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IIMB HIWIB 



BULLETIN D'ARCHEOLOGIE, D'HISTOIRE, DE 
BIOGRAPHIE, DE BIBLIOGRAPHIE, DE 
NUMISMATIQUE, ETC., ETC., 



PUBLIE PAR 



Pikrre-Georoks-Rov 



VOLUME VINGT-TROISIÈME 



L.KVIS 



lOlT 






T 

êDOD 



BULLETIN 

DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXIII BEAl]CEVILLE=JANVIER 19II No I 



LES DEUX LEVERRIER 



François Le Verrier de Rousson. — François Le Verrier 
de Rousson était fils de Nicolas LeVerrier, seigneur de 
Boisguibert. et de Madeleine Houdon, de Paris, paroisse 
Saint-Paul. 

En 1672, il commençait à servir dans les Grenadiers. 

En 1675, il était sous-lieutenant. 

L'année suivante, en 1676, il entrait dans le régiment 
de la Reine en qualité de lieutenant. 

]\L LeVerrier de Rousson servit ensuite pendant dix 
ans dans la cavalerie. En 1684, il perdait un oeil. Ses 
états de services ne disent pas dans quelle bataille. 

Le 17 mars 1687, ^L LeVerrier de Rousson était fait 
capitaine dans les troupes du détachement de la marine. 
Il passa dans la Nouvelle-France la même année. 

En t688, m. LeVerrier eut un accident qui faillit inter- 
rompre sa carrière. Etant à la chasse avec le jeune Jacques 
Boucher de Montizambert, fils du vénérable Pierre Bou- 
cher, il eut le malheur de le tuer accidentellement. Ce fait 
se passait le 9 septembre 1688, probablement dans les en- 
virons de Trois-Rivières. 

M. Boucher de Grosbois, convaincu que la mort de son 
fils était un simple accident de chasse, donna le certificat 
suivant à M. Le\>rrier : 

■ Nous Pierre Boucher, écuier, sieur de Grosbois et sei- 



— 4 — 

gneur de Boucherville, et Jeanne Crevier, mon épouse, cer- 
tifions à tous qu'il appartiendra que si nous n'avons fait 
aucune poursuite ni plainte à l'encontre du sieur LeVerrier, 
capitaine d'un détachement de la Marine, de la mort de 
Montizambert, l'un de nos enfants, qui a été tué par le dit 
sieur LeVerrier, étant à la chasse, par un accident imprévu, 
c'est que nous sommes parfaitement instruit de son inno- 
cence^ en cette rencontre ayant toujours eu beaucoup d'a- 
mitié et considération pour notre famille et particulière- 
ment pour le dit défunt, qu'il aimait tendrement. C'est 
pourquoi à notre, égard nous déchargeons le dit sieur Le- 
Verrier de la dite mort. 

BOUCHER 

JEANNE CREVIER (i) " 

En 1689, dans une rencontre avec les Iroquois, M. Le- 
Verrier de Rousson fut blessé. 

En 1693, il f^^t de nouveau blessé à la cuisse par les 
Iroquois. La même année, le ler janvier, il avait été fait 
garde-marine. 

Le 25 mars 1694, il était fait capitaine avec commission. 
Il faut croire que jusque là il avait servi ici sans commis- 
sion. 

Le 5 mars 1695, M. LeVerrier est fait enseigne de 
vaisseau. Il n'était pas nécessaire alors de servir sur mer 
pour obtenir ce grade. 

Le 21 mai 1696, une ordonnance royale supprimai^ 
complètement les congés de traite dans la colonie de la 
Nouvelle -France. Cette ordonnance parvint au Canada par 
les vaisseaux qui arrivèrent à la fin de l'été. M. de Fron- 
tenac, qui avait ses raisons pour en agir ainsi, ne promulgua 
cette ordonnance qu'au mois de mai 1697. M. de Callières, 
gouverneur de Montréal, publia aussitôt les ordres reçus 
par M. de Frontenac: Le 6 septembre 1697, par l'ordre sui- 



( 1 ) Manuscrit en la possession de la Historical Society, Chicago. 
Publié dans Rapport concernant les archives canadiennes pour 1905, vol. I, 
p. LXVI. 



vant, il postait M. LeX^errier avec un détachement en amont 
de Alontréal, pour arrêter ceux qui voudraient monter aux 
Outaouais, sans congé spécial du gouv^erneur : 

'* Il est ordonné au Sieur Le Verrier, Capitaine du dé- 
tachement de la marine, de partir incessamment de cette 
ville avec le détachement qui lui sera remis par le Sieur de 
Langloiserie, major de cette ville, pour aller au pied du 
long Sault de la grande rivière se poster du côté nord dans 
le lieu qu'il jugera le plus propre pour en garder les deux 
bords, afin d'empêcher qu'aucun Français n'y puisse mon- 
ter, soit dans des canots à eux appartenant ou parmi les 
Sauvages, usant de toutes sortes d'adresses et de force pour 
les prendre et me les amener en cette ville en toute sûreté, 
avec les marchandises, boissons et effets qui pourront leur 
appartenir, à la réserve de ceux qui seront avoués du Sieur 
de Tont}', qu'il laissera passer, suivant la permission qui lui 
en a été accordée par M. le Comte de Frontenac. 

'* Il se saisira pareillement de tous ceux qu'il pourra 
rencontrer dans la grande rivière, tant en allant qu'en re- 
venant, nonobstant tous congés qu'il lui pourraient mon- 
trer, et qu'en cas qu'il trouvât des caches de marchandises 
dans les bois ou ailleurs, le long de sa route depuis la Chine 
en remontant, de les enlever pour les apporter en cette ville 
à son retour, en faisant un mémoire de tout ce qui pourra 
se trouver. 

*' Il sera à propos que dans le lieu qu'il aura trouvé 
propre pour se poster, qu'il y fasse un petit fort de pieux 
à la manière des Sauvages ou, du moins, une abatis pour sa 
sûreté contre les ennemis, dans lequel il fera faire si bonne 
garde qu'il ne puisse être surpris, et afin qu'aucun canot 
français ne puisse se dérober à sa vue pendant la nuit. Il 
détachera tous les soirs un canot qu'il enverra du côté du 
Sud, sans faire de bruit, et un autre du côté de la Rivière 
du Nord, afin de se saisir de ceux qui voudraient tenter d'y 
passer. 

" Il s'informera à la Chine et au bout de l'Ile et depuis 
quand, si on n'avait pas vu monter quelques canots fran- 



— (3 ... 

çais, et si, en arrivant au long Sault il voyait par des pistes 
fraîches qu'il en fut monté quelques uns depuis peu ; qui 
ne pourrait être que des français. Il détachera un ou deux 
canots avec un officier dans chacun pour les poursuivre, en 
toute diligence, jusqu'au Sault de la Chaudière, afin de tâ- 
cher à les attraper. 

" Nous remettant au surplus à sa bonne conduite pour 
faire réussir le dessein pour lequel je l'envoie. 

" Fait à Montréal, le 6 septembre 1697. 

" (Signé) Le Ch'er de CALUERE " (2) 

Le 7 juillet 171 1, le ministre prenait la peine d'écrire 
à M. Le Verrier de Rousson pour le blâmer de son défaut 
de zèle au service (3). 

Le 21 juin 1712, le ministre écrivait à M. Le X^'errier 
qu'il n'avait pu demander pour lui le commandement du 
fort de Chambly, attendu qf.e ce poste ne devait pas être 
érigé en gouvernement. 

En 1713, le 28 juin, M. Le Verrier était fait chevalier 
c!e Saint-Louis. 

^.l de Vaudreuil écrivait au ministre le 16 septembre 
1714 : 

■' J'ai reçu à Montréal suivant l'ordre de Sa Majesté 
et votre lettre du 3 juillet 1713 les sieurs Le Verrier et La 
Corne, chevaliers de St-Louis. Ils m'ont paru l'un et l'au- 
tre très sensibles à l'honneur que Sa Majesté avait bien 
voulu leur faire " (4). 

L^ie note anonyme de 1714 dit au sujet de M. Le Ver- 
rier : 

" Le sr. Le \^errien Français. Sert depuis 1672, est 
le ])remier capitaine. A s£rvi en France. Est assez bon 
officier et a de la dignité " (5). 



(2) Archives publiques du Canada, Correspondance générale, vol. 15, 

(3) Richard, 1899, p. 434. 

(4) Archives publiques du Canada, Correspondance générale, vol. 34. 

(5) Bulletin des Recherches Historiques, vol. I, p. 114. 



En 1713, la majorité des troupes étant devenue vacante 
par la mort de M. Dumesny Norey, M. Le Verrier, qui était 
le "premier capitaine", c'est-à-dire le capitaine dont la no- 
mination remontait le plus haut, demanda cette charge. 

Elle était également briguée par MM. Bouillet de la 
Chassagne, de Saint-Martin, Céloron de Blainville, Sabre- 
voy, de La Corne et Louis-Philippe de Vaudreuil, fils aîné 
du gouverneur de la Nouvelle-France. 

M. Le Verrier fut nommé le 12 mai 1714. 

Le 27 avril 1716, M. Le Verrier de Rousson remplaçait 
M. Bouillet de la Chassagne à la majorité de Montréal. 

Le 8 février 1724, en considération des blessures qu'il 
avait reçues au service, le roi accordait à M. Le Verrier de 
Rousson une pension de 400 livres sur le trésor royal. 

Le 15 mai 1725, M. Le Verrier remplaçait M. de Lou- 
vigny conmie lieutenant de roi à Québec. 

Le 20 octobre 1727, l'intendant Dupuy écrivait au mi- 
nistre : 

*' Il n'y a, quant au présent, que des éloges à faire aux 
officiers des troupes qui servent ici. La guerre que M. le 
marquis de Beauharnois avait déterminée à Montréal et 
qui nous a tenus en préparatifs à Québec jusqu'à ce qu'il 
envoyât les ordres' pour faire monter les troupes à ]\Iont- 
réal, m'a donné lieu de connaître leur zèle et leur vivacité 
pour le service du Roi. 

*' "SI. Le Verrier, lieutenant de Roi à Québec, qui y 
commandait en l'absence de M. le gouverneur-général, s'y 
est comporté avec tout le feu, la vivacité et l'expérience 
d'un ancien officier ; il a vu faire la guerre à M. de Turenne 
et, par conséquent, à bonne école. Cela parait en tout ce 
qu'il fait, sa vigilance est entière et personne n'est plus fer- 
me et plus positif que lui dans les règles du service. Il joint 
à toutes ces bonnes qualités une attention singulière à for- 
mer M. son fils, qui est un des officiers des mieux faits et 
des plus louables par deux caractères qui paraissent rare- 
ment ensemble dans les jeunes gens, une sagesse exemplaire 
dans les moeurs et beaucoup de bravoure dans ses actions et 



-8— 

ses procédés ; il a été du détachement de Niagara, il en est 
revenu malade et j'ose vous représenter, Monseigneur, que 
le soin que M. Le Verrier a pris de Québec et le bon ordre 
qu'il va entretenu mérite que son fils se ressente de vos 
bonnes grâces " (6). 

Le 14 octobre 1730, l'intendant Hocquart écrivait au 
ministre : 

'• M. le marquis de Beauharnois m'a fait part de ce que 
vous avez agréable de lui marquer au sujet de plusieurs 
sommes provenant des congés qu'il a distribués à quelques 
familles de ce pays-ci l'année dernière, entre autres à mes- 
dames Leverrier et La Corne. Je n'ai point craint, Monsei- 
gneur, de contribuer à le déterminer à continuer le même 
secours à ces deux familles cette année, qui en ont un ex- 
trême besoin. MM. Leverrier et La Corne sont à la vérité 
tous deux lieutenants de Roi, mais dans un état si fâcheux, 
eu égard à leur place et à leur peu d'aisance, qu'ils sont dans 
le cas d'avoir besoin plus que personne de ce secours. Le 
sieur Leverrier commande pendant trois mois de l'été à 
Québec, et il convient que la dignité du commandement soit 
accompagnée d'un certain extérieur. M. de La Corne a 
douze enfants vivants qui se portent tous au bien et l'on ne 
peut concevoir comment avec une fortune si médiocre il a 
pu les élever. Je n'ai l'honneur de vous écrire, Monsei- 
gneur, que pour rendre témoignage à la vérité " (7). 

En T730, lorsqu'il s'agit de remplacer M. Bouillet de la 
Chassagne au gouvernement de Trois-Rivières, M. Le Ver- 
rier sollicita cette charge, mais elle fut accordée à M. Bois- 
berthelot de Beaucours. 

Le 21 mars 1730, le ministre écrivait à M. Le Verrier 
(ju'il aurait désiré lui donner le gouvernement de Trois- 
Rivières qu'il avait sollicité, mais cette faveur revenait à 
M. de Beaucours en raison de l'ancienneté de ses services. 

Le 15 octobre 173O, l'intendant Hocquart écrivait au 
ministre : 



(6) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 

(7) Archives publiques du Canada, Correspondance générale, vol. 53. 



... 9-.- 

" M. de la Chassagne a pris possession du gouverne- 
ment de Montréal et M. de Beaucours de celui des Trois- 
Rivières. M. Leverrier, lieutenant de roi à Québec, a été 
bien touché de n'avoir point obtenu cette dernière place. 
Cet officier quoique âgé a continué de servir avec beaucoup 
de zèle et d'activité pendant l'absence de M. le général. Il 
aime et fait observer la discipline. Il est sujet à quelque 
dépense extraordinaire pendant le temps de son comman- 
dement et il mérite. Monseigneur, par ses longs services et 
par le peu d'aisance qu'il a que Sa ^lajesté lui accorde quel- 
que gratification ou augmentation d'appointement " (8). 

François Le \'errier, sieur de Rousson, décéda à Qué- 
bec le 6 novembre 1732, et fut inhumé le lendemain dans 
l'église paroissiale. Il est dit dans son acte de sépulture 
" qu'il décéda dans la communion de notre mère la sainte 
église après avoir reçu les saints sacrements de pénitence et 
d'extrême onction n'avant pu recevoir le saint Viati- 
que "(9). 

^\. Le Verrier avait épousé à Montréal, le 15 juin 
1704, Jeanne-Charlotte de Fleury, fille de Jacques-Alexis 
de Fleury, seigneur de Deschambault, lieutenant-général de 
Montréal, et de Marguerite de Chavigny. 

Nous devons copie de l'acte de mariage de M. Le \'er- 
rier à ]\1. E.-Z. Massicotte. Il vaut la peine d'être repro- 
duit ici : 

" Le quinzième juin mil Sept Cent quatre après la pu- 
blication d'im banc Monsieur de Belmont grand-Mcaire 
de Monseigneur l'Eveque ayant accordé la dispense des 
deux autres et ne s'étant trouvé aucun em])echement cano- 
nique Mon dit Sieur de Belmont après avoir pris Le mutuel 
consentement par paroles de présent de francois Le X'errier 
Ecuyer Seigneur de Rousson Capitaine d'une compagnie 

(8) Archives publiques du Canada, Correspondance générale, vol. 53. 

(9) Un des frères de M. Le Verrier de Rousson, M. Le Verri r de 
Boisguibert, servait aussi dans l'armée. D'après Laffilard, il fut fait garde- 
marine le 24 août 1684 et capitaine aux Iles le 22 septembre 169L Ce M. 
Le Verrier de Boisguibert serait mort aux Isles en 1693. 



— 10 — 

du détachement de la marine fils de feu Nicolas Le Verrier 
Ecuyer Seigneur de Boisguibert et de Dame Madeleine 
hoacion Son Kpouse, de la paroisse de Saint Paul Ville et 
Eveché de Paris d'une part et Damoiselle Jeanne Charlot- 
te de fleury fille de Jacq. Alexis de fleury Ecuyer Seigneur 
Deschambault Conseiller du Roy et Son Lieutenant General 
de la iustice Royale de L'Isle de Montréal et autres lieux en 
depandans et de Damoiselle Marguerite de Chavigny Son 
Epouse de cette paroisse d'autre part, Leur a donné La bé- 
nédiction nuptiale Selon l'usage de* notre Mère Sainte Egli- 
se en présence de haut et Puissant Seigneur Messsire Phi- 
lippe Rigault Marquis de Vaudreuil chevalier de l'ordre 
militaire de St Louis Capitaine de Vaisseau, Gouverneur 
General dans toute La Nouvelle france, de Messire francois 
de Beauharnois chevalier Seigneur de La Chaussaye Beau- 
mont et autres lieux Conseiller du Roy en ses Conseils, In- 
tendant de Justice, police et finances en toute la nouvelle 
france, de Messire claude de Ramezay chevalier Gouver- 
neur de L'Isle de Montréal et autres lieux en depandans, 
de Monsieur francois Galifet Ecuyer Lieutenant de Roy du 
dit gouvernement de Montréal, de Monsieur Jacques Alexis 
de fleury père de la dite Epouse Ecuyer Seigneur Descham- 
1)aut Conseiller du Roy et Son Lieutenant gênerai dans La 
iustice royale de La dite Isle et plusieurs autres parens et 
amis des dites parties signé. — francois Le Verrier, Anne 
Charlotte de fletiry, Vaudreuil, Beauharnois, Joibert, de 
Ramezai, Galifet, J. A. de fleury, de Longùeil, Marguerite 
de Chavigni, François Vachon de Belmont, grand Vicaire. 
Priât, Ptre." 

Madame Le Verrier obtint, quelques mois après la 
mort de son mari, une gratification de 400 livres (avril 

On sait qu'elle devint en secondes noces 1 épouse du 
dernier gouverneur de Vaudreuil. Malgré nos recherches 
nous n'avons pu trouver nulle part ni son contrat de maria- 
ge ni son acte de mariage avec M. de Vaudreuil. 

Quoiqu'il en soit, après la conquête M. et Mme de Vau- 



... 11 ... 

dieuil s'embarquèrent pour la France. Madame de Vau- 
dreail ne revint jamais dans la Nouvelle-France. 

Du mariage de François Le Verrier de Rousson et de 
Jeanne-Charlotte de Fleury naquirent deux enfants : Louis 
Le Verrier, né à Montréal le ii avril 1705, et Jacqueline- 
Ursule-Marguerite Le Verrier, née à Montréal le ler juillet 
J706. Celle-ci devint la femme de Jean- Pascal Soumande 
et fut la mère de l'épouse du fameux Villiers de Jumonville. 

Louis Le Verrier. — Né à Montréal le 11 avril 1705, du 
mariage de François Le \^errier de Rousson et de Jeanne 
Charlotte de Fleury. 

Le 5 mai 1722, le roi abolissait les petites enseignes ou 
enseignes réformées dans les vingt-huit compagnies ser- 
vant au Canada, et établissait à leur place un enseigne en 
second dans chaque compagnie. Furent choisis pour rem- 
plir ces enseignes : les sieurs Diigué, Raymond, Costebeile, 
Catalogne, la Martinière, de la Corne, Leverrier, Sabrevois 
et de Lignery (10). 

Le 24 mai 1728, le ministre écrivait à M. Le \>rrier 
père qu'il procurerait une enseigne en pied à son fils à l'oc- 
casion. 

Elle lui fut accordée trois ans plus tard, le 5 février 
1731- 

A la promotion de M. Bécard de Grandville au com- 
mandement d'une compagnie en 1736, l'enseigne Le Verrier 
demanda une lieutenance, mais il put l'obtenir. 

C'est le 1er avril 1739, que ^L Le Verrier fut fait lieu- 
tenant. 

Le 30 avril 1742, le président du Conseil de marine 
écrivait k M. de Beauharnois, gouverneur de la Nouvelle- 
France, de laisser passer en France le lieutenant Le \'errier 
destiné pour les troupes de la Louisiane. 

Cette même année 1742, le ler décembre, M. Le \'er- 
rier obtint une expectative de capitaine à la Louisiane. 

Nous voyons par une lettre de M. Hocquart à la date 

(10) Richard. 1899, p. 227. 



—12— 

dii 24 décembre 1742 que M. Le Verrier était parti pour la 
Louisiane. 

M. Le Verrier fut fait capitaine en titre le ler janvier 
'744- 

En 1755, M. de Vaudreuil, beau-père de M. Le A^errier, 
qui était gouverneur de la Louisiane depuis 1742, était pro- 
mu au gouvernement de la Nouvelle-France. M. Le V^er- 
rier, sentant que son avancement serait plus rapide en sui- 
vant M. de Vaudreuil, demanda et obtint de revenir dans 
la Nouvelle-France. 

A la promotion de cette même année 1755, M. Le Ver- 
rier fut fait chevalier de Saint-Louis. 

En 1757, M. Le Verrier était commandant du poste de 
Michillimakinac. 

En 1758, d'après le "JounmV' de Montcalm, M. Le 
Verrier commandait au poste de la Rivière St-Joseph (11). 

En 1759, le 1er février, M. Le Verrier succédait à M. 
])umas comme major de Québec. 

Après la Conquête, M. Le Verrier suivit son beau-père 
et sa mère en France. Nous perdons ses traces à partir de 
1760. 

L'auteur anonyme des ''Mémoires sur les affaires du 
Cnada, depuis 1749 jusqu'à 1760", écrit au sujet de M. Le 
Verrier : 

" Ceux d'entre les commandants qui se distinguaient 
le plus étaient le sieur de Bellestre au Détroit, de 
X'ergor et Saint-Blin. au Fort Machault, et I,e Verrier à 
Missilimaquinac (Michillimakinac) ; ce dernier était fils 
de la femme de M. de Vaudreuil ; il n'était ni brave ni spi- 
rituel ; son beau-père l'envoya commandant de ce. poste, 
pour y faire sa fortune ; il la voulut faire si vite qu'il fit un 
jour un certificat de dix mille livres pour dix livres, et ayant 
su qu'il avait été acquitté, il continua sur le même pied, de 



(II) TP, 487. 518. 



-~ J3 — 

sorte qu'en peu de temps il se trouva aussi avancé que ceux 
qui travaillaient depuis plusieurs années " (12). 

Il faut prendre avec beaucoup de discernement les af- 
firmations de cet écrivain anonyme. Ses Mémoires très 
caustiques mériteraient plutôt le nom de pamphlets. Ce 
qu'il dit en particulier de M. Le Verrier semble très exagéré. 

P.-G. R. 



(12) R 105. 



NOMS SAUVAGES 



ALGONQUIN : Le mot Algonquin signifie, paraît-il, plus rouge. Il 
faut croire que les Algonquins avaient la peau plus rouge que les autres Sau- 
vages. 

HURONS : Les Hurons habitaient au nord des lacs Erié et Ontario. 
Ils s'appelaient Wyandots, et ils furent surnommés Hurons à cause du bizarre 
aspect de leur tête tatouée et de leur chevelure. Les premiers Français qu» 
virent ces étonnantes têtes de Sauvages s'écrièrent : "Quelles hures ! 

MONTAGNAIS : "J'ignore complètement, écrivait Mgr Taché à sa 
mère en 1851, pourquoi nos Canadiens ont appelé ces Sauvages Montagnais, 
puisque cette peuplade était précisément la plus éloignée de la grande chaîne 
de montagnes, et qu'il n'y avait aucune montagne considérable dans le territoire 
qu'elle occupait." 

IROQUOIS : La nation iroquoise reçut des Français le nom sous 
lequel elle est généralement connue et que l'on fait dériver du mot Hiro, j'ai 
dit. conclusion ordinaire des harangues de ses orateur. Les Iroquois s'appelaient 
eux-mêmes du nom de Hottinonchiendi, qui signifie cabane achevée. Les Hol- 
landais, leurs voisins, les app>elaient Maquas, désignation qui s'est étendue même 
aux Hurons. En changeant un peu ce mot les Anglais ont formé le nom de 
Mohawk, qu'ils donnèrent aux Agniers. 

ABENAKIS : Ce nom vient de Ahanki, terre du Levant, nom que les 
Algonquins donnaient au pays des Canibas et des autres Sauvages de l'Acadie. 
De là, les Français appelèrent ces Sauvages Abénaquois, ce qui veut dire : 
ceux de la terre du Levant. Ce nom désigna d'abord tous les Sauvages de 
i'Acadie, mais, plus tard, il fut plus particulièrement donné à ceux de la rivière 
Kénébec, parce que c'était le pays des Canibas. ancêtres des Abénakis du Ca- 
nada. 



14— 



Le capitaine Jacpes de Chambly 



Dans sa lettre au ministre, datée à Québec, le 2 novembre 1 672, parlant 
de troupes nécessaires au Canada Frontenac dit : " Si vous nous faites la 
glace de nous en envoyer quelques unes. Il y a icy un gentilhomnr.e et un vieil 
officier très propre pour les commander et qui ayant eu cet honneur, se trou- 
veroit bien mortifié si on le donnoit à un autre, c'est Mr de Chambly qui doit 
estre recommandable non seulement par les longs services qu'il a rendus mais 
encore par le soin qu'il a pris d'accommoder l'habitation qu'on luy a donnée 
au fort St-Louis qui est ce qu'on dit la plus jolie de tout le pais. Il est homme 
de mérite et d'entendement qui vouloit repasser en France pour ses affaires par- 
ticulières, mais comme c'st icv la seule personne .en qui je me pourrois confier 
s'il arrivoit quelque chose, je l'ay tant pressé que je lui ay fait changer de 
dessein, dans l'espérance que je luy ay donnée que vous voudriez Lien consi- 
dérer les prières que je vous ferois en sa faveur et que pour estre esloigné vous 
ne l'en oubliez pas plus tost. M. d'Estrade par qui je l'ay connu devant que 
de l'avoir vu vous pourra encore mieux dire que moy ce qu'il vaut puisqu'il a 
longtemps commandé son régiment. Et Mr le Premier Président qui le con- 
noist aussi fort particulièrement " (1 ). 

Le 5 mai 1 676, or-dre du roi, portant commission au sieur de Chambly 
pour commander en l'Acadie au lieu et place de M. de Grandfontaine (2). 

A Paris, 1 7 may 1 674, lettre de Colbert à Frontenac, dans laquelle il 
dit : " Sa Majesté a estimé que le sieur de Chambly s'acquitteroit bien du 
gouvernement de l'Acadie, dont vous devez assez connoistre la conséquen- 
ce" (3). 

Frontenac, à la date du 1 4 novembre 1 674, écrit à Cplbert : 

*' Quoique je sois au désespoir d'avoir à vous parler de toutes ces con- 
testations et de n'avoir qu'à vous mander des mauvaises nouvelles peu agréables, 
je ne puis m'empêcher de vous donner avis du malheur arrivé à M. de Cham- 
bly de sa blessure et de la prise de Pentagouet avec celle de Gemsec dans la 
rivière St-Jean et du sieur de Marson qui y commandoit ce que j'en sais par 
une lettre que le d. sieur de Chambly m'a écrite est que le 10 août (1674) il 



( 1 ) Archives fédérales, série cotée F. 3, p. 352. 

(2) Archives fédérales, série F. 210, p. 23, p. 307 de F. 112. 

(3) Archives fédérales, série cotée F. 211, p. 



—15-" 

fut attaqué par un bâtiment de boucaniers qui venaient de St-Domingue et qui 
avaient passé à Ba^ton dans lequel il y avait cent dix hommes, qu'après avoir 
mis pied à terre, soutenu pendant une heure leur attaque, il reçu un coup de 
mousquet au travers du corps qui le mit hors de combat et qu'aussitôt son 
enseigne (4), et le reste de sa garnison qui n'était composée avec les habitans 
que de trente hommes mal intentionnés et mal armés se rendirent à discrétion, 
que ces forbans ont pillé le fort, emporté tout le canon et qu'ils devaient mener 
le sieur de Chambly à Baston avec le sieur de Marson qu'ils envoyèrent prendre 
dans la rivière St-Jean, par un détachement qu'ils firent, l'ayant mis à rançon 
et voulant lui faire payer mille castors. Comme je n'ai reçu cette nouvelle qu'à 
la fin de septembre par des sauvages, que le sieur de Chambly m'envoya avec 
son enseigne pour me conjurer de donner ordre à sa rançon et que ne restant 
plus qu'un mois de navigation j'étais dans l'impuissance d'envoyer en Acadie du 
secours quand même j'aurais eu les choses nécessaires p>our cela, je me suis 
contenté d'envoyer quelques gens avec des canots pour essayer d'avoir des 
nouvelles de l'état où ils auront laissé le fort et s'ils n'en auront rien entrepris 
contre Port-Royal de leur ordonner de ramener la damoiselle de Marson et 
ceux qui sont dans la rivière St-Jean et d'envoyer à un correspondant que le 
sieur Formont m'a donné à Baston, des lettres de change pour la rançon de 
Monsieur de Chambly que je me suis obligé de faire acquitter par mon mar- 
chand à la Rochelle ne croyant pas qu'il fût de la gloire du Roi, pour lequel 
je sacrifierai toujours le peu que j'aurai de bien, de laisser à la vue de nos 
voisins un gouverneur entre les mains des Pirates qui l'auraient amené avec eux 
ou peut être assommé outre que ce pauvre gentilhomme est assurément par son 
îfjérite et ses longs services digne d'une meilleure destinée. 

" J'ai écrit aussi une lettre au gouverneur de Baston pour lui marquer 
l'étonnement où je suis de voir que n'y ayant aucune rupture entre Sa Majesté 
el le Roi d'Angleterre, il donne retraite à des forbans et des gens sans aveu et 
sans commission après qu'ils nous ont fait une telle insulte et que pour moi je 
croirais manquer aux ordres que d'entretenir avec eux une bonne correspon- 
dance si j'en usais de la sorte. Je suis persuadé que ceux de Baston se sont 



(4) Cet enseigne était Jean-Vincent d'Abbadie, baron de Saint-Castin. 
" Il (M. de S. Castin) passa en ce pais (Acadie) dés l'âge de quinze ans, 
en qualité d'Enseigne de Mr de Chambly ; et ayant été obligé à la prise de 
Pentagoiiet de se sauver dans les bois avec les Sauvages, il se vit comme forcé 
de s'accommoder à leur manière de vie." — Lettre de l'abbé Louis Petit, curé 
de Port:Royal, à Mgr de Saint- Vallier, le 22 oct. 1685. 



servis de ces gens-là pour nous faire cette avance leur ayant même donné un 
pilote anglois pour les conduire, supportant impatiemment notre voisinage et 
la contrainte que cela leur donne pour leurs pêches et leur traites " (5). 

JLe 20 mai 1 676, commission pour le commandement de l'Acadie accor- 
dée au sieur de Chambly (6). 

M. de Chambly, dit Clément, était l'un des officiers du régiment de Cari- 
gnan qui avaient obtenu des concessions seigneuriales au Canada. Capitaine au 
Canada en 1699 (il y était venu en 1665, puis rentra en France, en 1668, et 
revint en 1 670) , il fut nommé commandant de l'Acadie en 1 673, en rempla- 
cement de M. de Grand fontaine. En 1677, il fut chargé du commandement 
militaire des îles. Gouverneur provisoire, de la Grenade en 1 679, puis de la 
Martinique en 1680. Mort et remplacé le 15 août 1687 (7). 

Voici la notice que donne Lafillard : 

" De Chambly, capitaine au Canada en 1664 ; capitaine au Canada, 
le 25 mars 1669 ; commandant à l'Acadie, 5 mai 1673 ; commandant à 
l'Acadie, 22 mai 1676 ; commandant des troupes aux Isles. 3 sept. 1677 ; 
provision de gouverneur pour la Grenade, le 24 avril 1 679 ; provision de 
gouverneur pour la Martinique, 7 juin 1 680 ; mort et remplacé à la Martini- 
que le 15 août 1687" (8). 

Il y a à la page 278 et suivantes de VAcadiensis, livraison d'octobre 
1905, un article intitulé : The Dutch Conquest of Acadia, dans lequel il est 
question de Chambly et de Marson. 

PLACIDE GAUDET 



(5) Archives fédérales, série F. 322, de p. 248 à p. 251. 

(6) Archives fédérales, série F. 212, p. 73. 

(7) Colbert par Clément, vol. III, 2e partie, pp. 579 et 580. 

(8) Archives fédérales, série F. 284, p. 128. 



Comment on se réjouissait autrefois sons 
peine d'amende 

Vous êtes-vous déjà demandé comment on célébrait, à Montréal, les fêtes 
officielles, au temps lointain du régime français ? 

Pour le cas où vous auriez la curiosité de le savoir, voici trois p>etits docu- 
ments qui peuvent vous renseigner. Ils émanent des archives du palais de justice 
de Montréal et ils nous fournissent des informations savoureuses. 

Le premier document est une ordonnance enjoignant aux habitants d'illu- 
miner les fenêtres de leurs maisons à la chandelle, sous peine d'amende. De 
sorte que, veut Dieu, veut diable, suivant le dicton des anciens, pauvres et riches, 
indifférents ou enthousiastes, tous devaient faire leur part de la célébration, tous 
devaient se réjouir, au moins ostensiblement. Lisons : 

Du 14 juillet 1752, l'ordce pour les Réjouissances au sujet de la nais- 
sance de mr le duc de Bourgogne, a été enregistrée amsy ql ensuit. 

De par du Roy et de mr le lieutenant général de la jurisdiction monsieur 
le commandant général ayant fixé pour cette ville les réjouissances publiques 
ordonnés par le Roy a l'occasion de la naissance de mr le duc de bourgogne ( 1 ) 
pour dimanche prochain pour la faire avec quelque ordre, nous exhortons touts 
les domiciliés tant de cette ville que des fauxbougs de mettre sur chacune des 
croisées de leurs maisons une chandelle au moins et de les y placer de façon que 
leur Lumière ne puisse toucher à Rien de combustible et quant aux particuliers 
dont la triste situation ne pouroit leur permetre de fournir à cette dép>ense nous 
leur ordonnons d'en mettre du moins une dans une des croisées de leur maison 
a paine de trois livres damande applicable au dénonciateur avec dépenses a 
quelque personne que se puice être de faire des feux de joye devant leurs p>ortes 
ou faire tirer dans les rues, cours ou jardins aucuns coup de fusil, fuses ou 
pétards a penne de cinquate livres dammande dont mothié applicable aud. 
dénonciateur et, l'autre moitié à l'hôtel Dieu de cette ville et à ce que personne 
n'en ignore sera notre présente ordonnance lue, publiée et affichée aux endroits 
ordinaires et accoutumés, mandons de ce montréal le 12 juillet 1752. 

(Signé) GITON (sic) MONREPOS 



( 1 ) Le duc de Bourgogne, ^Is du Dauphin et petit-fils de Louis XIV, 
était né en 1 75 L 



... 18 ... 

L'ordonnance cy contre a esté par moy huissier soussigné lue, publié au 
son de tembour adeffaut de trompe par toute la ville et faux bourgs de Mont- 
réal, et ensuit copie d'y celle affiché tant au porte de lad. ville qu'au endoirt 
accoutumée ce jourdhui treize juillet mil sept cens cinquante deux 

DE COSTE 

DANRE DE BLANZY 

ïjj ^ Hî 

Le second et le troisième document dont nous ne donnerons que des 
extraits parce qu'ils sont faits sur la même formule que le premier, concernent 
les réjouissances commandées à l'occasion de la convalescence de M. le Dau- 
phin, dont les jours avaient été mis en danger par la petite vérole durant l'au- 
tomne de 1 752. 

On constatera que dans l'une de ces pièces le scribe emploie le mot 
citoyens, au lieu de bourgeois, habitants ou domiciliés. C'est encore le seul 
document de l'époque dans lequel nous avons remarqué cette expression insolite, 
au moins, en la Nouvelle-France. 

Détails nouveaux : l'autorité, cette fois, permet l'usage de chandelles et 
de lampions, mais si les gens étaient forcés d'illuminer, sous peine d'amende, ils 
ne pouvaient, non plus, commencer leur illumination à leur gré, il leur fallait 
attendre le moment officiellement fixé, car l'amende guettait aussi les réjouis- 
scurs trop pressés : 

Ordonnance pour la réjouissance au sujet de la convalescence 
de Monseigneur le Dauphin 



Jacques Joseph Guiton Monrepos, Conseiller du Roy, Lieutenant général 
de la jurisdiction Royale de Montréal — Monsieur Le gouverneur générai 
ayant fixé pour cette ville au Samedy, vingt cinq du présent mois, jour de St. 
Louis Les Réjouissances ordonnées par le roy pour La convalescence De mon- 
seigneur Le dauphin Pour ce faire avec quelque ordre nous exhortons tous les 
sitoyens de mettre ce jour-là, sur chacune de croisées de leurs maisons des chan- 
delles ou lampions allumés Et de les y placer de façon que leurs Lumières ne 
puissent toucher à rien De combustible Et quand aux particulières (sic) dont 
la triste situation ne leur permet pas de fournir à cette dépense Leur ordonnons 
de mettre du moins une chandelle ou un lampion dans une des Croisées de leurs 
maisons à peine de trois livres d'amande, faisons defîences à quelque personne 
que ce puisse être de faire des feux de joyes etc. Fait à montréal, Le quatorze 



i 



—10— 

aoust mil sept cens cinquante trois. Signé : Guiton Monrepos. 

L'ordonnance cy dessus a esté par moy De Coste huissier audiancier sous- 
signé Lue publiée a son de tembourg a defîaut de trompe par toute La ville Et 
faux bourgs de Montréal Et Ensuite*" Copie de lad. ordonnance affiché aux 
Endroits accoutumée Ce jourdhuy, quinze aoust mil sept cens cinquante trois. 

Signé : DE COSTE 

DANRE DE BLANZY 

Ordonnance prorogeant le jour marqué desd. réjouissances 



Jacque Joseph Guiton Monrepos, conseiller du Roy, Lieutenant géné- 
ral, etc. 

Monsieur Le général ayant jugé à propos de remettre L'illumination or- 
donnée pour la Convalescence de Monseigneur Le dauphin à dimanche au soir 
prochain au Lieu du Samedy Le public est averti de tenir seulement pour 
Dimanche prochain Leurs chandelles ou Lampions prêts à être allumez au 
premier coup de canon qu'on fera tirer sur le soir pour servir de signal général 
avec dfîences à toutes personnes de les allumer plutôt à peine de trois livres 
d'amande, etc. Fait à Montréal le 24 août 1 753. Guiton Monrepos. 

L'ordonnonce cy dessus et de l'autre part a esté par moy de Coste, huis- 
sier audiancier, soussigné, Lue et publié par toute la ville et faux bourgs de 
Montréal, à son de tembourg à deffaut de tromp>e et sur les quatre fosses du 
marchez de cetted. ville, ce jourd'huy vingt quatre aoust, mil sept cens cinquante 
trois. 

Signé : DE COSTE 

DANRE DE BLANZY 



Bien qu'ils soient signés par M. le juge Guiton de Monrepos et contre- 
signés par le greffier, Danré de Blanzy, il est probable que ces documents n'ont 
pas été rédigés par eux, car ces deux "officiers de justice" connaissaient assez 
la valeur des mots et l'orthographe pour ne pêcher que modérément contre la 
grammaire. Il est plus raisonnable de supposer que la rédaction et la trans- 
cription des ordonnances ci-dessus sont de J. B. De Coste, huissier audiencier 
de Montréal (1733-1759). ou d'un autre "écrivain" attaché au tribunal. 

E. Z. MASSICOTTE 



— 20 — 

Vassal de Montviel 



Le Bulletin des Recherches Historiques a donné en 1 909 quelques lignes 
de M. B. Suite sur François-Germain-Bonaventure de Vassal de Montvici. 

Cet officier du régiment de Béarn venu au Canada avec Montcalm et 
Lévis appartenait à une famille du sud de la France. Il avait pour auteurs 
François, seigneur de Montviel et Rose Frémond de Raimond, de St. Georges, 
diocèse d'Agen. Lévis changea le capitaine au régiment de Berry et lui donna 
une compagnie qui s'appela Vassal. 

François-Germain-Bonaventure aurait été lieutenant en 1 739 ; capitaine 
en 1 746, Chevalier de St. Louis. En 1 758, il épousa à Boucherville Char- 
lotte Boucher de la Perrière, baptisée en I 737, fille de François-Clément et de 
Charlotte Pécaudy de Contrecoeur. Germain mourut le 1 5 mai 1 760 des 
blessures reçues au siège de Québec le 28 avril I 760. Sa femme se remaria 
le 27 novembre 1765, avec René Boucher de la Bruère, à Boucherville. 

François, fils de Germain, naquit à Boucherville le 4 novembre 1 759. 
Carleton dans la liste de nomblesse canadienne en 1 767 ne parle pas de 
François de Vassal qui entra au service en 1 775. En août 1 782 alors qu'il 
est enseigne il obtient un congé pour aller en France recueillir la succession de 
son père. Il revint aussitôt après, rentra au service, et fut nommé un peu plus 
tard, après une lieutenance, capitaine des Royaux Volontaires Canadiens. Au 
bout de huit ans, il fut réformé. En 1 795 il épousa Marie-Louise Perrault ; 
l'année suivante, le 1 5 octobre 1 796 il Çt baptiser une fille, Charlotte. Tan- 
guay (Dictionnaire, vol. VII), ne lui rapporte que cette enfant ; cependant 
Courcelles {Hist. des Pairs de France, vol. V), dit qu'il eut deux filles. 

En l 807, François eut le grade de lieutenant-colonel et adjudant-général 
des milices du Bas-Canada. Son décès arriva en I 84 1 . 

Cette famille des Vassal de Montviel a encore des représentants en France. 

Les armes sont : 

D'azur, à la bande d'argent remplie de gueules, chargée de trois besants 
d'or, et accompagnée de deux étoiles du même, une en chef et l'autre en pointe. 

REGIS ROY 



... 21 — 



Valeur de l'argent 



Quelques-uns de nos chercheurs ont découvert que les conseillers du Con- 
seil Souverain de la Nouvelle-France recevaient une indemnité corresp>ondant 
à trois francs pxjur chaque présence aux réunions du dit Conseil. Ils ont aussi 
rencontré des mentions du prix du minot de blé, à vingt-cinq sous, ou de la 
. corde de bois de chauffage à trente sous — et tant d'autres faits semblables 
qu'ils en ont conclu que toute chose se payait, il y a deux siècles et demi ou 
deux siècles, cinq fois meilleur marché qu'en l'an 1 900 ou 1 875 si vous voulez. 

On a péu-lé du beurre à six sous en I 700 et toujours avec exclaonation. 
La journée d'un homme de service, en I 660, valait vingt sous — autre excla- 
mation. Un gigot de mouton à douze sous, "merveille qui ne se verra plus", 
dit-on en se pâmant. 

EJi bien ! tout cela n'est que le taux d'à présent et je vais le prouver. 
Rien n'est changé. L'équilibre d'autrefois est encore le même. Ni plus riches 
ni plus pauvres sommes-nous. 

Les chiffres seuls ont grossi. Un salaire de $1.50 p>our un homme de 
1 900 ne lui procure pas plus de choses nécessaiires à la vie que les vingt sous 
de 1660. 

La différence à noter, c'est que, en général, nous jouissons de plus de 
confort que nos émcêtres par suite des conquêtes de l'industrie et de la création 
des moyens de transport qui nous amènent nombre d'articles des pays lointains, 
etc. Mais le pain, la viande, le beurre, les légumes, les boissons coûtent tou- 
jours le même prix à travers les âges, et la raison en est bien claire puisque l'or 
et l'argent deviennent de moins en moins des métaux rares, pœrdent de plus en 
plus en valeur par ce fait même et alors la marchandise demande, pour se 
livrer, une somme de monnaie allant en augmentant à proportion de ce que les 
mines produisent de métal jaune ou blanc. 

Si l'or et l'argent se mettaient à disparaître, nous verrions, à mesure de 
leur diminution, baisser le chiffre de vente du blé, du bétail et le reste, de telle 
sorte que l'on en arriverait de nouveau au beurre à six sous, au blé à vingt-cinq 
sous, mais nous n'en serions ni mieux ni pires. 

Ce n'est pas la valeur de la marchandise nécessaire à la vie qui monte 
ou descend, mais le changement qui s'opère dans la valeur du métal servant à 
acheter cette marchandise. 

Disons que vous me vendez des navets en retour d'une bague, vous ne me 



— 22 — 

livrerez que pour la valeur de ma bague ; cependant, il y a deux siècles, cette 
bague valant quatre ou cinq fois plus que de nos jours, elle m'aurait procuré 
quatre ou cinq fois plus de navets. 

Ces calculs n'ont rapport qu'aux choses nécessaires à la vie. En ce qui 
regarde les mille objets qui ne sont pas indispensables à la subsistance du corps, 
la question est tout antre mais, aujourd'hui comme autrefois, nous n'achetons 
ces articles que dans la mesure de nos moyens. 

Par exemple, combien coûtait un chapeau en 1 660 ? Vous me répondez : 
quelle sorte de chapeau ? Combien coûte un chapeau en 1 900 ? Dites donc 
quelle sorte de chapeau ! Pour les étoffes, même incertitude car tout a varié 
dans l'obtention de la matière première, l'art du fabricant, les facilités de 
transport — et, d'autre part, beaucoup de choses qui coûtaient cher au temps 
jadis sont tombées au niveau des ressources des pauvres gens. 

C'est à table, à la table à manger qu'il faut écrire le présent article. La 
question tourne autour, et uniquement sur le fait de la nourriture de l'homme — 
rien n'a pu et rien ne pourra modifier la situation de l'estomac. Ainsi, j'ai une 
base stable et le reste n'importe guère. 

Une journée de travail dans un champ a pu se payer cinq sous, cinquante 
sous, cent cinquante sous, toutefois le travailleur vivait avec cette solde comme 
il vit encore. Plus cela change plus c'est la même chose. 

Voici ce que j'ai glané au cours de mes lectures : 

1 130. Angleterre. Un louis valait quarante louis de 1850. 

1250. France. Un sou valait 15 sous de 1850. 

1 360. Angleterre. Treize louis valaient cent cinquante louis de 1 830. 

1520. France. Cent trente francs valaient deux mille francs de 1906. 

1 520. Angleterre. Une oie valait dix sous. 

1577. France. Cent mille francs valaient un million et demi de francs 
de 1907. 

1581. Angleterre. Une volaille cinq sous. Une semaine d'ouvrier- 
maçon cent vingt-cinq sous. Un homme de corvée quatre-vingt sous par se- 
maine. 

1 590. France. Quatre cent cinquante francs valaient vingt-cinq mille 
francs de 1 907. 

1687. Angleterre. Un louis valait cinq louis de 1845. 



— 23-— 
CANADA 

1 644. Trente sous par jour était le salaire d'un homme de peine. 

1 652. Une livre de farine quatre sous. 

1 663. Nourriture d'un homme huit sous par jour. 

I 667. Un boisseau de blé quarante sous. 

1 670. La journée d'un homme allait de trente à quarante sous par jour. 
Un engagé recevait de trente à quarante écus par an, nourri et logé. 

1675. Frontenac recevait trois mille francs comme gouverneur, ce qui 
vaudrait trois mille piastres de 1910. 

Le major de Québec, douze cents francs. 

Le gouverneur des Trois-Rivières, même somme. 

Celui de Montréal, dix-huit cents freines. 

Le premier conseiller du Conseil Souverain, cinq cents francs. 

Les autres conseillers, trois cents francs. 

Le juge Chartier de Lotbinière, à Québec, sept cents francs. 

Le juge Gilles Boyvinet, Trois-Rivières, quatre cent cinquante francs. 

Notons que le Canada renfermait tout au plus sept mille âmes. Les 
salaires devaient être en proportion. Notons encore que Louis XIV est célèbre 
p>our la parcimonie qu'il faisait régner dans les salaires afin de se procurer de 
l'argent pour ses plaisirs. 

I 680. Comme en 1 670 et jusqu'à 1 700, même plus tard, un franc en 
valait cinq de 1917. Tout compte d'argent de cette p>ériode doit se multiplier 
par cinq pour donner la sonmie actuelle, ou plutôt celle de 1 900 puisque nous 
avons subi une hausse depuis quinze ans. 

1 690. Le minot de blé valait quatre francs, ce qui est un prix énorme. 
Même chose en 1 693. 

1 720. L'argent monnayé étant rare en Canada parce que le roi craignait 
de nous voir commercer avec les Anglais de l'Hudson et du Massachusetts, 
calculait que trois cent soixante-quinze francs de France en valaient cinq cents 
déms la colonie sous la forme du numéraire. 

1727. A Longueil, les bancs de l'église se payaient de vingt-cinq à 
trente-cinq francs, c'est-à-dire que l'argent valant alors quatre fois plus qu'au- 
jourd'hui, c'était de vingt à vingt-huit piastres par banc. 



.-24 — 

I 730. Cent francs de France, en monnaie, valaient trois cents de 1 900- 

1 732. Il y avait des écus d'ai'gent, "écus blanc"", de ■qu:itre et de six 
francs. Six francs, c'est la piastre dite mexicaine, de cent vingt sous. On 
appelait, "demi écu blanc" la pièce de trois francs. Au Canada, le franc a 
toujours été de vingt sous. En France, il y en avait de vingt-deux sous. Le 
louis d'or était soit de vingt soit de vingt-cinq francs. Ce que l'on nomme la 
livre française était le franc de vingt sous. 

' 1 774. Le minot de blé valait quatre francs. Un chapon quinze sous. 

Les chercheurs ont beau jeu, même pour me contredire. J'ouvre la voie. 
A plus savant de la parachever. 

Finissons par le commencement. Les membres du Conseil Souverain 
étant tous bourgeois de Québec, n'avaient pas trop à se déranger pour être 
présents aux réunions de ce parlement, tout ainsi que les échevins de 1917, 
Ils touchaient trois cents francs par année de ce chef, donc entre trois cents à 
trois cents cinquante de nos piastres. Il n'y a pas de quoi rire, car on a ri de 
cette indemnité, faute de connaître la valeur de l'argent qui, en 1663, lors de 
l'institution du Conseil, valait près de six fois plus qu'à présent ; en I 680 valait 
cinq fois plus que de nos jours et en 1 730 valait quatre fois plus que l'argent 
de 1900. 

La preuve que le travailleur commun, l'artisan, le notaire, gagnaient asse^ 
pour vivre, c'est qu'ils ont vécu. 

Le contrat que le notaire faisait payer trente sous n'était nullement du 
gr-nre compliqué et ces trente sous lui permettaient d'acheter des provisions de 
bouche qui coûtent à présent une piastre et quart et une piastre et demie. On 
a fait des gorges-chaudes sur ces actes de trente sous et, vous le voyez, fort mal 
à propos. La plupart des actes des notaires se payaient un écu de trois francs, 
parfois cinq francs, selon l'importance du sujet — je dis : de trois à cinq pias- 
tres de notre argent. 

On s'est amusé des fusils que le roi faisait payer dix francs aux miliciens 
de I 690, mais cela signifie dix piastres de notre monnaie. Un pistolet coiàtait 
quatre francs, soit quatre de nos piastres. 

1 ant que nous n'aurons pas pénétré les détails de la vie de nos ancêtres 
nous ne comprendrons que superficiellement l'histoire du pays. Nos écrivains 
ont commencé par en haut et ils n'ont pas voulu descendre un peu plus bas, ce 
qui fait qu'ils nous donnent la croûte du pâté mais rien du dedans. J'ai passé 
ma vie à tâcher de voir les dessous et c'est le seul moyen d'arriver à connaître 



— 25 — 

l'ensemble. J'inspecte les molécules, j'analyse l'infiniment F>etit, et avec cette 
f.ubctance, je ne suis pluG en peine de reconstruire la masse. C'est d'en bas qu'il 
faut regarder l'histoire pour atteindre à la vérité. Vue par en haut, vous n'aurez 
toujours que des surfaces ou comme les toitures d'une ville, sans jamais savoir 
ce qui se passe dans les maisons. Aussi, nos historiens sont-ils tous arriérés sur les 
sommets, les grandes lignes, ce qui enfin crève les yeux, mais ils répugnent .i 
fouiller l'intérieur et à chercher le pourquoi des choses. Ils ne sont ni curieux 
ni explicateurs, mais, par occasion, ils se mettent à "{penser", à supposer, à 
vouloir expliquer ingénuement ce qui leur semble ou mystérieux ou digne de quel- 
que réflexion. C'e^t un bon moyen de se tromper et de nous offrir des appa- 
rences pour des réalités. 

J'aime mieux savoir que de penser, aussi je procède par les petites affaires. 
Elles expliquent les plus grandes presque infailliblement — en tout cas elles 
valent mieux que des aperçus à \iie de nez. Si notre histoire vaut la peine d'être 
étudiée elle vaut la peine d'être bien étudiée. Rien n'est petit ou méprisable en 
ce genre, tout compte. C'est avec des sous que l'on compose des piastres. Tant 
que nous négligerons les bagatelles nous ne saurons rien des matières plus 
importantes qui ne sont que le résultat de ces prétendues bagatelles. 

BENJAMIN SULTE 



PIERRE-SIMON CHANNAZARS 

Mgr Tanguay donne les deux orthographes : Channazors et Channa- 
zars. Nous croyons que Pierre-Simon Channazars signait "Channazars". 

Lors de son mariage, à Québec, le 28 septembre I 728, Pierre-Simon 
Channazars est désigné comme "marchand tapissier", fils de Pierre Channa- 
zars, marchand tapissier à Paris. 

Il faut croire quil ne fit pas fortune ici, puisqu'il entra dans l'adminis- 
tration. Au recensement de 1 744, fait par le curé de Québec, M. Chcinna- 
zars est dit "secrétaire de M. le général". Le gouverneur-général, ou comme 
on disait plus communément dans le temps M. le général, était alors M. de 
Beauharnois. 

Dans son acte de sépulture, à Québec, le 28 février 1 758, on qualifie 
Channazars d'écrivain pour le Roi. 

Le nom de Channazars ne s'est pas perpétué au Canada. Tous ses 
enfants, à part Geneviève-Joseph, mariée à Charles Berthelot, moururent en 
bas âge. 

P.-G. R. 



— 26 — 

ERNEST DOIN 



Voici un nom que vous chercheriez vainement dans nos histoires de la 
Httérature canadienne, il ne figure même pas dans V Inventaire de M. Dionne 
et Gagnon ne le mentionne qu'une fois dans le second volu.T.e de son Zli... de 
bibliographie. 

Pourtant, cet écrivain appartient à notre littérature, du moins à notre 
bibliographie ! Il a rédigé ses ouvrages en notre pays, c'est ici qu'ils furent 
édités et les générations d'hier avaient de l'estime pour celui qui leur procurait 
quelques heures d'agrément. 

H^ îk Hî 

Il n'y a pas un demi-siècle, le théâtre de langue française, au Canada, 
existait à peine. Les pièces avec personnages des deux sexes n'étaient abordées 
que de loin en loin, pour des circonstances particulières et après avoir fallu 
lever mille obstacles. 

En ces temps heureux, le public devait se contenter des représentations 
données par des cercles de jeunes gens dans des salles d'occasion où les décors 
étaient aussi peu décoratifs que possible. 

Quel embarras, alors, pour trouver des comédies, des farces, des drames 
dans lesquels la femme n'apparaissait pas et qui n'exigeaient qu'un minimum 
d'accessoires. 

Pour répondre au besoin, de rares auteurs s'ingéniaient, les uns, à trans- 
former des pièces mixtes en pièces masculines (tel M. J.-G.-W. McGown), 
les autres, à créer des oeuvres nouvelles selon le goût ou la nécessité du moment. 

Entre ces "dramatistes", M. Doin eut quelque popularité, il y a trente 
ou quarante ans, et à ce titre, n'a-t-il pas droit à sa petite notice dans le 
Bulletin des recherches historiques, puisque c'est à cette source, en fin de comp- 
te, que les curieux de demam viendront satisfaire leur passion sinon leur manie ? 

* * * 
Etablissons d'abord la liste des pièces de notre auteur, puis nous indique- 
rons les principales dates de sa vie. 

Le trésor ou la paresse corrigée — 1871. 

Le désespoir de Jocrisse, farce en un acte — 1871. 

Les deux chasseurs et Vours — 1871. 



... 27 — 

Le Pacha, comédie en un acte. 

La morl du duc de Reichstadi, drame en un acte — 1878. 
M. Rostand ignore, sans doute, que V Aiglon parut sur la scène, à Mont- 
réal, trente ans avant que Paris put l'applaudir ! 
Le dîner interrompu, farce en un acte. 
Joachim Murât, drame en un acte — 21 décembre 1879. 

Le Conscrit, comédie en deux actes ( 1 ) . 

^ ^ ^ 

Ernest Doin naquit à Bourges, France, vers 1 809. Après avoir atteint 
la trentaine, il émigra aux Etats-Unis et, vers 1844, épousa, à Saint-Louis, 
Missouri, une compatriote, Rosalie-Adèle Laumier, originaire de Rouen. 

Trois ans plus tard, il était instituteur à Saint-Jean, sur le Richelieu. 
Depuis cette époque, il pratique sa profession ici et là dans la province puis, 
finalement, se fixe à Montréal et y décède, à l'âge avancé de 82 ans, le 26 
septembre 1 89 1 . 

E.-Z. MASSICOTTE 



( 1 ) Nous puisons ces titres dans Gagnon, Essai de bibliog., vol. II, et 
dans l'Annuaire Oiéâiral, publié par M. Robert, en 1908-1909. 



QUESTIONS 



— Pouvez-vous me donner une liste des ouvrages publiés sur l'Acadie ? 
Nous perdons ses traces à partir de 1 706 où nous voyons le premier baron de 
Longueuil le remplacer comme major de Montréal. — ACAD. 

Où est mort M. LeNeuf de la V'allière, qui fut gouverneur de l'Acadie ? 

XXX. 

— Les mines de fer de la Baie Saint-Paul n'ont-elles pas été exploitées 
sous le régime français ? MIN. 

— Les protestants avaient-ils le droit de s'établir au Canada sous l'ancien 
régime ? ' A. B. 

— Le système postal a-t-il réellement existé ici avant 1 759 ? — POST. 



— 28 — 

Sir L.=H. Lafontaine 



Les notes sur Sir L.-H. Lafontaine que le Bulletin a publiées dans son 
numéro d'octobre 1916, p, 304. ont attiré l'attention de quelques lecteurs, car 
j'ai déjà reçu cinq ou six lettres à leur sujet. Les unes ont trait à une erreur 
de date, à une coquille, sans grande importance, heureusement, puisqu'on peut 
la corriger à l'aide du plus modeste de nos dictionnaires historiques, les autres 
concernent la profession du père de la première femme de Sir Lafontaine et 
elles soulèvent un problème curieux, comme vous allez en juger. 

Corrigeons d'abord la coquille : c'est le 26 février 1864 que. décède 
Sir L.-H. Lafontaine et non pas en 1867. Et maintenant, passons à M. 
Berthelot. Des historiens, ai-je dit, prétendent qu'il était médecin et d'autres 
qu'il était avocat, mais m'appuyant sur une citation de M. Decelles dans son 
ouvrage sur Lafontaine, je me suis prononcé pour la profession de médecin. 
Or voici ce que m'apprend M. J.-B. Caouette, l'archiviste de Québec : 

"Vous dites que. . . M. Amable Berthelot était médecin. C'est une 
erreur, car il était avocat et exerçait sa profession à Québec. En voici la 
preuve. Dans un acte de partage dressé par le notaire Michel Tessier, de 
Québec, le 23 juillet 1853, sous le No 8314, je lis ce qui suit : "L'honorable 
Louis-Hippolyte Lafontaine, juge en chef de la cité de Montréal, et dame 
Adèle Berthelot, son épouse, .fille de feu Amable Berthelot, en son vivant 
écuier, avocat, de la cité de Québec", etc. 

" Le docteur Amable Berthelot avait bien une propriété à Québec, en 
1850, mais il résidait alors dans la paroisse des Cèdres, district de Montréal." 

Comment concilier cette déclaration, extraite d'un acte authentique, avec 
certain passage d'une lettre que M. Lafontaine adresse à Sir John Colborne et 
qu'il écrit dans la prison de Montréal, le 3 décembre 1838 ? 

Cette lettre est reproduite au long dans Lafontaine et son temps par M. 
Decelles, pp. 229-230 ainsi que dans la Revue canadienne de novembre 1916, 
p. 440, et le passage qui nous occupe est le suivant : 

" Ce n'était pas encore assez. Il fallait, au risque même de s'exposer 
à violer votre parole donnée par écrit à la population du nord du district, arrêter 
le docteur Berthelot, de la rivière du Chêne, dont le seul crime est d'être 
médecin et surtout d'être mon beau-père ! " > 

Il est difficile de réunir, sur le même fait, deux documents plus irréfutables 



— 29 — 

se contredisant, du moins en apparence, de façon plus catégorique ? 

Une des deux assertions est fausse, ou bien M. Berthelot fut concurrem- 
ment, successivement ou alternativement, avocat et médecin ! 

L'éminent critique, Gaston Deschamps, avait peut-être raison de s'écrier : 
l'histoire est un procès où les témoins se contredisent ! 

E.-Z. MASSICOTTE 



AMABLE BERTHELOT, AVOCAT 



Adèle Berthelot qui, à Québec, le 9 juillet 1831, devenait l'épouse de 
Louis-H>TX)lite LaFontaine, avocat, plus tard sir Louis Hypolite LaFontaine, 
était la fille de Amable Berthelot, avocat. 

Amable Berthelot fut député à la Chambre d'Assemblée pour le comté 
de Trois-Rivières de 1824 à 1827, pour la haute-ville de Québec de 1834 à 
1838, puis pour le comté de Kamouraska de 1841 à 1847. Il décéda à 
Québec le 24 novembre 1 847. 

Amable Berthelot avat élevé deux enfants : Adèle Berthelot (ép>ouse de 
L.-H. LaFontaine) et Amable Berthelot, médecin, qui épousa Zoé Desrochers. 

Dans la lettre de L.-H. LaFontaine à sir Jom Colberne (tirée de Lm- 
fonhirte et son lemps de M. DeCelles) citée plus haut par M. Massicotte il y 
a une erreur, probablement une faute d'impression : 

" Ce n'était pas encore assez. Il fallait, au risque même de s'exposer à 
violer votre parole donnée par écrit à la population du nord du district, arrêter 
le docteur Berthelot, de la Ri\'ière du Chêne, dont le seul crime est d'être 
mon beau-père ! " 

Le docteur Amable Berthelot fils qui pratiquait en 1 838 à la Rivière- 
du-Chêne était non le beau-père de L.-H. Lafontaine mais son beau-frère. Sur 
un mauvais manuscrit beau-frère peut facilement se transformer en beau-père. 

Les renseignements qui précèdent sont extraits de l'acte de tutelle des 
mineurs Berthelot en date du 4 juillet 1831 et du contrat de mariage de L.-H. 
LaFontaine reçu par le notaire Planté le 7 juillet 1831. 

P.-G. R. 



... 30 — 



Les Besserer de la province de Québec (XXI, VIII, p. 235). — Les 
familles Besserer de la province de Québec ne sont pas de descendance irlan- 
daise, ainsi qu'on l'a écrit plusieurs fois. Le premier ancêtre des Besserer au 
Canada était né d'un père allemand et d'une mère allemande. 

Jean-Théodore Besserer, ou comme il signait lui-même dans les premières 
années de son séjour au Canada, "Johann Theodor Besferer", était né en 
Allemagne. 

Chirurgien dans un des bataillons allemands venus au Canada en 1776 
sous les ordres du baron de Riedesel, une fois la paix conclue, il obtint son 
congé et s'établit comme médecin au Château-Richr, où il avait été en garnicon 
avec son régiment, puis à la Sainte-Famille de l'île d'Orléans, où il resta jusqu'à 
sa mort. 

Besserer décéda à la Sainte-Famille le 3 1 mai 1 803. 

Son acte de sépulture se lit comme suit : 

" Le deux juin mil huit cent, trois a été inhumé près le cimetière de la 
paroisse de Ste-Famille, Isie d'Orléans, le corps de Jean-Théodore Besserer, 
natif d'Allemagne, professant la religion calviniste, chirurgien, décédé avant 
hier âgé d'environ quarante-huit ans, la dite inhumation faite en présence des 
soussignés et de Jacques Martineau qui a déclaré ne savoir signer. 

PIERRE HENRY 

CATIEN. Ptre, curé." 

Besserer avait épousé une Canadienne-française, Marie-Anne Giroux, et 
il en eut plusieurs enfants. Nous en connaissons sept : 

1 o — Louis-Théodore Besserer, né au Château-Richer. 

Admis à la profession de notaire le 28 août 1810. Député du comté 
de Québec à la Chambre d'Assemblée du 7 octobre 1833 au 27 mars 1838. 

M. Besserer pratiqua comme notaire à Québec pendant plusieurs années. 
Il s'établit ensuite à Ottawa où il décéda le 3 février 186L En premières 
noces, il avait épousé Mlle Angèle Rhéaume et en secondes noces Mlle Ca- 
meron, cousine de la femme de sir H.-N. Bâte. I! eut plusieurs enfants. Nous 
connaissons : A. — George-Wilbrod-Théodore Besserer né à Québec le 28 
novembre 1830. Décédé au même endroit le 8 mai 1731. B. — Jean-Théo- 



... :u — 

dore Besserer, né à Québec le 3 février 1834. Décédé. Il laissa plusieurs 
enfants. Ils sont presque tous aux Etats-Unis. C. — Angèle-Anne Besserer, 
nce à Québec le 19 août 1835. Décédée au même endroit le 9 mars 1837. 
D. — Léa-Valérie Besserer, née à Québec le 3 janvier 1837. Mariée à M. 
Charbonneau, d'Ottawa. Elle demeure à Ottawa et a plusieurs enfants. E. — 
Louis-William Besserer. Il est décédé à North Bay, Ont. F. — David- 
Alexander Besserer. Décédé à Ottawa en 1915. G. — Andrew-Donald. 
H. — Marguerite-Morris Besserer, mariée à M. Hutchison. Décédé. I.- — 
Mary-Christine Besserer. Mariée à M. Emile Volkel. Décédée. J. — Louis- 
Joseph-Papineau Besserer. Demeure à Ottawa. K. — Elisabeth Besserer. Ma- 
riée à M. James Sinclair. Décédée. L. — Napoléon Besserer. Décédé. 

2o — Jean-Augustin Besserer né au Château-Richer le . . février 1 783. 
Décédé au même endroit le 7 mars 1 783 ( 1 ) . 

3o — René-Léonard Besserer né au Château-Richer le 26 mars 1 786. 
Décédé non marié à Québec le 27 mars 1823. Il avait été lieutenant au 104e 
Régiment. Lors de sa mort il était capitaine de goélette. 

4o — Christine-Elizabeth Besserer née au Château-Richer le 26 avril 
1 788. Décédée au même endroit le 1 2 juillet 1 79 1 . 

5o — George-Hilaire Besserer né au Château-Richer le 1 janvier 1 790. 
Ordoimé prêtre le 10 octobre 1813, il fut successivement vicaire aux Cèdres : 
curé de Sainte-Tliérèse de Blainville, 1814 ; curé de Lavaltrie et de Lanoraie, 
1816 ; directeur du séminaire de Québec, 1820 ; curé de Saint- Joachim, 
1828 ; curé de la Sainte-Famille, 1848. M. l'abbé Besserer décéda dams 
cette dernière paroisse le 9 juin 1865. 

6o — Bernard-Ferréol Besserer, né au Château-Richer le 23 mai 1 792. 
Décédé à Québec le 4 avril 1 820. Il était imprimeur. 

7o — Christophe-David Besserer né au Château-Richer le 4 mars 1 794. 



( 1 ) Dans l'acte de sépulture de cet enfant enregistré au Château-Richer 
le 8 mars 1 783, il est dit qu'il est le fils du sr Jean-Théodore Besrer, docteur 
dans le régiment du prince de Brunsrviclf. 



P.-G. R. 



— 32 — 
PUBLICATIONS RECENTES 



Mgr Louis-Adolphe Paquet, Droit public de l'Eglise. L'Eglise et Védu- 
cation à la lumière de l'histoire et des principes chrétiens. Deuxième édition. 
Québec— 1916. 

Mgr Louis-Adolphe Paquet, Un chapitre d'histoire contemporaine. Ot- 
tawa — 1916. 

L'abbé J. -Ovide Cliché, Les bons commissaires d'écoles, Québec — 
1916. 

R. P. Morice, Vie de Mgr Langevin, oblat de Marie-Immaculée, arche- 
vêque de Saint-Boniface. St-Boniface — 1916. 

L'abbé A. Couillard Després, La noblesse de France et du Canada. 
Montréal — 1916. 

Almanach de la langue française édité par la Ligue des droits du fran- 
çais pour 1917. Deuxième année. Montréal — 1916. 

L'abbé J. -Ovide Cliché, La bonne maitresse ou Conseils pédagogiques à 
i usage des instituteurs de nos écoles rurales. Québec — 1916. 

Mgr O.-E. Mathieu, L'éducation dans la province de Québec. Prince- 
Albert— 1916. 

Arthur Béliveau, Charte de la cité des Trois-Rivières refondue et com- 
pilée par ordre du Conseil de la cité. Trois-Rivières — 1916. 

Où allons-nous ? Le nationalisme canadien. Lettres de "Un Patriote" 
publiées dans le journal "La Presse", augmentées d'une introduction, d'addi- 
tions et d'appendices documentaires. Montréal — 1916. 

Dr Aurèle Nadeau, La grande erreur du pain blanc. Québec — 1916. 



- 33 - 

BULLETIN 

DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXIII BEAUCEVILLE=FEVRIER 1917 No 2 



LA FAMILLE MARGANE DE LAVALTRIE 



SERAPHIN MARGANE DE LAVALTRIE (1) 



Séraphin Margane de Lavaltrie était originaire de Paris, paroisse Saint- 
Benoît. Il était fils de Sébastien Margane et de Denise Jonnot. Séraphin 
Margane père est qualifié d'avocat au parlement de Paris. 

Lieutenant des gardes du maréchal d'Estrades, puis lieutenant au régi- 
ment de Lignières, M. de Lavaltrie prit du service sous M. de Tracy en 1 664 
et passa dans la Nouvelle-France comme lieutenant dans le régiment de Cari- 
gnan en 1 665. 

Lorsque Louis XIV rapp>ela le régiment de Carignêm en Frzmce, il fit 
savoir aux officiers et soldats qu'il serait fort aise de voir un certain nombre 
d'entre eux s'établir au pays. Plusieurs officiers et plus de quatre cents soldats 
adoptèrent alors le Canada pour leur nouvelle patrie. 

Les soldats reçurent une p)etite somme d'argent pour aider à leur établis- 
sement. Quant aux officiers le roi leur doima des concessions de terre. 

M. de Lavaltrie fut du nombre de ceux qui restèrent ici. 

Le 29 octobre 1672, l'intendant Talon lui accordait une imp>ortante 
concession de terre. 



( 1 ) M. de Lavaltrie signait indifféremment "La Valterie" et "La 
Valtrie". On a écrit la Valterye, La Valtrye, La Valtery, La Valterie, la 
Valterie, La Valtrie, et Lavaltrie. Nous adoptons cette dernière orthographe 
qui est la plus communément en usage de nos jours et qui se rapproche le plus, 
d'ailleurs, de celle employée par M. de L-avaltrie lui-même. 



— 34 — 

" Sa Majesté, disait M. Talon, ayant de tout temps recherché avec soin 
et le zèle convenable au juste titre de fils aîné de l'église les moyens de pousser 
dans les pais les plus inconnus par la propagation de la foy et la publication de 
l'Evangile la gloire de Dieu avec le nom chrétien, fin première et principale 
de l'établissement de la colonie française en Canada, et par accessoire de faire 
connaistre aux parties de la terre les plus éloignées du commerce des honxmes 
sociables la grandeur de son nom et la force de ses armes, et n'ayant pas 
estimé qu'il y en eut de plus sûrs que de composer cette colonie de gens capa- 
bles de la bien remplir, par les qualités de leurs personnes, l'augmenter par leurs 
travaux et leur application à la culture des terres, et de la soutenir par une 
vigoureuse défense contre les insultes et les attaques auxquelles elle pourrait 
être exposée dans la suite des temps, a fait passer en ce pays bon nombre de 
ses fidèles sujets, officiers de ses troupes dans le régiment de Carignan et autres 
dont la plupart se conformant aux grands et pieux desseins de Sa Majesté, 
voulant bien se lier au pays en y formant des terres et seigneuries d'une étendue 
proportionnée à leur force, et le sieur de la Valterye, lieutenant de la compagnie 

de au régiment de , nous ayant requis de luy en 

départir ; nous, en considération des bons, utiles et louables services qu'il a 
rendus à Sa Majesté en différents endroits, tant en l'ancienne France que dans 
la Nouvelle depuis qu'il y est passé par ordre de Sa Majesté, et en vue de 
ceux qu'il témoigne vouloir rendre cy-après, en vertu du pouvoir par elle à nous 
donné, avons accordé, donné et concédé, accordons, donnons et concédons 
par ces présentes au dit sieur de la Valterye la quantité d'une lieue et demie 
de terre de front sur pareille profondeur, à prendre sur le fleuve St-Laurent, 
bornée d'un côté les terres appartenants au séminaire de Montréal, et de l'autre 
celles non concédées, par devant le dit fleuve, et par derrière aux terres non 
concédées, avec les deux ilets qui sont devant la dite quantité de terre et la 
rivière St-Jean comprise ; pour jouir de la dite terre en fief et seigneurie et 
justice, luy, ses hoirs et ayant cause. . ." ^2^ 

Les conditions imposées à M. de Lavaltrie étaient les mêmes que celles 
qu'on réclamait de tous les concessionnaires de seigneuries à cette époque : foi 
et hommage au château Saint-Louis, à Québec ; tenir ou faire tenir feu et 
lieu sur sa concession ; conservation des bois de chêne ; avis au roi ou à la 
Cie des Indes Occidentales des mines, minières, minéraux trouvés dans la sei- 
gneurie ; etc., etc. 

En 1673, M. de Lavaltrie fit partie de l'expédition de M. de Frontenac 
au lac Ontario. 



(2) Pièces et documents relatifs à la tenue seigneuriale, p. 262. 



... 35 — 

Le gouverneur partit de Montréal vers la fin de juin avec une flotille de 
quatre bateaux plats et de cent vingt canots, qui p>ortaient six canons et quatre 
cents hommes. 

Le principal objet du voyage de M. de Frontenac était d'élever un fort 
sur les bords du lac Ontario d'où on pourrait surveiller les mouvements des 
Iroquois. 

Le fort fut placé sur une pointe près de l'entrée de la rivière de Cataracoui 
et reçut le nom de Frontenac. C'est aujourd'hui Kingston. On y mit tant 
d'ardeur que le fort fut bâti en quelques jours. M. de Frontenac put même 
y laisser un commandant avec une petite garnison. 

Le récit officiel de l'expédition de M. de Frontenac au lac Ontario men- 
tionne à plusieurs reprises le nom de M. de Lavaltrie (3). 

Le recensement de la Nouvelle-France fait dans l'automne de 1 68 1 nous 
apprend que M. de Lavaltrie était fixé dans sa seigneurie. M. de Lavaltrie 
avait alors 38 ans, sa femme 29 ans, leurs enfants, Marie-Anne, 1 3 éms ; 
Charles, 1 1 ans ; François-Marie, 9 ans ; Geneviève, 7 ans ; Louise, 5 ans ; 
Pierre, 3 ans, et Barbe, 8 mois. Il y avait dans le manoir 3 fusils et 2 pis- 
tolets. Les écuries contenaient 1 bêtes à cornes. M. de Lavaltrie avait 20 
arpents en valeur. Le recensement nous donne aussi les noms des censitaires 
du seigneur de Lavaltrie : Gabriel Gibault, François Bottu, Antoine Desève, 
Jean Casavant, Pierre Guignet, Jacques Lafontaine, Pierre Lesiège, Nicolas 
Prunier et Claude Bourgeois. 

Le 2 novembre 1 68 1 , le gouverneur de Frontenac écrivait au ministre : 

" J'envoie à Sa Majesté un placet que les officiers subalternes qui sont 
habitués en ce pays m'ont prié de lui présenter et qu'ils vous supplient. Mon- 
sieur, de vouloir appuyer de vos offices. 

" Il y a trois ans que Sa Majesté me fit l'honneur de me mander qu'à 
ma supplication elle avait accordé aux officiers de ses troup>es qui étaient restés 
en Canada des gratifications, cependant il n'y eut que les six capitaines qui en 
touchèrent cette année là, ne s'en étant point trouvé sur l'état pour les subal- 
ternes dont ayant pris la liberté de l'informer l'année d'après deux enseignes 
nommés Dupuis et Grandville se trouvèrent sur l'état et ont depuis touché les 
trois cents livres de gratification accordée par Sa Majesté à chaque officier de 



(3) Pierre Margry, Mémoires et documents pour servir à l'histoire des 
origines françaises des pa^s d'outre-mer, vol. 1er, p. 207. On peut consulter 
sur l'expédition de M. de Frontenac une brochure publiée à Paris en I 864, et 
intitulée Voyage de M. le comte de Frontenac au lac Ontario en 1673. Do- 
cument pour servir à l'histoire de rétablissement des Français au Canada. 



— 36--- 

sorte qu'il n'y a que ces six qui lui présentent ce placet, oubliés et lesquels par 
leurs services et le besoin de leurs familles ne méritent pas moins que les autres 
d'avoir part aux libéralités du Roi et surtout le Sr de la Valterie, lieutenant, 
que vous trouverez bon que je vous recommande particulièrement parce qu'il 
est homme de mérite et de service " (4\. 

Nicolas Perrot écrit dans son Mémoire sur les moeurs, coutumes et reli- 
gion des sauvages de l'Amérique Septentrionale : 

"Je fus envoyé (au printemps de 1685) à cette baye (baie des Puants), 
chargé d'une commission pour y commander en chef et dans les pays plus éloi- 
gnés du côté du ouest, et de ceux mesme que je pourrais découvrir. M. de 
la Durantaye relevait alors Mr de la Valtrie qui y avait esté commandant 
dans la campagne des Iroquois " (5). 

Si M. de Lavaltrie a commandé dans l'Ouest avant M. de la Durantaye, 
il, y resta très peu de temps car de 1673 à 1685 on note sa présence presque 
continue dans sa seigneurie de Lavaltrie ou à Montréal. 

En 1 687, dans l'expédition de M. de Denonville contre les Tsonnon- 
touans, M. de Callières avait le commandement général des milices, divisées 
en quatre groupes, comme les troupes du roi, et commandées par MM. Ber- 
thier, Bécard de Grandville, Le Moyne de Longueuil et de Lavaltrie. Encore 
dans cette expédition, M. de Lavaltrie montra ses qualités militaires. Le 1 3 
juillet, à une petite distance du premier village des Tsonnontouans, il rendit 
un grand service à M. de Denonville en sauvant l'avant-garde de son armée 
d'une surprise des barbares Tsonnontouans, 

" Des sauvages alliés et des coureurs de bois fonnaient l'avant-garde ; 
mais, dans ce pays où les rivières coulent souvent entre des berges rapides, dans 
d'étroits défilés, il eut été nécessaire, pour prévenir toute surprise, de développer 
les éclaireurs sur une ligne beaucoup plus étendue que le front de l'armée, afin 
d'explorer en même temps les fonds et les plateaux boisés qui les dominent. 
Cette précaution fut sans doute négligée, car l'avant-garde donna dans une 
embuscade, à une petite distance en aval du premier village des Tsonnontouans 
( 1 3 juillet) : huit cents Iroquois bondissant de la haute brousse sous laquelle 
ils étaient tapis, déchargent leurs armes, et se jettent, l'épée en main, sur les 
coureurs de bois des premiers rangs ; quelques-uns par un détour essaient de 
prendre l'avant-garde à revers pour la séparer des autres troupes qui étaient 
assez loin en arrière ; il y a parmi les Français et leurs alliés, un moment de 



(4) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 5. 

(5) Mémoire sur les moeurs... par Nicolas Perrot, publié par le 
Père Tailhan, p. 1 38. 



— :^7— 

panique i une centaine d'hommes étciient déjà blessés, notamment le P. Enjel- 
ran, qui marchait en tête avec les sauvages de ses missions. Denonville, Cal- 
iières, Lavciltrie, quelques autres officiers, retenant leurs hommes prêts à se 
débander, les amènent au secours des combattants ; à la fin les indigènes alliés, 
détachés tout autour de l'armée, débusquent les Tsonnontouans, les fusillent 
d'arbre en arbre, les rejettent pas à pas sur leur village et les mettent en fuite. 
Des scènes de cannibalisme terminèrent cette sanglante escarmouche ; les sau- 
vages se ruèrent sur les corps des ennemis tués ou blessés, les taillèrent en pièces 
et en firent sur-le-champ un terrible festin ; c'est ainsi qu'ils s'excitaient au 
courage et au mépris de leurs adversaires " (6). 

En I 690, lorsque sir William Phips vint mettre le siège devant Québec, 
M. de Frontenac dépêcha M. de Rêimezay à M. de Callières, gouverneur de 
Montréal, pour lui donner ordre de faire descendre les troupes et les milices. 
La levée des troupes et des habitants se fit si rapidement que trois jours plus 
tard le contingent de Montréal arrivait à Québec. Aucune des nombreuses 
relations du siège de Québec ne nous dit que M. de Lavaltrie prit part à la 
glorieuse défense de la capitale. Nous avons toutefois le droit de présumer que 
M. de Lavaltrie était de la partie avec les braves miliciens de sa seigneurie. 

Le 12 novembre 1690, M. de Frontenac rendant compte au ministre de 
Seignelay de la levée du siège de Québec, écrivciit : 

" Je vous envoie l'état des officiers que j'ai remplacés depuis la réforme 
de l'année dernière ; comme je ne pouvais pas encore les connéiître, je n'ai agi 
en cela que par les lumières que M. l'intendant m'en a dormées. Il avait jugé 
à propos, aussi bien que moi, qu'on trouvât des biais de contenter par ces quel- 
ques marques d'honneur, et sans qu'il en coûtât rien au Roi, des personnes qui 
avaient fort bien servi dans les céimpagnes précédentes, et à qui M. de Denon- 
ville avait promis des récompenses, ce qui m'obligea d'ajouter quelques com- 
missions à celles qui étaient fixées de capitaines, lieutenants et enseignes réfor- 
mées, mais ad honores seulement, dans l'e^éramce que vous ne le désapprouviez 
pas présentement " (7). 

Dans l'état dont il est question ici nous voyons que M. de Lavaltrie rece- 
vait une commission de lieutenant, au lieu et place de M. de Louvigny fait 
capitaine réformé (8). 



(6) Henri Lorin, Le comle de Fronlenac, p. 334 ; Mémoire de 1682- 
1712 ; La Hontan, lettre XIII ; La Potherie, vol. Il , p. 208 ; O'Cailag- 
han, vol. IX, pp. 340. 359. 

(7) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. I 1. 

(8) Bulletin des Recherches historiques, vol. XIII, p. 309. 



— ■88 — 

M. de Frontenac récompensait ainsi M. de Lavaltrie fwur sa belle conduite 
dans les expéditions de 1673, de 1687, et probablement aussi au siège de 
Québec. 

Le 1 5 octobre 1 697, M. de Frontenac écrivait au ministre : 
"Si vous approuvez. Monseigneur, la proposition que nous vous faisons, 
M. de Champigny et moi, dans notre lettre commune, pour M. de VaJrennes, 
j'aurais à vous supplier d'accorder sa compagnie au sieur de La Valtrie, qui 
est capitaine réformé, un bon officier, marié et établi en ce pays depuis fort 
longtemps, beau-frère du dit sieur de Valrennes, et qui était dans le régiment 
de Carignan, dès qu'il passa en ce pays et où il avait servi avec distinction, 
ayant été auparavant lieutenant des gardes du maréchal d'Estrades" (9). 

Le ministre fit exactement ce que lui demandait M. de Frontenac. Le 
1er mai 1 698, M. de Valrennes obtenait un brevet de pension et M. de Laval- 
trie recevait sa compagnie (10). 

M. de Lavaltrie décéda à Montréal le 16 mai 1699, et fut inhumé le 
lendemain dans l'église paroissiale (11). 

Il avait épousé à Québec, le 1 2 août 1 668, Louise Bissot, fille de Fran- 
çois Bissot de la Rivière et de Marie Couillard (12). 

Le 20 octobre 1 699, MM. de Callières et de Champigny écrivaient au 
ministre : 

" Le sieur de Lavaltrie laisse une veuve très pauvre avec 3 ou 6 enfants, 
que ses appointements et une gratification de 1 50 livres, comme ancien officier 
du régiment de Carignan faisaient vivre, et ils s'en trouvent entièrement privés 
et par là de toutes choses. Nous ne pouvons pas nous dispenser dans une si 
fâcheusç conjoncture pour cette pauvre famille de prier Sa Majesté de leur 
continuer au moins la gratification au nom de la veuve " (13). 



(9) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 15. 

(10) Edouard Richard, Supplément du Rapport du Dr Br^mner sur 
les Archives canadiennes pour 1899, p. 319. 

(11) Inventaire de feu Séraphin Margane de Lavaltrie devant Antome 
Adhémar, notaire à Montréal, les 7 et 8 août 1 699. 

(12) Contrat de mariage devant Romain Becquet, à Québec, le 11 
août 1 668. 

(13) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 17. 



— 39 — 

Le 31 mai 1 700, le roi faisait répondre à MM. de Callières et de Cham- 
pîgny qu'il ne pouvait pour le présent accorder à madame de Lavaltrie la jjension 
qu'elle demandait (14), 

Un peu plus tard, le gouverneur et l'intendant revinrent à la charge et 
cette fois le roi se rendit à leur demande. Madame de Lavaltrie, jusqu'à sa 
mort, arrivée à Montréal le 1er mars 1733, retira une modeste pension (15). 

Du mariage de Séraphin Margane de Lavaltrie et de Louise Bissot étaient 
nés onze enfants : 

I 

Marie-Anne Margane de Lavaltrie. — Née à Québec le 20 juin 1668. 

Mariée à Montréal, le 28 octobre 1 694, à Ignace Boucher de Grosbois, 
fils de Pierre Boucher, seigneur de Bôucherville, et de Jeanne Crevier (16) 

C'est à lui que s'adresse ce passage touchant du testament spirituel du 
vénérable gouverneur des Trois-Rivières : 

" Adieu, mon fils de Grosbois. Vous savez combien je vous ai aimé ; 
n'en soyez pas ingrat, mais priez Dieu pour moi en reconnaissance." 

M. Boucher de Grosbois décéda prématurément à Boucherville le 25 
octobre 1 699. Il laissait une fille et quatre fils qui furent les tiges de la belle 
fcimille Boucher de Grosbois qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours. 

En 1725, madame Boucher de Grosbois résidait encore à Boucherville. 

II 

Charles-Séraphin MarBane de Lavaltrie. — Né à Montréal le 5 août 1 669. 

En 1 69 1 , le gouverneur de Frontenac lui accordait une commission d'en- 
seigne à la place de M. Boucher de Grandpré fait lieutenant réformé (17). 
Cette commission fut confirmée par le roi le 1er mars 1693 (18). 



(14) Edouard Richard, Supplément du Rapport du Dr Brymner sur 
les Archives canadiennes pour 1899, p. 319. 

(15) Rapport sur les Archives canadiennes pour 1904, p. 194. 

( 1 6) Contrat de mariage devant Antoine Adhémar, à Montréal, le 
28 octobre 1 694. 

(17) Bulletin des Recherches historiques, vol. XIII, p. 343. 

( 1 8) Edouard Richard, Supplément du Rapport du Dr Br^mner sur 
les Archives canadiennes pour 1899, p. 287. 



— 40 — 

En 1 693, M. de Frontenac chargea M. d'Ailleboust d'Argenteuîl d'un 
important message pour M. de Louvigny, commandant à Michilimakinac. Con- 
naissant la bravoure et l'habileté du jeune de Lavaltrie, M. de Frontenac lui 
donna instruction d'escorter M. d'Ailleboust d'Argenteuil et ses dix-huit com- 
pagnons jusqu'au delà des passages les plus dangereux. M. de Lavaltrie avait 
sous ses ordres une vingtaine de volontaires et un certain nombre de Sauvages 
du Saut et de la Montagne. Le voyage d'aller se fit heureusement. Mais, à 
son rçtour, dans les premiers jours de juin 1 693, l'escorte fut soudainement 
attaquée par une bande nombreuse d'Iroquois, qui se tenaient cachés sin: les 
bords d'un rapide, près de l'île de Montréal. M. de Lavaltrie et trois de ses 
compagnons furent tués. Les autres membres de l'escorte réussirent à s'échap- 
per (19). / 

III 

François-Marie Margane de Baiilly. — Né à Montréal le 13 novembre 
1672. 

Au baptême de François-Marie Bissot de Vincennes à Montréal le 1 7 
juin 1 700 il est appelé François Margane, écuier, sieur de Batilly. Il signe 
BatiUy. 

Le jeune de Batilly obtint une commission dans les troupes du détachement 
de la marine. 

Dans l'hiver de 1703-1704, le gouverneur de Vaudreuil envoyait un 
parti de 250 hommes contre la Nouvelle- Angleterre. Il en confia le comman- 
dement à M. Hertel de Rouville, lieutenant réformé. 

Ce parti remonta le lac Champlain, puis la rivière aux Français (Onion 
River). Il suivit ensuite la rivière Connecticut jusqu'à Deerfield, qui était 
l'établissement le plus voisin du Canada dans cette direction. Ce village était 
défendu par quelques fortifications irrégulières et quelques redoutes, que la neige 
couvrait Deerfield comptait une garnison d'une vingtaine de soldats. M. de 
Rouville s'approcha de la place pendant la nuit du 29 février. Les patrouilles 
ne soupçonnaient pas même la présence de l'ennemi. Deux heures avant le jour, 
les Canadiens et leurs alliés sauvages escaladèrent les murs, pénétrèrent dans le 
village et surprirent les habitants dans leur sommeil. Ceux-ci n'eurent pas le 
temps de résister. La place fut emportée en quelques instants. 47 personnes 



(19) R. P. Charlevoix, Histoire de la Nouvelle-France, vol. II, p, 
1 29 ; O'Callaghan, Documents relative to the Histor^ of the State of New- 
York, vol. IX, pp. 553. 562, 566 ; Ferland, Cours d'histoire du Canada, 
vol. II, p. 263. 



...41 — 

furent tuées et 1 1 2 faites prisonnières. Le village fut réduit en cendre. Le 
même matin, M. de Rouville se remettait en route p)our la Nouvelle-France 
avec ses prisonniers et son buiin. Le voyage de retour dura 25 jours, pendant 
lesquels les hardis Canadiens et leurs prisonniers n'eurent d'autres vivres que 
ceux que la chasse pouvait leur fournir. 

M. de Rouville n'avait perdu que trois Canadiens et quelques sauvages. 

L'enseigne de Batilly fut tué au cours de cette hardie expédition. 

Le 3 avril 1 704, M. de Vaudreuil racontait ainsi au ministre l'exploit de 
M. de Rouville contre Deerfield : 

" Les Abénaquis m'ayant fait savoir que les Anglais leur avaient tué du 
monde l'automne dernière et me demandant du secours, j'ai envoyé cet hiver un 
parti de deux cent cinquante hommes tant français que sauvages commandé par 
le Sr de Rouville, lieutenant réformé, qui s'en est acquitté très dignement. Ils 
ont amené deux cent cinquante prisonniers et ne savent pas le nombre des morts. 
C'est un officier qui mérite. Monseigneur, que vous ayez la bonté de songer à 
son avancement. Depuis que la guerre a commencé en ce pays contre l'Anglais, 
il n'a jamais manqué aucun parti. Il commandait celui de l'automne passé avec 
le Sr de Beaubassin.; il a été blessé à celui-ci et avait avec lui quatre de ses 
frères. 

"Nous avons perdu, Mongr, à ce dernier parti que trois Français et quel- 
ques Sauvages. Parmi les 3 Français se trouve le Sr de Batilly, enseigne, très 
brave homme et le second de sa famille qui a été tué au service du Roi " (20) . 

IV 

Geneviève Margane de Lavaltrie. — Née à Montréal le 12 juillet 1675. 

Mariée à Montréal, le 3 janvier I 696, à Charles Le Gardeur de Lisle, 
fils de feu Charles Le Gardeur de Tilly, conseiller au Conseil Souverain, et de 
Geneviève Juchereau de Maur (21). 

Madame Le Gardeur de Lisle décéda à Montréal le 30 novembre 1 702. 



(20) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 22. Sur 
l'expédition de M. Hertel de Rouville contre Deerfield, on peut consulter l'ou- 
vrage de M. Baker publié à Cambridge, Mass., en 1897 : True Stories of 
New-England capltves carried lo Canada during the old french and indian 
rvars. 

(21) Contrat de mariage devant Antoine Adhémar, à Montréal, le 
3 janvier 1696. 



— 42 — 

En 1718, M. Le Gardeur de Lisle servait dans l'Ouest. Il était à 
Kaskaskia (22). 

V 

Madeleine-Louise Margane de Lavaltrie. — Née à Lavaltrie le 27 no- 
vembre 1676 (23). 

Mariée à Montréal, le 1 1 décembre 1 698, à Paul d'Ailleboust de Péri- 
gny, lieutenant dans les troupes du détachement de la marine, fils de Charles 
d'Ailleboust des Musseaux et de Catherine Le Gardeur de Repentigny (24). 

M. d'Ailleboust de Périgny était le petit-neveu du gouverneur d'Ailleboust 
et le frère de Louis d'Ailleboust de Coulonge, de Pierre d'Ailleboust d'Argen- 
teuil, de Nicolas d'Ailleboust de Manteht et de Jean-Baptiste d'Ailleboust des 
Musseaux. Les noms des cinq frères d'Ailleboust sont inscrits aux plus belles 
pages de notre histoire. 

M. d'Ailleboust de Périgny, en récompense de ses services, obtint, le 3 
juillet 1713, la compagnie de la Pipardière, Plus tard, le roi lui donna la 
croix de Saint-Louis. 

M. d'Ailleboust de Périgny décéda à Montréal le 3 février 1 745. 

Madame d'Ailleboust de Périgny survécut plusieurs années à son mari. 

Le 22 mai 1 76 1 , elle entrait en pension chez les Soeurs Grises à Mont- 
réal (25). 

Ils avaient eu trois enfants : Hector-Louis, l'aîné, cadet dans les troupes, 
se noya près de Montréal dans l'été de 1 723 ; Marie-Louise-Catherine décédi 
à l'âge de douze ans ; et Thérèse-Judith, la cadette, devint l'épouse de Pierre 
Hertel de Moncour. Elle décéda à Montréal le 1 2 avril 1 738. 

VI 

Pierre Margane des Forêts et de Lavaltrie. — Le continuateur de la lignée. 



(22) Tanguay, Dictionnaire généalogique, vol. V, p. 293. 

(23) Elle fut baptisée à Sorel le 18 janvier 1677. L'acte ne donne 
pas le lieu de sa naissance. Il est certain, toutefois, que si elle était née à Sorel 
on n'aurait pas attendu un mois et demi pour la porter au baptême. Sorel et 
Lavaltrie sont séparées par le Saint-Laurent, et, en hiver, surtout à cette époque, 
la traversée n'était pas toujours facile. 

(24) Contrat de mariage devant Antoine Adhémar, à Montréal, le 
1 1 décembre l 698. 

(25) L.-A. Huguet-Latour, Annuair-e de Ville-Marie, vol. II, p. 86. 



... 43 — 
VII 

Barbe Margane de Lavaltrie. — Née à Lavaltrie en février 1681 (26). 

En 1 704. René LeMoine Despins, fils de Jean LeMoine Despins et de 
Marie-Madeleine de Chavigny, après avoir fait la cour pendant un certain 
temps à Barbe Margane de Lavaltrie, la demandait en mariage. Sa demande 
fut agréé. Le contrat de mariage avait été reçu par le notaire Antoine Adhémar 
et les bans placés à l'église lorsque, à la veille même de la célébration du ma- 
riage, le fiancé refusa d'aller plus loin. Madame de Lavaltrie, au nom de sa 
fille encore mineure, intenta un procès à M. LeMoine Despins devant la Prévoté 
de Québec. Des amis des deux familles s'interposèrent et, le 25 octobre 1 704, 
un compromis avait lieu entre les parties (27). Afin d'éviter le scandale et les 
frais de cour, l'affaire fut soumise à deux amiables compositeurs, M. de la 
Colombière, grand-vicaire de l'évêque de Québec, et M. Paul Dupuy, lieute- 
nant-particulier au siège de la Prévôté de Québec. 

Le 29 octobre 1 704, les amiables compositeurs rendaient le jugement arbi- 
tral suivant : 

" Veu par nous Joseph de la (u)lombière, prestre, grand vicaire de mon- 
seigneur l'evesque de cette ville de (^ébec, coner. clerc au Conseil Souverain 
de ce pays, et Paul Dupuy, coner. du roy, lieutenant particulier au siège de la 
prevosté de cette ville, un compromis passé pardevant Me. Chambalon, notaire, 
le 25 du présent mois, mis en nos mains par dame Louise Bissot, veuve de 
Séraphin Marganne vivant escuyer sieur de la Valterie capte, d'une compagnie 
des troupes de la marine entretenue en ce pays, et le sieur René LeMoine, sieur 
Despins, par lequel ils nous suplient de vouloir comme arbitres et amiables 
compositeurs, terminer leur diférent afin d'éviter la suite des procédures qui se 
seraient faites de part et d'autre sur l'instance encommencée pardevant monsieur 
le lieutenant-général de la prevosté de cette ville tendente à faire réparer par le 
d. LeMoine le tort qu'il a fait à demoiselle Barbe de la Valterie, fille de la 
d. dame, pour raison du contrat de mariage qu'il a passé avec elle et du mariage 
qu'il a esté sur le point de solenmiser ce que néanmoins il a refusé de faire pour 
certaines raisons par luy produites, une requeste de la d. dame de la Valterie 
repondue par le d. sieur lieutenant-général le 22 de ce mois avec assignation 
au d. sieur Despins pour comparoir 'au lendemain, ensemble les demandes et 
defîenses des parties signées par elles, et après avoir le tout bien considéré nous 



(26) Baptisée à Repentigny le 7 février 1681. 

(27) Acte devant Chambalon, notaire à Québec, 25 octobre 1704. 



... 44 - - 

condamnons le d. sieur Despins à payer à la d. demoiselle Barbe de la Valterie 
la somme de six cents livres que nous luy avons adjugée pour ses interests civils 
laquelle somme sera incessamment payée après la signification de la présente et 
mise ez mains d'un marchand tel que la d. dame jugera à propos pour en payer 
l'interest à la d. demoiselle tant et si long temps que bon luy semblera et ayant 
esgard aux soins, peines, voyages et dépenses faites par la d. dame de la 
Valterie pour la poursuite de l'affaire en question, nous luy adjugeons la somme 
de deux cents livres laquelle luy sera aussi payée par le d. sieur Despins aussitôt 
et après la d. signification faite comme dit est et au surplus que les choses 
portées ou données pour gage par le d. sieur Despins à la demoiselle luy demeu- 
reront comme à elle appartenentes et que les cinq cent livres consignées par le 
d. Despins pourront entrer au payement de celle de six cents livres à quoy il 
'Cst condamné et celle consignée par la dame la Valterie à elle. rendue par la 
teneur de la d. consignation. Donné par nous arbitrateurs soussignés le 29e 
octobre 1 704, 

LA COLOMBIERE 
DUPUY " 

M. LeMoine Despins s'exécuta de bonne grâce et, le 4 novembre 1 704, 
il remettait la somme de huit cents livres à madame de Lavaltrie pour satisfaire 
à la condamnation portée contre lui par les amiables compositeurs. Madame 
de Lavaltrie, en retour, consentit à la cassation, révocation et annulation du con- 
trat de mariage passé entre sa fille et M. LeMoine Despins par le notaire Adhé- 
mar (28). 

Barbe Margane de Lavaltrie devint, quinze ans plus tard, à Montréal, 
le 27 novembre 1719, l'épouse de Etienne de Bragelongue, chevalier, lieute- 
nant d'une compagnie des troupes du détachement de la marine, fils de feu 
Charles de Bragelongue, seigneur de Montrhaville, Martinvilliers et autres lieux, 
commissaire-général de la cavalerie de France, et de Marie-Madeleine de Vi- 

gny (29). 

M. de Bragelongue décéda à Montréal le 27 novembre 1738. 
Quant à madame de Bragelongue, nous n'avons pu retracer ni la date ni 
l'endroit de sa mort. 



(28) Quittance devant le notaire Chambalon, à Québec, le 4 novembre 
1704. 

(29) Contrat de mariage devant Michel Lepailleur, notaire à Mont- 
réal, le 25 novembre 1719. 



— 45 — 
VIII 

Jean-Bapïiste Margane de Lavaltrie. — Né à Lavaltrie le 3 novemtre 
1683 (30). 

il vivait encore en 1725 (31). . 

IX 

François Margane de Lavallrie. — Né à Lavallrie en 1684 (32) 

C'est lui que les historiens américains et la plupart des historiographes 
canadiens désignent erronément comme le fondateur de l'Indiana, lui faisant 
usurper la gloire et le mérite de son cousin François-Marie Bissot de Vincennes. 

Vers 1 700, Augustin Le Gardeur de Courtemanche, lieutenant dans les 
troupes du détachement de la marine, bien connu par ses exploits de guerre et 
ses hardis voyages dans l'Ouest, faisait une exploration de la côte du Labrador. 
La pêche et la chasse étaient si avantageuses dans cette région 'mconnue qu'il 
se décida à s'y établir: Il fil son établissement près de la rivière des Esqui- 
maux. Afin de tenir les Sauvages en respect, il construisit aussi un petit fort 
dans lequel il avait l'intention de garder quelques hommes armés afin de parer 
aux événements. 

Le jeune de Lavaltrie, amateur d'aventures, de chasse et de pèche, suivit 



(30) Il fut baptisé le 10 novembre 1683, comme nous le constatons 
par l'acte de baptême suivant que nous devons à M. l'abbé Ducharme, curé de 
Contrecoeur : "Le dixiesme jour du mois de Novembre de l'an mil six cent 
quattre vingt trois par moy Benoist Duplein pire Missionnaire, du seminre. de 
Québec faisant les fonctions curiales à la Valterye a esté baptisé dans le d. 
Lieu Jean Baptiste fils de Sr. Séraphin de Margane Escuyer Seigneur de la 
Valterie et de damoiselle Louise Bissot sa femme est né le troisiesme du mesme 
mois ses parain et Mareine ont esté le Sr. Jean Baptiste le Gardeur Escuyer 
seigneur de Repentigny et damoiselle Marie Couillard femme de Mr. LaLande 
Jean Baptiste le Gardeur et damoiselle Marguerite Nicole! femme du d. sieur 
de Repentigny ayant tenu l'enfant sur les fonts en qualité de procureurs. (Signé) 
LaValtrîe. B. Duplein, ptre. 

(31 ) Acte de foi et hommage rendu pour le fief et seigneurie de Laval- 
trie par Pierre Margane de Lavaltrie en 1 725. 

(32) Dans l'inventaire des biens de Séraphin Margane de Lavaltrie 
dressé le 7 août 1 699 par le notaire Antoine Adhémar il est fait mention de 
"François de Margane, Ecr, sr de Makary, âgé de 1 5 ans". Sa naissance 
remonte donc à 1684. Comme sa soeur Madeleine-Louise, il fut probablement 
baptisé à Sorel. Malheureusement les registres de Sorel manquent de 1 678 à 
1 687. Ce qui nous emfîêche de donner la date exacte de la naissance de 
François Margane de Lavallrie. 



—46— 

son cousin, M. Le Gardeur de Courtemanche, au Labrador. C'est lui qui fut 
chargé du commandement du fort de Pontchartrain. 

En 1 71 1, François Margane de Lavaltrie eut l'honneur de venir appren- 
dre au gouverneur de Vaudreuil que les Anglais traversaient la mer avec une 
flotte formidable dans l'intention de venir mettre le siège devant Québec. Cha- 
que été, de nombreux vaisseaux français et étrangers venaient faire la pêche 
dans les eaux du Labrador. C'est par un de ces vaisseaux que le ministre 
de Pontchartrain avait fait savoir cette grave menace à M. de Courtemanche. 

C'est encore M. de Lavaltrie qui, au mois d'octobre de la même année, 
vint annoncer à la population de Québec l'horrible naufrage de plusieurs des 
vaisseaux du fier amiral Walker sur les récifs de l'île aux Oeufs. 

Le procès-verbal de la Déclaration de M. de Lavaltrie à la Prévôté de 
Québec nous donne des détails lugubres sur ce naufrage qui sauvait la colonie : 

'* Aujourd'huy dix sept Octobre mil sept cent onze trois heures de relevée 
pardevant nous Paul Dupuy Escuyer Comre. du Roy et son lieutenant parti- 
culier civil et criminel au siège de la prévosté et amirauté de Québec, faisant 
par ordre de sa Majesté les fonctions de Lieutenant général au siège en nostre 
hostel, et en présence du procureur du Roy, est comparu françois de Marganne 
Sieur de la Valterie officier servant au fort de Pontchartrain de Labrador, 
lequel après avoir preste serment par devant nous en la manière accoutumé de 
dire la vérité, a dit et déclaré que le troise. Aoust dernier il auroit esté envoyé 
du fort de pontchartrain par Mr. de Courtemanche commandant au dit lieu, 
a Monsieur le Marquis de Vaudreuil Gouverneur Général de ce pays, pour 
l'avertir que cette ville estoit menacée d'estre assiégée par les Anglois ennemis 
de l'Estat, suivant l'avis qu'il en avoit receu de Monseigneur le Comte de 
Pontchartrain, et que quelques jours après son arrivée en cette dite ville, mondit 
Sieur le Gouverneur Général luy auroit ordonné de s'en retourner à son poste 
et que s'il remontroit les Ennemis de venir luy en donner des nouvelles en toute 
dilligence, et qu'à cet effet il partit le dix huite. Septembre aussy dernier pour 
s'en retourner au lieu de l'abrasdor en canot avec deux français et un Sauvage, 
et que le premier de ce mois estant arrivé à l'Isle aux oeufs distante de cette 
ville de soixante dix lieues il appercut apparence de naufrage ce qui l'obligea 
de débarquer à terre où il trouva sur le sable quatre hommes mors qu'il reconnut 
estre des Anglois, qu'il découvrit en mesme temps quantité de pistes d'hommes 
qu'il suivit avec ses gens pendant l'espace de deux lieues, dans lequel chemin 
ils en trouvèrent que deux bonnes chaloupes échouées avec sept ou huit autres 
que l'on pourroit racommoder, et s'en retournant a leur canot ils aperceurent 
deux hommes qui marchoient sur le sable qui leur firent connoistre par leur 



— 47 — 

appel qu*ils esloienl françois et les ayant approchez ils les reconnurent pour 
estre de l'équipage du nommé Vital Caron Me. de barque, lesquels gardoient 
du butin et en ramassoient d'autre, qui consistoit en habits, Couvertur, has. 
chemises et autres dépouilles qu'ils leur firent voir, et leur dirent le naufrage 
qui estoit arrivé à la flotte angloise qui venoit éissieger cette ville, a quoy n'ayant 
pas voulu s'en tenir ils furent eux mesmes sur le lieu ou luy déclarant apF>erceut 
sept vaisseaux anglois sur la pointe de la terre ferme du costé du Nord proche 
îa dite Isle aux Oeufs, desquels il y en avoll un tout bruslé, deux autres a demy 
brûlez et trois autres à la coste dont l'un tient avec deux ancres et un autre qui 
en a trois dans sa Rouche et le septiesme vaisseau qui flottoit à toutes les 
marées estant sur ses ancres lequel il croit plus gros que le héros qui est de 
présent en la rade de cette ville, les autres estant moins gros mais cependant 
qu'il estime du port d'environ trois ou quatre cent toimeaux chacxm beaucoup 
d'apparence, et que le plus gros qui est sur ses ancres, à son premier p>onl 
emporté et la ferrure de ceux qui sont brûlez est sur le lieu ; qu'il croit que des 
<iits vaisseaux il n'y a que le plus gros qui puisse estre raccommodé ; qu'ils 
ont veu en outre sur le bord de l'eau environ quinze à seize cent corps morts 
desquels il y avoit environ une vingtaine de femmes, partie desquelles avoient des 
enfants à la mamelle, qu'ils ont aussy veu sur la grève, des chevaux, des mou- 
tons, des chiens, et des volailles, quantité de bats pour les chevaux de charge, 
trois ou quatre cent grosses futailles cerclées de fer dont il ne sçait si elles sont 
plaines, beaucoup de brouettes, mesme une barrique de vin et une barrique et 
demie d'eaudevie de laqulle luy déclarant a bû plusieurs fois avec les dits deux 
honunes du dit Caron, qu'il y a aussy a la coste des cables, 2uicres, voilles, 
planches et madriers de chesne, bois ecary, des pelles, des picqs, pioches, 
chesnes, fiches et ferrailles dont il a veu des monceaux de trois pieds de hault, 
et que les dits deux hommes luy dirent que le dit Vital Caron avoit enlevé la 
charge de deux charoys de butin qu'il avoit emmené avec luy aux Sept Isles, 
pour en faire le partage entre les gens de son équipage composé de vingt cinq 
hommes et qu'il y avoit un de ces hommes qui avoit trouvé vingt écus blancs 
dans la poche d'un des naufragéz, et un autre une montre d'argent, que touttes 
ces choses et sont devoir luy ont fait abandonner son voyage et les proffits qu'il 
auroit pu faire comme les autres a sauver des effets du dit naufrage, pour venir 
en cette ville en apporter la nouvelle et en faire sa déclaration, ce qu'il a fait 
avec toutte la dilligence possible, s'estant rendu en quinze jours malgré les mau- 
vais temps qu'il a eu pendant son voyage, qui est tout ce qu'il a dit scavoir : 
Demandant au surplus qu'il luy soit accordé les droits quy appartiennent au 
dénonciateur, et a signé à l'Original avec nous les jour et an susdittes. Ainsi 



—48— 

signées au dit original Marganne de la Valterie, Lespinay, Dupuy et Rivet 
Greffier sous signé " (33). 

Le 9 mai 1712, M. de Lavaltrie épousait, à Beai^>ort, Angélique Guyon- 
Desprès, fille de François Guyon-Desprès et de Madeleine MarsoleL 

Avant même de venir s'établir dans sa seigneurie de Beauport, Robert 

Giffard, le 14 mars 1634, avait créé un arrière-fief en faveur d'un de ses com- 

y patriotes, Jean Guyon> Gifïard et Guyon étaient Percherons mais le Perche 

était voisin de la Norméuidie. En huit ans, Giffard et Guyon eurent six procès 

au sujet de cet arrière-fief Du Buisson. 

Par son mariage avec la petite-fille de Jean Guyon, M. de Lavaltrie 
devenait l'un des propriétaires de l'arrière-fief Du Buisson. Une véritable fa- 
talité s'attachait à cette propriété. Il fut obligé de soutenir trois ou quatre 
procès pour garder la petite part de propriété seigneuriale que lui avait apportée 
son mariage. 

Le 1 9 septembre 1713, M. de Lavaltrie s'associait avec Bernard d'A- 
mours de Plaine pour faire un voyage au Cap-Breton où M. de Plaine avait 
des terres. Les aissociés devaient y faire la traite, la pêche et la chasse. 

Comme chaque associé avait fourni une quantité inégale de marchandises, 
il était entendu que celui qui aurait le plus fourni retirerait en pelleterie au 
prix courant ce qu'il aurait avancé davantage. Le surplus, sans exception, 
devait être partagé par moitié (34). 

La société entre M. de Lavaltrie et M. de Plaine ne fut pas de longue 
durée. Le Labrador avec ses îles giboyeuses, ses rivières remplies de poisson 
l'attirait. Il y retourna bientôt. Seulement, au lieu d'être sous les ordres dé 
M. de Courtemanche, il fit la pêche et la traite avec les Sauvages à son propre 
compte, avec l'aide de deux ou trois engagés. 

M. de Laval tiie n'avait aucune concession au Labrador. 

Le pays était grand, les rivières nombreuses et MM. de Courtememche et 
de Lavaltrie pouvaient faire leurs exploitations sans se nuire. Aussi longtemps 
que'M. de Courtemanche vécut, il n'y eut aucune difficulté à ce sujet. 

En juin 1717, M. de Courtemanche mourait à son établissement de la 
baie Phélippeaux. C'est le sieur de Brouage, né du premier mariage de sa 
femme, qui succéda à M. de Courtemamche comme commandant de la côte du 
Labrador. Jeune, ardent, jaloux de ses droits, il ne tarda pas à trouver que 
la côte du Labrador malgré son inunensité était trop restreinte pour lui et M, 



(33) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. F. 32, p. 
171. 

(34) Acte de la Cetière, 19 septembre 1713. 



—49— 

de Lavaltrie. 

Le 9 septembre 1718, il se plaignait de M. de Lavaltrie au Conseil de 
marine : 

" Je suis obligé de me plaindre au Conseil d'une insulte qui m'a été faite 
par le sieur de la Valterie étant arrivé au commencement de juillet dans les îles 
proches le fort avec une chaloupe. 

" Comme nous sommes dans un pays où nous avons des ennemis à craindre, 
les Elsquimaux d'un côté et les forbans de l'autre qui pourraient fort bien mettre 
leurs navires dans quelques havre du côté de Terreneuve et venir avec leurs 
chaloupes et prendre connaissance des navires qui sont à cette côte. Ils ne lais- 
seront pas d'y faire un tort très considérable. Ne- sachamt pK>int qu'il fut si 
proche que par des étrangers qui parurent la veille sur la grève je voulus m'in- 
former ce que c'était ces gens qui avaient pris aussitôt la fuite. Je détache 
quatre hommes avec vm canot pour envoyer savoir sur les îles ce que ce pouvait 
être et ils me rapportèrent que c'était le sieur de la Valterie qui y était im jour 
auparavant. 

" Je lui renvoyai sur le champ de venir me dire le sujet de son voyage et 
de m'apporter ses ordres. Il demanda à l'homme que je lui avais envoyé de 
quelle part je lui faisais faire un pareil compliment. Les capitaines des navires 
de Canada qui étaient dans le havre lui firent connaître que le Roi m'avait 
honoré du commandement, et il me fit dire par mes gens qu'il ne dépendait ici 
de personne, ce qui m'obligea de lui envoyer un ordre par écrit qu'il eut à venir 
de la part du Roi. Il n'en fit aucun cas, ce qui arriva en présence de tous les 
capitaines qui étaient alors au F>etit Havre. Je ne suis pas surpris que cela 
m'est arrivé des Canadiens puisque M. Courtemanche y a été plusieurs fois 
exposé, dans laquelle il a toujours eu beaucoup de prudence que je tâcherai 
d'imiter aussi bien qu'en tout ce qui concernera le service du Roi. Je demande 
au Conseil qu'il ait la bonté de m'envoyer un ordre de ce qu'il souhaite que je 
fasse pour ce sujet parce qu'il est très dangereux que l'on laisse venir toutes 
sortes de gens sans subordination à cette côte. Nous demandons en grâce au 
Conseil, ma mère, mes soeurs et moi que nous puissions jouir paisiblement et 
sans être inquiétés de la continuation de la conceî^sion qu'il a eu la bonté de 
nous accorder et particulièrement de la traite de tous les Sauvages de la côte 
du Labrador sur laquelle nous recevons tous les jours mille chagrins par les 
fiermissions que M. le gouverneur-général donne à toutes sortes de gens qui 
veulent venir pour y faire la traite et dont le sieur de la Valterie en est un. 
Ils ne se contentent pas, après que nous leur avons équippé et prêté ce qui leur 
est nécessaire, et de leur ôter le f>eu de pelleteries qu'ils pourraient avoir pour 



— 50 — 

nous satisfaire, et même de venir les débaucher. Jusque sur notre grève ; et 
les misérables partant de nuitte (sic) nous volent et pillent tout ce qu'ils trou- 
vent, ce qui nous fait un tort très considérable. Voilà deux années de suite que 
l'on nous fait la même chose. Je ne m'en serais pas plaint cette année si le dit 
la Valterie n'eut pas menacé ma mère de la ruiner. Je ne regarde pas en cela 
mon intérêt particulier ni celui de ma famille, mais il n'y a simplement que celui 
du public parce que ces sauvages débauchés et sans subordination sont plus à 
craindre que les E.squimaux. Il en est déjà arrivé un exemple avec eux. Un 
capitaine ayant envoyé un officier avec deux chaloupes à cinq ou six lieues de 
l'Ile à bois en remontant du côté de Québec, ils rencontrèrent de ces sauvages 
débauchés qui voulurent tirer sur eux et si les Français n'eussent pas été les 
plus forts ils les auraient défaits ; dont le capitaine m'en a fait des plaintes. 
Vous voyez bien que je ne peux pas répondre que ces sortes de gens ne fassent 
bien du tort dans la suite ; que si j'en était le maître seul je prendrais mes 
précautions pour qu'ils ne fissent de tort à personne en fournissant ce qui leur 
serait nécessaire, comme je fais à une partie de ceux qui sont restés avec moi, 
auxquels je fournis des chaloupes avec des Français pour les conduire jusqu'au 
lieu de leur hivernement, pour empêcher qu'ils ne fassent aucun tort à aucun 
vaisseau parce que quelquefois ils pourraient s'enivrer et dans cet état ils n'ont 
aucune raison et pourraient faire de grands désordres. 

