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Full text of "Le cerveau organe de la pensée chez l'homme et chez les animaux"

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LE 




VEAU 



ORGANE DE LA PENSÉE 



CHEZ L'HOMME ET CHEZ LES ANIMAUX 



H. OHARLTON BASTIAN 

Membre de la Société Royale de Londres 

Professeur au Collège de l'Université de Londres 

Médecin de l'Hôpital national pour les paralysés et les épileptiques 



Avec 184 figures dans le texte 



TOME SECOND 



L HOMME 



PARIS 
LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE ET C"' 

108, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 108 

Au coin de la rue Hautefeuille, 



1882 

Tous droits réservés 



^^ >--5 



«A.^Mi^i*!^. 




LE CERVEAU 



C M M E 



ORGANE DE LA PENSEE 

CHEZ LES ANIMAUX ET CHEZ L'HOMME 



LIVRE IV 

LE CERVEAU ET l'iNTELLIGENG E DE L'HOMME 



CHAPITRE XIX 

DÉVELOPPEMENT DU CERVEAU HUMAIN 
PENDANT LA VIE UTÉRINE 

Dans le grand axe de Vaire germiiiative claire de l'œuf humain 
fécondé, apparaît une ligne opaque de tissu jeune, connue sous le 
nom de corde dorsale. 

Au-dessus de celle-ci, et tout le long de son étendue, on trouve 
un sillon prwiitif^ qui est bientôt limité de chaque côté par une 
lame grandissante de tissu embryonnaire. Ces lames se rapprochent 
l'une de l'autre, et finissent par se réunir au-dessus du. sillon primitif 
sus-mentionné , de manière à former un tube distinct, fermé à 
chaque bout. 

La couche interne de ce tube s'accroît d'épaisseur, de sorte 
qu'il devient graduellement plus étroit. Elle se différencie bientôt 
aussi en deux tissus distincts. La plus interne des couches, c'est-à- 
dire celle qui entoure immédiatement le canal central rétréci, est 
formée de tissu nerveux embrj^onnaire ; et c'est d'elle que se déve- 
loppe l'axe cérébro-spinal. 

Le diamètre de cet axe nerveux rudimentaire, et creux, n'est 
point uniforme dans toute son étendue. Même avant que lés lames se 

Charlton Bastian. — II. 1 



2 DÉVELOPPEMENT DU CERVEAU HUMAIN 

soient complètement refermées sur le sillon primitifs Textrémité 
antérieure du tube embryonnaire se renfle en trois dilatations 
immédiatement contiguës les unes aux autres; et c'est du tissu ner- 
veux de ces renflements, ainsi que de certaines excroissances impor- 
tantes qui en proviennent, que se développent les diverses parties 
du cerveau humain. La moelle épinière est formée par la portion 
du tube qui est située en arrière des trois renflements. 

Le mode d'origine de ces trois vésicules nerveuses, ainsi que les 
premiers changements qui s'y manifestent, sont essentiellement 
semblables, jusqu'à certaines phases, dans toute la série des Vertébrés. 
C'est de cette base, commune à tous, que se développent les divers 
types du Cerveau Vertébré. Notre attention doit donc se borner 
maintenant à esquisser rapidement la manière dont le Cerveau de 
l'Homme se développe graduellement, à partir des phases simples qui 
sont communes à lui et à tous les Vertébrés en général. 

Pour que l'attention du lecteur puisse se concentrer d'une manière plus 
effective sur les changements subséquents que subissent ces trois renflements 
du tube nerveux primitif, il sera bien d'anticiper un peu, et d'énoncer quelles 
sont les diverses parties du Cerveau qui se développent graduellement de cha- 
cune de ces trois dilatations ou de leurs dérivés. 

Le ren-flement postérieur (ou cerveau postéi'ieur) se divise en deux régions,. 
dont la postérieure se développe subséquemment en formant la moitié posté- 
rieure du Bulbe; et là, au niveau du quatrième ventricule, la paroi supérieure 
du tube s'amincit, jusqu'à ce que toute matière nerveuse disparaisse, et qu'il 
ne demeure plus qu'une simple membrane (pie-mère) pour recouvrir l'espace 
sus-mentionné, qui se continue avec le canal central du tube situé en arrière 
de lui. La région antérieure de ce renflement correspond à la moitié antérieure 
du bulbe. De la face dorsale ou des côtés de cette région, naît un segment 
distinct de l'encéphale futur: le Cervelet (ûg. 122, c b). Beaucoup plus tard, 
quand les lobes latéraux du Cervelet ont apparu, cette région du Bulbe est 
croisée en dessous par le Pont de Varole, ou Protubérance annulaire (p). 

Le renflement moyen (ou cei-veau moyen) est la gangue d'où se développent 
à la partie supérieure les Lobes Optiques ou Tubercules Quadrijumeatix 
(fig. 122, g), et de la partie inférieure de laquelle se différencient des prolon- 
gations des colonnes fibreuses de la Moelle et du Bulbe, que l'on connaît sous 
le nom de Pédoncules du Cerveau (r). La cavité dont est creusé ce renflement 
diminue d'une façon graduelle, jusqu'à ce que, chez l'Homme, il ne persiste 
plus qu'un étroit passage {b) faisant communiquer les cavités du cerveau pos- 
térieur et du cerveau antérieur (Quatrième et Troisième Ventricule). On donne 
à ce passage le nom (T Aqueduc de Sylvius. 

Le renflement antérieur (ou cerveau antérieur) subit des modifications 
remarquables, surtout à cause de certaines excroissances extraordinaires aux- 
quelles il donne naissance. Des côtés de ce renliement se développent d'autres 
portions des Pédoncules Cérébraux ; et aussi les Couches Optiques qui reposent 
sur eux, et naissent sous forme d'épaississement ganglionnaire de ces parties. 
La cavité, diminuée, du renflement, persiste pour constituer plus tard le Troi- 



PENDANT LA VIE UTÉRINE. 3 

sième Ventricule. Son toit s'amincit graduellement jusqu'à ce qu'il ne reste 
plus qu'une simple membrane — Vélum Interpositum (ou Toile C lioroïdienne) ; 
au bord supérieur et postérieur de ce ventricule apparaît la Glande Pinéalc 
(p l,) tandis que son plancher se prolonge en formant V Infundibulum qui entre 
plus tard en connexion avec la Glande ou Corps Pituitaire {p t). 

Mais de très bonne heure, et avant qu'on ne puisse distinguer les parties 
ci-dessus décrites, une saillie (c r) bourgeonne de chaque côté du renflement 
antérieur. Ces excroissances, qui sont d'abord dirigées en bas et eu avant, 




FiG. 122. — Diagrammes montrant les changements progressifs qui ont lieu durant les 
premières phases du développement du Cerveau (Mivart). 

1. — Premier état du Cerveau, lorsqu'il consiste en trois vésicules creuses («6 e) dont la ca- 
vité est continue avec la large cavité (rf) de la Moelle Épinière primitive (/)))• 

2. — Ici, la première vésicule, ou cerveau antérieur, a développé la Glande Pinéale (pi) en 
dessus, et le Corps Pitviitaire {pt) en dessous. La paroi de l'extrémité antérieure de la 
première vésicule est la future lame terminale (t). 

o. — Cette figure montre le Cerveau (er) bourgeonnant de la première vésicule ; sa partie 
antérieure (o), se prolongeant en Lobe Olfactif; la cavité du Cerveau (le venlricule laté- 
ral commençant) communiquant avec celle du Lobe Olfactif, on avant et avec celle de 
la première vésicule cérébrale en arrière (cette dernière persistant comme le troisième 
ventricule îatnx). Cette dernière communication est établie par le trou de Jllonro. Les 
parois des trois vésicules primitives deviennent d'épaisseur inégale; et la cavité (6) de 
la vésicule moyenne est relativement diminuée. 

-1. — Ici le Cerveau a grossi ; et l'inégalité d'épaisseur des parois des vésicules primi- 
tives est encore accrue. Ceci paraît distinctement par le développement plus grand du 
Cervelet {cb), de la Protubérance (;)) et des Tubercules Quadrijumeaux (g). 

5. — Cette figure montre le Cerveau encore plus grossi, et contenant une cavité tri-radiée 
{l, 1, 2, 3). La partie destinée à former le Trigone (/") qui, sur le n° 4, était en 
dessus, regarde maintenant un peu en bas; et des prolongements qui en partent com- 
mencent à s'étendre vers les tubercules mamillaires (ma), v correspond à la situation 
de la toile choroidienne. 



sont creuses ; et chacune d'elles communique avec le troisième ventricule par 
une ouverture connue sous le nom de Trou de Monro. Plus tard, ces excrois- 



4 DÉVELOPPEMEJNT DU CERVEAU HUMAIN 

sances subissent un développement énorme, et constituent les deux Hémisphè- 
res Cérébraux; tandis que les cavités qui y sont renfermées persistent sous le 
nom de Ventricules Latéraux, et que les Corps Striés se développent à leur in- 
térieur. De chaque hémisphère embryonnaire se développe antérieurement une 
sorte de bourgeon creux (o), qui constitue le Lobe Olfactif et son pédoncule. 

Ainsi donc, au point de vue de son histoire embryogénique, l'encéphale 
entier peut se diviser en trois parties principales : 1° le cerveau antérieur, 
composé des Lobes Olfactifs, des Hémisphères Cérebi^aux, et des parties qui en- 
tourent le Troisième Ventricule ; 2° le cerveau moyen, composé des Tubercules 
Quadrijumeaux et des Pédoncules Cérébraux; 3° le cerveau postérieur, composé 



f'A^^l 










PiQ. 123. Esquisses des formes premières des parties de l'axe côrébro-spina] dans l'em- 
bryon humain (Sharpey, d'après Tiedemann). 

A, vue latérale à la septième semaine; 1, moelle; 2, bulbe; 3, cervelet ; 4, mésencéphale ; 
5, 6, 7, cerveau. 

B, vue postérieure à la neuvième semaine; 1, bulbe ; 2, cervelet; 3, mésencéphale; 4, 5, 
couches optiques et hémisphères cérébraux. 

C et D, vues latérale et postérieure du cerveau de l'embryon humain, tel qu'il paraît à la 
douzième semaine de la vie intra-utérine; a, cerveau, b, tuberculfes quadrijumeaux; 
c cervelet- d bulbe; les couches optiques sont maintenant recouvertes par les hémi- 
sphères agrandis. 

E vue postérieure du même cerveau, disséqué pour montrer les parties profondes. 
1, bulbe; 2, cervelet; 3, tubercules quadrijumeaux; 4, couches optiques; 5, hémi- 
sphères, rejetés survies côtés; 6, le corps strié, enfoui dans l'hémisphère; 7, commen- 
cement du corps calleux. 

F, face interne de la moitié droite du même cerveau, séparée par une coupe médiane ver- 
ticale, et montrant la cavité centrale ou ventriculaire ; 1, 2, moelle et bulbe, encore 
creux; 3, courbure où se forme la protubérance; 4, cervelet; 5, lame (pédoncules 
cérébelleux supérieurs) se continuant en dessus avec les tubercules quadrijumeaux ; 
6, pédoncules cérébraux; 7, tubercules quadrijumeaux, encore creux; 8, troisième 
ventricule; 9, infundibulum ; 10, couche optique, maintenant solide; 11, nerf optique; 
12, ouverture conduisant dans le ventricule latéral; 13, corps calleux, commençant à 
paraître. 

de Cervelet, du Pont de Varole et du Bulbe. Ces parties principales peuvent 
elles-môme se subdiviser : le Cerveau Antérieur en trois segments distincts : 



PENDANT LA VIE UTÉRINE. 5 

(a) Olfactif, (b) des Hémisphères, (c) des Couches optiques ; et le Cerveau Posté- 
rieur en deux segments (a) Cérébelleux et (b) Bulbaire. Le Cerveau Moyen 
ne présente pas d'autre division. Cette classification, donnée il y a quelques 
années par Huxley, a le mérite de la simplicité, si on la compare à d'autres 
nomenclatures gênantes, aujourd'hui en vogue •• 

Dans la fig. 122, les commencements de ces six segments principaux de 
l'encéphale sont très clairement indiqués, par les parties qui portent les let- 
tres : 0, cr, a, b, c, m. 

Après cet exposé préliminaire, nous pouvons donner une des- 
cription plus détaillée des changements subis par le tube nerveux 
primitif et ses renflements céphaliques, pour donner au lecteur 
quelques notions sur l'ordre dans lequel apparaissent ces divers 
changements, et l'époque à laquelle ils se produisent. 

A une phase très précoce du développement, que Tiedemann 




Fis. 124. — Coupe verticale du cerveau d'un embryon humain âgé de quatorze semainea , 
grossi trois fois (Sliarpej', d'après Reichert); c, hémisphère cérébral; c c, corps cal- 
leux, commençant à passer en arrière ; f, trou de Monro ; p, membrane sur le tros- 
sième ventricule et glande pinéale; t h, couche optique; 3, troisième ventricule; I, 
bulbe olfactif; c q, tubercules quadrijumoaux; c r, pédoncules du cerveau, et au-de-i- 
sus d'eux l'aqueduc de Sylvius encore large; c', cervelet, et au-dessous de lui le qua- 
trième ventricule; p v, pont de Varole ; »n, moelle allongée. 

croyait être vers la septième semaine, l'axe ou tube nerveux primitif 
subit une série de courbures (fig. 123, A). 

Le renflement postérieur se recourbe- -Sur lui-même, de façon 
que ses deux régions (2 3) sont presqu'à angle droit, tandis qu'en 
avant, à partir de là, les diverses parties décrivent une courbe 
[k 5 6) dirigée en avant et en bas. 

Ce tube recourbé subit graduellement des modifications diverses, 
dues à l'amincissement progressif de ses parois en certains points, 
et à des épaississements locaux (dus à la production et au déve- 
loppement de nouvelle matière nerveuse) dans d'autres endroits. 
Ces dernières régions d'épaississement correspondent aux futurs 
centres ganglionnaires qui se développent graduellement dans les 
régions déjà indiquées; en produisant le Cervelet, la Protubérance , 
les Tubercules Quadrijumeaux , les Pédoncules du Cerveau, les 

']. Voyez Gegenbaur, Éléments d'Anatomie comparée, traduction Vogt. 



DÉVELOPPEMENT DU CERVEAU HUMAIN 




Couches Optiques, les Hémisphères Cérébraux avec les Corps Striés 
qu'ils renferment, et diverses commissures. 

De la T a la9^ semaine, le renflement moyen, ou vésicule moyenne 
(Mésencéphale) représentant les futurs Tubercules Quadrijumeaux, 
est le segment le plus proéminent de l'encéphale. Le Cervelet, même à 
cette dernière date, n'est représenté que par une mince lamelle 
croisant la face dorsale de la partie supérieure 
du Bulbe, tandis que les Hémisphères Cérébraux 
luturs ne sont encore que des ampoules oblongues 
fig. 122,3), se projetant en bas et en avant du ren- 
flement antérieur dont elles tirent leur origine. De 
la partie inférieure de ce même renflement [Tha- 
lam.encéphale) se projette Vinfundibidum qui, soit 
à ce moment là, soit plus tard, entre en connexion 
avec le Corps Pituitaire, organe dont la nature réelle 
et l'origine sont encore enveloppées de beaucoup 
d'obscurité. A partir également de la 8" semaine 
environ, le Thalamencéphale est tellement aminci 
en dessus (fig. 122, «), que le troisième ventricule 
n'est plus recouvert que par une membrane, le 
vélum interpositum ou toile choroïdiemie. An bord 
supérieur et postérieur de ce ventricule, apparaît 
bientôt la Glande Pinéale; ainsi que se&pédonctdes^ 
qui s'étendent en avant de chaque côté. 

Vers la 12" semaine de la vie intra-utérine, la 
configuration de l'Encéphale a subi un changement 
très marqué; d'abord à raison de l'accroissement 
de volume du Cervelet (fig. 123 C. c),qui est main- 
tenant plus épais et marqué d'un sillon longitu- 
dinal médian, bien que d'autre part sa surface 
soit lisse; et en second lieu par le développement 
encore plus frappant des Hémisphères Cérébraux 
(C, a] qui ont déjà crû en arrière au point de . 
recouvrir complètement le troisième ve?itricide 
(fig. 123, F. 8). Sur la surface inférieure de chaque 
allongée, le qua- i^éuiisphère, uu Lobc Olfactif est maintenant très 

trieme -venincule '■ 

étant recouvert par distinct, SOUS forme d'un bourgcou creux, dont la 
cavité se continue avec celle de l'Hémisphère dont 
il se détache. 

Les ventricules latéraux eux-mêmes sont en 

outre continus avec la cavité du Thalamencéphale, 

ou troisième ventricule, par une ouverture située de chaque côté de 

son extrémité antérieure, et connue sous le nom de trou de Monro. 

Près de cette ouverture, commence à paraître (au-dessus et en avant) 



Fig. 125. — Cerveau 
et moelle d'un Fœ- 
tus de quatre mois, 
vue postérieure 
(Sharpey, d'après 
Kôlliker). h, hémi- 
sphères cérébraux; 
m, tubercules qua- 
drijumeaux; e^ cer- 
velet ; m 0, moelle 



le cervelet; s, s, 
renflements cervi- 
cal et lombaire ds 
la moelle. 



PENDANT LA VIE UTÉUJNE. 7 

une bande transversale qui relie les deux Hémisphères, et que l'on 
pense correspondre au rudiment de la grande commissure transver- 
sale, le corps calleux, et peut-être aussi à la commissure antérieure. 
A cette période, les parois des Hémisphères Cérébraux sont très 
minces et en forme de sac ; de sorte que chacun renferme un très 
grand ventricule latéral, dans lequel on peut voir un Corps Strié 
rudimentaire, sous forme d'un épaississement de sa paroi inférieure 
et exteinie. C'est ainsi que ces corps arrivent à occuper leur position 
bien connue, en avant et un peu en dehors des Couches Optiques. 
Pendant cette même période, le renflement moyen ou Mésencé- 
phale ne s'est point du tout accru d'une manière proportionnelle ; 
de sorte qu'il a maintenant un volume relatif beaucoup moindre 
(fig. 12/1, c q). On y peut toutefois remarquer l'apparition d'un léger 
sillon longitudinal; et son bord postérieur touche le Cervelet (c'). 




FiG. 126. — Cerveau de Fcstus humain, au quatrième mois, grossi environ deux fois 
(Owen). Vue latérale, avec le cerveau (P) tiré en haut et en avant, pour découvrir les 
tubercules quadrijumeaux (o o) et le cervelet bilobé (c c). 



Ses parois supérieures sont relativement minces; formant le toit 
d'une cavité proportionnellement grande, située entre le troisième 
et le quatrième ventricule; bien que cette cavité diminue plus 
tard, et se réduise à un simple passage entre les deux ventricules. 

Le Bulbe, relativement groS;, conserve sa courbure primitive, Sa 
moitié supérieure est recouverte par le Cervelet; tandis qu'à la par- 
tie dorsale de sa moitié inférieure se trouve le quatrième ventricule, 
largement ouvert, et dont la partie inférieure se continue avec le 
canal central de la partie restante du lobe primitif, qui se développe 
maintenant en Moelle Épinière. 

Vers LA FIN DU k^ MOIS, les principaux changements additionnels 
que l'on a notés sont les suivants. Les Hémisphères Cérébraux devien- 
nent encore plus gros, et tendent de plus en plus à éclipser les 
autres parties. Ils s'étendent déjà en arrière au-dessus des futurs 
Tubercules Quadrijumeaux (fig. 126), On peut voir sur leur surface 



8 DÉVELOPPEMENT DU CERVEAU HUMAIN 

externe une scissure de Sylvius rudimentaire ; et, de ce sillon large 
et profond, partent un certain nombre de scissures peu profondes, 
qui ont été décrites par Gratiolet et d'autres auteurs (et qui corres- 
pondent avec des proéminences internes sur les parois des ventri- 
cules latéraux). Quelques observateurs croient ces apparences arti- 
ficielles; mais qu'elles soient artificielles ou naturelles, tout le monde 
est d'accord qu'elles disparaissent au bout d'un certain temps, lors- 
que les parois des venlricules laléraux deviennent plus épaisses. 




FiG. 127. — Cerveau de Tortue (Chelone), vue latérale, à comparer avec la dernière 
figure (Owen). C, cervelet; O, lobes optiques; P, cerveau; R^ lobos olfactifs. 

C'est alors que les scissures et les circonvolutions permanentes 
commencent à se développer sur la surface externe des Hémi- 
sphères Cérébraux. 




FiG. 1-2S. — Surface externe du cerveau fœtal à six mois (Sharpe}', d'après R. "Wagner) 
Cette figure et la suivante sont destinées à montrer le commencement de la formation 
des principales scissures, F, lobe frontal; P, lobe pariétal; O, lobe occipital; T, lobe 
temporal; a a a, légère apparence des diverses circonvolutions frontales; s s, scissure 
de Sylvius; s', sa division antérieure. Au fond de la scissure, C, lobe central ou 
insulade Reil; r, sillon de Rolande; p, scissure perpendiculaire externe. 

A cette période aussi les Corps Striés sont distinctement plus 
gros; et près de leurs extrémités antérieures, on reconnaît un Corps 
Calleux court et presque vertical (pas très différent de ce qui existe 
chez les Marsupiaux). La Commissure Antérieure est grêle, mais dis- 
tincte, La Commissure Molle ou Moyenne existe sous forme d'une 
grosse saillie arrondie, partant de la face interne de chacune des 
Couches Optiques; bien que les deux saillies ne soient pas encore 
arrivées à se toucher de manière à former une véritable commissure. 



PENDANT LA VIE UTÉRINE. 9 

La cavité dont sont creuses les Lobes Optiques est encore plus 
grande qu'auparavant. Les lobes latéraux du Cervelet se sont no- 
tablement développés; tandis qu'ils sont séparés l'un de l'autre 
(fig. 126, c) par une dépression médiane, — indiquant l'absence pres- 
que complète, à cette période, du lobe médian. 

En examinant la base du Cerveau, on trouve le Bulbe gros. Les 
pyramides antérieures et les rudiments des olives, en dehors d'elles, 
sont très distinctement reconnaissables. Une bande mince, marquée 
d'un sillon médian, s'étend en travers, entre les lobes latéraux du 
Cervelet. C'est la première trace du j)ont de Varole. En avant de lui 
sont les Pédoncules Cérébraux : entre ces derniers sont le corpus 
albicans (tubercule mamillaire) et le tuber cinereum; et, en avant de 




FiG. 129. 



Surface supérieure du cerveau fœtal à six mois (Sharpey,;d'après R.Wagner). 
Mêmes indications que pour la figure .128. 



ce dernier, la commissure des nerfs optiques. Tous les autres nerfs 
cérébraux sont distinctement reconnaissables; bien qu'à cette pé- 
riode ils soient excessivement grêles. 

Après cette époque, le développement du Cerveau se poursuit, 
d'après Gratiolet, avec la plus surprenante rapidité. Vers la fin du 
5° MOIS, l'accroissement des Hémisphères Cérébraux a été si consi- 
dérable, qu'ils couvrent complètement, non seulement les Tubercules 
Quadrijumeaux, mais aussi le Cervelet, maintenant plus gros. La 
scissure de Sylvius est large et ouverte (fig. 128), de manière à laisser 
à découvert le lobe central ou imtda de Reil. Le commencement 
du sillon de Rolande est parfois reconnaissable à cette période; et 
l'on peut suivre les rudiments de circonvolutions sur les lobes fron- 
taux et d'autres parties. Les parois des Hémisphères et des Lobes 
Optiques ont acquis une épaisseur beaucoup plus grande ; et les prin- 



10 DÉVELOPPEMENT DU CERVEAU HUMAIN 

€ipales commissures sont pour la plupart arrivées à leur condition 
typique. C'est plus spécialement le cas pour le Corps Calleux et le 
Trigone, entre lesquels le cinquième ventricule a commencé à paraître. 
Les deux moitiés de la Commissure Moyenne se sont également 
réunies. 

Pendant cette même période, le Cervelet a subi des changements 
importants. A partir de la fin du quatrième mois, le développement 
■de ses lobes latéraux a lieu avec plus de lenteur ; et le lobe médian, 
■absent jusque-là, non seulement commence à paraître, mais présente 
aussi sur sa surface trois ou quatre plis transversaux. Leslobeslaté- 
raux sont encore parfaitement lisses, — bien que, vers la fin du sixième 
mois, ils soient également marqués de nombreuses scissures trans- 
versales. La Protubérance, comme on l'a déjà signalé, subit un 
développement corrélatif à celui des lobes latéraux du Cervelet. 

Dans la dernière et importante période de la vie intra-utérine, 
DU 6° A LA FIN DU 9' M0is,les changements qui se manifestent dans 
le Cerveau sont beaucoup plus marqués que ceux qui se produisent 
dans le Cervelet. Les parois des Hémisphères Cérébraux deviennent 
plus épaisses; et il y a diminution proportionnée de la capacité des 
ventricules latéraux, dont les trois cornes deviennent maintenant 
tout à fait distinctes. Le Corps Calleux prend une direction plus 
horizontale, et s'accroît à la fois en épaisseur et en longueur. Il 
s'étend en arrière jusqu'au niveau des Lobes Optiques, qui sont 
maintenant marqués d'un sillon transversal, et paraissent ainsi 
comme de vrais tubercules quadri jumeaux. Les lobes occipitaux du 
cerveau se développent davantage. Le profil général des Hémisphères, 
vus en dessus, est celui d'un ovale allongé. 

Pendant le 6' mois, se produit un développement surprenant de 
scissures et de circonvolutions; de sorte que, vers les premiers temps 
du septième mois, on peut suivre distinctement les principales 
d'entre elles. Celles qui se manifestent les premières sur la surface 
externe, sont la scissure de Sylvius et le sillon de Rolande. Ce der- 
nier est à peine distinct jusqu'à la fin du sixième mois; mais, un peu 
avant cette période, d'après Ecker, deux autres scissures apparais- 
sent sur la face interne des Hémisphères: ]sl perpendiculaire into^ne 
(fig. 130 P'), marquant la limite antérieure du lobe occipital, et la 
scissure calcarine qu'elle rencontre en bas. Cette dernière est géné- 
ralement regardée comme une extension postérieure de la scissure 
de V Hippocampe, qui apparaît à peu près à la même époque, et qui 
«xiste constamment, même chez les Vertébrés inférieurs, sur la 
face interne du cerveau. Gratiolet croit même que cette dernière 
scissure est la première qui paraisse sur la face interne des Hémi- 
sphères. Un peu plus tard, on peut distinguer la scissure parallèle 
du lobe temporal; et, comme on l'a déjà dit, vers le commencement 



PENDANT LA VIE UTÉRINE, 



11 



du 1' mois, les autres principales scissures du cerveau ont fait leur 
apparition. 

Ecker a sans doute raison de penser que l'époque précise à laquelle 
paraissent les principales scissures, est, ainsi que leur ordre d'appa- 
rition, sujette à quelques variations chez les différents individus 
Ainsi qu'Huxley, il estime qu'aucune preuve ne démontre que les 
scissures du cerveau d'un Chimpanzé ou d'un Orang n'apparaissent 
point dans le même ordre essentiel que chez l'enfant; malgré l'opi- 
nion exprimée par Gratiolet qu'il existe sous ce rapport de légères 
différences. 

A l'époque de la naissance, le développement des circonvolutions 




Fis. 130. — Vue de la face interne de la moitié droite à\x cerveau fœtal, à six mois envi- 
ron (Sharpej', d'après Reichert). F, lobe frontal; P, lobe pariétal; O, lobe occipital ; 
T, lobe temporal; I, bulbe olfactif; II, nerf optique droit; fp, scissure calloso-mar- 
ginale ; ;j, scissure perpendiculaire; /(, scissure calcarine; gg, circonvolution du corps 
calleux {gyrus fornicatus); c c, corps calleux; s, septum lucidum; f, la lettre est pla- 
cée entre la commissure moyenne et le trou de Monro ; t; est à la partie supérieure du 
troisième ventricule, immédiatement au-dessus du vélum interpositum et du trigone. 
v', dans la partie postérieure du troisième ventricule, au-dessous de la glande pinéale, 
et en avant de l'entrée de Vaqueduc de Sylvius ; d'V dans la partie inférieure du 
troisième ventricule, au-dessus de l'infundibulum ; r, processus pinealis, se détachant 
en arrière de la toile clioroïdienne ; p v pont de Varole; c e, cervelet. 

est si complet chez l'Enfant, qu'elles ne diffèrent de celles de l'adulte 
qu'en ce qu'elles présentent un peu moins de complications pour 
les détails de moindre importance. 

Toutefois, tandis que les circonvolutions atteignent ce haut degré 
de complexité, il se produit quelques changements importants dans 
le développement relatif des divers lobes du cerveau. Au 7" mois, le 
lobe pariétal est remarquablement petit', et, apparemment, en con- 



1. Voyez Gratiolet, Anatomie comparée du Système Nerveux, PL XXXI, 
fig-. l. 



12 DÉVELOPPEMENT DU CERVEAU HUMAIN 

séquence de cela, le sillon de Rolando est courbé presqu'à angle 
droit, exactement comme dans le cerveau de l'Orang adulte, et à un 
degré moindre dans celui du Chimpanzé. A cette même époque, le 
lobe frontal est gros, ainsi que le lobe temporal; bien que les cir- 
convolutions de ce dernier ne soient encore que bien imparfaite- 
ment marquées. La longueur du lobe temporal et l'étendue du pro- 
longement postérieur de la scissure de Sylvius sont aussi des traits 
remarquables du cerveau fœtal. Nous avons déjà eu à signaler ces 
caractères dans le cerveau de beaucoup de Quadrumanes, et nous au- 
rons encore l'occasion de parler de ces mêmes particularités, comme 
existant chez les cerveaux humains adultes d'un type peu élevé. 

A l'époque de la naissance, le développement plus complet du 
lobe pariétal a diminué de beaucoup la courbure du sillon de 
Rolando. Le contour du cerveau, vu en dessus, est encore un ovale 
allongé, bien qu'il soit distinctement plus large, dans les régions 
frontale et pariétale, que chez le fœtus de sept mois représenté 
par Gratiolet; et ce contour s'accorde presque exactement avec 
celui du cerveau de la femme Boschimane adulte, qui a été publié 
par Marshall (fig. 135). 

D'après S. van der Kolk et Vrolik, il semble que, par leur pro- 
portion relative, les lobes cérébraux d'un Enfant nouveau-né tiennent 
juste le milieu entre ceux du Chimpanzé et ceux de l'Homme adulte. 
Mais, chez l'Orang adulte, il existe la même proportion entre les lobes 
cérébraux que chez l'Enfant nouveau-né; de sorte que, sous ce 
rapport comme sous plusieurs autres, le cerveau de l'Orang semble 
avoir subi une évolution plus parfaite que celui du Chimpanzé. 

• Le Cervelet est relativement petit chez l'Enfant nouveau-né. Son 
poids proportionnel, comparé à celui du Cerveau à la même époque, 
est moindre que chez aucun des grands Anthropomorphes. Ceci, 
toutefois, n'est point dû à une diminution dans le développement 
du Cervelet ; mais plutôt à ce que, chez l'Homme, l'accroissement 
total du volume du Cerveau est beaucoup plus considérable que 
celui du Cervelet ; et à ce que cet accroissement plus considérable 
est déjà, à l'époque de la naissance, plus manifeste dans le Cerveau 
que dans le Cervelet. Ce fait a été également établi par les anato- 
mistes hollandais, puisqu'ils ont trouvé que le poids du Cerveau chez 
le nouveau-né est, au poids du Cerveau, chez l'adulte, comme 96: 
157; tandis le poids du Cervelet du nouveau-né est au poids du 
Cervelet de l'Homme adulte comme 22 : 50. 

La proportion réelle du poids du Cervelet à celui du Cerveau, 
chez le nouveau-né, varie d'après Chaussier de 1 : 13 à 1 : 26 ; et 
Cruvelhier s'est assuré qu'il est de 1 : 20. D'autre part, d'après 
Sharpey, le rapport du poids du Cervelet à celui du Cerveau est, chez 
l'Homme adulte, 1 : 8 *■ et chez la Femme adulte 1:8^. 



PENDANT LA VIE UTÉRINE. 13 

On peut voir, d'après ces chiffres, combien le développement du 
Cervelet est resté en arrière de celui du Cerveau, chez l'Enfant, à 
répoque de la naissance. 

Quant aux caractères microscopiques du Cerveau fœtal, une 
seule indication brève, mais importante, mérite d'être rapportée ici. 

D'après Lockhart Clarke ^ : a Dans le cerveau fœtal des Mammi- 
fères et de l'Homme, la structure (des circonvolutions cérébrales) 
consiste au début en un réseau nucléé ininterrompu. A mesure que 
le développement avance, on peut distinguer des couches séparées. » 
Mais, même dans ces couches, on ne peut reconnaître « que des 
noyaux arrondis reliés par un réseau de fibres » ou, dans d'autres 
parties, des groupes de noyaux plus allongés, au lieu des cellules 
nerveuses distinctes, mais de formes différentes, réunies entre elles 
par leurs prolongements, que l'on décrira dans un chapitre ultérieur 
comme les constituants principaux et caractéristiques des circon- 
volutions cérébrales, à leur état de développement complet. 

1. Notes of Researches on tlie Intimate Structure of the Brairi — Proceed. 
of the Royal Society, 1863, p. 721. 



CHAPITRE XX 

VOLUME ET POIDS DU CERVEAU HUMAIN 

Le volume et le poids du Cerveau humain peuvent être estimés 
de deux manières, dont l'une peut être appelée direcle et l'autre 
liidirecle. 

Nous pouvons assurément mesurer et peser l'organe lorsqu'il est 
accessible ; et une grande somme de travail a été dépensée dans cette 
direction, principalement par des observateurs anglais, sur des indi- 
vidus d'âge, de sexe et de conditions différents. 

Mais lorsque l'anatomiste ne possède que les crânes des repré- 
sentants d'anciens peuples, ou de nations étrangères, ou de tribus 
sauvages, il doit, pour acquérir des notions définies sur le volume 
et le poids des organes que ces crânes ont renfermés, adopter une 
méthode uniforme et soigneusement étudiée pour s'assurer de leur 
capacité exacte. Des chiffres de capacité crânienne ainsi obtenus, on 
pourra, lorsque certaines autres données seront connues, déduire 
avec une certaine exactitude le poids probable du Cerveau corres- 
pondant. 

Cette dernière manière indirecte de procéder est justifiable, et 
capable de donner des résultats dignes de foi; car, à l'état de santé, 
le Cerveau humain remplit invariablement le crâne auquel il appar- 
tient, sauf l'intervention de quelques enveloppes membraneuses 
minces, avec des vaisseaux et des espaces sanguins, — dont on peut 
finalement tenir compte. Il reste encore toutefois beaucoup à faire, 
avant que l'on puisse déterminer d'une façon exacte à combien s'élève 
le total des déductions à opérer, et l'étendue dans laquelle il varie 
avec l'âge, le sexe et la race; et l'on peut en dire autant des diffé- 
rences de capacité des ventricules latéraux, puisque les variations, 
en plus ou en moins de la capacité normale peuvent parfois intervenir 
comme cause d'erreur dans une estimation indirecte du poids du 
Cerveau. Ainsi donc, bien qu'il soit vrai qu'il existe toujours cer- 
taines relations entre la capacité crânienne et le poids du Cerveau, 
on ne saurait dire qu'elles aient encore été déterminées autrement 
que d'une manière préliminaire. D'après la règle générale posée par 



CAPACITÉ CRANIENNE. 15. 

le docteur Barnard Davis, en déduisant environ 15 p. % de la capa- 
cité du crâne, on obtient le volume du Cerveau; et l'on peut, par le 
calcul, en déduire son poids'. 

Les deux méthodes, direcle et indirecte, sont de grande utilité; 
et les investigateurs expérimentés peuvent avoir recours à l'une ou 
à l'autre, suivant qu'ils ont à examiner des Crânes ou des Cerveaux. 
Chaque méthode offre certains avantages; mais, somme toute, on peut 
dire que, si les Cerveaux étaient toujours accessibles, on entendrait 
probablement moins parler des capacités crâniennes. La méthode 
indirecte semble bien calculée pour donner des moyennes de race. 




Fis. 131. — Un côté du crâne enlevé pour montrer la dure-mère avec ses vaisseaux en- 
veloppant le cerveau (d'après Hirschfeld et Léveillé). a, commencement du grand 
sinus veineux longitudinal qui se continue en arrière vers b. Tout près de b est situé 
le point de rencontre de plusieurs sinus veineux. 

OU poids le plus ordinaire, lorsqu'on mesure avec soin un nombre 
suffisant de crânes, par une méthode capable de donner des résul- 
tats uniformes et corrects. 

Il ne faut toutefois jamais oublier que le volume du Crâne, et 
avec lui le poids du Cerveau, varie dans de certaines limites suivant 
la stature de l'individu; de manière que l'accroissement de stature 
est accompagné d'une augmentation de' poids- du Cerveau, bien que 
cette augmentation marche d'autant moins vite que la stature s'ac- 
croît davantage. Ceci est appuyé sur l'autorité de MarslialP, qui a 
aussi calculé, d'après des tables colossales fournies par Boyd (et 
d'après des notes à lui), que, pour les Anglais, une variation de 
7 pouces dans la taille est accompagnée d'une variation de 2 onces 75 
dans le poids du Cerveau chez les Hommes; tandis que, chez les 
Femmes, une variation de 6 pouces dans la taille n'en donne qu'une 
de 1 once 25 dans le poids du Cerveau. Ainsi donc, lorsqu'on com- 

\. Voyez : On the IVeight of tlie Brain in the différent races of Man — 
PMlosoph. Trans., 1868, p. 506 et 526. 

2. Proceed. of the Boij. Soc. ,1815, vol. XXIII, p. 564. 



16 



VOLUME ET POIDS DU CERVEAU HUMAIN. 



pare le poids du Cerveau chez des individus de stature différente, en 
vue de reconnaître l'influence d'autres conditions sur le poids de 
cet organe, il faut toujours avoir présent à l'esprit que la différence 
de stature est elle-même une cause puissante de différences, avec 
laquelle il faut compter tout d'abord. 

On peut établir ici, en termes généraux, qu'un peu moins de ^ du 
poids total d'un Cerveau représentera chez les Hommes le poids du 




FiG. 132. — Cerveau et cervelet de l'Homme, montrant le volume relatif de ces parties de 
l'Encéphale (d'après Hirschfeld et Léveillé). 

Cervelet. Pour les Femmes toutefois, le poids relatif du Cervelet est 
plutôt plus grand (1 : 8 i) ce qui est dû à une réduction proportion- 
nelle, chez elles, du volume du Cerveau. 



CAPACITES CKANIENNES 

On ne peut connaître la capacité crânienne moyenne d'une race 
quelconque que par l'examen d'une nombreuse série de Crânes de 
cette race, assortis d'après le sexe. L'importance de ce dernier point 
est grande; car, ainsi que le signale Flower, la différence de sexe, 
dans son influence sur la capacité du Crâne, est décidément plus 
grande que la différence de race. 

Les manières d'estimer la capacité crânienne ont tellement varié à 
diverses époques et suivant les différents observateurs, qu'il est par- 
fois difficile et peu sûr de comparer entre eux les résultats obtenus. 

11 serait fort important qu'une méthode internationale fût univer- 
sellement adoptée par les travailleurs des divers pays. Nous pour- 
rions alors, au bout d'un certain temps, avoir des résultats stricte- 
ment comparables les uns aux autres^. 

1. Voyez Flower, in : Brit. Meclic. Journ., 12 avril 1879, p. 540, et un autre 
mémoire du même auteur, ISlethods and Residts of Measurement of Capacity 
of Crania, in Rep. of Brit. Assoc. pour 1878. 



CAPACITÉ CRANIENNE. 17 

VogtS donne une table de capacités crâniennes, fournies par divers 
observateurs, dont les données les plus intéressantes proviennent des 
recherches de Broca sur un grand nombre de Crânes provenant de 
certains cimetières de Paris, dont, pour diverses raisons, on avait à 
déranger les sépultures. 11 dit : 

« Broca pi^ofita de l'occasion fort rare d'examiner un certain nombre de 
crânes trouvés à Paris (en posant les fondations du nouveau Tribunal de 
commerce), dans un caveau situé à trois mètres de profondeur, en un point 
déjà couvert de maisons à l'époque de Philippe-Auguste. Les crânes doivent 
donc dater au moins du xu'= siècle, et beaucoup d'entre eux, peut-être, de la 
période carlovingienne. Ils appartenaient certainement à des individus de haut 
rang, puisqu'on les trouva dans des caveaux fermés. » 

La capacité moyenne de 115 de ces Crânes du xn" siècle fut 
trouvée de lZi25,98 centimètres cubes. 

Une autre série de Crânes provenait du cimetière de FOuest, qui 
fut affecté à cet usage de 1788 à 182^. De ceux-ci, qu'on peut appeler 
Crânes du xix'= siècle, 125 furent examinés et donnèrent une capacité 
de lZi61,53 centimètres cubes. 

11 n'est donc pas sans intérêt de remarquer que, dans le cours de 
sept siècles de civilisation progressive, la moyenne du Crâne Pari- 
sien semble avoir distinctement augmenté de capacité. 

C'est en outre, comme le signale Vogt, un fait remarquable « que 
la différence entre les sexes au point de vue delà capacité crânienne 
augmente avec le développement de la race, de sorte que l'Euro- 
péen est de beaucoup plus au-dessus de l'Européenne que le Nègre 
ne l'est de la Négresse. » 

Le Bon a aussi récemment établi ^ que la différence qui existe 
entre la capacité moyenne des Crânes d'Homme et de Femme, chez 
les Parisiens modernes, est près du double de celle qui existe entre 
les Crânes d'Hommes et de Femmes de l'ancienne Egypte. 

Ceci doit être regardé comme une autre preuve intéressante que 
ies effets de la civilisation conduisent à un accroissement de déve- 
loppement du Cerveau; car, ainsi que le remarque Vogt: 

« Moins l'état de culture est élevé, plus les occupations des deux sexes 
sont semblables. Chez les Australiens, les Boschimans et autres races infé- 
rieures ne possédant pas d'habitations fixes, la femme partage tous les travaux 
de son époux et a en outre les soins de la famille. La sphère d'occupation est 

1. Lectures on Man {Anthrop. Soc.) p. 88. 

2. Comptes rendus, 8 juillet 1878, p. 80. Depuis que ce chapitre est à l'im- 
pression un mémoire plus long, de Le Bon, a paru dans la Revue d'Anthropo- 
logie de janvier 1879. 

Charlton Bastian. — II. 2 



18 



VOLUME ET POIDS DU CERVEAU HUMAIN. 



îa même pom' les deux sexes; tandis que, chez les nations civilisées, il y a di- 
vi sion du travail mental. S'il est vrai que tout organe se fortifie par l'exercice 
et augmente de volume et de poids, il en doit être ainsi pour le cerveau, qui 
se développe davantage par l'exercice mental proprement dit. » 

En outre, Le Bon a montré que l'étendue de variation dans la 
capacité crânienne^ que l'on rencontre cliez différents individus du 
sexe masculin, semble d'autant plus grande que la position de la race 
est plus élevée dans l'échelle de la civilisation. « Ainsi les gros et les 
petits Crânes masculins chez les Nègres, peuvent présenter des diffé- 
rences de 20Zi centimètres cubes; chez les anciens Égyptiens, de 353; 
chez les Parisiens du xu^ siècle, de /i72; et chez les Parisiens 
modernes, de 593. » Il estime, en conséquence, que le signe réel de 
supériorité d'une race sur une autre, pour ce qui est de la capacité 
crânienne^ ne peut être obtenu par des moyennes qui peuvent être, 
et sont souvent, fort trompeuses; mais plutôt en recherchant com- 
bien pour cent d'individus de chaque race possèdent des Crânes de 
volumes donnés. « La race supérieure, d'après Le Bon, contient 
beaucoup plus de Crânes volumineux que la race inférieure. Sur 
100 Crânes Parisiens modernes, il y en aura à peu près 11 dont la 
capacité atteindra -de 1700 à 1900 centimètres cubes; tandis que, sur 
le même nombre de Crânes Nègres, on n'en trouvera pas un seul qui 
possède ces capacités. » Dans son travail plus récent et plus étendu, 
iLe Bon donne, à l'appui de ses vues, l'intéressante table que voici : 

Capacité crânienne chez les diEFéreutes races humaines. 



CAPACITÉ 


PARISIENS 


PARISIENS 
DU 


ANCIENS 


NÈGRES. 


AUSTRA lEN 


CRANIENNE. 


MODERNES. 


Xlie SIÈCLE. 


EGYPTIENS. 






Centimètres cubes. 












1200 à 1300. . . 


0,0 


0,0 


0.0 


7,4 


45,0 


1300 à 1400. . . 


10.4 


7,5 


12,1 


35,2 


25,0 


1400 à 1500. . . 


14,3 


37,3 


42,5 


33,4 


20.0 


1500 à 1600. . . 


46,7 


29,8 


36,4 


14,7 


10,0 


1600 à 1700. . . 


16,9 


20,9 


9,0 


9,3 


0,0 


1700 à 1800. . . 


6,5 


4,5 


0,0 


0,0 


0,0 


1800 à 1900... 


5,2 


0,0 


0,0 


0,0 


0,0 



Le même auteur ajoute^ : «La capacité crânienne du Gorille 
-atteint souvent 600 centimètres cubes, de sorte qu'il suit de là qu'il 



1. Loc. cit., p. 75. 



MANIERES DE PESER. 19 

y a un grand nombre criiommes qui sont alliés de plus près, par le 
volume de leur cerveau, aux singes anthropomorphes, qu'ils ne le sont 
à quelques autres hommes. » 



POIDS DU CERVEAU 

La manière de peser le cerveau n'a pas toujours été la même 
pour les différents observateurs. Quelques-uns avaient coutume de 
débarrasser l'organe de ses minces enveloppes membraneuses, avant 
de le mettre dans la balance; tandis que d'autres les pesaient avec 
lui. Mais le poids de la pie-mère et de l'arachnoïde est assez exacte- 
ment connu, et excéderait à peine 21 à 28 grammes. En outre, parmi 
ceux qui ont suivi la dernière méthode, qui est aussi de beaucoup la 
plus commune, quelques-uns ont pesé le cerveau dans son état d'in- 
tégrité, presque aussitôt qu'il était retiré du corps, tandis qu'un 
observateur au moins, le docteur Thurnam, avait l'habitude de le 
couper d'abord par tranches pour permettre à la sérosité et au sang 
de s'écouler pendant une ou deux heures, avant de mettre l'organe 
dans la balance. Par ce dernier procédé, le poids total peut être 
diminué, dans certains cas, de 28 à 56 grammes^. 

Comme ces causes de variations sont presque les seules possibles, 
lorsque les pesées sont faites avec le soin ordinaire, les poids du 
cerveau, obtenus par les différents observateurs, sont plus strictement 
comparables l'un à l'autre que les estimations Û.Q capacité crânienne^ 
que les divers observateurs ont obtenues en suivant, comme la plupart 
l'ont fait, des méthodes très différentes, et dont les indices relatifs 
de variation n'ont point encore été déterminés. 

Assurément, la plupart des causes qui affectent la capacité 
crânienne des individus affectent aussi le poids de leur cerveau, et 
vice versa. Mais, sauf pour ce qui tient à la comparaison des races 
anciennes et modernes, ces conditions ont été beaucoup mieux 
élucidées pour les poids que pour les capacités crâniennes. 

Nous allons signaler brièvement quelques-unes des principales 
causes de modification. 

Age, — Les premiers anatomistes, et même Tiedemann et sir 
William Hamilton, croyaient que le cerveau humain atteignait son 
plus grand développement vers la septième année. Nous savons main- 
tenant que cela n'est pas exact : cependant, d'après des recherches 
fort étendues du docteur Boyd, qui ont été réduites en tables par 

1. Voyez un excellent mémoire du D' Thurnam : On the Weight of the 
Human Brain and on the Circumstances afjecting it. — Journal of Mental 
Science, 1866. 



20 VOLUME ET POIDS DU CERVEAU HUMAIN. 

Thurnam {loc. cit. stable ix), il semblerait que, chez les enfants mâles„ 
il atteint réellement les f de son poids définitif à la fin de la 
septième année ; et, chez les petites filles, environ les ^ dece poids à 
la même période. En outre, d'après cette table, le poids maximum du 
cerveau, pour les deux sexes, se rencontra chez des individus qui ne 
dépassaient pas la vingtième année. 

Après une considération attentive des résultats précédemment 
obtenus, Thurnam arrive aux conclusions suivantes : 

« On peut admettre, en général, que le poids moyen du cerveau subit un 
accroissement progressif jusqu'à une époque située entre la vinglième et la 
quarantième année. D'après toutes les tables que nous avons sous les yeux, et 
qui se rapportent à des cerveaux sains, le poids moyen le plus considérable est, 
chez les hommes, celui de la période décennale moyenne, ou de trente à qua- 
rante ans; et ceci, comme l'observe M. Broca, s'accorde parfaitement avec ce 
que nous savons de la continuation de développement de l'intelligence durant 
toute cette période. Pour les femmes, le poids total moyen du cerveau est peut- 
être atteint dans la décade précédente, de vingt à trente ans. Mais la diflerence 
entre les deux sexes n'est pas grande sous ce rapport. De quarante à cinquante 
ans, il y a une légère diminution de poids; et une plus grande de cinquante à 
soixante. Après soixante ans, la décroissance est encore plus grande; le proces- 
sus de dépérissement devient de plus en plus rapide ; et ainsi, pendant la hui- 
tième décade de l'existence, le poids moyen du cerveau est de 80 à 90 gram- 
mes plus petit que ce qu'il était pendant la quatrième décade. Chez les gens 
âgés, en moyenne, le poids du cerveau diminue pari passu avec l'intelligence. 
Il y a beaucoup d'exceptions à cette règle générale; et quelques personnes, sur- 
tout dans la classe plus cultivée et instruite, conservent jusqu'à l'âge le plus 
avancé la plénitude et la vigueur de leurs facultés. Le cerveau de ces hommes,, 
comme l'observait feu le professeur Gratiolet, demeure dans un état de jeu- 
nesse perpétuelle; et ne perd que peu ou point du poids qu'il possédait à la 
fleur de l'âge. » 

Sexe. — « Mes propres observations, dit Thurnam, confirment plei- 
nement celles de précédents auteurs, qui ont déclaré que le poids 
moyen du cerveau de l'homme adulte est environ de 10 pour 100 
supérieur à celui du cerveau de la femme. Comme le dit le profes- 
seur Welcker : « Le poids du cerveau de l'homme (1390 grammes) est 
à celui de la femme (1250 grammes) comme 100.: 90. «On observe de 
légères variations dans les poids du cerveau des deux sexes, donnés 
par différents observateurs; mais on verra que la différence moyenne 
est exprimée avec beaucoup d'exactitude par les chiffres ci-des- 
sus. » 

La différence entre le poids moyen du cerveau de l'homme et 
celui de la femme, d'après la supputation de Welcker, est de 
l/iO grammes; mais, d'après les observations du docteur Peacock sur 
les Écossais, elle gérait de 150 grammes. 



DIFFÉRENCES SEXUELLES. 21 

Thurnam dit : 

u Quelques-uns ont supposé avec Tiedemann que le volume moindre du 
cei'veau de la femme est simplement dû à sa moindre stature. Ceci toutefois 
n'est point exact ; et M. Parchappe a montré depuis longtemps, bien que d'a- 
près un nombre trop restreint de pesées, que la différence était plus grande 
qu'on ne pouvait l'expliquer de cette manière. Je puis confirmer cette opinion, 
d'après des calculs fondés sur les grandes tables du docteur Boyd pour St- 
Marylebone. Dans ce but, j'ai examiné et comparé la stature moyenne et le 
poids du cerveau pour les hommes et les femmes aux périodes décennales de 

vingt à soixante ans Tandis que le poids du cerveau est de prés de 10 pour 

cent moindre chez la femme, la stature ne l'est que de 8 pour cent. » 

Poids du corps et stature. — La relation du poids du cerveau 
au poids du corps suit presque exactement les mêmes lois que nous 
avons observées chez les animaux inférieurs; c'est-à-dire que la 
proportion diminue avec l'accroissement du poids et de la stature 
du corps; de sorte que, ainsi que Tiedemann Ta observé, « plus 
l'homme approche de sa croissance complète, plus le poids de son 
cerveau est petit relativement à celui de son corps. » 

11 varie aussi avec le degré d'obésité : « chez des personnes maigres 
la proportion est souvent de 1 : 22 ou 27; chez les personnes fortes, 
de 1 : 50 ou 100. » 

Mais, comme le dit Thurnam : « Bien qu'on puisse se demander 
s'il y a à tirer beaucoup de déductions physiologiques utiles de la 
proportion du poids du cerveau et du corps chez les deux sexes, la 
comparaison du poids du cerveau avec la stature peut amener à des 
conclusions de plus de valeur... Parchappe concluait que, toutes 
choses égales d'ailleurs, le poids du cerveau chez les deux sexes est 
relativement plus grand chez les personnes de haute taille que chez 
celles de petite stature; la différence entre les deux pouvant être de 
cinq pour cent : c'est-à-dire le cerveau d'un homme grand étant 
représenté par 100, celui d'un homme de petite taille le sera par 95. 
La différence était un peu moindre chez les femmes. » Ceci s'accorde 
tout à fait avec les supputations plus récentes de Marshall. 

Race. — On n'a encore que relativement peu d'observations sur 
ce sujet si vaste, — la question de la moyenne ou poids ordinaire du 
cerveau chez les différentes races d'hommes. On a fait un peu plus, 
en ce sens, pour les variations de capacité crânienne. 

On a toutefois commencé à déterminer le poids moyen du cerveau 
pour les Anglais et les Écossais; et, avec moins de précision, pour les 
Français et les Allemands. Mais les observations faites jusqu'ici ne 
proviennent que d'étendues de pays trop restreintes; et les personnes 
sur lesquelles elles portent appartenaient trop au même état social 
et au même degré d'éducation. 



22 VOLUME ET POIDS DU CERVEAU HUMAIN. 

Thurnam pense que le chiffre de Welcker (1390 grammes) repré- 
sente avec beaucoup d'exactitude le poids moyen du cerveau de 
l'homme européen, chez des personnes de vingt à soixante ans. II 
donne le tableau suivant, montrant la moj^enne du poids pour chaque 
peuple, par rapport à ce chiffre-là. 

Relation de poids du cerveau de dilFérents peuples européens : 

HOMMES. GRAMMES. PEOPORTION. 

Européens (Welcker) 1390 . 100 

Anglais (Boijd) 1354 97 

— {Peacock) 1388 99 

Français (Parchappe) 1358 98 

Allemands, etc. (Wagner). . . 1371 98,5 

Écossais (Peacock) 1417 102 

11 sera intéressant de placer, à côté de ce tableau, celui donné 
par Thurnam, et comprenant les résultats moyens des pesées de 
douze cerveaux nègres. 

Comparaison du poids moyen de cerveaux de Wègres 
et d'Européens : 

HOMMES. GRAMMES. PROPORTION. 

Européens 1390 100 

îiègres(Tîedemann i) 1252 90 

— (Peacock 5 ) 1255 90 

— (Barkoio 3) 1261 90 

(Moyenne de 12 ) 1255 90 

Ces observations, comme le dit Thurnam, s'accordent « à établir 
que le poids du cerveau de l'homme nègre est le même que celui de 
la femme européenne. » Il ajoute : « On saurait à peine mettre en 
question l'influence décidée de la race sur le poids du cerveau; et il 
n'y a guère de doutes qu'on s'assurera plus tard, par l'observation 
directe, du volume plus petit du cerveau chez d'autres races méla- 
niques et inférieures. Les cerveaux des Hindous, des Hottentots, des 
Boschimans et des Australienspèsent 'probablement moins^même que 
celui du nègre; mais, dans toutes ces comparaisons, il faut considérer 
la stature'. 

1. Il y a quelque raison de ciboire, qu'à mesure qu'on s'élève vers le Nord, 
la stature humaine moyenne s'accroît dans une certaine mesure, et avec elle 



DIFFÉRENCES DE RACE. 2'S 

On n'a pas jusqu'à présent de données sur le poids du cerveau 
des hommes de ces dernières races; mais, d'après le poids de celui 
de trois femmes boscliimanes, ainsi que d'après ce que nous savons, 
de la capacité crânienne chez ces races, on peut très rationnelle- 
ment supposer que le poids de leur cerveau tombera nettement au- 
dessous de celui du Nègre. 

« Le cerveau d'une Boschimane, examiné parle professeur Marshall, pesait 
31 onces et demie; tandis que, d'api'ès les calculs du même auteur, le cerveauj 
d'une Anglaise à peu près du même âge et de la même taille ne pèserait pas^ 
en moyenne, moins de 40 onces. Le cerveau d'une autre femme boschimane,. 
ordinairement connue sous le nom de Vénus hottentote, et qui fut examinée 
par Gratiolet, était, dit-on, un peu plus gros ; bien qu'on ne se soit point assuré 
de son poids exact. Enfin (quoique le premier par ordre de date) le docteur 
Quain a donné le poids du cerveau d'une fille boschimane de quatorze an& 
et de 1",08 de hauteur. Ce poids était de 963 grammes. Ceci, comme le si- 
gnale le docteur Thurnam, est même au-dessous du poids moyen du cerveau 
de la petite fille anglaise de deux à quatre ans, chez laquelle, d'après les tables 
du docteur Boyd, ce poids est de 991 grammes pour une taille moyenne de 
0"',87.» Si l'on considère en outre, comme le montrent aussi les tables du doc- 
teur Boyd, qu'à la fin de la septième année le cerveau de la petite fille a 
atteint au moins les 10/11"^ de son poids définitif, le cerveau de cette petite 
fille boschimane ne doit pas avoir été de beaucoup au-dessous du poids qu'ii 
eût atteint à l'état adulte. » 

Les Chinois représentent la plus ancienne et la plus persistante,, 
sinon la plus avancée, des civilisations du monde; et, tout récem- 
ment le docteur C. Clapham a donné le poids du cerveau de onze 
hommes et de cinq femmes adultes^. «A l'exception, dit-il, d'un seu! 
individu, ils appartenaient tous au rang le plus inférieur de la société 
chinoise, aux coolies; cependant le poids de leur cerveau était 
remarquablement élevé, si l'on considérait que ce n'étaient en rien des. 
hommes choisis, mais simplement des victimes du grand typhon qui 
sévit à Hong-Kong en septembre 187/t. Il ne faut point toutefois 
oublier l'influence de la congestion, due au genre de mort, et qui 
peut avoir élevé légèrement le poids de ces cerveaux. 

la capacité crânienne moyenne et le poids moyen du cerveau. Cependant le» 
Lapons et les Esquimaux sont de taille extrêmement petite, bien que leur capa- 
cité ci'ânienne demeure d'une grandeur peu ordinaire. 
1. Journ. of the Anthropolog. Inst., vol. YII, p. 90. 



VOLUME ET POIDS DU CERVEAU HUMAIN. 



1. 

2. 

3. 

4. 

5. 

6. 

7. 

8. 

9. 
10. 
H. 



Poids du cerveau de seize Chinois : 

HOMMES. FEMMES. 



Age probable. 



30. 
28. 
45. 
40. 
50. 
40. 
25. 
48. 
55. 
35. 
30. 



Moyenne. 



Poids. 

1410 gr. 

1418 — 

1516 — 

1587 — 

1410 — 

1360 — 

1318 — 

1530 — 

1403 — 

1467 — 

1310 — 

1430 gr. 



NOS 



Age probable. 



26. 
38. 
30. 
70. 
18. 



Poids. 

1289 gr. 
1389 — 
1247 -- 
1234 — 
1310 — 



Moyenne . 



1293 — 



On reviendra ci-après sur la signification de ces cliiffres. 

Pouvoir mental et degré d'éducation. — Sous ce titre, nous 
allons passer brièvement en revue ce que l'on sait, chez l'horame, de 
la relation entre l'intelligence et le degré d'éducation, et le volume 
et le poids du Cerveau. Il y aurait besoin d'un beaucoup plus grand 
nombre de faits, pour que l'on pût considérer le sujet comme un 
peu élucidé; et même quelques-unes des données que nous possé- 
dons aujourd'hui semblent à première vue légèrement contradic- 
toires. Cette contradiction est toutefois plus apparente que réelle. 

On a déjà fait allusion à ce sujet dans ce qui a été dit de la 
capacité plus grande du crâne, et du poids plus considérable du 
Cerveau, chez les civilisés que chez les sauvages; et de la capacité 
crânienne plus considérable chez les Parisiens du xix'= siècle que 
chez ceux du xii^ siècle. On peut rapporter maintenant d'autres faits 
ayant la même signification générale. Par exemple, le docteur Thur- 
nam s'est assuré que le poids moyen du Cerveau chez les aliénés, 
hommes, de York-Retreat, qui appartiennent à la classe moyenne et 
plus instruite, est nettement plus élevé que celui des pauvres qui 
meurent dans les asiles des comtés de Somerset et de "Wilts^. Broca 
a fait aussi quelques investigations pour comparer les dimensions de 
la tête chez un certain nombre d'étudiants en médecine et chez un 
certain nombre de domestiques du grand hôpital de Bicêtre. Le 

1. La différence n'était pas aussi nettement marquée entre les poids des 
cerveaux des femmes de ces deux classes; fait qui s'accorde avec d'autres déjà 
cités, et d'autres encore que l'on citera plus loin, pour prouver que, chez les 
femmes, l'étendue de variation sous l'influence de conditions diverses est 
moins considérable que chez l'homme. 



INFLUENCE DE L'EDUCATION. 



25 



résultat a montré une prépondérance distincte de la part des 
étudiants. Ceci toutefois n'est point aisé à comprendre; à moins 
qu'il ne nous faille croire que l'éducation supérieure des étudiants 
a, pendant leur vie individuelle, donné naissance à un accroissement 
marqué du cerveau et de la tête. Parmi les ancêtres des étudiants 
et des domestiques, il est fort possible que, dans beaucoup de cas, 
le degré relatif d'éducation et d'exercice cérébral habituel ait été 
complètement renversé. Si Broca pouvait mesurer de nouveau les 
têtes de ces deux séries de personnes, c'est-à-dire des mêmes indi- 
vidus, au bout de dix ans, la différence relative entre ces deux 
mesures des deux classes pourrait donner quelque renseignement 
intéressant. Mais pourrait-on observer quelques différences, au bout 
de ce temps, entre ces deux séries de mesures; et, s'il en était ainsi, 
pourrait-on leur assigner pour cause un exercice cérébral supérieur? 
Ces questions très douteuses restent encore à résoudre^. 

On trouvera généralement que toute série considérable de crânes 
ou de cerveaux renferme des représentants des trois classes artifi- 
cielles en lesquelles il convient de les diviser. D'abord ceux de 
capacité ou de poids moyen; puis ceux qui sont plus ou moins 
décidément gros (mégalocéphales). Pour les poids du Cerveau, 
Thurnam s'est arrêté aux nombres suivants, comme aux plus utiles à 
adopter pour distinguer ces classes. 



CERVEAUX 


CERVEAUX 


CERVEAUX 


MICROCÉPHALES. 


DE VOLUME MOYEN. 


MBO-ALOCÉPHALES. 


a. — Microcéphalie 

commençante. 

Hommes — de 1130 à 

1062 grammes. 
Femmes — de 990 à 


Hommes de 1130 à 
1490 grammes. 

Femmes — de 990 à 
1345 grammes. 


a. — Mégalocéphalie 
commençante. 

Hommes — de 1490 à 

1560 grammes. 
Femmes — de 1345 à 


920 grammes. 




1417 grammes. 


h. — Microcéphalie 
décidée. 




b. — Mégalocéphalie 
décidée. 


Hommes — au-dessous 




Hommes — 1560 gram. 


de 1062 grammes. 




et au-dessus. 


Femmes — au-dessous 




Femmes — 1417 gram. 


de 920 grammes. 




et au-dessus. 



1. Le Bon a publié aussi un tableau montrant la mesure circonférentielle 
de la tête (qui varie entre 52 centim. et 02 centim. 5) chez des individus 
appartenant à différentes classes sociales, actuellement vivant à Paris, et qui, 



2G VOLUME ET POIDS DU CERVEAU HUMAIN. 

Ce tableau est utile, car il montre la large étendue des variations 
que Ton peut rencontrer dans le poids du Cerveau des hommes et 
des femmes. On peut toutefois y ajouter }es conclusions que le 
docteur Sharpey a déduites d'une soigneuse analyse par tableaux 
qu'il a faite des poids cérébraux publiés par Sims, Clendinning, 
Tiedemann et Reid. Ayant rejeté de son tableau tous les cas dans 
lesquels on supposait qu'il y avait eu maladie cérébrale, le docteur 
Sharpey dit : 

« D'après cette table, le poids maximum du Cerveau de l'homme adulte, dans 
une série de 278 cas, était 1,842 grammes; et le poids minimum 963 grammes. 
Sur une série de 191 cas, le poids maximum du cerveau chez la femme adulte 
était 1,587 grammes, et le minimum 878 ; la différence entre les poids extrêmes 
chez les hommes n'était donc pas moindre de 879 grammes, et chez la 
femme de 709 grammes. Le poids du Cerveau de l'homme adulte paraît donc 
être sujet à des variations d'une plus grande étendue que celui de la femme. 
En groupant les cas ensemble par des crochets, de la manière indiquée, on 
trouve que la plus grande partie des Cerveaux d'homme se tient entre 
1, 304 grammes et 1,502 grammes, et la plus grande partie des Cerveaux de femme 
entre \,\62 grammes et l,332grammes. On peut donc dire que les poids dominants 
du Cerveau de l'homme et de la femme adulte sont compris entre ces limites 
et, en prenant la moyenne ou poids moyen, on en déduit 1,403 grammes pour 
les hommes et 1,247 grammes pour les femmes — résultats qui correspondent 
tout à fait à ce que l'on admet généralement.. La supériorité générale en poids 
absolu du cerveau de l'homme sur celui de la femme existe, comme le montre 
le tableau 2> à toute époque de la vie. Tiedemann a trouvé que, chez les enfants 
nouveau-nés, le cerveau pesait de 411 gi"ammes à 446 grammes chez les gar- 
çons et de 283 à 375 grammes chez les filles. » 

{A). — Quelques-unes des conditions qui coïncident avec les poids 
■peu élevés du Cerveau : Le poids moyen, chez les personnes qui 
meurent dans les asiles d'aliénés, a été trouvé nettement inférieur à 
celui des Cerveaux de personnes de la même classe, mais saines d'es- 
prit. Une partie de cette diminution, chez les insensés en général, 
est due sans doute, comme le suggère Thurnam, à une atrophié 
partielle des circonvolutions; bien qu'une partie puisse aussi être 
attribuée, chez certains représentants de cette classe, à la petitesse 
initiale du Cerveau. Mais, coiume le remarque le même auteur, « le 
poids moyen du cerveau de ceux qui meurent dans les asiles, provient 
de poids qui sont au-dessus de la moyenne des cerveaux sains, et 
d'autres qui sont manifestement au-dessous ». En général, les der- 

d'après leurs différents genres de vie, doivent exercer leur intelligence à des 
degrés différents. Les mesures dominantes montrent une décroissance distincte 
dans l'ordre des quatre classes qu'il désigne sous les noms 'suivants : 1. Sa- 
vants et lettrés, 2. Bourgeois pai'isiens ; 3. Nobles d'anciennes familles, 4. Do- 
mestiques parisiens. 



ALIÉNÉS ET IDIOTS. 27 

niers sont de beaucoup prépondérants, et c'est pour cela que la 
moyenne est basse; mais, parmi les épileptiques qui sont dans les 
asiles, et parfois parmi les simples déments, il n'est pas rare de 
trouver des Cerveaux considérablement au-dessus du poids normal, 
ou poids moyen chez les individus sains. 

Chez les imbéciles et les idiots de naissance, le poids moyen du 
Cerveau est encore plus bas que parmi ceux chez lesquels la folie 
chronique est survenue pendant l'âge adulte. En examinant vingt- 
deux Cerveaux d'idiots, dont quelques-uns étaient aussi épileptiques, 
le docteur Thurnam a obtenu un poids moyen (pour quatorze 
hommes), de 1,190 grammes, et (pour huit femmes) de 1,167 grammes. 
Il est assez curieux que la moyenne de ces derniers soit presque 
identique avec ce qu'on voit chez le reste des folles; tandis que, pour 
les hommes, la moyenne est bien décidément moindre que chez les 
aliénés ordinaires. L'idiotie n'est donc point nécessairement associée 
à un très petit volume du Cerveau, bien que ce soit là fréquemment 
le cas; toutefois, divers défauts dans la structure interne ouïe déve- 
loppement intime du Cerveau peuvent amener cette même condition 
de faiblesse mentale. 



Sur 50 Cerveaux, examinés par le docteur Langdon D own, et ayant appartenu 
à des idiots de 5 ans à 33 ans, le poids minimum, chez un garçon de 18 ans, 
était de 425 grammes; le poids maximum, chez un homme de 22 ans, s'élevait 
jusqu'à 1404 grammes. Ce dernier poids était, suivant toute probabilité, consi- 
dérablement accru par des altérations morbides des tissus, altérations sur la 
nature desquelles nous allons revenir. 



Quand le poids du Cerveau tombe au-dessous d'un certain 
minimum, il semble impossible que son possesseur ait rien qui 
ressemble à l'intelligence humaine ordinaire. Gratiolet, sans spéci- 
fier le sexe, supposait que cette limite inférieure était 900 grammes;. 
Broca met un peu plus haut — 907 grammes pour les femmes et 
10/i9 pour les hommes — cette limite inférieure du poids compatible 
avec l'intelligence ordinaire. 

Le poids du Cerveau des idiots peut toutefois tomber, et tombe 
fréquemment, de beaucoup au-dessous des limites fixées ainsi ; et cela, 
soit par maladie atrophique survenant après la naissance, soit par 
défaut congénital. Voici un tableau donné par Thurnam du poids 
des quinze plus petits Cerveaux d'idiots que l'on ait signalés jus- 
qu'ici^ : 



1. Loc^ cit., p. 29. On renvoie aux descriptions originales de ces Cer- 
veaux- 



28 



VOLUME ET POIDS DU CERVEAU HUMAIN. 



Poids du cerveau d'idiots microcéphales 

HOMMES. FEMMES. 



NOS 


Observateurs. 


Age. 


Poids. 


NOS 


Observateurs. 


Age. 


Poids. 


1. 


Thurnam. . 


. 29. . 


1013 


gr. 


1. 


BuckniU. . . 


. 37. 


921 gr 


2^ 


— 


22. 


1006 


— 


2. 


Sims 


. 12. 


765 — 


3. 


Parchappe. . 


45. . 


970 


— 


3. 


Parchappe. . 


. 25. 


720 - 


4. 


Thurnam . . 


52. . 


907 


— 


4. 


Tuke 


. 70. 


644 - 


5. 


Peacock. . . 


11. . 


600 


— 


5. 


Tiedemann . 


. 16. 


563 - 


6. 


Down .... 


18. . 


425 


— 


6. 


Gore 


. 42. 


283 - 


7. 


Owen. . . . 


22. . 


372 


— 










8. 


Theile. . . . 


26. . 


300 


— 










9. 


Marshall . . 


12. . 


241 


— 











(6). — Quelques-unes des condilions qui coïncidenl avec les poids 
élevés du Cerveau. — Des poids fort peu élevés ne peuvent, comme 
nous l'avons vu, exister qu'avec la démence ou l'idiotie. Toutefois, 
des poids fort élevés peuvent se rencontrer, soit(l) avec ces mêmes 
conditions morbides, ou parmi des aliénés d'autres catégories; soit (2) 
chez des individus sains, mais ordinaires; soit enfin (3) chez les 
membres les plus intelligents de la société. Ce dernier cas est assez 
en harmonie avec les vues qui ont ordinairement cours; bien que 
l'existence des deux premiers puisse être regardée à première vue 
comme tout à fait anormale. Mais elle ne l'est pas autant qu'elle 
peut le paraître. 

(1) Pour ce qui est du premier cas, Thurnam a trouvé que, chez 
environ 10 pour 100 des hommes et 7 pour 100 des femmes qui 
mouraient à l'asile d'aliénés de Wilts County, le poids du Cerveau 
excédait la limite supérieure des dimensions moyennes, c'est-à-dire 
li60 grammes et 13/i6 grammes respectivement ; tandis qu'on ren- 
contrait 3 ou Zi pour 100 de poids nettement mégalocéphales, c'est- 
à-dire au-dessus de 1559 grammes pour les hommes et de 
lZil7 grammes pour les femmes. Ces faits s'accordent tout à fait avec 
les observations publiées plus récemment par le docteur C. Clap- 
ham^, bien que ce dernier observateur ait trouvé la proportion de 
poids distinctement mégalocéphales légèrement plus élevée, dans la 
série plus nombreuse de pesées qu'il fit dans un asile situé plus au 
nord de l'Angleterre. Ainsi, sur 700 Cerveaux d'hommes, il n'y en 
avait pas moins de /i3 dont le poids était de 1559 grammes et 
au-dessus; et, sur ce nombre, Ix pesaient même jusqu'à 1701 à 
1729 grammes^. 



1. West Riding Asylum Reports, vol. VI, 1876. 

2. Faut-il attribuer la moyenne moins élevée, obtenue par Thurnam, de 
Cerveaux décidément mégalocéphales à la différence des aires géographiques 



ALIÉNÉS ET IDIOTS. 29 

Au sujet des poids obtenus ù Pasilc de Wilts, Thurnam dit : 

« Les gros cerveaux que l'on vient de passer en revue sont, à peu d'exceptions 
près, ceux d'ouvriers ; et si, chez quelques-uns d'entre eux, il y avait un degré 
peu ordinaire d'intelligence, la sphère d'exercice de cette intelligence doit 
avoir été fort limitée. Le Cerveau le plus lourd que j'aie pesé (1,760 grammes) était 
celui d'un boucher sans éducation, à peine capable de lire, et qui mourut su- 
bitement d'épilepsie combinée avec de la manie, après un an de maladie en- 
viron... Le poids le plus lourd rapporté par le docteur Bucknill est celui d'un 
épileptique de trente-sept ans; et, dans ce cas, le cerveau pesait 1,830 gr., ce 
qui est exactement le poids présenté par le Cerveau du célèbre Cuvier. Sauf 
une seule exception, le poids maximum observé par M. Parchappe était aussi 
celui d'un épileptique âgé de trente et un ans; ce poids était de 1,737 grammes. 
Lepliis lourd Cerveau de femme dont je trouve mention est signalé par le doc- 
teur Skae. La malade n'était point épileptique, mais avait la manie des gran- 
deurs, et mourut à l'âge de trente-neuf ans — phtisique. Le Cerveau avait un 
poids monstrueux pour un cerveau de femme, — 1,743 grammes. 

Il est possible que ces Cerveaux décidément lourds se rencon- 
trent en proportion légèrement plus élevée chez les fous que chez 
les membres sains de n'importe quelle classe sociale; et cela pour 
les raisons suivantes : D'abord la folie est une condition qui dépend 
de divers'états morbides qui peuvent peut-être se présenter aussi 
souvent chez les individus à gros qu'à petit Cerveau ; en second lie^i, 
dans quelques cas de folie, associée ou non avec de Pépilepsie, l'or- 
gane, ou du moins des parties considérables de l'organe, tendent à 
s'indurer, grâce à un développement disproportionné ou à une hyper- 
trophie réelle de la partie constituante, fonctionnellement inerte, 
du Cerveau, — son tissu connectif ou névroglie, — de même que 
d'autres organes du corps, le foie par exemple, peuvent être diminués 
fonctionnellement, bien qu'augmentés de volume absolu, par une 
hypertrophie semblable du tissu connectif. C'est là une condition 
que l'on rencontre chez des épileptiques caufirmés. Enfin, en troi- 
sième lieu, si l'un de ces patients meurt pendant un accès, une 
grande distension des vaisseaux sanguins du Cerveau peut être une 
autre cause tendant à augmenter le poids de l'organe; comme on 
sait que cela se produit, quelle que soit la cause de la congestion. 
"Wagner a appelé spécialement l'attention sur ceci; et sur ce fait que 
les poids sont influencés, non seulement par la longueur et la nature 
de la maladie, mais aussi par le genre de mort^. 

d'où provenaient les deux séries de patients ? ou cela ne serait-il pas dû, tout 
autant, au fait que Thurnam n'opérait ses pesées qu'après avoir coupé le Cer- 
veau en tranches pour faire écouler le sang et le sérum ? 
1. Vorsludien, lSQ2. Ziveite Abhandl, p. 93-95. 



30 VOLUME ET POIDS DU CERVEAU HUMAIN. 

(2) Mais, par contre, des poids cérébraux élevés ont été rencon- 
trés accidentellement, par beaucoup d'observateurs, en examinant 
les corps de beaucoup d'individus tout à fait ordinaires, et qui pen- 
dant leur vie n'avaient montré aucun signe de folie ou d'intelligence 
extraordinaire. 

La plus longue série de tableaux où l'on puisse trouver des ren- 
seignements dignes de foi est peut-être celle du docteur Peacock; et 
Tiiurnam dit en en parlant : 

«Dans les tables du docteur Peacock, sur 157 poids de cerveaux d'Écossais 
adultes, et âgés de 20 à 60 ans, il y en a quatre qui vont de 1,728 à 1,778 grammes. 
Us appartenaient tous, en apparence, à des artisans ; trois d'entre eux étaient l'un 
marin, l'autre imprimeur et le dernier tailleur. Les causes de la mort étaient 
la fièvre, le delirium tremens, et, dans deux cas, des fractures graves compli- 
quées. Toutes ces affections pouvaient être plus ou moins accompagnées de 
congestion cérébrale; et rien ne montre que ces individus se soient distingués 
de leurs camarades par des facultés supérieures. 

Le cerveau humain le plus lourd que l'on ait signalé jusqu'ici 
semble aussi avoir appartenu à une personne de cette classe. Le 
docteur James Morris^ a publié une courte note à son sujet. 
L'homme à qui il avait appartenu était un briqueteur, qui mourut de 
pyhémie, à l'âge de trente-huit ans, à University Collège Hospital, peu 
après une opération chirurgicale, en 18/i9. 

Le docteur Morris dit : — « Le poids du cerveau était, immédiatement au sor- 
tir du corps, de plus de 1,900 gr. Cette pesée fut faite avec beaucoup de soins, en 
présence de plusieurs étudiants. Le cerveau était bien proportionné ; les cir- 
convolutions n'étaient point aplaties. Bien que la surface fût convenablement 
humide, l'organe ne perdit qu'environ une once de son poids, après la dissection 
ordinaire et un égouttage de deux heures. La taille de l'homme était 5 pieds 
9 pouces; il était solidement charpenté. Il fut difficile d'avoir sur son 
compte une histoire satisfaisante. — Sa femme et sa propriétaire donnèrent 
des récits différents. Il semble toutefois acquis qu'il était originaire du Sussex, 
qu'il avait quitté son village natal, et changé de nom, à cause de quelque histoire 
de braconnage, qu'il n'était pas très sobre, avait une bonne mémoire et était 
entiché de politique. Il ne savait ni lire ni écrire. Quelles qu'aient donc pu être 
ses capacités virtuelles, il est évident qu'il n'avait pas beaucoup d'acquis. » 

(3) Il vaut mieux réserver les commentaires que nous aurons à 
faire sur ce dernier cas, jusqu'à ce que nous ayons donné quelques 
preuves de l'existence de poids cérébraux élevés chez des hommes 
de facultés mentales et de connaissances fort étendues; hommes 
dont quelques-uns ont été, dans diverses sphères de la vie, parmi les 
représentants les plus éminents de l'Intelligence Humaine. Voici une 

1. Drit. Med. Journ.,2Q oct. 1872, p. 465. 



HOMMES DISTINGUÉS. 31 

liste, donnée par Thurnam, a laquelle on a ajouté le poids do huit 
Cerveaux, ceux de Schiller, Agassiz, professeur Goodsir, sir James 
Simpson, W. Chauncey Wright, de Morgan, Grote, et docteur Hugues 
Bennett^ 

Poids du cerveau d'hommes distingués : 

Noms. A ge. Poids. 

1. Cuvier, nalumliste 03. . . 1830 gr. 

2. Abercombie, médecin 04. . . 1785 — 

3. Schiller, poè/e 46. . . 1785 — 

4. Goodsir, anatomiste 53. . . 1630 — 

5. Spurzheim, médecin. 56. . . 1559 — 

6. James Simpson, médecin 59. . . 1533 — 

7. DivïcMQi, mathématicien 54. . . 1520 — 

8. De Mornjr, homme d'État 50. . . 1520 — 

9. Daniel Webster, homme d'État 70. . . 1516 — 

10. Campbell, lord chancelier 80. . . 1516 — 

11. Chauncey Wright, -physicien 45. . . 1516 — 

12. Agassiz, naturaliste 66. . . 1512 — 

13. Chalmers, "prédicateur célèbre 67. . . 1502 — 

14. Fuchs, pathologiste 52. . . 1499 — 

15. De Morgan, mathématicien 73. . . 1496 — 

16. Gauss, mathématicien 78. . . 1492 — 

17. Dupuytren, chirurgien 58. . . 1456 — 

18. Grote, historien 76. . . 1410 — 

19. WheweU, philosophe 71. . . 1390 — 

20. Hermann, philologue 51. . . 1358 — 

21. Hugues Bennett, médecin 63. . . 1332 — 

22. Tiedemaiin, anatomiste 80. . . 1254 — 

23. Haussmann, minéralogiste 77. . . 1226 — 

Il est digne de remarque que, dans cette liste, outre la grande 
proportion de poids élevés, on trouve quatre cerveaux d'hommes 
distingués dont le poids est plus ou moins distinctement au-dessous 
de la moyenne de 1,390 grammes, même après que Ton a tenu compte, 
chez deux d'entre eux, d'un certain degré d'atrophie provenant de 
l'âge. 

1. On trouvera, dans le mémoire du docteur Thurnam, des indications sur 
les endroits où ont été pris la plupart des poids qu'il a mis dans ce tableau : 
Les huit autres poids ont été ajoutés d'après les autorités suivantes : — 

1. Schiller et Agassiz — Daniel Wilson, in Canadian Journal, oct. 1876; 

2. Goodsir — Anatom. Memoirs, vol. I, p. 195 (1868); 3. Simpson — Med. 
Times and Gaz., 14 mai 1870, p. 532; 4. Chauncey Wright — Thos. Dvvight, 
in Proceed. American Acad. of Arts and Sciences, vol. XIII (1878); 5. de 
Morgan — Autopsie faite, en 1871, par le docteur Wilson Fox et l'auteur; 
6. Grote — Autopsie faite par le professeur Marshall en 1871 ; 7. Docteur 
Hugues Bennett — Brit. Med. Journ., 9 oet. 1873. 



32 VOLUME ET POIDS DU CERVEAU HUMAIN. 

Les faits établis dans cette table, aussi bien que ceux qu'on a 
détaillés ci-dessus, doivent leur principal intérêt à ce qu'ils touchent 
à la question, vivement et longtemps débattue, de l'existence de 
quelque connexion nécessaire et invariable entre le simple volume 
ou le poids du Cerveau et V Intelligence. On va faire maintenant quel- 
ques brèves remarques sur ce sujet. 

Il semble donc tout d'abord parfaitement clair, d'après les faits 
rapportés, qu'il n'y a pas de relation nécessaire ou invariable entre 
le degré d'intelligence des hommes ou des femmes et le simple 
volume ou le poids de leur cerveau. Nous avons vu que quelques 
déments peuvent avoir des cerveaux très gros; et en outre que, chez 
certains membres fort ordinaires de la société, n'ayant ni maladie 
ni défaut congénital, le cerveau peut être décidément gros et pesant. 
D'autre part, des hommes d'une instruction étendue, de facultés 
mentales reconnues, et même, un ou deux, de renommée européenne, 
peuvent avoir eu, même à la fleur de leur âge, un cerveau au-dessous 
ou légèrement au-dessus de la moyenne qui prévaut chez les hommes 
de races civilisées, soit 1390 grammes. Ce qui montre qu'un cerveau 
de petite dimension, mais bien constitué, est capable de faire de beau- 
coup meilleur ouvrage que beaucoup de cerveaux plus gros, dont la 
constitution interne est défectueuse pour une cause ou pour 
une autre. 

Si l'on ne considère simplement, en effet, que le volume et le 
poids du cerveau, il ne faut jamais oublier que ces éléments peuvent 
être notablement augmentés par hypertrophie de simples tissus- 
connectifs inertes; ou, même lorsqu'il n'y a pas d'altérations- 
morbides dans les tissus, qu'un organe d'un volume ou d'un poids 
considérable peut être encore un instrument de perception ou de 
pensée plus ou moins inférieur, à raison de ce que ses éléments 
internes sont défectueux et mal accordés pour une action harmo- 
nique. Il peut encore être un instrument défectueux à raison de 
particularités plus subtiles, et simplement moléculaires, des éléments 
dont il est composé; particularités qui rendent peut-être ces élé- 
ments moins réceptifs et moins rélentifs de ces impressions senso- 
rielles qui constituent les matériaux bruts de l'intelligence, et aussi 
moins capables de prendre part à des opérations mentales plus 
élevées. 

Il n'y a donc pas de relation invariable, ou nécessaire, entre le 
poids absolu du cerveau des individus et leur degré d'intelligence. 
Mais, si l'on posait la question de savoir s'il est probable que la pro- 
portion des cerveaux mégalocéphales est plus considérable chez des. 
hommes d'une grande intelligence et d'un savoir étendu que chez 
des gens sans instruction et sans intelligence, la réponse à cette 
question devrait immanquablement être affirmative. C'est là, comme 



POIDS DU CERVEAU. 33 

le Bon l'a signalé pour les « capacités crâniennes», la manière réelle 
d'arriver à prouver des supériorités de races ou de classes. 

Cette forme modifiée, et plus correcte, d'une ancienne notion, est 
basée sur divers faits qui lui donnent un appui très évident. Comme on 
l'a déjà dit, la proportion de cerveaux décidément mégalocéphales a 
été trouvée de /i à 6 pour 100, pour des hommes au-dessous de soixante 
ans, et appartenant aux classes inférieures et les moins instruites de la 
société; tandis que dans la liste ci-dessus d'Hommes Distingués (qui, 
observons-le, n'est point du tout une liste choisie, puisqu'elle com- 
prend tous les poids connus de l'auteur), la proportion des cerveaux 
qui excèdent 1,559 grammes est de près de 23 pour 100, et aurait pu 
être de beaucoup plus considérable, n'eût été le grand âge des hommes 
distingués auxquels ces cerveaux avaient appartenu. Car, nonob- 
stant un degré marqué d'atrophie sénile chez quelques-uns de ces 
cerveaux, il n'y en avait pas moins de onze qui pesaient encore de 
l,Zi88 à 1,559 grammes. Il semble tout à fait possible que ceux de 
sir James Simpson, Daniel Webster, lord Campbell, de Morgan et 
Gauss aient pu dépasser 1,559 grammes, lorsque ces hommes distin- 
gués étaient, non seulement en bonne santé, mais encore au-dessous 
de soixante ans. Et, dans ce cas, le nombre de cerveaux décidément 
mégalocéphales s'élèverait à environ Z(5 pour lO'O, chez ces vingt- 
trois hommes distingués. La liste est petite pour en tirer des 
conclusions; mais la diff"érence de proportion indiquée semble de 
beaucoup trop considérable pour pouvoir être attribuée au simple 
hasard. 

Sauf l'existence de véritables altérations morbides, le grand poids 
d'un organe comme le Cerveau donne plus de raisons de croire que 
son développement interne aura marché de front avec son accrois- 
sement de volume, et que l'organe sera hautement doué de son genre 
particulier de vitalité. Et si ces deux dernières conditions sont réali- 
sées, un accroissement du Cerveau doit être un avantage distinct 
pour son propriétaire; et, si les conditions générales et spéciales de 
la vie sont toutes propices, il doit probablement favoriser le déve- 
loppement de grandes Facultés Mentales, ou l'acquisition d'un vaste 
savoir. 

On a déjà signalé dans ce chapitre que les poids cérébraux élevés 
tendent à se rencontrer en plus grande proportion chez les races 
civilisées que chez celles qui ne le sont que peu ou point. Ceci, joint 
à l'autre fait bien établi et très digne de remarque, que ces diffé- 
rences de poids se trouvent beaucoup plus marquées chez les Hommes 
que chez les Femmes, lorsqu'on compare les races supérieures aux 
races inférieures, donne la preuve la plus importante de l'étendue 
dans laquelle le Cerveau humain, pendant le cours de nombreuses 
générations, a continué à augmenter de volume, sous l'influence de 

Charlton-Bastian. — II. 3 



34 VOLUME ET POIDS DU CERVEAU HUMAIN. 

l'accroissement d'usage et d'exercice que peut entraîner une vie 
passée dans un état de Civilisation. 

Mais, plus longtemps l'état de Civilisation a existé chez un peuple 
donné, plus la tendance à hériter d'un Cerveau de dimensions plus 
grandes doit être généralement répandue chez les individus de ce 
peuple. Et, à moins que cela ne soit dû à quelques distinctions 
ethniques, quasi-accidentelles et peu comprises, comment pourrions- 
nous expliquer autrement la remarquable série de poids de cerveaux 
Chinois publiés par le docteur C. Clapham? Chez ces seize individus, 
pris au hasard dans la classe des coolies, les poids sont distincte- 
ment au-dessus de la moyenne existante chez les Anglais, les Fran- 
çais et les Allemands du même degré social ; et, bien qu'à un moindre 
degré, également au-dessus de celle des Lowlanders écossais. 

Quelle qu'en soit la cause (et il ne faut point oublier leur genre 
de mort), il serait à peine possible d'indiquer une autre série pareille 
de chiffres, pour seize individus pris au hasard, à la seule exception 
des chiffres rapportés dans le tableau des Hommes Distingués. 

Il n'est point du tout nécessaire do supposer qu'individuellement, 
ces coolies chinois étaient capables de déployer quelque degré 
notable d'acquis ou de jotmsance intellectuelle qui justifie l'existence 
chez eux de cerveaux aussi volumineux. Le docteur Clapham rap- 
pelle un fait assez significatif en ce sens, lorsqu'il dit : « Je ne suis 
point porté à parler aussi légèrement de la capacité pour l'instruc- 
tion de la classe des coolies chinois; je suis au contraire convaincu 
de leur aptitude naturelle en ce sens. » Nous avons peut-être là, 
exactement, ce que l'on pourrait attendre comme résultat d'une 
civilisation antérieure, même d'un degré assez bas, mais continuée 
pendent fort longtemps; c'est-à-dire l'héritage d'un Cerveau volumi- 
neux et d'une bonne aptitude ou capacité pour l'instruction ^ 

Le Cerveau est différent de tous les autres organes du corps. C'est 
souvent une masse de virtualités structurales , plutôt que de tissu& 
nerveux pleinement développés. Quelques-uns de ses éléments, ceux 
qui ont trait aux Opérations Instinctives les mieux établies, arrivent 
naturellement jusqu'à leur développement complet, sans l'aide de 
stimuli extrinsèques ; mais d'autres, et de grandes étendues de ceux- 
ci, semblent n'arriver à de pareils développements que sous l'in- 
fluence de stimuli appropriés. 11 suit de là que des aptitudes natu- 
relles et des virtualités de l'ordre le plus subtil peuvent ne jamais 
se manifester, chez des multitudes de personnes, uniquement par 
le manque de stimuli appropriés et de pratique capable de perfec- 

1. Voyez plus haut quelques faits tendant à montrer que la civilisation, 
agissant pendant de longues périodes, tend à amener un accroissement de 
volume du Cerveau. 



LE POIDS CÉRÉBRAL ET L'INTELLIGENCE. 35 

tionner le développement et ractivitc fonctionnelle des régions du 
cerveau, dont l'action est inséparablement liée aux phénomènes 
mentaux en question. 

Le développement dont il est ici parlé est de la nature la plus 
intime, et, dans une certaine mesure, il échappe à nos moyens actuels 
d'investigation. Son apparition peut être associée à une augmenta- 
tion de poids tout à fait insignifiante, et, peut-être, n'être suivie 
d'aucune augmentation de volume de l'ensemble de l'organe. Cepen- 
dant un développement de Cellules Nerveuses antérieurement em- 
bryonnaires, ainsi que l'établissement, entre elles, de nombreuses et 
nouvelles connexions, au moyen de prolongements inlercellalaires et 
de fibres commissarales, peuvent avoir eu lieu dans de vastes espaces 
du Cerveau ; et cela dans une étendue qu'il nous est tout à fait im- 
possible d'apprécier d'une manière exacte ^ 

Que ce ne soit point là une simple imagination, c'est ce qui nous 
est prouvé en partie par d'autres faits déjà établis : c'est-à-dire que 
le cerveau de l'homme atteint les f de son poids définitif, et celui de 
la femme les ~ du sien, à la fin de la septième année; bien qu'à cette 
époque, le développement structural intime de l'organe soit encore, 
dans toutes ses parties supérieures, dans une condition relativement 
embryonnaire. On peut donc estimer que même de pareilles don- 
nées montrent, de la manière la plus forte, combien le simple 
volume, ou le simple poidsdu cerveau, sont peu importants relative- 
ment au degré d'intelligence de l'individu; si, comme on le fait 
souvent, on considère ces données indépendamment de la question, 
beaucoup plus importante, de la quantité relative de substance grise, 
aussi bien que du degré et de la perfection du développement 
intime, soit réel, soit possible, de l'organe. 

1. Voyez, p. 13, ce qu'a établi Lockhart Clarke sur les éléments nerveux 
embryonnaires, ou non développés, que l'on rencontre dans les Circonvolutions 
Cérébrales du fœtus. - — 



CHAPITRE XXI 



CONFIGURATION EXTERNE DU CERVEAU HUMAIN 



Le Cerveau de l'Homme appartient au même type que l'on ren- 
contre chez les Anthropomorphes et chez les Singes ordinaires. 
Quelle que soit la manière dont on l'interprète, le fait lui-même est 
trop évident pour admettre le moindre doute. On y voit la même 
forme générale, les mêmes lobes, les mêmes scissures principales. 
Il est vrai que l'on y rencontre aussi d'importantes différences. Le 
volume et le développement relatifs des divers Lobes ne sont point 
les mêmes. En outre, dans le Cerveau de l'Homme, les scissures et les 
circonvolutions « secondaires » se présentent en nombre bien supé- 
rieur et avec une complexité beaucoup plus grande, tandis qu'on 
trouve, dans le poids, une différence qui éclipse en importance toutes 
les autres. Les poids maxima, que l'on a rencontrés jusqu'ici chez 
les grands Anthropomorphes, vont de 3ZiO à 350 grammes; bien que le 
poids total de ces animaux atteigne, ou même dépasse de beaucoup, 
celui d'un Homme ordinaire. 

Si frappante toutefois que soit la différence de poids du Cerveau 
entre les grands Anthropomorphes et les Hommes ordinaires, il ne 
faut point oublier que l'étendue des variations que l'on rencontre 
chez les divers individus de notre espèce est plus grande encore. 
Quelques personnes peuvent montrer nettement des attributs 
humains et des facultés mentales, bien qu'en possédant un Cerveau 
dont le poids ne s'élève pas au-dessus de 907 grammes; tandis que, 
chez d'autres Hommes, le poids de ce même organe peut s'élever à 
un maximum de 1,815 à 1,900 grammes. De pareils faits, ainsi que 
d'autres déjà cités, impliquent certainement l'existence, dans le 
Cerveau de l'Homme, d'une remarquable capacité de croissance et de 
développement, sous l'influence longtemps continuée, pendant des 
séries de générations, de ces modes de vie et d'activité cérébrale 
qui sont presque inséparables de l'existence d'une Communauté plus 
ou moins Civilisée. 



RACES INFÉRIEURES. 37 

Pour étudier la configuration externe du Cerveau Humain, il sera 
très avantageux d'examiner tout d'abord les caractères de l'or- 
gane, tel qu'il existe chez une des races les plus inférieures de l'Hu- 
manité. Nous pourrons alors comparer avantageusement un de ces 
types les plus simples avec des formes plus développées des mêmes 
organes, comme celles qui sont communes chez les représentants des 
races civilisées supérieures. 

Le Cerveau de la «Vénus Hottentote» fut soigneusement examiné et 
figuré par Gratiolet. Bien que l'intelligence de cette femme ne fût pas 
remarquablement défectueuse, les circonvolutions de son Cerveau 



FiG. 133. — Cerveau de la Vénus Hottentote, vue latérale (Vogt, d'après Gratiolet). F, 
lobe Frontal; P, lobe Pariétal; O, lobe Occipital; T, lobo Temporal; C, Cervelet; P, 
Protubérance ; Y M, Bulbe ; S, scissure de Sylvius ; R, sillon de Rolando ; P S, scissure 
parallèle; a^, replis supérieurs ; a-, replis moyens; a^, replis inférieurs des circonvo- 
lutions frontales ; ^j circonvolution frontale ascendante (ou centrale antérieure); B, cir- 
convolution pariétale ascendante (ou centrale postérieure); &', b'^, b-, replis supérieurs, 
moyens et inférieurs des circonvolutions pariétales; c', c-, c^, replis supérieurs, 
moyens et inférieurs des circonvolutions temporales; d', d-, d^, replis supérieurs, 
moyens et inférieurs des circonvolutions occipitales. 



étaient relativement fort peu compliquées. Après avoir commenté ce 
fait, Gratiolet ajoute : — « Mais ce qui frappe tout d'abord, c'est la 
simplicité, l'arrangement régulier des deux circonvolutions qui com- 
posent l'angle supérieur du lobe frontal. Si l'on compare ceux des 
deux hémisphères, ces replis, comme nous l'avons déjà signalé, pré- 
sentent une symétrie presque parfaite, telle qu'on ne la rencontre 
jamais chez les Cerveaux normaux de la race Caucasique... Cette 
régularité, cette symétrie, rappellent involontairement la régularité 
et la symétrie des circonvolutions cérébrales chez les espèces ani- 



3S CONFIGURATION EXTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 

maies inférieures. 11 y a, sous ce rapport, entre le Cerveau d'un 
homme blanc et celui de cette Boscliimane, une différence à laquelle 
on ne saurait se tromper, et qui, si elle est constante, comme il y 
a tout lieu de le supposer, constitue l'un des faits les plus intéres- 
sants que Ton ait notés jusqu'ici. » 

La description la plus complète que nous possédions aujourd'hui 




FiG. 134. — Cerveau de la Vénus Hottentote, face supérieure (Vogt, d'après Gratiolet). 

A, Scissure longitudinale ; n, sillon de Rolande; V, scissure verticale ou perpendiculaire ; 
0;, lobe Occipital ; a^, a-, a^, replis supérisurs, moyens et inférieurs des circonvolu- 
tions frontales ; A, circonvolution frontale ascendante ; B, circonvolution pariétale 
ascendante ; ¥, b^, b^, replis supérieurs, moyens et inférieurs des circonvolutions 
pariétales; d^, repli inférieur des circonvolutions occipitales. 

du Cerveau d'un représentant de l'une de ces races inférieures, est 
toutefois celle qui a été donnée par le professeur Marshall, dans son 
Mémoire sur le Cerveau d'une Boschimane^. L'organe, chez cette 
Africaine du Sud, était décidément petit, comme on l'a dit dans le 
dernier chapitre (p. 23). Voici certaines parties de la description de 
Marshall reproduites dans ses propres termes. 



l. Philoxoph. Trans. 1864, p. .^01. 



CERVEAU DE BOSCHIMANE. 39 

Forme générale nu Cerveau. — « Vu en dessus, le Cerveau de la 
Boschimane présente, comme son crâne, une forme ovoïde longue et 
étroite. La ligne de plus grande largeur correspond aux éminences 
pariétales; elle est placée un peu loin en arrière, aux deux tiers de 
la longueur totale du Cerveau, à partir de son bord antérieur; de 
sorte qu'il ne reste plus qu'un tiers de l'organe en arrière de ces 
éminences. A partir de cette région pariétale proéminente, le Cerveau 
se rétrécit dans toutes les directions, — très brusquement en arrière 
et assez brusquement aussi en avant, jusqu'à l'entrée de la scissure 




FiG. 135. — Cerveau t „„.„„..„„, „,-- „„j^^„^^.^ ^.^^ath, d'après Marshall). 

