous venons de parler. — auprès de cette 
collection de médailles qui, si elles passent en 
vente, rappelleront quelle fut l'influence de 
notre confrère sur la résurrection de l'art de la 
médaille, à laquelle nous avons assisté en ces 
dernières années, — de rencontrer un choix 
d'objets d'art moderne portant ces noms que les 
articles de Roger Marx ont tant contribué à faire 
connaître. Et c'est ici encore une fois une affir- 
mation de l'unité de vues de ce critique. 

Renvoyant pour plus de détails au catalogue 
illustré, dressé à l'occasion de cette vente qui 
aura lieu, galerie Manzi, le 13 mai, par le minis- 
tère de M" Lair-Dubreuil et Baudoin et de M. Geo 
Rouard, contentons-nous de signaler la présence 
de grès et de porcelaines d'Ernest Chaplet, de 
pâtes de verre d'Henri Gros, de grès et de porce- 
laines d'Albert Dammouse, de grès et de porce- 
laines d'Auguste Delaherche, d'une collection de 
quarante pièces de verrerie d'Emile Callé. appar- 
tenant aux diverses époques de la production du 
maître nancéen, de 1884 à 1904, des émaux de 
Grandhomme et Garnier, des porcelaines de 
Sèvres à sujets modelés par Rodin, et aussi par 
Rodin et Desbois. 

L'intérêt de cette collection, en dehors même 
du nom qu'elle porte, de la qualité des objets qui 
la composent et du goùl qui a présidé leur réu- 
nion, est d'ôtre la première du genre qui passe 
au feu des enchères. A ce titre les résultats en 
seront d'autant plus curieux à recueillir. 

Objets d'art de la Chine. — M« Ch. Dubourg 

et M. A. Portier dirigeront, salle 7, les H et 
12 mai, et salle 9, les 1,3 et 14 mai, une vente 
anonyme composée de céramique chinoise, émaux 
peints de Canton, ivoires, pierres dures, etc., qui 
a fait l'objet d'un catalogue illustré. 

Succession de M"» H... (objets d'art, ta- 
bleaux). — Cette vente, qui aura lieu, salle 6, 
du 14 au 16 mai, par le ministère de M* Lair- 
Dubreuil et de MM. Mannheim, Ferai, Falken- 
berg et Linzeler, comprend des objets d'art et 
d'ameublement, parmi lesquels nous remarquons 
deux tapisseries d'Aubusson du temps de Louis XV, 
l'une présentant le Jeu du cheval fondu, l'autre 
un Chasseur tirant sur un oiseau, et des tableaux 
modernes et anciens, parmi lesquels nous notons: 
des Maisons au bord d'une rivière, par Corot ; le 
Portrait d'un gentilhomme, attribué à F. Clouet ; 
le Portrait d'Ulrich Zicingle, par un maître de 



ANCIEN ET MODERNE 



m 



l'école allemande du xvi" siècle ; la Vierge et 
l'Enfant Jésus, panneau de l'école flamande du 
début du XVI» siècle ; le Portrait d'un jeune sei- 
gneur, peinture italienne du xvi= siècle ; un 
Intérieur de ville, par J. van der Heyden ; un 
Intérieur hollandais, par J. Kœdyck, et l'Oiseau 
prisonnier, par N. Lancret. (Catalogue illustré.) 

Ventes prochaines. — A titre d'information, 
signalons les ventes suivantes, qui doivent avoir 
lieu prochainement, et dont les catalogues sont 
en distribution : — le 18 mai, salles 7 et 8, par 
le ministère de M« Bignon et de M. Bataille, 
vente après départ de M"'^ X..., comprenant 
des tableaux anciens et modernes, et objets 
d'art et d'ameublement, notamment des tapis- 
series d'Aubusson et des Flandres des xvi», 
Kvw et xviii« siècles; — le Itj mai, sous la di- 
rection de M» Baudoin et de MM. Bernheim, vente 
de la Collection Herbert Kullmann, de Manchester, 
composée de tableaux de l'école impressionniste; 
— le 18, salle 9, par M' Desvouges et M. Giaco- 
metti, vente de quatre bustes par Houdon, dont 
deux portraits de l'artiste par lui-même. 

M. N. 
ESTAMPES 

Nous remettons, faute de place, le compte 
rendu de la vente Roger Marx, qui s'est terminée 
sur le total de 262.031 francs. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Estampes 
anciennes et modernes. — Les 11 et 12 mai, à 
l'Hôtel, salle 9, M"» J. Huguet et A. Desvouges, 
avec M. L. Delteil comme expert, disperseront 
une réunion d'estampes anciennes et modernes 
dont le catalogue illustré compte 444 numéros. 

Citons, parmi les pièces les plus intéressantes, 
du côté des anciens : plusieurs Durer, notam- 
ment l'Empereur Maximilien {2" planche) et le 
Petit cheval; — et, parmi les modernes : des 
Naudin, dont la Roulotte, l'Abside de St. Wal- 
burgh de Brangwyn ; plusieurs Buhot, dont une 
épreuve de Westminster palace « in progress » ; 
le Verlaine de Carrière ; plusieurs Corot, dont 
le Songeur; une abondante série de lithographies 
de Daumier ; la Sortie du bain de Degas ; un 
Jockey anglais de Géricault ; plusieurs Charles 
Jacque, dont le Grand abreuvoir aux moutons ; 
une série de bois et d'eaux-fortes de Lepère ; la 
Pompe Notre-Dame de Meryon; plusieurs Millet, 
parmi lesquels la Grande Bergère, le Départ pour 
le travail, la Précaution maternelle, etc. ; des 
Whistler, notamment Ponte del Povian, etc. 

R. G. 



LIVRES 

Nous rendrons compte prochainement de la 
vente Alphonse Willems, qui a produit 31 7.084 fr. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Biblio- 
thèque de feu M. Pierre Dauze (!■■« partie : 
livres modernes). ~ Grande attraction pour les 
amateurs de livres modernes ! Du 11 au 16 mai, 
à l'Hôtel, salle 10, M' A. Desvouges, assisté de 
MM. H. Leclerc et A. Blaizot, dispersera la pre- 
mière partie du cabinet de feu Pierre-Louis Drey- 
fus -Bing, dit Pierre Dauze, président de la 
Société « les XX », vice-président de la Société de 
propagation du livre d'art et de la Société « le 
Livre contemporain », membre des « Cent biblio- 
philes ». Le nom de cet amateur, à qui l'on doit 
le précieux Répertoire des ventes publiques de 
livres, est un sûr garant de l'intérêt que présen- 
teront, pour les spécialistes, les éditions origi- 
nales d'auteurs du xix° siècle et d'auteurs contem- 
porains, la plupart avec lettres ou envois 
autographes, qui forment, avec une partie des 
manuscrits, le principal objet de cette vente. 

B. J. 

Le Gérant : H. Dknis. 

Paris. — Imp. Georges Petit, 12, rue Godot-de-Mauroi. 



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FEU M PIERRE DAUZE 

Président de la Société « Les XX » et Vice-Président de la Société « Le Livre contemporain » 

et de la « Société de Propagation du Livre d'art » 

Membre de la Société « Les Cent Bibliophiles » 



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la plupart avec lettres ou envois autographes manuscrits. 

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PAR 

JEAN -ANTOINE HOUDON 

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EXPOSITION PUBLIQUE 
Le Dimanche 17 Mai 1914, de 2 heures à 6 heures, et le jour de la vente, de 2 heures à 4 heures. 



Numéro 62& 



Samedi 16 Mai 1914. 



LE BULLETIN DE LART 



ANCIEN ET MODERNE 



Sur l'Exposition d'art français 
de Copenhague 



Hier vendredi 18 mai, a eu lieu, au Musée royal 
de Copenhague, une exposition de l'art français 
au xix» siècle, qui va rester ouverte jusqu'à la 
fin de juin. 

A en juger par le catalogue, elle a été organi- 
sée avec beaucoup de méthode et de goût, et il 
semble bien que l'objet que se proposaient ceux 
qui ont pris l'initiative de cette manifestation 
ait été presque complètement réalisé : « Il ne 
s'agissait pas moins, en effet, écrit M. Karl Madsen 
dans la préface du catalogue, que de former une 
réunion de tableaux qui, par une représentation 
copieuse, multiple et caractéristique des princi- 
paux artistes, et surtout des grands noms connus 
du monde entier, pût éclairer les sommets de 
l'histoire de la peinture française au cours du 
siècle dernier ». 

Pour la partie proprement rétrospective de 
l'exposition, ce programme a été suivi de très 
près. Le concours de collectionneurs réputés, 
qui ne se sont pas contentés d'envoyer de sim- 
ples cartes de visite, et de marchands connus, 
qui ont su choisir autre chose que des fonds de 
boutique par trop défraîchis, a permis de réunir 
un ensemble d'œuvres de belle tenue, non seu- 
lement pleines d'intérêt pour des visiteurs étran- 
gers, mais dignes, en général, de représenter 
honorablement les aspects multiformes de l'art 
français des cent dernières années. A peine si, 
par ci par là, on relève quelques lacunes qu'il 
n'a peut-être pas tenu qu'aux organisateurs de 
pouvoir combler : ainsi, pour s'en tenir à l'école 
de 1830, on aurait pu faire place à des animaliers 
comme Troyon et Charles Jacque, et trouver, 
pour Jules Dupré et Diaz, autre chose qu'un 
dessin de chacun de ces artistes. 

Les impressionnistes sont à leur rang logique, 
et leur <c représentation proportionnelle » paraît 



très judicieusement établie. L'exposition «offre 
encore des spécimens marquants de l'art fran- 
çais le plus récent, des jeunes et des plus jeunes, 
déjà célèbres, ou de ceux qui ne le sont pas 
encore ». On n'a exclu que les « Futuristes ■> et 
les « Synchroraistes », — en quoi l'on a eu gran- 
dement raison : avant de présenter cette bande 
de farceurs dans les expositions d'ensemble de 
la peinture française à l'étranger, il convient de 
laisser le temps faire justice de leurs plaisan- 
teries. 

Tout serait donc pour le mieux, si l'exposi- 
tion, qui montre les débuts de notre école 
moderne et son aboutissement, ne négligeait 
pas, avec un évident parti pris, une étape tout 
entière. Entre les impressionnistes et les plus 
jeunes de nos jeunes gloires, il estune génération 
d'artistes dont nous avons tout lieu d'être fiers et 
qu'on n'a pas le droit de passer sous silence 
quand on se propose de réunir « des spécimens, 
particulièrement représentatifs » de notre art 
contemporain ; or, ceux-là ont été délibérément 
écartés de l'exposition. Pour ne parler que des' 
vivants, on peut se demander pourquoi ni Harpi- 
gnies, ni Henri Martin, ni René Ménard, ni Rollj 
ni Cottet n'ont pu trouver place dans un en- 
semble où figurent des M. Asselin, des H. Doucet, 
des A. Sinet et autres Picart Le Doux. Pourquoi 
un petit Albert Besnard pour quatre Matisse, un 
Lucien Simon pour quatre Marquet? A quel titre 
M. Othon Friesz représente-t-il l'école française, 
dans une exposition dont les organisateurs ont 
omis l'auteur de l'Assassiné et de la Femme 
au gant ? 

On est fâché d'avoir à faire de semblables 
réserves dans les éloges que mérite une entre- 
prise aussi intelligemment conduite et, à certains 
égards, aussi réussie. 

Mais c'est le sort commun de toutes les expo- 
sitions d'art français moderne à l'étranger d'être 
à la fois très pauvres en artistes d'hier et d'au- 
jourd'hui, et trop riches en artistes de demain. 
Et les organisateurs de celle-ci auront beau ré- 



m 



LE bULLEtïN bE L^aRT 



pondre qu'il leur a été impossible de se procurer 
des œuvres de tels et tels artistes dont on regrette 
l'absence, ils n'arriveront pas à justifier du m<^me 
coup l'intrusion de tels et tels autres dont la pré- 
sence est à tout le moins singulière et qui ne sont 
représentatifs de quelque chose pour personne, 
sauf pour les marchands qui les ont » en stock » 
et qui les vendent très cher. 

Or, s'il est parfaitement équitable que les mar- 
chands soient intéressés à la réussite de ces 
expositions et tirent un profit matériel du con- 
cours qu'ils leur prêtent, on trouvera sans"doute 
excessif qu'ils aillent jusqu'à fausser l'esprit du 
public étranger, en arrangeant l'histoire de l'art 
français au gré de leurs convenances commer- 
ciales. 

E. D. 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 9 mai). 
— L'Académie déclare la vacance du fauteuil que 
M. Vaudreuier, décédé, occupait dans la section 
d'architecture. L'élection aura lieu le samedi 6 juin. 

— M. de Fourcaud, membre libre, donne lecture 
d'un projet de règlement du « Salon de l'Académie • 
qui aura lieu tous les deux ans dans la salle du Jeu 
de Paume du jardin des Tuileries. Ce p*rojet sera dis- 
cuté au cours de la prochaine séance. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 8 mai). — M. Cagnat lit une lettre de 
M. Théodore Reinach commentant le dixième volume 
des l'apyrus d'Oxyrht/nchus, dont la publication 
vient d'être faite.. 

— M. Collignon communique un rapport de M. Pou. 
gères, directeur de l'École d'Athènes, sur les fouilles 
exécutées à Thasos en 1913. MM. Ch. Picard et Ave- 
zou, tous deux collaborateurs de la Revue, y ont 
continué les dégagements entrepris par eux en 1911. 
Une nouvelle porte de l'enceinte, les dimensions de 
la salle hypostyle ont été reconnues; un autel de 
Cybèle orné de fruits en relief a été mis au jour. Le 
résultat le plus important de ces travaux est la déter- 
mination du Prytanée primitif, qui remonte au début 
du cinquième siècle : ce bâtiment carré, analogue au 
Prytanée d'Olympie, est décoré de terres cuites archi- 
tectoniques où se remarquent, avec des antéfixes à 
tète de Gorgone, une intéressante frise représentant 
des cavaliers au galop, escortés de chiens et poursui- 
vant desli èvres. En outre, de nombreuses inscriptions 
ont été relevées. 

— M. Jullian communique, de la part de M. Robert 
Triger, président de la Société archéologique du 
Mans, un bronze gallo-romain figurant un rhinocéros. 



On ne connaissait, jusqu'ici, qu'une seule image de 
cet animal, remontant à cette époque; elle est con- 
servée au musée de Saint-Germain. 

— M. P. Girard cherche à établir la raison de 
l'échec qu'éprouva la célèbre comédie des Suées, 
présentée par Aristophane au concours public et à 
laquelle le jury grec préféra une pièce de Cratinos. 

— Le prix La Fons Melicocq (1.800 fr.) est attribué 
à M. V. Leblond pour ses Noies sur le nobiliaire de 
Beauvaisis. 

Société des antiquaires de France (séance du 
6 mai). — M. le baron de Baye communique à la 
Société les conclusions d'un travail de M. Farma- 
kowsky sur un plat d'argent du trésor de Poltava. 

— M. Roman étudie une matrice de sceau du 
xiv* siècle, trouvé en Savoie, qui porte le nom de 
Saint-Anateur de Viateur. 

— M. le baron J. du Teil signale un manuscrit 
unique du troisième livre de la Toison d'Or, qui est 
conservé à la bibliothèque de Copenhague; il a été 
exécuté pour Charles le Téméraire, et Philippe de 
Clèves a substitué ses armes à celles de Rourgogne. 

— M. Mirot montre à quelle date le roi Charles VI, 
qui a eu successivement deux signatures, a adopté la 
seconde. C'est à la suite d'une crise grave de sa 
maladie, en avril 1393. 

Musée du Luxembourg. — A la vente Roger 
Marx, un dessin de Puvis de Chavannes, la Paix, 
adjugé n.500 francs, a été racheté par les héritiers 
et offert au Musée du Luxembourg. 

Musée Jacquemart-André. — Du 10 mai au 

1" octobre, le Musée Jacquemart-André. l.'iS, boule- 
vard llaussmann, sera ouvert au public le dimanche, 
de 1 heure à 5 heures (au lieu de 4, dans l'horaire 
d'hiver), et le jeudi, moyennant 1 franc, de 11 heures 
à 5 heures. 

Une Exposition d'architecture. — Hier, ven- 
dredi 15 mai, a eu lieu, au Pavillon du Jeu de Paume, 
aux Tuileries, mis gracieusement à la disposition de 
Il Société des architectes diplômés par le gouverne- 
ment, l'inauguration d'une exposition d'œuvres mo- 
dernes d'architectes anglais, présentées en photogra- 
phies et en dessins géométraux et perspectifs. Une 
section rétrospective, organisée avec un soin particu- 
lier, y montre aussi, classés avec méthode et sélec- 
tionnés, tous les édifices types qui marquent les 
étapes de l'évolution de l'architecture en Angleterre 
depuis l'époque gothique jusqu'à nos jours. 

Cette exposition, placée sous le haut patronage de 
M. le Président de la République et de S. M. Georges V, 
est la suite de celle que nos architectes diplômés firent 
à Londres, au mois de mai de l'année dernière, et qui 
obtint un si vif succès. Elle a été organisée en Angle- 
terre par l'Institut royal des architectes britanniques 
et l'Architectural Association. 

Elle restera ouverte jusqu'au 28 mai. 



ANCIEN ET MODERNE 



155 



Le Concours pour le parc de la Muette. — Le 

Bulletin a résumé naguère les conditions du concours 
institué par les Amateurs de Jardins, pour le tracé du 
nouveau parc de la Muette, dans la propriété de M. le 
baron H. de Rothschild. 

Ce concours a été jugé la semaine dernière, et le 
jury, qui réunissait un certain nombre d'artistes et 
d'amateurs formant le bureau de la Société des Ama- 
teurs de jardins, a reconnu la réelle valeur et l'intérêt 
des plans soumis à son appréciation. Il a constaté 
combien ce concours était supérieur à ceux que la 
Société avait organisés les années précédentes, et il 
a été fort hésitant entre les trois plus intéressants des 
projets exposés. Après plusieurs tours de scrutin, 
le premier prix (3.000 fr.) a été donné à M. Raoul 
Saint-Martin, élève de M. Duchène ; le second 
(1.500 fr.), à M. Henri Guillaume, élève de M. Dû- 
chêne, également ; le troisième (SOO fr.), à MM. Blo- 
cus, Hourboldt et Zaborski. Enfin, une mention a été 
décernée à M. Emile Dresde. 

Si M. le baron H. de Rothschild fait exécuter un de 
ces plans à la Muette, ou s'il veut combiner plusieurs 
des idées apportées par les différents concurrents, qui 
tous ont respecté les arbres du domaine, les Parisiens 
peuvent être certains que ce parc historique ne sera 
point déshonoré. 

Le Centenaire de J.-F. Ifillet. — Un comité 
vient de se former à Cherbourg pour la célébration du 
centenaire de Jean-François Millet, né à Gréville 
(Manche), où des fêtes sont projetées pour le 1" août 
prochain. Pour plus amples renseignements, on peut 
s'adresser à M. le capitaine de frégate Albert Héron, 
vice-président du comité, 47, rue de la Duché, à 
Cherbourg. 

Les Artistes provinciaux. — Dans une réunion 
qui vient d'avoir lieu à Paris, les artistes provinciaux 
se sont associés en un groupement amical. 

M. Emmanuel Fougerat, directeur de l'école des 
beaux-arts de Nantes et promoteur de ce mouvement, 
a été élu président; MM. de Winter, de Lille, Quinsac, 
de Bordeaux, Gibert, de Marseille, Rachou, de Tou- 



louse, Bastet, de Grenoble, et Tony Tollet, de Lyon, 
ont été élus vice-présidents. 

Un bulletin périodique défendra les intérêts maté- 
riels et moraux des artistes peintres, sculpteurs et 
professeurs de dessin, trop isolés souvent dans leurs 
villes respectives. 

A Londres. — Le roi d'Angleterre s'est rendu, le 
7 mai, au Musée Britannique, pour l'inauguration d'un 
buste en bronze du roi Edouard VII, et celle des nou- 
velles galeries dont la première pierre fut posée, en 
1907, par le monarque défunt. 

Ces nouvelles salles qui porteront le nom de « Gale- 
ries du roi Edouard VU » serviront à l'exhibition de 
la célèbre collection de peintures japonaises et chi- 
noises d'Arthur Morrison; elles renferment aussi une 
exposition permanente de gravures anciennes de 
toutes les écoles et de tous les procédés, une salle de 
dessins et les collections rapportées du Turkestan par 
M. Aurel Stein et ses collaborateurs. 

— Grâce à la générosité de la comtesse de Carlisle. la 
Galerie Nationale de Londres vient d'acquérir un des 
plus beaux portraits peints par Rubens : celui du 
comte d'Arundel. M. Max Rooses, dans son grand 
ouvrage sur Rubens, l'identifie avec le n" 97 des pein- 
tures restées en possession de l'artiste et figurant dans 
son inventaire. Le portrait, qui fut gravé au xviii' siècle 
ne parait pas avoir jamais quitté l'Angleterre. 

Nécrologie. — Mme la comtesse Edmond fie l'our- 
talès, qui vient de mourir en son hôtel de la rue 
Tronchet, n'a pas été seulement une des personnalités 
les plus remarquables de la haute société parisienne, 
le monde de la curiosité peut également la revendi- 
quer. Alsacienne par sa mère, elle était fille du 
baron Renouard de Bussière, une notoriété parmi 
les amateurs d'autrefois, et elle avait reçu de son 
père le goût des choses de l'art. Bien qu'on y eût 
fait, en 1865, trois ventes demeurées célèbres, l'hôtel 
de la rue Tronchet était resté un véritable musée, très 
riche en œuvres d'art ancien de toute sorte, et sa 
propriétaire comptait parmi les habituées des grandes 
ventes parisiennes. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Vente de la collection du 
baron M. de G... [Michel de Gunzbourg] 
(tableaux anciens, objets d'art). — Dirigée, 



salle 1, les 4 et 5 mai, par M* H. Baudoin, secondé 
par MM. Ferai et Mannheim, cette vente à produit 
^36.226 francs. Composée tout à fait dans le goût 
(lu jour, de peintures et d'objets d'ameublement 
(lu xviii" siècle, elle a eu le succès qu'il était facile 
de prévoir. 



156 



LE BULLETIN DE L'ART 



PRINCIPAUX PRIX 

Tableaux anciens. — 204. Danloux. Portrait de 
jeune femme, 11.700 fr. (dein. 8.000). — 214. Schall. 
La Promeneuse, 10.110 fr. (dem 8.000). 

Bronzes. — Époque Louis XVI. — 96. Pendule br. 
patiné et doré et inarbre blanc, vase surmonté d'une 
statuette d'amour, etc., 7.820 fr. (dem. 7.000). — 97. 
Deuxcandélabres.statuettede nymphe debout, 5.720 fr. 
(dem. 7.000). 

Sièges et meubles. — Fin de l'époque Louis XV. — 
133. Petite commode marqueterie à rosaces, 5.200 fr. 
(dem. 2.000). 

Époque Louis XVI. — 141. Canapé, deux bergères 
et six fauteuils redorés, couvert tapiss. Aubusson à 
personnages et animaux, 14.600 fr. (dem. 18.000). — 
142. Console contournée, bois de placage, signée 
C. Topino, 15.200 fr. (dem. 12.000). — 153. Secrétaire 
droit acajou, 6.800 fr. (dem. 8.000). — 154. Bergère et 
fauteuil, 4.710 fr. (dem. 4.000). 

Liquidation Seligmann (3« et 4"^ ventes). — 
De lai troisième vente Seligmann, composée d'ob- 
jets d'art et de haute curiosité, qui a eu lieu, 
salle 5, les 5 et 6 mai, par le ministère de 
M»' Lair-Dubreull et Baudoin et de MM. Léman 
et Mannheim, il n'y a à retenir que le produit 
total, soit 120.254 francs. 

La quatrième vente, comprenant des objets du 
xvni" siècle et faite salle 1, les 7, 8 et 9 mai, par 
les mêmes commissaires-priseurs, assistés de 
MM. Mannheim, Paulme et Lasquin, a donné un 
total de 203.284 francs. Trois prix seulement 
sont à retenir : celuj de 7.300 francs pour un 
secrétaire en marqueterie et bronzes, d'époque 
Louis XVI, estimé 6.000 francs ; celui de 6.200 fr. 
pour un canapé et six fauteuils en tapisserie, 
en partie du xvii^ siècle, dont on demandait 
10.000 francs ; et celui de 5.050 francs pour une 
table ovale et deux jardinières, d'époque Empire. 

Le total général des quatre ventes Seligmann 
atteint 3.412.493 francs. 

"Vente de la collection de MUe délia Torre 
(objets d'art, estampes du X'VIII» siècle). — 

Faite, salles 7 et 8, le 7 mai, par M" Lair- 
Dubreuil et Baudoin, et MM. Danlos, Paulme et 
Lasquin, cette vente a produit 457.275 francs, 
dont 227.100 francs pour les seules estampes. 
Ce résultat a dépassé les prévisions, ce qui 
prouve que le mauvais état du marché n'a pas 
d'influence sur l'Hôtel Drouot, en ce qui concerne 
le xviir siècle français. Estampes en couleurs et 
petits meubles se sont vendus chèrement, comme 
on pourra s'en rendre compte en comparant les 
chiffres d'adjudications avec ceux des demandes, 



dans la liste ci-dessous, qui comprend les enchères 
supérieures à 4.500 francs. On notera tout spécia- 
lement le beau prix de 16.100 francs payé pour 
le Portrait de AI"" Baudouin, d'après Boucher, 
gravé en imitation de pastel par L. Bonnet, et les 
enchères de 13.600 francs pour les Deux baiser», 
de Debucourt, et de 12.100 francs pour le Portrait 
de JM"e Parisot, par Smith. 

Estampes du xviii* siècle i.mphi.mées en couleurs. 
— 7. D'après Boucher. Portrait de M"' Baudouin, 
imitation de pastel, par L. Bonnet, épr. avant toutes 
retouches, impr. avec ses huit planches de cou- 
leurs, 16.100 fr. (dem. 8.500 fr.). — 8. Portrait de 
Af"* Deshays, imitation de pastel, marge, 5.000 fr. 
(dem. à 3.000). — Debucourt : 14. Les Deux baisers, 
13.600 fr. (dem. 10.200). — 15. Le Menuet de la 
Mariée, la Noce au château, 5 300 fr. — 16. Promenade 
de la gallerie du Palais-lioyal, 4.900 fr. — \i.La Main, 
6.000 fr. — 20. La Croisée, 4.930 fr. — Deiiiarteau : 34. 
Jeune fille à la rose, imitation de crayon, d'après 
Boucher, tiré en plusieurs tons, papier teinté vert, 
5.600 fr. — 37. Petites pastorales, quatre estampes 
d'après Huet (une remargée), 7.600 fr. (dem. 4.000). 

47. D'après Hoppner. Mrs Benwell, par W. Ward, 
4.600 fr. — 53. Jnninet. Marie-Antoinette d'Autriche, 
4.600 fr. — 71. D'après G. Morland. A Visit ni the 
boarding school, a Visit at the child at nurse, gravé 
par W. Ward iremargées), 6.000 fr. — 75. D'après 
Reynolds. A Bacchante {portrait de lady llamilton), 
gravé par J. R. Smith (sans marges), et 76. D'après 
Uomney. Nature {portrait de lady Hamilton), par 
Smith (sans marges), 8.175 fr. — 81. Smith. M»' Pari- 
sot, d'après Dewis, 12.100 fr. (dem. 6.000). 

Porcelaines de Saxe. — 100. Deux cornets, décor 
goût chinois, oiseaux et branchages, fond vert olive, 
7.600 fr. 

Sièges, meubles. — 107. Salon bois se, canapé et 
six fauteuils garnis en tapiss. d'Aubusson à corbeilles 
de Heurs, ép. Louis XVI, 62.000 fr. (dem. 50.000).— 
108. Deux fauteuils bois se, l'un ép. Louis XVI, 
recouvert en tapiss. de Beauvais ou des Gobelins de 
la Régence, et bouquets de fleurs et fruits, 17.000 fr. 
(dem. 25.000). — 110. Petite commode étroite, marque- 
terie, ép. Louis XV, estampille de Tuarl, 11.000 fr. 
(dem. 6.000). — 111. Secrétaire droit, marqueterie, ép. 
Louis XV, 8.800 fr. — 112. Petit meuble de milieu, 
marqueterie et bronzes, ép. Louis XV, 11.000 fr. — 
113. Petit bureau de dame, marqueterie, ép. Louis XV, 
7.100 fr. — 114. Table poudreuse, forme cœur, mar- 
queterie, ép. Louis XV, 15 000 fr. (dem. 10.000). — 118. 
Petit meuble d'entre-deux, bois de rose et bronzes, 
estampille de Garnier, fin ép. Louis XV, 7.200 fr. — 
1 20. Petite table, marqueterie et bronzes, ép. Louis XVI, 
7.600 fr. — 121. Petit meuble d'entre-deux, formant 
secrétaire, acajou avec côtés cintrés et munis de 
tablettes de marbre, ép. Louis XVI, 9.900 fr — 122. 
Petit bureau de dame, bonheur-du-jour, marqueterie, 



ANCIEN ET MODERNE 



157 



estampille de Roussel, 13.910 fr. — 1::3. Commode 
marqueterie et bronzes, ép. Louis XVI, 8.800 fr. 

Vente de la collection Jules Claretie (ta- 
bleaux modernes). — P'aite,. comme nous 
l'avions annoncé, à l'Hôtel, salle 6, le 8 mai, 
par le ministère de M' Lair-Dubreuii, assisté de 
M. Brame, la vente Jules Claretie s'est terminée 
sur un total de 123.800 francs. Nous n'avons 
guère à retenir dans ce total que les 3.3.000 francs 
réalisés par le n" 10, Scène de ballet, de Degas, 
dont on demandai 125. 000 francs, et les 5. SOO francs 
obtenus, sur demande de b.OOO, par une Nature 
morte, de Fantin-Latour (n° 21). 

Nous ne pouvons, faute de place, entrer dans 
le détail des autres prix, tous inférieurs à 
B.OOO francs. 

Vente d'objets d'art. — Dans une vacation 
anonyme, dirigée salle 6, le 11 mai, parM" Lair- 
Dubreuil et MM. Paulme et Lasquin, une boiserie 
de salon d'époque Louis XV, avec peintures déco- 
ratives, a été vendue 7.950 francs. 

Vente de la collection Roger Marx (2« et 
3" ventes). — Faite galerie Manzi, les H et 12 
mai, par M«' Lair-Dubreuil et H. Baudoin, et 
MM. Durand-Ruel et Bernheim jeune, la deuxième 
vente Roger Marx, comprenant les peintures, 
dessins et aquarelles modernes, a obtenu le suc- 
cès que nous avions fait prévoir : elle a pris fin 
sur un total de 719.170 francs. En attendant la 
liste des principales enchères, que le manque de 
place nous empêchede donneraujourd'hui, lirons 
de pair les deux prix les plus importants de la 
vente : celui de 74.000 francs atteint par la Sul- 
tane de Manet, sur demande de 60.000 ; et celui 
de 101.000 francs, sur la demande de 80.000, 
obtenu par un pastel de Degas, la Toilette. 

La troisième vente était, comme nous l'avons 
dit, consacrée aux objets d'art ; elle a eu lieu le 
13 mai, à la galerie Manzi, par les soins des 
mêmes commissaires-priseurs que la précédente, 
avec M Céo Rouard comme expert, et elle a pro- 
duit 62.990 francs. Une urne en verre de Galle a 
été adjugée 5.060 francs. 

Le total des trois ventes s'élève à 1.044.000 fr. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Succes- 
sion Charles André ( dessins anciens et 
modernes, objets d'art, etc.). — La Collection 
de feu ^f. Charles André, que dispersera, salles 7 
et 8, les 18 et 19 mai. M" Henri Baudoin, assisté 
de MM. Ferai et Mànnheim, est surtout intéres- 



sante pour la réunion de dessins anciens et 
modernes qu'elle renferme. 

Signalons : de l'école néerlandaise ancienne, 
une feuille anonyme du début du xvi" siècle, la 
Vierge entourée de saints personnages ; puis, du 
côté des écoles française et anglaise : un Portrait 
déjeune femme, par Augustin i les Présents, par 
Bosio ; une Femme nue vue de dos et la Jeune 
mère, par F. Boucher ; l'Enlèvement de la nymphe 
Orithye par Borée, par Clodion ; la Chanteuse, 
parDaumier; le Philosophe, Saint Jérôme et la 
Jolie ménagère, par Fragonard ; un Portrait 
d'homme, par Lagneau ; un Jeune homme aidant 
une jeune femme à se relever, par Lancret; une 
Tête d'acteur, par Watteau ; Danses espagnoles, 
par Manet; la Chanteuse, par Daumier; enfin, du 
côté de l'école italienne, une Allégorie, par G. B. 
Tiepolo. 

Dans le reste delà collection, notons : une pein- 
ture. Portrait d'homme, par Duplessis ; quelques 
bois sculptés du xvi» siècle, notamment un Christ 
mortentouré de personnages, etun saintGeorges ; 
des tapisseries, l'une française, de la fin du 
xv siècle, présentant une chasse allégorique au 
cerf, et une autre, flamande, du temps de 
Louis XII, à sujet de chasse ; enfin, deux frag- 
ments de mêmes époque et fabrication, à nom- 
breux personnages en riches costumes. Cette 
vente a fait l'objet d'un catalogue illustré. 

Quatre bustes par J.-A. Houdon. — Le 
18 mai, à l'Hôtel, salle 10, M» A. Desvouges, avec 
M. Giacometti comme expert, vendra quatre 
bustes de Houdon, qui ne sont jamais sortis 
de la famille du grand sculpteur et se trouvaient, 
■en dernier lieu, en la possession de M. Perrin- 
Houdon, son arrière-petit-fils, récemment décédé. 

Deux de ces bustes, de petites dimensions, 
représentent le sculpteur lui-même : dans l'un, 
de 15 cent, de haut, il est vu en buste, le torse 
de face et la tête tournée vers la gauche; dans 
l'autre, haut de 31 cent., il est vu à mi-corps, la 
tête tournée vers la gauche, les bras croisés sur 
la poitrine, tenant de la main droite la masse et 
de la gauche un ciseau à marbre. Ces deux bustes 
sont deux terres cuites originales : il n'avaient 
jamais été reproduits avant de figurer dans le 
catalogue illustré de la vente. 

Les deux autres sculptures, également repro- 
duites au catalogue, sont bien connues par les 
états dilTérents qui en existent dans les musées 
ou les collections particulières : l'un est celui de 
la petite Claudine Houdon, en terre cuite palinée 



158 



LE BULLETIN DE L'ART 



(hauteur : 36 cent.); l'autre, celui de Anne-Ange 
Houdon (hauteur : 38 cent.), plâtre teinté. De ce 
dernier buste, le pliUre original semble être celui 
du Musée du Louvre (voir P. Vitry, Houdon por- 
traitiste de sa femme et de ses enfants, dans la 
Revue, t XIX, 1906, p. 349) ; du buste de Claudine, 
on se rappelle avoir vu passer un exemplaire en 
pliltredans la vente J. Doucet de 1912 (voir aussi 
l'article de P. Vitry, op. cit., p. 351). 

Collection Antony Roux (peintures et 
sculptures modernes, objets d'art, etc.) — 
Un fort volume, copieusement illustré, qui 
continue dignement la série des belles publi- 
cations analogues, sorties des presses de l'impri- 
merie Georges Petit, forme le catalogue de la 
Collection Antony Roux, dont la vente, dirigée 
par M«» Lair-Dubreuil et Baudoin, assistés de 
MM. Georges Petit, H. Brame, Paulme et Lasquin, 
aura lieu, les 19 et 20 mai, à la galerie Georges 
Petit. 

Dans la préface de ce superbe volume, les 
goûts du collectionneur, ses préférences marquées 
pour Gustave Moreau, Th. Rousseau, Corot et 
Ziem, parmi les peintres modernes, pour Barye 
et Rodin, parmi les sculpteurs, sont rappelés 
en quelques pages, qui mettent en relief les prin- 
cipales pièces de la collection. A cet ensemble, 
manque cependant un de ses joyaux les plus 
précieux : la suite fameuse des soixante-trois 
aquarelles de Gustave Moreau sur les Fables de 
La Fontaine. Cette œuvre -capitale, que le grand 
artiste avait entreprise à la demande de son 
ami Antony Roux, a trouvé déjà sa place dans 
une des plus grandes collections parisiennes. 
Mais il faut vraiment être prévenu pour s'aper- 
cevoir qu'il manque quelque chose dans la belle 
réunion de peintures, aquarelles et sculptures 
qui composent la présente vente. 