" Nous demandons en grâce au Conseil que ces sortes de choses ne puis- 
sent plus arriver parce qu'il n'est pas possible que je puisse m'attacher à faire 
de nouvelles découvertes ni travailler avec sûreté étant toujours occupé avec 
des gens qui me traversent " (35). 

L'année suivante, M. de Brouage avait encore à se plaindre de M. de 
Lavaltrie. Le 6 septembre 1719, il écrivait au Conseil de marine : 

" J'eus l'honneur de me plaindre l'année dernière au Conseil de tous les 
torts que nous faisait le sieur de la Valterie. Vous verrez encore cette année 
la suite de sa mauvaise conduite par la plainte que j'ai l'honneur de vous faire 
du mauvais exemple qu'il donne tant aux Français qu'aux Sauvages de cette 
côte. Je fis partir un canot ce- printemps du côté de Québec à vingt ou vingt- 
cinq lieues de chez moi, comme nous avons coutume de faire tous les ans depuis 
que nous sommes à La Brador pour envoyer audevant des Sauvages des terres 
et autres de la dite côte, comme ils ont coutume de descendre à ces environs 
et que nous leur avions prêté considérablement. Il y avait dans le canot deux 
Français et un jeune sauvage. Je ne fais point partir aucun canot de chez moi 



(35) Archives du Canada, Correspondance générale, vol.^ 109. 



— 51 — 

sans leur donner un paisseport pour faire connaître à ceux qui les rencontre que 
ce ne sont point des déserteurs. Je prends des précautions pour qu'il n'arrive 
point de désordre. 

" J'ai l'hormeur de vous dire que le dit sieur de la Valterie rencontrant 
mon canot demanda à mes gens où ils allaient ; celui qui commandait le canot 
lui fit réponse qu'il allait suivant les ordres de Mr le commandant et en même 
temps les lui fit voir. Le dit sieur de la Valterie lui fit réponse qu'il ne recon- 
naissait pas ses ordres ni même le sieur de Brouage et sur le champ il appela 
ces gens à son secours et sautèrent sur le canot lorsque mes gens s'y attendaient 
le moins et piller plomb, f>oudre, tabac et autres marchandises qui étaient dedans 
sans leur avoir laissé aucun coup de poudre ni de plomb pour se rendre chez 
moi, et que s'ils avaient eu du mauvais temps ils auraient risqué de mourir de 
faim en chemin. 

" Le Conseil aura la bonté de remarquer s'il lui plait que ce procédé est 
tout à fait pernicieux puisque les Sauvages prendront exemple sur le sieur la 
Valterie et qu'il leur sera plus doux de piller que de travailler pour avoir ce qui 
leur est nécessaire. Et même un sauvage voulant m'emprunter quelque chose, 
quand je lui en refuse, il me dit que si je ne lui donnais point qu'il me forcerait, 
ce qui m'obligea à le mettre hors de chez moi ; pau"ce que jamais je ne les avais 
vus se servir de pareils termes. 

" La justice que je demande en grâce au Conseil aussi bien que ma mère, 
que le dit sieur de la Valterie ne remette jamais les pieds dans ce pays pour 
faire connaître aux sauvages que c'est la mauvaise action qu'il a faite ; et je 
ne manquerais pas de leur faire connaître que la plainte que j'ai l'honneur de 
vous faire est que quemd on se vole comme cela entre les Frsmçais aussi qu'avec 
les sauvages que les Puissances les font châtier ; et c'est p>ourquoi si cet homme 
demeure dans ce pays, ces sortes de gens croiront que cela sst permis et je 
craindrais bien que nous ne fussions la victime. Je ne crains pour moi, mais il 
n'y a que pour ma mère et mes trois soeurs qui sont bien exposées dans de pareil- 
les occasions. 

" Je ne manquai pas l'année dernière de faire mes plaintes à Mr le mar- 
quis de Vaudreuil, gouverneur-général du Canada, sur la désobéissance que me 
fit le sieur de la Valterie, et ma mère lui fit ses plaintes et lui demanda justice 
du tort considérable que le dit sieur nous faisait de débaucher nos sauvages 
qui partant de nuitte (sic) nous volaient, ce qui nous faisait un tort très con- 
sidérable. 

" Nous avons eu aucune satisfaction des plantes que nous lui avons faites 
et je ne crois pas même qu'il en ait fait aucune réprimande au sieur de la Val- 



— 52 -- 

terie, parce qui'l se flatte beaucoup sur la protection de Mr le gouverneur- 
général de Canada, ce qui me fait croire qu'il est beaucoup soutenu par lui. 

*' Nous n'avons pas encore manqué cette année de lui faire nos plaintes et 
de lui demander justice pour la troisième fois. N'ayant pas voulu agir avec 
violence dans une pareille occasion je me contentais de me plaindre parce que 
j'espérais qu'il me ferait justice. 

" Je lui ai marqué aussi que j'aurais l'honneur d'en informer le Conseil, 
et comme le dit Sieur hiverne encore dans ces pays ici et que les vaisseaux de 
France viennent plus tôt que ceux de Canada, j'espère que le Conseil me rendra 
la justice qui m'est due et que je recevrai ses ordres plutôt que celle (sic) de 
Canada et que je pourrai travailler avec plus de tranquillité " (36). 

M. de Lavaltrie, qui voyait que M. de Brouage réussirait à le faire partir 
du Labrador, s'il n'y obtenait une concession, s'adressa à MM. de Vaudreuil 
et Bégon. Ceux-ci appuyèrent sa demande auprès du ministre. Le 25 mai 
1719, le ministre répondait favorablement au gouverneur et à l'intendant (37). 

Cependant le Conseil de marine ne fut saisi de la demande de M. de 
Lavaltrie que le 23 janvier 1 720 (38). 

Enfin, le 26 mai 1 720, le Roi signait la concession suivante en faveur de 
M. de Lavaltrie : 

" Aujourd'huy le vingt-six mai mil sept cent vingt, le Roy étant à Paris, 
ayant écouté favorablement la demande qui luy a esté faite par le sieur de la 
Valterie d'un terrain à la coste de Labrador pour y establir des pesches séden- 
taires de la morue et du loup-marin Sa Majesté de l'advis de Monsieur le duc 
d'Orléans, Régent, lui a concédé le havre nommé la Rivière Saint-Augustin, 
dans la coste de Labrador, avec deux lieues de front de chaque costé sur quatre 
lieues de profondeur dans les terres ensemble les isles et islets adjacentes au dit 
havre pour en jouir par luy, sa vie durant, et tant qu'il fera valoir la concession 
par les pesches veut et entend Sa Majesté qu'il ait seul dans le havre et dans 
les deux lieues à luy concédées, ensemble dans les isles et islets y adjacents, la 
faculté de faire la f>esche au loup marin et qu'à l'esgard des autres pesches, il 
la fasse concurremment avec les vaisseaux qui viendront au dit havre et aux 
terres et islets concédés par le présent brevet, lui permet de faire la traite avec 
les sauvages qui peuvent se trouver sur les terres et costes de LaBrador séms 
que pour raison de la dite concession soit tenu de payer à Sa Majesté ny à ses 



(36) Archives du Canada, Correspondance générale, vol, 109. 

(37) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 41. 

(38) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 41. 



—53 — 

successeurs Roys aucune finance ou indemnité de laquelle et quelque somme 
qu'elle puisse monter. Sa Majesté lui a fait don et remize par le présent brevet 
qui sera enregistré au Conseil Sup>érieur de Québec et partout ailleurs où besoin 
sera et Sa Majesté, pour témoignage de sa volonté, a voulu signer de sa main 
ce titre contresigné par moi conseiller secrétaire d'Etat et de ses commandements 
et finances. 

LOUIS 
FLEURIAU (39) 



(39) Insinuations du Conseil Supérieur, cahier 5. 
(La fin dans la prochaine livraiison.) 



P.-G. R, 



QUESTIONS 



Mgr Tanguay {Dictionnaire généalogique, vol. I, p. 617) donne M. 
Henaux des Rivaux comme gouverneur de Montréal en 1 684, entre M. Perrol 
et M. de Callières. Quel est ce M. Henaux des Rivaux ? 

MONT. 

— Quelle est cette échauffourée de la Royale S\)niaxe dont parle Mgr 
Amédée Gosselln dans son intéressante étude sur le séminaire de Québec publiée 
dans VAlmanach de V Action Sociale Catholique pour 191 7 ? 

CURIO. 

— En 1695, le chevalier de Crisafy fut chargé par M. de Frontenac 
d'aller relever le fort de Cataracoui ou Frontenac détruit par les ordres de M. 
de Denonville. Son expédition fut très brillante. En existe-t-il une relation 
officielle ? Quels auteurs me renseigneront sur le voyage de M. de Crisafy 
à Frontenac ? 

ECOL. 



— 54 — 

Les armes de Montréal 

M. J.-C. Lamothe, dans son Histoire de la corporation de la cité de 
Montréal, reproduit, p. 258, le blason du sceau de la métropole cana'dienne. 
Il en puise le texte dans les procès-verbaux des séances du conseil de la ville 
(vol. A, p. 50), et ce texte est comme suit : 

" Ecusson : Figure ovale, champ d'argent, écartelé au sautoir de gueu- 
les, portant au premier quartier une rose d'or, au deuxième quartier un chardon 
d or, au troisième quartier un trèfle d'or et au quatrième quartier un castor 
passant d'or." Devise ; "Concordia salus sur jarretière d'cizur." Au bas 
de l'écusson les mots : "Corporation de Montréal". 

Cette description, quoiqu'officielle, n'en est pas moins fautive. 

D'abord, l'écartelé est ici hors de propos puisque le champ entier de l'écu 
est d'argent. Dans un écartelé en sautoir, l'écu est divisé en quatre triangles 
dont deux sont d'un certain émail et deux d'un autre, au moins. Nous sommes 
plutôt en présence d'un écu d'argent recouvert d'une croix de Saint-André ou 
sautoir, de couleur rouge, c'est-à-dire de gueules. 

De plus, une règle de l'art héraldique prescrit de ne pas mettre métal sur 
métal, ni couleur sur couleur. Il faut superposer le métal sur la couleur et la 
couleur sur le métal. Donc, les quatre emblèmes qui figurent entre les branches 
du sautoir ne devraient pas être d'or, mais bleus, rouges, verts, noirs, pourpres, 
orangés ou au naturel. 

Ensuite, écu et écusson ne signifient pas la même chose en armoiries. L'écu 
est le corps du blason, tandis que l'écusson est un petit écu employé comme 
meuble dans le champ. Cela posé, essayons de blasonner le sceau plus correc- 
tement : 

D'argent, au sautoir de gueules, cantormé d'une rose de gueules tigée et 
feuillée de sinople, en chef, d'un chardon de sinople fleuri de gueules à dextre, 
d'un trèfle de sinople à senestre et d'un castor passant au naturl, en pointe. 

L'écu oval et entouré d'une jarretière d'azur portant la devise: Concordia 

salus. 

* * * 

Il est d'opinion courante que le sceau de Montréal est dû au premier maire 
de cette ville, Jacques Viger, archéologue de renom et de mérite, mais qui ne 
posséda sur le blason que des notions élémentaires, sinon rudimentaires. 

Serait-il opportun d'ajouter que le sceau de Montréal, à n'en pas douter, 
n'est qu'une modification des armoiries de l'ordre de la Jarretière ? La res- 



— f^O — 

sembîance entre les deux est indéniable, car l'un des insignes de l'ordre est ainsi 
décrit : "D'argent, à une croix de gueules. L'écu entouré d'une jarretière 
d'azur sur laquelle est la devise : Honi soit qui mal y pense," 

M. Viger n'a donc eu qu'à changer la devise, à remplacer la croix de 
Saint-Georges par celle de Sciint-André et à ajouter les emblèmes des principales 
races qui composaient alors la population de Montréal. 

A ce sujet, nous exprimerons le regret qu'il n'ait pas adopté la feuille 
d'érable au lieu du castor, comme symbole des Canadiens-français, vu qu'il 
choisissciit des végétaux comme emblèmes des autres races. M eus Duvernay 
n'avait pas encore fondé la Saint- Jean-Baptiste ! 

Terminons par une remarque appropriée. Peu de sceaux ont été traités 
plus cavalièrement que celui de Montréal, par les peintres, les graveurs et les 
dessinateurs. Dans quelques estampes, le sautoir est bordé, la jarretière est 
d'argent, les meubles sont de sable ; dans d'autres l'écu est surmonté d'une 
couronne royale, sems droit et sans raison, le trèfle se triple, se quadruple, se 
sextuple, le castor ronge une branche d'arbre et il est posé sur une terrasse, bref, 
il faudrait un numéro complet du Bulletin pour énumérer toutes les libertés prises 
par les artistes. 

Et puis, qui s'occupe de ces détails ? 

E.-Z. MASSICOTTE 



DANIEL AUGER DE SUBERCASE 

Dans le Bulletin des Recherches Historiques, (vol. XVI, p. 181), nous 
appuyant sur le Rapport sur les Archives Canadiennes pour 1887, p. 
CXXXIII, nous avons écrit que M. Auger de Subercase, ancien gouverneur 
de l'Acadie, vivait encore en I 747. 

De nouveaux renseignements nous permettent de donner la date exacte 
de la mort de M. de Subercase. 

M. Auger de Subercase décéda à Carmes, en France, le 19 novembre 
1732. 

D'après Laffilard (Alphabet, cahier II, p. 362), les dates de promotions 
de M. Auger de Subercase seraient : capitaine en Bretagne, 1 684 ; capitaine 
dans les troupes du détachement de la "marine au Canada, 3 février 1 687 ; 
1er mars 1693, 25 mars 1694 ; garde-marine. 1er janvier 1693 ; aide- 
major, 5 mai 1 695 ; major, 1 5 avril 1 694 ; gouverneur de Plaisance, I er 
avril 1 702 ; chevalier de St-Louis, 28 juillet 1 705 ; gouverneur d'Acadie, 
1 avril 1 706 ; pension de 600 livres du Trésor Royal, I 8 juillet 1 7 1 ; 
pension de 3,000 livres, 1717 ; capitaine réglé à 600 livres par an, 1 1 juillet 

1 722. 

P.-G. R. 



... 56 — 

Commission de pilote cotier à Louis Roberge, 
de nie d'Orléans 

L'an mil sept cent quarante neuf le cinq septembre deux heures de relevée, 
en l'hostel et par devant nous François Daine conseiller du Roy, Lieutnt. Gene- 
ral Civil et Criminel au siège de la prevosté de cette ville, faisant les fonctions 
de Lieutenant de l'amirauté, le Procureur du Roy ez d. siège présent et notre 
Greffier, en exécution de notre ordonnance de ce jourd'huy estant au bas de 
requeste à nous présentée par le s. Louis Roberge navigateur âgé de trente un 
ans, natif de la paroisse de St. Laurent en l'ysle d'Orléans, contenant que depuis 
treize ans, il navigue le long des costes du fleuve St Laurent jusqu'à l'ysle 
Royalle où il s'est appliqué à bien connaître tant les différents havres qui se 
trouvent scitués le long des d. costes ; que désirant se faire recevoir pilotte cot- 
tier, il nous aurait suplié de luy accorder jour et heure, f>our être examiné et 
interrogé sur le fait des pilottes cottiers pardevant nous en présence du procureur 
du Roy, par deux anciens pilottes cottiers tels qui nous plairait nommer pour 
sur leur raport estre le supliant reçu pilotte cottier et luy estre délivré lettres à 
ce nécessaire. Notre ditte ordonnance portant que le d. Roberge serait examiné 
et interrogé pardevant nous en présence du procureur du Roy sur le fait des 
pilottes cottiers par les srs Augustin Araby et Vittré Pilotte hauturiers que nous 
avons nommé d'office, et les d. srs Vitré et Araby étant comparus, nous avons 
pris et receu d'eux le serment en la manière accoutumée de fidellement en leur 
âme et conscience interroger .et faire au d. Louis Roberge les questions néces- 
saires sur la connaissance qu'il a tant des différentes routes qu'Ii faut tenir le long 
du dt. fleuve que des différents havres qui s'y trouvent scitués ce qu'ils ont jurés 
et prouvés faire et après que par eux a esté fait au d. Roberge les questions 
ils nous ont unaniment dit que le d. Roberge a plainement repondue aux d. 
questions et qu'il est capable de naviguer le long des costes du sud du fleuve 
St-Laurent sur quoi ouy le Procureur du Roy nous avons reçu et recevons le 
d. s. Roberge pilotte cottier pour conduire le long des costes du sud du fleuve 
St Laurent les bâtiments qui luy seront confiés ; à ces fins luy avons fait lever 
la main jurer et promettre à Dieu de garder et faire garder par ceux des équi- 
pages qui luy seront confiés les reglemens et ordce. de la marine et ont les d- 
srs Vitré Araby et Roberge signé avec nous. A. RABY 

DENYS VITRE 
1^. ROBERGE , 
DAINE 
LOUET 



— 57 — 

Le chevalier de Grand-Fontaine 



Peu de familles en France possèdent un arbre généalogique avec auUmt 
de rameaux que celle des d'Andigné, dont est issu Hector, chevalier de Grand- 
Fontaine qui passa en Canada avec le régiment de Carignzm ; cette famille est 
représentée encore de nos jours à Paris. 

Le nom d'Andigné est l'un des plus anciens de l'Anjou. On le trouve 
mentionné dans des Chartes qui datent du onzième siècle jxjur don de terre fait 
aux mines du monastère du Lion d'Angers ; cependant, la filiation régulière- 
ment établie ne commence qu'à Messire Geoffroi d'Andigné, chevalier, seigneur 
d'Angrie et d'Andigné vers l'an 1 300. Il eut trois fils : Geoffroi II, Olivier 
et Jean. Les seigneurs de Grand-Fontaine vierment en ligne directe d'Olivier. 
Au huitième degré paraît Gaston d'Andigné, seigneur de Grand-Fontaine, aïeul 
d'un Hector, seigneur de Grand-Fontaine en 1 6 1 9. Ce dernier est le père de 
notre officier. De son union avec sa cousine Anne, fille de Jean-Baptiste d'An- 
digné, sieur des Touches, et de Marie de Chazé, on lui coimaît quatre fils : 
l'aîné, Jean, seigneur des Touches ; René, sieur de la Chéluère ; Eustache, 
prieur de Grand-Fontaine en l 679, et Hector, chevalier de Malte avant 1 668. 
Hector naquit le 7 mai 1627. Il était capitaine dans le régiment de Carignan 
en 1 668. Le roi le nomma en 1 670 pour aller recevoir l'Acadie des mains des 
Anglais, à la suite du traité de Bréda. 

Il commanda alors en Acadie, et y demeura jusqu'à 1 675, ayant reçu le 
5 mai de cette année l'ordre de rentrer en France. En 1 676, il passa comme 
troisième capitaine sur le Clorieux, vaisseau amiral dans l'escadre sous d'Estrées 
qui se rendait à Cayenne. A l'attaque de cette place, le 21 décembre 1676, 
dans la nuit, le chevalier fut blessé au bras. Il s'était fait pK)rter en chaise à la 
tête du deuxième corps d'attaque parce qu'il avait un pied malade, mais un de 
ses porteurs ayant été tué d'une mousquetade, il mit pied à terre et acheva la 
journée comme le plus valide des combattants. 

Le 20 février 1677, à la bataille-de Tobago contre les Hollandais, il eut 
un bras cassé. 

A cause de ses services le roi lui accorda une pension de huit cents livres, 
et le 8 mai 1693 le fit chevalier de St-Louis. Il mourut à Brest le 6 juillet 
1696. 

René d'Andigné, frère aîné d'Hector, dans la déclaration de noblesse qu'il 



... 58 — 

porte en 1668 à Tours devant l'officier royal, dit que Eustache et Hector sont 
ses cadets et que Hector, chevalier de Malte, commande le régiment d'infanterie 
de Carignan, pour le service du roi en Canada, avec plusieurs autres portans 
le nom d' Andigné et mêmes armes. Hector aurait-il eu alors avec lui dans le 
régiment quelques parents ? Cela ne serait pas impossible. Peut-être le sau- 
rons-nous plus tard. 

REGIS ROY 



PUBLICATIONS RECENTES 



Notre droit d'aînesse ou La question bilingue. Traduction (par Raoul 
Renault) d'une conférence par Donald Downie, B. C. L. Québec -; — La 
Publicité enregistrée, 147, côte de la Montagne — 1916. 

— François Wolf , Ce que chacun doit savoir. Montréal — 1916. 

— Un apôtre du Nord-Ouest Canadien. Le Père Lacomhe, 'Thomme 
au bon coeur", d'après ses Mémoires et Souvenirs recueillis par une Soeur de 
la Providence. Montréal — 1916. 

— L.-G. Desjardins, L'Angleterre, le Canada et la grande guerre. Qué- 
bec— 1917. 

— Gérard Malchelosse, Cinquante-six ans de vie littéraire : Benjamin 
Suite et son oeuvre. Essai de bibliographie des travaux historiques et littéraires 
(1860-1916) de ce polygraphe canadien. Montréal — 1916. 



~- 59 ™ 
Liqueur d'autrefois 



A deux dates éloignées, j'ai rencontré, dans les vieux documents, un mot 
dont l'exacte signification m'échappe. 

Cette expression, assez rare et bizarre pour ne pas manquer de frapper 
l'attention, est rosossol. • 

J'en trouve mention d'abord, dans une pièce de 1661, ensuite, dans l'in- 
ventaire des biens des défunts Pierre Picoté de Belestre et de sa femme, Marie 
Pars, dressé par Bénigne Basset, le 1 2 décembre 1 684. Voici ce que dit ce 
dernier acte : "Item, une case et douze flacons de trois chopines chacun, plains 
" de Rosossol, ensemble avec la case, trente deux livres, cy XXXII livres." 

Il s'agit évidemment d'une liqueur. Mais quelle était-elle ) J'ai feuil- 
leté le Dictiormaire universel de 1721, le Dictionnaire de Trévoux de 1771, 
la Grande encyclopédie et le Gréind dictionnaire universel de Larousse, sans 
apercevoir rosossol. On y remarque, ce(>endant, un mot qui a quelque analogie 
et par le fond et par la forme, c'est rossolis. Le rossolis, d'après le Diction- 
naire universel ( 1 72 1 ) était une liqueur qui se prenait à la fin des repas et qui 
se composait d'eau-de-vie brûlée, de sucre, de canelle, etc., et que l'on parfu- 
mait quelquefois. 

Le grand dictionnaire Larousse nous apprend que cette boisson portait 
également les noms de rosolio, rosoglio et ratafia Je roses, et qu'elle était par- 
ticulièrement en usage en Italie et en Turquie. 

La paronymie — si vague soit-elle — qui existe entre rosossol et rossolis 
me porte à croire qu'il peut y avoir une parenté entre les deux liqueurs, si elles 
ne sont pas identiques. 

Comme tout arrive ici-bas, ces lignes tomberont, sans doute, un jour ou 
l'autre, sous les yeux de quelque chercheur qui pourra compléter ces notes p>eu 
digestibles sur un breuvage qui l'était beaucoup, à s'en rapporter au témoignage 
de nos aïeux. 

E.-Z. MASSICOTTE 

ERNEST DOIN 



Depuis que la notice sur cet auteur a paru dans le Bulletin (1917, p. 
26), j'ai trouvé deux autres titres de pièces qu'il faut placer à son actif ; les 
voici : 

Deux ivrognes corrigés par une farce. Rqirésentée à Longueuil le 24 
février 1 884. 

Le divorce du tailleur, comédie-vaudeville en un acte. 

E.-Z. M. 



— 60 



Ordonnance de l'intendant de Meulles défen- 
dant d'élever devant les maisons tambours, 
balcons, auvants, etc., etc.. sans per- 
mission, 28 juillet 1686 



Jacques De Meulles, seigneur de la Source, Chev. Coner. du Roy en 
ses Conseils, Grand Bailly d'Orléans, Intendant de justice. Police et finances 
en Canada, Acadie, isle de terre neufve et autres pais de la france septen- 
trionale. 

Nous estant, au retour de nostre voyage de TAcadie, transporté dans toutte 
la haulte et basse-ville de Québec, pour connoistre et visiter plusieurs rues le 
long desquelles quelques particuliers ont basty pendant nostre absence et élevé 
des maisons que nous aurions trouvées très mal allignées et beaucoup avancées 
dans les rues ou trop. . . ce qui oste tout a fait l'ordre qui s'y doit observer et 
la beauté d'icelles ; ce que mesme les d. particuliers auraient fait sans que le 
sieur de Becancourt, grand voyer de ce païs, ou son commis maistre François 
Genaple notaire Royal, si soient aucunement transportés p>our visiter leurs em- 
placemens et conformément à leurs contrats leur donner les allignements le long 
des rues ainsy qu'il se doit faire. Mais encore que plusieurs bourgeois et habi- 
tans de cette ville ont fait et font journellement sans aucune permission, des 
balcons, auvans, pas et autres choses tout à fait nuisibles au public mesme dan- 
gereuses par les accidens qui en pourroient arriver, A quoy estant nécessaire 
de pourvoir, nous avons ordonné et ordonnons que conformément aux Reigle- 
mens de voyrie, lorsqu'il sera par Mons. le Gouverneur et nous accordé quelques 
emplacemens dans cette ville ou le long des grands chemins, le d. sieur grand 
voyer ou son d. sr. commis en son absence, se transporteront sur les d». emplace- 
ments pour conformément aux contracts, faire tirer les allignements de part et 
d'autre, et que les clostures, cours et jardins, n'entrent point sur les rues, che- 
mins à peine contre tous les particuliers qui feront bastir, sans que le d. sieur 
grand voyer en ait fait sa visite et reiglé les bornes des emplacemens, d'estre 
tenus de faire démolir leurs maisons, et ce à leurs frais et dépens, et de l'amande 
portée par les d. reiglemens de voyrie. Faisons aussy deffenses à toutes person- 
nes de quelque qualité et condition quelles puissent estre, de faire eslever contre 
leurs maisons, aucuns balcons, auvans, tambours, pas, gouttières^ volets ou 
autres choses semblables, qui pendent ou avancent sur les d. rues, sans la permis- 



..„ 61 — 

sion du d. sieur grand voyer ou de son d. sr commis, et qu'auparavant ils ne s'y 
soient transportés, et ce sous les peines susd. Et a ce qu'aucun n'en ignore 
sera la présente ordonce. levie publiée et affichée aux lieux ordinaires et accou- 
tumés. Mandons, etc. Fait à Québec le vingt huitiesme juOlet g g y e quatre 
vingt six. 

DE MEULLE 



MAUVAIS LIVRES 



Las oeuvres de Voltaire, de Rousseau et des autres philosophes du dix- 
huitième siècle firent du mal. dans les villes et dans les campagnes, à notre 
classe instruite d'autrefois ; elles jetèrent la mauvaise semence du préjugé en 
bien des esprits, pour un bon nombre desquels ce fut le naufrage de la foi et 
l'indifférence i-eligîafuse. Alors que toute relation avait cessé avec la France. 
c|U'3 le livre utile et nécessaire était si rare chez nous. comme>nt pouvait-on se 
procurer ces ouvrages qui s'étalaient en pleine et riche reliure sur les rayons 
des bibliothèques privées ? " Il est probable, dit l'abbé Gosselin dans L'Eglise 
du Canada après la conquête, qu'un grand nombre nous arrivaient indirecte- 
ment par la Nouvelle-Angleterre. . . Et puis n'est-ce pas à cette époque que 
Fleury Mesplet établissait à Montréal, en n-êma ten^ps que son imtirimerie. 
une librairie et un commencement de bibliothèque publique, où il était bien 
aise d'avoir toiu ce qui était de nature à grossir sa clientèle, laqitelle était 
déjà passablement mêlée." 

L'abbé Ca^grain, dans un tableau inédit des moeurs canadiennes, en donne 
cette autre explication par l'un des psrsonnages dont il est le contemporain, 
et de toute vraisemblance le très proche parent. " Il y a là toute une histoire 
qu'ignore complètement la génération actuella et que j'ai entendu conter par 
ma mère. Au commencement du siècle dernier, un Anglais du nom de Raffen- 
stein avait abordé à Québec sur un navire dont une partie de la cargaison se 
composait de livres français, parmi lesquels 1 y avait de magnifiques éditions 
des philosophes du dix-huitième siècle. Ce navire était, paraît-il. une prise 
faite durant la guerre qui n'avait rien coûté à Rafi:enstein. Ne sachant que 
faire des livres français qui*!! avait à «on bord, il les vsndait à vil prix en les 
faisant colporter dans les campagnes. Les curés ne tardèrent pas à s'alarmer 
de cette subite invasion de livres dangereux, et ils s'Imposèrent de grands 
sacrifices pour les soustraire au public en les achetant, détruisant les plus 
mauvais et déposant les autres en Uarx sûrs. Mals^rè cela, il s'en répandit un 
bon nombre qu'on retrouve aujourd'hui dans certaines biblio'jhèques parti- 
culières." 

Le Raffenstein anglais t'e l'abbé Cas-grain est éVrlemment le même qua 
le Reiffenstein allemand dont M. Benjamin Suite, dans Le Monde Illustré du 
28 juin ISrtO, fait une esquisse biographique. Pour êtra a'iemand, nntre homme 
naquit à Francfort-sur-le-Mein ; pour être anglais, il prit du service dans les 
armées de Sa Majesté britannique, e^ c'est ainsi qu'on le trouve à la bataille 
angîo-américain'3 de Moraviantown en 1813. De 1817 à 1819, d'après M- Suite, 
i! fit à Québec un commerce général très rémunérateur : de 1820 à 18?>8. le 
luthérien vendit au clergé du district ornements et vpses sacrés- tableaux et 
livres. La marchandise de l'Allemand variait décidément avec les circons- 
tances. 

DESBRAS 



--62— 

L y. Brazeau, auteur et comédien 

Nous avons signalé, récemment, ici même, un auteur que M. Dionne a laissé 
de côté, dans son Inventaire chronologique. Aujourd'hui, nous en découvrons 
un autre, peu important, il est vrai, au point de vue littéraire, mais enfin, qui 
eut, lui aussi, sa période de vogue dans la métropole. 

II s'agit de M. A. V. Brazeau, comédien dont le peuple raffola, autant 
à cause de son talent véritable et de son jeu consommé que de son physique 
drôlement disgracié. 

Qui n'a connu Brazeau, autrefois ? 

Pendant un demi-siècle, il a chanté et joué presque partout où l'on parle 
français, au Canada et aux Etats-Unis, et dans toutes sortes de pièces et dans 
toutes sortes de rôles, à commencer par ceux de jeunes filles ! 

Ne riez pas ! Il fut un temps, au Canada, comme nous le disions dans 
la notice consacrée à M. Ernest Doin, où l'on ne pouvait songer à faire monter 
le beau sexe sur les planches. 

Pour amuser le public, il fallut créer une dramaturgie sp>éciale dcms laquelle 
il n'y avait que des personnages de sexe masculin. 

En 1857, M. Michel -Jacques Vilbon fonda, à Montréal, la Société des 
amateurs canadiens et entreprit de jouer des pièces comportant des personnages 
des deux sexes, avec cette réserve, connue des initiés seulement, que les rôles 
de femmes seraient remplis par des jeunes gens. 

M. Brazeau débuta à dix-huit ans, par le rôle de Cléante, fils d'Harpagon, 
dans l'Avare de Molière (I), puis il s'essaya dans les personnages féminins. 

Trois ans plus tard, en 1 860, M. Vilbon tenta une série de représenta- 
tions de théâtre français, dans la salle Bonaventure, coin Saint-Jacques et square 
Victoria. 

La première pièce à l'affiche fut le Roman d'un jeune homme pauvre de 
Feuillet qui avait été portée sur la scène, à Paris, l'année précédente. 

C'est durant cette période de 1857 à 1860 et plus, que Brazeau joua 
les ingénues. 

Imberbe, tout jeune et joli garçon, avant que la petite vérole ne le défigura, 
cet artiste obtenait alors un succès égal à celui qui couronna sa carrière dans 
les rôles comiques et le public ignora longtemps que la demoiselle qui faisait 
battre les coeurs n'était qu'un monsieur. ' 

Un incident des plus cocasses mit le sceau à sa réputation. 

( I ) Cette pièce fut jouée au Théâtre Royal, en 1 85 7. 



- 63 — 

Certain riche étranger s'amouracha de la "charmante actrice", envoya 
des fleurs, des cadeaux, des billets doux, fit tant et si bien pour obtenir une 
entrevue, qu'à la fin on fut forcé de se rendre à ses désirs, . . et de le désillu- 
siormer. Ce dont Brazeau se chargea, un soir, au cours d'un petit soup>er 
arrosé de grands vins, que son galant lui paya dans une hôtellerie fashionable 
où toute la troup>e était d'ailleurs rendue. 

Le pauvre amoureux quitta immédiatement Montréal ix)ur ne pas entendre 
Tminiense éclat de rire que provoqua cette aventure peu banale. 

* * ^; 

L'oeuvre littéraire de M. Brazeau n'est pas considérable et. sans l'appré- 
cier, nous nous bornons à en faire la nomenclature ; 

— ChicoU farce en un acte. 

— La bataille de Châteaugua^., dréune en quatre actes. 

— Riel, drame en quatre actes. Traduction. 

Ce dréimatiste a aussi publié deux petits journaux gais que nKntîonne M. 
Dionne : 

Le Crapaud, fondé à Montréal le 7 juin 1878. 18 Nos. (Dionne. 
/nv.. I. No 291.) 

Le Pétard, fondé le 26 mars 1881. (Dionne, ifc.. No 364). 

Enfin, à l'époque de sa mort, M. Brazeau nous a fait voir le manuscrit 
des deux premiers actes d'im drame qu'il tirait du fameux roman de M. de 
Boucherville : Une de perdue deux de trouvées. 

Ce drcune est resté inachevé. 

Alphonse, (Antoine), Victor Brazeau naquit à Saint-Antoine de Ver- 
chères, le 2 août 1 839. Il fit ses études au collège de Joliette et s'essaya déins 
le conimerce, mais la scène exerça sur lui une fascination telle que le théâtre 
a toujours été sa principale préoccupation, sinon son unique occupation. 

Plein de mansuétude et d'indulgence, très conciliant et très optimiste, il 
vécut dans le monde spécial des comédiens sans froisser persoime et sans prêter 
le flanc à la médisance ou à la calomnie : ce qui n'est pas une mince louange. 

Il est mort à Montréal le 1er janvier 1898. 

E.-Z. MASSICOTTE 



... 64 - - 

r 

REPONSES 

M. DE CLERIN, AIDE-MAJOR DE MONTREAL (XXII, X. 
p. ). — Voici une note supplémentaire au travail de M. E.-Z. Massicotte 

sur Estienne du Bourgue de Clerin, aide-major de Montréal. 

Elle est tirée de la Série D 2, vol. 47, folio 14, d'un "Estât envoyé par 
M. de Callières des officiers d'infanterie apostillez de leurs qualitez et services", 
le 1 5 octobre 1 70 1 , comme suit : 

" Le Sr Clerin, natif d'Aix en Provence, aagé de 41 ans, a esté sous 
Lieutenant dans le régiment de Vendosme en 1672, a servy mareschal des logis 
dans les dragons de la Reine en 1680, Cornette dans le mesme régiment en 
1682, a eu une commission d'Enseigne reformé en Camada en 1685, Enseigne 
en pied audit pais en 1687, Lieutenant reformé en 1691 et Lieutenant en pied 
en 1695, faisant les fonctions d'ayde Major de la ville de Montréal depuis 12 
ans, où il est marié. Bon officier et s' acquittant bien de son devoir." 

D'après cette note le sr de Clerin était enseigne réformé en Canada dès 
1685. 

PLACIDE GAUDET 

— CHARLES LEMOINE DE CHARLESVILLE (XX, VI, p. 
204). — Nous n'avons guère de données sur Charles Lemoine de Charlesville. 
Originaire de Clerbé, en Normandie, il épousa à Montréal, le 2 août 1688, 
Aime Loiseau-, veuve de Guillaume Gendron. 

Il semble avoir été employé par son parent, Charles LeMoine de Longueuil. 

LeMoine de Charlesville fut tué par les Iroquois le 1er juillet 1695. 

M. de la Potherie, dans son Histoire de V Amérique septentrionale (t. III, 
p. 14), raconte ainsi la mort de M. de Charlesville : 

" Le comte de Frontenac qui se voyait menacé de toutes parts mit tous 
ses soins de bonheur aux fortifications de Québec. Tout étant en bon ordre 
pour recevoir derechef l'armée anglaise qui avait déjà si mal réussi, il monta à 
Montréal pour prendre d'autres mesures du côté du Fort Frontenac qu'il avait 
voulu réparer. Il apprit aux Trois-Rivières le coup que les ennemis avaient fait 
depuis deux jours au lac des deux Montagnes, au bout de l'isle de Montréal. 
Charlesville qui avait aperçu de la fumée dams cet endroit, eut la curiosité de 
scavoir ce que c'était. Il fit rencontre d'un canot de quinze Iroquois contre 
lesquels il se bâtit vigoureusement. Il reçut malheureusement deux coups de 
fusils et de flèches dont il mourut. Le choc fut rude. Sept Sauvages qui 
étaient dans son canot ne pouvant résister davantage, forcèrent de rames pour 
ne pas tomber entre leurs mains, après leur en avoir tué cependant quelques-uns." 

P.-G. R. 



liUI.LETIIS 

DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXIII BEAUCEVILLE-MARS 1917 N* 3 



LA FAMILLE MARûANE DE LAVALTRIE 



{Suite et fn) 

M. de Brouage qui ignorait que M. de L^valtrie avait enfin obtenu une 
concession du roi se plaignait amèrement de lui en 1 720. Le 27 août, il 
écrivait au minîstre : 

Le 1 6ième jour de mars dernier (1720), les nommés Baugi (40) et 
Parant, engagés du sieur de la Valtrie, vinrent de la rivière St-Augustin où il 
est cabane, dans un état pitoyable, lesquels me déclarèrent que le dit sieur les 
avait laissés le 2eme 8bre dernier (2 octobre 1719) ayant monté dans les 
terres avec les sauvages et leur ayant laicsé pour tous vivres et ustensiles de 
leur hivernement, savoir : deux barriques de pain, un demi minot de farine, 
quatre livres de poudre et du plomb à prop>ortion avec deux fusils. Voyant 
que les dites choses ci-dessus déclarées ne leur suffisaient p)oint de (pour) 
passer l'hiver de trois personnes ils ont été obligés de venir me demander du 
secours après avoir été sur le point de périr de faim, ayant aussi déclaré qu'ils 
ont laissé à la rivière St-Augustin le nommé Georges Dumas, malade, qui 
était hors d'état de se mettre en chemin. 

*' Je fis partir sur le champ deux hommes pour aller à la dite rivière 
donner du secours au nommé Dumas qui était resté malade, étant chargés de 
vivres et de quelques médicaments fx>ur lui donner du soulagement lesquels 
l'ont trouvé en bonne santé. Sa maladie était de jeûner. Ayant reconnu que 



(40) En 1 722, M. de Lavaltrie eut un procès avec son engagé Jean 
Beaugis. L>e jugement fut rendu par l'intendant le 1 5 avril I 722. Voir Or- 
donnances des Intendants, cahier 8. 



— 66 — 

c'était une surprise du sieur de la Valterie puisque ses domestiques déclaraient 
qu'il y avait cinq ou six mois qu'il les avait quittés et que ceux que j'envoyais 
porter du secours au prétendu malade trouvèrent le sieur de la Valterie avec 
tous ses sauvages. J'ai l'honneur de représenter au Conseil que c'est un homme 
qui met ici dans les grandes inquiétudes. Je suis obligé de faire faire le quart 
dans l'hiver pour éviter que les sauvages qu'il m'a débauchés et qui sont avec 
lui ne viennent me piller et m'insulter par rapport à la grande nécessité qu'ils 
se trouvent l'hiver de n'avoir pas de quoi vivre non plus que lui. 

" Je n'ai pu savoir ni voir les ordres qu'il dit avoir p>our en agir de la 
sorte, et je n'ai pas seulement la liberté d'envoyer agir à mes affaires du côté 
de cette rivière, non plus qu'aux environs depuis qu'il est cabane dans ce lieu, 
me menaçant même de piller tous les canots et de casser la tête au monde qui 
seraient dedans que j'enverrais dans ces endroits. C'est ce qui a fait que je 
n'ai pas voulu y envoyer cette année, ne voulant p)oint exposer mon monde à 
être tué. Sur quoi j'attends avec grande impatience la justice que le Conseil 
aura la bonté de me rendre sur les plaintes que je lui fis l'année dernière " (41 ). 
Le 22 octobre I 720, le gouverneur de Vaudreuil écrivait au ministre : 
" Sur les plaintes que Mme de Courtemanche et le Sr son fils m'avaient 
faites dès l'année dernière contre le sieur de LaVaîtrie, j'ai eu soin de lui 
expliquer, en lui écrivant le printemps dernier qu'il dépendait du commande- 
ment que le sr de Brouage avait dans toute la côte du Labrador et qu'étant 
sous ses ordres, il devait avoir p>our lui les égards dus à son rang, que d'ailleurs 
il devait faire tout ce qui p>ouvait dépendre de lui pour vivre en bonne intelli- 
gence avec le dit sieur Brouage et avec la dame de Courtemanche qui est sa 
cousine germaine étant l'une et l'autre enfants de deux soeurs, et enfin je lui ai 
ordonné de partir de chez lui aussitôt ma lettre reçue pour aller faire des .... 
au dit sr de Brouage et sa mère, leur rapporter ce qu'il avait pris dans le canot 
qu'ils avaient envoyé chez lui et leur demander leur amitié. Le dit sieur de 
LaValtrie me mandant par sa réponse du I 7 juillet qu'il allait exécuter ponc- 
tuellement tout ce que je lui ordonnais, j'espère que dorénavant il ne reviendra 
plus au Conseil aucunes plaintes de ce côté-là, à moins que Mme de Courte- 
manche ne continue d'être de mauvaise humeur par la jalousie qu'elle semble 
avoir de ce que d'autres qu'elle s'établissent dans une côte qu'elle a cru devoir 
avoir toute seule, étant certain qu'il n'y a que cette jalousie qui puisse l'entre- 
tenir dans l'aigreur qu'elle fait paraître contre le sieur de LaValtrie pour attirer 
chez lui les Sauvages, mais, au contraire qu'elle l'avait traité avec beaucoup 



(41) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 109. 



— 67 — 

de dureté, non seulement en lui refusant le secours de poudre, plomb, et 
biscuit dont il avait un extrême besoin, mais encore en faisant défendre par son 
fils aux capitaines malouins qui faisaient la pêche dans cette côte de lui en 
fournir " (42). 

En 1 725, M. de Lavaltrie, Zacharie Turgeon et Charles Turgeon, son 
fils, tous deux habitants de Beaumont, et Joseph Filteau, habitant de l'île 
d'Orléans, formaient une société pour faire valoir par tiers le poste de Saint- 
Augustin. Turgeon devait fournir son bateau nommé le Saint-Etienne du port 
d'environ vingt tonneaux et il devait partager pour un tiers dans les profits et 
dépenses pendant trois années consécutives. 

Le 6 septembre I 726, la société était dissoute. Les Turgeon père et fils 
se retiraient moyennant compensation. Le bateau le Saint-Etienne devait rester 
à MM. de Lavaltrie et Joseph Filteau qui continuaient en société l'exploitation 
du poste de Saint- Augustin (43). 

A la mort de sa mère, le 1er mars 1 733, M. de Lavaltrie avait hérité de 
certains droits dans la seigneurie de Lavaltrie. 

Le 3 novembre 1 733, M. de Lavaltrie vendait à son frère aîné, Pierre 
Margane de Lavaltrie, officier dans les troup>es du détachement de la marine, 
"ses droits successifs mobiliers et immobiliers, fruits et revenus, qu'il pouvait 
avoir et prétendre en la succession tant de feu M. Séraphin Margane de Laval- 
trie que de dame Louise Bissot, ses père et mère, p)our la somme de deux mil 
deux cents livres" (44). 

Les seigneurs, sous le régime français, étaient souvent aussi pauvres que 
leurs censitaires. Ce ne fut que quatre années plus tard que le seigneur de 
Lavaltrie put acquitter sa dette de deux mille deux cents livres envers son 
frère (45). 

Le 1 I septembre I 737, M. de Lavaltrie baillait à ferme son poste de la 
ri\'ière Saint-Augustin, à la côte du Labrador, pour le temps et espace de 
trois années, à Michel Petrimoulx, Charles Chéron et Nicolas Caron l'aîné, 
tous trois de Québec. 

Les trois associés devaient faire à la place de M. de Lavaltrie le com- 
merce de pêche de loups-marins, la traite avec les Sauvages, la chasse, etc., etc. 
Ce bail à ferme était fait pour le prix de deux cent cinquante livres par 



(42) Archives du Canada. Correspondance générale, vol. 45. 

(43) Acte de Louet, 6 septembre I 726. 

(44) Acte de Adhémar, 3 novembre 1 733. 

(45) Acte de Barolet, 23 mai 1 737. 



... 68 — 

année. Les associés payaient leur première année de bail d'avance (46). 

En 1 739, un triste événement changeait la destinée de M. de Lavaltrie. 
Le 29 décembre 1 739, sa femme, Angélique Guyon-Desprez, décédait à 
Beaupprt, à l'âge de 55 ans. Elle lui avait donné un fils, Louis-François Mar- 
gane de Lavaltrie, né à Beauport le 28 janvier 1713. Le jeune de Lavaltrie 
avait épousé, onze mois avant la mort de sa mère, à Saint-Thomas, le 22 
janvier 1 739, Marie-Anne Couillard, fille de feu Louis Couillard, seigneur 
en partie de la Rivière-du-Sud, et de Marie-Anne Nolin. Seul au foyer, M. 
de Lavaltrie décida de se faire prêtre. 

On le voit, pendant les années I 740 et 1 74 1 , régler toutes ses affaires 
et disp>oser de ses intérêts. 

Le 9 décembre I 741 , M. de Lavaltrie faisait bail à ferme et prix d'argent, 
à commencer du I er septembre 1 742 pour finir à pareil jour de l'année I 748, 
du po.Le vulgairement nommé de Saint-Augustin, sur la côte de Labrador, a 
Jean-Baptiste Pommereau, négociant à Québec. 

M. Pommereau devait jouir pendant toute la durée de son bail de tous 
les privilèges accordés à M. de Lavaltrie par son acte de concession du 26 
mai I 720 : pêche de loups-marins, chasse, traite avec les Sauvages, etc., et:. 

Ce bail était fait moyennant la somme de 250 livres de ferme et loyer 
par année. 

Il était convenu entre M. de Lavaltrje et M. Pommereau qu'à la fin de 
ce bail M. de Lavaltrie ne jxturrait l'affermer à d'autres sans en donner la 
préférence à M. Pommereau qui serait libre de retenir la dite ferme sur le pied 
de ce qui pourrait alors être offert au bailleur. 

Il était aussi arrêté entre les parties qu'au cas où M. de Lavaltrie, pendant 
le cours de ce bail, affermerait le poste de Saint-Augustin, pendant le temps 
de sa vie durant, il serait également tenu de donner la préférence à M. Pom- 
mereau au prix qui lui serait offert. 

Dans le cas où M. Pommereau ou ses ayant causes n'accepteraient pas 
la préférence au prix offert, le bail à ferme ne devait subsister que pendant 
trois années, au lieu de six années (47). 

Ses affaires réglées, M. de Lavaltrie entra au grand séminaire de Québec. 
Il avait dû faire un excellent cours d'études car il reçut tous les ordres en 
moins de deux années. Il fut ordonné prêtre par Mgr de Pontbriand le 22 
septembre I 742. 



(46) Acte de Barolet, I 1 septembre I 737. 

(47) Acte de Barolet, 9 décembre 1741. 



— 69 ~ 

M. de Lavaltrie continua à résider au séminaire de Québec loul en aidant 
au curé de Québec dans les fonctions du saint ministère. 

Au mois de janvier 1 746, Mgr de Pontbriand nommait M. de Lavaltrie 
curé de la paroisse du Cap Saint-Ignace. 

EJevé à la prêtrise à l'âge de cinquante-huit ans, usé, malade, M. de 
Lavaltrie n'était pas en état d'exercer le saint ministère à la campagne. 

En septembre 1747, il revenait au sémmaire de Québec. Mgr de Pont- 
briand le chargea de desservir l'Hôtel-Dieu de Québec, tout en résidant au 
Séminaire. 

M. de Lavaltrie décéda à l'Hôtel-Dieu de Québec le 6 mars 1750, et 
fut inhumé le lendemain dans le cimetière de cet hôpital. 

Il est dit dans 5on acte de sépulture qu'il décéda "muni des sacrements 
de l'Eglise et après avoir soutfert avec patience les douleurs d'une longue 
maladie et donné l'édification publique " (48). 

Un mot du fils de M. de Lavaltrie. Nous n'avons pu trouver l'endroit 
ni la date de sa mort. Tout ce que nous pouvons affirmer c'est qu'il mourut 
entre le mois de décembre 1 743 et le mois d'août 1 744. 

Sa veuve se remaria à Beauport, le 3 juillet 1 747, à Louis Fournier des 
Carrières, cadet de la compagnie de la Martinière dans les troupes du déta- 
chement de la marine, fils de Edme Fournier et de Marie-Aime Matay, de la 
paroisse de Saint-Paul, à Paris. 

De son mariage avec M. de Lavaltrie elle avait eu quatre enfants : 

le — Louis- François Margane de Lavaltrie né à Beauport le 6 avril 
1 740. Eji 1 766, il était officier dans les troupes de la Louisiane. 

2o — Marie-Louise-Michelle Margine de Lavaltrie née à Beaup>ort lit 
19 septembre 1741. Mariée à Québec, le 8 septembre 1766, à Pierre 
Leclerc, capitaine de navire, natif de Saint-Laurent, île d'Orléans, fils de Jean 
Leclerc et de défunte Madeleine Gosselin. Décédée à Québec le I 7 mai 1 784. 

3o — Marie- Aime Margeine de Lavaltrie née à Beauport le 1 9 septembre 



(48) Mgr Tanguay (Répertoire du Clergé canaden) nomme M. 
de Lavaltrie "François Margane de Chapi de Lavaltrie". Erreur. 

La concession du havre de la rivière Saint-Augustin sur la côte de Labra- 
dor avait été accordée à M. de Lavaltrie sa vie durant Le 20 avril 
1 750, juste un mois et demi après sa mort. MM. de la Jonquière et Bigot ac- 
cordaient l'ancienne concession de M. de Lavaltrie au sieur Cheron, capitaine 
de navire. Les conditions étaient à peu près les mêmes que celles qui avaient 
été faites à M. de Lavaltrie trente ans auparavant. La concession était faite, 
cependant, seulement pour neuf années. 



— 70 "' 

\ 742. Mariée à Saint-Thomas le 7 février 1 763 à Guillaume-Michel-Fran- 
çois Malherbe dit Champagne, navigateur. Décédée à Québec le 16 octobre 
1797. 

4o — Angélique Marg:ane de Lavaltrie née à Beauport le 27 août l 744. 
Décédée à Saint- Thomas le 4 jcuivier 1 768. 

X 

Catherine-Alphonsine Margane de Lavaltrie. — Née à Montréal le 1 1 
mars 1690. 

Décédée à la Pointe-aux-Trembles de Montréal le l 7 août 1 690. 

XI 

Louise-Margueriie Margane de Lavaltrie. — Née à Montréal le 5 décem- 
bre 1691. 

Mariée à Québec le 28 octobre 1713, à Claude-Charles Du Tisné, 
enseigne d'une compagnie des troupes du détachement de la marine, veuf de 
Marie-Anne Gaultier de Comp>orté (49). 

M, DuTisné, originaire de Paris, paroisse Saint-Germain d'Auxerre, 
était passé dans la Nouvelle-France au commencement du dix-huitième siècle. 

En 1714, M. DuTisné obtenait la permission d'aller servir dans les 
troupes de la Louisiane. 

En 1 722, M, DuTisné recevait le commandement d'une compagnie et 
l'année suivante, le 21 octobre, le roi lui donnait le commandement du poste 
des Illinois. 

n mourut aux Illinois en Î730 (50). 

Un des fils de M. DuTisné, officier dans les troupes de la Louisiane, 
fut brûlé par les Chicachas, le 25 mars 1 736, en même temps que MM. de 
V'incennes, d'Artaguette, de Coulange, Drouet de Ridierville, d'E^gly. de 
Saint-Ange, de Tonty, du Père Sénat, etc., etc. 



îére génération : Séraphin Margane de Lavaltrie. 

2ème génération : Pierre Margane des Forêts et de Lavaltrie. 



(49) Contrat de mariage à Québec, le 28 octobre 1713. 

(50) Comptes-rendui de V Athénée louisianais, nov. 1899, pp. 566- 
570. 



... 71 — 
PIERRE MARGANE DES FORETS DE LAVALTRIE 

Né à Laval trie en 1678 (51). 

Il fut admis, à l'âge de quinze ou seize ans, comme pelil officier dans les 
troupes du délacKement de la marine. 

Un acte notarié du 7 août 1699 le désigne sous le nom de "Pierre 
Margane escuyer, sieur des Forêts, officier dans le détachement de la mari- 
ne *• (52). 

Le I 7 novembre 1 704, MM. de Vaudreuil et Beauharnois écrivaient au 
ministre : 

" Le Sr de Batilly, enseigne, qui s'est fort distingué dans le parti que 
le Sr de Vaudreuil a envoyé cet hiver contre les Anglais y ayant été tué, nous 
vous proposons le sieur des Forêts, petit officier depuis longtemps, pour remplir 
l'emploi de son frère, qui est le second tué au service du Roi. C'est un bien 
bon sujet qui mérite l'honneur de votre protection, tous deux enfants d'un ancien 
capitaine dans les lroup>es de ce pays, après l'avoir été dans le régiment de 
Carignan " (53). 

Il faut croire que le ministre en avait bien d'autres à faire passer avant M. 
<les Forêts puisque ce ne fut que huit ans plus tard qu'il fut promu enseigne. 
Sa commission est en date du 21 juin 1712. Il est encore désigné sous le 
nom de M. des Forêts dans ce document officiel (54). 

En 1721, M. des Forêts ou plutôt M. de Lavaltrie, car il avait pris le 
nom de son père dans l'intervalle, montait en grade. Il était fait lieutenant. 
L'étape, cette fois, avait été de neuf éins. 

M. de Lavaltrie, la chose est certaine, prit part à quelques-unes des 
campagnes des troupes de la marine pendant la p)ériode comprise entre 1712 
et I 72 1 mais nous n'en trouvons aucune mention. 



(51) Le contrat de mariage de Pierre Margane de Lavaltrie, reçu par 
le notaire Jean-Baptiste Adhémar, à Montréal, le 14 octobre 1732, le dit 
"natif de Montréal". D'autre part, un index des baptêmes, mariages et sépul- 
tures conservé aux archives paroissiales de Contrecoeur dit que Pierre Margane 
de Lavaltrie fut baptisé dans cette paroisse en 1 678. L'acte lui-même est 
disparu. Nous avons donc raison de croire qu'il naquit à Lavaltrie. 

(52) Inventaire de Séraphin Margane de Lavaltrie devant Antoine 
Adhémar. Ce même inventaire le dit "âgé d'environ 23 ans". On lui donnait 
deux ans de trop. 

(53) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 22. 

(54) Edouard Richard, Supplémenl du rapport du Dr Btymner sur 
les Archives canadietmes pour 1 899, p. 447. 



... 72 — 

Le 21 avril 1734, MM. de Beauharnois et Hocquart accordaient à M. 
de Lavaltrie une importante augmentation à la seigneurie que son père avait 
obtenue, le 29 octobre 1 672 et dont il avait hérité comme fils aîné, lis lui 
donnaient "une lieue et demie de terre de front sur deux lieues et demie de 
profondeur, à prendre le dit front au bout de la profondeur et limites de la 
lieue et demie de profondeur du fief de Lavaltrie, pour être la dite prolonga- 
tion en profondeur unie et jointe au dit fief de Lavaltrie, et ne faire ensemble 
qu'une seule et même seigneurie, laquelle, par ce moyen, se trouvera être d'une 
lieue et demie de front sur quatre lieues de profondeur. . ." (55). 

Cette concession d'augmentation fut ratifiée par le roi le 8 février 

1735 (56). 

Le 12 mai 1739, M. de Lavaltrie recevait le commandement d'une 
compagnie (57). 

Le 1 2 juîût 1 746, M. de Lavaltrie assistait, au château Saint-Louis de 
Québec, à une importante assemblée des principaux officiers de la colonie, tant 
militaires que civils, et des habitants de Québec. Il s'agissait de prendre une 
décision sur l'opportunité de continuer ou non les fortifications de Québec. Le 
ministre de Maurepas était d'avis que ces travaux n'étaient pas nécessaires et 
que s'ils étaient entrepris, ils devaient être à la charge des habitants de Québec. 
Les opinions se partagèrent beaucoup. La plupart des officiers civils et des 
marchands se prononcèrent en faveur de la démolition des travaux commencés. 
Quelques-uns furent en faveur de suspendre les travaux commencés jusqu'à 
nouvel ordre de Sa Majesté. Enfin, le plus grand nombre furent en faveur 
de continuer les travaux. M. de Lavaltrie se rangea parmi ceux-ci (58). 

Au mois d'août 1 746, M. de Rigaud recevait du gouverneur de Beau- 
harnois le commandement d'un parti de Canadiens et de Sauvages qui devait, 
tout en couvrant le fort Saint-Frédéric, faire une incursion dans la Nouvelle- 
Angleterre. Il avait sous ses ordres 600 Canadiens et 300 Sauvages. Les 
officiers étaient MM. de Lavaltrie et de Sabrevois, capitaines ; MM. de 
V'assan et de Muy, lieutenants ; MM. de Portneuf, de Villiers, de Longueuil, 
.de Saint-Luc, de Muy Jeune, de Carqueville, La Chauvignerie, Saint-Paul 
de Senneville, de Léry, de Montigny, enseignes. 

Parti de Montréal le 3 août 1 746, le détachement était rendu au fort 



(55) Pièces et documents relatifs à la Tenure seigneuriale, p. 173. 

(56) Insinuations du Conseil Supérieur, cahier 7. 

(57) Rapport sur les Archives canadiennes pour 1904, p. 261. 

(58) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Br})mner sur 
les Archives canadiennes pour 1 899, p. 1 50. 



... 73 — 

Saint-Frédéric le 1 3. Il se dirigea aussitôt vers la Nouvelle- Angleterre. Le 
30 août, M. de Rigaud ordonnait l'assaut du fort Massachusetts. Au bout 
de vingt-huit heures, la garnison se rendit à discrétion. Les Canadiens rava- 
gèrent eiisuite le pays sur une étendue de douze lieues, des deux côtés de la 
rivière. Le retour se fit heureusement. M. de Rigaud, légèrement blessé au 
bras, n'avait perdu qu'un seul homme, tué à l'attaque du fort Massachu- 
setts (59). 

En 1747, M. de Lavaltrie commandait au Sault Saint-Louis (60). 

En novembre 1747, M. de Boishébert, rendant compte au ministre des 
aptitudes et des qualités des officiers des troupes du détachement de la marine, 
disait de M. de Lavaltrie : 

" Au Sault Saint-Louis, où sont les Iroquois qui est le plus grand village 
de nos domiciliés, M. de Lavaltrie, capitaine, brave, hoimête homme, paisible, 
a eu le commandement avec un officier sous lui, qui y reste ; dans les autres 
postes on n'y en a laissé qu'un, ayant retiré les seconds à cause du p>eu d'offi- 
ciers que nous avons ; les Sauvages de ce poste eurent de la peine à recevoir 
cette petite garnison de vingt soldats par plusieurs mauvaises raisons alléguées 
où de certains intérêts secrets avaient part. Ils y vivent tranquillement à présent, 
et ce n'est qu'à condition que M. le général retirera cette garnison dès que la 
paix sera faite ; cette difficulté n'avait jamais été et la plus grande partie sont 
forts du sentiment contraire et fort aises de le voir. Et de très longtemps il 
y a toujours eu des soldats dont les Sauvages étaient fort contents et si on 
faisait sortir quelque détachement, tous les hommes y criaient qu'on abandon- 
nait leurs femmes et leurs enfants de même c'est ce que de mauvais génies ont 
pris l'échange " (61 ). 

En quittant le gouvernement de la Nouvelle-France, M. de la Galisson- 
nière avait recommandé les officiers les plus méritants pour ^s promotions et 
la croix de Saint-Louis. M. de Lavaltrie fut du nombre. 

Le 23 mai 1 749, le ministre écrivait à M. de la Jonquière : 

" Le roi a bien voulu avoir égard à la demande que M. le comte de la 
Galissonière a faite de la croix de Saint-Louis en faveur des sieurs Des Noyel- 
les, Lavaltrie, chevalier de La Corne et de La Vérandrye, capitaines, et du 



(59) Ferland, Cours d'histoire du Canada, vol. II, p. 485 ; Edouard 
Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur les Archives canadiennes 
pour 1 899. p. 1 5 1 . 

(60) Documents relative to the hisior^ of the State of New-York, 
vol. X, p. 81. 

(61) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 89. 



-- 74 ™ 

chevalier de Beauharnois, lieutenant d'artillerie. Je vous envoie pareillement 
les croix et les ordres pour la réception de ces nouveaux chevaliers " (62). 

En 1 751 , M. de Lavaltrie était au fort Frontenac avec M. de Verchères. 

Dans l'été de 1751, l'abbé Picquet, fondateur de la Présentation, faisait 
une excursion sur le lac Ontario, dans le but de recruter des néophytes pour 
sa mission. Au milieu de j\iillet, il arrêtait au fort Frontenac où on lui fit une 
très belle réception. 

" Jamais réception ne fut plus solennelle, écrivait l'abbé Picquet. Les 
Nipissings et les Algonquins, qui s'en allaient en guerre avec M. de Belestre, 
se mirent en haie de leur propre mouvement, et nous saluèrent par plusieurs 
décharges de mousqueterie et par des cris de joie sans fin. De tous nos canots 
d'écorce, on réf>ondit de la même manière. M. de Verchères et M. de la 
Valterie firent en même temps tirer les canons du fort ; et mes sauvages, 
transpoités de joie de l'honneur qu'ils recevaient, faisaient eux-mêmes un feu 
continuel, et poussaient des cris et des acclamations qui réjouissaient tout le 
monde " (63). 

Par une lettre de M. de Longueuil à M. de Rouillé du 21 avril 1 752, 
nous constatons que M. de Lavaltrie était alors commandant au fort Niagara. 
M. de Céloron, commandant de Détroit, avait envoyé à M. de Lavaltrie 
d'importantes dépêches avec prière de les faire porter par un soldat au fort 
Rouillé (Toronto) d'où on devait les faire parvenir à Montréal. Ce soldat 
disparut. Il avait probablement été tué par les Sauvages. M. de Lavaltrie 
se donna beaucoup de soins pour retrouver les dépêches de M. de Céloron, 
craignant qu'elles ne tombent aux mains des Anglais (64). 

Le 1er octobre 1755, M. de Vaudreuil, gouverneur de la Nouvelle- 
France, avait une conférence à Montréal avec vingt ambassadeurs Tsonnon- 
touans. M. de Noyan, chevalier de Saint-Louis, major de Montréal ; Duples- 
sis-Fabert, de Lâf^ltrie et de la Corne, chevaliers de Saint-Louis, capitaines ; 
Saint-Luc de la Corne et Charles Le Gardeur de Repentigny, lieutenants, 
assistaient à cette conférence. Le principal orateur fut le chef Gaiachoton, qui 
présenta plusieurs colliers au gouverneur. M. de Joncaire, qui avait été adopté 
par les Tsonnontouans, fut leur interprète auprès du gouverneur. L'étiquette 
sauvage exigeait un certain délai entre la présentation des colliers et la réponse 



(62) Rapport sur les Archives canadiennes pour 1905, vol. I, p. 116. 

(63) L'abbé Auguste Gosselin, Le fondateur de la Présentation : 
Vabbé Picquet, p. 2 l . 

(64) O'Callaghan, Documents relative to the history of the State of 
Nen>-York, vol. X, p. 246. 



— <o -- 

du gouverneur. Le 3 octobre, les ambassadeurs Tsonnontouans rencontrèrent 
de nouveau M. de Vaudreuil et les officiers qui avaient assisté à la conférence 
de l'àvant-veilie. M. de Vaudreuil parla aux Tsonnontouans par l'entremise 
de M. de Joncaire (65). 

Le 1 3 décembre 1 756, nouvelle conférence, encore à Montréal, entre 
M. de Vaudreuil et cent ambassadeurs Goyogouins, Onnontagués, Ormeyouts, 
Tuskarorins, Canaoneuska, Totierono, Tsonnontouans, etc., etc. M. de Vau- 
dreuil, afin d'éblouir ces importants personnages, s'était fait entourer d'un bril- 
lant état-major. Assistaient à la conférence : M. Bigot, intendant, M. le 
chevalier de Lévis, M. Rigaud de Vaudreuil, M. d'Ailleboust, M. de Noyan, 
les capitaines Duplessis-Fabert, de Lavaltrie, de Sabrevois, de Contrecoeur, 
Dumas, de Lacorne, Saint-Luc, etc., etc. Les chefs des Iroquois du Sault 
Saint-Louis et du lac des Deux-Montagnes étaient aussi présents. Les discours 
furent nombreux et longs. M. Perthuis, qui parlait l'iroquois comme sa propre 
langue, fut l'interprète en cette occasion (66). 

En août 1757, M. de Lavaltrie prenait part au siège du fort William- 
Henry, situé au fond du lac Saint-Sacrement (aujourd'hui George). Les 
troupes françaises et canadiennes étaient commandées par MM. de Montcalm 
et de Lévis. Elles firent des prodiges de valeur. Les Sauvages combattirent 
aussi avec vaillance. Le colonel Monro, commandant du fort William-Henry, 
capitula le 9 août 1 757, après s'être intrépidement défendu F>endant neuf jours. 

Cette belle victoire fut cependant ternie par le massacre que firent les 
sauvages alliés des prisonniers de guerre anglais. Il y eut, semble-t-il, impru- 
dence des deux côtés. Du côté français, on ne prit pas assez de précautions 
pour protéger les Anglais des attaques des Sauvages, et du côté anglais on 
commit l'imprudence de donner en abondance du rhum aux Sauvages (67). 

L'année , suivante; le' 8 juillet, M. de Lavaltrie prenait encore part à la 
glorieuse bataille de Carillon qui fut le fruit du génie militaire de Montcalm et 
la vaillance de ses troupes (68). 



(65) E.-B. O'Callaghan, Documen/s relative to the hisior^ of ihe 
State of Neiv-York, vol. X, p. 345. 

(66) E.-B. O'Callaghan, Documents relative to the. histor^ of the 
State of NeTV-York, vol. X, pp. 499 et seq. 

(67) E.-B. O'Callaghan, Documents relative to the histor^ of the 
State of NeiV'York, vol. X, p. 848. 

(68) E.-B. O'Callaghan, Documents relative to the history of the 
State of New-York, vol. X, p. 801. 



... 76 — 

Le 26 janvier 1 759, le roi accordait une pension de 400 livres à M. de 
Lavaltrie (69). 

Par une lettre de M. de Vaudreuil au ministre Berryer du 30 mars 
1 759, nous voyons que M. de Lavaltrie passa l'hiver de I 758-1 759 dans 
les environs du fort Duquesne, surveillant avec un certain nombre de Canadiens 
et de Sauvages les mouvements des Anglais (70). 

Dans le tableau général des officiers de la marine servant en Canada 
préparé en 1 759 ou en 1 760, on lit : 

" La Valterie Desforets, enseigne en pied en 1712, lieutenant en 1721, 
capitaine en I 739 " (71 ). 

Dans une liste apostillée des officiers des troupes du détachement de la 
marine dressée en 1 761 ou 1 762, on lit au sujet de M. de Lavaltrie : 

" Riche, Honnête homme. Vieux, Hors d'état de servir. A resté (au 
Canada) " (72). 

M. de Lavaltrie ne survécut pas longtemps au changement de régime. Il 
décéda à Montréal le 1 er janvier 1 766. 

Il avait épousé, à' Montréal, le 14 octobre 1732, Louise-Charlotte d'Ail- 
leboust d'Argenteuil, fille de feu Pierre d'Ailleboust d'Argenteuil et de Louise 
Denys (73). 

De leur mariage naquirent quatre enfants : , 

I 

Lou'se-Jeatme Margarte de LMValtrie. — Née à Montréal le 8 août 1 733, 

Décédée à l'Assomption le 27 décembre 1822, et inhumée à Lavaltrie le 
30 du même mois (74). 

II 

Marguerite-Charlotte Margane de Lavaltrie. — Née à Montréal le 28 
février 1 735. 

Décédée au même endroit le 7 juin 1 735. 



(69) Rapport sur les Archives canadiennes pour 1905, vol. 1er, p. 
280. 

( 70) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 1 04. 

(71) Rapport sur les Archives canadiennes pour 1885, p. CLXXVI. 

(72) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur 
les Archives canadiennes pour 1899, p. 29. 

(73) Contrat de mariage devant Jean-Baptiste Adhémar, à Montréal, 
le 14 octobre 1 732. 

(74) René Boileau écrit dans son Journal : "27 décembre 1822 — 
Décès de Dlle Louise-Jeanne Margane de Lavaltrie. M. Lamothe, curé de 
Berthier, a prononcé l'oraison funèbre" — Gustave Drolet, Zouiviana. 



— i i — 

III 

Marguerïle-Charlotle-Stanislas Margane de iMvallrie. — Née à Montréal 
le 1 3 novembre 1 739. 

EJle vivait encore en 1 78 1 ( 75 ) . 

IV 
Pierre-Paul Margane de Lavaltrie. — Né. à Montréal le 1 4 août 1 743. 
Le continuateur de la lignée. 



I ère génération : Séraphin Margcine de Lavaltrie. 

2ème génération : Pierre Mïvrgane des Forêts et de Lavaltrie. 
3ème génération : Pierre-Paul Mau'gai» de Lavaltrie. 

PIERRE-PAUL MARGANE DE LAVALTRIE 

Né à Montréal le 14 août 1743. 

II entra dans les troupes du détachement de la marine à l'âge de treize 



ans. 



En 1 759, à peine âgé de seize cins, M. de Laveiltrie se battit avec vail- 
lance contre les Anglais. 

Après la chute de Québec et la capitulation de Montréal, il passa en 
France pour continuer à servir dans l'armée française. 

En I 765, M. de Lavaltrie revint au pays, à la demande de son père, 
alors âgé de 87 ans, dont il était le Hls unique, et qui voulait lui laisser sa 
seigneurie. 

Dans un mémoire adressé par le chevjJier de Léry au gouverneur Carleton 
le 7 septembre 1 767, nous lisons : 

" Le 4 septembre 1765, Je me trouvé chez le général Murray lorsque 
Mr de LaVallrie, canadien, arrivant de France à la demande de Monsr. son 
père officier âgé de quatre-vingt quatre ans qui l'avait demandé pour le voir et 
luy laissé son hérédité. Ce général reçu assez froidement ce jeune officier et 
dit que tous ceux qui venoit de France était autant d'espions que cette cour 
envoyait en Canada. Je dis au général que les officiers frainçois ne pouvois 
pas être suspecter de faire ce métier, que j'e:pérais qu'il leur rendrait plus de 



(73) Acte de foi et hommage rendu pour le fief et seigneurie de Laval- 
trie par Pierre-Paul Margane de Lavaltrie en 1781. 



... 78 - 

justice par la sui'tte, que Mr* de La Valterie s'établirals sans doute sur une 
seigneurie qu'avoit Mr son père (depuis le père est mort, le fils a laissé ie 
service de France et a épousé une demoiselle canéidienne et est très bien 
établi),./' (76), 

En l 775, fidèle aux nouveaux maîtres du pays, M. de Lavaltrie prit 
les armes pour combattre contre les troupes américaines qui avaient envahi le 
territoire ceuiadien. 

M. Juchereau Duchesnay, seigneur de Beauport, qui était prisormier dès- 
Américains, à Albany, écrivait à l'honoraLle M. Bahy le 31 jéuivier 1776 ; 

*' Votre succès (la défaite de Montgomery) nous est parvenu avec, peut' 
être, la différence d'un plus grand avantage ; que j'envie le sort de ceux qui 
servent sous un si brave homme ! " (Carleton). 

Puis M. Duchesnay parlait d'un bataillon de Cciaadiens qu'on levait dans 
le moment : 

" Monsieur de Longueuil m'a dit que Mons. de Belestre, qui avait vu la 
liste des officiers devant former le bataillon ordonné par M. le général, lui 
avait dit que tous ceux qui étaient dans le 1er bataillon ne seraient peis placés 
dans celui-ci, Lamorandière est au dése^oir et m'engage à vous en parler. 
Tous les officiers qui se sont montrés bons sujets devraient, ce me semble, 
s'attendre à la préférence," 

M. Duchesnay, bien placé pour parler avec connaissance de cause, nom- 
mait ensuite par ordre de mérite les principaux officiers qui s'étaient montrés 
"bons sujets". 

C'étaient M, de Belestre, lieutenant-colonel. M, de Longueuil, major, 
les capitaines de Boucherville, de Lavaltrie, de Saint-Ours, de Rouville, Des- 
chambault et de Lotbinière (77). 

En 1791, l'Angleterre nous accordait une nouvelle constitution. L'an- 
cienne province de Québec était divisée en deux provinces : le Haut-Canada 
et le Bas-Canada, ayant chacune un Conseil législatif et une Chambre d'Assem- 
blée. La province du Bas-Canada fut divisée en vingt-un comtés. 

Les élections des députés à la nouvelle Chambre eurent lieu dans l'été 
de l 792. M. de Lavaltrie fut choisi comme député du comté de Warwick 
dans lequel se trouvait sa seigneurie. Elu le 10 juillet 1 792, il siégea jusqu'à 
la fin du premier parlement, c'est-à-dire jusqu'au mois de mai 1 796. 

M, de Lavaltrie décéda dans sa seigneurie de Lavaltrie, le 1 septembre 



(76) Rapport sur les Archives du Canada pour 1888, p. 23. 

(77) L'abbé Verreau, L'Invasion du Canada, p. 324. 



— 79 — 

1810. H fui inhumé le surleDclemain dans Téglise de Lavaltrîe. sous le banc 
seigneurial, du côté de l'Epitre. 

La Cazeite de Québec disait, le 20 septembre 1810 : 

" Digne fils d'un F>ère respectable, mort à l'âge de 84 ans, décoré de 
l'Ordre royal et militaire de St-Louis, et qui servit avec distinction dans la guerre 
de l'Amérique, ayant à peine atteint l'âge de 13 ans, il suivit ses traces dans 
la carrière militaire, et servit avec distinction dcins les dernières ainnées qui ont 
précédé la conquête de cette colonie ; et passa en France l'cuinée 1 760, où il 
servit bien des années toujours avec la même distinction. 

" De retour dans son pays natcil après la paix de 1 763 et la cession qui 
en fut faite par la France au Roi de la Grande Bretagne, il eut de nouvelles 
occasions de fair econnéûtre l'élévation de ses sentiments, et la noblesse de son 
caractère. 

" Eji 1775, il prouva par son exemple, par son zèle, et son dévoument 
envers son nouveau souverain le caractère du vrai gentilhomme. 

" Il mourut le 1 septembre 1 8 1 en sa maison seigneuriale de Lavaltrie, 
regretté de tous. Ses obsèques furent faites le 1 3 septembre dans l'église de 
Lavaltrie au milieu d'un concours inunense. Colonel d'une des divisions de 
milice de cette province, il en reçut les honneurs bien mérités et dus au rang 
qu'il occupait." , 

M. de Lavaltrie avait épousé, à Terrebonne, le 31 mars 1766, Marie- 
Angélique de La Corne de Chapt, fille de Louis de La Corne de Chapt et de 
Elisabeth de Ramezay. 

Elle décéda à Lavaltrie le 26 février 1815 et fut inhumée le lendemain 
dans l'église paroissiale. 

Un seul enfant était né de leur mariage : 

Suzanne-Antoinette Margane de Lavaltrie, née à Lavaltrie le 4 janvier 
1 772, et mariée, à Lavaltrie, en octobre I 792, à Charles-Gaspard Tarieu de 
Lanaudière, fils de Charles-François-Xavier Tarieu de Lanaudière et de 
Marie-Catherine LeMoyne de Longueuil. 

M. Tarieu de Lanaudière décéda à Lavaltrie le 7 juin 1712, à l'âge 
de 42 ans. Il fut inhumé le 9 juin, dans l'église paroissiale, sous le banc sei- 
gneurial. 

Madame Tarieu de Lanaudière décéda à son tour à Lavaltrie le 22 avril 
1822. Elle fut inhumée le 24 avril, dans l'église paroissiale, sous la chapelle 
-de la Sainte-Vierge. 

Avec la mort de madame Tarieu de Lanaudière disparaissait le dernier 



— 80 - - 

membre de la famille de Lavaltrie qui avait joué un si beau rôle dans notre 
pays pendant un siècle et demi (78). 



{78) Du mariage de Charles-Gaspard Tarieu de Lanaudière et de 
Suzanne- Antoinette Margane de Lavaltrie naquirent : 1 o Pierre-Paul Tarieu 
de Lanaudière, qui continua la lignée des Lanaudière ; 2o Marie-Charlotte 
Tarieu de Lanaudière qui devint l'épouse de l'honorable Barthélemi Joliette ; 
3o Marie-Antoinette-Suzarme Tarieu de Lanaudière, qui devint l'épouse du 
docteur Pierre-Charles Leodel. 

P.-G. R. 



UN LIVRE ET UN AUTEUR PEU CONNUS 



Il ne sera pas question ici d'incunables canadiens : la plupart sont rares, 
mais il y en a peu dont on ignore le titre. Le livre dont j'ai l'idée de vous dire 
un mot est de naissance assez récente, malgré cela, au témoignage de quelques 
collectionneurs, il est moins connu que nos incunables. En plus, l'auteur avait, 
sans doute, la conviction d'avoir pa^sé quasi inaperçu, puisqu'il a placé sa bio- 
graphie au seuil de son ouvrage, en guise de préface. Ajoutons, toutefois, que 
cette biographie est discrète autant qu'il convient, en pareil cas ! 

* * * 

Voici de quoi il s'agit : R4pertoire de psychologie, par Mathiêis Marti- 
neau, Montréal, E. Sénécal & Cie, 1889, 1 br. in-8, 33 pp. 

Gagnon ne parle pas de cette brochure, mais elle est dcuis VInventaire de 
Dionne, vol. I, No 2168. 

Le moins que l'on puisse dire de cet ouvrage, c'est qu'il porte un titre 
décevant, qu'il est étrange, sinon incompréhensible pour le vulgum pecus et 

qu'il émane certainement d'un disciple de notre fameux Henry Lacroix. 

î|î ^ ^ 

L'auteur est né à Saint-Lin, en octobre 1835, et dit avoir séjourné à 
Cuba, au Mexique et en Californie. A l'époque de la publication du répertoire, 
M. Martineau était maître de poste à Arnaud, Manitoba, 

Gagnon, vol. II, p. 182, et Dionne, vol. I, No 2332, mentionnent une 
brochure : L'esprit d'analyse, par J.-M. Martineau, Montréal, 1891, in-8, 
18 pp., qui bien qu'elle ne soit pas signée de la même façon que le Répertoire 
est peut-être du même auteur, car Mathias Martineau, dans son acte de baptême, 
est aussi prénommé Joseph, d'après ce qu'il me semble avoir lu, autrefois, dans 
Filteau, Généalogie de la famille Martineau. Cependant, n'ayant pas vu 
L'esprit d'analyse, je ne saurais me prononcer. Aux bibliophiles et aux bou- 
quineurs de résoudre le cas, s'il leur en chaut. 

E.-Z. M. 



... 81 — 

Un vol extraordinaird à Montréal an iïe siècle 



Au dix-septième siècle, la place du marché était l'unique square de 
Montréal. Elle occupait l'espace où de nos jours s'élève l'édifice du "revenu 
de l'intérieur". 

C'est là que les mardis et vendredis de chaque. semaine, les cultivateurs 
avaient l'autorisation de vendre leurs denrées aux citadins ; c'est là que les 
gentilshommes pouvaient mettre flamberge au vent, à preuve le duel entre le 
gouverneur Perrot et M. de Sainte-Hélène (juin 1684) ; c'est là que les huis- 
siers lisaient les arrêts, édits et ordonnances et les affichaient à un poteau ( 1 ) ; 
c'est là, enfin, que les criminels subissaient les châtiments publics auxquels le 
juge bailly (ou juge du bailliage) les avait condamnés. 

Aussi voyait-on, sur cette place, en permanence, un cheval de bois (2) 
et une potence dont l'aspect et le voisinage ne devaient pas être d'une gaieté 
folle. 

^ ÎJS îjï 

La matinée du 23 mai 1685 débutait à peine, lorsque la population de 
Montréal apprit avec indifférence, joie ou stupéfaction, qu'au cours de la nuit 
précédente, les deux principaux ornements de la place du marché étaient, l'un 
renversé, presque démoli, et l'autre, enlevé et précipité dans cette F>etite rivière 
Saint-Pierre dont les eaux rejoignaient le Saint-Laurent entre le marché et le 
vieux fort de Villemarie. 

Le gouverneur de la ville, M. de Callières, prévenu en grande hâte, avait 
ordonné au juge Migeon de Branssat de procéder à l'enquête sans retard. 

Le juge bailli fit quérir son greffier, Hilaire Bourgine, et le substitut du 
procureur fiscal, Jean Gervaise, puis tous trois, pedibus cum jambisse, se diri- 
gèrent vers le lieu du crime. 

^ ^ ^ 

Procédant méthodiquement, ils interrogent les gens domiciliés autour de 
la place : Jean Aubuchon, marchand ; Claude Tardy, marchand ; François 
Pougnet, marchand ; Marie Pacrau, veuve en secondes noces d'Antoine 



( 1 ) La lecture et l'affichage se faisaient, cependant, plus souvent, à 
la porte de l'église paroissiale. Voir Faillon, II, 385. 

(2) Cet instrument de fortune consistait en "une poutre posée sur des 
tréteaux et taillée en arête sur laquelle on plaçait ceux, qu'on voulait punir". 



... 8-> ~ 

Pichon-Duverny ; François Bleau, boulanger, et Mathurine Grouard, épouse 
de Louis Sainte-Marie. 

A l'exception du sieur Pougnet et de la dame Sainte-Marie, tous déclarent 
n'avoir rien vu ni entendu. 

' Voici, en résumé, ce que Pougnet raconte : Dans la nuit du 22 au 23, 
revenant de ses affaires et passant sur le bord de la grande rivière, entre 1 et 
1 I heures, il fut interpelé par trois hommes qu'il croit être des soldats. On lui 
cria : Qui va là ? A tout hasard, il répondit : Ami ! Sur quoi, les dits 
soldats murmurèrent des phrases dont il ne CTomprit pas bien le sens. Pougnet 
continua son chemin, mais constatant qu'on le suivait, il heurta à la porte du 
logis de Louis Sainte-Marie, où il avait aperçu du feu, car il craignait que les 
soldats ne voulussent lui jouer quelque mauvais tour. 

Sainte-Marie ayant ouvert, Pougnet feignit de lui demander du poisson 
et pénétra à l'intérieur. Un des soldats entra également et s'informa si un de 
ses camarades n'était pas là ? Sur la réponse négative de Sainte-Marie, il 
examina Pougnet "sous le nez" et sortit. 

Les trois soldats, après avoir stationné à la p>orte, s'éloignèrent enfin. Pou- 
gnet en profita pour gagner chez lui. En route, il aperçut deux ou trois 
"quidams" causant dans la rue. Il entra vivement et mit les verroux. Une 
demi-heure plus tard, des individus "soulevèrent plusieurs fois le locquet de la 
porte de derrière", ensuite, ils s'en furent vers la maison du sieur François 
Hazeur et essayèrent d'ouvrir les contrevents qui protégeaient les fenêtres. 
N'ayant pas réussi, ils disparurent. 

Marie Grouard corrobore le témoignage de Pougnet, mais elle ajoute les 
détails suivants : le soldat qui entra dans son logis est un de ceux qui sont en 
quartier dans la prairie de la Magdeleine ; il portait un justaucorps gris blanc 
et cherchait un nommé La Bastille. 

Le procès verbal finit là. 

>K ^ ^ 

Mit-on la main sur les auteurs du vol de la potence et y eut-il procès ? 
Je l'ignore, n'ayant rien trouvé de plus que la pièce ci-dessus citée, pour le 
moment. 

E.-Z. MASSICOTTE 



83 



Uoe Tieille complainte 



(Air : Au sang qu'un Dieu va répandre, etc.) 



C'est à St-Jean Port- Joli 

Cinq hommes se sont embarqués 

Ils étaient pères de famille 

A Québec voulant aller 

Vers les quatre heures du soir 

Vingt-six novembre dernier 

Ils embarquent sans le vouloir 

Chacun craignant le danger. 

2 
Aussitôt le capitaine 
Dit qu'il faut appareiller 
Tous se sont mis à la chaîne 
Afin l'ancre dérapper 
Les matelots hissent la voile 
Avec l'un des passagers 
Quel malheureux appareil 
Pour un bateau si chargé. 

3 
Le vaisseau cinglant au large 
Sur les vagues découragées 
Etait peint sur leur visage 
La frayeur est bien tracée 
Le bateau vogue sur l'onde 
Toujours prêt à submerger 
Le vent souffle et la mer gronde 
Tout fait craindre le danger. 

4 

La pluie qui tombe du ciel 
Vient encore les affliger 
La nuit sombre de ses ailes 
Les obligent de mouiller 
Enfin tout l'équipage 
Est en grcinde anxiété 
Il faut chercher un mouillage 
Et nous mettre en sûreté. 



Le capitaine à la barre 

Regarde de tout côté 

Souvent il crie à Chouinard 

Sur le devant faut sonder 

La "Pointe aux Pins" qu'on découvre 

Ici il nous faut entrer 

Le vent nord'est le bois couvre 

Nous serons en sûreté. 

6 
C'était près de ce rivage 
Qu'ils havrent pour la nuit 
Pour laisser passer l'orage 
Peu après le vent calmit 
Ils descendent dans la chambre 
Chacun se changer d'habits 
Ils font la prière ensemble 
Croyéint bien passer la nuit. 

7 

Vers les onze heures du soir 
Louison Pelletier leur a dit 
Qu'ettends-je sur la mer 
Le vent nord'ouest est-il pris 
Babin dont la Capitaine 
Vite sur le jwnt a monté 
Il regarde, il examine 
Voit que le vent est changé. 

8 
Il descend dedans la chambre 
Rejoindre ses passagers 
Anctil St Jean sans attendre 
Demande s'il y a du danger 
Non je ne vois pas encore 
Il ne fait que commencer 
J'espère qu'on verra l'aurore 
S'il ne peut pas plus forcer. 



... 84 



L'aquilon qui souffle, qui gronde 
Va toujours en augmentant 
La mer qui grossi ses ondes 
Fait mouvoir le bâtiment 
A chaque lame qui frappe 
Sur le devant du bateau 
Voilà le guindeau qui échappe 
Va être emp>orté à l'eau. 

10 
Babin a dit à Chouinard 
Sur le pont il faut monter 
Prends la chaîne sur le gaillard 
Au mât va donc l'attacher 
Chouinard répond à cet ordre 
Qu'il ne peut exécuter 
Sur la planche et le bois de corde 
Craint lui-même d'être emporté. 

11 
Le capitaine plein de zèle 
Vers Chouinard s'est dirigé 
Aux cris de celui qui l'appelle 
Pour venir le soulager 
Aussitôt il prend la chaîne 
De bûche en bûche a passé 
Le voilà mais non asns peine 
Autour du mât l'a fixée. 

12 
Il rejoint son équipage 
Un peu tout déconcerté 
Qui médite sur le naufrage 
Dont ils sont tous menacés 
Ah ! dit-il quelle misère 
Nous avons à essuyer 
Mettons-nous tous en prière 
Il ne faut pas s'effrayer. 

13 
Tous d'une voix unanime 
Une messe est proposée 
Sur le bord de cette île 
Si nous pouvons nous sauver 
Il règne un profond silence 
Qu'on peut se l'imaginer 
Se fiant à la Providence 
Qui seule peut les sauver. 



14 

Babin rompt le silence 
Dit qu'allons-nous devenir 
Sortons vite en diligence 
Car nous allons tous périr 
Ils abandonnent la chambre 
C'est l'eau qui les a forcés 
' De quitter sans plus attendre 
Cet asile tout submergé. 

15 
Sur le pont là on décide 
Que la chaîne serait filée 
Que sur la frêle chaloupe 
A terre pourrait aller 
Leur projet fut inutile 
Babin se mit à crier 
Vite en avant je vous prie 
La planche commence à flotter. 

16 
Le boom leur sert de guide 
Au mât se sont tous saisis 
La cale était presque vide 
D'eau elle était toute remplie 
Le bateau que le vent pousse 
Les jette sur les rochers 
Ils éprouvent des secousses 
Prêtes à le faire verser. 

La mer toute en furie 
Et les vagues soulevées 
Engloutissent dans l'abîme 
Le bâtiment submergé 
Une lame qui se déploie 
Qui le précipite dans l'eau 
Babin, Morin et Pelletier 
Dans la cale du bateau. 

18 
Chacun crie et se lamente 
Cherche à regagner le mât 
Mais les secousses si violentes 
Leur fait craindre le trépas 
Ils déploient toutes leurs forces 
Plongent et plongent dans l'eau 
Malgré le froid et la glace 
Deux ont regagné le beau. 



— 85 



19 
Morln reste dans la cale 
A submerger sur les flots 
Il ne crie et il ne parle 
Et n'articule aucun mot 
Pelletier, Babin charitables 
Tendent leurs mains engourdies 
Tâche d'approcher cher aimable 
L'on va te sauver la vie. 

20 
Le vaisseau talonne épanche 
Par les secousses de l'eau 
Enfin il saisit deux planches 
Qui étaient dans le bateau 
La mer le jette le pousse 
En décrivant à Gagné 
Pelletier, Babin le saisissent 
Et parviennent à le sauver. 

21 
Tous les quatre au mât se tiennent 
Prévoyant bien le danger 
Que le mât et ses antiennes 
La chute les feraient plonger 
Au milieu de la tourmente 
Le bateau a démâté 
Il entraîne dans sa pente 
Nos malheureux naufragés. 

22 
Les voilà donc à la nage 
Pour une seconde fois 
Pelletier saisit un cordage 
Son coeur tout rempli d'effroi 
Il voit Morin à tribord 
Babin travers sur un banc 
Crois que St-Jean vit encore 
Mais il est au fond de l'eau. 

23 
Catastrophe épouvantable 
Babin se mit à crier 
Quel naufrage pitoyable 
Nous allons bien tout geler 
Le vent le glace le saisit 
Commence à se lamenter 
St-Jean sauvez-moi la vie 
Plusieurs fois l'a répété. 



24 
Morin en entendant ses plaintes 
A lui il s'est dirigé 
Son coeur tout saisi de crainte 
Vers la chambre il l'a traîné 
Là, il fait tous ses efforts 
Mais son coeur est attristé 
Voit Babin frappé de mort 
Dans ses bras a trépassé. 

25 
Pelletier et Morin déplorent 
La mort de leurs compagnons 
Tous deux craignant le même sort 
Voient leurs habits qu'un glaçon 
Morin que le froid suffoque 
Dit-il faut nous en aller 
Abandonnons cette cage 
Que le mât a défoncé. 

26 

Chouinard de sur le gaillard 
Les entend ainsi parler 
Ne me laissez pas à bord 
Mes habits sont tous gelés 
A\\ ! venez donc je vous prie 
Tâchez donc de me sauver 
Et si non, je vais périr 
Sur le pont vous me laissez. 
27 

Pelletier, Morin lui répondent 
Qu'ils ne le peuvent pas 
Et que dans quelques secondes 
Ne pourrait faire aucun pas 
Descendez donc dans la cale 
Jetez-vous du haut en bas 
Non e ne suis pas capable 
Ne m'abandonnez donc pas. 

28 
Nous allons aller à terre 
Pour te chercher du secours 
Il com.mence à faire clair 
Nous apercevons le jour 
Enfin tous deux s'acheminent 
Par l'ouverture du bateau 
Avec bien de la peine 
Ils gravissaient les coteaux. 



.. SG — 



29 

Le froid durcit leurs habits 
Qui faisaient que les gêner 
Ils n'avaient que peu de vie 
En arrivant chez Gagné 
Allez donc vite je vous prie 
Nous sommes cinq naufragés 
Chouinard est encore en vie 
Tâchez donc de le sauver. 

30 
Ils partent tous en diligence 
Au bateau ils ont gagné 
Avec la douce espéramce 
Que Chouinard serait sauvé 
Mais qu'elle fut leur surprise 
Chouinard était débarqué 
Et sur le bord de la rive 
11 s'était adieminé. 

3! 
Après toutes les recherches 
Ils ne trouvent que deux décédés 
Enfin ils hâtent leur marche 
Et vont trouver leurs naufragés 
Nous avons trouvé dirent-ils 
Que les corps de deux noyés 
Toutes nos recherches inutiles 
Chouinard on a pu trouver. 

" 32 
Pelletier, Morîn dirent encore 
A bord il faut retourner 
Nous apporterons les morts 
Chouinard il faut le chercher 
Mais bien vite dans cette île 
Tout le monde est informé 
Chacun cherche sur la rive 
Trouve Chouinard gelé. 

33 

On rapporte les trois corps 
A la maison de Gagné 
Hélas ! quel triste sort 
Pour ces trois infortunés 



Morin fit faire les trois bières • 
Les ensevelit dedans 
Et les porte au presbytère 
En attendant le beau temps. 

34 
Le digne cvuré de l'île 
Toujours plein de charité 
Les fit entrer dans l'église 
Sur leurs corps leur a chanté 
Les oraisons funéraires 
Sur leurs tombes a prononcé 
Des flammes du Purgatoire 
Qu'ils en fussent tous délivré. 

35 . 
Le vent cesse et le froid tombe 
Après onze jours écoulés 
On traverse les trois tombes 
Au Sud elles sont arrivées 
Vous autres épouses chéries 
Tendres coeurs désolés 
Venez recevoir vos maris 
Dans leurs tombeaux renfermés, 

• 36 
Qui f)ourrait sans verser des larmes 
Voir les mères et les enfants 
Tous dans de mortelles alarmes 
S'écrier incessamment 
A vous doux enfants chéris 
Et encore tendres et badins 
A F>eine commence la vie 
Et les voilà orphelins. 

37 
Pelletier (î), Morîn qui survivent 
Ne sauraient les oublier 
Et la douleur la plus vive 
Est dans leur coeur bien gravée 
Oh ! vous divine Marie 
Qui les avez protégés . 
Souvenez-vous je vous prie 
Des malheureux naufragés. 

M. l'abbé A. Pelle 



( 1 ) Louis-Toussaint Pelletier était le père de feu 
tier, curé de St-Jean. 

N. B. Ce naufrage eut lieu au sud-ouest de 1 Ile aux Grues dans la 

nuit du 26 au 27 novembre 1845. Le capitaine Babin, le matelot Chouinard 
et Anctil, cultivateur, étaient de la paroisse de St-Jean Port-Joli. Pelletier et 
Morin, cultivateurs, étaient de St-Roch des Aulnaies. 



... 87 — 

Juges de la Province du Bas=Caaada de 1791 à 1840 



• Michel- Amable Berthelot d'Artigny, juge des Plaidoyers Communs, 31 
décembre 1 79 1 . 

• John Fraser, Thomas Dunn, Hertel de Rouville, Jenkin Williams, juges 
des Plaidoyers Communs pour Québec, Montréal et Trois-Rivières, 1 2 jéinvier 

1792. 

• Félix O'Hara, H. Munro, Louis Fromenteau, juges des Plaidoyers Com- 
muas p>our Gaspé, 29 février I 792. 

•Pierre Panet, juge des Plaidoyers Communs, 1 7 janvier 1 793. 

• Michel-Amable Berthelot d'Artigny, juge des Plciidoyers Communs pour 
Québec (conditionnellement), 19 septembre 1793. 

•Jean-Antoine Panet, juge des Plaidoyers Communs pour Québec, Mont- 
réal et Trois-Rivières, 28 janvier 1 794. 

. Pierre-Amable De Borme, juge des Plaidoyers Communs pour Québec, * 
Montréal et Trois-Rivières, 28 janvier I 794. 

•James Walker, juge des Plaidoyers Communs pour Québec, Montréal 
et Trois-Rivières, 1 février I 794. 

•William Osgoode, juge en chef du Banc du Roi, Québec (en remplace- 
ment de William Smith) , I 1 décembre 1 794. 

•James Monk, juge en chef du Banc du Roi, Montréal, I I décembre 
1794. 

. John Fraser, juge en chef du Banc du Roi, Montréal, 1 l décembre 1 794. 

'Thomas Dunn, juge de la Cour du Banc du Roi, Québec, 12 décembre 
1794. 

«Jenkin Williams, juge de la Cour du Banc du Roi, Québec, l 3 décembre 
1 794. 

* Jean- Antoine Panet, juge de la Cour du Bonc du Roi, Montréal, 1 5 
décembre 1794 (annulée le 8 mai 1795). 

•Pierre-Amable DeBonne, juge de la Cour du Bcinc du Roi, Québec, 16 
décembre 1 794, 

• James Walker, juge de la Cour du Banc du Roi, Montréal, 1 7 décembre 
1 794. 

Pierre-Louis Descheneaux. juge provincial du Banc du Roi. Trois-Riviè- 
res, I 8 décembre 1 794. 



... 88 — . 

•Félîx O'Hara, juge provincial du Banc du Roi, Gaspé, 25 février 1795. 
Pierre-Louis Panel, juge de la Cour du Banc du Roi, Montréal, 8 mai 
1 795 (en remplacement de Jean-Antoine Panet) . 

* J. Ogden, juge de la Cour du Banc du Roi, Montréal, 22 juin l 796. 
•A. Davidson, juge de la Cour du Banc du Roi, Montréal, 1er février 

1800 (en remplacement de J. Walker). 

*John Elmsley, juge en chef du Banc du Roi, 13 octobre 1802. 

'Louis-Charles Foucher, juge provincial, Trois-Rivières, 2 novembre 1 804. 

*W. Crawford, juge provincial, Gaspé, 5 octobre 1805 (en remplacement 
de Félix O'Hara) . 

♦ Henry AUcock, juge en chef, 1 1 août 1806 (en remplacement de John 
Elmsley) . 

»James Reid, juge du Banc du Roi, Montréal, 7 mai 1807 (en rempla- 
cement de A. Davidson). 

«James Kerr, juge du Banc du Roi, 5 octobre 1807 (révoquée le 21 
octobre 1807). 

♦ Jonathan Sevvell, juge en chef, 22 août 1808 (en remplacement de Henry 
Allcock) . 

. James Kerr, juge du Banc du Roi, Québec, 1 er juillet 1 809 (en rem- 
placement de Thomas Dunn). 

• Olivier Perrault, juge du Banc du Roi, Québec, 22 mai 1812 (en rem- 
placement de Pierre-Amable DeBonne). 

♦ Edward Bowen, juge du Banc du Roi, Québec, 23 mai 1812 (en 
remplacement de J. Williams). 

* Louis-Charles Foucher, juge du Banc du Roi, Montréal, 10 décembre 
1812. 

Pierre Bédard, juge provincial, Trois-Rivières, Il décembre 1812 
(en remplacement de Louis-Charles Foucher). 

George Pyke, juge agissant Banc du Roi, Montréal, 1er juin 1818 
(pendant la maladie de J. Ogden). 

George Pyke, juge du Banc du Roi, Montréal, 1 er mai 1 820 (en rem- 
placement de J. Ogden). 

« Alexis Caron, juge provincial, Gaspé, 22 novembre 1 82 1. 

• John Fletcher, juge provincial, Saint-François, 1er mai 1823. 

• James Reid, juge en chef du Banc du Roi, Montréal, 31 janvier 1825 
(en remplacement de J. Monk). 

• Norman-Fitzgerald Uniacke, juge du Banc du Roi, Montréal, 1er février 
1825 (en remplacement de James Reid) . 



- — 89 — 

Jean- Thomas Taschereau, juge du Banc du Roi, Québec, 29 mars 1827 
(en remplacement de Olivier Perrault). 

John-Gawler Thompson, juge provincial, 28 avril 1827 (en remplacement 
de Alexis Caron). 

Norman-Fitzgerald Uniacke, juge provincial, Trois-Rivières, 24 mai 
1827 (en remplacement de Pierre Bédard). 

Pierre Bédard, juge provincial, Trois-Rivières, 1 1 octobre 1827. 

John Fletcher, juge provincial, Trois-Rivières, 6 juin 1 828 (en remplace- 
ment de Pierre Bédard). 

Pierre Bédard, juge provincial, Trois-Rivières, 2 octobre 1828 (en rem- 
placement de John Fletcher). 

G. Pyke, juge du Banc du Roi, Montréal, 6 décembre 1828 (en rem- 
placement de J. Ogden). 

Joseph-Rémi Vallières de Saint-Réal, juge provincial. Trois- Ri\nères, 1 3 
mai 1829 (en remplacement de Pierre Bédard). 

Jean-Roch Rolland, juge du Banc du Roi, Montréal, 7 janvier 1 830 
(en remplacement de Louis-Charles Foucher). 

John Reid, juge en chef, Montréal, 5 décembre 1 830. 

G. Pyke, juge du Banc du Roi, Montréal, 8 décembre 1830. 

Jeam-Roch Rolland, juge du Banc du Roi, Montréal, 1 1 décembre 1830. 

Normcm-Fitzgerald Uniacke, juge du Banc du Roi, Montréal, 9 décem- 
bre 1830. 

James Kerr, juge du Banc du Roi, Québec, 6 décembre 1 830. 

Edward Bowen, juge du Banc du Roi, Québec, 7 décembre 1830. 

Jean-Thomas Taschereau, juge du Banc du Roi, Québec, 9 décembre 
1830. 

John Fletcher, juge provincial, Saint-François, 1 décembre 1 830. 

John-Gawler Thompson, juge provincial, Gaspé, 1 1 décembre 1 830. 

Joseph-Rémi Vallières de Saint-Réal, juge résident, Trois-Rivières, 10 
décembre 1 830. 

Philippe Panet, juge du Banc du Roi, Québec, 29 juin 1832. 

Samuel Gale, juge du Banc du Roi, Montréal, 23 août 1834 (en rem- 
placement de Norman-Fitzgerald Uniacke). 

Samuel Gale, juge résident, Trois-Rivières, 28 septembre 1 835 (pendant 
la maladie de Vallières de Saint-Réal). 

Jean-Roch Rolland, juge résident, Trois-Rivières, 1 3 février 1 836 (pen- 
dant la maladie de Vallières de Saint-Réad). 



... 90 — 

EIzéar Bédard, juge du Banc du Roi, Québec, 22 février 1836 (en 
remplacement de James Kerr) . 

James Stuart, juge en chef, Québec, 22 octobre 1 838 (en remplacement 
de Jonathan Sewell). 

Michel O'Sullivan, juge en chef, Montréal, 25 octobre 1838 (en rem- 
placement de John Reid). 

G. Pyke, juge du Banc de la Reine, Montréal, 20 décembre 1 838. 

John Fletcher, juge provincial, Saint-François, 20 décembre 1 838. 

Edward Bowen, juge du Banc de la Reine, Québec, 20 décembre 1838. 

Jean-Roch Rolland, juge du Banc de la Reine, Montréal, 20 décembre 
1838. 

John-Gawler Thompson, juge provincial, Gaspé, 20 décembre 1 838. 

Samuel Gale, juge du Banc du Roi, Montréal, 20 décembre 1 838. 

Je.m-Roch Rolland, assistant-juge résident, Trois-Rivières, 28 décembre 
1838. 

J. Gale, juge zissistant, Trois-Rivières, 27 mai 1839 (en remplacement 
de Jean-Roch Rolland). 

Dominique Mondelet, juge assistant, Trois-Rivières, 1 5 juin 1 839 (pen- 
dant la suspension de Vallières de Saint-Réal). 

J. Duval, juge assistant du Banc de la Reine, Québec, 24 juin 1839 
(pendant la suspension de EIzéar Bédard). 

Andrew-William Cochran, juge assistant Banc de la Reine, Québec, 24 
juin 1839 (pendant la suspension du juge Philippe Panet). 

EIzéar Bédard, juge du Banc de la Reine, Québec, 8 août 1 840. 

Philippe Panel, juge du Banc de la Reine, Québec, 8 août 1 840. 

LUCIEN LEMIEUX 



UN ROMAN CANADIEN 



Le 19 mars 1870, The Canadian Illustrated Nervs commençait la publi- 
cation d'un roman canadien intitulé : Rosalba or faithful to tivo loves. An 
épisode of the Rébellion of 1837-38, tp Arthur Faverel. 

Ce roman parut plus tard en français dans VOpinion publique, sous le 
titre : Rosalba ou les deux amours. La traduction en fut alors attribuée à 
M. Blain de Saint-Aubin. 

On trouve une reproduction de la version française dans le Monde Illustré 
de Montréal, à partir du 1 2 décembre 1 898. 

E.-Z. M. 



... 91 ... 

Le premier Girouard à Montréal 



Le Bulletin des recherches historiques de 1899, vol. V, pp. 39 et 205, 
puis de 1902, vol. VIII, p. 289, a publié des notes intéressantes sur la famille 
Girouard en Canada. Un passage de ces notes nous apprend que le colon vint 
à Montréal "vers 1716, et demeura quelques années chez M. de Ramezay 
(gouverneur) en qualité de secrétaire ". 

Cela est possible, car ce Girouard avait une fort borme écriture, mais 
sans contester la vérité du renseignement précité et dont l'auteur n'indique pas 
la provenance, nous croyons pouvoir signaler que dans les archives judiciaires 
de Montréal, la première pièce qui nous parait mentioimer le nom de Girouard 
date de 1 722. 

A cette époque, .Antoine Girouard est soldat et se conformant, sans doute, 
au.x voeux des autorités religieuses et civiles, il dénonce courageusement un 
individu qui trafiquait de Teau-de-vie avec les sauvages, 

La pièce ou cette plainte est relatée offre cette particularité de nous mon- 
trer, une fois de plus, les autorités militaires et civiles en désaccord relativement 
à l'aide qu'elles devaient se prêter vis-à-vis certaines classes de délinquants. 

Le document se lit comme suit : 

" L'an mil sept cens vingt deux et le 25 du mois de mars sur les neuf 
*' heures du soir nous françois marie bouat, con'er du Roy et son Lieut. général 
** au Siège de la Juridiction Royale de Montréal, Un soldat nommé antoine 
" girouard de la compagnie de Mr de la tour étant venu nous donner avis en 
" présence de M. des forests Lieutenant des Troupes et du Sr de la marque 
" mar. de cette Ville qu'il auroit veu entrer dix ou douze Sauvages Iroquois 
" chez le nommé duplanty tonnelier qui sans doute étoient allez pour boire de 
" l'Eau de vie et qu'il y a quelques jours ql en a veu sortir plusieurs fois et à 
" l'heure indue de chez led duplanty qui étoient Ivres. Je dis aud. soldat de 
" rester chez moy pour me conduire chez led. Duplanty et aurions envoyé sur 
" le champ un de nos domestiques chercher les nommés Dorien et Perrin 
" huissiers de notre Juridiction pour nous accompagner chez led. Duplanty 
'* pour y faire visite et dresser procès verbal en tel cas requis, en cas de contre- 
" vention. Et n'ayant point trouvé Lesd. huissiers nous trouvant obligé de 
" demander des soldats du corps de garde, nous aurions envoyé Led. Girouard 
," pour en demander à l'officier de garde. Et led. Girouard étant de retour 



-- 92 — 

" nous a dit que M. de beauvais Capne de garde Luy avoit dit de me dire 
" qu'il luy avoit été consigné de ne point donner main forte aux officiers de 
*' Justice à moins que ce ne fut pour meurtre ou vol ; qu'il était bien fâché 
" de ne pouvoir pas m'en donner, que cette Consigne avoit été donnée depuis 
" quelques jours. Sur quoy, nous voyant hors d'état de faire la visite chez led. 
" Duplanty et tenir en cette occasion la main à l'execuon. des Reglemens et 
" ordces qui défend, la traite de l'eau-de-vie Nous en avons fait et dressé notre 
" présent procès verbal, et a led. Girouard signé avec nous 

"A. GIROUARD 
" BOUAT " 

* * * 

Quelle influence commandait aux soldats de rester passifs quand le fléau 
de l'intempérance et surtout quand la vente de l'eau-de-vie aux sauvages 
causaient de si grands désordres dans la colonie ? 

* * * 

Un an après la déclaration du mois de mars I 722, soit le 3 février 1 723, 
Antoine Girouard se mariait à Montréal ; le 26 avril il recevait sa commission 
d'huissier et il la présentait au juge bailli, le 25 mai suivant. De 1 723 à sa 
mort en 1 767, Girouard occupa presque continuellement auprès des tribunaux 
civils en diverses qualités. 

E.-Z. MASSICOTTE 



QUESTIONS 



Jacques-Charles de Sabrevois fut commandant de Détroit, de 1714 à 
1717. En novembre 1 747, le gouverneur de la Galissonière chargeait un des 
fils de M. de Sabrevois du commandement de Détroit. II y avait alors trois 
frères de Sabrevois officiers dans les troupes de la marine : M. de Sabrevois, 
M. de Sabrevois de Bleury et M. de Sabrevois de Sermonville. Lequel a été 
commandant de Détroit ? 

MILES 

Existe-t-il une relation de l'expédition conduite par MM. de Saint-Ours 
Deschaillons et Hertel de Rouville contre Haverhill dans l'été de 1 708 ? 

A. B. 

Quels étaient les prénoms du brillant officier connu sous le nom du sieur 
Dumas dans les dernières années du régime français au Canada ? 

RIO 



— 93 ~ 

Les Desherbiers de l'Etenduère 



M. Henri-François DesKerbiers, chevalier, marquis de l'Etenduère, naquit 
à Angers en 16Ô2. Il commanda plusieurs vaisseaux du roi envoyés au 
Canada et à l'île Royale, de 1 72 1 à 1 750, tels que le Héros, le Droma- 
daire, etc. 

Il était fils de Henri-Auguste Desherbiers, sieur de l'Etenduère, et de 
dame Françoise de l'Epronnière. 

La famille était d'origine très ancienne puisqu'elle existait déjà au onzième 
siècle. 

Henri-Frcinçois fil sa première campagne à l'âge de dix ans, en 
qualité de mousse sur un vaisseau commcuidé par son oncle, Armamd Desher- 
biers, 

En 1710, il perdit ce parent qui laissa un fils âgé de dix ans. Il fit f>our 
celui-ci ce que le père avait fait pour lui ; il le prit à son bord et travailla à 
son instruction autant qu'il le put. 

Henri-François, en 1 72 1 , commanda la flûte du roi, le Porie-Faix, pour 
l'île Royale. On lui donna ensuite la ilûle le Dromadaire ; dans cette cam- 
pagne il leva des plans et fil des caries. 

Deux ans après, il épousa la veuve de M. Descoyeux, capitaine de vais- 
seau, fille de M. Gaillard, cfl&unissaire de la marine à Rochefort, de laquelle 
il eut un fils et une fille. 

En I 725, il repartit de nouveau sur le Dromadaire pour l'île Royale, 
où il acheva de rectifier ses caries et ses observations. 

Le Héros lui fut confié en 1 730 pour un voyage au Canada. Pendant 
cette campagne, il fit le relevé de la côte et du fleuve St-Laurenl. Il en ht aussi 
àes cartes. En 1 723, il avait eu la même destination pour poser des bâlisses 
le long de ce fleuve, afin d'y rendre la navigation plus facile. 

Son cousin, Charles Desherbiers, qu'il avait pris sous ses soins en 1710, 
épousa en 1740, sa fille, Marie-Olive Desherbiers de l'Etenduère. 

La campagne de 1 747 fut l'époque la plus brillante de la vie de M. de 
l'Etenduère par le fameux combat du TormanL Ce brave marin était chef 
d'escadre depuis 1 745. 

Son fils François mourut au mois d'avril 1 749. et la douleur qu'en 



-., 04 ... 

éprcSuva M. de f'Etenduère, abrégea ses jours ; il succomba en mars \7S0, 

En 1 749, avant le décès de son fils, il avait obtenu pour Charles Des- 
herbiers, son gendre (l), le commandement de l'île Royale. Charles le fut 
recevoir, au nom du roi, des mains des Anglais. Il revînt de cette colonie à la 
fin de l 75 1 , et mourût au mois de mars suivant 

Il eut plusieurs enfants, dont l'un mourut à Roche fort en 1770, âgé de 
vïngt-trois ans ; il était alors enseigne de vaisseau et promettait de devenir un 
officier de distinction. Il eut aussi Antoine-Auguste Desherbiers, maïquis de 
l'Etenduère, capitaine d'infantere çt chevalier de Malte, et Charles-César- 
Séraphin de l'Etenduère, lieutenant de vaisseau et chevalier de St- Louis. 

La branche aînée de cette famille resta sans héritiers mâles, et Alexis^ 
Augustin, neveu de M. de l'Etenduère, n'ayant laissé que deux filles, donna 
aux enfants de sa cousine, madame Desherbiers, le fief de l'Etenduère, afin 
qu'ils pussent ajouter au nom de Desherbiers celui de l'Etenduère, plus connu 
par la célébrité que lui avait donnée ceux qui l'avait porté. 

Madame Desherbiers épousa en secondes noces, en 1753, M. Dupuy, 
chevalier de l'Ordre du roi, docteur-régent de la faculté de médecine de Paris. 

Messieurs Desherbiers de l'Etenduère blasonnait ainsi i " De gueules,, 
à trois fasces d'or," 

REGIS ROY 



( 1 ) Celui-ci ne se trouva pas âu combat du Tonnant parce qu'alors il 
commandait un vaisseau pour le Céinada, 



PUBLICATIONS RECENTES 



Hector Berthelot, Le bon Vieux temps^ compilé, revu et annoté par E.-Z. 
Massicott*. Première série. Montréal - — ■ 1916. 

— Hector Berthelot, Le bon vieux temps, compilé, revu et annoté par 
E.-Z. Masisicotte. Deuxième série. Montréal — 1916. 

•^ — Mère Marie de Sainte- Hélène (Adélaïde-Philomène Larivière), an- 
cienne supérieure provinciale du Bon-Pasteur en Canada — 1838-1915. Sou- 
venirs, Montréal '— 1 9 1 6, 

— Le chanoine D. Gosselin, Bulletin paroissial de Charlesbourg pour 
Vannée 1916. Douzième année. Québec — '1917. 

^ — L'abbé Arthur Melançon, Retour à la terre. Montréal — 1917, 



— 95 — 
LE JEU DE DAMES CANADIEN 



En 1723, selon les uns, ou 
le jeu dît à la polonaise. Dans 
de 40 pions auxquels on accorde 
leurs ancêlrss. Ce jeu devint 



Dans rAmérique septentrio 



D'après les principales encyclopédies, le seul jeu de dames connu en 
France jusque dans le premier quart du 1 Sème siècle était celui qui se joue 
sur un damier de 64 cases avec 24 pions. Il se nommait jeu à la française ou 
jeu français. Certaines gens l'appellent encore ici, ix)ur cette raison proba- 
blemnt : jeu franc et parfois, aussi, parce qu'il n'est plus en honneur que dans 
les pays saxons ; jeu anglais. 

n 1727, selon les autres, on inventa, à Paris, 
xlui-ci, le damier a 100 cases et l'on se sert 
beaucoup plus derorivilèges que n'en avaient 
rapidement populiè"e dans l'ancienne mère- 
patrie et il se répandît même en E elgique, en Hoîlanaç et en Pologne. 