F, lobe Frontal; O, lobe Occipital; P, lobe Pariétal; d,d, sillon de Rolando; P, scissure 
pariéto-occipitale; A A, lobule supra-marginal; 2, 2, et 3, 3, circonvolutions frontales 
moyennes et supérieures; 4, 4, circonvolution ascendante frontale; 5, 5, circonvolu- 
tion ascendante pariétale; 5', 5', lobule de la circonvolution pariétale ascendante; 6, 6, 
circonvolution angulaire; 10, 10, et 11, 11, circonvolutions occipitales supérieure et 
inférieure ; a, a, premières, et p, secondes circonvolutions unissantes. 

de Sylvius où, comme le Cerveau fœtal, il paraît remarquablement 
étranglé : il s'élargit de nouveau un peu, aux angles externes de la 
région frontale, qui est néanmoins décidément étroite. L'hémisphère 
gauche, vu en dessus, est de cinq millimètres et demi plus long que 
le droit, l'accroissement portant presque entièrement sur l'arrière. 
La longueur relativement plus grande, en arrière, d'un hémisphère 
(ordinairement le gauche, pour autant que je l'aie observée) est fort 
commune dans les Cerveaux Européens. » 



il) CONFIGURATION EXTERNE DU CEIIVEAU HUMAIN. 

« Vue latéralement, la région pariétale est saillante ; le vertex est 
bas et aplati; son point le plus élevé est situé loin en arrière; la 
région frontale est peu épaisse... Le lobe temporal est étroit, la ligne 
qui va de sa pointe au bout du lobe postérieur étant fort longue. La 
courbe formée par le bord inférieur du Cerveau, au-dessus du Cer- 
velet, est moins forte, et sa direction plus oblique, en haut et en 
arrière, que dans le Cerveau Européen; ce qui est apparemment! dû 
à un manque de développement de la région occipitale, qui est fort 
peu épaisse... les sommets des lobes temporaux sont pointus et très 
recourbés vers la ligne médiane... les surfaces orbitaires sont parti- 




FiG. 136. — Cerveau de Boschimane, vue latérale (Healh, d'après Marshall). Les lettres 
et les chiffres sont en partie comme dans la dernière figure. T, lobe Temporal ; c, in- 
sula de Reil ; e, e, scissure de Sylvius ; 1, 1, circonvolution frontale inférieure 
(troisième); 7, 7, S, 8, 9, 9, trois circonvolutions temporales; f, f, scissure parallèle; 
g , g, scissure temporale inférieure. 

culièrement contractées, mais ont une forme carrée, ou humaine, et 
non pointue, ou simienne. » 

Considéré dans son ensemble, ce Cerveau de femme Boschimane, 
comparé avec le Cerveau Européen, manquait surtout de profondeur 
et de hauteur verticale. 

Scissures, Lobes et Circonvolutions du Cerveau. — « La scis- 
sure de Sylvius, dans le Cerveau de la Boschimane, s'étend bien en 
arrière, mais s'incline plus en haut que dans le Cerveau Européen *, 
et présente, peu après son origine, un espace horizontal particulier... 
Ses bords ne sont pas en contact très intime, surtout vis-à-vis du 

1. Ce sont là des marques d'un développement inférieur. Dans les cerveaux- 
plus développes, la scissure de Sylvius est plus courte, et de direction plus ho- 
rizontale. 



CEllVEAU DE BOSCIIIMANE. 



41 



bord postérieur du lobe frontal, qui est ici fort défectueux; la scissure 
est en effet assez ouverte pour que, sans écarter ses bords, on puisse 
voir distinctement une portion, petite il est vrai, du lobe central ou 
insula de Reil (G). Cette disposition rappelle l'état fœtal du Cerveau 
humain (fig. 128); mais elle ne se présente pas, que je sache, dans 
aucun Cerveau de Quadrumane. La défectuosité du lobe frontal 
explique la forme resserrée, si remarquable, du Cerveau delaBoschi- 
mane; forme déjà mentionnée, et que Ton peut peut-être supposer 
caractéristique du Cerveau Boschiman, puisqu'elle se retrouve aussi 




Fig. 137. — Hémisphère Cérébral droit d'un Ecossais, face externe (Turner). F?', Fr, 
lobe Frontal, Par, lobe Pariétal; Oc, lobe Occipital; T S, lobe Temporo-sphéno'idal 
ou Temporal ; S, S, scissure de Sylvius ; 5', S' , partie ascendante de la scissure de 
Sylvius (Sulcus precenlralis d'Ecker) ; R, R, sillon de Rolando ; / P, scissure intra- 
pariétale, et P, P, scissure parallèle; 1, 1, 2, 2 et 3, 3, circonvolutions frontales infé- 
rieure, moyenne et supérieure; 4, 4, circonvolution ascendante frontale; 5, 5, cir- 
convolution ascendante pariétale ; 5', partie externe du lobule postéro-pariétal ; 6, 6, 
circonvolution angulaire; 7, 7, 8, S, 8, et 9, 9, 9, circonvolutions temporales supé- 
rieure, moyenne et inférieure; 10, II et 12, circonvolutions occipitales supérieure, 
moyenne et inférieure; A, lobule supra-marginal : a, p, f et S, première, deuxième, 
troisième et quatrième circonvolutions unissantes. 



chez la Vénus Hottentote, où elle a été également signalée par 
Gratiolet comme un caractère foetal. » 

Le sillon de Rolando (fig. 136, d^ d) commence à environ trente- 
quatre millimètres en arrière du sommet du lobe temporal. « Il se 
termine bien au delà du milieu du grand axe du Cerveau, presque 
aussi loin en arrière que la ligne de plus grande largeur de l'organe : 
de sorte qu'il s'étend relativement plus loin en arrière que chez la 
Vénus Hottentote, et surtout que chez l'Européen. » 

« Les scissures perpendiculaires externes (fig. 135, P) se suivent 
aussi aisément que chez la Vénus hottentote (fig. 13Zi, V) ; mais elles 
sont bientôt interrompues par les circonvolutions unissantes 



42 CONFIGURATION EXTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 

■externes (a^ P). Sur les côtés, ces scissures sont certainement plus 
faciles à suivre que chez l'Européen, — ce qui donne un caractère 
■d'infériorité à cette partie du Cerveau Boschiman ; mais, en même 
temps, elles sont beaucoup plus interrompues que chez le Chimpanzé 
ou rOrang-Outang. Ces courtes scissures perpendiculaires externes 
se joignent, comme d'ordinaire, aux sommets des scissures perpendi- 
eulaires internes; et, avec les sillons de Rolando, divisent la surface 
supérieure du Cerveau en trois régions. » 

Si l'on mesure ces trois régions sur le vertex, dans le sens longi- 




FiG. 138. — Vue supérieure du Cerveaij d'ua Écossais (d'après Turner). 

Fr, lobe Frontal; R, sillon de Rolando; I P, sciïSure intra-pariétale, et P 0, scissure 
pariéto-occipitale; S, branche horizontale, et 5', branche ascendante de la scissure de 
Sylvius; A, lobule supra-marginal; 1, 1,2, 2 et 3, 3, circonvolutions frontales inférieure 
moyenne et supérieure; 4, 4, circonvolution ascendante frontale, et 5, 5, circonvolu- 
tion ascendante pariétale; 5' partie externe, et 5", partie interne du lobule postéro- 
pariétal ; 6, 6, circonvolution angulaire ; 10, circonvolution occipitale supérieure ; 
a, a, première, et p, seconde circonvolutions unissantes. 

tudinal, on voit que c'est la région pariétale qui est surtout défec- 
tueuse dans le Cerveau Boschiman ; puisqu'au lieu d'égaler ou de 
dépasser un peu la longueur de la région occipitale, elle est très 
nettement plus courte que cette dernière région. 

La scissure parallèle (136, fj f), sur la surface externe du lobe 
temporal, est« plus tortueuse du côté gauche que chez la Vénus Hot- 
tentote ; bien qu'elle le soit moins que sur les Cerveaux Européens 
ordinaires. » 



CERVEAU DE BOSCHIMANE. 



43 



« La scissure perpendiculaire interne (fig. 139, P, 0) est plus 
verticale que chez TEuropéen, mais beaucoup moins que chez le 
Chimpanzé,— l'angle formé par cette scissure et une ligne basilaire 
passant à travers le corps calleux étant, chez l'Européen, de 123°; 
chez la Boschimane de 115", et chez le Chimpanzé de 93°. Toutefois, 
comme dans le Cerveau Européen, cette scissure rejoint en dessous 
celle de l'hippocampe (fig. 139), au lieu que, chez les Quadrumanes, 
elle s'arrête avant d'atteindre cette scissure. » 

Nous ne pouvons suivre le professeur Marshall dans son examen 
intéressant et détaillé des diverses circonvolutions du Cerveau de la 
Boschimane, ni dans son estimation de leur degré de développement, 




Fig. ia9.— Hémisphère Cérébral Gauche ; face interne et surface qui repose sur la Tente 
du Cervelet (d'après Turnerj. 

Fi-, lobe Frontal; Par, lobe Pariétal; Oe^ lobe Occipital; TS, lobe Temporal; PO, scis- 
sure perpendiculaire interne, ou pariéto-occipitale ; i, i, i, scissure calloso-marginale; 
l, l, scissure calcarine; ?;<, wi, scissure dentée; n, n, scissure collatérale; 17, 17, 17, 
circonvolution marginale; 18, 18, circonvolution du corps calleux; 18', lobule carré; 
19, 19, circonvolution uncinée,dant 19' est le crochet, ou partie recourbée ; 25, cuneus, 
ou lobule occipital; 9, 9, face interne de la circonvolution temporale inférieure. 

relativement à celles de la Vénus Ilottentote ou du Cerveau Euro- 
péen ordinaire; nous ne pouvons reproduire que quelques-unes de 
ses conclusions générales les plus intéressantes. 



Toutes les circonvolutions primaires qui devraient exister dans le cerveau 
humain « existent dans celui de la Boschimane ; mais, si on les compare aux 
mêmes parties du cerveau Européen ordinaire, on les trouve plus petites j et, 
dans tous les cas, tellement moins compliquées, qu'on les distingue bien plus 
facilement les unes des autres. Cette simplicité relative du cerveau Boschi- 
man indique sans doute une infériorité de structure, et fait de cet organe un 
moj'en utile pour faciliter l'étude de la forme européenne, plus complexe. En 
comparant les diverses régions du cerveau, les circonvolutions primaires des 
régions frontale supérieure, et pariétale externe, sont, dans l'ensemble, les 
mieux développées ; celles des régions frontales, moyenne et inférieure, de la 
région temporale, des lobes centraux, et de la face interne, viennent après; 



U CONFIGURATION EXTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 



tandis que celles de la surface orbitaire et du lobe occipital sont les moins 

développées. 

« Quant aux Circonvolutions Unissantes, ces replis si importants et si signifi- 
catifs, les externes sont, par compa- 
raison avec celles du cerveau Euro- 
péen, encore plus remarquablement 
défectueuses que les circonvolutions 
pi-imaires. Elles sont toutesles quatre 
présentes ; mais, toutes, sont d'une 
brièveté caractéristique, étroites et 
simples, au lieu d'être complexes et 
d'occuper un grand espace; aussi, 
bien que la scissure perpendiculaire 
externe soit bientôt comblée, les 
lobes pariétal et occipital sont plus 
faciles à distinguer l'un de l'autre 
que sur le cerveau Européen... Les 
nombreuses scissures et circonvolu- 
tions qui compliquent tellement les 
plus longues sur le cerveau Européen, 
sont, partout, décidément moins 
développées sur celui de la Boschi- 
mane, — mais surtout dans les ré- 
gions occipitales et orbitaires, sur la 
circonvolution recourbée et sur la 
circonvolution unissante externe. 
Ceci est un signe de plus de l'infé- 
riorité de structure. » 

FiG. 140.— Vue du Lobule Orbitaire et de l'Insula 

de Reii, d'après Turner. Comparé à celui de la Vénus 

La plus grande partie du Lobe Temporal a été Hott(3ntOte, le CerveaU de la 

enlevée pour montrer l'Insula. O sillon Olfac- BoSChlmane BSt « presque dans 
tit; T R, scissure triradiee; 1', 1 et 1 , ^ . 

circonvolutions postérieure, interne et externe tOUS leS CaS OU la Comparaison 

du Lobule Orbitaire; C.Insula de Reil, avec est pOSSible, UU pOU, qUOique 

ses circonvolutions rayonnantes ;1, 1, surface f^„+ „„„ t^i,,^. ^^r^^^r^A rv+ T^i,nr. 

. ,.. . j , . ■ v , ■ r- ■ V ■ 1011 peu, plus avance et plus 

intérieure de la troisième (ou inférieure) cir- i ' i x 

convolution frontale , 4, surface inférieure de Complexe danS le développe- 

l'extrémité inférieure de la circonvolution ment de SCS cirCOnvolutiOllS : 

frontale ascendante, 5, id. de la circonvolu- j^ g^^jg exception porte SUr le 

volume des circonvolutions oc- 
cipitales et unissantes externes, 
qui est moindre chez la Boscliimane.» Mais la ressemblance entre les 
circonvolutions des deux Cerveaux est fort intime; tandis que la 
simplicité de leur arrangement n'a rien de comparable, ou même 
d'approchant, dans les Cerveaux Européens normaux. 




tien pariétale ascendante, 17, circonvolution 
marginale. 



Il reste maintenant à signaler, un peu plus complètement, la 
nature des principales différences que présentent les Cerveaux Euro- 



RAGES CIVILISÉES. 45 

péens, lorsqu'on les compare à ceux des types humains inférieurs 
dont nous avons parlé jusqu'ici. C'est toutefois une tâche assez diffi- 
cile, à cause des grandes différences individuelles, relatives à un 
grand nombre de détails de structure, que l'on rencontre dans cet 
organe chez les différents Européens. On rencontre en effet, chez 
quelques-uns d'entre eux, un Cerveau qui se rapproche de fort près, 
par son volume, le développement relatif de ses lobes et la com- 




\ il ' r » 









^ '^ ^ 




FiG. 141. — Cerveau de Gauss, le célèbre Astronome et Mathématicien, 
vu on dessus (Sharpey, d'après R. "Wagner). 

i,l, Scissure longitudinale; a, a', a", circonvolutions frontales, supérieure, moyenne et 
inférieure ; r, r, sillon de Rolando; B, B, circonvolution pariétale ascendante ; 6, 6, 
lobule pariétal ; b", lobule supra-marginal ; c, e', première (ou supérieure) circonvolu- 
tion temporale ; f, scissure perpendiculaire (ou pariéto-occipitale) ; rf, d', d", circon- 
volutions occipitales, supérieure, moyenne et inférieure. 

plexité de ses circonvolutions, du type inférieur qui nous est offert 
par le Cerveau de la Boschimane. Chez d'autres, la majorité des 
caractères est décidément plus élevée; bien que, dans certaines 
parties, dans certains endroits, ils puissent présenter tantôt un 
trait, tantôt un autre, du type inférieur. On rencontre fréquemment, 



46 CONFIGURATION EXTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 

en effet, toutes sortes de degrés et de transitions ; de sorte que les 
remarques faites sur cette partie de notre sujet seront plutôt géné- 
rales que précises et particulières. 

Lorsqu'on le regarde en dessus, la forme, ou contour, du Cerveau 
Européen varie considérablement. Les lobes antérieurs, rétrécis et 
comme comprimés chez la Boschimane, aussi bien que la forme 
amincie et étroite des lobes occipitaux, sont des caractères éminem- 
ment fœtaux. En règle générale, cet état contracté des lobes anté- 
rieurs ne se rencontre pas dans le Cerveau de l'Européen; et, sur 
quelques spécimens, l'ovale est si large que le contour devient 
presque circulaire, comme chez l'Écossais représenté par Turner 
(fig. 138.) 

Le cerveau d'un naturaliste célèbre, figuré par Rudolph Wagner ', a à peu 
près le même contour presque circulaire, lorsqu'on le regarde en dessus ; et 
chez lui, comme chez l'Écossais dont on a parlé, l'extrémité postérieure con- 
stitue le côté large de l'ovale. D'autre part, le cerveau du grand astronome et 
mathématicien Gauss (flg. 141) a, lorsqu'on le regarde en dessus, un contour 
nettement elliptique, — la partie antérieure de la courbe étant presque exacte- 
ment égale à la postérieure, et le plus grand diamètre transversal se trouvant 
à égale distance des deux extrémités. On peut voir un contour supérieur sem- 
blable sur le cerveau de l'artisan Krebs 2, dont les circonvolutions sont beau- 
coup moins compliquées ; bien que la vue latérale de ce même cerveau, com- 
parée à la figure représentant celui de Gauss, montre qu'il manque beaucoup 
d'épaisseur, soit dans la région frontale, soit dans la pariétale. Le contour supé- 
rieur du cerveau du philologue Herraann, également représenté par Wagner, 
est aussi presque elliptique, l'extrémité postérieure étant légèrement plus étroite 
que l'antérieure. Son plus grand diamètre transversal est en outz-e situé à 
moitié distance entre ses deux extrémités : bien que cette région corresponde 
au lobule supra-marginal plutôt qu'à l'extrémité inférieure de la circonvolu- 
tion pariétale ascendante, comme dans le cerveau de Gauss et dans celui de 
l'artisan Krebs. En se reportant à la figure 135, on verra que le cerveau de la 
Boschimane est aussi plus large au niveau des lobules supra marginaux, fort 
proéminents, bien que ceux-ci soient distinctement en arrière de l'axe médian. 
Le cerveau de l'éminent mathématicien Dirichlet est plus long, et plus large, 
qu'aucun des autres cerveaux figurés par Wagner. Son extrémité postéi'ieure 
est plus étroite que l'antérieure, et même notablement pointue. Sa plus grande 
largeur n'est que légèrement en arrière de l'axe médian, et correspond à la 
partie postérieure de la circonvolution pariétale ascendante. 

On rencontre donc de notables variations dans la forme du Cer- 
veau, lorsqu'on regarde l'organe par sa face supérieure; et l'on 



1. Vorstudien, tab. II. 

2. Loc. cit., tab. II, fi^ 



CERVEAU DE GAUSS. 



47 



pouvait du reste s'y attendre, en considérant les diverses formes du 
Crâne humain cliez des races et des individus différents. Nous voyons 
des têtes extrêmement longues, et d'autres extrêmement rondes, 
parmi des multitudes d'autres individus dont les diamètres crâniens 
sont plus égaux. Somme toute, onti'ouve peut-être plus fréquemment, 
que la plus grande largeur du Cerveau est en arrière de son axe 
transversal médian; et que son extrémité postérieure est plus obtu- 
sément arrondie que l'antérieure. 

Vu de côté, le Cerveau présente certaines différences évidentes, 
lorsque l'on compare des formes simples commes celles de la Vénus 
Hottentote et de la Boschimane, ou même celle de l'artisan Krebs, à 




FiG. 142. — Cerveau de Gauss, vue latérale (Vogt, d'après E. Wagner), 

F, lobe Frontal; P, lobe Pariétal ; 0, lobe Occipital; T, lobe Temporal ; C, Cervelet; Po, 
Protubérance; VM, Bulbe; S, scissure de Sylvius; R, sillon de Rolando; a', a^ a', 
replis supérieur, moyen et inférieur des circonvolutions frontales; A, circonvolution 
frontale ascendante (ou centrale antérieure); B, circonvolution pariétale ascendante (ou 
centrale postérieure); 6', h'^, i', replis supérieur, moyen et inférieur des circonvolutions 
pariétales; e',c-, e^, id. des circonvolutions temporales ;dl, rf', d', id. des circonvolu- 
tions occipitales. * 



un organe fortement développé, appartenant à un homme de grande 
et subtile intelligence, comme Gauss, 

Un des caractères les plus remarquables du Cerveau de Gauss se 
trouve dans le grand développement des lobes frontaux. Ce fait est 
rendu évident par leur longueur, leur largeur et leur hauteur 
relatives, et par l'extrême complexité de leurs rangées de circonvo- 
lutions (fig. 142, a^, a^, a^). VS^agner donne une figure de grandeur 
naturelle, représentant ces lobes vus de front, et aussi, comme 
terme de comparaison, une vue semblable des lobes frontaux de 
l'artisan Krebs. La différence entre les deux est très accentuée. 



48 



CONFIGURATION EXTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 



L'auteur a en sa possession le Cerveau d'un autre mathématicien 
célèbre, feu le professeur de Morgan; et, bien que chez lui les lobes 
frontaux soient également gros et bien développés, leurs circonvolu- 
tions ne sont nullement aussi compliquées que celles de Gauss. Mais 
sur le Cerveau d'un journaliste (d'abord clergyman) qui mourut il y 
a quelques années à University Collège Hospital, le volume des lobes 
frontaux est distinctement plus gros, et l'intrication de leurs circon- 
volutions, tout à fait remarquable, égale au moins, si elle ne la 
dépasse pas, celle que l'on rencontre sur le Cerveau de Gauss. Dans 
d'autres régions également, ce Cerveau d'un homme instruit, bien 
que non distingué, a des circonvolutions plus compliquées que celui 
de De Morgan ; et le poids de l'organe est aussi nettement supérieur. 
On l'a conservé, parce que c'était le Cerveau d'une personne bien 
élevée, et à cause de la complexité bien marquée de ses circonvolu- 




FiG. 143. — Vue de face des Lobes Frontaux du Cerveau d'un journaliste, montrant l'ex- 
trême complexité des Circonvolutions. Grâce à une légère obliquité de position, le 
Lobe Frontal droit se voit plus complètement que le gauche. (Exactement dessiné par 
V, Horsley, d'après une photographie.) 



tiens, en vue de le comparer plus tard à celui du mathématicien 
récemment décédé. 

Dans ces deux Cerveaux, ainsi que dans celui de Gauss, les sillons 
de Rolande sont fort sinueux, grâce à l'existence de nombreux 
replis secondaires des circonvolutions ascendantes frontales etparié- 
tales^ La position relative de ces scissures était toutefois fort dififé- 



1. On ne voyait, dans aucun de ces deux cerveaux, de circonvolution unis- 
sante, croisant comme un pont le sillon de Rolando. Du côté di'oit, mais pas 
du gauche, et cela, rien que dans le cerveau de De Morgan, le sillon de 
Rolando s'ouvrait dans la scissure de Sylvius. 



CERVEAU DE DE MORGAN. 49 

rente dans les deux Cerveaux; et, dans celui du journaliste, la 
distance de l'extrémité inférieure du sillon de Rolande au sommet 
du lobe temporal était tout à fait remarquable. 

Apparemment en conséquence de la perte de l'oeil droit, survenue 
peu d'années après la naissance, l'Hémisphère Cérébral gauche de 
De Morgan était notablement plus petit que le droit ; bien que les 
mesures prises sur cet organe, maintenant qu'il s'est aplati par son 
propre poids et qu'il s'est légèrement contracté par suite de son 
séjour dans l'alcool, ne montrent point cela aussi clairement que 
lorsque l'organe était encore frais'. Cependant, même aujourd'hui, 
l'hémisphère gauche est distinctement plus petit que le droit, à la 
fois en longueur et en largeur. Les lobes occipitaux sont aussi égaux 
que possible en longueur; mais la scissure perpendiculaire interne 
gauche (grâce au volume plus petit des iQbes frontal et pariétal) est 
située exactement à 21 millimètres en avant de celle de l'hémisphère 
droit. Le lobe occipital gauche est en outre distinctement plus 
étroit, et moins arrondi à l'extérieur, que celui du côté droit. Les 
lobes temporaux sont d'égale longueur, mais ils ont été trop altérés 
par la pression pour que l'on puisse se former une opinion sur leur 
largeur relative. La diminution en largeur, aussi bien qu'en longueur, 
du volume général des lobes frontal et pariétal est encore très 
évidente, bien que cette diminution ne soit point localisée dans 
quelques parties spéciales de ces lobes. On ne peut non plus 
observer de différence appréciable dans le développement des circon- 
volutions d'aucune partie de l'hémisphère, par comparaison avec 
celui de l'autre côté. La région du lobule supra -marginal et de la 
circonvolution angulaire semble assurément aussi développée à 
gauche qu'à droite; bien que ce soient les circonvolutions qui, d'après 
Terrier, doivent être regardées comme le siège principal du Centre 
Visuel. 

1. Le cerveau fat extrait le troisième jour après la mort et n'était pas dans 
un bon état de conservation. Voici les mesures que l'on prit alors avec le plus 
grand soin, sur le vertex, au moyen d'un ruban étroit : 

De l'extrémité antérieure De l'extrémité supérieure De l'extrémité supérieure de 

du lobe frontal à l'extrémité du sillon de Rolande à l'ex- la scissure perpendiculaire à 

supérieure du sillon de Ro- trémité supérieure de la l'extrémité postérieure du lobe 

lando : scissure perpendiculaire : occipital : 

Millim. Millim. Millim. 

A gauche 128 64 67 

A droite 141 77 67 

Outre l'arrêt spécial de développement rencontré dans l'hémisphère gauche, 
le cerveau, en général, était nettement contracté, en partie par l'effet de l'âge, 

Chablton-Bastian. — II. 4 



50 CONFIGURATION EXTERNE DU CERVEAU HUMAIN/ 

Sauf l'état de dégénérescence et l'aspect de dépérissement du 
nerf optique droit et de la bandelelte optique correspondante, on ne 
découvre rien qui puisse rendre compte du volume plus petit et du 
développement borné de l'Hémisphère gauche. L'antérieur gauche 
des tubercules quadrijumeaux est un peu moins proéminent que l'an- 
térieur droit, et diffère aussi légèrement de couleur; mais il n'a pas 
été examiné avant l'immersion du Cerveau dans l'alcool. Le Cervelet 
paraît tout à fait symétrique ; ses moitiés droite et gauche donnent 
les mêmes mesures. Et, sur ce point, il est important d'observer ici 
que le professeur de Morgan n'avait jamais souffert d'aucun état 
paralytique ni d'aucun trouble de la motilité ; de sorte que mon 
impression première qu'il devait y avoir eu une atrophie associée du 
lobe latéral opposé du Cervelet (comme dans beaucoup de cas d'atro- 
phie d'un des Hémisphères Cérébraux), ne fut point trouvée fondée. 
On peut, avec raison, s'attendre à cela dans des cas d'atrophie d'un 
hémisphère cérébral, associée avec de la Paralysie unilatérale; mais 
non dans les cas où cette dernière condition n'existe pas, et dans 
lesquels un des Hémisphères ne semble qu'imparfaitement développé, 
parce que les stimuli qu'il devait recevoir de l'un des sens les plus 
importants, comme celui de la Vue, lui ont fait défaut. C'est une 
distinction importante à se rappeler. 

On a pris quelques mesures sur le Cerveau, fort asymétrique, du 
célèbre Mathématicien (dont les facultés mentales étaient si grandes 
malgré l'inégalité de ses Hémisphères), et on les a mises en regard 
d'autres chiffres, obtenus par des mesures semblables, prises sur le 
Cerveau, bien développé, du journaliste instruit mais relativement 
obscur. Le poids de ce dernier Cerveau était 1,587 grammes : de sorte 
qu'il aurait occupé un rang élevé, si on l'eût introduit dans le tableau 
donné page 31. On observera que l'Hémisphère gauche, comme c'est 
fréquemment le cas (voy. fig. 135), est légèrement, mais distinctement, 
plus long que l'Hémisphère droit. 

en partie par la maladie, qui avait produit une émaclation forte et générale, 
pendant les douze derniers mois de la vie. Il était fort connu que le professeur 
de Morgan avait une tête exceptionnellement grosse; de sorte que, si ce n'eût 
été à cause de son âge et des causes sus mentionnées de diminution, le cer- 
veau eût probablement pesé plus que le poids que l'on put constater (1,496 gr.) 
L'auteur a trouvé, pour la tête du professeur de Morgan (presque débarrassée 
de cheveux), les mesures suivantes : circonférence, 671 millimètres ; mesure 
longitudinale prise sur le vertex (de la racine du nez à la protubérance occi- 
pitale), 415 millimètres; mesure transversale, prise sur le vertex (d'un méat 
auditif externe à l'autre), 418 millimètres. 



CERVEAU DE DE MORGAN. 



51 



MESURES COMPARATIVES DES DEUX CERVEAUX 



Do l'extrémité antérieure 
du lobe frontal à l'extrémité 
supérieure du sillon de Ro- 
lande : 



De l'extrémité supérieure 
du sillon de Rolande à celle 
do la scissure perpendicu- 
laire : 



De l'extrémité supérieure de 
la scissure perpendiculaire à 
l'extrémité postérieure du lobe 
occipital : 



De Morgan 



Journaliste 



Millim. 
A gauche 121 
A droite 135 

A gauche 155 
A droite 141 



Millim. 
47 
54 

57 
61 



Millim. 
54 
54 

61 

57 



Du sommet du lobe tem- 
poral à l'extrémité inférieure 
du sillon de Rolande : 



De Morgan 



Journaliste 



( A gauche 
( A droite 

A gauche 67 
A droite 64 



De l'extrémité in- 
férieure du sillon 
de Rolande à l'ex- 
trémité supérieure 
de la scissure de 
Sylvius. 

Millim. Millim. 

54 50 

57 40 



27 
23 



Du sommet du 
lobe temporal à 
l'extrémité de la 
scissure de Syl- 
vius. 

Millim. 

104 

97 

94 

87 



De l'extrémité de 
la scissure de Syl- 
vius à l'extrémité 
supérieure de ia 
£c!s3ure perpendi- 
culaire. 

Millina. 
104 
104 

104 
108 



Une autre différence notable, que l'on rencontre souvent dans les 
Cerveaux Européens d'un type élevé, et qui sert à les séparer d'or- 
ganes comme celui de la Vénus Hottentote (fig. 133), se trouve dans 
la brièveté de la scissure de Sylvius. Elle peut atteindre à peine à 
moitié chemin de l'extrémité supérieure « de la scissure perpendi- 
culaire » ; et peut en être séparée par plusieurs circonvolutions, au 
lieu de ne l'être que par le limbe descendant de la « circonvolution 
angulaire », comme c'est le cas chez le Chimpanzé, ou par cette cir- 
convolution et r « unissante » supérieure, comme chez les deux 
femmes africaines. 

La scissure de Sylvius est tout à fait allongée chez quelques Quadrumanes, 
comme par exemple le Hurleur, et aussi dans le cerveau du Saïmiri repré- 
senté par Gratiolet ' ; chez ces deux types, elle s'étend en arrière presque 
jusqu'à la grande fente longitudinale. Elle n'est guère moins allongée chez 
le Sagouin, le Macaque et auti-es formes alliées (fig. 105, 106), et demeure encore 
longue, même chez le Chimpanzé ^. On a déjà signalé (p. 12) que la longueur 
du Lobe Temporal et l'étendue du prolongement postérieur de la scissure de 
Sylvius, sont aussi des caractères remarquables du cei^veau humain, à l'état 



1. Anatomie Comparée du Système Nerveux. PI. XXIX, fig. 11 et 12. 

2. Gratiolet, loc. cit., pi. XXIV, fig. 6. 



52 CONFIGURATION EXTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 

foetal. Ce caractère se voit très bien sur la figure, donnée par Gratiolet, du 
cerveau d'un fœtus d'environ six mois et demi ^. 

Ce caractère simiesque et fœtal de l'organe se révèle aussi, même à l'état 
adulte de quelques-uns des types inférieurs de Cerveau Humain. On le voit, par 
exemple, sur la Vénus Hottentote (fig. 133) ; et, à un degré moindre, chez la 
Bosehimane (fig. 136), ainsi que dans le cerveau, représenté par Gratiolet '^, 
du criminel Fieschi (connu par sa machine infernale), et ^ dans celui de l'ar- 
tisan Krebs, représenté par Wagner. Toutefois, dans la figure que Leuret et 
Gratiolet ont donnée du cerveau d'un Charmas (pi. XIX, fig. 1), bien qu'il 
existe, sous d'autres rapports, beaucoup de caractères infantiles, nous trouvons 
la scissure de Sylvius très courte, tout à fait comme on la voit sur quelques- 
uns des cerveaux les mieux développés, celui deGauss, par exemple, et, d'une 
façon encore plus remarquable, sur ceux de Morgan et du Journaliste dont nous 
avons parlé. Sur ces deux derniers cerveaux, plus de la moitié de la scissure 
de Sylvius, telle qu'elle existe chez les Quadrumanes, a été oblitérée, puisque 
les mesures prises sur ces cerveaux, de l'extrémité supérieure de la scissure 
perpendiculaire à l'extrémité postérieure delà scissure de Sylvius, en croisant 
le lobe pariétal, sont exactement égales à celles que l'on prend de ce dernier 
point jusqu'au sommet du Lobe Temporal correspondant. 

Ce raccourcissement progressif de la scissure de SylviuS ne paraît pas 
avoir été signalé distinctement. Il semblerait cependant que ce soit un chan- 
gement précisément du même ordre que celui qui mène à l'oblitération pro- 
gressive de la « scissure perpendiculaire externe », à laquelle les anatomistes 
ont prêté beaucoup d'attention. 



La brièveté sus-mentionnée de la scissure de Sylvius sur les 
Cerveaux les mieux développés, tend à amener une brièveté corres- 
pondante du Lobe Temporal. La largeur relative de ce segment du 
Cerveau est aussi décidément réduite dans le Cerveau de Gauss. 
Les larges circonvolutions simples du Lobe Temporal de la Vénus 
Hottentote (fig. 133) contrastent notablement avec les replis, beau- 
coup plus complexes, qui leur correspondent dans les Cerveaux des 
deux Mathématiciens, ainsi que dans celui du Journaliste^. 

Le Lobe Occipital a une profondeur beaucoup plus grande dans 
les Cerveaux de Gauss, de De Morgan et du journaliste, qu'on ne le 
voit chez les types humains inférieurs précédemment décrits. En con- 
séquence, chez eux, le bord inférieur et postérieur de l'Hémisphère 



1. Anatomie Comparée du Système Nerveux, pi. XXX, fig. 2. 

2. Id., pi. XXII, fig. 2. 

3. Vorstudien, tab. VI, fig. 2. 

4. Dans le cerveau du Fœtus de six mois et demi, et dans celui de Fieschi, 
représentés par Gratiolet [loc. cit., pi. XXX, fig. 2, et pi. XII, fig. 2), les Lobes 
Temporaux sont à la fois longs et larges; tandis que dans celui de l'Enfant nou- 
veau-né (pi. XXX, fig. 3) et dans celui du Charmas (pi. XIX, fig. 1) ces 
mômes Lobes, bien que courts, sont encore extrêmement larges. 



FORMES SUPÉRIEURES DU CERVEAU. 



53 



Cérébral, lorsqu'il s'étend le long du côté du Cervelet, est bien plus 
près d'avoir une direction horizontale que chez aucune des deux Afri- 
caines. Chez ces dernières, toutefois, on remarque un perfectionne- 
ment du même genre, par comparaison avec ce qui existe dans les 
Hémisphères Cérébraux des grands Anthropomorphes (p. 231, vol. I). 
Dans les formes supérieures du Cerveau humain — comme ceux 
de^Gauss et de De Morgan, ainsi que du journaliste — les Lobes Tem- 




FiG. 144. — Surface inférieure da Cerveau Humain (Allen Thomson). 

1, Grande fente longitudinale; 3, 2', 2", circonvolutions de la surface inférieure du lobe 
frontal; 3, 3, 3, prolongement sur la base de la scissure de Sylvius ; 4, 4', 4", circon- 
volutions du lobe temporal; 5, 5', lobo occipital ; 6, pyramides antérieures du bulbe; 
X, extrémité postérieure du lobe médian du cervelet; 7, 8, 9, 10, lobules du lobe laté- 
ral du cervelet; I-IX, nerfs crâniens qui tous, sauf les premiers, se voient plus com- 
plètement sur la figure suivante. Le neuvième nerf du côté droit a été enlevé ; X, pre- 
mier nerf cervical. 



poral et Occipital de chaque Hémisphère, pris ensemble, sont beau- 
coup plus petits, relativement à la masse de substance cérébrale 
comprise dans les Lobes Frontal et Pariétal, que ce n'est le cas pour 
des cerveaux d'un type moins élevé. Chez les Quadrumanes infé- 
rieurs également, le segment Temporo-Occipital de l'Hémisphère, au 



54 



CONFIGURATION EXTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 



lieu d'être beaucoup moindre, est presque égal,, ou parfois légè- 
rement plus gros que le segment Fronto-Pariétal du même Hémis- 
phère. Ainsi, les proportions que l'on rencontre chez les types 
humains inférieurs, sont comme intermédiaires entre ce qui existe 

chez les Quadrumanes, d'une part, 
et, de l'autre, chez les types humains 
supérieurs. 

La diminution de volume du 
segment Temporo-Occipital chez les 
hommes en général, est peut-être 
plus apparente que réelle. Le très 
grand accroissement de volume des 
régions Frontale et Pariétale est, au 
moins en partie, une autre manière 
d'expliquer le changement de pro- 
portions relatives. Il est bien cer- 
tain que les circonvolutions des 
Lobes Temporaux tendent à devenir 
plus complexes chez les cerveaux 
humains plus élevés; et il est égale- 
ment certain qu'il y a aussi ten- 
dance à une augmentation réelle de 
volume des Lobes Occipitaux. Dans 

FiG. 145. — Face inférieure des Pédon- i i i / i , 

cules Cérébraux, de la Protubérance leS CerVOaux les pluS developpeS, CCS 

et du Bulbe, montrant les connexions LobOS deviennent pluS profouds, et 

des nerfs crâniens (Sappey, d'après ^^^^^j j^^ j^j^^g ^^ j^^g arroudis. Il 
Hirschfeld). ^ ^ ^ 

y a, en outre, un accroissement no- 
table dans la complexité des Circon- 
volutions Occipitales. 

Ce dernier point est d'une impor- 
tance considérable, et n'est pas tou- 
jours suffisamment présent à l'esprit 
de ceux qui insistent sur le grand 
volume des Lobes Occipitaux chez 
beaucoup de Quadrumanes. Si ces 
parties semblent, relativement, plus 
petites chez l'homme, il ne faut 
point oublier que, chez les Singes 
ordinaires et les Anthropomorphes, leur surface est lisse et relative- 
ment privée de circonvolutions; tandis que, chez l'Homme, l'étendue 
de la substance grise superficielle s'accroît énormément, relative- 
ment à leur volume, à raison du nombre et de la profondeur des 
plis de leur surface. 

Ainsi donc, dans le Cerveau de l'Homme, c'est moins des parties 




1, Infundibulum du corps pituitaire ; 2, 
portion du plancher du troisième ven- 
tricule; 3, tubercules mamillaires ; 4, 
pédoncules cérébraux ; 5, protubé- 
rance annulaire ; 6 nerfs optiques, se 
croisant sur la ligne médiane de ma- 
nière à former un chiasma ; 7, oculo- 
moteur commun ; 8, pathétique ; 9, tri- 
jumeau ; 10, oculo-moteur externe ; 
11, facial; 12, auditif; 13, nerf de 
"Wrisberg; 14, glosso-pharyngien ; 15, 
vague, ou pneumogastrique ; 16, spi- 
nal; 17, grand hypoglosse (coupé d'un 
côté). 



DÉVELOPPEMENT ASYMÉTRIQUE. 



55. 



OU des régions nouvelles que nous rencontrons, qu'un énorme 
développement de parties et de régions préexistantes. En outre, le 
degré d'accroissement de ce développement n'est point le même 
partout. Ces deux faits sont, tous deux, très significatifs au point de 
vue psychologique, — et surtout au point de vue de cette Psychologie 
qui a sa base dans la Philosophie générale de l'Évolution. 

Une des particularités les plus remarquables du Cerveau humain, 
c'est que, d'une manière ou d'une autre, ses deux Hémisphères ne- 
sont pas développés d'une manière tout à fait symétrique. 

1° Bien que la situation des Scissures primaires soit sujette à 
peu de variations dans les deux Hémisphères^ cependant, sur les 




Fie. 146. — C( 11^ i 11 i '•'1 I obe Occipitalgauche d'une Cerveau Humain, 
pour montrer le nombre et la profondeur des replis de sa surface. 

Cerveaux les plus riches en Circonvolutions, beaucoup des Circon- 
volutions séparées peuvent présenter des différences dans le nombre 
et l'arrangement de leurs replis ou indentations. De là peuvent 
provenir de légères différences dans l'aspect des Circonvolutions 
qui se correspondent des deux côtés du Cerveau; bien que les 
régions où la dissimilarité est la plus marquée ne soient point 
du tout nécessairement les mêmes chez différents individus, de 
même la complexité la plus grande ne se trouve point toujours, sur 
le même Hémisphère, dans ces différentes régions. 

Il y a encore beaucoup à apprendre sur ces points; mais on est 
tout à fait autorisé à conclure, d'une manière générale, que ce 
développement asymétrique des circonvolutions est, chez les Races 
Humaines inférieures, seulement un peu plus marqué que chez les 
Singes supérieurs; et qu'il s'accentue de la manière la plus distincte 
dans les Cerveaux, très riches en circonvolutions, qui appartien- 



56 CONFIGURATION EXTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 

nent à des représentants des Races Humaines supérieures, ou plus 
civilisées. 

2° Divers anatomistes ont remarqué que PHémisphère gauche est, 
très fréquemment, un peu plus long que son homologue; de sorte 
que le sommet du Lobe Occipital gauche peut se projeter dis- 
tinctement en arrière de celui du côté droit. 

3° L'auteur a remarqué, il y a une quinzaine d'années, qu'il 
existe fréquemment une différence bien nette dans la forme des 
sommets des Lobes Occipitaux i, — celui du côté gauche étant ordi- 
nairement atténué et irrégulièrement conique ; tandis que le droit 
est souvent plutôt aplati à l'extrémité, et porte, à son bord interne, 
une dépression, ou sillon, de 7 millimètres environ de large (fig. 1^7). 
La direction du sillon est de bas en haut, et aussi en dedans et en avant. 

Dans un grand nombre de Cerveaux, et, semblerait-il, surtout 
dans ceux de Femmes, cette conformation du Lobe Occipital droit 
existe à un degré bien marqué. Dans d'autres, elle ne l'est que peu ; 
tandis que, dans de rares occasions, un sillon plus ou moins évident 
existe de chaque côté. Dans un nombre de cas encore plus petit, 
on rencontre un sillon au sommet du Lobe Occipital gauche, et non 
du Lobe droit; ou bien encore il peut manquer des deux côtés ^ 

Les Circonvolutions Occipitales , à l'endroit du sillon, sont 
nettement déprimées; mais on n'a jamais rencontré de saillie de la 
surface intérieure du crâne, ou d'épaississement des membranes, qui 
puisse rendre compte de sa formation. Dans ces derniers temps, 
l'auteur a adopté l'opinion que ce « sillon occipital » est dû à la 

1. L'auteur a depuis appelé l'attention là-dessus dans les Transact. of Pa- 
tholog. Society, 1869, vol. XX, p. 4. 

2. Dans trente-cinq autopsies consécutives, la condition des Lobes Occipi- 
taux a été notée, soit par moi-môme, soit par MM. J.-T. Gadsby et C.-E. Beevor 
— alors mes habiles assistants à University Collège hospital — en vue de s'as- 
surer de la fréquence relative de ces différentes conditions. Les résultats sont 
compris dans les tableaux suivants : 



TABLEAU I. 

SEXE. 

COTÉ. — — ^ TOTA 

Masc. Fém. 

Droit 15 13 28 

Gauche 1 1 2 

Deux côtés .... 3 1 4 

Manque 1 1 

20 15 35 



TABLEAU IL 

SEXE. 

Masc. Fém 

3 17 

2 8 7 

1 10 1 

10 

20 15 



Dans le tableau II, le chiffre 3 signifie que le sillon était très bien mar- 
qué; 2, assez bien: et 1, légèrement. 



DÉVELOPPEMENT ASYMÉTRIQUE. 



57 



pression exercée par l'extrémité postérieure du sinus longitudinal 
et le côté droit du pressoir d'Hérophile, ou point de rencontre des 
sinus veineux (fig. lZi8.). On ne voit pas très bien pourquoi cette 
pression doit s'exercer plutôt sur le côté droit que sur le gauche. 
Cela est peut-être dû au léger accroissement de longueur de l'Hé- 
misphère gauche, qui appuie en arrière sur le côté gauche du 
pressoir, et détourne ainsi vers la droite un courant plus considé- 
rable du sang qui coule dans le sinus longitudinal. Il y a, en effet, 
longtemps que l'on a remarqué que le sillon qui, sur l'os occipital, 




Fis. 147. — Vue postérieure des Lobes Occipitaux et du Cervelet, montrant le sillon occi- 
pital au bout de l'Hémisphère droit (d'après un dessin de V. Horsley). 1, le Sillon ; 
2, 2, scissure perpendiculaire externe ; C, C, Cervelet. 

correspond au Sinus latéral droit, est souvent nettement plus large 
que celui du sinus gauche ^, — montrant ainsi d'une façon con- 
cluante que, dans tous ces cas du moins, le courant sanguin le plus 
considérable a coutume de sortir du crâne de ce côté-là. 

k° Le docteur Boyd avait dit que l'Hémisphère gauche était 
généralement plus lourd que le droit, de près de ik grammes. 
Toutefois, quelques observateurs ont mis en doute qu'il s'agit là 
d'une condition ordinaire ; et d'autres le nient positivement. Quel- 
ques-uns de ces derniers affirment même que, bien qu'il existe 
souvent une différence, la supériorité de poids est plus souvent en 
faveur de l'Hémisphère droit que du gauche. Ce point ne saurait 
peut-être actuellement être décidé d'une manière définitive. Il est 
évident qu'il est nécessaire de prendre de très grandes précautions, 



1. Voy. fig. 23 de l'Anatomy de Gray (3* édition), où cet état est bien re- 
présenté. 



58 



CONFIGURATION EXTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 



en coupant les «pédoncules cérébraux » et le « corps calleux», avant 
de peser comparativement les deux Hémisphères, et que les pesées 
elles-mêmes demandent à être faites avec le plus grand soin. 

5° L'auteur s'est assuré, il y a déjà de longues années^ que le 
poids spécifique de la Substance Grise des circonvolutions frontales, 
pariétales et occipitales, respectivement, est souvent un peu plus 
élevé sur l'Hémisphère gauche que sur le droit; bien que cette 
densité supérieure n'existe pas, nécessairement, dans chacune de 
ces régions, sur le môme individu ^ Ce résultat inattendu se montra 




FiG. 148. — Vue postérieure Diagrammatiquo de la Dure-mère et des Grands Sinus Vei- 
neux (Todd). La portion postérieure du Crâne et les arcs postérieurs des premières 
vertèbres sont supposés enlevés, s, sinus longitudinal; t, pressoir d'Hérophile, où les 
sinus longitudinal et occipital se rencontrent, et d'où partent les sinus latéraux (<?). 



souvent, bien que pas toujours, même après qu'on eut pris soin 
d'écarter toute cause d'erreur. Il y a toutefois aussi besoin d'autres 
observations sur ce sujet; et l'on devrait essayer de la même 
manière d'autres circonvolutions que celles nommées ci-dessus -. 



1. Voy, : Journal of Mental Science, Jaii. 1866, p. 493.* 

2. Un accroissement du nombre de processus intercellulaires et de fibres 
commissurales fines, à l'intérieur de la Substance Grise, pourrait causer un 
léger accroissement de densité, en rapprochant cette matière de la « substance 
blanche », plus dense. 



CERVELET. 



59 



LE CERVELET ET SES LOBES. 

Le Cervelet, ou « petit Cerveau », est, dans la position redressée du 
corps, situé en arrière et au-dessus de la Protubérance et du 
Bulbe (fig. 132), et repose, dans une cavité postérieure du crâne, au- 
dessous des Lobes Occipitaux, dont il n'est séparé que par une 
paroi membraneuse. Cette membrane, nommée la Tente du Cer- 
velet, est un prolongement horizontal interne de la « dure-mère »• 




FiG. 149. — Face supérieure du Cervelet (Sappej^, d'après Hirschfeld). 1,1, Vermis supé- 
rieur (lobe moyen) dont l'extrémité antérieure a été repoussée en arrière, pour mon- 
trer les Tubercules Quadrijutn eaux; 2, extrémités postérieures des vermis supérieur et 
inférieur et de la fente médiane du Cervelet ; 3, grande scissure périphérique ; 4, 
grande scissure de la face supérieure, qui divise cette face en deux segments prin- 
cipaux; 5, segment postérieur en forme de croissant; 6, 6, 6, 6, segment antérieur, 
quadrilatéral, et composé de cinq segments secondaires recourbés, semblables au 
précédent : chacun de ces segments est composé de lames de dimensions différentes, 
intimement rapprochées, et séparées par des scissures de profondeur variable; 7, "7, 
coupe des Pédoncules Cérébraux; 8, commissure postérieure du Cerveau; 9, Tuber- 
cules Quadrijumeaux. 



Les Lobes Occipitaux reposent sur elle en dessus, tandis que la sur- 
face supérieure du Cervelet est en contact avec sa face inférieure. 

On a déjà parlé de la relation de poids entre le Cervelet et le 
Cerveau, ainsi que du grand développement progressif des « lobes 
latéraux » de ce premier organe chez les Quadrumanes, et encore 
plus chez l'Homme, relativement au Lobe Médian, — qui devient, 
chez ce dernier, proportionnellement fort petit. 

Nous ne nous arrêterons pas ici en détail sur le développement 
relatif des diverses parties du Cervelet, quoique le lecteur puisse 
apprendre le nom de ces parties, en étudiant avec soin les figures 



60 CONFIGURATION EXTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 

149 et 150 et leurs légendes. L'étude comparative des diverses 
parties du Cervelet n'a point, en effet, attiré l'attention des travail- 
leurs en général, autant que celle du Cerveau; et même, s'il en eût 
été autrement, l'importance tout à fait subordonnée de cet organe, 
par rapport à la Pensée, nous autoriserait à nous arrêter beaucoup 
moins sur son anatomie extérieure ^. 

Toute la surface externe du Cervelet est marquée d'un très grand 
nombre de « scissures », dont quelques-unes sont beaucoup plus 
profondes que d'autres. Ces scissures profondes sont en nombre 




FiG. 150. — Face Inférieure du Cervelet (Sappey, d'après Hirschfeld). 1, 1, Vermis infé- 
rieur; 2, 3, fente médiane du Cervelet; 3, 3, 3, lobes et lobules des hémisphères céré- 
belleux; 4, amygdale; 5, lobule du pneumo-gastrique ; 6, protubérance; 7, son sillon 
médian ; 8, pédoncule moyen du cervelet ; 9, surface coupée du bulbe ; 10, extrémité 
antérieure de la grande scissure périphérique; 11, bord antérieur de la surface supé- 
rieure du cervelet; 13, racine motrice du trijumeau; 13, sa racine sensitive; 14, oculo- 
moteur externe; 15, facial; 16, nerf de Wrisberg; 17, nerf auditif; 18, glosso-pha- 
ryngien ; 19, pneumogastrique; 30, spinal; 31, hypoglosse. 

relativement petit, et constituent les limites des divers lobes et 
lobules de l'organe. Entre elles, il s'en trou've d'autres, arrangées 
d'une manière plus ou moins concentrique, et qui varient beaucoup 
en longueur et en profondeur. On a estimé à six ou huit cents le 
nombre de ces scissures de second ordre. Elles divisent la surface 
du Cervelet en une multitude de lames, dont on appréciera mieux 
la nature et l'arrangement en examinant les figures 156, 162 et 166. 
D'après Marshall, le Cervelet de la Boschimane était proéminent 
sur les côtés, et proportionnellement plus large et plus long que 

1. Stilling a publié un travail approfondi et richement illustré, sous le titre : 
Bau des kleinen Gehirns. 



CERVELKT. Cl 

chez l'Européen; bien que son contourne fût ni aussi plein ni 
aussi arrondi, et que sa masse réelle fût moindre. Le résultat de ces 
laborieuses recherches comparatives est que « le nombre des lames 
du Cervelet de la Boschimane s'accorde tout à fait avec ce qui 
existe chez l'Européen; les difTérences n'étant probablement que 
celles que l'on pourrait rencontrer entre des individus de même 
race. » Leur nombre relatif dans les diverses parties fut toutefois 
trouvé différent pour quelques-uns des plus petits lobes ; et beaucoup 
de lames étaient aussi plus petites et plus minces. Le léger défaut 
de poids du Cervelet de la Boschimane (( dépend essentiellement, 
d'après Marshall, non de l'absence de certaines parties ou de cer- 
taines lames, mais de l'étroitesse de ces dernières; car elles sont 
évidemment beaucoup plus minces que chez l'Européen». Somme 
toute, il considère que « le Cervelet de la Boschimane est très bien 
développé; et que, en tant qu'organe, il est beaucoup plus parfait 
que son Cerveau. » 

SIGNIFICATION DU GRAND DEVELOPPEMENT 

DES CIRCONVOLUTIONS SUR LES HEMISPHERES CÉRÉBRAUX 

DE l'homme. 

Après la description précédente de la configuration extérieure 
du Cerveau Humain, et maintenant que l'on a exposé en détail les 
différences qui existent entre lui et celui des Singes supérieurs, il peut 
se présenter naturellement à l'esprit du lecteur des questions de ce 
genre : — Quelle est la signification précise de ce développement plus 
complexe des Circonvolutions du Cerveau de l'Homme? — Quelle 
signification faut-il attribuer au manque de symétrie dans le dévelop- 
pement des Circonvolutions correspondantes des deux Hémisphères? 

On a déjà signalé précédemment qu'il y a trois types principaux 
d'arrangement des circonvolutions : (1) celui des Herbivores, (2) celui 
des Carnivores et des Cétacés, (3) celui des Quadrumanes et de 
l'Homme . Nous avons vu également que, dans chacun de ces grands 
groupes, le développement des Circonvolutions, particulier à une 
espèce donnée, a jusqu'ici semblé dépendre principalement du 
volume ordinairement atteint par les animaux ^ ; — que ceux qui 
sont petits peuvent n'en point avoir, tandis que des animaux pro- 
ches alliés, mais d'une plus grande taille, peuvent en avoir de plus 
ou moins développées. 

Voici ce que Vogt dit sur la raison de ce plus grand dévelop- 
pement chez des animaux de taille plus forte ^ : 

1. Voy. vol. P--, p. 213. 

2. Lectures on Man. p. 10.5. 



«2 CONFIGURATION EXTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 

« Heureusement les mathématiques viendront ici à notre secours. Si l'on 
compare deux corps de forme semblable, mais de volume différent, leurs volu- 
mes respectifs varient comme le cube de leurs diamètres, tandis que leurs sur- 
faces ne varient que proportionnellement aux carrés de ces diamètres ; en 
d'autres termes, le volume d'un corps s'accroît plus rapidement que sa surface, 
et celle-ci plus rapidement que le diamètre. Tout artilleur sait bien qu'un 
boulet de douze, bien que trois fois aussi lourd qu'un boulet de quatre, est 
loin d'avoir un diamètre trois fois plus grand... En appliquant ce principe à 
la tête, et spécialement au crâne des animaux, on verra que, dans chaque 
groupe naturel ou ordre de mammifères, la tête, et en particulier la capacité 
crânienne, est avec le corps dans une relation à peu près constante chez les 
diverses espèces... ; que la surface intérieure de la boîte crânienne est relati- 
vement moindre chez les gros animaux, et, par conséquent, que pour avoir 
une surface semblable de substance grise, le cerveau doit présenter des cir- 
convolutions chez les gros animaux, tandis qu'il peut demeurer lisse chez les 
petits. » 

Si donc nous envisageons à un point de vue large et général le 
problème du degré d'importance à attaclier à la grande complexité 
des Circonvolutions cérébrales cliez l'Homme, il pourra sembler, à 
première vue, que c'est là un apanage, une suite nécessaire du 
volume du corps de l'Homme, relativement à celui des Singes ordi- 
naires et des Antliropomorphes. Sous le rapport du développement 
de ses Circonvolutions, l'Homme semble tenir, de beaucoup, la tête 
du type Quadrumane, comme l'Éléphant tient celle du type Her- 
bivore et les gros Cétacés celle du type Carnivore. De plus, le Cer- 
veau de l'Éléphant et celui des Cétacés montrent (comme celui de 
l'Homme) un manque de symétrie fort net, sous le rapport de la 
disposition précise et de la forme des Circonvolutions correspon- 
dantes des deux Hémisphères. H semble donc tout d'abord que l'on 
soit autorisé à penser que le manque de symétrie peut accompa- 
gner, comme une sorte d'accident mécanique, la grande complexité 
des Circonvolutions ; et que ce dernier caractère, si l'on compare des 
animaux de groupes alliés, est principalement en relation avec le 
volume de leur corps et la capacité de leur Crâne. 

Mais il ne faut point oublier d'autres considérations importantes. 
Ainsi, comme le dit Vogt, il faut avoir présent à l'esprit que la capa- 
cité crânienne de l'Homme est, proportionnellement au volume de 
l'individu, énormément plus grande que chez aucun des Anthro- 
pomorphes; et que, malgré ce très grand accroissement de capacité 
de la chambre cérébrale, l'augmentation de surface, ainsi obtenue 
pour la substance grise superficielle du Cerveau, est loin d'être suf- 
fisante pour les besoins de la vie intellectuelle et morale de l'Homme ; 
il faut encore que cette surface soit accrue par d'autres replis 
secondaires des Circonvolutions Cérébrales. 



CAUSES DU DÉVELOPPEMENT Dl-lS CJIlCON VOLUTIONS. G3 

Une preuve frappante de ces considérations de première impor- 
tance se trouvera dans ce fait, que le développement des Circonvo- 
lutions du Gorille est beaucoup plus simple que celui de Fllomme, 
bien que la capacité crânienne des types les plus inférieurs de 
l'humanité soit de beaucoup supérieure à celle du Gorille; et cela, 
quoique le volume du corps de ce grand Singe dépasse souvent 
celui de PHomme. Ainsi donc, nous avons un accroissement de com- 
plexité des Circonvolutions, se montrant dans le Cerveau de l'Homme 
sous des conditions générales doublement contraires, qui rendent 
cet accroissement encore plus significatif de l'énorme progrès qui 
s'est accompli dans le développement du Cerveau. 

Si l'on considère, en outre, que l'accroissement de complexité 
des Circonvolutions, en passant des Races Humaines inférieures aux 
Races supérieures, est également associé à un énorme accroissement 
de la « capacité crânienne » et du poids du Cerveau, — bien que la 
stature du corps demeure pratiquement la même, — on trouve là 
une preuve de plus du vaste développement des Hémisphères, qui 
s'est produit durant la longue suite de siècles où les ancêtres des 
races civilisées actuelles sont sortis graduellement de l'état de bar- 
barie primitive. 

Le grand développement des Circonvolutions du Cerveau de 
l'Homme a donc une signification incomparablement plus grande 
que celui que l'on trouve chez l'Éléphant ou les Cétacés; car, chez 
lui, ce n'est clairement pas, comme cela est dans une grande mesure, 
chez ces animaux, une simple conséquence de l'augmentation de 
volume du corps. 

Il est cependant fort possible que la relation entre la grande 
complexité des Circonvolutions du Cerveau Humain et les acquisi- 
tions intellectuelles et morales, soit plutôt générale que spéciale et 
invariable. Cette relation peut être fort semblable à celle qu'on a 
montré exister, chez les Hommes, entre les Poids cérébraux élevés 
et les Acquisitions et Facultés Mentales supérieures. Ces coïncidences 
tendent décidément à prévaloir; et cependant, comme nous l'avons 
vu, on peut y rencontrer, de temps à autre, de notables exceptions. 
On verra plus loin qu'il existe une inégalité fonctionnelle entre 
les deux Hémisphères Cérébraux; de sorte que le développement 
asymétrique de leurs Circonvolutions, autrement correspondantes, 
peut être, en partie du moins, dû à ce fait. 



CHAPITRE XXII 

DE l'intelligence ANIMALE A l'iNTELLIGENCE HUMAINE 



« L'Homme, comme être doué de Raisonnement, dépend de la 
forme de Langage qu'il emploie, à un degré que l'on ne saurait 
guère estimer trop haut. C'est, en grande partie, en vertu du Lan- 
gage qu'il arrive à poursuivre, avec tant d'habileté et de perfection, 
des processus mentaux compliqués; et si, en essayant de jeter un 
pont sur le vaste abîme intellectuel et moral qui sépare l'Homme 
des animaux inférieurs les plus élevés, nous disons que lui seul 
possède la faculté de parler et de se servir du Langage Articulé, nous 
touchons probablement là à la faculté qui, infiniment plus que toutes 
les autres, a eu affaire avec le progrès graduel qui semble s'être 
produit pendant les âges écoulés, — progrès qui a permis à cer- 
taines races humaines de parcourir la multitude des degrés de civi- 
lisation qui séparent ceux qui vivaient à l'état sauvage de ceux qui 
constituent aujourd'hui la fleur de la civilisation Européenne. Si 
donc la possession du Langage Articulé et les nouveaux talents qui 
en proviennent de transmettre la pensée au moyen de signes écrits 
ou imprimés, ont eu une influence aussi surprenante, en aidant cer- 
taines races à s'élever d'une condition de barbarie complète, il 
semble encore plus certain que la Pensée, dans tous ses modes supé- 
rieurs, ne saurait point s'exercer sans l'aide d'un Langage d'une 
nature quelconque. » 

Ce passage, qui formait l'introduction d'un article sur la 
Physiologie de la Pensée, paru il y a quelques années déjà^ peut 
être pris pour texte du présent chapitre. 

Des vues très semblables à celles-ci avaient déjà été appuyées 
par Herbert Spencer, Huxley et autres; et, depuis lors, elles ont 
beaucoup gagné dans le public, grâce surtout à la manière habile 
dont elles ont été défendues par quelqu'un dont nous avons aujour- 
d'hui à déplorer la perte. Bien que les doctrines formulées par 
G. -H. Levves ne fussent peut-être pas aussi neuves que son lan- 

■1. The Physiology of Ihinliinçj. — Fortniglithj Review. Janvier 1869. 



ANALYSE DU LANGAGE. 65 

gage semble l'impliquer, il leur a cependant prêté une nouvelle force, 
et les a développées d'une manière plus complète et plus précise 
que cela n'avait été fait par d'autres écrivains. 

L'usage le plus évident du Langage, c'est assurément de servir 
à faire communiquer, d'une manière déterminée, l'Homme avec 
l'Homme. Dans ses Lois de la Pensée {Laivs ofThoughl, pages 37-39 et 
Zi7), Thomson dit : « Nous pourrions, pour certains usages, nous dis- 
penser du langage articulé ; les gestes et les changements de conte- 
nance, qui sont le langage de l'action, en tiendraient lieu. Mais les 
actes et les jeux de physionomie, bien qu'ils puissent servir à 
exprimer l'amour ou la haine pour quelque objet présent, le 
besoin de nourriture ou de repos, la joie ou la tristesse, ne sau- 
raient exprimer qu'une série fort restreinte de pensées, si nous 
voulions indiquer nos sentiments envers une personne absente, 
notre désir de quelque chose d'éloigné, ou diriger l'attention sur 
quelque état ou sentiment intérieur... 11 est donc nécessaire d'ap- 
pliquer à chaque objet un signal toujours utile, que tous les 
hommes, par une convention tacite, acceptent comme remplaçant 
l'objet, et qui, par conséquent, toutes les fois qu'il est employé, 
rappelle l'objet à l'imagination ; ce signal est un substantif ou nom. 
Toutefois, les noms représentent des choses, et les différents états 
des choses doivent aussi trouver une expression ; de là, le besoin 
d'adjectifs et de verbes. Le verbe a le pouvoir d'assigner à la chose, 
à un temps donné, la condition d'être, de faire, ou de subir quelque 
chose... Lorsque deux ou plusieurs noms sont employés ensemble, il 
est souvent nécessaire d'exprimer leurs relations mutuelles; une 
chose peut être à, de, par, dans, près de, au-dessus, ou au-dessous 
d'une autre; et l'on introduit des prépositions pour le déterminer. 
Il y a donc quatre parties principales du langage : les substantifs, 
ou noms, pour exprimer les substances; les adjectifs, pour indiquer 
les attributs; les prépositions, pour marquer les relations; et un seul 
verbe, pour assigner attributs ou relations aux substantifs, à un 
temps déterminé... 

« Les différentes parties du langage ont tiré leur origine du sub- 
stantif et du verbe, ou peut-être du substantif seul. On peut trouver 
beaucoup d'adverbes et de prépositions qui sont nettement sub- 
stantives, et de conjonctions qui ne sont que des parties de verbes. 
En outre, la connexion intime entre le substantif et le verbe est 
indiquée par le nombre de mots qui, dans notre propre langue, sont 
à la fois verbes et substantifs, et ne se distinguent que par la pro- 
nonciation... 

« Il est impossible de suivre, avec certitude, la croissance du 
langage ; mais ce qui est le plus probable, c'est qu'un grand nombre 
des racines de la langue primitive ne furent originairement que des 

Charlton-Bastian. — II. 5 



66 IJNTELLIGENCE ANIMALE ET INTELLIGENCE HUMAINE. 

imitations de sons variés, émis par les choses du monde naturel. Un 
oiseau ou un animal reçut peut-être un nom dérivé de son cri par- 
ticulier, et plus ou moins semblable à ce cri. Le cri, ou l'exclamation, 
que l'Homme émettait instinctivement sous la pression de quelque 
sentiment violent, aura été reproduit d'une manière consciente 
pour représenter ou rappeler ce sentiment dans une autre occasion: 
et sera devenu un mot ou signe secondaire. Lorsque les sons naturels 
ont fait défaut, l'analogie aura pris la place de l'imitation ; les mots 
durs et difficiles à prononcer auront été employés pour désigner des 
objets déplaisants, de préférence à des mots d'un caractère plus 
facile et plus doux, que l'on aura appliqués à des choses et à des 
conceptions agréables. Puis, il a suffi de l'accord entre ceux qui se 
servaient du langage, pour désigner un son vocal comme le nom 
d'un certain objet, alors que l'imitation et l'analogie n'en suggéraient 
aucun. Mais ces racines originelles, formes les plus simples des 
substantifs, seront graduellement devenues de moins en moins 
faciles à reconnaître, à mesure que la langue devenait plus riche 
et plus compliquée. Chaque fois que l'on pratique des arts nouveaux, 
nous pouvons aisément trouver l'occasion d'épier la naissance de 
nouveaux noms pour des instruments et des procédés nouveaux ; 
naissance réglée toujours par ces trois principes: imitation, analogie, 
■ et simple convention... 

« Ce ne sont là que des indications sommaires, dit l'auteur 
(aujourd'hui archevêque d'York), de la direction dans laquelle on a 
■fait des recherches profondes et pénétrantes. Et je ne pense pas que 
'de pareilles tentatives de dissection et d'analyse du langage, pour- 
suivies avec la prudence convenable, tendent en rien à abaisser 
dans notre estime l'importance du don de la parole ou de sa mer- 
veilleuse nature. » Ce sera peut-être là une pensée consolante pour 
beaucoup de personnes. Il n'est, en outre, pas sans intérêt de voir 
un autre docteur de l'Église, doué de beaucoup de pénétration et 
de philosophie, écrire les lignes suivantes ^ : 

« Si l'on cherche jusqu'où le même processus, qui se produit 
aujourd'hui pendant qu'on apprend à parler, peut rendre compte de 
l'invention du langage, la question réelle est simplement ceci : L'acte 
de donner des noms aux divers objets qui frappent nos sens est-il 
une chose si complètement au delà du pouvoir d'un homme créé 

• dans la pleine maturité de ses facultés, qu'il nous faille supposer 

• qu'un Divin Précepteur ait rempli précisément le même office que 
remplissent aujourd'hui, pour l'enfant, sa mère ou sa nourrice; 
c'est-à-dire lui ait appris à associer un 50n donné avec une impression 
visuelle donnée? » Cette question peut s'appliquer avec autant de 

1. Docteur Mansel, Prolegomena Logica, p. 20. 



ORIGINE DU LANGAGE. 67 

force à une race humaine naturellement développée, qu'à niorame 
hypothétiquement « créé dans la pleine maturité de ses facultés. » 

Une faculté comme le Langage Articulé, — soit qu'elle eût com- 
mencé par quelque processus caché et inconnu de développement 
naturel, ou comme un présent encore plus mystérieux de la Divi- 
nité à l'Homme, — devait presque forcément, par sa nature même, 
amener graduellement, chez ceux qui la possédaient, un accrois- 
sement de développement cérébral. Combien ce processus a été 
lent et tardif, c'est ce que nous commençons aujourd'hui à entre- 
voir vaguement, grâce aux recherches qui nous ont fait connaître 
la grande antiquité de la Race Humaine et l'époque reculée de l'ap- 
parition de l'Homme sur cette Terre. 

Antérieurement aux époques historiques, les Hommes qui étaient 
contemporains des grands Mammouths, dont on trouve les restes 
dans les alluvions post-tertiaires, ceux des Bone-Caves, des Shell- 
Heaps et des Peat-Bogs, ainsi que ceux de la période des Cromlechs 
et des premières Habitations Lacustres, ont vécu, pendant des âges 
sans histoire, dans un état de simplicité et de barbarie infiniment 
plus grand que celui qui existe chez les nombreuses races 
sauvages et demi-sauvages qui couvrent encore une si grande partie 
de la surface de la Terre. 

Dans les premières périodes de l'histoire humaine, le progrès 
était nécessairement si lent, qu'il semble presque faire défaut, même 
si nous comptons le temps par siècles. Graduellement, toutefois, à 
mesure que la vie nomade fit place à une vie en commun plus com- 
plexe, les avantages de la coopération se seront montrés de beaucoup 
de manières. Le commencement d'une Organisation Sociale en voie 
de développement suppose nécessairement, dans les relations de 
l'Homme avec l'Homme, une diversité plus grande, qui se réfléchira 
naturellement dans le Langage et agrandira le champ de la pensée, 
en donnant naissance à de nouveaux exercices, ou du moins en for- 
tifiant beaucoup certains processus mentaux, auparavant embryon- 
naires. A mesure que la Sympathie s'accroît, et que chaque unité de 
l'organisme social arrive à mieux reconnaître ce qu'elle peut faire 
pour satisfaire ses propres besoins ou ses propres désirs, sans 
s'attirer de la souffrance par suite de la colère de ses compagnons, 
elle arrive graduellement à ' reconnaître la nécessité de contenir 
dans certaines limites l'exécution de ses impulsions égoïstes, et le 
besoin, même dans l'intérêt de son propre bonheur, d'avoir tou- 
jours présents à l'esprit les besoins et les désirs de ses semblables. 

Nous avons vu la sympathie se produire, même chez beaucoup 
d'animaux muets, lorsqu'ils ont appris à reconnaître, dans leurs 
compagnons, les signes extérieurs de ce qu'ils se souviennent avoir 



68 INTELLIGENCE AINIMALE ET INTELLIGENCE HUMAINE. 

été chez eux un état de détresse. Le retour, en idée, d'un pareil 
état, uni à une perception indiquant qu'un pareil état de souf- 
france existe actuellement chez un autre, détermine des actions 
pour lui venir en aide. Dans cet exercice d'une simple Sympathie 
brutale, nous avons les germes les plus importants de ces senti- 
ments pour les semblables qui atteignent tant d'étendue et de 
puissance chez les races supérieures de l'Humanité. 

Non moins importantes toutefois sont, parmi les races sauvages, 
ces limites que la convenance force l'individu à reconnaître comme 
imposées par ses semblables à la liberté de ses propres actions. Des 
considérations de cette nature, unies peut-être à un accroissement 
de Sympathie, tendent graduellement à constituer en lui un moni- 
teur intérieur, ou Conscience, en même temps que paraissent des 
notions embryonnaires de Droit et de Devoir, constituant la base 
d'un Sens Moral qui commence à poindre. Parties d'une telle ori- 
gine, les impulsions d'une pareille « faculté » ne peuvent manquer 
d'être en harmonie avec les opinions et les influences dominantes. 
Comme le dit G. -H. Lewes^ : 

« Il ne peut 3' avoir de relations morales en dehors de la Société... L'Intellect 
et la Conscience sont des fonctions sociales ; et leurs manifestations spéciales 
sont rigoureusement déterminées par la Statique sociale, c'est-à-dire l'état de 
l'Organisme Social au moment présent, sur lequel elles influent à leur tour. 
Le Langage dans lequel nous pensons, et les conceptions que nous emploj'ons, 
l'attitude de nos esprits, et les moyens d'investigation, sont des produits sociaux 
déterminés par les activités de la Vie Collective. Les lois du progrès intellec- 
tuel doivent être lues dans l'Histoire, et non dans l'expérience individuelle- 
Nous respirons l'air social, puisque ce que nous pensons dépend en grande 
partie de ce que d'autres ont pensé. » 

Le pouvoir qu'a le Langage de favoriser le développement céré- 
bral et les opérations de la pensée, bien qu'il doive avoir été grand 
dès le début, et tendant toujours à s'accroître, ne s'est révélé 
avec autant de force que lorsqu'on eut adopté des moyens de con- 
server et de communiquer, de génération en génération, l'expérience 
et la pensée humaine, au moyen de symboles hiéroglyphiques ou 
des formes plus modernes de l'écriture. Lorsque ces dernières 
furent devenues d'un usage commun, et surtout lorsque l'impri- 
merie eut été adoptée et que les livres commencèrent à circuler, 
alors le Langage commença enfin à exercer pleinement son influence 
pour aider et développer la Pensée. En effet, bien que la tradition 
orale soit de beaucoup préférable à l'absence complète de moyens 
de communiquer l'expérience et les pensées, d'une génération à 
l'autre, elle est assurément bien imparfaite, relativement aux faci- 

1. Probkms of Life and Mind, vol. I", p. 173. 



DÉVELOPPEMENT DU LANGAGE. 69 

lités fournies par l'imprimerie et la circulation générale des livres. 
Depuis que ces derniers moyens existent, les Pensées de l'homme 
peuvent aller s'accumulant d'âge en âge, en constituant les annales 
de ses relations complexes avec la nature en général, avec ses sem- 
blables, et en particulier avec cet Organisme Social dont il fait 
partie ainsi qu'eux. 

Toutefois, ce n'est pas seulement à la communication de la 
Pensée, mais à sa formation même que le langage est indispensable : 
puisqu'il favorise la naissance de Conceptions, ou Notions Générales, 
et qu'il est essentiel à la fois à leur conservation et à leur usage 
familier. 

Dans ses Proleg amena logica (p. 19-20, 29-31), Mansel dit : 

« Pour l'enfant qui apprend à parler, les mots ne sont point les signes de 
pensées, mais d'intuitions (« Présentations of Sensé n).'Les mots homme et che- 
val ne représentent pas une collection d'attributs , mais sont seulement le nom 
de l'individu qui est devant lui au moment. Ce n'est que lorsque le nom a été 
successivement appliqué à divers individus, que la réflexion commence à s'en- 
quérir des caractères communs de la classe. Le langage, tel qu'il est appris à 
l'enfant, est donc antérieur à la pensée et postérieur à la sensation... Toutes 
les conceptions sont formées au moyen de signes qui n'ont primitivement repré- 
senté que des objets individuels... Les similitudes sont remarquées plutôt que 
les différences ; et l'on peut dire que nos premières abstractions sont accom- 
plies pour nous, lorsque nous api^renons à donner le même nom aux individus 
qui se présentent à notre vue, malgré de légers signes distinctifs qui passent 
d'abord inaperçus. Le même nom est ainsi appliqué à différents objets, long- 
temps avant que nous apprenions à analyser les facultés grandissantes de la 
parole et de la pensée, à nous demander ce que nous entendons dans chacun 
des cas où nous l'employons, à corriger et à fixer la signification de mots, em- 
ployés d'abord d'une manière vague et obscure. Il est aussi impossible d'indi- 
quer chacun des degrés du processus par lequel des signes d'intuitions 
deviennent graduellement des signes de pensée, que d'indiquer les divers 
moments où l'enfant qui grandit acquiert chaque accroissement successif de 
stature. » 

Cette importante opinion de Mansel que, sans signes ou Noms, 
nous ne pouvons former aucun Concept, est opposée à l'opinion 
communément acceptée, que « nous devons avoir eu le Concept 
avant de pouvoir lui donner un nom »; mais, comme le dit J.-S. Mill \ 
cette opinion est assez justement basée, par Mansel, sur l'idée que 
« les noms dont on se sert d'abord ne sont que les noms d'objets 
individuels, mais que, s'étendant d'un objet à Fautre suivant la loi 
d'Association par Ressemblance , ils deviennent spécialement 
associés aux points de ressemblance, et engendrent ainsi le Con- 
cept. » Sir William Hamilton pense, toutefois, que nous pouvons 

1. Examination ofSir Will. Hamiltons Philosophy, p. 324. 



70 INTELLIGENCE ANIMALE ET INTELLIGENCE HUMAINE. 

être capables de former des concepts simples, bien que nous puis- 
sions à peine les conserver sans l'aide de signes, « Un mot ou 
signe, dit-il^, est nécessaire pour donner de la stabilité à notre pro- 
grès intellectuel, pour faire, de chaque pas en avant, un nouveau 
point de départ pour aller encore au delà. Un pays peut être par- 
couru par une troupe année, mais il n'est conquis que par l'éta- 
blissement de forteresses. Les mots sont les forteresses delà Pensée. 
Ils nous permettent de rendre effective notre domination sur ce que 
nous avons déjà parcouru par la pensée... et de faire, de chaque 
conquête intellectuelle, une base d'opérations pour d'autres con- 
quêtes... Ainsi donc, bien que nous accordions que chaque mouve- 
ment en avant du langage doit être précédé d'un mouvement en 
avant de la pensée, toutefois, à moins que la pensée ne soit accom- 
pagnée à chaque point de son évolution par une évolution corres- 
pondante du langage, son développement ultérieur est arrêté. « Il 
avait dit, dans une page précédente : — « La conception, ainsi formée 
par abstraction de qualités semblables et dissemblables des objets, 
retomberait de nouveau dans la confusion et l'infini dont elle a été 
évoquée, si elle n'était rendue permanente pour la conscience, en 
étant fixée et ratifiée dans un signe verbal, w 

Tandis qu'il semble y avoir de bonnes raisons pour croire, avec 
Mansel, que les Notions Générales, ou Concepts, ne sauraient être 
formées sans l'aide de signes, il faut accepter avec une certaine 
réserve cette doctrine qui tend cependant à appuyer l'opinion de 
Sir William Hamilton. Les signes sont nécessaires ; mais, pour la 
formation de Notions Générales simples, les Images Visuelles peu- 
vent tenir lieu de Mots. 

J.-S. Mill dit à ce sujet : — « Les signes n'ont pas besoin d'être artificiels ; 
il existe des signes naturels. La seule réalité qu'il y ait dans le Concept est 
que, d'une manière ou d'une autre, non seulenaent une fois et accidentellement, 
mais dans le com-s ordinaire de nos pensées, nous sommes mis à même de 
prêter, et amenés à pi'êter, une attention spéciale et plus ou moins exclusive à 
certaines parties (dont nous avons conscience) de ce qui nous est présenté par 
les sens ou représenté par l'imagination. Maintenant qu'y a-t-il pour nous faire 
agir ainsi? Il doit y avoir quelque chose qui, aussi souvent qu'il se représente 
à nos sens ou à nos pensées, dirige notre attention vers ces éléments pai'ticu- 
liers de la perception ou de l'idée : et tout ce qui remplit cette fonction est vir- 
tuellement un signe; mais il n'y a pas besoin que ce soit un mot. Le pro- 
cessus a certainement lieu, à un degré limité, chez les animaux inférieurs, 
et même chez les êtres humains qui n'ont qu'un vocabulaire restreint ; de 
nombreux processus de pensée ont ordinairement lieu par d'autres symboles 
que des mots. C'est la doctrine d'un des penseurs les plus féconds des temps 
modernes, Auguste Comte, qu'outre la logique des signes, il y a une logique 

1. Lectures, vol. III, p. 138-140. 



SYMBOLES. 71 

d'images et une logique de sensations. Dans un grand nombre de processus 
familiers de la pensée, et surtout chez les esprits incultes, une image visuelle 
tient lieu d'un mot. Nos images visuelles,— peut-être seulement parce qu'elles 
se présentent presque toujours en môme temps que les impressions de nos 
autres sens, — ont une grande facilité à s'associer avec elles. Aussi l'appa- 
rence visuelle cai^actéristique d'un objet rassemble aisément autour d'elle, 
par association, les idées de toutes les autres particularités qui, dans de fré- 
quentes expériences, ont coexisté avec cette apparence ; et, en évoquant celles-ci, 
avec une force et une certitude qui surpassent de beaucoup celle des asso- 
ciations simplement occasionnelles qu'elle peut aussi excitei', elle concentre 
l'attention sur elles. C'est là une image qui sert de signe — la logique d'ima- 
ges. La même fonction peut être remplie par un sentiment. Tout sentiment 
puissant et hautement intéressant, lié à un seul attribut d'un groupe, classe 
spontanément tous les objets, suivant qu'ils possèdent ou ne possèdent pas cet 
attribut. Nous pouvons être assez certains que les choses capables de satis- 
faire la faim forment une classe parfaitement distincte dans l'esprit de tous 
les animaux les plus intelligents, aussi bien que s'ils étaient capables de se 
servir du mot nourriture, ou de le comprendre. » 

Ainsi donc, tandis qu'il semble que des Notions Générales sim- 
ples puissent se former autour de Sentiments, et être évoqués par 
eux, et conséquemment par les Images de ceux-ci (surtout par les 
Images Visuelles), il est également clair que les Mots sont des signes 
beaucoup plus puissants puisque, outre l'aide qu'ils apportent à la 
formation de Notions Générales, on peut encore se servir d'eux 
comme moyens de communiquer des Pensées, et par conséquent de 
les fortifier par des répétitions et des échanges mutuels, durant la 
vie journalière des unités d'une tribu, d'une race, ou d'une nation 
quelconque d'Êtres Humains. 

Comme le dit Thomson^ : «Le Langage, vêtement approprié de 
nos pensées, est toujours analytique; il ne donne pas un corps à une 
simple peinture de faits, mais fait voir le travail effectué par l'esprit 
sur les faits qui lui sont fournis, et l'ordre dans lequel il les envi- 
sage... La même langue devient plus analytique à mesure que la 
littérature et le raffinement s'accroissent. Cette propriété indique, 
ainsi que nous devions nous y attendre, des changements correspon- 
dants dans l'état de la pensée chez des nations différentes, ou chez la 
même nation à des époques diverses. Grâce à un accroissement de 
culture, on voit des distinctions plus subtiles entre les relations des 
objets, et l'on cherche pour les désigner des expressions correspon- 
dantes, à cause de l'ambiguïté et de la confusion qui résulteraient 
de la continuation de l'emploi du même mot, ou de la même forme 
de mots, pour exprimer deux choses ou deux faits différents... On 
peut à peine dire qu'une découverte est assurée, tant qu'elle n'a 

1. Laws of Thought, p. 28. 



72 INTELLIGENCE ANIMALE ET INTELLIGENCE HUMAINE. 

point été marquée par un nom qui servira à la rappeler à ceux qui 
se sont une fois rendus maîtres de sa nature, et à attirer l'attention 
de ceux à qui elle est encore étrangère. Des mots comme inertie, 
affinité, polarisation, gravitation, résument un si grand nombre de 
lois naturelles, et sont si heureusement choisis pour leur objet, que, 
sauf peut-être le troisième, chacun d'eux nous guide, par son étymo- 
logie, vers la nature de la loi qu'il est là pour indiquer... Les noms 
sont donc les moyens de fixer et de rappeler les résultats de séries 
de pensées qui, sans eux, devraient être fréquemment répétées, avec 
toute la peine du premier effort... A mesure que les distinctions 
entre les relations des objets deviennent plus nombreuses, plus 
compliquées et plus subtiles, le langage devient plus analytique, 
pour être capable de les exprimer ; et, inversement, ceux qui ont 
hérité en naissant d'un langage hautement analytique, doivent 
apprendre à penser jusqu'à lui, à observer et à distinguer toutes les 
relations d'objets pour lesquelles ils trouvent des expressions déjà 
formées; de sorte que nous avons un instructeur de nos facultés 
pensantes, dans cette parole que nous pouvons ne considérer que 
comme leur servante et leur ministre. » 

Dans un important passage sur la nature symbolique d'un greaid 
nombre de nos processus de cognition ou de pensée, Leibniz fut le 
premier à attirer l'attention sur une sorte de fusion ou d'identifica- 
tion de la Pensée ou du Mot, qui a lieu habituellement dans nos pro- 
cessus mentaux ordinaires. Des noms ou mots généraux et abstraits 
sont souvent, comme le dit Thomson ^, « pour les deux interlocuteurs, 
des Symboles dont aucun des deux ne s'arrête à scruter l'entière et 
exacte signification; pas plus qu'ils ne réfléchissent régulièrement, 
que chaque souverain qui passe dans leurs mains équivaut à 2/i0 pence. 
Des mots comme état, bonheur, liberté, création, sont trop compré- 
hensifs pour que nous puissions supposer que nous réalisons leur 
sens complet, chaque fois que nous les lisons ou que nous les 
prononçons. Si nous faisons attention au travail de notre propre 
esprit, nous verrons que chaque mot peut être employé à la place et 
dans le sens convenable, bien que fort peu, ou même aucun de ses 
attributs ne soient, au moment, présents à notre pensée. » 

Le processus de Conception par lequel on arrive à ces Notions 
Générales ou Abstraites, n'est possible que par un usage antérieur 
du Langage ; et l'action de marquer ces notions complexes par des 
Mots qui serviront plus tard de « symboles » équivalents à ces No- 
tions, est une véritable fusion des processus cérébraux de la Pensée 
et du Mot — le Mot est désormais la Pensée. 

Après ces brèves observations sur la croissance et les fonctions 

1. Laws ofTIiought, p. 36. 



UNION DU MOT ET DE LA PENSÉE. 73 

du Langage, et sur la manière dont il sert à aider le développement 
de l'Esprit, nous pouvons retourner aux vues de G. -H. Lewes sur 
la transition de rintelligence Animale à Plntelligence Humaine, et 
revenir sur le sujet de la puissante influence consécutive qu'exerce 
le Langage, lorsqu'il agit de concert avec les Influences Sociales 
en général, — c'est-à-dire les influences qui viennent à agir sur 
l'Homme, en tant qu'unité, dans une Organisation Sociale qui se 
développe graduellement. 

Il dit' : « Aucun philosophe ne nie aujourd'hui que les animaux 
aient des sensations, des appétits, des émotions, des instincts et de 
l'intelligence, — qu'ils montrent de la mémoire, de l'expectation, du 
jugement, de l'espoir, de la crainte, et de la joie, — qu'ils apprennent 
par expérience, et inventent, de nouvelles manières de satisfaire 
leurs désirs. Et cependant, l'abîme qui sépare l'Intelligence Animale 
de l'Intelligence Humaine est si vaste, que la Philosophie est cruelle- 
ment embarrassée pour mettre d'accord les faits indéniables... Des 
animaux ayant des organes intimement semblables à nos organes, et 
des sentiments intimement semblables à nos sentiments, ne possèdent 
cependant que peu ou même rien de l'ordre supérieur d'activité 
mentale; les Animaux sont intelligents, mais ils n'ont pas d'Intellect; 
ils ont de la Sympathie, mais pas de Morale; des Émotions, mais pas 
de Conscience...» Lorsqu'on dit que les Animaux, bien qu'intelligents, 
n'ont cependant pas d'Intellect, cela signifie qu'ils ont des percep- 
tions et des jugements, mais pas de conceptions, pas d'idées géné- 
rales, pas de symboles pour des opérations logiques^. Ils sont 
intelligents, car nous voyons leurs actions guidées par le Jugement; 
ils adaptent leurs actions au moyen de sensations qui les guident, et 
adaptent les choses à leurs fins. Leur mécanisme est sensitif et 
intelligent. Mais ils n'ont pas la Conception, ou ce que nous désignons 
spécialement sous le nom de Pensée ; c'est-à-dire cette fonction 
logique qui en use avec les généralités, les rapports et les symboles, 
comme le sentiment en use avec les particularités et les objets, une 
fonction servant à des fins sociales^ impersonnelles,, et soutenue par 
elles. Si l'on admet que l'Intelligence en général est le pouvoir de 
distinguer les moyens d'arriver à des buts déterminés, — la conduite 
de l'Organisme vers la satisfaction de ses impulsions, — nous parti- 
cularisons l'Intellect comme un mode hautement différencié de cette 
fonction, c'est-à-dire comme le pouvoir de distinguer les symboles. 

1. Problems of Life and Minci, vol. l", p. 152, 154 et 156. 

2. Il y a, comme on l'a déjà dit, des raisons de croire que les animaux 
peuvent poursuivre, à un degré limité, quelques processus mentaux de cette 
nature, non assurément en se servant de Mots-Symboles, mais au moyen 
d'Images Visuelles. 



74 INTELLIGENCE ANIMALE ET INTELLIGENCE HUMAINE. 

Celui-ci diffère du mode rudimentaire, dont il est pourtant sorti par 
évolution, comme le Commerce Européen diffère du Troc rudimen- 
taire des tribus primitives. Le commerce n'est possible que sous 
des conditions sociales complexes, dont il tire son origine ; et ses 
opérations s'exercent principalement au moyen de symboles qui 
tiennent lieu d'objets. La facture représente la cargaison; la signa- 
ture du marchand représente le payement. De même l'Intellect est 
impossible, tant que le développement animal n'a pas atteint l'état 
social humain ; et il est, à toutes les périodes, l'indice de ce dévelop- 
pement : ses opérations s'accomplissent également au moyen de 
symboles (Langage) qui représentent des objets réels, et peuvent, à un 
temps quelconque, se transformer en sentiments... entre les extrêmes 
de l'Intelligence humaine, — par exemple un Tasmanien et un 
Shakespeare; — il y a des gradations infinitésimales, qui nous per- 
mettent de suivre le développement de l'un à l'autre, sans introduc- 
tion d'aucun facteur essentiellement nouveau. Mais entre l'Intelli- 
gence animale et l'Intelligence humaine, il y a un abîme qui ne peut 
être franchi qu'à l'aide de quelque chose de nouveau, le Langage des 
symboles, à la fois cause et effet de Civilisation. » 

Le même auteur remarque encore ^ : «Un animal souffre d'un 
malheur physique, cherche à lui échapper, mais ne cherche jamais 
à comprendre et à modifier ses causes. Le sauvage aussi souffre, et 
cherche à échapper. Mais il s'étonne, spécule sur les causes, et 
espère les maîtriser par des invocations ou des incantations. 
L'Homme civilisé essaye de comprendre les causes, pour pouvoir les 
modifier lorsqu'elles sont susceptibles de l'être, ou sinon, s'y rési- 
gner. L'animal n'a que la Logique de Sentiment pour guider ses 
actions. Il observe et conclut, mais n'explique jamais. L'Homme a 
en outre la logique des Signes : il observe et explique la série visible 
par une série invisible. L'un n'a connaissance que de faits particu- 
liers, l'autre a connaissance de faits généraux. » 

Dans le progrès du Développement Intellectuel se montre une 
tendance toujours croissante à se servir de conceptions de plus en 
plus éloignées, et de processus mentaux indirects, qui détachent de 
plus en plus l'esprit de l'Observation Sensorielle. On peut, ainsi que 
le dit G.-H.Lewes^, en donner comme exemple les phases du calcul 
numérique. 

« L'homme commence par compter des choses en les groupant visiblement, 
Il apprend ensuite à compter simplement les nombres, en l'absence des choses, 
en se servant comme symboles de ses doigts et de ses orteils. 11 y substitue 

1. Problems of Life and Mind, p. 168, 169. 

2. Loc. cit., p. 171. 



DÉVELOPPEMENT INTELLECTUEL. 75 

ensuite des signes abstraits, et l'Arithmétique commence. De là, il passe à 
l'Algèbre, dont les termes ne sont pas seulement abstraits, mais généraux, et 
calcule maintenant des relations numériques, et non des nombres. Il passe de 
là au calcul supérieur des relations... En conséquence de ce développement 
de l'Intellect, — c'est-à-dire de la substitution des moyens indirects aux moyens 
directs, — l'homme acquiert son immense supériorité sur les animaux pour 
arriver au but final. C'est ainsi, et ainsi seulement, qu'il est mis à même de 
modifier le cours des événements; c'est ainsi que la faculté de Sentir devient 
Science, que les faits sont condensés en lois, et que la vision directe est mul- 
tipliée et agrandie par la prévision éloignée... 

« L'absurdité qu'il y a à supposer qu'un singe quelconque pourrait, dans 
n'importe quelles circonstances normales, construire une théorie scientifique, 
analyser un fait et les facteurs qui le composent, se former en lui-même une 
peinture de la vie menée par ses ancêtres, ou régler sa conduite, d'une manière- 
consciente, en vue du bien-être de ses descendants éloignés ; cette absurdité, 
disons-nous, est si flagrante, que nous ne saurions nous étonner que des esprits, 
profondément méditatifs, aient été amenés à rejeter avec mépris l'hypothèse 
qui cherche l'explication de l'Intelligence humaine dans les fonctions de l'or- 
ganisme corporel commun à l'homme et aux animaux, et à avoir recours à 
l'hypothèse d'un agent spirituel surajouté à l'organisme... 

« Mais, ajoute-t-ili, le sauvage n'est pas moins impuissant que l'animal 
à engendrer, ou même à comprendre, une conception philosophique. Le paysan 
ne se tirerait pas beaucoup mieux que le singe des problèmes de la science 
abstraite ; il serait également inutile de s'attendre à ce que l'un ou l'autre 
pèse les étoiles, ou comprenne les équations des courbes composées. Les con- 
ceptions morales du sauvage ne sont pas non plus de beaucoup au-dessus de 
celles de l'animal. Son langage est sans mots répondant à justice, péché, 
crime : il n'a pas les idées correspondantes. Il ne comprend pas beaucoup 
mieux que le chien ou le cheval la générosité, la pitié et l'amour. Son intel- 
ligence est principalement confinée aux perceptions et aux sentiments. Les 
buts vers lesquels il tend sont presque tous immédiats et pratiques, rarement 
éloignés, et théoriques jamais. Les plus intelligents habitants de la Guyane, 
bien que fort éloignés de l'état de sauvagerie primitive, ne pouvaient croire 
que Humboldt avait quitté son pays, et était venu dans le leur, « pour se 
faire dévorer par les moustiques, afin de mesurer une terre qui n'était pas à 
lui. » ... Tous les matériaux de l'Intellect sont des images et des symboles ; 
tous ses processus sont des opéi'ations sur des symboles et des images. Le 
Langage, — qui est entièrement un produit social pour un besoin social, — est 
le principal véhicule de l'opération symbolique, et le seul moyen par lequel 
s'effectue l'abstraction. Sans Langage, il ne peut y avoir ni méditation, ni théo- 
rie, ni Pensée, dans le sens spécial de ce terme. » 

Mais, comme nous l'avons déjà fait entrevoir, concuremment avec 
le développement de la Nature Intellectuelle de l'Homme, paraît, en 
réponse à d'autres aspects des mêmes conditions et des mêmes 
influences générales, ce que l'on appelle sa Nature Morale. 

1. Problems of Life Mind, p. 158, 167. 



76 INTELLIGENCE ANIMALE ET INTELLIGENCE HUMAINE. 

Comme le dit Lewesi : «Les fonctions individuelles de l'Homme 
sont en relations avec le Milieu Physique {Cosmos), et ses fonctions 
générales avec le Milieu Social. C'est de là que vient la Vie Morale. 
Toutes les Impulsions animales se confondent avec des Émotions 
humaines. Dans le processus d'évolution, en partant de l'appétit 
sexuel simplement animal, nous arrivons à la tendresse la plus pure 
et la plus étendue; et, de la propriété simplement animale de Sensibi- 
lité, aux plus nobles sommets de la Spéculation. Les Instincts Sociaux 
qui sont les analogues des Instincts individuels, tendent de plus 
en plus à faire dominer la Socialité sur l'Animalité, et à subordonner 
ainsi la Personnalité à THumanité... Ainsi l'Intellect humain sort de 
l'Intelligence animale, et développe une vaste création indépen- 
dante, qui a pour matériaux le Cosmos tout entier, et l'Humanité. 
Concurremment avec lui, l'Intelligence Morale développe son sys- 
tème. L'Intellect et la Conscience sont, tous deux, des produits des 
impulsions animales et des impulsions sociales, agissant et réagissant. 
Tandis que l'Intellect est principalement occupé des relations du 
Cosmos et de son Histoire, ayant pour but final de les faire servir 
à des besoins pratiques, la Conscience, ou Intelligence Morale, 
est principalement occupée des relations d'humanité, — besoins 
humains et actions humaines, — ayant pour but final de conformer 
notre conduite à ces relations, d'harmoniser nos impulsions avec les 
impulsions des autres; aidant ainsi les autres et nous contentant 
nous-mêmes. » 

1. Problems of Life and Mind, p. 159, 173. 



CHAPITRE XXIII 



STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN 

La structure interne du Cerveau Humain est si complexe, et en 
même temps si imparfaitement connue, qu'il est difficile d'en donner 
une description qui puisse être intelligible pour la majorité des 
lecteurs. La compréhension complète, même de son plan général, 
demandera toute l'attention dont ils pourront disposer. On exclura 
du présent chapitre une multitude de détails techniques, dont la 
signification est inconnue ou ne saurait être appréciée par quel- 
qu'un qui n'a point déjà fait une étude attentive du sujet. On trou- 
vera la discussion de ces détails dans des ouvrages plus techniques 
et purement anatomiques. 

En décrivant quelques-unes des formes plus élémentaires du 
Système Nerveux que l'on rencontre chez les Invertébrés, puis les 
principales variations externes du Cerveau, telles qu'elles se pré- 
sentent dans la série des Vertébrés, nous avons préparé le lecteur, 
peut-être le mieux possible, à aborder une étude du Cerveau de 
l'Homme, dans les limites où elle est compatible avec le plan de cet 
ouvrage. Le lecteur, en effet, a fait graduellement connaissance avec 
les représentants des différentes parties du Cerveau humain ; et la 
description de cet organe doit avoir été, par là, rendue à la fois plus 
simple et plus intéressante qu'elle ne l'eût été autrement. On ne 
rencontrera aucune partie absolument nouvelle; bien qu'il ne soit 
pas difficile de remarquer un grand nombre de différences, relati- 
vement au volume absolu, ou relatif, des divisions du Cerveau que le 
lecteur connaît déjà pour les avoir rencontrées chez les animaux. La 
possession d'une base de comparaison de cette nature ne saurait 
guère manquer d'ajouter encore un grand intérêt à l'étude du Cer- 
veau de l'Homme, et nous dispensera souvent de faire des descrip- 
tions prolongées. 

Ce que l'on dira dans ce chapitre sur la structure interne du Cerveau 
Humain peut être, pour plus de commodité, groupé sous les titres suivants : 
(1) Topographie interne du Cerveau Humain; (2) Distribution des Fibres cora- 



78 STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 

posant les Pédoncules cérébraux, avec un exposé {a) de leurs relations avec 
les Couches Optiques et les Corps Striés, et (b) de leurs relations (aussi bien 
que de celles des Fibres qui partent simplement de ces gros Ganglions, ou qui 
s'y rendent) avec différentes parties de l'Écorce des Hémisphères Cérébraux; 
(3) Anatomie microscopique des Circonvolutions Cérébrales ; (4) Relations des 
Commissures du Cerveau, comprenant (a) celles qui réunissent des régions 
similaires dans les deux Hémisphères, (b) celles qui réunissent différentes 
régions du même Hémisphère, et (r) celles qui mettent le Cervelet en relation 
avec les Hémisphères Cérébraux: (5) Structure générale du Cervelet, et ses 
relations avec les autres parties ; (6) Anatomie microscopique de l'Écorce du 
Cervelet ; (7) Connexions centrales des divers Nerfs Crâniens ; (8) Relations du 
Système Nerveux Viscéral avec le Cerveau. 



I. — TOPOGRAPHIE INTÉRIEURE DU CERVEAU HUMAIN. 

On a déjà indiqué (p. 207, vol. I", et p. 2 et 6 de ce vol.) la nature 
des Ventricules latéraux et des autres Ventricules, et les relations 




FiG. 151. — Ventricules Latéraux et leurs Cornes, avec les parties contiguës (d'après 
Sliarpey).Les parties supérieures des Hémisphères ont été enlevées. Le Trigone (c) est 
coupé et renversé pour montrer le vélum interpositum (toile choroîdienne) {d, d) et les 
grandes veines de Galien,qui ramènent le sang des parties centrales du Cerveau, les 
Corps Striés (b) compris; a, e, g, sont les trois cornes des Ventricules; f, Grand Hippo- 
campe (pour le montrer, la substance cérébrale a été entaillée davantage sur la gau- 
che); h, petit Hippocampe. 



d'eux tous, sauf le cinquième, avec le canal, originellement large, 
du Tube Nerveux Cérébro-Spinal primitif. 

Les Ventricules Latéraux, dans le Cerveau Humain, sain et bien 



TOPOGRAPHIE INTÉRIEURE. 



79 



développé, sont des cavités relativement étroites, principalement 
représentées par trois éperons ou cornes (fig. 151). L'arrangement 
des parties, à l'intérieur et autour de ces Ventricules Latéraux, est 
essentiellement semblable à. ce que l'on rencontre chez les Singes 
supérieurs, chez lesquels existent les cornes poster leur es, dont on a 
déjà beaucoup parlé, aussi bien que les petits renflements (petits 
hippocampes), situés sur leur côté interne, et qui correspondent 
extérieurement à la scissure calcarine. (Voy. p.236, vol. P"".) Les 
Tubercules Quadrijumeaux et les organes adjacents ne présentent 
pas non plus de particularités distinctes. 