Voici tout d'abord de Corot : le Pécheur au 
bord d'un étang, la Charrette, le Fort Saint-Ange, 
la Vue de Gênes prise du palais Doria, les Bords 
d'une rivière sous les arbres, la Prairie sur la 
falaise, un Tournant de rivière, Mothois (Oise), 
près Gournay-en-Bray, un Coin d'étang à Ville- 
d'Avray et Méditation ; puis, de Delacroix, le 
Marocain et son cheval. 

Gustave Moreau est représenté par des pages 
importantes : Moïse exposé, Oreste et les Érynnies, 
l'Égalité devant la Mort, l'Apparition, la Fiancée 
de la Nuit ou le Cantique des Cantiques, Hercule et 
l'Hydre, Femme à son lever, Femme persane à sa 
toilette, Persce et Andromède, Madeleine en prii-re. 



Notons encore : une Tête de jeune femme, par 
G. Ricard; le Mont Blanc vu de la Faucille (effet 
d'orage), la Jetée et le port de Granville et les Der- 
nières maisons de Port-en-Bessin (Calvados), par 
Th. Rousseau ; Illusion perdue, la Visite et Cache- 
Cache, par A. Stevens; le Pont des Arts et l'Institut 
et l'Hiver au bas de la Butte, par Antoine Vollon ; 
enfin, Santa Maria délia Salute, Moulins au bord 
de l'Escaut, le Bucentaure, Embouchure de la Meuse, 
Venise (San Simeone il Piccolo), FEntrée du vieux 
port de Marseille, le Pont Royal, le Pont des Arts 
et Voilier en vue de Stamboul {effet du soir), 
par Ziem. 

Passons aux aquarelles, où nous relevons : le 
Taureau, un Éléphant marchant et un Tigre royal 
couché, par Barye. Du maître animalier, la collec- 
tion Antony Roux contient une série de bronzes 
remarquables, notamment : l'Ours debout, la Pan- 
thère terrassant un zibet et la Panthère de l'Inde. 
Nous arrivons ainsi à l'importante réunion de 
sculptures de Rodin : des bronzes, parmi les- 
quels il faut citer : Amor fugit, l'Idylle, Celle qui 
fut Haulmière, Volupté (les Fleurs du mal}, C Homme 
au serpent, la Baigneuse, Iris, et une ligure en 
pierre, la Femme et la peur. 

Des objets d'art et d'ameublement ancien, où 
nous remarquons une console en marqueterie 
de bois de couleur, avec bronzes, d'époque 
Louis XV, complètent cette vente qui sera, sans 
contredit, une des plus importantes de l'année. 

Tableaux anciens. — Un mince catalogue 
illustré nous apporte l'annonce de la vente de 
tableaux anciens provenant de la Collection de 
M. X..., qui aura lieu salle 7. le 22 mai, par le 
ministère de M" Lair-Dubreuil et Pecquet, assistés 
de MM. Malhey et Georges Petit. Cette vacation 
anonyme comprend un pastel de La Tour, Portrait 
de femme, et quelques peintures de maîtres pri- 
rnitifs, notamment un panneau de l'école du 
Haut-Rhin du xv« siècle, la Vierge et l'Enfant 
Jésus, et deux panneaux formant pendants, le 
Chnst couronné d'épines et la Vierge de douleun, 
de l'école de Van der Weyden. 

Collection A. Sambon (objets d'art «t 

tableaux anciens). — C'est un véritable musée 
d'art ancien, où toutes les catégories d'objets 
sont représentées, que cette Collection de 
M. Arthur Sambon, dont la vente ne nécessitera 
pas moins de quatre vacations, qui auront lieu à 
la galerie Georgt-s Petit, du 25 au 28 mai, sous la 
direction de M" Lair-Dubreuil et de MM.J. Hirsch, 
Meyer-Riefstahl, Mannheim et Ferai. 



ANCIEN ET MODEftNE 



m 



Le catalogue illustré débute par les antiquités 
égyptiennes, parmi lesquelles nous remarquons : 
un groupe en calcaire peint, représentant un 
homme et une femme et provenant du tombeau 
de Neofrit-Abit, fille de Chéops I". Cette sculp- 
ture date des débuts de la III" dynastie, comme 
cette statue d'une pétrisseuse de pain, également 
en calcaire,' des mêmes époque et provenance. 
Citons encore : une statuette en basalte noir de 
la XXVI= dynastie, représentant le prophète 
d'Ammon, Oua-habrà, et un bas-relief en granit 
rouge de l'époque saïte, représentant un buste 
de jeune femme, à gauche. Pour le chapitre de 
l'art égyptien, contentons-nous de signaler encore 
la présence de faïences, de verreries, de sculp- 
tures sur bois et de bronzes. 

Passons aux sculptures grecques et romaines, 
et notons : une statue grecque de cariatide, du 
v« siècle avant Jésus-Christ ; un satyre cymba- 
liste en marbre de Paros, du lu» siècle avant 
Jésus-Christ ; plusieurs têtes d'art grec ; un buste 
de Garacalla, marbre alexandrin du ni" siècle ; 
puis, parmi les bronzes grecs et romains : une 
Aphrodite «au kestos », du iv"-iii" siècle avant 
Jésus-Christ, et une statuette d'archer de l'épo- 
que alexandrine ; enfin, une tête d' Agrippa, d'art 
romain. La place nous est trop limitée pour que 
nous puissions nous étendre comme il convien- 
drait sur la céramique antique, vases et sta- 
tuettes de terre cuite, qui forme une partie fort 
intéressante de la collection. 

Outre cette réunion d'antiquités, qui comprend 
encore des pièces d'orfèvrerie et des objets 
divers, la présente vente contient des spécimens 
remarquables d'art musulman : tout d'abord une 
série de faïences émaillées, des xiii" et xiv" siècles, 
des fabriques de Rhagès et de Sultanabad ; puis 
des verres arabes émaillés, des xiii" et xiv^ siècles ; 
enfin, des faïences et porcelaines orientales, de 
Damas et d'Anatolie, des xvi" et xvii" siècles. 
Auprès de cette réunion de céramiques, notons 
des bronzes incrustés d'or et d'argent, des xii=, 
xiii« et xive siècles, et des manuscrits enrichis de 
miniatures persanes, des xv et xvi« siècles. 

Après l'art musulman, voici l'art chinois, re- 
présenté surtout par des peintures, et l'art 
japonais, qui ne se manifeste ici que par un 
grand paravent décoré de peintures, duxvi^siècle. 

Si nous en venons aux tableaux anciens, nous 
remarquons : le Portrait d'une jeune princesse, 
peinture anonyme française du xvi" siècle ; la 
Mort de la Vierge, de l'école florentine du com- 
mencement du XV» siècle ; la Vicr je et l'Enfant 



Jésus, de l'école siennoise de la fin du xiii" siècle ; 
le Portrait de la comtesse Friese et le Portrait du 
comte Friese, deux pendants, par Liotard ; une 
Réunion dans un palais, par Ph. Meusnier et Pater ; 
enfin, une suite de trois panneaux, représentant 
des saints personnages, de l'école d'Andréa Ver- 
rocchio. 

Parmi les objets d'art et de curiosité qui com- 
posent la dernière partie de la vente, il faut 
encore mentionner : une série de faïences ita- 
liennes des diverses fabriques des xv» et xvi» 
siècles, dont un bas-relief, attribué à Andréa 
délia Robbia, représentant la Vierge agenouillée 
devant l'Enfant ; des porcelaines anciennes, 
notamment des groupes et statuettes de Saxe et 
de Capo di Monte; des ivoires; des bijoux du 
moyenâge et de la Renaissance ; des bois sculptés 
des xv» et xvi« siècles, d'art flamand, allemand 
et italien ; des sculptures, dont une Madone en 
haut-relief, en marbre blanc, attribuée à Mino 
da Fiesole ; enfin, des bronzes italiens des xv» et 
xvi» siècles. 

N'est-il pas vrai de dire qu'elle constitue un 
véritable musée d'art ancien, cette collection 
Sambon, dont la dispersion ne manquera pas 
d'intéresser vivement les amateurs de toutes les 
catégories d'œuvres d'art du genre sérieux. 

Collection Fairfax Murray (tableaux an- 
ciens). — On annonce, pour le 18 juin, la vente 
de la coIlccLion de l'amateur anglais bien connu, 
M. Fairfax Murray ; elle aura lieu à la galerie 
Georges Petit, et nous reviendrons en détail sur 
cette importante vacation quand le catalogue 
nous sera parvenu. 

M. N. 
ESTAMPES 

Ventes annoncées. — A Paris. — Estampes 
anciennes et modernes. — M" A. Desvouges, 
avec M. P. Bihn, comme expert, dispersera, les 
19 et 20 mai, à l'Hôtel, salle 10, la première par- 
tie d'une collection d'estampes anciennes et mo- 
dernes, comprenant 420 numéros. 

On peut citer, parmi les œuvres les plus impor- 
tantes et les artistes les mieux représentés : 
Baudouin, Bonnet, Chardin, Demarteau, Frago- 
nard, Lancret, Lavreince, Moreau le jeune et 
surtout Watteau; et, parmi les modernes : Brac- 
quemond, Buhot, Chahine, Delacroix, Fan- 
tin-Latour, Helleu, Seymour Haden, Toulouse- 
Lautrec, L. Legrand, Lepère, Millet, Raffet, 
Rodin, Whistler et Zorn. 

R. G. 



m 



LB BULLETIN Dfc; L'Ahî 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Guillaume Régamey, 1837-1875 (galerie 
Bernheim jeune). — Ici, l'heure est aux « rétro- 
spectives », peut-être afin de nous reposer des 
« derniers cris » de l'outrance... Après Éva Gon- 
zalès, r.uillaurae Uégamey ; né le 22 septembre 
1837, mort, à trente-huit ans, le .3 janvier 1875, 
ce Parisien de naissance et de nature avait 
reparu, comme peintre militaire, à la Gentennale 
de 1900, parmi les ressuscites comme Eugène 
Larivière, Boissard de Boisdenier, Félix Trutat, 
Dehodencq, Bazille et Paul Guigou, — puis, en 
mars 1907, comme puissant dessinateur, quai du 
Marché-Neuf, à l'éphémère Cité des Arts : aussi- 
tôt, ses croquis de souvenir, à la mine de plomb, 
ses beaux dessins au crayon noir sur papier 
grenu, tels que la Forge ou le Fardier. les Démo- 
litions du vieux Paris ou l'Incendie, rue Mouffe- 
tard, nous avaient parlé d'un émule des Cazin, 
des Lhermitte et des Fantin-Latour (1) ; et 
ce sont bien là les condisciples que l'élève et 
l'ami de François Bonvin, coudoyait à la « petite 
école » de cet étonnant Lecoq de Boisbaudran 
qui s'ingéniait, en développant la mémoire de 
l'œil, à former presque tous nos maîtres; ce sont 
les meilleurs de ceux-là qui l'accompagnaient au 
fameux Salon des Refusés de 1863. Ici, des 
crayons datés de 1855 nous montrent Fantin- 
Latour au Louvre ou dans sa mansarde, et très 
ressemblant au rarissime petit portrait gravé par 
Bracquemond; Horace Vernet, professant à 
l'École; Charles Cuisin, peignant à l'atelier; 
Legros, dessinant en plein-air : toute une époque 
disparue... Les chevaux et leurs cavaliers, le 
maréchal-ferrant, les grenadiers au bonnet à 
poil, les sapeurs barbus, les noirs turcos et les 
tirailleurs algériens, les Zouaves sortant de la 
place du Carrousel, le 29 octobre 1839, rem- 
plissent les pages les plus nerveusement crayon- 
nées. Dans ses toiles ou dans ses pastels blafards 
sous un ciel d'orage, l'artiste que les Cuirassiers 
au caôacef (1874) représentent médiocrement au 
Luxembourg est un peintre militaire qui re- 
monte volontiers à Gros, à Géricault, un réaliste 
qui songe aux frissons de l'aube épique pendant 
les soirs plus silencieux de l'Année terrible... 

Auguste Lepère (chez Edmond Sagot). — 
C'est toujours une joie pour « l'amoureux 

1. Voir le Bulletin du 6 avril 1907, p. 109. 



d'art », en mt';me temps qu'une belle revanche 
ingénue du dessin, que l'exposition des œnvreà 
les plus récentes de ce spirituel et modeste maître 
qui nous propose aujourd'hui la meilleure défi- 
nition de l'artiste mode.rne; et, cette année, 
voilà la suite logique ou le complément naturel 
de la collection Roger Marx, qui nous racontait 
de la façon la plus vivante et la plus homogène, 
avant sa dispersion, les quarante dernières an- 
nées de l'estampe contemporaine. Instinct, naï- 
veté, conviction, liberté du savoir : tel est le 
langage de quatorze eaux-fortes, voisines de 
trente-quatre peintures, reflet nouveau de 
l'heure et du ciel; et ce que le xytographe était 
hier, quand il gravait les Paysages parisiens '^ pour 
Henri Beraldi », l'aquafortiste l'est aujourd'hui 
quand il décrit la Seine au Pont National, la noce 
vendéenne, la promenade dominicale àCrèvecœur 
ou la vue panoramique d'Angers avec une admi- 
rable sensibilité dans la lumière. 

Expositions diverses. — A la galerie Georges 
Petit, nous avions déjà vu naguère M. Joseph 
Communal, un coloriste qui rêve de conti- 
nuer Diaz ou de devenir le Monticelli de la 
montagne et qui, pour « annexer » la Savoie au 
paysage français, cimente de hautes murailles 
de jaspe et de saphir, au risque de sacrifier l'air 
fluide à rémail de la belle matière. Près de lui, 
M. Sigismond de Nagy, peintre des paysans hon- 
grois, comme M. Paul-Franz Namur, symboliste 
encore plus ambitieux, chez Devambez, cherchent 
trop l'éclat au détriment de la sincérité : Char- 
din, s'ils l'écoutaient, pourrait leur dire bien 
des choses... 

Chez Lorenceau, rue La Boétie, nous revoyons 
avec plaisir la claire palette de M. Pierre Ladu- 
reau, peintre de plages ; — chez Tooth, les des- 
sins et les fines eaux-fortes de M. R.-P. Grouiller, 
peintre-graveur parisien, qui demande le pitto- 
resque aux derniers recoins du vieux Montmartre 
et de nos vieilles cités provinciales ; — galerie 
Haussmann, les crayons nerveusement rehaussés 
et les bronzes du dessinateur Paul Jouve, illus- 
trateur tout désigné du Litre de la Jungle, de 
Rudyard Kipling, et robuste animalier d'instinct 
sculptural, qui doit goûter le style de Michelet; 
et, cette fois encore, la statuaire, l'estampe et 
le dessin nous ont quelque peu vengés des indis- 
crétions de la peinture. 

Raymond Bouyeb. 



Le Gérant : H. Dinis. 



Paris. — Imp. Ueorges l'etit, li, rue (iodot-de-U«aroi . 



Numéro 626. 



Samedi 23 Mai 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 



ANCIEN ET MODERNE 



Inquiétantes Galéjades 



Les Provençaux veulent élever un monument 
à Mistral : il paraît que la statue de bronze érigée 
sur la place du Forum, à Arles, n'est pas à la 
taille du poète du Hhône et de Calendal, et les 
projets les plus saugrenus sont présentés le plus 
sérieusement du monde. 

Les uns rêvent de dresser au sommet du Ven- 
toux un agrandissement, haut de trente mètres, 
de la statue d'Arles, laquelle a déjà le défaut 
d'être un agrandissement d'une charmante sta- 
tuette de Théodore Rivière. 

D'autres renchérissent, et voici en quels termes 
le Petit Marseillais se fait l'écho de leurs imagi- 
nations dévergondées : 

« Si quelque monument durable doit être 
dressé parmi les fluctuations et les variations de 
ce monde périssable, c'est bien à la terre même 
de Provence, à la pierre de ses rochers qu'il faut 
en confier la gloire, c'est à la chaîne bleue des 
Alpilles qui forme l'horizon familier de la plaine 
de Maillane, où se déroula simplement la vie 
idéale et biblique du poète, que doit appartenir 
l'honneur de conserver cette physionomie popu- 
laire dont le souvenir doit se confondre avec les 
temps. C'est, en un mot, au Lion d'Arles, ce 
mont rocailleux du Gaussier, isolé et superbe, 
qui surplombe l'immense plaine courant des 
monuments romains de Saint-Remy aux rem- 
parts féodaux d'Avignon, au cœur de ce Lion 
d'Arles que Mistral a chanté en strophes magni- 
liques dans ses Isclo d'Or, comme par un pres- 
sentiment de leurs destinées associées, qu'il faut 
appuyer la figure mistralienne... 

» Tout le jardin de Provence respirera comme 
une Heur ouverte devant ce médaillon resplen- 
dissant. Et ce médaillon mégalithique, taillé dans 
2.000 mètres carrés de rochers, 30 mètres de haut, 
-'lO mètres de large, rayonnera comme un disque 
de soleil sur cet horizon reposant, d'oii l'œil sur- 



pris et charmé reconnaîtra de très loin, de n'im- 
porte quel point du segment, le poète en pleine 
force, le feutre en bataille, la moustache, la bar- 
biche et la cravate flottante, fétiche éternel de la 
Provence, sphinx humain ayant jeté, toute sa 
vie, au vent du patriotisme et de l'art, tous ses 
symboliques secrets... « 

En vérité, ces Méridionaux outrepassent le 
droit qu'ils ont d'exagérer. 

Jusqu'ici nous ne perdions pas une occasion 
de plaisanter les Allemands sur leur got'it du 
« colossal ». Comment pourrons-nous, désormais, 
reprocher ce ridicule à nos voisins d'outre-lîhin 
si les Provençaux leur dament le pion, en taillant 
les montagnes à l'effigie de Mistral ? 

E. 1). 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 16 mai). 
— M. Pascal, qui fait l'intérim du secrétariat des 
séances, donne lecture des lettres par lesquelles 
MM. Deglane, Lambert, Redon, A. Baliu. Blavette, 
J. Hermant, Benard, Defrasse, Forniigé et Tournaire, 
déclarent poser leur candidature au fauteuil laissé 
vacant dans la section d'architecture par le décès de 
M. Vaudremer. 

— Le prix lîossini (Poésie), de la valeur de 3 000 Ir., 
est attribué à M. Fernand Besnier, pour son poème 
intitulé : les Voir de la mer. 

— Le prix Trémont, de la valeur de 2.000 fr., est 
partagé entre MM. Imbs et Lehuédé. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 15 mai) — M. Salomou Keinach lit une 
lettre de M. de Mély relative à l'inscription soi-disant 
hébraïque du retable de Roger vander Weyden, acquis 
l'an dernier par le Louvre. Cette inscription se com- 
pose de quatre mots que M. de Mély interprète ainsi ; 
Son œuvre de peinture Weyden a terminé. 

M. le comte P. Durrieu présente quelques observa- 
tions et fait des réserves sur cette lecture. 



162 



LE BULLETIN DE L'ART 



— M. Héron de Villefosse, de la part de M. le doc- 
teur Carton, correspondant de l'Académie, annonce à 
l'Académie le résultat des récentes fouilles de BuUa 
llegia. En dehors des thermes, M. Carton a entrepris 
de dégager un monument important dont l'emplace- 
ment lui avait été signalé, il y a vingt-cinq ans, par 
une pierre ornée de reliefs sur trois de ses faces. Ses 
murs ont deux mètres d'épaisseur; ses colonnes de 
marbre sont ornées de chapiteaux corinthiens. Dans 
l'intérieur, gisent des centaines d'amphores de grandes 
dimensions, remplies de blé, d'amandes, etc. ; des vases 
ou ustensiles de bronze voisinent avec une énorme 
quantité de verres brisés. Un incendie a dû détruire le 
toit dont les poutres, en tombant, ont écrasé le sommet 
des amphores. Parmi tous ces objets, s'est rencontrée 
une croix de bronze argenté mesurant 25 centimètres 
de hauteur, dont les bras portent des caractères grecs. 

M. Carton pense que cet édifice, d'abord païen, a 
dû être transformé en église. 

— M. le comte Durrieu analyse une peinture laissée 
par quelque pèlerin chrétien du moyen âge dans l'église 
de la Nativité, à Bethléem, et représentant un heaume 
de chevalier dont le cimier est une tête de More. Cet 
emblème a été pris par les familles dont des membres 
s'étaient signalés en Orient dans des combats contre 
les Musulmans. 

— M. Joseph Déchelette, correspondant de l'Acadé- 
mie, étudie la répartition, dans les régions situées au 
nord des Alpes, des trouvailles d'objets de provenance 
grecque, italo-grecque et étrusque du vu* au iv siècle 
avant notre ère. Ce relevé statistique met en évidence 
larégularité et l'importance des relations commerciales 
qu'entretenaient alors indirectement les habitants des 
pays celtiques avec l'Italie méridionale. 

— Le prix Fould (5.000 fr.) est partagé entre 
MM. Ilébrard et Zeiller (2.000 fr.), Spalaio, le palais 
de Dioclétien ; MM. Ebersold et Thiers (1.500 fr.), les 
Églises de Conslantinople ; notre collaborateur M. Ga- 
briel Leroux (1.500 fr.), les Origines de l'édifice hypo- 
style en Grèce et chez les Romains; M. P. Macler(500 fr.). 
Miniatures arméniennes ; M. Ph. des Forts (500 fr.), le 
Château de Villebon. 

— La médaille de la Société centrale des architectes 
est attribuée à M. Plassart, membre de l'École d'Athènes, 
pour ses fouilles à Orchomène d'Arcadie et à Délos. 

Société des antiquaires de France (séance du 
13 mai). — M. Lefèvre des Noettes montre comment 
les anciens Égyptiens ont quelquefois essayé de mo- 
difier le harnachement des chevaux pour leur faire 
traîner des voitures plus pesamment chargées. 

— M. Pallu de Lessert commente une inscription 
récemment découverte à Taoura et relative à un pro- 
consul d'Afrique mentionné par Apulée. 

Société de l'histoire de l'art français (assem- 
blée générale du 8 mai). — Après le discours de 
M. Jules Guillrey, président, les rapports de M. A. 
Tuetey, trésorier, et Pierre Marcel, secrétaire, la 



Société nomme cinq membres du Comité-directeur. 
Sont élus : MM. Paul Lacombe, Jean Laran, Henry 
Martin, André Ramet, Louis Réau. 

— M. Henri Clouzot communique des documents 
inédits sur Jean Petitot, peintre en émail. 

— M. J.-J. .Marquet de Vasselot entretient la Société 
de quelques émaux de Colin Noylicr et de leurs mo- 
dèles gravés. 

Musée du Louvre. — L'administration des Beaux- 
Arts, avant de renvoyer à l'église Saint-Just de .Nar- 
bonne et à l'abbaye de La Chaise-bieu les tapisseries 
dont la manufacture des Gobelins vient d'achever si 
remarquablement la restauration, a voulu que le pu- 
blic parisien put les admirer pendant quelques jours. 
Elles sont exposées jusqu'au 5 juin, dans la salle des 
fa'iences italiennes au Musée du Louvre (Colonnade). 

La grande tenture de l'église Saint-Just est une 
tapisserie bruxelloise du début du xvi* siècle, de la 
suite de la Genèse; elle représente la Création. Les 
deux tapisseries de La Chaise-Dieu, l'une en bande 
longue et étroite, l'autre en hauteur, appartiennent à 
la série de ta Vie du Christ et des sujets de l'Ancien 
Testament. Tissées en quatorze pièces, elles portent 
les armoiries de Jacques de Senccterre, trente- 
sixième abbé de La Chaise-Dieu (1492-1518). 

Musée du Luxembourg. — Le Times a annoncé 
que M. Edmund Davis avait l'intention d'offrir au 
gouvernement français, pour le musée du Luxera- 
bourg, un portrait de femme par sir John Everelt 
Millais, actuellement exposé à la Grosvcnor Gallery, 
à Londres. Millais, un des membres les plus actifs de 
la Pre-liaphaelite lirotherhood et l'un des meilleurs 
peintres anglais du milieu du xix' siècle (autrefois 
étudié dans la Revue par M. M. H. Spielmann, t. XII, 
pp. 33 et 95) a souvent exposé aux Salons français, 
où il reçut une médaille en 18S3, mais il n'est repré- 
senté dans aucun musée de France. 

A Angers. — Les tapisseries de la cathédrale 
d'Angers, universellement célèbres, viennent d'être 
exposées dans l'ancien évêché de la ville, par les 
soins de l'administration des Beaux-Arts, et c'est là 
que les visiteurs auront tout loisir de les admirer dé- 
sormais ; ces suites, à sujets de l'Apocalypse, de la Vie 
de saint Maurille, de la Passion, de la Vie de saint 
Martin, de saint Jean-Baptiste, de saint Saturnin, de 
l'Histoire de Tobie, de Samsoti, de l'Invention de la 
croix, de ta Vie de Notre-Seigneur, etc., s'étendent du 
iiv* au XVIII* siècles et forment un des plus beaux 
ensembles que l'on connaisse de l'art de la tapisserie. 

A Nantes. — La cathédrale de Nantes est dans 
un tel état de vétusté qu'elle offre des dangers crois- 
sants pour la sécurité publique. Une délégation de la 
Commission des Monuments historiques s'est rendue 
sur place pour y étudier les mesures qui s'imposent 
d'urgence et arrêter les travaux à entreprendre. 

A l'intérieur, on va procéder à une visite minu- 
tieuse de la voûte de la grande nef et à la réfection 



ANCIEN ET MODERNE 



1«3 



des meneaux des verrières du côté nord. 11 serait 
cependant déplorable que toute idée artistique fût 
bannie de ces travaux, et que l'on remplaçât, coBame 
M. de Baudot la proposé, les meneaux en pierre par 
une armature en fer, — solution évidemment écono- 
mique, mais qui détruirait toute la beauté architec- 
turale de l'édifice du coté nord. A l'extérieur, on 
restaurera également les contreforts nord qui mena- 
cent ruine. 

Nécrologie. — On annonce la mort de M. Marcel 
Cogniel, artiste peintre, décédé à Paris; — de 
M. Alphonse Lamotle, graveur, né au Havre en 1844, 



élève de S. Outhwaite et d'Henriquel-Dupont, sou- 
vent récompensé aux Salons et qui avait obtenu une 
médaille d'or et reçu la croix de la Légion d'honneur 
à l'occasion de l'Exposition universelle de 1889; de- 
puis 1900, il était conservateur du Musée du Havre et 
directeur de l'école des beaux-arts de cette ville; — 
du peintre paysagiste Eugène d'Argence, mort le 
8 mai à Issy-les-Moulineaux ; né à Paris, élève de 
Eug. Giraudet et de liusson, il débuta au Salon de 
1881 et devint, après la scission, un des habitués des 
expositions de la Société nationale; il avait été 
récompensé d'une mention honorable à l'Exposition 
universelle de 1889. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Vente de la collection Roger 
Marx (tableaux, etc. — Liste des -prix). — 

Nous avons déjà signalé les résultats de la seconde 
et de la troisième ventes de la collection Roger 
Marx. Contentons-nous de rappeler qu'elles ont 
produit ensemble un total de 773.160 francs, 
dont 710.170 francs pour les tableaux, dessins et 
sculptures, qui composaient la seconde vente, et 
62.990 francs pour les objets d'art, qui compo- 
saient la troisième vente. Les estampes modernes, 
ayant fait l'objet d'une vente précédente, qui a 
produit un total de 261.900 francs, la collection 
Roger Marx a donc réalisé un peu plus d'un 
million, chiffre auquel il y aura lieu d'ajouter 
le produit d'une vente de tableaux et de dessins 
qui aura lieu en juin, à l'Hôtel Drouot. 

PRINCIPAUX 'PRIX 

Tableaux modebnïs. — Carrière ; 9. Portrait d'Ed- 
mond de Goncourt, 6.100 fr. (dem. 5.000). — 11. La 
Leçon d'écriture, 11.200 fr. (dem. 8.000). — 15. Mary 
Cassatt. La Femme au tournesol, 15.500 fr. (dem. 
12.000). — 23. Fantin-Latour. les Brodeuses, 5.800 fr. 
(dem. 4.000). — 28. Gauguin. Femmes .nues au bord 
de l'eau, 10.050 fr. (dem. 7.000). — 57. Lépine. Le 
Petit bras de la Seine, quai de liétliune, 5.865 fr. 
(dem. 5.000). — 60. Manet. La Sultane, 74.000 fr. 
(dem. 60.000). — 61. Cl. Monet. Le Pont d'Argenteuil, 
6.700 fr. (dem. 6.000). — 68. Henoir. Jeune femme en 
bleu, 6.000 fr. (dem. 4.000). — 73. L. Simon. Bigou- 
dènes, 7.000 fr. (dem. 5.000). — Toulouse-Lautrec ; 



75. Dans le lit, 15.000 fr. (dem. 10.000). — 76. Au 
Moulin-Rouge, 5.100 fr. (dem. 5.000). 

Pastels, aquabelles, dessins. — 101. Mary Cassait. 
La Lecture, 6.500 fr. (dem. 5.000). — Degas : 122. Dans 
l'atelier de la modiste, 12.000 fr. (dem. 10.000). — 
124. Trois danseuses, 9.100 fr. (dem. 6.000). — 125. La 
Toilette, 101.000 fr. (dem. 80.000). — 126. Femme se 
grattant, 6.000 fr. (dem. 5.000). — 127. Groupe de 
danseuses, 6.800 (dem. 10.000). — 136. Fantin-Latour. 
Jeune femme à l'éventail, 9.800 fr. (dem. 6.000). — 
181. — Puvis de Chavannes. La Paix. Étude pour les 
décorations du musée d'Amiens, 17.500 fr. (dem. 10.000; 
ce dessin, racheté par les héritiers, ainsi que le Bul- 
letin l'a annoncé dans son dernier numéro, a été 
offert par eux au musée du Luxembourg.) — 194. Re- 
noir. Femme en rose, 15.500 fr. (dem. 8.000). — Tou- 
louse-Lautrec : 216. A l'Opéra, 9.200 fr. (dem. 10.000). 

— 218. La Boue, 5.300 fr. (dem. 5.000). — 222. La Blan- 
chisseuse, 7.000 fr. (dem. 3.000). — 224. Dans l'atelier 
{Portrait de M. S...), 8.500 fr. (dem. 8.000). 

Sculptures. — Aug. Rodin : 249. Le Baiser (1886), 
br., 20.300 (dem. 15.000). — 250. Désespoir, marbre, 
4.900 fr. (dem. 5.000). — 251. Cariatide (1891), marbre, 
10.000 fr. — 2Ï2. Femme nue, 16.000 fr. (dem. 8.000). 

— 253. Femme à l'épine, 15.100 fr. (dem. 5.000). 
Objets d'abt modernes. — 74. E. Galle. Verrerie, 

Eaux dormantes. Urne de verre bleu efvert, 5.060 fr. 
(dem. 3.000). 

Ce dernier prix est la seule enchère supérieure 
àb.OOO francs que l'on trouve à relever parmi les 
objets d'art modernes ; nous avons dit, en annon- 
çant la vente, quel était l'intérêt particulier de 
ces objets d'art, tous dus à des artistes contem- 
porains, dont les œuvres n'avaient pas encore 



164 



LE BULLETIN DE L'ART 



passé aux enchères publiques. Il faut reconnaître 
que leur tenue générale a été remarquable et 
que plusieurs d'entre les numéros vendus ont été 
fort disputés. 

Vente d'objets d'art. — Dans une vente 
anonyme, dirigée, salle 1, les 12 et 13 mai, par 
M" Lair-Dubreuil et Baudoin et MM. Mannheim, 
notons le prix de 18.000 francs obtenu par le 
n" 78, un calice en argent repoussé et gravé, à 
motifs religieux, avec inscriptions, vendu sans 
indication d'époque. Cette vente a produit un 
total de 76.987 francs. 

Succession de M°>« H... (tableaux, etc.). — 

Cette vente, dirigée, salle 6, du 14 au 16 mai 
par M» Lair-Dubreuil, assisté de MM. Mann- 
heim, P'éral, Falkenberg et Linzeler, a produit 
254.847 francs. 

PRINCIPAUX PRIX 

F'aiencks. — 43. Delfl. Deux bout., décor de Heurs, 
6.610 fr. — 50. Faenza. Deux bout, de pharmacie, 
Lucrèce et Saint Jérôme, 5.000 fr. 

Meubles. — 190. Commode, marquet. de coul. à 
damier, ornée br., signée: L. Aubry,ùtiép. Louis XV, 
10.100 fr. (dem. 10.000 ; rest.). 

Tapisseries. — 218. Tapisserie d'Aubusson, ép. 
Louis XV, le Jeu du cheval fondu, fond de verd., 
21.505 fr. (dem. 20.000). — 219. Tapiss. d'Aubusson," 
ép. Louis XV, Chasseur tirant un oiseau, etc., 16.050 fr. 
(dem. 12 600). 

Tableaux .modernes. — 250. Corot. Maisons au bord 
d'une rivière, 6.150 fr. (dem. 6.000). 

Tableaux anciens. — 264. École allem., xvi' s., 
Portrait d'Ulrich Zwingli, 8.000 fr. (dem. 8.000). — 
265. École flam., xvi» s. La Vierge et l'Enfant, 5.800 fr. 
(dem. 5.000). — 276. Van der Heyden. Intérieur de 
ville, 10.000 fr. (dem. 5.000). — 280. Isaac Kœdyck. 
Intérieur hollandais, 9.200 fr. (dem. 8.000). 

"Vente de M™» X... (tableaux, etc.). — Faite, 
salles 7 et 8, le 15 mai, par M» Bignon et M. Ba- 
taille, celte vente a produit 160.000 francs et 
donné lieu à quelques enchères dignes de remar- 
que, surtout dans la catégorie des tapisseries. 

PRINCIPAUX PRIX 

Tableaux. — 18. Corot. Marais aux environs d'Ar- 
ras, 8.700 fr. (dem. 12.000). — 19. Daubigny. Les 
Bords de l'Oise à Saint-Leu, 8.000 fr. (dem. 12.000). 

Tapissebies. — 101. Tapiss. d'Aubusson, xviii* s., 
paysage animé, chasse au lièvre, 8.400 fr. (dem. 
12.000). — 102. Tapiss. des Flandres, xvu* s., concert 
devant un palais, bord., 18.000 fr. (dem. 20.000; par- 
tie refaite). — 103. Tapiss. tlam., xvii* s., l'Enlève- 
ment de Bacchus, bord., 20.000 fr. (dem. 20.000). — 
105. Tapiss. Uam. Renaissance, la Visite du marchand 
de bijoux, 13.000 fr. (dem. 25.000). — 106. Tapiss. 



flam. XVI* 8., scènes de chasse au cerf, bord., 20.405 fr. 
(dem. 20.000). 

Succession de la baronne de H... (objets 
d'art, etc.). — L'ne seule en(Aère à noter dans 
cette vente, faite salle 1, le 15 mai, par M" Boudu 
et M. Bertier, celle de 0.505 francs pour une 
tapisserie de Bruxelles du xvii« siècle, à sujet de 
VHktoire d'Ulysse. 

"Vente de la collection H. Kullmann (ta- 
bleaux modernes). — La vente de la Collection 
Herbert Kullmann, de Mancliester, avait fait l'objet 
d'un catalogue illustré qui nous est parvenu trop 
tard pour qu'il nous ait été possible de parler ici 
des tableaux, appartenant au genre moderne le 
plus avancé, qui s'/ trouvaient décrits. On y 
rencontrait même une page connue du peintre 
douanier Henri Rousseau, de fameuse mémoire. 
Cette Chasse au tigre qui, à un Salon d'automne, si 
nos souvenirs sont exacts, voisinait avec des 
œuvres d'Ingres, a trouvé acheteur en la personne 
des experts dirigeant la vente, pour 7.500 francs, 
sur la demande de 8.000. La vacation, dirigée 
salle 1, le 10 mai, par .M" Baudoin et MM. Bern- 
heim jeune, à produit 112.020 francs. 

PRINCIPAUX PRIX 
Tableabx. — 2. Cézanne. Le Village à travers Us 
arbres, 28.000 fr. (dem. 23.000). — 6. Van Gogh. 
L'Escalier à Anvers, 12.300 fr. (dem. 12.000). — 
A. Renoir: S. Baigneuse, 38.500 fr. (dem. 35.000). — 
9. Au bord de la rivière, 7.800 fr. (dem. 5.000). — 10. 
Henri Rousseau. Éclaireurs attaqués par un tigre, 
7.500 fr. (dem. 8.000). 

Vente de bustes par Houdon. — Il nous 
suffira de donner les résultats de cette vente 
que nous avons annoncée avec détails et (jui a 
eu lieu, le 18 mai, par le ministère de M' Des- 
vouges et de M. (liacoinetti. 

Bustes par HounoN. — 1. Claudine Houdon, terre 
cuite, 20.100 fr. (dem. 15.000 ; patine post.). — 2. Houdon 
par lui-même, terre cuite, 9.200 fr. (dem. 18.000). — 
3. Anne-Ange «oudon, plâtre, 25.400 fr. (dem. 30.000). 
— 4. Houdon par lui-même, terre cuite, 35.100 fr. 
(dem. 40.000). 