* * * 
lale, les Canadiens français ont adopté un jeu 
de dames qui ne semble pas connu ailleurs. Il ^uit les règles de la polonaise. 
mais le dzuntiier a 1 44 cases et les pions sont au nombre de 60. Cette augmen- 
tation de la quantité de cases et de pions, en permettant des combinaisons 
variées, nombreuses et savantes a rendu le jeu des plus intéressants. A tel 
point qu'il compte, aujourd'hui, des centaines de fervents dans toutes les 
dcisses de la société, qu'jt a ses concours, ses ligues, ses champions et que la 
presse lui ouvre ses colonnes tout comme au jeu d'échecs qu'il concurrence 
fortement. 

Bref, notre jeu de dames a acquis assez d'importance pom que l'on 
s'occupe de son histoire. Mais ce n'est pas chose facile que de reconstituer 
l'histoire d'im jeu qui pendant longtemps ne fit aucun bruit î 

^ ^ ij! 
La polonaise a pu être apportée au Canada par les soldats ou les colons 
français venus entre 1727 et 1760 ; elle a pu être introduite aussitôt après la 
conquête, par des soldats mercenaires de l'armée anglaise, ou encore, en 1812, 
par les régiments de Meuron et de Watteville qui se composaient de Français, 
de Suisses, de Polonais, etc. Cette conjecture, cependant, comprend-elle 
l'introduction du damier de 144 cases ? Autrement dit, avons-nous été doté 
de la polonaise seulement ou de la polonaise et du grand damier à la fois j» 
Qui peut se prononcer ? 



... 96 -" 

Le jeu Canaaien existant depuis un siècle au moins, il doit se trouver deut9 
les journaux, les livres, les manuscrits d'autrefois quelque renseignement qui 
permettrait de formuler une hypothèse plausible, faute de mieux, 

La parole est aux chercheurs, 

E.-Z. MASSICOTTE 



REPONSES 



M. Menaux JeS Riûtix û-t-îl été gouverneur de Montréal ? (XXIII, If, 
p. 53.) — Mgr Tanguay et bien d'autres après lui nous donnent M. Henaux 
des Rioux comme gouverneur de Montréal en ^1684, succédant à M. Perrot, 

Ceci est une erreur dont sont responsables les éditeurs de l'Histoire du 
Canada de M. de Belmont. Ils font dire à cet auteur : 

1684- — M. de Meulles, intendant, s'en retourne. M. de Champigny 
vient Au retour de la guerre arrivèrent les vaisseaux, M. de Callières, M. 
Hénault des Rioux, gouverneur de Montréal, et trois capitaines de vaisseaux.'* 

Nous n'avons pas vu le manuscrit de M. de Belmont mais, pour sûr, il 
y a eu transposition dans la phrase citée ici. "Gouverneur de Montréal" devrait 
venir après "M. de Callières". 

M. de Callières nommé gouverneur de Montréal le 10 avril 1684 s'en 
Venait prendre son gouvernement. Puisque M. Henaux des Rioux faisait route 
avec lui, il aurait fallu que le roi nomme en même temps deux gouverneurs de 
Montréal. 

Le Henaux dei Rioux mentionné par M. de Belmont ne serait-il pas plutôt 
M. Huet du Rivau, capitaine dans les troupes, qui passa dans la Nouvelle- 
France en même temps que le marquis de Denonville au printemps de 1684 ? 
M. Huet du Rivan retourna en France dès les premiers mois de 1685. 
M. Huet du Rivau retourna en France dès les premiers mois de 1685. 

Augcr de Subercase (XVI. VI. p. 176 ; XXIII, II, p. 55.) —La 
note suivante sur le dernier gouverneur français en Acadie est tirée de la Série 
D2, vol. 47, folio 3, d'un "Estât envoyé par M. de Callières des officiers 
d'infanterie apostillez de leurs qualitez et services" le 15 octobre l 701, comme 
suit : 

'* Le Sr Subercase, natif de Bear (sic pour Bearn), âgé de 38 ans, est 
venu Capitaine en Canada en 1687, fait Major des troupes en 1693 et Ensei- 
gne de vaisseau en 1695. Bon officier." 

D'après cette donnée Daniel d'Auger de Subercase serait né en 1 663, en 
Bearn, Basses-Pyrénées. 

Quant au lieu où il est mort, Laffilard, tome I, folio 21. dit que c'est à 
Paris le 9 novembre I 732. et au tome II. folio 262. il écrit que c'est à Cannes, 
le 19 novembre 1732. 

PLACIDE GAUDET 



-■ ■il - 
BULLETIN 

DBS 



RECHERCHES HISTORIQUES 



TOI. uni BEàUCEVILUE-àVRIL 1917 N« i 



LÀ FAMILLE ÛUILLIMIN 



CHARLES GUILLIMIN 

On a écrit Guillemiii et Guillimin. Les Guillimin eux- 
mêmes signaient Guillimin et quelquefois Guillemin. La 
forme Guillimin fut cependant plus fréquemment employée 
dans les dernières années du régime français, et c'est celle 
que nous adoptons ici. 

Le premier Guillimin de cette famille passa dans la 
Nouvelle-France dans les dernières années du dix-septième 
siècle. 

Charles Guillimin était fils de Guillaume Guillimin, 
avocat au parlement de Bretagne, et de Marguerite Mo- 
reau, de Concarneau, Finistère, en Bretagne (i). 

Concarneau est une très ancienne ville du Finistère. 
Ses premières fortifications, dit-on, furent faites sous la 
reine Anne. La principale occupation de la population de 
Concarneau est la pêche de la sardine. De juin à novembre, 
les deux tiers des habitants sont employés à cette pêche. 
On compte à Concarneau plusieurs douzaines de fabriques 
aflfectées à la presse, à la salaison et à la fabrique des con- 
serves de sardines. Même au Canada les sardines en con- 



( 1 ) Mgr Tanguay {Dictionnaire généalogique, vol. IV, p. 420) écrit 
Concavreau, mais il est évident qu'il a mal lu. . ^ 



— 98 — 

serves de Concarneau sont très appréciées des gourmets. 

Charles Guillimin, qui avait un certain capital, s'occu- 
pa de commerce, de pêche et de construction de bâtiments 
de mer. Il devint bientôt l'un des négociants les plus riches 
de Québec. 

Di^ns l'expédition organisée par M. de Vaudreuil con- 
tre la Nouvelle-Angleterre en 1704, M. Guillimin comman- 
dait les milices de Québec. 

M. Jean Petit, conseiller au Conseil Supérieur, étant 
décédé le 24 février 1720, MM. de Vaudreuil et Bégon pro- 
posèrent au ministre de le remplacer par M, Guillimin. 

M. Guillinmin fut nommé à cette charge importante le 
13 mai 1721 (2). 

Le 14 juin 1721, le ministre écrivait à M. Bégon : 

" Le Conseil (de marine) a proposé à Mr le régent le 
Sr Gjillemin pour remplir une des deux places de conseiller 
vacantes au Conseil Supérieur de Québec. S. A. R. a bien 
vo;du lui accorder et vous en trouverez cy-joint les provi- 
sion qne vous aurez agréable de lui remettre " (3). 

MM. de Vaudreuil et Bégon avaient en même temps 
recommandé la nomination de M. Cugnet au Conseil Supé- 
rie ir pour remplacer M. de Lino promu premier conseiller. 
Le Conseil refusa de nommer M. Cugnet, estimant que sa 
qualité de directeur du Domaine d'Occident était incompa- 
tible avec une charge de conseiller. 

M. Guillimin fut reçu et installé en son office de con- 
seiller au Conseil Supérieur le 20 septembre 1721. 

M. Guillimin ayant subi de grandes pertes demanda 
au ministre, en 1 731, de lui accorder une pension. 

Le S avril 1732, le ministre lui répondait : 

" J'ay receu M. la lettre que vous m'avés écrit le 13 
9bre de l'année dernière. J'aurois été très disposé à vous 
procurer la pension que vous avés demandé, mais l'Etat des 
finances du Roy ne le permet point, je vous recommande de 
continuer vos Services avec zèle, et lorsque je trouveray 



(2) Insinuations du Conseil Supérieur, cahier 5. 

(3) Archives du Canada, Série B., vol. 44-2, f. 341 



— 99 — 

occasion de vous procurer les grâces de Sa Majesté, je m'y 
porteray volontiers " (4). 

Le même jour, le ministre écrivait à MM. de Beauhar- 
nois et Hocquart : 

" Le Sr Guillemin, Con'er au Conseil Supérieur de Qué- 
bec, m'a représenté que dans tous les temps il a travaillé 
pour le bien de la Colonie, qu'il a fait des Etablissemens de 
pesches de morues, loups marins et Saumon dans le N. et le 
S. de la Rivière St. Laurent, exemple que plusieurs autres 
habitans ont suivy, qu'il a fait construire des Batimens de 
différents ports : qu'il a fait bastir des maisons à Montréal 
et à Québec, et qu'il a mesme fait construire deux Batteries 
au haut du cul de Sac, après y avoir sapé le Cap derrière 
lequel se réfugièrent les vaisseaux anglois desemparés au 
Siège de la ville sous le Gouvernement de feu M. de fron- 
tenac ; Que toujours prest à subvenir aux besoins du public 
il presta en 1712 au Trésor une somme de 40 m" qui ne luy 
a esté rendue que longtemps après ; qu'en qualité de Com- 
mandant de la milice de Québec il Servit dans la Campagne 
que fit feu M. de Vaudreuil contre les anglais qui s'estoient 
fortifiés sur le lac Champlin ; et qu'en fin depuis qu'il est 
pourvu de l'office de Con'er il s'en est acquitté avec soin. 

" Je seray bien aise d'estre informé de ses Talents et de 
Sa conduite ainsy que de la vérité des faits qu'il expose, je 
vous prie de m'en rendre compte afin que dans l'occasion 
je puisse luy faire plaisir s'il y a lieu " (5). 

MM. de Beauharnois et Hocquart, qui connaissaient 
ce qu'avait fait M. Guillimin pour la colonie, répondirent le 
30 octobre 1732 : 

" Nous avons receû la lettre que vous nous avez fait 
l'honneur de nous escrire le 8 avril dernier au sujet du Sr 
Guillimin conseiller au conseil supr. il est vrai que ce par- 
ticulier a fait des entreprises considérables en ce pays par 
des establissements de pesches de morues de saumons de 
loups marins dans le bas de xette rivière aux isles de la 



(4) Archives du Canada, Série B, vol. 57-1, f. 85. 

(5) Archives du Canada, Série B., vol. 57-1, f. 116. 



... 100 ™ 

Magdelaine et dans la Baye des chaleurs ; qu'il a fait bâtir 
plusieurs maisons et grand magasin a Québec et a Mont- 
réal ; construit 7 ou 8 bâtiments de mer grands et moyens, 
une batterie au devant d'une de ses maisons au haut du cul 
de sac qui à la vérité la soutient, mais qui n'en seroit pas 
moins utile au service en cas d'attaque ; qu'il a preste en 
1712 au thrésor 40 m" qui ne luy ont esté rendues que quel- 
que temps après ; et que ce prest peut avoir esté l'occasion 
de la perte qu'il a faite d'une partie de cette somme par la 
réduction de la monnoye de carte. , Il a marqué dans toutes 
les occasions qui se sont présentées de la bonne volonté et 
du zèle pour le service du Roy, et le bien du public. Enfin 
il sest toujours comporté comme un bon citoyen. Sa for- 
time s'est dérangée considérablement depuis quelques an- 
nées par des pertes et des naufrages, qui le mettront abso- 
lument hors d'état de rien entreprendre si elle ne luy 
redevient favorable. Il continue cependant son commerce 
maritime. Bailleurs il s'applique à bien remplir sa charge 
de conseiller surtout dans les afifaires de commerce. Il est 
assidu et aime le travail. 

" Par le compte que nous vous rendons, vous jugerez, 
Monseigr que le sr Guillemin peut mériter vos bontez et 
nous vous suplions de luy en donner des marques, il a une 
nombreuse famille qu'il commence d'avoir de la peine à sou- 
tenir " (6). 

Le ministre, malheureusement, ne put rien faire pour 
M. Guillimin. Il se contenta d'écrire à MM. de Beauharnois 
et Hocquart, le 6 mai 1733 : 

" Il ne m'a pas été possible non plus de rien faire pour 
le Sr Guillemin Coner. au Conseil Supérieur, mais s'il se 
présente dans la Colonie quelque occasion qui puisse lu}^ 
estre utile, vous aurés agréable de m'en rendre compte etje 
seray toujours disposé à luy procurer tous les Secours qui 
pourront dépendre de moy " (7). 

En 1731, M. Guillimin avait intenté un procès à Mar- 



(6) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. F. 57, f. 143. 

(7) Archives du Canada. Série B., vol. 59-1 , f.'240. 



— }01 — 

guérite Bouat, veuve Antoine Pascaud, de Larochelle, avec 
qui il était en affaires depuis plusieurs années. La Prévôté 
de Québec, le 26 mai 1731, lui avait donné gain de cause. 
La veuve Pascaud appela de cette sentence. Cette affaire 
très curieuse et très compliquée dura trois ans et ne se ter- 
mina que par l'intervention du ministre. 

On en trouvera tout le détail dans la correspondance 
suivante. 

Le 23 mars 1734; le ministre écrivait à M. Meigrat de 
Serilly : 

" Il s'est présenté Une affaire en Canada entre le Sr. 
Guillimin Conseiller au Con'el Supérieur de Québec, et la 
D. Pascaud de la Larochelle Sur la liquidation des Comptes 
respectifs de Com'ce qu'il y a eu entr'eux depuis 1716 jus- 
qu'en 17 18. Et la principale question a été de savoir si entre 
Negocians les demeures ou intérêts d'avances de marchan- 
dises doivent avoir lieu a compter du jour des Avances ou 
Simplement de jour de la demande en justice ? Cette af- 
faire a d'abord été jugée a la Prévosté de Québec ; mais 
sur l'apel elle a été portée pardt. M. hocquart Intendant 
de la Colonie, en vertu d'une déclaration du Roy qui permet 
aux parties dans les procez qu'elles ont au Conel Supérieur, 
et dans lesquels quelqu'un des officiers de ce Conseil est 
partie, d'en demander le renvoy pardt. l'Intendant pour 
être jugés par luy et 6 autres Juges non suspects en der 
ressort et sans appel. M. Hocquart n'a pas crû devoir pren- 
dre sur luy de prononcer sur le point de droit dont il étoit 
question, et qui a trait a un reglm't gênerai qu'attendent 
les Negocians de la Colonie pour terminer leurs affaires 
avec leurs correspondans de france ; il a de concert avec 
AI. le marquis de Beauharnois gouverneur et Lt g'al de 
Canada, pris le parti de me rendre compte de cette affaire 
et de demander les ordres du Roy sur cette question ; et 
ils ont à cet effet fait dresser un mémoire par le procureur 
général sur cette matière. 

" Par l'examen que j'ay fait de ce mémoire et des ob- 
servations que Mrs de Beauharnois et Hocquart ont ajou- 
tées dans leur lettre la question m'a paru si intéressante 



— 102 — 

pour le commerce de Canada, que j'ay été bien aise de vous 
demander votre avis, avant que de prendre aucun parti à ce 
sujet. C'est dans cette vue que je vous envoyé la lettre de 
Mrs dé Beauharnois et Hocquart, avec le mémoire du pro- 
cureur gênerai du Conseil Supérieur ; j'y joins un autre 
mémoire qui m'a été envoyé sur le même sujet par la cham- 
bre de Commerce de la Rochelle et je vous prie de vouloir 
bien examiner le tout et de me marquer ce que Vous en 
penserez. Je crois bien aise aussy d'avoir l'avis de M. le 
procureur gênerai du Parlement sur le point de droit et 
vous pourriez si vous le jugiez à propos, luy en dire un mot ; 
Vous pourriez encore, si vous avez besoin de quelque éclair- 
cissement par raport au Commerce, en parler à quelqu'uns 
des députés du Bureau. C'est surquoy je m'en raporte en- 
tièrement a vous. J'ajouteray seulement que le V'au par 
lequel je dois envoyer les ordres du Roy en Canada, doit 
partir au 15 ou 20 du mois de May : j'espère que vous vou- 
drés bien me mètre en état de les prendre assés à tems pour 
cela" (8). 

C'est probablement à l'aide des lumières de M. Meigret 
de Serilly que le ministre écrivait à MM. de Beauharnois 
et Hocquart, le 20 avril 1734 : 

" Jay receu la lettre que vous m'avés écrite le 19 8bre 
dernier avec le Mémoire dressé par le Procureur Gnal du 
Conseil Supérieur concernant la contestation d'entre la 
Veuve Pascaud de la Rochelle et le Sr Guillimin negt. a 
Québec et j'en ay rendu compte au Roy. 

" Il paroist par les prétentions respectives du Sr Guilli- 
min et de la veuve Pascaud donnent lieu a deux questions. 
La première de sçavoir qu'elle est la forme de compter en 
usage parmi les commerçeans, si un Commissionnaire peut 
comme le prétend la de pascaud envoyer chaque année des 
Extraits de Comptes a son commettant, tirer dans ces Ex- 
traits rinterest de ses avances a raison de 8 pour cent et 
prendre d'ailleurs cinq pour cent de Commission pour 
l'achat des marchandises, ou si au contraire comme le sou- 



(8) Archives du Canada, Série B, vol. 60, f. 24. 



— 103 — 

tient le Sr Guillimin, le Comm'ce ne doit fournir qu'un seul 
et mesme compte pour tout le temps qu'il a duré et la cor- 
respondance en passant en crédit les envoys qui luy sont 
faits par son commettant et en débit, les remises qu'il luy 
lait de sa part. 

' La Seconde Question est de Sçavoir si un Commis- 
sionnaire peut en justice demander des Interests des avan- 
ces par luy faites a son commettant et subsidiairement si 
ces interests doivent courir du jour de l'avance faite, ou 
seulement du jour de la demande. 

'* Sur la première Question nulle difficulté que la ma- 
nière de compter de la veuve Pascaud ne soit régulière et 
la seule en usage pour les negocians. Le Commissionnaire 
peut envoyer non seulement une fois, mais quatre fois par 
an, s'il le juge à propos, des extraits de compte qui sont 
relatifs entr'eux, mais néantmoins indépendant les uns des 
autres, en sorte que les affaires faites postérieurement a 
i'envoy d'un compte, forment l'objet d'un compte nouveau 
qui peut estre regardé comme un renouvellement de corres- 
pondance plustost que comme une suite de l'ancienne. Et 
si la forme de compter proposée par le Sr Guillimin avoit 
lieu, la veuve Pascaud depuis 1716 jusqu'en 1728, qu'a duré 
leur correspondance n'auroit pu connoistre n'y constater 
sa scituation avec luy, ce qui seroit directement contraire 
a la bonne règle du Commissionnaire suivant laquelle un 
négociant doit faire sa balance, au moins une fois par an, 
solder ses comptes et en porter la solde a compte nouveau. 

" La forme de compter de la Veuve Pascaud estant 
régulière ; peut elle dans Ses Extraits de compte passer 
les Interest de Ses avances ; le Commiss're peut sans con- 
trdit passer en compte a son commettant l'Interest de ses 
avances du jour que ces avances ont esté réellement faites. 
Ces interests seront en toutes circonstances allouées au 
Commissi're Si le Compte est jugé par des gens de Com- 
merce ; mais si au contraire le Compte est porté en justice 
on distinguera deux cas. 

" Dans le premier le Commissionnaire sera convenu 
par lettres ou autrement avec son Commettant de luy pas- 



... 104 — 

ser des Interests de ses avances, dans l'autre on suppose 
qu'il-n'y ait pas de convention entr'eux. 

" Au p'er cas on adjugera en justice les Interest au , 
Commissionnaire du jour de son avance, ou au moins des 
dommages interrests à peu près équivalents et dans l'autre 
on ne luy adjugera les Interests que du jour de la demande. 

" La raison de cette dififérence est que les Juges quel- 
ques éloignés qu'il soient de permettre l'usage et d'aprou- 
ver la perception des Interests sont néanmoins obligés de 
se prester à ce que demande la qualité de commerceant et 
la bonne foy du commerce. 

" Un Négociant n'est pas obligé de se charger de Com- 
missions ; et lorsqu'il s'en charge, il peut y apposer telles 
conditions qu'il veut ; si elles plaisent au Commettant, la 
correspondance s'établit et les conditions constatées par 
lettres ou autrement doivent estre exécutées ; sinon le 
commettant peut s'adresser a un autre commissionnaire 
qui le traite avec plus de douceur. D'ailleurs un commer- 
çant n'est jamais dans le cas d'avancer son argent gratuite- 
ment et la Comission ne peut luy tenir lieu d'Interests 
d'avance, cette commission est plus ou moins forte, suivant 
la nature de la marchandise que le Commissionnaire est 
chargé d'acheter ; mais telle qu'elle soit, elle ne tient ja- 
mais lieu d'Interests d'avance, le Commissionnaire est tou- 
jours chargé d'avance, ou censé avoir dans ses mains un 
fonds apartenant à son commettant, jusqu'à concurrence 
du montant de la Commission qui luy est donnée ; et si ce 
fonds luy manque et qu'il soit obligé de faire l'avance de 
l'achat des marchandises et des frais à faire pour leur en- 
voy, il peut sans contredit prendre d'un costé sa commission 
et de l'autre l'Interest de son avance. 

" Ainsi la veuve Pascaud a non seulement pour elle la 
bonne foy et l'usage du commerce, mais elle seroit mesme 
agrée favorablement en justice sur le fondement de Sa 
lettre de 1718, par laquelle elle annonce au Sr Guillimin 
qu'elle n'entend se charger de ses Commissions qu'au moyen 
d'un droit de Commission de 5. pour cent et de l'Interest de 
ses avances a raison de 8. pour cent le Sr Guillimin a en 



— 106 — 

effet aprouvé Tacitement les propositions, puisque sans 
s'en plaindre il a continué sa correspondance avec la veuve 
Pascaud jusqu'en l'année 1728 et par conséquent la Vve 
Pascaud est bien fondée p'o a demander les Intérests de 
Ses avances du jour de l'avance faite. 20 a les demander a 
raison de 8. pour cent, d'autant plus qu'une dernière re- 
flexion qui concerne le Commissionnaire du Canada con- 
court avec tout ce qui a esté dit cy devant ; les habitans 
de cette Colonie jusqu'à présent ont eu besoin d'avances. 
Si la contestation présente estoit jugée au préjudice de la 
Ve Pascaud, il seroit a craindre qu'à l'avenir on ne leur fit 
plus de crédit ce qui pourroit faire tomber ou diminuer con- 
sidérablement cette partie de Commerce. 

'" Sa Majesté n'a cependant point jugé a propos de faire 
aucun Règlement a ce sujet ; l'usage qui s'est pratiqué 
jusqu'à présent en Canada est conforme aux principes qui 
viennent d'estre expliqués, et l'intention de Sa Majesté est 
que le Sr Hocquart le suive dans la décision de l'affaire en 
question ; il tiendra aussy la main a ce que les Juges de la 
Colonie s'y conforment en pareil cas " (9). 

Pour se rendre à l'Ordre du ministre, le 27 septembre 
1734, l'intendant Hocquart signait une ordonnance qui 
fixait définitivement le procès entre M. Guillimin et la 
veuve Pascaud (10). 

Le 19 avril 1735, le ministre écrivait à MM. de Beau- 
harnois et Hocquart : 

" S. M. a approuvé que M. Hocquart ait terminé l'affre 
d'entre la Ve. Pacaut de la Rochelle, et le sr Guillimin de 
Québec, en conformité de ce que je vous avois écrit Tannée 
dre. par ma dépêche commune sur cette affaire, et elle veut 
comme je vous l'ay marqué par la même dépêche, que tou- 
tes les affaires de cette nature soient décidées suivant les 
mêmes principes. Vous observez sur cela que des comptes 
a nouvau débit produit chaque année par la Ve Pacaud, il 

(9) Archives du Canada, Série B., vol. 61, f. 69. 
( 1 0) Cette très longue ordonnance se trouve pp. 1 35 et seq. du cahier 
22 des Ordonnances des intendants. 



— 106 — 

en résulte une vexation d'Interests des Avances de chaque 
année étoient tirés hors ligne pour en faire un total séparé 
du p'pal a la fin de la correspondance. Mais je vous ay ex- 
pliqué l'année d're que la manière de compter de la Ve Pa- 
caud étoit regulre. et la seule en usage parmi les Negs. et 
que le Comissionnaire peut envoyer. non seulement une 
fois, mais quatre fois par an s'il le juge a propos, des Ex- 
traits de compte qui sont relatifs entre eux mais néanmoins 
independans les uns des autres, en sorte que les Add'res 
faites postérieurement a l'envoy d'un compte, forment l'ob- 
jt d'un compte nouveau, qui peut être regardé comme un 
renouvellet. de Correspondance, plutost que comme une 
suite de l'Ancienne" (ii). 

Le ministre qui avait toujours de bonnes paroles pour 
M. Guillimin n'en opposait pas moins un refu's à toutes ses 
demandes. Le lo avril 1736, il écrivait à MM. de Beau- 
harnois et Hocquart : 

" A l'égard de la demande que le Sr Guillemin fait 
d'être déchargé du payement des 1300 livres qu'il doit au 
magasin. Elle ne peut luy être accordée, l'Etat des finances 
de S. M. ne permettant pas de faire de pareilles remises. 
Je ne peux pas non plus luy procurer le Brevet d'Ecrivain 
qu'il demande pour son fils, S. M. ne voulant point multi- 
plier ces emplois " (12). 

M. Guillimin décéda à Québec le 27 février 1739, à 
l'âge d'environ 63 ans. Il fut inhumé le lendemain dans 
l'église paroissiale. 

Il avait épousé à Montréal, le 25 mai 1710, Françoise 
LeMaître LaMorille, fille de François LeMaître LaMorille, 
marchand, et de Marguerite Poulain et veuve de Jean- 
Jacques Lebé. Elle était décédée à Québec le 16 janvier 
1722, dix-sept ans avant son mari, et avait été inhumée dans 
l'église paroissiale. 

Ils avaient eu neuf enfants (13) : 



(11) Archives du Canada, Série B., vol. 63, f. 100. 

(12) Archives du Canada, Série B., f. 508. 

(13) Mgr Tanguay (DlciioTmaire généalogique, vol. IV, p. 420) 
leur donne dix enfants. Il fait erreur. 



— 107 — 

10 Marie- Jeanne Guillimin 

Née à Montréal le ler mars 171 1. 
Décédée à Québec le 14 février 1717. Inhumée dans 
le cimetière. 

2o Guillaume Guillimin 

Voir plus loin. 

3o Marie-Joseph Guillimin 

Née à Québec le 18 novembre 1714. 

Mariée à Québec, le 27 octobre 1738, à Jacques LeGar- 
deur, sieur de Saint-Pierre, officier dans les troupes de la 
marine, fils de feu Jean-Paul LeGardeur, sieur de Saint- 
Pierre, capitaine dans les troupes de la marine, et de Mar- 
guerite LeNeuf de la Vallière. 

Ce brave officier commandait le corps des Sauvages 
alliés dans la malheureuse expédition du baron Dieskau. Il 
fut tué dans le premier engagement à la bataille du lac 
Saint-Sacrement (lac George) le 8 septembre 1755. 

En secondes noces, à Montréal, le 3 septembre 1757, 
Marie-Joseph Guillimin devint l'épouse de Louis-Luc de La 
Corne, sieur de Chapts et de Saint-Luc, veuf de Marie-Anne 
Hervieux. 

C'est le célèbre de LaCorne Saint-Luc qui exerça tant 
d'influence sur les Sauvages. Après la conquête, il voulut 
passer en France, mais le vaisseau "IWuguste" qui le trans- 
portait périt sur la côte du Cap-Breton, le 15 novembre 
1761. Sept passagers seulement parmi lesquels M. de La 
Corne Saint-Luc échappèrent à la mort. Cent quatorze 
périrent. M. de La Corne Saint-Luc fut choisi en 1775 
comme membre de Conseil législatif. 

Madame de LaCorne Saint-Luc décéda à Montréal le 
12 avril 1768. 

M. de LaCorne Saint-Luc épousa, en troisièmes noces, 
à Montréal, le 9 avril 1774, Marie-Marguerite Boucher de 
Boucherville. 

11 décéda à Montréal le 3 octobre 1784, après avoir servi 



— 108 — 

la France, puis l'Angleterre, avec une bravoure et une habi- 
leté qui le firent estimer et admirer de tous (14-15). 

4o Charles Guillimin. 

Né à Québec le 11 mars 1716. 

Décédé au même endroit le 4 juillet 1716. 

5o Angélique-Jeanne Guillimin. 

Née à Québec le 7 mars 1717. 

Mariée à Québec, le 7 octobre 1737, à Charles LaTou- 
che, sieur de MaCarty, fils de feu Thimothée LaTouche, 
Ecuyer, sieur de MaCarty, et de feue dame Hélène Thée, 
de la paroisse de Saint-Sauveur, évêché de Lyon. 

M. Macarty était d'origine irlandaise. Le ler avril 
1745, le Conseil de Marine le nommait capitaine du port à 
Québec, avec un salaire de 1,000 livres et le grade de lieu- 
tenant de frégate. Mais la France avait alors tellement 
besoin de ses marins que M. Macarty n'oCcupa guère ce 
poste. En 1747, il commandait le "Rubis". Cette frégate 
faisait partie du convoi qui conduisait à Québec M. de la 
Jonquière, nommé gouverneur de la Nouvelle-France. La 
bataille du cap Ortegal, le 14 mai 1747, dans laquelle Macar- 
ty se conduisit de façon héroïque lui valut, le ler avril 1748, 
le grade de capitaine de brûlot. Trois ans plus tard, en 
175 1, M. Macarty était promu lieutenant de vaisseau. Cet- 
te même année 175 1, il commandait la frégate "La Fidèle". 
En 1755, il avait le commandement de la frégate "La Va- 
leur". Le 17 avril 1757, M. Macarty était fait capitaine de 
vaisseau. En 1759, il proposait au ministre une descente 
sur la côte d'Irlande, près de Cork. Ce projet n'eut pas de 
suite. Il décéda à Paris le 24 janvier 1765. 



(.14-15) Sur M. de LaCorne Saint-Luc, on peut consulter la brochure de 
M. Arthur-S. Bennett, Chevalier de La Corne and the Carrot River, Valle}; of 
Saskatcheivan. 



— 109 — 

Madame Macarty dût, elle aussi, mourir en France, 
car nous ne trouvons plus sa trace ici après son maria- 
ge (i6). 

60 Marie-Charlotte Guillimin 

Née à Québec le 16 septembre 1718. 

Mariée à Québec, le 27 juillet 1740, à Jean-Joseph Ri- 
verin. négociant, veuf de Marie-Joseph Perthuis. 

Al. Ri vérin décéda à Québec le 23 octobre 1756. Il était 
à sa mort colonel des milices du gouvernement de Québec. 

En secondes noces, à Lorette, le 23 mai 1758, Marie- 
Charlotte Guillimin devint l'épouse de Philippe-Louis- 
François Badelard, chirurgien-major du régiment de Berry, 
originaire de Saint-Sauveur de Coucy, diocèse de Laon. 

Madame Badelard décéda à Québec le 16 décembre 
1795, et fut inhumée à Lorette. 

M. Badelard décéda aussi à Québec le 7 février 1802, 
et fut inhumé à Lorette. 

Le chirurgien Badelard est bien connu dans notre his- 
toire (17). 

De son mariage avec M. Riverin, Marie-Charlotte Guil- 
limin eut dix enfants dont quelques-uns moururent en bas 
âge. Son alliance avec M. Badelard lui donna deux enfants 
dont l'un décéda en bas âge et l'autre, Louise-Philippe, de- 
vint l'épouse de Jean-Antoine Panet, avocat, plus tard 
orateur de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada. 

7o Françoise- Nicolas -Marie Guillimin 

Née à Québec le 10 janvier 1720. 

A seize ans, Françoise-Nicolas-Marie Guillimin, renon- 
çant aux avantages q.:e lui offrait le monde, dit adieu à ses 
parents et à ses amis, et alla solliciter son admission au mo- 
nastère des Ursulines de Trois-Rivières. C'était en 1735. 

Nous lisons dans "Les Ursulines des Trois-Rivières 



(16) Sur Charles LaTouche, sieur de Macarty, on peut consulter le 
Bulletin des recherches historiques, vol. XIV, p. 61. 

(17) On peut consulter sur Badelard le Bulletin des recherches' histori- 
ques, vol. XXI, p. 343. 



— 110 — 

depuis leur établissement jusqu'à nos jours" (i8) : 

" Notre communauté ne comptait alors qu'un assez 
petit nombre de sujets; c'était le moment de dire: "La 
moisson est grande et les ouvriers sont peu nombreux", 
mais, en revanche, grande était leur industrieuse activité. 
C'est à leur école que la jeune soeur Saint-x\ntoine apprit 
à se multiplier, pour être partout d'un puissant secours. 
Elle montra beaucoup de zèle, et donna des preuves d'une 
sagesse, et d'une maturité au-dessus de ses dix-huit ans. 

" Tour à tour maîtresse des pensionnaires, hospitaliè- 
re, plus tard maîtresse des novices, assistante, elle s'ini- 
tiait ainsi de longue main aux graves responsabilités qu'im- 
pose la conduite des autres. L'office de dépositaire qui lui 
échut en 1754 offrit beaucoup plus d'aliment encore à son 
activité, ou plutôt, il exigea tout ce qu'elle put déployer 
d'énergie et d'économie. Elle eut à lutter pendant de lon- 
gues années contre la pauvreté de notre maison après le 
funeste incendie de 1752 et les épreuves plus désastreuses 
encore qu'amenèrent la conquête du pays par les armes 
britanniques et l'invasion américaine, etc., etc. . . 

'* Les rapports de la jeune dépositaire avec l'illustre 
Mgr de Pontbriand, son zèle pour seconder les efforts 
inouïs et même les travaux corporels du véritable restau- 
rateur de notre monastère ne peuvent être oubliés. Que de 
fois elle recourut avec confiance à ce bon père, alors que 
dans ses fréquentes visites aux Trois-Rivières, celui-ci ve- 
nait revoir les humbles dépendances auxquelles il avait 
travaillé de ses mains vénérables, qu'il avait arrosées de ses 
sueurs, et bénies de ses mains consacrées. Que de fois 
aussi en l'absence des sages mentors du monastère, on la 
vit à genoux, confiant ingénument et à haute voix ses in- 
quiétudes à Celui qui, du fond du tabernacle, s'est toujours 
fait l'appui et le pourvoyeur de notre maison. Toujours, 
elle se relevait courageuse et forte, plus courageuse et plus 
forte même parfois que celles qui subissaient avec elle le 
poids du jour et de la chaleur. L'amour et la confiance de 

( 1 8) Tome premier, p. 346. 



— 111 — 

ses soeurs portèrent la mère Saint-Antoine à la charge de 
supérieure en 1765. . . 

" Pendant six triennats, en différents temps, nous trou- 
vons cette sage supérieure à son poste ; elle occupa dans 
les intervalles, la charge d'assistante. La santé de notre 
vénérable mère St-Antoine semblait se fortifier au miHeu 
des travaux journaliers ; et le ciel qui lui ménageait là- 
haut une brillante couronne, savait semer sur sa route ici- 
bas embarras et sacrifices. Cette bonne mère fut subite- 
ment frappée d'apoplexie et expira au milieu des larmes et 
des sanglots de ses chères filles en mars 1789. Sa belle âme 
s'envola dans le sein de Dieu, après deux jours de maladie, 
dans la soixante-dixième année de son âge et la cinquante- 
deuxième de son entrée en religion. 

" Après son décès, nos mères reçurent une lettre de 
condoléance de Mgr Hubert renfermant un bel éloge de 
l'admirable défunte et une exhortation toute paternelle à 
la communauté affligée." 

80 Geneviève -Elisabeth Guillimin 

Née à Québec le 28 décembre 1720. 

Mariée, à Québec, le 29 mai 1742, à Charles-Denis Re- 
gnard Duplessis, aide-major des troupes de la colonie, fils 
de feu Georges Regnard Duplessis, trésorier de la marine, 
et de défunte dame Marie Le Roy. 

Le 1er mai 1749, M. Duplessis de Morampont était 
nommé prévôt des maréchaux du Canada, à la place de M. 
Denis de Saint-Simon, décédé. 

Le 27 novembre 1759, Mme Duplessis de Morampont 
et sa fille (plus tard Mme Rastel de Rocheblave) entraient 
comme pensionnaires chez les Soeurs Grises à Montréal. 
Nous croyons que Mme Duplessis de Morampont alla re- 
joindre son mari en France en 1760 ou 1761. 

9o Charles -François Guillimin 

Né à Québec le 7 janvier 1722. 

Il entra dans la marine. 

En 1745, M. Guillimin commandait la corvette "La Lé- 



— 112 -- 

gère". A rautomne de cette année 17 ,5 "La Légère" con- 
duisit en France quelques matelots anglais prisonniers à 
Québec. 

A son voyage de retour au Canada, au mois de septem- 
bre de 1746, "La Légère" se perdit sur l'île de Sable. 

Le 26 juillet 1747, M. de Beauharnois, gouverneur de 
la Nouvelle-France, écrivait à M. Shirley, gouverneur du 
Massachusetts : 

" Le sieur Guillemin, conseiller du Conseil Supérieur, 
en ce païs, m'a présenté le placet ci-joint ; il est extrême- 
ment inquiet d'un de ses frères qui fit naufrage l'année 
dernière, commandant le vaisseau "La Légère". Je vous 
serai obligé, monsieur, de me marquer ce que vous aurez pu 
apprendre de ce particulier, et s'il est à Boston, de le ren- 
voyer." 

Le 7 août 1747, M. de Beauharnois écrivait une lettre 
à peu près semblable à M. Knowles. 

Le 10 août 1747, M. Knov^les répondait comme suit à 
M. Shirley qui lui avait transmis la lettre de M. de Beau- 
harnois : 

" In answer to the Sr Guillemin pétition to Your Ex- 
cellency about his brother being shipwreck upon the Island 
of Sable, I cannot only acquaint you that early this spring 
I sent a schooner to that island to look after the men that 
were saved, and directed her captain to carry ail he found 
straight to Brest, and as I heard nothing of the vessel sin- 
ce, I take it granted, she has met with them and proceeded 
on her voyage : shoiild I learn anything more particular, 
1 will take an opportunity of letting you know it." 

Enfin, le 2 septembre 1747, le gouverneur Shirley écri- 
vait de Boston au marquis de Beauharnois : 

"The sieur Guillemin v^^hom you mention in your P. 
S. is sent bv me to Québec in the brigantine "Maryland " 

Dans un journal anonyme des événements arrivés dans 



(19) E.-B. O'Callaghan, Documentar^ Histor^ of the State of Nerv- 
York, vol X. 



.--113 — 

la Nouvelle-France en 1746- 1747 nous lisons, à la date du 

12 septembre 1747 : 

" Le sieur Guillimin, autrefois capitaine de la corvette 
''La Légère", qui a fait naufrage sur V le aux Sables au 
mois de septembre de Tannée dernière, vient justement 
d'arriver dans un brigantin anglais enyo3^é par le gouver- 
neur de Boston, qu'il a laissé le 10 août, avec 60 personnes, 
hommes, femmes et enfants, la plupart provenant de l'éva- 
cuation de rile Royale, avec les marins de "La Légère". 
Ce brigantin a été arrêté à l'île aux Basques, à 50 lieues de 
Québec, par M. de Rouville qui avait les ordres du général 
à cet effet. 

" Le sieur Guillimin nous a donné des détails sur son 
naufrage et sur ce qu'il a appris pendant son séjour à Bos- 
ton et à Louisbourg où le brigantin a touché pendant son 
voyage. Voici ces détails : Il s'échoua sur l'île aux Sables 
dans la nuit du 14 au 15 septembre, après avoir jeté six 
canons par-dessus bord. Il réussit à sauver un peu de pou- 
dre et de plomb, ce qui permit à son équipage de subsister 
pendant l'hiver. Quatre jours plus tard, il découvrit trois 
Anglais qui le conduisirent à une misérable cabane dans 
laquelle il passa l'hiver. Le cinquième jour un vaisseau 
passa à bord duquel il mit son pilote afin de recevoir du 
secours du port où il toucherait. Il resta sur l'île jusqu'au 

13 juin, quand six vaisseaux de pêche anglais passèrent. 
Ils le prirent lui et son équipage, et les amenèrent à Boston 
où ils arrivèrent le 22 du même mois. Il a été très civile- 
ment traité jusqu'à son départ " (20). 

Dès son arrivée à Québec, M. Guillimin avait fait aux 
officiers de l'Amirauté le rJipport suivant sur son naufrage : 

" J'ai l'honneur de déclarer à Messieurs les officiers de 
l'Amirauté qu'étant parti le 22 juin (1746) dans l'escadre 
de M. le duc d'Anville pour venir à Québec après m'être 
conservé pendant 86 jours avec l'escadre le 13 de septembre 
à 8 heures du matin ayant reç 1 i"n si furie: x coup de vent 

(20) E.-B. O'CalIaghan, Dzcumentary Hislor^ 0,' ihç State of Neïïf- 
York, vol. X, 



— 114 — 

qui sépara toute l'escadre l'ayant perdu le 14 à midy je fus 
obligé de jeter six canons à là mer qui soulagea un peu 
mon navire. Le vent continuant toujours sa force je fus 
obligé voyant que les coups de mer (dont je manquai d'être 
emporté sur la poupe) m'écrasaient d'arrimer vent arrière 
le cap à l'E. N. E. et N. E. 1-4 E. pour passer entre l'île de 
Sable m'en faisant pour lors dans L. D. distance de 10 
lieues au moins, mais cependant voyant que les coups de 
mer que je recevais n'étaient que du sable je ne doutais pas 
cependant que ce ne fut l'île. Une heure après avoir arrimé, 
je vis à tribord le "Tigre" qui était en travers à la cape à 
l'artimon, le ris dedans et ses deux basses vergues amenées, 
je lui fis signal d'incommodité et poursuivis ma route. Sur 
les dix heures du soir, je suis venu à la côte et essuyai pen- 
dant dix heures de temps des coups de mer dont je manquai 
plusieurs fois d'être emporté. Pour lors je fis couper les 
grands mats pour allegir le navire. Enfin, nous descendî- 
mes tous à terre heureuseemnt à 3 heures après-midi le 15. 
J'ai resté neuf mois entiers sur l'île de Sable et n'en suis 
sorti que le 13 juin (1747) par des pêcheurs qui ont passé 
pour venir ici, mais m'ont conduit à Boston. 

" NOTA que le 28 septembre il m'est mort de scorbut 
le nommé ... à qui nous donnâmes la sépulture. 

" Suivant mon procès-verbal le nommé Jean Foucault, 
tonnelier, aussi mort. 

" Mon charpentier Hollandais de nation aussi mort, 
gelé dans sa cabane, le 29 de janvier, la nuit." 

Le document suivant nous donne des renseignements 
sur la mort du nommé Foucault. dont parlait le capitaine 
Guillimin dans sa déclaration aux officiers de l'Amirauté : 

" ly'an mil sept cent quarante-six, le quatorze septem- 
bre no-is soussignés officiers majors et mariniers et mate- 
lots dii senault la "Légère" ayant eu le malheur de faire 
naufrage sur l'île de Sable les jours et an que susdit ne 
voyant aucun embarquement pour nous retirer de cette île, 
nous nous serions tous transportés au nombre de dix-huit 
a l'habitation du sieur Sincht anglais, pour y hiverner. Le 



— 115 — 

nommé Jean Foucault tonnelier à bord du d. navire après 
avoir passé avec nous trois mois consécutifs du jour de 
notre naufrage, ayant mené une vie extrêmement déréglée, 
et qu'après toutes les vives représentations que nous ayons 
pu lui faire devant le sieur Sincht, il n'y a fait aucune at- 
tention et a voulu vivre suivant que sa passion pour le vin 
et l'eau de vie qui étaient venu à la côte l'ont guidé. Au- 
jourd'hui quinze du mois de décembre voyant qu'il man- 
quait depuis vingt-quatre heures à la tente et avec ce que 
nous avions connu beaucoup de dérangement dans son 
esprit, qui n'était causé que par la quantité de vin et d'eau 
de vie qu'il buvait sans notre seu (?) nous nous serions 
partagé avec tout l'équipage en trois bandes pour le cher- 
cher appréhendant de plus qu'il ne se fut trouvé mal dans 
ce jour de froid qu'il faisait attendu que nous étions témoins 
qu'il s'était trouvé plusieurs fois mal. Le sieur Guillimin, 
capitaine, serait allé d'un côté pour le chercher. Le sieur 
Etienne AUard second capitaine d'un autre; et le sieur 
Adrien Guillaume DeSinge aussi d'un autre accompagné 
chacun d'une partie de l'équipage et après avoir fait beau- 
coup de perquisitions d'un côté et de l'autre, le sieur De- 
Singe accompagné du nommé IMassé, maître, et Charles 
Madore et le nommé Maheire, l'aurait trouvé mort sur le 
bord de la mer à une lieue deux tiers d'où nous restions ; 
et d'après il serait venu nous le dire ; en conséquence de 
quoi nous nous serions tous transportés pour avec le sieur 
DeSinge chirurgien, le sieur Sincht et le nommé Patris 
Oelike son garçon pour en faire la levée et visite en pré- 
sence de tout l'équipage s'il n'avait reçu aucun coup mortel; 
après les recherches du sieur DeSinge qui ne lui a trouvé 
d'autre marque mortelle que d'être mort ivre et qu'ensuite 
le froid l'ayant saisi aurait contribué entièrement à sa 
mort ; nous lui avons donné la sépulture qu'on donne aux 
chrétiens. En foi de quoi nous avons tous signé le présent 
procès-verbal pour nous servir et valoir ce que de raison 
et prétendons qu'il ait autant de valeur que s'il était fait 
pardevant notaire. Fait les jour et an que susdit quinze 
décembre 1746. C. Guillimin — ^A. D. De Singes — E. Allard 



— 116 — 

— François Rochet — Charles Medard — Marque ordinaire 
de Nicolas Massé, maître — Marque du nommé Roussel — 
Haut Jery (?) — Josephes Nedouant (?) — Gottfried Meyen 
— Marque du nommé Barbier — Dink Van Lilt — Marque du 
nommé Barbier — Joseph Chavanel — Jean Monseiger (?) — 
Marque du nommé Barthe." 

Après son retotir à Québec de son séjour forcé de neuf 
mois sur l'île de Sable, nous perdons toute trace de M. Guil- 
limin. On présume qu'il continua son service dans la ma- 
rine et qu'à la chute de Québec il alla s'établir en France. 

(Suite dans la prochaine livraison) 

p.-a R. 



PUBLICATIONS RECENTES 



Zoilus redivivus ou Un critique critiqué. Lettre à M. A.-H. de Tré- 
maudan par le R. P. A.-G. Morice, O. M. I. 

Tout est cher. . . Pourquoi ? 1910-1917, par Georges Pelletier. 

Halte-là ! Patriote, par Jean Vindex. Publié par le Dr J.-B. Prince. 

Colonization in the province of Québec under english domination, 1 760- 
1 79 1 , by abbé Ivanhoe Caron. 

Nos volontaires sous les armes. Des chiffres et la vérité. 

Our volunteer army. Facts and figures. 



LES ARMES DE SIR HECTOR LANGEVIN 



Je me suis procuré, récemment, une reproduction des armes de feu Sir 
Hector Langevin et, à titre documentaire, ne faudrait-il pas en consigner la 
description dans le Bulletin ? 

Ces armes se blasonnent comme suit : 

Ecartelé : au 1 de gueules, à la croix d'or, cantonnée de huit molettes 
d'argent ; au 2 d'azur, à trois léopards d'or, armés, lampassés et couronnés 
de même, l'un sur l'autre ; au 3 d'azur, au chevron d'or accompagné de trois 
casques de même ; au 4 de gueules, à trois couronnes d'or posées en pal. 

Devise : Cherche qui n'a. 

E.-Z. M.^ 



117 — 



René Gaultier d^ Varennes, 

fionverneur des Trois=Rivières 



René Gaultier de Varennes, premier ancêtre de la famille de ce nom en 
Canada, arriva à Québec, en 1665, en qualité de lieutenant dans le régiment 
de Carignan-Salières. Il était originaire de la paroisse de Bécon, dans l'An- 
jou ( 1 ) , fils d'Adam Pierre Gaultier, sieur de la Varandière, et de damoi- 
selle Bertrande Gourdeau (2). 

Aucim des documents que nous avons consultés n'a pu nous fournir le 
moindre renseignement sur ses premières aimées. 

A quel propos avait-il ajouté le titre de Varennes, à son nom de famille, 
et quels étaient ses liens de parenté avec les de Varetmes qui occupaient alors 
en France des positions importantes dans le gouvernement et dans l'armée, c'est 
ce que nous ne pouvons dire. Tout ce que nous savons, c'est qu'il était che- 
valier et de bonne noblesse. De même qu'un bon nombre d'officiers et de 
soldats du régiment de Carignan-Salières, René Gaultier (3) de Varennes 
obtint la permission de s'établir au Ccinada, lorsque ce régiment fut licencié en 
1668. 

Le 26 septembre 1 667, il épousait aux Trois-Rivières Marie Boucher, 
fille de l'illustre Pierre Boucher, premier gouverneur des Trois-Rivières. Marie 
Boucher avait douze éuis et quelques mois, René Gaultier de Varermes en avait 
trente-deux. Voici l'acte officiel de leur mariage tel qu'il est consigné dans le 
registre des Trois-Rivières : "L'éin de grâce, mil six cent soixante sept, le 
vingt sixième jour de septembre, après la publication des trois bzms, ne s'étant 
trouvé aucun empêchement, moi, Jean Fremont, prêtre, faisant les fonctions 
curiales en la paroisse des Trois-Rivières, ayant interrogé dans l'église René 
Goltier et Marie Boucher, tous deux de cette paroisse, et ayant reçu leur mu- 



( 1 ) Bécon est aujourd'hui une petite commune située dans le dépar- 
tement Maine-et-Loire (camton du Louroux-Becormais) , à vingt kilomètres 
d'Angers. 

(2) Contrat de mariage de René Gaultier, sieur de Vareimes, et de 
demoiselle Marie Boucher, passé aux Trois-Rivières, devant le notaire Sévérin 
Ameau, en date du 22 septembre 1 667. 

(3) Ce nom de Gaultier est écrit de différentes manières ; dans les do- 
cuments que nous avons consultés, nous avons rencontré Gaultier, Gaulthier, 
Gauthier, Gautier, Gothier, Goltier, etc. La vraie épellation nous paraît être 
Gaultier. 



. --118 — 

tuel consentement, les ai mariés avec les cérémonies requises, en présence de M. 
Boucher, gouverneur de ce lieu, et de M. de Normanville, et leur ai aussi donné 
la bénédiction en la messe, selon le rite et la forme de notre mère la Sainte 
Eglise." 

Dans le contrat de mariage, passé pardevant le notaire Sévérin Ameau, 
le 22 septembre 1667, il est dit que le sieur Boucher nourrirait sa fille et le 
futur époux durant l'espace de six mois, et que l'on prierait M. de Courcelles, 
gouverneur de la Nouvelle-France, de vouloir bien donner au sieur de Varermes 
les provisions de gouverneur aux Trois-Rivières. 

En effet, Pierre Boucher, voulant consacrer tous ses efforts à l'établisse- 
ment de sa seigneurie de Boucherville, abandonna en l 669 sa position de gou- 
verneur des Trois-Rivières, et ce fut son gendre qui fut chargé de le remplacer. 

Au printemps de 1671, M. de Varennes accompagna M. de Courcelles 
au lac Ontario. Ce voyage se fit dans un temps relativement court, du 3 au 
1 7 juin. Voici ce qu'en dit M. de Courcelles dans le récit qu'il a laissé de 
cette expédition (4) : " On ne scaurait s'imaginer avec combien de joie tout 
" ce monde (56 personnes) partit, et combien c'estait un agréable spectacle de 
" voir toutes ces petites embarcations (treize canots d'écorce et un bateau plat) 
'" s'avancer d'accord au son de deux trompettes. M. Perrot, gouverneur de 
" Montréal, M. de Varennes, gouverneur des Trois-Rivières, M. de Laubias, 
" capitaine d'infanterie, avec plusieurs autres officiers et quantité de jeunes gen- 
" tilshommes du pays, faisaient merveilles. Personne n'est exempt de la rame 
" dans ces petits bastiments. Il faut que chacun y paye de sa persoime, et il 
" n'y a point de place pour les inutiles." 

Dans l'automne de la même année, M. de Varennes passa en France, 
comme nous l'apprend M. Talon. " Plusieurs officiers, dit cet intendant, se dé- 
terminaient à repasser en France pour y traitter de leurs affaires et retourner 
ensuitte ainsy qu'on fait les S'rs de Contrecoeur et de la Valterie, ce premier 
avec des effets pour sept ou huit mille livres, provnant de la vente de son bien, 
et le second avec un secours de sa famille, j'ay fait ce que j'ay pu pour les en 
divertir par la raison que dans ces commancemens il est bon qu'ils travaillent à 
fortifier leurs établissemens leur faisant espérer que le Roy n'auroit pas desa- 
gréable qu'ils allassent ensuite donner ordre a leurs affaires, et tous ont defferé 



(4) "Récit de ce qui s'est passé au voyage que M. de Courcelles, gou- 
verneur de la Nouvelle-France, a fait au lac Ontario." Dans Margry, Mé- 
moires et documents. Voyages des Français sur les grands lacs, vol. I, pp. 
169-192. 



--119 — 

a ce sentiment, un excepté qui s'est vu indispensablement engagé a faire le 
voyage, comme il est marié ayant femme et enfans et le Gouvernement des 
trois rivières le retour en est seur et j'ose en resp>ondre. Trouvez bon. Monsei- 
gneur, que par occasion je demande en sa faveur la commission du Roy p>our le 
Gouvernement des trois rivières duquel il n'est pourveu que par Monsieur de 
Courcelles qui m'a tesmoigné le vouloir bien ainsy. J'estime qu'il est du service 
de sa Majesté de pourvoir par elle-même aux gouvernements particuliers pouT 
s'asseurer d'autant plus de la fidélité de ses sujets dans des pays esloignez de sa 
présence, cet officier nommé Varennes a du mérite et ne manque de zèle " (5). 

M. de Varennes retourna dans l'été de 1 672, portant avec lui ses lettres 
de nomination comme gouverneur des Trois-Rivières. Ces lettres, datées du 6 
juin I 672, se lisaient ainsi : 

Louis, etc. Salut. 

" Le soin que nous prenons continuellement de fortifier et augmenter les 
Colonies de nos sujets qui se sont formées en notre pais de la Nouvelle France, 
les aiant mulipliées à un tel p>oint que celle des Trois Rivières est à présent l'une 
des plus considérables du dit pais, nous avons estimé important au bien de notre 
Service d'y établir un Gouverneur, sur la suffisance et la fidélité duquel nous 
puissions nous reposer de la conduite de nos sujets de notre dite Colonie, et 
pour cet effet nous avons cru ne pouvoir faire un meilleur choix que du Sieur de 
V^arennes qui nous a dorme plusieurs preuves de son expérience dïuis les emplois 
qu'il a eus audit pais. 

A ces causes et sur la nomination qui nous a été faite de sa personne par 
les Directeurs de la Compagnie des Indes Occidentales cy attachée sous le 
contre scel de notre chancellerie et bien informés d'ailleurs de son affection et 
fidélité à notre service, prudence, valeur et expérience au fait des armes, nous 
avons ledit Sieur de Varennes coirmis et ordonné, commettons et ordonnons 
par ces présentes signées de notre main pour sous notre autorité et celle de la 
dite Compagnie, commander aux habitans et gens de guerre dans toute l'étendue 
de la dite Colonie des Trois-Rivières, même dans les forts qui y pourront être 
construits, faire vivre les habitans d'icelle en union et concorde les uns avec les 
autres, contenir les dits gens de guerre en bon ordre et police suivant nos régle- 
raens, maintenir le commerce et trafic et généralement faire et exercer tout ce 
qui pourra être du fait du dit Gouvernement et en jouir aux pouvoirs, honneurs. 



(5) Archives du Canada, Co.resp. générale, vol. 3, 1668-1672, p. 
202. Mémoire sur le Canada. 2 novembre 167K 



—120— 

autorités, prérogatives, prééminances, franchises, libertés, gages, droits, fruits, 
profits, revenus et émolumens accoutumés et y appartenans pendant le tems de 
trois années entières et consécutives à conunencer du premier Juillet prochain. 

De ce faire nous avons donné et donnons pouvoir par ces dites présentes 
par lesquelles mandons- au Sieur Comte de Frontenac, Gouverneur et notre 
Lieutenant Général en notre pais de la Nouvelle France de faire reconnoître 
ledit Sieur de Varermes en ladite qualité par tous ceux et aiiisi qu'il appar- 
tiendra. 

Ordonnons en outre auxdits habitans et gens de guerre de lui obéir et 
entendre es choses concernant ledit pouvoir ; car tel est notre plaisir." 

Donné à Saint Germain en Laye le sixième Juin mil six cens soixante 
douze. 

Signé : Marie Thérèse, et plus bas : Par le Roi, Colbert, et scellé du 
grand sceau de cire jaune (6). 

René Gaultier de Varennes revenait au pays avec l'intention de s'y fixer 
définitivement. Le 29 octobre 1 672, M. Talon lui concédait la seigneurie 
de Varennes et celle du Tremblay, et cela, dit l'acte de concession, "en con- 
sidération des bons, utiles et louables services qu'il a rendus à Sa Majesté en 
différents endroits, tant en l'ancienne France que dans la Nouvelle, depuis qu'il 
y est passé par ordre de Sa Majesté, et en vue de ceux qu'il témoigne vouloir 
encore rendre cy-après." 

II ne semble pas que le sieur de Varennes se soit beaucoup occupé de 
développer ses seigneuries, puisqu'au recensement de 1681, la seigneurie du 
Tremblay ne renfermait que trente âmes, et celle de Varennes que soixante- 
onze âmes. 

Pauvre, comme tous les fonctionnaires de l'époque, le gouverneur des 
Trois-Rivières se livrait au commerce dés fourrures et faisait la traite clandes- 
tine avec les sauvages, au poste de la Gabelle, à trois lieues au-dessus des 
Trois-Rivières. 

Le roi en fut informé, et le 31 mai 1 686, il écrivait à M. de Denonville : 
" S'il est vrai que M. de Varennes a fait la traite dans un lieu appelé la Gabelle 
il sera révoqué en -cas de récidive " (7). 

De son côté, M. de Meules, intendant, adressait en date du 28 septembre 
1 686, une longue lettre au ministre, dans laquelle il se plaignait en termes assez 



(6) Archives du Canada, Corresp. générale. Série F- 178, vol. 2, p. 
1 59. 

(7) Archives du Canada, Reg. des dépêches. Série B, vol. 12. 



—121— 

vifs du commerce que faisait M. de Varennes. Cette lettre est intéressante ; 
elle contient certains détails qui montrent que M. de Meules avait ce: petites 
ambitions, qu'il ne se gênait pas de faire valoir, même au détriment des 
autres : - 

" Monsieur de Varennes, Gouverneur des Trois-Rivières se sert de son 
autorité F>our faire seul le comemrce avec les sauvages dans im lieu nommé la 
Gabelle a quatre lieues de Trois-Rivières, ce qui est deffendu par les ordonnan- 
ces de Sa Majesté qui ne le permet qu'aux Trois-Rivières, il y a même plu- 
sieurs arrests du Conseil Souverain et ordormance des intendants qui le dépen- 
dent dans le d. lieu de la Gabelle, en conformité de celles de Sa Majesté ; 
je n'ai peu l'empescher jusques a présent parceque M. de la Barre, de son 
autorité, et malgré tous les arrests et ordonnance, luy avait permis de le faire 
seul, on m'a présenté souvent des requêtes sur ce sujet, mais prévoyant que 
Monsieur de la Barre s'opposerait toujours à l'exécution de ce que j'en ordon- 
nerois ; j'ai toléré cette affaire comme une infinité d'autres pour donner la paix 
au Canada, je n'ay pas laissé d'en dire plusieurs fois mon sentiment au d. sieur 
de Varennes, qui n'a pas paru en estre fort satisfait ; cela m'a s! bien attiré 
Monsieur de Montortier qui est son parent, qu'il a fait tous ses efforts pour me 
rendre secrètement toutes sortes de mauvais offices, quoique j'aye affecté de 
vivre avec lui avec beaucoup d'honnesteté, s'il eust demeuré plus longtenjps ici, 
il aurait été capable d'insinuer à tout le monde un esprit de désobéissance, dc3 
que M. de Denonville fut arrivé, il fit ce qu'il put pour le prévenir cor.tre inoi, 
il commença par luy dire que je passais devant les gouverneurs particuliers, et 
qu'en france cela ne se faisait {xtint, que quand nous nous marchîmes j'allai: 
à sa gauche, et qu'enfin après luy j'avais les honneurs de l'Eglise. M. de 
Denonville, me parla de cette présence (sic) et entrant dans ses sentiments, me 
dit qu'en france les Intendants allaient après le gouverneur, cette proposition 
m'estonna extrêmement, je luy respondis avec beaucoup de douceur qu'ils se 
pouvaient plaindre eux-mesme à la cour et que je les priois de ne s'en point 
mesler, je luy dis pour ma raison qu'on n'avait jamais disputer cette proseance 
a Messieurs Talon, Boutrou et Duchesneau, mes prédécesseurs et mesme que 
les gouverneurs particuliers n'avaient jamais songé a me le disputer, et que cela 
me paroissoit une nouveauté, que mesme le Roy avait décidé cette question 
en donnant au Gouverneur général le pas par dessus tous les autres, le second 
à l'Evesque et à l'intendant, le troisième. 

" Je dis a Monsieur le Marquis qu'il y avait grande différence entre ua 
gouverneur de ville frontière ou de grande ville du royaume, et un gouverneur 
des Trois-Rivières, et qu'il fallait proprement regarder ces gouverneurs icy 



— 122 — 

comme des Majors ou simples commandans, dont- les villes de leur résidence 
ne consiotent qu'en sept ou huit maisons, comme est la ville des Trois-Rivières ; 
celuy qui en est le gouverneur n'a que douze cent livres d'appointemens, il a 
épousé la fille d'un homme qui a esté engagé des Jésuites trente six mois, et 
qui les a servy en qualité de cuisinier, ce mesme homme, en premières noces a 
espousé une femme sauvage, il se trouva avoir assez de génie et de coeur pour 
mériter le gouvernement des Trois-Rivières ; ce qui fait voir que c'est peu de 
chose et Monsieur de Varennes qui l'est présentement a eu ce gouvernement de 
son beau-père ; s'il faillait qu'un intendant passât après ces sortes de gouver- 
neurs et les majors en leur absence, passassent devant. . . il serait beau à un 
intendant qui est perpétuellement le juge de ces messieurs tant en la qualité 
d'intendant que celle de président du Conseil Souverain, de passer après eux 
en quelque lieu que ce soit. . ." (8). 

Le trente mars 1687, dans une lettre adressée au gouverneur des Trois- 
Rivières, le roi lui disait qu'il avait été informé du commerce qu'il faisait et 
esp>érait que cela n'arriverait plus (9). 

Cela n'empêchait pas tout de même M. de Varennes d'être en haute 
considération auprès de M. de Denonville. "Le Sieur de Varennes, écrivait ce 
gouverneur au marquis de Seignelay, en date du 1 3 novembre 1 686, nous 
demande la continuation de son gouvernement des Trois-Rivières, et vous 
soupplie de lui faire renouveler sa commission qui est finie, n'étant que pour 
trois ans ; c'est un très bon gentilhomme qui n'a de vice que la pauvreté. Je 
vous assure qu'il a du mérite et de l'autorité, il aurait besoin de quelque grâce 
du roi pour élever et soutenir sa famille." 

On voit par une lettre du 24 mai 1 689, que M. de Varennes avait obtenu 
la permission de passer en France ; mais comme il décéda le 4 juin de la 
même année, cette permission n'arriva qu'après sa mort. 

L'acte de sépulture se lit ainsi : "Le quatrième jour de juin, de l'an 
mil six cent quatre vingt neuf, est décédé en la communion de notre sainte mère 
l'Eglise, après avoir reçu les sacrements de pénitence, eucharistie et Extrême- 
Onction, René Gaultier, chvalier, seigneur de Varennes et gouverneur .des 
Trois-Rivières, âgé de cinquante cinq ans environ, et a été inhumé dans l'église 
de cette paroisse, en présence de Jacques Labadie, de Lambert Boucher, Joseph 
Godefroy, sieur de Vieuxpont, et autres plusieurs témoins connus. 
(Signé) Labadie, GrandPré, F. G. de Brullon." 



(8) Archives du Canada, Corresp. générale, 1685, C. 11, vol 7. 

(9) Archives du Canada, Reg. des dépêches. Série B, vol. 13. 



— 123 — 

Le Sr de Varennes laissait sa veuve sans ressources et chargée d'une nom- 
breuse famille. 

M. Suite cite un mémoire (10) rédigé dans le courant de l'année 1690, 
où il est dit : "Le gouvernement des Trois-Rivières étant vacant par la mort 
du sieur de Varennes, sa femme et huit enfants sont à la mendicité. Plusieurs 
se présentent pour avoir ce gouvernement. Le sieur de Ramezay offre de don- 
ner mille écus. . . S'il y avait lieu d'ajouter quelque petite pension à cette 
pauvre famille ce serait une grande charité. C'est une bonne noblesse." 

L'intendant Charapigny écrivait le 10 mai 1691 : "M. de Ramezay, 
gouverneur des Trois-Rivières, a payé en ma présence, à la veuve de M. de 
Varennes, les trois mille livres que vous avez ordonnées, qui ont été employées 
utilement pour être conservées aux enfants ainsi que vous me l'avez mar- 
qué " (11). 

Après la mort de son époux, la veuve de Varennes alla se fixer à Bou- 
cherville, chez son père. M. Suite qui donne encore ce renseignement (12) 
dit : "qu'elle y demeura jusqu'à la fin de l'aimée 1695, époque où elle se 
rendit à Varennes". 

A partir de cette date jusqu'à l'année 1712, son nom apparaît fréquem- 
ment dans les registres officiels de la paroisse de Varennes. 

Il est probable qu'en 1712, elle vint résider à Montréal, avec son fils 
René. 

En 1 723, ce dernier rendait foy et hommage, au nom de sa mère, jxîur 
la seigneurie de Varennes ; il est dit dans l'acte que la dame de Varennes 
n'avait pu se rendre à Québec, "attendu son grand âge et ses incommodités. . . " 

En 1 730, elle sollicitait encore une pension : "Nous ne pouvons, disaient 
MM. Beauharnois et Hocquart, dans une lettre au ministre, refuser à la dame 
de Varennes, d'appuyer la demande qu'elle a l'honneur de vous faire de lui 
obtenir une pension de Sa Majesté. Ctte dame est âgée de 75 ans, et veuve 
d'un gouverneur des Trois-Rivières." 

On lui accorda une gratification de 1 50 livres, qui, à sa mort en 1 733, 
passa à ime dame de Lignens, comme on le voit par une dépêche, en date du 
20 avril 1734 (13). 

La veuve René de Varermes décéda à Montréal le treize mars 1 733, 



(10) Bulletin des Recherches historiques, 1915, p. 105. 

(11) Archives du Cemada, Corresp. générale, 1 690-1 691 , vol. 1 1 

(12) Bulletin des Rech. historiques, 1915, p. 105. 

(13) Arçh. du Canada, Reg. des dép., vol. 61. 



— 124 — 

Voici l'acte de sa sépulture, tel qu'on le lit dans les registres de la paroisse de 
Notre-Dame : "Le quatorze mars, mil sept cent trente trois, je, prêtre du 
sémincùre de Ville-Marie, soussigné, ay inhumé dans la chapelle de Saint- 
Amable de cette église, le corps de Madame Marie Ursule Boucher, âgée de 
quatre vingt ans (14), veuve de feu Monsieur Gauthier, seigneur de Varennes, 
gouverneur des Trois-Rivières, décédée hier, en la communion de la Ste Eglise 
Romaine, ayant reçu les sacrements de Ste-Eucharistie et d'Extrême-Onction. 
Ont été présents, avec tout le clergé de la paroisse, messieurs Bouffandeau et de 
Vallières, prêtres. 

BOUFFANDEAU, prêtre CHEZE, ptre 

C. VALLIERES. 

L'abbé IVANHOE CARON 



(14) Elle avait en réalité 78 ans. 



LE JEU D E DAMES CANADIEN 

A propos de l'intéressant article publié par Monsieur E.-Z. Massicotte, 
dans le dernier numéro du Bulletin des Recherches Historiques, sur le jeu de 
dames canadien, voulez-vous me permettre de vous signaler le passage suivant 
d'une lettre du chanoine Hazeur-Delorme, publiée par Mgr Têtu, dans son 
histoire du Chapitre de Québec (B. R. H., septembre 1910, p. 271) ? Le 
chanoine écrit de Paris à son frère, le 1 er février 1 740, et lui fait part de la 
mort de Jean-Pascal Soumande, assassiné par un officier resté inconnu, deux 
ou trois semaines seulement après qu'il fût arrivé du Canada en France, et. 
racontant ses allées et venues avant le terrible accident, il ajoute : 

" Le sept de ce mois, après avoir dîné avec son cousin à l'ordinaire, ils 
s'en allèrent tous deux à un café comme ils avaient coutume de faire tous les 
jours. Après avoir pris chacun leur tasse de café, ils s'amusèrent à jouer aux 
dames jusqu'à six heures du soir, et ensuite sortirent du café ensemble." 

L'aventure de ce Canadien qui, arrivé à Paris depuis quelques jours seu- 
lement, joue aux dames au café tout un après-midi, montre assez, il me semble, 
eue le jeu de dames devait être en usage au Canada, dès 1 740. 

A. F. 

ERNEST DOIN 

M. Gérard Malchelosse me fournit sur Ernest Doin des renseignements 
qui complètent ceux que j'ai déjà publiés dans le Bulletin, 1917, pp. 26 et 59. 

Après avoir été instituteur à Saint- Jean de 1847 à 1850, M. Doin alla 
ouvrir une école, en 1851, à Laprairie où il demeura longtemps. En 1853, 
il fonda, dans cette localité, un cercle littéraire et dramatique qu'il alimentait 
de ses oeuvres. 

Mon correspondant ajoute qu'en plus des pièces dont j'ai donné la liste, 
M. Doin était l'auteur de Dimitri, comédie, et du Départ pour la Crimée, farce,- 
qui furent jouées entre 1863 et 1867. 

E.-Z. M. 



-- 125.— 

Le loyne de Sainte=Marle et Le loyne de Martigny 



Y a-t-il eu deux Le Moyne de Sainte-Hélène ? 

L'auteur du Dictionnaire généalogique, vol. I, p. 379, donne à Jacques 
Le Moyne, frère de Charles Le Moyne de Longueuil, le surnom de Sainte- 
Hélène et ajoute qu'il fut inhumé à Québec, le 4 décembre 1 690. 

Le même auteur surnomme également "de Sainte-Hélène" un fils de 
Charles Le Moyne de Longueuil, Jacques, né à Montréal en avril 1 659 qui 
éfKJUsa Mlle de Carion en 1 684 et aurait lui aussi été enterré à Québec le 4 
décembre 1690 ! (Vol. L pp. 379 et 380). 

Ces deux Jacques Le Moyne, oncle et neveu, ont-ils réellement porté le 
même surnom et sont-ils, tous deux, allés mourir dans la même ville, le même 
jour ? 

Nous soumettons humblement, ainsi que l'on dit au palais, que Mgr 
Tanguay a fait erreur ; qu'il n'y eut qu'un Le Moyne de Sainte-Hélène, du 
moins à cette époque, et qu'il était fils de Charles et que son surnom lui venait, 
sans aucun doute, de ce que son p)ère possédait l'île Sainte-Hélène. 

Nous avons examiné, en compagnie de M. Lapalice, archiviste de la 
fabrique Notre-Dame, les actes de l'état civil de 1 659 à 1 672 ; nous avons 
lu les dix-sept actes de Basset dans lesquels apparaît le nom de Jacques Le 
moyne, frère de Charles (de 1657 à 1697) et, nulle part, notre |>ersoimage 
ne prend le surnom de Sainte-Hélène. Il signe invariablement "J. Le Moyne" 
et Basset le qualifie, une couple de fois, dans le texte, de "sieur de Sainte- 
Marie". Voilà tout. 

Les recensements de 1 666-67 inscrivent : Jacques Le Moyne ; Faillon, 
vol. II, pp. 17, 82, 349, 365, 379 et 402, écrit Jacques Le Mo5me et, une 
fois, (p. 402), "sieur de Sainte-Marie". 

Si ce Jacques Le Moyne, qui fut marchand, marguillier et garde-magasin 
du roi à Montréal, avait été sieur de Sainte-Hélène, il semble qu'on le trou- 
verait mentionné ailleurs que dans le Dictionnaire. 

Son homonyme, par contre, ne cache pas son surnom, il s'en accompagne 
dans tous les actes de l'état civil (sauf celui de son baptême, bien entendu !), 
dans les pièces judiciaires et dans les documents notariés. 

Notre éminent généalogiste, évidemment trompé par la similitude de nom 
de famille et de prénom, a cru d'abord que le Jacques inhumé à Québec, en 
décembre 1 690, était l'époux de Mathurine Godé, tandis que c'était l'époux 



... i26j-- 

de Jeanne de Carion. Plus tard, il s'est ravisé, mais n'a pas corrigé ce qui 
était déjà fait. 

^ *!* ^ ^ 

Jacques Le Moyne de Sainte-Marie et son beau-frère Michel Messier 
reçurent conjointement de Talon, en 1672, une seigneurie voisine de celle de 
M. de Varennes. Les concessionnaires la partagèrnt entre eux, en 1676 (1). 
La moitié échue à Le Moyne s'appela d'abord Natre-Dame (2) puis Cap de 
la Trinité ou simplement Trinité et l'autre porta le nom de Cap Saint-Michel, 
ou Saint-Michel. 

Le 18 septembre 1692, Jacques Le Moyne de Sainte-Hélène louait des 
terres de sa seigneurie à Gabriel Lambert Sel, sieur Duclos. 

Un autre acte de Basset, du 11 septembre 1697, nous fait voir qu'il 
était alors défunt. Son décès s'est donc produit entre septembre 1 692 et 
septembre 1697, mais où et quand ? Les registres consultés ne nous le disent 
pas. Chose étrange ! Les registres gardent le même silence sur la mort de 
Charles Lemoyne, frère de Jacques ! 

* * * 

Poursuivons. Un autre Jacques Le Moyne, baptisé, celui-là, le 29 no- 
vembre 1 660 et fils du sieur de Sainte-Marie siengage f)Our la traite dans 
l'ouest, à Greysolon de la Tourette, le 1er août 1688 (Adhémar). Le 11 
septembre 1697 (Basset), il vend ses droits successifs à son frère Nicolas Le 
Moyne, sieur de Leau. Jacques ne séjourna pas longtemps parmi nous et ce 
doit être lui que Mgr Tanguay signale comme étant marchand au Détroit, en 
1706 (I, 381). 

Le 1 9 avril 1 702 (Adhémar) le susdit Nicolas Le Moyne de Leau 
transporte les droits acquis de Jacques à son autre frère Jean-Baptiste Le Moyne, 
sieur de Martigny, né à Montréal en avril 1 662. 

Le 22 avril 1 702 (Adhémar) J.-B. Le Moyne de Martigny devient 
seul propriétaire de la seigneurie de la Trinité en achetant les droits de ses 
frères et soeurs suivants : Marguerite, soeur Saint-Esprit, supérieure de la 
Congrégation Notre-Dame ; Jeanne, soeur Saint-Charles, de la même congré- 
gation ; Catherine, épouse de Zacharie Robutel, sieur de la Noue ; Louis 
Le Moyne de Charleville (3), alors en France et représenté par sa soeur Ca- 



(1) 1er août 1676 (Basset). 

(2) Acte de foi et hommage, greffe de Basset. 

(3) Un autre Le Moyne de Charleville vécut à Montréal de 1688 à 
1695. Voir B. R. H., XX, 267, et Tanguay, I. 310. 



— 127 — 

therine, enfin Nicolas Le Moyne de Leau, représenté par l'huissier Georges 
Pruneau. 

* * * 

M. Le Moyne de Martigny avait épousé à Québec, le 1er juillet 1691, 
Marie-Elisabeth Guyon de Rouvray ; il fut tué en 1 709, à la Baie d'Hudson, 
'j cours d'une expédition commandée par M. d'Ailleboust de Manteht. La 
nouvelle n'en parvint à sa veuve que plusieurs mois après, car ce n'est que le 7 
juillet 1710 que Marie-Elisabeth Guyon présente requête au juge de Montréal, 
concernant la tutelle de son unique rejeton, Jacques, âgé de 1 8 ans. 

Faisant droit à la demande de la veuve, le tribunal convoque une assemblée 
de parents et amis de la famille et ce fut Charles Le Moyne, premier baron de 
Longueuil, qui fut élu tuteur de son petit cousin. 

* * * 

Ce Jacques prit, comme son père, le surnom de Martigny et devint sei- 
gneur de la Trinité. Il épousa, à Sainte-Anne du Bout de l'île, le 8 janvier 
1716, Angélique GuilleL 

E.-Z. MASSICOTTE 
L^INTEND ANT DU CH ESNEAU 

En 1 669, le 5 janvier, Jacques du Chesneau comparut en la ville de 
Tours devant l'officier royal chargé des recherches de la noblesse de Tours 
depuis 1 666. Il entendait maintenir sa qualité d'écuyer et de chevalier et 
déposa au greffe des pièces justificatives de sa noblesse qui remontait à 1 5 1 I , à 
son trisaïeul. Il était issu d'un cadet de la maison, et déclara qu'outre les 
enfants de son oncle Pierre du Chesneau, Ecr, il ne connaissait personne de son 
nom et armes qu'il porte : "d'azur, au chevron d'or semé de besants d'argent" 
et qu'il avait ouï dire à ses père et mère y avoir des gentilshommes en Poitou 
de son nom. 

L'Armoriai général de France, de 1 696, pour la généralité du Poitou, ne 
donne pas de parents de ce nom ; cette branche, si réellement il y en eut une, 
était peut-être éteinte alors. 

Notre futur intendant demeurait dans sa maison, rue de La Guerche. Il 
signait : Du Chesneau. 

REGIS ROY 
L*INT ENDANT B IGOT 

La charge de secrétaire du roi conférait la noblesse. Bigot, qui était 
conseiller du roi, avait été reçu secrétaire du roi, du Grand Collège, le 4 octobre 
1 734, au lieu d'Etienne Le Couteulx ; il fut remplacé le 6 mars 1 764 par 
A.-P. Henri. 

Le père de François fut doyen de la cour du parlement de Bordeaux ; 
le grand-père fut greffier au même parlement. 

REGIS ROY 



— 128 — 
Ouvrages publiés par William Ghapman (1) 



Les Québécoises. Québec, typographie de C. Darveau, 82, rue de la 
Montagne — 1876. 223 pp. in-8. 

Mines d'or de la Beauce. Accompagné d'une carte topographique. 
Lévis, Mercier & Cie, propriétaires du Quotidien — 1881. 66 pp. in- 12. 

Ccld mines of Beauce. Lévis — 1881. 63 pp. in- 12. 

Guide et Souvenir de la St-Jean-Baptiste, Montréal, 1 884. Montréal, 
Imp. The Post Printing and Publishing Co. — 1884. 56 pp. in-8. 

Les Feuilles d'Erable. Montréal, typographie Gebhardt-Berthiaume, 30, 
rue St-Gabriel— 1 890. 24 1 pp. in- 1 2. 

Le Lauréat, critique des oeuvres de M. Louis Fréchette. Québec, Léger 
Brousseau, imprimeur — 1894. 323 pp. in-8. 

Deux Copains. Réplique à MM. Fréchette et Sauvalle. Québec, Léger 
Brousseau, imprimeur — 1894. 152 pp. in-8. 

Nos Immortels. 

A propos de la guerre hispano-américaine. Québec, Léger Brousseau, 
éditeur — 1898.' 14 pp. in-4. 

Les A sp. rations. Poésies canadiennes. Paris, librairies-imprimeries réu- 
nies Motteroz, Martinet, 7, rue Saint-Benoît — 1904. 353 pp. in-4. 

Les Rayons du Nord. Poésies canadiennes couronnées par l'Académie 
française. Editions de la Revue des po"ètes, 235 bis, rue de Vaugirard, Paris 
—1910 (2). 258 pp. in-4. 

Les Fleurs de g.vre. Editions de la Revue des poètes, 15, rue Racine 
(Paris, Vie) MCMXII— 1912. 242 pp. 

P.-G. R. 



(1) Décédé à Ottawa le 23 février 1917. 
(Paris, Vie) MCMXII— 1912. 242 pp. in-4. 



QUESTION 



— Garneau (vol. II, p. 123) raconte en une trentaine de lignes l'expé- 
dition de M. de Lignery contre les Renards dans l'été de 1 728. Où trouve- 
rais-:e une relations détaillée de cette expédition, les noms des officiers qui en 
1 ,i: :-k::i: partie, etc., etc. ? 

ETUD. 



BUI.LETIN 

DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



rOL. XXni BEAUCEVILLE-Mil H17 N« S 



LA FAMILLE GUILLIMIN 



GUILLAUME GUILLIMIN 

Né à Montréal le 13 juillet 17 13. 

Fils de Charles Guillimin et de Françoise Le Maître- 
LaMorille. 

En 1736, son père, qui avait reçu tant de belles pro- 
messes du ministre, essaya de lui faire donner un brevet 
d'écrivain. Le ministre refusa, ne voulant point multiplier, 
ces employés (21). 

A la mort de son père, en 1739, Guillaume Guillimin 
n'avait pas encore 26 ans. Il ne pouvait donc songer à le 
remplacer tout de suite au Conseil Supérieur. 

Le ministre regrettant sans doute de n'avoir rien fait 
pour le père, retarda la nomination de son successeur au- 
tant qu'il le pût, afin de donner une chance au fils de le 
remplacer. 

Le 13 avril 1740, le ministre écrivait à. MM. de Beau- 
harnois et Hocquart : ^ 

" A l'égard de la place de coner au Con'el Sup'eur de 
Québec vacante par la mort du Sr Guillemin, S. M. a jugé 
à propos de n'y pas pourvoir cette année malgré les bons 
témoignages que vous avés rendus du Sr Baudoin le jeune 



(21) Archives du Canada, Série B. f. 508. 



— 130 — 

que vous avés proposé pour cette place. Suivant ce que 
le Pro'eur gen'al m'a mandé du succez des conférences de 
droit qu'il tient, et suivant ce que vous en dites vous mes- 
mes, il y a plusieurs Sujets qui assistent régulièrement à 
ces conférences. Et co'e il est juste de préférer ces Sujets 
pour les places de judicature, lorq'ls en seront capables, 
j'ay proposé à S. M. de suspendre le remplacement de celle 
de coner pour savoir si parmy ces Sujets il n'y en aura pas 
quelqu'un qui puisse la mériter. S. M. a approuvé cette 
propo'on et elle souhaite que si effectivement il s'en trouve 
quelqu'un qui soit propre pour cette place vous l'indiquiés 
pour ql en soit pourvu. Il sera bon pour ce choix que vous 
vous fassiés rendre compte par le pro'eur g'al de l'applica- 
tion et des talens de tous ceux qui sont dans le cas " (22). 

Un peu plus tard, le 2 mai 1740, le ministre écrivait à 
M. Verrier, procureur général du Conseil Supérieur : 

" J'ay receu, M., vostre le.ttre du 19 8bre de l'année 
dre. Je suis toujours satisfait des soins que vous continués 
de vous donner pour rendre de plus en plus utiles les con- 
férences de droit que vous estes dans l'usage de faire. Je 
feray valoir vostre zèle a cet esgard auprez du Roy, et je 
profiteray volontiers des occasions qui se présenteront de 
vous procurer les grâces de S. Mté. Au surplus vos repré- 
sentations sur le compte des sujets qui assistent a vos con- 
férences s'accordent avec les vues que j'ay toujours eues 
pour eux : lorsql. y en aura qui seront en estât de remplir 
les plapes de judicature qui viendront a vaquer, il sera juste 
de leur donner la préférence ; et c'est pour cela que je n'ay 
point proposé au Roy de remplacer cette année le sr Guil- 
lemin coner au Con'el Sup'eur et que j'écris à Mrs de 
Beauharnois et Hocquart d'examiner si l'on ne pourroit pas 
prendre quelqu'un de ces Sujets pour cette place" (23). 

Le 2 octobre 1740, MM. de Beauharnois et Hocquart 
écrivaient au ministre : 

" A l'égard de la place de conseiller au conseil supérieur 



(22) Archives du Canada, Série B., vol. 70. f. 78. 

(23) Archives du Canada, Série B.. vol. 70, f. 192. 



-- 131 — 

vacante par la mort du s. Guillimin, le Sr Beaudoin le jeune 
que nous avions proposé l'année dernière est mort ; dans 
le nombre de ceux qui assistent aux conférences de droit 
que tient le procureur général du Roy, nous ne voyons que 
le fils du s. Guillimin qui puisse quant à présent convenir 
en le faisant passer par le grade d'assesseur pendant un an 
ou de. IX, nous avons eu l'honneur de vous en expliquer les 
raisons " (24). 

Le 26 avril 1741, le ministre répondait comme suit à 
M. de Beauharnois qui dans sa lettre commune avec M. 
Hocquart avait proposé M. Guillimin pour succéder à son 
père et dans une lettre particulière avait suggéré M. de 
Saint-Simon : 

" Vous scavés que dez Tannée dre il a esté réglé que 
la place de coner au con'el Sup'eur vacante par la mort du 
sr Guillemin seroit réservée pour quelqu'un des sujets qui 
se sont adonnés à l'étude de la jurisprudence et qui suivent 
les leçons du pro'eur gen'al si l'on en disposoit a présent 
pour quelqu'autre, ce seroit les priver d'un objet d'espé- 
rance et d'émulation qui leur a esté présenté ; en sorte 
qu'il ne m'est pas possible d'adopter la propo'on que vous 
avés faite du Sr de St. Simon pour cette place, et j'ay lieu 
de croire que vous le sentirés vous mesme. Supposé cepen- 
dant que parmi les sujets dont je viens de vous parler il ne 
s'en trouve pas de capable de remplir cette place, et qu'il 
soit q'on d'en pourvoir quelqu'autre, je me souviendra}^ des 
témoignages que vous m'avés rendus du Sr de St. Simon ; 
et je suis persuadé au reste que dans ce cas là M. Hocquart 
se portera a agir de concert avec vous, dès qu'il sera q'on 
d'un bon sujet " (25). 

Dans un mémoire adressé par le roi à MM. de Beau- 
harnois et Hocquart, le 12 mai 1741, nous lisons : 

■' S. M. est toujours satisfaite de l'attention que le Sr 
Hocquart paroit donner a l'administration de la justice ; 
et elle est persuadée qu'il ne se relâchera point sur un objet 



(24) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 73, f. 8. 

(25) Archives du Canada, Série B., vol. 72, f. 164. 



— 132 — 

dont il connoit toute l'importance. 

" Elle a vu par la liste que les Srs de Beauh. et Hocq. 
ont envoyé des personnes qui ont suivi les leçons de droit 
du procureur général du conseil Supeur qu'il n'y a que les 
S'rs Guillemin et le Sr. Cugnet fils sur lesquels on puisse 
avoir des Vues pour remplir les places de conseiller. Com- 
me il est cependant important d'exciter leur émulation et 
que S. M. pense toujours qu'il n'est pas de moyen plus pro- 
pre pour cela que de leur donner la préférence pour ces 
places lorsqu'ils en seront jugés capables. Elle n'est encore 
déterminée a ne pas pourvoir cette année a celle qui vaque, 
et puisque les Srs. de Beauharnois et Hocquart ont estimé 
qu'avant de proposer le s. de Guillemin, il convenoit de luy 
faire faire les fonctions d'assesseur, elle a approuvée qu'il 
luy en ayent donné la Commission ;' et elle attendra qu'ils 
rendent compte de la manière dont il s'en aquitera " (26). 

MM. de Beauharnois et Hocquart, forts de l'approba- 
tion du ministre, donnèrent, le 20 septembre 1741, une 
commission de conseiller assesseur au jeune Guillimin. Il 
fut reçu le 20 novembre 1741. 

M. de Beauharnois, cependant, tenait à la nomination 
de M. de Saint-Simon au Conseil Supérieur. Le 24 septem- 
bre 1741, il revenait à la charge auprès du ministre : 

" Je scay, monseigneur, écrivait-il, que vous avés esti- 
mé dès l'année dernière la place du feu sr Guillemin pour 
être occupée par les Sujets qui se sont adonnés à l'étude 
des leçons de droit, mais Monseigneur, permettes moy 
d'avoir l'honneur de vous représenter que votre intention 
n'étoit que dans le cas qu'ils fussent capables de remplir 
ces places, je ne trouve pas que le sr Guillemin fils, auquel 
nous avons accordé une commission d'assesseur, soit suffi- 
sament instruit, d'ailleurs il n'a pas plus de 27 à 28 ans, et 
paroit bien jeime pour son âge, je vous suplie, monseigneur, 
d'être persuadé que nuls motifs de prédilection ne me font 
parler ny agir, et même je puis vous assurer que j'aime la 
famille du sr Guillemin, et que j'ay toujours cherché les 



(26) Archives du Canada, Série B, vol. 72, f. 225. 



—133--- 

occasions de luy faire plaisir, je ne vois, Monseigneur, quant 
à présent, personne qui puisse remplir la place de conseiller 
vacante avec plus de dignité que le sr de St Simon, je me 
porteray volontiers à être de concert avec M, Hocquart, 
mais je doute par avance qu'il y veuille souscrire, ne l'ai- 
mant point, je ne scay pour quelle raison, et ayant envie 
de faire place au fils du sr Cugnet, autre jeune homme sans 
expérience " {2y). 

Le 12 avril 1742, le ministre répondait ainsi à M. de 
Beauharnois : 

" S. M. est disposée à donner au S. Guillemin la pré- 
férence pour la place de coner vaccante au conel supeur de 
Québec si par la manière dont il aura rempli les fonctions 
d'assesseur, il peut en estre jugé capable ; et c'est sur quoi 
elle attendra le compte que vous et M. Hocquart aurés à lui 
rendre si je puis d'ailleurs faire quelque chose pour le S. de 
St Simon je m'y porterai volontiers par l'intérest que vous 
prenez à ce qui le regarde " (28). 

A M. Verrier, procureur-général du Conseil Supérieur, 
qui s'intéressait beaucoup au jeune Guillimin, le ministre 
écrivait, le 27 avril i7-:2 : 

" Je suis toujours disposé, M., à procurer au s. Guil- 
lemin la place de Coner vaccant au con'el Sup'eur si par la 
manière dont il aura rempli les fonctions d'asseur il en est 
jugé capable. Il est a souhaiter que cette préférence puisse 
exciter l'Emulation des jeunes gens de la Colonie pour 
l'Etude de la jurisprudence ; et je compte que de vostre 
costé vous continuerés de donner vos leçons avec l'aplica- 
tion et l'assiduité convenables " (29). 

Dans le mémoire du roi à MM. de Beauharnois et Hoc- 
quart du 30 avril 1742, nous lisons : 

" S. M. a approuvé que les S'rs de Beauh. et Hocquart 
ayent expédié au S. Guillemin une Commission d'assesseur 
au Coneil Sup'eur ; et pour exciter l'Emulation des jeunes 

(27) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 75, f. 260. 

(28) Archives du Canada, Série B., vol. 74, f. 182. 

(29) Archives du Canada, vol. 74, f. 362. 



—134— 

gens de famille de Canada, elle est disposée a donner a celuy 
cy la préférence pour la place de Conseiller vacante par la 
mort de son Père si par les Connoissances que les Srs de 
Beauharnois et Hocquart auront eu occasion de prendre de 
ses talens et de son application ils l'en croyent capable ; 
mais elle ne juge point a propos de luy accorder dès à pré- 
sent comme ils le proposent les 300" employées a l'occasion 
de cette place sur les charges du Domaine ; et elle atten- 
dra avant que de faire autre chose pour luy le compte qu'ils 
doivent lui rendre de la manière dont il aura rempli ses 
fonctions d'assesseur la préférence au reste que S. M. veut 
bien donner aux sujets qui s'apliqueront à l'étude du droit 
pour les places de Judicature, et les gages qui sont attachés 
à celles de Conseiller devroient exciter l'ambition et l'Emu- 
lation des jeunes gens de famille qui peuvent avoir des dis- 
positions pour cette étude ; et les Srs de B. et H. ne doivent 
rien négliger pour les engager de se rendre dignes de ces 
avantages et les porter pour cet effet a profiter des leçons 
que le Procureur gênerai doit continuer de donner" (30). 

Autre mémoire du roi à MM. de Beauharnois et Hoc- 
quart du 31 mai 1743 : 

'' Elle l'est également des Témoignages que les S. de 
Beauharnois et hocquart ont rendu en faveur du S. Guille- 
min assesseur au Conseil Supeur et persuadée que par la 
manière dont il continuera de travailler il se mettra en Etat 
de remplir convenablement les fonctions de la place de 
coner pour laquelle les Srs de Beauharnois et Hocquart 
l'ont proposé Elle est toujours disposée a la lui accorder. 
Elle attendra cependant, avant que de lui en faire expédier 
les provisions, le compte qu'ils auront a rendre encore cette 
année de son apphcation et des progrès qu'il aura fait, 
ainsy que leurs propositions par raport a la place de Con- 
seiller, qui se trouve aussi vacante par la mort du S. Gail- 
lard, afin qu'elle puisse y pourvoir en même tems " (31). 

Enfin, le mémoire du roi du 24 mar-s 1744 annonçait à 



(30) Archives du Canada, Série B. vol. 74-2. f. 397. 

(31) Archives du Canada, Série B, vol. 76-2, f. 368. 



— 135 — 

MM. de Beauharnois et Hocquart la nomination de M. Guil- 
limin au Conseil Supérieur : 

" Sur les témoignages avantageux que les S'rs de B. 
et H. ont rendus de la manière dont le S. Guillemin a conti- 
nué de remplir les fonctions d'assesseur au Conseil supé- 
rieur de Québec, S. M. n'a pas cru devoir plus longtemps 
différer de le pourvoir d'une des places de Con'er qui se 
trouvent vacantes dans ce Conseil. 

" Le compte qu'ils ont rendu de l'assiduité et du succès 
avec lesquels le S. Gaultier médecin a suivi les leçons de 
droit et de jurisprudence que donne le S. Verrier procureur 
gênerai, a pareillement déterminé S. M. a lui accorder 
l'autre place de Coner qui vaque dans le même Conseil, et 
ses prévisions (sic) avec celles du Sr Guillemin seront en- 
voyées aux Srs de B. et H." (32). 

Les provisions de M. Guillimin furent signées par le 
roi le lendemain, 25 mars 1744 (33). ^L Guillimin fut ins- 
tallé le 12 octobre 1744. 

Le 30 mars 1744, le ministre écrivait à MM. de Beau- 
harnois et Hocquart : 

" J'ay rendu compte au Roy des propositions que vous 
avez faites tant pour le remplacement des deux places de 
con'er vaccantes au Conseil Supérieur de Québec par la 
mort des Srs Guillemin et Gaillard, que pour celui de la 
place de juge des trois-Rivières, et par raport a la retraite 
du Sr André de Leigne Lieuten't General de la Prévosté de 
Québec. 

" Sa M. a accordé au Sr Guillemin assesseur l'une des 
deux places de Coner et l'autre au Sr Gaultier médecin ; et 
elle s'est déterminée a donner a ce d'er la préférence pour 
cette place sur le Sr de St Simon, non seulement parce qu'il 
doit estre plus instruit que luy des connoissances qui lui 
sont nec'res pr. l'exercer au moyen du succez avec lequel 
vous avez marqué qu'il suivoit les leçons de Droit et de ju- 
risprudence, mais encore parce qu'il a paru que les fonctions 



(32) Archives du Canada, Série B, vol. 78, f. 140. 

(33) Insinuations du Conseil Supérieur, cahier No 9. 



... I3ê — 

de Grand Prévost ne sçauraient se concilier avec celles de 
con'er dans les affaires criminelles " (34). 

M. Guillimin était le gendre de M. Foucault qui, lui 
aussi, était conseiller au Conseil Supérieur. Le 12 octobre 
1744, MM. de Beauharnois et Hocquart, afin de régulariser 
sa position, demandaient au ministre d'obtenir des lettres 
de dispense d'alliance pour M. Guillimin. 

" Le S. Guillemin a esté installé dans l'office de Con- 
seiller au Conseil supérieur, en conséquence des provisions 
qu'il a plu à Sa Majesté d'en faire expédier ; son alliance 
avec le s. Foucault autre conseiller a donné lieu à l'arrest 
qui est cy joint, mais nous vous prions. Monseigneur, de 
procurer les lettres de comptabilité nécessaire en pareil cas 
suivant l'usage pratiqué au Conseil " (35). 

Ces lettres furent signées par le roi le 28 avril 1745. 
Elles disaient : 

..." Par nos lettres de provisions du 25 mars 1744, 
nous avons pourvu notre cher et bien aimé Guillaume Guil- 
limin de l'office de cons. au d. Conseil, mais comme le s. 
Foucault son beau-père se trouve revêtu d'un pareil office 
de cons. au d. conseil, le dit exposant aurait besoin de nos 
lettres de dispense du degré d'alliance qui est entre luy et 
le d. s. Foucault, et nous a très humblement fait suplier de 
les luy accorder, à ces causes voulant favorablement trait- 
ter le dit s. Guillimin sur les témoignages avantageux que 
nous avons receu de sa personne, nous vous mandons. . ." 

(36). 

Au commencement de mai 1746, le vaisseau "Letour- 
neur", capitaine Duhamel ,arrivait à Québec. Le capitaine 
était porteur d'une dépêche du ministre en date du 24 jan- 
vier 17 6, ordonnant de préparer un détachement de 600 
Canadiens et d'autant de Sauvages pour aller prendre part 
à la campagne en Acadie. 

Le gouverneur de Beauharnois et l'intendant Hocquart 



(34) Archives du Canada, Série B, vol. 78, f. 182. 

(35) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 81-1, f. 14. 

(36) Insinuations du Conseil Sup)érieur, cahier 9. 



... 137 — 

se mirent à Toeuvre pour préparer cette expédition au plus 
vite. M. de Ramezay en reçut le commandement. M. Guil- 
limin fut nommé commissaire pour lever les vivres, etc. Il 
devait aussi accompagner l'expédition en la même qualité. 

Le détachement canadien composé de 680 hommes 
partit de Québec le 5 juin 1746, à bord du vaisseau "Letour- 
neur", des brigantins "La Petite Marguerite", "L'Ormond 
Succès", "L'Emérillon", du bateau le "Loup Marin" et des 
goélettes "La Petite Anne" et l'^Amiable Marthe" (37). 

M. Guillimin revint à Québec le 7 octobre 1746, par le 
vaisseau "Letourneur". 

D'après ce que nous pouvons constater, il s'était ac- 
quitté de sa mission délicate à la satisfaction du gouverneur 
et de l'intendant (38). 

Le 8 juin 1750, M. Guillimin était nommé par le roi 
lieutenant-général de l'Amirauté de Québec (39). 

Sept ans plus tard, le 24 avril 1757, M. Guillimin suc- 
cédait à Nicolas-Gaspard Boucault comme lieutenant par- 
ticulier de la Prévôté de Québec (40). Comme ses lettres 
de provisions tardaient à arriver, le 8 juin 1758, l'intendant 
Bigot lui donnait la commission suivante : 

" Sa Majesté ayant accordé à M. Guillimin, lieutenant 
de l'Amirauté, la place de lieutenant particulier de la Pré- 
vôté de cette ville, suivant la lettre à nous écrite par M. de 
Moras, ministre et secrétaire d'Etat en date du 3 juin de 
l'année dernière 1757, nous en attendant que la commission 
nous soit parvenue, avons commis et commettons le d. s. 
Guillemin pour en remplir les d. fonctions " (41). 

M. Guillimin fut installé dans sa nouvelle charge le 10 
juillet 1758. 



(37) Le journal de cette campagne fut tenu jour par jour par M. de 
Beaujeu, un des officiers de l'expédition. Il a été publié dans les Documents 
inédits du Canada-Français, tome second, p. 1 6. 

(38) E.-B. O'Callaghan, Documentar^ Histor}) of the Siate of Net»- 
York, vol. X, p. 42. 

(39) Insinuations du Conseil Supérieur, cahier 9. 

(40) Insinuations du Conseil Supérieur, cahier 10. 

(4 1 ) Commission originale signée par Bigot en la possession de l'auteur. 



— 138 --- 

Il ne devait pas l'exercer longtemps puisque quatorze 
mois plus tard, le 13 septembre 1759, la chute de Québec 
faisait disparaître tous les tribunaux que le roi de France 
avait établis dans la capitale. 

De 1759 à 1765 nous avons peu de renseignements sur 
M. Guillimin. Nous savons, toutefois, que le changement 
de régime le ruina complètement. 

En 1765, M. GuiUimin recevait du gouverneur Murray 
une licence de procureur et avocat. 

Nous lisons dans la "Gazette de Québec" du 21 mars 
1765: 

" Le public est averti que les Messieurs LeMaître 
LaMorille et Saillant, notaires publics à Québec. Guillemin 
et LeBrun, qui ont été reçus à la Cour Supérieure des plaids 
communs de la province de Québec, à la séance du 29 jan- 
vier dernier, auquel jour ils ont prêté serment en cette qua- 
lité, ont obtenu leurs licences, en date du 14 mars présent 
mois, de Sa Très Honorable Excellence, le gouverneur en 
Chef de la dite province de Québec, enregistrées au greffe 
de la dite cour, le 15 du dit mois, pour faire toutes fonctions 
de procureur et avocat dans la dite cour, qu'ils ont seule le 
droit d'avocasser, signer les requêtes, faire toutes ventes et 
licitations ordonnées par justice, suivant les règlements et 
taxes qui en seront faites par la dite cour. En outre, M. 
Saillant, un des avocats, avertit le public que M. Guillimin, 
son confrère, pendant son absence se chargera des affaires 
que le public lui a confiées, et que l'on s'adressera à lui no- 
tamment pour les licitations des emplacements et maisons 
de Madame LaRonde et du sieur LaPalme." 

Comme on le voit, les avocats avaient alors une façon 
assez curieuse d'offrir leurs services au public. 

D'après les registres des commissions déposées aux 
Archives du Canada, à Ottawa, la commission de M. Guilli- 
min aurait été signée le 9 juillet 1766. M. Guillimin serait 
donc le premier avocat canadien-français puisque Jean- 
Baptiste LeBrun qui obtint une commission d'avocat deux 
jours avant lui (7 juillet 1766) était né en France. 



... 139-.- 

Il pratiqua comme procureur et avocat à Québec jus- 
qu'à sa mort. 

M. Guillimin reçut en même temps une commission 
pour pratiquer comme notaire. Les professions d'avocat 
et notaire pouvaient alors être exercées simultanément. 
M. Guillimin pratiqua très peu comme notaire, puisque son 
greffe déposé aux Archives Judiciaires de Québec ne com- 
prend que vingt actes. 

M. Guillimin décéda à Québec le 30 juillet 1771. 

Il avait épousé, à Québec, le 4 mai 1744, Marie-Gene- 
viève Foucault, fille de François Foucault, conseiller au 
Conseil Supérieur, écrivain principal de la marine, et de 
défunte Catherine Saunière-Sabourin. 

Madame Guillimin décéda à l'Hôpital-Général de Qué- 
bec, le 24 novembre 1790, et fut inhumée dans l'église de 
cette communauté. Par son testament reçu par le notaire 
Louis Deschenaux, le 12 avril 1790. elle avait institué l'Hô- 
pital-Général sa légataire universelle. Madame Guillimin 
ne laissait guère plus que les meubles de sa chambre et ses 
effets personnels. 

Enfants : 

lo Marie- Jacques Guillimin 

Née à Québec le 19 avril 1745. 
Décédée à Beauport le 24 juillet 1746. 

2o Charles Guillimin 

Né à Québec le 26 février 1746. 
Décédé à Beauport le 19 mars 1746. 
3o Marie-Charlotte Guillimin 

Née à Québec le 7 juillet 1747. 

Mariée à Montréal, le 19 septembre 1763, à Joseph- 
Amable Trottier dit DesRivières, fils de Julien Trottier dit 
DesRivières et de Louise-Catherine Raimbault. 

M. Trottier dit DesRivières décéda à Montréal le 7 
mars 1771, à l'âge de 2i7 ans. 

En secondes noces, à Montréal, le 2 décembre 1776, 
Marie-Charlotte Guillimin devint l'épouse de James ^IcGill. 



— 140 — 

On sait que l'honorable M. McGill fut le fondateur de 
l'université McGill. 

M. McGill décéda à Montréal le 19 décembre 1813, à 
l'âge de 69 ans. 

Madame McGill décéda aussi à Montréal le 16 avril 
1818. 

4o Marie-Geneviève Guillimin 

Née à Québec le 28 mars 1749. 

Entrée le 21 décembre 1769, à l'Hôpital-Général de 
Québec, elle reçut quelques mois après le saint habit des 
mains de Mgr Briand. Elle fit profession le 23 mai 1771, 
sous le nom de Saint-Olivier. Elle avait pris ce nom en 
l'honneur de Mgr Olivier Briand qui s'était grandement 
intéressé à elle. 

Nous lisons dans "Monseigneur de Saint-Vallier et 
l'Hôpital-Général de Québec" (p. 507) : 

'*' Epouse d'un Dieu crucifié, la Mère Saint-Olivier 
n'hésita pas à embrasser la croix, et à se dévouer à tous les 
genres de travaux et de privations qu'exigeaient alors les 
besoins de notre communauté. Ses progrès dans la vertu 
furent rapides ; et dans les divers offices oti les supérieures 
jugèrent à propos de l'employer, elle donna totijours une 
entière satisfaction. La communauté la choisit pour dépo- 
sitaire en 1789, et pendant douze ans, elle s'appliqua, non 
sans succès, à faire valoir l'héritage des pauvres de Jésus- 
Christ. La direction des novices lui fut ensuite confiée ; 
elle passa de cet emploi à celui de supérieure. Alors plus 
que jamais, la communauté se ressentit des efifets de sa 
charité tendre et compatissante. Oublieuse d'elle-même 
et de ses propres intérêts, elle ne songeait qu'au bien et à 
l'avantage de ses filles ; elle se servait de l'ascendant 
qu'elle s'était acquis sur les coeurs pour les porter à l'amour 
et à la pratique des vertus les plus sublimes. 

" Sa prédilection marquée était pour celles qu'elle 
voyait affligées soit de peines intérieures, soit de soufiFran- 
ces physiques. Dans certaines occasions, il lui était impos- 
sible de prendre aucune nourriture jusqu'à ce qu'elle eût 
ramené la paix et la joie, là où régnaient le trouble et la 



... 14 f — 

tristesse, et elle avait une adresse incomparable pour con- 
soler, encourager et fortifier les esprits abattus et les coeurs 
blessés. Sa bonté prévoyante s'étendait à tous les besoins, 
et malgré l'état de gène où se trouvait alors notre commu- 
nauté, cette mère attentive veillait à ce qu'aucune ne man- 
quât du nécessaire soit pour la nourriture, soit pour le vê- 
tement. Quoiqu'elle fût pourvue depuis plusieurs années 
d'une rente viagère, elle ne s'en prévalut jamais, que pour 
procurer aux autres des soulagements qu'elle se refusait 
à elle-même. Dans la charge d'assistante, la Mère Saint- 
Olivier observa, proportion gardée, la ligne de conduite 
qu'elle avait adoptée étant supérieure. Remplie de l'esprit 
de notre saint institut, elle avait une tendre compassion 
pour les pauvres et les malades ; et pendant les huit ans 
qu'elle passa dans l'emploi d'hospitalière, elle se dévoua 
sans réserve au service des membres souffrants de Jésus- 
Christ." 

La Mère Saint-Olivier décéda le 30 octobre 1826, à 
l'âge de 78 ans, après 56 ans de profession. 

5o Jean- André-Guillaume Guillimin 

Né à Québec le 10 juin 1750. 

Ordonné prêtre à Montréal le 3 juillet 1774. 

Nous lisons dans un "Etat de la Compagnie des prêtres 
de Saint-Sulpice de Montréal, envoyé à M. Emery, supé- 
rieur à Paris", le 15 septembre 178 : 

" M. x\ndré Guillemin, prêtre canadien, né à Québec en 
1750, d'une famille distinguée dans la judicature d'alors, 
mais ruinée dans le siège de la ville de Québec, et dans la 
prise entière de la province du Canada ; depuis ce temps 
élevé par charité et fait prêtre dans notre maison en 1774, 
il s'est toujours regardé comme l'un des nôtres ; peu de 
santé ; fervent ; des talents ; bon esprit : très bon ca- 
ractère ; souhaite de s'unir à nous " (42). 

M. l'abbé Guillim.in fut, en effet, agrégé à la Compagnie 
de Saint-Sulpice le 2^ octobre T785. 

(42) L.-A. Huguet-Latour, Annuaire Je Ville-Marie, vol 1 , p. 259. 



— 142 - 

Ses supérieurs lui confièrent la direction de la Congré- 
gation de Notre-Dame de la Victoire puis de l'Association 
de la Sainte-Famille. Il fut ensuite bibliothécaire du sémi- 
naire de Saint-Sulpice. 

M. l'abbé Guillimin décéda à Montréal le ii juin 1800. 

60 Louise-Charlotte Guillimin 

Née à Québec le 28 mars 1752. 

Décédée au même endroit le 28 mars 1752. 

7o Joseph Guillimin 

Né à Québec le 11 avril 1754. 
Décédé en bas âge. 

80 Marie-Françoise Guillimin 

Née à Québec le 4 décembre 1755. 

Décédée au même endroit le 31 décembre 1755. 

9o Marie-Joseph Guillimin 

Né à Québec le 6 juin 1759. 

Décédé au même endroit le 18 août 1759. 

lOo Marie- Madeleine Guillimin 

Née à Québec le 4 août 1764. 

Décédée en bas âge. 

P.-G. R. 



LE MOYNE DE SAINTE-MARIE 



Dans mon article sur Le Moyne de Sainte-Marie et Le Moyne de Mar- 
tigny, paru dans le numéro d'avril dernier, une distraction me joue un vilain 
tour. 

Après avoir démontré, je crois, que Le Moyne de Sainte-Marie n'a jamais 
pris le surnom de Sainte-Hélène, je veux prouver, en plus, que ce ne fut pas lui 
qui mourut à Québec en 1 690 et voilà que le hasard me fait appeler mon 
personnage Le Moyne de Sainte-Hélène au lieu de Le Mo^e de Sainte-Marie ! 

Le lecteur, s'il s'en trouve qui s'intéresse à la chose, voudra-t-il prendre la 
peine de rétablir le texte et de mettre, à la page 1 26, 9ème ligne, Sainte-Marie 
à la place de Sainte-Hélène ? 

E.-Z. MASSICOTTE 



143 



Les prisonniers de guerre américains décédés 
à Québec de 1812 à 1815 



Pendant la guerre de 1812-1813 un bon nombre de prisonniers améri- 
cains furent détenus à Québec. Plusieurs de ces soldats décédèrent ici. Nous 
avons relevé aux registres de la cathédrale anglicane de Québec les actes de 
sépulture des prisonniers de Québec décédés et inhumés à Québec en 1812, 
1813, 1814 et 1815. Nous en avons trouvé 84 en tout. 

— James Mcduffey, private soldier in the fourth régiment of foot of the 
United States of America, prisoner of war, aged about twenty-eight years, died 
september the twenty fifth and was buned september the twenty sixth in the 
year of Our Lord one thousand eight hundred and tv^elve. 

By me George Jehosaphat Mountain. 

— Samuel Lewis, of the State of Pensylvania, private soldier in the 
United States first régiment of Infantry, a prisoner of war, aged hventy-eight 
years, died october the twelfth, and was buried october the thirteenth, in dic 
year of Our Lord one thousand eight hundred and twelve. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— John McMaster, private soldier in the Fourth United States Régi- 
ment of Infantry, aged twenty four years, a prisoner of war, died october the 
fifteenth, and was buried october the sixteenth, in the year of Our Lord one 
thousand eight hundred and twelve. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Henry Pluck, private soldier in the Fourth United States Régiment 
of Infantry (captain Browks company), a prisoner of war, aged twenty-sixth 
years, died october the fifteenth, and was buried october the seventeenth, in 
the year of Our Lord one thousand eight hundred and twelve. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Amos Inguls, private soldier in the Fourth United States Régiment 
of Infantry, aged thirty one years, a prisoner of war, died october the ninc- 
teenth, émd was buried october the twentieth, in the year of our Lord one 
diousand eight hundred and twelve. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Dermis Hageman, musician in the United States First Régiment of 
Artillcry, aged about thirty eight years, died october the twenty second, and 



... 144 — 

was buried october the twenty third in the year of Our Lord one thousand eight 
hundred and twelve. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Francis-N. Smith, sergeant in the thirteenth United States Régiment 
of Infantry, aged about twenty five years, a prisoner of war, died november 
the leventh, in the year of Our Lord one thousand eight himdred and twelve. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Abraham Dutcher, private soldier of the Fourth United States Régi- 
ment of Infantry, a prisoner of war, aged forty years, died november the 
twelfth, and was buried november the fourteenth in the year of Our Lord one 
thousand eight hundred and twelve. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Jeremiah Vanderbogert, private soldier in die Sixth United States 
Régiment of Infantry, a prisoner of war, aged about thirty years, died no- 
vember the sixteenth, in the year of Our Lord one thousand eight hundred and 
twelve. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— . . . Deproulx, private soldier in the sixth United States Régiment of 
Infantry, aged upwards of thirty years, died november the eighteenth, and was 
buried november the twentieth, in the year of Our Lord one thousaad eight 
hundred and twelve. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Stephen Easter, private soldier in the ninth régiment of foot of the 
United States of America, prisoner of war, aged thirty five years, died on 
board the Malabar, prisonship, June the twenty eight and was buried june the 
twenty-ninth in the year of Our Lord one thousand eight himdred and thirteen. 

By me, George-Jehosaphat Mountain, evening lecturer at Québec. 

— Joseph Howard, private soldier in the twenty-first régiment of foot 
of the United States of America, prisoner of war, aged sixteen years, died on 
board the Malabar prison-ship, july the fourth, and was buried july the fifth 
in the year of Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, George-Jehosaphat Mountain, evening lecturer at Québec. 

— John Defriend, private soldier in the twenty-second Régiment of Foot, 
of the United-States of America, a prisoner of war, aged thirty-six years, died 
(on goard the Nantilus transport) July the tenth, and was buried July the 
eleventh, in the year of Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Elisha Harridon, private soldier in the ninth Régiment of Foot, of 



... 145 - - 

the United States of America, a native of Norton in the State of Massachu- 
setts, prisoner of war, aged twenty-seven years, died July the sixteenth, and 
was buried July the seventeenth, in the year of Our Lord one thousand eight 
hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— WilHam Smith, private soldier in the United States fourteenth Régi- 
ment of Infantry, a prisoner of war, aged thirty-six years, died July the six- 
teenth, and was buried july the eighteenth, in the year of Our Lord one thousand 
eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— John Holland, private soldier i nthe United States fourteenth Régi- 
ment of Infantry, a prisoner of war, aged forty-two years, died July the seven- 
teenth and was buried July the eghteenth, in the year of Our Lord one thousand 
eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Perry Lawton, private soldier in the United States ninth Régiment 
of Infantry, a prisoner of war, of the town of Dedham, in the state of Massa- 
chusetts, aged twenty-two years, died July the twentieth and was buried July 
the twenty-first in the year of Our Lord one thousand eight hundred and 
thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— John-L. Sanborn, sergeant in the Eleventh United States Régiment 
of Foot, bom in New London, state of Massachusetts, a prisoner of war, aged 
twenty-one years, died July the twenty-second, and was buried July the twenty- 
third, in the year of Our Lord, one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Charles Launders, private soldier in the Twenty-first United States 
Régiment of Foot, bom in the town of Salem, state of Massachusetts, a prisoner 
of war, aged fifty years, died July the twenty-second, and weis buried July 
the twenty-third in the year of Our Lord one thousand eight hundred and 
thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Solomon Dearbom, private soldier in the Twenty-first United States 
régiment of Foot, bom at Gloucester near Portland, Massachusetts, a prisoner 
of war, aged thirty-five years, died july the twenty-second, and was buried 
july the twenty-third, in the year of Our Lord one thousand eight hundred and 
thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 



... 146 — 

— Nathaniel Pratt, private soldier in the Twenty-first United-States 
Régiment of foot, born at Halifax, in the county of Plymouth, Massachusetts, 
a prisoner of war, aged thirty-four years, died July the twenty-second, and was 
buried July the twenty-third in the year of Our Lord one thousand eight hun- 
dred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Elie Green, private soldier in the Ninth United States Régiment of 
Foot, born at Brockland, county of Alsborough, state of New-Hampshire, a 
prisoner of war, aged nineteenth years, died July the twenty-second, and was 
buried July the twenty-third, in the year of Our Lord one thousand eight hun- 
dred cind thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Benjamin Lake, private soldier in the fourteenth United States Régi- 
ment of Foot, born at Plattsburg, a prisoner of war, aged twenty five years, 
died July the twenty-second, and was buried July, the twenty-third, in the year 
of Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— George Shaver, private soldier in the Fourteenth United States Régi- 
ment of Foot, born in Palatine County, state of New- York, a prisoner of war, 
aged thirty years, died July the twenty-fith, and was buried July the twenty 
sixth, in the year of Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Moimtain, officiating minister at Québec. 