Comme l'on ne rencontre pas, dans ces régions du Cerveau 
Humain, de structures nouvelles, il n'y a pas besoin de faire une 




Fig. 153. — Troisième et Quatrième Ventricules du Cerveau, découverts en enlevant la 
« toile choroïdienne » et en coupant une partie des Hémisphères Cérébraux et du Cer- 
velet (d'après Sharpey). a, Corps Strié ; 6, Couche Optîqu,e ; e, piliers antérieurs de la 
Voûte; d, commissure moyenne ou molle, traversant le troisième ventricule; e, Glande 
Pinéale ; f, f. Tubercules Quadrijumeaux; g, g. Pédoncules Cérébelleux supérieurs, avec 
(II) une partie de la valvule de Vieussens, s'étendant entre eux et formant le toit du 
quatrième ventricule (4). 



description spéciale de sa topographie intérieure. Il suffira d'étudier 
les figures 151-153 et leurs explications. Le lecteur fera bien de 
les étudier avec soin et de les comparer avec les figures des mêmes 
parties chez quelques-uns des animaux inférieurs (fig. 86, 87, 115). 
On trouvera, en outre, dans le paragraphe suivant, quelques 
détails sur la structure des Corps Striés et des Couches Optiques. 



80 STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 

II. — DISTRIBUTION DES FIBRES QUI COMPOSENT 
LES PÉDONCULES CÉRÉBRAUX. 

On a fait, pendant ces dernières années, des tentatives sérieuses 
pour démêler la course précise des différentes bandes de fibres qui 
passent de la Moelle Épinière au Cerveau, et vice versa. Si impor- 
tantes qu'elles soient, on ne s'arrêtera que fort peu ici sur les labo- 
rieuses investigations de Stilling, Lockhart Clarke, Meynert, et 
autres, sur la structure intime du Bulbe; car les détails qu'elles ont 
révélés sont infiniment trop complexes et techniques pour être 
exposés maintenant ; et aussi, parce que nous n'avons réellement 
besoin, pour le but que nous poursuivons actuellement, que d'exposer 
l'arrangement général des principales parties. 

La structure intime et le mode de distribution des fibres dans 
les parties supérieures du Cerveau est une étude d'une difficulté 
non moins considérable, et dont se sont surtout occupés, dans ces 
dernières années, Meynert, Luys et Broadbent. Sur nombre de 
points, ces observateurs sont loin d'être d'accord. Les vues de 
Meynert, sur ce sujet difficile, ont été dernièrement réarrangées 
et exposées plus clairement, ce dont elles avaient grand besoin, par 
le professeur Huguenin, de Zurich ; et la valeur de cet ouvrage est 
encore accrue, dans la traduction française, par l'incorporation de 
matériaux nouveaux, fournis par les éditeurs, MM. Duval et Keller^. 
Ce iraité récompensera l'étude attentive qu'en feront ceux que ne 
rebuteront pas ses détails techniques, et qui seront capables de les 
comprendre. U semble, toutefois, plus que douteux que Meynert 
ait raison daûs son point de vue général, quant à la représentation 
séparée de canaux sensitifs et moteurs pour les mouvements auto- 
matiques et les mouvements volontaires respectivement. Luys, outre 
l'occasion que lui a fournie son grand ouvrage systématique-, a 
encore établi ses vues dans un des volumes de cette série s. Si l'on 
fait, dans ce chapitre, peu d'allusions à ses vues, c'est en partie 
pour cela, en partie parce que les investigations de Broadbent ont, 
jusqu'ici, été plus spécialement dirigées sur quelques-uns des points 
que nous pouvons le plus avantageusement discuter ici ; et surtout, 
parce que les observations de ce dernier semblent avoir été conduites 
avec beaucoup de soin et avoir été interprétées d'un point de vue gé- 
néral correct. Aussi, bien que les investigations de Broadbent n'aient 

1. Anatomie des Centres Nerveux, par Huguenin. Paris, 1879. 

2. Sur le Système Nerveux Cérébro-Spinal, 1865. 

3. Le Cerveau et ses Fonctions, 1876. 



PÉDONCULES CÉRÉBRAUX. 



81 



encore été publiées qu'en abrégé \ ce sont elles que l'on citera de 
préférence dans ce paragraphe et le suivant. 

Un des faits les plus fondamentaux touchant les relations struc- 
turales des Hémisphères Cérébraux et de leurs Pédoncules, est que la 
moitié gauche du Cerveau est spécialement en connexion avec le 
côté droit du corps, et la moitié droite avec le côté gauche. Cet 
arrangement, qui existe non seulement chez l'Homme mais chez 
les Vertébrés en général (bien qu'à des degrés variables), est dû 
au fait que les fibres « centripètes » qui se rendent à chaque Hémi- 
sphère cérébral, viennent de la moitié opposée du corps, et que les 
fibres « centrifuges » se rendent aussi à cette même moitié. 

Pour parler en termes généraux, on peut dire que les fibres « cen- 




FiG. 153. — Coupe longitudinale verticale à travers l'Hémisphère Gauche, montrant lo 
Ventricule Latéral et ses trois Cornes (Sappey, d'après Hirschfeld). 1, 2, portions intra- 
et extra-ventriculaires du Corps Strié, séparées par (3) une couche de fibres blanches; 
4, jonction du corps du Ventricule avec sa corne antérieure ; 5, corjie postérieure : 6, 
petit Hippocampe ; 7, corne descendante ou moyenne ; 8, grand Hippocampe, couvert 
par (9) le plexus choroïde; 10, coupe du corps calleux; 11, commissure antérieure; 
15, scissure de Sylvius. 

tripètes» qui entrent dans la Moelle et le Bulbe, de chaque côté, dans 
toute leur longueur, passent bientôt, comme l'a montré Brown- 
Sequard, du côté opposé de ces centres; et qu'à partir de là, elles 
suivent une direction ascendante vers l^Hémisphère Cérébral du 
même côté, — bien qu'elles ne parviennent pas toutes jusque-là. De 
même, une partie importante au moins des fibres « centrifuges» ou 
motrices, c'est-à-dire celles qui font partie des Pyramides Anté- 
rieures, s'entrecroisent dans le Bulbe avec leurs homologues, de 
manière à se rendre à la Colonne Latérale du côté opposé de la 
Moelle. Ainsi, même en admettant que quelques-uns des Nerfs 



1. The Structure of the Cérébral Hémisphère. — Journal of Mental Science, 
1870; et aussi Tlie Construction, of a Nervous System. — British' Médical Jour- 
nal, mars et avril 1876. 

Charlton-Bastian. — II. 6 



82 



STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 



Moteurs Crâaiens s'entrecroisent plus haut dans la substance du 
« pont de Varole» (fig. 15/i),les endroits où se fait la décussation des 
conducteurs moteurs sont tous compris dans une aire fort réduite, 
si on les compare à ce qui a lieu pour les conducteurs sensitifs. 

Les fibres longitudinales de la Moelle 
sont en grande partie divisibles (si nous 
en excluons celles qui sont en relation 
spéciale avec le Cervelet) en trois caté- 
gories : 1° les fibres qui transmettent 
vers le Cerveau les courants centripètes; 
"1° les fibres qui transmettent les cou- 
rants cenrr//'«f^es; et 3" les fibres d'ordre 
commissuralj qui servent à relier des 
centres, ou groupes séparés de cellules, 
dans différentes parties de la Moelle 
elle-même ou dans la Moelle et le Bulbe. 
La Moelle étant en outre un organe 
symétrique bilatéralement, les groupes 
de cellules en question sont semblable- 
ment représentés dans chacune de ses 
moitiés (fig. 19), et les régions simi- 
laires, Motrices et Sensitives de ces 
deux moitiés de la Moelle et du Bulbe 
sont, dans une étendue considérable, 
mises en relation structurale les unes 
avec les autres, au moyen de nom- 
FiG. 154. — Diagramme montrant le breuses fibres commissumles trans- 

lieu et le mode de décussation des yerses 
Fibres Motrices dans le Bulbe et la 

Protubérance (Broadbent). B, B', Los doux premières series de fibres 
deux séries de noyaux du plexus longitudinales dout OU a parlé, passent 

brachial non reliées par descom- ^g chaque CÔté, OU COlonues Compactes, 
missures transversales ; O, G', deux r r 

séries de noyaux ocuio-moteurs à travers le Bulbo et cc prolongement 

dans la Protubérance, librement dU Bulbe qui est CrOisé par leS pédoïl- 
fibres motrices Tenant du Corps \arole). Au delà de Ce point, les dOUX 

Strié. séries de fibres d''un côté s'écartent 

de celles du côté opposé (fig. 156), 
de manière à former ce qui est connu sous le nom de Pédoncules 
cérébraux. On voit ces parties sur la face inférieure du Cerveau, 
surtout lorsque les sommets des Lobes Temporaux sont écartés 
ou enlevés (fig. 155, r c). Chaque Pédoncule disparaît bientôt dans 
l'Hémisphère Cérébral correspondant; et le reste de sa course, ou 
de celle des fibres qui le constituent, ne peut plus être découvert 
que par de minutieuses dissections. Il s'élargit rapidement en s'éten- 




PEDO.NCULES CÉRÉBRAUX. 



8$ 



dant en éventail {corona radiata], les bords de réventail étant diri- 
gés, comme le dit Broadbent, c en avant et en arrière, et les sur- 
faces en dedans et en dehors, mais inclinées en dehors, de manière 
que la surface externe regarde en bas et soit concave, et que la 
surface interne, convexe, regarde en haut ». 

En coupant transversalement un des Pédoncules en avant de la 
Protubérance, on voit quïl se compose de deux couches de fibres 
séparées par une bande noire grisâtre de tissu ganglionnaire connue 




Fie. 155. — OaToit, à droiie, un pian àe nbres simees au-dessous des circonTolntions su- 
perficielles, SUT la face inférieiue du Lobe Temporal, et formant le plancher de la Corne- 
Descendante. La Come a éié ouverte en avant; et l'on voit les fibres '$ x) qui vont du 
sommet du lobe an Corps Strie extra-ventricnlaire. Du coté ganche, la dissection a été- 
poussée pins loin, et la Bandelette Optiqne a été enlfivéej^r r. Pédoncule du Cerreau;. 
r e, Crusta; r t, fibres du Tegmentum (et fibres venant de la Couche Optique) contour- 
nant le bord antérieur de la Crusta ; / h, queue de la Couche Optique, contournant le 
bord postérieur de la Crusta, form.ant le t Col du Pédoncule i, et distribuait des fibres 
au bord Sylvien du Lobe Temporal ; t h et s x', fibres allant de la Couche Optiqne, 
et du Corps Strié extra-ventriculaire respectivement, à l'ertrémité Occipitale de l'Hé- 
misphère. Les fibres longitadirraies non indiquées par des lettres appartiennent prin— 
cioalemenî au svstème du Gvrus Uneinalus Broacbenii. 



sous le nom de locus niger ^. En regardant parla face inférieure, la 
couche la plus superficielle c'est-à-dire la couche inférieure et 
anièrieure, dans la position naturelle du Cerveau' est connue sous le 
nom de Crmta.et se compose de fibres blanches. Elle est sans doute 

1. Sa conlenr est due à l'abondance des granules pigmentaires contenus 

dans les erosses cellules nerveuses de cette région. 



8i STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 

constituée par la masse des fibres centrifuges qui se réunissent plus 
bas pour former les pyramides ultérieures du Bulbe, ainsi que par 
d'autres fibres qui se terminent dans des groupes de cellules motrices 
à l'intérieur de la Protubérance et du Bulbe. Mêlées à celles-ci se 
trouvent, suivant toute probabilité, des fibres qui suffisent à relier 




FiG. 156. — Ganglions centraux du Cerveau, avec le Cervelet et ses Pédoncules Supérieurs 
(Sappey, d'après Hirschfeld). 1, Tubercules Quadrijumeaux ; 2, Valvule de Vieussens; 
3, Pédoncules Cérébelleux supérieurs ; 4, partie supérieure des Pédoncules Cérébelleux 
moyens; 5, partie supérieure des Pédoncules Cérébraux; 6, sillon latéral de l'isthme; 
7, ruban de Reil; 8, cordon s'étendant du testis au corps genouillé interne; 9, colonne 
de la Valvule de Vieussens; 10, lamelle grise de la même; 11, fibres postérieures du 
faisceau triangulaire do l'isthme ; 12, fibres supérieures des Pédoncules Cérébelleux 
moyens; 13, centre blanc du Cervelet; 14, noyau gris rhomboïdal du Cervelet; 15, 
« commissure postérieure » du Cerveau; 16, pédoncules de la Glande Pinéale; 17, 
Glande Pinéale, renversée en avant pour laisser voir ces deux dernières parties; 18, 
tubercules postérieurs des Couches Optiques ; 19, tubercules antérieurs des mêmes; 
20, Ténia semicircularis ; 21, veines du Corps Strié; 23, piliers antérieurs delà Voûte, 
entre lesquels on voit la « commissure antérieure » ; 23, Corps Strié ; 24, Septum Luci- 
dum et « cinquième ventricule. » 



le Corps Strié avec le Cervelet, par l'intermédiaire de sq^ pédoncules 
'Moyens. La couche plus profonde (celle qui est située en dessus et 
en arrière dans la position naturelle du Cerveau) constituant ce que 



COUCHES OPTIQUES. 85 

Ton connaît sous le nom de Tegmenlum, n'est pas aussi blanche, et 
semble être principalement composée de fibres « centripètes » pro- 
venant de la Moelle et du Bulbe. 

« La Crusla et le TegmenLum, dit Broadbent, peuvent être 
séparés l'un de l'autre sur une certaine distance, lorsqu'ils s'éten- 
dent pour former l'expansion en éventail dont on a parlé; mais, 
avant qu'elles émergent des ganglions centraux, les fibres de l'une 
des couches pénètrent entre celles de l'autre, et elles se mêlent de 
façon à ne plus pouvoir être distinguées. 

a. Relation des Pédoncules Cérébraux avec les Ganglions Centraux: 
Couches Optiques et Corps Striés. — D'après l'anatomiste cité ci- 
dessus, « on peut dire que la Couche Optique et le Corps Strié 
sont placés à cheval, l'un sur le bord postérieur, l'autre sur le bord 
antérieur de l'éventail que forme le Pédoncule en s'étalant; et que 
chacun d'eux a une portion intra-ventriculaire et une portion 
extra-ventriculaire. La Couche Optique est de beaucoup le plus 
petit des deux ganglions, et l'on peut dire qu'elle est embrassée par 
le Corps Strié, qui est aussi placé sur un niveau un peu plus élevé. 
Il y a un remarquable contraste entre ces deux ganglions, soit sous 
le rapport de la structure, soit sous celui de leurs relations avec le 
Pédoncule cérébral, d'une part, et les circonvolutions de l'Hémi- 
sphère d'autre part. « 

La Couche Optique se compose d'un mélange de fibres et de 
substance grise, et a une couleur blanchâtre à la surface, — qui 
contraste avec la teinte plus grise du Corps Strié. 

La partie de beaucoup la plus considérable de la Couche 
Optique semble ^ se projeter dans le « ventricule latéral «; car « elle 
repose sur le tegmentum du pédoncule cérébral, d'où elle peut être 
soulevée d'arrière en avant et en haut; les fibres divergentes de cette 
partie du pédoncule paraissant se poursuivre en avant, en passant 
au-dessous du ganglion, sans se terminer à son intérieur». Mais, 
comme Broadbent le remarque plus loin : « il est possible qu'il 
existe, au moyen de prolongements cellulaires, une communication 
entre les fibres rayonnantes et le ganglion susjacent, qui les mette 
dans une relation équivalente à la terminaison directe de fibres et 
de cellules » . 

La portion de la Couche Optique qui semble réellement placée en 
dehors du ventricule consiste « seulement en un prolongement du 
corps du ganglion, qui contourne le bord postérieur du pédoncule et 
se replie en avant dans le toit de la corne descendante du ven- 
tricule latéral, en devenant pointue antérieurement. » 



1. Voyez vol. F"-, p. 208, 209 note; et aussi fig. 122. 



S6 STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 

Le Corps Strié est divisé en deux parties distinctes par les fibres 
rayonnantes du Pédoncule qui le traversent. « La portion intra- 
ventriculaire consiste en un dépôt ou lit de substance grise, molle, 
îion mêlée de fibres distinctes visibles à l'œil nu, plus épais et plus 
large en avant dans la corne antérieure du ventricule, — et se rétré- 
cissant en pointe en arrière. Il repose sur les fibres rayonnantes du 
tegmentum et de la couche optique, qui passent au-dessous de lui 
pour se rendre en avant, dans l'Hémisphère proprement dit. » Entre 
les faisceaux des fibres rayonnantes, cette portion antérieure et 
supérieure se continue avec la portion extra-ventriculaire, infé- 




FiG. 157. — Coupe transversale du Cerv^eau, immédiatement en arrière de l'infundibu- 
lum. S V, Corps Strié Intra-ventriculaire ; S X, Corps Strié Extra-ventriculaire ; T li, 
Couche Optique; r c, Crusta, et)- t, Tegmentum du Pédoncule Cérébral; R, expansion 
rayonnante de fibres blanches (coron a radiata) ; r c, r t et R, forment ensemble ce que 
l'on a appelé la capsule interne du Noyau Lenticulaire ; C X, capsule externe, com- 
prenant le Claustrum ; C, Corps Calleux ; F S, Scissure de Sylvius ; L M G, Circonvolu- 
tion Marginale Longitudinale; S M G, S M G', Circonvolution Marginale Sylvienne ; 

indique des lignes de dérivation de fibres du Corps Strié ; fibres 

de distribution de la Couche Optique (Broadbent). 



rieure et externe, du Corps Strié, qui est plus volumineuse que la 
partie déjà décrite, bien qu'elle soit, comme celle-ci, plus grosse en 
avant qu'en arrière. C'est une masse un peu pyriforme, de substance 
grise, molle, limitée en dessus et en dedans par les fibres rayonnantes 
du Pédoncule (capsule interne), et en dehors (fig. 157, C. x) par 
une couche mince de fibres {capsule externe), partant de son inté- 
rieur pour se distribuer aux diverses régions de l'Hémisphère; bien 
que formant, dans la première partie de leur trajet vers les circon- 
volutions (ainsi que quelques autres fibres du fasciculus uncinatus 
qu'on décrira ci-après), une paroi externe qui sert à séparer cette 



CORPS STRIÉS. 87 

portion inférieure du Corps Strié des circonvolutions immédia- 
tement adjacentes de 1' « insula de Reil », — dont la situation a été 
déjà déterminée. (Voir vol. I", page 23/i ; vol. II, p. 9 et ZiO.) 

b. Relaiions des fibres qui composent les Pédoncules Cérébraux, 
ainsi que des fibres partant des Gatiglions centraux, ou y arrivant, 
avec différentes Circonvolutions des Hémisphères Cérébraux. — Il 
est, d'après Broadbent, facile à, démontrer « que les fibres du pédon- 
cule passent en grand nombre, sans s'interrompre, à travers les Gan- 
glions Centraux, ou par eux, en se rendant aux Circonvolutions ». 
Et il ajoute : « Pour ce qui est des fibres du bord postérieur 
du Pédoncule, il ne saurait guère y avoir erreur; car elles n'entrent 
point du tout en relation avec la substance grise qui se trouve sur 
leur route ^. » 

D'autres fibres, provenant les unes du « tegmentum », les autres 
delà « crusta», semblent se terminer, ou prendre leur origine, dans la 
substance grise du Corps Strié, bien que Broabdent incline à croire 
qu' «aucune fibre de l'une ou de l'autre division ne se termine dans 
la Couche Optique ^ ». 

Il semble toutefois sortir de la Couche Optique, comme du Corps 
Strié, un grand nombre de fibres indépendantes qui servent à relier 
ces ganglions avec des Circonvolutions situées dans diverses parties 
des Hémisphères 3. Ces deux séries de fibres ne s'en vont pas sépa- 
rément à la substance grise des Circonvolutions ; mais elles sont, 
pour la plupart, inextricablement mêlées avec celles des fibres 
du Pédoncule (dont on a déjà parlé) qui passent sans s'interrompre 
à travers les Ganglions Centraux. En outre, en dehors de ces corps, 
ces trois séries de fibres se mêlent encore à celles de la grande com- 
missure transversale qui réunit les Hémisphères, — c'est-à-dire du 
Corps Calleux. 

Mais il faut décrire un peu plus longuement la course de 
ces trois séries de fibres — répondant au projection system de 
Meynért. — Leur mode de distribution est forcément de grande 

1. Quelques-unes de ces fibres qui passent simplement à travers les Gan- 
glions Centraux, ou par eux, peuvent, comme certains anatomistes le supposent, 
servir à relier l'Écorce Cérébrale avec le Cervelet, par l'intermédiaire des « pé- 
doncules moyens » de ce dernier. 

2. Ceci semble une proposition fort douteuse. Les relations anatomiques 
des Couches Optiques sont toutefois, jusqu'ici, aussi incertaines que leurs 
fonctions. 

3. Broadbent dit {Journal of Mental Science, Avril 1870, p. 9} : — « En 
comparant la surface de section des fibres que l'on voit ainsi sortir des Gan- 
glions Centr-aux avec la surface de section du Pédoncule lorsqu'il émerge de la 
Protubérance, on verra que les fibres ascendantes ont été grandement renfor- 
cées par des additions venant des Ganglions. » 



88 STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 

importance, si l'on veut avoir quelques notions cohérentes, même des 
modes les plus simples d'activité cérébrale. Le lecteur doit donc 
étudier avec soin les particularités signalées ci-dessous, en se 
reportant fréquemment aux figures où l'on peut voir la position 
relative des Circonvolutions auxquelles il est fait allusion. Voici, en 
substance, la description donnée par Broadbent ^ : 

Les fibres du Pédoncule, de la Couche Optique et du Corps Strié courent 
toujours plus ou moins de compagnie vers les mêmes parties. Pour plus de 
brièveté, on peut-les désigner sous le nom de fibres radiantes. 

(Mais, partout où vont les fibres radiantes vont aussi les fibres du Corps 
Calleux, — bien que pas nécessairement dans la même proportion. Ainsi il 
arrive que les Circonvolutions où des fibres « radiantes » commencent ou 
viennent se terminer, sont aussi associées d'une manière bilatérale parle Corps 
Calleux, et rendues ainsi aptes à une activité associée). 

Ces fibres a radiantes » et « calleuses » ne se distribuent pas également à 
toutes les Circonvolutions. Un grand nombre de celles-ci ne reçoivent pas une 
seule fibre du Pédoncule, de- la Couche Optique, du Corps Strié, ou du Corps 
Calleux, et ne communiquent qu'indirectement avec les ganglions centraux ou la 
grande commissure, au moyen de fibres en anses qui leur viennent de Circon- 
volutions directement reliées à des fibres radiantes ou calleuses. 

Ce qu'a sommairement établi Broadbent ^, sur la distribution 
exacte des fibres radiantes et calleuses et sur les Circonvolutions 
où elles ne se rendent pas, contient, comme on le verra, des parti- 
cularités importantes. 

« Les circonvolutions où se rendent les fibres radiantes et calleuses sont 
principalement celles qui sont situées le long des bords de l'Hémisphère : le 
bord de la grande fente longitudinale, d'une part, et de l'autre les bords supé- 
rieur et inférieur de la scissure de Sylvius, qui se continuent par les circon- 
volutions frontale inférieure, en avant, et occipitale inférieure en arrière, 
jusqu'aux extrémités frontale et occipitale de l'Hémisphère, qui en sont abon- 
damment pourvues; enfin le bord libre formé par le grand Hippocampe. Il 
faut ajouter à celles-ci les circonvolutions ascendantes de chaque côté du sillon 
de Rolando (circonvolutions ascendantes frontale et pariétale, ou ascendantes 
pariétales antérieure et postérieure), et peut-être la seconde circonvolution 
frontale. Les fibres calleuses se rendent en plus grande abondance au bord de 
la fente longitudinale, et les fibres radiantes au bord Sylvien de l'hémi- 
sphère. » 

Au contraire, les Circonvolutions qui ne reçoivent pas de fibres radiantes 
ni calleuses sont « toutes celles de la surface interne plate de l'hémisphère, 
celles de la face inférieure du lobe temporo-sphénoïdal et du lobule orbitaire, 
les circonvolutions de l'insula de Reil, et celles situées sur la convexité des 
lobes pariétal et occipital, loin des bords, jusqu'à la circonvolution ascendante 

L Brit. Med. Journal, avril 8, 1876, p. 433. 
2. Ibid., p. 433. 



DISTRIBUTION DES FIBRES RADIANTES ET CALLEUSES. 89 

située en arrière du sillon de Rolando». Broadbent ajoute : « Il peut sembler 
moins étrange qu'il y ait des circonvolutions sans fibres centrales ou calleuses, 
si l'on réfléchit que 7iulle part ces fibres ne se rendent à la substance grise 
des sillons, mais seulement aux crêtes des circonvolutions ; de sorte que la 
partie de beaucoup la plus grande de la région corticale n'en reçoit pas. » 

Le même investigateur dit aussi : « L'affirmation que les fibres du 
Pédoncule, de la Couche Optique, du Corps Strié et du Corps Calleux 
vont toujours ensemble aux mêmes circonvolutions semblera peut- 
être aller au delà de ce que Ton pourrait démontrer, si l'on consi- 
dère qu'elles sont mêlées de façon à ne pouvoir être suivies isolé- 
ment; et ce n'est pas tout à fait là ce qu'on aurait pu attendre. » En 
certains points toutefois, comme le signale Broadbent, on reconnaît 
aisément que les fibres sont fournies suivant un mode triple, sinon 
quadruple ; et, comme exemple, il cite les faits suivants ^ : 

Les fibres qui se rendent au sommet du Lobe Occipital en venant de trois 
de ces sources, c'est-à-dire Corps Strié, Couche Optique et Corps Calleux, for- 
ment des masses distinctes à leur point de départ, et ne se mêlent les unes 
avec les autres que près de leur terminaison dans les Circonvolutions. 

Il existe une communication également indépendante avec certaines Circon- 
volutions, situées de manière que, pour les atteindre, les fibi'es provenant de 
l'une ou de l'autre des trois sources en question sont obligées de suivre une 
direction extraordinaire. Ainsi les Circonvolutions de l'extrémité antérieure et 
du bord supérieur du Lobe Temporal sont reliées directement avec (1) le Corps 
Strié adjacent, par des fibres qui croisent la scissure de Sylvius ; (2) les tibres 
de la Couche Optique, qui se rendent aux mêmes circonvolutions, sont émises 
par la partie de ce ganglion qui se recourbe dans le toit de la corne descen- 
dante du ventricule, d'où ces fibres afférentes se dispersent de manière à at- 
teindre les circonvolutions des régions spécifiées ; tandis que (3) les fibres 
« commissurales » allant à ces mêmes parties sont principalement représentées 
par celles de la Commissure Antérieure, — qui, au point de vue fonctionnel, 
doit être regardée comme une portion détachée de la grande commissure 
transversale ou Corps Calleux. Les fibres « commissurales » sont toutefois aussi 
représentées par certaines fibres antérieures du Corps Calleux lui-même, qui, 
près de l'espace perforé antérieur, croisent pour se rendre au sommet du Lobe 
Temporal. 

Plus extraordinaire encore est la direction séparée que prennent celles des 
fibres des trois séries en question qui entrent en relation avec le Grand Hippo- 
campe. Cette partie, dit Broadbent, « est en communication avecle Corps Strié, 
à son extrémité uncinée ; avec son homologue de l'autre hémisphèi'e par la 
partie réfléchie du splénium du corps calleux, que j'ai appelée la commissure 
des Hippocampes ^ ; mais sa situation sur le côté externe de la grande fente 
transversale du cerveau semble le séparer de la Couche Optique. La connexion 

1. Brit. Med. Journal, avril 8, 1876, p. 433. 

2. Correspondant aux fibres psaltériales dont on a déjà parlé, p. 2H,212, 
vol. I". 



90 



STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 



s'effectue toutefois par les fibres de la Voûte qui, ainsi qu'on le sait bien, 
partent de la Couche Optique, décrivent un huit de chiffre dans les tubercules 
mamillaires, suivent alors la direction en haut puis en arrière qu'affecte ce 
•corps (le Trigone), et se rendent à l'Hippocampe dans le ténia. » 

III. — ANATOMIE MICROSCOPIQUE DES CIRCONVOLUTIONS 
CÉRÉBRALES. 

On a déjà établi que les Circonvolutions diffèrent beaucoup, pour 
•ce qui regarde leurs relations entre elles, avec les Ganglions Cen- 
traux et avec les fibres du Pédoncule. 

Cependant, toutes les Circonvolutions présentent certains carac- 




FiG. 158. — Coupe transversale de la partie antérieure du Lobe Fronta gauche, mon- 
trant la forme des Circonvolutions et l'épaisseur relative de la Substance Grise. 
a, troisième Circonvolution frontale, dont on voit une coupe grossie dans la figure 
suivante. 



tères communs. Lorsqu'on mène une coupe à travers l'une quel- 
conque d'entre elles, dans une direction transversale à son grand 
axe, on voit une branche ou projection de substance blanche conti- 
nue avec la «substance blanche» de l'Hémisphère. En dehors de cette 
substance blanche, existe une couche superficielle de Substance 
Grise, aj'ant une épaisseur moyenne d'environ sept millimètres, qui se 
continue sur toute la surface externe de l'Hémisphère, — puisqu'elle 



COUCHE GRISE DES CIRCONVOLUTIONS. 91 

revêt les «scissures » aussi bien que les Circonvolutions (fig. 158). 

Cette couche de Substance Grise corticale a une épaisseur plus 
grande sur les circonvolutions frontales et pariétales que sur 
les occipitales. En outre, sa pesanteur spécifique varie en ces divers 
points, étant souvent plus élevée dans la région occipitale que dans 
la frontale (1032 : 1028);— tandis que, sur les circonvolutions parié- 
tales, la densité est plus ou moins intermédiaire. 

Dans la substance grise du Lobe Occipital, surtout celle des Cir- 
convolutions de sa face inférieure et interne, une lamination dis- 
tincte est généralement fort apparente, soit à l'œil nu, soit à l'aide 
d'une simple lentille. Ces circonvolutions furent examinées et 
décrites d'abord par Lockliart Clarke, en 1863 ^. 

Il observa la divergence de faisceaux de fibres, en manière 
d'éventail, à partir de l'axe central de substance blanche, et leur 
passage entre de longs groupes verticaux de cellules nerveuses 
situés dans les couches grises profondes (fig. 159). Quelques-unes 
des fibres, croyait-il, se continuaient avec les prolongements des 
cellules; tandis que d'autres se repliaient et suivaient une direction 
horizontale (soit dans le sens transversal, soit dans le sens longitudi- 
nal). Les faisceaux de fibres se réduisent ainsi de volume, et enmême 
temps, leurs fibres composantes deviennent plus fines à mesure qu'elles 
approchent de la surface, — par suite apparemment des branches 
qu'elles envoient sur leur trajet à des cellules nerveuses contiguës. 
Lorsqu'elles arrivent à la troisième couche à partir de la surface, 
elles sont « réduites aux dimensions les plus fines, et forment un 
réseau serré en connexion avec les noyaux et les cellules ». Les 
deux couches qui sont au-dessus de celle-ci sont de couleur plus 
pâle et composées, pour la plus grande partie, d'un réticulum extrê- 
mement délicat de fibres (probablement fort semblables à la 
« névroglie »); et celles qui composent la couche la plus externe sont 
en continuité directe avec la membrane mince et très-vasculaire 
(pie-mère) qui recouvre toute la surface du Cerveau et plonge dans 
ses scissures. 

Les fibres de l'axe central blanc lui-même sont croisées, trans- 
versalement et obliquement, par un nombre variable d'autres fibres, 
généralement fort nombreuses près de sa base où, d'après Lockhart 
Clarke, elles se croisent dans toutes les directions. Celles-ci, pense-t-il, 
consistent, pour la plupart, en fibres commissurales, comme on les 
décrira plus loin. 

D'autres investigateurs ont, depuis, examiné la structure de la 
Substance Grise dans diverses Circonvolutions situées en différentes 
parties de l'Hémisphère. Bien qu'il existe des différences de détail, 

1. Proceed. of Royal Society, vol. XII, p. 716. 



92 STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 








FiG. 159. — Coupe à travers un des Replis de la Troisième Circonvolution Frontale de 
l'Homme (gross. 65 diam.). (Ferrier, d'après Meynert). 1, couche de petits corpus- 
cules épars, appartenant principalement à la névroglie; 2, couche de petites cellules 
pyramidales rapprochées; 3, couche de grosses cellules pyramidales ; 4, couche de 
petits corpuscules irréguliers et rapprochés (cette lame est, dans quelques régions, 
occupée par des cellules géantes); 5, couche de corpuscules fusiformes; m, lame 
blanche ou médullaire. 

FiG. 160. — Grosse Cellule Pyramidale avec ses prolongements, provenant de la qua- 
trième couche de Substance Grise Corticale — celltde géante (Charcot). a, corps de la 
Cellule, s'amincissant en un prolongement pyramidal ramifié; b, son prolongement 
basilaire qui entre en relation avec (c) les fibres blanches de la Circonvolution (forte- 
ment grossi). 



HISTOLOGIE DE LA SUBSTANCE GRISE. 93 

il y a toutefois une grande uniformité dans le type de structure. Sur 
un grand nombre de Circonvolutions des Lobes Frontaux et Pariétaux, 
Meynert décrit la Substance Grise comme divisible, non pas tant par 
la vue ordinaire que par les caractères microscopiques de ses 
parties constituantes, en cinq couches ou lames. Il donne une figure 
de l'arrangement des éléments constituant ces couches, comme on 
le voit dans une coupe menée à travers la «troisième circonvolution 
frontale » (fig. 159). Tout récemment, en outre, Bevan Lewis et 
II. Clarke ont décrit un arrangement fort semblable des éléments 
nerveux dans la circonvolution ascendante frontale et d'autres cir- 
convolutions adjacentes. Leur mémoire est accompagné d'excel- 
lentes figures 1. 

Ils donnent la description suivante des cinq couches de la frontale ascen- 
dante, — en commençant par les plus superficielles. La première est une couche 
délicate, friable, ne contenant pas de véritables éléments nerveux. Elle est 
formée du réseau ordinaire de névroglie, avec une gangue finement granulaire, 
dans laquelle sont répandus en grand nombre de petits noyaux et des cellules 
branchues de tissu connectif. La seconde couche a à peu près la même épais- 
seur que la première : à l'œil nu, elle parait comme une bande gris rougeâtre, 
nettement séparée de la couche pâle située au-dessous d'elle. A l'examen mi- 
croscopique, on voit qu'elle consiste en « une série de petites cellules pyrami- 
dales et ovales, intimement rapprochées, et dont les prolongements apicaux 
sont arrangés suivant la direction des rayons de courbure de la surface de 
récorce. D'autres prolongements nombreux partent des angles basilaires de la 
cellule, et rayonnent en dehors et en bas, en se distribuant dans une aire éten- 
due.» Chacune de ces cellules contient un gros noyau de forme ronde ou pyrami- 
dale. La TROISIÈME couche est à peu près trois fois aussi large que la seconde, et 
contient des éléments nerveux précisément de même nature, sauf qu'ils sont 
plus gros et moins serrés. Les cellules semblent s'accroître uniformément de 
volume de haut en bas ; et, dans la partie inférieure de cette couche, elles sont 
deux ou trois fois plus grosses que celles de la seconde couche. Il faut toute- 
fois remarquer qu'il existe quelques cellules plus petites, dispersées parmi les 
grosses. La quatrième couche ne diftere point radicalement de la troisième. 
Elle n'a qu'environ un tiers de son épaisseur, et diffère en outre par le grand 
accroissement de taille de ses cellules, — qui sont du reste d'un type similaire. 
En conséquence de leur vojume considérablement supérieur, ces cellules 
paraissent plus intimement agglomérées. Elles sont, en moyenne, trois fois plus 
longues et plus larges que celles de la troisième couche. Dispersées entre elles, 
se voient en grand nombre de petites cellules angulaires ; et, dans certaines por- 
tions de cette circonvolution frontale, les petites cellules représentent seules 
la quatrième couche, — les grosses cellules qu'on vient de décrire, ou « cellules 
géantes », faisant absolument défaut en ces points-là. La cinquième couche est 
de nouveau beaucoup plus épaisse que la quatrième. Elle contient des cellules 
irrégulièrement fusiformes, d'un volume plus petit et assez uniforme, souvent 

1. Proceed. of Royal Society, 1878, p. 38. 



1)4 STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 

arrangées en colonnes irrégulières, grâce à l'interposition des faisceaux défibres 
médullaires qui montent de la substance blanche sous-jacente. 

Des observations encore plus récentes i ont montré: (1) que dans beau- 
coup d'autres portions des Hémisphères Cérébraux, la région corticale a plutôt 
six que cinq lames, — la couche additionnelle étant alors produite par l'inter- 
position, entre les troisième et quatrième couches, d'une autre lame contenant 
de petites « cellules pyramidales et anguleuses » ; (2) que le type cortical à 
cinq lames est surtout distinct dans les parties des circonvolutions frontales 
et pariétales qui constituent les aires excitables, ou motrices, de Ferrier (voyez 
page 191), bien que, dans la partie de beaucoup la plus considérable des 
Hémisphères, les circonvolutions aient le type six; (3) que dans les régions à 
cinq lames les cellules géantes de la quatrième lame sont généralement arran- 
gées en groupes, dus à ce que ces corps existent en agrégats irréguliers 
{nids de Retz) -, la principale exception étant dans le fait qu'au fond des scis- 
sures (là où la couche grise a aussi moins d'épaisseur qu'au sommet et sur 
les côtés des Circonvolutions), même dans ces régions, ces grosses cellules sont 
disposées régulièrement, mais isolément, de sorte que, sur des coupes verticales, 
elles paraissent être en séries linéaires; (4) que, dans les espaces beaucoup plus 
étendus où la région corticale est à sixlames, outre l'existence de la couche sup- 
plémentaire sus-mentionnée de petits éléments nerveux pyramidaux et anguleux, 
on trouve un autre caractère distinctif dans le fait que les grosses cellules 
ont, dans toutes les parties des circonvolutions, cet arrangement en lame ou 
solitaire qui, dans les aires motrices, n'existe qu'au fond des sillons ^ ; (5) que 
des régions ou circonvolutions de transition existent, là où l'arrangement à six 
lames semble faire place à l'arrangement à cinq ; et que des transitions préci- 
sément semblables se voient, même dans les régions à cinq lames, en passant 
du fond des « sillons » aux côtés des Circonvolutions. 

Bien qu'ils diffèrent si grandement de volume, les éléments nerveux 
proprement dits des seconde, troisième et quatrième couches sont 
de forme essentiellement semblable; et il n'y a, en réalité, aucune 
bonne raison de séparer ces couches les unes des autres. Cela peut 
être justifiable comme simple artifice pour faciliter la description, 
mais ne le serait point si l'on regardait cette division comme indi- 
quant une différence dénature entre ces éléments pyramidaux, bien 
qu'ils diffèrent si fortement de volume dans les divers endroits. Parler 
des plus grosses de ces cellules seulement (c'est-à-dire de celles de 

1. Voyez : Revan Lewis, On the Comparative Structure of the Cortex Cere- 
hri. Proceed. of Royal Society, juin 1879, p. 234. 

2. Le fait que ces deux couches (la 4« et la 5° des parties à 6 lames) sont, 
comme le signale Revan Lewis, toujours développées en proportion inverse; 
et le fait que, là où la première est nominalement absente (c'est-à-dii^e dans les 
parties à cinq lames), il existe toujours de petites cellules anguleuses, mêlées 
aux cellules géantes, rendent possible que nous ayons là les deux couches 
réunies en une seule, grâce au développement extrême de quelques-uns des 
éléments nerveux existant d'ailleurs comme petites cellules pyramidales. 



SUBSTANCE GRISE DE L'HIPPOCAMPE. 



9& 




la quatrième couche) comme de cellules ganglion7iaires_, et appeler 
cette lame en particulier la couche ganglionnaire^ implique une 
idée erronée. Même les plus grosses des cellules groupées ne diffè- 
rent que par le degré des cellules de même forme qu'on trouve dans 
la couche au-dessus, et aussi dans la couche même, en ces points de 
l'écorce qui ne contiennent pas ces cellules 
en nids ou groupes. 

La conclusion la plus rationnelle à tirer de 
ces faits, pour ceux qui adoptent les vues de 
Ferrier, serait de dire que toutes les circonvo- 
lutions contiennent des « cellules motrices», 
— et cela, même dans plus d'une couche — à 
moins que le simple fait du «groupement» en 
nids d'un certain nombre de cellules, en cer- 
taines situations, ne doive être considéré 
comme une indication que ces cellules ont 
assumé des « fonctions motrices », et doivent 
pour cela être désignées sous le nom de gayi- 
glionnaires. Toutefois, l'une ou l'autre de ces 
assertions ne paraîtrait point sans doute au 
lecteur non prévenu être basée sur rien qui 
ressemble à des considérations raisonnables. 

Il est digne de remarque que dans la couche 
grise repliée du Grand Hippocampe, la struc- 
ture de la substance corticale est, comme le 
remarque Meynert', extrêmement simplifiée ; 
puisque les éléments nerveux de cette région 
sont représentés par une seule couche de cel- 
lules pyramidales, qui ne diffèrent aussi que 
par leur volume des « cellules géantes » des 
Circonvolutions pariétales ou frontales. 

Il n'y a en réalité, dans l'opinion de l'au- 
teur, aucune raison valable pour supposer, 
comme beaucoup le font, que ces cellules 
géantes diffèrent en rien, par leur nature, des 
autres cellules, de volume de plus en plus 

petit, avec lesquelles elles sont mêlées, ou qui existent seules dans 
la couche correspondante, sur un si grand nombre de Circonvolu- 
tions Cérébrales. 



FiG. 161. — Coupe de la 
Couche Repliée de l'Hip- 
pocampe(ou Corne 
d'Ammon). A, fibres 
blanches qui, grâce à 
l'absence des couches à 
fuseaux et à petites cel- 
lules, s'attachent ici im- 
médiatement aux cellu- 
les pyramidales C, équi- 
valentes à la moitié 
interne de la troisième 
couche de l'écorce à 
cinq lames ; r, stratum 
radiatum,conesponda.nt 
à la moitié externe de 
la troisième couche ; m^ 
l, équivalents de la pre- 
mière et de la seconde 
couche. 



On trouve, dans les Circonvolutions des Singes, des éléments cellulaires de 
même nature que ceux des Circonvolutions de l'Homme, et semblablement 
arrangés. 



1. Stricker. Hmnan and Comparative Histology, vol. Il, p. 395. 



96 STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 

Chez les animaux inférieurs, la plus grande partie de l'Écorce est également 
à six lames; mais, dans certaines régions spéciales et limitées (bien que varia- 
bles) dans chaque espèce, il existe une Écorce à cinq lames. Ces lames, d'après 
Bevan Lewis, sont aussi, à un très haut degré, identiques par leur composition ; 
bien que la première (qui est surtout une couche de tissu connectif) ait géné- 
ralement une épaisseur relativement plus grande chez le Mouton, le Porc et 
autres animaux inférieurs que chez l'Homme. Il dit : u C'est dans le caractère 
essentiel de chacune des cellules de ces couches, dans la parenté qui relie ces 
unités anatomiques les unes aux autres, et dans leur répartition générale, que 
nous découvrons une divergence du type normal des Mammifères supérieurs.» 

Chez l'Homme, le Singe, le Chat et l'Oncelot, les cellules géantes sont 
renflées et plus arrondies (grâce à ce qu'elles émettent un plus grand nombre 
de prolongements) que chez des animaux comme le Mouton et le Porc. Chez 
ces derniers, ces cellules sont plus simplement pyi-amidales, et sont réunies 
entre elles par un plus petit nombre de prolongements. Ces cellules sont en 
outre dispersées sur une vaste étendue. Mais, chez le Chat et autres Carni- 
vores, l'aire dans laquelle on trouve les cellules géantes est fort restreinte, — 
beaucoup plus que chez l'Homme et les Quadrumanes. 

En outre, d'après Bevan Lewis, un genre particulier de cellules « sphé- 
riques » avec un petit nombre de processus unissants se trouve, au milieu des 
autres éléments, dans la seconde et la troisième couche du Porc et du Mouton, 
et aussi chez les Singes, — bien que des éléments de cette nature n'aient été 
rencontrés, chez l'Homme, que dans le cerveau d'Idiots et d'Imbéciles. 



IV. — Principales commissures du cerveau. 

Le système unissant ou, comme l'appelle Meynert, le système 
d'association des fibres cérébrales, appartient à trois catégories 
principales ; chacune d'elles va être brièvement décrite. Ces fibres 
sont de grande importance, et si nombreuses que, dit Broadbent ^, 
« les fibres radiantes doivent être en faible proportion, relativement 
aux fibres qui se rendent d'un point à un autre de la surface ». 

a. Commissures miissant des parties similaires dans les deux 
Hémisphères. — On désigne généralement celles-ci sous le nom de 
Commissures transversales. Elles comprennent le Corps Calleux et 
la Commissure Antérieure, ainsi que les Commissures Moyenne et 
Postérieure. On a déjà, en citant les descriptions de Broadbent, 
désigné une partie d'entre elles sous le nom de fibres calleuses. 

Le Corps Calleux est de beaucoup la plus grosse et la plus im- 
portante de toutes les commissures. En écartant les deux Hémi- 
sphères Cérébraux, on peut l'apercevoir comme une large bande de 
fibres s'étendant de l'un à l'autre. Son diamètre antéro-postérieur 
est de plus de trois pouces, tandis qu'il s'étend latéralement dans 
la substance des deux Hémisphères, où il forme le toit des ventri- 



\. Journ. of Mental Science, avril 1870, p. 9. 



CORPS CALLEUX. 



97 



cules latéraux. Sur une coupe, on voit qu'il est épaissi à cliaque 
extrémité, (fig. 162, 27, ss. ) 

Les anciens anatomistes avaient, sur le mode de distribution des 
fibres du Corps Calleux, des opinions diverses qu'il n'est point 
nécessaire de discuter à présent; bien que l'on puisse mentionner 
que Foville pensait que ses fibres servaient à mettre le Pédoncule 
d'un Hémisphère en relation avec celui de l'autre ; et que, d'après Gra- 




FiG. 162. —Coupe antéro-postérieure du Cerveau, montrant la face interne de THémi- 
sphère Cérébral gauche. 1, Bulbe Rachidien; 2, Protubérance Annulaire; 3, Pédon- 
cule cérébral; 4, Cervelet; 5, Arbre de vie; 6, Valvule Vieussens; 7, Quatrième 
Ventricule; 8 Aqueduc de Sylvius; 9, Tubercules Quadrijumeaux; 10, Glande Pinéale ; 
11, Frein delà Glande Pinéale; 12, Couche Optique; 13, Commissure Grise; 14, Com- 
missure Blanche Antérieure; 15, Commissure Blanche Postérieure; 16, Tubercule 
Mamillaire ; 17 , Tuber Cinereum , Infundibulum, et Corps Pituitaire ; 18, Espace 
Perforé interpédonculaire ; 19, Nerf Optique; 20, Nerf Moteur Oculaire Commun; 
21, Nerf Olfactif; 23, Trou de Monro ; 23, Voûte à trois Piliers; 24, Septum Lucidum; 
25, Corps Calleux; 26, Circonvolution de l'Ourlet; a7, Circonvolutions Antérieures de 
la Face Interne ; 28, Groupe Quadrilatère des Circonvolutions de la Face Interne ; 
29, Circonvolution Postérieure de la Face Interne. 



tiolet, ces fibres suffisaient à mettre le Pédoncule d'un côté en relation 
avec l'Hémisphère du côté opposé. Les investigations de Meynert, ainsi 
que celles de Broadbent, les ont toutefois conduits à penser que la 
première de ces opinions est tout à fait erronée, et que la seconde, si 
elle est vraie, ne l'est du moins que très partiellement; puisque les 
fibres du Corps Calleux servent principalement à unir les Circonvo- 
lutions similaires dans les deux Hémisphères K Ces fibres ne se 

1. Journ. of Ment. Science, avril 1870, p. 18. 

Charlton-Bastian. — II. 7 



98 STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAI.N. 

distribuent point toutefois partout de même, mais à quelques-unes 
seulement des Circonvolutions. Et, comme on l'a déjà établi, celles 
qui sont ainsi mises en relations dans les deux Hémisphères, 
sont précisément celles où se rendent aussi les <i fibres radiantes » 



FiG. 163. — Coupe horizontale menée à travers le Crâne et les deux Hémisphères, juste 
au-dessus du niveau du Corps Calleux, et montrant le centrum ovale de Vieussens 
(Sappey, d'après Vicq d'Azyr). 1, 1, sillon médian de la face supérieure du Corps 
Calleux; 2, 2, faisceaux longitudinaux de cette face (nerfs de Lancisi) ; 3, faisceaux 
transverses de son corps principal ; 3', section de la substance médullaire au niveau 
du bord du Corps Calleux ; 4, 4, couche grise des Circonvolutions, formant un feston 
irrégulier autour du centre ovale de Vieussens ; 5, partie antérieure de la grande 
fente longitudinale du Cerveau; 6, partie postérieure de cette fente longitudinale; 
7, 7, coupe des parois du Crâne. 

des Pédoncules. On a déjà donné plus haut les noms de ces Circon- 
volutions (p. 90). 

La Commissure Antérieure est une bande distincte de fibres 
blanches, qui traverse la partie antérieure du « troisième ventricule » , 
et pénètre de chaque côté dans la substance du Corps Strié (fig. 
16/i, g), Ce n'est point toutefois, comme il le semblerait, une Com- 
missure unissant ces deux corps. Une dissection soigneuse suffit à 
montrer que ces fibres traversent simplement le Corps Strié de 
chaque côté (où elles sont placées dans un sillon ou canal distinct); 
qu'elles émergent de la surface inférieure et externe de ces corps, 
et qu'elles vont de là se distribuer aux circonvolutions formant le 



COMMISSURES ANTÉRIEURE ET MOYENNE. 99 

sommet et la surface interne ou inférieure du Lobe Temporal. C'est, 
comme le dit Broadbent et comme d'autres anatomistes l'avaient 
déjà reconnu, une sorte de Corps Calleux accessoire, reliant les 
parties des deux Lobes Temporaux, qui ne pourraient autrement 
être mises en relations entre elles. 

Chez quelques-uns des animaux inférieurs qui ont de gros Lobes 




FiG. 164. — Coupe horizontale du Cer-veau à un niveau inférieur, montrant le Troisième 
Ventricule et ses Commissures, et les relations de chacun des Corps Striés avec l'Insula 
de Reil correspondante (Sappey). 1, Trigoiie, rejeté en arrière avec la Toile Choroï- 
dienne pour montrer le Troisième Ventricule; 2, Veines de Galien ; 3, extrémité anté- 
rieure de la Glande Pinéale;4, ses pédoncules supérieurs; 5, Commissure Cérébrale 
Postérieure ; 6, Commissure Antérieure ; 7, coupe des piliers antérieurs du Tri"-one • 
8, Troisième Ventricule, ou V. moyen ; 9, Commissure Grise, ou Moyenne ; 10, Corps 
Strié, dont on a coupé les couches supérieures et externes; 11, Couche Optique- 
12, Tcenia Semi-circularis ; 13, 14, 15, coupe des Circonvolutions de l'Insula de Reil; 
16, coupe du noyau intra-ventriculaire du Corps Strié; 17, coupe de la Substance 
Blanche de l'Hémisphère, au point oii elle est comprise entre l'Insula de Reil ot la 
partie supérieure du Corps Strié. 

et « tractus » Olfactifs, ceux-ci sont directement reliés l'un à l'autre 
au moyen de fibres faisant partie de cette Commissure Antérieure. 

La Commissure Moyenne est un pont de substance grise molle 
qui traverse le « troisième ventricule », d'une Couche Optique à 
l'autre (fig. iQk, 9; et 157 th.),ei peut en conséquence servir à mettre 
certaines parties de ces corps en relation fonctionnelle. 

La Commissure Postérieure est une petite bande blanche qui 
s'étend en travers de la paroi postérieure et supérieure du « troi- 



100 STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 

sième ventricule » (fig. 16Zi, s), et se recourbe en bas à travers la 
Couche Optique de chaque côté, de façon à se terminer dans la 
substance ganglionnaire du Tegmentum. 

L'existence de ces connexions commissurales entre les Couches 
Optiques est particulièrement digne de remarque, lorsque nous 
voyons les deux Corps Striés n'être réunis par des Commissures 
d'aucune sorte. Il est toutefois important de remarquer que les 
divers centres en relation avec les impressions cetitripèles doivent 
être en relation fonctionnelle les uns avec les autres; tandis qu'il 
n'y a pas un besoin semblable de Commissures entre les gros gan- 
glions moteurs supérieurs, — puisque chaque Corps Strié, trans- 
met et règle seulement les incitations motrices qui proviennent de 
son propre Hémisphère. 

b. Commissures réunisscmt des parties dissimilaires dans le même 
Hémisphère. — La plus connue de celles-ci, et de beaucoup, est le 
Trigone Cérébral. On en parle généralement comme d'une commis- 
sure longitudinale, mais le terme peut tromper, bien que ses fibres 
affectent pour la plupart une direction longitudinale. Elles servent 
à mettre en relation la face interne de la Couche Optique et le 
-Grand Hippocampe du même Hémisphère, — ces parties étant situées 
à peu près dans le même plan vertical transversal. 

On a déjà indiqué le trajet et les usages fonctionnels de ces 
fibres (p. 211, vol. P-^). 

Deux groupes accessoires de fibres entrent en relation avec les piliers 
•antérieurs du Trigone : (1) une bande étroite de fibres (de chaque côté) connue 
sous le nom àQtœnia semi-circularis, qui, après s'être séparée du «pilier anté- 
rieur » du même côté, passe en arrière dans le sillon situé entre le Corps Strié 
et la Couche Optique, et disparaît dans la substance de cette dernière, après 
avoir tourné vers le toit de la corne descendante! ; et (2) les pédoncules de la 
Crlande Pinéale, qui se dirigent en avant le long des Couches Optiques, sur les 
limites supérieures du « troisième ventricule », en diminuant graduellement 
de volume, et finissant en apparence par s'entremêler avec les « piliers anté- 
rieurs » de la Voûte, près de l'extrémité antérieure de chaque Couche Optique -. 

Il existe, de chaque côté, un grand nombre d'autres groupes de 
« fibres commissurales», dont l'office est aussi de mettre en relation 
entre elles différentes Circonvolutions, plus ou moins distantes,, du 

1. Elle semblerait donc contenir des fibres servant à unir entre elles deux 
il'iortions distantes de la même Couche Optique. 

2. Comme ces « Pédoncules » de la Glande pinéale se continuent entre eux 
postérieurement, ils peuvent former une sorte de « commissure transversale » 
ipour les régions de chaque Couche Optique d'où partent les « piliers anté- 
rieurs » de la Voûte. 



TRIGONE CÉRÉBRAL. 101 

même Hémisphère. Quelques-unes des principales de ces Com- 
missures sont dirigées dans le sens longitudinal et disposées de la 
manière suivante ^ : 

1. Un grand système axial longitudinal traverse les pointions supérieures- 
des Hémisphères. II contient des fibres allant des Lobes Occipital et Temporal 
au sommet du Lobe Frontal, recevant ou donnant des fibres le long- de ce trajet 
à un grand nombre de circonvolutions sus-jacentes. 

2. Le système longitudinal du faisceau unciné est un faisceau de fibres- 
situées à un niveau inférieur au premier sj'stème, bien qu'elles réunissent les 
mêmes divisions principales de l'Hémisphère. La portion moyenne du faisceau 
formant une bande dont il prend le nom, peut se voir sur la face latérale de- 
l'Hémisphère, croisant le fond de la scissure de Sylvius, en passant du Lobe 
Frontal au Lobe Temporal. En avant, ces fibres passent sous le Corps Strié, d'où 
quelques-unes se rendent à la troisième circonvolution frontale ; d'autres 
s'étalent sous les circonvolutions orbitaires, pour atteindre l'extrémité anté- 
rieure du Corps Calleux et les circonvolutions du bord adjacent de la région- 
orbitaire : bien que la grande majorité des fibres se poursuive au-dessous des 
circonvolutions orbitaires, pour se terminer le long du bord antérieur de 
l'Hémisphère. En arrière, les fibres du faisceau unciné se rendent au sommet 
du Lobe Occipital et aux circonvolutions situées le long du bord inférieur et 
externe des Hémisphères; tandis qu'un groupe considérable d'entre elles se 
rend aussi au sommet du Lobe Temporal. 

3. D'autres fibres longitudinales inférieures et plus superficielles partent du 
sommet du Lobe Temporal et se dirigent en arrière, en divergeant, dans le 
plancher de la « corne descendante » et dans celui de la corne postérieure, où 
elles se mêlent avec des fibres du Corps Calleux. 

4. Les Circonvolutions de la surface interne plate de l'Hémisphère, et surtout 
celles du Corps Calleux {gijrus fornicatus), contiennent des fibres longitudinales. 
On dit que ces dernières partent de 1' « espace pei'foré antérieur », en avant 
(Corps Strié), se dirigent en arrière au-dessus du Corps Calleux, contournent 
son extrémité postérieure, et delà reviennent, d'après Foville, jusqu'au sommet 
du Lobe Temporal. 

5. Certaines fibres longitudinales {nerfs de Lancisi) sont situées sur la face 
supérieure du Corps Calleux en deux séries, une de chaque côté (fig. 163). On 
dit aussi qu'en avant, elles entrent en relation avec l'espace perforé antérieur, 
tandis qu'en ai'rière leur destination est douteuse. D'après Foville, elles se 
joignent aux « piliers postérieurs » de la Voûte 2. 

D'autres séries de « fibres commissurales » n'ont pas une direction 

1. Voy. Journ. of Mental Science, avril 1870, p. 10-16. 

2. Ces deux dernières séries de fibres peuvent donc peut-être passer, par urb 
chemin détourné, de régions sensitives situées dans le Lobe Temporal au Corps 
Strié correspondant. D'autres régions de ce Lobe semblent reliées avec le même 
corps d'une manière beaucoup plus directe : c'est-à-dire par des fibres croisant 
la scissure de Sylvius (voy. p. 91). 



102 STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 

aussi distinctement longitudinale, et servent, en outre, à mettre 
en relation les unes avec les autres des Circonvolutions plus immé- 
diatement adjacentes. 

Nous n'avons encore qu'une connaissance fort imparfaite de ces 
nombreux faisceaux de fibres, mais il serait presque impossible ici 
d'essayer d'exposer tout ce dont on s'est assuré à leur sujet. On 
peut citer toutefois quelques exemples de celles de ces connexions 
qui sont les plus marquées, pour donner quelque idée de l'étendue 
des relations mutuelles qui existent entre des Circonvolutions con- 
tiguës. 

Broadbent dit i : « La seconde ou grande circonvolution ascendante parié- 
tale est en relations compliquées avec les circonvolutions adjacentes, situées 
en arrière d'elle, et reçoit de grosses bandes de fibres de la partie postérieure 
de l'hémisphère, par l'intermédiaire du système axial longitudinal; elle est 
aussi en connexion étendue avec la circonvolution pariétale antérieure, et 
envoie en avant, profondément, des fibres aux trois circonvolutions frontales. 
La seconde fi'ontale, outre qu'elle reçoit des fibres du système axial et des 
circonvolutions pariétales, est reliée avec la première et la troisième frontales, 
entre lesquelles elle est située, par un grand nombre de lames larges, qui ne 
plongent pas simplement d'une manière transversale au-dessous des sillons, 
mais courent tortueusement en avant ou en arrière, leurs enlacements étant 
trop compliqués pour qu'on puisse les figurer ou les décrire. En outre, des 
fibres croisent transversalement au-dessous de la seconde circonvolution 
frontale, de la première à la troisième. » 

Les circonvolutions du Lobe Temporal sont fort distinctement reliées à 
d'autres des Lobes Occipital et Pariétal; et Broadbent ajoute 2 : « il est digne de 
mention qu'entre les circonvolutions infra-marginale Sylvienne et parallèle, sé- 
parées par la profonde scissure parallèle, existe la connexion commissurale la plus 
étendue que l'on ti-ouve entre des circonvolutions adjacentes, dans le cerveau 
tout entier. » Des expériences physiologiques récentes donnent, comme nous le 
verrons dans le chapitre suivant, une grande importance à cette observation. 

La masse des fibres partant des circonvolutions rayonnantes de 1' « insula de 
Reil » forme une couche épaisse qui est en relation avec les circonvolutions 
avec lesquelles se continuent ses bords antérieur et supérieur : c'est-à-dire 
celles du bord postérieur du lobule orbitaire, la troisième frontale et la parié- 
tale ascendante. Le trajet de ces fibres est très compliqué. Des fibres passent 
aussi entre les circonvolutions de l'insula de Reil et la partie supérieure de 
l'Hémisphère, tandis que quelques-unes partent du centre de l'insula, ou s'éten- 
dent entre lui et l'extrémité surplombante du Lobe Temporal. On n'a pas encore 
reconnu de fibres réunissant ces circonvolutions avec le Corps Strié ou la 
Couche Optique, bien qu'elles soient situées immédiatement en dehors de ce 
premier corps, et puissent par conséquent recevoir quelques filaments de son 
noyau gris extra-ventriculaire. 

1. Joiirn. of Mental Science, avril 1870, p. 11. 

2. Loc. cit., p. 15. 



CONNEXIONS DES CIRCONVOLUTIONS ENTRE ELLES. lO.J 

D'après ce qui a été dit sur la distribution des fibres du Corps Cal- 
leux, des divers faisceaux longitudinaux de « fibres commissurales » 
et de celles qui s'étendent, dans diverses directions, entre des cir- 
convolutions plus ou moins contiguës, le lecteur n'aura pas de 
peine à croire, ce qui pour de nombreuses raisons semble probable, 
que, dans la substance blanche des Hémisphères, dont la masse est 
si considérable, les fibres venant des Pédoncules ou des Ganglions 
Centraux, et allant à la surface ou en revenant, doivent, comme 
le signale Broadbent, être en faible proportion relativement aux 
fibres qui vont d'une partie de la surface à une autre, soit dans 
le même Hémisphère , soit d'un Hémisphère à l'autre, — ou, pour 
employer la phraséologie de Meynert, que les fibres du système de 
projeciion sont, prises ensemble, en petit nombre, relativement à 
celles du système d'associatio?i. 

c. Cominissures mettant le Cervelet en relation avec le Cerveau. 
— Celles-ci correspondent à ce que l'on connaît sous le nom de Pé- 
doncules Cérébelleux Supérieurs, bien qu'il soit possible que les 
Pédoncules Moyens dussent aussi être compris dans cette catégorie. 
On parlera, dans la section suivante, de la distribution de ces par- 
ties. Les Pédoncules Inférieurs, bien qu'ils passent à travers une 
portion du Bulbe, servent surtout à mettre en relation le Cervelet et 
la Moelle. 

V. — STRUCTURE GÉNÉRALE DU CERVELET, ET SES RELATIONS 
AVEC d'autres PARTIES. 

Le Cervelet, ou « Petit Cerveau », est, contrairement au Cerveau, un 
organe solide dont les deux moitiés sont continues. Si l'on mène 
une coupe horizontale à travers le milieu du Cervelet, on verra à 
l'intérieur, de chaque côté, un noyau, plissé en bourse, de Substance 
Grise, dont l'extrémité ouverte est tournée en avant et en dedans 
(fig. 156, 14 ). 

Les différents Lobes dont se compose le Cervelet ont été déjà 
signalés, ainsi que la manière dont ils sont subdivisés. Mais l'éten- 
due et le mode de subdivision de la surface seront mieux compris à 
l'aide des fig. 156, 162, 165. Ces figures montrent la nature ramifiée des 
segments périphériques du Cervelet, et le volume relativement grand 
de sa substance grise superficielle, lorsqu'on la compare à la masse 
de « substance blanche » qui est entourée de toutes parts par elle, 
sauf dans la direction des pédoncules. 

Les Pédoncules de l'organe, dont il existe trois paires, sont les 
parties qui servent à le relier avec les autres divisions de l'Encé- 
phale et avec la Moelle Épinière. 

Les Pédoncules Supérieurs du Cervelet sont des bandes épaisses 



104 



STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 



de fibres, qui partent de son bord antérieur, en convergeant lé- 
gèrement vers la paire postérieure des « tubercules quadrijumeaux », 
sous laquelle ils passent. En ce point, il y a décussation ; et les 
fibres de chaque faisceau se rendent alors à un gros noyau de 
substance ganglionnaire, situé dans la portion supérieure, ou sensi- 
tive, du Pédoncule Cérébral, et désigné d'ordinaire sous le nom de 
Noyau rouge. A partir de là, le cours de ces fibres, ou de celles 
qui sont en relation avec elles, demeure incertain; mais on croit 
communément aujourd'hui qu'elles passent sous l'extrémité posté- 




Fia. 165. — Pédoncules Supérieurs du Cervelet, Quatrième Ventricule, et parties contiguës 
(Sappey, d'après Hirschfeld). 1, 1, sillon médian sur le plancher du quatrième ventri- 
cule; 2, fibres blanches par lesquelles se termine le nerf auditif ; 3, Pédoncule Céré- 
belleux Inférieur; 4, colonne médiane postérieure; 5, Pédoncule Cérébelleux Supérieur, 
croisant l'Inférieur sur son côté interne; 6, 7, face supérieure et postérieure du 
Pédoncule Cérébral ; 8, Tubercules Quadrijumeaux. 



rieure de la Couche Optique, et vont de là aux diverses régions de 
rÉcorce Cérébrale, — bien qu'on ne les ait pas, en réalité, suivies au 
delà de diverses parties de la « couronne rayonnante ». 

On ne sait donc rien sur les Circonvolutions avec lesquelles le 
Cervelet est mis en relation particulière au moyen de ces fibres 
des Pédoncules Cérébelleux Supérieurs. On pense toutefois que, du 
côté du Cervelet, ces fibres sont en partie en relation immédiate 
avec les portions inférieures des Lobes Moyens (fig. 165); tandis 
que d'autres, de chaque côté, sont en communication avec le 
noyau gris en forme de bourse (fig. 156), ou y pénètrent, avant de 
se rendre aux diverses portions de l'Écorce du Cervelet. 



PÉDONCULES DU CERVELET. 105 

Entre ces Pédoncules Supérieurs convergents se trouve une 
lame mince de substance nerveuse, connue sous le nom de « valvule 
de Vieussens », et qui unit le Lobe Moyen du Cervelet aux Tuber- 
cules Quadrijumeaux. Cette partie est proportionnellement plus 
développée chez les Vertébrés inférieurs, comme les Poissons, et 
sert à mettre leurs gros « lobes optiques » en relation de structure 
avec la seule portion du Cervelet dont ils soient pourvus, c'est-à- 
dire le Lobe Moyen. Cette lame forme le toit de la moitié supé- 
rieure ou antérieure du « quatrième ventricule » (fig. 152), ainsi que 
de la première partie du passage qui réunit cette cavité au « troi- 
sième ventricule ». 

Les Pédoncules Inférieurs, ou « Corps restiformes », comme on les 
appelle aussi, unissent le Cervelet avec le Bulbe et la Moelle (fig. 105). 
A l'intérieur du Cervelet, les fibres de ces Pédoncules n'entrent 
pas, dit-on, en relation avec les noyaux gris centraux, en forme de 
bourse, mais se rendent immédiatement aux différentes régions de 
la substance grise corticale. 

La portion interne de chaque Pédoncule Inférieur semble être 
composée des prolongements centripètes du Nerf Auditif, dont on 
peut suivre les fibres depuis son propre noyau externe jusqu'au 
noyau du toit de Stilling, du même côté et du côté opposé. 
Mais, d'après ce que dit Meynert, la portion externe du Pédoncule 
est dérivée de la colonne postérieure opposée de la Moelle, de la 
manière suivante. Les fibres de la colonne médiane postérieure 
[funiculus ciinealus et gracilis] entrent ou viennent en relation 
avec les cellules ganglionnaires du corps olivaire correspondant. 
De là, elles croisent la ligne médiane du Bulbe, en arrière des py- 
ramides a?itérieures, pour contourner l'Olive opposée, avant d'é- 
merger, sous forme de fibres arciformes^ de la région postérieure et 
latérale du Bulbe. Elles se jettent de là dans le Pédoncule Inférieur, 
et remontent en en faisant partie. Ainsi, les fibres de chaque « co- 
lonne postérieure » s'enfoncent au-dessous de la surface de la Moelle, 
et, après avoir passé à travers VOlive correspondante, croisé la 
ligne médiane du Bulbe et contourné l'Olive opposée, elles émergent 
comme parties constituantes du corps restiformCj ou Pédoncule Cé- 
rébelleux Inférieur. Cet arrangement ne doit point être regardé 
comme absolument hors de doute : il est en effet nié par Luys. 

Les Pédoncides Moyens forment ensemble la Protubérance ou 
Pont de Varole. Les fibres de chacun d'eux (fig. 166) émergent de 
différentes parties de la substance corticale du « lobe latéral » corres- 
pondant du Cervelet; et, tandis que quelques-unes de ces fibres sont, 
à ce que l'on croit, de nature « commissurale », et croisent simple- 
ment d'un lobe latéral à l'autre, il y a décussation sur la ligne 
médiane de la majorité des fibres des deux Pédoncules Moyens. 



106 



STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 



Par le moyen de ces Pédoncules, chaque moitié du Cervelet est 
mise en relation avec les fibres motrices descendant du Corps Strié 
opposé (dans le Pédoncule Cérébral correspondant), ou bien avec 
quelques-unes des cellules du Corps Strié lui-même, grâce à ce 
que quelques fibres des Pédoncules Cérébelleux se recourbent en 
haut, à partir de la « protubérance », pour se terminer dans ces gan- 
glions, — exactement comme d'autres, suivant un trajet semblable, 




Fia. 166. — Pédoncules Cérébelleux Moyens et Protubérance, avec parties adjacentes 
(Sappey, d'après Hirschfeld). 1, Commissare Optique; 2, TuberCinereum et Tige Pitui- 
taire; 3, Tubercules Mamillaires ; 4, espace inter-pédonculaire ; 5, Pédoncule Cérébral; 
6, 6, sillon médian de la Protubérance, avec une légère proéminence (7) de chaque 
côté; 8, origine du trijumeau; 9, fibres transversales supérieures de la Protubérance 
10, 10, ses fibres médianes ; 11, 11, ses fibres inférieures, s'enfonçant sous les autres 

12, 12, Pédoncules Cérébelleux Moyens, formés par l'union de ces trois séries de fibres 
le pédoncule gauche est coupé près de son origine, le droit est en partie disséqué 

13, Moelle; 14, sillon médian du Bulbe; 15, 15, décussation des Pyramides (16) 
17, Olive; 18, fibres Arciformes. 



traversent, à ce que l'on suppose, ces ganglions pour se rendre 
aux Circonvolutions Cérébrales. 

Tout ce que Ton sait positivement, c'est que chaque « lobe latéral » 
du Cervelet est principalement en relations par son Pédoncule 
Moyen avec le tractus moteur de l'Hémisphère Cérébral opposé. Et 
ce fait est par lui-même de quelque importance, puisque, au milieu 
de tous les doutes que nous conservons sur le Cervelet, il semble- 
rait impliquer que la masse des fibres de ces Pédoncules est « cen- 
trifuge » ou motrice, — conclusion d'accord avec d'autres preuves. 



HISTOLOGIE DU CERVELET. 107 

Qu'il y ait toutefois des points de jonction avec des fibres motrices 
cérébrales du côté opposé dans la « protubérance » elle-même, ou 
dans son voisinage, comme le pense Luys; ou que des fibres cérébel- 
leuses de cette nature remontent réellement jusqu'aux cellules des 
Corps Striés, — ou même au delà, jusqu'à certaines parties de 
rÉcorce des Hémisphères Cérébraux, — ce sont là des détails qui 
ne sauraient être décidés à présent. 

8. — STRUCTURE INTIME DE LA SUBSTANCE GRISE 
DU CERVELET. 

La Substance Grise corticale est en apparence uniforme sur 
tous les innombrables plis de la surface du Cervelet. A l'œil nu, 
elle est divisible en deux couches (fig. 167) : une extérieure, gris clair; 
et une interne, plus mince, rouge grisâtre. En dedans de la couche 
grise de chaque repli se trouve un axe de substance blanche. 

Dans la partie la plus profonde de la couche externe se trouve 
un simple rang de grosses cellules ganglionnaires de 0™™,027, à 
O'"°^,033 de diamètre, dont les grands prolongements branchus se 
réunissent dans toute cette couche, en devenant plus minces à me- 
sure qu'ils approchent de la surface ffig. 167, bb). Les ramifications 
ultimes de ces prolongements nerveux s'unisssent avec une sorte 
de tissu connectif pour former une gangue fibreuse fort délicate, où 
sont dispersés un certain nombre de petits corpuscules. Ceux-ci 
sont de simples corps nucléiformes, ou de petites cellules anguleuses; 
et, de même que pour les corpuscules similaires de la substance 
grise du Cerveau, il est impossible de dire ceux que l'on doit regar- 
der comme appartenant au tissu connectif et ceux qui ont droit 
au titre d'éléments nerveux. Beaucoup d'entre eux, comme s'en est 
assuré W.-H.-O. Sankey, sont en continuité directe avec les rami- 
fications des cellules ganglionnaires. Courant le long de la partie 
interne de cette couche, en croisant la direction des grosses 
branches des cellules ganglionnaires, se voit un certain nombre de 
fibres nerveuses fines. 

Les grosses cellules ganglionnaires empiètent sur la face ex- 
terne de la couche suivante, qui porte le nom de couche granu- 
leuse. Là, sont massées des multitudes de corpuscules de 0"™,007 à 
0™™,010 de diamètre, fort semblables à ceux qui sont épars, en moins 
grand nombre, dans la couche externe. Le prolongement interne de 
chacune des grosses cellules ganglionnaires est, dit-on, unique et 
non divisé ;mais, comme il est trèsfin,on le perd bientôt de vue dans 
la « couche granuleuse », dense, dans laquelle il s'enfonce. Le mode de 
connexion de l'axe central de fibres blanches avec la couche granu- 
leuse et les éléments situés en dehors d'elle, est, pour le moment, 



108 



STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 



fort incertain. Des granules^ ou corpuscules de même nature, sont 
aussi, quoique en moins grand nombre, disséminés dans cette sub- 
stance blanclie. 

Il semble tout à fait probable que quelques-unes des fibres de 








FiG, 167. — Substance Grise du Cervelet. Coupe, grossie à environ 400 diamètres (Sharpey, 
d'après Sankey). a, pie-mère du Cervelet; b, b, couche externe grise; c, grosses 
cellules ganglionnaires; d, couche interne, rouge grisâtre^ ou couche granuleuse; 
e, axe de fibres blanches. 



chaque axe de substance blanche sont ajférenles; et que les autres 
conduisent des impressions ou impulsions efférenles. Les premières 
fibres peuvent se diviser dans la « couche granuleuse », de manière à 



CONNEXIONS DES NERFS CRANIENS. 109 

entrer en relation avec deux ou plusieurs cellules ganglionnaires ; et 
les stimidi centrifuges peuvent partir de ces groupes de cellules, 
passer dans la couche externe par leurs branches ramifiées, et de 
là, par des radicules contiguës de fibres « efférentes » qui se réunis- 
sent entre elles à mesure qu'elles vont, passer à travers la « couche 
granuleuse », et sortir par l'axe de substance blanche. 

Ce dernier arrangement est hypothétique, mais il semble à l'auteur 
être le mieux en accord avec la structure réelle de la substance grise 
du Cervelet. 

7. — Connexions centrales des Pédoncules olfactifs 

ET OPTIQUES, AINSI QUE d'AUïRES NERFS CRANIENS. 

Les Pédoncules, ou « bandelettes » Olfactives, et les Pédoncules, ou 
«bandelettes » Optiques, sont généralement regardés comme quelque 
chose de différent des nerfs ordinaires. On les considère comme 
des excroissances spéciales, ou prolongements du Cerveau. Une dis- 
tinction de ce genre est sans doute légitime pour ce qui regarde 
beaucoup d'animaux inférieurs. Il en est ainsi, par exemple, chez 
les Poissons, aussi bien que chez quelques Reptiles et Mammifères, 
chez lesquels les Centres Olfactifs sont extrêmement bien développés ; 
et chez les Insectes et les Céphalopodes, où les yeux et les Centres 
Optiques sont fort gros. Mais, chez l'Homme, où ni le sens de la 
Vue ni celui de l'Odorat ne sont développés d'une manière aussi 
extraordinaire, et chez lequel les Centres primaires correspondants 
sont relativement petits, toute distinction de ce genre est moins 
évidente. Chez lui, en réalité, il n'y a aucune bonne raison pour 
la maintenir pour les bandelettes optiques j, puisque ces par- 
ties diffèrent peu en apparence des nerfs ordinaires. Une distinction 
de cette nature est toutefois mieux justifiée pour les bandelettes 
olfactives; puisque, même chez l'Homme, c'est en dehors du Cer- 
veau que sont situés les Ganglions Olfactifs, d'où partent des Nerfs 
Olfactifs très petits, qui descendent dans le nez. 

Il faut exposer brièvement le trajet et les connexions centrales 
de ces parties. 

La « bandelette » Olfactive est reliée avec la région postérieure 
delà surface orbitaire de l'Hémisphère par trois racines: l'externe va 
en dehors, vers l'extrémité inférieure du Lobe Temporal du même 
côté, comme on peut le reconnaître aisément chez les Mammifères 
où les Lobes Olfactifs sont gros, bien qu'on ne puisse l'apercevoir 
chez l'Homme qu'avec quelque difficulté. La racine interne entre 
dans l'Hémisphère près de son bord interne, et un peu en avant de 
la Commissure Optique. On reviendra plus loin sur les relations des 
fibres des Bandelettes Olfactives, et sur ce fait qu'elles entrent en 



110 STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 

relation, de chaque côté, avec des Circonvolutions de l'Hémisphère 
correspondant, et non de l'Hémisphère opposé (voy. p. 119, 12li). 

Les « bandelettes » Optiques sont la continuation des Nerfs Opti- 
ques en arrière de la Commissure Optique. Chaque «bandelette » est 
en contact avec le bord externe du Pédoncule Cérébral, et le con- 
tourne en s'aplatissant à mesure qu'elle s'avance. Arrivées là, chacune 




FiG. 168. — Vue grossie de la partie de la Base du Cerveau où s'attachent les Nerfs Crâ- 
niens. (Ferrier, d'après Allen Thomson). 

On a laissé sur le côté droit les Circonvolutions du Lobe Central (C) ou Insula de Reil ; 
sur la gauche, l'incision a porté entre la Couche Optique (TU) et l'Hémisphère; 
I' Nerf Olfactif, coupé; II, Nerf Optique en avant du Chiasma ; II', Bandelette Optique 
droite; e, Corps genouillé externe; i, Corps genouillé interne; h, Corps Pituitaire; 
te, Tuber cinereum et infundibulum ; a, un des Tubercules mamillaires ; P, Pédoncule 
Cérébral; III, 3^ nerf (Oculo-moteur commun); IV, Pathétique; PV, Protubérance; 

V, la grosse racine du cinquième nerf (Trijumeau); -j-> la- petite, ou racine motrice; à 
droite, elle est placée sur le ganglion de Casser; 1,2, 3, les trois divisions du Trijumeau; 

VI, Oculo-moteur externe ; VII a, Facial ; VII b, Auditif ; VIU Pneumo-gastrique, ou nerf 
Vague; VIII a, Glosso-pharyngien; VIII 6, Spinal; IX, Hypoglosse; fl, flocculus du 
Cervelet; pa, Pyramide antérieure; o, Olive; r, Corps Rcstiforme: d, fente médiane 
antérieure de la Moelle, au-dessus de laquelle est la dccusscUion des Pyramides ; 
cet, colonne antérieure, et cl, colonne latérale de la Moelle. 

des deux entre en relation avec deux petits nodules ganglionnaires 
(connus respectivement sous les noms de corps genouillés internes et 
externes), situés à l'extrémité postérieure de la Couche Optique 
(fig. 168, e, i; 156, 8) en contiguïté avec le segment antérieur adja- 



CONNEXIONS DES NERFS CRANIENS. 111 

cent des Tubercules Quaclrijumeaux, avec lesquels (ainsi qu'avec la 
Couche Optique elle-même) un grand nombre de ces fibres, sinon 
toutes, entrent en relation, avant de se continuer jusqu'à certaines 
régions de la partie corticale de rilémisplière Cérébral corres- 
pondant. 

Bien que le sujet ne soit point sans incertitude et sans quelque 
doute, les preuves semblent maintenant tout à fait en faveur de 
l'opinion que la décussation, qui a lieu dans la Commissure Optique, 
est aussi complète chez l'Homme qu'on la connaît chez les Ver- 
tébrés inférieurs^. On reviendra de nouveau là-dessus, dans un 
chapitre subséquent, au sujet de la question de savoir quelles sont les 
parties de l'Écorce des Hémisphères qui sont le plus immédiatement 
affectées par les Impressions Visuelles. 

H semblerait donc que les Conducteurs Olfactifs ne se croisent 
pas du tout, et que les conducteurs Optiques subissent une décus- 
sation complète. Cependant l'entrecroisement de ces derniers 
conducteurs a lieu en dehors de la substance cérébrale; de sorte 
que, sous ce rapport, leur arrangement diffère de ce qui existe pour 
les deux Nerfs Crâniens sensitifs suivants : le Trijumeau et l'Auditif. 

La position du Trijumeau et sa connexion superficielle avec la face 
latérale de la « protubérance » peuvent être vues sur lafig. 168, v. Ses 
fibres sensitives, après avoir traversé le ganglion de Casser, se 
réunissent pour former la grosse racine dont les fibres, comme 
celles des racines postérieures des Nerfs Spinaux, croisent bientôt 
vers le côté opposé, et vont faire partie du tractus sensitif, ou 
tegmetUum^ du Pédoncule Cérébral opposé. (Voyez p. 117.) 

Le Nerf Auditif entre dans le côté du Bulbe, immédiatement au- 
dessous de la « protubérance », en relation intime avec la racine du 
Nerf Facial. Nous avons encore beaucoup à apprendre sur la marche 
subséquente, fort compliquée, de ses fibres. Une grande partie, du 
moins, d'entre elles, semble entrer dans le Cervelet; et la manière 
dont l'Hémisphère Cérébral opposé est mis en relation avec ses fibres 
et ses noyaux d'origine demeure tout à fait obscure. Meynert dit 
même ^ : « Nous pouvons regarder comme certain qu'il n'existe pas 
de connexion immédiate, étendue, entre le nerf auditif et les Lobes 
Cérébraux ; mais qu'une relation de ce genre, dont on peut regarder 
l'existence comme une vérité phj^siologique nécessaire, ne peut être 
(\Vi indirectement établie par le Cervelet. » 

On ne saurait déterminer à présent jusqu'où cette opinion de 
Meynert est absolument correcte. Nous savons, toutefois, d'après les 



1. Voy. Ferrier, Functions of Brain, p. 70 et 166. 

2. Stricker : Histology, vol. II, p. 500. 



112 STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 




FiG. 169. — Nerf Pneumogastrique Gauche, avec les Portions Cervicale et Thoracique du 
Grand Sympathique. (Jamin, d'après Hirschfeld). 

1, 1, Pneumo-gastrique; 2, anastomoses du Pneumo-gastrique avec l'Hypoglosse; 3, ses 
anastomoses avec une branche du Spinal; 4, branche Pharyngienne; 5, nerf Laryngé 
supérieur; 6, Laryngé externe; 7, plexus Laryngien ; 8, nerf Cardiaque supérieur; 
9, Cardiaque moyen; 10, 10, nerf Laryngé récurrent; 11, ganglion Pulmonaire; 
12, ses anastomoses avec le grand Sympathique; 13, plexus Pulmonaire postérieur; 
14, plexus Œsophagien; 15, anastomoses des Pneumo-gastriques droit et gaucho; 



CONNEXIONS DU SYSTÈME NERVEUX VISCÉRAL. 113 

preuves dont on parlera plus loin au sujet de l'Hémianesthésie (p. 123) , 
qu'il y a réellement dccussation des conducteurs auditifs; et que ces 
conducteurs s'incorporent finalement avec d'autres fibres des Pédon- 
cules Cérébraux, comprises dans le tiers postérieur de ce que l'on 
désigne sous le nom de capsule interne. 

Il ne faut point oublier, en outre, que d'après Cyon (voyez vol. I", 
p. 169), ce qui est nommé par lui Nerf de l'Espace (Raumnerv) est 
aussi lié au nerf Auditif, et fait partie du tronc communément 
connu sous ce nom. Si cette opinion est correcte, il resterait à 
déterminer et à différencier le trajet interne des portions appar- 
tenant à chacun de ces nerfs. Il se peut que ce soient les fibres du 
nerf de l'Espace qui entrent plus spécialement en relations immé- 
diates avec le Cervelet. (Voyez p. 137.) 

On parlera, dans la section suivante, des deux autres nerfs sen- 
sitifs du Bulbe, le Glosso-pharyngien et le Pneumo-gastrique.La situa- 
tion des nerfs « moteurs » se verra en examinant la figure 168; bien 
qu'il n'y ait pas besoin de s'y arrêter davantage ici. 

8. — CONNEXIONS DU SYSTEME NERVEUX VISCERAL 
AVEC LE CERVEAU. 

Les relations des Nerfs Systémiques avec le Cerveau ne diffèrent 
point essentiellement, chez l'Homme, de ce qui existe chez la grande 
majorité des autres Vertébrés supérieurs. Chez tous, le Système 
Nerveux Viscéral est divisible en deux parties, dont les connexions 
avec le Cerveau sont en partie directes^ en partie indirectes. 

1° Nerfs Systémiques Cérébraux. — Le segment le plus inférieur de 
l'Encéphale — le Bulbe — est mis en relation immédiate avec le 
plus grand nombre des viscères du corps par le Glosso-pharyngien 
et le Pneumo-gastrique, comme nerfs « afférents ». Ils le relient avec 
toute l'étendue du canal alimentaire au-dessous de la cavité buc- 
cale, avec les organes respiratoires, avec le cœur et quelques-uns 
des grands vaisseaux; avec le foie, la rate, les reins, et peut-être 
aussi avec les organes internes de la génération. 

De la même région de l'Encéphale (le Bulbe) partent aussi des 
fibres « efférentes » qui se rendent à quelques-uns des viscères ci- 

16, branclies de l'extrémité Cardiaque de l'Estomac; 17, branches de ia petite cour- 
bure; 18, branches de la face antérieure; 19, branches Hépatiques ; 20, Giosso-pharyn- 
gien; 21, Spinal; 23, sa branche interne s'anastomosant avec le Pneumogastrique; 23, sa 
branche externe se rendant au Trapèze, et s'anastomosant avec (24) le quatrième nerf 
Cervical; 25, ganglion Cervical supérieur; 26, ganglion Cervical moyen; 27, ganglion 
Cervical inférieur, uni au premier Dorsal; 28, 29, 32 ganglions Dorsaux; 30, grand 
nerf Splanchnique ; 31, origine du nerf Phrénique. 
Dans cette figure le Cœur a été enlevé, le Poumon gauche tiré en avant, et sa racine en 
partie disséquée ; le Foie a été écarté de l'Estomac. 

Charlton-Bastian. — II. 8 



114 STRUCTURE INTERNE DU CERVEAU HUMAIN. 

dessus mentionnés. Ces fibres efférentes ou motrices ne sont point 
réunies en troncs séparés ; elles sont principalement renfermées dans 
le Glosso-pharyngien et le Spinal accessoire, dont elles sont parties 
constituantes.Lesviscères qui ne reçoivent pas défibres « efférentes » 
de cette source en reçoivent de la Moelle et de l'appareil nerveux, 
que nous allons mentionner à présent. 

2° Le Grand Sympathique est un système compliqué et étendu des 
nerfs, et se compose des parties suivantes : — [a) un cordon ganglion- 
naire, situé de chaque côté de la colonne vertébrale, et relié avec les 
5e, 6% 7'', 8^ et 9^ paires de Nerfs Crâniens, et aussi avec les branches 
antérieures des divers Nerfs Spinaux, tout le long de la Moelle. Ces 
dernières communications sont principalement établies, de chaque 
côté, par des paires de filaments (dont les fibres sont en partie 
« afférentes » et en partie « efférentes ») qui passent des divers nerfs 
spinaux antérieurs aux ganglions correspondants du Sympathique, 
situés un peu en avant des nerfs spinaux (fig. 170). On trouve, en 
outre, d'autres Ganglions, à la jonction de quelques-uns des Nerfs 
Crâniens sus-mentionnés avec les cordons latéraux du Sympathique. 

ib) Du cordon ganglionnaire, de chaque côté, partent de nom- 
breuses branches internes, qui s'unissent entre elles, avec celles du 
côté opposé et avec des filaments des Nerfs Vagues, de manière à 
former, soit de grands Plexus^ soit des Ganglions, soit à la fois des 
plexus et des ganglions, d'où partent, et où reviennent, des branches 
en connexion avec les différents Viscères. On trouve souvent des gan- 
glions plus petits sur le trajet de ces dernières branches. 

Les principaux Plexus systémiques sont situés vers le cœur et la 
racine des organes respiratoires, dans le voisinage de l'estomac 
(plexus solaire), et dans le voisinage de la vessie et des organes géni- 
taux internes. 

Les nerfs en connexion avec les Plexus qui donnent ou reçoivent 
des branches viscérales, se distribuent principalement en suivant le 
trajet des vaisseaux sanguins. Quelques-unes des fibres de ce sys- 
tème se distribuent spécialement aux parois des Vaisseaux, et sont, 
d'après la nature de leurs fonctions, appelées nerfs vaso-7noteurs .Une 
partie d'entre eux doit avoir des fonctions « afférentes », tandis que 
d'autres transmettent des impulsions « efférentes », déterminant la 
contraction des vaisseaux : de sorte qu'au moyen de ces nerfs, la 
quantité de sang qui passe dans les diverses régions du système 
vasculaire peut être aisément réglée. Les nerfs « vaso-moteurs » sont 
en connexion avec de petits ganglions distribués sur les vaisseaux. 
Des excitations motrices émanent de ceux-ci, bien que l'ensemble 
du système « Vaso-moteur » du corps tout entier semble soumis à l'in- 
fluence d'un « centre régulateur », situé dans le Bulbe, et d'autres 
centres subordonnés, situés dans la Moelle. 



SYSTÈME NERVEUX SYMPATHIQUE. 



H& 



Bien que le Système Sympathique renferme probablement ses 
propres nerfs afférents et efifcrents intrinsèques, il semble aussi, 
envoyer (par les rameaux de communi- 
cation sus-mentionnés) des nerfs affé- 
rents à la substance grise de la Moelle, 
et en recevoir certaines fibres effcren- 
tes, motrices et autres. Ce Système ner- 
veux grand Sympathique est, dans une 
certaine mesure, un système développé 
d'une manière indépendante ; bien qu'il 
ait aussi, avec la Moelle, des relations 
présentant des ressemblances fort inti- 
mes avec ce qui existe entre les deux 
nerfs syslëmiques cérébraux et le Bulbe. 

Les arrangements qu'on vient de 
décrire non seulement facilitent l'ac- 
tivité coordonnée des Viscères en rela- 
tion, mais assurent l'activité simultanée 
des Centres Nerveux Viscéraux et Céré- 
bro-spinaux, lorsque cette activité asso- 
ciée est requise, — comme dans les 
processus respiratoires, l'ovulation et 
la parturition, ou l'expulsion des excré- 
tions. En outre, à raison de la con- 
nexion directe ou indirecte existant 
entre les Viscères et le Cerveau, les 
états organiques des divers organes 
sont capables d'affecter le caractère ou 
état mental de l'individu, soit incon- 
sciemment, soit d'une manière con- 
sciente. Des états viscéraux peuvent, 
indépendamment de leur réalisation 
consciente, pousser à des Actes automatiques ou Instinctifs, ou. 
peuvent s'imprimer sur la Vie Consciente de l'individu, et conduire 
plus ou moins indirectement à une série d'Actions Volontaires. 




FiG. no. — Un des Ganglions Sym- 
pathiques du Cordon Latéral droit 
du Lapin (Owen, d'après Kôlliker), 
T r. Cordon Latéral du Sympa- 
thique ; Rc, R c, deux branches 
communiquantes; Spl, nerf Splan- 
chnique ou Viscéral ; s, petit nerf; 
G, cellules ganglionnaires et fibres. 
(X environ 40 diam.). 



CHAPITRE XXIV 



RELATIONS FONCTIONNELLES DES PRINCIPALES PARTIES 
DE l'encéphale 



Nous passons maintenant de l'examen des détails de structure à 
la question de leur signification ; et nous tâcherons que le lecteur 
puisse acquérir quelques notions — si faibles qu'elles puissent être 
— de la manière dont agit le Cerveau dans l'accomplissement de ses 
fonctions les plus simples. 

Nous devrons nous guider dans cette tentative sur trois séries de 
faits et de déductions : (1) ce qui nous vient de l'étude Anatomique 
du Système Nerveux de l'Homme et des animaux inférieurs ; (2) ce 
qui vient d'Expériences sur les animaux inférieurs, où les Nerfs, ou 
d'autres portions du Système Nerveux, ont été excités ou détruits ; 
(3) enfin sur ce que rapportent les médecins qui ont voué une 
attention spéciale aux symptômes provenant des Maladies ou des 
Lésions qui irritent ou détruisent diverses portions du Cerveau de 
l'Homme. 

Dans chacune de ces directions, nos connaissances ont fait, pen- 
dant ces dernières années, un pas très appréciable, et continuent à 
progresser. 

Dans ce chapitre préliminaire sur le mode d'action du Cerveau, 
l'attention du lecteur sera appelée sur ce que l'on connaît touchant 
trois séries de relations structurales d'importance fondamentale. 

4. — RELATION CROISÉE EXISTANT ENTRE 
LES HÉMISPHÈRES CÉRÉBRAUX ET LES MOITIÉS LATÉRALES 

DU CORPS. 

Les corps de la grande majorité des Invertébrés, aussi bien que 
des Animaux Vertébrés, présentent la symétrie bilatérale, — du moins 
pour ce qui regarde tous les organes extérieurs et toutes les parties 
du Système Nerveux. De sorte que, si l'on divisait un de ces animaux 
par un plan vertical, médian et longitudinal, chacune des moitiés 



RELATIOIN CROISÉE DU CERVEAU ET DU COiiPS. H7 

du corps se trouverait semblable à l'autre sous tous les rapport-, 
extérieurement du moins, et renfermerait aussi la moitié d'un Système 
Nerveux semblable à ce qui existerait dans son homologue. 

Toutefois, d'après ce que nous savons aujourd'hui, le double 
Système Nerveux des Invertébrés est, avec leur double corps, dans 
une relation absolument différente de celle qui existe entre les 
mêmes parties chez les Vertébrés. Chez les premiers, la moitié du 
Cerveau contenue dans chaque moitié du corps est en connexion 
immédiate avec les organes des sens et les surfaces sensibles, aussi 
bien qu'avec les nerfs moteurs et les muscles du même côté du corps. 
Chez les Vertébrés, au contraire, il n'en est point ainsi. Il existe, à 
un certain degré chez les membres inférieurs de la série, et à un 
degré plus parfait chez les formes supérieures (y compris les Qua- 
drumanes et l'Homme), une relation croisée entre le Cerveau et le 
corps ; de manière que chaque moitié du Cerveau est reliée aux 
organes des sens et aux surfaces sensibles, ainsi qu'aux muscles de 
l'autre moitié du corps. La première relation est établie parles con- 
ducteurs sensilifs qui se croisent à la base du Cerveau et le long de la 
Moelle; et la seconde est due au fait que les conducteurs nerveux 
pour les stimuli centrifuges, ou moteurs^ passent, de chacune des 
moitiés du Cerveau, au côté opposé du Corps, en subissant une dé- 
cussation dans le Bulbe. 

On n'a encore hasardé qu'un fort petit nombre d'explications sur 
ie mode d'origine de cette relation croisée entre le Cerveau et le 
corps. Le sujet est généralement passé sous silence; et, quoique 
notre connaissance des relations anatomiques exactes qui existent 
chez les animaux inférieurs ne soit point encore assez parfaite pour 
nous donner une réponse tout à fait satisfaisante, on peut présenter 
ici quelques suggestions qui, si elles ne démontrent rien de plus, 
serviront peut-être à attirer davantage l'attention sur cette question 
fort intéressante, et indiqueront en même temps les directions où 
l'on a besoin d'informations plus précises* 

La nature essentielle du problème apparaîtra fort distinctement, 
si le lecteur essaye de se figurer chez les Vertébrés l'existence d'un 
Système Nerveux semblable, sous tous les rapports, à ce qu'il est en 
réalité, sauf que les conducteurs sensitifs et moteurs ne s'entre- 
croiseraient pas. Avec les deux moitiés du Cerveau et de la Moelle 
aussi librement réunies par des commissures transversales qu'elles le 
sont en réalité, une relation directe de ce genre semblerait l'arrange- 
ment le plus naturel; il n'est donc point du tout expliqué pourquoi le 
même plan n'existe et ne fonctionne pas aussi bien chez les Vertébrés 
que chez les Invertébrés. La question à laquelle il faut répondre est 
donc : Quelles conditions se sont présentées chez les Vertébrés 
pour commencer, et finalement parfaire, cette relation croisée entre 



118 RELATIONS DES PARTIES DE L'ENCEPHALE. 

le Cerveau et le corps, telle que nous la trouvons chez l'Homme et 
les Mammifères supérieurs en général? 

Les considérations suivantes paraissent à l'auteur jeter quelque 
lumière sur ce sujet. 

1. Les mouvements ont lieu en réiDonse à des impressions sensitives de 
diverses natures ; et (jDOur notre objet présent) on peut les diviser en deux 
classes : — (a) ceux dans lesquels les muscles en relation des deux côtés du 
•corps sont mis simultanément en activité «— comme les muscles du tronc, 
servant à la locomotion chez les Poissons et un grand nombre de Reptiles sans 
membres ; et (6) ceux dans lesquels les muscles d'un côté, et spécialement d'un 
membre, sont seuls mis en activité, — soit par un réflexe ordinaire, soit d'une 
îiianière volitionnelle. 

2. Le plus grand nombre des mouvements des Poissons et des Reptiles 
Ophidiens appartiendrait à la première catégorie; et, comme Broadbenti l'a 
signalé le premier chez l'Homme, nous avons la preuve que des mouvements 
de cet ordre peuvent être aussi bien évoqués par un stimulus passant d'un côté 
ou de l'autre du Cerveau à l'une des moitiés de leurs Centres Spinaux, doubles 
mais intimement combinés. Cela étant, ce serait peut-être une affaire relative- 
ment peu importante pour ces animaux, que quelques-uns de leurs organes 
sensoriels principaux, comme les yeux par exemple, fussent en relation structu- 
rale, par leurs nerfs optiques, avec la moitié du cerveau située du même côté, 
ou avec celle du côté opposé. 

3. Les Poissons sont les premiers animaux chez lesquels nous trouvions un 
arrangement croisé de certains conducteurs sensitifs importants. Leurs Nerfs 
Optiques subissent une décussationtrès complète 2. Nous ne savons pas toutefois, 
d'une manière certaine, si quelqu'un de leurs autres conducteurs sensoriels est 
semblablement disposé; il n'y a non plus aucune preuve que les fibres consti- 
tuant leurs conducteurs moteurs subissent une décussation. 

4. Ainsi donc, chez les Poissons, nous avons afTaire à ce qui peut être et 
n'est probablement qu'un simple commencement partiel de la relation croisée 
-entre le Cerveau et le corps; et l'on peut concevoir qu'une relation de ce genre 
puisse avoir été déterminée, ou du moins favorisée, chez quelqu'un des Poissons 
primitifs, par deux ou trois particularités physiques de ces êtres. L'élongation 
<ie la tête d'un Poisson — conformation sans doute en relation intime avec la 
vie de l'animal et ses mouvements dans un milieu aquatique — ainsi que la 
position latérale des yeux, peuvent avoir été pour quelque chose dans la pro- 
duction d'une décussation des bandelettes optiques, à l'époque de leur bour- 
geonnement, chez quelques formes primitives des Poissons 3. 

1. Brit. and For. Med. Chir. Review. 1866. 

2. Bien que, d'après Siebold, il y ait exception à cette règle chez le Bdel- 
(ostoma, appartenant à la classe des Myxinoîdes, la plus inférieure des 
Poissons. 