Succession Clavière (objets d'art, etc.). — 
Dans les résultats de cette vente, qui a produit 
45.600 francs, salle 2, le 18 mai, sous la direction 
de M« A. Couturier et de M. Guillaume, nous ne 
trouvons à signaler que deux prix, celui de 
b.OOO francs pour un secrétaire d'époque Louis XV, 
en marqueterie à fleurs, et celui de 5.200 francs 
pour une commode de même époque, égalenipnl 
en marqueterie et avec bronzes. 



ANCIEN ET MODERNE 



165 



Succession Charles André (dessins, objets 
d'art). — La vonte Charles Aiulré, annoncée ici 
même avec détails, et faile les 18 et 19 mai, par 
M» Henri Baudoin et MM. Ferai et Mannheim, 
s'est terminée sur un total de 176.01 7 francs; nous 
donnerons prochainement la liste des enchères 
principales, presque toutes obtenues par les 
tapisseries, et dont la plus importante — 
46.000 francs — a été pour une Chasse allégorique 
au cerf, tenture française du xv" siècle, dont on 
demandait bO.OOO francs. 

Vente de la collection Antony Roux (pein- 
tures, sculptures et objets d'art anciens et 
modernes). — De même, le manque de place 
nous oblige à remettre à une prochaine chronique 
le compte rendudétaillédelavente Antony Roux, 
précédemment annoncée ici. 

La première vacation, faite le 19 mai. et con- 
sacrée aux peintures, a produit 80.3 .330 francs. 
Les plus beaux prix ont été pour les Corot, les 
Gustave Moreau et les Ziem ; une vue de la Sainte, 
de ce dernier, a atteint 64.000 francs, sur demande 
de 70.000. 

La seconde vacation, faite le 20 mai, a produit 
291. 46S francs; elle comprenait les sculptures, 
— qui ont donné, à elles seules, 260.000 francs, — 
et les objets d'art. Citons, en particulier, le prix 
de .34.000 fr., sur demande de 20.000, atteint par 
la Femme et la fleur, statue pierre, de Rodin. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Galerie 
Crespi, de Milan (tableaux anciens). — La 
chronique artistique a eu maintes fois l'occasion, 
en ces dernières années, de s'occuper de la galerie 
Crespi, de Milan, bien connue de tous ceux qui 
ont visité cette ville, comme de tous les amateurs 
d'ancienne peinture italienne. La dispersion de 
cette collection aura lieu, à la galerie Ceorges 
Petit, le 4 juin, sous la direction de M*' Lair- 
Dubreuil et Baudoin, assistés de MM. Trotti et C'" 
et de M. Ferai. 

Il ae nous appartient pas de faire l'éloge du 
catalogue illustré que nous avons dressé en col- 
laboration avec notre ami Dacier, à l'occasion de 
cette vente. Mais nous pouvons tout au moins 
féliciter l'imprimerie Georges Petit du soin qu'elle 
a apporté à la typographie et à l'illustration de 
ce gros volume. 

Dans la préface de ce catalogue, préface dont 
nous avons tiré la matière d'un article pour le 
numéro de la Revue de ce mois, nous avons rap- 
pelé le souvenir de la galerie, largement ouverte 
au public, et qui fut, pendant un bon quart de 



siècle, une des curiosités de Milan, expliqué à 
quel heureux concours de circonstances elle 
avait dû son développement si rapide et si impor- 
tant, indiqué, enfin, les difficultés que ses pro- 
priétaires eurent à surmonter pour la faire sortir 
de l'Italie, par les voies licites, une fois que la 
vente en eût été décidée. Pour plus de rensei- 
gnements, nous renverrons donc le lecteur à 
cette préface, et aussi au corps du catalogue, oi!i 
chaque numéro est accompagné de références 
fort nombreuses, rappelant les auteurs qui l'ont 
spécialement étudié. Contentons-nous, ici, d'en 
signaler les pièces les plus importantes. 

Ce sont tout d'abord, du côté des écoles d'Italie 
des xv et xvi= siècles, les plus abondamment 
représentées dans la galerie Crespi : un Saint 
Sébastien, de l'école d'Antonello de Messine; la 
\ ierge à la ferronnière et l'Adoration des Mages, 
par le Bacchiacca; la Vierge et l'Enfant dans un 
paysage, par Bartolommeo Veneto; une Vierge 
avec l'Enfant, entre saint Sébastien et une sainte 
martyre, par Marco Basaïli; la Vierge à l'oiseau, 
pur Boccaccio Boccaccino ; la Vierge au turban, 
par le » Pseudo-Boccaccino »; la Vierge au livre, 
pni Boltraffio; un Berger et une nymphe couronnés 
par un amour, par Pu ris Bordone ; ta Nativité, par 
l: Borgognone; la Fuite en Egypte, par Giulio 
C impi ; uue Sainte Famille, par Francesco Caroti ; 
1 ■ l'ortrait présumé d'un luthier el la Vierge allai- 
tmt l'Enfant, par Bernardino de' Conti; «Mater 
amahitis», parle Corrège ; le Portrait d'un seigneur, 
par Batlista del Dosso ; une Pietà et la Vierge au 
coussin bleu, pur Gaudenzio Ferrari; une Vierge à 
l'Enfant tenant un Zirj-e, par Foppa; Sainte Barbe, 
par Francesco Francia; un triptyque : la Nativité 
et des saints personnages, par Ridoifo Ghirlandujo; 
la VJt'j'yc à la grenade et la Vierge avec l'Enfant 
Jésus et le petit saint Jean, par Gianpielrino; une 
Sainte Conversation, par Innocenzo da Imola; la 
Calomnie d'Apelle, par Leonbruno ; la Vicige 
adorant l'Enfant, par Libérale da Verona; la 
Vierge et l'Enfant adorés par des saints person- 
nages, par Don Lorenzo Monaco; une Sainte 
Famille et le Portrait de Niccolo Leoniceno, célèbre 
médecin de Ferrare, par Lorenzo Lolto ; un Saint 
Jérômeetle Rédempteur, par Bernai dino Luini ; le 
Christ en croix entouré de saints personnages et la 
Purification, de l'école du même maître; le Cou- 
ronnement de la Vierge, par Giovanni Mansueti; 
une Déposition de la croix avec les portraits des 
donateurs, par Marco Marziale; la Résurrection de 
Lazare, par Mazzolino ; la Madone Crespi, attribuée 
à Michel-Ange ; la Vierge à l'Enfant avec une sainte 



166 



LB BULLETIN DE L'ART 



religieuse et un chartreux, par Cristoforo Morettis; 
la Visitation, par le Moretto da Brescia; deux 
triptyques par Marco d'Oggiono, l'un représentant 
la Vierge et l'Enfant avec deux donateurs et leurs 
saints patrons, l'autre un Saint évique, entre saint 
Gualbert et sainte Claire : ces deux triptyques, 
superposés, formaient originairement un grand 
retable d'autel; et encore un Saint Etienne et un 
Saint Bonaventure, également par Marco d'Og- 
giono; le Christ ressuscité, par Palma Vecchio; 
un triptyque à saints personnages et une Annon- 
ciation, en deux tableaux, par Albertino et Mar- 
tine Piazia ; la Sainte Famille avec saint Antoine 
de Padoue, et ta Vierge avec l'Enfant et le petit 
saint Jean, par Bernardino Ijcinio, dit le Porde- 
none ; te Christ portant la croix, par Homanino ; 
Saint Paui et saint Jacques le Majeur, et Saint 
Sébastien et saint Matthieu, par <îirolamo da 
Santa Croce ; la Nativité, par Savoldo ; la Madone 
Pilti, l'a Addolorata », un Ecee Homo et un Christ 
bénissant, par Andréa Solario ; une Déposition de 
croix, de l'école de Paul Véronèse ; la Vierge de 
i'v Ave Maria «, de rateli«r de Léonard de Vinci ; 
et le Christ au tombeau, adoré par deux anges, par 
Bartolommeo Vivarini. 

Dans la seconde partie delà collection, com- 
prenant les tableaux des écoles d'Italie et d'Es- 
pagne, des xvi)' et xvni« siècles, on remarquera 
quatre vues de Venise : le Grand Canal et Ventrée 
du Canareggio, le Grand Canal entre le palais 
Moro-Lin et le palais Foscari, le Grand Canal en 
face de la Croce di Venezia, et le Grand Canal 
devant S. Stae, par Antonio Canaletto ; la Flagel- 
ialion, par Daniele Crespi ; 1« Portrait de Fartiste 
et une Scène de genre, par Gfuseppe Maria Crespi; 
'deux Paysages animés, par Francesco Guardi ; un 
Saint Jérôme, par Ribera ; la Vision de Sainte 
Anne, par G. B. Tiepolo, l'esquisse du mfime 
tableau, et encore, du mf-me maître, îa « Beata 
Ludvina » ; la Communion de sainte Lucie, par 
Sebastrano Ricci ; et deux Pastorales, par Zucca- 
relli. 

Enfin, dans les tableaux des écoles allemande, 
flamande et hollandaise, qui composent la troi- 
sième partie, il nous faut citer le Portrait du 
théologien Antoine de Wale, recteur de l'Académie 
de Leydc, par David Bailly ; l'Escamoteur, par 
Jérôme Bosch ; le Poi'trait d'un jeune seigneur, 
par B. Bruyn ; une TlHe de Vierge, par Cranach 
le Vieux ; une Pietd, d'après Quentin Mëtsys, «ft 
la Vierge à l'Enfant, avec saint Joseph, saint Paul 
et un donateur, par Tiogier ran der Weyden. 

Après une telle éntimèration, il e^ superihi 



d'insister sur l'intérAl particulier qu'offre aux 
amateurs de tableaux anciens la dispersion de 
la galerie Crespi. Certains des noms qu'elle pré- 
sente sont de ceux rjue l'on a de moins en moins 
l'occasion de rencontrer dans les ventes publi- 
ques, où, à Paris, plus encore tju'à Londres, les 
vieux maîtres italiens n'apparaissent guère qu'à 
de rares intervalles. Aussi la vente Crespi, dont 
il a été si souvent question avant qu'elle ne fût 
même décidée, est-elle attendue avec impatience 
par les musées et les collectionneurs, qui auront 
là une chance, qui ne se retrouvera pas de sitôt, 
de compléter leurs séries par des œuvres répu- 
tées et dont, longtemps encore, on chercherait 
vainement l'équivalent. 

A Amsterdam. — Tableaux auciens. — Un 
fort volume, Uès abondamment illustré, nous 
apporte l'annonce de la vente que dirigeront, à 
Amsterdam, MM. Fred. Muller et C'*, les 26 et 
27 mai. Cette vente comprend deux parties : 
d'abord Ja Galerie Rudolf Peltzer, de Cologne, puis 
des tableaux de diverses provenances. 

Quelques mots, placés en manière de préface 
en tête du catalogue, rappellent l'importance du 
commerce des tableaux anciens h Cologne vers 
le milieu du xjx" siècle, c'est-à-dire à l'époque 
où fut composée la galerie Rudolf Peltzer. Celle- 
ci, riche ici de près de trois cents numéros — et 
encore comprend-elle une seconde partie qui 
formera l'objet d'^i>e vente ultérieure, — est un 
véritable musée où dominent ieeëooles du A'ord, 
les maîtres primitifs des éoel«s «Demandes, de 
l'écol* de Cologne -surtout et de l'éoole 'ftsmande, 
puis tes maîtres des écoles des Pays-Bts da 
XVII" siècle. Il nous est vraiment impawiUe, 
dans le peu de place dont nous disposons, de 
passer la revue d'nn aussi vaste ensemble, et 
force nous est de renvoyer ati catalogue, copieu- 
sement documenté, où la plupart des ««mépos 
sont reproduits. 

Tirons de pair, parmi oeni-ci : un Portrait de 
femme, par le «Maître du Soinï Severin»'', des 
portraits, par Cratrach 4e Vien-x et par François 
Pont'bus le Jeune; la Partie de musique, par 
P. 'Cadde; des portraits, de G. Coques et de A. 
Palamedesz. ; une tiHe de Saint Jean, par Vaa 
Dyck ; des natures mortes de J. Weeiiix etde F yt; 
un paysage, le Tertre, par Van tioyen ; le Portrait 
pi-ésumé au pervtre Janstm van Ceulen, de son 
épouse et de mn enfant, par Adriaen Hamiemon ; 
afm.se sauvé des eaux, parCornelis Holslevu; une 
nature moite — la seule connue — de Matthijs 



ANCIEN ET MODERNE 



167 



Naiveu ;une Famille dépaysant, par J. van Ostade ; 
deux portraits, homme et femme, par J. A. van 
Uavesteyn; le Fossé, par S. van Ruysdael; enfin, 
les a Rhftoiiqueicrs », par J. Steen, page célèbre 
du maître qui a figuré aux « Trésors d'art », à 
Manchester, en 1857. 

Dans la seconde partie de la vente, notons : 
deux natures mortes, par W. Van Aelst; des 
paysages ou marines de Backhuysen, A. van der 
Neer, Berckheyde; une TMe de jeune garçonriant, 
par Salomou de Bray ; la l'artie de Musique, par 
J . Duck ; tes Syndics de la Confrérie des marchands 
de vin à Amsterdam, page importante de Nicolas 
Elias, dit Pickenoy ; une Vue de la ville 
d'Arnhem, l'Orage et l'Hiver, par J. van Goyen ; la 
Fêle au château, par Dirck Hais ; le Portrait d'une 
dame de la famille Deljaart, par P. Hennekijn; un 
Vieux château dans la verdure, par J. van der 
Heyde ; la Collation, par P. de Hooch, qui provient 
de la collection Steengracht; un Vaste paysage 
panoramique, par Ph. Koninck; un Portrait de 
famille, par Judith Leyster; deux portraits par 
Nicolas Maes; le Portrait de Engelbcrt II, comte de 
Nassau, par un maître primitif du xv" siècle; le 
Moulin à eau, par Jacob van Huisdael; la Leçon 
de lecture au chat et les Joueurs de boules, par 
J. Steen; les Portraits du peintre, de son épouse et 
de son enfant, deux pendants, par David Teuiers; 
des marines de Willem van de Velde le .jeu.iie et 
de Simon de Vlieger, et un Bord de mer, par Phi- 
lips Wouwermans. 

Vente très importante comme on voit, pour 
les amateurs des anciens peintres des écoles du 
Nord, où se rencontrent des spécimens de maîtres 
rares du xvii" siècle hollandais. 

M. N. 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Alessandro Magnasco (galerie Levesque). — 
Ce n'est pas un futuriste de l'Italie contemporaine 
et de nos Salons des Indépendants; c'est un 
peintre génois de jadis, dont notre Louvre ignore 
tout, l'origine obscure et l'originalité curieuse, 
les dates (1667-1749) et le nom. Son talent sombre 
attire l'historien, car il n'est pas seulement «un 
moment de la sensibilité humaine », c'est-à-dire 
de l'histoire de l'art qui la reflète sans trêve 
en recommençant indéfiniment son long cercle 
d'efforts, — mais l'aveu d'une âme singulièrement 
personnelle et sourdement passionnée, parmi les 



poncifs nouveaux de son temps. En nous montrant 
l'Italie des grottes et des ruines, des idylles 
funèbres et des intimités fantastiques, ce Génois 
complète et corrige le chapitre plein d'ombres 
de l'invasion du réalisme tragique dans l'art ita- 
lien, longtemps céleste et si pur chez ses primi- 
tifs et ses maîtres. Comme les hambochades des 
Hollandais italianisés, comme autrefois les menus 
décors des ryparographcs alexandrins de Pompéi, 
son œuvre alterne donc entre le paysage et le 
genre; mais la mélancolie de son ciel dramatise 
aussitôt tout ce qu'il emprunte : sans doute, ses 
paysages peuplés de bergers ou de brigands attes- 
tent ce que le ragoût d'un Salvator Rosa gardait 
de la cuisine bolonaise ; mais ses ruines présagent 
ce que l'ingéniosité d'un Pauini saura transmettre 
à nos poètes descriptifs de la palette, Fragonard, 
Hubert Robert et Joseph Vernet;dans leurs fonds 
de topaze crépusculaire et de nocturne saphir et 
sur leurs premiers plans mouvementés, ses 
marines avouent l'héritage de ce Pieter Molyn, 
le Jeune, surnommé Tempesta, qui vécut à Gènes; 
mais le Sermon de saint Antoine de Padoue aux 
poissons est une marine à la fois historique et 
romantique que Tempesta ne soupçonnait guère. 
Sans doute, ce peintre de genre a peint des 
auberges et des couvents, des ateliers et des corps 
de garde, des mascarades et des bacchanales, des 
arlequins et des faunes, des reîtres et des moines, 
des bandits et des rustres ; mais, supérieurs à tous 
leurs voisins, ses religieux aux mains décharnées 
s'élèvent volontiers d'un humble labeur ou d'un 
repas frugal à la prière et de la prière à l'extase; 
et l'Enterrement d'un moine (1703), la Réunion 
extatique de 1712, une petite Crucifixion, surtout 
la Mort de saint François, sont la meilleure apologie 
de cette grisaille fauve et zébrée d'éclairs de pâte 
sèche sur un fond noir d'orage ou de nuit : ainsi 
la morose Italie du Caravage se trouve apparentée 
à l'Espagne toujours pathétique, du Grèce à Goya. 
Féconde leçon d'art et d'histoire que ce Génois 
tardivementressuscité par l'érudition de M. Benno 
Geiger(l) oppose à la claire insouciance de notre 
impressionnisme ! 

Italico Brass (galerie Georges Petit). — Expo- 
sitions diverses. — Très inégales de facture et 
de format, plus de cent toiles, consacrées 
à Venise par un peintre autrichien de Goritz nous 
ont rappris le nom de .M. Italico Brass, qui passa 
fort inaperçu tant à nos Salons depuis 1894 qu'à 

(1) Alessandro Magnasco (Berlin, 1914). 



168 



LE BULLETIN DE L'ART 



la section italienne de la Décennale de 1900 : 
adroit, mais superficiel, c'est un vériate qui n'af- 
fiche point les prétentions tapageuses des roman- 
ciers ou des musiciens d'outre-monts; c'est un 
explorateur, amusant parfois, et toujours amusé, 
de la Venise réelle et vivante, de ^es monuments, 
de ses baraques, de ses illuminations, de ses 
cafés, de ses mascarades et de ses filles au châle 
ingénument provocant ; c'est un spectateur qui 
rédige, pour la nécropole des Doges, la chronique 
journalière qu'un Sorolla y Bastida tient plus 
ardemment pour son Espagne et qui laisse le 
frisson du mystère nocturne au raffinement des 
Sickert ou des Innocenti. 

En face de la Venise d'aujourd'hui, l'exposition 
rétrospective des Peintres de Venise des xvin* et 
xix" siècles, qui vient de s'ouvrir à la galerie 
Brunner (Id, rue Royale), au profit de l'oeuvre 
de « la Fraternité artistique », nous offre une 
réunion suggestive, depuis Tiepolo et Ganaletto 
jusqu'à Bonington, Corot et Whistler. Nous en 
reparlerons prochainement. 

Raymond Bouykr. 



LES REVUES 



Russie 

Staryé Gody (janvier 1914). —S. Eknst. Lossenko 
et son œuvre. — Comment juger, aujourd'hui, ce 
peintre académique, élève, à Paris, de Hestout et de 
Vien. 

— Baron N. Wranoell. Notes sur la peinture espa- 
gnole à l'Ermitage. — Examen de chaque tableau de 
celte série impartante. 

— S. Iaiikmitch. Les .Manuscrits à miniatures de la 
Bibliothèque impériale publique de Saint-Péters- 
bourg. — A propos du centenaire de la Bibliothèque. 
Indication sommaire des principaux manuscrits 
français et italiens (iiii'-xvi* siècles). 

— A. CiiAMBEBS. Exposition de dessins français de 
la fin du XVIII' siècle et du commencement du 
XIX'. — La seconde exposition annuelle du Musée 
Stieglitz, à Saint-Pétersbourg, a été constituée au 
moyen de dessins français, provenant de l'ancienne 
collection Bcurdeley. 

Le Gérant : H. Dknis. 

Paris. — Imp. Georges Petit, it, rue Godot-de-Mauroi. 



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Numéro 627. 



Samedi 30 Mai 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



L'Affaire du pont d'Héricy 

(Suite.) 



Nous avons laissé cette curieuse affaire au 
moment où le préfet de Seine-et-Marne allait 
saisir la commission départementale des sites (t ). 

Disons tout de suite que cette commission, 
réunie le 17 avril, s'est montrée sourde et aveugle : 
les protestations soulevées par le projet d'un 
pont en fer sur la Seine, entre Héricy et Samois, 
ne l'ont pas émue le moins du monde, et elle 
« n'a pas cru devoir émettre un avis défavorable 
au projet, qu'elle considère comme le moins 
critiquable au point de vue esthétique ». 

Tout de même, le préfet voulut dégager sa 
responsabilité. Il avait pour lui une première déli- 
bération du Conseil général, l'avis de la commis- 
sion des sites, les délibérations des conseils 
municipaux d'Héricy et de Samois, les rapports 
du service des ponts et chaussées ; il se refusa à 
laisser entreprendre les travaux avant une nou- 
velle approbation du Conseil général. Il y avait 
là un petit espoir encore pour les amis du 
paysage menacé. 

Cet espoir, ils ne le gardèrent pas longtemps. 
Comme on pouvait le craindre, le Conseil géné- 
ral, éclairé par tant d'avis favorables au projet, 
refusa de revenirsur sa première décision. C'était 
fini ; le dernier mot restait aux politiciens et aux 
ingénieurs, associés, une fois de plus, pour sacca- 
ger un beau site ; et les travaux allaient com- 
mencer, quand soudain, cette semaine même, 
l'affaire entra dans une nouvelle voie. 

Un certain nombre d'habitants d'Héricy protes- 
tent contre l'emprunt de cent mille francs que la 
commune a été autorisée à contracter pour la 
construction du fameux pont et contre* l'impôt 
extraordinaire de 32 centimes additionnels, que 
les contribuables devront supporter à cette fin 
pendant cinquante ans. Ils protestent d'autant 

(1) Voir le n° 624 du Bulletin. 



plus vigoureusement qu'ils découvrent aujour- 
d'hui, à l'établissement du pont, des conséquences 
inattendues : ce pont une fois construit, il faudra 
lui ouvrir une voie d'accès, et pour ce faire, 
agrandir la principale rue du village, ce qui 
demandera bien une seconde centaine de mille 
francs de frais, nécessités par les expropria- 
tions, et ce qui doublera les centimes addition- 
nels à percevoir sur les habitants. On conçoit 
sans peine que certains de ceux-ci rechignent à 
ces taxes extraordinaires, étant donné la parfaite 
inutilité de la dépense. 

Pour donner une base à leurs revendications, 
ils se sont appuyés sur l'article 40 du décret du 
11 juin 1806, en vertu duquel un particulier, 
lésé dans ses droits ou sa propriété par l'effet 
d'une décision du Conseil d'État rendue en 
matière non contentieuse, peut saisir le chef de 
l'Ktat d'une requête tendant à ce que l'affaire 
soit renvoyée, s'il y a lieu, soit devant le Conseil 
d'État, soit devant une commission. 

La requête des protestataires a été remise le 
25 mai au Président de la République, qui dira 
si les contribuables de la commune d'Héricy lui 
semblent ou non lésés et si leurs intérêts doivent 
ou non être examinés à nouveau par le Conseil 
d'État. 

Tout cela, dira-t-on, n'a que de lointains raj.- 
ports avec la protection des paysages comme ou 
l'entend, ou plutôt comme on devrait l'entendre 
généralement. Mais, dès que ceux qui ont la 
charge de défendre les beautés naturelles se 
dérobent à leur devoir, tous les moyens légaux 
sont bons de contrecarrer un projet néfaste et 
d'autant plus odieux qu'il est plus inutile. 

Si donc le Président de la République renvoie 
l'affaire au Conseil d'État et que le Conseil, en 
présence des protestations soulevées parle projet 
du pont d'Héricy, casse l'arrêté du préfet de 
Seine-et-Marne autorisant les travaux, nous ne 
serons pas les derniers à nous en réjouir. 

E. D. 



470 



LE BULLETIN DE L'ART 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Légion d'honneur. — A l'occasion de l'Exposition 

internationale de Gand de 1913, sont promus ou nom- 
més dans l'Ordre de la Légion d'honneur, sur la pro- 
position du ministre de l'Instruction publique et des 
Beaux-Arts, aux grades de : 

Commandeurs : MM. Henri Martin, Weerts, peintres. 

Officiers: MM. Maurice Boni pard.Guirand de Scé vola, 
Tattegrain, peintres; Ernest Baudin, chef des ateliers 
de la fabrication de la Manufacture de Sèvres. 

Chevaliers : MM. Louis Braquaval,Charreton, David- 
Nillet, Henri Dumont, Léon Félix, Guinier, Henry 
Jacquier, Marcel Béronneau, Mondineu, Henaudot, 
peintres; Paul Steck, peintre, inspecteur de l'ensei- 
gnement du dessin et des musées nationaux; Jacques 
Froment -Meurice, Laniourdedieu, Marcel-Jacques, 
statuaires ; Gabriel Héraud, architecte. 

Sur la proposition du ministre du Commerce : 

Officiers : MM. Falcou, directeur des beaux-arts et 
des musées de la Ville de Paris, et Nelson, statuaire- 
décorateur. 

Chevaliers : MM. Barbaud et Lauzanne, architectes ; 
Duthoit, peintre décorateur; L. Morin, dessinateur et 
homme de lettres; Robert, ferronnier d'art; Sudre, 
statuaire. 

— Par décret en date du 16 mai, rendu sur la 
proposition du ministre de» Affaires étrangères, 
M. Leonetto Cappiello, sujet italien, artiste peintre, 
a été nommé chevalier de la Légion d'honneur. 

Académie des beaux-arts (séance du 23 mai). 
— L'Académie entend le» conclusions de la section 
d'architecture sur les titres des candidats au fauteuil 
laissé vacant dans cette section par le décès de M. Vau- 
dremer, et prend connaissance de la liste de présen- 
tation qui comprend les noms de MM. Bénard. 
Oeglane, Formigé, Lambert et lledon A ces noms, la 
Compagnie ajoute ceux de MM. Ballu, Blavette, 
Defrasse, Hermant et Tournaire. 

— L'Académie rend son jugement sur les prix 
suivants : 

Prix Monbinne (3.000 fr.)., partagé entre M. H . Février 
et M. IL Rabaud. 

Prix Chartier (500 fr.), M. A. Chapuis. 

Prix Tremont (1.000 fr.), partagé entre M. Raoul 
Laparra et M. Marc-Samuel Rousseau. 

Prix Marinier de Lapeyrouse (1.600 fr.), partagé 
entre M. H. Debrie, M»' Odette Fagel et M"" Doucet- 
Bussière 

Prix Buchère (700 fr.), partagé entre M»' Marilliette 
et M"* Marlien. 

Prix Deschaume» (1.500 fr.) partagé entre MM. Pari- 
zet et Uumail. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 22 mai). — M. G. Bénédite, conservateur 
du département des antiquités égyptiennes du Musée 
du Louvre, présente à l'Académie un couteau en silex 



muni d'un manche en ivoire d'une grande beauté. 
L'intérêt de cet objet préhistorique réside dans les 
repréientations qui décorent le manche : d'un côté, 
une scène de guerre où l'on voit aux prises des 
Égyptiens et des Libyens (cette scène e»t complé- 
tée par une représentation de deux flottes opposées 
l'une à l'autre) ; et de l'autre côté, une scène du désert, 
montrant un pêle-mêle d'animaux sauvages. 

L'ftge de ce précieux monument est donné par l'em- 
ploi qui y est fait d'un typede silex à éclats réguliers 
dont il n'est plus trouvé trace dans les tombes de 
l'époque thinite C'est donc un peu avant cet âge qu'il 
convient de le placer. 

— M. Jules Maurice étudie le rôle des r.iiiii.ilpn 
impériales sou» Constantin-le-Grand. 

Société des antiquaires de France (séance du 
20 mai). — M. Lauer lit une notice sur son prédéces- 
seur, M. l'abbé Beurlier, auteur de savants travaux 
sur l'antiquité classique. 

— M. Héron de Villefosse demande et obtient l'auto- 
risation de déposer au musée de Saint-Germain un 
buste d'Auguste, en marbre blanc, qui a été trouvé 
jadis à Marseille et offert à la Société, en 1872, par 
M. Parrocel. 

— M. le comte Durrieu examine les rapports entre 
les peintures d'un manuscrit de fite Live, dit de 
Rochechouart, et l'atelier de Jean Fouquet. Il étudie 
spécialement une miniature représentant le Forum de 
Rome. 

— M. Monceaux présente, de la part du H. P. Detattre, 
quelques plombs récemment trouvés à Carthage 

Société pour l'étude de la gravure française. 
— L'assemblée générale de la Société pour l'élude de 
la gravure française a eu lieu le 26 mai, sous la pré- 
sidence de M. Maurice Fenaille, président. 

M. Henri Bourin, secrétaire, a donné lecture de son 
rapport : il a rappelé que les deux ouvrages publiés 
par la Société pendant la dernière année — Odilon 
Redon, par M. André Mellerio, et l'Œuvre gravé de 
Gabriel de Saint-Aubin, par M. Emile Dacier — se 
référaient aux exercices 1912 et 1913; il n annoncé 
l'apparition prochaine de diverses publications en 
cours, en particulier de VAnnuaire, dont il a fait 
entrevoir l'intérêt; enfin, il a rendu hommage aux 
membres de la Société décèdes pendant l'année. 

Après lecture des comptes, par M. Jacques Doucet, 
trésorier, et renouvellement du bureau par accla- 
mations, M. le D' Daily a fait une causerie fort inté- 
ressante sur le physionolrace inventé par Gilles-Louis 
Chrétien à la fin du ivnr siècle. 

Musée du Louvre. — Le Président de la Répu- 
blique, accompagné du minisire de l'Instruction 
publique et du sous-secrétaire d'Étal des Beaux-Arfs, 
inaugurera, le 4 juin, les salles du Louvre on viennent 
d'être installées les collections Isaac de Camondo, sur 
lesquelles on trouvera une étude dan» le prochain 
numéro de la Revue. 



ANCIEN ET MODERNE 



m 



En même temps, aura lieu l'inauguration du grand 
escalier Mollien, exécuté par M. Blavette, architecte 
du Louvre, d'après les plans de Lefuel. 

Chronique du vandalisme. — 11 y a quelques 
jours, des malfaiteurs se sont amusés à mutiler deux 
des dauphins qui crachent de l'eau dans la jolie fon- 
taine des Quatre-Dauphins, à Aix-en-Provence. Un 
journal d'Aix ayant signalé cet acte de vandalisme, 
particulièrement stupide, l'Association des étudiants 
se crut visée et protesta; mais alors, dans la nuit du 
11 au 12 mai, les mêmes sauvages revinrent, et, 
comme pour protester à leur tour contre le mépris 
que leur avait témoigné l'Association des étudiants, 
enlevèrent dans une rue voisine la plaque de fonte 
d'une prise d'eau et la lancèrent sur les sculptures 
qu'ils brisèrent complètement. 

Le plus singulier de cette affaire, remarque M. André 
Ilallays dansées Dé6a/«, c'est que la municipalité d'Aix 
a montré la plus scandaleuse incurie : aucune surveil- 
lance après le premier attentat, aucune plainte, aucune 
enquête ; l'architecte des monuments historiques (la 
fontaine des Quatre-Dauphins est classée) ne s'est 
même pas dérangé ! 

A Caasel. — Les rues de la ville de Cassel s'élar- 
gissent et les vieilles demeures disparaissent. La mu- 
nicipalité a exproprié tout le côté nord de la rue du 
Marché sur le tiers inférieur de sa longueur, pour 
reconstruire en retrait. Cependant les édiles ont eu le 
bon esprit d'excepter, parmi ces maisons, les plus 
anciennes et les plus pittoresques de la ville, celle 
qu'habitèrent les frères Grimm et où. de 1805 à 1814, 
ils ont écrit les contes qui ont plus fait pour leur 
gloire que leurs travaux de linguistique. Comme cette 
maison, qu'on appelle aussi la o Maison des Contes », 
dépassera l'alignement, elle sera percée, au rez-de- 
chaussée, d'arcades qui laisseront passage au trot- 
toir. — M. Mtd. 

A Londres. — Le 22 mai, une suffragette a brisé 
les glaces de cinq tableaux des Bellini, à la Galerie 



nationale, et assez sérieusement endommagé les 
peintures. 

Presque à la même heure, deux tableaux étaient 
détériorés par une autre suffragette au Salon de la 
lioyal Academy. 

— Un événement qui le produit rarement, — la sus- 
pension d'une vente publique, — a eu lieu, la semaine 
dernière, à Londres où, après un jour de vente, la 
dispersion des bronzes et des sculptures de la Renais- 
sance de la collection Max Lyon, a été arrêtée. Quoique 
certains numéros aient atteints de hauts prix, les 
enchères ne paraissant pas en rapport avec les estima- 
tions des vendeurs, ceux-ci décidèrent d'arrêter la 
vente. 

Au Canada — Le Comité du tricentenairedeCham- 
plain ouvre un concours pour élever un monument à 
Samuel de Champlain, à Orillo (Canada). Le prix est 
de 100.000 francs. Le Canada et la province de l'Ontario 
offrent aussi une subvention importante. Les artistes 
français et anglais peuvent participer à ce concours, 
qui sera clos le 20 juin prochain. Pour tous renseigne- 
ments, s'adresser au connnissariat général du Canada, 
19, boulevard des Capucines, à Paris. 

En Cyrénaïque. — Des soldats italiens, en creusant 
une tranchée à Aïn-Sciahat, ont eu la bonne fortune de 
découvrir un merveilleux marbre grec représentant la 
Vénus Anadyomène, qui comptera parmi les plus beaux 
antiques qui nous soient parvenus. On suppose qu'il 
date du iv siècle avant notre ère, et on l'estime plus 
près de Polycléte que de Praxitèle. Vénus est entiè- 
rement nue; il lui manque la tête et les bras, mais 
on sait, par plusieurs œuvres inspirées de cette 
statue, que la déesse était occupée à se coiffer. 

La statue, qui a été transportée à Benghasi, sera 
apportée àjlome en juin prochain et sans doute destinée 
au musée des Thermes. M. Ghislanzoni, surintendant 
des antiquités en Cyrénaïque, procède à des fouilles 
systématiques près du lieu où la statue a été décou- 
verte et qui devait être l'emplacement d'un temple 
d'Apollon. — L. G. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Succession Charles André 
(dessins, tapisseries, etc.) — Cette vente a eu 
lieu, comme nous l'avions annoncé, salies 7 et 8, 
les 18 et 19 mai, sous la direction de M" Baudoin, 
assisté de MM. Ferai et Mannheim. Elle a produit 



un total de 176.017 francs et donné lieu à quelques 
enchères notables dans la catégorie des tapisse- 
ries gothiques qu'elle contenait. 

PRINCIPAUX PRIX 

DissiNs. — 51. Fragonard : Le Philosophe, 5.000 fr. 
(dem. 5.000). — 63. l.a Jolie ménagère, 4.700 fr. (dem. 
5.000). — 76. E. Mauet. Danses espagnoles, 5.000 fr 



172 



LE BULLETIN DI L'ART 



(deiu. 4.000). — A. Watteau. Un Acteur de la Comédie 
italienne, 5.100 fr. (detn. 3.000). 

Tapissebies. — 180. Tapiss. franc., xv* s., chasse 
allégorique au cerf, avec deux figures de femmes, 
inscriptions, 46 000 fr. (dem. 50.000). — 181. Tapiss. 
flam., ép. Louis XII, sujet de chasse, 17.100 fr. (dem. 
20.000). — 182. Fragment de tapiss. Oam , ép. Louis XII, 
nombreux personnages en présence d'un évêque assis 
sous un dais, 10.000 fr. — 183. Fragment de tapiss. 
flam., ép. Louis XII, personnages en riches costumes 
en présence d'un souverain debout, 17.500 fr. (dem. 
20.000). 