— Eli Herrick, corporal of marines on board the United States sloop 
Eagle, a prisoner of war, aged twenty-one years, died July the twenty-seventh, 
and was buried July the twenty-eight in the year of Our Lord one thousand 
ei^t hundred and thirteen. 

3y me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Elihu Phinney, private soldier in the Thirteenth United States Régi- 
ment of Foot, aged thirty-four years, a prisoner of war, died July the twenty- 
sixdi and was buried july the twenty eight in the year of Our Lord one thousand 
eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Michaël Butler, private soldier in the twenty-third United States Ré- 
giment of Foot, of the town of Dearport, in the county of Orange, in the State 
of New- York, a prisoner of war, about twenty years of âge, died july the 
twenty-eight and was buried july the thirtieth, in the year of Our Lord one 
thousand eight hundred and thirteen. 

' By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 



... j 47 ... 

— Silvanus Martin, private soldier in the Ninth United States Régiment 
of Foot, a prisoner of war, aged twentyrseven years, died august the third, 
and was buried august the fourth, in the year of Our Lord one thousand eight 
hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— William Mitchell, private soldier in the Fourteenth United States 
Régiment of Foot, a prisoner of war, aged forty-six years, died august the 
four^, and was buried august the sixth, in the year of Our Lord one thousand 
eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Isaac Reed, private soldier in the Ninth United States Régiment of 
Foot, a prisoner of war, aged seventeen years, died august the sixth, in the 
year of Our Lord one thouscind ei^t hundred £md tfairtecD. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Jabez Bacon, private soldier in the United States Ninth Régiment 
of foot, born at Natick, in the state of Massachusetts, a prisoner of war, aged 
thirty-eight years, died august the fifth, and was buried august the sixth, in 
the year of Our Lord one thousand eight hundred éind thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Solomon Hunt, private soldier in the United States ninth Régiment 
of foot, born at Tukesberry, in the state of Massachusetts, a prisoner of war, 
aged fifty two years, died august the sixth, and was buried august the seventh, 
in the year of Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Moimtain, officiating minister at Québec. 

— Benjamin Kimball, fifer in the United States twenty-first Régiment 
of Foot, born at Topsfield, in the state of Massachusetts, a prisoner of war, 
aged thirty-nine years, died august the sixth, amd was buried august the seventh, 
in the year of Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Moimtain, officiating minister at Québec. 

— George Hoover, private soldier in the fourteenth United States Régi- 
ment of foot, a prisoner of war, aged twenty-three years, died august the ninth, 
and was buried august the tenth, in the year of Our Lord one thousand eight 
hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Ephraim Young, private soldier in the United States twenty-first Ré- 
giment of Foot, aged about eighteen years, died august the tenth, and was 
buried august the eleventh in the year of Our Lord one thousand eight hundred 
£md thirteen. 



— 148 — 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Stephen Davis, private soldier in the United States twenty-first Régi- 
ment of Foot, a prisoner of war, aged forty-nine years, died august the tenth, 
and was buried august the eleventh, in the year of Our Lord one thousand eight 
hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Archibald McMillen, private soldier, in the United States twenty- 
first Régiment of foot, a prisoner of war, aged twenty-five years, died august 
the twelfth, and was buried august the fourteenth, on the year of Our Lord 
one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Willm. Batry, private soldier in the United States twenty-second Regt 
of foot, a prisoner of war, from the state of Pennsylvania, aged forty-one years, 
died august the eleventh and was buried augt the fourteenth in the year of Our 
Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Jonathan Inguls, a volunteer in the United States Army, from the 
state of Massachusetts, a prisoner of war, aged thirty-eight years, died augt 
the fourteenth and was buried augt the fifteenth in the year of Our Lord one 
thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Benjamin Roe, private soldier in the United States Ninth Regt. of 
Foot, from the state of New- York, a prisoner of war, aged twenty-two years, 
died august the fourteenth and was buried august the fiftienth in the year of 
Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Moimtain, officiating minister at Québec. 

— John Ayers, a volunteer in the United States Army from the state 
of New- York, a prisoner of war, aged forty-five years, died august the four- 
teenth and was buried august the sixteenth in the year of Our Lord one thousand 
eight hundred and thirteen. 

By me, SaJter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Benjamin Pratt, a volunteer in the United States army, from the State 
of Massachusetts, a prisoner of war, aged twenty-two years, died august the 
nineteènth and was buried august the twentieth, in the year of Our Lord one 
thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 
— Ambrose Eaton, private soldier in the United States eleventh Régiment 
of foot, born at Topsfield, in the state of Massachusetts, a prisoner of war. 



... 149 — 

aged twenty-one years, died august the twenty-first, and was buried august the 
twenty second, in the year of Our Lord one thousand eight hundred and 
thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating ministei at Québec. 

— John Rost, private soldier in the fourteenth United States Régiment 
ôf foot, from the state of New- York, a prisoner of war, aged twenty-eight 
years, died august the twenty-second, and was buried august the twenty- f our th, 
in the year of Our Lord one thousand eight hundred and diirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Thomas Girton, private soldier in the United States second régiment 
of artillery, from the state of New- Jersey, a prisoner of war, aged twenty-eight 
years, died august the twenty-third, and was buried august the twenty- fourtfa, 
in the year of Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Simeon Paul, a volunteer in the United States army, from the state 
of Massachusetts, a prisoner of war, aged seventeen years, died august the 
twenty-fifth, and was buried august the twenty sixth, in the year of Our Lord 
one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Moimtain, officiating minister at Québec. 

— Andrew Knight, private soldier in die United States ninth Régiment 
of foot, from the state of Massachusetts, a prisoner of war, aged ninteen years, 
died august the twenty-seventh, and was buried the twenty-eighth in the year 
of Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Stephen Bowe, a volunteer in the United States army, private soldier, 
a prisoner of war, from the state of Massachusetts, aged twenty two years, died 
august the twenty seventh, and was buried august the twenty-eight, in the year 
of Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Nathan Poster, a volunteer in the United States ninth Régiment of 
Foot, private soldier, prisoner of war, from Freeport, in the state of Mjissa- 
chusetts, aged twenty years, died august the twenty -eigth juid was buried august 
the twenty-ninth in the year of Our Lord one thousamd eight hundred and 
thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

(Suite dans la prochaine livraison) 



— 150 — 

LES FRERES CHARON 



DE NOUVEAUX NOMS 



Avec l'idée que des lecteurs pourraient nous aider à compléter notre tra- 
vail, nous avons publié dans le Bulletin de 1916, pp. 365 et suivantes, une 
liste de 27 noms de personnes qui, à un titre quelconque, semblent avoir fait 
partie de la communauté des Frères hospitaliers de Saint-Jos^h de la Croix, 
à Montréal, entre 1692 et 1747. 

Notre espoir n'a pas été déçu, car on nous a signalé des dociunents qui 
nous î)ermettent d'ajouter quatre noms, peut-être cinq ! 

Et, sans plus de préambule, nous "enfrons en matière". 

* * * 

BARROY. — "Frère Barroy de l'hôpital général de cette ville" est 
assigné comme témoin, le 5 octobre 1797 (Archives judiciaires). 

Une famille Barrois demeura dans la région de Montréal vers ce temps. 
Son fondateur, Antoine Barrois, épousa, en 1672, Arme LeBer, fille de Fran- 
çois et nièce du marchand Jacques LeBer. Quatre fils de ce colon étaient assez 
âgés pour appartenir à la communauté, en 1 707. Ce sont Philippe, né en 
1 672 ; François, né en 1 676 ; Charles, né en 1 678, et Antoine, né en 1 683. 

CREPONS. — " Frère Crépons (ou Chepons) de l'hôpital général de 
cette ville." Assigné en même temps que le précédent à venir témoigner devant 
le tribunal, le 5 octobre 1 707. 

On trouve, dans Tanguay, un Charles Crespon qui épjouse à Québec, le 
9 janvier 1 736, Marie Bergevin, veuve de Simon Morin. 

GUY DE GOURNAY. — II est dit maître d'école de la communauté 
des frères Charon dans un acte sôus seing privé du 22 octobre 1 724. Il signe 
Gui Gournay (Notes inédites de l'abbé Faillon. Bibliothèque St-Sulpice). 

LAURENT BRUNO DIT DE SIMIOL.— Il figure également dans 
le document du 22 octobre 1 724 en qualité de maître d'école résidant à l'hôpi- 
tal. Nous croyons que ce doit être ce Joseph-Laurent Simiot, marchand, qui 
fut inhumé dans l'église à Québec, le 23 août 1729. (Tanguay, VII, 186 
tiBull desR.H.,XX, 181). 

Le fait que le nom est écrit Simiol dans les notes de l'abbé Faillon ne 
peut nuire à notre conjecture, car le copiste employé par le distingué historien 
se tromp>e souvent. 



... 151 -- 

LOUIS FRIN. — Voici un nom que nous hésitons à placer dans la liste 
des Frères Charon. Louis Frin fut domestique de M. de Maisonneuve à Mont- 
réal, puis en France jusqu'à la mort de son maître, en 1 676. Trois ans plus 
tard, la Soeur Bourgeois, en partant pour la France, se fit autoriser à l'engager 
pour venir demeurer à Villemarie (Faillon, H. de la C, III, 112, et Vie de 
Soeur Bourgeois, I, 262). 

L'auteur anonyme de la Vie de soeur Marguerile Bourgeois, parue en 
1818, donne aussi les détails ci-dessus, mais il ajoute que "Louis Frin, dans la 
suite, fut frère Charon, sous le nom de Frère Louis" (p. 108). 

Sur quoi base-t-il son assertion ? Nous l'ignorons. 

Frin n'apparaît dans aucun document relatif aux frères Charon que nous 
avons vu et le seul frère Louis qui nous soit coimu s'appelait Louis Pillard. 

* * * 

Dans notre premier article nous avons dit quelques mots sur Jean Fredin, 
bienfaiteur de l'institut et qui s'associa à M. Charon vers 1 692. Depuis, nous 
trouvons, dans les archives du palais de justice, que l'intendant Bochart, le 26 
septembre l 686 et le 2 1 juin 1 692, avait pour secrétaire un nommé Fredin. 
Ce doit être le même personnage. 

PROJET D'ETABLISSEMENT A LAROCHELLE 

Lorsque tous les documents concernant la corMnunauté des Frères Charon 
seront exhumés on aura la matière d'un volume intéressant, car il n'est pas 
d'institut fondé au Canada dont l'histoire offre plus de pages curieuses. 

Imaginerait-on, par exemple, que l'ancienne France songea, un jour à 
demander à une communauté de la Nouvelle-France de lui envoyer des sujets 
pour continuer en Europe l'oeuvre commencé en Amérique ? 

Et pourtant le fait est indéniable, comme on le constatera par le document 
suivant : 

" 22 8bre 1 724. 

" Consentement donné par les frères hospitaliers à l'établissement de leur 
communauté à la Rochelle. 

" Furent présents, frère André Dumoire, assistant et premier conseiller 
des frères de l'hôpital général de cette ville et les frères Alexandre Turpin, 
économe, Antoine Lagirardière, maître d'école, Louis Pillard, bibliothécaire, 
Jérôme Héraud manufacturier, Gervais Hodienne hospitalier. Joseph Delerin, 
François Simonet, hospitalier et maître d'école, Guy de Goumay (il signe Gui- 
gournay) , maître d'école, Laurent Bruno dit de Simiol, maître d'école, Benoit 
de Chavanne et François Niquet tous assemblés en une salle dudit hôpital et 



— 152 — 

ainsi représentant la communauté desdits frères dudit hôpital général, en l'ab- 
sence du frère Louis Turc Chrétien, leur supérieur, et des autres frères qui sont 
actuellement en mission dans les paroisses de cette colonie. . . etc. 

" Lesquels dits comparants, audit nom et encore en ta présence et assistés 
de Messire Nicolas Boucher, prêtre de l'Eglise Cathédrale de Québec, direc- 
teur spirituel de cet hôpital ont dit que sur ce qui leur a été représenté que 
Monseigneur l'évêque de la Rochelle voulait établir dans sa ville épiscopale 
des écoles p>our apprendre à lire et écrire à la jeunesse ainsi que lesdits frères 
le font en cette colonie, et que Sa Grandeur avait jeté la vue sur leur dite 
Communauté pour cet établissement, si elle voulait l'accepter. 

'* Ils en ont mûrement conféré dans les précédentes assemblées qu'ils ont 
faites à ce sujet ; et que ne croyant pas perdre une si belle occasion de con- 
tribur à l'éducation de la jeunesse de la Rochelle et de perfctionner, à même 
temps, l'Etablissement que lesdits frères ont en cette ville, 

*' Reconnaissant les grands biens qui reviendraient de cet Etablissement, 
ils ont tous d'une voix consenti et ont en conséquence déclaré par ces présentes 
qu'ils consentent et approuvent que l'union s'en fasse et que les lettres patentes 
qu'ils ont obtenues de Sa Majesté s'étendent audit Etablissement de la Rochelle, 
comme à un membre dépendant de leur mciison de Montréal, donnant tout pou- 
voir pour obtenir cette grâce de Sa Majesté au porteur, etc. . . 

" Fait en ime des salles dudit hôpital général, à Montréal, le 28 8bre 
1 724 " (Suivent toutes les signatures) . 

* ♦ * 

Le texte que nous venons de reproduire provient des notes inédites de la 
collection Faillon, conservée à la Bibliothèque Saint-Sulpice de Montréal. 

Il s'y trouve bien quelques erreurs de noms ( 1 ) , car nous l'avons déjà 
remarqué, les copistes employés par l'historien Faillon n'étaient pas des paléo- 
graphes et il leur arrivait, par-ci par-là, de mutiler des mots. Toutefois, le fond 
n'en reste pas moins inattaquable. 

Le projet, ce nous semble, n'eut pas de suite et cela est regrettable, car s'il 
se fut réalisé, l'institut du canadien Charon de la Barre en aurait certainement 
bénéficié. 

Hélas ! nos religieux n'eurent que la consolation de n'avoir pas refusé 
l'offre. 

E.-Z. MASSICOTTE 



( 1 ) Dimioire pour Demoire, Hodierme pour Hodiesne, Delerm pour 
Delerm et Simiol pour Simiot probablement. Voir nos notes déjà parues dans 
le Bulletin sur les Frères Charon. 



... 153 — 
Le jeu de billard sous le régime français 



A la page 94 du premier volume du Bulletin des recherches historiques, 
on lit que le jeu de billard était comiu du temps des Français et que le 29 mai 
1 727, l'intendant Dupuy doima permission au sieur Henry Caën de tenir billard 
en la ville de Québec. * 

Il ne doit pas s'agir, dans la note ci-desus du premier billard qui se soit 
vu à Québec ou dans la Nouvelle-France, car ce jeu existait soixamte ans plus 
tôt, au moins, à Montréal et voici une page curieuse des annales judiciaires qui 
va nous en fournir la preuve. 

^ ^ ^ 

Le 21 avril 1688, par devant J.-B. Migeon de Branssat, "bailly, juge 
civil et criminel", de la seigneurie de Montréal, comparaissait Abraham Bouat, 
propriétaire du Ritz-Carlton d'alors et "maistre d'un billard", sous l'accusation 
d'avoir laissé jouer du billard chez lui, le lundi, lendemain de Pâques, durant 
lés vêpres. 

Autrefois, paraît-il, la fête de Pâques durait trois jours ; de plus, à 
cette époque, les auberges ne fermaient pas les jours de dimanche et de fête, 
mais il ne fallait y tolérer aucun jeu, ni y débiter aucime boisson durant les 
offices religieux. 

Maître Bouat, homme fort resp)ectable, sans nier l'ofiense. chercha à se 
disculper. 

Le jour en question, le sieur Jean Boudor, marchand, jouait au billard 
avec le sieur de Blainville, en présence de nombreux spectateurs parmi lesquels 
on remarquait Claude de Mafre, seigneur de Crusel, capitaine dans les troupes, 
les sieurs Gobet, Besson, Limonet, Cachois ( 1 ) , Jean Martinet de Fonblanche, 
chirurgien, M. Legardeur de Repentigny et J.-B. Dailleboust des Musseaux. 

A l'heure des vêpres, l'aubergiste pria les joueurs et leurs amis de se 
retirer, mais le sieur Boudor répondit que son adversaire et lui "étaient échauf- 
fés" et qu'ils ne pouvaient pas abandormer leur partie. Il «jouta même, qu'au 
cas de "visite de police" il paierait tous les frais qui pourraient en résulter. 

Et la conséquence fut que jusqu'au "soleil couché" les joueurs continuè- 
rent leur match, tandis que les spectateurs pariaient en faveur de leurs cham- 
pions respectifs. 

♦ * * 



( 1 ) Probablement Jacques Cauchois, beau-frère de Martinet de Fon- 
blanche. 



... 154 — 

Le procureur fiscal, dans son réquisitoire, flétrit les mécréants dont la con- 
duite en cette circonstance, fut "un mespris et dérision formelle aux règlemens, 
" une profanation des saints jours de fêtes et une contravantion volontaire et 
" délibérée qui a attiré plusieurs personnes pendant l'office Divin à les voir 
" jouer **. 

* * * 

Abraham Bouat ne pouvait échapper ! On le condamna à 20 livres 
d'amende, sauf recours contre Jean Boudor, mais défense fut faite à l'auber- 
giste, même si on promettait de l'indemniser "d'ouvrir la porte de son billard, 
" de fournir et donner les billes ainsi que les billards (sic) à qui que ce soit, 
" pendant les offices Divins. . . à peine de 50 livres d'amende". 

E..Z. MASSICOTTE 



REPONSE 



Jean Daniel, écu^er, sieur Dumas (XXIII, III). — Je trouve les pré- 
noms du siêur Dumas dans r"Extrait général des sépultures, mariages et bap- 
têmes qui se sont fait, pendant la campagne de la belle Rivière, parafé et signé. 
Marin, l'original desquels est resté au fort duquesne à la belle rivière, sous le 
titre de l'assomption de la Ste Vierge (1753) ", acte de baptême de Jean- 
Daniel Norment : 

" L'an mille sept cent cinquante cinq, le dix huit de Septembre a esté 
baptisé avec les cérémonies ordinaires de nostre mère la Ste Eglise, Jean Daniel 
Norment, né du mesme jour, fils de Jean Gaspar Norment et de Marie Joseph 
Chainier, ses père et mère en légitime mariage. Le parain a esté Mr Jean Daniel 
Escu^er, sieur Dumas, capitaine d'Infanterie, Commandant en chef des forts 
de la Presquille, de la rivière aux boeufs et de celui de Duquesne à La belle 
rivière. La maraine a esté Thérèse Norment, Laquelle a déclaré ne scavoir 
signer le parain seul a signé avec nous 

Dumas — Fr Denys 
Baron, P. R., aumônier 

PLACIDE GAUDET 



QUESTION 

— Peut-on me dire ce qu'il y a de vrai dans l'assertion suivante que l'on 
a émise en certain lieu récemment : Quand la croix de St-Georges a été mise 
sur le champ bleu du drapeau des Ecossais il a fallu y mettre d'abord une croix 
blanche afin de faire ressortir la croix rouge. De fait, cette large croix blanche 
est celle de St-Denis, le drapeau populaire de la vieille France royaliste et du 
drapeau canadien de Carillon ? 

REX 



— 155 --- 

Une épidémie à Québec en 1685 



Le 28 septembre 1685, l'intendant de MeuUes écrivait au ministre : 

" L'arrivée des deux vaisseaux de Sa Majesté a causé un grand désordre 
en Camada. Ceux qui y ont passé ont presque tous été attaqués de maladie 
contagieuse, qui s'est même communiquée à la plupart des habitants qui se sont 
mis en devoir des soulager. Vous verrez. Monseigneur, par la liste que je vous 
envoie combien il est mort d'officiers, soldats, engagés et matelots. Ce mal a 
été si dcingereux que la plupart des maîtres de barques que j'ai été obligé de 
leur envoyer en sont morts ou malades. Il y en a un entr'autres qui était un 
nommé Denis Dion qui en est mort et laisse une veuve avec huit ou dix enfemts. 
Sa famille mérite que Sa Majesté lui fasse quelque gratification, deux de ces 
énfeuits étant encore présentement à l'extrémité. Quoique le vaisseau oij on 
envoyait le dit Dion fut soupçonné de contagion, il ne laissa pas d'obéir aveu- 
glement aux ordres qui lui furent donnés. Vous aurez, s'il vous plait, égard. 
Monseigneur, à ces sortes de services. Si cet homme n'y avait pas été, les deux 
vaisseaux du Roi seraient péris sans secours parcequ'ils étaient à trente lieues 
de Québec et n'avaient pas la force de lever leurs ancres. Il est encore morts 
de bons ecclésiaistiques que Monsieur l'évêque faisait venir ici, pour avoir voulu 
secourir les meJades. 

" Il est déjà mort un tiers de ceux qu'on a mis à l'Hôpital quoiqu'ils 
aient été parfaitement bien secourus. On ne saurait faire trop de cas de cet 
hôpital ; les religieuses ont fait dans cette occasion des choses surprenantes, il 
le faut regarder comme im bien universel qui mérite que Sa Majesté l'appuie 
fortement. 

" Monsieur le gouverneur et Monsieur l'évêque m'ont fort sollicité de 
leur faire donner pour les malades, qui ont été jusques au nombre de cent, 
des couvertures, des draps, des paillcisses et des chemises, celles du Roi étant 
dans un vaisseau marchand qui n'était pas encore arrivé ; cette déjjense que 
je n'ai pu refuser monte à huit ou neuf cents livres ( 1 ) . " 

Le 3 décembre 1685, le marquis de Denonville écrivait à son tour au 
ministre : 

" Nous venons de perdre un homme que vous ne scauriez trop regretter : 
il estoit tel qu'il nous le féiloit en ce païs : c'est le pauvre Le Maire qui mourut 
hier. Il estoit fidelle, désintéraissé, homme de bien, aimens le servisse et son 



( I ) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 7. 



— 156 ™ 

amploy, outre cela il avoit l'esprit aisé et vive et incapable d'aucune rancune. 
Voilà Monseigneur des calités qui sont bien nécessaires aux gens qui doivent 
avoir le manimant des affaires de ce pa^s. Je ne puis Monseigneur vous témoi- 
gner aces le regret que j'ay de la perte de ce bon sujet, sur lequel je comptois 
le principal arengemant de nos affaires. Je vous advoue que je me trouve à 
présent aces embaracé car je remarque tant de manège ches la plupart des gens 
et d'intéraissement que je ne scay qui croire encor moins à qui me lier : j'espère 
que mon voyage de Montréal me rendra plus éclairé et que je connoistray 
mieux mes gens. Je vous supplie Monseigneur de croire que je me suis proposé 
en venant icy de me conduire tout autant que je pourray sans pation ny pré- 
vention et de m' attacher inviolablement aux intentions du Roy et aux vostres 
en maintenant les gens de bien et apuyans la justisse et c'est Monseigneur sur 
ces articles que je prends la liberté de vous demander de la sévérité contre moy 
tout le premier quand je seray aces malheureux pour y manquer. 

" La flûte le Mulet est enfin arrivé de la semaine dernière si la maladie 
y a esté aussy grande il y a eu beaucoup plus d'arengement dans le bord et plus 
d'ordre que dans le Fourgon aussy Mr le Chevalier de la Corde est-il un officier 
fort appliqué dont on se loue très fort car il a bien pris soin des malades. 

" Ce qu'yl y a encore de fâcheux est que plusieurs de nos bons abiteins 
que nous avons envoyé au devant pour secourir les flustes sont tombés malades 
et qu'il en est mort dont l'un nommé Guion laisse une veuve avec noeuf enfans 
qui auroient bien besoin d'estre secourus estant très pauvres. M. l'intendant et 
moy sommes convenus de remplasser les soldats mors de pareil nombre d'enga- 
gés dont on a fait faire des mémoires p)our les retrouver quant besoin sera : on 
ne vous scauroit encore rôidre compte de ce qui este de soldats et d'engagés 
car tous les jours il en meurt quelqu'un à l'hôpital ou on en conta hier jusques 
à cent. 

" Lés Religieuses de cet hôpital prennent un soin admirable des malades. 
ELn vérité Monseigneur elles méritent bien que vous leur faciès quelques grati- 
fications pour leur eider à exercer leurs charités envers le païs auquel elles sont 
d'un grand secours, ne refusans aucun malade pauvre ou riche, elles ressoivent 
ce que l'on veut donner, tous les malades de la Campagne ne trouvent de escours 
qu'en sy faisens porter, faire du bien à cette maison Monseigneur c'est en faire 
à tout le païs. 

" La supérieure est Canadienne très raisonnable, d'une sagesse et conduite 
admirable. Sa maison est engagée de dix mille livres ches les marchands, il 
y a deux revenus séparés celuy de l'hôpital ne suffiroit pas elles employent celuy 



-- 15 






de la communauté et l'engagent de mesme M. l'Evesque ressoit leurs comptes 
tous les ans, avec quelques années de vos bienfaits elles peuvent espérer de 
raconunoder leurs affaires ne leur refuses pas Mgr l'honneur de vostre pro- 
tection " (2). 



(2) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 7. 



REPONSE 



L'expédition de M. de Ligner}; contre les Renards (XXIII, IV, p. 128). 
— Eln 1 728, décidé d'en finir avec les Outagamis ou Renards, le gouverneur 
de Beauharnois confiait à M. LeMarchand de Lignery, major des Trois- 
Rivières, le commandement d'im parti de 400 Français ou Canadiens et de 
700 ou 800 Sauvages iroquois, hurons, népissings et outaouais, qui avait pwur 
objectif de détruire cette nation perverse. 

Nous n'avons péis de liste officielle des officiers du parti de M. de Lignery. 
Nous savons seulement que le second en commandement était M. Louis Liénard 
de Beaujeu, capitaine dans les trouf)es du détachement de la marine. Les 
aimiôniers étaient l'abbé François-Michel Pellet, le Père Jésuite Jacques-David 
Quentin de la Bretonnière et le Père Récollet Emmémuel Crespel. 

La tâche n'était pas aisée car les Renards habitaient à près de cinq cents 
lieues de Montréal, dans l'état actuel de l'Indiana. 

Le détachement partit de Montréal le 5 juin 1 728. Tout le trajet se fit 
en canots par la rivière des Outaouais, le lac Nipissing, la rivière des Framçais, 
le lac Huron, le lac Michigan, etc., etc. M. de Lignery défit la nation des 
Fol les- Avoines mais il ne put rejoindre les Renards qui, à son approche, pre- 
naient la fuite. M. de Lignery dût se contenter de détruire les villages des 
Renards et de ravager les campagnes environnéuites afin de leur enlever le moyen 
de subsister. L'expédition était de retour à Montréal dans les derniers jours de 
septembre 1 728. 

Dans les Voiages du R. P. Emmanuel Crespel dans le Canada et son nau- 
frage en revenant en France, on trouvera une relation assez détaillée de l'expé- 
dition de M. de Ligenry contre les Renards. 

P.-G. R. 



— 158 -- 

Champlain et Maisonneuve à Montréal en 1613 ! 



Samuel de Champlain a-t-il vu Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, 
à Montréal, en 1613, soit vingt-neuf ans avant la fondation de cette ville ? 

Lorsqu'on a parcouru la relation des voyages de Champlain traduite 
par Annie Nettleton Bourne et annotée par Edward Gaylord Boume, profes- 
seur d'histoire à l'université de Yale, on ne peut éviter de se poser la question 
ci-dessus, car on lit, à une certaine page, que le 1 7 juin 1613, M. de Champlain 
rencontra, près du Sault Saint-Louis, un sieur de Maisonneuve, puis au bas, en 
note, que ce sieur de Maisonneuve n'était autre que Paul de Chomedey, etc. ! 

Si toutefois vous comparez le texte de l'édition Boume avec celui de 
l'édition Laverdière vous constaterez que l'historien américain a résumé plutôt 
que traduit une foule de passages de la relation. 

Par exemple, on voit, dans l'édition Laverdière, qu'à son arrivée ici, à 
la date ci-haut indiquée, Champlain trouva un sieur de Maisonneuve, mais que 
celui-ci commandait trois navires, qu'il était de Saint-Malo et possédait un pas- 
seport de Monseigneur le Prince, évidemment pour faire la traite. 

Dès que le dit sieur de Maisonneuve apprend la présence de M. de 
Champlain, il s'empresse de lui soumettre son passeport afin de n'être pas troublé 
dans son négoce et c'est tout. 

Ce Maisonneuve ne saurait être le nôtre, c'est im traiteur, un armateur 
ou un marin qui ne désire que commercer avec les Sauvages. 

Paul de Chomedey, les abbés Paillon et Rousseau nous en informent, 
débuta dans le métier des armes à l'âge de treize ans et il ne quitta son régiment 
qu'après avoir conquis le grade de colonel. 

L'opinion courante lui donne environ 40 ans lorsqu'il vint à Montréal ; 
il resta 23 ans ici, c'est-à-dire jusqu'en 1665, puis vécut encore onze ans à 
Paris, oii il mourut le 9 de septembre 1 676. 

A cette époque, toujours d'après ce que l'on croit généralement, notre pre- 
mier gouverneur aurait été septuagénaire. 

Pour en faire un chef d*exp)édition maritime en 1613, il faudrait lui accor- 
der, alors, au moins la trentaine. Dans ce cas M. de Chomedey aurait eu près 
de 60 ans, en 1 642, et 90 ans passés, à son décès ! Mais si notre fondateur 
avait connu le site de Villemarie avant 1 642, il en aurait été question quelque 
part, lorsqu'on l'engagea ; loin de là, on raconte que c'est par les Relations 



... 159 — 

des Jésuites et en même temps que s'organisait la société de Montréal qu'il 
apprit l'existence d'une France nouvelle outre Atlantique. 

Ce que l'on sait de son caractère et de ses antécédents indique que M. de 
Chomedey n'avait pas l'esprit mercantile. En partant pour l'Amérique, il tran- 
quillisa, il est vrai, son vieux père, en l'assurant qu'il traversait les mers p>our 
acquérir richesse et considération, mais il ne fit rien pour courtiser la fortune. 
Il arriva pauvre à Ville-Marie et s'en retourna pauvre. Tout en permettant à 
ses meilleurs lieutenants, Charles Le Moyne, Lambert Closse, Picoté de Belestre 
et autres de faire la traite, il paraît, pour son compte, n'avoir eu d'autre ambi- 
tion que celle d'asseoir solidement la colonie naissante. 

Autres considérations : Paul de Chomedey était de la Champagne, pro- 
vince du nord-est de la France éissez éloignée des ports de mer ; enfin, le nom 
de Maisonneuve, au dix-septième siècle, était fort répandu, au pays de nos 
aïeux ainsi qu'en la Nouvelle-France ( 1 ) . 

Il est donc improbable que Paul de Chomedey ait été le sieur de Mai- 
sonneuve que Champlain rencontra. 

Néanmoins, l'assertion risquée du professeur Boume nous démontre que 
la vie, en France, de notre fondateur n'a pas encore été suffisamment étudiée. 
Bien des détails intéressants que seule F>€ut exhumer une recherche patiente dans 
les milieux où M. de Chomedey a vécu nous permettraient de décider ce point 
plus sûrement. 

E.-Z. MASSICOTTE 



289. 



( 1 ) Voir le Bulletin 'des recherches historiques de 1916, pp. 1 39 et 



LE JEU DE DAMES CANADIEN 



Tous nos remerciements à M. A. F. qui nous informe, dans le numéro 
d'avril dernier, qu'un Canadien, M. Soumande, jouait aux dames à Paris, en 
1 740. Cette note est intéressante. 

Evidemment, notre compatriote savait le jeu de 64 cases ou celui de 1 00 
cases puisqu'on n'en connaissait pas d'autres, en France, à cette époque. 

Ma question vise surtout le jeu de 1 44 cases qui n'a d'adeptes que parmi 
les Canadiens français, qui ne se joue pas ailleurs qu'en Amérique, assure-t-on, 
qui ne semble pas avoir plus d'un siècle d'existence et qui paraît avoir origine 
dans la région de Montréal. 

E.-Z. M. 



... 160 — 

Le drame de "Saint=Stanislas'' par 
l'abbé H. A. Verreau 



Dans quelles circonstances feu M. l'abbé H.-A. Verreau, principal de 
l'Ecole Normale Jacques-Cartier, à Montréal, a-t-il composé le drame Saint' 
Stanislas qui est si souvent représenté dans nos collèges classiques aujourd'hui ? 

En 1855, l'évêque de Montréal, étant à Rome, obtenait pour le séminaire 
de Sainte-Thérèse la faveur d'une indulgence plénière attachée à la fête de saint 
StanislcLS de Kostka et accordée à perp>étuité. 

Mgr Bourget, en transmettant l'induit aux directeurs du séminaire de 
Sainte-1 hérèse, leur écrivit une lettre où il faisait ressortir la belle vie de saint 
Stanislas. "Consacrez vos études à sa gloire, disait-il aux élèves du séminaire 
de Sainte-Thérèse en terminant, et faites servir vos talents à ses louanges. Pre- 
nez ses vertus et les grâces qui en ont été la récompense pour sujet de vos 
drames religieux, de vos pieuses poésies et de vos discours académiques. En 
présence de ce jeune héros, vous sentirez votre esprit s'illxmiiner, votre génie se 
développer et votre cœur s'embraser." 

M. l'abbé Verreau était alors directeur du séminaire de Sainte-Thérèse. 
C'est ce passage de la lettre de Mgr Bourget qui lui suggéra d'écrire le drame 
Saint-Stanislas. 

Ce drame fut représenté p>our la première fois au séminaire de Sainte- 
Thérèse le 16 novembre 1855. Un ancien étudicuit du séminaire de Sainte- 
Thérèse écrivait dans les Annales Térésiennes de 1880 (p. 111) au sujet de 
cette première représentation : 

" Mais, il nous resta le drame pour couronner toute la fête ; le dréime, 
attendu avec d'autant plus d'impatience qu'une représentation théâtrale était 
chose rare, presque inouïe, dans nos fêtes d'écolier. La scène s'ouvrit ; pendant 
une heure, nous fûmes tout yeux et tout oreilles. Pourtant, les acteurs étaient 
assez novices et le théâtre était modeste ; les costumes sous lesquels paraissaient 
ces nobles Polonais du XVIe siècle ne différaient guère des nôtres, et le lieu de 
' la scène ressemblait fort à notre salle de récréation . . . Mais qu'était-il besoin 
d'illusion ? Le drame était là," avec ses vives beautés, qui se révélaient, s'impo- 
saient par elles-mêmes. Nous étions saisis, émus, nous, écoliers à la tête légère... 
Nous fûmes édifiés aussi, et nous sortîmes meilleurs de ce spectacle." 

Le drame Stanislas de Kostka a été publié en brochure à Montréal en 
1879. 



- lu - 
BULLETIN 

DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. IXIII BEÀlJCEVILLE-JUIN 1917 Nt i 



Les Àmyot sous le régime français 



Nous avons eu sous le régime français des Amyot tout 
court, des Amyot dit Villeneuve, des Amyot dit Yincelot ou 
Vincelotte, des Amyot dit Neuville et des Amyot dit Lar- 
pinièrc. 

JEAN AMYOT 

Jean Amyot est le premier Amyot dont notre histoire 
fasse mention. Il était arrivé très jeune dans la Nouvelle- 
France vers 1635. 

Il passa plusieurs années au p'ays des Hurons en qualité 
d'engagé des missionnaires jésuites. 

Amyot fut interprète aux Trois-Rivières de 1645 ^ sa 
mort. Les Sauvages qui l'estimaient beaucoup l'avaient 
surnommé Antaïok. 

En 1647, l^s Iroquois paraissant en divers endroits sur 
les rives du Saint-Laurent, une escouade de Français et de 
Sauvages chrétiens entreprit de leur donner la chasse. 
Amyot qui était d'une force physique peu ordinaire et qui ne 
demandait qu'à courir les aventures, fut un des premiers à 
entrer dans cette petite troupe d'élite. Il fut assez heureux 
pour s'emparer à la course d'un Iroquois qui avait donné le 
coup de mort au Père Jogues. Ce barbare fut conduit à 
Québec pour être livré au gouverneur. Celui-ci le donna à 
un capitaine sauvage. Les Pères jésuites de Sillery, après 



— S162 — 

l'avoir instruit des mystères de notre religion, le baptisè- 
rent et lui donnèrent le nom de sa victime, le Père Jogues. 

Le capitaine sauvage, à qui le gouverneur l'avait donné 
pour en tirer justice, lui fit subir les derniers tourments. 
Pendant les horribles souffrances qu'on lui fit endurer, au 
lieu de chanter sa chanson de mort comme les Iroquois 
avaient coutume de le faire, il criait : "Antaïok (Amyot) 
est cause que je vais au ciel, j'en suis bien aise, je lui en sais 
bon gré." Il cria aussi plusieurs fois Jésus ! Jésus ! 

Quelques mois après cet exploit, Amyot, de passage à 
Québec, provoqua tous les jeunes Sauvages à la course, soit 
avec des raquettes aux pieds, soit sans raquettes. Plusieurs 
entrèrent en lice contre lui, mais il les battit tous. 

Le 23 mai 1648, Jean Amyot et François Marguerie 
traversaient en canot d'écorce le Saint-Laurent, en face des 
Trois-Rivières. Une tempête s'étant élevée tout-à-coup, 
leur canot qui ne valait plus rien s'entrouvrit et les deux 
interprètes se noyèrent à la vue des Français, impuissants 
et désolés de ne pouvoir les secourir. Leurs corps furent 
retrouvés le 10 juin suivant, celui de Amyot proche de Sil- 
lery, et celui de Marguerie proche de Québec. Tous deux 
furent inhumés le même jour, l'un à Sillery, l'autre à Qué- 
bec. 

Ces deux braves furent bien regrettés, tant pour leur 
vertu que pour la connaissance qu'ils avaient des langues 
sauvages. 

Le Père Lalemant, dans la "Relation" de 1647-48, fait 
l'éloge des nombreuses et belles qualités qui distinguaient 
Amyot : 

" Il était adroit à détourner les mauvais discours, et à 
reprendre avec grâce ceux qui juraient, ou qui se donnaient 
des imprécations, et par ce moyen empêchait bien du mal, 
et n'offensait personne : car son innocence, avec l'opinion 
qu'on avait de son courage, le mettait à couvert. Il avait 
une dévotion très particulière et très constante à saint 
Joseph, qu'il avait prise en la maison de Sainte-Marie aux 
Hurons, où il a été élevé. Comme il se jetait à toute heure 
dans les dangers, aux alarmes que nous donnaient les Iro- 



— 163 --- 

quois, il dit à un de nos Pères : "S'il arrive que je meure, 
je désire que ces bois et les autres matériaux que je dispose 
pour me faire bâtir une maison, soient appliqués pour faire 
dresser une petite chapelle à l'honneur de saint Joseph." 
11 avait fait voeu de jamais ne rien refuser de tout ce qui lui 
serait demandé au nom de ce grand saint. Il lui dédiait ses 
courses, ses voyages, ses combats, etc., et comme on parlait 
d'un camp volant contre les Iroquois : "S'il m'était permis, 
disait-il, de nommer cette petite armée, je l'appellerais l'ar- 
mée de saint Joseph.'' Ce chaste époux de la Vierge avait 
obtenu à ce jeune guerrier une pureté angélique. Ceux qui 
l'ont connu plus particulièrement assurent que jamais il 
n'est tombé en aucune coulpe mortelle, il s'est trouvé dans 
mille dangers, il a été si fortement sollicité, qu'il lui a fallu 
laisser la robe ou le manteau aussi bien que l'ancien Joseph, 
Dieu l'a voulu mettre au rang des vierges. Il était sur le 
point de se marier quand il est mort, ses camarades s'éton- 
naient de sa retenue : car il faisait l'amour en ange, pour 
ainsi dire. 

" Plusieurs ont cru que Dieu l'avait ravi en sa jeunesse, 
afm que le crédit et l'estime dans lequel il entrait par son 
courage et par son adresse n'altérassent son innocence, et 
ne fissent brèche à sa vertu. 

" Je lui ai ouï raconter qu'étant allé certain jour à la 
chasse, où il y avait des Iroquois en embuscade, il se sentit 
saisi d'une grande frayeur, ce qui ne lui arrivait jamais : 
car il était hardi au dernier point, prudent, néanmoins fon- 
dant son courage sur l'appui qu'il avait en Dieu. Il s'efforça 
plusieurs fois d'avancer, mais il ne faisait que tournoyer 
dans les bois, en sorte qu'il ne put passer outre. Il s'adresse 
à son père saint Joseph, et à même temps il dit à un Huron 
qui l'accompagnait : "Retirons-nous d'ici, il n'y fait pas 
bon.'' Le lendemain quelques Algonquins allant en ce lieu 
même, tombèrent dans l'embuscade des Iroquois. Pour 
conclusion, ce brave soldat de saint Joseph a fait vingt-cinq 
ou trente lieues de chemin après sa mort, pour être enterré 
en la résidence de Saint-Joseph (de Sillery)." 



... 164 — 

PHILIPPE AMYOT 

Il fut la souche des familles Amyot connues dans notre 
histoire sous les noms de Amyot dit Villeneuve, Amyot dit 
Vincelot ou Vincelotte, Amyot dit Neuville et Amyot dit 
Larpinière. 

Originaire de Chartres, en France, Philippe Amyot 
passa dans la Nouvelle-France en 1635 ou en 1636 avec sa 
femme Anne Couvent et ses enfants Mathieu, né à Chartres 
en 1628, et Jean-Gencien, également né à Chartres en 1635. 
Un troisième enfant, Charles, naquit à Québec le 26 août 
1636, peu après l'arrivée de la famille au pays. 

On ne trouve nulle part l'acte de sépulture de Philippe 
Amyot. Nous croyons toutefois qu'il mourut ici peu avant 
1639. Sa veuve se remaria avec Jacques Maheu, puis avec 
Etienne Blanchon dit Larose. 

MATHIEU AMYOT DIT VILLENEUVE 

Fils aîné de Philippe Amyot et de Anne Couvent, il 
était né à Chartres en 1628. Il se maria à Québec, le 22 
novembre 1650, avec Marie Miville, fille de Pierre Miville. 

Le 3 novembre 1672, l'intendant Talon concédait à 
Mathieu Amyot dit Villeneuve "trente arpents de terre de 
front sur cinquante de profondeur, à prendre sur le fleuve 
Saint-Laurent, du côté du sud,' depuis la terre des Ursulines 
jusques aux terres non concédées, en descendant le dit 
fleuve". 

M. Amyot dit Villeneuve ayant retarwdé de prendre 
possession de sa concession, les Dames Ursulines, qui 
avaient obtenu une augmentation de leur seigneurie, avaient 
fait par erreur défricher et concédé quelques terres dans 
la concession de leur voisin. M. Amyot dit Villeneuve ne 
voulant pas inquiéter ni avoir de contestation avec les 
Dames Ursulines, se fit concéder par MM. de Denonville et 
Champigny, le 16 avril 1687, 'i'estendue de terre non con- 
cédée entre la concession appartenant aux Religieuses Ur- 
sulines nommée Sainte-Croix, et celle de la veuve Duquet, 



— 165 — 

contenant la dite estendue de terre soixante quatorze ar- 
pents de front sur deux lieues de profondeur" (i). 

Mais M. Amyot dit Villeneuve n'habita pas sa seigneu- 
rie. Il s'établit à l'anse à Maheu, aujourd'hui dans Saint- 
Augustin de Portneuf. C'est là qu'il éleva sa nombreuse 
famille. Avant la construction de la première chapelle de 
Saint-Augustin, en 1694, c'est dans la maison de Mathieu 
.Amyot que le missionnaire disait la messe dans ses courses 
évangéliques sur la rive nord du Saint-Laurent. 

Mathieu Amyot dit Villeneuve décéda à Québec le 19 
décembre 1688.. 

CHARLES AMYOT DE VINCELOT 

Né à Québec le 26 août 1636, du mariage de Philippe 
Amyot et de Anne Couvent. II fut marchand à Québec. 

En 1663- 1664, Charles Amyot accompagna le Père 
Jésuite Henry Nouvel dans sa mission chez les Papinachois 
et les Ouchestigouetch. Il en est question dans la "Rela- 
tion" de 1663- 1664. 

Charles Amyot décéda à Québec le 10 décembre 1669. 
Il avait épousé, à Québec, le 2 mai 1660, Geneviève de Cha- 
vigny (fille de Eléonore de Grandmaison) qui lui donna trois 
enfants dont une devint religieuse aux Ursulines de Qué- 
bec. 

On a dit et répété que Charles Amyot avait été le 
premier seigneur de Vincelot, dans la paroisse actuelle du 
Cap Saint-Ignace. C'est à sa veuve Geneviève de Chavigny 
que le fief Vincelot fut concédé le 3 novembre 1672 par l'in- 
tendant Talon. Il est dit dans l'acte de concession qu'elle 
était faite "en considération des bons services que feu 
Amyot a rendus en ce pays". 

CHARLES-JOSEPH AMYOT DE VINCELOT 

Né à Québec le 23 mars 1665, ^^^ mariage de Charles 
Amyot et de Geneviève de Chavigny. 

( 1 ) L'acte de concession du 1 6 avril 1 687 a été publié dans les Pièces 
ei Documents relatifs à la tenwe seigneuriale, p. 319. 



— 166 — 

Le ler février 1693, il obtenait de M. de Frontenac une 
augmentation au fief de Vincelot que lui avait donné sa 
mère.- L'acte de concession décrit ainsi cette augmentation: 
"une lieue de terre de front avec deux lieues de profondeur 
derrière et au bout de son fief de Vincelotte au Cap Saint- 
Ignace, qui a pareillement une lieue de front seulement sur 
une lieue de profondeur." 

C'est M. Amyot de Vincelot qui, dans l'hiver de 1699, 
alla apprendre la mort de M. de Frontenac au ministre 
Pontchartrain. Il y eut dans cette occasion une course qui 
mérite d'être racontée. 

Le gouverneur de Frontenac était décédé à Québec le 
28 novembre 1698. M. Provost, lieutenant de roi à Québec, 
se hâta de faire connaître ce triste événement à M. de 
Callières, gouverneur de Montréal, qui était porteur 
d'un ordre du roi pour suppléer M. de Frontenac en cas de 
mort ou d'absence. 

M. de Callières, gouverneur de Montréal, et M. de Vau- 
dreuil, commandant des troupes, appartenaient à des fa- 
milles qui avaient beaucoup d'influence à la Cour. Tous 
deux avaient l'ambition de succéder à M. de Frontenac. 

M. de Callières, afin d'obtenir la nomination, usa d'un 
habile stratagème. C'est M. LeGardeur de Courtemanche, 
lieutenant dans les troupes de la marine, qui avait été por- 
ter le message de M. Provost à M. de Callières. Celui-ci 
se décida à envoyer M. de Courtemanche porter ses dépê- 
ches à la Cour. Mais laissons parler Gédéon de Catalogne, 
un contemporain : 

"Aussitôt, mais incognito, M. de Callières fit ses dépê- 
ches pour la Cour en faisant connaître au public qu'il écri- 
vait à Québec, donna le mot au sieur de Courtemanche qui 
se chargea des lettres des particuliers parce que c'était la 
dernière navigation, et remit toutes les lettres qu'il s'était 
chargé à M. de Callières et partit de Montréal comme s'il 
avait fait sa route vers Québec et lorsqu'il fut à Sorel, nui- 



— 167 -- 

tamment, prit le chemin d'Orange, la paix avec les Anglais 
étant faite alors. 

" Comme MM. de Champigny et de Vaudreuil qui as- 
piraient au gouvernement général virent que la navigation 
s'allait fermer et que le sieur de Courtemanche ne revenait 
point, ils se défièrent d'un tour de Normand, joints à quel- 
ques connaissances particulières qu'ils eurent, ils firent 
partir le sieur Vincelot, avec toutes les lettres d'instruc- 
tions, des lettres de créances et de l'argent pour armer un 
vaisseau du premier port de la Nouvelle-Angleterre où il 
aborderait. 

" Il en arma un à Pentagouët et quelques avances et 
diligence que le sieur de Courtemanche eût pu faire, il ne 
fut rendu à Paris que quelques heures avant le sieur Vince- 
lot pour avoir le temps de rendre ses lettres au comte de 
Callières qui, dans ce moment, fut demander au Roî le gou- 
vernement pour son frère, qui le lui accorda. ' 

" D'un autre côté, M. Vincelot porta les letj:res de MM. 
Champigny et Vaudreuil à M. de Pontchartrain sans savoir 
que M. de Courtemanche fut arrivé. 

" Le ministre fut informer le Roi de la mort de M. de 
Frontenac. Le Roi lui dit qu'il le savait et qu'il avait accor- 
dé le gouvernement à M. de Callières, pour son frère, et il 
n'y avait point de réplique " (2). 

A la mort de Charles Bécard de Grandville, procureur 
de la Prévôté de Québec, en janvier 1703, MM. de Callières 
et de Beauharnois proposèrent au ministre pour cet emploi 
M. Jean-Baptiste Couillard de Lespinay. 

M. de Callières étant mort sur les entrefaites, M. de 
Vaudreuil, qui le remplaça, et devait de la reconnaissance à 
M. Amyot de Vincelot, essaya de le faire nommer à la place 
de M. Bécard de Grandville. 

Le 15 novembre 1703, MM. de Vaudreuil et Beauhar- 
nois écrivaient au ministre : 

" Nous vous avons, Monseigneur, proposé pour remplir 
la charge de procureur du Roi de la prévôté le sieur de 

(2) Collection de manuscrits, I, p. 601. 



— 168^-- 

TEpiné (Lespinay), parent du défunt, parce que nous 
n'avons osé voiis parler d'un sujet contre lequel nous avons 
ouï dire que l'on vous avait fortement écrit, c'est le sieur 
de Vincelot, beau-fils du dit sieur de L'Epine, si, cependant 
vous nous faites l'honneur d'ajouter quelque foi à ce que 
nous pouvons vous dire de lui, nous aurons celui de vous 
assurer que le dit sieur de Vincelot est celui de ce pays que 
nous connaissons le plus capable de bien remplir cet emploi. 
Il est agissant, a de l'esprit et dans l'espérance d'avoir une 
place au Conseil comme il en avait été flatté par M. de 
Champigny, il s'est appliqué à l'étude de l'ordonnance et de 
la coutume de Paris qu'il sait bien" (3). 

Ni M. de Lespinay ni M. Amyot de Vincelot ne furent 
nommés. C'est un Français de France, M. Thierry, qui eut 
la charge. 

En 1718, M. Amyot de Vincelot demandait au ministre 
de lui donner un brevet d'enseigne de vaisseau et la place 
de lieutenant du port de Québec (4). Il n'appert pas que sa 
demande fut accordée. 

M. Amyot de Vincelot décéda subitement à Québec le 
9 mai 17^^. 

p.-a R. 



(3) Archives du Canada, Correspondance générale. 

(4) Edouard Richard, Supplément du Rapport du Dr Br\)mTter sur 
les Archives ^Muadiennes, 1899, p. 513. 



QUESTION 



Je lis dans la Gazette de Québec du 11 avril 1765 : 

" Par permission de Son Excellence Monseigneur le Gouverneur, et de 
Messieurs les Magistrats de cette Ville. 

" Le Sieur Pierre Chartier, et sa Troupe Comédienne, se propose de 
donner au Public, Lundi prochain, le 15 de ce mois, une Pièce de Comédie, 
intitulée Le Festin de Pierre, suivie de plusieurs Tours d'Equilibre ; — A la 
Basse Ville, à l'Enseigne de Québec, chez le Sieur Jean Roi, où ces Messieurs 
trouveront toutes sortes de Rafraîchissements. 

" *** Les Billets se distribueront chez le dit Sieur le Roi : Les prix 
seront de deux Piastres, d'une Piastre, et de deux Chelins et demi." 

Quel est ce Pierre Chartier qui faisait ainsi du théâtre à Québec à l'aurore 
du régime anglais ? 

CURIEUX 



— 169 — 

Pierre Gaultier de Varennes de la Verendrye et ses fils 



Pierre est le "plus illustre des fils de René Gaultier de Varennes. C'est 
le Découvreur. Il fut baptisé le 18 novembre 1685, dans l'église paroissiale 
des Trois-Rivières.' Après la mort de son frère Louis, il prit le nom de Lave- 
rendrye ( I ) . Il fit d'abord une campagne dans la Nouvelle-Angleterre «i 
1 704, et en 1 705, il prit part à l'expédition qui, sous les ordres de M. de 
Subcrcase, ravagea les établissements anglais à Terreneuve. Il passa ensuite 
"en Flandre dans les grenadiers du premier bataillon du régiment de Bretagne, 
où son frère aîné était capitaine" (2). A la bataille de Malplaquet (1 1 sep- 
tembre 1 709), il reçut neuf blessures, et fut laissé pour mort sur le champ de 
bataille. Promu au grade de lieutenant en récompense de sa bravoure, il revint 
au Canada ; n'ayant pu faire reconnaître son titre de lieutenant, il entra comme 
enseigne dans les troupes de la marine (3). 

Le 29 octobre 1712, il épousait à Québec Marie-Anne Dandonneau, fille 
de Louis Dandonneau du Sablé, seigneur de l'île du Pas, et de Jeanne Lenoir. 
Madame de la Verendrye décéda aux Trois-Rivières, le 25 septembre 1 739. 

De leur mariage naquirent six enfants : 

1 o Jean-Baptiste, baptisé à Sorel, le' 5 septembre 1713. 

2o Pierre, baptisé à Sorel, le 26 décembre 1714. 

3o François, baptisé à Sorel, le 22 décembre 1715. 

4o Louis-Josqjh, baptisé à Sorel, le 9 novembre 1717. 

5o Marie-Anne, baptisée à l'île du Pas, le 1 2 juin 1 72 1 . 

Elle épousa à Montréal, en 1 745, Jacques Hyppolite Leber de Senne- 
ville. Nous croyons qu'ils périrent tous deux dans le naufrage de V Auguste 
sans laisser de postérité. 

6o Marie-Catherine, baptisée à Sorel, le 26 mai 1 724. 

Elle épousa, à Montréal, le 25 juin 1 743, Jean Leber de Senneville, 



( 1 ) Ce nom de La Verendrye lui venait de Charles Gaulthier, cheva- 
lier, seigneur de la Verandrie, gouverneur d'Arlon, son oncle paternel. (Greffe 
de Chambalon, 6 sept. 1701). 

Note de M. Philias Gagnon, dans le Dictionnaire Généalogique de Mgr 
Tanguay. 

(2) R. P. Camille de la Rochemonteix, Les Jésuites et la Nouvelle- 
France au XV II le siècle, tome 1er, p. 200. 

(3) M. B. Suite, article cité dans le B. R. H., vol. 21, 1915, pp. 
106-109. 



___ 170 — 

sieur de Saint-Paul. Ils périrent dans le naufrage de V Auguste, avec leurs 
deux fils Jacques, âgé de 1 5 ans, et Louis-Joseph, âgé de 1 3 ans. 

En 1715, Pierre Gauthier de la Vérendrye obtint la permission de faire 
la traite des fourrures au poste de la Gabelle, ap>pelé aussi le Sault de la 
Verandrye. En 1727, M. de Beauharnois le nommait commandant du poste 
de la Tourelle, près du lac Nepigon. C'est là, dans la solitude, que de la 
Vérendrye mûrit le projet qu'il caressait, de découvrir cette mer de l'Ouest 
dont les Indiens lui avaient raconté les merveilles. Il parvint à faire approuver 
son plan par M. de Beauharnois, et dans l'été de 1 731, il quittait Michillima- 
kinac, avec son neveu Christophe de la Jemmeraye, et ses deux fils, Jean- 
Baptiste et Pierre et une cinquantaine d'hommes. Il passe l'hiver à Kamé- 
nistoya (Fort William), à l'ouest du lac Supérieur, et se rend au printemps de 
1 732, au fort Saint-Pierre, sur le lac de la Pluie ; dans le même été il élève 
le fort Saint-Charles, sur une des rives du lac des Bois, et envoie au printemps 
de l 734, l'aîné de ses fils, Jean-Baptiste, bâtir le fort Maurepas, à cinq lieues 
du lac Winnipeg. 

Dans ce même printemps, il revient à Montréal pour se disculper des 
accusations qu'on avait portées contre lui. Abandonné de tous, il décide 
néanmoins de continuer ses découvertes. Dans l'été de 1 735, il retourne au 
fort Saint-Charles, conduisant avec lui le Père Aulneau et son plus jeune fils, 
Louis-Joseph, qui avait passé l'hiver précédent au cojlège des Jésuites à Québec 
pour y apprendre les mathématiques et le dessin. Dans la lettre oii il donne 
ce détail, le Découvreur nous dit que Louis-Joseph allait se joindre à ses trois 
frères p)our continuer l'entreprise. Le sieur de la Vérendrye avait donc ses 
quatre fils auprès de lui en 1 735. Comme il se disposait à quitter le fort Saint- 
Charles, au printemps de 1 736, un courrier vint lui apporter la nouvelle de la 
mort de son neveu la Jemmeraye ; c'était un coup terrible pour le Découvreur ; 
une autre épreuve non moins pénible allait bientôt l'accabler. Quinze jours plus 
tard, le Père Aulneau, son fils aîné Jean-Baptiste et une vingtaine de ses meil- 
leurs hommes étaient massacrés par les Sioux, dans une des îles du lac des 
Bois. C'était le 8 juin 1736. Leurs restes, recueillis par le, chevalier de la 
Vérendrye, furent inhumés dans l'enceinte du fort Saint-Charles, le 1 8 septembre 
de la même aimée (4). 



(4) En 1902, 1905, 1907 et 1908, des expéditions furent organisées 
par les révérends Pères Oblats de Saint-Boniface, dans le but de faire des 
recherches sur les rives du lac des Bois, et retracer le lieu de sépulture du Père 
Aulneau et de Jean-Baptiste de la Vérendrye. Après de longues recherches, 
on parvint à localiser le site de l'ancien fort Saint-Charles ; des fouilles pra- 
tiquées dans son enceinte amenèrent la découverte, le 8 août 1 908, des restes 
du révérend Père et de son compagnon. 



— 171 — 

En apprenant ce désastre le Découvreur resta atterré, d'autant plus qu'il 
se trouvait sans vivres, sans munitions. C'est dans ces tristes circonstances, 
qu'il revint à Montréal, Il y passa l'hiver ; le 23 septembre 1 736, il était de 
retour au fort de Maurepas ; dans ce même automne, il fondait le fort la Reine, 
sur la rivière des Assiniboines, à l'endroit où se trouve aujourd'hui Portage-la- 
Prairie. C'était le premier Européen qui traversait ces régions habitées main- 
tenant par une p>opulation si nombreuse. 

Du fort la Reine, la Verendrye, accompagné de ses deux fils François et 
Louis-Joseph (5), descendit chez les Mandanes, tribu indienne qui habitait le 
Dakota actuel (6). De nouveau, au printemps de 1 740, le Découvreur reve- 
nait à Montréal, où l'appelait à grands cris ses créanciers. 

Encouragé par M. de la Galissonnière, qui l'approuve de nouveau dans 
son entreprise, il reprend le 26 juin I 74 1 , la route de l'Ouest 

Pendzmt son absence, ses trois fils avaient ix}ussé au loin les découvertes 
et exploré les lacs Manitoba, Dauphin, Winnipegosis, Bourbon et la partie 
inférieure de la rivière Paskoyac (Saskatchewan) . Pierre avait visité le pays 
des Mandanes (1741). A son retour au mois d'octobre 1 74 1 , le Découvreur 
l'envoie bâtir le fort Dauphin (1742) au nord-ouest du lac du même nom, 
et le fort Bourbon ( 1 744) sur la rivière des Biches (Red Deer). 

Le 9 avril I 742, Louis-Joseph, le chevalier, et son frère François quit- 
taient le fort La Reine pour un long voyage. Le Découvreur les avait chargés 
de se diriger vers l'ouest, et d'aller aussi loin que possible de ce côté. Accom- 
pagnés de deux Canadiens seulement, ils visitent d'abord le pays des Mandanes, 
atteignent le Haut-Missouri, dont ils remontent le cours jusqu'à la rivière Ycllow- 
Stone, faisant alliance avec plusieurs tribus indiennes. Le 1er avril 1743, ils 
étaient au pied des Montagnes Rocheuses ; c'était la première fois qu'il était 
donné à des blancs de contempler leurs sommets couverts de neige. Les hardis 



(5) Pierre, depuis la mort de Jean-Baptiste, était l'aîné, et c'est ainsi 
que le désigne le Découvreur dans ses différents mémoires. Le chevalier c'est 
Louis-Joseph, le plus jeune. C'était ordinairement le plus jeune des fils qui 
perpétuait dans la famille le titre de chevalier. Que Louis-Joseph soit le che- 
valier, nous en avons une preuve évidente dans les documents officiels ; ainsi 
en 1 749, lorsque Pierre et Louis- Joseph furent nommés enseignes en second, 
le ministre, dans la lettre de nomination, mentionne d'abord le chevalier de la 
Verandrye, et ensuite la Verandrye, l'aîné. 

(6) Le mémoire du voyage de la Verendrye chez les Mandanes a été 
publié dans le Rapport sur les Archives Canadiennes par M. Douglas Brymner, 
1689. p. 1 et seq. 



— 172 -- 

explorateurs auraient bien voulu escalader ces pics qui leur barraient la route 
vers la grande mer de l'Ouest, mais les Indiens de la nation des Serpents qui 
les avaient accompagnés jusque là, les abandonnèrent et les deux frères durent 
revenir sur leurs pas. Le 2 juillet de la même année, ils étaient de retour au 
fort La Reine. Louis- Joseph a laissé un récit fort intéressant de ce voyage (7). 
De son côté le Découvreur était revenu à Montréal où de cruelles déceptions 
l'attendaient : 

" A son retour à Montréal, à l'automne de 1 743, dit l'honorable juge 
L.-A. Prudhomme (8), la Verendrye fut abreuvé d'amertume et calomnié 
de toutes façons. ,! 

" Quoique le plus ancien lieutenant en Canada, on lui refusa tout avan- 
cement. Des âmes envieuses avaient représenté à M. de Maurepas que ses 
expéditions étaient dirigées surtout vers la découverte des castors. On traitait 
ses dépenses les plus indispensables comme de la dissipation et ses relations 
comme des mensonges. On empoisonna tellement l'esprit de ce ministre contre 
le Découvreur, qu'il finit par lui imputer la mort de son fils et du P. Aulneau, 
comme la conséquence de son avancé. 

" Pourtant, au lieu de s'enrichir, il avait tout sacrifié ce qu'il possédait 
et se trouvait en plus chargé d'une dette de 40,000 livres, 

" Cet homme, après avoir sacrifié son avenir militaire, ses enfants et ses 
biens, arboré le drap>eau de sa patrie jusque sur les premiers pics des Montagnes 
Rocheuses, et depuis les bords du Missouri jusqu'à ceux de la Saskatchewan, 
bravé souvent la bise glaciale de nos hivers, sans autre abri que la voûte dès 
cieux, affronté les mille dangers de voyages continuels, sur de frêles esquifs, 
au milieu des lacs immenses et de rapides écumeux, exposé sans cesse aux pas- 
sions haineuses et cruelles de nombreuses tribus barbares, cet homme si hono- 
rable, si intègre et si dévoué à son pays, se voyait, p>our toute récompense de 
ses longs états de service, traité comme un vulgaire commerçant de fourrures, 
âpre au gain, ne cherchant qu'à s'enrichir per fas et nefas. On éprouve un 



(7) Journal du voyage fait par M. le chevalier de la Verendry)e pour 
parvenir à la découverte de la mer de VOuest, adressé à M. le marquis de Beau- 
harnois. Ce journal fut envoyé au ministre par M. de Beauhamois en date du 
27 octobre 1 744. 

Archives publ. du Canada. Postes des pays de l'Ouest, A. III, vol. 1 6. 
Voir une copie de ce journal dans Margry, vol. 6, pp. 599-61 ]. 

Sur les voyages et les découvertes du sieur de la Verendrye, voir aussi le 
Mémoire au sujet de rétablissement pour parvenir à la découverte de la mer 
de rOuest, publié dans Margry, vol. 6, pp. 585-595. 

(8) M. S. R. A., 1905, pp. 54 et 55. 



— 173 - 

serrement de coeur en face d'une injustice aussi révoltante et on sent notre 
admiration grandir et s'élever à la hauteur des mépris dont on a voulu couvrir 
le caractère de la Verendrye. 

"... Quoi qu'il eu soit, en face de circonstances si pénibles, en I 743, le 
Découvreur se voyant méconnu, donna sa démission et se retira. 

" Le gouverneur chargea alors M. de Noyelles de continuer l'entreprise. 
Ici, proprement dit, se termine la carrière du Découvreur. Il ne devait plus 
retourner dans le pays des prairies. Le marquis de Beauharnois écrivit en 
France pour le défendre et montrer la fausseté des accusations portées contre 
lui. Son successeur, le comte de la Galissonnière, repassa en France en I 749 
et ouvrit enfin les yeux de la cour. Pour réparer les injustices dont il avait 
été l'objet le roi lui accorda, le 17 septembre 1749 (9), la croix de l'ordre 
militaire de Saint-Louis et le promut au grade de capitaine des troupes de la 
marine. 

" En même temps, il fut prié de rqjrendre la direction des affaires du 
Nord-Ouest. La Verendrye, touché de ces témoignages d'estime et de con- 
fiance, se mit aussitôt à l'oeuvre. 

** C'est le propre des âmes d'élite de s'élever au-dessus de leurs ressentiments 
personnels, même les plus légitimes, quand il s'agit des intérêts de leur patrie. 
La Verendrye ne marchanda pas ses services dès qu'il vit qu'il pouvait encore 
être utile à son roi. Il se proposait d'aller hiverner au fort Bourbon ( 1 750- 
1751), et de reconnaître, en 1751, la Saskatcheman. Il avait l'intention de 
bâtir une ligne de forts jusqu'aux Montagnes Rocheuses, franchir ces dernières 
et atteindre l'océan Pacifique, lorsque les maladies contractées au milieu de ses 
voyages le terrassèrent. Il mourut le 5 décembre 1 749, et ses restes furent 
défKJsés dans l'église de Notre-Dame de Montréal." 

Voici son extrait mortuaire tiré des registres de la paroisse de Notre-Dame 
de Montréal pour l'année I 749 : 

" Le 7 décembre 1 749, a été inhumé dans la chap>elle Sainte-Anne de 
cette église le corps de monsieur Pierre Gaultier, écuyer, sieur de la Verendrye, 
chevalier de l'ordre militaire de Saint- Louis, capitaine d'une compagnie des 
troupes du détachement de la marine, âgé d'environ 64 ans, décédé le 5 des 
dits mois et an, entre 9 et 1 heures du soir. Ont été présents, messieurs 
Clérimbert et Guay, prêtres, qui ont signé. 



(9) Plutôt le 23 mai 1 749. Le chevalier de la Verendrye (Louis- 
Joseph) et de la Verendrye l'aîné (Pierre) sont nommés en même temps ensei- 
gnes en second. Le Président du Conseil de Marine, à M. de la Jonquière, 
23 mai 1 749. Archives publ. du Canada, Registre des dép., série B, vol. 89. 



... 174 — 

CLERIMBERT, ptre 
GUAY. ptre 
DEATS. vie." 
Les membres de la Société Historique de Saint-Boniface s'occupent depuis 

quelques amiées de recueillir des fonds pour élever un monument à l'illustre 

Découvreur. 

Le 1er février 1912, le comité du Monument de la Verendrye a adressé 
un appel chaleureux à tous les Canadiens français, leur demandant de prêter 
leur généreux concours, pour mener à bonne fin cette entreprise vraiment natio- 
nale (10). 

M. Fleurimont de Noyelles, qui avait été chargé de poursuivre les décou- 
vertes commencées par le chevalier de la Verendrye, dut bientôt faire appel à 
l'expérience des fils du Découvreur. 

A leur retour à Montréal, dans l'été de 1 744, les trois frères de la 
Verendrye étaient entrés dans les troupes de la marine. Pierre, l'aîné, prit 
part à l'expédition contre Sarostau (Saratoga) dans le mois de novembre l 745 ; 
dans l'été de 1 746, il fut envoyé avec M. de Saint-Pierre dans l'Acadie, où il 
combattit à l'île Saint-Jean. 

Au printemps de 1747, nous le trouvons guerroyant, sous les ordres du 
chevalier de La Corne et de M. de Saint-Pierre, contre un parti d'Iroquois, aux 
Cascades, près de Montréal. 

Au mois de juin, il partait, avec M. de Noyelles, pour l'Ouest ; rendus 
à Michilimakinac, les deux voyageurs durent rebrousser chemin, à cause de 
l'agitation qui régnait chez les Sauvages, et revenir à Montréal. Pierre repartit 
aussitôt pour l'Ouest, cette fois, avec ses deux frères, François et Louis-Jo.sq)h. 
Ce dernier s'arrêta à Michilimakinac et revint à Montréal dans ce même autom- 
ne de 1 747. Pierre poursuivit sa route vers l'Ouest ; il visita plusieurs tribus 
indiennes, en compagnie de François qui resta dans les postes de l'Ouest, 
pendant que son frère aîné revenait à Michilimakinac, au printemps de 
1748 (11). 

Pendant cet hiver de 1 748, le chevalier Louis- Joseph, à la tête d'un parti 
de cinq Cristinaux, deux Outaouais, un Sauteux et cinq Canadiens, avait fait 



( 1 0) Voir ce document dans le Bulletin des Recherches Historiques, 
1912, pp. 49-54. 

(11) Voir le Mémoire des partis de guerre qui ont été équipés à Mont- 
réal, et des autres mouvements qui s'p sont faits, à cette occasion, depuis le 22 
septembre 1746, jusquau 10 août 1747. Archives du Canada, Correspon- 
dance générale, C. 1 1 , vol. 87. 



— 175 — 

une expédition dans la Nouvelle-Angleterre. Dans le récit des événements 
arrivés durant l'année 1748 (12) nous lisons, en date du 29 mars : " Le 
Sr de la Verendrye, fils, est de retour à Montréal, avec les Cristineaux et autres 
guerriers de son parti. Il a frappé aux environs de Corlar sur un parti d'Agniers 
et de Flamands qui étaient en marche p>our venir à la découverte du côté de 
Sarosto ; il a apporté deux chevelures d'Agniers, entr'autres, celle du premier 
chef de cette nation, un d'un flamand, et un flamand prisormier, qui ne rapporte 
rien d'intéressant, dit seulement qu'on parle beaucoup de paix." 

Le 28 juin de la même année il quittait Montréal, avec M. de Noyelles ; 
il rejoignit ses deux frères, et tous trois allèrent rétablir le fort de la Reine, qui 
tombait en ruine, et le fort Maurepas, qui avait été brûlé par les sauvages. 
Louis-Joseph remonta ensuite la rivière Paskoyac (Saskatcheman) jusqu'à la 
fourche formée par la réunion des branches du nord et du sud, où il jeta les 
fondements du fort de Paskoyac. 

De retour à Michilimakinac au printemps de 1 750, les frères de la 
Verendrye apprirent la mort du chevalier, leur père. Le Gardeur de Saint- 
Pierre, qui avait remplacé M. de Noyelles comme commandant des postes 
de l'Ouest, refusa, de concert avec MM. de Jonquières et Bigot, de leur laisser 
continuer les découvertes. Ils durent revenir à Montréal. 

Nous reproduisons ici la lettre touchante que le chevalier Louis-Joseph 
adressa au ministre de M. de Maurepas, en date du 30 septembre 1 750 (13); 
" Monseigneur 

" Il ne me reste d'autre ressource que de me jeter aux pieds de Votre 
Graiideur et de l'importuner du récit de mes malheur. 

" Je m'appelle La Verenderie, feu mon Père est connu icy et en France 
par la découverte de la Mer de l'Ouest à laquelle il a sacrifié plus de quinze 
des dernières années de sa vie, il a marché et nous a fait marcher mes frères 
et moy d'une façon à pouvoir toucher au but quel qu'il soit, s'il y eût été plus 
aidé et s'il n'eût pas tant traversé surtout par l'envie ; l'envie est encore icy 
plus qu'ailleurs une passion à la mode dont il n'est pas possible de se garantir, 
tcindis que mon père avec mes frères et moy s'excédoit de fatigues et de dép>en- 



(12) 26 septembre 1748, MM. de la Galissonnière et Bigot, au mi- 
nistre: Journal Je ce qui s^est passé au Canada à V occasion des mouvements 
de guerre et des différents avis qu'on a reçus à Québec, depuis le mois de 
novembre 1 747. Archives du Canada, Correspondance générale. Cil, vol. 
91. 

(13) Archives du Canada, Postes des pays d'en haut, série F., vol. 
126, pp. 504-512. Cette lettre a été reproduite dans Margry. 



•---176 — 

ses, ses pas n'étoient représentés que comme des pas vers la découverte du 
castor ses dépenses forcées n'étoient que dissipation et ses relations n'étoient 
que mansonges, l'envie de ce pays n'est pas une envie à demi, elle a pour prin- 
cipe de s'acharner à dire du mal dans l'espérance que pour peu que la moitié 
des mauvais discours prenne faveur cela suffira pour nuire, et effectivement mon 
père ainsy desservi a eu la douleur de retourner et de nous faire retourner plus 
d'une fois en arrière faute de secours et de protection, il a même quelques fois 
reçu des reproches de la Cour, plus occupé de marcher que de raconter, jusqu'à 
ce qu'il pût raconter plus juste, il s'endettoit, il n'avoit point de part aux 
promotions et il n'en étoit pas moins zélé pour son projet, persuadé que tôt ou 
tard ses travaux ne seroient pas sans succès et sans récompense. 

" Dans le tems qu'il se livroit le plus à ses bormes dispositions l'envie eut 
le dessus, il vit passer entre les mains d'un autre des postes tout établis et son 
propre ouvrage, pendant qu'il étoit ainsy arrêté dans sa course le castor arrivoit 
assés abondamment pour un autre que pour lui, mais les Postes bien loin de se 
multiplier dép>érissoient et la découverte ne faisoit aucun progrès, c'est ce qui 
le désoloit le plus. 

" Monsieur le Marquis de la Galissonnière arriva dans le pays sur ces 
entrefaites, et à travers tout ce qui se disoit en bien et en mal il jugea, qu'un 
homme qui avoit poussé de pareilles découvertes à ses frais et dépens sans qu'il 
en eût rien coûté au Roy et qui s'étoit endetté pour de boiis établissement méri- 
toit un autre sort ; beaucoup de castor de plus dans la Colonie et au proffit 
de la Compagnie des Indes, quatre et cinq Postes bien établis au loin par des 
forts aussi bons qu'ils puissent être dans des contrées aussi éloignées, nombre 
de sauvages devenus des sujets du Roy et dont quelques uns dans un party 
que je commandois, donnèrent l'exemple à nos sauvages domiciliés de frapper 
sur les Auniers Sauvages dévoués à l'Angleterre parurent de véritables services, 
indépendamment du projet commencé de la découverte et dont le succès ne 
pouvoit estre ny plus prompt ny plus efficace qu'en restant entre les mêmes 
mains. 

" C'est ainsi que Monsieur le Marquis de la Galissonnière a bien voulu 
s'en expliquer et sans doute il s'en est expliqué de même à la Cour, puisque mon 
Père l'année d'ensuite, qui étoit l'année dernière se trouva honoré de la Croix 
de Saint Louis et invité à continuer l'ouvrage commencé avec ses enfans il se 
disposoit à partir de tout coeur, il n'épargnoit rien pour réusisir, il avoit desja 
achetté et préparé toutes les marchandises de traitte, il m'inspiroit et à mes 
frères son ardeur, lorsque la mort nous l'a enlevé le 7 du mois de Décembre 
dernier. 



— 177 — 

" Quelque grande que fût alors ma douleur, je n'aurois jamais pu imaginer 
ny prévoir tout ce que je perdois en perdant mon Père succédant à ses engage- 
ments et à ses charges, j'osois espérer la succession des mêmes avantages, j'eus 
l'honneur d'en écrire sur le champs à Monsieur le Marquis de la Jonquière en 
l'informant que j'étois rétabli d'une indisposition qui m'étoit survenue et qui 
pouvoit servir de prétexte à quelqu'un pour chercher à me supplanter il me fût 
répondu qu'il avoit fait choix de Monsieur de Saint Pierre pour aller à la Mer 
de l'Ouest. 

" Je partis aussitôt de Montréal ou j'étois p>our Québec, je représentai 
la scituation où me laissoit mon Père, qu'il y avoit plus d'un Poste à la Mer 
de l'Ouest, que mes frères et moy serions charmés d'être sous les ordres de 
Monsieur de Saiht-Pierre, que nous nous contenterions s'il le falloit d'un seul 
poste et du poste le plus reculé, que même nous ne demandions qu'à aller en 
avant, qu'en poussant les découvertes nous pourrions tirer partie des derniers 
achats de feu mon Père et de ce qui nous restoit encore dans les Postes, que 
du moins nous aurions ainsy la consolation de faire nos plus grands efforts f>our 
répondre aux vues de la Cour. 

" Monsieur le Marquis de la Jonquière pressé et même à ce qu'il m'a 
paru touché de mes représentations me dit enfin que Monsieur de Saint Pierre 
ne vouloit ni de moy, ny de mes frères, je demandai ce que deviendroient nos 
crédits. Monsieur de Saint Pierre avoit parlé, il ne restoit rien à obtenir ; je 
retournai à Montréal avec ce consolant éclaircissement je mis en vente une petite 
terre, seul effect de la succession de feu mon Père dont les deniers ont servi à 
satisfaire les créanciers les plus pressés. 

** Cep)endant la saison s'avançoit, il s'agissoit d'aller à l'ordinaire au rendes 
vous marqué de mes engagés pour leur sauver la vie et recevoir les retours 
sujets sans cette précaution à être pillés et abandonnés ; j'ai obtenu cette p>er- 
mission avec bien de la peine malgré Monsieur de Saint Pierre et seulement à 
des conditions et des restrictions faittes pour les derniers voyageurs, encore à 
peine Monsieur de Saint Pierre me vît-il parti qu'il se plaignit que mon départ 
avant le sien lui faisoit un tort de plus de dix mille francs et qu'il m'accusa 
sans autre cérémonie d'avoir chargé mon canot au delà de la permission qui 
m'étoit accordée. 

" L'accusation fût examinée on envoya à la p>oursuite de mon canot et si 
on m'eût rejoint, dès lors Monsieur de Saint Pierre se seroit rassuré plustôt, 
il m'a rejoint à Missilimakinac et si je doit l'en croire il a eu tort d'en agir 
ainsi, il est bien fâché de ne pas m'avoir, ny mes frères avec luy, il m'a témoigné 
beaucoup de regrets et m'a fait bien des compliments quoiqu'il en soit, tel est 



... 178 -- 

son procédé, il m'est difficile d'y trouver de la bonne foy et de l'humanité. 

Monsieur de Saint Pierre pouvoit obtenir tout ce qu'il a obtenu, assurer 
ses intérêts par des avantages qui surprennent et amener un parent avec luy 
sans nous donner une entière exclusion, Monsieur de Saint Pierre est un officier 
de mérite et je n'en suis que plus à plaindre de l'avoir ainsy trouvé contre moy, 
mais avec toutes les bonnes idées qu'il a pu donner de luy dans différentes occa- 
sions, il auroit de la peine à prouver qu'en cela il a eu en vue le bien de la 
chose, qu'en cela il s'est conformé aux intentions de la Cour et a respecté les 
bontés dont le Marquis de la Galissonnière nous honore, il faut même pour qu'il 
nous soit fait un pareil sort qu'il nous ait bien nui auprès de Monsieur de Marquis 
de la Jonquière par luy même toujours disposé à faire le bien. 

" Je n'en suis pas moins ruiné, mes retours de cette année recueillis à moitié 
et à la suitte de mille inconvénients achèvent ma ruine, compte arrestés tant du 
fait de mon Père que du mien, je me trouve endetté de plus de vingt mille 
francs, je reste sans fonds ny patrimoine, je suis simple Enseigne en second, 
mon frère aisné n'a que le même grade que moy et mon frère cadet n'est que 
cadet à l'Eguillette (14). 

" Voilà le fruit actuel de tout ce que mon père, mes frères et moy avons 
fait, celuy de mon frère qui fût assassiné il y a quelques années par les sauvages, 
toute victime qu'il est de la Mer de l'Ouest n'est pas le plus malheureux, son 
sang n'est pour nous d'aucun mérite, les sueurs de mon Père et les nôtres nous 
deviennent inutiles, il nous faut abandonner ce qui nous a tant coûté, à moins 
que Monsieur de Saint Pierre ne reprenne de meilleurs sentiments et ne les com- 
muniquent à Monsieur le Marquis de la Jonquière, certainement nous n'aurions 
point été ni ne serions p>oint inutiles à Monsieur de Saint Pierre je ne luy ay 
rien caché de ce que j'ay crû pouvoir luy servir, mais quelque habile qu'il soit, 
et en luy supposant la meilleure volonté, j'ose dire qu'il s'est exposé à faire bien 
des faux pas, et à s'égarer plus d'un jour en nous excluant d'avec luy, c'est 
une avance que de s'être desjà égaré et il nous semble que nous serions seurs 
actuellement de la droite route pour parvenir au terme quel qu'il puisse être, 
notre plus grand supplice est de nous trouver ainsy arrachés d'un sphère que 
nous nous proposions de terminer de tous nos efforts. 

" Daignés donc. Monseigneur, juger la cause de trois orphelins le mal, 
tout grand qu'il est seroit-il sans remède, il est entre les mains de Votre Grandeur 



(14) Voici à notre avis un passage qui démontre clairement que celui 
que l'on appelait le chevalier était bien Louis-Joseph, le signataire de cette 
supplique, le plus jeune des fils du Découvreur. L'aîné, dont il est fait mention 
ici, c'est Pierre, le cadet, c'est François. 



— 179 — 

des ressources de dédommagement et de consolation et j'ose les espérer, nous 
trouvant ainsi exclus de l'Ouest ce seroit nous trouver dépouillés avec la dernière 
cruauté d'une esjjèce d'héritage dont nous aurions eu toutes les amertiunes et 
dont d'autres auroient toutes les douceurs. 

" J'ay l'honneur d'être avec un profond respect, de Votre Grandeur, 
" Le très humble et très obéissant serviteur 

" CH'R DE LA VERENDRY " 

Les suppliques, les lettres furent inutiles ; les fils de la Verendrye étaient 
officiellement chassés des prairies de l'Ouest. 

Pierre, l'aîné, rentra de nouveau dans les troupes de la marine. Dans 
l'été de I 751, il était aux Cèdres, près Montréal ; en I 752, il fut envoyé au 
fort Beauséjour, en Acadie ; il est probable qu'il demeura attaché à la garnison 
de ce fort jusqu'à sa prise par Monkton, en juin 1755 (15). Il avait été 
nommé enseigne en pied en 1 749. Il décéda à Québec le 1 3 septembre I 755. 
Voici l'acte de sa sépulture tel qu'il est consigné dans le registre officiel de la 
paroisse de Notre-Dame-de-Québec : 

" Le quatorze sqjtembre, mil sept cent cinquante cinq, par moi curé de 
Québec, soussigné, a été inhrnné dans le cimetière de cette paroisse M. Gauthier, 
écuyer, sieur de Varennes de la Verendrie, officier des troupes détachées de la 
marine en Canada, décédé le jour précédent, âgé d'environ de quarémte ans. 
Etaient présents Jean Vallée, Guillaume Taphorin et grand nombre d'autres." 

(Signé) J. F. RICHER. curé. 

Il sonble que François et Louis-Joseph continuèrent leurs courses dans 
l'Ouest. On voit dans le compte-rendu de la recette des postes des pays d*en 
haut, pour l'année I 755, le nom d'un M. de la Verendrye, commandant à 
Chagouamigon. sur le lac Supérieur. 

Nous croyons qu'il s'agit ici de François. Quant à Louis-Joseph, il 
épousa, à Montréal, le 7 novembre 1 755, Marie-Amable Testard de Montigny, 
fille de feu Jacques Testard de Montigny et de dame Mariaime Laporte- 
Louvigny. 

Une fille, Amable-Charlotte Gauthier de la Verendrye, naquit de ce 
mariage ; elle fut baptisée à l'église paroissiale de Montréal, le 7 novembre 
I 756. Madame de la Verendrye décéda prématurément le 28 novembre de 



(15) Voir : Mémoire des services de Pierre Gautier de la Verendrye, 
Caîné, qu'il a Vhormeur de présenter à Monseigneur Rouillé, ministre et secrétaire 
d'Etat du département de la Marine, dans Margry. Mémoires et documents, 
vol. 6, pp. 628-631. 



-Î180 - 

la même année, et nous croyons que la petite Amable-Charlotte la suivit dans 
la tombe ; nous n'avons pu cependant trouver l'acte de décès de cette dernière. 
Au printemps de 1757, nous retrouvons Louis- Joseph à Montréal, enga- 
geant des hommes de canot, pour retourner dans l'Ouest (16). 

C'est dans ce même été de 1757, qu'il fut nommé lieutenant dans les 
troupes du détachement de la marine (17). 

Louis-Joseph épousa, en secondes noces, à Laprairie, le 3 1 janvier 1 758, 
Louise-Antoine Mézières de l'Epervanche, fille de Charles-François Mézières, 
écuier, sieur de l'Epervanche, capitaine des troupes de la marine, et de Marie- 
Louise-Suzanne Noland. 

Au contrat de mariage, il est qualifié de lieutenant d'infanterie, demeurant 
en garnison, à Montréal (18). Il habitait alors rue Saint-Sulpice, à côté de 
l'église paroisisale, à l'endroit où se trouve actuellement le numéro 1 56. Cette 
maison avait été achetée le 31 janvier 1757 (19). François Gaultier, écuier, 
sieur de la Verendrye, assistait au contrat de mariage de son frère. 

Après la cession du pays à l'Angleterre, Louis- Joseph continua à résider 
à Montréal. Dans l'automne de 1761, il s'embarqua sur l'Auguste pour 
passer en France, et p)érit dans le naufrage de ce navire (20). 

François, le seul survivant des fils du Découvreur, hérita des biens de son 
frère, entr'autres de la seigneurie du Tremblay. C'est pourquoi on le voit 
prendre, après cela, le titre de sieur du Tremblay. 

Le 9 novembre 1 769, par un acte d'accord passé avec Dame Louis- 
Antoine Mézières de l'Epervanche, veuve de Joseph Gauthier, sieur de la 



(16) Engagement de Pierre Galarneau, François Aubuchon, Jean 
Ranie, à M. de la Verendrye, pour aller à la mer de l'Ouest. 1er mai 1 757. 
Greffe de P. Panet. 

(17) Rapport sur les archives du Cartada, pour Vannée 1886, par 
Douglas Brymner, p. CXXXVII. 

( 1 8) Nous devons à l'obligeance de M. A.-M. Lapalice, archiviste 
à l'église paroissiale de Montréal, ces intéressantes notes. De même M. E.-Z. 
Massicotte, archiviste au palais de justice de Montréal, nous a fourni plusieurs 
pièces officielles très importantes. 

(19) Greffe de P. Panet. 1er février 1758. 

(20) "Inventaire des biens de Joseph Gauthier, écuyer, sieur de la 
Verandrye, vivant, lieutenant d'infanterie de Sa Majesté Très Chrétienne, nau- 
fragé l'automne dernier, dans le navire Auguste, en passant en l'Ancienne 
France." Cet inventaire fut fait par le notaire P. Panet, le 29 mars 1 762, à 
la demande de Dame Louise-Antoine Mézières de l'Epervanche, en présence 
de François Gauthier, écuier, sieur du Tremblay. 



— 181 --- 

Verendrye, François cédait à celle-ci tous ses droits à la succession de son frère, 
"à la charge pour la dite dame de le nourrir et entretenir, et en cas d'incompa- 
tibilité d'humeur, de lui payer quatre cens cinquante livres de rente viagère". 

François décéda, à l'Hôtel-Dieu de Montréal, le 31 juillet 1 794, âgé de 
82 ans (21 ). 

Il ne s'était pas marié, et avec lui s'éteignit le nom de la Verendrye. 

Quant à la veuve de Louis- Joseph, elle vécut jusqu'en 1/25. Voici son 
acte de sépulture : ' 

" Le six mars, mil huit cent vingt-cinq, je, prêtre soussigné, ai inhumé 
Dame Louise Antoine Mezière de l'Epervanche, décédée le trois du courant, 
âgée de quatre vingt huit ans, veuve de Joseph Gauthier de Laverendry, écuier, 
de cette paroisse. Témoins, Louis Bayard et Joseph Giroux, qui n'ont su 
signer.— F. X. DUROCHER, ptre. 

L'abbé IVANHOE CARON 



(21) Registres des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse de 
Montréal, pour l'année 1 794. 



VINGT=GINQ ANS 
A M PIERRE GEORGES ROY 



Depuis un quart de siècle, inlassable chercheur. 
Vous explorez le champ fécond de notre histoire 
D'où vous faites surgir, tout rayonnants de gloire, 
Des noms que notre race acclame avec bonheur. 

Que de nobles exploits connus seuls du Seigneur, 
Vous avez exhumés de l'ombre d'un grimoire, 
Témoignant que dans la défaite ou la victoire, 
Les Canadiens français s'inspirent de l'honneur ! 

Les bouquins vermoulus et les vieilles archives, 
Si souvent dédaignés par les âmes naïves. 
Sont la source idéale où puise votre esprit. 

C'est le dépôt sacré des titres de noblesse 

De nos vaillants aïeux, dont vous êtes sans cesse 

L'avocat le plus fier et le plus érudit. 

J.-B. CAQUETTE 



-- 182 - 



Les prisonniers de gnerre américains décédés 
à Québec de 1812 à 1815 



(Suite et fin) 

— James Still, private soldier in the United States twenty-second Régi- 
ment of foot, from the state of Connecticut, a prisoner of war, aged twenty 
eight years, died august the thirty first, and was buried september the second 
in the year of Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— John Lewis, private soldier in the United States ninth Régiment of 
foot, from the state of New- York, a prisoner of war, aged forty-three years, 
died september the first and was buried september the second in the year of 
Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Stephen Smith, private soldier in the United-States ninth Régiment 
of foot, from the state of Massachusetts, a prisoner of war, aged twenty-nine 
years, died september the fourth and was buried september the eight, in the year 
of Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— William Clarke, private soldier in the United States ninth Régiment of 
Foot, from the state of Massachusetts, a prisoner of war, aged ninteen years, 
died september the fourth, and was buried september the ei^t in the year of 
Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— A man unknown, supposed to hâve bçen an american prisoner of war, 
was found drowned in the river St-Lawrence september the seventh and was 
buried september the ninth, in the year of Our Lord one thousand eight hundred 
and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Horace Hooker, a volunteer in the United States army, from the 
state of New- York, prisoner of war, private soldier, aged twenty-five years, 
died september the ninth, and was buried september the tenth, in the year of 
Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 



— 183 — 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Isaac Dyer, a seaman in the American Navy, prisoner of war, aged 
twenty-two years, died september the ninth and was buried september the tenth, 
in the year of Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Josiah Moore, private soldier in the United States twenty second Ré- 
giment of Foot, from the state of Pensylvania, a prisoner of war, aged thirty- 
four years, died september the eleventh, and was buried september the twelfth, 
in the year of Our Lord one thousand eigth hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— William Carver, private soldier in the United States twenty first Ré- 
giment of Foot, from the state of Massachusetts, a prisoner of war, aged thirty 
years, died september the twelfth, and was buried september die thirteenth, in 
the year of Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Walter Pratt, a volunteer in the United States army, from the state 
of Massachusetts, prisoner of war, aged seventeen years, died september the 
fourteenth, and was buried september the sixteenth, in the year of Our Lord 
one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Edward Parker, a volunteer in the United States ninth Régiment of 
foot, private soldier, from the state of Massachusetts, a. prisoner of war, aged 
nineteen years, died september the nineteenth, and was buried september the 
twentieth, in the year of Our Lord one thousémd eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Jacob Sinclair, a volunteer in the United States ninth Régiment of 
foot, from the state of Massachusetts, a prisoner of war, aged twenty-one 
years, died september the nineteenth, in the year of Our Lord one thousand eight 
hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Hulet Forster, private soldier in the United States ninth Régiment 
of foot. from the state of New- Jersey, a prisoner of war, aged forty years, died 
september the twenty-fourth and was buried s^tember the twenty sixth, in the 
year of Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Elisha Merrill, private soldier in the United States second Régiment 
of Light Dragoons, from the state of New Hampshire, a prisoner of war, aged 
twenty-three years, died september the twenty-seventh, and was buried sep- 



... 184 ^- 

tember the twenty-eight in the year of Our Lord one thousand eight hundred 
and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

-^ John Dearing, private soldier in the United States ninth Régiment of 
Foot, from the state of Massachusetts, a prisoner of war, aged thirty-seven 
years, died september the twenty-ninth and was buried october the second, in 
the year of Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— John Wayne, private soldier in the United States fourteenth Régiment 
of foot, from the state of Virginia, a prisoner of war, aged thirty-eight years, 
died october the sixth, and was buried october the seventh in the year of Our 
Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Asa Cory, private soldier in the United States Eleventh Régiment of 
foot, from the state of Massachusetts, a prisoner of war, aged twenty-seven 
years, died october the twentieth, and was buried october the twenty-first, in 
the your bf Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Phinehas Frost, a volunteer in the United States army, private soldier, 
from Maine, in the state of Massachusetts, a prisoner of war, aged twenty-two 
years, died october the twenty-first and was buried october the twenty-fourth, 
in the year of Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec 

— John Moncrieff, private soldier, in the United States second Régiment 
of Artillery, from the state of Pensylvania, a prisoner of war, aged twenty-tWO 
years, died october the thirtieth, and was buried november the second, in the 
year of Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Roger Parke, private soldier in the United States twelfth Régiment of 
Foot, from the state of New- Jersey, a prisoner of war, aged fifty seven years, 
died november the fifth, and was buried november the eight, in the year of 
Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Jonathan Clark, private soldier in the United States ninth Régiment 

of foot, from the state of Massachusetts, a prisoner of war, aged 

years, died november the sixteenth and was buried november the seventeenth, 
in the year of Our Lord one thousand eight hundred and thirteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 



... 185 — 

— Josiah P. Lamb, corporal in the twenty-first régiment of Infantry, of 
the United States of America (prisoner of war), aged twenty-two years, died 
february the twelfth anJ was buried february the fourteenth in the year of Our 
Lord one thousand eight hundred and fourteen. 

By me, Salter-Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Ezekiel Hazard, private soldier in- the United States first Régiment 
of Light Artillery, a native of Rhode Island, prisoner of war, aged twenty-five 
years, died february the twenty fifth, and was buried february the tw«ity sixth, 
in the year of Our Lord one thousand eight himdred and fourteen, 

By me Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Thomas Libby, a volunteer in the United States twenty third Régiment 
of Infantry, a native of the State of Massachusetts, prisoner of war, aged 
twenty years, died february the twenty fifth, and was buried february the 
twenty-sixth in the year of Our Lord one thousand eight hundred and fourteen. 

By me, Salter Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Abraham Bush, private soldier in the United States first Régiment 
of Artillery, a native of the state of Maryland, prisoner of war, aged forty 
eight years, died march the twenty-second, and was buried march the twenty- 
third, in the year of Our Lord one thousand eight hundred and fourteen. 

By me, Salter Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Orin Hall, private soldier in the United States thirteenth Régiment 
of Foot, a native of New- York, prisoner of war, aged thirty-six years, died 
march the twenty-eight, and was buried march the thirtieth in the year of Our 
Lord one thousand eight hundred and fourteen. 

By me George Jehosaphat Mountain, evening lecturer at Québec. 

— John Berlin, private soldier in the first United States Régiment of 
Artillery, from the state of Vermont, a prisoner of war, aged about thirty-eight 
years, died april the twentieth, and was buried april the twenty first, in the 
year of Our Lord one thousand and eight hundred and fourteenth. 

By me Salter Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Samuel Bascorn, private soldier in the ninth régiment of Infantry of 
the United States of America (prisoner of war) aged twenty-one years, died 
april the twentieth and was buried april the twenty-second in the year of Our 
Lord one thousand eight hundred and fourteen. 

By me Georges Jehosaphat Mountain, evening lecturer at Québec. 

— John Smith, private soldier in the United States thirty third Régiment 
of Foot, a native of Massachusetts, prisoner of war, aged fifty-three years 



— 186 — 

died april the twenty seventh, and was buried april thé twenty-ninth, in the 
year of Our Lord one thousand eight hundred and fourteen. 

By me Salter Jehosaphat Mountain, officiating minLuer at Québec. 

— Elisa Goodnight, private soldier in the regimtSr of Artillery of the 
United States of America (prisoner of war) aged twenty-six years, died may 
the thirteenth and was buried may the fourteenth, in the year of Our Lord one 
thousand eight hundred and fourteen. 

By me Georges Jehosaphat Mountain, evening lecturer at Québec. 

— Esley Hamelan, private soldier in the Artillery of the United States 
of America, prisoner of war, aged twenty five years, from the state of Vermont, 
died June the second and was buried June the fourth in the year of Our Lord, 
one thousand eight hundred and fourteen. 

By me, George Jehosaphat Mountain, evening lecturer at Québec. 

— Charles Finnick, private soldier in the Artillery of the United States 
of America, from the state of Pensylvania (prisoner of war), aged forty four 
years, died June the fourth and was buried June the sixth, in the year of Our 
Lord one thousand eight hundred and fourteen. 

By me, George Jehosaphat Mountain, evening lecturer at Québec. 

— Seth George Cotton, a native of York County, in, the United States, 
prisoner of war, aged twenty years, died september the second, and was buried 
september the third, in the year of Our Lord one thousand eight hundred and 
fourteen. 

By me, Joseph Langley Mills, chaplain to H. M. Forces. 

— William Judd, an american prisoner of war, of colonel Churhillis 
Régiment of New- York Militia, aged twenty-one years, died november the 
sixth, and was buried november the ninth, in the year of Our Lord one thousand 
eight hundred and fourteen. 

By me, Salter Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

— Thomas Maxwell, of the second United States Régiment of Artillery, 
born in the state of Pensylvania, county of Philadelphia, a prisoner of war, 
aged thirty five years, died february the nineteenth, and was buried february 
the twenty third, in the year of Our Lord one thousand eight hundred and 
fifteenth. 

By me, Salter Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec. 

P.-G. R. 



— 187 — 

La haate justice dans les justices seigneuriales 



SENTENCE CONTRE JEAN DENIS FILS RENDUE LE 14 SEP- 
TEMBRE 1695 PAR GUILLAUME ROGER. JUGE 
PREVOST DE NOTRE-DAME DES ANGES 

A Tous Ceux qui ces présentes lettres verront Salut 

Veu par nous Guillaume Roger jugeprevost de Notre Dame des Anges 
Le procez criminel extraordinairement fait et instruit à la Requeste du procureur 
fiscal de la jurisdiction du dit lieu demandeur et accusateur contre Jean Denis 
fils accusé d'avoir tué et assassiné Pierre Gendros et bruUé sa cabane défaillant 
ensemble contre Marguerite Barbot veufve du dit deffimt Gendro accusée de 
complicité détenue es prisons Royaux de Quebecq par permission ny en ayant 
en la dite jurisdiction et contre Jacques Despaty, aussy détenu es dites prisons, 
et Jean Larchevesque dit Grandpré accusé ensemble d'avoir favorisé l'évasion 
du dit Jean Denis fils la plainte du dit procureur fiscal à cause du dit meurtre 
et assassin et nostre ordonnance estant au bas du trente et un may dernier, 
portant p>ermission d'informer, information par nous faicte, en conséquence les 
premier, trois et quatryesme juin suivant nostre ordonnance au bas pour com- 
munication au procureur fiscal du dit jour quatryesme juin, son réquisitoire du 
septyesme, à ce qu'il fust décerné décret de prise de corps à l'encontre des dits 
Jean Denis et veufve Gendro décret de prise de corps par nous décerné contre 
les dits Jean Denis et Marguerite Barbot le huityesme, procez verbal de per- 
quisition faitte en la personne du dit Jean Denis par Lepailleur huissier Royal, 
en date du neufyesme autre procès verbal par le dit huissier et l'emprisonnement 
par luy fait de la dite Marguerite Barbot en date du dit jour neufyesme juin 
extrait de son escrouë signé Genaple signifié par le dit huissier, interrogatoire 
suby par la dite Marguerite Barbot, veufve Gendro, contenant ses confessions 
et dénégations, en date du dixyesme, assignation donnée au dit jean Denis a 
quainzaine en date du douze par le dit Le pailleur. Répétition d'interrogatoire 
faite à la dite Marguerite Barbot, en date du vingt cinquyesme au bas duquel 
est le soit montré assignation à la huictaine i>ar un cry public donnée au dit 
Jean Denis par le dit huissier le vingt neufyesme, réquisitoire du procureur fiscal 
du dixyesme juillet suivant, sentence de nous rendue p)ortant que les témoins 
Guy ex dites informations seroient recolez en leurs dépositions et vaudrait le 



— 188 — 

recolement pour confrontation à l'accusé et que sy besoin estoit seroient con- 
frontez à la dite Barbot, en date du onziesme. Recolement fait des témoins 
ouy es-ditte informations en date des treize et quinziesme au bas desquels est 
le soit montré, réquisition du procureur fiscal du seiziesme, à ce que la femme du 
nommé La Rivière fust oiiys en sa déposition nostre ordoimance en conformité 
du dit Réquisitoire en date du dit jour seiziesme la déposition de Renée Bezeau 
femme du dit La Rivière, ensuite des informations en date du dix huitiesme 
le soit montré au bas, réquisition du procureur fiscal à ce que Françoise Meus- 
nier fust assignée pour estre ouye et interrogée sur les faits résultants des dites 
informations en date du dix-neufysme, décret d'assigné, par nous décerné à 
rencontre de la dite Françoise Meusnier, en date du dit jour dixneufviesme 
signifié le mesme jour avec assignation par Olivier le Roy huissier de la dite 
jurisdiction interrogatoire suby par la dite Françoise Meusnier contenant ses 
confessions et dénégations, en date du vingt troisyesme, au bas duquel est le 
soit montrée, réquisitoire du procureur fiscal, à ce que Jacques Desparty fust 
constitué prisonnier es prisons de Quebecq décret de prise de corps, par nous 
décerné contre le dit Desparty le vingt neufvyesme, emprisonnement fait de sa 
persorme par le dit Lepallieur, huissier, le trenteyesme, extrait de son escrouë 
signé Genaple, à luy signifié ainsy que le dit décret le mesme jour, interrogatoire 
suby par le dit Despasty le trentiesme, répétition à luy faite le deuxiesme aoust 
suivant, autre répétition du cinquiesme au bas desquelles interrogatoires est le 
soit montrée, arrest de nos Seigneurs du Conseil Souverain du seiziesme par lequel 
le dit Despasty est renvoyé par devant nous pour estre interrogé sur les faits 
résultans de la Requeste par luy présentée et des interrogatoires par luy subis, et 
proceddé à la continuation et jugement du procès sauf l'apel, interrogatoire 
suby par le dit Despasty en exécution du dit arrest, en date du dix-huityesme au 
bas duquel est le soit montré, réquisitoire du procureur fiscal du dix-neuf à ce; 
que Jean Larchevesque fust assigné, pour estre ouy décret d'assigné par nous 
décerné à l'encontre du dit Larchevesque le vingtyesme signifié avec assignation 
par le dit Lepallieur le mesme jour, procès verbal par nous fait le vingt-sixiesmc 
contenant les refus que fait le dit Larchevesque de répondre devant nous, un 
escrit par luy fourny contenant les raisons qu'il en devait dire le dit escrit non 
signé ny daté, ordonnance par nous rendue le dit jour vingt sixyesme portant 
que le dit Larchevesque viendrait repondre aux Interrogations que nous avions 
à luy faire dans vingt quatre heures et aviser à ce qu'il devait faire nonobstant 
son dit escrit dont nous le débouttions et qu'à faute de vouloir repondre aux dites 
interrogations nous continuerions l'instruction de son procès comme aveu muet 
volontaire signifié le mesme jour par Marandeau huissier avec assignation au 



-.-- 189 — 

jour à luy prescrit, acte d'apel du dit Larchevesque de la dite ordonnance 
signifié par Prieur huissier le vingt septiesme au bas duquel est le soit montré, 
réquisitoire du procureur fiscal du deux du présent mois à ce que le dit Larche- 
vesque fust assigné pour estre ouy nostre ordonnance du dit jour portant que le 
dit Larchevesque seroit assigné à comparoir devant nous le lendemain pour estre 
ouy, interrogatoire suby par le dit larchevesque en date du troisiesme contenant 
ses confessions et dénégations au bas duquel est le soit montré, réquisitoire du 
procureur fiscal du cinquiesme à ce que les dits Larchevesque et Despasty 
fussent récolez et confrontez l'un à l'autre, nostre sentence à cette fin en date 
du sixiesme signifiée au dit Larchevesque par le dit Marandeau le mesme jour 
avec assignation, recolement du dit Larchevesque et du dit Despasty, et la con- 
frontation faite du dit Despasty au dit Larchevesque et du dit Larchevesque au 
dit Despasty, le tout en date du mesme jour sixiesme de ce mois, notre ordon- 
nance au bas pour communication de tout le procès au procureur fiscal, con- 
clusions du dit procureur fiscal, auquel le tout a esté communiqué, en datte 
du dixiesme, et tout considéré, nous avons 'déclaré la contumace bien instruite 
contre le dit Jean Denis accusé et adjugeant le profit d'ycelle. le déclarons 
deuement ateint et convaincu d'avoir tué et assassiné le dit de^nt Pierre 
Gendro et mis le feu à sa cabane, pour réparation de quoy condanmons le dit 
accusé d'avoir les jambes, cuisses et reins rompus vif sur un eschaffaut quy pour 
cet effet sera dressé audevant de la porte et entrée de l'auditoire de la prévosté 
de Nostre-Dame des Anges et mis ensuite sur une roue la face tournée vers 
le ciel pour y finir ses jours le condanmons en outre en cinq cens livres de rq>a- 
ration civille envers les enfans du dit deffunt Gendro et aux dépens suivant la 
taxe quy en sera par nous faite le surplus de ses biens acquis et confisquez au 
profit des seigneurs de la dite jurisdiction, sur yceux préalablement pris la somme 
de dix livres d'amende envers les dits seigneurs et sera la présente sentence 
exécutée par effigie en un tableau quy sera attaché par l'exécuteur de la haute 
justice à une potence et au regard de la dite Marguerite Barbot veufve du dit 
deffunt Gendro ordonnons que les prisons luy seront ouvertes en se soumettant 
par François Barbot son père de la représenter touttes fois et quantes les charges 
tenant au procès, et au sujet des dits Despasty et Larchevesque Grandpré avons 
iceux déclaré ateins et convaincus d'avoir sçavoir le dit Despasty mené et conduit 
furtivement le dit Jean Denis fils à la Rivière du loup afin qu'il ne tombast pas 
entre les mains de la justice pour estre puny de son crime et le dit Larchevesque 
d'avoir foumy du dit Despasty son domestique, ensemble d'un canot et de vivres 
pour l'évasion du dit Jean Denis pourquoy les avons solidairement condamnez 
et condamnons en la somme de cinquante livres d'amende envers les dits seigneurs 



— 190 — 

et en tous les dépens tant de la contumace que ceux depuis faits suivant la taxe 
quy en sera aussy par nous faitte. Fait et donné par nous juge susdit à Nostre- 
Dame des Anges le quatorziesme jour de septembre mil six cent quatre-vingt 
quinze et ny ayant d'officiers ny praticiens dans la dite jurisdiction nous avons 
esté obligé de juger seul. 

Signé à la grosse Marandeau commis greffier, avec paragrai^e. 



Y eut-il des loteries en la Nouvelle-France ? 



Durant les règnes de Louis XIV et de Louis XV, les finances publiques 
tombèrent parfois dans le chaos et les administrateurs durent recourir à toutes 
sortes d'expédients pour se procurer des fonds. Comme le jeu de hasard est un 
moyen sûr d'attirer les économies de la masse, il ne fut pas négligé. "Si bien, 
dit un historien, que la plupart des emprunts furent alors souscrits à l'aide de 
loteries." 

Il ne serait pas étonnant, en ce cas, que des billets de ces loteries soient 
parvenus jusque dans la France d'outre-mer ? 

Peut-être même, organisait-on quelque loterie en ce pays ? Pourquoi 
n'aurait-on pas suivi l'exemple de la mère-patrie ? 

Sans chercher à élucider ce point, disons qu'un passage d'un document 
judiciaire établit bien formellement que la loterie ne fut pas chose inconnue à 
Montréal, au XVIIe siècle. 

En l'an 1701, Charles Alavoine, marchand, avait dans sa clientèle un' 
ingénieur de renom, Gédéon de Catalogne. Ce dernier, pour une raison ou pour 
une autre, refusant de solder un compte relativement élevé, le créancier fit com- 
paraître sa pratique récalcitrante devant le tribunal. A l'appui de la réclamation, 
Marie-Thérèse Machard, femme d'Alavoine, produit une facture qu'elle a pré- 
parée et dans laquelle on remarque cet item: "9 juin 1 701 — 30 livres qu'il 
(M. de Catalogne) doit avoir mis pour moi à sa lostris et je lui ai passé 
" compte. . ." Plus loin, un autre item nous donne le prix d'un billet : " Et 
** un billet de sa lostris de Mlle le Ballis: 2 livres." 

Sa loterie ? S'agit-il d'une loterie privée ou d'une loterie dont Catalogne 
était Vagent ? 

Le juge était plus que nous au courant, car il ne paraît pas demander d'ex- 
plication. Il se borne à condamner le sieur de Catalogne à payer au sieur Ala- 
voine la somme de 69 livres, 9 sols, "pour argent mis à la loterie ainsi que pour 
marchandises fournies" ( 1 ) . 

E.-Z. MASSICOTTE 



( 1 ) Archives judiciaires de Montréal, 2 1 février 1 702. 



— 191 — 
Un théâtre à Montréal en 1789 



Lorsque je publiai, dans la Revue populaire, il y a environ sept ans ( 1 ) , 
un historique des théâtres montréalais, mes notes remontaient jusqu'en 1804 et 
il me semblait peu probable que l'on eut songé à avoir des salles de spectacles 
auparavant. 

Le hasard vient, cependant, de me faire découvrir un document sous seing 
privé et inédit qui nous informe qu'on érigea ou, du moins, qu'on projeta 
d'ériger un théâtre à Montréal dès 1 789. 

Six citoyens bien en vue et un artiste peintre sont parties au contrat qui 
est écrit par le notaire Jean-Guillaume Delisle et qui renferme des détails 
minutieux. Par exemple: il y aura trois décors, un orchestre, im perruquier, 
une garde, des valets; l'on fera de la réclame dcuis les gazettes et la salle 
sera éclairée à la chandelle et aux lampions, etc. 

Parmi les promoteurs de l'entreprise on remarque avec plaisir le nom de 
Joseph Quesnel, ce poète musicien que Bibaud jeune, dans son Panthéon, 
surnomme avec raison et en style pompeux: "le créateur des jeux scéniques au 
Canada, et auquel M. l'abbé C. Roy a consacré une si jolie monographie dans 
nos Origines littéraires. 

Le nom, d'un autre personnage attire également l'attention, c'est celui de 
Joseph-François Perrault qui devait être protonotaire p>endant si longtemps à 
Québec et obtenir une si grande réputation comme "zélateur laïque de l'édu- 
cation en Canada". 

Avant de pratiquer le droit, M. Perrault fut marchand à Montréal, entre 
1 781 et 1 790. Attiré vers les arts et les sciences, il n'est pas étonnant qu'il se 
soit intéressé aux choses théâtrales. 

Abordons le contrat : 
L'an mil sept cent quatre-viqgt-neuf, le onzième jour de novembre. Sont 
convenus les sieurs Pierre- Amable de Bonije, écuyer, Joseph Quesnel, non 
écuyer, Joseph-François Perrault, écuyer, François Rolland, Jacques-Clément 
Hersé et Jean-Guillaume De Lisle, avec Sieur Dulompré, des conditions sui- 
vantes, savoir : 

Que ledit sieur Dulompré fournira au THEATRE DE SOCIETE, 
qui sera érigé dans sa maison, trois décorations complettes, peintes sur toile, à 
l'exception des coulisses d'une décoration qui quoiqu'en papier représentant des 
arbres seront comprises dans les trois cy-mentionnées, fournira le luminaire 



( 1 ) Numéros de juillet et de décembre 1 909 et de jum 1910. 



-- 192 — 

tant chandelles que lampions nécessaires pour l'usage dudit théâtre; Les trois 
décorations sus-mentionnées représenteront une chambre, un bois et une rue, 
avec le grand rideau, fera élever le théâtre et fournira le bois nécessaire pour 
sa construction, ainsi que pour l'orchestre, l'amphithéâtre et autres bois néces- 
saires pour placer les spectateurs, paiera la musique, le perruquier, les billets, 
frais de gazettiers, la garde et valets de théâtre. Que ledit sieur Louis Du- 
lompré fournira sa salle pour quatre représentations et plus, si lesdits sieurs 
sus-mentionnés l'exigent, en lui païant néanmoins les frais qu'ils pourraient occa- 
sionner, moiennant le prix et somme de SOIXANTE livres, cours actuel de 
la province; pour laquelle somme ledit Sr Dulompré promet fournir tout ce 
que dessu» mentionné et après le Carnaval s'oblige de faire un état des articles 
par lui fournis pour l'usage dudit Théâtre qu'il signera en forme de reçu pour 
servir au même Théâtre quand lesdits Sieurs l'exigeront. Ledit sieur Dulompré 
promettant de les garder et pourra en avoir l'usage avec le consentement desdits 
sieurs contractants lequel lui sera toujours octroïé d'autant que lesdits Sieurs 
n'en auront pas besoin. Que de plus ledit sieur Dulompré s'oblige à tenir prêt 
le Théâtre quelques jours avant la représentation des pièces, comme aussi de 
fournir le luminaire pour les répétitions ainsi que les musiciens nécessaires pour 
icelles. Que lesdits Sieurs répondent audit Sr Dulompré de laditte somme de 
SOIXANTE LIVRES et qu'elle lui sera remise à mesure qu'elle rentrera 
et au cas qu'elle ne rentrât point lesdits Sieurs s'en rendent pleige et caution 
au bout dudit tems, en par le dt. Sr. Dulompré nous favoriscfnt d'une représen- 
tation dont néanmoins les frais comme cy-dessus lui seront payés par lesdits 
Sieurs pour la rentrée du déficit. 

DeBonne, Jh Quesnel, Hersé, L. Dulongpré, F. Rolland, J. F. Perrault, 
Jean Cuill. De Lisle. 

* * * 

Quel était ce Louis Dulongpré qui se chargeait de l'aménagement du 
théâtre ? Sans aucune doute c'est cet artiste qui longtemps après, le 25 février 
1807, demandait humblement à la fabrique de Notre-Dame de bien vouloir 
lui acheter le tableau de saint François-Xavier qu'elle lui empruntait depuis trois 
ans pour l'exposer durant la neuvaine qui se faisait en l'honneur du saint ( 1 ) . 

Mais qu'advint-il de l'entreprise théâtrale et ne serait-ce pas sur la scène 
préparée par M. Dulongpré que fut jouée, en 1 790, la comédie-vaudeville de 
Joseph Quesnel, Colas et Colinette ? 

E.-Z. MASSICOTTE 



( 1 ) Sa lettre est conservée dans les archives de la fabrique de Notre- 
Dame et nou^ en devons communication à l'archiviste M. O.-H. Lapalice. 