3. Marshall (Outlines of Physiology, vol. F"", p. 602) s'efforce d'expliquer 
cette décussation primaire, en supposant qu'elle dépend de la réversion latérale 
des images optiques, occasionnée par la forme concave de la rétine chez les 
Poissons. Mais ses raisons ne semblent pas satisfaisantes; car, avec une rétine 



CAUSES DE LA RELATION CROISEE. 119 

5. Mais lorsque des membres distincts apparaissent chez les Reptiles supé- 
rieurs, et lorsque, chez les Oiseaux et les Mammifères, les mouvements de 
membres plus ou moins semblables deviennent de plus en plus volitionnels et 
indépendants les uns des autres, on pouvait s'attendre à ce que deux résultats 
additionnels suivissent la décussation primaire des Nerfs Optiques (de quelque 
manière que celle-ci ait été déterminée) : — (a), ceux des conducteurs « sensitifs « 
dont les impressions sont les plus importantes pour l'instigation des mouve- 
ments des membres, tendraient aussi à se croiser; car il serait fort essentiel 
que des Impressions Tactiles et Auditives, plus ou moins unilatérales, soient 
mises en relation dans les centres avec des Impressions Visuelles venant du 
même côté du corps ; (b) coïncidant avec l'établissement d'une décussation des 
conducteurs sensitifs, — et spécialement de ceux du Sens Tactile et de la sensi- 
bilité commune, — chez des animaux habitués à accomplir des mouvements 
volontaires unilatéraux, nous pourrions nous attendre à trouver une tendance 
à l'établissement d'une relation croisée correspondante entre les conducteurs 
moteurs du Système Cérébro-Spinal. Ainsi la moitié du Cerveau qui a d'abord 
recules impressions sensorielles instigatrices, serait mise à même d'envoj^er les 
excitations motrices, — soit pour les mouvements réflexes, soit pour les mouve- 
ments volitionnels des membres d'un seul côte du corps. Et, s'il ne doit pas y 
avoir de décussation séparée pour les conducteurs des incitations motrices 
réflexes etdesvolitionnelles,les croisements des conducteurs moteurs, tels que 
nous les trouvons dans le Bulbe de l'Homme et de beaucoup d'autres vertébrés 
(décussation des PjTamides), sembleraient être le seul arrangement naturel. 

6. Cet arrangement croisé, plus complet, semble n'être aussi parfait que 
chez les Mammifères supérieurs et l'Homme. 

7. Un arrangement croisé des conducteurs sensoriels semblerait moins 
essentiel, dans le cas du Goût et de l'Odorat, que pour aucune des auti-es sortes 
d'impressions centripètes : d'abord, parce que les organes de ces sens sont situés, 
plus qu'aucun des autres, sur la ligne médiane du corps; et en second lieu 
parce que les impressions du Goût et de l'Odorat provoquent peut-être moins 
immédiatement que celles des autres sens des mouvements unilatéraux des 
membres. Les nerfs du Goût étant toutefois liés, à deux nerfs de sensibilité 
commune (le Trijumeau et le Glosso-pharyngien) ou en faisant partie, suivent 
pour ainsi dire les troncs nerveux auxquels ils appartiennent, et se croisent avec 
eux. Mais, pour les conducteurs Olfactifs, c'est là un fait remarquable, ils sont 
les seuls où l'on n'ait pas constaté de décussation, ni chez les animaux infé- 



de même forme, il n'existe pas de relation croisée chez les Seiches ; et parce 
que rien ne prouve que les conducteurs « moteurs » subissent une décussation 
analogue (ce que suppose son hypothèse) chez les vertébrés inférieurs privés de 
membres, où commence la décussation des bandelettes optiques ; enfin, parce 
que l'expérience de ceux qui travaillent au microscope tend à montrer la faci- 
lité avec laquelle les mouvements des mains s'habituent à un renversement 
de l'image optique — comprenant même un renversement des parties supé- 
rieures et inférieures, aussi bien que des parties latérales. Cette dernière 
raison aide à montrer qu'il n'était pas besoin, comme semble le supposer 
Marshall, de changements anatomiques importants pour obvier à un simple 
renversement des images optiques. 



120 RELATIONS DES PARTIES DE L'ENCÉPHALE. 

rieurs ni chez l'Homme. Les Centres Olfactifs des deux Hémisphères sont 
toutefois très largement réunis au moyen de fibres commissurales, — princi- 
palement réunies dans la commissure antérieure, dont elles constituent la plus 
grande partie. 

Voici donc, brièvement, l'opinion de l'auteur : La relation croisée entre 
les moitiés du Cerveau et du corps peut avoir commencé, chez quelques Pois- 
sons, d'une manière quasi-accidentelle; et, dans la première phase de son 
existence, elle n'était et n'est encore représentée que par la décussation des 
Bandelettes Optiques ; chez les animaux supérieurs, pourvus de membres bien 
formés, les mouvements réflexes et volitionnels, de ceux d'un seul côté, sont très 
souvent évoqués en i-éponse à des excitations sensitives unilatérales ; de sorte que, 
chez ces animaux, il y aurait avantage marqué si d'autres conducteurs sensitifs 
étaient, par décussation, mis en relation, à leur extrémité centrale, avec ceux du 
Sens Visuel ; finalement, les mêmes influences, quelles qu'elles puissent être, qui 
déterminent cette décussation additionnelle des conducteurs sensitifs, doivent 
amener, comme conséquence également nécessaire, celle des conducteurs 
moteurs destinés aux membres. L'arrangement croisé des nerfs sensitifs et 
moteurs que l'on rencontre chez l'Homme et les Mammifères supérieurs, doit 
donc être regardé comme une suite presque nécessaire, au point de vue de la 
théorie de l'évolution, d'une décussation primaire, et peut-être presque acci- 
dentelle, des Bandelettes Optiques des Poissons. 

2. — RELATIONS FONCTIONNELLES 

DES HÉMISPHÈRES CÉRÉBRAUX. — DUALITÉ DU CORPS 

ET UNITÉ DE l'eSPRIT. 

On admet généralement aujourd'hui que les deux Hémisphères 
Cérébraux contiennent les prolongements ultimes des nerfs « centri- 
pètes » ou nerfs Sensitifs, et sont constitués par le groupement des 
centres organiques (largement réunis entre eux par des fibres a com- 
missurales ») de tous ces processus mentaux supérieurs que nous 
avons vus dériver de Texercice de la Sensibilité consciente, c'est-à- 
dire des processus spécialement automatiques de Perception, 
Idéation, Émotion, Conception, Raisonnement, et des processus plus 
volitionnels d'Attention, Souvenir, Imagination et Induction. Les 
Hémisphères Cérébraux contiennent toutefois , outre les Centres 
Sensitifs et ceux des processus dérivés sus-indiqués, des multitudes 
de fibres et quelques Centres servant à conduire et à grouper conve- 
nablement les courants « centrifuges ». 

Parmi les diverses commissures transversales déjà décrites, une, 
plus importante que les autres, mérite maintenant un moment d'at- 
tention. C'est la grande commissure transversale, ou Corps Calleux^ 
qui, se montrant d'abord chez les Mammifères inférieurs, s'accroît de 
volume chez les membres supérieurs de la série, et atteint chez 
l'Homme son maximum de développement. Comme on l'a établi dans 
le dernier chapitre, les fibres du Corps Calleux traversent d'un 



RELATIONS DES HÉMISPHÈRES ENTRE EUX. 121 

Hémisphère à l'autre, de manière à mettre en relation des aires 
correspondantes de la Substance Grise des circonvolutions. Elles ne 
réunissent pas également toutes les circonvolutions, mais spécia- 
lement celles qui sont aussi en relation avec les gros ganglions basi- 
laires (Broadbent). La Commissure Anlérieurej, bien que partie mor- 
phologiquement distincte, semble avoir une fonction essentiellement 
parallèle, puisque ses fibres servent aussi à relier des circonvolutions 
similaires des deux côtés et quelques-unes de celles qui sont situées 
dans les Lobes Temporaux. Une fonction semblable doit aussi être 
assignée aux fibres psaltériales^ qui constituent en partie la portion 
postérieure, recourbée, du Corps Calleux lui-même (p. 89, note 2). 

Ces fibres « commissurales » transversales sont d'un grand intérêt : 
car il y a des raisons de croire qu'elles sont, à un degré considé- 
rable, en relation avec cette unification de la Conscience qui existe 
indiscutablement (comme chacun peut l'affirmer), en dépit du fait 
que les organes de l'Activité Sensorielle sont partout doubles. Ces 
Commissures sont aussi, suivant toutes probabilités, fort essentielles 
à l'exercice des processus mentaux supérieurs. Dans des cas rap- 
portés par le docteur Langdon-Down et autres, le non-développe- 
ment de cette partie du Cerveau, chez THomme, a été associé à une 
Idiotie plus ou moins marquée ; mais toutefois, l'arrêt de dévelop- 
pement n'avait point, dans la plupart des cas, été strictement 
limité au Corps Calleux. La Commissure Moyenne, le Trigone, 
ou quelques régions des circonvolutions, étaient souvent défec- 
tueux en même temps. Dans quelques-uns des cas rapportés, où 
le Corps Calleux ne faisait que partiellement défaut, il y avait moins 
de dégradation des Facultés Intellectuelles que l'on n'aurait pu s'y 
attendre. Dans certains de ces derniers cas, toutefois, les personnes 
sont mortes si jeunes, ou les conditions morbides ont été si compli- 
quées, que les observations ont relativement peu de valeur, pour 
établir la question de l'importance réelle du Corps Calleux pour 
l'exercice des processus mentaux ^. 

D'après les données anatomiques fournies par Broadbent 2, ce sont 
les Régions Sensorielles des deux Hémisphères (ou les Sensorielles 
et ce que quelques-uns regardent comme les Volitionnelles) qui sont 
mises en relations au moyen du Corps Calleux. Mais, même si cet 
arrangement supposé était le seul existant en réalité, cela n'indi- 
querait nullement que les sièges organiques des processus dérivatifs 
plus complexes ne sont point aussi médiatemenl mis en rapport 
les uns avec les autres. Ainsi, les Régions Émotionnelles, Intellec- 

1. Voj^ : Knox, in Glasgow Médical Journal, avril 1875, où il y a quinze 
cas rapportés. 

2. Voy. p. 83. 



122 RELATIONS DES PARTIES DE L'ENCÉPHALE. 

tuelles et Volitionnelles plus spécialisées de chaque Hémisphère, 
où qu'elles puissent être et de quelque manière qu'elles soient reliées 
entre elles, sont nécessairement, au moyen des fibres du système 
d'association, mises en communion intime avec les Régions Senso- 
rielles de diverse nature qui leur correspondent. C'est donc de 
cette manière indirecte que les régions fonctionnellement les plus 
élevées des deux Hémisphères peuvent être mises en relation les 
unes avec les autres, au moyen des fibres du Corps Calleux. Il y a 
manifestement unité dans notre Conscience Émotionnelle, Intellec- 
tuelle et Volitionnelle, — aussi bien que dans notre Conscience Sen- 
sorielle, — c'est-à-dire dans les processus mentaux» dérivés », aussi 
bien que dans les « primaires ». 

Il ne saurait guère y avoir de doute que ce soient cette Activité 
Sensorielle et l'action des portions du Cerveau qui y sont directement 
intéressées, qui fournissent la base primaire, ou essentielle, de la 
Conscience. Nous sommes le plus complètement conscients lorsque 
nous recevons le plus d'impressions extérieures; et nous tombons 
dans un état d'inconscience complète ou partielle, lorsque l'arrivée 
de ces impressions est pour un temps empêchée, ou lorsque nous 
sommes absorbés profondément dans quelque série de pensées 
(Conscience Idéale ou Réflective), — c'est-à-dire lorsque l'activité 
d'autres portions des Hémisphères Cérébraux diminue de quelque 
manière, ou éclipse celle des régions sensorielles proprement dites. 
Un admirable exemple de la première vérité a été récemment donné 
par le docteur Striimpell^; il est tellement instructif qu'il mérite 
d'être cité tout au long : 

« Pendant l'automne de l'an derniei% on reçut à la clinique médicale de 
Leipzig un jeune homme âgé de seize ans, chez lequel divers phénomènes 
d'anesthésie s'étaient graduellement développés, à un degré que l'on a observé 
bien rarement. La peau de la surface entière du corps était complètement 
insensible, et cela à toute sorte de sensation. Le courant électrique le plus 
puissant ou une bougie allumée, tenue contre la peau, n'étaient capables de pro- 
duire aucune douleur ni même aucune sensation de toucher. Presque toutes 
les surfaces muqueuses accessibles montraient la même insensibilité à la 
■douleur. Toutes les sensations que l'on réunit sous le nom de sens musculaire 
faisaient absolument défaut. Lorsque ses yeux étaient fermés, on pouvait 
porter le patient tout autour de la chambre, placer ses membres dans les 
positions les moins commodes, sans qu'il en eût en rien conscience. Même le 
sentiment de fatigue musculaire n'existait plus. Il survint en outre une perte 
absolue du goût et de l'odorat, une amaurose de l'œil gauche et de la surdité 
de l'oreille droite. 

Bref, cet individu ne communiquait plus avec le monde extérieur que par 
deux portes sensorielles : l'œil droit et l'oreille gauche. En outre, comme ces 

1. Pfluger's Arcliiv., vol. XV, p. 573; traduit dans Nature, 13 déc. 1877. 



COMMENT NAIT LA CONSCIENCE. 123 

deux portes pouvaient, à n'importe quel moment, être aisément fermées, il était 
possible de rechercher les conséquences d'un isolement complet du cerveau de 
toute stimulation extérieure provenant des sens. J'ai fréquemment répété l'expé- 
rience suivante, et je l'ai montrée à d'auti'es personnes : Si l'on bandait l'œil 
demeuré bon, et si l'on bouchait en même temps l'oreille du patient, après 
quelques minutes (ordinairement deux ou trois), l'expression de surprise et les 
mouvements pénibles, qui s'étaient montrés d'abord, cessaient complètement; 
la respiration devenait calme et régulière; le malade était, en réalité, profon- 
dément endormi. On réalisait donc ici la possibilité d'amener artificiellement 
le sommeil, à n'importe quel moment, en empêchant toute excitation du 
cerveau par les sens. 

Le réveil du patient n'était pas moins intéressant. On pouvait l'éveiller par 
une excitation auditive, en appelant dans son oreille, ou par une stimulation 
visuelle, en faisant tomber de la lumière sur son œil ; mais il était impossible 
de l'éveiller en le poussant ou le secouant. Si on l'abandonnait à lui-môme, il 
finissait par se réveiller tout seul, dans le courant de la journée, après que le 
sommeil avait duré plusieurs heures ; le réveil était dû peut-être à des stimuli 
intrinsèques partis du cerveau, ou peut-être à de légers stimuli extérieurs, 
inévitables, agissant par les deux sens encore en action, et se faisant sentir à 
cause de l'accroissement de sensibilité qu'avait acquis le cerveau durant le 
repos du sommeil. » 

Rien ne pourrait montrer plus distinctement qu'un pareil cas, 
l'importance de Tactivité des Régions Sensorielles des Hémisphères 
dans la production de ce que nous connaissons sous le nom de 
Conscience. Il semble clair, en effet, que si la Conscience n'est point, 
de quelque manière, un apanage immédiat de l'activité de ces régions 
mêmes des Hémisphères, celle-ci est, en tout cas, un avant-coureur 
essentiel de celle de quelques autres régions, dont l'activité est 
immédiatement associée à la Conscience. 

D'autre part, il est également évident que les impressions sen- 
sorielles stimulantes sont doubles, arrivant à chaque Hémisphère 
du Cerveau des moitiés opposées du corps ; et que leurs accompa- 
gnements subjectifs sont confondus en une seule Conscience, de 
telle ou telle nature. La preuve finale de cette proposition se trouve 
dans les effets de blessures de certaines parties du Cerveau, d'un 
seul côté seulement, chez quelques-uns des animaux inférieurs; et 
dans les effets des maladies unilatérales de régions correspondantes 
du Cerveau de l'Homme. Ainsi, là où nous avons affaire à une bles- 
sure ou à une maladie du tiers postérieur de la capsule interne, — 
c'est-à-dire de cette partie de l'expansion du Pédoncule Cérébral qui 
est située entre la partie postérieure du Corps Strié et la Couche 
Optique, — nous observons une perte complète de la sensibilité de la 
moitié opposée du corps (Hémianesthésie). Aucune sensation tactile 
n'est éprouvée, et les autres voies sensorielles de ce côté sont éga- 
lement closes; ce côté de la bouche et de la langue sont insensibles 



124 RELATIONS DES PARTIES DE L'ENCÉPHALE. 

aux saveurs, l'oreille est sourde, l'œil aveugle, et la narine corres- 
pondante également insensible à toutes sortes d'odeurs^. 

IMais, dans l'Hémianesthésie, bien que les avenues sensorielles 
soient fermées d'un côté, la Conscience générale de l'individu ne 
semble point affectée, et son Activité Mentale peut être à peine 
atteinte. Cette condition mentale, relativement inaltérée malgré 
l'absence de stimulation sensorielle directe d'un Hémisphère, n'est 
probablement possible que grâce à Tactivité du Corps Calleux, — 
puisqu'au moyen de ses fibres les excitations qui parviennent à un 
côté du Cerveau peuvent se propager à l'autre. Les deux Hémisphères 
peuvent ainsi être mis en relation avec les divers stimuli sensoriels 
qui émanent d'un seul côté du corps ; et, de cette manière, il est 
possible à la Conscience générale de l'individu de demeurer intacte, 
même en l'absence de stimuli sensoriels d'une moitié du corps. 

Il est de la plus haute importance de se rappeler que les résultats 
ci-dessus décrits suivent des lésions du tiers postérieur du Pédon- 
cule Cérébral, immédiatement avant que ses fibres entrent en rela- 
tion avec la Couche Optique. Les effets sont fort différents lorsque 
des lésions existent au-dessus ou en dehors des gros ganglions basi- 
laires (voyez p. 128), même lorsque ces lésions comprennent une 
destruction fort étendue de l'un des Hémisphères, 

Ce n'est toutefois que dans la sphère des trois sens supérieurs 
que les accompagnements subjectifs d'impressions provenant des 
deux côtés du corps se mêlent de manière à produire des Perceptions 

1. L'explication de la perte du sens de l'Odorat dans la narine correspon- 
dante présente quelques difficultés. Elle semble, à première vue, être en con- 
tradiction complète avec les faits anatomiques, puisque les relations des organes 
de l'odorat avec les hémisphères sont exceptionnelles, comme on l'a déjà signalé 
(page 109). Elles sont certainement directes plutôt que croisées; et cela ten- 
drait à contredire les connaissances anatomiques actuelles si des fibres des 
Ganglions Olfactifs, se rendant à leurs « centres de perception », se trouvaient 
quelque part dans le voisinage de la partie postérieure de la « couronne rayon- 
nante ». Mais une explication très plausible de la perte du sens de l'Odorat dans 
ces cas d'Hémianesthésie se trouve, comme l'a signalé Ferrier (Functions of 
the Brain, p. 191) dans les expériences bien connues de Magendie sur les fonc- 
tions de la cinquième paire. Il s'est assuré que l'Odorat était perdu, lorsque la 
sensibilité de la narine était abolie — par exemple, après la section du triju- 
meau : non point que le trijumeau soit à proprement parler le nerf de l'Odorat, 
mais parce que « son intégrité est nécessaire à l'activité fonctionnelle normale 
du nerf olfactif. » Si la perte unilatérale de l'Odorat, dans ces cas d'Hémi- 
anesthésie, n'est réellement due qu'à la perte de la sensibilité générale dans la 
narine correspondante, cette môme perte de l'Odorat doit se présenter chez 
l'Homme, lorsqu'il existe des lésions de la Protubérance entraînant la perte de 
la sensibilité générale de tout un côté du corps ; l'expérience de l'auteur l'a 
conduit à croire qu'il en est ainsi 



HÉMIANESTHÉSIE. 



125 



simples. Un objet odorant est perçu simple; un corps que l'on voit 
est reconnu simple; et de même un son, bien que stimulant à la fois 
les deux organes auditifs, est reconnu unique. Et, bien que nous 
puissions localiser les impressions gustatives de l'un ou l'autre côté 
de la bouche, lorsque notre attention est dirigée là-dessus, nous ne 
sommes point accoutumés à agir ainsi ; et il serait peu utile de faire 
des distinctions de cette sorte. Le cas est toutefois absolument dif- 
férent pour le sens du Toucher ou la sensibilité commune. Au moyen 
de l'Odorat, de la Vue et de l'Ouïe, nous sommes mis en relation 




FiG. 171. — Coupe transversale du Cerveau d'un Chien, au niveau du milieu des Couches 
Optiques, montrant la portion de la capsule interne dont la section produit l'Hémi- 
anesthésie (Charcot, d'après Duret). o, o, Couches Optiques réunies par la Commis- 
sure Moyenne, ou Molle ; P, P, tiers postérieur du Pédoncule Cérébral (capsule interne). 
Du côté droit, ces fibres sont représentées coupées, en x; S, noyau intra-ventricu- 
laire, et L, noyau estra-ventriculaire du Corps Strié. 



avec des phénomènes éloignés; mais, dans l'exercice du Toucher et 
du Goût, il y a contact réel avec différentes portions de la surface 
de notre corps; il doit donc y avoir, comme il y a en réalité, sur- 
tout dans le premier cas, une faculté absolument indépendante 
d'apprécier les impressions qui proviennent de chaque côté de notre 
corps, et de les localiser fort exactement. 

Cette unité de résultat, accompagnant l'action d'une grande 
partie des Régions Sensorielles des deux Hémisphères, aussi bien que 
de celles qui servent à l'Activité Émotionnelle et Intellectuelle, est 
fort remarquable et difficile à comprendre; surtout si nous avons 
présent à l'esprit ce fait, qu'il n'y a pas une symétrie parfaite, même 
à l'œil nu, dans la conformation de beaucoup de Circonvolutions 
homologues des deux côtés (pour ne rien dire de leur structure 
microscopique); que leur alimentation vasculaire est indépen- 
dante, et sujette, par suite, à des variations qui peuvent n'affecter 
qu'un seul côté; et qu'une inégalité dans le pouvoir de travail des 



126 RELATIONS DES PARTIES DK L'ENCÉPHALE. 

deux Hémisphères pourrait aisément aussi être amenée par quelques 
différences inliérentes, ou acquises, dans l'activité moléculaire (ou 
fonctionnelle) des éléments nerveux correspondants des deux côtés 
du Cerveau. 

Malgré la difficulté que nous éprouvons à comprendre comment 
un double mécanisme de cette nature peut fonctionner comme il le 
fait, de manière à amener une Conscience simple, ou à nous per- 
mettre de poursuivre les processus d'une personnalité Pensante et 
Voulante unique, les faits de notre propre Conscience peuvent 
assurer à chacun de nous qu'il en est ainsi. 

Cependant, bien que la règle puisse être que les deux Hémi- 
sphères soient mis en activité simultanée et harmonique dans la 
Perception, PÉmotion, la Pensée et la Volition, il ne manque point 
absolument de preuves pour montrer qu'ils sont capables de tra- 
vailler d'une manière plus ou moins indépendante, — soit [a) lorsque 
les deux Hémisphères existent, et que l'on suppose un manque d'har- 
monie avec double Conscience comme résultat; soit (6) dans les cas, 
plus positifs et plus définis, dans lesquels on n'a remarqué aucun 
affaiblissement des Sens ou de l'Intellect, bien que la plus grande 
portion de l'un des Hémisphères Cérébraux puisse avoir été détruite. 
On peut dire quelques mots sur chacun de ces sujets. 

[a) La preuve en faveur de la possibilité d'une activité séparée et 
dissemblable, bien que simultanée, des deux Hémisphères du Cer- 
veau est d'une nature très douteuse, bien que des faits assez connus 
des médecins semblent confirmer cette notion. 

Par exemple, Sir Henry Hollard^ souleva, en 1840, la question de savoir 
« Si quelques aberrations d'esprit, comprises sous le nom d'insanité, ne 
sont point dues à l'action déréglée de ce double organe (les deux hémi- 
sphères) qui conserve, à l'état de santé, une parfaite unité d'action? » Il 
ajoute : « Le sujet est fort obscur et toute preuve difficile; mais je crois plus 
probable qu'une inégalité de cette sorte puisse être cause de quelques- 
unes des nombreuses formes de dérangement d'esprit... C'est une remarque 
souvent faite que, dans certains états de dérangement mental, aussi bien que 
dans quelques cas d'hystérie qui y confinent do fort près, il semble y avoir 
comme deux esprits, dont l'un tend à corriger, par des perceptions, des senti- 
ments et des volltions plus justes, les aberrations de l'autre; et que la puissance 
relative des deux influences varie à des moments différents... Il est remar- 
quable qu'on puisse avoir parfois, des malades eux-mêmes, une expression aussi 
distincte de ce phénomène. J'ai vu récemment un cas où les traits le plus carac- 
térisés étaient de fréquentes et subites explosions de colère, sur des sujets en 
partie réels, en partie imaginaires, mais généralement sans raison évidente ou 
suffisante au moment donné ; ces excès étaient accompagnés de cris furieux et 

1. Médical Notes and Reflexions, 2" éd. 1840, p. 172. 



DOUBLE CONSCIENCE. 127 

d'actes de violence, le malade frappant ou brisant tout ce qui était à sa portée. 
Il me décrivit lui-même le genre de conscience séparée qu'il éprouvait pendant 
ces violents accès, son désir de leur résister, mais le sentiment de son impuis- 
sance à le faire ; et sa satisfaction lorsqu'il les sentait se dissiper. C'était une 
peinture, péniblement exagérée, de la lutte entre le bien et le mal ». 

On ne pourrait rien dire de beaucoup mieux défini sur le sujet ; 
et notre savoir n'a pas, depuis lors, avancé sur ce point d'une 
manière sensible^. Il est assurément possible que deux états d'Esprit, 
en apparence simultanés, ne coïncident jamais strictement en 
temps; de sorte que, dans les cas dont on vient de parler, il peut 
y avoir eu simplement une action rapidement alternante de l'en- 
semble de l'organe, plutôt qu'une action indépendante et simultanée 
des deux Hémisphères Cérébraux. Quelques-uns des phénomènes du 
rêve présentent exactement la même difficulté, — la preuve en faveur 
d'une double Conscience est même plus frappante ici, puisque la 
plupart d'entre nous peuvent ajouter leur expérience personnelle 
au témoignage des autres. Nous faisons plus spécialement allusion 
aux cas où le rêveur semble tenir une longue conversation avec 
quelque autre personne; où deux courants distincts de pensée se 
développent, et où quelquefois on peut avoir des preuves que le 
rêve tout entier s'est produit si rapidement que les phénomènes 
sont plus faciles à expliquer, en supposant une action simultanée 
et indépendante des deux Hémisphères , qu'une action alternati- 
vement différente de l'ensemble du Cerveau^. 

[b) Si nous examinons, d'autre part, la question de savoir quel 
degré de Puissance Intellectuelle reste possible, lorsqu'un des Hémi- 
sphères Cérébraux a été fort endommagé ou atrophié, il ne saurait 
guère y avoir de doute que, dans la règle, les facultés psychiques 
soient fort oblitérées ou paralysées. Ceci toutefois est loin d'être 
toujours vrai : car on rapporte des cas où, malgré une atrophie ou 
une maladie fort étendue de l'un des Hémisphères, les facultés intel- 
lectuelles paraissaient être dans leur condition normale. 

Il est toutefois très rare que des Facultés Mentales notables 
soient conservées, lorsqu'une lésion importante de l'un des Hémi- 
sphères survient un peu tard dans la vie. Il y a beaucoup plus 

1. L'ouvrage du D"" Wigan sur The Duality of the Minci (1844) est une 
contribution à l'étude du même sujet; mais il est diffus et fort mal arrangé. 

2. La conscience de celui qui rêve peut être distinguée, sous le nom de 
Conscience Idéationnelle, de la conscience ordinaire qui existe à l'état de veille. 
Dans chacun de ces cas, les régions sensorielles des hémisphères sembleraient 
être les points centraux, ou initiaux, dont l'activité est excitée,— dans un cas, 
par des impressions sensorielles réelles, dans l'autre, par des impressions de ce 
genre, ravivées. 



128 RELATIONS DES PARTIES DE L'ENCÉPHALE. 

de chance d'en rencontrer lorsque la maladie ou la lésion a débuté 
ou est survenue dans la première enfance, c'est-à-dire à une 
période où la croissance et le développement structural du Cer- 
veau sont encore capables de subir des modifications considérables, 
qui puissent adapter l'organe à une activité plus ou moins isolée 
d'un seul Hémisphère, — ce qui, dans les cas supposés, esta peu près 
tout ce qui est possible. Ce début précoce de la maladie a été, en 
efifet, remarqué par l'auteur comme existant dans un grand nombre 
des cas les plus authentiques appartenant à cette catégorie ^. 

Le plus remarquable peut-être de tous les cas de cette nature est celui qui 
fut observé et rapporté par Andral. Un homme, qui mourut dans sa vingt-hui- 
tième année, avait fait à l'âge de trois ans une chute à la suite de laquelle il 
demeura paralysé du côté gauche. L'Hémisphère droit fut trouvé si complète- 
ment atrophié, qu'une grande partie de la « pie-mère » du côté droit formait un 
kyste dans lequel il ne restait plus trace de matière cérébrale. Cette mem- 
brane constituait la paroi supérieure d'une vaste cavité dont le plancher seul 
était formé par la Couche Optique, le Corps Strié et toutes les autres parties 
situées sur le même niveau que ces deux corps. Il n'existait donc pas de sub- 
stance nerveuse au-dessus du niveau des gros ganglions du côté droit; — et 
cependant Andral dit : « Cet individu avait reçu de l'éducation et en avait pro- 
fité; il avait une bonne mémoire; sa parole était libre et facile; son intelligence 
était celle du commun des hommes. » 

Des cas de nature semblable ont été rapportés par Cruveilhier 
et autres ; et c'est un fait remarquable qu'il y ait eu non seulement 
conservation d'assez de Puissance Intellectuelle pour qu'il n'y eût, au 
moins en apparence, aucune perte dans cette direction, mais pour que 
les modes spéciaux de Sensibilité (comme la Vue et l'Ouïe) n'aient 
été abolis d'aucun côté. Il n'y eut ni Cécité, ni Surdité unilatérale, 
même alors que la plus grande partie de l'Hémisphère opposé avait 
été détruite. L'auteur a déjà essayé ailleurs d'expliquer la conser- 
vation des sens spéciaux dans des cas de cette nature, en étendant 
l'hypothèse de hroadbent, sur l'activité unique ou double des centres 
moteurs, au problème qui touche aux conditions réglant l'activité 
unique ou combinée des centres sensitifs ^. 

Ces cas déjà signalés de maladie de la plus grande partie d'un Hémisphère, 
avec conservation des Sens spéciaux des deux côtés, contrastent notablement 
avec les cas, plus récemment publiés, de lésions du tiers postérieur de la capsule 
interne, dans lesquels il y a eu Hémianesthésie (voy. page 125 et fig. 171) 
Dans cette dernière classe de faits, il y a une lésion limitée dans la région « sen- 

1. Atrophy ofthe Left Hémisphère. — New Sydenham. Soc. \ol. XI, p. 153. 
Plusieurs cas sont rapportés par S. Van der Kolk, y compris celui qu'a publié 
Andral 

2. Paralysis from Brain Diseuse, 1875, p. 106. 



DOUBLE CONSCIENCE. 129 

sitive » du Pédoncule Cérébral, immédiatement avant qu'il entre en relation 
avec la Couche Optique; tandis que, dans les cas où les Sens, soit d'un côté 
soit de l'autre, n'ont été que peu ou point atteints, la lésion avait principale- 
ment porté sur les régions frontale et pariétale de l'Hémisphère, au-dessus du 
niveau de la Couche Optique et du Corps Strié ; et peut-être, par conséquent, 
sans impliquer beaucoup les circonvolutions du Lobe Temporal qui, ainsi qu'on 
le montrera dans le chapitre prochain, semblent contenir des centres, ou régions 
d'importance spéciale pour la perception sensorielle. Ces derniers cas sont d'un 
grand intérêt; mais il y aurait besoin d'informations plus exactes pour que nous 
puissions arriver, en sécurité, à nous former une opinion bien nette sur leur 
compte. Les anciennes observations n'étaient point faites, ou du moins n'étaient 
pas rapportées de cette manière rigoureusement précise que l'importance du 
sujet, au point de vue où nous l'envisageons aujourd'hui, demande clai- 
rement. 

Mais, tandis que notre « Volonté » est, comme notre Intellect, 
unique (bien que le produit ou l'accompagnement de l'activité d'un 
organe double), nous sommes, à l'occasion de son exercice, amenés 
au point où les phénomènes mentaux font graduellement place aux 
pliénomènes non-mentaiox . 

Le résultat d'un grand nombre de Volitions se trouve dans des 
contractions ou des relâchements musculaires ; et le simple passage 
de courants centrifuges n'est accompagné de conscience d'aucune 
naturel. Après le Désir accompagné d'une sensation d'efforts (qui 
semblent constituer ensemble ce que nous connaissons individuelle- 
ment d'une Volition, pour autant du moins qu'elle se révèle à nous 
comme phase de Conscience), nous avons affaire à des courants 
moléculaires, passant peut-être à travers plusieurs séries de fibres et 
de cellules, mais n'ayant aucun côté conscient, et situés, en appa- 
rence, autant en dehors de la sphère de l'Esprit, que les change- 
ments moléculaires évoqués dans le muscle par les courants cen- 
trifuges. 

Ce fut pour ces raisons que, dans un précédent chapitre, l'auteur 
fut amené à limiter la sphère de l'Esprit, et à ne regarder comme 
ses organes que la partie du Système Nerveux qui a affaire à la récep- 
tion, à la transmission et aux coordinations si multipliées des cou- 
rants centripètes dans les centres nerveux de toute nature. Nous 
avons, au contraire, été amenés à regarder les phénomènes des cou- 
rants centrifuges comme non-mentaux, et les régions du système 
nerveux qui ont affaire avec eux, comme ne faisant pas, à propre- 
ment parler, partie de Vorgane de l'Esprit. 

Il est certain que, dès que nous quittons le côté purement 
mental, ou les points de départ d'une Volition, nous trouvons deux 

1. Sur ce sujet, voyez ce que dit Sir W" Hamilton dans ses Lectures, 
vol. II, p. 391, 392; et dans ses Dissertations on Reid, p. 866, 867. 

Charlton-Bastian. — II. 9 



130 RELATIONS DES PARTIES DE L'ENCÉPHALE. 

routes principales par où ses stimull associés (sous forme de mou- 
vements moléculaires) peuvent se rendre, deTécorce des hémisphères 
cérébraux, aux muscles de chaque côté du corps. 

Les muscles des membres, droits ou gauches, ou les groupes mus- 
culaires d'autres parties qui sont ordinairement mises en action in- 
dépendamment de leurs homologues du côté opposé, ne reçoivent, 
ainsi que nous l'avons établi, leurs stimuli volitionnels que par l'Hé- 
misphère Cérébral du côté opposé. Mais les muscles situés de chaque 
côté et agissant ordinairement ensemble peuvent être indifTérem- 
ment excités par l'un ou l'autre des Hémisphères (Broadbent), grâce 
à l'existence de connexions commissurales intimes, reliant ensemble 
les Centres Spinaux doubles, en relation avec ces muscles d'une 
manière assez intime pour que chaque paire ne forme plus qu'un 
Centre. 

11 semble exister, toutefois, une exception fort importante à cette 
dernière règle, dans le cas des muscles (agissant ordinairement d'une 
manière bilatérale) qui servent à l'Articulation des Mots, c'est-à-dire 
à la parole ordinaire. Ordinairement, le stimulus qui vient de 
l'Écorce cérébrale pour exciter ces actions musculaires ne part que 
d'un seul Hémisphère; et, dans la grande majorité des cas, l'Hémi- 
sphère Gauche est la source de ces excitations. On donnera, dans les 
chapitres suivants, la preuve de ces assertions et d'autres particula- 
rités sur les routes que suivent les stimuli centrifuges en général. 

3. — RELATIONS FONCTIONNELLES DU CERVELET 
AVEC LES HÉMISPHÈRES CÉRÉBRAUX ET LA MOELLE. 

Nous passons maintenant à un autre sujet d'intérêt majeur, mais 
enveloppé d'une grande obscurité. Quelles sont les fonctions du 
Cervelet? Voilà une question qui semble fort simple, qui cependant 
a laissé les physiologistes perplexes pendant plus de deux siècles, 
et qui peut encore être considérée comme un problème entière- 
ment à résoudre. Les divers physiologistes ont eu sur ce sujet les 
opinions les plus variées. 

Willis et autres ont regardé le Cervelet comme le centre régulateur prhi- 
cipal des mouvements involontaires, ainsi que des fonctions de la vie végétative. 
Foville et autres en faisaient un sensorium commune, ou centre principal des 
impressions centripètes conscientes; Gall et quelques-uns de ses partisans le 
regardaient comme un organe principalement en relation avec l'instinct de 
propagation, ou aiypétit sexuel. Flourens, Longet et autres ont enseigné que le 
Cervelet est le siège d'une faculté coordinatrice des mouvements musculaires, 
volontaires ou non. Lussana, s'efforçant d'expliquer la manière dont il coor- 
donne les mouvements musculaires, en fait le siège du sens musculaire. Reil, 
Rolando et quelques auteurs modernes comme Luys, Weir-Mitchell et autres, 



OPINIONS SUR LES FONCTIONS DU CEUVELET. 131 

ont regardé le Cervelet comme un organe engendrant et distribuant la force 
nerveuse nécessaire à l'instigation de toute sorte de mouvements, et môme à 
l'excitation d'autres centres nerveux non moteurs. Cette énumération est loin 
d'épuiser la liste des opinions que l'on s'est faites, à des époques diverses, des 
fonctions du Cervelet. On signalera en effet, dans les pages suivantes, d'autres 
notions sur cet organe. 

Comment choisir, au milieu de ces tliéories étonnamment diverses ? 
Vulpiani, après avoir passé soigneusement en revue, en 1866, tout 
l'ensemble du sujet, ne put se décider à en accepter aucune. Il se 
contenta principalement de tirer certaines conclusions négatives. 
« Le Cervelet, dit-il, ne prend aucune part aux fonctions cérébrales 
proprement dites. Il semble n'avoir abolument rien à faire avec les 
manifestations de l'Instinct, de l'Intelligence ou de la Volonté. » 
Qu'elle soit correcte ou non, c'est là une idée communément 
acceptée. D'autre part, Vulpian a été forcé d'admettre que certains 
désordres ataxiques des mouvements sont causés par des lésions du 
Cervelet; bien qu'il rejetât l'hypothèse, ordinairement admise, de 
Flourens, que c'est «un centre par où s'effectue la coordination des 
mouvements, volontaires ou non. » 

La grande incertitude où l'on est toujours demeuré sur les fonc- 
tions du Cervelet est due à des causes diverses. Elle est en partie 
attribuable à la complexité des connexions de cet organe avec 
d'autres régions du Système Nerveux central, aussi bien qu'à l'ob- 
scurité qui règne sur les diverses sources de ses libres afférentes ot la 
destination de ses fibres efférentes; car, supposer avec Luys que les 
pédoncules du Cervelet ne sont composés que de fibres efférentes, 
semble à l'auteur aussi opposé aux faits, que cela le serait au plan des 
centres nerveux en général. Mais l'incertitude qui règne sur les fonc- 
tions réelles de cet organe est due aussi à la variété et à l'obscurité 
des symptômes qui résultent des blessures qu'on lui fait, chez les 
divers animaux inférieurs, et à une variété semblable de relation 
entre les symptômes et les lésions qui se révèlent à ceux qui étu- 
dient les effets des maladies du Cervelet chez l'Homme. 

Ces dernières variations sont en partie attribuables à la connexion intime 
du Cervelet et d'autres portions importantes de l'Encéphale. Cela rend difficile 
d'expérimenter sur l'organe, chez les animaux inférieurs, sans courir grand 
risque d'irriter ou de blesser tantôt l'une, tantôt l'autre de ces parties adja- 
centes. — Il est, d'autre part, fort difficile, pour la même raison, d'avoir affaire 
à des maladies non compliquées du Cervelet, — des maladies limitées à cet 
organe, et non associées à des symptômes résultant de la compression ou de 
l'irritation d'autres parties importantes, comme la Protubérance ou le Bulbe. 

Mais les effets de ces causes d'incertitude sont probablement accrus par 

1. Physiologie du Système Nerveiix,Tp. GOl-GiL 



132 RELATIONS DES PARTIES DE L'ENCÉPHALE. 

cette considération, que nous trouvons bien fondée, que le Cervelet, quelle 
que puisse être la nature précise de ses fonctions, n'agit point ordinairement 
seul, mais, à un degré très considérable, en conjonction avec le Cerveau, dans 
l'accomplissement de certaines fonctions communes à tous les deux. Ainsi 
donc il ne semble pas du tout improbable que, dans les cas de blessure ou de 
maladie du Cervelet, il puisse y avoir quelque action compensatrice de la part 
du Cerveau, — surtout quand la maladie a duré longtemps ou a commencé de 
bonne heure ; comme dans le cas d'atrophie de cet organe chez la petite fille 
examinée par Combette, et dont l'observation est rapportée par Cruveilhier. 
Une dernière cause de difficulté, tendant à compliquer l'interprétation des 
résultats des maladies du Cervelet, peut venir de ce que, dans le cas de lésions 
unilatérales, la moitié saine de l'organe peut être capable d'assumer et d'ac- 
complir, peut-être avec une simple différence de degré, les fonctions de la 
partie hors d'usage. (Voy. p. 139, note.) 

En face de toutes ces difficultés d'interprétation, il est peut-être 
bon de revenir en arrière, et d'examiner le problème des fonctions 
du Cervelet à la lumière des principes généraux, aidés de ce que 
nous pourrons obtenir de nos connaissances actuelles sur les con- 
nexions anatomiques précises de l'organe avec différentes parties du 
•cerveau et avec différentes régions de la Moelle Épinière. 

Le Système Cérébro-Spinal des Vertébrés contient, dans toute la longueur de 
la Moelle et du Bulbe, une série de centres sensitifs et moteurs dont chacun, 
capable de remplir des fonctions indépendantes, est aussi en relation subor- 
donnée avec d'autres Centres Nerveux supérieurs. 

Quelque chose de semblable existe chez les Vers et les Arthropodes. 

Mais le Cerveau, chez tous les Vertébrés, diffère de celui des Invertébrés 
par ce fait, qu'il possède deux parties doubles, morphologiquement distinctes, 
-qui ne sont point représentées chez ces derniers, ou du moins pas par des 
parties semblablement séparables. Ce sont les Lobes Cérébraux et le Cervelet. 
Faisant leur apparition sous forme de segments, relativement petits, chez les 
Poissons, leur volume et leur développement relatif s'accroissent chez les Ver- 
tébrés supérieurs, jusqu'à ce qu'ils rejettent enfin dans l'ombre toutes les 
divisions de l'encéphale. 

Il y a donc, chez les Vertébrés, quelques spécialisations fondamentales de 
fonctions qui sont, suivant toute probabilité, portées beaucoup plus loin que 
•chez aucun des animaux inférieurs, et dont l'existence semble marquée par le 
développement de parties aussi distinctes, morphologiquement, que les Lobes 
Cérébraux et le Cervelet. 

Mais il faut regarder comme un des faits physiologiques les mieux établis 
que les Lobes ou Hémisphères Cérébraux sont les principaux organes de 
l'Intelligence Consciente, — en comprenant sous ce terme la Sensation et la 
Perception, l'Idéation et le Raisonnement, ainsi que les phénomènes primaires 
de l'Émotion et de la Volition. Les deux Hémisphères ensemble constituent 
donc l'organe suprême, le dernier terme de la série de centres dans lesquels 
.les impressions « centripètes » sont mises en relation les unes avec les autres. 

Mais deux choses sont également certaines pour ce qui regarde le Cervelet; 



FONCTIONS DU CERVELET. 133 

d'abord il n'a pas de part appréciable, comme organe indépendant, dans l'exer- 
cice d'aucun de ces processus qui sont compris ensemble sous le nom d'Intelli- 
gence Consciente; et, en second lieu, son activité est indubitablement mêlée, 
de quelque manière, au pouvoir qu'a l'animal d'accomplir des Mouvements i. 
De quelle manière précise et à quels Mouvements est-elle liée, ce sont là des 
problèmes à résoudre : et nous devons maintenant diriger notre attention sur 
ces sujets. 

Si nous faisons donc attention à ce fait que, dans tout le Système Nerveux 
des animaux inférieurs, les centres nerveux « sensitifs » et les centres « moteurs » 
existent en paires associées ; si nous remarquons l'apparition simultanée des 
Lobes Cérébraux et du Cervelet dans la série animale; si nous considérons que 
les Lobes ou Hémisphères Cérébraux sont démontrés être les centres suprêmes 
des impressions «centripètes », et que l'on a également bien prouvé que le Cer- 
velet est un centre « moteur » important d'une nature quelconque : il semble 
qu'on puisse légitimement déduire des faits précédents que le Cervelet est le 
centre moteur suprême associé au Cei'veau, et qu'ils forment le couple final 
« moteur » et « sensitif », organisé ou accordé, à un certain degré, comme les 
couples inférieurs, pour une activité conjointe. 

On pourrait toutefois reconnaître tout d'abord que la relation entre ces 
centres suprêmes afférents et efférents, chez l'Homme et les animaux supé- 
rieurs, doit être nécessairement fort différente et beaucoup plus complexe que 
celle qui existe entre les couples inférieurs, chez les mêmes animaux, ou entre 
les couples supérieurs d'animaux comme un Centipède, un Gastéropode (fig. 27) 
ou tout autre Invertébré. 

Les relations entre les impressions centripètes et les actions qui y répondent 
par l'intervention de l'activité des centres nerveux inférieurs, chez l'Homme, 
ou des centres supérieurs d'un animal inférieur, sont relativement simples et 
directes ; mais, chez les animaux supérieurs, à mesure que l'organe de l'Intel- 
ligence Consciente s'accroît en volume et en complexité intérieure, s'accroissent 
aussi les chances d'intervention de processus nerveux compliqués, entre la 
réception de certaines impressions sensorielles et les actions qui peuvent 
finalement en résulter. Les actes qui suivent en ce cas, comme résultat d'une 
délibéi-ation, peuvent être d'un ordre nouveau et inaccoutumé, — conçus et 
excités d'une manière consciente. 

A mesure que la Conscience Sensorielle^ et l'Intelligence qui 
s'accroît par son exercice, augmentent d'intensité et de complexité, 
ce côté de la vie devient plus absorbant ; et la Conscience de l'Ani- 
mal (ou son Attention) est proportionellement détournée des Sensa- 
tions et des Mouvements Viscéraux, ainsi que de la majeure partie 
des innombrables mouvements automatiques ou secondairement aulo- 
maliques]iés à sa vie extérieure, ou Vie de Relation. La sphère delà 
Conscience est limitée dans une direction et agrandie dans une 

1. Voy. Owen, Anat. of Vertebrates, vol. I", p. 487-488. L'hypothèse de Gall 
que le Cervelet est le siège de Vinstinct sexuel ne saurait être appuyée que 
sur peu de chose, ou même sur rien qui ne se puisse mieux expliquer autre- 
ment. (Voy. Ferrier, Functions ofthe Brain, p. 122.) 



13i RELATIONS DES PARTIES DE L'ENCÉPHALE. 

autre; et de nouvelles acquisitions ne se feraient jamais dans la 
sphère des Sens, de Plntelligence, ou du Mouvement Volontaire, si 
des Impressions habituelles et se représentant sans cesse ne pouvaient 
point évoquer par elles-mêmes (sans engager notre Conscience) 
des Mouvements correspondants : c'est-à-dire si ces derniers ne pou- 
vaient être exécutés et réglés sous le contrôle de quelqu'un des 
grands centres, en réponse à de simples Impressions non senties. Il 
devient donc évident qu'il serait fort avantageux, sinon absolument 
nécessaire, à des animaux dont Tlntelligence Consciente atteint un 
haut développement, que leur principal centre moteur, le Cervelet 
(nous supposons pour le moment que c'est là sa nature), fût en rela- 
tion avec les divers nerfs a afférents » du corps et avec leurs centres 
nerveux correspondants, des plus inférieurs aux plus élevés, — ou 
du moins, de quelques-uns des inférieurs aux plus élevés. 

Par ses connexions avec les centres sensitifs les plus élevés, 
c'est-à-dire ceux de la substance grise corticale du Cerveau, le 
Cervelet serait mis à même (a) de prendre part aux Mouvements, 
Volontaires ou non, qui suivent (immédiatement ou d'une manière 
éloignée) l'instigation d'Impressions Conscientes ; et, par ses con- 
nexions avec les centres inférieurs de divers degrés, il serait 
capable, {b) à l'instigation d'Impressions non-senties, de prendre une 
part beaucoup plus large dans la production et l'entretien des Mou- 
vements « automatiques » et «secondairement automatiques » com- 
plexes, en général; — une part exactement semblable, en réalité, à 
celle que les centres moteurs spinaux inférieurs prennent à l'exé- 
cution des Mouvements « réflexes » spinaux *. 

On reviendra plus loin sur le mécanisme des Mouvements Volon- 
taires. Il faut seulement signaler ici que la « Volition « proprement 
dite est inséparable de l'Activité Sensorielle, de l'Intelligence et de 
la Raison ; de sorte que les points de départ des « stimuli » Volitionnels 
doivent être situés quelque part dans l'organe de l'Intelligence Con- 
sciente, c'est-à-dire dans le Cerveau. C'est V Acluation, ou mise en jeu 
d'une Volition destinée à produire un Mouvement, qui est dévolue 
aux Centres Moteurs; et il y a des raisons de croire que le Cervelet 
coopère avec les Corps Striés dans la réalisation de cette partie ou 

1. Chez un animal comme la Grenouille, où le Cervelet est très petit et 
mal développé, môme les mouvements de locomotion peuvent être exécutés 
sous la direction de la Moelle Épinière seule. Il est fort surprenant de voir 
qu'une Grenouille, dont on a détruit le Cerveau et le Cervelet, peut encore se 
tenir sur ses pattes et même sauter. C'est-à-dire que cela est surprenant si nous 
le considérons au point de vue de ce qui se produii'ait chez un animal supé- 
rieur dans les mêmes conditions; mais beaucoup moins, si nous considérons le 
degré et la nature des facultés locomotrices que. conserveraient un grand 
nombre d'Insectes semblablemeut mutilés. 



FONCTIONS DU CERVELET. 135 

phase secondaire d'un Acte Volitionnel ordinaire et de ses consé- 
quences. 

Deux questions principales se présentent donc, comme résultats 
de ce qu'on a dit jusqu'ici sur les fonctions probables du Cervelet. (1) 
Quelle preuve y a-t-il que le Cervelet prend une large part à la pro- 
duction de mouvements « automatiques» et « secondairement auto- 
matiques », en réponse à des Impressions « non senties? » (2) Quelle 
preuve y a-t-il que le Cervelet prend part à rexccution de Mouve- 
ments Volontaires? 

Les réponses à ces questions, pour autant qu'on peut les donner, 

— et cela par voie de suggestions plutôt que d'affflrmations positives, 

— seront mieux exposées en même temps que ce que l'on connaît 
de la composition des divers Pédoncules du Cervelet. 

Il y a lieu de croire que c'est principalement par l'intervention 
des Pédoncules Supérieurs et Inférieurs que le Cervelet reçoit les 
impressions d'un ordre inconscient, qui le mettent à même de 
prendre part à la production de certains Mouvements « automa- 
tiques » et « secondairement automatiques » qui y répondent. 

Les raisons en faveur de cette opinion sont, d'abord, que les Pédoncules 
Supérieurs et Inférieurs contiennent un grand nombre de sortes différentes de 
fibres « centripètes » , bien que l'on ait surabondamment prouvé que le Cervelet 
n'est en aucun sens un organe d'Intelligence Consciente; en second lieu, elle 
est appuyée par le fait que, chez les Poissons et les Reptiles, ces Pédoncules 
existent seuls, — les Pédoncules Moyens, et avec eux «le pontde Varole», faisant, 
comme on le sait, défaut. Car il est raisonnable de supposer que les fonctions 
simplement automatiques, ou sensori-motrices, du Cervelet s'établiraient plus 
tôt que celles qui ont trait aux Actions Volontaires, dans des animaux chez les- 
quels les Mouvements de la première classe sont beaucoup plus fréquents et 
plus nombreux que ceux de la seconde. 

En supposant que les fibres afférentes (ou «sensitives») du Cervelet ne font que 
porter à cet organe des excitations, qui font que certains éléments ganglion- 
naires de sa Substance Grise corticale se déchargent le long des fibres efférentes 
en corrélation définie (de manière à exciter divers Centres Moteurs inférieurs 
dans des modes particuliers de combinaison), nous sommes à même de nous 
rendre compte des relations sensitives des Pédoncules Cérébelleux Supérieurs et 
Inférieurs, sans avoir à regarder le Cervelet lui-même comme une sorte de senso- 
rium commune, — ainsi que Foville et autres le faisaient à tort i. S'il a à régler 
l'exécution de Mouvements automatiques excités par toutes sortes d'Impressions 

1. Ou sans avoir recours à une hypothèse comme celle d'Herbert Spencer 
{Principles of Psychology, vol. I", p. 61), qui veut que « le Cervelet soit un 
organe de coordination doublement complexe dans l'espace, » ayant rapport à la 
coordination d'Actes et d'Impressions coexistantes, de même que « le Cerveau 
est un organe de coordination doublement complexe dans le temps » ayant 
trait, par conséquent, à des Impressions et à des Actes successifs. 



136 RELATIONS DES PARTIES DE L'ENCÉPHALE. 

« afférentes, » il est évident qu'il doit être mis en relation avec celles-ci (princi- 
palement peut-être au moyen de fibres internonciales), bien qu'il ne soit point 
nécessaire que l'arrivée au Cervelet d'Impressions de cette nature soit accom- 
pagnée d'aucune phase Consciente. 

Des centres moteurs inférieurs situés dans la moelle sont en relation immé- 
diate, au moyen de fibres internonciales, avec des centres sensitifs correspon- 
dants. Le Cervelet semblerait être également en relation avec une multitude 
de fibres de ce type, qui lui parviennent de centres « sensitifs » de diverse 
natui'e, plus ou moins éloignés. Il n'y a toutefois pas plus de raison d'attribuer, 
en conséquence de cette relation, des fonctions sensitives au Cervelet, qu'il n'y 
en aurait pour attribuer des fonctions semblables à la substance grise des 
cornes antérieures de la Moelle. Des relations de ce genre avec les noyaux ou 
centres « sensitifs » sont indispensables pour un Centre Moteur, que sa situa- 
tion soit basse ou élevée : seulement, plus il est élevé, plus il y a de chances 
pour que ses connexions soient nombreuses. 

Bien que quelques-uns des faits qui ont rapport aux connexions du Cervelet 
avec les nerfs afférents aient été mieux démontrés dans l'Encéphale des Verté- 
brés inférieurs que dans celui de l'Homme, ils ont à peine moins de valeur 
pour cela, puisque les fonctions du Cervelet, comme sa structure intime, sont 
probablement uniformes dans toute la classe des Vertébrés. 

Il y a de bonnes raisons pour croire que les Lobes Optiques des Poissons sont 
mis en relation immédiate avec leur Cervelet rudimentaire, au moyen des Pédon- 
cules Supérieurs. Les fibres constituant ces pédoncules se rendent du septum 
situé entre les Lobes Optiques, à la portion médiane du Cervelet. Chez l'Homme, 
ces mêmes pédoncules, partant des noyaux rouges situés dans la partie sensi- 
tive des pédoncules cérébraux, subissent une décussation au-dessous des Tuber- 
cules Quadrijumeaux, et se rendent de là, en suivant une direction légèrement 
divergente, à la partie antérieure du Cervelet. Il est donc fort probable que, 
chez l'Homme aussi, ces Pédoncules Supérieurs servent en partie à mettre les 
Centres Optiques en relations avec le Cervelet. 

En outre, d'après Mej^nerti, une portion de la grosse racine du cinquième 
nerf, ou Trijumeau, repose sur le bord supérieur et externe de ce Pédoncule 
Supérieur ; et une portion de la racine du nerf Auditif est disposée de même. 
Chez quelques Poissons, le ganglion situé à la racine du Trijumeau est, d'après 
Owen, directement relié avec le Cervelet, au moyen de quelques fibres ver- 
ticales. 

Ainsi, bien qu'on ne sache presque rien sur les relations du Lobe Olfactif 
avec le Cervelet, il semble certain que les trois nerfs crâniens sensitifs sui- 
vants (Optique, Trijumeau et Auditif) entrent en relations avec le Cervelet au 
moyen de ses Pédoncules Supérieurs. 

Mais il semble possible que les divers « Centres Perceptifs » de la région 
corticale des Hémisphères Cérébraux soient aussi mis en relations avec le Cer- 
velet par des fibres internonciales passant par le « noyau rouge » du Tegmentum 
et les Pédoncules Cérébelleux Supérieurs. En ce cas, ces fibres pourraient 
amener des stimuli « afférents » en relation avec des mouvements Idéo-Moteurs 
et Volontaires ; tandis que ceux qui arrivent à l'organe par les Nerfs Sensitifs 
ou leurs Ganglions, peuvent amener des stimuli « aiïérents » capables d'évoquer 

1. Stricker : Histology, vol. II, p. 460. 



PÉDONCULES DU CERVELET. 137 

des mouvements devenus « automatiques, » ou de l'ordre « secondairement 
automatique. » D'autres fibres toutefois, dont on parlera tout à l'heure, sem- 
blent aussi appartenir à cette dernière catégorie. Nous n'avons aucun moj'en de 
décider, à présent, si les Pédoncules Supérieurs ne contiennent que des fibres 
afférentes. 

Chaque Pédoncule Inférieur du Cervelet est, chez les Poissons, en relation 
intime avec deux nerfs sensitifs viscéraux : le nerf Vague et le Glosso-pharyn- 
gion; et aussi avec les grands « nerfs latéraux», ordinairement tributaires de 
la seconde racine du nerf Vague. La totalité de cette dei'nière racine entre dans 
le Pédoncule Inférieur, immédiatement au-dessous ou sur le côté du Cervelet. 
Cette relation n'est pas aussi distincte chez quelques autres Vertébrés; bien 
que, chez tous, les racines du Pneumogastrique soient en relation intime avec 
les Pédoncules Inférieurs (ou « corps restiformes »). Il y a en outre de bonnes 
raisons pour croire que la grande majorité des fibres de ces Pédoncules se 
compose de fibres afférentes, qui viennent (peut-être en subissant une double 
décussation dans la Moelle et le Bulbe) des Viscères, des Muscles et de la Peau 
du même côté du corps, — au lieu d'y pénétrer directement comme les grands 
« nerfs latéraux » ou le Pneumogastrique lui-même. 

Mais, outre les nerfs sensitifs provenant des parties internes et externes du 
corps en général, les Pédoncules Inférieurs du Cervelet transmettent aussi à, 
cet organe de nombreuses fibres du nerf Auditif. Cet arrangement existe chez 
l'Homme aussi bien que chez les Vertébrés inférieurs. 

Eu égard aux vues de Cyon (voy. p. 169, vol. l"), qu'il y a deux nerfs distincts 
dans ce que l'on désigne ordinairement sous le nom de nerf Auditif, il n'est 
point sans intérêt de trouver que quelques-unes de ses fibres se rendent 
au Cervelet par le Pédoncule Supérieur et d'autres par l'Inférieur. Les con- 
nexions étendues que ce double nerf possède avec le Cervelet sont aussi d'un 
intérêt considérable, eu égard aux relations de nerfs analogues, chez la majo- 
rité des Mollusques (et chez les Insectes où on en connaît), avec leurs princi- 
paux centres moteurs. 

Il paraît tout à fait certain que chaque Pédoncule Inférieur du Cervelet 
contient aussi quelques fibres efférentes ou centrifuges, et que celles-ci (bien 
qu'existant probablement aussi dans d'autres parties) sont réunies en un petit 
faisceau (décrit d'abord par Solly) qui passe au-dessus du bord externe du 
pédoncule correspondant, et de là va contourner l'extrémité inférieure de- 
r « olive », pour s'unir à la colonne antérieure de la Moelle, immédiatement 
au-dessus de la « décussation » des Pyramides. 

Il y a lieu de croire que c'est par l'intermédiaire des Pédoncules 
Moyens que le Cervelet coopère principalement avec le Cerveau 
pour l'exécution des Mouvements Volontaires; — bien que les incita- 
tions à prendre part à ces mouvements puissent aussi venir, comme 
nous l'avons déjà suggéré, des centres perceptifs situés dans les 
Hémisphères Cérébraux, en passant par les noyaux rouges et les pé- 
doncules Supérieurs. 

Le fait que le Cervelet coopère bien réellement avec le Cerveau, 
d'une manière quelconque, est évident, puisqu'il a été prouvé que 



138 RELATIONS DES PARTIES DE L'ENCÉPHALE. 

Tatrophie d'un Hémisphère Cérébral entraîne l'atrophie de la moitié 
opposée du Cervelet'. Et, que le Cervelet réponde auxstimuli venant 
du Cerveau, plutôt que vice versa, c'est ce qui semble prouvé par le 
fait que l'atrophie d'une moitié du Cervelet n'a, au contraire, aucune 
tendance à déterminer celle de l'Hémisphère Cérébral du côté opposé. 

L'idée que les Pédoncules Moyens sont les parties par lesquelles la rela- 
tion entre le Cerveau et le Cervelet s'établit principalement, dans l'Action Voli- 
tionnelle, est fortement appuyée par deux séries de faits : d'abord le déve- 
loppement plus tardif de ces Pédoncules Moyens et des lobes latéraux avec 
lesquels ils sont principalement reliés, dans toute la série animale; ainsi que 
leur accroissement progressif chez des animaux de plus en plus élevés, et leur 
maximum de développement chez l'Homme-; en second lieu, cette opinion est 
également appuyée par ce que nous savons de leurs relations anatomiquos. 
Les descriptions de Broadbent et de Meynert donnent quelque raison de croire 
que les fibres vont de chaque Pédoncule Moyen du Cervelet à la moitié opposée 
de la Protubérance, et de là (par le Pédoncule Cérébral), se dirigent en partie 
vers l'Écorce de l'Hémisphère, et en partie seulement vers le Corps Strié*. 
D'autres de ces fibres peuvent peut-être descendre aux centres moteurs de la 
Protubérance elle-même ou à des centres semblables situés dans le Bulbe. 

Comme ces fibres « efférentes » du Cervelet s'avancent vers les tractus mo- 
teurs opposés du Cerveau, — au-dessus du siège de leur « décussation » dans 
le Bulbe, — la moitié du Cervelet dont ils sortent serait (à raison de cette 
« décussation » inférieure des Pyramides Antérieures) mise en relation avec les 
membres du côté correspondant du corps. Cette relation, directe plutôt que 
croisée, est également indiquée par des observations expérimentales sur 
les animaux inférieurs et par les phénomènes morbides observables chez 
l'Homme. 

En réunissant tous ces faits, il semble que le Cervelet puisse 
être regardé comme un centre moteur suprême, énormément déve- 

1. C'est-à-dire lorsque le processus atrophique de l'Hémisphère comprend 
des parties de nature telle, qu'il s'ensuive une Hémiplégie, — ou paralysie du 
côté opposé du corps. (Voy. p. 50.) 

2. Meynert (Stricker : Histology, II, p. 456) appelle l'attention sur le fait 
que, à mesure que s'accroissent ies Hémisphères Cérébraux, les divisions motrices 
des Pédoncules s'accroissent également, ainsi que les Pédoncules Moyens et 
les « lobes latéraux » du Cervelet (Voy. vol. I", p. 214, quelques remarques sur 
ce genre de corrélation). 

3. Des cellules du Corps Strié il descend, d'après Meynert, « deux faisceaux 
qui divergent ensuite, l'un se rendant à la Moelle et l'autre au Cervelet ». Ce 
dernier remonte, sous forme de faisceau épais, dans le Pédoncule Moyen {loc. 
cit., p. 375) et peut contenir des fibres cérébelleuses ascendantes (afférentes) 
aussi bien que des fibres descendantes (efférentes), si les conclusions de Mey- 
nert sont correctes; bien que l'auteur pense que quelques-unes au moins des 
fibres Cérébrales « afférentes » arrivent au Cervelet par les « pédoncules supé- 
rieurs. » 



LE CERVELET EST UN CENTRE MOTEUR. 139 

loppé, dont les Lobes Latéraux coopèrent, en relation croisée, avec 
ceux du Cerveau, à rcxécution de Mouvements Volontaires; bien 
qu'il soit aussi un organe habitué à agir — peut-être à un degré beau- 
coup plus étendu et d'une façon plus continuelle — dans l'exécution 
de Mouvements Automatiques compliques, répondant à des impres- 
sions « non-senties », qui lui arrivent (principalement au moyen de 
fibres internonciales) de « noyaux sensitifs » de toute nature. 

Bien que les Pédoncules Supérieurs et Inférieurs puissent sembler 
les principaux conducteurs par lesquels ces dernières impressions 
afférentes atteignent le Cervelet, il peut ne passer le long des Pédon- 
cules Inférieurs qu'une partie des stimuli efférents qui y répondent; 
d'autres peuvent, chez les animaux supérieurs, traverser les Pédon- 
cules Moyens. Quoi qu'il en soit, il semblerait que toutes les 
impressions Cérébelleuses afférentes qui sont destinées à exciter 
des Mouvements Automatiques et qui viennent à émaner d'une 
moitié du corps, se rendent à la moitié correspondante du Cervelet; 
soit qu'elles y aillent directement (comme cela paraît être le cas 
pour les fibres du Trijumeau, de l'Auditif et autres nerfs crâniens), 
soit qu'elles n'y arrivent qu'après deuxdécussations (comme il semble 
que cela se passe pour les fibres des Nerfs Optiques et des Nerfs 
Sensitifs ordinaires du corps). 

Ainsi donc, dans les relations du Cerveau avec le Cervelet pour 
l'exécution de Mouvements Volontaires, il existe des connexions 
croisées analogues à celles qu'il y a entre les Hémisphères Cérébraux 
et les moitiés opposées de la Moelle ; tandis que, dans le rôle qu'il 
joue comme centre moteur suprême en connexion avec les genres 
les plus élevés de Mouvements Automatiques, le Cervelet est encore 
mis en jeu exactement comme s'il était un segment très-spécialisé 
de la Moelle elle-même ^ 

Si nous essayons d'énumérer brièvement ses fonctions, nous 
pouvons dire que le Cervelet est un Centre Moteur suprême, pour ren- 
forcer el aider à régulariser la dislribulion qualitative et quantita- 
tive des courants centrifuges, dans les Actes Volontaires et Automa- 
tiques respectivement; ou, encore plus brièvement , que c'est dn 

ORGANE SUPRÊME POUR RENFORCER ET RÉGULARISER LA DISTRIBUTION DES 
COURANTS CENTRIFUGES. 

Après ce qu'on a déjà dit, et en face de toutes les difficultés pré- 

1. Voy. p. 132. Beaucoup de ces Mouvements sensori-moteurs ou Automa- 
tiques seraient toutefois d'un type bilatéral ; et ces Mouvements pourraient 
probablement être excités par l'une ou l'autre moitié du Cervelet (comme 
cela a lieu pour le Cerveau). Nous avons donc une autre raison pour que les 
maladies unilatérales du Cervelet soient souvent associées à des troubles 
moteurs obscurs et mal définis. 



110 RELATIONS DES PARTIES DE L'ENCÉPHALE. 

cédemment énumérées, il est aisé d'imaginer que le Cervelet peut 
paraître à quelques personnes un organe ayant des rapports impor- 
tants avec la coordination des mouvements; qu'il puisse être regardé 
par d'autres comme le siège d'un sens musculaire ; et, par d'autres 
encore, comme ayant à fournir ou à mettre en liberté la force néces- 
saire pour les mouvements en général. D'autre part, qu'il doive 
sembler n'avoir rien à faire avec l'Instinct, l'Intelligence ou la Sen- 
sibilité Consciente, malgré le fait qu'il est le récepteur de fibres pro- 
venant de noyaux « sensitifs» de toute nature, c'est ce qui est d'accord 
avec la raison, autant qu'avec l'expérience, — eu égard aux fonctions 
réflexes qui lui ont été assignées. Et si la fonction du Cervelet est 
uniquement de décharger ou d'émettre de l'énergie moléculaire 
pour déterminer des Mouvements Musculaires en réponse, soit à des 
Incitations Volitionnelles nettement localisées, lui venant des hémi- 
sphères Cérébraux, soit à des Impressions également bien localisées, 
quoiqu' « inconscientes », venant des noyaux « sensitifs »les plus va- 
riés situés à la base du Cerveau et dans la Moelle, nous pouvons nous 
attendre à ce que sa structure microscopique soit pratiquement la 
même dans toutes les parties de sa Substance Grise superficielle 
si étendue et si repliée: — et c'est là ce que nous trouvons en réalité. 
Nous pouvons nous attendre aussi à ce que, pour autant qu'il est eu 
rapport avec les Hémisphères Cérébraux, le Cervelet ne doive agir 
qu'en réponse à leurs excitations, — ce qui semble aussi être le cas. 
L'opinion avancée ici paraît donc en harmonie avec un grand nombre 
de faits reconnus, et également capable d'embrasser un certain 
nombre des opinions, sur les fonctions de cet organe, qui ont été 
énoncées de temps à autre, et qui n'ont peut-être péché que par 
leur nature plus ou moins étroite et exclusive. 



CHAPITRE XXV 



LA PHRENOLOGIE ANCIENNE ET NOUVELLE 



Nous ne sommes arrivés que d'une manière très graduelle à ce 
que nous savons sur la Structure et les Fonctions du Cerveau. Ce 
n'est, en réalité, que dans le dernier siècle que la grande masse de 
nos connaissances présentes a graduellement pris forme, au milieu 
des nuages d'erreurs dont les opinions des anciens et les idées 
purement spéculatives d'un grand nombre d'anatomistes des siècles 
précédents avaient enveloppé le sujet. 

On peut donner ici, sur ces notions premières, quelques détails, 
choisis et résumés, pour la plupart, des ouvrages de Prochaska^ 

D'après Aristote, le cœur était le siège de Vâme raisonnable ; et de là par- 
taient les nerfs (dont il n'ignorait pas les relations avec la sensation et le mou- 
vement). Le Cerveau était décrit par lui comme un viscère inerte, froid et 
exsangue, et à peine énuméré parmi les autres organes du corps, — étant donné 
qu'il n'avait d'autre usage que de refroidir le cœur. 

Érasistrate, petit-fils d'Aristote, renonça aux vues qui avaient été ensei- 
gnées par le grand maître. Lui et Hérophile (environ 300 ans av. J.-C.) furent 
probablement les premiers à disséquer le Cerveau Humain. 11 commença par 
dire que les nerfs sensitifs partaient des méninges ou membranes du cerveau, 
et les nerfs moteurs du cerveau lui-même; mais, à un âge beaucoup plus 
avancé, il modifia cette doctrine, et déclara que les deux classes de nerfs par- 
taient delà substance médullaire du cerveau; que les esprits animaux venaient 
du cerveau, et les esprits vitaux du cœur. Il reconnut que c'était dans le Cer- 
veau de l'Homme que les Circonvolutions étaient le plus développées, et leur 
attacha de l'importance relativement à son Intelligence supérieure. 

Galien (environ 150 ans après J.-C.) s'appliqua à réfuter la doctrine d'Aris- 
tote. Il montra que le cerveau des animaux était chaud, et non pas froid, et 
recevait beaucoup de sang. Il maintint en outre que sa structure compliquée 
n'était point en faveur de l'idée d'Aristote, qui n'y voyait qu'un simple réfri- 
gérant ; puisque pour cela une « éponge grossière et informe » aurait suffi. Il 
fit remarquer que le cerveau était de la même substance que les nerfs, mais 
plus mou, « comme cela devait nécessairement être, puisqu'il reçoit toutes les 

i- Dissertation on the Functions of the Nervous System. — Traduction de 
la Sydenham Society. 1851. 



142 PHRÉNOLOGIK ANCIENNE ET NOUVELLE. 

sensations, perçoit toutes les imaginations, et a encore à embrasser tous les 
objets de l'entendement : car ce qui est mou est plus aisément changé que ce 
qui est dur ». Puisque de doubles nei'fs sont nécessaires, les mous pour la 
sensation, les durs pour le mouvement, le cerveau de môme est double : l'an- 
térieur étant plus mou et le postérieur plus dur. Les ventricules supérieurs ou 
latéraux étaient, d'après Galien, doués des plus hautes fonctions. Ils recevaient 
de l'air par les narines (par l'intermédiaire de l'ethmoïde et des tubercules 
mamillaires), mêlaient cet air avec les esprits vitaux amenés du cœur aux ven- 
tricules par les artères, et en élaboraient les esprits animaux, qui, de là, étaient 
transmis par le cerveau aux nerfs, pour déterminer le mouvement et la sen- 
sation. Il estimait aussi que les ventricules latéraux recevaient, par la môme 
voie, des objets sensibles et des particules odorantes. Galien enseignait également 
que le cerveau avait un double mouvement: l'un diastolique, pour recevoir Fair 
et les esprits vitaux ; et l'autre systolique, par lequel les ventricules distri- 
buaient aux nerfs les esprits animaux. Plus tard, il estima que les esprits 
animaux n'étaient pas contenus dans les ventricules seulement, mais répandus 
dans toute la substance du cerveau et du cervelet. « L'usage du trigone, auquel 
appartient aussi le corps calleux, est le môme, dit-il, que celui des arcades des 
bâtiments; c'est-à-dire de supporter commodément et sûrement toute la partie 
sus-jacente du cerveau. » Lestubei'culesquadrijuraeaux remplissent les fonctions 
de portier, puisqu'ils servent à ouvrir ou à fermer le passage par où les esprits 
animaux sont transmis des ventricules antérieurs au ventricule postérieur, à 
travers l'aqueduc de Sylvius. 

Quelques siècles plus tard, d'après Prochaska, « les Arabes répartissaient 
les fonctions animales dans les ventricules du cerveau; de sorte qu'ils faisaient 
de l'un des ventricules latéraux le siège de la sensation générale ; de l'autre, 
celui de la faculté Imaginative; le troisième étant le siège de l'entendement, et 
le quatrième de la mémoire. » Cette doctrine fut également soutenue par Duns 
Scot, Thomas d'Aquin et autres théologiens. Et, même dans la première moitié 
du xvu" siècle, « Descartes soutenait que les esprits animaux étaient sécrétés 
du cerveau à travers des pores qui s'ouvraient dans les ventricules; et que, s'ac- 
cumulant dans ces cavités, leur plus léger désordre excitait l'âme, située dans 
la glande pinéale ; et, contrairement, que les esprits animaux des ventricules 
étaient mus par la volonté, agissant par l'intermédiaire de la glande pinéale, et 
distribués de là, au moyen des nerfs, dans toutes les parties du corps i. » 

Mais, vers la fin duxvi" siècle et le commencement du xvii', Casper Bauhin, 
Varole, Spigel et autres anatomistes, s'étaient efforcés de montrer, contraire- 
ment à Galien, que les ventricules du cerveau ne sont point les fabriques et 
les magasins des esprits animaux ; et qu'on doit plutôt les regarder comme des 
« organes accidentels qui n'ont souvent pas d'autre usage que de recevoir les 
excrétions et les résidus formés durant la nutrition du cerveau et la produc- 
tion des esprits animaux, et de les emmener, par l'infundibulum, jusque dans 
la gorge. » 

Lorsqu'on fut complètement d'accord que les esprits animaux n'étaient 
point engendrés dans les ventricules du cerveau, ni produits dans la substance 

1. Môme vers la fin du siècle dernier, un célèbre anatomiste, Sômmering, 
annonça qu'il regardait le fluide des ventricules du cerveau comme le senso- 
rium commune réel, et l'organe propre de l'Esprit. 



IDEES DE WILLIS. 143 

cérébrale pour se réunir dans les ventricules, on pensait encore généralement 
que ces cavités étaient des réceptacles pour des substances usées qui se déchar- 
geaient principalement dans les narines, à travers l'etiimoïde et certains canaux 
imaginaires, indiqués par Galien et beaucoup plus tard par Vésale, comme 
allant de la glande pituitaire jusqu'au gosier, à travers le sphénoïde. Cette opi- 
nion devait toutefois être renversée à son tour; et C.-V. Schneider (1655) fit 
beaucoup pour cela. Lower, Willis et autres, finirent aussi par se convaincre 
que rien ne pouvait passer des ventricules aux narines par le chemin indiqué ; 
ils pensaient toutefois «que le sérum des ventricules passait par l'infundibulum 
à la glande pituitaire, et de là, par des conduits particuliers, aux veines jugu- 
laires où il se mêlait avec le sang». Haller admettait que l'infundibulum était 
creux, mais niait l'existence des derniers canaux mentionnés, et maintenait que 
les ventricules n'avaient pas besoin d'issue spéciale pour l'évacuation du sérum. 

Eu égard au mode de génération des esprits animaux, Malpighi, Willis (1604) 
et autres, se contentaient de penser qu'ils étaient sécrétés dans la substance 
corticale du cerveau, et, de là, reçus dans la substance blanche, ou médullaire, 
d'où ils étaient distribués, par les nerfs, au corps tout entier. « Les facultés de 
l'esprit, comme la perception, l'imagination, l'entendement et la mémoire, 
étaient bannies des ventricules en même temps que les esprits animaux; 
quelques-uns les plaçaient dans la masse solide du cerveau, tandis que d'autres 
affirmaient que c'étaient seulement des propriétés de l'âme immatérielle et 
raisonnable, et qu'elles ne dépendaient en rien du corps. » Malpighi regardait la 
substance corticale du cerveau comme de nature véritablement glandulaire. 

Willis a été appelé le « père de la phrénologie » à cause de l'étendue dans 
laquelle il assigna à chaque partie particulière du cerveau une influence 
spéciale sur l'esprit. Il maintenait « que le cerveau sert aux fonctions animales 
et aux mouvements volontaires, le cervelet aux mouvements involontaires ; 
qu'une perception de toutes les sensations a lieu dans les fibres ascendantes 
des corps striés, et que les mouvements volontaires sont excités par les fibres 
descendantes ; que l'entendement siège dans le corps calleux, et la mémoire 
dans les circonvolutions, qui sont des magasins ; que les esprits animaux sont 
engendrés dans l'ccorce du cerveau et du cervelet par le sang artériel ; qu'ils se 
réunissent dans le bulbe, sont distribués et arrangés de façons diverses pour 
exciter les actions diverses de l'animal, et distillent à travers le trigone comme 
à travers un « pélican » i; que les esprits animaux sécrétés dans le cervelet 
s'écoulent sans cesse, d'une manière égale et continue, dans les nerfs qui règlent 
les mouvements involontaires; mais que ceux du cerveau s'échappent tumul- 
tueusement et irrégulièrement, suivant que les actions de l'animal sont accom- 
plies violemment ou sont au contraire à l'état de repos. Pour exciter des 
sensations, les esprits s'écoulent le long des nerfs jusqu'au cerveau... Quant 
aux anses nerveuses dont les artères sont parfois entourées, il établit que leur 
usage est de relâcher ou de fermer les artères, et d'admettre ainsi, pendant les 
diverses émotions de l'esprit, le sang, en quantité plus ou moins grande, à 
certaines parties. Il décida que la glande pinéale n'était point le siège de l'âme, 
mais une glande lymphatique. » 

Les successeurs de Willis adoptèrent quelques-unes de ses doctrines, mais 
en réfutèrent d'autres. Beaucoup de discussions stériles furent soutenues, par 

1, Ancienne forme d'alambic. 



144 PHRÉNOLOGIE ANCIENNE ET NOUVELLE. 

Boerhave et d'autres, sur la nature essentielle des esprits animaux ; et, dans la 
première partie du xviii" siècle, voici quelles étaient les vues exprimées sur 
les usages de certaines parties du cerveau. Vieussens plaçait le siège de l'ima- 
gination dans le centre ovale ; Lancisi et Peyronie maintenaient que toute sen- 
sation est éprouvée, et tout mouvement excité, par le corps calleux. Meyer 
plaçait le siège de la mémoire dans la substance corticale, la sensation à 
l'origine des nerfs, et les idées abstraites dans le cervelet. Beaucoup, toutefois, 
reconnaissaient qu'il n'était pas possible de déterminer avec quelque certitude 
le siège des facultés mentales ; bien que, sans doute, la nature n'ait pas formé 
sans but les divisions si nombreuses et si variées du cerveau et du cervelet. 
Alors survint une autre crise dans l'iiisoire des opinions sur le cerveau et 
ses fonctions. Dans les temps antérieurs, la notion de l'existence d'esprits 
animaux était admise sans discussion. On avait beaucoup disputé sur leur 
mode d'origine, sur leur siège principal, sur leur nature essentielle; mais ces 
problèmes furent enfin laissés de côté pour un qui aurait dû les précéder. 
Quelle preuve évidente avait-on de leur existence même? La supposition que 
ce qu'on avait appelé esprits animaux existât en réalité, parut maintenant à 
beaucoup une hypothèse gratuite. Après beaucoup de discussions enti-e les 
partisans de Stahl et leurs adversaires, nous trouvons Boerhave, Haller (1766) 
et Tissot, demeurés les derniers champions de la doctrine, et s'efforçant de la 
faire accepter comme vérité. « Malgré l'autorité de ces grands noms, dit Pro- 
chaska, l'amour de la vérité excita des hommes distingués, qui avancèrent des 
doutes sur l'hypothèse des esprits animaux, et qui montrèrent que les argu- 
ments allégués en leur faveur ne prouvaient rien, lorsqu'on les analysait soi- 
gneusement; enfin, que l'hypothèse entière était absolument dénuée de vérité.» 
Écrivant donc en 1784, Prochaska dit : « Nous appellerons la cause latente 
dans la pulpe des nerfs, qui produit ses effets et qu'on n'a point encore reconnue, 
vis nervosa; nous voulons ai'ranger ses effets observés, qui sont les fonctions 
du système nerveux, et découvrir ses lois. » 

Le même écrivain considérait qu'il n'était « point improbable que chaque 
division de l'intellect eût son organe particulier dans le cerveau » ; bien qu'il 
admît franchement lui-même que l'on ne pouvait, à son époque, rien dire de 
précis sur le sujet. « Il n'a point été possible jusqu'ici, ajoute-t-il, de déter- 
miner quelles portions du cerveau ou du cervelet servent plus spécialement à 
telle ou telle faculté de l'esprit. Les conjectures par lesquelles des hommes 
éminents ont tenté de les déterminer sont extrêmement improbables; et ce 
département de la physiologie est aussi obscur aujourd'hui qu'il l'a jamais 
été. » Il ne faut point oublier toutefois que ce fat Prochaska lui-même qui, le 
premier, décrivit complètement la nature des mouvements réflexes. « Le senso- 
rium commune, dit-il (loc. cit., p. 446), réfléchit les impressions sensorielles 
en impressions motrices, suivant des lois définies qui lui sont particulières, 
et indépendamment de la conscience. » Prochaska reconnut en outre que le 
même genre de processus pouvait se passer dans les ganglions systémiques , 
puisqu'il dit (p. 438) : m II semble donc probable qu'outre le sensorium com- 
mune que nous pouvons supposer dans la moelle allongée, la moelle épiniére, 
le pont de Varole, et les pédoncules du cerveau et du cervelet, il y a des 
sensoria spéciaux dans les ganglions et les plexus nerveux, où se réfléchissent 
les impressions extérieures, remontant le long des nerfs, qui n'ont pas besoin 
de remonter jusqu'au sensorium commune pour être réfléchies de là. » 



THÉORIES DE GALL ET SPURZHEIM. 145 

L'espace dont nous disposons dans cet ouvrage ne nous permet 
pas de tenter même une esquisse des pas successifs par lesquels, 
durant les derniers siècles, nous avons lentement tendu à acquérir 
une notion plus exacte (quoique absolument insuffisante encore) des 
Fonctions des diverses parties du Cerveau. On pourra trouver 
quelque chose de ce genre dans l'ouvrage de\-ulpian^ et dans quelques 
autres travaux. Ce qui a déjà été dit indiquera combien il y a encore 
à faire ; et ce que l'on va dire à présent donnera une faible idée de 
la disette actuelle de connaissances positives, et du besoin que nous 
avons que la lumière se fasse beaucoup plus vive dans un grand 
nombre de directions. 



Après avoir considéré les relations que les Hémisphères Céré- 
braux ont entre eux, avec le Cervelet et les deux moitiés du corps, 
il faut maintenant que le lecteur limite son attention aux Hémi- 
sphères eux-mêmes, afin de pouvoir apprendre, dans ce chapitre et 
le suivant, une partie des connaissances acquises sur les parties de 
ces importants organes qui semblent plus immédiatement intéressées 
dans les Perceptions, les Volitions et autres Processus Mentaux. 

Nous avons encore à nous appuyer sur les trois mêmes classes 
de faits qui ont servi de baiSes à nos conclusions dans le chapitre 
précédent ; bien que nous n'ayons pas à y faire appel dans les mêmes 
proportions relatives-. 

La notion que le Cerveau est l'organe principal de l'Esprit, et 
qu'il y a une localisation de fonction dans ses diverses parties, était, 
comme nous l'avons vu, une proposition fondamentale pleinement 
réalisée par Prochaska et autres, longtemps avant que Gall et Spurz- 
heim (1805-1826) commençassent à étudier avec zèle l'anatomie de 
l'organe et à promulguer un Système Physionomique en connexion 
avec elle, système qui attira bientôt une grande attention sous le 
nom de Phrénologie. Les auteurs étaient des enthousiastes qui 
essayaient de systématiser prématurém.ent wa. sujet extrêmement 
complexe, alors que les connaissances sur ce sujet étaient encore 
absolument dans l'enfance, — et cela, sans prétendre avoir une capa- 
cité ou des connaissances bien spéciales pour mener à bien au moins 
la moitié du travail embrassé par une pareille entreprise. 

Gall et Spurzheim étaient au niveau des connaissances de leur 
temps, eu égard à l'anatomie du Cerveau, et peut-être même en 
avant; toutefois, à l'époque où ils élaboraient leur doctrine, ils ne 
.savaient rien, pas plus que leurs prédécesseurs, sur la distinction 

1. Leçons sur la Physiologie du Système Nerveux, 18G8. 

2. Voy. p. 116. 

Charltûn-Bastian. — IL 10 



lit) PHÉRNOLOGIE ANCIENNE ET NOUVELLE. 

physiologique réelle qui existe entre la substance « grise » et la sub- 
stance « blanche » du Cerveau. Ainsi que leurs devanciers, ils regar- 
daient la substance blanche des hémisphères comme la matière 
nerveuse essentielle, tandis que la substance grise était considérée 
comme « la matrice des fibres nerveuses», — matière formative, en 
réalité, qui, partout où on la trouvait, ne servait que de noyau pour 
produire une quantité suffisante de fibres nerveuses^. Par consé- 
quent, la Substance Grise des Circonvolutions, — celle que nous 
croyons aujourd'hui si largement intéressée dans les fonctions les 
plus délicates et les plus subtiles du Cerveau, — était considérée par 
les fondateurs de la Phrénologie comme n'ayant aucune fonction 
nerveuse proprement dite. 

On ne fit assurément aucune tentative pour tenir compte de plus 
de la moitié de cette substance. Les auteurs supposaient avoir com- 
plètement analysé l'Esprit Humain. Ils avaient assigné aux diverses 
Facultés, Émotions et Propensions, leur siège respectif, correspon- 
dant extérieurement aux parties supérieures et externes du crâne. 
Mais les Circonvolutions de la base du Cerveau, celles qui reposent 
sur la « tente du Cervelet » et celles des faces internes contiguës des 
Hémisphères, étaient censées ne prendre aucunc/part aux fonctions 
mentales. L'usage de cette Substance Grise des circonvolutions 
étant estimé par les Phrénologistes d'une manière absolument diffé- 
rente de ce qu'il est aujourd'hui, ils inventèrent leur «Système » et 
définirent leur organologie, sans y faire d'allusion spéciale. Si 
incroyable que cela puisse sembler aujourd'hui à beaucoup de per- 
sonnes, cela est pourtant strictement vrai. On peut apprendre des 
paroles de Spurzheim lui-même combien leurs soi-disant organes 
furent constitués et délimités au hasard. «Les organes, dit-iP, ne 
sont point confinés à la surface du cerveau : ils s'étendent de la 
surface au gros renflement du trou occipital (le bulbe), et com- 
prennent probablement même les commissures; car la masse entière 
du cerveau constitue les organes. » 

Il est à peine besoin de dire aujourd'hui qu'aucune des divisions 
ainsi indiquées dans le Cerveau, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, 
ne possède une existence réelle. Et, si la surface plissée de l'organe 
lui-même ne présente pas de divisions semblables à celles que l'on 
voit sur un moule phrénologique pour séparer l'un de l'autre les 
divers organes supposés, il n'est pas besoin de grandes connais- 
sances anatomiques pour imaginer combien il est encore plus 
impossible de deviner ces limites à travers le crâne et les tégu- 
ments. Si nous prenons, par exemple, l'organe de philoprogéniture^ 

1. Spurzheim. Anatomy of the Brain, p. 7. 

2. The Physiognomical System., 1815, p. 239. 



THÉORIES DE GALL ET SPURZHEIM. 147 

dont on peut voir sur tout buste phrénologique la place désignée à 
l'arrière de la tête, nous voyons que cette place correspond à une 
proéminence osseuse qui varie grandement d'épaisseur chez les 
divers individus, tandis qu'à l'intérieur elle répond au point 
d'union de quatre grands sinus veineux; et, en dedans de ceux-ci, 
autant aux sommets des lobes occipitaux qu'au bord supérieur et 
postérieur du cervelet'. 

La division de l'Esprit humain en facultés distinctes, à la façon 
des phrënologistes, est toutefois une erreur par elle-même, indépen- 
damment de la nature peu satisfaisante de leur analyse particulière. 
« Chaque forme d'intelligence étant par essence, comme le dit Herbert 
Spencer^, une adaptation des relations internes aux relations 
externes, il suit de là que, les relations extérieures s'accroissant à 
mesure que se poursuit cette adaptation, en nombre, en complexité, 
en hétérogénéité^ par des gradations impossibles à marquer, il ne 
saurait y avoir de démarcations valables entre les phases successives 
de l'intelligence... Considérée fondamentalement, l'intelligence n'a 
pas de degrés distincts et n'est point constituée de facultés réelle- 
ment indépendantes... ses phénomènes les plus élevés sont les effets 
d'une complication qui s'est produite par des degrés insensibles, à 
partir des éléments les plus simples. » 

Cette vue philosophique d'Herbert Spencer est tout à fait en har- 
monie avec ce que nous savons du développement progressif du 
Cerveau dans la série animale. 

Mais la grossièreté de l'analyse psychologique des Phrénologistes 
est dignement couronnée par la simplicité de la manière dont ils 
procédaient pour déierminer le siège des divers organes. Spurzlieira 
dit : « Deux personnes étaient connues à Vienne pour leur extrême 
irrésolution; aussi un jour, sur une place publique, Gall s'arrêta 
derrière elles et observa leur tête. 11 trouva qu'elles avaient les 
parties postérieures et supérieures des deux côtés de la tête extrê- 
mement grosses; et cette observation lui donna la première idée de 
cet organe». Telle était la nature de la niélliode, complètement au 
hasard, par laquelle, après de nombreuses observations, recueillies il 
est vrai sur des personnes de toute sorte, de tout âge et de toute 
situation sociale, les détails de leur Système furent finalement 
établis. 

Le Système Phrénologique de Gall et Spurzheim était donc falla- 
cieux sous presque tous les rapports. Il était absolument défectueux 
dans son analyse psychologique, excessivement peu satisfaisant dans 
ses localisations ; bref, ses méthodes étaient aussi peu sûres que ses 

L Voy. fig. 147, 148. 

2. Principles of Psychology, l''" éd., p. 486. 



148 PilUÉNOLOGIE ANCIENNE ET NOUVELLE. 

résultats peu concluants. Il aurait été assurément presque inutile de 
s'arrêter aussi longtemps sur ce sujet, n'était qu'il y a probable- 
ment encore, dans le grand public, beaucoup de personnes qui, si 
elles ne croient pas réellement à la Phrénologie de Gall et Spurzheim, 
seraient bien aises de savoir les raisons positives qui doivent faire 
rejeter le système. 

Nous faut-il toutefois courir à l'extrême opposé et souscrire à 
des doctrines comme celles émises par Flourens (I8/1O)? Cetéminent 
physiologiste, que l'on peut presque dire nous avoir initiés aux 
recherches expérimentales dirigées sur la détermination des fonc- 
tions du cerveau, se crut autorisé à tirer de ses propres investiga- 
tions, bien connues, les conclusions suivantes, tout à fait opposées à 
toute localisation en détail des fonctions, — c'est-à-dire à la localisa- 
tion de fonctions spéciales dans des régions spéciales des Hémi- 
sphères Cérébraux. Voici ses conclusions {Recherches expérimen- 
tales, p. 99) : 

« Ainsi, 1° on peut retrancher, soit par devant, soit par derrière, soit par 
en haut, soit par côté, une portion assez étendue des lobes cérébi^aux, sans que 
leurs fonctions soient perdues. Une portion assez restreinte de ces lobes suffit 
donc à l'exercice de leurs fonctions. 

2" A mesure que ce retranchement s'opère, toutes les fonctions s'affai- 
blissent et s'éteignent graduellement; et, passé certaines limites, elles sont tout 
à fait éteintes. Les lobes cérébraux concourent donc, par tout leur ensemble, à 
l'exercice plein et entier de leurs fonctions. 

3" Enfin, dès qu'une perception est perdue, toutes le sont; dès qu'une 
faculté disparaît, toutes disparaissent. Il n'y a donc point de sièges divers, ni 
pour les diverses facultés ni pour les diverses perceptions. La faculté de per- 
cevoir, déjuger, de vouloir une chose, réside dans le môme lieu que celle d'en 
percevoir, d'en juger, d'en vouloir une autre; et conséquemment cette faculté, 
essentiellement une, réside essentiellement dans un seul organe. » 

Mais, bien que ces premières et difficiles investigations expéri- 
mentales parussent, à ce que pensait Flourens, l'autoriser à tirer des 
conclusions de cette nature, ses vues ne furent point acceptées 
avec empressement. S'il nous faut regarder le Cerveau comme le 
principal organe de l'Esprit et considérer chaque opération mentale 
comme une des manifestations de son activité fonctionnelle, toute 
analogie, et même toute probabilité, nous amènera à conclure qu'un 
ordre défini doit être observé, et que des opérations mentales iden- 
tiques seront toujours associées à l'activité fonctionnelle de régions 
identiques des fibres et cellules nerveuses du Cerveau et de ses 
dépendances. Nous savons que les Nerfs Olfactifs, Optiques et Audi- 
tifs vont chacun à des parties différentes du Cerveau ; de sorte que 
les processus primaires en relation avec l'exercice des Sens corres- 
pondants sont distincts les uns des autres. Pouvons-nous croire que, 



LOCALISATI0.\S CÉRÉBRALES. 149 

dans leurs phases postérieures ou plus élevées les régions affectées 
h ces impressions deviennent moins distinctes? En outre, je touche 
avec mon index la table sur laquelle j'écris en ce moment : l'impres- 
sion ainsi produite voyage, au moyen de fibres nerveuses, le long d'une 
route parfaitement définie depuis le point touché jusqu'à ma Moelle 
Épinière. Puis-je douter que la route par laquelle elle atteint le 
Cerveau soit aussi définie (quoique moins bien connue), et qu'une 
impression semblable suive toujours la même route, aussi longtemps 
que les conducteurs nerveux demeureront à l'état d'intégrité? Prise 
dans ce sens, cette « localisation» semblerait être une simple nécessité 
a priori. Mais si ce raisonnement s'applique aux Opérations Sen- 
sorielles, il est également bon pour les Opérations et les Émotions 
Intellectuelles. L'ordre et la régularité ne sauraient guère faire 
défaut dans l'accomplissement des fonctions de ces parties du 
Cerveau où, d'après la nature subtile et la multiplicité des actions 
moléculaires comprises dans des myriades de cellules et de fibres, 
ces caractéristiques particulières des actions cérébrales inférieures 
sembleraient encore tellement plus nécessaires. 

La question fondamentale de l'existence ou de la non existence de 
localisations réelles de fonctions (de quelque manière que ce soit) 
dans le Cerveau, doit être complètement isolée d'une autre question 
secondaire qui, bien que l'on n'y prête ordinairement pas autant 
d'attention, n'en est pas moins réellement digne d'être considérée à 
part. La voici : « Si la localisation est une réalité, les diverses Opé- 
rations ou P"'acultés Mentales dépendent-elles (aj de régions séparées 
de la substance cérébrale; ou si [b] la localisation n'est caractérisée 
que par l'arrangement d'une manière distincte de cellules et de 
fibres, qui toutefois, pour ce qui est de leur position, peuvent être 
entremêlées avec d'autres ayant des fonctions différentes, avons-nous 
en réalité affaire à des aires topographiqitemejit séparées du tissu cé- 
rébral, ou simplement à des mécanisines distincts de cellules et de 
fibres, existants d'une manière plus ou moins diffuse et entremêlée? n 

Ce dernier mode d'arrangement semble, à tout prendre, même 
plus probable que le premier, et peut se recommander à beaucoup 
de personnes. L'existence d'un aiTangement de cette nature nous 
aiderait à jeter quelque lumière sur les résultats obtenus par Flou- 
rens, ainsi que sur les doctrines aujourd'hui défendues par Brown- 
Sequard. Elle permet d'y reconnaître une certaine dose de vérité, 
sans nécessiter pour cela une négation du principe fondamental de 
localisation, en tant qu'appliqué aux cellules et aux fibres. 

Brown-Sequard s'est en effet lui-même exprimé dernièrement ^ do 

1. Archives de Physiologie Normale et Pathologique, 2^ série, t. l\,i). 412. 



150 PHP.KiNOLOGIE ANCIENNE ET NOUVELLE. 

la manière la plus positive, en faveur de rarrangement diffus et 
entremêlé. Il pense pouvoir mettre hors de doute qu' — « il n'existe 
pas de centres, moteurs ou autres, comme on les conçoit ordinaire- 
ment; c'est-à-dire d'agglomérations de cellules ayant une seule et 
même fonction, et formant une masse plus ou moins nettement 
délimitée ». L'existence de ce mode d'arrangement exigerait, ainsi 
que l'autre, que l'on admît que les cellules ayant le même 
genre d'activité fonctionnelle sont en communication les unes 
avec les autres au moyen de prolongements. Et, comme il le 
soutient, l'activité fonctionnelle de cellules semblables pourrait, 
dans les deux cas, s'exercer conjointement et également bien, grâce 
à l'intervention de prolongements intercellulaires. Cela ferait, en 
réalité, comparativement peu de différences, que ces cellules sem- 
blables fussent étroitement groupées ensemble ou dispersées au 
contraire dans des espaces relativement étendues de l'Écorce Céré- 
brale. Jusqu'ici, du moins, l'auteur se trouve tout à fait d'accord 
avec Brown-Sequard. 

Ainsi, tandis qu'une localisation topographiquement séparée de 
« facultés » indépendantes semble à l'auteur tout à fait improbablei, 
il est pleinement convaincu que certaines portions des Hémisphères 
Cérébraux, — les Lobes Antérieurs, par exemple, — sont toujours 
intéressées dans l'accomplissement d'Opérations Intellectuelles et 
Volitionnelles de nature pratiquement semblable, bien qu'à des degrés 
différents de complexité chez les divers individus. C'est à peine si 
l'on peut dire toutefois qu'ils accomplissent, mais bien plutôt qu'ils 
assistent et aident à accomplir certaines Opérations Intellectuelles 
et Volitionnelles; car il semble improbable que, même une portion 
aussi grosse de l'Hémisphère Cérébral que le Lobe Antérieur, ait une 
série distincte de fonctions qui lui soient particulières. La division 
en « lobes» est, pour la plus grande partie, une division entièrement 
artificielle; et la substance grise de la région antérieure est, comme 
nous l'avons vu, en relation intime avec la substance grise des parties 
moyennes et postérieures des Hémisphères; de sorte que, de même 
que notre nature psychique se compose d'un grand réseau com- 
pliqué mais continu, dans lequel sont compris à la fois les Sensa- 
tions, les Perceptions, les Jugements, les Émotions et les Volitions ; 
de même, l'organe physique qui y correspond est aussi représenté 
par le réseau le plus compliqué et le plus inextricable de cellules et 
de fibres nerveuses, réciproquement liées et mises en relations fonc- 
tionnelles les unes avec les autres. Ainsi donc, tandis qu'on peut 
dire avec vérité que les Lobes Antérieurs prennent toujours part à 
l'accomplissement d'Opérations Intellectuelles et Volitionnelles de 

L Voy. Journal of Mental Science. Janv. 1869. 