Vente de la collection Antony Roux 
(tableaux modernes, etc.). — Comme nous 
l'avons déjà indiqué dans notre dernière chro- 
nique, cette vente, dirigée, à la galerie Georges 
Petit, les 19 et 20 mai, par M" Lair-Dubreuil et 
Baudoin, et MM. G. Petit, Brame, Paulme et Las- 
quin, a produit 1.094.81b francs. Les résultats en 
sont d'autant plus satisfaisants que l'état du 
marché de la curiosité est plutôt calme en ce 
moment. Mais c'est un phénomène d'observation 
courante à Paris que, mi^me lorsque les trans- 
actions privées ont à souffrir du malaise général 
des affaires, la cote des œuvres d'art, à l'Hôtel 
Drouot, n'en subit guère les conséquences. Il suffit 
de parcourir la liste d'enchères que nous donnons 
ci-après, pour constater qu'à part quelques rares 
moins-values sur les estimations, — pour les 
Alfred Stevens en particulier, — les adjudications 
ont dépassé, et certaines de façon très notable, les 
demandes et que les prix se sont affirmés plus 
élevés que précédemment en ce qui concerne les 
tableaux de Corot et de Ziem et les sculptures 
de Rodin. Cette constatation est du meilleur 
augure, car elle implique, de la part des ache- 
teurs, de la confiance, et pour la présente saison 
et pour l'avenir des affaires qui ne peuvent tarder 
à reprendre très actives, après la période de 
torpeur que nous traversons actuellement. 

PRINCIPAUX PRIX 
Tableaux modbbnes. — Corot : 1. La Plage d'Yporl, 
27.000 fr. (dem. 25.000; vente Doria, 1899, 20.300 fr.). 

— 2. Pêcheur au bord d'un étang, 45.000 fr. (dem. 
50.000). — 3. La Charrette, entrée d'Abbeville. 
37.000 fr. (dem. 35.000; vente Lazare Weiller, 1901, 
17.500 fr.). — 4. Le Fort Saint-Ange, 50.100 fr. (dem 
50.000; vente Ernest May, 1890, 21.100 fr.). — 5. Vue 
de Gênes, prise du palais Doria, 21.000 fr. (dem 
15.000). — 7. La Prairie sur la falaise, 10.200 fr. 
(dem. 12.000) — 8. Tournant de rivière, 5.000 fr. 
(dem. 7.000). — 9. Molhois (Oise), près Gournay-en- 
Bvat/, 6.000 fr. (dem. 8.000; vente Tillet. 1895,5.200 fr.l. 

— 10. Un Corn d'étang à Ville-d'Avray, 17.500 fr. 



(dem. l.'i.OOO; vente Berthelier, 1889, 3.900 fr.j. — 12. . 
Roses dans un verre, 7.100 fr. (dem. 3.000; vente Ber- 
thelier, 1889, 480 fr.). — 13. Saint-Nicolas-Us-Arras, 
5.100 fr. (dem. 6.000; vente Robaut, 1907, 5.100 fr.). 

14. Delacroix. Marocain et son cheval, 38.000 fr. 
(dem. 35.000). — 19. Lépine. Paris vu des hauteurs 
de Montmartre, 9.500 fr. (dem. 8.000). 

G. Moreau : 22. Moise exposé, 23.100 fr. (dem. 
30.000). — 23. Oresle et les Erynnies, 20.000 fr. (dem. 
25.000). — 24. L'Égalité devant la mort. 31.000 fr. 
(dem. 30.000). — 25. L'Apparition, 5.400 fr. (dem. 
4.000). — 26. La Fiancée de la Nuit ou le Cantique 
des Cantiques, 8.200 fr. (dem. 8.000). — 27. Hercule 
et l'Hydre, 6.500 fr. (dem. 10 000). — 28. Femme à 
son lever, 11.000 fr. (dem. 8.000) — 29. Femme per- 
sane à sa toilette, 6.000 fr. (dem. 8.000). — 30. Persée 
et Andromède, 4.900 fr. — 31. Madeleine en prière, 
8.450 fr. (dem. 8.000). — 32. Le Christ dans le jardin 
des Oliviers, 5.000 fr. (dem. 6 000). 

36. Ricard. Tête de jeune femme, 29.800 fr. (dem. 
30.000). — Th. Rousseau : 38. Le Mont Ulanc vu de la 
Faucille, effet d'orage, 16.100 fr. (dem. 25.000). — 39. 
Dernières maisons de Port-en-Bessin (Calvados), 
5.000 fr. (dem. 10.000). — 40. La Jetée et le port de 
Granville, 7.800 fr. (dem. 7.000). — A. Stevens : 43. 
Illusion perdue, 20.100 fr. (dem. 25.000). — 44. En 
visite, 11.500 fr. (dem. 15.000). — 45. Cache-cache, 
10.400 fr. (dem. 15.000). — 49. Vollon. L'Hiver au bas 
de la Butte, 6.500 fr. (dem. 5.000). 

Ziem : 53. Moulins au bord de l'Escaut, 42.000 fr. 
(dem. 35.000). — 55. L'Entrée du vieux port à Mar- 
seille, 5.700 fr. (dem. 4.000). — 56. Embouchure de 
la Meuse, 8.100 fr. (dem. 10.000). — 57. Venise: San 
Simeone il Piccolo, 11.000 fr. (dem. 10.000). — 58. 
Le Pont Royal, 6.650 fr. (dem. 8.000). — 59. Le Rio di 
Palazzo, 6.000 fr. (dem. 5.000). — 61. Tartane aux 
Martigues, 4.550 fr. (dem. 2.500). — 72. Voilier en vue 
de Stamboul, effet du soir, 5.700 fr. (dem. 5.000). — 
83. Santa Maria delta Salute, 64.000 fr.'(dem. 70.000). 

— 84. La Frégate au grand pavois, 8.000 fr. fdem. 
8.000). — 88. Le Pont des Arts, 5.550 fr. (dem. 4.000). 

Aquarelles, etc. — Barye: 89. Le Taureau,lAOO fr. 

— 90. Éléphant marchant, 8.800 fr. (dem. 6.000). — 
91. Tigre royal couché, 8.000 fr. (dem. 8.000). — «7. 
G. Moreau. Le Christ, 7.000 fr. (dem. 5.000) 

ScuLPTUBES. — Barye : 102-103. Tigre marchant. 
Lion marchant, 6.400 fr. (dem. 8.000). — 109. Pan- 
thère terrassant un zibet, 4.600 fr. (dem. 5.000). 

Rodin : 126. Jeune Fille confiant son secret à la 
nature, br., 12.500 fr. (dem. 8 000).— 127. L'Éternelle 
Idole, br., 8.300 fr. (dem. 7.000). — 128. Celle qui fut 
Haulmière, br., 4.700 fr. (dem. 10.000). — 129. Amor 
fugit, 8.700 fr. (dem. 8.000). — 132. Les Damnées, br., 
4.800 fr. (dem. 4.000). — 133. L'Idylle, br.. 17.350 fr. 
fdem. 12.000). — 134. La Femme et la Fleur, pierre, 
34.000 fr. (dem. 20.000). — 136. Iris, br., 4.900 fr. 
(dem. 7.000). — 138. Fauntsse, br.. 4.700 fr. (dem. 
3.500). — 140. Nymphe et faune, br.. 5.750 fr. (dem. 



ANCIEN ET MODERNE 



)73 



6.000). — 1-44. Volupté. LesFleursdumal,hr., H.OOOfr. 
(dein. 12.000). — 145. L'Homme au serpent, bronze, 
31.600 fr. (dera. 25 000). — 146. L'Homme au serpent. 
plâtre orig , 25.100 fr. {dem. 15.000). — 147. La Bai- 
gneuse, br., 11.500 fr. (dem 10.000). — 148. La Bai- 
gneuse, plâtre orig., 10.0.50 fr. (dem. 10 000). — 149. 
Glnucus, br., 8.050 fr. (dem. 5.000). 

Objets d'abt, etc. — 162. Deux gr. bergères, bois 
sculpté et doré, ép. Louis XVI, estampille de Julien, 
3.800 fr. (dem. 8.000). — 163. Sept chaises, bois sculpté 
ciré, rectiampies de dorure, garnit, anc. tapiss. au 
point et au petit point, xviir s., 5.400 l'r. (dem. 5.000). 
— 164. Commode contournée marquet. bois de coul., 
à tleurs et oiseaux, garnit, br., ép. Louis XV, 5.600 fr. 
(dem. 7.000). 

Vente de tableaux anciens. — Dans une 
vacation anonyme, dirigée salle 6, le 20 mai, 
par M» Lair-Dubreuil et M. Ferai, nous trouvons 
à signaler les deux prix suivants : 108. H. Robert. 
La Cascade, 5.100 fr. (dem. 7.000 fr.). — 119. 
J. Vernet. Pécheurs au bord de la mer, 5.150 fr. 

Cette vente a produit un total de 44.000 francs. 

Vente de tableaux anciens. —Deux prixseu- 
lement valent aussi d'être notés parmi les résul- 
tats de la vente faite salle 7, le 22 mai, par 
M=' Lair-Dubreuil et Pecquet, assistés de MM. Ma- 
they et Georges Petit : 1. M.-Q. de La Tour. 
Portrait de femme, 29.500 fr. (Jem. 50.000). — 
3. École du Haut-Rhin, xv» s. La Vierge et l'Enfant- 
Jésus, 20.500 fr. (dem 15.000). 

Produit de la vente : 60.625 francs. 

Vente de la collection Bertrand de Les- 
seps (tableaux modernes). — Cette vente, qui 
a eu lieu salle 6, le 23 mai, sous la direction de 
M" Baudoin et de M. Georges Petit, offrait l'in- 
térêt de faire passer aux enchères un certain 
nombre des peintres dits « les petits maîtres de 
1830 11, dont une exposition récente nous a rap- 
pelé les noms et le talent. La cote n'en est pas 
encore bien élevée, encore qu'elle ait sensible- 
ment monté en ces dernières années. Dans cette 
vente, qui a produit 47 673 francs, un seul prix 
mérite d'être signalé, celui de 11.000 francs ob- 
tenu par le n" 76, Miss Fauvette, par A. Stevens. 

Vente de la colleciion Arthur Sambon 
(objets d'art et de haute curiosité, tableaux, 
sculptures, etc ) — Longuement annoncée ici- 
même, la vente Sambon s'est faite à la galerie 
Georges Petit, les 25, 26, 27 et 28 mai. Un total 
de 975.794 francs a marqué la fin de ces impor- 
tantes vacations. 

Nous donnerons prochainement la liste des 
principales enchères. Pour aujourd'hui, tirons de 



pair celle de 33.600 francs, pour un buste de 
Caracalla, marbre alexandrin du iit« siècle 
(dem. 5.000); celle de 39.500 francs, pour un 
gobelet en faïence persane de Rhagès (dem. 
40.000); celle de 65.000 francs, pour un manus- 
crit des poèmes de Hafiz enluminé par plusieurs 
artistes persans du xvi° siècle (dem. 70.000) ; 
celle de 19.000 francs, pour un tabouret de bronze 
gravé et incrusté d'argent, travail de Mossoul, 
xiii» siècle (dem. 25.000) ; et celle de 49.500 francs 
pour la Vierge à l'Enfant, bas-relief de marbre 
blanc, attribué à Mino da Fiesole (dem. 60.000). 

Ventes annoncées. — A Paris. — Collec- 
tion du Marquis de Biron (1" vente : des- 
sins, tableaux, objets d'art, etc., anciens). 

— Le nom que porte cette vente est celui d'un 
des amateurs les plus connus de Paris. La dis- 
persion de sa collection constitue un événement 
dans le monde de la curiosité. La première vente, 
que dirigeront, du 9 au 11 juin, à la galerie 
Georges Petit, U"' Lair-Dubreuil et Baudoin, 
assistés de MM. Paulme et Lasquin, Ferai et 
Mannheim, comprend les dessins, tableaux, 
sculptures, objets d'art et d'ameublement an- 
ciens, — à l'exception des peintures et dessins 
par les Tiepolo, Piazzetta et Guardi, qui forme- 
ront l'objet d'une seconde vente fixée, dès à 
présent, à la flp de l'année. 

Le catalogue illustré de la présente vente, 
composé tout à fait dans l'esprit du catalogue de 
la collection J. Doucet, tant pour le soin de sa 
documentation que pour son aspect extérieur, fait 
grand honneur aux érudits, demeurés anonymes, 
qui l'ont rédigé, et à l'imprimerie Georges Petit 
qui l'a superbement édité. 

La place nous est trop mesurée pour que nous 
puissions nous étendre comme il conviendrait, 
ne fût-ce que sur les pièces les plus importantes 
de cette collection, où domine presqu'exclusive- 
ment l'art français du xviu" siècle. Contentons- 
nous d'une énumération qui donnera tout au 
moins l'idée de l'abondance de ce magnifique 
ensemble. 

Tout d'abord, du côté des dessins, nous remar- 
quons: diverses feuilles d'études, par L.-L Boilly ; 
une Bacchante, un Projet de fontaine et deux 
feuilles d'Amours soutenant une corbeille, par F. 
Boucher ; une Étude d'enfant et le Garde-manger, 
par Chardin ; des Petits Satyres, par Clodion ; le 
Portrait de Jeanbon Saint-André et le Portrait 
d'un général de la République, par David ; un Jet 
d'eau dans un parc, les Jardins de la Villa Negroni, 



i74 



LE BULLETIN DE L'ART 



d Rome, une Villa dans un paysage du Midi de la 
France, une Péte galante, l'Étable, Notre-Dame de 
Paris et l'Amour de l'or, par Fragonard ; l'Amour 
aux colombes, par Greuze ; M""* Verhwckhoven, 
Joséphine Lacroix, une Étude pour « Raphaël et la 
Fornarine », M. Lavergne, M""-' Lavergne, une 
Étude pour « la Source », une feuille d'Études 
pour l'Enfant Jésus du « Vou de Louis Xlll », une 
autre d'Études pour « l'Odalisque à l'esclave » et 
J/me Gallois, par Ingres ; M"'« Dorizon, née Masse, 
Dumont le Romain, deux préparations, et une 
feuille d'Études de mains d'homme, par La Tour; 
une Étude pour l'Assomption de la Vierge, une 
feuille d'Études pour << le Rêve du bonheur » de 
iM"« Mayer et une Académie de femme, par 
Prud'hon ; une Scène biblique, par Rembrandt ; 
la Fontaine, etplusieurs sujets de ruines antiques, 
par II. Robert; Béatrice de Choiseul-Stainville, 
duchesse de Grammont, par A. Roslin ; un Portrait 
de femme, par Rubens ; le Triomphe de l'Amour, 
Gabriel de Saint-Aubin dessinant le portrait de 
Vévique de Chartres, une Allégorie sur le mariage 
de Marie- Antoinette et une Scène de théâtre, par 
G. de Saint-Aubin ; des Éludes de mains de femme, 
par G. Vanloo ; une Tête de Mezzetin, par A. VVat- 
teau ; enfin une préparation au pastel. Portrait 
de femme, et un dessin, Diderot, tous deux de 
l'école française du xviii" siècle. 

Parmi les peintures, notons : le portrait de 
JM"" d'E... et son fils, par L.-E. Dubufe ; une Étude 
pour la tête du Pindare de « l'Apotliéose d'Homère », 
par Ingres ; un Portrait de jeune femme, par 
Lawrence ; le Parc de Saint-Cloud, le Pont, Ruines 
de temple antique, la Villa Médicis, Intérieur d'un 
édifice antique. Cascade prèi d'une basilique et 
Entrée dans un édifice antique, par H. Robert. 

La réunion de sculptures, en terre cuite pour 
la plupart, n'est pas moins riche. Signalons : 
quatre maquettes pour les Dessus de portes du 
boudoir de Marie- Antoinette au palais de Fontai- 
nebleau, par Beauvais ; Sainte Bibiane et le Buste 
d'un cardinal, par le Bernin ; te Coup de vent, par 
Boizot; des médaillons de Chinard et de Nini; 
Hermès et Dryope et le Centaure et la Bacchante, 
par Clodion ; un Petit Buste de Voltaire, par Hou- 
don ; le Réveil de l'Amour, par La Rue ; un Projet 
pour une girandole et l'Enlèvetnent d'Hélène, par 
Le Comte; le Maréchal de Lowendal, par Le 
Moyne ; Enée et Anchise, par Le Paulre ; un Buste 
de femme, par Quénard ; enfin, deux ouvrages 
anonymes de l'école française du xvin' siècle, 
Diane et Endymion et une Maquette pour une 
statue de J.-J. Rousseau. 



Bon nombre des ouvrages que nous avons déjà 
mentionnés, dessins, tableaux ou bas-reliefs, 
empruntent encore une valeur particulière aux 
riches cadres anciens qui les accompagnent. Mais, 
en dehors de ces bordures qui feront l'admiration 
des connaisseurs, on verra passer en vente une 
collection exceptionnelle, sinon unique, de cadres 
anciens, les uns en bronze doré et les autres eu 
bois sculpté et doré. Nous ne pouvons entrer 
dans le détail de cette riche série — cinquante 
numéros, la plupart fort remarquables, — qui va 
de l'époque Louis XIII à l'époque Louis .XVI, ni 
parler, comme il conviendrait, des bois sculptés, 
des socles, des gaines, etc., qui la complètent. 
De même nous faut-il renvoyer au catalogue pour 
le détail de la collection des bronzes d'ornement 
(le toutes sortes, qui comprend plus d'une centaine 
de pièces des xviie et xviii» siècles et de l'époque 
du Premier Empire. On voudrait pouvoir citer 
aussi quelques-uns des bronzes d'ameublement: 
chenets, brûle-parfums, candélabres, etc., des 
époques Louis XVI et Premier Empire, qui 
s'ajoutent à cette partie de la collection. 

Parmi les sièges, il faut noter : un grand 
canapé, d'époque Louis XV, dans la manière de 
Nicolas Pineau; deux petites banquettes et deux 
tabourets ovales, d'époque Louis XVI; deux 
grands fauteuils, de l'époque du Consulat, par 
Jacob frères; et, parmi les meubles : un grand 
bureau plat, en bois de rose, avec bronzes, sur- 
monté d'un cartonnier, signé P. Garnier, du 
début de l'époque Louis XVI; un meuble à hau- 
teur d'appui, à décor en dorure de style chinois, 
avec bronzes, signé Héricourt, d'époque Louis XVI ; 
un petit bureau bonheur-du-jouren marqueterie, 
par Cremer; un meuble d'enlre-deux, plaqué 
d'ébène, à panneaux de laque dans le goiU chi- 
nois et garni de bronzes, par Saunier; un meuble 
d'entre-deux formant étagère, également avec 
bronzes, par le môme; un petit-bureau de dame, 
en acajou, avec bronze, signé Riesencr; un petit 
bureau bon heur-du-jour, en acajou, avec bronzes, 
par le même ; une commode en acajou, avec 
bronzes, par Levasseur; une console demi-lune, 
en bois sculpté, peint gris et doré; un brûle- 
parfums en albâtre et marbre, avec bronzes ; un 
grand brûle-parfums en bronze, — tous ces 
meubles de l'époque Louis XVI. A la fin de cette 
même époque appartiennent une paire de grandes 
jardinières en marbre, ornées de bronxe ciselé, 
attribuées à Forestier ; et une table en stun et 
marbre à pieds en bronze. De la lin du xviii» siè- 
cle, signalons encore : un petit secrétaire à abat- 



ANCIEN ET MODERNE 



175 



tant, en acajou garni de bronzes, signé Lemar- 
chand ; un autre secrétaire, du même genre, par 
le mAme; et un meuble d'entre-deux en acajou 
et bronzes. Du commencement du xix" siècle, 
sont deux petites tables de travail de dame, en 
forme de guéridons ronds, l'une en acajou, 
l'autre en racine d'érable, portées sur des tré- 
pieds en bronze doré, par Jacob frères, sur un 
modèle de l'ercier et Fontaine; enfin, de l'époque 
du Premier Empire, signalons : une grande biblio- 
thèque en acajou avec bronzes ; deux meubles 
à hauteur d'appui et un secrétaire droit s'abai- 
lant, en acajou avec bronzes, par Jacob Dt'^- 
malter ; une commode et un secrétaire droit à 
abattant, en acajou avec bronzes, par Ileckcl ; 
un bureau plat de milieu, en acajou et bronzes, 
et une grande psyché en placage de racine, 
richement garnie de bronzes, par Jacob Des- 
malter. 

11 serait superflu d'insister sur l'importance 
de cette vente. Le nom qu'elle porte, le genre et 
la qualité des objets qui la composent sont de 
sûrs garants du succès que nous aurons à enre- 
gistrer dans une de nos prochaines chroniques. 

Galerie Crespi (2° vente: tableaux anciens). 

— La vacation que dirigeront, à la galerie Georges 
Petit, le 4 juin, M" Lair-Dubreuil et Baudoin, 
assistés de MM. Trotti et C" et F'éral, comme 
nous l'avons annoncé, n'aura pas épuisé ce véri- 
table musée de peinture ancienne qu'était la 
(ialerie Grespi, de Milan. Une seconde vacation, 
conduite par les mêmes commissaires-priseurs 
et experts que la première, à l'Hôtel, salles 9etiO, 
le 6 juin, achèvera la dispersion de cette collec- 
tion. Cette deuxième vente Crespi a fait l'objet 
d'un catalogue illustré de quelques planches, 
reproduisant, parmi les tableaux italiens qui 
forment encore ici la majorité : une Bacchanale, 
par Carpioni; une Vue de Venise : le Bassin de 
Saint-Marc, par Marieschi ; une Sainte conversa- 
tion, par Talpino, et le Portrait d'un homme de 
(juerre, page anonyme d'un maître présumé ber- 
gamasque du xvi» siècle; et, parmi les peintures 
<les écoles du Nord qui composent la secohde 
partie de cette vente : le Massacre des Innocents. 
par Karel van Mander le Vieux; la Grotte de 
Sainte-Marie-Madeleine, par R. Savery ; un Inté- 
rieur d'église, par Steenwijck le Vieux ; la Bac- 
i/iante au singe, par Terbruggen; la Grand'route, 
par A. van der Venne, et le Chirurgien, par 
D. Rijckaert. 

M. N. 



LIVRES 

"Ventes annoncées. — A Paris. — Livres 
d'architecture et recueils d'ornements. — 

La collection que M' A. fJesvouges, assisté de 
M. A. Besombes, va vendre à l'Hôtel, «lu .3 au 
6 juin, est une des plus importantes du genre 
que l'on puisse rencontrer, sans mftrae excepter 
les bibliothèques publiques. L'amateur qui l'a 
constituée, et dont tous les volumes et recueils 
portent Vex-lihris, M. E. Foule, a mis un demi- 
siècle à la réunir, et tous ces architectes et ces 
maîtres ornemanistes français et étrangers, de- 
puis le xvi» jusqu'à la fin du xviii" siècle, dont i! 
a rassemblé les recueils, sont devenus si rares à 
rencontrer aujourd'hui qu'il serait bien malaisé, 
pour ne pas dire impossible, à l'heure actuelle, 
de reprendre la tâche et de' reconstituer un 
pareil ensemble. 

Un excellent catalogue, fort bien rédigé, fort 
bien imprimé et illustré, accompagné d'une table 
des noiris d'artistes, conservera le souvenir de 
cette collection, dans le détail de laquelle il nous 
est difficile d'entrer ici, et qui se complète par 
une remarquable série de livres illustrés de 
figures sur bois et sur cuivre, et par quelques 
dessins. C'est à peine si nous pourrons donner 
un aperçu de la richesse et de l'intérêt de cette 
bibliothèque spéciale, en énumérant brièvement 
les principales divisions du catalogue et les noms 
les plus importants des artistes qu'on y rencontre. 

La première partie est consacrée aux ouvrages 
sur les beaux-arts : dessin, perspective, architec- 
ture, recueils topographiques, galeries ; Blondel, 
Hoflrand, Du Cerceau, A. DUrer, Sambin, et bien 
d'autres, s'y trouvent en exemplaires de choix. 
La seconde partie comprend les recueils d'orne- 
.ments propres à la décoration des monuments 
et aux arts industriels ; c'est de beaucoup le plus 
gros morceau de la collection. On y rencontre 
d'abord les açtistes français du xvi" siècle (Boy- 
vin, Delaune, Du Cerceau, Foillet, D. Mignot, 
Woeiriot. etc.), ceux du xvii" siècle (Audran, 
Bérain, Bonnart, Roquet, Bourguet, Jacquard 
Le Pautre, etc.), et ceux du xviii" siècle (Bou- 
chardon. Boucher, Choffart, les Cuvilliès, J.-Ch. 
Delafosse, Forty, A. Gillot, J.-B. 'Huet, Huquier, 
La Joue, Lalonde, Le Canu, Liard, Marillier, 
Mondon, Oppenord, Pillement, les Pineau, Uan- 
son, Salembier, Toro, Ant. W'atteau, etc.) ; vien- 
nent ensuite les artistes allemands des mêmes 
époques : Brosamer, Th. de Bry et ses fils, FbH- 
ner, Zundt, le Maître de 1551, Morisson, etc.; les 



176 



LE BULLETIN DE L'ART 



artistes des Pays-Bas ont leur paragraphe spé- 
cial, où se remarquent les noms de Michel Le 
Blon, de CoUaert, de Munting, de Vredeman de 
Vriese ; la série des Italiens n'est pas moins bien 
fournie : B. Bossi, Stefano délia Bella, Paganino, 
Ugo da Garpi, Vecelio, etc., y sont parmi les 
plus marquants ; enfin, Gribelin, Pearce et Rus- 
sell représentent les artistes anglais. 

Le collectionneur a réuni également, sous le 
titre de Petits Maîtres des XVI' et XVIII' siècles, 
1.147 pièces d'œuvres d'artistes ornemanistes, 
dont les productions sont peu nombreuses, peu 
connues et fort rares ; ce n" 479, dont la descrip- 
tion ne remplit pas moins de 22 pages du cata- 
logue, Sera certainement l'un des clous de la vente. 

Gomme on l'a déjà dit, des livres italiens à 
figures sur bois des xv» et xvi» siècles, des livres 
illustrés en tous genres des xvi«, xvii" et xviii" siè- 
cles, parmi lesquels plusieurs ont conservé leur 
belle reliure du temps ; des reliures isolées des 
xvii« et xviii* siècles ; enfin quelques estampes 
et dessins, la plupart représentant des motifs 
d'ornements et se rattachant, par conséquent, 
au reste du cabinet, complètent cette collection, 
dont le catalogue atteint près de 700 numéros, 
et dont la dispersion sera sans doute marquée 
par de sensationnelles enchères etpar un résultat 
total impressionnant. B. J. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Exposition rétrospective des h Peintres 
de Venise » (galerie Brunner). — G'est une joie 
mélancolique, comme toutes les joies, qu'apporte 
la réalisation d'un rêve ou d'un projet caressé 
longtemps (1); et, dans ce Musée toujours inédit 
du Paysage, qui nous parlerait moins du ciel 
éternel que de l'homme éphémère, nous réservions 
une salle à ces Peintres de Venise que groupe 
aujourd'hui, sommairement, mais intelligem- 
ment, l'artistique initiative d'une bonne œuvre. 

Les peintres de Venise : il faut d'abord distin- 
guer, car cette rubrique attrayante peut aussi 
bien désigner les peintres nés Vénitiens que les 
artistes, Vénitiens ou non, dont l'œuvre nous 
transmet la vision qu'ils ont retenue de la cité 
des Doges et de sa beauté particulière, triste- 
ment silencieuse et fanée comme un lendemain 
de mascarade... Ici, la distinction n'est pas abso- 

(1) Voir, dans la Petite Revue du 15 décembre 1911, 
n" 1, notre étude sur Ziem et les Peintres de Venise. 



lue, puisqu'on trouve quelques dessins anciens 
de Jean Belin, de Véronèse, de Titien, portrai- 
tiste précis et romanesque du sol natal de Gadore, 
un petit bronze de Pietro Tacca, deux pastels de 
la Rosalba, plusieurs échantillons de Tiepolo, ce 
décorateur deux fois sensuel, comme sa ville et 
comme son siècle, mythologique et brillant devan- 
cier de notre Boucher ; mais la majorité des 
cadres nous offre des portraits de Venise aux 
heures changeantes de son histoire pittoresque. 
Aussi bien, un même motif varie-t-il indéfini- 
ment, selon les points de vue ; et chaque portrai- 
tiste croit remporter la réalité tout entière, alors 
qu'il ne traduit plus ou moins littéralement qu'un 
aspect de son émotion. Garpaccio nous manque 
pour évoquer la Venise primitive et le décor 
naïvement anachronique de Sainte-Ursule ou de 
Saint-Georges ; mais, à côté de Venise à vol d'oi- 
seau, plan donné par la Sérénissime République 
à Louis XIV et venu du musée de Versailles, 
voici l'ancêtre Luca Carlevaris, peintre du Bwcen- 
taure et des fêtes, Ganaletto, dont la Salute n'est 
pas inférieure au grand tableau du Louvre, et 
son groupe, les Belotto, les Guardi, scrupuleux 
dans la fantaisie même et dans la liberté magis- 
trale des sépias ; contemporain de Tiepolo, voici 
Longhi, le mystérieux confident des masques ; 
voici les petits descriptifs, Ramberg, Joseph 
Nicolle, et ce Vincent Ghilone (1758-1839), que 
son biographe Locatelli félicite d'être « simple et 
vrai » : son entourage ne l'était donc pas tou- 
jours? Voici Gorot, discrètement argentin, comme 
à Gênes ; Bonington, gris perle et blond ; Joyant, 
déjà coloré ; Ziem, essayant ses feux d'artifice 
et trouvant mieux qu'à Marseille « la porte de 
l'Orient » ; Jules de Goncourt, son admirateur 
comme salonnier de 1852, lavant une rose aqua- 
relle au Palais ducal; Louis Mouchot, peignant 
Venise la bleue, à défaut de Manet; Edouard Dufeu, 
coloriste qu'il ne faut pas confondre avec Henri 
Duvieux, qui monticellise ; Eugène Boudin, leur 
aîné, mais qui n'entrevit les lagunes que dans sa 
douce vieillesse, en 1895; Whistler, enfin, l'aqua- 
fortiste de la réalité s'enveloppant de la magie 
du rêve... Et la symbolique Venise ailée de Gus- 
tave Moreau, qui fut l'un des joyaux donnés par 
le regretté Gharles Hayem au Luxembourg, aurait 
trouvé grâce devant Lord Byron, qui disait pré- 
férer la réalité lumineuse à la meilleure peinture. 

Raymond Bolykr. 

Le Gérant : H. Dknis. 
Paris. — Imp. Georges Petil, l±, rue Godot-de-Uauroi. 



Numéro 628. 



m 

Samedi 6 Juin 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 



ANCIEN ET MODERNE 



L'Inauguration 
des salles Camondo 



Les collections du Comte Isaac de Camondo, 
léguées à la France par testament en date du 
18 décembre 1908 et entrées en possession de la 
direction des Musées nationaux après la mort de 
l'amateur, survenue le 7 avril 1911, ont été mises, 
cette semaine, sous les yeux du public. Elles 
occupent une suite de salles aménagées avec un 
soin tout particulier et un goût que les visiteurs 
se sont plu à reconnaître. Ce don magnifique a 
reçu un cadre digne de lui. 

C'est à la fleuue qu'il appartiendra, en une série 
d'articles dont le premier paraît dans le numéro 
de ce mois-même, d'étudier, avec tout le détail 
qui convient, les diverses catégories d'œuvres 
d'art qui composent la collection : sculptures et 
objets d'art du moyen âge et de la Renaissance; 
pastels, dessins, gouaches, meubles, tapisseries 
et objets d'art du xviii» siècle français; peintures, 
sculptures et estampes de l'Extrême-Orient; 
faïences françaises; enfin peintures modernes, de 
Corot et Delacroix à Cézanne et Van Gogh inclus. 

On se bornera ici, en manière d'hommage au 
bienfaiteur de nos collections nationales, à rap- 
peler les deux circonstances qui rendent cette 
donation plus particulièrement précieuse aux 
amis du Musée du Louvre : à savoir, d'abord que 
la collection Camondo a été réunie, comme le 
dit M. Gaston Migeon dans la préface du cata- 
logue, « avec une intelligence constante de l'in- 
térêt réel du Musée », et, en second lieu, que le 
groupement de ces œuvres d'art en une suite de 
salles portant le nom du donateur ne sera main- 
tenu, de par la volonté même de celui-ci, que 
pendant une période de cinquante années ; 
après quoi chaque série sera fondue dans le 
département du Musée auquel elle ressortit. 

J'ai parlé du catalogue : la collection Camondo 
a son catalogue, en effet, et qui était en distri- 



bution le jour même de l'ouverture des salles, 
comme, voilà quatre ans, celui de la collection 
Chauchard, et comme, voilà quelques mois, celui 
du Musée Jacquemart-André. 

Il est très bien, ce catalogue : il est sobre, il 
est clair et précis, il est soigneusement imprimé 
et illustré de bonnes reproductions. La seule 
chose qu'on puisse lui reprocher, c'est un manque 
d'unité dans sa rédaction. Ainsi, pour les sculp- 
tures et objets d'art du moyen âge, de la Henais- 
sance et du xviii» siècle, il est sec et sommaire à 
l'excès, puisque, dans la plupart des cas, la seule 
indication accessoire qu'il fournisse, en dehors 
du titre, de la date, de la matière et des dimen- 
sions de l'œuvre, est celle qui importe le moins 
au visiteur : la mention du numéro d'inven- 
taire du Musée. Par contre, pour les dessins du 
xviiii' siècle et les peintures modernes, il con- 
tient, sous la forme la plus ramassée, une 
foule de renseignements sur la provenance 
de l'œuvre, les collections dans lesquelles elle a 
passé, les expositions auxquelles elle a figuré, 
les répétitions ou préparations qu'on en connaît, 
les reproductions qu'on en a données, et jusqu'à 
des renvois bibliographiques très succincts aux 
ouvrages les plus importants qui l'ont citée. 

Les rédacteurs de cette partie du catalogue ont 
poussé le scrupule jusqu'à proposer un classement 
des œuvres de chaque artiste d'après leur ordre 
chronologique, ce qui a dû leur demander des 
recherches fort longues, mais ce qui ajoute cer- 
tainement à l'intérêt de la collection. C'est la 

bonne formule. 

E. I). 



ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beaux-arts (séance du 30 mai). 
— L'Académie procède à l'élection d'un membre titu- 
laire dans 1,1 section d'architecture en remplacement 
de M. Vaudreraer, décédé. 

La section présente MM. Bénard, Deglane, For- 



178 



LE BULLETIN DE L'ART 



migé, Lambert et Redon. A ces noms, l'Académie a 
ajouté ceux de MM. Ballu, Blavette, Defrasse. Tour- 
naire et Hermant. 

Il y a trente-cinq votants dont les voix, au premier 
tour, se répartissent ainsi : MM. Hedon,7; Formigé,6; 
Bénard, 4; Lambert, 4; Tournaire, 4 ; Hermant, 3 ; 
Deglane, 2; Ballu, 2; Blavette, 2; Defrasse, 1. 

M. Redon est élu au septième tour de scrutin, par 
18 voix. Ont obtenu, en outre : MM. Tournaire, 9 ; 
Bénard, 6; Deglane, 2. 

— Par décret du Président de la République, l'ate- 
lier laissé vacant dans le palais de l'Institut, par la 
mort de M. Emile Vaudremer, est attribué à M. Louis 
Bernier, membre de l'Académie des beaux-arts. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 29 mai) — M. Raymond Weill rend compte 
des fouilles qu'il a exécutées l'hiver dernier A Jéru- 
salem pour le compte du baron Edmond de Roths- 
child. Le terrain des fouilles était l'emplacement, 
aujourd'hui abandonné, de la «Cité de David», la 
vieille acropole chananéenne que prit d'assaut le 
conquérant Israélite, fondateur de la royauté, et dans 
l'enceinte de laquelle il devait être enseveli, ainsi que 
tous ses successeurs. 

M. Weill a mis au jour ce qui reste de ces tombeaux, 
dévastés dès une époque ancienne. Il a également 
reconnu les murs de l'enceinte archaïque qui cou- 
ronnait les ravins de la périphérie et le système de 
défense de cette forteresse. Les systèmes d'aqueducs 
souterrains qui, par-dessous la montagne, condui- 
saient l'eau dans un bassin protégé contre les atta- 
ques, ont été dégagés sur de grandes étendues. Enfin, 
il a été découvert, dans les fouille», d'importants docu- 
ments sur l'histoire de la ville juive à l'époque 
romaine. 

— L'Académie partage le prix l'rost, de la façon 
suivante : 500 fr. à M. Jean-Julien Barbé pour son 
ouvrage intitulé : A travers le vieux Metz : les mai- 
sons historiques ; — 400 fr. à l'Austrasie, revue du 
Pays messin et de Lorraine; — 300 fr. à M. René 
Perrin pour son ouvrage intitulé : l'Esprit public 
dans le département de la Meurthe. 

Société des antiquaires de France (séance du 
27 mai). — M. Lafage examine les sources d'une tra- 
dition d'après laquelle une statue d'Isis aurait été 
conservée au moyen âge à l'abbaye de Saint-Germain- 
des-Prés. 

— M. Henri Martin étudie le premier inventaire des 
manuscrits qui composaient, au iv* siècle, la célèbre 
bibliothèque de Bourgogne et cherche à préciser sa 
date. 