- l1^- 

BULLETIN 

DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



m, IXni BEAUCEVILIi==JlIiLLET lfl7 Nt 7 



La famille Bailly de Alesseio 



NICOLAS BAILLY DE MESSEIN 

, Le premier Bailly de Messein qui vint s'établir dans la 
Nouvelle-France était originaire de Alontreuil, évêché de 
Toul, en Lorraine. Il était fils de Michel Bailly de Messein 
et de Anne Marsain (i). 

Nicolas Bailly de Messein vint ici en qualité d'enseigne 
dans une compagnie des troupes du détachement de la ma- 
rine. En quelle année ? Nous n'avons pu l'établir. Nous 
croyons, toutefois, qu'il passa dans la Nouvelle-France peu 
après 1700. 

Dans la liste officielle des officiers des troupes de la ma- 
rine en la Nouvelle-France dressée d'après la revue qui en 
avait été faite le ler octobre 1721, nous voyons que M. 
Bailly de Messein était enseigne dans la compagnie de M. 
de Villedonné. Le lieutenant de cette même compagnie était 
le chevalier de Rigaud (2). 

M. Bailly de Messein avait en France un protecteur, M. 
Le Pelletier, qui s'intéressait beaucoup à son sort. Le 11 



( I ) Mgr Tanguay {Dictiormair» généalogique des familles canadiennes, 
vol. 1er, p. 103) écrit Marsain. Ce nom au registre de Québec, à la date du 
8 février I 706, peut aussi bien se lire Marlain. 

(2) Bulletin des recherches historiques, vol. XIV, p. 380. 



-- 194 — 

janvier 1729, le président du Conseil de marine écrivait à M. 
Le Pelletier qu'il donnerait de l'avancement au sieur Bailly 
de Messein, enseigne au Canada, dès qu'il en aurait l'occa- 
sion (3). 

En 1730, M. Bailly de Messein obtint la permission de 
passer en France (4). Nous ignorons s'il profita de ce 
congé. 

En 1732, M. Bailly de Messein fut promu au grade de 
lieutenant. C'est, du moins, ce que nous pouvons inférer 
d'une lettre du président du Conseil de marine à M. de Li- 
gnery. Le 22 avril 1732, il l'informait que le roi avait 
accordé à son fils l'enseigne vacante gar l'avancement de 
M. Bailly de Messein (5). 

M. Bailly de Messein mourut à Québec le 2^ septembre 
1744. Son acte de sépulture le qualifie de lieutenant réfor- 
mé d'une compagnie de la marine et le dit âgé d'environ 
80 ans. 

Il s'était marié deux fois. 

Il avait épousé, à Québec, le 8 février 1706, Anne Bon- 
homme, veuve de Jean Minet, et fille de Guillaume Bonhom- 
me et de Françoise Haché. Elle décéda à Québec le 2 juin 
1714. 

En secondes noces, à Québec le 30 octobre 1717, M. 
Bailly de Messein épousa Catherine Trefflé, veuve de Léo- 
nard Qrequel, et fille de François Trefflé dit Rotot et de 
Catherine Mathieu. Elle décéda à Québec le 2 mars 1732. 

De son premier mariage il avait eu cinq enfants : 

1 

Marie-Anne Bailly de Messein 

Née à Québec le 19 mai 1707. 
Probablement décédée en bas âge. 



(3) Rapport concernant tes archives canadiennes pour l'année 1904, 
p. 108. 

(4) L'abbé Daniel, Notice sur la famille Cu^ et sur quelques autres 

familles, p. 49. 

(5) Rapport concernant les archives canadiennes pour l'armée 1904, 

p. 155. 



— 195 — 

n 

François-Augustin Bailly de Messein 

Le continuateur de la lignée. 

III 

Louise Bailly de Messein 

Née à Québec le 30 novembre 1712. 

Décédée au même endroit le 29 décembre 1712. 

IV 

Marie-Joseph Bailly de Messein 

Née à Québec le 30 novembre 1712, 

Mariée, à Québec, le 15 août 1740, à Jean-Baptiste 
Hyver, capitaine de navire, fils de Robert Hyver, de Saint- 
Laurent, diocèse de Bayeux, en Normandie. 

En secondes noces, à Québec, le 9 juillet 1744, elle 
devint la femme de Antoine-Charles Turpin, procureur en 
la ville de Québec, fils de feu Pierre-Guillaume Turpin, pro- 
cureur au Châtelet de Paris, et de feue Anne Poteau. 

Madam Turpin décéda à Québec le 20 avril 1771. 

V 

Pierre- Eus tache Bailly de Messein 

Né à Québec le 11 mai 17 14. 

Décédé à Charlesbourg le 12 juillet 1714. 



FRANÇOIS-AUGUSTIN BAILLY DE MESSEIN 



Né à Québec le 20 aoiit 1709. 

Il fit d'abord du commerce à Montréal puis il s'établit 
marchand à Sainte-Anne de Varennes et s'amassa une jolie 
fortune. 

M. Bailly de Messein décéda à Sainte-Anne de Varen- 
nes le 2 avril 1771. 

Il avait épousé, à Montréal, le 13 janvier 1740, Marie- 
Anne Des Contins, fille de François-Marie Des Contins, 
ancien conseiller au Conseil Supérieur de l'île Royale, et de 
Marie-Angélique Aubert de la Chesnaye. 



— 196 --^ 

Madame Bailly de Messein décéda trente-trois ans 
après son mari, à Sainte-Anne de Varennes, le 28 novembre 
1804. 
■ De leur mariage étaient nés seize enfants : 

I 

Charles -François Bailly de Messein 

Né à Montréal le 4 novembre 1740. 

Il fit ses études au collège Louis-le-Grand, à Paris. 

Ordonné prêtre à Québec le 10 mars 1767, il fut envoyé 
immédiatement comme missionnaire auprès des Acadiens 
établis à Halifax. Il déploya dans cette mission un zèle 
admirable pour le salut des âmes. 

En 1771, il revenait à Québec et fut nommé professeur 
de rhétorique au séminaire de Québec. Il demeura quatre 
années dans ces fonctions. 

En 1776, pendant l'invasion américaine, M. Bailly de 
Messein devint l'aumônier d'un bataillon que recrutait M. 
de Beaujeu dans les paroisses de la côte sud pour aider à 
repousser les envahisseurs. Il accompagna M. de Beaujeu 
à Sainte-Anne de la Pocatière, Kamouraska, Rivière-Ouelle, 
Saint-Roch des Aulnaies, Saint-Thomas. M. Bailly de 
Messein était avec les royalistes lorsqu'ils eurent leur ren- 
contre avec les Bostonnais à Saint-Pierre de la Rivière-du- 
Sud. Il reçut même en cette occasion une blessure assez 
grave. 

Après s'être rétabli de sa blessure, M. Bailly de Messein 
retourna au séminaire de Québec où il enseigna la théologie 
jusqu'en 1777. 

En cette année 1777, son évêque lui confiait la cure de 
la Pointe-aux-Trembles. 

En 1778, le gouverneur Carleton, qui retournait en An- 
gleterre, priait M. Bailly de Messein de devenir le précep- 
teur de ses enfants. Il accepta et passa quatre années en 
Europe, tout en demeurant curé titulaire de la Pointe-aux- 
Trembles. 

M. Bailly de Messein revint au pays en 1782. 

En 1786, Carleton, devenu lord Dorchester, fut de nou- 



— 197 — 

veau chargé du gouvernement de la colonie. Il n'avait pas 
oublié le précepteur de ses enfants. Aussi, en 1788, à la 
mort de Mgr d'Esgly, et peu après l'avènement de Mgr 
Hubert, coadjuteur de ce dernier, au siège épiscopal de 
Québec, la faveur officielle fit arriver le curé de la Pointe- 
aux-Trembles à la coadjutorerie. 

Nommé par le pape Pie VI évêque de Capse "in parti- 
bus", le 26 septembre 1788, M. Bailly de Messein fut sacré 
dans la cathédrale de Québec, par Mgr Hubert, le 12 juillet 
1789. 

Mgr Bailly de Messein continua à desservir la Pointe- 
aux-Trembles jusqu'à sa mort arrivée à l'Hôpital-Général 
de Québec le 20 mai 1794. Il fut inhumé dans le sanctuaire 
de l'église de la Pointe-aux-Trembles, presque sous l'autel, 
du côté de l'Evangile. 

II 

Honoré-Joseph Bailly de Messein 

Né à Montréal le 19 mars 1742. 

III 

Michel Bailly de Messein 

Le continuateur de la lignée. 

IV 

Marie- Louise-Charlotte Bailly de Messein 

Née à Montréal le 5 décembre 1748. 

Mariée, à Sainte-Anne de Varennes, le 25 mai 1766, à 
François-Abel-Etienne Rocbert de La Morandière, ci- 
devant lieutenant dans le détachement des troupes de la 
marine, fils de Etienne Rocbert de La Morandière et de 
Marguerite de Puygibault. 

M. Rocbert de La Morandière décéda à Sainte-Anne de 
Varennes le 11 mars 1783. 

Le colonel de Longueuil s'intéressa au sort de la veuve 
de M. Rocbert de La Morandière et lui obtint une pension 
annuelle de vingt-cinq livres. Le premier paiement lui en 
fut fait en 1786, et cette pension lui fut servie jusqu'à sa 
mort. 



— 198 — 

Madame Rocbert de La Morandière décéda à Sainte- 
Anne de Varennes le 25 mars 1810. 

V 

Charles Bailly de Messein 

Né à Montréal le 20 septembre 1750. 

Décédé à Sainte-Anne de Varennes le 27 septembre 
1750. 

VI 

Marie-Catherine Bailly de Messein 

Née à Montréal le 2 janvier 1752. 

Décédée à Sainte-Anne de Varennes le 27 janvier 1752. 

VII 

Marie-Catherine Bailly de Messein 

Née à Sainte-Anne de Varennes le 7 avril 1753. 

Décédée au même endroit le 2 juillet 1753. 

VIII 

Pierre- Hector Bailly de Messein 

Né à Sainte-Anne de Varennes le 26 juillet 1754. 

Décédé au même endroit le 6 août 1754. 

IX 

Marie-Josephte Bailly de Messein 

Née à Sainte-Anne de Varennes le 15 septembre 1755. 

Mariée, à Sainte-Anne de Varennes, le 20 septembre 
1774, à Pierre-Ignace d'Ailleboust de Périgny, fils de Igna- 
ce-René d'Ailleboust de Périgny et de Marguerite-Joseph 
Courault. 

Madame d'Ailleboust de Périgny décéda, moins d'un 
an après son mariage, à Sainte-Anne de Varennes, le 26 
juin 1775. 

Son mari devait lui survivre près d'un demi-siècle. Il 
décéda à Montréal le 24 novembre 1822. 

X 

Angélique- Victoire Bailly de Messein 

Née à Sainte- Anne de Varennes le 6 janvier 1757. 

Décédée au même endroit le 20 juillet 1757. 



— 199 - 

XI 
Louise Bailly de Messein 

Née à Sainte- Anne de Varennes le 3 mai 1758. 

XII 
Nicolas Bailly de Messein 

Né à Sainte-Anne de Varennes le 3 janvier 1760. 

XIII 
Joseph-Antoine Bailly de Messein 

Né à Sainte-Anne de Varennes le 15 mars 1761. 
Décédé au même endroit le 2 août 1761. 

XIV 
Marie-Apolline Bailly de Messein 

Née à Sainte- Anne de \^arennes le 8 février 1763. 

Mariée au même endroit, le 7 octobre 1783, à Eustache- 
Ignace Trottier Des Rivières-Beaubien, fils de Eustache 
Trottier Des Rivières-Beaubien, négociant, et de Margue- 
rite Mailhiot. 

Elle décéda à Sainte-Anne de Varenne le 20 octobre 

1793. 

XV 

Marie-Félix Bailly de Messein 

Née à Sainte-Anne de Varennes le 14 septembre 1764. 
Décédée au même endroit le 17 décembre 1764. 

XVI 
Félicité-Elisabeth Bailly de Messein 

Née à Sainte- Anne de Varennes le 14 septembre 1764. 

Mariée, au même endroit, le 21 septembre 1779, à 
Alexis Trottier-Desaulniers, fils de Alexis Trottier-Desaul- 
niers et de Madeleine Audet de Bailleul. 

En secondes noces, encore à Sainte-Anne de Varennes, 
le 24 mai 1791, elle devint la femme de Jacques Lemoyne 
de Martigny, fils de Amable Lemoyne de Martigny et de 
Marie Messier de Saint-François. 

Elle décéda à Sainte-Anne de Varennes le 23 septembre 
1828. 



... 200 — 
MICHEL BAILLY DE MESSEIN 



Né à Montréal le 12 septembre 1747. Il décéda à 
Sainte-Anne de Varennes le 7 juin 1795. 

M. Bailly de Messein avait épousé, à Saint-Jean Port- 
Joli, le 28 janvier 1772, Geneviève, fille de Ignace Aubert de 
Gaspé, seigneur de Saint-Jean Port-Joli, et de Marie-Anne 
Coulon de Villiers. Elle décéda à Saint-Thomas de Mont- 
magny le 27 décembre 1834, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans 
et neuf mois. 
Enfants : 

I 
François-Ignace-Michel Bailly de Messein 
Né à Sainte-Anne de Varennes le 19 février 1773. 
Décédé au même endroit le 16 mai 1774. 

II 
Honoré-Gratien-Joseph Bailly de Messein 
Né à Sainte- Anne de Varennes le 7 avril 1774. 
M. Bailly de Messein alla s'établir dans l'Indiana, aux 
Etats-Unis. 

Marié à une métisse, Marie Lefebvre, il en eut une fille 
qui devint l'épouse de M. How^e (6). 

III 
Marie-Angélique Bailly de Messein 
Née à Sainte-Anne de Varennes le 25 mai 1775. 
Décédée au même endroit le 13 aoiît 1775. 

IV 
Georges-Philippe Bailly de Messein 
Né à Sainte-Anne de Varennes le 16 mai 1776. 
Etabli à Londres, Angleterre. Il vivait encore en 1818. 

V 
Julie-Apolline Bailly de Messein 
Née à Sainte-Anne de Varennes le 21 mai 1777. 



(6) La seule survivante de cette branche, mademoiselle Howe, demeu- 
rïiit il y a quelques années à Bailly Homestead, Porter Station, Illinois. 



— 201 — • 

Décédée à Saint-Thomas de Montmagny le 19 juillet 

1847. 

VI 

François-Hector Bailly de Messein 

Né à Sainte-Anne de Varennes le 19 juin 1778. 
Décédé au même endroit le 12 aoiit 1778. 

VII 
Honoré- Philippe Bailly de Messein 

Né à Sainte- Anne de Varennes le 20 juin 1779. 

En 1796, toute l'Europe était en armes. L'Angleterre 
retira de ses colonies le plus de troupes possible afin de faire 
face à la situation. Pour remplacer les régiments anglais, 
on leva au Canada un régiment qui fut connu sous le nom 
de "Royal Canadian Volunteers" ou de "Royal Canadien". 
Ce régiment était formé de deux bataillons dont le premier 
était composé exclusivement de Canadiens-Français. Il 
avait pour commandant le lieutenant-colonel LeMoyne de 
Longueuil. M. Louis de Salaberry. père du héros de Châ- 
teauguay, en était le major. Le jeune Bailly de Messein 
obtint une commission d'enseigne dans le régiment nouvel- 
lement formé. Le "Royal Canadien" fut licencié en sep- 
tembre 1802. Pendant ses cinq ans et quelques mois d'exis- 
tence ce régiment avait fait du service un peu partout dans 
la province. En 1799, il avait été question d'envoyer le 
"Royal Canadien" servir à l'étranger, mais le projet fut 
abandonné. 

M. Bailly de Messein avait épousé Marie-Charlotte- 
Duchouquet, veuve de Jean-Emmanuel Dumoulin (7). 

Madame Bailly de Messein décéda à Québec le 2 mai 
1823. Elle avait eu : 



(7) D'après M. Clarence-Walworth Alvord (Collections of the Illinois 
State historical librarv, vol. II, p. 230), M. Dumoulin était orfginaire de 
Suisse. Il était de bonne éducation. Il s'établit à Kahokia, dans rillinois, 
un peu avant 1 786. En l 790, il était nommé juge des plaidoyers commims. 
H occupa plusieurs autres charges importantes. Il s'enrichit en achetant à bonne 
composition les réclamations des Français ou Canadiens à qui le Congrès Amé- 
ricain avait accordé des terres dans l'IUinois. 



— 202 — 

lo— Joseph-Emmanuel Bailly de Messein né à Mont- 
réal le 30 mai 1801. Décédé à Québec le 4 octobre 1817, 

2o — Marguerite-Geneviève-Charlotte Bailly de Mes- 
sein née à Québec le 23 décembre 1802. Mariée à Abraham 
Morency. Décédée à Québec le 29 décembre 1865. 

3o— Olivette-Hermine Bailly de Messein née à Québec 
le 15 janvier 1804. Décédée à l'Ancienne-Lorette le 22 mai 
1804. 

4o— Adélaïde-Catherine Bailly de Messein née à Qué- 
bec le 17 mars 1805. Mariée, à Québec, le 16 novembre 
1824, à Thomas Chase, marchand, ancien officier de la Ma- 
rine Royale. Madame Thomas Chase décéda à Windsor, 
Ontario, le 30 juillet 1883 (8). 

VIII 

Marie-Geneviève Bailly de Messein 

Née à Sainte-Anne de Varennes le 12 octobre 1781. 

Décédée au même endroit le 2 janvier 1784. 

IX 

Marie-Âglaé Bailly de Messein 

Née à Sainte-Anne de Varennes le 7 octobre 1782. 

Décédée au même endroit le 26 octobre 1782. 



APPENDICE 



ACTE DE SEPULTURE DE NICOLAS BAILLY DE 
MESSEIN (QUEBEC). — Le vingt huit septembre mil 
sept cent quarante quatre a été inhumé dans le cimetière 
de cette paroisse le corps de feu sr Nicolas Bailli de Messin, 
lieutenant reformé d'une compagnie du détachement de la 
marine entretenu en ce païs, décédé de hier âgé d'environ 
quatre vingts ans muni des sacrements de l'Eglise. Pré- 
sents Joseph des Carreaux et Guillaume Taphorin. — Jacrau, 
ptre. 



(8) Aïeule de l'honorable Thomas-Chase Casgrain. 



— 103 — 

ACTE DE MARIAGE DE NICOLAS BAILLY DE 
MESSEIN ET DE ANNE BONHOMME, VEUVE DE 
JEAN MINET (QUEBEC). — Le huictieme jour du mois 
de février de l'an mil sept cent six après la publication d'un 
ban de mariage faitte le 7e du présent mois et an ayant 
obtenu la dispanse de deux de M. Desmaizerets gr vicaire 
du diocèse d'entre le sr Nicolas Bailly fils du s Michel 
Bailly et d'Anne Marsain ses père et mère de la paroisse 
de Montreuil évêché de Toul en Lorraine d'une part, et 
d'Anne Bonhomme veufve de defifunt Jean Minet de cette 
paroisse d'autre part et ne s'étant découvert aucun em- 
pschement je François Dupré curé de Québec les ay mariés 
en présence de Messieurs de Rodwal (?) de chaleu, De- 
nay (?) Desnoyers, Montigny, Augy, Parmentier de la 
Topine, Guillaume Bonhomme père de l'épouse et le Gris, 
lesquels ont signé avec l'époux et l'épouse et Jacques Des- 
noyers lequel a aussi signé Bailly — Anne Bonhomme — 
Bonhomme — Chalut — Desnoyers — Montigny — Pierre 
Moreau — Parmentier — ^ Jacques DesNoyers — Adrien 
Legris — Le conte — François Dupré. 

ACTE DE SEPULTURE DE ANNE BONHOMME, 
EPOUSE DE NICOLAS BAILLY DE MESSEIN (QUE- 
BEC). — Le 3e juin 1714 a été inhumé dans le cimetière de 
cette paroisse Anne Bonhomme décédée le jour précédent 
après avoir reçu les sacremens de l'Eglise, fe du sieur Nico- 
las Bailly, officier des trouppes. Présence des sieurs Cail- 
let (?) prêtre et Joriau ecclésiastique — Thiboult, Prêtre. 

ACTE DE MARIAGE DE NICOLAS BAILLY DE 
MESSEIN ET DE CATHERINE TREFFLE, VEUVE 
LEONARD CREQUEL (QUEBEC). — Le trentième 8bre 
mil sept cent dix sept Mgr de Québec ayant accordé par 
un billet du vingt neufe du d. mois et an dispense de la 
publication des trois bans de mariage entre le Sr Nicolas 
Bailly enseigne dans les troupes, veuf d'Anne Bonhomme 
de cette paroisse d'une part, et Catherine Trefflé, veuve de 
Léonard Crequel aussi de cette paroisse d'autre part ne 
s'étant découvert aucun empêchement au d. mariage nous 



— 204 — 

soussigné curé et officiai de Québec les avons mariés après 
avoir reçu leur mutuel consentement selon la forme pres- 
critte par l'Eglise en présence des parents et témoins sous- 
signés. — Bailly — Catherine Thefflé — De Saint-Vincent 
Montmidy — Henry Albert de Saint-Vincent — Chambray 
Jean Charle de Saint-Vincent — Thiboult. 

ACTE DE SEPULTURE DE CATHERINE TREF- 
FLE, EPOUSE DE NICOLAS BAILLY DE MESSEIN 
(QUEBEC). — Le troisième mars mil sept cent trente deux 
a été enterrée dans le cimetière du lieu Catherine Trefflé, 
femme du sr Bailly, officier dans les troupes de Sa Majesté, 
décédée le jour précédent après avoir reçeu les derniers 
sacrements de l'église, âgée de soixante huit ans. Présent 
Mr Plante, chanoine et plusieurs autres. Signé BouUard, 
curé de Québec. 

ACTE DE NAISSANCE DE MARIE- ANNE BAILLY 
DE MESSEIN (QUEBEC). — Le 19 may 1707 a esté bap- 
tisée par moy prestre curé de Québec Marie Anne née au- 
jourd'hui fille du sr Nicolas Baillif et Anne Bonhomme sa 
femme. Le parrain a esté le sr Paul Dupuy officier et la 
mareine Damelle Desquerac, lesquels ont signé. Ainsi signé 
P. Dupuy, Marie-Catherine Desquerac, N. Bailly et Fran- 
çois Dupré. 

ACTE DE NAISSANCE DE LOUISE BAILLY DE 
MESSEIN (QUEBEC). — Le 30 gbre 1712, est née une fille 
de légitime mariage du sieur Nicolas Bailly de Massin (sic) 
enseigne des trouppes de la marine en ce pais, et de dame 
Anne Bonhomme, sa légitime épouse, laquelle à raison du 
danger de mort a été baptisée à la maison par dame Marie- 
Anne de la porte, la sage femme, et le lendemain ayant été 
aportée à l'église je soussigné luy ay donné le nom Louise et 
luy ay administré les cérémonies du baptême. Le parein 
a été le sieur Pierre Cavagnal, fils de Monsieur le Gouver- 
neur-Général de ce païs, et lieutenant des troupes, et la 
mareine damoiselle Louise de Vaudreuil, fille de Monsieur 
le Gouverneur-Général qui ont signé avec moy, ainsi signé 
— Pierre Cavagniale — Louise de Vaudreuil — Goulvin — 
Calvarin, prêtre. 



— 205 — 

ACTE DE SEPULTURE DE LOUISE BAILLY DE 
MESSEIN (QUEBEC). — Le 29e Xbre 1712 a été inhumée 
dans le cimetière de cette paroisse Louise, fille du sieur Ni- 
colas Bailly, enseigne des troupes de ce païs, âgée de vingt- 
neuf jours par moy soussigné prêtre curé de Québec, pré- 
sence de Jean-Baptiste Brassard ainsi signé — Thiboult. 

ACTE DE NAISSANCE DE MARIE- JOSEPH BAIL- 
LY DE MESSEIN (QUEBEC). — Le 4e Xbre 1712 a été 
baptisé par moy soussigné Marie-Joseph né le 30e 9brc 
fille du sieur Nicolas Bailly de Massin (sic) enseigne des 
troupes de la Marine, et de dame Anne Bonhomme, son 
épouse. Le parein a été Jean Minet, frère utérin de l'en- 
fant, et la mareine Thérèse Minet, aussi soeur utérine de 
l'enfant, ainsi signé — Bailly — Lauveau de la Tour — 
Jeanne Minet — Anne Thérèse Minet — Thiboult. 

ACTE DE MARIAGE DE JEAN-BAPTISTE HYVER 
ET DE MARIE- JOSEPH BAILLY DE MESSEIN (QUE- 
BEC). — Le quinzième août mil sept cent quarante après 
la publication d'un ban de mariage faite à la messe parois- 
siale M. Miniac, vicaire-gnal ayant accordé la dispense des 
deux autres entre le sr Jean Baptiste Hyver, fils de feu sr 
Robert Hyver, et de Anne Allard, ses père et mère de la 
paroisse St-Laurent évesché de Bayeux, d'une part, et 
Délie Marie Joseph Bailly, fille du sr Nicolas Bailly, lieute- 
nant reformé des troupes de la marine en ce pays, et de 
défunte Anne Bonom (sic) ses père et mère de cette pa- 
roisse d'autre part et ne s'étant découvert aucun empes- 
chement nous curé de Québec soussigné avons pris leur 
mutuel consentement et leur avons donné la bénédiction 
nuptiale suivant la forme prescrite par la Ste église, en pré- 
sence du sr Nicolas Bailli père de l'épouse, des srs Martin 
Fremont, Nicolas Jacquin, Philiber Martin, François Fre- 
mont fils, Jean Louis Guyon, Jean Urbain Martel de Belisle, 
témoins lesquels ont signé — Hyver — Marie-Joseph Bail- 
ly — Martin Frémont — F. Frémont fils — Philiber Martin 

— J.-L. Guyon — Martel de Belleille — Marie-Anne Guerin 

— Bertheiot — Gauvereau Roussel — Plante. 



— 206 — 

ACTE DE MARIAGE DE ANTOINE-CHARLES 
TURPIN ET DE MARIE- JOSEPH BAILLY DE MES- 
SEIN, VEUVE HYVER (QUEBEC). — Le neuf juillet mil 
sept cent quarante quatre, après la publication d'un ban 
faite au prône de la messe paroissiale le cinq du d. mois par 
M. Vallier, supérieur du Séminaire, et vue la dispense des 
deux autres accordée par Monseigneur l'évêque entre le 
Sr Antoine-Charles Turpin, procureur en cette ville, fils 
de delïunt maître Pierre-Guillaume Turpin, procureur au 
Châtelet de Paris, et de deffunte damoiselle Anne Poteau, 
son épouse, de la paroisse de Saint-Hildes des Champs à 
Paris, d'une part, et de demoiselle Josette Bailly, fille de 
Nicolas Bailly, Ecuyer, sieur de Marsain (sic), lieutenant 
reformé dans les troupes du détachement de la Marine en- 
tretenu pour le service du roy en ce pays, et de Anne Bon- 
homme, son épouse, veuve de feu sieur Jean-Baptiste 
Hiver, capitaine de navire, d'autre part, ne s'étant trouvé 
aucun empêchement, et après avoir consté de leur mutuelle 
liberté par devers Mr Vallier, supérieur du dit Séminaire, 
je soussigné prêtre par commission de Mr. Jacrau faisant 
les fonctions curales et présentement malade, certifie avoir 
reçu leur mutuel consentement de mariage selon la forme 
prescritte par l'église romaine en présence de Mr Me Henri 
Hiché, conseiller du Roy et son procureur en la prévôté de 
cette ville, de M. Alexis Lecterc, ecclésiastique, de Mr Ni- 
colas Jacquain Philiber, marchand en cette ville, de Sr 
François Jacquelin, aussi marchand, et de Sr René-Ovide 
Hertel de Rouville et de demoiselle Louise-Catherine André 
son épouse lesquels ont signé avec nous — Marie-Joseph 
Bailly Hyver — A. C. Turpin — Rouville — André de Rou- 
ville — Leclerc ecc — Jacquelin — Hiché — Philibert — Ja- 
crau Ptre S. E. E. M. — Pellet Ptre. 

(La suite dans la prochaine livraison) 



— 207 — 

Une page de l'histoire du collège de Montréal 



Accompagnant les actes du notaire Jean-Guillaume Delisle sont deux 
pièces inédites qui ne manquent pas d'intérêt. 

Un de ces manuscrits et le plus important, séins doute, est le texte d'une 
prop>osition qui fut faite en 1 789, au cours d'ime assemblée des marguilliers 
de la paroisse de Montréal, tenue sous la présidence de M. l'abbé Jean-Gabriel 
Brassier, sulpicien, curé, et grand-vicaire. 

A cette époque, le fondateur et premier directeur du collège, J.-B. Curat- 
teau de la Blaiserie, sulpicien, était âgé de 60 ans. Malade et sentant venir sa 
fin, il avait annoncé sa démission ( 1 ) et l'on s'occupait de lui trouver un suc- 
cesseur. 

Les administrateurs de la fabrique crurent le moment opportun de faire 
.valoir certaines prétentions par la voix de Louis Cavilhe, fils d'un négociant de 
Toulouse qui avait épousé Catherine Auger, à Montréal, en 1 770. M. Cavilhe 
était marguillier depuis 1 786. 

Le texte définitif de la prt^xxsition (2) est de l'écriture du notaire J.-G. 
Delisle, lui-même marguillier, élu en I 787. 

MM. les marguilliers ne se contentent pas de suggérer, au poste de direc- 
teur, la nomination d'un prêtre non sulpicien, ancien professeur au séminaire 
de Québec, et de critiquer le programme des études, ils vont jusqu'à demander 
le démembrement du diocèse : 

PROPOSITIONS présentées à L'ASSEMBLEE des MARGUIL- 
LIERS de la paroisse de Notre-Dame de Montréal, ce jourd'hui Six de Sep- 
tembre, Mil sept cent quatre vingt neuf, par le Sieur Louis Cavilhe, Marguillier 
en charge, tant en son nom, qu'à la réquisition de ses autres Confrères anciens 
et nouveaux Marguilliers ; et aussi à la réquisition des Citoïens de cette ville. 

* * * 

L'OBJET important qui nous rassemble aujourd'hui, MESSIEURS, 
mérite, sans contredit, de notre part l'attention la plus sérieuse. 

1. — En l'armée 1773, les Marguilliers de cette fabrique, dont plusieurs 
d'entre eux sont maintenant présents, animés d'un motif louable, firent au nom 
de la ditte fabrique, l'acquisition du Château de Vaudreuil pour en faire un 
Collège destiné pour l'éducation de la jeunesse de cette ville. On ne crut pwu- 



( I ) Il mourut le 1 3 février 1 790. 

(2) Il en existe, en plus, deux brouillons. 



— 208 — 

voir mieux faire que d'en remettre le soin à Mr. Curatteau qui, par le zèle qu'il 
avait montré en tenant un petit collège à la Longue-pointe, parut à Juste droit 
mériter la confiance du public. — Nous ne saurions avoir trop de reconnaissance 
pour les services qu'il a bien voulu rendre depuis ce temps, et nous pouvons dire' 
avec vérité qu'il a fait son possible pour se rendre digne de la confiance que le 
public avait mis en lui et qu'il mérite aujourd'hui nos applaudissements dans la 
retraite qu'il prémédite ; Vous avez pu voir l'avertissement qu'il a fait insérer 
dans la Gazette de Montréal du onze de Juin dernier, où il prévient le public, 
que son âge et ses infirmités l'obligent de se démettre de ce fardeau pénible. — 
En conséquence. Nous proposons que nos Remerciements pour son adminis- 
tration passée, lui soient incessamment présentés. 

2. — Mr. Le Grand Vicaire qui préside aujourd'hui à notre assemblée 
s'est déjà occupé du soin de procurer au Collège un Nouveau Directeur qui 
puisse dignement remplacer Mr. Curatteau, mais ce soin tombe également sur- 
nous. Messieurs, car le Collège appartient à la fabrique, et la fabrique repré- 
sente tous les individus de cette paroisse : or donc, le but principal de cette 
convocation est de prendre les mesures les plus convenables pour faire adminis- 
trer cette maison, sur un plan nouveau, plus étendu et plus libéral. 

I . — En priant notre dit Sieur Grand Vicaire, Messire Jean Brassier de 
s'intéresser auprès de SA GRANDEUR l'évêque de Québec, à l'égard des 
différents sujets qui doivent donner l'éducation à nos enfants, et notamment pour 
principal, la personne de Messire CHARLES CHAUVEAUX prêtre, dont 
la Science et le détail, nous offrent à la fois un double et bien précieux avan- 
tage, et auquel une somme de. . . . sera annuellement payée. 

2. — Que quoique l'ancienne Méthode d'enseigner la Jeunesse de notre 
ville dans notre Collège ait produit Jusqu à présent d'assez bons effets, elle n'a 
néanmoms pas entièrement répondu aux vues qu'on doit toujours se proposer 
dans l'établissement d'un Collège qui appartient au public, lesquelles doivent 
toujours être plus générales ; qu'on s'y est bien à la vérité, efforcé de rendre 
nos enfants capables d'entrer dans l'Etat Ecclésiastique, mais que ceux qui 
n'ont pas eu cette Vocation, sont rentrés chez leurs parents. Ignorant entière- 
ment tout ce qui est nécessaire pour se soutenir et s'avancer dans le monde ; 
que plusieurs d'entre eux, dédaignant la profession manuelle de leurs pères, 
ont cru se ravaler en suivant leurs métiers, et étant trop âgés, pour s'assujetir 
aux devoirs des écoles d'écriture, d'arithmétique et autres branches essentielles 
pour tout état et particulièrement celui de Citoyen, ils sont devenus des êtres 
à charge à leur famille, souvent des objets de scandale à la religion et presque 
toujours des membres inutiles à la patrie. — Que pour prévenir et corriger ce 



_..209«— 

vice dans l'éducation et la rendre plus générale : Que le dit collège sous 
l'inspection du Supérieur ou Grand Vicaire de cette ville, conjointement avec 
les Marguilliers en exercice, sera pourvu, outre les Maîtres du latin, d'un 
d'écriture, arithmétique, géographie, mathématique et anglais ; 

Et que pKJur le plus grand bien de notre Religion, pour donner 
aussi un plus grand encouragement à l'éducation de notre jeu- 
nesse et éviter les grandes dépenses que causent aux parents 
de cette ville pour pensions et entretiens de leurs enfaints à 
Québec, il sera représenté à SA GRANDEUR ; que cette 
(Retranché) 
(sic) 

province étant trop étendue et trop considérable pour être con- 
venablement gouvernée et visitée par un Seul Evêque, elle soit 
divisée en deux évêchés, dont le siège de l'une sera à (Québec 
et celui de l'autre en cette ville de Montréal. 
Et afin que le but que l'on a eu en faisant l'acquisition du Collège soit 
pleinement rempli et que cette Maison qui jusqu'à présent a été à charge à la 
fabrique soit régie, quant au temp>orel, d'une manière différente qu'elle n'a été 
jusqu'à présent, et pour que le voeu général de tous les citoyens de cette ville 
s'accomplisse : Deux des Marguilliers en exercice, conjointement avec le Su- 
périeur ou Grand Vicaire du dit Séminaire de cette ville, veilleront sur la 
manière d'enseigner la jeunesse, ainsi que sur la dépense et récolte de la ditte 
Maison, avec le droit surtout à l'égard des derniers objets, de faire tels chan- 
gements et altération qu'ils jugeront convenables, d'après l'approbation des 
Marguilliers assemblé quand l'objet excédera la somme de. . . . Et dans le 
cas où la dépense annuelle de l'entretien du dit Collège, excédera la recette, il 
sera pris des fonds de la ditte fabrique pour remplir ce Déficit et Messieurs 
les prêtres dudit Séminaire, seront priés de coopérer à cette Bonne oeuvre, en 
souscrivant pour une somme de ... . par an. — Le bien être de nos enfeints 
et la nécessité où nous nous trouvons actuellement de les envoyer dans des 
Ecoles étrangères, où nous ignorons les leçons et les exemples qu'on leur donne, 
sont deux motifs puissants <^ doivent nous animer en cette occasion et nous 
faire adopter incessamment toutes les Mesures qui peuvent faire adopter inces- 
samment toutes les mesures qui peuvent faire réussir un si noble projet. 

Les marguilliers n'eurent pas grand succès. Ce fut M. J.-Bte Marchand, 
sulpicien, directeur intérimaire depuis I 788 qui devint titulaire et, à la dernière 
minute, la question du démembrement fut mise de côté. 



— 210 — 

Tout de même, ils ne se comptaient pas pour battus, si l'on en juge par 
le brouillon de la lettre qui suit et qui est adressée par M. J.-G. Delisle (car 
le texte est de lui) à quelqu'un qui est dans l'intimité de l'évêque de Québec, 
probablement au secrétaire de Mgr J.-Frs Hubert ou de son coadjuteur Mgr 
C.-F. Bailly de Messein : 

Monsieur — 

Ci joint est une lettre de remerciements de la part de Messieurs les Mar- 
guilliers de notre fabrique, à Sa Grandeur notre Evêque, avec quelques remar- 
ques en réponse à la lettre obligeante qu'il a daigné leur écrire et ils vous prient 
de présenter leurs excuses à Monseigneur, s'ils n'ont pu dans le tems lui adresser 
eux-mêmes et signer la lettre dont ils m'avaient chargé d'écrire en leur nom, 
le tems étant trop précieux pour remettre à signer eux-mêmes au dimanche sui- 
vant 

En réponse à la vôtre, je vous dirai: Que je suis flatté en mon parti- 
culier que l'évêque ait goûté notre plan d'éducation et j'entrevois avec plaisir 
qu'il voudra bien nous assister dans son établissement, ce qui est d'une grande 
conséquence pour notre ville et la province en général. M. Curatteau a à la 
vérité fait jusqu'à présent tout ce qu'il a pu pour diriger cette Maison convena- 
blement, mais le but principal n'a pas été entièrement rempli ; l'éducation qu'on 
y a donné jusqu'à présent n'a consisté que d'apprendre du latin et comme vous 
l'avez pu voir dans le plan proposé, les enfants, ou plutôt des hommes faits, 
au sortir de là ont été moins avancé qu'ils n'étaient en y entrant, et sont devenus 
des objets de scandale à la Religion et toujours des êtres inutiles à la patrie. 

Je suis fâché que le plan n'ait pas pu être adopté en cette partie dans 
cette nouvelle année scholastique, je veux dire quant aux Maîtres d'écriture, de 
français et d'anglais, c'est absolument une année de perdue pour notre jeunesse 
e qui pourtant est bien précieuse si l'on considère l'ignorance générale de nos 
enfants. M. Curatteau a fait jusqu'à présent du Collège tout ce qu'il a voulu, 
il n'a jamais daigné rendre aucun compte au public et même à ses Supérieurs 
ecclésiastiques, de la dépense et recette de la ditte Maison, mais il n'a non 
plus jamais oublié de demander et faire faire à la fabrique des réparations 
immenses, sans qu'il en soit résulté réellement aucun bien dems l'éducation. Les 
enfants mal nourris, ont excité le mécontentement du public, la manière dont 
il en usait avec les régents, a fait ouvrir les yeux aux pères et mères, et tous 
ces motifs réunis ont enfin déterminés les Marguilliers, à faire quelques démar- 
ches à ce sujet et à proposer une réforme sous le bon plaisir de notre Evêque. 
J'ai eu soin d'entrer dans les Registres le plan proposé, la lettre de Sa Grandeur 



... 211 — 

et Sa réponse qui a été lue en pleine assemblée convoquée à ce sujet, hier di- 
manche. Eji rendant toute la justice possible au mérite et aux talents de M. 
Marchand f>our remplacer Monsieur Curatteau, nous ne croyons pourtant pas 
qu'il ait toutes les qualités requises p>our un objet aussi important. Nous respec- 
tons le choix de Monseigneur, sans pourtant perdre de vue la personne de M. 
Chauveaux, que nous désirons toujours être nommé principal et Nous regar- 
derons en attendant qu'il vienne remplir cette place lui-même, M. Marchand 
comme son représentant. Vous dites qu'il est de mon choix; je vous assure 
que je n'en avais parlé à qui que ce soit. C'est la voix du public qui l'a app)elé. 
J'a appuie, comme vous n'en devez pas douter, Sa nomination autant que pos- 
sible, Sa réputation et les louanges que le Clergé en a toujours fait, et parti- 
culièrement M. Pouget, prêtre, dans les principales Maisons de cette ville, lui 
ont attiré notre confiance, et j'ai eu ordre expressément de messieurs les Mar- 
guilliers et principaux citoyens de cette ville, de le nommer expressément dans les 
propositions que l'on m'a donné à rédiger. 

Nous désirons que les écoliers ne soient pas obligés au sortir de la rhéto- 
rique de descendre à Québec pour y étudier la philosophie ; à quoi servirait 
le Collège qui est déjà à charge au public, s'il faut envoyer les jeunes gens 
ailleurs pour faire leur philosophie et Théologie, et il n'y en a pas un seul qui 
ne coûte à Québec à ses parents cinquante louis par an ; de là la rareté de 
sujets qui ne peuvent réellement se procurer l'éducation à un prix si exhorbitant. 
Il est plus tems que jamais, que l'éducation dans notre province devienne plus 
conséquente, nous avons affaire à une nation éclairée avec laquelle nous sommes 
étroitement liés d'intérêts et de commerce, et avec laquelle aussi nous avons 
des droits incontestables à soutenir, et notre Religion à conserver précieusement. 

* * * 

Ajoutons que le changement de programme des études fut adopté dès 
1 789 et qu'en 1 790 on enseignait au collège le français, l'anglais, la géogra- 
phie, l'arithmétique. (Voir Annuaire de Villemarie, I. 238 et passim.) 

E.-Z. MASSICOTTE 



— 212 — 

Pétition dos Conseillers du Conseil Souverain de Québec 

Pétition jointe à la lettre de MM. Callières et de Beauharnois du 
3 novembre 1702 : 

Le? con.seillers du Conseil Souverain de Québec. 
Monseigneur, 

Nous prenons la liberté de supplier très humblement Votre Gran- 
deur de vouloir bien qu'il soit fait aucun changement dans le Conseil 
de Québec et que tous ceux qui ont l'honneur d'en faire partie puis- 
sent monter par ancienneté à la place de premier conseiller ; toutes les 
raisons sont favorables à notre demande, celles qu'on pouvait y opposer, 
n'auraient d'autre effet que de nous décourager et de nous combler 
d'affliction. 

Nous avons, Monseigneur, une seconde grâce à demander à votre 
Grandeur, ce serait qu'elle voulut bien augmenter nos gages, ils sont 
si modiques qu'il en rejaillit comme une espèce de mépris sur les char- 
ges dont nous avons l'honneur d'être revêtus. La difficulté de nous 
rendre au Palais, dans les neiges, les voitures qu'il nous faut pour cela 
et les autres dépenses que nous sommes obligés de faire les absorbent 
entièrement. A mesure que le pays augmente, les affaires se multi- 
plient ; nous ne pouvons pour la dignité entrer en de petit commerce 
qui pourraient nous aider à subsister. Il n'y a point en ce pays d'offi- 
cier si petit qu'il soit qu'il n'est plus que nous. Vous êtes. Monsei- 
gneur, trop équitable et trop bienfaisant pour nous refuser ce que 
nous vous demandons avec tant de respect et de confiance. Monsieur 
le Gouverneur et Monsieur l'Intendant ont la bonté de joindre leurs 
prières aux nôtres à cet égard. 

Nous continuerons toute notre vie, Monseigneur, d'adresser nos 
voeux au ciel pour la santé et la prospérité de votre Grandeur, et de 
prier le Seigneur pour votre conservation. Nous y sommes fortement 
engagés par inclination que par devoir et par reconnaissance : c'est ce 
que nous osons lui protester dans la sincérité de nos cœurs et que nous 
avons r honneur d'être avec le plus profo nd respect. 

Monseigneur, De votre Grandeur, Les très humbles, très obéis- 
sants et très soumis Serviteurs. 

(SIGNÉ) "Dupont, Denis Devitré, de la Martinière, Delino, Peu» 
vret, grefl&er en chef." 



— 213 — 
Ouvrages publiés par feu M. N.=E Dionne (1) 



Le tombeau de Champlam et autes réponses aux questions d'Histoire du 
Canada proposées lors du concours ouvert en juin 1879 par Son Excellence 
M. le comte de Premio-Réal. Québec, des presses à vapeur de Léger Brous- 
seau, 9, rue Buade — 1880. 91 pp. in- 12. 

Les cercles agricoles dans la province de Québec. Québec, des presses 
à vapeur de Léger Brousseau, 8, rue Buade — 1881. 64 p>p. in- 12. 

Etats-Unis, Manitoba et Nord-Ouest. Notes de voyages. Québec, 
imprimerie de Léger Brousseau, 9, rue Buade — 1882. 184 pp. in- 12. 

Fête nationale des Canadiens-Français célébrée à Windsor, Ontario, le 
24 juin 1883. Québec— 1883. 152 pp. in- 12. 

Historique de l'église de Notre-Dame des Victoires, Basse-yUle de Qué- 
bec. Deuxième centenaire. 1688-1888. Québec, typographie de Léger 
Brousseau. 9. rue Buade, Haute-Ville — 1888. 88 pp. in-12. 

Jacques Cartier. Québec — 1 889. Québec, imprimerie Léger Brous- 
seau, 9, rue Buade — 1889. 332 pp. in-12. 

Le Séminaire de Note-Dame des Anges. Montréal — 1890. 38 pp. 
in-8. 

M. C.-F. PatTKhaud, fondateur du Collège de Sainte-Amte. Fêtes à 
Voccasion de la translation de ses restes mortels de Vile aux Grues à Sainte- 
Anne, les 2] , 22 et 23 juin 1891. Québec, imprimerie Léger Brousseau, 1 l 
et 13, rue Buade— 1891. 192 pp. in-12 (2). 

La Nouvelle-France de Cartier à Champlain, 1540-1603. Québec, 
typographie de C. Darveau, 82 à 84, rue de la Montagne — 1891. 395 
pp. in-8. 

Le fort Jacques-Cartier et La Petite Hermine. Etude archéologique. 
Montréal— 1891. 34 pp. in-8. 

Samuel Champlain, fondateur de Québec et père de la Nouvelle-France. 
Histoire de sa vie et de ses voy;ages. Tome premier. Quézec, A. Côté et Cie, 
imprimeurs-éditeurs, 8, rue du Fort — 1891. 430 pp. in-8. 

Chouart et Radisson. Ottawa — 1893. 21 pp. in-8. 

Chouart et Radisson. Ottawa — 1894. 20 pp. in-8. 

Vie de C.-F. Pcmchaud, prêtre, curé, fondateur du Collège de Sainte- 
Arme de la Pocatière. Québec, Léger Brousseau, imprimeur, 11 et 13, rue 



( 1 ) Décédé à Québec le 30 mais 191 7. 
(2) Sans nom d'auteur. 



— 214 — 

Buade— 1694. 440 pp. in-8. 

Mgr de Forh'm-Jamon, évêque de Nanc^ et de Toul, primat de Lorraine. 
Sa vie, son oeuvre en Canada. Québec, Léger Brousseau, imprimeur-éditeur — 
1895. 196 pp. in-1 2. 

Noces d'argent de M. Vabbé Th. Montmin^, curé de Saint-Georges de 
Beauce. Québec — 1895. 50 pp. in-12. 

Hennepin, ses voyages et ses oeuvres. Québec — 1897. 40 pp. in-5. 

Pierre Bédard et son temps. Ottawa — 1898. 45 pp. in-8. 

John and Sebastien Cabot. Québec, Raoul Renault, publisher — 1898. 
47 pp. in-4. 

Jean-François de La Rocque, seigneur de Roberval. Ottawa — 1899. 
8 pp. in-8. 

Sainte-Anne de la Pocatière 1672-1900. Lévis, Pierre-Georges Roy, 
éditeur. 93 pp. in-12. 

Vice-rois et lieutenants^généraux de la N ouvell&-France. Ottawa — 1901. 
12 pp. in-8. 

Historique de la Bibliothèque du Parlement à Québec, 1792-1892. 
Ottawa— 1902. 12 pp. in-8. 

Une grande figure de prêtre : l'abbé Gabriel Richard, curé de Détroit. 
Conférence donnée à l'Université Laval. Québec, imprimerie de S.-A. De- 
mers, 30, rue de la Fabrique — 1902. 54 pp. in-8. 

Le Père Sébastien Rasle, jésuite, missionnaire chez les Abénaquis, 1657- 
1724. Ottawa— 1903. 18 pp. in-8. 

The siège of Québec and the battle of fhe Plains of Abraham. A rcply 
to the Editor of Old and New. Québec, Dussault & Proulx, print. — 1903. 
39 pp. in-8. 

Québec under trvo flags, a brief histor^ of the Cit^ from its fourtdatiori 
until the présent time. Québec, The Québec News Company — 1903. 500 
pp. in-8 (3). 

Serviteurs et servantes de Dieu en Canada. Quarante biographies. Qué- 
bec, 14, rue Dauphine — 1904. 318 pp. in-8. 

Les ecclésiastiques et les royalistes français réfugiés au Canada à Vépoque 
de la Révolution—] 79 1 - 1 802. Québec— 1 905. 447 pp. in-8. 

Inventaire chronologique des livres, brochures, journaux et revues publiés 
en langue française dans la province de Québec depuis rétablissement de l'im- 



(3) Eln collaboration avec M. A.-G. Doughty. 



-215-- 

pTÎmerie au Canada jusqu'à nos jours. 1764-1905. Québec — 1905. 183 
pp. in-ô. 

Samuel Champlain, fondateur de Québec et père de la Nouvelle-France. 
Histoire de sa vie et de ses voyages. Tome deuxième. Québec — 1906. 559 
pp. in-8. 

Champlain. Toronto, Morang & G)., limited — 1906. 299 pp. in-8 (4). 

Inventaire chronologique des ouvrages publiés à Vétranger en diverses lan- 
gues sur Québec et la Notrvelle-France depuis la découverte du Canada jusqu'à 
nos /ours. 1534-1906. Tome II. Québec— 1906. 1 70 pp. in-ô. 

Inventaire chronologique des livres, brochures, journaux et revues publiés 
en langue anglaise dans la province de Québec, depuis l'établissement de Vim- 
primerie en Canada jusqu'à nos jours — 1764-1906. Tome III. Québec — 
1907. In-ô. 

Inventaire chronologique des cartes, plans, atlas relatifs à la Noirveïle- 
France et à la province de Québec. 1508-1908. Tome IV. Québec — 
1909. I42pp. in-8. 

Le parler populaire des Canadiens-Français ou lexique des canadianismes, 
acadianismes, anglicismes, américamsmes, mots anglais les plus en usage au sein 
des familles canadiennes et acadiermes françaises comprenant errviron 15,000 
mots et expressions avec de nombreux exemples pour mieux faire comprendre la 
portée de chaque mot ou expression. Québec, Laflamme êr Proulx, imprimeurs 
—1909. 671 pp. in-8. 

1 879-1 909. Travaux historiques publiés depuis trente ans. Québec, typ. 
Laflamme & Proulx— 1909. 27 pp. in-8. 

Pierre Bédard et ses fis. Québec, typ. Laflamme & Proulx — 1909. 
272 pp. in-12. 

Les trois comédies du ''Statu quo" — 1834. Québec, tjrp. Laflamme & 
Prouk— 1909. 246 pp. in-12. 

Sainte-Anne de la Pocatière, 1672-1910 ; L' lle-aux-Oies, 1646-1910. 
Québec, typ. Laflamme ô" Proulx — 1910. 219 pp. in-12. 

Mgr de Forbin-Janson, évêque de Nancy et de Toul, primat de Lorraine. 
Sa vie, son oeuvre en Canada. Québec, typ. Laflamme & Proulx — 1910. 
21 1 pp. in-12. 

Chouart et Radisson suivis de Hollandais et Français en Amérique, 1 609- 
1664. Québec, typ. Laflamme & Proulx — 1910. 212 pp. in-12. 

Gabriel Richard, sulpicien, curé et second fondateur de la ville de Dé- 

(4) Eln anglais. 



— 216 — 

roit. La mémoire du P. Rasle vengée. Québec, typ. Laflamme & Proulx — 
1911. 191 pp. in-12. 

Une dispute grammaticale en 1 842 : le G. V. Demers vs le G. V. Ma- 
guire, précédée de leur biographie. Québec, typ. Laflamme 6r Proulx — 1912. 
229 pp. in-1 2. 

La "Petite Hermine'' de Jacques Cartier et diverses monographies histo- 
riques. Québec, typ. Laflamme & Proulx — 1913. 205 pp. in-12. 

Les Canadiens-Français. Origine des familles émigrées de France, d'es- 
pagne, de Suisse, etc., pour venir se fixer au Canada depuis la fondation de 
Québec jusqu'à ces derniers temps et signification de leurs noms. Québec : 
librairie Gameau, rue Buade ; Montréal, librairie Granger, rue Notre-Dame. 
Laflamme & Proulx, imp. Québec — 1914. XXIII, 61 1 pp. in-8. 

P.-G. R. 



LES JOURS fERIES SOUS LE REGIME FRANÇAIS 



Ceux qui consulteM les vieux documents ne manquent pas de constater 
qu'il y avait autrefois beaucoup plus de jours fériés que maintenant, mais 
quels étaient-ils ? 

Or comme il peut être utile aux chercheurs de pouvoir se renseigner 
rapidement sur ce point, nous nous sommes adressé à M. Léandre Lamonta- 
gue, qui s'cocupe de choses liturgiques, pour avoir son opinion, et voici, aux 
termes près, sa réponse qu'il base sur le rituel du diocèse de Québec, de 1703. 

D'abord, à l'ordinaire, on compte 52 dimanches du premier janvier au 
trente et un décembre, mais il y en a 53 dans les années non ibissextiles com- 
mençant par un dimanche ainsi que dans les années bissextiles commençant 
par un samedi ou un dimanche. 

Si on ajoute 37 fêtes d'obligation y compris celle de la paroisse que l'on 
n'oubliait jamais, on arrive, selon le cas, à 88, 89 ou 90 jours de chômage. 

Huit fêtes étaient mobiles: Pâques et les deux jours suivants ; l'Ascen- 
sion; la Pentecôte et les deux jours suivaTits, puis la Fête-Dieu. 

Vingt-huit fêtes étaient fixes : 

Janvier: 1, Circoncision; 6, Epiphanie; février: 2. Purification de la B. 
V. M.; 24 ou 25, S. Mathias, apôtre; mars: 19, S. Joseph; 25, Annonciation; 
mai: 1, S. Philippe et S. Jacques, apôtres; juin: 24, Nativité de S. Jean- 
Baptiste; 29, S. Pierre et S. Paul, apôtres; juillet: 25, S. Jacques, apôtre; 
26, Ste Anne; août: 10, S. Laurent; 15, Assomption de la B. V. M.; 24, S. 
Barthélémy, apôtre; 25, S. Louis; septemibre: 8, Nativité de la B. V. M.; 21, 
S. Mathieu, apôtre; 29, S. Michel; octobre: 28, S. Simon et S. Jude, apôtres; 
novembre: 1. Toussaint; 30, S. André, apôtre; décembre: 3, S. François- 
Xavier; 8, Immaculée-Conception; 21, S. Thomas, apôtre; 25, Noël; 26, S. 
«Etienne; 27, S. Jean, apôtre. En pilus, le patron t)rincii>al de chaque paroisse. 

Actuellement, il n'y a plus que six fêtes d'oblig£\ition. 

E.-Z. MASSICOTTE 



— 217 — 

La croix plantée par Cartier à Gaspé 



Eln 1534, la petite flotte de Jacques Cartier était mouillée à l'entrée de la 
baie de Gaspé lorsqu'une furieuse tempête s'éleva. Le vent souffla avec une 
telle violence qu'un des navires perdit une ancre. 

" Pour ce, nous dit le capitaine malouin, nous fut besoin passer plus outre 
en ce fleuve quelque sept ou huit lieues pour gagner un bon port où il y eut 
bon fond, lequel nous avions été découvrir avec nos barques, et pour le mauvais 
temps, tempête et obscurité qu'il fit demeurâmes en ce pwrt jusques au XXV 
sans pouvoir sortir " ( 1 ) . 

Ce bon {X)rt où les Fremçais trouvèrent un abri contre les fureurs de la 
tempête c'est la baie de Pénouïl, 

Cartier vit dans cette baie deux à trois cents sauvages occupés à pêcher 
des tombes (maquereaux). Il leur donna des couteaux, des chaf)elets de 
verre, des peignes et d'autres objets de peu de valeur. " Il ne se peut trouver 
gent plus pauvre au monde, dit- il, tous ensemble n'eussent pu avoir la valeur 
de cinq sols excepté leurs barques et rets." 

Avant de quitter la baie de Pénouïl, Cartier planta une croix sur la pointe 
de sable qui en ferme l'entrée : 

" Le XXIII J du mois, écrit-il, fismes faire une croix haute de trente 
pieds, et fut faite en la présence de plusieurs d'iceux sur la p>ointe de l'entrée 
de ce port, au milieu de laquelle mismes en écusson relevé aux trois fleurs de lys, 
et dessus était écrit en grosses lettres entaillées dans du bois. Vive le roi de 
France. Eii après la plantâmes en leur présence sur la pointe, et la regardaient 
fort, tant lorsqu'on la faisait que quand on la plantait Et l'ayant levée en 
haut, nous nous agenouillions tous ayant les mains jointes, l'adorant à leur vue, 
et leur faisions signe regardant en montrcint le ciel, que d'icelle dépendait notre 
rédemption de laquelle chose, ils s'émerveillèrent beaucoup, se tournant entr'eux, 
puis regardant cette croix." 

Cette prise de possession ne plut guère aux Sauvages. Lorsque Cartier 
et ses compagnons furent retournés à leurs navires, le chef, accompagné de ses 
trois fils, et de son frère, vint protester contre l'occupation de son territoire. 
Vêtu d'une vieille peau d'ours noir, de son canot, il fit une harangue aux marins 
montrant du doigt la croix et le territoire environnant comme s'il eut voulu dire 



( 1 ) Discours du voyage. 



— 218 — 

qu'il lui appartenait et que la croix ne devait pas être plantée sans sa permission. 
Par un stratagème des Français il fut embarqué dans un de leurs navires. 
Cartier essaya alors de lui faire comprendre que la croix avait été plantée "pour 
donner quelque marque et cognoissance pour pouvoir entrer en ce port". Puis 
il lui fit comprndre qu'il désirait mener en France deux de ses fils. Pour les 
engager à faire ce voyage, on revêtit chacun d'eux d'une chemise et d'un sayon 
de couleur ; on leur mit sur la tête une toque rouge et on leur passa au cou 
une chaîne de laiton. Les deux jeunes garçons satisfaits de leur accoutrement 
consentirent à suivre les Français. Le lendemain, les navires de Cartier sortaient 
de la baie de Pénouïl. 

La croix plantée par Cartier à Gaspé est, à proprement parler, le premier 
monument commémoratif élevé au Canada. 

Cette croix n'eut pas, il est bien probable, une longue existence. Dès 
après le départ de Cartier, les Sauvages, qui l'avaient vu élever avec déplaisir, 
durent la détruire. 

P.-G. R. 



QUESTIONS 



Dans son "Plan général de l'état présent des missions du Canada 
fait en l'année 1683 ", Mgr de Laval écrit : 

"Monsieur Basset prêtre âgé de 35 ans venu de France en l'année 
1674 dessert la seigneurie de Repentigny, Villy l'île de Jésus et Saint 
Sulpice." 

Puis il ajoute : 

" Villy est éloigné de Repentigny d'une lieue dans les terres et a 
une lieue et demie d'étendue habitée. Il y a 20 familles et 70 âmes. 
On y dit la messe dans une chapelle domestique." 

Quel est aujourd'hui cet établissement de Villy ? 

I XXX 

— Je lis dans une plainte faite à la prévôté de Québec en 1744 
qu'un individu but un misêratle d'eau de vie. Quelle était cette me- 
sure ? 

RIX 



.- 21» ~ 

LES FRERES DU CANADA 



Au nombre des documents que nous avons classés récemment, i! en est un 
qui nous paraît unique de son esp)èce et qui jette quelque lumière sur un point 
d'histoire encore peu étudié. 

Il s'agit de l'existence d'une société qui s'appelait les Frères du Canada 
et qui aurait été fondée à Montréal à la fin du dix-huitième siècle. 
Le document se lit conune suit : 

A une assemblée des Frères du Canada tenue 
au Caffé de Sulivan, ce jourd'hui vingt 
deuxième février mil sept cent quatre vingt 
dix. A Frère Jean Guill. De Lisle Salut. 
Nous vous avons nommé et chosi, vous nommons et constituons par ces 
présentes. Maître des Frères du Canada etc. de notre ordre : Voulant que vous 
jouissiez des prérogatives attachées à cette dignité, et voulons en outre que les 
présentes servent partout où besoin sera. 

Car tel est Notre Volonté. 

Donné à Montréal, le 22me février mil sept cent 
quatre vingt dix, sous le sceau de Notre Ordre et la 
cinquième de notre Institu. . . 
Par ordre de l'assemblée 
HERSE 

Garde sceau 

LOUIS LARDY 
Me LUMSDEN 
JOS PROVAN 
J. C. LEPROHON 
PH. DE ROCHEBLAVE 
JOS ROY 
PIERRE MARASSI 
* * * 

Celui qui est élu maître était un notaire très en vue et fils de cet autre 
notaire Delisle que le peuple envoya en Angleterre en I 783 avec MM. Adhé- 
mar de Saint-Martin et Wm-D. Powell dans le but de demander un gouver- 
nement constitutionnel F>our le Canada. 

Parmi les signataires du procès-verbal ci-dessus, Louis Lardy et Jacques- 
Clément Hersé étaient, croyos-nous, des Français, Me Lumsden et Provan 
étaient des Ecossais. 



— 220 — 

Sur Marassi ou Marassé, on peut consulter Tanguay, Dictionnaire, V, 
487. 

Les autres sont des Montréalais connus. 

A la gauche de la partie inférieure du document est un sceau fort curieux 
et exceptionnellement bien conservé et bien gravé. Il est circulaire et mesure 
exactement un pouce et trois lignes de diamètre. Le long de la courbe du haut 
se trouve l'inscription: Les Frères dv Canada. 1786. Au-dessous de ces. mots 
est un écu pelté dont la pointe supérieure centrale se termine par un trèfle ou une 
croix. A l'intérieur de l'écu on voit, en chef, un oeil entouré de rayons, au 
centre, deux mains entrelacées et, en pointe, le mot Inséparable. L'écu est 
accolé de rinceaux de laurier et de palmier. 

* * * 

Prenons maintenant connaissance d'un article paru dans le Canadian 
Antiquarian de 1873 (p. 63) et intitulé : An engraved silver medal of the 
Frères du Canada. 1 786. 

L'article, qui est signé par Sir G.-Duncan Gibb, de Londres, débute par 
une description de la médaille. Celle-ci a la forme de l'écu qu'on trouve^ dans 
le sceau dont nous parlons plus haut. Sur un côté de la médaille ont lit : 
Frères du Canada 1 786 et sur l'autre, sont gravés : un oeil en chef, deux 
mains au centre et le mot Inséparable en pointe. 

L'auteur raconte que cette médaille lui a été donnée par son oncle, le 
major George Gibb, de Sorel. Il en avait hérité d'un officier écossais qui avait 
dû appartenir à cette société. Cet officier était à Montréal en 1 786 et il mourut 
dans cette ville vers 1811. 

Ces renseignements sur le premier propriétaire de la médaille s'appliquent 
fort bien à Joseph Provan, l'un des signataires du procès- verbal. Ecossais de 
race, il mourut à Montréal, le 1er avril 1814, âgé de 55 ans et un nommé B. 
Gibb assistait à son enterrement. 

Sir Duncan Gibb ajoute qu'il ne sait rien sur la société, mais il suppose, 
avec raison, que son siège principal devait être à Montréal et qu'elle avait été 
fondée en 1 786. 

* * * 

Le Bulletin des recherches historiques de 191 1 (p. 96) a posé une ques- 
tion qui pourrait avoir quelque rapport avec les Frères du Canada. 

" Je vois, dit un correspondant, dans l'ouvrage de Clavel, Histoire pitto- 
" resque de la Franc-maçonnerie, qu'en 1 787, il existait une secte maçonnique 
" au Canada sonnue sous le nom de Francs-maçons régénérés. Cette loge ap- 
" partenait-elle au rite anglais ou français ? Où avait-elle son siège ? Connaît- 



— 221 — 

" on quelques-uns des membres de cette loge ? " 

Personne n'a répondu. 
» J'ai fait demander à M. J.-Ross Robertson, éditeur de CEvening Tele- 
gram de Toronto et l'historien de la Franc-maçonnerie au Canada, s'il possédait 
quelques informations concernant les Fremcs-maçons régénérés et les Frères du 
Canada. On me dit qu'il est d'avis que cette secte et cette société n'ont rien de 
commun avec le rite anglais. 

D'autre part, M. Aegidius Fauteux, le conservateur de la bibliothèque 
Saint-Sulpice de Montréal, au cours d'une causerie qu'U a faite dernièrement, 
devant la Société historique de Montréal, sur les Sociétés secrètes au Canada, 
a fourni des détails nombreux sur une succursale des Frères du Canada qui 
existait à Québec en 1 788. L'érudit conférencier croit que les Frères du 
Canada et les Francs-maçons régénérés étaient un même ordre. 

Cela est possible. 

Ne se pourarit-il pas également que l'on ait appelé Frères du Canada, une 
société modelée sur la Frjuic-maçonnerie, mais n'ayant qu'un but politique ? 
N'y aurait-il aucune relation entre cette société et le mouvement anti-britaumique 
ou séparatiste que des émissaires français tentèrent de créer en notre pays, à la 
fin du dix-huitième siècle ? 

E.-Z. MASSICOTTE 



Marie Renouard, épouse de Robert Giffard 



Mgr Tanguay, dans son Dictionnaire généalogique , ne donne pas 
la date de la mort de Marie Renouard, épouse de Robert GifiFard. 

Les registres de Notre-Dame de Québec et de Beaup«)rt que nous 
avons compulsée avec soin sont muets au sujet de la mort de madame 
Giffard. 

Une chose certaine c'est que madame Giffard survécut à son mari. 
Robert Giffard décéda le 14 avril 1668, et deux ans plus tard, le 2 juil- 
let 1670, sa veuve, par acte passé par le notaire Becquet, donne la sei- 
gneurie de Mille- Vaches à son petit-fils, François Aubert de la Ches- 
vaye. 

Nous ne croyons pas que madame Giffard soit passée en France 
après la mort de son mari. Ses enfants la retenaient ici. 

Ce qui est plus probable c'est qu'elle est morte à l'Hôtel- Dieu de 
Québec où une de ses filles avait été religieuse. Les premiers regis- 
tres de l'Hôtel- Dieu furent détruits dans l'incendie de ce monastère. 
Ce qui explique l'absence de renseignement.'- au sujet de la date de sa 
mort. 



... 222|™ 
Mémoire inédit de l'intendant Hocquart 



MEMOIRE POUR SERVIR D'INSTRUCTION AUX SRS DE 
MÉNTHET. DE BOISCLERC ET AUX MRS CHARPEN- 
TIERS DESTINES POUR LA VISITE DES BOIS DE 
CHESNE QUI SE TROUVENT DANS L'ETENDUE 
DE LA RIVIERE DU FORT FRONTENAC, 
GRANDE RIVIERE ET LES ENVIRONS. 

Tous les voyageurs nous ont unanimement rap>orté qu'il se trouve quantité 
de chesnes dans la Rivière du fort Frontenac qui seraient propres pour la 
construction des Vaisseaux du Roy ; cet objet estant d'une importance extrême 
à cause des vues que Sa Majesté a d'établir solidement en ce pays la construc- 
tion des batimens de mer pK)ur son service, nous avons destinée les srs de 
Menthet, Boisclerc, grand-voyer, avec Henry Parent Me charpentier et Blaize 
Marié, aide, pour parcourir l'étendue de pays nord et sud qui se trouve le long 
de cette rivière. 

Ils commenceront par visiter l'étendue ou langue de terre qui est baignée 
par la rivière du fort Frontenac et la Grande Rivière, les charpentiers qui en 
ont fait l'automne dernier et cet hiver une visite superficielle assurent qu'ils y 
ont vu 3 ou 4000 chesnes blancs propres à la construction, il faut que la 
nouvelle visite soit plus exacte d'autant que l'exploitation et le transport des 
bois se pouraient faire avec peu de frais. 

Le s. de Boisclerc fera compter et marquer autant qu'il sera possible tous 
les chesnes, fera examiner par les charpentiers qui l'accompagnent les racines 
de plusieurs de ces arbres, la tournure du tronc et les branches, de manière qu'à 
son retour l'on puisse connaistre le fond qu'il y aura à faire à peu près, sur la 
quantité de bois tort et bordage que l'on pourra tirer de cet endroit. 

Ils observeront s'il y a des chemins praticables pour conduire les bois à 
exploiter jusqu'au bord de la Grande Rivière dans la seigneurie de M. de 
Vaudreuil et s'il n'y en a point, ils feront les remarques nécessaires pour établir 
et mettre en état ceux qui conviendront. 

Cette première visite faite, ils monteront dans la rivière du fort Frontenac 
jusqu'au dessous du Long Sault, examineront au nord et au sud de la rivière 
les chesnières que l'on asseure qui s'y trouvent et feront de pareilles observations 
à celles qu'ils auront déjà faites plus bas. 

Il y a des habitans dans le gouvernement de Montréal qui ont parcouru 



— 223 — 

à pied les bords de cette rivière et qui connaissent les endroits où sont les chesnes, 
ces habitans seront très utiles dans la recherche qui s'en doit faire. Ils doivent 
les amener avec eux un ou deux. 

Ce n'est point assez qu'il se trouve des chesnes si on ne trouve le moyen 
de faire descendre les bois jusqu'au haut du Rapide des Cèdres. 

Le S. de Menthet qui a fait cent voyages dans cette rivière ne nous a point 
exagéré les dangers de la navigation, au contraire dans le compte qu'il nous a 
rendu, il estime que l'on peut faire descendre des cajeux depuis le lac St Fran- 
çois jusqu'à la pointe à Rubercourt, ce qui fait une espace de l 4 ou 15 lieues, 
pour s'en asseurer, il conviendra de faire l'épreuve d'un ou deux cajeux que les 
srs Menthet et Boisclerc feront construire et descendre depuis le lac St-François 
jusqu'à la pointe à Rubercourt ; nous croyons qu'il est à propos d'en faire 
deux, l'un d'une étendue de 40 ou 50 pieds de longueur et de 1 5 à 20 pieds 
de large à deux rangs de pièces les unes sur les autres, et l'autre plus petit d'un 
simple rang de pièces. 

On prétend que le rapide du coteau du Lac du costé de l'ance au Batteau, 
est l'endroit de cette rivière le plus difficile. Les Srs de Boisclerc et de Menthet 
doivent mener avec eux des habitans pratiques de la rivière et qui sont dans 
l'usage de descendre des cajeux par le sault St Louis. Tous remarqueront 
avec soin les courants, la profondeur de l'eau, et les amets qu'il faudra suivre 
dans cette navigation. 

S'ils parviennent à pouvoir faire descendre les deux cajeux cy-dessus depuis 
le lac St François jusqu'au haut du rapide des Cèdres, ils continueront leur 
visite au-dessus du lac des deux cotés de la rivière jusqu'au fort Frontenac ; 
on assure que dans cette étendue le chesne est pour l'ordinaire le bois le plus 
commun, mais la même difficulté revient pour la descente des bois à cause des 
rapides ; celui du Long Sault est cependant le seul qui paraisse dangereux 
quoyque M. Menthet prétende y avoir un espace de plus de 10 arp)ens de large 
par où les cajeux pourront descendre, il faudra donc faire une nouvel le -expé- 
rience en construisant deux cajeux de même grandeur que les deux précédens 
et qu'ils feront descendre par le Long Sault. Sur ce que M. Menthet nous 
a raporté de la navigation de la rivière du fort Frontenac, que même M. le 
Chev. de Longueuil est dans l'usage de faire descendre deux batteaux amarrés 
ensemble chargés de foin, depuis le lac St. François jusqu'à sa terre, on a lieu 
de penser que l'une et l'autre expérience pour faire descendre des cajeux grands 
et petits, réussiront, s'il en est autrement les Srs Menthet et Boisclerc examine- 
ront s'il est possible d'établir des entrepôts à terre pour éviter les deux rapides 



— 224 — 

du Long Sault et du Coteau du Lac ; dans ce cas il y aura des chemins à 
établir, ils observeront les longueurs de ces chemins et les autres difficultés et 
estimeront autant juste qu'il leur sera possible le travail et l'excédent de dépense 
que jes transports par terre occasionneraient. 

Les bois de chesne et la navigation de la rivière du fort Frontenac sont 
le principal objet du voyage et de la visite des d. Srs. Menthet et Boisclerc, 
cependant s'ils rencontrent des pinières de pin rouge propres pour la nature des 
vaisseaux du Roy, ils examineront leur qualité, hauteur et grosseur. 

Ils examineront pareillement la qualité des terres situées sur le bord de 
la rivière tant au nord qu'au sud, si elles sont propres aux cultures, s'il s'y trouve 
des prairies. 

Le sr Boisclerc dressera un Journal exact de la visite et du voyage qu'il va 
faire dans tous ces quartiers, et il n'obmettra aucune des remarques qu'il aura 
faites suivant qu'il est prescrit dans ce mémoire et même toutes celles que les 
lieux et l'occasion luy donneront matière de faire. 

Ils doivent observer soigneusement la situation et l'éloignement des ches- 
nières du bord de l'eau et les facilités et les difficultés qui peuvent se rencontrer 
dans les transports. 

Si la saison le leur permet, ils visiteront une partie de la grande Rivière, 
depuis le Long Sault même audessus jusqu'à la terre de la dame de Langloiserie, 
ils feront les mêmes observations que dans la rivière du fort Frontenac. 

Ils partiront de Montréal aussitost que la navigation sera ouverte, nous 
envoyons à ce sujet à M. Michel les ordres nécessaires pour l'équipement d'un 
canot pour cette visite. 

Le Sr Boisclerc apportera avec luy des copeaux de chesnes blancs, gris 
et rouges étiquetés ainsy que des pins rouges des différents endroits de la rivière, 
pour qu'on puisse en connaistre la qualité. 

Fait à Québec le vingt mars I 740. 

HOCQUART 



BULLETIX 

DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXIII BEàUCEVILLE=AOUT 1917 Ni 8 



La famille Bailly de Nesseia 



(Suite) 



ACTE DE SEPULTURE DE MARIE-JOSEPH 
BAILLY DE MESSEIN, VEUVE DE ANTOINE-CHAR- 
LES TURPIN (QUEBEC). — Le vingt deux avril de l'an 
mil sept cent soixante et onze par nous soussigné curé de 
Québec a été inhumé le corps de feue Marie-Joseph Bailli 
veuve de Charles Turpin, negt, deceddé le vingt du mesme 
mois dans la communion des fidelles âgée d'environ cin- 
quante neuf ans. Ont assisté Pierre-André Spénard, Jean 
Alexi Bequet et plusieurs autres — B. J. Dosque Ptre. 

ACTE DE NAISSANCE DE PIERRE-EUSTACHE 
BAILLY DE MESSEIN (QUEBEC). — Le ne may 1714 
est né et a été par moy soussigné baptisé Pierre-Eustache, 
fils du sieur Nicolas Bailly officier des troupes de Sa Ma- 
jesté en ce païs, et de dame Anne Bonhomme son épouse. 
Le parain a été le sieur Pierre-Eustache de Grevois, sieur 
des Rosiers, et la mareine Mlle Magdeleine la Cetière, sous- 
signés ainsy signé — Bailly — Des Rosiers — Magdeleine 
la Cetière — Goulvin — Calvarin, Ptre. 

ACTE DE SEPULTURE DE PIERRE-EUSTACHE 
BAILLY DE ^lESSElN (CHARLESBOURG). — Le dou- 
ze juillet de Tan mil sept cent quatorze a été inhumé dans 



— 226 — 

le cimetière de cette paroisse par nous prêtre Pierre Eusta- 

che, âgé de , fils de Nicolas Bailly, officier dans les 

troupes de la marine, et de Anne Bonhomme, sa femme, de 
la paroisse de Québec; a été présent le père de l'enfant 
lequel a signé Bailly. 

ACTE DE NAISSANCE DE FRANÇOIS-AUGUSTIN 
BAILLY DE MESSEIN (QUEBEC). — Le 21e août 1709, 
a été baptisé par moy curé de Québec François-Augustin né 
d'hier fils du sieur Nicolas Bailly de Massin (sic) enseigne 
dans les troupes de la marine, et de Me-Anne Bonhomme, 
sa fenmie. Le parein a esté le s. François-Augustin, baron 
de Joannes, lieutenant dans les troupes de la marine et la 
mareine Mlle Marie-Magdeleine le Vasseur lesquels ont 
signé Marie-Mag-d-Louise LeVasseur — F. Augustin, ba- 
ron de Joannes — Bailly de Messein — Pocquet, Ptre. 

ACTE DE SEPULTURE DE FRANÇOIS-AUGUSTIN 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE- ANNE DE VAREN- 
NES). — L'an mil sept cent soixante onze ce quatre Avril 
par nous prêtre soussigné a été inhumé dans l'église de 
cette paroisse le corps de Monsieur François Augustin 
Massin Bailly décédé d'avant hier après avoir reçu le Sa-' 
crement de l'extrême-onction âgé d'environ soixante un ans 
négociant dans cette paroisse la dite inhumation en pré- 
sence des Messieurs Bouat Gadois, Mogé Bouret et Joseph 
Lussié lesquels ont signé avec nous de ce requis — Bouat 
— M. Bouret-Morand Ptre. 

ACTE DE MARIAGE DE FRANÇOIS -AUGUSTIN 
BAILLY DE MESSEIN ET DE MARIE-ANNE DE 
GOUTINS (MONTREAL). — Le Treizième Janvier mil 
sept cent quarante après la publication de deux bans, 
vue la dispense du troisième accordée par Mre Loiiis 
normant vicaire gênerai du dioceze de québec sans empê- 
chement ny opposition, je soussigné faisant les fonctions 
Curiales ayant pris le mutuel consentement par paroles de 
présent de Sr françois augustin Bailly de Massin ecuyer 
âgé de Trente ans fils de Sr nicolas Bailly de Massin ecuyer 
lieutenant d'une compagnie des troupes du détachement de 
la Marine et de défunte Dame Marie anne Bonhomme ses 



-- 227 - 

père et niere de la paroisse de notre dame de québec d'une 
part et d'aussy présente Dam'lle Marie anne Desgoutin 
âgée de dix sept ans fille de Sr françois Marie desgoutin 
.ecuyer conseiller au Conseil Supérieur de lile royal et de 
défunte Dame angélique aubert De la chenaye ses père (et 
mère) de la paroisse de Louis Bourg demeurant actuelle- 
ment dans celle cy d'autre part les ay Mariés selon les rè- 
gles et Coutumes observées en la Ste église en présence de 
Messire honoré Michel de vilebois ecuyer Sr de la rouviliere 
Commissaire ordonnateur dans tout le Canada, de Sr Louis 
Joseph Marie rocbert garde Magazin du roy, de Sr Jean 
Daillebout ecuyer Sr D'argenteiiil de Sr Daneau ecuyer Sr 
deMuy enseigne dans les troupes dud. détachement et de 
plusieurs autres parens et amis des parties qui ont signé — 
Bailly de Massin — Marianne De Goutin 17 ans — L. Chs 
Dailleboust — Aubert Beaucours — Denis Ramezay — De- 
may — Mesnil — Begon de Villebois — Degoutin de Man- 
thet — Rocbert — Manthet Verchères — Aubert Desligne- 
ris — Lévilliers — Rocbert — Grandmenil — Deschambault 

— Charles de Longueuil — J. Deschambault — Déat, vie. 

ACTE DE SEPULTURE DE Mme FRANÇOIS-AU- 
GUSTIN DE IMESSEIN, NEE MARIE-ANNE DE GOU- 
TINS (SAINTE-.\NNE DE VARENNES). — Le vingt 
neuf novembre mil huit cent quatre par nous prêtre vicaire 
soussigné a été inhumé dans le cimetière de cette Eglise 
Dame Marie Anne Josepte Desgoutins épouse d'Augustin 
Bailly Ecuyer négociant sieur de Massin décédée en cette 
paroisse hier matin âgée de quatre vingt trois ans étaient 
présens Joseph Beauchamp et George Laurent soussignés 

— J. Beauchamp — George Laurent — P. Vezina Ptre vie. 

ACTE DE NAISSANCE DE CHARLES-FRANÇOIS 
BAILLY DE ^lESSEIN (MONTREAL). — Le quatrième 
novembre mil sept cent quarante a été Bâtisé par moy vi- 
caire soussigné françois charles né le jour précèdent a cinq 
heures du soir, fils De Mr françois augustin Bailly De Mes- 
sen ecuyer et de Dame Marie anne Desgoutin sa femme a 
été parrein Messire Jean Maurice Josue Dubois Bertelot 
de Beaucourt chevalier de L'ordre royal et Militaire de St. 



— 228 — 

Louis gouverneur de File de Montréal et lieux dependans et 
Marreine Dame charlotte Denis veuve de Messire Claude 
De Ramezay gouverneur de File de Montréal ont signés — 
J. M. J. DeBoisberthelot de Beaucours — Denis de Ramezay 
— Bailly de Massen — Deat, vie. 

ACTE DE SEPULTURE DE Mgr CHARLEvS-FRAN- 
ÇOIS BAILLY DE MESSEIN, EVEQUE DE CAPSE 
(POINTE-AUX-TREMBLES). — Le vingt-deux mai mil 
sept cent quatre vingt quatorze par moi vicaire-général a 
été inhumé dans le sanctuaire de cette église presque soUvS 
l'autel, du côté de l'Evangile, dans un caveau fait exprès et 
comme voûté, le corps de l'illustrissime et révérendissime 
Charles-François Bailli, évêque de Capsa, IN PARTIBUS 
INFIDELIUM, et coadjuteur de l'évêque de Québec, curé 
de cette paroisse, le dit seigneur coadjuteur décédé le vingt 
du courant à cinq heures et un quart post méridien à l'Hô- 
pital-Général de Québec, âgé de cinquante-trois ans, six 
mois, seize jours, après cinq ans d'épiscopat et avoir gou- 
verné cette paroisse pendant seize ans. L'inhumation faite 
solennellement en présence de M. Mrs Tetro, vicaire de la 
paroisse, Meriau, curé de Saint-Augustin, Renaut, curé de 
Beauport, Gazelle, docteur de Sorbonne, Berrey, commis- 
saire des Récollets, Dechenault, curé de Lorette, seigneur 
de cette paroisse, Bégin, curé à St-Nicolas, Tupin, Ptre, et 
de plusieurs ecclésiastiques soussignés, et aussi en présence 
de Mrs Louis Langlois fils et Louis Dechenaux Ecuyer no- 
taire, exécuteurs testamentaires, et en présence de presque 
tous les habitants de cete paroisse — Renaud Ptre — Des- 
chenaux — Gazel — Hely de Pereyre — Ch Bégin Ptre — 
M. Vallée, s. d. — Pr Toupin Ptre — Michel Beriau, prêtre 

— J. B. Bédard, Sous-d. — Deschenaux — P. Ol. Langlois 

— M. Parent, m. — J. Leclaire, eccl. — F. X. Fournel, mi- 
noré — Gab. Tachereau, m. — D. McDonald — N. 01. Gos- 
selin — C. F. Ranvoyzé — Aug. Tétro, vicaire — Jos. Bé- 
dard, clerc — L. Germain fils — Gravé, vie-général. 

ACTE DE NAISSANCE DE HONORE-JOSEPH 
BAILLY DE MESSEIN (MONTREAL). — Lan mil sept 
cens quarante deux le dix neuf de mars moi Jean Boufifan- 



— 229 — 

deau prêtre du Semi're de Montréal, ay batisé un garçon 
né ce matin de Mr françois Augustin Bailly Cadet dans les 
troupes de sa Majesté et de Dame Marie Josf degoutin 
mariés accouchée en cette paroisse et demeurant en celle de 
\'arennes on la nommé Honoré Josef le parrein est Mon- 
sieur Honoré Michel de Villebois Commissaire ordonateur, 
et la marraine dame Gabriel francoise Aubert de Beaucourt 
Gouvernante de cette ville le père absent — De Villebois — 
Aubert Boisberthelot — Mesnil — Bouffandeau Ptre. 

ACTE DE NAISSANCE DE MARIE-LOUISE- 
CHARLOTTE BAILLY DE !^IESSEIN (MONTREAL).— 
Le cinquième décembre mil sept cent quarante huit, je 
Prêtre missre Soussigné ai baptisé Marie charlotte née de 
ce jour à trois heures du matin fille de Sr François Augustin 
Bailly et de demelle Marie Joseph Degoutin son épouse de- 
meurant a la paroisse de Varenne le parain a été mr. Char- 
les Daiîlebout Ecuyer commandant des troupes de l'Ile 
Royalle et la maraine demelle Marie Charlotte Delongueil 
qui ont signé — Dailleboust — Charlotte Longueuil — J. 
Gladel Ptre. 

ACTE DE MARIAGE DE ABEL-ETIENNE ROC- 
BERT DE LA MORANDIERE ET DE LOUISE-CHAR- 
LOTTE^ BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE 
VARENNES). — L'an mil sept cent soixante six ce vingt 
cinq mai après la publication d'un ban de mariage tant en 
cette paroisse qu'en celle de Montréal et par une fête au 
prône de la messe paroissiale entre Abel Etienne Robert 
Sieur de la Morandière cy-devant lieutenant dans les trou- 
pes de la marine de Sa Majesté très chrétienne fils de feu 
Etienne Rocbert sieur de la Morandière officier et ingénieur 
du Roy dans le gouvernement de Montréal et de Dame 
Marguerite Vinet depuis beau ses père et mère de la pa- 
roisse de :\Iontreal d'une part et demoiselle Louise Char- 
lotte Bailly fille de François Augustin Bailly Ecuyer Sieur 
de Massin et de Dame Marie Joseph Degoutin ses père et 
mère de cette paroisse d'autre part. Sans qu'il se soit 
trouvé aucun empêchement formé d'opposition au dit ma- 
riage ou la dispense de deux bans tant dans cette paroisse 



— 230 — 

que dans celle de Montréal accordée aux dites parties par 
Messire Marchand vicaire général du diocèse et vu aussi 
le certificat de la publication du susdit ban à Montréal nous 
prêtre soussigné curé de Varennes avons reçu leur mutuel 
consentement par parole de présent et leur avons donné la 
bénédiction nuptiale et ce en présence de Daniel Joincaire 
Ecuyer sieur Chabert et de Amable Boucher Ecuyer sieur 
Augustin Bailly père de l'épouse et de sieur Michel Bailly 
son frère et de plusieurs autres dont les uns ont signé et 
les autres ont déclaré ne le savoir de ce requis à Varennes 
. les jours et an que dessus — Charlotte Bailly — LaMoran- 
dière — Lamorandière — Geneviève St-Ours — de Bou- 
cherville — Joncaire Chabert — Bailly Degoutin — M. Bail- 
ly, Bouat — Godois, Mogé, Bouret — Morand Ptre. 

ACTE DE SEPULTURE DE MADAME FRANÇOIS- 
ABEL-ETIENNE ROCBERT DE LA MORANDIERE, 
NEE MARIE-LOUISE-CHARLOTTE BAILLY DE MES- 
SEIN (SAINTE- ANNE DE VARENNES). -- L'an mil huit 
cent dix le vingt sept mars par moi ptre soussigné a été 
inhumé dans le Cimetière de cette paroisse le corps de Dame 
Louise Charlotte Bailly morte d'avant hier, munie des se- 
cours de l'Eglise, âgée d'environ soixante et cinq ans, veuve 
de feu Sieur Etienne Abel Lamorandière Ecuier, présents 
François chagnon, Jean-Baptiste proux qui seul a pu signer 
de ce enquis — J. Bte Proux — Kember ptre. 

ACTE DE NAISSANCE DE CHARLES BAILLY DE 
MESSEIN (MONTREAL). — Le vint et un septembre mil 
sept cent cinquante a été baptisé par moy vicaire soussigné 
Charles né le jour précédent vers les dix heures du soir fils 
de M. François augustin Bailly ecuyer et de dame Marie 
anne Degoutin sa femme. Le parrein M. Charles LeMoyne 
Baron de longueuil chevalier de l'ordre militaire de St- 
Louis gouverneur de l'ile de Montréal et lieux depandances, 
la marreine dame Catherine daillebout demantet femme de 
Mr Denoyan major du gouvernement de Montréal qui ont 
signé le père absent — LongueuiL — Mantet Noyan — 
Deat, vie. 



.- 231 -- 

\CTE DE SEPULTURE DE CHARLES BAILLY DE 
MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VARENNES). — L'an de 
grâce mil sept cent cinquante le vingt-huit septembre je 
soussigné prestre missionnaire de varennes ai inhumé dans 
le cimetière de cette paroisse avec les cérémonies ordinaires 
le corps d'un petit garçon décédé du jour précédent âgé de 
huit jours fils de Sr augustin Bailly et dme marie anne de- 
goutin ses père et mère de cette paroisse en présence de 
pierre goillet et de jean Baptiste ptre témoins qui ont décla- 
rer ne scavoir signer de ce requis — Maisonbasse ptré. 

ACTE DE NAISSANCE DE :^IARIE-CATHERINE 
BAILLY DE MESSEIN (MONTREAL). — Le troisième 
janvier mil sept cent cinquante deux ge soussigné ay bap- 
tisé Catherine née d'hier fille de sieur françois Augustin 
bailly ecuyer et de dame josephte de Goutin son épouse 
légitime. Le parrain a été sieur lue Lacorne dechappe lieu- 
tenant d'infanterie et la Marraine demoiselle Catherine 
Noyan qui ont signé avec moy — Catherine Noyan — Bailly 
— La Corne Saint-Luc — Poncin Ptre. 

ACTE DE SEPULTURE DE MARIE-CATHERINE 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VAREN- 
NES). — L'an mil sept cens cinquante deux le vingt huit 
jeanvier par nous soussigné prêtre faisans les fonctions de 
vicaire dans cette paroisse a été inhumée dans le cimetière 
de la dite paroisse avec les cérémonies prescrites par notre 
mère Ste Eglise marie chaterine décédée d'hier fille de 
françois augustin bally, âgée d'environ trois semaines a 
varennes les jour et an que desus en présence d'andré jau- 
doin et de jean baptiste lussié tous de cette paroisse lesquels 
ont déclaré ne savoir signer de ce enquis suivant l'ordon- 
nance — J. B. Catien ptre. 

ACTE DE NAISSANCE DE MARIE-CATHERINE 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VAREN- 
NES). — L'an mil sept cent cinquante trois, le septiesme 
avril par nous soussigné prêtre récollet vicaire de cette 
paroisse a été baptisée Marie Chaterine née dans la nuit 
précédente du légitime Marie (sic) de Sieur françois au- 
gustin Bailly et de Damoiselle Marie Anne Joseph degoutin 



... 232 — 

le parain a etté paul Rîmbault Ecuyer sieur duverger en- 
seigne dans les troupes, et la marainne demoiselle Char- 
lotte niartigny la Roche, lesquels ont signés avec moy les 
jour et an que dessus — Martigny Breilat — Bailly — Du- 
vergé — F. Isidore Marsolet. 

ACTE DE SEPULTURE DE MARIE-CATHERINE 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VAREN- 
NES). — L'an mil sept cens cinqte trois le deux de juillet 
par nous soussigné prêtre récollet vicaire de cette paroisse 
a été inhumée dans le Cimetière de la dite paroisse avec les 
cérémonies prescrites par nôtre Mère Ste Eglise Marie 
Catherine Bailly décédée d'hier âgé d'environ deux mois 
lille du Sr Bailly et de Dlle Marianne Dégoutin a varennes 
le jour et an que dessus en présence de Rolland Chateau- 
neuf et de Gabriel Godu tous de cette paroisse, lesquels ont 
déclaré ne pouvoir signer de ce enquis, suivant l'ordonnan- 
ce — Fr Isidore Marsolet. 

ACTE DE NAISSANCE DE PIERRE-HECTOR 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VAREN- 
NES). — L'an mil sept cent cinquante quatre le vingt six 
de juillet par nous soussigné prêtre curé de cette paroisse 
a été baptisé Pierre Hector né d'hier fils de M. François 
Augustin Bailly et de Dlle Anne Dégoutin sa légitime épou- 
se le parrain a été le Sieur Joseph Dégoutin oncle de l'en- 
fant et la marraine a été Délie Marie Angélique Martigny 
lesquels ont signé avec nous à Varennes les jours et an que 
dessus — Bailly — Dégoutin — Angélique Martigny — I. 
B. La Coudrav Ptre. 

ACTE DE SEPULTURE DE PIERRE-HECTOR 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VAREN- 
NES). — L'an mil sept cent cinquante quatre le six d'aoust 
par nous soussigné prêtre curé de cette paroisse a été in- 
humé dans le cimetière de cette paroisse avec les cérémo- 
nies prescrites par notre Mère Ste Eglise Pierre Hector 
Bailly décédé d'hier âgé d'un mois, fils du sieur Bailly et de 
Délie Dégoutin à Varennes les jours et an que dessus en 
présence de I. B. Lunié et d'Urbain Richard tous de cette 
paroisse lesquels ont déclaré ne savoir signer de ce requis 



— 233 — 

— I. B. La Coudray, Ptre. 

ACTE DE NAISSANCE DE MARIE-JOSEPHTE 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VAREN- 
NES). — L*an mil sept cent cinquante cinq le seize sep- 
tembre par nous soussigné vicaire de cette paroisse a etté 
baptisée marie Joseph née du jour précédent du légitime 
mariage du sieur françois augustin Bally et de Damoiselle 
marie Joseph Degoutin le parain a etté René Marie Ecuyer 
sieur de pecody contre coeur et la maraine demoiselle Char- 
lotte Ball}^ soeur de la Baptisée qui ont signé avec moy a 
varennes les jour et an que dessus — Pecaudi de Contre- 
coeur — Charlotte Baillv — Baillv — F. Isidore Marsolet, R. 

ACTE DE MARIAGE DE PIERRE-IGNACE D'AIL- 
LEBOUST DE PERIGNY ET DE MARIE-JOSEPHTE 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VAREN- 
NES). — L'an mil sept cent soixante et quatorze le vingt 
sepbre après avoir publié au prone de la Messe paroissiale 
un banc entre pierre ignace Dailbout ecuyer sieur perigni 
fils d'Ignace Daillebout ecu^-er sieur de perigni et Dame 
Josette Laureau (sic) de la Cote. Les père et mère de 
Montréal d'une part et de Moiselle bailly fille de françois 
Augustin bally ecuyer sieur De Massin et Dame Marie anne 
degoutin les père et mère de cette paroisse d'autre part, 
sans qu'il se soit découvert aucun empêchement a leur futur 
mariage et ayant obtenu dispense de deux bancs je Soussi- 
gné Curé de varennes ai reçu leui* mutuel consentement et 
leur ai donné la bénédiction nuptiale présence du sr Hartel 
beaubassin Robert Delamorandiere charles bailly charles 
De St-Ours qui tous ont signés à la minute — Fr Duburon 
Ptre. 

ACTE DE SEPULTURE DE MADAME PIERRE- 
IGNACE D'AILLEBOUST DE PERIGNY, NEE MARIE- 
JOSEPHTE BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE 
VARENNES). — L'an mil sept cent soixante et quinze le 
vingt-sept juin j'ai inhumé dans le Cimetière le corps de 
Marie Josette bally épouse du S. Pierre Ignace dailebou 
décédée la veille* après avoir reçu les Sacremens de péniten- 
ce et de lextremonction présence de Joseph lussié Dupuis 



— 234 — 

olivier mulat — J. Gervais Dupuis — Joseph Lusier — Fr 
DuBuron, Ptre. 

ACTE DE NAISSANCE DE ANGELIQUE-VICTOI- 
RE BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VA- 
RENNES). — L'an mil sept cens cinquante sept le six de 
janvier par nous soussigné prêtre Curé de cette paroisse a 
été baptisée angélique victoire née ce jourd'hui fille du Sr 
François augustin Bailly et délie Marie Anne Dégoutin sa 
légitime épouse; le parain a été le Sr Antoine Joseph Hya- 
cinthe Lavalg Capitaine au Régiment de Bearn, et la ma- 
raine délie Charlotte Bailly soeur de l'enfant tous de cette 
paroisse, lesquels ont signé avec nous a varennes les jour 
et an que dessus — Bailly — Charlotte Bailly — Bernard 
Laval — J. B. Lacoudray, Ptre. 

ACTE DE SEPULTURE DE ANGELIQUE-VICTOI- 
RE BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VA- 
RENNES). — L'an mil sept cent cinquante sept ce vingt 
de juillet par nous prêtre soussigné vicaire de cette paroisse 
a été inhumé dans le Cimetière de cette paroisse le corps 
d'angélique victoire âgée d'environ six mois fille du Sr 
Bailly et délie Marie Anne dégoutin a varennes les jours 
et an que dessus en présence de Jean Baptiste lussié et de 
Joseph delpé lesquels n'ont su sig'ner de ce requis suivant 
l'ordonnance — Moraud Ptre. 

ACTE DE NAISSANCE DE LOUISE BAILLY DE 
MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VARENNES). —L'an 
mil sept cent cinquante huit ce quatre mai par nous prêtre 
soussigné vicaire de cette paroisse a été baptisée I<ouise née 
d'hier du légitime mariage de Sr François augustin Bailly 
et de demoiselle marie anne dégoutin sa légitime épouse le 
parein a été Joseph hypolithe gaultier ecuyer sr de varennes 
lieutenant d'une Compagnie de la marine et la mareine 
demoiselle louise charlotte de sarazin dame de varennes 
lesquels ont signé avec nous de ce requis suivant l'ordon- 
nance — Devarennes — Sarrazin de Varenne — Bailly — 
Moreau Ptre. 

ACTE DE NAISSANCE DE NICOLAS-BAILLY DE 
MESSEIN (vSAlNTE-ANNE DE VARENNES). — L'an 



... 235 — 

mil sept cens soixante le quatre de janvier par nous sous- 
signé prêtre curé de cette paroisse a été baptisé nicolas né 
d'hier fille du Sr Augustin Bailly et de demoiselle Marie 
anne Dégoutin sa légitime épouse. Le parain a été Michel 
Bailly frère de l'enfant et la maraine Délie Marie Catherine 
Soumande tous de cette paroisse lesquels ont signé avec 
nous excepté la maraine qui n'a pu signer à cause d'un mal 
qu'elle a au doigt. A Varennes les jour et an que dessus — 
Chevalier Baillv — Baillv — J. B. Lacoudray Ptre. 

ACTE DE NAISSANCE DE JOSEPH-ANTOINE 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-.\NNE DE VAREN- 
NES). — L'an mil sept cent soixante et un ce quinze mars 
par nous prêtre soussigné curé de cette paroisse a été bap- 
tisé Joseph antoine né de ce jour du légitime mariage de sr 
augustin Bailly et délie marie anne dégoutin son épouse 
la mareine a été délie elisabeth charlotte de varennes épouse 
du Sr Soumande nous avons servi de parein au dit enfant 
lesquels ont signé avec nous de ce requis suivant l'ordon- 
nance a varennes les jour et (an) que dessus — Ch. Varenne 
Soumande — Baillv — Moraud Ptre. 

ACTE DE SEPULTURE DE JOSEPH-ANTOINE 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VAREN- 
NES). — L'an mil sept cent soixante et un ce deux août 
par nous prêtre soussigné a été inhumé dans le cimetière 
de cette paroisse le corps de Joseph antoine âgé de quatre 
mois et demi fils du Sr augustin Bailly et de délie marie 
anne dégoutin son épouse a varennes les jour et an que 
dessus en présence de pierre le Compte et de louis Brouette 
lesquels n'ont sçu signer de ce requis suivant l'ordonnance 
— Moraud Ptre. 

ACTE DE NAISSANCE DE MARIE-APOLLINE 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VAREN- 
NES). — L'an mil sept cent soixante et trois ce huit février 
par nous prêtre soussigné curé de cette paroisse a été bap- 
tisée Marie AppoHne née de ce jour du légitime mariage . 
de Sieur Augustin François Bailly et de Délie Marie Anne 
Joseph Dégoutin le parrain a été le Sieur Jean Baptiste 
Spagniolini chirurgien de la marine et la marraine Délie 



— 236 — 

Charlotte Bailly lesquels ont signé avec nous de ce requis 
suivant l'ordonnance à Varennes les jours et an que dessus 
— Louise Charlotte Bailly — Spagniolini ; — Bailly — Mo- 
raud Ptre. 

ACTE DE MARIAGE DE EUSTACHE-IGNACE 
TROTTIER DESAULNIERS ET DE MARIE-APPOLLI- 
NE BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VA- 
RENNES). — L'an mil sept cent quatre vingt trois le sept 
octobre après avoir publié au prosne de la grande messe 
paroissiale un ban entre le Sieur Eustache Ignace Trottier 
DesRivières baubien fils de Monsieur Eustache Trottier 
Desrivières beaubien negotiant à Montréal et de Dame 
Marguerite Malhiot ses père et mère de Montréal d'une 
part et demoiselle Marie AppoUine Bailly de feu François 
Augustin bally Ecuyer sieur de Massin et de Dame Marie 
Anne Joseph degoutin ses père et mère de cette paroisse 
d'autre part sans découvrir aucun empeschement a leur 
future Mariage. Les parties ayant obtenu une dispense de 
deux bans de Monsieur Mongolfier grand vicaire je sousi- 
gné curé ai reçu leur mutuel consentement et leur ai donné 
la bénédiction nuptiale les soussignés Appoline Bailly trot- 
tier Desrivières Beaubien D Beaubien amis Mugille Bou- 
cherville Malhiot Desrivières Malhiot laperriere Montigny 
Charlotte Megille Contre Coeur laperiere gaspé Bailly 
charlotte laperiere françois amable Desrivieres Bailly, de- 
saunier charlotte Beaubien pierre Daillebout alexis Desau- 
nier Marguerite Beaubin Pierre Malhiot Bailly — Fr 
Duburon ptre. 

ACTE DE SEPULTURE DE MADAME EUSTA- 
CHE-IGNACE TROTTIER DES RIVIERES-BEAUBIEN, 
NEE MARIE-APOLLINE BAILLY DE MESSEIN 
(SAINTE-ANNE DE VARENNES). — Le vingt neuf oc- 
tobre mil sept cent quatre vingt treize par nous prêtre 
soussigné curé de Boucherville a été inhumé dans l'église 
de cette paroisse le corps d'Appoline Baylli épouse d'Eus- 
tache Beaubien, âgée de trente ans neuf mois et vingt un 
jour munie des Sacrements. Furent présent Messieurs 



^-. 237 — 

Duburon et Dorval prêtres — Fr Dubnron ptre — J. Dorval 

^^' ^ ACTE DE NAISSANCE DE MARIE-FELIX B AILLY 
DE MESSEIN ET DE FELICITE-ELISABETH BAILLY 
DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VARENNES).— L'an 
mil sept cent soixante quatre ce quatorze septernbre par 
nous prêtre soussigné ont été baptisées Marie-Félix et Fé- 
licité Elizabeth filles jumelles nées du même jour du légi- 
time mariage de François Augustin Massin de Bailly et de 
Délie Marie- Anne Dégoutin. Le parrain de Marie Félix 
est le Sieur Joseph La Bruère et la marraine Délie Char- 
lotte Bailly. Le parrain de Félicité Elizabeth est le Sieur 
François j'osué de chapt la Corne et la marraine Délie Marie 
Josette Bailly lesquels excepté la délie Marie Josette ont 
signé avec nous de ce requis suivant l'ordonnance à Varen- 
nes les jours et an que dessus — Louise Charlotte Bailly — 
Joseph la Bruère — François Josué chevaHer de la Corne — 
Baillv — ^Toraud Ptre. 

ACTE DE SEPULTURE DE MARIE-FELIX BAIL- 
LY DE MESSEIN (SAINTE- ANNE DE VARENNES). — 
L'an mil sept cent soixante quatre le dix-sept décembre par 
nous prêtre soussigné a été inhumé dans le cimetière de 
cette paroisse le corps de Marie Félix âgée d'environ trois 
mois fille de Sr François Augustin Bailly et de Dlle Degou- 
tin à Varennes les jours et an que dessus en présence de 
Antoine Soumande et de I. B. Lunié lesquels ont déclaré ne 
savoir signer suivant l'ordonnance — Moraud Ptre. 

ACTE DE MARIAGE DE ALEXIS TROTTIER-DE- 
SAULNIERS ET DE FELICITE-ELISABETH BAILLY 
DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VARENNES).— L'an 
mil sept cent soixante et dix-neuf le vingt et un septembre 
après avoir publié au prosne de la grand Messe un banc 
entre le S. Alexis trautier desaunier fils du S x\lexis trau- 
tier desaunier et de défunte deMoiselle Marie bayeul les 
père et mère de lassorhption d'une part et deMoiselle féli- 
cité Elisabeth Bally fille de feu François Augustin Bailli 
equier s. de Massin et de demoiselle Marie Anne Josette 
Degoutin. Les père et mère de cette paroisse d'austre part 



™ 238 — 

comme il paroit par le Certificat a nous présenté je soussi- 
gné Curé ai reçu leur mutuel consentement et leur ai donné 
la bénédiction nuptiale les dittes parties ont obtenu dispense 
de deux bancs de Monsieur Mongolfier grand vicaire comme 
il paroist par la dispense cy-jointe présence du S. Joseph 
Darguille Antoine Laroche, Le s. de vienne lamorandiere, le 
s. Malhiot — Malhiot — J. Vienne — Robert Delamorandie- 
re — Fr Duburon ptre, 

ACTE DE MARIAGE DE JACQUES LEMOYNE DE 
MARTIGN Y ET DE FELICITE-ELISABTH BAILLY DE 
MESSEIN, VEUVE ALEXIS TROTTIER-DESAUL- 
NIERS (SAINTE-ANNE DE VARENNES). — L'an mil 
sept cent quatre vingt onse. Le vingt quatre may je Sous- 
signé curé de Varennes ayant publié un ban de Mariage 
entre le Sieur Jacques LeMoine Martigny fils de Monsieur 
Amable LeMoine Martigny, et de Demoiselle Marie Ar- 
change St François les père et mère de cette paroisse d'une 
part et Dame Félicité bailly massin veuve de Sieur Alexis 
Desaunier de cette paroisse d'autre part sans découvrir au- 
c^m empêchement a leur futur Mariage ayant obtenu dis- 
pense de deux bans de Monsieur Denaud Grand vicaire je 
Soussigné Curé ai reçu leur mutuel consentement et les ai 
marié selon les Cérémonies ordinaires présence — Malhiot 
— Bailly — Gaspé Bailly — Degoutin — Bailly veuve — 
Lamorandiere — Julie Martigny — Fr Duburon Ptre. 

'ACTE DE SEPULTURE DE MADAME JACQUES 
LEMOYNE DE MARTIGNY, NEE FELICITE-ELISA- 
BETH BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VA- 
RENNES). — Le vingt cinq septembre mil huit cent vingt 
huit par nous Prêtre Vicaire soussigné a été inhumé dans le 
cimetière de cette paroisse le corps de félicité Bailly épouse 
de Jacques Lemoine de Martigny Seigneur de la Trinité,, 
décédée avant hier, munie des secours de l'Eglise, âgée de 
soixante quatre ans, présens Toussaint Brodeur, Etienne 
Sénécal qui n'ont su signer — Frs. P. Porlier ptre Vie. 

ACTE DE NAISSANCE DE MICHEL BAILLY DE 
MESSEIN (MONTREAL). — Le douzième jour de sep- 
tembre de l'année Mil sept cent quarante sept a été baptisé 



— 239 — 

par moy prêtre soubsigné Michel Né du jour d'hyer a dix 
heures du Matin fils de françois augustin bailly de Massan 
et de dame Marie Anne Joseph desgoutin son épouse de- 
meurant dans la paroisse de Varenne; Le parrein a ete Mr 
Michel dupont derenon Lieutenant dans Le détachement 
de la Marine et La Marreine dame Catherine eurry La 
perelle épouse de pierre Joseph Celoron Capitaine dans ledit 
détachement lesquels ont signé — Eurry Celoron — Dere- 
non — M. Falcoz ptre. 

ACTE DE SEPULTURE DE MICHEL BAILLY DE 
MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VARENNES). — Le huit 
juin mil sept cent quatre vingt quinze par nous prêtre sous- 
signé a été inhumé dans le cimetière le corps de Sieur 
Michel Bailly décédé la veille au matin muni des Sacre- 
ments âge de quarante neuf ans presens Laberge Poirier — 
J. Dorval Ptre. 

(La fin dans la prohaine livraison) 



JACQUES-CLEMENT HERSE 



Sur le sieur Hersé dont il est question dans nos articles parus dans le 
Bu//e/rn de 1917, Un théâtre à Montréal en 1789, p. 191. et les Frères du 
Canada, p. 219, voici quelques renseignements que nous cueillons dans l'ou- 
vrage de l'abbé Moreau sur l'Acadie (près de St-Jean, P. Q.) . pages 90 et 96: 

"Jacques-Clément Hersé. . . y fit longtemps commerce. C'était un 
Français, probablement un royaliste dégoûté de la Révolution, un véritable 
aristocrate, peut-être même un noble, car son argenterie, actuellement en pos- 
session d'un notable du village de Napierville, porte des armoiries. Ses cuillères, 
entre autres objets, portent son monogranmie mêlé à celui de son épouse et un 
écu surmonté d'une dextrochère tenant une clef. Après avoir perdu sa pre- 
mière épouse qui lui avait laissé un fils, mort célibataire, il se remaria, au 
Canada, à^ Mlle Marguerite Lacroix ... Il en éleva un fils, Jacques-Clément, 
baptisé à l'Acadie en 1 790, qui devint avocat et mourut à l'Acadie, en 1816, 
puis deux filles, désignées plus tard sous le nom de dame Hersé, Mlle Antoi- 
nette, mariée à John Richardson et qui n'eut pas d'enfant, et Mlle Sophie 
baptisée en 1794 et qui mourut célibataire vers 1872." 

E.-Z. MASSICOTTE 



... 240 — 

LES SYNDICS DE MONTREAL 



L'abbé FaiJlon, d'accord avec Garneau et l'abbé Ferland, nous 
informe qu'en 1644, Louis XIV donna aux associés de Montréal le 
droit d'ériger à Villemarie un corps de ville ou communauté et que par 
l'arrêt du conseil d'état du mois de mars 1647, le syndic de Villemarie 
ne pouvait être en fonction pendant plus de trois années consécuti- 
ves . 

L'auteur décrit très bien comment se faisait l'élection de cet 
officier, mais n'avance-t-il pas trop catégoriquement que Montréal eut 
des syndics sans interruption depuis 1644 jusqu'à 1672 ? Il nous sem- 
ble qu'on peut douter de l'exactitude de cette assertion quoi- 
que les archives du palais de justice de Montréal ne noiis permettent 
pas de l'infirmer. 

*** 

On sait qu'il existait un syndic à Montréal, en 1651 ; noue trou- 
vons le nom d'un antre pour les années 1656 à 1659 ; ensuite, nous 
avons les procès-verbaux d'élection de six autres et c'est tout. 

Y en eut-il plus ? 

En tout cas, voici les noms des chefs de la communauté de Ville- 
marie qui nous ont été conservés : 

JEAN DE SAINT-PERE.— Né à Dormelles, en Gatinois, vers 
1618. Semble être venu à Montréal en 1643. Il fut greffier et tabel- 
lion de 1648 a 1657. Tué par les Iroqujis, le 25 octobre 1657 (i). 

C'est lui qui reçoit, le 2 octobre 1651, en qualité de procureur 
syndic, le don que fait M. de Maisonneuve de "40 arpents de terre 
pour servir de commune aux habitants de Villemarie ". 

Depuis quand M. de Saint-Père était-il syndic ? 

MARIN JANNOT dit LACHAPELLE.-^Né en 1627. Il vint à 
Montréal avec la recrue d'immigrants de 1653. 

Ce colon se noya le 20 juillet 1664. 

Une pièce judiciaire du 28 novembre 1656 démontre qu'il était 



(i) Sur J. de Saint-Père, voir le B, des R. Z?^. 1914, p. 184 et 
Les actes des tabellions de Montréal, M. S. R. C.< 191 5, p. 190. 



— 241 — 

syndic et nous lisons dans un acte de Basset qu'il occupait encore 
cette charge le 3 avril 1660. 

L'abbé Faillon, 11,400, fait une curieuse erreur à son sujet. Il 
note que Marin J?nnot succéda au sieur Lachapelle, alors que Jannot et 
Lachapelle sont un seul personnage, ainsi que cet historien le dit cor- 
rectement à la page 547 du même volume. 

MEDERIC B0URDUCEAU.--I1 arrive à Montréal en 1658, en 
même temps que son parent par alliance, Louis Art us de SaiUy. Tous 
deux avaient séjournes quelque temps aux Antilles où ils avaient tenté 
nue entreprise commerciale avant de venir s'éehouer à Montréal, près 
d'un de leurs bailleurs de fonds, l'abbé Souart. (i). 

Le plus ancien procès- verbal d'élection de syndic qui n )us soit 
parvenu, date du 18 juillet 1660 et il relate les péripéties de l'élection 
du sieur Bourduceau. 

Ce dernier démissionna l'année suivante, car il quitta Montréal à 
l'automne de 1661. 

JACQUES TESTARD DE LA FOREST.— Chevalier, capitaine, 
ancêtre de la famille Testard de Montigny. Il semble s'établir à Mont- 
réal, en 1658, comme marchand traiteur et il épouse, en 1659, Marie 
Pourmm, veuve de Guillaume de la Bardillière. M. de la Forest mou- 
rut an mois de jnin 1663, âgé d'environ 33 ans. Il s'était fait cons- 
truire, en 1660. une maison qui a voisinait celle de Charles Lemoyne et 
de Jacques LeBer. 

Elu syndic le 21 novembre 166 1, il décéda avant la fin de son 
triennat. 

URBAIN BAUDEREAU dit GRAVELINE.-Né en 1633. il 
immigra à Montréal en 1653 et éix>usa le 20 octobre 1664, Marguerite 
Juillet, fille de Biaise Juillet, le seul compagnon de Dollard qui était 
marié. Il fut inhumé le 28 janvier 1695. 

Son élection comme procureur syndic date du 21 décembre 1663. 

MATHURIN LANGEVIN dit LACROIX.— Arrivé avec la 
recrue de 1653. Langevin fut l'un des trois colons qui résistèrent cou- 
rageusement à 50 Iroquois. le 6 mai 1662. Le procès- verbal de soa 
élection à la charge du S3-ndic. porte la date du 31 mai 1667. Sépul- 
ture, le -27 octobre 1673. 

L'abbé Ed. Langevin dit Lacroix a publié une intéressante pla- 



(i) Voir le Bulletin des R. H., 191 5, p. 206. 



— 242 — 

— , 

q nette sur la famille Lange vin- Lacroix. 

GABRIEL LE SEL, sieur du CLOS. —Ancêtre des familles De- 
celles. Né en 1626, II figure pour la piemière fois, à Montréal, dans 
un acte en 1651. Elu syndic le 19 août 1668. 

Tanguay, 1,546, dit : " SEL, Gabriel. Au contrat de mariage 
" du 9 août 1652, il est appelé Le Sole dit Leclerc (Etude de Basset)" 

Cette note est à retrancher, parce qu'elle est inexacte, notre géné- 
alogiste ayant u.al lu, ce qui est excusai )le, vu i'étatdu manuscrit qu'il 
cite. 

D'abord, le contrat est du 9 novembre 1651 (i) ensuite, dans 
l'intitulé, le nom inscrit est Gabriel Le Sel, Sr du Clos et à l'intérieur; 
Gabriel Le Saille ; enfin, le contrat est dressé pBr Lambert Closse. 
Bénigne Basset, à cette date, était en France et n'avait que douze ans. 

LOUIS CHEVALIER.— Né en 1624, il émigra de Caen à Mont- 
réal en 1653. Cordonnier de métier, son écriture est pourtant meil- 
leure que celle de nos premiers tabellions. 

Le 15 mars 1672, le juge de Montréal demande au gouverneur 
Perrot la permission d'assembler les habitants de Montréal pour l'élec- 
tion d'un syndic, ce qui fut accordé. La réunion eut lieu le 27 mars 
suivant et Jehan Gervaise obtint sept voix, Jean Valiquet, une,- Pierre 
Gadois une, Claude Bouchard, une et le sieur Charly Saint-Ange, 
deux, (2). 