LOCALISATIONS CÉRÉBRALES. 151 

même ns^^are, ils peuvent être les instruments principaux de cer- 
taines fonctions et prendre part à un moindre degré à l'exécution 
de quelques autres Opérations Mentales, dépendant plus spécialement 
de l'activité fonctionnelle départies différentes,— les Lobes Pariétaux, 
Temporaux, ou Occipitaux, isolés ou combinés. 

Perception, Intellect, Émotion et Volition sont si intimement 
associés dans nos processus mentaux ordinaires que, si nous voulions 
essayer de dresser une carte définie de leurs territoires, de manière 
à assigner une province séparée des Hémisphères Cérébraux à 
chacune de ces grandes divisions de l'Esprit, nous tomberions pro- 
bablement dans une erreur grave. Précisément dans les mêmes par- 
ties des Hémisphères Cérébraux qui sont les plus intéressées lorsque 
nous regardons une belle peinture ou un beau morceau de statuaire, 
nous pouvons imaginer les émotions d'admiration auxquelles la vue 
de ces objets d'art a donné naissance, — quelle que soit l'activité avec 
laquelle d'autres centres peuvent coopérer; et, de même que la 
vue d'un fruit mûr sur un arbre peut exciter un désir de le posséder, 
suivi d'un Stimulus Volitionnel dans le but d'obtenir l'objet désiré, 
de même, dans ce cas, les parties intéressées dans la manifestation du 
désir^ et celles dans lesquelles le Stimulus Volitionnel prend son 
origine, sont probablement situées dans quelques portions de la 
même aire de subtance grise circonvolutionnelle, qui était intéressée 
dans l'Acte Perceptif lui-même. 

D'autre part, comme l'auteur l'a dit ailleurs^ : « Pour autant que 
nous avons certaines avenues distinctes de savoir (par les Organes 
des Sens et leurs ganglions nerveux voisins) et que les Hémisphères 
Cérébraux sont les parties intéressées dans l'élaboration des impres- 
sions ainsi obtenues, nous pouvons bien comprendre que les impres- 
sions, entrant par une porte ou avenue sensorielle, peuvent passer à 
travers la substance et vers la périphérie de ces Hémisphères Céré- 
braux, dans certaines directions définies et suivant des routes habi- 
tuelles. Alors, les impressions qui entrent par une autre porte de 
savoir, ou avenue sensorielle, peuvent suivre, et suivent probable- 
ment, une direction différente à travers sa substance ; de manière qu'à 
la périphérie, les fibres et les cellules intéressées dans le processus de 
direction et d'élaboration de ces impressions peuvent exister en 
quantité maximum en différentes portions de la surface des Hémi- 
sphères; — bien que, en partie, elles puissent occuper conjointement 
la même étendue et être entremêlées avec les fibres et les cellules 
intéressées dans l'élaboration de la série d'impressions précédem- 
ment mentionnée. Et ainsi de suite pour les divers organes des sens 
€t leurs expansions ultimes, formant ce que j'appellerais Centres 

1. Journal of Mental Science, Janv. 1869. 



lf)2 PHRÉNOLOGIE ANCIENNE ET NOUVELLE. 

Perceptifs, dans les Hémisphères Cérébraux. Ainsi, bien qu'il puisse y 
avoir un enchevêtrement compliqué d'aires, et bien que Paire 
appartenant aux impressions d'un sens quelconque, dans les Hémi- 
sphères Cérébraux, puisse être fort étendue (pour ne pas parler de la 
complication ultérieure amenée par la communication établie entre 
les cellules nerveuses de l'aire d'un sens et celles d'autres aires du 
même Hémisphère Cérébral, et de l'union probable, établie au moyen 
de fibres commissurales, entre les parties analogues des deux Hémi- 
sphères), il se peut toutefois fort bien que certaines portions de la 
surface des Hémisphères Cérébraux correspondent plus spécialement 
au chiffre maximum de cellules et de fibres nerveuses appartenant à 
quelqu'un des divers sens De même que certains de nos sens con- 
tribuent d'une manière prépondérante à édifier nos impressions men- 
tales et les résultats volitionnels correspondants (par exemple, ceux 
de la Vue, de l'Ouïe et du Toucher), de même nous pouvons imaginer 
que ces organes sensoriels seraient intérieurement reliés avec une 
aire comparativement étendue de la substance corticale de chacun 
des Hémisphères^ On serait donc en droit de regarder comme pro- 
bable que les Centres Perceptifs pour les, impressions visuelles, et 
ceux pour les impressions auditives, ont un siège relativement vaste 
dans les Hémisphères Cérébraux; tandis que ceux appartenant aux 
sens gustatif et olfactif ont une distribution plus limitée. » 

Sauf quelques changements dans les termes, les vues établies 
ci-dessus furent mises en avant par l'auteur dans des mémoires 
écrits en 1865 et 1869. Et, si simple que puisse paraître aujourd'hui 
la notion que nous avons le droit de chercher, dans la substance 
corticale des Hémisphères, des Centres Perceptifs distincts, qui 
seraient en relation structurale directe avec leurs nerfs sensoriels 
respectifs etleurs ganglions inférieurs (ou noyaux) situés dans le Bulbe 
ou près du Bulbe, — aucune mention de ce genre de localisation ne se 
rencontre, jusqu'à cette période, dans les ouvrages de médecine ou 
de physiologie-; bien que, ainsi que l'auteur essaya le premier de 
le démontrer, ces notions jettent beaucoup de lumière sur la 
Physiologie Cérébrale et sur certains défauts de la Parole résultant 
de maladies du Cerveau^. Les vues de l'auteur furent, peu après, 

1. Une idée de ce genre a aussi été soutenue dernièrement par le prof. 
Croom Robertsou dans le journal Minci, 1877, p. 97. 

2. On ne pouvait déduire de pareilles conclusions des vues sur la Physio- 
logie Cérébrale mises généralement en avant en Angleterre. Il y a en effet une 
opposition philosophique entre elles et les doctrines largement promulguées 
par le D'' Carpenter (Voy. l'article : Sensation and Perception. — Nature^ 
décembre 23, 1869, et janv. 20, 1870, p. 309. 

3. Voy. Physiology ofThinIdng [Fortnightly lieview.Jsiny. 1869) et Defects 
of Speech in Brain Disease {Brit. and For. Chir.Rev.) Janv. et avril 1869. 



CENTRES PERCEPTIFS. 153 

adoptées et étendues par le docteur Broadbcnt, dans un important 
mémoire sur le Mécanisme Cérébral de la Parole et de la Pensée i. 

Bientôt, en outre, des physiologistes commencèrent à rechercher 
avec ardeur des Centres Perceptifs de cette nature dans la sub- 
stance grise corticale. Le premier à agir ainsi fut le docteur Ferrier, 
bien qu'il ne fasse aucune allusion aux vues de Tauteur. Il entreprit 
cette recherche peut-être d'une manière indépendante, en tout cas 
d'une façon tout à fait systématique; et les résultats qu'il obtint 
méritent d'être étudiés avec la plus grande attention 2. La notion 
qu'il doit y avoir des Centres Perceptifs de cette nature se recom- 
mandait évidemment à Ferrier; et, avec une énergie caractéristique, 
il chercha à jeter de la lumière sur leurs localisations, comme il 
avait précédemment — poussé par les vues de Hughlings Jackson — 
cherché à établir l'existence de Centres Moteurs distincts dans 
l'écorce des Hémisphères Cérébraux. 

Jusqu'à ces tout derniers temps, il y a eu dans la littérature 
médicale une remarquable disette de faits pouvant servir à prouver 
l'existence et la localisation de pareils « Centres Perceptifs», soit chez 
l'Homme, soit chez les Animaux. Nous avons, comme on l'a déjà 
expliqué, de bonnes raisons pour croire que les fibres sensitives, ou 
centripètes, venant de tout le corps en général, se rendent aux 
Hémisphères Cérébraux en passant dans les couches supérieures et 
postérieures des Pédoncules du Cerveau; et que, au point où chacun 
de ces pédoncules s'étale dans l'Hémisphère correspondant, en for- 
mant la couronne rayonnante, ces fibres afférentes correspondent au 
tiers postérieur de cette expansion en éventail, et sont rejointes en 
ce point par des fibres venant des ganglions inférieurs, ou noyaux, en 
relation avec les organes de la Vue, de l'Ouïe et du Goût. On observe 
que la destruction de cette portion des fibres pédonculaires arrête 
toute impression sensitive — spéciale ou générale — provenant de 
la moitié opposée du corps (fig. 171). Mais, tandis que notre savoir 
est bon jusque-là, nous demeurons dans l'obscurité quant aux 
relations de ces fibres sensitives avec la Couche Optique (et même 
quant aux fonctions précises de ce corps, en général), aussi bien que 
sur ce qui concerne la distribution ultime des diverses séries de fibres 
à des régions particulières de l'écorce cérébrale, — dans lesquehes 

1. Cérébral Mechanism of Speech and Thought [Med. Chir. Trans. 1872, 
p. 180). Écrivant en effet dans le Journal o[ Mental Science (avril 1870, p. 23), 
Broadbent dit : « Ainsi, ces circonvolutions qui reçoivent les fibres centrales 
et sont bilatéralement associées par le Corps Calleux, constitueront les centres 
perceptifs du D"" Bastian. » 

2. Sa première communication sur ce sujet fut présentée à la Société Royale, 
en avril 1875, et se trouve dans le tome II des Phil. Transact. de cette 
année, p. 445. 



154 PHRÉNOLOGIE ANCIENNE ET NOUVELLE. 

seules leurs impressions respectives semblent culminer et s'associer 
à des phénomènes subjectifs ou États de Conscience. 

Cette absence de preuves, quant à la situation des « Centres Perceptifs » de 
l'Homme, semble d'abord très-surprenante, puisqu'on pourrait imaginer que 
l'étude des nombreuses observations de maladies locales, intéi^essant la surface 
•du Cerveau, que l'on trouve dans les ouvrages de médecine, devrait bientôt 
résoudre le problème. Il est toutefois loin d'en être ainsi : et cela pour beaucoup 
de raisons que nous n'avons pas à détailler maintenant. Qu'il suffise de dire 
que des lésions locales, n'intéressant que l'écorce d'un seul Hémisphère Cérébral, 
n'ont jamais paru jusqu'ici, chez l'Homme, nettement associées à la perte de 
l'Odorat, de la Vue, ou de l'Ouïe de l'un ou de l'autre côté du corps*. Cette 
circonstance particulière semble spécialement liée, comme l'auteur l'a signalé 
en 18742, à la nature double du Cerveau et à la connexion de chacun de ses 
Hémisphères avec les ganglions inférieurs, ou noyaux, doubles et intimement 
unis, de chacun des Sens Spéciaux. 

En conséquence d'un tel arrangement anatomique, un seul Hémisphère 
paraît souvent, fort peu de temps après que son homologue a subi une blessure 
ou est devenu malade, capable d'être mis en relation avec les impressions 
sensitives des deux côtés du corps, de manière que, bien que les h centres 
pei'ceptifs » de la Vue, de l'Odorat ou de l'Ouïe puissent être détruits dans les 
circonvolutions d'un hémisphère, il ne se pi'oduit, suivant les cas, ni cécité de 
l'œil opposé ni perte unilatérale de l'ouïe ou de l'odorat. Il est tout à fait 
possible qu'il y ait d'abord quelque perte ou faiblesse unilatérale de l'un ou 
l'autre des sens spéciaux, lorsqu'un de ces centres est endommagé dans les 
circonvolutions; bien que ceci puisse aisément passer inaperçu dans les pre- 
miers jours d'une maladie. Le défaut d'observation, sur des points comme 
ceux-ci, se présente très-communément au début d'une maladie aiguë du 
Cerveau, soit de la part du malade, soit de celle du médecin. Ainsi que Ferrier 
l'a récemment soutenu avec assez de justesse, on ne pourrait guère remarquer 
ces troubles, ou s'en assurer, à moins de les rechercher d'une manière spéciale. 
Toutefois, l'extrême rareté de troubles unilatéraux de l'Odorat, de la Vue ou de 
l'Ouïe, comme effets immédiats associés aux maladies ou aux blessures d'un 
seul des hémisphères du Cerveau, est un fait très remarquable, sur lequel tous 
les meilleurs observateurs sont unanimes. 



Si donc on veut jeter promptement la lumière sur cette fort 
intéressante question, il faut avoir recours à des expériences sur 
quelques animaux. De ceux-ci, les Singes sont évidemment ceux 
qui conviennent le mieux, à cause de la ressemblance générale qui 
existe entre le Cerveau de ces animaux et celui de l'Homme. Des 
expériences de ce genre ont été faites, avec beaucoup d'habileté et 



1. On est cependant arrivé, pour l'odorat, à une connaissance approximative. 
Pour se reporter aux cas, voyez Ferrier, Functions of the Bra'm, p. 101. 

2. Lancet, 25 juillet 1874, p. 111. 



\ 



EXPEHIENGES DE FERHIEn, 



155 



de jugement, par le docteur Ferrier^, aux écrits duquel il faut ren- 
voyer le lecteur, pour des détails complets sur ses nombreuses 
observations et la valeur des épreuves adoptées. Il n'y a place ici 
que pour un bref énoncé des résultats et des conclusions auxquelles 
il est arrivé. 

Ces expériences de Ferrier sont supposées par lui appuyer la 
notion que des Centres Perceptifs^ d'aire limitée, et topograpliique- 
ment distincts les uns des autres, existent dans l'écorce des Hémi- 
sphères Cérébraux. Les faits qu'il cite n'entraînent cependant pas 



E PL 




TSL 



FiG. 172. — Hémisphère gauche du Cerveau d'un Singe [Macacus). A, scissure de Syl- 
vius ; B, sillon de Rohmdo; C, scissure pariéto-occipitale ou perpendiculaire; FL, lobe 
frontal; PL, lobe pariétal; OL, lobe occipital; TSL, lobe temporal; F, circonvolution 
frontale supérieure; F-, ici., moj'enne, F^, ici., inférieure; sf, sillon frontal supérieur; 
if, sillon frontal inférieur; ap, sillon pariétal antérieur ; AF, circonvolution ascen- 
dante frontale; AP, id., pariétale; PPL, lobule postéro-pariétal; AG, circonvolution 
angulaire; ip, sillon intra-pariétal; T, T^ T^, circonvolutions temporales, supérieure, 
moyenne et inférieure; <', t'^, sillons temporaux supérieur et inférieur; O', O^, O', 
circonvolutions occipitales, supérieure, moyenne et inférieure; o", o-, première et 
seconde scissures occipitales (Ferrier). 



nécessairement une interprétation de cette nature. Ils sont tout à 
fait explicables par ce que nous estimons être la théorie la plus pro- 
bable; c'est-à-dire, en supposant que ces centres ou mécanismes 
perceptifs ont un siège diffus et sont entremêlés les uns avec les 
autres. Ceci a été, en effet, signalé par le professeur Croom Robertson, 
qui dit 2 : « Il n'y a donc pas d'improbabilité intrinsèque — mais 
plutôt l'inverse — dans l'idée que les impressions reçues par un 



1. Voy. Philosoph. Transact. 1875, pi. II, et The Functions of the Brain, 
1»877, chap. ix. 

2. Voyez une analyse de l'ouvrage du D"" Fei'rier dans Mind, 1877, 
p. 96, 97. 



158 



PHRÉNOLOGIE ANCIENNE ET NOUVELLE. 



organe sensoriel quelconque sont toutes conduites d'abord à une 
région particulière de la substance corticale, avant d'être mises en 
relation avec d'autres impressions et avec des impulsions motrices, 
ou d'être élaborées d'une autre manière dans le cerveau. Il se peut 
bien qu'il y ait dans l'écorce du cerveau des régions sensitives 
spéciales et que le docteur Ferrier ait donné la première indication 
sommaire de leur situation. » Chaque faisceau de fibres sensitives 
pourrait, en réalité, se diriger vers quelque point particulier de 
l'écorce cérébrale, d'où les fibres pourraient se répandre d'une 
manière plus ou moins étendue. Ces premières stations corticales ou 



FO 




^ 



FiG. 173. — Face interne de l'Hémisphère Droit d'un Singe (Macacus). CC, corps calleux 
divisé; C, scissure pariéto-occipitale interne: Cms, scissure calloso-marginale; 
Cf, scissure calcarine ; df, scissure dentée; Cs, scissure collatérale; GF, gyrus forni- 
catus (circonvolution du corps calleux) ; CM, circonvolution marginale ; GU, circonvo- 
lution uncinée ; 5, crochet ou subicuhim de la corne d'Ammon ; Q, lobule quadrila- 
téral ; Z, cuneus; FO, lobule orbitaire (Ferrier). 



régions d'où les fibres sensitives se répandent dans différentes direc- 
tions, peuvent n'avoir aucun titre réel à être considérées comme 
centres; et cependant leur destruction ou leur excitation peut 
amener le même genre de résultats que si c'étaient des centres 
réels 1. Et, vu la diffusion subséquente des différentes sortes de 
fibres, il n'est pas vraisemblable que les recherches expérimentales 
révèlent d'autres régions ayant des droits semblables à être regar- 
dées comme Centres Sensitifs. Croom Robertson dit, avec raison, 
que les sensations elles-mêmes « ne peuvent ni être supposées 

1. C. Robertson remarque avec justesse : « La lésion corticale peut absolu- 
ment empêcher les impressions périphériques d'arriver à la conscience; mais 
il ne s'ensuit pas que le dernier acte du processus nerveux compris dans une 
sensation consciente du toucher soit naturellement accompli là, et nulle part 
ailleurs dans le cerveau; ou que, dans toute cette région, il n'y ait de travail 
accompli que ce que nous appelons (objectivement) toucher. » 



EXPÉRIENCES DE FERRIER : CENTRE VISUEL, 



-157 



consommées à leur première station corticale ni être suivies ou 
supposées possibles à suivre plus loin, par aucun des procédés expé- 
rimentaux employés jusqu'ici. » 

Bien que la détermination, par Ferrier, des points qui sont de la 
plus grande importance pour chaque Sens demande à être un peu 
plus confirmée par d'autres travailleurs qu'elle ne l'a été jusqu'ici, 
avant qu'elle puisse être finalement acceptée comme correcte, le 
discernement et l'habileté avec lesquels ses expériences ont été 
conduites devraient leur assurer l'épreuve soigneuse et complète 
que mérite leur importance. 

Des expériences bien conduites sur les animaux sont particuliè- 




FiG. 174. — Cerveau de Singe, montrant ombrée l'aire correspondante au centre visuel 
de l'écorce de l'Hémisphère Gauche (Ferrier). 

rement nécessaires, et propres à jeter la lumière sur cet obscur 
problème de la localisation possible de Centres Perceptifs dans les 
Hémisphères : car, lorsque de nombreux essais sur les effets de la 
stimulation locale ou la destruction de différentes régions de l'Hémi- 
sphère peuvent avoir amené l'expérimentateur à fixer quelque por- 
tion de l'écorce comme siège principal dBiruaiie ces centres, il est 
désormais en son pouvoir de produire à volonté des conditions qui 
n'existent presque jamais dans le cas de maladies du sujet hu- 
main, — c'est-à-dire qu'il peut produire des destructions symétriques 
dans des régions correspondantes des deux Hémisphères; et, sachant 
que ces lésions existent seules, il peut ensuite éprouver, avec le plus 
grand soin, dans quelles conditions se trouve l'animal, sous le 
rapport de la faculté sensorielle que l'on suppose avoir contrariée. 



Si nous prenons en premier lieu le sens de la Vue, nous voyons 
Ferrier localiser son Centre Perceptif dans la circonvolution angu- 
laire et une partie du lobule supra-marginal (fig. 17Zt). La destruc- 



158 



PHRÉNOLOGIE ANCIENNE ET NOUVELLE. 



tion de ces parties sur un seul côté, chez un animal rendu insen- 
sible par le chloroforme, parut amener la cécité de l'œil opposé 
pendant un jour ou deux; — on observait, en bandant pendant un 
certain temps l'autre œil, puis enlevant le bandage, de manière à 
voir les différences qui se présentaient dans le maintien de l'animal 
dans ces diverses conditions. Après un jour ou deux, l'animal en 
expérience paraissait voir de nouveau avec ses deux yeux. Mais si 
ces régions de l'écorce avaient été détruites dans les deux Hémi- 
sphères, l'animal devenait aveugle des deux yeux et ne recouvrait 
plus la faculté de voir. Au lieu d'un trouble temporaire du côté 
opposé à la lésion unilatérale, la vue de l'animal était maintenant 
perdue des deux côtés, et d'une façon permanente ^ 




FiG. 175. — Cerveau de Singe, montrant une yire ombrée, correspondant au centre audiiif, 
dans l'écorce de l'Hémisphère Cérébral Droit (Ferrior). 

Après des observations comparatives sur les effets de lésions 
destructives, unilatérales et doubles, Ferrier localisa le Centre Per- 
ceptif du sens de VOiiïe dans la moitié supérieure de la circonvolu- 
tion temporale supérieure (fig. 175). Ici également la destruction de 
cette région dans un seul Hémisphère n'amenait qu'une surdité tout 
à fait temporaire de l'oreille opposée, tandis que la destruction de 
cette même région sur les deux Hémisphères amenait une surdité 



1. Voyez p. 49, où l'on a signalé que, dans le cerveau du professeur de 
Morgan il n'y avait pas de différence appréciable dans l'apparence de la 
circonvolution angulaire et du lobule supra-marginal des deux côtés du 
cerveau ; bien que ce célèbre mathématicien eût perdu la vue, d'ww seul côté, 
presque depuis sa naissance. En outre, dans l'examen du cerveau d'une 
femme sourde et muette, Broadbent {Journal of Anatomy and Physiology, 
vol. IV, p. 218) n'a ni signalé ni figuré aucune atrophie spéciale dans les 
circonvolutions temporales supérieures. 



EXPÉRIENCES DE FERRIER : CENTRE AUDITIF. 159 

totale et durable des deux côtés. Ferrier dit, en parlant d'un des 
animaux sur lequel il étudia ces effets i : 

« La circonvolution angulaire venait d'être cautérisée sur le côté gauche, 
amenant la cécité de l'œil droit seulement, et sans affecter aucunement l'ouïe 
ou les autres sens. La circonvolution temporo-spliénoïdale fut alors découverte 
et cautérisée sur les deux Hémisphères ; la lésion, comme on s'en assura à 
l'autopsie, était strictement limitée à cette région. Après que l'animal se fut 
complètement remis, on éprouva à plusieurs reprises les divers sens et les 
facultés motrices. Le toucher, le goût et l'odorat étaient parfaits; et la vue, 
comme l'indiquaient la parfaite liberté de mouvements de l'animal et son 
aptitude à trouver sa nourriture et sa boisson, était pratiquement sans alté- 
ration, vingt-quatre heures après l'opération. Pour ce qui regarde l'ouïe, il 
était difficile d'imaginer une épreuve satisfaisante, à cause de la vivacité de 
l'animal et de l'attention qu'il prêtait à tout ce qui l'entourait. Un bruit foi't, 
produit tout à côté, occasionna un tressaillement, qui toutefois ne pouvait être 
pris comme une preuve de perception auditive, en tant que distincte d'actions 
réflexes 2.,. Pour éviter d'attirer son attention par la vue, je me retirai derrière 
un& porte, et j'observai l'animal par une fente, pendant qu'il était confortable- 
ment assis devant le feu. Lorsque tout fut tranquille, j'appelai à haute voix, 
je sifflai, je frappai, etc., sans attirer l'attention de l'animal sur la source du 
bruit, bien qu'il fût parfaitement éveillé et regardât tout autour de lui. Lorsque 
je m'approchais de lui avec précaution, il ne se rendait pas compte de mon voi- 
sinage, jusqu'à ce que j'arrivasse dans le champ de la vision ; ce qui le faisait 
subitement tressaillir et grimacer de frayeur. En répétant ces observations 
lorsque le singe était tranquillement assis avec un compagnon de son espèce 
dont les facultés auditives étaient indiscutables, le compagnon tressaillait à 
chaque son et regardait curieusement pour s'assurer de son origine, tandis que 
l'autre demeurait tout à fait tranquille. » 

Pour ce qui est du siège du Centre Perceptif dn sens de VOdorat, 
nous avons des indications anatomiques de grande valeur. La con- 
nexion delà « bandelette olfactive» avec le sommet du lobe temporal 
(ou la continuité véritable qui existe entre ces parties chez beau- 
coup d'animaux) pourrait, comme le dit Ferrier, « être regardée 
en elle-même comme donnant des bases sérieuses à une connexion 
physiologique entre cette région et le sens de l'odorat. » Il ajoute : 
« Chez le Singe et chez l'Homme, la connexion directe entre la racine 
externe de la bandelette olfactive, relativement petite, et le subi- 



1. Fonctions of the Brain, p. 174. 

2. Ces tressaillements, déterminés par des bruits rapprochés, doivent, comme 
le remarque très justement Ferrier, « être regardés comme des phénomènes 
réflexes, de môme nature que ceux observés par Flourens chez des pigeons 
privés de leurs hémisphères, lorsqu'on tirait un coup de pistolet tout à côté 
de leur tête. » 



160 PHRÉNOLOGIE ANCIENNE ET NOUVELLE. 

culumi n'est point aussi évidente; bien que, cliez le Singe, elle soit 
plus apparente que chez l'Homme. L'origine, dans le subiculum, de 
cette soi-disant racine est toutefois absolument établie par l'examen 
microscopique. » 

On observa qu'une lésion d'un seul subiculum diminue ou abolit 
l'odorat d'un seul côté (celui de la lésion), confirmant ainsi la rela- 
tion directe indiquée plus haut. Car, ainsi que Ferrier le signale ^ : 
« Ni les racines internes, qui se confondent avec la circonvolution du 
corps calleux de chaque côté, ni les racines externes, qui sont 
réunies avec les subicula et de là, par les piliers postérieurs de la 
voûte, avec les couches optiques, ne subissent de décussation; il n'y 
a, par suite, aucune base anatomique à une connexion croisée entre 
les bulbes olfactifs et leurs centres cérébraux ». On a observé que 
la destruction de ces deux régions amenait la perte définitive de 
rOdorat des deux côtés ^. 

Grâce à la position protégée du sommet du lobe temporal, on vit 
qu'une limitation exacte des lésions de cette région est presque 
impossible. Aussi, bien que Ferrier croie le centre du GoiU immédia- 
tement contigu à celui de l'Odorat, c'est-à-dire situé dans la partie 
inférieure de la circonvolution temporo-sphénoïdale moyenne^ au 
sommet du Lobe Temporal, il est incapable de parler avec autant de 
certitude au sujet de cette localisation. « L'abolition du goût, dit-il, 
coïncidait toujours avec la destruction de régions situées en relation 
intime avec le subiculum » ; tandis que, en faveur de la partie 
ci-dessus désignée comme étant le centre du Goût, il remarque que 
l'irritation de cette portion de la circonvolution temporale moyenne 
amène des mouvements des lèvres, de la langue et des joues, qu'il 
regarde comme « des mouvements réflexes suivant l'excitation de la 
sensation gustative ». La destruction de cette région, sur un seul 
€ôté, produisit une perte temporaire ou un trouble du Goût du 
€ôté opposé de la langue ; tandis que la perte de ce sens devint 



1. On donne ce nom à la partie interne du sommet du lobe temporal, ou 
plus précisément au sommet de la circonvolution uncinée (corne d'Ammon). 

2. Loc. cit., p. 185. 

3. On a hasardé (p. 120) une tentative d'explication de ce manque de 
décussation des conducteurs olfactifs. Le sens de l'Odorat (dont les organes 
sont situés de chaque côté de la ligne médiane du corps) est précisément le 
mode de sensibilité qui n'établit aucune distinction entre les impressions 
venant d'un côté ou de l'autre. Il ne semble donc pas vraisemblable qu'un 
embarras, ou un trouble d'aucune nature, puisse se produire par suite du fait 
que les impressions olfactives de la narine droite seraient mises en relation, 
dans l'hémisphère correspondant, avec les impressions gustatives, visuelles, 
auditives et tactiles, provenant de la moitié gauche du corps, et vice versa. 



EXPÉRIENCES DE FERRIER : CENTRE DE L'ODORAT. ICI 

complète, double et permanente, lorsque la même partie fut détruite 
des deux côtés ^. 

La destruction de tout le sommet de l'un des lobes temporaux 
produisit une perte temporaire de l'Odorat, du même côté, et du 
Goût, du côté opposé. 

Pour ce qui est du siège du centre de Sensibilité Tactile et 
Générale j, on éprouva d'abord quelques difficultés à s'arrêter 
sur un point qui parut spécialement lié aux impressions de cette 
nature. Ferrier dit : <( Après de nombreuses expériences, dans les- 
quelles la surface externe presque toute entière de l'hémisphère 
avait été successivement détruite sans amener la perte du sens du 




FiG. 176. — Cerveau de Singe, montrant ombrée, dans le lobe temporal, l'aire dont la 
destruction entraîna la perte de l'Odorat, du même côté, et du Goût, du côté opposé 
(Ferrier). 

toucher, il me semblait étrange qu'un sens aussi important au point 
de vue intellectuel n'eût point, comme les autres, un centre spécial 
dans l'hémisphère. Mon attention fut donc dirigée sur le côté interne 
du lobe temporo-sphénoïdal et sur le moyen d'atteindre et de 
détruire cette région ». Ferrier réussit bientôt à atteindre cette 
région par l'arrière; et ses expériences subséquentes l'amenèrent à 
regarder spécialement le grand hippocampe et la circonvolutio7i un- 
cinée sus-jacente comme centres des Impressions Tactiles (fig. 177). 
La destruction de cette région amène une perte complète de la sensi- 
bilité de la moitié opposée du corps; et cette perte est d'un caractère 
plus durable que la diminution qui se présente dans les autres modes 
de sensibilité après la destruction unilatérale de leurs centres dans 



1. Ferrier dit : « Avec l'abolition du goût, la sensibilité cutanée de la langue 
fut aussi abolie, — fait qui prouve l'association dans l'hémispbère des centres 
de sensation tactile et de sensation spéciale de la langue ». {Loc.cit., p. 189.) 



Charlton-Bastian. — II. 



162 



PHRÉNOLOGIE ANCIENNE ET NOUVELLE. 



les circonvolutions,— résultat qui est jusque-là parfaitement d'accord 
avec ce que l'on peut fréquemment reconnaître chez l'Homme, 
comme effet de maladies cérébrales ^ 

Quant à la manière de prouver l'existence ou l'absence de la Sen- 
sibilité Tactile chez l'animal en observation, on rencontre le même 
genre de difficulté que pour les autres sens, grâce à l'incertitude qui 
entoure la distinction à établir entre une simple réaction réflexe à 
une excitation, et celle qui résulte d'une perception consciente. 
Ferrier « s'efforça donc d'employer des moyens qui lui permissent 
de distinguer clairement entre les deux cas; comptant plus sur les 
preuves fournies par l'activité spontanée de l'animal que sur de 
simples réponses à des excitations cutanées». 

Il opéra sur un Singe qui était surtout gaucher, c'est-à-dire 




FiG. ni.— Face interne de l'Hémisphère droit du Cerveau d'un Singe, montrant une aire 
fortement ombrée correspondant au centre tactile; et des lignes pointillées, indiquant la 
direction dans laquelle un instrument fut enfoncé pour détruire cette partie (Ferrier). 

qui prenait de préférence de la main gauche les objets qu'on lui 
offrait. « Pour cette raison, on détruisit la région de l'hippocampe 
droit, en vue d'affecter le sens du toucher dans le membre que 
l'animal employait ordinairement ». Voici comment Ferrier décrit 
les résultats obtenus^ : 

« Après que l'animal fut revenu de l'opération et de la stupeur narcotique, 
on trouva que la vue et l'ouïe n'étaient pas troublées et que l'intelligence était 
aussi vive et aussi active qu'auparavant. Mais l'excitation cutanée, produite 
par les piqûres, les pincements ou une chaleur cuisante, suffisante pour causeï^ 
des manifestations fort vives de sensibilité lorsqu'on les appliquait sur le côté 
droit du corps, n'amenaient en général aucune réaction du côté gauche de la 
face ou des membres de ce côté. Parfois seulement, lorsque l'excitation était 
intense ou longtemps continuée, il s'ensuivait une réaction. Cette absence 
tout à fait remarquable de réponse d'aucun genre rendait l'annihilation de la 



1. Paralysis from Brain Disease. 1875, p. 109-121. 

2. Loc. cit., p. Vi9. 



EXPÉRIENCES DE FERRIER : CENTRE TACTILE. 163 

sensibilité tactile presque complètement sûre, sans qu'il fût besoin d'autre 
preuve. » 

Il existait aussi une altération dans le caractère des Mouvements 
que pouvaient exécuter les membres gauclies, altération que Terrier 
croit «due à la perte de la sensation tactile par laquelle les mouve- 
ments sont guidés ». Toutefois, en présence de beaucoup de preuves 
récentes, il semble plus que douteux que Vataxie du Mouvement soit 
nécessairement, ou même jamais, occasionnée par une simple perte 
de la sensibilité cutanée (Voy. p. 196 et 286). 

Mais il devient ici nécessaire de faire une digression, à cause de 
la nature complexe des Sensibilités Tactile et Générale et de leurs 
relations avec ce qu'on nomme le sixième sens, ou Sens Musculaire. 
Il serait fort important d'arriver, si possible, à des notions définies 
sur ce qui touche à cette dernière faculté, afin que nous puissions 
apprendre jusqu'où est vraie l'existence de quelque chose digne de ce 
nom, à part des divers modes de Sensibilité Tactile et Générale, — 
et aussi, incidemment, quel est le mode de sensibilité qui guide sur- 
tout les Mouvements. 

Sous le titre de Sensibilité Tactile et Commune il faut com- 
prendre un grand nombre de sortes d'Impressions plus ou moins 
distinctes les unes des autres. On peut les arranger ainsi en forme 
de tableau : 

I 1. Impressions tactiles proprement dites. 
a. Delà Peau et des Mem-\ 2. Impressions de contact et de pression. 
branes muqueuses. i 3. Impressions de température. 
f 4. Impressions de douleur. 

b Des Muscles. j ■^* I™Pï"essions (mal définies) d'effort ou de tension. 

I 2. Impressions de douleurs (rares). 

c. Des Aponévroses , Ten- i l. Impressions (mal définies) d'effort ou de pression. 
dons et Os. j 2. Impressions de douleur (rares). 

, ^ -r^. , il- Impressions de contact ou de pression (rares). 

a. Des Viscères. loi ■ jji /i ^ 

( 2. Impressions de douleur (plus communes). 

On trouve que les différents modes de sensibilité de la Peau et 
des Membranes Muqueuses varient d'acuité dans certaines maladies 
de la Moelle ou du Cerveau, sans garder aucune relation entre eux. 
Ainsi la faculté de discerner entre le chaud et le froid, ou la sensi- 
bilité aux impressions douloureuses, peuvent être abolies, soit sépa- 
l'ément, soit ensemble, dans des parties qui demeurent sensibles 
aux impressions de contact (sensibilité tactile ou toucher propre- 
ment dit), ou vice versa. Aussi quelques physiologistes distingués 
croient que ces différentes sortes d'Impressions sont conduites par 
des fibres nerveuses séparées; tandis que d'autres, qui appuient leur 



164 PHRÉNOLOGIE ANCIENNE ET NOUVELLE. 

opinion d'autant de preuves, considèrent que les mêmes fibres 
nerveuses sont capables d'être impressionnées de manière différente, 
de façon à conduire diverses sortes de vibrations moléculaires, — et 
à donner ainsi naissance à des impressions dont les phases subjec- 
tives diffèrent au point qu'on a dit plus haut. 

En laissant là les considérations de cette nature, il nous faut 
envisager la série des questions beaucoup plus importantes, mais qui 
cependant s'y rapportent, concernant Texistence, la nature et l'o- 
rigine d'une faculté séparée, désignée ordinairement sous le nom 
de Sens Musculaire. Ces questions ont beaucoup occupé l'attention 
des physiologistes, pathologistes et psychologues — surtout de 
ceux-ci —pendant ces dernières années. Les psychologues, en elïet, 
attachent une telle importance aux impressions du Sens Musculaire, 
qu'il devient par-dessus tout nécessaire d'avoir des notions claires 
et compréhensives sur la nature véritable d'une faculté de ce genre. 
Le professeur Bain, par exemple , soutient qu'à moins que l'on 
n'adopte certaines opinions sur le sens musculaire, — à moins qu'on 
ne le considère comme un mode actif, ainsi qu'il l'appelle, de sensi- 
bilité, dépendant directement des nerfs moteurs et des centres 
moteurs, — « la distinction la plus essentielle qui existe dans la 
sphère de l'esprit est dénuée de toute base physiologique ^. » Ceci 
peut être ou ne pas être vrai ; mais, en tous cas, cela montre l'im- 
portance qu'il y a à arriver à des notions correctes sur une faculté 
de la nature de laquelle on fait dépendre tant de doctrines philoso- 
phiques. Croom Robertson a aussi parlé dernièrement ^ du sujet, 
comme « de première importance pour la psychologie d'aujour- 
d'hui. » (Voyez l'appendice à la fin du volume, p. 278.) 

Les opinions exprimées, à différentes époques sur le Sens Muscu- 
laire et les moyens par lesquels nous apprécions la résistance, ont 
été si variées et si contradictoires qu'il est presque impossible de 
donner à celui qui étudie cette question quelques notions exactes 
des problèmes réels qui demandent une solution, sans donner en 
même temps quelques notes historiques, exposant les diverses 
opinions que l'on a émises sur ce sujet. Quelques-unes de ces notes, 
de date plus ancienne, ont été originairement fournies par Sir 
William Hamilton ; mais, comme on a récemment jeté beaucoup de 
lumière sur ces sujets par l'observation de cas d'Hémianesthésie 
chez l'homme, il convient, et même il est nécessaire, sous tous les 
rapports, de reprendre la question entière. Ceci a été fait; 
mais, comme la discussion de la question constitue une digression 
trop longue pour trouver place dans ce chapitre, et qu'elle est évi- 

1. Sensés and Intellect. 3^ éd., p. 77. 

2. Mind. 1877, p. 98. 



SENS MUSCULAIRE. 165 

demment d'une nature technique, j'ai pensé qu'il valait mieux la 
reléguer dans un Appendice et ne présenter ici que l'opinion qui 
semble la mieux appuyée par les preuves que l'on y produit, ainsi 
que quelques suggestions qui arriveront peut-être à éviter la con- 
fusion dans l'avenir. 

La conclusion à laquelle on est arrivé est qu'il faut abolir le 
terme de Sens Musculaire, comme induisant en erreur, sous divers 
rapports, lorsqu'on l'applique (comme on le fait souvent) avec des 
significations totalement distinctes, se rapportant en partie à quel- 
ques-unes et en partie à toutes les impressions qui nous viennent 
de nos membres en mouvement ou des Mouvements en général. 
Nous pouvons, avec beaucoup plus de raison et de commodité, en 
face de tous les désaccords relatifs au sens musculaire \ parler 
d'un Sens de Mouvement comme d'une faculté séparée, de nature 
complexe, par laquelle nous sommes informés de la position et des 
mouvements de nos membres, par laquelle nous pouvons juger du 
'poids et de la résistance, et par laquelle le Cerveau est en grande 
partie guidé, d'une manière inconsciente, dans l'accomplissement 
des Mouvements en général, mais surtout de ceux du type automa- 
tique. Des Impressions de diverses sortes se combinent pour parfaire 
ce «sens de mouvement»; et son siège cérébral, ou aire, coïncide en 
partie avec celle du sens du Toucher. Il comprend, comme compo- 
santes, des impressions cutanées et des impressions qui viennent 
des muscles et d'autres tissus profonds des membres (aponévrose?, 
tendons et surfaces articulaires) qui, tous, donnent naissance à 
des Impressions Conscientes, plus ou moins définies; et il semble y 
avoir en outre une série fort importante d'Impressions non senties, 
qui guident l'activité motrice du Cerveau, en le mettant automati- 
quement en rapport avec les différents degrés de contraction de 
tous les Muscles qui peuvent être en état d'action. 

Des impressions de ce genre, ainsi groupées, diffèrent de celles 
de toutes les autres Facultés Sensorielles en ce qu'elles sont, tout 
d'abord résultats, plutôt que causes de Mouvement; et ne sont 
ensuite employées que comme guides pour provoquer la continua- 
tion des Mouvements déjà commencés (vol. I^"", p. 5/t). Mais, dans 
d'autres cas, la résurrection en idée de quelques impressions de cette 
nature coopérera avec certains stimuli sensoriels ou volitionnels , 
pour renouveler des mouvements déjà exécutés à quelque époque 
antérieure. 

Ferrier estime que ses expériences montrent que les sensibilités 

1. Ou en un seul mot Kinœsthesis (de xivéw, mouvoir, et ai<T8Yic7t;, sensa- 
tion). Parler d'un centre Kinesthétique sera à coup sûr bien plus commode 
que de parler d'un centre du se7is de mouvement. 



166 PHRÉNOLOGIE ANCIENNE ET NOUVELLE. 

appartenant aux Muscles, aux Aponévroses, aux Tendons et aux 
Articulations, dépendent d'Impressions qui se répandent dans la 
même aire corticale qui est en rapport avec les Impressions Cutanées 
plus superficielles^ et en repartent. Il croit que tous ces modes de 
Sensibilité Tactile et Commune ont été troublés ou abolis ensemble 
par certaines lésions corticales, ainsi que par celles de la partie 
postérieure de la capsule interne. 

Il est cependant tout à fait possible de trouver, dans certaines 
maladies de la Moelle, la sensibilité de la Peau altérée ou perdue, 
tandis que celle des Muscles et d'autres tissus profonds est conser- 
vée; dans d'autres cas, la sensibilité de la Peau peut être conservée, 
tandis que celle des Muscles est perdue * ; dans d'autres cas encore, 
la sensibilité ordinaire superficielle et profonde peut être conservée, 
tandisque lepassagedes impressions mconscien^es, venant desMuscles, 
et dont nous avons déjà parlé, peut être plus ou moins gêné; de 
sorte que, dans ce cas, bien qu'il n'y ait paralysie ni motrice 
ni sensitive, il peut y avoir une inaptitude à coordonner les Mou- 
vements sans l'aide de la vue ^. 

Pour ce qui est des Impressions Viscérales, le lecteur doit bien 
savoir qu'il n'est pas habituellement reçu de sensations provenant 
des organes internes, et que l'on n'éprouve que des impressions 
vagues, se présentant par intervalles, aussi longtemps que ces organes 
demeurent à l'état de santé. On peut toutefois bien prouver, d'une 
manière indirecte, que des impressions se rendent ordinairement 
de quelques-uns des viscères au Cerveau, bien qu'elles demeurent 
inconscientes. Des impressions systémiques sont, de cette manière, 
capables d'exercer une influence importante sur le courant général 
de nos pensées et de nos émotions, et peuvent aussi modifier, à un 
degré marqué, l'activité du Cerveau dans les sphères d'un ou plu- 
sieurs Sens Spéciaux. Ainsi, bien qu'elles ne soient point elles-mêmes 
accompagnées de conscience, il est indiscutablement vrai que 
diverses impressions viscérales modifient puissamment la Vie Con- 
sciente des animaux inférieurs, aussi bien que celle de l'Homme. 

Il est donc plus que probable que ces Impressions Systémiques 
passent par des routes définies à travers le Bulbe et les parties infé- 
rieures du Cerveau ; et, de là, montent à quelque région définie de 
l'Écorce Cérébrale, d'où elles rayonnent peut-être dans diverses 
directions. Le fait que les impressions sont d'un type inconscient 
ne doit pas faire douter qu'elles n'atteignent l'Écorce Cérébrale. 
Les probabilités sont au contraire grandement en faveur de cette 
supposition. 

1. Jaccoud, Les Paraplégies et l'Ataxie, 1864. 

2. Landry, Traité des Paralysies, 1859. 



IMPRESSIONS VISCÉRALES. 167 

On ignore toutefois, pour le moment, quelles sont les parties de 
l''Écorce où se rendent surtout ces impressions. Ferrier incline à 
croire qu'elles vont aux Lobes Occipitaux, mais la preuve qu'il invoque 
semble à l'auteur incapable d'appuyer une pareille conclusion ; et 
Terrier lui-même n'insiste pas beaucoup sur ce pointa A part toute- 
fois la nature douteuse de la preuve spéciale sur laquelle Ferrier 
base son opinion sur la localisation cérébrale des Impressions Vis- 
cérales, cette conclusion ne se recommande point très fortement, si 
on la juge d'après l'évidence générale accessible à tous. Il ne semble 
guère, en effet, que l'on ait des motifs suffisants pour croire que des 
impressions aussi primordiales que le sont les impressions systé- 
miques, dans toute la Série des Vertébrés (et qui semblent dimi- 
nuer plutôt que croître en importance chez les membres supérieurs 
de la série), doivent avoir surtout affaire à une des portions déve- 
loppées en dernier lieu et des plus spécialisées du Cerveau. Assuré- 
ment, cette évidence générale, comme l'auteur l'a déjà signalé 
ailleurs, tend plutôt à attribuer la complication proportionnelle- 
ment plus grande des Lobes Occipitaux à la plus grande Activité 
Intellectuelle dont l'animal est capable ^. Cette dernière idée a été 
également appuyée par le D'' Hughlings Jackson et autres, à cause 
de la manière dont elle s'accorde avec un grand nombre de faits 
présentés par des personnes atteintes de maladies du Cerveau. 

Il ne s'ensuit aucunement que les Impressions Viscérales prove- 
nant des deux côtés du corps doivent, comme la majorité des 
impressions sensitives, s'entrecroiser en quelque point de leur 
course vers les Hémisphères Cérébraux. Il ne résulterait point un 
avantage semblable de la décussation de ces impressions. D'abord on 
ne rencontre point, dans les Viscères, une symétrie bilatérale uni- 
forme; et, en second lieu, si l'entrecroisement des autres con- 
ducteurs sensitifs a été amené de la manière que nous avons tenté 
d'indiquer (p. 116), il n'y aurait aucun but à une décussation sem- 
blable des Impressions Viscérales. Ceci est évident lorsque nous con- 
sidérons que les impressions viscérales n'entraînent aucunetendance 
ou aucun besoin d'évoquer l'activité d'un seul côté du corps. Pour 
autant qu'elles passent au Cerveau et excitent l'action des organes 
de relation, elles sembleraient n'agir que par l'intermédiaire d'im- 
pressions provenant des Sens Spéciaux, dont les centres ont été 
éveillés, et rendus plus réceptifs par leur mise en relation avec des 
Impressions Viscérales distinctes, bien qu'inconscientes. 

1. Functions of the Brain, p. 192. 

2. The Human Brain. Macmillan's Magazine, nov. 1865. Il paraît que la 
même opinion a été mise en avant par le D'' Carpenter, dans : Brit. and For. 
Med. Cliir. Review. Oct. 1846. 



168 PHRÉNOLOGIE ANCIENNE ET NOUVELLE. 

11 semblerait en effet, d'après quelques observations qui ont déjà 
été faites, que, dans beaucoup de cas d'Hémianesthésie, les viscères 
demeurent au moins aussi sensibles que jamais à une forte pression 
exercée sur les deux côtés du corps; et ceci indiquerait naturelle- 
ment que les conducteurs cérébraux de ces impressions ne s'entre- 
mêlent pas, dans la région de la capsule interne, avec ceux des 
autres modes de sensibilité. 

Et, bien que leurs Centres puissent aussi être situés en des lieux 
différents, il est à peu près certain que les Impressions Viscérales 
peuvent, soit rayonner dans quelques parties de la province de 
chacun des Sens Spéciaux, soit être mis en connexion intime avec 
elles, puisqu'elles agissent si fréquemment les unes sur les autres 
de la manière indiquée. Cette action réciproque n'a pas lieu toute- 
fois que dans une seule direction. Il y a, de la part de VAppétit 
Sexuel, comme le remarque le professeur Bain, « une susceptibilité 
de s'enflammer par un grand nombre de côtés, par tous les sens, 
par des séries de pensées et par des émotions qui ne sont point 
des sensations. » A un degré moindre, une inflammabilité semblable 
par les impressions sensorielles existe aussi à l'égard de VAppétit 
pour la Nourriture. 



CHAPITRE XXVI 



VOLONTE ET MOUVEMENTS VOLONTAIRES. 



« Nous trouvons en nous-mêmes, dit Locke (1690), un Pouvoir 
de commencer ou de différer, de continuer ou de cesser diverses 
Actions de notre Esprit, ou divers Mouvements de notre Corps, par 
une simple Pensée ou un simple choix de notre Esprit. » 

Le champ de cette aptitude, qui porte le nom de « Volonté » ou 
« Volition », est assez clairement indiqué ici par celui qu'on peut 
appeler le père de notre Psychologie moderne. 

Pour ce qui est de la seconde des sphères sus-mentionnées de 
l'exercice de la Volonté, c'est-à-dire son influence sur les Mouve- 
ments de notre Corps, Locke ne s'aventura dans aucun détail; et, 
même à une époque de beaucoup postérieure, Hume [illxl) n'était 
encore capable que de proclamer l'ignorance complète et, croyait- 
il, sans espoir, qui régnait sur ce point. « Le Mouvement de notre 
corps, dit-il, suit le commandement de notre Volonté. De ceci, nous 
sommes à tout moment conscients. Mais les moyens par lesquels 
ceci s'effectue, .l'énergie par laquelle la Volonté accomplit une opé- 
ration aussi extraordinaire, nous sommes si loin d'en être immédia- 
tement conscients, qu'ils échapperont toujours à nos recherches 
les plus empressées. » 

Hartley, dans Observations on Man, publiées une année seulement 
après VInquiry de Hume, fit toutefois quelques remarques pleines 
de valeur et de sagacité sur les causes, les modes d'acquisition et 
les relations mutuelles des divers genres de Mouvements que nous 
sommes capables d'exécuter. Les observations étaient si justes, 
qu'elles forment encore la base de notre savoir sur le sujet. 

Hartley chercha aussi, bien qu'avec moins de succès, à faire une 
première classification grossière des Mouvements, au point de vue 
de l'état, ou processus mental, dont ils sont précédés, lorsqu'il dit : 

— « Des deux sortes de Mouvements — Automatique et Volontaire 

— la première dépend des Sensations; la seconde, des Idées. » 
Ceci, même en tenant compte de certaines restrictions néces- 



170 VOLONTÉ ET MOUVEMENTS VOLONTA Ili ES. 

saires, auxquelles Hartley eût lui-même donné son assentiment, ne 
saurait être regardé comme une généralisation très correcte. Quel- 
ques actions automatiques, comme celle du Cœur, des Intes- 
tins et d'autres viscères, sont dues à des Impressions non senties^^ 
que l'on peut à peine appeler Sensations; tandis que d'autres sont 
excitées ,parces sentiments, «commencés intérieurement», connus 
sous le nom d'Émotions, et qui tiennent plus des Idées que des 
Sensations. En outre, les Idées provoquent parfois des mouvements 
automatiques, comme lorsque — pour citer seulement un des cas 
les plus nets — une Idée comique nous pousse au Rire; bien que, 
dans une multitude d'autres cas, il soit parfaitement vrai que des 
idées soient les premiers excitants de Mouvements Volontaires. On 
rencontre en outre, entre ces extrêmes, un grand nombre de gra- 
dations insensibles; il y a, par exemple, des mouvements que l'on 
peut à peine appeler Automatiques et que, cependant, les physiolo- 
gistes ont aussi jugé à propos de séparer de la catégorie des Mou- 
vements strictement Volontaires, — comme ils l'ont montré en leur 
appliquant l'épithète d'idéo-inoteurs. 

Ces actions, qui sont d'abord Volontaires, tendent, au bout d'an 
certain temps, lorsqu'elles ont été fréquemment répétées, à devenir 
réellement Automatiques. Hartley en avait, à coup sûr, parfaitement 
connaissance. Ce fut lui qui proposa le premier de classer ces Actions 
comme Autornatiques Secondaires, en opposition à celles de sa caté- 
gorie des Automatiques Primaires, — qui comprenait les Actions que 
l'individu a, dès la première fois, accomplies d'une manière auto- 
matique. Il essaya de formuler quelques-unes des bases de distinc- 
tion entre les Actions Volontaires et celles qui, dit-il, « doivent être 
regardées comme de moins en moins volontaires, à demi volon- 
taires ou à peine volontaires. » 

Ce dernier sujet fut, toutefois, discuté d'une manière plus effi- 
cace, à une époque postérieure, par James Mill. Il est d'importance 
considérable, puisqu'il implique une tentative de découvrir la nature 
réelle, ou les éléments constituants de cette phase de l'Esprit que 
nous nommons Volition. Sur ce sujet, James Mill avance les opi- 
nions suivantes ^ : 

« Il semble que rien ne distingue les cas volontaires des involontaires; 
sauf que dans les premiers il existe un Désir. En versant des pleurs au récit 
d'une scène tragique, nous ne désirons pas pleurer; en riant au récit d'une 
histoire comique, nous ne désirons point rire. Mais, lorsque nous élevons le 
bras pour parer un coup, nous désirons lever le bras ; lorsque nous tournons 
la tête pour regarder quelque objet attractif, nous désirons tourner la tête, 

1. Analysis of the Human Minci, 1830, p. 279. 



THÉORIES DE JAMES MILL. 471 

Je crois que l'on ne pourrait citer un seul cas d'action volontaire dans lequel 
il n'y ait pas une expression appropriée pour désigner l'action désirée. 

Si donc il s'interpose, entre une Sensation ou une Idée et le 
Mouvement qu'elle peut évoquer, un sentiment d'un ordre émotion- 
nel connu sous le nom de Déùr, un mouvement qui aurait été dé- 
signé comme Seiisori-moteur ou Weo-«^o^e«fr^ a droit au titre de Mou- 
vement Volontaire^ C'est là la première et la plus importante dis- 
tinction établie par James Mill. Mais, comme le même philosophe 
le signale ensuite, il y a encore quelque autre chose qui accom- 
pagne ou suit immédiatement l'émotion de Désir, — c'est-à-dire une 
Idée ou Conception du genre de Mouvement nécessaire à la satisfac- 
tion du Désir, 

II paraît donc généralement admis par les philosophes cités ci- 
dessus, ainsi que par d'autres, que les mouvements de notre corps 
sont commencés, poursuivis, ou terminés, comme le dit Locke, « par 
une simple Pensée ou préférence de l'Esprit. » Impressions, Sensa- 
tions, Émotions, Pensées, — ce sont là les états mentaux qui, pris à 
part ou combinés, sont suivis de Mouvements. Pour des détails rela- 
tifs à leur excitation et à leur accomplissement réel, on ne sait que 
peu de chose de plus, ou même rien, avec quelque degré de certi- 
tude. Écrivant en 1830, James Mill disait ^ : « Nous n^entreprenons 
point de dire quels liens physiques existent entre l'Idée et la Con- 
traction, pas plus qu'entre la Sensation et la Contraction. Vidée est 
la dernière partie de Vopération Mentale. 

Si, toutefois, il en est réellement ainsi; si, au delà des états ou 
processus mentaux ci-dessus énumérés, nous avons, dans les Actes 
Volontaires, de simples changements physiques dans les nerfs et les 
muscles, comme le déclaraient Hume et James Mill, il y a d'autant 
moins de raison de s'étonner que quelques philosophes, comme 
Dugald Stewart et le D'' Thomas Brown, aient, de propos délibéré, 

1. L'opinion d'Hartley était fort semblable. Il dit : « La Volonté paraît n'être 
rien qu'un désir ou une aversion, suffisamment forte pour produire une action 

qui n'est point automatique, ni primairement ni secondairement La Volonté 

est donc le désir, ou l'aversion la plus forte au moment présent ». Quelle 
disposition d'esprit doit prévaloir, c'est ce qui est parfois immédiatement 
réglé, mais ne l'est d'autres fois qu'après un processus de Délibération; et, sur 
ce processus, Hobbes dit : « La somme totale des désirs, des aversions, des 
espérances et des craintes, continuée jusqu'à ce que la cbose soit faite ou 

estimée impossible, est ce que nous appelons Délibération L'appétit et 

l'aversion ne sont donc ainsi nommés que lorsqu'ils ne suivent aucune délibé- 
ration. Mais, s'il y a eu délibération, l'acte définitif est appelé volonté dans le 
cas d'appétit, et non-vouloir dans le cas d'aversion ». 

2. Loc. cit., II, p. 266. 



172 VOLONTÉ ET MOUVEMENTS VOLONTAIRES. 

■omis de discuter la Volonté comme une partie distincte de notre Vie 
Consciente. « Connaître tous nos états sensitifs ou affections, dit ce 
derniers tous nos états intellectuels, toutes nos Émotions, c'est 
connaître tous les états ou phénomènes de l'Esprit. » La préséance 
de l'une ou l'autre de ces phases subjectives, ou des conditions com- 
plexes dérivées d'elles, correspondrait, pensait-il, à ce que nous 
désignons sous le nom de Volonté. Au delà de ces phases subjec- 
tives, nous passons, dans l'exécution des Mouvements Volontaires, 
de la sphère de la Psychologie dans celle de la Physiologie pure et 
simple. 

La netteté de Vidée on Conception du Mouvement (qui, nous allons 
le voir, est d'origine complexe), en tant qu'élément constituant, 
conscient, d'une Volition, variera beaucoup suivant que le Mouve- 
ment sera plus familier ou plus facile à exécuter. Et, sous ce der- 
nier rapport, il existe naturellement toutes les gradations entre les 
Mouvements Volontaires les plus simples et ceux de l'ordre le plus 
complexe. 

Nous pouvons, par exemple, accomplir volontairement quelque 
mouvement qu'une répétition fréquente a déjà rendu facile, mais 
que désormais nous accomplissons surtout d'une manière automa- 
tique. Les doigts d'un enfant qui dort peuvent se refermer sur un 
objet qu'on met doucement en contact avec la paume de sa main ; 
ou bien, lorsqu'il est éveillé, l'enfant peut exciter volontairement 
des mouvements semblables. Un objet, mis tout près des yeux, peut 
faire cligner involontairement les paupières; mais on peut aussi 
accomplir volontairement le même acte. Nous pouvons lever instinc- 
tivement le bras pour parer un coup ; ou bien nous pouvons le lever 
de même, d'une manière volontaire. Dans tous les cas, Vidée ou 
Conception du Mouvement 7iécessaire se présente à peine comme un 
élément conscient de la Volition : c'est une partie du processus qui 
est devenue plus ou moins latente.' 

Mais, dans l'autre catégorie plus complexe d'Actions Volontaires, 
des efforts sont faits pour accomplir quelques combinaisons nou- 
velles de mouvements, que leur complication rend d'abord fort dif- 
ficiles à exécuter. Tel est le cas, par exemple, lorsque les enfants 
apprennent à écrire, ou les jeunes gens à danser ou à jouer de 
quelque instrument. Dans chacun de ces cas, il faut reconnaître 
quelque Idée ou Conception du genre de Mouvement nécessaire, 
comme partie constituante, plus ou moins constante, de la Volition 
en question. 

1. Philosophy of the Human Mind. Lect. XVIL 



ACTIONS VOLONTAIRES ET ACTIONS AUTOMATIQUES. 47» 

Au début d'un Mouvement Volontaire que nous avons déjà souvent exécuté^ 
nous le commençons avec certaines qualités prédéterminées qui lui sont 
données .presque instinctivement, et dans le choix desquelles nous sommes 
cependant guidés, d'une manière évidente, par l'expérience acquise et l'édu- 
cation. Un exemple simple le montrera. Je sais que des objets ayant certains 
caractères visuels m'ont ordinairement donné certaines impressions de poids 
et de résistance, lorsque je les ai saisis auparavant; et, par conséquent, cette 
expérience préalable me permet, en voyant de nouveau un pareil objet, et 
désirant le saisir, d'évoquer une conception du Mouvement nécessaire qui, bien 
qu'elle puisse être réalisée fort indistinctement par la Conscience, me permet, 
en quelque sorte, de donner à l'acte Volitionnel les qualités nécessaires. 

Cette faculté, en partie instinctive, en partie le résultat de l'éducation 
individuelle, a donné lieu à beaucoup d'erreurs. Quelques-uns l'attribuent 
à un instinct locomoteur pur et simple, et ignorent par conséquent que c'est 
une faculté dont la manifestation est réglée en grande partie par l'éducation 
individuelle. Quelques-uns font appel, avec une gravité vague, à l'intervention 
de ce qu'ils nomment intuitions motrices, — voulant désigner par là quelque 
chose appartenant aux Centres Moteurs, sur le point d'être mis en activité, ou 
aj^ant son origine en eux; mais qui cependant aide d'avance, de quelque ma- 
nière, à déterminer le mode de leur propre activité i. 

James Mill montra plus de raison, en soutenant que les impressions 
communément nommées Impressions du Sens Musculaire interviennent, et 
prennent part à l'opération, comme agents déterminants, à une phase immédia- 
tement postéineure à la Conception ci-dessus mentionnée, et antérieure à 
Taccomplissement réel du Mouvement Volontaire. Si nous substituons à ces 
impressions du sens muscidaire nos Impressions Kinesthétiques^, nous pouvons» 
en ces termes plus généraux, adopter cette opinion de James Mill, comme sym- 
bolisant bien le mode probable d'exécution, ou plutôt l'ordre, des processus 
impliqués dans le commencement d'un Mouvement Volontaire. 

Les mêmes parties du Cerveau qui sont mises en jeu pour le commencement 
d'une série quelconque de Mouvements Volontaires, doivent sans doute demeurer 
en activité pendant la continuation de ces mouvements; bien que peut-être pas 
exactement dans les mêmes proportions relatives. Ainsi, un rappel idéal, ou 



1 . Il y a, suivant toute pi'obabilité, dans les Centres Moteurs, une multitude 
de combinaisons différentes de fibres et de cellules, qui ont été graduellement 
établies, et par l'intermédiaire desquelles les Incitations Volitionnelles peuvent 
être nécessairement distribuées le long de certaines fibres « centrifuges », de 
manière à mettre en activité, suivant des modes définis, des groupes parti- 
culiers de Muscles. Il ne semble pourtant pas y avoir de bonnes raisons pour 
qu'on doive appeler des organisations de cette nature, ou plutôt l'activité fonc- 
tionnelle de ces organisations, intuitions motrices; ou pour qu'on les regarde, 
ainsi que le dit le D"" Maudsley {Physiology and Pathology of Mind. Chap. sur 
les Centres Moteurs), comme constituant « une importante région motrice de 
la vie mentale », — quoi que cela puisse signifier. Les vues du D"" Maudsley, 
sur ce sujet, ne paraissent point fort claires; bien que son chapitre sur la 
yolition soit excellent, et sans nulle ambiguïté. 

2. Voy. p. 165. 



174 VOLONTÉ ET MOUVIiMENTS VOLONTAIRES. 

conception, des qualités sensitives des Mouvements nécessités, opère comme point 
de départ; en permettant à l'individu de déterminer, en s'appuyant sur une base 
déjà existante et en partie instinctive, comment agir et quelle force employer ; 
tandis que, pendant la continuation des Mouvements, il serait aussi en partie 
influencé par des sensations réelles, se réalisant dans les mêmes parties du 
Cerveau, et lui disant comment il agit et quelle force il emploie^. Cependant, la 
quantité relative d'activité des centres sensitifs intéressés peut n'être pas égale 
dans les deux cas. 

Ainsi, si nous supposons que les centres spécialement mis en jeu, comme 
centres dirigeants, soient les Visuels et les Kinesthétiques, il se peut que les 
premiers aient une influence dominante dans la production de la Conception 
initiale; tandis que, pendant la continuation des Mouvements, les influences 
agissant sur les Centres Kinesthétiques peuvent, à leur tour, avoir une influence 
directrice plus puissante. Si quelqu'un essaye de prendre sur une table une 
petite boule de coton au milieu de laquelle on a introduit, à son insu, un 
lourd morceau de plomb, la détermination initiale du Mouvement supposé 
suffisant, devra être rectifiée; et, dans ce cas, elle le sera évidemment sur-tout 
à l'instigation des impressions Kinesthétiques. 

On n'a fait allusion, jusqu'ici, qu'à la classe la plus simple de Mouvements 
Volontaires, — à celle dans laquelle les mouvements eux-mêmes sont familiers 
ou d'exécution facile. Mais, lorsque les mouvements que l'on désire exécuter 
sont complexes et difficiles, et qu'il nous faut les apprendre par imitation des 
mouvements d'autres personnes, le sens de la Vue se trouve alors doublement mis 
en jeu. Il est nécessaire au commencement, et pendant la continuation de nos 
efforts pour copier des mouvements de ce genre, de regarder alternativement 
notre modèle et le mouvement de nos membres. Il faut, en réalité, longtemps 
et beaucoup de pratique pour qu'une personne, apprenant à danser ou à jouer 
d'un instrument de musique, soit capable d'exécuter l'une ou l'autre de ces 
actions, sans s'aider par moments de l'influence directrice de la Vue. « En 
apprenant à danser, comme le dit Hartley, l'élève désire regarder ses pieds et 
ses jambes, pour pouvoir juger, par la vue, s'ils sont dans une position conve- 
nable. Par 'degrés, il apprend à juger de cela par le sentiment; mais l'idée 
visible laissée en partie par la vue des mouvements de son maître, en partie 
par ses propres mouvements, semble être la principale circonstance associée qui 
amène les m,ouvements convenables. » Durant le i^rocessus d'instruction, c'est 
donc le Centre Visuel qui exerce évidemment une influence dominante. 

Toutefois, avec le temps, les impressions qui appartiennent au « Sens de 
Mouvement» (qui sont, naturellement, toujours associées à quelque degré avec 
celles de la Vue), deviennent, au moyen de leurs conducteurs organisés, assez 
librement associées avec elles et avec les conducteurs nerveux et les mécanismes 
nerveux d'organisation nouvelle, pour permettre aux mouvements que nous" 
avons étudiés de s'accomplir, sous la direction immédiate des seules Impressions 
Kinesthétiques, — sans qu'il soit plus besoin d'une direction auxiliaire, fournie 
par le sens de la Vue. Toutefois, comme le signale Jaccoud {Les Paraplégies et 
l'Ataxie, p. 601), le sensorium a besoin à' apprendre, dans le premier cas, 
quelles conditions et positions des parties mobiles sont liées à telles ou telles 
impressions, tactiles ou autres, qui viennent de ces parties. Aussi n'est-ce qu'à 

1. Voyez l'appendice. 



ACTIONS VOLONTAIRES ET ACTIONS AUTOMATIQUES. 173 

la fin de cet apprentissage qu'il est à même de conclure directement des 
Impressions Kinesthétiques aux conditions précises des parties en mouvement. 
Ce processus d'éducation ne peut marcher coiTectement que grâce aux 
comparaisons que nous sommes accoutumés à faire, de moment à autre, entre 
les positions et les mouvements des membres, tels qu'ils nous sont révélés par 
la Vue, et la somme totale des Impressions Kinesthétiques reçues simultané- 
ment des mêmes parties. 

Ce genre d'éducation étant une fois complété pour chaque mouvement en 
particulier, le savoir qui provient ensuite du Centre Kinesthétique devient aussi 
réel, et aussi capable d'exciter des actions appropriées, que celui qui provenait 
précédemment du Centre Visuel. Désormais, ses impressions seules, — même 
lorsqu'elles n'éveillent que fort imparfaitement, ou même pas du tout, notre 
Conscience, — suffisent à nous informer (c'est-à-dire suffisent à exciter les 
centres Cérébraux convenables, suivant des modes en relation définie avec 
différentes positions et tensions) de la position exacte de nos membres et de 
la nature et du degré de leurs Mouvements. C'est par des Impressions Kines- 
thétiques que nous sommes ensuite continuellement instruits des qualités des 
Mouvements actuellement produits ; c'est par elles que nous savons s'il faut 
continuer le mode présent d'action, ou si, pour mieux atteindre le but désire, 
il faut altérer la qualité de !a « Volition». Et si, pendant l'exécution d'un Mou- 
vement complexe, il devient désirable d'altérer une de ses qualités volitionnelles, 
— la force, la rapidité, la direction ou la continuation de l'un des mouvements 
composants ; ceci peut être immédiatement effectué « par une simple Pensée 
ou préférence de l'Esprit » ; bien que la grande majorité des hommes n'ait 
aucunement connaissance de la nature et du degré des changements individuels 
introduits dans les actions des différents Muscles intéressés. 

Le mode d'acquisition ci-dessus indiqué semble bien s'accorder avec nos 
autres intérêts et avec les nécessités journalières de notre vie. Le sens de la 
Vue facilite grandement le processus d'instruction; et ses impressions vives 
mettent rapidement le setisoriuni en état d'apprécier exactement la signification 
des impressions, plus vagues et plus occultes, qui lui arrivent simultanément 
par le iens du Mouvement. Bientôt, toutefois, le Sens Visuel, qui nous est né- 
cessaire pour tant d'autres objets importants, n'a plus besoin d'être concentré 
uniquement sur l'accomplissement de Mouvements. Plus tard encore, notre 
attention, ou conscience, s'affranchit encore davantage des détails qui ont trait 
aux Mouvelnents. Les impressions appartenant au Sens de Mouvement, qui 
pouvaient être conscientes, finissent pas passer ordinairement inaperçues ; et 
nous arrivons à accomplir une multitude d'actions journalières sous la direc- 
tion de simples Impressions Kinesthétiques inconscientes. 

Ainsi le fonctionnement du côté moteur de notre mécanisme nerveux 
complexe, même lorsqu'il a à exécuter les commandements de la Volonté, 
procède si doucement, et passe en réalité tellement inaperçu, qu'il nous laisse 
libre de suivre les fils de notre Vie Consciente, sans nous arrêter aux détails 
infinis qui appartiennent aux états variables des innombrables Muscles, qui 
agissent suivant des combinaisons toujours changeantes. Nous pouvons être 
véritablement reconnaissants de n'avoir pas en réalité quelque sens musculaire, 
comme celui que quelques psychologues imaginent pom' eux-mêmes, et de ce 
que, même dans les Mouvements Volontaires, l'Esprit ne sait rien des Nerfs et 
des Muscles par l'intervention desquels s'accomplissent les processus. 



176 VOLONTÉ ET MOUVEMENTS VOLONTAIRES. 

D'après notre propre expérience individuelle, ainsi que d'après ce 
qui a été établi ^lus haut, il semblerait évident qu'il n'est besoin que 
d'un exercice attentif pour que des Mouvements précédemment 
étranges, diiBciles et complexes, deviennent susceptibles d'être ac- 
complis aisément; et que, au bout d'un certain temps, durant le pro- 
cessus d'instruction, d'abord la Conception des Mouvements néces- 
saires, puis le Désir qui, originairement, déterminait leur exécution, 
peuvent s'évanouir de même que les états conscients dont ils sont 
nécessairement précédés. Lorsque ce dernier degré de perfection 
est atteint, les actions auparavant Volontaires, dans le sens le plus 
strict du terme, passent dans la catégorie des a Automatiques 
Secondaires» : puisque l'occurrence d'une Sensation, d'une Émotion, 
ou d'une Idée, peut être immédiatement, et sans l'intervention 
d'aucun autre état conscient quelconque, suivie de l'un des Mou- 
vements complexes en question. Ainsi, des Mouvements que l'indi- 
vidu n'est devenu qu'avec tant de lenteur et de difficulté capable 
d'accomplir, peuvent être devenus aussi aisés pour nous que la 
succion, la déglutition, la toux, ou l'une quelconque de ces actions 
« Automatiques Primaires », dont nous avons en naissant reçu l'héri- 
tage, de générations sans nombre d'ancêtres, humains et autres. 

Dans beaucoup de cas, en réalité, il y a de bonnes raisons pour 
croire que l'alliance entre les actions « Automatiques Primaires » et 
quelques « Automatiques Secondaires » est même plus fondamentale 
qu'on ne vient de l'indiquer. Il faut établir, en détail, les raisons qui 
militent en faveur de cette opinion. 

MÉCANISME DES MOUVEMENTS AUTOMATIQUES PRIMAIRES, 
ET LEURS MODES d'oRIGINE . 

Les connexions nerveuses représentant un certain nombre de Mouvements, 
qui ont été communément accomplis par la génération présente et un grand 
nombre de générations passées d'une race quelconque d'animaux, existent, à 
l'état organisé, dans la Moelle et le Bulbe de ces animaux. Elles sont représen- 
tées par le développement de certaines connexions de fibres et de cellules, dans 
les régions antérieures, connues sous le nom de motrices, delà. Substance Grise 
de ces parties, — ces mécanismes étant en continuité, en avant, avec les racines 
des nerfs centrifuges, et en relation, en arrière, avec des groupes de cellules 
nerveuses plus petites, avec lesquelles les nerfs centrijMes des racines posté- 
rieures sont à leur tour, de quelque manière, en relation de structure. C'est en 
suivant ces derniers conducteurs que les Impressions sensitives, qui déter- 
minent les Mouvements, dont nous avons parlé, atteignent la Moelle ou le 
Bulbei. 

Un grand nombre des groupes correspondants de cellules motrices, situés 

1. Voy. vol. I", p. 19, 39. 



MÉCANJSME DES MOUVEMENTS AUTOMATIQUES. 177 

au même niveau dans les moitiés droite et gauclie de la Moelle et du Bulbe, 
sont intimement reliés par des fibres commissurales transverses, — partout en 




FiG. 1~8. — Groupes do Cellules en connexion avec les Racines Antérieures des Nerfs Spi- 
naux, comme on les voit dans une coupe transversale de l'une des Cornes Antérieures 
de la Moelle d'un Mouton (Flint, d'après Dean). A, point où. les racines antérieures 
émergent des cornes de la substance grise; b, b, b, cellules reliées les unes aux autres 
par des processus « intercellulaires » longs et grêles, et unies également aux fibres des 
racines antérieures. On voit des faisceaux de fibres se croisant dans presque toutes les 
directions. 

réalité où l'action combinée des unités nerveuses des deux côtés se présente 
communément (flg. 154, o o'). 



Charlton-Bastian. 



12 



178 VOLONTÉ ET MOUVEMENTS VOLONTAIRES. 

Un grand nombi^e de groupes de cellules motrices situés à différents 
niveaux dans la moelle, sont aussi reliés les uns aux autres, en combinaisons 
simples ou multiples, par des fibres commissurales longitudinales, dont la lon- 
gueur varie avec la distance qui sépare les groupes cellulaires dont l'activité 
est ainsi associée. Ces fibres unissantes longitudinales, de longueur différente, 
en passant d'un groupe cellulaire à un autre, traversent, en partie du moins, 
ainsi qu'on s'en est assuré (par les preuves clinico-pathologiques fournies par 
les personnes souffrant de maladies de la moelle), les u colonnes postérieures » 
de la Moelle Épinière. 

On conçoit que des groupes bilatéraux de ces cellules, existant à divers 
niveaux dans les deux « cornes antérieures », bien que difl'érant beaucoup l'un de 
l'autre par le nombre des unités qu'ils renferment et l'étendue de leur aire de 
distribution, soient les Mécanismes Nerveux Spinaux et Bulbaires nécessaires à 
l'exécution d'un nombre immense de mouvements Réflexes, ou Automatiques 
Primaires, présentant également tous les degrés de complexité. C'est probable- 
ment parce que ces divers mécanismes (fibres et cellules) sont arrangés d'une 
manière si parfaite, que chacun des Mouvements en question peut être évoqué 
avec une régularité machinale, en réponse aux stimuli appropriés qui les 
atteignent et les traversent i. 

Les « mécanismes » pour la production d'un grand nombre de Mouvements de 
ce genre peuvent avoir été développés à une époque très reculée de l'histoire 
de notre race ou des races précédentes. Mais quelques autres, — ceux par 
exemple qui produisent les actes de la Déglutition, — quelque modification 
que le temps ait pu leur faire subir dans les détails, doivent s'être originaire- 
ment organisés chez des êtres où la combinaison d'efforts et de désirs vagues 
saurait à peine être regardée comme produisant quelque chose d'analogue à 
ce que nous connaissons sous le nom de Volition. Suivant toute probabilité, des 
sentiments de cette nature et la faculté de concentrer l'Attention, qui est leur 
corrélatif indispensable, n'atteignent que graduellement le degré de préci- 
sion et d'intensité dont nous sommes conscients comme êtres humains. Ceci 
sera probablement concédé par tout le monde ; et, s'il en est ainsi, on doit con- 
clure que les bases organiques nerveuses d'un grand nombre des Mouvements 
Automatiques Primaires des animaux supérieurs, doivent avoir eu leur origine, 
ou se sont produites, indépendamment de tout agent qui ressemble à celui que 
nous appelons Volition. 

Ainsi, plus nous remontons dans la série animale, plus, suivant toute pro- 
babilité, seraient vagues les influences déterminant de nouveaux développe- 
ments du Tissu Nerveux que l'on pourrait ranger dans le type volitionnel ; et 
plus nous serions forcés, si nous nous efforcions d'apprendre les causes des 
nouveaux développements de ce genre, d'en revenir à ces tendances, ou con- 
ditions originelles obscures, mais toutefois puissantes, sous l'influence desquelles 
■les ■premiers Éléments Nerveux rudimentaires se sont développés dans les tissus 
des Organismes inférieurs (vol. 1"", p. H). 

Ce simple nisus organique, ou groupe des conditions vitales favorisant la 

1. Que Hartley (1748) ait réalisé distinctement et prévu la nature de ce que 
nous appelons aujourd'hui Actio7is Réflexes, c'est ce qui semble évident d'après 
un passage de ses Observations on Man, Prop. XVIIL 



MÉCANISME DES MOUVEMENTS AUTOMATIQUES. 179 

première différenciation des Tissus Nerveux, continuerait probablement à agir 
comme l'influence la plus puissante pour gouverner toutes les phases futures de 
leur développement, — bien qu'il semble évident que de pareilles tendances au 
développement, même dans la Moelle, puissent être favorisées de quelque manière 
mystérieuse par l'Influence Cérébrale, lorsque la «Volition » est fortement exercée, 

— c'est-à-dire lorsqu'un Cerveau, sensoriellement actif, est dominé de manière 
à pi'oduire certains Désirs, et influencé dans certaines étendues corrélatives, par 
ce mode, ou degré, d'activité dont nous appelons AttentionlQ côté subjectif. 

MOUVEMENTS AUTOMATIQUES PRIMAIRES DIFFERES. 

Il existe beaucoup de différences entre les divers animaux, relativement au 
degré de perfection, à l'époque de la naissance, de ces connexions fibro-cellu- 
laires héréditaires : il existe donc, entre ces animaux, des différences semblables 
quant à la faculté qu'ils possèdent, à leur naissance, d'exécuter les divers 
mouvements avec lesquels ces Mécanismes Nerveux sont en relation. 

Ainsi, chez quelques Oiseaux à la sortie de l'œuf, et chez quelques Quadru- 
pèdes au moment de la naissance, un grand nombre des mécanismes nerveux 
intéressés dans la production des Mouvements Automatiques habituellement 
accomplis par ces animaux, sont assez parfaits pour que les animaux soient 
capables d'accomplir presque tout d'abord les Mouvements les plus complexes, 

— sans qu'il y ait nullement besoin qu'ils apprennent comment les exécuter. Les 
expériences de D.-A. Spalding sur des Poussins et de jeunes Porcs ont révélé 
des faits intéressants à l'appui de cette proposition (voy. vol. F"", p. 146 et 177). 

On peut toutefois citer beaucoup de cas d'un caractère opposé, — c'est-à- 
dire dans lesquels, à l'époque de la sortie de l'œuf ou au moment de la nais- 
sance, d'autres Oiseaux ou Mammifères sont dans un état de développement 
beaucoup moins avancé ; et dans lesquels leurs facultés d'exécuter des Mou- 
vements complexes d'un ordre semblable sont notablement moins parfaites. 

Les petits des Canaris et de beaucoup d'autres oiseaux, par exemple, 
demeurent dix ou quinze jours incapables de se nourrir eux-mêmes ou de 
marcher ; et ils peuvent rester deux fois ce temps incapables de voler. Mais ce 
retard dans la faculté d'exécuter des Mouvements de ce genre n'est évidem- 
ment qu'un des signes ou accompagnements du retard général de leur con- 
dition de développement. Un oiseau ne peut pas plus voler sans l'aide de 
Mécanismes Nerveux internes, développés d'une façon appropriée, que sans 
plumes à ses ailes; et l'un des groupes de tissus est probablement aussi peu 
développé que l'autre, chez les petits des Serins et de bien d'autres oiseaux. 

L'accomplissement d'un grand nombre de Mouvements qui sont « primaire- 
ment » Automatiques chez le Poulet et les oiseaux, qui lui ressemblent, est donc 
différé chez les Serins et leurs alliés jusqu'à l'époque où les mécanismes ner- 
veux et autres ont eu le temps de se développer. Cela donne une base à la 
supposition communément admise, que ces êtres ont à apprendre comment 
accomplir ces mouvements, — ce qui, si cela était vrai, devrait les faire classer 
nécessairement parmi les Mouvements Automatiques secondaires plutôt que 
parmi les primaires. 

Les intéressantes expériences de Spalding sur les jeunes Hirondelles, et sur 
d'autres oiseaux qui sortent de l'œuf à un état imparfait, ont toutefois montré 



180 VOLONTÉ ET MOUVEMENTS VOLONTAIRES. 

que, chez eux, la manifestation de Mouvements Automatiques « primaires », dé- 
pendant de mécanismes nerveux hérités, n'est que différée jusqu'à l'époque où 
ces développements sont achevés ; — et qu'alors, sans aucun processus d'instt~uc- 
tion, les Mouvements peuvent être aisément évoqués (vol. P', p. 178). 

L'état de faiblesse du petit Singe et de l'Enfant, à l'époque de la naissance, 
doit être également attribué en grande partie au défaut de maturité, à cette 
période, de leurs grands centres nerveux. Un grand nombre des Mouvements 
qu'ils apprennent lentement à accomplir sont sans doute rendus possibles par 
le développement actuel des cellules et fibres nerveuses delà Moelle et dM Bulbe, 
qui sont les instruments servant à l'exécution de ces Mouvements, et sont acquis 
d'une manière coïncidante. Ainsi, lorsque nous disons que le jeune enfant 
« apprend » à accomplir ces mouvements, il faudrait comprendre que ce mot n'est 
applicable ici que dans un sens très restreint. Les vagues efforts servent peut- 
être simplement comme incitations, tendant à éveiller ou à perfectionner les 
tendances déjà existantes (puisqu'elles sont héréditaires) qu'ont à se développer 
certains Centres Nerveux, Moteurs et autres, — c'est-à-dire des mécanismes qui, 
chez un grand nombre d'autres êtres, ont atteint leur complet développement 
à la naissance, ou presque immédiatement après. 

Sans l'existence de ce nisus organique (sous forme d'une tendance hérédi- 
taire à se développer suivant certains modes et dans certaines directions), 
l'enfant ne pourrait jamais acquérir aussi promptement qu'il le fait la faculté 
d'exécuter les Mouvements excessivement complexes de la Station, de la Marche, 
ou de la Parole Articulée (voy. p. 214) . 

RELATIONS DES MOUVEMENTS VOLONTAIRES 
ET DES MOUVEMENTS AUTOMATIQUES, 

Les mouvements complexes dont on vient de parler en dernier lieu étant 
quelques-uns des Mouvements Automatiques secondaires les plus typiques de 
Hartley, les considérations ci-dessus suffiront à montrer qu'un grand nombre 
de ceux placés jusqu'ici dans cette [catégorie ne sont que des Mouvements 
primaires, dont la faculté d'exécution a été un peu différée. Précédemment, 
beaucoup de personnes ont supposé que l'influence dirigeante de la Volition 
agissait principalement en permettant à l'enfant de les exécuter; tandis que 
l'on soutient ici que leur acquisition par l'individu dépend beaucoup plus du 
développement graduel de Mécanismes Nerveux hérités, — dus à l'éducation 
successive d'un grand nombre de générations précédentes. Ce ne sont évi- 
demment pas des Mouvements nouveaux, acquis de nouveau par chaque individu, 
comme ce serait le cas, par exemple, pour les personnes qui apprennent à 
nager, à danser, ou à jouer de quelque instrument de musique. Dans un 
groupe de cas, les Efforts Volitionnels sont rencontrés à moitié chemin par les 
tendances héréditaires au développement ; tandis que, dans l'autre, et dans le 
cas de tous les Mouvements Volitionnels nouveaux acquis par l'adulte, les 
Influences Volitionnelles ne sont aidées que par ces tendances organiques natu- 
relles au développement de mécanismes nerveux nouveaux, qui ont originaire- 
ment conduit (sous l'influence de stimuli appropriés) à la genèse primaire des 
Tissus Nerveux ; et que l'on peut, en toute sécurité, regarder comme agissant 
encore chez tous les animaux, supérieurs ou inférieurs. 



CLASSIFICATION DES MOUVEMENTS. 



181 



Mouvements Acquis CLASSIFICATION DES MOUVEMENTS Mouvements Héritéi 
par l'Individu. par l'Individu. 



I. — VOLITIONNELS. 



II. — Automatiques 
Secondaires. 
(Hartley). 



' a Où les Mouvements eux-mêmes 

sont familiers et aisés. 
b. Où les Mourements eux-mêmes 
sont peu familiers et difficiles. 

Mouvements appris par chaque 
individu pour lui-même; et 
qui, par la suite, après une 
longue pratique , deviennent 
familiers et d'exécution facile. 

Mouvements qui ne semblent avoir a. 
besoin d'être appris par chaque 
individu, que parce que leurs 
mécanismes nerveux ne sont 
point développés au moment 
de la naissance. 

Mouvements appris par les gêné- b. 
rations précédentes d'animaux, 
et maintenant susceptibles 
d'être accomplis instinctive- 
ment à la naissance, grâce à 
ce que les mécanismes hérités 
sont, dès lors, suffisamment 
développés. 



- Automatiques 
Primaires. 



Les actes Volitionnels ne sont donc que des actes Automatiques en voie de 
foi'mation, d'abord pour l'Individu, et peut-être, d'une manière subséquente, pour 
la Race. Là où ces Mouvements ont été acquis ou appris pour la Race, à moins 
que les Mécanismes Nerveux hérités qui y sont corrélatifs ne soient développés 
au moment de la naissance, des Volitions peuvent intervenir de nouveau chez 
chaque Individu, et agir comme stimuli pendant le temps que ces Mécanismes 
héréditaires mettent â subir leur degré normal de développement. 



Admettant que les Mécanismes Moteurs Spinaux et Bulbaires 
sont, soit développés, soit en voie de développement, nous pouvons 
maintenant employer notre attention, d'une manière plus particu- 
lière, à considérer les parties d'où viennent les Incitations Céré- 
brales, et les conducteurs par lesquels elles passent (en descendant 
de la substance grise corticale) dans les Mouvements Émotionnels, 
Idéo-moteurs et Volitionnels. 

On a assez clairement reconnu une partie de la route : et c'est 
de celle-là que nous allons parler tout d'abord. 

D'après les preuves qui nous sont fournies par les maladies sur 
le sujet humain, d'après les expériences sur quelques animaux et 
d'autres sources d'informations, on s'est assuré que les Corps Striés 
sont de gros ganglions moteurs, intéressés de quelque manière 
dans l'exécution des Mouvements Volontaires, Émotionnels et Idéo- 
moteurs. 

Les stimuli moteurs, — c'est-à-dire les stimuli qui doivent évo- 



182 



VOLONTÉ ET MOUVEMENTS VOLONTAIRES. 



quer des mouvements, — descendent donc de certaines parties de 

l'É corce Cérébrale aux Corps 
Striés correspondants. Ces 
corps sont mis en activité 
d'une manière qui ne peut 
être définie, bien que d'eux 
les stimuli moteurs semblent 
se continuer et se rediriger 
vers les mécmiismes moteurs 
dont nous avons précédem- 
ment parlé, et qui sont situés 
dans le Bulbe et la Moelle. 
Les chemins que suivent 
ces derniers stimuli sont 
assez bien connus. Ils par- 
tent de chaque Corps Strié, 
passant à travers les couches 
inférieures du Pédoncule Cé- 
rébral et le Pont de Varole, 
en se maintenant du même 
côté; tandis que, au-dessous 
de ce pont, ils se réunissent 
dans la pyrcmiide antérieure 
du Bulbe qui, après une 
course d'un peu plus d'un 
pouce, s'entrecroise avec son 
homologue, — de manière 
qu'un grand nombre des 
fibres de chacune des py- 
ramides passe dans la co- 
lonyie latérale opposée de 

FiG. n9. — Cellule Nerveuse, avec branches nom- n i + a- rV 

breuses, de l'une des Cornes Antérieures de la ^^ MOCUe , tandis quO d aU 




très continuent à descendre 
dans la colonne antérieure 
du même côté. Les fibres 
motrices qui subissent la 
décussation et descendent 
dans les colonnes latérales 
de la Moelle, entrent dans les cornes antérieures de la Substance 



Moelle Épinière de l'Homme (Mas Schultze). a, pro- 
longement cellulaire non ramifié, se poursuivant, 
ou s'unissant, avec le cylindre-ase de l'une des 
fibres des rocines antérieures; les autres prolon- 
gements sont ramifiés; b, agrégat de granules 
pigmentaires sur un côté du gros noyau nucléole. 
(X 150 diam.) 



1. Il semblerait, d'après les phénomènes communément occasionnés par les 
maladies des grands Centres Nerveux de l'Homme, que les conducteurs céré- 
braux par lesquels les mouvements, au moins des membres, sont mis en acti- 
vité, dussent subir une décussation de ce genre. 



MÉCANISMES MOTEURS. 



183 



Grise dans les régions cervicale, dorsale ou lombaire, suivant la 
situation des groupes de cellules intéressés dans les Mouvements 
que les stimuli cérébraux particuliers, qui traversent ces conduc- 
teurs, sont destinés à évoquer. 

Le passage des Incitations Cérébrales, ou stimuli, à travers l'un 
ou l'autre de ces Mécanismes Spinaux est suivi d'un épanchement 
de Mouvements Moléculaires gradués, le long de certaines des 
fibres des racmes antérieures avec lesquelles ces Mécanismes sont 
continus : et ceux-ci, traversant les Nerfs Moteurs avec une vitesse 
d'environ 111 pieds par seconde, excitent rapidement des groupes 




FiG. 180. — Coupe Iransversale du Cerveau d'un Chien, un peu en avant de la Commissure 
Optique, montrant la partie antérieure de la capsule interne, dont la section, de run 
ou l'autre côté, produit VHémiplégie (Carville et Duret). s, s, noyaux intra-ventricu- 
laires des corps striés ; L, noyau extra-ventriculaire ; P, expansion pédonculaire 
(capsule interne) ; Ch, commissure optique (chiasma) ; x, section de la partie antérieure 
de la capsule interne, produisant THémiplégie du côté opposé du corps. 



musculaires définis, suivant des modes définis, de manière à pro- 
duire les Mouvements désirés. 

La manière dont les médecins et les pathologistes ont acquis 
ces connaissances sur la route que suivent les stimuli cérébraux, 
en descendant des Corps Striés aux Muscles, est trop compliquée et 
trop technique pour être discutée ici. Nous devons nous contenter, 
pour le moment, du simple énoncé que nous venons de faire des 
faits et des brèves explications que voici : 

Les effets qui suivent, chez l'Homme, les maladies des Corps Striés, soit 
Ramollissement, soit Hémorrhagie, démontrent l'importance de ces corps rela- 
tivement aux Mouvements Volontaires, et prouvent qu'ils ont affaire à la 



184 VOLONTÉ ET MOUVEMENTS VOLONTAIRES. 

transmission et à la distribution convenable des incitations « volitionnelles » . La 
destruction ou la lésion sérieuse de l'un des Corps Striés par une maladie 
produit, entre autres résultats, une perte complète de la puissance volontaire 
sur les Membres du côté opposé du corps (Hémiplégie); bien que les muscles 
du tronc , qui sont mis eu activité simultanée, ne partagent point cette 
paralysie, pour les raisons que Broadbent a été le premier à donner (p. 118). 
Chaque Corps Strié transmet donc les incitations volitionnelles pour les mouve- 
ments des Membres delà moitié opposée du corps; tandis qu'il semblerait que 
chacun d'eux puisse transmettre les incitations capables de mettre en action les 
groupes doubles et intimement unis de Cellules Nerveuses Spinales qui gou- 
vernent les mouvements bilatéraux du tronc. On s'arrêtera spécialement, dans 
un autre chapitre, sur les mouvements bilatéraux en rapport avec la Parole. 

On ne peut conjecturer que vaguement la manière précise dont 
agit le Corps Strié. Nul n'a mieux ou plus explicitement exprimé 
que Broadbent ne l'a fait dans le passage suivant, l'opinion admise 
par beaucoup d'auteurs i. 

« Le Corps Strié est le ganglion moteur de la moitié opposée du corps tout 
entière. Il traduit les volitions en actions, ou met à exécution les commande- 
ments de l'Intellect ; c'est-à-dire qu'il choisit pour ainsi dire les noyaux ner- 
veux moteurs (du bulbe et de la moelle) propres à accomplir l'action désirée, 
et leur envoie les impulsions qui les mettent en jeu. Ces impulsions sont 
transmises par des fibres, et les fibres doivent partir de prolongements cellu- 
laires du corps strié. Un mouvement donné doit donc être représenté dans le 
Corps Strié par un oupluiieurs groupes de cellules, émettant des prolongements 
descendants, qui deviennent des fibres de la partie motrice de lamoelle. Lorsque 
le mouvement est simple, ou lorsque la coordination peut être elTectuée par la 
moelle, comme dans la marche, le groupe cellulaire sera petit et les fibres 
descendantes peu nombreuses. Lorsque le mouvement est complexe et délicat, 
et guidé par la vision ou par l'attention consciente, comme dans l'écriture et 
le dessin, les groupes cellulaires seront gros et définis, et les fibres descen- 
dantes nombreuses. Il n'y aura pas un groupe séparé de cellules pour chaque 
mouvement; mais les mêmes cellules peuvent être combinées de manière 
différente : de même que le carbone, l'hydrogène, l'oxygène et l'aïote forment 
la base de toutes les substances organiques. Les mots, qui exigent pour leur 
prononciation la coopéi'ation simultanée des muscles de la poitrine, du larynx, 
de la langue, des lèvres, etc., et l'ajustement exquis et rapide de leurs mouve- 
ments intéressés dans la phonation et l'articulation, doivent être représentés 
dans le Corps Stiié par des groupes très considérables de cellules ; et cela pas 
d'un côté seulement, mais des deux.» 

Cette opinion sur les fonctions des Corps Striés, relativement aux 
Mouvements Volontaires, peut être complétée par l'idée qu'a émise 
le même auteur sur les fonctions du Cervelet dans la production 
de ces Mouvements. On verra ainsi les parts respectives qu'il incline 
à assigner à chacun de ces organes. Il dit : 

\. Drit. Médical Journal. 1" avril 1876. 



CENTRES MOTEURS. 185 

« Le Cervelet coordonne les mouvements guidés par la vision, ou combine les 
mouvements généraux du corps, qui sont rendus nécessaires îmr des actions spé- 
ciales ordonnées par la Volition. Par exemple, pour démontrer cette dernière fonc- 
tion, je désire frapper un coup. Je n'ai conscience que du désir d'atteindre l'objet 
et de l'atteindre avec force : c'est là la seule action réalisée dans la conscience. 
Mais, pour exécuter ce dessein, non seulement le poing doit être serré et le bras 
étendu brusquement, mais encore les pieds doivent être solidement plantés, 
les jambes rendues rigides, le corps rejeté en avant, la poitrine fixée, et c'est 

ce que le Cervelet fait pour moi Nous pouvons voir qu'il n'y a pas entre les 

impressions visuelles de relations semblables à celles qui existent entre 
celles-ci et les impressions tactiles ; et que tout mécanisme analogue à celui 
qui sert aux réponses réflexes de ces dernières est impossible pour la vision... 
Comment le Cervelet est actionné par le Cerveau ou les ganglions sensori- 
moteurs, et agit à son tour sur la moelle, c'est ce que nous ne savons pas 
encore. » 

Les notions exposées ci-dessus par Broadbent sur ce qui touche 
aux fonctions du Cervelet ne sont, en partie, pas très différentes de 
celles qui ont été exprimées dans le chapitre xxiv. Il y a, en réa- 
lité, des raisons sérieuses pour croire que le Cervelet agit, de quel- 
que manière, à l'instigation du Cerveau-, dans la production des 
Mouvements Volontaires (voy. p. 137) ; et, dans ce cas, comme on l'a 
déjà expliqué, les mouvements sont principalement guidés par la 
Vision. D'autre part, il semble évident que le Cervelet prend aussi 
part à l'accomplissement de Mouvements « automatiques » de l'ordre 
le plus élevé ou le plus général, tels qu'on peut bien concevoir qu'il 
en est dévolu à un gros Ganglion Moteur, situé à la tête de tous les 
autres centres moteurs subordonnés de la Moelle et du Bulbe, mais 
en relation intime avec eux. Étant donc intéressé, comme il l'est, à 
la fois aux actions nouvelles et aux anciennes, il a une fonction 
essentiellement double; et ce que nous savons jusqu'ici de ses rela- 
tions anatomiques est assez en harmonie avec cette opinion. 

De quelle manière précise le Cervelet agit-il dans l'accomplisse- 
ment de ces fonctions, et plus spécialement de celles dans lesquelles 
il coopère avec les Corps Striés pour l'exécution des Mouvements 
Volontaires? c'est ce qui demeure, jusqu'à présent, absolument in- 
connu. Nous sommes également réduits aux conjectures, lorsque nous 
essayons d'élucider la manière dont les Corps Striés eux-mêmes réa- 
gissent, sous l'influence des Incitations Intellectuelles, sur les noyaux 
moteurs du Bulbe et de la Moelle. Comment se fait-il que l'Idée com- 
mençante, le Désir d'un but qui s'y rapporte, et la double Conception 
des Mouvements nécessaires, comme stimuli coopérants, soient mis 
à même d'influencer les Corps Striés, de manière à évoquer les 
Mouvements en question? L'obscurité qui enveloppe ce problème 
ne saurait être, à présent, dissipée. Nous ne possédons aucune con- 



186 VOLONTÉ ET MOUVEMENTS VOLONTAIRES. 

naissance réelle sur ce sujet; et nous supposons seulement que l'In- 
tellect, lorsqu'il passe en action, — c'est-à-dire au changement de 
direction, ou coude du courant, — en même temps qu'il semble 
engendrer un fantôme psychologique, nommé Volonté, opère en 
transmettant des excitations convenables aux Corps Striés; et que 
là, en outre, peut-être sous la stimulation conjointe du Cervelet, de 
quelque manière complètement inconnue, d'autres actions molé- 
culaires sont excitées en conséquence, d'où résultent des incitations 
qui sont envoyées aux noyaux nerveux moteurs du Bulbe et de la 
Moelle, et à travers ces noyaux appropriés à l'accomplissement des 
Mouvements désirés. 

Mais il reste maintenant à considérer un autre groupe final 
de questions relatives à l'exécution des Mouvements Volontaires. 
Nous avons montré la route que suivent les incitations cérébrales en 
descendant des Corps Striés par les Pédoncules Cérébraux, le Bulbe 
et la Moelle, et, de là, par les racines antérieures des Nerfs Spinaux, 
aux groupes musculaires requis. Il demeure toutefois à spécifier 
la partie supérieure de la route. Il nous faut considérer si c'est de 
parties spéciales de la surface des Hémisphères Cérébraux — et, 
dans ce cas, de quelles parties — que les Incitations Intellectuelles 
sus-mentionnées (qui, dans leur incorporation subjective, sont gé- 
néralement connues sous le nom de «Volonté» ou «Volition»), des- 
cendent aux gros Ganglions Moteurs, — les Corps Striés. 

Avant les expériences de Fritsch et Hitzig (1870) et de Ferrier 
(1873), on croyait généralement que les irritations physiques des 
surfaces des Hémisphères Cérébraux étaient incapables d'évoquer 
aucun Mouvement défini. Ces investigateurs ont toutefois trouvé 
que quelques Mouvements définis pouvaient être produits par l'irri- 
tation électrique; et que, bien que les Mouvements varient de carac- 
tère, ils étaient plus ou moins semblables lorsque les mêmes 
régions limitées de la Substance Grise superficielle étaient, en dif- 
férentes occasions, excitées à un degré semblable. Fritsch et 
Hitzig obtinrent d'abord des résultats de ce genre en faisant 
usage de courants voltaïques faibles; tandis que les observations 
postérieures, bien que plus étendues, de Ferrier furent faites à 
l'aide de courants indails faibles. On trouva que les Mouvements 
ainsi produits par la stimulation de certaines parties étaient, au 
contraire, abolis, lorsque ces mêmes parties de l'Écorce Cérébrale 
étaient détruites ; c'est-à-dire que ces Mouvements ne pouvaient 
plus être accomplis par l'animal, ni de sa propre volonté ni comme 
suite d'une excitation extérieure. 

Quelques-uns des principaux faits qui portent sur cette question 
de l'excitation ou de l'abolition de Mouvements définis, comme con- 



EXPÉRIENCES DE FEllHIEU : AIRE MOTRICE. 