Société d'iconographie parisienne (séance du 
i9 mai). — M. Morand étudie le monument de Lan- 
guet de Gergy, qui fut curé de Saint-Sulpice pendant 
près de trente-cinq ans et qui peut être regardé 
comme le véritable constructeur de l'église. Ce monu- 
ment, que l'on voit encore aujourd'hui dans la cha- 



pelle Saint-Jean-Baptiste de I église Saint-Sulpice, fut 
commandé par les fabriciens au sculpteur Michel- 
Ange Slodtiî le 6 décembre 1750 (Languet de Cergy 
était mort le 10 octobre précédent). M. Morand a 
retracé avec beaucoup de soin les dlU'érentes phases 
de l'existence du tombeau, en partie sauvé par Lenoir 
lors de la Révolution, et indiqué les mutilations qu'il 
eut à subir à cette époque. 

— M. Fernand Mazerolle communique la reproduc- 
tion d'un dessin à la sanguine conserve au Musée de 
Montpellier, représentant le modèle dun jeton pour 
les commissaires des pauvres de la paroisse Saint- 
Paul, en 1746. Ce dessin offre une effigie de l'apôtre 
avec une inscription se rapportant à la légende de la 
vie du saint. 

— M. Albert Vuaflart présente une série de docu- 
ments iconographiques. Ce sont d'abord trois aqua- 
relles représentant la Nymphée de C/iatou, dan» le 
château que Berlin fit construire à cet endroit. Cette 
nymphée, morceau d'architecture fort décoratif, 
œuvre de Soufflot, se recommande surtout par sa 
polychromie du plus curieux effet. 

Grâce à l'obligeance du grand collectionneur anglais 
M. Fairfax Murray, M. Vuaflart a pu faire photogra- 
phier quinze dessins d'Etienne de La Belle, remontant 
à l'époque de sa venue à Paris, en 1640; ils repré- 
sentent des l'aysages pris à Charenlon, le Gibet de 
Montfaucon, le Bastion de la Bastille, Notre-Dame et 
le quai Saint-Bernard , le Luxembourg, le Château de 
Saint-Maur, etc. 

M. Vuaflart communique enfin les photographies 
de neuf aquarelles de Turner, conservées à la Galerie 
Nationale de Londres et se rapportante l'iconographie 
parisienne: la Pompe Notre-Dame, le Pont-Neuf et 
la Cité, la Barrière de Passy, le Pont au Change et It 
Palais, la Seine vue de de la Terrasse île Saint- 
Germain, Vue de Saint-Denis, Parc de Saint-Cloud, 
le Pont de Sèvres. Tous ces documents feront l'objet 
de prochaines communications. 

Conseil supérieur des beaux- arts. — Sont 
nommés membre du Conseil supérieur des beaux- 
arts : MM. Raphaël Collin, artiste peintre, membre de 
l'Institut; Coltet, artiste peintre; Sicard, statuaire; 
Saisset-Schneider, conseiller d'État. 

Musée de l'Armée. — Le 30 mai au soir, on a 
constaté qu'un vol important avait été commis au 
Musée de l'Armée, fermé ce jour-là, comme tous les 
samedis. 

On sait que le Musée occupe le rez-de-chaussée et 
les deux étages d'un corps de bâtiment qui donne sur 
la cour d'honneur des Invalides (cAté de l'ouest) et 
sur la cour d'Austerlitz. La salle d'Aumale, située an 
deuxième étage de cette partie du palais, comprend 
plusieurs pièces où sont rangées les collections mal- 
gaches, sénégalaises et orientales. 

Dans cette dernière pièce, la grande vitrine renfer- 
mant l'habit de guerre de l'empereur de Chine a été 
brisée et le voleur a dérobé un poignard en or d'une 



ANCIEN ET MODERNE 



179 



grande valeur. Le manche, couleur jaspe sanguin, est 
constitué par une monture enor, émaillée et incrustée 
de rubis, émeraudes et diamants ; le talon de la 
lame est décoré d'ornements ciselés en relief plat sur 
or vert et jaune : le fourreau est tout en or jaune 
émaillé de fleurs bleues et de filets blancs. De fabri- 
cation européenne et datant de l'époque de Louis XIV. 
cette arme a été donnée, croit-on, en cadeau à l'em- 
pereur de Chine par une ambassade, (".'est Napoléon 111 
qui, en 1860, fit don de ce précieux objet au Musée de 
l'Armée. 

En outre, dans une table-vitrine de la pièce voisine, 
où était rangé le trésor d'El Iladj Omar, le voleur 
s'est emparé de bijoux d'or et d'argent, dont voici la 
description : 

Un bracelet mi-jonc creux, avec boules en or (in, 
pesant 100 grammes ; un deuxième, pesant 105 gram- 
mes ; un autre bracelet, forgé tordu, en or fin, de 
418 grammes ; sept plaques en travail repoussé, de 
430 grammes; un collier cuir plaqué or, de 30 grammes; 
un porte-amulette rectangulaire, en or (in, de 171 gram- 
mes ; deux boutons d'oreilles massifs forgés, boule en 
or, de 162 grammes ; un collier en cuir avec plaque 
filigrane or, 75 grammes ; un collier, composé de cinq 
plaquettes de croix roses et de deux plaquettes de 
forme triangulaire, filigrane or fin, 230 grammes; un 
grand porte-amulette ou gris-gris, forme de la lettre M, 
en or fin, 210 grammes ; un collier avec une plaquette 
étoile à six branches, et deux boules filigrane or fin, 
60 grammes ; un collier avec une plaquette or fili- 
grane, deux anneaux, dont un argenté à l'extérieur, 
avec fermoir en or fin, 60 grammes; un collier vert, 
dix boules et plaquettes en or fin, 35 grammes ; un 
collier avec deux plaquettes, une rose et une de 
forme, travail filigrane en or fin, 80 grammes ; enfin, 
un collier et trois plaquettes en or fin, 60 grammes. 

Il est à remarquer que la vitrine renfermant l'habit 
de guerre chinois avait déjà été l'objet d'une première 
tentative de vol, au mois d'octobre dernier : le cam- 
brioleur avait fait disparaître la plaque de ceinturon 
et le fourreau du sabre, ornés de brillants. A ta suite 
de ce vol, toutes les serrures du musée avaient été 
changées. Or, aucune porte ne présente de traces 
d'elfraction, ce qui donne à penser que l'auteur du vol 
possédait les nouvelles clefs. S'il a brisé un carreau 
et laissé une fenêtre ouverte, c'est vraisemblable- 
ment pour donner le change, car l'escalade de la salle, 
située au deuxième étage, serait des plus difficiles. 

L'Institut et la ViUe de Paris. — On se rappelle 
le conflit qui a mis un moment aux prises l'Institut 
et la Ville de Paris, à propos du prolongement de la 
rue de Rennes (voir le n° 620 du Bulletin). L'Institut 
n'admettait pas un projet de la municipalité, d'après 
lequel les bâtiments du palais Mazarin devaient se 
trouver reconstruits sur une surface moindre que 
celle qui leur était réservée dans un projet d'Iiauss- 
mann, élaboré en 1866, et qui avait servi de base à 
l'entente entre l'Institut et la Ville. 



On annonce aujourd'hui que la Commission admi- 
nistrative de l'Institut a présenté au ministre de 
l'Instruction publique, le plan des transformations 
du Palais Mazarin telles qu'elle les juge acceptables. 
Le ministère et la Préfecture de la Seine ont accepté 
ce plan. Reste à savoir ce que la Ville en pense. 

La Croix de pierre. — Tel est le titre d'une société 
qu'un groupe d'artistes se propose de fonder en vue 
de réparer et de sauver de la ruine les églises chan- 
celantes et qui ne sont pas classées. M. Péladan, qui 
a pris l'initiative de ce groupement, se propose de 
faire une suite de conférences, où il exposera son 
programme complet et précis à propos de « la Croix 
de pierre ». 

En Egypte. — M. Gaston Maspero, délégué par le 
gouvernement français en 1880 pour fonder l'Institut 
d'archéologie orientale du Caire, et devenu bientôt 
après directeur général du service des antiquités 
d'Egypte, a résolu de prendre, au mois d'octobre pro- 
chain, une retraite que ses longs et admirables tra- 
vaux lui imposent, mais que regretteront tous ceux, 
— et les lecteurs de la Revue sont du nombre, — qui 
ont pu apprécier les précieux services rendus à 
l'égyptologie par notre éminent collaborateur. 

Les gouvernements français, anglais et égyptien 
sont d'accord sur le choix de M. Pierre Lacau, direc- 
teur de l'Institut français du Caire, pour succéder à 
M. Maspero. 

Nécrologie : Henry Roujon. 

M. Henry Roujon, membre de l'Académie française, 
secrétaire perpétuel de l'Académie des beaux-arts, 
commandeur de la Légion d'honneur, a succombé le 
1" juin à la maladie dont il avait ressenti les premières 
atteintes, il y a quelques semaines, à Cannes où il 
avait passé l'hiver, et qui donnait, depuis le retour 
du malade à Paris, tant d'inquiétudes à son entou- 
rage. Il y a trois ans, au moment de son élection au 
fauteuil de M" Barboux à l'Académie française, 
M. Henry Roujon avait été très gravement malade; 
par bonheur, il avait pu se remettre, et assez complè- 
tement pour reprendre, non seulement ses fonctions 
très absorbantes de secrétaire perpétuel de l'Académie - 
des beaux-arts, mais sa tâche d'écrivain et de confé- 
rencier à laquelle il donnait, depuis de longues années, 
toute une part de sa vie. 

M. Henry Roujon était né à Paris en 1853. Entré 
eu 1876 au ministère de l'Instruction publique, il 
devint, en 1880, secrétaire particulier de Jules Ferry, 
et en 1882, chef de bureau au cabinet du ministre. 
11 occupa cette fonction jusqu'en 1891, époque où il 
l'ut nommé par M. Léon Bourgeois, directeur des 
Beaux-Arts. En 1899, l'Académie des beaux-arts le 
choisit comme membre libre, en remplacement du 
marquis de Chennevières, et en 1903 elle lui confia 
les fonctions de secrétaire perpétuel en remplacement 
de Gustave Larroumet, décédé. En 1911, il fnt élu 



180 



LE BULLETIN DE L'ART 



membre de l'Académie française, et M. P'rédéric 
Masson, qui fut chargé de le recevoir, au début de 
1912, a très Justement caractérisé, dans son discours, 
l'œuvre en partie double du fonctionnaire et de 
l'écrivain. 

L'écrivain avait débuté de bonne heure. D'abord 
secrétaire de la rédaction de la République des Lettres, 
revuefondéeen 1875parCatuIleMendcs, Henry Uoujon 
collabora ensuite assidûment au Voltaire et à la 
Revue Bleue. 11 publia, en 1887, une fantaisie littéraire : 
Miremonde, dont Alexandre Dumas fils a pu dire, dans 
la préface, qu'elle est un chef-d'œuvre. Depuis qu'il 
n'était plus directeur <ies Beaux-Arts, il collaborait à 
divers journaux, notamment au Figaro et au Temps, 
où l'on aimait à retrouver régulièrement ses En marge. 
En ces chroniques toujours brillantes, il prenait texte 
d'un anniversaire, d'un livre, d'un « fait du jour» pour 
montrer sa connaissance des hommes et son amour 
du passé : c'étaient autant d'« essais» achevés, où il 
était servi par la plus riche culture alliée à une curio- 
sité de tout, qui était à sa louange, et où le goût le 
plus sûr s'accordait avec l'esprit le plus pénétrant; 
réunis en volumes {Au milieu des hommes, la Galerie 



des bustes. Dames d'autrefois, etc.), ces articles por- 
teront témoignage du talent de cet écrivain de pure 
tradition française. Il excellait aussi dans les o por- 
traits u, et, en qualité de secrétaire perpétuel, il en a 
tracé d'exquis : tels sont ceux du marquis de Chen- 
nevières, de Larroumet, d'Hébert, de Gérôioe, de 
Reyer, etc. 

On a déjà eu l'occasion de rappeler ici les résultats 
heureux du passage de M. Henry Roujon à la direction 
des Beaux-Arts : entre tous, l'organisation de l'Expo- 
sition rétrospective de l'art français en 1900 restera 
comme une date inoubliable. 

U faudrait parler encore do la bienveillance de soc 
accueil et de la sûreté de ses relations : « C'est le 
travers de Uoujon, a dit M. Hanotaux (et ce mot est 
emprunté au discours de M. Frédéric Masson que l'on 
citait tout à l'heure) : on lui en veut un peu de cette 
obligeance universelle qui l'a fait regretter partout où 
il a passé ». Et, de fait, il n'est pas un de ceux qui 
l'ont approché qui ne garde le souvenir le plus ému 
d'Henry Roujon et qui n'ait appris sa tin avec la 
même profonde tristesse que cause la perte d'un 
ami. — E. D. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — "Vente de la collection A. Sam- 
bon (liste des prix.). — Nous avons déjà 
donné le produit total, soit 97S.974 francs, ainsi 
que les plus gros prix de cette vente, faite 
galerie (ieorges Petit, du 25 au 28 mai, par 
M" Lair-Dubreuil, assisté de MM. Hirsch, Man- 
nheim, Meyer-Riefslahl et Ferai. Comme on 
pourra s'en rendre compte par la liste ci-des- 
sous, les prix d'adjudication ont été, d'une façon 
générale, inférieurs, — certains même très sen- 
siblement, — aux prix de dernande. Il ne fau- 
drait pas attribuer seulement aux conditions 
actuelles du marché de la curiosité, cette fai- 
blesse dans les résultats. Si elle est beaucoup 
plus accentuée dans le cas présent que dans les 
diverses vacations dont nous avons rendu compte 
dans nos dernières chroniques, c'est qu'il s'agis- 
sait ici de la vente, volontairement faite par un 
marchand, de son propre stock, et que ces sortes 
de liquidations n'obtiennent jamais un succès 
complet, quel que soit l'état de prospérité des 



affaires. Aussi, en considérant dans quelles con- 
ditions doublement défavorables s'est dispersée 
cette réunion d'œuvres d'art de toute sorte, on 
doit en estimer la tenue comme bonne et en 
tenir les résultats pour satisfaisants. 

PRINCIPAUX PRIX 

Art antique. — Art égyptien. — 1. Groupe calcaire 
peint, //ommejeunensii«e/sa/'<'»ime,sculpt. archaïque, 
débuts de la ni* dynastie, 22.500 fr. — 2. Jeune femme 
assise, calcaire blanc, traces de coul., m* dynastie, 
8.000 fr. — 3. Pétrisseuse de pain, m' dynastie, 
7.500 fr. 

Sculptures grecques et romaines. — 27. Statue 
grecque (acéphale), v s. av. J.-C.. 8.700 fr. — 28. 
Satyre cymbalisle, marbre de Paros, trav. hellénistique, 
m- s. av. J.-C, 9.700 fr. — 38. Buste de Caracalla, 
marbre alexandrin, lir s., 33.600 fr. (dem. 50.000^. 

bronzes grecs et romains. — 49. Bouc se dressant, 
br. grec, v s. av. J.-C, 7.800 fr. — 51. Aphrodite au 
kestos, figurine, iv'-iii* s. av. J.-C, 7.600 fr. — 61. 
Archer debout, statuette alexandrine, 20.."i00 fr. — 71. 
Tête d' Agrippa, br. romain, 29.100 fr. 

Aucune enchère au-dessus de 5.000 fr. dans la série 
des armes, des vases, des terres cuites cl des objets 
d'orfèvrerie. 



ANCIEN ET MODERNE 



181 



Abt musdlman. — Faïences émailUes des XIII' et 
XIV' siècles. — i52. Gobelet en faïence, décor poly- 
chrome à sujet tiré d'un roman persan, Khagès, 
39.500 fr. (dem. 40.000). — 15.3. Gobelet en faïence, 
décor polychrome, personnages nimbés etornements, 
Uhagés, 10.500 fr. — 16). Vase-balustre, décor mor- 
doré sur fond blanc, Rhagès, 12.000 fr. — 164. Assiette 
à rellets métalliques, fouilles de l'Arag, 5.000 fr. — 171. 
Aiguière faïence à émail bleu turquoise et dessin en 
noir et bleu cobalt, Rhagès, 12.000 fr. 

Faïences et porcelaines orientales des XVI' et 
XVII' siècles. — m. Cruche sphérique à médaillons, 
Damas, 6.000 fr. — 182. Bol de Kutahia, à peintures, 
14.600 fr. 

Bronzes incrustés. — 186. Tabouret en bronze gravé 
et incrusté d'argent, Mésopotamie (Mossoul), xiii* s., 
19.000 fr. (dem. 25.000). 

.Manuscrits. — 189. Manuscrits des Poèmes de Hafiz, 
enluminé parScheik-Sadé, Sultan-Mohammed etMirek, 
début du XVI' s., 65.300 fr. (dem. 70.000). 

Akt chinois. — 198. Tête de Bouddha, granit noir, 
période Wei, 5.500 fr. — 199. Statue de Kwan-yin ou 
de donatrice, marbre blanc, période Tang, 9.600 fr. — 
203. Cygne blanc volant, peinture, période Sung ou 
Yuan, 5.100 fr. 

Tableaux anciens. — 213. École florentine, xv" s. 
La Mort de la Vierge, i^.OOOk. — 214. École siennoise, 
xiii" s. La Vierge et l'Enfant Jésus, 10.000 fr. — Lio- 
tard : 217. Portrait de la Comtesse Friese, et 218. 
Portrait du Comte Friese, 13.000 fr. (dem. 20.000). — 
219. Meusnier et Pater. Réunion dans un palais, 
18.000 fr. (dem. 20.000).— 221. École d'Andréa Verroc- 
chio. Suite de trois panneaux : la Vierge et l'Enfant 
Jésus avec deux anges; un Archange ; une Religieuse, 
15.550 fr. 

Faïences. — Italie, fin du XV' siècle. 236. Cornet 
de pharmacie, armoiries encadrées de rinceaux, 
11.700 fr. (dem. 6.000; fêlure). — 240-242. Deux cor- 
nets de pharmacie, prés, des bustes de personnages, 
20.000 fr. (dem. 20.000). — 241. Large cornet phar- 
mac, quatre bustes de personnages, 7.000 fr. (dem. 
10.000 ; rest.). — Fabriques diverses. 269 Bas-relief, 
attribué à Andréa délia Robbia, la Vierge en prière, 
XVI* s., 14.000 fr. (dem. 15.000). 

Ivoihes. — 302. Volet : l'Annonciation, la Visitation 
et l'Adoration des rois mages, xiv" s., 16.100 fr. (dem. 
18.000). — 303. Groupe : la Vierge debout tenant l'En- 
fant, XIV s., 7.200 fr. (dem. 12.000). 

Bijoux. — 335. Croix agate rubanée. Christ or et 
garnit, or éraaillé, enrichie de deux camées, attribuée 
à Jacopo da Trezzo, xvi» s., 16.000 fr. (dem. 15.000). 

Sculptures.— XIV' siècle. 400. Haut-relief marbre, 
la Vierge assise sur un trône et portant l'Enfant 
Jésus, 11.500 fr. (dem. 15.000). — AT' szèWe. 402. Haut- 
relief uLirbre, Vierge berçant l'Enfant, attr. à Mino 
da Fiesole, 49.500 fr. (dem. 60.000). — 403. Bas-relief, 
stuc peint et doré, la Vierge assise tenant l'Enfant 
Jésus, école de Rossellino, 6.100 fr. 



Bois SCULPTÉS. — 390. Parties latérales d'un orgue, 
bois sculpté, peint et doré, fin xv s., 5.500 fr. — 394. 
Haut-relief, bois sculpté, peint et doré ; Moine prê- 
chant, entouré de personnages, travail du Nord de 
l'Italie, xvi° s., 4.450 fr. 

Bronzes italiens. — 419. Statuette de Vulcain age- 
nouillé, attr. à Bertoldo, 6.700 fr. — 420. Statuette 
attr. à Francesco di Sant'Agata. Adolescent porté par 
un cheval marin, 15.500 fr. (dem. 18.000). — 421. Sta- 
tuette attr. à Andréa Briosco, dit il Riccio, le Tireur 
d'épines, 20.500 fr. (dem. 20.000). — 452. Deux porte- 
lumières-appliques. 5.000 fr. 

Vente de tableaux et d'objets d'art. — Une 

vacation anonyme, qui avait fait l'objet d'un 
catalogue illustré, a eu lieu, salle 6, le 29 mai, 
sous la direction de M^ Baudoin, assisté de 
MM. Ferai et Mannheim. Composée de tableaux 
et d'objets d'art et d'ameublement de diverses 
provenances, elle a produit un total de 401.250 fr. 

PRINCIPAUX PRIX 

Tableaux ANCIENS.— 10. VaaGoyen. liords derivière, 
8.100 fr. (dem. 12.000). — 11. M"" Labille-Guiard. 
Portrait d'une artiste, 9.600 fr. (dem. 10 000). — 12. 
M'»' Vigée-Lebrun. Portrait de femme, 12.500 fr. 
(dem. 15.000). — Hubert Robert : 18. Laveuses dans 
un parc, 13.000 fr. (dem. 8.000). — 19. L'Abreuvoir, 
16.610 fr. (dem. 10.000). - 20. La Fontaine. 11.600 fr. 
(dem. 12.000). — 21. La Carrière, 3.500 fr. (dem. 5.000). 

Faïences. — 23 bis. Potiche, deux cornets et deux 
bouteilles, Delft, décor polychr de fleurs, oiseaux, sur 
fond côtelé, 11.000 fr, (dem. 12.000). 

Terres cuites. — 30. Statuette de jeune femme 
debout drapée, par Clodion, 16.200 fr. (dem. 18.000; 
rest.). — 31. Groupe, faunesse nue assise, jouant avec 
deux petits faunes, 8.000 fr. (dem. 8.000). — 32. Sta- 
tuette de source, figurée par une nymphe, fin xvni' s., 
5.000 fr. (dem. 3.000). — 34. Groupe, bacchante nue 
debout et regardant un petit bacchant, par Marin, 
15.450 fr. (dem. 18.000; rest.). 

Meubles. — 40. Meuble à hauteur d'appui, bois de 
placage, déc. au vernis, sujets de paysages animés 
de style chinois, fin ép. Louis XV, initiale de De La- 
croix, 31.500 fr. 

Meubles couverts en tapisserie. — 56. Salon de 
un canapé et huit fauteuils, couverts tapiss. Aubus- 
son, fin ép. Louis XV, médaillons personnages et 
animaux encadrés de guirlandes, 39.500 fr. (dem. 
50.000). — 38. Canapé et huit fauteuils, acajou, cou- 
verte en tapisserie Louis XVI, personnages et oiseaux, 
23.300 fr. — 59. Six fauteuils peints blanc, tapiss. 
sujets d'animaux dans des médaillons, ép. Louis XVI, 
16.500 fr. (dem. 18.000). 

Tapisseries.— 60. Tapiss. d'Aubusson.ép. LouisXV, 
la Comédie en plein vent, 17.500 fr. (dem. 20.000). — 
63. Tapiss. des Gobelins, xviii' s., l'Éléphant, de la 



182 



LE BULLETIN DE L'ART 



tenture des Nouvelles Indes, d'après Desportes, 
31 200 (dem 25.000). — 64. Tapiss. flam., xvi* s., 
sujet de chasse dans un parc, 7.700 fr. (dena. 10.000). 
— 63. Tapiss. flam., xviti* s., deux chasseurs assis 
auprès d'un tonneau, 11.500 fr. (deni. 12.000). — 66. 
Tapiss. ilam., xviii* s., paysans marchant dans une 
forêt, 11.000 fr. (dem. 15.000). — 67. Tapiss. flam., 
xvni* s., jeune femme dans un parc, etc., 7.300 fr 
(dem. 10.000). — 68-70. Trois tapiss. tissées de métal, 
fin XVI* s., personnages chassant au faucon, etc., 
14.005 fr. (dem. 20.000). 

"Vente d'un pastel par La Tour. — Numéro 
unique d'une vacation conduite, salle 7, le 29 mai, 
par M» Marlio et M. Sortais, le pastel par La Tour, 
Portrait de l'artiste par lui-même, a réalisé 
6.000 francs sur la demande de 12.000. (Catalogue 
illustré.) 

"Vente d'un tableau par Fragonard. — Autre 
numéro unique, d'une vacation dirigée même 
salle, le même jour, par le même expert, adjoint, 
cette fois, à M" Desvouges, un tableau par Fra- 
gonard, Jésus chassant les marchands du Temple, 
a été adjugé 11.000 francs sur la demande de 
12.000. (Catalogue illustré). 

Succession Liandier. — Faite salle 2, le 
26 mai, par M» H. Baudoin et MM. Paulme et 
Lasquin, la vente des estampes, tableaux, objets 
d'art, etc., composant la Successionde M. Liandier, 
antiquaire, a produit 61.400 francs. 

Notons : 40. Ch. Chaplin. Baigneuse, 6.700 fr. 
(dem. 4.000). — 59. Louis \igée. Portrait présumé 
de Philippe, duc de Mouchy, gouverneur de la 
Guyenne, pastel, 7.300 fr. (dem. 8.000). 

Cette vente avait fait l'objet d'un petit cata- 
logue illustré. 

Vente de la Galerie Crespi (!« vente ; 
tableaux anciens). — La première vente de la 
Galerie Crespi, de Milan, longuement annoncée 
ici, a eu lieu, à la Galerie Georges Petit, le 4 juin. 
M" Lair-Dubreuil et Baudoin, qui la dirigèrent, 
assistés de MM. Trotti et C» et J. Ferai, ont enre- 
gistré le total de 1.207.350 francs pour cette 
unique vacation. 

En attendant la liste des principales enchères 
que nous donnerons prochainement, citons les 
plus gros prix de la journée : la Vierge de l'Ave 
Maria, de l'atelier de Léonard de Vinci, a été 
poussée jusqu'à 141.006 francs, sur demande de 
200.000 ; la Madone Crespi, attribuée à Michel-Ange, 
s'est vendue 136.000 francs, sur demande de 
200.000; la Vision de sainte Anne, par G. B. Tiepolo, 
a trouvé acquéreur à 70.000 francs (demande 



100.000); l'important triptyque de Marco d'Og- 
giono, Vierge à l'Enfant, avec des donateurs et 
leurs saints patrons, a été adjugé 70.500 francs 
(demande 80.000) ; la Vierge à la grenade, de 
Gianpietrino, a fait 66.000 francs (demande 
80.000) ; la Sainte barbe, de Francia, 53.000 fr. 
(demande 80.000) ; la Nativité, de Borgognone, 
40.000 francs (demande 60.000). 

Le résultat est tout à fait appréciable, comme 
on voit, surtout quand on tient compte de l'étal 
actuel du marché, en cette fin de saison particu- 
lièrement chargée. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Collection 
Ch. Fairfax Murray (tableaux anciens). — 
Avant de passer une revue rapide des tableaux 
composant la collection de M. Charles Fairfax 
Murray, de Londres, dont la vente se fera, à la 
galerie Georges Petit, le 15 juin, par le minis- 
tère de M*» Lair-Dubreuil et Baudoin, assistés de 
M. J. Ferai, il convient de souligner tout parti- 
culièrement ce fait qu'une telle vente ait lieu à 
Paris. Après la galerie Steengracht, de La Haye, 
dispersée l'an passé à pareille époque, après la 
galerie Crespi, de Milan, vendue cette semaine 
même, — pour ne citer que des exemples récents 
et célèbres, — voici qu'une collection apparte- 
nant à un amateur, très activement mêlé au 
mouvement de la curiosité de Londres, va passer 
aux enchères sur le marché parisien, centre 
aujourd'hui universellement reconnu de ces 
grandes tractations du commerce des œuvres 
d'art. 

Si Paris se trouve ainsi à la tête du marché de 
la curiosité, il faut reconnaître que c'est justice, 
quand on voit avec quel soin les ventes d'œuvres 
d'art y sont préparées, avec quel luxe les catalo- 
gues y sont édités, et tout ce que ces ouvrages 
représentent souvent de savoir et de recherches. 
Le catalogue de la vente Fairfax Murray, imprimé 
par la maison Georges Petit avec ce goût de la 
belle typographie que nous avons si souvent 
l'occasion de louer, est illustré d'héliogravures 
exécutées par la maison Braun, qui sont certai- 
nement parmi ce qu'on a fait de mieux jusqu'ici 
dans le genre ; quant au texte, il est riche de 
renseignements et de références, et lorsqu'on 
sait, par expérience, dans quelles cqnditions de 
rapidité doivent être le plus souvent établis ces 
importants ouvrages, on doit féliciter l'auteur 
anonyme d'avoir mené à bien ce travail ingrat. 

La collection Fairfax Murray ne comprend pas 
même trente numéros, mais presque tous sont à 



ANCIEN ET MODERNE 



183 



citer ù cause de leur importance, de leur prove- 
nance parfois illustre, des expositions retentis- 
santes où on les a vu figurer. Notons donc : un 
Saint Sébastien, par Antouello de Messine ; Vénus 
à sa toilette, par Giovanni IJellini ; la Vierge, l'En- 
fant Jésus et saint Jean, par Botlicelli ; le Fumeur 
endormi, par A. Brouwer ; le Portrait d'une jeune 
dame, par J. Dellf, daté 1639 : Salvator Mundi, par 
A. Durer, que l'on dit provenir de la collection 
de \V. Imhof, petit-lils de l'humaniste nurem- 
bergeois du xvi" siècle, W. Pirckheinier ; le Por- 
trait de Lucas Vosterman le Vieux, par Van Dyck, 
qui a été gravé par L. Vosterman le jeune ; la 
Vierge et l'Enfant, peinture llamande du commen- 
cement du XVI" siècle ; le Portrait d'un gentil- 
homme, de l'école llamande du xvii= siècle ; un 
diptyque, la Vierge aux donateurs, de l'école 
française, daté 1486; le Portrait de l'artiste et le 
Portrait de Thomas Haviland, par tiainsborough ; 
le Portrait d'une dame, par H. van der Helst ; un 
Combat entre un coq et un dindon, par M. d'Hon- 
liecoeter ; une Danse champêtre, par Lancret ; la 
Crucifixion, par P. Lorenzetti ; un Portrait de 
jeune dame, par A. Moro ; le Portrait de Pancra- 
tius von Freybergt zu Aschau, par H. Miielicli, 
signé et daté 1545 ; le Portrait présumé du frère 
de l'artiste et un Savant lisant à la chandelle, par 
Rembrandt; la Mort de Didon, par Sir J. Rey- 
nolds, plusieurs fois gravé ; et une Annonciation, 
par A. Solario. 

Il faut encore citer une Jeune femme étendue 
sur un sopha, par F. Boucher, peinture signée et 
datée 1751. L'auteur du catalogue déclare dans 
sa substantielle notice qu'il ne connaît aucune 
réplique de ce tableau. Or, nous pouvons en citer 
deux : d'abord un tableau naguère conservé au 
château de .Schleissen (n" 756) et transporté au 
Musée de Munich, lors du remaniement des col- 
lections publiques bavaroises en 1909; il est 
décrit et reproduit, sous le n" 1448, dans le cata- 
logue de ce Musée (édit. de 19H) ; et, en second 
lieu, un tableau analogue, conservé au musée de 
Besançon (cat. de 1886, n° .39). Suivant le rédac- 
teur du livret de Munich, la jeune femme repré- 
sentée serait « Nelly O'Morphie », et il serait fait 
mention de cette peinture dans les Mémoires de 
Casanova (t. II, chap. 13). Ajoutons encore qu'une 
petite copie ancienne de ce même sujet se trouve 
au Musée de Toulon (cat. 1900, n" 17). 

Comme le fait remarquer avec raison le rédac- 
teur du catalogue de la vente Fairfax .Murray, la 
pose de la jeune femme, dans l'exemplaire qu'il 
décrit — et partant dans les répliques que nous 



venons de citer, — n'est pas la même que celle 
du modèle qui a été représenté par Boucher dans 
une composition analogue, désignée tantôt sous 
le litre de l'Odalisque et tantôt sous le nom de 
Victoire O'Murphy, et dont on connaît trois 
répliques (collection du baron de Schlichting, 
collection Marnier-LapostoUe et ancienne collec- 
tion Maurice de Rothschild). 

"Ventes diverses. — La semaine prochaine, 
outre la vente des collections du marquis de 
Biron qui a été annoncée précédemment et qui 
est un des plus importants events de la saison, 
il faut encore citer : 

— La vente des objets d'art et d'ameublement, 
tableaux modernes, estampes du xviii" siècle, 
objets de vitrine, etc., dépendant de la Succession 
de M""' Jeanne Demay ; à l'Hôtel, salles 9, 10 et 11, 
du 10 au 13 juin, et les 15 et 16 juin dans la 
salle 11 seulement (M>^' L. de Cagny etit. Bignon; 
MM. Aucoc et J. Bataille); 

— La vente de la Collection Henri M..., formée 
d'objets d'art du Japon, laques, estampes, etc.; à 
l'Hôtel, salle 7, les 10 et 11 juin (M* F. Lair- 
Dubreuil et M. A. Fortier); 

— Une vente anonyme de tableaux anciens et 
modernes, dessins et gravures ; à l'Hôtel, salle 0, 
le 12 juin (M" H. Baudoin, M. J Ferai). 

— La quatrième vente Roger Marx, qui se fera 
à l'Hôtel, salle 1, les 12 et 13 juin {W' Lair- 
Dubreuil et II. Baudoin; MM. Durand-Ruel et 
fils, J. et G. Bernheim jeune); cette vente com- 
prend une réunion de tableaux, pastels, dessins, 
aquarelles et sculptures modernes, et l'on re- 
marque au catalogue, entre beaucoup d'autres, 
les noms de Besnard, Carrière, Cazin, Fantin- 
Latour, Forain, Helleu, Jongkind, E. Laurent, 
Lebourg, Millet, G. Moreau, Renoir, Rodin, Tou- 
louse-Lautrec, Willette, etc. 

M. N. 



EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Portraits d'actrices (galerie Charles Hessèle). 
— « De Rachel à Sarah-Bernhardt », depuis la 
tragédienne du siècle dernier, que Karl Girardet 
n'a pas dû llatter, jusqu'à la tragédienne de ce 
temps, que M. SValter Spindier enveloppe d'un 
nimbe de mystère, cette réunion de portraits 
groupés, 16, rue Balzac, au bénéfice de l'œuvre 
de rapatriement des artistes lyriques et drama- 



184 



LE BULLETIN DE L'ART 



tiques, nous procure moins d'étonnement que de 
mélancolie, car elle nous rapprend que tout cliange 
et passe ici-bas, l'art du peintre autant que la 
mode, inutile parure de la beauté... « Les mortes 
d'aujourd'hui furent jadis les belles » : et c'est 
ici Delphine Vgalde, lithographiée par Léon Noël, 
en 1854-, ou crayonnée plus nerveusement par 
Thomas Couture ; c'est Af »'« Doche, très « dame 
aux camélias » en ses atours surannés, décrits 
par R. Buchner; c'est Emma Fleury, très roman- 
tique sous le froid pinceau d'un élève d'Ingres, 
Araaury Duval ; c'est Gabrielle Krausa, silhouet- 
tée par Gustave Moreau, le soir de la reprise 
de la Sapho néo-grecque de Gounod ; et s'il 
est vrai que tout portrait n'est qu'un modèle 
« compliqué d'un artiste », la prolongation d'un 
sourire se rehausse au brio de la peinture, depuis 
l'heure, déjà lointaine, où M. Carolus-Duran 
datait de 1882 son dernier portrait de Croizette. 
Antithèse d'autant plus suggestive qu'elle appa- 
raît involontaire. Carrière évoque la fierté de 
JI/"« Lucienne Bréval en grisaille. Entre tant de 
contemporaines à qui leurs peintres ne pour- 
raient donner l'immortalité, des noms s'impo- 
sent : M™" Rcjane, mieux vue par M. Boldini que 
M'«« Bartet par M. Maurice Heyman; A/""^ Génial, 
miniaturée mystérieusement par M. de la Perche ; 
A/'/e Marcelle Lender, étudiée par M. Helleu, le 
peintre- graveur de la femme moderne ; Af"< Gene- 
viève VLt, par M. Jean Corabœuf ; A/"' Eve Laval- 
lière, par M. Synave ; A/'^« Paule Amiral, par 
M. Victor Gilsoul; A/'"'» Carlier, Marie Leconte et 
Moreno, par M. Lévy-Dhurmer; M""! Suzanne 
Després, par M. Vuillard, sans oublier Miss Loie 
Fuller, devenue figurine de Tanagra sous l'ébau- 
choir savant de feu Théodore Rivière. 