Soit que Gervaise eut décliné, soit pour une autre cause, le juge 
Dailleboust convcqua encore les habitants, le 14 mai, pour le lendemain, 
toujours dans le bnt d'élire un syndic. L'ordonnance contenant cette 
convocation fut lue, publiée et affichée le dimanche 15 mai, à l'issue 
de la grande messe, par le greffier Basset. 

Les habitants, au nombre de 29, se réunirent le même jour, après 
vêpres. Cette fois, Jacques LeBer, marchand, reçut quatre voix, 
Nicolas Hubert dit Lacroix, une voix, André Charly dit Saint-Ange, 
trois voix, Isaac Naf rechoux, une voix et Louis Chevallier, dix-neuf 
voix. 

Ce dernier n'était pas présent et le juge Daillehoust, à la suite du 
procès- verbal de l'assemblée, déclare, paa ordonnance, que Louis Che- 



(i) Le mariage, toutefois, n'eut lieu qu'en novembre 1652. 
(2) Registre du baillage, 1665-82. 



— 243 — 

vBllier " sera et de nouveau (i) procureur syndic de l'Isle de Mont- 
réal pour, en cette qualité, agir, postuler, administrer toutes les affai- 
ras tant pressantes et advenir qui concernent le bien commun des habi- 
tants, etc. " 

Le choix des Montréalais était excellent et le modeste Chevalier 
se montra digne de la confiance qu'on lui avait témoigné. Malheureu- 
raent, il se trouva mêlé à la fameuse querelle Frontenac-Perrot-Fene- 
lon et comme il pencha vers les gens de sa région, le rigide gouver- 
neur-général le mit tout simplement au rancart, en l'interdisant. 

Quelques mois plus tard (le 20 octobre 1676 j, les habitants font 
un coup d'audace, sous la présidence de Jehan Gervaise, substitut du 
procureur fiscal, pour leur juge intérimaire, en l'absence de M. Daille' 
boust et rédigent un placet fort respectueux dans lequel, en ctnq 
petits articles, ils osent formuler leurs suggestions sur le commerce des 
marchands forains, à Montréal, sur la vente de la boisson, sur les lieux 
de traite et sur l'interdiction de leur syndic !et tous sigaeat, ils étaient 
quatorze. 

Un tel manque d'égard vis à-vis l'autorité ne pouvait passer 
inaperçu ! 

Le 23 i^ars 1677, ^I- de Frontenac défendait à tou:j de faire 
" aucune assemblée, conveniicule ni signatures communes "et le juge 
Dailleboust, le 3 avril 1677 pcrtait cette ordonnance à la connaissance 
du public. 

Personne, après ce' a, ne leva la tête. Et plus jamais, il ne fut 
question de représentant de la communauté des habitants dans notre 
région. 

Les seuls syndics que l'on vit à Montréal, par la suite, furent au 
XVII le slègle, ceux que les négociants se nommaient, mais les attri- 
butions de ces cfficiers se restreignaient aux choses du négoce. 

E. Z. MASSICOTTE 



(i) Cette expression signifie-t-elle que Chevalier avait déjà été 
syndic ? Quand alors ? Ou bien n'est-ce qn'une faute de rédaction ? 



— 244 — 

Les Gaultier de Yarennes et de la Verendrye 



M. l'abbé Ivanhoë Caron a commencé la publication dans le Bulleliri 
des Recherches Historiques d'une utile et intéressante étude sur les Gaultier 
de Varennes. Il rend à tous ceux qui s'occupent d'histoire canadienne un 
signalé service en débrouillant enfin la généalogie d'une de nos plus importantes 
familles. J'ai eu de mon côté la bonne fortune de rencontrer quelques vieux 
papiers intéressant la famille Gaultier de Varennes et qui m'ont paru contenir 
quelques détails nouveaux. Les notes que j'en ai extraites, quoiqu'elles ne 
soient pas de la première importance, ne seront peut-être pas tout à fait dépla- 
cées dans le Bulletin, en marge du travail de l'abbé Caron, 

•*• V •!• 

De quel droit René Gaultier, gouverneur des Trois-Rivières, ajouta-t-il 
à son nom celui de Varennes ? Il y a plus de quarante ans que M. Benjamin 
Suite s'est attaqué à ce problème, dans la Revue Canadierjne de 1873. Ce 
vaillant chercheur dut alors s'avouer vaincu, après avoir constaté qu'il y avait 
en France plus de trente localités différentes du nom de Varennes et qu'autant 
de familles pouvaient fort bien avoir emprunté de chacune d'elles le même 
nom territorial. Aujourd'hui du moins nous savons de façon sûre que René 
Gaultier de Varennes, premier du nom en Canada, était Angevin, originaire 
de Bécon, près d'Angers. Les recherches se trouvent donc un peu circons- 
crites. 

Puisque René Gaultier de Varennes était Angevin, il est permis de 
croire qu'il n'avait aucun lien de parenté avec les marquis de Varennes qui 
jouèrent sous Louis XIV "un rôle important dans le gouvernement et dans 
l'armée", et dont il est si souvent question dans les mémoires de St-Simon, dans 
ceux du marquis de Sourches et dans le Journal de Dangeau. D'après l'éditeur 
du marquis de Sourches, les marquis de Varennes s'appelaient, non pas Gaul- 
tier, mais Nagù, de leur nom patronymique et étaient du Limousin. 

Cependant, Dangeau et le marquis de Sourches nous parlent d'autres 
Varennes qui étaient des gentilshommes d'Anjou. 

A la date du 23 janvier 1690 ,1e marquis de Sourches écrit que "M. de 
V^arennes, capitaine dans le régiment des gardes de Sa Majesté, vient d'obtenir, 
moyennant 50,000 livres, le gouvernement de Landrecies." C'était, nous 
apprend l'éditeur des Mémoires, un gentilhomme d'Anjou, dont le père était 



... 245 — 

gentilhomme ordinaire du roi et qui lui-même l'avait été en survivance, après 
avoir été page de la chambre et mousquetaire. Le maréchal de la Feuillade, 
dont il avait été l'aide de camp, lui fit donner une charge dans le régiment des 
gardes où il devint capitaine. 

Quoique Angevin, le gouverneur de Landrecies ne devait pas être un 
frère de René Gaultier de Varennes, parce que très probablement, si ce dernier 
avait eu pour père un gentilhomme ordinaire du roi, le fait n'aurait pas manqué 
d'être consigné à son contrat de mariage, suivant l'usage d'alors. 

Le gouverneur de Landrecies p>ouvait cependant être le fils d'un frère 
d'Adam Pierre Gauthier, et le cousin germain par conséquent de son contem- 
porain canadien, le gouverneur des Trois-Rivières. 

Le gouverneur de Landrecies eut un fils, également gentilhomme d'Anjou, 
le sieur de Varennes qui, lieutenant dans les gardes françaises, se trouva à 
Malplaquet en même temps que son cousin présumé Pierre Gaultier de la 
Verendrye. 

Il est peut-être intéressant de noter aussi qu'une des plus intimes amies 
de Mme de Sévigné était une de Varennes. Je veux parler de la marquise 
de la Troche. Née Marie Goddé de Varennes, elle avait épousé M. de la 
Savonnière, marquis de la Troche, appartenant à une importante famille d'An- 
jou et conseiller au Parlement de Rennes. C'est M. Monmerqué, l'éditeur 
des lettres de Mme de Sévigné qui, dans ses notes, appelle la marquise de 
la Troche Marie Goddé de Varennes. Aurait-il dû lire Marie Goltié de 
Varennes ? L'orthographe assez fantaisiste du temps permet de semblables 
suppositions. La marquise de la Troche était aussi contemporaine de René 
Gaultier de Varennes. C'est entre 1 685 et 1 690 que Mme de Sévigné parle 
d'elle le plus fréquemment dans ses lettres. 

Ce qui est certain cependant, c'est que René Gaultier de Varennes avait 
en France, dans l'Anjou, une soeur du nom de Perrine qui était mariée à un 
sieur Philibert et dont un fils, officier, vécut et mourut en Canada. Ce neveu 
de René Gaultier de Varennes n'est autre que le sieur Philibert mentionné par 
Tanguay dans son Dictionnaire généalogique (VI, 399) comme né en 1 674 
e! inhumé à Québec le 4 septembre I 734. J'ai retrouvé, annexée à de vieux 
documents judiciaires de 1 734, comme exhibit, le testament du sieur Philibert 
fait à Québec le 3 septembre 1 734, devant le notaire Barolet. 

Charles Gabriel de Laglanderie, sieur de Philibert, officier dans les 
troupes de la marine, natif de Saint-Martin de la Place, diocèse d'Angers, 
fils de Pierre Paul Philibert et de Perrine Gaultier, venait d'arriver de l'an- 
cienne France par le vaisseau le Rubis, indisposé et sentant venir sa fin pro- 



... 246 — 

chaîne, il dictait ses dernières volontés. Après quelques legs particuliers, il 
léguait et donnait tous ses biens meubles et immeubles tant en ce pays qu'en 
l'ancienne France à ses cousins germains Jacques René Gaultier de Varennes, 
Magdeleine Gaultier, veuve Petit de Livilliers, Marie Renée Gaultier, épouse 
de Timothée Silvain, médecin, et Pierre Gaultier de la Veranderie. 

Le sieur Philibert fut enterré le lendemain 4 septembre dans la crypte de 
la cathédrale de Québec. Son testament indique assez qu'il ne laissait pas de 
postérité. 

V V V 

Si nous passons maintenant aux Gaultier de la Verandrye, je me per- 
mettrai de signaler à M. l'abbé Caron deux ou trois légères inexactitudes qui lui 
sont échappées. 

Marie-Ajine Dandonneau du Sablé, femme de Pierre Gaultier de la 
V'^érendrye, a été inhumée le 25 septembre 1 739, non pas à Trois-Rivières, mais 
à Montréal. Son acte de sépulture est au registre de la paroisse de Notre-Dame 
de Montréal. 

M. l'abbé Caron dit encore que Marie-Anne, la dernière des filles du 
sieur de la Vérendrye, épousa à Montréal, en I 745, Jacques-Hippolyte Leber 
de Senneville, et que tous deux périrent probablement dans le naufrage de 
r Auguste sans laisser de postérité. 

J'ignore ce qu'est devenue Marie-Anne, fille du sieur de La Vérendrye, 
mais elle n'épousa certainement pas en 1 745 Jacques-Hippolyte Leber de 
Senneville qui était mort depuis huit ans à cette date. Jacques-Hippolyte de 
Senneville, fils aîné de Joseph-Hippolyte Leber de Saint-Paul et de Marie- 
Marguerite Soumande, mourut en avril 1 737, dans l'île d'Anticosti, après 
avoir fait naufrage sur le vaisseau la Renommée qui le conduisait en France. 
Il n'avait pas encore atteint sa vingtième année. Le Père Crespel, récollet, 
qui était naufragé avec lui, a fait un touchant récit des souffrances du jeune 
de Senneville dans son célèbre Voyage au Canada. 

Il n'y eut qu'un Leber qui épousa une de La Vérendrye, et ce fut Jean- 
Baptiste Leber de Saint-Paul et de Senneville, frère du susdit Jacques Hippo- 
lyte. Il épousa, le 25 juin 1 743, Catherine Gaultier de la Vérendrye, et, 
après avoir eu lui-même de ce mariage treize enfants, il périt en 1 761 sur 
r Auguste avec sa femme, son unique soeur survivante et les deux seuls enfants 
qui lui restaient. Ce tragique effacement de toute une famille produisit au 
point de vue successoral une situation dont il y a peu d'autres exemples. J'ex- 
trais des notes manuscrites de M. l'abbé Faillon, que possède la Bibliothèque 



™ 247 — 

Saint-Sulpice de Montréal, le document suivant que je crois inédit et qui ne 
paraîtra sans doute pas sans intérêt ^ux lecteurs du Bulletin : 

" Acte de notoriété concernant la succession de LeBer de Senneville — A 
Montréal, le 5 juillet 1 764 

Furent présents les sieurs Ignace Gamelin, Charles Hery, négociants de 
cette ville, y demeurant. Luc de Chapt de La G)rne, écuyer, sieur de St Luc, 
chevalier de l'ordre royal et militaire de St Louis, ci-devant capitaine des 
troupes de la marme, et Pierre Dépensier Cluny, demeurant en cette ville, 
lesquels ont certifié qu'ils ont parfaite connaissance et qu'il est de notoriété 
publique que ledit sieur Jean LeBer de Senneville, à son décès lieutenant d'in- 
fanterie, la dite dame Catherine Gautier de la Vérendrye son épouse, les sieurs 
Joseph Hippolyte LeBer de Senneville et Louis LeBer de Senneville leurs 
seuls enfants et qui étaient en bas âge, et demoiselle Marie Louise LeBer, soeur 
dudit Jean LeBer de Senneville, fille mineure mais dans la force de son âge, 
ont tous p>éri en passant de Montréal en France dans le navire paquebot V Au- 
guste qui a fait naufrage sur les côtes de Louisbourg, près le Cap Nord, le 
quinze novembre mil sept cent soixante et un; que lesdits sieurs de La Come 
et Dépensier étaient dans ledit vaisseau d'où ils se sont sauvés avec le capitaine 
et quatre autres personnes; qu'attendu les circonstances de la guerre ces morts 
n'ont pu être' constatées juridiquement et qu'après ces décès il n'a été fait aucun 
inventaire; qu'ils ont eu aussi connaissance que les héritiers desdits naufragés 
sont convenus de supposer, d'après les lois romaines et d'après les consultations 
qu'ils avaient faites, que les deux enfants en bas âge dudit sieur Jean LeBer 
de Senneville et de ladite dame son épouse ont p>éri dans ledit naufrage les 
nremiers, que ladite dame Gautier de la Verandrie, épouse dudit sieur de 
Senneville, attendu sa grossesse a péri ensuite, que ledit sieur de Senneville est 
mort après ses dits enfants et sa femme, et que ladite demoiselle Marie Louise 
LeBer de Senneville est décédée la dernière. 

"En conséquence les dits sieurs comparants attestent que ledit Sieur Jean 
Leber de Senneville n'a laissé pour seule héritière que ladite demoiselle Louise 
L^Ber de Senneville, sa soeur, fille mineure, que ladite demoiselle Marie Louise 
LeBer de Sermeville n'a laissé pour seuls héritiers, savoir, quant aux propres pa- 
ternels et pour moitié quant aux meubles et argents que dame Marie Louise 
LeBer de Senneville, sa tante paternelle, épouse de Messire Antoine François 
Gabriel Benoist, chevalier de l'ordre royal et militaire de St Louis, capitaine 
d'infanterie, et quant aux propres maternels et pour l'autre moitié des meubles 
et argents, que sieur François Marie Soumande Delorme, son oncle maternel, 
négociant, et que ladite dame Catherine Gautier de la Vérendrye, épouse dudit 



... 248 — 

sieur de Senneville, n'a laissé pour ses seuls héritiers que François Gautier, 
ccuyer, sieur de Tremblay, et Joseph Gautier de la Vérendrye, écuyer, lieute- 
nant d'infanterie, lequel a péri dans le même naufrage et doit, d'après lesdites 
lois romaines, avoir survécu à sa soeur, que ledit Joseph Gautier de la Véren- 
drye n'a laissé aucun enfant de son mariage avec dame Louise Antoine Mézière 
de l'Epervanche, son épouse, à présent sa veuve. — La Corne Saint- Luc, 
Pierre Dépensier, Ignace Gamelin, Fr. Simonnet, Panet." 

Un peu plus loin, M. l'abbé Caron laisse entendre que La Vérendrye 
ne fut promu capitaine que le 1 7 septembre, ou plutôt le 23 mai 1 749, en 
même temps qu'il était fait chevalier de Saint-Louis. C'est «en 1745 que La 
V^érendrye reçut sa commission de capitaine. Le 26 avril 1745, le président 
du conseil de Marine écrivait à M. de Beauharnois qu'en considération de ses 
services le Roi accordait au sieur de la Vérendrye la compagnie qu'il avait 
demandée. Un peu plus tard, le 1 2 mai, la nouvelle était officiellement adressée 
à La Vérendrye lui-même. (Cf. Archives publiques du Canada, Dépêches, 
Série B., vol. 90). 

Voici les premières lignes d'un acte de vente de 1 750 dont nous trouvons 
la copie parmi les notes manuscrites de M. Faillon et d'où l'on peut encore 
tirer quelques éclaircissements. 

I 5 juillet 1 750 — Vente par le Sieur et Dame de Senneville à Antoine 
Lemay et à Joseph et Charles Dandonneau d'une terre dans l'ile du pads 

Furent présents Jean Baptiste Lebert Ecuyer Sieur de Senneville, officier 
d'une Compagnie d'infanterie du détachement de la marine; et Dame Cathe- 
rine Gautier de la Vérendrye Son Epouse qu'il autorise. . . demeurant* à 
Montréal rue Saint Paul, faisant tant pour eux que pour Pierre Gauthier, 
Ecuyer Sieur de Beaumois, François Gauthier, Ecuyer Sieur de Tremblay, et 
Sieur Louis Joseph Ecuyer Chevalier de la Vérandrye leurs frères et beaux 
frères tous trois de présent absents étant dans les pays d'en haut. 

Tous les susnommés héritiers de feue Dame Marie Anne Dandonneau 
vivante Epouse de feu Pierre Gauthier Ecuyer Seigneur de la Vérandrye, vivant 
Capitaine d'une Compagnie d'infanterie du détachement de la marine Chevalier 
de l'ordre royal et militaire de Saint Louis, leur père et mère, beau père et 
belle mère. 

Les quels dits Sieur de Senneville et la Dame Son Epouse ont par ces 
présentes, vendu à Antoine Lemay et à Joseph et à Charles Dandonnau habi- 
tants de l'ile de Pads. . ." 

Ce document laisse voir: 

le — Que Pierre Gaultier de la Vérendrye, l'aîné des trois frères survi- 



— 249 — 

vants en 1 750. portait quelquefois le même nom territorial de Beaumois, 
qu'avait déjà porté son père. 

2o — Que François n'avait pas attendu la mort de son frère Lx)uis- Joseph 
en 1 761 pour prendre le nom de sieur du Tremblay. 

3o — Que Louis-Joseph est bien le chevalier de la Vérendrye comme Ta 
pensé M. l'abbé Caron. Je crois cependant que l'on aurait tort de conclure 
que Louis-Joseph était le chevalier parce qu'il était le dernier des fils. Sans 
doute il arrivait souvent que le chevalier dans une famille était en même temps 
le plus jeune garçon, mais je crois pouvoir dire que cela était loin d'être une 
règle absolue, ni même ordinaire. Ainsi, pour ne prendre que quelques exem- 
ples choisis au hasard, le chevalier d'Aillebout (Jean d'Aillebout d'Argenteuil), 
le chevalier de Villiers, le chevalier de Langy, le chevalier Bégon, le chevalier 
de Tonnancour, le chevalier de Lacorne, péri avec V Auguste en 1 761, le che- 
valier d'ELstimauville, le chevalier de Sacquespée, et le chevalier de Lorimier 
avaient tous au moins un frère plus jeune qu'eux dans le même temps qu'ils 
étaient chevaliers. Il serait intéressant de savoir auquel des deux La Vérendrye, 
François ou Louis-Joseph, le marquis de Montcalm fait allusion dans ses Let- 
tres au chevalier de Lévis (p. 95) : "Le jeu chez la Vérendrye a dû être occa- 
sionné par un M. des Auniers, grand joueur, qui y est logé." 

Notons enfin qu'à la date de sa mort, le 3 1 juillet 1 794, François Gaul- 
tier, sieur de Tremblay, n'avait pas encore tout à fait 80 ans, quoique l'acte 
de sépulture lui en prêle en effet 82, et que le premier mariage de Louis- Joseph, 
avec Mlle de Montigny, eut lieu à Montréal, non pas le 7, mais le 1 7 novembre 
1 755, le contrat ayant été passé le 14 du même mois devant Mezière, notaire. 

AÇIJIDIUS FAUTEUX 

CONSTANT DES ESCURES 



C'est un officier français qui a servi en Canada. Je le crois inconnu de 
nos historiens. A la vérité, il n'a pas fait grand bruit, c'est pourquoi il a passé 
maperçu, mais puisqu'il a été commandant d'un poste à Mingan, en bas de Qué- 
bec, il importe d'en parler. Quand l'historique des postes d'en bas sera fait, 
quoique n'ayant pas la valeur de celui des postes d'en haut, il conviendra de 
tout rapporter. 

Or donc, c'est d'Hozier dans l'Armoriai Général qui nous apprend que 
M. Constant des Escures, seigneur de Pontcharault, chevalier de St- Louis, a 
été enseigne des vaisseaux du roi et lieutenant d'une compagnie franche de la 
marine, puis commandant à Mingant dans la Nouvelle-France. Il était d'une 
famille de Daoulas, diocèse de Quimper, en Bretagne. D'Hozier ne précise 
pas l'époque du séjour en Canada de M. des Escures, mais cela a dii être soit 
avant 1720 ou entre 1727 et 1732, car de 1720 à 1727 il était en France 
et également en 1 733. 

M. des Escures portait p>our armes : De sinople, à la croix ancrée d'ar- 
gent, chargée en coeur d'une étoile à huit rais de sable. 

REGIS ROY 



— 250 — 

Statue du Père Marquette à Marquette, Michigan, E.=ll. 



Marquette, sur les bords du lac Michigan, dans l'Etat du même nom, 
aux Etats-Unis, est une ville de moins de soixante-dix ans d'existence, mais 
son site pittoresque, ses avantages naturels et l'esprit d'entreprise de ses habi- 
tants lui ont fait prendre une importance que bien des villes de l'union améri- 
caine lui envient. 

Dans le voyage de découverte qui a rendu son nom fameux, le Père Mar- 
quette s'arrêta sur le site actuel de la ville de Marquette, à l'endroit connu des 
Français sous le nom de Presqu'île. Ce dernier nom est resté, mais on a donné 
à la ville qui s'édifiait tout à côté le nom de Marquette en souvenir du passage 
du grand explorateur. 

Le fondateur de la ville de Marquette fut Peter White, un self made man 
dans toute l'acception du mot. Lorsqu'il vint s'établir à Marquette en mai 
î 849 toute la future ville consistait en deux cabanes de bois ronds non occupées 
et six ou sept wigwams de Sauvages nomades. M. White a vécu assez long- 
temps pour voir la ville actuelle que son énergie, son travail et son inépuisable 
générosité avait créée. 

Protestant de naissance et fidèle toute sa vie à ses principes religieux, M. 
White avait cependant un véritable culte pour la mémoire du Père Marquette. 
C'est lui qui proposa à ses concitoyens d'élever dans un des beaux sites de leur 
ville une statue au Jésuite explorateur. Il paya même de sa bourse une bonne 
partie du coût de ce monument. 

C'est le 15 juillet 1897 que fut inauguré le monument Marquette, à 
Marquette. La fête fut splendide, et des milliers de spectateurs y prirent part. 

La statue Marquette est l'oeuvre du sculpteur florentin Gaetano Tren- 
tanove. C'est une réplique en bronze de la statue en marbre du même artiste 
qu'on admire au Capitole de Washington. Il y a cependant une légère diffé- 
rence dans les deux statues, La statue de Washington représentait Marquette 
dans sa soutane de Jésuite avec, dans sa main droite, les emblèmes ou les 
attributs de son ordre. Certains fanatiques avaient fait beaucoup de tapage 
à ce sujet. Un Jésuite en soutane dans le Capitole de Washington ! A Mar- 
quette, le Père Jésuite est encore représenté avec sa soutane noire, mais Tren- 
tanove a remplacé les emblèmes religieux que tenait la main droite par une 
carte géographique et un compas. C'est une combinaison italienne ! 



— 251 — 

Chaque côté du piédestal de la statue de Marquette porte un bas-relief. 
L'un représente l'arrivée du Père Marquette à Presqu'île. Il est dans un canot 
d'écorce avec deux Sauvages du Canada. L'autre bas-relief montre le Père 
Marquette instruisant les Sauvages. 

Le piédestal de la statue Marquette est érigé sur un rocher. Sur la face 
principal du piédestal on lit : James Marquette, mtrepid explorer. A l'arrière, 
du piédestal, on lit : Presented to the cit^ of Marquette, July \5th 1897. 

Le rocher, le piédestal et la statue ont une hauteur totale de vingt-quatre 
pieds, soit quatre pieds pour le rocher, douze pour le piédestal et huit pour la 
statue. 

En somme, le monument de Marquette, à Marquette, fait honneur au 
talent de Trentanove, à la largeur d'idée de Peter White et à la générosité des 
citoyens de Marquette. 

P.-G. R. 



REPONSE 



VILLY QU TILLY (XXIII, VII, p. 218). — Dans son "Plan gé- 
néral de l'état présent des missions du Canada en l'année 1683" (reproduit 
dans les Mandements des évêques de Québec, vol. 1er, p. 115), Mgr de Laval 
écrit : 

Vill^ est éloigné de Repentigny d'une lieue dans les terres et a une 
lieue et demie d'étendue habitée. Il y a 20 familles et 70 âmes. On y dit la 
messe dans une chapelle domestique." 

Où était situé cet établissement de Villy mentionné par Mgr de Laval ? 

Nous croyons que Villy ou plutôt Tilly, car il y a une faute d'impression 
ici, c'est Lachenaie. 

Le 1 2 août 1 680, Charles Aubert de la Chesnaye vendait la terre, fief 
et seigneurie de Lachenaie à Pierre-Noël Le Gardeur de Tilly. 

M. Le Gardeur de Tilly ne tarda pas à aller habiter la seigneurie qu'il 
venait d'acheter car le recensement de 1 68 1 note sa présence à Lachenaie : 

" Pierre-Noël Legardeur, 29 ans; Délie Marie Boucher, sa femme, 20 
ans; enfants: Geneviève, 4 ans; Pierre, 2 mois; 2 fusils." 

Le recensement de 1681 donne pour Lachenaie 22 familles et 72 âmes. 
Mgr de Laval ,deux ans plus tard, mentionne qu'il y a à Villy ou Tilly 20 
familles et 70 âmes. La différence n'est pas forte. 

M. Le Gardeur de Tilly n'habita pas Lachenaie plus de trois ou quatre 
ans. En 1 683 ou I 684, il remettait la seigneurie de Lachenaye à son ancien 
propriétaire M. Aubert de la Chesnaye. L'acte d'abandon n'en fut cependant 
passé que le 1 octobre 1 699. 

Sous le régime français les seigneuries changeaient presque toujours de 
noms quand elles changeaient de propriétaires. 

P.-G. R. 



r- 252 -N 

Les Frères Charon et les Frères de a Salle 



Par une pièce publiée dans un précédent numéro, nous avons signalé que 
l'ancienne France demanda, un jour, des instituteurs à sa colonie de l'Amérique 
septentrionale. 

Le document dont nous mettons, cette fois, le texte à la dispositi,on des 
lecteurs est bien différent. 

La communauté des Frères hospitaliers de la Croix ayant mesuré ses 
forces et se sentant faiblir veut se greffer sur une communauté vigoureuse, en 
plein essor. 

C'est à l'institut fondé par saint Jean-Baptiste de la Salle que les humbles 
frères Charon s'adressent. 

Les négociations s'annoncent bien. Les Frères des Ecoles Chrétiennes 
semblent agréer le projet de fusion ; ils envoient même deux représentants étudier 
la situation sur place et faire un premier acte d'accord que le notaire Adhémar 
fils rédige en ces termes : 

Il 7bre 1737. Acte d'association entre les Frères de la Salle et les 
Frères hospitaliers de cette ville. 

Par devant les notaires royaux de la juridiction royale de Montréal, y 
résidant, soussignés, furent présents Les très chers frèreâ Jean Jeantot, supérieur 
de l'hôpital général de Montréal, André De Moire, assistant, Alexandre Tur- 
pin, maître des novices, Joseph Delerm, hospitalier et Pierre Martel, économe 
administrateur dudit hôpital de Montréal, Suivant les lettres patentes du Roi, 
datées du quinzième avril 1714, lesquels tous unanimement désirant et voulant 
concourir à soutenir l'oeuvre de feu monsieur Charon, leur digne fondateur, 
laquelle oeuvre serait prête à tomber faute de sujets, pour contribuer • de tout 
leur pouvoir à soutenir ladite bonne oeuvre et procurer un plusg rand bien et 
le soutien de leur maison. 

Après une "mure délibération et assemblée capitulaire faite et signée le 
vingt neuvième d'août de la présente année, mil sept cent trente sept, et pour ce 
s'associer et s'agréger aux très chers frères de la Salle, nommés les Frères des 
Ecoles Chrétiennes et ne faire qu'un corps avec eux et embrasser à cet effet 
leurs règles et constitutions et, pour une plus grande uniformité, se revêtir et ha- 
biller eomme eux, en suivre et pratiquer les règles et maximes, sans cependant 
perdre de vue leur digne fondateur pour qui les suffrages et prières se continue- 



— 253 - 

ront, comme elles ont été faites jusqu'à présent et que la maison sera gouvernée 
et les biens d'icelle régis entre eux, suivant toujours les principes et intentions 
de mondit feu sieur Charon {xtur le même bien et la même fin, le regardant à 
perpétuité comme premier fondateur des frères hospitaliers de l'Hôpital Général 
de Montréal ; Et, en conséquence, les chers frères Denis et Pacifique, députés 
et envoyés par le Vénérable frère Timothée, Supérieur Général de l'Institut 
des Ecoles Chrétiennes, suivant la lettre par lui écrite du treizième mai 1 737 
auxdits frères hospitaliers de Montréal qui avaient écrit et proposé cette asso- 
ciation en septembre de l'année mil sept cent trente six, après avoir pris con- 
naissance de l'Etat de ladite maison et des biens qui en dépendent, ont en con- 
formité de leur députation et sauf néanmoins sous le bon plaisir du dit Vénéra- 
ble Frère Timothàe, agréé et accoté ladite proposition et ,en conséquence, se 
chargent et s'approprient conjointement avec lesdits frères de Montréal des biens 
fonds de cette maison à la charge d'en payer les dettes passives, tant en France 
qu'en ce pays, dont lesdits frères acceptants ont dit avoir une parfaite connais- 
sance et que les biens de cette maison sera (sic) régie et gouvernée (sic) par 
les anciens et nouveaux frères associés en toute propriété et économie tendante 
à l'accroissement et amélioration de ladite maison des frères hospitaliers de 
Montréal qui seront toujours tenus de loger, nourrir et entretenir autant de 
pauvres qu'ils pourront de leurs revenus, y en ayant actuellement quinze résidant 
et demeurant dans ledit hôpital général. 

Lesquelles conventions et acte d'agréation (sic) et association faite (sic) 
entre lesdits frères hospitaliers de Montréal avec ceux des Ecoles chrétiennes 
seront exécutés de part et d'autre à toujours. Bien entendu qu'ils auront l'ap- 
probation de Monseigneur l'Evêque de Québec présentement à Paris et de 
Monseigneur le Marquis de Beauhamois Commandeur de l'ordre militaire de 
Saint-Louis, Gouverneur et Lieutenant Général de la Nouvelle France et de 
Monseigneur Hocquart, Intendant de justice, police et finance en toute la Nou- 
velle-France, inspecteur dudit hôpital général de Montréal et le tout confirmé 
par le Roi en obtenant des lettres patentes de confirmation pour rendre cette 
union et association stable et solide, ce qui a été accepté et signé tant par les 
chers frères Denis et Pacifique députés, stipulant au nom du Supérieur Générai 
qui les a députés à cet effet comme il paraît par la lettre écrite dudit Vénérable 
frère Timothée, Supérieur Général, datée du treize mai mil sept cent trente 
sept. Laquelle demeurera dans les archives de la maison, comme pareillement 
acceptée et esignée par lesdits frères hospitaliers de Montréal. 

Fait et passé (à) Montréal audit hôpital général le onzième septembre 
1 737 après midi; et ont lesdits frères signé avec lesdits notaires. Lecture faite. 



... 254 — 

(Signé) Frère Jeantot supérieur — fr De moyre — fr Alexandre Tur- 
pin — fr Joseph Dellerm — fr Pierre Martel, Econome — frère Denis, Reli- 
gieux de l'institut des Ecoles Chrétiennes — frère Pacifique — Le Pallieur 
(notaire) — Adhémar ((notaire). 

V V •*• 

Hélas ! l'espoir des Frères Charon fut de courte durée. Pour des raisons 
que nous n'avons pas à examiner ici, la fusion parut impossible. 

Notre pauvre institut dut s'éteindre p>our renaître sous l'impulsion de la 
bienheureuse mère Youville. 

Quant aux fils de saint Jean-Baptiste de la Salle, un siècle s'écoula avant 
qu'ils missent pied de nouveau sur le sol de la Nouvelle-France. 

E.-Z. MASSICOTTE 



VENTE DE CINQ NEGRES PAR CHARLES RHEAUME 
A LOUIS CUREUX DE SAINT-GERMAIN 



Pardevant le notaire royal en la prevosté de Québec y résidant soussigné 
et témoins cy-bas nommés fut présent le sieur Charles Réaume négotiant rési- 
dant ordinairement en la seigneurie de l'Isle Jésus près la ville de Montréal et 
de présent en cette ville lequel a vendu par ces présentes avec garantie de tous 
troubles et empeschemens quelconques au sieur Louis Cureux dit St-Germain 
bourgeois en cette ville à ce présent et acceptant requérant pour lui et ses ayant 
cause à l'avenir, sçavoir cinq neigres esclaves dont deux hommes et trois femmes 
et filles que le d. acquéreur a déclaré avoir vus étant actuellement chez la dame 
Cachelievre, et que le d. vendeur promet livrer incessamment au d. s. acquéreur 
et ce pour et moyennant la somme de trois mille livres que le d. acquéreur pro- 
met et s'oblige bailler et payer au d. s. vendeur au moment de la livraison qui 
sera faite des d. esclaves. Car ainsy etc, obligeant, etc. Fait et passé aud. 
Québec, étude du d. notaire avant midy le vingt-cinq septembre mil sept cent 
quarante trois présence des srs Louis Lambert et Nicolas Bellevue témoins de- 
meurans au d. Québec qui ont avec le d. c. Réaume et notaire signé le d. s. St- 
Germain ayant déclaré ne sçavoir écrire ni signer de ce interpellé lecture faite. — 
L. Lambert — Bellevue — Réaume — Pinsuet. 



( 1 ) Acte de Pinguet, notaire à Québec, 25 septembre 1 743. 



— 255 — 

Les Letellier de Saint=Just 



Lorsque M. Letellier de Saint-Just, qui fut lieutenant-gouverneur 
de la province de Québec de 1876 à 1879, était dans la politique, ses 
adversaires le gouaillèrent souvent parce qu'il avait ajouté à son nom 
plébéien de Letellier le nom de désinence noble de Saint-Just. Ils pré- 
tendaient que M. Letellier n'avait aucun droit de prendre le nom de 
Saint-Just et qu'il ne l'avait assumé que par une ridicule prétention 
nobilaire. 

M. Letellier de Saint-Just n'ayant jamais répondu à ses adversaires 
sur ce point, plusieurs out conclu qu'il y avait du vrai dans ces accusa- 
tions. 

Le lieutenant- gouverneur de Québec était-il d'origine noble et 
Bvait-il droit à la particule de même qu'au surnom Saint-Just ? 

Nous ignorons si M. Letellier de Saint-Just était d'oiigine noble ; 
uoe chose certaine, c'est qu'il avait raison de se nommer Letellier de 
Saint-Just. 

M. P.-B. Casgrain dans son étude historique Letelliet de Saint- 
Just et soti temps, p. 15, dit que le premier ancêtre de M. Letellier de 
Saiut-Just, venu dans la Nouvelle-France, Michel Letellier marié à 
Marie Mélie, originaire de Saint- Quentin, diocèse de Noyon, aujour- 
d'hui dans le département de l'Aisne, arriva ici dans les premières 
années du dix-huitième siècle. 

Nous croyons qu'il fait erreur. C'est François Letellier, le fils de 
ce Michel Letellier, qui passa dans la Nouvelle- France non pas dans 
les premières années du dix-huitième siècle mais un peu avant 1740. 
Il se maria deux fois : la première, à Québec, le 25 janvier 1740, à 
Marie-Joseph l'Arrivée et la seconde, au même endroit, le 26 août 1743, 
à Marie- Françoise Pelletier. Ni dans l'un ni dans l'autre acte de 
mariage on ne lui donne le nom de Letellier de Saint-Just. Dans les 
deux actes, cependant, on le dit originaire de Saint- Quentin, diocèse 
de Noyon. Dans celui du 25 janvier 174c, on le dit fils de Michel 
Letellier et de Maria Phlébie. Dans le second, celui du 26 août 1743, 
on le dit fils de Michel Letellier et de Maria Mêligue. 

François Letellier était soldat dans les troupes du détachement de 
la marine, compagnie de Fonville. 



— 256 ™ 

L'année même de son premier mariage Letellier obtenait son congé 
et c'est dans sa lettre de congé que nous le voyons pour la première 
fois désigné sous le nom de Letellier de Saint-Just. 

M. P.B. Casgrain a publié une copie photographique de cette lettre 
de congé dans son ouvrage et nous y lisons ce qui suit, sous les sigaa- 
tures du gouverneur de Beauharnois et de l'intendant Hocquart : 

" Nous avons donné congé absolu et permission de S2 retirer des 
troupes au nommé François Letellier de Saint- Just, soldat de la compa- 
gnie de Fonville, pour rester en cette colonie, y était inirié et établi, 
fait à Québec le premier octobre 1740. " 

De son mariage, François Letellier eut, entr' autres enfants : 
Michel Letellier né à Saint-Vallier le 28 février 1750. Il se maria en 
1773 à Louise Moreau et eut plusieurs enfants. En 1800. il fut élu 
député de Hartford et siégea à la Chambre d'Assemblée jusqu'à 1804. 
Il décéda à Saint-Vallier le 27 octodre 1834, à l'âge de 88 ans. 

Son fils. François Letellier, se fit recevoir notaire et s'établit à la 
Rivière-Ouelle où il épousa Marie-Sophie Casgrain, fille du seigneur 
de la Bouteillerie. Dans son acte de mariage, en date du 5 juillet 1814 
il est dit fils de Michel Leîeller de Saint-Just, ci devant membre du 
Parlement Provincial, C'est de ce mariage que naquit à la Rivière- 
Ouelle, le 12 mars 1820, l'honorable Luc Letellier de Saint-Jnst. 

Dans Letellier de Saint-Just et soîi temps, aux pp. 28 et 29, on 
trouvera des renseignements intéressants sur la famille française 
Letellier de Saint-Just. Ces renseignements avaient été envoyés à 
l'honorable M. Letellier de Saint-Just par le comte Del Monièri, du 
consulat d'Espagne à New-York, en 1874. 

Pour conclure, l'honorable M. Letellier de Saint-Just était bien en 
droit de porter son beau nom en entier puisque son père, son grand- 
père et son arrière grand-père l'avaient porté avant lui. — P. G. R. 



PIERRE CLAVERIE A-T-IL ETE MEMBRE DU 
CONSEIL SOUVERAIN ? 



Mgr Tanguay (Dictionnaire généalogique, vol. IIL p. 86) , dit que Pierre 
Claverie, garde-magasin du Roy, remplaça le sieur Estèbe au Conseil Souverain 
en 1755 ou 1756. 

Est-ce vrai ? 

Pierre Claverie n'a pu remplacer le sieur Estèbe au Conseil Souverain ni 
en 1 755 ni en I 756 pour la bonne raison que ce n'est qu'en 1 758 que Estèbe 
résigna sa charge de conseiller. 

D'après Mgr Taguay lui-même Claverie mourut à Montréal le 21 août 
1756. Ce qui a fait croire à Mgr Tanguay que Claverie a été membre du 
Conseil Souverain c'est son titre de Conseiller du Roi. Conseiller au Conseil 
Souverain et Conseiller du Roi n'était pas du tout la même chose. 



i 



BULLETIN 

DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXill BEàUCEYILLE-SEPTEMBRE Ifll N« 9 



La famille Bailly de Messein 



(Suite et fin) 

ACTE DE MARIAGE ENTRE MICHEL BAILLY DE 
MESSEIN ET GENEVIEVE DE GASPE (SAINT-JEAN 
PORT-JOLI). — L'an mil sept cent soixante et douze, le 
vingt-huit de janvier, après avoir publié un ban de mariage 
entre Michel Bailly-, Ecuier s. de Âlessein, fils de feu Fran- 
çois Augustin Bailly, Ecr s. de Messein, et de Dame Marie 
Anne Degoutin, ses père et mère, de la paroisse de Varen- 
nes d'une part et Demoiselle Geneviève de Gaspé, fille de 
Ignace Aubert, Ecuier s. de Gaspé ci-devant capitaine des 
troupes de Sa Majesté Très Chrétienne en ce païs et de 
Dame Marie Anne Coulon de Villiers, ses père et riière, 
Seigneur de la paroisse de St Jean Port-Joli et y résidant 
d'autre part, ne s'étant trouvé aucune opposition ni décou- 
vert d'autre empêchement que celui du 3e degré de con- 
sanguinité dont Monseigneur les dispense également que 
de la publication de trois bans à Varène et de deux à St. 
Jean, je prêtre curé de l'Islet, soussigné certifie avoir reçu 
leur mutuel consentement et leur avoir donné la bénédiction 
nuptiale selon les cérémonies ordinaires de l'Eglise en pré- 
sence de Messieurs Pierre Antoine PorHer, ptre, curé des 
paroisse de Ste Anne de la grande anse et de St. Roch, Ga- 



— 258 — 

briel Du haut Devincelot, Seigneur du Cap St. Ig-nace, Louis 
Dunière, Joseph Couillard des Ecors, Seigneur de l'Islet, 
Henri Doone de Ignace de Gaspé père de l'épouse, de Dame 
EHzabeth Protot de Doone et de Demoiselles Angélique et 
Catherine de Gaspé et autres parents et amis des mariés qui 
tous ont signé avec nous à la minute des présentes à l'Islet 
les jour — J. Hingan Ptre. 

ACTE DE SEPULTURE DE GENEVIEVE AUBERT 
DE GASPE, VEUVE DE MICHEL BAILLY DE MES- 
SEIN (SAINT-THOMAS DE MONTMAGNY).— Le vingt 
neuf décembre mil huit cent trente quatre par nous sous- 
signé prêtre curé a été inhumé dans le cimetière le corps 
de dame Geneviève Aubert de Gaspé de cette paroisse, dé- 
cédée le vingt sept du même mois. Elle était âgée de quatre- 
vingt cinq ans et neuf mois, et épouse de feu Michel Massin 
de Bailly. Présens Nicolas Gervais André Vallée, Louis 
Fournier et Pierre Dominique qui n'ont su signer — J. L. 
Beaubien Ptre. 

ACTE DE NAISSANCE DE FRANÇOIS-IGNACE- 
MICHEL BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE 
VARENNES). — L'an mil sept cens soixante treize le vingt 
février par nous prêtre soussigné a été baptisé françois 
Ignace Michel né d'hier de légitime Mariage de Sr Michel 
Massin Bailly et de d'elle genevieve aubert gaspé. Le pa- 
rain a été sr Etienne Abel Rocbert de la morandiere. La 
maraine délie Marie anne Joseph degoutin d'e veuve de feu 
sr françois augustin Bailly Massin Bailly grande mère de 
l'enfant. Lesquels ont signé ainsi signé — Degoutin Bailly 
— Robert de la morandiere — Chev Bailly — Moraud Ptre, 

ACTE DE SEPULTURE DE FRANCOIS-IGNACE- 
MICHEL BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANN^, DE 
VARENNES). — L'an mil sept cent soixante et quatorze 
le seize may j'ai inhumé dans le Cimetière le corps de fran- 
çois Michel bailly âgé de quinze mois fils du S. Michel 
Massin bailly et de demoiselle Genevieve Aubert de Gaspé 
présence Du bedeau qui a déclaré ne scavoir signer — Fr 
Duburon ptre. 

ACTE DE NAISSANCE DE HONORE-GATIEN-JO- 



— 25y — 

SEPH BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VA- 
RENNES). — L'an mil sept cent soixante et quatorze le 
sept avril jai baptisé honoré gatien Joseph né ce jour du 
légitime Mariage du Sieur Michel balliy de Messein et de- 
moiselle Geneviève aubert de gaspé. Le parain a été le 
sieur Joseph pascaud et demoiselle josepte bailliy de massin 
qui ont signer afec nous de ce requis — Joseph Pascaud — 
Josette Baillv — Fr Duburon ptre. 

ACTE DE NAISSANCE DE MARIE-ANGELIQUE 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VAREN- 
NES). — L'an mil sept cent soixante et quinze le vingt cinq 
mai j'ai baptisé Marie Angélique née ce jour du légitime 
Mariage du S. Michel bailli de Messin et de Moiselle Gene- 
viève Aubert Gaspé. Le parain a été le Sieur Pierre ignace 
Daillebou et deMoiselle Angélique Aubert qui ont signé 
avec nous de ce requis — Angélique Gaspé — Pierre Ignace 
Daillebout — Fr Duburon ptre. 

ACTE DE SEPULTURE DE MARIE-ANGELIQUE 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE- ANNE DE VAREN- 
NES). — L'an mil sept cent soixante et quinze le quatorze 
août j'ai inhumé dans le cimetière le corps de Marie Angé- 
lique bally décédée la veille âgée de trois mois présence du 
bedeau qui a déclaré ne pouvoir signer — Fr Duburon Ptre. 

ACTE DE NAISvSANCE DE GEORGES-PHILIPPE 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VAREN- 
NES). — L'an mil sept cent soixante et seize le seize may 
je Sousigné Curé. ai baptisé georges philippe né ce jour du 
légitime mariage du sieur Michel Bally de massin et de de- 
moiselle Geneviève aubert gaspé le parain a été le sieur 
abel Robert de la morandier equier et de demoiselle louise 
charlotte bally massin lequels on signé avec nous de ce re- 
quis — Fr Duburon ptre. 

ACTE DE NAISSANCE DE JULIE-APOLLINE 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VAREN- 
NES). — L'an mij sept cent soixante et dix sept le vingt et 
un may je sousigné Curé ai baptisé Julie appolline née ce 
jour du légitime Mariage du Sieur Michel bailli de Alassin 
et de Moiselle Geneviève Aubert de Gaspé. Le parrain a 



— 260 — 

été le S. Joseph de Goutin et la Maraine demoiselle appol- 
line bailli qui on signés avec nous — Apolline Bailly — De 
Goutin — Fr Duburon Ptre. 

ACTE DE SEPULTURE DE JULIE-APOLLINE 
BAILLY DE MESSEIN (SAINT-THOMAS DE MONT- 
AI AGN Y). — Le vingt trois juillet mil huit cent quarante 
sept par nous prêtre curé soussigné a été inhumé dans le 
cimetière le corps de Demoiselle Julie décédée le dix neuf 
du présent mois. Elle était âgée de soixante ans et fille de 
feu Michel Bailly et de défunte dame Geneviève Aubert de 
Gaspé de cette paroisse. Ont été présens à l'inhumation: 
MM. Joseph Fisette, Louis Fournier, Abraham Fisette qui 
ont signé avec nous ainsi que Charles Gaspard Couillard 
médecin — Abraham Fiset — Ls Fournier — Abraham Mo- 
rency — Chs. G. Couillard — Joseph Fiset — J. L. Beaubien 
Ptre. 

ACTE DE NAISSANCE DE FRANÇOIS-HECTOR 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VAREN- 
NES). — L'an mil sept cent soixante et dix-huit le dix-neuf 
juin je sousigné Curé ai baptisé François Hector né ce jour 
du légitime Mariage du S. Michel Baill}^ de Massin et de 
deMoiselle Geneviève Aubert de Gaspé. Le parain a été le 
S. pierre hector de goutin et la maraine félicité Elisabeth 
bailly qui on signé avec nous — De Goutin — Félicité Bailly 
— Fr Duburon ptre. 

ACTE DE SEPULTURE DE FRANÇOIS-HECTOR 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VAREN- 
NES). — L'an mil sept cent soixante et dix-huit le treize 
août je Sousigné Curé ai inhumé dans le Cimetière le corps 
de François hector bailli décédé la veille fils du S. Michel 
bailli et de demoiselle geneviève Aubert Gaspé. Présence 
de ferdinand delfosse qui a déclaré ne savoir signer — Fr 
Duburon Ptre. 

ACTE DE NAISSANCE DE HONORE-PHILIPPE 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VAREN- 
NES). — L'an mil sept cent soixante et dix-neuf le vingt 
juin je sousigné Curé ai baptisé Honoré Philippe né ce jour 
du légitime Mariage du S. Michel Bailly de Massin et de 



... 2G1 --- 

Demoiselle Geneviève Aubert de Gaspé. Le parain a été 
le S. Honoré Gratien bailly et la maraine deMoiselle Julie 
de la morandière qui ont signé avec nous — Bailly fils (?) 
— Julie lamoran^ière — Fr Duburon ptre. 

ACTE DE SEPULTURE DE MARIE-CHARLOTTE 
DUCHOUQUET, VEUVE DE HONORE-PHILIPPE 
BAILLY DE MESSEIN (QUEBEC). — Le cinq mai mil 
huit cent vingt trois nous prêtre vicaire de Québec soussi- 
gné avons inhumé dans le cimetière des Picotés le corps de 
dame Charlotte Duchouquet veuve de feu sieur Jean Em- 
manuel Dumoulin en son vivant négociant et en dernier lieu 
juge aux Illinois décédée la nuit du premier de ce mois dans 
cette ville âgée de soixante-quinze ans et six mois. Etaient 
présents, outre un grand concours des citoyens de cette 
ville, François V^assal de Monviel, Ecuyer, adjudant-général 
des milices, Joseph-François Perrault, Ecuyer, prothono- 
taire de la Cour du Banc du Roi, William Lindsa}^ Ecuyer, 
greffier de la Chambre d'Assemblée de cette Province et 
Pierre-Edouard Desbarats, Ecuyer assistant-greffier de la 
dite Chambre d'Assemblée et quelques amis de la défunte 
qui ont signé avec nous — F. Vassal de Monviel — Wm 
Lindsay, David Stuart — C. Jh. Planté — J. F. Perrault, 
Proton. — P. E. Desbarats — L. Massue — L. Nie Jacquet 
Ptre vie. 

ACTE DE NAISSANCE DE JOSEPH-EMMANUEL 
BAILLY DE MESSEIN (MONTREAL). — Le trente mai 
mil huit cent un par moi prêtre soussigné a été baptisé Jo- 
seph Emmanuel né d'hier du légitime mariage de Honoré 
Bailly Ecuier enseigne du premier batailleur des roiyaux 
canadiens volontaires, demeurant en cette paroisse, et de 
dame Marguerite dumouhn le parain a été françois Vassal 
Ecuier Capitaine dans le même régiment et la maraine dame 
charlotte duchouquet grand mère de l'enfant qui ainsi que 
le père ici présent ont signé avec nous — F. Vassal De Mon- 
viel, Capt I Batn R. C. V. — Duchouquet Dumoulin — H. 
Bailly de messin, Ens. Lere Batt R. C. V. — Le Saulnier ptre. 

ACTE DE SEPULTURE DE JOSEPH-EMMANUEL 
BAILLY DE MESSEIN (QUEBEC). — Le six'octobre mil 



™ 262 — 

huit cent dix-sept nous prêtre vicaire de Québec soussigné 
avons inhumé dans le cimetière des Picotés Joseph-Emma- 
nuel, fils légitime d'Honoré Bailly, marchand dans le Haut- 
Canada, et de Marguerite Dumoulin décédé avant-hier en 
cette paroisse âgé de seize ans et demi. Présens : Charles 
Panet, Charles-Errol Lindsay, Charles De Léry et Charles 
Duchénay qui ont signé avec nêus — Charles de Léry — 
Chs Duchesnay — Chs Panet — E.-B. Lindsay — Sen Du- 
moulin Ptre. 

ACTE DE NAISSANCE DE MARGUERITE-GENE- 
VIEVE-CHARLOTTE BAILLY DE MESSEIN (QUE- 
BEC). — Le vingt-trois décembre mil huit cent deux par 
nous évêque de Canathe soussigné a été baptisée Margue- 
rite-Geneviève-Charlotte née le même jour du légitime 
mariage d'Honoré Bailly , employé dans les bureaux du re- 
ceveur-général de cette ville et de dame Marguerite Du- 
moulin. Parrain, Joseph Bouchette, Ecuyer, député-arperi- 
teur-général; marreine, dame Charlotte Voyer Frémont, 
qui ont signé avec le père et nous — Honoré Bailly — Jos. 
Bouchette — Charlotte-Voyer Frémont — J--0. Ev de Ca- 
nathe. 

ACTE DE NAISSANCE de OLIVETTE-HERMINE 
BAILLY DE MESvSEiN (QUEBEC). — Le seize janvier 
dix-huit cent quatre, je vicaire soussigné ai baptisé Olivette- 
Hermine née d'hier du légitime mariage de sieur Honoré 
Bailly de Messein, marchand de cette vile, et de dame Mar- 
guerite Dumoulin. Le parrain a été Olivier Perrault, éctjyer, 
avocat, et la marraine demoiselle Charlotte Dumoulin qui 
ont sigTié avec nous ainsi que le père — Ol. Perrault — H. 
Bailly de Messein — Charlotte Dumoulin — Jh. Desjardins 
P. 

ACTE DE SEPULTURE DE OLIVETTE-HERMINE 
BAILLY DE MESSEIN (ANCIENNE-LORETTE). — Le 
vingt-quatre may mil huit cent quatre par nous soussigné 
a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps de 
Ermine-Olivette décédée avant-hier, âgée de quatre mois 
et six jours, fille légitime de sieur Honoré Bailly, cy-devant 
enseigne dans le Royal Canadien Volontaire et de demoi- 



— 263 — 

selle ^largLieiite Dumoulin, de Québec. Etaient présents 
à la dite inhumation Etienne Gagné Bedeau et ■Michel Dro- 
let qui ont déclaré ne savoir signer de ce enquis — Honoré 
Baill}^ — Descheneaux. 

ACTE DE XAISS.\NCE DE ADELAÏDE-CATHERI- 
NE BAILLY DE MESSEIN (QUEBEC). — Le dix-neuf 
mars mil huit cent cinq par nous évêque de Canathe sous- 
signé a été baptisée Adélaïde-Catherine née le dix-sept du 
courant du légitime mariage du sieur Honoré Bailly ci- 
devant marchand, demeurant en cette ville, et de dame Mar- 
guerite Dumoulin. Parrein sr Joseph Philippe Aubert de 
Gaspé ; marreine demoiselle Marguerite Baby qui ont signe 
avec le père et nous — Honoré Bailly — Marguerite Baby 

— Joseph-Philippe Gaspé — J. O. Ev. de Canathe. 

ACTE DE MARIAGE DE TH0:MAS CHASE ET DE 
.ADELAÏDE-CATHERINE BAILLY DE MESSEIN 
(QL'EBEC). — Thomas Chase Esq (late of His Majesty's 
Royal nav\-) now of the city of Québec, merchant, bachelor, 
aged twenty-seven years was married (by licence) to miss 
Catharine-Adelaïde Bailly, daughter of Air Honoré Bailly 
of the same city merchant, spinster, aged twenty \'ears, 
this sixteenth day of november, in the year of our Lord, one 
thousand eight hundred twenty four — Thomas Chase — 
C. A. Baillv — Mountain, DD. rector of Québec. 

ACTE DE NAISSANCE DE MARIE-GENEVIEVE 
BAILLY DE IMESSEIN (SAINTE-.AN'NE DE VAREN- 
NES). — L'an mil sept cent quatre-vingt le douze octobre 
je soussigné Théodore, prêtre des Recollets ai baptisé Marie 
Geneviève née hier du légitime mariage de Sieur Michel 
Bailly IMassin et de Demoiselle Geneviève Aubert de Gaspé. 
Le parrain a été le S. Alexis Des Aunier et la marraine de- 
moiselle Appoline Bally Massin. Lesquels ont signé avec 
nous de ce requis — Alexis Desaunier — Apolline Bailly 

— Fr Théodore R. 

ACTE DE SEPULTURE DE MARIE-GENEVIEVE 
BAILLY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VAREN- 
NES).— -Lan mil sept cent quatre vingt quatre le deux 
janvier je soussigné Curé ai inhumé dans le cimetière le 



— 264 — 

corps de Geneviève Bailly enfant du Sieur Michel Bailly et 
de Dame Gaspé, décédée la veille. Présence d'Alexis Poi- 
rier et S. Etienne Duclos qui ont déclaré ne savoir signer — 
Fr. Duburon Ptre. 

ACTE DE NAISSANCE DE MARIE-AGLAE BAIL- 
LY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VARENNES). — 
L'an mil sept cent quatre vingt deux le sept Octobre je sous- 
signé curé ai baptisé Marie Aglaée née hier du légitime 
mariage du Sieur Michel Bally Massin et de Demoiselle 
Geneviève Aubert de Gaspé. Le parrain a été le Sieur 
Gaspard Massin et demoiselle Marie Appoline Bally de 
Massin qui ont signé avec nous — G. Bailly — Apolline Bail- 
ly — Fr DuBuron. 

ACTE DE SEPULTURE DE MARIE-AGLAE BAIL- 
LY DE MESSEIN (SAINTE-ANNE DE VARENNES). — 
L'an mil sept cent quatre vingt deux le vingt six Octobre 
je soussigné Curé ai inhumé dans le cimetière le corps de 
Marie Aglaée Bally fille du sieur Michel Bally Massin et de 
Demoiselle Geneviève Aubert de Gaspé, décédée hyer âgée 
de vingt jours, présence de Olivier Mulot Urbain Richard — 
Olivier Mulot — Fr Duburon Ptre. 

CONTRAT DE MARIAGE DE NICOLAS BAILLY 
DE MESSEIN ET DE ANNE BONHOMME. — Ce contrat 
est conservé dans le greffe du notaire Genaple déposé aux 
Archives Judiciaires de Québec. 

CONTRAT DE MARIAGE DE NICOLAS BAILLY 
DE MESSEIN ET DE CATHERINE TREFFLE. — Ce 
contrat est conservé dans le greft'e du notaire de la Cetière 
déposé aux Archives Judiciaires de Québec. 

Mgr BAILLY DE MESSEIN. — Sur Mgr Bailly de 
Messein on peut consulter Mgr Têtu, Les évêques de Qué- 
bec, p. ; La Presse des 6 avril 1901, 20 avril 1901 et 4 
mai 1901, articles de Ignotus; le Bulletin des Recherches 
Historiques, vol. XIII, p. 24^, article de M. Placide Gaudet. 

TESTAMENT DE Mgr BAILLY DE MESSEIN. — 
L'an mil sept cent quatre vingt quatorze, le onzième jour 
du mois d'avril, onze heures du matin, à la réquisition du 
Révérendissime et Illustrissime Monseigneur Charles- 



— 265 — 

François, Evêque de Capsa, coadjuteur à TEvêché de Qué- 
bec, faisant les fonctions curiales en la paroisse de Saint- 
François de Sales de la Pointe-aux-Trembles, seigneurie de 
Neuville demeurant en la maison presbytériale du dit lieu de 
la Pointe-aux-Trembles; Nous Notaire Public de la Pro- 
vince du Bas-Canada résidant au dit Neuville, et accompa- 
gné des témoins cy-après nommés et soussignés Nous som- 
mes transportés en la dite maison presbytériale du dit lieu 
de la Pointe-aux-Trembles, où étant, avons trouvé Mon dit 
Seigneur, Charles-François, évêque de Capse, dans une 
chambre située au second étage et dans la partie sud-ouest 
de la dite maison presbytériale, assis sur son lit, gisant ma- 
lade de corps, néanmoins sain d'esprit, de mémoire et enten- 
dement, comme il est apparu aux notaire et témoins soussi- 
gnés par ses paroles, gestes et maintien, lequel dit Charles- 
François, Evêque de Capsa, testateur, considérant que toute 
la nature est sujette à la mort, qu'en ce monde il n'y a rien 
de si incertain que l'heure d'icelle, et ne voulant pas en être 
prévenu avant d'avoir pourvu au salut de son âme et mis 
ordre à ses affaires temporelles, en disposant du peu de 
l.uens qu'il a plu à la Divine Providence lui donner, ainsi 
qu'il' lui est permis par les lois en force en ce pays, notem- 
ment par l'Acte du Parlement chapitre quatre vingt trois 
rendu dans la quatorzième année du Reigne de Sa Alajesté, 
qui règle plus solidement le gouvernement de cette provin- 
ce, a fait, dicté et nommé à maître Larue, notaire, soussigné, 
les témoins cy-après nommés et soussignés présents, son 
présent testament et ordonnance de dernière volonté ainsi 
qu'il suit : 

Premièrement — le dit Charles-François, évêque de 
Capsa, testateur, comme bon chrétien, catholique, aposto- 
lique et romain, a recommandé son âme à Dieu le créateur 
de l'univers, père, fils et Saint-Esprit, suppliant sa divine 
Majesté et bonté, par les mérites de la Passion de Notre- 
Seigneur Jésus-Christ, et par l'intercession de la Glorieuse 
Vierge Marie, de saint Charles et de saint François, ses 
glorieux patrons et de tous les saints et saintes de la Cour 
Céleste, le placer au royaume des cieux au nombre des bien- 



™ 266 — 

heureux. Ainsi soit-il. 

Secondement — Veut et ordonne et entend le dit tes- 
tateur, qu'avant tout, ses dettes soient payées et torts par 
lui faits, si aucuns se trouvent, réparés par son ou ses exé- 
cuteurs testamentaires ci-après nom'més. 

Troisièmement — Désire et ordonne le dit testateur, 
qu'après son décès, son corps soit inhumé dans l'église de 
cette paroisse de Neuville de la Pointe-aux-Trembles, sous 
le maître-autel de la dite éghse, du côté de l'Evangile, qu'au 
jour de son inhumation il soit chanté dans la susdite église 
et sur son corps, un service pour le repos de son âme, et un 
semblable service anniversaire au bout de l'année de son 
décès, laissant à la discrétion et prudence de son ou ses exé- 
cuteurs testamentaires cy-après nommés, à faire les dépen- 
ses raisonnables qu'il conviendra faire pour les susdits ser- 
vices du jour de l'inhumation et celui anniversaire. 

Quatrièmement — Veut, ordonne et désire le dit testa- 
teur, qu'aussitôt après son décès à la diligence de ses 
exécuteurs testamentaires ci-après nommés il soit chanté 
pour le repos de son âme quatre services simples, savoir un 
aux Ursulines de Québec, un à l'Hôtel-Dieu aussi de Qué- 
bec, un à l'Hôpital-Général et un dans la chapelle du village 
de Capsa, dédiée à saint Vandemial, évêque de Capsa, et 
qu'icelui dernier service soit chanté le jour et fête du saint 
Vandemial si faire se peut. 

Cinquièmement — Veut et entend le dit testateur que 
le jour de son inhumation, il soit distribué, par ses exécu- 
teurs testamentaires ci-après nommés, à tels prêtres qu'ils 
jug-eront à propos pour être dites, aussitôt qu'il sera possi- 
ble des basses messes de requiem pour le repos de l'âme du 
testateur une somme de trente-six livres de vingt sols. 

Sixièmement — Donne et lègue le dit testateur à l'oeu- 
vre et Fabrique de Saint-François de Sales de Neuville de 
la Pointe-aux-Trembles deux flambeaux ou chandelliers 
d'argent et un calice aussi d'arg-ent qui lui appartiennent ,' 
lesquels flambeaux et calice seront livrés aussitôt après le 
décès de lui testateur par les dits exécuteurs testamentaires 
aux marguilliers,de l'oeuvre de la dite fabrique, qui seront 



— 267 — 

tenus et obligés de prêter sans aucun profit le dit calice seu- 
lement au curé desservant la dite chapelle du village de 
Capsa, toutes et chaque fois qu'il ira célébrer la sainte mes- 
se, et ce jusqu'à ce que les habitants du dit village Capsa, 
s'en soient pourvu d'un à leur compte. 

Septièmement — Donne et lègue le dit testateur à la 
dite chapelle de Capsa un missel couverture en cuir. 

Huitièmement — Désire et ordonne le dit testateur 
qu'un soleil, une boîte aux Saintes Huiles, et un calice, le 
tout d'argent, qu'il a entre ses mains soient remis entre les 
mains de monseigneur l'évêque de Québec comme apparte- 
nant à la mission des Etchemins dont le dit testateur prie 
bien le dit Evêque de Québec de l'en charger et de tâcher 
que ces vases soient appliqués et retournent au profit de la 
dite mission. 

Neuvièmement — Donne et lègue en pleine propriété 
et à perpétuité à la mission régie aujourd'hui par le Révé- 
rend Mons. Jones, missionnaire à Halifax, et à ses succes- 
seurs catholiques, apostolique et romain, la rente de trente 
livres sterling par chacune année au capital de mille 
livres sterling, due au testateur par chacune année, sur la 
banque de Londres, sur le tau de trois par cent, le capital 
de laquelle rente, cy-desus léguée ne pourra être touché et 
reçu par le dit Révérend Mons. Jones ou ses supérieurs ca- 
tholiques comme dit est, qu'à la charge par lui ou ses dits 
successeurs, de faire remplir le dit capital de mille livres 
sterling, sur des biens fonds et héritages, soit à constitu- 
tion de rente, ou autrement à tel intérêt que la loi leur per- 
mettra, pour icelui intérêt du dit capital être employé à per- 
pétuité au soutien et maintien d'im missionnaire catholique, 
apostolique et romain en la dite mission remplie et régie 
aujourd'hui par le dit Révérend Mons. Jones, le présent legs 
ainsi fait à la charge par le dit Révérend Mon. Jones ou ses 
successeurs catholiques, en la dite mission, de dire, dans 
rétendue d'icelle mission, dans l'espace de deux années à 
compter du jour du décès du dit testateur, la quantité de 
deux cents messes basses de requiem qui seront dites une 
fois pour tout à l'intention et pour le repos de l'âme de lui 



— 268 — 

dit testateur, car telle est sa volonté. 

Dixièmement — Donne et lègue le dit testateur à Dame 
Félivité Bailly sa soeur, épouse de Monsieur Martigny, une 
somme de cinq cents livres de ving sous une fois payée, 
laquelle dite somme sera payée et délivrée à la dite Dame 
Félicité Bailly un an après le décès du dit testateur par 
ii'Ionsieur Beauchamp, de Varennes, suivant les termes et 
clauses du contrat d'acquisition du dit Beauchamp de la 
terre que lui a vendue le dit testateur, en date des jour et 
an y contenus. 

Onzièmement — Donne et lègue le dit testateur à Do- 
nald McDonald, son domestique, qui l'a servi avec fidélité 
et assiduité depuis plus de neuf années consécutives, une 
somme de sept cent vingt livres de vingt sols une fois payée, 
et dans le cas qu'il se trouva du reste, après les dettes et 
legs ci-dessus prélevés et payés sur la masse des biens du 
dit testateur, icelui testateur donne et lègue en outre au dit 
MacDonald, son dit domestique, une autre somme de deux 
cent quarante livres de vingt sols, aussi une fois payée, 
icelles deux sommes payables au dit Donald MacDonald par 
les dits exécuteurs testamentaires, six mois après le décès 
du dit testateur, bien entendu toutefois que s'il ne se trou- 
vait pas assez de biens pour remplir les dites deux sommes 
ci-dessus léguées, icelui Donald MacDonald ne pourra exi- 
ger que celle de sept cent vingt livres de vingt sols. Et en 
outre veut et entend le dit testateur, qu'après son décès, 
le dit Donald MacDonald ait un habillement complet de 
deuil aux frais et dépens de la succession de lui testateur; 
lès legs ci-dessus faits au dit Donald MacDonald pour le 
récompenser des bons services qu'il a rendus au dit testa- 
teur ou qu'il lui rend encore journellement, espérant le dit 
testateur que le dit Donald MacDonald lui en conservera 
de la reconnaissance et qu'il ne l'oubliera à l'avenir dans ses 
prières, si toutefois Dieu lui fait la grâce de conserver la 
religion catholique, apostolique et romaine. 

Douzièmement — Donne et lègue le dit testateur à 
Monsieur Gazelle présentement chapelain à l'Hôpital-Gé- 
néral son bréviaire en quatre volumes in- 12. 



... 269 — 

Et quant au surplus de tous les biens meubles et im- 
meubles du dit testateur, si surplus y a, les dettes et legs 
ci-dessus pa3-és, et que le dit testateur délaissera au jour de 
son décès, en quelques lieux qu'ils soient situés et à quelques 
sommes qu'ils puissent se monter, sans aucune exception 
ni réserve en façons quelconques, le dit testateur autorisé 
par les lois en force en ce pays, les donne et lègue en toute 
propriété aux pauvres des deux paroisses de Saint-François 
de Sales de la Pointe-aux-Trembles et Saint-Jean-Baptiste 
des Ecureuils, lesquels dits pauvres le dit testateur institue 
ses légataires universels. Laissant le dit testateur la distri- 
bution du dit legs universel aux dits pauvres ou du dit 
surplus, si surplus y a, à ses dits exécuteurs testamentaires, 
auxquels le dit testateur se rapporte entièrement pour cet 
objet. Pour par les dits pauvres jouir du dit surplus, tel 
qu'il- leur sera distribué par les dits exécuteurs testamen- 
taires en pleine propriété et à perpétuité du jour du décès 
du dit testateur. 

Et pour exécuter et accomplir le présent testament k 
dit testateur a nommé pour ses exécuteurs testamentaires 
les personnes de Monsieur Louis Langlois-Germain, négo- 
ciant, à Québec, et Pierre-Louis Deschenaux, Ecuier, no- 
taire, au dit Québec, ses deux bons amis qu'il prie de vouloir 
bien .en prendre la peine et lui rendre ce dernier service 
d'amitié, entre les mains desquels exécuteurs testamentai- 
res, le dit testateur se dessaisit de tous ses biens suivant la 
coutume, révoquant tous autres testaments et codiciles 
qu'il pourrait avoir fait avant le présent duquel seul il s'ar- 
rête comme étant sa dernière volonté. 

MISERERE MEI DEUS 

Ce fut ainsi fait, dicté et nommé par le dit testateur au 
dit lieu de Saint-François de Sales de Neuville de la Pointe- 
aux-Trembles, susdite maison presbytérale, et susdite 
chambre, au dit maître Larue, notaire, les dits témoins pré- 
sents, les jour et an susdits, en présence de messire Michel 
Beriau, prêtre et curé de la paroisse de Saint-Augustin, et 
Jacques Garneau capitaine des milices du dit lieu de Neu- 



-270 — 

ville, témoins soussignés, pour ce exprès mandés et appelles. 
Et après que le présent testament a été lu et relu par le dit 
notaire soussigné, les dits témoins présents, au dit testa- 
teur, a déclaré avoir icelui bien entendu et compris et y a 
persisté comme étant sa vraie et dernière volonté. Et a le 
dit testateur signé avec les dits témoins et nous dit notaire, 
tant en fin qu'au bas de chaque page, après lecture faite et 
refaite. Ainsi signé sur la minutes demeurée en l'étude du 
notaire soussigné — Charles-François, Ev. de Capse — Mi- 
chel Beriau, prêtre — J. Garnaud — Et de nous notaire 
soussigné F. X. Larue. 

Et le quatorze du dit mois d'avril une heure de relevée 
de la dite année mil sept cent quatre-vingt-quatorze, ayant 
été mandé par Sa Grandeur Monseigneur Charles-François 
évêque de Capsa, testateur dénommé aux autres parts, nous 
notaire public susdit et soussigné, accompagné des témoins 
cy-après nommés et soussignés nous sommes transportés 
en la maison presbytérale et chambre susdites, où étant, 
avons trouvé le dit Charles-François évêque de Capsa, assis 
dans son fauteuil, sain d'esprit, de mémoire et entendement 
comme il est apparu aux dits notaire et témoins soussignés. 
Lequel dit Charles-François, évêque de Capsa, a dicté et 
nommé au dit notaire soussigné, les dits témoins présents, 
ce qui suit : 

Premièrement — Déclare le dit Charles-François, évê- 
que de Capsa, testateur qu'il veut et entend, qu'après son 
décès, sa mitre d'étoffe d'or soit remise aux Dames Reli- 
gieuses de l'Hôpital-Général de Québec, à qui le dit testa- 
teur donne la dite mitre, et les remercie de la générosité 
qu'elles ont eue à son ég-ard, de lui en avoir fait présent 
lorsqu'il a été reçu et sacré à l'épiscopat. 

Secondement — Donne et lègue le dit testateur aux 
Dames religieuses Ursulines de Québec sa mitre d'étoffe 
d'argent desquelles il Fa reçue en présent et pourquoi le dit 
testateur les remercie sincèrement. 

Troisièmement — Et quantes aux autres ustenciles 
épiscopaks, comme bassins oillières, bougeoirs, croix d'or 
et d'argent, bagues et autres effets qui peuvent avoir rap- 



... 271 — 

port à l'épiscopat, y comprise l'étoile de saint Charles, le 
dit Monseigneur Charles-François, évêque de Capsa, dé- 
clare qu'il veut, entend et ordonne que le tout soit remis 
à Sa Grandeur Monseigneur Jean-François, évêque de Qué- 
bec, pour par Sa Grandeur en disposer à sa volonté, sans 
qu'elle soit tenue d'en rendre aucun compte à qui que ce 
soit. 

Quatrièmement — Veut et ordonne et entend le dit tes- 
tateur qu'aussitôt après son décès tous ces papiers, écrits 
et pièces, principalement ceux qui concernent son état ec- 
clésiastique à l'exception toutefois des titres qui concernent 
ses propriétés temporelles, qui demeureront entre les mains 
de ses exécuteurs testamentaires, soient remis entre les 
mains de Messire Thomas Bédard, prêtre et supérieur du 
séminaire de Québec, ou à son successeur que le dit testa- 
teur prie bien de vouloir se charger des dits papiers. 

Et quant au dit testament des autres parts, le dit Char- 
les-François, évêque de Capsa, testateur, veut et entend 
qu'il soit exécuté selon sa pleine forme et teneur, ainsi que 
ce présent codicile qui n'est qu'une adition au dit testament. 

Ce fut ainsi fait dicté et nommé par le dit testateur au 
dit maître Larue. notaire soussigné, les jour, an, lieux et 
heures susdits en présence de messire Pierre-Nicolas Laba- 
die, prêtre, et curé en la paroisse de Deschambault, étant 
de présent à Neuville, et Charles Garneau fils aussi résidant 
au dit Neuville, témoins pour ce exprès mandés qui ont signé 
avec le dit testateur et nous dit notaire soussigné après lec- 
ture faite et refaite. Ainsi signé sur la minute demeurée en 
l'étude du notaire soussigné — Charles-François de Capse 
— Labadie Ptre — Charles Garneau — et de nous notaire 
soussigné F. X. Larue, N. P. 

CATHERINE-Cx\ROLINE- ADELAÏDE BAILLY DE 
MESSEIN -^ At the church of SS. Peter and Paul yester- 
day the funeral of Catherine-Caroline-Adélaïde Bailly de 
Messein, relict of the late Thomas Chase, took place. Her 
death occurred Jûly 30th at the résidence of her daughter 
and only child, i\Irs. Dr. C.-E. Casgrain, in Windsor, Ont. 
The deceased lady was in her 78th year, and more than 



— 272 -- 

fifty years of her life were spent in Détroit. For the very 
interesting narration of her career, which foUows, THE 
FREE PRESS is indebted to Mr. R.-R. EUiot, who knew 
the vénérable lady well. 

Rarely has the church been called upon to chant the 
requiem, and to offer the holy sacrifice for the eternal wel- 
fare of the soûl of more distinguished dead, than upon this 
occasion. 

Mrs. Chase was of the aristocracy of Lower Canada, 
where direct descent from the French noblesse of the se- 
venteenth and eighteenth centuries still constitutes a dis- 
tinctives class of refined and cultivated society. 

Her death, so closely following that of the late C. C. 
Trowbridge, severs another link in the historié chain which 
connects the présent with a period in this city's eventful 
history traversing back more than half a century. 

As a bride of Thomas Chase, then a prominent mer- 
chant, she came with the attractions of her youth and beau- 
ty, softened and toned by her couvent éducation, and po- 
lished in the French salons of Québec to make her home in 
the City of Détroit while Michigan was yet a Territory. 
At that early day Détroit was already noted for the refine- 
ment and culture of its social circles, in which the young 
wife soon attained a celebrity corresponding to her worth. 

Among the prominent families native hère she found 
a congenial élément, an affinity in the religion, language 
and life in which she had been reared, and with which was 
soon formed an acquaintance that ultimately ripened into 
a close social relationship lasting through life. When the 
Roman Dr. Frédéric Rézê became first Bishop of Détroit, 
among this assistants w^ere Rev. Francis Vincent Badin, of 
France, Martin Kundig, of Germany, and Bernard O'Ca- 
vanagh, of Ireland. Under the auspices of such men, each 
in this way celebrated for piety, learning and éloquence, the 
Catholic Church hère began its first progressive movement 
in religion, éducation and benevolence. In founding insti- 
tutions of learning and charity the Church was nobly as- 
sisted by the city, but by no one individual more than by 



— 273 — 

Mrs. Chase. She was one of the many warm personal 
friends of Fathcr Kiindig, the apostle of charity in Détroit 
and founder of the first orphan asylum hère. She shared 
in his labors and aided him with money in his heroic efforts 
to provide a refuge for the orphans cast upon the world by 
the choiera which had been particularly severe in Détroit. 
Only those who are familiar with the history of thèse 
events can form an idea of the many difficulties encoun- 
tered and overcome by Father Kundig in his beneficent ef- 
forts. Prelate and priests aHke, and nearly ail the kity of 
that time hâve passed from this life, but their works which 
fornied the foundation of the structure of the présent day 
hâve not been forgotten. 

Thomas Chase was a prominent man in the political 
circles of the time, though never an office seeker. He was 
on terms of intimate friedship with Gov. Mason, and his 
Démocratie successors and supporters. 

The Législature held annual sessions in the Capitol, 
now the High School; the terms of the Suprême Court 
were held hère, and each winter brought from ail the settled 
portions of the young State the most talented of her citi- 
zens. The '"National", which occupied the site of the Russel 
House, was the hôtel where the pioneer statesmen anà 
jurists congregated. This was the home of Thomas Chase. 
Jv few old citizens, and perhaps fewer ladies survive who 
were familiar with this historié resort at the time referred 
to. Upon festive occasions when the spacious parlors were 
opened, warmed by broad hearths in which a pile of hickory 
logs blazed and sparkled, the scène was peculiar to the pla- 
ce. Hère were gathered at such times than manhood and 
beauty of the State. Nos unfrequently might be seen the 
blue uniform' of the American, side by side with the bright 
scarlet of the British officer. Right nobly and queen-like 
did Mrs Chase grâce thèse gatherings, admired and courted 
among the many beautiful women moving in the society 
of that day. 

Summer does not always linger in the season of life, 
and it was so with that of Mrs. Chase. A maladv. unac- 



-. 274 — 

countable in its origin, overtook her husband. He became 
unfîtted for business and was subsequently a bedridden in- 
valid. Reverses too, were experienced. It was then that 
the wife became the affectionate nurse in that long and 
uncertain illness. Years of assiduous care saved him, and 
with his recovery foUowed bis conversion to the wife's own 
faith and crow^ned her happiness in the double resuit. So 
in nature years this happy couple lived and reared an ac-^ 
complished daughter, w^hose happy and fruitful marriage 
added to the happiness of their own declining years. Death 
canîe at last, and Thomas Chase passed from this life. His 
widow survived him many years, living quietly now with 
her daughter and grand-children, and again with the few 
surviving friends of her youth. In her old âge she was as 
lovely of character of when, bright and beautiful, she 
charmed her many friends. Her piety was without osten- 
tation, and her charitable deeds were circuscribed only by 
her means. Peacefully and gently she passes away, and 
with her ended the life of a lovely Christian woman, one of 
the brightest and most interesting of the pioneer women of 
Détroit. Those of her own fait will join in the prayer 
"Requiescat in pace." (Détroit Free Press, August 4, 

1883). 



QUESTIONS 



Y a-t-il encore des Martel de Brouague au Canada ? En quelle année 
le premier Martel de Brouague passa-t-il ici ? De quelle partie de la France 
France était-il originaire 7 Où est-il mort ? 

XXX 

— Quand a-t-on commencé à exploiter les mines de la Baie Saint-Paul ? 

BAYE 

— Est-il prouvé qu'il y a eu un chantier de construction royale sur les 
grèves de l'île d'Orléans sous le régime français ? 

INSUL << 

— Le pilotage était-il réglementé sous le régime français ? 

MARIN 



— 275 — • 

Les boeufs illinoiâ 



Une trentaine d'années avant la fin du régime français au Canada, des 
efforts furent faits pour amener des boeufs illinois dans la colonie. On ne put 
exécuter le projet, mais il convient tout de même de le noter. , 

Nous trouvons dans les Relations des Jésuites d'amples détails sur ces 
boeufs illinois qui, dans le premier quart du dix-huitième siècle, étaient si nom- 
breux dans le pays des Illinois que deux chasseurs canadiens de la Nouvelle- 
Orléans en tuèrent plus de 480 dans ime seule saison de chasse. 

La Relation des Jésuites de 1 670-1 671 , parlant du pays des Illinois, dit: 

" C'est aussi parmi ces gras pâturages que se retrouvent des buffles qu'on 
appelle Pifikiou qui ont beaucoup de rapport à nos taureaux, pour la grandeur 
et la force, mais qui les surpassent, premièrement en leurs portées, car les femelles 
se déchargent chaque fois de trois et quatre petits tout ensemble. Secondement 
pour leurs cornes qui de vrai sont toutes semblables à celles de nos boeufs en 
figure et en couleur, mais qui sont une fois grandes étant longues près de deux 
pieds, quand les bêtes sont un peu âgées; et troisièmement pour le poil, qu'ils 
ont gros, velu, noirâtre et tirant un peu sur celui des moutons, mais beaucoup 
plus fort et plus épais; aussi en fait-on des robes et des fourrures qui défendent 
contre le froid plus que toutes les autres de ce pays ; la chair en est excellente 
et la graisse mêlée avec la folle avoine fait le mets le plus délicat de ce 
pays " ( 1 ) . 

Le Père Marquette, dans le récit de son premier voyage vers le nouveau 
Mexique en 1673, parle ainsi des boeufs illinois : 

" Nous les appelons boeufs sauvages parce qu'yls sont bien semblables 
à nos boeufs domestiques, ils ne sont pas plus longs, mais ils sont près d'ime 
fois plus gros et plus corpulents ; nos gens en ayant tué un trois personnes avaient 
bien de la peine à le remuer, ils ont la tête fort grosse, le front plat et large d'un 
pied et demi entre les cornes qui sont entièrement semblables à celles de nos 
boeufs, mais elles sont noires et beaucoup plus grandes. Ils ont sous le col 
comme une grande falle, qui pend en bas et sur le dos une bosse assez élevée. 
Toute la tête, le col, et une partie des épaules sont couvertes d'un grand crin 
comme celui des chevaux. C'est ime hûre longue d'un pied, qui les rend 



( I ) The Jesuit relations and allied documents, vol. LX, p. 1 94. 



... 276 — 

hideux et leur tombant sous les yeux les empêche de voir devant eux : le reste 
du corps est revêtu d'un gros poil frisé à peu près comme celui de nos moutons, 
mais bien plus fort et plus épais, il tombe en été et la peau devient douce comme 
du velours. C'est pour lors que les Sauvages les emploient pour s'en faire de 
belles robes qu'ils peignent de diverses couleurs; la chair et la graisse des pisi- 
kious est excellente et fait le meilleur mets des festins. Au reste ils sont très 
méchants et il ne se passe point d'année qu'ils ne tuent quelques Sauvages. 
Quand on vient les attaquer, ils prennent s'ils peuvent un homme avec leurs 
cornes, l'enlèvent en l'air, puis ils le jettent contre terre, le foulent des pieds et 
le tuent. Si on tire de loin sur eux ou de l'arc ou du fusil, ils faut sitôt après 
le coup se jeter à terre et se cacher dans l'herbe, car s'ils aperçoivent celui qui 
a tiré, ils courent après et le vont attaquer. Comme ils ont les pieds gros et 
assez courts ils ne vont pas bien vite, pour l'ordinaire, si ce n'est lorsqu'ils sont 
irrités.' Ils sont épars dans les prairies comme des troupeaux. J'en ai vu une 
bande de 400" (2). 

Dans une lettre datée le 9 novembre 1712, "aux CascasKias", village 
illinois, autrement dit de l'Immaculée Conception de la Sain te- Vierge, le Père 
Jésuite Gabriel Marest écrivait à son confrère le Père Germon : 

" La rivière des Illinois se décharge dans le Mississipi, vers le 39e degré 
de latitude :• elle a environ 150 lieues de longueur, et ce n'est guère que vers 
le printemps qu'elle est bien navigable. Elle court au sud-ouest, et vient du 
nord-est. Les campagnes et les prairies sont toutes couvertes de boeufs, de 
chevreuils, de biches, de cerfs et d'autres bêtes fauves" (3). 

Le Père Jésuite Rasle, racontant à un de ses frères le voyage qu'il venait 
de faire au pays des Illinois, lui écrivait le 12 octobre 1723 : 

" Les ours et les cerfs y sont en très-grande quantité. On y voit aussi 
une infinité de boeufs et de chevreuils ; il n'y a point d'année qu'on ne tue plus 
de mille chevreuils, et plus de deux mille boeufs: on voit dans des prairies à 
perte de vue des quatre à cinq mille boeufs qui y paissent. Ils ont une bosse 
sur le dos, et la tête extrêmement grosse. Leur p>oil, excepté celui de la tête, 
est frisé et doux comme de la laine; la chair en est naturellement salée, et elle 
est si légère, que bien qu'on la mange toute crue, elle ne cause aucune indiges- 
tion. Lorsqu'ils (les Illinois) ont tué un boeuf qui leur paraît trop maigre, 
ils se contentent d'en prendre la langue, et en vont chercher un plus gras " (4). 



(2) The Jesuit relations and allied documents, vol. LIX, p. 110. 

(3) The Jesuit relations and allied documents, vol. LXVI, p. 224. 

(4) The Jesuit relations and allied documents, vol. LXVII, p. 168. 



... 277 — 

Pendant un bon nombre d'années les boeufs ilinois aidèrent à faire sub- 
sister partie de la population de la Louisiane. Les chasseurs, sur la fin de l'été, 
remontaient le Mississipi jusqu'à deux ou trois cents lieues pour faire la tuerie 
des boeufs illinois. Ils passaient tout l'hiver dans cette région et revenaient le 
printemps suivant avec quantité de viandes salées. 

On fit une telle destruction des boeufs illinois que dès I 749 on constatait 
leur rareté dans le pays des Illinois. 

Dans la relation de son voyage à la Belle-Rivière avec M. de Céloron, 
eu 1 749, le Père de Bonnécamps écrivait : 

** Je vous dirai seulement qu'on a enterré trois lames de plomb à l'em- 
bouchure de trois différentes rivières dont la 1 ère se nomme Kamononouaora, 
!a deuxième JenanguéKona et la 3e Chinidaichta. C'est aux environs de cette 
dernière rivière que nous avons commencé à voir des boeufs illinois; mais là 
et ailleurs ils étaient en si petite quamtité qu'à peine a-t-on pu tuer une vingtaine; 
encore fallait-il aller les chercher bien avant dans les bois. On nous avait ce- 
pendant assuré en partant qu'à chaque pointe nous les trouverions par centaines, 
et que les langues seules de ceux que nous devions tuer suffiraient p>our nourrir 
le détachement. Ce n'est pas la première fois que j'ai éprouvé que l'hyperbole 
et l'exagération étaient des figures familières aux Canadiens " (5). 

C'est en 1727 que MM. Cugnet et Gatineau proposèrent à l'intendant 
Dupuy d'acclimater les boeufs illinois dans la colonie. Le mémoire qu'ils sou- 
mirent à M. Dupuy n'a pas été conservé. Celui-ci alors occupé par ses démêlés 
Hvec les chanoines de Québec ne prêta pas une grande attention au projet. Il 
le soumit toutefois au ministre mais il ne prit pas même la peine de lui envoyer 
le mémoire de MM. Cugnet et Gatineau. 

Le 1 5 octobre 1 730, MM. de Beauhamois et Hocquart écrivaient au 
ministre : 

" Nous avons reçu la lettre que vous nous avez fait l'honneur de nous 
écrire le 5 may dernier par laquelle vous nous demandés compte du projet dont 
M. Dupuy vous a écrit il y a trois ans sur les boeufs illinois. 

"Le mémoire qui avoit esté remis à M. Dupuy a esté communiqué l'hyver 
dernier à M. Hocquart par led. Sr Cugnet et le S. Gatineau voyageur qui se 
charge d'aller chercher ces animaux et d'en amener; c'est l'homme du pays 
le plus capable d'y réussir, nous croyons que ce projet mérite effectivement d'estre 
suivy. et que la réussite en seroit avantageuse à la colonie par les laines qu'on 



(5) The Jesuii relations and allîed documents, vol. LXIX. p. 1 78. 



... 278 — 

en retireroit, supposé qu'elles puissent estre employées dans les manufactures du 
Royaume. 

" Dans cet esprit nous offrimes au Sr Gatineau dans la conférence que 
nous eûmes avec luy sur cela, mil livres pour contribuer à cette dépense, à con- 
dition qu'il s'obligerait d'amener à Québec ou à Montréal, quatre de ces ani- 
maux mâles et femelles, il ne voulût pas accepter cette proposition et nous 
représenta qu'il ne pouvoit pas risquer un voyage aussi difficile au hazard d'y 
perdre sa dépense et ses peines, dont il ne seroit p)oint dédommagé en aucune 
façon s'il ne réussissoit point, mais qu'il étoit prest de s'y engager si nous vou- 
lions lui procurer le privilège et les conditions portées au mémoire qui nous 
a esté remis par le Sr Cugnet et que nous avons l'honneur de vous envoyer cy- 
joint. Vous jugerez. Monseigneur, par la lecture de ce mémoire que la certi- 
tude des avantages qui y sont détaillés dépend de sçavoir 

" Premièrement si les boeufs illinois pourront vivre et s'élever en Canada. 
En second lieu si les laines de ces boeufs seront propres aux manufactures. 
Pour le premier objet, il y a lieu de croire que ces animaux vivront en Canada 
parce qu'il y en a eu dans le nord des pays d'en haut; quelques voyageurs nous 
ont seulement dit que ces animaux s'apprivoisent à la vérité aisément, lorsqu'ils 
sont jeunes, mais qu'en vieillissant ils devenoient tristes si on les enfermoit jus- 
qu'à en mourir, le sr Gatineau et plusieurs autres voyageurs soutiennent le 
contraire on ne peut avoir sur cela aucune certitude jusqu'à ce qu'on en ait 
élevé. 

" Nous ne croyons point que le changement de climat fit changer la laine 
de ces animaux, au contraire il paroist certain qu'ils auront la laine plus fine 
et plus abondante dans un pays chaud; on a amené en, Canada des chèvres des 
Isles qui ont naturellement le poil plus ras que celles de France. Ici, elles se 
sont couvertes l'hyver d'une soie assés longue et accompagnée d'une espèce de 
duvet. 

" Pour le second objet la certitude dépend egallement de l'essay qui en 
seroit fait. Le Sr Cugnet propose de faire l'un et l'autre essay à ses frais. Il 
demande seulement pour ayder aux dépenses qu'il sera obligé de faire a cet 
effet deux mil livres de poudre et quatre mille livres de plomb par chaque année 
pendant dix ans à la charge que lad. gratification de poudre et de plomb cessera 
dès qu'il aura esté recoimu que les laines ne pourront servir aux manufactures, 
ou que ces animaux ne pourront s'élever en Canada, et le privilège pendant 
cinquante années consécutives de faire seul exclusivement le commerce desd. 
laines aux conditions énoncées aud. mémoire, lequel contient un détail assés 



— 279 ™ 

expliqué des avantages résultans de la réussite de ce projet et des motifs d'ac- 
corder ce qui y est demandé. 

" Nous croyons. Monseigneur, que la proposition du S. Cugnet est le 
moyen le plus seur de parvenir a cet établissement avec plus de solidité, par ce 
qu'une entreprise de cette nature doit estre commencée et suivie par gens entendus 
et residens dans la colonie; une compagnie éloignée seroit mal servie par des 
commis et la seule négligence pourrait faire échouer un entreprise d'ailleurs bien 
concertée. D'une autre côté, ce projet doit estre suivy par une compagnie, par 
ce que si on laissoit la liberté d'un pareil établissement au public, il n'y auroit 
plus à compter sur la même solidité, chaque particulier se lassera dès qu'il ne 
trouvera pas sur le champ im profit considérable, au lieu que le S. Cugnet 
offrant de faire venir ces animaux en Canada, d'y en eslever, et laissant la 
liberté aux habitans d'en prendre ou de n'en point prendre, on doit croire qu'ils 
se détermineront d'eux-mêmes à en élever dès qu'ils connoîtront le pouvoir faire 
avec avantage et quand même ils ne s'y détermineroient pas, la compagnie qui 
aura le privilège ne cesseroit point d'en élever ? Il paroist aussi que cette propo- 
sition coûtera moins à Sa Majesté qu'aucune autre voye dont on puisse servir, 
la gratiffication de poudre et de plomb ne devant subsister qu'autant que la 
réussite du projet deviendra certaine, le succès de cet établissement dédomma- 
geroit Sa Majesté de la poudre et du plomb qu'elle auroit avancé par les droits 
de sortie sur les laines qui luy sont offerts après les premières dix années du 
privilège. 

" Enfin, nous ne voyons. Monseigneur, aucun risque de l'accorder par ce 
qu'il tombera de luy-même si le projet ne réussit pas. Si au contraire il réussit 
il paroist juste d'accorder le privilège à ceux qui en ont ouvert la proposition 
d'autant plus qu'il procurera la solidité de cet établissement plus qu'aucun autre 
moyen. Vous aurez agréable de nous marquer. Monseigneur, que s'il est pos- 
sible sans une dépense exhorbitante de faire venir deux ou trois animaux de 
cette espèce, nous pouvions prendre les mesures pour en faire venir six ou plus 
s'il est posisble ; comme celle des deux milliers de poudre et quatre mil livres 
de plomb que le S. Cugnes demande ne nous paroist pas un objet assés con- 
sidérable pour arrester son entreprise, nous nous sommes déterminés à luy accor- 
der cette gratification, et dès le Printemps prochain le S. Gatineau son associé 
partira pour se rendre sur les lieus ou il compte hyverner pour prendre ces 
animaux et les amener dans le cours de l'été à Montréal. 

Le Sr Cugnes nous assure qu'il trouvera facilement des associés pour 
l'aydër dans son entreprise, et nous croyons. Monseigneur, qu'on peut compter 



_.. 280 — 

sur luy pour la suivre avec l'exactitude et l'ordre nécessaire pour un établisse- 
ment solide. " 

Trois jours plus tard, le 1 8 octobre 1 730, M. Cugnet écrivait au mi- 
nistre : 

" J'ai eu l'honneur de remettre à Messieurs Beauharnois et Hocquart, 
le mémoire que j'avais présenté il y a trois ans à M. Dupuy, sur le commerce 
des laines de boeufs Illinois ; le Sr Gatineau et moi avons donné au bas de 
ce mémoire, notre soumission de l'exécuter aux conditions y portées, auxquelles 
nous n'avons fait aucun changement que de nous engager à payer le prix des 
congés que nous avions d'abord demandés gratuitement, moyennant qu'il nous 
soit accordé deux mille livres de poudre et quatre mille livres de plomb, au lieu 
que nous n'en avions demandé que la moitié. MM. de Beauharnois et Hoc- 
quart nous ont dit qu'ils avaient l'honneur d'envoyer le mémoire à Votre 
Grandeur, et ont déterminé que le Sr Gatineau partira au mois d'août prochain 
au plus tard, pour aller chercher ces animaux : il compte en amener l'armée 
suivante. Nous devons former notre équipement cet hiver. J'ai demandé pour 
cela en France les marchandises nécessaires. Il nous en coûtera environ quinze 
mille livres d'avance. 

** J'enverrai l'année prochaine des laines à un fabricant en draps, pour 
en faire faire l'essai et connaître à quelles manufactures elles pourront être 
employées. Cet essai se fera. Monseigneur, sous les ordres de Votre Grandeur, 
si elle le souhaite ; j'adresserai les laines au fabricant qu'elle voudra, pour en 
faire faire l'essai et je le chargerai de représenter à Votre Grandeur les essais 
qu'il aura faits ; au moyen de quoi elle pourra dans deux ans avoir une cer- 
titude précise de l'événement d'un projet dont la réussite apparente peut devenir 
très utile au Royaume et à la colonie. L'un et l'autre seront redevables. Mon- 
seigneur, du succès qu'il pourra avoir aux atentions continuelles de Votre Gran- 
deur p>our tout ce qui peut procurer le bien public. Elles nous font espérer que 
Votre Grandeur aura la bonté de protéger une entreprise qui coûtera des avances 
considérables que nous risquons dans la vue d'y réussir et de suivre cet établis- 
sement comme il doit l'être pour devenir solide si nous obtenons le privilège 
que j'ai pris la liberté de demander. 

" C'est dans cette confiance. Monseigneur, qjue j'ose encore demander à 
Votre Grandeur, à titre de fief et seigneurie, avec haute, moynne et basse 
justice, la concession de l'étendue du pays qui se trouve sur la rivière du Saut 
de la Chaudière en suivant la dite rivière, sur une lieue de front de chaque 
côté nord et sud, depuis la ligne oii finit la profondeur de la Seigneurie de 
Lauzon jusqu'à l'endroit nommé le Rapide du Diable. Cette terre est propre 



... 281 — 

à faire des prairies et sera d'autant plus commode pour élever des boeufs Illinois 
qu'elle est à sept lieues de Québec, dans la profondeur des terres, ni trop 
éloignée ni trop près de cette ville. Supposé que le projet des boeufs Illinois ne 
réussit pas, j'y ferai élever des boeufs domestiques, pour en faire des salaisons. 
Le défrichement de ces terres qui ne sont occupées par personne ne peut que 
contribuer à l'établissement de la colonie" (6). 

, A son tour, le 10 avril 1731, le ministre Maurepas écrivait à MM. de 

Beauharnois et Hocquart : 

" A l'égard des éclaircissements que vous envoyez sur le projet de faire 
venir en Canada des Boeufs Illmois Sa Majesté en a été satisfaite, et elle a 
bien voulu aprouver que vous ayez accordé au Sr Cugnet qui s'est chargé d'y 
en amener cette année une gratification de 2000 Ibs. de poudre et de 400 de 
plomb, mais comme Sa Majesté a acepté la rétrocession que la Compagnie des 
Indes luy a fait de la Colonie de la Louisiane qui sera à présent administrée par 
ses ordres et quil sera plus aisé dans cette Province de remplir les veues de Sa 
Majesté à ce sujet, il est inutile de continuer cette gratification au sr Cugnet vous 
aurez cependant soin de rendre compte du succez de son entreprise." 

Le 18 octobre 1731, MM. de Beauharnois et Hocquart écrivaient au 
ministre : 

" Nous n'avons point fait délivrer au Sr Cugnet la gratification de deux 
mille livres de poudre et de quatre mille livres de plomb que nous estions con- 
venus de luy accorder et à ses associez pour faire venir en Canada des boeufs 
Illinois : cette dépense auroit pu devenir absolument inutile pour le Roy, si 
\:sar négligence ou autrement ceux qui estoient chargez de cette entreprise n'eus- 
sent pas réussi. Nous avons fait avec eux de nouvelles conditions en apparence 
plus onéreuses, mais qui sont en effet plus avantageuses, parce qu'elles asseurent 
le succès de cette entreprise. Du moins si elle échoue. Sa Majesté n'aura fait 
aucune dépense cy-joint la soumission du Sr Cugnet et autres au bas de laquelle 
nous nous sommes engagés de faire payer au sr Gatineau la somme de mil 
livres pour chaque pièce de boeuf qu'il amènera vivant à Montréal. Le Sr 
Gatineau est parti sur la fin de l'esté pour se rendre au détroit et de là aux 
endroits où l'on trouve ces animaux ; il espère en amener quelques uns à 
Montréal l'année prochaine. Trouvez bon. Monseigneur, que nous ayons 
l'honneur de vous représenter que la rétrocession que la Compagnie des Indes 
a faite au Roy de la Province de la Louisiane ne paroist pas devoir empescher 



(6) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 53, f. 228. 



- - 282 — 

l'exécution des veues que vous avez de faire élever des boeufs Illinois en Ca- 
nada ; il est comme certain que leur toison deviendra plus abondante et plus 
belle dans un climat froid que dans un pays chaud ou tempéré. C'est une des 
principales raisons que nous avons expliquées dans notre mémoire de l'année 
dernière, d'ailleurs la Province de la Louisiane a d'autres ressources et celle-cy 
mérite qu'on augmente ses établissements." 

La soumission de M. Cugnet mentioimée dans la lettre de MM. de 
Beauharnois et Hocquart se lisait comme suit : 

" Sur le traité de société contractée eptre nous soussignés, le quinze 
novembre dernier, pour l'exécution de la soumission donnée par les Srs Cugnet 
et Gatineau à Messieurs de Beauharnois et Hocquart, gouverneur général et 
intendant de cette colonie le . . octobre dernier, au bas du mémoire par eux 
envoyé à Monseigneur le comte de Maurepas, ministre et secrétaire d'état de 
la marine, pour l'établissement des boeufs Illinois suivant les offres et aux con- 
iditions énoncées au dit mémoire. Le Sr Gatineau a demandé que la gratifi- 
cation de deux mille livrés de poudre et de quatre mille livres de plomb accordée 
par mes dits sieurs les Gouverneur Général et Intendant, en considération des 
dépenses que nous serions obligés de faire pour parvenir à amener des boeufs 
Illinois jusqu'à Québec lui fut cédée et abandonnée à lui seul, pour le dédom- 
mager et indemniser des peines et dangers auxquels il serait imposé dans les 
voyages qu'il était obligé de faire en exécution du dit traité de société pour 
amener des boeufs Illinois. 

" Cette demande quoique juste, par rapport au voyage auquel le Sr Gati- 
neau a été obligé dérangerait cependant le dit traité de société en ce que toute 
la dépense qu'il est indispensable d'avancer pour cette entreprise retomberait 
sur les Srs Cugnet, Nouchet et Perthuis, n'y ayant que cette gratification qui 
puisse en dédommager. 

" Nous sommes convenu de résilier et annuler le dit traité de société du 
1 5 novembre dernier, lequel, au moyen du présent, a été demeuré nul et non 
avenu ; et, en conséquence, nous nous sommes réciproquement quittés et libérés 
les uns envers les autres, des engagements, clauses et conditions contractée entre 
nous par le dit traité de société. 

" Et néanmoins pour satisfaire aux offres faites par les dits srs Cugnet et 
Gatineau portées au dit mémoire du octobre dernier, et suivre l'exécution du 
projet de l'établissement des boeufs Illinois et commerce des laines des dits 
boeufs. Le Sr Gatineau promet à Messieurs les Gouverneurs et Intendant et 
s'oblige d'aller à ses frais et dépens dans les pays d'en haut, pour en amener 



— 283 — 

des boeufs Illinois, jusqu'au nombre de six assortis mâles et femelles autant qu'il 
lui sera possible. 

** A condition qu'il lui sera accordé, par chaque année qu'il fera le dit 
voyage, quatre canots dont il paiera le prix avec faculté de faire la traite, 
ainsi qu'il est porté au premier article des conditions du dit mémoire et qu'au 
lieu de la gratification de deux mille livres de poudre et de quatre mille livres 
de plomb, portée aux second articles des dites conditions. M. l'Intendant fera 
payer pendant trois années consécutives au dit sr Gatineau, la somme de 1 000, 
par chaque pièce de boeuf et vache qu'il amènera à Montréal, jusqu'à la dite 
quantité de six boeuf et vaches sans pouvoir rien exiger au cas qu'il ne puisse 
en amener à Montréal ; lesquels boeufs et vaches seront remis à leur arrivée 
à Montréal au Sr Cugnet qui se charge promet et s'oblige d'exécuter le surplus 
du dit mémoire aux conditions des neuf derniers articles." 

Le 12 octobre 1732, MM. de Beauharnois et Hocquart écrivaient au 
ministre : 

" Nous avons reçu la lettre que vous nous avez fait l'honneur de nous 
escrire le 8 avril dernier. 

"Le sr Gatineau associé du Sr Cugnet a esté de retour des Miamis au 
mois de juillet dernier ; mais les tentatives qu'il a faites pour amener des boeufs 
Illinois en Canada n'ont pas réussi. Il avoit cependant fait prendre quelques 
veaux de lait par les sauvages, il n'a pu les garder que 1 2 à 1 5 jours. Ces 
animaux n'ayant plus de mère ont péri, de manière que nous avons actuellement 
peu d'espérance d'en avoir, soit faute d'industrie de la part du sieur Gatineau 
ou que la gratification de 1 000" luy ayt paru trop modique pour une entreprise 
Je cette nature. Le Sr de Vincennes qui est aux ouiatanons a esté informé des 
dernières conditions faites pour le transport de ces animaux et a écrit à Mr de 
Beauharnois que si Sa Majesté luy accordoit la mesme gratification, yl par- 
viendroit à en envoyer de vivants en Canada ; cornme elles ne sont que condi- 
tionnelles, nous luy avons repondu qu'il seroit traitté comme l'aufoit esté le sr 
Gatineau. Le Sr Cugnet qui avoit envoyé à Paris l'année dernière des laines 
de ces animaux nous a informés que les essays qpi en avoient esté faits en étoffe 
n'avoier-t pas réussi, et que le lainage estoit extrêmement court et difficile à 
employer quoiqu'il en soit sa Majesté ne court pas beaucoup de risque, si on 
peut faire venir quelques uns de ces animaux en Canada, dont on pouroit tirer 
d'autre avantages " (7). 

Encore le 30 octobre 1 733, MM, de Beauharnois et Hocquart faisaient 



(7) Archives du Canada, Correspondance générale, vol, 57, f. 73, 



— 284 --- 

part au ministre de l'insuccès des tentatives faites pour amener des boeufs illinois 
au Canada. 

" Les tentatives que l'on a faites jusqu'à présent pour faire venir en Ca- 
nada des boeufs Illinois n'ayant pas réussi, disaient-ils, et l'espérance que l'on 
avoit de tirer de la laine de ces animaux, des avantages considérables ne pour- 
ront avoir lieu, nous n'y penserons plus et nous avons écrit au Sr Vincennes qu'il 
estoit inutile qu'il fist aucune démarche pour en envoyer " (8). 

En effet, il ne fut plus question des boeufs illinois dans la correspondance 
des gouverneurs te intendants avec le ministre. On avait jugé que le projet 
n'avait aucune chance de succès. 

P.-G. R. 



(8) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 59, f. 45. 



NICOLAS RAGEOT DE SAINT-LUC 



" Nicolas Rageot de Saint-Luc, a écrit feu M. J. -Edmond Roy dans 
son Histoire du Notariat au Carrada, succéda à son frère (Charles Rageot de 
Saint-Luc) dans ses charges de greffier (de la Prévôté de Québec) et de notaire 
royal. Son nom n'est pas indiqué dans les listes officielles du notariat. On 
ne trouve aux Archives ni ses lettres de provisions ni son greffe. Ce manque 
de documents s'explique par plusieurs raisons. Les cahiers des insinuations 
de la prévôté pour 1700, 1701 et 1702 n'ont pas été conservée, et c'est là 
où étaient enregistrées les commissions. Nicolas Rageot mourut presqu'aussitôt 
après son entrée en fonctions, le 31 mars 1703, et c'est au registre de sépul- 
ture de Québec que l'on découvre qu'il fut greffier de la prévôté et notaire 
royal. Il était âgé de 28 ans à sa mort." 

Un fragment des registres de la prévôté de Québec conservé aux Archives 
Judiciaires de Québec nous permet de donner la date de la nomination de M. 
Rageot de Saint-Luc comme notaire et greffier de la Prévôté. Le 1 5 mars 
■1 703 l'intendant de Beauharnois lui donnait une commission de greffier de la 
Prévôté et de notaire en attendant le bon plaisir du Roi. M. Rageot fut reçu 
en sa charge de greffier deux jours plus tard, le l 7 mars 1 703. Comme il 
décéda le 3 1 mars 1 703, il est bien probable qu'il ne reçut aucun acte comme 
notaire. Il n'est donc pas étonnant qu'on ne trouve son greffe nulle part. 

P.-G. R. 



— 285 — 

Foy et Hommage 



Sous la signature de Mathieu- A. Bernard, le Bulletin des recherches 
historiques de 1897 (vol. III, p. 27) a donné une bonne définition de la foy 
et hommage. Le volume IV (1898) p. 242 du même Bulletin contient un 
extrait copieux de la formule usitée par Jean Quïon du Buisson envers Robert 
Giffard, seigneur de Beauport, en 1646. 

Cette même formule se trouve rapportée plus au long dans Langevin, 
Notes sur les archives de Notre-Dame de Beauport, 1860, le liv., p. 7. 

En plus de la note et de la formule ci-dessus mentionnées, il peut être inté- 
ressant de connaître sur ce "devoir du vassal" d'autres renseignements qui pro- 
viennent de l'ouvrage d'Edme de la Poix de Freminville, Pratique universelle 
pour la rénovation des terriers et des droits seigneuriaux. . Paris, 1 746, vol. 
î. pp. 157 et 158 : 

D'abord, ce que c'est : "La marque fondamentale d'un fief ou seigneurie 
c'est la foy et hommage, de sorte qu'un fief ne peut être fief sans elle. . . 

" La foy que le vassal doit à son seigneur n'est autre que le serment qu'il 
lui fait de lui être fidèle, et la promesse de le servir envers et contre tous, 
excepté contre le roi. Cet acte est aussi appelé hommage parce qu'il se fait 
avec le respect et la soumission requise par la coutume et l'usage ..." 

Et, maintenant, comment se fait la foy et hommage ? 

" Aucune coutume n'a mieux défini la forme et la manière de faire la 
foy et hommage, que celle de Paris, article 63. Elle s'explique en ces termes : 

" Le Vassal, pour faire la foy et hommage et ses oflFres à son Seigneur 

féodal, est tenu aller vers le dit Seigneur, au lieu d'où est mouvant ledit fief, et 
y étant, demander si le Seigneur est au lieu, ou s'il y a autre pour lui ayant 
charge de recevoir les foy et hommage et offres ; et ce fait, doit mettre genouil 
en terre, nue tête, sans épée et éperons et dire, qu'il lui porte et fait la foy et 
hommage qu'il est tenu faire à cause du dit fief mouvant de lui, et déclarer à 
quel titre le fief lui est avenu, le requérant qu'il lui plaise le recevoir. Et où 
le Seigneur ne seroit trouvé ou autre ayant pouvoir pour lui, suffit de faire la 
foy et hommage et offre devant la principale porte du manoir, après avoir appelé 
à haute voix le Seigneur par trois fois. Et s'il n'y a manoir au lieu seigneurial 
d'où dépend ledit fief, et en cas d'absence dudit Seigneur ou ses officiers, faut 



— 286 — 
» 

notifier lesdits offres au prochain voisin dudit lieu Seigneurial et laisser copie." 

A l'égard du lieu où doit se rendre et faire la foi et hommage, il est sans 
contredit que c'est au château ou manoir du fief dominant ; c'est une loi géné- 
rale. Quant à la manière avec laquelle elle doit se faire, il semble qu'aucune 
coutume ne contredise celle de Paris. 

Les unes (!) .se contentent de dire qu'en signe d'hommage, en l'absence 
du seigneur, le Vassal baise le verrouil de la porte ; mais elles s'accordent, pour 
la plupart, en ce qu'il faut que le Vassal soit sans épée et sans éperons, pour 
marquer le respect du Vassal envers son Seigneur et sa reconnaissance, ne tenant 
son fief que de lui. 

La coutume de la Marche, article 1 89, veut que le Vassal se présente à 
son seigneur tête nue, qu'il ait ôté sa ceinture, son épée, quitté son bâton, qu'il 
mette un genouil en terre et dise en paroles : "J'entre vers vous en foy et 
hommage et m'avoue votre Vassal, pour raison d'un tel fief que je tiens de 
vous, à cause de votre Seigneurie de tel lieu, et vous promets et jure vous servir 
d'hors en avant envers et contre tous." 

A cela, le seigneur doit répondre : 

" Je vous reçois à hommage, sauf mon droit et autrui" et en signe de ce, 
il doit le baiser sur la joue. 

Celle de Montargis, chap. I, art. 1 et 11, veut que le Vassal, en faisant 
la foy et hommage soit tête nue et déceint, et baille la main droite en celle de 
son seigneur et lui dise qu'il devient son homme pour tel fief, qu'il lui en fait la 
foy et hommage et lui promet qu'il pourchassera son profit et évitera son dom- 
mage, le conseillera loyaument et fera en tout cas ce qu'un vassal doit faire à 
son seigneur. 

Salvaing dans son traité des fiefs, ch. 4, traite au long de la foy et hom- 
mage, que l'on peut voir, et rapporte que la forme de l'hommage est différente 
en Dauphiné, selon la qualité du Vassal ; que s'il est noble, il fait le serment 
debout et baise le seigneur à la bouche ; que s'il est roturier, il met les deux 
genoux en terre et baise le seigneur au pouce. . . 

L'ouvrage de M. de Freminville dans lequel nous puisons ces extraits est 
appelé communément et plus brièvement, la Pratique des terriers. Il y en a 
plusieurs éditions. Celle que nous avons nous semble être la première ; elle 
a appartenu à Ignace Aubert de Gaspé qui épousa Marie-Anne Coulon de 
Villiers en 1 745 et qui mourut dans sa seigneurie de Port- Joli en janvier 1 787, 

E.-Z. MASSICOTTE 



( 1 ) Notamment celle du Berry. 



— 287 — 

Les forges SainMHaurice 



LE PREMIER FEU AUX FORGES SAINT-MAURICE 



L'an mil sept cent trente huit le septiesme jour du mois d'octobre sur les 
six heures du matin, est comparu Pardevant Louis Jean Baptiste Fafard de 
Laframboise, substitut de Monsieur le Procureur du Roy en la jurisdiction 
Royale des Trois-Rivières tenant le siège en sa vacance, en notre hôtel, sçis 
rue St-Pierre, Monsieur Ollivier de Vezain, l'un des intéressés et directeur 
préposé par Sa Majesté, pour la conduitte des forges de St Maurice, lequel 
nous aurait requis de nous transporter aux dittes forges et y procéder à son 
audition, et celle du nommé Jean-Baptiste De Lorme, Me fondeur, suivant 
et conformemens à l'arrest du Roy du vingt deux avril mil sept cent trente 
sept, concluant à l'information verbale des d. parties pour l'éclaircissement du 
tems et jour que le feu aurait été mis, aux d. forges (en ce qui regarde le 
fourneau) à laquelle réquisition, nous aurions ordonné que nous nous trans- 
porterions aux dittes forges, pour y donner acte au dit sieur Ollivier de Vezain 
de sa comparution et réquisition cy-dessus, et ordonné que p>our l'exécution 
des demandes faites, en vertu du d. arrest, nous nous transporterions aux dittes 
forges accompagné de notre greffier susdit où étant arrivé, aurions procédé à 
la ditte audition, le serment préalablement requis du dt de Lorme, lequel aurait 
juré et affirmé que le feu avait été mis au fourneau le vingt août dernier vers 
les onze heures à midy, suivant et conformément à la déclaration affirmative 
du dit sieur Ollivier dont et de ce que depuis nous aurions dressé notre procès- 
verbal pour servir ce que de raison et ont les dittes parties signé avec nous ; 
fait aux dittes forges les an que dessus. 

OLIVIER DE VEZAIN DE LORME 

LAFRAMBOISE PRESSE N. R. greffier 



ORDRE DE M. HOCQUART A M. LANOULLIER DE BOIS- 
CLERC D'ALLER VISITER LES FORGES SAINT-MAURICE 
ET AUTRES LIEUX MINIERS DES ENVIRONS 



Je prie monsieur de Boisclerc de se rendre incessamment aux Trois- 
Rivières et de là aux forges de St. Maurice. Il se transportera ensuite avec 
les Srs Cressé et Simonnet le fils à la minière de la Pointe du Lac et à celles 



— 288 i- 

qui ont esté cy-devant découvertes dont il vérifiera exactement l'étendue, lon- 
gueur, largeur et épaisseur ; il appellera le nommé Dery pour l'accompagner, 
il a connaissance de ces minières parce qu'il a esté employé cy-devant à la 
recherche de ces minières. 