187 



séquence de la stimulation ou de la destruction de portions définies 
de l'écorce du Cerveau chez les Singes i, seront peut-être plus 
brièvement exposés en citant le récit, fait par Ferrier, de quelques 
observations portant sur un animal dont certaines parties du cer- 
veau avaient été précédemment soumises à l'excitation électrique; 
et chez lequel les changements irritatifs initiaux furent prompte- 
ment suivis de processus morbides destructeurs, atteignant les 
mêmes parties de l'Écorce Cérébrale. 

Ferrier dit [Functions of the Brain, p. 200) : « La première expérience 
que j'ai à rapporter est instructive, en ce qu'elle montre les effets respectifs 




FiG. 181. — Vue latérale du Cerveau d'un Singe, montrant les limites de l'aire motrice de 
l'Hémisphère Cérébral droit (Ferrier). c, sillon de Rolando; d, lobule pariétal; e, 
circonvolution ascendante frontale. 



de l'irritation et de la destruction des circonvolutions qui limitent le sillon de 
Rolando. L'hémisphère droit d'un singe avait été découvert et soumis à l'expé- 
rimentation par l'irritation électrique. La partie découverte comprenait les 
circonvolutions ascendantes pariétale et frontale et les extrémités postérieures 
des circonvolutions frontales. On laissa l'animal se remettre, pour pouvoir étu- 
dier les effets de cette exposition du Cerveau. Le jour d'après, on trouva l'ani- 
mal parfaitement bien. Vers la fin du jour suivant, où s'étaient montrés des 
signes d'irritation inflammatoire et de suppuration, il commença à souffrir de 
spasmes chroniques de l'angle gauche de la bouche et du bras gauche ; ces 
spasmes revenaient fréquemment et prirent rapidement un caractère épilepti- 
forme, affectant la totalité du côté gauche du corps. Le jour d'après, l'hémiplégie 
gauche était établie, le coin de la joue tiré à droite, l'abajoue gauche flasque, 

1. Les mouvements de ces Animaux étant les plus voisins de ceux de 
l'Homme, et leur Cerveau étant aussi le plus semblable, il vaudra mieux, dans 
le court espace que nous pouvons consacrer à ce sujet, limiter nos observations 
aux résultats des expériences qui ont porté sur eux, bien que le C Ferrier ait 
aussi fait des expériences sur beaucoup d'autres animaux. 



188 VOLONTÉ ET MOUVEMENTS VOLONTAIRES. 

et distendue par la nourriture qui s'était accumulée en dehors de l'arcade den- 
taire ; il y avait paralysie presque complète du bras gauche et paralysie partielle 
de la jambe gauche. Le jour suivant, la paralysie du mouvement était complète 
sur tout le côté gauche, et se maintint jusqu'à la mort, qui survint neuf jours 
après. La sensibilité tactile était conservée, aussi bien que la vue, l'ouïe, 
l'odorat et le goût. A l'autopsie, on trouva que les circonvolutions découvertes 
étaient complètement ramollies ; mais que, sauf cela, le reste de l'hémisphère 

et les ganglions basilaires étaient exempts de toute lésion organique Nous 

avons ici un cas évident, d'abord d'irritation vitale produisant précisément les 
mêmes effets que les courants électriques ; puis de destruction par ramollissement 
inflammatoire, aboutissant à la paralysie complète des mouvements volontaires 
du côté opposé du corps, sans troubles sensitifs. » 



L'importante observation précédemment faite par Hughiins 
Jackson, qu'une irritation morbide de la région correspondante du 
Cerveau, ou d'une partie de cette région, se rencontre particulière- 
ment, sur l'Homme, chez les personnes sujettes aux convulsions uni- 
latérales, complètes ou partielles, du côté opposé du corps, fut ainsi 
aussi pleinement vérifiée que possible par ces observations expéri- 
mentales sur le Singe. Il y a lieu de croire également qu'une ma- 
ladie détruisant les Circonvolutions Cérébrales de cette région peut 
amener chez l'Homme, comme on l'a vu chez le Singe, un état 
aCHémiplégie complète. Ainsi, chez l'Homme comme chez le Singe, 
l'irritation de certaines régions de la surface de l'un des Hémi- 
sphères Cérébraux est suivie de tiraillements choréiformes, ou de 
véritables Convulsions, du côté opposé du corps ; tandis que la des- 
truction des mêmes parties amène une Paralysie unilatérale du côté 
opposé. L'irritation et la destruction d'autres régions de la surface 
du cerveau, chez les Singes, ne furent point suivies de pareilles 
excitations ou abolitions de Mouvements. 

On ne peut donner ici de détails sur les effets produits par des 
irritations ou des destructions de parties limitées des Circonvolu- 
tions comprises dans cette aire excitable. Le lecteur devra se repor- 
ter, pour cela, au chapitre viii de l'ouvrage de Terrier. On peut 
reconnaître, toutefois, les conclusions principales auxquelles il est 
arrivé, en étudiant avec soin les figures 182 et 183, sur lesquelles 
sont indiquées les situations des différents centres supposés des mou- 
vements spéciaux, d'après les résultats de ses recherches. Les voici : 

(1) Centres de mouvements de la jambe et du pied opposé, comme ceux 
de locomotion, — dans le lobule postéro-pariétal. 

(2, 3, 4) Centres de divers mouvements complexes des bras et des jambes ; 
comme ceux qui servent dans les actes de grimper, de nager, etc., — dans les 
circonvolutions limitant l'extrémité supérieure du sillon de Rolando. 

(5) Centres pour l'extension en avant du bras et de la main ; comme lorsqu'on 



EXPERIENCES DE FERRIEIl : CENTRES MOTEURS. 189 

étend la main pour toucher quelque chose en avant,— dans l'extrémité posté- 
rieure de la circonvolution frontale suioérieure. 

(6) Centre des mouvements de la main et de l'avant-bras, dans lesquels le 
biceps est particulièi-ement en jeu (supination de la main et flexion de l'avant- 
bras), — près du milieu de la circonvolution ascendante frontale, vis-à-vis de 
l'extrémité postérieure de la circonvolution frontale moyenne. 

(7 et 8) Centres des élévateurs et des dépresseurs du coin de la bouche, — 
dans l'extrémité inférieure de la circonvolution frontale ascendante. 

(9 et 10) réunis en un seul, désignés comme le centre des mouvements des 
lèvres et de la langue servant dans l'articulation, — dans l'extrémité postérieure 
de la troisième circonvolution frontale (circonvolution de Broca). 

(11) Centre de rétraction du coin buccal, — dans la circonvolution supra- 
marginale, j)rès de l'extrémité inférieure de la pariétale ascendante. 




FiG. 182. — Vue latérale d'un Cerveau de Singe, montrant les positions relatives des 
centres moteurs de l'Hémisphère Cérébral gauche (Ferrier). Pour les indications, voyez 
le texte, et aussi la figure 172. 



(12) Centre des mouvements latéraux de la tête et des yeux, avec élévation 
des paupières et dilatation des pupilles (attitude d'a(feniion), — dans les parties 
postérieures des circonvolutions frontales supérieure et moyenne. 

(a, b, c, d) Centres des mouvements de la main et du poignet, — dans la 
circonvolution ascendante pariétale. 

La position relative de ces centres moteurs supposés, relativement à deux 
des centres sensitifs supposés les plus importants, est aussi montrée sur la 
figure 182, où les cercles 13 et 13' indiquent ce qui est regardé par Ferrier 
comme le Centre Visuel (dans le lobule supra-marginal et la circonvolution 
angulaire), tandis que les cercles 14, 14 indiquent la situation du Centre Auditif 
(dans la circonvolution temporale supérieure). On croit que les centres du 
Toucher, de l'Odorat et du Goût sont, comme nous l'avons précédemment 
mentionné (p. 159-163), placés dans les circonvolutions de la face interne et du 
sommet du Lobe Temporal. 



Comme exemple du genre d'évidence sur lequel reposent les 



190 



VOLONTÉ ET MOUVEMENTS VOLONTAIRES. 



localisations sus-mentionnées des Mouvements Spéciaux, on peut 
citer l'une des expériences de Ferrier qui porte sur ce point. 

« L'hémisphère gauche d'un Singe fut découvert dans la région de la cii'- 
convolution frontale ascendante, suffisamment pour montrer le centre bicipital 
(fig. 182, 6) ou centre de supination et de flexion de l'avant-bras. La place 
exacte étant déterminée par l'application des électrodes, elle fut exactement 
cautérisée, juste assez pour détruire la substance grise corticale. Cette opé- 
ration se manifesta aussitôt par la paralysie du pouvoir de flexion de l'avant- 
bi'as droit. Tous les autres mouvements des membres étaient conservés; mais, 




Fie. 183. — Vue supérieure d'un Cerveau de Singe, montrant les positions relatives de 
quelques-uns des centres moteurs de l'Hémisphère Cérébral gauche (Ferrier). Pour les 
explications, voyez le texte, ainsi que la figure 172. 

lorsqu'on plaçait le bras droit dans l'extension, l'animal était tout à fait inca- 
pable de le fléchir; et le membre pendait, dans un état d'extension et de flacci- 
dité, lorsqu'on soulevait l'animal Il portait les objets à sa bouche avec la 

main gauche; les mouvements de la jambe étaient intacts; il n'y avait point 
de paralysie faciale, et la sensibilité cutanée était parfaite, de même que les 
autres modes de sensibilité. » 



Que les divers détails dont on n'a donné ici que de brèves indi- 
cations soient ou non destinés à être confirmés par d'autres investi- 
gations, il semble assez évident (malgré tout ce qu'on a dit en sens 
contraire) que les observations expérimentales sur les Singes, aussi 
bien que les données clinico-pathologiques fournies par l'étude des 



EXPÉRIENCES DE FERRIER : CENTRES MOTEURS. 101 

effets morbides chez Pllomme, viennent t\ l'appui de l'opinion que 
certaines régions excitables de TÉcorce Cérébrale existent dans 
chaque Hémisphère : régions dont l'irritation produit des Mouve- 
ments Choréiques ou Convulsifs du côté opposé, et dont la des- 
truction entraîne une Paralysie des parties correspondantes du 
corps. Cette aire excitable (fig. 172, 182) comprend les circonvolu- 
tions qui limitent ou avoisinent le stWo?i de Rolando; c'est-à-dire les 
circonvolutions ascendantes frontale et pariétale, le lobule postéro- 
pariétal et les parties postérieures des trois rangées de circonvolu- 
tions frontales. 

Il semble donc que l'on puisse supposer, en toute sécurité, que 
ces portions du Cerveau sont, de quelque manière, reliées à la pro- 
duction de Mouvements. La preuve de cette conclusion est, en 
réalité, de nature précisément semblable à celle qui amène à sup- 
poser que les Corps Striés sont intéressés dans la production des 
Mouvements. 

Il importe, en outre, de mentionner que Surdon, Sanderson* et 
autres ont montré que les mêmes Mouvements spéciaux qui suivent 
l'irritation de portions spéciales limitées de l'Écorce, peuvent aussi 
être évoqués après l'ablation de cette écorce, en stimulant les ré- 
gions correspondantes de la substance blanche sous-jacente, ou 
même en excitant des portions de la surface des Corps Striés eux- 
mêmes. 

Il peut donc être regardé comme suffisamment bien établi que 
la grande majorité des stimuli pour l'excitation des Mouvements 
des types Volontaires et Idéo-moteurs part des régions ci-dessus 
spécifiées de la Substance Grise pariéto-frontale; que ces stimuli 
traversent la substance blanche intermédiaire, pour atteindre le Corps 
Strié du même côté; suivent, de là, le chemin déjà indiqué à tra- 
vers le Pédoncule Cérébral, la moitié de la Protubérance et du 
Bulbe, et passent dans la moitié opposée de la Moelle — des cornes 
antéineures (de Substance Grise) de laquelle les continuations de ces 
stimuli cérébraux se rendent, par les racines antérieures et les nerfs 
moteurs, aux groupes musculaires appropriés. 

De sorte que si, depuis le temps de David Hume, nous n'avons 
encore point appris, dans le sens complet du terme, « les moyens 
par lesquels les mouvements de nos corps suivent les commande- 
ments de notre Volonté », nous avons du moins appris quelque 
chose sur les parties qui y sont principalement intéressées, et, par 
conséquent, sur les chemins que traversent les Stimuli Volitionnels. 
Et ceci constitue un progrès important dans notre connaissance du 
mode d'action du Cerveau comme Organe de la Pensée. 

1. Proceed. of the Royal Society, juin 1874. 



192 VOLONTÉ ET MOUVEMENTS VOLONTAIRES. 

La question qui se présente ensuite est celle de l'interprétation 
la plus correcte des faits nouvellement découverts. Que sont les 
fonctions ou modes d'activité de ces portions de l'Écorce Cérébrale 
d'où émanent les stimuli qui doivent exciter des Mouvements Volon- 
taires spéciaux ? 

Des réponses diverses ont été faites à cette question. Nous 
avons (a) l'hypothèse de Terrier, que les résultats dépendent de 
l'existence de centres moteurs pour les Mouvements Volitionnels, 
centres situés dans les circonvolutions cérébrales ; [b) l'hypothèse 
de Schiff, que les Mouvements des membres qui résultent de la sti- 
mulation des centres corticaux sont de nature réflexe; et que l'affec- 
tion de la Motilité, qui dépend de la destruction des mêmes parties, 
est essentiellement une ataxie résultant de la perte de la Sensibilité 
Tactile; enfin (c) l'hypothèse de Hitzig et Nothnagel, que les aires 
circonvolutionnelles en question sont, soit les centres du sens mus- 
culaire, soit des parties traversées par les impressions de ce sens 
musculaire. 

[a] L'hypothèse de Ferrier est si importante en elle-même, il a 
si habilement plaidé pour elle et elle compte déjà tant d'adhérents, 
qu'il est désirable que nous examinions d'assez près ces idées. 

Les passages suivants ont semblé à l'auteur renfermer les vues, 
et les énoncés les plus importants invoqués par Terrier, dans son 
ouvrage sur «les Fonctions du Cerveau »,pour étayer sa proposition, 
que des centres moteurs existent dans les Circonvolutions Géré- . 
braies ^ 

(1) « L'ablation totale des hémisphères (cérébraux) ag-it différemment dans- 
des classes différentes. Chez les Poissons, la Grenouille et le Pigeon, l'ablation 
des hémisphères n'exerce que peu ou pas d'effet appréciable sur les facultés 
de station ou de locomotion. Sous l'influence d'une excitation extérieure, ces- 
animaux nagent, sautent ou volent, avec autant de vigueur et de précision 
qu'auparavant. Chez le Lapin, l'ablation des hémisphères, bien qu'affectant 
décidément la motilité des membres antérieurs, ne détruit point tout à fait le- 
pouvoir de station ou de progression coordonnée en réponse aux excitations- 
extérieures... Chez le Chien toutefois, l'ablation des hémisphères exerce une 
influence beaucoup plus marquée sur ces facultés, en rendant la station et la 
locomotion absolument impossibles » (p. 207). 

(2) « A mesure toutefois que les mouvements qui exigent d'abord une- 
éducation volitionnelle tendent à s'organiser ou à devenir automatiques, lis- 
sent moins affectés par les lésions des centres corticaux. De là vient que, chez 
le Chien, qui acquiert rapidement le contrôle de ses membres, la destruction 
des centres corticaux produit un effet beaucoup moins marqué ; les mouvements- 
étant dans une grande mesure indépendants de ceux-ci, grâce à leur organisa- 

\. Les passages n'ont été arrangés en paragraphes, et numérotés, que pour 
faciliter les renvois aux diverses propositions qui y sont contenues. 



THEORIES DE FERRIER. 193 

tion dans les centres subordonnés » (p. 213). «Dans la couche optique et le 
corps strié, l'association entre certaines impressions et certaines actions devient 
si mécanique, ou si organisée, que si l'on enlevait au Chien tous les centres 
situés au-dessus des ganglions basilaires, ceux-ci seraient, par eux-mêmes, sous 
l'influence d'excitations extérieures, capables de produire tous les mouvements 
coordonnés de la locomotion » (p. 214). 

(3) « Plus le contrôle des membres dépend d'abord, et continue à dépendre, de 
l'acquisition volontaire, plus la destruction des centres moteurs corticaux cause 
de pai'alysie du mouvement. De là vient que, chez l'Homme et chez le Singe, où 
la volitiou prédomine et l'automatisme ne joue qu'un rôle subordonné dans 
les activités motrices, la destruction des centres moteurs de l'écorce cause une 
paralysie d'un caractère très marqué » (p. 213). 

Les faits cités dans le paragraphe (1) sont importants, indiscuta- 
blement vrais et en partie bien connus. Ils tendent simplement à 
montrer que, dans les formes supérieures de la vie, les Hémisphères 
Cérébraux et les Corps Striés prennent graduellement quelques-unes 
des fonctions qui, chez des animaux moins élevés, étaient accom- 
plies par des Centres Bulbaires et Spinaux. Les Hémisphères Céré- 
braux, chez les animaux supérieurs, arrivent donc à exercer une 
influence proportionnellement plus grande sur l'exécution même 
des mouvements communs exigés parla Locomotion. 

Les faits établis dans les paragraphes (2) et (3), bien qu'ils puis- 
sent être parfaitement vrais, n'apportent aucun appui spécial à la 
théorie d'Hughlings Jackson et de Ferrier; ils sont également d'ac- 
cord, et même davantage, avec les vues exprimées dans ce cha- 
pitre. La lésion ou l'ablation de parties du Cerveau intéressées dans 
une large mesure à la direction Intellectuelle des Mouvements, de 
parties qui sont accoutumées, et de la manière la plus directe, à mettre 
en activité les Corps Striés (les grands ganglions moteurs des Hémi- 
sphères), contrarierait nécessairement l'accomplissement de chacun 
de ces Mouvements, précisément en proportion du degré de direc- 
tion intellectuelle nécessaire pour assurer son exécution. La des- 
truction de ces aires corticales met, en réaiité, les Corps Striés eux- 
mêmes hors de jeu, pour l'exécution de tous les Mouvements, sauf 
ceux qui sont tout d'abord simples et automatiques. Il suit de là 
que les faits cités ci-dessus ne prêtent aucun appui exclusif à l'hy- 
pothèse que des centres moteurs existent dans les Circonvolutions 
Cérébrales, 

Dans les paragraphes suivants, Ferrier expose certains dévelop- 
pements ou corollaires de sa doctrine. 

(4) « Le Chien dont les centres moteurs corticaux ont seuls été détruits, 
est toutefois dans une position très différente. Il conserve ses centres sensitifs, 
et demeure un animal sentant d'une façon consciente et capable d'idéation et 
d'émotion. Ce n'est pas simplement un mécanisme dont l'activité dépend pure- 

Charlton-Bastian. — II. 13 



194 VOLONTÉ ET MOUVEMENTS VOLONTAIRES. 

ment de l'excitation extérieure ; mais il a en lui-même les ressorts d'action, 
sous la forme médiate d'impressions ravivées ou idéales, et est ainsi capable 
d'action spontanée. Comme toutefois les impressions ravivées occupent la 
même place, ou coïncident avec l'activité physiologique des mêmes parties qui 
prennent part à la conscience des impressions présentes, les impressions ravi- 
vées peuvent mettre en jeu l'appareil automatique de mouvement, aussi bien 
que les impressions immédiates ou présentes» (p. 214). 

(5) « Dans le Chien privé de ses centres corticaux, le chemin de l'impression 
à l'action ne passe point aux Corps Striés par les centres moteurs corticaux, 
comme dans le cours ordinaire de volition, pour se rendre de là aux ganglions 
et aux nerfs moteurs; mais part directement des ganglions basilaires » (p. 215). 

La supposition faite ici, que la voie de sortie de l'écorce céré- 
brale est différente, dans le cas des Mouvements Volontaires, de ce 
qu'elle est dans les Mouvements Idéo-moteurs, n'a jamais été prouvée ; 
et elle est directement contre-indiquée par tout ce que nous savons 
sur la Parole et ses défauts. Les quelques phénomènes difficiles à 
expliquer en regardant l'Émotion comme leur instigatrice, dans des 
cas où la Parole était d'ailleurs perdue, ne garantissent point la propo- 
sition ci-dessus avancée que, dans les Mouvements Idéo-moteurs et 
Émotionnels en général, la voie de sortie part « directement des 
ganglions basilaires ». Cette proposition est, à tout le moins, hypo- 
thétique et vague; il n'est point non plus correct de dire que des 
impressions ravivées « peuvent mettre en jeu l'appareil automa- 
tique de mouvements, exactement aussi bien que les impressions 
immédiates ou présentes ». Elles sont proverbialement plus faibles; 
et ne sont conséquemment que des excitateurs moins puissants de 
Mouvement. Et, à moins que la supposition qu'il y a une voie de 
sortie distincte pour les Stimuli Idéo-moteurs et Émotionnels ne 
soit mieux fondée qu'elle ne semble l'être, elles ne pourraient point 
agir du tout, dans le cas supposé. Le docteur Ferrier doit, ou éclaircir 
beaucoup tous ces points, ou abandonner toute tentative pour 
expliquer un fait qui nuit autant à son hypothèse que le rétablisse- 
ment du pouvoir moteur chez un chien après l'ablation de ce qu'il 
regarde comme ses « centres moteurs volontaires. » L'étroite pa- 
renté qui existe entre les modes Volontaires et Idéo-moteurs de 
stimulation du Mouvement, ne semble point avoir été appréciée à 
sa juste valeur par Ferrier. 

Il dit encore : 

(6) « Ainsi donc, un Chien privé de ses centres moteurs corticaux peut encore 
être capable d'action spontanée et de locomotion coordonnée, sous l'influence 
d'impressions présentes ou passées, ou d'états émotionnels. Seulement, ce ne 
seront que les mouvements automatiquement organisés dans les corps striés 
qui pourront être ainsi excités. Les mouvements de locomotion, étant devenus 



OBJECTIONS AUX IDÉES DE FERRIER. 195 

automatiques, peuvent ainsi être effectués aisément; et le Chien peut ôlre 
capable de marcher avec autant d'aisance apparente qu'avant l'opération. » 

(7) «Le Corps Strié est le centre dans lequel les mouvements, qui dépendent 
d'abord de la Volition proprement dite, tendent à s'organiser (p. 214). » 

(8) « On peut afurmer avec confiance, et peut-être on prouvera un jour par 
l'expérience, que n'importe quel tour spécial appris par un Chien, se trou- 
vera aussi effectivement pai'alysé par l'ablation des centres corticaux que le 
sont, par la môme lésion, les mouvements complexes et variés du bras et de la 
main du Singe. » Ces formes d'activité, « qui ne sont point habituelles et ne 
sont point devenues automatiques, seraient rendues impossibles » (p. 215). 

Il y a de bonnes raisons pour croire qu'il n'existe pas, entre les 
Mouvements Volontaires et les Mouvements Automatiques des dis- 
tinctions définies du genre de celles que suppose Ferrier. Il ne 
semble point nécessaire, et même absolument pas philosophique, de 
chercher des organisations nerveuses, appartenant aux Mouvements 
Volontaires, dans des centres complètement à part de ceux où s'or- 
ganisent les Mouvements Automatiques. Les Mouvements Volontaires 
d'une série de générations tendent à devenir les Mouvements Auto- 
matiques de leur postérité éloignée. Dans les périodes intermé- 
diaires, ils dépendront de moins en moins de l'Intluence Cérébrale 
supérieure, — ou, en d'autres termes, de la direction Intellectuelle. 

Ferrier 1 nous semble partir d'une fausse conception fondamen- 
tale, en supposant, par rapport aux Centres Corticaux, que ceux 
« immédiatement intéressés dans la production des Mouvements 
Volitionnels » sont, « par cela même, véritablement moteurs »; ou que, 
parce que les Mouvements Volontaires sont paralysés après la des- 
truction de ces parties, nous avons dans ce fait la preuve qu'elles 
sont des « centres moteurs». Si la « Volonté» ou les Stimuli Volition- 
nels ne sont point des entités absolument indépendantes et produites 
d'elles-mêmes — et le D"" Ferrier est loin de le croire — on ne peut 
les regarder que comme tirant leur origine des sièges organiques 
des Actions Perceptives et Intellectuelles. Comme Spinoza l'a 
signalé, il y a plus deux siècles, « la Volonté et l'Intelligence sont 
une seule et même chose», — considérée, toutefois, sous un aspect 
légèrement différent. 

{b) D'après Schiff et autres auteurs, les parties que Ferrier croit 
des « centres moteurs » devraient plutôt être regardées commci des 
centres de Toucher. Les mouvements des membres qui résultent 
de la stimulation de ces centres sont considérés par eux comme 
de nature réflexe; tandis que l'affection de la Motilité, qui résulte 
de leur destruction, est supposée d'ordre ataxiqae, et occasionnée 
par la perte de la Sensibilité Tactile. 

. 1. Loc. cit., p. 200. 



196 VOLONTÉ ET MOUVEMENTS VOLONTAIRES. 

Cette explication se trouve contredite par le fait que la bles- 
sure de ces régions de la surface cérébrale ne semble point cau- 
ser, pas plus chez les animaux que chez l'Homme, une altération 
distincte du sens du Toucher; il ne semble pas non plus qu'il soit 
vrai, comme on l'avait d'abord cru, que la simple perte de la Sensi- 
bilité Tactile, même si elle existait, pût être, par elle-même, cause 
de symptômes ataxiques ou paralytiques. L'évidence fournie par 
des personnes soufl'rant d'Hémianesthésie complète, ainsi que par 
celles qui présentent quelque forme d'« ataxie locomotrice », semble 
prouver que la perte de la Sensibilité Tactile seule ne s'oppose 
point d'une manière appréciable aux Mouvements des parties affec- 
tées. C'est là l'opinion de Charcot, de Broadbent et autres ; et elle 
est entièrement confirmée par l'examen que l'auteur a fait lui- 
même des célèbres Hémianesthésiques de la Salpêtrière, en visitant, 
.l'automne dernier, les salles du professeur Charcot ^ Ce qui sem- 
blait d'abord appuyer l'opinion opposée, et ce dont Ferrier paraît 
avoir été encore impressionné, à l'époque de la publication de son 
livre, est indiscutablement défectueux, et a besoin d'être réexa- 
miné. 

(c) . D'après Hitzig et Nothnagel, l'affection de la Motilité qui résulte 
de la destruction des régions corticales en question, est due à une 
paralysie du «sens musculaire» de l'animal. Nothnagel pense que le 
fait de la restauration du Mouvement, au bout d'un certain temps, 
chez les chiens, prouve que le centre du «sens musculaire» n'est pas 
lui-même détruit, mais que la destruction des régions particulières 
de l'écorce a suffi à interrompre pour un certain temps, et non 
loin de leurs termini , les chemins que suivent ces impressions 
centripètes. Hitzig, d'autre part, semble plus disposé à croire que le 
centre lui-même [slalion terminale) des impressions du « sens 
musculaire » ou de la « conscience musculaire », est détruit par les 
lésions expérimentales. Ou, si ce n'est point là le cas, il est, comme 
Nothnagel, porté à croire que le chemin afférent du muscle à l'a es- 
prit » est interrompu de quelque manière. Ces deux investigateurs, 
pour appuyer davantage leur opinion, disent que la condition de 
l'animal, eu égard à la motilité, est quelque peu semblable à celle 
d'un homme qui souffre de la maladie connue sous le nom d' « ataxie 
locomotrice». 

Contrairement à cette opinion, Ferrier soutient que « la perte 
du sens musculaire, sans aucune affection des autres formes de la 
sensibilité commune ou tactile, est une condition dont l'existence 

1. Pour une description de ces malades, voy. Brit. Med. Journal, 12 oc- 
tobre 1878. Voyez aussi Ziemssen's Cyclopœdia. Vol. XIII, p. 88. 



OBJECTIONS AUX IDÉES DE FERRIKR. 197 

est purement hypothétique ». Il considère en outre qu'aucune inves- 
tigation portant sur ce sujet n'a donné la moindre preuve d'altéra- 
tion ou de perte du Toucher ou de la Sensibilité Commune, lorsque 
ses prétendus « centres moteurs » ont été détruits. 11 conclut de là que 
le «sens musculaire » est aussi demeuré sans altération (voy. vol. I", 
p. 5/i). L'affection de la motilité que l'on rencontre après la destruction 
des centres moteurs « ne ressemble, dit-il, à l'ataxie que dans le 
cas du Chat, du Chien, etc.; mais chez l'Homme et le Singe la ressem- 
blance fait défaut : car, chez ceux-ci, il y a paralysie motrice com- 
plète, avec conservation distincte de la sensibilité primitive aux 
diverses formes d'excitations cutanées. L'argument tiré de la simple 
ressemblance vient donc à manquer lorsque l'onétablitunecomparai- 
son un peu plus large. Mais on a en outre montré que la condition que 
l'on peut avec vérité décrire comme la perte du sens musculaire ou 
de 'la conscience musculaire, dépend de lésions d'une partie totale- 
ment différente du cerveau, c'est-à-dire la région hippocampale, 
ou centre de la conscience tactile ^ ». 

Ces objections de Ferrier aux vues de Nothnagel et Hitzig ne 
nous semblent pas avoir autant de force qu'il le suppose. Nos con- 
naissances relativement aux divers points qu'il touche sont loin d'être 
complètes, mais ce qui est prouvé jusqu'ici peut s'interpréter d'une 
manière tout à fait différente. Ainsi les observations de Landry, ainsi 
que le cas de Demaux ^, lorsqu'on les oppose à ce qui existe chez 
les malades hémianesthésiques ordinaires, rendent probable que les 
impressions inconscientes du Sens Musculaire, dans le sens res- 
treint de ce terme, ont une existence distincte, et probablement un 
« foyer » cérébral particulier, tout à fait distinct des impressions 
tactiles, quelle que puisse être la région de l'écorce où se rendent 
plus spécialement ces dernières. Les chemins que suivent ces deux 
classes d'Impressions, c'est-à-dire celles qui viennent des Muscles et 
celles qui viennent de la Peau, semblent être topographiquement 
distincts dans la Moelle; ils sont probablement plus ou moins conti- 
gus dans les Pédoncules Cérébraux, mais peuvent ensuite diverger 
de nouveau et aller à des Circonvolutions Cérébrales différentes, bien 
qu'en relations fonctionnelles, au lieu de se rendre à la même région 
cérébrale, comme Terrier semble le supposer (voy. p. 166). 

L'Écorce Cérébrale doit, à notre point de vue, être regardée 
comme une agrégation continue de centres entrelacés, vers laquelle 
les Impressions afférentes convergent de diverses parties du corps : 
là, elles entrent en relation les unes avec les autres, de différentes 
manières, et donnent conjointement naissance à des actions ner- 

1. Loc. cit., p. 218. 

2. Voyez p. 284. 



198 VOLONTÉ ET MOUVEMENTS VOLONTAIRES. 

veuses, qui ont pour corrélatifs subjectifs toutes les Sensations et 
Perceptions, tous les Processus Intellectuels et Émotionnels que l'in- 
dividu est capable d'éprouver. De ces « stations terminales », et en 
relation complexe, des courants centripètes, et de certaines annexes 
en connexion avec elles, partent des courants centrifuges qui 
excitent, suivant des modes définis, l'activité des « centres moteurs» 
les plus élevés (les Corps Striés et le Cervelet) ; et, par eux, évoquent 
l'activité convenablement coordonnée de combinaisons motrices 
inférieures, de manière à donner naissance à tous les Mouvements 
qui sont désirés^ ou qui ont coutume de se produire en réponse à 
des Sensations ou à des Idées particulières. 

Le plan sur lequel les Centres Nerveux sont généralement con- 
struits, de quelque degré qu'ils soient, rend essentiel que le sti- 
mulus qui éveille l'activité d'un ganglion ou centre moteur, leur 
parvienne par les fibres unissantes venant d'un ganglion, centre" ou 
groupe de cellules, de nature sensitive, — c'est-à-dire de cellules 
qui sont en relation immédiate avec des fibres afférentes (voy. v. P', 
p. 19). 

Si nous revenons au système nerveux très simple d'un Limaçon 
(flg. 27), nous trouvons deux Ganglions Sensitifs supérieurs reliés 
par des commissures distinctes à deux Ganglions Moteurs associés. 
On ne saurait guère douter que les stimuli (suites des processus ner- 
veux qui sont en rapport avec les Sensations) n'aient coutume de 
partir de ces Ganglions Sensitifs le long des fibres commissurales 
qui les unissent avec les Ganglions Moteurs; et que, suivant leurs 
différentes origines ou points de départ, ces stimuli puissent faire 
que les derniers ganglions évoquent des contractions musculaires 
distinctes dans diverses parties du corps. Si nous pouvions galvaniser 
séparément les diverses terminaisons sensitivesde ces fibres inter- 
nonciales, nous évoquerions sans doute des Mouvements semblables. 
Mais ces faits nous autoriseraient-ils à conclure que ces Ganglions 
Sensitifs contiennent des Centres moteurs .5* Assurément non : pas plus 
que nous ne saurions être autorisés à appeler cellules motrices les 
cellules sensitives du côté centripète du mécanisme simple de quelque 
action réflexe, uniquement parce qu'il sort d'elles un stimulus qui finit 
par évoquer le Mouvement, — après qu'il a passé à travers d'autres 
éléments nerveux qui, du consentement général, sont regardés 
comme cellules motrices. 

Les fibres nerveuses qui descendent de l'Écorce Cérébrale aux 
Corps Striés, chez les animaux supérieurs et chez l'Homme, sont, par 
leur nature, strictement comparables aux fibres unissant les Cellules 
« sensitives » et « motrices » dans un mécanisme nerveux ordinaire 
d'Action Réflexe. Ces courants qui viennent des cellules «sensitives» 
peuvent passer dans le même plan horizontal, peuvent avoir à mon- 



OBJECTIONS AUX IDÉES DE FERRIER. 199 

ter, ou, comme il arrive plus fréquemment, à descendre aux cellules 
motrices, situées à un niveau inférieur ^ 

Les Corps Striés, conjointement avec le Cervelet, sont sans doute 
spécialement mis en activité par TÉcorce Cérébrale, suivant des 
manières qui sont fort importantes, bien qu'elles ne puissent être 
définies avec précision. Ces organes, comme nous le soutenons, sont 
les grands ganglions moteurs, par lesquels opèrent les stimuli cor- 
ticaux résultant d'une direction «Volitionnelle »ou Intellectuelle. Si, 
en effet, ce que l'on a établi dans ce chapitre donne un exposé tant 
soit peu exact des relations qui existent entre les Mouvements Volon- 
taires et Automatiques, il n'y a pas besoin de dire ici un seul mot de 
plus contre le point de vue général sur lequel Hughlings Jackson et 
Ferrier font reposer leur hypothèse de l'existence de centres moteurs 
dans l'Écorce Cérébrale, ni contre l'opinion que les mécanismes des 
Mouvements Volontaires sont organisés dans des régions tout à fait 
différentes de celles qui ont affaire à l'exécution des Mouvements 
Automatiques. 

Ce que l'on a dit, au commencement de ce chapitre, sur l'origine 
et la nature des stimuli « Volitionnels », joint à ce qui a été établi 
ci-dessus, permet d'expliquer les résultats de l'irritation et de la 
destruction de certaines aires fronto-pariétales de Substance Grise, 
et de la substance blanche qui s'étend entre elles et les Corps Striés, 
sans appuyer en rien la supposition qu'il existe des « Centres mo- 
teurs » dans les Circonvolutions Cérébrales ^. 



1. Ainsi donc, à cause de la variabilité de cette relation, ces fibres nerveuses 
ne sauraient être regardées comme invariablement en relation soit avec les 
courants « centripètes», soit avec les courants « centrifuges». Nous pouvons les 
distinguer par le nom de fibres internonciales ; en comprenant que, dans des 
parties différentes du Système Nerveux, les courants sont transmis le long d'elles 
dans une direction ascendante, horizontale, ou descendante. Cependant, comme 
les stimuli émanant des Centres Sensitifs et de leurs annexes dans l'Écoixe Céré- 
brale prennent immédiatement une direction descendante vers les Corps Striés, 
il conviendra mieux, dans ce cas, de parler de l'origine des courants « centri- 
fuges» comme se trouvant dans l'Écorce Cérébrale elle-même, et de regarder 
certains de ses centimes comme occupant ce que l'on a justement nommé le 
«coude du courant», — c'est-à-dire les régions où les courants « centripètes » 
finissent, ou font place aux courants « centrifuges ». 

2. Nous avons, en réalité, affaire ici à une fausse conception fort semblable, 
pour sa nature, à celle qui a précédemment conduit Foville et autres à regar- 
der le Cervelet comme un Organe Sensitif (p. 135) uniquement parce que des 
« fibres internonciales » y entrent, en venant de divers noyaux ou ganglions sen- 
sitifs. Prétendre que des groupes de cellules ont des fonctions motrices, uni- 
quement parce que les stimuli qui en partent évoquent des mouvements 
lorsqu'ils arrivent à des ganglions moteurs, c'est raisonner exactement de 



200 . VOLONTÉ ET MOUVEMENTS VOLONTAIRES. 

Les Centres en question sont plutôt de nature «sensitive», et sont 
probablement en relation intime avec certains groupes d'Impres- 
sions Kinesthétiques, — quelles que soient les autres fonctions aux- 
quelles ils servent, ou les autres centres avec lesquels ils puissent 
être en relation intime. Nous avons assurément vu des raisons de 
croire que les Centres Kinesthétiques doivent être en relation fonc- 
tionnelle des plus intimes, à la fois avec les Centres Visuels et les 
Centres Auditifs. D'un ou plusieurs (mais peut-être plus spécialement 
des premiers] de ces centres perceptifs reliés entre eux, ou de 
leurs annexes, partent des «fibres internonciales»,par lesquelles ils 
sont mis en relation fonctionnelle avec les gros ganglions moteurs 
sous-jacents, — les Corps Striés. 

L'excitation de certains groupes de ces « fibres internonciales » 
produirait certains Mouvements Choréiques ou Convulsifs spéciaux ; 
leur destruction amènerait la Paralysie; et, considérant la direction 
dans laquelle ils transmettent leurs stimuli, l'analogie nous amène- 
rait à conclure qu'en détruisant leurs connexions avec les cellules 
nerveuses corticales, on déterminerait la production de petites 
bandes ou de petits espaces de dégénérescence descendante^ entre 
les points détruits et le Corps Strié correspondant. — Ce sont cepen- 
dant là les résultats des cas sur lesquels s'appuient avec tant de 
confiance quelques auteurs, pour soutenir les fonctions « motrices » 
de ces portions de l'Écorce Cérébrale. 

même que prétendre qu'un organe a des fonctions sensitives, parce qu'il reçoit 
des fibres venant de cellules sensitives. 



CHAPITRE XXVII 



SUBSTRATUM CEREBRAL DE L ESPRIT 



Après la première Sensation^ il n'y a rien qui réponde stricte- 
ment à ce terme. Nous réalisons seulement, d'une manière con- 
sciente, une impression quelconque comme étant de telle ou telle 
nature, en la comparant automatiquement avec d'autres impressions 
antérieures. Une simple Sensation ne saurait, en réalité, exister 
qu'à peine dans la conscience, et ne saurait être imaginée par nous 
dans notre phase actuelle d'évolution mentale. Nos prétendues 
Sensations sont en réalité des Perceptions. Dans un seul et même 
acte ou état, chacune d'elles incorpore Sentiment et Intelligence 
dans une indissoluble connexion. 

Il ne faut donc point chercher un siège de « Sensation simple «ou 
« brute «.Les sièges des états de sensibilité consciente, dans la seule 
phase intelligible où ces états peuvent exister pour nous, sont des 
centres de Perception^. 

Comme l'acte de Perception comprend la comparaison automa- 
tique d'impressions présentes avec d'anciennes impressions ravi- 
vées de même nature, ainsi que de quelques-unes ou de toutes les 
autres sortes d'impressions susceptibles d'être produites par l'Objet 
perçu, il arrive que les prétendues Sensations, même les plus sim- 
ples, nécessitent l'activité conjointe, non point d'une seule étendue 
limitée de substance grise corticale, — mais plutôt de mécanismes 
fibro-cellulaires largement étendus, correspondant peut-être à un 
grand nombre de Centres Perceptifs plus ou moins dispersés et 
reliés d'une manière plus ou moins complexe (p. l/i9). 

Voyant que chaque Centre Perceptif forme la base ou le point 
de départ de différents processus d'Idéation et, par conséquent, de 
Pensée, et que les divers centres doivent avoir le même genre de 
relation avec l'Émotion, nous pouvons trouver là-dedans une raison 
de plus pour croire que les différents Centres Perceptifs sont diffus, 
et que des parties, largement séparées, des Hémisphères Cérébraux 
sont probablement unies ensemble pour une action simultanée, 

1. Voy. p. 137, vol. P"-, et 150; et Nature, 20janv. 1870, p. 309. 



202 SUBSTRATUM CÉRÉBRAL DE L'ESPRIT. 

/ 

même dans la Perception sensitive la plus simple, — renfermant, 
comme le fait ce processus, les germes de la Pensée et de l'Émo- 
tion, pour ne rien dire de la Volition^ Et, quoique ces réseaux ner- 
veux diffus, bien que fonctionnellement unifiés, puissent différer 
beaucoup de « Centres » ordinaires (grâce à leur manque supposé de 
délimitation topograpliique distincte et exclusive), il convient encore 
de pouvoir désigner des réseaux de cette nature sous le nom de 
Centres. 

Mais, aux mécanismes perceptifs complexes en relation avec les 
cinq se7is, viennent s'ajouter d'autres Centres Cérébraux pour les 
impressions afférentes, dont quelques-uns sont, pendant leur action, 
habituellement accompagnés de plus ou moins de Conscience ; tandis 
que d'autres sont complètement dépourvus d'un accompagnement 
conscient. Cependant tous ces Centres, — tout à fait indépendants 
du degré de vivacité des accompagnements subjectifs qui dépen- 
dent de leur activité, — sont probablement situés dans quelques 
portions de l'Écorce Cérébrale '^. 

Il y a tout d'abord les termini pour l'importante classe des 
Impressions Viscérales qui, pour autant qu'elles sont en rapport 
avec la « vie de relation » de l'animal, peuvent se diviser en deux 
principales catégories, — les Alimentaires et les Génitales. Les parties 
du Centre Viscéral qui appartient à ces groupes d'impressions sont 
les foyers cérébraux en relation avec deux appétits tout-puissants. 
Chacun d'eux doit être en connexion intime avec les Centres Per- 
ceptifs spéciaux, dont l'activité est excitée d'une manière conjointe, 
pendant les temps où reviennent et se manifestent activement les 
divers Instincts des animaux, aussi bien que pendant les diverses 
phases des passions et des actions humaines qui sont reliées, d'une 
façon immédiate ou éloignée, avec des Impressions Viscérales de ce 
genre. 

Il y a une autre grande classe d'Impressions, différant absolu- 
ment des Impressions précédentes, soit «spéciales », soita viscérales » 

1. Voy. D'' Lombard : On the Effect of Intellectual and Emotional Activity 
on the Température of the Head, in : Proceed. of Royal Society. 1878, p. 462. 

2. Parmi ceux-ci, il faut peut-être comprendre un Centre du « Sens d& 
l'Espace)), dont l'activité serait toutefois de moindre importance pour l'Homme 
que pour beaucoup d'animaux inférieurs (p. 166-170, vol. P^- Les migrations 
instinctives et non apprises des jeunes Oiseaux peuvent dépendre, dans une 
large mesure, de l'activité automatique de ce Centre, et sont des phénomènes 
du même ordre que la crainte instinctive manifestée par le jeune Dindon en 
entendant le cri du Faucon (p. 147, vol I"), ou l'appréciation instinctive de la 
nourriture et de la distance, qui permet au jeune Poulet de capturer une 
Abeille (p. 146, vol. P'). Dans tous ces cas, nous avons affaire à des Perceptions 
automatiques, aussi bien qu'à des Mouvements Automatiques. 



IMPRESSIONS VISCÉRALES ET KINESTHÉTIQUES. -iOî 

(bien que les mécanismes physiques qui s'y rapportent puissent être 
inextricablement entremêlés), — ce sont les Impressions kiiicsthé- 
liques. Ici nous n'avons point affaire, sauf d'une manière indirecte, 
à des impressions venant des surfaces, soit extérieures, soit inté- 
rieures, de rOrganisme. Des impressions de ce genre évoquent des 
Mouvements; et ceux-ci, à leur tour, occasionnent diverses impres- 
sions centripètes. Quelques-unes de ces dernières Impressions 
Kinesthétiques (comme celles occasionnées par les contractions du 
Cœur et du Canal Alimentaire) ne donnent lieu, chez l'Homme en 
santé, à aucune phase consciente appréciable; il est même douteux 
que quelques-unes d'entre elles arrivent jamais au Cerveau. D'autres 
de ces impressions toutefois, — surtout dans les cas où des Muscles 
sont mis en jeu volontairement dans des actions inaccoutumées, et 
où les Mouvements produits affectent de grandes Articulations ou 
de grandes étendues de Peau, — donnent naissance à des États 
Conscients plus ou moins distincts ; et l'on ne saurait, par suite, 
raisonnablement douter que ces impressions n'atteignent les Centres 
Kinesthétiques situés dans l'ôcorce des Hémisphères. 

II est important de se souvenir, touchant cette dernière Faculté 
Sensorielle, que ses impressions sont en partie de nature distinc- 
tement Tactile, et, comme telles, sont probablement réalisables, ou 
ont leurs sièges organiques dans des portions du Centre Tactile ; et 
que celles d'entre elles qui sont le moins Conscientes sont proba- 
blement les impressions qui émanent des Muscles eux-mêmes. Ces 
derniers composants du Sens Kinesthétique, qui présente tant de 
faces, correspondent principalement avec ce que Ton a nommé, 
d'une manière erronée, « conscience musculaire », ou avec le « sens 
musculaire » dans l'acception la plus limitée où l'on ait employé ce 
terme. 

La présence du Mouvement est, pour le Sens Kinesthétique, ce 
que la présence d'un objet est pour le Sens Visuel ; et l'inaptitude à 
connaître les impressions occasionnées par le Mouvement (qu'il 
s'agisse des impressions conscientes ou des inconscientes, ou des 
deux sortes à la fois), qui est parfois produite par certaines condi- 
tions morbides, est un défaut du Sens Kinesthétique tout à fait 
analogue à ce qu'est la cécité relativement au Sens de la Vue. 
Ainsi donc, parler, comme Terrier ^ de cette conséquence du Mou- 
vement et des Sensations qu'il amène, comme d'une association sen- 
sori-molrice, c'est se tromper absolument, et renverser la signifi- 
cation réelle des phénomènes auxquels il fait allusion. 

Les impressions qui nous viennent de chacun des Organes des 
Sens spéciaux dépendent en partie, quant à leurs diverses combinai- 

1. Loc. cit., p. 268. 



204 SUBSTRATUM CÉRÉBRAL DE L'ESPRIT. 

sons, des Mouvements de ces organes; et pour ceci, aussi bien que 
pour d'autres raisons sur lesquelles on reviendra plus tard, les con- 
nexions qui existent entre les divers « centres perceptifs » de ces 
impressions (surtout de celles du Toucher et de la Vue) et le Centre 
Kinesthétique, doivent être particulièrement intimes et complexes. 

Chaque Centre Perceptif « spécial », ainsi que le Centre « viscéral », 
peut, à certains moments et suivant la nature du stimulus, former, 
soit dans des actes sensori-moteurs, soit dans les actes idéo-moteurs, 
le point de départ de stimuli centrifuges qui vont exciter les Centres 
Moteurs. Mais, si ces impulsions sortent directement de ces centres 
« spéciaux » ou « viscéraux », ou si (sans que notre conscience soit 
éveillée) elles passent d'abord de ces Centres à quelques parties des 
Centres Kinesthétiques, c'est ce qu'il faut regarder comme demeu- 
rant jusqu'ici fort incertain. 

Dans d'autres occasions, l'un ou l'autre des Centres Perceptifs 
« spéciaux » peut recevoir des impressions qui forment les premiers 
points de départ du courant aboutissant à des Actes Volontaires ; 
bien que l'exécution immédiate du Mouvement ainsi déterminé 
puisse, dans le cas de la majorité des mouvements des membres, 
dépendre de la direction, excitée d'une manière secondaire, de Cen- 
tres Visuels et Kinesthétiques coactifs; — de même que, dans le cas 
des mouvements complexes du Langage Articulé, l'exécution immé- 
diate de ces mouvements dépend de l'activité régulatrice des 
Centres Auditifs et Kinesthétiques combinés i. 

Grâce à la grande prépondérance des mouvements du bras et de 
la main droite, comparativement à ceux du côté gauche, le Centre 
Kinesthétique de l'Hémisphère Cérébral gauche serait beaucoup 
mieux développé, chez la grande majorité des personnes, que celui 
de l'Hémisphère droit. Les impressions du Sens Kinesthétique sont, 
sous ce rapport, précisément analogues à celles du Toucher, — et ces 
deux sortes de facultés sensitives se confondent, ainsi que nous 
l'avons vu, d'une manière si intime, qu'il est en partie impossible 
de séparer l'un de l'autre leurs Centres Cérébraux. 

Cette activité prépondérante de l'Hémisphère Cérébral gauche 
relativement aux Impressions Tactiles et Kinesthétiques (prépondé- 
rance sur laquelle il ne saurait y avoir de doutes), peut également 
tenir à un autre fait; c'est-à-dire que l'Hémisphère gauche est le 
plus puissant, et semble assumer la direction, en donnant naissance 
aux Impulsions Volontaires qui déterminent les actes musculaires 
du Langage Articulé ^. 

1. Voy. p. 174, et chap. xxix. 

2. Voy. p. 57, et aussi le D'' Lombard : Proceed. ofthe Royal Society, i818, 
p. 463, 464. 



IMPRESSIONS KINESTHÉTIQUES. 205 

Quant à nos « idées » de Mots, — les symboles avec lesquels nos 
Pensées sont entrelacées d'une manière inextricable, — elles sont 
pour la plupart complexes; les composants (comme dans le cas de 
Perceptions simples) dépendant de Factivité de Centres différents 
— qui n'ont pas toujours besoin d'agir ensemble — et devant être 
probablement énumérés ainsi, dans l'ordre de leur importance : 
Auditif, Visuel, et Kinesthétique. 

De ces modes de rappel «idéal «des Mots, les deux premiers sont 
distincts et aisément recouvrables, tandis que le dernier est carac- 
téristiquement vague et difficile à réaliser d'une manière consciente. 
Que chacun fasse contraster son idée du son du mot « Londres » 
ou son idée de l'apparence du mot lorsqu'il est écrit, avec son idée 
des sentiments, musculaires et autres, associés à l'articulation du 
même mot; et l'infériorité de cette dernière idée, sous le rapport de 
la netteté, deviendra immédiatement évidente. 11 n'y a toutefois 
rien de surprenant en ceci, puisque nous savons que les Impressions 
Kinesthétiques tendent généralement, comme les Impressions Viscé- 
rales, à venir bientôt affecter le mécanisme moteur de nos corps 
sans éveiller notre Conscience. Chez les animaux qui naissent avec 
leurs facultés motrices déjà presque complètes (vol. I", p. lZi6, 177), 
les Impressions Kinesthétiques entrent probablement aussi peu dans 
la Vie Mentale consciente, que les Impressions Viscérales dans la 
nôtre. 

La Parole est déjà devenue, pour la race humaine, un acte beau- 
coup plus instinctif que l'Écriture; de sorte que c'est simplement 
un résultat de la tendance à laquelle on a fait allusion ci-dessus, 
si les Impressions Kinesthétiques appartenant aux actes moteurs 
les plus profondément greffés, sont devenues proportionnellement 
plus vagues et plus difficiles à reconnaître. Que cette explication 
soit ou non correcte, le fait lui-même est évident. Que n'importe 
qui ferme les yeux et place ses doigts dans la position qui convient 
pour l'écriture, et fasse dans l'air les mouvements nécessaires pour 
écrire le mot Londres; qu'immédiatement après il articule le même 
mot, et compare, sous le rapport de la netteté relative, les deux 
groupes d'Impressions Kinesthétiques. La différence paraît à l'au- 
teur être tout à fait marquée. 

On peut aisément comprendre que la Pensée, chez un enfant ou chez une 
personne «distraite», s'accompagne d'Articulations murmurées, en réfléchissant 
à quel degré la parole devient bientôt un acte simplement réflexe ou « idéo-mo- 
teur»; et en considérant que le phénomène en question se présente spéciale- 
ment chez les personnes, ou dans des conditions, où le Contrôle Volitionnel fait 
défaut, et où les actions réflexes sont le plus portées à se manifester. En outre, 
si l'Articulation (lorsqu'elle n'est point désirée) accompagne si fi'équemment les 
tentatives que font pour lire une personne illettrée ou un enfant, cela est 



205 SUBSTRATUM CÉRÉBRAL DE L'ESPRIT. 

simplement dû au fait que, pendant le processus d'instruction (dont ils ne sont 
point encore affranchis), leurs tentatives sont toujours accompagnées par des 
articulations vocales, — comme dans l'action de lire à haute voix devant un 
maître. S'aiTèter à la simple réalisation de l'Impression Visuelle et abandon- 
ner ainsi l'habitude première, c'est ce que ces personnes et beaucoup d'enfants 
ne sont point encore arrivés à ace omplir. 

Ainsi donc parler des « idées » de Mots comme de « processus 
moteurs », ou dire qu'une « articulation supprimée est, en réalité, 
la matière de notre souvenir, la manifestation intellectuelle, Vidée 
du Langage » est, dans l'opinion de l'auteur, à la fois trompeur et 
erroné, — bien que cette idée ait été avancée et défendue par quel- 
qu'un qui fait autorité sur les sujets psychologiques, le professeur 
Bain^ Ce représentant mental d'un mot, qui est le moins distinct 
et le plus difficile à raviver (quelle que soit l'opinion que l'on ait sur 
sa nature et son origine précise), est ici déclaré le plus important, 
par rapport aux processus de la Pensée et de la Parole, —et de telle 
importance, que le professeur Bain en parle comme constituant 
la « matière de notre souvenir » dans l'usage et la production des 
Mots : tandis qu'il n'est fait, en cet endroit, aucune mention des 
autres modes (auditif et visuel) de résurrection. 

En outre, s'appuyant beaucoup sur la doctrine ci-dessus ou 
d'autres de ce genre, le D'' Hughlings Jackson ^ a, à diverses re- 
prises et avec le plus de force possible, insisté sur sa propre opi- 
nion, que « les opérations mentales ne doivent être, en dernière 
analyse, que les côtés subjectifs de substrata sensitifs et moteurs. » 
Pour ceux qui adhèrent, comme le fait Hughlings Jackson, à l'idée 
de Bain, Wundt et autres, que notre Conscience de 1' « activité mus- 
culaire» est en grande partie initiale, centrale, et réalisable dans les 
Centres Moteurs, — cette manière de s'exprimer est assez légitime: 
elle en est, en réalité, la conséquence logique. Mais pour ceux qui, 
ainsi que Ferrier, refusent absolument de croire à cette doctrine 
générale, et qui regardent toutes les sensations ou impressions en 
rapport avec le Mouvement comme dérivables d'impressions péri- 
phériques « centripètes », émanant des parties remuées elles-mêmes, 
et ne revenant point au Cerveau le long de nerfs moteurs, une 

1. The Sensés and the Intellect. 3'= édition, p. 336. Il est vrai que, dans 
d'autres parties du même ouvrage (par exemple, p. 436), le professeur Bain 
parle, d'une manière contradictoire, des éléments sensitifs du type auditif comme 
des composants les plus importants de notre mémoire du langage parlé. Mais 
ceci ne diminue en rien la responsabilité qu'il a assumée, en affirmant avec 
force l'opinion citée ci-dessus (Voy. Fortnighlty Review. Avril 1869, p. 403). 

2. Clin, and Physiolog. Research on the Nervous System. (Réimpression), 
1876, p. xx-xxxvii. 



OPINIONS DE HUGIILINGS JACKSON, BAIN, ET FERRIER. 207 

pareille opinion et de telles expressions seraient tout à fait inad- 
missibles. Cependant, chose assez étrange, ce dernier auteur et 
expérimentateur distingué, dont les vues exerceront probablement 
une influence considérable, semble avoir donné dans une pareille 
contradiction^. 

Si les diverses impressions qui concourent à former le Sens Kinesthétique sont 
toutes (comme nous le supposons) des impressions «centripètes» réelles qui tra- 
versent diverses sortes de nerfs sensitifs, la simple différence du mode d'exci- 
tation, ou de l'occasion où celle-ci survient, ne doit point amènera en parler comme 
si elles étaient radicalement différentes, par leur nature, des autres impressions 
sensitives. De sorte que, d'après cette opinion, le dicton Nihil est in intellectu 
quod non fueritprius in sensu ne perd rien de son ancienne force ; — c'est une 
formule assez large pour embrasser les Sens Kinesthétique et Viscéral, aussi 
bien que les Sens Spéciaux ; — et, si elle est incorrecte, elle le serait autant dans 
tin sens que dans l'autre. 

Feri"ier dit avec raison ^ : — « Par les mouvements de la tête et des yeux, 
nous étendons grandement le champ et la complication de la sensation visuelle; 
et l'étendue de l'expérience tactile est mille fois accrue par les mouvements 
des membres. » Mais il émet une idée contradictoire et erronée (à son propre 
point de vue précédent) lorsqu'il ajoute : « Il y a peu d'objets de cognition 
qui ne nous soient connus que par des caractères sensitifs, ou impressions. 
La grande majorité suppose l'activité à la fois de nos facultés sensitives et 
de nos facultés motrices; et nos idées sont une résurrection mélangée de 
mouvements idéaux et de sensations idéales, dans leurs associations cohérentes 
respectives. On en a un exemple dans l'acquisition et la constitution des idées 
de forme, de figure, de poids, de résistance, etc. » 

Une opinion de ce geni'e (c'est-à-dire que les» mouvements idéaux» ont une 
base autre que celle ordinairement connue sous le nom de «sensitive», et entiè- 
rement opposée) est aujourd'hui communément acceptée ; et elle est tout à fait 
semblable à celle qui a été professée en Angleterre par le professeur Bain. Il a 
dit, par exemple, en pai-lant de la Vue 3, « qu'elle est généralement considérée 
aujourd'hui comme un sens mixte; et que les sensations visuelles sont en 
partie des sentiments musculaires et en partie des sentiments optiques. Il 
ajoute : « Dans tout ce qui regarde les mouvements et les formes visibles 
on estime maintenant que la conscience musculaire est l'élément indispen- 
sable : les sensations optiques ne faisant que guider les mouvements. Des 
contours nus, comme les diagrammes d'Euclide et les caractères alphabétiques 
sont au moins aux trois quarts musculaires, et seulement pour un quart 
optiques; leur rétention est supposée dépendre de la propi'iété adhésive des 
muscles oculaires et de leurs centres nerveux, et non de cercles purement 

1. On peut le voir en comparant l'examen, fait par Fei^riei", de la question du 
(t sens musculaire » {Functions of the Bain, p. 215-227) avec les vues et les 
expressions que l'on trouve dans son chapitre xi, dont on va citer quelques 
énoncés. 

2. Loc. cit., p. 267. 

3. Fortnightly Review. Avril 1869, p. 493. 



208 SDBSTRATUM CEREBRAL DE L'ESPRIT. 

optiques. La mémoire d'une forme visible, comme un arc-en-ciel, renferme la 
conscience d'une courbe, décrite par les mouvements musculaires; et l'on se 
souvient des méandres d'une rivière qui, dans la vue réelle, doivent être suivis 
par les mouvements de l'œil, comme de mouvements idéaux. » 

Sans mettre en question le fait indubitable que les mouvements d'un organe 
sensitif doivent accroître grandement la variété des impressions qui en dérivent, 
ou qu'ils peuvent contribuer notablement à engendrer, dans l'esprit de l'indi- 
vidu, la notion fondamentale de modes d'existence connus sous les noms 
d'espace, temps et résistance, il est toutefois libre à chacun de nous de se former 
une opinion personnelle sur le degré auquel la «conscience musculaire » se révèle 
à nous, comme entrelacée à nos impressions visuelles oi'dinaires; et beaucoup 
de personnes peut-être inclineront à penser qu'elles en découvrent beaucoup 
moins que le professeur Bain. Il est également libre à chacun de nous d'avoir 
une opinion différente sur la signification et la nature de ce dont le professeur 
Bain parle ici comme « conscience musculaire ». Il la regarde, ainsi que nous 
le savons, comme « concomitante du courant centrifuge » ; et part de là pour la 
considérer comme radicalement opposée à tous les autres modes de sensibilité, 
— bien que cette opinion ait été rejetée par d'autres d'une manière tout aussi 
nette. 

Pour ceux, toutefois, qui conservent un certain doute sur l'existence d'un 
sens musculaire ou conscience musculaire, en tant que concomitante du cou- 
rant centrifuge, et qui considèrent que les connaissances attribuées à une 
pareille faculté ont été en réalité acquises par le moyen d'impressions centri- 
pètes émanant des parties mêmes en mouvement, la résurrection idéale de 
pareilles connaissances doit dépendre aussi purement de l'activité de Centres 
Seositifs que le sont les processus qui prennent part à la résurrection idéale 
des diverses Odeurs. 

Les sièges de la résurrection idéale des Mouvements de parties du corps 
que l'on ne voit point (par exemple, du larynx ou des yeux) sont les Centres 
Kinesthétiques seuls ; tandis que dans le cas de parties du corps qui sont 
ordinairement vues, — Mouvements qui ont peut-être été appris sous la direc- 
tion additionnelle de la Vision, — il se produit une résurrection idéale double, 
ou mêlée, ayant sa base organique en partie dans les Centres Kinesthétiques, 
en partie dans les Centres Visuels. 

11 paraît donc fort contradictoire de voir Ferrier (qui rejette la doctrine de 
Bain et de VVundt) écrire ce qui suit: — «De la même manière que les centres 
sensitifs forment la base organique de la mémoire des impressions sensitives 
et le siège de leur résurrection idéale, de même les centres moteurs des hé- 
misphères, outre qu'ils sont les centres de mouvements différenciés, sont auss 
la base organique de la mémoire des mouvements correspondants, et le siège 
de leur réexécution ou reproduction idéale^. Nous avons ainsi une mémoire 
sensitive et une mémoire motrice, des idées sensitives et des idées motrices ; les 
idées sensitives étant des sensations ravivées, et les idées motrices étant des 
mouvements ravivés ou idéaux. Les mouvements idéaux ne forment pas un 
élément moins important de nos processus mentaux, que les sensations ravivées 
d'une façon idéale. » 

1. Les italiques ne sont pas dans l'original, loc. cit. (p. 206). 



CENTRES KINESTHÉTIQUES. 209 

Il y a ici une confusion évicfente entre deux centres et deux processus abso- 
lument distincts. En réalité, Ferrier, en rejetant la doctrine de Bain et de 
Wundt relativement au « sens » ou « conscience musculaire », rejetait la base 
naturelle sur laquelle Hughlings Jackson fondait son hypothèse de l'existence 
« de centres moteurs » dans les Circonvolutions Cérébrales. Cependant, en arri- 
vant à son chapitre xi : « Les Hémisphères considérés psychologiquement », 
Ferrier écrit comme s'il avait oublié ce rejet préalable, auquel il a consacré les 
pages 215 à 227 de sou ouvrage. Il a donc, d'une part, tâché do localiser des 
« centres moteurs » dans les Circonvolutions Cérébrales ; et, d'autre part, il a 
délibérément rejeté l'interprétation des preuves philosophiques et physiolo- 
giques, sur laquelle doit reposer l'existence de centres de cette nature. 

Des Centres Moteurs, où qu'ils soient situés, sont des parties 
dont l'activité paraît être absolument libre de phases subjectives 
concomitantes.il ne semble pas que des reproductions «idéales» aient 
jamais lieu dans ces centres; ils sont mis en activité par des cou- 
rants centrifuges ; et, pour autant que nous en avons la preuve, l'ar- 
rivée en eux de mouvements moléculaires qui, immédiatement 
après, se rendent aux Muscles par les Nerfs Moteurs, crâniens et 
spinaux, est un simple phénomène physique. Ces processus sont, en 
apparence, aussi dépourvus d'accompagnements subjectifs, que le 
sont les processus moléculaires excités par eux dans le Muscle lui- 
même. C'est le changement de condition du Muscle ainsi excité et 
des parties contiguës, changement occasionné par le Mouvement, 
qui engendre un groupe d'impressions centripètes dont le terminus 
est le Centre Kinesthétique. Celui-ci est donc un véritable Centre 
Sensitif; et des jnouvements idéaux peuvent être ravivés en lui, soit 
isolément, soit associés à des Impressions Visuelles qui s'y rap- 
portent. 

Le Centre Kinesthétique est assurément de grande importance. 
Ses impressions entrent, d'une manière inextricable, dans la grande 
majorité de nos processus mentaux, — d'une façon aussi large et aussi 
inextricable, en réalité, que la prétendue conscience musculaire de 
Bain est supposée, par lui et par d'autres auteurs, entremêlée avec 
ce qu'il voudrait distinguer comme sensibilités passives. Mais cela 
ne saurait produire qu'une très grande confusion, si l'on attribue 
l'activité de ce Centre Sensitif à celle de Centres Moteurs ; et si on la 
confond avec celle-ci, dont les processus semblent encore plus 
réellement situés en dehors de la sphère de l'esprit que les processus 
moléculaires compris dans la contraction réelle d'un Muscle; ces 
derniers processus sont, du moins, immédiatement suivis d'im- 
pressions centripètes : tandis que, pour autant que nous le sachions, 
— c'est-à-dire pour autant qu'il en existe des preuves — les premiers 
ne le sont pas. 

Le Substratum Cérébral de l'Esprit ne comprend donc en aucune 

Charlton-Bastian. — n. 14 



210 SUBSTRATUM CÉRÉBRAL DE L'ESPRIT. 

manière, d'après l'opinion de l'auteur, les processus qui ont lieu 
dans les Centres Moteurs du Cerveau, où qu'ils puissent être situés. 
En autres termes, on ne peut plus regarder légitimement les opéra- 
tions mentales comme étant, en partie, immédiatement dues à 
l'activité de Centres Moteurs. Et l'on ne peut non plus décrire 
avec raison des Mots idéaux, comme des processus violeurs. Ceci 
est un point si fondamental, qu'il ne doit rester là-dessus ni malen- 
tendu ni ambiguïté, autres que ce qui peut être inhérent au sujet 
lui-même. 



CHAPITRE XXYIII 



LA PAROLE, LA LECTURE ET L ECRITURE, COMME PROCESSUS 
MENTAUX ET PHYSIOLOGIQUES 



On verra que les idées auxquelles on est arrivé dans le dernier 
chapitre s'harmonisent bien avec ce que Ton sait de la manière 
dont s'acquiert la faculté de la Parole Articulée, ainsi que les arts de 
la Lecture et de l'Écriture qui viennent s'y rattacher. Un examen 
préliminaire du sujet facilitera, en outre, la compréhension des divers 
défauts de la faculté d'Expression Intellectuelle (Parole ou Écriture) 
qui peuvent être produits par différentes sortes de maladies céré- 
brales : et l'étude de ce dernier sujet est fort importante pour le 
psychologue. Les recherches en ce sens ont déjà révélé quelques 
faits très intéressants sur l'ordre et les relations précises des divers 
processus mentaux, aussi bien que sur leur parenté avec l'activité 
fonctionnelle d'étendues particulières du tissu cérébral. 11 nous est 
permis, de cette manière, d'approcher aussi près que possible des 
recherches expérimentales sur ce sujet. Un examen rigoureux des 
détails nécessaires, tout en augmentant notre savoir, servira aussi 
(comme résultat de ce savoir) à augmenter nos chances de pouvoir 
améliorer l'état des malades eux-mêmes. 

Que la Pensée ne puisse, dans tous ses modes supérieurs, 
s'exercer sans l'aide du Langage, c'est là une proposition qui sera 
presque universellement admise, si nous employons ce dernier terme 
dans son acception la plus large. Car, ainsi que le dit Thom- 
son \ « le Langage, dans le sens le plus général de ce mot, pourrait 
être décrit comme une manière d'exprimer nos pensées à l'aide des 
mouvements de notre corps; il comprendrait ainsi les mots parlés, 
les cris, les gestes involontaires qui indiquent les sentiments, et 
même la peinture et la sculpture, ainsi que les moyens de remplacer 
la parole dans les cas où elle ne saurait être employée. » Le Lan- 
gage Articulé, dans l'un ou l'autre de ses modes, est toutefois le pro- 

1. Laws of Thought. 1860, p. 27. 



212 LA PAROLH, LA LECTURE ET L'ÉCRITURE. 

cessus que l'on trouve (chez l'homme ordinaire) inséparablement lié 
aux processus de la Pensée. La Parole n'est en réalité rien autre 
chose « qu'un système de mots articulés, adoptés conventionnelle- 
ment pour représenter, d'une manière extérieure, les processus in- 
térieurs de la Pensée ». 

En prenant la Race Humaine à la phase présente de son histoire, 
où des Langues fort compliquées ont été depuis longtemps acquises 
par différentes tribus de cette race, nous pouvons maintenant expo- 
ser brièvement les principaux degrés par lesquels les enfants 
apprennent à comprendre une de ces langues ; comment ensuite ils 
apprennent à parler, à lire et à écrire; et à quel degré les symboles 
compris dans ces divers processus se représentent à l'Esprit comme 
la charpente de la Pensée . 

L'auteur essaya, en 1869, d'esquisser brièvement la nature des 
processus compris dans ces acquisitions, dans un article intitulé 
« Physiologie de la Pensée » ^, et dont on peut citer ici quelques 
passages. 

« Le jeune enfant commence d'abord à distinguer les objets 
naturels les uns des autres, par les différences dans la forme, la 
couleur, le toucher, l'odeur, etc., que ceux-ci peuvent présenter à 
ses divers sens. On lui apprend alors (avec lenteur et difficulté) 
à associer quelques objets, possédant certains attributs combinés 
qui le rappellent à la mémoire, avec un certain son articulé, qui a 
été souvent répété en désignant l'objet, jusqu'à ce que, par l'effet 
d'une répétition continuelle, ce son, ou mot, devienne tellement 
identifié avec les divers attributs de l'objet que, lorsqu'il est entendu, 
il rappelle invariablement à la mémoire l'objet, dont on peut dire 
désormais qu'il constitue un attribut additionnel ; de même que la 
vue ou le toucher de l'objet rappelle au souvenir le son qui a été 
employé pour le désigner. Tout d'abord ces sons articulés (ou mots 
parlés) sont seulement liés à des objets extérieurs; quoique bientôt 
certains adjectifs, signifiant approbation ou désapprobation, y soient 
ajoutés comme qualificatifs. Par degré, le nombre de noms et d'ad- 
jectifs en usage s'accroît; et d'autres parties de langage viennent s'y 
ajouter ; le processus d'instruction est le même dans tous les cas, que le 
son parlé doive être associé à un objet extérieur, à une condition émo- 
tionnelle ou à une conception de l'esprit; d'abord, il est nécessaire 
que nous soyons capables de nous rappeler et d'identifier, lorsqu'elles 
se représentent à la conscience, soit la série des attributs apparte- 
nant à un objet, soit les particularités de l'état émotionnel ou de la 
conception intellectuelle; et, en second lieu, nous devons pouvoir 
nous rappeler les divers sons vocaux qui ont été associés à ces 

1. Fortnightly lieview. Janvier 1869. 



COMMENT L'ENFANT APPREND A PARLER. 213 

diverses modifications de la conscience, lorsqu'elles ont précédem- 
ment existé... C'est la première phase que l'on traverse en apprenant 
à parler; — cela consiste simplement à apprendre à associer des so7is 
particuliers, avec des impressions mentales particulières; asso- 
ciation qui finit par devenir assez forte pour que les deux soient 
presque inséparables; la chose rappelant infailliblement le son à la 
mémoire, et le son articulé réveillant avec autant de sûreté une 
idée, plus ou moins vive, de la chose. Ainsi donc, le processus de 
Nommer comprend, non seulement un simple acte de mémoire, 
mais aussi, comme l'a signalé Herbert Spencer, le germe d'un 
processus du raisonnement, sous forme d'un simple acte d'induc- 
tion...; il semblerait assez évident que, comme l'enfant pense au 
moyen du langage, il fait de même au moyen des sons rappelés 
de mots, — ceux-ci sont des symboles linguistiques de la pensée, 
qui doivent toutefois être inextricablement mêlés, dans son esprit, 
avec d'autres impressions sensorielles, et plus spécialement avec 
celles de la vue. Car on peut très bien dire que la grande majorité 
des enfants peuvent se rappeler les noms donnés à beaucoup d'ob- 
jets extérieurs, alors qu'ils sont âgés de quatre ou cinq mois. Sous 
ce rapport leur mémoire s'accroît continuellement, pendant les trois 
mois suivants, même lorsqu'ils ne font encore aucun effort dis- 
tinct pour articuler eux-mêmes des mots. » 

Le pas suivant est le développement, ou l'acquisition par l'enfant, 
du pouvoir d'articuler, lui-même, les sons qui ont été jusqu'ici em- 
ployés, d'une manière croissante, comme sj'mboles mentaux. Quant 
à la possibilité d'arriver à ce pouvoir, l'enfant la reçoit principale- 
ment comme héritage d^m si grand nombre de générations précé- 
dentes, que sa manifestation actuelle — c'est-à-dire l'acquisition du 
pouvoir de parler — ne peut être regardée que comme une opéra- 
tion motrice, de même ordre que quelques-unes de celles qui 
peuvent être comprises parmi les actes instinctifs des animaux. La 
similitude n'existe pas autant avec les Actes Instinctifs que les ani- 
maux reçoivent en naissant le pouvoir d'exécuter, qu'avec ceux 
qui se manifestent un peu plus tard et que (d'après leur acquisition 
plus graduelle) on pourrait croire n'être point du tout, en réalité, 
des Actes Instinctifs (voir p. 179). 

Un processus d'apprendre à Parler intervient en partie dans le 
premier cas; mais c'est pendant que les organes, transmis par l'héré- 
dité, subissent leur développement dans le Système Nerveux de l'enfant. 

« Un certain ordre de développement s'observe toujours dans les 
diverses parties du corps humain ; et ceci est vrai également, relati- 
vement aux diverses parties du système nerveux... Et même, bien 
que l'enfant acquière lentement la faculté d'émettre des sons arti- 
culés, cependant, lorsque nous pensons à la délicatesse des combi- 



214 J.A PAROLE, LA LECTURE ET L'ÉCRITURE. 

liaisons musculaires nécessaires et à la manière presque instinctive 
dont elles sont amenées,, nous serons plutôt imbus de l'idée que 
ceci n'aurait pu s'accomplir, si l'enfant n'était né avec un système 
nerveux tendant à se développer dans certaines directions spé- 
ciales, et rendant ainsi possible l'exécution des actes musculaires, 
si complexes, nécessaires au langage articulé. Nous pouvons sup- 
poser que des développements, lentement élaborés, des parties du 
Bulbe et du Cerveau qui sont intéressées dans les actes du langage 
ont eu lieu chez des individus fort anciens de la race mère, à mesure 
qu'ils acquéraient des facultés additionnelles sous ce rapport ; et, la 
faculté de développer de semblables connexions structurales entre 
cellules nerveuses et fibres nerveuses, ainsi établie, ayant été 
transmise et rendue graduellement plus parfaite par la transmission 
héréditaire à travers des générations sans nombre, l'enfant de nos 
jours naît, peut-être, avec la possibilité de développer un système 
nerveux aussi complexe et aussi parfait, sous ce rapport, qu'aucun 
de ceux qui peuvent l'avoir précédé dans sa propre ligne ances- 
trale. » Un mécanisme de cette nature, croissant lentement, se per- 
fectionne sous l'influence de stimuli appropriés, d'ordre volitionnel ; 
qui ont ici, comme dans le cas de l'acquisition de nouvelles facultés 
motrices chez l'adulte, une tendance indiscutable, bien qu'inexpU- 
quée, à amener le développement de tissus nerveux dans les Centres 
auxquels ils vont se rendre (voir p. 182). « Cette impulsion est, à 
ce que nous pouvons supposer, donnée par le passage de courants 
nerveux, descendant des portions superficielles des hémisphères céré- 
braux qui sont intéressées dans les actes de perception intellectuelle 
et de mémoire, aux parties qui sont les centres moteurs intéressés 
dans la parole articulée. » 

« Tout d'abord, la capacité d'articulation est limitée, chez l'enfant, 
à imiter, — c'est-à-dire à répéter seulement les mots que l'on vient 
de lui dire ; mais, au bout d'un certain temps, lorsque l'acte d'é- 
mettre ce son lui est devenu, grâce à la répétition constante, parfai- 
tement aisé, l'enfant l'émet de son propre mouvement, à la seule 
vue de l'objet auquel le son a été originairement associé dans son 
esprit. Ceci est alors la seconde phase dans l'acquisition du langage; 
et l'enfant n'arrive que lentement à une exécution plus parfaite des 
processus mentaux et moteurs qu'elle comprend. » Au bout d'un 
certain temps, toutefois, la Pensée et le Langage deviennent insépa- 
rablement associés; de sorte que les mots sont volontairement rap- 
pelés, par le renouvellement d'actions nerveuses précédentes, dans 
les Centres Perceptifs Auditifs ; et des processus nerveux de cette 
nature sont suivis de la combinaison complexe d'actions musculaires 
en rapport avec l'articulation des divers mots, à mesure qu'ils se 
présentent à la Pensée. 



INFLUENCE DE L'ÉMOTION. 215 

Depuis que les idées précédentes ont été exprimées et publiées, 
l'auteur a rencontré une confirmation tout à fait inattendue de leur 
vérité. Pendant l'année 1877, il fut consulté sur la santé d'un petit 
garçon, fils d'un avocat, qui était alors âgé de douze ans, et avait 
été sujet à des convulsions. Le premier accès se présenta dans l'en- 
fance, lorsque le petit malade avait environ neuf mois. Vers la fin 
de la seconde année, les accès semblaient avoir cessé ; et l'enfant 
paraissait suffisamment intelligent — et bien sous tous les rapports, 
sauf qu'il ne parlait point. A l'âge de près de cinq ans, l'enfant n'a- 
vait point encore dit un seul mot ; et, vers cette époque, deux méde- 
cins éminents furent consultés sur sa « mutité ». Mais, moins d'un 
an après, à ce que raconte sa mère, un accident étant arrivé à un 
de ses jouets favoris, il s'écria soudainement « Quel dommage! » 
bien qu'il n'eût jamais auparavant prononcé un seul mot. Les mêmes 
mots ne purent point être répétés, ni d'autres prononcés, malgré 
toutes les sollicitations, pendant plus de deux semaines ^. Mais, après 
cela, l'enfant fit des progrès rapides et devint bientôt très babillard. 
Lorsque l'auteur le vit, il parlait d'une façon normale, sans le moindre 
signe d'embarras ou de défaut -. 

Aucune explication de ces faits ne semble possible, si l'on ne 
suppose que la Parole est à présent devenue, pour les hommes, un 
acte véritablement automatique ; et que, si les enfants ne parlent 
point au moment de leur naissance, cela est principalement dû au 
fait que leur système nerveux est encore trop peu développé. Mais 

1. Un stimulus émotionnel est beaucoup plus fort qu'un stimulus volitionnel, 
— sa tension est plus considérable — de sorte qu'il peut parfois frayer sa route 
le long de conducteurs, et contre une résistance, que le stimulus volitionnel, 
seul, a été incapable de surmonter. On en rencontre fréquemment des exemples 
chez des personnes qui, par suite de maladie, ont perdu temporairement la 
parole. Ces individus émettent parfois, sous l'influence de l'Émotion, quelque 
mot ou quelque phrase courte, qu'ils sont ensuite complètement incapables de 
répéter. 

2. Bien qu'il ne parût guère y avoir place pour le doute dans ce récit, 
toutefois, à cause de la nature extraordinaire des faits, on peut faille remarquer 
qu'il fut absolument confirmé par la gouvei'nante qui avait eu soin de l'enfant, 
et qui était présente au moment du premier acte de langage articulé. Une 
épreuve de cette feuille a été aussi soumise au père qui, en réponse à ma 
demande s'il n'y avait rien à changer à l'exposé ci-dessus, écrit (9 janvier 1880) : 
« Ce que vous dites de mon petit A... est parfaitement exact, » Comme je 
parlais de ce cas à un médecin distingué, il m'apprit un fait qui s'en rapproche 
de fort pi'ès. Sa fille aînée, jusqu'à l'âge de deux ans, n'avait pas fait un seul 
pas, ni même essayé de marcher, lorsqu'un jour il la plaça debout ; et, à la 
grande surprise de lui et de la nourrice, elle marcha d'un bout à l'autre de la 
chambre. Ceci est également un acte non appris, puisqu'il n'y avait pas eu pré- 
cédemment d'essais infructueux (voy. p. 180). 



216 LA PAROLE, LA LECTURE ET L'ÉCRITURE. 

lorsque, dans le cours naturel du développement, les parties inté- 
ressées ont été convenablement élaborées, les mouvements, fort 
complexes, nécessités par la Parole, peuvent, dans certaines cir- 
constances, être brusquement mis en jeu, indépendamment d'essais 
antérieurs infructueux, — de même que le mécanisme nerveux de la 
succion peut être mis en jeu, chez l'enfant qui vient de naître, 
en présence du stimulus approprié. Mais toutefois, de pareils 
actes de langage seraient impossibles, à moins que le développe- 
ment n'ait eu lieu d'une manière normale, et que le Sens Auditif 
et l'Intelligence soient intacts. Les manifestations de tentatives pour 
parler sont supposées, en ce cas, avoir été simplement retardées par 
quelques conditions légères et quasi accidentelles, telles que celles 
qui se présentent parfois pendant l'enfance, — surtout chez les sujets 
qui souffrent de convulsions, épileptiques ou autres. 

Sans un exemple de ce genre, se présentant presque sous ses 
yeux, ni l'auteur, ni personne autre, n'eût été porté à ajouter grande 
confiance à deux cas très semblables, qui nous ont été transmis par 
les écrivains de l'antiquité ^ 

Le fils de Crésus qui, d'après Hérodote-, n'avait jamais parlé, et 
dont on avait en vain tenté la guérison, fut, au siège de Sardes, 
tellement dominé par Fétonnement et la terreur en voyant le roi 
— son père — en danger d'être tué par un soldat perse, qu'il s'écria 
tout haut AvôpwTTE i).i jcTf'tvE Kaciaov. — « Homme, ne tue point Crésus ! » 
C'était la première fois qu'il articulait un mot; mais, dit-on, il 
conserva désormais toute sa vie la faculté de parler. Il paraît en 
outre qu'Aulu-Gelle ^, après avoir répété cette histoire d'après Héro- 
dote, rapporte un fait semblable dans les termes suivants : — « Sed 
et quispiam Samius athleta, nomen illi fuit Aî^Xviî, quum antea 
non loquens fuisset, ob similem dicitur causam loqui cœpisse. Nam 
quum in sacro certamine sortitio inter ipsos et adversarios non bona 
fide fieret, et sortem nominis falsam subjici animadvertisset, repente 
in eum, qui id faciebat, sese videre, quid faceret, magnum incla- 
mavit. Atque in oris vinculo solutus, per omne inde vitae tempus, 
non turbidè neque adhœsè locutus est. » 



1. L'importance réelle de ces derniers cas ne semble point avoir été bien 
comprise, ni par ceux qui les ont d'abord rapportés, ni par un écrivain moderne 
qui y a fait récemment allusion (Bateraan, On Aphasia, p. 138). Il y a à peine 
besoin de faire remarquer que cette apparition brusque de la Parole, sans 
essais prolongés et infructueux, est infiniment plus importante que sa réappa- 
rition soudaine, lorsqu'elle a été quelque temps suspendue par suite d'une 
maladie cérébrale. 

2. Hérodote, Histoire, I, 85. 

3. Noctes Atticœ, livre V, chap. ix. 



COMMENT OiN APPREND A LIRE ET A ÉCRIRE. 217 

Le pouvoir de Lire, ainsi que celui crÉcrirc, sont des arts sur- 
ajoutés à celui du Langage Articulé. 

L'enfant a déjà appris à associer certains objets, ou certains états 
conscients particuliers, à des Sons définis (ou Noms); il a, en outre, 
acquis le pouvoir d'articuler lui-même ces noms ; de sorte que, 
lorsqu'il commence à Lire, il établit graduellement une association 
de plus, par laquelle certains hiéroglyphes, écrits ou imprimés, 
représentant des lettres en combinaisons définies, sont reliés aux 
états conscients déjà connus (Perceptions, Idées, etc.) et aux sons 
qui les représentent. Les combinaisons antérieures sont donc, en 
outre, reliés à de nouveaux symboles visuels ; et il semble certain 
que, dans l'acte de la Lecture, les mots qui sont en premier lieu 
perçus dans le Centre Visuel réveilleraient presque simultanément 
les sons correspondants dans le Centre Auditif, comme partie des 
processus perceptifs compris dans cet acte ^, Du Centre Auditif, 
les stimuli qui excitent l'articulation des mots correspondants se 
rendraient alors aux Centres Moteurs, exactement de la même 
manière que dans le cas de la parole ordinaire, — quelle que puisse 
être la route précise suivie par ces stimuli, et quelle que soit la ma- 
nière dont ils puissent, chemin faisant, entrer en relation avec les 
parties des Centres Kinesthétiques qui sont en rapport avec les 
mouvements de la Parole. 

« Quant au processus de l'Écriture, il arrive presqu'invariablement 
que cette fac ulté n'est acquise qu'après que l'individu a appris à Parler 
et à Lire d'une manière plus ou moins parfaite. Pendant cette période 
d'instruction, l'élève apprend à associer les perceptions visuelles 
des lettres (séparées) des mots avec certains mouvements muscu- 
laires des mains et des doigts, nécessaires pour lui permettre de 
produire lui-même les lettres écrites et, plus tard, de les joindre 
ensemble de manière à représenter des mots. Ceci comprend un 
processus éducationnel long et ennuyeux ; et les mouvements mus- 
culaires qui finissent par être appris sont, suivant toute probabi- 
lité, associés plus intimement avec des perceptions visuelles 
qu'avec des perceptions auditives; bien que l'on puisse, sans doute, 
dire que le Mot existe aussi comme perception sonore rappelée 
pendant l'acte de l'Écriture. Les muscles de l'extrémité supérieure 
étant aussi, au plus haut degré, des muscles volontaires, et par con- 
séquent fort différento de ceux qui sont intéressés dans la produc- 
tion de la Parole, le processus d'apprendre à écrire rentre beaucoup 



i. Lorsque ceci ne saurait avoir lieu, il doit être plus difficile pour la per- 
sonne de comprendre ce qu'elle lit; et, comme on peut le voir d'après ce qui 
suit (p. 240), il peut lui être impossible de lire à haute voix. 



218 LA PAROLE, LA LECTURE ET L'ÉCRITURE. 

plus dans le domaine de la conscience que ne le fait le processus, 
d'ailleurs parallèle, d'apprendre à articuler des mots. » 

Nous devons donc avoir, à un beaucoup plus haut degré, la faculté 
de rappeler « en idée » soit [a) les « efforts volitionnels» qui ont été 
nécessaires pour nous mettre à même d'écrire des mots; soit {b) 
cette « conscience musculaire », dont parle le professeur Bain, 
comme représentant les états particuliers de tension des divers 
muscles employés ; que nous ne pourrions nous attendre à l'avoir 
des efforts volitionnels nécessaires, et des états de tension des divers 
muscles du larynx, et des autres parties qui prennent part à la pro- 
duction de la Parole. 

Mais on a déjà examiné (p. 205 et 278) les objections qui peuvent 
être opposées à ces deux modifications de l'opinion, promulguée par 
Huglilings Jackson et autres, que les Mots sont rappelés à la pen- 
sée comme « processus moteurs » ; et l'on a montré qu'elles étaient 
insurmontables. Nous avons trouvé de bonnes raisons pour croire 
que les impressions en question (aussi bien pour les mots parlés 
et écrits que pour tous les autres mouvements musculaires) ne 
sont point antérieures aux courants centrifuges, ni concomitantes, 
mais suivent distinctement le passage de ces courants, — qu'elles 
sont en réalité dues à des courants centripètes, venant des parties 
mêmes en mouvement. 

Envisageant la question à ce point de vue plus nouveau, nous pou- 
vons d'abord considérer jusqu'à quel point sont distinctes et recou- 
vrables les Impressions Kinesthétiques provenant des mouvements 
de l'Écriture. 

Chacun peut aisément se convaincre, par la simple expérience 
que voici, qu'il est presque impossible de rappeler à la conscience 
des impressions de cette nature, et combien vague et indistinct est 
le sentiment associé à cet essai, si on le compare au souvenir d'une 
Impression Visuelle ou Auditive. Que l'on ferme les yeux, et que, 
la plume à la main, on fasse en l'air des mouvements comme 
si l'on écrivait le mot Londres. On peut s'assurer ainsi que l'on aun 
groupe de sensations accompagnant ces mouvements. Au bout d'un 
certain temps, d'un jour par exemple, que l'on ferme de nouveau 
les yeux et, sans faire aucun mouvement, que l'on essaye de se rap- 
peler « en idée » les sensations, musculaires et autres, que l'on a 
précédemment éprouvées en écrivant le mot ci-dessus. Que l'on 
mette en regard son impuissance relative, sous ce rapport, avec la 
facilité avec laquelle on se rappelle l'aspect visuel de ce mot 
écrit, ou le son correspondant. 

En partant de là, nous pouvons, en second lieu, examiner 
jusqu'où sont distinctes et recouvrables les Impressions Kinesthé- 
tiques qui suivent les mouvements de la Parole. Nous pouvons alors 



IMPRESSIONS KINESTHÉTIQUES DE LA PAROLE. 219 

trouver que les Impressions qui accompagnent les mouvements 
actuels qui produisent les clifi'érents mots, ne peuvent être que 
vaguement réalisées comme distinctes les unes des autres, et qu'elles 
sont certainement beaucoup moins distinctes que les Impressions 
Kinestliétiques dérivées des actes nécessités par l'Écriture de 
différents mots. La règle générale que, plus la Sensation est 
vague, moins elle est aisément recouvrable en Idée, est, certaine- 
ment, également vraie ici, — comme peuvent le reconnaître tous 
ceux qui veulent faire les essais comparatifs nécessaires. 

Ainsi donc, si faible que puisse être la faculté de se souvenir des 
Impressions Kinestliétiques qui dérivent de l'Écriture, la faculté de 
se souvenir de celles qui dérivent de la Parole est encore moindre. 
Mais on devait s'attendre à ce qu'il y eût une différence de cette 
nature, puisqu'il en existe une, précisément semblable, relative- 
ment aux Impressions provenant de mouvements « automatiques » en 
général, comparées à celles qui viennent de mouvements d'un ordre 
plus « volontaire ». 



CHAPITRE XXIX 

r.ELATIOISS CÉRÉBRALES DE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE 

Nos facultés de Percevoir ou Concevoir, de Penser ou Raisonner, 
•de Parler, Nommer, Écrire, — et même d'exprimer des Pensées par 
les Gestes ou les Signes les plus simples, — dépendent toutes de 
processus cérébraux en relations très complexes entre eux, comme 
on peut l'avoir conclu de ce qui a déjà été dit. Les médecins et les 
pathologistes ont, dans ces dernières années, étudié avec beaucoup 
d'attention les troubles des relations qui existent normalement entre 
ces divers processus, troubles amenés par des lésions limitées, ou 
des blessures, de diverses parties du Cerveau. Une analyse de quel- 
ques-unes des conditions typiques ainsi révélées jettera plus de 
lumière qu'on ne pourrait en obtenir autrement, sur la manière 
dont les processus Cérébro-mentaux sont reliés les uns aux autres. 
Elle servira à donner quelque vague esquisse de la manière dont les 
processus les plus élevés de l'Appréhension Sensorielle, de la Pensée 
et de l'Expression Intellectuelle (et par conséquent de la « Volition ») 
dépendent les uns des autres ; et aussi de la manière dont ces pro- 
cessus sont liés à l'activité de certaines aires, imparfaitement définies, 
de l'écorce des Hémisphères Cérébraux. 

Ce qu'il faut maintenant établir au moyen d'exemples, choisis 
parmi quelques-unes des conditions mentales anormales produites 
par les Maladies du Cerveau, tout en servant à attester et à démon- 
trer l'exactitude des vues exposées dans le dernier chapitre, peut 
aussi être regardé comme la suite de ce que l'on a dit dans les 
chapitres xxiv et xxv. Nous avons alors cherché, avec la lumière 
apportée par des expériences sur les animaux, et aidés par l'investi- 
gation clinique et pathologique, à suivre les impressions « centri- 
pètes » depuis leur point d'origine jusqu'à certaines portions de 
l'Écorce Cérébrale ; les régions de cette Écorce d'où partent les stimuli 
« centrifuges », Volitionnels et autres, ont aussi été indiquées, — pour 
autant qu'elles sont connues jusqu'ici. Notre but sera maintenant 
de jeter un peu de lumière sur les processus, extrêmement complexes, 
qui ont été surajoutés, ou qui sont nés des processus immédiatement 
excités dans l'Écorce Cérébrale par l'arrivée des impressions centri- 
pètes, — et comme résultat desquels des stimuli centrifuges se ren- 



PROCESSUS DE L'EXPRESSION INTELLECTUELLE. 221 

dent aux centres moteurs, pour l'exécution des Actes Volontaires, et 
pour l'Expression Intellectuelle en général. 

Nous ferons donc une faible tentative pour commencer à révéler 
l'ordre des processus intermédiaires, d'une complexité incalculable, 
qui ont lieu, dans les centres nerveux supérieurs des animaux les 
plus élevés, entre l'arrivée des courants « centripètes » et la sortie 
des courants « centrifuges ». On doit regarder un processus de ce 
genre comme une phase médiane, élaborée, du « processus réflexe » 
typique, tel qu'il se présente chez les organismes inférieurs, ou 
dans les centres nerveux inférieurs des organismes élevés. 

On a trouvé que toute tentative pour mesurer et comprendre 
les Processus Mentaux d'animaux inférieurs, reposait nécessairement 
sur l'étude de leurs Actions, dans des conditions particulières. De 
même, nos tentatives pour mesurer et comprendre les processus 
mentaux de nos semblables, doivent finalement reposer sur une 
étude de leurs Actions, ou des résultats de leurs Actions, telles 
qu'on les connaît par la Parole, l'Écriture, ou autres produits des 
mouvements qu'ils ont évoqués pour arriver à l'Expression Intellec- 
tuelle. Au lieu des simples signes émotionnels et des gestes des 
animaux inférieurs, les résultats accumulés des mouvements em- 
ployés dans la Parole et l'Écriture, de génération en génération, ont 
été mis à proiît, dans le cas de l'Homme, pour constituer ce grand 
département du savoir humain que l'on connaît sous le nom de 
Psychologie Objective. 

Nos buts sont donc différents de ce qu'ils étaient dans les précé- 
dents chapitres, lorsque nous considérions les processus mentaux 
des animaux inférieurs. Nous devions alors principalement tâcher 
d'acquérir quelques connaissances sur la nature de ces processus 
mentaux ; de manière à savoir s'ils étaient semblables à ceux de 
l'Homme, et dans quelles limites. 11 était nécessaire, en réalité, de 
s'assurer si la similitude générale de structure de leur système 
nerveux entraînait avec elle une similitude générale de son mode 
d'action. Mais, maintenant, nous n'avons~poiîrt tant à nous occuper 
d'estimer la nature et l'étendue des facultés mentales de l'Homme, 
que («.) de la nature et de l'ordre des processus compris dans la 
Pensée et l'Expression Intellectuelle; et [b] nous devons nous efforcer 
de rapporter quelques-uns de ces processus à l'activité de parties 
définies du cerveau. Telles sont, en réalité, les questions finales que 
nous avons à considérer, pour compléter notre esquisse, nécessaire- 
ment imparfaite, de ce que l'on sait à présent du « Cerveau comme 
organe de la Pensée » . 

Dans la première de ces études analytiques, nous avons à consi- 
dérer brièvement quelques-uns des plus typiques, parmi les divers 
défauts de la Perception, de la Mémoire Verbale, de la Pensée et de 



222 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE. 

l'Expression Intellectuelle (soit par la Parole, soit par l'Écriturej, 
que l'on a observés comme résultats de maladies ou de blessures, 
de différentes parties des Hémisphères Cérébraux. 

La grande importance de l'activité normale des Centres Perceptifs 
Auditifs et Visuels, et le fait que la grande masse de nos perceptions 
intellectuelles, de notre mémoire des mots et de nos facultés de 
penser, ainsi que de l'expression intellectuelle, dépendent absolu- 
ment de l'intégrité fonctionnelle et de l'action réciproque conve- 
nable de ces diverses parties, peuvent avoir été déduits par le 
lecteur comme probables, d'après ce qui a déjà été dit (voyez aussi 
p. Si38, note ). Ces conclusions seront toutefois confirmées, mainte- 
nant, par des exemples tirés de l'histoire de certains cas, soigneuse- 
ment choisis, de maladies du Cerveau. 

Ceux qui étudient ces exemples doivent avoir continuellement 
présent à l'esprit que chaque Centre Perceptif est susceptible d'être 
mis en jeu de trois manières : (1) Au moyen d'impressions exté- 
rieures; (2) par « Association » — c'est-à-dire par des impulsions 
communiquées par un autre Centre, pendant quelque acte de Per- 
ception, ou pendant quelque Processus mental; (3) par le rappel «Vo- 
lontaire » d'impressions passées, comme dans un acte de Souvenir^. 

L'excitabilité des Centres, c'est-à-dire la mobilité moléculaire 
des éléments constituants de leurs tissus, peut varier beaucoup avec 
l'âge, l'état de santé, ou diverses conditions morbides. Leur mobilité 
peut être tellement abaissée qu'ils ne soient capables de répondre qu'à 
desstimuli puissants; de sorte que, tandis que le rappel Volitionnel, 
ou Souvenir, peut être impossible ou difficile dans leur province, ils 
peuvent être encore capables d'agir en « Association » avec d'autres 
centres (c'est-à-dire d'une manière automatique, durant un processus 
mental ordinaire), et encore plus aisément sous le stimulus « senso- 
riel » ou impression externe, qui est l'avant-coureur d'un Processus 
Perceptif. D'autres fois, l'excitabilité des Centres Perceptifs peut 
être exaltée d'une manière anormale, de manière à amener des hal- 
lucinations, des illusions, et une classe tout à fait différente de 
troubles, que l'on rencontre chez les personnes Insensées, mais que 
nous n'examinerons point ici. 

En outre, les Centres Auditifs, les Centres Visuels et les doubles 
Centres Kinesthétiques des Mots (c'est-à-dire ceux qui sont en 
relation avec les mouvements nécessités par la Parole et l'Écriture) 
ne sont assurément que des parties, bien que, probablement, 

1. Ces second et troisième modes d'activité sont probablement en liaison 
intime l'un avec l'autre; bien que nous n'ayons aucune connaissance définie 
des processus compris dans le dernier. 



TROUBLES DE LA MÉMOIRE VERBALE. 223 

des parties distinctes et étendues, des Centres Cérébraux respec- 
tifs de l'Audition et de la Vision, et des Centres Cérébraux Kinesthé- 
tiques en général. De là vient que des mots prononcés peuvent 
n'être point compris, bien que d'autres sons le soient ; et de même, 
que des signes écrits ou imprimés puissent n'être point compris, 
bien que des objets ordinaires puissent être aisément reconnus par 
des impressions visuelles. 

Quant aux relations fonctionnelles précises des Centres Kinesthé- 
tiques des Mots avec les parties correspondantes des Centres Visuels 
et Auditifs, on ne sait rien jusqu'à présent, — l'auteur croit cepen- 
dant qu'elles ne prennent que peu ou point de part à la Pensée. Une 
partie de ces Centres est probablement mise en activité, principale- 
ment à l'instigation de stimuli émanant du Centre Auditif, pour pro- 
duire le Langage Articulé ; tandis que l'autre partie est probablement 
mise en jeu par des stimuli provenant du Centre Visuel, pour arriver 
à produire les mouvements de l'Écriture. 

A ce point de vue, les Centres Kinestliétiques auraient plus à faire 
avec l'expression de la Pensée qu'avec le processus Pensant : leur 
activité ne serait excitée que lorsque la Pensée va se traduire en 
Action. Ainsi ils peuvent, peut-être, former les premiers avants-postes 
du côté des courants « centripètes », et être en même temps les points 
de départ des couinants « centrifuges ». Cette idée est tout à fait en 
harmonie avec le fait que les processus qui se passent là, sont presque 
aussi dépourvus d'accompagnement conscient, et presque aussi im- 
possibles à rappeler en idée, que le sont les processus moléculaires 
qui ont lieu dans les Centres Moteurs sur lesquels agissent les cou- 
rants « centrifuges » initiaux. 

On verra qu'une étude attentive des troubles mentaux qui résul- 
tent de Maladies Cérébrales donne des résultats tout à fait d'accord 
avec les vues exprimées ici. 