Aquarelles d'Henri Harpignies (galerie 
J. Chaîne et Simonson). — C'est une grande leçon 
de style que nous propose un observateur de la 
nature en une cinquantaine de petits cadres, 
dont les plus anciens remontent à quarante ans. 
Au surplus, l'aquarelle semblait faite pour celui 
que nous avons appelé le Saint-Saëns du paysage 
par rapport à son devancier Corot, qui, par 
la poésie de l'exécution, rappellerait plutôt le 
romantisme virgilien de Berlioz, à ses heures 
suaves, ou de Gounod... Finesse limpide et lon- 
gévité juvénile, fermeté dans la douceur et conci-. 
sion dans la clarté, — le doyen de nos peintres 
partage avec l'aîné de nos musiciens une indéfi- 
nissable nuance de goût français quand il reprend 
d'un pinceau léger la tradition du paysage romain, 



sans oublier un instant la France ou Paris, asso- 
ciant dans ses tons discrets les bords de la Loire 
et les bords du Tibre, les palais ou les ponts 
antiques et le Parc Saint-Fargcau, la Provence 
très italienne et les ruines joyeuses de Clisson, 
la majesté des soirs d'or et la tendresse des prin- 
temps verts. 

Expositions diverses. — Elles se multiplient 
sans pitié... Retenons seulement, chez Allard, le 
réalisme provincial et trop adroitement vulgaire 
de M. Lucien Jonas, portraitiste du maître Harpi- 
gnies; chez Manzi, la réelle puissance du statuaire 
Joseph Bernard, malheureusement médusé par 
l'écueil de l'archaïsme; et, surtout, les quatre 
grands panneaux radieux que M. Georges Leroux 
vient d'exposer dans son atelier du boulevard 
Saint Jacques et qu'il destine à la décoration d'un 
ameublement italien : par la vérité de leur cou- 
leur ardente, ces vues, très composées, du Colisée 
et des vertes villas romaines rajeunissent à pro- 
pos la suprématie, trop longtemps méconnue, 
du paysage de style. 

A l'École des Beaux-Arts, le paysage moderne 
est introduit par l'importante exposition pos- 
thume du peintre Jean Réiuond (1872-1913), un 
Lorrain de Nancy qui commençait à dégager sa 
personnalité de ses nombreux souvenirs, et dont 
les vues très stylisées de la Corrèze ou des Pyré- 
nées espagnoles manifestaient tout récemment, 
à nos Salons, plus de caractère que tous ses cré- 
puscules de Bretagne. 

Raymo.nd Bouyer. 

cracracracraoracracsDcraoracœxMDcracraaocra 

l.e:s revues 



Framcr 



L'Art et les artistes (n* spécial). — .Numéro 
spécial consacré à Auguste lioUin, l'homme et l'iruvre: 

— Octave MiBBKAi). Auguste Hodin ; — Essai biogra- 
phique ; — Paul GsEi.L. En haut de la colline : — L. 
BEKNABDiNi-SjOKSTKnT. L'Atelier lie Hodin à Meudon ; 

— A. RoDiN. Pensées inédiles; — Le Musée Hodin ; — 
Judith Cladki-. L'IMtel Biron ; — Francis de Mio- 
MANDRK. Les Dessins de Rodin ; — Léonce Bénéuitb. 
Propos sur Rodin ;— A. Rodin. Vénus ; — Les Œuvres 
de Rodin en France et à l'étranger : — Essai biblio- 
graphique. 

Le Gérant : H. Dinis. 

Pari». — Imp. George» Petil, 12, rue Godol-dc-M»uroi. 



Numéro 629. 



Samedi 13 Juin 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 

ANCIEN ET MODERNE 



A dater d'aujourd'hui, le Bulletin ne paraîtra 
plus qui: loua Icx quinze jours, suivant l'usage 
adopté pour la saison d'été. Le prochain numéro 
(n° HSO) portera donc, la date du 27 juin. 



Estampes et Dessins 



L'exposition des admirables estampes japo- 
naises de la collection Camondo, qu'on ne peut 
voir dans leurs cadres sans redouter les atteintes 
de la lumière pour leurs tendres et légères cou- 
leurs d'aquarelle, ramène l'attention sur un des 
problèmes les plus délicats qui se posent aux 
conservateurs de musées. 

S'il est du devoir d'une galerie publique de 
mettre ses collections en valeur et d'en faire 
profiter les curieux, il va de soi que ces obliga- 
tions ont pour limite la bonne conservation des 
œuvres d'art ; or, il est incontestable qu'une 
exposilion permanente au grand jour cause à 
des pièces aussi fragiles que les estampes et les 
dessins, des dommages irréparables. Alors ? 

Il n'y a guère que les journalistes en quête 
d'articles tout faits pour traiter sans hésitation 
ces questions difliciles. Que de fois ne l'avons- 
nous pas lue, celle chronique, peu bienveillante 
pour la conservation du Louvre, où l'on déplo- 
rait qu'un aussi petit nombre de salles fussent 
réservées aux dessins et où l'on demandait qu'on 
mît sous les yeux du public la majeure partie 
des pièces qui restent en cartons ! Comme si 
c'était simple de trouver de la place pour des 
dessins, dans un musée où l'on a peine à caser 
les peintures ! Comme si c'était prouvé que le 
public — j'entends le grand public, le gros des 
visiteurs — s'intéresse aux dessins ! Et surtout, 
comme si c'était rendre service à une collection 
de dessins que d'en réclamer l'exposition ! 

Il suffit de constater les fâcheux effets de la 
lumière du jour sur le papier qui jaunit et les 



couleurs qui « se mangent », pour faire souhaiter, 
au contraire, qu'on n'augmente pas le nombre 
des dessins exposés. Et ce qui est vrai des des- 
sins l'est aussi des estampes, singulièrement des 
estampes japonaises, telles que celles qu'on peut 
voir dans les salles Camondo : si surprenant que 
soit leur état de conservation, elles ont déjà pâli ; 
elles pâliraient encore, si elles devaient rester 
longtemps exposées. 

On sait, du reste, que le conservateur, en 
homme prudent et avisé, se propose d'organiser 
un roulement pour ne pas laisser toujours les 
mêmes pièces à la lumière. C'est une louable 
mesure, et la seule permettant de mettre ce qu'on 
est convenu d'appeler les désirs du public d'ac- 
cord avec les nécessités qu'impose la conserva- 
lion de ces précieux feuillets. On ne voit pas 
ce qui empêcherait de l'appliquer aussi aux 
dessins. 

L'inventaire de MM. Jean Guiffrey et Pierre 
Marcel, dont la publication se poursuit métho- 
diquement, donne une idée de l'étendue et de 
la variété des collections de dessins des Musées 
nationaux, rien qu'en ce qui regarde l'école fran- 
çaise. Il y aurait double avantage à puiser dans 
ces riches réserves, non pas, encore une fois, 
pour augmenter le nombre des dessins exposés, 
mais pour renouveler l'exposition actuelle : d'une 
part, on ferait ainsi connaître aux curieux des 
œuvres d'art qui leur sont difficilement acces- 
sibles; et de l'autre, on mettrait momentanément 
à l'abri un choix de pièces exceptionnelles, depuis 
longtemps sous verre, et qui risquent, à rester 
toujours dans des cadres, de s'abîmer irrémé- 
diablement. 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Académie des beauz-arts (séance du G juin). 
— Le président rend undernierhoiuinage àla mémoire 
de M. Henry Roujon, dont les obsèques ont été celé- 



188 



LE BDLLETIN DE L'ART 



brées la veille, et de M. Gabriel Ferrier, qui est mort 
dans la nuit du 5 au 6 juin. 
La séance est aussitôt leTée en signe de deuil. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 

(séance du 7 juin). — M. Max Collignon communique 
à l'Académie des photographies de la statue de marbre, 
récemment découverte par des soldats italiens à Aïn- 
Sciahat, en Tripolitaine (voir le n° 627 du Bulletin). 
Cette admirable statue est-elle une Vénus Anadyomène, 
comme le croit M. Lucio Mariani, le directeur des 
Antiquités en Gyrénaïque? M. Collignon suspend son 
Jugement jusqu'au jour où il pourra examiner la 
statue complètement rajustée. Mais le mouvement 
général de la figure et la Composition du groupe 
semblent confirmer l'hypothèse du savant italien. 
M. Mariani place cette œuvre d'art au iv siècle. 
L'impression de M. Collignon est analogue, & peu de 
choses près. 

— Parmi le» ouvrslgei récompensé» sur le prix 
Saintour, citons le seul qui intéresse le» beaux-art», 
l'Église Notre-Dame d'Ècouis, par M. Louis Régnier, 
honoré de la troisième médaille. 

— M. Théodore Reinach termine la séance en étu- 
diant des monnaies de Nicopolis. 

Société de l'histoire de l'art français (séance 
du 5 juin). — M. G. Brière esquisse l'histoire de 
l'ancien château de Sceaux, construit pour Golbert 
vers 1672 ; il en décrit les vestiges, notamment le 
célèbre pavillon de l'Aurore, intégralement conservé 
dans son architecture, et où l'on voit encore des 
peintures de Le Brun. 

— M. H. Prunlères révèle, d'après une lettre tirée 
des archives de Florence, une raison, jusqu'à présent 
insoupçonnée, de la disgrâce de Le Brun en 1683. Le 
premier peintre était accuié de malversation», com- 
mises peut-être à l'instigation de Colbert. 

MM. Guiilrey, Lemonnier, André Michel, Pierre 
Marcel examinent la vraisemblance de cette accusa- 
tion. M. Prunières cite un incident analogue dans la 
vie de LuUi. 

Il signale à ce propos que le buste de Lulli est 
exposé actuellement dans l'église des Petits-Pères 
dans des conditions qui en rendent l'examen impos- 
sible. La Société émet aussitôt le vœu que ce chef- 
d'œuvre de Goy»evox reçoive une préteatatlon digne 
de lui. 

Conseil supérieur des beaux-arts. — M. Ilébrard 
de Villeneuve, président de section au Conseil d'État, 
est nommé membre du Conseil supérieur des beaux- 
arts. 

Société des antiquaires de France (séance du 
3 juin). — M. Joulin résume ce que l'on sait actuel- 
lement sur les civilisations des âges préhistoriques 
en Europe. 

— M. le karon de Baye examine certain» bijoux de 
l'époque barbare trouvés à Bôneetà La Callo (Algérie). 



Musées nationaux. — M. J. Peytel, vjce-pré»i- 
dent de l'Union centrale des arts décoratifs, a donné 
aux Musées nationaux vingt pièces de ses collection», 
dont il se réserve l'usufruit, et qui vont de l'art égyp- 
tien jusqu'à l'époque contemporaine, en passant par 
Watteau et i.-V. Millet. 

Petit Palais. — La "V'ille de Paris vient d'accepter, 
pour le musée du Petit Palais, un nouveau don de 
M. Théodore Duret. Il s'agit du portrait de M. André ' 
liivoire, par Toulouse-Lautrec. 

En même temps, la Ville de Paris a accepté le don 
d'un portrait de M"' Gadilîet- Gaillard, née Sipiere, 
par Ary Schetler, et d'un portrait de M. Edouard 
Gaillard, par Victor Mettez. 

Signalons encore, parmi les dons récents, la ma- 
quette du monument à Charlei Floquet, par Dalon, 
oB'ert au Petit Palais par M. Hisler, maire du VII* ar- 
rondissement, et un très beau buste en marbre de 
M. Paul Paulin, représentant M. A. Duquesne. 

Ajoutons que l'on vient de mettre en place, dans 
les salles de la collection Dutuit, les tapisseries du 
moyen âge acquises à la vente Aynard sur les fonds 
Dutuit, et qui représentent différents sujets de Vtlis- 
toire (l'Alexandre el de Nicolas, roi de Césaire. 

Enfin, on peut voir exposée, en ce moment, une 
suite de sept remarquables tapisseries de la série de 
l'Histoire de Conslanlin, tissées à l'atelier de La 
Planche dans la première moitié du xvir siècle ; elle» 
sont mises à la disposition de la Ville de Paris parle 
Mobilier national. 

Expositions provinciales. — La 39' exposition 
de la Société des Amis des arts du département de la 
Somme a ouvert ses portes le 6 juin. Outre les œuvres 
des exposants habituels, on y peut voir une intéres- 
sante rétrospective du peintre Paul Sautai, compre- 
nant une soixantaine de peinture» et dessin». 

— La 34* exposition de la Société artistique de 
Houbaix-Tourcoing aura lieu, du 20 septembre au 
15 novembre prochain, dans les salles du musée (fe la 
ville de Roubaix. 

Le 'Vol de la Joconde. — Jeudi et vendredi de 
la semaine dernière, avaient lieu, au tribunal correc- 
tionnel de Florence, les débats relatifs au vol de la 
Joconde. VIncenzo Perugla s'est entendu condamner 
à un an et quinze Jours de détention et aux dépens. 

Nécrologie s Gabriel Ferrier. 

M. Gabriel Ferrier assistait le vendredi 5 juin aux 
obsèques de M. Henry Roujon, et ce fut avec une 
douloureuse surprise qu'on apprit, par les journaux 
de samedi soir, que le peintre était tnort subitement 
la nuit précédente. 

Il était né à Nimes. le 28 septembre 1847. Élève de 
Pils et d'Hébert, & l'École des beaux-arts. Il avait 
obtenu le prix de Rome à vingt-cinq ans, en 1872, et, 



ANCIEN ET MODERNE 



187 



depuis IS^e, il exposait au Salon de la Société des 
Artistes français, où il avait conquis régulièrement 
tous les titres habituels, — 2' médaille en 1876, 1" 
médaille en 1878, — jusqu'à la médaille d'honneur 
qu'il se vit décerner en 1903 ; il avait obtenu une 
médaille d'or à l'Exposition universelle de 1889, et il 
fut mis hors concours à l'Exposition universelle de 1900. 

11 avait commencé par peindre des niytbolopes et 
des tableaux d'histoire, mais c'est comme portraitiste 
qu'il a acquis sa véritable renommée. Dessinateur 
extr^^mement sûr et consciencieux jusqu'à la minutie, 
il excellait à saisir la ressemblance et à mettre en 
relief le visage et les mains de ses modèles ; coloriste 
assez pauvre, ses meilleurs portraits sont ceux où il 
s'est borné à employer des noirs, des blancs et des 
gris. On cite, parmi ses peintures les plus remarquées, 
les portraits du pape Pie X, du général André, de Jules 
Claretie, des princes Victor et Louis Bonaparte, des 
enfants du duc de Chartres. d'Edouard Aynard, de 
Gaston Boissier, de M. Jules Cambon, de M. Forichon, 
de M. Ribot, etc. On lui doit aussi une partie de» 
peintures décoratives de l'Hôtel de Ville de Paris, de 
rOpéra-Comique, du Palais d'Orsay, du théâtre de 
Nîmes, de l'ambassade de France à Berlin. 

Il avait été élu membre de l'Académie des beaux- 
arts en 1906, en remplacement de Jules Breton; il était 
professeur à l'École des beaux-arts et commandeur 
de la Légion d'honneur. 

— On annonce également la mort de M. Henri 
Poinsot, artiste peintre, décédé dans sa quatre-vingt- 
quatrième année; né à Paris, élève de Ciceri et lîubé, 
il exposa pour la première fois au Salon de 1857 et 
se fit assez rapidement un nom comme paysagiste; 
il n'envoyait plus rien au Salon depuis quelques 
années; — du peintre Èlienne Duval, mort n Genève, 
le 27 mai; il était né le 26 janvier 1824 et avait été 
élève de Calame, qu'il accompagna en Italie en 1844; 
il voyagea également en Grèce et en Egypte, et 
rapporta de ces expéditions le goût des paysages his- 
toriques où la figure tenait peu de place et où tout 
était subordonné à la pureté des lignes et à l'équilibre 
des masses; ces paysages furent récompensés d'une 
médaille à l'Exposition universelle de 1889; — de 
M. Emile Jacobsen, né à Copenhague vers 1860 et bien 
connu par ses études sur la peinture, en particulier 
sur divers maîtres hollandais et sur plusieurs musées 
italiens. 



LES RECOMPENSES DU SALON 



Société des Artistes français 

Peiktube. — Médaille d'honneur. — Au troisième 
tour de scrutin, la médaille d'honneur de peinture a 
été décernée à M. Edgar Maxence, qui expose cette 
année les Oraisons, un des succès du Salon. C'est 



M. Adler qui réunissait ensuite le plus grand nombre 
de voix. 

/" médaille. — MM. Paul-Louis Berges, Jean Lefeu- 
vre, Georges Maury, Louis Jourdan, Jeanne Burdy, 
Henri Calvet, Jules Joi'ts, Albert Matignon, Alexandre 
Jacob, Gustave -Lucien Dennery, Cyprien Boulet, 
M"" Bourillon-Tournay. 

i' médaille. — M"" llurel ; MM. Narbonne, Arthur 
Midy, Brisard, Loriol, Lucien Pillot, Emile Uagot, 
René Choquet, Neilson, Bernard Berloletti, Hervé, 
Paul Prévôt, Uelabarre, Kouard, H. Guy; M"' Rosen- 
berg ; MM. Louis Petit, Xavier Bricard, Signoret, 
Antonio Alice ; M"* Héol ; MM. Jean Cottenet, Per- 
nelle, Manceaux, René Devillario, Young-Hunter, 
EustacheStoenesco;M'°'LBuvernay-Petitjean; M.Wal- 
ter Webster; M»* Amen. 

S' médaille. — M. John William Leech; M"*" Burdy, 
Routchine ; MM. Hubert-Gauthier, Krause ; M"" Mer- 
cère Blanca; M. Gaston Simoes da Fonseca; M°" Edith 
Morgan ; MM. James Hill, Louis Fidrit ; M"'° Bret- 
Charbonnier ; MM. Roustan, Herniann-Delpech, Raoul 
Dreyfus, André Prévot-Valeri ; M"* Gallet-Levadé ; 
MM. Ilassep Pushmann, Jacques Madyol. 

ScuLPTt'BE. — Médaille d'honneur. — La médaille 
d'honneur de sculpture n'a pas été attribuée, aucun 
des concurrents n'ayant obtenu la majorité au troi- 
sième tour de scrutin. M. Marquât est arrivé en tête 
aux trois tours. 

/'" médaille. — MM. Félix-Alfred Desruelles, Eugène- 
Paul Bénet, Corneille Theunisscn, Albert Roze, Henri 
Schmid. 

i' médaille. — MM, René Paris, Desvergnes, Léon 
Morice, C. Alaphilippe, Legoll', Magrou. 

,?" médaille. — MM. Robert Busnel, Cellier, Beaufils, 
Atmel, Fœrster. Boudarel, Grange, Jondet, Févola, 
Evans, Merculiano, M°" Daillon. 

Gbavubk et LiTHOGHAPiiiE. — Médaille d'honneur. — 
La médaille d'honneur de la section de gravure est 
revenue à M. Louis Bussière, après deux tours de 
scrutin ; cet artiste expose une gravure au burin 
d'après la Nuit, du Corrège. 

I" médaille. — MM. Orner Bouchery et Carie 
Dupont. 

i' médaille. — MM. Leroy, Aubert, Louis Colas, 
Clairet, F. Duluard, Humblot, Ch. Pinet, Mercadier. 

:)' médaille. — M. Brauer; M"* L. Delécluze; MM. de 
Feuerstein , L'Hoste , Desgranges ; M"' Blariaux- 
Lebacq ; MM. Dallemagne, Manchon, Peccard. 

Akchitecture. — Médaille d'honneur. — Cette 
médaille n'a pas été décernée cette année. 

/'• médaille. — MM. Charles-L. Boussoi», Charles 
Roussi, Maurice-Louis Pillet, Edmond Thoumy. 

t° médaille. — MM- Cauiille-Julien Bernard, Geor- 
ges-Robert Lefort, Paul-Louis Galeron. 

S'' médaille.— Ernest-llenri-J. Barbier.RenéDupart, 
Louis Charles, André-Louis Feret, Édouard-Jules 
Deslaudes 

Gkavube en médailles et sur pierres fines. — 
Médaille d'honneur. — C'est à M. Louis-Alexandre 



18S 



LE BULLETIN DE L'ART 



Bottée, içraveur en médailles, que la médaille d'hon- 
neur de cette section a été attribuée. 

Ahts appliqués. — 2' médaille. — MM. Michel et 
Jules Nies frères, Uaoul Lachenal, Jules Coudyser, 
M"° Jeanne Mayonnade. 

.•;• médaille. — MM. Louis Dalbet, Georges Dumou- 
lin, Ernest-Édouard Duru, Charles -Eugène Feuillatre. 

De nombreuses mentions honorables ont également 
été décernées. 

Prix IIknnek. — Ce pri.x, qui doit être attribué à un 
artiste français, peintre de figures, âgé de plus de 
trente ans, exposant au Salon des Artistes français, 
a été décerné, le jeudi \\ juin, à M. Joseph Berges. 

Pkix Beii.in-Dollet. — Ce prix a été attribué, par 
le comité de la section de gravure et lithographie, à 
M. G.-A. Barlangue. 

Prix Rollé. — M"' Alice Delage. 

Prix Leiebvre-Glaizk. — M. Paul-Pierre Prévôt. 

Prix Rosa Bonheur. — M"" Jouclard. 

Prix Galimard-Jauhert. — M"' H. Maugendre. 



Société Nationale des beaux-arts. 

Ont été élus sociétaires, à l'occasion du Salon de 
1914: 

Peinture. — MM. Andreau, Chapuy, Chariot, Geor- 
get, Gilsoul, Guérin. 

Sculpture. — MM. Binder, Quillivic, Wlerick. 

Gravure. — M. Perrichon. 

Architecture. — M. Sotrez. 

Arif! décoratifs. — MM. Capon, Georges, Jacquiu, 
Lalique, Malclès. 

Ont été élus associés : 

/'«injure. — MM. Agard, Avelot.M" Degen, M"'Del- 
gobe, Durand, Martin, Claude René, Méret, Santa- 
Maria, Vasquez Diaz, Wery. 

Sculpture. — M. de Charraoy, M— Demagnez, 
M. Giovannini. 

Gravure en médailles. — M. Fonfreide. 

Gravure. — MM. Beaufrère, Coppicr, Ilanotaux. 

Architecture. — MM. Mangin, Rouge. 

Arts décoratifs. — MM. Chapleau, M"* Maillaad, 
M"' Morisset, Simmen, Thomas. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. — Vente de la Galerie Crespi 
(1" et 2' ventes : tableaux anciens). — Faite 
galerie Georges Petit, le 4 juin, par M" Lair- 
Dubreuil et Baudoin, et MM. Trotti et Ferai, la 
première vente de la (ialerie Crespi a produit 
1.207.380 francs. D'une façon générale, les prix 
de demande n'ont pas été alleints, ce qui n'a 
rien qui doive surprendre. A la situation géné- 
rale du marché de la curiosité, — assez lourde 
en ce moment, comme nous l'avons constaté 
plusieurs fois dans nos dernières chroniques, — 
s'ajoutait, en effet, dans le cas présent, deux 
autres circonstances défavorables : d'abord la 
composition très particulière de la collection, 
d'un genre sérieux et mt^me un peu sévère, 
auquel on est peu habitué à Paris ; et, en second 
lieu, ce fait bien connu que quelques-unes des 
pièces les plus célèbres do la Galerie Crespi 
avaient été' vendues à l'amiable en ces dernières 
années, ce qui a contribué à répandre dans le 
public cette opinion, d'ailleurs erronée, que la 
collection, ainsi découronnée, ne comprenait 



plus rien d'intéressant. Dans ces conditions, 
comme nous le disions il y a huit jours en don- 
nant le produit total ef quelques-uns des prin- 
cipaux prix, on doit considérer les résultats 
obtenus comme très satisfaisants. 

PRINCIPAUX PRIX 

Tableaux anciens. — Écoles d'Italie, XV' et 
XVI' siècles. — 2. Bacchiacca. La Vierge à la fer- 
ronnière, 6.500 fr. (dem. 10.000). — 5. Bartolommeo 
Veneto. La Vierge avec l'Enfant dans un paysage, 
.n.SOO fr. (dem. 10.000).— 6. M. Basa'iti. La Vierge à 
l'Enfant, entre saint Sébastien et une sainte martyre, 
9.000 fr. (dem 10.000). — 7. Boccaccino. La Vierge à 
l'oiseau, 12.600 fr. (dem. 20.000). — 8. Pseudo Boccac- 
cino. La Vierge au turban, 5.500 fr. (dem. 5 000). — 
10. Bordone. Un Berger et une nymphe couronnés par 
un amour, 8.000 fr. (dem. 10.000).— 11. Borgognone. 
La Nativité, 40.000 fr. (dem. 50.000). — 14. Cnroto. 
Sainte Famille, 6.100 fr. (dem. 5.000). — 17. Le Cor- 
rège. « Mater amabilis ». 22.5000 fr. (dem. 25.000). — 
Ferrari : 19. Pietà. .'iO.OOO fr. (dem. 50.000). — 20. La 
Vierge au coussin bleu, 6.200 fr. (dem. 3.000). — 22. 
Francia. Sainte Barbe, 53.000 fr. — Gianpietrino : 25. 
La Vierge à la grenade, 61.000 fr. — 26. La Vierge 
avec l'Enfant Jésus et le petit saint Jean, 4.900 fr. 
(dem. 10.000). — 30. L. Monaco. La Vierge el l'Enfant 



A.NCIEN ET MODERNE 



189 



adorés par des saints personnages. 14.000 fr. (dem. 
15.000). — 31. L. Lotto. Sainte Famille, 26.500 fr. 
(dem. 30.000).— 34. B. Luini. Le Rédempteur, 5.200 fr. 
(dem. 3.000). — 38. M. Marziale. Déposition de la croix 
avec les portraits des donateurs, 6.000 fr. (dem. 8 000). 

— 40. Attr. à Michel-Ange. I.a Madone Crespi, 
136.000 fr. (dem. 200.000). — 41. Moretis. La Vierge à 
VEnfant avec une religieuse et un chartreux, 16.100 fr. 
(dem. 15.000). — 42. Moretto da Brescia. La Visitation, 
22.000 fr. (dem. 20.000). — 43. Marco d'Oggionno. 
Triptjque : la Vierge à l'Enfant, avec deux dona- 
teurs et leurs patrons, 70.Ï00 fr. (dem. 80.000). — 44. 
Triptj'que : un Saint Evêque entre saint Guatbert et 
sainte Claire. 14.100 fr. (dem. 30.000). — 48. Piazza. 
Triptyque à saints personnages, 21.000 fr. (dem. 
30.000 fr.). — 53-54. Santa Croce. Saint Paul et saint 
Jacques le Majeur. Saint Sébastien et Saint Matthieu, 
9.500 (dem. 15.000). — Solario : 57. La Madone Pitti, 
24.000 fr. (dem. 30.000). — 58. L'Addolorata, 40 000 fr. 
(dem. 40.000). — 59. Ecce Homo, 22.500 fr* (dem. 
25.000). — 60. Christ bénissant, 9.200 fr. (dem. 15.000). 

— 62. Atelier de Léonard de Vinci. La Vierge de l'Ave 
Maria, 141.000 fr. (dem. 150.000). 

Écoles d'Italie et Ecole espagnole, XVII' et XVlIh 
siècles. — Canaletto : 64. Venise, le Grand Canal et 
l'entrée du Canareggio, 20.000 fr. (dem. 25.000).— 65. 
Le Grand Cnnnl, entre le palais Moro-Lin et le palais 
Foscari, 11.200 fr. (dem. 25.000). — 66. Le Grand 
Canal en face de la Croce di Venezia, 6.800 fr. (dem. 
15.000).- 67. te Grand Canal devant S. S/ae, 6.800 fr. 
(dem. 15.000). — 69. D. Crespi. La Flagellation, 
9.500 fr. (dem. 10.000).— ^^3-'l'^.Gn!t.lAi. Deux paysages 
animés, 8.100 fr. (dem. 10.000). — Tiepolo : 83. La 
Vision de sainte Anne, 87.000 fr. (dem. 100.000). — 
85. La Vision de sainte Anne, esquisse du tableau 
précédent, 27.000 fr. —86. La Beata Ludvina, 9.000 fr. 
(dem. 8.000). 

Écoles allemande, flamande et hollandaise. — 91. 
Bailly. Portrait du théologien Antoine de Wale, 
5.000 fr. (demande 6.000). — 92. J. Bosch. L'Escamotoo-, 
6.000 fr. (dem. 10.000). — 96. Rogier de la Pasture ou 
Van der Weyden. Vierge à l'Enfant, avec saint 
Joseph, saint Paul et un donateur, 30.000 fr. (dem. 
40.000). 

— De la seconde vente Crespi, faite à l'Hôtel, 
le 6 juin, par les mêmes commissaires-priseurs 
et e.tperts, il n'y a à retenir que le chiffre du 
produit total, soit 20.125 francs. 

Ventes diverses. — Objets d'art, etc. — 
Faite, salle 6, le 2 juin, par M" Lair-Dubreuil et 
Desvouges et MM. Paulme et Lasquin, la vente 
après ledépartde M""'L...,a. produit 37.000 francs. 
Un seul prix à noter : les 9.650 francs réalisés 
par un salon d'époque Louis XVI en bois sculpté 
et peint gris, couvert eu lampas. 

— Un seul prix vaut d'être signalé parmi les 



résultats d'une vacation anonyme, dirigée salle i, 
le 6 juin, par M" H. Baudoin et .M. M. Waltlier, 
assistés de M. Guillaume, celui de 5.500 francs 
obtenu par une tapisserie d'Aubusson, d'époque 
Régence, représentant Diane et Endymion dans 
un paysage. Cette séance a produit un total de 
62.000 francs environ. 

Vente de la collection du marquis de 
Biron (1" vente : dessins, peintures, sculp- 
tures, etc.) — La première vente des collections 
du marquis de Biron, comprenant la magnifique 
réunion d'oeuvres d'art, principalement de l'école 
française du ivui" siècle, que nous avons passée 
eu revue dans une de nos précédentes chroni- 
ques, s'est faite, à la galerie Georges Petit, les 
9, 10 et 11 juin. M"» Lair-Dubreuil et Baudoin 
dirigeaient les vacations, assistés de MM. Paulme 
et Lasquin, Ferai et Mannheim. Le total de 
2.081.683 francs est à retenir et suffit à témoi- 
gner de l'accueil obtenu par ces dessins, pein- 
tures, sculptures, bronzes et meubles, apparte- 
nant à une époque plus que jamais au goût du 
jour et dont le succès ne se dément point. 

Le jour de la première vacation, consacrée 
aux dessins et peintures, et qui a produit à elle 
seule 809.200 francs, on a vu les prix de demande 
presque tous dépassés, et quelques-uns de fort 
loin, comme celui de la petite peinture d'Hubert 
Robert, le Parc de Saint-Cloud. adjugée 50 000 fr. 
sur demande de 30 000; ce prix est le plus beau 
de la journée, avec celui d'une esquisse peinte 
de sir Th. Lawrence, Portrait de femme, qui a 
atteint 46.000 francs. Les dessins ont obtenu le 
succès le plus complet : une ft-uille au bistte de 
Fragonard, Fête galante, a réalisé 29 500 francs 
sur demande de 25.000 ; la Villa Kegroni du même, 
24.000 francs (demande 20.000) ; les trois études 
de Mains d'homme, au pastel, par La Tour, se 
sont vendues 28.900 francs sur demande de 
15.000; le Triomplie de l'amour, de G. de Saint- 
Aubin, a fait 26.500 francs ; parmi les dessins^e 
Boucher et d'Ingres, on trouve aussi des enchères 
supérieures à '20.000 francs. 

Le Musée des Arts décoratifs, le Petit Palais 
(notamment pour les trois dessinsd'Ingres, n"*30, 
31 et 34), le Musée de Lyon, comptent parmi les 
acquéreurs. 

Voici -d'ailleurs les prix de cette vacation qui 
dépassent 5.000 francs. Nous y joignons les prix 
de demande et les prix obtenus dans les ventes 
précédentes, que nous empruntons à notre 
confrère, la Gazette de l'Hôtel Drouot. 



190 



LE BULLETIN DE L'ART 



Uesstns, Pastels, Aquakelles. — K. Boucher : 5. 
Bacchanle. d., 23.500 fr. (deiu. 15.000 ; v. du Baron 
d'ivry, 1884, 1.000 fr.). — 6. l'rojel de fontaine en 
forme de vase, d., 5.100 fr. (dena. 5.000; v. Concourt, 
1897, 870 fr,). — 7-8. Amours soutenant une corbeille, 
deux pendants, d., 11.500 fr. (dem. 6.000). — Chardin : 
9. Elude d'enfant, d., 5.000 fr. (dem. 5.000). — 10. le 
Garde-manger, d., 6.100 fr. (dem. 6.000; v. Chenne- 
vicres, 1898, 1.220 fr.). — 11. Clodiou. Petits Satyres, 
d., n..500 fr. (dem. 15 000). — L. David : 12. Portrait 
de Jeanbon Saint-André, d., 10.100 fr. (dem. 10.000). 
— 13. Portrait d'un général de la République, d., 
6.000 fr. (dem. 5.000 ; v. Destaillenr, 1896, 950 fr.). 

Fragonard : 16. Jet d'eau dans un parc, d., 9.000 fr. 
(dem. 10.000). — 17. Les Jardins de la Villa Negroni, 
à Home, d., 24.000 fr.(dem. 20.000).— 19. Fêle galante, 
d., 29.500 fr. (dem. 25.000; v. Norblin, 1860, 42 fr. ; 
V. Muhlbacher, 1899, 10.000 fr.). — 20. L'Èlable, d., 
13.700 fr. (dem. 15.000 ; v. du Baron Schwiter, 1883, 
500 fr.). — 21. Notre-Dame de Paris, d., 5.100 fr. 
(deui. 4.000). — 22. L'Amour de l'or, past., 5.3S0 fr. 
(dom. 4.000; v. Fr. Villot, 1859, 24 fr. ; v. Goncourt. 
1897, 1.600 fr.). — 24. Greuze. L'Amour aux colombes, 
d., 5.600 fr. (dem. 6.000). 

Ingres : 27. Af"" Verbœckhoven, d., 15.000 fr. (dem. 
15.000). — 28. Joséphine Lacroix, A., 9.100 fr. (v. Le- 
comte, 1906, 4.000 fr.). — 30. M. Lavergne, d., 15.000 fr. 
(dem. 10.000). — 31. A/™" Lavergne, d., 15.000 fr. (dem. 
15.000). — 34. Éludes pour « l'Odalisque à l'esclave », 
d., 24.500 fr. (dem. 15.000). — 35. M— Gallois, d., 
9.100 fr. (dem. 10.000). — M.-Q. de La Tour : 37. 
M"' Dorizon, née Masse, préparation, past., 20.100 fr. 
(dem. 20.000). — 38. Vumonl le Romain, préparation, 
past., 11.500 fr. (dem. 11.000; v. Goncourt, 1897, 
2.100 fr.). — 39. Études de mains d'hommes, past., 
28.900 fr. (dem. 15.000). 

Prud'hon : 43. Étude pour « l'Assomption de la 
Vierge», à., 12.500 fr. (dem. 12.000; v. Boisfremont, 
1870, 1.450 fr.; v. Casimir Périer, 1898, 3.050 fr.). — 
44. Étude pour « l'Ame brisant les liens qui l'atta- 
chent à la terre », d., 9.000 fr. (dem. 6.000 ; v. Bois- 
fremont, 1864, 241 fr. ; v. Delessert, 1898, 700 fr.). — 
46. Éludes pour « le Rêve du bonheur », de Ai"' Mayer, 
d., 10.500 fr. (dem. 8.000). — 47. Académie de femme, 
d., n.500 fr. (dem. 10.000). — 50'. Rembrandt. Scène 
biblique, d., 15.000 fr. (dem. 10.000). 

Hubert Robert : 52. La Fontaine, aq., 8.300 fr. 
dem. 8.000). — 53. Réservoir sous les voûtes d'un 
édifice antique, aq., 11.000 fr. rdem. 5.000). — 55. 
A Roslin. Béatrix de Choiseul-Stainville, duchesse 
de Gramont, past., 11.200 fr. (dem. 12.000). — 56. 
Rubens. Portrait de femme, d., 14.600 fr. dem. 15.000). 

Gabriel de Saint-Aubin : 57. te Triomphe de l'amour, 
d., 26.500 fr. (dem. 25.000). — 58. Gabriel de Saint- 
Aubin dessinant le portrait de l'évêque de Cliartres, 
d., 10.200 fr. (dem. 12.000). — 59. Allégorie sur le 
mariage de Marie-Antoinette, d., 9.000 fr. (dem. 
8.000; v..Thévenin, 1906, 1.300 fr.). — 60. Scène de 
théâtre, aq., 5.000 fr. (dem. 8.000; v. Beurdeley, 1908, 



2.285 fr.). — 61. G. de Sainl-Aubin et Ch. Eisen. 
Vignettes, neuf vignettes dans un même cadre, d., 
14.500 fr. (dem. 8.000). — 63. Watteau. Télé de Mez- 
zetin, d., 19.000 fr. (dem. 18.000). — 66. École franc., 
xviii" s. Diderot, A., 9.000 fr. (dem. 8.000). 