Si le d. Dery ou quelque autre habitant avait coimàissance de quelques 
autres minières dans le voisinage de l'établissement de St Maurice, M. de 
Boisclerc s'y transportera avec eux pour vérifier ce qui en est. 

Je le prie de visiter le fourneau ; s'il est en bon estât, s'il ne menace 
point du costé de l'eau (?), Testât où se trouve actuellement la forge haute 
et la forge basse, si elles sont en bon train, et de prendre des connaissances 
générales sur tout ce qui regarde Testât présent de cet établissement. Les srs 
Simonnet, Cressé et Perraut l'informeront de tous les détails intéressans, et 
M. de Boisclerc s'en instruira par luy-même autant qu'il luy sera possible. 

11 se rendra ensuite à Québec pour nous rendre. . . de l'exécution du 
présent ordre. 

A quebec le 7e 7bre 1 740. 

HOCQUART. 

La santé des ouvriers. Si les deux forges marchent. Combien de bois 
coupé. Combien de fourneaux dressés. La qucintité de mine qui reste près 
des fourneaux. Il examinera l'étendue de Tenace d'où Ton a vidé jusques 
à présent de la mine, pour pouvoir juger de la consommation à venir ( 1 ) . 



( 1 ) Les originaux de ces documents sont aux Archives Judiciaires de 
Québec. 

LETTRE DE M. HOCQUART A M. LANOULLIER DE 

BOISCLERC POUR LA VISITE DE LA RIVIERE 

DU FORT FRONTENAC 



A Québec le 5 avril 1 740. 

Dans l'instruction Monsieur que vous et M. de Menthet devez suivre pour 
la visite de la rivière du fort Frontenac j'ay bien parlé de cajeux et des expé- 
riences à faire pour les descendre mais j'ay omis de marquer que si ces 
expériences ne réussisaient point il pourait convenir d'envoyer les pièces Tune 
après l'autre à la dérive en prenant des précautions pour qu'elles puissent floter 
c'est-à-dire en les perçant en un ou plusieurs endroits aux deux bouts qu'on 
remplirait de chevilles faites de bois léger bien entendu qu'il faudrait connaistre 
s'il se trouve des endroits propres pour rassembler toutes ces pièces en un même 
endroit. 

Je fais partir demain matin Henry Parent et les nommés Marié pour vous 
accompagner dans votre voyage, il n'est pas nécessaire que je vous recommande 
de partir de bonne heure et d'apporter M. de Menthet et vous toute l'attention 
dont vous êtres capables l'un et l'autre pour l'exécution du projet. 

Je suis très sincèrement Monsieur, votre très humble et très obéissant ser- 
viteur. 

HOCQUART 



BULLETIN 



DSI 



RECHERCHES HISTORIQUES 



TOL. nni BEADCEyiLIJE-=OCTOBRE lfl7 Ni 10 



François de Galliffet, gouvernear des Trois-Rivières 



La famille de Galliffet est très ancienne. Sa filiation 
authentiqiiement prouvée part du quatorzième siècle. 

Pierre de Galliffet, écuyer, seigneur d'Honon ou de 
Gallift'et et de Caffin, marié à Marguerite de Bonfils, eut 
huit enfants : 

I. — Alexandre de Galliffet, né vers 1649, capitaine au 
régiment de Picardie et lieutenant des vaisseaux du Roi. 

11 mourut avant le 4 mai 1719, laissant un fils, Louis-Fran- 
çois de Galliffet, qui fut appelé le marquis de Galliffet. 

2. — Joseph de Galliffet. Il fut connu sous le nom de 
Galliffet du Dohon. Laffilard lui donne les états de ser- 
vices suivants : "26 janvier 1673, lieutenant réformé au 
régiment de Picardie ; 31 décembre 1674, sous-lieutenant 
au régiment d'Aigremont ; 10 septembre 1676, capitaine 
au régiment de Picardie ; 1680, réformé ; 1682, campagnes 
d'Alger ; 24 septembre 1683, capitaine à la Martinique ; 

12 janvier 1689, levé d'interdiction ; 8 juin 1693, commis- 
sion ; 30 septembre 1694, repassé en France ; ler janvier 
1695, lieutenant de roi à Sainte-Croix ; 15 février 1698, 
gouverneur de Sainte-Croix ; 21 mars 1703, gouverneur 
de la Guadeloupe ; 23 décembre 1703, interdit." M. de 
Galliffet avait été interdit par M. Auger, gouverneur de 



... 290 — 

Saint-Dominique. Il passa en France la même année pour 
se justifier. Il mourut à Paris le 26 mai 1706, parfaitement 
justifié et au moment où il allait reprendre le gouverne- 
ment de Sainte-Croix. C'est M. de la Charité qui le remplaça 
au gouvernement de Sainte-Croix. M. de Galliffet ne 
s'était pas marié. 

3. — François de Gallififet. C'est notre gouverneur des 
Trois-Rivières. 

4. — Philippe de Galliffet. Il fut fait enseigne de vais- 
seau le ler janvier 1693, puis lieutenant de vaisseau le 16 
mars 1698. En 1698-99, il accompagna M. d'Iberville à la 
Floride et au golfe du Mexique. M. de Galliffet reçut en- 
suite le commandement de la Seine et vint plusieurs fois 
à Québec avec ce vaisseau. Le 14 mai 1720, M. de Galliffet 
était fait lieutenant des maréchaux de France, avec rési- 
dence à LarocheUe. Il décéda le 26 mars 17 ;o. 

5. — Blanche de Galliffet, mariée à Gaspard de Badier, 
seigneur de Roquebrune, 

6. — Lucrèce de Galliffet. 

7.— Marie de GalHffet. 

8. — Isabeau de Galliffet, religieuse ursuline à Vauréas. 

Le célèbre Père Jésuite Duplessis écrivait, en 1749, à 
ses soeurs, religieuses à l'Hôtel-Dieu de Québec : 

"...J'ai rencontré en revenant par Lyon un Jésuite 
dans le degré de sainteté et d'amour de Dieu du P. Carheil 
et de nos anciens fondateurs de la mission du Canada. 
Pendant huit jours que j'ai demeuré dans cette grande ville 
pour y prêcher, je passais avec lui presque tout le temps 
que je n'étais pas en chaire. Je m'imaginais être en Canada. 
C'était le père Galifet, frère de M. de Galifet que nous 
avons vu à Québec. Ce saint vieillard est mort deux mois 
après, il m'avait bien promis de prier pour moi " (i). 

Le Père de Galliffet était-il bien le frère de notre M. 
de Galliffet ? Nous serions plutôt porté à croire qu'il était 
son cousin. 



( 1 ) J.-Edmond Roy, Lettres du P. F.-X. Duplessis, Je la Compagnie 
de JésuSt p. 271. 



— 291 — 

M. D'Hozier, dans son Armoriai de France, ne donne 
pas le Père de Galliftet parmi les fils de Pierre de Gallifïet 
et de Marguerite de Bonfils. Et, pourtant, D'Hozier tenait 
ses renseignements de la famille de Gallifïet elle-même. 

Le 1er mars 1688, le roi Louis XIV signait un ordre 
pour donner le commandement d'une compagnie en Canada 
à François de Galliffet de Caffin (2). 

M. de Galliftet s'embarqua dès le printemps de 1688, 
pour passer dans la Nouvelle-France. 

En 1689, M. de Gallifïet commandait la garnison des 
Trois-Rivières. Le 4 juin 1689, M. de Varennes, gouver- 
neur des Trois-Rivières, décédait. M. de Gallifïet le rem- 
plaça comme commandant de la place en attendant la nomi- 
nation de son successeur (3). 

Lors du massacre de Lachine en août 1689, M. de Gal- 
liffet commandait le camp volant de Verdun, remplaçant M. 
de Subercase en congé à Montréal. Le 2 août, à quatre 
heures du matin, un coup de canon donna l'alerte au camp 
de Verdun. M. de Galliffet prit toutes les dispositions vou- 
lues en attendant le retour de M. de Subercase. Lorsque 
ce dernier arriva, le détachement de Verdun se mit tout de 
suite à la poursuite des ennemis (4). 

Nous lisons dans la "Relation de ce qui s'est passé de 
plus remarquable en Canada, depuis le départ des vaisseaux, 
au mois de novembre 1689, jusqu'au mois de novembre 
1690" : 

" Le 22 septembre 1690, comme un valet du sieur Cre- 
vier, seigneur de Saint-François, dans le lac Saint-Pierre, 
allait au travail, il découvrit quelques ennemis et vint tout 
en courant le dire au fort. 

" M. le chevalier de la Motte, capitaine reformé, qui 
avait son détachement près de là, y arriva sur les deux 
heures après-midi. Il voulut d'abord aller aux ennemis et 

(2) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur 
les archives canadiennes, 1899, p. 271. 

(3) Benjamin Suite, Bulletin des Recherches Historiques, vol. II, p. 
69. 

(4) Collection de manuscrits, vol. I, p. 568. 



... 292 — 

partit en effet peu de temps après, avec le sieur de Murât, 
lieutenant du sieur de Galliffet, qui commandait au fort. 
Ils avaient avec eux trente-quatre hommes. Ils découvri- 
rent les ennemis dans leurs cabanes qui ne s'attendaient 
pas à leur venue. 

" La première charge fut vigoureuse et les mit en dé- 
route, mais comme les fuyards s'allèrent joindre à deux 
autres cabanes que l'on n'avait point attaqués, revenant 
tous ensemble en grand nombre, ils trouvèrent nos gens 
épars et il ne leur fut pas difficile de les faire plier à leur 
tour. 

" Il ne s'en sauva que la moitié ; le sieur de la Motte 
y a été tué et on ne sait de quoi est devenu le sieur de Mu- 

■•at"(5). 

En 1691, M. de Galliffet commandait encore aux Trois- 
Rivières. 

En 1692, M. Provost, major de Québec, depuis 1669, 
était promu lieutenant de roi et M. de Galliffet, le 6 février, 
était appelé à le remplacer à la majorité de la même vil- 
le (6). 

Le 8 mai 1694, le roi écrivait à M. de Galliffet qu'il avait 
eu avis de sa mauvaise conduite, de son manque de retenue, 
de sa légèreté, de ses mauvaises pratiques pour servir ses 
intérêts et mettre la division entre ses supérieurs, de l'abus 
de son emploi jusqu'à l'indécence. Le roi terminait sa lettre 
en avertissant M. de Galliffet qu'il serait révoqué s'il ne 
s'amendait (7). 

Le 4 novembre 1694, M. de Frontenac écrivait au mi- 
nistre : 



(5) Collection de manuscrits, vol. I, p. 514. 

(6) MM. Provost et de Galliffet eurent un différend au sujet des ap- 
pointements de la majorité de Québec pour l'année 1 692. Aux Archives du 
Canada, à Ottawa, on a lo Lettre de M. Champigny au sujet des appointe- 
ments de MM. Prévost et de Galliffet, du 8 octobre 1 692 ; 2o Réponse de 
M. Provost aux raisons de M. de Galliffet touchant les appointements de la 
majorité de Québec pendant l'année 1 692 ; 3o Réplique du sieur Galliffet sur 
le même sujet (Correspondance générale, vol. 12). 

(7) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur 
les archives canadiennes, 1899, p. 295. 



— 293 — 

" Depuis le départ de la Charente et les lettres que je 
me suis donné l'honneur de vous écrire, par ce vaisseau, 
l'incommodité qu'avait le sieur de Galliffet, major de Qué- 
bec, s'est tellement augmentée, que les chirurgiens d'ici ont 
cru qu'il était absolument nécessaire qu'il passât en France 
pour en pouvoir guérir, de sorte que je n'ai pu lui refuser la 
permission qu'il m'a demandée. 

'* Ce malheur lui sera peut-être avantageux puisqu'il 
lui donnera plus de moyens de se justifier de tout ce qu'on a 
imputé contre lui, et d'effacer les impressions qu'on vous 
en avait données " (8). 

Pendant son voyage en France, M. de Galliffet avait 
vu le ministre et avait promis de s'amender puisque, le 20 
mai 1695, 1^ roi lui donnait un ordre pour commander les 
troupes en l'absence du sieur Provost ou du sieur de Vau- 
dreuil (9). 

Un mois plus tard, le 14 juin 1695, le roi informait MM. 
de Vaudreuil et de Champigny qu'il avait donné aux sieurs 
de Gallift"et et de Langloiserie les ordres pour commander 
à Québec et à Montréal en l'absence des gouverneurs, lieu- 
tenants de roi et du sieur de Vaudreuil (10). 

Le voyage en France de M. de Galliffet lui avait permis 
de rentrer en grâce complètement auprès du roi et du mi- 
nistre. 

Le 10 octobre 1698, M. de Frontenac écrivait au minis- 
tre : 

" Nous joindrons, M. l'intendant et moi, à notre lettre 
commune un mémoire que vous présente le sieur de Gal- 
liffet, major de Québec, pour l'établissement d'un poste à 
l'île Percée, qui nous paraît à l'un et à l'autre d'une très 
grande utilité pour la sûreté d'une pêche sédentaire, comme 
aussi pour rendre la navigation de notre rivière plus facile, 
et la mettre à couvert des insultes des pirates qui sont ve- 

(8) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 13. 

(9) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur 
les archives canadiennes, 1899, p. 301. 

(10) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur 
les archives canadiermes, 1899, p. 292. 



— 294 — 

nus dans cette dernière guerre jusqu'à vingt lieues de Qué- 
bec " (il). 

Le 15 octobre 1698, dans leur lettre commune au mi- 
nistre, MM. de Frontenac et Champigny écrivaient : 

" Nous joignons à cette dépêche un mémoire qui vous 
est présenté par le sieur de Galifet, major de cette ville, 
par lequel il vous expose l'utilité qu'il y aurait d'établir un 
poste à l'île Percée pour assurer les pêches sédentaires qui 
s'y font et mettre à couvert l'entrée de notre golfe et de 
notre rivière des moindres pirates qui sont venus dans ces 
dernières années jusqu'à 20 lieues de Québec faire des in- 
cursions et nous prendre des bâtiments. Si S. M. goûte 
cette proposition, nous la suplions de lui en accorder le 
gouvernement, et nous croyons qu'elle ne le pourrait confier 
en de meilleures mains, parce qu'il a de l'esprit, de l'intelli- 
gence et beaucoup d'affection pour le service " (12). 

Le ministre ne goûta pas la demande et la projet de 
M. de Galliffet et dût blâmer MM. de Callières et Cham- 
pigny d'avoir appuyé sa proposition puisque ceux-ci, le 20 
octobre 1699, lui écrivaient : 

"Ça été sur le fondement des raisons contenues dans 
le mémoire du sieur de Galifîet, envoyé l'année dernière à 
Sa Majesté que M. de Frontenac et le sieur de Champigny 
lui ont proposé d'établir un gouverneur à l'île Percée, et 
puisqu'elle ne les a pas goûtées, nous demeurerons sur ce 
point dans le silence" (13). 

Le 17 mai 1699, le roi accordait un congé de neuf mois 
à M. de Galliffet, major de Québec (14). 

Quelques jours plus tard, le 28 mai 1699, M. de Gal- 
liffet était promu lieutenant de roi à Montréal, à la place 
de M. de Crisafy, appelé lui-même au gouvernement des 
Trois-Rivières (15). 

(11) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 1 6. 

(12) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 16. 

(13) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 17. 

(14) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Br^mner sur 
les archives caTiadiertnes, 1 899, p. 326. 

(15) Idem. p. 328. 



— 295 — 

A rautomne de 1699, ^I- de Galliffet, se prévalant du 
congé obtenu le 17 mai précédent, passait en France. 

Le 20 octobre 1699, M. de Callières écrivait au minis- 
tre : 

" Le sieur de Galiffet, lieutenant de roy de Montréal, 
nous avait demandé Tannée dernière un congé pour passer 
en France. Les sieurs LeVasseur et de Bellecour luy ont 
mandé que vous aviez eu la bonté de le faire expédier et 
quoiqu'il ne soit pas venu icy, j'ai cru, sur les lettres qu'il 
m'a montrées et la disposition où il se trouve depuis long- 
temps, devoir l'y laisser aller pour prendre les eaux afin 
de rétablir sa santé et ainsi que le sieur de St-Michel qui 
est paralytique presque par tout le corps " (16). 

Le même jour, dans leur lettre commune, MM. de Cal- 
lières et Champigny écrivaient au ministre : 

" Nous nous croyons obligés de dire à Sa Majesté que 
le sieur de Galiffet, lieutenant de Roi de Montréal, passe 
en France qui sera chargé du diplicata de cette dépêche ; 
c'est un bon sujet, fort appliqué, sage, entendu et capable 
de remplir les emplois que Sa Majesté lui voudrait con- 
fier " (17). 

A la mort de M. Robineau de Villebon, gouverneur de 
î'Acadie, en 1700, M. de Galliffet essaya de se faire donner 
ce gouvernement. Le 31 mai 1701, le ministre lui écrivait 
qu'il l'avait proposé au roi pour le gouvernement de I'Aca- 
die. Le roi, malheureusement, en avait disposé en faveur 
de M. de Brouillan (18). 

Le 6 mai 1702, un ordre du roi réglait que pour pré- 
venir des difficultés avec M. de Galliffet, à l'avenir, en l'ab- 
sence de M. de Yaudreuil, gouverneur de Montréal, M. de 
Ramezay commanderait dans ce gouvernement. En l'ab- 
sence de M]\I. de Callières et de Vaudreuil, M. de Ramezay 



( 1 6) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 1 7. 

(17) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 17. 

(18) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur 
les archives canadiennes, 1899, p. 341. 



— 296 — 

devait avoir le commandement de toute la Nouvelle-Fran- 
ce (19). . , . . -^ 
Le 16 novembre 1703, M. de Beauharnois écrivait au 
ministre : 

" M. de Galiffet m'a prié, Mgr, de vous demander pour 
lui un congé d'un an pour aller en France régler ses affai- 
res " (20). 

Le 21 juin 1704, le ministre écrivait à M. de Galliffet 
qu'il n'avait pu rien faire pour lui' cette année, mais qu'il 
ne l'oublierait pas. Comme fiche de consolation, il lui ac- 
cordait le congé qu'il avait demandé (21). 

Le 15 juin 1705, M. de Galliffet obtenait la croix de 
Saint-Louis. 

Le ministre, en lui apprenant la bonne nouvelle le 14 
juin 1705, l'informait qu'il n'était pas vrai que M. de Brouil- 
lan avait résigné le commandement de l'Acadie (22). 

Le 9 juin 1706, le ministre écrivait une lettre très sé- 
vère à M. de Vaudreuil au sujet de M. de Galliffet. Le roi, 
disait-il, a trouvé mauvais que M. de Galliffet se soit ab- 
senté de Montréal en l'absence de M. de Ramezay, lors de 
l'émeute. Il a été bien près de l'interdire. Le ministre lui 
accordait, toutefois, permission de passer en France à cause 
de la mort de son frère, le gouverneur de Sainte-Croix (23). 
En novembre 1706, MM. de Vaudreuil et Raudot infor- 
maient le ministre que M. de Galliffet, lieutenant de roi à 
Montréal, passait en France. Ils en profitaient pour faire 
son éloge. Ils terminaient leur lettre en disant au ministre 
que M. de Galliffet était un honnête homme (24). 

(19) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Br^mner sur 
les archives canadiennes, 1899, pp. 348, 356. 

(20) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 21. 

(2 1 ) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Br^mner sur 
les archives canadiennes, 1899, p. 365. 

(22) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Br^mner sur 
les archives canadiennes, 1 899, p. 369. 

(23) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Br^mner sur 
les archives canadiennes, 1899, p. 376. 

(24) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 24. 



- 297 — 

M. de Galliffet essaya, pendant son séjour en France, 
d'obtenir de nouvelles faveurs. Il suggéra au ministre 
d'établir au Canada une capitainerie générale garde-côtes. 
Il lui proposa en même temps de créer un inspecteur des 
troupes. Il aurait accepté avec plaisir de remplir l'une ou 
l'autre des deux charges, peut-être les deux à la fois. Le 
15 juin 1707, le ministre lui répondait que sa proposition 
d'établir une capitainerie générale garde-côtes ne convenait 
pas. Quant à l'inspecteur des troupes, il n'était pas néces- 
saire (25). 

Quelques jours plus tard, M. de Galliffet recevait une 
autre rebuffade du ministre. En 1706. les officiers d'état- 
major de la Nouvelle-France, MM. de Ramezay, de Crisafy, 
de Galliffet, de Langloiserie et de Louvigny, par une lettre 
commune, avaient fait des représentations au ministre sur 
la modicité de leurs appointements. Le roi, paraît-il, fut 
très vexé de ce procédé. Le 30 juin 1707, le ministre écri- 
vait à M. de Ramezay et lui faisait de grands reproches de 
même qu'à ses confrères d'avoir employé ce procédé incon- 
venant (26). 

Le 13 juin 17*08, M. de Galliff'et, qui était en France de- 
puis l'automne de 1706, obtenait une prolongation de congé 
d'une autre année pour lui permettre de régler les affaires 
de la succession de son frère {2.^^. 

. Le marquis de Crisafy, gouverneur des Trois-Rivières, 
étant mort le 6 mai 1709, MM. Raudot, père et fils, inten- 
dans de la Nouvelle-France, amis de M. de Galliffet, s'em- 
pressèrent de le recommander au ministre pour le rempla- 
cer. Le 28 octobre 1709, ils faisaient valoir auprès du mi- 
nistre les raisons qui militaient en faveur de leur candidat 



(25) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur 
les archhes canadiennes, \ 899, p. 384. 

(26) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Brymner sur 
les archives canadiennes, 1899, p. 387. 

(27) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Br'^mner sur 
les archives canadiennes, 1889, p. 410. 



— 298 — 

qui, d'après eux, devait être préféré à M. de Langloiserie 
qui demandait aussi cette charge (28). 

Le 5 mai 1710, M. de Galliffet était nommé par le roi 
gouverneur des Trois-Rivières. Il administrait ce gou- 
vernement par intérim depuis la mort de M. de Crisafy 
en mai 1709. 

Le 4 novembre 1712, M. de Galliffet achetait de Louis 
Aubert du Forillon et de son épouse Barbe LeNeuf le fief 
Sainte-Marguerite et la terre vulgairement appelée le 
''marquisat du Sablé" (29). 

Le fief Sainte-Marguerite consistait en trois quarts 
de lieue de front "derrière les concessions qui sont le long 
du fleuve Saint-Laurent au-dessus des Trois-Rivières joi- 
gnant d'un côté au sud-ouest les terres appartenant au 
sieur de Vieux-pont, et du côté du nordest au fleuve Des 
Trois-Rivières". Ce fief avait été concédé le ler février 
1679 à M. de Boyvinet, lieutenant général des Trois-Riviè- 
res, par MM. de Frontenac et Duchesneau. Après la mort 
tragique de M. de Boyvinet en 1686, le fief Sainte-Margue- 
rite était retourné au domaine de Sa Majesté. Le 27 juillet 
1691, MM. de Frontenac et Bochart Chaxnpigny l'avaient 
de nouveau concédé à M. Jacques Dubois, marchand, des 
Trois-Rivières (30). Celui-ci ne put le garder longtemps, 
et, le 9 juin 1700, il était vendu par autorité de justice, pour 
la somme de trois cents livres, à M. Charles Aubert de la 
Chesnaye. De ce dernier, le fief Sainte-Marguerite passa 
un peu plus tard à son fils Louis Aubert du Forillon. 

Quant au "marquisat du Sablé", il consistait en dix ar- 
pents de terre située 'ie long du coteau appartenant aux 
RR. PP. Jésuites aux Trois-Rivières". M. Aubert du Fo- 
rillon en avait hérité de son père Charles Aubert de la 
Chesnaye qui lui en avait fait l'acquisition, le 13 novembre 

(28) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 30. 

(29) Acte devant la Cetière, notaire à Québec. 

(30) Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale, p. 402. 



— 299 — 

i686, de Michel LeNeuf de la Vallière et de Beaubassiri 
(31). Celui-ci tenait le "marquisat du Sablé" de ses père 
et mère, Jacques LeNeuf de la Poterie et Marguerite Le- 
Gardeur. 

M. de Galliffet paya son acquisition quatre cents livres. 

En 1713, M. de Galliffet avait demandé un congé au 
ministre pour passer en France. Le 19 mars 1714, le Roi 
faisait savoir à MM. de Vaudreuil et Bégon qu'ayant ac- 
cordé un congé à M. de Vaudreuil il ne pouvait en donner 
un en même temps à M. de Galliffet. 

En 1714, M. de Galliffet renouvela sa demande. M. de 
Vaudreuil étant encore en France, il ne put l'obtenir (32). 

Le 13 juillet 1715, le roi donnait un ordre à M. de Gal- 
liffet, gouverneur des Trois-Rivières, au sujet du comman- 
dement du pays. Au défaut de M. de Vaudreuil, gouver- 
neur-général de la Nouvelle-France, de M. de Ramezay, 
gouverneur de Montréal, et du marquis d'Aloigny (33), 
commandant des troupes, M. de Galliffet devait avoir le 
commandement du pays (34). 

La conduite de M. de Galliffet laissait beaucoup à dé- 
sirer. En 1715, Mgr de Saint-Vallier, évêque de Québec, 
se plaignait amèrement au Conseil de Marine du mauvais 
exemple donné par le gouverneur des Trois-Rivières. 

Le 2 novembre 1716, M. de Vaudreuil tentait d'excuser 
M. de Galliffet auprès du ministre : 

" Le sieur Hertel de Cournoyer, à qui j'ai parlé des 
plaintes faites contre M. de Galliffet, m'a assuré qu'il n'a- 
vait aucun sujet de se plaindre de ce dernier et que ces 
plaintes venaient de la part du sieur Hertel, son père, qui 

(31) Acte devant Gilles Rageot, notciire à Québec. 

(32) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Br^mner sur 
les archives canadiennes, 1899, pp. 114, 463. 

(33) On ignorait encore en France que le marquis d'Aloigny de la 
Croix était mort depuis plus de huit mois. 

(34) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Br^mner sur 
les archives canadiennes pour 1899, p. 115. 



... 300 — 

avait été induit à le faire par la sollicitation de M. l'évê- 

que" (35). 

En cette même année 1716, M. de Galliffet obtint enfin 
le congé qu'il demandait depuis trois ans. Il s'embarqua à 
Québec en novembre 1716 (36). 

A la mort du marquis d'Aloigny de la Groix, péri dans 
le naufrage du Saint-Jérôme sur l'île de Sable dans l'au- 
tomne de 1714, le roi décida de supprimer son emploi de 
commandant des troupes entretenues en la Nouvelle-Fran- 
ce. 

Le gouverneur de Vaudreuil, qui avait six fils à placer, 
essaya en 1716 et 1717 de faire rétablir l'emploi de com- 
mandant des troupes. La place, d'après lui, aurait admira- 
blement convenu à son fils aîné. 

M. de Galliffet, qui était sur les lieux, fit aussi jouer ses 
influences pour être nommé commandant des troupes. Il 
aurait gardé son gouvernement des Trois-Rivières et aurait 
agi comme commandant des troupes sans appointements, 
mais on lui aurait donné une compagnie pour soutenir la 
dépense qu'il aurait été obligé de faire dans ses courses 
d'inspection, etc., etc. 

Cette proposition pas plus que celle de M. de Vaudreuil 
ne fut acceptée. 

M. de Galliffet devait revenir prendre son poste en 
1717. Les années 1717 et 1718 s'écoulèrent sans qu'il son- 
gea à repasser dans la Nouvelle-France. 

Le 23 juillet 1719, le Conseil de Marine faisait savoir 
à M. de Galliffet qu'il était fâché de l'incommodité qui le 
retenait en France, mais que comme il y était depuis deux 
ans, il ne serait payé de ses appointements que lorsqu'il 
serait rendu dans son gouvernement des Trois-Rivières. 

M. de Galliffet, malade et ne se souciant pas de repas- 
ser dans la Nouvelle-France à cause des désagréments que 
lui avait attirés sa conduite déréglée, obtint, le 14 mai 1720, 

(35) Archives du Canada, Correspondance générale, vol. 36. 

(36) Laffilard dit qu'il repassa en France le 15 juin 1717, mais il 
est certain qu'il s'embarqua à Québec en novembre 1716. 



.^ 301 v-^ 

son congé absolu, avec pension de 1500 livres (37). 

M. de Gallifïet mourut à Avignon en 1746, à l'âge de 
quatre-vingt ans. 

On a écrit qu'à son retour en France, M. de Gallifïet 
fut envoyé commander à l'île de la Tortue et autres colonies 
des Antilles y compris Saint-Domingue. On a dit aussi 
que M. de Galliffet fut gouverneur de l'île Sainte-Croix, 
après son frère, Joseph de Galliffet. On a fait erreur (38). 
Après avoir obtenu son congé, en 1720, M. de Galliffet se 
retira à Avignon et n'occupa plus aucun poste. 

La plupart de nos auteurs donnent le titre de marquis 
à M. de Galliffet. C'est encore une erreur. Le premier de 
Galliffet qui prit le titre de marquis fut Louis-François de 
Galliffet, fils de Alexandre de Galliffet, frère aîné de notre 
gouverneur des Trois-Rivières (39). 

François de Gallift'et avait épousé, à Québec, le 14 jan- 
vier 1697, Marie-Catherine Aubert de la Chesnaye, fille de 
Charles Aubert de la Chesnaye et de Marie-Angélique 
Denys de la Ronde. 

Elle fut enlevée à l'affection de son mari dans l'épidé- 
mie de petite vérole qui régna dans toute la Nouvelle-Fran- 
ce dans l'hiver et le printemps de 1703. Décédée à Mont- 
réal le ler avril 1703, elle fut inhumée le lendemain. 

Du mariage de François de Galliffet et de Marie-Ca- 
therine Aubert de la Chesnaye étaient nés quatre enfants : 

I. — Louise-Angélique de Galliffet née à Québec le 3 
janvier 1698. Décédée à Beauport le 22 janvier 1698, et 
inhumée dans l'église paroissiale. 

2. — Charles-François de Galliffet né à Québec le 12 no- 
vembre 1698. Il suivit son père en France. Il entra dans 

(37) Edouard Richard, Supplément du rapport du Dr Br^mneT sur 
les archives canadiennes, 1 899, pp. 522, 529. 

(38) Nous avouons candidement avoir fait la même erreur dans La 
famille Aubert de Caspé. 

(39) Le général de Galliffet qui a été ministre de la guerre en Francs 
de 1898 à 1900, était le descendant du marquis Louis-François de Galliffet. 
En avril 1867, le général de Galliffet, alors colonel dans l'armée envoyée au 
Mexique, visitait Québec. 



-^- 302 -- 

les Gardes Françaises et parvint au grade de capitaine. 
Dans un acte du 27 octobre 1752, il est désigné comme suit: 
"Charles François de Galliffet, chevalier, seigneur de Mont- 
Cassin et autres lieux, chevalier de l'Ordre Royal et Mili- 
taire de Saint-Louis, demeurant à Paris, rue du Bac, fau- 
bourg Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice " (40). M. 
d'Hozier fait mourir M. de Galliffet le 12 décembre 1748, 
mais il fait erreur puisque nous le voyons bien vivant à 
l'automne de 1752 et s'occupant de ses propriétés du Ca- 
nada. 

3. — Marguerite de Galliffet née à Québec le 18 juin 

1700. Décédée au même endroit le ler octobre 1700, et in- 
humée dans l'église paroissiale. 

4. — Marie-Catherine de Galliffet, née à le .. 

1701. Décédée en France (41). 

P.-G. R. 

(La fin dans la prochaine livraison) 



(40) Acte de Jean-Claude Panet. 

(41) Mgr Tanguay (Dictionnaire généalogique, vol. I, p. 50), 
donne un cinquième enfant à François de Galliffet et Marie-Catherine Anbert 
de la Chesnaye. Marie-Josette, qu'il fait naître à Québec, le 25 avril 1 702. 
Il fait erreur. L'acte de baptême dit: "Marie- Josette de Galliffet, fille natu- 
relle de Ecuyer Philippe de Galliffet et de Louise .... sa mère." 



LESSELINE 



Mgr Tanguay dans son Dictionnaire dit que Jean de Liesseline 
(c'est Lesseline qu'il faut lire), sieur de Putot, enseigne de M. de la Chas- 
saigne, a été commandant au fort de Lachine en 1 689. 

M. de Lesseline était originaire de Normandie et pour être plus précis : 
de la paroisse de Cresserons, iù il demeurait en 1 666. Il était né en 
1625. 

REGIS ROY 



— 303 — 

Dn médecin irlandais à Montréal avant la Cession 



J'ai pensé intéresser les lecteurs du Bulletin en les entretenant, à l'aide 
de documents pour la plupart inédits, de Timothée Sullivan ou Sylvain, mé- 
decin du roi à Montréal de 1 724 à 1 749. C'est un personnage de second 
plan sans doute, mais qui m'a paru fournir l'objet d'un chapitre au moins amu- 
sant de notre petite histoire. Il n'est guère connu jusqu'ici que pour avoir 
été mêlé d'intime façon à la vie d'une de nos plus pures gloires religieuses, la 
vénérable Mme d'Youville dont il épousa la mère. A ce point de \'ue seul, 
il mériterait d'être mieux étudié, car rien de ce qui touche d'un peu près à 
l'admirable fondatrice des Soeurs Grises ne doit nous être indifférent. Mais 
il se trouve en même temps que, par ses multiples aventures et par ses querelles 
homériques, il est un des plus singuliers, sinon im des plus énigmatiques per- 
sonnages qui ont vécu en notre pays durant le dernier demi-siècle du régime 
français. 

Timothée Sylvain était "irlandais de nation" ainsi qu'on prend toujours 
soin de le noter dans les documents officiels de son temps qui le concernent. 
Il s'appelait de son vrai nom Sullivan. 

Comment vint-il à s'appeler Sylvain ? Cela s'explique aisément par la 
façon dont les Canadiens contemporains devaient prononcer son nom de pro- 
venance étrangère. Peu habitués aux désinences saxonnes, ils transformzuent 
Sullivan en Sullivain. Sullivain est devenu par rapides étapes Sulivain, Silvain, 
et finalement Sylvain, pour le conformer à l'ortographe étymologique du pré- 
nom français bien connu auquel on le rapporte naturellement. Timothée Sul- 
livan se prêta lui-même bénévolement, sinon tout à fait inconsciemment, à cette 
francisation graduelle de son nom. En I 720, il signe de son nom irlcindais, 
rimothy Sullivan, le premier acte public où nous le trouvons mentionné, celui 
de son mariage. Mais dès 1 724, nous le voyons signer Silvin aux registres 
de la paroisse de Montréal. En 1 738, au bas de certaines procédures judi- 
ciaires, il écrit son nom Silvain. 

Son cas est un de ceux que l'on cite d'ordinaire lorsqu'on veut démontrer 
la puissance d'absorption de la race canadienne qui, de familles d'origine an- 
glaise, a fini par faire des familles toutes françaises. C'est à cause de lui que 
plusieurs veulent que la famille Sylvain qui existe encore et qui est si canadienne- 
française soit originairement de souche irlandaise. C'est une erreur, car nous 



... 304 ™ 

verrons que Timothée Sullivan n'eut pas d'enfants qui lui survécurent. Les 
Sylvain d'aujourd'hui portent simplement comme nom de famille le prénom 
de leur premier ancêtre qui était en la Nouvelle-France un demi-siècle avant 
la venue de Timothée Sullivan. 

D'après l'acte de son mariage, Timothée Sylvain était le fils de Daniel 
Sullivan et d'Elizabeth Macarthy de la paroisse de Saint-Philibert, du diocèse 
de Cork, en Irlande. Il doit être né en 1 696, car le même acte lui donne 24 
ans en 1 720. 

Etait-il gentilhomme ? Dans sa Vie de Madame d'Youville (p. 9), M. 
l'abbé Faillon est très disposé à le croire ; il est même évident qu'il ne demande 
pas mieux. "M. Deschambault et d'autres, écrit-il, le qualifient même de M. 
de Silvain, apparemment parce qu'il était reconnu pour gentilhomme irlandais 
par la cour de France." Pour tous ceux qui savent avec quelle extraordinaire 
facilité nos pères se distribuaient la particule à 3000 lieues de M. d'Hozier, la 
preuve n'est peut-être pas suffisante. 

Mais c'est ce qu'il n'aurait pas fallu dire à M. l'abbé Tanguay qui était 
absolument sûr, quant à lui, de la haute noblesse de Timothée Sylvain et qui 
ne permettait pas que l'on entretînt aucun doute là-dessus. Il faut voir de quel 
air triomphal il brandit au 7e volume de son Dictionnaire Généalogique (p. 
595) ce qu'il appelle "le précieux document établissant la noblesse de l'origine 
de Timothée Sylvain". Voici cette pièce plutôt curieuse que précieuse : 

'* Nous soussignez Milord Fitzjam de Barwich, colonel d'un Régiment 
Irlandais ; Milord Claar, Brigadier des Armées du Roy, colonel d'un régiment 
Irlandais ; M. Rute, Lieutenant Général des Armées du Roy et colonel d'un 
régiment Irlandais ; M. Doulgla, Lieutenant Général des Armées du Roy et 
colonel d'un Régiment Irlandais ; M. Couq, Lieutenant Général des Armées 
du Roy et colonel d'un Régiment Irlandais ; Milord de Castilconell, Lieute- 
nant Général des Armées du Roy et colonel d'un Régiment Irlandais ; Milord 
l'abbé Milfort, Docteur en Sorbonne ; Madame la maréchale de Barwich ; 
Madame la Princesse d'Auvergne de Bouillon ; Madame la Princesse d'Izan- 
guin, tous certifions à tous qu'il appartiendra, que M. Timoté O'Sullivan, fils 
de M. Cornélius Daniel O'Sullivain, Comte de Killarneay en Irlande et Lieu- 
tenant Général des Armées du Roy Jacques II, de glorieuse mémoire, sont des- 
cendus des plus anciennes et des plus illustres maisons d'Irlande, desquels sont 
sortis Son Altesse Monseigneur le duc de Satherland, Monseigneur le Comte 
de Bearhaven, Marquis de Castille et Grand d'Espagne ; Milord de Cahael ; 
Milord duc de Manogre, et plusieurs autres Officiers Généraux, et d'Evêques 
et Prélats ; que nous reconnaissons ledit Sieur O'Sullivain pour notre proche 



— 305 ™ 

parent et allié aux plus Illustres Maisons d'Irlande, d'Angleterre et d'Ecosse ; 
et qu'il a servi de notre connaissance en qualité de Capitaine de Dragons pen- 
dant seize ans en Espagne, dont il s'est acquitté avec honneur. Qu'étant parti 
d'Espagne en mil sept cent seize par Ordre de ses Officiers Généraux pour aller 
recruter en Irlande pour son Régiment, il fut pris par les Pirates qui le menèrent 
à la Nouvelle-Angleterre, d'où il passa en Canada pour se conserver dans la 
Religion Catholique, Apostolique et Romaine, où il a demeuré plusieurs années 
et s'est marié à la fille de M. de Varennes, Gouverneur de la Ville des Trois- 
Rivières, d'ancienne Famille de Noblesse, Veuve de M. de la Gemmeraye, 
Capitaine d'une compagnie du Détachement de la Marine en cette colonie. 

" En foi de quoi nous avons signé le présent certificat, pour lui servir et 
valoir ce que de raison, et rendre témoignage de sa Naissance. 

" Fait à Paris ce 1 2 de janvier l 736. 

" Signés Hugène O'SuUivain — Fitzjam de Barwick — M. de BoclLy 
de Barwick — Claar — Trant de Bouillon — Rute — d'Izanguin de Monaco 
— Duglas Couq — Costilconell — M il fort " 

Voilà, n'est-ce pas, un assez beau parchemin ! Les garants sont nom- 
breux et de haute naissance. L'affirmation est nette et précise^ M. l'abbé Tan- 
guay y a trouvé un accent de vérité qui l'a conquis du premier coup, et il n'a 
évidemment pas senti le besoin d'aller plus au fond. 

Pour nous, même à première vue, avouons-le, ce bloc enfariné ne nous 
dit rien qui vaille. C'est que nous vivons dans un âge moins crédule et que nous 
avons appris à être un peu plus exigeants. En l'étudiant de près, en effet, cette 
fameuse pièce nous paraît avoir plusieurs accrocs où apparaît le fil blanc. 

D'abord, sh l'on consulte l'Etat militaire de la France de Lumeau de la 
Jaisse pour la même époque, l'on verra que Timothée Sylvain a trop géné- 
reusement distribué les hautes charges militaires parmi ses parrains de noblesse. 
Dans ce document daté de 1 736, nous ne comptons pas moins de quatre lieu- 
tenants généraux des armées du roi. Or il y en a deux sur les quatre qui n'ap- 
paraissent pas comme tels à la même date, dans l'Etat militaire de France, 
Milord Castilconnell et M. Douglas. Il y eut un seigneur de ce dernier nom 
qui vint en France, à la suite de Jacques II, mais dès 1718, d'après le Journal 
de Dangeau, il dut s'enfuir du pays, et s'il fut lieutenant général avant cette 
date, il cessa de l'être après, car son nom ne figure pas sur les listes officielles. 

Il en est de même des colonels d'un régiment irlandais. Timothée Sylvain 
nous en sert six d'nu même coup, tandis qu'à la même époque il n'y avait que 
cinq régiments irlandais au service de la France : Bulkeley, Clare, Berwick, 
Rooth et Dillon. Sylvain a justement fait colonels Fitzjames de Bervkrick, le 



— 306 — 

comte de Clare et M. de Rooth, mais nous nous demandons à la tête de quels 
régiments il pouvait placer Douglas, Cooke et Castilconnell. Milord Cooke 
était bien lieutenant général, mais il n'était pas colonel. Quant à Douglas, 
il y eut un colonel de ce nom à partir de 1 738, mais il était du régiment de 
Languedoc, et de pure origine écossaise. 

Il y a aussi quelque chose de déconcertant dans l'épellation on ne peut 
plus fantaisiste des noms de tous ces illustres Irlandais, tant dans les signatures 
que dans le corps du document. Dans une pièce préparée entre gens de langue 
anglaise, l'on pouvait attendre que les noms ne fussent pas aussi éloignés de 
l'épellation courante du temps. Même en France, dans les mémoires des con- 
temporains, l'on écrivait Berwick, Clare, Rooth, Douglas, et non pas Barwick, 
Claar, Rute, Doulgla. 

Quoiqu'il en soit, dans ce fameux document, notre héros ne s'appelle plus 
simplement Sylvain, mais O'SuUivain. Cela fait certainement un meilleur effet 
dans le paysage. Les O'Sullivan viennent d'une des plus nobles familles de 
l'Irlande, et des plus anciennes, et il est possible que tous les Sullivan s'y ratta- 
chent plus ou moins. Mais il ne faut pas toujours conclure d'après les appa- 
rences. Nous avons d'excellentes familles qui portent le nom de Bouillon, de 
Châtillon et de la Trémouile, et cependant nous croyons qu'elles auraient quel- 
que peine à prouver leur filiation avec les illustres maisons de Bouillon, de 
Châtillon et de la Trémouille. Nous avons même eu des "Bourbon qui n'étaient 
certes pas des cousins d'Henri IV. Si Timothée Sylvain était un O'Sullivan, 
s'il avait droit à la fameuse lettre initiale qui tient lieu de particule nobiliaire 
au pays irlandais, pourquoi a-t-il négligé de s'en servir lorsqu'il signait son vrai 
nom à l'irlandaise au bas de son acte de mariage en 1 720 ? Il faut croire 
qu'il n'y pensait pas alors, et que ce n'est que vers 1 736, pour une raison ou 
pour une autre, qu'il éprouva le besoin de se faire une noblesse. Dans ses 
lettres de naturalité obtenues de Versailles en l 724, il n'est aucunement fait 
allusion à sa qualité de gentilhomme ; il y est démocratiquement désigné le 
sieur Sylvain, natif d'Irlande. 

L'on nous apprend aussi cette fois que Timothée est le fils de Cornélius 
Daniel O'Sullivan, comte de Killarney en Irlande et lieutenant général des 
armées du roi Jacques II. Cela s'accorde mal avec le contrat de mariage du 
même personnage qui est daté du 22 avril 1 720 et dont M. l'abbé Paillon 
nous a conservé la partie principale dans ses Recherches médites pour servir à 
Vhistoire de la colonie française. 

" Furent présents Sieur Timothée Silvain, médecin, demeurant à Varennes, 
fils de sieur Daniel Silvain, médecin de la paroisse de Saint-Philibert de la ville 



... 307 — 

de Cork en Irlande, et de Dlle Marie Elizabeth MacCarthy. sa femme, ses 
père et mère, pour lui et en son nom d'une part, 

" Et Marie Gauthier, veuve de feu Christophe Dufrô. Ecuyer, sieur de 
la Gemeraye. ... et à présent épouse dudit Sieur Silvain ..." 

Timothée était donc le fils d'un médecin de Cork. Or. dans un temps 
où il n'était pas permis de déchoir et où les gentilshommes les plus besogneux, 
même pour s'empêcher de mourir de faim, n'eussent pas consenti à faire travail 
de vilain, voire de bourgeois, nous voyons mal un comte de Killarney et un 
lieutenant général des armées de Jacques II se muer en apothicaire. Timothée 
Silvain n'a probablement songé à se faire médecin en Canada que parce qu'il 
se rappelait avoir vu son père pratiquer des saignées et appliquer des cataplas- 
mes. 

Mais c'est assez discuter ces prétendues lettres de noblesse. Elles sont 
fausses à leur face même, cela est clair comme jour. Ainsi il y est dit que, 
à la connaissance des signataires, Timothée Sylvain "a servi en qualité de ca- 
pitaine de dragons pendant seize ans en Espagne, dont il s'est acquitté avec 
honneur, et qu'il est parti d'Espagne en mil sept cent seize". Nous nous de- 
mandons comment, avant d'accueillir ce document, M. l'abbé Tanguay n'a 
pas songé que si Sylvain est né en 1 696, comme il le dit lui-même, il lui aurait 
fallu être capitaine de dragons en 1 700, c'est-à-dire à l'âge tendre de 4 ans, 
pour avoir à son crédit, en 1716, seize ans de service en cette qualité. Admet- 
tons même qu'il y a eu lapsus et qu'on a voulu écrire six ans, au lieu de seize. 
Timothée Sylvain aurait encore commencé d'être capitaine en 171 0, lorsqu'il 
avait 1 4 ans et cela est encore improbable. Vers 1 700, l'on était plus facile- 
ment colonel au berceau, lorsqu'on naissait grand seigneur, que capitaine à 14 
ans lorsqu'on n'était qu'un ordinaire gentilhomme. 

Il se p)eut cependant que Timothée Silvain ait servi dans un régiment de 
dragons en Espagne, car à l'époque en question, il y avait deux et peut-être trois 
régiments irlandais au service de Philippe V, le petit-fils de Louis XIV, et 
c'est d'eux que descendent en grande partie les Espagnols à nom irlandais que 
tant de gens s'étonnent de rencontrer au pays castillan. Il se peut que Silvain, 
comme il est dit dans son certificat de noblesse, ait été pris par des pirates alors 
qu'il retournait d'Espagne en Irlande et que, conduit en Nouvel le- Angleterre, 
il soit venu de là en Canada. 

D'où qu'il soit venu, Sylvain était au Canada au moins depuis 1718. A 
l'appui de sa supplique pour obtenir des lettres de naturalité, en 1 724. il invoque 
ses six années de résidence dans la colonie de la Nouvelle-France. 

Ce n'est cependant qu'en janvier 1 720 qu'il épousa Marie-Renée Gau- 



.-.|308 — 

thier de Varennes, veuve de Christophe Dufrost de la Jemmeraye. 

Marie-Renée Gauthier appartenait à l'une des plus importantes familles 
de la colonie. Née et baptisée aux Trois-Rivières le 21 novembre 1682, elle 
était la fille de René Gauthier de Varennes, gouverneur des Trois-Rivières, 
et de Marie-Ursule Boucher, la petite-fille par conséquent du patriarche Pierre 
Boucher et la soeur de l'illustre découvreur des Montagnes Rocheuses, Pierre 
Gauthier de la Vérendrye. A l'âge d'environ 18 ans, en janvier 1701, elle 
avait épousé Christophe Dufrost de la Jemmerays, un excellent officier origi- 
naire de Bretagne qui mourut capitaine en 1 708, après huit ans de mariage 
seulement. Madame Dufrost de la Jemmerays restait veuve avec six enfants 
en bas âge, trois garçons et trois filles. Des trois garçons, le premier et le 
second, Charles et Joseph, devinrent prêtres, et le troisième, Christophe, mourut 
en I 736 dans les plaines de l'Ouest où il accompagnait son oncle de la Vé- 
rendrye. Des trois filles, l'aînée, Marie-Marguerite, devint la célèbre mère 
d'Youville, la seconde, Marie-Louise, épousa en 1731 Ignace Gamelin, et la 
troisième, Marie-Clémence, épousa en 1 735 Pierre Gamelin, cousin du pré- 
cédent. 

Chargée ainsi de famille, Mme de la Jemmerays était dans une situation 
des plus précaires. Le gouverneur de Vaudreuil et l'intendant Raudot tentè- 
rent d'intéresser le ministre de la Marine en sa faveur. "Le sieur de La Jem- 
merays, capitaine, lui écrivaient-ils le 1 4 novembre 1 708, est mort cet été. 
Il laisse une femme et six enfants à la mendicité. C'est une pitié. Monseigneur, 
que de voir cette famille désolée et hors d'état de pouvoir subsister à l'avenir, 
si vous ne voulez avoir la bonté de l'aider. Comme vous ne donnerez que 
l'année prochaine la compagnie de son mari, si vous vouliez avoir la charité 
de lui en faire toucher les appointements jusqu'à ce temps, cette grâce l'aiderait 
beaucoup. Nous ne vous le demandons pour elle que par la grande connais- 
sance que nous avons de sa misère." (Archives de la Marine, 1 708). 

En I 709, MM. Raudot et écrivaient encore : "La dame 

de La Jemmerays est entièrement dénuée de tout et chargée de six enfants. 
Nous vous supplions de vouloir bien lui accorder la pension du Sieur Berthier 
qui se trouve vacante par sa mort." 

Mais ce n'est qu'en 1714 que le roi accorde enfin à Mme de La Jem- 
merays la maigre pension de 50 écus d'ordinaire donnée aux veuves d'officiers. 

Elle n'était guère plus avantagée vers 1 7 1 8 ou 1719 lorsqu'elle rencontra 
Timothée Sylvain, ce jeune étranger récemment arrivé d'Espagne ou d'ailleurs. 
Quoiqu'elle eut près de 38 ans et qu'il n'en eût que 24, elle consentit à l'épou- 
ser. Les historiens de Mme d'Youville ont longtemps recherché en vain l'acte 



— 309 — 

du second mariage de sa mère. M. l'abbé Tanguay a fini par le découvrir au 
registre de la Pointe-aux-Trembles de Québec. En voici la copie : 

** Extrait des registres de Baptêmes, Mariages et Sépultures de la paroisse 
de Saint-François de Sales dite la Pointe aux Trembles, pour l'année I 720 
et les suivantes. 

*' Mariage de Timothy Sullivan et Marie Gauthier veuve du Sieur de la 
Jemmerays. 

** Veu la dispense de Mgr de St. Vallier, Evêque de Québec, des trois 
publications de banc entre Timothé Silvain, fils de Daniel Sylvain et d'Elizabeth 
Macarté, ses père et mère du diocèse de Gjrk, paroisse Saint Philibert, en 
Irlande, de famille Catholique, âgé de vingt-quatre ans, et de Dme Marie 
Gauthier, veuve du Sieur de la Jemeraye, Capitaine d'une compagnie du déta- 
chement de la Marinne, Nous avons reçu leur mutuel consentement par paroles 
de présent, et leur avons donné la bénédiction nuptiale selon la forme prescritte 
de Notre Mère Ste Eglise en présence de Jacques Riendau, habitant de Bou- 
cherville et de Jean Baptiste Monjan, habitant du Cap St Michel, paroisse de 
Ste Anne de Varennes, qui ont déclerez ne savoir signer. L'espoux et l'espouse 
ayant seul signez avec nous. — Timothy Sullivan — Marie Gauthier Devaren- 
nc — Hazeur, Ptre, Chanoine." 

" Je, soussigné, certifie que le présent acte est en tout conforme à l'origi- 
nal, gardé de record dans les archives de cette paroisse, que de plus, l'acte qui 
précède immédiatement est daté du 24 janvier, et que l'acte immédiatement 
suivant (un mariage) est daté du 5 février 1 720. — Inst. Boucher, pire. Curé." 

L'on remarquera que cet acte de mariage n'est pas daté, mais l'attestation 
du curé Boucher qui y est annexée nous permet d'en fixer sûrement la date entre 
le 24 janvier et le 5 février de l'année 1 720. 

L'abbé Paillon nous dit que ce mariage "qui tendait à diviser entre les 
enfants des deux lits le 'patrimoine dont Mme de La Jemmerays jouirait un 
jour, devait influer sur l'avenir de sa fille (celle qui devait être Mme d'You- 
ville), et lui fit en effet manquer un riche établissement". 

Il y a d'ailleurs des indices 'que ce mariage ne fut pas des mieux vus, et 
ne laissa pas de causer quelque surprise. Ainsi, c'est un fait digne de remarque 
que Mme veuve de La Jemmerays, au lieu de se marier dans sa paroisse de 
Varennes, comme c'était l'habitude, se transporte à soixante lieues p>our con- 
voler avec son jeune époux à l'abri des regards indiscrets. Si l'on fut si long- 
temps à découvrir l'acte de mariage Sylvain- La Jemmerays, c'est que personne 
ne s'était jamais attendu à le trouver dans le registre de la Pointe-aux-Trembles 
de Québec. Pas un membre de la famille de. Varennes ni de la famille Bou- 



— 310--- 

cher n'assista d'ailleurs à la cérémonie. Les deux seuls témoins étaient deux 
habitants de Boucherville et de Varennes, amenés sans doute par le Sieur Silvain 
dont s'annonçait déjà l'esprit d'organisation. Chose plus significative encore, 
le contrat de mariage entre les parties ne fut passé devant le notaire que trois 
mois après le lien contracté, le 22 avril 1 720, à Montréal. Cela peut paraître 
surprenant à plusieurs, attendu que d'après notre droit français, le contrat pré- 
cède nécessairement la célébration du mariage, mais il ne faut pas oublier 
qu'avant 1731, en dépit des arrêts de certains parlements, le contrat passé 
devant notaire après la cérémonie du mariage, même s'il comportait donation, 
était souvent accepté. 

Mais Timothée Sylvain, grâce sans doute à son esprit insinuzmt, ne fut 
pas long à se faire agréer. par la famille qui accepta sagement le fait accompli 
et qui mit à la disp)osition de son nouvel allié tout son crédit. 

Le 8 avril 1 724, Marie-Ursule Boucher, veuve de René Gaultier de 
Varennes, fait donation à son gendre et à sa fille d'une maison sise rue Saint- 
Vincent à Montréal. 

Dès l'année précédente, en 1 723, le sieur Sylvain avait songé à se faire 
une situation et à exercer la médecine. Mais il fallait pour cela un brevet. 
C'est alors que la famille de Varennes se mit en mouvement. L'on obtint 
d'abord des Messieurs du Séminaire et d'un bon nombre d'habitants de Ville- 
Marie une supplique représentant qu'il n'y avait d'autre médecin que le sieur 
Sarrazin résidant à Québec, et qu'il conviendrait d'accorder au Sieur Silvain, 
en même temps que des lettres de naturalisation, un brevet de médecin, sans 
appointements et même sous les ordres du sieur Sarrazin. Le gouverneur de 
Vaudreuil apostilla cette demande et l'appuya de sa plus vive recommandation. 
Cette intervention active du marquis de Vaudreuil était certainement due à l'in- 
fluence de sa femme, Louise-Elisabeth de Joybert, qui n'a jamais cessé d'être 
au service de Marie-Renée Gauthier de Vareimes et'par suite de son mari. 
Mme de Vaudreuil avait tenu à assister au premier mariage de Marie-Renée 
Gauthier avec M. Dufrost de la Jemmerays en janvier 1701. L'on a dit 
qu'elle avait quelques liens de parenté avec la famille de Varennes, mais nous 
n'avons pu les découvrir. Quoiqu'il en soit, en 1 724, Mme de Vaudreuil était 
revenue depuis deux ans seulement de la cour de France où depuis 1710 elle 
avait rempli avec honneur les fonctions de sous-gouvernante des enfants de 
France, et elle apportait en Canada un puissant crédit dont elle usait largement 
en faveur de ses amis. 

Toutes ces démarches furent couronnées de succès, et le 7 mars 1 724, 



— su- 
ie brevet de médecin était accordé à "Timothée Sylvain, Irlandais de nation, 
pour pratiquer dans l'île de Montréal, sous les ordres du sieur Sarrazin médecin 
du roi à Québec". 

(La suite dans la prochaine livraison) 



Vente d'nn nègre par Joseph d^ la Tfcsserie, sieur de la 
Chevrotière, à François Vederic 



Fut présent Joseph de la Tesserie s. de la Chevrotière capne. de navire 
de présent en cette ville venant des Isles Françoises de l'Amérique, lequel a 
vendu cédé abandonné et transporté de ce moment à toujours et promet garantir 
de ses faits seulement à sieur François Vederique aussi capitaine de navire 
demeurant en cette ville à ce présent et acceptant acquérur pour luy ses hoirs 
et ayant causes, le nommé Nicolas neigne de nation aussy à ce présent âgé d'en- 
viron trente ans lequel le d. vendeur a en notre présence remis et livré au d. 
acquéreur qui a déclaré l'avoir dès cy-devant veu et visité, l'a accepté pris et 
reçu pour luy et ses ayant causes à toujours, déclare s'en tenir pour content le 
reçoit dès à ce moment à ses risques périls et fortune sans recours contre le d. 
sieur vendeur en façon quelconque pour restitution de deniers prix de la présente 
vente ou autrement sy ce n'est pour le fait du d. s. vendeur qui est que le d. 
neigre luy appartient pour l'avoir acquis ainsy qu'il le déclare du s. de St-Ignace 
de Vincelotte, pour par le d. s. acquéreur ses d. hoirs et ayant causes jouir 
faire et disposer du d. neigre ainsi que bon lui semblera en toutte propriété a 
perpétuitté en vertu des présentes, cette vente cession transport et abandon ainsy 
fait pour et moyennant le prix et somme de trois cens livres que le d. s. Vedrique 
a présentement baillé payée comptée nombrée et délivrée au d. c. de la Tesserie 
présence des notaires soussignés en moimaye de cartes ayant cours qu'il a prise 
et reçue s'en tient content et acquitte et décharge le d. s. Vederique à l'effet 
de quoi le d. s. vendeur luy cède tous droits de propriété privflège et actions 
noms qu'il peut avoir et prétendre s'en démet, dévêt et dessaisi au profit dud. 
acquéreur et de ses ayans causes, car ainsy etc promettant etc renonçant etc. 
Fait et passé aud. Québec étude de Barolet l'un des not. soussigné qui a la 
minute avant midy le troizième jour de septembre mil sqjt cent trente sept, et 
ont les d. sieurs vendeurs et acquéreurs signé avec nous d. notaire, lecture faitte 
suivant l'ordonnance — De la Tessery — Vedericq — Boisseau — Barolet ( I ) 



(1 ) Acte de Barolet, notaire à Québec, 1 3 septembre 1 737. 



— 312 — 

FAMILLE GUGY 



Il y a quelques années, j'ai eu l'occasion de recueillir des bribes de ren- 
seignements généalogiques sur la famille Gugy qui a joué un certain rôle dans 
notre histoire au 1 Sème et au 1 9ème siècles. Diverses circonstances m'ont em- 
pêché de vérifier l'exactitude d'une bonne partie de ces notes familiales ; je les 
offre, cependant, au Bulletin pour le cas où elles pourraient être utiles à quelque 
chercheur. 

I. — GEORGE GUGI et Anna Schnildhauser, sa femme, de Zuben 
Thurgau, Suisse, eurent pour fils : 

IL— HANS GEORGE GUGI, né le 29 septembre 1 700. qui devint 
capitaine dans l'armée suisse. 

Il épousa Thérèse Reis qui fut mère de : 

III.— CONRAD GUGY, né vers 1 734. Après avoir servi en Hol- 
lande, Conrad s'engagea dans l'armée anglaise, puis passa en Canada où il fut 
employé aux écritures, puis membre des conseils législatif et exécutif. Il mourut 
célibataire, le 1 avril 1 786. 

On trouve sa biographie dans Morgan, Sketches of Celebrated Canadians, 
p. 516, Bellemare, Bases de l'histoire d'Yamachiche, etc. 

BARTHELEMY GUGY, frère du précédent, né le 7 février 1737, 
il épousa, à Paris, Jeanne-Elisabeth Teissier, née vers 1 747. En France, 
Barthélémy fut colonel du régiment des Gardes suisses (Sonnenberg) . Lors 
de la Révolution, il se rendit en Angleterre et, ensuite, au Canada. Mort à 
Yamachiche, le 19 avril 1797. Oh l'inhuma aux Trois-Rivières ainsi que sa 
veuve qui mourut à Montréal, le 6 mai 1828. 

Une plaque placée dans la St. James Church, des Trois-Rivières, rappelle 
ces faits. 

De ce mariage sont issus : 

LOUIS, né en janvier 1 770, continuateur de la lignée. Voir plus loin. 

SUZANNE, née le 1 1 janvier 1771 ; morte en bas âge. 

ADELAÏDE-JEANNE, née en 1776 ; morte à Yamachiche le 30 
août 1818 et inhumée aux Trois-Rivières. 

LOUISE-SUZANNE, née en 1 778 ; morte en bas âge. 

AMELIE, née en 1784. Mariée, lo le 14 décembre 1806 à James 
Johnston ; 2o à John Porteous. Sépulture à Sherbrooke, le 12 mars 1871. 



— 313 — 

IV, — LOUIS GUGY, né en janvier 1 770. Lieutenant dans les Gardes 
suisses, sous les ordres de son père; il suivit ce dernier à Londres où il épousa, 
le 2 avril I 795, dans l'église St. Andrews in the Fields, Julianna O'Connor, 
dont le père avait été chirurgien dans l'armée de Wolfe. 

M. Gugy commanda le 3e bataillon de milice en 1812 ; il fut shérif 
aux Trois-Rivières, puis à Montrécil et on le désigne comme l'un des fondateurs 
de la German Society de Montréal. Mort dans cette ville, le 1 7 juillet 1 840. 
Son corps repose dans le cimetière Mont Royal. Sa veuve décéda le 30 juin 
1842 et fut inhumée dans le cimetière catholique le 4 juillet suivant. Voir 
Morgan, Sketches, etc., p. 516. 

Issus de cette union : 

CONRAD- AUGUSTUS, né aux Trois-Rivières le 6 novembre 1 796. 
Continuateur de la lignée. Voir plus loin. 

THOMAS-JOHN, né le 13 janvier 1 798. Enseigne dans la Glengarry 
Light Infantry en 1814. Plus tard, il embrassa la profession d'avocat. Mort 
à Livoume, Italie, le 2 juillet 1 825, 

ANNE-AMELIA, née le 28 septembre 1 799, aux Trois-Rivières ; 
mariée le 5 janvier 1 825 à Samuel Wentworth Monk, protonotaire de Mont- 
réal, Sépulture à Montréal, le jour de son décès, 1 3 août 1 834. 

MARIA-ELIZABETH, née le 28 avril 1801 aux Trois-Rivières ; 
mariée au même endroit le 7 novembre 1 82 1 à William Stevenson, de Québec. 
Sépulture à Québec le 27 décembre 1878. 

LOUISA, née le 5 février 1803 ; morte jeune. 

LOUISA-BOWEN, née le 7 juin 1804 ; mariée à James Guthrie 
Scott. 

JULIA, née le 24 juillet 1805 ; mariée à Thomas- William Willan. 
avocat, de Québec, le 14 mai 1825. 

WILLIAM, né et inhumé le 1 juillet 1 809. 

CLARA, née le 3 mai 1810 ; décédée à Saint- Jean, Québec, le 21 
juin 1868. 

V.— CONRAD-AUGUSTUS GUGY, né le 6 novembre 1796, 
Enseigne dans les Canadian Fencibles en 1812. Avocat le 7 août 1822. En 
1837, il fut blessé à Saint-Eustache où il commandait la cavalerie. Nommé 
inspecteur et surintendant de la police de Montréal en 1853, il quitta la ville, 
cette même année pour aller demeurer à Québec. Sépulture à Damoc (ana- 
granmie de Conrad), Beauport, le 11 juin 1876. M. Gugy se maria deux 
fois. En premier lieu, il épousa, à Montréal, le 1 3 août 1 828. Louise-Sophie 
Duchesnay. qui mourut le 8 juin 1 842 et fut inhumée dans l'église de Beauport 



... 314 — 

(P.-G. Roy, Famille Juchereau Duchesna})) . Sa seconde femme ne nommait 
Mary McGrath. 

De ces deux unions sont issus : 

BERTHE-LOUISE, née le mai 1 829 ; mariée en septembre 1 849 
à Wiliam-Edward Holmes, avocat ; décédée à Montréal le 7 avril 1855. 

AUGUST A-LOUIS A, mariée à Emilius Irwing, avocat, de Galt. Sé- 
pulture le 19 avril 1893. 

LEILA, mariée à James Geggie, de Québec. 

BLANCHE, mariée à Herman Ryland, de Pictou, Ont. ; inhumée le 
30 décembre 1904. 

CONRAD, née le 13 août 1857 à Beauport ; mort à Hamilton, Ber- 
mudes, le 1er mars 1876. 

E.-Z. MASSICOTTE 



LE GOUEZ 



Charles-Claude Le Gouez, chevalier de Merville, capitaine d'une com- 
pagnie de la marine, était aux Trois-Rivières en 1 687. 

Louis (Louis- Joseph, selon Tanguay), chevalier, seigneur de Gouez, capi- 
taine d'un détachement de troupes, frère de Charles-Claude, se maria le 29 
janvier 1 694 à Québec à Marguerite, fille de Charles Le Gardeur de Tilly. 
Louis, b. en 1 666, fils de Charles et de Borme-Catherine de St-Gilles, évêché 
de Bayeux, fut inhumé le 9 déc. 1 700 dans l'église de Batiscan. Ses enfants 
furent : 

1 o — Hector-Charles-Marie, b, à Montréal le 25 mars 1 696. 

2o — Claude-François-Joseph, b, à Montréal le 25 mars 1 696. 

3o — Catherine-Charlotte, b. 14 nov. 1697 à Champlain ; m. 29 avril 
1720 à Charles LeMoyne (fils du 1er baron de Longueuil) à St-Ours ; s. 
1 2 sept. 1 745 à Montréal. 

Marguerite, b. 29 juillet 1657, épousa 2o le 29 juillet 1708, Pierre 
de St-Ours, à Batiscan, et 3e le 17 sept. 1 727, Charles LeMoyne (premier 
baron de Longueuil), à Longueuil. Morte à Montréal le 26 février 1742. 

Les messieurs Le Gouez étaient quatre frères : François, Charles-Claude, 
Sébastien et Louis. Ces enfants, mineurs en 1 666, demeuraient à Caen, pa- 
roisse de St-Pierre. 

Charles-Claude et Louis durent passer en la Nouvelle-France à la suite 
du marquis de Denonville. 

REGIS ROY 



— 315 — 
REPONSES 



LA CONSTRUCTION DES VAISSEAUX A L'ILE D'OR- 
LEANS (XXIII, IX, p. 274). — Au commencement du dix-neuvième siècle, 
il y avait au bout ouest de l'île d'Orléans un important chantier pour la cons- 
truction des vaisseaux. Par qui et quand ce chantier fut-il exploité ? 

Vers 1 744, l'ingénieur de Léry prop>osait au gouvernement français d'éta- 
blir une cale-sèche dans la rivière Saint-Charles, en arrière de Québec. Dans 
le même mémoire, M. de Léry proposait aussi d'établir une cale-sèche à la 
pointe de l'île d'Orléans. 

Nous n'avons pas vu le mémoire de M. de Léry, et nous ignorons s'il se 
trouve aux Archives d'Ottawa. Il ne semble pas mentionné dans les Rapqx)rts 
des Archives. 

Toutefois, le 6 avril 1 744, le président du Conseil de Marine informait 
M. de Léry que le roi approuvait l'établissement de la cale qui avait été faite 
faite vis-à-vis le chantier de la rivière Saint-Charles. Quant à celle que M. de 
Léry avait proposée à la pointe de l'île d'Orléans, il ne pouvait en être question 
pour l'instant. Le président du Conseil de Marine conseillait à M. de Léry 
d'en causer avec MM. de Beauhamois et Hocquart. 

Les choses en restèrent là, croyons-nous, pendcuit 80 ans tout proche. 

Vers 1823 ou 1824, une compagnie de riches marchands écossais éta- 
blissait à l'anse du Fort, près de la pointe ouest de l'île d'Orléans, précisément 
à l'endroit proposé en l 744 par M. de Léry, un chantier de construction de 
vaisseaux. 

C'est là que furent construits le Columbus et le Baron ReiTfreW. 

Le Columbus jaugeait 3700 tonneaux. C'était le plus grand vaisseau 
qui avait encore été bâti au Canada. Il fut lancé le 28 juillet 1824. La 
Gazette de Québec du 31 juillet 1824 publie im compte-rendu enthousiaste 
de cette lance. 

Le Baron Renfrew, construit au même endroit, fut lancé le 25 juin 1825. 
Il était encore plus long et plus gros que le Columbus. Il mesurait 309 pieds 
de longueur, 60 pieds de largeur et jaugeait 5,888 tonneaux. 

Ces deux vaisseaux eurent une courte existence. Le Columbus se perdit en 
revenant au Canada. Le Baron Renfrew se brisa dans la Tamise, quelques 
mois après son arrivée en Angleterre. 



La perte de ces deux vaisseaux causa un dommage considérable à ses 
propriétaires qui décidèrent de ne plus construire au Canada. Le chantier de 
construction de l'île d'Orléans eut donc une existence bien éphémère. 

P.-G. R. 

LE BARON EDMOND-VICTOR VON KOENIG (XX. IX. p. 
300). — Tous les Koënig du district de Québec descendent du baron Edmond 
Victor Von Koënig qui passa au Canada en 1 776. dans les troupes auxiliaires 
allemandes commandées par le baron de Riedesel. 

Dans le greffe du notaire Germain- Alexandre Verreau, de L'Islet, à la 
date du 28 février 1833. nous trouvons l'acte de notoriété suivant : 

** Aujourd'hui, e vingt-huitième jour du mois de février de l'année mil 
huit cent trente-trois, sur les deux heures de l'après-midi, pardevant Mtre Ger- 
main-Alexandre Verreau. notaire public en la province du Bas-Canada, résidant 
en la paroisse Notre-Dame de Bonsecours de L'Islet, au bas de Québec, du 
côté sud du fleuve St-Laurent. et les témoins ci-après nommés et soussignés sont 
comparus le Révérend messire Jacques Panet, archiprêtre, et ancien curé de 
la paroisse Notre-Dame de Bonsecours de L'Islet, monsieur James Ballantyne, 
négociant, Jean-Bte Couillard Després, Prosper Couillard Després, Ecuyers, 
capitaines de milice, de la paroisse de Notre-Dame de Bonsecours de L'Islet, 
y demeurant tous, lesquels certifient à tous qu'il appartiendra qu'ils connaissent 
parfaitement bien le baron Edmond Victor von Konig depuis son arrivée en ce 
pays, comme lieutenant dans le régiment de Son Altesse le prince Frédéric de 
Brunswick, alors au service de Sa Majesté Britannique en l'Amérique Septen- 
trionale, et qu'à l'éfKKjue de la paix entre Sa Majesté Britannique et les Etats- 
Unis de l'Amérique le baron Edmond- Victor von Konig obtint son congé en 
bonne et due forme du major-général baron de Reisdal (sic), alors comman- 
dant les troup)es de Son Altesse Sérénissime Monseigneur le duc régnant de 
Brunswick, en l'Amérique Septentrionale, et que, depuis cette époque le dit 
baron Edmond-Victor von Konig a constamment résidé et réside encore en la 
paroisse de Notre-Dame de Bonsecours de L'Islet, à dix-sept lieues au bas de 
Québec, ou environ, sur le fleuve Saint-Laurent, jouissant d'une bonne santé 
et de toutes ses facultés intellectuelles, étant à l'instant même réellement com- 
paru en personne avec les dits comparants susnommés, en présence des notaire 
et témoins ; de tout ce que dessus les d, comparants susnommés affirment sin- 
cère et véritable, dont et de quoi ils ont requis acte au dit notaire qui leur a 
octroyé le présent pour servir et valoir ce que de raison, en l'étude de Mtre 
G, -A. Verreau en la dite paroisse de Notre-Dame de Bonsecours de L'Islet, 
les jour et an susdits, présence de Messieurs Jean-Olivier Leclerc et Pierre- 



— 317 — 

Célestin Levasseur, négociants, résidants en ladite paroisse Notre-Dame de 
Bonsecours de L'Islet, témoins qui ont avec les d. comparants et le dit baron 
Edmond von Konig et le dit notaire signé ces présentes, doubles, dont un des 
dits doubles est resté pour minute à l'étude du dit Mtre G.-A. Verreau, lecture 
faite. 

" Jacques Panet, archiprêtre — James Ballantyne — Prosper Couillard 
Després, cpt — Jean-Baptiste Couillard Després — Jean-Olivier Leclaire — 
Pierre-Célestin Levasseur — G.-A. Verreau, N. P." 

Le baron de Riedesel a publié en Allemagne le récit de son séjour de 
sept années au Canada et aux Etats-Unis. Cet ouvrage écrit en allemand a 
été traduit en anglais par M. William-L. Stone et publié à Albany, en 1 868, 
sous le titre Memoirs and letters and joumals of major-general Riedesel during 
his résidence in America. 

A la fin de cet ouvrage nous trouvons la liste des officiers allemands qui 
vinrent en Amérique avec le baron de Riedesel. Le nom de M. Koënig y 
figure comme lieutenant au régiment du prince Frédéric. Le baron de Riedesel 
ajoute que le lieutenant Von Koënig resta au Canada, en 1 783, avec la per- 
mission des autorités militaires. 

Le baron Von Koënig décéda à 1 L'Islet le 19 juillet 1833. 

Dans une procuration en date du 5 août 1835, nous voyons qu'à cette 
date quatre des enfants du baron Von Koënig vivaient : 

lo — Nicolas-Frédérick de Koënig. 

2o — George-Olivier de Koënig. 

3ot— Marie-Julie de Koënig, mariée à François-Jacob Gagnon. 

4o — Marie- Anne de Koënig, mariée à John Simpson. 

Nous avons sous les yeux une lettre signée "Louis-Rudolphe-Christian 
Koënig, capitaine de l'armée de Prusse", datée de Breslau, en Silésie, le 10 
décembre 1 840, et adressée au curé de L'Islet. Le capitaine Koënig donne 
dans cette lettre des détails sur la famille de notre baron. 

Le baron de Koënig appartenait à une famille influente de la Prusse. 
Un de ses frères, Frédéric-Guillaume de Koënig, fut chambellan du roi de 
Prusse. Il mourut en 1815 et laissa, en mourant, une assez forte somme au 
baron. C'est un M. de Beauregard qui se rendit en Allemagne, muni d'une 
procuration du baron, pour retirer cette somme. Un autre frère du baron Von 
Koënig, Louis-Daniel de Koënig, mourut colonel dans l'armée de Prusse le 4 
janvier 1 827. Lui aussi laissa ime certaine somme au baron. Sir John Wistaff, 
consul d'Angleterre à Hambourg, fut chargé des intérêts du baron dans cette 
dernière affaire. 



— 318 — 

Aujourd'hui les Koënig de la province de Québec sont d'excellents Cana- 
diens. Plusieurs se sont enrôlés tdans nos régiments de milice. Deux ou trois 
d'entre eux, nous dit-on, font partie du contingent canadien actuellement sur la 
ligne de feu en France. Qui sait si le sort de la guerre ne leur vaudra pas de 
se battre contre des cousins de là-bas. 

P.-G. R. 



FRESNEL 



Le 25 novembre 1694 fut célébré à Champlain le mariage de Joseph- 
Antoine de Fresnel, sieur de la Pipardière, seigneur de Viette, lieutenant, et 
commandant au fort Rolland, à Lachine, et de Jacqueline, fille de JFrançois 
Chorel, dit Dorvilliers, sieur de St- Romain. Joseph- Antoine né en 1662 (?) 
était fils de César, ecr, sieur de la Pipardière et de Marie de Safîray, de Liva- 
rault, évêché de Lizieux, Normandie. En 1 666, lors de la recherche de la 
noblesse dans la généralité de Caen, César, âgé de 22 ans, demeurait à Falaise. 
N'y a-t-il pas erreur dans la date de naissance fournie par Mgr Tanguay ? Si 
César, père de Joseph-Antoine, avait 22 ans en 1 666, il se serait donc marié 
très jeune pour que ce fils fut né en 1 662 ! L'âge de César est rapporté par 
M. Chamillard, intendant de Normandie, et le frère aîné de César, nommé 
Antoine, avait alors 23 ans. 

Joseph-Antoine se maria deux fois, mais n'eut d'enfants que de sa pre- 
mière fenune : 

lo — Marie-Elisabeth, b. à Champlain le 21 fév. 1697. 

2o — Antoine, b. à Montréal le 1 8 mai I 698 ; s. 3 avril 1 700 à Lachine. 

3o — François, b. à Lachine le 7 déc. 1 699 ; s. 3 fév. 1 700 à Lachine. 

4o — François-Marie-Josette, b. à Champlain le 28 fév. 1701. 

5o — Marie- Josette, b. à Montréal (?) le 3 mai 1702. 

6o — Anne-Charlotte, b. à Montréal le 25 nov. l 703. 

7o — Catherine, b. à Montréal le 28 mars 1 705. 

Il épousa, 2o, le 2 1 fév. 1 7 1 2 à Laprairie, Marie, fille de Jacques de 
Lamarque, veuve de J.-Bte Nolan. Elle devint madame Alphonse de Tonty 
le 3 mai 1 71 7 à Montréal. 

Les Fresnel furent anoblis par la charte des Francs-fiefs de 1470. Leurs 
armes ont été données dans le premier volume de V Armoriai du Canada-Fran- 
çais. 

REGIS ROY 



-=- 319 — 

Ouvrages publiés par M. Philippe=Baby Casgrain (1) 



LeteUier de Saint-Just et son temps. Québec, C. Darveau, imprimeur- 
éditeur. 60 à 84, rue de la Montagne — 1885. 470 pp. 

La vie de Joseph-François Perreault surnommé le père de Céducation du 
peuple canadien. Québec, C. Darveau, imprimeur et photo-graveur, 80, rue 
de la Montagne — 1898. 173 pp. 

Mémorial des familles Casgrain, Bahy et Perrault du Canada. Edition 
intime. Québec, C. Darveau, imprimeur et photo-graveur — 1898. 198 pp. 

La fontaine d'Abraham Martin et le site de son habitation. Ottawa — 
1903. 11 pp. 

La maison d'Arnoux où Montcalm est mort. Lévis, Bulletin des Recher- 
ches Historiques — 1903. 44 pp. 

A ferv remarks on "the Siège of Québec" and the battle of the Plains of 
Abraham b}) A. Dought^, in collaboration rvith C.-W. Parmelee ; and on 
the probable site of the battle of the Plains of Abraham by A. Doughty. Otta- 
wa— 1903. 33 pp. 

La maison de Borgia, premier poste de Wolfe à la bataille des Plaines, 
où était-elle située ? Ottawa — 1904. 18 pp. 

The monument to Wolfe on the Plains of Abraham, and the old statue 
al Wolfe s corner. Ottawa — 1904. 10 pp. 

Le moulin de Dumont. Lévis, Bulletin des Recherches Historiques — 
1905. 11 pp. 

La maison du Chien d'Or à Québec. Québec — 1 905. 1 9 pp. 

The House of the Colden Dog in Québec. Québec — 1905. 56 pp. 

"The Fight for Canada" by Major Wood and "The Fight Hfith France 
for North America" b\) A.-C. Bradley, reviewed. Québec — 1905. 22 pp. 

L'habitation de Samos. Ottawa — 1906. 33 pp. 

Les batailles des Plaines d' Abraham et de Sainte-Foye. Québec, impri- 
merie du Daily Telegraph — 1908. 93 pp. 

La réserve de Monsieur d'Ailleboust dans VeTKlos de Québec. La cha- 
pelle et le tombeau de Champlain. Québec — 1909. 16 pp. 

Notre système judiciaire S Brèves suggestions de réformes urgentes. Qué- 
bec, Compagnie d'imprimerie du Telegraph — 1911. 37 pp. 

Feu M. Casgrain a en outre publié les études suivantes : 



( 1 ) Décédé à Québec le 23 mai 1 91 7. 



--320 — 

La Fontaine de Champlain à Québec dans le Canada-Français de 1888 
(vol. 1er, p. 466). 

Les Plaines d'Abraham, endroit historique à conserver, dans Transactions 
of the Literar^ and Historical Society of Québec, Sessions of 1898 to 1900 
(No 23, pp. 27 et 83). 

Le moulin à vent et la maison de Borgia lors de la bataille des Plaines 
d'Abraham, dans le Bulletin des Recherches Historiques, vol. VI ( 1 900) , 
p. 37. 

La maison de Montcalm sur les Remparts, à Québec, dans le Bulletin des 
Recherches Historiques, vol. VIII (1902). pp. 225, 257. 

Une autre maison Montcalm à Québec, dans le Bulletin des Recherches 
Historiques, vol. VIII (1902), p. 329. 

La maison d'Arnoux où Montcalm est mort, dans le Bulletin des Recher- 
ches Historiques, vol. IX (1903), p. 3. 

The pilot de Vitré, dans le Québec Dail}) Telegraph, 15 janvier 1904. 

Lettre à la Société du Parler Français, dans le Soleil, 25 janvier 1904. 

Le moulin de Dumont, dans le Bulletin des Recherches Historiques, vol. 
XI (1905). p. 65. 

Le Saguenay et le lac Saint- Jean, dans le Soleil, 19 septembre 1905. 

Sir James-M. LeMoine, dans le Soleil, 8 novembre 1905. 

Les "Mémoires" du chevalier Johnstone, dans le Bulletin des Recherches 
Historiques, vol. XI (1905), p. 185. 

Cadet, sa maison et résidence à Québec, dans la Revue Canadienne, tome 
LI (1906). p. 127. 

L'ancien Hospice des Récollets à C^ébec, dans le Soleil, 1 9 octobre 1 907. 

La Fontaine de Champlain, dans le Soleil, 20 juin 1 908. 

Les habitations de Champlain de 1 608 à 1 624, dans le Soleil, l 1 juillet 
1908. 

Les plaques historiques commémoratives à placer à Québec, dans V Action 
Sociale, 30 novembre 1 908. 

Le Kent House à Québec, dans le Bulletin des Recherches Historiques, 
vol. XIX (1913). p. 4. 

P.-G. R. 



- S-xi - 
BULLETIN 



DRS 



RECHERCHES HISTORIQUES 



VOL. XXIII BEAUCEVILLE-NOVEIHBRE 1917 No II 



François de GaUiffet 



(Suite et fin) 

TESTAMENT DE FRANÇOIS DE GALLIFFET, MAJOR 
DE QUEBEC (42) 

Pardevant. . . . (déchiré) prevosté de Québec soussigné 
y résidant et tesmoings cy-aprez nommés fut présent Fran- 
çois de Galifet Escy, seigneur de Caffin major pour le Roy 
en cette ville de Québec, y demeurant rue Sous le Fort 
estant au lit malade dans une haute chambre ou il fait sa 
demeure ordinaire qui a veue sur le fleuve Saint-Laurent 
et havre du Cul de Sac toutefois sain d'esprit mémoire et 
entendement ainsy qu'il est aparu à nous notaire et témoins 
par ses parolles, gestes, maintien, et autres siennes actions 
extérieures, lequel considérant qu'il n'y a rien de plus cer- 
tain que la mort et rien de plus incertain que l'heure d'icelle ; 
et ne voulant décéder intestat sans avoir mis ordre à ses 
affaires et avoir disposé des biens qu'il a plu à Dieu luy 
donner ; il a par ces présentes de son bongré et pure vo- 
lonté, fait et dicté de mot à mot son testament et ordon- 
nance de dernière volonté au d. nore. soussigné présence 
des d. témoins en la forme et manière qui suit au nom du 
père et du fils et du saint Esprit, ainsy soit-il : 

(42) Acte de Chambalon, notaire à Québec, 14 décembre 1695. 



... 322 — 

Premièrement, 

Comme vray Chrétien et Catholique a recommandé et 
recommande son ame quand elle partira de son corps à 
Dieu tout puissant père fils et saint Esprit, à la Très Sainte 
et Glorieuse Vierge Marie, à Monsieur saint François son 
patron et à tous les saints et saintes du paradis ; et à ce 
qu'il plaise à Dieu par les mérites de la mort et passion de 
Notre Seigneur Jésus Christ et leurs intercessions la mettre 
en lieu de repos avec les bienheureux ; 

Item déclare le d. sieur testateur qu'il veut et entend 
qu'après son deces ses dettes soient entièrement payées et 
acquittées et torts faits sy aucuns se trouvent reparés et 
amandes par l'exécuteur de son présent testament cy-après 
nommé ; 

Item déclare le d. sieur testateur qu'il laisse à la pru- 
dence et conduite.... (déchiré) cy après nommé toute 
la. . . . (déchiré) pour les pompes funèbres, enterrement de 
son. . . . (déchiré) repos de son âme, après son décès auquel 
il se remet entièrement à cet effet ; 

Item veut et entend le d. sieur testateur qu'il soit dit 
et célébré par les Révérends Pères Reccolets une anniver- 
saire de messes basses de requiem en leur église en cette 
ville et à la fin de la d. anniversaire qu'il soit fait par les 
mesmes pères Reccolets un service en leur d. église pour le 
repos de son âme, pour laquelle anniversaire et le d. service 
il ordonne qu'il soit payé aux d. pères recollets pour une 
fois seullement la somme de trois cent cinquante livres ; 

lem désire et veut qu'il soit dit et célébré en l'église 
de la paroisse de Sainte-Anne une neuvaine de messes en 
supplément d'un voyage qu'il s'estait proposé d'y faire sy 
Dieu luy eust conservé la santé, et que pour la d. neuvaine 
il soit payé la somme de trente livres à la d. paroisse ; 

Item donne et lègue le d. sieur testateur à la grande 
Congrégation de cette ville la somme de cent livres pour 
estre participant aux prières qui s'y font auxquelles il se 
recommande : 

Item donne et lègue à l'église de Notre-Dame de la 
Victoire de cette basse-ville pareille somme de cent livres ; 



— S28 — 

Item donne et lègue pareillement aux pauvres de l'Hos- 
tel-Dieu de cette d. ville pareille somme de cent livres ; 

Item donne et lègue à l'Hôpital-General de cette ville 
la somme de quatre cents livres ; 

Item donne et lègue à François Tordel son domestique 
tous les habits, linges, hardes et autres choses generalle- 
ment qu'il luy a avancées pour son service sous l'espérance 
que le d. sieur testateur avait qu'il luy continuerait ses 
services voulant qu'ils luy demeurent en propre comme sy 
il les avait gagnés par ses services et qu'outre tout ce que 
le d. sieur testateur luy a avancé, il luy soit payé la somme 
qu'il conviendra pour payer les frais de son passage d'icy 
en France l'année prochaine, en cas que le d. Tordel y 
veuille passer. 

Item déclare le d. sieur testateur qu'après ses services 
tuneraux, legs pieux cy-dessus, dettes payées et torts faits 
réparés et amandes comme dit est, qu'il fait son seul et 
unique héritier de tous les biens meubles, argent monnoyé 
et autres effets qui se trouveront luy apartenir après son 
deces tant en ce pays de Canada qu'en l'ancienne France 
à la réserve des biens qui sont advenus au d. sr testateur de 
patrimoine seulement généralement et sans exception Jo- 
seph de Gallifet escuyer son frère auquel il les donne et 
lègue pour par luy en disposer à sa volonté ; 

Item déclare le d. sieur testateur qu'il fait pareillement 
ses héritiers universels à 1,'égard dr tous ses biens de patri- 
moine generallement qu'il a en l'ancienne France le dit sieur 
Joseph de Galiffet son frère, Philippe de Gallifet aussy 
escuyer son autre frère, et le fils aîné masle d'Alexandre de 
Gallifet escuyer aussy son frère, son neveu, entre lesquels 
d. Joseph et Philippe de Gallifet ses frères et son d. neveu 
fils aîné du sieur Alexandre de Gallifet il veut et entend que 
tous ses d. biens sittués en France soient divisés et partagés 
par tiers et egalles portions avec le plus de douceur et 
d'amitié que faire se pourra, leur donnant et léguant à cet 
effet : 

Iteni déclare le d. sieur testateur qu'il doit à Mr Jac- 
ques Petit sieur de Verneuil trésorier de la marine en ce 



... 324 — 

pays la somme de dix-sept cent cinquante quatre livres 
monnaye de France dont il luy a donné son billet datte du 
ving"t-un octobre dernier ; 

Item déclare le d. testateur qu'il veut et entend que 
tous les legs pieux cy-dessus soient payés et acquittés par 
ses exécuteurs testamentaires cy-après nommés sur les 
effets qui luy viendront Tannée prochaine de France incon- 
tinant après qu'ils auront reçu les d. effects ; 

Item prie et requiert le d. sieur testateur ses d. exécu- 
teurs testamentaires de incontinant après son décès faire 
faire un bon et fidel inventaire de tous les effets, papiers 
et dettes actives et passives qui se trouveront luy apparte- 
ni^r et d'en envoyer une copie en forme et du présent testa- 
ment ensemble du compte de dépenses qu'il aura convenu 
faire pour ses frais funeraux l'année prochaine au sieur 
Abraham Duport marchand à LaRochelle qui en advertira 
le d. sieur Joseph de Gallifet son frère ; 

Et pour exécuter le présent testament icelluy augmen- 
ter et non diminuer le d. sieur testateur a nommé le d. sieur 
de Verneuil et le sieur François Hazeur marchand bour- 
geois demeurant en cette d. ville qu'il prie d'en vouloir 
prendre la peine, et à cet effet se démet de tous ses biens en 
leurs mains lesquels il veut qui en soient en demeurent ves- 
tant et saisis pour conjointement ou l'un d'eux à deffault 
ou en l'absence de l'autre faire ce qui est dit car telle est 
l'intention du d. sieur testateur et sa dernière volonté ; 

Ce fut ainsy fait et dicté de mot à mot par le d. sieur 
testateur au d. notaire soussigné présence les d. tesmoins 
et à luy leu et releu par le d. notaire qui a dit le bien sçavoir 
et entendre le quatorzième jour de décembre mil sept cent 
quatre vingt quinze trois à quatre heures de relevée dans 
la d. haute chambre où le d. sieur testateur est gisant au lit 
malade qui a vue sur le fleuve Saint-Laurent et havre du 
Cul de Sac en présence des sieurs Jean de Lestage mar- 
chand et Jacques Ca3da Mtre tailleur d'habits témoins à 
ce appelés demeurant en cette d. ville qui ont avec le d. 
sieur testateur et les d. sieurs de Verneuil et Hazeur et nore 



- 325 -" 

<igné. — De Galifet — De Verneuil — F. Hazeur — De Les- 
tage — Cayla — Chambalon. 

CONTRAT DE MARIAGE DE FRANÇOIS DE GALLIF- 
FET, MAJOR DE QUEBEC, ET DE MARIE-CA- 
THERINE AUBERT DE LA CHESNAYE (43) •. 
' s 

Pardevant le notre, garde notes du Roy en sa ville^et 
prévôté de Québec en la Nouvelle-France sousné furent 
presens en personnes François Gallifet écuyer sieur de 
Caffin, major de cette d. ville et gouvernement de Québec 
fils de defifant Pierre de Gallifet écuyer seigneur de Dhonon 
et de Caffin et de dame Marguerite de Bonfils ses père et 
mère vivants demeurant au dit Dhonon siz au comtant 
d'Avignon, évêché de Vaison, pour luy en son nom d'une 
part ; Mr Me Charles Aubert écuyer sieur de la Chesnaye, 
seigneur du lieu, Con'er au Conseil Souverain de ce pays et 
dame Marie Angélique Denis son épouse de luy deument 
authorisée à l'efifet des présentes dem. en cette dite ville 
rue du Sault au Matelot faisant et stipulant en cette partie 
pour damoiselle Marie Catherine Aubert leur fille aînée de 
son consentement d'autre part. Lesquelles parties de 
l'agrément avis et consentement des personnes cy-après 
nommées sçavoir de la part du dit sieur de Gallifet de hault 
et puissant seignr. Messire Louis de Buade de Frontenac 
comte de Palluau coner du Roy en ses Concis, lieutenant- 
général pour le Roy en ce pays, Messire Jean Bochart chlier 
seigr. de Champigny coner du Roy en ses consls. intendant 
de justice police et finances en ce dit pays, Mre François 
Provost, Heutenant du Roy en cette dite ville et gouverne- 
ment de Québec, Mre Philippe de Rigaud chlier seig. de 
Vaudreuil, colonel commandant les troupes du Roy en ce 
d. pays, dame Geneviève Macart épouse du d. sr Provost, le 
S. chlie*r de Champigny, fils du d. seigr. intendant, et de la 
part des d. sieur et dame de la Chesnaye, de Pierre Denys 
Ecr sieur de la Ronde et dame Marve-Cathne Denvs son 



(43) Acte de Genaple, notaire à Québec, 8 janvier 1697. 



>-326-^ 

épouse ayeuls maternels de la d. damelle. future épouse, 
damlle Marye-. , . . Aubert sa soeur germaine, Mr D'Aille- 
boust Ecr sr de Mantet capne reformé au détachement de 
la marine en ce pays au nom et comme ayant épousé Fran- 
çoise Denys son épouse tante du côté paternel, Jacq. LeNeuf 
Ecr sieur de la Vallière captne. au d. détachement et des 
gardes du dit seigneur gouv. -général grand-oncle maternel, 
et dame Françoise Denys son épouse grande tante du côté 
paternel de la d. damoiselle future épouse. M, Me Charles 
Denys Ecr sieur de Vitré conseiller au Conseil Souverain de 
Québec et Me Simon Denys écuyer Sr de St-Simon prevost 
de la maréchaussée en ce dit pays grands oncles du d. côté 
paternel de la d. future épouse ; dame Catherine de Lostel- 
neau épouse du dit sieur de Vitré, le sieur Jean Outhlas 
capitaine de navire au nom et comme ayant épousé damoi- 
selle Françoise Denys grande tante du dit côté paternel et 
le sr Charles (?) LeGardeur et dame Margne. Boucher son 
épouse. 

Ont fait ensemble les accords promesses et conven- 
tions de mariage cy-après quy sont que les dits sieur et 
dame de la Chesnaye prometent donner la dite damoiselle 
Marye-Catherine Aubert leur fille âgée de quinze ans à ce 
présente et 'consentante de son bon gré et libre consente- 
ment par nom et loy de mariage au dit sieur de Gallifet quy 
de sa part promet aussy la prendre au d. nom pour sa fem- 
me et légitime épouse et le dit mariage faire et solemniser 
en notre sainte église, catholique le plus tôt qu'il se pourra ; 
pour du jour de leurs épousailles être uns et communs en 
tous biens meubles et conquets immeubles suivant la cou- 
tume de Paris suivye et gardée en ce pays à laquelle seule 
les dits futurs conjoints se soumetent nonobstant qu'ils 
fussent ... en autre pays de droit écrit, ou de coutume con- 
traire ou communauté de- biens n'a point de lieu : Voulans 
que si le dit cas arrivait et qu'ils y fissent acquisition d'hé- 
ritages ou rentes le tout en fut partagé avec leurs autres 
biens meubles comme biens de communauté : nonobstant 
toutes loix ou coutumes contraires auxquelles ils dérogent 
et reiwiîceat expressément par ces présentes, le dit mariage 



— 327 — 

ne se faisant qu'à cette condition particulière. Ne seront 
cependant les dits futurs épous tenus aux dettes l'un de 
l'autre faites et créées avant le dit mariage : lesquelles si 
aucunes se trouvent, seront payées et acquittées sur le bien 
de qui les aura faites et créées, déclarant le dit sieur de 
Gallifet que tous les biens à luy appartenans présentement 
sont mobiliers et consistent en une somme de cinq mille 
livres à luy destinée par donnation de son dit delîunt père 
à prendre sur les biens mentionnés par la dite donation : 
de laquelle somme les intérêts sont deus depuis le mois de 
novembre de Tan c g b j c quatre vingt-dix ; une autre 
somme de deux mille sept cent cinquante livres aussi léguée 
à luy sieur de Gallifet par la dite defifunte dame sa mère 
dont les intérests sont aussi deus depuis le quatre de may 
g b y c quatre-vingt-quinze Et outre la somme de huit 
mille livres effective qu'il a présentement ez mains en ar- 
gent et billets le tout monnaye de France, montant à la 
somme de quinze mille sept cent cinquante livres, faizant 
monnaye de ce païs celle de vingt un mille livres, non com- 
pris les intérests susdits desquelles sommes de deniers, 
celle de six mille livres seulement entrera en la dite future 
communauté, et le surplus sortira nature de propre au dit 
sieur futur époux et aux siens de son estoc côté et ligne. 
Et le dit sieur de la Chesnaye de sa part donne à la dite da- 
moiselle future épouse en avancement d'hoirye de sa suc- 
cession future la somme de quinze mille livres en choses 
mentionnées et spécifiées cy-après, lesquelles il luy cède, 
transporte délaisse, promet garantir et faire valoir : sça- 
voir est cent cinquante livres de rente au denier dix-huit, 
à prendre sur le sieur Pierre Boucher de Boucherville ra- 
chetable en principal de la somme de deux mille sept cents 
livres, par contrat passé devant Becquet notre le deuxi. 
d'octobre 1668, plus cent soixante et six livres treize sols 
quatre deniers de rente constituée par le sieur Pierre Petit 
marchand aux Trois-Rivières pour le principal de trois mille 
trois cent trente trois livres six sols huit deniers pour terre 
à lu\- vendue par contrat passé devant Chambalon notre 
en cette ville le neuvième de juillet c g b y c quatre vingt 



— 328 — 

quatorze, cent autres livres de rente constituée par les sieur 
et dame de la Durantaye, payable chacun an au 28 d'octobre, 
rachetable ; rachetable de la somme principale de deux 
mille livres, par contrat du 28 octobre 1675 passé devant 
Becquet, notaire ; et outre cinq années d'arrérages deus 
de la dite rente montant à la somme de cinq cents livres, 
autre rente de la somme de cent cinquante livres à prendre 
sur Claude Bourget et Marye Couture sa femme rachetable 
de la somme de trois mille livres prix principal de leur mai- 
son vendue à deffunt François Tessier (?) premier mary 
de la dite Couture par contrat du 13 juillet 1680 passé 
devt. . . notr et ratifié des d. Bourget et sa femme ; a com- 
mencer a jouir cy-après de la d. rente à compter du treize 
de juillet dernier ; cent autres livres de rente constituée 
par Jean Soullard arquebuzier, rachetable de deux mille 
livres en principal par contrat passé devt le dit Becquet 
notre, le vingt, de janvier 1677 dont la jouissance commen- 
cera à courir au vingtie. du présent mois de janvier. Plus 
une maison et emplacement size à la basse-ville rue du 
Saut au Matelot en l'état qu'elle se comporte : joignant 
d'un bout au d. Bourget d'autre bout le carrefour, et par 
le derrière au bout de la rue Notre-Dame ; laquelle maison 
est chargée de soixante livres de rente foncière perpétuelle 
non rachetable, payable chacun an aux Dames Religieuses 
Ursulines de cette ville en deux termes mentionnés au con- 
trat d'acquisition qu'en a fait le dit sieur de la Chesnaye 
passé devant le Sr Chambalon notre le 24 de février dern. 
à commencer à payer la d. rente foncière par les dt. futurs 
époux au premier jour de may prochain venant et continuer 
en après à toujours aux d. termes : la dite maison et place 
étant portées. ... en outre pour la somme de quatorze cent 
soix. e six liv. treize sols .... laquelle parachèvera les quinze 
mille livres de dot susdites et de principal à quoy montent 
ensemble le capital des dites rentes, arrérages de l'une 
d'icelles, en maison suspécifiée î dont et de quoy le dit sieur 
de la Chesnaye â présentement remis les contrats susdatés 
et autres pièces en dépendantes éz mains du dit sieur futur 
époux {qui s'enest tenu" content;, de.squelles. rentes maison 



™ 329 — 

et arrérages suspéciiïés les dits sieur et dame de la Ches- 
naye et damelle leur fille future épouse en ameublissent au 
profit de la dite future communauté jusqu'à la somme de 
six mille livres, le surplus demeurant en sa nature de propre 
à la dite future épouse et aux siens d'estoc côté et ligne 
étant expressément convenu stipulé et accordé qu'avenant 
le décès du dit sieur ou de la d. dame de la Chesnaye, les 
dits futurs époux ne pouront demander aucun compte au 
survivant des deux et le laisseront jouir des biens délaissés 
par le prédécédé : et à la charge aussi que les d. sieur et 
dame de la Chesnaye obligeront leurs autres enfants en les 
mariant à même et semblable clause. Et ce faisant le dit 
sieur futur époux a douué et doue ladite damlle sa future 
épouse de la somme de six cents livres de rente et pension 
viagère en douaire préfix à prendre sur ses biens plus appa- 
rens dès que douaire aura lieu : mais si elle arrivait à con- 
voler en secondes noces ayant enfants d'eux ; en ce cas le 
dit douaire sera restraint en faveur des dits enfants, à la 
somme de trois cents livres seulement de pension viagère. 
Le survivant d'eux deux prendra pour preciput la somme 
de six mille livres en deniers sur la masse de la d. commu- 
nauté ou la dite somme en meubles d'icelle sur le pied de 
l'estimation qui en sera faite par l'inventaire et sans criée ; 
et outre les habits, hardes, linges, bagues, joyaux, armes 
et chevaux du d. survivant. Et si le dit futur époux précé- 
dait ou que la dite communauté fut autrement dissolue, la 
dite future épouse et ses enfants pourront si bon luy semble 
y renoncer ; et ce faisant remporter ses dits dot et douaire 
avec tout ce qui lui pourra estre avenu et écheu en quelque 
manière que ce soit pendant le dit mariage : et outre ses 
habits hardes et linge à son usage et sa chambre garnie 
sans être tenue des dettes d'icelle ; encor qu'elle y fut 
obligée ou condamnée ; auquel cas elle aura hypotecque 
pour son recours sur les biens de son d. futur époux du jour 
et datte des présentes. Car ainsy a esté convenu. Trans- 
portant par les d. sr. et dame de la Chesnaye tous droits de 
propriété ez d. choses données etc. Desaisissant etc. Vou- 
lant etc Promettant de part et d'autre ^tc oblig. etc. Re- 



— 830 -" 

uonc etc Faij et passé en l'hôtel des s. et clame de la Ches- 
naye rue du Saut au Matelot après-midy le huictième jour 
de janvier Fan g b c y quatre-ving-t-dix-sept présence des 
sieurs François Hazeur et Jean Gobin marchands bourgeois 
de cette dite ville, témoins qui ont avec les d. futurs époux, 
les d. seign. gouverneur et intendant sieur et dame de la 
Chesnaye et autres personnes susnommées signées à ces 
pntes à l'exception du dit sr Denys qui a déclaré ne pouvoir 
signer depuis la perte de sa vue. — Gallifet — Frontenac — 
Bochart Champigny — Vaudreuil — Provost — - Geneviève 
Macart — Le Neuf de la Vallière — Françoise Denis — Le 
Chev. de Champigny — P. Denis de St Simon — F. Hazeur 

— Gobin — Gabrielle Bécasseau — C. Barbe — M. C. Au- 
bert — Charles Aubert de la Chesnaye — M. A. Denis — M. 
Catherine LeNeuf — De Manteht — Françoise Denis — 
Ursule Denis M. A. Aubert — C. Denis de Vitré — Cathe- 
rine de Lostelneau — M. de Vitré des Cayrac — Jn. Outlaw 

— P. Denis — LeGardeur — Magdelaine Boucher — Gena- 
ple. 

A^ENTK DU FIEF SAINTE-MARGUERITE ET DU 

"MARQUISAT DU SABLE" PAR LOUIS AUBERT 

DU FORILLON ET BARBE LENEUF, SON 

EPOUSE, A FRANÇOIS DE GALLIFFET, 

GOUVERNEUR DES TROIS- 

RTVIERES (44) 

Pardevant le Notaire Royal en la prevosté de Quebecq 
soussigné y résidant et témoins si bas nommés furent pre- 
sens Louis Aubert Escuier, sieur du Forillon, et dame Barbe 
LeNeuf son espouse de luy bien et duement autorisée à 
l'effet des présentes lesqueû de leur bon gré et volonté ont 
ce jourd'huy vendu cédé quitté delessé et transporté dès 
maintenant et à toujours et promis garantir de tous trou- 
bles debtes hypothèques et autres empeschemens general- 
lement quelconques et ce solidairement l'un pour l'autre 

(44) Acte de la Cetière, notaire à Québec, 4 novembre 1712. 



— 381 — 

Tun deux seul pour le tout sans bénéfice de division, discu- 
tion ni fidefussion à eux donné à entendre et qls ont dit 
bien savoir y ont renoncé et renoncent : à Mre François 
de Galiffet seigneur de Caffin, chevalier de l'ordre militaire 
St Louis Gouverneur pour le Roy en sa ville et gouverne- 
ment des Trois-Rivières à ce présent et acceptant acquéreur 
pour luy ses hoirs et ayant causes à l'avenir c'est à saovir 
une terre concédée à titre de fief et seigneurie haute moyen 
ne et basse justice size près les Trois Rivièrres appellée 
Ste Margueritte consistant en trois quarts de lieue ou 
environ de front derrière les concessions qui sont le long 
du fleuve St-Laurent au-dessus des Trois-Rivières joignant 
d'un costé au sud-ouest les terres appartenant au sieur de 
Vieux Pont et du costé du nordest au d. fleuve des Trois 
Rivièrres et sur toute la profondeur qui se trouvera jusques 
a.ux fiefs de Tonnancour et St-Maurice circonstances et 
dépendances sans aucunes reserves même les rentes qui 
doivent estre payées par tous les tenentiers establis sur 
icelle et tous les autres droits redevances et jusgestions 
portées par leurs contrats ou à la volonté du seigneur sans 
reserve outre ce dix arpents de terre en superficie aussi size 
proche de la Commune des Trois Rivières vulguerement 
appelé le marquisait du Sablé joignant aux concessions des 
Révérends Pères Jésuittes sans en rien réserver ni retenir 
au d. sieur et dame vendeurs par l'accord et transaction 
faiste entre le d. sieur du Forillon messieurs Aubert et de 
Gaspé ses frères avec feu Mr Me Charles Aubert Escuier 
seigneur de la Chenaye leur père a qui la d. seigneurie Ste 
Marguerite appartenait pour luy avoir esté adjugée sur le 
sieur Dubois marchand au d. lieu des Trois Rivières qui la 
possédait suivant le titre de ratif fication de la Cour du vingt 
septiesme juillet 1691 : et les dits dix arpents de terre ou 
marquisat du Sablé pour les avoir acquis de deffunt Michel 
Leneuf escuier seigneur de la Vallière et Beaubassin vivant 
major de la ville de Montréal par acte passé devant deflfunt 
Me Gilles Rageot vivant nore et greffier en chef de cette 
prevosté en date du 13 novembre mil six cens quatre vingt 
six, le tout chargé de ceux rentes redevances et droits por- 



— 332 — 

tées par les d. tiltres de confirmation et contrats que les 
des. sieur et dame vendeurs ont présentement mis es mains 
de mon dt. sieur acquéreur qui s'est contenté d'iceux et des 
d. choses sus-vendues disant les bien savoir et connaistre 
pour avoir le tout vu et visité. Cette vente cession et 
delssement aussy fait outre les d. droits ci-dessus pour et 
moyennant le prix et somme de quatre cent livres que mon 
dt. sieur acquéreur a payées à mes d. sieur et dame ven- 
deurs dont ils se tiennent comptans et bien satisfaits disant 
avoir reçu la d. somme. . . . auparavant ces présentes dont 
etc quittent etc au moyen de quoy ils se sont demis desaisis 
et. . . . de la de. seig^neurie et des des. dix arpents de terre 
fond tresfond, droits de justice fruits proffits revenus 
droits et generallement etc pour et au proffit de mon dt. 
sieur acquéreur ses dts. hoirs et ayans cause qu'ils en ont 
mis saisis et. . . . en leur lieu et place droits noms raison*s 
et actions pour en faire e^ disposer comme de son propre 
bien et loyal acquêt de ce jour à l'avenir et à toujours. Car 
ainsy, etc promettant etc oblig^eant, etc, quittant etc renon- 
çant etc. Fait et passé au d. Quebecq en l'étude du d. notre, 
avant midy le quatriesme jour de novembre mil sept cent 
douze en présence des sieurs Jean Bonneau me. boullanger 
et Joseph Montmellian clercq témoins demeurans au dt. 
Quebecq qui ont avec les d. partyes et nore. signé — Ga1- 
lifet — Aubert du Forillon — B. LeNeuf du Forillon — 
Bonneau — Monmeillian — De La Cetierre 



— 58S — 

In médecin irlandais à Montréal avant la Cession 



(Suite) 

Le même jour, le secrétaire d'Etat Philippeaux de Pontchartrain signait 
ses lettres de naturalité que voici : 

** Aujourd'hui Sept Mars mil sept cent vingt quatre Le Roy, étant à 
Versailles, Le Sieur Thimothée Silvain natif d'Irlande ayant fait représenter 
à Sa Majesté qu'il fait profession de la Religion Catholique, apostolique et 
Romaine, qu'il est établi depuis six ans avec sa famille dans la Ville de Mont- 
réal en la Nouvelle France et qu'il désirerait y finir ses jours ou en tel autre 
endroit du Royaume où ses affaires l'appelleront à jouir des mêmes avantages 
que les autres sujets de Sa Majesté. Et l'ayant très humblement supplié de 
lui accorder Son Brevet sur et nécessaire. Sa Majesté voulant favorablement 
traiter le dit Sieur Thimothée Silvain et lui faciliter les moyens de continuer 
son établissement dans la dite colonie, le reconnaît sien et réputé pour son Vrai 
Naturel Sujet ; Veut que comme tel II puisse et lui soit possible de demeurer 
au dit pays ou autres lieux du Royaume, pays te-rres et Seigneuries de l'obéis- 
sance de Sa Majesté qu'il désirera, qu'il jouisse des privilèges, franchises, liber- 
lés dont jouissent Ses Vrais et originaires Sujets, qu'il puisse succéder, tenir et 
posséder tous biens meubles et immeubles qu'il a acquis et pourra acquérir et 
qui lui seront donnés légués ou délaissés pour jouir, ordonner et disposer par 
Testament, dernière volonté donnation entre vifs ou autrement ainsi que de 
droit lui seront acquis où qu'après son décès son enfant légitime ou ayant cause 
ou autres en faveur desquels il disposera lui puissent succéder aux termes de la 
Coutume de Paris pourvu qu'ils soient Regnicoles ou Sujets de Sa Majesté, 
tout ainsi que si le dit Sieur Silvain était originaire du Royaume, sans qu'au 
moyen des ordonnances et Règlements faits contre les étrangers, il lui soit fait 
aucun Empêchement ni que Sa Majesté puisse prétendre les dits biens lui appar- 
tenir par droit d'aubaiiie ou autrement en quelque sorte et manière que ce soit, 
le dispensant et réhabilitant quand à ce sens qu'il soit tenu de payer à Sa Ma- 
jesté ni à Son Successeur Roy aucune finance de laquelle à quelque somme 
qu'elle puisse monter. Sa Majesté lui fait don et remise par le présent Brevet 
à la charge toutefois de faire son séjour dans la dite Colonie ou autres lieux 
de l'obéissance de Sa Majesté et de ne s'entremettre d'aucuns Etrangers Man- 
dats. jSa Majesté aux gçns tenant le conseil SuF>érieur à Québec ou tous autres 
sous officiers ou justiciers qu'il appartiendra qu'après qu'il leur sera apparu qu« 



— 334 — 

le dit Sieur Silvaii) fait profession de la Religion Catholique Apostolique Ro- 
maine, ils ayent à enregistrer le présent Brevet et du Contenu Icelui faire jouir 
V.V.V. le dit Sieur Silvain, son enfant légitime ou ayant cause pleinement, 
paisiblement et perpétuellement cessant et faisant cesser tout trouble et empê- 
chement du contraire et pour témoignage de Sa Volonté, Sa Majesté m'a 
commandé d'expédier le présent Brevet qu'elle a voulu signer de sa main et être 
contresigné par moi Son Conseiller Secrétaire d'Etat et de son Commandement 
et finance 

LOUIS PHILIPPEAUX. 
"Brevet de naturalité pour le Sieur Silvain Irlandais. 

"Le présent Brevet de naturalité a été enregistré au greffe du Conseil 
Supérieur de ce pays Sujet requérant le Procureur Général du Roy suivant 
son arrêt de ce jour par moi Conseil Secrétaire du Roy Greffier en Chef du 
Conseil. 

"Soussigné à Québec le seize Novembre 1 724 — DAINE " 

Il convient de noter que Sylvain fut un des très rares Irlandais, non seule- 
ment qui furent naturalisés, mais qui vécurent en Canada vers cette époque. 
Parlant même des premières années de l'épiscopat de Mgr de Pontbriand, voici 
ce qu'écrit M. l'abbé Gosselin : 

" Y a-t-il des Irlandais venus directement d'Irlande ? Nous n'en voyons 
aucun pour le moment. Quelques années plus tard les hasards de la guerre 
entre l'Angleterre et la France en amèneront éventuellement un certain nombre 
comme prisonniers ; et le ministre français écrira à M. Hocquart : "Si les 
" Irlandais catholiques conduits au Canada demandent à y rester, je ne vois 
" pas d'inconvénient à ce qu'on le leur permette." Quelques-uns se prévaudront 
de cette offre généreuse, mais on n'aura pas à s'en féliciter. Le gouverneur et 
l'intendant écriront à la cour : " Nous avons suivi vos instructions à l'égard 
des Irlandais catholiques qui ont voulu rester en ce pays ; mais tout catholiques 
qu'ils sont, la plupart sont très mauvais sujets, et dont la colonie ne tirera jamais 
grand profit. . ." (L'Eglise du Canada sous Mgr de Pontbriand, p. 7). 

Les affaires de Sylvain allèrent assez bien pendant quelques années, grâce 
aux puissants appuis qu'il avait su se ménager, mais elles faillirent se gâter vers 
1727. Le marquis de Vaudreuil, son protecteur, était mort depuis deux ans 
el ses adversaires crurent le moment favorable. Ils convainquirent M. de 
Beauharnois que le médecin irlandais n'était qu'un incapable, et le nouveau 
gouverneur, ayant à écrire à la cour au sujet de certaines difficultés survenues 
entre Ve sidur 3ylvaiii et le sàaur Benoist, ciùmrgieB <Jb6 tir^ipeis, m mêd^ P4s 



--- 335 — 

son opinion. Le 12 septembre 1727 M. de Bcauhamois écrit au président du 
Conseil de la Marine : 

" Ceci, Monseigneur, me donne l'occasion de vous faire part de mes idées 
sur le chapitre de ce médecin (Sylvain) qui fait son métier d'une manière assez 
extraordinaire ; il est tout à la fois médecin, chirurgien et apothicaire A en 
juger par tout ce que j'ai vu et entendu dire à Montréal, c'est un homme qui 
donne des remèdes que personne ne connaît et que je crois que l'on i>eut regarder 
comme un empirique, ne faisant jamais aucune ordonnance. Je crois, Mon- 
seigneur, qu'il serait à propos pour le bien du pays que ce médecin vint à 
Québec pour que M. Sarrazin le questionnât sur la connaissance des remèdes 
et la manière de les employer. Il s'est allié dans une famille qui lui a procuré 
le brevet de médecin, mais le bien du pays est l'essentiel à quoi je pense et que 
H' juge que vous approuverez." {Recherches Faillon, vol. 3, B-D). 