Les principaux défauts dont les cas suivants sont destinés à servir 
d'exemple peuvent avantageusement être mis d'abord en tableau, 
de manière à montrer leurs relations mutuelles, à la fois comme 
Processus Mentaux et comme Processus Névrologiques. 

L TROUBLES DE LA MÉMOIRE VERBALE f C'EST-A-DIRE TROUBLES DANS l'aSSOCIATION 
DES IDÉES DE CHOSES, OU DES C0NCEPTI01\S, AVEC LES IDÉES DE MOTS. 

A. AMNÉSIE VERBALE. 

(a. Variété paralj'tique; b. Variété incoordonnée.) 
i. Diminution d'Excitabilité des Centres Auditifs des Mots. 

2. Action Défectueuse des Centres Visuels des Mots. 

3. Lésion des Centres Visuels des Mots et des Fibres Afférentes des Centres 

Auditifs; ainsi que certains défauts produisant l'Amnésie Incoordonnée. 

4. Lésion des Commissures entre les Centres Atiditifs et Visuels des Mois. 



224 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE. 

IL TROUBLES DANS l'ASSOCIATION DES IDÉES DE MOTS AVEC LES MOCVEMENTS VERBAUX 
DE LA PAROLE^ OU DE l'ÉCRITURE, OU DES DEUX ENSEMBLE. 

B. APHASIE. 

5. Lésion des premières parties des routes centrifuges conduisant des Centres 

Cérébraux des Mots au Corps Strié gauche. 

C. AGRAPHIE. 

6. Lésion des premières parties des routes centrifuges partant du Centre Visuel 

gauche des Mots. 

D. APHÉMIE. 

7. Lésion (a) des premières parties du conducteur centrifuge partant du Centre 

Auditif gauche des Mots, ou (b) de quelqu'une des parties inférieures du 
même conducteur, ou (c) des Centres Moteurs réels de V Articulation. 

A. — AMNÉSIE VERBALE 1. 

Dans l'acquisition de la Parole, il se produit graduellement, comme 
nous l'avons vu, une « association » entre les impressions produites 
par les objets extérieurs, ainsi qu'entre les processus cérébraux 
compris dans les idées et autres états mentaux, d'une part; et d'autre 
part, les sons ou les aspects visuels, actuels ou rappelés, de certains 
Mots. Une « association », également intime, s'établit aussi entre ces 
derniers processus, qui ont lieu dans les Centres Perceptifs, Auditifs et 
Visuels, et d'autres processus, qui se passent dans les Centres Moteurs 
qui causent des Mouvements d'Articulation, destinés à produire des 
Sons correspondant aux Noms des objets ou des états mentaux aux- 
quels on pense. Ainsi, dans le processus de Penser, aussi longtemps 
que le c -rveau fonctionne d'une manière normale, les Mots naissent 
dans la conscience, d'une manière primaire, et peut-être principale» 
comme Impressions Auditives ravivées. Ces impressions ravivées, soit 
sans efforts volontaires, soit avec (c'est-à-dire par Action Idéo-Motrice, 
ou par Action Volontaire), amènent, d'une manière dont les détails 
sont extrêmement obscurs, ces combinaisons multiples d'actions 
musculaires, nécessaires à l'Articulation des Mots correspondants. 
Si cette association première, dans la mémoire, entre les impressions 
produites par les choses, et leurs noms, ou entre les idées de choses 

J. Les idées exprimées dans ce chapitre étaient renfermées en germe dans 
un mémoire (publié en 1809 dans Brit. and For. Med. Chir. Review) intitulé : 
On the Various Forms of Loss of Speech in Cérébral Disease. Le présent cha- 
pitre a été écrit pendant l'automne de 1878, et ne contient par conséquent 
aucune allusion à des communications récentes. L'auteur a lu depuis l'article 
approfondi de Kussmaul {Cyclopœdia de Ziemssen, vol. XIV), où sont adoptées 
un grand nombre des idées exprimées dans ses précédents mémoires. 



AMNESIE. 225 

et autres états mentaux, et les mots qui leur correspondent, se trouve 
défectueuse (de manière que les unes ne suivent pas immédiatement 
les autres), il semble évident que, en proportion du degré de ces divers 
troubles, il doit y avoir une diminution de la faculté de Parler, et un 
obstacle, bien que dans une moindre étendue, au processus de Penser. 
Il faut distinguer deux genres de défectuosité de la Mémoire Ver- 
bale ^ L'un dépend d'une dimiimUoii d'activité dsinsV mie ou l'autre 
des parties du Cerveau qui sont intéressées dans les associations 
verbales dont nous avons parlé plus haut. Cette diminution peut 
s'élever jusqu'à un arrêt d'action, ou paralysie, plus ou moinsmar- 
qué : on peut donc nommer cette variété Amnésie Paralytique. 
L'autre genre de défectuosité est lié à une activité irrégulière, ou 
pervertie, des parties en question. Elles fonctionnent, mais elles 
fonctionnent mal. Ce n'est point que des mots ne puissent être 
ravivés ; mais de même que des mots sont ravivés à tort, de même un 
« ataxique » produit de faux mouvements de ses jambes. Cette 
seconde variété peut donc être, avec assez de raison, désignée sous 
le nom à.\\mnpsre Incoordonnée. Bien que les deux conditions puis- 
sent exister séparément, elles sont souvent combinées en diverses 
proportions. 

a. — AMNÉSIE PARALYTIQUE. 

Sous ce titre, on peut comprendre une absence momentanée de 
mémoire, et une confusion des Noms propres et des Substantifs, avec 
retour à l'état normal au bout d'un certain temps; ou bien, il peut 
y avoir une perte plus ou moins permanente et habituelle de la 
mémoire des Noms des objets, des personnes, ou des lieux; avec 
des efiforts pour remédier à ce défaut de mémoire, par l'emploi 
d'une périphrase, au lieu du Substantif dont on ne peut se souvenir. 
On rappelle, dans les paragraphes suivants, divers degrés et des 
variétés spéciales de ce genre de défaut. 

L — DIMIINUTION d'excitabilité DES CENTRES AUDITIFS 
DES MOTS. 

Suivant le degré auquel est aflfectée la vitalité normale des Centres 
Auditifs des Mots, nous pouvons trouver la preuve qu'ils cessent de 
répondre, d'abord aux incitations « volitionnelles », puis à celles qui 
leur viennent par voie d' « association », et, en dernier lieu, aux im- 
pressions « sensitives » qui viennent du dehors. 

Trousseau a rapporté dans ses Cliniques un bon exemple d'un 

1. On trouvera, sur la Mémoire en général, quelques idées très originales et 
très ingénieuses, dans un mémoire de feu le D^'Laycock, in Edin. Med. Journal, 
avril 1874. 

Chaklton-Bastian. — II. 15 



226 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE. 

cas ordinaire d'Amnésie, dans lequel le souvenir « volitionnel » et 
« associé » des noms était impossible, bien qu'ils fussent rappelés 
par les impressions a sensitives ». 

« Le malade ne parle point, parce qu'il ne se rappelle pas les mots qui 
expriment les idées. Vous vous rappelez l'expérience que j'ai souvent répétée 
au lit de Marcou^ Je plaçais son bonnet de nuit sur son lit et lui demandais 
ce que c'était. Mais, après l'avoir regardé attentivement, il ne pouvait dire 
comment on l'appelait et s'écriait : « Et cependant je sais bien ce que c'est, 
mais je ne puis m'en souvenir. » Lorsque je lui disais que c'était un bonnet 
de nuit, il répondait : « Oh oui, c'est un bonnet de nuit. » La même scène se 
répétait pour les divers autres objets qu'on lui montrait. Toutefois, il y avait 
des choses qu'il nommait bien, comme sa pipe. C'était, vous le savez, un ter- 
rassier, qui travaillait par conséquent surtout à la pelle et à la pioche; et ce 
sont, par conséquent, des objets dont un terrassier ne doit jamais oul)lier le 
nom. Mais Marcou ne put jamais nous dire avec quels outils il travaillait; et, 
lorsqu'il avait cherché en vain à se souvenir, je lui disais que c'était la pelle et 
la pioche : « Oh oui, répondait-il », mais deux minutes après, il était aussi 
incapable qu'auparavant de les nommer. » 

Dans les formes plus légères d'Amnésie, les efforts pour se sou- 
venir, d'une personne à qui « il manque un mot », tendent aussi à 
évoquer les Centres Visuels des Mots en un état commençant, ou 
avorté, d'activité. Le docteur Graves a rappelé ce qu'on peut prendre 
comme exemple de ce fait ; bien qu'il cite simplement le cas comme 
« un degré remarquablement exagéré du défaut commun de mé- 
moire que l'on observe dans les maladies de la vieillesse, dans les- 
quelles les noms des personnes et des choses sont fréquemment ou- 
bliés, bien qu'on se souvienne de leurs initiales ». 

« Un fermier, il y ai, cinquante ans, avait eu une attaque de paralysie dont 
il n'était pas guéri au moment de l'observation. A l'attaque succéda une hési- 
tation pénible de la parole. La mémoire était bonne pour toutes les parties du 
discours, sauf pour les substantifs et les noms propres : il ne pouvait absolu- 
ment pas retenir ces derniers. Ce défaut était accompagné de la singulière 
particukiité que voici : — il se rappulait parfaitement la lettre initiale de 
chaque substantif, ou nom propre, qui se présentait dans le cours de la conver- 
sation, bien qu'il ne pût se rappeler le mot lui-même. L'expérience lui avait 
appris l'utilité d'avoir une liste manuscrite des choses qu'il avait l'habitude de 
demander, ou dont il parlait d'ordinaire, y compris les noms de ses enlants, de 
ses domestiques et de ses connaissances. H avait arrangé tous ces noms, par 
ordre alphabétique, dans un petit dictionnaire de poche dont il se servait de la 
manière suivante : s'il désirait demander quelque chose sur une vache, 
avant de commencer sa phrase, il tournait jusqu'à la lettre c, et cherchait le 

1. On reviendra un peu plus loin (p. 230) sur la condition primitive de cet 
homme; car, à ce moment, il manifestait une tendance distincte à faire écho 
aux mots. 



AMNÉSIE PARALYTIQUE. 227 

mot « Cow » (vache), et tenait le doigt et les yeux fixés dessus, jusqu'à la fin 
de sa phrase. // pouvait prononcer le mot « cou) » à la place convenable, tant 
qu'il avait les yeux fixés sur les lettres écrites; mais, du moment qu'il fermait 
son livre, le mot sortait de sa mémoire, et ne pouvait plus être rajipelé, bien 
qu'il se souvint de son initiale, et pût le retrouver à nouveau lorsque c'était 
nécessaire. Il ne pouvait même pas se rappeler son propre nom, à moins de le 
chercher, non plus que le nom d'aucune personne de sa connaissance; mais 
il n'était jamais embarrassé pour l'initiale du mot à employer. » 

11 n'est pas sans intérêt, relativement à cette mémoire limitée 
à la première lettre d'un nom ou mot, de citer le passage suivant 
de David Hartley. Il disait \ en exposant sa célèbre doctrine de 
r « Association » : « Lorsque des idées variées sont associées en- 
semble, l'idée visible, étant plus frappante et plus distincte que le 
reste, joue le rôle d'un symbole pour toutes les autres, les suggère, 
et les relie ensemble. Elle ressemble un peu, en ceci, à la première 
lettre d'un mot, ou au premier mot d'une phrase, dont on fait souvent 
usage pour rappeler tout le reste à l'esprit. » En outre, le fait que, dans 
ces cas, — lorsque nous ne pouvons trouver un certain mot, — nous 
semblons souvent connaître quelque chose de sa longueur, et pouvons 
dire qu'il se compose d'environ tant de lettres, témoigne aussi d'une 
résurrection avortée, ou commençante, du Mot, dans le Centre Visuel. 

Le fait que cette résurrection Visuelle partielle n'est point asso- 
ciée avec la pleine connaissance du mot, et ne permet pas de l'écrire, 
a une signification considérable; car il semble montrer quelle impor- 
tance dominante a, dans la majorité des cas, la résurrection pri- 
maire dans les Centres Auditifs, non seulement pour la faculté de 
Parler, mais aussi pour celle d'Écrire ; il montre en outre que les 
Mécanismes plus spécialement Intellectuels ou Émotionnels ne peu- 
vent souvent pas exciter immédiatement les Centres Visuels des Mots 
pour 1 exécution des Mouvements de l'Écriture : ceux-ci étant pro- 
bablement mis en jeu, lorsqu'on écrit spontanément, de même que 
lorsqu'on écrit sous la dictée, principalement par l'intermédiaire des 
Centres Auditifs des Mots. 

Un remarquable genre de défaut, d'un ordre exceptionnel et fort 
difficile à expliquer, a été rapporté par le docteur Hertz; qui dit 
[Psych. Magazine, vol. VIII) : 

« En août 1785, je fus appelé vers un officier d'artillerie âsé d'environ qua- 
rante ans, et qui, me dit-on, était frappé de paralysie... Je le trouvai assez 
rétabli pour avoir complètement l'usage de ses pieds; ses mains étaient aussi 
plus fortes; mais, relativement à la parole, on observait la très-remarquable cir» 
constance que voici : il était capable d'articuler distinctement tous les mots 
qui se présentaient spontanément à lui, ou qui lui étaient répétés lentement et à 

i. Observations on Man, 1748. Prop. XII, Cor. VII. 



228 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE. 

haute voix. Il s'efforçait avec ardeur de parler; mais une sorte de murmure 
inintelligible était tout ce qu'on pouvait entendre. L'effort qu'il faisait était 
violent, et se terminait par un profond soupir. Au contraire, il pouvait lire à 
haute voix, avec facilité. Si l'on tenait devant ses yeux un livre ou un papier 
écrit quelconque, il lisait si vite, et si distinctement, qu'il était impossible 
d'observer le moindre trouble dans les organes de la parole. Mais, si on enlevait 
le livre ou le papier, il était désormais absolument incapable de prononcer un 
seul des mots qu'il avait lus l'instant d'auparavant. J'essayai à diverses reprises 
cette expérience avec lui, non seulement en présence de sa femme, mais de 
beaucoup d'autres personnes : l'effet fut uniformément le même. » 

11 semblerait que les Mots ne pouvaient point être convena- 
blement ravivés dans les Centres Auditifs par les incitations « voli- 
tionnelles » ; et, conséquemment, que les stimuli « centrifuges » ne 
pouvaient passer de ces centres aux centres moteurs intéressés dans 
la Parole. La difficulté à répéter les mots (impliquant une paresse 
ans la réponse des Centres Auditifs des Mots aux impressions 
« sensitives » directes) rend ce cas difficile à comprendre. L'idée 
que la mobilité moléculaire de ce Centre lui-même était diminuée, 
ou que ses fibres efférentes étaient lésées, n'est point d'accord avec 
le fait qu'il semblait encore bien répondre aux fortes impulsions 
qui lui venaient du Centre Visuel. On donnera plus loin un fait ten- 
dant à montrer que, dans la « lecture à haute voix », le Centre Audi- 
tif des Mots est mis en jeu, de sorte qu'il agit alors comme dans le 
langage ordinaire (p. 241); mais il peut y avoir des exceptions à cette 
règle. Ce cas, ainsi que le suivant, serait plus explicable si nous 
pouvions supposer que les incitations motrices peuvent, chez quel- 
ques personnes bien exercées, passer, pendant la Lecture, du Centre 
Visuel des Mots à des portions du Centre Kinesthétique des Mots 
associées aux mouvements de la Parole, sans passer d'abord par le 
Centre Auditif des Mots. Il semblerait, par analogie, tout à fait pos- 
sible qu'il en fût ainsi ; de même que le Sens Visuel qui guidait d'a- 
bord peut, au bout d'un certain temps, devenir inutile pour l'exé- 
cution des mouvements ordinaires (p. 175). 

Le cas suivant^ est plutôt plus compliqué, mais donne une preuve 
plus évidente d'une grande diminution dans l'excitabilité du Centre 
Auditif des Mots. 

Le D"' Hun, d'Albany, mentionne le cas d'un forgeron, âgé de trente-cinq ans, 
qui, avant l'attaque^actuelle, pouvait lire et écrire avec facilité. Il avait souiïert 
pendant plusieurs années d'une maladie de cœur. Après une longue marche au 
soleil, il fut pris, un soir, de symptômes de congestion cérébrale, et demeura 
plusieurs jours dans un état de stupeur. En revenant de cet état, il comprenait 

1. American Journal oflnsanitij. Avril 1851. Donné, comme ici, en abrégé, 
par le D'' Bateman : Journal of Mental Science. Avril 1868. 



AMNÉSIE PARALYTIQUE. 229 

ce qu'on disait; mais on observa qu'il avait une grande difliculté à s'exprimer 
lui-même en paroles, et, la plupart du temps, il ne faisait connaître ses besoins 
que par signes. Il n'y avait pas de paralysie de la langue, qui pouvait se mouvoir 
dans toutes les directions. Il savait la siçinification des mots que Von disait 
devant lui, mais ne pouvait se rappeler ceux dont il avait besoin pour s'expri- 
mer, ni répéter ceux qu'' il entendait prononcer. Il avait conscience de la difficulté 
dont il souffrait, et sen)blait en être surpris et affligé. Si le D' Hun prononçait 
les mots dont il avait besoin, il paraissait content et disait : « Oui, c'est cela » ; 
mais ne pouvait répéter les mots après lui. Après des efforts inutiles pour 
répéter un mot, le D'' Hun le lui écrivait, et alors il commençait à l'épeler, 
lettre par lettre; et, après quelques essais, il pouvait le prononcer : mais si on 
lui prenait alors le papier, il ne pouvait plus prononcer le mot. Mais après une 
longue étude du mot écrit, et une fréquente répétition, il l'apprenait de façon 
à le retenir et à s'en servir ensuite. Il avait une ardoise sur laquelle étaient 
écrits les mots dont il avait le plus besoin, et la consultait lorsqu'il voulait 
parler. Il apprit graduellement ces mots, et étendit son vocabulaire, de sorte 
qu'au bout d'un certain temps il pouvait se dispenser de son ardoise. Il pouvait 
lire assez bien dans un livre imprimé: mais hésitait devant quelques mots. 
Lorsqu'il était incapable de prononcer un mot, il était aussi incapable de 
l'écrire, jusqu'à ce qu'il l'eût vu écrit; et il pouvait alors apprendre à écrire, 
comme il apprenait à prononcer, par des essais répétés. Au bout de si.\ mois, 
en apprenant continuellement de nouveaux mots, il pouvait assez bien se faire 
comprendre : souvent toutefois en employant une circonlocution, quand le mot 
propre ne venait pas, un peu comme s'il eût parlé une langue étrangère impar- 
faitement connue. » 

Le fait qu'il ne pouvait articuler les Mots qu'on venait de pro- 
noncer devant lui, bien que ces Mots fussent réellement entendus et 
compris, semble indiquer un très faible degré d'activité du Centre 
Auditif des Mots. Toutefois, la faculté qu'avait le malade de lire à 
haute voix, ainsi que dans le dernier cas, paraît rendre probable 
que cet acte peut être accompli, comme on l'a expliqué plus haut, 
sans entraîner nécessairement l'activité des Centres Auditifs des 
Mots. Le fait que cet homme avait des difficultés, non seulement à 
prononcer certains Mots en les voyant, mais à les écrire, semblait 
indiquer l'existence de quelque léger trouble fonctionnel du Centre 
Visuel des Mots. 

Relativement à cela, on peut mentionner que, dans diverses sortes 
de Maladies Cérébrales, il arrive quelquefois que la Parole des ma- 
lades est entièrement limitée à une simple répétition imitative de 
Mots prononcés à portée de leur oreille; tandis qu'ils sont impuis- 
sants à parler volontairement : c'est-à-dire que leurs Centres Audi- 
tifs des Mots ne répondent qu'aux incitations « sensitives » directes, 
et point du tout aux « associées », ou aux « volitionnelles. » Dans 
ces cas, d'autres causes de trouble mental général existent presque 
invariablement. 



230 BELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSEE. 

Un trouble de ce genre (chez une femme hémiplégique par suite d'hémor- 
rhagie cérébrale) a été rapporté par le professeur Béhier'. Elle était née en 
Italie et avait résidé en Espagne et France; et, des trois langues qu'elle avait 
ainsi apprises, elle avait complètement oublié l'italien et l'espagnol, et ne se 
rappelait plus que fort peu de français. Dans cette dernière langue, elle ne 
faisait que répéter comme un écho les mots prononcés en sa présence, sans 
toutefois leur attacher aucune signification. Mais, chez une femme vue à la 
Salpêtrière par Bateman, la tendance mimétique était beaucoup plus grande. 
Elle reproduisait même les mots étrangers qui ne lui avaient jamais été fami- 
liers. « Dans les mots auxquels elle faisait ainsi écho, son articulation était 
distincte, bien que les phrases étrangères ne fussent point répétées d'une 
manière tout à fait aussi intelligible que le français... Au moment où nous 
quittions son chevet, une malade d'un lit à côté toussa; et la toux fut aussitôt 
répétée par ce perroquet humain. En réalité, cette singulière vieille répétait 
tout ce qu'on lui disait, sous forme interrogative ou non, et imitait tout ce 
qu'on faisait devant elle avec la plus extraordinaire exactitude. » Dans d'autres 
cas, il y a tendance à demeurer sur quelque mot ou quelque phrase dite en 
réponse à une première question, et à les répéter comme réponses à celles qui 
suivent; jusqu'à ce qu'enfin le malade puisse dire quelque chose de nouveau, 
qu'il répète ensuite de la même façon. On peut en citer un bon exemple, d'après 
Trousseau. Chez un homme souffrant d'hémiplégie gauche, le stock de mots 
usuels se réduisait à ces deux : « Ma foi ! » ; et lorsqu'on le pressait beaucoup, 
il paraissait impatient et lançait le juron : « Cré nom d'un cœur! »... Je lui 
demandai quels étaient son nom et sa profession; il me regarda et répondit : 
« Ma foi! »... J'insistai; mais, en dépit de ses eff'orts, il ne fit que secouer la 
tête d'un geste impatient, en s'écriant : « Cré nom d'un cœur! » Comme je 
désirais savoir combien de mots il avait à sa disposition, je lui dis : « Êtes- 
vous de la Haute-Loire? » Il répéta comme un écho : «Haute-Loire! » — « Quel 
esl votre nom? » — « Haute-Loire! » « Votre profession? » — « Haute-Loire? » 
« Mais votre nom est Marcou? » « Oui, monsieur. » « Êtes-vous sûr que c'est 
bien Marcou? « « Oui. » « De quel département venez-vous? » — « Marcou. » 
« Non ; ça c'est votre nom. » Mais avec un geste impatient, il s'écria encore : 
« Cré nom d'un cœur! 2 » 



2. — ACTION DÉFECTUEUSE DES CENTRES VISUELS 
DES MOTS. 

On n'a pas rencontré d'exemple très-distinct de ce défaut; mais 
le D"" Hughlings Jackson a rapporté un cas^ qui est, sous quelques 
rapports, l'opposé de ceux qui ont été décrits par les D''" Hertz 
et Hun. Dans cet exemple, la faculté d'Écrire et d'Épeler était 
très-fortement atteinte; tandis que celle de Parler n'était affectée 
que d'une manière plus insignifiante. 

1. Gazette des Hôpitaux, 16 mai 1867. 

2. D'autres malades montrent, en Écrivant, la même tendance à répéter la 
dernière impression faite sur le Centre Visuel (Voy. Cliniques de Trousseau). 

3. Brit. Médical Journal. 1866. 



AMNÉSIE PARALYTIQUE. 231 

L'homme avait « rempli les devoirs d'une charj^e importante dn gouverne- 
ment, exii:eant une bonne éducation et de rintclligence »; et il avait été sujet a 
une série d'attaques épileptiformcs, portant d'abord principalement sur le côté 
gauche du corps, puis, au bout d'un certain temps, affectant au contraire le 
côté droit. Les troubles dans la faculté d'expression intellectuelle du malade 
ne se montrèrent qu'après la seconde série d'accès. Le D'' Jackson dit : «Après 
ces attaques, le malade pouvait parler, mais il faisait des erreurs en parlant. » 
Quel(|ues semaines après, il rencontra ce malade dans la rue et dit : « Il était 
alors aussi bien que jamais, pour un observateur superficiel. J'observai qu'ilpar- 
lait tout à lait bien, et ceci pendant une conversation un peu longue. Le malade 
disait toutefois qu'il lui était souvent impossible de trouver un mot: et le père 
me dit que son fils faisait souvent des erreurs de noms. Le plus grand trouble 
qu'il éprouvait était en écrivant; il n'avait point de difficulté quant à l'écriture 
elle-même, celle-ci était excellente; mais il ne pouvait point trouver de suite 
les mots convenables, et il orthographiait souvent d'une manière incorrecte 
ceu.\ qu'il écrivait. Il pouvait copier fort bien un paragraphe d'un livre 
imprimé, en ne faisant qu'une ou deux erreurs insignifiantes; mais, en essayant 
d'écrire sous la dictée, il faisait des erreurs d'orthographe bien pires que 
celles qui se trouvent dans une lettre, corrigée, reproduite par le D"" Jackson. 
Lorsqu'on lui demandait d'épeler des mots, il réussissait aussi fort mal; et 
bien qu'il pût répéter parfaitement même les phrases les plus difficiles, lorsqu'il 
essayait de lire à haute voix, il ne pouvait absolument pas y réussir, pro- 
nonçant de travers presque tous les mots de deux syllabes ou pilus. 

Ici encore, comme dans le cas rapporté par le D^'Hun (p. 228), la 
faculté de lire à haute voix était proportionnelle à celle d'écrire, 
plutôt qu'à celle de parler. Lire à haute voix, de même qu'écrire, 
exige nécessairement l'intégrité du Centre Visuel; et, que celui-ci fût 
plus fortement atteint que le Centre Auditif, c'est ce qui semble 
clairement indiqué par le fait que le malade pouvait répéter cor- 
rectement même les phrases les plus difficiles, — opération dans 
laquelle les Centres Auditifs des Mots sont mis en jeu, mais non les 
Centres Visuels; —tandis qu'il ne pouvait lire à haute voix les pas- 
sages les plus simples, sans faire beaucoup d'erreurs. Il sera intéres- 
sant, plus tard, de comparer ces cas avec ceux qui seront donnés 
sous le titre d'Agraphie (p. 253); surtout l'autre cas rapporté parle 
D'' Jackson, qui pourrait également bien être placé ici. 



3. — LÉSION DU CENTRE VISUEL DES MOTS, ET DE FIBRES 
AFFÉRENTES DES CENTRES AUDITIFS; AINSI QUE CERTAINS 
AUTRES DI'FAUTS PRODUISANT l'aMNÉSIE INCOORDONNÉE ^. 

Un cas d'un grand intérêt, appartenant à cette catégorie, a été 

I. Il vaut mieux retarder, jusqu'à ce qu'on ait donné quelques exemples de 
cet état, l'examen de la nature des défauts qui l'amènent. 



232 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE. 

rapporté en détail par le D'' Banks \ mais nous n'en donnons ici 
qu'un abrégé. La faculté de comprendre ce qui était dit par d'autres 
était entièrement perdue; et celle de comprendre les caractères, 
éci'its ou imprimés, l'était à peu près. Les facultés d'expression par 
la Parole et l'Écriture présentaient un défaut correspondant. Le 
malade semblait avoir perdu toute connaissance de l'usage appro- 
prié des Mots, et était incapable de s'exprimer d'une manière intel- 
ligible. 

Un gentleman, âgé d'environ soixante-quinze ans, après avoir parcouru à 
pied une distance considérable, le 8 mars 1864, s'assit pour dîner, et prit son 
repas comme à l'ordinaire. Au bout d'un moment, on observa qu'un peu de 
l'eau qu'il buvait s'échappait de sa bouche. Il reposa son verre ap; elant en 
même temps, à voix haute et colère, sa femme et le domestique qui avait l'ha- 
bitude de le servir, bien qu'ils fussent tous deux là. Ce malade fut vu, très peu 
de temps après, par le D'' Kidd, qui le trouva assis sur le sofa, paraissant stu- 
péfait, mais évidemment conscient; appelant par momfnts à voix haute le 
domestique et d'autres personnes, mais ne faisant évidemment pas la moindre 
attention à ce qu'on lui disait. L'excitation dont il souffrait se dissipa au bout 
d'un certain temps. Il essaya de parler, mais d'une manière inintelligible. Il 
monta les escaliers sans qu'on lui aidât, remonta sa montre, se mit au lit, et 
dormit bien. Le lendemain matin on reconnut qu'il était complètement sourd; 
les bruits les plus forts n'étaient point perçus. La vue semblait bonne : et il n''y 
avait de paralysie motrice d'aucune sorte. En parlant, il se servait de mots 
faux, au point d'être absolument inintelligible. Le D'^ Banks dit : « Il me 
reconnut certainement, et fut content de me voir; mais il me nomma de 
travers : me disant quelque chose, mais se servant de mots sans signification. 
Nous essayâmes de communiquer avec lui par l'écriture; mais il fut évident 
qu'il ne la comprenait pas. On écrivit : « Souffrez-vous? » Il regarda et dit : 
« Bon, Bon Dieu », comme s'il lisait ce qui était écrit. Il essayait souvent d'écrire 
des lettres; et son adresse était écrite deux ou trois fois en tête de la feuille 
de papier, mais quelques-uns des mots étaient imparfaits. « My dear Sir » 
était écrit correctement. La ffuille était remplie d'écriture, mais aucun mot 
sauf « wife » n'était lisible; le reste était absolument sans signification; 
quelques lettres étaient tracées correctement, mais aucun mot ne l'était; jusqu'au 
bas du papier où son nom était signé d'une main sûre, et de la manière ordi- 
naire. Son pouvoir d'écrire varia toutefois à divers moments. Parfois, lorsqu'il 
désirait signer son nom, il ne pouvait y arriver et « gribouillait seulement 
quelques mots inintelligibles». Il était impossible de rien lui faire comprendre: 
et l'on ne pouvait reconnaître ce qu'il désirait que par ses gestes et par le 
très petit nombre de mots qu'il avait encore à sa disposition, et qu'il appliquait 
presque toujours de travers. 

Au commencement d'avril, son agent devait lui faire une remise de fonds; 
et tous les matins il se montrait fort excité, demandant fréquemment quelque 
chose. A la fin, il vint à l'idée de quelqu'un de sa famille de lui montrer la 
lettre de l'agent, ce qui parut lui faire plaisir ; mais il ne fut tout à fait satisfait 

I. Dublin Quart. Journal of Med. Science. Février 1865, p. 78. 



AMNÉSIE INCOORDONNÉE. 233 

que lorsqu'on eut. apporté et compté l'argent devant lui. Il restait quelques 
shillings, qu'on ne lui avait pas montrés tout d'abord; mais, quand il les vit, 
il parut comprendre que tout était bien ; et quand on eut remis l'argent aux 
mains de sa femme, il parut content. Ses sentiments d'affection pour sa femme 
semblaient exaltés : mais il y avait un certain degré de faiblesse émotionnelle. 
Parfois il faisait, pendant un certain temps, usage de quelques mots qu'il 
appliquait de la façon la plus variée Désirant informer le D' Kidd qu'un Uni- 
ment dont il avait fait usage était presi|ue lini, il dit en lui montrant la bou- 
teille : « Apportez la corde ». Une autre fois, parlant de pilules qu'il avait 
prises, il dit qu'il avait pris des « pommes de terre ». Il y avait très fréquem- 
ment une certaine ressemblance entre le mot emploj'é et le mot juste, ou bien 
on pouvait discerner quelque association avec l'idée à exprimer ; par exemple, 
donnant son gilet pour qu'on le mît de côté, pendant que sa montre était dans 
la poche, il dit : « Take care of the break fall. » Il semblait avoir conscience de sa 
surdité et en parlait quelquefois. Il dit un jour qu'il ne pouvait ni entendre ni lire. 
— « Seulement un peu, il pouvait lire les mots, mais nepouvait loas comprendre 
leur signification. » Toutefois, il passait tous les matins quelques moments à lire, 
d'une façon attentive en apparence, la Bible et les journaux. C'était sans doute 
uniquement parla force de l'habitude; car, en l'éprouvant, on reconnaissait 
qu'il Usait d'une certaine manière: mais les mots étaient sans liaison ni sens, 
et ne présentaient même pas le rapport le plus éloigné avec le texte. Ses facultés 
de parole et d'écriture étaient sujettes à varier. (Le D'' Banks a donné les 
lithographies de deux lettres qui, bien que composées de mots convenablement 
écrits, sont presque inintelligibles). Parfois il était difficile de le gouverner; 
car, s'il désirait quelque chose et s'il était impossible de le comprendre, il 
s'excitait beaucoup. Il demeura à peu près dans le même état jusqu'au 
7 octobre, où il eut une attaque apoplectique distincte, et devint complètement 
hémiplégique du côté droit. Il survécut une semaine seulement à cette attaque 
plus grave. 

Dans ce cas, les troubles mentaux graves n'étaient point associés 
à la paralj'sie. Le Centre Visuel était évidemment fortement lésé, 
puisque le malade ne pouvait comprendre les caractères écrits ou 
imprimés, et ne pouvait écrire que d'une manière inintelligible. 
Cette conclusion est encore appuyée par le fait qu'il lisait fort mal,— 
encore plus mal qu'il ne parlait. Son trouble amnésique delà parole, 
du type incoordonné, était probfib'ement dû à quelque défaut 
d'harmonie entre les Centres Intellectuels supérieurs et les Centres 
Auditifs; mais nous étudierons bientôt ce sujet plus au long. La 
surdité absolue, jointe à la faculté d'articuler fort bien, paraissait 
incompatible avec l'existence d'une lésion grave du Centre Auditif 
lui-même. Le fait, toutefois, de cette surdité complète, est un trait 
exceptionnel, difficile à expliquer par la supposition, probable d'ail- 
leurs, qu'il n'existait originairement qu'un point lésé dans l'Écorce 
Cérébrale. Si une surdité ordinaire avait existé à droite avant 
l'époque de cette maladie cérébrale subite, ses symptômes auraient 
pu s'expliquer par une lésion située près ou dans l'Écorce de l'Hé- 



234 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE. 

mjsphère gauche, intéressant sérieusement les fibres afférentes qui 
se rendent au Centre Auditif, et dérangeant sérieusement aussi l'acti- 
vité fonctionnelle du Centre Visuel correspondant. 

Le D' Broadbent a rapporté^ une observation clinique compa- 
rable sous bien des rapports à la précédente. 

Un peintre, âgé de quarante-deux ans, était sujet depuis plusieurs années à 
la goutte, ainsi qu'à des attaques épileptiformes. Pendant la nuit du 14 oc- 
tobre 1871, étant couché sur le côté droit, il sortit brusquement le bras gauche 
et commença à baragouiner, — son bras droit demeurant parfaitement inutile. Il 
n'y eut ni convulsions ni perte de conscience. Le D'' Felce, qu'on appela auprès 
de lui, le trouva complètement hémiplégique, et avec la sensibilité gravement 
atteinte du côté droit, continuant un babil dépourvu de sens, dans lequel les 
sons m prédominaient, et montrant le bras paralysé. L'attaque fut suivie de 
beaucoup d'excitation cérébrale, de cris et de violence. Il recouvra bientôt 
l'usage des membres droits, mais la parole demeura aussi imparfaite que jamais, 
et il était incapable d'écrire et de copier. La santé générale était fort dérangée : 
et finalement il survint une gangrène du pied gauche. Ce fut im peu après 
cela, le 14 d'''cembre, que le malade fut visité pour la première fois par le 
D'' Broadbent, qui dit : « Il nous reçut avec une profusion de révérences et de 
sourires, avec des gestes exprimant la bienvenue... Sa parole n'était qu'un 
simple jabotage, dans lequel « Ma » et « Mum » dominaient, et étaient accom- 
pagnés d'un excès de gestes, de sourires et d'expressions faciales. Les gestes 
étaient frappants, et en apparence bien appropriés, lorsque nous avions la clef 
de leur signification... Il fut constaté qu'il disait parfois « Yes » ou « No » et 
« Oh my » ; mais il ne prononça pas, devant nous, même ces simples mots. Il 
était incapable d'écrire son propre nom, même en ayant sa signature sous les 
yeux. Lorsqu'on le pressait de le faire, il gribouillait rapidement quelque chose, 
dans lequel on pouvait distinguer d'abord quelques lettres, mais qui finissait 
par un griffonnage. » 

« Il ne comprenait évidemment rien de ce qu'on lui disait, ne serrait pas 
ma main lorsque je le lui demandais à plusieurs reprises, mais continuait à la 
secouer et à sourire; il tirait plusieurs fois de suite la langue lorsqu'on lui 
disait de fermer les yeux, mais imitait cet acte immédiatement après le 
D"" Felce. Il était douteux qu'il reconnût l'état de sa parole; il continuait à 
Caboter comme s'il pensait être compris, mais il faisait aussi des signes... Il 
demeura à peu près dans le même état jusqu'à sa mort, qui survint vers Noël ; 
surprenant un jour quelques amis qui causaient au pied de son lit en s'écriant : 
« Exactly » à un moment ti'ès opportun, mais ne recouvrant point autrement 
la parole. » 

Dans ce cas, tandis que la lésion du Centre Visuel gauche des 
Mots était probablement plus grave encore que dans celui rapporté 
par le D' Banks, le Centre Auditif gauche des Mots semble avoir 
également souffert, comme le montraient l'impuissance où se trou- 
vait le malade d'articuler des mots distincts, ainsi que son inaptitude 

1. Medico-Chirurg. Transactions. 1872, p. 170. 



AMNÉSIE INCOORDONNÉE. 235 

apparente à comprendre le langage parléi.Dans un autre cas, rap- 
porté par le D"" Broadbent, il y avait la même impuissance à com- 
prendre ce que Ton disait, bien que la malade eût coutume de 
parler, non en un simple baragouin inarticulé, mais en mots dis- 
tincts, bien que sans suite ^. Ici, toutefois, on dit qu'après l'accès 
par lequel débuta la maladie de la dame, « son expression, naturel- 
lement joyeuse, fut changée en un aspect morne et stupide; et 
qu'elle ne faisait attention à rien. » Il y avait, évidemment, un état 
de démence partielle; mais, dans un cas rapporté très brièvement 
par Trousseau, et dans lequel il y avait aussi usage de mots sans 
suite, dont la signification n'était point réalisée par la malade, on 
dit que, sous d'autres rapports, les actions étaient rationnelles. Elle 
se levait avec un air de bonté pour recevoir un visiteur; et, lui mon- 
trant un fauteuil, disait : « Cochon, animal, fichue bête ! » tandis 
que son gendre qui était là, et savait ce qu'elle voulait réellement 
dire, ajoutait : « Madame vous invite à vous asseoir. » La dame 
paraissait, pendant tout le temps, absolument inconsciente des 
expressions insultantes dont elle s'était servie. 

b. — AMNÉSIE INCOORDONNÉE. 

Les cas détaillés dans le paragraphe précédent sont des exemples 
si nets des troubles incoordonnés de la Mémoire Verbale, que nous 
sommes naturellement conduits à examiner la manière dont on 
peut expliquer ces troubles. Un usage mal approprié des Mots, 
comme celui qui se voyait dans le cas du D'^ Banks, peut se rencon- 
trer à des degrés fort divers, et constitue, en réalité, un des trou- 
bles les plus communs delà Parole, à la suite de maladie cérébrale; 
trouble qui se montre parfois plus spécialement dans la Parole Arti- 
culée, et d'autres fois plus dans l'Écriture : ou bien encore, dans 
d'autres cas, le pouvoir d'Expression peut être presque également 
défectueux pour la Parole et l'Écriture. 

Les malades ont, la plupart du temps, conscience qu'ils se servent 
de mots faux, dans l'une ou l'autre de ces manières de s'exprimer ; 
bien que ce ne soit pas toujours le cas. 

1. Comme l'Hémisphère droit était ouvert à la réception d'impressions audi- 
tives, il semble étrange que, dans ce cas, la parole n'ait pas été mieux comprise. 
Toutefois, desiiijpressions auditives correctes et d'autres, incorrectes, arrivant 
simultanément aux deux côtés du Cerveau, pourraient produire une confusion 
mentale assez grande pour empêcher la perception de l'impression correcte. 

2. Une inaptitude semblable à comprendre ce qu'il disait lui-même existait 
chez un malade dont l'observation est rapportée par Winslow (Obscure Dlseases 
of the Brain. 3* édition, p. 328). 



236 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE. 

Luys 1 fait allusion à un cas où le malade avait l'habitude d'employer un 
mot pour un autre, sans avoir conscience de ses méprises. Un jour il prononça 
le mot « jardin » en voulant dire « lit » ; le répéta plusieurs fois, et finit p:ir se 
mettre dans une violente colère parce que ses ordres n'étaient pas compris. On 
lui fit alors écrire le mot qu'il désirait employer; et la vue des caractères, con- 
venablement écrits, le convainquit bientôt que le mot qu'il venait de prononcer 
n'était pas celui dont il avait eu l'intention de se servir. 

L'auteur a donné ailleurs ^ un très-bon spécimen d'une lettre 
écrite par un malade amnésique bien élevé ; lettre remplie de mé- 
prises, et même, en certains points, inintelligible; et cependant, à 
en juger par le manque de ratures, ces erreurs n'avaient sans doute 
pas été remarquées par le malade. 

L'étendue de ces troubles incoordonnés de la Mémoire Verbale 
est très variée, ainsi que leur fréquence. Il se peut qu'un mot faux 
ne soit employé que par hasard en Parlant ou en Écrivant; ou bien 
ces erreurs peuvent être beaucoup plus fréquentes et plus éten- 
dues. Elles peuvent l'être assez pour rendre la Parole ou l'Écriture 
du malade absolument sans suite, et même tout à fait incompré- 
hensibles, — grâce au placement absolument confus des mots. 

Winslow a rapporté un cas de cette forme extrême de Parole 
amnésique, chez un gentleman qui ne s'était remis que partiellement 
d'une attaque d'apoplexie. 

« Il pouvait parler : mais ce qu'il disait était tout à fait inintelligible, sans 
clef pour l'interpréter. Il pouvait prononcer des mots fort clairement, mais ils 
étaient étrangement mal placés et transposés. On écrivait ce qu'il disait; puis 
on remettait les mots à leur place. Par ce moyen, sa famille pouvait comprendre 
clairement ses désirs. Cet état du cerveau et ce trouble de la parole conti- 
nuèrent, avec de légèi^es interruptions, pendant pi^ès de quinze jours. » 

Les lettres écrites par le malade du D'" Banks donnent également 
un exemple d'un trouble extrême dans l'expression intellectuelle au 
moyen de l'Écriture. Bien que composées de mots convenablement 
écrits, le mode de placement des mots était tel qu'ils ne pouvaient 
exprimer de proposition intelligible. 

L'explication des troubles « paralytiques » de la Mémoire Ver- 
bale est un problème qui ne présente pas de difficultés particu- 
lières. Mais on ne saurait en dire autant des afïections « incoor- 
données ». Il y a toutefois une raison évidente pour que les deux 
sortes de troubles se rencontrent plus fréquemment relativenient à 
des noms de personnes, de lieux et de choses. Dans les cas plus 
légers, ce ne sont que ces « associations », tout à fait spéciales, 
dont on ne peut plus se souvenir, ou qui sont mal appliquées. II est 

1. Système Nerveux, 1865, p. 395. 

2. Paralysis from Brain Diseuse, 1875, p. 189. 



AMNÉSIE INCOORDONNÉE. 237 

plus rare de voir ces troubles s'étendre aux substantifs en général 
et à d'autres parties du discours. Comme Broadbent < l'observe avec 
vérité : « Les mots autres que les noms, comme adjectifs, verbes, 
etc., constituant la charpente* d'une phrase ou proposition, sont 
sur un pied différent; ils ne sont point associés à des perceptions 
visuelles, tactiles et autres. Leur usage implique une notion pre- 
mière de mots comme les noms, et marque un pas au delà de 

l'acte de nommer Ce ne sont point des symboles intellectuels 

substantifs, mais des agents intellectuels, instruments et produits de 
l'action de l'intellect, et non des choses qui viennent faire impi^es- 
sion sur lui. C'est relativement à cette classe de mots que Ton peut 
strictement dire que « nous pensons en mots », car souvent nous 
pensons (en partie) en impressions visuelles ravivées et non réduites 
en mots. Les circonvolutions intéressées dans leur emploi seront 
celles qui sont le siège des opérations intellectuelles, les circonvo- 
lutions surajoutées. » 

Bien que nous ne soyons point tout à fait d'accord avec Broad- 
bent pour supposer que l'Action Intellectuelle et ses Centres peu- 
vent être aussi distinctement séparés de l'Action Perceptive et de 
ses Centres '; bien que nous ne partagions point ses opinions rela- 
tivement aux divisions qu'il cherche à établir entre ces modes d'ac- 
tivité, ou quant à son explication du processus de Nommer, — toute- 
fois, ce qu'il dit ci-dessus donne beaucoup à penser, relativement 
aux différences possibles de siège dans les substrata organiques des 

1. Medico-Chlrurgical Transactions, 1872, p. 192. 

2. Herbert Spencer dit {Principles of Psychology, vol. V, p. 163). « Les 
composants immédiats de l'Esprit sont de deux sortes, qui contrastent forte- 
ment, — lt:s Sentiments, et les Relations entre Sentiments. » Mais un examen 
attentif de ce qui est dit des « Relations » rend évident qu'elles correspondent 
à ce dont on a parlé généralement dans cet ouvrage comme du « côté cognitif 
du Sentiment. » Bien que H. Spencer nomme et décrive à part les deux com- 
po?ants de l'Esprit, ceci n'est que pour la description; car il ajoute lui-même : 
M Strictement parlant, ni un Sentiment ni uiic Relation n'est un élément 
indépendant de Conscience », — ce qui est exactement ce qu'ont dit en réalité, 
sinon dans les mêmes termes, Aristote et un grand nombre de philosophes 
api'ès lui, relativement au Sentiment et à la Cogniiion (voy. vol. 1", p. 141). La 
distinction d'un sentiment comme tel et tel, comprend nécessairement ses « rela- 
tions » de degré, de nature, de lieu et de temps. Et, comme le dit H. Spencer 
{loc. cit., p. 187), — « ce qu'on nomme ordinaii-ement Actions Mentales se 
poursuit presque toujours en termes de ces sentiments tactiles, auditifs et 
visuels, qui montrent de la cohésion, et par conséquent une aptitude à s'unir 
en un tout, d'une manière si évidente. Nos opérations intellectuelles sont, assu- 
rément, principalement confinées aux sentiments auditifs (intégrés en mots) et 
aux sentiments visuels (intégrés en impressions et idées d'objets, de leurs 
relations et de leurs mouvements). » 



238 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE. 

Mots, suivant qu'ils désignent ou non des objets extérieurs'. Il est 
rationnel de supposer que ces derniers peuvent être en relations 
plus immédiates avec les Centres Perceptifs; tandis que ceux des 
autres parties du discours seraient plus intimement associés à des 
réo-ions où les Processus Perceptifs se confondent dans des Opéra- 
tions plus complexes et plus purement Intellectuelles. 

Ainsi donc, en général, Tinaptitude à se rappeler les noms, ou 
les erreurs de noms de personnes, de lieux, ou de choses, seraient 
des troubles accompagnant des lésions ou des altérations des Cen- 
tres Perceptifs, et pourraient exister avec un dérangement relati- 
vement léger de l'Activité Intellectuelle; tandis que, d'autre part, 
les formes extrêmes d'Amnésie, dans lesquelles le malade ne pro- 
nonce que des propositions sans suite ou un simple mélange confus 
de mots, doivent, plus probablement, être associées à un trouble 
marqué des Facultés Intellectuelles, — dépendre, en un mot, de 
lésions ou d'altérations de parties du Cerveau plus spécialement 
liées à ces modes d'activité. 

Le processus de Pensée semble être, dans une certaine mesure, 
indépendant des Mots par lesquels la Pensée est exprimée; de sorte 
que nous « pensons en mots » peut-être un peu moins qu'on ne le 
suppose généralement. Son indépendance partielle paraît indiquée 
par le fait que nous « choisissons » nos expressions. Ainsi, d'après 
les diverses nuances de signification que nous cherchons à faire 
passer dans nos propositions, nous pesons ou « choisissons » sou- 
vent, d'une manière délibérée, les substantifs, les adjectifs et les 
verbes que nous pouvons estimer les plus propres à communiquer 
complètement nos pensées à d'autres personnes. Ceci semble indi- 
quer quelque processus séparé, par lequel les Pensées, ou « Rela- 
tions», s'associent à des Mots, — processus qui est peut-être un peu 
moins automatique que celui par lequel les objets extérieurs, réels 
ou en « idées », s'associent à des Mots. 

Dans les « troubles incoordonnés » de différents degrés, ce sont 
ces relations ou associations verbales particulières qui sont trou- 
blées. Comment? nous ne le savons pas. L'erreur peut être dans le 
mode d'activité des Centres Perceptifs ou Centres de Pensée, ou 
peut-être dans les Centres de Mots qui leur sont associés; l'effet 
étant, dans l'un et l'autre cas, qu'il s'établit des associations erro- 
nées; de sorte que le malade prononce des propositions incorrectes 
ou sans signification. 

Dans les foi'mes tout à fait extrêmes de ce trouble de coordination, 

1. Loc. cit., p. 181. Voyez aussi D*" Bristovfe, Lectures on the Pathnlogical 
Relations of Voice and Speech {B rit. Médical Journal, 10 mai 1879, p. 691), pour 
un exposé succiat de l'opinion de Broadbent. 



TROUBLES EXTRÊMES DE LA COORDINATION. 239 

OÙ la Parole est réduite à un simple jabotage de sons sans aucune 
signification, nous avons probablement affaire à quelque grave 
lésion, soit dans les Centres Auditifs des Mots, soit dans les Centres 
Kinesthétiques des Mots. Il y a deux types de ces cas; dans Tun, 
comme celui rapporté par Broadbent, la personne qui baragouine 
ne comprend pas non plus ce qu'on lui dit ; dans l'autre, comme 
celui du D"" Osborne, que l'on va citer tout à l'heure, tandis qu'elle 
n'est capable elle-même que de jaboter, la personne atteinte com- 
prend évidemment tout ce qu'on lui dit. Ces deux types s'expliquent 
peut-être mieux par des lésions siégeant dans les régions respectives 
ci-dessus indiquées. 

Il existe de même des troubles extrêmes relativement à 
l'Écriture; et peut-être peut-on les expliquer aussi par quelque 
altération du Centre Visuel des Mots, dans les cas où la faculté 
d'écrire est réduite à un simple assemblage de lettres, dé- 
pourvu de signification, en même temps qu'il y a inaptitude à 
comprendre les mots écrits ou imprimés ; au lieu que, lorsque 
cette dernière inaptitude n'existe pas, l'écriture incoordonnée 
peut être un simple défaut d'exécution, dû à quelque déran- 
gement du Centre Kinesthétique des Mots; — et ceci semble 
pouvoir expliquer, en partie du moins, le cas du matelot qui est 
raconté p. 255. 

Il existe aussi des troubles de ce type, assez légers pour être 
placés tout à fait à l'autre bout de l'échelle, et dans lesquels des 
erreurs étranges peuvent, habituellement ou non, se présenter dans 
l'articulation de quelques mots ou dans la manière de les écrire. Le 
docteur Winslovv a rapporté l'observation d'un homme qui, après 
une attaque de paralysie, transposait toujours, en prononçant, les 
lettres des mots ; ainsi « essayant de dire le mot flûte il disait 
tuflej, pue pour cap, gum au lieu de 7nug. » Il peut encore y avoir 
une substitution presque invariable de certaines lettres à d'autres, 
— comme un z mis pour un f dans tous les mots qui auraient dû 
renfermer cette dernière lettre. 

De pareils défauts dans la prononciation ou la manière d'épeler 
sont extrêmement communs chez les malades légèrement Amné- 
siques; et l'on peut même les rencontrer parfois, à un degré fort peu- 
marqué, chez des personnes d^ailleurs en parfaite santé. Ces personnes, 
désirant se servir d'un mot, en emploient réellement un autre, — 
ayant quelquefois conscience de leur erreur et quelquefois pas ; et 
la même chose est vraie des erreurs qu'elles font en écrivant : 
celles-ci peuvent être découvertes de suite, ou seulement en reli- 
sant ensuite le manuscrit. Les personnes suj-ittes à faire de ces 
erreurs d'expression peuvent parfois comprendre tout à fait de 
travers un mot qu'elles entendent dire, ou qu'elles voient écrit ou 



210 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE. 

imprimé; et cela d'une manière qui les surprend absolument elles- 
mêmes, lorsqu'elles reconnaissent leur erreur. 



4. — LÉSIONS DES COMMISSURES ENTRE LES CENTRES 
AUDITIFS ET LES CENTRES VISUELS DES MOTS. 

En y réfléchissant, il paraîtra clair qu'il doit y avoir au moins deux 
groupes de commissures entre les Centres Auditifs et les Centres Vi- 
suels des Mots ; l'un {a) pour transmettre les stimuli des Centres Visuels 
aux Centres Auditifs [jibres visuo-aiiditives), comme dans l'acte de 
lire à haute voix ou de nommer à vue ; l'autre (6) pour transmettre 
les impressions dans la direction opposée, c'est-à-dire des Centres 
Auditifs aux Centres Visuels {/ibres aiidito-visueUes), comme dans 
l'acte d'écrire sous la dictée. 

Les deux groupes de commissures peuvent être simultanément 
lésés ; et ceci semble avoir été la cause des troubles les plus remar- 
quables que présentaient deux malades de l'auteur, et dont voici 
les observations. Le premier d'entre eux fut observé au National 
Hospital for the Paralysed and Epileptic, en 1869 ' ; mais l'on ne 
rencontra rien de semblable jusqu'à l'été dernier, où fut observé 
le second exemple. Je ne sache pas que l'on ait rapporté d'autres 
cas semblables. 

Une femme d'un certain âge eut une attaque d'hémiplégie droite, avec 
aphasie presque complète, au commencement de l'année 1868. Pendant quelques 
mois, il y eut amélioration considérable, bien qu'elle demeurât sujette à des 
« accès » par intervalles. Après douze mois, elle était capable de marcher, avec 
un peu d'aide, bien qu'elle fût encore incapable de se servir du bras et de la 
main droite. Elle paraissait comprendre parfaitement tout ce qu'on lui disait, 
et avait, dans une graade mesure, recouvré la faculté de parler. Elle pouvait 
répéter presque tous les mots qu'elle entendait dire, et cela sans hésitation, 
bien qu'elle ne pût lire même les mots les plus simples, imprimés en gros 
caractères. Toutefois, ces mômes mots pouvaient être prononcés immédiate- 
ment, et avec facilité, en les entendant prononcer. Ë?/e copiait convenablement 
le mot « London » de la main gauche, mais ne pouvait écrire les mots « cat » 
ou « dog » après les avoir simplement entendu prononcer ; bien qu'elle pût fort 
bien épeler ces mêmes mots. Elle ne pouvait môme pas écrire la première lettre 
de l'un de ces mots... Douze mois après, elle fut retrouvée à peu près dans le 
même état. Elle ne pouvait point lire, môme les mots sim[plcs comme « and » et 
« for » ; elle pouvait très facilement montrer les lettres qu'on lui nommait, 
mais ne pouvait nommer elle-même celles qu'on lui montrait. Ses facultés loco- 
motrices s'étaient améliorées, et elle pouvait aussi parler un peu mieux. Elle 
pouvait lire une lettre en silence, comme pour la comprendre; bien qu'elle ne 
parût pas toujours comprendre ce qu'elle lisait dans un journal ou un livre. 

1. Paralysis from Brain Diseuse, 1875, p. 201. 



LÉSIONS KXTRE LES CENTRES AUDITIFS Kl' VISUELS. 241 

Lorsqu'on la revit, quatre ans après, cette malade était encore à peu près dans 
le même état. 

Il est digne de remarque que, pendant les premières phases de 
la maladie de cette femme, elle paraissait souffrir d'Aphasie ordi- 
naire, avec paralysie à droite; ce ne fut qu'après qu'elle eut recouvré 
la faculté de Parler, qu'il fut possible d'obtenir la preuve des trou- 
bles plus spéciaux qu'on vient d'exposer, et qui montraient, comme 
on peut le voir, une cessation de relations fonctionnelles entre les 
Centres gauches, Auditifs et Visuels des Mots. Ainsi elle ne pouvait 
lire fort, ni écrire sous la dictée, — ces deux actes nécessitant l'ac- 
tivité conjointe de ces deux sortes de centres i. Mais elle pouvait 
articuler librement les mots qu'elle entendait, et pouvait aisément, 
de sa main gauche, copier l'écriture; car ce sont des actes dont l'un 
met en jeu le Centre Auditif et l'autre le Centre Visuel, indépendam- 
ment l'un de l'autre. L'acte de copier était, en ce cas, accompli delà 
main gauche, comme résultat d'une pratique récente ; de sorte que 
les stimuli qui opéraient sur les centres moteurs (dans le corps 
strié droit) devaient avoir émané immédiatement du Centre Visuel 
du côté droit. 

Voici, avec plus de détails, le second cas, qui est encore plus 
intéressant : 

Thos. A. — , ouvrier ferblantier, âgé de quarante-deux ans, fut admis le 
12 mars 1878, àUniversity Collège Hospital. Ti'ois mois auparavant, il avait été 
subitems^nt paralysé du côté droit du corps, sans convulsion ni perte de con- 
science; mais, après l'attaque, on reconnut que la parole était presque perdue. 
Lorsqu'on l'admit, il était devenu capable de mouvoir légèrement sa jambe et 
son bras droit, bien qu'il y eût encore une légère diminution de la sensiblité 
de ce côté du corps. Il y avait un léger degré de paralysie faciale droite et 
quelque déviation à droite de la langue. Il continua à s'améliorer lentement, et, 
le 2 avril, son état est décrit ainsi : — Il reconnaît les objets communs, mais 
ne peut les nommer; il répudie un faux nom, et reconnaît aussitôt le véritable 
lorsqu'il l'entend dire. Il ne peut jamais se rappeler son propre nom jusqu'à ce 
qu'on le lui dise. Lorsqu'on lui demande de répéter ce nom (Andrews), après 
quelques efforts, qui varient à chaque fois, il prononce « Anstruthers » ou 
« Anstrews ». Son premier nom (Thomas) semble venir plus aisément, et il 
peut souvent essayer de le dire sans qu'on le lui souffle. Mais, soit après qu'on 
le lui a répété, soit qu'il le dise spontanément, il le prononce « Towvers ». La 
lettre L lui est difficile à prononcer; quelquefois il la prononce comme un D, 
d'autres fois comme un V. Il a appris à compter, ai peut prononcer convenable- 
ment les nombres de un à douze; après douze, il est incertain; la prononciation 

1. Surtout chez les personnes dont l'éducxtion n'est pas très développée, 
et qui ne sont, par conséque it, point complètement habituées à l'accomplisse- 
ment de ces processus. II peut toutefois y avoir des e.\c3ptions à cette régie 
(V. page 228). 

Chaklton-Bastian. — II. , 16 



242 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE. 

et l'ordre des nombres deviennent rapidement de plus en plus mauvais. Lorsqu'il 
fait une erreur, il en a conscience , mais ne peut se corriger, et finit en une 
inextricable confusion. Lorsqu'il lit dans un livre, les mots qu'il prononce n'ont 
aucune relation avec les mots imprimés, soit pour la longueur, soit pour le 
gQfi- — il ne semble pas non plus comprendre les caractères écrits; car il 
n'essaye point de répondre à une question écrite sur une ardoise, bien qu'il 
essaye immédiatement de répondre à cette même question si elle est orale. Tou- 
tefois, il reconnaît les nombres de un à neuf, lorsqu'ils sont e'crtis; et lorsqu'ils 
ne sont pas placés dans leur ordre régulier, il en a conscience. Il ne peut nom- 
mer les pièces de monnaie, mais semble avoir quelque idée de leur valeur 
relative. Il indiqua sur ses doigts qu'une pièce de six pence valait six pièces 
de un penny, bien qu'il ne pût, en les voyant, prononcer leur nom. 

Le 16 avril, le maladeeutdeuxlégers accès qui, àenjuger par les symptômes, 
étaient apparemment dus à quelque légère aggravation de lésion du côté droit 
du cerveau. Après aucun de ces deux accès la parole ne parut plus défec- 
tueuse. Le second fut toutefois suivi d'une aggravation de la paralysie droite, 
bien qu'il n'y eût pas d'autre trouble de la sensibilité. Trois jours après, cette 
aggravation de paralysie avait disparu, et le malade était de nouveau capable 
de se promener dans la salle. 

Deux semaines après, on remarqua que sa parole était aussi mauvaise que 
jamais; il pouvait nommer tout nombre écrit qu'on lui montrait, et additionner 
correctement de petites colonnes de trois ou quatre chiffres; mais il était abso- 
lument incapable de nommer les lettres de Ta /jf/iatef, quelque simples et grosses 
qu'elles pussent être. Il pouvait reconnaître les objets communs, comme un 
chien, un poulet, ou un arbre, sur une gravure; et montrer un quelconque 
d'entre eux lorsqu'on le lui demandait. Mais il ne pouvait pas ti-ouver le nom 
des objets qu'il moutrait, même des plus familiers. 

8 mai. — On lui demanda de nommer successivement, en les voyant, de 
grosses capitales séparées, imprimées, 0, K et G, pour toutes trois, il dit P, et 
comme on lui montrait le D, il l'appela M, — bien qu'il répétât le nom de 
chacune de ces lettres, sans un moment d'hésitation, après l'avoir entendu 
prononcer. Bien qu'il y ait cette impuissance à nommer les lettres à vue, le 
malade semble aujourd'hui comprendre des phrases simples, écrites ou impri- 
mées; ainsi lorsqu'on lui écrivait sur une ardoise la phrase : m Avez-vous une 
femme? » il paraissait parfaitement évident qu'il comprenait cet écrit. Son 
état semble toutefois varier de temps en temps, sous ce rapport. Dans les 
phrases dont il comprend la signification, il est toutefois absolument incapable 
de prononcer, à simple vue, les mois isolés; bien qu après les avoir entendu pro- 
noncer, il puisse les articuler aussitôt, plus ou moins distinctement. 

Deux jours après, on observa qu'il lisait quelque chose dans le journal; et 
comme on lui demandait s'il le comprenait (c'était le récit d'un cas d'empoi- 
sonnement devant un tribunal de police), il dit aussitôt que oui, et indiqua 
indubitablement par ses gestes que cela était vrai. De la main gauche il pou- 
vait écrire son propre nom, d'après un modèle; mais pas facilement sans 
modèle, et quelquefois pas du tout. Il n'essayait même pas d'écrire, d'après le 
son, un mot moins familier, même lorsqu'il l'avait distinctement entendu et 
compris. 

On remarquera que l'état de ce malade était, le 2 avril, nettement 



LÉSIONS ENTRE LES CENTRES AUDITIFS ET VISUELS. 'iW 

différent de ce qu'il devint vers la fin du mois, après les deux accès. 
D'abord, il ne pouvait se rappeler les noms des objets communs, — 
les nommer en les voyant. Il ne pouvait pas non plus se rappeler 
de lui-même son propre nom ; et lorsque, après qu'on les lui avait 
soufflés, il essayait de répéter les mots, sa prononciation montrait 
des troubles distincts, du type incoordonné. Lorsqu'il essayait de 
lire à haute voix dans un livre, ces troubles incoordonnés étaient si 
marqués, qu'ils rendaient sa lecture absolument inintelligible; il ne 
semblait pas non plus comprendre les caractères écrits, excepté les 
nombres simples. Mais, vers la fin du mois, tandis que la pronon- 
ciation du malade était devenue plus distincte lorsqu'il répétait les 
mots qu'il avait, entendus, il ne pouvait même plus émettre un jar- 
gon inintelligible en essayant de lire, A la même époque, il était 
devenu capable de comprendre ce qu'il lisait, bien qu'il ne pût 
encore pas nommer, en la voyant, une seule lettre, ni écrire un seul 
mot sous la dictée, — ces deux processus demandant, pour s'accom- 
plir, une relation normale (et par conséquent l'intégrité des com- 
missures) entre les Centres Visuels et Auditifs des Mots. La partie de 
la commissure qui transmet les stimuli des Centres Visuels aux 
Centres Auditifs des Mots (comme lorsqu'on lit à haute voix), paraît 
avoir été lésée d'une manière plus étendue après les deux accès, 
qu'auparavant. Toutefois, le fait qu'il pouvait lire et prononcer les 
noms des nombres suggère l'idée que, peut-être, ces unités plus 
familières peuvent avoir été articulées au moyen de stimuli passant 
directement du Centre Visuel des Mots à la moitié du Centre Kines- 
thétique des Mots qui est intéressée dans les Mouvements de la 
Parole (voyez p. 228), 

Le docteur Broadbent a rapporté un cas fort rare et fort intéres- 
sant, provenant de maladie cérébrale, et allié de près à ce que l'on 
trouve dans les deux observations ci-dessus. Toutefois, son malade 
n'avait point perdu la faculté de rappel a volontaire » ou « associa- 
tionnel » dans le Centre Auditif des Mots—Il -parlait en effet cou- 
ramment, en hésitant seulement parfois ; bien qu'il fût incapable 
d'écrire quand il le désirait. 

Le malade, inspecteur du gaz, d'une énergie et d'une intelligence remar- 
quables, avait, à la suite d'une attaque cérébrale aiguë, entièrement pei'du la 
faculté de nommer les objets en les voyant, ainsi que celle de lire. 11 parlait 
couramment et avec intelligence, et faisaità peine quelque erreur de mots; mais 
il lui était quelquefois impossible de trouver un nom, surtout de rue, de lieu, 
ou de personne. Il était toutefois absolument incapable de lire, ou même de 
nommer une seule lettre; la seule exception était qu'il reconnaissait son 
propre nom, soit écrit, soit imprimé ; mais, même aloi-s, il ne savait point si l'on 
donnait les noms de baptême, ou seulement les initiales. A l'occasion, il écrivait 
correctement sous la dictée, et 'prenait note de mes instructions, notes qu'il ne 



244 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE. 

pouvait plus lire le moment d'après^. Il expliquait qu'il était sujet à oublier, 
et que sa femme les lirait. Si on lui montrait une main, ou un article de vête- 
ment, ou tout autre objet familier, il était tout à fait incapable de les nommer; 
tandis que, si le nom se présentait dans la conversation, il le prononçait sans 
hésitation. Si on lui demandait la couleur d'une carte, il ne pouvait la donner. 
« Est-elle bleue? » « Non. » « Verte? » « Non. » « Rouge? » « Bien, cela y 
ressemble davantage. » « Orange? » « Oui, orange. » On traça un carré et un 
cercle, et on lui demanda de les nommer ; il ne put le faire ; mais comme on 
appelait le cercle un carré, il dit : « Non, c'est celui-là»» en montrant bien la 
figure. 

La lésion d'un seul groupe de fibres commissurales (les visuo-au- 
ditives), avec l'addition de quelque léger trouble dans le Centre 
Yisuel des Mots, produirait une combinaison de symptômes comme 
celle qu'on vient de rapporter. Nous avons supposé que des impres- 
sions faites sur le «Jentre Visuel se rendent ordinairement de lui au 
Centre Auditif des Mots, et de là aux Centres Moteurs (en passant 
par les Kinesthétiques),si les impressions Visuelles doivent être tra- 
duites par la Parole articulée. Mais s'il n'y avait de lésé que ce 
groupe de fibres commissurales, l'individu aurait conservé sa Vue 
intacte, ainsi que ses facultés de Parole; — il aurait été simplement 
incapable de lire ou de nommer en voyant, à cause de l'obstacle inter- 
posé entre les Centres Visuels et Auditifs. Dans ce cas particulier, 
toutefois, l'obstacle semble n'avoir été que partiel, puisque l'homme 
pouvait encore écrire sous la dictée, — processus qui nécessite 
ordinairement le passage de stimuli allant des Centres Auditifs 
aux Centres Visuels des Mots, pour exciter àes parties des Centres 
Kinesthétiques des Mots qui sont intéressées dans les Mouvements 
de l'Écriture, et d'où partent les stimuli centrifuges appropriés. 

Cependant il est possible que les deux groupes de fibres commis- 
surales aient été détruites, et que, dans le cas d'un homme ayant 
reçu une meilleure éducation, les Mouvements plus familiers de 
l'Écriture aient été évoqués par le passage de stimuli allant directe- 
ment des Centres Auditifs aux Centres Kinesthétiques des Mots, — 
au lieu de traverser les Centres Visuels (voyez p. 2Zi3). 

Le Docteur Broadbent interprète ce cas d'une manière tout à 
fait différente. Nous n'adoptons point toutefois, ici, son opinion sur 

1. Dans le récit plus détaillé de ce cas, on dit qu'il ne pouvait lire sa propre 
écriture « une heure après». Il semble qu'il y avait plus que de l'impuissance 
à lire à voix haute. Il montrait une inaptitude à comprendre les mots (par 
lésion du Centre Visuel des Mots) telle qu'il n'en existait pas dans les cas pré- 
cédents; bien qu'il n'y eût pas inaptitude à reconnaître la nature des objets 
communs, ou môme des figures géométriques. — British Médical Journal, 
8 avril 1870, p. 434; ou, pour plus de détails, Medico-Chiriiryical Transactions. 
1872. 



APHASIE. 245 

l'existence séparée d'un « centre nommant » unique, complètement 
distinct des Centres Perceptifs. Nous avons supposé, au lieu de cela, 
qu'il existe trois « centres de mots» qui sont des parties importantes, 
et en corrélation intime, des Centres Auditifs, Visuels et Kinestlié- 
tiques, plus généraux ^ 

Les trois principaux cas rapportés dans ce paragraphe sont par- 
ticulièrement importants au point de vue psychologique. Ils nous 
permettent de suivre la Volonté, ou Volition, jusqu'à ses sources, 
— quand nous trouvons des personnes incapables de Vouloir 
un acte en réponse à une Impression Visuelle, bien qu'elles puis- 
sent tout d'abord, et sans hésitation. Vouloir eflfectivement ce 
même acte en réponse à une Impression Auditive, — ou vice versa 
(voy. aussi p. 250, 251). 

B. — APHASIE 

.5. — LÉSIONS DES PREMIÈRES PORTIONS DES CONDUCTEURS 
CENTRIFUGES QUI CONDUISENT DES CENTRES CÉRÉBRAUX 
DES MOTS AU CORPS STRIÉ GAUCHE. 

Jusqu'ici nous avons considéré les troubles résultant de conditions 
anormales des Centres Auditifs et Visuels des Mots, eux-mêmes, ou 
de lésions portant sur leurs fibres «afiférentesBOu «commissurales» ; 
arrivons maintenant à montrer les résultats de lésions portant sur 
les fibres centrifuges qui partent de ces Centres, ainsi que des Centres 
Kinesthétiques des Mots, — fibres qui les mettent en relation avec 
les Centres Moteurs intéressés dans les Mouvements de la Parole ou 
de l'Écriture, et situés dans les Corps Striés. 

1. Il est difficile d'avoir une preuve de l'existence et de l'activité spéciale 
du dernier composant de cette triade ; mais, depuis que ceci a été écrit, l'auteur 
a vu dans la Cyclopœdia de Von Ziemssen (vol. XIV, p. 770) un court extrait 
d'un cas excessivement intéressant (rapporté par Westphal), ayant quelque 
l'apport avec ceux donnés ci-dessus, et fournissant aussi quelques renseigne- 
ments sur le point en question. Il est dit de ce malade : — « Il pouvait fort 
bien écrire sous la dictée; mais, peu après, il était incapable de lire les mots 
qu'il avait écrits ; et il souffrait en général d'une alexie complète (c'est-à-dire 
d'une inaptitude à comprendre les caractères écrits). Toutefois, au moyen d'un 
stratagème, comme il l'expliquait très clairement lui-même, il réussissait à 
lire le mot qu'il avait écrit sous la dictée. Il passait son doigt sur chaque lettre 
du mot écrit, comme s'il l'écrivait de nouveau, et le lisait ainsi. Puis il faisait 
une sorte de calcul, et comptait la somme des lettres séparées. » Apparemment 
ici les Impressions Kinesthétiques, provenant des Mouvements de l'Écriture, 
étaient capables d'exciter les parties associées du Centre Auditif des Mots, de 
manière à leur permettre d'agir par le moyen de l'autre portion du Centre 
Kinesthétique des Mots, et d'évoquer ainsi les Mouvements de la Parole. 



245 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LAPENSÉE. 

La relation qui existe entre les Centres Auditifs et Visuels des Mots 
et les parties des Centres Kinestliétiques des Mots où se rendent les 
impressions qui proviennent des Mouvements de la Parole ou de 
l'Écriture, respectivement, est, on en convient, incertaine. 11 y a tou- 
tefois lieu de croire que les excitations qui évoquent la Parole par- 
tent originairement du Centre Auditif des Mots, et traversent ensuite 
le Centre Kinesthétique correspondant, de manière à déterminer 
chez lui une activité conjointe et pratiquement simultanée. Il y a 
de même lieu de croire que les excitations qui évoquent les Mou- 
vements de l'Écriture partent premièrement des Centres Visuels des 
Mots; et, de là, traversent les parties en relation des Centres Kines- 
tliétiques des Mots. 

11 est donc évident que la destruction des Centres Auditifs et Vi- 
suels des Mots amènerait l'impossibilité de Parler et d'Écrire. Ces 
inaptitudes seraient toutefois associées à des troubles comme ceux 
qu'on a considérés sous le titre d\imnésie,— c'est-à-dire inaptitude à 
comprendre la Parole et l'Écriture; jointe à celle de rappeler les idées 
Auditives et Visuelles des Mots. 

Ce dont nous avons spécialement à nous occuper dans le présent 
paragraphe, c'est ce qui résulte des lésions des fibres centrifuges 
qui vont des Centres Auditifs et Visuels des Mots, en passant par les 
Centres Kinesthétiques, au gros Ganglion Moteur situé au-dessous, — 
c'est-à-dire le Corps Strié. 

Il semblerait que ces deux groupes de conducteurs centrifuges 
soient, au moins dans quelque partie de leur course, situés assez 
près l'un de l'autre pour qu'ils puissent être simultanément dé- 
truits par quelque petite lésion ; et cela, sans impliquer les fibres 
centrifuges destinées aux mouvements des membres, et par consé- 
quent sans association d'une paralysie droite. L'un des deux cas ori- 
ginairement décrits par Broca, en 1861 ^ — celui de Lelong — se 
conformait évidemment à ce type ; mais, comme il ne fut observé 
que quelque temps après le début de sa maladie, nous choisissons 
un cas tout à fait typique, rapporté par le docteur Bateman ^. 

Un batelier, âgé de cinquante et un ans, et précédemment en bonne santé, 
ayant aidé à décharger un vaisseau à Yarmouth, le 9 décembre 1864, s'en alla 
à une taverne avec l'intention de demander un peu de bière; mais, à son grand 
étonnement, il se trouva incapable de parler Seulement quelques heures aupa- 
ravant, il était allé au bureau d'un marchand, et s'était arrangé pour une nou- 
velle cargaison ; de sorte qu'à ce moment-là son aptitude aux affaires était 
encore intacte. La perte de la parole n'était accompagnée d'aucun état paraly- 
tique ordinaire; car, bien que privé de la parole, il emmena, le même soir, son 

1. Bulletin de la Société Anatomique, août et novembre 1861. 

2. On Aphasia, 1870, p. 65. 



APHASIE SIMPLE. 247 

bateau d'un point à un autre de la rivière; et, le, jour suivant, il aida à le 
recharger d'une nouvelle cargaison, avant de partir pour Norwich par chemin 
de fer. Lorsqu'il arriva à, la maison, ses amis furent ala-més en voyant que 
son vocabulaire était réduit aux mots : « Oh dear! oh dear! » Il n'y eut, pen- 
dant une quinzaine, aucune amélioration marquée. Au bout de ce temps, il 
semble qu'il soit graduellement devenu capable de prononcer quelques mots 
de plus. Lorsque le D'' Bateman le vit, à peu près trois mois et demi après le 
début de sa maladie, il paraissait aller bien, semblait remarquablement intel- 
ligent, et paraissait comprendre tout ce qu'on lui disait. Il était encore incapable 
d'exprimer ses niées par le langage articulé, sauf crime manière très impar- 
faite ; bien qu^il pût mouvoir librement sa langue dans toutes les directions. 
Il j)ouvait écrire couramment avant sa maladie : mais il avait presque perdu 
cette faculté, ainsi que celle de ta parole. Bien que capable d'écrire un ou deux 
mots, il ne pouvait écrire une phrase. Cependant il n'y avait pas trace depara- 
lysie des membres, ni à gauche ni à droite. 

Plus tard, cet homme devint sujet à des accès à courts intervalles. Au bout 
de près de deux ans, il fut de nouveau admis à l'hôpital, le 12 janvier 1867. Il 
semblait alors en possession de son intelligence ordinaire, et n'offrait encore 
aucun signe de paralysie des membres ou de la face. Il avait recouvré en 
grande partie la faculté de parler, et souffrait maintenant d'un autre genre de 
trouble; il était devenu Amnésique, plutôt qu'Aphasique. «Il comprend tout ce 
qu'on dit : mais il est affecté d'une incapacité à employer les substantifs, aj'ant 
perdu la mémoire de ces mots, et il fait usage d'une périphrase pour éviter de 
se servir du substantif demandé. » Quelques mois après, il fut frappé de para- 
lysie, et, peu après, de démence, au point qu'il fut nécessaire de le transporter 
au Borough Asylum. 

Ceci paraît avoir été, pendant la première phase, un cas d'Aphasie 
pure et simple. Trousseau rapporte plusieurs cas dans lesquels un 
état de ce genre ne dura que quelques jours, ou peut-être quel- 
ques heures, grâce à l'existence de quelque condition cérébrale anor- 
male et temporaire, — survenant parfois sans cause apparente et 
d'autres fois comme suite de quelque forte excitation, jointe à des 
ennuis ou à de l'excès de travail. Ces cas ne sont point extrêmement 
rares. Deux ou trois d'entre eux sont aussi venus à la connaissance 
de l'auteur. 

Toutefois, lorsqu'il existe une lésion réelle, d'une plus grande 
étendue que celle qui peut avoir existé dans la première phase du 
cas du docteur Bateman, il arrive souvent que l'Aphasie existe avec 
une paralysie du côté droit du corps, — ou Hémiplégie droite, comme 
on l'appelle. 

De même, plus la lésion est grande, plus il y a J.o chances que les 
Centres Visuels ou Auditifs eux-mêmes, ou quelques-unes de leurs 
commissures, puissent être sérieusement lésés, en produisant des 
symptômes Amnésiques mêlés à ceux de l'Aphasie. Ces symptômes 
additionnels peuvent se révéler, soit tout d'abord, soit seulement 
lorsque l'individu commence à se rétablir de son état Aphasique. 



248 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE. 

On va donner à présent trois exemples de complications de ce 
genre. Le premier est un cas rapporté par Trousseau, dans lequel 
FAphasie était produite par une lésion qui causait en même temps 
une paralysie droite, ainsi que l'impuissance de lire; — ce dernier 
symptôme était sans doute produit par une lésion du Centre Visuel 
gauche des Mots. 

M. X., âgé de cinquante-sept ans. — Un soir, en se levant de sa chaise poui- 
serrer la main au curé de l'endroit, il chancela, bégaya, et tomba dans les bras 
de son visiteur, qui s'était précipité en avant pour le soutenir. Il demeura dans 
la stupeur apoplectique la plus pi-ofonde pendant plus de dix heures, avec 
paralysie complète du côté droit. Pendant quelques jours, il donna des signes 
obscurs d'intelligence; mais, depuis le moment de cette attaque, il avait entiè- 
rement perdu la faculté de parler. Quelques mois après (été de 1860), il recou- 
vra presque complètement la faculté de mouvoir sa jambe droite, mais les 
mouvements du bras droit sont toujours restés impossibles. 

Pendant le printemps de 1863, M. X. fut vu par Trousseau qui en donna la 
description suivante : « Son visage était intelligent, joyeux, et plein de bien- 
veillance. Il parut par ses gestes, et surtout par l'expression de sa figure, con- 
tent de me voir. Il ne pouvait parler, et ne faisait que prononcer, d'une voix 
entrecoupée, des mots inintelligibles dans lesquels le monosyllabe oui revenait 
fréquemment. Lorsque je le questionnais, il répondait oui à tout; •même lors- 
qu'il secouait la tête en signe de négation. Quel âge avez-vous? Oui. Combien 
y a-t-il de temps que vous êtes malade? Oui, etc., etc. Il était cependant facile 
devoir qu'il n'était point satisfait lorsque le mot oui tombait mal; car il faisait 
alors un geste d'impatience. Il pai'aissait content au contraire lorsque le mot 
s'appliquait bien. Il s'assit à table avec nous pour dîner, se servit de sa main 
gauche, et mangea très convenablement. Il s'occupa de ses convives pendant le 
dîner, et prit part à quelques-unes des discussions. Comme on vantait la délica- 
tesse des moutons du pays, il inclina la tête en signe d'assentiment; et l'un des 
convives disant que le chevreau du pays avait une saveur préférable à celle 
de l'agneau, il secoua la tête en signe de désapprobation. Il faisait signe aux 
domestiques de servir le vin ; et lorsqu'on en versa d'un crû estimé, il fit signe 
qu'il fallait le boire de préférence au reste. 

Il jouait aux cartes chaque jour, cachant son jeu derrière une pile de livres, 
et se servant de la main gauche. II gagnait souvent en jouant avec le curé, le 
docteur ou son fils, sans leur permettre de le laisser gagner volontairement. 
Son fils et le D'' Laffitte me déclarèrent qu'il jouait aussi bien qu'il l'avait 
jamais fait. Parfois son fils s'assied auprès de lui pour le conseiller, et l'arrête 
lorsqu'il prend une carte qui ne paraît pas être la bonne; mais il insiste pour 
jouer à son idée, et prouve, en gagnant, que s'il sacrifiait une carte, c'était pour 
améliorer son jeu. Bien que son fils dirige toutes ses affaires, il insiste pour 
être consulté sur les baux, contrats, etc. ; et le fils m'a déclaré que son père 
indique parfaitement bien, par des gestes compris de ceux qui l'entourent habi- 
tuellement, lorsque certaines parties des affaii'es ne lui plaisent point; et qu'il 
n'est point satisfait jusqu'à ce que l'on ait fait des changements, qui sont géné- 
ralement utiles et raisonnables. 

Bien que sa vue fût bonne, il ne pouvait pas lire, ou du moins comjJrendre 



APHASIE AVEC PARALYSIE. 249 

le sens de ce qu'il Usait ; toutefois, il écoutait avec plaisir lorsqu'on lui lisait 
quelque chose. Il ne pouvait point réunir les lettres détachées d'un alphabet, 
ni écrire de la main gauche. 

Après dîner, dit Trousseau, j'essa,yai d'élucider jusqu'où il pouvait prouver 
son intelligence'. Comme il répondait toujours oui, je lui demandai s'il savait 
épeler le mot; et, comme il inclinait la tôte en signe d'assentiment, je pris un 
gros volume in-quarto, qui portait sur le dos le titre : Histoire des deux Amé- 
riques, et lui demandai de montrer, dans ces mots, les lettres qui formaient le 
mot oui. Bien que les lettres eussent plus d'un centimètre de haut, il ne put 
y réussir. En lui disant de chercher chaque lettre à son tour, et en appelant le 
nom de la lettre, il réussit, après quelque hésitation, à trouver les deux pre- 
mières, et fut très long à désigner la troisième. Je lui demandai alors de dési- 
gner à nouveau les mêmes lettres sans que je les appelle ; mais, après avoir 
attentivement regardé le livre pendant quelque temps, il le repoussa avec un 
air d'ennui, montrant qu'il sentait son impuissance à faire ce queje désirais. » 

Il lui est souvent arrivé de dii'e un mot qu'il n'avait pas prononcé depuis 
fort longtemps : comme si une ancienne impression se ravivait dans son cer- 
veau. Il y a quelque temps, il laissa tomber son mouchoir de poche, et une 
dame près de lui l'ayant ramassé pour le lui rendre, il lui dit merci à haute et 
distincte voix. Ses amis en furent enchantés, et crurent qu'il avait recouvré la 
parole. On lui demanda, on l'implora de dire le mot de nouveau; mais tout fut 
en vain : il ne put jamais y réussir. Et c'était la règle générale, il ne pouvait 
jjas même répéter les sons les plus simples que Von prononçait devant lui. Il 
disait correctement son âge, et d'une manière fort reraai'quable, à l'aide de 
ses doigts. 

Dans le cas suivant, l'Aphasie était également associée à une pa- 
ralysie droite, mais elle était accompagnée d'un trouble mental 
considérable : et il y avait des preuves de l'existence d'une lésion, 
non seulement des Centres Visuels, mais aussi des Centres Auditifs 
des Mots. La malade ne pouvait ni parler ni écrire. En outre, elle 
ne semblait pas capable de saisir la signification des mots pronon- 
cés, et ne pouvait pas davantage comprendre les caractères écrits 
ou imprimés. Ce cas a été rapporté par le docteur Bazire. '-^ 

« M™^ W. — Vingt-quatre ans, jeune femme depBt.ite~taille, fut admise comme 
malade externe au National Hospital for the Paralysed and Epileptic, le 10 jan- 
vier 1865, souffrant d'Hémiplégie droite imparfaite et d'Aphasie complète. 
A toutes mes questions elle répondait invariablement « Sapon, Sapon ». Un 
parent, qui accompagnait la malade, dit qu'elle avait été atteinte de paralysie 
droite, trois mois auparavant. Elle tomba privée de sentiment, et demeura pen- 
dant plusieurs jours dans un état comateux. Lorsqu'elle revint à elle, elle ne 

1. Ce qui suit doit toutefois être plutôt regardé comme portant sur l'acti- 
vité (qui était fort défectueuse) du Centre Visuel des Mots. Cela ne mesure en 
rien l'intelligence du malade, puisque celle-ci (comme le montre un alinéa 
précédent) était bien conservée. 

2. Cliniques de Trousseau, p. 224 de la trad. anglaise. 



250 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSf'lE. 

pouvait prononcer d'autre mot que « Sapon, Sapon », qu'elle avait constam- 
ment répété depuis, en toute occasion. La paralysie n'était point complète après 
les premiers jours. 

Lorsque je la vis pour la première fois, la malade était venue à pied à 
l'hôpital, situé à environ deux milles de sa résidence. Sa face était pleine d'ex- 
pression, et ses yeux brillaient d'intelligence; toutefois il était manifeste que 
ces apparences étaient trompeuses, et que son intellect était fortement atteint. 
On ne pouvait lui faire compre/ndre de suite, rien qu'en lui parlant, ce qu'on 
désirait d'elle; et elle ne pouvait pas toujours répondre correctement, par gestes, 
aux questions qu'on lui faisait. Sa pantomime n'était point aussi claire que 
celle d'un sourd-muet ; et elle ne paraissait point capable de comprendre la 
signification des mots. Il fallait les prononcer très lentement, et les répéter 
plusieurs fois, avant qu'elle pût saisir leur signification; et la plupart du temps 
elle ne pouvait y arriver. Elle comprenait immédiatement les gestes. Ainsi, 
lorsque je lui demandais de me montrer sa langue, elle ne le faisait pas tou- 
jours immédiatement ; mais, en tirant la mienne et en lui faisant signe d'agir 
de même, elle le faisait aussitôt. Elle était portée à verser des pleurs, ou à rire 
immédiatement, pour la moindre cause; comme il est bien connu que le font 
les hémiplégiques ordinaires, à une certaine période de leur maladie. Elle ne 
pouvait pas écrire un seul mot de la main gauche. Elle tenait sa plume con- 
venablement, mais ne faisait qu'un gribouillage sans signification. Bien quelle 
répétât constamment « Sapon, Sapon », je ne j^us jamais lui faire dire «Sap» 
ou uponn isolément ; ni répéter aucun mot ni aucune syllabe après moi. Elle con- 
naissait son nom et, lorsque je le prononçais, elle se mettait à rire en se mon- 
trant. D'après ce que disait sa sœur, elle reconnaissait bien les localités et 
les figures. » 

Un mois après le début de l'observation, elle eut d'autres symptômes céré- 
braux aigus, qui accrurent sa paralysie et voilèrent encore davantage son intel- 
ligence, pour un certain temps. Mais, par des degrés insensibles et après nombre 
de mois d'intervalle, elle s'améliora d'une façon remarquable; de sorte qu'au 
mois d'octobre suivant, elle était beaucoup mieux sous plusieurs rapports. Le 
D^ Bazire continue : « Son intellect était amélioré ; mais non dans la môme 
proportion que la paralysie Son excitabilité émotionnelle est beaucoup moindre 
qu'auparavant ; bien qu'elle soit encore marquée. Son vocabulaire comprend 
maintenant quelques mots de plus. Elle dit encore Sapon, Sapon, mais peut 
articuler distinctement yes et no, bien qu'elle ne s'en serve pas toujours à 
propos, et peut compter one, two, three, four. Lorsqn'elle est sous l'influence 
d'une grande excitation, elle s'écrie quelquefois : Oh dear me, d'iiprès ce que 
dit sa sœur. /• lie ne peut encore écrire un seul mot, pas même former une 
seule lettre ; bien qu'elle ait souvent essayé avec ardeur. Elle ne connaît point 
les lettres de l'alphabet ; et, lorsqu'on lui montre o et o et qu'on lui dit de 
montrer l'a, elle ne peut le faire. Elle a toujours une grande difficulté à com- 
prendre ce qu'on lui dit verbalement, bien quelle ne soit pas du tout dure 
d'oreilles; mais elle comprend immedittement les gestes. Sa pantomime, à elle, 
manque encore de clarté. Elle ne lit jamais, mais aime à regarder des pein- 
tures. » 

L'autre cas d'Aphasie que l'on va citer appartient à une malade 
à qui l'auteur a donné des soins. Il y avait, ici aussi, association 



APHASIE AVEC HÉMIPLÉGIE. 251 

avec de l'hémiplégie droite; mais, de même que le trouble mental, 
cette hémiplégie était beaucoup plus marquée que dans le dernier 
cas. Il y avait la même perte de la faculté de Lire, et quelque diffi- 
culté à comprendre la Parole; mais, en outre, les signes n'étaient 
qu'imparfaitement compris, et il y avait impuissance à vouloir, et à 
exécuter, même les actes moteurs les plus simples. 

M""" G., vingt-quatre ans, avait été grandement affligée de la perte récente 
d'un de ses enfants. Le 3 octobre, elle eut un accès, pour la première fois, pen- 
dant qu'elle était dans la rue; mais elle fut capable de rentrer chez elle et, 
pendant les deux jours qui s'écoulèrent jusqu'à son admission à Uaiversity 
Gollege Hospital, elle eut douze autres attaques épileptiformes. 

Peu après son admission, elle eut une autre série de convulsions affectant 
les deux côtés du corps, quoique principalement le droit. Dans les intervalles 
qui séparaient ces attaques, on observa que la figure était en partie paralysée 
du côté droit; que le bras droit était complètement paralysé, et la jambe aussi, 
à un degré moindre. Elle eut six séries de ces attaques convulsives pendant 
les trois jours qui suivii^ent son admission, et demeura, pendant ce temps, dans 
im état morne et léthargique. Le 13 octobre, elle commença graduellement à 
recouvrer un certain degré d'intelligence dans le regard et dans l'habitus. 

Le 19, on pouvait arrêter immédiatement son attention ; elle faisait des 
efforts distincts pour parler après qu'on l'avait questionnée, et pouvait dire 
indistinctement yes et no, bien que non à propos. Lorsqu'on lui disait de mon- 
trer sa langue, elle ne faisait qu'ouvrir la bouche sans tenter de faire sortir 
l'organe. Elle pouvait avaler sans difficulté, et prenait de la nourriture avec 
empressement. Le 26, elle paraissait encore plus intelligente. Elle ne tirait point 
sa langue lorsqu'on le lui disait, mais elle ouvrait la bouche, et saisissait l'extré- 
mité de l'organe avec les doigts pour l'attirer au dehors. Bien qu'elle fût inca- 
pable de la mouvoir par une simple excitation volitionnelle, si Von mettait un 
bonbon sur ses lèvres, elle tirait immédiatement la langue avec grande facilité 
et, en mangeant, elle riait et paraissait fort contente. Le 28, elle paraissait bien 
mieux, et remarquait ce qui se passait autour d'elle. Elle faisait des signes 
lorsqu'elle désirait attirer l'attention de l'infirmière. Lorsqu'on lui demandait 
si elle souffrait de la tête, elle inclinait la tête en signe d'assentiment, mais ne 
bougeait pas sa main lorsqu'on lui disait de la mettre sur l'endroit douloureux, 
ou bien elle la portait dans une direction toute uifi'érente. La paralysie des 
membres et de la face demeurait à peu près la même. 

Environ dix jours après, je l'examinai de nouveau avec soin. Elle avait con- 
tinué à s'améliorer, et pouvait maintenant dire Nurse distinctement, en outre 
de yes et no. Elle ne pouvait point répéter même les voyelles les plus simples, 
ni lire, soit fort, soit pour elle, de manière d les comprendre, des mots isolés 
imprimés en gros caractères. Elle ne pouvait pas montrer des capitales isolées, 
d'un caractère très gros. Lorsqu'on lui demanda de désigner le M, après 
longtemps et s'être fait beaucoup presser, elle plaça son doigt sur le W, elle 
plaçi encore plus longtemps après son doigt sur l'S. Elle paraissait reconnaître 
les objets familiers, et savoir lorsqu'on leur donnait leur vrai nom. On ne pouvait 
la faire compter en tapant avec l'index, bien qu'on lui eût montré avec le plus 
grand soin ce qu'il y avait à faire. On ne put même pas arriver à la faire 



2i)2 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE. 

taper une seule fois; elle paraissait seulement affligée. Elle semblait se souvenir 
de son propre nom ; et, bien qu'elle ne donnât aucun signe de reconnaissance 
lorsqu'on prononçait le nom de la rue où elle habitait, elle remuait la tête 
affirmativement lorsqu'on ajoutait le reste de son adresse « Fitzroy Square », 
Elle riait rarement, mais avait souvent des crises de larmes. Elle ne poussait 
pas d'autre exclamation lorsqu'elle était très excitée, et son vocabulaire était 
limité aux trois mots mentionnés ci-dessus. 

C'est un bon exemple d'une des formes plus graves de la maladie, 
dans laquelle, outre TAphasie avec activité défectueuse des Centres 
Auditifs, et spécialement des Centres Visuels des Mots, il y avait un 
trouble général des facultés mentales, dû, suivant toute probabilité, à 
rétendue de la lésion de l'Hémisphère Cérébral gauche. 

Comme intermédiaire entre les cas moins graves de cette caté- 
gorie et ceux de la suivante — Agraphie — on peut citer un bon 
exemple, d'après Trousseau. C'est un cas dans lequel il y avait lésion 
plus forte des fibres centrifuges partant des Centres Visuels que de 
celles partant des Centres Auditifs, — puisque l'individu avait recou- 
vré en partie la faculté, d'abord perdue, de la Parole; tandis qu'il 
demeurait incapable d'exprimer ses pensées par l'Écriture. 

« Un jeune laboureur, âgé de vingt-huit ans, avait, d'après ce que disent ses 
amis, été subitement atteint de mutisme complet, sans aucune cause appré- 
ciable. 

L'affection pour laquelle il vint à l'hôpital consistait uniquement dans une 
impossibilité absolue de parler, bien que son intelligence parût intacte et qu'il 
pût parfaitement bien comprendre toutes les questions qu'on lui posait. Mais, 
à ces questions, il répondait invariablement no, même lorsqu'il inclinait affir- 
mativement la tête. Un des étudiants m'informa cependant que, resté seul avec 
lui, il avait réussi à lui faire dire le mot cloak après des efforts répétés. Je ne 
trouvai qu'une déviation marquée de la pointe de la langue vei's la droite, 
mais aucun autre signe de paralysie; la face, le tronc et les membres pou- 
vaient se mouvoir avec une liberté et une force parfaites Lorsque je lui 

demandai d'écrire son nom, il le fit correctement; mais lorsque je lui dis d'é- 
crire ce qui lui était arrivé, il n'écrivit que « was, was, was ». 11 savait par- 
faitement bien que ce n'était pas là ce qu'il fallait écrire; et, ennuyé de ne 
pouvoir exprimer ses pensées, il posa la plume. Deux jours après, comme je 
lui demandais d'écinre le lieu de sa naissance, il écrivit alone, alone, alone; 
et encore le même mot lorsque je lui demandai d'écrire good morning. Les 
gestes impatients qu'il faisait tout le temps montraient qu!il avait parfaite- 
ment conscience qu'il n'écrivait pas ce qu'il avait dans l'esprit. Le jour suivant, 
il écrivit encore des mots dépourvus de sens, comme game pour soup, mais 
il pouvait dire good morning, sir ; en parlant, il est vrai, comme un enfant qui 
apprend à parler. Quelques jours après, il dit très-distinctement / am pretty 
ivell, puis good morning, sir, J am getting on well, d'une voix hésitante, et 
comme une personne bègue qui s'efforce de ne pas balbutier. Lorsqu'on 



AGRAPHIE. 253 

essaya de nouveau de le faire écrire, il ne fit que gribouiller sur le papier 
une série de syllabes sans signification ; mais il réussit à écrire sous la dictée 
I hâve eaten. » 

C. — AGRAPHIE 

6. — LÉSION DES CONDUCTEURS ÉiMISSIFS QUI VONT DKS 
CENTRES VISUELS GAUCHES DES MOTS AUX CENTRES 
MOTEURS SITUÉS DANS LE CORPS STRIÉ C OU RE S PON D ANT . 

Dans la forme typique de cette affection il y aurait une rupture 
des connexions entre le Centre Visuel des Mots et les Centres Mo- 
teurs supérieurs mis en jeu dans l'acte d'Écrire, — de sorte que cet 
acte seul deviendrait impossible, tandis que les facultés mentales, 
ainsi que celles de Lire et de Parler, demeureraient intactes. C'est là 
une condition parfaitement possible, et qui peut même être causée 
par une petite lésion, située en divers points. La lésion peut 
impliquer les fibres qui conduisent le stimulus du Centre Visuel des 
Mots au Centre Kinesthétique des Mots ; ou bien elle peut intéresser 
ce dernier Centre lui-même; ou, enfin, elle peut détruire, en quelque 
point de leur trajet, les fibres qui se rendent du Centre Kinesthétique 
des Mots aux Centres Moteurs qui sont en relation avec lui dans le 
Corps Strié. De l'une ou l'autre de ces manières, on peut concevoir 
qu^une personne puisse perdre uniquement la faculté d'écrire, sans 
présenter d'autre désordre. 

Si toutefois Pindividu était paralysé du côté droit du corps, tout 
défaut de ce genre serait caché par la perte plus générale de pou- 
voir occasionnée par la paralysie du bras droit. Mais si une personne 
ainsi atteinte essayait d'apprendre à écrire de la main gauche, il n'y 
a pas de raison pour qu'elle ne pût y réussir; pourvu que le Centre 
Visuel gauche des Mots fût lui-même intact, et en libre communi- 
cation, au moyen des fibres du corps calleux, avec son homologue de 
PHémisphère opposé. 

Une personne affectée d'Hémiplégie droite serait, toutefois, pro- 
bablement incapable de réacquérir de la main gauche la faculté 
d'Écrire, si le Centre Visuel gauche des Mots était lui-même lésé. 
Mais, avec l'existence d'une pareille lésion, le malade serait proba- 
blement aussi incapable de comprendre le langage écrit ou imprimé. 
Ceci semble avoir été le cas, par exemple, pour le malade de Trous- 
seau — M. X. — qui, malgré toute son intelligence, ne pouvait pas, 
au bout de trois ans, écrire de la main gauche (voy. p. 248). 

Le défaut Agraphique ne se rencontre presque jamais seul. Il est 
la plupart du temps associé à quelques troubles mentaux, ou à des 
troubles de la Parole Articulée. 

De plus, le même terme Agraphie pourrait, avec assez de raison. 



'254 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSEE. 

comprendre les défauts « incoordonnés », aussi bien que les troubles 
« paralytiques », du pouvoir d'expression mentale par l'Écriture. 
Même avec cette extension toutefois, les cas à ranger sous ce titre 
sont relativement peu nombreux. Le premier à citer est un du type 
« incoordonné. » C'est un des nombreux cas relatifs aux défauts 
de la parole, dont nous sommes redevables au D'' Hughlings 
Jackson ^. 