Peintubes. — L.-E. Dubufe : 68. M" d'E... et son fils, 
9.000 fr. (dem. 6.000).— 69. Violettes, 5.000 fr. — 11. 
Sir Th. Lawrence. Portrait déjeune femme, 46.000 fr. 
(dem. 40.000). — 72. Le Maître des demi-figure» de 
femmes. Portrait déjeune femme, 5.200 fr. (dem. 6.000). 

Hubert Robert:74 Le Parc deSaint-Cloud, SO.QOOfr. 
(dem. 30.000). -75. Le l'ont. 23.000 fr. (dem. 20.000). 
76. Rtiines de temple antique. 14.000 fr. (dem. 12.000). 

— 77. La Villa Médicis, 13.600 fr. (dem. 8.000). — 78. 
Intérieur d'un édifice antique, 8 000 fr. idem. 8.000). 

— 79. Cascade près d'une basilique, 8.400 fr. (dem. 
5.000). — 80. Escalier dans un édifice antique, 
13.600 fr. (dem. 6.000). — 83-84. École française, 
xviii' s. Jeux d'amours, panneaux décoratif», deux 
pendants, 8.000 fr. (dem. 5.000). 

Il est bon de rappeler que toutes ces pein- 
tures et tous ces dessins ont été vendus encadrés 
dans de riches bordures, la plupart du xvni" siè- 
cle, dont la description minutieuse était donnée 
par le catalogue, au même titre que celles des 
cadres vendus isolément. 

La seconde vacation a produit 3"S.195 francs. 
Elle était consacrée aux bois sculptés, aux cadres 
en bois sculpté et doré, aux cadres en bronze, 
enfin aux sculptures. Les honneurs de la journée 
furent pour le buste du Maréchal de Lowendal, 
terre-cuite de J.-B. Le Moyne, adjugé 39.000 fr., 
sur demande de 40.000. Le Centaure et la Bac- 
chante, terre-cuite de Clodion, dont on demandait 
20.000 fr., s'est vendu 26.000. Le plus beau prix 
pour les cadres en bois sculpté a été celui de 
14.500 fr., sur demande de 13.000, pour un cadre 
Louis XVI, dans le style de La Londe (n" 171); et 
pour les cadres en bronze doré, celui de 14.700, 
sur môme demande de 15 000. pour un grand 
cadre Louis XVI (n» 334). 

Ci-dessouB, les prix supérieurs à 5.000 francs 
de cette seconde journée : 

Sculptures. — 85-88. J.-Ph. de Beauvais. (luatre 
dessus de portes pour le boudoir de Marie-Antoinette 
au Palais de Fontainebleau : la Science et le Commerce, 
la Poésie, la Musique, le Drame et la Comédie, ma- 
quettes terre-cuite, 10.050 fr. (dem. 6.000). — Le Ber- 
nin : 89. Sainte Bibiane. maquette terre-cuite, 7.600 fr. 
(dem 6.000). — 90. Buste d'un cardinal, terre-cuite, 
11.500 fr. (dem 12.000). — 91. Boizot. Le Coup de vent, 
statuette terre-cuite, 15.010 fr. (dem. 12.000:. — 94. 
Attr. à Bosio. Buste d'une jeune femme, marbre bl., 
6.000 fr. (dem. 6.000). — Clodion : 98. Hermès et Dryope, 
terre cuite, 11 500 fr. (dem. 12.000). — 99. Le Centaure 



ANCIEN ET MODERNE 



191 



et la Bacchante, terre cuite, 26.000 fr. (dem. 20.000). — 
101. Iloiiddti. Voltaire, petit buste terre cuite, 0.000 lï. 
(det'i. 3 000). — 104 Le Comte. l'Enlèvement d'Hélène, 
terre cuite, 10 OuO fr. (deui. 8.000). — iOâ. Le Moync 
Le Maréchal de Lowenital, buste terre cuite, 39.000 fr. 
(deui. 40.000). — 117. École française, fin xviii" s. Ma- 
guette d'une statue f> Jean-Jacques Rousseau, 6.000 fr. 
(dem. 8.000). 

Caorks en bois bculpté. — 129. Petit cadre rectan- 
gulaire, époque Régence, rinceaux, rosaces aux angles, 
coquilles et rocailles à chaque milieu, 5.000 fr. (dem. 
5.000). — 147. Cadre rectangul.,ép. Louis XV; cartouche 
à rocailles au milieu de chaque face; fleurs aux angles, 
5.0.W fr. (dem. 2 000). — 153. Cadre rectangul. ép. 
Louis XVI, à crossettes; à la partie sup., cartouche 
encadré de lauriers et de fleurs, 6.000 fr. (dem. 5.000). — 
169. Grand cadre rectangul. en hauteur, ép. Louis XVI ; 
au fronton, oiseau aux ailes éployées tenant dans ses 
serres une branche de laurier ; guirlandes de fleurs, 
etc., 12.500 fr. (dem. 7.000). — 171. Grand cadre rec- 
tangul. en hauteur, ép. Louis XVI ; fronton composé 
d'un cartouche surmonté d'une couronne de laurier 
et rubans; rosaces aux angles, etc.; style de La Londe, 
14.500 fr. (dem. 13.000). 

Bois sculptés. — 178. Deux panneaux dessus de 
portes en largeur, chêne sculpté de branchages et de 
lleurs, attr. à Aubert Parent, ép. Louis XVI, 7.600 fr. 
(dem. 6 000) 

Cadkes en bronze doré. — 333. Grand cadre rectan- 
gul., entrelacs inscrivant des rosaces, ép. Louis XVI, 
10.000 fr. (dem. 10.000). — 334. Grand cadre rectan- 
gul., disques juxtaposés séparés par des branches de 
laurier, surmonté d'un nœud de ruban, ép. Louis XVI, 
15.000 fr. (dem. 14.700). 

Nous remettons à une prochaine chronique la 
liste détaillée des enchères de la troisième vaca- 
tion, comportant les objets variés, socles, bronzes 
d'ameublement, sièges, meubles, vitrines, et la 
rare et importante réunion de bronzes d'orne- 
ment, riciie de 113 numéros. 

Cette vacation s'est terminée sur un total de 
897.290 francs. On y remarque, en particulier, 
l'enchère de 141.000 francs, sur demande de 
ISO. 000, obtenue par un grand bureau plat, avec 
cartonnier et écritoire, d'époque Louis XVI, en 
bois de rose et bronzes, signé : P. Garnier. 
Citons aussi les prix de 50.000 francs pour un 
meuble d'entre-deux, d'époque Louis XVl, signé 
Saunier, et de 46.000 francs pour un bureau de 
dame, de même époque, signé Biesener. 

"Ventes annoncées. — A Paris. —Tableaux, 
objets d'art et d'ameublement. — Les 15 et 
10 juin, à l'Hôtel, sall.e n" 6, M= H. Baudoin, 
assisté de MM. Mannheim et Ferai, dispersera 
une collection d'objets d'art et d'ameublement, 
faïences, porcelaines de Chine et européennes, 



avec quelques tableaux ancien» et modernes, 
aiqxirtenant à M. L... On y remarquera, en par- 
ticulier, quelques tapisseries intéressantes, parmi 
lesquelles trois tapisseries en Aubusson, du 
temps de Louis XV, présentant chacune un 
paysage maritime, animé de personnages ; une 
de ces tentures est reproduite au catalogue. 

Collection de feu M. Bourée (objets d'art, 
tableaux). — Les 17 et ISjuin, à l'Hôtel, salle 10, 
M= H. Baudoin, avec MM. Mannheim et M. Georges 
Petit comme expert, vendra les objets d'art et 
tableaux modernes formant la collection de feu 
M. Bourée. Une série de porcelaines de la Chine, 
dont plusieurs sont reproduites au catalogue, 
des flacons, tabatières, bibelots, bronzes et meu- 
bles de même provenance ; quelques tableaux 
modernes complètent la vente. 

Succession de M™" N. D... (tableaux, objets 
d'art). — M'Lair-Dubreuil, assisté de MM. Paulme 
et Lasquin et Duchesne et Duplan, procédera, 
salle 1, les 17 et 18 juin, à la vente des tableaux 
et objets d'art et d'ameublement, dépendant de 
la Succession de M'«« IV. D... Dans le catalogue 
illustré de cette collection, nous remarquons 
tout d'abord, du côté des tableaux et dessins : 
les Catalans, près de Marseille, par Decamps ; un 
Paysage, par Jules Dupré, parmi les modernes ; 
puis, du côté des anciens : des Fruits et gibiers, 
par Fyt ; la Bonne mère, par J.-B. Huet ; le Por- 
trait présumé de la duchesse de Montbazon, par 
N. de Largillière; les Joueurs de dés, par Eisen; 
un Intérieur rustique, par II. Robert ; Minerve et 
Thétis,pa.r P. Rubens,/a Grande mare, parJ. Ruys- 
dael ; enfin, les Danseurs, par D. Téniers le jeune. 

Dans les objets d'art et d'ameublement qui 
composent la seconde partie de la vente, notons : 
une plaque rectangulaire ancienne,, en faïence 
de Gubbio, offrant en bas-relief la.yierge et 
l'Enfant Jésus, et une tapisserie de Bruxelles du 
xvii'^ siècle, le Départ pour le Carrousel. 

M. N. 
LIVRES 

A Paris. — "Vente d'une collection de 
livres d'architecture et de recueils d'orne- 
ments. — Nous aurons à revenir plus longue- 
ment sur cette belle vente, que nous avions 
annoncée avec quelques détails et qui s'est faite, 
du 3 au 6 juin, à l'Hôtel, par le ministère de 
M* A. Desvouges et de M. A. Besombes. Le beau 
total de 631.467 francs dit assez quel a été l'in- 
térêt témoigné par les amateurs à ces raretés de 
l'histoire de l'art et du livre. 



192 



LE BULLETIN DE L'AKT 



Dans une chronique prochaine, où il nous 
faudra reprendre le compte rendu elles prix des 
ventes Alphonse Willems et Pierre Dauze, nous 
donnerons une liste des principales enchères de 
ces recueils d'architecture et d'ornements. Bor- 
nons-nous à tirer de pair les deux plus remar- 
quables : celle de 51.000 francs (sur demande de 
40.000) pour un recueil de 1 .276 pièces de Jacques 
Androuet Du Cerceau, relatives à l'ameublement, 
à l'orfèvrerie et à la décoration des (édifices et 
formant la plus grande partie de l'œuvre du 
maître (n° 75); — et celle de 28.000 francs pour 
riEuorc gravé de Watleau, publié par M. de 
Julienne, en quatre volumes, dans une reliure 
de l'époque. 

La Bibliothèque d'art et d'archéologie, fondée 
par M. Jacques Doucet, a fait d'importants achats 
à cette vente; elle entre pour une bonne moitié 
dans le total des enchères. 

B. J. 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



Severino Rappa (galerie J. Chaîne et Simon- 
son). — Depuis près de dix ans, la surprise 
n'était jamais méprisable de rencontrer, dans la 
fatigante cohue des Indépendants, ce dessinateur 
qui sait tenir un crayon, ce portraitiste qui 
devine l'àme visible d'une physionomie particu- 
lière et la mélodie silencieuse d'un visage humain. 
Nettement et délicatement, avec le crayon gras 
sur la pierre lithographique ou la pointe aiguisée 
de la mine de plomb sur le papier blanc, ce 
modeste et courageux Piémontais, qui fut d'abord 
ouvrier, puis graveur sur bois, possède le secret 
de lire le caractère vivant d'un être et de le fixer 
dans un canevas léger de hachures fines et de 
traits pâles, pour en prolonger sous nos yeux 
l'éloquence fragile et le rythme éphémère : Ars 
longa, vita bvevis, a-t-il écrit lui-même en marge 
de son portrait, daté de juin 1904. Etqu'il retienne 
l'enfance heureuse ou la vieillesse ridée, l'élé- 
gance discrète ou la pensée loyale, qu'il interroge 
Mme Florence Bartholomé, Jtf""* Cécile Fournery- 
Coquard, le peintre Maximilien Luce, le statuaire 
Albert Marque, le sculpteur sur bois Edmond 
Becker, nos confrères J.-G. Prod' homme, Hugo 
Thieme ou Gustave Geffroy, son savoir ému nous 
propose une définition neuve de cet art indéfinis- 
sable qu'on nomme le dessin, car il y a plus d'une 
formule possible entre la pure ligne d'Ingres et 
l'estompe magique de Prud'hon. 



Groupes divers. — Les groupes, dorénavant, 
veulent croître et multiplier, comme les indi- 
vidus : chez Crandhomme ou chez Hessèle, 
quelques peintres et dessinateurs de Paris, depuis 
feu Camille Pissarro jusqu'à M. Renéfer et 
M"" Delasalle; chez Marcel Bernheim, quelques 
peintres russes, et des noms nouveaux : Paris 
ignorait M. Gorbatov, mais nous connaissions 
déjà M. Ivan Thiele, dont le Paysage héroïque 
est sévèrement composé comme ses beaux por- 
traits. .\nx pavillons de Bagatelle, la dixième 
réunion de la Société des artistes de Neuilly 
nous recommande la céramique de Copenhague, 
de fins paysages de M. Emile Barau, la vue prise 
par Miss Malone de l'Erechtheion dominant les 
flots bleus, la brève « rétrospective » du statuaire 
Pierre Granet et d'Edouard Détaille, qui datait de 
1878 son Bonaparte en Egypte. 

Tandis que le paysage du Midi veut rayonner 
chez Bernheim jeune, chez Moleux, boulevard 
Malesherbes, les Rosati font une troisième expo- 
sition d'art septentrional, où se distingue, presque 
seuljlepeintre-graveurdes villes mortes, M. Albert 
Lechat. Galerie La Boétie, le Syndicat des femmes 
peintres et sculpteurs n'avait rien à nous 
apprendre, et l'Union des Arts est un groupe 
nouveau composé de noms connus; mais on voit 
sans déplaisir les études loyales de M. Henry 
d'Estienne, les planches ou les dessins de MM. Le 
Meilleur, Armington, Corabœuf et Mayeur, et 
les médailles de M. Yencesse ; enfin, la galerie 
Chaîne et Simonson vient de nous offrir une pre- 
mière exposition d'esquisses, groupées par le 
peintre Léonce Furt, où la subtile Venus nais- 
sance de M. Roganeau mettait, comme au Salon, 
sa nudité frêle et sa douceur nacrée. 

Actuellement, l'art est aux Salons, et plus 
encore dans les grandes ventes, à la Centennale 
française de Copenhague ou dans les nouvelles 
salles de la collection Camondo; cependant, chez 
Georges Petit, M. Léon Arnoult cultive le paysage 
romantique et le crépuscule cher à la Société 
Nationale; chez Bernheim jeune, M. William 
Horton préfère les clartés de l'impressionnisme; 
et chez Druet, après M. Dufrénoy, souvent lourd, 
après M. Marquet, parfois très fin, le décorateur 
G.-I^. Jaulmes nous rappelle en termes choisis 
que la peinture a d'autres horizons que la som- 
maire brutalité des intransigeants. 

Raymond Rouvbb. 

Le Gérant : H. Dïnis. 

Paris. — Imp. Georges Petit, li. rue Godol-dc-Uauroi. 



Numéro 630. 



Samedi 27 Juin 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 



ANCIEN ET MODERNE 



Deux arrêts du Conseil d'État 



Dimanche dernier, on a posé la première pierre 
(lu pont d'Héricy : temps maussade, assistance 
clairsemée, cérémonie sans éclat que le préfet 
du département ne daigna point honorer de sa 
présence, encore qu'il eût, on le sait, tous les 
titres à tenir la truelle en ce grand jour il). 

Consolons-nous de ce qui se prépare là-bas, en 
résumant deux arrêts nouvellement rendus par le 
Conseil d'État et bien faits pour réjouir les amis 
des monuments et des sites, qui pourront s'en 
prévaloir à l'occasion. 

Il existe à Nîmes une porte romaine dite Porte 
d'Auguste, classée comme monument historique, 
et dont l'aspect était complètement défiguré par 
les murs couverts d'affiches des deux maisons 
qui la dominent. En vertudelaloi du20avriH910, 
qui confère aux préfets le droit de fixer la zone 
dans laquelle l'affichage est interdit aux abords 
des monuments ayant un caractère artistique et 
classés comme tels, le préfet du Gard prit un 
arrêté interdisant l'affichage dans un périmètre 
de six mètres autour de la Porte d'Auguste. Les 
propriétaires des deux maisons visées, alléguant 
le respect de la propriété privée, déférèrent l'ar- 
rêté préfectoral au Conseil d'État. Celui-ci a 
rejeté leur pourvoi, en déclarant que la loi du 
20 avril 1910 « n'a point entendu subordonner 
l'exécution des mesures prévues par elle à l'adhé- 
sion des propriétaires ou à la procédure d'expro- 
priation, mais édicter, dans un but d'intérêt 
général, une servitude qui grève directement, 
sans indemnité, la propriété immobilière dans le 
périmètre défini ». 

Cette jurisprudence peut avoir les plus heu- 
reuses conséquences, et il faut se féliciter que le 
préfet du Gard ait eu gain de cause. Son collègue 

(1) Voir le Bulletin, a" 624 et 627. 



du Loir-et-Cher n'a pas eu le môme succès, mais 
c'est précisément son échec que nous enregistrons 
avec un vif plaisir. 

Un incendie ayant partiellement détruit la 
vieille église de Morée, la commune reçut de 
sa Compagnie d'assurances une indemnité de 
20. .300 francs, sur laquelle le Conseil municipal 
décida de prélever 5.100 francs et d'employer 
cette somme à combler les anciens fossés du vil- 
lage Notons, en passant, que ces fossés sont fort 
curieux et que les archéologues s'efforçaient de 
les conserver. 

Plusieurs habitants de Morée demandèrent 
alors l'annulation de la délibération du Conseil 
municipal au préfet du Loir-et-Cher qui s'y 
refusa. Saisi d'un pourvoi, le Conseil d'État a 
confondu la délibération municipale et l'arrêté 
préfectoral dans une même annulation, basée 
sur les remarques suivantes : étant donné, d'une 
part, que les édifices affectés au culte sont, 
d'après la loi du 2 janvier 1907, à la libre dispo- 
sition des ministres du culte et des fidèles pour 
la pratique de leur religion, et, d'autre part, 
qu'en cas d'incendie, il résulte de l'esprit des 
lois du 19 février 1889 et 28 mai 1913 que, dans 
les rapports entre l'assuré et les tiers, l'indem- 
nité d'assurance se substitue à la chose assurée, 
il s'ensuit que le Conseil municipal n'avait pas la 
libre disposition de l'indemnité versée à la com- 
mune et devait, non pas l'employer à son gré, 
mais l'affecter à la reconstruction de l'église. 

Bonne semaine, décidément, pour les pauvres 
défenseurs des paysages et des monuments! 

E. D. 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Légion d'honneur, — Sont nommés chevaliers 
de la Légion d'honneur, sur la proposition du ministre 
de l'Instruction publique, à roccasion de l'E.xposition 
de Gand, MM. II. d'Estienne et E.-A. Moullé, artistes 
peintres. 



tm 



LE BULLETIN DE L'ART 



— A l'occasion de l'Exposition de Gand, M. Léon 
R?6f6r, fichmme de (ettrés, secrétàfré géAéfal et forida- 
teàr de là Soci^é de l'art à l'école, a éfe promu éiu 
grade d'omcîer de la Légion d'honneur, sur la propo- 
sition du ministre du Commerce. 

Sous-secrétariat d'Étjrt dés 'Éea.nt-Atis. — Par 
décret en date du 14 juin, M. Daliniier, député de 
Seine-et-Oise, a été nommé sous-secrétaire d'État des 
Beaux-Arts du Cabinet Viviani, en remplacement de 
M. Jacquier, membre du Cabinet Doumergue, démis- 
sionnaire. 

M. Uibot, pendant son court passage à la présidence 
du Conseil, n'avait pas pourvu au remplacement de 
M. Jacquier. 

Académie des beaux-arts (séance du 13 juin). 
— M. Redon, élu la semaine précédente en rempla- 
cement de M. Vaùdrémer, est admis aux ho'fanetirs 
de la séance avec le cérémonial accoutumé. 

— L'Académie s'entretient du Salon qu'elle a 
résolu d'organiser et pour lequel elle vient d'obtenir 
la concession du Jeu de Paume des Tuileries. 

Elle a décidé que cette exposition n'aurait pas lieu 
tous les deux ans, mais seulement tous les trois ans. 

(Séance du 20 juin). — L'Académie décerne le prix 
Bordin (3.600 francs), à notre collaborateur M. Fran- 
çois tlourboin, conservateur du département des 
Estampes dé la BibliOthèqile nationale, pour son livré 
sur la Gravure française du XV III' siècle. 

— Le prix Brizard (3.000 francs), est attribué à 
M"* Marcelle Noyon ; le prix Maxime David (400 francs), 
à M"* Bastide; le pi-ix Ardoin (1.600 francs); est par- 
tagé également entre M"" Mège, Menier* de Bourgade 
et Charton. 

— M. Patey est délégué pour représenter l'Académie, 
le 1^ juillet, à l'inauguration du monument élevé, à 
Mortàgnë, à la mémoire de Chaplain. 

Abadémie des inscriptidns et belles-lettreti 
(séance du 12 juin). — Le P. Scheil achève sa com- 
munication sur les fouilles opérées à Jérusalem dans 
la cité primitive, remontant à l'époque chananéenne. 
il étudie le dispositif employé pour l'adduction de 
l'eàii nécessaire à l'approvisionnement de la ville et 
le systêiae âes enceiiites successives, brie inscription 
grétouë f^enconti'ëe dditiS lé^ fbuillës et relatant la 
conslrdcllon d'une sjmégb^e et d'iihe hôtellerie 
pour les étrangers par un certain Théodote, appelle 
diverses observations de la part de MM. Çroiset, 
Monfceaux, bleftlioht-tîânHéaii et Baijéidri. 

(Séance du 19 juin). — L'Académie apprend la mort 
de son correspondant M. fiàrclay Vincent Head, 
conservateur honoraire des Médailles au Musée Bri- 
tannique. 

— Sur le prix Gobert, 1.000 francs sont attribués à 
M. le commandant Espérandieu pour son Recueil de 
bas-reliefs de la Gaule romaine. 

— M. Chavannes donne des nouvelles de la mission 



de MM. Segalen, Lartigue et Gilbert de Voisins en 
Cliin* occidentale. 

— M. Caignat expose les résuHats obtenus par 
MM. Ph. Fabia et G. de Montauzan, professeurs à la 
Faculté des Lettres de Lj-on, qui travaillent au déga- 
gement d'une importante villa romaine sur la colline 
de Fourvières. En explorant les abords de l'endroit 
où ils avaient trouvé la grande mosaïque acquise l'an 
dernier par le Musée de Lyon, ils ont découvert six 
nouvelles mosaïques, dont trois surtout sont remar- 
quables : l'une, blanche et noire, par la variété et la 
beauté dé ses desèins gêoimétrtfjué* ; la de'iixiême, 
polychrome, par la finesse d'une frise de feuillage, de 
fleurs et d'oiseaux ; la troisième, par surface qui n'est 
pas inférieure à ni mètres carrés et par les restes 
d'un grand tableao central représentant une scène de 
marine. Toutes appartenaient à un ensemble et se 
rattachaient sans doute à un grand bassin central 
pavé en opus spicatum qui fut déblayé en 1911. Les 
vestiges de cette habitation magnifique couvrent 
3.460 mètres carrés. 

— M. M. Dieulafoy montre que les plans du temple 
et de la pyramide de Bal Mardouk. levés par M. Kol- 
dewey, directeur de la mission allemande, sont 
d'accord avec les calculs faits par le P. Scheil et lui- 
même, d'après la tablette du scribe babylohieil AriOu- 
Belchounor. 

— M. Mesguich, architecte de l'École des beaux- 
arts de Paris, rend coiiipte des fouilles qtii lui ont 
petttiii de mettre M j«iir un pftlais de Byzariee^ qiie 
l'dû croit pouvoir IdfenIHiér avec la maison de Jiisti- 
nien, habitée par ce prihce avant de ceindre la cou- 
ronne impériale. Cet édifice, extrêmement fiche en 
mosaïques du style le plus pur, bâti probablement 
par Constantin, fut éventré en 1871 par la construc- 
tion d'un chemin de fer. Certains travaux d'édililé 
menacent ce qui en reste, et M. Mesguich, soutenu 
jusqu'à présent dans sori entreprise par les Amis de 
Stamboul, souhaite d'attirer l'attention des savants 
du monde entier sut ce monumelit et de le* intéres- 
ser à sa préservation: 

Société des antiquaires de France (séance du 
10 juin). — M. Jules Formigé examine la disposition 
de l'aulisum dans les théâtres romains et signale à 
ce sujet des bas-reliefs conservés au Musée de Naptes 
et au Musée du Louvre. 

— M. Lefévre des Nouettes /ait cortstater que le 
cheval n'a Jariiais élé, dans I antiquité, utilisé pour 
Ife labouf, et il {jropose de corriger Sur ce point 

rext)lication d'iiii bas-relief egj-t>tient>ublié pd)- Prisse 
d'Avenue. 

— M. de Mély signale l'inscription d'un tableau 
prittiitif BJtposé sti Lolivre comme Uhe peinture lla- 
mande, l'Instruction pnsloralt; «t ((ui porte le Htttt 
d'an peintre italien Apelle Vitali. 

— M. de Mandach précise le sens de plusieurs des- 
sins de Jacopo Bellini conservés au Lotivi'e; 



ANGIEM ET MODERNE 



1«S 



— M. Monceaux examine quel^^^ues pjoaibs récem- 
ment découverts à Cartbage par ie R. P. Delatlre. 

(Séance du 17 juin). — M. Robert Michel étudie les 
fresques découvertes il y a peu d'années à Avignon, 
au château des Papes, dans la Tour de la garde-robe. 
Ces curieuses peintures doivent dater du pontificat 
de Clément VI, probablement de 1343. 

.Congrès archéoiogique de France. — La 81* 

session du Congrès archéologique de France s'est 
ouverte le 16 juin, à Brest, sous la présidence de 
XI. E. Lefèvre-Pontalis, directeur de la Société fran- 
çaise d'archéologie, assisté de M. Héron de Villefosse, 
membre de l'Institut, délégué du ministre de l'Instruc- 
tion publiqye. 

Les visites archéologiques aux principaux monu- 
ments de la région, coupées de séances où l'on enten- 
dit de très intéressantes communications, ont pris fin 
le lit juin au soir. 

Congrès des Sociétés d'histoire de Paris. — 
Le deuxième congrès des Sociétés d'histoire de Paris 
s'est tenu du 9 au 12 juin, à l'hôtel Le Peletier de 
Saint-Fargeau, sous la présidence de M. J.-d.<iuilîrey, 
membre de >l 'Institut. 

Musée QalUera. — Le mercredi 24 juin, a été inau- 
gurée, au Musée Galliera, l'exposition particulière 
annuelle, consacrée à •< la Statuette c)t au i^e^ble ,qui 
la présente ou l'accompagne ». 

Nous aurons l'occasion de revenir sur l'intéressant 
ensemble très heureusement réuni et présenté à 
Galliera. 

Budget des Beaux-Arts. — Dans sa séance du 
23 juin, le Sénat a voté le budget des Beaux-Arts 
de 1914, sans que la courte discussion ait rien apporté 
de nouveau sur les questions en cours. 

La donation J. Pe.y-tel. — Le Bullelin a annoncé 
brièvemeDt la donation faite aux Musées nationaux 
par le collectionneur parisien M. Joanny Peytel, vice- 
président de l'Union centrale des arts décoratif». Cette 
donation se compose de vingt pièces, dont l'amateur 
se réserve l'usufruit, et qui enrichiront un jour les 
diUérentes séries des collections nationales. 

Les peintures comprennent : une Singerie de VVat- 
teau; un l'ortraii de Millet, par lui-même; [e l'.orlrait 
d'Alphonse Daudet et de sa fille, par Carrière ; 
Allée à l'automne, par Sisley ; le J'or.lrait du prince 
de Galles Je futur Edouard VU), par Bastien-Lepage. 

Aux autres départements du Musée du Louvie 
iront : ,up riche pendentif égyptien, figurant une tôte 
de crocodile en bronze damasquiné d'oT ; ,un buste 
d'homme en calcaire peint de l'époque thébaine ; un 
vase grec à curieuses peintures noires, représentant 
une scène de clinique ; un groupe hellénistique de 
bronze, trouvé à Kbodes et figurant Êros et Psyché ; 
un tapis persan du moyen âge à combat d'animaux ; 
une grande clef de fer incrusté d'or, provenant du 



tombesM de Barkouk ; un plat hispano-mauresque à 
décor de clefs ; enfin plusieurs autres objets i'aH 
musuluiaa, no^ moins importants. 

J5ocji,été 4'e)9,cow'agein,e.ç,t à y,aft pt à l'ifl,d,i;i,a- 

tri,e. — Le 12 j|Uin, a été jugé le X^V* concQUj-y 
général de composition décojf^tiye organisé par jla 
Sçciété ^'encouragement à l'syrt et à ,r;çdu«tr^e, dofiX 
le s\ijet était : un vase placé jur w^ focle ; à cfi 
concjjufs deux cents a.rtistes 9yavefl,t j)jr,i? p,w;t. )^ep 
prix ont été attribués c.çnime s,u.^t : 

1" prix (500 fr.), {kI"*Leca^pi9n (î^ç. .des arts déco- 
ratifs, Paris); 2* prix (400 fr.), M"" i- Levy (JÈc. ^es 
arts décoratifs, Paris) ; 3* prix (300 if.), ^. Ç. i^- 
risset (Éc. des beaux-arts, Tours) ; 4* prix (20p ^0, 
M. J. Feuillâtre (Éc. des arts décoratis, Paris) ; 5" prix 
(200 fr), M. R. Guérard (Éc. des arts (iécora tifs, Paris) ; 
6* prix (200 fr.), M. B. Damamme (Éc des beaux-arts, 
Uouen) ; 1' prix (150 tr.), .^1. fii<.uicilon (Éc des l^eçiux- 
arts, Nice);8' prix (<100 fr.), M. fi. Mair«t (Éc. des 
arts décoratifs, Paris) ; 9* .{aix (100 fr.), M. M. Seux 
(Éc. des arts décoratifs, Paris) ; 10" prix (50 fr.), 
M. A. Marre (Le. municipale de dessin d'Abbeville) ; 
11° prix (50 fr.), M. M. Patoiseau (Éc. desiieaux-asts, 
Nantes) ; 2* prix (50 fr.), M"' M. Hamfll (Éc. des beaux- 
arts, Kouen); 13* prix (25 fr.), M. G. ilerard (jÉc. 
BouUe, Paris); d" mention, M. P. Adam (Éc. des 
beaux-arts. Rennes); 2* mention, M. J. Tiaseyre (Éc. 
Boulle, Paris). 

Outre les prix en espèces, chacun des concurrents 
récompensés recevait une ou plusieurs plaquettes et 
médailles. 

A Londres. — M. Jean-Louis Pascal, membre de 
l'Institut, professeur à l'École des beaux-arts, vient 
de recevoir la médaille d'or de l'Institut royal des 
architectes anglais. Cette récompense est la plus iiaute 
qui puisse être attribuée à un architecte en Angleterre. 
Avant d'être oflerte.àM. Pascal, la médaille d'or avait 
été autrefois donnée à M. Dauniet, l'architecte de 
Chantilly, et à Charles Garnier, l'architecte de l'Opéra. 

Nécrologie. — On annonce la mort de M. Eug^nf 
Engiand, ancien président de la Chambre des avoués 
de Paris, président de la Société des amis du châ- 
teau de Maisons-Laflitte, qu'il avait fondée, apcès 
avoir contribué, pour une bonne part, au mouvement 
d'opinion qui aboutit, en 1904-1905, à la sauvegtkrde 
du chef-d'œuvre de François Mansard, à Maisons. 

— M. Auguste-Alfred Vaudet, graveur en médailles 
et sur pierres fines, vient de mourir à l'âge de 16 ans. 
Né à Paris, élève de Lequien père, il avait débuté au 
Salon de 1 868 et il exposa, par la suite, de nombreuses 
compositions et poitraits, parmi lesquels une inter- 
prétation sur pierres fines de la Marseillaise de Him1«, 
qui l'occupa pendant plusieurs années. Médaillé au 
Salon de 1880, il avait été nommé chevalier de -la 
Légion d'honneur en 1912. 

— M. Charles Giron, \e peintre récemment décédé 
à Genthod-Bellevue (Suisse), était un des représen- 



196 



LE BULLETIN DE L'ART 



tants les plus en vue de l'école suisse contemporaine 
et un habitué de nos Salons ; il y exposait réguliè- 
rement des toiles importantes où il s'appliquait, avec 
beaucoup de conscience et de gravité, à rendre l'im- 
pression des paysages montagnards; on lui doit aussi 
de robustes portraits : M"' Judic, Worlh, Edouard 
Rod, Coquelin aîné, etc.; et des décorations, comme 
celles du Parlement suisse. Après avoir longtemps 
exposé au Salon des Artistes français, où il reçut 
plusieurs récompenses (méd. de 3" classe en 1879 ; de 
2* classe en 1883), après avoir obtenu une médaille 
d'or à l'Exposition de 1889 et fait partie du jury à 
celle de 1900, il était passé à la Société nationale en 
1906. 11 avait été fait chevalier de la Légion d'hon- 
neur en 1888. 



LES RÉCOMPENSES DU SALON 

(Suite.) 



Prix National (10.000 fr.). — M. Jules-Arthur Joets, 
artiste peintre (S. A. F.). 

M. Joets expose cette année deux peintures : l'En- 
lerrement de sept heures /Petites sœurs des pauvres 
de Saint-Omer) et le Portrait de sa mère; celle-ci a 
été reproduite en hors-texte dans le dernier numéro 
de la Revue. 

Bourses de voyage. — Peinture, — M. Joseph- 
Alexis Tranchant (S. A. F.), M"' Suzanne-Marie-Carmen 
Labatut (S. A. F.), M. Jean -Louis -Marie Bédorez 
(S. A. F ). 

Sculpture. — M. René Paris (S. A. F.), M. Paul-Henri 
Le GoU' (S. A. F.). 

Architecture. — M. Deslandes (S. A. F.). 

Gravure. — M. Orner Bouchery (S. A. F.). 

M. Bouchery est un collaborateur de la Revue, où il 
a donné une eau-forte originale, Fives-Lilles (t. XXXil, 
p. 36.3) et une gravure d'après la Conversation de Pieter 
Codde, au musée de Lille (t. XXXV, p. 25). 

Arts décoratifs. — M. Eugène Capon (S. N.). 

Primes d'encouragement du sous-secrétariat 
d'État des Beaux-Arts. — La Commission supé- 
rieure des beaux-arts a décerné les récompenses 
suivantes : 

Encouragement de 1.000 francs. — Peinture : 
M°" Fournier des Corats, MM. Stœckel, Martin- 
Gauthereau, Narbonne, Mariel, Maurice Laurent, 
M"' Jeanne Marévery. 

Sculpture : MM. Silvestre, MuUer, Proszinski, Bau- 
dot, Fournier, Leyritz. 

Gravure et lithographie : MM. Desgranges, Louveau- 
Rouveyre. 

Architecture : M. CasteL 

An décoratif : M. Lachenal. 

ENCoaRAOEMENT DE SOOrflANCs. — Peinture: MM. René 



Martin, Rigal, Imbs, M"" Aube, Jué de Roveredo, 
Decœur, MM. Roustan, Fouard, Roux, M"* Corlin, 
M"' Casttélaz. 

Sculpture : MM. Pimienta, Cellier, Beaufils, Pau- 
pion, Patriarche, Lenoir. 

Architecture : MM. Mouret, Varin, Moutariol. 

Gravure et médailles : M. Dropsy. 

Art décoratif: M. Fer. 

Gravure et lithographie : MM. Léopold-Lévy, 
Degorce, Dufour. 

Prix coloniaux. — Prix de l'Indo-Chine. — 
M Charles Fouqueray, artiste peintre (S. A. F.). 

Prix de l'Afrique occidentale française. — M. Ray- 
mond Renefer, artiste peintre (S. N.). 

Prix de l'Afrique équatoriale. — M. Paul Jouve, 
artiste peintre (S. N.). 

Prix de Madagascar [Réunion). — M. René Quillivic, 
sculpteur (S. N.). 

l'rix du Maroc. — M"' Marcelle Ackein, artiste 
peintre (S. A. F.). 