Tel n'était pas cependant l'avis de l'intendant Dupuy qui, un f>eu plus 
tôt, en avril 1 727, écrivait au ministre : 

" Le sieur Silvain dont la Marquise de Vaudreuil joint ici la lettre mérite. 
Monseigneur, que vous lui fassiez la grâce. Le sieur Silvain est gentilhomme 
irlandais dont le père était aussi médecin très habile dans la médecine et la 
chirurgie, qui a fait à Montréal nombre de cures considérables et dont nous 
avons connaissance, fort charitable f>our les pauvres, bazardant tous les jours 
pour aller secourir en passant des rivières dans le temps que les glaces sont très 
mauvaises. Il a ép>ousé la veuve de M. de la Jemmerays, enseigne de vaisseau 
et capitaine au Canada, qui avait 6 enfants sans un écu de bien. Le sieur 
Silvain en a usé pour cette famille en vrai p>ère, s'est privé de son nécessaire 
pour les élever et donner à ces enfants toute l'éducation qui lui a été possible et 
.T fait l'aîné prêtre, et le second qui est cadet dans les troupes mériterait bien 
une expectative d'enseigne en second, tant par rap{X)rt à lui qui est un bon 
sujet qu'en considération des services de feu M. de la Jemmerays, son père qui 
était un très bon officier, qui a parfaitement bien servi dans le temi>s de la 
guerre des Iroquois où il a nombre de fois couru risque d'être pris et brûlé vif 
par ces barbares." (Recherches Faillon, vol. > B-D, p. 383). 

L'on sait que M. de Beauharnois et l'intendant Dupuy n'étaient pas tou- 
jours d'accord et il ne faut pas s'étonner de les voir ici se contredire. 

Il se peut que M. de Beauharnois, comme le fait observer M. Faillon dans 
sa Vie de Mme d'Youville (p. 10) "ait servi Sylvain sans le vouloir, en écri- 
vant contre lui en des termes qui laissaient paraître trop d'emportement. Le 
ministre, à qui la famille de Varennes n'avait pas négligé de faire parvenir 



— 886 — 

nombre de recommandations en faveur de Sylvain, écrit en effet à M. de Beau- 
harnois, au commencement de 1 728 : 

" A l'égard du sieur Sylvain, médecin du roi à Montréal, je ne sais si 
vous êtes bien informé de ses talents. Les principaux officiers de Montréal, 
les ecclésiastiques et les religieuses de l'Hôtel-Dieu en ont rendu des témoi- 
gnages très avantageux. Je suspendrai ma décision jusqu'à ce que, par une 
plus ample connaissance, vous ayez pu en dire votre sentiment sans prévention." 
M. de Beauharnois n'ignorait pas que Sylvain avait pour lui de hauts per- 
sonnages, mais il attribuait leur intervention à des motifs particuliers. C'est 
ainsi qu'il note, dans une autre lettre de 1 727, "que MM. de Longueuil et de 
!a Chassaigne ont écrit en faveur de Sylvain qui est entré dans leur famille". 
Le baron de Longueuil, gouverneur de Montréal, et Jean Douillet de la Chas- 
saigne, alors gouverneur des Trois-Rivières, étaient beaux-frères, et leur nièce 
commune, Marie-Jeanne, fille de Jacques Lemoine de Sainte-Hélène, était de- 
venue en 1712 la femme de René Gauthier de Varennes, la belle-soeur par 
conséquent de Timothée Sylvain. 

Finalement ce fut Sylvain qui l'emporta : il conserva son brevet de mé- 
decin et continua d'exercer son état comme auparavant. 

Mais l'orage devait recommencer quelques années plus tard. 

En 1 733, Sylvain demande à aller en France pour affaires de famille et 
obtient son passage sur le vaisseau du roi le Rubis. Il ne part cependant que 
1 année ^suivante en I 734. M. de Beauharnois qui n'avait pas de lui une 
meilleure opinion qu'en 1727, se douta qu'il passait en France pour solliciter 
)a place de médecin du roi à Québec, vacante par la mort de M. Sarrazin, et 
à laquelle étaient attachées 800 livres de pension annuelle, et il résolut de tout 
faire pour empêcher cette nomination. Le gouverneur et l'intendant étaient 
d'accord cette fois; Le 29 octobre 1 734, MM. de Beauharnois et Hocquart 
écrivirent au ministre : 

" Monseigneur, le sieur Sylvain qui a obtenu, ou pour mieux dire, surpris 
un brevet de médecin à Montréal, a passé cette année en France sur le vaisseau 
du Roi avec votre permission. Nous sommes informés qu'il est dans le dessein 
de solliciter l'emploi de médecin à Québec, vacant par la mort du sieur Sar- 
razin. Nous ne pouvons. Monseigneur, pour l'avantage du pays, nous empê- 
cher de vous représenter que cet étranger est un fort mauvais médecin en qui 
personne n'a confiance et qui par conséquent ne peut convenir à cette place. 
C'est un charlatan que tous les gens sensés et autres ont abandonné." (Canada, 
Corresp. générale, vol. 61, C. Il — fol. 261). 

Ou bien Timothée Sylvain ne demanda pas la place, ou bien l'on ne 



— 337j--. 

tint aucun compte de sa candidature, car le président du Conseil de marine 
écrit à MM. de Beauharnois et Hocquart, le 12 avril 1753 : "Comme il 
ne serait pas possible de trouver en France un médecin qui voulut accepter la 
place vacante par la mort du sieur Sarrazin, il faudra attendre que son fils ait 
terminé ses études de médecine." On sait que le jeune Sarrazin, qui étudiait 
à Paris, mourut en l 739 avant d'avoir pu revenir au Canada. 

Parti de Montréal en 1 734, Silvain était encore à Paris en 1 736. Nous 
avons vu que son peu authentique certificat de noblesse est daté de cette même 
année à Paris. Nous possédons de plus, à la Bibliothèque Saint-Sulpice, un 
gros in-folio de 1673, la Table chronographique de Jacques Gaultier, qui 
provient de la bibliothèque particulière de Sylvain et sur le faux titre duquel 
il a écrit de sa propre main cette inscription d'une orthographe assez singulière : 
" Ce livre apartient à Silvain et a louis été donné par Mr Selle prêtre et direc- 
tore de les Dammes Recollet de la Immaculée Conception, rue de Baque, fou- 
bourque St jarmain, à Paris, le 8 desambre 1 736." 

Cette rare relique du fameux médecin irlandais porte aussi les signatures 
autographes de son premier propriétaire, M. Selle, de l'abbé Joseph-François 
Youville, petit-fils par alliance de Sylvain et héritier de sa bibliothèque, et enfin 
de Jean-Baptiste Desève qui l'avait achetée à l'encan de M. Youville, à sa 
mort en I 778. 

Nous ignorons jusqu'à quel point Timothée Sylvain fut un plus mauvais 
médecin qu'un autre, mais ce que nous pouvons affirmer sans crainte, c'est qu'il 
devait être un voisin des plus malcommodes. Ancien capitaine de dragons ou 
ancien dragon tout court, il croyait aux dragonnades. Colérique à l'excès, il 
nvait toujours bâton levé ou l'épée dégainée, et il frappait comme un sourd. 
L.a chronique judiciaire du temps établit surabondamment qu'il avait la tête 
près du bonnet et qu'il ne faisait pas bon Vostiner. Par suite de son tempéra- 
ment violent et de son caractère emporté, il eut souvent maille à partir avec la 
Justice et il fut maintes fois condamné à payer des dommages pour coups et 
blessur». Peut-être était-ce une façon à lui de se préparer des clients à panser, 
suivant la tactique de cet autre chirurgien qui, posté au soupirail de sa cave, 
brisait au passage d'un coup de barre de fer les jambes des piétons, dans l'espoir 
qu'on les porterait chez lui pour les raccommoder. Les archives du greffe 
criminel de Montréal conservent encore plusieurs documents qui relatent de 
façon piquante certaines violences de Sylvain. 

Ainsi dès 1 724, Antoine Poudret père, boulanger, requiert justice à 
rencontre de Timothée Sylvain qui, le 26 de septembre, aurait attaqué son fils 
Antoine sur la rue Saint-Paul, l'aurait saisi à la gorge en le frappant à coups 



— 338 — 

de plombeau d'épée, et l'aurait laissé dans le plus sérieux état, même en danger 
de mort. Mais laissons parler un témoin de l'affaire, à l'enquête : 

"Est comparu Marguerite César La Gardelette. Elle vit Sylvain qui 
tenait d'-une main l'homme à la cravate et de l'autre main frappait le dit homme 
qu'elle sut ensuite être le nommé Poudret, parce que ledit Sylvain le nomma 
en disant : "Est-ce à moi que tu en veux, mon b. . . de Poudret " ; et que 
ledit Poudret lui disait : "Monsieur, je vous demande pardon, je ne vous dis 
mot, je ne vous ai rien fait", et ne se défendait aucunement ; que ledit Sylvain 
r ayant ensuite. jeté à terre lui donna plusieurs coups de pied sur le visage qu'il 
avait couvert de sang dès avant de tomber ; que ledit Poudret s'étant traîné et 
relevé pour traverser la rue, ledit Sylvain le suivit et, l'ayant repris, le frappa 
encore sur le visage ; qu'elle qui dépose, y ayant couru, ne voyant p)ersonne 
pour les séparer et voulant remontrer audit Sylvain qu'il faisait ma.l, qu'il se 
ferait quelque affaire et qu'il avait assez battu ledit Poudret puisqu'il ne se 
défendait point, ledit Sylvain la rep>oussa rudement, lui dit de se retirer en levant 
la main par menace, et voyant qu'il continuait, ayant encore jeté bas ledit Pou- 
dret et le frappant à coups de pied sur le visage, elle courut en avertir le sieur 
Philibert qui était alors chez la dame Puygibault, son alliée, lequel y étant 
venu, amena ledit sieur Sylvain, le dit Poudret étant alors entré chez Catien, 
et que ledit Sylvain se secoua les mains qu'il avait ensanglantées du sang du 
visage du dit Poudret." 

Ce témoignage est corroboré par Madeleine Viger qui fait substantielle- 
ment le même récit. Nous ne savons ce qui résulta du procès, mais il est pro- 
bable que l'assaillant écopa. 

En 1731, autre exploit pugilistique de Silvain qui, ayant rencontré Char- 
lebois fils qui s'en allait à la Pointe-Claire, le prévient rudement que si quelqu'un 
de sa famlle va témoigner contre La Sablonnière, il le jettera hors de l'audience, 
et, ce disant, le frappe à coups de canne. Pour avoir aussi abusé d'arguments 
trop touchants, l'irritable médecin fut condamné à 75 livres de dommage, à 
35 livres de frais, et à 1 livres d'aumône au profit de l'Hôtel-Dieu. 

AEGIDIUS FAUTEUX 
(A suivre) 



— 339 — 

La famille du poète Quesnel 



Nul n'ignore le nom du poète Quesnel. Cet écrivain occupe un rang 
enviable au début de notre littérature et son oeuvre a été signalée ou étudiée 
par Huston, Bibaud, Lareau, Morgan, M. l'abbé Roy, Borthwick et autres. 

Venu au pays après la cession, Quesnel se fixa dans la région montréalaise 
et s'adonna au commerce, au théâtre, à la musique et aux lettres. Ce qu'on 
!>ait moins à son sujet, peut-être, c'est qu'il épousa une Canadienne et que ses 
descendants ont joué un rôle dans le grand négoce des fourrures et dans la vie 
publique. Voilà ce qui nous engage à publier, sur cette famille distinguée, les 
quelques notes que nous avons recueillies au cours de nos travaux. 

I._JOSEPH QUESNEL. Né à Saint-Malo, le I 5 novembre 1 749 
(Borthwick), fils d'Isaac Quesnel de la Rivaudais et de Pélagie- Jearme-Mar- 
guerite Duguen, il épouse, à Montréal le 1 avril I 780, Marie-Josephte Des- 
landes, fiUe de feu Pierre-Louis Deslandes et de Marie-Josephte Le Pelle de 
\z Haye. Assistent au mariage : C. Sïibrevois de Bleury, B. de Clignancourt, 
Jean Deiisle, notaire, et J.-Bte Adhémar. 

Joseph Quesnel fut inhumé à Montréal, le 4 juillet 1809. De son union 
naquirent : 

Marguerit^Lucie — Baptisée à Montréal, le 1 8 septembre I 782 ; inhu- 
mée le 22 septembre 1 783. 

Adélaïde — Baptisée à Montréal, le 17 novembre 1783 ; sépulture 
le 3 février 1851 à Montréal. 

Frédéric-Auguste — Baptisé à Montréal, le 5 février 1785. (Voir ri- 
après). 

J uV.en-M aunce — Baptisé à Montréal, le 25 octobre I 786. (Voir ci- 
après) . 

Frédéric — Baptisé à Montréal, le 3 juin 1 788 ; sépulture le 29 juillet 
I 788. 

Marie-Henriette — Baptisée à Montréal, le 27 avril 1790 ; inhumée le 
22 mai 1 790. 

Prosper-Philéas — Baptisé à Montréal, le 3 septembre 1791 ; sépulture 
le I er octobre 1 79 1 . 

Jacob-Cuillaume — Baptisé à Montréal, le 31 octobre 1792 ; sépulture 
le Za juUlçt 1 793. 



... 340 — 

Marie-Emilie -^ Baptisée à Boucherville, le 1 er mai 1 794 ; sépulture 
le 1 1 juillet 1 794. 

Marie-Justine — Baptisée à Boucherville, le I 8 septembre 1 795 ; sépul- 
ture le 6 octobre 1 795. 

Marie-Mélanie — Baptisée à Boucherville, le 3 juillet 1797. . (Voir ci- 
après) . 

Joseph-Timoléon — Baptisé à Boucherville, le 4 mars 1799. (Voir ci- 
après) . 

Charles- A rr^able — Baptisé à Boucherville, le 1er janvier 1801. 

IL— FREDERIC-AUGUSTE QUESNEL — Né en 1785. II 
épouse à Boucherville, le 20 janvier 1813, Marguerite Denaut, fille de Joachim 
Denaut, résidant dans le Haut-Canada, et de Marguerite Chabert. Présents 
à la cérémonie : P. de Rocheblave, Lx)uis Chaboillez, Wm Selby, Henry 
Munro, Jean-Roch Rolland, F.-X. de la Perrière, Janvier Dontaille-Lacroix, 
Louis-René Chaussegros de Léry, etc. 

Madame F. -A. Quesnel mourut jeune et fut inhumée à .Montréal le 6 
avril 1 820, non le 22 mars 1 822 comme on lit dans certain ouvrage. 

M. Frédéric-Auguste Quesnel fut député à l'Assemblée du Bas-Canada 
pour le comté de Kent de 1 820 à 1 830 let pour le comté de Chambly de 1 830 
à 1834 ; membre du Conseil Exécutif de 1837 à 1841 et député de Mont- 
morency de 1 84 1 à 1 844. 

Il avait fait une fortune considérable dans le commerce des fourrures et 
dans des spéculations. Il semble avoir laissé la plus grande partie de sa fortune 
à son neveu l'hon. Charles-Joseph Coursol. (Voir ci-après). 

M. Quesnel possédait des terrains d'une grande étendue dans ce qui formait 
alors la banlieue ouest de Montréal. L'ancienne ville de Sainte-Cunégonde, 
maintenant un des quartiers de la métropole, occupe une partie de la terre 
appartenant jadis à M. Quesnel. C'est pour cela qu'une rue de ce quartier 
s'appelle Quesnel, une autre Coursol, en l'honneur de l'héritier de Quesnel, et 
une autre Souvenir, nom du manoir du sieur Quesnel. 

Dans ses Souvenirs d'un demi-siècle, p. 404, M. Barthe raconte que 
lorsqu'il était rédacteur de V Aurore des Canadas, il allait avec Jacques Viger 
"à peu près tous les soirs chez F. -A. Quesnel pour jouir de la causerie des 
gens d'esprit qui s'y donnaient rendez-vous et dont le maître des céans n'était 
pas le moins brillant". 

L'honorable F. -A. Quesnel décéda le 28 juillet 1 866, âgé de 8 1 ans et 
5 mois; et fut inhumé le 1er août suivant. Présents à l'inhumation, d'après lé 
registre, l'honorable Chas Wilson, commandeur de l'ordre de Saint-Grégoire 



— 341 — 

I'' Grand. Tancrède Bouthillier, shérif de Montréal, John Pratt, C.-S. Cherrier. 
avocat. Thon. L.-J. Papineau, Thon. Charles Mondelet, Henry Starnes. maire 
de Montréal, Joseph-Auguste et Jules Quesnel. Olivier Robitaille. 

M. F.-A. Quesnel avait été père de 

Pierre- Auguste- Adolphe — Baptisée à Montréal, le 15 mars 1814. 
(Voir plus loin). 

Jules — Baptisé à Montréal, le 19 octobre 1815. 

Marie-Hetrrielle — Baptisée le 1 8 février 1817; inhumée le 5 janvier 
1820. 

Louise- Josephte — Baptisée le 27 mai 1818. 

Anne-Hélène — Baptisée le 9 août 1819. 

II.— JULES-MAURICE QUESNEL — Né en 1786 et baptisé sous 
les prénoms de Julien-Maurice. Marié à Notre-Dame de Montréal, le 10 
juin 1816, à Marie- Joseph te Cotté, fille de Gabriel Cotté et d'Angélique 
Blondeau. 

Mme J.-M. Quesnel fut inhumée le 9 juin 1 866. 

Dans son Dict onnaire des Canadiens de l'ouest, p. 242, le R. P. Morice 
consacre à J.-M. Quesnel la notice suivante : "Traiteur et explorateur dans 
l'extrême ouest. Il entra dans la compagnie du Nord-Ouest quelque temps 
avant 1804, époque. . . où il était commis au fort. . . d'Edmonton. . . Trois 
ans plus tard, il alla prêter secours à Simon Fraser (et 11 accompagnait ce der- 
nier quand il reconnut le fleuve qui porte le nom de Fraser). Fraser nomma aussi 
Quesnel une rivière. De nos jours, une bourgade et un lac important portent 
son nom . . . En 1811, il quitta le service de la compagnie et séjourna dans 
le Haut-Canada. . . Quesnel avait épousé la fille d'un trader du N.-O. Elle 
«^tait soeur.de Mme Alexis Laframboise et de Mme Frs-Antoine La Rocque." 

Juleï-Mauïice Quesnel fut membre du Conseil Spécial de 1838 à 1841 
et membre du Conseil législatif de 1841 à 1842. Il mourut à Montréal le 20 
mai 1842 et où les funérailles eurent lieu le 23. Y assistaient : l'hon. Jean- 
Roch Rolland, François La Rocque, Patrice Lacombe. notaire, J.-M. LaMo- 
the, Alexis Laframboise, etc. 

II.— JOSEPH-TIMOLEON QUESNEL— Né en 1799. En pre- 
mières noces, il épousa, à Saint-Philippe, le 22 octobre 1823, Flavie Singer, 
r^lle de Frederick Singer, "ancien voyageur des pays d'en haut", et de Catherine 
Laman et, en deuxièmes noces, à l'Acadie, le 19 février 1844, Adélaïde 
Bourgeois, veuve de François Provost. 
M. J.-T. Quesnel fut père de 



— :U2 — 

Jules, employé civil à Saint-Jean. 

Auguste, avocat et shérif à Arthabaska. 

Mélanie, mariée à M. Basile LaRocque, M. D. 

'Eloise, mariée à M. Moïse Moreau. 

Euialie, religieuse à l'Hôtel-Dieu. 

Emma, épouse de M. Henry Hamilton. 

Adélaïde, épouse de M. L.-D. Gareau, député-protonotaire, à Montréal. 

Rose de Lima, mariée à Ovide Delorme. 
, Henriette. 

M. J.-Timoléon Quesnel fut reçu médecin vers 1822. Il pratiqua à 
TAcadie, P. Q. L'abbé Moreau, dans l'histoire de cette paroisse, p. 92, dit 
que "Timoléon était un bureaucrate et qu'il prêchait le respect des lois". Il a 
été inhumée à Boucherville le 30 juin 1 864. Etaient présents à la cérémonie : 
Thon. F. -A. Quesnel, son frère, Jules Quesnel, J.-A. Quesnel, F.-X. Valade, 
C.-S. Cherrier, C.R., P. Huguet-Latour, Joseph Boucher de la Broquerie. 

IL— MELANIE QUESNEL — Née en 1 797. Elle épousa en pre- 
mières noces, à Montréal, le 11 août 1819, Joseph-Michel Coursol, de la 
Compagnie de la Baie d'Hudson. De ce mariage naquit, à Amherstburg, Ont., 
Charles-Joseph Coursol dont la carrière est bien connue. Il fut juge des ses- 
sions de la paix (1870), président de la société Saint-Jean-Baptiste de 1872 
à 1876, député à la Chambre des Communes en 1878. Mort à Montréal le 
4 août 1888. Il avait épousé à Montréal, le 16 janvier 1849, Emilie-Hen- 
riette-Hélène, fille de sir E.-P. Taché. 

En secondes noces, Mélanie Quesnel épousa, à Notre-Dame, le 1 8 no- 
vembre 1833, Côme-Séraphin Cherrier, avocat célèbre. De ce mariage naqui- 
rent trois filles et un fils. 

Mélanie Quesnel est morte le 1er décembre 1875. 

III.— PIERRE-ADOLPHE-AUGUSTE QUESNEL, fils de F.-A. 
Quesnel. Né en 1814. Il épousa à Boucherville, le 21 septembre 1843, 
Charlotte -Adélaïde Verchères de Boucherville, fille de Thomas-René Verchères 
de Boucherville, écuyer, co-seigneur et lieutenant-colonel de milice. 

P. -A. -A. Quesnel était avocat. Il mourut le 3 décembre 1853. La sé- 
pulture eut lieu le 7 décembre suivant. Signent au registre : Alexis Laframboise 
et Antoine-Aimé Dorion (plus tard juge). 

E.-Z. MASSICOTTE 



-^ 343 — 

La Saint«Eloi et la corporation des armuriers à 
Montréal, au Hème siècle 

Quelques notes succinctes ont déjà paru dans le Bulletin des recherches 
historiques (IV, 376) sur la fête de saint Eloi, à Montréal, et la société des 
armuriers, mais cet épisode de la vie sociale de nos aïeux étant très typique il 
vaut peut-être mieux extraire des archives tous les détails qui s'y rattachent. 

En I 676, Pierre Gadois, René Fézeret, Jean Bousquet, Olivier Quesnel 
dit Tourblanche et Simon Quillory, tous armuriers, arquebusiers ou serruriers, 
s'unissent en société et décident de chômer le premier de décembre de chaque 
amiée, la fête de saint Eloi, leur vénéré patron. 

Le programme de la journée comportait une grand'messe avec diacre et 
sous-diacre, puis un dîner plantureux ! 

Chaque membre, à tour de rôle, fournissait le pain bénit que le bedeau 
distribuait F>endant l'office divin ; chaque membre, également, était tenu de 
»-ontribuer une pistole, un mois avant la fête, afin de défrayer les dépenses du 
repas qui se prenait à l'issu de la cérémonie chez un des associéts. 

A Fézeret échut l'honneur de donner le premier pain bénit et c'est chez 
lui que le festin devait avoir lieu. 

Le premier de décembre, entre 7 et 8 heures du matin, les associés, en 
allant à l'église, arrêtèrent au domicile de l'amphitryon pour le cueillir eu 
passage. On le trouva se querellant avec sa femme qui voulait lui enlever 
?a cravate sale pour lui mettre une cravate blanche et propre. Incidemment, 
par des allusions plus ou moins directes, la dame Fézeret fit savoir aux con- 
frères de son mari qu'elle ne voyait pas cette fête d'un bon oeil. La solennité 
débutait mal ! 

Après la messe, conciliabule. Il fut convenu qu'on ne dînerait pas chez 
Fézeret puisque sa femme était mal disposée. Fézeret allègue que son épouse 
avait raison d'être mécontente, attendu que personne n'avait versé de pistoles, 
un mois auparavant, tel que convenu. 

Quoi qu'il en soit, les associés finirent par s'entendre, chacun porta ses 
victuailles chez Gadois dont "le poêle était plus commode" et le logis plus 
spacieux et l'on festoya. Sans doute, les convives burent quelques bouteilles 
de vin ou quelques pintes de bière ; la conversation s'anima, des vantardises 



... 344 — 

s'échangèrent, des propos injurieux suivirent. L'alcool a ce don malin de 
délier les langues inconsidérément. 

Guillory appela Fézeret une "moraille" ( 1 ) et ajouta qu'on avait de 
la grâce de le souJÏrir parmi les arquebusiers ! Blessé au vif, Fézeret répondit : 
"Eh bien, la moraille vous défie d'entreprendre de fabriquer une plaque entière 
(de fusil ?) avec elle. On les fera visiter à qui les rendra plus parfaite Je 
nous deux ! " Un autre témoin raconte que Fézeret prétendit même qu'au 
sortir de la forge il rendrait un chien (de fusil ?) plus parfait que Guillory 
pouvait le faire à la lane. "Et pour éviter bruit on le laissa dans sa bonne 
opinion." 

V •*• "^ 

En I 678, le pain bénit fut donné par le sieur Gadois et le bedeau le 
servit à tous les associés en finissant par Guillory. Ce dernier crut à une insulte. 

Le dîner, comme précédemment, se prenait chez Gadois ; au cours du repas, 
Guillory demanda à Tourangeau, le bedeau, qui avait ordonné de ne lui offrir 
le pain qu'en dernier lieu ? 

Deux témoins assurent que Fézeret s'écria aussitôt : "C'est moi ! " Fé- 
zeret, cependant, nie la chose. Il déclare n'avoir pas parlé au bedeau à ce 
sujet. Toutefois, il soutient "qu'il doit être préféré à Guillory par droit d'an- 
cienneté et que le bedeau n'a fait que son devoir". Pour le moment l'incident 
fut clos. 

Lorsqu'ils eurent apaisé leur faim et leur soif, les arquebusiers jouèrent 
aux cartes. L'enjeu était "des dragées pour régaler les dames présentes". La 
déveine s'acharna sur Fézeret qui devint le p>oint de mire de tant de plaisante- 
lies qu'il jugea sage de se retirer. Déjà, il avait un pied dehors, mais trouvant 
qu'il ne s'éloignait pas assez vite, Bousquet voulut le pousser. Fézeret regimba 
et il s'accrocha au justaucorps de son confrère. Naturellement, Guillory vint 
prêter mainte forte à Bousquet. Fézeret abandonna sa prise pour sauter sur 
Guillory en criant: "C'est à toi que j'en veux. Il y a dix ans que je t'en doit !" 

A l'instant l'excitation gagna tout le monde et les femmes entrèrent dans 
la mêlée. Fézeret reçut plusieurs coups. Enfin, Gadois, sa femme et un nommé 
Péloquin séparèrent les combattants, puis Fézeret disparut. 

Le calme revenu, Guillory sortit pour aller chercher des dragées. Il avait 
compté sans Fézeret. Celui-ci qui guettait. . . les événements s'avança au- 
devant de son adversaire favori et lui annonça qu'il ne s'était pas satisfait : 



( I ) Tenailles avec lesquelles les maréchaux pincent le nez d'un cheval 
rétif pour le ferrer. 



... 345 — 

**I1 faut que je t'en donne tout mon saoul ! " Ces paroles prononcées, il se 
rua sur Guillçry et lui arracha les cheveux. 

Péioquin, Deiorme et Gadois les séparèrent de nouveau. Tenace et vin- 
dicatif, Fézeret revint à la charge, il déchira la cravate de Guillory et essaya, 
sans réussir heureusement, de s'emparer de l'épée de Péioquin Ne pouvant 
faire mieux, il accompagna Guillory jusqu'à son domicile en l'accablant d'invec- 
tfves. , §.^ 

Dans cette querelle, Fézeret ne semble pas avoir eu le dessus. Du moins, 
il dut être assez malmené, car il alla s'aliter à l'hôpital. C'est de cette institution 
qu'il porte plainte contre Bousquet et Guillory, au mois de décembre 1678. 
Accusateur et prévenus écoutant des conseils autorisés firent, le 28 décembre, 
un accord pour terminer le procès. Les frais — 1 à 12 livres — devant être 
payés par les parties en cause. 

Qucint à la plainte, Fézeret consent à ce qu'elle soit "déchirée, lacérée et 
jetée au feu, afin qu'il n'en soit jamais fait mention". 

La hache de guerre n'était pas enterrée profondément. Un esprit de 
discorde continua de régner parmi les fils de saint Eloi. Aucune célébration 
n'eut lieu en 1679 et 1680. En cette dernière aimée (13 décembre 1680) 
Gadois, Guillory et Bousquet décidèrent d'expulser Fézeret de la société. Trois 
jours plus tard, celui-ci demande réparation publique de l'injure que lui font 
ses confrères en le bannissant. De plus, il fut assez habile pour obtenir l'inter- 
vention de la fabrique en sa feveur. 

Le 7 de janvier 1681, les marguilliers de Villemarie remettent au pro- 
cureur fiscal une requête dans laquelle ils demandent "que le compromis inter- 
venu entre les nommés Fézeret, Gadois, Guillory, Bousquet et Quesnel soit 
continué . . . Que pour ce qui est des messes dont il n'est plus question depuis 
deux ou trois ans, ordre soit dorme de les faire toutes célébrer le mois prochain, 
sans autre délai. . . A l'égard des pistoles que l'on s'était engagé à verser 
pour le festin, ce qui a été cause du différend et a porté les associés à oublier 
!e respect qu'ils devaient à leur saint patron, aussi bien qu'à déroger aux ordon- 
nances qui défendent les régals, les marguilliers concluent que les dites pistoles 
soient employées pour la construction de l'égilse". 

Le 23 de février suivant, le tribunal condamne Guillor>' à faire dire à 
saint Eloi la messe qu'il lui doit depuis deux ans ; aucun des associés ne p>ourra 
verser de deniers pour la régalade ; Gadois, Guillory et Bousquet paieront dix 
livres d'amende chacun pour avoir banni Fézeret, enfin, il est défendu aux asso- 
ciés de bannir aucun des justiciables de la seigneurie de Montréal, à l'avenir. 



... 346 — 

sous peine de 500 livres d'amende. Le 1 de février, le mémoire des frais est 
produit, ils s'élèvent à 37 livres 5 sols. * 

La corporation des armuriers semble n'avoir pas survécu à l'intervention 
de la justice, car plus jamais on n'en entend parler. Ou bien, le procès eut 
un effet tellement salutaire que, par la suite, aucun des gestes de cette société 
ne valut d'être consigné : les gens heureux n'ayant pas d'histoire ! 

E.-Z. MASSICOTTE 



Billets de la distillerie de Saint=Denis 



Bon nombre de collectionneurs de billets de banques canadiens possèdent 
des assignats ou billets qui se lisent comme suit : 

" Distillerie de Saint-Denis, Saint-Denis, 22 juillet 1837. A demande, 
pour valeur reçue, nous promettons payer au porteur, en billets de banques ayant 
cours à Montréal quinze sous, en somme de pas moins d'une piastre. (Signé 
Olivier Kimber, Wdf. Nelson)." 

Quels sont ces étranges documents ? Y a-t-il jamais eu une distillerie à 
Saint-Denis ? 

La distillerie de Saint-Denis fut organisée vers I &30 par MM. Nelson, 
Kimber, Deschambault, etc., etc. L'eau-de-vie qu'on y fabriquait gratait fort, 
paraît-il, le gosier des buveurs du temps. 

Les excellentes affaires de la distillerie de Saint-Denis avaient permis à 
ses propriétaires d'émettre des assignats pour remplacer le numémaire sonnant 
si rare dans nos campagnes à cette époque. Ces billets promissoires étaient 
reçus partout dans le district à l'égal des garanties des banques les plus solides. 

En 1837, la distillerie de Saint-Denis fut réduite en cendres par l'artillerie 
des soldats anglais. Les porteurs des assignats perdirent leurs valeurs car la 
distillerie ne se releva pas de ses ruines. 

On trouvera un fac-similé des assignats de la distillerie de Saint-Denis à 
la page 344 de VHistoire de la paroisse de Saint-Denis-sur-Richelieu de M. 
l'abbé J.-B.-A. Allaire. 



... 347 — 

Le lieutenant=général John=Graves Simcoe à Québec 



L'Acte de 1 79 i créait deux provinces : le Bas-Canada et le Haut- 
Canada avec chacune un lieutenant-gouverneur, un Conseil législatif et une 
Chambre d'Assemblée. 

Le premier lieutenant-gouverneur du Haut-Canada fut John-Graves Sim- 
coe. Il s'embarqua à Weymouth le 2 1 septembre 1 79 1 , sur le navire Triton. 
Le voyage se fit en vingt-un jours. Le Triton entra dans le port de Québec dans 
la matinée du l 1 novembre l 791 . 

La Cazetle de Québec du 1 7 novembre 1 79 1 annonce ainsi l'arrivée à 
Québec de M. Simcoe : 

" Vendredi matin ( 1 1 novembre) arriva ici, en sept semaines, d'Angle- 
terre la frégate Triton, capitaine Murray, dans laquelle est venu Son Excellence 
J.-G. Simcoe, Ecuyer, lieutenant-gouverneur pour la province du Haut-Canada, 
avec sa famille et sa suite." 

M. Simcoe resta à Québec de septembre 1791 à juin 1792. 

La Gazelle de Québec dans son numéro du 14 juin 1792, annonçait 
ainsi son départ pour le Haut-Canada : 

" Vendredi dernier (1er juin 1 792) Son Excellence le lieutenant-gouver- 
neur Simcoe partit de cette ville pour le Haut-Canada." 

M. Duncan-Campbell Scott, dans son livre John-Graves Simcoe, nous 
donne les raisons du relard du lieutenant-gouverneur du Haut-Canada, à aller 
prendre possession de son gouvernement : 

" From the date of his arrivai until early in June, Simcoe was in the 
anomalous position of being in authority in name only. Virtually he was lieu- 
tenant-gove:nor of Upper Canada and commander of His Majesty's forces in 
the province, but in reality he could not remit a fine or issue a regimental 
order. He had rio military authority until the arrivai of the troops he was to 
command, and he could assume no civil power until a majority of the législative 
council was présent to administer the oaths. Four members of this body had 
been appointed in England, but only one was at that time in Canada, Alexander 
Grant. Until the proclamation dividing the province was issued. Sir Alured 



.., 348 — 

Clark was acting governor. The moment that instrument was issued he became 
lieutenant-governor of Lower Canada, and could hâve no civil control in the 
sister province. Simcoe laid thèse facts before the government and recommended 
the appoinlment of additionnai councillors résident in Canada. The proclama- 
tion was issued on November 1 8th, 1 79 1 , and the division of the province 
was decreed to take place upon December 26th following. The Québec Gazelle 
of December 1 st, 1 79 1 , contained the proclamation and the full text of the 
Act. 

" It was necessary that the administration of justice should continue 
without intermission. Sir Alured Clarke, properly sworn as lieutenant-governor 
of Lower Canada, continued by proclamation the powers of the judiciary, but 
Simcoe had not like power. If Judge Powell had pressed the desirability of 
a similar proclamation for Upper Canada the courts might hâve been tem- 
porarily suspended, but he dit not do so and the administration of justice pro- 
ceeded while as yet there was no civil authority in the province. The term of 
unccrtainly was ended early in June by the arrivai of two législative councillors, 
Osgoode and Russell, who with Grant formed a quorum. The govemor's 
military authority had been established a few days earlier by the arrivai at 
Québec of the Bels]) and John on May 28th, with the first division of the 
Queen's Rangers ; the second division arrived on June II th " (I). 
> 

Où habitait M. Simcoe pendant ses huit mois de séjour à Québec ? 

M. E.-T.D. Chambers a en sa possession un reçu qui peut aider à répon- 
dre à cette question. Il se lit comme suit : 

Québec, 7 juin 1 792. 

Reçu du maître d'hôtel de monsieur Simcoe quinze louis de cette province 
pour six mois de loyer de la maison qu'il a occupée rue Saint- Jean jusqu'au 
premier du mois de mai mil sept cent quatre vingt douze dont quittance. 

DENECHAUD. 

On conserve dans les archives de Notre-Dame de Québec un dénombre- 
ment de la paroisse fait en juillet I 792 par le curé Plessis (plus tard Mgr 

(1) Page 48. 



— H49 — 

Plessis). Tous les résidants de la me Saint-Jean sont indiqués avec leur pro- 
fession et métier et le numéro de leur résidence. 

C'étaient : Nos l et 2, Charles DeBlois, marchand ; Benoît, perru- 
quier ; No 3, les Denechaud, frères, marchands ; No 4. Alexandre Picard, 
orfèvre ; No 5, Joseph Bezeau, marchand ; No 6, Augustin Savard, fer- 
blantier ; No 7, Antoine Méru-Panet, marchand ; Alexis Monjon, ancien 
navigateur ; Nos 8 et 9, un Anglais (non nommé) ; No I 0, Pierre Dupras, 
forgeron ; No 1 1 , M. Ecker ; No 12, M. Winslow ; No 1 3, un Anglais 
(non nommé) ; No 14, Jacques Labrecque, forgeron ; No 15, Etierme 
Gatier, sellier ; No 1 6, Germain Tessier, menuisier ; No 1 7, Pierre Vézina, 
forgeron ; No 18, un Anglais (non nommé) ; No 19, M. Mount ; No 
20, Joseph Vocelle, marchand ; No 21, Louis Audibert, vitrier ; No 22, 
Duncan McKenzie ; No 23, Philippe Braun, allemand, armurier ; No 24, 
André Decelotte dit Dostie, boulanger ; Wliliam Campbell, tailleur ; No 
25, Augustin Vealer, marchand ; M. Cambridge ; Jean-Christophe Miller : 
Joseph Vexler ; No 26, Romain Brunet dit Dauphiné : No 28, Pierre Dou- 
gadoss, porte-cassette ; Urbain Martinet, joueur de violon ; Pierre Chalou, 
boulanger ; No 29, Melchior Poncet, boulanger ; No 30, la veuve Charles 
Lortie ; No 31, Thomas Langlais, boucher ; No 32, Charles Bezeau, char- 
letier ; No 33, Charles Labbé, marchand. No 34, Joseph Pageot, charretier : 
J.-B. Baheux, journalier ; No 35, Etienne Desroches dit Laliberté, sellier : 
Mme Pierre Pacaud ; No 36, William Ennis, tonnelier ; No 37, Joseph 
Dupont, boucher ; Joseph Chappuy, horloger ; No 38, Denis Daly, caba- 
retier ; No 39, Michel Jourdain, maçon ; No 40, Maison vacante ; Nos 
41, 42, 43, des Anglais (non nommés) ; No 44, Joseph Bélanger, pelletier ; 
No 45, M. Gray ; No 46, Philippe Drolet, marchand ; No 47, François 
DeBlois, marchand ; No 48, François Renvoysé, orfèvre ; Délies Robi- 
chaud. 

La maison occupée par les frères Dénéchaud, rue Saint-Jean, appartenait 
à leur père, Jacques Dénéchaud, maître chirurgien. Cette maison se trouverait 
aujourd'hui au coin des rues Saint- Jean et Collins. 

Nous ne croyons pas cependant que c'est dans cette maison qu'habita 
Simcoe pendant son séjour à Québec. 

Le chirurgien Dénéchaud possédait une autre maison, rue Saint-Jean, 
côté gauche en allant vers l'ouest. Elle s'élevait un peu en dehors des forti- 
fications, non loin de l'ancienne porte Saint- Jean. 



— 350 — 

Le chirurgien Dénéchaud avait acheté ce terrain, le 23 août 1 773, de 
Jacques Déguise dit Flamand, bourgeois. Dans l'acte de vente reçu par !e 
notaire Saillant l'emplacement est ainsi désigné : "Un emplacement situé en 
cette .haute ville de Québec à prendre sur le grand chemin de St Jean hors la 
ville de quarante pieds de front ou environ sur la rue et faubourg St-Jean, sur 
soixante pieds de profondeur, joignant au surouest à Jean Langlois et au nordest 
à l'enceinte des murailles de la ville, et par sa profondeur au terrain non con- 
cédé ..." 

Jacques Déguise dit Flammand tenait cet emplacement des Dames de 
l'Hôtel-Dieu et l'avait acheté par acte devant le notaire Moreau le 30 septembre 
1762. 

Malgré toutes nos recherches, nous n'avons pu établir le site exact de la 
maison occupée par Simcoe en 1 791-1 792. Pour éclaircir ce point il faudrait 
1 élever les titres de propriétés de vingt-cinq ou trente emplacements près de 
l'Ancienne porte Saint- Jean. On comprend qu'un pareil travail demanderait 
beaucoup de temps. 

P.-G. R. 



Gauthier de Varennes 



Dans le Bulletin des Rech. Hist., vol. XXVIII, p. 117, M. l'abbé 
Caron demande : "A quel propos avait-il (parlant de René Gauthier de Va- 
" rennes) ajouté le titre de Varennes à son nom de famille ? . . . " 

J'ai déjà communiqué au Bulletin, il y a quelques années, une note que 
je vais répéter, et qui, selon moi, prouve l'antiquité du nom de Varennes accolé 
à Gauthier. Des Lettres-Patentes furent enregistrées à la Cour des Comptes, 
à Paris, en 1 354, portant anoblissement de Gauthier de Varennes, argentier 
et valet du roi Jean II le Bon. René Gauthier en s'appelant aussi de Varennes 
portait tout simplement le nom de la branche aînée de la famille : les cadets 
s'appelaient de la Verandrie, etc. J'ajouterai que j'ai demandé à un corres- 
pondant, à Paris, s'il pourrait m'avoir une copie des Lettres patentes de noblesse 
ci-haut mentionnées. On m'a répondu que ces documents avaient été détruits 
par le feu. 

REGIS ROY 



... 351 — 

Jean-Baptiste Morin dit Rochebcîlle 



Mgr Tanguay dit dans son Dictionnaire généalogique (vol. 1er, p. 444) 
que Jean-Baptiste Morin dit Rochebelle fut conseiller au Conseil Souverain. 

Jean-Baptiste Morin dit Rochebelle n'a jamais été conseiller au Conseil 
Souverain. 

Nous avons examiné avec soin les procès-verbaux du Conseil de la date 
de son entrée en fonction, le I 8 septembre I 663 au 1 2 décembre 1 694, date 
de la mort de Morin dit Rochebelle. Son nom y apparaît de temps en temps 
comme plaideur mais en aucune occasion on lui donne le titre de conseiller. 
Pareillement, nous avons parcouru la correspondance des gouverneurs, les ca- 
hiers des insinuations du Conseil Supérieur, les actes de l'état civil relatifs aux 
Morin dit Rochebelle, etc., etc. Nulle part on mentionne Jean-Baptiste Morin 
dit Rochebelle comme conseiller au Conseil Souverain. 

Nous ignorons sur quoi a pu se baser Mgr Tanguay pour qualifier Morin 
dit Rochebelle de conseiller au Conseil Supérieur. 

Morin dit Rochebelle appartenait à une famille importante de Québec. 
Son p>ère, Noël Morin, charron, avait épousé Hélène Des Portes, veuve de 
Guillaume Hébert. De cette union naquirent douze enfants dont quelques-uns 
sont entrés dans l'histoire. Germain Morin fut le premier prêtre canadien. On 
a aussi écrit que sa soeur, Marie Morin, fut la première religieuse canadienne. 
On a fait erreur. Marie Morin fut la première religieuse canadienne à Montréal 
mais à Québec plusieurs enfants du sol l'avaient précédée dems la voie monas- 
tique. 

Quoi qu'il en soit, Jean-Baptiste Morin dit Rochebelle naquit à Québec le 
25 mai 1645. Il est qualifié bourgeois dans plusieurs documents du temps. 

Le 22 novembre 1 667, il épouse Catherine de Belleau, fille de François 
de Belleau, sieur de Cantigny, et d'Anne de Breda. De ce mariage naquirent ; 

Marie, née à Québec le 2 janvier 1672 et décédée le 4 janvier 1672. 

Marie-Anne, née à Québec le 31 juillet 1675 et mariée, au même endroit, 
le 8 janvier 1691, à Jacques Pinguet. Elle décéda à Québec le 31 décembre 
1 702. 

Jean-Baptiste Morin dit Rochebelle décéda à Québec le 12 décembre 
1694. 

P.-G. R. 



— 352 -- 

Le nom de Riviere-Ouelle 



Dans son ouvrage Une paroisse canadienne au X.VIIe siècle, M. l'abbé 
Casgrain a écrit : 

" On a prétendu que le mot Quelle est d'extraction sauvage et qu'il signifie 
une anguille, à laquelle la rivière Quelle ressmble par les nombreux détours 
qu'elle fait dans la plaine, avant de se jeter dans le Saint-Laurent. A partir 
de son embouchure, en effet, jusqu'au pont du chemin de fer Intercolonial, on 
compte une lieue en ligne droite, tandis qu'on en compte trois en suivant son 
contours. 

" Nous croyons plutôt que la rivière Quelle fut nommée ainsi en souvenir 
d'un compatriote de Champlain, M. Quel, contrôleur général des salines de 
Brouage, membre de la Compagnie des Cent-Associés, et l'un des bienfaiteurs 
insignes des missionnaires récollets dont il était syndic au Canada." 

Nous nous accordons avec M. l'abbé Casgrain quand il dit que le mot 
Quelle ou Houel n'est pas d'origine sauvage. Mais la rivière Quelle a-tellc 
bien emprunté son nom du compatriote de Champlain, M. Ouel, contrôleur- 
général des salines de Brouage ? 

Nous ne croyons pas que la rivière Quelle ait pris son nom avant l'arrivée 
de M. Deschamps de la Bouteillerie dans la Nouvelle-France. Il est même 
probable que le nom de Rivière-Quelle ne fut connu que vers I 672. Or on 
voit dans une généalogie de M. DesCamps de la Bouteillerie qu'un de ses 
grand'oncles, Nicolas des Champs, avocat en Parlement, était marié à Jeanne 
de Houel. Ne serait-ce pas cette Jeanne de Houel qui aurait donné son nom 
d'abord à la rivière Quelle puis à la seigneurie et à la paroisse formée sur 
ses bords ? 

P.-G. R. 



BULLETIN 



DES 



RECHERCHES HISTORIQUES 



iR] 



VOL. XXIll BEAlCEVILLE^DECEnBRE 1917 No 12 



Pierre de ûorribon 



Pierre dn Gorribon pa^sa d.ms la N )uvelIe-FrauC'^ p-u 
avant 1665. Peut-être même vint-il ici avec M. de Tracy, 
dans l'été de 1665. 

Nommé par M. de Tracy, membre du Con-eil Souverain, 
le 6 décembre 1666, il fut installé le 5 janvier 1667. Il est 
dit dans le procès-verbal de nomination 'de Gorribon, cy- 
devant conseiller au Pré-;idial de Marennes". 

Le JOURNAL DES JESUITE^ ne fait «qu'une courte 
allusion à M. de^ Gorribon. Nous lisons, à la date du 4 juil- 
let 1667 : 

*'Le sieur Gorribon monte aux Trois-Rivières pour in- 
former de nouveau des désordres des boissons, qui sont ex- 
trêmes." 

M. de Gorribon avait l'avantage sur ses collègues du 
Conseil Souverain de connaître la loi, ayant été précédem- 
ment dans la magistrature. 

On sait qu'à l'origine les conseillers au Conseil Souve- 
rain étaient nommés pour trois ans seulement. Le 14 jan- 
vier 1669, IVL de Gorribon était continué en charge. 

Mgr Tanguay. dans son DICTIONNAIRE GENEALO- 
GIQUE, ne nous donne pas la date ni l'endroit de la mort 



— 354 — 

deM. deGorribon. Dan?^ notre étnde LES CONSEILLERS 
AU CONSEIL SOUVERAIN DE LA NOUVKJXE FRAN- 
CE, nous avons écrit, sur la foi d'une information qui sem- 
blait contrôlée, que M. de Gorribon retourné en f>ance en 
septenibre ou octobre 1669 y décéda avant le 27 janvier 1670. 
Le document suivant signée par M. Cailhault de la 
Tesserie établit que M. de Gorributi décéda en sa maison de 
la basse-ville de Québec le 12 octobre 1669 : 

"L'an mil six cent soixante neuf, le samedi douzie. jour 
d'octobre sur les dix heures du matin, à la reqte de noble 
homme Maistre de Mouchy, substitut du procureur géné- 
ral du Conseil Souverain de ce pa3's pour la conservation des 
droits (|u'il appartiendra, nous Jacques de Cailhault escuyer 
sieur de la Tesserie conseiller du Roy au dit Conseil Souve- 
rain commissaire en cette partie par commis-ion de Messire 
Daniel de Remy chevalier seigneur de Courcelles, lieutenant- 
général et gouverneur pour le Roy en toute l'estendue de ce 
pays, en datte de ce jour assisté de Maistre Jean-Baptiste 
Gasset praticien pris pour greffier a esté procédé à l'inventai- 
re et description des biens meubles délai-sés après le décès de 
feu monsieur Maistre Pierre de Gorribon conseiller du Roy 
au d, Conel décédé ce jourd'huy environ les quatr - heures 
du matin en une mai-on seize en la basse-ville de Quebecq 
où restait lors de son deces le d. sieur de Gorribon" 

L'acte de sépulture de M. de Gorribon est au registre 

de Notre-Dame de Québec, à la date du 13 octobre 1669, 

mais il est rédigé d'une façon >i incomplète qu'il n'est pas 

étonnant qu'il ait échappé aux recherches de Mgr Tanguay. 

Il se lit comme suit : 

Le douzième jour de mois d'octobre de l'an rail six cens 

soixante neuf CORRIBONT de la ville de Ma- 

renne est décédé a})jès avoir reçeu les Snts. Sacremens de 



— H5S — 

pénitence (l'euchanstie et crextiéme-onction duquel 'e corpn 
a e-té in]Hi:rié «lans le oinietière des pauvres de l'Hôpital le 
trt'izir'ine Jour du <1 mois d'octobre au dit an '. 

M. de Gorribon, d'aj>rès la pièce que nous avons cité 
plus haut, laissait ses affaires financières en assez triste état. 
Ses dettes dépassaient de beaucoup son modeste avoir. 

P. O. R. 



"La Famille d'Ailleboust" 



► 



La famille d'Ailleboust a occupé dans nos annales une place très 
importante. Dans ses Grandes familles françaises dn Canada, M. l'ab- 
bé Daniel a consacré plusieurs pa.sjes à la famille d'Ailleboust, mais son 
travail e.st incomplet et rempli d'erreurs. 

M. Aegidius Fauteux vient de publier une Histoire de la famille 
d' AilleboHst qu'il a la modestie de qualiiîei "un simple plaisir de cher- 
cheur ' mais qui, à notre humble avis, "rend parfaitement justice à cette 
famille remarquable. 

M. Fauteux nous fait d'abord connaître l'histoire de la famille 
d'Ailleboust en Europe puis chacune des branches sorties de Charles 
d'Ailleboust des Mnsseaux (neveu du gouverneur d'Ailleboust), l'au- 
teur des d'Ailleboust canadiens. Ces d'Ailleboust très nombreux ont 
été connus .sous les noms de d'Ailleboust de Coulonge, d'Aillebou.st de 
Manthet. d' Ailleboust d'Argenteuil, d'Ailleboust de Saint- Vilmé, 
d'Ailleboust de Périgny, d'Ailleboust de Cui.sy, d'Ailleboust de Cerry, 
d Ailleboust de la Madeleine, d'Ailleboust de Boulassery. 

Le nom d'Aillebou.st si honorablement connu sous le régime fran 
çais a disparu du pays un peu après 1800. C'est l'hi.stoire de tous les 
valeureux d'Ailleboust que M. Fauteux nous fait connaître dans .son 
beau livre. 



... 356 --- 

In médecin irlandais à Montréal avant la conquête 



(Suite et fin) 

En 1731 autre exploit pugilistique de Sylvain (|ui, uvaiit 
rencontré Charlebois fils qui s'en allait à la Pointe-Claire, 
le prévient rudement que si quelqu'un de sa famille va té- 
moigner contre La Sablonnière, il le jettera hors de l'audien- 
ce, et, ce disant, le frappe à coups de canne. Pour avoir 
aussi abusé d'arguments trop touchants, l'irritabh' médecin 
fut condamné à 75 livres de do nmage, à 85 livres de frais, 
et à 10 livres d'aumône au ])rofli de l' Hôtel-Dieu. ' , 

Avec un époux d'un tel caractère, on peut se demander 
ce que fut la vie domestique de cette pauvre Marie Renée 
Gauthier de Varennes. De sombres nuages' durent assez fré- 
quemment flotter au-dessus du foyer conjugaL II airiva 
même un temps où les nuages annoncelés crevèrent en tem- 
pête. Ce fut vers la Noël de 17.")7. Mme Sylvain ayant été 
rouée de coups par son mari, son frère la Vérendrye et son 
neveu de Varennes vinrent l'enlever de force de sa maison, 
et après l'avoir placée en lieu sûr, l'engagèrent à intenter 
contre Sylvain une action en séparation de corps et de biens. 
Ce fut un long procès et qui fit beaucoup de bruit <lans U' 
Landerneau montréalais. Il y eut toute une série de procé- 
dures er de oontre procédures dont les actvs sont encore aux 
archives judiciaires de notre Palais de Justice. Il est piquant 
de voir mêlé à cette atïtiire, le grand déceuvreur Pierre Oau- 
thier de la Vérendrye. 

C'est Sylvain lui-même qui parait ouvrir le bal des pro- 
cédures par une requête adressée au juge Raimbault le 13 
janvier 1738, et où il se plaint d'avoir été, le 11 précédent, 
"assassiné et attaqué à la pointe de l'épée par M. de la Vé- 
rendrye père et le sieur de \^irennes fils accompagné d«' la 
dame' sa mère. Il raconte qu'il était en sa maison ne pen- 
sant à aucune chose, lorsque ces per-onnes entrèrent et, en- 
levant son épouse par la main, lui dirent de passer la porte. 
M. de la Vérendrye aurait dit de plus au suppliant : "Sortez 



— 367 --- 

et passez aussi la- porte, ^i vous êtes assez hardi : vous n'avez 
lien ici appartenant." 

Les rhoses se passèrent-elles de cette exacte façon et 
Sylvain fut-il vraiment aussi sage qu'il le dit ? C'est ce qu'il 
faudrait examiner à la lumière des témoignages rendus li 
l'enquête du 20 janvier 1738. Cette enquête avait été or- 
donnée le 18 à la réquisition de Mme Sylvain, demanderesse 
<n séparation de corps et de biens, mais en fait sur l'instan- 
ce de son frère la V'érendrye et de son gendre Ignace Ga- 
melin. Il y eut plus de dix témoins assignés. 

Le })rincipal est l'abbé Chèze, prêtre de St-Sulpice. Il 
dépose que le jour de No^l précédent, le sieur Girard, ecclé- 
siastique du Séminaire, le serait venu chercher"" pour donner 
'{uelques consolations à la dame Sylvain qui était auprès du 
p;)ële dans la classe de l'école. Lorsqu'il s'y fut transporté, 
la dame lui dit qu'elle avait été moulue de coups par le sieur 
Sylvain après la messe de minuit et qu'elle ne pouvait plus 
ré.sister à demeurer avec lui. ayant couru risque de la vie. 
Sur ce, l'abbé Chèze se rend chez Sylvain afin de tenter une 
1 ('conciliation et de retnettre la paix dans le i^énage. Syl- 
vain lui fait >e< plaintes et l.ui montre sa chemise déchirée 
sur une de ses épaules en disant que c'était par sa femme, 
mais il finit par donner sa parole qu'il ne la maltraiterait 
plus. Retourné à l'endroit où était la dame, l'abbé la déter- 
mine non sans peine à réintégra. r la maison. Mais voici que 
\'ers 8 heures et un quart du soir, le garçon domestique de 
.M. et Mme Sylvain vient de nouveau chercher M. Chèze, di- 
.sant (|ue Madame vient encore d'être maltraitée et qu'il y a 
grand vacarme. Arrivé à la maison, M. Chèze y trouve le 
sieur de la Vérendrve, frère de Mme Sylvain, la dame de 
Varennes sa belle-soeur, le sieur de Varennes, son neveu, et 
le sieur Sylvain lui-même faisant ensemble grand bruit. En 
le voyant entrer, Sylvain lui dit : ' 'Monsieur, ils veulent 
emmener ma femme." En même temps le sieur de la Vé- 
icndrye raconte que juste avant l'arrivée de l'abbé^ il a été 
attaqué par le sieur Sylvain l'épée à la main et que ce der- 
nier a même dû lui panser un doigt qu'il lui avait percé 
• lun coup de sa lame Et le sieur Sylvain, fort en colère. 



— 35« — 

continuait à dire des injures tant au sieur de la Vérendrve 
et à sa famille qu'à sa propre femme à laquelle même il don- 
na un coup de poing sur le côté de la tête L'abbé Chèze se 
mit entre eux deux pour l'empêcher de continuer, et il fit 
aussi son possible pour apaiser la querelle avec M. de la Vé- 
rendrye que Sylvain voulait fra[)per avec un grand bâton 
ferré qu'il avait pris à côté de la cheminée. Après avoir don- 
né à la Vérendrye et à sa compagnie le temps de sortir en 
se mettant au devant, l'iibbé resta encore près de deux heu- 
res pour tranquili>er Sylvain et pour empêcher les mauvais 
traitements qu'il aurait pu faire à sa femme, contre laquelle 
il s'élevait en grand courroux sans qu'elle y donnAt occasion 
A un moment le bi'utal mari prit même à la gorge sa femme 
qui était assise dans un fauteuil, et ce fut l'abbé Chèze qui 
la retira de ses mains. Un peu ai)rès, en .^e promenant dans 
la chambre, voici que le sieur Sylvain arrache subitement sa 
canne des mains de l'abbé et la lève sur la tête de sa femme 
L'abbé pare le coup et fait tomber la canne, que Sylvain ra- 
masse et lui rend. Ce n'est que vers onze heures que M. 
Chèze se retira sui- la parole de Sylvain qu'il ne maltra' fe- 
rait plus sa femme. 

De son côté, Sylvain avait intenté contre M. de la Vé- 
rendrye, Mme de Varennes et M. de Varennes son fils une 
doub'e poursuite civile et criminelle, les accusant suivant le 
langage du temps d'assassinat prémédité fait chez lui et 
d'enlèvemeiit ou rapt pendant la nuit : mais il se dé-^ista 
bientôt de la poursuite civile et n'insista que sur la continu- 
ation du pro(;ès criminel. Le juge Raimbault assigna les 
accusés à comparaître et fixa l'enquête au S -février. Mal- 
heureusement, nous n'avons \)i\ retrouver Ihs pièces de cette 
enquête. 

Il faut croire cei)endant que notre ami Sylvain ne fnl 
pas des plus heui-eux dans ses procédures, car nous voyons 
<iu"il fut, sur nous ne savons quel jugement interloi-utoire. 
condamné par sentence~du tribunal à payer la somme <\r -lô 
livres, 9 sols Mais l'enragé plaideur ne se hâtait pas 'de 
payer et il fallut mettre en mouvement les huissit-rs. (.'es 
dignes officiers de justice n'envisageaient jamais sans quelque 



— 359 — 

crainte l'obligation de procéder chez l'irascible médecin et 
l'événement leur prouvait d'ordinaire qu'ils avaient ei rai- 
son d'être mqifiets. Au commencement de 1738, "Sylvain 
était moins amène que jamais et Thuissier Guignard en sut 
quelque chose. 

Vers le milieu Je le vrier, Laurent-Arthur Guignard, 
huissier royal, se présente donc au domicile de Sylvain, ac- 
compagné de deux autres huissiers, Perrin et Saulguin. Syl- 
vain leur présente à chacun un siège et les fait s'asseoir. Très 
poliment et avec beaucoup de précautions oratoires, Gui- 
gnard représente qu'on lui a remis entre les mains une sen- 
tence pour lui faire un itératif commandement de payer 4 5 
livres 9 sols, qu'en cas de refus il a instruction de sais r-exé- 
cuter ses meubles, que sa charge lui enjoint de faire ce qui 
lui est commandé el il le prie de trouver bon qu'il s'acquitte 
de son devoir. Sur quoi, !e sieur Sylvain, sans faire aucune 
réponse, se serait comme un furieux jeté sur Guignard, et, le 
prenant par les cheveux, l'aurait renversé par terre, lui au- 
rait donné plusieurs coups de poing, sur la tète, et, aj'ant tiré 
son épée hors du fourreau, lui en aurait donné du pombeau 
plusieurs coups sur le c )rps, Guignard ayant osé dire quand 
même : "Monsieur, cela ne m'empêchera pas, j'ai ordre d-' 
prendre vingt à trente hommes, s'il les faut, pour me prêter 
main forte", le sieur Sylvain le prit de nouveau par hs che- 
veux, le train:) nt par deux fois sur le plancher de la cham- 
bre, lui donna des coups de pied et de poing, et puis le lais- 
sa là. Guignard. s'étant relevé, prononça quelques paroles inni- 
telligibies pendant que Sylvain lui disait qu'il ferait mieux 
de se taire et de s'en aller. Comme Sylvain tirait encore son 
épée, l'huissier Perrin crut qu'il allait percer Guignard et il 
saisit lépée par le milieu de la lame, la f lisant tomber. Syl- 
vain, plus en furie que jamais, ramassa son épée dont la 
branche s'était cassée en tombant, et en fra pa l'huissier 
Perrin de plusieurs coups sur h^s épaules ; non content de 
cela il prit un grand bàtim rond de bois noirci et ferré par 
un bout et lui en asséna plusieurs coups sur le bras en di- 
sant : "Ce n'est pas à toi à mettre la main sur mon éf)ée." Et 
se retournant du côté de Guignard, en tenant son bâton, il 



™ 360 — 

ajouta : 'Tu mériterais -que je te casse les bras et lesjnmbes." 
Les huissiers se tirèrent assez piteusement dt- cette aven- 
ture. A la suite des coups qu'il avait reçus, Guignard fut 
obligé (\e garder le lit, et Perrin était encore incomniodé des 
siens après 22 jours, en ayant encore les marques au jour du 
procès, alors qu'il les fit voi- en découvrant son bras gauche 
où parais^sait du sang extravasé au-dessus et au-dessous du 
coude, 

Mî is si Tinioihée Sylvain était emporté, il navait pas la 
rancune longue. Une fois qu'il avait bitn battu quelqu'un, 
il ne lui en voulait plu- et il le soianait lui-même au b -soin 
avec la plus charitable attention. Nous avons vu qu'au plus 
fort d'une sérieuse di pute, il s'était at-rêté pour panser au Sr 
di- la Vérendiye un doigt qu'il venait de percer de sa lame. 
Il ne fut }>ab moins gentil à l'endroit de Thuissier Guignard, 
Qr,and il eut fini de le ro-ser, il le contraignit à boire avec 
lui un bon coup de vin vt, l'ayant conduit dehors, il lui dit 
sur le seuil : "Mon ami, met- ta main dan-> la mienne et em- 
bnisdons-npus." Guignard, après ce qui lui était arrivé, crut 
qu'il n'avait rien de mieux à faire que de se rendre à cette 
aimable inxitation, et batteur et battu s'emh'as«;èrent tendre- 
ment. Mai^ nous ()ubli<.ns de dire qu'avant cette conclu- 
sion idyllique, Sylvain avait forcé Guignardà se mettieàge- 
nou.x et à baiser deux fois le plancher en demandant pardon 
à Dieu, au K' i, à la Ju tice, et à lui-même au-si. Quant à 
Peirin, Sylvain pansa ses blessures et continua de le soigner 
ptndant plu-ieurs jours, en voyant son garçon domestique lui 
poiter des remèdes pour se guérir. 

Cela n'i mi'êcha pas les huissiers maltraités de porter 
plainte en justice, et, quoique nous ne le sachions pas exac- 
tsment, Sylvain dut être encore allégé de quelques livres et 
de quelques i-ols en dommages et amendes. 

L( s archives judiciaires ne nous apprennent rien de plus 
sur ce sen-atioi nel procès dome>tique dont les dernières piè- 
cef- ont san^ doute été égalées. Ce qui paraît certain c'est 
que la séparation de (orps ne fut pas prononcée entre les 
époux. Toui indique que l'affaire fut arrangée à l'amiable. 
Une fois les premiers feu^ de la colère passés, mari et femme 



-361- 

se réconcilièrent et 8e remirent à vivre ensenjble. C'est ainsi 
que se terminent -auvent et fort hniireu-ement beaucoup de 
querelle? conjugales. 

Il faut passer trois ans avant de retrouver Sylvain en- 
core une fois face à face avec Dame Justice. Mais, chose ex- 
traordinaire, c'est lui qui maintt'nant -e plaint d'être battu ; 
les rôles sont renversés 

Dans une requête a<lressée au conseiller La Fontaine, en 
1741. Sylvain se plaint d'un huissier qui, étant venu pour 
lui faire une sommation de la part de Madame de Lobinois, 
aurait commei.cé par tirer de sa poche un pistolet bandé. 
Afin de sauver son mari, Mme Sylvain se seiait jetée sur 
l'hui-sier et Sylvain lui-même, quoique maiad ■, aurait réus-i 
à 1^ trainer dans la rue, en lui tenant toujours le br.s élevé 
pour qu'il ne pût ie tuer, et en criant : au meurtre ! jusqu'à 
ce que du secours arrivât. 

A la dé -harge de l'huissier, il convient de noter qu'il 
s'appelait (iuignard tt qu'iî était le même qui. en 173>^. avait 
passé un si mauvais quart d'heure aux mains de Sylvain. 
Guignard était payé poiir savo r ce qu'il en coûtait d ■ servir 
une sommation à l'irascible Ir andais et personne ne p^-ut le 
blâîiier d'avoir pris ses précautiou- en s'aruia it d'in [)istjlet 
et en rexhil)ant du piemier oup en guise d'exofde. 

Mais la querelle la plus con-sdérib!* et la plus r3ta:itis- 
sante de Sylvain est certaiiiemv-nt cell • qu'il eutav c Guiton 
de Monrepos, lieutenant général de la juri liction r >yale de 
Montréal. L'affaire dura deux longues ann'^es et quel |ues- 
unes de se- conséquences p r-istèrent même plus longtemps. 
Ce t le 31 décembre 1742 que la 'jran le chica le éc atn. 
Il semble qu'en 1742, l'approehe du jour de l'an n'ait pas eu 
plus qu'en 1738, d'influence adoucissante snr le caractère de 
Timo hée Syl ain. M. de Monrepos venait d't-njoindre à un 
locataire de quitter le logis qu'il occupait dans une petite 
maison appartenant à Sylv lin et >i^e rue Notre-Dame. Le 
propriétaire froissé s'en va trouver le lieutenant général pour 
lui demander raisou. M de Monrepos répond qn'ii a agi de 
concert avec le commi-saire, M. Michel, sur les remontran- 
ces du voisin et sur le pDcès verbal de la police attestant 



._ 862 — 

que la cheminée menace ruine et peut incendier le voisinage, 
bylvain se lève alors du siège que Monrepos lui avait donné 
en entrant et se répand en invectives, pendant que Monre- 
pos l'accompagne ju qu'à la porte de la rue. Une fois sur le 
seuil, ne pouvant plus se contenir, Sylvain, toujours jurant, 
lève sa canne et en donne un coup de pointe à la poitrine de 
Monrepos. Le lieutenant général porte aussitôt sa plainte 
devant le lieutenant particulier Foucher ; le 2 janvier 1743, 
les témoins sont entendus et le ^ janvier Foucher décrète 
Sylvain de prise de corps 

Maitre Adhémar, praticien tenant le siège, donne le dé- 
cret à la réquisition de Monrepos, mais, avant de le remettre 
aux huissiers, comme il sait par expérience que l'exécution 
n'en ira pas toute seule, il va voir le gouverneur afin de 
s'assurer que mnin forte sera d(mnée à la justice. M. de Bois- 
berthelot de Beaucourt, le gouverneur, répond que la consi- 
gne est de donner main forte à la justice et qu'il n'est pas 
besoin de son ordre par écrit. En conséquence, à 9 heures, 
les huissiers De Coste et Guyard se pré-entent au corps de 
garde et d'^mandent huit hommes et un sergent, pas davan- 
tage. Fort heureusement pour Sylvain, c'était M. de Varen- 
nes. son beau-frère, qui était ce jour là officier de garde, 
et les beaux-frères de Sylvain, en dé| it du grand orage de 
1758, gardiiit-nt Itsprit de famille Bref. M. de Var^-nnes 
refusa la main forte, alléguant que k consigne e^t contraire 
et qu'il faut un ordre écrit, il menace même d'arrêter les 
huissiers Ceux-ci retournent chez Adhémar qui les renvoie 
a\ec un ordre écrit de sa main. M. de Varenres dit qu'il ne 
connaît point Adhémar. "Allez, dit-il, chercher un billet 
de M. le Gouverneur." Les huissiers dressent procès-verbal 
du refus opposé par M. d>^ Varennes et par M. de Repentigny 
l'aîné, et Fou -her ord >nne qu'il soit envoyé au procureur 
général à Québec. 

Le lendemain, 4 janvier, c'étnit au tour de M. de Laval- 
trie d^- relever la garde, et il prêta volontiers la main forterde- 
mandée. Seulement il était trou tard et l'oiseau n'était plus en 
CMge ; Sylvain avait eu tout le temps nécessaire et de f-'esquiver 
même de faire enlever les meubles de sa maison. Aux huis- 



_ se« — 

siei*s qui se présentent Mme Sylvain répond qu'elle ne sait 
pas où est son mari ni depuis combien de temps il «et sorti. 

L'afîaiiv lit grand bruit et partagea la ville en deux 
camps. Le militaire était avec M. de Varennes et le Judi- 
ciaire avec M. de Monrepos. A la cour même, à Versailles, 
l'on s'en préoccupa toit, et le 24 mars 1744, le président du 
conseil de Marine écrit à MM. de Beauharnois et Hocquart 
et se dit très surpris qu'ils aient gardé le silence sur le^^ 
mouvements scandaleux survenus à Montréal l'année pré- 
cédente de la part des officiers de la garnison, à l'occasion de 
l'affaire du sieur Moniepos, juge, contre le sieur Sylvain. 
"Il est avéré, ajoute-t-il, que le sieur de Varennes a refusé 
main forte pour l'exécution d'un décret de prise de corps 
contre Sylvain et qu'il a été cause que le capitaine qui l'a 
relevé et prêté maiu-forte a soulevé contre lui la garnison, 
main forte qui a été inutile parce qu'alors le décrété s'était 
esquivé. Le roi pour cette indisciidine grave, a cassé le 
sieur de Varennes et donné sa compagnie à un autre, et a 
aussi interdit pour trois mois ies sieurs Duplessis Fabert et 
Rocbert de la Morandière pour conduite irrégulière en cette 
occasion. (Coll. Moreau St-Merv. Canada, 1741-49, vol'. 2 
fol. 173). 

Déjà, le 1er octobre 1743, M. Hocquart avait écrit au 
ministre à ce .^ujet. mais il glissait rapidement sur l'incident 
de discipline, étant surtout occupé de donner son opinion 
sur M. de Monrepos qui évidemment ne lui était guère sym- 
pathique. \'oici le passage principal de cette lettre de 
1743 : 

."ler octobre 1743 

"Le Sieur Monrepos, lieutenant général à Montréal, a 
donné lieu depuis un an à bien des traca^series avec le mi- 
litaire, les officiers de la juridiction et le commissaire ordon 
nateur. 11 s'est attiré des désagréments de toutes part« (ju'il 
aurait évités s'il avait voulu suivre mes conseils. H croit 
sa place si supérieure à toutes les autres que ce n'est que 
dans mon voyage de Montréal cpie j'ai pu parvenir à le dé- 
tromper sur la prééminence qu'il prétendait avoir sur M. Mi- 
chel ; inutilement je lui avais {n-escrit d'agir de concert avec 



— 364 — 

lui et avec des déférences convenables, il ne le voyait même 
pas.' Les termes dont il se servait de "mon peuple, mes ha- 
bitants, mon secrétaire", lui ont donné un ridicule dont Je 
ne crois pas qu'il revienne II nvait su cependant gagner la 
confiance de M. deBea icourt ; on l'a accusé d'en avoir abu- 
sé en indisposant mal à projjos ce gouverneur contre plu- 
sieurs officiers : cela a occasionné des poésies satvriques qui 
ont piqué ce juge et qu'il aurait dû plutôt mépriser que re- 
lever. La vivacité avec laquelle il a poursuivi en la juridic- 
tion de Montréal et au Conseil Supérieur le sieur Sylvain 
dont la femme appartient à toute la colonie, pour une insul- 
te prétendue à lui faite par Cc médecin lors d'une visite que 
ce dernier lui fit au mois de janvier dernier a l'occasion d'un 
fait de police qui l'intéressait, a éloigné de lui beaucou[) 
d'honnêtes gens. J'ai encore aecomodé cette affaire, rappro- 
ché et réuni autant que j'ai pu les corps et les particuliers 

divisés ". (Recherches Faillon N-Y, vol. 5^ ]>. 

208-209) 

Mais, en 1744, sur les instances du ministre, il fallut 
s'expliquer phis au long, et le 10 octobre. M. Hocquart écri- 
vait la lettre suivante où il donne un récit aussi curieux que 
détaillé de toute la question : 

"Il ne me serait pas possible à présent estant aussi sur- 
chargé que je le suis et pressé pour la saison de vous faire 
nn détail aussi étendu que vous le souhaitez de l'afFaire du 
Sieur Monrepos. D'ailleurs il y a eu des faits (pii ont des 
liaisons les uns aux autres qui ne me sont i)lus présents 
ayant jeté au feu tous les papiers qui auraient pu m'en ra- 
fraîchir la mémoire lorsque tout me parût calmé. 

•'Voici cependant les principau.x. L s informations ap- 
portées au Conseil Supérieur par le Sieur Silvain (ou celui 
qui estait chargé de sa procuration) lorsqu'il s'y pourvût 
pour obtenir un arrêt de defïense ne le chargoient point au- 
tant q^ue le Sieur Monrepos l'avoit exposé dans sa plainte 
devant Maître Adhémar, praticien tenant le siège, nous pré- 
jugeiimes pour la plus part au Conseil sans cependant rendre 
d'arrest, que le Sieur Silvain auroit pu en estre quitte pour 
une réparation et peut estre sans dommages et interest au- 



— 365 — 

tiv^^ «jU(" le.< (h'^pt'us si l'iitiaiiv oust est4 poursuivie. 

"Quoy (ju'il en soit, le trois janvier le Sieur Monrepos, 
apiès avoir obtenu le décret de prise de corps contre ledit 
ï'ilvain se mit en devoir de le taire exécuter, les huissiers 
furent disposez A la ville et à la campagne, perquisition de 
<a personne, saisie et annotation faite sur les biens. Enfin 
à neuf heures du soir, Decoste et < ruyard huissiers, se trans- 
portèrent au corps de garde de la place pour faire demander 
main forte. Monsieur de Varen nés beau frère du Sieur Sil- 
vain estoit de garde avec Monsieur de Repentigny l'aîné. 
Enseigne ; Gy joint la chipie du procès verbal du refus de la 
maiî) forte. 

''CV refus n'est pas entièrement aVjsoiu et on pourrait 
(Il quelque manière l'excuser par l'équivoque des deux con- 
signes antérieures à l'affaire et dont il m'a esté remis copie 
<|ui est cy joint. 

"Dans la première on pxiye un hillei du Juge lorsque la 
justice demondera main forte : dans la seconde, point de billet, 
mais c'est dans le cas que le Lieutenant Général la de7aande. 

"Le Sieur Varenne auroit pu penser que la qualité de 
IJeutenant-Genéral devait s'entendre de tout autre qui tien- 
<h'ait le siège ; s'il ne l'a point compris (je coiinois cet offi- 
< ier as^ez liorné pour cela) c'est une faute d'ignorance ; si au 
<-<)ntraire le relus a esté réfléchi, je la regarderais bien essen- 
tielle Ci.ntre le service, et ce qui peut donner lieu de croire 
t|u'il en est aincy c'est sa (jualité de beau-frère du Sieur Syl- 
vain. 

'La circonstance estoit embarrassante, elle ne l'auroist 
})oint esté pour un honmie plus adroit que le Sieur Varen- 
ncs qui aurait pu faire avertir sous main et sur le champ pai- 
un soldat de la garde, le Sieur Silvain de se mettre à l'écart, 
voilà le premier éclat''. 

(Admirons en' passant avec quelle souplesse M. Hoc- 
([uart se fut avisé de tourner la loi en obtenant le même ré- 
sultat, s'il avait été lui-même offcier de garde à la place de 
M. de Varennes. Il est vraiment difficile d'attendre un rap- 
poiteur plus indulgent.) 

•"Les plaintes, continue la lettre, furent d'abord portées 



— 366 — 

à Monsieur rie Beaucourt, chacun glosa et interpréta les con- 
signes suivant ses iuniièr*es ou ses préjugés. Le Sieur Du- 
plessis fût un de ceux qui parla avec le plus de liberté, la 
chose tourna au problème, on m'envoya le procès-verbal des 
huissiei-s, on en fit autant à Monsieur le Procureur-Général. 

'•J'en parlay ù Monsieur le Marquis de Beauharnois, et 
je lui représentay combien le bon ordre estait intéressé dans 
l'affaire, nous fûmes fort mécontents l'un et l'autre de ce (]ui 
s'éstoit passé, ^fonsieur de Beaucourt de son côté avoit por- 
té des. plaintes contre ceux du militaire qui s'estoient expli- 
quez en faveur de M o n s i e u r de Varrennes (c'es- 
toit censurer sa conduite). Monsieur le Général écrivit et 
mar«jua son mécontentement de tous ces procédés, il envoya 
ordre de faire mettre Monsi ur de Varennes en prison où il 
a resté pendant six semaines. Il n'en est soi-ti qu'à la solli- 
citation et à la prière de Monsieur l'Evesque, et^un peu à lu 
mienne. 

''Le bieur Monrepos fût alors regardé par le plus grand 
nombre dans le militaire, comme un homme odieux, on 1<' 
fuyait. Monsieur de Beaucourt continua d'avoir pour luy 
les attentions ordinaires (il les luy a toujours prodiguée-). 
La ville fut inondée de poésies et de chansons satiriques et 
lieentieuses, sans que l'on connût les autheurs, ou dit que 
Nouet en composa, on en a soupçonné d'autres panuy le Mi- 
litaire. 

' J'ay seu depuis la mort du Sieur Rocbert que ce garde 
magasin y avoit eu bonne part, il estoit alors dans un e-tat 
mourant ou très languissant, cela ne l'empescha ])as de faii'e 
une autre étourderie quelques jours après qui n'avait cepen- 
dant qu'un raport éloigné à la personne du .luge. 

"' e fût de faire démolir par quelques soldats du c.)rj)s 
de gaule, une clôture de douze à quin/e pieds atten;int le 
corps de garde qui l'enfermait un petit terraîn appartenant 
au Roy. et dont on avait cv devant toléré la Joui-sMUCf an 
Sieur Dani'é, Notaire, prétfndû -et rétaii'e de mon-icui' (le 
Momepos. et ce sous piétexle que le tenain estoit nécessaire 
])()Ui le sci-\'ice des magasins. Monsieur Michel avoit défen- 
du au Sieur Rocbert rl'v touchei', comme le dit Sieur Danié 



— 367 — 

ne se plaignit point de la voye de fait, je me eontentay de 
faire une sévère réprimande au dit Rochert. 

Note : tRocbert de la Morîindière était le neveu par 
alliancf de Mme Sylvain, ayant épousé une fille de sa sœur, 
Mlle Petit de Livilliers.) 

"Je fus sur le point de lama-ider, «a situât on mVn em- 
pescha. Voilà tout ' e qui m'ej-t revenu sur le compte de 
Messieurs les officiers et du Sieur Rocbert, Tout fût pacifié 
ou parût l'estre peu de jours-après mon arrivé à Montréal. 

'A l'égard des officiers de justice, dans îe cours de l'c-té 
174l', sur le> plaint» s réciproques que le Jugf' et lep'*ocureur 
de Roy me portèrent l'un de l'autre à l'occasion de leurs 
fonctions, de leurs prérogatives, et de quelques paroles peu 
séantes qu'ils s'estoient dites, lo s d<- la tenue du -iège. Je 
les manday tous deu.x à Québec, j» fis même cette démarche 
de l'avis du Procureur Général, je vuiday leurs différents, 
ies parties i arurent contentes, toutes ces tracas-eries.estaient 
les fruits de l'ignorance et des hauteurs mal placées des unes 
et des autres, de temps en temps elles se sont réveillées et 
autant de fois je les ay apaisées. 

"J ay trouvé en toute occasion le Sieur Foucher le plus 
docile à mes conseils l'autre n'y a presque jamais déféré, ou 
tout en plus, il en a fait le semblant. 

"Je recommanday au Sieur Monrepos à son arrivée en ce 
pays, de se comporter envers M. Michel avec les égards et 
les déférences convenables. Je lui expliquay que par ranort 
à la police, il n-î devait rien faire de considérable que de 
concert avec luy, et même avec son approbation au défaut de 
la mienne, qu'il estoit à propos qu'il luy fit part des afi^ai res 
qui viendroient au tribunal et à sa connais.sance qui pour- 
roient avoir quelque relation au bien et à la sûreté publi<jue 
et à la police des troupes, attendu qu'il estoit chargé en mon 
absence de la Police générale, que Sa Majesté luy avait ac- 
cordé (à Monsie sr Michel) la présence dans les céréraon-es 
publiques. 

Nota.— rLe vSieur Duplessis a esté inju.stement accusé d'avoir donné les 
mains à cette voye de fait. Il estoit de garde à la vérité mais absent 
à cause de l'heure du diner. 



- - 368 -- 

"Le Sieur Monrepos parut goûter tout cela, tint une 
conduite en conséquence elle ne dura pis longtemps. l! en 
a tenu une ensuite toute opposée. 

"Prévenu de la supériorité de sa place et voulant l'exer- 
cer avec toute sorte d'indépendance de Monsieur Michel, il 
me demanda bientost de luy donner la commission démon 
subdélégué, ce que je luy refusay. Il s'îibsenta des cérémo- 
nies pour ne rien céder au Commissaire auquel il aurait dis- 
puté le [)as. 

**Je crains. Monseigneur, que vous n'en trouviez trop 
sur une pareille matière. Je la termineray par le caractère 
du Sieur Monrepos- C'est un homnie fermé et dissimulé, il 
se paae de tous les dehors d'un homme vertueux, mais c'est 
avec une affectation qui feroit douter qu'il" le fût, il veut se 
rendre populaire et il n'y entend rien. Je ne vois point une 
certaine candeur, n'y dc'ns sa contenance. Il est plein de 
luy même et par conséquent a ^;eu d'amis, je le crois malgré 
tout cela intègre. 

"Je ne peux ni'empécher. Monseigneur, de vous prier 
d'adoucirle sort du Sieur de Varennes. Ses longs services 
pourroient peut e s t r e luy mériter la clémence de 
Sa Majesté, surtout ci après le compte qui luy sera rendu, 
lie trouve qu'il ait plus d'ignorance qued'autres motifs 
dans la faute que cet officier a faite 

A Québec le 10 g bre 1744 

(Archives Publiques, Correspondance générale 1744, 
Série Cil. vol. F. 81 bis, fol. 427) 

Mgr de Pontbriand lui-même fut blâmé d'être interve- 
nu et il dut s'en expliquer au ministre. 

"Je ne puis, écrit-il le 30 octobre 1744, m'empêcher de 
vous avouer que j'ai ressenti très vivement la disgrâce de M. 
de Varennes. J'appris qu'il était malade dans la prison» Je 
pensai» qu'il était du ministère de cliarité que j'exerce, de 
représenter son état à M. le général. J'en obtins l'élargisse- 
ment. Je m'en repens. Peut-être qu'une plus longue prison 
vous eût donné occasion de lui pardonner. Si cela était, je 



— 369 — 

vous supplie, Monsieur, de consoler cet affligé qu'un service 
trop officieux de ma part aurait rendu malheureux." (Cor- 
respondance générale, vol. 82) 

Mais ni les atténuations de M Hocquart ni les suppli- 
cations de l'évêque de Québec, ne parvinrent à fléchir le mi- 
niîrtre qui, jugeant l'indiscipline grave, insista sur une pu- 
nition exemplaire. M de Varerrnes ne fut réintégré dans son 
grade de capitaine que 6 ans [)lus tard, en 1750, alors qu'il 
était âgé de 73 ans. Il* payait bien cher sa complaisanc*e en- 
vers son beau-frère. 

En iomme celui qui se tira le mieux de toute <ette af- 
faire ce fut Silvain lui-même. Nous av-ons vu que M. Hoc- 
quart avait accomodé toutes choses en ce qui le concernait 
dès 1743. Au temps même où W. Hocquart débattait avec le 
ministre le sort de son malchanceux beau-frêre, de M. de 
Varennes, il était tranquillement retiré à Varenneset faisait 
à un des bons habitants de l'endroit l'honneur de porter un 
de ses enfants sur les font.- baptismaux, le 11 octobre 1744. 

Kn dépit de ses fugue*^ et de ses emportements. Timo- 
thée Sylvain paraît avoir été à Montréal un citoyen imf)or- 
tant autant que considéré. Il est un parrain recherché, il as- 
siste souvent aux beaux mariages, et sa large signature ap- 
paraît fréquemment aux registres de la paix)isse. 

En sa qualité d'Irlandais Sylvain était ardent catholi- 
que et pratiquait hautement sa religion. Il était du petit 
nombre de citoyens de marque qui possédaient un banc dans 
l'église de Ville-Marie. Le sien était placé dans l'arcade de 
la chapelle Saint-Amable, et n'était pas un des moins bien 
placés, puisqu'il lui coûtait 15 livres par an. 

De son mariage avec Marie Renée Gauthier de Varen- 
nes, Timothée Sylvain eut 4 enfants dont l'une déiéda avant 
d'atteindre sa treizième année et dont les trois autres mou- 
rurent au berceau. Ce sont : lo. — Marie Elizabeth, baptisée 
à Varennes, le 9 août 1720, et inhumée au même endroit le 
5 novembre suivant. 

2o. — Mari« Catherine, baptisée à Varennes le 23 novem- 
bre 1721 et inhumée à Montréal le 22 février 1733, à l'âge 
de 11 à 12 ans. sous les noms de Marie Anne. 



— 870 — 

3o. — Anonvme, nn petit garçon né et inhumé à Mont- 
réal le 4 août 1722. 

4o.— Marie-Jeanne Renée, baptisée à Montréal, le 18 
avril 1 724 et inluiniée au même endroit le 5 décembre 1726. 

Timothée Sylvain décéda lui-même à Montréal en 1749, 
suivant l'acte de son décès qui nous a été obligeamment 
fourni par M. Lapalice. archiviste de la Fabrique de Notre- 
Dame. 

''Extrait des Registres des Baptêmes, Mariages et Sé- 
pultures faits dans la^ paroisse de Montréal. . . .pour l'année 
mil sept cent quarante neuf 

"Le dix sept juin mil sept cemt quarante neuf, a été in- 
humé dans la chapelle de Saint-Àmable de cette église le 
corps de Mr Timothée Sylvîlin médecin âgé d'environ cin- 
quante et nenf ans, décédé le jour précédent entre dix et on- 
ze heures du matin. Ont été présens MM. Clerimbert et 
Beauzèle prêtres qui ont signé. 

Beau zèle, ptre 
Clerimbert, ptre 

Déat. prêtre." 

Sylvain, qui avait 24 ans à son mariage en 172U, ne de- 
vait être âgé que de 53 ans en 1749, mais il est impossible 
de savoir lequel a raison de l'acte de mariage ou de l'acte de 
sépulture. 

Ajoutons que le regretté Sylvain eut un service funèbre 
de 137 livres^. 10 sols, ce qui était pour le temps une somme 
''onsidérable. 

Envi?*on deux mois avant sa mort, Timothée Sylvain 
avait fait son testament devant le notaire Danré de Blanzy. 
N'ayant pas denfants qui lui survivaient, il laissa tous ces 
biens aux enfants de sa femme, et il n'oublia pas Mme 
d'Youville. 

Voici le texte de ces dernières volontés : 

30 avril 1749, Testament du Sieur Silvain 

"Sieur Timothée Silvain, écuyer, médecin pour le Roi 
en cette ville, y demeurant rue St-Jacques, gi-ant au lit ma- 
lade de corps. I )onne et lègue le dit Sieur testateur à l'oeu- 



— 371 — 

vre et Fabrique de l'églife paroissiale «le Ste-Annede Van-ii- 
iie<, gouvernement de Montréal' la somme de trois cents li- 
vres une fois payée pour être employée à la bâtisse qui sera 
^aite en pierre de la chapelle de la dite paroisse servant or- 
dinairement de reposoir aux processions du très St-Saeremeiit 
et autres du côté du Sud-Ouest ; laquelle somme de trois 
cents livres, la dite fabrique ne pourra cepen<lant exister ()ue 
lorsque la dite bâtisse en pierre sera <^ommeneée 

Donne et lègue le dit Sieur testateur aux <leux <-îiiaiii> 
de la dame Vve Youville, directrice de l'hôpital général de 
cette ville, et au Sieur Ignace Gamelin fils tous les écrits et 
chacun des livres composant sa bibliothèque sans aucune ré- 
serve, à partager également entre eux. 

Et quant au résidu de tous et chacun de ses autres biens, 
meubles, immeuble-, acquêt-, droits, noms, raisons. action>^ 
qui se trouveront appartenir au dit sifur testateurau jour de 
son décès, en quelque lieu qu'ils soient situés et en quoi qu'- 
ils puissent consister, sans en rien réserver le dit sieur teî^ta- 
teur les donne et lègue à savoir : 

Un tiers à Demoiselle Marie-Louise Dufro de la Genie- 
raye, épou.<e du dit sieur Ignace (jamelin négociant en cette 
ville, pour lui .servir nature de propre et aux siens. 

Un tiers à Demoiselle Marie Clémence Dufro de la Ge- 
meraye. épouse de Sieur Pierre Gamelin Maugras négociant 
en cette ville, pour lui servir aussi nature de propre et aux 
siens pour par chacune d'elles qu'il in.stitue ses légataire.- 
universelles en disposer comme de chose leur appartenant. 

et l'autre et dernier tiers aux dits deux enfants de Da- 
me Marguerite Dufr«>s de la Gemeraye, veuve de feu Fran- 
çois You. ét'uyer sieur de Youville. par égales portions, les- 
<juels il institue et fait ses légataires universelles pour par 
eux en faire et disposer comme bon leur semblera, réservant 
néanmoins le dit sieur testateur en faveur de la dite danie 
veuve Youvilhj, sa vie durant, l'usufruit des biens qui re- 
viendi-ont à ses dits enfants pour leur part et pcu-tion après 
son décès dans sa succession. 

Et ordonne que le mobilier qui se trouve dû à sa dite 
succession revenant aux dits deux entants de la dite dame 



— 372 — 

veuve YoQville sera employé en acquisition d'héritage ou 
rente, des revenus desquels elle jouira aus^i pendant sa vi;'. 
Rt si le dernier des enfants de la dit':^ dame veuve Youville 
vient ainsi que son fr.3re aîné à se faire promouvoir aux oi'- 
dres sacrés, ou à s'engager dans que'que ordre le dit testa- 
teur donne et lègue le fond et propriété de la dite part et 
portion des deux enfants de la dite dame veuve Youville à 
la dite Demois3lle épouse du dit Sieur Ignace Gamelin cr à 
la dite demoi-elle épouse du sieur Pierre Gamelin de Mai- 
gras à partager également entre elles et auxquelles la f+ite 
part et portion tiendra lieu pareillement nature de propre et 
aux leurs ; le dit sieur testateur lef? substituant en la dite 
part et portion des dits deux enfants de la dite dame veuve 
Youville pour en jouir et disposer par chacune d'elles en 
toute propriété comme bon leur semblera après toutefois le 
décès de la dite dame veuve Youville et de ses dits deux en- 
fants qu en auront après le décès de leur mère la jouissance 
sans qu'ils puissent vendre, engager ou aliéner auctine chose 
des fonds et propriété des dits biens eu quelque manière que 
ce soit. 

KTIENNE LEBEAU 

B. FORESTIRH DANRE DE BLANZY 

D'après l'ANNUAI RE DE VILLP:-MAR1E (V. II. 5e 
livi'. p. S4). Marie Renée Gauthier de N'arennes, devenue 
veuve de Timothée Sylvain, se réfugia auprès de sa fille Mde 
d'Youville et entra pensionnaire chez les Soeurs Grises, le 16 
novembre 17ôO. Elle n'y finit pas -es jours cependant. C'est 
à V^arennes qu'elle mourut et qu'elle fut inhumée le 25 oc- 
tobre 175S, à l'âge de 70 ans. Elle avait rejoint son mari 
dans la grande paix du tombeau. 

AEGIDirs FAUTErX 



-- 37S 



Le premier théâtre de Montréal ? 



Il y a quelques mois ou, pour plus de précision, dans le numéro de juin 
1917, p. 191, du Bulletin des Techerches historiques, j'ai publié le texte d'un 
contrat p>our l'aménagement d'un théâtre à Montréal en 1 789. Il ne faudrait 
pas conclure qu'il s'agissait de notre premier établissement du genre. M. T. 
O'Leary, assistant-conservateur du musée du Château de Ramezay, vient de 
me faire voir trois documents dans lesquels on constate qu'un théâtre existait 
à Montréal en 1 774 ! 

Ces vieux manuscrits proviennent des archives de la famille Jordan et ne 
sont que des quittances du propriétaire de la maison servant de théâtre et du 
perruquier qui grimait les acteurs. 

Il semble être question dans ces papiers d'une pièce intitulée : Le Bour- 
gois et le médecin et d'une autre : Le Bourgeois et Me Boune (?) ou bien de 
trois pièces intitulées resp)ectivement, le Bourgeois, le Médecin et Me Boune. 
Qui sait ? 

L'on dirait, de plus, que quelques-uns des acteurs étaient anglais puisque 
houliamme et lomas doivent probablement signifier William et Thomas. Il 
n'y aurait là rien d'étonnant, car les officiers anglais, pour occuper leurs loi- 
sirs, à Montréal, s'adonnaient volontiers à la scène. En plus, la plupart étant 
des fils de famille de bonne instruction, ils parlaient souvent le français comme 
leur langue maternelle. 

En prenant connaissance du contenu des documents que nous reproduisons, 
il est bon de remarquer que les prix dans les factures sont en monnaie française 
et que M. Jordan réduit les totaux en monnaie anglaise, de valeur bien diffé- 
rente, puisque la livre française était de 20 sous, tandis que la livre anglaise 
représentait 24 fois cette sonrnie, environ. 

1 er document : 

Le 12 fest 1774 
Acomodage fournitur Et ouvrage faite pour Le teatre due a tison par 

Mesieur Le directeur Cavoir 

2 Soirée du bourgois Et Medisint a 1 2tt 24tt 

200 epincle Noire à 30 s 3. 

La grande peruque ouvrage faite 12. 

Le Segonde 7. 1 

La peruque de Mr houliamme 4.10 



l 



— 374 — 

Idem de Mr tomas 4.10 

55.10 
Le 1 9 fest 
l..ebourgois Et Me boune 

2 Soirest a 1 2tt 24.00 

1 00 epincle Noire 1 . l 

Ouvrage a La peruque du baront 9. 

La bource Et La rosets 9. 



43tt.lO 



Total» -. . . . 99 tt. 

24th Feby. 1 774 Received 
the contents in fui! 

TISON 
An verso : Tison 99tt 

L 1:2:6 
paid 

:o: 

2ème document : 

1 774. 
Monsieur Le Capitaine Williams doit à foucher Scavoir. 
Mars 6e Suivant Son bon dans un arretté de compte de Ce jour . . I 4tt 5? 
20e paie à Mde. Amelin pour Louage d'un bout de tuyau pour 

Le poêle de La salle 1 . 

plus, une corde et demie de bois achetté pour les besoins 

du théâtre 15. 

Item pour avoir fait scier Led. bois 2.5. 

Item pour Six vitres Cassées et remplacées a ôd. . . . 2.8. 
Item pour Quatre Livres de chandelle fournies au théâtre . 4. 
May 6e Item pour Le Loyer de La maison échu Ce jourdhuy pour 

Le mois d'avril 72. 



IlOtt 18s 
Pour acquit à Montréal Le 6e May 1774 

foucher 

L4:12:5 



... 375 — 

Halifax Currency 
N. B. Rent for May 2.10.0. 
Au verso : No 3 Coucher 
Kent for April etc 

L 4:12: 5 paid 
11: 8:111/2 

L 16: 1: 41/2 

:o: 

3ème document : 
1774. 

M. Jordan pour Loyer de La maison du théâtre devait payer onze 
piastres par mois 

Août 3 1 pour Louage durant ce mois 66tt 

7bre l 5 pour quinze jours du présent mois 33. 

pour Louage de 3 feuilles de taule 3. 

pour Lesd. feuilles perdues à la maison suivant qu'elles 

m'ont Coûté 1 3. 1 G 

plus pr. dix vitres Remplacées 5. 

plus deux portugaises a quoi j'ai été Condamné par jugemt 

arbitral jxjur dommage fait à la maison du Sr Cardinal cy 96. 

216.10 
Argent que M. Jordan a Compté à ma fme en mon absence à St Je.in 
détenu 

Scavoir 

1 775 Une double portugaise 96tt 

7bre Une pièce d'or de 36 

132. 

Reste dub. pr. Solde de compte 48tt. I Os 

Pr. acquit à Montréal Le 3e 7bre 1 776 
foucher 

Le propriétaire de la "maison du théâtre" n'est autre que le notaire Antoine 
Foucher qui exerça sa profession à Montréal de 1 746 à 1 800. Et la maison 
en question ne serait-elle pas celle que M. Foucher posséda vers ce temps à 



— 376 — 

l'encoignure sud-ouest de la rue Saint-Jacques et de la Place d'Armes ? Cet 
immeuble passa, dans la suite, à l'hon. Panet, puis il fut occupé par le fameux 
café Dillon. 

Au même endroit s'élève, de nos jours, un immense édifice récemment 
acquis par la Banque d'Hochelaga. 

Quant au perruquier, Jean-Baptiste Tison, c'était un ancien soldat resté 
ici après la Cession et il tenait boutique rue Saint-François-Xavier. De son 
prem.ier mariage il avait une fille, Marie-Anne Tison, qui épousa, en 1 790. 
le notoire imprimeur Fleury Mesplets, lequel, on le sait, demeurait à Montréal 
depuis 1 776. 

E.-Z. MASSICOTTE 



Nos chefs sauvages et les sénateurs de Vense 



C'est Michel Bibaud qui dans son ode aux grands chefs sauvages 
fait l'apostrophe suivante au célèbre GaraKonthié : 
"Salut, ô mortel distingué 
Par !a droiture et là franchise ; 
Dont la candeur fut la devise 
Honneur d'Onnontagué : 
Ce que j'estime en toi, c'est bien moins l'éloquence, 
L'art de négocier que ia sincérité 

Que la véracité, 
Et des mœurs, chez les tiens, l'admirable décence." 
Bien avant Bibaud, le gouverneur de Frontenac avait fait un su- 
perbe éloge de l'éloquence et de la distinction des chefs sauvages : 

■'Vous auriez assurément été surpris, Monseigneur, écrivait-il, au 
ministre de voir l'éloquence et la finesse avec laquelle tous les députés 
me parlèrent, et si je n'avais peur de passer pour ridicule auprès de 
vous, je vous dirais qu'ils me firent en quelque sorte souvenir des ma- 
nières du sénat de Venise, quoique leurs peaux ec leurs couvertures 
soient bien différentes des robes des procureurs de Saint- Marc " , 



... 377 — 

Un spirite canadien^français 



Il n'est probablement pas d'écrivain canadien- français aussi sin 
gulier qu'Henry Lacroix, le plus renommé des spirites du Canada et à 
ce titre, il doit avoir sa petite place dans le Bulletin. 

Voilà pourquoi nous avons compilé ces quelques renseignements 
provenant d'une alerte biographie illustrée parue dans la PA TRIE, de 
Montréal, en 1897, sous la signature de Jules Griffard, de l'Inventaire 
chronologique de M. Dionne. des archives du palais de Justice de Mont- 
réal, etc. 

* * 

C'est à Monroe, petite ville de l'état du Michigan, que naquit 
Henry Olivier Lacroix, le 10 août 1S26, du mariage de Dominiq le La- 
croix et de Henriette Lalumière. 

Nous ignorons à quelle date il quitta les Etats-Unis pour le Cana- 
da, mais il était à Montréal en 1850 et épousait, à Notre-Dame, le 2 
septembre, Marie-Eliza, fille du notaire Pierre Weilbrenner. 

En 1852, nous voyons que M. L^i croix faisait partie du fameux 
Institut Canadien fi j et il devait suivre le mouvement politique et lit- 
téraire tout en s' occupant des sciences psj'chiques, car, dit M. Grif- 
fard, "il n'avait que seize ans lorsqu'il versa tout d'une pièce dans le 
.spiritisme." 

Possédant les langues anglaise et française. Henry Lacroix a pu- 
blié divers ouvrages dans l'un ou l'autre de ces idiomes, tel qu'on peut 
en juger par la liste suivante : 
1863 — Au profit des ouvriers malheureux de la France. La charité et 

son opportunité actuelle. Montréal, i br., in-8. 11 pp. f Dionne, 

I, no 803). 
1866 — Coup d'oeil sur l'homme et sa chute. Montréal. 1866. i hr. in-S 

71 pp. (Dionne I, no 944). 

Cet ouvrage a été réédité à Paris en 1891. par la Librairie des 

Sciences psychologiques. 
1867 — Opuscule sur le présent et l'avenir du Canada. Montréal, i>^t>- 

I br., in-7, 32 pp. C Dionne, I. no 985). 



(i) Dorion, U Institut canadien . p. 31. 



— 378 — 

— The Présent and future of Canada. Montréal, 1867, i br., iu-8, 

23 pp. ( Dionne, III, no 1342). 
1868 - Flying trip to the ujodern American Bab\- London. Montréal, 

1868. (Dionne, III, no 1366).. 
1869— Sunset scène in Mount Mansfield. Montréal, i86g. (Dionne, 

III, no 1401). 
1873 — Canadian Guide book of référence, etc. Montréal, 1873. ^^^ pp. 

in 8. (Dionne. III, No 1570). 

The Union Pacific Scandai at the Custoni House of Montréal. Se- 
cond édition. Montréal, i br.. in-8, 16 pp. 
1880 — M Lacroix signe des initiales, H. L., une poésie intitulée 

Spring et un article Algiers (Algérie) dans le Canadian Illusbated 

News du 15 mai 1880. 
1889 — Spiritisme araéric in. Mes expériences avec les esprits. Paris, 

1889, I vol. in-i2, illustré. Librairie des sciences psychologiques. 

Des ouvrages ci-dessus énumérés, le dernier est le seul qui .semble 
avoir attiré l'attention d'un certain public et qui valut à son auteur un 
rayon de célébrité ! 

Dans ce livre étrange, M Lacroix a raconté le commerce qu'il eui 
avec les esprits, pendant quelques années et les conv'ersations qu'il tint 
avec ses enfants décédés ! 

M. GrifFard, dans l'article déjà cité, reproduit quelques pages ty- 
piques de l'œuvre maîtresse de notre visionnaire. Plus tard, l'éminent 
chroniqueur français Paul Ginisty, au cours d'une étude sur les "com- 
munications faites aux spirites" et paru dans le Petit Parisien de 1907, 
parle non .sans respect, .si l'on peut dire, des "divagations" de cet 
Henry Lacroix qui, après ])lusieurs deuils dont il fut accablé eut l'hal- 
lucination "de revoir dans les sphères merveilleuses, ceux qu'il avait 
tendrement aimés." 

*** 

.\I. Lacroix-étail employé à la douane de Montréal depuis plus de 
vingt ;ins lorsqu'il décéda le 26 février 1897. "Il s'était, écrit M. 
Grifîard,- toujours montré employé actif, zélé et consciencieux. Il fut 
bon fils, bon époux et bon père. 

"Si, comme publiciste, il a émis des doctrines condamnables, ça 
été, nous en sommes convaincu, avec toute la bonne foi d'un esprit cu- 
rieux, croyant, crédule même, mais droit et sincère. 

"Il est mort muni de tous les .sacrements de l'église. 

E. Z. MASSICOTTE 



379 — 



Les Donateurs, Bienfaiteurs et Souscripteur 

A l'oeuvre de la Fabrique de la paroissî de St=François Xavier 

de Batiscan 



Oa lira sais loute a.-^:: iatirît la pihi^ notarié* suivante. Elle 
nous fait connaître une page ignorée de la belle paroisse de Batiscan. 

L'original de cette pièce est conservé dans les archives du Pa- 
lais de Justice des 1 rois- Rivières. 

Nous la devons à M. J. B. Meilleur Barthe, conservateurs des Ar- 
chives Judiciaires des Trois- Rivières. 

Par devant François Trotain, Notaire Royal gardenottes au Cap de 
la Magdelaine. Champlain, Batiscan, Ste-Anne et les Grondiues, ré.si- 
dant a Batiscan soussigné, témoins bas nommés furent présents eu- 
comparant ])ersonnellement le sieur Pierre Rivard Lauouette et le vSr 
Michel Roy. habitants de Batiscan, y demeurant, au rang et comme 
marguillers à l'œuvre et fabrique de l'église paroissiale de St-François- 
Xavier de Batiscan d'une part, et le Sr Jean Baril aussi demeurant au 
dit Batiscan au nom et comme exécuteurs du te.stament de feu François 
Fafard vivant demeurant aussi au dit Batiscan, Icelui testament passé 
devant le notaire qui reçoit ce.-^ prést^Jtes. le trentième jour de mai de 
l'année mil sept cent sept, d'autie part, par lequel testament le dit 
François Fafard. testateur a légué à ladite fabrique la somme de mille 
livres, par icelui délivrées à la dite fabrique quelques années avant .son 
décès à l'instruction que après son dit décès il .soit célébré tous les an», 
a j:)erpétuité dans la dite égli.se paroissiale ..e St-François-Xavier de 
Bati.scan pour le rei)os de son âme et celle de deflFiuite Marie François 
sa femme : le contenu au présent testament savoir : les frais de .son en- 
terrement et service, et que la dite fabrique fasse dire tous l-csans vingt 
quatre messes ba.sses, deux chaque mois, tant i)our le rei)()s de .son âme 
que pourc-jlle de la dite Marie François .sa femne. et ce à perj)étuité 
un .service avec un nocturne et laiitre pour le repos de son âme et celle 
de <a dite femme, chaque année le lendemain de St- F" rançois- Xavier 
son patron, et en outre, veut et désir^- (|Ue la lamix; qui est à l'I'^gli.^e 
dv\ dit Bati.scan devant le St-Sacrement soit allumée aux déjxius de la 



— S80 ™ 

dite fabrique du dit Batiscan tous les jours de dimanches et fêtes pen- 
dant l'année et ce à perpétuité, le tout en conséquence de la dite som- 
me de mille livres qu'il donne et lègue comme dit est par son dit testa- 
ment sera daté, une fois payé. Laquelle fabrique sera tenue de four- 
nir six chandelliers quatre à la présentation et deux à l'autel, et orne- 
ments convenables à lacéiébr it'on des dite 4 misses et si^rvices Cette pré- 
sente fondation proposée par le dit Sr Baril en l'assemblée convoquée 
])ar les dits sieurs niarguilliers du Révérend Père Augustin Quintal re- 
ligieux du St-Ordre des Récollets, faisant au dit Baiiscau les fonctions 
curiales, et des anciens marguillers et paroissiens de ^i dite église, en la 
salle ]>resbitériale d'icelle, le vingt-septième présent raoisde mai mil sept 
cent quatorze La dite fondation aurait été acceptée, et avisé qn i! en 
soit passé le présent contrat par résultat de la dite assemblée dont l'ex- 
pédition sera attachée aux livres des délibérations de la dite fabrique. 
En conséquence de la dite fondation le dit sieur Baril a- mis en mains 
du dit sieur Pierre Rivard Lanouette marguiller en charge de la dite 
fabrique un billet portant denier, (ces deux derniers mots ont été 

biffés. ) 

• La dite somme de mille livres à la dite fabrique, acceptée par Mes- 
sire Louis Ango des Meserais, supérieur du séminaire de Québec en da- 
te du vingt-cinquième octobre mil sept cent sept, par' le Sieur Alexis 
Marchand lors marguiller en charge, lequel billet le dit Lanoucttea ac- 
cepté, moyennant laquelle dite somme de mille livres les dits sieurs 
marguillers, tant pour eux que pour leurs successeurs, en la dite char- 
ge, ont i^rom's et seront tenus de faire cé'ébrer à perpétuité en la dite 
Eglise de St- François-Xavier de Batiscan, les dites messes et services 
ci-devant énoncés es jours susdits, et à l'intention que dit est, qui ont 
commencé aussi lors du décès du dit Eafard et continué par chacun an 
avec aspersion d'eau bénite, et sera fourni par la dite fa])rique, pain, 
vin, et les dits six chandeliers, ornements et choses convenables, et fai- 
re inscrire la présente fondation au livre du martyrologue de l'église. 
Car ainsi a été convenu, promettant et obligeant les dits sieurs mar- 
gnilliers. le présent tenii)orel de la dite fabrique à l'entretenement de 
la pré.sente f.)ndation. Renonçant. Etc. Fait et pnssé au dit Batis- 
can en la maison ])resbitéria!c après-midi ce jourd'hui vingt-.septième 
jour de mai mil sept cent qtiatorze, en présence du dit Révérend Père 
Augustin Quintal et des Srs Nicolas Duclo.s et Jacque- Rouillard, Mi- 
chel Roy marguiller du dit batiscan qui signe avec le Sr de La Haye, 
lean Baribaud, Louis Guillet, Jean P'rançois Frigon avec le dit Sr Ba- 
ril et le notaire, et le dit Lanouette marguiller en charge a dit et dé- 
claré ne savoir signer de ce enquis suivant l'ordonnance. 
Signé : Augu.stin Quintal, récolet missionnaire. Michel Roy, Jean lia- 

ril LaHaye, Louis Guillet et Herberq, Jean Bariband, J. 1*. 

Frigon Duclos, Jacques Rouillard, Trotaiu N. R. 



S81 



Table des matières 



Aliénakis, Lv nom sauvage ... 
Acadie. Les ouvrages publiés sur 1' 
Algonquiu. Le uom sauvage ... 
Amyot Jean 

Philippe 

«le Vineelot, Charles .... 
" Charles-Joseph 

• lit Villeneuve 
.Vrgent autrefois. La valeur de i' . 

Armes de Montréal. Les 

Armes de sir Hector Laiigevin 

Auger de Subercase, Daniel 

Baii- Saint-Paul, Mines de fei" de la 
Baillyde Messein. La familh- 
Batisean, ...... 

I^erthelot. A niable - . 

'>ess rer dans la province de Québe . ht - 

Bigot, L'intendant 

Billard sous le régime traneai-. Le . 

Boeufs illinois. Les 

I^razeau. auteur et comédien. A.-\". 
Casgrain, Ouvrages publiés par P.-B. . 
( 'hambly. Le capitaine Jacques de 
Champlain à Montréal en 1618 
Channazars. Pierie-Simon 
Chantiers de construction de l'île d'Orléan 
Chapman. (^)uvrages publiés par William 
Charlesville, Charles LeMoyne de . . . 
Charon, Les Frères . . 

( 'hartiei-. Le comédien Piene 

Claveiie était-il membre du Conseil Supérieur 
Clérin, aide-major d- Montréal. M. de 

Collège de .Montréal, Le 

Complainte. Une vieille 



161 

164 

165 

165 

164 

'.^1 

54 

lie» 

55,96 

27,274 

193,225 

37S 

29,125 

30 

127 

153 

275 

62 

319 

14 

158 

25 

274,315 

• 128 

64 

1 50,252 

168 

256 

64 

207 

83 



— 382 — 

Coii^^eillers au Conseil Supérieur, Une pétition des 212 

Crisafy, J.'ex})édition dn chevalier de , .. . . 53 

Croix plantée par Cartier à Gaspé. La .... 217 

Croix de 8t-Georges, La 154 

"Dames" au Canada, Le jeu de 115,124.159 

Desherbiers de l'Etendu ère <K> 

Dionne, Ouvi âges publiés par N.-L 213 

Distillerie de St-L^enis 34(5 

Doin, Ernest ^ 2f>,59,124 

Drame de l'abbé Verreau, Un , 160 

Duchesneau, i^'intendant . 127 

Dumas, Le sieur . . • 154 

Epidémie à Québec en 1H85, Une 155 

Escures, Constant des . 249 

Fêtes officielles autrefois, Les 17 

Forges St-Maurice, Les 287 

Frères du Canada, Les 219 

Fresnel 318 

Galliffet, François de 289,321 

Giffard, L'épouse de Robert 221 

Girouard à Montréal. Le premier 91 

Gorribon. Pierre de . . . . . . 353 

Grandfontaine. Le chevalier de ...... 57 

Gugy, La famille 312 

Guiflimin, La famille 97.129 

Henaux des Rioux, Le sieur 53,96 

Herse, Jacques-Clément 239 

Hoc:piart à Lanoullier de Boisclerc, Lettre de . . 288 

Un mémoire de l'intendant 222 

Huron. Le nom sauvage 13 

îroqùois, Le nom sauvage 13 

Jours fériés sous le l'égime français, Les .... 216 

Juges du Bas-Canada de 1791 à'l840, Les ... 87 

Justice dans les seigneuries, La haute 187 

Koenig. Le baron Edmond-Victor Von . . ' . . 316 

Lacroix. H. 37(> 

La Fontaine, >Sir Louis-Hypolite 28 

Laugevin. Sir Hector . 116 



— H83 — 

Lavaltrie, La famille Margane de . '43,66 

Le'Gouez -^14 

Le Moyne (le Charlesville, Charles 64 

'' Martigny 125 

•' • .-jainte- Marie 125.142 

Le Neuf de la Val Hère. Où est- inorl M. ... 27 

Lesseline '^02 

Letellier de Saint-Just, Les 205 

Le Venier de RonsRon, François 3 

" Louis 11 

Lignery, L'expédition de M. de 128,157 

Liqueur d'autrefois 59 

Livres, Les mauvais 61 

Livre et auteur peu connus 80 

r.oteries daus la Nouvelle-France, Les . .... 190 

.Maisonneuve à Montréal en 1613, M. de 158 

Marquette à .Marquette, E. V. Statue du Père . . . 250 

Martel de Brouage, Les . . 274 

Martineau, Mathias 80 

Médecin irlandais à Montréal. Un . . .S08, 3 83,356 

Meules, Une ordonnance de l'intendant de ... 60 

Mines de fer de la Baie Saint-Paul 27, 274 

''Misérable". Un 218 

Montagnais. Le nom sauvage \:\ 

Montréal. Les armes de 54 

MontvieJ, N'assal de 20 

Morin de Rochebelle, J.-l> 351 

Xègrea esclave?. Vente de cinq 254 

Vente d'un . . . .-.l 1 

Noms sauvages 18 

Ordonnance au sujet des tambours. Une . . (A) 

Ouvrages publiées par William Chapman .... 128- 

■ X.-E. Dionnc 213 

■ P.-B. Casgrain .... .319 

Pilotage sous le régime français. Le 274 

Poster sous l'ancien régime. Les . 27 

Pris'onniers de guerre américains à Québec. . . 143, 182 
Protestants sous l'ancien régime. Les 27 



... 884 — • 

Publications réceiïtes . 32, 58, 94, 116 

Quesnel, La famille du poète 339 

Kageot de Saint-Luc, Nicolas . . 284 

Réjouissances autrefois, Les 17 

Renards, Expédition contre les 157 

Rivière-Quelle. Le nom de 352 

Renouard. Marie 221 

Roberge, Commissiou de pilote à Louis 56 

Roman canadien. Un 90 

Royale syntaxe, La .... 53 

Sabre vois de Bleury. Les 99 

Saint-Eloy et les armuriers de Montréal, L'a . . 343 

SAINT-STANISLAS, Le drame 160 

Simcoe u Québec, Le général 347 

Subercase, Daniel Auger de 55, 96 

Sylvain ou Sullivan, Le docteur 303,333,356 

Syndics de Montréal, Les 240 

Théâtre à Montréal en 178y, Un 191,372 

Tilly ou Villy 218, 251 

Varennes, René Gaultier de 117,244,350 

Vassal de Montviel 20 

Verendrye, Pierre Gaultier de Varennes de la 169, 244 

Verreau, Un drame de l'abbé 160 

Vingt-cinq ans 181 

Vol extraordinaire à Montréal, Un 81 



■ * '^tri-tty iV'.',bÇÏ¥*»-S«^ 







F 

5000 

B8 

V.23 



Le Bulletin des recherches 

historiques 



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