Une femme d'un certain âge, ayant l'aii' en bonne santé, devint subitement 
malade, cinq semaines avant son admission. Lorsqu'on la vit, il n'y avait pas 
d'hémiplégie apparente, mais elle se plaignait de faiblesse dans le côté droit. 
Elle pouvait alors parler, mais faisait des méprises. Par exemple, comme j'é- 
prouvais son sens de l'odorat, qui était fort défectueux depuis la paralysie, elle 
dit en réponse à une question « I can't say it so much », voulant dire u smell 
so well II. Elle faisait fréquemment des erreurs en parlant, et appelait ses 
enfants par d'autres noms. Ceci n'était pas très évident lorsqu'elle vint à Vliô- 
jntal, et aurait pu passer aisément inaperçu, si ses amies ne s'en étaient beau- 
coup plaintes. Elle paraissait fort intelligente. -Sa faculté de s'exprimer par 
l'écriture était très imparfaite; bien que snn écriture fût assez bonne, surtout 
en considérant qu'elle écrivait avec la main droite, qui était affaiblie. Elle 
écrivit ce qui suit à l'hôpital. Je lui demandai d'abord d'écrire son nom, — je 
ne veux pas, pour des raisons faciles à comprendre, le donner ici par compa- 
raison : on peut dire toutefois qu'il n'avait pas la plus légère ressemblance ni 
dans le son ni dans la manière d'épeler. avec 

« SUNNIL SlCLAA SaTRENI. » 

Lorsque je lui demandai d'écrire son adresse, elle écrivit : 

« SUNESR NUT TS MER TINN — LAIN. » 

Pensant qu'elle avait pu être nerveuse en écrivant à l'hôpital, le docteur 
Jackson lui demanda d'apporter quelque chose qu'elle eût écrit chez elle. 
Elle le fit : mais le spécimen (dont il donne un fac-similé) n'était en rien 
meilleur que ce qu'elle avait écrit auparavant. C'est un assemblage de lettres, 
parfaitement dépourvu de sens, remarquable seulement par la fréquente 
répétition de petits groupes de lettres, d'une manière que nous retrouverons 
aussi dans le cas suivant. 

On ne dit malheureusement pas si cette femme était capable de 
comprendre complètement les caractères écrits ou imprimés; et, 
sans connaître son état sous ce rapport, on ne saurait faire un dia- 
gnostic sûr. 11 y avait, chez elle, faculté de former des lettres, mais 
impuissance à les grouper en mots, — et par conséquent inaptitude 
absolue à exprimer ses pensées par l'Écriture, bien que les erreurs 
de la Parole Articulée fussent relativement peu nombreuses. 

Le cas suivant a été observé par l'auteur lui-même. Il n'est aucu- 

1. Lond. Hosp. Reports, vol. 1'^, p. 432. 



AGRAPITIE. 255 

nement typique, mais fort curieux sous beaucoup de rapports. 
L'iiomuie était un fou ci'imiiiel, qui avait été, quelques années au- 
paravant, absous de la peine ordinaire d'un meurtre, par la raison 
qu'il était irresponsable'. 

Le malade, autrefois marin, est âgé aujourd'hui d'environ quarante-cinq 
ans, et atteint de démence partielle; il était autrefois violent (-t dangereux, 
mais avec des hallucinations manifestes; et on le déclara insensé en 1855. Ce 
ne fut que vers l'année 1857, ou même plus tard, qu'il commença à écrire 
d'une manière extraordinaire. Avant cette date, on constate que les lettres 
écrites à ses amis sont d'un style intelligible. Cette particularité se manifesta 
d'ahord ainsi : il commençait à écrire chaque mot correctement ; puis, au lieu de 
quelques-unes des dei^nières lettres, il écrivait ff'g. Plus tard tout le mot fut 
altéré, et un redoublement de beaucoup de consonnes jointes à la teiminaison 
presque invariable par les lettres ndendd, ou du moins endd, devinrent les traits 
les plus remarquables de ses manuscrits qui, bien que volumineux, étaient 
presque absolument inintelligibles 2. Lorsque j'avais l'habitude de le voir, il 
y a environ trois ans, il me donna un grand nombre de pages de son écri- 
ture, à divers moments; et de ce que j'ai en ma possession, j'ai choisi seize 
spécimens que j'ai fait lithographier. Ils monti'ent clairement qu'il écrivait, soit 
avec une répétition particulière et continuelle de certains groupes de lettres, 
l'écriture étant en partie intelligible, soit avec une succession de lettres et de 
coups de plume auxquels on ne pouvait attacher aucune signification. 

L'une des particularités principales de ce cas, c'est que, tandis que 
Phomme écrit ainsi, il parle de façon ordinaire. 

A ma requête, le docteur Orange soumit très obligeamment le malade à un 
nouvel examen attentif; et les réponses qu'il m'a données semblent prouver 
que l'homme était devenu beaucoup plus dément, bien que son trouble spécial 
soit beaucoup moins marqué qu'il ne l'était. Les principales particularités 
observées sont les suivantes : 

1° Il peut parler fort bien pendant un moment ; mais son attention s'égare, et 
la voix devient traînante et monotone; tandis que souvent il prononce mal un 
mot (généralement eu altérant sa terminaison); ou qu'il lui substitue un autre 
mot, ou un simple son dépourvu de sens. 

2» 11 peut lire un journal, soit pour lui, soit à voix haute; mais ne semble 
pas comprendre toute la signification sans effort; et sa faculté d'effort continu 
est limitée. Lorsqu'il lit à haute voix, il bronche sur les mots difficiles, et lit 
d'un ton traînard; mais les mots qu'il prononce, s'ils ne sont point ceux qui 

1. Les détails donnés ici sont à peu près tels qu'ils ont été rapportés dans 
la Med.-Chir. Beview, janvier 1869. 

2. Trousseau parle d'un cas d'Aphasie dans lequel la personne, pendant 
son rétablissement, et lorsqu'elle devint capable d'émettre quelques monosyl- 
labes, les finissait toujours par tif. Si elle voulait dire un mot de plu^ieurs 
syllabes, elle prononçait seulement la première, et ajoutait tif; disant par 
exemple moni/7"pour monsieur, bontif pour bonjour, etc. Nous avons ainsi une 
preuve de plus de la similitude qui existe entre les divers troubles de la 
Parole et ceux de l'Ecriture. 



256 RELATIONS UE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE. 

sont réellement devant ses yeux, ont un son un peu semblable, et ne parais- 
sent pas présenter de relations évidentes avec sa manière particulière d'écrire. 
3° Il cpelle un mot, lorsqu'on le lui demande, de la manière dont il l'écri- 
rait, puis le prononce correctement, immédiatement après. 

11 est intéressant de trouver la manière de Lire de cet homme 
d'accord avec sa manière de Parler, plutôt qu'avec sa manière 
d'Écrire^. Nous basons en partie là-dessus notre opinion sur la na- 
ture de son affection particulière, qui était due, d'après nous, moins 
à une action désordonnée du Centre Visuel des Mots, qu'à quelque 
dérangement des conducteurs émissifs situés au delà, — peut être 
dans la partie du Centre Kinesthétique qui régit les Mouvements de 
l'Écriture. Cela est aussi en harmonie avec l'opinion, précédemment 
énoncée, qu'ordinairement lorsqu'on lit à haute voix, les Impressions 
Visuelles ravivent des Impressions Auditives correspondantes de 
Mots; et que les stimuli, qui occasionnent l'une ou l'autre forme de 
Langage Articulé, se rendent principalement des Centres Auditifs aux 
Centres Kinesthétiques des Mots, et de là aux Centres Moteurs. 

Il est cependant digne de remarque que, dans ce cas comme dans 
d'autres où il y a eu action défectueuse du Centre Visuel des Mots, 
la manière d'épeler était presque entièrement en harmonie avec la 
manière d'écrire du malade, plutôt qu'avec sa manière de parler. 11 
était toutefois fort étrange d'entendre un homme à qui Ton disait 
d'épeler cal, dire d'une manière délibérée candd; puis prononcer 
immédiatement le mot comme s'il l'avait épelé cat. 

Dans un cas d'Agraphie rapporté par le D'' William Ogle ^, il y 
avait un état Amnésique grave, relativement à la Parole; bien qu'il 
fût associé avec une inaptitude à Écrire plus marquée que celle qui 
existait dans aucun des autres cas. 

« James Simmonds, âgé de cinquante-quatre ans, fut obligé, il y a sept ans, 
d'abandonner son ouvrage, à la suite d'un coup violent reçu sur le côté gau- 
che de la tête. Il parlait sans difficulté ni hésitation, mais nommait les choses 
d'une manière étrange. Il eut ensuite, un matin, en s'habillant, un accès qui 
le laissa sans parole, et hémiplégique du côté droit. Pendant une quinzaine, il 
ne put absolument pas parler, bien qu'ayant tout son sentiment. Il ne pouvait 
même dire yes et no. Il se rétablit graduellement de cette attaque, mais tou- 
jours, comme avant, il se trompait de noms.... Il y a un mois, il eut une seconde 
attaque, qui le laissa plus faible encore du côté droit, mais ne changea que 
peu ou point sa manière de parler. 

Il y a maintenant paralysie partielle du côté droit, qui ne l'empêche pas de 

1. Bien que l'inverse existât dans le cas de l'emploj'é du gouvernement, cité 
par le docteur Jackson (p. 231). 

2. Saint-George' s Hosp. lieports, 1867, p. 103. Le mot agraphie fut employé 
pour la première fois, dans cet article, par le docteur Ogle. 



AGRAPHIE AVEC AMNÉSIE. 257 

marcher. Les muscles faciaux do ce côté sont légèrement affectés, ainsi que 
ceux des membres. Sa parole est Tort hésitante et imparfaite. Il s'arrête sou- 
vent brusquement, ne trouvant pas son mot; et alors il en emploie un faux. 
Par exemple, il emploie barber pour doclor, two shillings pièce pour sj;ec- 
tacles, winkles pour luatercresses, etc. // peut toutefois prononcer parfaite- 
ment n'importe quel mot, quand on le lui souffle. Il dit qu'il sait généralement, 
mais pas toujours, lorsqu'il s'est servi d'un mauvais mot. 

Avant sa maladie, il écrivait bien et était, par son éducation, au-dessus de 
sa condition. Maintenant, il ne saurait former une seule lettre. Même avec 
une copie devant les yeux, il ne trace que des jambages incertains. Je lui 
donnai quelques lettres imprimées, et lui demandai de choisir celles qui for- 
maient son nom. Après longtemps il finit par arranger Jicmnos. Evidemment 
il avait quelque légère notion des lettres qui composaient son nom. D'après sa 
femme, il épelait bien avant sa maladie, et tenait beaucoup à l'orthographe 
de son nom, qui peut admettre beaucoup de variations. Lorsqu'on plaça un 
modèle devant lui, il choisit rapidement, et arrangea son nom correctement. Il 
peut lire; mais il dit que lire l'étourdit beaucoup et lui fait grand mal à la 
tête. Son entendement général semble bon, et au-dessus de la moyenne des 
hommes de sa classe ». 

Les conditions rapportées ici représentent les restes d'une 
attaque Aphasique, L'impuissance à épeler,— c'est-à-dire impuissance 
à rappeler simultanément les lettres qui forment un mot, — dépend 
sans doute principalement de quelque lésion du Centre Visuel des 
Mots; mais la faculté qu'avait le malade de placer ensemble les 
lettres de son nom, lorsqu'on lui donnait un modèle, montre que 
ce Centre pouvait agir dans de certaines limites. Cela est également 
prouvé par le fait qu'il pouvait lire un peu, — bien que ses facultés 
en ce sens fussent probablement peu de chose. Nouspouvons conclure 
que, dans ce cas, les lésions les plus graves ou les plus durables 
furent, par conséquent, sur le trajet des fibres émissives qui partent 
du Centre Visuel gauche des Mots, — et peut-être dans le Centre 
Kinesthétique des Mots lui-même. 

Marcé parle d'un homme qui, à ce que l'on remarqua, pouvait écrire 
chiffres avec une précision et une facilité bien plus grandes que les 
les lettres ordinaires, — état qui n'est point aussi singulier qu'il le 
pensait. Il arrive ordinairement, en effet, que les malades Amné- 
siques trouvent bien moins de difficultés à se rappeler les noms de 
nombre simples que les noms de lettres (voy. p. 2/ilj: ce dont il ne 
faut pas s'étonner, si l'on se rappelle qu'il n'y en a que neuf dans 
les nombres, au lieu de vingt-six, et que l'observation des chiffres 
isolés doit, nécessairement, avoir toujours été plus attentive que celle 
des lettres isolées. Le degré de familiarité avec un groupe d'objets 
ou un groupe d'action est une chose fort importante dans ces cas 
d'altérations des facultés cérébrales. Les actes plus complexes, ou 
plus récemment acquis, sont les premiers qui deviennent impos- 

CliARLTON-EASTIAN. — II. 17 



258 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE. 

sibles; tandis que ceux qui sont les plus familiers, ou les plus pro- 
fondément gravés, sont les derniers à disparaître. Le D'' Lasègue 
connaissait un musicien complètement Aphasique qui, incapable de 
lire ou d'écrire à la manière ordinaire, pouvait facilement écrire un 
passage de musique, après l'avoir entendu. 

D. — APHÉMIE 

7. — LÉSION DES CONDUCTEURS ÉMISSIFS, ENTRE 
LES CENTRES AUDITIFS ET LES CENTRES MOTEURS DES MOTS. 

Les conditions dont nous allons parler sont dues à des commu- 
nications défectueuses entre les Centres Auditifs et Moteurs des 
Mots; à peu près de la même manière que celles du dernier para- 
graphe sont duesà des communications défectueuses entre les centres 
Visuels et Moteurs des Mots. Avec les changements nécessaires, ce 
que l'on a dit là des diverses situations où peuvent se trouver les 
lésions du Cerveau qui causentrAphémie,est aussi vrai ici; en outre, 
ce défaut parti culier peut aussi être produit par une petite lésion, 
intéressant les centres inférieurs ou bulbaires de l'Articulation. 

Ces cas, en tant qu'isolés, sont, de même que ceux d'Agraphie 
simple, extrêmement rares; toutefois. Trousseau en a rapporté un 
d'un caractère typique (voy. p. 261). Ils peuvent, de même, être ou 
n'être pas associés à de la paralysie des membres; et ils sont aussi, 
presque invariablement, produits par des lésions de l'Hémisphère 
Cérébral gauche, plutôt que de l'Hémisphère droit, si le siège de la 
lésion est au-dessus du pont de Varole. Mais lorsque la lésion est 
située là, ou dans le Bulbe, la question du côté affecté devient indif- 
rente. 

Plus la lésion est située près du Centre Auditif des Mots (et 
par conséquent de la Substance Grise Corticale), plus il y a de pro- 
babilités pour l'existence de complications, sous formes de troubles 
mentaux associés. Tandis que, d'autre part, dans les cas où l'action 
■défectueuse qui produit l'Aphémie doit être rapportée à une lésion 
du Corps Strié, ou des centres articulatoires inférieurs du Bulbe, 
nous pouvons nous attendre à avoir affaire à desimpies troubles mo- 
teurs, qui rendront indistincte ou aboliront complètement la Parole 
vocale. 

n va donner maintenant quelques exemples de ces défauts, en 
commençant par ceux qui sont le plus complexes, et passant ensuite 
à d'autres, d'une simplicité relativement plus grande. Le premier 
d'entre eux est un exemple de troubles extrêmes de la coordination, 
combinés avec d'autres conditions anormales. Bien que compliqué 
.et obscur, il est trop intéressant pour être omis. 



APHÉMIE. 2.j9 

Ce cas a été rapporté, il y a longtemps, par Bouillaud^ L'iiommc 
ne prononçait point, dans la règle, un simple jargon inintelligible; il 
se servait la plupart du temps de véritables mots, bien qu'ils fussent 
de telle nature et tellement placés, qu'ils n'avaient aucune ressem- 
blance avec ce qu'il aurait dû dire. Toutefois, lorsqu'il lisait à 
haute voix, il n'émettait souvent qu'un simple jargon. 

Lefèvre, àg'ù de cinquante-quatre ans, après une grande anxiété mentale, 
devint incapable de lire, ou de trouver des mots pour exprimer ses pensées. 
Sa sensibilité et ses facultés motrices étaient intactes, et sa santé générale 
assez bonne. Lorsqu'il désirait répondre aux questions qu'on lui adressait, il 
faisait usage d'expressions, soit tout à fait inintelligibles, soit ayant une 
signification tout à fait différente de ce qu'elles devaient exprimer. Lorsqu'on 
le questionnait sur sa santé, il répondait doux ou trois mots de droit; puis, 
pour dire qu'il ne souffrait pas du tout de la tête, il disait : Les doulew, s 
ordonnent un avantage ; tandis qu'en écrivant, il répondait à la môme ques- 
tion : Je ne souffre pas de la tête. Lorsqu'on prononçait un mot comme tam- 
bour par exemple, et qu'on lui disait de le répéter, il disait fromage; bien 
qu'il l'écrivît, au contraire, tout à fait correctement, lorsqu'on le lui deman- 
dait. On le pria de copier les mots feuille médicale : il les écrivit parfaite- 
ment, mais ne put jamais lire exactement les mots qu'il venait d'écrire ; il 
prononçait féquicale, fénicale et fédocale. Puis, comme on lui faisait lire le mot 
féquicale, écrit par lui-même, il le prononça jardait. Il écrivait souvent sur 
du papier des phrases inintelligibles, soit par la nature des mots employés, 
soit par leur manque de relation entre eus. Lorsqu'on lui montrait divers 
objets, il les nommait en général correctement; mais il se trompait parfois et, 
dans la même séance, il appela une plume, un drap; un crachoir, niiQ plume; 
une main, une tosse; une corde, une main; une bague, un crachoir. 

Ce cas est compliqué, et il y avait plusieurs troubles mentaux 
fort distincts. Le Centre Visuel semble avoir été presque intact : de là 
vient que le malade était capable de copier correctement. Le fait 
toutefois de dire fromage quand on le priait de répéter le mot tam- 
bour, bien qu'il écrivît le mot très correctement, et le fait qu'après 
avoir convenablement copié un mot écrit il ne pouvait le prononcer 
de droit, peuvent faire supposer que les impressions reçues dans le 
Centre Auditif des Mots pouvaient se rendre correctement au Centre 
Visuel des Mots, de manière à permettre à leur équivalent d'être 
convenablement reproduit par l'écriture ; mais que les impressions, 
arrivant tout d'abord aux Centres Auditifs, ou leur arrivant par les 
Centres Visuels des Mots ne pouvaient être correctement rendues 
par la parole articulée. On doit donc conclure qu'il y avait, dans ce 
cas, moins un défaut du Centre Auditif des Mots, que quelque chose 
de défectueux dans une portion des conducteurs émissifs se rendant, 

I. Traité de l'Encéphalite, 18-26, p. 290. 



260 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE. 

de là, en passant par les Centres Kinesthétiques, aux centres moteurs 
de l'Articulation — ce qui amenait une association (incoordonnéel 
des activités du Centre Auditif des Mots, avec de faux Mouvements 
d'Articulation. 

Ce défaut était donc, par ses relations avec la Parole, fort compa- 
rable à ceux qui existent, relativement à l'Écriture, dans les casd'A- 
graphie rapportés par le docteur Jackson et l'auteur, et donnés dans 
le dernier paragraphe. Le cas était, toutefois, compliqué par des 
troubles Amnésiques considérables, du type incoordonné, se montrant 
à la fois dans la Parole et l'Écriture, bien que plus fréquemment 
dans la première. 

Dans un autre cas fort remarquable, soigneusement étudié et rap- 
porté par le D'' Osborn^, le malade n'était capable de parler 
qu'un jargon inintelligible; et, en essayant de lire à haute voix, il 
émettait aussi une série de sons articulés n'ayant aucune signifi- 
cation intelligible ni aucune ressemblance avec ce qu'il aurait dû 
dire. Voici quelques-unes des principales particularités de ce cas : 

Un étudiant de Trinity-College, à Dublin, âgé de vingt-six ans, ayant des 
connaissances littéraires fort étendues, et très versé dans l'étude du français, 
de l'italien et de l'allemand, fut brusquement frappé d'une attaque d'apo- 
plexie, pendant qu'il déjeunait après avoir pris un bain dans un lac du voisi- 
nage. On dit qu'il reprit ses sens en une quinzaine de jours environ; mais, bien 
qu'il eût recouvré l'usage de son intellect, il eut la douleur de se trouver 
privé de la parole. Il parlait : mais ce qu'il disait était absolument inintelli- 
gible, bien qu'il ne souffrît d'aucune sorte de paralysie; et il émettait une 
grande variété de syllabes avec la facilité la plus grande en apparence. 
Lorsqu'il vint à Dublin, son jargon extraordinaire le fit regarder comme un 
étranger, à l'hôtel où il était descendu; et, lorsqu'il alla à Trinity-College pour 
voir un ami, il fut incapable de dire au portier ce qu'il désirait, et n'y réussit 
qu'en montrant les appartements que son ami avait occupés. 

Le D'' Osborn, après l'avoir fréquemment examiné avec soin, s'assura 
des particularités suivantes : 

1° Le malade comprenait parfaitement tout ce qu'on lui disait. 

2" Il comprenait parfaitement le langage imprimé. Il continuait à lire un 
journal chaque jour; et, lorsqu'on l'examinait, on voyait qu'il se souvenait 
parfaitement de tout ce qu'il avait lu. S'étant procuré un exemplaire français 
de la « Pathologie » d'Andral, il le lut avec beaucoup d'entrain; ayant récemment 
eu l'intention d'embrasser la profession médicale. 

3" Il exprimait ses idées, par l'écriture, avec beaucoup de facilité; et, lors- 
qu'il n'y réussissait pas, cela semblait provenir simplement d'une confusion, et 
non d'une inaptitude ; car les mots étaient orthographiquement corrects, bien 
que parfois mal placés. 

4° Ses facultés mentales, en général, paraissaient intactes. Il écrivait cor- 

1. Dublin Journal of Médical and Chemical Science, vol. IV, p. 157. 



APHÉMIE SIMPLE. 261 

rectement des réponses à des questions historiques; il traduisait exactement 
des phrases latines, additionnait ou soustrayait des nombres de désinences 
différentes, avec une facilité peu commune; et jouait bien au jeu do dames. 

5" Sa faculté de répéter les mots après une autre personne, était presque 
confinée à certains monosyllabes ; et, en répétant les lettres de l'alphabet, 
il ne pouvait jamais prononcer k, q, u, v, w, x et z, bien qu'il émît souvent 
ces sons en essayant de prononcer d'autres lettres. Il ne pouvait aussi, que 
fort rarement, prononcer la lettre i. 

6° Pour s'assurer de l'imperfection particulière de langage présentée par 
ce malade, et pouvoir la décrire, le D' Osborn choisit, et mit devant ses yeux 
la phrase suivante du règlement du Collège of Physicians. « U shall be in the 
power of the Collège ta examine or not examine any Licenciate previous to 
his admission to a Felioivship, as they shall think lit ». 

La lui ayant donné à lire, le malade lut ainsi : An the be what in the 
temother of the trothotodoo to majorum or that emidrate eni enikrastrai meS' 
treit to ketra totombreidei to ra fromtreido as that kekritest. Lo môme pas- 
sage lui fut présenté quelques jours après; et il le lut ainsi : Be mather be in 
the kondreit of the compestret to samtreis amtreit emtreido and temtreido 
mestreiterso to his eftreido tum bried rederiso of deid daf drit des trest. 

Il savait généralement qu'il parlait d'une manière incorrecte; bien qu'il 
fût tout à fait incapable de remédier à ce défaut. Au bout de huit mois, 
toutefois, son état s'était assez amélioré pour qu'il pût répéter la même 
phrase, après le D'' Osborn, de la manière suivante. It may be in the power 
of the Collège to evhavine or not ariatin àny licentiate seviously to his amis- 
sion to a spoloivship as they shall think fit. Peu de temps après, dit le 
D"^ Osborn , il répéta après moi cette même phrase parfaitement bien ; à 
l'exception du mot potver, qu'il prononçait constamment prier. Il était aussi 
capable de prononcer toutes les lettres de l'alphabet, excepté d, k et c. Il pro- 
gressa de cette manière, sous la direction du D'' Osborn, qui lui conseilla de 
recommencer à apprendre à parler, comme un enfant, en répétant d'abord les 
lettres de l'alphabet, puis les mots, après une autre personne; car il avait 
« perdu, non point la faculté, mais l'art de se servir de ses organes 
vocaux ». 

Dans ce cas étrange, mais fort intéressant, il semble qu'il n'y ait 
eu aucun trouble mental appréciable. Il semble concevable qu'un 
désordre de la relation entre les Centres Auditifs et Kinesthétiques 
des Mots, ou bien un désordre de l'activité de ces derniers Centres 
eux-mêmes, puisse avoir suffi à amener un défaut de ce genre. 

Trousseau rapporte un autre cas intéressant, où il y avait absence 
de trouble mental, et simplement impuissance à parler. Il dit : 

«Je reçus un jour dans mon cabinet un voiturier des Halles de Paris, fort 
jeune, et ayant l'apparence d'un homme jouissant d'une parfaite santé. Il fit 
signe qu'il ne pouvait pas parler; et me remit une note où était détaillée 
l'histoire de sa maladie. Il avait écrit lui-même cette note, d'une main très 
ferme, et V avait bien rédigée. Quelques jours auparavant, il avait brusquement 
perdu ses sens, et était demeuré inconscient pendant près d'une heure. 



2G2 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE. 

Lorsqu'il revint à lui, il ne présentait aucun symptôme de paralysie, 7nais il 
m pouvait articuler un seul mot. Il remuait facilement sa langue; avalait 
aisément; mais, quelques efforts qu'il fit, il ne pouvait prononcer un mot. Il fut 
électrisé, sans résultat, pendant une quinzaine de jours; mais, sans aucun trai- 
tement spécial, il l'ecouvra complètement la parole, cinq ou six semaines 
après l'invasion de la maladie. Il est fort remarquable, toutefois, que, fendant 
toute la durée de cette singulière affection, il put faire toutes ses affaires, en 
substituant l'écriture à la parole. » 

Ici l'homme, étant absolument incapable d'articuler, était aussi 
incapable de lire à haute voix; bien que nous puissions parfai- 
tement supposer qu'il comprenait aisément ce qu'il lisait en silence. 
Et si, comme le pense l'auteur, le malade ne souffrait que d'un 
trouble de la motricité, il n'est point aussi étrange que le suppose 
Trousseau qu'il, ait pu être parfaitement capable de diriger toutes 
ses affaires. 

Ce dernier cas peut être ainsi interprété avec assez de confiance, 
à la lumière que jette sur lui une autre observation plus récemment 
rapportée par le D' Bristowe^ 

Un steward de paquebot, âgé de trente-six ans, ayant toujours joui d'une 
bonne santé, se trouvait, le 7 mars 1869, dans les déti'oits de Malacca, lorsqu'il 
se plaignit de mal de tête et d'un état fébrile. A cet état succéda, au bout de 
quelques lïeures, une série d'attaques épileptiformes très graves, et se succédant 
rapidement. Quatre heures après leur commencement, il commença à reprendre 
connaissance. En revenant à lui, il se trouva couché sur le plancher de la 
cabine, et reconnut bientôt que, quoiqu'il put voir et comprendre ce qui se pas- 
sait, il était absolument incapable de remuer un membre, avait entièrement 
perdu la faculté de parler, et se trouvait absolument sourd. Il ne pouvait 
entendre un coup de pistolet tiré tout près de son oreille. 11 demeura en cet 
état, a peu près exactement, jusqu'à son arrivée à Singapore, le 20 mars. A 
cette époque, sa jambe et son bras droit étaient encore faibles; sa jambe et 
son bras gauche étaient engourdis, et absolument sans forces. Il avait beau- 
coup de difficulté à mâcher sa nourriture, et se trouvait encore absolument 
sourd et muet. Son état s'améliora graduellement à l'hôpital de Singapore. 
Dans la première semaine, il recouvra l'usage complet de son côté droit, et 
l'ouïe lui revint assez pour qu'il pût entendre quand on lui parlait fort. L'ouïo 
fut complètement rétablie le 22 avril. 11 recouvra aussi, en grande partie, l'usage 
de son bras gauche, et sa santé générale s'améliora d'une façon remarquable. 
11 quitta l'hôpital au milieu du mois de juin et fut embarqué à bord d'un 
voilier qui revenait en Angleterre. Le 1'''' novembre, il fut admis à Saint-Tho- 
mas Hospital, encore muet, et traînant beaucoup la jambe gauche en marchant. 

Le D'' Bristowe dit : « Trois jours après son admission, je vis le malade 
pour la première fois, et je l'eAaminai avec assez de soin. Je reconnus qu'il 
était en parfaite intelligence, qu'il comprenait tout ce qu'on lui disait, pouvait 
bien lire et comprendre tout ce qu'il lisait; et qu'il pouvait soutenir une con- 

1. Transactions of the CUnical Society, 1870, p. 92. 



APHEMIE AVEC PARALYSIE. 263 

versation, aussi longue que ce fût, lui écrivant sur une ardoise, et son interlo- 
cuteur parlant. Il écrivait, en effet, avec une facilité remarquable, d'une écri- 
ture excellente et fort lisible, s'exprimant avec une parfaite exactitude, sauf 
parfois une erreur d'orthographe ou de construction, évidemment due au dé- 
faut d'instruction première. Mais il ne pouvait parler ni émettre un seul son 
articulé. Je m'assurai toutefois qu'il pouvait exécuter avec ses lèvres, sa 
langue et ses joues, toutes les formes possibles de mouvements volontaires, et 
qu'il était aussi capable d'intonations vocales ; en d'autres termes, qu'il pou- 
vait produire des sons laryngiens musicaux. » 

On enseigna ensuite à ce malade, avec beaucoup de soins et un succès 
complet, à parler de nouveau; « bien qu'il eût été neuf mois absolument sans 
parler, et se crût lui-même condamné à un mutisme sans espoir. » 

La paralysie bilatérale qui existait d'aboixl, ainsi que la surdité 
complète et d'autres symptômes, rendent presque certain que, daat> 
ce cas, le malade souffrait d'une lésion située quelque part entre la 
partie supérieure du Bulbe et la Protubérance. Une lésion, en ce 
point, pourrait causer la surdité complète, la paralysie double, et 
arrêter pour un temps les fonctions des centres articulatoires infé- 
rieurs. Il n'y avait évidemment qu'un simple trouble moteur de la 
Parole; et une lésion beaucoup plus légère, sise à peu près dans la 
même région, ou un peu plus haut, pourrait avoir donné naissance à 
des symptômes moindres, comme ceux que l'on rencontre dans le 
cas de Trousseau. Il est possible, toutefois, que ce dernier groupe de 
symptômes puisse avoir été occasionné par une légère lésion, située 
un peu plus haut dans le trajet des fibres motrices gauches, — peut- 
être dans le Corps Strié, ou même plus haut, dans la substance 
blanche interposée entre ces corps et les Centres Kinesthétiques des 
Mots. 

On sait depuis longtemps que des lésions en ces poirts, surtout 
dans le pont de Varole, peuvent rendre la parole fort difficile et 
indistincte, sinon absolument impossible. Un cas de ce genre, briè- 
vement rapporté, et dans lequel une lésion considérable fut réel- 
lement trouvée en ce point par le docLeur Wilks, peut suffire 
à finir d'élucider ce paragraphe. 

«Une dame fut prise, en dinant, d'une attaque. EUelnt relevée sans voix et 
mise au lit. Elle gisait la bouche ouverte, et la salive s'en écoulant sans qu'elle 
fût capable de l'avaler, ou de i^arler. Il ne semblait pas y avoir de paralysie 
des membres; et, d'après ses gestes et l'expression de sa figure, il y avait tout 
lieu de croire qu'elle avait sa parfaite connaissance. Elle fut bientôt capable 
de quitter le lit, mais ne se remit jamais de la paralysie de la langue et du 
palais. Elle écrivait sur une ardoise tout ce dont elle avait besoin. Elle ava- 
lait difficilement, et la salive s'écoulait continuellement de sa bouche; mais 
elle était capable de faire à pied trois ou quatre milles dans sa journée, et 
avait coutume de se joindre à un jeu de cartes. Environ deux ans après la 



264 RELATIONS DE LA PAROLE ET DE LA PENSÉE. 

première attaque, elle en eut une autre dans laquelle elle mourut. A l'au- 
topsie, on trouva les vaisseaux cérébraux fort malades; beaucoup de sang, qui 
s'était échappé de la protubérance, était répandu à la base. Dans la protu- 
bérance se trouvait un ancien kyste brunâtre. Les ganglions centraux étaient 
sains. 

Si l'interprétation précédente de l'Aphémie était reconnue véri- 
table, elle donnerait une explication simple d'une série de cas que 
beaucoup de personnes ont estimés surprenants, comme le faisait 
Trousseau. Ce que l'on a dit sur le sujet aura suffi à montrer leur 
parenté avec les cas dans lesquels il n'y a indiscutablement qu'une 
simple difficulté d'articulation, soit compliquant une attaque ordi- 
naire d'Hémiplégie, soit dépendant d'une dégénérescence du Bulbe, 
connue sous le nom de paralysie glosso-laryngée. Ce terme d'Aphé- 
mie (la maladie pouvant être « complète » ou « incomplète ») est assez 
large pour embrasser toutes ces variétés de perte simple de la 
Parole, ou de difficulté d'Articulation. 



CHAPITRE XXX 



AUTRES PROBLÈMES RELATIFS A LA LOCALISATION 
DES FONCTIONS CÉRÉBRALES SUPÉRIEURES. 



L'étude des divers troubles de la Parole et de TExpression Intel- 
lectuelle en général, produits par une Maladie Cérébrale, est, sous 
beaucoup de rapports, d'une grande importance. Une accumulation 
de faits, observés avec plus ou moins de soin, doit presque nécessai- 
rement précéder toute tentative d'analyser et de classer ces divers 
troubles. Les observateurs qui viendront plus tard travailleront 
mieux, et avec plus de chances de succès, dans deux directions. Ils 
auront mieux appris comment il faut observer ces cas : c'est-à-dire 
ce que l'on doit spécialement rechercher, comme aptitude ou im- 
puissance, chez la personne atteinte; et ils pourront, toutes les fois 
que des troubles mentaux précis auront été reconnus et notés durant 
la vie, remarquer, avec plus d'espoir d'arriver à un résultat scienti- 
fique, la région exacte du Cerveau qui a été le siège de la lésion. 

L'erreur qui consiste à réunir ensemble, sous un seul nom comme 
« Aphasie», toutes les variétés de «pertes de la parole », puis de re- 
jeter absolument les doctrines de la Localisation Cérébrale, sous pré- 
texte que, dans ces cas dissemblables, les lésions n'ont pas toujours 
été trouvées dans le même point du Cerveau, cette erreur est mani- 
feste et absurde ; et cependant, elle a été répétée trop souvent dans 
ces dernières années. Même un médecin aussi accompli que Trous- 
seau parla d'un cas démonstratif d'Amnésie comme d'un exemple 
typique d'Aphasie, et basa en grande partie son explication de l'état 
Aphasique sur les phénomènes qui le caractérisaient. Ce groupement, 
sous un seul nom, de troubles absolument dissemblables, et la con- 
fusion qu'il créait, devaient assurément, aussi longtemps qu'ils ont 
duré, entraver toute tentative de Localisation Cérébrale. 

Il est donc absolument nécessaire, pour faire de nouveaux pro- 
grès relativement à la « Localisation» des Fonctions Cérébrales supé- 
rieures, d'apprendre d'abord avec soin à discerner l'un de l'autre, 
pendant la vie, les différents troubles de la Parole; et ensuite, lorsque 



260 LOCALISATION DES FONCTIONS CEREBRALES. 

les occasions se présentent, d'observer et de noter la situation des 
lésions, surtout dans les cas typiques et non compliqués. 

jNous allons donner maintenant quelques courts détails addition- 
nels (outre ceux que l'on a jugé à propos de mentionner dans le 
dernier chapitre] sur l'étendue des connaissances déjà acquises dans 
cette seconde sphère d'observation et d'induction, — qui, bien 
qu'elle ne soit pas pour le moment aussi étendue que l'autre, com- 
prend néanmoins quelques faits d'un genre assez étonnant. 

En 1825, Bouillaud' affirma que les Lobes Frontaux du Cerveau 
étaient les parties principalement en rapport avec la Parole; parce 
que, dit-il, ce sont les organes « de la formation et du souvenir des 
mots, ou signes principaux qui représentent nos idées ». Il avait 
recueilli ll/i observations de maladie des Lobes Frontaux accom- 
pagnée de perte ou de trouble de la Parole; et c'est sur ces obser- 
vations qu'il établissait ses vues. 

Toutefois, en 1833, Andral rapporta lli cas où la Parole était abolie, 
sans qu'il y eût aucune altération des Lobes Frontaux, mais avec 
lésion daus les Lobes Pariétaux ou Occipitaux. 

En 1836, le docteur Marc Dax appela l'attention sur la grande 
fréquence des pertes de la Parole associées à de la Paralysie droite, 
plutôt que gauche. Le titre de son essai était : Lésions of the left 
half of the Brain, coincidincj with the loss of memonj of the Signs of 
Thought^. Pour étayer son opinion, que la perte de la Parole dépen- 
dait principalement de lésions de la moitié gauche du Cerveau, le 
docteur Dax apportait l/iO observations. 

Mais, en 1861, Broca * alla encore plus loin. Tandis qu'il affirmait, 
avec le docteur Marc Dax, que l'Hémisphère gauche était celui qui 
était le plus en rapport avec la Parole articulée, il fixa, d'une 
manière précise, le siège de la lésion produisant l'état que nous 
appelons aujourd'hui Aphasie, dans la partie postérieure de la troi- 
sième circo7ivolution frontale de l'hémisphère gauche. 

Cette opinion, originairement basée sur un fort petit nombre de 
cas, fut reçue d'abord avec la plus grande surprise et le plus grand 
scepticisme. Beaucoup jugèrent fort improbable qu'une faculté 
comme la Parole dût dépendre d'une petite portion de l'un seu- 
lement des deux Hémisphères Cérébraux. Cependant, les observations 
qui se sont accumulées depuis dix-huit ans, ont amené la plupart de 
ceux qui ont le plus de titres à juger la question, à regarder la loca- 
lisation indiquée par Broca comme correcte en un certain sens; et 

1. Traité del'Eneéphalile, p. 284. 

2. Republié dans la Gazette hebdomadaire du 28 avril 1865. 

3. Bulletin de la Société Anatomique, août et novembre 1861. 



LOCALISATION DE LA FACULTÉ DE PARLER. 



2G7 



à penser que dans V Aphasie réellement typique, on trouve que, dans 
la grande majorité des cas, la lésion comprend la partie postérieure 
de la troisième circonvolution frontale gauche, ou bien la substance 
blanche immédiatement sous-jacente, et interposée entre cette cir- 
convolution et le Corps Strié. La raison poqr laquelle des lésions sié- 
geant en d'autres points peuvent, d'après leur situation, amener, 
parfois ou toujours, un état de mutisme plus ou moins semblable, 
est une question sur laquelle nous espérons jeter un peu plus de 
lumière dans le présent chapitre. 

On rapporte beaucoup de cas dans lesquels une lésion de la 
partie postérieure de la troisième circonvolution frontale de l'Hé- 
misphère droit a existé, sans produire aucune perte de la Parole. 

^/ ^.)^^ 

FiG. 184. _.. ,.. - . . une lésion 

dans la partie postérieure de la troisième Circonvolution frontale (Prévost). — Voyez 
Nature, 16 mars 1876, p. 400. 

De sorte que nous avons à la fois une preuve positive et négative en 
faveur de l'association, indiquée par Broca, entre la faculté de Parler 
et l'intégrité de la troisième circonvolution frontale ^awc/îe; surtout 
si nous étendons en profondeur la région désignée par lui, de 
manière à lui faire comprendre les fibres elTérentes qui partent de 
cette portion de la troisième circonvolution frontale. 

Toutefois, il est vrai aussi que, dans un petit nombre de cas où il 
existait un état semblable d'impossibilité de Parler, on trouve une 
lésion dans les parties correspondantes de l'Hémisphère droit. Dans 
quelques-uns de ces cas exceptionnels, les malades avaient été gau- 
chers; bien que, chez d'autres, on ne pût même trouver cette raison 
pour le changement de côté. L'auteur a lui-même rencontré un cas 
tout à fait typique de ce genre, mais il est important de remarquer 
que, même dans ces cas fort exceptionnels, bien que le côté affecté 
fût différent, la Parole fut égalememt perdue par suite d'une lésion 




268 LOCALISATION DES FONCTIONS CÉRÉBRALES. 

unilatérale de la même région définie, et extrêmement limitée, de 
THémisphère. 

Il suivrait de là que les incitations motrices, suffisantes pour mettre 
en jeu les centres articulatoires pendant la Parole, partent, dans la 
grande majorité des cas, de la troisième circonvolution frontale du 
côté gauche; bien que, chez une faible minorité de personnes, il 
puisse arriver que les stimuli moteurs effectifs partent, au contraire, 
de la troisième circonvolution frontale droite. Les moitiés des Centres 
Articulatoires bilatéraux situés dans la Protubérance, le Bulbe, et la 
partie supérieure de la Moelle, sont tellement unies ensemble par 
des commissures, que chacune d'elles constitue pratiquement un 
Centre double. Et elles peuvent être (à la manière de Centres bilaté- 
raux de ce genre) mises en jeu par des stimuli venant, à travers 
le Corps Strié, soit de l'Hémisphère gauche, soit de l'Hémisphère 
droit; — bien qu'en fait, comme on l'a établi ci-dessus, ces stimuli 
semblent y arriver, chez la grande majorité des personnes, du côté 
gauche du Cerveau. 

Mais, si les muscles agissant bilatéralement sont toujours associés 
à des Centres bilatéraux étroitement unis, et si ces Centres peuvent 
généralement être mis en jeu par des stimuli y arrivant de l'un ou 
l'autre côté du Cerveau, ou dés deux à la fois; alors, le mode habituel 
d'excitation des Centres de la Parole et des muscles en relation 
avec eux, par des stimuli venant du côté gauche, doit être regardé 
comme une particularité remarquable. 

Il y a toutefois quelque raison de croire que, si les conducteurs 
efférents du côté gauche ont été lésés (de sorte que la Parole soit 
perdue), la route pour des stimuli venant de la troisième circonvo- 
lution frontale droite aux Corps Striés peut, dans certaines circon- 
stances, être ouverte d'une manière plus effective; de sorte que le 
malade puisse, au bout d'un certain temps, recouvrer la faculté de 
Parler. En pareil cas, les stimuli se rendraient sans doute plutôt 
au côté droit qu'au côté gauche des Centres Articulatoires inférieurs 
bilatéraux. 

Broadbent maintient en effet que, dans la règle, la perte de la 
Parole n'est que temporaire avec des lésions du Corps Strié gauche, 
ou des parties des fibres efférentes venant de la troisième circonvo- 
lution frontale qui sont contiguës à ce corps. Et il essaye ingénieu- 
sement d'expliquer sa restauration supposée rapide dans les cas de 
ce genre. Si la troisième circonvolution frontale gauche est elle- 
même intacte, et si les fibres du Corps Calleux qui s'étendent entre 
elle et la troisième circonvolution frontale droite sont également 
intactes, les stimuli centrifuges, ne pouvant plus suivre leur route 
ordinaire, pourront, à ce qu'il pense, trouver un chemin détourné de 
la troisième circonvolution frontale gauche à son homologue de 



IDÉES DE BROADBEjNT. 2G0 

droite, et descendre de là au Corps Strié du côte droit *. Dans ces 
cas, la perte de la Parole pourrait n'exister que quelques semaines, 
jusqu'à ce que la nouvelle route fût tout à fait ouverte, et le nouveau 
mode d'action absolument établi ^. Il est toutefois difficile de com- 
prendre comment l'éducation antérieure et l'organisation de ce 
Corps Strié droit peuvent avoir été amenés au point nécessaire pour 
lui permettre d'assumer rapidement ces fonctions; si, pour prendre 
la supposition la plus favorable, il n'a reçu précédemment que des 
stimuli faibles et non suivis d'effet. 

Il y a aussi des difficultés à l'acceptation d'une partie du raison- 
nement sur lequel la théorie est basée. 

Broadbent dit : « Dans ses premiers efforts pour parler, l'enfant 
est influencé par l'imitation et guidé par l'oreille; c'est-à-dire, de 
même que le groupement des cellules motrices de la moelle s'effectue 
par les cellules sensitives, par des prolongements cellulaires se ren- 
dant des noyaux postérieurs aux noyaux antérieurs des nerfs; de 
même, les groupements de cellules dans le corps strié s'effectueront 
par les cellules du centre perceptif auditif, au moyen de fibres 
réunissant ensemble les deux centres... Et, de même que les noyaux 
moteurs de la moelle peuvent encore être employés dans les actions 
réflexes par les noyaux sensitifs, aussi bien qu'ils le sont dans le mou- 
vement volontaire par les fibres qui descendent du corps strié; de 
même, les groupes des mots, situés dans le corps strié, peuvent être 
mis en jeu imitativement par le centre perceptif auditif, aussi bien 
que par la troisième circonvolution frontale. » Il suppose, en consé- 
quence, qu'il y a une double action, d'un caractère consensuel, de la 
part des deux Centres Auditifs et que, dans les premiers processus 
imitatifs de la Parole, ces parties réagiraient toutes deux sur leurs 
Corps Striés respectifs.il y a aussi, pense-t-il, une action supérieure 
ou volitionnelle, unilatérale, commandée par la troisième circonvo- 
lution frontale gauche, — action qui est unilatérale, parce que, dit- 
il, « l'Hémisphère gauche reçoit seul l'éducation pour l'expression 
intellectuelle ». 

Mais les actes Sensori-Moteurs et Idéo-Moteurs de la Parole 

1. L'impuissance où se trouve une personne Aphasique d'apprendre à Parler 
du côté droit du Cerveau, se trouverait ainsi dépendre de conditions précisément 
analogues à celles qui amènent, dans une Hémiplégie droite, une impuissance 
d'apprendre à Écrire de la main gauche (c'est-à-dire du côté droit du Cerveau). 
La Parole serait impossible si le Centre Auditif, et l'Écriture si le Centre Visuel 
de l'Hémisphère gauche étaient détruits ; ou des impuissances semblables 
existeraient, si les fibres du Corps Calleux, réunissant respectivement l'un ou 
l'autre de ces Centres gauches au Centre correspondant de l'Hémisphère opposé, 
étaient rompues par la maladie. 

2. British Médical Journal, 8 avril 1876, p. 435. 



270 LOCALISATIOIN DES FOîNCTIOiNS CÉRÉBRALES. 

dépendent de processus qui ont lieu (d'une manière légèrement 
différente) identiquement dans les mêmes régions cérébrales, — et 
ceux-ci correspondraient avec ce que Broadbent appelle les modes 
imilatifs de la Parole. Cependant, comme l'auteur !3''est déjà efforcé 
de le montrer (p. 170-176), on ne saurait établir de démarcation 
valable entre les actes Idéo-moteurs et les actes Volontaires de la 
Parole ; et la distinction que l'on attribue à ceux-ci, par l'addition 
d'une « émotion de désir », ne rend pas moins nécessaire que le 
stimulus efférent parte originairement du Centre Auditif; il n'y a 
non plus aucune preuve distincte que, dans la Parole imitative, les 
incitations ne trouvent pas, comme dans la Parole Volontaire, leur 
chemin de sortie par la troisième circonvolution frontale. En réalité, 
nous avons tout lieu de croire que la route du Centre Perceptif 
Auditif au Corps Strié est unique, et toujours la même pour tous les 
genres de Parole, que le mode d'incitation puisse être strictement 
imitatif, Idéo-moteur, ou nettement Volitionnel. 

Cette dernière conclusion se trouve d'accord avec les preuves 
que nous fournissent les maladies. Aucun fait n'a été établi d'une 
manière plus certaine, relativement aux malades Aphasiques, que 
celui qu'il existe une perte, non seulement de la Parole Volontaire, 
mais aussi de la Parole Idéo-motrice et, exactement au même degré, 
de la Parole imitative. Un malade réellement Aphasique ne saurait 
imiter le plus simple mot ou le son de la voyelle la plus simple, 
qu'il vient d'entendre à l'instant même ; il ne le fait même pas sans 
qu'on le lui demande, et comme un simple écho, de la manière réflexe 
la plus purement imitative. 

D'autres encore ont supposé qu'il existe une route séparée, par 
où des stimuli Émotionnels peuvent être transmis aux centres infé- 
rieurs du Langage Articulé, situés dans la Protubérance et le Bulbe, 
sans passer par le Corps Strié ; et cela, simplement parce que les 
malades Aphasiques prononcent parfois de nouvelles interjections, 
comme des jurements, ou des phrases comme « Oh dear! » « Thanks! » 
et autres exclamations simples, sous l'influence d'un stimulus Émo- 
tionnel puissant. Toutefois, même pour ce genre de connexion, il 
n'existe pas de preuve indépendante (voy. p. 19/i) ; et peut-être 
que les faits peuvent aussi bien s'expliquer en supposant que des 
stimuli Émotionnels d'une énergie plus grande, ou qui émanent 
d'une aire plus vaste, peuvent occasionnellement se frayer une 
route à travers des conducteurs en mauvais état, dont la résistance 
ne saurait être vaincue par de simples stimuli Volitionnels. 

Quant aux causes qui ont déterminé l'influence plus grande ou 
presque exclusive de l'Hémisphère gauche dans l'excitation des 
mouvements de la Parole, on ne peut offrir que des conjectures. 
On a pensé qu'un certain état de développement plus avancé de 



LOCALISATION DE LA PAROLE, A GAUCHE. 271 

l'Hémisphère gauche, — comme résultat d'un usage héréditaire delà 
main droite, se succédant de génération en génération, — pourrait 
graduellement devenir suffisant pour amener l'Hémisphère gauche à 
prendre la direction des mouvements de la Parole. 11 existe quelques 
preuves — bien que très peu nombreuses encore — que ce sont 
les gauchers, plus spécialement, qui deviennent Aphasiques à la suite 
de lésions de la troisième circonvolution frontale droite. Il est pra- 
tiquement certain, assurément, que la grande prépondérance des 
mouvements de la main droite, chez les individus ordinaires, doit 
tendre à produire une organisation plus complexe de l'Hémisphère 
gauche que du droit; et ceci à la fois dans ses régions sensitives et 
dans ses régions motrices. Nous pouvons, en sécurité, supposer en 
lui l'existence de la base organique d'une expérience tactile beau- 
coup plus grande et plus complexe; et, comme les mouvements du 
bras et de la main droite sont plus fréquents, à la fois comme fac- 
teurs associés de cette expérience, et d'autres façons aussi, nous 
avons également le droit de nous attendre à ce que les Centres 
Kinesthétiques soient, de même, développés à un degré notablement 
plus grand dans l'Hémisphère gauche. Et, naturellement aussi, les 
mécanismes nerveux pour les mouvements auxquels sont associées 
ces impressions sensitives, seraient beaucoup plus complexes dans 
le Ganglion Moteur de l'Hémisphère gauche que dans celui de 
l'Hémisphère droit. 

En outre^ il y a nombre d'années que l'auteur s'est assuré d'un 
fait, qui paraissait à l'époque fort difficile à comprendre, — c'est que 
le poids spécifique de la Substance Grise corticale du Cerveau, dans 
les régions frontale pariétale et occipitale gauches, est souvent net- 
tement, bien que légèrement, plus élevé que celui de la substance 
grise des régions correspondantes de l'Hémisphère droit ^. Mais cet 
accroissement de poids spécifique pourrait être produit par l'exis- 
tence d'un plus grand nombre de cellules et de fibres commissu- 
rales, que les fonctions extra-sensitives et dérivatives, dont on a 
parlé ci-dessus, entraîneraient probablement-. 

Après avoir considéré quelques-unes des questions de « localisation 
cérébrale » relatives à la production de l'Aphémie, de l'Agraphie et 
de l'Aphasie, il faut dire maintenant quelque chose du siège des lésions 
qui produisent les états fort variés compris sous le nom d'AMNÉsiE. 

Nos connaissances sur ce point sont, jusqu'ici, assez vagues et 
indéfinies; puisque ce n'est que tout récemment que l'on a généra- 

4. Voyez un travail On the Spécifie Gravity ofthe Human Brain, in Journal 
of Mental Science. 1866, p. 28-32. 
2. Voyez aussi p. 55-58. 



272 LOCALISATION DES FONCTIONS CÉRÉBRALES. 

lement reconnu la nécessité de ne point confondre ces cas avec 
ceux d'Apliasie. En outre, on n'a pas fait jusqu'ici de tentative 
distincte pour analyser et classer les divers états compris sous ce 
seul terme d'Amnésie. Les travailleurs futurs en sauront bientôt, 
sans doute, beaucoup plus sur ce sujet : surtout lorsque l'examen 
des cas sera plus approfondi, et entrepris plus systématiquement ^ 

Toutefois, ce que nous savons des états Amnésiques, ainsi que de 
la distribution des fibres « centripètes » dans leur passage de la base 
du Cerveau aux Circonvolutions, nous permet déjà de désigner, à peu 
près, l'endroit où des lésions ou des blessures amèneraient probable- 
ment des troubles de ce type dans la Parole et l'Écriture. 

Des lésions des circonvolutions, vers Vexlrémité postérieure de 
la Scissure de Sylvius de l'Hémisphère gauche, seraient probable- 
ment aussi efficaces, pour produire une quelconque des variétés 
d'Amnésie, que des lésions situées vers la troisième circonvolution 
frontale pour déterminer l'Aphasie. Dans le cas de Broadbent (p. 2Z|3), 
on trouva la lésion en ce point; et, dans un exemple inédit, mais 
bien typique, d'Amnésie, l'auteur a aussi, récemment, trouvé une 
lésion placée de même. 

Les raisons qu'il y a d'examiner cette région deviendront évidentes, 
si le lecteur veut se rappeler que le tiers postérieur des fibres pédon- 
culaires (c'est-à-dire de ce qu'on nomme la capsule interne) s'étalent 
en dehors, de dessous la partie postérieure de la Couche Optique; et 
que, s' étendant en arrière et en dehors à travers le plancher du 
ventricule latéral, à partir du voisinage du commencement de la 
corne descendante, elles se distribuent, pour la plupart, aux Cir- 
convolutions Occipitales et Temporales. Et, si les conclusions de 
Ferrier, relativement aux importantes relations du lobule supra- 
marginal et de la circonvolution angulaire avec le Centre Visuel, et 
de la partie postérieure de la circonvolution temporale supérieure 
avec le Centre Auditif, étaient prouvées correctes; ce seraient encore 
des raisons plus précises pour s'attendre à trouver avec quelque 
fréquence, dans la situation indiquée, ou près d'elle, les lésions 
productrices de l'Amnésie. On peut donc admettre provisoirement 
une localisation de ce genre; et il semble que les meilleurs moyens 
de s'assurer définitivement, avec un certain degré de certitude, de 

1. Dans tous les cas d'Amnésie, ou d'Aphasie et Amnésie mélangées, il fau- 
drait, entre autres choses, donner toujours des détails sur les points sui- 
vants : — (1) La faculté qu'a le malade de comprendre les mots prononcés 
(s'il n'est pas sourd) ; (2) de répéter les sons ou les mots lorsqu'on le lui 
demande; (3) d'écrire sous la dictée; (4) de comprendre, et par conséquent de 
désigner, les lettres et les mots imprimés (s'il n'est pas aveugle) ; (h) de copier 
par l'écriture les mots écrits ou imprimés ; et (6) de nommer les lettres impri- 
mées ou les objets, et de lire à haute voix. 



SIÈGE DES LÉSIONS PRODUISANT L'AMNÉSIE. 273 

la situation des parties les plus importantes des Centres Perceptifs 
Visuels et Auditifs chez l'Homme, seraient précisément l'étude 
clinico-pathologique attentive des cas typiques d'Amnésie, toutes 
les fois que l'occasion s'en présente. 

Il surgit maintenant une autre question d'un grand intérêt; 
c'est de savoir si l'on trouvera que les lésions productrices de l'Am- 
nésie sont, aussi, principalement limitées à l'Hémisphère gauche. 
Quelques observateurs éminents, comme Brown-Sequard et Hugh- 
lings Jackson, croient qu'il existe une limitation de ce genre. Mais, 
bien que l'auteur admette volontiers que les lésions de l'Hémi- 
sphère gauche doivent avoir probablement plus de puissance que 
celles de l'Hémisphère droit pour produire des états de ce genre, il 
lui semble que les faits et la théorie tendent, à la fois, à faire repous- 
ser l'idée que des défauts de cette nature ne sauraient être produits 
par des lésions situées dans certaines parties de l'Hémisphère droit. 

On trouvera que beaucoup de cas de ce genre ont été déjà rap- 
portés, — et l'un des plus typiques est celui de Marcou, tel qu'il 
est donné par Trousseau (voy. p. 226). Et si nous avons présent à 
l'esprit que les Centres Perceptifs correspondants des deux Hémi- 
sphères sont ordinairement mis en jeu d'une manière simultanée, et 
sont en continuité de structure au moyen du Corps Calleux, on 
peut s'attendre à ce que toutes les lésions irritatives ou destruc- 
trices des Centres Auditifs ou Visuels des Mots, du côté droit, 
puissent à peine se produire sans causer un dérangement marqué, 
du moins pour un certain temps, dans l'activité fonctionnelle des 
centres semblables de l'Hémisphère gauche, — qui, comme on doit 
l^admettre, semble jouer le premier rôle dans l'expression de la 
Pensée par la Parole et l'Écriture. 11 reste encore beaucoup à ap- 
prendre sur ce sujet fort intéressant; et nous avons déjà eu (p. 128) 
à signaler le doute qui existe sur l'étendue dans laquelle un Hémi- 
sphère peut suffire seul à l'activité mentale ordinaire. On peut 
bien s'attendre, peut-âtre, à ce que l'Amnésie, produite par une 
lésion du côté droit, ait une tendance à être plus temporaire que 
l'Amnésie causée par des lésions similaires de l'Hémisphère gauche. 

Enfin, il se présente à nous une autre genre de considérations 
de quelque importance, relativement aux « localisations cérébrales». 
L'état d'Amnésie peut passer, par des gradations insensibles, à celui 
d'Aphasie ; de manière que ce dernier état, avec certaines autres 
particularités, peut parfois résulter d'une lésion tout à fait éloignée 
de la troisième circonvolution frontale gauche, si, comme nous le 
supposons à présent, les régions dans lesquelles les lésions ont la 
plus grande tendance à produire l'une ou l'autre des formes de 
l'Amnésie, sont situées autour de l'extrémité postérieure de la Scis- 
sure de Sylvius gauche. 

Charlton-Bastian. — II. 18 



274 LOCALISATION DES FOiNCTiONS CÉRÉBRALES. 

Ceci peut être aisément compris. Supposons une personne 
souffrant d'un trouble dans l'activité du Centre Auditif des Mots ; de 
sorte que les Noms ne puissent être rappelés « volontairement », ni 
par « association ». Il y aurait déjà de grandes hésitations et de 
grandes difficultés dans l'expression des pensées, soit par la Parole, 
soit par l'Écriture. Mais supposons que ce simple trouble de l'acti- 
vité soit remplacé par une véritable destruction du Centre Auditif 
gauche des Mots, de sorte que son activité fonctionnelle soit entiè- 
rement perdue ; les Mots ne sauraient assurément alors être 
rappelés ni « volontairement », ni par « association » ; bien plus, 
ils ne pourraient pas être perçus, et par conséquent pas être imités. 
Un individu ainsi atteint ne serait capable ni de Parler ni d'Écrire, 
c'est-à-dire qu'il serait complètement Aphasique, — avec, en plus, la 
particularité qu'il ne pourrait aisément comprendre le Langage parlé 
ni peut-être même l'Écriture. Cette dernière faculté pourrait per- 
sister, à un certain degré, carl'équibre moléculaire du Centre Audi- 
tif des Mots et du Centre Visuel qui est en relation avec lui dans 
l'Hémisphère opposé, pourrait n'être pas suffisamment troublé pour 
empêcher toute compréhension des symboles parlés ou écrits. Nous 
pourrions, en fait, avoir, en pareil cas, production d'un état Apha- 
sique complexe, presque absolument semblable à celui que présentait 
la jeune fille dont Bazire a rapporté l'observation (p. 2^9); ou même 
un état semblable à celui rapporté par l'auteur, p. 251 : et cependant, 
cet état Aphasique pourrait avoir été causé par une lésion située loin 
de la troisième circonvolution frontale gauche. Et, s'il en était ainsi, 
ces cas auraient pu être cités avec beaucoup de force, en apparence, 
contre les doctrines existantes relativement à la localisation céré- 
brale. 

De même, il est possible que I'Agraphie, accompagnée de 
« cécité pour les mots », résulte d'une lésion du Centre Visuel 
gauche ; et que le siège de cette lésion soit contigu à l'extrémité 
postérieure de la Scissure de Sylvius gauche. 

L'Aphémie (c'est-à-dire la simple perte de la Parole) ne sau- 
rait être produite par une lésion de cette région du Cerveau : car la 
destruction du Centre Auditif des Mots détruirait la mémoire des 
Mots, pour l'Écriture spontanée aussi bien que pour la Parole. De 
sorte que l'état double d'APHASiE (ou un état voisin dans lequel 
l'Écriture « imitative » est seule possible) se produirait nécessaire- 
ment, au lieu de l'état plus spécial d'Aphémie. 

Il est également clair que si des espaces importants des Centres 
Auditifs et Visuels des Mots sont, en réalité, situés quelque part vers 
l'extrémité des Scissures de Sylvius, et, si les Centres Kinesthétiques 
des Mots, pour la Parole et l'Écriture, sont situés dans la troisième 
circonvolution frontale, ou quelque part dans son voisinage, I'Apha- 



LÉSIONS DE L'AGRAPHIE, DE L'APIlÉMIt; ET DE L'APHASIE. 275 

siE pourrait aussi être causée par des lésions rompant les fibres 
commissurales, en un point quelconque de leur trajet entre ces 
paires de centres. 

Évidemment, si les stimuli causésepar la résurrection mentale des 
mots ne partent pas {a) des Centres Auditifs et Visuels des Mots, s'ils 
sont arrêtés [b] sur la route qu'ils parcourent pour se rendre de là 
aux Centres Kinesthétiques des Mots; ou si (c) ils sont arrêtés dans 
ces Centres-là, ou de l'autre côté d'eux, c'est-à-dire sur le chemin 
qu'ils suivent pour se rendre au Corps Strié gauche, le résultat serait 
dans tous les cas la production d'un état d'ApHAsiE, bien que les 
sièges des lésions fussent absolument différents dans ces divers cas. 
Aussi, dans le premier cas, aurions-nous l'Aphasie avec beaucoup de 
désordre mental ; dans le second cas, l'Aphasie avec désordre mental 
insignifiant ; tandis que, dans le troisième, nous aurions FAphasIe 
typique, dans laquelle on ne peut découvrir que peu ou pas d'affai- 
blissement de l'esprit. 

Ceci étant vrai, on peut formuler provisoirement en loi géné- 
rale, comme hypothèse pour de nouveaux travaux, que la tendance 
au désordre mental coïncidant avec l'Aphasie, et le degré de ce dé- 
sordre, augmenteront, toutes choses égales d'ailleurs, à mesure que les 
lésions de l'Hémisphère gauche s'éloigneront de la «troisième circon- 
volution frontale» pour s^approcher du Lobe Occipital. La doctrine 
générale de Marc Dax semble être justifiée; tandis que la localisation 
plus spéciale de Broca ne peut être tenue pour bonne que dans un 
cas particulier, bien que fort commun, de Perte de la Parole; ou,, 
pour se servir d'une phraséologie plus large et plus exacte, — de 
perte de la faculté d'Expression Intellectuelle. 

On voit que les conclusions auxquelles on vient d'arriver appor- 
tent une confirmation nouvelle et inattendue de l'opinion, déjà an- 
noncée, relativement à la fréquence spéciale avec laquelle les lésions 
des Régions Occipitales de l'Hémisphère peuvent s'associer avec une 
dégradation mentale bien marquée. Elles tendront aussi à nous faire 
apprécier plus complètement la valeur réelle des objections élevées 
par quelques personnes contre la doctrine que la partie postérieure 
de la « troisième circonvolution frontale » gauche est la région tou- 
jours lésée dans les cas d'Aphasie. Elles peuvent aussi frayer laroute 
pour des observations différentielles, nouvelles et plus exactes, au 
moyen desquelles seules, nous pouvons nous attendre à faire des pro- 
grès réels dans une tâche extrêmement difficile, que nous ne faisons 
guère qu'indiquer, — c'est-à-dire, la tentative de déterminer quels 
genres de fonctions sont principalement accomplis dans les diffé- 
rentes régions de l'Écorce Cérébrale. 

Si nous n'avons rien dit relativement à la «localisation» de cer- 



276 LOCALISATION DES FONCTIONS CÉRÉBRALES. 

taines Facultés supérieures, Intellectuelles et Morales, la raison en 
sera évidente pour tous les lecteurs qui réfléchissent. On ne saurait, 
avec quelque chance de succès, faire un seul pas dans cette direction, 
jusqu'à ce que les recherches préliminaires, auxquelles nous avons 
consacré notre attention, aient donné des résultats mieux établis. 
Il faut évidemment poser les fondations du sujet avant de pouvoir 
commencer à élever l'édifice. 

L'auteur est toutefois fermement convaincu que tout Processus 
supérieur, Intellectuel ou Moral, — aussi bien que tout Processus 
inférieur Sensoriel ou Perceptif, — entraîne l'activité de certains ré- 
seaux de fibres et de cellules, en relations réciproques dans l'Écorce 
Cérébrale, et dépend absolument de l'activité fonctionnelle de ces 
réseaux. Il rejette cependant, d'une manière aussi nette, la notion 
avec laquelle quelques personnes voudraient associer cette doctrine : 
c^est-à-dire la supposition que les Hommes ne sont que des « Auto- 
mates Conscients. » 

Il faut accorder que si les États Conscients, ou Sentiments, n'ont en 
réalité aucun lien de parenté avec les mouvements moléculaires qui 
ont lieu dans certains Centres Nerveux; si ce sont des phénomènes 
apparaissant mystérieusement, différant absolument du « circuit 
fermé de mouvements «avec lequel ils coexistent, et situés complète- 
ment en dehors de lui ; on ne voit pas comment on pourrait concevoir 
que ces États Conscients puissent affecter ou altérer le cours de ces 
Mouvements. La logique de cette proposition paraît irrésistible. 
«On ne peut, en réalité, éviter la conclusion qu'en rejetant les pré- 
misses : et c'est là ce que fait l'auteur. 11 rejette absolument la doc- 
trine qu'il n'existe pas de parenté entre les États de Conscience et 
les Actions Nerveuses ; et, par conséquent, repousserait l'opinion que 
les «causes» des États Conscients sont situées tout à fait en dehors 
des circuits de Mouvements Nerveux. 

La Conscience, ou Sentiment, doit être un phénomène ayant 
une origine naturelle; ou autrement ce serait une entité non natu- 
relle, non matérielle. Pour les raisons qui ont été exposées dans 
■diverses parties du présent ouvrage, l'auteur adopte la première de 
<ces opinions. 

On croit communément que la « substance vivante » a actuel- 
îement, ou a eu dans les temps passés, une origine naturelle ; les 
Tissus Nerveux aussi ont une origine naturelle dans des formes élé- 
mentaires de la « substance vivante « ; et, si l'on admet que les États 
Conscients, ou Sentiments, sont l'apanage seulement d'actions Ner- 
veuses, alors aussi (autant que nous pouvons nous en assurer) leur 
mode d'apparition, leur accroissement d'intensité, le fait qu'ils sont 
modifiables par les agents qui modifient les tissus nerveux, et la limi- 
tation qui fait qu'ils ne se présentent qu'associés avec certaines 



ORIGINE DES ÉTATS CONSCIENTS. 277 

actions nerveuses qui ont lieu dans les Centres Nerveux les plus 
élevés et les plus complexes- d'un animal, s'harmonisent avec la 
notion qu'ils sont, en quelque manière, un véritable résultat de ces 
Actions Nerveuses, — aussi peu capables d'être séparés des conditions 
physiques dont ils dépendent, que la Chaleur peut l'être des siennes 
(voy. vol. I", p. 113). Dire que la Chaleur est un « mode de mouvement » , 
suppose accordé le fait, sous-entendu, que nous ne pouvons avoir de 
mouvement que s'il y a quelque chose qui se meut. La Chaleur n'a 
point une existence abstraite et isolée comme entité. La Conscience 
aussi est un résultat de quelque chose qui se meut. Mais, exactement 
de même que ce sont les mouvements matériels eux-mêmes, dont dé- 
pend la Chaleur, qui font le travail attribué à celle-ci ; de même, ce 
sont les mouvements matériels eux-mêmes, dont dépend la Con- 
science, ou Sentiment, qui font le travail que nous attribuons au Sen- 
timent. Ces mouvements particuliers, qu'on le remarque, entrent 
comme composants dans le a circuit de mouvements » constituant 
les Actions Nerveuses; et peuvent, par conséquent, aisément coopé- 
rer comme moteurs réels. De là vient que les États de Sentiment 
peuvent, en vérité, et d'accord avec la croyance populaire, réagir 
sur les Tissus Nerveux de manière à altérer les mouvements molé- 
culaires qui s'y passent. Les Sentiments, qu'ils soient purement per- 
sonnels ou de l'ordre moral, ont ainsi, comme ils semblent l'avoir, 
un effet indubitable, en modifiant nos Opérations Intellectuelles, 
nos Volitions ou nos Mouvements. 

Montrer comment se produisent ces mouvements particuliers du 
Tissu Nerveux qui forment le substratum des États Conscients, et 
comment ils repassent aux actions nerveuses plus ordinaires, c'est 
ce qui, d'après la nature même du problème, demeurera toujours 
impossible. Mais nous ne devons certainement pas pour cela nous 
laisser paralyser mentalement, par la croyance en l'existence d'un 
abîme métaphysique entre ce qu'on appelle le Subjectif et l'Objec- 
tif, — le « Moi » et le « Non-Moi ». Cependant, quelques-uns même 
de ceux qui croient à la philosophie de révolution, ont été amenés 
ainsi à nier l'origine naturelle des États Conscients; et se sont, par 
conséquent, vus forcés d'adhérer à une doctrine d' « Automatisme » 
absolu, — doctrine dans laquelle toutes les notions de Libre Arbitre, 
de Devoir et d'Obligation Morale sembleraient, d'après cette base 
théorique, également condamnées à une tombe commune, ainsi que 
les facultés d'auto-éducation et d'empire sur soi-même qui en for- 
ment la^base. 



APPENDICE 



OPINIONS RELATIVES A l'eXISTENCE ET A LA NATURE 
d'un SENS MUSCULAIRE^. 



D'après sir William Hamilton, ce furent deux médecins italiens qui recon- 
nurent les premiers, il y a trois siècles environ, le Sens Musculaire comme moyen 
de conception. Il fut reconnu, par Julius César Scaliger, en 1557, et plus tard, 
d'une manière indépendante, par Csesalpinus d'Arezzo, en 1569, que l'exercice 
de notre faculté de mouvement est le moyen par lequel nous sommes mis à 
même d'estimer les degrés de « résistance »; et cela, par une faculté de 
« compréhension active », qu'ils opposaient au toucher comme « capacité de 
sensation, ou simple conscience de passion ». 

Après un très long intervalle, de Tracy (l'un des disciples les plus distin- 
gués de Condillac) développa plus explicitement cette conception, vers le 
commencement de notre siècle et « établit la distinction entre le toucher actif 
et passif ». Toutefois, des physiologistes, et des psychologistes allemands 
avaient déjà, à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, fait 
cette même analyse; « et c'est là que le toucher actif reçut d'abord rappellation 
distincte de Sens Musculaire (Muskelsinn). » Ces opinions furent, bientôt après, 
introduites en Ecosse par le docteur Thomas Brown. 

Les variations subséquentes d'opinions relativement au Sens Musculaire 
sont, dans une certaine mesure, représentées par les citations suivantes : 
J. Millier [Physiologie, 1835) dit : — u Nous avons une notion fort exacte delà 
quantité de force nerveuse partant du cerveau, qui est nécessaire pour produire 
un certain mouvement... Il serait fort possible que l'appréciation du poids et 
de la pression, dans le cas où nous soulevons ou résistons, soit, en partie du 
moins, non une sensation dans le muscle, mais une notion de la quantité de 
force nerveuse que le cerveau est excité à mettre en jeu. » Bientôt après cette 
date, nous trouvons sir William Hamilton (1846), dans ses « Notes et Disser- 
tations » sur Reid, soutenant que la notion de « résistance » ou de « poids » 

1. Voy. p. 1G4. 



SENS MUSCULAIRE : HISTORIQUE. 279 

est conçue « à l'aide de la faculté locomotrice, et non du sens musculaire. » 
Son opinion était presque absolument semblable à celle de Mullor ; car, tandis 
qu'il soutenait que la résistance et le poids sont mesurés principalement par ce 
qu'il appelle la « faculté locomotrice», il admettait que l'appréciation, par cette 
faculté, delà force plus ou moins grande de notre « énergie motrice mentale », 
est toujours accompagnée et aidée « par des sensations dont les causes sont, 
d'une part le nisus ou le repos musculaire, et d'autre part le corps résistant 
ou pressant ». 

Il ajoute : « De ces sensations, les premières, c'est-à-dire les sentiments 
liés aux états de tension et de relâcbement, ont leur siège entièrement dans 
les muscles, et appartiennent à ce que l'on a quelquefois distingué sous le 
nom de sens musculaire. Les dernières, c'est-à-dire les sensations déterminées 
par la pression externe, ont leur siège en partie dans la peau, et appartiennent 
alors au sens du toucher proprement dit, ou à la sensation cutanée; et. en 
partie, dans la chair, et appartiennent en ce cas au sens musculaire. Ces aiïec- 
tions, parfois agréables, parfois douloureuses, sont, dans l'un et l'autre cas, 
de simples modifications des nerfs sensitifs qui se distribuent aux muscles 
et à la peau. » 

Cette idée que nous apprécions le « poids », ou la « résistance », principa- 
lement à l'aide de ce qu'on appelle la « faculté locomotrice », fut, un peu plus 
tard, admise également avec faveur par Ludwig, qui dit {Lehrbuch der Physio- 
logie, 1852) : « Il est concevable, et point invraisemblable, que toutes les 
connaissances et distinctions auxquelles on arrive par le jeu des muscles sou- 
mis à la volonté, sont obtenues directement par l'acte d'excitation volontaire; 
de sorte que l'eflfortde la volonté sert immédiatement de moyen de jugement. » 
Le professeur Bain, dans la première édition de son ouvrage « The Sensés and 
the Intellect » (185.5), semblait incliner vers la même idée, bien que son opi- 
nion ne fût point exprimée d'une manière tout à fait explicite. Il objecte à ce 
qu'il appelle la supposition d'Hamilton, que « nous avons un sentiment de 
l'état de tension d'un muscle, indépendamment de notre sentiment du pou- 
voir moteur mis en jeu. » « Il peut être tout à fait vrai, ajoute-t-il, que des 
filaments nerveux sensitifs soient fournis aux muscles, aussi bien que des 
filaments moteurs, et que, au moyen de ceux-ci, nous soyons affectés par la 
condition organique du tissu, comme dans la première classe de sentiments ci- 
dessus décrits; mais il ne s'ensuit pas que nous acquérions, par ces mêmes 
filaments, un sentiment distinct du degré de la contraction du muscle ». 
Lorsque, quelques lignes plus loin. Bain parle d'<( un sens d'énergie déployée », 
comme de « la grande caractéristique de la conscience musculaire, » son opinion 
précise devient indistincte et quelque peu confuse. 

Un peu plus tard, Landry {Traité des Paralysies, 1859), s'appuyant sur des 
données pathologiques aussi bien que psychologiques, réaffirme le même genre 
d'opiïiion que celle d'Hamilton (mise en douie par Bain), relativement à l'exis- 
tence d'impressions donnant des sentiments de tension, et venant des muscles 
par les nerfs sensitifs. Seulement, au lieu de regarder (avec Hamilton) ces im- 
pressions comme subsidiaires, il pense qu'elles ont une importance majeure, 
et nie que nos notions de résistance, de poids, etc., puissent provenir d'un 
simple processus cérébral, ou, en réalité, de n'importe quelle autre source que 
les parties même en mouvement. Il dit : « Le Moi a une conscience directe des 
phénomènes de volition : il sait immédiatement qu'il y a eu un stimulus 



280 OPINIONS RELATIVES A L'EXISTENCE 

volontaire, et à quelle partie du corps il est dirigé ; quant aux effets produits, 
il n'en est informé que d'une manière médiate, et peut les négliger L'ac- 
tion nerveuse qui excite le mouvement ne peut donc fournir à la conscience 
qu'une idée de la volition, et non de son exécution.... Il est nécessaire que 
l'effet de cette excitation centrale (la contraction) soit produit, pour que le 
Cerveau puisse percevoir; et il perçoit, en même temps, à la fois le siège et le 
degi'é de la contraction. Le mouvement lui-même est donc la source d'où nous 
viennent les notions de ce genre. » 

Ce dernier point de l'opinion de Landrj^, opposé aux notions de Muller, 
Hamilton, Ludwig et autres, relativement à la « faculté locomotrice », fut, à peu 
près à la même époque, affirmé d'une manière indépendante par G.-H. Lewes 
(Physiology of Common Life, vol. II, 1860), bien que, relativement à la manière 
dont nous recevons les impressions des membres en mouvement, Lewes intro- 
duise en partie une opinion nouvelle, basée toutefois sur des idées très discu- 
tables. Il considérait comme une erreur, qu'on pût regarder les nerfs des racines 
antérieures et ceux des racines postérieures comme essentiellement distincts 
par leurs fonctions : il soutenait que les fibres de chacune des deux racines 
sont à la fois sensitives et motrices, c'est-à-dire capables de transmettre des 
impressions centripètes aussi bien que de stimuli centrifuges ; bien qu'elles 
puissent remplir ces fonctions dans des proportions diverses. Le genre de 
sensibilité auquel contribuent directement les nerfs moteurs (en rapportant 
des impressions du muscle au centre moteur) doit, à ce que pense Lewes, 
« être celui de ce que nous appelons le Sens Musculaire, qui nous permet d'a- 
juster les mille modifications de contractions exigées dans nos mouvements. » 
« Le corps est mis en équilibre, ajoute-t-il, par des changements incessants 
des muscles, dont un groupe sert d'antagoniste à un autre. Mais ceci serait 
impossible, si chaque muscle n'était accordé et coordonné par la sensation. » 
Lewes admet, toutefois, que ces sensations n'atteignent guère « ce degré d'im- 
portance qui fait que l'esprit y prête attention » ; et il cite Schiff comme sou- 
tenant l'opinion que « tous les phénomènes (c'est-à-dire les impressions 
conscientes) attribués au sens musculaire, sont dus aux reploiements et à 
l'extension de la peau, lorsque les muscles se contractent i. L'opinion de Trous- 
seau 2 était fort semblable à celle de Schiff. 

Wundt [Menschen und Thier-Seele, 1, p. 222, 1863) estime comme le plus 
probable que « les sensations accompagnant la contraction des muscles nais- 
sent dans les fibres nerveuses qui transmettent l'impulsion motrice du cerveau 
aux muscles » : si elle était due aux nerfs sensitifs des muscles, dit-il, « la 
sensation musculaire croîtrait et décroîtrait constamment avec le degré de 
travail interne et externe accompli par le muscle. Mais ce n'est point là le cas : 
car la force de la sensation dépend seulement de la force de l'influence mo- 
trice, partant du centre, qui excite l'innervation des nerfs moteurs. » Un 
exposé semblable à celui-ci a été fait par Hamilton, bien qu'il soit aujourd'hui 
démontré complètement faux. Les cas de Demeaux et Spaeth (p. 284-286) 
montrent en effet très bien le contraire. 

Les exposés de Bain, dans la seconde édition de son ouvrage (1864), 



1. Voyez son ouvrage Miiskel und Nervcnphysiologie, p. 156. 

2. Cliniques; article Ataxie locomotrice. 



ET A LA NATURE D'UN SENS MUSCULAIRE. 281 

deviennent plus explicites qu'ils ne l'étaient d'abord. Il dit en effet : « la suppo- 
sition la plus vraisemblable est que la sensibilité qui accompagne les mouve- 
ments musculaires coïncide avec le courant centrifuge d'énergie nerveuse, et 
ne résulte pas, comme dans le cas de sensation pure, d'une influence centri- 
pète passant par les nerfs afférents ou sensitifs. « Cette opinion est répétée et 
accentuée dans la troisième édition (18(38), dans laquelle il ajoute (p. 76), rela- 
tivement au sentiment caractéristique de la force déployée : « nous devons pré- 
sumer qu'il est concomitant avec le courant centrifuge par lequel les muscles 
sont excités à agir ». Il considère comme d'une importance immense, au point 
de vue philosophique, que ces impressions soient associées aux couinants cen- 
trifuges, et ne dépendent point de nerfs sensitifs ordinaires i. 

Bastian {On the Muscular Sensé, Brit. Mecl. Journal, avril 1869) dit : 
<( Toutes les preuves que nous pouvons tirer des maladies, et aussi, à ce que 
je pense, toutes celles que nous pouvons obtenir du plus attentif examen de 
nos propices sensations, tendent plutôt, jusqu'ici, à appuyer l'opinion de Landiy, 
que ces impressions ne dépendent pas de nos notions de la quantité de force 
nerveuse mise en liberté durant un effort volitionnel ; ou, en d'auti-es termes, 
de la conscience qu'a l'esprit de sa propre énergie centrifuge. » Le sentiment 
d' «énergie déployée » par lequel nous recevons nos idées de résistance et d'un 
monde extérieur, n'est point contenu dans l'acte volitionnel, et n'en est pas un 
apanage, « mais dérive d'impressions émanant des organes mêmes en mouve- 
ment. 1) Nos perceptions de « résistance » et de « poids » sont en réalité «com- 
posées en partie d'impressions tactiles, en partie de sensations passives éma- 
nant de nos muscles et de nos articulations, et des déductions basées 

là-dessus xXous éprouvons certains sentiments de pression, combinés avec 

certaines sensations dans les muscles et les articulations; et nous arrivons gra- 
duellement à associer certaines combinaisons de ces sensations avec les sensa- 
tions produites en saisissant certains poids types. » Si le terme « sens muscu- 
laire » ne doit point être appliqué aux sensibilités passives du muscle, il doit 
alors être resti'eint à de simples impressions « inconscientes », qui peuvent 
peut-être monter des centres moteurs spinaux au cerveau par un groupe 
spécial de fibres (voy. p. 285, note). Une pareille faculté devrait en ce cas être 
regardée comme « un guide organique inconscient dans l'accomplissement des 
mouvements volontaires » ; et l'on ne manque pas tout à fait de preuves de 
l'existence de quelque guide de ce genre. Elle fournirait aussi, suivant toute 
probabilité, les sensations nécessaires pour guider durant la continuation des 
mouvements automatiques. 

Si nous essayons de classer les opinions qui ont été émises ci-dessus, ou 
dont on a parlé simplement par ordre de date, relatives aux modes par les- 
quels nous apprécions les divers degrés de résistance et de poids, elles peu- 
vent être rangées comme suit : 



1. On estimait autrefois que l'existence même de fibres sensitives dans les muscles 
était tout à fait incertaine. Toutefois ce doute n'existe plus. Les investigations de Sachs 
(fientralblatt [tir die Mecl. Wissensch. , 1873, et Archiv fur Anatomie, 1874) ont montré, 
d'une manière concluante, que les fibres sensitives sont abondantes dans le muscle lui- 
même ; et que, ayant un trajet et un mode de distribution entièrement distinct de celui 
des filaments moteurs, elles entrent dans la moelle par les racines postérieures, ou sensi- 
tives, des nerfs spinaux. 



282 



CLASSIFICATION DES OPINIONS RELATIVES 



PAR 

DES CENTRES 

MOTEURS 



1. Estimation de la Force de Volonté (au moyen d'une 
« faculté locomotrice)», antérieure aux sensations venant 
des membres, et indépendante d'elles. Scaliger et Wundt. 

2. Par un « sens d'énergie déployée » qui est « con- 
comitant avec le courant centrifuge », — c'est-à-dire par 
une révélation sensitive résultant de l'activité des centres 
moteurs, des nerfs et des muscles. (Cette opinion, qui tient 
de la précédente, en diffère par la supposition, ajoutée, 
que l'appréciation de poids ou de résistance demande 
plus que l'activité du centre volitionnel, et ne peut avoir 
lieu qu'à la condition que l'incitation motrice n'est point 
arrêtée par des lésions paralytiques ou autres, mais va 
évoquer l'activité des nerfs moteurs et des muscles avec 
lesquels le centre volitionnel est en relation). Bain. 

3. Par des courants centripètes, ou impressions venant 
des muscles et rapportées aux centres volitionnels par 
les nerfs moteurs eux-mêmes. (D'après cette opinion, les 
centres et les nerfs moteurs auraient, d'une manière 
simultanée ou dans des temps immédiatement succes- 
sifs, affaire avec des courants centrifuges et des cou- 
l'ants centripètes). Lewes. 

4. Principalement de la manière spécifiée par Scaliger 
(c'est-à-dire par une « faculté locomotrice ») ; bien que 
cette appréciation soit aidée par des impressions sensi- 
tives ordinaires, traversant des nerfs sensitifs, et venant 
des membres en mouvement; par exemple, par des sen- 
timents de tension ou de pression venant des muscles 
(sens musculaire), et des sentiments de pression émanant 
de la peau. /. Millier et Hamilton. 

5. Par des impressions de tension et dépression trans- 
mises par des nerfs sensitifs ordinaires venant des mem- 
bres en mouvement, par exemple des muscles, des arti- 
culations et de la peau ; et peut-être, en outre, par 
certaines impressions inconscientes venant par des nerfs 
afférents spéciaux des centres moteurs spinaux. Bastian. 

6. Par des impressions de tension et de pression 
émanant des muscles qui se contractent, et transmises 
par des nerfs sensitifs ordinaires allant des muscles aux 
centres sensitifs. Landry. 

7. Par des impressions cutanées et articulaires seule- 
l ment. Schiff et Trousseau. 

D'autre part, relativement à l'existence et à la nature d'une sorte de « sens 
musculaire » distinct, nous rencontrons les diverses opinions que voici : 

1. Il existe une faculté de ce genre : bien que l'on ait des notions opposées 
relativement à la source de ses impressions et à son siège. 

a. Ses impressions (devenant des symboles de « poids » ou de « ré- 



PAR DES 

CENTRES MOTEURS 

ET DES 

CENTRES SEXSITIFS. 



PAR 

DES CENTRES 

SENSITIFS 



A L'EXISTENCE D'UN SENS MUSCULAIRE. 283 

sistance ») dérivent des muscles par les nerfs sensitifs, et son siège 
est du côté sensitif. Hamilton, Landry, etc. 
b. Ses impressions dérivent des muscles par les nerfs moteurs, et son 
siège est du côté moteur. Lewes. (Les opinions de Wundt et de Bain 
sont alliées à celle-ci, bien qu'en différant légèrement toutes deux). 

2. Il n'existe pas de faculté de ce genre. 

a. Les impressions donnant les notions de «poids » et de « résistance » 
et la connaissance de la position et des mouvements d'un membre, ne 
dérivent pas des muscles. Schiff et Trousseau. 

b. Les impressions en question ne dérivent qu'en partie des muscles ; 
et, comme celles qui ont cette origine sont pour la plupart du type 
« inconscient », il n'y a pas àe faculté digne du nom de « sens 
musculaire. » Bastian. 

Depuis 1869, les principales contributions au sujet ont été apportées par 
Bernhardt(^rc/!/f fur Psychiatrie, vol. Ilf, 1872), Weir Mitchell (Injuries of 
Nerves, 1872), Ferrier (Fiinctions of the Brain, 1876); et G. -H. Lewes (Brain, 
nM, Avril 1878). 

Bernhardt soutient l'opinion intermédiaire, que nos notions de « résistance » 
et de « poids » dérivent principalement d'une appréciation du degré d'énergie 
centrifuge partant du centre volitionnel, bien qu'en partie aussi d'impressions 
centripètes ordinaires. Weir Mitchell soutient aussi une doctrine intermédiaire ; 
il admet l'efficacité d'impressions centripètes ordinaires, venant de la peau, des 
articulations et des muscles; bien qu'il s'appuie, en outre, sur une estimation 
d'un autre genre, plus distinctement reliée à l'acte volitionnel, soit de la façon 
suggérée par Scaliger et Wundt, soit d'après la manière soutenue par nous- 
même en 1869. Voici ses propres paroles (loc. cit., p. 358) : « Probablement 
alors, une partie des idées que nous sommes supposés acquérir par le sens 
musculaire coïncident réellement avec l'acte volitionnel originel, et sont néces- 
sitées par lui; ou, autrement dit, sont des messages envoyés au sensorium, des 
ganglions spinaux qu'excite chaque acte de volition motrice. » Weir Mitchell 
produit un grand nombre de faits, extrêmement intéressants, relativement aux 
sensations en question et à la faculté de rappeler des sentimentsde mouvements 
attribués aux membres amputés; faits qui portent sur ce sujet d'une manière 
fort intéressante. Il pense, et les faits sur lesquels il s'appuie semblent prouver, 
qu'il faut supposer quelque chose de plus que desimpies impressions sensitives 
ordinaires; mais il admet que ces faits peuvent être tout aussi bien expliqués 
par des impressions venant au sensorium, des centres moteurs spinaux ainsi 
que des centres moteurs cérébraux. Ainsi donc, jusque-là, les opinions de Weir 
Mitchell sont étroitement d'accord avec celles précédemment exprimées par 
l'auteur, en 1869, bien que ceci fût apparemment inconnu à Mitchell à l'époque 
de la publication de son ouvrage. 

Les raisons, citées par l'auteur en 1869, semblaient tout à fait suffisantes 
pour l'autoriser à rejeter absolument la notion que des degrés de « résistance » 
et de « poids » étaient appréciés par les centres moteurs cérébraux, plutôt 
qu'à l'aide d'impressions centripètes. Les motifs de ce rejet ont toutefois été 
fortifiés d'une manière très-marquée par Ferrier. Des expériences faites par 



284 OPINIONS RELATIVES AU SENS MUSCULAIRE. 

lui-même et Lauder Brunton, montrent que l'appréciation musculaire de 
poids est indépendante de l'acte volitionnel, puisqu'elle peut s'exercer lorsqu'on 
fait contracter artificiellement les muscles en les excitant par l'électricité (loc. 
cit., p. 228). Les faits fournis par certaines personnes souffrant à'Hémianés- 
thésie complète, semblent aussi absolument opposés à la notion de Wundt, Bain, 
et Lewes, ainsi qu'aux opinions de ceux qui peuvent soutenir qu'une partie 
quelconque de nos notions sur les degrés de « résistance » dérive des centres 
volitionnels ou moteurs. Un cas de ce genre a été rapporté, il y a longtemps 
déjà, par Demeauxi. Quelques-uns de ses détails sont bien dignes d'être cités. 
Il y avait perte complète de la sensibilité (à la fois superficielle et profonde) 
dans le membre en mouvement, et Demeaux dit : « Elle mettait ses muscles 
en jeu sous l'influence de sa volonté, mais elle n'avait pas conscience des mou- 
vements qu'elle exécutait. Elle ne savait pas quelle était la position de son 
bras, — il lui était impossible de dire s'il était étendu ou fléchi. Si l'on disait 
à la malade de porter sa main à son oreille, elle exécutait immédiatement le 
mouvement; mais, lorsque ma main était interposée entre la sienne et son 
oreille, elle n'en avait pas conscience; si j'arrêtais son bras au milieu du 
mouvement, elle ne s'en apercevait pas. Si je fixais, sans qu'elle pût s'en aper- 
cevoir, son bi'as sur le lit, et lui disais ensuite de porter sa main à sa tête, il y 
avait un moment d'effort; puis elle restait tranquille, croyant avoir exécuté le 
mouvement. Si je lui disais d'essayer encore, elle essayait avec plus de force 
de le faire ; et, aussitôt qu'elle était obligée de mettre en jeu les muscles du 
côté opposé (du corps), elle reconnaissait qu'on s'opposait au mouvement. » 

Dans le récent travail de G.-H. Lewes sur ce sujet, il n'apporte pas de nou- 
veaux arguments contre l'idée que des sensibilités passives peuvent suffire 
exclusivement ; et il les admet maintenant largement comme composants du 
groupe complexe d'impressions résultant de mouvements, et contribuant à 
former ce qu'on connaît sous le nom de « sens musculaire ». Et, sauf qu'il tient 
pour la doctrine que quelques sensibilités actives entrent dans ce même groupe 
complexe, ses vues actuelles sont presque entièrement d'accord avec celles 
exprimées par l'auteur dans le mémoire indiqué plus haut. La preuve que 
Lewes regarde comme favorable à l'existence d'un élément « actif » dans le 
sens musculaire peut, dans l'opinion de l'auteur, être mieux expliquée par la 
supposition, faite précédemment et à laquelle il est encore favorable, qu'il 
existe un groupe d'impressions « non senties » relatives aux états de tension 
des muscles, — et dont les composants sont plus ou moins distincts de ceux 
qui se révèlent dans la conscience. 

L'auteur a signalé par exemple, en 1869, que, dans 1' «ataxie locomotrice», 
l'ensemble des symptômes indiquant une diminution de ce qu'on appelle le 
« sens musculaire » était généralement proportionnel à l'altération des diffé- 
rents modes de sensibilité ordinaire du membre. Cependant, quelques cas plus 
exceptionnels de cette maladie, rapportés par Bazire, Trousseau, et autres ainsi 
que quelques cas remarquables cités par Landry, et dans lesquels, sa7is qu'il y 
eût anesthésie, ces malades étaient réduits à un état fort semblable, pour ce 
qui regarde la motilité et les sensations résultant du mouvement, à celui de 



1. Dot Hernies Crurales. Thèse de Paris, 1843, p. 100, cité par Ferrier dans soa 
ouvrage Funclionf of tlie Brain, p. 181. 



IL N'EXISTE PAS DE FACULTÉ DE CE GENHE. 285 

la malade de Demeaux, semblent montrer, d'une manière assez concluante, 
« que le cerveau est assisté dans l'exécution des mouvements volontaires, par 
des impressions directrices de quelque nature, qui, différant déjà par leur mode 
d'origine des impressions provenant de la sensibilité ordinaire, cutanée et pro- 
fonde, peuvent difféi'er encore davantage de celles-ci en ce qu'elles ne sont 

pas révélées à la conscience' 11 y a clairement, dans ces cas-là, perte de 

quelque chose; d'un quelque chose qui sert de guide dans l'exécution des 
mouvements volontaires, mais dont l'absence peut être compensée par la sur- 
veillance du sens visuel ; et ceci est en grande partie la fonction que quelques 

phj'Siologistes assignent au sens musculaire » 3Ion opinion est que ces 

impressions du sens musculaire, dont nous sommes ainsi obligés de supposer 
l'existence, sont des impressions inconscientes ; et que les impressions conscientes 
que l'on range ordinairement dans cette catégorie dérivent en réalité des 
modes de sensibilité ordinaire, cutanée ou profonde. » 

Les conclusions ainsi déduites, en 1869, sont pleinement confirmées par ce 
que nous savons aujourd'hui sur l'Hémianesthésie d'origine cérébrale. Le cas 
rapporté par Demeaux est tout à fait exceptionnel, puisque, dans beaucoup de 
cas de ce genre, il peut exister une anesthésie superficielle complète, et dans 
quelques-uns même une anesthésie profonde et superficielle, sans qu'il y ait 
aucune perturbation dans la coordination des mouvements du même côté du 
corps, — phénomène vu plusieurs fois par l'auteur, et qui lui fut aussi récem- 
ment signalé par le professeur Charcot, à l'occasion de l'examen de quelques- 
unes de ses remarquables hémianesthésiques de la Salpètrière. Dans le cas 
de Demeaux (outre la sensibilité cutanée et profonde), ces impressions « incon- 
scientes )) spéciales qui, ayant seules disparu chez les malades de Landry, 
produisaient une incoordination des mouvements en l'absence d'impressions 
visuelles, peuvent avoir été également empêchées. Son cas est donc surtout 
instructif en ce qu'il porte sur la question générale. Il y avait, chez cette femme, 
une disparition totale de cette sorte de connaissance que l'on a assignée au 
« sens musculaire », ou que l'on a supposée en dériver. Cette femme ignorait 
la position de ses membres et était inconsciente des mouvements quelconques 
qu'elle pouvait exécuter. Les centres volitionnels, les centres moteurs spi- 
naux, les nerfs moteurs et les muscles pouvaient être mis en jeu comme 

1. Le trajet de ces impressions afférentes, au commencement et vers la fin de leur course, 
était alors entièrement inconnu. Et, en face des difficultés que présentait le fait invoqué 
par Arnold, l'auteur hasarda la conjecture suivante : « Ainsi, je suppose possible que, 
lorsque des changements moléculaires sont excités dans certaines cellules motrices 
spinales, comme résultat d'une impulsion volitionnelle, des impressions récurrentes pro- 
portionnelles peuvent être rapportées le long de certaines fibres, tirant leur origine des 
cellules motrices, et montant dans les colonnes postérieures de la moelle. « De cette 
manière, le cerveau pourrait recevoir des impressions pouvant se rapporter au degré d'ac- 
tivité des divers muscles, ou groupes de muscles, d'un membre. Mais le progrès de nos 
connaissances sur l'existence de nerfs « sensitifs » dans les muscles ne rend plus néces- 
saire une hypothèse de cette nature; surtout l'auteur penchant à s'accorder avec Ferrier 
pour l'interprétation qu'il donne {Funclions ofthe Brain, p. 220) des expériences d'Arnold. 
Il n'éprouve plus aucune difficulté à croire que quelques-unes des fibres sensitives des 
muscles, qui entrent dans la moelle par les racines postérieures des nerfs spinaux, puissent 
transmettre au cerveau ces impressions « inconscientes », presque toujours présentes, qui 
nous guiient d'une façon si matérielle dans l'exécution de tous nos mouvements. 



286 OPINIONS RELATIVES AU SENS MUSCULAIRE. 

auparavant, — toutefois, toutes les notions que l'on suppose ordinairement 
dériver du « sens musculaire » avaient disparu. 

Un état précisément semblable existait aussi dans un cas célèbre de ma- 
ladie de la moelle, associée à une anesthésie extrême, et qui fut observé par 
Spaeth et Schueppel (voy. Ziemssen's Cydopœdia, vol. XIII, p. 88). On peut 
citer la note suivante sur l'état de ce malade : « Le sentiment de la pression 
et le sens de la force sont entièrement éteints dans l'extrémité supérieure. Le 
sens de la position de cette extrémité et de ses mouvements passifs est aussi 
complètement éteint. Les mouvements des extrémités supérieui-es sont puissants 
et parfaitement corrects; le malade mange sans aide, s'habille lui-même, etc., 
tant qu'il peut diriger ses actes par la vue. » 

On ne saurait trouver de meilleures preuves que cela et que ce que l'on a 
mentionné plus haut, pour montrer que la connaissance de la position de nos 
membres, de leurs mouvements et des états et degrés de contraction de nos 
muscles en général, ne dépend pas, comme le supposent Wundt, Bain et autres, 
d'impressions qui soient « concomitantes avec le courant centrifuge d'énergie 
nerveuse », ou qui coïncident avec lui. 



TABLE DES MATIÈRES 



DU SECOND VOLUME 



LIVRE IV 

LE CERVEAU ET L'INTELLIGENCE DE L'HOMME 

CHAPITRE XIX ^°''*' 

DÉVELOPPEMENT DU CeRVEAU HUMAIN PENDANT LA VIE UTÉRINE 1 

CHAPITRE XX 
Volume et poids du Cerveau humain 14 

CHAPITRE XXI 

Configuration externe du Cerveau humain 30 

CHAPITRE XXII 
De l'intelligence animale a l'intelligence humaine 64 

CHAPITRE XXIÏI 
Structure interne du Cerveau humain 77 

CHAPITRE XXIV 
Relations fonctionnelles des principales parties du Cerveau 116 

CHAPITRE XXV 
La Phrénologie ancienne et nouvelle 141 

CHAPITRE XXVI 
Volonté et mouvements volontaires 169 



288 TABLE DES MATIÈRES. 

Pages. 
CHAPITRE XXVII 

SUBSTRATA CÉRÉBRAUX DE LA PeNSÉE 201 

CHAPITRE XXVIII 

La Parole, la Lecture et l'Écriture, comme processus me.xtaux et ppiy- 

siologiques 211 

CHAPITRE XXIX 

Relations cérébrales de la Parole et de la Pensée 220 

CHAPITRE XXX. 

Autres problèmes relatifs a la localisation des fonctioxs cérébrales 

SUPÉRIliURES 265 

APPENDICE 
Opinions relatives a l'existence et a la nature d'un sens musculaire.. 278 



FIN DE LA TABLE DES MATIERES. 



paris.- Impr. J. CLAYE. - A. Q(JA:;tix et C, vao S'-Eoiioît.