Pour le cas où l'un des titulaires serait empêché, 
les bureaux ont désigné comme supplémentaires : 

M. Raymond Glaize, artiste peintre (S. A. F.), pour 
l'Indo-Chine ; M. Albert Leroy, artiste peintre (S. A. F.), 
pour l'Afrique occidentale française ; M. Lucien Lau- 
rent-Gsell, artiste peintre {S. N'.), pour l'Afrique équa- 
toriale; M. Georges Capron, artiste peintre (S. A. F.), 
pour Madagascar (Réunion) ; M. André Martin-Gauthe- 
reau, artiste peintre (S. A. F.), pour le Maroc. 

Bourses de voyage coloniales — Des bourses de 
voyages coloniales ont été, en outre, attribuées à ; 

MM. Charles Rivaud, artiste décorateur (S. N.); 
Henri de Nolhac, artiste peintre (S. N.) ; Jean Tarrit, 
sculpteur (S. A. F.); M"' Gabrielle Frasez, artiste 
peintre (S. A. F.); M. Rémi Peignot, artiste peintre 
(S. N.). 

Prix divers de la Société des Artistes fran- 
çais. — A la liste publiée dans le dernier numéro du 
Bulletin, il faut ajouter: 

Prix James Bertrand (3.860 fr.). — M. Charles 
Fouqueray, peintre. 

Prix de Kaigecourt-Goyon (1.000 fr.). — M. Ernest- 
Marie Pernelle, peintre. 

Prix Marie-Bashkirtse/f (500 fr.). — M. Georges 
Maury, peintre. 

Prix de l'Association amicale des paysagistes fran- 
çais. — M. Émile-Jean-Baptiste-Frédéric Ragot. 

Ajoutons encore à la liste des médailles, précédem- 
ment publiée, que, dans la section d'architecture, 
des médailles de bronze ont été attribuées à M. Paul 
Morice et à M. Paul Tissier. 

Primes de la Société d'encouragement à l'art 
et à l'industrie. — Les primes suivantes ont été attri- 
buées par la Société d'encouragement à l'art et à 
l'industrie, à des artistes français âgés de 40 ans : 

Société des artistes français. — Prime de 300 fr., 



ANCIEN ET MODERNE 



197 



M. G. Bigard (uiétaux de couleur et objets d'art) ; de 
100 fr., MM. Daurat (objets d'art) ; de 100 fr., M. E. 
Duru (bibliothèque); mention, M. Sénart (étains). 
Société nationale des beaux-arts. — Prime de 300 fr., 



M. Eug. Capon (vases en métal); de 200 fr., M"* J. 
Morice (broderies) ; mention, M. R. Massé (toiles de 
couleur en application), en collaboration avec M'"* R. 
Massé. 



CHRONIQUE DES VENTES 



TABLEAUX — OBJETS D'ART 
CURIOSITÉ 

A Paris. - Vente de la collection du Mar- 
quis de Biron [fin). — Nous avons donné, dans 
notre dernière chronique, le produit total de 
cette vente et les principaux prix des deux pre- 
mières vacations; il nous reste à publier une 
liste des plus importantes enchères de la troi- 
sième journée, consacrée aux bronzes d'ameu- 
blement et aux meubles. 

Dans la riche série de bronzes d'ornement, nous 
ne trouvons à signaler, comme enchères de quelque 
importance, que celle de 6.900 fr., pour deux bases de 
pilastres (n" 266), et celle de 4.500 fr. pour un motif 
provenant d'une cheminée (n° 260); quatre grilles de 
médailles, timbrées de fleurs de lis et de couronnes 
royales ont atteint 3.000 fr. (n' 224), et deux mascarons, 
satyres barbus, 3.5tO fr. (n° 252). 

Bkonzes d'ameublement. — 344. Sphinx et sphinge, 
bases marbre vert, ép. Louis XVI, 8.000 fr. — 345. 
Paire de chenets, chien et chat assis, ép. Louis XVl, 
19.500 fr. (dem. 20.000). — 346. Paire de chenets, cas- 
solette enflammée, têtes de lions et guirlandes de fruits, 
ép. Louis XVI, n.500 fr. (dem. 10.000). — 347. Pendule, 
torche ailée et aigle aux ailes éployées ; à la base : l'En- 
lèvement d'Europe, ép. Louis XVI, 6.000 fr. — 348. Deux 
brûle-parfums, dits « athéniennes », fin ép. Louis XVl, 
n.800 Ir. (dem. 20.000). — 349. Douze figures haut- 
relief, formant appliques, de danseuses de style 
antique, ép. Louis XVI, 22.100 fr. (dem. 10.000). — 
350. Deux candélabres à figures de femmes debout, 
drapées à l'antique, début xix' s., 7.900 fr. — 351. 
Galerie de foyer, à rinceaux et statuettes d'amours, 
ép. Premier Empire, 5.000 fr. — 352. Deux candé- 
labres, statuettes de prêtresses debout, drapées à 
l'antique, ép. Premier Empire, 5.000 fr. — 353. Deux 
vases, forme Médicis, en malachite, garnis d'appliques 
de br. doré, personnages de style antique, ép. Premier 
Empire, 5.100 fr. 

Sièges. — 354. Canapé à joues, bois se; manière 
dé N. Pineau; recouvert d'ancien damas crème; ép. 
Louis XV, 18.000 fr. (dem. 20.000). — 355. Deux ban- 



quettes bois se, entrelacs et feuillages ; couverts d'anc. 
larapas à décor camaïeu, l'Atelier de Vulcain, dans le 
goût de Ph. de Lassalle, 17.300 fr. (dem. 15.000). — 
357. Lit de repos, bois se. et doré, attr. à Pluvinet, 
ép. Louis XVl, 5.500 fr. — 362. Deux grands fauteuils 
bois se. et doré, à cariatides de femmes ailées, par 
Jacob frères, ép. du Consulat, 7.000 fr. (dem. 8.000). 
Meubles. — 363-364. Bureau plat, surmonté d'un 
cartonnier, en bois de rose et bois satiné, garni br. 
ciselés et dorés; signé : P. Garnier, début de l'ép. 
Louis XVI; écritoire en bois satiné et br., 141.600 fr. 
(dem. 150.000). — 365. Meuble à haut, d'appui, arrondi, 
en laque à décor en dorure de style chinois sur fond 
noir, br. ciselé et doré ; signé : Héricourt, ép. Louis XVI, 
18.000 fr. (dem. 15.000). — 366. Bureau bonheur-du-jour, 
marqueterie bois clair, bordure et galerie cuivre, ép. 
Louis XVI, 16.100 fr. (dem. 15.000). — 367. Meuble 
d'entre-deux à hauteur d'appui, plaqué d'ébène et 
garni de br., panneau de laque à fond noir et décor 
de style chinois, signé : C.-C. Saunier, ép. Louis XVI, 
50.000 fr. (dem. 50.000). — 368. Meuble d'entre-deux 
à hauteur d'appui, formant étagère, plaqué d'ébène 
et garni br., signé : C.-C. Saunier, ép. Louis XVI, 
25.000 fr. (dem. 25.000). — 369. Bureau de dame 
bonheur-du-jour, surmonté de deux étagères aca- 
jou, garni de br., signé : Riesener, ép. Louis XVI, 
46.100 fr. (dem. 40.000). 

370. Bureau bonheur-du-jour, acajou et br., dessus 
marbre bl., galerie cuivre, par Riesener, ép. Louis XVl, 
17.500 fr. (dem. 20.000). — 371. Table ovale, acajou et 
cuivre, attr. à Montigny, ép. Louis XVl, 7.200 fr. 
(dem. 8.000). — 372. Commode acajou et br., par 
Levasseur, ép. Louis XVI, 28.700 fr. (dem. 35.000). — 
374. Brille-parfums en albâtre, trépied marbre vert, 
base albâtre et marbre de coul., ép. Louis XVI, 
27.500 fr. (dem. 15.000). — 375. Brûle-parfums en br. 
doré, femmes ailées, ép. Louis XVI, 22.500 fr. (dem. 
30.000). — 376. Deux jardinières en marbre blanc 
et bleu turquin, ornées d'appliques de br. ciselé et 
doré, à Qg. de style antique, attr. à Forestier, fin ép. 
Louis XVl, 49.000 fr. (dem. 45.000). — 377. Table rec- 
tangulaire, dessus en stuc et marbre de coul., coinposil. 
de style antique, fin ép. Louis XVI, 33.500 fr. (dem. 
30.000). — 378. Petit secrétaire, acajou moucheté et 
br., dessus marbre brocatelle, signé : Lemarchand, 



198 



LE 8CJLLBTIN DE L'ART 



l'viii* s., 11.000 fr. (<iem. 12.089). — 379. Petit ««cré- 
taire droit, acajou et br., paf Lemarchand, xvm' t., 
7.500 fr. 

380. Meuble d'entre-deux à hauteur d'appui, acajou 
et br., tablette plaquée marbre, xvm' s., 10.000 fr. — 
382. Deux tables de travail de dame, acajou et raeioe 
d'érable, à trépied, en br., modèle de Percier et Fon- 
taine, par Jacob frères, xix' s., 14.500 fr. et 14.500 fr. 
(dem. 30.000). — 387. Seçr«tai-r« droit, acajou lir. dorés, 
tablette marbre blanc, par Jacofc liesnialter, ép. Pre- 
mier Empire, 6.950 fr. — 390. Bureau plat de milieu, 
acajou et br., ép. Premier Empire, 8.000 fr. — .39J1.. 
Psyché, placage de racine et br., fig. de génies ailés, 
par Jacob Desmalter, 32 000 fr. (dem. 30.000). 

V<ent« de la collection Roger MarK 
(IV* vwite : tableaux et dessins modernes). 

— 'De la seconde vente des tableaux et dessins 
modernes ayant appartenu à M. Roger Marx (la 
quatrième de la collection du critique d'art), il 
n'y a à retenir que le tptal de 77.268 francs. 
Rappelons que cette ye*te, ajftoouc.ée par un 
catalogue illustré, a eu lieu salle 1, les 12 et 13 
juin, par le ministère de M"» Lair-Dahreuil et 
Baudoin, assistés de MM. Durand-Ruel «t Bern- 
heim jeune. 

Vente d'objets d'art, etc. — Parmi les résul- 
tats d'une vacation anonyme, dirigée salle 1, le 
13 juin, par M" Lair-Dubreuil et MM. Paulme et 
B. Lasquin, nous trouvons à signaler le prix de 
8.900 francs obtenu par six fauteuils et une her- 
gère ù dossier médaillon peint blanc, garnis 
d'ancienne ta{>i8s^ie d'Âubusson, à bouquets de 
ileurs, formant les n*" 127 et d^.de la vente. 

Vente de la collection de M. ]Li... (objets 

d'art, etc.). — Faite salle 6, les 15 et 16 juin, par 
M» H. Baudoin et MM. Mannheim et Ferai, cette 
vente a produit 79.829 francs. Notons : 204. 
Quatre fauteuils couverts en tapisserie au point, 
à personnages, xvn* siècle, 4.900 francs (dem. 
4.000). — 211-213. Trois tapisseries d'Aubussen, 
époque Louis XV, paysage maritime animé de 
.personnages, 10.300, 7.000 et îi.ôSO francs (dwn. 
18-000). 

Tente de la collection Fairfax Murray 
(tableaux anciens). — Farte galerie Georges 
Petit, le 15 juin, par M«* Lair-Dubreuil et Bau- 
doin, assistés de M. Ferai, cette vente a produit 
1.668.800 francs pour vingt-neuf auraéros. D'une 
façon générale, les prix d'adjudication ont 
dépassé les demandes. Les honneurs de la vaca- 
tion ont été pour le Portrait présumé du père de 



Kembremdt , par Reflabrandt , qui a réalisé 
315.000 francs, sur la demande de 300.000. Une 
belle plus-value a été obtenue par le tableau de 
Boucher : Jeune Femme étendue sur un sopha, 
qui est monté à 190.500 francs, sur la demande 
de 100.000. 

PRINCIPAUX PRIX 

•TABtEAiCi ANCIEN*, r-r i Antoaello de Messine. Saint 
Sébastien, 50.009 fr. <dem. 80.000). — 2. Giovanni 
Bellini. Vénus à sa toilette, 92.000 fr. (dem. 150.000). 

— 4. Sandre Botticelli. La Vierge, l'Enfant Jésus et 
saint Jean, 91.000 fr. (dem. 150.000). — 5. F. Boucher. 
Jeune Femme étendue sur un sopha, 190.500 fr. (dem. 
100. 000). — 6. Brouwer. Le Fumeur «ndermi, ti.OOO fr. 
(dem. 50.000). — 7. C. iacojt) Delft. Portrait d'une 
jeune dame, 15.000 fr. (dem. 12.000). — 8. Durer. Sal- 
vator l/undi, 72.000 fr. (dem. lOO.OOO;. — 9. A. van 
Dyck . Portrait de Lucas Voslernuin le Vieux , 
130.000 fr. (dew. 130.000;. -^ 10. École flumandej 
commencement iiu xvi- s. La Vierge el VEnfgjnl, 
40.000 fr. (dem. 30.000). — 11. École flamande, xvic s 
l'ortrait d'un gentilkomme, 10.000 fr. (dem. 10.000). 

— 12. École française, xv s. La Vierge aux donateurs, 
diptyque, 50.000 fr. (dem. 50.000;. — 13. Etty. La 
Danse, 6.400 fr. (dem. 10.000). — Gaiosborough : 14. 
l'ortrait de l'artiste à vingt-huit ans, 96.500 fr. (dem. 
60.000; vente Geo Richmond, Londres, 1897, I5.000.fr.). 
15. Portrait de Thomas Haviland, 25.000 fr. (dem. 
25.000). — 16. Van der Helst. Portrait d'une dame, 
14.000 fr. (dem. 15.000; v. Mniszech, 1902, 9.500 fr.). 

— 17. Hondecœter. Combat entre un coq et un dindon, 
42.500 fr. (dem. 40.000). — 18. X. Lancrel. Danse 
champêtre, 38.000 fr. (dem. 50.000; v. Reginald Vaile, 
Londres, 1903, 65.625 fr.). — 19. Largillière. Portrait 
du Comte de Richebourg, 15.600 fr. (dem. 12.000). — 
2.0. P. Lorenzetti. La Crucifixion, 19.000 fr. (dem. 
20.000). — 21. A. Moro. Portrait de jeune dame, 
19.000 fr. (dem. 20.000; v. Pallavicino Grimaldi, 
Gènes, 1899, 8.000 fr.). — 22. Uans Mielich. Portrait 
de Pancratius von Freyburg zu Aschau, 67.000 fr. 
(dem. 60.000). — 23. Rembrandt. Portrait présumé 
du père de l'artiste, 315.000 fr. (dem. 300.000). —.24. 
Un Savant tisa7it à la chandelle, 71.000 fr. (dem. 
80.000). — 25. J. Reynolds. Im Mort de Didon, 30.000 fr. 
(dem. 30.000). — .26. A. Salaino. La Toilette de 
l'Enfant Jésus, 5.000 fr. (dem. 4.000). — 28. A. Solario. 
L'Annonciation, 103.000 fr. (dem. 100.000; v. Yerkes, 
New York, 1910, 56.500 fr.). — 29. VUel. Un Jeune 
officier, 5.000 (r. (dem. 5.000). 

Succession de M""" N...-D... 'Nonette- 
DelormeJ (tableaux, objets d'art, etc.). — 
Annoncée par un catalogue illustré, cette vente, 
qui a eu lieu, salle 1, les 17 et 18 juin, sous la 
direction de M* Lair-Dubreuil et de MM. Paulme, 
Lasquin, Duchesne et Duplan.a produit un total 
de 234.780 francs. 



ANCIEN ET MODERNE 



199 



PniNOlP^Ull PRIX 

Tableaux et dbsstns «lorrtRNïs. -^ 7. Jul«« Dupré. 
Payunr/e, H. 700 fr. (dem. 8.000; v. Sabatier, 1883, 
6.800 fr.). 

Tablïaox *t bessins ancibns. — 16. H. Met deBlè». 
La Vierge à l'œillet tenant l'Enfant^ 12.000 fr. (dem. 
1.200). — 29. EiseD. Les Joueurs de dés, 6.000 fr. (dem. 
6.000 ; V. Jules Barat, 2.6.")0 fr.). — 30. Fyt. Fruits el 
gibiers, T.200 fr. (dem. 8.000 ; v. fiolhan, 1890, 
4.200 fr.). — 36. Largillière. Portrait présumé de la 
duchesse de Montbazon, S.900 ff. (dem. lÔ.ÛOO; v. de 
La Béraudière, 1882. 3.200 fr.— 38. C. Tan Loo. Por- 
trait de jeune femme, 4.900 fr. (dem. 2.300 ; v. Beur- 
nonville, 1881, 2.200 fr.). — 40. Hubert Robert. 
Intérieur rustique, 14.000 fr. (dem. 10^000; v. du 8 mai 
1886, 610 fr.). — 41. Rubens. Minerve et Thétis, 
(0.000 fr. (dem. 8.000; v. Beurnonvilfe, 1881, ^.05fl fr.). 
— 42. Jacob RUysdaël. La Grande Mare, 7.500 ff. 
(dem. 12.000 ; v. \ViIson, 188), 12.300 fr.). — 44. 
Téniers le jeune. Lés Danseurs, 10.700 fr. (dem. 8.000; 
T. Nieuvenhuys, 1881, 8.000 fr.)< 

Tapissbribs. — 233. Tâpiss. de Bruxelles, xvii» »., 
le Ùépnrt pour le enrrousel, grands personnages, 
bord, à fleurs, 16,900 fr- (dem. 20.000 ; t. de la vicoJB- 
tesse de La Panouse, 1882, 7.000 fr.). 

Vente de la collection Bourée (objets 
d'art, etc.). — Comprenant quelques tableaux 
modernes et surtout des objets d'art de i'E.\ tr«;me- 
Orient, celte vente, dirigée salle 10, les 17 et 18 
juin, par M" Baudoin et MM. Mannheitn et Georges 
Petit, a produit 81.161 francs. Notons : 10. Deux 
vases rouleaux Kang-shi, décor à réserves de 
branches, oiseaux et paysages, 8.000 fr. (dem. 
g 000). — 11. Ceux potiches Kang-shi, fond rouge 
chargé de chrysanthèmes, réserves de corbeilles 
de Oeufs et animaux, 6.200 fr. (dem. 8.000). 

Vente de boiseries. — Annoncée par un 
catalogue illustré, la vente des boiseries de l'hùtel 
Delide-Mansard a produit 52.000 francs, salle 12, 
le 19 juin, sous la direction de M« Lair-Dubreuil 
et de MM. Paulme et Lasquin. 

PRINCIPAUX PRIX 

BoiSEKiBs. — Petit salon rond. Boiserie comprenant 
trois chambranles de portes, un trumeau de cheminée 
avec glace, huit panneaux, quatre dessus de portes 
peints à sujets pastoraux, d'après Boucher, décor 
peint et partiellement doré, 1" moitié du xviii' s., 
19.000 fr. (dem. 12.000). 

Grand salon rectangulaire. — 3. Boiserie compre- 
nant ; un chambranle de porte à deux vantaux, deux 
petites portes à un seul vantail, une glace, six pan- 
neaux, etc. ^ 1" moitié du xvm* s., 21.000 fr. (dem. 
12.000). 

Petit boudoir rectangulaire. — 5, Boiserie compre- 



nant trois portes à un Taniail, cinq pannMux.un petit 
trumeau de cheminée, etc., l" moitié du xviii* »., 
6.800 fr. (dem. 5.000). 

Vente de tableaux modernes. — Parmi les 

prit r(*alisés au cotirs d'une vacation anonyme, 
dirigée salle 6, le 19jnin, par M' Lair-Dubreuil et 
M. Georges Petit, tioùs tfotitôns à signaler les 
suivants : 30. Dîâz. La Mare dam la dairUre, 
3.900 fr. (dem. 7.000). — 37. Fantin-Latour. Le 
hcpoi, 6.020 ff. (dem. S. 000). — 60. Jotigkind. 
Lever de luné en Hollande, 4.800 ff. 
Produit total de la vente : 73.551 francs. 

Vente de la collection Eoger Marx 
(V« vente : médailles et plaquettes). — Les 
22 et 23 juin, salle 8, M" Lair-Dubreuil et H. Bau- 
doin et M. V. S. Canale, ont dispersé la collection 
de médailles et plaquettes qu'avait réunie l'auteur 
de /es Médaillenrs français au XIX^ siècle. Cet en- 
semble a réalisé 11.600 francs. Le plus beau prix 
a été pour une Bergère debout, galvano de bronze 
argenté, de Hoty, 500 francs; même prix pour un 
Milon de Crotone, médaillon de Barye. 

Ventes annoncées. — A Paris. — Collection 
Besselièvre (VI' vente : étoffes anciennes). 
M« H. Baudoin, assisté de MM. Mannheim, ven- 
dra les 29 et 30 juin, à l'Hôtel, salle 6. une 
série d'étoffes anciennes, les unes orientales et 
les autres européennes, provenant de la collec- 
tion Besselièvre. Au total, 262 numéros, décrits 
par un catalogue oîi sont reproduites les plus 
remarquables pièces, parmi lesquelles des velours 
persans et des velours vénitiens du xv« siècle, 
des soies tissées de métal (xiï« siècle), retien- 
dront l'attention des spécialistes. 

M. N. 

EXPOSITIONS ET CONCOURS 



René Ménard (galerie Georges Petit). -- La 
haute émotion que nous impose un poème isolé 
de Puvis de Ghavannes, /c« Jeimes fMei a:u bord 
de la mer, parmi les vingt-cinq Degas de la col- 
lection Garaondo, la poésie abondante, ombreuse, 
austère et sereine de M. René Ménard nous la 
procure aujourd'hui, comme dirait Poussin, 
dans un autre (cmode»; et si la victoire de 
l'idéal est toujours Un fait exceptionnel, il faut 
souligner plu» que jamais cette revanche de 
l'imagination sur l'observation. 

Au surplus, ici, le nom d« Puyis est à sa place, 



200 



LE BULLETIN DE L'ART 



car c'est le nom qu'opposait à la banalité des 
Salons la jeunesse de son admirateur ; mais cette 
vigueur dans le style, qui ne ressemble guère à 
la suavité de l'évocateur de Sainte Geneviève, 
s'explique par les origines de M. René Ménard, 
élevé dans une rare atmosphère de culture clas- 
sique et de paysage romantique : il suffit de rap- 
peler son grand-père, qui fut libraire place de la 
Sorbonne; son père, auteur de la Mxjthologie 
dans l'art et paysagiste ami des maîtres de Barbi- 
zon ; son oncle surtout, le savant helléniste Louis 
Ménard, un original, peintre à ses heures, et qui 
connut Théodore Rousseau; prêté par le Luxem- 
bourg, son portrait pensif atteste encore l'in- 
fluence du vieux poète qui, dans ses Rêveries d'un 
païen mystique, exprime le regret d'avoir « laissé 
passer l'heure »... Il appartenait à la robustesse 
de son neveu de réaliser son rêve, en rajeunis- 
sant le paysage historique, qui peut se définir 
l'accord de la Grèce défunte avec la nature éter- 
nelle. Alors, au temps de son adolescence, qui 
fut le temps de la nôtre, on n'admettait sur la 
toile de l'artiste, comme sur la page de l'écrivain, 
que i< la chose vue » : la poésie était suspecte, et 
l'hamadryade proscrite au nom de « la vérité 
pure »•, mais la tyrannie du naturalisme, qui re- 
tenait même les poètes, n'a pas empêché le 
peintre René Ménard de poursuivre harmonieu- 
sement sa route vers la beauté calme; et, depuis 
VHomère ou l'Éden de ses débuts, son art n'aura 
subi d'autre métamorphose qu'un surcroît de 
santé technique. Fidélité méritoire, et gage de 
sincérité parmi toutes les palinodies et contra- 
dictions de l'époque ! 

En le voyant mener de front le paysage rus- 
tique et le paysage historique, son père lui signa- 
lait le danger de conduire un char à deux che- 
vaux; mais, plus heureux que Phaéton, le pein- 
tre voyageur et lettré de l'Acropole et de l'Age 
d'or a marché droit sur la trace de Claude, dans le 
chemin du soleil; et ne sait-il point réconcilier 
les deux genres, quand il illustre les beaux soirs 
avec la magie des vieux livres, ou qu'il aperçoit 
les ruines plus émouvantes sous l'étrange réver- 
bération des grands nuages? Ne veut-il pas abro- 
ger cette loi fatale qui, dans l'histoire du 
paysage, semble éternellement opposer la poésie 
de l'atmosphère à la poésie du rythme ? Observez, 
chez ce poète des formes et des heures, ce puis- 
sant accent de nature qui fait resplendir obscu- 
rément dryades ou baigneuses au souffle des 
mers et des bois : point de titres ni de sujets 
dans son œuvre, mai» le recueillement d'un pro- 



fond panthéisme, qui se traduit aux yeux dans 
une sanguine, un camaïeu, le pur dessin d'une 
figure ou la première pensée d'une décoration 
pour la Sorbonne ou l'École de droit; et, parmi 
ses récents ouvrages, les pastels s'imposent tant 
par une délicate richesse de teintes que par l'au- 
guste ampleur du modelé. Partout, ce fils des 
Grecs revoit la <> terre antique >>, même au pays 
d'Armor, oîi son ami Charles Cottet n'entend, 
sous le ciel noir, que l'àme des adieux... 

11° Exposition des u Intimistes n (galerie 
Devambez). — Nous disions, l'année dernière, 
l'aménité, mais aussi l'inégalité de ce chœur très 
restreint d 'artistes groupés autour du quatuor har- 
monieux que forment M"»» Olga de Boznanska et 
Béatrice Hew, MM. Aman-Jean et Ernest Laurent; 
au tapage du dehors, on préfère ici les nuances 
en demi-teinte et le pianissimo des gris. Le soleil 
sonne avec le maître Henri Martin, qui décrit 
familièrement, comme autrefois Manet, son jar- 
din, sa treille, sa porte rustique, moirée d'ombres 
bleues; mais la comparaison permet d'évaluer 
les raffinements lumineux de l'évolution par- 
courue depuis quarante ans. Le statuaire Bour- 
delie remonte à l'archaïsme. Quelques nouveaux 
éléments plus ou moins vulgaires, et d'une justesse 
douteuse, n'arrivent pas à faire détonner l'en- 
semble; et quel dommage que M. Ernest T. Rosen 
se croit tenu de confondre le maniérisme avec le 
charme! 

Raymond Bouybr. 

Signalons seulement, aujourd'hui, les exposi- 
tions de Toulouse-Lautrec, chez Manzi ; de Miss 
Mary Cassatt, chez Durand-Ruel; d'une coloriste 
vénitienne M"« Emma Ciardi,chez Georges Petit; 
et du véritable dessinateur Charles Milcendeau, 
chez Druet, dont nous reparlerons. 

LES REVUES 



Franck 
Les Arts (mai). — Skymoub de Ricci. La Collection 
du Marquis de Biron, qui vient d'être dispersée en 
vente publique. 

— Gabriel Mouhev. Luigi Chialiva (1842-1914). — 
Notice sur ce paysa{<istc, originaire de Caslano, canton 
du Tessin, et qui est mort récemment. 

— Maurice Hambi.. Le Salonde la Société des artistes 
français. 

Le Gérant : H. Liïni». 

Pkrii. — Imp. Uearges Petit, li, rue Uad«t-dc-Mauroi. 



Numéro 631. 



toi 

Samedi 11 Juillet 1914. 



LE BULLETIN DE L'ART 



ANCIEN ET MODERNE 



Monuments et Musées 



M. André Hallays vient de prendre, une fois de 
plus, la défense du château de Versailles contre 
les fantaisies des architectes des Monuments 
historiques. Il a appris au public stupéfié que 
Ton s'apprAtait à reconstruire un des anciens 
biltiments de Louis XIV, élevé par Le Vau sur la 
cour des Princes, et qu'on a laissé tomber en 
ruines, — oui, à le reconstruire en plus graiid, 
sur une ordonnance nouvelle, en combinant une 
façade dans le style de l'architecture de Mansarl 
qui forme le fond de la cour, et un comble dans 
le goût de Le Vau : tout cela, sous prétexte que 
l'architecte a besoin d'une grande galerie pour 
loger huit tapisseries des Gobelins et deux globes 
de Coronelli, — ces deux globes indésirables qui 
ont déjà failli faire commettre une bévue monu- 
mentale à la Bibliothèque nationale et qui, 
expulsés de la rue Vivienne, ont failli causer ce 
que M. André Hallays a justement appelé un 
nouveau « tripatouillage de Versailles ». 

M. Hallays s'est montré si logique, si pressant, 
si éloquent, que la Commission des monuments 
historiques s'est prononcée contre les projets de 
l'architecte; et il est à souhaiter que celui-ci se 
rappelle cette polémique dans laquelle il n'a pas 
eu le meilleur, chaque fois qu'il sera tenté d'en- 
treprendre un travail « à la ViolIet-le-Duc », et 
qu'il retienne ce que M. Hallays a écrit sur le 
respect qu'on doit à des monuments comme Ver- 
sailles : " Pour nous, Versailles n'est plus qu'un 
palais désaffecté, l'emblème d'une monarchie 
écroulée, de l'histoire et de la beauté. Vénérons 
cette histoire et veillons sur cette beauté, mais 
n'avilissons jamais ces choses magnifiques et 
touchantes en plaçant parmi elles de misé- 
rables pastiches. Nous n'avons plus le droit de 
rebâtir Versailles; nous le devons seulement 
conserver et entretenir, tel que nous l'avons 
reçu ». 



Cependant, le Louvre s'enrichit, ce qui serait 
pour nous réjouir, si ces enrichissements ne se 
faisaient maintenant, d'une façon presque régu- 
lière, au détriment de la province. 

Tout au Louvre ! C'est le mot d'ordre. 

Un jour, Pierpont Morgan rendit à la France 
le «chef» de Saint-Martin de Soudeilles; mais 
onques le revit Soudeilles : il resta au Louvre, 
comme y était restée la Pietà de Villeneuve-lès- 
Avignon, après l'exposition des Primitifs français 
de 1904. Un autre jour, l'État acquit de la ville 
d'Aigueperse, où il était parfaitement en sûreté 
et parfaitement exposé, le Saint Sébastien de 
Mantegna : il est au Louvre. Au Louvre, on a vu 
venir naguère le tapis persan de la cathédrale 
de Mantes et les deux tapisseries de Salins. 
Au Louvre, entre aujourd'hui le reliquaire de 
Jaucourt. 

Tout au Louvre ! 

Justement, voilà qu'un « donateur généreux » 
vient de léguer un million à la Caisse des musées 
nationaux. Vous verrez qu'au lieu d'empAcher 
l'exode de quelque chef-d'œuvre, on trouvera le 
moyen de continuer à dépouiller la province de 
ses objets d'art dilment classés, et qu'on emploiera 
cette somme à acquérir la Sainte Foy de Conques 
ou la châsse de Mozac. 



Pour en finir avec le chanfrein. 

Le chanfrein de Philippe II et ses pièces 
accessoires ont pris le chemin de l'Espagne « par 
la valise diplomatique». Vous vous étonnez sans 
doute, croyant l'affaire depuis longtemps terminée 
et l'expédition faite. 

Mais non ! Il fallait attendre que l'orfèvre eût 
terminé la copie qui nous reste. . . Car nous gardons 
une copie, — une copie que nous avons fait exé- 
cuter à nos frais, cela va sans dire. 

A quoi rime cette copie? 

Les pièces originales, détachées de celte 
armure incomparable, et que le hasard avait 



202 



LE BULLETIN DE L'ART 



amenées à Paris, pouvaient présenter un intérêt; 

une copie de l'ensemble de l'armure aurait eu 

aussi un ïnlérH; mais une copie du fragment, à 

quelle lin cela peut-il bien répondre, sinon à 

comm('morer Tune des plus belles « gafTes » que 

l'administration des Beaux-Arts ait commises en 

ces dernières années? 

Peut- être eftt-il été préférable de la faire 

oublier. 

E. [). 

ÉCHOS ET NOUVELLES 



Légion d'honneur. — Par décret paru à VO/'ficiel 
du 9 juillet, M. Jean Boucher, statuaire, auteur du 
monument de Victor Hugo inauguré cette semaine à 
Guernesey, a été promu au grade d'oUicier de la 
Légion d'honneur. 

Académie française (séance du 25 juin). — Sur 
le prix Jofst (2.000 francs), 500 francs sont attribués 
à M. J. Péladan pour son livre : Nos égliies arlisUquea 
et historiques, et 500 francs à M. Etienne Moreau- 
Nélaton pour son livre : Eglises de chez nous. 

— Le prix Charles Blanc (1.900 francs) est partagé 
de la façon suivante : 

MM. L. Gallet, Alexis Forel et Edouard -André, cha- 
cun 500 francs ; et 400 francs à M"* Marie Bengesco 
{Éludes d'art français). 

(Séance du 2 juillet). — Sur le prix .Marcellin Gué- 
rin (5.000 francs), 500 francs sont attribués à M. Marcel 
Poilte pour son livre : la Promenade ù Paris au 
XVIll' siècle. 

Sur le prix Bordin (3.000 francs), 300 francs sont 
attribués à M. Henry Prunières pour son livre : l'Opéra 
italien en Franc* avant hulli. 

Académie des beaux-arts (séance du 27 juin). 
— Après uue longue discussion, IWcadémie vote les 
différents articles du règlement du prochain « Salon 
de l'Académie», qui se tiendra, comme on sait, tous 
les trois ans, dans la salle du Jeu-de-Paume du jardin 
des Tuileries. 

— L'Académie attribue les prix suivants : 

Prix Estrade-Delcros, de la valeur de 8.000 francs : 
M. Bigot, pour son plan en relief de la Rome impé- 
riale. 

Prix Meurand : M. Loriol, pour ion tableau Sa^omé. 

Prix Leclerc-Maria Bouland : M. Longa, pour son 
tableau la Sieste. 

Prix Edouard Leuialtre : M. Cbarrière, pour son 
tableau Avant le départ. 

Prix Alphonse de Neuville :M. Malespina, pour son 
tableau Waterloo. 



Prix Sanford-Saltus : M. Arus, pour son tableau 
léna. 

Prix Desprez : M. René Paris, pour son groupe 
Lévrier et lièvre. 

Prix Piot : M. Dufresne, pour son groupe Tendresse 
fraternelle. 

Prix de la Société française de gravure : M. Penne- 
quin, pour ses gravures d'après des œuvres de Henner. 

— L'Académie procède ensuite à l'élection d'une 
commission mixte chargée de dresser la liste des 
candidats aux fonctions de secrétaire perpétuel laissées 
vacantes par le décès de M. Henry Roujon. Sont dési- 
gnés : MM. Bonnat (peinture), Mercié (sculpture), 
Pascal (architecture), Waltner (gravure), Théodore 
DHbois (composition musicale). L'élection aura lieu 
le 18 juillet. 

(Séance du 4 juillet). — M. Bonnat, vice-pésident, 
qui fait fonction de secrétaire des séances, donne lec- 
ture d'une lettre par laquelle M. Widor déclare poser 
sa candidature aux fonctions de secrétaire perpétuel. 

— L'Académie entend ensuite les cantates des six 
candidats du Prix de Rome de composition musicale. 
Après quoi, elle procède au jugement définitif. Sont 
proclamés : 

Premier grand prix : M. Marcel Oupré, élève de 
M. Widor, né à Rouen, le 3 mai 1886. 

Premiersecondprix:M.de Pezzer, élèvedeM. Widor, 
né à Paris, le 25 novembre 1885. 

Deuxième second prix : M. Laporte, élève de 
M. Paul Vidal, né à Paris, le 19 mai 1889. 

Académie des inscriptions et belles-lettres 
(séance du 26 juin). — M. Maurice Prou donne lecture 
d'uu mémoire sur un prétendu précepte de (Charles le 
<;hauve relatif à Monlier-en-Der. 

— M. F. Thureau-Dangin communique un document 
inédit relatif à la dynastie de Larsa, qui régna en 
Chaldée pendant deux siècles et demi et fut ren- 
versé par Hammourabi en l'an 2049 avant notre ère. 

(Séance du 3 juillet). — La séance a été remise en 
raison des obsèques de M. Georges Perrot, secrétaire 
perpétuel. 

Société des antiquaires de France (séance du 
24 juin). — M. Robert Michel complète la communi- 
cation qu'il avait commencée à la séance précédente 
sur les fresques du xiv* siècle conservées à la tour de 
la Gsrde-Robe, au château des Papes, à Avignon. 11 
montre que ces fresques sont l'œuvre d'un atelier 
composé d'artistes italiens et français, mais dirigé par 
un italien, Matteo de Viterbe. 

— M. de Mély signale un texte de Roger Bacon qui 
explique que des artistes du moyen Age ont parfois 
signé avec des lettres ou des mots de langues diffé- 
rentes. 

— M. Gagnât étudie une borne miliaire du temps 
de Caracalla, récemment découverte par l'armée ita- 
lienne au